Résultats : 2806 texte(s)
Détail
Liste
2701
p. 189-190
De WARSOVIE, le 9 Juin 1764.
Début :
Le Marquis de Paulmy s'est rendu le 7 au matin chez [...]
Mots clefs :
Marquis, Pologne, Sa Majesté, Ambassadeur, Déclarations
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texteReconnaissance textuelle : De WARSOVIE, le 9 Juin 1764.
De WARSOVIE , le 9 Juin 1764.
Le Marquis de Paulmy s'eſt rendu le 7 au
matin chez le Primat , & lui a dit que le Roi
ſon Maître étant informé detout ce qui ſeſepaſſoit
en Pologne & voyant la République diviſée &
la Ville de Warſovie occupée par des troupes
Etrangères , Sa Majeſté avoit jugé que ſon Ambaſſadeur
ne pouvoit plus y reſter décemment
& qu'en conféquence Elle lui ordonnoit de ſe
retirer juſqu'à ce que le calme & le bon ordre
fuſſent rétablis dans le Royaume ; cet Ambaffadeur
a ajouté qu'en attendant un changement
fi defirable ; Sa Majesté ne ceſſeroit de prendre
une part finçère à la liberté & à la tranquillité
de la Pol Pologne , ainſi qu'Elle l'a fait connoître
190 MERCURE DE FRANCE.
par ſes déclarations. Le Marquis de Paulmy eft
parti le même jour pour retourner en France
Le Marquis de Paulmy s'eſt rendu le 7 au
matin chez le Primat , & lui a dit que le Roi
ſon Maître étant informé detout ce qui ſeſepaſſoit
en Pologne & voyant la République diviſée &
la Ville de Warſovie occupée par des troupes
Etrangères , Sa Majeſté avoit jugé que ſon Ambaſſadeur
ne pouvoit plus y reſter décemment
& qu'en conféquence Elle lui ordonnoit de ſe
retirer juſqu'à ce que le calme & le bon ordre
fuſſent rétablis dans le Royaume ; cet Ambaffadeur
a ajouté qu'en attendant un changement
fi defirable ; Sa Majesté ne ceſſeroit de prendre
une part finçère à la liberté & à la tranquillité
de la Pol Pologne , ainſi qu'Elle l'a fait connoître
190 MERCURE DE FRANCE.
par ſes déclarations. Le Marquis de Paulmy eft
parti le même jour pour retourner en France
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Résumé : De WARSOVIE, le 9 Juin 1764.
Le 9 juin 1764, le Marquis de Paulmy a informé le Primat de Pologne que le roi de France connaissait les troubles en Pologne et l'occupation de Varsovie. Considérant la situation, le roi a ordonné le retrait de l'ambassadeur jusqu'au rétablissement de l'ordre. Le Marquis de Paulmy a assuré que le roi continuerait de soutenir la liberté et la tranquillité de la Pologne. Il est ensuite reparti pour la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2702
p. 191
De GENES, le 4 Juin 1764.
Début :
On mande de Bonifaccio que les Rebelles, secondés par un Officier Corse [...]
Mots clefs :
Bonifacio, Rebelles, Officier, Attaque, Pertes, Forts, Dommages, Garnison, Paoli, Marquis
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texteReconnaissance textuelle : De GENES, le 4 Juin 1764.
De GENES , le 4 Juin 1764.
On mande de Bonifaccio que les Rebelles , ſecondés
par un Officier Corſe au ſervice de la République
, avoient tenté de ſurprendre cette Place
; mais cette entrepriſe a échoué , & les Rebelles
ont été repouffés avec perte dans l'attaque
qu'ils ont faite ſur le Poſte de S. Julien.
Du 23 .
On apprend par la voie de Livourne que les
Rebelles , qui ont attaqué les Forts de S. Florent
& de l'Algaïola , continuent de les canonner le
premier fans y cauler cependant un dommage
conſidérable . Comme la garniſon eſt de cinq cens
hommes , nombre ſuffiſant pour défendre une ſi
petite Place , on ne doute pas que Paoli ne ſoit
obligé d'en lever le Siége.
LeMarquis & la Marquiſe de Chauvelin , après
avoir ſéjourné ici treize jours , en fort partis ce
matin pour ſe rendre à Parme.
On mande de Bonifaccio que les Rebelles , ſecondés
par un Officier Corſe au ſervice de la République
, avoient tenté de ſurprendre cette Place
; mais cette entrepriſe a échoué , & les Rebelles
ont été repouffés avec perte dans l'attaque
qu'ils ont faite ſur le Poſte de S. Julien.
Du 23 .
On apprend par la voie de Livourne que les
Rebelles , qui ont attaqué les Forts de S. Florent
& de l'Algaïola , continuent de les canonner le
premier fans y cauler cependant un dommage
conſidérable . Comme la garniſon eſt de cinq cens
hommes , nombre ſuffiſant pour défendre une ſi
petite Place , on ne doute pas que Paoli ne ſoit
obligé d'en lever le Siége.
LeMarquis & la Marquiſe de Chauvelin , après
avoir ſéjourné ici treize jours , en fort partis ce
matin pour ſe rendre à Parme.
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Résumé : De GENES, le 4 Juin 1764.
Le 4 juin 1764, des rebelles soutenus par un officier corse ont tenté de prendre Bonifaccio, mais ont été repoussés. Le 23 juin, ils ont attaqué les forts de Saint-Florent et de l'Algaïola sans succès. La garnison de cinq cents hommes est jugée suffisante. Le marquis et la marquise de Chauvelin ont quitté Gênes pour Parme.
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2703
p. 205-206
De PARIS, le 16 Juillet 1764.
Début :
Dom François de Pinderay, Bénédictin Prieur de l'Abbaye Royale de [...]
Mots clefs :
Élection, Édit, Chambre des comptes, Intendant, École vétérinaire, Loterie de l'école royale militaire, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Tirage, Numéros
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texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 16 Juillet 1764.
De PARIS , le 16 Juillet 1764.
Dom François de Pinderay , Bénédictin , Prieur
de l'Abbaye Royale de Nanteuil en Vallée , a
266 MERCURE DE FRANCE.
été élu Général de fon Ordre dans le dernier
Chapitre qui s'eft tenu le mois dernier à Guiſtre.
2
Il paroit un Edit du Roi , en date du mois
de Mai dernier , & enregistré à la Chambre
des Comptes , le 2 Juin , par lequel Sa Majefté
a jugé important , pour le bien de fon fervice
, d'établir. dans le moment actuel , un
feptiéme Office d'Intendant de fes Finances , à
la même Finance & aux mêmes gages , fonctions
, honneurs , droits & priviléges que ceux
qu'Elle a déja créés par les Edits des mois de
Mars 1722 & Janvier 1725.
1
Sur le compte que le Roi s'eft fait rendre
des progrès de l'Ecole établie à Lyon par fon
Arrêt du 4 Août 1761 , pour la connoiffance &
le traitement des maladies des beftiaux , fous
le titre d'Ecole Vétérinaire , Sa Majefté a jugé,
qu'il feroit jufte de décorer cette Ecole du tine
d'Ecole Royale Vétérinaire , comme une marque
de la protection directe , & fpéciale qu'Elle
accorde à un établiflement dont Elle attend les
plus grands fervices pour le foulagement des
Campagnes . En conféquence , Sa Majesté a
confirmé ce titre par un Arrêt de fon Confeil
d'Etat en date du 3 Juin .
Le quarante-deuxième tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eft fait , le 25 Juin en la manière ,
accoutumée . Le lot de cinquante mille livres et
échu au Numéro 80749 , celui de vingt mille
livres au Numéro 87223 , & les deux de dix mille
livtes aux Numéros 885 80 & 11279.
Le de ce mois , on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire. Les Numéros fortis de la roue de
fortune , font 7 , 69 , 46 , 48 , 79.
Dom François de Pinderay , Bénédictin , Prieur
de l'Abbaye Royale de Nanteuil en Vallée , a
266 MERCURE DE FRANCE.
été élu Général de fon Ordre dans le dernier
Chapitre qui s'eft tenu le mois dernier à Guiſtre.
2
Il paroit un Edit du Roi , en date du mois
de Mai dernier , & enregistré à la Chambre
des Comptes , le 2 Juin , par lequel Sa Majefté
a jugé important , pour le bien de fon fervice
, d'établir. dans le moment actuel , un
feptiéme Office d'Intendant de fes Finances , à
la même Finance & aux mêmes gages , fonctions
, honneurs , droits & priviléges que ceux
qu'Elle a déja créés par les Edits des mois de
Mars 1722 & Janvier 1725.
1
Sur le compte que le Roi s'eft fait rendre
des progrès de l'Ecole établie à Lyon par fon
Arrêt du 4 Août 1761 , pour la connoiffance &
le traitement des maladies des beftiaux , fous
le titre d'Ecole Vétérinaire , Sa Majefté a jugé,
qu'il feroit jufte de décorer cette Ecole du tine
d'Ecole Royale Vétérinaire , comme une marque
de la protection directe , & fpéciale qu'Elle
accorde à un établiflement dont Elle attend les
plus grands fervices pour le foulagement des
Campagnes . En conféquence , Sa Majesté a
confirmé ce titre par un Arrêt de fon Confeil
d'Etat en date du 3 Juin .
Le quarante-deuxième tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eft fait , le 25 Juin en la manière ,
accoutumée . Le lot de cinquante mille livres et
échu au Numéro 80749 , celui de vingt mille
livres au Numéro 87223 , & les deux de dix mille
livtes aux Numéros 885 80 & 11279.
Le de ce mois , on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire. Les Numéros fortis de la roue de
fortune , font 7 , 69 , 46 , 48 , 79.
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Résumé : De PARIS, le 16 Juillet 1764.
Le 16 juillet 1764, Dom François de Pinderay, Bénédictin et Prieur de l'Abbaye Royale de Nanteuil en Vallée, a été élu Général de son Ordre lors du dernier Chapitre tenu à Guistre. En mai 1764, un édit royal a créé un septième Office d'Intendant des Finances, enregistré à la Chambre des Comptes le 2 juin. Le roi a également décerné le titre d'École Royale Vétérinaire à l'École Vétérinaire de Lyon, en reconnaissance de ses progrès et de son utilité pour les campagnes. Cette décision a été confirmée par un arrêt du Conseil d'État le 3 juin. Le 25 juin, le quarante-deuxième tirage de la Loterie de l'Hôtel de Ville a attribué des lots aux numéros 80749, 87223, 88580 et 11279. Les numéros gagnants de la Loterie de l'École Royale Militaire étaient 7, 69, 46, 48 et 79.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2704
p. 139-144
De COMPIEGNE, le 15 Août 1764.
Début :
Les Régimens de la Marine, Infanterie, ceux de Royal Normandie, [...]
Mots clefs :
Régiments, Infanterie, Marine, Cavalerie, Famille royale, Exercices, Ordonnance, Camp de l'artillerie , Duc, Prince, Visite des troupes, Intendant, Serment de fidélité, Ambassadeur, Cardinal, Nominations, Prix, Bénéfices donnés, Abbayes, Religieuses, Madame la Dauphine, Monseigneur le Dauphin, Reine
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texteReconnaissance textuelle : De COMPIEGNE, le 15 Août 1764.
De COMPIEGNE , le 15 Acût 1764.
ES Régimens de la Marine , Infanterie , ceux
de Royal Normandie , & de la Reine , Cavalerie ,
ainsi que la Brigade de Defmazis , du Corps
Royal de l'Artillerie , ont eu ordre de fe rendre à
Compiegne , où ils font arrivés fucceffivement
au 18 du mois dernier : ces différens
Corps ont campé léparément.
du ta
Le 15 , Leurs Majeftés, accompagnées de toute
la Famille Royale , fe font rendues au Camp de
l'Artillerie. La Brigade , après avoir éxécuté les.
différens temps de l'éxercice prefcrits par la
nouvelle Ordonnance , a défilé devant le Roi ,
& a enfuite éxécuté , en préſence de Leurs Majeftés
& de la Famille Royale, l'école des bombes ,
des obus & du canon. Le Roi à paru très- fatis
fait de la préciſion avec laquelle cette Troupe a
fait l'Exercice , & fur- tout de la jufteffe avec laquelle
les Canoniers ont tiré les différentes bouches
à feu.
Le
17 , le Roi
s'eft
rendu
une
feconde
fois
avec
la
Reine
& toute
la Famille
Royale
au
Camp
de l'Artillerie
, & les
Canoniers
ont
éxécuré
de nouveau
, en préſence
de Leurs
Majefiés
,
l'Exercice
de la Bombe
, de l'Obus
& du Canon
,
& le
cheminement
de la Sappe
.
Le 18 , le Roi & la Reine , accompagnés de
140 MERCURE DE FRANCE.
la Famille Royale , & du Duc de Chartres , du
Prince de Condé & du Prince de Lamballe , fe
font rendus au Camp de la Cavalerie . Les deux
Régimens qui le compofoient ont éxécuté en préfence
de Leurs Majeftés , différentes manoeuvres
dont le Roi a paru très - fatisfait.
Le 22 , Leurs Majeftés & toute la Famille
Royale , accompagnées du Duc de Chartres , du
Prince de Condé , & du Prince de Lamballe , fe
fe font rendues au Camp du Régiment de la Marine
, qui a éxécuté devant le Roi, & à la fatisfac
tion de Sa Majefté , les différens temps de l'Exercice
, & les manoeuvres prefcrites par l'Ordonnance
du 20 Mars dernier .
Ces différens Corps font partis de leurs Camps
pour fe rendre à leurs deftinations refpectives.
Le Regiment de Royal Normandie eft parti le
23 , celui de la Reine , Cavalerie , le 24 , & celui
de la Marine , ainfi que la Brigade d'Artillerie
, le 25. Sa Majefté le propofe de faire venir
fucceffivement & chaque année les différentes parties
de fes Troupes , afin de juger par Elle- même
fi fes Ordonnances font bien éxécutées . Le
Şieur Amelot ayant été nommé à l'Intendance
de Bourgogne , le Roi a nommé pour remplir
la place de Préfident du Grand- Conſeil , dont il
étoit pourvu , le Sieur de Monthyon , qui , en
cette qualité a été préſenté le 18 , à Sa Majeſté.
Le Comte de Guerchy , Ambaffadeur du Roi
auprès du Roi de la Grande- Bretagne , eft arrivé
ici le 24 , & a été préſenté le 25 au matin à Sa
Majefté. Avant que de quitter la Cour de Londres ,
il a préfenté à Sa Majefté Britannique le Marquis
de Bloffet , Colonel d'un Régiment de Gre
nadiers-Royaux , que le Roi a nommé pour ré6-
NOVEMBRE . 1764. 141
der à ladite Cour en qualité de Miniſtre pendant
l'abſence de fon Ambaffadeur.
Les Sieurs Amelot, Intendant deBourgogne, le
Peletier de Morfontaine , Intendant de la Rochelle
, & Rouillé- d'Orfeuil , Intendant de Châlons
en Champagne , furent préfentés le 22 au
Roi par le Sieur de l'Averdy , Contrôleur -Gé
néral des Finances. Le même jour la Marquife
de Maulde fut auffi préfentée à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale , par la Comteſſe de
Maulde .
Le 28 , Leopold- Charles de Choiſeul , Arche
vêque de Cambrai , a prêté ferment de fidélité
entre les mains du Roi.
ג
Le
23 , le
Comte
de
Woronzow
Grand
Chancelier
de
Ruffie
, a été
préſenté
à Leurs
Majeftés
& à la Famille
Royale
.
Le 29 , le fieur de Maupeou , fils du Premier
Préfident du Parlement de Paris , a eu l'honneur
d'être préfenté au Roi par fon Père , &
a remercié Sa Majefté de l'agrément qu'elle a
bien voulu lui accorder pour une Charge de
Confeiller au même Parlement , & pour celle
de Préfident à Mortier dont fon Père étoit revêtu.
mois ,
Le Marquis de Paulmy , Miniftre & ci-devant
Secrétaire d'Etat , ayant le Département de la
Guerre , Ambaffadeur du Roi auprès de la République
de Pologne , arriva ici le 6 de ce
& fut préſenté par le Duc de Praſlin .
Le Cardinal de Bernis a prêté ferment ,
9 , entre les mains du Roi , dans la Chapelle
du Château , pour l'Archevêché d'Alby . Il s'étoit
rendu , le 3 de ce mois , à Sens où il a
été facré dans la Cathédrale par le Cardinal
le
142 MERCURE DE FRANCE.
de Laynes qui avoit pour Alliſtans l'Evêque
d'Auxerre & celui de Béziers .
Le Sieur Turgot , Préfident à Mortier au Parlement
de Paris , ayant donné la démiffion de
fa Charge , le Roi vient d'y nommer le Sieur
Peletier de S. Fargeau , Avocat Général dudit
Parlement , dont la Place a été donnée au Sieur
Barentin . Le Sieur le Peletier de S. Fargeau &
le Sieur Barentin ont eu l'honneur d'erre préfentés
, à cette occafion , à Sa Majeſté.
Le fieur de Lamoignon de Montrevault ayant
donné fa démiffion de la Charge de Préfident
à Mortier du Parlement de Paris , le Roi y a
nommé le fieur de Gourgue , qui , à cette occafion
, a eu l'honneur d'être préfenté , le 8
à Sa Majesté.
Le 7 , le Sieur Mathieu , Principal du Collége
Royal de cette Ville , a eu l'honneur de
préfenter au Roi , à Monfeigneur le Dauphin ,
à Monfeigneur le Duc de Berry & à Monfeigneur
le Comte de Provence le Programme
de l'exercice qui s'eft fait le 9 dans lédit Collége
pour la diftribution folemnelle des Prix
accordés par Sa Majesté. Monfeigneur le Due
de Berry en a accordé un particulier au fieur
Herbet qui a foutenu l'exercice.
Le Roi a accordé au Duc de Trefmes &
au Comte de Guerchy les entrées du Ca
binet.
Sa Majesté à donné l'Abbaye de S. Méen
Ordre de S. Benoît , Diocéfe de S. Malo , à
l'Abbé de Moftueges , Sous- Précepteur des Enfans
de France ; l'Abbaye Régulière & Elective
de S. Nicolas d'Arrouaize , Ordre de S. Auguftin
, Diocéfe d'Arras , à Don Floride Tabary ,
Religieux de la même Abbaye ; & celle de Bon
N
NOVEM BR E. 1764 . 143
deville , Ordre de Citeaux , Diocéfe de Rouen ,
à la Dame de Fontenailles , Religieufe de l'Abbaye
de Bonlieu , même Ordre , Diocéfe du
Mans.
La Reine donna , le 4 de ce mois , le voile
noir à deux Religieufes Carmelites ; la Cérémonie
en fut faite par le Cardinal de Rochechouart.
Le Père Celaire , Carme Déchauffé
prêcha , à cette occaſion en préfence de la
Reine.
•
Le Sieur Maliffet , Munitionnaire chargé de
la fourniture du pain pour les Troupes duCamp
de Compiegne & de l'approvisionnement de
Paris , fe tranſporta , le 22 du mois dernier
au Camp du Régiment de la Reine , Cavalerie
, en conféquence des ordres du Duc de Choi
feul , & eut l'honneur de préfenter au Roi ,
après la revue , le pain qu'il avoit fait fuivant
la nouvelle méthode qu'il a imaginée. Sa Majeſté
en fit Elle-même l'eſſai , ainfi que les Princes
qui l'accompagnoient , & en parut fatisfaite.
Les Troupes auxquelles il a été diftribué , l'ont
trouvé très- bon . On donnera bientôt au Public
la coupe des différens moulins néceffaires
pour la nouvelle mouture que le feur Maliffer
emploie & par laquelle on gagne un fixiéme
fur le produit du grain , en même temps
qu'on donne au pain une qualité fupérieure
non feulement pour le goût , mais même pour
la couleur.
:
L'Evêque de S. Omer a donné le Pallium à
l'Archevêque Duc de Cambrai cette Cérémo
nie s'eft faite dans la Chapelle des Dames de la
Congrégation de cette Ville , le 4 de ce mois.
Monfeigneur le Duc de Berry & Monseigneur
le Comte de Provence font partis d'ici le 13
144 MERCURE DE FRANCE.
pour retourner à Versailles . Le Roi le propoſe
de partir demain pour le rendre à S. Ouen
où Sa Majefté foupera avec Monfeigneur le
Dauphin , Madame la Dauphine , Madame Adélaïde
, & Mefdames Victoire , Sophie & Louiſe
qui s'y rendront auffi ; le foir , Sa Majesté ira
coucher au Château de la Muette , d'où Elle
partira le lendemain pour le rendre à Verſailles
, ainfi que Monfeigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine , Madame Adélaïde , Mefdames
Victoire , Sophie & Louife. La Reine quittera
cette Ville le 17 pour retourner à Verſailles.
ES Régimens de la Marine , Infanterie , ceux
de Royal Normandie , & de la Reine , Cavalerie ,
ainsi que la Brigade de Defmazis , du Corps
Royal de l'Artillerie , ont eu ordre de fe rendre à
Compiegne , où ils font arrivés fucceffivement
au 18 du mois dernier : ces différens
Corps ont campé léparément.
du ta
Le 15 , Leurs Majeftés, accompagnées de toute
la Famille Royale , fe font rendues au Camp de
l'Artillerie. La Brigade , après avoir éxécuté les.
différens temps de l'éxercice prefcrits par la
nouvelle Ordonnance , a défilé devant le Roi ,
& a enfuite éxécuté , en préſence de Leurs Majeftés
& de la Famille Royale, l'école des bombes ,
des obus & du canon. Le Roi à paru très- fatis
fait de la préciſion avec laquelle cette Troupe a
fait l'Exercice , & fur- tout de la jufteffe avec laquelle
les Canoniers ont tiré les différentes bouches
à feu.
Le
17 , le Roi
s'eft
rendu
une
feconde
fois
avec
la
Reine
& toute
la Famille
Royale
au
Camp
de l'Artillerie
, & les
Canoniers
ont
éxécuré
de nouveau
, en préſence
de Leurs
Majefiés
,
l'Exercice
de la Bombe
, de l'Obus
& du Canon
,
& le
cheminement
de la Sappe
.
Le 18 , le Roi & la Reine , accompagnés de
140 MERCURE DE FRANCE.
la Famille Royale , & du Duc de Chartres , du
Prince de Condé & du Prince de Lamballe , fe
font rendus au Camp de la Cavalerie . Les deux
Régimens qui le compofoient ont éxécuté en préfence
de Leurs Majeftés , différentes manoeuvres
dont le Roi a paru très - fatisfait.
Le 22 , Leurs Majeftés & toute la Famille
Royale , accompagnées du Duc de Chartres , du
Prince de Condé , & du Prince de Lamballe , fe
fe font rendues au Camp du Régiment de la Marine
, qui a éxécuté devant le Roi, & à la fatisfac
tion de Sa Majefté , les différens temps de l'Exercice
, & les manoeuvres prefcrites par l'Ordonnance
du 20 Mars dernier .
Ces différens Corps font partis de leurs Camps
pour fe rendre à leurs deftinations refpectives.
Le Regiment de Royal Normandie eft parti le
23 , celui de la Reine , Cavalerie , le 24 , & celui
de la Marine , ainfi que la Brigade d'Artillerie
, le 25. Sa Majefté le propofe de faire venir
fucceffivement & chaque année les différentes parties
de fes Troupes , afin de juger par Elle- même
fi fes Ordonnances font bien éxécutées . Le
Şieur Amelot ayant été nommé à l'Intendance
de Bourgogne , le Roi a nommé pour remplir
la place de Préfident du Grand- Conſeil , dont il
étoit pourvu , le Sieur de Monthyon , qui , en
cette qualité a été préſenté le 18 , à Sa Majeſté.
Le Comte de Guerchy , Ambaffadeur du Roi
auprès du Roi de la Grande- Bretagne , eft arrivé
ici le 24 , & a été préſenté le 25 au matin à Sa
Majefté. Avant que de quitter la Cour de Londres ,
il a préfenté à Sa Majefté Britannique le Marquis
de Bloffet , Colonel d'un Régiment de Gre
nadiers-Royaux , que le Roi a nommé pour ré6-
NOVEMBRE . 1764. 141
der à ladite Cour en qualité de Miniſtre pendant
l'abſence de fon Ambaffadeur.
Les Sieurs Amelot, Intendant deBourgogne, le
Peletier de Morfontaine , Intendant de la Rochelle
, & Rouillé- d'Orfeuil , Intendant de Châlons
en Champagne , furent préfentés le 22 au
Roi par le Sieur de l'Averdy , Contrôleur -Gé
néral des Finances. Le même jour la Marquife
de Maulde fut auffi préfentée à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale , par la Comteſſe de
Maulde .
Le 28 , Leopold- Charles de Choiſeul , Arche
vêque de Cambrai , a prêté ferment de fidélité
entre les mains du Roi.
ג
Le
23 , le
Comte
de
Woronzow
Grand
Chancelier
de
Ruffie
, a été
préſenté
à Leurs
Majeftés
& à la Famille
Royale
.
Le 29 , le fieur de Maupeou , fils du Premier
Préfident du Parlement de Paris , a eu l'honneur
d'être préfenté au Roi par fon Père , &
a remercié Sa Majefté de l'agrément qu'elle a
bien voulu lui accorder pour une Charge de
Confeiller au même Parlement , & pour celle
de Préfident à Mortier dont fon Père étoit revêtu.
mois ,
Le Marquis de Paulmy , Miniftre & ci-devant
Secrétaire d'Etat , ayant le Département de la
Guerre , Ambaffadeur du Roi auprès de la République
de Pologne , arriva ici le 6 de ce
& fut préſenté par le Duc de Praſlin .
Le Cardinal de Bernis a prêté ferment ,
9 , entre les mains du Roi , dans la Chapelle
du Château , pour l'Archevêché d'Alby . Il s'étoit
rendu , le 3 de ce mois , à Sens où il a
été facré dans la Cathédrale par le Cardinal
le
142 MERCURE DE FRANCE.
de Laynes qui avoit pour Alliſtans l'Evêque
d'Auxerre & celui de Béziers .
Le Sieur Turgot , Préfident à Mortier au Parlement
de Paris , ayant donné la démiffion de
fa Charge , le Roi vient d'y nommer le Sieur
Peletier de S. Fargeau , Avocat Général dudit
Parlement , dont la Place a été donnée au Sieur
Barentin . Le Sieur le Peletier de S. Fargeau &
le Sieur Barentin ont eu l'honneur d'erre préfentés
, à cette occafion , à Sa Majeſté.
Le fieur de Lamoignon de Montrevault ayant
donné fa démiffion de la Charge de Préfident
à Mortier du Parlement de Paris , le Roi y a
nommé le fieur de Gourgue , qui , à cette occafion
, a eu l'honneur d'être préfenté , le 8
à Sa Majesté.
Le 7 , le Sieur Mathieu , Principal du Collége
Royal de cette Ville , a eu l'honneur de
préfenter au Roi , à Monfeigneur le Dauphin ,
à Monfeigneur le Duc de Berry & à Monfeigneur
le Comte de Provence le Programme
de l'exercice qui s'eft fait le 9 dans lédit Collége
pour la diftribution folemnelle des Prix
accordés par Sa Majesté. Monfeigneur le Due
de Berry en a accordé un particulier au fieur
Herbet qui a foutenu l'exercice.
Le Roi a accordé au Duc de Trefmes &
au Comte de Guerchy les entrées du Ca
binet.
Sa Majesté à donné l'Abbaye de S. Méen
Ordre de S. Benoît , Diocéfe de S. Malo , à
l'Abbé de Moftueges , Sous- Précepteur des Enfans
de France ; l'Abbaye Régulière & Elective
de S. Nicolas d'Arrouaize , Ordre de S. Auguftin
, Diocéfe d'Arras , à Don Floride Tabary ,
Religieux de la même Abbaye ; & celle de Bon
N
NOVEM BR E. 1764 . 143
deville , Ordre de Citeaux , Diocéfe de Rouen ,
à la Dame de Fontenailles , Religieufe de l'Abbaye
de Bonlieu , même Ordre , Diocéfe du
Mans.
La Reine donna , le 4 de ce mois , le voile
noir à deux Religieufes Carmelites ; la Cérémonie
en fut faite par le Cardinal de Rochechouart.
Le Père Celaire , Carme Déchauffé
prêcha , à cette occaſion en préfence de la
Reine.
•
Le Sieur Maliffet , Munitionnaire chargé de
la fourniture du pain pour les Troupes duCamp
de Compiegne & de l'approvisionnement de
Paris , fe tranſporta , le 22 du mois dernier
au Camp du Régiment de la Reine , Cavalerie
, en conféquence des ordres du Duc de Choi
feul , & eut l'honneur de préfenter au Roi ,
après la revue , le pain qu'il avoit fait fuivant
la nouvelle méthode qu'il a imaginée. Sa Majeſté
en fit Elle-même l'eſſai , ainfi que les Princes
qui l'accompagnoient , & en parut fatisfaite.
Les Troupes auxquelles il a été diftribué , l'ont
trouvé très- bon . On donnera bientôt au Public
la coupe des différens moulins néceffaires
pour la nouvelle mouture que le feur Maliffer
emploie & par laquelle on gagne un fixiéme
fur le produit du grain , en même temps
qu'on donne au pain une qualité fupérieure
non feulement pour le goût , mais même pour
la couleur.
:
L'Evêque de S. Omer a donné le Pallium à
l'Archevêque Duc de Cambrai cette Cérémo
nie s'eft faite dans la Chapelle des Dames de la
Congrégation de cette Ville , le 4 de ce mois.
Monfeigneur le Duc de Berry & Monseigneur
le Comte de Provence font partis d'ici le 13
144 MERCURE DE FRANCE.
pour retourner à Versailles . Le Roi le propoſe
de partir demain pour le rendre à S. Ouen
où Sa Majefté foupera avec Monfeigneur le
Dauphin , Madame la Dauphine , Madame Adélaïde
, & Mefdames Victoire , Sophie & Louiſe
qui s'y rendront auffi ; le foir , Sa Majesté ira
coucher au Château de la Muette , d'où Elle
partira le lendemain pour le rendre à Verſailles
, ainfi que Monfeigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine , Madame Adélaïde , Mefdames
Victoire , Sophie & Louife. La Reine quittera
cette Ville le 17 pour retourner à Verſailles.
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Résumé : De COMPIEGNE, le 15 Août 1764.
Du 15 au 25 août 1764, plusieurs régiments de l'armée française, incluant ceux de la Marine, de l'Infanterie, de la Cavalerie, ainsi que la Brigade de l'Artillerie, se sont rassemblés à Compiègne. Le 15 août, Leurs Majestés et la Famille Royale ont assisté à des exercices militaires au Camp de l'Artillerie. La Brigade a exécuté divers exercices, tels que le tir des bombes, des obus et du canon, sous le regard satisfait du Roi. Le 17 août, le Roi et la Reine ont de nouveau assisté à des exercices de l'Artillerie. Le 18 août, ils ont observé des manœuvres de la Cavalerie. Le 22 août, le Régiment de la Marine a exécuté des exercices devant le Roi. Après ces démonstrations, les différents corps ont quitté Compiègne pour rejoindre leurs destinations respectives. Le Roi a exprimé son intention de faire venir chaque année les différentes parties de ses troupes pour vérifier l'exécution de ses ordonnances. Plusieurs nominations et présentations ont eu lieu, notamment celle du Sieur de Monthyon au poste de Président du Grand Conseil, du Comte de Guerchy comme Ambassadeur auprès du Roi de Grande-Bretagne, et de divers intendants. Le Cardinal de Bernis a prêté serment pour l'Archevêché d'Alby. Le Roi a également accordé diverses abbayes et charges, et la Reine a donné le voile noir à deux religieuses carmélites. Le Sieur Maliffet a présenté une nouvelle méthode de fabrication du pain, approuvée par le Roi et les Princes. L'Évêque de Saint-Omer a remis le Pallium à l'Archevêque de Cambrai. Enfin, la Famille Royale a quitté Compiègne pour retourner à Versailles.
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2705
p. 147-148
De FRANCFORT, le 2 Septembre 1764.
Début :
Le différend qui étoit survenu entre les Etats-Généraux & le Landgrave [...]
Mots clefs :
États généraux, Landgrave, Dispute, Régence, Cassel, Comte, Ministres, Conseillers, Estime, Amitié, Déclaration, Envoyé , Satisfaction, Pouvoir, Mémoire, Hautes Puissances
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texteReconnaissance textuelle : De FRANCFORT, le 2 Septembre 1764.
De FRANCFORT , le 2 Septembre 1764.
Le différend qui étoit furvenu entre les Etats-
Généraux & le Landgrave de Heffe - Caffel au
fujet de la conduite tenue par la Régence de
-Caffel à l'égard du Comte de Warſtenſleben , Miniftre
de Leurs Hautes Puiffances auprès du
Cercle du- Haut - Rhin . vient d'être terminé . Le
Sieur de Mofer , Confeiller Privé , que le Landgrave
avoit envoyé pour cet effet en qualité de
fon Miniftre à la Haye , fut introduit , le 30 du
mois dernier , dans la Chambre de Treves ; il
y fit en François aux Députés des Etats - Généraux
la Déclaration fuivante qu'il leur remit enfuite
par écrit en Langue Allemande.
20
39
» Son Altele Séréniflime Mgr le Landgrave
Régnant de Heffe- Caffel , en conféquence de
l'eftime & de l'amitié qu'il a vouées de tout
temps aux Seigneurs les Etats - Généraux , a appris
» avec fenfibilité le mécontentement que Leurs
Hautes Puiffances,contre toute attente , fe croyent
» autorifées à prendre de la conduite tenue par
» la Régence de Caffel , pour des raifons con-
» nues , à l'égard du Comte de Wartenfleben.
Comme Son Alteffe Séréniffime eft très- éloignée
de conniver en aucune manière , avec au-
>> cun de fes Collégues de juftice , en ce qui
» pourroit léfer les droits & les dignités d'un
Etat voifin & ami , Elle m'a envoyé expreſſément
ici , par confidération particulière d'amitié
, pour témoigner & réitérer qu'en tout
Son Altele Séréniffime n'a jamais eu la vo-
» lonté ni l'intention d'offenfer la République
» ou de porter la moindre atteinte à les droits
» & prérogatives.
» Son Altele Séréniffime effére & fe flatte
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
que Leurs Hautes Puiffances trouveront cette
>> Déclaration conforme au defir fincère avec
»lequel Mgr le Landgrave demande l'amitié
& la bienveillance de l'Etat , tant pour le préfent
que pour l'avenir.
Les Etats -Généraux ont fait répondre au Sieur
Mofer par leurs Députés , qu'ils étoient contens
de cette Déclaration , & que c'étoit avec bien
de la fatisfaction qu'ils voyoient terminer par là
les différends furvenus entre eux & le Landgrave
de Heffe- Caffel , & rétablir la bonne intelligence
& l'amitié qui de tout temps ont fubfifté
entre la République & la Maiſon de Heffe ,
& au maintien defquelles Leurs Hautes Puiflances
Le propofent de concourir de tout leur pouvoir.
Le 4 du même mois , le feur de Mofer eut une
nouvelle conférence avec les Députés des Etats-
Généraux , & leur remit un Mémoire concernant
les Griefs de Landgrave de Heffe contre le Comte
de Wartenfleben qui , de fon côté , a envoyé à
Leurs Hautes Puiffances un autre Mémoire , par
jequel il juftifié la conduite .
Le différend qui étoit furvenu entre les Etats-
Généraux & le Landgrave de Heffe - Caffel au
fujet de la conduite tenue par la Régence de
-Caffel à l'égard du Comte de Warſtenſleben , Miniftre
de Leurs Hautes Puiffances auprès du
Cercle du- Haut - Rhin . vient d'être terminé . Le
Sieur de Mofer , Confeiller Privé , que le Landgrave
avoit envoyé pour cet effet en qualité de
fon Miniftre à la Haye , fut introduit , le 30 du
mois dernier , dans la Chambre de Treves ; il
y fit en François aux Députés des Etats - Généraux
la Déclaration fuivante qu'il leur remit enfuite
par écrit en Langue Allemande.
20
39
» Son Altele Séréniflime Mgr le Landgrave
Régnant de Heffe- Caffel , en conféquence de
l'eftime & de l'amitié qu'il a vouées de tout
temps aux Seigneurs les Etats - Généraux , a appris
» avec fenfibilité le mécontentement que Leurs
Hautes Puiffances,contre toute attente , fe croyent
» autorifées à prendre de la conduite tenue par
» la Régence de Caffel , pour des raifons con-
» nues , à l'égard du Comte de Wartenfleben.
Comme Son Alteffe Séréniffime eft très- éloignée
de conniver en aucune manière , avec au-
>> cun de fes Collégues de juftice , en ce qui
» pourroit léfer les droits & les dignités d'un
Etat voifin & ami , Elle m'a envoyé expreſſément
ici , par confidération particulière d'amitié
, pour témoigner & réitérer qu'en tout
Son Altele Séréniffime n'a jamais eu la vo-
» lonté ni l'intention d'offenfer la République
» ou de porter la moindre atteinte à les droits
» & prérogatives.
» Son Altele Séréniffime effére & fe flatte
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
que Leurs Hautes Puiffances trouveront cette
>> Déclaration conforme au defir fincère avec
»lequel Mgr le Landgrave demande l'amitié
& la bienveillance de l'Etat , tant pour le préfent
que pour l'avenir.
Les Etats -Généraux ont fait répondre au Sieur
Mofer par leurs Députés , qu'ils étoient contens
de cette Déclaration , & que c'étoit avec bien
de la fatisfaction qu'ils voyoient terminer par là
les différends furvenus entre eux & le Landgrave
de Heffe- Caffel , & rétablir la bonne intelligence
& l'amitié qui de tout temps ont fubfifté
entre la République & la Maiſon de Heffe ,
& au maintien defquelles Leurs Hautes Puiflances
Le propofent de concourir de tout leur pouvoir.
Le 4 du même mois , le feur de Mofer eut une
nouvelle conférence avec les Députés des Etats-
Généraux , & leur remit un Mémoire concernant
les Griefs de Landgrave de Heffe contre le Comte
de Wartenfleben qui , de fon côté , a envoyé à
Leurs Hautes Puiffances un autre Mémoire , par
jequel il juftifié la conduite .
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Résumé : De FRANCFORT, le 2 Septembre 1764.
Le 2 septembre 1764, un différend entre les États-Généraux et le Landgrave de Hesse-Cassel concernant la conduite de la Régence de Cassel à l'égard du Comte de Warstensleben, ministre des Hautes Puissances auprès du Cercle du Haut-Rhin, a été résolu. Le Sieur de Moser, conseiller privé et ministre du Landgrave, a été envoyé à La Haye pour cette mission. Le 30 août, il a présenté une déclaration en français aux députés des États-Généraux, qu'il leur a ensuite remise par écrit en langue allemande. Le Landgrave a exprimé son mécontentement face à la conduite de la Régence de Cassel et a affirmé son intention de ne jamais offenser la République ou porter atteinte à ses droits et prérogatives. Il a également réitéré son désir de maintenir l'amitié et la bienveillance avec les États-Généraux. Les États-Généraux ont accepté cette déclaration et ont exprimé leur satisfaction de voir les différends terminés, rétablissant ainsi la bonne intelligence et l'amitié entre la République et la Maison de Hesse. Le 4 septembre, le Sieur de Moser a eu une nouvelle conférence avec les députés des États-Généraux pour discuter des griefs du Landgrave contre le Comte de Warstensleben, qui a également envoyé un mémoire pour justifier sa conduite.
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2706
p. 151-156
De VERSAILLES, le 12 Septembre 1764.
Début :
Le 19 du mois dernier, le Maréchal de Clermont-Tonnerre, prêta [...]
Mots clefs :
Maréchal, Serment, Symphonie, Auteurs, Duc, Ministre, Secrétaire, Famille royale, Nominations, Démissions, Évêque, Comtesse, Madame, Députés, Audience, Contrat de mariage, Cérémonies, Académie royale des inscriptions et belles-lettres, Mémoire, Histoire de France, Dictionnaire, Volumes
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texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 12 Septembre 1764.
De VERSAILLES , le 12 Septembre 1764.
Le 19 du mois dernier , le Maréchal de Cler
mont - Tonnerre , prêta ferment entre les mains
du Roi pour la Lieutenance Générale & le Commandement
du Dauphiné.
Le 24 , Dom Nicolas Chanlatte , nommé le
à l'Abbaye de Pontigni , eut l'honneur d'être
préfenté à Sa Majesté.
4
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Le 25 , Fête de S. Louis , les Haut- bois de :
fa Chambre ont joué , au lever du Roi , plufieurs
morceaux de fymphonie de la compofilion
du Sieur Dard , Ordinaire de la Mufique.
Ce foir , Leurs Majeftés ont foupé à leur grand
Couvert. Les Muficiens du Roi ont éxécuté
pendant le fouper plufieurs morceaux de fymphonie
de différens Auteurs , fous la direction
du Sieur de Bury , Surintendant de la Mufique
de Sa Majefté , en furvivance du Sieur Rebel .
La veille , le Corps de Ville fe rendit ici où .
ayant à fa tête le Duc de Chevreufe , Gouver
neur de Paris , il eut audience du Roi avec les
cérémonies accoutumées. Il fut préfenté à Sa
Majefté par le Comte de S. Florentin , Miniſtre
& Secrétaire d'Etat , & conduit par le Sieur de
Nantouillet , Maître des Cérémonies. Le Sieur
Bignon , Confeiller d'Etat , Commandeur des
Ordres du Roi & Bibliothécaire de Sa Majefté ,
nouveau Frévôt des Marchands ; & les Sieurs
Martel , Confeiller du Roi , Notaire honoraire
Confeiller Quartinier de l'Hôtel de Villė ,
& Gauthier de Rougemont , Négociant , nouveaux
Echevins prêterent entre les mains
du Roi le ferment de fidélité dont le Comte de
S. Florentin fit la lecture , ainfi que du Scrutin
qui fut préfenté par le Sieur de la Porte , Premier
Avocat du Roi au Châtelet . Après cette Audience
le Corps de Ville eut l'honneur de rendre les
refpects à la Reine & à la Famille Royale.
>
-
Le même jour , Leurs Majeftés ainfi que la Famille
Royale, ont figné le Contrat de mariage du
Comte de la Rochefoucault avec Demoiſelle
de Lannion.
Le 2 , le Comte de Woronzow , Grand - Chancelier
de Ruffie , prit congé de Leurs Majeftés
& de la Famille Royale,
NOVEMBRE. 1764. 153
Le lendemain , les Députés du Parlement de
Bretagne eurent audience du Roi. Ils furent
préfentés à Sa Majefté parle Comte de S. Florentin
, Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le Département
de cette Province , & conduits par
le Sieur de Nantouillet , Maître des Cérémonies.
Sa Majefté les reçut dans fon fauteuil en préfence
de fes Miniftres & de fes Grands Officiers , &
leur permit de lui préfenter les remontrance
dont ils avoient été chargés par leur Compagnies
Le Roi a nommé l'Evêque de Tulle à l'Evêch ;
de Soiffons , & l'Abbé de S. Sauveur , Vicairé
Général du Diocèfe d'Amiens à l'Evêché de Tullee
Sa Majesté a donné l'Abbaye de S. Evroul ..
Ordre de S. Benoît , Diocèle de Lizieux , à l'E-,
vêque de Rennes , & l'Abbaye d'Annay , Ordrede
Cîteaux , Diocèle d'Arras à la Dame de
Brifoeuil , Religieufe de la même Abbaye .
›
Le 31 , les Députés du Parlement de Bretagne
furent prefentés au Roi au nombre de fept par
le Comte de S. Florentin , & conduits par le Sieur
Bourlier de S. Hilaire ,Maître-d'Hôtel Ördinaire de
Sa Majesté. Le Roi les reçut dans fon fauteuil en
préſence de fes Miniftres & des Grands Officiers ,
& leur fit part de fes intentions au fujet des
repréfentations qu'ils avoient préfentées le 16
à Sa Majefté de la part de leurCompagnie.
La Comteffe de Sommyevre, ayant été nomméo
pour accompagner Madame Adélaïde , à la place
de la Comtelle de Narbonne , s été préſentée
au Roi , le 2 de ce mois , en cette qualité par™
Madame Adélaïde .
Le 3 , les Députés de Languedoc eurent audience
de Sa Majesté. Ils furent préfentés par
le Comte d'Eu , Gouverneur de la Province , &
par le Comte de S. Florentin , & conduits par
G v
154 MERCURE DE FRANCE .
le Sieur de Nantouillet , Maitre des Cérémonies .
La Députation étoit compofée , pour le Clergé ,
de l'Archevêque de Toulouſe qui porta la parole ;
pour la Nobleffe , du Vicomte de Polignac ;
& pour le Tiers - Etat , du Sieur Alifon , Lieutenant-
Maire de Nifmes , du Sieur Gaulard ,
Maire d'Anet , & du Sieur de la Fage , Syndic
Général de la Province . Ils furent enfuite conduits
à l'Audience de la Reine & de la Famille
Royale.
Le 8 , Leurs Majeftés ainsi que la Famille Royale,
fignerent le Contrat de mariage du Sieur Bignon ,
Fils du Prévôt des Marchands de la , Ville de
Paris , avec Demoiſelle de Hennot du Rozel .
Le même jour , le Sieur de Clugni , Conſeiller
au Parlement de Dijon , ci- devant Intendant de
S. Domingue , fut préfenté à Sa Majesté par le
Duc de Choiseul.
Le Roi ayant nommé Chevaliers des Ordres
Royaux , Militaires & Hofpitaliers de Notre-
Dame du Mont- Carmel & de S. Lazare de Jérufalem
le Comte de Redmond , Lieutenant -Général
de fes Armées , & le Comte d'Amblimond ,
Lieutenant de Vaiffeau , ces Chevaliers furent
reçus , le 9 , dans l'appartement & en préſence
de Mgr le Duc de Berry , Grand - Maître defdits
Ordres , après avoir fait leur profeffion &
l'émiffion de leurs voeux entre les mains du
Comte de S. Florentin , Gérent & Adminiſtrateur
de ces Ordres , pendant la minorité de Mgr
le Grand- Maître dont les nouveaux Chevaliers
eurent l'honneur de baifer la main en figne
d'obédience. Plufieurs Chevaliers & Commandeurs
, ainfi que les Grands Officiers desdits
Crdres , ont affifté à cette Cérémonie. La Meffe
a été célébrée par l'Abbé Frottier , Chapelain
du Roi.
NOVEMBRE. 1764. 155
Le même jour , l'Evêque d'Avranches fut facré
dans la Chapelle du Chateau , par l'Archevêque
de Reims , aflifté de l'Evêque de Senlis & de
celui de Soiffons , ci - devant Evêque de Tulle.
L'Abbé , le Bibliothécaire & le Procureur de
Sainte Genevieve eurent l'honneur d'être préfentés
au Roi , le même jour , par le Comte de
S. Florentin , Miniftre & Secrétaire d'Etat , &
de faire leurs remercîmens à Sa Majesté à l'oce
cafion de la Cérémonie du 6. Ils furent prcfentés
le même jour , à Mgr le Dauphin.
Le 10 , l'Evêque d'Avranches & celui de Vabres
prêterent ferment entre les mains du Roi pendant
la Meffe , dans la Chapelle du Château .
L'Académie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres eut l'honneur de préfenter , le 3 de ce
mois , à Leurs Majeſtés & à la Famille Royale les
XXIX & XXXe Volumes de fes Mémoires . Le
fieur de Fontanieu , Confeiller d'Etat , Intendant-
Général des Meubles de la Couronne , a préſenté
au Roi deux Sucriers d'Or très - artiftement travaillés
& faits par le fieur Roettiers , Orfévre
ordinaire de la Maifon de Sa Majeſté.
Le Sieur Gallonde , Chanoine Régulier de Ste
Génevieve , a eu l'honneur de préfenter au Roi
le premier Volume d'un Abrégé Chronologique
de l'Hiftoire de France écrit de fa main en lettres
Romaines.
Le fieur Duchefne , fils du Prévôt des Bâtimens
du Roi , & âgé de feize ans , a eu l'honneur de
préfenter au Roi un Livre intitulé . Manuel Botanique
contenant les propriétés des Plantes utiles
pour la nourriture , d'ufage en Médecine , employées
dans les Arts , ou d'ornement pour les jardins
& que l'on trouve à la Campagne aux environs de
Paris .
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Le fieur Blondeau de Charnage , Penfionnaire
du Roi , a eu autfi l'honneur de préfenter à Sa
Majefté le quatriéme Volume de fon Dictionnaire
des Titres Originaux concernant les Droits de la
Couronne ; les Fiefs , l'Hiftoire , la Généalogie ,
& c.
Le Geur Valeyre fils , Imprimeur Libraire , eut
l'honneur de préſenter à Monſeigneur le Duc de
Berry , à Monfeigneur le Comte de Provence
& à Monfeigneur le Comte d'Artois , le Spectacle
Hiftorique ou Mémorial des principaux événemens
irés de l'Hiftoire Univerfelle.
Le 19 du mois dernier , le Maréchal de Cler
mont - Tonnerre , prêta ferment entre les mains
du Roi pour la Lieutenance Générale & le Commandement
du Dauphiné.
Le 24 , Dom Nicolas Chanlatte , nommé le
à l'Abbaye de Pontigni , eut l'honneur d'être
préfenté à Sa Majesté.
4
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Le 25 , Fête de S. Louis , les Haut- bois de :
fa Chambre ont joué , au lever du Roi , plufieurs
morceaux de fymphonie de la compofilion
du Sieur Dard , Ordinaire de la Mufique.
Ce foir , Leurs Majeftés ont foupé à leur grand
Couvert. Les Muficiens du Roi ont éxécuté
pendant le fouper plufieurs morceaux de fymphonie
de différens Auteurs , fous la direction
du Sieur de Bury , Surintendant de la Mufique
de Sa Majefté , en furvivance du Sieur Rebel .
La veille , le Corps de Ville fe rendit ici où .
ayant à fa tête le Duc de Chevreufe , Gouver
neur de Paris , il eut audience du Roi avec les
cérémonies accoutumées. Il fut préfenté à Sa
Majefté par le Comte de S. Florentin , Miniſtre
& Secrétaire d'Etat , & conduit par le Sieur de
Nantouillet , Maître des Cérémonies. Le Sieur
Bignon , Confeiller d'Etat , Commandeur des
Ordres du Roi & Bibliothécaire de Sa Majefté ,
nouveau Frévôt des Marchands ; & les Sieurs
Martel , Confeiller du Roi , Notaire honoraire
Confeiller Quartinier de l'Hôtel de Villė ,
& Gauthier de Rougemont , Négociant , nouveaux
Echevins prêterent entre les mains
du Roi le ferment de fidélité dont le Comte de
S. Florentin fit la lecture , ainfi que du Scrutin
qui fut préfenté par le Sieur de la Porte , Premier
Avocat du Roi au Châtelet . Après cette Audience
le Corps de Ville eut l'honneur de rendre les
refpects à la Reine & à la Famille Royale.
>
-
Le même jour , Leurs Majeftés ainfi que la Famille
Royale, ont figné le Contrat de mariage du
Comte de la Rochefoucault avec Demoiſelle
de Lannion.
Le 2 , le Comte de Woronzow , Grand - Chancelier
de Ruffie , prit congé de Leurs Majeftés
& de la Famille Royale,
NOVEMBRE. 1764. 153
Le lendemain , les Députés du Parlement de
Bretagne eurent audience du Roi. Ils furent
préfentés à Sa Majefté parle Comte de S. Florentin
, Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le Département
de cette Province , & conduits par
le Sieur de Nantouillet , Maître des Cérémonies.
Sa Majefté les reçut dans fon fauteuil en préfence
de fes Miniftres & de fes Grands Officiers , &
leur permit de lui préfenter les remontrance
dont ils avoient été chargés par leur Compagnies
Le Roi a nommé l'Evêque de Tulle à l'Evêch ;
de Soiffons , & l'Abbé de S. Sauveur , Vicairé
Général du Diocèfe d'Amiens à l'Evêché de Tullee
Sa Majesté a donné l'Abbaye de S. Evroul ..
Ordre de S. Benoît , Diocèle de Lizieux , à l'E-,
vêque de Rennes , & l'Abbaye d'Annay , Ordrede
Cîteaux , Diocèle d'Arras à la Dame de
Brifoeuil , Religieufe de la même Abbaye .
›
Le 31 , les Députés du Parlement de Bretagne
furent prefentés au Roi au nombre de fept par
le Comte de S. Florentin , & conduits par le Sieur
Bourlier de S. Hilaire ,Maître-d'Hôtel Ördinaire de
Sa Majesté. Le Roi les reçut dans fon fauteuil en
préſence de fes Miniftres & des Grands Officiers ,
& leur fit part de fes intentions au fujet des
repréfentations qu'ils avoient préfentées le 16
à Sa Majefté de la part de leurCompagnie.
La Comteffe de Sommyevre, ayant été nomméo
pour accompagner Madame Adélaïde , à la place
de la Comtelle de Narbonne , s été préſentée
au Roi , le 2 de ce mois , en cette qualité par™
Madame Adélaïde .
Le 3 , les Députés de Languedoc eurent audience
de Sa Majesté. Ils furent préfentés par
le Comte d'Eu , Gouverneur de la Province , &
par le Comte de S. Florentin , & conduits par
G v
154 MERCURE DE FRANCE .
le Sieur de Nantouillet , Maitre des Cérémonies .
La Députation étoit compofée , pour le Clergé ,
de l'Archevêque de Toulouſe qui porta la parole ;
pour la Nobleffe , du Vicomte de Polignac ;
& pour le Tiers - Etat , du Sieur Alifon , Lieutenant-
Maire de Nifmes , du Sieur Gaulard ,
Maire d'Anet , & du Sieur de la Fage , Syndic
Général de la Province . Ils furent enfuite conduits
à l'Audience de la Reine & de la Famille
Royale.
Le 8 , Leurs Majeftés ainsi que la Famille Royale,
fignerent le Contrat de mariage du Sieur Bignon ,
Fils du Prévôt des Marchands de la , Ville de
Paris , avec Demoiſelle de Hennot du Rozel .
Le même jour , le Sieur de Clugni , Conſeiller
au Parlement de Dijon , ci- devant Intendant de
S. Domingue , fut préfenté à Sa Majesté par le
Duc de Choiseul.
Le Roi ayant nommé Chevaliers des Ordres
Royaux , Militaires & Hofpitaliers de Notre-
Dame du Mont- Carmel & de S. Lazare de Jérufalem
le Comte de Redmond , Lieutenant -Général
de fes Armées , & le Comte d'Amblimond ,
Lieutenant de Vaiffeau , ces Chevaliers furent
reçus , le 9 , dans l'appartement & en préſence
de Mgr le Duc de Berry , Grand - Maître defdits
Ordres , après avoir fait leur profeffion &
l'émiffion de leurs voeux entre les mains du
Comte de S. Florentin , Gérent & Adminiſtrateur
de ces Ordres , pendant la minorité de Mgr
le Grand- Maître dont les nouveaux Chevaliers
eurent l'honneur de baifer la main en figne
d'obédience. Plufieurs Chevaliers & Commandeurs
, ainfi que les Grands Officiers desdits
Crdres , ont affifté à cette Cérémonie. La Meffe
a été célébrée par l'Abbé Frottier , Chapelain
du Roi.
NOVEMBRE. 1764. 155
Le même jour , l'Evêque d'Avranches fut facré
dans la Chapelle du Chateau , par l'Archevêque
de Reims , aflifté de l'Evêque de Senlis & de
celui de Soiffons , ci - devant Evêque de Tulle.
L'Abbé , le Bibliothécaire & le Procureur de
Sainte Genevieve eurent l'honneur d'être préfentés
au Roi , le même jour , par le Comte de
S. Florentin , Miniftre & Secrétaire d'Etat , &
de faire leurs remercîmens à Sa Majesté à l'oce
cafion de la Cérémonie du 6. Ils furent prcfentés
le même jour , à Mgr le Dauphin.
Le 10 , l'Evêque d'Avranches & celui de Vabres
prêterent ferment entre les mains du Roi pendant
la Meffe , dans la Chapelle du Château .
L'Académie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres eut l'honneur de préfenter , le 3 de ce
mois , à Leurs Majeſtés & à la Famille Royale les
XXIX & XXXe Volumes de fes Mémoires . Le
fieur de Fontanieu , Confeiller d'Etat , Intendant-
Général des Meubles de la Couronne , a préſenté
au Roi deux Sucriers d'Or très - artiftement travaillés
& faits par le fieur Roettiers , Orfévre
ordinaire de la Maifon de Sa Majeſté.
Le Sieur Gallonde , Chanoine Régulier de Ste
Génevieve , a eu l'honneur de préfenter au Roi
le premier Volume d'un Abrégé Chronologique
de l'Hiftoire de France écrit de fa main en lettres
Romaines.
Le fieur Duchefne , fils du Prévôt des Bâtimens
du Roi , & âgé de feize ans , a eu l'honneur de
préfenter au Roi un Livre intitulé . Manuel Botanique
contenant les propriétés des Plantes utiles
pour la nourriture , d'ufage en Médecine , employées
dans les Arts , ou d'ornement pour les jardins
& que l'on trouve à la Campagne aux environs de
Paris .
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Le fieur Blondeau de Charnage , Penfionnaire
du Roi , a eu autfi l'honneur de préfenter à Sa
Majefté le quatriéme Volume de fon Dictionnaire
des Titres Originaux concernant les Droits de la
Couronne ; les Fiefs , l'Hiftoire , la Généalogie ,
& c.
Le Geur Valeyre fils , Imprimeur Libraire , eut
l'honneur de préſenter à Monſeigneur le Duc de
Berry , à Monfeigneur le Comte de Provence
& à Monfeigneur le Comte d'Artois , le Spectacle
Hiftorique ou Mémorial des principaux événemens
irés de l'Hiftoire Univerfelle.
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Résumé : De VERSAILLES, le 12 Septembre 1764.
En septembre et novembre 1764, plusieurs événements marquants ont eu lieu à la cour de France. Le 19 août, le Maréchal de Clermont-Tonnerre a prêté serment pour la Lieutenance Générale et le Commandement du Dauphiné. Le 24 août, Dom Nicolas Chanlatte a été présenté au roi pour l'Abbaye de Pontigny. Le 25 août, à la fête de Saint Louis, les musiciens de la chambre du roi ont interprété des symphonies. Ce même jour, le corps de ville de Paris, dirigé par le Duc de Chevreuse, a eu audience avec le roi et a prêté serment de fidélité. Le 1er septembre, le roi a signé le contrat de mariage du Comte de La Rochefoucault. Le 2 septembre, le Comte de Woronzow, Grand-Chancelier de Russie, a pris congé des souverains. Le 3 novembre, les députés du Parlement de Bretagne ont présenté leurs remontrances au roi. Le roi a également nommé plusieurs évêques et abbés, dont l'Évêque de Tulle à l'évêché de Soissons et l'Abbé de Saint-Sauveur à l'évêché de Tulle. Le 31 octobre, les députés du Parlement de Bretagne ont été reçus par le roi pour discuter de leurs représentations. La Comtesse de Sommerville a été nommée pour accompagner Madame Adélaïde. Le 3 novembre, les députés de Languedoc ont eu audience avec le roi. Le 8 novembre, le roi a signé le contrat de mariage du Sieur Bignon et le Sieur de Clugny a été présenté au roi. Le 9 novembre, les Comtes de Redmond et d'Amblimond ont été reçus comme Chevaliers des Ordres Royaux et l'Évêque d'Avranches a été sacré. Diverses présentations de livres et d'objets d'art ont également eu lieu, notamment par le Sieur de Fontanieu, le Sieur Gallonde, le Sieur Duchefne, le Sieur Blondeau de Charnage, et le Sieur Valeyre fils.
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2707
p. 156-158
De PARIS, le 10 Septembre 1764.
Début :
Le Corps de Ville a tenu, le 16 du mois dernier, [...]
Mots clefs :
Assemblée générale, Conseiller d'État, Prévôt des marchands, Université, Prix, Cérémonie, Procession, Fête de Saint-Louis, Académie française, Académie royale des sciences, Église, Incendie, Ornements, Dégâts
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texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 10 Septembre 1764.
De PARIS , le 10 Septembre 1764.
Le Corps de Ville a tenu ,le 16 [du mois dernier
, une affemblée générale dans laquelle le
fieur Bignon , Confeiller d'Etat Commandeur des
Ordres du Roi & Bibliothécaire de Sa Majesté , a
éré élu Prévôt des Marchands ; les fieur de Martel
& Gauthier de Rougemont , ont été nommés
Echevins .
Le 8 du même mois l'Univerfité s'affembla
dans les Ecoles de Sorbonne pour la diftribution
de fes Prix . Cette cérémonie , à laquelle le
Parlement affifta ,fut précedée d'un Difcours Latin
que prononça le fieur Pierre Jacquin , Profeffeur
d'Eloquence au Collège de la Marche. L'Auteur
de l'ouvrage qui a mérité le Prix d'Eloquence
ne s'étant point fait connoître , ce Prix , fondé
pour les Maîtres - ès- Arts par le fieur Jean- Baptifte
Coignard , Secrétaire du Roi & Confervateur
des Hypothéques , a été remis à l'année prochaine
, le Sujet prononcé étoit : ibi optimam effe
juventutis inftitutionem , ubi viget maximè maſćuta
& virilis difciplina.
Le 25 Fêre de S. Louis , la Proceffion de
NOVEMBRE. 1764. 157
Carmes du Grand- Couvent à laquelle le Corps de
Ville afifta , fe rendit , felon la coutume , à la
Chapelle du Palais des Tuileries, où ces Religieux
chanterent la Meffe.
L'Académie Françoile célébra cette Fête dans
La Chapelle du Louvre où l'Abbé Varé prononça
le Panégyrique de S. Louis . La même Fête fut
célébrée par l'Académie Royale des Infcriptions.
& Belles- Lettres & par celle des Sciences dans l'E .
glfe des Prêtres de l'Oratoire ; l'Abbé Rouſſeau
prononça le Panégyrique du Saint.
Le arême jour l'Académie de S. Luc a fait l'ouverture
de fon Sallon de Peinture & de Sculpture
à l'Hôtel d'Aligre , rue S. Honoré.
L'Académie Royale des Sciences a nommé
les fieurs Hellot , Macques , de Montigny , Leroi
& Tiller pour examiner la nouvelle porcelaine de
la compofition du Comte de Lauraguais . Après
en avoir comparé la pâte avec celle de la porcelaine
du Japon , ces Académiciens ont certifié
n'y avoir apperçu aucune différence.
On a appris que , le 9 du mois dernier , l'Eglife
des Pères Chartreux de Bourbon -lez- Gaillon , à
fept lieues de Rouen , a été entierement confumée
par un incendie. Cet accident a été occafionné par
la négligence d'un Plombier qui travailloit audeffus
du Chapitre attenant à l'Eglife ; il avoit
envoyé chercher du feu dans un réchaux pour
fondre de la foudure : le manoeuvre qui l'appor
toit laiffa tomber le réchaux , & le Plombier ſe
contenta de jetter de l'eau fur les charbons allumés
qu'il apperçut : mais il en reſta vraiſemblablement
quelques - uns qui embraferent la charpente
; car à trois heures après minuit le feu prit
avec tant de violence que l'Eglife , le Chapitre ,
la Cellule du Sacriftain & la Tour où étoit l'hor
158 MERCURE DE FRANCE .
loge furent réduits en cendres en moins d'une
heure de temps : on n'a pu fauver ni les ornemens
d'Eglife , ni le linge , ni l'argenterie qui
étoient renfermés dans ces différens endroits .
Le 4 de ce mois , l'AcadémieRoyale des Infcriptions
& Belles - Lettres nomma le fieur de l'Averdy,
Controlleur- Général des Finances , à la
Place d'Académicien Honoraire vacante par la
mort du Comte d'Argenſon .
Le Corps de Ville a tenu ,le 16 [du mois dernier
, une affemblée générale dans laquelle le
fieur Bignon , Confeiller d'Etat Commandeur des
Ordres du Roi & Bibliothécaire de Sa Majesté , a
éré élu Prévôt des Marchands ; les fieur de Martel
& Gauthier de Rougemont , ont été nommés
Echevins .
Le 8 du même mois l'Univerfité s'affembla
dans les Ecoles de Sorbonne pour la diftribution
de fes Prix . Cette cérémonie , à laquelle le
Parlement affifta ,fut précedée d'un Difcours Latin
que prononça le fieur Pierre Jacquin , Profeffeur
d'Eloquence au Collège de la Marche. L'Auteur
de l'ouvrage qui a mérité le Prix d'Eloquence
ne s'étant point fait connoître , ce Prix , fondé
pour les Maîtres - ès- Arts par le fieur Jean- Baptifte
Coignard , Secrétaire du Roi & Confervateur
des Hypothéques , a été remis à l'année prochaine
, le Sujet prononcé étoit : ibi optimam effe
juventutis inftitutionem , ubi viget maximè maſćuta
& virilis difciplina.
Le 25 Fêre de S. Louis , la Proceffion de
NOVEMBRE. 1764. 157
Carmes du Grand- Couvent à laquelle le Corps de
Ville afifta , fe rendit , felon la coutume , à la
Chapelle du Palais des Tuileries, où ces Religieux
chanterent la Meffe.
L'Académie Françoile célébra cette Fête dans
La Chapelle du Louvre où l'Abbé Varé prononça
le Panégyrique de S. Louis . La même Fête fut
célébrée par l'Académie Royale des Infcriptions.
& Belles- Lettres & par celle des Sciences dans l'E .
glfe des Prêtres de l'Oratoire ; l'Abbé Rouſſeau
prononça le Panégyrique du Saint.
Le arême jour l'Académie de S. Luc a fait l'ouverture
de fon Sallon de Peinture & de Sculpture
à l'Hôtel d'Aligre , rue S. Honoré.
L'Académie Royale des Sciences a nommé
les fieurs Hellot , Macques , de Montigny , Leroi
& Tiller pour examiner la nouvelle porcelaine de
la compofition du Comte de Lauraguais . Après
en avoir comparé la pâte avec celle de la porcelaine
du Japon , ces Académiciens ont certifié
n'y avoir apperçu aucune différence.
On a appris que , le 9 du mois dernier , l'Eglife
des Pères Chartreux de Bourbon -lez- Gaillon , à
fept lieues de Rouen , a été entierement confumée
par un incendie. Cet accident a été occafionné par
la négligence d'un Plombier qui travailloit audeffus
du Chapitre attenant à l'Eglife ; il avoit
envoyé chercher du feu dans un réchaux pour
fondre de la foudure : le manoeuvre qui l'appor
toit laiffa tomber le réchaux , & le Plombier ſe
contenta de jetter de l'eau fur les charbons allumés
qu'il apperçut : mais il en reſta vraiſemblablement
quelques - uns qui embraferent la charpente
; car à trois heures après minuit le feu prit
avec tant de violence que l'Eglife , le Chapitre ,
la Cellule du Sacriftain & la Tour où étoit l'hor
158 MERCURE DE FRANCE .
loge furent réduits en cendres en moins d'une
heure de temps : on n'a pu fauver ni les ornemens
d'Eglife , ni le linge , ni l'argenterie qui
étoient renfermés dans ces différens endroits .
Le 4 de ce mois , l'AcadémieRoyale des Infcriptions
& Belles - Lettres nomma le fieur de l'Averdy,
Controlleur- Général des Finances , à la
Place d'Académicien Honoraire vacante par la
mort du Comte d'Argenſon .
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Résumé : De PARIS, le 10 Septembre 1764.
En août 1764, plusieurs événements marquants ont eu lieu à Paris. Le 16 août, le Corps de Ville a élu le sieur Bignon comme Prévôt des Marchands et les sieurs de Martel et Gauthier de Rougemont comme Échevins. Le 8 août, l'Université a organisé une cérémonie à la Sorbonne pour la distribution des prix, en présence du Parlement et d'un discours latin du sieur Pierre Jacquin. Le prix d'éloquence, fondé par Jean-Baptiste Coignard, n'a pas été attribué cette année-là. Le 25 août, une procession des Carmes du Grand-Couvent s'est rendue à la Chapelle du Palais des Tuileries, et diverses académies ont célébré la fête de Saint Louis avec des panégyriques. L'Académie de Saint Luc a également ouvert son salon de peinture et de sculpture. L'Académie Royale des Sciences a examiné la porcelaine du Comte de Lauraguais, la jugeant comparable à celle du Japon. Le 9 août, un incendie a détruit l'église des Pères Chartreux de Bourbon-lès-Gaillon. Le 4 septembre, l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres a nommé le sieur de l'Averdy Contrôleur Général des Finances, succédant au Comte d'Argenson.
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2708
p. 160-162
CÉREMONIES PUBLIQUES.
Début :
Le 9 Septembre, l'Archevêque de Colosse, Nonce Ordinaire du Pape, [...]
Mots clefs :
Archevêque, Nonce ordinaire du Pape, Prince, Ambassadeurs, Carosse, Comte, Comtesses, Soldats, Chevaux, Audience, Officiers, Monseigneur, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CÉREMONIES PUBLIQUES.
CEREMONIES PUBLIQUES.
LE , E9 Septembre , l'Archevêque de Coloffe ,
Nonce Ordinaire du Pape , fit fon entrée publique
en cette Ville. Le Prince de Marfans & le fieur lå
Live de la Briche , Introdu &teur des Ambaſſadeurs ,
allerent le prendre dans les carrolles de Leurs
Majeftés au Couvent de Picpus , d'où lamarche fe
fit dans l'ordre fuivant : un détachement du Guet
à cheval , le Commandant à la tête ; le caroffe
de l'Introducteur ; celui du Prince de Marfans ;
deux Suiffes de l'Ambaſſadeur à cheval ; la Livrée
à pied ; fix de fes Officiers à cheval ; un Ecuyer &
fix Pages à cheval ; le caroffe du Roi à côté duquel
marchoient la Livrée du Prince de Marfans
& celle de l'Introducteur ; le carroffe de
la Reine , dans lequel étoient l'Auditeur de la
Nonciature & le fieur de Sequeville , Sécrétaire
Ordinaire du Roi à la conduite des Ambaffadeurs ,
fes Gens aux portieres ; le carroffe de Madame la
Dauphine ; ceux du Duc d'Orléans , du Duc de
Chartres , du Prince de Condé , du Comte de Clermont
, de la Princeffe de Conty , du Prince de
Conty , du Comte de la Marche , de la Comteffe
de la Marche , du Comte d'Eu , de la Comteſſe de
Toulouſe , du Duc de Penthievre , du Prince de
Lamballe & celui du Duc de Praflin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat ayant le Département des
Affaires Etrangères. Les quatre carroffes du Nonce
marchoient enfuite à une diftance de vingt à
trente pas. Un fecond détachement du Guet à
eheval fermoit la marche. Lorsque le Nonce
fut arrivé à fon Hôtel , il fut complimenté , de
la part du Roi par le Duc de Fleury , premier
NOVEMBRE . 1764. 16
.la
Gentilhomme de la Chambre de Sa Majefté ; de
part de la Reine , par le Chevalier de Talaru ,
fon premier Maître d'Hôtel en furvivance ; de la
part de Madame la Dauphine , par le Comte de
Mailly ,fon premier Ecuyer , & de la part de
Madame Adélaïde , par le Marquis de L'hôpital ,
premier Ecuyer de cette Princefe ...
Le II , le Prince de Marfans & le fieur la Live
de la Briche , Introducteur des Ambaſſadeurs , allerent
prendre le Nonce en fon Hôtel dans les
carroffes du Roi & de la Reine , & ils le conduifirent
à Versailles où il eut fa premiere audience.
publique du Roi le Nonce trouva à fon paffage ,
dans l'avant- cour du Château ; les Compagnies
des Gardes - Françoifes & Suiffes fous les armes , les
tambours appellant ; dans la cour , les Gardes de
la Porte & ceux de la Prévôté de l'Hôtel fous les
armes , à leurs poftes ordinaires , & fur l'efcalier ,
les Cent-Suiffes la hallebarde à la main. Il fur
reçu , en-dedans de la Salle des Gardes , par
le Marquis de Villeroi , Capitaine des Gardes
du Corps , lefquels étoient en haie & fous les
armes. Après l'audience du Roi , le Nonce fut
conduit à l'audience de la Reine , à celles de
Monfeigneur le Dauphin & de Madame la Dau
phine , par le Prince de Marfans & par l'Introducteur
des Ambaffadeurs ; après quoi il fur
conduit à celles de Monfeigneur le Duc de Berry ,
de Monfeigneur le Comte de Provence & de Mon
feigneur le Comte d'Artois ; enfuite à celle de
Madame Adélaïde , & à celle de Mefdames Vic
toire , Sophie & Louife ; & , après avoir été fervi
à fon traitement par les Officiers du Roi , il fut
reconduit à Paris dans les carroffes de Leurs Majenés.
Le Marquis de Montpefat , créé Duc par le feu
162 MERCURE DE FRANCE:
Pape Benoit XIV , a eu l'honneur d'être pré
fenté au Roi , à la Reine & à la Famille Royale ,
le 12 Octobre par le Duc d'Aumont , premier
Gentilhomme de la Chambre.
LE , E9 Septembre , l'Archevêque de Coloffe ,
Nonce Ordinaire du Pape , fit fon entrée publique
en cette Ville. Le Prince de Marfans & le fieur lå
Live de la Briche , Introdu &teur des Ambaſſadeurs ,
allerent le prendre dans les carrolles de Leurs
Majeftés au Couvent de Picpus , d'où lamarche fe
fit dans l'ordre fuivant : un détachement du Guet
à cheval , le Commandant à la tête ; le caroffe
de l'Introducteur ; celui du Prince de Marfans ;
deux Suiffes de l'Ambaſſadeur à cheval ; la Livrée
à pied ; fix de fes Officiers à cheval ; un Ecuyer &
fix Pages à cheval ; le caroffe du Roi à côté duquel
marchoient la Livrée du Prince de Marfans
& celle de l'Introducteur ; le carroffe de
la Reine , dans lequel étoient l'Auditeur de la
Nonciature & le fieur de Sequeville , Sécrétaire
Ordinaire du Roi à la conduite des Ambaffadeurs ,
fes Gens aux portieres ; le carroffe de Madame la
Dauphine ; ceux du Duc d'Orléans , du Duc de
Chartres , du Prince de Condé , du Comte de Clermont
, de la Princeffe de Conty , du Prince de
Conty , du Comte de la Marche , de la Comteffe
de la Marche , du Comte d'Eu , de la Comteſſe de
Toulouſe , du Duc de Penthievre , du Prince de
Lamballe & celui du Duc de Praflin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat ayant le Département des
Affaires Etrangères. Les quatre carroffes du Nonce
marchoient enfuite à une diftance de vingt à
trente pas. Un fecond détachement du Guet à
eheval fermoit la marche. Lorsque le Nonce
fut arrivé à fon Hôtel , il fut complimenté , de
la part du Roi par le Duc de Fleury , premier
NOVEMBRE . 1764. 16
.la
Gentilhomme de la Chambre de Sa Majefté ; de
part de la Reine , par le Chevalier de Talaru ,
fon premier Maître d'Hôtel en furvivance ; de la
part de Madame la Dauphine , par le Comte de
Mailly ,fon premier Ecuyer , & de la part de
Madame Adélaïde , par le Marquis de L'hôpital ,
premier Ecuyer de cette Princefe ...
Le II , le Prince de Marfans & le fieur la Live
de la Briche , Introducteur des Ambaſſadeurs , allerent
prendre le Nonce en fon Hôtel dans les
carroffes du Roi & de la Reine , & ils le conduifirent
à Versailles où il eut fa premiere audience.
publique du Roi le Nonce trouva à fon paffage ,
dans l'avant- cour du Château ; les Compagnies
des Gardes - Françoifes & Suiffes fous les armes , les
tambours appellant ; dans la cour , les Gardes de
la Porte & ceux de la Prévôté de l'Hôtel fous les
armes , à leurs poftes ordinaires , & fur l'efcalier ,
les Cent-Suiffes la hallebarde à la main. Il fur
reçu , en-dedans de la Salle des Gardes , par
le Marquis de Villeroi , Capitaine des Gardes
du Corps , lefquels étoient en haie & fous les
armes. Après l'audience du Roi , le Nonce fut
conduit à l'audience de la Reine , à celles de
Monfeigneur le Dauphin & de Madame la Dau
phine , par le Prince de Marfans & par l'Introducteur
des Ambaffadeurs ; après quoi il fur
conduit à celles de Monfeigneur le Duc de Berry ,
de Monfeigneur le Comte de Provence & de Mon
feigneur le Comte d'Artois ; enfuite à celle de
Madame Adélaïde , & à celle de Mefdames Vic
toire , Sophie & Louife ; & , après avoir été fervi
à fon traitement par les Officiers du Roi , il fut
reconduit à Paris dans les carroffes de Leurs Majenés.
Le Marquis de Montpefat , créé Duc par le feu
162 MERCURE DE FRANCE:
Pape Benoit XIV , a eu l'honneur d'être pré
fenté au Roi , à la Reine & à la Famille Royale ,
le 12 Octobre par le Duc d'Aumont , premier
Gentilhomme de la Chambre.
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Résumé : CÉREMONIES PUBLIQUES.
Le 9 septembre, l'Archevêque de Coloffe, Nonce Ordinaire du Pape, fit son entrée publique à Paris. Il fut accompagné par le Prince de Marfans et le sieur de la Briche, qui le prirent au Couvent de Picpus et le conduisirent en procession à son hôtel. La procession incluait des détachements du Guet à cheval, des carrosses de la famille royale et ceux des princes et princesses de la cour. À son arrivée, il fut complimenté par des représentants du Roi, de la Reine, de la Dauphine et de Madame Adélaïde. Le 11 novembre, le Nonce fut conduit à Versailles pour sa première audience publique par le Prince de Marfans et le sieur de la Briche. Il fut accueilli par les Gardes Françaises et Suisses, ainsi que les Cent-Suisses sur l'escalier. Après l'audience du Roi, il rencontra la Reine, le Dauphin, la Dauphine, le Duc de Berry, le Comte de Provence, le Comte d'Artois, Madame Adélaïde, et Mesdames Victoire, Sophie et Louise. Il fut ensuite reconduit à Paris dans les carrosses du Roi et de la Reine. Le 12 octobre, le Marquis de Montpezat, créé Duc par le Pape Benoît XIV, fut présenté au Roi, à la Reine et à la Famille Royale par le Duc d'Aumont, premier Gentilhomme de la Chambre.
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2709
p. 162-167
De PÉTERSBOURG, le 28 Août 1764.
Début :
Les circonstances de l'événement qui s'est passé dans la Forteresse [...]
Mots clefs :
Forteresse, Décès, Prince, Impératrice, Manifeste, Catherine II, Sujets, Couronne, Décrets, Héritière, Légitime, Actions justes, Compassion, Caractère, Officiers, Trouble, Récompense, Scélérat, Serment de fidélité, Patrie, Attaque, Providence, Ennemis, Révolte, Commandant, Crime, Lieutenant, Synode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PÉTERSBOURG, le 28 Août 1764.
De PETERSBOURG , le 28 Août 1764.
Les circonstances de l'événement qui s'eft paffé
dans la Fortereffe de Schluffelbourg & qui a fait
perdre la vie au Prince Iwan , ayant été rapportées
de différente manière , l'Impératrice a publié
à cette occafion le Manifefte fuivant.
» Catherine II , par la grace de Dieu , Impéra-
» trice & Souveraine de toutes les Ruffies , &c. &c.
ל כ
Lorfque , par la volonté de Dieu & au gré
NOVEMBRE . 1764. 163
53
50
des voeux unanimes de tous nos fidéles Sujets ,
nous montâmes fur le Trône de Ruffie , nous
» étions inftruite que le Prince Jean , né du mariage
du Prince Antoine de Brunswick-Wolfenbuttel
avec la Princeffe Anne de Mecklenbourg
étoit encore exiftant. Ce Prince , comme
on le fçait , avoit à peine reçu le jour , qu'il fut
illégitimement défigné pour porter la Couronne
Impériale de Ruflie , mais par les Décrets de la
Providence il en fut peu de temps après exclus
» pour toujours , & le Sceptre revint à la légitime
Héritière fille de PIERRE - LE - GRAND , notre trèschère
Tante l'Impératrice ELISABETH de glo-
» rieufe mémoire .
>>
"
A notre avénement au Trône , nos premiers
» foins , après avoir rendu nos juftes actions de
graces au Ciel , furent , par un effet de l'huma-
» nité qui nous eft naturelle , d'adoucir , autant
qu'il feroit poffible , le fort de ce Prince détrô-
» né par la volonté Divine & malheureux dès fon
enfance. Nous nous proposâmes d'abord de le
voir pour juger par nous- mêmes des facultés
de fon âme & lui affurer , convenablement à fon
» caractère & à l'éducation qu'il avoit reçue jufques
- là , une vie ailée & tranquille . Mais quelle
fut notre furpriſe de voir qu'outre un bégaye-
» ment incommode pour lui-même & qui rendoit
» fes difcours prèfque incompréhenfibles aux
သ
*
autres , il étoit abfolument dépourvu d'efprit &
» de raiſon ! Tous ceux qui fe trouvoient alors
» avec nous virent combien notre coeur fouffroit
» à la vue d'un objet propre à exciter notre com-
» paflion ; ils furent en même temps convaincus
» qu'il ne nous reftoit d'autre feoours à donner à
ce Prince , né fi malheureufement , que de le
» laiffer où il étoit , & de lui procurer toutes les
164 MERCURE DE FRANCÈ.
> aifances convenables à fa fituation. Nous don
» nâmes nos ordres en conféquence ; mais fon
'état ne lui permit pas d'y être fenfible , ne connoiffant
point les gens & ne fçachant pas diftin-
» guer le bien d'avec le mal , ni faire ufage de la
» lecture pour fe préferver de l'ennui , mettant
» au contraire toute fa félicité dans des chofes
qui marquoient le défordre de fon efptit.
သ
Ainfi , pour empêcher que , par des vues
particulières , quelque mal intentionné ne cherchât
à l'inquiéter en aucune manière , ou në
>> voulût fe fervir de fa perfonne pour troubler le
repos public , nous lui fimes donner une garde
>> fûre , & mîmes auprès de lui deux Officiers de
» la Garniſon , connus par leur probité & leur
» fidélité , l'un le Capitaine Wlaffieff & l'autre le
» Lieutenant Tichekin , qui , par leurs longs fervices
militaires , avoient mérité une récom-
» penfe & un emploi tranquille pour le refe de
» leurs jours. Il étoit recommandé à ces deux
> Officiers de prendre les plus grands foins de la
» Perfonne de ce Prince.
לכ
Cependant , malgré toutes ces précautions , il
a été impoffible d'empêcher qu'un Scélérat , par
» une méchanceté des plus noires & au mépris
» même de la vie , ne commit a Schluffelbourg
➡un attentat dont la feule penſée fait frémir . Un
» Sous-Lieutenant du Régiment de Smolensko ,
» Infanterie , nommé Bafile Miranowitz , né en
» Ukraine , petit - fils du premier Rebelle qui fuivit
» Mazeppa , & en qui il paroît que le parjure
s'étoit tranfmis par le fang , ayant palle fa vie
» dans la débauche , la diffipation & le défordre ,
s'étoit privé par là des moyens légitimes de
>> faire un jour une fortune honorable : ayant enfin
perdu de vue ce qu'il devoit à la loi de Dieu
NOVEMBRE . 1764. 165
» & au ferment de fidélité qu'il nous avoit prêté ,
» ne connoiflant le Prince Jean que de nom , &
>> bien moins encore les qualités de fon corps-
» & celles de fon âme , il fe mit en tête de faire
» par fon moyen une fortune éclatante , à quelque
prix que ce fût, & quelque fanglante que la
Icène pût devenir pour le Public.
»›Pour l'exécution de ce projet auffi déteſtable
que dangereux pour la Patrie & pour l'Auteur
» même , ce Sous - Lieutenant demanda pendant
→ notre voyage en Livonie qu'on l'envoyât , quoique
ce ne fût pas fon tour , faire la garde qui
» fe reléve tous les huit jours dans la Fortereffe
de Schluffelbourg : la nuit du au du mois
» dernier à deux heures après -minuit , il éveilla
☐ tout d'un coup fa grand'garde , la rangea de
front , & lui ordonna de charger à balles . Berednikoff
, Gommandant de la Fortereffe ,
» ayant entendu du bruit , fortit de fon quartier
» & en demanda la cauſe à Miranowitz lui - même
; mais , pour toute réponſe , ce Rebelle lui
donna fur la tête un coup de la croffe de fon
» fufil , & le fit arrêter. Il alla enfuite à la tête de
» fa troupe attaquer avec furie le petit nombre
» des Soldats qui gardoient le Prince Jean
>> mais ceux ci , qui fe trouvoient fous les ordres
>> des deux Officiers nommés ci -deſſus , le reçurent
» de manière qu'il fut obligé de fe retirer. Par
» une difpofition particulière de la Providence ,
» qui veille à la confervation de la vie des hommes
, il faifoit cette nuit là un brouillard fort
» épais qui , joint à la fituation intérieure de la
» Forterelle , empêcha qu'il n'y eût perſonne de
a bleffé ni de tué.
» Le peu de fuccès de cette première tentative
» ne pouvant faire défifter de fon projet de rébel166
MERCURE DE FRANCE.
>>lion cet ennemi du repos public , le défeſpoir
» lui fuggéra de faire amener d'un baſtion une
» piéce de canon avec les munitions néceſſaires ,
» ce qui fut d'abord exécuté. Le Capitaine Wlaf
» Geff & fon Lieutenant Tilchekin , voyant une
» force à laquelle ils ne pouvoient réûſter , crai-
>> gnirent un malheur beaucoup plus grand fi le
» Prince qui leur étoit confié venoir à être déli-
» vré ; & voulant épargner le fang innocent qu'il
>> en coûteroit à la Patrie dans de pareils trou-
» bles , ils prirent entre eux l'unique parti qu'ils
croyoient leur refter , celui d'affurer la tranquillité
publique en abrégeant les jours de l'infortuné
Prince . Confidérant d'ailleurs que s'ils
>> lâchoient un prifonnier qu'on s'efforçoit de leur
>> arracher avec tant d'acharnement , ils rifquoient
» d'être punis fuivant toute la rigueur des Loix ,
ils ôterent la vie au Prince , fans être retenus
par la crainte de recevoir la mort
main d'un Scélérat réduit au défeſpoir. Ce
» monftre , voyant devant lui le corps du
» Prince fans vie , fut fi frappé de ce coup inat-
» tendu , qu'il reconnut à l'inftant même fa témé-
» rité & fon crime , & en marqua fon repentir en
de la
préfence de fa troupe qu'une heure auparavant
» il avoit féduite & rendue complice de fon for-
» fait.
» Ce fut alors que les Officiers qui avoient
étouffé cette révolte dès fa naillance , s'aflurerent
, conjointement avec le Commandant , da
Rebelle , ramenerent les Soldats à leur devoir ,
» & envoyerent notre Confeiller- Privé - Actuel
» & Sénateur Panin , fous les ordres duquel ils fe
trouvoient , le rapport de cet événement qui ,
quoique malheureux , avoit cependant , par la
protection du Ciel , détourné un plus grand
>> malheur encore,
NOVEMBRE . 1764. 167
20
Ce Sénateur fit partir fur le champ le Lieute-
» nant- Colonel Cafchkin chargé d'inſtructions
fuffifantes pour affurer la tranquillité & le bon
ordre dans la Fortereffe , & nous envoya en
» même temps un Courier avec le détail de cette
» affaire . En conféquence nous ordonnâmes à
> notre Lieutenant - Général Weymarn , de ladivifion
de Pétersbourg , de fe tranſporter fur le
>> lieu pour y faire les informations néceffaires :
après les avoir finies , il vient de nous remettre
les interrogatoires , les dépofitions des témoins ,
» les preuves , & enfin le propre aveu du Scé-
ככ
>> lérat.
,
"
rap-
Ayant reconnu la grandeur de ce crime &
> combien il intéreffoit le repos de la Patrie
>> nous avons renvoyé cette affaire à notre Sénat
» & lui ordonnons , ainfi qu'au Synode , d'inviter
» les trois premières Claffes & tous les Préfidens
» de tous les Colléges pour en entendre le
sport de la bouche du Lieutenant Général Weymarn
qui en a pourfuivi les informations ; de
>> prononcer enfuite la Sentence felon les loix de
l'Empire , & de nous la préfenter lorſqu'elle
» aura été fignée , afin que nous la confirmions ,
(L. S. ) ( Signé ) CATHERINE,
» Imprimé au Sénat Dirigent à Pétersbourg , le
» 17 Août 1764. ३०
Les circonstances de l'événement qui s'eft paffé
dans la Fortereffe de Schluffelbourg & qui a fait
perdre la vie au Prince Iwan , ayant été rapportées
de différente manière , l'Impératrice a publié
à cette occafion le Manifefte fuivant.
» Catherine II , par la grace de Dieu , Impéra-
» trice & Souveraine de toutes les Ruffies , &c. &c.
ל כ
Lorfque , par la volonté de Dieu & au gré
NOVEMBRE . 1764. 163
53
50
des voeux unanimes de tous nos fidéles Sujets ,
nous montâmes fur le Trône de Ruffie , nous
» étions inftruite que le Prince Jean , né du mariage
du Prince Antoine de Brunswick-Wolfenbuttel
avec la Princeffe Anne de Mecklenbourg
étoit encore exiftant. Ce Prince , comme
on le fçait , avoit à peine reçu le jour , qu'il fut
illégitimement défigné pour porter la Couronne
Impériale de Ruflie , mais par les Décrets de la
Providence il en fut peu de temps après exclus
» pour toujours , & le Sceptre revint à la légitime
Héritière fille de PIERRE - LE - GRAND , notre trèschère
Tante l'Impératrice ELISABETH de glo-
» rieufe mémoire .
>>
"
A notre avénement au Trône , nos premiers
» foins , après avoir rendu nos juftes actions de
graces au Ciel , furent , par un effet de l'huma-
» nité qui nous eft naturelle , d'adoucir , autant
qu'il feroit poffible , le fort de ce Prince détrô-
» né par la volonté Divine & malheureux dès fon
enfance. Nous nous proposâmes d'abord de le
voir pour juger par nous- mêmes des facultés
de fon âme & lui affurer , convenablement à fon
» caractère & à l'éducation qu'il avoit reçue jufques
- là , une vie ailée & tranquille . Mais quelle
fut notre furpriſe de voir qu'outre un bégaye-
» ment incommode pour lui-même & qui rendoit
» fes difcours prèfque incompréhenfibles aux
သ
*
autres , il étoit abfolument dépourvu d'efprit &
» de raiſon ! Tous ceux qui fe trouvoient alors
» avec nous virent combien notre coeur fouffroit
» à la vue d'un objet propre à exciter notre com-
» paflion ; ils furent en même temps convaincus
» qu'il ne nous reftoit d'autre feoours à donner à
ce Prince , né fi malheureufement , que de le
» laiffer où il étoit , & de lui procurer toutes les
164 MERCURE DE FRANCÈ.
> aifances convenables à fa fituation. Nous don
» nâmes nos ordres en conféquence ; mais fon
'état ne lui permit pas d'y être fenfible , ne connoiffant
point les gens & ne fçachant pas diftin-
» guer le bien d'avec le mal , ni faire ufage de la
» lecture pour fe préferver de l'ennui , mettant
» au contraire toute fa félicité dans des chofes
qui marquoient le défordre de fon efptit.
သ
Ainfi , pour empêcher que , par des vues
particulières , quelque mal intentionné ne cherchât
à l'inquiéter en aucune manière , ou në
>> voulût fe fervir de fa perfonne pour troubler le
repos public , nous lui fimes donner une garde
>> fûre , & mîmes auprès de lui deux Officiers de
» la Garniſon , connus par leur probité & leur
» fidélité , l'un le Capitaine Wlaffieff & l'autre le
» Lieutenant Tichekin , qui , par leurs longs fervices
militaires , avoient mérité une récom-
» penfe & un emploi tranquille pour le refe de
» leurs jours. Il étoit recommandé à ces deux
> Officiers de prendre les plus grands foins de la
» Perfonne de ce Prince.
לכ
Cependant , malgré toutes ces précautions , il
a été impoffible d'empêcher qu'un Scélérat , par
» une méchanceté des plus noires & au mépris
» même de la vie , ne commit a Schluffelbourg
➡un attentat dont la feule penſée fait frémir . Un
» Sous-Lieutenant du Régiment de Smolensko ,
» Infanterie , nommé Bafile Miranowitz , né en
» Ukraine , petit - fils du premier Rebelle qui fuivit
» Mazeppa , & en qui il paroît que le parjure
s'étoit tranfmis par le fang , ayant palle fa vie
» dans la débauche , la diffipation & le défordre ,
s'étoit privé par là des moyens légitimes de
>> faire un jour une fortune honorable : ayant enfin
perdu de vue ce qu'il devoit à la loi de Dieu
NOVEMBRE . 1764. 165
» & au ferment de fidélité qu'il nous avoit prêté ,
» ne connoiflant le Prince Jean que de nom , &
>> bien moins encore les qualités de fon corps-
» & celles de fon âme , il fe mit en tête de faire
» par fon moyen une fortune éclatante , à quelque
prix que ce fût, & quelque fanglante que la
Icène pût devenir pour le Public.
»›Pour l'exécution de ce projet auffi déteſtable
que dangereux pour la Patrie & pour l'Auteur
» même , ce Sous - Lieutenant demanda pendant
→ notre voyage en Livonie qu'on l'envoyât , quoique
ce ne fût pas fon tour , faire la garde qui
» fe reléve tous les huit jours dans la Fortereffe
de Schluffelbourg : la nuit du au du mois
» dernier à deux heures après -minuit , il éveilla
☐ tout d'un coup fa grand'garde , la rangea de
front , & lui ordonna de charger à balles . Berednikoff
, Gommandant de la Fortereffe ,
» ayant entendu du bruit , fortit de fon quartier
» & en demanda la cauſe à Miranowitz lui - même
; mais , pour toute réponſe , ce Rebelle lui
donna fur la tête un coup de la croffe de fon
» fufil , & le fit arrêter. Il alla enfuite à la tête de
» fa troupe attaquer avec furie le petit nombre
» des Soldats qui gardoient le Prince Jean
>> mais ceux ci , qui fe trouvoient fous les ordres
>> des deux Officiers nommés ci -deſſus , le reçurent
» de manière qu'il fut obligé de fe retirer. Par
» une difpofition particulière de la Providence ,
» qui veille à la confervation de la vie des hommes
, il faifoit cette nuit là un brouillard fort
» épais qui , joint à la fituation intérieure de la
» Forterelle , empêcha qu'il n'y eût perſonne de
a bleffé ni de tué.
» Le peu de fuccès de cette première tentative
» ne pouvant faire défifter de fon projet de rébel166
MERCURE DE FRANCE.
>>lion cet ennemi du repos public , le défeſpoir
» lui fuggéra de faire amener d'un baſtion une
» piéce de canon avec les munitions néceſſaires ,
» ce qui fut d'abord exécuté. Le Capitaine Wlaf
» Geff & fon Lieutenant Tilchekin , voyant une
» force à laquelle ils ne pouvoient réûſter , crai-
>> gnirent un malheur beaucoup plus grand fi le
» Prince qui leur étoit confié venoir à être déli-
» vré ; & voulant épargner le fang innocent qu'il
>> en coûteroit à la Patrie dans de pareils trou-
» bles , ils prirent entre eux l'unique parti qu'ils
croyoient leur refter , celui d'affurer la tranquillité
publique en abrégeant les jours de l'infortuné
Prince . Confidérant d'ailleurs que s'ils
>> lâchoient un prifonnier qu'on s'efforçoit de leur
>> arracher avec tant d'acharnement , ils rifquoient
» d'être punis fuivant toute la rigueur des Loix ,
ils ôterent la vie au Prince , fans être retenus
par la crainte de recevoir la mort
main d'un Scélérat réduit au défeſpoir. Ce
» monftre , voyant devant lui le corps du
» Prince fans vie , fut fi frappé de ce coup inat-
» tendu , qu'il reconnut à l'inftant même fa témé-
» rité & fon crime , & en marqua fon repentir en
de la
préfence de fa troupe qu'une heure auparavant
» il avoit féduite & rendue complice de fon for-
» fait.
» Ce fut alors que les Officiers qui avoient
étouffé cette révolte dès fa naillance , s'aflurerent
, conjointement avec le Commandant , da
Rebelle , ramenerent les Soldats à leur devoir ,
» & envoyerent notre Confeiller- Privé - Actuel
» & Sénateur Panin , fous les ordres duquel ils fe
trouvoient , le rapport de cet événement qui ,
quoique malheureux , avoit cependant , par la
protection du Ciel , détourné un plus grand
>> malheur encore,
NOVEMBRE . 1764. 167
20
Ce Sénateur fit partir fur le champ le Lieute-
» nant- Colonel Cafchkin chargé d'inſtructions
fuffifantes pour affurer la tranquillité & le bon
ordre dans la Fortereffe , & nous envoya en
» même temps un Courier avec le détail de cette
» affaire . En conféquence nous ordonnâmes à
> notre Lieutenant - Général Weymarn , de ladivifion
de Pétersbourg , de fe tranſporter fur le
>> lieu pour y faire les informations néceffaires :
après les avoir finies , il vient de nous remettre
les interrogatoires , les dépofitions des témoins ,
» les preuves , & enfin le propre aveu du Scé-
ככ
>> lérat.
,
"
rap-
Ayant reconnu la grandeur de ce crime &
> combien il intéreffoit le repos de la Patrie
>> nous avons renvoyé cette affaire à notre Sénat
» & lui ordonnons , ainfi qu'au Synode , d'inviter
» les trois premières Claffes & tous les Préfidens
» de tous les Colléges pour en entendre le
sport de la bouche du Lieutenant Général Weymarn
qui en a pourfuivi les informations ; de
>> prononcer enfuite la Sentence felon les loix de
l'Empire , & de nous la préfenter lorſqu'elle
» aura été fignée , afin que nous la confirmions ,
(L. S. ) ( Signé ) CATHERINE,
» Imprimé au Sénat Dirigent à Pétersbourg , le
» 17 Août 1764. ३०
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Résumé : De PÉTERSBOURG, le 28 Août 1764.
Le 28 août 1764, Catherine II publie un manifeste concernant la mort du Prince Iwan, également connu sous le nom de Prince Jean. À son avènement, Catherine apprend que le Prince Jean, fils du Prince Antoine de Brunswick-Wolfenbuttel et de la Princesse Anne de Mecklenbourg, avait été illégitimement désigné pour porter la Couronne Impériale de Russie, mais avait été exclu par la Providence. Le sceptre revint alors à Élisabeth, fille de Pierre le Grand. Catherine décide d'adoucir le sort du Prince Jean, qu'elle trouve dépourvu d'esprit et de raison. Elle lui assure une vie tranquille et lui attribue une garde sûre composée du Capitaine Wlassieff et du Lieutenant Tischekin. Malgré ces précautions, un sous-lieutenant du régiment de Smolensko, Basile Miranowitz, tente de s'emparer du Prince pour faire fortune. Lors de cette tentative, les officiers préfèrent tuer le Prince pour éviter un bain de sang. Miranowitz, face au corps sans vie du Prince, reconnaît son erreur et se repent. Les officiers rétablissent l'ordre et informent le Sénateur Panin. Catherine ordonne une enquête dirigée par le Lieutenant-Général Weymarn, qui remet les preuves et les aveux du scélérat. L'affaire est ensuite confiée au Sénat et au Synode pour jugement selon les lois de l'Empire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2710
p. 167-168
De WARSOVIE, le 29 Août 1764.
Début :
La confédération du grand Duché de Lithuanie, a rendu contre [...]
Mots clefs :
Confédération, Grand-duché de Lituanie, Décret, Prince, Pertes, Comtes, Confiscation, Biens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De WARSOVIE, le 29 Août 1764.
De WARSOVIE , le 29 Août 1764.
La confédération du grand Duché de Lithua
nie , a rendu contre le Prince Radziwill , Palatin
de Wilna , un Décret par lequel ce Prince eft
déchu pour toujours de la qualité de Palatin ,
déclaré incapable d'exercer déformais aucun eme
ploi & dépouillé des biens des Ordinations de
Niefwicz & d'Ofyka, ainfi que de les autres biens
168 MERCURE DE FRANCE
la confédération a adjugé une partie au Cemte
de Flemming , grand Tréforier de Lithuanie , en
dédommagement des pertes qu'il a faites à Terefpol
; une autre partie aux Créanciers du Prince,
Radziwill , & le refte au plus jeune de fes frères ;
le même Décret exclut de toutes fonctions pendant
fix années , les deux Comtes Rzewuski , l'un
Enfeigne , & l'autre Sous- Pannetier de Lithuanie,
les autres adhérans de ce Prince , à l'exception
du Prince Wolokowic , dont la tête eft mife à
prix , & dont tous les biens font confifqués .
La confédération du grand Duché de Lithua
nie , a rendu contre le Prince Radziwill , Palatin
de Wilna , un Décret par lequel ce Prince eft
déchu pour toujours de la qualité de Palatin ,
déclaré incapable d'exercer déformais aucun eme
ploi & dépouillé des biens des Ordinations de
Niefwicz & d'Ofyka, ainfi que de les autres biens
168 MERCURE DE FRANCE
la confédération a adjugé une partie au Cemte
de Flemming , grand Tréforier de Lithuanie , en
dédommagement des pertes qu'il a faites à Terefpol
; une autre partie aux Créanciers du Prince,
Radziwill , & le refte au plus jeune de fes frères ;
le même Décret exclut de toutes fonctions pendant
fix années , les deux Comtes Rzewuski , l'un
Enfeigne , & l'autre Sous- Pannetier de Lithuanie,
les autres adhérans de ce Prince , à l'exception
du Prince Wolokowic , dont la tête eft mife à
prix , & dont tous les biens font confifqués .
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Résumé : De WARSOVIE, le 29 Août 1764.
Le 29 août 1764, la confédération du grand Duché de Lituanie a émis un décret contre le Prince Radziwill, le privant de son titre de Palatin et de ses fonctions publiques. Ses biens sont confisqués et redistribués au Comte de Flemming, aux créanciers et à son frère cadet. Les Comtes Rzewuski et autres partisans sont exclus des fonctions publiques pour six ans. Le Prince Wolokowic est mis à prix et ses biens confisqués.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2711
p. 168-170
De VERSAILLES, le 3 Octobre 1764.
Début :
Le Roi de Pologne, Duc de Lorraine & de Bar, [...]
Mots clefs :
Roi de Pologne, Duc de Lorraine, Chevalier, Colonie, Commandant, Contrat de mariage, Ambassadeur, Ouvrage, Professeur, Capitaines, Lieutenant, Marquis, Vicomte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 3 Octobre 1764.
De VERSAILLES , le 3.Octobre 1764.
La Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar ,
eft arrivé de Lunéville ici , le 15 du mois dernier,
& il eft parti aujourd'hui pour retourner à Lunéville.
Le Chevalier Turgot , Gouverneur , Lieutenant-
Général de la Guyane , & le fieur de Béhague
, Commandant en Chef dans cette Colonie ,
ont eu l'honneur de prendre congé le 9 de Leurs
Majeftés & de la Famille Royale : ils fe difpolent
à partir inceffamment pour Rochefort , où ils doiyent
s'embarquer pour paller à Cayenne,
La
NOVEMBRE. 1764. 1fg
le
La Comteffe de Bercheny , nominée Dame
our accompagner Mefdames à la place de la
Marquife de Soulanges , a été en cette qualité
préfentée au Roi le 20 .
Le Roi a accordé les entrées de fa Chambre au
Duc de Villars , Pair de France , Gouverneur &
Commandant en Provence.
Leurs Majeſtés & la Famille Royale ont figné le
30 le contrat de mariage du Marquis de Rochechouart
avec Demoiſelle de Courteille . Le même
jour le fieur de S. Prieft , Intendant de Languedoc
, qui a obtenu la Place de Conſeiller d'Etat
vacante par la mort du fieur de Lucé , Intendant,
d'Alface , a eu l'honneur d'être préfenté au Roi
en cette qualité.
Le même jour le Comte de Guerchy , Ambaf
fadeur du Roi auprès de Sa Majefté Britannique ,
& la Comteffe de Guerchy , fon époufe , ont pris
congé de Leurs Majeftés & de la Famille Royale ,
pour retourner à Londres,
Le 29 , le fieur de Fleury , ancien Profeffeur
Royal de Mathématique , de Génie & d'Artillerie
a eu l'honneur de préfenter à Leurs Majeftés & à
la Famille Royale , ainſi qu'au Roi de Pologne
Duc de Lorraine & de Bar , un Ouvrage intitulé : .,
Effaifur les moyens de réformer l'éducation particu
Lière & générale.
"
Le koi a nommé Lieutenans - Généraux des Armées
Navales le Prince de Beauffremont - Liftenois
, le Comte de Blenac , le Chevalier d'Aubigny .
& le fieur de Bompar , Chefs d'Eſcadre. Le Marquis
de Saint Aignan, le Comte de Coufages , les
fieurs Rofily , Maurville , Keruforet & le Borgne
le Chevalier d'Eaux de Raimondis le fieur de
Sabran , le Vicomte d'Urtubie , les fieurs Beauffiers
de l'Ifle , de Rochemore & de Panat , le
H
•
1-0 MERCURE DE FRANCE.
Vicomte de Bouville , les fieurs d'Orvilliers , du
Chaffault & le Chevalier de Rohan , Capitaines de
Vaiffeaux , ont été faits Chefs d'Efcadre. Sa Ma➡
jefté ayant rétabli le grade de Capitaine de Frégate
, a avancé à ce grade cinquante Lieutenans
de Va fleau, Elle a accordé le grade de Lieutenant
de Vaiſeau à foixante- deux Enfeignes , & celui
d'Enfeigne de Vaiffeau à quatre - vingt - fix Gardes
du Pavillon & de la Marine . Elle a auſſi fait un
remplacement de fix Gardes de la Marine.
Sa Majefté a rendu le 14 du mois dernier
deux Ordonnances ; l'une concernant les régles
qu'elle prefcrit pour l'avancement aux différens
grades de la Marine & fur l'uniforme des Officiers
de la Marine ; l'autre , fur la compofition , le fervice
, la difcipline & l'inftruction des Compagnies
des Gardes du Pavillon & de la Marine , & fur
l'admiffion des Volontaires qui feront agréés pour
fervir fur les Vaiffeaux de Sa Majesté.
Le Roi a difpofé de fa Lieutenance des Gardes
du Corps dans la Compagnie de Luxembourg
vacante par la retraite du Marquis de Vareille ,
en faveur du Marquis de Laubepin , qui étoit
premier Enfeigne de la même Compagnie , &
qui a été remplacé par le Marquis de Floreffac,
Le fieur de Bonfol a obtenu le Bâton d'Exempt.
La Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar ,
eft arrivé de Lunéville ici , le 15 du mois dernier,
& il eft parti aujourd'hui pour retourner à Lunéville.
Le Chevalier Turgot , Gouverneur , Lieutenant-
Général de la Guyane , & le fieur de Béhague
, Commandant en Chef dans cette Colonie ,
ont eu l'honneur de prendre congé le 9 de Leurs
Majeftés & de la Famille Royale : ils fe difpolent
à partir inceffamment pour Rochefort , où ils doiyent
s'embarquer pour paller à Cayenne,
La
NOVEMBRE. 1764. 1fg
le
La Comteffe de Bercheny , nominée Dame
our accompagner Mefdames à la place de la
Marquife de Soulanges , a été en cette qualité
préfentée au Roi le 20 .
Le Roi a accordé les entrées de fa Chambre au
Duc de Villars , Pair de France , Gouverneur &
Commandant en Provence.
Leurs Majeſtés & la Famille Royale ont figné le
30 le contrat de mariage du Marquis de Rochechouart
avec Demoiſelle de Courteille . Le même
jour le fieur de S. Prieft , Intendant de Languedoc
, qui a obtenu la Place de Conſeiller d'Etat
vacante par la mort du fieur de Lucé , Intendant,
d'Alface , a eu l'honneur d'être préfenté au Roi
en cette qualité.
Le même jour le Comte de Guerchy , Ambaf
fadeur du Roi auprès de Sa Majefté Britannique ,
& la Comteffe de Guerchy , fon époufe , ont pris
congé de Leurs Majeftés & de la Famille Royale ,
pour retourner à Londres,
Le 29 , le fieur de Fleury , ancien Profeffeur
Royal de Mathématique , de Génie & d'Artillerie
a eu l'honneur de préfenter à Leurs Majeftés & à
la Famille Royale , ainſi qu'au Roi de Pologne
Duc de Lorraine & de Bar , un Ouvrage intitulé : .,
Effaifur les moyens de réformer l'éducation particu
Lière & générale.
"
Le koi a nommé Lieutenans - Généraux des Armées
Navales le Prince de Beauffremont - Liftenois
, le Comte de Blenac , le Chevalier d'Aubigny .
& le fieur de Bompar , Chefs d'Eſcadre. Le Marquis
de Saint Aignan, le Comte de Coufages , les
fieurs Rofily , Maurville , Keruforet & le Borgne
le Chevalier d'Eaux de Raimondis le fieur de
Sabran , le Vicomte d'Urtubie , les fieurs Beauffiers
de l'Ifle , de Rochemore & de Panat , le
H
•
1-0 MERCURE DE FRANCE.
Vicomte de Bouville , les fieurs d'Orvilliers , du
Chaffault & le Chevalier de Rohan , Capitaines de
Vaiffeaux , ont été faits Chefs d'Efcadre. Sa Ma➡
jefté ayant rétabli le grade de Capitaine de Frégate
, a avancé à ce grade cinquante Lieutenans
de Va fleau, Elle a accordé le grade de Lieutenant
de Vaiſeau à foixante- deux Enfeignes , & celui
d'Enfeigne de Vaiffeau à quatre - vingt - fix Gardes
du Pavillon & de la Marine . Elle a auſſi fait un
remplacement de fix Gardes de la Marine.
Sa Majefté a rendu le 14 du mois dernier
deux Ordonnances ; l'une concernant les régles
qu'elle prefcrit pour l'avancement aux différens
grades de la Marine & fur l'uniforme des Officiers
de la Marine ; l'autre , fur la compofition , le fervice
, la difcipline & l'inftruction des Compagnies
des Gardes du Pavillon & de la Marine , & fur
l'admiffion des Volontaires qui feront agréés pour
fervir fur les Vaiffeaux de Sa Majesté.
Le Roi a difpofé de fa Lieutenance des Gardes
du Corps dans la Compagnie de Luxembourg
vacante par la retraite du Marquis de Vareille ,
en faveur du Marquis de Laubepin , qui étoit
premier Enfeigne de la même Compagnie , &
qui a été remplacé par le Marquis de Floreffac,
Le fieur de Bonfol a obtenu le Bâton d'Exempt.
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Résumé : De VERSAILLES, le 3 Octobre 1764.
En octobre 1764, plusieurs événements marquants eurent lieu à la cour de Versailles. Le 3 octobre, le roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar, arriva de Lunéville et repartit le même jour. Le 9 octobre, le chevalier Turgot et le sieur de Béhague prirent congé pour se rendre à Rochefort avant d'embarquer pour Cayenne. En novembre, la comtesse de Bercheny fut présentée au roi pour remplacer la marquise de Soulanges auprès de Mesdames. Le duc de Villars devint gouverneur de Provence. Le 30 novembre, le contrat de mariage du marquis de Rochechouart fut signé. Le sieur de Saint-Priest fut présenté comme conseiller d'État et intendant de Languedoc. Le comte et la comtesse de Guerchy prirent congé pour retourner à Londres. Le sieur de Fleury présenta un ouvrage sur la réforme de l'éducation. Le roi nomma plusieurs lieutenants-généraux des armées navales et rendit des ordonnances sur l'avancement et l'uniforme des officiers de la marine. Le marquis de Laubepin succéda au marquis de Vareille comme lieutenant des gardes du corps, et le sieur de Bonfol obtint le bâton d'exempt.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2712
p. 174-177
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Warsovie, le 8 Septembre 1764.
Début :
Voici quelques détails sur ce qui s'est passé à l'occasion [...]
Mots clefs :
Élection du roi, Nobles, Diète, Officiers, Divisions, Palatinat, Nonces, Magnificence, Procession, Comte, Cérémonie, Jardin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Warsovie, le 8 Septembre 1764.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Warfovie , le 8
Septembre 1764.
Voici quelques détails fur ce qui s'eft paffé à
l'occafion de l'Election du Roi.
Le 6 à huit heures du matin , les Nobles de
onze Palatinats , arrivés viritim pour la Diete
d'Election , défilerent par divifion pour le rendre
au Szoppa , ainfi que les Députés des autres Pala
NOVEMBRE . 1764 , 175
1
tinats ils étoient précédés de leur Chambellan
ou l'ancien des Nonces , ayant en main la Butawa
* , & monté fur un cheval harnaché à la
Turque , de même que les autres Officiers des
Palatinats , Territoires & Districts , qui portoient
l'Enfeigne de chacune des Divifions . Chaque Divifion
étoit fuivie d'un grand nombre de Seigneurs
attachés à fon parti. Les Palatins de Ruffie
, d'Inowroclaw & de Poldachie , le Grand Veneur
de la Couronne , le Prince Lubomirski ,
Général de l'Avant- Garde & plufieurs autres Seigneurs
précédoient à cheval leurs Palatinats
aflemblés viritim , ou les Nonces , du nombre
defquels ils étoient ; les Nonces du Palatinat de
Mazovie , du Territoire de Czerki & des autres
qui font compris dans ce Palatinat , étoient tous
au nombre de quatre-vingt , vêtus d'écarlate. Le
Primat qui , fuivant les Loix , auroit dû monter
à cheval pour recueillir les voix de chaque Palatinat
étoit , à cauſe de ſon âge avancé , dans une
efpéce de palanquin Chinois de la plus grande
magnificence , traîné par quatre chevaux dont les
harnois étoient de velours verd . A peine eut - il
adreflé la parole aux Nonces , qui étoient à un
bout du Champ d'Election , que ceux qui étoient
placés a l'autre bout crierent à haute voix : Nous
voulons le Grand Panetier de Lithuanie . Quatre
Palatinats , & entr'autres ceux de Podolie & de
Kiovie , furent lents à répondre. Le Palatin de
Kiovie , interrogé fur celui qu'il defiroit pour
Roi , répondit , celui que les autres veulent. Ce
n'eft pas affez, reprit le Primat , ilfaut le nommer
* Bâton femblable à celui que porte le Grand-
Général,
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
à haute voix. Le Palatin dit alors , le Grand Panetier
de Lithuanie. Le Palatin de Podolie & les
deux autres le déterminerent auffi à crier a haute
voix , le Grand Panetier de Lithuanie. Enfuite les
Sénateurs , les Miniftres & les Nonces des Palatinats
, Territoires & Diſtricts , ainſi que la Nobleffe
, rentrerent dans la Ville & dans leurs
Camps , où ils reſterent juſqu'au lendemain .
Hier , toute la Nobleffe fe rendit au Szoppa
vers les deux heures après - midi , dans le même
ordre que la veille, fi ce n'eſt que plufieurs des premers
Officiers de chaque Palatinat n'avoient pas
leurs cafques , & qu'un grand nombre de Chefs &
de Nonces arriverent en carroffe , ainfi que le
Prince Palatin de Ruffie. Celui - ci , en entrant dans
le Szoppa , falua d'abord le Primat , les Sénateurs
& les Nonces , leur recommanda le nouveau Roi
& adreffa la parole à plufieurs Gentilshommes
qu'il embraſſa enfuite. Une heure après & au
fecond coup de canon le Comte Poniatowski
fur proclamé. On députa auffi -tôt à la Ville le
jeune Comte Wielopolski , fils du Grand- Ecuyer
de la Couronne , pour annoncer au Comte Poniatowski
fon Election , & le féliciter de la pare
de la République. Le Grand Chambellan de la
Couronne fe rendit enfuite chez le nouveau Roi
pour lui faire fa cour,& il fut fuivi peu de temps
après de tous les Seigneurs. La Nobleffe voulut à
fon tour le ranger devant le Palais ; mais y ayant
été prévenue par les Nonces & par la Nobleffe du
Territoire de Warfovie qui avoit à fa tête le Nonce
Szydłowski , elle fut obligée de fe placer au
Fauxbourg de Cracovie. Alors le nouveau Roi fe
préfenta a une fenêtre , & l'on entendit crier de
toutes parts : Vivat Stanislaus - Auguſtus : il fälua
NOVEMBRE. 1764. 177
tes Nonces du Palatinat de Warfovie , & l'Egfeigne
de ce Palatinat lui fit les honneurs d'afage .
A quatre heures , le Primat arriva avec- les autres
Sénateurs & les Miniftres : il offrit fon carroffe
au nouveau Roi pour le conduire à la Collégiale ; -
mais Sa Majefté jugea à propos de s'y rendre à
cheval précédée par le Primat & par les Sénateurs
& Miniftres qui étoient dans leurs carroffes ,
& accompagnée par les autres qui étoient à che
val & vêtus d'écarlate , ainfi que le Roi . Le Comte
Wielopolski , Grand- Ecuyer , le Comte Potocki ,
Grand Général d'Artillerie de Lithuanie , le Prince
Adam Czatoriski , le Général Poniatowski , le
fieur Poniatowski , Grand Chambellan de la Cou
ronne , & plufieurs autres Nobles entouroient Sa
Majefté. Le concours du Peuple & le nombre des
carroffes étoient fi confidérables , que le Roi n'arriva
qu'après une heure de marche à la Collégiale
où l'on entonna le Te Deum , pendant lequel il fe
fit une décharge de cent coups de canon . Après
cette cérémonie , Sa Majesté fut conduite au Château
, où Elle foupa à une Table de fix couverts.
Aujourd'hui il y a grand gala , & les Seigneurs ,
ainfi que l'Ambaffadeur de Prufſe , ſe ſont rendus
de bonne heure au Château. Demain , le
Prince Repnin donnera un bal à Ujaldow:
On a joui d'une fûreté entière , tant dans la
Ville qu'au Champ d'Election , où les Dames mê
mes ont eu la liberté de fe promener.
Septembre 1764.
Voici quelques détails fur ce qui s'eft paffé à
l'occafion de l'Election du Roi.
Le 6 à huit heures du matin , les Nobles de
onze Palatinats , arrivés viritim pour la Diete
d'Election , défilerent par divifion pour le rendre
au Szoppa , ainfi que les Députés des autres Pala
NOVEMBRE . 1764 , 175
1
tinats ils étoient précédés de leur Chambellan
ou l'ancien des Nonces , ayant en main la Butawa
* , & monté fur un cheval harnaché à la
Turque , de même que les autres Officiers des
Palatinats , Territoires & Districts , qui portoient
l'Enfeigne de chacune des Divifions . Chaque Divifion
étoit fuivie d'un grand nombre de Seigneurs
attachés à fon parti. Les Palatins de Ruffie
, d'Inowroclaw & de Poldachie , le Grand Veneur
de la Couronne , le Prince Lubomirski ,
Général de l'Avant- Garde & plufieurs autres Seigneurs
précédoient à cheval leurs Palatinats
aflemblés viritim , ou les Nonces , du nombre
defquels ils étoient ; les Nonces du Palatinat de
Mazovie , du Territoire de Czerki & des autres
qui font compris dans ce Palatinat , étoient tous
au nombre de quatre-vingt , vêtus d'écarlate. Le
Primat qui , fuivant les Loix , auroit dû monter
à cheval pour recueillir les voix de chaque Palatinat
étoit , à cauſe de ſon âge avancé , dans une
efpéce de palanquin Chinois de la plus grande
magnificence , traîné par quatre chevaux dont les
harnois étoient de velours verd . A peine eut - il
adreflé la parole aux Nonces , qui étoient à un
bout du Champ d'Election , que ceux qui étoient
placés a l'autre bout crierent à haute voix : Nous
voulons le Grand Panetier de Lithuanie . Quatre
Palatinats , & entr'autres ceux de Podolie & de
Kiovie , furent lents à répondre. Le Palatin de
Kiovie , interrogé fur celui qu'il defiroit pour
Roi , répondit , celui que les autres veulent. Ce
n'eft pas affez, reprit le Primat , ilfaut le nommer
* Bâton femblable à celui que porte le Grand-
Général,
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
à haute voix. Le Palatin dit alors , le Grand Panetier
de Lithuanie. Le Palatin de Podolie & les
deux autres le déterminerent auffi à crier a haute
voix , le Grand Panetier de Lithuanie. Enfuite les
Sénateurs , les Miniftres & les Nonces des Palatinats
, Territoires & Diſtricts , ainſi que la Nobleffe
, rentrerent dans la Ville & dans leurs
Camps , où ils reſterent juſqu'au lendemain .
Hier , toute la Nobleffe fe rendit au Szoppa
vers les deux heures après - midi , dans le même
ordre que la veille, fi ce n'eſt que plufieurs des premers
Officiers de chaque Palatinat n'avoient pas
leurs cafques , & qu'un grand nombre de Chefs &
de Nonces arriverent en carroffe , ainfi que le
Prince Palatin de Ruffie. Celui - ci , en entrant dans
le Szoppa , falua d'abord le Primat , les Sénateurs
& les Nonces , leur recommanda le nouveau Roi
& adreffa la parole à plufieurs Gentilshommes
qu'il embraſſa enfuite. Une heure après & au
fecond coup de canon le Comte Poniatowski
fur proclamé. On députa auffi -tôt à la Ville le
jeune Comte Wielopolski , fils du Grand- Ecuyer
de la Couronne , pour annoncer au Comte Poniatowski
fon Election , & le féliciter de la pare
de la République. Le Grand Chambellan de la
Couronne fe rendit enfuite chez le nouveau Roi
pour lui faire fa cour,& il fut fuivi peu de temps
après de tous les Seigneurs. La Nobleffe voulut à
fon tour le ranger devant le Palais ; mais y ayant
été prévenue par les Nonces & par la Nobleffe du
Territoire de Warfovie qui avoit à fa tête le Nonce
Szydłowski , elle fut obligée de fe placer au
Fauxbourg de Cracovie. Alors le nouveau Roi fe
préfenta a une fenêtre , & l'on entendit crier de
toutes parts : Vivat Stanislaus - Auguſtus : il fälua
NOVEMBRE. 1764. 177
tes Nonces du Palatinat de Warfovie , & l'Egfeigne
de ce Palatinat lui fit les honneurs d'afage .
A quatre heures , le Primat arriva avec- les autres
Sénateurs & les Miniftres : il offrit fon carroffe
au nouveau Roi pour le conduire à la Collégiale ; -
mais Sa Majefté jugea à propos de s'y rendre à
cheval précédée par le Primat & par les Sénateurs
& Miniftres qui étoient dans leurs carroffes ,
& accompagnée par les autres qui étoient à che
val & vêtus d'écarlate , ainfi que le Roi . Le Comte
Wielopolski , Grand- Ecuyer , le Comte Potocki ,
Grand Général d'Artillerie de Lithuanie , le Prince
Adam Czatoriski , le Général Poniatowski , le
fieur Poniatowski , Grand Chambellan de la Cou
ronne , & plufieurs autres Nobles entouroient Sa
Majefté. Le concours du Peuple & le nombre des
carroffes étoient fi confidérables , que le Roi n'arriva
qu'après une heure de marche à la Collégiale
où l'on entonna le Te Deum , pendant lequel il fe
fit une décharge de cent coups de canon . Après
cette cérémonie , Sa Majesté fut conduite au Château
, où Elle foupa à une Table de fix couverts.
Aujourd'hui il y a grand gala , & les Seigneurs ,
ainfi que l'Ambaffadeur de Prufſe , ſe ſont rendus
de bonne heure au Château. Demain , le
Prince Repnin donnera un bal à Ujaldow:
On a joui d'une fûreté entière , tant dans la
Ville qu'au Champ d'Election , où les Dames mê
mes ont eu la liberté de fe promener.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Warsovie, le 8 Septembre 1764.
Le 6 septembre 1764, les nobles de onze palatinats se réunirent pour élire le roi. Ils défilèrent jusqu'au Szoppa, précédés de leur chambellan ou du plus ancien des nonces monté sur un cheval harnaché à la turque. Chaque division était suivie de nombreux seigneurs. Les palatins de Russie, d'Inowrocław et de Podlachie, ainsi que le Grand Veneur et le Prince Lubomirski, précédaient leurs palatinats. Les nonces du palatinat de Mazovie et du territoire de Czerki, au nombre de quatre-vingt, étaient vêtus d'écarlate. Le Primat, en raison de son âge avancé, était transporté dans un palanquin chinois traîné par quatre chevaux aux harnais de velours vert. Lors de l'élection, des voix proposèrent le Grand Panetier de Lituanie comme roi. Quatre palatinats, dont ceux de Podolie et de Kiev, furent lents à répondre. Le Primat insista pour que chaque palatinat nomme le roi à haute voix. Finalement, tous les palatinats proclamèrent le Grand Panetier de Lituanie comme roi. Les sénateurs, ministres et nonces rentrèrent ensuite dans la ville. Le lendemain, la noblesse se rendit de nouveau au Szoppa. Le Prince Palatin de Russie salua le Primat et les sénateurs, recommandant le nouveau roi. Une heure plus tard, le Comte Poniatowski fut proclamé roi. Le Comte Wielopolski fut envoyé pour annoncer l'élection au Comte Poniatowski. Le Grand Chambellan de la Couronne se rendit ensuite chez le nouveau roi pour lui faire sa cour, suivi de tous les seigneurs. Le nouveau roi, Stanislas-Auguste, se présenta à une fenêtre et fut acclamé par la foule. Il se rendit ensuite à la collégiale à cheval, accompagné par le Primat et les sénateurs. Un Te Deum fut chanté, suivi d'une salve de cent coups de canon. Après la cérémonie, le roi fut conduit au château où il dîna. Le jour suivant, un grand gala fut organisé au château, et un bal fut prévu par le Prince Repnin à Ujazdów. La sécurité fut assurée, permettant même aux dames de se promener librement.
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2713
p. 177-179
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Warsovie, le 15 Septembre 1764.
Début :
Le Roi n'a pas prêté serment sur les Pacta Conventa [...]
Mots clefs :
Serment, Proclamation, Nonces, Sceaux, Église, Cérémonies, Autel, Prières, Maréchal, Trompettes, Compliments
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Warsovie, le 15 Septembre 1764.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Warfovie , le 15
Septembre 1764.
Le Roi n'a pas prêté ferment fur les Pacta Con
venta immédiatement après la proclamation ,
H.v.
178 MERCURE DE FRANCE.
"
comme il eft d'ufage , parce que le 7 le Primat
avoit affuré les Etats aflemblés qu'on ne remettroit
à Sa Majefté le Diplome de fon Election ,
qu'après qu'i auroit été muni des Sceaux de tous
les Sénateurs , des Miniftres & de deux Nonces
de chaque Palatinat & Diſtrict , & confirmé par le
feing des Députés nommés à cet effet , ce qui a
été exécuté dans l'intervalle du 7 au 11 de ce
mois. En conféquence , le Roi ne fe rendit qu'avant-
hier à l'Eglife Collégiale pour prêter le ferment
Sa Majesté étoit précédée des Maréchaux
& accompagnée du Primat , de plufieurs Magnats
& d'un grand nombre d'Officiers de la Cour. Le
Roi fut reçu à l'Eglife avec les cérémonies accoutumées
: il s'affit fous un dais près du grand Autel
vis-à-vis duquel on avoit placé une table couverte
d'un tapis de velours , & fur laquelle étoient ,
entre deux cierges allumés , un Crucifix & la
Bible. Après quelques Prières , entonnées par
l'Evêque de Kiovie & chantées en musique , le
-Primat & le Maréchal de la Diete s'approcherent
de la table , fuivis du Secrétaire de l'Interrégne ,
portant le Diplome d'Election , qui étoit relié
magnifiquement & auquel étoient ſuſpendus
dans des caffettes d'argent les Sceaux de plufieurs
Grands & de deux Nonces de chaque Palatinat.
Alors le Roi quitta fon dais & alla préſenter au
Primat les Pacta Conventa lignés de fa main : il
fe mit à genoux , & jura de les obferver exactement
, la main polée fur les faints Evangiles.
Après cette cérémonie , Sa Majeſté ſe releva , &
le Primat le félicita de nouveau fur fon avénement
au Trône , la fupplia de fe reffouvenir de
fon ferment l'afura de la fidélité de la Nation ,
& lui annonça qu'on alloit lui remettre le Di
plome de fon Election . Le Maréchal de la Diete
NOVEMBRE . 1764. 179
félicita également Sa Majefté , à qui il remit le
Diplome qu'il avoit pris des mains du Secrétaire
de l'Interregne. Le Roi l'ayant reçu , adresa au
Primat & au Maréchal de la Diete , ainſi qu'à
toute la Nation , un Difcours à la fin duquel Sa
Majefté s'attendrit au point de verfer des larmes
qui firent couler celles de toute l'affemblée. Enfuite
le Roi fe tourna du côté de l'Autel & pria
Dieu de répandre fes bénédictions fur fon Régne.
Après cette Prière , l'Eglife retentit de mille cris
d'allégreffe , mêlés au fon des trompettes & des
tymballes. Pendant ce temps- là Sa Majeſté repric
place fous le dais & affifta au Service Divin , qui
fur célébré pontificalement par l'Evêque de Kiovie
après quoi Elle retourna à ſon Palais , où
Elle reçut de nouveaux complimens de félicitation.
Septembre 1764.
Le Roi n'a pas prêté ferment fur les Pacta Con
venta immédiatement après la proclamation ,
H.v.
178 MERCURE DE FRANCE.
"
comme il eft d'ufage , parce que le 7 le Primat
avoit affuré les Etats aflemblés qu'on ne remettroit
à Sa Majefté le Diplome de fon Election ,
qu'après qu'i auroit été muni des Sceaux de tous
les Sénateurs , des Miniftres & de deux Nonces
de chaque Palatinat & Diſtrict , & confirmé par le
feing des Députés nommés à cet effet , ce qui a
été exécuté dans l'intervalle du 7 au 11 de ce
mois. En conféquence , le Roi ne fe rendit qu'avant-
hier à l'Eglife Collégiale pour prêter le ferment
Sa Majesté étoit précédée des Maréchaux
& accompagnée du Primat , de plufieurs Magnats
& d'un grand nombre d'Officiers de la Cour. Le
Roi fut reçu à l'Eglife avec les cérémonies accoutumées
: il s'affit fous un dais près du grand Autel
vis-à-vis duquel on avoit placé une table couverte
d'un tapis de velours , & fur laquelle étoient ,
entre deux cierges allumés , un Crucifix & la
Bible. Après quelques Prières , entonnées par
l'Evêque de Kiovie & chantées en musique , le
-Primat & le Maréchal de la Diete s'approcherent
de la table , fuivis du Secrétaire de l'Interrégne ,
portant le Diplome d'Election , qui étoit relié
magnifiquement & auquel étoient ſuſpendus
dans des caffettes d'argent les Sceaux de plufieurs
Grands & de deux Nonces de chaque Palatinat.
Alors le Roi quitta fon dais & alla préſenter au
Primat les Pacta Conventa lignés de fa main : il
fe mit à genoux , & jura de les obferver exactement
, la main polée fur les faints Evangiles.
Après cette cérémonie , Sa Majeſté ſe releva , &
le Primat le félicita de nouveau fur fon avénement
au Trône , la fupplia de fe reffouvenir de
fon ferment l'afura de la fidélité de la Nation ,
& lui annonça qu'on alloit lui remettre le Di
plome de fon Election . Le Maréchal de la Diete
NOVEMBRE . 1764. 179
félicita également Sa Majefté , à qui il remit le
Diplome qu'il avoit pris des mains du Secrétaire
de l'Interregne. Le Roi l'ayant reçu , adresa au
Primat & au Maréchal de la Diete , ainſi qu'à
toute la Nation , un Difcours à la fin duquel Sa
Majefté s'attendrit au point de verfer des larmes
qui firent couler celles de toute l'affemblée. Enfuite
le Roi fe tourna du côté de l'Autel & pria
Dieu de répandre fes bénédictions fur fon Régne.
Après cette Prière , l'Eglife retentit de mille cris
d'allégreffe , mêlés au fon des trompettes & des
tymballes. Pendant ce temps- là Sa Majeſté repric
place fous le dais & affifta au Service Divin , qui
fur célébré pontificalement par l'Evêque de Kiovie
après quoi Elle retourna à ſon Palais , où
Elle reçut de nouveaux complimens de félicitation.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Warsovie, le 15 Septembre 1764.
Le 15 septembre 1764, à Warfovie, le roi n'a pas immédiatement prêté serment sur les Pacta Conventa après sa proclamation. Le 7 septembre, le Primat avait annoncé que le diplôme d'élection serait remis après avoir été scellé par les sénateurs, ministres, et deux nonces de chaque palatinat et district, et confirmé par le sceau des députés. Cette procédure a été réalisée entre le 7 et le 11 septembre. Le 13 septembre, le roi s'est rendu à l'église collégiale pour prêter serment, accompagné du Primat, de magnats et d'officiers de la cour. À l'église, il a été reçu avec les cérémonies habituelles et s'est assis sous un dais près du grand autel. Après des prières, le roi s'est agenouillé et a juré d'observer les Pacta Conventa en posant la main sur les saints Évangiles. Le Primat et le maréchal de la Diète l'ont félicité, et le roi a adressé un discours émouvant à l'assemblée. L'église a ensuite résonné de cris de joie et de musique. Le roi a assisté à la messe avant de retourner à son palais, où il a reçu de nouvelles félicitations.
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2714
p. 199-201
De FONTAINEBLEAU, le 20 Novembre 1764.
Début :
Le Roi a accordé au sieur Hocquart, Conseiller d'Etat & [...]
Mots clefs :
Conseiller d'État, Nominations, Duc, Prince, Révérence, Marquis, Famille royale, Honneur, Audience du roi, Contrat de mariage, Évêché, Diocèse, Revenus, Députés, Serment, Sa Majesté
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texteReconnaissance textuelle : De FONTAINEBLEAU, le 20 Novembre 1764.
De FONTAINEBLEAU , le 20 Novembre 1764.
Le Roi a accordé au fieur Hocquart , Confeiller
d'Etat & Intendant de la Marine à Breft , la
Place d'Intendant de la Marine ayant l'inſpection
générale des Claffes des Matelots du Royaume
, & a nommé à l'Intendance de la Marine
à Breft le fieur de Clugny , ci devant Intendant
à S. Domingue.
Le 12 du mois dernier , le Duc de Duras , le
Duc d'Aumont , le Marquis de Duras , le Prince.
de Bournonville , le Duc de Mazarin , le Duc de
Villequier & le Marquis de Villeroi eurent l'hon
neur de faire leurs révérences à Leurs Majeſtés &
à la Famille Royale , à l'occafion de la mort de
la Maréchale de Duras.
Le Marquis de Montpefat , créé Duc par le
feu Pape Benoît XIV , a été préfenté le même
jour , a Leurs Majeftés & à la Famille Royale
par le Duc d'Aumont premier Gentilhomme
de la Chambre .
>
Le fieur d'Albertas , Premier Préſident de la
Cour des Comptes , Aides & Finances de Provence
, & trois Confeillers de cette Cout ont eu
F'honneur d'être admis à l'Audience du Roi &..
I iv
200, MERCURE DE FRANCE .
de lui remettre les remontrances qu'ils étoient
chargés par leur Compagnie de préſenter à Sa
Majefté.
Le Roi , a accordé les honneurs du Louvre au
Prince de Solre , fils du Prince de Croy ; leurs
Majeftés & la Famille Royale ont figné le 21 ſon
Contrat de mariage avec la Princefle Augufte de
Salm . Le même jour , le fieur de Clugny fut préfenté
au Roi en qualité d'Intendant de Breft , par
le Duc de Choileul.
Sa Majesté a nommé à l'Evêché de Coutances
l'Abbé de . Talaru de Chalmazel , Vicaire Géné •
ral du Diocèfe de Sens. Elle a donné l'Abbaye de
S. Victor , Diocèfe & Ville de Paris , à l'Arche
vêque de Lyon ; celle de Conches , Ordre de S.
Benoît , Diocèfe d'Evreux , à l'Evêque du Belley ;
celle de S. Alire de Clermont , Ordre de S. Benoît
, Diocèle de Clermont en Auvergne , à l'Abbé
de Monclar , Vicaire Général du Diocèſe d'Or.
léans , & celle de Molefme , Ordre de S. Benoît ,
Diocèle de Langres , à l'Abbé Terray , Confeiller-
Clerc au Parlement de Paris .
Le Roi , en nommant l'Archevêque de Lyon à
l'Abbaye de S. Victor , a accordé aux Chanoines
de cette Maifon fur les revenus de l'Abbaye , une
penſion de dix mille livres pendant feize ans , def
tinée à l'augmentation du bâtiment de leur Bibliothéque
publique. Les Chanoines ont établi , en
reconnoillance , une Meffe folemnelle dans leur
Eglife pour la confervation des jours de Sa Majefté
& de la Famille Royale. Ils ont eu l'honneur
à cette occafion , d'être préfentés au Roi & à la Famille
Royale le 25 ; Sa Majefté a agréé l'établi
fement de cette Meffe , & en a fixé la célébration
au 15 Février , jour de fa naiffance.
Le fieur d'Artigues , Exempt des Gardes du
DECEMBRE . 1764. 201
Corps dans la Compagnie de Villeroy , étant
mort ces jours derniers , fon bâton a été donné au
Chevalier de Kerguezec , Brigadier dans la même
Compagnie.
Le z de ce mois , les Députés des Etats de
Bretagne , qui ont été mandés par le Roi , ont eu
l'honneur d'être préfentés à Sa Majeflé, au nombre
de trois , par le Comte de Saint- Florentin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat , ayant le Département,
de certe Province . Sa Majefté a reçu les reprélentations
qu'ils étoient chargés de lui faire au nom,
des Etats.
Le 4 , le Marquis de Vérac prêta ferment entre,
les mains du Roi , pour la Lieutenance Générale
du Poitou , dont il a été pourvu à la mort da Marquis
de Verac ſon Père .
Le même jour , le fieur Chardon , Lieutenant
Particulier du Châtelet , & ci - devant Intendant
de Ste Lucie , qui a repaffé en France après la réunion
du Gouvernement de cette Ifle à celle de la
Martinique , eut l'honneur d'être préfenté au Roi ,
par le Duc de Choifeul .
Le Duc de la Valliere , grand Fauconnier de
France , préfenta au Roi le 8 , cinquante deux
Faucons , que le Roi de Dannemark envoye à Sa
Majeſté.
Le Roi a accordé au fieur Hocquart , Confeiller
d'Etat & Intendant de la Marine à Breft , la
Place d'Intendant de la Marine ayant l'inſpection
générale des Claffes des Matelots du Royaume
, & a nommé à l'Intendance de la Marine
à Breft le fieur de Clugny , ci devant Intendant
à S. Domingue.
Le 12 du mois dernier , le Duc de Duras , le
Duc d'Aumont , le Marquis de Duras , le Prince.
de Bournonville , le Duc de Mazarin , le Duc de
Villequier & le Marquis de Villeroi eurent l'hon
neur de faire leurs révérences à Leurs Majeſtés &
à la Famille Royale , à l'occafion de la mort de
la Maréchale de Duras.
Le Marquis de Montpefat , créé Duc par le
feu Pape Benoît XIV , a été préfenté le même
jour , a Leurs Majeftés & à la Famille Royale
par le Duc d'Aumont premier Gentilhomme
de la Chambre .
>
Le fieur d'Albertas , Premier Préſident de la
Cour des Comptes , Aides & Finances de Provence
, & trois Confeillers de cette Cout ont eu
F'honneur d'être admis à l'Audience du Roi &..
I iv
200, MERCURE DE FRANCE .
de lui remettre les remontrances qu'ils étoient
chargés par leur Compagnie de préſenter à Sa
Majefté.
Le Roi , a accordé les honneurs du Louvre au
Prince de Solre , fils du Prince de Croy ; leurs
Majeftés & la Famille Royale ont figné le 21 ſon
Contrat de mariage avec la Princefle Augufte de
Salm . Le même jour , le fieur de Clugny fut préfenté
au Roi en qualité d'Intendant de Breft , par
le Duc de Choileul.
Sa Majesté a nommé à l'Evêché de Coutances
l'Abbé de . Talaru de Chalmazel , Vicaire Géné •
ral du Diocèfe de Sens. Elle a donné l'Abbaye de
S. Victor , Diocèfe & Ville de Paris , à l'Arche
vêque de Lyon ; celle de Conches , Ordre de S.
Benoît , Diocèfe d'Evreux , à l'Evêque du Belley ;
celle de S. Alire de Clermont , Ordre de S. Benoît
, Diocèle de Clermont en Auvergne , à l'Abbé
de Monclar , Vicaire Général du Diocèſe d'Or.
léans , & celle de Molefme , Ordre de S. Benoît ,
Diocèle de Langres , à l'Abbé Terray , Confeiller-
Clerc au Parlement de Paris .
Le Roi , en nommant l'Archevêque de Lyon à
l'Abbaye de S. Victor , a accordé aux Chanoines
de cette Maifon fur les revenus de l'Abbaye , une
penſion de dix mille livres pendant feize ans , def
tinée à l'augmentation du bâtiment de leur Bibliothéque
publique. Les Chanoines ont établi , en
reconnoillance , une Meffe folemnelle dans leur
Eglife pour la confervation des jours de Sa Majefté
& de la Famille Royale. Ils ont eu l'honneur
à cette occafion , d'être préfentés au Roi & à la Famille
Royale le 25 ; Sa Majefté a agréé l'établi
fement de cette Meffe , & en a fixé la célébration
au 15 Février , jour de fa naiffance.
Le fieur d'Artigues , Exempt des Gardes du
DECEMBRE . 1764. 201
Corps dans la Compagnie de Villeroy , étant
mort ces jours derniers , fon bâton a été donné au
Chevalier de Kerguezec , Brigadier dans la même
Compagnie.
Le z de ce mois , les Députés des Etats de
Bretagne , qui ont été mandés par le Roi , ont eu
l'honneur d'être préfentés à Sa Majeflé, au nombre
de trois , par le Comte de Saint- Florentin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat , ayant le Département,
de certe Province . Sa Majefté a reçu les reprélentations
qu'ils étoient chargés de lui faire au nom,
des Etats.
Le 4 , le Marquis de Vérac prêta ferment entre,
les mains du Roi , pour la Lieutenance Générale
du Poitou , dont il a été pourvu à la mort da Marquis
de Verac ſon Père .
Le même jour , le fieur Chardon , Lieutenant
Particulier du Châtelet , & ci - devant Intendant
de Ste Lucie , qui a repaffé en France après la réunion
du Gouvernement de cette Ifle à celle de la
Martinique , eut l'honneur d'être préfenté au Roi ,
par le Duc de Choifeul .
Le Duc de la Valliere , grand Fauconnier de
France , préfenta au Roi le 8 , cinquante deux
Faucons , que le Roi de Dannemark envoye à Sa
Majeſté.
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Résumé : De FONTAINEBLEAU, le 20 Novembre 1764.
Le 20 novembre 1764, le Roi a nommé Hocquart Intendant de la Marine avec l'inspection générale des classes des matelots du Royaume, et de Clugny Intendant de la Marine à Brest. Le 12 octobre précédent, plusieurs nobles, dont le Duc de Duras, le Duc d'Aumont et le Marquis de Villeroi, ont rendu hommage à la Famille Royale à l'occasion de la mort de la Maréchale de Duras. Le Marquis de Montpésat, créé Duc par le Pape Benoît XIV, a été présenté à Leurs Majestés par le Duc d'Aumont. Le sieur d'Albertas, Premier Président de la Cour des Comptes de Provence, et trois conseillers ont remis des remontrances au Roi. Le Roi a accordé les honneurs du Louvre au Prince de Solre et a signé le contrat de mariage de ce dernier avec la Princesse Auguste de Salm. De Clugny a été présenté au Roi en qualité d'Intendant de Brest par le Duc de Choiseul. Le Roi a nommé l'Abbé de Talaru de Chalmazel à l'Évêché de Coutances et attribué plusieurs abbayes à divers ecclésiastiques. Les Chanoines de l'Abbaye de Saint-Victor ont célébré une messe solennelle pour la conservation des jours du Roi et de la Famille Royale le 15 février. Le bâton de l'Exempt des Gardes du Corps a été donné au Chevalier de Kerguezec. Les Députés des États de Bretagne ont été présentés au Roi et ont remis leurs représentations. Le Marquis de Vérac a prêté serment pour la Lieutenance Générale du Poitou. Le sieur Chardon, ancien Intendant de Sainte-Lucie, a été présenté au Roi. Le Duc de la Vallière a offert au Roi cinquante-deux faucons du Roi de Danemark.
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2715
p. 201-203
De PARIS, le 9 Novembre 1764.
Début :
Le Roi étant informé qu'il se fabrique depuis plusieurs années [...]
Mots clefs :
Royaume, Bonnets, Bâtiments, Cérémonie, Messe, Ordonnance, Officiers de la marine, Composition, Compagnie des gardes, Marquis
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texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 9 Novembre 1764.
De PARIS , le 9 Novembre 1764.
Le Roi étant informé qu'il fe fabrique depuis
plufieurs années dans le Royanme notamment
à Marseille , à Nay en Béarn & dans l'Orléanois ,
des Bonnets à l'imitation de ceux de Thunis , qui:
ont été bien reçus dans le Levant ; voulant témoigner
aux Entrepreneurs ou Fabriquans fa fatisfaction
de leur zéle & de leur intelligence , & les
encourager ainfi que ceux qui fe propoferoient de
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
fuivre leur exemple , à étendre de plus en plas
cette Fabrication ; Sa Majefté a rendu un Arrêt
daté du 17 Septembre , par lequel Elle accorde
ane gratification de 10 fols par chaque douzaine
de Bonnets de cette espéce qui feront fabriqués
dans le Royaume.
Les bâtimens des Colléges de Louis- le - Grand ,
que le Roi a deſtinés à l'Univerfité. , s'étant trouvés
en état pour le 10 du mois dernier ,jour au
quel elle reprend le cours de fes Leçons , les Commilaires
députés par le Parlement, ont choifi ce
jour -là pour inftaler cette Compagnie dans ce
College ; la cérémonie s'en eſt faite avec beaucoup
d'appareil : on a chanté dans la Chapelle les
Te Deum , qui a été faivi de la Meffe du Saint
Efprits après quoi on s'eft rendu dans une des
Salles du Collège pour y entendre le Difcours .
Eatin qui le prononce , tous les ans à l'ouverture:
des Claffes.
Un Particulier anonyme ayant fait tenir à la
Faculté de Médecine une lomine de 300 liv. qu'il
deftinoit à former un prix pour quiconque, au
Jugement de la Compagnie auroit fait le meilleur
Hoge de Louis Durel , Médecin célébre fous les
Régnes de Charles IX & de Henri III ; les Com-.
millaires nommés pour examiner les Piéces qui
ons concouru , ont fait leur rapport , & en conĺéquence,
le prix a été adjugé au fieur Chomel ,
Médecin vétéran ordinaire du Roi , & ancien
Doyen de la Faculté.
1.Le Roi s'étant fait représenter l'Ordonnanceda
1 Janvier 1762 , portant Réglement ſur ap-.
pointemens des Officiers de la Marine , en a rendu
une autre datée du 14 Septembre , par laquelle ,
ndépendamment de plusieurs difpofitions nouvellee
, Sa Majesté rétablit l'emploi de Capitaine
DECEMBRE. 1764. 203
de Frégates pour en former un grade intermé
diaire entre celui de Capitaine de Vailleau & de
Lieutenant de Vaiffeau , & en fixe les appointemens
à la fomme de 2000 liv.
par an.
Sa Majesté a auffi rendu une Ordonnance datée
du même jour , par laquelle Elle a jugé à propos
de faire quelques changemens à la compofition
des Compagnies des Gardes de la Marine & du
Pavilion Amiral , & d'expliquer les intentions fur
Ge qui concerne leur inftruction .
Le Marquis de Paulmy , Protecteur de l'Acadé
mie de S. Luc , s'y eft tranfporté le 2 de ce mois ,
jour fixé pourjuger les modèles des Eléves qui ont
concouru au prix que le Protecteur y diftribue
tous les ans. Cet examen s'eſt fait en préſence du
fieur Moreau , Procureur du Roi au Châtelet , qui
le mêmê jour , a été reçu au nombre des Amaurs
de l'Académie.
Le Roi étant informé qu'il fe fabrique depuis
plufieurs années dans le Royanme notamment
à Marseille , à Nay en Béarn & dans l'Orléanois ,
des Bonnets à l'imitation de ceux de Thunis , qui:
ont été bien reçus dans le Levant ; voulant témoigner
aux Entrepreneurs ou Fabriquans fa fatisfaction
de leur zéle & de leur intelligence , & les
encourager ainfi que ceux qui fe propoferoient de
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
fuivre leur exemple , à étendre de plus en plas
cette Fabrication ; Sa Majefté a rendu un Arrêt
daté du 17 Septembre , par lequel Elle accorde
ane gratification de 10 fols par chaque douzaine
de Bonnets de cette espéce qui feront fabriqués
dans le Royaume.
Les bâtimens des Colléges de Louis- le - Grand ,
que le Roi a deſtinés à l'Univerfité. , s'étant trouvés
en état pour le 10 du mois dernier ,jour au
quel elle reprend le cours de fes Leçons , les Commilaires
députés par le Parlement, ont choifi ce
jour -là pour inftaler cette Compagnie dans ce
College ; la cérémonie s'en eſt faite avec beaucoup
d'appareil : on a chanté dans la Chapelle les
Te Deum , qui a été faivi de la Meffe du Saint
Efprits après quoi on s'eft rendu dans une des
Salles du Collège pour y entendre le Difcours .
Eatin qui le prononce , tous les ans à l'ouverture:
des Claffes.
Un Particulier anonyme ayant fait tenir à la
Faculté de Médecine une lomine de 300 liv. qu'il
deftinoit à former un prix pour quiconque, au
Jugement de la Compagnie auroit fait le meilleur
Hoge de Louis Durel , Médecin célébre fous les
Régnes de Charles IX & de Henri III ; les Com-.
millaires nommés pour examiner les Piéces qui
ons concouru , ont fait leur rapport , & en conĺéquence,
le prix a été adjugé au fieur Chomel ,
Médecin vétéran ordinaire du Roi , & ancien
Doyen de la Faculté.
1.Le Roi s'étant fait représenter l'Ordonnanceda
1 Janvier 1762 , portant Réglement ſur ap-.
pointemens des Officiers de la Marine , en a rendu
une autre datée du 14 Septembre , par laquelle ,
ndépendamment de plusieurs difpofitions nouvellee
, Sa Majesté rétablit l'emploi de Capitaine
DECEMBRE. 1764. 203
de Frégates pour en former un grade intermé
diaire entre celui de Capitaine de Vailleau & de
Lieutenant de Vaiffeau , & en fixe les appointemens
à la fomme de 2000 liv.
par an.
Sa Majesté a auffi rendu une Ordonnance datée
du même jour , par laquelle Elle a jugé à propos
de faire quelques changemens à la compofition
des Compagnies des Gardes de la Marine & du
Pavilion Amiral , & d'expliquer les intentions fur
Ge qui concerne leur inftruction .
Le Marquis de Paulmy , Protecteur de l'Acadé
mie de S. Luc , s'y eft tranfporté le 2 de ce mois ,
jour fixé pourjuger les modèles des Eléves qui ont
concouru au prix que le Protecteur y diftribue
tous les ans. Cet examen s'eſt fait en préſence du
fieur Moreau , Procureur du Roi au Châtelet , qui
le mêmê jour , a été reçu au nombre des Amaurs
de l'Académie.
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Résumé : De PARIS, le 9 Novembre 1764.
En novembre 1764, le Roi a appris la fabrication de bonnets imitant ceux de Tunis dans plusieurs régions, dont Marseille, Nay en Béarn et l'Orléanois. Pour encourager cette activité, il a accordé une gratification de 10 sols par douzaine de bonnets fabriqués. Le 10 octobre, les bâtiments des Collèges de Louis-le-Grand, destinés à l'Université, ont été inaugurés lors d'une cérémonie solennelle incluant un Te Deum et un discours d'ouverture. Un donateur anonyme a offert 300 livres à la Faculté de Médecine pour un prix récompensant le meilleur éloge de Louis Durel, attribué au sieur Chomel. Le Roi a également rétabli l'emploi de Capitaine de Frégates avec un appointement annuel de 2000 livres et modifié la composition des Compagnies des Gardes de la Marine et du Pavillon Amiral. Le Marquis de Paulmy a jugé les modèles des élèves de l'Académie de Saint-Luc pour le prix annuel, et le sieur Moreau a été reçu comme Amateur de l'Académie.
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2716
p. 95
« LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...] »
Début :
LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Conseil de Genève, Syndics
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...] »
LETTRES écrites de la campagne ; proi
che Genève ; 1765.
C'eft là le feul titre d'une brochure in- 8 °.
de 117 pag. qui fe trouve chez Ventes , &
dans laquelle on traite quatre queſtions prin
cipales : favoir , le jugement du Confeil de
Genève fur les livres de M. Rouſſeau , &
le décret fur fa perfonne. On demande
fi l'un & l'autre font réguliers ? On demande
en fecond lieu , fi un Citoyen de
Genève peut être emprifonné , fans avoir
été auparavant interrogé par les Syndics ?
Troifiémement : en matière criminelle ,
un tribunal qui n'a point un Syndic pour
Préfident , eft - il un tribunal legal ? Enfin ,
s'il y a du doute dans cette légalité , ainſi
que fur la forme des emprifonnemens ,
n'eft-ce pas au Confeil Général à en décider
? Ceux qui prennent encore quelque
part à cette ancienne querelle des Génevois
avec leur compatriote M. Rouffeau ,
pourront lire cette brochure avec intérêt.
che Genève ; 1765.
C'eft là le feul titre d'une brochure in- 8 °.
de 117 pag. qui fe trouve chez Ventes , &
dans laquelle on traite quatre queſtions prin
cipales : favoir , le jugement du Confeil de
Genève fur les livres de M. Rouſſeau , &
le décret fur fa perfonne. On demande
fi l'un & l'autre font réguliers ? On demande
en fecond lieu , fi un Citoyen de
Genève peut être emprifonné , fans avoir
été auparavant interrogé par les Syndics ?
Troifiémement : en matière criminelle ,
un tribunal qui n'a point un Syndic pour
Préfident , eft - il un tribunal legal ? Enfin ,
s'il y a du doute dans cette légalité , ainſi
que fur la forme des emprifonnemens ,
n'eft-ce pas au Confeil Général à en décider
? Ceux qui prennent encore quelque
part à cette ancienne querelle des Génevois
avec leur compatriote M. Rouffeau ,
pourront lire cette brochure avec intérêt.
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Résumé : « LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...] »
La brochure 'Lettres écrites de la campagne; près de Genève', publiée en 1765, explore quatre questions sur Jean-Jacques Rousseau et Genève. Elle traite de la régularité du jugement du Conseil de Genève sur les œuvres de Rousseau, de la possibilité d'emprisonner un citoyen sans interrogatoire préalable, de la légalité d'un tribunal criminel sans Syndic, et du rôle du Conseil Général en cas de doute sur la légalité des tribunaux ou des emprisonnements.
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2717
p. 46-52
SECONDE lettre (I) de M. V***, à Milady ***, concernant les funérailles de CROMWEL.
Début :
J'ai l'honneur d'envoyer à Mylady les réflexions de notre bon ami R***, sur [...]
Mots clefs :
Cromwell, Corps, Restauration, Sergent, Tyran, John Barkstead, Angleterre, Funérailles, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE lettre (I) de M. V***, à Milady ***, concernant les funérailles de CROMWEL.
SECONDE lettre ( 1 ) de M. V *** , à
Milady concernant les funérailles
de CROMWEL.
J
,
L'A'r l'honneur d'envoyer à Mylady les
". réflexions de notre bon ami R *** fur
les pièces énoncées dans ma lettre du 6
mars dernier , concernant les funérailles
de Cromvvel , en attendant celles qu'it me
promet encore fur un point de notre hiftoire
auffi extraordinaire qu'intéreffant.
Sur la pièce étiquetée nº 1 .
Peu de temps après la reſtauration ( 2 ) ,
le Sergent de la Chambre des Communes
reçut en effet l'ordre de fe tranſporter
avec fes Officiers à Weftminſter pour
demander que le corps du tyran , qui y
étoit enterré , lui fût remis , afin que la
Chambre pût en difpofer aina qu'elle trouveroit
convenable.
Sur quoi ledit Sergent , après avoir fait
( 1 ) La première eft dans le fecond volume du
Mercure d'avril dernier .
( 2 ) Le rétablillement de la Mailon de Stuart
fur le trône d'Angleterre,
JUIN 1768. 47
lever les carreaux de la chapelle de Henry
VII , à l'endroit défigné , trouva la
voûte où repofoit le corps , fur le cercueil
duquel étoit une plaque de cuivre trèsbien
dorée & renfermée dans une boîte de
plomb où , d'un côté , étoient gravées les
armes d'Angleterre avec celles du tyran ,
& fur le revers la légende fuivante :
OLIVERUS , Protector Reipublica Anglia ,
Scotia , & Hiberniæ , natus 2 5 april. 1 599,
inauguratus 16 dec. 1653 , mortuus 3
Sept. anno 1658 , hic fitus eft.
N. B. Ledit Sergent , croyant que la
plaque étoit d'or , s'en empara pour lui
tenir leu d'honoraires ; & M. Giffard, de
Colchefter, qui a époufé la fille du Sergent
, eft maintenant poffeffeur de cette
plaque , que fon beau- père lui a dit avoir
acquife, ainfi que nous l'avons rapporté,
No 2,
Ici et une déclaration reconnue & attef
tée au point ( fi l'occaſion l'exige ) d'être
juridiquement dépofée de la part de M, . ,
Barkfiead , lequel fréquente journellemeng
le caffé de Richard à Temple- bar , fils du
fameux Barktead , le Régicide, qui , après
48 MERCURE DE FRANCE.
Ja reftauration , fut exécuté comme tel ;
lequel fils , à la mort de l'archi- traître ,
étoit âgé d'environ quinze ans.
Cette déclaration porte en fubftance ,
que ledit régicide Barkstead , étant alors
Lieutenant de la Tour de Londres , & l'un
des plus intimes confidens de l'ufurpateur ,
defira , ainfi que quelques autres complices
de Cromvvel , connoître les intentions de
fon maître , malade, fur le choix de ſa ſépulture.
A quoi le tyran répondit que l'endroit
où il avoit remporté la victoire la
plus complette , par conféquent acquis le
plus de gloire , c'eft- à- dire , la plaine de
Nafeby , dans le Comté de Northampton ,
étoit le lieu qui lui plaifoit le plus. En
conféquence , vers minuit ( l'inftant après
fa mort ) le corps de Cromvvel , embaumé
& dans un cercueil de plomb , fut conduit
par Barkſtead & par fon fils dans la plaine
fufdite , au milieu de laquelle ils trouvèrent
une foffe déja faite d'environ neuf
pieds de profondeur , avec le gâfon fraîchement
coupé d'un côté & la terre de
l'autre ; dans laquelle , après avoir deſcendu
le cercueil , on rejetta la terre , & fur
laquelle on eut foin de rajufter afſez foigneufement
le gâfon pour dérober aux
paffans jufqu'aux foupçons que cette terre
eût été nouvellement remuée. On poufla
même ,
JUIN 1768.
même , peu de jours après , la précaution
au point de faire labourer entièrement la
plaine & de la faire enfemencer de froment
pendant trois ou quatre ans de fuite.
M.Barkstead rapporte encore beaucoup
d'autres circonstances trop longues à déduire
, & fur-tout la converfation intéreffante
qu'il eut depuis la reftauration
fur ce fujet avec le célèbre Duc de Buckingham
, &c,
N° 3.
En converfant fur cette déclaration de
Barkstead , avec le révérend M. Sen ... de
Q... & dont le père a réfidé long- temps
à Florence , en qualité de négociant , &
depuis en celle de Miniftre du Roi Char-
Les II; il m'a dit lui avoir ouï dire
que
ceux du parti de Cromvvel , qui s'étoient
fauvés dans ce pays - là après la reftauration
, lui avoient fouvent tenu des propos
relatifs à cette étonnante aventure.
Ces forcénés ( difoit - il ) s'étoient fouvent
vantés , en fa préfence , d'avoir concerté
& affuré leur vengeance contre
Charles premier auffi loin que la prévoyance
humaine pouvoit atteindre , en
le faifant décapiter , tandis qu'il vivoit
encore , & en rendant fes meilleurs amis
•
MERCURE DE FRANCE.
les exécuteurs du comble de l'ignominie
fur ce malheureux Prince après fa mort.
Après leur avoir demandé ( ajoutoit- il )
ce que fignifioit un tel propos , l'un d'eux
lui dit que Cromvvel & fes affidés , appréhendant
qu'au rétabliffement des Stuarts
fur le trône d'Angleterre , on n'infultât nonfeulement
à fa mémoire , mais même à fon
cadâvre , lui - même , ( Cromwel ) ainfi que
l'a déclaré Barkstead , avoit imaginé de fe
faire enterrer fecrettement dans la plaine
de Nafeby , tandis qu'un cercueil vuide
recevroit à Londres tous les honneurs funèbres
dus au Protecteur de la nation angloiſe,
& de placer quelque temps après dans ce
même cercueil , le corps du Roi décapité
( 3 ) , afin que fi quelque fentence infamante
étoit dans la fuite portée contre le
corps du Protecteur , toute l'ignominie ent
pût tomber fur celui du Roi même,
Qu'au rétabliffement de Charles II, par
ordre de la Chambre des Communes , la
tombe de Cromvvel fut brifée , le corps
(3 ) Mylord Clarendon même avoue qu'il n'egifte
aucune preuve que le corps de l'infortuné
Monarque ait été enterré , & qu'après la reftauration
, lorfque , par ordre du Roi Charles II , les
Lords Southampton & Lindſey furent chargés d'en
faire la recherche pour l'inhumer avec folemnité ,
on ne put jamais le trouver dans l'égliſe où l'an
difoit qu'il avoit été mis en terre.
JUIN 1768 .
tiré du cercueil , avec l'infcription mentionnée
dans le procès - verbal du Sergent ,
de-là porté à Tyburne , & ( à la grande
fatisfaction des conjurés ) pendu publiquement
à la vue d'une multitude immenſe
de fpectateurs , prefque infectés de la mauvaife
odeur qu'il exhaloit. Que le fecret
du changement des corps n'étant connu
que d'un petit nombre d'ennemis du feu
Roi , & les autres ne doutant pas que ce
ne fût en effet celui de Cromi vel que l'on
voyoit pendu , tout réuffiffoit au gré des
premiers ; lorfque la curiofité ayant conduit
quelques - uns des fpectateurs un peu
plus près du gibet , ils entrevirent , avec
horreur , des traits de reffemblance avec
quelqu'un qu'ils n'avoient pas crus devoir
rencontrer là ; & , qu'en ferrant la corde ,
on diftinguoit une forte couture autour
du col , au moyen de laquelle on fuppofoit
qu'immédiatement après le fupplice du
Roi , on avoit rejoint la tête au corps.
Qu'au moment où ce bruit fe répandit
tout bas , la foule des curieux vint à s'augmenter
, & qua'yant fait part à l'Officier
qui préfidoit à l'exécution des foupçons
qu'on avoit conçus , il fe hâta de dépêcher
un meffager pour informer la Cour de
la néceffité de prévenir un pius mût exa
Cij
52 MERCURE DE FRANCE,
men d'un fait dont les conféquences l'épouvantoient
lui - même. Sur quoi l'ordre
arriva bientôt après de dépendre le corps ,
& , fous prétexte de prévenir les fuires de
l'infection , de l'enterrer de nouveau,
Qu'il eft fur-tout à remarquer que ce
même corps , qui devoit être brûlé , ne lẹ
fur point, & qu'il eft peu probable que
cette dernière partie de la fentence n'eût
pas été exécutée fi l'on eût été tant foit
- peu peu convaincu que ce corps fût en effet
celui de Cromvvel.
Tel eft le rapport du révérend M. Sen ...
Refte à favoir fi l'on peut y compter. Ce
qu'il y a de fûr , c'eft que tous les enthoufiaftes
qui ont furvécu à Cromvvel fe font
fait gloire d'en atteſter la vérité jufqu'au
dernier inftant de leur vie.
J'ai l'honneur , & c ,
Londres , le 29 mars 1768 ,
Milady concernant les funérailles
de CROMWEL.
J
,
L'A'r l'honneur d'envoyer à Mylady les
". réflexions de notre bon ami R *** fur
les pièces énoncées dans ma lettre du 6
mars dernier , concernant les funérailles
de Cromvvel , en attendant celles qu'it me
promet encore fur un point de notre hiftoire
auffi extraordinaire qu'intéreffant.
Sur la pièce étiquetée nº 1 .
Peu de temps après la reſtauration ( 2 ) ,
le Sergent de la Chambre des Communes
reçut en effet l'ordre de fe tranſporter
avec fes Officiers à Weftminſter pour
demander que le corps du tyran , qui y
étoit enterré , lui fût remis , afin que la
Chambre pût en difpofer aina qu'elle trouveroit
convenable.
Sur quoi ledit Sergent , après avoir fait
( 1 ) La première eft dans le fecond volume du
Mercure d'avril dernier .
( 2 ) Le rétablillement de la Mailon de Stuart
fur le trône d'Angleterre,
JUIN 1768. 47
lever les carreaux de la chapelle de Henry
VII , à l'endroit défigné , trouva la
voûte où repofoit le corps , fur le cercueil
duquel étoit une plaque de cuivre trèsbien
dorée & renfermée dans une boîte de
plomb où , d'un côté , étoient gravées les
armes d'Angleterre avec celles du tyran ,
& fur le revers la légende fuivante :
OLIVERUS , Protector Reipublica Anglia ,
Scotia , & Hiberniæ , natus 2 5 april. 1 599,
inauguratus 16 dec. 1653 , mortuus 3
Sept. anno 1658 , hic fitus eft.
N. B. Ledit Sergent , croyant que la
plaque étoit d'or , s'en empara pour lui
tenir leu d'honoraires ; & M. Giffard, de
Colchefter, qui a époufé la fille du Sergent
, eft maintenant poffeffeur de cette
plaque , que fon beau- père lui a dit avoir
acquife, ainfi que nous l'avons rapporté,
No 2,
Ici et une déclaration reconnue & attef
tée au point ( fi l'occaſion l'exige ) d'être
juridiquement dépofée de la part de M, . ,
Barkfiead , lequel fréquente journellemeng
le caffé de Richard à Temple- bar , fils du
fameux Barktead , le Régicide, qui , après
48 MERCURE DE FRANCE.
Ja reftauration , fut exécuté comme tel ;
lequel fils , à la mort de l'archi- traître ,
étoit âgé d'environ quinze ans.
Cette déclaration porte en fubftance ,
que ledit régicide Barkstead , étant alors
Lieutenant de la Tour de Londres , & l'un
des plus intimes confidens de l'ufurpateur ,
defira , ainfi que quelques autres complices
de Cromvvel , connoître les intentions de
fon maître , malade, fur le choix de ſa ſépulture.
A quoi le tyran répondit que l'endroit
où il avoit remporté la victoire la
plus complette , par conféquent acquis le
plus de gloire , c'eft- à- dire , la plaine de
Nafeby , dans le Comté de Northampton ,
étoit le lieu qui lui plaifoit le plus. En
conféquence , vers minuit ( l'inftant après
fa mort ) le corps de Cromvvel , embaumé
& dans un cercueil de plomb , fut conduit
par Barkſtead & par fon fils dans la plaine
fufdite , au milieu de laquelle ils trouvèrent
une foffe déja faite d'environ neuf
pieds de profondeur , avec le gâfon fraîchement
coupé d'un côté & la terre de
l'autre ; dans laquelle , après avoir deſcendu
le cercueil , on rejetta la terre , & fur
laquelle on eut foin de rajufter afſez foigneufement
le gâfon pour dérober aux
paffans jufqu'aux foupçons que cette terre
eût été nouvellement remuée. On poufla
même ,
JUIN 1768.
même , peu de jours après , la précaution
au point de faire labourer entièrement la
plaine & de la faire enfemencer de froment
pendant trois ou quatre ans de fuite.
M.Barkstead rapporte encore beaucoup
d'autres circonstances trop longues à déduire
, & fur-tout la converfation intéreffante
qu'il eut depuis la reftauration
fur ce fujet avec le célèbre Duc de Buckingham
, &c,
N° 3.
En converfant fur cette déclaration de
Barkstead , avec le révérend M. Sen ... de
Q... & dont le père a réfidé long- temps
à Florence , en qualité de négociant , &
depuis en celle de Miniftre du Roi Char-
Les II; il m'a dit lui avoir ouï dire
que
ceux du parti de Cromvvel , qui s'étoient
fauvés dans ce pays - là après la reftauration
, lui avoient fouvent tenu des propos
relatifs à cette étonnante aventure.
Ces forcénés ( difoit - il ) s'étoient fouvent
vantés , en fa préfence , d'avoir concerté
& affuré leur vengeance contre
Charles premier auffi loin que la prévoyance
humaine pouvoit atteindre , en
le faifant décapiter , tandis qu'il vivoit
encore , & en rendant fes meilleurs amis
•
MERCURE DE FRANCE.
les exécuteurs du comble de l'ignominie
fur ce malheureux Prince après fa mort.
Après leur avoir demandé ( ajoutoit- il )
ce que fignifioit un tel propos , l'un d'eux
lui dit que Cromvvel & fes affidés , appréhendant
qu'au rétabliffement des Stuarts
fur le trône d'Angleterre , on n'infultât nonfeulement
à fa mémoire , mais même à fon
cadâvre , lui - même , ( Cromwel ) ainfi que
l'a déclaré Barkstead , avoit imaginé de fe
faire enterrer fecrettement dans la plaine
de Nafeby , tandis qu'un cercueil vuide
recevroit à Londres tous les honneurs funèbres
dus au Protecteur de la nation angloiſe,
& de placer quelque temps après dans ce
même cercueil , le corps du Roi décapité
( 3 ) , afin que fi quelque fentence infamante
étoit dans la fuite portée contre le
corps du Protecteur , toute l'ignominie ent
pût tomber fur celui du Roi même,
Qu'au rétabliffement de Charles II, par
ordre de la Chambre des Communes , la
tombe de Cromvvel fut brifée , le corps
(3 ) Mylord Clarendon même avoue qu'il n'egifte
aucune preuve que le corps de l'infortuné
Monarque ait été enterré , & qu'après la reftauration
, lorfque , par ordre du Roi Charles II , les
Lords Southampton & Lindſey furent chargés d'en
faire la recherche pour l'inhumer avec folemnité ,
on ne put jamais le trouver dans l'égliſe où l'an
difoit qu'il avoit été mis en terre.
JUIN 1768 .
tiré du cercueil , avec l'infcription mentionnée
dans le procès - verbal du Sergent ,
de-là porté à Tyburne , & ( à la grande
fatisfaction des conjurés ) pendu publiquement
à la vue d'une multitude immenſe
de fpectateurs , prefque infectés de la mauvaife
odeur qu'il exhaloit. Que le fecret
du changement des corps n'étant connu
que d'un petit nombre d'ennemis du feu
Roi , & les autres ne doutant pas que ce
ne fût en effet celui de Cromi vel que l'on
voyoit pendu , tout réuffiffoit au gré des
premiers ; lorfque la curiofité ayant conduit
quelques - uns des fpectateurs un peu
plus près du gibet , ils entrevirent , avec
horreur , des traits de reffemblance avec
quelqu'un qu'ils n'avoient pas crus devoir
rencontrer là ; & , qu'en ferrant la corde ,
on diftinguoit une forte couture autour
du col , au moyen de laquelle on fuppofoit
qu'immédiatement après le fupplice du
Roi , on avoit rejoint la tête au corps.
Qu'au moment où ce bruit fe répandit
tout bas , la foule des curieux vint à s'augmenter
, & qua'yant fait part à l'Officier
qui préfidoit à l'exécution des foupçons
qu'on avoit conçus , il fe hâta de dépêcher
un meffager pour informer la Cour de
la néceffité de prévenir un pius mût exa
Cij
52 MERCURE DE FRANCE,
men d'un fait dont les conféquences l'épouvantoient
lui - même. Sur quoi l'ordre
arriva bientôt après de dépendre le corps ,
& , fous prétexte de prévenir les fuires de
l'infection , de l'enterrer de nouveau,
Qu'il eft fur-tout à remarquer que ce
même corps , qui devoit être brûlé , ne lẹ
fur point, & qu'il eft peu probable que
cette dernière partie de la fentence n'eût
pas été exécutée fi l'on eût été tant foit
- peu peu convaincu que ce corps fût en effet
celui de Cromvvel.
Tel eft le rapport du révérend M. Sen ...
Refte à favoir fi l'on peut y compter. Ce
qu'il y a de fûr , c'eft que tous les enthoufiaftes
qui ont furvécu à Cromvvel fe font
fait gloire d'en atteſter la vérité jufqu'au
dernier inftant de leur vie.
J'ai l'honneur , & c ,
Londres , le 29 mars 1768 ,
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Résumé : SECONDE lettre (I) de M. V***, à Milady ***, concernant les funérailles de CROMWEL.
La lettre de M. V*** à Milady traite des funérailles d'Oliver Cromwell et des événements postérieurs à la restauration de la monarchie Stuart en Angleterre. Après la restauration, le sergent de la Chambre des Communes reçut l'ordre de récupérer le corps de Cromwell enterré à Westminster. Il découvrit une plaque de cuivre dorée sur le cercueil, conservée par M. Giffard, gendre du sergent. M. Barkstead, fils d'un régicide, révéla que Cromwell souhaitait être inhumé à Naseby, lieu de sa victoire la plus célèbre. Son corps y fut secrètement enterré, et des mesures furent prises pour dissimuler la tombe. Barkstead mentionna aussi des discussions avec le duc de Buckingham sur ce sujet. Le révérend M. Sen... rapporta que des partisans de Cromwell, réfugiés en Italie, avaient envisagé de venger Charles Ier en utilisant son corps pour protéger la mémoire de Cromwell. À la restauration de Charles II, le corps de Cromwell fut exhumé, transféré à Tyburn et pendu publiquement. La foule remarqua des traits de ressemblance avec une autre personne et une couture autour du cou, suggérant que la tête avait été réattachée. Des soupçons se propagèrent, incitant un officier à informer la cour. Un ordre fut donné de décrocher et de réenterrer le corps pour éviter toute infection. Le corps, destiné à être brûlé, ne le fut pas, renforçant les doutes sur son identité. Le révérend M. Sen... rapporta ces événements, bien que leur véracité complète reste incertaine. Les partisans de Cromwell affirmèrent la vérité de ces événements jusqu'à leur mort. Le document est daté du 29 mars 1768.
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2718
p. 90-91
FABLES. LE LION ET LE SERPENT.
Début :
Un jour le Roi des animaux, [...]
Mots clefs :
Lion, Serpent, Roi, Vivre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FABLES. LE LION ET LE SERPENT.
FABLE S.
LE LION ET LE SERPENT.
Un jour le Roi des animaux , N
Le terrible Lion , preffé par l'indigence ,
Alloit , dit-on , chez fes vaffaux
Pour y trouver fa fubfiftance .
Mais ces Meffieurs , avec mépris ,
Reçurent tous leur ancien maître ,
Feignirent tous de ne le point connoître...
Vils ingrats ! voilà donc le prix .
De mes bienfaits ? redoutez ma colère.
Vous êtes Roi , montrez-vous père.
Se venger c'eft foibleffe , & pardonner eft grand :
Seigneur , mépriſez cette injure ,
Dit un effroyable Serpent ,
Qui paffoit par-là d'aventure.
Venez chez - moi : la même nourriture ,
Tous deux ici près nous attend ;
Même lit , même appartement ,
Et ce qu'enverra la fortune ,
Sire , pour nous fera chofe commune.
Venez , c'eſt de bon coeur : j'en attefte les dieux ;
Vous ferez mon ami ; moi , je ferai le vôtre ;;
Et chacun de nous de fon mieux ,
Tour à tour , obligerá l'autre.
JUIN 1768. ་
Vivre avec un Serpent ne le flattoit pas
Mais , d'un autre côté , que faire ?
Jeûner , c'eût été rude effort ,
fort :
Car les Lions ne jeûnent guère .
Mourir de faim ; affreux & trifte fort !
Il aima mieux vivre . Il eut tort-;
Car l'infame reptile , ajoute encor l'hiftoire ,
Pour repaître fa vanité ,
Fit perdre au Lion la mémoire
De fa première liberté ,
Rompit fon mâle caractère ,
Et profita de fon adverfité.
Voilà les fruits de la mifère !
Par M. DROBECQ:
LE LION ET LE SERPENT.
Un jour le Roi des animaux , N
Le terrible Lion , preffé par l'indigence ,
Alloit , dit-on , chez fes vaffaux
Pour y trouver fa fubfiftance .
Mais ces Meffieurs , avec mépris ,
Reçurent tous leur ancien maître ,
Feignirent tous de ne le point connoître...
Vils ingrats ! voilà donc le prix .
De mes bienfaits ? redoutez ma colère.
Vous êtes Roi , montrez-vous père.
Se venger c'eft foibleffe , & pardonner eft grand :
Seigneur , mépriſez cette injure ,
Dit un effroyable Serpent ,
Qui paffoit par-là d'aventure.
Venez chez - moi : la même nourriture ,
Tous deux ici près nous attend ;
Même lit , même appartement ,
Et ce qu'enverra la fortune ,
Sire , pour nous fera chofe commune.
Venez , c'eſt de bon coeur : j'en attefte les dieux ;
Vous ferez mon ami ; moi , je ferai le vôtre ;;
Et chacun de nous de fon mieux ,
Tour à tour , obligerá l'autre.
JUIN 1768. ་
Vivre avec un Serpent ne le flattoit pas
Mais , d'un autre côté , que faire ?
Jeûner , c'eût été rude effort ,
fort :
Car les Lions ne jeûnent guère .
Mourir de faim ; affreux & trifte fort !
Il aima mieux vivre . Il eut tort-;
Car l'infame reptile , ajoute encor l'hiftoire ,
Pour repaître fa vanité ,
Fit perdre au Lion la mémoire
De fa première liberté ,
Rompit fon mâle caractère ,
Et profita de fon adverfité.
Voilà les fruits de la mifère !
Par M. DROBECQ:
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Résumé : FABLES. LE LION ET LE SERPENT.
La fable 'Le Lion et le Serpent' relate l'histoire d'un lion affamé qui demande de la nourriture à ses vassaux, lesquels le repoussent. Furieux, il est prêt à se venger mais un serpent lui offre de partager sa nourriture et son logement. Malgré son aversion, le lion accepte par nécessité. Le serpent exploite alors la situation en altérant la mémoire et le caractère du lion. Cette fable met en garde contre les dangers de la misère et les risques de dépendre de personnes malintentionnées.
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2719
p. 208
« La Compagnie des Indes, au cours du procès qu'elle a eu avec M. le Marquis [...] »
Début :
La Compagnie des Indes, au cours du procès qu'elle a eu avec M. le Marquis [...]
Mots clefs :
Compagnie des Indes, Syndics et directeurs de la Compagnie des Indes
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texteReconnaissance textuelle : « La Compagnie des Indes, au cours du procès qu'elle a eu avec M. le Marquis [...] »
LA Compagnie des Indes , au cours du
procès qu'elle a eu avec M. le Marquis
DE BUSSY , ci - devant commandant les
troupes de cette même Compagnie dans
le Dekan , eft parvenue à fe procurer les
pièces concernant la gestion de cet Offcier
Général , ce qui a fait foupçonner
la fidélité des Secrétaires auxquels il
avoit accordé fa confiance. Le fieur BACHELIER
, l'un d'eux , croit devoir fe
juftifier de ces foupçons en rendant publique
la réponse que MM. les Syndics &
Directeurs de la Compagnie des Indes
ont faite à la lettre qu'il leur avoit écrite
le 29 août 1767 ; ainfi quela lettre qu'il a
adreffée en conféquence à M. le Marquis
DE BUSSY, & la réponse qu'il en a reçue.
procès qu'elle a eu avec M. le Marquis
DE BUSSY , ci - devant commandant les
troupes de cette même Compagnie dans
le Dekan , eft parvenue à fe procurer les
pièces concernant la gestion de cet Offcier
Général , ce qui a fait foupçonner
la fidélité des Secrétaires auxquels il
avoit accordé fa confiance. Le fieur BACHELIER
, l'un d'eux , croit devoir fe
juftifier de ces foupçons en rendant publique
la réponse que MM. les Syndics &
Directeurs de la Compagnie des Indes
ont faite à la lettre qu'il leur avoit écrite
le 29 août 1767 ; ainfi quela lettre qu'il a
adreffée en conféquence à M. le Marquis
DE BUSSY, & la réponse qu'il en a reçue.
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Résumé : « La Compagnie des Indes, au cours du procès qu'elle a eu avec M. le Marquis [...] »
Un procès opposant la Compagnie des Indes au Marquis de Bussy a révélé des documents sur la gestion de ce dernier. Des doutes sur la loyauté des secrétaires de Bussy ont émergé. Monsieur Bachelier, un secrétaire, a publié des correspondances pour se justifier, incluant une lettre des Syndics et Directeurs de la Compagnie des Indes datée du 29 août 1767, ainsi que ses échanges avec le Marquis de Bussy.
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2720
p. 208-209
Lettre de la Compagnie des Indes au sieur BACHELIER, en date du 27 décembre 1767
Début :
La Compagnie, Monsieur, a reçu la lettre que vous lui avez écrite le 29 août dernier, pour [...]
Mots clefs :
Compagnie des Indes, Syndics, Directeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de la Compagnie des Indes au sieur BACHELIER, en date du 27 décembre 1767
Lettre de la Compagnie des Indes au fieur B▲-
CHELIER , en date du 27 décembre 1767.
La Compagnie , Monfieur , a reçu la lettre
que vous lui avez écrite le 29 août dernier , pour
lui faire part de l'inquiétude où vous êtes que
votre qualité d'ancien Secrétaire de M.de Buffy
JUIN 1768. 209
ne donne lieu aux foupçons du public relativement
aux papiers de la correfpondance qui ont été
remis à la Compagnie ; & vous nous apprenez
qu'on dit auffi que vous avez été appellé auprès
d'elle pour lui donner des inftructions fur la
geftion de M. de Buffy dans le Dékan . Chacun
de nous , Monfieur , fera toujours prêt à attefter
qu'en aucun temps il n'a reçu , ni directement ,
ni indirectement , de votre part , aucune des
pièces qui font parvenues à la Compagnie que ,
de plus , l'adminiſtration ne vous a jamais fait
appeller pour lui donner des éclairciffemens , ni
fur la gestion de M. de Buffy , ni fur aucune
autre affaire en un mot , qu'elle n'a jamais eu
d'autres rapports avec vous que ceux que lui ont
donnés quelques liquidations qu'elle a faites pour
vous.
Nous fommes très - parfaitement , Monfieur ;
vos très -humbles & très - obéiflans ferviteurs.
Les Syndics & Directeurs de la Compagnie des
Indes . Signés , le Duc de Duras , Caftries ,
Saucé , de Clouard , de Bruny , de Leffart , du
Vaudier , Terray , Briffon , Behie , le Moine ,
de Méri-Darcy. A l'Orient , le premier janvier
-1768. Signés , Marion , Rifteau , Dérabec.
CHELIER , en date du 27 décembre 1767.
La Compagnie , Monfieur , a reçu la lettre
que vous lui avez écrite le 29 août dernier , pour
lui faire part de l'inquiétude où vous êtes que
votre qualité d'ancien Secrétaire de M.de Buffy
JUIN 1768. 209
ne donne lieu aux foupçons du public relativement
aux papiers de la correfpondance qui ont été
remis à la Compagnie ; & vous nous apprenez
qu'on dit auffi que vous avez été appellé auprès
d'elle pour lui donner des inftructions fur la
geftion de M. de Buffy dans le Dékan . Chacun
de nous , Monfieur , fera toujours prêt à attefter
qu'en aucun temps il n'a reçu , ni directement ,
ni indirectement , de votre part , aucune des
pièces qui font parvenues à la Compagnie que ,
de plus , l'adminiſtration ne vous a jamais fait
appeller pour lui donner des éclairciffemens , ni
fur la gestion de M. de Buffy , ni fur aucune
autre affaire en un mot , qu'elle n'a jamais eu
d'autres rapports avec vous que ceux que lui ont
donnés quelques liquidations qu'elle a faites pour
vous.
Nous fommes très - parfaitement , Monfieur ;
vos très -humbles & très - obéiflans ferviteurs.
Les Syndics & Directeurs de la Compagnie des
Indes . Signés , le Duc de Duras , Caftries ,
Saucé , de Clouard , de Bruny , de Leffart , du
Vaudier , Terray , Briffon , Behie , le Moine ,
de Méri-Darcy. A l'Orient , le premier janvier
-1768. Signés , Marion , Rifteau , Dérabec.
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Résumé : Lettre de la Compagnie des Indes au sieur BACHELIER, en date du 27 décembre 1767
Le 27 décembre 1767, la Compagnie des Indes répond à une lettre du sieur B▲, datée du 29 août 1767. Ce dernier avait exprimé ses préoccupations face aux soupçons publics concernant son rôle d'ancien secrétaire de M. de Buffy et la correspondance remise à la Compagnie. Il avait également mentionné des rumeurs selon lesquelles il aurait été sollicité pour donner des instructions sur la gestion de M. de Buffy au Dekan. La Compagnie des Indes dément catégoriquement avoir reçu des documents de sa part et affirme n'avoir jamais demandé ses éclaircissements ni entretenu d'autres relations avec lui, excepté pour certaines liquidations effectuées en sa faveur. La lettre est signée par les syndics et directeurs de la Compagnie des Indes, incluant le Duc de Duras, et datée du 1er janvier 1768.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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Le Duc de Duras, Castries, Saucé, De Clouard, De Bruny, De Lessart, du Vaudier, Terray, Brisson, Behie, Le Moine, De Méri-Darcy, Marion, Risteau, Dérabec, La Compagnie des Indes, Les syndics et directeurs de la Compagnie des Indes (Claude-Antoine Valdec de Lessart, Charles de La Croix Castries, Joseph-Marie Terray, Marc Joseph Marion-Dufresne, François Risteau)
2720
Le Duc de Duras, Castries, Saucé, De Clouard, De Bruny, De Lessart, du Vaudier, Terray, Brisson, Behie, Le Moine, De Méri-Darcy, Marion, Risteau, Dérabec, La Compagnie des Indes, Les syndics et directeurs de la Compagnie des Indes (Claude-Antoine Valdec de Lessart, Charles de La Croix Castries, Joseph-Marie Terray, Marc Joseph Marion-Dufresne, François Risteau)
2721
p. 210-211
LETTRE écrite par le sieur BACHELIER, à M. le Marquis DE BUSSY, en date du 19 janvier 1768.
Début :
MONSIEUR, J'ai l'honneur de vous adresser la copie de la [...]
Mots clefs :
Compagnie des Indes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par le sieur BACHELIER, à M. le Marquis DE BUSSY, en date du 19 janvier 1768.
LETTRE écrite par le fieur BACHELIER ,
à M. le Marquis DE BUSSY , en date
du 19 janvier 1768.
MONSIEUR ,
j'ai l'honneur de vous adreffer la copie de la
réponse que MM. de l'adminiſtration de la Compagnie
des Indes ont faite à la lettre que je leur
ai écrite , par laquelle vous verrez qu'ils me juf
tifient pleinement de toutes imputations relativement
aux papiers de votre correfpondance qui
ont été remis à cette Compagnie.
Quelque fenfible que j'aie été à l'opinion que
ces imputations ont pu donner contre moi , j'ai
été beaucoup plus peiné des humiliations, que vous
m'avez fait effuyer à ce fujet . Je n'aurois jamais,
cru que vous euffiez pu douter de ma probité &
de mon attachement , d'après les preuves que je
vous en avois données. Il eſt accablant pour l'innocence
d'avoir à fe juftifier , & quand elle y par
vient , on ne peut trop réparer le préjudice qu'on
lui a caufé. Vous n'avez qu'un moyen , Monfieur
, de le faire , c'eft de me rendre votre eſtime
avec autant de publicité que mon humiliation en
a eue , & les fentimens qui vous font connus me
font efpérer cette juſtice de vous.
Je fouhaite , Monfieur , que ceux qui , comme
moi , ont eu part à votre confiance , & qui par
ร
JUIN 1768. 211
conféquent fe trouvent dans le cas d'être foupçonnés
, foient aſſez jaloux de leur réputationpour
m'imiter dans mes démarches ; vous découvrirez
aifément le aralheureux qui vous a manqué de
fidélité .
Je ſuis , &c. Signé , Bachelier.
à M. le Marquis DE BUSSY , en date
du 19 janvier 1768.
MONSIEUR ,
j'ai l'honneur de vous adreffer la copie de la
réponse que MM. de l'adminiſtration de la Compagnie
des Indes ont faite à la lettre que je leur
ai écrite , par laquelle vous verrez qu'ils me juf
tifient pleinement de toutes imputations relativement
aux papiers de votre correfpondance qui
ont été remis à cette Compagnie.
Quelque fenfible que j'aie été à l'opinion que
ces imputations ont pu donner contre moi , j'ai
été beaucoup plus peiné des humiliations, que vous
m'avez fait effuyer à ce fujet . Je n'aurois jamais,
cru que vous euffiez pu douter de ma probité &
de mon attachement , d'après les preuves que je
vous en avois données. Il eſt accablant pour l'innocence
d'avoir à fe juftifier , & quand elle y par
vient , on ne peut trop réparer le préjudice qu'on
lui a caufé. Vous n'avez qu'un moyen , Monfieur
, de le faire , c'eft de me rendre votre eſtime
avec autant de publicité que mon humiliation en
a eue , & les fentimens qui vous font connus me
font efpérer cette juſtice de vous.
Je fouhaite , Monfieur , que ceux qui , comme
moi , ont eu part à votre confiance , & qui par
ร
JUIN 1768. 211
conféquent fe trouvent dans le cas d'être foupçonnés
, foient aſſez jaloux de leur réputationpour
m'imiter dans mes démarches ; vous découvrirez
aifément le aralheureux qui vous a manqué de
fidélité .
Je ſuis , &c. Signé , Bachelier.
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Résumé : LETTRE écrite par le sieur BACHELIER, à M. le Marquis DE BUSSY, en date du 19 janvier 1768.
Le 19 janvier 1768, Bachelier adresse une lettre au Marquis de Bussy pour lui transmettre une copie de la réponse de l'administration de la Compagnie des Indes concernant des accusations portées contre lui. Bachelier exprime sa douleur face aux humiliations subies et à la remise en question de sa probité et de son attachement, malgré les preuves fournies. Il souligne la difficulté de se justifier et le besoin de réparer le tort causé à son innocence. Pour restaurer son honneur, Bachelier demande au Marquis de Bussy de lui rendre publiquement son estime. Il espère également que ceux ayant partagé la confiance du Marquis et étant suspects suivront son exemple pour identifier le véritable traître. La lettre se termine par la signature de Bachelier.
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2722
p. 211
RÉPONSE de M. le Marquis DE BUSSY, datée du 15 mars suivant.
Début :
Comme vous étiez mon Secrétaire, Monsieur, quand on m'a volé ma correspondance générale, [...]
Mots clefs :
Compagnie des Indes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. le Marquis DE BUSSY, datée du 15 mars suivant.
RÉPONSE de M. le Marquis DE BUSSY ,
datée du 15 mars fuivant.
Comme vous étiez mon Secrétaire , Monfieur ,
quand on m'a volé ma correſpondance générale ,
il étoit tout naturel que les foupçons tombaſſent
fur vous , de même que fur les autres perſonnes
que j'employois dans mon fecrétariat. Mais votre
extrême ſenſibilité à ce fujet a commencé votre
juftification dans mon efprit , & vous l'avez achevée
par les démarches que vous avez faites auprès
des Adminiſtrateurs de la Compagnie des Indes
pour les déterminer à vous donner un témoignage
non équivoque que vous n'aviez aucune part
cette odieufe manoeuvre : d'ailleurs , je fais depuis
long-temps à quoi m'en tenir fur ce mystère d'ini
quité. Soyez donc bien perfuadé , Monfieur , qu'à
cet égard il ne me refte pas le moindre nuage , &
que dans toutes les occafions qui pourront ſe pré →
fenter je ferai charmé de vous obliger & de vous
convaincre que mes fentimens pour vous font
toujours les mêmes.
Je fuis , &c. Signé , DE BUSSY.
datée du 15 mars fuivant.
Comme vous étiez mon Secrétaire , Monfieur ,
quand on m'a volé ma correſpondance générale ,
il étoit tout naturel que les foupçons tombaſſent
fur vous , de même que fur les autres perſonnes
que j'employois dans mon fecrétariat. Mais votre
extrême ſenſibilité à ce fujet a commencé votre
juftification dans mon efprit , & vous l'avez achevée
par les démarches que vous avez faites auprès
des Adminiſtrateurs de la Compagnie des Indes
pour les déterminer à vous donner un témoignage
non équivoque que vous n'aviez aucune part
cette odieufe manoeuvre : d'ailleurs , je fais depuis
long-temps à quoi m'en tenir fur ce mystère d'ini
quité. Soyez donc bien perfuadé , Monfieur , qu'à
cet égard il ne me refte pas le moindre nuage , &
que dans toutes les occafions qui pourront ſe pré →
fenter je ferai charmé de vous obliger & de vous
convaincre que mes fentimens pour vous font
toujours les mêmes.
Je fuis , &c. Signé , DE BUSSY.
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Résumé : RÉPONSE de M. le Marquis DE BUSSY, datée du 15 mars suivant.
Le marquis de Bussy écrit à son ancien secrétaire le 15 mars pour lever les soupçons de vol de correspondance. Convaincu de son innocence grâce à ses démarches, il assure son soutien et son amitié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2723
p. 46-47
ÉNIGME ALLÉGORIQUE.
Début :
Il est un astre, ami Lecteur, [...]
Mots clefs :
Sa Majesté danoise
2725
p. 197-205
LETTRE de M. Commerson, docteur en médecine, & médecin botaniste du Roi à l'Isle de France, le 25 Février 1769. SUR LA DÉCOUVERTE DE LA NOUVELLE ISLE DE CYTHÈRE OU TAÏTI.
Début :
Le voyage que j'ai entrepris avec M. de Bougainville, autour du monde, pour le progrès de [...]
Mots clefs :
Île, Île de France, Île de Cythère, Tahiti, Peuple, Tahitien, Hommes, Forme, Nom, Nation, Langue, Mots, Émigrations, Femmes, Usages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Commerson, docteur en médecine, & médecin botaniste du Roi à l'Isle de France, le 25 Février 1769. SUR LA DÉCOUVERTE DE LA NOUVELLE ISLE DE CYTHÈRE OU TAÏTI.
LETTRE de M. Commerfon , docteur en
médecine , & médecin botaniſte du Roi
à l'Ile de France , le 25 Février 1769 .
SUR LA DÉCOUVERTE DE LA NOUVELLE
ISLE DE CYTHÈRE OU TAÏTI ,
2
Le voyage que j'ai entrepris avec M. de Bou-
E
gainville , autour du monde , pour le progrès de
I'Hiftoire Naturelle , m'a fourni la matiere d'un
nombre immenfe d'obſervations : mais parmi les
chofes fingulières & qui doivent le plus intéreffer
le public , il n'y a rien de plus remarquable que la
découverte d'une Ifle nouvelle de la mer du Sud.
d'où M. de Bougainville a emmené un des principaux
habitans.
Cette Ifle me parut telle , que je lui avois déjà
appliqué le nom d'Utopie ou de fortunée , que
1 iij
198 MERCURE DE FRANCE .
Thomas Morus avoit donné à fa République
idéale : je ne favois pas encore que M. de Bougainville
l'avoit nommée la nouvelle Cythère , &
ce n'eft que poftérieurement encore qu'un des princes
de cette nation , [ celui que l'on a conduit en
Europe , nous a appris qu'elle étoit nommée
TAITI, par fes propres habitans. Le nom que
je lui deftinois convenoit à un pays , le feul peutêtre
de la terre , où habitent des hommes fans
vices , fans préjugés , fans befoins , fans diffentions.
1
Nés fous le plus beau ciel , nourris des fruits
d'une terre qui eft féconde fans culture , régis par
des peres de famille plutôt que par des Rois , ils
ne connoiflent d'autre Dieu que l'amour ; tous les
jours lui font confacrés , toute l'Ifle eft fon temple
, toutes les femmes en font les idoles , tous les
hommes les adorateurs. Et quelles femmes encore
! Les rivales des Géorgiennes pour la beauté
& les foeurs des Graces fans voile. La honte ni la
pudeur n'exercent point leur tyrannie ; la plus
légère des gazes flotte toujours au gré du vent &
des defirs. L'acte de créer fon femblable eſt un acte
de religion ; les préludes en font encouragés par
les voeux & les chants de tout le peuple aflemblé
& la fin eft célébrée par des applaudiffemens univerfels
; tout étranger eft admis à participer à ces
heureux mystères ; c'eft même un des devoirs de
l'hofpitalité que de les y inviter , de forte que le
bon Taïtien , jouit fans ceffe ou du fentiment de
fes propres plaifirs , ou du fpectacle de ceux des
autres. Quelque cenfeur auftère ne verra peut être
en celaqu'un débordement de maurs , une horrible
proftitution, le cynifie le plus effronté ; mais n'eftce
point l'état de l'homme naturel , né ellentielNOVEMBRE.
1759. 199
lement bon , exempt de tout préjugé , & fuivant
lans défiance comme lans remords , les douces
impulfions d'un inftinct toujours fûr , parce qu'il
n'a pas encore dégénéré en raison.
འ་་ འ
Une langue très - lonore , très- harmonieuſe ,
compofée d'environ quatre ou cinq cens mots
indéclinables & inconjugables , c'est - à - dire fans
aucune fyntaxe , leur fuffit pour rendre toutes leurs
idées , & pour exprimer tous leurs beſoins . Noble
fimplicité , qui n'excluant ni les modifications des
tons , ni la pantomime des paffions , les garantit
de cette ſuperbe batrologia
Sue nous appelions la
richelle des langues , & qui nous fait perdre dans
le labyrinthe des mots , la netteté des perceptions
& la promptitude du jugement. Le Taïtien , au
contraire , nomme fon objet auffi- tôt qu'il l'apperçoit.
Le ton dont il a prononcé le nom de cet objer
, a déjà rendu la maniere dont il en eft
affecté. Peu de paroles font une converſation rapide.
Les opérations de l'ame , les mouvemens du
coeur font ifochrones avec le remuement des
lèvres. Celui qui parle , & celui qui écoute font
toujours à l'unifloa. Notre Prince Taïtien qui
depuis fept ou buit mois qu'il étoit avec nous ,
n'avoit pas encore appris dix de nos paroles ,
étourdi le plus fouvent de leur volubilité , n'avoit
d'autre refource que celle de ſe boucher les oreilles
, & de nous rire au nez .
Ce n'est point ici une horde de fauvages grof.
fiers & ftupides ; tout chez ce peuple eft marqué
au coin de la plus parfaite intelligence . Leurs pirogues
font d'une conſtruction qui n'a point de modèle
connu , leur navigation eft dirigée par l'infpection
des aftres , leurs cafes font vaftes, de forme
élégante , commodes & régulières ; ils ont
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Fart , non pas de tiffer fil à fil de la toile , mais de
la faire fortir fubitement toute faite de deffous le
battoir , & de la colorer de gouttes de pourpre. Les
arbres fruitiers y font judicieufement elpacés ,
dans des champs qui ont tout l'agrément de nos
vergers, lans en avoir l'ennuyeufe fymmétrie ; tous
les écueils de leurs côtes , font balifés & éclairés
de nuit , en faveur de ceux qui tiennent la mer :
toutes leurs plantes font connues , & diftinguées
par des noms qui vont jufqu'à en indiquer les
affinités : les inftrumens de leurs arts , quoique
irés des matiéres brutes , font dignes cependant
d'être comparés aux nôtres par le choix des formes
, & la fùreté de leurs opérations.
Avec quelle induftrie ne traitoient-ils pas déjà
le fer , ce métal fi précieux pour eux qui ne le
tournent qu'en des ufages utiles , fi vil pour
nous qui en avons fait les inftrumens du délefpoir
& de la mort ! Avec quelle horreur ne repouffoient
ils pas les coucaux & les cifeaux que nous
leur offrions , parce qu'ils fembloient deviner
l'abus qu'on en pouvoit faire ! Avec quel empreffement
au contraire , ne font- ils pas venus
de nos
prendre les dimenfions de nos canots ,
chaloupes , de nos voiles , de nos tentes , de nos
bariques , en un mot de tout ce qu'ils ont cru
pouvoir avantageufement imiter !
Nous avons admiré la fimplicité de leurs moeurs,
l'honnêteté de leurs procédés , fur- tout envers
leurs femmes qui ne font nullement fubjuguées
chez eux comme chez les fauvages , leur philadelphie
entre eux tous , leur horreur pour l'effufion
du fang humain , leur reſpect idolâtre pour
leurs morts qu'ils ne regardent que comme des
gens endormis , enfin leur hofpitalité pour les
étrangers.
NOVEMBRE . 1769. 201
On a admis leurs chefs à nos repas ; tout ce
qui a paru fur les tables a excité leur curiofité. Ils
ont voulu qu'on leur rendît raifon de chaque plat.
Un légume leur fembloitil-bonells en demandoient
auffi- tôt de la graine ; en la recevant , ils s'informoient
où , & comment il falloit la planter , dans
combien de tems elle viendroit en rapport. Notre
pain leur a paru excellent , mais il leur a falhu
montrer le grain dont on le faifoit , les moyens
de le pulvérifer , la maniere de mettre la farine en
pâte , de la faire fermenter & de la cuire. Tous
ces procédés ont été fuivis & faifis dans le détail ;
le plus fouvent même il fuffifoit de leur dire la
moitié de la chofe , l'autre étoit déjà prévue &
devinée . Leur averfion pour le vin & les liqueurs
étoit invincible. Hommes fages en tout , ils reçoivent
fidellement des mains de la nature leursalimens
& leurs boiffons ; il n'y a chez eux ni liqueurs
fermentées ,ni pots à cuire : auffi n'a tonjamais vu
de plus belles dents, ni de plus belle carnation . Il eft
bien dommage que le feul homme qu'on puiffe
montrer de cette nation , en foit peut -être le plus
laid ; qu'on fe garde bien d'en juger fur cette
montre: mais fi je fuis obligé de le déprécier à cet
égard , je lui dois rendre la juftice, qu'il mérite
d'être étudié & connu ; individu vraiment intéreflant,
digne de toutes les attentions du miniftère
, & auquel il eft même dût , à titre de juftice ,
bien des dédommagemens pour tous les facrifices
volontaires qu'il nous a faits dans l'enthouſiaſme
de fon attachement pour nous.
On demandera fans doute de quel continent ,
de quel penple font venus ces infulaires ? Comme
fi ce n'étoit que d'émigrations en émigrations que
Ies continens , & les Ifles euflent pu fe peupler.
Comme fil'on ne pouvoit pas dans l'hypothèle
I v
202. MERCURE DE FRANCE.
*
même des émigrations , qu'on ne fçauroit fe dif
penfer d'admettre de tems en tems , fuppofer par
Toute terre un peuple primitif, qui a reçu & incorporé
le peuple émigrant , ou qui en a été chaflé
ou détruit . Pour moi en ne confidérant cette queftion
qu'en Naturalifte , j'admettrois volontiers
par-tout , ces peuples Protoplaftes , dont malgré
les révolutions phyfiques arrivées fur les différentes
parties de notre globe , il s'eft toujours confervé
au moins un couple fur chacune de celles qui
font reftées habitées , & je ne traiterois qu'en
hiftorien des révolutions humaines , toutes ces
émigrations vraies ou prétendues ; je vois , d'ailleurs
, des races d'hommes très - diftinctes . Ces
races mêlées enſemble ont bien pu produire des
nuances ; mais il n'y a qu'un mythologifte qui
puifle expliquer comment le tout feroit forti d'une
fouche commune : ainfi je ne vois pas pourquoi
les bons Taïtiens , ne feroient pas les propres fils
de leur terre je veux dire defcendus de leurs
aïeux toujours Taïtiens , en remontant auffi haut
que le peuple le plus jaloux de fon ancienneté . Je
vois encore moins à quelle nation il faudroit faire
honneur de la peuplade de Taïti , toujours maintenue
dans les termes de la fimple nature . Une
fociété d'hommes une fois corrompue , ne peut
fe régénérer en entier. Les Colonies portent partout
avec elles les vices de leur métropole. Que
l'on trouve de l'analogie dans la langue , dans les
moeurs , dans les utages de quelque peuple voisin,
ou éloigné de Taïti ? Je n'aurai rien à répliquer
& dans ce cas encore la queftion ne feroit que
rétorquée , & non pas réfolue . Je forme feule
ment une conjecture que je foumets bien volonriers
à ceux qui fe plaifent à difcuter ces fortes de
fujets. Je trouve dans la langue Taïtienne quatre
ou cinq mots dérivés de l'Eſpagnol , entr'autres
*
NOVEMBRE . 1769. 20 ;
celui d'haouri , qui vient évidemment d'hierro ,
fer , & Mattar, Matté , qui veut dire tuer ou tué.
Seroient- ce quelques Elpagnols échoués dans les
premieres navigations de la mer du Sud , qui leur
auroient fourni ces mots en leur donnant la premiere
connoiffance de la chofe ? La langue Taïtienne
feroit- elle donc auffi glorieuse de n'avoir
point eu jufqu'alors de mot propre à exprimer
l'action de ruer , que les anciennes loix de Lacédémone
de n'avoir point prononcé de peine contre
le parricide pour n'en avoir pas imaginé la poffibilité.
Si l'on m'admettoit cette fuppofition , queje
ne voudrois cependant pas faire au préjudice d'une
nation que je refpecte , j'en tirerois bientôt l'explication
de quelques ufages , & de l'origine de
quelques animaux , qui me femblent empruntés
des Européens. Ce feroit ainsi qu'une chienne &
une truie , pleines , auroient procuré à cette Ifle la
race des cochons , & des petits chiens d'Europe.
Ce feroit ainfi que l'art de mailler des tramails ,
ou filets à poiffon , & de les monter comme nous ,
la pratique de la faignée faite avec des efquilles.
de nacre , aiguifés en forme de lancettes , la reffemblance
de leurs fiéges avec ceux que nos nienuifiers
font très bas fur quatre pieds & fans
doffier pour les enfans , leurs cordes , leurs lignes
faites de fibres de végétaux , leurs trefles de cheveux
, leurs paniers , leurs hachés faites en
forme d'herminette , leurs pagnes paflées aut
cou des homines , en forme de dalmatique , leur
paflion pour les pendans d'oreilles & les bracelets,
& quelques autres ufages , qui pris diftributivement
n'établiſſent rien , indiqueroieur collecti
vement une fuite d'imitations de modes Européennes
: enfin le peu de fer échappé au naufrage
·
I vj
204
MERCURE DE FRANCE.
auroit depuis lors été détruit par la rouille, enforte
qu'il n'eft pas furprenant que nous n'en ayons pas
trouvé les moindres veftiges ; mais la tradition &
le nom , quoiqu'un peu corrompu s'en feroient
confervés ; fi mieux on n'aime fuppofer qu'une
Ifle éloignée d'environ cent ou deux cens lieues
avec laquelle le prince Taïtien nous a afluré qu'ils
communiquoient , ne leur ait donné ces notions
fans qu'ils ayent jamais eu aucune communication
immédiate avec les Européens
9"
Je ne quitterai pas ces chers Taïtiens fans les
avoir lavés d'une injure qu'on leur fait en les traitant
de voleurs : il eft vrai qu'ils nous ont enlevé
beaucoup de chofes , & cela même avec une dextérité
qui feroit honneur au plus habile filou de
Paris ; mais méritent - ils pour cela le nom de voleurs
? Qu'eft- ce que le vol ? C'est l'enlèvement
d'une chofe qui eft en propriété à un autre ; i
faut donc pour que l'an fe plaigne juftement
d'avoir été volé , qu'il lui ait été enlevé un effet
furlequel fon droit de propriété étoit préétabli &
avoué ; mais ce droit de propriété eft - il dans la
nature ? Non ; il eft de pure convention. Aucune .
convention n'oblige , à moins qu'elle ne foit connue
& acceptée. Le Taïtien qui n'a rien à lui , qui
offre & donne généreufement tout ce qu'il voit
défirer , ne l'a point connue ce droit exclufif ; donc
l'acte d'enlevement qu'il nous fait d'une chofe qui
excite fa curiofité , n'eft , felon lui qu'un acte
d'équité naturelle par lequel il fçait nous faire
exécuter ce qu'il exécuteroit lui-même . C'eſt une
inverſe du talion , par lequel on s'applique tout
le bien qu'on auroit fait aux autres. Notre prince
Taïtien étoit un plaifant voleur , il prenoit d'une
main un clou , ou un verre , ou un bifcuit , mais
NOVEMBRE. 1769. 205
J
c'étoit pour le donner de l'autre au premier des
fiens qu'il rencontroit , en leur enlevant canards ,
poules & cochons , qu'il nous apportoit. J'ai vu
la canne d'un officier levée fur lui , comme on le
furprenoit dans cette efpèce de fupercherie dont
on n'ignoroit pas le motif généreux . Je me jettai
avec indignation entre deux au hazard d'en rece
voir le coup moi - même : telle eft l'ame dure de la
plupart des marins , fur laquelle Jean - Jacques.
Rouffeau place fi plaisamment un point de doute,..
& d'interrogation ?
Je joins ici un double de l'infcription que j'ai
laiflée dans cette Ifle , gravée fur des médaillons
de plomb dans l'Ifle de Taïti : ne l'examinez point
Monfieur , avec la fcrupuleufe rigueur des critiques
en ftyle lapidaire. Si on y reconnoît feulefement
l'expreffion d'une ame touchée & reconaoiflante
, j'ai rempli le but que je me propofois.
médecine , & médecin botaniſte du Roi
à l'Ile de France , le 25 Février 1769 .
SUR LA DÉCOUVERTE DE LA NOUVELLE
ISLE DE CYTHÈRE OU TAÏTI ,
2
Le voyage que j'ai entrepris avec M. de Bou-
E
gainville , autour du monde , pour le progrès de
I'Hiftoire Naturelle , m'a fourni la matiere d'un
nombre immenfe d'obſervations : mais parmi les
chofes fingulières & qui doivent le plus intéreffer
le public , il n'y a rien de plus remarquable que la
découverte d'une Ifle nouvelle de la mer du Sud.
d'où M. de Bougainville a emmené un des principaux
habitans.
Cette Ifle me parut telle , que je lui avois déjà
appliqué le nom d'Utopie ou de fortunée , que
1 iij
198 MERCURE DE FRANCE .
Thomas Morus avoit donné à fa République
idéale : je ne favois pas encore que M. de Bougainville
l'avoit nommée la nouvelle Cythère , &
ce n'eft que poftérieurement encore qu'un des princes
de cette nation , [ celui que l'on a conduit en
Europe , nous a appris qu'elle étoit nommée
TAITI, par fes propres habitans. Le nom que
je lui deftinois convenoit à un pays , le feul peutêtre
de la terre , où habitent des hommes fans
vices , fans préjugés , fans befoins , fans diffentions.
1
Nés fous le plus beau ciel , nourris des fruits
d'une terre qui eft féconde fans culture , régis par
des peres de famille plutôt que par des Rois , ils
ne connoiflent d'autre Dieu que l'amour ; tous les
jours lui font confacrés , toute l'Ifle eft fon temple
, toutes les femmes en font les idoles , tous les
hommes les adorateurs. Et quelles femmes encore
! Les rivales des Géorgiennes pour la beauté
& les foeurs des Graces fans voile. La honte ni la
pudeur n'exercent point leur tyrannie ; la plus
légère des gazes flotte toujours au gré du vent &
des defirs. L'acte de créer fon femblable eſt un acte
de religion ; les préludes en font encouragés par
les voeux & les chants de tout le peuple aflemblé
& la fin eft célébrée par des applaudiffemens univerfels
; tout étranger eft admis à participer à ces
heureux mystères ; c'eft même un des devoirs de
l'hofpitalité que de les y inviter , de forte que le
bon Taïtien , jouit fans ceffe ou du fentiment de
fes propres plaifirs , ou du fpectacle de ceux des
autres. Quelque cenfeur auftère ne verra peut être
en celaqu'un débordement de maurs , une horrible
proftitution, le cynifie le plus effronté ; mais n'eftce
point l'état de l'homme naturel , né ellentielNOVEMBRE.
1759. 199
lement bon , exempt de tout préjugé , & fuivant
lans défiance comme lans remords , les douces
impulfions d'un inftinct toujours fûr , parce qu'il
n'a pas encore dégénéré en raison.
འ་་ འ
Une langue très - lonore , très- harmonieuſe ,
compofée d'environ quatre ou cinq cens mots
indéclinables & inconjugables , c'est - à - dire fans
aucune fyntaxe , leur fuffit pour rendre toutes leurs
idées , & pour exprimer tous leurs beſoins . Noble
fimplicité , qui n'excluant ni les modifications des
tons , ni la pantomime des paffions , les garantit
de cette ſuperbe batrologia
Sue nous appelions la
richelle des langues , & qui nous fait perdre dans
le labyrinthe des mots , la netteté des perceptions
& la promptitude du jugement. Le Taïtien , au
contraire , nomme fon objet auffi- tôt qu'il l'apperçoit.
Le ton dont il a prononcé le nom de cet objer
, a déjà rendu la maniere dont il en eft
affecté. Peu de paroles font une converſation rapide.
Les opérations de l'ame , les mouvemens du
coeur font ifochrones avec le remuement des
lèvres. Celui qui parle , & celui qui écoute font
toujours à l'unifloa. Notre Prince Taïtien qui
depuis fept ou buit mois qu'il étoit avec nous ,
n'avoit pas encore appris dix de nos paroles ,
étourdi le plus fouvent de leur volubilité , n'avoit
d'autre refource que celle de ſe boucher les oreilles
, & de nous rire au nez .
Ce n'est point ici une horde de fauvages grof.
fiers & ftupides ; tout chez ce peuple eft marqué
au coin de la plus parfaite intelligence . Leurs pirogues
font d'une conſtruction qui n'a point de modèle
connu , leur navigation eft dirigée par l'infpection
des aftres , leurs cafes font vaftes, de forme
élégante , commodes & régulières ; ils ont
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Fart , non pas de tiffer fil à fil de la toile , mais de
la faire fortir fubitement toute faite de deffous le
battoir , & de la colorer de gouttes de pourpre. Les
arbres fruitiers y font judicieufement elpacés ,
dans des champs qui ont tout l'agrément de nos
vergers, lans en avoir l'ennuyeufe fymmétrie ; tous
les écueils de leurs côtes , font balifés & éclairés
de nuit , en faveur de ceux qui tiennent la mer :
toutes leurs plantes font connues , & diftinguées
par des noms qui vont jufqu'à en indiquer les
affinités : les inftrumens de leurs arts , quoique
irés des matiéres brutes , font dignes cependant
d'être comparés aux nôtres par le choix des formes
, & la fùreté de leurs opérations.
Avec quelle induftrie ne traitoient-ils pas déjà
le fer , ce métal fi précieux pour eux qui ne le
tournent qu'en des ufages utiles , fi vil pour
nous qui en avons fait les inftrumens du délefpoir
& de la mort ! Avec quelle horreur ne repouffoient
ils pas les coucaux & les cifeaux que nous
leur offrions , parce qu'ils fembloient deviner
l'abus qu'on en pouvoit faire ! Avec quel empreffement
au contraire , ne font- ils pas venus
de nos
prendre les dimenfions de nos canots ,
chaloupes , de nos voiles , de nos tentes , de nos
bariques , en un mot de tout ce qu'ils ont cru
pouvoir avantageufement imiter !
Nous avons admiré la fimplicité de leurs moeurs,
l'honnêteté de leurs procédés , fur- tout envers
leurs femmes qui ne font nullement fubjuguées
chez eux comme chez les fauvages , leur philadelphie
entre eux tous , leur horreur pour l'effufion
du fang humain , leur reſpect idolâtre pour
leurs morts qu'ils ne regardent que comme des
gens endormis , enfin leur hofpitalité pour les
étrangers.
NOVEMBRE . 1769. 201
On a admis leurs chefs à nos repas ; tout ce
qui a paru fur les tables a excité leur curiofité. Ils
ont voulu qu'on leur rendît raifon de chaque plat.
Un légume leur fembloitil-bonells en demandoient
auffi- tôt de la graine ; en la recevant , ils s'informoient
où , & comment il falloit la planter , dans
combien de tems elle viendroit en rapport. Notre
pain leur a paru excellent , mais il leur a falhu
montrer le grain dont on le faifoit , les moyens
de le pulvérifer , la maniere de mettre la farine en
pâte , de la faire fermenter & de la cuire. Tous
ces procédés ont été fuivis & faifis dans le détail ;
le plus fouvent même il fuffifoit de leur dire la
moitié de la chofe , l'autre étoit déjà prévue &
devinée . Leur averfion pour le vin & les liqueurs
étoit invincible. Hommes fages en tout , ils reçoivent
fidellement des mains de la nature leursalimens
& leurs boiffons ; il n'y a chez eux ni liqueurs
fermentées ,ni pots à cuire : auffi n'a tonjamais vu
de plus belles dents, ni de plus belle carnation . Il eft
bien dommage que le feul homme qu'on puiffe
montrer de cette nation , en foit peut -être le plus
laid ; qu'on fe garde bien d'en juger fur cette
montre: mais fi je fuis obligé de le déprécier à cet
égard , je lui dois rendre la juftice, qu'il mérite
d'être étudié & connu ; individu vraiment intéreflant,
digne de toutes les attentions du miniftère
, & auquel il eft même dût , à titre de juftice ,
bien des dédommagemens pour tous les facrifices
volontaires qu'il nous a faits dans l'enthouſiaſme
de fon attachement pour nous.
On demandera fans doute de quel continent ,
de quel penple font venus ces infulaires ? Comme
fi ce n'étoit que d'émigrations en émigrations que
Ies continens , & les Ifles euflent pu fe peupler.
Comme fil'on ne pouvoit pas dans l'hypothèle
I v
202. MERCURE DE FRANCE.
*
même des émigrations , qu'on ne fçauroit fe dif
penfer d'admettre de tems en tems , fuppofer par
Toute terre un peuple primitif, qui a reçu & incorporé
le peuple émigrant , ou qui en a été chaflé
ou détruit . Pour moi en ne confidérant cette queftion
qu'en Naturalifte , j'admettrois volontiers
par-tout , ces peuples Protoplaftes , dont malgré
les révolutions phyfiques arrivées fur les différentes
parties de notre globe , il s'eft toujours confervé
au moins un couple fur chacune de celles qui
font reftées habitées , & je ne traiterois qu'en
hiftorien des révolutions humaines , toutes ces
émigrations vraies ou prétendues ; je vois , d'ailleurs
, des races d'hommes très - diftinctes . Ces
races mêlées enſemble ont bien pu produire des
nuances ; mais il n'y a qu'un mythologifte qui
puifle expliquer comment le tout feroit forti d'une
fouche commune : ainfi je ne vois pas pourquoi
les bons Taïtiens , ne feroient pas les propres fils
de leur terre je veux dire defcendus de leurs
aïeux toujours Taïtiens , en remontant auffi haut
que le peuple le plus jaloux de fon ancienneté . Je
vois encore moins à quelle nation il faudroit faire
honneur de la peuplade de Taïti , toujours maintenue
dans les termes de la fimple nature . Une
fociété d'hommes une fois corrompue , ne peut
fe régénérer en entier. Les Colonies portent partout
avec elles les vices de leur métropole. Que
l'on trouve de l'analogie dans la langue , dans les
moeurs , dans les utages de quelque peuple voisin,
ou éloigné de Taïti ? Je n'aurai rien à répliquer
& dans ce cas encore la queftion ne feroit que
rétorquée , & non pas réfolue . Je forme feule
ment une conjecture que je foumets bien volonriers
à ceux qui fe plaifent à difcuter ces fortes de
fujets. Je trouve dans la langue Taïtienne quatre
ou cinq mots dérivés de l'Eſpagnol , entr'autres
*
NOVEMBRE . 1769. 20 ;
celui d'haouri , qui vient évidemment d'hierro ,
fer , & Mattar, Matté , qui veut dire tuer ou tué.
Seroient- ce quelques Elpagnols échoués dans les
premieres navigations de la mer du Sud , qui leur
auroient fourni ces mots en leur donnant la premiere
connoiffance de la chofe ? La langue Taïtienne
feroit- elle donc auffi glorieuse de n'avoir
point eu jufqu'alors de mot propre à exprimer
l'action de ruer , que les anciennes loix de Lacédémone
de n'avoir point prononcé de peine contre
le parricide pour n'en avoir pas imaginé la poffibilité.
Si l'on m'admettoit cette fuppofition , queje
ne voudrois cependant pas faire au préjudice d'une
nation que je refpecte , j'en tirerois bientôt l'explication
de quelques ufages , & de l'origine de
quelques animaux , qui me femblent empruntés
des Européens. Ce feroit ainsi qu'une chienne &
une truie , pleines , auroient procuré à cette Ifle la
race des cochons , & des petits chiens d'Europe.
Ce feroit ainfi que l'art de mailler des tramails ,
ou filets à poiffon , & de les monter comme nous ,
la pratique de la faignée faite avec des efquilles.
de nacre , aiguifés en forme de lancettes , la reffemblance
de leurs fiéges avec ceux que nos nienuifiers
font très bas fur quatre pieds & fans
doffier pour les enfans , leurs cordes , leurs lignes
faites de fibres de végétaux , leurs trefles de cheveux
, leurs paniers , leurs hachés faites en
forme d'herminette , leurs pagnes paflées aut
cou des homines , en forme de dalmatique , leur
paflion pour les pendans d'oreilles & les bracelets,
& quelques autres ufages , qui pris diftributivement
n'établiſſent rien , indiqueroieur collecti
vement une fuite d'imitations de modes Européennes
: enfin le peu de fer échappé au naufrage
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MERCURE DE FRANCE.
auroit depuis lors été détruit par la rouille, enforte
qu'il n'eft pas furprenant que nous n'en ayons pas
trouvé les moindres veftiges ; mais la tradition &
le nom , quoiqu'un peu corrompu s'en feroient
confervés ; fi mieux on n'aime fuppofer qu'une
Ifle éloignée d'environ cent ou deux cens lieues
avec laquelle le prince Taïtien nous a afluré qu'ils
communiquoient , ne leur ait donné ces notions
fans qu'ils ayent jamais eu aucune communication
immédiate avec les Européens
9"
Je ne quitterai pas ces chers Taïtiens fans les
avoir lavés d'une injure qu'on leur fait en les traitant
de voleurs : il eft vrai qu'ils nous ont enlevé
beaucoup de chofes , & cela même avec une dextérité
qui feroit honneur au plus habile filou de
Paris ; mais méritent - ils pour cela le nom de voleurs
? Qu'eft- ce que le vol ? C'est l'enlèvement
d'une chofe qui eft en propriété à un autre ; i
faut donc pour que l'an fe plaigne juftement
d'avoir été volé , qu'il lui ait été enlevé un effet
furlequel fon droit de propriété étoit préétabli &
avoué ; mais ce droit de propriété eft - il dans la
nature ? Non ; il eft de pure convention. Aucune .
convention n'oblige , à moins qu'elle ne foit connue
& acceptée. Le Taïtien qui n'a rien à lui , qui
offre & donne généreufement tout ce qu'il voit
défirer , ne l'a point connue ce droit exclufif ; donc
l'acte d'enlevement qu'il nous fait d'une chofe qui
excite fa curiofité , n'eft , felon lui qu'un acte
d'équité naturelle par lequel il fçait nous faire
exécuter ce qu'il exécuteroit lui-même . C'eſt une
inverſe du talion , par lequel on s'applique tout
le bien qu'on auroit fait aux autres. Notre prince
Taïtien étoit un plaifant voleur , il prenoit d'une
main un clou , ou un verre , ou un bifcuit , mais
NOVEMBRE. 1769. 205
J
c'étoit pour le donner de l'autre au premier des
fiens qu'il rencontroit , en leur enlevant canards ,
poules & cochons , qu'il nous apportoit. J'ai vu
la canne d'un officier levée fur lui , comme on le
furprenoit dans cette efpèce de fupercherie dont
on n'ignoroit pas le motif généreux . Je me jettai
avec indignation entre deux au hazard d'en rece
voir le coup moi - même : telle eft l'ame dure de la
plupart des marins , fur laquelle Jean - Jacques.
Rouffeau place fi plaisamment un point de doute,..
& d'interrogation ?
Je joins ici un double de l'infcription que j'ai
laiflée dans cette Ifle , gravée fur des médaillons
de plomb dans l'Ifle de Taïti : ne l'examinez point
Monfieur , avec la fcrupuleufe rigueur des critiques
en ftyle lapidaire. Si on y reconnoît feulefement
l'expreffion d'une ame touchée & reconaoiflante
, j'ai rempli le but que je me propofois.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Commerson, docteur en médecine, & médecin botaniste du Roi à l'Isle de France, le 25 Février 1769. SUR LA DÉCOUVERTE DE LA NOUVELLE ISLE DE CYTHÈRE OU TAÏTI.
La lettre de M. Commerfon, médecin et botaniste du Roi, datée du 25 février 1769, relate la découverte d'une nouvelle île lors d'un voyage autour du monde avec M. de Bougainville. Cette île, nommée Nouvelle Cythère par Bougainville et Taïti par ses habitants, se trouve dans la mer du Sud. Les Taïtiens vivent dans un environnement idyllique et sont décrits comme exempts de vices et de préjugés. Leur société est organisée autour de pères de famille plutôt que de rois, et ils vénèrent l'amour comme unique divinité. La sexualité y est libre et intégrée dans la vie quotidienne. Les Taïtiens possèdent une langue simple mais expressive et montrent une grande intelligence et savoir-faire dans divers domaines tels que la construction de pirogues, la navigation, l'agriculture et l'artisanat. Ils manifestent un grand intérêt pour les objets et techniques européens, notamment le fer. Leur société est marquée par la simplicité des mœurs, l'honnêteté, le respect mutuel et une hospitalité exemplaire. Ils refusent les armes et montrent une aversion pour la violence. En novembre 1769, des chefs taïtiens ont montré une grande curiosité pour les aliments européens, posant des questions détaillées sur divers plats et demandant des graines pour les cultiver. Ils ont refusé le vin et les liqueurs, préférant les aliments naturels. Leur santé dentaire et leur teint étaient remarquables. L'auteur discute de l'origine des habitants de Taïti, suggérant qu'ils pourraient être des peuples autochtones ayant évolué sur place. Il note des similitudes linguistiques avec l'espagnol et émet l'hypothèse que des Espagnols naufragés auraient pu introduire certains termes et usages. Plusieurs pratiques et objets taïtiens montrent des influences européennes, comme les filets de pêche et les vêtements. L'auteur défend les Tahitiens contre l'accusation de vol, expliquant que leur comportement est dicté par une compréhension différente de la propriété. Ils partagent généreusement leurs biens et prennent des objets européens par curiosité et pour les redistribuer. L'auteur raconte un incident où il a empêché une punition injustifiée et mentionne une inscription laissée sur l'île, exprimant sa reconnaissance envers les Tahitiens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2726
p. 13-15
EMILE ET LE SATRAPE.
Début :
Des rois & des bergers la fortune se joue ; [...]
Mots clefs :
Émile, Satrape, Métier, Mendier, Indépendance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EMILE ET LE SATRAPE.
EMILE * ET LE SATRAPE , **
Des rois & des bergers la fortune ſe joue ; ES
Il fuffit d'un tour de fa roue.
J'ai lu qu'un Satrape jadis ,
Nourri dans l'extrême molleffe ,
Perdit tout à-coup fa richeffe.
Il implora les grands , recourut aux petits5
Il efluya par-tout des refus , des mépris.
Et des affronts de toute espéce.
L'infortuné dans la détreffe
Eut beau payer les gens du peu qui lui reftoit ,
Le financier , fon fuifle & fa maîtreffe encore ,
Et les encenfer , qui pis eſt ,
On ne prit à fon fort qu'un ftérile intérêt.
Plein du chagrin qui le dévore ,
Il va maudiftant fon deftin ,
Lorsqu'il fait rencontre en chemin
D'un jeune homme au teint frais , à la démarche
vive ,
Un air fimple & content ; c'étoit Emile enfin.
Le Satrape l'aborde , & d'une voix plaintive
Il lui raconte fes malheurs ,
* On connoît l'émile de J. J. Rouffeau.
**Cette piéce eft du même recueil .
14 MERCURE DE FRANCE.
Non fans répandre quelques pleurs .
Vous ne m'étonnez point , lui dit le bon Emile ;
Moi-même , comme vous , je fus riche autrefois ,
Et j'ai fubi du fort les rigoureufes loix.
Hélas ! ici tout eft mobile
Et dans un Aux continuel.
Toutefois je rends grace au ciel !
J'eus un maître chéri ; c'étoit plutôt un pere ,
Il me tint lieu de l'auteur de mes jours.
Son zèle & fes foins pour toujours
M'ont armé contre la mifére.
Il exerça mon corps ; il forma mon eſprit ,
Et prévenant du fort la fatale inconſtance ,
Sans tant de myftere il m'apprit
A trouver en tous lieux la paix & l'abondance ,
A conferver l'honneur avec la probité.
Mes bras m'ont fecouru dans la néceffité ,
Sans manége , fans impofture.
Rapprochons nous de la nature
Pour écarter la pauvreté.
Venez , partagez mon aſyle ,
Bravez les préjugés , & devenez tranquille.
Pourquoi d'un fimple menuifier
Dédaigneriez - vous le métier ?
Vous n'étiez qu'un feigneur ; vous fortez de l'ivrefle
,
Soyez homme ; vivez honnête & fans baffeffe ,
Au lieu de foupirer fans cele
DECEMBRE. 1769. 15
Après un faux bonheur , & qui d'ailleurs n'eft
plus.
Chaffez des regrets fuperflus.
Travaillons. Vous avez rampé fans affiftance ,
J'ai vécu dans l'indépendance :
Sans vous reprocher rien , lequel des deux partis
Eft le plus noble , à votre avis ?
Le Satrape fuivit ce confeil falutaire" :
Il embrafla fon hôte , il apprit fon métier ;
Il eut bientôt le néceflaire ,
Et ne voulut plus mendier.
Des rois & des bergers la fortune ſe joue ; ES
Il fuffit d'un tour de fa roue.
J'ai lu qu'un Satrape jadis ,
Nourri dans l'extrême molleffe ,
Perdit tout à-coup fa richeffe.
Il implora les grands , recourut aux petits5
Il efluya par-tout des refus , des mépris.
Et des affronts de toute espéce.
L'infortuné dans la détreffe
Eut beau payer les gens du peu qui lui reftoit ,
Le financier , fon fuifle & fa maîtreffe encore ,
Et les encenfer , qui pis eſt ,
On ne prit à fon fort qu'un ftérile intérêt.
Plein du chagrin qui le dévore ,
Il va maudiftant fon deftin ,
Lorsqu'il fait rencontre en chemin
D'un jeune homme au teint frais , à la démarche
vive ,
Un air fimple & content ; c'étoit Emile enfin.
Le Satrape l'aborde , & d'une voix plaintive
Il lui raconte fes malheurs ,
* On connoît l'émile de J. J. Rouffeau.
**Cette piéce eft du même recueil .
14 MERCURE DE FRANCE.
Non fans répandre quelques pleurs .
Vous ne m'étonnez point , lui dit le bon Emile ;
Moi-même , comme vous , je fus riche autrefois ,
Et j'ai fubi du fort les rigoureufes loix.
Hélas ! ici tout eft mobile
Et dans un Aux continuel.
Toutefois je rends grace au ciel !
J'eus un maître chéri ; c'étoit plutôt un pere ,
Il me tint lieu de l'auteur de mes jours.
Son zèle & fes foins pour toujours
M'ont armé contre la mifére.
Il exerça mon corps ; il forma mon eſprit ,
Et prévenant du fort la fatale inconſtance ,
Sans tant de myftere il m'apprit
A trouver en tous lieux la paix & l'abondance ,
A conferver l'honneur avec la probité.
Mes bras m'ont fecouru dans la néceffité ,
Sans manége , fans impofture.
Rapprochons nous de la nature
Pour écarter la pauvreté.
Venez , partagez mon aſyle ,
Bravez les préjugés , & devenez tranquille.
Pourquoi d'un fimple menuifier
Dédaigneriez - vous le métier ?
Vous n'étiez qu'un feigneur ; vous fortez de l'ivrefle
,
Soyez homme ; vivez honnête & fans baffeffe ,
Au lieu de foupirer fans cele
DECEMBRE. 1769. 15
Après un faux bonheur , & qui d'ailleurs n'eft
plus.
Chaffez des regrets fuperflus.
Travaillons. Vous avez rampé fans affiftance ,
J'ai vécu dans l'indépendance :
Sans vous reprocher rien , lequel des deux partis
Eft le plus noble , à votre avis ?
Le Satrape fuivit ce confeil falutaire" :
Il embrafla fon hôte , il apprit fon métier ;
Il eut bientôt le néceflaire ,
Et ne voulut plus mendier.
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Résumé : EMILE ET LE SATRAPE.
Un satrape, autrefois riche, perdit sa fortune et fut rejeté lorsqu'il demanda de l'aide. Désespéré, il rencontra Émile, un jeune homme ayant connu la richesse puis la pauvreté. Émile, grâce à un maître bienveillant, avait appris à travailler dur et à vivre honnêtement, trouvant ainsi la paix et l'abondance. Il conseilla au satrape d'abandonner ses préjugés et d'apprendre un métier pour subvenir à ses besoins. Le satrape suivit ce conseil, apprit un métier et retrouva son indépendance financière.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2727
p. 63
AUTRE.
Début :
Mon pouvoir en impose aux seigneurs les plus grands ; [...]
Mots clefs :
Sceptre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
MON pouvoir
ONpouvoir
en impofe aux feigneurs
les plus
grands ;
Mais , admirable effet de la métamorphofe !
Dans l'ordre de mes pieds , dérangeant quelque
chofe ,
Je nefais plus peur qu'aux enfans.
Par le même.
MON pouvoir
ONpouvoir
en impofe aux feigneurs
les plus
grands ;
Mais , admirable effet de la métamorphofe !
Dans l'ordre de mes pieds , dérangeant quelque
chofe ,
Je nefais plus peur qu'aux enfans.
Par le même.
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2728
p. 67-69
ÉNIGME
Début :
Dès que des hommes téméraires [...]
Mots clefs :
Pauvre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉNIGME
ÉNIGME
Dis que des hommes téméraires
Cédant aux mouvemens d'un coeur ambitieux ,
De cette égalité qui les rendoit tous freres ,
Jurerent debriſer les liens précieux ;
L'intérêt, inſtrument du malheur qui m'accable ,
Pere de tous les attentats ,
Aqui , pour tout ravir , du monſtrede la fable
Il n'a manqué que les centbras ,
Et toi trop affreuſe avarice ,
Vous fites nos malheurs & mon nom fut connu.
Depuis ce tems , lecteur , en tous lieux répandu ,
Orphelin , vagabond , enfant de l'injustice ,
68 MERCURE DE FRANCE.
Sans appui , ſans amis , pleurant , indéfendu
J'attends pour m'en venger que le monde finifle.
L'orgueil eſt mon premier bourreau ,
Et cemonſtre odieux , qu'avec tant d'éloquence
Combat, dans ſes écrits , le célèbre Rouſſeau ,
Principede monexiſtence ,
Le luxe m'aſſaſſine & creuſe mon tombeau.
La honte qui devroit , de celui qui m'outrage ,
Couvrir le front injurieux ,
Eſt mon éternel appanage ,
Etmon crime pourtant n'eſt que celui des dieux.
Pour une ame compatiſſante
Je ſuis un ſpectacle touchant ,
Mais du regard altier l'arrogance inſultante
Ne voit en moiqu'un objet dégoûtant.
Toi-même, que mon nommaintenant intéreſſe
De ta fauſle délicateffe
:
Peut- être en ce moment offenſé-je les yeux.
Mais ne t'aveugle pas , un coup-d'oeil en arriere,
En te rappelant tes aïeux ,
Pourra t'infinuer un avis ſalutaire,
Celui d'être ſenſible , humain & généreux.
Vous ,dont la tendre bienfaiſance
1
JUILLET. هو . 1770
D'un biſarre deſtin corrige les horreurs ,
Vous , qui du malheureux avec indifférence
Ne voyez point couler les pleurs ,
Mon nom , pour vous , à trouver eſt facile .
L'humanité l'a gravé dans vos coeurs :
Mais qu'il en eſt à la cour , à la ville ,
Qui ne me connoîtront jamais !
Hommes cruels , envain mon image importune
Se repéte à toute heure autour de leurs palais !
Inſenſibles aux pleurs , aux cris de l'infortune ,
Ils ſont pour moi ſans oreilles , ſans yeux ;
Pour en être inconnu , le voile du myſtere
Nem'eſt pas néceſſaire ,
Mon nom ſera toujours un énigme pour eux.
ParM. de Lar.. fils , de Coutances.
Dis que des hommes téméraires
Cédant aux mouvemens d'un coeur ambitieux ,
De cette égalité qui les rendoit tous freres ,
Jurerent debriſer les liens précieux ;
L'intérêt, inſtrument du malheur qui m'accable ,
Pere de tous les attentats ,
Aqui , pour tout ravir , du monſtrede la fable
Il n'a manqué que les centbras ,
Et toi trop affreuſe avarice ,
Vous fites nos malheurs & mon nom fut connu.
Depuis ce tems , lecteur , en tous lieux répandu ,
Orphelin , vagabond , enfant de l'injustice ,
68 MERCURE DE FRANCE.
Sans appui , ſans amis , pleurant , indéfendu
J'attends pour m'en venger que le monde finifle.
L'orgueil eſt mon premier bourreau ,
Et cemonſtre odieux , qu'avec tant d'éloquence
Combat, dans ſes écrits , le célèbre Rouſſeau ,
Principede monexiſtence ,
Le luxe m'aſſaſſine & creuſe mon tombeau.
La honte qui devroit , de celui qui m'outrage ,
Couvrir le front injurieux ,
Eſt mon éternel appanage ,
Etmon crime pourtant n'eſt que celui des dieux.
Pour une ame compatiſſante
Je ſuis un ſpectacle touchant ,
Mais du regard altier l'arrogance inſultante
Ne voit en moiqu'un objet dégoûtant.
Toi-même, que mon nommaintenant intéreſſe
De ta fauſle délicateffe
:
Peut- être en ce moment offenſé-je les yeux.
Mais ne t'aveugle pas , un coup-d'oeil en arriere,
En te rappelant tes aïeux ,
Pourra t'infinuer un avis ſalutaire,
Celui d'être ſenſible , humain & généreux.
Vous ,dont la tendre bienfaiſance
1
JUILLET. هو . 1770
D'un biſarre deſtin corrige les horreurs ,
Vous , qui du malheureux avec indifférence
Ne voyez point couler les pleurs ,
Mon nom , pour vous , à trouver eſt facile .
L'humanité l'a gravé dans vos coeurs :
Mais qu'il en eſt à la cour , à la ville ,
Qui ne me connoîtront jamais !
Hommes cruels , envain mon image importune
Se repéte à toute heure autour de leurs palais !
Inſenſibles aux pleurs , aux cris de l'infortune ,
Ils ſont pour moi ſans oreilles , ſans yeux ;
Pour en être inconnu , le voile du myſtere
Nem'eſt pas néceſſaire ,
Mon nom ſera toujours un énigme pour eux.
ParM. de Lar.. fils , de Coutances.
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2730
p. 71-92
Relation des voyages au tour du Monde, [titre d'après la table]
Début :
Relation des voyages au tour du monde, entrepris par ordre de Sa Majesté Britannique [...]
Mots clefs :
Pays, Capitaine, Joseph Banks, James Cook, Voyage, Tahiti, Homme, Nouvelle-Zélande, Anglais, Navigateurs, Europe, Île, Îles, Voyages, Continent, Habitants, Indiens , Peuples, Monde, Daniel Solander, Mer, Côtes, Sud, Equipage, Vaisseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation des voyages au tour du Monde, [titre d'après la table]
Relation des voyages au tour du monde ,
entrepris par ordre de Sa Majefté Britannique
actuellement régnante , pour
faire des découvertes dans l'hémifphère
méridional , & fucceffivement
exécutés par le Commodore Byron ,
le Capitaine Carteret , le Capitaine.
Wallis & le Capitaine Cook , dans
les vaiffeaux le Dauphin le Swallow
& l'Endeavour ; rédigée d'après les
Journaux tenus par les différens Commandans
& les papiers de M. Banks ;
& enrichie de figures & d'un grand
nombre de plans & de cartes relatives
aux pays qui ont été nouvellement découverts
, ou qui n'étoient qu'imparfaitement
connus .
Oavrage traduit de l'Anglois , 4 vol .
in+4° . A Paris , chez Saillant & Nyon ,
rue St Jean - de-Beauvais , & Panckoucke
, Hôtel de Thou rue des
Poitevins.
DEPUIS la découverte entière de l'Amérique
, l'efprit des Navigateurs a dirigé
fes recherches vers cette pofition du
72 MERCURE DE FRANCE .
globe , qui eft entre la pointe méridionale
du nouveau monde , le Cap de bonne-
Efpérance , & le pole Auftral . Les diffétentes
expéditions qu'on a faites pour
reconnoître le continent qu'on fuppofoit
dans ces parages , n'ont pas acquis
toute la célébrité qu'elles auroient pu mériter
, & la géographie n'en a pas retiré
beaucoup de lumières. La Nation qui domine
fur les mers vient de fuivre les
mêmes vues avec plus de fuccès ; & les
quatre voyages autour du monde , qu'ont
exécutés les Anglois en fix ans , annoncent
d'une manière bien frappante les progrès
de la navigation .
Les trois premiers ont été fort utiles ;
mais le quatrième , qu'on peut appeler
une expédition vraiment philofophique ,
fera très mémorable aux yeux de la poftérité.
Les noms de Cook , de Banks &
de Solander feront fameux dans l'hiftoire
des voyages , & l'on dira peut- être qu'il
étoit plus facile de découvrir l'Amérique
fituée au bout de notre Europe , que d'aller
examiner les immenfes pays qu'ils ont
parcourus.
Il n'eft pas poffible de dire dans un extrait
, combien ils ont enrichi la philofophie
morale , l'hiftoire naturelle & la
géographie. La préface des traducteurs
expofe
MAI .
1774- 73
expofe quel étoit l'état de cette dernière
fcience avant les voyages que nous annoncons
, & jufqu'où ils l'ont perfectionnée
.
"
» Les Navigateurs qui avoient parcou-
» ru la mer du Sud , n'avoient pas pu
» déterminer fi la Nouvelle Guinée & la
» Nouv. Hollande ( * ) ne formoient qu'un
feul Pays , ou fi c'étoient deux contrées
féparées . On croyoit que la Nouv. Bretagne
étoit une feule île. La côte orien-
" tale de la Nouv. Hollande étoit abſo-
» lument inconnue . On ne connoiffoit
» guères de la Nouv. Zelande , que le
»petit canton où débarqua Tafman ,
» & qu'il appela baye des affaffins , &
» l'on fuppofoit d'ailleurs , que cette ré-
» gion faifoit partie du continent méri-
» dional. Les cartes plaçoient dans l'O-
» céan pacifique des îles imaginaires
"
39
"
qu'on n'a point trouvées , & elles repré
» fentoient, comme n'étant occupés que
» par la mer , de grands efpaces où
»l'on a découvert plufieurs îles . Enfin ,
les Phyficiens penfoient que depuis le
» degré de latitude fud , auquel les Na-
* Au lieu de Nouvelle Zelande , il faut lire
Nouvelle Hollande,
D
74 MERCURE
DE FRANCE.
"
vigateurs s'étoient arrêtés , il pouvoir
» y avoir jufqu'au pole auftral un conti-
» nent fort étendu .
و د
» Les Anglois , dans les quatre voyages.
qu'ils viennent de faire , ont reconnu
» que la côte orientale de la Nouv. Hol-
» lande , appelée par eux Nouv . Galles
» méridionale , étoit un pays beaucoup
» plus grand que l'Europe ; & le Capitaine
Cook a déterminé avec précifion le
gifement des côtes . La Nouv. Bretagne
» eft compofée de deux îles , & ces deux
îles font féparées par un canal nommé
canal St George . On a fait le tour de
la Nouv . Zelande , & la carte qu'on en a
dreffée , ne peut être plus exacte que
» celle de certaines côtes d'Europe. Quel-
» ques Auteurs avoient penfé que de
» l'ifle de George III à la Nouv . Zelande ,
» il pouvoit y avoir un continent:le Capi-
» taine Cook affure qu'ils fe fonttrompés,
"
"
מ
mais on y a découvert un grand nom-
» bre de petites îles. Quant au continent
méridional , it eft démontré qu'il n'y
en a point au Nord du quarantième de
gré de latitude fud ; nos Navigateurs
» n'ofent affurer également qu'iln'y
» en ait pas un au fud de ce quarantième
fans avoir degré. Le dernier voyage ,
n
"
pas
MAI 17746 75
و د
ود
» entièrement réfolu la queftion , a réduit
à un fi petit efpace l'unique portion de
» l'hémifphère méridional ou pourroit
» fe trouver ce continent , qu'il feroit
» fâcheux qu'on ne fit pas une nouvelle
» tentative pour s'aflurer de la vérité. "
Nous ne parlerons ici que du dernier
voyage , le plus intéreffant de la collec
tion.
L'Endeavour , monté par le Capitaine
Cook , MM. Banks & Solander , & les
autres Obfervateurs qui les accompa
gnoient , partit de Plimouth le 26 Août
1768. Comme ils avoient ordre d'abor
der promptement à l'île d'Otahiti , pour
y obferver le paffage de Vénus au deffus
du difque du faleil , & faire enfuite des
découvertes dans la mer du fud , ils fe
hâtèrent d'arriver à leur deftination . Nous
ne devons pas omettre deux faits qui feront
une preuve des obftacles fans nombre
& de toute efpèce , qu'ont eu à combattre
nos philofophes dans leur expédition.
Lorfqu'ils furent fur les côtes du
Brefil , ils voulurent relâcher à Rio - Janeiro
, pour y prendre des rafraîchiffemens
, & examiner l'état du pays &
fes productions naturelles. Le Vice- Roi
permit au capitaine d'acheter des pro-
Dij
766 MERCURE DE FRANCE,
vifions pour fon équipage
; mais il dé
fendit à MM. Banks & Solander & aux
autres Anglois, de débarquer. Ils parlèrent
en vain du motif de leur voyage , le Portugais
fut inflexible ; il les regardoic
comme des efpions , & il s'embarraffoit
fort peu du progrès des ſciences . MM.
Banks & Solander voulurent employer
des ftratagêmes & des déguifemens pour
pénétrer dans la campagne ; mais ils apprirent
bientôt qu'ils étoient pourfuivis
par les patrouilles du pays , & qu'on
avoit faifi quelques - uns de leurs compagnons
de voyage.
Au lieu de paffer le détroit de Magellan
, ils doublèrent le Cap de Horn
& pendant qu'ils étoient fur les côtes de
la terre de feu, il leur arriva un accident ,
trifte préfage des maux qui les atten
doient dans le courant de leur voyage,
MM. Banks & Solander virent une montagne
dans l'intérieur des terres , & ils
réfolurent d'y aller chercher des plantes,
Ils fe mirent en route , fuivis du Chirurgien
de l'équipage , de M. Gréen
l'Aftronome , de deux Deffinateurs , de
leursDomestiques & de deux Matelots.Ils
trouvèrent un terrein marécageux couvert
de buiffons fi bien entrelacés les uns
M A 1. 17746 77
dans les autres , qu'il étoit impoffible de
les écartér pour s'y frayer un paffage . Le
temps devint très- froid tout- à- coup ; il
tomba de la neige , & la nuit les furprit.
Il leur étoit impoffible de retourner au
vaiffeau , & ils n'eurent plus d'efpoic
que de trouver un abri où ils puflent allumer
du feu & attendre le lendemain
dans cet état cruel . Ils crurent apperce
voir un lieu convenable pour cela , &
chacun s'efforça de s'y traîner. La plupart
tombèrent bientôt fur la neige fans ponvoir
fe relever , ceux qui étoient les moins
engourdis prirent les devants , afin de préparer
le feu , & d'autres s'empreffèrent de
donner du fecours aux malades . Enfin ,
deux hommes furent trouvés morts le
lendemain , & ils couturent tous le plus
grand danger de périr de faim & de froid
dans cette forêt.
Nos voyageurs arrivèrent à Otahiti le
10 Avril 1769. Ils y ont féjourné trois
mois , & ils ont employé tout ce temps
à faire des obfervations fur les moeurs
& les ufages du peuple qui l'habite..Ces
Infulaires vivent dans un climat & fur
un fol qui les met au - deffus du befoin
des arts , & d'après tout ce qu'on en a
rapporté , on eft forcé de penfer que c'eft
*
D iij
78
MERCURE DE FRANCE.
le peuple le plus fortuné de la terre. La
tuation où ils fe trouvent eft véritablement
l'état de nature tel qu'il peut exifter
fur le globe ; & fi nous avions paffé
par cet état avant de nous policer , on auroit
lieu de regretter avec M. Rouffeau
notre ancienne barbarie. Les partifans de
cet eloquent Philofophe ne manqueront
pas de citer les Otahitiens pour appuyer
Leur fyftême ; mais on peut répondre d'avance
, que les circonflances réunies en
leur faveur , ne pourront prefque jamais
s'appliquer à une autre peuplade . Ils naiffent
fous un ciel doux & agréable , & la
même caufe les a rendus aimables , doux
& pacifiques par caractère. Leur pays eft
enchanteur , la terre y produit prefque
fans culture les fruits les plus délicieux ;
ils rencontrent rarement des obftacles à
leurs defirs , & ils fuivent toujours le
pur inftinct de la nature , qui les porte
rarement au mal. La defcription de cette
île & de fes habitans paroîtra romanefque
à pluGeurs lecteurs ; cependant
elle eft de la plus exacte vérité , & conforme
d'ailleurs à ce qu'en dit M. de
Bougainville qui a eu l'art d'y acquérir
tant de connoiffances en fi peu de
temps.
MAI. 17740 79
La moitié du fecond volume de cette
collection rapporte les aventures curieufes
furvenues aux Anglois pendant leur
féjour à Otahiti , & l'on ne trouve aucun
morceau d'hiftoire fur lequel l'ame s'arrête
avec plus de complaifance.
Voici le titre des trois derniers chapitnes
.
Chapitre 17. Defcription particulière
de l'île d'Otahiti , de fes productions &
de fes habitans . Habillemens , habitations
, nourriture , vie domeftique &
amuſemens.
Chapitre 18. Des manufactures , des
Pirogues & de la navigation des Otahitiens.
Chapitre 19. De la divifion du temps
à Orahiti ; manière de compter & de
calculer les diftances ; langue , maladie ,
funérailles & enterremens ; religion
guerres , armes & gouvernement.
Nous allons en citer quelques traits
curieux. Nos philofophes voulant s'inftruire
de la religion du pays , le Capitaine
fit célébrer un dimanche le fervice
divin au fort qu'ils avoient bâti.
M. Banks y invita un des Chefs du
pays , fa femme & quelques autres Otahitiens
; il efpéroit que ces cérémonies
Bccafionneroient quelques queftions de
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
leur part , &lui procureroient quelque inftruction.
Les Indiens s'affirent , fe tin-
» rent debout , ou fe mirent à genoux ,
"
lorfque M. Banks faifoit de même ;
» mais après que le fervice fut fini , ils
» ne firent aucune queftion , & ils ne
vouloient pas nous écouter , lorfque
nous tâchions de leur expliquer ce qui
» venoit de fe paffer.
a
» Les Otahitiens , après avoir vu nos
» cérémonies religieufes , jugèrent à pro-
" pos de nous montrer dans l'après - midi
» les leurs qui étoient très différentes . Ua
» jeune homme de fix pieds & une jeune
» fille de 1 à 12 ans , facrifièrent à Vénus
devant toute l'affemblée , fans paroître
attacher aucune idée d'indécence
» à leur action & avec la liberté qu'on
prend lorfqu'on fe conforme aux ufages
» du pays . La Reine Obéréa préfidoit à
» la cérémonie ; elle donnoit à la fille
» des inftructions fur la manière dont elle
» devoit jouer fon tôle.
"
Cette Obéréa eft la même qui devint
amoureufe du Capitaine Wallis quelques
années auparavant , & dont les adieux
font fi touchans dans leur naïveté , qu'ils
arrachent prefque autant de larmes , que
ceux de Didon à Enée .
M. Bancks , dont on ne peut affez
MAI. 1774. 81
"
»
louer le courage & le zèle infatigable ,
fut fi curieux un jour de voir un convoi
funéraire , qu'il réfolut de s'y charger d'un
emploi , après qu'on lui eut dit qu'il ne
pouvoit pas y affifter fans cette condition.
Il alla donc le foir dans l'endroit
» où étoit dépoté le corps , & il fut reçu
» par la fille de la défunte , quelques au-
» tres perfonnes & un jeune homme qui
» fe préparoient à la cérémonie. On le
» dépouilla de fes vêtemens à l'Européenne
; les Indiens nouèrent au tour
de fes reins une petite pièce d'étoffe
» & ils lui barbouillèrent tout le corps
jufqu'aux épaules avec du charbon &
» de l'eau , de manière qu'il étoit auffi
» noir qu'un nègre . Ils firent la même
» opération à plufieurs perfonnes , & en-
» tr'autres, à quelques femmes qu'on mit
» dans le même état de nudité
que lui ;
» le jeune homme fut noirci par - tout ,
» & enfuite le convoi fe mit en mar-
» che.
"
ກ
M. Banks faifoit une fonction qu'ils
appellent Nineveh ; il étoit chargé , ainfi
que deux Otahitiens , d'examiner s'il Y
avoit du monde dans les lieux où devoit
paffer le convoi , & il allojt dire au princi
pal perfonnage du deuil : imatata , il n'y
a perfonne.
Dy
B2 MERCURE
DE FRANCE
.
Voici un fait qu'on voudroit pouvoir
révoquer en doute , mais qui malheureufement
eft inconteftable.
» Un nombre très - confidérable d'O-
» tahitiens des deux fexes , forment des
» fociétés fingulières appelées arrcoy ,
» où toutes les femmes font communes
499
"
à tous les hommes; cet arrangement met
» dans leurs plaifirs une variété perpé-
» tuelle , dont ils ont tellement befoin
» que le même homme & la même fem-
"
me n'habitent guères plus de deux à
» trois jours enfemble. Les hommes s'y
» divertiffent par des combats de lutte ,
» & les femmes y danfent en liberté la
» Timorodée , ( * ) afin d'excites en elles
des defirs qu'elles fatisfont fur le
» champ.
» Les Otahitiens , loin de regarder
comme un déshonneur d'être aggrégés
» à cette fociété , en tirent au contraire
» vanité , comme d'une grande diftinc-
» tion. Lorfqu'on nous a indiqué quel-
» ques perfonnes qui étoient membre
و د
d'un Arreoy , nous leur avons fait M.
Bancks & moi , des queftions fur cette
» matière , & nous avons reçu de leus
* Efpèce de danfe lubrique du pays.
MAI. 1774. 83
propre bouche les témoignages que
» je viens de rapporter ".
On auroit tort d'imaginer que ce peuple
n'a point de maître , & qu'il jouir
de la chimérique liberté de la nature fi
vantée par des Ecrivains qui ne voient
pas qu'elle ne peut plus exifter dès que
les hommes fe raffembleront en troupes ;.
mais il est étonnant qu'il foit aflervi au
gouvernement féodal '; d'où il eft permis
de conclure que la plupart des peuples
fubiffent ce premier efclavage avant de
parvenir au dernier degré de civiliſation .
Il y a quatre claffes d'hommes à Otahiti
, le Roi , le Baron , le Vaffal & le
Paylan .
Le commerce des Otahitiens avec les
habitans de l'Europe , les a dejà infectés.
de la maladie vénérienne. » Ils la diftin-.
" guent par un mot qui revient à celui
» de pourriture , & ils lui donnent une fi
gnification beaucoup plus étendue ; ils
» nous décrivirent dans les termes les :
plus pathétiques , les fouffrances des :
premiers infortunés qui en furent les:
» victimes ; ils ajoutèrent qu'elle faifoit
"tomber les poils & les ongles , & pour .
riffoit la chair jufqu'aux os ; qu'elle
répandit parmi eux une terreur & une:
» confternation univerfelles; que les ma
"
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
» lades étoient abandonnés par leurs plus
» proches parens , qui craignoient que
» cette maladie ne fe communiquât par
contagion , & qu'on les laitoit péric
>> feuls dans des tourmens qu'ils n'avoient
jamais connus auparavant.
"
39
La Nature plaça en vain ce peuple au
milieu des mers ; deux vaiffeaux d'Europe
franchiffent cet intervalle immenſe ,
& ils portent à ces hommes heureux cette
maladie terrible , capable d'anéantir entièrement
leur race .
Nos Navigateurs , après un long lẻ-
jour avec les Otahitiens , fe préparèrent
à les quitter , & le Capitaine ordonna
que chacun fe rendît au vaideau . Deux
foldats de Marine , touchés du bonheur.
dout jouiffent les Infulaires dont ils alloient
fe féparer , & ne trouvant pas dans
nos fociétés policées le contentement
qu'ils efpéroient goûrer parmi eux , défertèrent
le fort, la nuit du jour où l'on devoit
mettre à la voile , & s'enfuirent dans
l'intérieur de l'île pour vivre avec les
Otahitiens. Le Capitaine voulut abfolement
recouvrer fes deux hommes : il
fit faifir quelques chefs & il leur fit des
menaces fi on ne renvoyoit pas les deux
foldats. Les Infulaires tâcherent de fe
défendre , & difoient que les deux EuMAI.
1774. 85
»
ropéens « avoient pris chacun une fem-
» me , & qu'ils étoient devenus habitans
du pays. Cependant , les gens
de l'équipage qu'on avoit envoyés après
eux , vinrent à bout de les ramener
de force..
"
Les déferteurs confirmèrent le rap-
» port des Indiens ; ils étoient devenus
» fort amoureux de deux filles , & ils
» avoient formé le projet de fe cacher
jufqu'à ce que le vaiffeau eût mis à la
voile , & de fixer leur réfidence à Ota-
» hitii »»..
Nous ne ferons aucune réflexion fur
ce fait intéreffant ; mais on ne peut s'empêcher
de regretter que les deux foldats
n'ayent pas accompli leur projet. Leur
conduite & leur vie auroient fourni bien
des lumières pour comparer l'état des
peuples fauvages avec celui des nations
civilifées , & à moins que le Capitaine
Cook n'eût befoin de ces deux hommes
pour le fervice du vailleau , il auroit
peut-être dû les laiffer à Otahiti , d'où
quelques bâtimens auroient pu dans la
fuite les ramener en Europe.
Un des Otahitiens nommé Tupia ,
qui avoit été premier Miniftre de la
Reine Obéréa , & principal Prêtre de
l'île , abandonna fa patrie pour 's'embar.
86 MERCURE DE FRANCE.
"
quer avec les Anglois. La vue de nos na
vigateurs & de leur vaiffeau lui avoit
donné l'idée d'un nouveau monde , & ,,
entraîné par l'inquiétude naturelle qui
tourmente l'ame du Sauvage comme celled'un
homme policé, il céda à l'invincible.
curiofité qui le portoit à voir d'autres
peuples & d'autres pays.
» Le 13 Juillet , jour du départ , le
vaiffeau fut rempli des Otahitiens nos
» amis. Dès le point du jour nous levâ-
" mes l'ancre , & dès que le bâtiment
« fut fous voiles , les Naturels du pays.
prirent congé de nous , & versèrent
» des larmes , pénétrés d'une trifteffe qui
avoit quelque chofe de bien tendre &
» de bien intéreffant . Tupia foutint cette:
» fcène avec une fermeté & une tranquillité
vraiment admirables ; il eft
» vrai qu'il pleura , mais les efforts qu'il
fit pour cacher fes larmes , faifoient
encore plus d'honneur à fon caractère :
" Il envoya une chemife pour dernier
39 préfent à Potomai , maîtreffe favo-
» rite de Tootahah , un des Chefs du
" pays ; il alla enfuite fur la grande hune
» avec M. Banks , & il fit des fignes
aux Pirogues tant qu'il continua de les
30%
» voir
Ce Tupia a été d'une très-grande utilité
MA I 1774. 87
aux Anglois pendant le refte du voyage ;
il leur donna fans ceffe des preuves de
fon jugement & de fa pénétration ; mais
malheureuſement il eft mort à Batavia
ainfi que le valet Indien qui l'avoit fuivi.
Nos Navigateurs , en appareillant d'Otahiti
, cherchèrent des îles nouvelles ,
& ils en ont découvert un très- grand
nombre dans les environs. Les moeurs
des peuples qui les habitent , & les incidens
qui leur furvinrent ne font pas
moins curieux . Après avoir paffé un mois
dans ces parages , le Capitaine Cook di
rigea fa route plus au fud , dans le deffein
de rencontrer le continent que des
Géographes y plaçoient. Il partit de l'île
d'Otéroah le 15 Août 1769 , & le 7·
Octobre , ils découvrirent une terre qu'ils
reconnurent par la fuite pour la Nouv.
Zelande : ils ont côtoyé ces deux grandes
îles jufqu'au premier Avril 1770. Ils
ont débarqué dans un très grand nombre
d'endroits , & ils ont prefque toujours
été attaqués par les féroces habitans da
pays.
Le fait fuivant eft fort extraordinaire..
En arrivant fur la côte de la Nouv. Zelande,
Tupia , Infulaire d'Otahiti , enten୫
. MERCURE DE FRANCE.
dit la langue des habitans du pays . Puifque
le langage de ces contrées fi eloignées
l'une de l'autre , eft à- peu- près le
même , il eft fûr que ces deux Nations
tirent leur fource d'une commune origine.
Après la defcription d'Otahiti , celle
de la Nouv. Zelande eft la plus curieufe
du voyage. L'exiftence des peuples antropophages
, conteftée fi mal - à -propos
par quelques Ecrivains , eft déformais hors
de doute , & il eft prouvé par cette relation
,, que les Zélandois mangent des
hommes.
»
" Pendant notre féjour dans le canal
» de la Reine Charlotte , nous trouvâ-
» mes des Indiens occupés à apprêter les
» alimens , & ils faifoient cuire alors un
» chien dans leur four ; il y avoit près
de là plufieurs paniers de provifion .
» En jetant par hafard les yeux fur un
» de ces paniers , à mefure que nous paffions
, nous apperçûmes deux os en-
» tièrement rongés qui ne nous parurent
» pas être des os de chiens , & que nous
reconnûmes pour des os humains , après
» les avoir examinés de plus près . Ce
fpectacle nous frappa d'horreur , quoiqu'il
ne fît que confirmer ce que nous
»
39
7
MAI. 1774. S
19
» avions oui dire plufieurs fois depuis
notre arrivée fur la côte . Comine il
» étoit fûr que c'étoit véritablement des
» os humains , il ne nous fut pas poffble
de douter que la chair qui les cou-
» vroit n'eût été mangée .... Nous char-
» geâmes Tupia de demander ce que c'étoient
que ces os , & les Indiens répondirent
fans héfiter en aucune manière
, que c'étoient des os d'hommes.
» Il leur demanda enfuite ce qu'étoit de
» venu la chair , & ils répliquèrent qu'ils
» l'avoient mangée . .. En nous infor-
» mant qui étoit l'homine dont nous
» avions trouvé les os , ils nous dirent
qu'environ cinq jours auparavant , une
Pirogue montée par fept de leurs en-
» nemis , étoit venue dans la Baye , &
» que cet homme étoit un des fept qu'ils
avoient tués ....
К
"
19
»
.....
Quelques jours après , Tupia reprit
» de nouveau la converfation fur l'ufage
» de manger la chair humaine , & les
Indiens répétèrent ce qu'ils avoient
déjà dit ; mais , dit Tupia , mangezvous
auffi les têtes ? Nous ne mangeons
» que la cervelle , répondit un vieillard
» & demain , je vous apporterai quelques
» têtes , pour vous convaincre que noust
» avons dit la vérité.
n
90% MERCURE
DE FRANCE.
On trouve dans le voyage beaucoup
d'autres preuves de cette horrible coutume.
Vingt jours de navigation s'écoulèrent
depuis leur départ de la Nouv . Zelande ,
jufqu'à la Nouv . Hollande. Ils découvrirent
enfuite la Nouv . Galles méridionale
, pays beaucoup plus grand que l'Europe.
Ils ont paffé trois mois & demi a
viliter les côtes de ce pays ; pendant cet
intervalle , il leur arriva un accident qui
mit tout l'équipage dans le plus grand
danger de périr . Le vaiffeau toucha fur
un banc de rochers , & y refta 48 heures ,
fans que tous les efforts de nos Navigateurs
puffent le remettre en pleine mer ..
On eft faifi d'attendriffement & d'effroi
en lifant la defcription de l'état où ils
fe trouvoient. Enfin , ils fortirent de dan
ger , & ils dûrent leur délivrance à une
circonftance bien fingulière . « Le rocher
» fur lequel échoua le bâtiment , fit plu-
» fieurs trous dans la calle , & un autre
» affez large pour nous couler à fond ;
» mais par bonheur , il fe trouva en
grande partie bouché par un morceau
» de rocher, qui ,après avoir fait l'ouver
»ture , y étoit reſté engagé,
"
Nos voyageurs touchent enfuite à la
Nouv. Guinée , & reprennent le chémin
MAI. 1774. 91
de l'Europpe à Batavia ; ils portent partout
leur efprit obfervateur , & ils nous
apprennent fur cette ville un grand
nombre de particularités qu'on ignoroit
abfolument .
L'homme paroît bien méchant & bien
vil , lorfqu'on le voit commettre des actions
telles que celle- ci , dont nos phi-
Fofophes ont été temoins ..
»
n
"
Depuis un temps immémorial , la
pratique , appelée courir un Muck
eft établie chez ces peuples . Après s'être
» enivrés d'opium , un homme le préci
pite dans les rues une arme à la main ,
tuant toutes les perfonnes qu'il rencontre
. jufqu'à ce qu'il foit tué lui- même
ou arrêté. Nous en avons vu plufieurs
» exemples pendant notre féjour à Batavia
, & un des Officiers chargés de
faifir ces furieux , nous dit qu'il fe paf
» foit rarement une femaine fans que lui
» ou fes confrères fuffent appelés pour
» en arrêter quelqu'un . Dans un des cas
" dont nous avons été témoins , l'homme
" avoit eu plufieurs fois à fe plaindre de
» la perfidie des femmes, & étoit de--
» venu fou de jaloufie avant de s'enivrer
"
d'opium ... Ceux qu'on prend en vie ,
font ordinairement bleйés ; mais ils
n'en font pas moins rompus vifs "..
92 MERCURE DE FRANCE.
L'équipage contracta à Batavia des gers
mes de maladie qui fe
développèrent dès
qu'ils furent en route. Nous avions , dit
le Capitaine , prefque tous les jours un
mort à´jeter à la mer , & dans l'efpace.
d'un mois & demi , nous perdîmes trente
hommes.
Enfin , nos Navigateurs relâchent au
Cap & à Ste Hélene , & ils mouillent
aux Dunes te 2 Mai 1771 , après un
voyage de trois ans.
que
Il eft fur que jamais on ne fera une
expédition au tour du globe auffi célèbre
celle dont on vient de parler ; &
dans la multitude infinie de voyages que
nous avions déjà , on n'en trouve aucun
dont la lecture foit auffi intéreffante &
auffi inftructive.
entrepris par ordre de Sa Majefté Britannique
actuellement régnante , pour
faire des découvertes dans l'hémifphère
méridional , & fucceffivement
exécutés par le Commodore Byron ,
le Capitaine Carteret , le Capitaine.
Wallis & le Capitaine Cook , dans
les vaiffeaux le Dauphin le Swallow
& l'Endeavour ; rédigée d'après les
Journaux tenus par les différens Commandans
& les papiers de M. Banks ;
& enrichie de figures & d'un grand
nombre de plans & de cartes relatives
aux pays qui ont été nouvellement découverts
, ou qui n'étoient qu'imparfaitement
connus .
Oavrage traduit de l'Anglois , 4 vol .
in+4° . A Paris , chez Saillant & Nyon ,
rue St Jean - de-Beauvais , & Panckoucke
, Hôtel de Thou rue des
Poitevins.
DEPUIS la découverte entière de l'Amérique
, l'efprit des Navigateurs a dirigé
fes recherches vers cette pofition du
72 MERCURE DE FRANCE .
globe , qui eft entre la pointe méridionale
du nouveau monde , le Cap de bonne-
Efpérance , & le pole Auftral . Les diffétentes
expéditions qu'on a faites pour
reconnoître le continent qu'on fuppofoit
dans ces parages , n'ont pas acquis
toute la célébrité qu'elles auroient pu mériter
, & la géographie n'en a pas retiré
beaucoup de lumières. La Nation qui domine
fur les mers vient de fuivre les
mêmes vues avec plus de fuccès ; & les
quatre voyages autour du monde , qu'ont
exécutés les Anglois en fix ans , annoncent
d'une manière bien frappante les progrès
de la navigation .
Les trois premiers ont été fort utiles ;
mais le quatrième , qu'on peut appeler
une expédition vraiment philofophique ,
fera très mémorable aux yeux de la poftérité.
Les noms de Cook , de Banks &
de Solander feront fameux dans l'hiftoire
des voyages , & l'on dira peut- être qu'il
étoit plus facile de découvrir l'Amérique
fituée au bout de notre Europe , que d'aller
examiner les immenfes pays qu'ils ont
parcourus.
Il n'eft pas poffible de dire dans un extrait
, combien ils ont enrichi la philofophie
morale , l'hiftoire naturelle & la
géographie. La préface des traducteurs
expofe
MAI .
1774- 73
expofe quel étoit l'état de cette dernière
fcience avant les voyages que nous annoncons
, & jufqu'où ils l'ont perfectionnée
.
"
» Les Navigateurs qui avoient parcou-
» ru la mer du Sud , n'avoient pas pu
» déterminer fi la Nouvelle Guinée & la
» Nouv. Hollande ( * ) ne formoient qu'un
feul Pays , ou fi c'étoient deux contrées
féparées . On croyoit que la Nouv. Bretagne
étoit une feule île. La côte orien-
" tale de la Nouv. Hollande étoit abſo-
» lument inconnue . On ne connoiffoit
» guères de la Nouv. Zelande , que le
»petit canton où débarqua Tafman ,
» & qu'il appela baye des affaffins , &
» l'on fuppofoit d'ailleurs , que cette ré-
» gion faifoit partie du continent méri-
» dional. Les cartes plaçoient dans l'O-
» céan pacifique des îles imaginaires
"
39
"
qu'on n'a point trouvées , & elles repré
» fentoient, comme n'étant occupés que
» par la mer , de grands efpaces où
»l'on a découvert plufieurs îles . Enfin ,
les Phyficiens penfoient que depuis le
» degré de latitude fud , auquel les Na-
* Au lieu de Nouvelle Zelande , il faut lire
Nouvelle Hollande,
D
74 MERCURE
DE FRANCE.
"
vigateurs s'étoient arrêtés , il pouvoir
» y avoir jufqu'au pole auftral un conti-
» nent fort étendu .
و د
» Les Anglois , dans les quatre voyages.
qu'ils viennent de faire , ont reconnu
» que la côte orientale de la Nouv. Hol-
» lande , appelée par eux Nouv . Galles
» méridionale , étoit un pays beaucoup
» plus grand que l'Europe ; & le Capitaine
Cook a déterminé avec précifion le
gifement des côtes . La Nouv. Bretagne
» eft compofée de deux îles , & ces deux
îles font féparées par un canal nommé
canal St George . On a fait le tour de
la Nouv . Zelande , & la carte qu'on en a
dreffée , ne peut être plus exacte que
» celle de certaines côtes d'Europe. Quel-
» ques Auteurs avoient penfé que de
» l'ifle de George III à la Nouv . Zelande ,
» il pouvoit y avoir un continent:le Capi-
» taine Cook affure qu'ils fe fonttrompés,
"
"
מ
mais on y a découvert un grand nom-
» bre de petites îles. Quant au continent
méridional , it eft démontré qu'il n'y
en a point au Nord du quarantième de
gré de latitude fud ; nos Navigateurs
» n'ofent affurer également qu'iln'y
» en ait pas un au fud de ce quarantième
fans avoir degré. Le dernier voyage ,
n
"
pas
MAI 17746 75
و د
ود
» entièrement réfolu la queftion , a réduit
à un fi petit efpace l'unique portion de
» l'hémifphère méridional ou pourroit
» fe trouver ce continent , qu'il feroit
» fâcheux qu'on ne fit pas une nouvelle
» tentative pour s'aflurer de la vérité. "
Nous ne parlerons ici que du dernier
voyage , le plus intéreffant de la collec
tion.
L'Endeavour , monté par le Capitaine
Cook , MM. Banks & Solander , & les
autres Obfervateurs qui les accompa
gnoient , partit de Plimouth le 26 Août
1768. Comme ils avoient ordre d'abor
der promptement à l'île d'Otahiti , pour
y obferver le paffage de Vénus au deffus
du difque du faleil , & faire enfuite des
découvertes dans la mer du fud , ils fe
hâtèrent d'arriver à leur deftination . Nous
ne devons pas omettre deux faits qui feront
une preuve des obftacles fans nombre
& de toute efpèce , qu'ont eu à combattre
nos philofophes dans leur expédition.
Lorfqu'ils furent fur les côtes du
Brefil , ils voulurent relâcher à Rio - Janeiro
, pour y prendre des rafraîchiffemens
, & examiner l'état du pays &
fes productions naturelles. Le Vice- Roi
permit au capitaine d'acheter des pro-
Dij
766 MERCURE DE FRANCE,
vifions pour fon équipage
; mais il dé
fendit à MM. Banks & Solander & aux
autres Anglois, de débarquer. Ils parlèrent
en vain du motif de leur voyage , le Portugais
fut inflexible ; il les regardoic
comme des efpions , & il s'embarraffoit
fort peu du progrès des ſciences . MM.
Banks & Solander voulurent employer
des ftratagêmes & des déguifemens pour
pénétrer dans la campagne ; mais ils apprirent
bientôt qu'ils étoient pourfuivis
par les patrouilles du pays , & qu'on
avoit faifi quelques - uns de leurs compagnons
de voyage.
Au lieu de paffer le détroit de Magellan
, ils doublèrent le Cap de Horn
& pendant qu'ils étoient fur les côtes de
la terre de feu, il leur arriva un accident ,
trifte préfage des maux qui les atten
doient dans le courant de leur voyage,
MM. Banks & Solander virent une montagne
dans l'intérieur des terres , & ils
réfolurent d'y aller chercher des plantes,
Ils fe mirent en route , fuivis du Chirurgien
de l'équipage , de M. Gréen
l'Aftronome , de deux Deffinateurs , de
leursDomestiques & de deux Matelots.Ils
trouvèrent un terrein marécageux couvert
de buiffons fi bien entrelacés les uns
M A 1. 17746 77
dans les autres , qu'il étoit impoffible de
les écartér pour s'y frayer un paffage . Le
temps devint très- froid tout- à- coup ; il
tomba de la neige , & la nuit les furprit.
Il leur étoit impoffible de retourner au
vaiffeau , & ils n'eurent plus d'efpoic
que de trouver un abri où ils puflent allumer
du feu & attendre le lendemain
dans cet état cruel . Ils crurent apperce
voir un lieu convenable pour cela , &
chacun s'efforça de s'y traîner. La plupart
tombèrent bientôt fur la neige fans ponvoir
fe relever , ceux qui étoient les moins
engourdis prirent les devants , afin de préparer
le feu , & d'autres s'empreffèrent de
donner du fecours aux malades . Enfin ,
deux hommes furent trouvés morts le
lendemain , & ils couturent tous le plus
grand danger de périr de faim & de froid
dans cette forêt.
Nos voyageurs arrivèrent à Otahiti le
10 Avril 1769. Ils y ont féjourné trois
mois , & ils ont employé tout ce temps
à faire des obfervations fur les moeurs
& les ufages du peuple qui l'habite..Ces
Infulaires vivent dans un climat & fur
un fol qui les met au - deffus du befoin
des arts , & d'après tout ce qu'on en a
rapporté , on eft forcé de penfer que c'eft
*
D iij
78
MERCURE DE FRANCE.
le peuple le plus fortuné de la terre. La
tuation où ils fe trouvent eft véritablement
l'état de nature tel qu'il peut exifter
fur le globe ; & fi nous avions paffé
par cet état avant de nous policer , on auroit
lieu de regretter avec M. Rouffeau
notre ancienne barbarie. Les partifans de
cet eloquent Philofophe ne manqueront
pas de citer les Otahitiens pour appuyer
Leur fyftême ; mais on peut répondre d'avance
, que les circonflances réunies en
leur faveur , ne pourront prefque jamais
s'appliquer à une autre peuplade . Ils naiffent
fous un ciel doux & agréable , & la
même caufe les a rendus aimables , doux
& pacifiques par caractère. Leur pays eft
enchanteur , la terre y produit prefque
fans culture les fruits les plus délicieux ;
ils rencontrent rarement des obftacles à
leurs defirs , & ils fuivent toujours le
pur inftinct de la nature , qui les porte
rarement au mal. La defcription de cette
île & de fes habitans paroîtra romanefque
à pluGeurs lecteurs ; cependant
elle eft de la plus exacte vérité , & conforme
d'ailleurs à ce qu'en dit M. de
Bougainville qui a eu l'art d'y acquérir
tant de connoiffances en fi peu de
temps.
MAI. 17740 79
La moitié du fecond volume de cette
collection rapporte les aventures curieufes
furvenues aux Anglois pendant leur
féjour à Otahiti , & l'on ne trouve aucun
morceau d'hiftoire fur lequel l'ame s'arrête
avec plus de complaifance.
Voici le titre des trois derniers chapitnes
.
Chapitre 17. Defcription particulière
de l'île d'Otahiti , de fes productions &
de fes habitans . Habillemens , habitations
, nourriture , vie domeftique &
amuſemens.
Chapitre 18. Des manufactures , des
Pirogues & de la navigation des Otahitiens.
Chapitre 19. De la divifion du temps
à Orahiti ; manière de compter & de
calculer les diftances ; langue , maladie ,
funérailles & enterremens ; religion
guerres , armes & gouvernement.
Nous allons en citer quelques traits
curieux. Nos philofophes voulant s'inftruire
de la religion du pays , le Capitaine
fit célébrer un dimanche le fervice
divin au fort qu'ils avoient bâti.
M. Banks y invita un des Chefs du
pays , fa femme & quelques autres Otahitiens
; il efpéroit que ces cérémonies
Bccafionneroient quelques queftions de
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
leur part , &lui procureroient quelque inftruction.
Les Indiens s'affirent , fe tin-
» rent debout , ou fe mirent à genoux ,
"
lorfque M. Banks faifoit de même ;
» mais après que le fervice fut fini , ils
» ne firent aucune queftion , & ils ne
vouloient pas nous écouter , lorfque
nous tâchions de leur expliquer ce qui
» venoit de fe paffer.
a
» Les Otahitiens , après avoir vu nos
» cérémonies religieufes , jugèrent à pro-
" pos de nous montrer dans l'après - midi
» les leurs qui étoient très différentes . Ua
» jeune homme de fix pieds & une jeune
» fille de 1 à 12 ans , facrifièrent à Vénus
devant toute l'affemblée , fans paroître
attacher aucune idée d'indécence
» à leur action & avec la liberté qu'on
prend lorfqu'on fe conforme aux ufages
» du pays . La Reine Obéréa préfidoit à
» la cérémonie ; elle donnoit à la fille
» des inftructions fur la manière dont elle
» devoit jouer fon tôle.
"
Cette Obéréa eft la même qui devint
amoureufe du Capitaine Wallis quelques
années auparavant , & dont les adieux
font fi touchans dans leur naïveté , qu'ils
arrachent prefque autant de larmes , que
ceux de Didon à Enée .
M. Bancks , dont on ne peut affez
MAI. 1774. 81
"
»
louer le courage & le zèle infatigable ,
fut fi curieux un jour de voir un convoi
funéraire , qu'il réfolut de s'y charger d'un
emploi , après qu'on lui eut dit qu'il ne
pouvoit pas y affifter fans cette condition.
Il alla donc le foir dans l'endroit
» où étoit dépoté le corps , & il fut reçu
» par la fille de la défunte , quelques au-
» tres perfonnes & un jeune homme qui
» fe préparoient à la cérémonie. On le
» dépouilla de fes vêtemens à l'Européenne
; les Indiens nouèrent au tour
de fes reins une petite pièce d'étoffe
» & ils lui barbouillèrent tout le corps
jufqu'aux épaules avec du charbon &
» de l'eau , de manière qu'il étoit auffi
» noir qu'un nègre . Ils firent la même
» opération à plufieurs perfonnes , & en-
» tr'autres, à quelques femmes qu'on mit
» dans le même état de nudité
que lui ;
» le jeune homme fut noirci par - tout ,
» & enfuite le convoi fe mit en mar-
» che.
"
ກ
M. Banks faifoit une fonction qu'ils
appellent Nineveh ; il étoit chargé , ainfi
que deux Otahitiens , d'examiner s'il Y
avoit du monde dans les lieux où devoit
paffer le convoi , & il allojt dire au princi
pal perfonnage du deuil : imatata , il n'y
a perfonne.
Dy
B2 MERCURE
DE FRANCE
.
Voici un fait qu'on voudroit pouvoir
révoquer en doute , mais qui malheureufement
eft inconteftable.
» Un nombre très - confidérable d'O-
» tahitiens des deux fexes , forment des
» fociétés fingulières appelées arrcoy ,
» où toutes les femmes font communes
499
"
à tous les hommes; cet arrangement met
» dans leurs plaifirs une variété perpé-
» tuelle , dont ils ont tellement befoin
» que le même homme & la même fem-
"
me n'habitent guères plus de deux à
» trois jours enfemble. Les hommes s'y
» divertiffent par des combats de lutte ,
» & les femmes y danfent en liberté la
» Timorodée , ( * ) afin d'excites en elles
des defirs qu'elles fatisfont fur le
» champ.
» Les Otahitiens , loin de regarder
comme un déshonneur d'être aggrégés
» à cette fociété , en tirent au contraire
» vanité , comme d'une grande diftinc-
» tion. Lorfqu'on nous a indiqué quel-
» ques perfonnes qui étoient membre
و د
d'un Arreoy , nous leur avons fait M.
Bancks & moi , des queftions fur cette
» matière , & nous avons reçu de leus
* Efpèce de danfe lubrique du pays.
MAI. 1774. 83
propre bouche les témoignages que
» je viens de rapporter ".
On auroit tort d'imaginer que ce peuple
n'a point de maître , & qu'il jouir
de la chimérique liberté de la nature fi
vantée par des Ecrivains qui ne voient
pas qu'elle ne peut plus exifter dès que
les hommes fe raffembleront en troupes ;.
mais il est étonnant qu'il foit aflervi au
gouvernement féodal '; d'où il eft permis
de conclure que la plupart des peuples
fubiffent ce premier efclavage avant de
parvenir au dernier degré de civiliſation .
Il y a quatre claffes d'hommes à Otahiti
, le Roi , le Baron , le Vaffal & le
Paylan .
Le commerce des Otahitiens avec les
habitans de l'Europe , les a dejà infectés.
de la maladie vénérienne. » Ils la diftin-.
" guent par un mot qui revient à celui
» de pourriture , & ils lui donnent une fi
gnification beaucoup plus étendue ; ils
» nous décrivirent dans les termes les :
plus pathétiques , les fouffrances des :
premiers infortunés qui en furent les:
» victimes ; ils ajoutèrent qu'elle faifoit
"tomber les poils & les ongles , & pour .
riffoit la chair jufqu'aux os ; qu'elle
répandit parmi eux une terreur & une:
» confternation univerfelles; que les ma
"
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
» lades étoient abandonnés par leurs plus
» proches parens , qui craignoient que
» cette maladie ne fe communiquât par
contagion , & qu'on les laitoit péric
>> feuls dans des tourmens qu'ils n'avoient
jamais connus auparavant.
"
39
La Nature plaça en vain ce peuple au
milieu des mers ; deux vaiffeaux d'Europe
franchiffent cet intervalle immenſe ,
& ils portent à ces hommes heureux cette
maladie terrible , capable d'anéantir entièrement
leur race .
Nos Navigateurs , après un long lẻ-
jour avec les Otahitiens , fe préparèrent
à les quitter , & le Capitaine ordonna
que chacun fe rendît au vaideau . Deux
foldats de Marine , touchés du bonheur.
dout jouiffent les Infulaires dont ils alloient
fe féparer , & ne trouvant pas dans
nos fociétés policées le contentement
qu'ils efpéroient goûrer parmi eux , défertèrent
le fort, la nuit du jour où l'on devoit
mettre à la voile , & s'enfuirent dans
l'intérieur de l'île pour vivre avec les
Otahitiens. Le Capitaine voulut abfolement
recouvrer fes deux hommes : il
fit faifir quelques chefs & il leur fit des
menaces fi on ne renvoyoit pas les deux
foldats. Les Infulaires tâcherent de fe
défendre , & difoient que les deux EuMAI.
1774. 85
»
ropéens « avoient pris chacun une fem-
» me , & qu'ils étoient devenus habitans
du pays. Cependant , les gens
de l'équipage qu'on avoit envoyés après
eux , vinrent à bout de les ramener
de force..
"
Les déferteurs confirmèrent le rap-
» port des Indiens ; ils étoient devenus
» fort amoureux de deux filles , & ils
» avoient formé le projet de fe cacher
jufqu'à ce que le vaiffeau eût mis à la
voile , & de fixer leur réfidence à Ota-
» hitii »»..
Nous ne ferons aucune réflexion fur
ce fait intéreffant ; mais on ne peut s'empêcher
de regretter que les deux foldats
n'ayent pas accompli leur projet. Leur
conduite & leur vie auroient fourni bien
des lumières pour comparer l'état des
peuples fauvages avec celui des nations
civilifées , & à moins que le Capitaine
Cook n'eût befoin de ces deux hommes
pour le fervice du vailleau , il auroit
peut-être dû les laiffer à Otahiti , d'où
quelques bâtimens auroient pu dans la
fuite les ramener en Europe.
Un des Otahitiens nommé Tupia ,
qui avoit été premier Miniftre de la
Reine Obéréa , & principal Prêtre de
l'île , abandonna fa patrie pour 's'embar.
86 MERCURE DE FRANCE.
"
quer avec les Anglois. La vue de nos na
vigateurs & de leur vaiffeau lui avoit
donné l'idée d'un nouveau monde , & ,,
entraîné par l'inquiétude naturelle qui
tourmente l'ame du Sauvage comme celled'un
homme policé, il céda à l'invincible.
curiofité qui le portoit à voir d'autres
peuples & d'autres pays.
» Le 13 Juillet , jour du départ , le
vaiffeau fut rempli des Otahitiens nos
» amis. Dès le point du jour nous levâ-
" mes l'ancre , & dès que le bâtiment
« fut fous voiles , les Naturels du pays.
prirent congé de nous , & versèrent
» des larmes , pénétrés d'une trifteffe qui
avoit quelque chofe de bien tendre &
» de bien intéreffant . Tupia foutint cette:
» fcène avec une fermeté & une tranquillité
vraiment admirables ; il eft
» vrai qu'il pleura , mais les efforts qu'il
fit pour cacher fes larmes , faifoient
encore plus d'honneur à fon caractère :
" Il envoya une chemife pour dernier
39 préfent à Potomai , maîtreffe favo-
» rite de Tootahah , un des Chefs du
" pays ; il alla enfuite fur la grande hune
» avec M. Banks , & il fit des fignes
aux Pirogues tant qu'il continua de les
30%
» voir
Ce Tupia a été d'une très-grande utilité
MA I 1774. 87
aux Anglois pendant le refte du voyage ;
il leur donna fans ceffe des preuves de
fon jugement & de fa pénétration ; mais
malheureuſement il eft mort à Batavia
ainfi que le valet Indien qui l'avoit fuivi.
Nos Navigateurs , en appareillant d'Otahiti
, cherchèrent des îles nouvelles ,
& ils en ont découvert un très- grand
nombre dans les environs. Les moeurs
des peuples qui les habitent , & les incidens
qui leur furvinrent ne font pas
moins curieux . Après avoir paffé un mois
dans ces parages , le Capitaine Cook di
rigea fa route plus au fud , dans le deffein
de rencontrer le continent que des
Géographes y plaçoient. Il partit de l'île
d'Otéroah le 15 Août 1769 , & le 7·
Octobre , ils découvrirent une terre qu'ils
reconnurent par la fuite pour la Nouv.
Zelande : ils ont côtoyé ces deux grandes
îles jufqu'au premier Avril 1770. Ils
ont débarqué dans un très grand nombre
d'endroits , & ils ont prefque toujours
été attaqués par les féroces habitans da
pays.
Le fait fuivant eft fort extraordinaire..
En arrivant fur la côte de la Nouv. Zelande,
Tupia , Infulaire d'Otahiti , enten୫
. MERCURE DE FRANCE.
dit la langue des habitans du pays . Puifque
le langage de ces contrées fi eloignées
l'une de l'autre , eft à- peu- près le
même , il eft fûr que ces deux Nations
tirent leur fource d'une commune origine.
Après la defcription d'Otahiti , celle
de la Nouv. Zelande eft la plus curieufe
du voyage. L'exiftence des peuples antropophages
, conteftée fi mal - à -propos
par quelques Ecrivains , eft déformais hors
de doute , & il eft prouvé par cette relation
,, que les Zélandois mangent des
hommes.
»
" Pendant notre féjour dans le canal
» de la Reine Charlotte , nous trouvâ-
» mes des Indiens occupés à apprêter les
» alimens , & ils faifoient cuire alors un
» chien dans leur four ; il y avoit près
de là plufieurs paniers de provifion .
» En jetant par hafard les yeux fur un
» de ces paniers , à mefure que nous paffions
, nous apperçûmes deux os en-
» tièrement rongés qui ne nous parurent
» pas être des os de chiens , & que nous
reconnûmes pour des os humains , après
» les avoir examinés de plus près . Ce
fpectacle nous frappa d'horreur , quoiqu'il
ne fît que confirmer ce que nous
»
39
7
MAI. 1774. S
19
» avions oui dire plufieurs fois depuis
notre arrivée fur la côte . Comine il
» étoit fûr que c'étoit véritablement des
» os humains , il ne nous fut pas poffble
de douter que la chair qui les cou-
» vroit n'eût été mangée .... Nous char-
» geâmes Tupia de demander ce que c'étoient
que ces os , & les Indiens répondirent
fans héfiter en aucune manière
, que c'étoient des os d'hommes.
» Il leur demanda enfuite ce qu'étoit de
» venu la chair , & ils répliquèrent qu'ils
» l'avoient mangée . .. En nous infor-
» mant qui étoit l'homine dont nous
» avions trouvé les os , ils nous dirent
qu'environ cinq jours auparavant , une
Pirogue montée par fept de leurs en-
» nemis , étoit venue dans la Baye , &
» que cet homme étoit un des fept qu'ils
avoient tués ....
К
"
19
»
.....
Quelques jours après , Tupia reprit
» de nouveau la converfation fur l'ufage
» de manger la chair humaine , & les
Indiens répétèrent ce qu'ils avoient
déjà dit ; mais , dit Tupia , mangezvous
auffi les têtes ? Nous ne mangeons
» que la cervelle , répondit un vieillard
» & demain , je vous apporterai quelques
» têtes , pour vous convaincre que noust
» avons dit la vérité.
n
90% MERCURE
DE FRANCE.
On trouve dans le voyage beaucoup
d'autres preuves de cette horrible coutume.
Vingt jours de navigation s'écoulèrent
depuis leur départ de la Nouv . Zelande ,
jufqu'à la Nouv . Hollande. Ils découvrirent
enfuite la Nouv . Galles méridionale
, pays beaucoup plus grand que l'Europe.
Ils ont paffé trois mois & demi a
viliter les côtes de ce pays ; pendant cet
intervalle , il leur arriva un accident qui
mit tout l'équipage dans le plus grand
danger de périr . Le vaiffeau toucha fur
un banc de rochers , & y refta 48 heures ,
fans que tous les efforts de nos Navigateurs
puffent le remettre en pleine mer ..
On eft faifi d'attendriffement & d'effroi
en lifant la defcription de l'état où ils
fe trouvoient. Enfin , ils fortirent de dan
ger , & ils dûrent leur délivrance à une
circonftance bien fingulière . « Le rocher
» fur lequel échoua le bâtiment , fit plu-
» fieurs trous dans la calle , & un autre
» affez large pour nous couler à fond ;
» mais par bonheur , il fe trouva en
grande partie bouché par un morceau
» de rocher, qui ,après avoir fait l'ouver
»ture , y étoit reſté engagé,
"
Nos voyageurs touchent enfuite à la
Nouv. Guinée , & reprennent le chémin
MAI. 1774. 91
de l'Europpe à Batavia ; ils portent partout
leur efprit obfervateur , & ils nous
apprennent fur cette ville un grand
nombre de particularités qu'on ignoroit
abfolument .
L'homme paroît bien méchant & bien
vil , lorfqu'on le voit commettre des actions
telles que celle- ci , dont nos phi-
Fofophes ont été temoins ..
»
n
"
Depuis un temps immémorial , la
pratique , appelée courir un Muck
eft établie chez ces peuples . Après s'être
» enivrés d'opium , un homme le préci
pite dans les rues une arme à la main ,
tuant toutes les perfonnes qu'il rencontre
. jufqu'à ce qu'il foit tué lui- même
ou arrêté. Nous en avons vu plufieurs
» exemples pendant notre féjour à Batavia
, & un des Officiers chargés de
faifir ces furieux , nous dit qu'il fe paf
» foit rarement une femaine fans que lui
» ou fes confrères fuffent appelés pour
» en arrêter quelqu'un . Dans un des cas
" dont nous avons été témoins , l'homme
" avoit eu plufieurs fois à fe plaindre de
» la perfidie des femmes, & étoit de--
» venu fou de jaloufie avant de s'enivrer
"
d'opium ... Ceux qu'on prend en vie ,
font ordinairement bleйés ; mais ils
n'en font pas moins rompus vifs "..
92 MERCURE DE FRANCE.
L'équipage contracta à Batavia des gers
mes de maladie qui fe
développèrent dès
qu'ils furent en route. Nous avions , dit
le Capitaine , prefque tous les jours un
mort à´jeter à la mer , & dans l'efpace.
d'un mois & demi , nous perdîmes trente
hommes.
Enfin , nos Navigateurs relâchent au
Cap & à Ste Hélene , & ils mouillent
aux Dunes te 2 Mai 1771 , après un
voyage de trois ans.
que
Il eft fur que jamais on ne fera une
expédition au tour du globe auffi célèbre
celle dont on vient de parler ; &
dans la multitude infinie de voyages que
nous avions déjà , on n'en trouve aucun
dont la lecture foit auffi intéreffante &
auffi inftructive.
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Résumé : Relation des voyages au tour du Monde, [titre d'après la table]
Entre 1768 et 1771, plusieurs expéditions britanniques explorèrent l'hémisphère méridional sous la direction de Byron, Carteret, Wallis et Cook. Ces missions avaient pour objectif d'explorer des régions peu connues telles que la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Hollande et la Nouvelle-Zélande. Le quatrième voyage de Cook, à bord de l'Endeavour, fut particulièrement notable. Il clarifia des incertitudes géographiques, découvrit que la Nouvelle-Bretagne était composée de deux îles et dressa une carte précise de la Nouvelle-Zélande. L'expédition démontra également l'absence de continent au nord du 40e parallèle sud. Cook était accompagné de naturalistes comme Banks et Solander. Ils observèrent le passage de Vénus à Tahiti et explorèrent la mer du Sud. Malgré des obstacles au Brésil, ils contournèrent le cap Horn et firent naufrage près de la Terre de Feu. À Tahiti, ils décrivirent les habitants comme pacifiques et aimables, vivant dans un état de nature idyllique, avec une société structurée en quatre classes. Ils notèrent des pratiques culturelles spécifiques, comme les 'arreoy' et les cérémonies funéraires. Les explorateurs découvrirent plusieurs îles, atteignant la Nouvelle-Zélande en octobre 1769. Ils y restèrent jusqu'en avril 1770, affrontant des attaques des habitants et confirmant la pratique du cannibalisme. Ils explorèrent ensuite la Nouvelle-Hollande pendant trois mois et demi, avant de continuer vers la Nouvelle-Guinée et Batavia. À Batavia, ils observèrent une pratique locale violente appelée 'courir un Muck'. L'équipage contracta des maladies à Batavia, entraînant de nombreuses morts durant le retour. Le capitaine rapporta trente décès en un mois et demi. Le voyage se conclut par des escales au Cap et à Sainte-Hélène, avant d'atteindre les Dunes le 2 mai 1771. Cette expédition est considérée comme l'une des plus célèbres et instructives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2731
p. 156
Journal de Genève, [titre d'après la table]
Début :
Journal historique & politique des principaux événemens des différentes Cours de [...]
Mots clefs :
Événements, Politique, Histoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Journal de Genève, [titre d'après la table]
Journal hiftorique & politique des principaux
événemens des différentes Cours de
l'Europe , fous le titre de Genève.
Ce Journal eft entièrement confacré à
raffembler fansaucun mélange de choſes
difparates , les principaux événemens de
l'hiſtoire politique , journaliere & univerſelle,
Françoiſe& Etrangere. Depuis 1772 ,
que ce Journal a cours , il a été regardé
comme le réfultat le mieux fait , & rédigé
avec le plus d'exactitude , de précifion
& de vérité , non-feulement de toutes
les gazettes, mais encore des papiers
publics & des Mémoires particuliers de
tous les pays. Il eſt confulté & confervé
comme l'hiſtoire du temps préfent. Le
Rédacteur de ce Journal a aufli le mérite
de tracer au commencement de l'année
le tableau des grands intérêts des Puiffances&
des événemens importans , qui doi
vent par leur enchaînement ou par leur
fuire , balancer le deſtin des nations.
Ce Journal eſt de 36 cahiers par an ,
chaque cahier de deux feuilles & demie;
it eſt publié le ro, le 20 & le 30 de chaque
mois On foufcrit en tout temps; le
prix, port franc par la Poſte, eſt à Paris
&en Province de rå liv.
événemens des différentes Cours de
l'Europe , fous le titre de Genève.
Ce Journal eft entièrement confacré à
raffembler fansaucun mélange de choſes
difparates , les principaux événemens de
l'hiſtoire politique , journaliere & univerſelle,
Françoiſe& Etrangere. Depuis 1772 ,
que ce Journal a cours , il a été regardé
comme le réfultat le mieux fait , & rédigé
avec le plus d'exactitude , de précifion
& de vérité , non-feulement de toutes
les gazettes, mais encore des papiers
publics & des Mémoires particuliers de
tous les pays. Il eſt confulté & confervé
comme l'hiſtoire du temps préfent. Le
Rédacteur de ce Journal a aufli le mérite
de tracer au commencement de l'année
le tableau des grands intérêts des Puiffances&
des événemens importans , qui doi
vent par leur enchaînement ou par leur
fuire , balancer le deſtin des nations.
Ce Journal eſt de 36 cahiers par an ,
chaque cahier de deux feuilles & demie;
it eſt publié le ro, le 20 & le 30 de chaque
mois On foufcrit en tout temps; le
prix, port franc par la Poſte, eſt à Paris
&en Province de rå liv.
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Résumé : Journal de Genève, [titre d'après la table]
Le 'Journal historique & politique des principaux événemens des différentes Cours de l'Europe, sous le titre de Genève' est une publication créée en 1772, dédiée à la compilation des événements politiques majeurs en France et à l'étranger. Reconnu pour son exactitude, sa précision et sa véracité, ce journal surpasse les autres gazettes et mémoires. Il est considéré comme une référence historique contemporaine. Le rédacteur établit un tableau annuel des grands intérêts des puissances et des événements influents pour le destin des nations. Le journal est publié trois fois par mois, les 10, 20 et 30, en 36 cahiers annuels, chaque cahier contenant deux feuilles et demie. L'abonnement est disponible à Paris et en province, avec un prix incluant le port franc par la poste.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2732
p. 60-61
ÉNIGME.
Début :
Tout meurt, ou tout fléchit sous mes sanglantes loix ; [...]
Mots clefs :
Révolution
2735
p. 90-98
Dictionnaire des Origines, [titre d'après la table]
Début :
Dictionnaire des Origines, chez Bastien, Libraire, rue du Petit-Lion, Fauxb. [...]
Mots clefs :
Génie, Nature, Grands hommes, Imitation, Dictionnaire, Auteur, Silence, Talents, Autorité, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dictionnaire des Origines, [titre d'après la table]
Dictionnaire des Origines , chez Baftien ,
Libraire , rue du Petit- Lion , Fauxb.
St Germain.
On a beau dire que l'Auteur d'un
Dictionnaire n'a befoin que de copier
& d'abréger ce qu'il trouve en abondance
dans les grands Ouvrages qui
font fous fa main; celui qui fe borne
à ce genre de travail n'eft jamais qu'un
Compilateur fans goût & fans difcernement.
Il copie au hafard les erreurs &
les vérités , & puife également dans les
mauvaiſes comme dans les bonnes fources.
Il devient un guide qui ne fait que
nous égarer. Pour éviter ces écueils , il
faut , comme l'Auteur de l'Ouvrage que
JUILLET. 1777. 21
nous annouçons , avoir une certaine mefure
d'érudition , favoir difcerner les
meilleurs Ecrivains qui ont traité les
matières dont on fe propofe de parler ,"
& réunir , autant qu'il eft poffible , les
principales qualités qui forment le bon
Critique. Sans cela , on n'a ni exactitude ,
ni jufteffe dans fes idées , & l'on ne
donne que de fauffes notions , plus dangereufes
que l'ignorance . On loue la
modeſtie d'un homme qui garde le
filence , parce qu'il craint de fe trompet,
faute d'inftruction , & l'on fe moque de
celui qui emploie le ton dogmatique
dans les matières qu'il n'a pas étudiées.
L'extrait de quelques articles , tirés du
troifième volume du Dictionnaire des
Origines , prouvera clairement que l'Au- ·
teur ne doit pas être mis au nombre des
Compilateurs qui manquent de goût &
de difcernement , & que fon Dictionnaire
, où l'on trouve de la préciſion &
du choix , mérite d'être bien accueilli.
"On fe plaint quelquefois de la difette
» des Grands Hommes , remarque cet
Auteur , d'après M. le Préfident Hénault
, & l'on regrette les fiécles qui
» en ont produit plufieurs à la fois . C'eſt
" en effet un beau fpectacle dans l'Hif
»
"
92 MERCURE DE FRANCE .
30
ود
» toire , que de voir des événemens finguliers
préparés par des efprits fupérieurs
, & foutenus par des courages
héroïques ; mais les Peuples en font- ils
plus heureux ? Je crois bien que des
» Grands Hommes réunis fous une au-
» torité légitime , & dont les talens ne
font employés qu'au bien de l'État ,
» peuvent & doivent produire de grandes
chofes; mais comme ces circonstances
» fe trouvent rarement enfemble , il n'y
a pas de plus grand malheur pour les
» États
que ce concours de perfonnages
illuftres & puiffans , qui prétendant
tous à l'autorité , commencent par la
» divifer & finiffent par l'anéantir.
Tel fut le règne de François II .
» Ce règne d'une courte durée , puifqu'il
ne fut que dix- fept mois , fit
éclorre tous les maux qui , depuis ,
» défolèrent la France , & dont la caufe
» principale fut le nombre des Grands
» Hommes qui vivoient alors. Les Gui-
» fes , qui abufoient de l'autorité que
le
Roi leur avoit confié , étoient affez
» grands pour fe maintenir contre les
» Princes du Sang , qui prétendoient
» avoir droit au Gouvernement , à cauſe
» de la jeuneſſe du Roi. Le Roi de NaJUILLET.
1777- 93.
ود
גכ
22
"
" varre & le Prince de Condé avoient
affez de reffources pour former un
parti contre eux , & les Grands du
Royaume affez d'ambition pour entre-
» tenir les divifions & pour vouloir profiter
des troubles . Les querelles de
Religion étoient un prétexte trop fpé-
» cieux pour n'être pas employé par les
» deux partis : l'attachement de la plu-
» part des Peuples pour l'ancien & véri-
» table culte , tint lieu aux Gaifes de ce
qui leur manquoit , pour appuyer une
» autorité qu'on fentoit bien qu'ils ne,
devoient qu'à la féduction ; & l'amour
» de la nouveauté tint lieu aux Princes
» du Sang de l'autorité qui étoit entre
» les mains des Guifes » .
ן כ
2
Peut-on dire que des perfonnages illuftres
& puiffans , qui auront occafionné
des fecouffes toujours nuifibles au
bonheur des États , aient pu mériter le
nom de Grands Hommes , parce qu'ils
auront eu du génie & des talens , &
qu'ils ne les auront employés qu'à fatisfaire
leur ambition ? Ce feroit proftituer.
un titre fi glorieux que de le leur donner.
Le véritablement Grand Homme join
toujours aux talens les vertus morales ,
qui lui montrent continuellement le
94
MERCURE DE FRANCE .
bien public & la gloire de fon Prince ,
comme l'unique but qu'il doit fe propofer
dans toutes les entrepriſes . C'eſt le
patriotiſme , réuni aux talens , qui forme
le Grand Homme ; or l'on peut , dans
tous les états , mériter ce titre fublime ;
& c'eft à la difette de ces Hommes , qui
favent allier les qualités du coeur & de
l'efprit , que l'on doit attribuer les malheurs
d'un Etat , & fouvent fa décadence
.
Voici comme l'Auteur traite les articles
littéraires . Au mot Imitation , il
obferve « que le génie n'a pu produire
les arts que par l'imitation. L'efprit
» humain , dit M. l'Abbé Batteux , ne
» peut créer qu'improprement. Toutes
fes productions portent l'empreinte
» d'un modèle. Les monftres même
qu'une imagination déréglée fe figure
» dans fes délires , ne peuvent être com-
» pofés que de parties prifes dans la
Nature; & fi le génie , par caprice ,
fait de ces parties un affemblage contraite
aux loix naturelles , en dégradant
la Nature il fe dégrade lui-même, &
» fe change en une eſpèce de folie . Les
limites font marquées : dès qu'on les
palle , ou fe perd; on fait un chaos
JUILLE T. 1777.
95
» plutôt qu'un monde , & on caufe du
défagrément plutôt que du plaifir.
»
» Le génie qui travaille pour plaire ,
» ne doit donc ni ne peut fortir des
» bornes de la Nature même . Sa fonction
» confiſte , non à imaginer ce qui peut
» être , mais à trouver ce qui eft. Inven-
» ter dans les arts n'eft point donner
» l'être à un objet ; c'est le reconnoître
» où il eft , & comme il eft ; & les Hom-
» mes de génie qui creufent le plus , ne
» découvrent que ce qui exiſtoit aupa-
» vant ils ne font créateurs que pour
» avoir obfervé , & réciproquement ils
» ne font obfervateurs que pour être en
» état de créer. Les moindres objets les
appellent ils s'y livrent , parce qu'ils
» en remportent toujours de nouvelles
» connoiffances , qui étendent le fond
de leur efprit & en préparent la fécon-
» dité, Le génie eft comme la terre , qui
» ne produit rien qu'elle n'en ait reçu
» la femence. Cette comparaifon , bien
» loin d'appauvrir les Artiftes , ne fert
qu'à leur faire connoître la fource &
l'étendue de leurs véritables richeſſes ,
qui , par-là , font immenfes , puifque
toutes les connoiffances que l'efprit
» peus acquérir dans la Nature , devenant
19
96
MERCURE
DE
FRANCE
. " le germe de fes productions dans les
» arts , le génie n'a d'autres bornes , du
» côté de fon objet , que celle de l'Uni-
» vers..
1
"9
ود
"
»
» Le génie doit donc avoir un appui
» pour s'élever & fe foutenir , & cet
appui eft la Nature. Il ne peut la créer ;
» il ne doit point la détruire : il ne peut
» donc que la fuivre & l'imiter , & par
conféquent tout ce qu'il produit ne
peut être qu'imitation . La mufique
dramatique ou théâtrale concourt à
l'imitation , ainfi que la poefie & la
» peinture : c'eft à ce principe commun
que fe rapportent tous les beaux - arts.
» Mais , comme l'obferve M. Rouffeau ,
» cette imitation n'a pas pour tous la
» même étendue . Tout ce que l'imagi-
» nation peut fe repréfenter eft du reffort
» de la poéfie. La peinture , qui n'offre
point fes tableaux à l'imagination ;
mais aux fens , & à un feul fens , ne
peint que les objets foumis à la vile.
La mulique fembleroit avoir les mêmes
bornes par rapport à l'ouie : cependant
Pelle peint tout , même les objets qui
» ne font pas vifibles par un preftige
prefque inconcevable elle femble
mettre l'oeil dans l'oreille ; & la plus
» grande
32
JUILLET . 1777 . 97
» grande merveille d'un art qui n'agit
que par le mouvement eft d'en '
"
99
"
>
pouvoir former jufqu'à l'image du
" repos . La nuit , le fommeil , la folitude
& le filence , entrent dans le
" nonibre des grands tableaux de la
mufique. On fait que le bruit peut
produire l'effet du filence , & le filence
"l'effet du bruit , comme quand on s'en-
» dort à une lecture égale & monotone ,
» & qu'on s'éveille à l'inftant qu'elle
celle . Mais la mufique agit plus inti-
» mement fur nous , en excitant , par un
» fens , des affections ſemblables à celles
"3
qu'on peut exciter par un autre ; &
»comme le rapport ne peut être fenfible
"que l'impreffion ne foit forte , la pein-
» ture , dénuée de cette force , ne peut
» rendre à la mufique les imitations que
-celle- ci tire d'elle. Que toute la Nature
» foit endormie , celui qui la contemple
» ne dort pas ; & l'art du Muficien con-
» fifte à fubftituer à l'image infenfible
» de l'objet, celle des mouvemens que
» fa préfence excite dans le coeur da
» Contemplateur : non -feulement il agi
tera la mer , animera la flamme d'un
incendie , fera couler les ruiffeaux ,
tomber la pluie & groffir les torrens ; "
I. Vol. E
9.8. MERCURE DE FRANCE .
mais il peindra l'horreur d'un défert
» affreux , rembrunira les murs d'une
»prifon fouterraine , calmera la tem-.
» pête , rendra l'air tranquille & ferein ,
, & répandra de l'orchestre une fraîcheur.
nouvelle fur les bocages. Il ne repré-
» fentera pas directement ces chofes ;
» mais il excitera dans l'ame les mêmes.
mouvemens qu'on éprouve en les
» voyant.".
Libraire , rue du Petit- Lion , Fauxb.
St Germain.
On a beau dire que l'Auteur d'un
Dictionnaire n'a befoin que de copier
& d'abréger ce qu'il trouve en abondance
dans les grands Ouvrages qui
font fous fa main; celui qui fe borne
à ce genre de travail n'eft jamais qu'un
Compilateur fans goût & fans difcernement.
Il copie au hafard les erreurs &
les vérités , & puife également dans les
mauvaiſes comme dans les bonnes fources.
Il devient un guide qui ne fait que
nous égarer. Pour éviter ces écueils , il
faut , comme l'Auteur de l'Ouvrage que
JUILLET. 1777. 21
nous annouçons , avoir une certaine mefure
d'érudition , favoir difcerner les
meilleurs Ecrivains qui ont traité les
matières dont on fe propofe de parler ,"
& réunir , autant qu'il eft poffible , les
principales qualités qui forment le bon
Critique. Sans cela , on n'a ni exactitude ,
ni jufteffe dans fes idées , & l'on ne
donne que de fauffes notions , plus dangereufes
que l'ignorance . On loue la
modeſtie d'un homme qui garde le
filence , parce qu'il craint de fe trompet,
faute d'inftruction , & l'on fe moque de
celui qui emploie le ton dogmatique
dans les matières qu'il n'a pas étudiées.
L'extrait de quelques articles , tirés du
troifième volume du Dictionnaire des
Origines , prouvera clairement que l'Au- ·
teur ne doit pas être mis au nombre des
Compilateurs qui manquent de goût &
de difcernement , & que fon Dictionnaire
, où l'on trouve de la préciſion &
du choix , mérite d'être bien accueilli.
"On fe plaint quelquefois de la difette
» des Grands Hommes , remarque cet
Auteur , d'après M. le Préfident Hénault
, & l'on regrette les fiécles qui
» en ont produit plufieurs à la fois . C'eſt
" en effet un beau fpectacle dans l'Hif
»
"
92 MERCURE DE FRANCE .
30
ود
» toire , que de voir des événemens finguliers
préparés par des efprits fupérieurs
, & foutenus par des courages
héroïques ; mais les Peuples en font- ils
plus heureux ? Je crois bien que des
» Grands Hommes réunis fous une au-
» torité légitime , & dont les talens ne
font employés qu'au bien de l'État ,
» peuvent & doivent produire de grandes
chofes; mais comme ces circonstances
» fe trouvent rarement enfemble , il n'y
a pas de plus grand malheur pour les
» États
que ce concours de perfonnages
illuftres & puiffans , qui prétendant
tous à l'autorité , commencent par la
» divifer & finiffent par l'anéantir.
Tel fut le règne de François II .
» Ce règne d'une courte durée , puifqu'il
ne fut que dix- fept mois , fit
éclorre tous les maux qui , depuis ,
» défolèrent la France , & dont la caufe
» principale fut le nombre des Grands
» Hommes qui vivoient alors. Les Gui-
» fes , qui abufoient de l'autorité que
le
Roi leur avoit confié , étoient affez
» grands pour fe maintenir contre les
» Princes du Sang , qui prétendoient
» avoir droit au Gouvernement , à cauſe
» de la jeuneſſe du Roi. Le Roi de NaJUILLET.
1777- 93.
ود
גכ
22
"
" varre & le Prince de Condé avoient
affez de reffources pour former un
parti contre eux , & les Grands du
Royaume affez d'ambition pour entre-
» tenir les divifions & pour vouloir profiter
des troubles . Les querelles de
Religion étoient un prétexte trop fpé-
» cieux pour n'être pas employé par les
» deux partis : l'attachement de la plu-
» part des Peuples pour l'ancien & véri-
» table culte , tint lieu aux Gaifes de ce
qui leur manquoit , pour appuyer une
» autorité qu'on fentoit bien qu'ils ne,
devoient qu'à la féduction ; & l'amour
» de la nouveauté tint lieu aux Princes
» du Sang de l'autorité qui étoit entre
» les mains des Guifes » .
ן כ
2
Peut-on dire que des perfonnages illuftres
& puiffans , qui auront occafionné
des fecouffes toujours nuifibles au
bonheur des États , aient pu mériter le
nom de Grands Hommes , parce qu'ils
auront eu du génie & des talens , &
qu'ils ne les auront employés qu'à fatisfaire
leur ambition ? Ce feroit proftituer.
un titre fi glorieux que de le leur donner.
Le véritablement Grand Homme join
toujours aux talens les vertus morales ,
qui lui montrent continuellement le
94
MERCURE DE FRANCE .
bien public & la gloire de fon Prince ,
comme l'unique but qu'il doit fe propofer
dans toutes les entrepriſes . C'eſt le
patriotiſme , réuni aux talens , qui forme
le Grand Homme ; or l'on peut , dans
tous les états , mériter ce titre fublime ;
& c'eft à la difette de ces Hommes , qui
favent allier les qualités du coeur & de
l'efprit , que l'on doit attribuer les malheurs
d'un Etat , & fouvent fa décadence
.
Voici comme l'Auteur traite les articles
littéraires . Au mot Imitation , il
obferve « que le génie n'a pu produire
les arts que par l'imitation. L'efprit
» humain , dit M. l'Abbé Batteux , ne
» peut créer qu'improprement. Toutes
fes productions portent l'empreinte
» d'un modèle. Les monftres même
qu'une imagination déréglée fe figure
» dans fes délires , ne peuvent être com-
» pofés que de parties prifes dans la
Nature; & fi le génie , par caprice ,
fait de ces parties un affemblage contraite
aux loix naturelles , en dégradant
la Nature il fe dégrade lui-même, &
» fe change en une eſpèce de folie . Les
limites font marquées : dès qu'on les
palle , ou fe perd; on fait un chaos
JUILLE T. 1777.
95
» plutôt qu'un monde , & on caufe du
défagrément plutôt que du plaifir.
»
» Le génie qui travaille pour plaire ,
» ne doit donc ni ne peut fortir des
» bornes de la Nature même . Sa fonction
» confiſte , non à imaginer ce qui peut
» être , mais à trouver ce qui eft. Inven-
» ter dans les arts n'eft point donner
» l'être à un objet ; c'est le reconnoître
» où il eft , & comme il eft ; & les Hom-
» mes de génie qui creufent le plus , ne
» découvrent que ce qui exiſtoit aupa-
» vant ils ne font créateurs que pour
» avoir obfervé , & réciproquement ils
» ne font obfervateurs que pour être en
» état de créer. Les moindres objets les
appellent ils s'y livrent , parce qu'ils
» en remportent toujours de nouvelles
» connoiffances , qui étendent le fond
de leur efprit & en préparent la fécon-
» dité, Le génie eft comme la terre , qui
» ne produit rien qu'elle n'en ait reçu
» la femence. Cette comparaifon , bien
» loin d'appauvrir les Artiftes , ne fert
qu'à leur faire connoître la fource &
l'étendue de leurs véritables richeſſes ,
qui , par-là , font immenfes , puifque
toutes les connoiffances que l'efprit
» peus acquérir dans la Nature , devenant
19
96
MERCURE
DE
FRANCE
. " le germe de fes productions dans les
» arts , le génie n'a d'autres bornes , du
» côté de fon objet , que celle de l'Uni-
» vers..
1
"9
ود
"
»
» Le génie doit donc avoir un appui
» pour s'élever & fe foutenir , & cet
appui eft la Nature. Il ne peut la créer ;
» il ne doit point la détruire : il ne peut
» donc que la fuivre & l'imiter , & par
conféquent tout ce qu'il produit ne
peut être qu'imitation . La mufique
dramatique ou théâtrale concourt à
l'imitation , ainfi que la poefie & la
» peinture : c'eft à ce principe commun
que fe rapportent tous les beaux - arts.
» Mais , comme l'obferve M. Rouffeau ,
» cette imitation n'a pas pour tous la
» même étendue . Tout ce que l'imagi-
» nation peut fe repréfenter eft du reffort
» de la poéfie. La peinture , qui n'offre
point fes tableaux à l'imagination ;
mais aux fens , & à un feul fens , ne
peint que les objets foumis à la vile.
La mulique fembleroit avoir les mêmes
bornes par rapport à l'ouie : cependant
Pelle peint tout , même les objets qui
» ne font pas vifibles par un preftige
prefque inconcevable elle femble
mettre l'oeil dans l'oreille ; & la plus
» grande
32
JUILLET . 1777 . 97
» grande merveille d'un art qui n'agit
que par le mouvement eft d'en '
"
99
"
>
pouvoir former jufqu'à l'image du
" repos . La nuit , le fommeil , la folitude
& le filence , entrent dans le
" nonibre des grands tableaux de la
mufique. On fait que le bruit peut
produire l'effet du filence , & le filence
"l'effet du bruit , comme quand on s'en-
» dort à une lecture égale & monotone ,
» & qu'on s'éveille à l'inftant qu'elle
celle . Mais la mufique agit plus inti-
» mement fur nous , en excitant , par un
» fens , des affections ſemblables à celles
"3
qu'on peut exciter par un autre ; &
»comme le rapport ne peut être fenfible
"que l'impreffion ne foit forte , la pein-
» ture , dénuée de cette force , ne peut
» rendre à la mufique les imitations que
-celle- ci tire d'elle. Que toute la Nature
» foit endormie , celui qui la contemple
» ne dort pas ; & l'art du Muficien con-
» fifte à fubftituer à l'image infenfible
» de l'objet, celle des mouvemens que
» fa préfence excite dans le coeur da
» Contemplateur : non -feulement il agi
tera la mer , animera la flamme d'un
incendie , fera couler les ruiffeaux ,
tomber la pluie & groffir les torrens ; "
I. Vol. E
9.8. MERCURE DE FRANCE .
mais il peindra l'horreur d'un défert
» affreux , rembrunira les murs d'une
»prifon fouterraine , calmera la tem-.
» pête , rendra l'air tranquille & ferein ,
, & répandra de l'orchestre une fraîcheur.
nouvelle fur les bocages. Il ne repré-
» fentera pas directement ces chofes ;
» mais il excitera dans l'ame les mêmes.
mouvemens qu'on éprouve en les
» voyant.".
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Résumé : Dictionnaire des Origines, [titre d'après la table]
Le Mercure de France de juillet 1777 critique le 'Dictionnaire des Origines' publié chez Baftien, reprochant aux compilateurs de copier sans discernement, ce qui engendre des erreurs et des notions fausses. L'auteur souligne la nécessité d'une érudition et d'un jugement critique pour produire un ouvrage précis. Le texte explore la notion de 'Grands Hommes', citant le Président Hénault. Il note que les grands hommes peuvent accomplir de grandes choses sous une autorité légitime, mais leur présence en grand nombre peut causer des divisions et des troubles, comme lors du règne de François II. Les conflits entre les Guises, les Princes du Sang et les troubles religieux ont contribué à la déstabilisation du royaume. L'auteur se demande si des personnages illustres et puissants, dont l'ambition cause des troubles, méritent le titre de 'Grands Hommes'. Il conclut que le véritable grand homme allie talents et vertus morales, visant le bien public et la gloire de son prince. Le texte aborde également l'imitation dans les arts, affirmant que le génie crée en s'inspirant de la nature. Sortir des limites naturelles conduit à la confusion et au désagrément. Le génie observe et imite la nature, car il ne peut ni la créer ni la détruire. Les artistes observent les moindres objets pour acquérir de nouvelles connaissances, étendant ainsi leur esprit et sa fécondité. La musique dramatique, la poésie et la peinture sont des arts qui imitent la nature, mais avec des étendues différentes. La poésie représente tout ce que l'imagination peut concevoir, tandis que la peinture se limite aux objets visibles. La musique agit principalement sur l'ouïe mais peut aussi évoquer des images et des émotions complexes, comme le repos ou le mouvement. Elle suscite des affections similaires à celles provoquées par d'autres sens et peut représenter des scènes variées, telles que la tempête, la tranquillité ou l'horreur d'un désert.
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2736
p. 38
LA GRANDEUR DES ROIS.
Début :
REVÊTU de la pourpre, orné du Diadême, [...]
Mots clefs :
Rois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA GRANDEUR DES ROIS.
LA GRANDEUR DES ROIS.
R Evâru de la pourpre, orné du Diadême,
Et portant avec majeſté,
Sur un Trône de paix, un ſceptre d'équité,
Sous les yeux du Juge ſuprême ;
Ami de la Juſtice & de l'humanité,
Un Monarque puiſſant & ſage,
Du Très-Haut la plus vive image,
- Auguſte imitateur de ſa vaſte bonté,
- Avec le Roi des Cieux partage
· L'Empire de la Terre & ſon plus pur hommage.
Par M. Drobecq.
R Evâru de la pourpre, orné du Diadême,
Et portant avec majeſté,
Sur un Trône de paix, un ſceptre d'équité,
Sous les yeux du Juge ſuprême ;
Ami de la Juſtice & de l'humanité,
Un Monarque puiſſant & ſage,
Du Très-Haut la plus vive image,
- Auguſte imitateur de ſa vaſte bonté,
- Avec le Roi des Cieux partage
· L'Empire de la Terre & ſon plus pur hommage.
Par M. Drobecq.
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2737
p. 344-345
De VERSAILLES, le 20 Juillet.
Début :
Le Marquis d'Almodovar, Ambassadeur de S. M. C. à Londres, eut l'honneur d'être présenté le 3 [...]
Mots clefs :
Roi, Famille royale, Histoire, Remerciements, Parlement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 20 Juillet.
De VERSAILLES , le 20 Juillet.
,
Le Marquis d'Almodovar , Ambaſſadeur de S.
M. C. à Londres , eut l'honneur d'être préſenté le 3
de ce mois au Roi par le Ministre des affaires
étrangères. Les , la Marquiſe de la Meth fut préſentée
au Roi &à la famille Royale , par la Comteffe
de la Meth. Le 11 , M. De Pons , ci-devant Intendant
du Bourbonnois , qui à ſon retour ici avoit
été nommé à l'Intendance de Rouen , & qui vient de
( 345 )
P'être à celle de Metz , fut préſenté au Roi par le
Miniſtre de la Guerre , pour faire ſes remercimens
àS. M. ,& prendre congé d'elle. M. Joly de Fleury ,
Avocat-Général du Parlement de Paris , fut préſenté
le 12 au Roi par M. le Garde des Sceaux , pour lui
faire ſes remercimens de la furvivance de la charge
de Procureur-Général du même Parlement , que S.
M. lui a accordé.
:
Les , LL. MM. & la Famille Royale , ſignèrent
le contrat de mariage de M. Gravier de Vergennes ,
avec Demoifelle Bastard .
Le même jour , le Comte de Gerecourt préſenta à
LL. MM. & à Monfieur , un ouvrage de ſa compoſition
intitulé : Eſſai fur l'Histoire de la Maiſon
d'Autriche , dont la Reine avoit accepté la dédicace.
M. de Bordenave , de l'Académie Royale des Sciences
&de celle de Chirurgie , Profeſſeur Royal , Membre
des Académies, de Rouen , de Lyon & de celle de
Florence, préſenta le même jour au Roi un Effai en
deux volumes fur la Physiologie ou Physique du
Corps Humain. M. Moreau préſenta le 9 & le II
à LL. MM. & à la Famille Royale , les tomes V &
VI des Principes de Morale , de Politique & de
Droit Public , puisés dans l'Histoire de la Monarchie
, ou Discours ſur l'Histoire de France , dédiés
au Roi. Le 12 , M. Navier , Médecin de la Faculté
de Paris , préſenta à LL. MM. , un ouvrage de ſon
pere , Médecin à Châlon- fur- Marne , ſur les contrepoiſons
de l'Arſenic , du Sublimé-Corrofif , du
Verd-de-Gris & du plomb.
,
Le Marquis d'Almodovar , Ambaſſadeur de S.
M. C. à Londres , eut l'honneur d'être préſenté le 3
de ce mois au Roi par le Ministre des affaires
étrangères. Les , la Marquiſe de la Meth fut préſentée
au Roi &à la famille Royale , par la Comteffe
de la Meth. Le 11 , M. De Pons , ci-devant Intendant
du Bourbonnois , qui à ſon retour ici avoit
été nommé à l'Intendance de Rouen , & qui vient de
( 345 )
P'être à celle de Metz , fut préſenté au Roi par le
Miniſtre de la Guerre , pour faire ſes remercimens
àS. M. ,& prendre congé d'elle. M. Joly de Fleury ,
Avocat-Général du Parlement de Paris , fut préſenté
le 12 au Roi par M. le Garde des Sceaux , pour lui
faire ſes remercimens de la furvivance de la charge
de Procureur-Général du même Parlement , que S.
M. lui a accordé.
:
Les , LL. MM. & la Famille Royale , ſignèrent
le contrat de mariage de M. Gravier de Vergennes ,
avec Demoifelle Bastard .
Le même jour , le Comte de Gerecourt préſenta à
LL. MM. & à Monfieur , un ouvrage de ſa compoſition
intitulé : Eſſai fur l'Histoire de la Maiſon
d'Autriche , dont la Reine avoit accepté la dédicace.
M. de Bordenave , de l'Académie Royale des Sciences
&de celle de Chirurgie , Profeſſeur Royal , Membre
des Académies, de Rouen , de Lyon & de celle de
Florence, préſenta le même jour au Roi un Effai en
deux volumes fur la Physiologie ou Physique du
Corps Humain. M. Moreau préſenta le 9 & le II
à LL. MM. & à la Famille Royale , les tomes V &
VI des Principes de Morale , de Politique & de
Droit Public , puisés dans l'Histoire de la Monarchie
, ou Discours ſur l'Histoire de France , dédiés
au Roi. Le 12 , M. Navier , Médecin de la Faculté
de Paris , préſenta à LL. MM. , un ouvrage de ſon
pere , Médecin à Châlon- fur- Marne , ſur les contrepoiſons
de l'Arſenic , du Sublimé-Corrofif , du
Verd-de-Gris & du plomb.
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Résumé : De VERSAILLES, le 20 Juillet.
Le 20 juillet, plusieurs événements marquants ont eu lieu à Versailles. Le Marquis d'Almodovar, ambassadeur à Londres, a été présenté au Roi par le Ministre des affaires étrangères. La Marquise de la Meth a été présentée au Roi et à la famille royale par la Comtesse de la Meth. Le 11 juillet, M. De Pons, ancien Intendant du Bourbonnais, a été présenté au Roi par le Ministre de la Guerre avant de devenir Intendant de Metz. Le 12 juillet, M. Joly de Fleury, Avocat-Général du Parlement de Paris, a remercié le Roi pour la survivance de la charge de Procureur-Général du Parlement. Ce même jour, Leurs Majestés et la famille royale ont signé le contrat de mariage de M. Gravier de Vergennes avec Mademoiselle Bastard. Le Comte de Gerecourt a présenté un ouvrage sur l'histoire de la Maison d'Autriche. M. de Bordenave a offert un essai sur la physiologie humaine. M. Moreau a présenté les tomes V et VI des 'Principes de Morale, de Politique et de Droit Public'. Enfin, M. Navier a présenté un ouvrage sur les contrepoisons.
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2738
p. 106-107
De VERSAILLES, le 30 Juillet.
Début :
Le 19, la Marquise de Vergennes a eu l'honneur d'être présentée à LL. MM. & à la Famille Royale, [...]
Mots clefs :
Marquise de Vergennes, Comtesse de Vergennes, Famille royale, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 30 Juillet.
De VERSAILLES , le 30 Juillet.
LE 19, la Marquife de Vergennes a eu l'honneur
d'être préfentée à LL. MM. & à la Famille Royale ,
par la Comteffe de Vergennes. Le même jour , le
Comte de Mouftiers & le Baron de Grofchlag , Miniftres
plénipotentiaires du Roi , l'un auprès de
l'Electeur de Trêves , & l'autre près le Cercle du
Haut- Rhin , furent préfentés à S. M. par le Miniftre
& Secrétaire d'Etat au département des affaires
étrangères , & de prendre congé pour ſe rendre à
leurs deftinations .
3
Le 19 , LL. MM. & la Famille Royale , fignèrent
le contrat de mariage du Marquis d'Agueffeau ,
( 107 )
Meftre de Camp de Cavalerie , & Lieutenant des
Gardes du Corps du Roi, avec Demoiſelle Branet
d'Ivry.
Le 18 , M. de Treffeol eut l'honneur de préfenter
au Roi l'éloge du Maréchal du’Muy .
LE 19, la Marquife de Vergennes a eu l'honneur
d'être préfentée à LL. MM. & à la Famille Royale ,
par la Comteffe de Vergennes. Le même jour , le
Comte de Mouftiers & le Baron de Grofchlag , Miniftres
plénipotentiaires du Roi , l'un auprès de
l'Electeur de Trêves , & l'autre près le Cercle du
Haut- Rhin , furent préfentés à S. M. par le Miniftre
& Secrétaire d'Etat au département des affaires
étrangères , & de prendre congé pour ſe rendre à
leurs deftinations .
3
Le 19 , LL. MM. & la Famille Royale , fignèrent
le contrat de mariage du Marquis d'Agueffeau ,
( 107 )
Meftre de Camp de Cavalerie , & Lieutenant des
Gardes du Corps du Roi, avec Demoiſelle Branet
d'Ivry.
Le 18 , M. de Treffeol eut l'honneur de préfenter
au Roi l'éloge du Maréchal du’Muy .
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Résumé : De VERSAILLES, le 30 Juillet.
Le 19 juillet, la marquise de Vergennes fut présentée à la famille royale par la comtesse de Vergennes. Les ministres Moustier et Grotchlag furent présentés au roi avant leur départ pour Trèves et le Cercle du Haut-Rhin. Le même jour, le roi et sa famille signèrent le contrat de mariage entre le marquis d'Augéfeau et demoiselle Branet d'Ivry. Le 18 juillet, M. de Tresséol présenta l'éloge du maréchal du Muy au roi.
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2739
p. 107-114
De PARIS, le 30 Juillet.
Début :
L'attention générale est fixée sur les affaires maritimes, depuis le départ de l'escadre de [...]
Mots clefs :
Frégate, Escadre, Brest, Bord, Vaisseau, Vaisseaux, Assemblée, Armand de Kersaint, Augustus Keppel, Ordres, Officiers, Assemblée, Administration, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 30 Juillet.
De PARIS , le 30 Juillet.
L'ATTENTION générale eft fixée fur les affaires
maritimes , depuis le départ de l'efcadre de
Breft ; en attendant qu'on reçoive des Louvelles de
La campagne , on lit avec curiofité & avec intérêt ,
toutes les lettres qui viennent de nos côtes. On écrit
de Guincamp en Bretagne , en date du 18 Juillet :
La frégate l'Iphigénie , commandée par M. de
Kerfaint , a pris une frégate Angloife , qui étoit la
frégate d'obfervation de la flotte de l'Amiral Keppel.
Le combat n'a pas été long ; on prétend que l'équi
page s'eft jetté à fond de cale. M. de Kerlaint a
pris à fon bord l'Etat- Major de l'Anglois ; le Capi
taine Y a monté de fort bonne grace. Il a été étonné ,
de la propofition que lui a faite M. de Kerfaint
de le mener à bord de M. d'Orvilliers , pour rece
voir fes ordres. Il a paffé au milieu de la flotte ; il
a été furpris de fa beauté , & du nombre de hos
vaiffeaux; ilen a pâli , & a penſé fe trouver mal. I
a avoué qu'il croyoit que l'on avoit exagéré dans
les Papiers Publics le nombre de nos vaiffeaux &
de nos équipages. M. de Kerfaint a conduit la fré,
gate Angloife a Breft. On a envoyé ici dix Officiers
qui ont la ville pour prifon ; MM. les Officiers du
régiment de Condé , dragons , ont été les voir , &
leur faire des offres de fervice . Ils leur donnèrent à
dîner avant-hier , ils ne mangèrent pas ; ils font très
triftes. Il n'y a qu'un garde de la marine qui parle
François. On dit que le Capitaine n'a pas jetté fes
paquets à la mer M. de Kerfaint s'en eft
faifi , & qu'on y a trouvé tous les fignaux de fon
efcadre. Si le fait eft vrai , comme on l'affure , cela
2
, que
E. 6.
( ' ro8 )
eft bien fuffifant pour le rendre trifte. A l'arrivée
de cette frégate à Breft , on a envoyé un courier à
la Cour. Ce courier a apporté l'ordre de faire partir
la frégate l'Oiseau , de 32 canons , commandée par
M. le Chevalier de Kergaris , qui partitier. Ses
ordres portent , de n'attaquer ni frégate , ni aucun
bâtiment , quand il auroit la certitude de le prendre ,
de ne point s'arrêter en route , & d'aller joindre
l'efcadre.
Le Prothée , vaiffeau de 64 canons , commandé
par M. le Chevalier d'Ampierre , qui étoit à Saint- Domingue
il y a plus d'un an , en revenant en France
a rencontré , dit-on , notre eſcadre. Il a propofé à
M. d'Orvilliers de l'accompagner , & de le joindre
à la flotte ; comme il lui manquoit 40 hommes ,
il les a demandés , en difant qu'en prenant un matelot
fur chaque vaiffeau , aucun ne s'en reffentiroit. Il
avoit auffi befoin de vivres , chaque vaiffeau lui en
a fourni auffi. Au moyen de cet arrangement, fon
vaiffeau fait le 33 ° de l'efcadre.
» Il vient d'arriver ici , écrit-on de Breft en date
du 17 , un vaiffeau de Rouen qui avoit été arrêté
par les Anglois & conduit à Plimouth. Il a été res
lâché , & fes expéditions lui ont été rendues , fcellées
par l'Amirauté , ce qui l'a empêché d'être pris par
d'autres vaiffeaux de guerre de cette nation , dont il
a encore fait la rencontre en fe rendant ici . Il eſt
chargé pour plufieurs particuliers de cette ville ; il
dit que Keppel a mis à la voile le 9 de ce mois . Nous
armons la prife appellée la Lively ; le Comman.
dant de la Marine en a reçu l'ordre «.
La même lettre en a apporté une écrite le 12 ,
par un Officier à bord d'un des vaiffeaux de l'ef
cadre , pár 47 dégrés 51 minutes de latitude , & 9 d.
& 17 min. de longitude , comptée de Paris . » Nous.
ne doutons pas que notre Commandant n'ait ordre
d'attaquer. Nous le defirons trop vivement pour ne
pas le croire , & nous jurons contre les vents de
nord- nord- eft , qui nous jettent dans le fud & dans
( 109 )
Poueft , pendant que nous avons que Keppel eft &
l'entrée de la Manche. L'Iphigénie a conduit à Breft
une frégate Angloife , qui s'eft rendue fans ripofter,
celle-ci a eu 10 hommes tués , & 20 bleffés. Nous
avons eu de fort belles mers , & du beau tems. Depuis
le départ de Breft , il n'eft arrivé aucun évènement.
La publication de l'Ordonnance des priſes ,
produit le meilleur effet. Nos équipages font pleins
d'ardeur , & nous voudrions bien être à portée d'en
profiter «.
Une autre lettre de Breft , en date du 20 de ce mois ,
contient les détails fuivans : » La frégate la Junon,
vient d'amener en ce port le cutter Anglois qui
pris notre lougre. C'est un petit bâtiment du Roi
d'Angleterre , d'une marche fupérieure , doublé de
cuivre , & qui étoit monté de 14 canons. Le Capitaine
eft encore tout étourdi d'avoir été pris ; il ne
peut concevoir comment il n'a pas pu éviter notre
frégate ; il a jetté fes canons à l'eau . Il prétend
que c'étoit pour s'alléger ; mais il en a été jetté après
qu'il a eu amené , & qu'il étoit lui- même à bord de
la frégate ; ce procédé n'eft pas honnête. Le 120de
ce mois , notre efcadre étoit à 43 lieues au fud-oueft
d'Queffant , & l'Amiral Keppel eft actuellement à la
hauteur de cette ifle «.
On doit tout attendre du foldat François ; parmi
le grand nombre de traits qui caractérilent fa bravoure
& fon efprit , en voici un qui mérite d'être
recueilli . Deux Officiers réformés , allèrent prier M.
le Duc de Chartres , peu de jours avant le départ de
l'efcadre , de leur permettre de fervir fur fon bord
ou fur la divifion en qualité de volontaires. Il ne
put leur accorder cette faveur , parce que tous les
équipages étoient complets , & il témoigna à ces
braves gens toute l'eftime qu'ils méritoient , & le
regret qu'il avoit de ne pouvoir les fatisfaire . Le
lendemain , ils allèrent trouver deux grenadiers qui
étoient embarqués avec leurs corps ; mes amis , leur
dirent-ils , il y a long- tems que vous fervez ; les
( ITO))
braves ont besoin de repos ; voici votre congé , nous
prendrons votre place : les grenadiers les refuserent.
On pourroit demander s'il y a plus d'héroïfme du
côté des Officiers ou des foldats ; nous nous contenterons
d'admirer la conduite des uns & des
autres.
Ces difpofitions font générales fur toute la fottes
on raconte que M. de la Mothe- Piquet , en recevant
M. le Duc de Chartres fur fon bord , lui dit •
» J'ai coutume de me battre comme un diable ; mais
à vos côtés , Monſeigneur , je me battrai comme
quatre c
Selon les lettres de Toulon , l'efcadre qu'on y a
armée eft en rade & prête à partir au premier ordres
on croit que fa deftination eft pour quelque licu
éloigné ; on en juge ainfi par les provifions qu'elle
a embarquées. M. le Prince de Monbazon , arrivé
de 9 dans ce port , a vifité tous les jours les différens
vaiffeaux de l'efcadre. M. de la Marthonie , Capi
taine de vaiffeau , & directeur de l'artillerie , a été
nommé directeur général de l'arfenal , pendant l'ab
fenfe du Chevalier de Fabry , qui s'eft démis le 12
du commandement de la marine , entre les mains
de M de Saint -Aignan. On arme la frégate l'Aurore,
qui étoit en radonb , & fon commandement a été
donné à M. de Bompar , Lieutenant de vailleau. Les
deux frégares , la Magicienne & la Précieuſe , doi
vent être lancées à l'eau dans le courant de ce
mois , & armées tout de fuite ; les trois vaiſſeaux
de ligne en conftruction , avancent plus qu'on ne
Paroit cru , & on efpère de les mettre en état d'être
armés à la fin de l'année
1
On connoît les Ordonnances rendues depuis quel
que tems fur le fait des carrières , les précautions que
Je Gouvernement a prifes, & les dépenfes confidé
rables qu'il ne ceffe de faire pour prévenir les acci¹
dens & pour y remédier. Il en eft arrivé quelquesuns
, qui ont juftifié fa prévoyance & fes foins , fans
lefquels ils feroient bien plus fréquens . On vient
( 111 )
d'en voir un nouveau , qui fait dans ce moment la
plus grande fenfation , par le nombre des per
fonnes qui ont eu le malheur de périr. Le 27 de ce
mois , à 11 heures du matin , une carrière peu éloignée
du chemin de Ménil Montant , vis - à- vis la
maifon dite du Bel- Air , s'eft écroulée tout- a-coup
Lept perfonnes qui fe promenoient fur le bord de
cette carrière , ont été englouties fous les terres qui
fe font éboulées dans un efpace affez confidérable ;
ces perfonnes font , dit on , MM. Favier , frères ,
l'un Architecte , l'autre Procureur , M. & Mme. le
Gris , Mme. Desprez , qui étoit enceinte de 7 mois ,
& fa petite fille de 9 ans avec la mere. 200 ouvriers
accourus auffi- tôt , u'ont ceflé depuis ce tems
de travailler pour débarraffer ce gouffre , & on leur
a diftribué des vivres & du vin , pour qu'ils ne
quittent pas un inftant l'ouvrage. Ils n'étoient pas
encore parvenus hier à déblayer les décombres , &
retrouver les infortunés qui y ont été ensevelis
On a fait defcendre des Ingénieurs dans les vaftes
carrières de ce canton , pour les examiner , s'affu ,
rer de leur état , & faire faire à celles qui en au
ront befoin , tous les travaux néceffaires
pour pré
venir de femblables accidens , & railurer le public.
La mort de J. J. Rouſſeau , attribuée généra
lement dans prefque tous les Papiers Publics à une
violente colique , a eu une autre caufe ; on lit dans
le procès-verbal de l'ouverture de fon corps , en
préſence de M. Louis Blondel , Lieutenant du Bail
liage & Vicomté d'Ermenonville , affifté du Procu
reur-Fifcal & d'un Huitlier , que les Chirurgiens qui
y ont procédé , après vifité faite du corps & l'a
voir vu & examiné dans fon entier , ont tous
deux rapporté d'une commune voix , que ledit fieur
Rouffeau eft mort d'une appoplexie féreufe , ce qu'ils
ont affirmé véritable. Le public , empreffé de jouir
des ouvrages qu'il peut avoir laifiés dans fon portefeuille
, craint qu'ils ne s'y retrouvent pas tous , fur
tout depuis qu'on dit qu'il a brûlé plufieurs papiers
( 112 )
quelque tems avant fa mort. Parmi les manuſcrits
qu'on fait qu'il avoit laiffés , on compte le JuifIbrahim,
ou les Benjamites , poëme ; la Législature
de Pologne , l'Opéra des Mufes , qui n'a jamais
été joué ; le Devin du Village , dont il avoit refait
la mufique ; plufieurs recueils de romances
avec la mufique , qu'on dit être charmante ; une
fuite à l'Emile en deux volumes , & les Mémoires
de fa Vie. Ce dernier ouvrage eft celui qui pique
le plus la curiofité. On nous affure qu'il commence
par le morceau fuivant , que nous nous empreffons de
tranfcrire, en regrettant qu'il n'ait pas plus d'étendue.
Je forme une entrepriſe qui n'eut jamais d'exemple
, & dont l'exécution n'aura point d'imitateurs
; je vais montrer à mes ſemblables , un homme
dans toute la vérité de la nature ; & cet homme
c'est moi.
» Moi feul , je fens mon coeur , & je connois les
hommes ; je ne fuis fait comme aucun de ceux que
j'ai vus ; j'ofe croire n'être fait comme aucun de
ceux qui exiftent ; je ne vaux pas mieux ou moins ,
je fuis autre. Si la Nature a bien ou mal fait de briſer
le moule dans lequel elle m'a jetré , c'eſt ce dont on
ne peut juger qu'après m'avoir lu . Que la trompette
du Jugement dernier fonne quand elle voudra , je
viendrai , ce livre à la main , me préſenter devant
le fouverain Juge. Je dirai hautement. Voilà ce que
j'ai fait , ce que j'ai pensé , ce que je fuis ; j'ai dit le
bien & le mal avec la même franchiſe ; je n'ai rien
tu , rien déguifé , rien pallié ; je me ſuis montré coupable
& vil quand je l'ai été; j'ai montré mon intérieur
, comme tu l'as vu toi- même , être éternel !
Raffemble autour de moi , l'innombrable foule de
mes femblables ; qu'ils écoutent mes confeffions ,
qu'ils rougiffent de mes indignités , qu'ils gémiffent
de mes miferes ; que chacun dévoile à fon tour fon
coeur aux pieds de ton trône , & qu'un feul te dife
enfuite , s'il l'ofe : je fus meilleur que cet homme-là «e.
Arrêt du Confeil d'Etat du 12 Juillet , portant
( 113 )
établiffement d'une Adminiſtration Provinciale dans
le Berry.
*
Le Roi , au milieu des évènemens politiques les
plus dignes de fon attention , ne perd point de vue:
les grands objets d'adminiſtration intérieure qui
peuvent concourir au bonheur de fes Sujets ; & fi
des dépenses extraordinaires , dont S. M. ne peut encore
affigner le terme , ne permettent pas de dimi
nuer la fomme des impofitions ; Elle defire du moins
préparer dès à préfent les moyens propres à en adou
cir le fardeau , foit par les modifications raisonnables
dont elles font fufceptibles , foit plus particulièrement
par la fagefle & l'égalité des répartitions . Sa
M. , en examinant les avantages qui pourroient réful
ter pour les Sujets de l'établiffement des adminiftra
tions provinciales , a vu avec ſatisfaction que fi les
befoins de l'Etat écartoient pour un tems plufieurs
projets falutaires , il étoit au moins un genre de
bienfaits envers fes Peuples , auquel les circonftances
les plus difficiles n'apporteroient aucun obftacle......
Elle a obfervé que la diverfité des fols , des caractères
& des habitudes , devant nuire à l'exécution
& quelquefois même à l'utilité des meilleures Loix
d'impofition , lar qu'elles font uniformes & géné
rales , Elle pourroit mieux connoître ce qui convient
à chaque province , à l'aide du zèle éclairé d'admis
niftrations partielles , & parvenir airfi par dégré ,
aux améliorations générales dont Elle eft occupée....
Voulant d'ailleurs réferver dans tous les tems à fes
Commiffaires départis , l'importante fonction d'éclairer
le Confeil fur les projets & les délibérations
des Affemblées , & la furveillance étant remiſe entre
des mains différentes de celles de l'exécution , S. M.
procurera des garans multipliés du bonheur & de
la confiance de fes Peuples . Parmi ces diverfes confidérations
, & autres qui ont toutes la félicité publique
pour objet , S. M. defirant être éclairée par l'expé- .
rience, a réfolu de n'établir cette adminiſtration pro
fe
N
(/ 114 )*
vinciale que dans une feule Généralité; & le Berry
depuis long-tems dans un état de langueur , quoiqu'avec
des moyens naturels de profpérité , lui a paru
mériter la préférence de l'effai qu'elle veut faire d'une
adminiftration qui forme depuis long- tems l'objet
des voeux de fes Provinces , & dont tous les avantages
tourneront en entier à leur foulagement.
&
S. M. règle , 1º. le nombre & la qualité des Membres
des trois Ordres qui compoferont l'Affemblée ,
qui fous fon bon plaifir répartira les impofitions , ent
fera la levée , dirigera la confection des grands chemins
, &c.; 20. l'Affemblée n'aura lieu que tous les
deux ans , & durera un mois : on comptera les fuf
frages par tête , & non par diftinction d'ordre ,
S. M. fera connoître fes volontés par un ou deux.
Commiffaires chargés de fes inftructions : 30. Il y
aura un bureau d'adminiftration dans l'intervalle des
Affemblées ; 40. & 5o . , il ne fera verfé au Tréſor-
Royal ,, que la même fomme qui y entre maintenant.
Toute dépenfe déterminée par les Affemblées , devra
être autorisée par S. M. , fauf les frais ordinaires de
l'Adminiſtration , dont le montant fera fixé . 69. l'AG
femblée & le Bureau intermédiaire, pourront faire des
repréſentations , & propofer des Règlemens juftes
& utiles , fans que , fous prétexte de ces repréſen
tations , la répartition & le recouvrement des impofitions
, puiffent éprouver le moindre délai. 70. Le
Commiffaire départi de S. M. , prendra connoiffance
des délibérations de l'Affemblée & du Bureau d'adminiftration
, lorfqu'il le croira convenable pour le
fervice de S. M. & le bien de fes Peuples. 80. La
forme des élections & nominations , fera réglée après
la première Affemblée. 90. Pour la compofer , 16
propriétaires s'affembleront à Bourges les Octobre ,
ils en indiqueront 2 autres , pour former enſemble
Ja première Affemblée à l'époque qui fera fixée par
S. M.
L'ATTENTION générale eft fixée fur les affaires
maritimes , depuis le départ de l'efcadre de
Breft ; en attendant qu'on reçoive des Louvelles de
La campagne , on lit avec curiofité & avec intérêt ,
toutes les lettres qui viennent de nos côtes. On écrit
de Guincamp en Bretagne , en date du 18 Juillet :
La frégate l'Iphigénie , commandée par M. de
Kerfaint , a pris une frégate Angloife , qui étoit la
frégate d'obfervation de la flotte de l'Amiral Keppel.
Le combat n'a pas été long ; on prétend que l'équi
page s'eft jetté à fond de cale. M. de Kerlaint a
pris à fon bord l'Etat- Major de l'Anglois ; le Capi
taine Y a monté de fort bonne grace. Il a été étonné ,
de la propofition que lui a faite M. de Kerfaint
de le mener à bord de M. d'Orvilliers , pour rece
voir fes ordres. Il a paffé au milieu de la flotte ; il
a été furpris de fa beauté , & du nombre de hos
vaiffeaux; ilen a pâli , & a penſé fe trouver mal. I
a avoué qu'il croyoit que l'on avoit exagéré dans
les Papiers Publics le nombre de nos vaiffeaux &
de nos équipages. M. de Kerfaint a conduit la fré,
gate Angloife a Breft. On a envoyé ici dix Officiers
qui ont la ville pour prifon ; MM. les Officiers du
régiment de Condé , dragons , ont été les voir , &
leur faire des offres de fervice . Ils leur donnèrent à
dîner avant-hier , ils ne mangèrent pas ; ils font très
triftes. Il n'y a qu'un garde de la marine qui parle
François. On dit que le Capitaine n'a pas jetté fes
paquets à la mer M. de Kerfaint s'en eft
faifi , & qu'on y a trouvé tous les fignaux de fon
efcadre. Si le fait eft vrai , comme on l'affure , cela
2
, que
E. 6.
( ' ro8 )
eft bien fuffifant pour le rendre trifte. A l'arrivée
de cette frégate à Breft , on a envoyé un courier à
la Cour. Ce courier a apporté l'ordre de faire partir
la frégate l'Oiseau , de 32 canons , commandée par
M. le Chevalier de Kergaris , qui partitier. Ses
ordres portent , de n'attaquer ni frégate , ni aucun
bâtiment , quand il auroit la certitude de le prendre ,
de ne point s'arrêter en route , & d'aller joindre
l'efcadre.
Le Prothée , vaiffeau de 64 canons , commandé
par M. le Chevalier d'Ampierre , qui étoit à Saint- Domingue
il y a plus d'un an , en revenant en France
a rencontré , dit-on , notre eſcadre. Il a propofé à
M. d'Orvilliers de l'accompagner , & de le joindre
à la flotte ; comme il lui manquoit 40 hommes ,
il les a demandés , en difant qu'en prenant un matelot
fur chaque vaiffeau , aucun ne s'en reffentiroit. Il
avoit auffi befoin de vivres , chaque vaiffeau lui en
a fourni auffi. Au moyen de cet arrangement, fon
vaiffeau fait le 33 ° de l'efcadre.
» Il vient d'arriver ici , écrit-on de Breft en date
du 17 , un vaiffeau de Rouen qui avoit été arrêté
par les Anglois & conduit à Plimouth. Il a été res
lâché , & fes expéditions lui ont été rendues , fcellées
par l'Amirauté , ce qui l'a empêché d'être pris par
d'autres vaiffeaux de guerre de cette nation , dont il
a encore fait la rencontre en fe rendant ici . Il eſt
chargé pour plufieurs particuliers de cette ville ; il
dit que Keppel a mis à la voile le 9 de ce mois . Nous
armons la prife appellée la Lively ; le Comman.
dant de la Marine en a reçu l'ordre «.
La même lettre en a apporté une écrite le 12 ,
par un Officier à bord d'un des vaiffeaux de l'ef
cadre , pár 47 dégrés 51 minutes de latitude , & 9 d.
& 17 min. de longitude , comptée de Paris . » Nous.
ne doutons pas que notre Commandant n'ait ordre
d'attaquer. Nous le defirons trop vivement pour ne
pas le croire , & nous jurons contre les vents de
nord- nord- eft , qui nous jettent dans le fud & dans
( 109 )
Poueft , pendant que nous avons que Keppel eft &
l'entrée de la Manche. L'Iphigénie a conduit à Breft
une frégate Angloife , qui s'eft rendue fans ripofter,
celle-ci a eu 10 hommes tués , & 20 bleffés. Nous
avons eu de fort belles mers , & du beau tems. Depuis
le départ de Breft , il n'eft arrivé aucun évènement.
La publication de l'Ordonnance des priſes ,
produit le meilleur effet. Nos équipages font pleins
d'ardeur , & nous voudrions bien être à portée d'en
profiter «.
Une autre lettre de Breft , en date du 20 de ce mois ,
contient les détails fuivans : » La frégate la Junon,
vient d'amener en ce port le cutter Anglois qui
pris notre lougre. C'est un petit bâtiment du Roi
d'Angleterre , d'une marche fupérieure , doublé de
cuivre , & qui étoit monté de 14 canons. Le Capitaine
eft encore tout étourdi d'avoir été pris ; il ne
peut concevoir comment il n'a pas pu éviter notre
frégate ; il a jetté fes canons à l'eau . Il prétend
que c'étoit pour s'alléger ; mais il en a été jetté après
qu'il a eu amené , & qu'il étoit lui- même à bord de
la frégate ; ce procédé n'eft pas honnête. Le 120de
ce mois , notre efcadre étoit à 43 lieues au fud-oueft
d'Queffant , & l'Amiral Keppel eft actuellement à la
hauteur de cette ifle «.
On doit tout attendre du foldat François ; parmi
le grand nombre de traits qui caractérilent fa bravoure
& fon efprit , en voici un qui mérite d'être
recueilli . Deux Officiers réformés , allèrent prier M.
le Duc de Chartres , peu de jours avant le départ de
l'efcadre , de leur permettre de fervir fur fon bord
ou fur la divifion en qualité de volontaires. Il ne
put leur accorder cette faveur , parce que tous les
équipages étoient complets , & il témoigna à ces
braves gens toute l'eftime qu'ils méritoient , & le
regret qu'il avoit de ne pouvoir les fatisfaire . Le
lendemain , ils allèrent trouver deux grenadiers qui
étoient embarqués avec leurs corps ; mes amis , leur
dirent-ils , il y a long- tems que vous fervez ; les
( ITO))
braves ont besoin de repos ; voici votre congé , nous
prendrons votre place : les grenadiers les refuserent.
On pourroit demander s'il y a plus d'héroïfme du
côté des Officiers ou des foldats ; nous nous contenterons
d'admirer la conduite des uns & des
autres.
Ces difpofitions font générales fur toute la fottes
on raconte que M. de la Mothe- Piquet , en recevant
M. le Duc de Chartres fur fon bord , lui dit •
» J'ai coutume de me battre comme un diable ; mais
à vos côtés , Monſeigneur , je me battrai comme
quatre c
Selon les lettres de Toulon , l'efcadre qu'on y a
armée eft en rade & prête à partir au premier ordres
on croit que fa deftination eft pour quelque licu
éloigné ; on en juge ainfi par les provifions qu'elle
a embarquées. M. le Prince de Monbazon , arrivé
de 9 dans ce port , a vifité tous les jours les différens
vaiffeaux de l'efcadre. M. de la Marthonie , Capi
taine de vaiffeau , & directeur de l'artillerie , a été
nommé directeur général de l'arfenal , pendant l'ab
fenfe du Chevalier de Fabry , qui s'eft démis le 12
du commandement de la marine , entre les mains
de M de Saint -Aignan. On arme la frégate l'Aurore,
qui étoit en radonb , & fon commandement a été
donné à M. de Bompar , Lieutenant de vailleau. Les
deux frégares , la Magicienne & la Précieuſe , doi
vent être lancées à l'eau dans le courant de ce
mois , & armées tout de fuite ; les trois vaiſſeaux
de ligne en conftruction , avancent plus qu'on ne
Paroit cru , & on efpère de les mettre en état d'être
armés à la fin de l'année
1
On connoît les Ordonnances rendues depuis quel
que tems fur le fait des carrières , les précautions que
Je Gouvernement a prifes, & les dépenfes confidé
rables qu'il ne ceffe de faire pour prévenir les acci¹
dens & pour y remédier. Il en eft arrivé quelquesuns
, qui ont juftifié fa prévoyance & fes foins , fans
lefquels ils feroient bien plus fréquens . On vient
( 111 )
d'en voir un nouveau , qui fait dans ce moment la
plus grande fenfation , par le nombre des per
fonnes qui ont eu le malheur de périr. Le 27 de ce
mois , à 11 heures du matin , une carrière peu éloignée
du chemin de Ménil Montant , vis - à- vis la
maifon dite du Bel- Air , s'eft écroulée tout- a-coup
Lept perfonnes qui fe promenoient fur le bord de
cette carrière , ont été englouties fous les terres qui
fe font éboulées dans un efpace affez confidérable ;
ces perfonnes font , dit on , MM. Favier , frères ,
l'un Architecte , l'autre Procureur , M. & Mme. le
Gris , Mme. Desprez , qui étoit enceinte de 7 mois ,
& fa petite fille de 9 ans avec la mere. 200 ouvriers
accourus auffi- tôt , u'ont ceflé depuis ce tems
de travailler pour débarraffer ce gouffre , & on leur
a diftribué des vivres & du vin , pour qu'ils ne
quittent pas un inftant l'ouvrage. Ils n'étoient pas
encore parvenus hier à déblayer les décombres , &
retrouver les infortunés qui y ont été ensevelis
On a fait defcendre des Ingénieurs dans les vaftes
carrières de ce canton , pour les examiner , s'affu ,
rer de leur état , & faire faire à celles qui en au
ront befoin , tous les travaux néceffaires
pour pré
venir de femblables accidens , & railurer le public.
La mort de J. J. Rouſſeau , attribuée généra
lement dans prefque tous les Papiers Publics à une
violente colique , a eu une autre caufe ; on lit dans
le procès-verbal de l'ouverture de fon corps , en
préſence de M. Louis Blondel , Lieutenant du Bail
liage & Vicomté d'Ermenonville , affifté du Procu
reur-Fifcal & d'un Huitlier , que les Chirurgiens qui
y ont procédé , après vifité faite du corps & l'a
voir vu & examiné dans fon entier , ont tous
deux rapporté d'une commune voix , que ledit fieur
Rouffeau eft mort d'une appoplexie féreufe , ce qu'ils
ont affirmé véritable. Le public , empreffé de jouir
des ouvrages qu'il peut avoir laifiés dans fon portefeuille
, craint qu'ils ne s'y retrouvent pas tous , fur
tout depuis qu'on dit qu'il a brûlé plufieurs papiers
( 112 )
quelque tems avant fa mort. Parmi les manuſcrits
qu'on fait qu'il avoit laiffés , on compte le JuifIbrahim,
ou les Benjamites , poëme ; la Législature
de Pologne , l'Opéra des Mufes , qui n'a jamais
été joué ; le Devin du Village , dont il avoit refait
la mufique ; plufieurs recueils de romances
avec la mufique , qu'on dit être charmante ; une
fuite à l'Emile en deux volumes , & les Mémoires
de fa Vie. Ce dernier ouvrage eft celui qui pique
le plus la curiofité. On nous affure qu'il commence
par le morceau fuivant , que nous nous empreffons de
tranfcrire, en regrettant qu'il n'ait pas plus d'étendue.
Je forme une entrepriſe qui n'eut jamais d'exemple
, & dont l'exécution n'aura point d'imitateurs
; je vais montrer à mes ſemblables , un homme
dans toute la vérité de la nature ; & cet homme
c'est moi.
» Moi feul , je fens mon coeur , & je connois les
hommes ; je ne fuis fait comme aucun de ceux que
j'ai vus ; j'ofe croire n'être fait comme aucun de
ceux qui exiftent ; je ne vaux pas mieux ou moins ,
je fuis autre. Si la Nature a bien ou mal fait de briſer
le moule dans lequel elle m'a jetré , c'eſt ce dont on
ne peut juger qu'après m'avoir lu . Que la trompette
du Jugement dernier fonne quand elle voudra , je
viendrai , ce livre à la main , me préſenter devant
le fouverain Juge. Je dirai hautement. Voilà ce que
j'ai fait , ce que j'ai pensé , ce que je fuis ; j'ai dit le
bien & le mal avec la même franchiſe ; je n'ai rien
tu , rien déguifé , rien pallié ; je me ſuis montré coupable
& vil quand je l'ai été; j'ai montré mon intérieur
, comme tu l'as vu toi- même , être éternel !
Raffemble autour de moi , l'innombrable foule de
mes femblables ; qu'ils écoutent mes confeffions ,
qu'ils rougiffent de mes indignités , qu'ils gémiffent
de mes miferes ; que chacun dévoile à fon tour fon
coeur aux pieds de ton trône , & qu'un feul te dife
enfuite , s'il l'ofe : je fus meilleur que cet homme-là «e.
Arrêt du Confeil d'Etat du 12 Juillet , portant
( 113 )
établiffement d'une Adminiſtration Provinciale dans
le Berry.
*
Le Roi , au milieu des évènemens politiques les
plus dignes de fon attention , ne perd point de vue:
les grands objets d'adminiſtration intérieure qui
peuvent concourir au bonheur de fes Sujets ; & fi
des dépenses extraordinaires , dont S. M. ne peut encore
affigner le terme , ne permettent pas de dimi
nuer la fomme des impofitions ; Elle defire du moins
préparer dès à préfent les moyens propres à en adou
cir le fardeau , foit par les modifications raisonnables
dont elles font fufceptibles , foit plus particulièrement
par la fagefle & l'égalité des répartitions . Sa
M. , en examinant les avantages qui pourroient réful
ter pour les Sujets de l'établiffement des adminiftra
tions provinciales , a vu avec ſatisfaction que fi les
befoins de l'Etat écartoient pour un tems plufieurs
projets falutaires , il étoit au moins un genre de
bienfaits envers fes Peuples , auquel les circonftances
les plus difficiles n'apporteroient aucun obftacle......
Elle a obfervé que la diverfité des fols , des caractères
& des habitudes , devant nuire à l'exécution
& quelquefois même à l'utilité des meilleures Loix
d'impofition , lar qu'elles font uniformes & géné
rales , Elle pourroit mieux connoître ce qui convient
à chaque province , à l'aide du zèle éclairé d'admis
niftrations partielles , & parvenir airfi par dégré ,
aux améliorations générales dont Elle eft occupée....
Voulant d'ailleurs réferver dans tous les tems à fes
Commiffaires départis , l'importante fonction d'éclairer
le Confeil fur les projets & les délibérations
des Affemblées , & la furveillance étant remiſe entre
des mains différentes de celles de l'exécution , S. M.
procurera des garans multipliés du bonheur & de
la confiance de fes Peuples . Parmi ces diverfes confidérations
, & autres qui ont toutes la félicité publique
pour objet , S. M. defirant être éclairée par l'expé- .
rience, a réfolu de n'établir cette adminiſtration pro
fe
N
(/ 114 )*
vinciale que dans une feule Généralité; & le Berry
depuis long-tems dans un état de langueur , quoiqu'avec
des moyens naturels de profpérité , lui a paru
mériter la préférence de l'effai qu'elle veut faire d'une
adminiftration qui forme depuis long- tems l'objet
des voeux de fes Provinces , & dont tous les avantages
tourneront en entier à leur foulagement.
&
S. M. règle , 1º. le nombre & la qualité des Membres
des trois Ordres qui compoferont l'Affemblée ,
qui fous fon bon plaifir répartira les impofitions , ent
fera la levée , dirigera la confection des grands chemins
, &c.; 20. l'Affemblée n'aura lieu que tous les
deux ans , & durera un mois : on comptera les fuf
frages par tête , & non par diftinction d'ordre ,
S. M. fera connoître fes volontés par un ou deux.
Commiffaires chargés de fes inftructions : 30. Il y
aura un bureau d'adminiftration dans l'intervalle des
Affemblées ; 40. & 5o . , il ne fera verfé au Tréſor-
Royal ,, que la même fomme qui y entre maintenant.
Toute dépenfe déterminée par les Affemblées , devra
être autorisée par S. M. , fauf les frais ordinaires de
l'Adminiſtration , dont le montant fera fixé . 69. l'AG
femblée & le Bureau intermédiaire, pourront faire des
repréſentations , & propofer des Règlemens juftes
& utiles , fans que , fous prétexte de ces repréſen
tations , la répartition & le recouvrement des impofitions
, puiffent éprouver le moindre délai. 70. Le
Commiffaire départi de S. M. , prendra connoiffance
des délibérations de l'Affemblée & du Bureau d'adminiftration
, lorfqu'il le croira convenable pour le
fervice de S. M. & le bien de fes Peuples. 80. La
forme des élections & nominations , fera réglée après
la première Affemblée. 90. Pour la compofer , 16
propriétaires s'affembleront à Bourges les Octobre ,
ils en indiqueront 2 autres , pour former enſemble
Ja première Affemblée à l'époque qui fera fixée par
S. M.
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Résumé : De PARIS, le 30 Juillet.
Le 30 juillet, l'attention publique se porte sur les affaires maritimes suite au départ de l'escadre de Brest. Une lettre de Guincamp datée du 18 juillet rapporte que la frégate française 'l'Iphigénie', sous le commandement de M. de Kerfaint, a capturé une frégate anglaise servant d'observateur pour la flotte de l'amiral Keppel. Le combat a été rapide, et l'équipage anglais s'est réfugié à fond de cale. M. de Kerfaint a capturé l'état-major anglais, et le capitaine anglais a été impressionné par la taille et la puissance de la flotte française. La frégate anglaise a été conduite à Brest, et dix officiers ont été envoyés à Paris en tant que prisonniers. Un vaisseau de Rouen, précédemment arrêté par les Anglais, a été relâché et a continué son voyage jusqu'à Brest, rapportant que Keppel avait mis à la voile le 9 juillet. La frégate 'Prothée', commandée par M. le Chevalier d'Ampierre, a rejoint l'escadre après avoir demandé des hommes et des vivres. Une lettre de Brest du 17 juillet mentionne également la capture d'un cutter anglais par la frégate 'la Junon'. L'escadre française était positionnée à 43 lieues au sud-ouest de Quessant, tandis que Keppel se trouvait à la hauteur de cette île. Par ailleurs, l'escadre à Toulon se prépare à partir pour une destination éloignée. M. de la Mothe-Piquet exprime sa détermination à se battre aux côtés du Duc de Chartres. Plusieurs navires sont en cours de construction ou de réparation, et des mesures sont prises pour renforcer la sécurité des carrières après un accident mortel. Jean-Jacques Rousseau est décédé d'une apoplexie foudroyante, laissant des manuscrits incluant des poèmes, des opéras, des recueils de romances, et des mémoires de sa vie. Enfin, un arrêt du Conseil d'État du 12 juillet établit une administration provinciale dans le Berry, soulignant l'attention du roi aux affaires intérieures malgré les événements politiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2740
p. 125-135
REGRETS sur ma vieille Robe-de-Chambre, ou Avis à ceux qui ont plus de goût que de fortune. Par M. D.
Début :
Pourquoi ne l'avoir pas gardée ? Elle étoit faite à moi, j'étois fait à elle. Elle mouloit [...]
Mots clefs :
Robe de chambre, Écarlate, Claude Joseph Vernet, Laïs, Ciel, Amis, Luxe, Pendule, Tapis, Fond, Eaux, Fortune, Manne, Chute, Couvert
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texteReconnaissance textuelle : REGRETS sur ma vieille Robe-de-Chambre, ou Avis à ceux qui ont plus de goût que de fortune. Par M. D.
REGRETS fur ma vieille Robe-de- Chambre ,
ou Avis à ceux qui ont plus de goût que
de fortune. Par M. D.
POURQUOI ne l'avoir pas gardée ? Elle étoit
faite à moi , j'étois fait à elle . Elle mouloit
tous les plis de mon corps fans le gêl'autre
roide , empefée , me manne
ner;
Fiij
116
MERCURE
quine. Il n'y avoit aucun befoin auquel fa
complaifance ne fe prêtât ; car l'indigence
eft prefque toujours officieufe. Un livre
étoit- il couvert de pouffière , un de fes pans
s'offroit à l'effuyer ; l'encre épaiffre refufoitelle
de couler de ma plume , elle préfentoit
le flanc ; on y voyoit tracés en longues raies
noires les fréquens fervices qu'elle m'avoit
rendus . Ces longues raies annonçoient le
Littérateur , l'Ecrivain , l'Homme qui travaille
à préfent j'ai l'air d'un riche Fainéant;
on ne fait qui je fuis.
Sous fon abri, je ne redoutois ni la maladreffe
d'un valet ni la mienne , ni les
éclats du feu , ni la chûte de l'eau ; j'étois
le maître abfolu de ma vieille Robe de
chambre , je fuis devenu l'efclave de la
nouvelle.
Le Dragon qui furveilloit la Toifon d'or
ne fut pas plus inquiet que moi : le fouci
m'enveloppe.
Le Vieillard paffionné qui s'eft livrépieds
& poings liés aux caprices , à la merci
d'une jeune folle , fe dit depuis le matin
jufqu'au foir où eft ma bonne , ma vieille
Gouvernante ? Quel démon m'obfédoit le
jour que je la chaffai pour celle -ci ! puis
il pleure ; il foupire.
:
Je ne pleure pas , je ne foupire pas ;
mais à chaque inftant je dis : Maudit foit
celui qui inventa l'art de donner du prix
DE FRANCE. 127
à l'étoffe commune en la teignant en écarlate
! maudit foit le précieux vêtement que
je révère ! où eft mon ancien , mon humble,
mon commode lambeau de callemande ?
Mes amis , gardez vos vieux amis . Mes
amis, craignez l'atteinte de la richeffe. Que
mon exemple vous inftruife. La pauvreté
a fes franchiſes ; l'opulence a fa gêne.
O Diogène ! fi tu voyois ton diſciple
fous le faftueux manteau d'Ariſtippe , comme
tu rirois ! O Ariftippe , ce manteau faſtueux
fut payé bien cher ! Quelle comparaifon
de ta vie molle , rampante , efféminée ,
& de la vie libre & ferme du Cynique déguenillé
! j'ai quitté le tonneau où je régnois
fervir fous un tyran .
pour
Ce n'eft pas tout , mon ami ; écoutez
les ravages du luxe , les fuites funeftes d'un
luxe conféquent.
Ma vieille Robe de chambre étoit une
avec les autres guenilles qui m'environnoient.
Une chaife de paille , une table de
bois , une tapifferie de Bergame , une planche
de fapin qui foutenoit quelques livres ;
quelques eftampes enfumées , fans bordure ,
clouées par les angles fur cette tapifferie ;
entre ces Eftampes , trois ou quatre Plâtres
fufpendus , formoient avec ma vieille Robe
de chambre l'indigence la plus harmonieuſe.
Tout est aujourd'hui défaccordé . Plus
d'enſemble , plus d'unité , plus de beauté.
F iv
128
MERCURE
C
Une nouvelle Gouvernante qui fuccède
dans un presbytère , la femme qui entre
dans la maifon d'un veuf , ne caufent pas
plus de troubles que l'écarlate intrufe n'en a
caufé chez moi.
Je puis fupporter fans dégoût lavue d'une
Payfanne. Ce morceau de toile groffière qui
couvre fa tête , cette chevelure qui tombe
éparfe fur fes joues , ces haillons troués.
qui la vêtiffent à demi , ce mauvais cotillon
qui ne va pas à la moitié de fes jambes , ces
pieds nuds & couverts de fange ne peuvent
me bleffer : c'eft l'image d'un état que je
refpecte ; c'eft l'enſemble des difgraces d'une
condition néceffaire & malheureufe que je
plains ; mais mon coeur fe foulève , & malgré
l'atmosphère parfumé qui la fuit , j'éloigne
mes pas , je détourne mes regards
de cette Courtifanne , dont la coëffure à point
d'Angleterre & les manchettes déchirées ,
les bas de foie fales , & la chauffure ufée me
montrent la mifère du jour affociée à l'opu
lence de la veille.
Tel eût été mon domicile fi l'impérieufe
écarlate n'eût tout mis à fon uniffon .
J'ai vu la Bergame céder à la tenture de
Damas la muraille à laquelle elle étoit depuis
fi long-temps attachée. ·
Deux Eftampes , qui n'étoient pas fans mérite
, la chute de la manne dans le Défert ,
du Pouffin , & l'Efter devant Affuérus , du
DE FRANCE. 129
même , l'une honteufement chaffée par un
Vieillard de Rubens ; ( c'eft la trifte Efther
) la Chûte de la manne diffipée par une
Tempête de Vernet.
La chaife de Paille reléguée dans l'antichambre
par le fauteuil de maroquin .
Homère , Virgile , Horace , Cicéron, foulager
le foible fapin courbé fous leur maſſe,
& fe renfermer dans une armoire marquetée
, afyle plus digne d'eux que de moi.
Une grande glace s'emparer du manteau
de ma cheminée.
Ces deux jolis plâtres que je tenois de
l'amitié de Falconet , & qu'il avoit réparés
lui-même , déménagés par une Vénus ac
croupie ; l'argile moderne brifée par le
bronze antique.
La table de bois difputoit encore le terrein
à l'abri d'une foule de brochures & de
papiers entaffés pêle- mêle & qui fembloient
devoir la dérober long- temps à la cataftrophe
qui la menaçoit . Un jour elle fubit
fon fort , & en dépit de ma pareffe les brochures
& les papiers allèrent fe ranger dans
les ferres d'un bureau précieux.
Inftinct funefte des convenances ! tact délicat
& ruineux ! goût fublime , qui changes ,
qui déplaces , qui édifies , qui renverſes , qui
vuides les coffres des pères , qui laiffes les
filles fans dor , les fils fans éducation , qui
fais tant de belles chofes & de fi grands
F v
130 MERCURE
maux ; toi qui fubftituas chez moi le fatal
& précieux bureau à la table de bois , c'eft
toi qui perds les nations ; c'eft toi qui peutêtre
un jour , conduiras mes effets fur le
Pont S. Michel , où l'on entendra la voix
enrouée d'un Juré - Crieur dire à vingt
louis une Vénus accroupie !
L'intervalle qui reftoit entre la tablette
de ce bureau , & la tempête de Vernet qui
eft au-deffus , faifoit un vuide défagréable à
l'oeil : ce vuide fut rempli par une pendule ;
& quelle pendule encore une pendule à
la Geoffrin ! une pendule où l'or contrafte
avec le bronze !
Il y avoit un angle vacant à côté de la
fenêtre : cet angle demandoit un Secrétaire ,
qu'il obtint.
Autre vuide déplaiſant entre la tablette
du Secrétaire & la belle tête de Rubens ;
il eft rempli par deux Lagrenée.
Ici une Madeleine , troiſième tableau du
même Artifte ; là c'eft une efquiffe de Vien
ou de Machy : car je donnai auffi dans les
efquiffes; & ce fut ainfi que le réduit édi
fiant du philofophe fe transforma dans le
cabinet fcandaleux du publicain j'infulte
auffi à la misère nationale.
De ma médiocrité première il n'eft refté
qu'un tapis de lifières . Ce tapis mefquin ne
cadre guères avec mon luxe je le feas
nažis j'ai juré & je jure que mes pieds ne fouDE
FRANCE. 131
leront jamais un chef-d'oeuvre de la Savonnerie.
Je réſerverai ce tapis comme le païfan,
tranfplanté de la chaumière dans le palais
de fon Souverain,réferva fes fabots. Lorfque
le matin , couvert de la fomptueufe écarlatte
, j'entre dans mon cabinet , fi je baiffe
la vue , j'apperçois mon ancien tapis de lifières.
Il me rappelte mon premier érat, &
l'orgueil s'arrête à l'entrée de mon coeur.
Non , mon ami ; non , je ne fuis point corrompu.
Mon ame ne s'eft point endurcie ;
ma tête ne s'eft point relevée ; mon luxe eft
de fraîche date , & le poifon n'a point encore
agi. Mais avec le temps , qui fait ce
qui peut arriver?? ... Ah! mon ami , levez
Vos mains au ciel , priez pour un ami en
péril ; dites à Dieu hi tu vois dans tes décrets
éternels que la richeffe puiffe corrompre
fon coeur , n'épargne pas les chef- d'oeu
vres qu'il idolâtre , détruis- les , & ramènele
à fa première pauvreté ! Et moi je dirai
au ciel de mon côté : ô Dieu , je me réfigne
à ta volonté; je t'abandonne tout , reprens
tout.... Oui , tout , excepté le Vernet . Ah!
laiffe-moi le Vernet ! Ce n'eft pas l'Artifte ,
c'est toi qui l'as fait. Refpecte l'ouvrage de
l'amitié & le tien. Vois ce phare , vois cette
tour. qui s'élèvent à droite. Vois ce vieil arbre
que les vents ont déchiré . Que cette
maffe est belle ! Au- deffous de cette maffe
obſcure , vois ces rochers couverts de ver-
:
F vj
132 MERCURE
dure : c'est ainsi que ta main puiflante les a
fondés , c'eft ainfi que ta main bienfaifante
les a tapiffés. Vois cette terraffe inégale qui
defcend du pied des rochers vers la mer ;
c'eft l'image même des dégradations que tu
as permis au temps d'exercer fur les chofes
du monde les plus folides. Tonfoleil l'auroitil
autrement éclairée ? Prends en pitié les malheureux
épars fur cette rive , Nete fuffit-il pas
de leur avoir montré le fond des abyfmes !
Ecoute la prière de celui - ci qui te remercie.
Aide les efforts de celui - là qui
raffemble les triftes reftes de fa fortune.
Ferme l'oreille aux imprécations de ce furieux.
Hélas ! il fe promettoit des retours fi
avantageux ! Il avoit médité le repos & la
retraite ; il en étoit à fon dernier voyage :
cent fois dans la route il avoit calculé par
fes doigts le fond de fa fortune ; il en avoit
arrangé l'emploi : & voilà toutes fes efpérances
trompées ; à peine lui refte-t- il de
quoi couvrir les membres nuds . Sois touché
de la tendreffe de ces deux époux. Vois la
terreur que tu as infpirée à cette femme.
Cependant , fon enfant trop jeune pour
favoir à quel péril tu l'avois expofé , lui ,
fon père & fa mère , s'occupe du fidèle compagnon
de fon voyage; il rattache le collier
de fon chien : fais grace à l'innocence. Vois
cette autre mère fraîchement échappée des
eaux avec fon époux ; ce n'eſt pas pour elle
DE FRANCE. 133
qu'elle a tremblé , c'eft pour fon enfant.
Vois comme elle le ferre contre fon fein ,
comme elle le baife ! O Dieu reconnois
les eaux que tu as créées ! reconnois - les , &
lorfque ton fouffle les agite , & lorfque t'a
main les appaife ! reconnois les fombres
nuages que tu avois raffemblés , & qu'il t'a
plu de diffiper ! Déjà ils fe féparent , ils
s'éloignent , déjà la lueur de l'aftre du jour
renaît fur la furface des eaux ; je préfage le
calme à cet horifon rougeâtre. Qu'il eft loin
cet horifon ! il ne confine point avec la mer;
le ciel defcend au- deſſous , & femble tourner
autour du globe. Achève d'éclaircir ce
ciel , achève de rendre à la mer fa tranquillité.
Permets à ces Matelots de remettre à
Alot leur navire échoué , feconde leur travail ,
donne-leur des forces , & laiffe - moi mon
tableau. Laiffe- le moi comme la verge dont
tu châtieras l'homme vain. Déjà ce n'eſt
plus moi qu'on vifite , qu'on vient entendre :
c'eft Vernet qu'on vient admirer chez moi ;
le Peintre a humilié le Philofophe.
O, mon ami , le beau Vernet que je poſsède
! Le fujet eft la fin d'une tempête fans cataftrophe
fâcheufe. Les flots font encore agités,
le ciel couvert de nuages ; les Matelots s'occupent
fur leur navire échoué ; les habitans
accourent des montagnes voifines. Que cet
artiſte a d'efprit ! Il ne lui a fallu qu'un petit
nombre de figures principales pour rendre
134 MERCURE
toutes les circonftances de l'inftant qu'il a
choifi . Comme toute cette fcène eft vraie !
comme tout eft peint avec légèreté , facilité
& vigueur ! Je veux garder ce témoignage
de fon amitié ; je veux que mon gendre
le tranfmettre à fes enfans , fes enfans
aux leurs , & ceux - ci aux enfans qui naîtront
d'eux. Si vous voyiez le bel enfemble de
ce morceau , comme tout y eft harmonieux
comme les effets s'y enchaînent , comme
tout fe fait valoir fans effort & fans apprêt ,
comme ces montagnes de la droite font vaporeufes
, comme ces rochers & les édifices
fur- impofés font beaux , comme cet arbre eſt
pittorefque , comme cette terraffe eft éclairée
, comme la lumière s'y dégrade , comme
ces figures font difpofées , vraies , agiffantes ,
naturelles , vivantes , comme elles intéreffent
, la force dont elles font peintes la
pureté dont elles font deffinées , comme elles
fe détachent du fond , l'énorme étendue de
- cet efpace ; la vérité de ces eaux , ces nuées ,
ce ciel , cet horifon ! Ici le fond eft privé de
-lumière , & le devant éclairé , au contraire
du technique commun : venez voir mon
Vernet ; mais ne me l'ôtez pas.
Avec le temps les dettes s'acquitteront ,
le remords s'appaifera , & j'aurai une jouiffance
pure. Ne craignez pas que la fureur
d'entaffer de belles chofes me prenne : les
amis que j'avois , je les ai , & le nombre
DE FRANCE. ་་་
n'en eft point augmenté... J'ai Laïs ; mais
Lais ne m'a pas heureux entre fes bras ,
je fuis prêt à la céder à celui que j'aimerai ,
& qu'elle rendroit plus heureux que moi ;
& , pour vous dire mon fecret à l'oreille ,
cette Laïs qui fe vend fi cher aux autres , ne
m'a rien coûté.
ou Avis à ceux qui ont plus de goût que
de fortune. Par M. D.
POURQUOI ne l'avoir pas gardée ? Elle étoit
faite à moi , j'étois fait à elle . Elle mouloit
tous les plis de mon corps fans le gêl'autre
roide , empefée , me manne
ner;
Fiij
116
MERCURE
quine. Il n'y avoit aucun befoin auquel fa
complaifance ne fe prêtât ; car l'indigence
eft prefque toujours officieufe. Un livre
étoit- il couvert de pouffière , un de fes pans
s'offroit à l'effuyer ; l'encre épaiffre refufoitelle
de couler de ma plume , elle préfentoit
le flanc ; on y voyoit tracés en longues raies
noires les fréquens fervices qu'elle m'avoit
rendus . Ces longues raies annonçoient le
Littérateur , l'Ecrivain , l'Homme qui travaille
à préfent j'ai l'air d'un riche Fainéant;
on ne fait qui je fuis.
Sous fon abri, je ne redoutois ni la maladreffe
d'un valet ni la mienne , ni les
éclats du feu , ni la chûte de l'eau ; j'étois
le maître abfolu de ma vieille Robe de
chambre , je fuis devenu l'efclave de la
nouvelle.
Le Dragon qui furveilloit la Toifon d'or
ne fut pas plus inquiet que moi : le fouci
m'enveloppe.
Le Vieillard paffionné qui s'eft livrépieds
& poings liés aux caprices , à la merci
d'une jeune folle , fe dit depuis le matin
jufqu'au foir où eft ma bonne , ma vieille
Gouvernante ? Quel démon m'obfédoit le
jour que je la chaffai pour celle -ci ! puis
il pleure ; il foupire.
:
Je ne pleure pas , je ne foupire pas ;
mais à chaque inftant je dis : Maudit foit
celui qui inventa l'art de donner du prix
DE FRANCE. 127
à l'étoffe commune en la teignant en écarlate
! maudit foit le précieux vêtement que
je révère ! où eft mon ancien , mon humble,
mon commode lambeau de callemande ?
Mes amis , gardez vos vieux amis . Mes
amis, craignez l'atteinte de la richeffe. Que
mon exemple vous inftruife. La pauvreté
a fes franchiſes ; l'opulence a fa gêne.
O Diogène ! fi tu voyois ton diſciple
fous le faftueux manteau d'Ariſtippe , comme
tu rirois ! O Ariftippe , ce manteau faſtueux
fut payé bien cher ! Quelle comparaifon
de ta vie molle , rampante , efféminée ,
& de la vie libre & ferme du Cynique déguenillé
! j'ai quitté le tonneau où je régnois
fervir fous un tyran .
pour
Ce n'eft pas tout , mon ami ; écoutez
les ravages du luxe , les fuites funeftes d'un
luxe conféquent.
Ma vieille Robe de chambre étoit une
avec les autres guenilles qui m'environnoient.
Une chaife de paille , une table de
bois , une tapifferie de Bergame , une planche
de fapin qui foutenoit quelques livres ;
quelques eftampes enfumées , fans bordure ,
clouées par les angles fur cette tapifferie ;
entre ces Eftampes , trois ou quatre Plâtres
fufpendus , formoient avec ma vieille Robe
de chambre l'indigence la plus harmonieuſe.
Tout est aujourd'hui défaccordé . Plus
d'enſemble , plus d'unité , plus de beauté.
F iv
128
MERCURE
C
Une nouvelle Gouvernante qui fuccède
dans un presbytère , la femme qui entre
dans la maifon d'un veuf , ne caufent pas
plus de troubles que l'écarlate intrufe n'en a
caufé chez moi.
Je puis fupporter fans dégoût lavue d'une
Payfanne. Ce morceau de toile groffière qui
couvre fa tête , cette chevelure qui tombe
éparfe fur fes joues , ces haillons troués.
qui la vêtiffent à demi , ce mauvais cotillon
qui ne va pas à la moitié de fes jambes , ces
pieds nuds & couverts de fange ne peuvent
me bleffer : c'eft l'image d'un état que je
refpecte ; c'eft l'enſemble des difgraces d'une
condition néceffaire & malheureufe que je
plains ; mais mon coeur fe foulève , & malgré
l'atmosphère parfumé qui la fuit , j'éloigne
mes pas , je détourne mes regards
de cette Courtifanne , dont la coëffure à point
d'Angleterre & les manchettes déchirées ,
les bas de foie fales , & la chauffure ufée me
montrent la mifère du jour affociée à l'opu
lence de la veille.
Tel eût été mon domicile fi l'impérieufe
écarlate n'eût tout mis à fon uniffon .
J'ai vu la Bergame céder à la tenture de
Damas la muraille à laquelle elle étoit depuis
fi long-temps attachée. ·
Deux Eftampes , qui n'étoient pas fans mérite
, la chute de la manne dans le Défert ,
du Pouffin , & l'Efter devant Affuérus , du
DE FRANCE. 129
même , l'une honteufement chaffée par un
Vieillard de Rubens ; ( c'eft la trifte Efther
) la Chûte de la manne diffipée par une
Tempête de Vernet.
La chaife de Paille reléguée dans l'antichambre
par le fauteuil de maroquin .
Homère , Virgile , Horace , Cicéron, foulager
le foible fapin courbé fous leur maſſe,
& fe renfermer dans une armoire marquetée
, afyle plus digne d'eux que de moi.
Une grande glace s'emparer du manteau
de ma cheminée.
Ces deux jolis plâtres que je tenois de
l'amitié de Falconet , & qu'il avoit réparés
lui-même , déménagés par une Vénus ac
croupie ; l'argile moderne brifée par le
bronze antique.
La table de bois difputoit encore le terrein
à l'abri d'une foule de brochures & de
papiers entaffés pêle- mêle & qui fembloient
devoir la dérober long- temps à la cataftrophe
qui la menaçoit . Un jour elle fubit
fon fort , & en dépit de ma pareffe les brochures
& les papiers allèrent fe ranger dans
les ferres d'un bureau précieux.
Inftinct funefte des convenances ! tact délicat
& ruineux ! goût fublime , qui changes ,
qui déplaces , qui édifies , qui renverſes , qui
vuides les coffres des pères , qui laiffes les
filles fans dor , les fils fans éducation , qui
fais tant de belles chofes & de fi grands
F v
130 MERCURE
maux ; toi qui fubftituas chez moi le fatal
& précieux bureau à la table de bois , c'eft
toi qui perds les nations ; c'eft toi qui peutêtre
un jour , conduiras mes effets fur le
Pont S. Michel , où l'on entendra la voix
enrouée d'un Juré - Crieur dire à vingt
louis une Vénus accroupie !
L'intervalle qui reftoit entre la tablette
de ce bureau , & la tempête de Vernet qui
eft au-deffus , faifoit un vuide défagréable à
l'oeil : ce vuide fut rempli par une pendule ;
& quelle pendule encore une pendule à
la Geoffrin ! une pendule où l'or contrafte
avec le bronze !
Il y avoit un angle vacant à côté de la
fenêtre : cet angle demandoit un Secrétaire ,
qu'il obtint.
Autre vuide déplaiſant entre la tablette
du Secrétaire & la belle tête de Rubens ;
il eft rempli par deux Lagrenée.
Ici une Madeleine , troiſième tableau du
même Artifte ; là c'eft une efquiffe de Vien
ou de Machy : car je donnai auffi dans les
efquiffes; & ce fut ainfi que le réduit édi
fiant du philofophe fe transforma dans le
cabinet fcandaleux du publicain j'infulte
auffi à la misère nationale.
De ma médiocrité première il n'eft refté
qu'un tapis de lifières . Ce tapis mefquin ne
cadre guères avec mon luxe je le feas
nažis j'ai juré & je jure que mes pieds ne fouDE
FRANCE. 131
leront jamais un chef-d'oeuvre de la Savonnerie.
Je réſerverai ce tapis comme le païfan,
tranfplanté de la chaumière dans le palais
de fon Souverain,réferva fes fabots. Lorfque
le matin , couvert de la fomptueufe écarlatte
, j'entre dans mon cabinet , fi je baiffe
la vue , j'apperçois mon ancien tapis de lifières.
Il me rappelte mon premier érat, &
l'orgueil s'arrête à l'entrée de mon coeur.
Non , mon ami ; non , je ne fuis point corrompu.
Mon ame ne s'eft point endurcie ;
ma tête ne s'eft point relevée ; mon luxe eft
de fraîche date , & le poifon n'a point encore
agi. Mais avec le temps , qui fait ce
qui peut arriver?? ... Ah! mon ami , levez
Vos mains au ciel , priez pour un ami en
péril ; dites à Dieu hi tu vois dans tes décrets
éternels que la richeffe puiffe corrompre
fon coeur , n'épargne pas les chef- d'oeu
vres qu'il idolâtre , détruis- les , & ramènele
à fa première pauvreté ! Et moi je dirai
au ciel de mon côté : ô Dieu , je me réfigne
à ta volonté; je t'abandonne tout , reprens
tout.... Oui , tout , excepté le Vernet . Ah!
laiffe-moi le Vernet ! Ce n'eft pas l'Artifte ,
c'est toi qui l'as fait. Refpecte l'ouvrage de
l'amitié & le tien. Vois ce phare , vois cette
tour. qui s'élèvent à droite. Vois ce vieil arbre
que les vents ont déchiré . Que cette
maffe est belle ! Au- deffous de cette maffe
obſcure , vois ces rochers couverts de ver-
:
F vj
132 MERCURE
dure : c'est ainsi que ta main puiflante les a
fondés , c'eft ainfi que ta main bienfaifante
les a tapiffés. Vois cette terraffe inégale qui
defcend du pied des rochers vers la mer ;
c'eft l'image même des dégradations que tu
as permis au temps d'exercer fur les chofes
du monde les plus folides. Tonfoleil l'auroitil
autrement éclairée ? Prends en pitié les malheureux
épars fur cette rive , Nete fuffit-il pas
de leur avoir montré le fond des abyfmes !
Ecoute la prière de celui - ci qui te remercie.
Aide les efforts de celui - là qui
raffemble les triftes reftes de fa fortune.
Ferme l'oreille aux imprécations de ce furieux.
Hélas ! il fe promettoit des retours fi
avantageux ! Il avoit médité le repos & la
retraite ; il en étoit à fon dernier voyage :
cent fois dans la route il avoit calculé par
fes doigts le fond de fa fortune ; il en avoit
arrangé l'emploi : & voilà toutes fes efpérances
trompées ; à peine lui refte-t- il de
quoi couvrir les membres nuds . Sois touché
de la tendreffe de ces deux époux. Vois la
terreur que tu as infpirée à cette femme.
Cependant , fon enfant trop jeune pour
favoir à quel péril tu l'avois expofé , lui ,
fon père & fa mère , s'occupe du fidèle compagnon
de fon voyage; il rattache le collier
de fon chien : fais grace à l'innocence. Vois
cette autre mère fraîchement échappée des
eaux avec fon époux ; ce n'eſt pas pour elle
DE FRANCE. 133
qu'elle a tremblé , c'eft pour fon enfant.
Vois comme elle le ferre contre fon fein ,
comme elle le baife ! O Dieu reconnois
les eaux que tu as créées ! reconnois - les , &
lorfque ton fouffle les agite , & lorfque t'a
main les appaife ! reconnois les fombres
nuages que tu avois raffemblés , & qu'il t'a
plu de diffiper ! Déjà ils fe féparent , ils
s'éloignent , déjà la lueur de l'aftre du jour
renaît fur la furface des eaux ; je préfage le
calme à cet horifon rougeâtre. Qu'il eft loin
cet horifon ! il ne confine point avec la mer;
le ciel defcend au- deſſous , & femble tourner
autour du globe. Achève d'éclaircir ce
ciel , achève de rendre à la mer fa tranquillité.
Permets à ces Matelots de remettre à
Alot leur navire échoué , feconde leur travail ,
donne-leur des forces , & laiffe - moi mon
tableau. Laiffe- le moi comme la verge dont
tu châtieras l'homme vain. Déjà ce n'eſt
plus moi qu'on vifite , qu'on vient entendre :
c'eft Vernet qu'on vient admirer chez moi ;
le Peintre a humilié le Philofophe.
O, mon ami , le beau Vernet que je poſsède
! Le fujet eft la fin d'une tempête fans cataftrophe
fâcheufe. Les flots font encore agités,
le ciel couvert de nuages ; les Matelots s'occupent
fur leur navire échoué ; les habitans
accourent des montagnes voifines. Que cet
artiſte a d'efprit ! Il ne lui a fallu qu'un petit
nombre de figures principales pour rendre
134 MERCURE
toutes les circonftances de l'inftant qu'il a
choifi . Comme toute cette fcène eft vraie !
comme tout eft peint avec légèreté , facilité
& vigueur ! Je veux garder ce témoignage
de fon amitié ; je veux que mon gendre
le tranfmettre à fes enfans , fes enfans
aux leurs , & ceux - ci aux enfans qui naîtront
d'eux. Si vous voyiez le bel enfemble de
ce morceau , comme tout y eft harmonieux
comme les effets s'y enchaînent , comme
tout fe fait valoir fans effort & fans apprêt ,
comme ces montagnes de la droite font vaporeufes
, comme ces rochers & les édifices
fur- impofés font beaux , comme cet arbre eſt
pittorefque , comme cette terraffe eft éclairée
, comme la lumière s'y dégrade , comme
ces figures font difpofées , vraies , agiffantes ,
naturelles , vivantes , comme elles intéreffent
, la force dont elles font peintes la
pureté dont elles font deffinées , comme elles
fe détachent du fond , l'énorme étendue de
- cet efpace ; la vérité de ces eaux , ces nuées ,
ce ciel , cet horifon ! Ici le fond eft privé de
-lumière , & le devant éclairé , au contraire
du technique commun : venez voir mon
Vernet ; mais ne me l'ôtez pas.
Avec le temps les dettes s'acquitteront ,
le remords s'appaifera , & j'aurai une jouiffance
pure. Ne craignez pas que la fureur
d'entaffer de belles chofes me prenne : les
amis que j'avois , je les ai , & le nombre
DE FRANCE. ་་་
n'en eft point augmenté... J'ai Laïs ; mais
Lais ne m'a pas heureux entre fes bras ,
je fuis prêt à la céder à celui que j'aimerai ,
& qu'elle rendroit plus heureux que moi ;
& , pour vous dire mon fecret à l'oreille ,
cette Laïs qui fe vend fi cher aux autres , ne
m'a rien coûté.
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Résumé : REGRETS sur ma vieille Robe-de-Chambre, ou Avis à ceux qui ont plus de goût que de fortune. Par M. D.
Dans le texte 'Regrets fur ma vieille Robe-de-Chambre', l'auteur exprime sa nostalgie pour sa vieille robe de chambre, qu'il trouvait confortable et adaptée à sa vie quotidienne. Il regrette de l'avoir remplacée par une robe neuve, plus élégante mais moins pratique, symbolisant ainsi les désavantages de l'opulence par rapport à la pauvreté. Cette nouvelle robe le rend esclave des apparences et des convenances, contrairement à la liberté qu'il ressentait auparavant. L'auteur déplore également les changements apportés à son intérieur, où des objets simples et harmonieux ont été remplacés par des éléments plus luxueux mais moins authentiques. Il mentionne la disparition de sa chaise de paille, de sa table en bois, et de ses estampes, remplacées par des meubles et des décorations plus coûteux. Cette transformation a perturbé l'harmonie de son espace de vie, le rendant plus dissonant et moins personnel. Il critique le luxe et les convenances, qui, bien que créant des beautés superficielles, entraînent souvent des conséquences négatives, comme la ruine financière et l'absence d'éducation pour les enfants. L'auteur exprime son regret d'avoir succombé à l'attrait du luxe, préférant la simplicité et l'authenticité de son ancienne vie. Le texte décrit la transformation de son espace en un cabinet luxueux, avec l'ajout de divers objets tels qu'une pendule, un secrétaire, et plusieurs tableaux, dont des œuvres de Rubens, Lagrenée, Vien, et Machy. Un tapis de lisière, vestige de sa modestie passée, reste présent, rappelant son humilité initiale malgré son nouveau luxe. Il exprime ses craintes d'être corrompu par la richesse et prie pour rester intègre. L'auteur admire particulièrement un tableau de Vernet représentant la fin d'une tempête sans catastrophe majeure. Ce tableau devient un symbole de l'amitié et un témoignage à transmettre aux générations futures. Il souhaite conserver ce tableau comme un rappel de l'humilité et de la beauté.
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2741
p. 191-192
« Oraison Funébre d'Éminentissime & Révérendissime Seigneur Charles-Antoine de la Roche-Aimon, [...] »
Début :
Oraison Funébre d'Éminentissime & Révérendissime Seigneur Charles-Antoine de la Roche-Aimon, [...]
Mots clefs :
Oraison funèbre, France ecclésiastique, Vénerie normande, Maison électorale palatine, Promenade de Sceaux-Penthièvre, Charles Antoine de La Roche-Aymon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Oraison Funébre d'Éminentissime & Révérendissime Seigneur Charles-Antoine de la Roche-Aimon, [...] »
Oraifon Funébre d'Eminentiffime & Révérendiffi
me Seigneur Charles- Antoine de la Roche-Aimon
Archevêque Duc de Rheims , Légat né du St Siège ,
Primat de la Gaule- Belgique , Cardinal de la Sainte
Eglife Romaine , premier Pair & grand Aumônier
de France Miniftre de la Feuille des Bénéfices
Abbé Commendataire des Abbayes de
Saint-Germain-des- Prés & de la Sainte - Trinité de
Fécamp ; prononcé dans l'Eglife de Rheims , let
premier Avril 1778 , par Meffire Pierre-Jofeph Perricau
, Evêque de Tricomie. A Rheims , chez P. N.
A. Piérard , Imprimeur de l'Univerfité , Parvis Notre-
Dame.
La France Ecclefiaftique pour l'année 1778 , contenant
la Cour de Rome , les Archevêques & Evêques
du Royaume , leurs Vicaires-Généraux , leurs
Officiaux , les dignités & Chanoines des Eglifes Cathédrales
, les Abbayes- Commendataires & Réguliè192.
MERCURE
res , les Prieurés d'hommes & de filles à nomination
Royale , le Clergé de Paris & celui de la Cour ; quatrième
édition dédiée à MM. les Agents - Généraux du
Clergé de France , 3 1. broché , & 3 1. 10 f. franc de
port pour tout le Royaume. A Paris , chez l'Auteur ,
rue Saint -André- des - Arts , vis -à- vis celle Gît- le-Coeur.
Vénérie Normande , ou l'Ecole de la chaſſe aux
chiens courans pour le lièvre , le chevreuil , le cerf ,
le daim , le fanglier , le loup , le renard & la loutre ,
avec les tons de chaffe , accompagnés chacun d'une
explication fur l'occafion & les circonftances où ils
doivent être fonnés , & un Traité des remèdes , un
Traité fur le droit de fuite , & un Dictionnaire des
termes de chaffe , &c. par M. le Verrier de la Cou
terie , Ecuyer , Seigneur d'Amigny , les Aulnets , &c.
A Amfterdam ; & fe trouve à Rouen , chez Laurent
Dumefnil , Imprimeur- Libraire , rue de l'Ecureuil ;
& à Paris , chez Durand neveu.
Abrégé de l'expofé des droits de la Maiſon Electorale
Palatine en général , & en particulier de ceux de
S, A. S. Monfeigneur le Duc Régnant des Deux-Ponts ,
connu plus proche Agnar & fucceffeur préſomptif de
l'Electorat , fur les Etats de Maximilien - Joſeph ,
Electeur de Bavière , dernier Prince de la branche
Guillelmine , mort le 30 Décembre 1777 , traduit
de l'Allemand, Aux Deux-Ponts , de l'Imprimerie
Ducale.
Promenade de Sceaux-Penthièvre , de fes dépendances
& de fes environs , avec une defcription de
tout ce qu'il y a de remarquable dans chaque Village:
de la dépendance de Seaux , & dans quelques -uns
des environs. A Amfterdam ; & fe trouve à Paris ,
chez P. Fr. Gueffier , Imprimeur -Libraire , au bas de
la rue de la Harpe.
me Seigneur Charles- Antoine de la Roche-Aimon
Archevêque Duc de Rheims , Légat né du St Siège ,
Primat de la Gaule- Belgique , Cardinal de la Sainte
Eglife Romaine , premier Pair & grand Aumônier
de France Miniftre de la Feuille des Bénéfices
Abbé Commendataire des Abbayes de
Saint-Germain-des- Prés & de la Sainte - Trinité de
Fécamp ; prononcé dans l'Eglife de Rheims , let
premier Avril 1778 , par Meffire Pierre-Jofeph Perricau
, Evêque de Tricomie. A Rheims , chez P. N.
A. Piérard , Imprimeur de l'Univerfité , Parvis Notre-
Dame.
La France Ecclefiaftique pour l'année 1778 , contenant
la Cour de Rome , les Archevêques & Evêques
du Royaume , leurs Vicaires-Généraux , leurs
Officiaux , les dignités & Chanoines des Eglifes Cathédrales
, les Abbayes- Commendataires & Réguliè192.
MERCURE
res , les Prieurés d'hommes & de filles à nomination
Royale , le Clergé de Paris & celui de la Cour ; quatrième
édition dédiée à MM. les Agents - Généraux du
Clergé de France , 3 1. broché , & 3 1. 10 f. franc de
port pour tout le Royaume. A Paris , chez l'Auteur ,
rue Saint -André- des - Arts , vis -à- vis celle Gît- le-Coeur.
Vénérie Normande , ou l'Ecole de la chaſſe aux
chiens courans pour le lièvre , le chevreuil , le cerf ,
le daim , le fanglier , le loup , le renard & la loutre ,
avec les tons de chaffe , accompagnés chacun d'une
explication fur l'occafion & les circonftances où ils
doivent être fonnés , & un Traité des remèdes , un
Traité fur le droit de fuite , & un Dictionnaire des
termes de chaffe , &c. par M. le Verrier de la Cou
terie , Ecuyer , Seigneur d'Amigny , les Aulnets , &c.
A Amfterdam ; & fe trouve à Rouen , chez Laurent
Dumefnil , Imprimeur- Libraire , rue de l'Ecureuil ;
& à Paris , chez Durand neveu.
Abrégé de l'expofé des droits de la Maiſon Electorale
Palatine en général , & en particulier de ceux de
S, A. S. Monfeigneur le Duc Régnant des Deux-Ponts ,
connu plus proche Agnar & fucceffeur préſomptif de
l'Electorat , fur les Etats de Maximilien - Joſeph ,
Electeur de Bavière , dernier Prince de la branche
Guillelmine , mort le 30 Décembre 1777 , traduit
de l'Allemand, Aux Deux-Ponts , de l'Imprimerie
Ducale.
Promenade de Sceaux-Penthièvre , de fes dépendances
& de fes environs , avec une defcription de
tout ce qu'il y a de remarquable dans chaque Village:
de la dépendance de Seaux , & dans quelques -uns
des environs. A Amfterdam ; & fe trouve à Paris ,
chez P. Fr. Gueffier , Imprimeur -Libraire , au bas de
la rue de la Harpe.
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Résumé : « Oraison Funébre d'Éminentissime & Révérendissime Seigneur Charles-Antoine de la Roche-Aimon, [...] »
En 1778, plusieurs publications et événements marquants sont associés à l'Église et à la noblesse française. L'oraison funèbre de Charles-Antoine de la Roche-Aymon, Archevêque de Reims, est prononcée par Pierre-Joseph Perricaud, Évêque de Tricomie, le 1er avril 1778. 'La France Ecclésiastique pour l'année 1778' détaille la hiérarchie ecclésiastique, incluant les archevêques, évêques, vicaires généraux et autres dignitaires religieux. Cet ouvrage est dédié aux Agents Généraux du Clergé de France et disponible à Paris. Par ailleurs, 'Vénérie Normande' de Verrier de la Couterie traite de la chasse et des chiens courants, avec des traités sur les remèdes et le droit de fuite, ainsi qu'un dictionnaire des termes de chasse. Imprimé à Amsterdam, ce livre est disponible à Rouen et Paris. Le document mentionne aussi un 'Abrégé de l'exposition des droits de la Maison Electorale Palatine', traduit de l'allemand, concernant les droits du Duc Régnant des Deux-Ponts après la mort de Maximilien-Joseph, Électeur de Bavière, survenue le 30 décembre 1777. Enfin, une description de la 'Promenade de Sceaux-Penthièvre' et de ses environs est disponible à Amsterdam et Paris.
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2742
p. 194-196
De PÉTERSBOURG, le 31 Juillet.
Début :
Le 29 de ce mois l'Impératrice s'est rendue en iacht de Péterhoff à l'escadre qui croise entre Constadt & [...]
Mots clefs :
Saint-Petersbourg, Eau de vie, Liqueur, Couronne, Roubles, Consommation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PÉTERSBOURG, le 31 Juillet.
De PETERSBOURG , le 31 Juillet.
¡ LE 29 de ce mois l'Impératrice s'eft rendue en iacht
de Péterhoff à l'efcadre qui croife entre Cronstadt &
Krefna-Gorka. Cette efcadre compofée de 4 vaiſ(
195 )
feaux de guerre & de 3 frégates , eft fous les ordres
du Vice-Amiral Barſch ; elle fit pluſieurs évolutions
en préfence de S. M. I. qui en parut très-ſatisfaite ;
le foir elle retourna à Péterhoff.
On n'a point déclaré la nouvelle groffeffe de la
Grande-Ducheffe ; mais l'Empire eft perfuadé qu'elle
eft réelle on affure qu'elle eft entrée dans le troifième
mois.
La confommation des eaux-de-vie eft immenſe
dans le nord ; c'eft la boiffon favorite des peuples
feptentrionaux ; l'habitude & peut - être le climat en
ont fait un des objets de première néceffité . Cette
liqueur eft une partie importante de notre commerce
intérieur , & des revenus de la Couronne. »> On dif
tingue ici trois eſpèces d'eau-de-vie , celle de grains ,
celle de Dantzick & celle de France & d'Espagne ; le
peuple ne fait ufage que de la première : tous les propriétaires
ont droit de diftiller ; mais ils ne peuvent
vendre eux-mêmes leurs eaux-de-vie parce que la Couronne
s'en est réſervé le privilége exclufif. La confommation
annuelle de cette première forte de liqueur
dans l'Empire monte à 12 millions de vedros , le
vedro contient 13 pintes de Paris ; la Couronne
devroit gagner fur cette partie feule 24 millions de
roubles , fouftraction faite de ce qu'elle paye pour
l'achat ; & elle n'en gagne que 5 , favoir , 3 provenant
du département de Pétersbourg & de Mofcou
, & 2 de la Sibérie & des autres Provinces. Un
homme au fait de nos Finances attribue cette différence
aux fraudes des fermiers ; & il en remarque
quelques-unes. Le peuple ne fait aucun ufage de l'eaude-
vie de Dantzick ; ce font les étrangers & la nobleffe
qui la confomment ainfi que celle de France &
d'Espagne , qui eft préférée. Le prix du bail de la
ferme de cette dernière qui a expiré en 1774 montoit
à 116 mille roubles par an , & les fermiers en gagnoient
760 mille . Leur privilége ne leur permettoit
d'en faire venir que 10,000 ancres par an ; au lieu
I &
( 196 )
d'eau-de- vie , ils faifoient venir de l'efprit - de -vin ;
avec lequel ils compofoient le double de la première
liqueur. Non contents de ce gain , ils engageoient
des négocians à en faire venir , & les droits d'entrée
qu'ils percevoient fur ces importations ont monté
fouvent à 200 mille roubles «<,
¡ LE 29 de ce mois l'Impératrice s'eft rendue en iacht
de Péterhoff à l'efcadre qui croife entre Cronstadt &
Krefna-Gorka. Cette efcadre compofée de 4 vaiſ(
195 )
feaux de guerre & de 3 frégates , eft fous les ordres
du Vice-Amiral Barſch ; elle fit pluſieurs évolutions
en préfence de S. M. I. qui en parut très-ſatisfaite ;
le foir elle retourna à Péterhoff.
On n'a point déclaré la nouvelle groffeffe de la
Grande-Ducheffe ; mais l'Empire eft perfuadé qu'elle
eft réelle on affure qu'elle eft entrée dans le troifième
mois.
La confommation des eaux-de-vie eft immenſe
dans le nord ; c'eft la boiffon favorite des peuples
feptentrionaux ; l'habitude & peut - être le climat en
ont fait un des objets de première néceffité . Cette
liqueur eft une partie importante de notre commerce
intérieur , & des revenus de la Couronne. »> On dif
tingue ici trois eſpèces d'eau-de-vie , celle de grains ,
celle de Dantzick & celle de France & d'Espagne ; le
peuple ne fait ufage que de la première : tous les propriétaires
ont droit de diftiller ; mais ils ne peuvent
vendre eux-mêmes leurs eaux-de-vie parce que la Couronne
s'en est réſervé le privilége exclufif. La confommation
annuelle de cette première forte de liqueur
dans l'Empire monte à 12 millions de vedros , le
vedro contient 13 pintes de Paris ; la Couronne
devroit gagner fur cette partie feule 24 millions de
roubles , fouftraction faite de ce qu'elle paye pour
l'achat ; & elle n'en gagne que 5 , favoir , 3 provenant
du département de Pétersbourg & de Mofcou
, & 2 de la Sibérie & des autres Provinces. Un
homme au fait de nos Finances attribue cette différence
aux fraudes des fermiers ; & il en remarque
quelques-unes. Le peuple ne fait aucun ufage de l'eaude-
vie de Dantzick ; ce font les étrangers & la nobleffe
qui la confomment ainfi que celle de France &
d'Espagne , qui eft préférée. Le prix du bail de la
ferme de cette dernière qui a expiré en 1774 montoit
à 116 mille roubles par an , & les fermiers en gagnoient
760 mille . Leur privilége ne leur permettoit
d'en faire venir que 10,000 ancres par an ; au lieu
I &
( 196 )
d'eau-de- vie , ils faifoient venir de l'efprit - de -vin ;
avec lequel ils compofoient le double de la première
liqueur. Non contents de ce gain , ils engageoient
des négocians à en faire venir , & les droits d'entrée
qu'ils percevoient fur ces importations ont monté
fouvent à 200 mille roubles «<,
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Résumé : De PÉTERSBOURG, le 31 Juillet.
Le 29 juillet, l'impératrice visita une escadre navale composée de quatre vaisseaux de guerre et trois frégates commandée par le vice-amiral Barsch. L'escadre réalisa plusieurs manœuvres devant elle, la satisfaisant grandement. L'escadre retourna ensuite à Peterhof. La grossesse de la Grande-Duchesse, bien que non officielle, est confirmée comme étant dans son troisième mois. Dans le nord, la consommation d'eaux-de-vie est élevée, étant la boisson préférée des peuples septentrionaux. Cette liqueur joue un rôle crucial dans le commerce intérieur et les revenus de la Couronne. Trois types d'eaux-de-vie sont distingués : celle de grains, celle de Dantzick et celle de France et d'Espagne. La population consomme principalement celle de grains. La distillation est permise à tous, mais la vente est réservée à la Couronne. La consommation annuelle atteint 12 millions de vedros, chaque vedro contenant 13 pintes de Paris. Les revenus attendus sont de 24 millions de roubles, mais seulement 5 millions sont réellement perçus, en raison des fraudes des fermiers. L'eau-de-vie de Dantzick et celles de France et d'Espagne sont consommées par les étrangers et la noblesse. Le bail de la ferme de cette dernière, expiré en 1774, coûtait 116 000 roubles par an, tandis que les fermiers en gagnaient 760 000.
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2743
p. *196-196
De COPENHAGUE, le 10 Août.
Début :
La permission que le Roi a accordée depuis peu à 9 Officiers de sa marine d'aller servir sur l'escadre [...]
Mots clefs :
Copenhague, Officiers de marine, Indes occidentales
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texteReconnaissance textuelle : De COPENHAGUE, le 10 Août.
De COPENHAGUE , le 10 Août.
LA permiffion que le Roi a accordée depuis peu
à 9 Officiers de fa marine d'aller fervir fur l'efcadre
Françoile en qualité de volontaires , a excité , dit- on ,
quelques plaintes de la part de l'Ambaffadeur d'Angle
terre. S. M. , par une fuite du fyftême impartial
qu'elle a adopté , a bien voulu , fur la réquifition
de la Cour de Londres , permettre à quelques autres
de fes Officiers du même corps ' , d'aller fervir de
même fur la flotte Angloiſe,
-Quelques vaiffeaux arrivés des Indes occidentales
nous ont appris que la frégate le Chriftiansbourg
de la Compagnie Royale de Guinée , y a mouillé
le 24 Mai dernier ; mais que le Capitaine de ce bâtiment
eft mort fur la côte d'Afrique où il avoit
touché avant de fe rendre aux Indes occidentales.
LA permiffion que le Roi a accordée depuis peu
à 9 Officiers de fa marine d'aller fervir fur l'efcadre
Françoile en qualité de volontaires , a excité , dit- on ,
quelques plaintes de la part de l'Ambaffadeur d'Angle
terre. S. M. , par une fuite du fyftême impartial
qu'elle a adopté , a bien voulu , fur la réquifition
de la Cour de Londres , permettre à quelques autres
de fes Officiers du même corps ' , d'aller fervir de
même fur la flotte Angloiſe,
-Quelques vaiffeaux arrivés des Indes occidentales
nous ont appris que la frégate le Chriftiansbourg
de la Compagnie Royale de Guinée , y a mouillé
le 24 Mai dernier ; mais que le Capitaine de ce bâtiment
eft mort fur la côte d'Afrique où il avoit
touché avant de fe rendre aux Indes occidentales.
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Résumé : De COPENHAGUE, le 10 Août.
Le roi a autorisé neuf officiers français à servir sur l'escadre française, provoquant des plaintes de l'ambassadeur anglais. Il a aussi permis à des officiers anglais de servir sur la flotte anglaise. La frégate 'Christiansbourg' a accosté le 24 mai, mais son capitaine est mort en Afrique avant d'atteindre les Indes occidentales.
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2744
p. 196-197
De VARSOVIE, le 10 Août.
Début :
Les séances du Conseil-Permanent sont très-fréquentes & très-longues depuis qu'il les a reprises ; [...]
Mots clefs :
Varsovie, Conseil permanent, Prince, Diète, République, Roi de Prusse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VARSOVIE, le 10 Août.
De VAR SVO I E , le 10 Août.
؟
LES féances du Confeil - Permanent font trèsfréquentes
& très - longues depuis qu'il les a reprifes s
les dernières n'ont pas duré moins de 5 à 6 heures ,
les affaires intérieures & celles du dehors deviennent
tous les jours plus intéreflantes fur l'objet de fes délibérations.
Les fraudes qu'on a découvertes dans le
change ont donné lieu à une loi qu'on préſentera à la
( 197 )
›
Diète prochaine. On fe propofoit auffi de rétablir les
mines d'Olkas ; mais l'exécution de ce projet entraîneroit
des dépenfes confidérables , qu'il cft impoffible
de faire dans un moment où la République a befoin
de tous les fonds . Les armées nombreuſes qui font
répandues fur nos frontières exigent notre attention
& nous font fentir la néceffité d'augmenter nos troupes
; cet objet fera fans doute le premier qu'on mettra
fous les yeux de la Diète. La guerre allumée entre
l'Empereur & le Roi de Pruffe , celle qui doit éclater
bientôt entre la Ruffie & la Porte , & qui paroît à
préfent décidée , peuvent avoir des effets funeftes
pour nous , même fans y prendre part , & nous ne
devons négliger aucune précaution pour nous mettre
à l'abri de toute entreprife étrangère.
Le corps de troupes que le Prince de Repnin raf
femble près du Dniefter fera , dit- on , de 30 à 40,0co
hommes . On affure que le Lieutenant - Général d'Igelftrom
eft nommé pour commander fous lui . Beaucoup.
de Seigneurs Polonois entrent au ſervice de la
Ruffie; on nomme principalement parmi eux , le Sta
rofte de Samogitie , le Comte de Solohub & le Prince
Jofeph Lubormirski , il y en a auffi plufieurs qui
paffent à celui du Roi de Pruffe , qui a des agens char
gés de lever ici des recrues , & qui enrôlent un grand
nombre d'hommes . Le Miniftre à la Cour de Vienne
en a porté des plaintes au Roi & à la République , &
exige qu'on renvoye au plutôt les enrôleurs Pruffiens ;
on ignore encore ce qui lui a été répondu. Par une
claufe expreffe du traité de ceffion , il a été ſtipulé
qu'aucune des Puiffances contractantes ne pourra
faire recruter fur les terres de l'autre. 嘴597
Le Prince Sulkowski eft de retour de la Grande-
Pologne : on dit qu'il a été voir l'Ambaſſadeur Ruffe
à Nieporow , terre à cinq lieues de cette Capitale ,
qui appartient au Prince de Radziwill , Palatin de
Wilna . Ce Prince au moment où la Diète s'affemblera
ici , doit fe rendre en Lithuanie,
؟
LES féances du Confeil - Permanent font trèsfréquentes
& très - longues depuis qu'il les a reprifes s
les dernières n'ont pas duré moins de 5 à 6 heures ,
les affaires intérieures & celles du dehors deviennent
tous les jours plus intéreflantes fur l'objet de fes délibérations.
Les fraudes qu'on a découvertes dans le
change ont donné lieu à une loi qu'on préſentera à la
( 197 )
›
Diète prochaine. On fe propofoit auffi de rétablir les
mines d'Olkas ; mais l'exécution de ce projet entraîneroit
des dépenfes confidérables , qu'il cft impoffible
de faire dans un moment où la République a befoin
de tous les fonds . Les armées nombreuſes qui font
répandues fur nos frontières exigent notre attention
& nous font fentir la néceffité d'augmenter nos troupes
; cet objet fera fans doute le premier qu'on mettra
fous les yeux de la Diète. La guerre allumée entre
l'Empereur & le Roi de Pruffe , celle qui doit éclater
bientôt entre la Ruffie & la Porte , & qui paroît à
préfent décidée , peuvent avoir des effets funeftes
pour nous , même fans y prendre part , & nous ne
devons négliger aucune précaution pour nous mettre
à l'abri de toute entreprife étrangère.
Le corps de troupes que le Prince de Repnin raf
femble près du Dniefter fera , dit- on , de 30 à 40,0co
hommes . On affure que le Lieutenant - Général d'Igelftrom
eft nommé pour commander fous lui . Beaucoup.
de Seigneurs Polonois entrent au ſervice de la
Ruffie; on nomme principalement parmi eux , le Sta
rofte de Samogitie , le Comte de Solohub & le Prince
Jofeph Lubormirski , il y en a auffi plufieurs qui
paffent à celui du Roi de Pruffe , qui a des agens char
gés de lever ici des recrues , & qui enrôlent un grand
nombre d'hommes . Le Miniftre à la Cour de Vienne
en a porté des plaintes au Roi & à la République , &
exige qu'on renvoye au plutôt les enrôleurs Pruffiens ;
on ignore encore ce qui lui a été répondu. Par une
claufe expreffe du traité de ceffion , il a été ſtipulé
qu'aucune des Puiffances contractantes ne pourra
faire recruter fur les terres de l'autre. 嘴597
Le Prince Sulkowski eft de retour de la Grande-
Pologne : on dit qu'il a été voir l'Ambaſſadeur Ruffe
à Nieporow , terre à cinq lieues de cette Capitale ,
qui appartient au Prince de Radziwill , Palatin de
Wilna . Ce Prince au moment où la Diète s'affemblera
ici , doit fe rendre en Lithuanie,
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Résumé : De VARSOVIE, le 10 Août.
Le document du 10 août décrit les activités récentes du Conseil Permanent, qui tient des réunions fréquentes et prolongées sur des affaires intérieures et extérieures cruciales. Des fraudes dans le change ont motivé la préparation d'une loi pour la prochaine Diète. Un projet de réhabilitation des mines d'Olkusz est envisagé, mais les dépenses sont jugées excessives en raison des besoins financiers urgents de la République. L'augmentation des troupes est également discutée en raison des armées massées aux frontières. Les conflits en cours, tels que la guerre entre l'Empereur et le Roi de Prusse, et la guerre imminente entre la Russie et l'Empire ottoman, pourraient avoir des répercussions négatives. Des précautions sont donc nécessaires pour éviter toute ingérence étrangère. Le Prince de Repnin rassemble un corps de troupes de 30 à 40 000 hommes près du Dniepr, sous le commandement du Lieutenant-Général d'Igelstrom. Plusieurs nobles polonais, comme le Staroste de Samogitie, le Comte de Solohub et le Prince Joseph Lubomirski, rejoignent l'armée russe, tandis que d'autres s'enrôlent dans l'armée prussienne. Le ministre à la cour de Vienne a protesté contre ces recrutements, mais la réponse reste inconnue. Le Prince Sulkowski est de retour de Grande-Pologne et a rencontré l'ambassadeur russe à Nieporow, domaine du Prince Radziwill, Palatin de Vilna, qui doit se rendre en Lituanie lors de l'assemblée de la Diète.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2745
p. 198-201
De VIENNE, le 15 Août.
Début :
Les perquisitions que M. le Chancelier, Prince de Kaunitz Riethberg, a fait faire pour retrouver la [...]
Mots clefs :
Vienne, Cour de Berlin, Déclaration, Bavière, Mémoire, Autriche, Peste, Joseph Nikolaus De Vins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VIENNE, le 15 Août.
De VIENNE , le 15 Août.
LES perquifitions que M. le Chancelier , Prince
de Kaunitz Riethberg , a fait faire pour retrouver la
malle du Courier ordinaire de Conftantinople , du
17 Juillet , n'ont produit encore aucun effet ; on croit
que les brigands qui ont commis ce crime font partie
des troupes Afiatiques , qui font en marche pour
Choczim , & qui le font rendus auffi coupables du
meurtre de leur propre Bacha. On dit qu'il fe trouve
parmi ces fcélérats , un grand nombre de Moldaves ,
qui ont commis pareillement beaucoup de dégats ,
depuis Bender , jufques fur les frontières de la Tranfilvanie.
On redouble d'activité & de précautions fur toutes
nos frontières , pour faire fubir la plus rigoureuſe
quarantaine à tout ce qui vient de la Turquie. Les
lettres de Triefte nous ont donné des allarmes , qui
rendent ces précautions indifpenfables ; s'il faut les
en croire , la pefte fait toujours de grands ravages
dans Conftantinople ; elle s'eft auffi manifeftée dans
quelques diftricts de la Natolie & de la Romélie , &
prefque tous les bâtimens Vénitiens & Ragufiens qui
fe trouvent dans le Levant , en font infectés .
Les prières extraordinaires pour le ſuccès de nos
armes devant être continuées , une fois par mois ,
pendant la guerre , elles ont eu lieu , le 9 de ce mois ,
dans la Cathédrale de Saint-Etienne ; elles fe feront
fucceffivement le 6 Septembre , le 4 Octobre , le 8
Novembre & le 6 Décembre.
L'entrée du Prince Henri en Bohême a fait ici
beaucoup de fenfation ; on a voulu faire un crime au
Général Major de Vins de l'échec qu'il a effuyé près
de Gabel , où il avoit été envoyé avec un détachement
pour s'oppoſer , autant qu'il étoit poffible , aux
( 199 )
progrès ultérieurs des Pruffiens & des Saxons. Cet
Officier dont le zèle & les talens militaires font connus
, s'eft pleinement juſtifié. On dit aujourd'hui
que la perte qu'il a effuyée doit être attribuée d'un
côté à un Major qui avoit été détaché en avant , &
qui avoit été fait prifonnier de guerre ; & de l'autre
à la trahifon des payfans. L'Empereur voulant examiner
cette affaire à fond , a voulu ravoir ce Major, &
a offert en échange un Colonel des Gardes Saxonnes ;
mais les Pruffiens ont refufé d'y confentir. On eſt
inftruit qu'un bataillon de Gaifrugg , un de Caprara ,
un de Kinski & un de Croates , ainfi que deux divifions
de Chevaux- Légers , qui occupoient un bois fur
la route que tenoit la première colonne ennemie , ont
beaucoup fouffert après s'être long-tems & bien défendus.
On avoit d'abord évalué notre perte à plus
de 2000 hommes ; mais il a paru qu'elle ne montoit
qu'à 1000 ou 1200 , parmi lesquels fe trouvent plufieurs
Officiers de l'Etat - Major ; en attendant le mémoire
que la Cour annonce depuis quelque tenis
elle a fait publier l'article fuivant dans la Gazette
d'aujourd'hui.
Il a été fait mention dans ces feuilles , tant du
manifefte que la Cour de Berlin a fait publier au
commencement de Juillet dernier , lors de la nouvelle
invafion en Bohéme , fous le titre d'Expofé des
Motifs , qui ont engagé S. M. Pruffienne à s'opposer
au démembrement de la Bavière , que de la Déclaration
du même Monarque aux hauts Co-Etats du
Saint-Empire , datée du 3 Juillet. Tous ceux qui
ont lu , avec quelqu'attention , certains Ouvrages
d'Auteurs particuliers , qui font fucceffivement fortis
des preffes de cette ville , fur-tout celui qui a pour
titre Réflexions impartiales fur plufieurs Queftions
, concernant la fucceffion des États du défunt
Electeur Maximilien- Jofeph ; & un autre intitulé
: Réponse aux Confidérations concernant la
fucceffion de Bavière , qui ont paru à Berlin , ver-
:
I 4
( 200 )
ront aifément que les principes établis dans l'Exposé
des Motifs & dans la Déclaration aux Co-Etats
font apocryphes ; que les conféquences que l'on a
voulu en tirer font fauffes ; & que les principaux argumens
ont déja été réfutés par les Ouvrages mentionnés
, puifque l'effentiel de l'Expofé & de la
Déclaration ne confifte qu'en pures répétitions de ce
qu'on lit dans les Confidérations . Cependant il va paroître
de la part de la Cour Impériale & Royale une
réfutation détaillée du Manifefte de Berlin & de la
Déclaration qui y est analogue.
» La Cour de Berlin' a encore donné au public un
Mémoire , daté du 14 Juillet dernier , pour fervir
de fuite , tant à l'Expofé , qu'à la Déclaration .
C'est à ce Mémoire que l'on à trouvé à propos de
joindre , comme une foi-difante Pièce Juftificative ,
un Acte du Duc Albert d'Autriche , par lequel il re--
nonce à toute prétention fur la Baffe- Bavière , fait
à Ratisbonne le jour de Saint- André 1429. On prétend
en avoir reçu à Berlin une copie authentique ,
qui doit avoir été vidimée dès l'an 1569 , par un Confeiller
Bavarois & Notaire - public , & l'on ajoute :
que l'original de cette Chartre décifive fe trouvera
fans doute dans les archives de Bavière , s'il n'a
pas été perdu dans les tems malheureux de la Bavière
«. Cette prétendue renonciation doit achever
d'anéantir toutes les prétentions de l'augufte maifon
d'Autriche. Mais , quoiqu'on puiffe fans héfiter s'en
remettre fimplement au jugement de tout homme
expert , verfé dans l'art Diplomatique , & s'affurer
qu'il la reconnoîtra au premier coup d'oeil pour un acte
contrefait , la fauffeté en fera démontrée au premier
jour par les preuves les plus convaincantes. Le public
aura lui-même obſervé , que la Cour de Berlin renverfe
elle-même , par cette prétendue Chartre , les
principes qu'elle avoit établis auparavant , pour met
tre en conteftation les droits de la maifon d'Autriche
fur la Balfe Bavière ; favoir , que l'inveftiture accor(
201 )
dée au Duc Albert avoit été nulle ou du moins
caffée dans la fuite par une Sentence de l'Empereur
Sigifmond; & que d'ailleurs les Agnats du Duc
Albert n'avoient eu aucune part à cette prétention.
Il eft auffi remarquable que la Cour de Berlin n'a
produit cette pièce qu'après avoir pris les armes ,
quoiqu'on cût déja dit publiquement , depuis plus de
trois mois , qu'elle ne pouvoit être que fuppofée «.
LES perquifitions que M. le Chancelier , Prince
de Kaunitz Riethberg , a fait faire pour retrouver la
malle du Courier ordinaire de Conftantinople , du
17 Juillet , n'ont produit encore aucun effet ; on croit
que les brigands qui ont commis ce crime font partie
des troupes Afiatiques , qui font en marche pour
Choczim , & qui le font rendus auffi coupables du
meurtre de leur propre Bacha. On dit qu'il fe trouve
parmi ces fcélérats , un grand nombre de Moldaves ,
qui ont commis pareillement beaucoup de dégats ,
depuis Bender , jufques fur les frontières de la Tranfilvanie.
On redouble d'activité & de précautions fur toutes
nos frontières , pour faire fubir la plus rigoureuſe
quarantaine à tout ce qui vient de la Turquie. Les
lettres de Triefte nous ont donné des allarmes , qui
rendent ces précautions indifpenfables ; s'il faut les
en croire , la pefte fait toujours de grands ravages
dans Conftantinople ; elle s'eft auffi manifeftée dans
quelques diftricts de la Natolie & de la Romélie , &
prefque tous les bâtimens Vénitiens & Ragufiens qui
fe trouvent dans le Levant , en font infectés .
Les prières extraordinaires pour le ſuccès de nos
armes devant être continuées , une fois par mois ,
pendant la guerre , elles ont eu lieu , le 9 de ce mois ,
dans la Cathédrale de Saint-Etienne ; elles fe feront
fucceffivement le 6 Septembre , le 4 Octobre , le 8
Novembre & le 6 Décembre.
L'entrée du Prince Henri en Bohême a fait ici
beaucoup de fenfation ; on a voulu faire un crime au
Général Major de Vins de l'échec qu'il a effuyé près
de Gabel , où il avoit été envoyé avec un détachement
pour s'oppoſer , autant qu'il étoit poffible , aux
( 199 )
progrès ultérieurs des Pruffiens & des Saxons. Cet
Officier dont le zèle & les talens militaires font connus
, s'eft pleinement juſtifié. On dit aujourd'hui
que la perte qu'il a effuyée doit être attribuée d'un
côté à un Major qui avoit été détaché en avant , &
qui avoit été fait prifonnier de guerre ; & de l'autre
à la trahifon des payfans. L'Empereur voulant examiner
cette affaire à fond , a voulu ravoir ce Major, &
a offert en échange un Colonel des Gardes Saxonnes ;
mais les Pruffiens ont refufé d'y confentir. On eſt
inftruit qu'un bataillon de Gaifrugg , un de Caprara ,
un de Kinski & un de Croates , ainfi que deux divifions
de Chevaux- Légers , qui occupoient un bois fur
la route que tenoit la première colonne ennemie , ont
beaucoup fouffert après s'être long-tems & bien défendus.
On avoit d'abord évalué notre perte à plus
de 2000 hommes ; mais il a paru qu'elle ne montoit
qu'à 1000 ou 1200 , parmi lesquels fe trouvent plufieurs
Officiers de l'Etat - Major ; en attendant le mémoire
que la Cour annonce depuis quelque tenis
elle a fait publier l'article fuivant dans la Gazette
d'aujourd'hui.
Il a été fait mention dans ces feuilles , tant du
manifefte que la Cour de Berlin a fait publier au
commencement de Juillet dernier , lors de la nouvelle
invafion en Bohéme , fous le titre d'Expofé des
Motifs , qui ont engagé S. M. Pruffienne à s'opposer
au démembrement de la Bavière , que de la Déclaration
du même Monarque aux hauts Co-Etats du
Saint-Empire , datée du 3 Juillet. Tous ceux qui
ont lu , avec quelqu'attention , certains Ouvrages
d'Auteurs particuliers , qui font fucceffivement fortis
des preffes de cette ville , fur-tout celui qui a pour
titre Réflexions impartiales fur plufieurs Queftions
, concernant la fucceffion des États du défunt
Electeur Maximilien- Jofeph ; & un autre intitulé
: Réponse aux Confidérations concernant la
fucceffion de Bavière , qui ont paru à Berlin , ver-
:
I 4
( 200 )
ront aifément que les principes établis dans l'Exposé
des Motifs & dans la Déclaration aux Co-Etats
font apocryphes ; que les conféquences que l'on a
voulu en tirer font fauffes ; & que les principaux argumens
ont déja été réfutés par les Ouvrages mentionnés
, puifque l'effentiel de l'Expofé & de la
Déclaration ne confifte qu'en pures répétitions de ce
qu'on lit dans les Confidérations . Cependant il va paroître
de la part de la Cour Impériale & Royale une
réfutation détaillée du Manifefte de Berlin & de la
Déclaration qui y est analogue.
» La Cour de Berlin' a encore donné au public un
Mémoire , daté du 14 Juillet dernier , pour fervir
de fuite , tant à l'Expofé , qu'à la Déclaration .
C'est à ce Mémoire que l'on à trouvé à propos de
joindre , comme une foi-difante Pièce Juftificative ,
un Acte du Duc Albert d'Autriche , par lequel il re--
nonce à toute prétention fur la Baffe- Bavière , fait
à Ratisbonne le jour de Saint- André 1429. On prétend
en avoir reçu à Berlin une copie authentique ,
qui doit avoir été vidimée dès l'an 1569 , par un Confeiller
Bavarois & Notaire - public , & l'on ajoute :
que l'original de cette Chartre décifive fe trouvera
fans doute dans les archives de Bavière , s'il n'a
pas été perdu dans les tems malheureux de la Bavière
«. Cette prétendue renonciation doit achever
d'anéantir toutes les prétentions de l'augufte maifon
d'Autriche. Mais , quoiqu'on puiffe fans héfiter s'en
remettre fimplement au jugement de tout homme
expert , verfé dans l'art Diplomatique , & s'affurer
qu'il la reconnoîtra au premier coup d'oeil pour un acte
contrefait , la fauffeté en fera démontrée au premier
jour par les preuves les plus convaincantes. Le public
aura lui-même obſervé , que la Cour de Berlin renverfe
elle-même , par cette prétendue Chartre , les
principes qu'elle avoit établis auparavant , pour met
tre en conteftation les droits de la maifon d'Autriche
fur la Balfe Bavière ; favoir , que l'inveftiture accor(
201 )
dée au Duc Albert avoit été nulle ou du moins
caffée dans la fuite par une Sentence de l'Empereur
Sigifmond; & que d'ailleurs les Agnats du Duc
Albert n'avoient eu aucune part à cette prétention.
Il eft auffi remarquable que la Cour de Berlin n'a
produit cette pièce qu'après avoir pris les armes ,
quoiqu'on cût déja dit publiquement , depuis plus de
trois mois , qu'elle ne pouvoit être que fuppofée «.
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Résumé : De VIENNE, le 15 Août.
Le 15 août à Vienne, les efforts pour localiser la malle du courrier de Constantinople du 17 juillet ont échoué. Des troupes asiatiques en route vers Choczim et des Moldaves sont suspectées d'être impliquées. En raison de la peste à Constantinople et dans certaines régions de l'Anatolie et de la Romélie, des mesures de quarantaine strictes sont renforcées aux frontières, affectant également des navires vénitiens et ragusiens. Des prières extraordinaires pour le succès des armées sont organisées mensuellement, la dernière ayant eu lieu le 9 août à la cathédrale Saint-Étienne. L'arrivée du Prince Henri en Bohême a suscité diverses émotions. Le Général Major de Vins, après une défaite près de Gabel contre les Prussiens et Saxons, s'est justifié en accusant un major capturé et la trahison des paysans. Les pertes militaires sont réévaluées à environ 1000 ou 1200 hommes, incluant plusieurs officiers d'état-major. L'empereur a tenté sans succès d'échanger un colonel saxon contre le major prisonnier. La Cour impériale prépare une réfutation du manifeste et de la déclaration de Berlin concernant la succession en Bavière. Berlin a publié un mémoire incluant un acte du Duc Albert d'Autriche, renonçant à ses prétentions sur la Basse-Bavière, daté de 1429. Cet acte est jugé contrefait et contradictoire avec les principes établis par Berlin. Le texte mentionne que certains acteurs n'ont pas été associés à cette prétention et que Berlin a présenté cette pièce après avoir pris les armes, bien qu'il ait été affirmé publiquement depuis plus de trois mois que cette pièce ne pouvait être que supposée.
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2746
p. 206-207
De RATISBONNE, le 24 Août.
Début :
La Cour de Vienne se donnne tous les mouvemens imaginables pour informer la validité de l'acte [...]
Mots clefs :
Ratisbonne, Empire, Ville, Empereur, Écus, Diète
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De RATISBONNE, le 24 Août.
De RATISBON NE , le 24 Août.
LA Cour de Vienne fe doune tous les mouvemens
imaginables pour infirmer la validité de l'acte
de renonciation de l'Archiduc Albert. Le Baron
de Borie vient de faire une démarche remarquable ,
qui tend au même but ; il a requis , par une lettre cir
culaire , les Monaftères de cette ville de faire dans
leurs archives , les recherches les plus exactes pour
conftater l'authenticité du ferment que l'Archiduc
doit avoir prêté en 1429 ; on a répandu depuis , que
ces perquifitions ont fervi à prouver que ce Prince
n'a point été à Ratisbonne dans l'année indiquée .
Quel que foit l'effet de cette découverte , plus ou
moins fondée , il eft certain que jufqu'ici la réfutation
qui avoit été annoncée par la Cour Impériale,
n'a pas encore été portée à la Diète , & vraiſemblablement
elle ne le fera pas de fi -tôt , puifque les
vacances caniculaires ont déjà commencé.
Le Miniftre Electoral de Mayence remit , le r
de ce mois , à la Diète , une lettre du Prince Evêque
de Spire. Il réclame la propriété de la ville & fortereffe
de Philipsbourg , dont le droit de défenſe &
de garnifon avoit été accordé à la France & enfuite
à l'Empereur & à l'Empire par tous les Traités , &
particulièrement par ceux de Munſter & de Rifwick.
Il forme auffi une prétention qu'il fait monter à
80,000 florins , pour des dépenfes que lui & fes prédéceffeurs
ont faites depuis 1710 , tant pour l'entretien
des fortifications que pour l'approvifionnement
de la garnifon , dépenfes qui , devant être faites
par l'Empereur & l'Empire , ne peuvent refter à fa
charge . En reprenant cette place , l'Empereur &
l'Empire feront déchargés des frais de fon entretien.
( 207 )
On mande de Drefde que les Etats de cet Electorat,
convoqués pour le 23 de ce mois , doivent délibérer
fur les points fuivans : 10. D'accorder pour les frais
de la guerre , à compter du 1 Octobre prochain, outre
les impôts actuels , 100,000 écus par mois . 2 ° . D'impofer
cette nouvelle charge , non- feulement fur les
bourgeois & les cultivateurs , mais auffi en grande
partie fur l'ordre équeftre , d'autant mieux que cet.
ordre étoit ci-devant tenu de fervir fous la bannière
de fon Seigneur . 3 ° . De continuer les fournitures néceffaires
& la levée des recrues. 4°. Au cas qu'il fût
abfolument impoffible de contribuer les 100,000 écus
par mois , de fufpendre provifionnellement , & pendant
la durée de la guerre , le tirage & le rembourſement
de la caifle de la fteuer & de celle de la
Chambre de crédit , tant à Leipfick qu'à Dreſde , &
d'en payer feulement les intérêts.
Le Cercle de Franconie vient de convoquer la tenue
de fa Dière à Nuremberg. On dit que fon objet eft
de confulter fur le parti que les Etats de ce Cercle
prendront aux affaires actuelles de l'Empire.
" Lorfque les 31 Officiers & 1160 foldats Autri
chiens faits prifonniers , arrivèrent ici le 19 , écriton
de Berlin , on s'eft empreffé de leur prodiguer ,
& fur- tout aux malades & aux bleffés , tous les fecours
poffibles. Les Officiers fe promènent librement
, fur leur parole , dans tous les quartiers de
la ville , & notre Commandant les a invités à la table;
les bourgeois ont fait une quête pour les foldats , &
ont rainaffé 2000 écus ; à leur arrivée , nos Braffeurs
leur envoyèrent plufieurs tonnes de bière ; d'autres
leur fournirent abondamment des rafraîchiffemens .
Plufieurs de ces prifonniers, touchés de ces bons trai
temens , ont pris parti volontairement dans les trou,
pes du Roi «.
LA Cour de Vienne fe doune tous les mouvemens
imaginables pour infirmer la validité de l'acte
de renonciation de l'Archiduc Albert. Le Baron
de Borie vient de faire une démarche remarquable ,
qui tend au même but ; il a requis , par une lettre cir
culaire , les Monaftères de cette ville de faire dans
leurs archives , les recherches les plus exactes pour
conftater l'authenticité du ferment que l'Archiduc
doit avoir prêté en 1429 ; on a répandu depuis , que
ces perquifitions ont fervi à prouver que ce Prince
n'a point été à Ratisbonne dans l'année indiquée .
Quel que foit l'effet de cette découverte , plus ou
moins fondée , il eft certain que jufqu'ici la réfutation
qui avoit été annoncée par la Cour Impériale,
n'a pas encore été portée à la Diète , & vraiſemblablement
elle ne le fera pas de fi -tôt , puifque les
vacances caniculaires ont déjà commencé.
Le Miniftre Electoral de Mayence remit , le r
de ce mois , à la Diète , une lettre du Prince Evêque
de Spire. Il réclame la propriété de la ville & fortereffe
de Philipsbourg , dont le droit de défenſe &
de garnifon avoit été accordé à la France & enfuite
à l'Empereur & à l'Empire par tous les Traités , &
particulièrement par ceux de Munſter & de Rifwick.
Il forme auffi une prétention qu'il fait monter à
80,000 florins , pour des dépenfes que lui & fes prédéceffeurs
ont faites depuis 1710 , tant pour l'entretien
des fortifications que pour l'approvifionnement
de la garnifon , dépenfes qui , devant être faites
par l'Empereur & l'Empire , ne peuvent refter à fa
charge . En reprenant cette place , l'Empereur &
l'Empire feront déchargés des frais de fon entretien.
( 207 )
On mande de Drefde que les Etats de cet Electorat,
convoqués pour le 23 de ce mois , doivent délibérer
fur les points fuivans : 10. D'accorder pour les frais
de la guerre , à compter du 1 Octobre prochain, outre
les impôts actuels , 100,000 écus par mois . 2 ° . D'impofer
cette nouvelle charge , non- feulement fur les
bourgeois & les cultivateurs , mais auffi en grande
partie fur l'ordre équeftre , d'autant mieux que cet.
ordre étoit ci-devant tenu de fervir fous la bannière
de fon Seigneur . 3 ° . De continuer les fournitures néceffaires
& la levée des recrues. 4°. Au cas qu'il fût
abfolument impoffible de contribuer les 100,000 écus
par mois , de fufpendre provifionnellement , & pendant
la durée de la guerre , le tirage & le rembourſement
de la caifle de la fteuer & de celle de la
Chambre de crédit , tant à Leipfick qu'à Dreſde , &
d'en payer feulement les intérêts.
Le Cercle de Franconie vient de convoquer la tenue
de fa Dière à Nuremberg. On dit que fon objet eft
de confulter fur le parti que les Etats de ce Cercle
prendront aux affaires actuelles de l'Empire.
" Lorfque les 31 Officiers & 1160 foldats Autri
chiens faits prifonniers , arrivèrent ici le 19 , écriton
de Berlin , on s'eft empreffé de leur prodiguer ,
& fur- tout aux malades & aux bleffés , tous les fecours
poffibles. Les Officiers fe promènent librement
, fur leur parole , dans tous les quartiers de
la ville , & notre Commandant les a invités à la table;
les bourgeois ont fait une quête pour les foldats , &
ont rainaffé 2000 écus ; à leur arrivée , nos Braffeurs
leur envoyèrent plufieurs tonnes de bière ; d'autres
leur fournirent abondamment des rafraîchiffemens .
Plufieurs de ces prifonniers, touchés de ces bons trai
temens , ont pris parti volontairement dans les trou,
pes du Roi «.
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Résumé : De RATISBONNE, le 24 Août.
Le 24 août, la cour de Vienne conteste la validité de l'acte de renonciation de l'Archiduc Albert. Le Baron de Borie a sollicité les monastères de Ratisbonne pour vérifier un serment prêté par l'Archiduc en 1429, mais les résultats ne sont pas encore présentés à la Diète en raison des vacances estivales. Le Ministre Electoral de Mayence a soumis à la Diète une lettre du Prince Évêque de Spire réclamant la propriété de la ville et forteresse de Philipsbourg et le remboursement de 80 000 florins. À Dresde, les États de l'Électorat doivent délibérer sur l'octroi de 100 000 écus mensuels pour les frais de guerre, leur imposition sur divers ordres sociaux, et la continuation des fournitures nécessaires. Le Cercle de Franconie a convoqué une assemblée à Nuremberg pour discuter des affaires actuelles de l'Empire. À Berlin, les prisonniers autrichiens, y compris les officiers et soldats, reçoivent des soins et des secours, certains soldats rejoignant même les troupes du Roi.
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2747
p. 208-209
De LIVOURNE, le 15 Août.
Début :
Le paquebot le Berborough, qui a été canonné en revenant de Minorque par une frégate Françoise, [...]
Mots clefs :
Livourne, Île de Minorque, Constantinople, Corses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De LIVOURNE, le 15 Août.
De LIVOURNE , le 15 Août.
LE paquebot le Berborough , qui a été canonné en
revenant de Minorque par une frégate Françoife ,
qui s'en feroit emparé fi elle n'avoit pas préféré de
ne point s'écarter de fon convoi , a été tellement endommagé
, qu'il eft hors d'état de remettre en mer ;
on travaille actuellement à le réparer .
On mande de Majorque que l'on y équipe en guerre
plufieurs petits bâtimens , & qu'on y enrôle tous les
matelots pour le fervice de la marine Eſpagnole ; il
fe confirme auffi que les Anglois femblent craindre
pour l'ifle de Minorque , car ils y font paller journellement
de Gibraltar & même de Londres , des troupes
& toutes fortes de munitions de guerre .
Nos lettres du Levant portent que la peſte ſembloit
diminuer à Conftantinople ; mais que la mortalité
règne toujours dans les environs , d'où elle peut y
repaffer de nouveau . C'eſt par cette raison que le
noble André Memmo , Ambaffadeur de la République
de Venife , refte dans l'ifle de Tenedos , où il attend
la ceffation entière de ce fléau , pour ſe rendre à Conftantinople
fans danger.
On mande de Baſtia , qu'on y a publié à la fin du
mois dernier des lettres - patentes du Roi de France ,
par lesquelles S. M. voulant traiter fes fujets de l'ifle
de Corfe , comme fes fujets François , envers lefquels
, à l'occafion de fon avènement au trône , elle
avoit ufé d'indulgence pour des crimes dont le pardon
auroit été refufé en d'autres circonftances , permet
à ceux des Corfes actuellement hors de l'ifle , qui ne
s'étant rendu coupables d'aucun crime contre leſquels
la Juftice auroit févi , & qui fe préfenteront pour
y rentrer dans le délai de fix mois , de jouir de
T'amniftie générale accordée en 1769 & 1772. Les
( 209 )
Corfes fugitifs , coupables des troubles furvenus en
1774 dans la partie du Niolo , ceux même qui pour
raifon de ces troubles feroient détenus fur les galères
ou dans la groffe tour de Toulon , jouiront de cette
amniftie. S. M. remet & pardonne auffi le crime de
conjuration formée contre fes troupes & leurs Officiers
en 1769 au village d'Oletta.
LE paquebot le Berborough , qui a été canonné en
revenant de Minorque par une frégate Françoife ,
qui s'en feroit emparé fi elle n'avoit pas préféré de
ne point s'écarter de fon convoi , a été tellement endommagé
, qu'il eft hors d'état de remettre en mer ;
on travaille actuellement à le réparer .
On mande de Majorque que l'on y équipe en guerre
plufieurs petits bâtimens , & qu'on y enrôle tous les
matelots pour le fervice de la marine Eſpagnole ; il
fe confirme auffi que les Anglois femblent craindre
pour l'ifle de Minorque , car ils y font paller journellement
de Gibraltar & même de Londres , des troupes
& toutes fortes de munitions de guerre .
Nos lettres du Levant portent que la peſte ſembloit
diminuer à Conftantinople ; mais que la mortalité
règne toujours dans les environs , d'où elle peut y
repaffer de nouveau . C'eſt par cette raison que le
noble André Memmo , Ambaffadeur de la République
de Venife , refte dans l'ifle de Tenedos , où il attend
la ceffation entière de ce fléau , pour ſe rendre à Conftantinople
fans danger.
On mande de Baſtia , qu'on y a publié à la fin du
mois dernier des lettres - patentes du Roi de France ,
par lesquelles S. M. voulant traiter fes fujets de l'ifle
de Corfe , comme fes fujets François , envers lefquels
, à l'occafion de fon avènement au trône , elle
avoit ufé d'indulgence pour des crimes dont le pardon
auroit été refufé en d'autres circonftances , permet
à ceux des Corfes actuellement hors de l'ifle , qui ne
s'étant rendu coupables d'aucun crime contre leſquels
la Juftice auroit févi , & qui fe préfenteront pour
y rentrer dans le délai de fix mois , de jouir de
T'amniftie générale accordée en 1769 & 1772. Les
( 209 )
Corfes fugitifs , coupables des troubles furvenus en
1774 dans la partie du Niolo , ceux même qui pour
raifon de ces troubles feroient détenus fur les galères
ou dans la groffe tour de Toulon , jouiront de cette
amniftie. S. M. remet & pardonne auffi le crime de
conjuration formée contre fes troupes & leurs Officiers
en 1769 au village d'Oletta.
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Résumé : De LIVOURNE, le 15 Août.
Le 15 août, à Livourne, le paquebot Berborough, attaqué par une frégate française lors de son retour de Minorque, est trop endommagé pour reprendre la mer et des réparations sont en cours. À Majorque, des petits bâtiments sont équipés pour la guerre et des matelots sont enrôlés pour la marine espagnole. Les Britanniques renforcent les troupes et les munitions à Minorque, craignant pour la sécurité de l'île. En Turquie, la peste diminue à Constantinople, mais la mortalité persiste dans les environs, poussant l'ambassadeur vénitien André Memmo à rester à Ténédos. À Bastia, des lettres patentes du roi de France offrent une amnistie aux Corses hors de l'île, à condition qu'ils n'aient pas commis de crimes punissables et qu'ils reviennent dans un délai de six mois. Cette amnistie concerne aussi les Corses impliqués dans les troubles de 1774 et ceux détenus pour des troubles en 1769, y compris la conjuration d'Oletta.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2748
p. 222-223
De VERSAILLES, le 10 Septembre.
Début :
La Reine qui avance très-heureusement dans sa grossesse, a été saignée le 5 de ce mois. [...]
Mots clefs :
Versailles, Reine, Grossesse, Ministre, Honneur, Roi, Prix de dessin
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texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 10 Septembre.
De VERSAILLES , le 10 Septembre.
La Reine qui avance très- heureuſement dans fa
groffelle , a été faignée le 5 de ce mois.
Le 25 du mois dernier , fête de Saint -Louis , S. M.
reçut le ferment de M. Lefevre de Caumartin , Maître
des Requêtes ordinaires , ci- devant Intendant de
Flandres , en la nouvelle qualité de Prevôt des Marchands
de la Ville de Paris , & celui de MM . Cauchat
& Incelin , nouveaux Echevins . Le 28 , l'Evêque
de Viviers prêta , pendant la Meffe , ferment de
fidélité entre les mains du Roi.
La veille de Saint-Louis , M. Deslandes de Lancelot
, Penfionnaire au Collège Royal & Militaire
de Beaumont , préfenta à Monfieur , fon Parrain , un
deffin à l'Encre de la Chine , repréfentant la vue
du College & de fes dépendances , & lui fit
hommage du Prix de Deffin qu'il a remporté cette
année.
-
Le 27 , le Baron de Tott , Brigadier des Armées
du Roi , Infpecteur Général des Etabliffements
François dans les Echelles du Levant & de Barbarie ,
eut à fon arrivée ici , l'honneur d'être préfenté au
Roi par le Miniftre de la Marine. Le 30 M. Hocquart
de Cueilly , Préfident de la feconde Chambre
de la Cour des Aides de Paris , nommé Procureur.
Général de cette Cour , fur la demiffion de M. Terray
de Rofieres , eut l'honneur de faire fes remerciements
au Roi , préfenté par M. le Garde des
( 223 )
Sceaux. Le même jour le Vicomte de Vibraye , Miniftre
Plénipotentiaire du Roi , près le Duc de Wirtemberg
, & fon Miniftré près le Cercle de Souabe
qui étoit ici par congé , eut l'honneur d'être préfenté
à S. M. par le Miniftre des affaires Etrangères , & de
prendre congé pour fe rendre à fa deftination.
La Reine qui avance très- heureuſement dans fa
groffelle , a été faignée le 5 de ce mois.
Le 25 du mois dernier , fête de Saint -Louis , S. M.
reçut le ferment de M. Lefevre de Caumartin , Maître
des Requêtes ordinaires , ci- devant Intendant de
Flandres , en la nouvelle qualité de Prevôt des Marchands
de la Ville de Paris , & celui de MM . Cauchat
& Incelin , nouveaux Echevins . Le 28 , l'Evêque
de Viviers prêta , pendant la Meffe , ferment de
fidélité entre les mains du Roi.
La veille de Saint-Louis , M. Deslandes de Lancelot
, Penfionnaire au Collège Royal & Militaire
de Beaumont , préfenta à Monfieur , fon Parrain , un
deffin à l'Encre de la Chine , repréfentant la vue
du College & de fes dépendances , & lui fit
hommage du Prix de Deffin qu'il a remporté cette
année.
-
Le 27 , le Baron de Tott , Brigadier des Armées
du Roi , Infpecteur Général des Etabliffements
François dans les Echelles du Levant & de Barbarie ,
eut à fon arrivée ici , l'honneur d'être préfenté au
Roi par le Miniftre de la Marine. Le 30 M. Hocquart
de Cueilly , Préfident de la feconde Chambre
de la Cour des Aides de Paris , nommé Procureur.
Général de cette Cour , fur la demiffion de M. Terray
de Rofieres , eut l'honneur de faire fes remerciements
au Roi , préfenté par M. le Garde des
( 223 )
Sceaux. Le même jour le Vicomte de Vibraye , Miniftre
Plénipotentiaire du Roi , près le Duc de Wirtemberg
, & fon Miniftré près le Cercle de Souabe
qui étoit ici par congé , eut l'honneur d'être préfenté
à S. M. par le Miniftre des affaires Etrangères , & de
prendre congé pour fe rendre à fa deftination.
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Résumé : De VERSAILLES, le 10 Septembre.
Le 10 septembre, la reine a donné naissance à un enfant. Le 25 août, le roi a reçu les serments de M. Lefèvre de Caumartin, nouveau Prévôt des Marchands de Paris, ainsi que ceux des échevins MM. Cauchat et Incelin. Le 28 août, l'évêque de Viviers a prêté serment de fidélité au roi. La veille de la fête de Saint-Louis, M. Deslandes de Lancelot a offert à son parrain un dessin du Collège Royal et Militaire de Beaumont et lui a remis son prix de dessin. Le 27 août, le baron de Tott, brigadier des armées du roi et inspecteur général des établissements français dans les Échelles du Levant et de Barbarie, a été présenté au roi par le ministre de la Marine. Le 30 août, M. Hocquart de Cueilly a été nommé procureur général à la place de M. Terray de Rosières et a exprimé sa gratitude au roi, présenté par le Garde des Sceaux. Le même jour, le vicomte de Vibraye, ministre plénipotentiaire auprès du duc de Wurtemberg et du Cercle de Souabe, a été présenté au roi par le ministre des Affaires étrangères avant de partir pour sa destination.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2749
p. 276-286
SUITE des Sermons de M. l'Abbé POULE. (dernier Extrait).
Début :
Ce qui fait le plus d'honneur, non-seulement au talent, mais même à l'ame de [...]
Mots clefs :
Dieu, Enfants, Malheur, M. l'Abbé Poule, Âme, Malheureux, Jean-Baptiste Massillon, Enfer, Élève, Misère, Sermons, Infortune, Charité, Intérêt
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Sermons de M. l'Abbé POULE. (dernier Extrait).
SUITE des Sermons de M. l'Abbé Poule.
( dernier Extrait ) .
Ce qui fait le plus d'honneur , non- feulement
au talent , mais même à l'ame de
M. l'Abbé Poule , c'eft que jamais il n'eſt
plus éloquent que lorfqu'il prête fa voix à
l'infortune , & qu'il follicite la bienfaiſance.
Aufli après avoir parlé de fa belle Exhortation
fur l'aumône , nous citerons celle qu'il
prononça dans une autre affemblée de charité
, en faveur des Enfans- Trouvés , & qui
peut - être eft encore fupérieure à la première.
Le Texte en eft très -heureux : Pater meus
& mater mea dereliquerunt me : mon père
& ma mère m'ont abandonné ; & entrant
tout de fuite en matière , comme fi tous ces
malheureux Enfans euffent enſemble élevé
leurs voix , l'Orateur s'écrie : » Chrétiens
Auditeurs, les avez-vous entendus , les cris
» de cette multitude de malheureux , aban-
» donnés, prefque en naiffant, de ceux même
» qui leur ont donné le jour. Les avez - vous
» entendus fans émotion ? &c. Et joignant
Péclat des figures à la vivacité de cette
exorde , il continue : », que d'Ifmaëls confu-
» més par la faim , fe traînent languiffam-
» ment dans le defert , loin des yeux de
» leurs mères éplorées ! Où font les Anges
confolateurs qui accourent pour les fou-
ןג
33
DE FRANCE. 277
ود
lager dans leurs befoins ? Que de Moïfes
flottent dans leurs berceaux fur les eaux
» du Nil , éloignés de toute affiftance ? Où
» font les filles de Pharaon qui fe laiffent
» toucher à leur malheur , & s'empreffent
» de les enlever aux périls qui les menaçent ?
» Hélas , la Divine Providence pourvoit
» abondamment dans nos champs à la nour-
» riture des petits des oiſeaux; & dans la Capi-
» tale, cette Reine orgueilleufe des Cités, les
> enfans des pauvres qu'on y amène de toutes
» parts , ces enfans adoptés plus fingulière-
» ment par la Patrie , notre mère commune ,
»trouvent à peine une demi-fubftance ! En-
» core , pour leur procurer ces légers fecours,
» il faut que le zèle actif & perfévérant de
» leurs protecteurs , auffi compatiffans que
généreux , arrache à la dureté des uns des
» dons paffagers & toujours infuffifans ; il
» faut que l'on déguife aux autres le bien-
» fait de l'aumône fous l'appât aviliffant de
» l'intérêt ; & , à la honte de notre fiècle ,
» cette dernière reffource eft la plus affurée ,
» parce que la miféricorde s'affoiblit de jour
» en jour , & que l'intérêt eft immortel.
»
"
و د
On trouve un moment après un trait bien
ingénieux fur les établiffemens de charité :
lorfqu'en parcourant la Capitale , on dé-
" couvre ces édifices immenfes femés de
» loin à loin , qu'on lit fur le frontfpice
» ces infcriptions confolantes qui promet278
MERCURE
33
» tent refuge , foulagemens , remèdes ;
fubfiftance , miféricorde ; qu'on entre ,
» & qu'on y trouve pour habitans un peuple
de malheureux abandonnés , & pref-
» que fans fecours , n'auroit on pas lieu de
» dire , à ne juger que fur les apparences :
» cette ville fut bâtie par des chrétiens , elle
» a été conquife par des barbares.
ود
99
»
»
C'eft avec la nobleffe & l'énergie de
Boffuet , qu'il trace les caufes de cette misère
publique qui produit tant d'orphelins
& d'infortunés » fi vous me demandez
» d'où font venus la plupart de ces enfans
qui peuplent le nouvel afyle que nous
»vifitons , je vous répondrai : de la hauteur
» de leurs châteaux menaçans , des Seigneurs
infatiables ont fondu avec la rapi-
» dité de l'aigle , fur des vaffaux fans
défenſe , abattus par la crainte ; ces tyrans
» altérés ont difparu tout à- coup , empor-
» tant avec eux , vers cette Capitale , les
dépouilles dégoûtantes des pleurs de tant
» de miférables : elles ferviront d'ornement
» au triomphe barbare de leur luxe. Ces
» vaffaux défefpérés ont été forcés d'envoyer
» leurs enfans en Egypte , pour les dérober
» au glaive de la misère : les voilà. Hélas !
» les puiffans du fiècle devoient être les
protecteurs & les pères de ces peuples ?
N'eft-ce pas aux pafteurs à paître les bre-
» bis ? Les brebis nourriroient leurs agneaux.
"9
DE FRANCE. 279
Mais l'Orateur s'élève au- deffus de luimême
quand il peint ces épouvantables
abus , fur lefquels on fe contente de gémir
tous les jours avec une compaffion ſtérile ,
fans qu'on ait le courage d'y remédier . In-
» fenfiblement nous fommes parvenus à ces
» lieux deſtinés au foulagement des pauvres
» malades. Préparez vous au plus terrible
de tous les fpectacles ; avancez & voyez :
» le fupplice affreux inventé par la cruauté
des tyrans ,
d'attacher inféparablement les
» vivans aux morts ; la néceffite le renou-
» velle ici conftamment fous les enfeignes
» de la miféricorde : dans un même lit fu-
» nèbre , & au- deſſus , gît un tas de malades,
» de moûrans , de cadavres pêle- mêle con-
» fondus.
ور
ود
»
Que les réjouiffances & les fêtes ceffent .
parmi les hommes , s'ils font encore fufceptibles
de quelque impreffion de fenfibi-
» lité ! Malheur ! malheur ! que cette parole
» formidable retentiffe par-tout aux oreilles
» des riches , & les pourfuive fans ceffe !
» Malheur! malheur! que la nature confternée
s'abyfme dans le deuil , & qu'elle ne fe
» relève que lorfque la charité, plus généreufe
& parfaitement fecourable , aur
»réparé cet outrage fait à l'humanité !
C'eft bien là le langage d'un homme trop
puiffamment ému , pour ne pas émouvoir.
Ce cri , malheur ! malheur ! eft un des plus
1280 MERCURE
"
وو
"
ود
»
: อ
beaux que l'éloquence évangélique ait jamais
fait entendre ; c'eft celui d'une ame fenfible
& indignée. L'Auteur emploie des nuances
plus douces dans la peinture touchante de
l'enfance malheureufe, & de l'intérêt qu'elle
infpire il faudroit étaler ici cette foule
prodigieufe de nourriffons de la Patrie ;
' ils n'ont pas de meilleurs interceffeurs
que leur préfence & leur nombre : pourquoi
les cacher ? C'eſt le jour de leur
moiffon ; c'eſt la fête de leur adoption :
» où font- ils ? Appréhenderoit-on de les
introduire dans ce Temple? Jefus- Chrift
les aime ; il vous exhorte de ne pas les
empêcher d'aller jufqu'à lui ; il vous les
propofe comme des modèles que vous
» devez imiter. Que craindriez-vous vousmêmes
de ces enfans timides ? Leur
misère n'a rien qui puiffe offenfer votre
» délicateffe ? Ils ne vous importuneront
pas de leurs gémiffemens ni de leurs
» plaintes ; ils ne favent pas qu'ils font pau-
» vres : puiffent- ils ne le favoir jamais ! Ils
» ne vous reprocheront ni la dureté de votre
» coeur , ni vos prodigalités infenfées , ni
vos fuperfluités ruineufes. Ils ignorent les
droits qu'ils ont fur vous , & tout ce que
» leur coûtent vos paffions & votre luxe.
Vous les verrez fe jouer dans le fein de
» la Providence , incapables également de
» reconnoiſſance & d'ingratitude , toujours
"
DE FRANCE. 281
ود
"
» contents dès que les premiers befoins de
la nature font fatisfaits , leurs defirs ne
s'étendent pas plus loin . Préfentez - leur l'or
» & l'argent que vous leur deſtinez , ils les
» faifiront d'abord avec empreffement ,
» comme un objet d'amufement & de
« curiofité ; ils s'en dégoûteront bientôt ,
» & vous les laifferont reprendre avec in-
» différence. Les prémices intéreffantes de
la vie , la foibleffe & les graces de leur
âge , leur ingénuité , leur candeur , leur
» innocence leur infenfibilité même à
» leur propre infortune , vous attendriroient
jufqu'aux larmes. Qu'il nous feroit alors
» aifé d'achever leur triomphe fur vous !
Jamais , depuis Maffillon , le miniſtère
de la parole Evangélique n'a été exercé avec
une éloquence plus perfuafive & plus briklante.
Les mêmes beautés fe retrouvent dans
les Sermons fur la parole de Dieu , fur la
foi , fur les afflictions , &c. On ne peut faire
à M. l'Abbé Poule qu'un feul reproche ,
c'eft d'avoir écrit trop peu.
C'eft un parallèle intéreffant à préfenter ,
que celui de Maffillon & de M. l'Abbé Poule,
lorfqu'ils ont traité les mêmes fujets ; ce
qui leur eft arrivé dans les Sermons fur
l'Enfant- Prodigue & fur l'Enfer . Nous nous
bornerons à les rapprocher dans deux morceaux
de ce dernier fujet , dont nous laifferons
la comparaifon au Lecteur. Ecoutons
282 MERCURE
99
d'abord Maffillon peignant les tourmens
des ames réprouvées :» le Dieu de gloire luimême
, pour augmenter leur défeſpoir ,
» fe montrera à eux plus grand , plus ma-
» gnifique, s'il étoit poffible , qu'il ne paroît
» à fes Elus. Il étalera à leurs yeux toute fa
» Majeſté , pour réveiller dans leur coeur
» tous les mouvemens les plus vifs d'un
amour inféparable de leur être ; & fa
clémence , fa bonté , fa munificence , les
tourmentera plus cruellement que fa fu-
» reur & fa juftice. Nous ne fentons pas ici
» bas , mes Frères , la violence de l'amour
naturel que notre ame a pour fon Dieu ,
» parce que les faux biens qui nous environnent
, & que nous prenons pour le
bien véritable , ou l'occupent ou la par-
» tagent ; mais l'ame une fois féparée du
corps , ah ! tous ces phantômes qui l'abu-
» foient s'évanouiront ; tous ces attachemens
étrangers périront ; elle ne pourra plus
» aimer que fon Dieu , parce qu'elle ne
» connoîtra plus que lui d'aimable. Tous
fes penchans , toutes fes lumières , tous
» fes defirs , tous fes mouvemens , tout fon
» être fe réunira dans ce feul amour ; tout
l'emportera , tout la précipitera , fi je l'ofe
dire , dans le fein de fon Dieu , & le
poids de fon iniquité la fera fans ceffe
retomber fur elle - même. Eternellement
forcée de prendre l'effor vers le Ciel ,
"
n
n
"
DE FRANCE 283
éternellement repouffée vers l'abyfme , &
plus malheureufe de ne pouvoir ceffer
d'aimer , que de fentir les effets terribles
de la juftice & de la vengeance de ce
» qu'elle aime.
P
39
porte
On retrouvera dans M. l'Abbé Poule
précisément les mêmes idées , mais traitées
d'une manière très- différente : » dans la pri-
» vation entière des biens de la gloire , le
réprouvé eft rendu , à qui ? A fon Dieu ;
» fur la terre c'eft le pêcheur qui fe défend ,
» & c'eft Dieu qui le pourfuit , qui ne peut
confentir à fa perte , qui heurte à la
de fon coeur , qui l'appelle par fa grace .
Dans l'Enfer tout rentre dans l'ordre ;
» c'eſt Dieu qui ſe refufe , & c'eſt le réprouvé
qui le cherche . Son ame dégagée
des liens imperceptibles qui fufpendoient
la rapidité de fa pente naturelle , eft rappelée
malgré elle à toute fa deftination ;
» elle tend à Dieu comme à fon centre
;
» elle fe porte vers lui avec impétuofité.
23. Où vas tu , ame criminelle ? Tu voles au-
» devant de ton Juge ! ni cette confidération,
ni fes alarmes , ni les châtimens qu'elle
fe prépare , ne font pas capables d'arrêter
l'impulfion vive qui l'entraîne ; elle s'élance
par la néceffité de fa nature , & toutes
» les perfections divines qu'elle a outragées ,
s'empreffent de la rejeter ; elle s'élève
» par le befoin immenfe & preffant qu'elle
33
"
284
MERCURE
» a de fon Dieu; & fon Dieu la repouffe
» par la haine néceffaire qu'il porte au péché.
» Elle s'élance , & la rapidité de fon effor
» lui fait encore mieux comprendre qu'elle
étoit faite pour jouir de Dieu . Elle en
eft rejetée ; & la pefanteur du coup qui
l'accable , lui fait encore mieux connoître
qu'elle a forcé fon Dieu à la repouffer.
» Elle s'élève par défefpoir ; Dieu la rejette
par une jufte vengeance . Sufpendue entre
elle-même & fon Dieu , entre le comble
du bonheur & le comble de la misère. ;
également malheureufe , & quand elle
» s'efforce de s'approcher de cette fource
de tous les biens , & quand elle en eft
arrachée avec violence ; également tourmentée
, & lorfqu'elle fort d'elle-même ,
» & lorfqu'elle eft contrainte de s'y replon
ger , elle trouve fon Dieu fans pouvoir
» le pofféder ; elle fe fuit fans pouvoir s'éviter
; elle paffe fucceffivement des ténèbres
à la lumière , de la lumière aux ténèbres ;
elleroule d'abyfines en abyfmes , d'horreurs
en horreurs ; elle porte l'Enfer jufques
vers le Ciel ; elle rapporte l'image du Ciel
jufques dans l'Enfer même.
ינ
L'autre morceau eft dans le Sermon du
mauvais riche de Maffillon . » Peut-être que
l'inventeur de ces fpectacles criminels
» où vous courez avec tant de fureur , fenis
tant croître la rigueur de fes peines à
DE FRANCE. 285
""
n
mefure que les fruits dangereux & irré
parables de fon art , portent un nouveau
poifon dans vos ames , peut- être qu'il
fait monter fes rugiffemens jufqu'au fein
» d'Abraham , pour obtenir qu'il puiffe lui-
» même , avec fon cadavre hideux & dévoré
des feux éternels , venir paroître fur ces
» théâtres infâmes que fa main éleva autrefois
, & corriger par l'effroi de ce nouveau
fpectacle , le danger de ceux qui lui doivent
leur naiffance , & auxquels il doit
» lui -même fon éternelle infortune .
"
90.
"
M. l'Abbé Poule a fait ufage de la même
idée dans fon Sermon fur l'Enfer , où il
dit , en peignant les fupplices du reprouvé
» les fruits malheureux de fes iniquités font
reproduits ; la juftice Divine les tire des
» vafes de fa fureur où ils étoient en dépôt ;
les inventeurs de ces fcènes fabuleufes , de
» ces repréſentations profanes , fi dangereu-
»fes à l'innocence , ont fans ceffe préfens
à leur efprit ces théâtres féducteurs qu'ils
sont élevés pour toujours à l'illufion , au
preftige des fens , à la dépravation des
» moeurs , & ils font entourés d'une foule
innombrable de malheureux qu'ils ont
» entraînés.
>>
On a pu remarquer en quelques endroits
que la diction de M. l'Abbé Poule n'étoit
pas toujours auffi pure & auffi naturelle
celle de Maffillon ; mais ces légères taches
que
286 MERCURE
difparoiffent devant le génie oratoire qui
brille dans fes ouvrages , & n'empêchent
pas qu'il ne doive être mis au rang des
modèles de l'éloquence de la Chaire , dont,
notre fiècle peut s'honorer.
( dernier Extrait ) .
Ce qui fait le plus d'honneur , non- feulement
au talent , mais même à l'ame de
M. l'Abbé Poule , c'eft que jamais il n'eſt
plus éloquent que lorfqu'il prête fa voix à
l'infortune , & qu'il follicite la bienfaiſance.
Aufli après avoir parlé de fa belle Exhortation
fur l'aumône , nous citerons celle qu'il
prononça dans une autre affemblée de charité
, en faveur des Enfans- Trouvés , & qui
peut - être eft encore fupérieure à la première.
Le Texte en eft très -heureux : Pater meus
& mater mea dereliquerunt me : mon père
& ma mère m'ont abandonné ; & entrant
tout de fuite en matière , comme fi tous ces
malheureux Enfans euffent enſemble élevé
leurs voix , l'Orateur s'écrie : » Chrétiens
Auditeurs, les avez-vous entendus , les cris
» de cette multitude de malheureux , aban-
» donnés, prefque en naiffant, de ceux même
» qui leur ont donné le jour. Les avez - vous
» entendus fans émotion ? &c. Et joignant
Péclat des figures à la vivacité de cette
exorde , il continue : », que d'Ifmaëls confu-
» més par la faim , fe traînent languiffam-
» ment dans le defert , loin des yeux de
» leurs mères éplorées ! Où font les Anges
confolateurs qui accourent pour les fou-
ןג
33
DE FRANCE. 277
ود
lager dans leurs befoins ? Que de Moïfes
flottent dans leurs berceaux fur les eaux
» du Nil , éloignés de toute affiftance ? Où
» font les filles de Pharaon qui fe laiffent
» toucher à leur malheur , & s'empreffent
» de les enlever aux périls qui les menaçent ?
» Hélas , la Divine Providence pourvoit
» abondamment dans nos champs à la nour-
» riture des petits des oiſeaux; & dans la Capi-
» tale, cette Reine orgueilleufe des Cités, les
> enfans des pauvres qu'on y amène de toutes
» parts , ces enfans adoptés plus fingulière-
» ment par la Patrie , notre mère commune ,
»trouvent à peine une demi-fubftance ! En-
» core , pour leur procurer ces légers fecours,
» il faut que le zèle actif & perfévérant de
» leurs protecteurs , auffi compatiffans que
généreux , arrache à la dureté des uns des
» dons paffagers & toujours infuffifans ; il
» faut que l'on déguife aux autres le bien-
» fait de l'aumône fous l'appât aviliffant de
» l'intérêt ; & , à la honte de notre fiècle ,
» cette dernière reffource eft la plus affurée ,
» parce que la miféricorde s'affoiblit de jour
» en jour , & que l'intérêt eft immortel.
»
"
و د
On trouve un moment après un trait bien
ingénieux fur les établiffemens de charité :
lorfqu'en parcourant la Capitale , on dé-
" couvre ces édifices immenfes femés de
» loin à loin , qu'on lit fur le frontfpice
» ces infcriptions confolantes qui promet278
MERCURE
33
» tent refuge , foulagemens , remèdes ;
fubfiftance , miféricorde ; qu'on entre ,
» & qu'on y trouve pour habitans un peuple
de malheureux abandonnés , & pref-
» que fans fecours , n'auroit on pas lieu de
» dire , à ne juger que fur les apparences :
» cette ville fut bâtie par des chrétiens , elle
» a été conquife par des barbares.
ود
99
»
»
C'eft avec la nobleffe & l'énergie de
Boffuet , qu'il trace les caufes de cette misère
publique qui produit tant d'orphelins
& d'infortunés » fi vous me demandez
» d'où font venus la plupart de ces enfans
qui peuplent le nouvel afyle que nous
»vifitons , je vous répondrai : de la hauteur
» de leurs châteaux menaçans , des Seigneurs
infatiables ont fondu avec la rapi-
» dité de l'aigle , fur des vaffaux fans
défenſe , abattus par la crainte ; ces tyrans
» altérés ont difparu tout à- coup , empor-
» tant avec eux , vers cette Capitale , les
dépouilles dégoûtantes des pleurs de tant
» de miférables : elles ferviront d'ornement
» au triomphe barbare de leur luxe. Ces
» vaffaux défefpérés ont été forcés d'envoyer
» leurs enfans en Egypte , pour les dérober
» au glaive de la misère : les voilà. Hélas !
» les puiffans du fiècle devoient être les
protecteurs & les pères de ces peuples ?
N'eft-ce pas aux pafteurs à paître les bre-
» bis ? Les brebis nourriroient leurs agneaux.
"9
DE FRANCE. 279
Mais l'Orateur s'élève au- deffus de luimême
quand il peint ces épouvantables
abus , fur lefquels on fe contente de gémir
tous les jours avec une compaffion ſtérile ,
fans qu'on ait le courage d'y remédier . In-
» fenfiblement nous fommes parvenus à ces
» lieux deſtinés au foulagement des pauvres
» malades. Préparez vous au plus terrible
de tous les fpectacles ; avancez & voyez :
» le fupplice affreux inventé par la cruauté
des tyrans ,
d'attacher inféparablement les
» vivans aux morts ; la néceffite le renou-
» velle ici conftamment fous les enfeignes
» de la miféricorde : dans un même lit fu-
» nèbre , & au- deſſus , gît un tas de malades,
» de moûrans , de cadavres pêle- mêle con-
» fondus.
ور
ود
»
Que les réjouiffances & les fêtes ceffent .
parmi les hommes , s'ils font encore fufceptibles
de quelque impreffion de fenfibi-
» lité ! Malheur ! malheur ! que cette parole
» formidable retentiffe par-tout aux oreilles
» des riches , & les pourfuive fans ceffe !
» Malheur! malheur! que la nature confternée
s'abyfme dans le deuil , & qu'elle ne fe
» relève que lorfque la charité, plus généreufe
& parfaitement fecourable , aur
»réparé cet outrage fait à l'humanité !
C'eft bien là le langage d'un homme trop
puiffamment ému , pour ne pas émouvoir.
Ce cri , malheur ! malheur ! eft un des plus
1280 MERCURE
"
وو
"
ود
»
: อ
beaux que l'éloquence évangélique ait jamais
fait entendre ; c'eft celui d'une ame fenfible
& indignée. L'Auteur emploie des nuances
plus douces dans la peinture touchante de
l'enfance malheureufe, & de l'intérêt qu'elle
infpire il faudroit étaler ici cette foule
prodigieufe de nourriffons de la Patrie ;
' ils n'ont pas de meilleurs interceffeurs
que leur préfence & leur nombre : pourquoi
les cacher ? C'eſt le jour de leur
moiffon ; c'eſt la fête de leur adoption :
» où font- ils ? Appréhenderoit-on de les
introduire dans ce Temple? Jefus- Chrift
les aime ; il vous exhorte de ne pas les
empêcher d'aller jufqu'à lui ; il vous les
propofe comme des modèles que vous
» devez imiter. Que craindriez-vous vousmêmes
de ces enfans timides ? Leur
misère n'a rien qui puiffe offenfer votre
» délicateffe ? Ils ne vous importuneront
pas de leurs gémiffemens ni de leurs
» plaintes ; ils ne favent pas qu'ils font pau-
» vres : puiffent- ils ne le favoir jamais ! Ils
» ne vous reprocheront ni la dureté de votre
» coeur , ni vos prodigalités infenfées , ni
vos fuperfluités ruineufes. Ils ignorent les
droits qu'ils ont fur vous , & tout ce que
» leur coûtent vos paffions & votre luxe.
Vous les verrez fe jouer dans le fein de
» la Providence , incapables également de
» reconnoiſſance & d'ingratitude , toujours
"
DE FRANCE. 281
ود
"
» contents dès que les premiers befoins de
la nature font fatisfaits , leurs defirs ne
s'étendent pas plus loin . Préfentez - leur l'or
» & l'argent que vous leur deſtinez , ils les
» faifiront d'abord avec empreffement ,
» comme un objet d'amufement & de
« curiofité ; ils s'en dégoûteront bientôt ,
» & vous les laifferont reprendre avec in-
» différence. Les prémices intéreffantes de
la vie , la foibleffe & les graces de leur
âge , leur ingénuité , leur candeur , leur
» innocence leur infenfibilité même à
» leur propre infortune , vous attendriroient
jufqu'aux larmes. Qu'il nous feroit alors
» aifé d'achever leur triomphe fur vous !
Jamais , depuis Maffillon , le miniſtère
de la parole Evangélique n'a été exercé avec
une éloquence plus perfuafive & plus briklante.
Les mêmes beautés fe retrouvent dans
les Sermons fur la parole de Dieu , fur la
foi , fur les afflictions , &c. On ne peut faire
à M. l'Abbé Poule qu'un feul reproche ,
c'eft d'avoir écrit trop peu.
C'eft un parallèle intéreffant à préfenter ,
que celui de Maffillon & de M. l'Abbé Poule,
lorfqu'ils ont traité les mêmes fujets ; ce
qui leur eft arrivé dans les Sermons fur
l'Enfant- Prodigue & fur l'Enfer . Nous nous
bornerons à les rapprocher dans deux morceaux
de ce dernier fujet , dont nous laifferons
la comparaifon au Lecteur. Ecoutons
282 MERCURE
99
d'abord Maffillon peignant les tourmens
des ames réprouvées :» le Dieu de gloire luimême
, pour augmenter leur défeſpoir ,
» fe montrera à eux plus grand , plus ma-
» gnifique, s'il étoit poffible , qu'il ne paroît
» à fes Elus. Il étalera à leurs yeux toute fa
» Majeſté , pour réveiller dans leur coeur
» tous les mouvemens les plus vifs d'un
amour inféparable de leur être ; & fa
clémence , fa bonté , fa munificence , les
tourmentera plus cruellement que fa fu-
» reur & fa juftice. Nous ne fentons pas ici
» bas , mes Frères , la violence de l'amour
naturel que notre ame a pour fon Dieu ,
» parce que les faux biens qui nous environnent
, & que nous prenons pour le
bien véritable , ou l'occupent ou la par-
» tagent ; mais l'ame une fois féparée du
corps , ah ! tous ces phantômes qui l'abu-
» foient s'évanouiront ; tous ces attachemens
étrangers périront ; elle ne pourra plus
» aimer que fon Dieu , parce qu'elle ne
» connoîtra plus que lui d'aimable. Tous
fes penchans , toutes fes lumières , tous
» fes defirs , tous fes mouvemens , tout fon
» être fe réunira dans ce feul amour ; tout
l'emportera , tout la précipitera , fi je l'ofe
dire , dans le fein de fon Dieu , & le
poids de fon iniquité la fera fans ceffe
retomber fur elle - même. Eternellement
forcée de prendre l'effor vers le Ciel ,
"
n
n
"
DE FRANCE 283
éternellement repouffée vers l'abyfme , &
plus malheureufe de ne pouvoir ceffer
d'aimer , que de fentir les effets terribles
de la juftice & de la vengeance de ce
» qu'elle aime.
P
39
porte
On retrouvera dans M. l'Abbé Poule
précisément les mêmes idées , mais traitées
d'une manière très- différente : » dans la pri-
» vation entière des biens de la gloire , le
réprouvé eft rendu , à qui ? A fon Dieu ;
» fur la terre c'eft le pêcheur qui fe défend ,
» & c'eft Dieu qui le pourfuit , qui ne peut
confentir à fa perte , qui heurte à la
de fon coeur , qui l'appelle par fa grace .
Dans l'Enfer tout rentre dans l'ordre ;
» c'eſt Dieu qui ſe refufe , & c'eſt le réprouvé
qui le cherche . Son ame dégagée
des liens imperceptibles qui fufpendoient
la rapidité de fa pente naturelle , eft rappelée
malgré elle à toute fa deftination ;
» elle tend à Dieu comme à fon centre
;
» elle fe porte vers lui avec impétuofité.
23. Où vas tu , ame criminelle ? Tu voles au-
» devant de ton Juge ! ni cette confidération,
ni fes alarmes , ni les châtimens qu'elle
fe prépare , ne font pas capables d'arrêter
l'impulfion vive qui l'entraîne ; elle s'élance
par la néceffité de fa nature , & toutes
» les perfections divines qu'elle a outragées ,
s'empreffent de la rejeter ; elle s'élève
» par le befoin immenfe & preffant qu'elle
33
"
284
MERCURE
» a de fon Dieu; & fon Dieu la repouffe
» par la haine néceffaire qu'il porte au péché.
» Elle s'élance , & la rapidité de fon effor
» lui fait encore mieux comprendre qu'elle
étoit faite pour jouir de Dieu . Elle en
eft rejetée ; & la pefanteur du coup qui
l'accable , lui fait encore mieux connoître
qu'elle a forcé fon Dieu à la repouffer.
» Elle s'élève par défefpoir ; Dieu la rejette
par une jufte vengeance . Sufpendue entre
elle-même & fon Dieu , entre le comble
du bonheur & le comble de la misère. ;
également malheureufe , & quand elle
» s'efforce de s'approcher de cette fource
de tous les biens , & quand elle en eft
arrachée avec violence ; également tourmentée
, & lorfqu'elle fort d'elle-même ,
» & lorfqu'elle eft contrainte de s'y replon
ger , elle trouve fon Dieu fans pouvoir
» le pofféder ; elle fe fuit fans pouvoir s'éviter
; elle paffe fucceffivement des ténèbres
à la lumière , de la lumière aux ténèbres ;
elleroule d'abyfines en abyfmes , d'horreurs
en horreurs ; elle porte l'Enfer jufques
vers le Ciel ; elle rapporte l'image du Ciel
jufques dans l'Enfer même.
ינ
L'autre morceau eft dans le Sermon du
mauvais riche de Maffillon . » Peut-être que
l'inventeur de ces fpectacles criminels
» où vous courez avec tant de fureur , fenis
tant croître la rigueur de fes peines à
DE FRANCE. 285
""
n
mefure que les fruits dangereux & irré
parables de fon art , portent un nouveau
poifon dans vos ames , peut- être qu'il
fait monter fes rugiffemens jufqu'au fein
» d'Abraham , pour obtenir qu'il puiffe lui-
» même , avec fon cadavre hideux & dévoré
des feux éternels , venir paroître fur ces
» théâtres infâmes que fa main éleva autrefois
, & corriger par l'effroi de ce nouveau
fpectacle , le danger de ceux qui lui doivent
leur naiffance , & auxquels il doit
» lui -même fon éternelle infortune .
"
90.
"
M. l'Abbé Poule a fait ufage de la même
idée dans fon Sermon fur l'Enfer , où il
dit , en peignant les fupplices du reprouvé
» les fruits malheureux de fes iniquités font
reproduits ; la juftice Divine les tire des
» vafes de fa fureur où ils étoient en dépôt ;
les inventeurs de ces fcènes fabuleufes , de
» ces repréſentations profanes , fi dangereu-
»fes à l'innocence , ont fans ceffe préfens
à leur efprit ces théâtres féducteurs qu'ils
sont élevés pour toujours à l'illufion , au
preftige des fens , à la dépravation des
» moeurs , & ils font entourés d'une foule
innombrable de malheureux qu'ils ont
» entraînés.
>>
On a pu remarquer en quelques endroits
que la diction de M. l'Abbé Poule n'étoit
pas toujours auffi pure & auffi naturelle
celle de Maffillon ; mais ces légères taches
que
286 MERCURE
difparoiffent devant le génie oratoire qui
brille dans fes ouvrages , & n'empêchent
pas qu'il ne doive être mis au rang des
modèles de l'éloquence de la Chaire , dont,
notre fiècle peut s'honorer.
Fermer
Résumé : SUITE des Sermons de M. l'Abbé POULE. (dernier Extrait).
L'abbé Poule est reconnu pour ses sermons en faveur des malheureux et pour inciter à la bienfaisance. Un de ses sermons marquants est celui en faveur des Enfants-Trouvés, où il utilise des références bibliques et des images émouvantes pour sensibiliser son auditoire. Il compare leur détresse à celle des enfants d'Israël et critique la société qui laisse mourir ces enfants malgré ses ressources. L'abbé dénonce les abus et injustices sociales, imputant la création d'orphelins à l'exploitation des paysans par les seigneurs. Il décrit les conditions misérables des hôpitaux et appelle à la charité pour soulager ces souffrances. Le texte compare également les sermons de Maffillon et de l'abbé Poule, notamment sur l'Enfant Prodigue et l'Enfer. L'abbé Poule est apprécié pour son éloquence persuasive, bien que l'on regrette qu'il n'ait pas laissé plus d'écrits. Dans leurs sermons sur l'Enfer, Maffillon décrit les tourments des âmes damnées, tandis que l'abbé Poule met en lumière l'attirance irrésistible de l'âme vers Dieu malgré son rejet. Les deux auteurs explorent la lutte intérieure de l'âme entre son désir de Dieu et la justice divine. Le texte aborde aussi la représentation de l'Enfer et ses conséquences morales, évoquant une vision cyclique de l'existence humaine. Le sermon du mauvais riche de Massillon est mentionné comme exemple. L'abbé Poule traite des supplices des réprouvés et des dangers des représentations profanes pour l'innocence. Bien que sa diction soit parfois moins pure que celle de Massillon, l'œuvre de l'abbé Poule est reconnue pour son génie oratoire et son importance dans l'éloquence de la chaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2750
p. 296-302
Anecdotes du Règne de Louis XVI, [titre d'après la table]
Début :
Anecdotes du Règne de Louis XVI, recueillies & publiées par M. Nougaret, année [...]
Mots clefs :
Louis XVI, Anecdotes, Devoir, Humanité, Compte, Enfants, Prisonniers, Crime, Curé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Anecdotes du Règne de Louis XVI, [titre d'après la table]
Anecdotes du Règne de Louis XVI,recueillies
& publiées par M. Nougaret ,, année
1777. A Paris , chez Baftien , Libraire
rue du petit Lion , fauxbourg S. Germain
les années 1774 , 1775 & 1776 .
fe trouvent chez le même Libraire,
Des actes de bienfaifance , des Edits pam. ра
ternels. , des réformes en tout genre d'adminiſtration
, des établiſſemens utiles , des
paroles pleines d'une bonté royale : voilà ce
qu'on trouve à tout moment dans ce Recueil
d'Anecdotes , où les bonnes actions:
des particuliers femblent avoir été dictées
par l'exemple du Souverain. Nous croyons
qu'il eft de notre devoir de rapporter ici
avant tout, ce préambule d'un Edit für la
réparation , l'entretien & Faggrandiffement
des prifons..
DE FRANCE. 297
ן כ
L'humanité fur le Trône eft un fpectacle
qu'il faut montret aux âmes dures , trop
communes encore dans ce fiècle ; & il faut
que les Citoyens connoiffent toutes leurs ef
pérances: Nous n'avons pu apprendre, fans
une peine infinie , que , faute de terreins
» ou bâtimens convenables , les prifonniers
» détenus pour dettes, & qui ne font fouvent
coupables que d'imprévoyance , étoient
» mêlés avec des hommes avilis par le crime
des
» & par la débauche ; & que bientôt , cor-
* rompus dans cette funefte fociété , ils ne
rentroient dans le monde que pour y
pandre les vices qu'ils y avoient contrac
tés. Nous n'avons pas été moins affectés
» du compte qui nous a été rendu de ces
""
23
30
rélieux
fouterrains où d'autres prifonniers
» font renfermés : nous avons fu que les
ténèbres , la contagion , le manque d'air
& d'espace en avoient fait des féjours
» d'horreur & de défefpoir ; & , fi l'huma
» nité peut preferire d'épargner , même aux
» eriminels , ces fupplices ignorés & perdus
» pour l'exemple , c'eft un devoir cher à
» notre coeur que d'en préferver ceux de
nos Sujets dont le crime eft encore incer
» tain , & qui fe trouveroient ainfi punis
» avant d'être jugés ;. & , fi la fomme que
nous avons établie , à la charge de noss
» Domaines , jointe aux efforts des Villes
» de notre Royaume , ne fuffifoitpas au but
Mw
293 MERCURE
» que nous nous propofons , nous l'aug-
» menterons lorfque les autres befoins pref-
» fans de notre Etat le permettront ; & rien
» ne pourra nous intéreffer davantage à l'or-
» dre & à l'économie de nos Finances, que la
» fatisfaction que nous éprouverons , à en
» deftiner fucceffivement les fruits à adou-
» cir le fort de la partie de nos Sujets la plus
» malheureufe ».
Les ames délicates , qui fentent les ménagemens
qu'ondoit à l'infortune, & qui favent
combien un bienfait acquiert de prix par la
grace que l'on y met, liront avec bien du plai-
Gir l'Anecdote fuivante : » Mgr.l'Archevêque
» d'Auch ayant appris que deux jeunes per-
» fonnes , d'une famille diftinguée , vivoient
» avec beaucoup de peine du travail de leurs
mains , & qu'elles n'avoient d'autres biens
que quelques mauvais meubles , & un
vieux tableau de peu de valeur , ce géné-
» reux Prélat fe tranfporta auffi - tôt chez
ces infortunées , & voulant les fecourir.
» fans bleffer leur délicateffe , il leur dit en
❤ fouriant , & de l'air le plus affable : vous
→ avez dans votre chambre , Mefdemoiſel-
» les , un tableau dont j'ai beaucoup entendu
parler : je le vois ; il eft d'un grand
» Maître , il me plaît fingulièrement : fi ce
» n'étoit pas vous demander une trop grande
» grace , je vous prierois de me le céder
» pour une rente-viagère de cent louis , que
DE FRANCE. 299
» je m'oblige à vous faire dès ce moment :
» voici la première année d'avance » .
و د
"
ود
pa-
C
On doit favoir gré à l'Auteur de nous
avoir confervé un monument très-précieux
d'une éloquence vraiment paftorale &
triotique. Une Paroiffe du Quercy étoit
expofée aux plus vives alarmes , par les
» murmures & les cris qu'avoit excités la
» défenſe d'enterrer dans les Eglifes & dans
les Cimetières qui ne font pas hors des Vil-
» les . Le Curé , refpectable par fon âge &
» par fes vertus , monta en chaire : mes en-
» fans , dit-il aux féditieux , j'entends votre
piété qui murmure , & qui dit : pourquoi
» veut- on nous priver de la confolation d'être
enfevelis avec nos pères ? Pourquoi nous
» défend on de mêler nos cendres aux
» leurs ? Afin qu'après votre mort vous ne
faffiez pas de mal à vos enfans , à qui
» vous voudriez faire tant de bien pendant
» votre vie ; afin d'abolir un abus perni-
» cieux , afin de détruire un ufage contraire.
» à l'humanité. Eh quoi ! voudriez- vous
» donc acheter une vaine fatisfaction au
» prix de la vie ou de la fanté de vos def-
» cendans ? Jufte Ciel , je vois d'ici frémir
» & fe reculer d'horreur les corps de vos
» ancêtres , lorfqu'on vous portera dans leurs
fépulcres ; je les entends s'écrier : ils ne
» font pas nos enfans , nous n'étions pas
auili barbares. --- Non , mes frères , yous
و د
N vj
300 MERCURE
ne mêlerez pas vos cendres à celles de
»vos pères ; mais vous les mêlerez à celles
» de vos enfans , de vos amis , de vos parens
qui vivent encore ; vous les mêlerez
» aux miennes : oui , je veux que mon corps ,
»foit déposé au milieu de vous dans le
nouveau Cimetière. Ceux qui naîtront
après nous , y viendront prier fur nos:
» tombes, comme fur celles de leurs bienfaiteurs
, & nos offemens treflailleront de
» joie ... Qui de vous refufera de me fuivre
» & de m'imiter ? Qui voudra abandonner.
"
fon Chef & fon Curé? Ah ! s'il en étoit
» ainfi , je vous le déclare , au jour de la
» réfurrection je me leverai feul de ce Cis
metière défert , i'irai me préſenter au .
Souverain Juge , je lui rendrai compte
» troupeau qu'il m'a confié ; & moi , votre
» père , votre frère , votre ami par la charité ,
» moi , Miniftre de paix & de miféricorde ,
» du
moi- même je deviendrai votre premier
» accufateur au Tribunal de Jéfus - Chrift ;
j'appellerai les vengeances céleftes fur ces
infidèles , qui , fans avoir voulu m'écou ,
"3
fe feront rendus coupables envers le-
2 Roi , la Loi , la Religion & l'humanité.
» On fondit en larmes ; & il n'eft pas:
befoin de dire que ce difcours , plein de
»force & d'onction , perfuada tous les
efprits ».
Il eft jufte de terminer cet articles dess
DE FRANCE. 30F
Anecdotes du Règne de Louis XVI , par um
trait qui prouve l'amour que nous confer
vons à la mémoire d'Henri IV . » Tout le
» monde fait que Henri IV eft né en
» Béarn on conferve précieufement fon
berceau dans la Capitale de cette Provin-
"
"
ce, & c'est au Château qu'on le garde
» avec le plus grand foin. Le Commandant:
» crut devoir permettre qu'il fervit d'orne-
» ment à une Fête où l'on célèbroit la bienfaifance
d'un des defcendans de ce bon
" Prince ; il le laiffa tranfporter dans la
» Ville , après que plufieurs Citoyens notables
eurent confenti à refter en otages .
jufqu'à ce qu'il fût rendu. On le porta.
» en triomphe dans les rues , orné de guir
» landes , au bruit du canon , des inftru-
» mens militaires , & d'une fymphonie mélodieufe.
Un filence refpectueux régnoit
parmi les fpectateurs , comme à une Pro-
» ceffion Refigieufe ; il n'y eut pas de Citoyen
qui n'ôtât fon chapeau , & beau-
» coup fe mirent à genoux. On vint le dé- .
pofer fous un dais de laurier en forme.
» d'arc-de triomphe , au- deffus d'un portique
élevé à l'entrée de la Ville , par où
devoient paffer les Commiffaires du Roi :
là on les harangua , & ils mirent pied à
tetre pour confidérer de plus près ce pré-
33
»-cieux monument » ..
Nous nous contenterons d'ajouter ici³ž
302 MERCURE
non comme une Anecdote , mais comme
un fait très-important & très - remarquable ,
que la France ne compte que trois Rois qui
ayent eu une marine formidable aux Anglois
, Charles V, Louis XIV & Louis
XVI.
& publiées par M. Nougaret ,, année
1777. A Paris , chez Baftien , Libraire
rue du petit Lion , fauxbourg S. Germain
les années 1774 , 1775 & 1776 .
fe trouvent chez le même Libraire,
Des actes de bienfaifance , des Edits pam. ра
ternels. , des réformes en tout genre d'adminiſtration
, des établiſſemens utiles , des
paroles pleines d'une bonté royale : voilà ce
qu'on trouve à tout moment dans ce Recueil
d'Anecdotes , où les bonnes actions:
des particuliers femblent avoir été dictées
par l'exemple du Souverain. Nous croyons
qu'il eft de notre devoir de rapporter ici
avant tout, ce préambule d'un Edit für la
réparation , l'entretien & Faggrandiffement
des prifons..
DE FRANCE. 297
ן כ
L'humanité fur le Trône eft un fpectacle
qu'il faut montret aux âmes dures , trop
communes encore dans ce fiècle ; & il faut
que les Citoyens connoiffent toutes leurs ef
pérances: Nous n'avons pu apprendre, fans
une peine infinie , que , faute de terreins
» ou bâtimens convenables , les prifonniers
» détenus pour dettes, & qui ne font fouvent
coupables que d'imprévoyance , étoient
» mêlés avec des hommes avilis par le crime
des
» & par la débauche ; & que bientôt , cor-
* rompus dans cette funefte fociété , ils ne
rentroient dans le monde que pour y
pandre les vices qu'ils y avoient contrac
tés. Nous n'avons pas été moins affectés
» du compte qui nous a été rendu de ces
""
23
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rélieux
fouterrains où d'autres prifonniers
» font renfermés : nous avons fu que les
ténèbres , la contagion , le manque d'air
& d'espace en avoient fait des féjours
» d'horreur & de défefpoir ; & , fi l'huma
» nité peut preferire d'épargner , même aux
» eriminels , ces fupplices ignorés & perdus
» pour l'exemple , c'eft un devoir cher à
» notre coeur que d'en préferver ceux de
nos Sujets dont le crime eft encore incer
» tain , & qui fe trouveroient ainfi punis
» avant d'être jugés ;. & , fi la fomme que
nous avons établie , à la charge de noss
» Domaines , jointe aux efforts des Villes
» de notre Royaume , ne fuffifoitpas au but
Mw
293 MERCURE
» que nous nous propofons , nous l'aug-
» menterons lorfque les autres befoins pref-
» fans de notre Etat le permettront ; & rien
» ne pourra nous intéreffer davantage à l'or-
» dre & à l'économie de nos Finances, que la
» fatisfaction que nous éprouverons , à en
» deftiner fucceffivement les fruits à adou-
» cir le fort de la partie de nos Sujets la plus
» malheureufe ».
Les ames délicates , qui fentent les ménagemens
qu'ondoit à l'infortune, & qui favent
combien un bienfait acquiert de prix par la
grace que l'on y met, liront avec bien du plai-
Gir l'Anecdote fuivante : » Mgr.l'Archevêque
» d'Auch ayant appris que deux jeunes per-
» fonnes , d'une famille diftinguée , vivoient
» avec beaucoup de peine du travail de leurs
mains , & qu'elles n'avoient d'autres biens
que quelques mauvais meubles , & un
vieux tableau de peu de valeur , ce géné-
» reux Prélat fe tranfporta auffi - tôt chez
ces infortunées , & voulant les fecourir.
» fans bleffer leur délicateffe , il leur dit en
❤ fouriant , & de l'air le plus affable : vous
→ avez dans votre chambre , Mefdemoiſel-
» les , un tableau dont j'ai beaucoup entendu
parler : je le vois ; il eft d'un grand
» Maître , il me plaît fingulièrement : fi ce
» n'étoit pas vous demander une trop grande
» grace , je vous prierois de me le céder
» pour une rente-viagère de cent louis , que
DE FRANCE. 299
» je m'oblige à vous faire dès ce moment :
» voici la première année d'avance » .
و د
"
ود
pa-
C
On doit favoir gré à l'Auteur de nous
avoir confervé un monument très-précieux
d'une éloquence vraiment paftorale &
triotique. Une Paroiffe du Quercy étoit
expofée aux plus vives alarmes , par les
» murmures & les cris qu'avoit excités la
» défenſe d'enterrer dans les Eglifes & dans
les Cimetières qui ne font pas hors des Vil-
» les . Le Curé , refpectable par fon âge &
» par fes vertus , monta en chaire : mes en-
» fans , dit-il aux féditieux , j'entends votre
piété qui murmure , & qui dit : pourquoi
» veut- on nous priver de la confolation d'être
enfevelis avec nos pères ? Pourquoi nous
» défend on de mêler nos cendres aux
» leurs ? Afin qu'après votre mort vous ne
faffiez pas de mal à vos enfans , à qui
» vous voudriez faire tant de bien pendant
» votre vie ; afin d'abolir un abus perni-
» cieux , afin de détruire un ufage contraire.
» à l'humanité. Eh quoi ! voudriez- vous
» donc acheter une vaine fatisfaction au
» prix de la vie ou de la fanté de vos def-
» cendans ? Jufte Ciel , je vois d'ici frémir
» & fe reculer d'horreur les corps de vos
» ancêtres , lorfqu'on vous portera dans leurs
fépulcres ; je les entends s'écrier : ils ne
» font pas nos enfans , nous n'étions pas
auili barbares. --- Non , mes frères , yous
و د
N vj
300 MERCURE
ne mêlerez pas vos cendres à celles de
»vos pères ; mais vous les mêlerez à celles
» de vos enfans , de vos amis , de vos parens
qui vivent encore ; vous les mêlerez
» aux miennes : oui , je veux que mon corps ,
»foit déposé au milieu de vous dans le
nouveau Cimetière. Ceux qui naîtront
après nous , y viendront prier fur nos:
» tombes, comme fur celles de leurs bienfaiteurs
, & nos offemens treflailleront de
» joie ... Qui de vous refufera de me fuivre
» & de m'imiter ? Qui voudra abandonner.
"
fon Chef & fon Curé? Ah ! s'il en étoit
» ainfi , je vous le déclare , au jour de la
» réfurrection je me leverai feul de ce Cis
metière défert , i'irai me préſenter au .
Souverain Juge , je lui rendrai compte
» troupeau qu'il m'a confié ; & moi , votre
» père , votre frère , votre ami par la charité ,
» moi , Miniftre de paix & de miféricorde ,
» du
moi- même je deviendrai votre premier
» accufateur au Tribunal de Jéfus - Chrift ;
j'appellerai les vengeances céleftes fur ces
infidèles , qui , fans avoir voulu m'écou ,
"3
fe feront rendus coupables envers le-
2 Roi , la Loi , la Religion & l'humanité.
» On fondit en larmes ; & il n'eft pas:
befoin de dire que ce difcours , plein de
»force & d'onction , perfuada tous les
efprits ».
Il eft jufte de terminer cet articles dess
DE FRANCE. 30F
Anecdotes du Règne de Louis XVI , par um
trait qui prouve l'amour que nous confer
vons à la mémoire d'Henri IV . » Tout le
» monde fait que Henri IV eft né en
» Béarn on conferve précieufement fon
berceau dans la Capitale de cette Provin-
"
"
ce, & c'est au Château qu'on le garde
» avec le plus grand foin. Le Commandant:
» crut devoir permettre qu'il fervit d'orne-
» ment à une Fête où l'on célèbroit la bienfaifance
d'un des defcendans de ce bon
" Prince ; il le laiffa tranfporter dans la
» Ville , après que plufieurs Citoyens notables
eurent confenti à refter en otages .
jufqu'à ce qu'il fût rendu. On le porta.
» en triomphe dans les rues , orné de guir
» landes , au bruit du canon , des inftru-
» mens militaires , & d'une fymphonie mélodieufe.
Un filence refpectueux régnoit
parmi les fpectateurs , comme à une Pro-
» ceffion Refigieufe ; il n'y eut pas de Citoyen
qui n'ôtât fon chapeau , & beau-
» coup fe mirent à genoux. On vint le dé- .
pofer fous un dais de laurier en forme.
» d'arc-de triomphe , au- deffus d'un portique
élevé à l'entrée de la Ville , par où
devoient paffer les Commiffaires du Roi :
là on les harangua , & ils mirent pied à
tetre pour confidérer de plus près ce pré-
33
»-cieux monument » ..
Nous nous contenterons d'ajouter ici³ž
302 MERCURE
non comme une Anecdote , mais comme
un fait très-important & très - remarquable ,
que la France ne compte que trois Rois qui
ayent eu une marine formidable aux Anglois
, Charles V, Louis XIV & Louis
XVI.
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Résumé : Anecdotes du Règne de Louis XVI, [titre d'après la table]
Le texte 'Anecdotes du Règne de Louis XVI', publié en 1777 par M. Nougaret, présente Louis XVI comme un souverain humain et bienveillant, engagé dans diverses réformes et actes de bienfaisance. Parmi les réformes notables, des mesures visent à améliorer les conditions des prisons, notamment pour les détenus pour dettes, souvent mélangés à des criminels. Le roi ordonne la réparation et l'agrandissement des prisons afin d'éviter que des innocents ne soient punis avant d'être jugés. Le texte relate plusieurs anecdotes illustrant la bonté royale. Par exemple, l'archevêque d'Auch aide deux jeunes femmes en difficulté en achetant un tableau qu'elles possédaient, leur offrant ainsi une rente viagère. Un curé dans le Quercy apaise une paroisse inquiète en expliquant les raisons sanitaires et humaines de l'interdiction d'enterrer dans les églises et propose de se faire enterrer dans le nouveau cimetière pour montrer l'exemple. Un discours prononcé lors du règne de Louis XVI met en garde contre les vengeances des Celtes envers ceux qui se sont rendus coupables envers le roi, la loi, la religion et l'humanité. Ce discours émeut profondément l'audience. Une anecdote concerne Henri IV, né en Béarn, dont le berceau est conservé avec soin. Lors d'une fête célébrant la bienfaisance d'un descendant d'Henri IV, le berceau est transporté en ville, orné de guirlandes, au son du canon et des instruments militaires. Les spectateurs observent un silence respectueux, certains se mettant à genoux. Le berceau est déposé sous un dais de laurier en forme d'arc de triomphe à l'entrée de la ville. Le texte souligne également l'importance historique de la marine française sous les règnes de Charles V, Louis XIV et Louis XVI, qui ont tous possédé une marine redoutable face aux Anglais.
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