Auteur du texte (10)
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Résultats : 10 texte(s)
1
p. 55-56
LE RETOUR DU PRINTEMPS. IDYLLE.
Début :
Un jour plus beau, plus pur, luit sur notre hémisphère. [...]
Mots clefs :
Plaisirs, Charmes, Printemps
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texteReconnaissance textuelle : LE RETOUR DU PRINTEMPS. IDYLLE.
LE RETOUR DU PRINTEMPS *.
IDYLLE.
Un jour plus beau , plus pur , lạit fur notre
hémisphère.
Le foleil a paru , les aquilons fougueux
Sont rentrés dans le fond de leurs cachots affreux ;
Et les neiges ont fui dans le fein de la terre
Pour le dérober à fes feux.
Déja commence à naître une faiſon plus douce ;
Le triſte hiver n'eſt plus : voyez croître la mouſſe
Où tant d'amans feront heureux .
Tout le tair ; zéphir ſeul murmure ;
La craintive Dryade a mis fin à fes pleurs :
Les champs , fe couvrent de verdure ,
Et les arbres déja font couronnés de fleurs .
C'est le réveil de la nature.
Sur le bord d'un ruiffeau , dont l'onde claire &
pure
Réfléchit à la fois mille objets enchanteurs ,
Flore , avec un fouris , détache fa ceinture ,
Et fon volage époux vient ravir les faveurs.
Sur le gâfon naiffant les Grâces demi- nues ,
L'Amour , les Plaifirs féducteurs ,
Vénus , les Jeux , les Ris, des Nymphes ingénues ;
Imité de l'ode d'Horace diffugere nives , &c
C iv
16 MERCURE DE FRANCE.
D'un pied léger danfent en choeurs .
Quel ſpectacle riant ! qu'il a pour moi de charmes !
Quels momens ! qu'ils ont de douceurs !
pleurs du fentiment ! .. délicieufes larmes !
Vous effacez tous mes malheurs.
Coulez , coulez , la fource en eſt chérie.
Charmes heureux , charmes puiflans ,
Fortifiez mon âme abattue & Alétrie ;
Régnez à jamais fur mes fens.
S'il eft peu de plaifirs folides ,
Pour une âme fenfible , il eft d'heureux inftans s
Il eft des plaifirs purs , délicats , mais rapides :
C'eſt le zéphir , c'eft Flore & les charmes nailfans.
Tout n'eft ici qu'illufion , menſonge ;
Tour n'eft qu'erreur , & la vie eft un fonge.
Heureux encor le mortel qu'il féduit ! ..
Voyez les faifons les plus belles....
Devant l'été le printemps fuit ,
L'automne vient , l'hiver le fuit.
Jouiffons ; le temps a des ailes .
Mais l'aftre de la nuit , par fon rapide cours
Ramène des faifons nouvelles :
Et nous , foibles humains , nous mourons pour
toujours !
Ufons des derniers traits d'une foible lumière ;
Pourfuivons le bonheur fur l'aile des plaifirs
Si nous tombons dans la carrière ,
Si nos efforts font vains ; que les rendres defirs ,
Que l'espérance encor ferme notre paupière.
Par M. DROBECQ.
IDYLLE.
Un jour plus beau , plus pur , lạit fur notre
hémisphère.
Le foleil a paru , les aquilons fougueux
Sont rentrés dans le fond de leurs cachots affreux ;
Et les neiges ont fui dans le fein de la terre
Pour le dérober à fes feux.
Déja commence à naître une faiſon plus douce ;
Le triſte hiver n'eſt plus : voyez croître la mouſſe
Où tant d'amans feront heureux .
Tout le tair ; zéphir ſeul murmure ;
La craintive Dryade a mis fin à fes pleurs :
Les champs , fe couvrent de verdure ,
Et les arbres déja font couronnés de fleurs .
C'est le réveil de la nature.
Sur le bord d'un ruiffeau , dont l'onde claire &
pure
Réfléchit à la fois mille objets enchanteurs ,
Flore , avec un fouris , détache fa ceinture ,
Et fon volage époux vient ravir les faveurs.
Sur le gâfon naiffant les Grâces demi- nues ,
L'Amour , les Plaifirs féducteurs ,
Vénus , les Jeux , les Ris, des Nymphes ingénues ;
Imité de l'ode d'Horace diffugere nives , &c
C iv
16 MERCURE DE FRANCE.
D'un pied léger danfent en choeurs .
Quel ſpectacle riant ! qu'il a pour moi de charmes !
Quels momens ! qu'ils ont de douceurs !
pleurs du fentiment ! .. délicieufes larmes !
Vous effacez tous mes malheurs.
Coulez , coulez , la fource en eſt chérie.
Charmes heureux , charmes puiflans ,
Fortifiez mon âme abattue & Alétrie ;
Régnez à jamais fur mes fens.
S'il eft peu de plaifirs folides ,
Pour une âme fenfible , il eft d'heureux inftans s
Il eft des plaifirs purs , délicats , mais rapides :
C'eſt le zéphir , c'eft Flore & les charmes nailfans.
Tout n'eft ici qu'illufion , menſonge ;
Tour n'eft qu'erreur , & la vie eft un fonge.
Heureux encor le mortel qu'il féduit ! ..
Voyez les faifons les plus belles....
Devant l'été le printemps fuit ,
L'automne vient , l'hiver le fuit.
Jouiffons ; le temps a des ailes .
Mais l'aftre de la nuit , par fon rapide cours
Ramène des faifons nouvelles :
Et nous , foibles humains , nous mourons pour
toujours !
Ufons des derniers traits d'une foible lumière ;
Pourfuivons le bonheur fur l'aile des plaifirs
Si nous tombons dans la carrière ,
Si nos efforts font vains ; que les rendres defirs ,
Que l'espérance encor ferme notre paupière.
Par M. DROBECQ.
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2
p. 90-91
FABLES. LE LION ET LE SERPENT.
Début :
Un jour le Roi des animaux, [...]
Mots clefs :
Lion, Serpent, Roi, Vivre
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texteReconnaissance textuelle : FABLES. LE LION ET LE SERPENT.
FABLE S.
LE LION ET LE SERPENT.
Un jour le Roi des animaux , N
Le terrible Lion , preffé par l'indigence ,
Alloit , dit-on , chez fes vaffaux
Pour y trouver fa fubfiftance .
Mais ces Meffieurs , avec mépris ,
Reçurent tous leur ancien maître ,
Feignirent tous de ne le point connoître...
Vils ingrats ! voilà donc le prix .
De mes bienfaits ? redoutez ma colère.
Vous êtes Roi , montrez-vous père.
Se venger c'eft foibleffe , & pardonner eft grand :
Seigneur , mépriſez cette injure ,
Dit un effroyable Serpent ,
Qui paffoit par-là d'aventure.
Venez chez - moi : la même nourriture ,
Tous deux ici près nous attend ;
Même lit , même appartement ,
Et ce qu'enverra la fortune ,
Sire , pour nous fera chofe commune.
Venez , c'eſt de bon coeur : j'en attefte les dieux ;
Vous ferez mon ami ; moi , je ferai le vôtre ;;
Et chacun de nous de fon mieux ,
Tour à tour , obligerá l'autre.
JUIN 1768. ་
Vivre avec un Serpent ne le flattoit pas
Mais , d'un autre côté , que faire ?
Jeûner , c'eût été rude effort ,
fort :
Car les Lions ne jeûnent guère .
Mourir de faim ; affreux & trifte fort !
Il aima mieux vivre . Il eut tort-;
Car l'infame reptile , ajoute encor l'hiftoire ,
Pour repaître fa vanité ,
Fit perdre au Lion la mémoire
De fa première liberté ,
Rompit fon mâle caractère ,
Et profita de fon adverfité.
Voilà les fruits de la mifère !
Par M. DROBECQ:
LE LION ET LE SERPENT.
Un jour le Roi des animaux , N
Le terrible Lion , preffé par l'indigence ,
Alloit , dit-on , chez fes vaffaux
Pour y trouver fa fubfiftance .
Mais ces Meffieurs , avec mépris ,
Reçurent tous leur ancien maître ,
Feignirent tous de ne le point connoître...
Vils ingrats ! voilà donc le prix .
De mes bienfaits ? redoutez ma colère.
Vous êtes Roi , montrez-vous père.
Se venger c'eft foibleffe , & pardonner eft grand :
Seigneur , mépriſez cette injure ,
Dit un effroyable Serpent ,
Qui paffoit par-là d'aventure.
Venez chez - moi : la même nourriture ,
Tous deux ici près nous attend ;
Même lit , même appartement ,
Et ce qu'enverra la fortune ,
Sire , pour nous fera chofe commune.
Venez , c'eſt de bon coeur : j'en attefte les dieux ;
Vous ferez mon ami ; moi , je ferai le vôtre ;;
Et chacun de nous de fon mieux ,
Tour à tour , obligerá l'autre.
JUIN 1768. ་
Vivre avec un Serpent ne le flattoit pas
Mais , d'un autre côté , que faire ?
Jeûner , c'eût été rude effort ,
fort :
Car les Lions ne jeûnent guère .
Mourir de faim ; affreux & trifte fort !
Il aima mieux vivre . Il eut tort-;
Car l'infame reptile , ajoute encor l'hiftoire ,
Pour repaître fa vanité ,
Fit perdre au Lion la mémoire
De fa première liberté ,
Rompit fon mâle caractère ,
Et profita de fon adverfité.
Voilà les fruits de la mifère !
Par M. DROBECQ:
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3
p. 15-16
Le PLAISIR & L'ENNUI. Fable.
Début :
Le Plaisir & l'Ennui, depuis le premier âge, [...]
Mots clefs :
Ennui, Plaisir, Village, Fête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le PLAISIR & L'ENNUI. Fable.
Le PLAIsIR & L'ENNUI. Fable.
L, Plaiſir & l'Ennui, depuis le premier âge,
Vont parcourant cet Univers.
Ce premier vole, & c'eſt dommage.
Le Plaiſir traverſant les airs
Sort d'une ville & va dans un village.
Voulez-vous me loger, dit-il aux habitans ?
Volontiers , notre ami, dirent ces bonnes gens.
Lors répond le Plaiſir : « j'abandonne la ville.
» Je connois votre coeur,vous connoîtrez le mien;
» Vous ſçaurez qui je ſuis : vous le méritez bien.
» Ce village me plaît, il ſera mon aſyle.
» J'irai voir tantôt l'un,tantôt l'autre:aujourd'hui
» Je loge chez Colin. » C'étoit fête chez lui ;
Car ſa jeune moitié venoit ce jour-là même
De lui domner un beau garçon,
Et le Plaifir fut du baptême.
Mais l'autre voyageur paſſant par le canton ;
L'ennui, par hafard, vint, & leur dit : eh de grace,
, Pour cette nuit logez-moi ſeulement.
On répondit qu'on n'avoit point de place.
Le voiſin en dit tout autant.
16 MERCURE DE FRANCE.
Plus loin de même. Alors l'Ennui, très-ſage
Prit le parti de ſortir du village,
Mais il n'y perdit pas; car il eut le bonheur,
En affectant un air honnête,
- De ſe gliſſer chez le ſeigneur
Qui, ce jour-là, donnoit une brillante fête.
Par M. Drobecq.
L, Plaiſir & l'Ennui, depuis le premier âge,
Vont parcourant cet Univers.
Ce premier vole, & c'eſt dommage.
Le Plaiſir traverſant les airs
Sort d'une ville & va dans un village.
Voulez-vous me loger, dit-il aux habitans ?
Volontiers , notre ami, dirent ces bonnes gens.
Lors répond le Plaiſir : « j'abandonne la ville.
» Je connois votre coeur,vous connoîtrez le mien;
» Vous ſçaurez qui je ſuis : vous le méritez bien.
» Ce village me plaît, il ſera mon aſyle.
» J'irai voir tantôt l'un,tantôt l'autre:aujourd'hui
» Je loge chez Colin. » C'étoit fête chez lui ;
Car ſa jeune moitié venoit ce jour-là même
De lui domner un beau garçon,
Et le Plaifir fut du baptême.
Mais l'autre voyageur paſſant par le canton ;
L'ennui, par hafard, vint, & leur dit : eh de grace,
, Pour cette nuit logez-moi ſeulement.
On répondit qu'on n'avoit point de place.
Le voiſin en dit tout autant.
16 MERCURE DE FRANCE.
Plus loin de même. Alors l'Ennui, très-ſage
Prit le parti de ſortir du village,
Mais il n'y perdit pas; car il eut le bonheur,
En affectant un air honnête,
- De ſe gliſſer chez le ſeigneur
Qui, ce jour-là, donnoit une brillante fête.
Par M. Drobecq.
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4
p. 13-15
LISETTE & SON LINOT. Fable. AUX BELLES.
Début :
LISETTE, gentille bergere, [...]
Mots clefs :
Lisette, Linot, Réseau, Oiseau
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texteReconnaissance textuelle : LISETTE & SON LINOT. Fable. AUX BELLES.
L Is E T T E & s o N L I N o T.
Fable.
A v x B E L L E s.
Lisrrrr , gentille bergere,
Defiroit avoir un oiſeau.
Au ſein d'un paiſible hameau
Elle pouvoit ſe ſatisfaire ;
Oui : mais tous les oiſeaux ne ſavoient pas lui
plaire.
Au ſerin même aux ailes d'or,
Liſette préféroit encor
Un linot joli, doux & tendre ;
Un linot ſeroit un tréfor :
Où le trouver ? comment le prendre ?
La petite friponne imagine un réſeau
si ſolide & fi fin, fait de telle maniere,
Qu'il devoit arêter le plus ſubtil oiſeaº.
14 MERCURE DE FRANCE.
Le réſeau fabriqué, la maligne bergere !
· L'étend parmi les fleurs au bordd'un clait ruiſſeau,
Et ſe promet une voliere
En effet nombre de moineaux
Y ſont pris. Vint enfin le plus beau des linots.
| A peine eſclave, il cherche à ſortir d'eſclavage.
Liſette accourt, le prend, le baiſe... Ah! quel
dommage - -
S'il ſe fût envolé ! qu'il eſt doux ! qu'il eſt beau !...
Liſette en eût dit davantage,
Mais de ſes jeunes mains le ruſé ſe dégage,
Et s'envole ſur un berceau.
La Belle en pleurs des yeux ſuit en vain le volage ;
Il rit de ce piége nouveau.
Caché ſous un épais feuillage,
Il obſerve : & penſant au perfide réſeau,
Il dit : Liſette eſt fine, & Liſette eſt peu ſage :
Quand on veut avoir un oiſeau,
On doit ſe munir d'une cage.
Belles, ne riez point, Liſette eſt votre image.
Vous avez des attraits, des charmes enchanteurs ;
Mais , hélas! ce brillant partage
D'un bien trop defiré n'eſt pas le plus ſûr gage ;
Il peut vous coûter bien des pleurs !
Ces artraits ſi vantés, fi chers, ſi ſéduct«uis »
• Ce fugitiféclat des graces du bel âge,
Pourroit il captive1 un coeur ?
N O V E M B R E. 1776. 15
*.
Il faut, il faut bien davantage t... N. |!
Les graces de l'eſprit, la modeſte douceur,
Et l'heureufe innocence, & l'aimable candeur,
Ah! voilà ce qui nous engage.
La raifon, la vertu, l'honneur,
| sont les dignes objets d'un éternel hommage ;
Vous êtes belle, ſoyez ſage,
Etje vous réponds du bonheur.
Par M. Drobecq.
Fable.
A v x B E L L E s.
Lisrrrr , gentille bergere,
Defiroit avoir un oiſeau.
Au ſein d'un paiſible hameau
Elle pouvoit ſe ſatisfaire ;
Oui : mais tous les oiſeaux ne ſavoient pas lui
plaire.
Au ſerin même aux ailes d'or,
Liſette préféroit encor
Un linot joli, doux & tendre ;
Un linot ſeroit un tréfor :
Où le trouver ? comment le prendre ?
La petite friponne imagine un réſeau
si ſolide & fi fin, fait de telle maniere,
Qu'il devoit arêter le plus ſubtil oiſeaº.
14 MERCURE DE FRANCE.
Le réſeau fabriqué, la maligne bergere !
· L'étend parmi les fleurs au bordd'un clait ruiſſeau,
Et ſe promet une voliere
En effet nombre de moineaux
Y ſont pris. Vint enfin le plus beau des linots.
| A peine eſclave, il cherche à ſortir d'eſclavage.
Liſette accourt, le prend, le baiſe... Ah! quel
dommage - -
S'il ſe fût envolé ! qu'il eſt doux ! qu'il eſt beau !...
Liſette en eût dit davantage,
Mais de ſes jeunes mains le ruſé ſe dégage,
Et s'envole ſur un berceau.
La Belle en pleurs des yeux ſuit en vain le volage ;
Il rit de ce piége nouveau.
Caché ſous un épais feuillage,
Il obſerve : & penſant au perfide réſeau,
Il dit : Liſette eſt fine, & Liſette eſt peu ſage :
Quand on veut avoir un oiſeau,
On doit ſe munir d'une cage.
Belles, ne riez point, Liſette eſt votre image.
Vous avez des attraits, des charmes enchanteurs ;
Mais , hélas! ce brillant partage
D'un bien trop defiré n'eſt pas le plus ſûr gage ;
Il peut vous coûter bien des pleurs !
Ces artraits ſi vantés, fi chers, ſi ſéduct«uis »
• Ce fugitiféclat des graces du bel âge,
Pourroit il captive1 un coeur ?
N O V E M B R E. 1776. 15
*.
Il faut, il faut bien davantage t... N. |!
Les graces de l'eſprit, la modeſte douceur,
Et l'heureufe innocence, & l'aimable candeur,
Ah! voilà ce qui nous engage.
La raifon, la vertu, l'honneur,
| sont les dignes objets d'un éternel hommage ;
Vous êtes belle, ſoyez ſage,
Etje vous réponds du bonheur.
Par M. Drobecq.
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5
p. 49-50
LES SENSIBLES REGRETS. Anecdote.
Début :
DEVANT moi, dans un cercle, une femme pleuroit, [...]
Mots clefs :
Regrets, Anecdote, Père, Époux, Femme, Pleurs, Tendre, Perdu, Fils
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES SENSIBLES REGRETS. Anecdote.
LES SENSIBLEs REGRETs.
Anecdote.
Divasr moi, dans un cercle, une femme
pleuroit,
Répandoit un torrent de larmes,
Se lamentoit, ſe déſoloit.
Jeune & belle, ſes pleurs ajoutoient à ſes charmes,
Et tout chez elle intéreſloir.
Je me diſois, hélas : dans na douleur amere,
Peut-être elle regrette un pere, un tendre pere ?
C'étoit lui qui la conſoloit.
Auroit-elle perdu l'époux qu'elle adoroit ?
- C
5o MERCURE DE FRANCE.
D'un air triſte & rêveur ſon époux auprès d'elle
Attentivement l'obſervoit. -
Gage heureux d'un amour fidele,
Son fils ſeroit il mort ? Non; loin d'elle il dormoit.
J'interroge à la fin cette épouſe éperdue :
Vous paroiſſez jouir du deſtin le plus doux ;
Madame, quelle cauſe affligeante, inconnue,
Fait donc couler des pleurs dont mon ame eſt
émue
Un pere qui vous aime, un ſage & tendre époux,
Un fils aimable & cher qui vous réunit tous ;
Vous poſſédez ces biens : quel bien regrettez
Vous ?
Votre amie à vos yeux eſt-elle deſcendue ,
Dans l'affreuſe nuit du tombeau ?
L'avez-vous pour jamais perdue ?
Ah ! dit en ſanglottant certe femme ingénue,
Monſieur !.. j'ai perdu... mon oiſeau.
Par M. Drobecq.
Anecdote.
Divasr moi, dans un cercle, une femme
pleuroit,
Répandoit un torrent de larmes,
Se lamentoit, ſe déſoloit.
Jeune & belle, ſes pleurs ajoutoient à ſes charmes,
Et tout chez elle intéreſloir.
Je me diſois, hélas : dans na douleur amere,
Peut-être elle regrette un pere, un tendre pere ?
C'étoit lui qui la conſoloit.
Auroit-elle perdu l'époux qu'elle adoroit ?
- C
5o MERCURE DE FRANCE.
D'un air triſte & rêveur ſon époux auprès d'elle
Attentivement l'obſervoit. -
Gage heureux d'un amour fidele,
Son fils ſeroit il mort ? Non; loin d'elle il dormoit.
J'interroge à la fin cette épouſe éperdue :
Vous paroiſſez jouir du deſtin le plus doux ;
Madame, quelle cauſe affligeante, inconnue,
Fait donc couler des pleurs dont mon ame eſt
émue
Un pere qui vous aime, un ſage & tendre époux,
Un fils aimable & cher qui vous réunit tous ;
Vous poſſédez ces biens : quel bien regrettez
Vous ?
Votre amie à vos yeux eſt-elle deſcendue ,
Dans l'affreuſe nuit du tombeau ?
L'avez-vous pour jamais perdue ?
Ah ! dit en ſanglottant certe femme ingénue,
Monſieur !.. j'ai perdu... mon oiſeau.
Par M. Drobecq.
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6
p. 57-60
LE MIROIR DE LA VÉRITÉ. Fable.
Début :
UN Artiste plein de génie, [...]
Mots clefs :
Miroir, Vérité, Fier, Glace, Effroi, Yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE MIROIR DE LA VÉRITÉ. Fable.
LE MIRoIR DE LA VÉRITÉ.
Fable.
Us Artiſte plein de génie,
Inventa jadis un miroir
C v - . :
58 MERCURE DE FRANCE. \
Si merveilleux, ſi beau, qu'en Europe , en Aſie, ,
Que par-tout on brûloit du deſir de s'y voir ;
Tout le monde y couroit comme à la Comédie
- D'avides ſpectateurs, étonnés, confondus » •,!
La tête encor toute remplie ,
| | Des phénomènes qu'ils ont vus, $
Interdits, muets & confus, |
S'en reviennent de compagnie,
Et ſe promettent bien de n'y retourner plus. ·
Quel miroir !... Il peignoit non le maſque, maits
l'homme. -
La honte & l'effroi des pervers,
Il fit rougir Paris, Pékin, Londres & Rome ;
Il eût fait hontc à l'Univers.
sous l'utile manteau de l'humaine ſageſſe,
Là, le Sage apperçoit mille défauts divers ;
Mais le miroir ſévère épargnoit la foibleſſe,
Et rectifioit les travers.
Parmi des fous de teute eſpèce,
Là rougit une Agnès qui ſe moque d'un ſot;.
Là meurt de honte une Lucrèce,
G2ui ſe voit confondue & ne peut dire un mot.
De ſes charmes vainqueurs Laïs préoccupée,
S'avance vers la glace & regarde à ſon tour.
La coquette fut bien trompée, -
Et ſon miroir ici lui joue un cruel tour : ,
J A N V I E R. 1777. 59
Il offre à ſes regards... une froide poupée,
Triſte jouet de mille enfans,
Qui, devenus enfin ſages à leurs dépens,
Dégoûtés d'un plaiſir que le coeur déſavoue,
Et qui ne dit plus rien aux ſens,
Jettent avec mépris leur jouet dans la boue.
Turcaret, dans la glace ayant jeté les yeux,
Voit paroître un cheval lourd, pouſſif, ombra
geux, -
Fier d'une houſſe à triple frange,
Fier d'un brillant harnois qui le rend plus affreux :
Un vil porc engraiſſé du ſang des malheureux,
| Un vaſe d'or rempli de fange.
Un Grand bien fier, bien dédaigneux,
Et dont l'ame étoit des plus baſſes,
Voit ſur un théâtre pompeux,
Un Nain guindé ſur des échâſſes.
A l'oeil ſuperbe & dur du plus fier des Sultans,
Au milieu de ſa cour tremblante,
On expoſe, on offre, on préſente
Le miroir, l'effroi des Tyrans.
D'un trône que le crime & la mort environnent,
S'élève un parricide, au ſiniſtre regard,
Un deſpote cruel que des cyprès couronnent,
· Etdont le ſceptre horrible eſt un ſanglant poignard.
- C vj
| 6o MERCURE DE FRANCE. .
, Tout change : & ce trône ſublime
N'eſt plus qu'un funeſte échafaud ;
Le fier Monarque eſt la victime,
· Son propre fils eſt le bourreau.
Le monſtre expire & tout s'efface.
Le ſpectateur pâlit & détourne les yeux.
Au courroux la terreur fait place,
- Et le miroir audacieux
Eſt renverſé, briſé, pour prix de ſon audace
Bientôt le Héros en fureur,
, Sur les débris épars de la fidelle glace,
· Perce. fait expirer l'intrépide inventeur.
Par M. Drobecq.
Fable.
Us Artiſte plein de génie,
Inventa jadis un miroir
C v - . :
58 MERCURE DE FRANCE. \
Si merveilleux, ſi beau, qu'en Europe , en Aſie, ,
Que par-tout on brûloit du deſir de s'y voir ;
Tout le monde y couroit comme à la Comédie
- D'avides ſpectateurs, étonnés, confondus » •,!
La tête encor toute remplie ,
| | Des phénomènes qu'ils ont vus, $
Interdits, muets & confus, |
S'en reviennent de compagnie,
Et ſe promettent bien de n'y retourner plus. ·
Quel miroir !... Il peignoit non le maſque, maits
l'homme. -
La honte & l'effroi des pervers,
Il fit rougir Paris, Pékin, Londres & Rome ;
Il eût fait hontc à l'Univers.
sous l'utile manteau de l'humaine ſageſſe,
Là, le Sage apperçoit mille défauts divers ;
Mais le miroir ſévère épargnoit la foibleſſe,
Et rectifioit les travers.
Parmi des fous de teute eſpèce,
Là rougit une Agnès qui ſe moque d'un ſot;.
Là meurt de honte une Lucrèce,
G2ui ſe voit confondue & ne peut dire un mot.
De ſes charmes vainqueurs Laïs préoccupée,
S'avance vers la glace & regarde à ſon tour.
La coquette fut bien trompée, -
Et ſon miroir ici lui joue un cruel tour : ,
J A N V I E R. 1777. 59
Il offre à ſes regards... une froide poupée,
Triſte jouet de mille enfans,
Qui, devenus enfin ſages à leurs dépens,
Dégoûtés d'un plaiſir que le coeur déſavoue,
Et qui ne dit plus rien aux ſens,
Jettent avec mépris leur jouet dans la boue.
Turcaret, dans la glace ayant jeté les yeux,
Voit paroître un cheval lourd, pouſſif, ombra
geux, -
Fier d'une houſſe à triple frange,
Fier d'un brillant harnois qui le rend plus affreux :
Un vil porc engraiſſé du ſang des malheureux,
| Un vaſe d'or rempli de fange.
Un Grand bien fier, bien dédaigneux,
Et dont l'ame étoit des plus baſſes,
Voit ſur un théâtre pompeux,
Un Nain guindé ſur des échâſſes.
A l'oeil ſuperbe & dur du plus fier des Sultans,
Au milieu de ſa cour tremblante,
On expoſe, on offre, on préſente
Le miroir, l'effroi des Tyrans.
D'un trône que le crime & la mort environnent,
S'élève un parricide, au ſiniſtre regard,
Un deſpote cruel que des cyprès couronnent,
· Etdont le ſceptre horrible eſt un ſanglant poignard.
- C vj
| 6o MERCURE DE FRANCE. .
, Tout change : & ce trône ſublime
N'eſt plus qu'un funeſte échafaud ;
Le fier Monarque eſt la victime,
· Son propre fils eſt le bourreau.
Le monſtre expire & tout s'efface.
Le ſpectateur pâlit & détourne les yeux.
Au courroux la terreur fait place,
- Et le miroir audacieux
Eſt renverſé, briſé, pour prix de ſon audace
Bientôt le Héros en fureur,
, Sur les débris épars de la fidelle glace,
· Perce. fait expirer l'intrépide inventeur.
Par M. Drobecq.
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7
p. 19-20
MORALITÉ.
Début :
QUAND le Sage, en ouvrant les annales du Monde, [...]
Mots clefs :
Moralité, Voir, Yeux, Mortels
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORALITÉ.
Moralité,
Quand le Sage, en ouvrant les annales du
Monde ,
Soudain voit passer sous Tes yeux ,
Ces Rois , ces Empereurs , ces Mortels si fameux ,
Les Maîtres autrefois de la terre & de l'onde ,
Aujourd'hui les égaux des Mortels gémissan*
Dont ils ont été les tyrans :
( Que l'orgueil ici se confonde ! ) /
Quand il voie ces corps ruenaçans ,
Ces ambitieux monumens
Qu'ont élevé l'audace, ou s 'attache, où se fonde
La gloire des fiers Concjuérans :
Quand il voit, nés à peine & déjà languissans ,
Les Empires , les uns sur les autres rombans ,
S'aby smer , pour jamais , dans une nuit profondej
*o MERCURE DE FRANCE.
Briller , s'éteindre en un instant :
Des humaines grandeurs il voit tout le néant $
Et de leurs fondemens qu'il sonde,
La constante mobilité
En découvre à ses yeux toute la vanité.
Bientôt dégoûté du mensonge ,
II retourne à la vérité ;
Et d'une. triste vie il achève le songe,
En pleurant sur l'Humanité.
Par M. Drobecq.
Quand le Sage, en ouvrant les annales du
Monde ,
Soudain voit passer sous Tes yeux ,
Ces Rois , ces Empereurs , ces Mortels si fameux ,
Les Maîtres autrefois de la terre & de l'onde ,
Aujourd'hui les égaux des Mortels gémissan*
Dont ils ont été les tyrans :
( Que l'orgueil ici se confonde ! ) /
Quand il voie ces corps ruenaçans ,
Ces ambitieux monumens
Qu'ont élevé l'audace, ou s 'attache, où se fonde
La gloire des fiers Concjuérans :
Quand il voit, nés à peine & déjà languissans ,
Les Empires , les uns sur les autres rombans ,
S'aby smer , pour jamais , dans une nuit profondej
*o MERCURE DE FRANCE.
Briller , s'éteindre en un instant :
Des humaines grandeurs il voit tout le néant $
Et de leurs fondemens qu'il sonde,
La constante mobilité
En découvre à ses yeux toute la vanité.
Bientôt dégoûté du mensonge ,
II retourne à la vérité ;
Et d'une. triste vie il achève le songe,
En pleurant sur l'Humanité.
Par M. Drobecq.
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8
p. 38
LA GRANDEUR DES ROIS.
Début :
REVÊTU de la pourpre, orné du Diadême, [...]
Mots clefs :
Rois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA GRANDEUR DES ROIS.
LA GRANDEUR DES ROIS.
R Evâru de la pourpre, orné du Diadême,
Et portant avec majeſté,
Sur un Trône de paix, un ſceptre d'équité,
Sous les yeux du Juge ſuprême ;
Ami de la Juſtice & de l'humanité,
Un Monarque puiſſant & ſage,
Du Très-Haut la plus vive image,
- Auguſte imitateur de ſa vaſte bonté,
- Avec le Roi des Cieux partage
· L'Empire de la Terre & ſon plus pur hommage.
Par M. Drobecq.
R Evâru de la pourpre, orné du Diadême,
Et portant avec majeſté,
Sur un Trône de paix, un ſceptre d'équité,
Sous les yeux du Juge ſuprême ;
Ami de la Juſtice & de l'humanité,
Un Monarque puiſſant & ſage,
Du Très-Haut la plus vive image,
- Auguſte imitateur de ſa vaſte bonté,
- Avec le Roi des Cieux partage
· L'Empire de la Terre & ſon plus pur hommage.
Par M. Drobecq.
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9
p. 55-56
LA BEAUTÉ.
Début :
BEAUTÉ, charme des yeux, tourment d'un coeur sensible, [...]
Mots clefs :
Beauté, Yeux, Regards , Vains
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA BEAUTÉ.
L A B E A U T É.
B,AUTÉ, charme des yeux, tourment d'un corrr
ſenſible,
Un ſeul de tes regards ſuffit pour l'enflammer,
Un ſeul de tes regards pourroit le conſumer :
Pourquoi déchires-tu, Vainqueur doux & terribie,
Un coeur tendre qui craint d'aimer ?
Ce bonheur, à la fois délicat & ſolide,
Ces plaiſirs toujours purs qu'on ne goûte jamais,
Eſt-ce toi qui nous les promets ? -
Tu brilles, éblouis de ton éclat perfide,
On te pourſuit, tu diſparois ;
On t'aime, & tu n'es plus. Vains deſirs, vains re
grets.
. C iv
56 MERCURE DE FRANCE.
Souveraine des coeurs, ton empire homicide ,
Finit, paſſe avec tes attraits,
Comme l'éclair vif & rapide
Fuit les yeux bleſſés de ſes traits.
" • Par M. Drobecq.
B,AUTÉ, charme des yeux, tourment d'un corrr
ſenſible,
Un ſeul de tes regards ſuffit pour l'enflammer,
Un ſeul de tes regards pourroit le conſumer :
Pourquoi déchires-tu, Vainqueur doux & terribie,
Un coeur tendre qui craint d'aimer ?
Ce bonheur, à la fois délicat & ſolide,
Ces plaiſirs toujours purs qu'on ne goûte jamais,
Eſt-ce toi qui nous les promets ? -
Tu brilles, éblouis de ton éclat perfide,
On te pourſuit, tu diſparois ;
On t'aime, & tu n'es plus. Vains deſirs, vains re
grets.
. C iv
56 MERCURE DE FRANCE.
Souveraine des coeurs, ton empire homicide ,
Finit, paſſe avec tes attraits,
Comme l'éclair vif & rapide
Fuit les yeux bleſſés de ſes traits.
" • Par M. Drobecq.
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10
p. 99-101
AUX CRITIQUES qui louent excessivement les Morts pour déprimer les Vivans.
Début :
QUE le génie est malheureux ! [...]
Mots clefs :
Critiques, Mérite, Morts, Génie, Critique, Pédanterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUX CRITIQUES qui louent excessivement les Morts pour déprimer les Vivans.
AUx CRITIQUEs qui louent exceſſivememe
les Morts pour déprimer les Vivans.
QUE le génie eſt malheureux !
Et quels jugemens ſont les nôtres ! ...
Vivent-ils ces mortehs fameux,
Quidu vi ci, qui du beau ſont les dignes apôtres;
Qui, ſenſibles & généreux, -
Nous font ſeuls tout ce que nous ſommes?
La critique les ſuit & les preſſe en tous lieux.
Sur leurs ſages Écrit , reſpectables comme eux,
Sa main paſſe & epaſſe un ſtyle tdédaigneux,
Et ces hommes $ grands, ſont à peine des hommes.
: Sont ils morts ;.... elle en fait des Dieux.
Critiques dont le goût eſt ſi sûr & ſi rare ! -
Chez vous un abus dangereux . .. _ -
Par un autre abus ſe répare. .
Je n'imiterai point ce procédé bartare,
Plus ridicule qu'odieux. º ; '
Quoil le père du jour, quoi! cet aſtre pompeux
Commence avec ſplendeur ſa brillante carrière,
E ij
IOG M E R C U R E
Et, triſte obſervateur de ſon cours glorieux.
Pour admirer l'éclat de ſa vive lumière,
Vilingrat, j'attendrai qu'il échappe à mes yeux,
Et que ſon diſque radieux ,
Emporté loin de nous, éclaire
Une autre terre & d'autres cieux ?....
Mon eſprit n'admet point une erreur ſi groſſière ;
J'admire le ſoleil auſſitôt que ſes feux
-
Ont franchi de la nuit l'impuiſſante barrière. ',
Le mérite à quinze ans eſt auſſi précieux
Que le mérite octogénaire. · •.
Oui, ſagement audacieux,
-
L'aiglon, au ſéjour du tonnerre,
Peut atteindre & paſſer l'aigle ſon heureux père.
Nos maîtres ont bien fait, je les loue, & j'eſpère
Que leurs diſciples feront mieux.
A la raiſon, ſi tu le peux, -
Eſprit trop prévenu, ceſſe de faire injure.
Eh quoi ! l'inépuiſable & ſublime Nature
De ſes dons renaiſſans nous enrichit encor, -
· Et tu dépriſes le tréſor - - · · · :
Que forme ſous tes yeux ſa main féconde & pure ?
J'entends; l'or, à ton gré, ceſſe d'être de l'or.
Mépriſe donc auſſi la nouvelle parure
De ces prés où bondit, où paît le tendre agneau ;
Fais arracher les fleurs qui bordent ce ruiſſeau,
Dont le flot argenté ſi doucement murmure ;
Ferme, ferme l'oreille aux chants du jeune oiſeau
Qui charme Philémon dans ſa cabane obſcure, º
-
)
-
D E F R A N C E. I b1
_
Et les Bergers de ce hameau ;
Garde-toi bien de trouver beau
Le doux réveil de la Nature.
Ah ! plutôt avec nous admire & ſois heureux.
Quitte les attributs de la pédanterie ;
Sois ſage; mais ſenſible & plus officieux,
Sème de quelques fleurs la route du génie.
( Par M. Drobecq, Membre du Muſée
de Paris, & Correſpondant du Cercle
des Philadelphes du Cap François, )
les Morts pour déprimer les Vivans.
QUE le génie eſt malheureux !
Et quels jugemens ſont les nôtres ! ...
Vivent-ils ces mortehs fameux,
Quidu vi ci, qui du beau ſont les dignes apôtres;
Qui, ſenſibles & généreux, -
Nous font ſeuls tout ce que nous ſommes?
La critique les ſuit & les preſſe en tous lieux.
Sur leurs ſages Écrit , reſpectables comme eux,
Sa main paſſe & epaſſe un ſtyle tdédaigneux,
Et ces hommes $ grands, ſont à peine des hommes.
: Sont ils morts ;.... elle en fait des Dieux.
Critiques dont le goût eſt ſi sûr & ſi rare ! -
Chez vous un abus dangereux . .. _ -
Par un autre abus ſe répare. .
Je n'imiterai point ce procédé bartare,
Plus ridicule qu'odieux. º ; '
Quoil le père du jour, quoi! cet aſtre pompeux
Commence avec ſplendeur ſa brillante carrière,
E ij
IOG M E R C U R E
Et, triſte obſervateur de ſon cours glorieux.
Pour admirer l'éclat de ſa vive lumière,
Vilingrat, j'attendrai qu'il échappe à mes yeux,
Et que ſon diſque radieux ,
Emporté loin de nous, éclaire
Une autre terre & d'autres cieux ?....
Mon eſprit n'admet point une erreur ſi groſſière ;
J'admire le ſoleil auſſitôt que ſes feux
-
Ont franchi de la nuit l'impuiſſante barrière. ',
Le mérite à quinze ans eſt auſſi précieux
Que le mérite octogénaire. · •.
Oui, ſagement audacieux,
-
L'aiglon, au ſéjour du tonnerre,
Peut atteindre & paſſer l'aigle ſon heureux père.
Nos maîtres ont bien fait, je les loue, & j'eſpère
Que leurs diſciples feront mieux.
A la raiſon, ſi tu le peux, -
Eſprit trop prévenu, ceſſe de faire injure.
Eh quoi ! l'inépuiſable & ſublime Nature
De ſes dons renaiſſans nous enrichit encor, -
· Et tu dépriſes le tréſor - - · · · :
Que forme ſous tes yeux ſa main féconde & pure ?
J'entends; l'or, à ton gré, ceſſe d'être de l'or.
Mépriſe donc auſſi la nouvelle parure
De ces prés où bondit, où paît le tendre agneau ;
Fais arracher les fleurs qui bordent ce ruiſſeau,
Dont le flot argenté ſi doucement murmure ;
Ferme, ferme l'oreille aux chants du jeune oiſeau
Qui charme Philémon dans ſa cabane obſcure, º
-
)
-
D E F R A N C E. I b1
_
Et les Bergers de ce hameau ;
Garde-toi bien de trouver beau
Le doux réveil de la Nature.
Ah ! plutôt avec nous admire & ſois heureux.
Quitte les attributs de la pédanterie ;
Sois ſage; mais ſenſible & plus officieux,
Sème de quelques fleurs la route du génie.
( Par M. Drobecq, Membre du Muſée
de Paris, & Correſpondant du Cercle
des Philadelphes du Cap François, )
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