De PETERSBOURG , le 31 Juillet.
¡ LE 29 de ce mois l'Impératrice s'eft rendue en iacht
de Péterhoff à l'efcadre qui croife entre Cronstadt &
Krefna-Gorka. Cette efcadre compofée de 4 vaiſ(
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feaux de guerre & de 3 frégates , eft fous les ordres
du Vice-Amiral Barſch ; elle fit pluſieurs évolutions
en préfence de S. M. I. qui en parut très-ſatisfaite ;
le foir elle retourna à Péterhoff.
On n'a point déclaré la nouvelle groffeffe de la
Grande-Ducheffe ; mais l'Empire eft perfuadé qu'elle
eft réelle on affure qu'elle eft entrée dans le troifième
mois.
La confommation des eaux-de-vie eft immenſe
dans le nord ; c'eft la boiffon favorite des peuples
feptentrionaux ; l'habitude & peut - être le climat en
ont fait un des objets de première néceffité . Cette
liqueur eft une partie importante de notre commerce
intérieur , & des revenus de la Couronne. »> On dif
tingue ici trois eſpèces d'eau-de-vie , celle de grains ,
celle de Dantzick & celle de France & d'Espagne ; le
peuple ne fait ufage que de la première : tous les propriétaires
ont droit de diftiller ; mais ils ne peuvent
vendre eux-mêmes leurs eaux-de-vie parce que la Couronne
s'en est réſervé le privilége exclufif. La confommation
annuelle de cette première forte de liqueur
dans l'Empire monte à 12 millions de vedros , le
vedro contient 13 pintes de Paris ; la Couronne
devroit gagner fur cette partie feule 24 millions de
roubles , fouftraction faite de ce qu'elle paye pour
l'achat ; & elle n'en gagne que 5 , favoir , 3 provenant
du département de Pétersbourg & de Mofcou
, & 2 de la Sibérie & des autres Provinces. Un
homme au fait de nos Finances attribue cette différence
aux fraudes des fermiers ; & il en remarque
quelques-unes. Le peuple ne fait aucun ufage de l'eaude-
vie de Dantzick ; ce font les étrangers & la nobleffe
qui la confomment ainfi que celle de France &
d'Espagne , qui eft préférée. Le prix du bail de la
ferme de cette dernière qui a expiré en 1774 montoit
à 116 mille roubles par an , & les fermiers en gagnoient
760 mille . Leur privilége ne leur permettoit
d'en faire venir que 10,000 ancres par an ; au lieu
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d'eau-de- vie , ils faifoient venir de l'efprit - de -vin ;
avec lequel ils compofoient le double de la première
liqueur. Non contents de ce gain , ils engageoient
des négocians à en faire venir , & les droits d'entrée
qu'ils percevoient fur ces importations ont monté
fouvent à 200 mille roubles «<,