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1
p. 59-73
Particularitez touchant la prise de la Cayenne, avec les noms de tous ceux qui s'y sont signalez. [titre d'après la table]
Début :
Voicy les Noms de tant de braves Gens qui n'ont [...]
Mots clefs :
Prise, Cayenne, Troupes, Corps, Capitaine, Garnison, Fort, Comte d'Estrées
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texteReconnaissance textuelle : Particularitez touchant la prise de la Cayenne, avec les noms de tous ceux qui s'y sont signalez. [titre d'après la table]
Voicy
les noms de tant de braves
gens qui n'ont pas ſeulement lafatigue des Sieges à eſſuyer,
mais encor toutes les incommoditezde la Mer,&la fureur
deselemens. A
Toutes les Troupes eftant débarquées , furent ſeparées
endeuxCorps.
Premier Corps. Roki
CAPITA
Monfieur le Comte deBlenac : Il aeſté bleſſé d'un éclat
GALANT. 47 deGrenade àla cuiſſe. Il commandoit ſous Monfieur le Comte d'Eſtrées , & il a paru infatigable dans le combat.
LIEUTENANS.
M. deMontmoron.
M. le Chevalier d'Arvaux :
Il a commandé un détachement de cinquante hommes ,
& s'eſt acquis beaucoup de gloire.
M. deMonbant : Il a eſté bleſſéd'un coup de pique àla teſte.
M. d'Haire.
M. deCourcelles l'Indien.
ENSEIGNES.
M.de Saint Privaſt : Il a été
bleſſé au coude.
M. de Malaſſis.
M. de Chavegeon : Ila eu
un coupdeMouſquet au bras.
48 LE MERCURE
VOLONTAIRES.
M. Cotendon.
M. Defcloches.
M. d'Armanville : lafait la
fo ction d'Ayde Major , & a
donné des preuves d'un grand
courage.
t
AUTRES OFFICIERS.
M. Ferolles.
M.des Granges : Il a eſté
bleflé d'un coup de pique au col,qui ne l'empeſcha point de
combattre.
M.Barol.
M. Stenay,
M. le Chevalier de Balce.
M. Salbret de Marfilly.
M. Durefort.
Second Corps.
CAPITAINES.
M. Faucher.
M. de Grand Fontaine : Il
a
GALANT. 49
afait des fonctions ſurprenan- tes ; & quoy qu'il fuſt aſſez blefſé pour ſe retirer du combat, il a toûjours donnéſes ordres , & pouffé ſon attaque
avec une vigueur extraordinaire.
LIEUTENANS.
M. de Champigny.
M. de Meſlinierres: Il.commandoit une attaque avec M.
le Chevalier de Lezy : Ils ont pris leGouverneur prifonnier,
& quelques Officiers.
M. Poier.
M. Stinas.
M.Perić,
ENSEIGNES.
M. Sangers.
M. le Comte d'Aulnay.
M. Merande-Villiers .
M. Coignande Malmaiſon.
Tome 2. C
So LE MERCURE M. Serpin.
M du Tertre.
AUTRES OFFICIERS
M. Naudin.
M. Rigoteau : Il a eſté tué.
M.Maiſon Blanche.
M. Leſcoure.
M. Villiers.
M. Guermont..
M. Desjumaux.
M. Brefme.
M. Morienne.
M. Lavaux.
1
M.Belle-Croix : Il a donné
des marques d'une intrepidi- té qu'onne peutaſſez admirer.
M.d'Arbouville Majord'Ef
cadre: Il s'eſt acquis beaucoup
de gloire en cette occafion, &
a fait tout ce qu'on pouvoit attendre d'un grand courage.
M. deMartignac.
}
GALANT. SI
DE
M. le Chevalier Pariſot.
M.le ChevalierdeLezy: Jay
marqué dans un autre endroit les grandes actiós qu'il a faites.
M. Canchy.
M. Piner.
M. le Clerc.
M. L'honnoré.
M. de l'iſle.
M. de la Bouſſiere : Il commandoit une Barque longue qui devoit ſoûtenir les Chaloupes,& retourner enſuite en
garde à la tête desgrandsVaif- ſeaux, &apres le combat il eſt
entrédans la riviere d'Aproüague , avec M. Bourdet commandantleVaiſſeau nomméla
Fée,poury ruinerle commencementde la Colonie que les Hollandois y ont établie.
M. Panetier : Il a receu deux
Cij
52 LE MERCURE coups de mouſquet dans la machoire dés le commencementdel'attaque,où il eſt toûjours demeuré pour encoura- ger ſes ſoldatsM. Machaut. On ne peut
mieux s'acquiterdeſondevoir
qu'il a fait à la teſte de trois
Chaloupes qu'il commandoit.
M. Patoulet : Il eſtoit Commiſſaire General. Il n'a point abandonné M. le Comte d'Eſtrées , &il n'y a eu aucun en- droit perilleux où il ne ſe ſoit expoſé.
M.laGuerre: Il a eſte blefſé d'un coup de Pique à la cuiffe.
M. du Vignan : Il a été blef- fé àlamain.
M. Regon : Ila eſté tué.
M. Bourder. Il s'eſt rendu
GALANT. 53 maiſtre d'une Galliote de cent
tonneaux qui estoit chargée
deproviſions.
M. Gabaret , Capitaine de Vaiſſeau. Ilcommandoit cinq
gros Vaiffeaux pour foûtenir l'effort de l'Eſcadre Hollandoiſe.
Tous ceux qui n'ontpoint eſté bleſſez n'ont pas fait pa- roiſtre moins de valeur que
les autres ; mais ils ont eſté
plusheureux.
, eftoit
Lagarniſon du Fort que ces braves attaquerent
compoſée de trois cens hom- mes , ſoûtenus de quelques
autres troupes moins reglées qui avoient beaucoup contri- bué auxfortifications de la Pla.
ce. Les travaux eſtoient bien
environnez de paliſſades ; il y
Ciij
54 LE MERCURE
avoit des Cavaliers , & vingtfix pieces de canon en divers
endroits des retranchemens
qui pouvoient battre nos gens
defront&de flanc.
M. le Comted'Eſtrées ayant ſeparé ſes troupes en deux corps , ainſi que ie vous l'ay marqué , & donné ſes ordres
aux Vaiſſeaux, pour obliger les ennemis à faire diverſion de
leurs troupes , marcha la nuit
par des defilez. Cette marche
fut fort penible le terrain étoit fablonneux, la chaleurdu iour
avoit alteré & fatigué nos foldats, &ils ne trouverent point d'eau ; mais ils ne laſſerent
pas , quoy qu'abatus de la ſoif
&du travail , de faire des
choſes extraordinaires. Monheur le Comte d'Eſtrées avoit
GALANT. 55 ordonné fept attaques , & el- les furent pouffées avec tant
de vigueur , que tous les tra- vaux furent emportez , ce
grand nombre d'attaques ayat également réüſſy , ce qui n'eſt,
preſque iamais arrivé. LeFort,
fut pris de cette maniere , &
le Gouverneur demeura prifonnier de guerre, avec toute la garnison. On ne peut aſſez donner de loüanges à Mon- fieur le Comte d'Eſtrées , il a
faitvoir nonſeulement beaucoup de prudence & de conduite dans les ordres qu'il a
donnez , mais encorbeaucoup devaleurdans l'execution d'une entrepriſe qu'il avoit fi heu- reuſement meditée , &dont il
eſt venu à bout en ſi peu de temps,avec une vigueurquine
*
C iiij
56 LE MERCURE peut trouver d'exemple que parmy les Français.
les noms de tant de braves
gens qui n'ont pas ſeulement lafatigue des Sieges à eſſuyer,
mais encor toutes les incommoditezde la Mer,&la fureur
deselemens. A
Toutes les Troupes eftant débarquées , furent ſeparées
endeuxCorps.
Premier Corps. Roki
CAPITA
Monfieur le Comte deBlenac : Il aeſté bleſſé d'un éclat
GALANT. 47 deGrenade àla cuiſſe. Il commandoit ſous Monfieur le Comte d'Eſtrées , & il a paru infatigable dans le combat.
LIEUTENANS.
M. deMontmoron.
M. le Chevalier d'Arvaux :
Il a commandé un détachement de cinquante hommes ,
& s'eſt acquis beaucoup de gloire.
M. deMonbant : Il a eſté bleſſéd'un coup de pique àla teſte.
M. d'Haire.
M. deCourcelles l'Indien.
ENSEIGNES.
M.de Saint Privaſt : Il a été
bleſſé au coude.
M. de Malaſſis.
M. de Chavegeon : Ila eu
un coupdeMouſquet au bras.
48 LE MERCURE
VOLONTAIRES.
M. Cotendon.
M. Defcloches.
M. d'Armanville : lafait la
fo ction d'Ayde Major , & a
donné des preuves d'un grand
courage.
t
AUTRES OFFICIERS.
M. Ferolles.
M.des Granges : Il a eſté
bleflé d'un coup de pique au col,qui ne l'empeſcha point de
combattre.
M.Barol.
M. Stenay,
M. le Chevalier de Balce.
M. Salbret de Marfilly.
M. Durefort.
Second Corps.
CAPITAINES.
M. Faucher.
M. de Grand Fontaine : Il
a
GALANT. 49
afait des fonctions ſurprenan- tes ; & quoy qu'il fuſt aſſez blefſé pour ſe retirer du combat, il a toûjours donnéſes ordres , & pouffé ſon attaque
avec une vigueur extraordinaire.
LIEUTENANS.
M. de Champigny.
M. de Meſlinierres: Il.commandoit une attaque avec M.
le Chevalier de Lezy : Ils ont pris leGouverneur prifonnier,
& quelques Officiers.
M. Poier.
M. Stinas.
M.Perić,
ENSEIGNES.
M. Sangers.
M. le Comte d'Aulnay.
M. Merande-Villiers .
M. Coignande Malmaiſon.
Tome 2. C
So LE MERCURE M. Serpin.
M du Tertre.
AUTRES OFFICIERS
M. Naudin.
M. Rigoteau : Il a eſté tué.
M.Maiſon Blanche.
M. Leſcoure.
M. Villiers.
M. Guermont..
M. Desjumaux.
M. Brefme.
M. Morienne.
M. Lavaux.
1
M.Belle-Croix : Il a donné
des marques d'une intrepidi- té qu'onne peutaſſez admirer.
M.d'Arbouville Majord'Ef
cadre: Il s'eſt acquis beaucoup
de gloire en cette occafion, &
a fait tout ce qu'on pouvoit attendre d'un grand courage.
M. deMartignac.
}
GALANT. SI
DE
M. le Chevalier Pariſot.
M.le ChevalierdeLezy: Jay
marqué dans un autre endroit les grandes actiós qu'il a faites.
M. Canchy.
M. Piner.
M. le Clerc.
M. L'honnoré.
M. de l'iſle.
M. de la Bouſſiere : Il commandoit une Barque longue qui devoit ſoûtenir les Chaloupes,& retourner enſuite en
garde à la tête desgrandsVaif- ſeaux, &apres le combat il eſt
entrédans la riviere d'Aproüague , avec M. Bourdet commandantleVaiſſeau nomméla
Fée,poury ruinerle commencementde la Colonie que les Hollandois y ont établie.
M. Panetier : Il a receu deux
Cij
52 LE MERCURE coups de mouſquet dans la machoire dés le commencementdel'attaque,où il eſt toûjours demeuré pour encoura- ger ſes ſoldatsM. Machaut. On ne peut
mieux s'acquiterdeſondevoir
qu'il a fait à la teſte de trois
Chaloupes qu'il commandoit.
M. Patoulet : Il eſtoit Commiſſaire General. Il n'a point abandonné M. le Comte d'Eſtrées , &il n'y a eu aucun en- droit perilleux où il ne ſe ſoit expoſé.
M.laGuerre: Il a eſte blefſé d'un coup de Pique à la cuiffe.
M. du Vignan : Il a été blef- fé àlamain.
M. Regon : Ila eſté tué.
M. Bourder. Il s'eſt rendu
GALANT. 53 maiſtre d'une Galliote de cent
tonneaux qui estoit chargée
deproviſions.
M. Gabaret , Capitaine de Vaiſſeau. Ilcommandoit cinq
gros Vaiffeaux pour foûtenir l'effort de l'Eſcadre Hollandoiſe.
Tous ceux qui n'ontpoint eſté bleſſez n'ont pas fait pa- roiſtre moins de valeur que
les autres ; mais ils ont eſté
plusheureux.
, eftoit
Lagarniſon du Fort que ces braves attaquerent
compoſée de trois cens hom- mes , ſoûtenus de quelques
autres troupes moins reglées qui avoient beaucoup contri- bué auxfortifications de la Pla.
ce. Les travaux eſtoient bien
environnez de paliſſades ; il y
Ciij
54 LE MERCURE
avoit des Cavaliers , & vingtfix pieces de canon en divers
endroits des retranchemens
qui pouvoient battre nos gens
defront&de flanc.
M. le Comted'Eſtrées ayant ſeparé ſes troupes en deux corps , ainſi que ie vous l'ay marqué , & donné ſes ordres
aux Vaiſſeaux, pour obliger les ennemis à faire diverſion de
leurs troupes , marcha la nuit
par des defilez. Cette marche
fut fort penible le terrain étoit fablonneux, la chaleurdu iour
avoit alteré & fatigué nos foldats, &ils ne trouverent point d'eau ; mais ils ne laſſerent
pas , quoy qu'abatus de la ſoif
&du travail , de faire des
choſes extraordinaires. Monheur le Comte d'Eſtrées avoit
GALANT. 55 ordonné fept attaques , & el- les furent pouffées avec tant
de vigueur , que tous les tra- vaux furent emportez , ce
grand nombre d'attaques ayat également réüſſy , ce qui n'eſt,
preſque iamais arrivé. LeFort,
fut pris de cette maniere , &
le Gouverneur demeura prifonnier de guerre, avec toute la garnison. On ne peut aſſez donner de loüanges à Mon- fieur le Comte d'Eſtrées , il a
faitvoir nonſeulement beaucoup de prudence & de conduite dans les ordres qu'il a
donnez , mais encorbeaucoup devaleurdans l'execution d'une entrepriſe qu'il avoit fi heu- reuſement meditée , &dont il
eſt venu à bout en ſi peu de temps,avec une vigueurquine
*
C iiij
56 LE MERCURE peut trouver d'exemple que parmy les Français.
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Résumé : Particularitez touchant la prise de la Cayenne, avec les noms de tous ceux qui s'y sont signalez. [titre d'après la table]
Le texte décrit une expédition militaire dirigée par le Comte d'Estrées, impliquant deux corps de troupes. Les soldats ont dû affronter non seulement la fatigue des sièges, mais aussi les difficultés liées à la mer et aux éléments naturels. Le premier corps était sous le commandement du Comte de Blénac, qui a été blessé à la cuisse. Plusieurs officiers, comme le Chevalier d'Arvaux et M. de Monbant, ont également été blessés ou ont démontré un grand courage. Le second corps, dirigé par M. de Grand Fontaine, a également subi des pertes, notamment la mort de M. Rigoteau au combat. Les troupes ont dû faire face à une garnison composée de trois cents hommes et de troupes auxiliaires, soutenues par des fortifications et des pièces d'artillerie. Malgré les conditions difficiles, les attaques ont réussi à neutraliser les défenses et à capturer le fort, faisant prisonnier le gouverneur et sa garnison. Le Comte d'Estrées a été félicité pour sa prudence, sa conduite et sa valeur dans l'exécution de cette entreprise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 103-114
Abregé des belles Actions de ce Marêchal. [titre d'après la table]
Début :
Il me souvient, Madame, de vous avoir oüy dire il [...]
Mots clefs :
Siège, Valeur, Braves, Maréchal de la Ferté, Attaque, Ennemis, Pistolet, Gouvernement, Lorraine, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Abregé des belles Actions de ce Marêchal. [titre d'après la table]
Il me ſouvient Madame , de
vous avoir oui dire il n'y a
pas long-temps, en parlant de
GALANT. 77 la valeur de nos Braves d'aujourd'huy, quevous auriezbie voulu ſçavoir tout ce qu'ont fait de grand nos anciensMareſchauxdeFrance. le vais, puis que l'occafion s'en preſente,
vousparler ſeulementde monfieur le mareſchal de la Ferté.
Vous ferez ſans doute ſurpri- fe , qu'un ſeul Homme ait pû faire un fi grand nombre d'a- tions éclatantes pendant le coursd'une feule vie ; & vους
direz avec toute la terre,que fi la même perſonne pouvoit avoir plus d'un Baſton de mareſchal , nous luy en verrions aſſurement plusd'une douzai -
ne. Lors que l'on attaqua la Rochelle , il eſtoit déja à la te- ſte du Regiment qui eſtoit ſous la charge de Monfieur le
D 3
78 LE MERCURE Comte de Soiffons. Il ſervit..
pendant ce Siege à la conftru- ction du Fort Loüis, &en ſuite en pluſieurs endroits con- tre les Religionnaires. Il fut au Siege de Privas , où il re- ceutun coup de mouſquet au viſage. Il ſe ſignala àl'attaque du Pas de Suze , auſecours de
Cazal , au Siegede Moyenvic,
à celuy de Tréves , & à la ba- taille d'Aveines. Le feu Roy le fit marefſchal de Camp fur la Bréche de Hedin , pour avoir repouffé par deux fois ,
&defait le ſecours que le General Picolomini y vou -
loit ietter. Il donna , & remporia en fuite le fameux com- bat de S. Nicolas , où les ennemis eurent plus dedeux mil.
lehommes tuez ſur la place,
GALANT. 79
&perdirent leur Canon.Etant
au ſiege de Chinay qu'il atta- quoit, & qu'il rangea fous l'obeïffance du Roy, il apprit que
le Ducde Lorraine , &le General Lamboy, veroient au ſecours de la Place , & avoient
déja attaqué la Garde; & quoi que bleſſé à la cuiffe d'un coup de Fauconeau , il ſe la fit en.
veloper ,& s'eſtant fait iet -
ter à cheval , il obligea les en- nemis à ſe retirer apres une perte confiderable. Il com -
mandoit l'Aifle gauche à la Bataille de Rocroy, il y fit des
actions furprenantes , & il y
eut deux coups de piſtolet ,
deux coups d'épée , & deux
chevaux tuez ſous luy, II
fut enfuite fait Gouverneur
de Lorraine , puis Lieutenant
D 4
80 LE MERCURE
General, apres quoy il prit Lonouydans ſonGouvernement,
& fauva Courtray en s'y jettant avec deux- mille hommes , qu'il fit paſſer à la veuë des ennemis. Il ſe ſignala au Siege d'Ypres , & à la bataille
de Lens, où il rompit la Cava- leriedes ennemis , &la pour- fuivit juſques à Douay , d'où il ramena quinze cens priſon -
niers. Il repaſſa en ſuite en Lorraine , en chaſſa les ennemis avecunCorps moins con- fiderable , & ſauva Nancydu peril qui le menaçoit. Il prit quelque temps apres la Ville de Ligny, où il receut un coup de mouſquer à la gorge que l'on crut mortel.
Iem'imagine Madame, qu'e liſant cette Lettre vous vous
GALANT. 81
eſtes déja interrompuë vous- meſme pluſieurs fois , & que vous avez dit que j'avois ou- blié à vous marquer en quel temps M. de la Ferté avoit eſté faitMareſchal de France : cependant leRoyneluy fit l'hon- neur de luy envoyer le Bâton,
qu'apres la priſe de Ligny. Il fut à peine guery du coup qu'il y receut , qu'il reprit les Vil- les de Chartey ſur la Moſelle,,
Mirecourt , Neuchaſteau , &
remit ſous l'obeïſſance du Roy toutes les Places qui avoient
eſté priſes en Lorraine. Deux
ans apres il prit. Mouzon avec Monfieur de Turenne ; puis
avec un Corps de Troupes qu'il commandoit ſeul , il empeſchale Ducde Lorrainede ſecourir Sainte Menehouſt, &
DS
8. LE MERCURE
Quelque temps aprés il pric Befort en Hyver; & la mef- me année , ayant rejointMon- ſieur de Turenne , il fut à l'attaquedes Lignes d'Arras, où il
entrades premiers, &où il eut un cheval tué ſous lay. La meſme Campagneil pritCler- monten Argone. Il fut l'an- née ſuivante au Siege de Landrecies avec Monfieur de Turenne , puis en estant feparé il ſe ſignala au fameux paſſage de l'Eſcaut à la Neufville prés Bouchain. Il facilita quelque temps apres la priſe de Condé &deS. Guilhain; & il auroit
pris Valenciennes fans le deftin de Monfieur le Prince- ;
N'admirez- vous pasMada- mece long enchaînement de
bonheur, qui n'auroit pû du
GALANT. 83
rer ſi long- temps , fi ce grand
Capitaine n'cuſt en autant de
conduite & de prudence que
de Valeur. La fortune qui
n'abandonne gueres les veri- tables Braves, fit bientoſt voir
qu'elle ne l'avoit pas quitté pourlongtemps,puis qu'onluy D
vit prendre les années ſuivan- tes Montmedy &Gravelines,
&que le Roy le fit fon Lieute-
- nant General , lors qu'il par- tit pour aller à Marfal. Je ne
parle point des Convoys &
des ſecours qu'il a defaits, des Quartiers qu'il a enlevez , &
des Chaſteaux qu'il a pris , &
le détail en ſeroit trop long.
Peut eſtre même que ceuxqui
verront cette lettre, &qui admireront le plus tant debelles
actions,dirõt que ic ne vous ay
84 LE MERCURE promis de vous manderque ce qui ſe paſſe de nouveau : mais
Madame , outre que vous l'a- vez ſouhaité , ie croy qu'elles ne déplairont pas, & qu'eſtant ainſi ramaſſées elles paroîtront
aſſez curieuſes , pour meriter que ie me fois un peu éloigné demonſujet.
vous avoir oui dire il n'y a
pas long-temps, en parlant de
GALANT. 77 la valeur de nos Braves d'aujourd'huy, quevous auriezbie voulu ſçavoir tout ce qu'ont fait de grand nos anciensMareſchauxdeFrance. le vais, puis que l'occafion s'en preſente,
vousparler ſeulementde monfieur le mareſchal de la Ferté.
Vous ferez ſans doute ſurpri- fe , qu'un ſeul Homme ait pû faire un fi grand nombre d'a- tions éclatantes pendant le coursd'une feule vie ; & vους
direz avec toute la terre,que fi la même perſonne pouvoit avoir plus d'un Baſton de mareſchal , nous luy en verrions aſſurement plusd'une douzai -
ne. Lors que l'on attaqua la Rochelle , il eſtoit déja à la te- ſte du Regiment qui eſtoit ſous la charge de Monfieur le
D 3
78 LE MERCURE Comte de Soiffons. Il ſervit..
pendant ce Siege à la conftru- ction du Fort Loüis, &en ſuite en pluſieurs endroits con- tre les Religionnaires. Il fut au Siege de Privas , où il re- ceutun coup de mouſquet au viſage. Il ſe ſignala àl'attaque du Pas de Suze , auſecours de
Cazal , au Siegede Moyenvic,
à celuy de Tréves , & à la ba- taille d'Aveines. Le feu Roy le fit marefſchal de Camp fur la Bréche de Hedin , pour avoir repouffé par deux fois ,
&defait le ſecours que le General Picolomini y vou -
loit ietter. Il donna , & remporia en fuite le fameux com- bat de S. Nicolas , où les ennemis eurent plus dedeux mil.
lehommes tuez ſur la place,
GALANT. 79
&perdirent leur Canon.Etant
au ſiege de Chinay qu'il atta- quoit, & qu'il rangea fous l'obeïffance du Roy, il apprit que
le Ducde Lorraine , &le General Lamboy, veroient au ſecours de la Place , & avoient
déja attaqué la Garde; & quoi que bleſſé à la cuiffe d'un coup de Fauconeau , il ſe la fit en.
veloper ,& s'eſtant fait iet -
ter à cheval , il obligea les en- nemis à ſe retirer apres une perte confiderable. Il com -
mandoit l'Aifle gauche à la Bataille de Rocroy, il y fit des
actions furprenantes , & il y
eut deux coups de piſtolet ,
deux coups d'épée , & deux
chevaux tuez ſous luy, II
fut enfuite fait Gouverneur
de Lorraine , puis Lieutenant
D 4
80 LE MERCURE
General, apres quoy il prit Lonouydans ſonGouvernement,
& fauva Courtray en s'y jettant avec deux- mille hommes , qu'il fit paſſer à la veuë des ennemis. Il ſe ſignala au Siege d'Ypres , & à la bataille
de Lens, où il rompit la Cava- leriedes ennemis , &la pour- fuivit juſques à Douay , d'où il ramena quinze cens priſon -
niers. Il repaſſa en ſuite en Lorraine , en chaſſa les ennemis avecunCorps moins con- fiderable , & ſauva Nancydu peril qui le menaçoit. Il prit quelque temps apres la Ville de Ligny, où il receut un coup de mouſquer à la gorge que l'on crut mortel.
Iem'imagine Madame, qu'e liſant cette Lettre vous vous
GALANT. 81
eſtes déja interrompuë vous- meſme pluſieurs fois , & que vous avez dit que j'avois ou- blié à vous marquer en quel temps M. de la Ferté avoit eſté faitMareſchal de France : cependant leRoyneluy fit l'hon- neur de luy envoyer le Bâton,
qu'apres la priſe de Ligny. Il fut à peine guery du coup qu'il y receut , qu'il reprit les Vil- les de Chartey ſur la Moſelle,,
Mirecourt , Neuchaſteau , &
remit ſous l'obeïſſance du Roy toutes les Places qui avoient
eſté priſes en Lorraine. Deux
ans apres il prit. Mouzon avec Monfieur de Turenne ; puis
avec un Corps de Troupes qu'il commandoit ſeul , il empeſchale Ducde Lorrainede ſecourir Sainte Menehouſt, &
DS
8. LE MERCURE
Quelque temps aprés il pric Befort en Hyver; & la mef- me année , ayant rejointMon- ſieur de Turenne , il fut à l'attaquedes Lignes d'Arras, où il
entrades premiers, &où il eut un cheval tué ſous lay. La meſme Campagneil pritCler- monten Argone. Il fut l'an- née ſuivante au Siege de Landrecies avec Monfieur de Turenne , puis en estant feparé il ſe ſignala au fameux paſſage de l'Eſcaut à la Neufville prés Bouchain. Il facilita quelque temps apres la priſe de Condé &deS. Guilhain; & il auroit
pris Valenciennes fans le deftin de Monfieur le Prince- ;
N'admirez- vous pasMada- mece long enchaînement de
bonheur, qui n'auroit pû du
GALANT. 83
rer ſi long- temps , fi ce grand
Capitaine n'cuſt en autant de
conduite & de prudence que
de Valeur. La fortune qui
n'abandonne gueres les veri- tables Braves, fit bientoſt voir
qu'elle ne l'avoit pas quitté pourlongtemps,puis qu'onluy D
vit prendre les années ſuivan- tes Montmedy &Gravelines,
&que le Roy le fit fon Lieute-
- nant General , lors qu'il par- tit pour aller à Marfal. Je ne
parle point des Convoys &
des ſecours qu'il a defaits, des Quartiers qu'il a enlevez , &
des Chaſteaux qu'il a pris , &
le détail en ſeroit trop long.
Peut eſtre même que ceuxqui
verront cette lettre, &qui admireront le plus tant debelles
actions,dirõt que ic ne vous ay
84 LE MERCURE promis de vous manderque ce qui ſe paſſe de nouveau : mais
Madame , outre que vous l'a- vez ſouhaité , ie croy qu'elles ne déplairont pas, & qu'eſtant ainſi ramaſſées elles paroîtront
aſſez curieuſes , pour meriter que ie me fois un peu éloigné demonſujet.
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Résumé : Abregé des belles Actions de ce Marêchal. [titre d'après la table]
Le texte décrit les exploits militaires du maréchal de la Ferté, un homme ayant accompli de nombreuses actions remarquables au cours de sa carrière. Il a participé à divers sièges et batailles, notamment ceux de La Rochelle, Privas, Suze, Moyenvic, Trèves et Aveines. Lors du siège de Privas, il a été blessé par un coup de mousquet au visage. Pour ses actions à Hedin, le roi l'a nommé maréchal de camp. Il s'est particulièrement distingué lors de la bataille de Rocroy, où il a été blessé à plusieurs reprises, ce qui lui a valu les titres de gouverneur de Lorraine et de lieutenant général. Il a pris plusieurs villes, comme Lonuy et Courtray, et s'est illustré lors des sièges d'Ypres et de Lens. Il a également sauvé Nancy et pris la ville de Ligny, où il a été grièvement blessé. Après cette victoire, le roi lui a décerné le bâton de maréchal de France. Sa carrière se poursuit avec la prise de villes telles que Chartey, Mirecourt et Neuchâteau, et il a empêché le duc de Lorraine de secourir Sainte Menehoult. Il a également participé à l'attaque des lignes d'Arras et au siège de Landrecies. Sa carrière est marquée par une série de succès militaires et de prises de villes stratégiques, démontrant sa valeur, sa conduite et sa prudence.
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3
p. 12-18
Blessez
Début :
M. le Comte de Carle, Enseigne des Gens d'armes [...]
Mots clefs :
Blessés, Tués, Lieutenant, Chevalier, Capitaine
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texteReconnaissance textuelle : Blessez
Bleffez.
M. le Comte de Carle, Enſeigne des Gensd'armes Ecof- fois, bleſſé &priſonnier.
M. du Paſſage , Marechal des Logis au même Corps.
M. le Chevalierde la Guette , Capitaine-Lieutenant des Gens d'armes Anglois , bleſſé.
&prifonnier.
M. le Chevalier de Croly,
Enſeigne.
M. Obrien , Maréchal des
Logis.
M. le Marquis de Mongon,
Sous - Lieutenant des Gens
d'armes de Bourgogne.
M. le Marquisde Sepville,
Capitaine - Lieutenant des Chevaux- Legers de la Reyne M. le Marquis de Villarceaux , Sous - Lieutenant des
Aw
10 LE MERCURE
Chevaux Legers Dauphins.
M. Lanjon , Sous- Lieute-- nant des Gensd'armes.
d'Anjou. M. de Refuge , Capitaine aux Gardes , bleffé & prifonnier.
M. Maliffis ,
même Corps.
Capitaine au
M. des Alleurs , Capitaine
au même Corps.
M. le Sage.
M. de Varenne.
Monfieurde Fourrille, tous
trois Lieutenans au même
Corps.. M.de Beaumont Sous-Lieutenant au même Corps.
M. de Nonant , Enſeigne
aumêmeCorps.. M. de Villechauve,Lieutenant Colonel du Regiment
GALANT. IT
du Roy , & Brigadier d'Infan- terie.
M. des Farges , Lieutenant Colonel du Regiment de la Reine.
M. Laufier , Major du Regimentdes Vaiſſeaux.
M. de l'Etoille, Lieutenant
Colonel du Regiment Lyonnois.
M. Des-Dames , Major du Regiment de Humieres.
M. de la Meloniere,Lieute--
nant- Colonel du Regiment
d'Anjou.. M. le Marquis de Genlis,
Colonel du Regiment de la Couronne.
M. Le Marquis d'Are-fur
Tille , Fils aîné de Monfieur
le Comte de Tavanes , Capi--
zuine au même Corps..
12 LE MERCURE
M. Zegber , Major du Re giment de Greder.
Tuez.
M. le Comte de S. Luc,
Mouſquetaire.
M. le Marquis de laGrange, Guidon des Gens- d'armes Ecoffois.
M. Macher , Guidon des
Gensd'armes Anglois.
M. Rirdan , Maréchal des .
Logis au même Corps.
M. Cordet , Maréchal des :
Logis des Gensd'armes de
Bourgogne.
M. le Chevalier de Beauvaux , Capitaine- Lieutenant des Gensd'armes de Monfieur..
M. le Marquis de Villacerf
Capitaine dans le Regiment,
deTilladet..
i
GALANT.
M. de la Boiffiere , Capitai- ne aux Gardes.
M. de Crean , Lieutenant
Colonel du Regiment de Humieres.
M. Sigoville , Major duRe giment du Maine.. Monfieur Chelar, Major du Regiment d'Anjou.
M. de Villars, Lieutenanta Colonel du. Regiment RoyaLYON
Italien..
M. le Comte de Carle, Enſeigne des Gensd'armes Ecof- fois, bleſſé &priſonnier.
M. du Paſſage , Marechal des Logis au même Corps.
M. le Chevalierde la Guette , Capitaine-Lieutenant des Gens d'armes Anglois , bleſſé.
&prifonnier.
M. le Chevalier de Croly,
Enſeigne.
M. Obrien , Maréchal des
Logis.
M. le Marquis de Mongon,
Sous - Lieutenant des Gens
d'armes de Bourgogne.
M. le Marquisde Sepville,
Capitaine - Lieutenant des Chevaux- Legers de la Reyne M. le Marquis de Villarceaux , Sous - Lieutenant des
Aw
10 LE MERCURE
Chevaux Legers Dauphins.
M. Lanjon , Sous- Lieute-- nant des Gensd'armes.
d'Anjou. M. de Refuge , Capitaine aux Gardes , bleffé & prifonnier.
M. Maliffis ,
même Corps.
Capitaine au
M. des Alleurs , Capitaine
au même Corps.
M. le Sage.
M. de Varenne.
Monfieurde Fourrille, tous
trois Lieutenans au même
Corps.. M.de Beaumont Sous-Lieutenant au même Corps.
M. de Nonant , Enſeigne
aumêmeCorps.. M. de Villechauve,Lieutenant Colonel du Regiment
GALANT. IT
du Roy , & Brigadier d'Infan- terie.
M. des Farges , Lieutenant Colonel du Regiment de la Reine.
M. Laufier , Major du Regimentdes Vaiſſeaux.
M. de l'Etoille, Lieutenant
Colonel du Regiment Lyonnois.
M. Des-Dames , Major du Regiment de Humieres.
M. de la Meloniere,Lieute--
nant- Colonel du Regiment
d'Anjou.. M. le Marquis de Genlis,
Colonel du Regiment de la Couronne.
M. Le Marquis d'Are-fur
Tille , Fils aîné de Monfieur
le Comte de Tavanes , Capi--
zuine au même Corps..
12 LE MERCURE
M. Zegber , Major du Re giment de Greder.
Tuez.
M. le Comte de S. Luc,
Mouſquetaire.
M. le Marquis de laGrange, Guidon des Gens- d'armes Ecoffois.
M. Macher , Guidon des
Gensd'armes Anglois.
M. Rirdan , Maréchal des .
Logis au même Corps.
M. Cordet , Maréchal des :
Logis des Gensd'armes de
Bourgogne.
M. le Chevalier de Beauvaux , Capitaine- Lieutenant des Gensd'armes de Monfieur..
M. le Marquis de Villacerf
Capitaine dans le Regiment,
deTilladet..
i
GALANT.
M. de la Boiffiere , Capitai- ne aux Gardes.
M. de Crean , Lieutenant
Colonel du Regiment de Humieres.
M. Sigoville , Major duRe giment du Maine.. Monfieur Chelar, Major du Regiment d'Anjou.
M. de Villars, Lieutenanta Colonel du. Regiment RoyaLYON
Italien..
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Résumé : Blessez
Le texte énumère des militaires blessés, prisonniers ou tués lors d'un événement non spécifié. Parmi les blessés et prisonniers figurent M. le Comte de Carle, Enseigne des Gens-d'armes Ecoftois, M. du Passage, Maréchal des Logis au même Corps, et M. le Chevalier de la Guette, Capitaine-Lieutenant des Gens d'armes Anglois. D'autres officiers blessés et prisonniers incluent M. de Refuge, Capitaine aux Gardes, et plusieurs autres officiers de divers régiments. Les militaires tués comprennent M. le Comte de S. Luc, Mousquetaire, M. le Marquis de la Grange, Guidon des Gens-d'armes Ecoffois, et M. Macher, Guidon des Gens-d'armes Anglois. La liste mentionne également des officiers de haut rang, tels que M. de Villechauve, Lieutenant Colonel du Régiment du Roy, et M. le Marquis de Genlis, Colonel du Régiment de la Couronne. Le texte énumère aussi des officiers de divers régiments, y compris les Régiments de la Reine, des Vaisseaux, Lyonnois, Humieres, Anjou, et la Couronne, ainsi que le Régiment Royal Italien.
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4
p. 226-239
Plusieurs avantages remportez sur Mer en divers endroits par les Vaisseaux de France, depuis le commencement de la Campagne, avec les Noms de tous ceux qui se sont distinguez. [titre d'après la table]
Début :
Retournons à la Guerre, rien n'arreste les François quand il [...]
Mots clefs :
Vaisseaux, Capitaine, Hollandais, Combat, Guerre, Mer, Corsaire, Port, Bateau
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texteReconnaissance textuelle : Plusieurs avantages remportez sur Mer en divers endroits par les Vaisseaux de France, depuis le commencement de la Campagne, avec les Noms de tous ceux qui se sont distinguez. [titre d'après la table]
Retournons à la Guerre ,
1 rien n'arreſte les François quand il s'agit de ſervir leur Prince , &d'acquerir de la ré- putation. Vous venez de voir
combattre fur Terre , voyez à
preſent combattre ſur Mer.
Nous y avons remporté des avantages dont ceux qui ne ſontpasaccoûtumez àvaincre touslesjours par tout , feroient plus de bruit que nous n'en faifons.
Le Capitaine Tobias fort eſtimé chez les Hollandois ,
158 LE MERCVRE 1
éprouva il y a quelque temps combien les Armes du Roy fontàcraindre. Il revenoit de
Smirne , & commandoit une
Flote compoſée de trois gros Vaiſſeaux de guerre ,de cinq Navires , & de huit grandes Fluftes , le tout extraordinaire- ment riche. Le Vaiſſeauqu'il montoit eſtoit de foixante &
fix Pieces de Canon, & chaque Naviredequarante. Il fut rencontré dans la Manche à
la hauteur d'Oüeſſant , par M. le Chevalier de Chasteaure- naut Chefd'Efcadre, qui croi- foit de ce coſté-là, Quoy qu'il n'euſt que quatre Vaiſſeaux de guerre& trois legeres Fré- gates , cette inégalité ne l'em- pefcha pas de prendre la ré- folution de lattaquer. LesEn- nemis l'attendirent en bon
ordre,
GALANT. 159
-
ce qu'il
ordre , & voyant leurs forces beaucoup au deſſus de celles desAttaquans , ils ſe prépare- rent à les recevoir avec une
confiance qui ne leur permet- toit point de douter de la Vi- ctoire. Leurs huit Baſtimens
s'eſtant mis en ligne , & les ☐ Fluſtes ſous le vent , M. de
Chaſteaurenaut arriva fur eux
à la petitepointedujour. Il fit tout cequ'il put pour aborder Commandant , qui évita fix fois l'abordage. Le Combat fut long&opiniâtre. NosFré- gates prirent quatre grandes Fluftes chargées d'Huile , de Tabac , & d'indigo , & deux Vaiſſeaux Hollandois coulerent à fond , avec del'Argent
en barre , & plufieurs mar- chandifes de grand prix. Leurs autres Vaiſſeaux ont eſte fort
Tome VI.
le
160 LE MERCVRE
mal traitez. Ils s'échaperent à
la faveur d'une brune qui empeſcha M. le Chevalier de
Chaſteaurenaut de les ſuivre.
Chacun ſçait qu'on ne peut avoir plus de cœur qu'il en fait paroiſtre , que le peril ne l'é- tonne point , &qu'il n'est pas ſeulement bon Soldat & bon
Capitaine , mais encor bon Homme de Mer , & fort intelligentdans tout ce qui regarde l'employ qu'on luy a donné.
Meſſieurs les Comtes de Sourdis&de Rofmadec , & M. Foran Capitaines de Vaiſſeaux ,
ſe ſont extraordinairementdiſtinguez. Meſſieurs Huet du Rueaux , de Banville , & de Maiſon-neuve , ont donné des
marques de leur courage tant que le Combat a duré. M. le Baron d'Audengervat , Mef-
GALANT. 161
LYCA
ſieurs de Moran- Boiſamis &
de Sancé Lieutenans , deBoncour &de Courbon Enfeignes,
de la Haudiniere &de la Robiniere Volontaires , &deBel- limont Garde de la Marine,
ont eſté bleſſez en ſe ſignalant.
Les Ennemis ont perdu beau- coup de monde , & il ne nous en a couſté que M. Mercadet Enſeigne , qu'ils notus ont Cét avantage n'eſt pas le ſeul que nous ayons eu ur
Mer. M. leChevalierde Bre
teüil qui commande l'Efcadre desGaleres Françoiſes enRof- fillon , a enlevé deux Barques d'un Convoy qui venoit aux Eſpagnols , & dont tout le feu de laMouſqueterie des Enne- mis ne pût empeſcher la prife.
Il pourſuivit les autres juſques fous le Canon de la Tour de
O ij
162 LE MERCVRE
Palmos aux Coſtes de Catalogne. M. le Chevalier deBour- feville ſe rendit maître d'une
troiſieme , &on ne peut trop eſtimer les marques d'intrépi- dité & de valeur que tous les
deux ont données.
Il ne faut qu'eftre François pour porter la terreur en pre- nant les armes. Un Marchand
duHavre s'eſtant plaintqu'un Corſaire nommé,le Capitaine Mauvel, venoitde luy enlever une Barque affez confiderable , avec le Pilote qu'il avoit deffus , Monfieur le Duc de S.
Aignan détacha fans perdre temps fix Soldats par Compa- gnies , &les faiſant prompte- ment embarquer das des Cha- loupes,&quelques autresdans un Bateau qui ſert à porter le Bois , afin qu'on les pûft pren-
GALANT. 163 dre pour des Marchands , ils allerent joindre le Corſaire qui eftoit encor à l'ancre. M. de
Brevedent Capitaine de Fré- gate legere , & M.du Buiffon Enſeigne du Port , ſe trouve- rent à cette attaque , il y eut un Combat de Mouſquererie qui ſe fit preſque à bout tou- chant, &qui étonna tellement le Corſaire , qu'il prit la fuite.
aprés la décharge de quatre Pieces de Canon dont il eſtoit
armé. Son Pilote fut tué ,trois
de ſes Matelots demeurerent
fur la Place , & il fut bleffé
luy-meſme. Il n'y eutde l'au- tre coſté qu'un ſeul Soldat bleffé jambe , & le Maſt
de l'une des Chaloupes en- dommagé d'un coup de Ca- non. La Barque fut repriſe.. Elle eſt eſtimée à prés de mil
Oiij
164 LE MERCVRE Ecus, &c'eſt duPilote duMarchand qui estoit avec le Cor- faire pendant le Combat , &
qu'il a relâché depuis , qu'on a ſçeu ces particularitez.
Je nevous parle point d'un petit Corfaire de Saint Mało ,
armé de fix pieces de Canon ,
qui s'eſtant rendu maiſtre de trois grandes Fluftes de Dan.
nemarc chargées de Froment,
de Seigle , & de Pluſieurs au- tres chofes, les a menées dans ce Port. Ces fortes de priſes y
font ordinaires , un autre Cor- faire ayant amené preſque en -meſme temps un Hollandois ;
&deux autres , un Biſcayen chargé de diverſes marchan- difes.
Vous voyez , Madame, que le Roy triomphe de tous cô- tez fur Mer , comme il triom
GALANT. 165 phe par tout fur Terre. Il eſt vray qu'on nous imputoit une diſgrace qui donnoit grande joye à nos Ennemis. On pré- tendoit que toutes nos Gale- res avoient eſté conſommées à
Civitavechia par un Incendie dont on n'avoit pû arreſter la violence. Le bruit en courut à
Naples ; & dans le temps que cette nouvelle s'y debitoit , el- les parurent à l Iſle de Pont,
où elles prirent trois gros Vaif- ſeaux àla veuë meſme de cet.
te Ville.
1 rien n'arreſte les François quand il s'agit de ſervir leur Prince , &d'acquerir de la ré- putation. Vous venez de voir
combattre fur Terre , voyez à
preſent combattre ſur Mer.
Nous y avons remporté des avantages dont ceux qui ne ſontpasaccoûtumez àvaincre touslesjours par tout , feroient plus de bruit que nous n'en faifons.
Le Capitaine Tobias fort eſtimé chez les Hollandois ,
158 LE MERCVRE 1
éprouva il y a quelque temps combien les Armes du Roy fontàcraindre. Il revenoit de
Smirne , & commandoit une
Flote compoſée de trois gros Vaiſſeaux de guerre ,de cinq Navires , & de huit grandes Fluftes , le tout extraordinaire- ment riche. Le Vaiſſeauqu'il montoit eſtoit de foixante &
fix Pieces de Canon, & chaque Naviredequarante. Il fut rencontré dans la Manche à
la hauteur d'Oüeſſant , par M. le Chevalier de Chasteaure- naut Chefd'Efcadre, qui croi- foit de ce coſté-là, Quoy qu'il n'euſt que quatre Vaiſſeaux de guerre& trois legeres Fré- gates , cette inégalité ne l'em- pefcha pas de prendre la ré- folution de lattaquer. LesEn- nemis l'attendirent en bon
ordre,
GALANT. 159
-
ce qu'il
ordre , & voyant leurs forces beaucoup au deſſus de celles desAttaquans , ils ſe prépare- rent à les recevoir avec une
confiance qui ne leur permet- toit point de douter de la Vi- ctoire. Leurs huit Baſtimens
s'eſtant mis en ligne , & les ☐ Fluſtes ſous le vent , M. de
Chaſteaurenaut arriva fur eux
à la petitepointedujour. Il fit tout cequ'il put pour aborder Commandant , qui évita fix fois l'abordage. Le Combat fut long&opiniâtre. NosFré- gates prirent quatre grandes Fluftes chargées d'Huile , de Tabac , & d'indigo , & deux Vaiſſeaux Hollandois coulerent à fond , avec del'Argent
en barre , & plufieurs mar- chandifes de grand prix. Leurs autres Vaiſſeaux ont eſte fort
Tome VI.
le
160 LE MERCVRE
mal traitez. Ils s'échaperent à
la faveur d'une brune qui empeſcha M. le Chevalier de
Chaſteaurenaut de les ſuivre.
Chacun ſçait qu'on ne peut avoir plus de cœur qu'il en fait paroiſtre , que le peril ne l'é- tonne point , &qu'il n'est pas ſeulement bon Soldat & bon
Capitaine , mais encor bon Homme de Mer , & fort intelligentdans tout ce qui regarde l'employ qu'on luy a donné.
Meſſieurs les Comtes de Sourdis&de Rofmadec , & M. Foran Capitaines de Vaiſſeaux ,
ſe ſont extraordinairementdiſtinguez. Meſſieurs Huet du Rueaux , de Banville , & de Maiſon-neuve , ont donné des
marques de leur courage tant que le Combat a duré. M. le Baron d'Audengervat , Mef-
GALANT. 161
LYCA
ſieurs de Moran- Boiſamis &
de Sancé Lieutenans , deBoncour &de Courbon Enfeignes,
de la Haudiniere &de la Robiniere Volontaires , &deBel- limont Garde de la Marine,
ont eſté bleſſez en ſe ſignalant.
Les Ennemis ont perdu beau- coup de monde , & il ne nous en a couſté que M. Mercadet Enſeigne , qu'ils notus ont Cét avantage n'eſt pas le ſeul que nous ayons eu ur
Mer. M. leChevalierde Bre
teüil qui commande l'Efcadre desGaleres Françoiſes enRof- fillon , a enlevé deux Barques d'un Convoy qui venoit aux Eſpagnols , & dont tout le feu de laMouſqueterie des Enne- mis ne pût empeſcher la prife.
Il pourſuivit les autres juſques fous le Canon de la Tour de
O ij
162 LE MERCVRE
Palmos aux Coſtes de Catalogne. M. le Chevalier deBour- feville ſe rendit maître d'une
troiſieme , &on ne peut trop eſtimer les marques d'intrépi- dité & de valeur que tous les
deux ont données.
Il ne faut qu'eftre François pour porter la terreur en pre- nant les armes. Un Marchand
duHavre s'eſtant plaintqu'un Corſaire nommé,le Capitaine Mauvel, venoitde luy enlever une Barque affez confiderable , avec le Pilote qu'il avoit deffus , Monfieur le Duc de S.
Aignan détacha fans perdre temps fix Soldats par Compa- gnies , &les faiſant prompte- ment embarquer das des Cha- loupes,&quelques autresdans un Bateau qui ſert à porter le Bois , afin qu'on les pûft pren-
GALANT. 163 dre pour des Marchands , ils allerent joindre le Corſaire qui eftoit encor à l'ancre. M. de
Brevedent Capitaine de Fré- gate legere , & M.du Buiffon Enſeigne du Port , ſe trouve- rent à cette attaque , il y eut un Combat de Mouſquererie qui ſe fit preſque à bout tou- chant, &qui étonna tellement le Corſaire , qu'il prit la fuite.
aprés la décharge de quatre Pieces de Canon dont il eſtoit
armé. Son Pilote fut tué ,trois
de ſes Matelots demeurerent
fur la Place , & il fut bleffé
luy-meſme. Il n'y eutde l'au- tre coſté qu'un ſeul Soldat bleffé jambe , & le Maſt
de l'une des Chaloupes en- dommagé d'un coup de Ca- non. La Barque fut repriſe.. Elle eſt eſtimée à prés de mil
Oiij
164 LE MERCVRE Ecus, &c'eſt duPilote duMarchand qui estoit avec le Cor- faire pendant le Combat , &
qu'il a relâché depuis , qu'on a ſçeu ces particularitez.
Je nevous parle point d'un petit Corfaire de Saint Mało ,
armé de fix pieces de Canon ,
qui s'eſtant rendu maiſtre de trois grandes Fluftes de Dan.
nemarc chargées de Froment,
de Seigle , & de Pluſieurs au- tres chofes, les a menées dans ce Port. Ces fortes de priſes y
font ordinaires , un autre Cor- faire ayant amené preſque en -meſme temps un Hollandois ;
&deux autres , un Biſcayen chargé de diverſes marchan- difes.
Vous voyez , Madame, que le Roy triomphe de tous cô- tez fur Mer , comme il triom
GALANT. 165 phe par tout fur Terre. Il eſt vray qu'on nous imputoit une diſgrace qui donnoit grande joye à nos Ennemis. On pré- tendoit que toutes nos Gale- res avoient eſté conſommées à
Civitavechia par un Incendie dont on n'avoit pû arreſter la violence. Le bruit en courut à
Naples ; & dans le temps que cette nouvelle s'y debitoit , el- les parurent à l Iſle de Pont,
où elles prirent trois gros Vaif- ſeaux àla veuë meſme de cet.
te Ville.
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Résumé : Plusieurs avantages remportez sur Mer en divers endroits par les Vaisseaux de France, depuis le commencement de la Campagne, avec les Noms de tous ceux qui se sont distinguez. [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs victoires navales françaises. Le Chevalier de Chasteaurenaut, malgré une infériorité numérique, attaque et défait une flotte hollandaise commandée par le Capitaine Tobias près d'Ouessant. Cette bataille permet aux Français de capturer plusieurs navires ennemis et d'en couler deux. Parmi les blessés français figurent plusieurs officiers et volontaires. Par ailleurs, le Chevalier de Breteuil et le Chevalier de Bourseville capturent des barques espagnoles près des côtes catalanes. Un marchand du Havre, avec l'aide de soldats et d'officiers français, repousse un corsaire qui avait enlevé sa barque. De plus, des corsaires français capturent plusieurs navires danois et biscayens chargés de marchandises. Le texte mentionne également que les galères françaises, contrairement aux rumeurs d'un incendie à Civitavecchia, apparaissent à l'île de Pont et capturent trois gros vaisseaux sous les yeux de Naples. Ces succès navals démontrent la supériorité française sur mer, complétant les victoires terrestres.
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5
p. 131-138
Mariage du Prince d'Orange avec la Princesse Marie, Fille aisnée du Duc d'Yorck. [titre d'après la table]
Début :
C'est assurément un fort grand secret en toutes choses [...]
Mots clefs :
Prince d'Orange, Princesse Marie, Duc d'York, Gloire, Mariage, Capitaine, Louis XIV
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texteReconnaissance textuelle : Mariage du Prince d'Orange avec la Princesse Marie, Fille aisnée du Duc d'Yorck. [titre d'après la table]
C'eſt aſſurément un fort
grand ſecret en toutes chofes,
que de ſçavoir profiter du temps. Il eſt le maiſtre de tout,
& c'eſt luy qui a fait renouvel- ler depuis peu l'Alliance que le Prince d'Orange avoit déja avec la Maiſon Royale d'Angle- terre. La feu Princeſſe d'OrangeſaMere,eftoit SœurdeChar- les II. qui regne à preſent , &
vous eſtes trop ſçavante dans l'Hiſtoire pour ignorer que ce jeune Prince qui vient d'épou- fer la Princeſſe Marie Fille du
Duc d'Yorck , eſt de l'illustre &
ancienne Maiſon de Naſſau,qui
a eu l'avantage de donner un Empereur. Les Princes de ce nom n'ont pas eſté ſeulement Comtes de l'Empire , ils y ont tenu long-temps le premier rang,& cette Branche particu-
GALAN T. 89 liere, a joint àune naiſſance qui en voitpeu au deſſus d'elle , un merite ſi éclatant &une valeur
ſi extraordinaire , que fi Loürs LE GRAND n'avoit fait laGuerre &gouverné ſes Peuples d'u- ne manierequi n'a point encor eud'exemple, les grandsHom- mes dont le Prince d'Orange defcend, pourroient ſervir de modele à tous ceux qui cher- chent la Gloire par la Politique &par les Armes. Quant à ce qui le regarde , on peut dire qu'il a toutes les qualitez qui font àſouhaiter dans une Perſonne de fon rang. Il eſt bra- ve autant qu'un General d'Ar- mée le peut eſtre , & fon mal- heur ne l'a point empeſché de faire paroiſtre ſon couragedans toutes les occaſions qu'il en a
pû rencontrer. Trouvez bon
9. LE MERCVRE que je m'explique. Je n'appelle point malheur le mauvais fuc- cez d'une entrepriſe , qui ſelon les évenemens ordinaires , n'en doit point avoir un heureux.
Auſſi n'est - ce point ce genre demalheur que le Prince d'O- range a éprouvé. Il n'a rien entrepris que ſur des apparen- ces favorables , & ayant autant de valeur qu'il en a, il auroit infailliblement réüſſy en d'au- tres temps , & contre de plus foibles Ennemis. Le péril ne l'étonne point. Il s'expoſe , ſe trouve par tout , & ne fait pas moins l'office de Soldat que de
Capitaine ; mais il eſt malheu- reux d'eſtre né dans le Siecle
de Loürs XIV. & d'avoir en
teſte un Conquérant à qui rien n'eſt capable de reſiſter. C'eſt ce qui redouble la gloire du
GALANT. 91 Roy, &les loüanges qu'on doit aux Miniſtres &aux Generaux
qui agiffent &combattent fous ſes ordres. Nous gagnons des Batailles & prenons des Places enpeu de temps, mais cen'eſt point ſans obſtacle. Onnous oppoſe de grandes forces , on ſe bat , on vient au ſecours ; &
fi la Victoire nous demeure , le Prince d'Orange emporte toû- jours l'honneur d'avoir beau- coup entrepris. Lajeune Prin ceſſe qu'il a épousée eſt gran- de & bien-faite , mais je ne fuis point encor affez inſtruit de ſon merite pour vous en parler. Il eſt difficile qu'elle n'en ait beaucoup, eftant Fille d'un Prince qui peut regarder ſa naiſſance, toute Royale qu'- .
elleeft , pour le moindre de ſes avantages. Il eſt brave , gene1
92 LE MERCVRE reux , fort aimé dans l'Angle- terre , &on ne le peut eſtre de tout ungrandPeuple, qu'on ne s'en ſoit montré digne par les plus éminentes qualit
grand ſecret en toutes chofes,
que de ſçavoir profiter du temps. Il eſt le maiſtre de tout,
& c'eſt luy qui a fait renouvel- ler depuis peu l'Alliance que le Prince d'Orange avoit déja avec la Maiſon Royale d'Angle- terre. La feu Princeſſe d'OrangeſaMere,eftoit SœurdeChar- les II. qui regne à preſent , &
vous eſtes trop ſçavante dans l'Hiſtoire pour ignorer que ce jeune Prince qui vient d'épou- fer la Princeſſe Marie Fille du
Duc d'Yorck , eſt de l'illustre &
ancienne Maiſon de Naſſau,qui
a eu l'avantage de donner un Empereur. Les Princes de ce nom n'ont pas eſté ſeulement Comtes de l'Empire , ils y ont tenu long-temps le premier rang,& cette Branche particu-
GALAN T. 89 liere, a joint àune naiſſance qui en voitpeu au deſſus d'elle , un merite ſi éclatant &une valeur
ſi extraordinaire , que fi Loürs LE GRAND n'avoit fait laGuerre &gouverné ſes Peuples d'u- ne manierequi n'a point encor eud'exemple, les grandsHom- mes dont le Prince d'Orange defcend, pourroient ſervir de modele à tous ceux qui cher- chent la Gloire par la Politique &par les Armes. Quant à ce qui le regarde , on peut dire qu'il a toutes les qualitez qui font àſouhaiter dans une Perſonne de fon rang. Il eſt bra- ve autant qu'un General d'Ar- mée le peut eſtre , & fon mal- heur ne l'a point empeſché de faire paroiſtre ſon couragedans toutes les occaſions qu'il en a
pû rencontrer. Trouvez bon
9. LE MERCVRE que je m'explique. Je n'appelle point malheur le mauvais fuc- cez d'une entrepriſe , qui ſelon les évenemens ordinaires , n'en doit point avoir un heureux.
Auſſi n'est - ce point ce genre demalheur que le Prince d'O- range a éprouvé. Il n'a rien entrepris que ſur des apparen- ces favorables , & ayant autant de valeur qu'il en a, il auroit infailliblement réüſſy en d'au- tres temps , & contre de plus foibles Ennemis. Le péril ne l'étonne point. Il s'expoſe , ſe trouve par tout , & ne fait pas moins l'office de Soldat que de
Capitaine ; mais il eſt malheu- reux d'eſtre né dans le Siecle
de Loürs XIV. & d'avoir en
teſte un Conquérant à qui rien n'eſt capable de reſiſter. C'eſt ce qui redouble la gloire du
GALANT. 91 Roy, &les loüanges qu'on doit aux Miniſtres &aux Generaux
qui agiffent &combattent fous ſes ordres. Nous gagnons des Batailles & prenons des Places enpeu de temps, mais cen'eſt point ſans obſtacle. Onnous oppoſe de grandes forces , on ſe bat , on vient au ſecours ; &
fi la Victoire nous demeure , le Prince d'Orange emporte toû- jours l'honneur d'avoir beau- coup entrepris. Lajeune Prin ceſſe qu'il a épousée eſt gran- de & bien-faite , mais je ne fuis point encor affez inſtruit de ſon merite pour vous en parler. Il eſt difficile qu'elle n'en ait beaucoup, eftant Fille d'un Prince qui peut regarder ſa naiſſance, toute Royale qu'- .
elleeft , pour le moindre de ſes avantages. Il eſt brave , gene1
92 LE MERCVRE reux , fort aimé dans l'Angle- terre , &on ne le peut eſtre de tout ungrandPeuple, qu'on ne s'en ſoit montré digne par les plus éminentes qualit
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Résumé : Mariage du Prince d'Orange avec la Princesse Marie, Fille aisnée du Duc d'Yorck. [titre d'après la table]
Le texte met en lumière l'importance de savoir profiter du temps, illustrée par la récente rénovation de l'alliance entre le Prince d'Orange et la Maison Royale d'Angleterre. La Princesse d'Orange, mère du Prince actuel, était la sœur de Charles II, roi d'Angleterre. Le Prince d'Orange, issu de la Maison de Nassau, a épousé la Princesse Marie, fille du Duc d'York. La Maison de Nassau possède une histoire prestigieuse, ayant fourni des empereurs et des comtes influents dans l'Empire. Le Prince d'Orange est décrit comme brave et courageux, bien que ses entreprises aient souvent échoué en raison de circonstances défavorables, notamment la domination de Louis XIV. Malgré les obstacles, il se distingue par ses actions militaires et son courage. La Princesse Marie est décrite comme grande et bien faite, fille d'un prince brave et généreux, aimé en Angleterre.
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6
p. 60-66
Morts, [titre d'après la table]
Début :
Il y a eu depuis peu de temps plusieurs Morts considérables, [...]
Mots clefs :
Seigneur, Parlement, Madame, Duchesse, Capitaine, Maisons, Décès, Conseiller, Monsieur de Manicamp
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts, [titre d'après la table]
Il y a eu depuis peu de temps
plufieurs Morts confidérables ,
dont voicy les noms .
Meffire lean Louis l'Etang de
Fromentieres , Evefque d'Aire.
Il eftoit d'une illuftre Maifon du
Maine , & digne de l'Epifcopat ,
par fa naiffance , par fa vertu , &
par fon érudition. Vous fçavez ,
Madame , qu'il avoit prefché
>
dans les meilleures Chaires de
Paris,& à la Cour, avec de grands
applaudiffement , & que le fuccés
qu'il Y avoit eu luy avoit
acquis le nom d'un des plus
grands Prédicateurs qu'on euft
entendus. Il eft mort dans fom
Diocéfe.
GALANT. 61
Monfieur de Manicamp . II
eftoit Frere de Madame la Maréchale
Ducheffe d'Eftrées , Fils
de Charles de Longueval , Seigneur
de Manicamp , Meftre de
Camp du Regiment de Normandie
, & Maréchal des Camps &
Armées du Roy , & Petit- fils de
Phillippe de Longueval , Seigneur
de Manicamp, & d'Ifabeau
de Tou . La Maifon de Longueval
, qui eft divifée en plufieurs
Branches , qui font celles de Buquoy
, Tenelles , Anaucourt ,
Creffy , & Manicamp , eft une
des plus anciennes & des plus
illuftres de Picardie. Elle a commencé
à paroiftre il y a quatre ou
cinq fiécles. Plufieurs Seigneurs
de ce nom ont efté à la Terre
Sainte, où ils ont fait des actions
mémorables . Quelques - uns fe
font diftinguez à des Batailles ,
62 MERCURE
comme à celles de Courtra , & ·
d'Azincourt . L'un d'eux qui étoit
Gouverneur de Luxembourg,en
foûtint le Siege en 1643. & fut
fait enfuite Gouverneur , Lieutenant
Genéral en Champagne.
Dela Branche de Buquoy , étoit
ce grand Capitaine le Comte de
Buquoy , qui fit tant de belles
chofes fous Charles- Quint dans
les Païs- Bas . Cette Branche de
Buquoy eft celebre en France ,
& fort attachée aux Princes du
Païs Bas Espagnol . La Maifon
de Longueval porte pour Armes ,
Bande de verd & de gueule de
fix pièces , & a pris Alliance dans
celles de Montmorency , Beaumart
, Auxis , Melun , Divion ,
Mailly, Lamdas , Flandres , Comte
, Eftourmel , Aumale , Mifcocq
, Vignancourt , Etrées ,
Bourbon , Maridor & autres
GALANT. 63
Monfieur de Manicamp eft mortavec
beaucoup de réfignation , &
apres avoir reçeu tous les Sacremens.
Meffire Jacques Defpériers ,
Preftre , Docteur en Theologie ,
de la Maiſon & Societé de Sor
bonne , mort le 28. du dernier
mois. Il eftoit Profeffeur du Roy
aux Ecoles de la méme Maiſon
de Sorbonne , & Principal du
Collège de Lifieux . Il a enfeigné
long temps la Philofophie , & l'on
s'empreffoit à faire fon Cours
fous luy.
>
Meffire Jacques Charton ;
Preftre Docteur en Theolo
gie , de la maifon & Societé de
Sorbonne , mort le premier jour
de cette année . Il eftoit Chanoine
& Grand Pénitentier de l'Eglife
de Paris. Monfieur l'Archevefque
a donné fa Chanoinie à
Monfieur l'Abbé Robert , Fils
64 MERCURE
d'un fameux Avocat , & Frere
de Monfieur Robert , Procureur
du Roy au Châtelet . Ie ne vous
dis point , Madame , que Mon-
Geur Robert , demeuré feul
Procureur du Roy , eft fage , intelligent
, & fort eftimé de Sa
Majefté , & dans fa Compagnie,
Ce font des chofes que tout le
monde connoift .
Meffire Louis de Faure , Baron
de Dampmard , Seigneur de
Puifieux , de Brumiers , & de Clamare
en partie , mort le 8. de ce
mois , âgé de foixante & douze
ans. Il eftoit de la Grand'Chambre
, & avoit efté receu Confeiller
au Parlement de Paris le 11.
May 1640. apres l'avoir efté au
Parlement de Grenoble. Meffire
lean de Faure , fon Pere , Seigneur
de Brumiers & d'Orme ,
eftoit Fils d'un autre lean de FauGALANT.
65
re , Secretaire du Roy , & proche
Parent de Meffieurs de Bezons
, Perrot , Malo , Doujat ,
Philippes de Gilly , Tronçon ,
Cognard , tous Confeillers au
parlement , & allié de Meffieurs
de Seve , Boulanger , Gobelin ,
Clapiffon , & de plufieurs autres
des premieres Familles de la Robe
. Monfieur de Faure, qui vient
de mourir , a laiffé cinq Enfans ,
trois Fils , & deux Filles & beaucoup
de Bien. Ses Armes font
fix Couronnes d'argent en champ de
gueules , qui traverſent l'Ecu
trois Cornets d'or en champ d'azur
, trois Grenades rouges auffi
en champ d'azur , un Chevron
d'or rompu , & une Couronne de
Baron au deffus, Monfieur de
Flos eft monté à la Grand'Chambre
en la place de Monfieur
Faure .
66 MERCURE
Jacques Pouffet, Ecuyer , Sieur
de Montaubau , mort le 16. de ce
mois . Il eftoit ancien Avocat au
Parlement , où il avoit paru avec
éclat , & ancien Echevin de Paris.
Son heureux génie ne l'avoit pas
feulement fait diftinguer dans les
chofes du Barreau , mais encore
dans ce qui regarde le Theatre.
Nous avons de luy plufieursTragédies
, qui ont efté reçues tresfavorablement
du Public .
On fait des Hyvers comme des
Printemps . En voicy un d'un
habile Maiftre . Les paroles font
de Monfieur Diéreville .
plufieurs Morts confidérables ,
dont voicy les noms .
Meffire lean Louis l'Etang de
Fromentieres , Evefque d'Aire.
Il eftoit d'une illuftre Maifon du
Maine , & digne de l'Epifcopat ,
par fa naiffance , par fa vertu , &
par fon érudition. Vous fçavez ,
Madame , qu'il avoit prefché
>
dans les meilleures Chaires de
Paris,& à la Cour, avec de grands
applaudiffement , & que le fuccés
qu'il Y avoit eu luy avoit
acquis le nom d'un des plus
grands Prédicateurs qu'on euft
entendus. Il eft mort dans fom
Diocéfe.
GALANT. 61
Monfieur de Manicamp . II
eftoit Frere de Madame la Maréchale
Ducheffe d'Eftrées , Fils
de Charles de Longueval , Seigneur
de Manicamp , Meftre de
Camp du Regiment de Normandie
, & Maréchal des Camps &
Armées du Roy , & Petit- fils de
Phillippe de Longueval , Seigneur
de Manicamp, & d'Ifabeau
de Tou . La Maifon de Longueval
, qui eft divifée en plufieurs
Branches , qui font celles de Buquoy
, Tenelles , Anaucourt ,
Creffy , & Manicamp , eft une
des plus anciennes & des plus
illuftres de Picardie. Elle a commencé
à paroiftre il y a quatre ou
cinq fiécles. Plufieurs Seigneurs
de ce nom ont efté à la Terre
Sainte, où ils ont fait des actions
mémorables . Quelques - uns fe
font diftinguez à des Batailles ,
62 MERCURE
comme à celles de Courtra , & ·
d'Azincourt . L'un d'eux qui étoit
Gouverneur de Luxembourg,en
foûtint le Siege en 1643. & fut
fait enfuite Gouverneur , Lieutenant
Genéral en Champagne.
Dela Branche de Buquoy , étoit
ce grand Capitaine le Comte de
Buquoy , qui fit tant de belles
chofes fous Charles- Quint dans
les Païs- Bas . Cette Branche de
Buquoy eft celebre en France ,
& fort attachée aux Princes du
Païs Bas Espagnol . La Maifon
de Longueval porte pour Armes ,
Bande de verd & de gueule de
fix pièces , & a pris Alliance dans
celles de Montmorency , Beaumart
, Auxis , Melun , Divion ,
Mailly, Lamdas , Flandres , Comte
, Eftourmel , Aumale , Mifcocq
, Vignancourt , Etrées ,
Bourbon , Maridor & autres
GALANT. 63
Monfieur de Manicamp eft mortavec
beaucoup de réfignation , &
apres avoir reçeu tous les Sacremens.
Meffire Jacques Defpériers ,
Preftre , Docteur en Theologie ,
de la Maiſon & Societé de Sor
bonne , mort le 28. du dernier
mois. Il eftoit Profeffeur du Roy
aux Ecoles de la méme Maiſon
de Sorbonne , & Principal du
Collège de Lifieux . Il a enfeigné
long temps la Philofophie , & l'on
s'empreffoit à faire fon Cours
fous luy.
>
Meffire Jacques Charton ;
Preftre Docteur en Theolo
gie , de la maifon & Societé de
Sorbonne , mort le premier jour
de cette année . Il eftoit Chanoine
& Grand Pénitentier de l'Eglife
de Paris. Monfieur l'Archevefque
a donné fa Chanoinie à
Monfieur l'Abbé Robert , Fils
64 MERCURE
d'un fameux Avocat , & Frere
de Monfieur Robert , Procureur
du Roy au Châtelet . Ie ne vous
dis point , Madame , que Mon-
Geur Robert , demeuré feul
Procureur du Roy , eft fage , intelligent
, & fort eftimé de Sa
Majefté , & dans fa Compagnie,
Ce font des chofes que tout le
monde connoift .
Meffire Louis de Faure , Baron
de Dampmard , Seigneur de
Puifieux , de Brumiers , & de Clamare
en partie , mort le 8. de ce
mois , âgé de foixante & douze
ans. Il eftoit de la Grand'Chambre
, & avoit efté receu Confeiller
au Parlement de Paris le 11.
May 1640. apres l'avoir efté au
Parlement de Grenoble. Meffire
lean de Faure , fon Pere , Seigneur
de Brumiers & d'Orme ,
eftoit Fils d'un autre lean de FauGALANT.
65
re , Secretaire du Roy , & proche
Parent de Meffieurs de Bezons
, Perrot , Malo , Doujat ,
Philippes de Gilly , Tronçon ,
Cognard , tous Confeillers au
parlement , & allié de Meffieurs
de Seve , Boulanger , Gobelin ,
Clapiffon , & de plufieurs autres
des premieres Familles de la Robe
. Monfieur de Faure, qui vient
de mourir , a laiffé cinq Enfans ,
trois Fils , & deux Filles & beaucoup
de Bien. Ses Armes font
fix Couronnes d'argent en champ de
gueules , qui traverſent l'Ecu
trois Cornets d'or en champ d'azur
, trois Grenades rouges auffi
en champ d'azur , un Chevron
d'or rompu , & une Couronne de
Baron au deffus, Monfieur de
Flos eft monté à la Grand'Chambre
en la place de Monfieur
Faure .
66 MERCURE
Jacques Pouffet, Ecuyer , Sieur
de Montaubau , mort le 16. de ce
mois . Il eftoit ancien Avocat au
Parlement , où il avoit paru avec
éclat , & ancien Echevin de Paris.
Son heureux génie ne l'avoit pas
feulement fait diftinguer dans les
chofes du Barreau , mais encore
dans ce qui regarde le Theatre.
Nous avons de luy plufieursTragédies
, qui ont efté reçues tresfavorablement
du Public .
On fait des Hyvers comme des
Printemps . En voicy un d'un
habile Maiftre . Les paroles font
de Monfieur Diéreville .
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Résumé : Morts, [titre d'après la table]
Le texte évoque plusieurs décès récents de personnalités notables. Jean Louis l'Etang de Fromentières, évêque d'Aire, provenait d'une famille illustre du Maine et était célèbre pour ses talents de prédicateur, ayant été acclamé à Paris et à la cour. Il est décédé dans son diocèse. Monsieur de Manicamp, frère de la maréchale d'Estrées, appartenait à la maison de Longueval, une des plus anciennes et prestigieuses de Picardie. Il est mort avec résignation après avoir reçu les sacrements. Jacques Despériers, professeur au Collège de Lisieux et docteur en théologie à la Sorbonne, est décédé le 28 du mois précédent. Jacques Charton, chanoine et grand pénitentier de l'église de Paris, est mort le premier jour de l'année. Louis de Faure, baron de Dampmard, conseiller au Parlement de Paris, est décédé à l'âge de soixante-douze ans, laissant cinq enfants et une importante fortune. Jacques Pouffet, ancien avocat au Parlement et échevin de Paris, est connu pour ses tragédies bien accueillies par le public. Le texte mentionne également des événements météorologiques et littéraires, comme une pièce de théâtre dont les paroles sont de Monsieur Diéreville.
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7
p. 200-208
Autres Morts, [titre d'après la table]
Début :
On a eu icy avis de la mort de Monsieur le Commandeur [...]
Mots clefs :
Décès, Monsieur, Commandeur, Maison de Tressemanes Chasteuil, Siège, Distinction, Charges, Abbé, Chapitre, Obsèques, Seigneur, Conseiller au Parlement, Général, Lieutenant, Capitaine, Fils, Prêtre, Maison de Bruslard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autres Morts, [titre d'après la table]
On a eu icy avis de la mort
de Monfieur le Commandeur de
Treffemanes Chateüil , qui s'eſt
fignalé avec beaucoup de diftinction
dans les Siéges de Sainte
Maure , & de Preveza. Il est
mort fur les Galeres au retour du
Voyage , apres feize jours d'une
maladie caufée par les grandes.
incommoditez foufertes pendant
ces deux Siéges, & dans les Cour
fes que l'on avoit faites dans l'Epire
, où il s'eftoit rendu recommandable
par fa conduite , par
vertu , & par le mépris qu'il faifoit
de fa vie pour une ſi juſte caufe
. Il eftoit de l'Auberge de Provence
, & d'une des meilleuresfa
GALANT. 201
73.
Maifons de cette Province , &
des plus anciennes dans l'Ordre.
Deux de fes grands Oneles en
ont efté , avec quatre de fes Oncles
, du nombre defquels eftoiɛ
Monfieur de Treffemanes-Chateuil
, Bailly de Manofque , qui
mourut il y a deux ans dans fa
année . Trois de fes Freres font
encore Chevaliers , & ils ont tous
I trois l'honneur d'eftre dans le
fervice du Roy. L'un eft fur les
Galeres de Sa Majefté ; l'autre ,
Capitaine dans le Régiment de
Champagne , où il eft fort eftimé ,
ayant embraffé la Profeffion
des Armes dés l'âge de quinze
ans ; & le troifiéme eft fon Lieutenant
. le paffe à d'atres Articles
de mefme nature .
8
Le R. P. Erard Florior , mort
le de ce mois , âgé de 63. ans ,
apres avoir exercé les Charges
14.
IS
202 MERCURE
les plus confiderables de fon Orcre.
Il avoit efté élû pour la fecon.
de fois au mois de Septemere
dernier , Abbé de Sainte Geneviève
du Mont & Superieur
Genéral des Chanoines Réguliers
de S. Auguftin , de la Congrégation
de France . Quand on
remplit ces fortes de Poftes par
Election , il faut qu'on ait un
fort grand mérite , puis que toute
une Communauté ne fe trompe
pas. Cet Abbé eftoit Frere de Madame
le Pelletier Femme de
Monfieur le Contrôleur Genéral .
Si tot qu'il fut mort , le Pere
Vvatrée , Premier Affiftant , qui
eftoit en droit de luy fucceder,
fut reconnu par le Chapitre , légitime
Abbé , & Supérieur Ge
néral , & en cette qualité reveſtu
des marques de fa Dignité nouvelle
. Il fit deux jours apres la
>
GALANT. 203
e
,
Cerémonie des Obféques de fon
Prédeceffeur , qui eft univerfel.
lement regreté de tous ceux qui
ont connu la vertu , & fes grandes
qualitez. En vous parlant de
cet Ordre , je croy ne devoir pas
oublier à vous dire , que Monfieur
Gaftier , l'un des Chanoines
Réguliers de Sainte Geneviève ,
quoy que jeune encore , a déja
remply les meilleures Chaires de
Paris , & qu'il s'eſt fait admirer à
S. Nicolas des Champs ; pendant
le dernier Avent.
Meffire Louis le Tonnellier
Breteuil , Seigneur de Boeffetes,
de Ruvire , & autres Lieux , mort
le 19.de ce mois. Ila efté fucceffivement
Confeiller aux Parlemens
de Bretagne & de Paris , enfuite
Maître des Requeſtes , Intendant
de la Province de Languedoc ,
& de la Generalité de Paris , Con-
I 6
204 MERCURE
trôleur Genéral des Finances ,
pendant dix années , & eft mort
Confeiller d'Etat ordinaire . Il a eü
fept Enfans mâles , dont fix font
encore vivans . Monfieur de Bruteül
l'aîné a efté Intendant en
Picardie & en Flandres , & des
Armées du Roy , & eft à prefent
Intendant des Finances , & Confeiller
d'Etat. Les Trois autres
font Chevaliers de Malte , dont
le premier eft Chef d'Eſcadre de
Galeres ; le cinquième eft Evelque
de Boulogne , & le fixiéme à
efté Envoyé Extraordinaire vers
les Princes d'Italie. Il a laiffé auffi
une Fille qui eft mariée à Monfieur
le Marquis de Simblimont,
d'une des plus Illuftres Maiſons
de Picardie.
Meffire Florimond Bruflard ,
Marquis de Genlis , Confeiller
d'Etat , & Capitaine Lieutenant
GALANT .
205
des Gensd'armes de feu Monfieur
le Duc d'Orleans , mort
le 20. de ce mois , en fa Terre
de Beaumont en Picardie , âgé
de 83. ans. La Maifon de Bruflard
eft tres - ancienne , & doit
fon éclat à Nicolas Bruflard ,
Seigneur de Sillery , Chancelier
de France dont l'éloge feroit
trop long à faire. Elle eft divifée
en trois branches , de Sillery , de
la Borde , & de Genlis . Les Marquis
de Sillery ont pris Alliance
avec les Familles de Neufville-
Villeroy & d'Etampes . La feconde
branche de cette Maifon s'eft
alliée avec celles de la Rochefoucaut
, Belliévre , & Dauvet , &
les Marquis de Genlis , avec celles
de Robertet , de Maillet , de Halluin
, Piennes , de Sainte Marie
aux Epaules , & de Brunetel-
Bethencourt. Monfieur le Mar206
MERCURE
quis de Genlis qui vient de mourir
étoit l'aîné de cette troifiéme
branche.
Meffire Guillaume Ifac Aubourg,
Marquis de Boury , mort
le 23. de ce mois . Il eftoit Fils de
Monfieur Aubourg , Secretaire
du Roy , & Garde des Rôles des
Offices de France.
Meffire Pancrace Betille , Prê--
tre , Docteur en Theologie , de
la Faculté de Paris , Doyen de la
mefme Faculté , & Sénieur de la
Maifon & Societé de Sorbonne,
mort le mefme jour par un accident
tres- déplorable . Ses Valets
T'ayant laiffé feul auprés du feu,
envelopé de fourrures à cauſe de
fon grand âge, une fort méchante
odeur que l'on fentit dans l'apartement
d'enhaut , obligea celuy
qui l'occupoit d'envoyer fçavoir
ce qui fe paffoit en bas.
GALANTA 207
Quelqu'un entra dans fa chambre
, & le trouva étouffé du feu ,
qui ayant confumé une partie de
fes habits , luy avoit déja brûlé
les cuiffes .
Meffire Louis Defmê de la
Chenaye , Aumônier du Roy,
Abbé de Noftre- Dame de Corneville,
& de Noftre- Dame d'Angle
, mort le 24. de ce mois . 11 a
refigné fes Benefices à un de fes
Neveux , Fils de Monfieur de la
Chefnaye , Gentilhomme de la
Manche de Monfeigneur le Dauphin,&
qui l'a efté du Roy. Monfieur
de la Chefnaye fon Pere ,
qui eft le Grand- Pere de celuy à
qui l'on a refigné les Benefices,
étoit auffi au Service du feu Roy,
& en étoit eftimé . Sa Majefté a
bien voulu agreér cette Refignation
en faveur des Services de
l'un & de l'autre , les Refigna208
MERCURE
tions d'Abbayes n'ayant jamais
lieu , fi Elle n'accorde fon confentement
.
de Monfieur le Commandeur de
Treffemanes Chateüil , qui s'eſt
fignalé avec beaucoup de diftinction
dans les Siéges de Sainte
Maure , & de Preveza. Il est
mort fur les Galeres au retour du
Voyage , apres feize jours d'une
maladie caufée par les grandes.
incommoditez foufertes pendant
ces deux Siéges, & dans les Cour
fes que l'on avoit faites dans l'Epire
, où il s'eftoit rendu recommandable
par fa conduite , par
vertu , & par le mépris qu'il faifoit
de fa vie pour une ſi juſte caufe
. Il eftoit de l'Auberge de Provence
, & d'une des meilleuresfa
GALANT. 201
73.
Maifons de cette Province , &
des plus anciennes dans l'Ordre.
Deux de fes grands Oneles en
ont efté , avec quatre de fes Oncles
, du nombre defquels eftoiɛ
Monfieur de Treffemanes-Chateuil
, Bailly de Manofque , qui
mourut il y a deux ans dans fa
année . Trois de fes Freres font
encore Chevaliers , & ils ont tous
I trois l'honneur d'eftre dans le
fervice du Roy. L'un eft fur les
Galeres de Sa Majefté ; l'autre ,
Capitaine dans le Régiment de
Champagne , où il eft fort eftimé ,
ayant embraffé la Profeffion
des Armes dés l'âge de quinze
ans ; & le troifiéme eft fon Lieutenant
. le paffe à d'atres Articles
de mefme nature .
8
Le R. P. Erard Florior , mort
le de ce mois , âgé de 63. ans ,
apres avoir exercé les Charges
14.
IS
202 MERCURE
les plus confiderables de fon Orcre.
Il avoit efté élû pour la fecon.
de fois au mois de Septemere
dernier , Abbé de Sainte Geneviève
du Mont & Superieur
Genéral des Chanoines Réguliers
de S. Auguftin , de la Congrégation
de France . Quand on
remplit ces fortes de Poftes par
Election , il faut qu'on ait un
fort grand mérite , puis que toute
une Communauté ne fe trompe
pas. Cet Abbé eftoit Frere de Madame
le Pelletier Femme de
Monfieur le Contrôleur Genéral .
Si tot qu'il fut mort , le Pere
Vvatrée , Premier Affiftant , qui
eftoit en droit de luy fucceder,
fut reconnu par le Chapitre , légitime
Abbé , & Supérieur Ge
néral , & en cette qualité reveſtu
des marques de fa Dignité nouvelle
. Il fit deux jours apres la
>
GALANT. 203
e
,
Cerémonie des Obféques de fon
Prédeceffeur , qui eft univerfel.
lement regreté de tous ceux qui
ont connu la vertu , & fes grandes
qualitez. En vous parlant de
cet Ordre , je croy ne devoir pas
oublier à vous dire , que Monfieur
Gaftier , l'un des Chanoines
Réguliers de Sainte Geneviève ,
quoy que jeune encore , a déja
remply les meilleures Chaires de
Paris , & qu'il s'eſt fait admirer à
S. Nicolas des Champs ; pendant
le dernier Avent.
Meffire Louis le Tonnellier
Breteuil , Seigneur de Boeffetes,
de Ruvire , & autres Lieux , mort
le 19.de ce mois. Ila efté fucceffivement
Confeiller aux Parlemens
de Bretagne & de Paris , enfuite
Maître des Requeſtes , Intendant
de la Province de Languedoc ,
& de la Generalité de Paris , Con-
I 6
204 MERCURE
trôleur Genéral des Finances ,
pendant dix années , & eft mort
Confeiller d'Etat ordinaire . Il a eü
fept Enfans mâles , dont fix font
encore vivans . Monfieur de Bruteül
l'aîné a efté Intendant en
Picardie & en Flandres , & des
Armées du Roy , & eft à prefent
Intendant des Finances , & Confeiller
d'Etat. Les Trois autres
font Chevaliers de Malte , dont
le premier eft Chef d'Eſcadre de
Galeres ; le cinquième eft Evelque
de Boulogne , & le fixiéme à
efté Envoyé Extraordinaire vers
les Princes d'Italie. Il a laiffé auffi
une Fille qui eft mariée à Monfieur
le Marquis de Simblimont,
d'une des plus Illuftres Maiſons
de Picardie.
Meffire Florimond Bruflard ,
Marquis de Genlis , Confeiller
d'Etat , & Capitaine Lieutenant
GALANT .
205
des Gensd'armes de feu Monfieur
le Duc d'Orleans , mort
le 20. de ce mois , en fa Terre
de Beaumont en Picardie , âgé
de 83. ans. La Maifon de Bruflard
eft tres - ancienne , & doit
fon éclat à Nicolas Bruflard ,
Seigneur de Sillery , Chancelier
de France dont l'éloge feroit
trop long à faire. Elle eft divifée
en trois branches , de Sillery , de
la Borde , & de Genlis . Les Marquis
de Sillery ont pris Alliance
avec les Familles de Neufville-
Villeroy & d'Etampes . La feconde
branche de cette Maifon s'eft
alliée avec celles de la Rochefoucaut
, Belliévre , & Dauvet , &
les Marquis de Genlis , avec celles
de Robertet , de Maillet , de Halluin
, Piennes , de Sainte Marie
aux Epaules , & de Brunetel-
Bethencourt. Monfieur le Mar206
MERCURE
quis de Genlis qui vient de mourir
étoit l'aîné de cette troifiéme
branche.
Meffire Guillaume Ifac Aubourg,
Marquis de Boury , mort
le 23. de ce mois . Il eftoit Fils de
Monfieur Aubourg , Secretaire
du Roy , & Garde des Rôles des
Offices de France.
Meffire Pancrace Betille , Prê--
tre , Docteur en Theologie , de
la Faculté de Paris , Doyen de la
mefme Faculté , & Sénieur de la
Maifon & Societé de Sorbonne,
mort le mefme jour par un accident
tres- déplorable . Ses Valets
T'ayant laiffé feul auprés du feu,
envelopé de fourrures à cauſe de
fon grand âge, une fort méchante
odeur que l'on fentit dans l'apartement
d'enhaut , obligea celuy
qui l'occupoit d'envoyer fçavoir
ce qui fe paffoit en bas.
GALANTA 207
Quelqu'un entra dans fa chambre
, & le trouva étouffé du feu ,
qui ayant confumé une partie de
fes habits , luy avoit déja brûlé
les cuiffes .
Meffire Louis Defmê de la
Chenaye , Aumônier du Roy,
Abbé de Noftre- Dame de Corneville,
& de Noftre- Dame d'Angle
, mort le 24. de ce mois . 11 a
refigné fes Benefices à un de fes
Neveux , Fils de Monfieur de la
Chefnaye , Gentilhomme de la
Manche de Monfeigneur le Dauphin,&
qui l'a efté du Roy. Monfieur
de la Chefnaye fon Pere ,
qui eft le Grand- Pere de celuy à
qui l'on a refigné les Benefices,
étoit auffi au Service du feu Roy,
& en étoit eftimé . Sa Majefté a
bien voulu agreér cette Refignation
en faveur des Services de
l'un & de l'autre , les Refigna208
MERCURE
tions d'Abbayes n'ayant jamais
lieu , fi Elle n'accorde fon confentement
.
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Résumé : Autres Morts, [titre d'après la table]
Le texte mentionne plusieurs décès notables de personnalités ayant occupé des postes importants. Le Commandeur de Treffemanes Chateüil, connu pour ses distinctions lors des sièges de Sainte Maure et de Preveza, est décédé des suites d'une maladie contractée lors de ces sièges et des courses en Épire. Issu d'une famille illustre de l'Ordre de Provence, il avait deux oncles et quatre frères ayant servi dans l'Ordre, dont trois sont encore en vie et au service du roi. Le Père Erard Florior, âgé de 63 ans, est décédé après avoir exercé des charges importantes au sein de l'Ordre des Chanoines Réguliers de Saint-Augustin. Il était Abbé de Sainte Geneviève du Mont et Supérieur Général, et a été remplacé par le Père Vvatrée. Louis le Tonnellier Breteuil, Seigneur de Boeffetes et autres lieux, est également décédé. Il a occupé diverses fonctions prestigieuses, dont celles de Conseiller aux Parlements de Bretagne et de Paris, Maître des Requestes, Intendant de Languedoc et de Paris, Contrôleur Général des Finances, et Conseiller d'État. Il laisse sept enfants mâles, dont six sont encore vivants et occupent des postes importants. Florimond Bruflard, Marquis de Genlis, Conseiller d'État et Capitaine Lieutenant des Gens d'armes, est décédé à l'âge de 83 ans. Sa famille est très ancienne et illustre, avec des alliances notables. Guillaume Ifac Aubourg, Marquis de Boury, est décédé. Il était fils de Monsieur Aubourg, Secrétaire du Roi et Garde des Rôles des Offices de France. Pancrace Betille, Prêtre et Docteur en Théologie, Doyen de la Faculté de Paris et Seigneur de la Maison et Société de Sorbonne, est décédé accidentellement après s'être étouffé avec des vêtements en feu. Enfin, Louis Desmê de la Chenaye, Aumônier du Roi et Abbé de Notre-Dame de Corneville et d'Angle, est décédé. Il a légué ses bénéfices à un de ses neveux, fils de Monsieur de la Chenaye, Gentilhomme de la Manche du Dauphin et du Roi.
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8
p. 299-308
Morts, [titre d'après la table]
Début :
J'ay encore quelques morts à vous apprendre. Je commence [...]
Mots clefs :
Morts, Marquis de Vitry, Baron, Seigneur, Ambassade de Pologne, Duc, Chevalier, Capitaine, Maison de Lhôpital, Charges, Gouverneurs, Marquis de Vandeuvre, Décès, Fils, Filles, Conseiller, Parlement, Seigneur de Villebon
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texteReconnaissance textuelle : Morts, [titre d'après la table]
Jay encore quelques morts
à vous apprendre. Je com
mence par celle de Meffire
300 MERCURE
Nicolas Louis de Lhôpital,
Marquis de Vitry , Baron du
Pleffis aux Tournelles , Seigneur
de Morvilliers , & c. Il
a fait connoiftre fon efprit
& fa conduite en divers Employs
, qu'il a pleu au Roy de
luy confier , & fur tout en fon
Ambaffade de Pologne . Il n'a
point laiffé d'Enfans , le ſeul
Fils qu'il avoit eu étant mort
en fon bas âge . Il étoit Frere
du dernier Duc de Vitry , qui
n'a laiffé qu'une Fille , Marie
Françoife Elizabeth de Lhôpital
, mariée à M' le Marquis
de Torcy , de la Maiſon de la
GALANT. 301
Tour, un Fils qu'il avoit étant
mort avant luy par un accident
funcfte. Ce Duc & ce
Marquis de Vitry , étoient
tous deux Fils de Meffire Nicolas
de Lhôpital , Marquis,
puis Duc de Vitry , Maréchal
de France , Chevalier des Ordres
du Roy , & Gouverneur
de Provence. Il avoit efté auparavant
Capitaine des Gardes
de Sa Majefté, & avoit un
Frere connu fous le nom du
Maréchal de Lhôpital , Gouverneur
de Paris , & Chevalier
des Ordres du Roy , qui avoit
auffi efté Capitaine des Gar302
MERCURE
des du Corps . Le Pere de ces
deux Maréchaux de France,
étoit Meffire Louis de Lhô.
pital , Seigneur de Vitry , Capitaine
des Gardes du Corps.
La Branche des Seigneurs de
Vitry , eft la derniere de la
Maiſon de Lhôpital, dont les
Ainez font Marquis & Comtes
de Lhôpital. Les Marquis
de Sainte Meſme , en font les
premiers Cadets. Cette Maifon
eft trés ancienne, établie
en France il y a prés de quatre
fiécles . On la croit iffue
des anciens Seigneurs de
Lhôpitalet , au Royaume de
•
GALANT. 303
Naples . Elle a eu en France
de tres grands employs , &
l'on y trouve des Chambellans
de nos Roys , des Grands
Mailtres des Eaux & Forefts ,
un grand Maiſtre de la Reyne
Ifabeau de Baviere , des Generaux
d'Armées , des Gou
verneurs de Villes & de Provinces
, des Capitaines de
Gendarmes , des Chevaliers
des Ordres , des Confeillers
de Roys , des Gouverneurs
des Enfans de France , des
Chevaliers d'Honneur des
Reynes , des Maréchaux de
France , &c. Elle eft alliée
304 MERCURE
aux plus illuftres Maiſon's du
Royaume , comme Bracque ,
le Bouteiller de Senslis ,
Courtenay- Blaineau , Rou
hauft , Laval , Coffe , Bruges,
Beauvau , la Mark , Mouſtiers,
Montmirail Huraut
, la
Tour , Do , la Chaftre , Brichanteau
, Levis , Pot , & c.
Ses Armies font , De gueule au
Coq d'argent , armé, cretté,
barbelé d'or. Les diverfes Branches
ont pris diverſes brifu
res .
I
>
عوم
Meffire Jean François de
Megrigny , Marquis de Vandeuvre
, Baron de Couchey,
GALANT. 305
Vicomte de Troye , Cornetre-
Blanche de France , & cy
devant Grand Tranchant du
Roy , eft mort auffi depuis
peu de temps. Il laiffe un Fils
& deux Filles , de feue Dame.
Françoiſe Henriette du Mefnil-
Simon de Beaujeu , fçavoir
Charles Hubert de Megrigny,
Marquis de Vandeuvre , Baron
de Beaujeu , Gabrielle de
Megrigny , & Marie Françoife
de Megrigny.. M' le Marquis
de Vandeuvre qui vient
de mourir , étoit Fils de Mef
fire Jean de Megrigny , Marquis
de Vandeuvre, Vicomte
Fevrier 1685.
Cc
306 MERCURE
de Troye , Baron de Colom
bey , premier Preſident au
Parlement de Provence , puis
Confeiller d'Etat, & de Dame
Renée de Bucy , & petit Fils
de Jean de Megrigny , Vicomte
de Troye & de Briel,
& de Dame Marie Bouguier
Fille de Chriſtophe Bouguier;
Seigneur d'Echarfon , Confeiller
au Parlement , & de
Dame Marie Chartier , Dame
d'Alainville , de la Famille
des Fondateurs , de la Maifon
& College de Boiffy.
Feu M' de Mégrigny , Confeiller
d'Etat , avoit cinq Fre
GALANT. 307
res; Louis de Mégrigny,Chevalier
de Malte ; Jacques de
Mégrigny , Baron de Bonivet,
Préfident au Mortier du
Parlement de Paris, puis Con
feiller d'Honneur dans le même
Parlement ; Mathieu de
Mégrigny , Abbé de Pontigny
, Nicolas de Mégrigny,
Prieur de Souvigny , Chanoine
de l'Eglife de Paris ,,
Avocat Genéral en la Cour
des Aydes ; & François de
Mégrigny , Comte de Briel,
& d'Alainville
, De Mégrigny
porte d'argent au Lion de
fable...
Cc ij
3c8 MERCURE
Ces morts ont efté fuivies
de celle de Meffire Chriftophe
de Mallebranche , Seigneur
de Villebon . Il eftoit
Frere de M' de Mallebranche
Confeiller au Parlement , fi
eftimé par l'exacte aplication
qu'il a aux Affaires , & du
Pere de Mallebranche , Prêtre
de l'Oratoire , que tant
de doctes Ecrits ont rendu
celebre .
à vous apprendre. Je com
mence par celle de Meffire
300 MERCURE
Nicolas Louis de Lhôpital,
Marquis de Vitry , Baron du
Pleffis aux Tournelles , Seigneur
de Morvilliers , & c. Il
a fait connoiftre fon efprit
& fa conduite en divers Employs
, qu'il a pleu au Roy de
luy confier , & fur tout en fon
Ambaffade de Pologne . Il n'a
point laiffé d'Enfans , le ſeul
Fils qu'il avoit eu étant mort
en fon bas âge . Il étoit Frere
du dernier Duc de Vitry , qui
n'a laiffé qu'une Fille , Marie
Françoife Elizabeth de Lhôpital
, mariée à M' le Marquis
de Torcy , de la Maiſon de la
GALANT. 301
Tour, un Fils qu'il avoit étant
mort avant luy par un accident
funcfte. Ce Duc & ce
Marquis de Vitry , étoient
tous deux Fils de Meffire Nicolas
de Lhôpital , Marquis,
puis Duc de Vitry , Maréchal
de France , Chevalier des Ordres
du Roy , & Gouverneur
de Provence. Il avoit efté auparavant
Capitaine des Gardes
de Sa Majefté, & avoit un
Frere connu fous le nom du
Maréchal de Lhôpital , Gouverneur
de Paris , & Chevalier
des Ordres du Roy , qui avoit
auffi efté Capitaine des Gar302
MERCURE
des du Corps . Le Pere de ces
deux Maréchaux de France,
étoit Meffire Louis de Lhô.
pital , Seigneur de Vitry , Capitaine
des Gardes du Corps.
La Branche des Seigneurs de
Vitry , eft la derniere de la
Maiſon de Lhôpital, dont les
Ainez font Marquis & Comtes
de Lhôpital. Les Marquis
de Sainte Meſme , en font les
premiers Cadets. Cette Maifon
eft trés ancienne, établie
en France il y a prés de quatre
fiécles . On la croit iffue
des anciens Seigneurs de
Lhôpitalet , au Royaume de
•
GALANT. 303
Naples . Elle a eu en France
de tres grands employs , &
l'on y trouve des Chambellans
de nos Roys , des Grands
Mailtres des Eaux & Forefts ,
un grand Maiſtre de la Reyne
Ifabeau de Baviere , des Generaux
d'Armées , des Gou
verneurs de Villes & de Provinces
, des Capitaines de
Gendarmes , des Chevaliers
des Ordres , des Confeillers
de Roys , des Gouverneurs
des Enfans de France , des
Chevaliers d'Honneur des
Reynes , des Maréchaux de
France , &c. Elle eft alliée
304 MERCURE
aux plus illuftres Maiſon's du
Royaume , comme Bracque ,
le Bouteiller de Senslis ,
Courtenay- Blaineau , Rou
hauft , Laval , Coffe , Bruges,
Beauvau , la Mark , Mouſtiers,
Montmirail Huraut
, la
Tour , Do , la Chaftre , Brichanteau
, Levis , Pot , & c.
Ses Armies font , De gueule au
Coq d'argent , armé, cretté,
barbelé d'or. Les diverfes Branches
ont pris diverſes brifu
res .
I
>
عوم
Meffire Jean François de
Megrigny , Marquis de Vandeuvre
, Baron de Couchey,
GALANT. 305
Vicomte de Troye , Cornetre-
Blanche de France , & cy
devant Grand Tranchant du
Roy , eft mort auffi depuis
peu de temps. Il laiffe un Fils
& deux Filles , de feue Dame.
Françoiſe Henriette du Mefnil-
Simon de Beaujeu , fçavoir
Charles Hubert de Megrigny,
Marquis de Vandeuvre , Baron
de Beaujeu , Gabrielle de
Megrigny , & Marie Françoife
de Megrigny.. M' le Marquis
de Vandeuvre qui vient
de mourir , étoit Fils de Mef
fire Jean de Megrigny , Marquis
de Vandeuvre, Vicomte
Fevrier 1685.
Cc
306 MERCURE
de Troye , Baron de Colom
bey , premier Preſident au
Parlement de Provence , puis
Confeiller d'Etat, & de Dame
Renée de Bucy , & petit Fils
de Jean de Megrigny , Vicomte
de Troye & de Briel,
& de Dame Marie Bouguier
Fille de Chriſtophe Bouguier;
Seigneur d'Echarfon , Confeiller
au Parlement , & de
Dame Marie Chartier , Dame
d'Alainville , de la Famille
des Fondateurs , de la Maifon
& College de Boiffy.
Feu M' de Mégrigny , Confeiller
d'Etat , avoit cinq Fre
GALANT. 307
res; Louis de Mégrigny,Chevalier
de Malte ; Jacques de
Mégrigny , Baron de Bonivet,
Préfident au Mortier du
Parlement de Paris, puis Con
feiller d'Honneur dans le même
Parlement ; Mathieu de
Mégrigny , Abbé de Pontigny
, Nicolas de Mégrigny,
Prieur de Souvigny , Chanoine
de l'Eglife de Paris ,,
Avocat Genéral en la Cour
des Aydes ; & François de
Mégrigny , Comte de Briel,
& d'Alainville
, De Mégrigny
porte d'argent au Lion de
fable...
Cc ij
3c8 MERCURE
Ces morts ont efté fuivies
de celle de Meffire Chriftophe
de Mallebranche , Seigneur
de Villebon . Il eftoit
Frere de M' de Mallebranche
Confeiller au Parlement , fi
eftimé par l'exacte aplication
qu'il a aux Affaires , & du
Pere de Mallebranche , Prêtre
de l'Oratoire , que tant
de doctes Ecrits ont rendu
celebre .
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Résumé : Morts, [titre d'après la table]
Le texte relate le décès de plusieurs personnalités notables et leurs familles. Nicolas Louis de Lhôpital, Marquis de Vitry, Baron du Pleffis aux Tournelles et Seigneur de Morvilliers, a été distingué par ses fonctions, notamment son ambassade en Pologne. Il n'a pas laissé d'enfants, son unique fils étant mort en bas âge. Il était le frère du dernier Duc de Vitry, qui avait une fille, Marie Françoise Elizabeth de Lhôpital, mariée au Marquis de Torcy. Leur père, Nicolas de Lhôpital, Marquis puis Duc de Vitry, Maréchal de France, Chevalier des Ordres du Roy et Gouverneur de Provence, avait également été Capitaine des Gardes du Corps. La famille de Lhôpital est une maison ancienne, établie en France depuis près de quatre siècles, et a occupé de nombreux postes prestigieux, y compris des Chambellans, des Généraux d'Armées, des Maréchaux de France, et des Chevaliers des Ordres. Le texte mentionne également le décès de Jean François de Megrigny, Marquis de Vandeuvre, Baron de Couchey, Vicomte de Troye et Cornette-Blanche de France. Il laisse un fils et deux filles. Son père, Jean de Megrigny, avait été premier Président au Parlement de Provence puis Conseiller d'État. La famille de Megrigny compte plusieurs membres illustres, dont des Chevaliers de Malte, des Présidents au Parlement, et des Abbés. Enfin, le texte rapporte le décès de Christophe de Mallebranche, Seigneur de Villebon. Il était le frère d'un Conseiller au Parlement et le fils d'un Prêtre de l'Oratoire célèbre pour ses écrits doctes.
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9
p. 48-68
DES CHOSES DIFFICLES A CROIRE. DIALOGUE SECOND.
Début :
L'Autheur du Dialogue que vous avez veu sur les choses / BELOROND. LAMBRET. BELOROND. Vous me trouvez en lisant chez Aulu-Gelle [...]
Mots clefs :
Nature, Peuples, Larcins, Opinions, Larron, Peines, Royaume, Capitaine, Plantes, Curiosité, Voyage, Croyance, Province, Amérique, Bourreau
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texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICLES A CROIRE. DIALOGUE SECOND.
L'Autheur du Dialogue:
que vous avez veufur les choſes
difficiles à croire , m'en a
envoyé un ſecond , dont je
vous fais part. Quoy qu'il
GALANT. 49
ſoit une ſuite du premier , la
matiere eſt differente, & cette
diverſité doit eftre agreable
aux Curieux , qui ſont
bien-aiſes d'apprendre beaucoup
, & de s'épargner la
peine des longues lectures.
- 255-22222 2522-2222
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOG VE SECOND.
BELOROND. LAMBRET.
V
BELOROND.
Ous me trouvez en li
ſant chez Aulu - Gelle
Avril 1685. E
۲۰ MERCURE
une verité qui paſſeroit pour
difficile à croire , fi elle n'étoit
miſeicy en pratique auf
ſi ſouvent qu'ailleurs ; c'eſt
quand il dit , que l'on punit
les petits Larrons , & qu'on
porte honneur aux grands :
Fures privatorum furtorum in
nervo atque compedibus ætatem
gerunt,fures publici in auro &
in purpura.
LAMBRET .
Un autre a dit encore que
les petits crimes ſont punis ,
& que les grands font portez
en triomphe : Sacrilegia minuta
puniuntur , magna in trium-
1
GALANT. 51
phis feruntur. Nous aurions
bbiieennddeesscchhoofſees à dire ſur cette
matiere , ſi nous voulions
nous ériger en Satyriques ;
mais croyez -moy, parlons du
larcin d'une autre maniereCe
n'eſt pas icy ſeulement qu'il
y a beaucoup de Larrons , &
que la plus- part ſont comblez
d'honneurs. Au Royaume
de Tangeo il y a un païs
appellé des Larrons , où l'on
tient à ſi grand honneur d'avoir
eu des Parens pendus
pour des vols commis, qu'on
s'y reproche comme une ef
pece d'infamie, ſi l'on n'en a
E ij
52 MERCURE
pointeu d'Executez en Juſti
ce pour une ſi belle cauſe.
Chez les Lacedemoniens le
larcin eſtoit permis , pourvû
qu'on ne fuſt point ſurpris
en le commettant. C'eſtoit
afin d'accoutumer ces Peuples
à chercher des artifices
& des ſtratagêmes , dont ils
ſe ſervoient ſouvent dans les
guerres qu'ils avoient avec
leurs ennemis. Un jeune Enfant
Lacedemonien fut fi fi
dele à executer cette Loy ,
qu'ayant dérobé un Renard ,
&l'ayant mis dans ſon ſein
pour le cacher aux yeux de
GALANT. 53
ceux qui le cherchoient , il
aima mieux ſe laiffer ronger
le ventre par cet animal, que
de découvrir ſon larcin .
BELOROND.
J'aurois de la peine à croire
ce que vous venez de me
dire , ſi je ne me ſouvenois
d'avoir lû chez Cefar l. 6. de
bello Gall. que les anciens
Allemans permettoient à la
Jeuneſſe de dérober, afin d'é.
viter l'oiſiveté ; dans Arrien
in Epict. 1. 3. c. 7. qu'Epicure
avoüoit bien que c'eſtoitune
grande faute de ſe laiffer furprendre
en dérobant ; mais
E iij
54 MERCURE
qu'il ne croyoit pas que hors
de cette furpriſe il y euft du
mal dans l'action ; & chez
Suetone in Ner. art. 16. que
les Romains avoient des Feſtes
& des Jeux : Quadrigariorum
lufus , qui leur permettoient
de prendre tout ce
qu'ils pouvoient. L'Empereur
Neron fut le premierqui condamna
cet injuſte uſage.Diodore
nous apprend que les
Egyptiens avoient un Prince
des Larrons , à qui l'on s'adreſſoit
, comme autrefois à
Paris au Capitaine des Coupeurs
de bourſe , pour recou
GALANT. 55
vrer ce qu'on avoit perdu ,
en donnant le quart du prix.
LAMBRET.
Vous avez apparemment
auſſi lû chez François Alvarez
, qu'il y a un Officier de la
Cour du Préte-Jan , qui n'a
que cette qualité de Capitaine
des Voleurs pour gages
de ſon Office , dont les fon-
Ctions confiftent à faire lever
&accommoder les tentes du
Roy.
BELORO ND .
Si l'eſtime que quelques
Peuples ont eue pour le larcin
paroiſt incroyable, la pei
E iij
56 MERCURE
ne que d'autres Peuples faifoient
fouffrir aux Larrons, ne
le-paroiſtra pas moins , comme
chez les Americains , au
rapport d'Oviedo 1. 5. hift.
c. 3. & l. 17. c. 4. qui les empaloient
vifs ; & chez ceux de
Carinthie, qui estoient fi animez
contre les Voleurs, que
ſur le ſeul ſoupçon ils les pendoient
, & puis faiſoient le
procés au Mort, ſe contentant
d'enſevelir honorable.
ment ceux contre leſquels
ils n'avoient point trouvé de
preuves ſuffiſantes pour les
condamner à la mort. C'eſt
GALANT. 57
Mercator qui nous l'apprend
dans ſon hiſtoire 1. 7. c. 13.
LAMBRET .
Ceux du Royaume de Lao
n'eſtoient pas ſi ſeveres dans
les châtimens des Larrons ,
puis qu'ils les puniffoient ſeulement
en leur faiſant couper
fur le corps , ſelon la qualité
du vol , une certaine portion
de chair , avec cette clauſe ,
que ſi le Bourreau en coupoit
trop , il eſtoit permis au
voleur de dérober aprés impunement
pour autant que
pouvoit valoir ce qu'on luy
avoit ôté de trop.
58 MERCURE
-
BELOROND.
à
Ce que vous venez de di
re me fait ſouvenir d'une coûtume
de Moſcovie , qui n'eſt
pas moins déraisonnable,puis
qu'elle veut qu'on donne la
Queſtion premierement
P'Accuſateur , pour voir s'il
perſiſtera dans ſon accufation
, & puis à l'Accuſe, ſi la
choſe en queſtion eſt demeurée
douteuſe. C'eſt Olearius
qui le tapporte 1. 3. Y a-t- il
rien de plus impertinent , ſelon
nous , que ces uſages ?
Et cependant ceux de Mofcovie
& de Lao s'imaginent
GALANT
queleurs Coûtumes font auſſi
raiſonnables qu'elles nous paroiſſent
ridicules & extravagantes
, tant il eſt vray que
chacun abonde en ſon ſens ,
& qu'on ne peut établir un
fondement certain ſur l'ef
prit ou plutoſt ſur les opinions
des hommes . Avoüons
de bonne foy que les Pyrrho .
niens n'eftoient pas les plus
mechans Philoſophes, quand
ils n'aſſuroient rien que par
leur, peut - eftre , cela ſe peut
Jaire
faire. Si l'enteſtement, la préſomption
, l'obſtination &
l'amour propre ne s'eſtoient
60 MERCURE
pas emparez de l'eſprit de la
plus -part des hommes , je ne
doute point qu'on ne leur
euſt rendu plus de justice ,
aprés avoir pourtant employé
laCirconciſion dont parle un
Pere de l'Egliſe , c'eſt à dire
aprés avoir retranché de leurs
opinions ce qui peut eſtre
contraire aux Veritez certai
nes & infaillibles de noſtre
Religion.
LAMBRET .
Devons-nous eſtre ſurpris
de voir les hommes ſi bizarres
dans leurs opinions &
dans leurs coûtumes , puis
GALANT. 61
que leur mere commune , je
veux dire la Nature, l'eſt encore
davantage dans ſes productions
. C'eſt dans la confideration
de la bizarrerie
qu'elle y fait paroître, que je
puis vous rapporter beaucoup
de choſes qui paroiſtront incroyables
à ceux qui ne mefurent
la puiſſance de la Nature
, que parce qu'ils ont vû
ou entendu . En effet un
,
homme qui n'a pas perdu ſon
clocher de veuë , peut - il ſe
réfoudre à croire qu'il y ait
en Ethiopie un Lac , comme
le rapporte Diodore deSicile,
62 MERCURE
Bibl.hift.l.2.c.5- dont les eaux
troublent tellement l'eſprit
de ceux qui en boivent, qu'ils
ne peuvent rien cacher de ce
qu'ils ſçavent ; en l'Amerique
une Plante qui repreſente diſtinctement
en ſa fleur tous
les inſtrumens de la Paſſion
du Fils de Dieu , au rapport
de Duval dans ſon Monde ;
en la vallée Baaras , qui eſt au
levant du Iourdain , une autre
Plante qui paroiſtcomme
un flambeau allumé pendant
la nuit ; en la Province des
Pudifetanaux , Indes Orientales
, un Arbre appellé l'ArGALANT.
63
bre de la Honte , dont les
feüülles s'étendent ou ſe re
tirent ſelon qu'on s'en éloi.
gne , ou que l'on s'en approche!
Enfin, pourra-t- il fſeeppeerr--
ſuader que le Boranetz quiſe
trouve au païs des Tartares
Zavolhans , qui eſt fait en
forme d'agneau dont il porte
le nom en leur Langue , eft
une Plante attachée à ſa racine
qui mange toute l'herbe
qui ſe trouve autour d'elle ,&
puis ſe ſeche quand il n'y en
a plus ; & ne démentira- t- il
pas Ariftote , ce genie de la
nature, quand il dit au l.s. des
64 MERCURE
Animaux,que le Fleuve Hypanis
prés du Boſphore Cimmerien,
porte en Eſté de petites
feüilles de la longueur
d'un gros grain de raiſin ,
d'où fortent des Oyſeaux à
quatre pieds appellez Ephemeres
, qui vivent , & volent
depuis le matin juſques à
midy , puis ſur le ſoir commencent
à défaillir , & enfin
meurent au Soleil couchant?
Je ſçay bien qu'il ſe peut faire
qu'il y ait des Auteurs tellement
paffionnez pour les
choſes extraordinaires , qu'ils
nous rapportent quelquefois
GALANT. 65
effrontémentdes fables qu'ils
prétendent faire paffer pour
des veritez ; mais quand je
fais réflexion qu'il ſe preſente
tous les jours à mes yeux
des prodiges qui ne demanderoient
pas moins d'admi
ration que le Boranetz , &
les Ephemeres , fi nous ne
bornions noſtre croyance par
la ſphere de noftre veuë , je
ne puis me réſoudre à donner
un démenty à tant de
grands hommes , qui aprés.
avoir étudié ſerieuſement la
Nature , ont bien voulu nous.
faire part de leurs connoiffan
Auril 168
66 MERCURE
ces & de leurs remarques, en
nous apprenant ſes prodi.
gieuſes merveilles.
BELOROND.
Ce n'eſt pas ſeulement à
cauſe que l'on ne voit pas les
choſes extraordinaires qui ſe
liſent dans les Voyages &
chez les Naturaliſtes que
l'on ne veut pas les croire ;
c'eſt encore parce que l'on.
ne comprend pas comment
elles ſe peuvent faire. Pour
moy , quand je ne puis penetrer
les cauſes des merveilles
de la Nature , je ne m'imagine
pas pour cela , qu'elles
GALANT. 67
2
ne foient pas en effet , mais
je conſole mon ignorance &
borne ma curiofité par un ,
Hac Deus mirari voluit , fcire
noluit. Je me dis à moy - même
, que Dieu veut que nous
les admirions , & non pas
que nous les connoiffions,
comme s'il avoit voulu humilier
noſtre eſprit dans l'é
tude de la Nature auſſi bien
que de la Religion, par une
experience continuelle de
fon ignorance & de ſa for
bleffe.
1 LAMBRET.
Separons- nous, je vous
Eij
68 MERCURE
prie , avec une ſi judicieuſe
réflexion. Elle ne ſervira pas.
peu à nous exciter à remarquer
encore des choſes plus
merveilleuſes que celles dont
nous venons de parler , pour
nous ſervir de matiere dans
noſtre premier Entretien,
que vous avez veufur les choſes
difficiles à croire , m'en a
envoyé un ſecond , dont je
vous fais part. Quoy qu'il
GALANT. 49
ſoit une ſuite du premier , la
matiere eſt differente, & cette
diverſité doit eftre agreable
aux Curieux , qui ſont
bien-aiſes d'apprendre beaucoup
, & de s'épargner la
peine des longues lectures.
- 255-22222 2522-2222
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOG VE SECOND.
BELOROND. LAMBRET.
V
BELOROND.
Ous me trouvez en li
ſant chez Aulu - Gelle
Avril 1685. E
۲۰ MERCURE
une verité qui paſſeroit pour
difficile à croire , fi elle n'étoit
miſeicy en pratique auf
ſi ſouvent qu'ailleurs ; c'eſt
quand il dit , que l'on punit
les petits Larrons , & qu'on
porte honneur aux grands :
Fures privatorum furtorum in
nervo atque compedibus ætatem
gerunt,fures publici in auro &
in purpura.
LAMBRET .
Un autre a dit encore que
les petits crimes ſont punis ,
& que les grands font portez
en triomphe : Sacrilegia minuta
puniuntur , magna in trium-
1
GALANT. 51
phis feruntur. Nous aurions
bbiieennddeesscchhoofſees à dire ſur cette
matiere , ſi nous voulions
nous ériger en Satyriques ;
mais croyez -moy, parlons du
larcin d'une autre maniereCe
n'eſt pas icy ſeulement qu'il
y a beaucoup de Larrons , &
que la plus- part ſont comblez
d'honneurs. Au Royaume
de Tangeo il y a un païs
appellé des Larrons , où l'on
tient à ſi grand honneur d'avoir
eu des Parens pendus
pour des vols commis, qu'on
s'y reproche comme une ef
pece d'infamie, ſi l'on n'en a
E ij
52 MERCURE
pointeu d'Executez en Juſti
ce pour une ſi belle cauſe.
Chez les Lacedemoniens le
larcin eſtoit permis , pourvû
qu'on ne fuſt point ſurpris
en le commettant. C'eſtoit
afin d'accoutumer ces Peuples
à chercher des artifices
& des ſtratagêmes , dont ils
ſe ſervoient ſouvent dans les
guerres qu'ils avoient avec
leurs ennemis. Un jeune Enfant
Lacedemonien fut fi fi
dele à executer cette Loy ,
qu'ayant dérobé un Renard ,
&l'ayant mis dans ſon ſein
pour le cacher aux yeux de
GALANT. 53
ceux qui le cherchoient , il
aima mieux ſe laiffer ronger
le ventre par cet animal, que
de découvrir ſon larcin .
BELOROND.
J'aurois de la peine à croire
ce que vous venez de me
dire , ſi je ne me ſouvenois
d'avoir lû chez Cefar l. 6. de
bello Gall. que les anciens
Allemans permettoient à la
Jeuneſſe de dérober, afin d'é.
viter l'oiſiveté ; dans Arrien
in Epict. 1. 3. c. 7. qu'Epicure
avoüoit bien que c'eſtoitune
grande faute de ſe laiffer furprendre
en dérobant ; mais
E iij
54 MERCURE
qu'il ne croyoit pas que hors
de cette furpriſe il y euft du
mal dans l'action ; & chez
Suetone in Ner. art. 16. que
les Romains avoient des Feſtes
& des Jeux : Quadrigariorum
lufus , qui leur permettoient
de prendre tout ce
qu'ils pouvoient. L'Empereur
Neron fut le premierqui condamna
cet injuſte uſage.Diodore
nous apprend que les
Egyptiens avoient un Prince
des Larrons , à qui l'on s'adreſſoit
, comme autrefois à
Paris au Capitaine des Coupeurs
de bourſe , pour recou
GALANT. 55
vrer ce qu'on avoit perdu ,
en donnant le quart du prix.
LAMBRET.
Vous avez apparemment
auſſi lû chez François Alvarez
, qu'il y a un Officier de la
Cour du Préte-Jan , qui n'a
que cette qualité de Capitaine
des Voleurs pour gages
de ſon Office , dont les fon-
Ctions confiftent à faire lever
&accommoder les tentes du
Roy.
BELORO ND .
Si l'eſtime que quelques
Peuples ont eue pour le larcin
paroiſt incroyable, la pei
E iij
56 MERCURE
ne que d'autres Peuples faifoient
fouffrir aux Larrons, ne
le-paroiſtra pas moins , comme
chez les Americains , au
rapport d'Oviedo 1. 5. hift.
c. 3. & l. 17. c. 4. qui les empaloient
vifs ; & chez ceux de
Carinthie, qui estoient fi animez
contre les Voleurs, que
ſur le ſeul ſoupçon ils les pendoient
, & puis faiſoient le
procés au Mort, ſe contentant
d'enſevelir honorable.
ment ceux contre leſquels
ils n'avoient point trouvé de
preuves ſuffiſantes pour les
condamner à la mort. C'eſt
GALANT. 57
Mercator qui nous l'apprend
dans ſon hiſtoire 1. 7. c. 13.
LAMBRET .
Ceux du Royaume de Lao
n'eſtoient pas ſi ſeveres dans
les châtimens des Larrons ,
puis qu'ils les puniffoient ſeulement
en leur faiſant couper
fur le corps , ſelon la qualité
du vol , une certaine portion
de chair , avec cette clauſe ,
que ſi le Bourreau en coupoit
trop , il eſtoit permis au
voleur de dérober aprés impunement
pour autant que
pouvoit valoir ce qu'on luy
avoit ôté de trop.
58 MERCURE
-
BELOROND.
à
Ce que vous venez de di
re me fait ſouvenir d'une coûtume
de Moſcovie , qui n'eſt
pas moins déraisonnable,puis
qu'elle veut qu'on donne la
Queſtion premierement
P'Accuſateur , pour voir s'il
perſiſtera dans ſon accufation
, & puis à l'Accuſe, ſi la
choſe en queſtion eſt demeurée
douteuſe. C'eſt Olearius
qui le tapporte 1. 3. Y a-t- il
rien de plus impertinent , ſelon
nous , que ces uſages ?
Et cependant ceux de Mofcovie
& de Lao s'imaginent
GALANT
queleurs Coûtumes font auſſi
raiſonnables qu'elles nous paroiſſent
ridicules & extravagantes
, tant il eſt vray que
chacun abonde en ſon ſens ,
& qu'on ne peut établir un
fondement certain ſur l'ef
prit ou plutoſt ſur les opinions
des hommes . Avoüons
de bonne foy que les Pyrrho .
niens n'eftoient pas les plus
mechans Philoſophes, quand
ils n'aſſuroient rien que par
leur, peut - eftre , cela ſe peut
Jaire
faire. Si l'enteſtement, la préſomption
, l'obſtination &
l'amour propre ne s'eſtoient
60 MERCURE
pas emparez de l'eſprit de la
plus -part des hommes , je ne
doute point qu'on ne leur
euſt rendu plus de justice ,
aprés avoir pourtant employé
laCirconciſion dont parle un
Pere de l'Egliſe , c'eſt à dire
aprés avoir retranché de leurs
opinions ce qui peut eſtre
contraire aux Veritez certai
nes & infaillibles de noſtre
Religion.
LAMBRET .
Devons-nous eſtre ſurpris
de voir les hommes ſi bizarres
dans leurs opinions &
dans leurs coûtumes , puis
GALANT. 61
que leur mere commune , je
veux dire la Nature, l'eſt encore
davantage dans ſes productions
. C'eſt dans la confideration
de la bizarrerie
qu'elle y fait paroître, que je
puis vous rapporter beaucoup
de choſes qui paroiſtront incroyables
à ceux qui ne mefurent
la puiſſance de la Nature
, que parce qu'ils ont vû
ou entendu . En effet un
,
homme qui n'a pas perdu ſon
clocher de veuë , peut - il ſe
réfoudre à croire qu'il y ait
en Ethiopie un Lac , comme
le rapporte Diodore deSicile,
62 MERCURE
Bibl.hift.l.2.c.5- dont les eaux
troublent tellement l'eſprit
de ceux qui en boivent, qu'ils
ne peuvent rien cacher de ce
qu'ils ſçavent ; en l'Amerique
une Plante qui repreſente diſtinctement
en ſa fleur tous
les inſtrumens de la Paſſion
du Fils de Dieu , au rapport
de Duval dans ſon Monde ;
en la vallée Baaras , qui eſt au
levant du Iourdain , une autre
Plante qui paroiſtcomme
un flambeau allumé pendant
la nuit ; en la Province des
Pudifetanaux , Indes Orientales
, un Arbre appellé l'ArGALANT.
63
bre de la Honte , dont les
feüülles s'étendent ou ſe re
tirent ſelon qu'on s'en éloi.
gne , ou que l'on s'en approche!
Enfin, pourra-t- il fſeeppeerr--
ſuader que le Boranetz quiſe
trouve au païs des Tartares
Zavolhans , qui eſt fait en
forme d'agneau dont il porte
le nom en leur Langue , eft
une Plante attachée à ſa racine
qui mange toute l'herbe
qui ſe trouve autour d'elle ,&
puis ſe ſeche quand il n'y en
a plus ; & ne démentira- t- il
pas Ariftote , ce genie de la
nature, quand il dit au l.s. des
64 MERCURE
Animaux,que le Fleuve Hypanis
prés du Boſphore Cimmerien,
porte en Eſté de petites
feüilles de la longueur
d'un gros grain de raiſin ,
d'où fortent des Oyſeaux à
quatre pieds appellez Ephemeres
, qui vivent , & volent
depuis le matin juſques à
midy , puis ſur le ſoir commencent
à défaillir , & enfin
meurent au Soleil couchant?
Je ſçay bien qu'il ſe peut faire
qu'il y ait des Auteurs tellement
paffionnez pour les
choſes extraordinaires , qu'ils
nous rapportent quelquefois
GALANT. 65
effrontémentdes fables qu'ils
prétendent faire paffer pour
des veritez ; mais quand je
fais réflexion qu'il ſe preſente
tous les jours à mes yeux
des prodiges qui ne demanderoient
pas moins d'admi
ration que le Boranetz , &
les Ephemeres , fi nous ne
bornions noſtre croyance par
la ſphere de noftre veuë , je
ne puis me réſoudre à donner
un démenty à tant de
grands hommes , qui aprés.
avoir étudié ſerieuſement la
Nature , ont bien voulu nous.
faire part de leurs connoiffan
Auril 168
66 MERCURE
ces & de leurs remarques, en
nous apprenant ſes prodi.
gieuſes merveilles.
BELOROND.
Ce n'eſt pas ſeulement à
cauſe que l'on ne voit pas les
choſes extraordinaires qui ſe
liſent dans les Voyages &
chez les Naturaliſtes que
l'on ne veut pas les croire ;
c'eſt encore parce que l'on.
ne comprend pas comment
elles ſe peuvent faire. Pour
moy , quand je ne puis penetrer
les cauſes des merveilles
de la Nature , je ne m'imagine
pas pour cela , qu'elles
GALANT. 67
2
ne foient pas en effet , mais
je conſole mon ignorance &
borne ma curiofité par un ,
Hac Deus mirari voluit , fcire
noluit. Je me dis à moy - même
, que Dieu veut que nous
les admirions , & non pas
que nous les connoiffions,
comme s'il avoit voulu humilier
noſtre eſprit dans l'é
tude de la Nature auſſi bien
que de la Religion, par une
experience continuelle de
fon ignorance & de ſa for
bleffe.
1 LAMBRET.
Separons- nous, je vous
Eij
68 MERCURE
prie , avec une ſi judicieuſe
réflexion. Elle ne ſervira pas.
peu à nous exciter à remarquer
encore des choſes plus
merveilleuſes que celles dont
nous venons de parler , pour
nous ſervir de matiere dans
noſtre premier Entretien,
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Résumé : DES CHOSES DIFFICLES A CROIRE. DIALOGUE SECOND.
En avril 1685, Belorond et Lambret discutent de pratiques surprenantes concernant le vol et les punitions associées. Belorond observe que les petits voleurs sont souvent punis, tandis que les grands voleurs sont honorés. Lambret confirme cette pratique en mentionnant le royaume de Tangeo, où avoir des parents pendus pour vol est perçu comme un honneur. Il cite également les Lacedémoniens, qui encourageaient le vol pour développer la ruse en temps de guerre. Belorond rapporte des exemples historiques où le vol était toléré ou encouragé, comme chez les anciens Allemans, les Égyptiens, et lors de certaines fêtes romaines. Lambret évoque un officier dans la cour du Prête-Jan, chargé de lever et d'accommoder les tentes du roi. Les interlocuteurs abordent ensuite les différentes punitions infligées aux voleurs dans diverses cultures. Chez les Américains, les voleurs étaient empalés vivants. En Carinthie, ils étaient pendus sur simple soupçon. En Lao, les voleurs subissaient des amputations proportionnelles à la gravité du vol. En Moscovie, l'accusateur et l'accusé étaient soumis à la question pour vérifier la validité de l'accusation. Lambret conclut en soulignant la bizarrerie des opinions et des coutumes humaines, comparables à celles de la nature. Il cite des phénomènes naturels extraordinaires, comme un lac en Éthiopie dont les eaux troublent l'esprit, une plante en Amérique représentant les instruments de la Passion, et une plante en Tartarie qui se nourrit de l'herbe autour d'elle. Belorond et Lambret conviennent que, bien que certaines choses soient difficiles à croire, elles existent réellement et méritent admiration.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 191-194
VIII.
Début :
Des affaires d'Estat heureux qui ne s'embroüille ! [...]
Mots clefs :
Affaires d'État, Lys, Loi salique, Politique, Quenouille, Héros, Bienfaisance, Capitaine, Étoile, Vengeance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VIII.
VIII. DEs affaires d'Efiat heureux qui ne
s'embrouille ! j
Quendites-vous
, mes chers Ajnis?
Le Royaume des Lys tombt-til enQuenouille
?
Non, la Salique Loy ne l'a jamais permis;
Et cette Politique utile
A pour fondement £Evangile. m
Hercule receut ( grandscandale! )
Des coups de canne & de chapellu
Pour /ef/re servy prés d'OmphaHe
De la Quenouille & dufuseau.
On na plm de refpeft ny plus d'amour
jtncerc
Pour un Heros qui dégénéré m
Jesçaybien que lacompldifanct
Ya bien loin se mettant en frais;
Mais faut-ilque cefo'tjamais
Aux dépens de labienseance?
Pour les vif/lins & pour les mrts
On a besoin-de garder les dehors, m
NIlrflsce fameux Cap:taine,
Q:Û dans la NationRomaine> Fut d'un mérité distingue,
Se voyant autrefois morgue
Par une injuste Imperiltrice
QHÎ luyrenditmauvaisoffice;
Et qui pour luy faireunprefent•<
Aux Braves qui nest pas plairant,
Et qui peut les mettre en bredouille,
Luyfit offre d'uneQuenoUille,
Tout à dejJè,'n de le railler,
JJinvitant à venirfiler
Stamboul ou ConftanÛnople,
Ville plm grande qu AndrinopleJ
Ou dans ces :emps-Jà,de la Cour-
JLfioit
Efloit tordinaire [ejoltr.
Ce Capitaine remply d'ire,
Percéjufqnau coeurJ luyfitdire*
Aprés ce fade compliment,
QiiLviendroit filer voirement;
Mais qu'il ourdiroit une toile
AHffifatale qu'une Efioife
D'une queue à faire trembler.
QlelleAuroit peine à demefler.
Cependant ce grandPersonnage
Brûlant de fureur & de rage,
Voyant si mal récômpensez.
Sesfoins& servicespassez.
( Car cefi luy qui de tItalie
Contrée admirable & jolie
jiux dépens de , tout (on repos,
Avoit chassé les Oflrogots,
Tuant Totila Roy barbare,
Q~ tout bntloit sans dire gare,
Traisnant par monts & par guerets
Cinq cens mille Coupe-jarrets.)
Poussé d'un esprit de vangeance,
Fit non sans grandediligence
Entrer dans le Pays Latin
Les Lombarls & leur Ch:fsiIbirt,
Roy, qui dune façon hardie
Sempara de la Lombardie,
Ou les Lombards fiers & puissans
,JUgnerent plus de deux censans.
C'estainsique l'onsebarbouille
Surlesujetd'nne Quenouille.
L.BOIICHET, ancien Curé de
Nogent le Roy.
s'embrouille ! j
Quendites-vous
, mes chers Ajnis?
Le Royaume des Lys tombt-til enQuenouille
?
Non, la Salique Loy ne l'a jamais permis;
Et cette Politique utile
A pour fondement £Evangile. m
Hercule receut ( grandscandale! )
Des coups de canne & de chapellu
Pour /ef/re servy prés d'OmphaHe
De la Quenouille & dufuseau.
On na plm de refpeft ny plus d'amour
jtncerc
Pour un Heros qui dégénéré m
Jesçaybien que lacompldifanct
Ya bien loin se mettant en frais;
Mais faut-ilque cefo'tjamais
Aux dépens de labienseance?
Pour les vif/lins & pour les mrts
On a besoin-de garder les dehors, m
NIlrflsce fameux Cap:taine,
Q:Û dans la NationRomaine> Fut d'un mérité distingue,
Se voyant autrefois morgue
Par une injuste Imperiltrice
QHÎ luyrenditmauvaisoffice;
Et qui pour luy faireunprefent•<
Aux Braves qui nest pas plairant,
Et qui peut les mettre en bredouille,
Luyfit offre d'uneQuenoUille,
Tout à dejJè,'n de le railler,
JJinvitant à venirfiler
Stamboul ou ConftanÛnople,
Ville plm grande qu AndrinopleJ
Ou dans ces :emps-Jà,de la Cour-
JLfioit
Efloit tordinaire [ejoltr.
Ce Capitaine remply d'ire,
Percéjufqnau coeurJ luyfitdire*
Aprés ce fade compliment,
QiiLviendroit filer voirement;
Mais qu'il ourdiroit une toile
AHffifatale qu'une Efioife
D'une queue à faire trembler.
QlelleAuroit peine à demefler.
Cependant ce grandPersonnage
Brûlant de fureur & de rage,
Voyant si mal récômpensez.
Sesfoins& servicespassez.
( Car cefi luy qui de tItalie
Contrée admirable & jolie
jiux dépens de , tout (on repos,
Avoit chassé les Oflrogots,
Tuant Totila Roy barbare,
Q~ tout bntloit sans dire gare,
Traisnant par monts & par guerets
Cinq cens mille Coupe-jarrets.)
Poussé d'un esprit de vangeance,
Fit non sans grandediligence
Entrer dans le Pays Latin
Les Lombarls & leur Ch:fsiIbirt,
Roy, qui dune façon hardie
Sempara de la Lombardie,
Ou les Lombards fiers & puissans
,JUgnerent plus de deux censans.
C'estainsique l'onsebarbouille
Surlesujetd'nne Quenouille.
L.BOIICHET, ancien Curé de
Nogent le Roy.
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11
p. 136-185
Arras [titre d'après la table]
Début :
Le 19. ils disnerent à Sarbret, & ce qu'il y a de surprenant, [...]
Mots clefs :
Arras, Ville, Roi, Ambassadeurs, Comté, France, Dames, Ambassadeur, L'Arbret, Aix-Noulette, Temps, Église cathédrale, Place, Officiers, Actions, Armes, Magnificence, Fortifications, Régiment, Villeneuve, Gloire, Guerre, Prince, Citadelle, Mains, Lieutenant, Honneurs, Capitaine, Monarque, Merveilles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arras [titre d'après la table]
Le 19. ils difnerent à Sarbret
, & ce qu'il y a de furprenant
, c'eſt qu'encore qu'il
n'y euſt en cet endroit qu'une
ſeule maiſon , deſtinée ſeulement
pour la Poſte , & dans
laquelle il n'y a que des chevaux
, les Ambaſſadeurs y
furent ſervis avec la meſme
magnificence qu'à Paris , ce
qur
qui dans un petit lieu , où
l'on ne peut rien trouver
ſembla tenir de l'enchante-
2
des Amb. de Siam. 137
ment. Les Services paroiffoient
preſque auffi grands que la
Maiſon , ce qui fit dire au
premier Ambaſſadeur que tout
contribuoit à faire voir la magnificence
du Roy. Ils partirent
enfuite pour Arras , Capitale
de l'Artois fur la riviere de
Scarpe. C'eſt une Ville dont
les Fortifications font tresregulieres.
Elle est fort ancienne
, & eftoit la premiere
du Comté de Flandre, quand
Charles leChauvé ladonna en
dotàJudith ſa fille , que Baudoüin
ditBras de fer,Comte de
Flandre épouſa en 863. Elle fut
M
138 III. P. dùVoyage
réunie à la France avec tout
l'Artois en 1180. par le mariage
de Philippe Augufte , avec
Iſabelle de Hainaut , Fille de
Baudoüin V. Le Chapitre de
l'Eglife Cathedrale de Nôtre-
Dame eſt compoſé de 40.
Chanoines , & de 52. Chapelains.
L'Evêque d'Arras eft
Suffragant de Cambray. Il y
a encore d'autres belles Eglifes
, la celebre Abaye de S.
Vaft , & unCollege de Jefuites.
Cette Ville fut livrée à
Maximilien I. en 1493. & enfin
ſoûmiſe aux François en
1640.
des Amb. de Siam. 139.
Les Ambaſſadeurs arriverent
fur les trois heures àune
demie licuë de cette Place . La
Cavalerie qui estoit allée au
devant d'eux , lesy attendoit.
Elle estoit compofée de douze
Compagnies du Regiment
de Conigſmark de 40.Maîtres
chacune. M' Mullor premier
Major du Regiment les commandoit.
Lorſque les Ambaffadeurs
approcherent , il les
fit ſaluer de l'épée par toute
cette Cavalerie , qui preceda
enfuite leur Caroffe. Ils trouverent
à la Bariere de la Contreſcarpe
, Male Comte de
Mij
140 III . P. du Voyage
1
Villeneuve Lieutenant de
Roy d'Aras , & qui commande
en l'abſence deM leComte
de Nancré qui en eſtGouverneur.
Il eſtoit accompagné
de tous les Officiers Majors. Il
leur témoigna la joye qu'il
avoit de pouvoir leur rendre
tous les honneurs que Sa Majeſté
luy avoit ordonné de
leur faire. Ils répondirent à ce
compliment de la maniere la
plus honneſte , & qui pouvoit
mieux marquer leur reconnoiſſance
Ils entrerent enfuite
dans la Ville au bruit
du Canon, & au travers d'une
des Amb. de Siam , 14
double haye d'Infanterie.Elle
eſtoit compoſée du Regiment
de Phiffer , qui avoit la droite,
& de 4 Compagnies du Regiment
de Stoup le jeune ,
qui estoit à gauche , à la tête
deſquelles eſtoit M. Lifler Capitaine
du Regiment. Les
Ambaſſadeurs faluerent toutes
les Dames qui estoient aux
feneftres pour les voir paffer.
Toute l'Infanterie les ſalua
de la pique. Pendant cetems
le carillon de la Ville ſe faifoit
entendre , & l'on fonna
une Cloche appellée Ioyeuse ,
parce qu'on ne la ſonne ja
142 III. P. du Voyage
mais que pour des ſujets de
réjoüiſlance. Quand la tête
de la Cavalerie eût atteint la
queuë de la Garde , à la teſte
de laquelle estoit M Courteft
Capitaine de Phiffer , elle
s'ouvrit , & forma deux hayes
pour laiſſer paffer leurs Caroffes
. M le Comte de Villeneuve
les reçut à la porte de
leur logis , & les conduifit
dans leur chambre , où il
entra feul avec M Torf , &
les Officiers Majors. On lia
converfation en attendant
Mrs les Magiſtrats. Les Ambaſſadeurs
ſe ſervirent de ce
desAmb. de Siam. 143
temps pour demander combien
il y avoit de feux &
d'Habitans dans Arras , & de
quelle grandeur eſtoit la Ville,
dont ils marquerent ſouhaiter
le Plan. Le Pere Recteur
des Jefuites vint pendant ce
temps- là , & leur témoigna ſa
reconnoiſſance que toute la
Compagnie avoit du bon
accüeil que le Roy de Siam
faiſoit aux Jeſuites dans fon
Royaume. L'Ambaſſadeur
luy répondit que le Roy fon
Maître les estimoit beaucoup ,
qu'ils n'en pouvoiët douter, puis
qu'il en demandoit encore. Mrs
144 III. P. du Voyage
du Magiſtrat eftant enſuite
arrivez , les Ambaſſadeurs ſe
leverent de leurs fauteüils , &
apres qu'ils les eurent ſaluez
à leur maniere pour repondre
à leur falut , Mª Palifor
d'Incourt Confeiller de Ville ,
& Deputé General & ordinaire
des Etats d'Artois pour
te tiers Etat , leur parla de cetle
forte .
MESSEIGNEVRS,
Cette Ville d' Arras a toûjours esté
Si jalouſe d'exécuter les ordres du
Roy , qu'elle les a toûjours receus
avec autant d'empreffement que de
Soumiffion. Ceux que Sa Majesté
nous
des Amb.de Siam. 145
nous donne aujourd'huy de vous
honorer avec une distinction toute
finguliere, font fi precis &fi pofitifs
, que nous avons juſte ſujet de
craindre que nos efforts ne soient
auſſi vains là deſſus, que nos volontezfont
finceres & toutes remplies
de ce zéle qui a toûjours fait toute
l'ame&tout l'esprit de nostre obéiffance.
En effet, Meſſeigneurs , ce
grand Roy ne pouvoit pas publier
avec plus d'éclat l'estime qu'il fait
de vostre Monarque & de vos Per-
Sonnes, qui charmez de la gloire
qu'il s'est acquiſe dans les expeditions
de la Guerre , &de laſageſſe
de ſa conduite dans la Paix, avez
bien voulu traverſer tant de mers
&fuivre, pour ainsi dire, le cours
du Soleil , pour voir un Prince quż
par la rapidité defes Victoires Sçait
N
146 III. P. du Voyage
le mieux imiter le mouvement de
ce bel Astre , qu'il prend pour fa
Deviſe. Vous reſſemblez en cela à
l'excellente Princeffe Nicaulis Reine
d'Egypte & d'Ethiopie, laquelle
ayant entendu parler de la vertu &
de la sagesse de Salomon, defira de
voir de ses propres yeux ,fi ce que
la Renommée publivit de luy estoit
veritable ; elle ne craignit point
pour cet effet d'entreprendre un long
voyage ; & aprés avoir esté remplie
d'étonnement de voir dans ce Prince
une capacitéfi extraordinaire, &
tant de merveilles dansfon Royau
me , elle ne pût s'empêcher de s'écrier,
Probavi quod media pars
mihi nuntiata non fuerit , major
eft fapientia tua & opera tua ,
quam rumor quem audivi. Ainsi,
Meßeigneurs , nous ne doutons pas
3
1
des Amb. de Siam. 147
qu'aprés que vous aurez admiré
l'esprit de Loüis le Grand , qui est
le Salomon de nostre fiecle, dans la
grandeur & la magnificence deſes
Bâtimens , dans l'oeconomie de sa
Maison, dans le bel ordre de fes
Troupes nombreuſes tant sur mer
quesur terre , dans le nombre infiny
deſesſurprenantes Conquestes , dans
la regularité des Fortifications de
fes Places, & en un mot, dans tout
le reste deſa conduite, vous ne rapportiezfidellement
à voſtre Souverain
Seigneur , que le bonheur de
nostre augusteMonarquefurpaſſede
beaucoup tout ce que vous vous en
estiezimaginé, &qu'il faut l'avoir
vû pour le pouvoir croire. Au reſte,
Meſſeigneurs , nous ne pouvons
mieux répondre aux commandemens
de Sa Majesté , qu'en vous
Nij
148 III . P. du Voyage
Suppliant trés-humblement de nous
honorer des vostres , & d'agréer ces
petits Prefens que nous vous apportons
pour marque qu'il n'y a rien
dans la Ville qui ne foit entierement
à voſtre diſpoſition , & que
nous sommes avec tout le respect
dont nous sommes capables,
MESSEIGNEVRS,
Vos tres humbles &
tres- obéïffans Serviteurs ,
Les Mayeur & Eſchevins
de la Ville d'Arras ..
1
L'Ambaſſadeur répondit,
Que le Roy fon Maistre estoit
un grand Monarque , qui ayant
entendu parler de la grandeur
desAmb de Siam. 149
du Roy de France , defes Conquestes,
&deſes manieres toutes
genereuſes , avoit envoyé il y a
quelques années des Ambaſſadeurs
pour luy demander fon
amitié ; mais que ces Ambaſſadeurs
ayant vray-femblablement
pery, puiſqu'on n'en avoit point
entendu parler, Sa Majesté Siamoiſe
impatiente de voirfon defir
accomply, les avoit de nouveau
envoyezenFrance, non pour aucun
interest ny pour traiterd'affaires
, puisque l'on doit estre
affez perfuadé que ces deux
grands Rois n'en ont point à
démefler enſemble ; mais uni-
Niij
150 III . P. du Voyage
quement pour l'honorer & pour
luy marquer avec quel empreffement
le Roy de Siam recherche
fon amitié. Ils adjoûterent,
qu'ils avoient beaucoup d'obligation
au Roy de la reception
qu'il avoit ordonné qu'on leur
fift dans toutes les Villes où ils
avoient paßé , & qu'ils remer
cioient en particulierMrs d'Arras
, de l'honneur & des Prefens
qu'ils leur faisoient. Cette réponſe
fit connoiſtre qu'ils
avoient compris le ſens de la
Harangue, puiſque l'Hiſtoire
nous apprend que la Reine de
Saba n'eſtoit venuë voir Sa-
1
des Amb. de Siam. 151
lomon que pouffée du defir
de reconnoiſtre en luy toutes
les merveilles que la Renommée
en publioit, & non pour
traiter avec luy d'aucunes
affaires . M de Ville eftant
fortis , M le Comte de Villeneuve
leur demanda l'ordre
, & ils donnerent pour
mot , qui m'attaque fe pert. Il
eſt à propos de marquer icy
une choſe qui vous fera connoiſtre
les raiſons qu'ils ont
cuës de donner par tout les
mots qui ont eſte ſi approuvez
, & qui leur ont fait meriter
tant de loüanges. En
Niiij
152 III. P. du Voyage
approchant de chaque Ville,
ils s'informoient de l'hiſtoire
de la Ville où ils alloient , de
l'état de la Place , des Sieges
qu'elle avoit ſoûtenus, & du
merite , de la qualité & des
actions du Gouverneur ; & de
toutes ces chofes , ainſi que
de ce qui leur arrivoit , &
de ce qu'ils voyoient dans la
Place, ils formoient les mots
que pour leur faire plus
d'honneur & marquer plus
de déference , les Commandans
leur demandoient. C'eſt
pourquoy ils donnerent celuy
de qui m'attaque se pert,
des Amb. de Siam. 153
ayant appris que de nombreuſes
Armées remplies de
Troupes de differentes Na--
tions,&commandées par des
Chefs d'une grande experience
, & d'une haute reputation
, avoient eſté contraints
de lever le Siege de devant
Arras. Le concours du peuple
fut grand pour les voir
ſouper ; mais comme ils auroient
eſté trop incommodez
, on ne laiſſa entrer que
les premieres perſonnes de la
Ville , & les principales Dames,
auſquelles ils firent tout
le bon accüeil imaginable.
154 III . P. du Voyage
Ils donnerent à la plus confiderable
ce que leur Deffert
avoit de plus beau , pour le
diftribuer aux autres ; ce
qu'ils ont fait fort ſouvent
en de pareilles occaſions .
Ils ne fortirent point le
lendemain matin , mais ils
reçûrent les viſites de M. le
Comte de Villeneuve Lieutenant
de Roy , de M² Bifſetz
Major de la Place , des
principaux Officiers de la
Garnifon , & de quelques
Mrs du Confeil. La plupart
de la Nobleſſe des environs
d'Arras vint auſſi les falier.i
des Amb. de Siam. iss
Onleur propoſa de leur faire
entendre l'aprés- dînée ce qui
fut chanté à Sceaux devant
le Roy , lorſque Sa Majefté
fit l'honneur àMª de Seignelay
d'aller voir cette belle
Maiſon , à quoy ils confentirent.
On ne laiſſa entrer
que les Dames pour les voir
dîner. Sur les deux heures
Me le Comte de Villeneuve
les vint prendre dans quatre
Carroffes , pour les mener à
la Citadelle , où Mª de la
Pleigniere qui en eſt Gouverneur
, les fit recevoir au
bruit du Canon. Ils paffer
156 III. P. du Voyage
rent au travers de deux hayes
d'Infanterie , & les Officiers
les falüerent de la Pique. II
leur fit voir les Fortifications
de la Place ; ils les examinerent
toutes , & demanderent
le nom de chaque piece. Ils
virent auſſi faire l'Exercice à
un Bataillon de Picardie qui
eftoit ſous les Armes , à quoy
ils prirent beaucoup de plaifir
. On leur fit voir enſuite
l'Arcenal , & tout ce qu'il y
a de remarquable dans cette
Citadelle ; aprés quoy on leur
fervit une magnifiqueCollation
, où l'on bût de quandesAnb.
de Siam. 157
zité de differentes Liqueurs.
Les Dames les plus diftinguées
de la Ville s'eſtoient
renduës dans la Citadelle ,
pour les voir plus commodément.
Ils les regalerent
de Confitures , & trouverent
qu'Arras ne manquoit pas de
beautez . La Santé du Roy
ne fut pas oubliée , & quelques
Dames la bûrent auffi.
Cette Affemblée n'eſtoitcompoſée
que de Gens de marque
, puiſqu'outre les Dames
il n'y avoit d'Hommes que
les Officiers de la Garniſon,
tant de la Ville , que de
158 IHI. P. du Voyage
la Citadelle . L'Ambaſſadeur
ayant apperçu un Plan qui
eſtoit attaché à la Tapiſſerie,
demanda quel Plan c'eſtoit.
On luy répondit , que s'eftoit
celuy de la Citadelle ; &
il le demanda à Mª de la
Pleigniere, qui le luy donna.
Comme ils avoient encore
beaucoup de choſes à
voir pendant le reſte de l'aprés-
dînée , ils ſortirent aufſi
- tôt que la Collation fut
finie , aprés avoir remercié
Mª de la Pleigniere en termes
fort obligeans, & le Canonſe
fit entendre à leur for
des Amb . de Siam. 159
tie de la même maniere qu'il
avoit fait lorſqu'ils eftoient
entrez. Ils allerent de là à
F'Eglife Cathedrale , où tout
le Peuple eſtoit accouru en
foule ; ils furent reçûs au
grand Portail par tout leChapitre
en corps , ce qui marquoit
quelque choſe de venerable
& d'augufte. Il avoit
à ſa tête M. le Févre
Prevoſt , Chanoine & Theologal
de cette Cathedrale ,
que nous avons veu Aumônier
& Predicateur de la Reine.
Voicy en quels termes
it parla aux Ambaſſadeurs .
160 III. P. du Voyage
MESSEIGNEURS ,
Puisque Sa Majesté vous envoye
furfes Frontieres pour vous rendre
Spectateurs de ſes Conquestes , que
la Renommée a portées jusqu'au
bout du Monde , ce qui vous afait
traverſer tant de Mers pour venir
admirer ce Salomon de nôtre Siecle
, nous ofons vous afſeurer que
la Ville d'Arras est un des plus
beaux &un des plus anciens Fleurons
de sa Couronne , & qu'il n'a
point dans tous ſes Estats de Province
plus memorable que celle
d'Artois , puisqu'elle a toûjours esté
regardée comme l'oeil & la clefde
toute la Flandre. En effet , Cefar
même n'a point balancé de paſſer
les Alpes , & de faire voir l'Aigle
Romaine aux Portes de cette CapidesAmb.
de Siam. 161
tale , dont le Siege luy cousta si
cher, qu'il avoue dansſes Commentaires
, que dans toutes les autres
attaques il avoit combattu pour la
gloire , mais qu'il avoit dans cellecy
deffendu fa propre vie , tant il
avoit trouvé de courage & de reſiſtance
dans lesPeuples qui la deffendoient.
On en voit encore les
glorieux restes , dans ce fameux
Camp * qui nous environne , où
ce grand Capitaine fut obligé de
demeurer fort long-temps , ne pou
vant vaincre cette genereuse opiniaſtreté
des Artefiens , qui arresta
le cours de ſes Victoires , &qui luy
fit acheter fi cherement la gloire
qu'il en remporta.
Cette Comté fameuse ayant par la
viciffitude des Temps & la revo-
*Le Camp de Cefar prés de l'Abbaye d'Eſtrun
162 III . P. duVoyage
lution des Guerres changé deMaitre
, & passé des mains des Ro
mains , dans celles des François,نم
de Payenne estant devenue Chrétienne,
fut l'Appanage de nos Princes
du Sang. Le grand faint Louys
enfit un Present à Robertfon Frere
; luy laiſſant pour partage les
Fleurs-de-Lys fans nombre , * it
luy fit comprendre qu'il ne devoit
point donner de bornes àson courage
sous un si glorieux Eftendart.
C'est ce Robert d'Artois qui paffantfur
le ventre à tant d'Infideles,
dont il achevoit la deffaiteà la
Mazoure dans l'Egypte , en devint
enfin la Victime , se croyant trop
heureux de verſertoutsonfangpour
la querelle du Sauveur du Monde ,
dont il vouloit arracher le facré
* Qui font les Armes encore aujourd'huy de
cetteProvince,
des Amb. de Siam. 163
Sepulchre des mains des Ottomans,
àla pointe deson épée.
Maissi cette Ville d'Arras s'est
distinguéepar les actions heroïques
qui se sont paßées au pied deses
murailles, &parses Princes qui se
font transportez chez les Nations
tesplus reculées pourysignaler leur
valeur , elle n'est pas moins recommandable
par ce fameux Traité de
Paix d'Arras en 1435.qui mit fin
à tant de differens, &à unesifanglante
guerre qui s'estoit allumée
dans toute l'Europe , ou le Duc de
Bourgogne fut en perſonne avec la
Ducheffefon Epouse Infante de Por
tugal. Ce Traitéy attira tout ce qu'il
yavoit de gens plus confiderables &
plus nobles fur la terre , les Legats
du Pape Eugene IV. ceux du Concile
de Bafle,&de l'Anti-Pape Fe
O ij
164 III. P. du Voyage
lix. L'EmpereurSigismond, lesRois
de Caſtille, d'Arragon, de Navarre,
de Naple , de Sicile & de Chypre,
de Dannemark & de Pologne, yenu.
voyerent leurs Ambaſſadeurs , qui .
jaloux de la gloire de leurs Nations
, affectoient une magnificence
extraordinaire . Ceux de France &
d'Angleterre encherirentfur les au
tres par la pompe de leurs Equipages
, les Ducs de Bourbon & de
Vendofme, avec les Conneſtable &
Chancelier, les Marcſchaux deRieux.
& de la Fayette, Adam de Cambray
Premier President au Parlement de
Paris,tous accompagnez d'une infinité
de Nobleffe de la Nation, qui
par leur politeffe & leur lustre don
nerent une haute idée de la leur.
Ce fut dans cetteAſſemblée que le..
Roy de France &le Duc de BourdesAmb.
de Siam. 165
gogne jetterent les fondemens d'une
Paix fincere, dont les fuites ont
esté trés- avantageuses à toute l'Europe
, qui fut jurée folemnellement
dans cette Eglise Cathedrale.
Voilà, Meffſeigneurs , l'éclat que
ba Ville d'Arras a tiré de la Paix
comme de la Guerre ; & cette Capitale
ayant depuis tombé tantôt.
dans les mains de Lauys XI. tantôt
dans celles de l'Empereur Maximilien
, qui faisoient à l'envy
leurs efforts pout s'en rendre les
Maistres , elle fut ensuite la dépofitaire
des cendres des Heros les.
plus distinguez dans la Guerre ;
puisque le Duc de Parme &le Maréchal
de Gaffion fant ensevelis.
dans l'enceinte de ses murailles,
comme si c'estoit le deftin à cette
Ville martiale de garder les précieux.
166 III. P. du Voyage
reftes de la bravoure& de la ge
nerosité qui fut le partage de ces
deux grands Capitaines.
Enfin Louys le lufte fut le dernier
Prince qui s'en afſeura la conqueste
par ses Armes victorieuses .
Elle ne balança pas d'ouvrir fis
Portes à un Roy qui devoit finir
fes miferes auffi- tôt qu'elle deviendroit
sasujette ; &pour en écarter
àjamais la tempeste qui la me
naçoit , LOVIS LE GRAND
en a reculé si loin la Frontiere de
fes Estats , qu'elte en est aujour
d'huy le centre , au lieu qu'elle en
estoit autrefois l'extremité : fi bien
que comme le grand Pompée fe
vantoit d'avoir fait parsa victoire
de l'Asie mineure , le milieu de
l'Empire Romain , qu'elle bornoiz
auparavant ; auffi l'on peut dire
des Amb. de Siam. 167
que la fameuse Ville d'Arras doit
aux Armesde LOVIS LE GRAND
l'avantage d'estre aujour'dbuy le
coeur de la France , dont elle estoit
cy - devant la teste.
Mais il manquoit àfagloire d'avoir
pour témoins deses antiquitez,
deses Fortifications , &defes
fertiles Campagnes , les Peuples les
plus reculez , quipour admirer toutes
ces merveilles ont traversé
toute la distance qui ſeparele Gange
d'avec la Mer Occidentale ,
qui vivant dans des Climats où
le Soleil commence sa course , font
venus jusqu'à ceux où ce grand
Aftre la finit ; en forte que l'on
peut dire de chacun de vous, Mef-
Seigneurs, ce que nous liſons dans
LeRoyProphete, quand il nous veut
donner une idée de fon mouve168
III . P. du Voyage
ment : * Exultavit ut gigas ad
currendam viam à ſummo Cælo
egreffio ejus , & occurfus ejus,
uſque ad fummum ejus.
Heureuſe Province , d'avoir receu
des Ambassadeurs Estrangers,
également venerables par le Prince
qu'ils reprefentent , &par l'importance
de leur ministere , qui n'ont
point apprehendé de faire un Voyage
de fix mille lieües pour ſe ménager
une Alliance avec LOVIS
LE GRAND. Ils pourront apprendre
au Roy de Siam toutes les
chofes quise font paßées sous fon
Regne , les grandes & fameuses
Victoires qu'il a remportées , les
Provinces qu'il a conquiſes , les
Citadelles qu'il a fait élever au
milien des Eaux , les Marais qu'il
*Pfal.. 44
desAmb de Siam. 169
deſſechez, le fecret qu'il a trouvé
de faire une Digue à la Mer,
pour arreſter l'impetuosité de ses ondes
qui n'avoient point encore più
trouver d'obstacle à leur rapidité.
Sans doute , Meſſeigneurs , le Roy
de Siam furpris de tant de merveilles
, se fera de LOVIS LE
GRAND une idée bien au deſſus
de celle que sa reputation luy avoit
donnée. Vôtre Roy que vous nommez
chez vous le Seigneur des Seigneurs
, & la seule cause du bon
heur deses Peuples , fera bien aiſe
d'apprendre de vous que vom avez
trouvé les François pleins de refpect
& de foimiſſion pour leur
Prince. Puiſſi z vous l'affeurer qu'il
n'est pas moins l'exemple , que le
Souverain de fes Sujets , &qu'il les
gouverne encore plus parses vertus,
P
1
170 III. P. du Voyage
que parses Loix. Peut- estre qu'en
luy representant l'Architecture &م
la beauté de cette Cathedrale , ore
reposent les cendres de Monfieur le
Comte de Vermandois , qui marchant
fur les traces de fon auguste Pere ,
aujourd'huy le plus grand des Rois ,
commençoit à ſe ſignaler déja dans la
Guerre ( C'est le précieux dépost que
Sa Majesté nous a confié depuis trois
ans dans ce Temple , où les ceremonies
de l'Eglife Chrétienne se celebrent
avec tant d'exactitude, & qui
depuis plus de treize Siecles a toujours
efté deffervie par tant de Saints
Evêques par tant de Chanoines,
d'un merite fi diftingué ) Peut- estre,
dis - je , que par un miracle qui n'a
point encore paru dans nosjours , le
Ciclouvrira fon coeur , & le faisant
fortir avec ses sujets des tenebres
des Amb. de Siam. 171
qui les aveuglent , il luy donnera
l'envie d'imiter LOVIS LE
GRAND dans sa Religion , comme
dans sa Domination : fi bienque
faisant tous deux une Alliance de
picté , comme de commerce ilsferont
tous deux également heureux
dans ce Monde , &pourront ajous.
ter à la Couronne qu'ils poſſedent
déjafur la Terre , celle de l'Eternité.
,
CetteHarangue ayant eſté
interpretée , l'Ambaſſadeur
répondit , Voftre Harangue ,
Monfieur , roule fur deux chefs,
fur la gloire de Loüis XIV. &
fur le defir que vous avez ainſi
que Sa Majesté , de noftre con-
Pij
172 III. P. du Voyage
version. A l'égard du premier,
on ne peut estre mieux perfuadé
que nous leſommes, des grandes
actions de ce Monarque , dont
la reputation nous a fait venir
de fi loin. Nous ne doutons pas
non plus defa magnificence &
de fa grandeur, puisque nous en
avons fait une experience ſenſible
à ſa Cour &furfes Frontieres.
A l'égard du ſecond point
qui regarde nostre converſion à
la Foy Catholique Romaine, nous
avons des Evesques en noftre
Royaume , qui pourront nous en
inftruire. Il remercia enfuite
tout le Corps du Chapitre,
des Amb. de Siam. 173
de l'honneur qu'il leur faifoit
; aprés quoy ils regarderent
l'Egliſe tant par dehors
que par dedans. Ils entrerent
dans le Choeur , dont ils admirerent
l'Architecture , &
particulierement les petits pilliers
qui ſoûtiennent un auffi
grand Vaiſſeau. On les conduifit
vers la Tombe de M
le Comte de Vermandois , &
on leur dit , qu'il eſtoit grand
Admiral, legitimé de France, &
Frere de Madame la Princeffe de
Conty. L'on s'apperceut alors
qu'ils ſe mirent tous trois fur
ce Tombeau, qu'ils porterent
Piij
174 III . P. du Voyage
leurs mains à leurs yeux , &
qu'ils les frotterent ; & l'on
apprit que c'eſt une maniere
uſitée chez eux pour témoigner
leur deüil. Ils prirent
beaucoup de plaisir à entendre
les Orgues de cette Cathedrale
, qui font fort bonnes
; & fortirent de cette
Egliſe aprés avoir fait de
nouveaux remercîmens au
Prevoſt & aux Chanoines .
Apres cela ils allerent au
Magaſin d'Armes, qu'ils trouverent
en trés-bon état. C'eſt
l'effet des ſoins du Miniſtre
qui s'en meſle. Ils virent auffi
desAmb . de Siam , 175
la celebre Abbaye de Saint-
Vaaſt , & furent receus à la
Porte par le Grand Prieur ,
qui eſtoit à la teſte de fa
Communauté , & qui leur fit
un compliment affez court.
Il le finit en diſant , qu'ils les
recevoient avec tous les honneurs
qu'il eſtoit en leur pouvoir de
leurfaire, puiſque la haute eftime
que Sa Majesté faisoit du
Monarque qui les luy avoit envoyez,
&la confideration particuliere
qu'Elle avoit pour leurs
Excellences , estoit la régle du
profond respect avec lequel ils
ſe preſentoient à eux, en leur
Piiij
176 III. P. du Voyage
offrant très-humblement leMonastere
& tout ce qui en dépendoit.
Ils répondirent qu'ils eftoient
bien perfuadez que les
honneurs que ces Religieux leur
rendoient, estoient une continiation
des effets de la bonté du
Roy à leur égard , & que c'eftoit
à Sa Majesté à qui ils en
avoient toute l'obligation ; mais
qu'ils vouloient pourtant leur en
avoir aufſi. Enfuite ils les
remercierent de la maniere
honneſte dont ils en uſoient;
aprés quoy ils entrerent dans
l'Eglife , & s'arreſterent dans
la Nef pour en confiderer la
des Amb. de Siam. 177
ſtructure ; ce qu'ils firent fort
attentivement. Puis ils entrerent
au Choeur , & s'attacherent
à regarder la ſculpture
des Chaiſes, qui eſt trés-belle
&fort eſtimée . On leur montra
leTombeau du RoyThierry
de la premiere Race , & Fondateur
de ce Convent ; & on
leur dit qu'il ne s'en faloit que
8 années qu'il ne fuft mort ily
a mille ans. L'Ambaſſadeur
demanda comment il eſtoit poffible
qu'ily eust un Roy de France
enterré dans cette Abbaye depuis
fi longtemps , &qu'ily en
cust fi peu , que ce Pays ap
178 III. P. du Voyage
partenoit à la France , Arras
ayant esté pris par le feu Roy.
Le Grand Prieur leur expliqua
en peu de mots , comment
tout le Pays-bas eſtoit
une partie du Royaume de
France ; qu'il n'en avoit eſté
ſeparé que trés-peu de temps,
ſçavoir depuis l'an 1525. jufques
en l'an 1640. & qu'à
l'exception de ce temps-là,
les Rois de France en avoient
toûjours eſté reconnus pour
legitimes Souverains . On les
mena au fortir de l'Eglife ,
dans les Cloiftres, & dans un
Refectoire. De là ils repaffe
des Amb. de Siam. 179
rent par l'Eglife , & eftant à
la porte , l'Ambaſſadeur fit
tout ce qu'il pût pour empeſcher
le Grand Prieur de le
conduire juſqu'à fon carroffe
; mais il crut eſtre obligé
de l'y voir monter. Je ne
vous parleray point des complimens
de remercîment que
firent les Ambaſſadeurs , & je
les retrancheray meſme en
beaucoup d'endroits, puiſque
leur civilité eſt aſſez connuë
pour ne pas douter qu'ils n'en
ayent donné des marques à
toutes les perſonnes qui ont
pris la peine de leur montrer
quelque choſe.
180 III. P. du Voyage
Au fortir de l'Abbaye de
Saint Vaaft , ils allerent au
Concert dont on leur avoit
parlé le matin , & dont Madame
de Préfontaine, femme
du Prefident du Confeil d'Artois
, faifoit les honneurs
Elle les reçût accompagnée
des principales Dames de la
Ville. Les Muficiens estoient
dans une fort grande Salle,
dans laquelle il ſe trouva une
grande affluence de monde,
quelque ordre qu'on cût apporté
pour empêcher la foule.
Ils furent fort fatisfaits
de ce Concert , & le témoides
Amb . de Siam. 181
gnerent à Madame de Préfontaine
, en luy faiſant leurs
remerciemens . Ils retournerent
enſuite chez eux , où ils
trouverent leur Garde ſous
les Armes ; car on avoit mis
à la porte de leur Logement
une Compagnie Suiſſe , avec
un Capitaine & un Lieutenant.
Elle fortoit du Corps
de garde pour ſe mettre en
hayequand les Ambaſſadeurs
devoient fortir , & battoit
lorſqu'ils fortoient & qu'ils
rentroient. Aufli - tôt qu'ils
furent arrivez chez eux , Mr
Biſſetz leur porta le Plan de
182 III. P.du Voyage
la Ville que le premier Am
baffadeur luy avoit deman-
-dé , & qu'il examina d'une
maniere qui marquoit qu'il
commençoit à devenir ſçavant
dans nos Fortifications .
Ce même Major leur demanda
le mot , & ils donnerent
Actions éclatantes , par
rapport à ce ce qu'on leur
avoit dit, qu'aux deux Sieges
d'Arras il y avoit eu beaucoup
d'actions remarquables,
& particulierement au ſecond
, où les Afliegeans avoient
ſouvent eſté repouffez.
On leur avoit même
4
des Amb. de Siam. 183
montré les endroits où les
actions de vigueur s'eftoient
-faites . Le premier Ambaffadeur
demanda à M Biffetz
, s'il estoit François ; &
comme on luy eut répondu ,
que oüy , &qu'il estoit Major
de la Place , il luy dit , qu'en
fon Pays on avoit la barbe &
les cheveux comme luy. M
Biſſetz luy répondit , que s'il
n'eſtoit point François , il voudroit
estre Siamois . Comme
il y avoit beaucoup de Dames
à Arras qui n'avoient
encore pû les voir , il s'en
trouva beaucoup ce foir-là à
r
184 III. P.du Voyage
leur ſoûpé , où tout ſe paſſa
à lordinaire .
Le lendemain 21. M le
Lieutenant de Roy & Ms les
Officiers Majors , ſe rendirent
à leur lever ; & les Ambaſſadeurs
aprés les avoir remerciez
avec des expreffions
pleines de reconnoiffance ,
monterent en Carroſſe à huit
heures préciſes du matin ; &
toutes les Troupes eſtant
fous les Armes comme à leur
arrivée , ils fortirent au bruit
du Canon & du Carillon de
la Ville. Mes du Magiſtrat
le firent joüer trois fois le
desAmb. de Siam. 185
jour pendant tout le temps
que ces Ambaſſadeurs féjournerent
à Arras , ſçavoir une
heure au matin , une hcure à
midy , & une heure. le ſoir,
ainſi qu'à leur entrée & à leur
fortie . Ils allerent ce jour-là
21. dîner à Aiffe , qui eſt un
petit Village entre Arras &
Bethune.
, & ce qu'il y a de furprenant
, c'eſt qu'encore qu'il
n'y euſt en cet endroit qu'une
ſeule maiſon , deſtinée ſeulement
pour la Poſte , & dans
laquelle il n'y a que des chevaux
, les Ambaſſadeurs y
furent ſervis avec la meſme
magnificence qu'à Paris , ce
qur
qui dans un petit lieu , où
l'on ne peut rien trouver
ſembla tenir de l'enchante-
2
des Amb. de Siam. 137
ment. Les Services paroiffoient
preſque auffi grands que la
Maiſon , ce qui fit dire au
premier Ambaſſadeur que tout
contribuoit à faire voir la magnificence
du Roy. Ils partirent
enfuite pour Arras , Capitale
de l'Artois fur la riviere de
Scarpe. C'eſt une Ville dont
les Fortifications font tresregulieres.
Elle est fort ancienne
, & eftoit la premiere
du Comté de Flandre, quand
Charles leChauvé ladonna en
dotàJudith ſa fille , que Baudoüin
ditBras de fer,Comte de
Flandre épouſa en 863. Elle fut
M
138 III. P. dùVoyage
réunie à la France avec tout
l'Artois en 1180. par le mariage
de Philippe Augufte , avec
Iſabelle de Hainaut , Fille de
Baudoüin V. Le Chapitre de
l'Eglife Cathedrale de Nôtre-
Dame eſt compoſé de 40.
Chanoines , & de 52. Chapelains.
L'Evêque d'Arras eft
Suffragant de Cambray. Il y
a encore d'autres belles Eglifes
, la celebre Abaye de S.
Vaft , & unCollege de Jefuites.
Cette Ville fut livrée à
Maximilien I. en 1493. & enfin
ſoûmiſe aux François en
1640.
des Amb. de Siam. 139.
Les Ambaſſadeurs arriverent
fur les trois heures àune
demie licuë de cette Place . La
Cavalerie qui estoit allée au
devant d'eux , lesy attendoit.
Elle estoit compofée de douze
Compagnies du Regiment
de Conigſmark de 40.Maîtres
chacune. M' Mullor premier
Major du Regiment les commandoit.
Lorſque les Ambaffadeurs
approcherent , il les
fit ſaluer de l'épée par toute
cette Cavalerie , qui preceda
enfuite leur Caroffe. Ils trouverent
à la Bariere de la Contreſcarpe
, Male Comte de
Mij
140 III . P. du Voyage
1
Villeneuve Lieutenant de
Roy d'Aras , & qui commande
en l'abſence deM leComte
de Nancré qui en eſtGouverneur.
Il eſtoit accompagné
de tous les Officiers Majors. Il
leur témoigna la joye qu'il
avoit de pouvoir leur rendre
tous les honneurs que Sa Majeſté
luy avoit ordonné de
leur faire. Ils répondirent à ce
compliment de la maniere la
plus honneſte , & qui pouvoit
mieux marquer leur reconnoiſſance
Ils entrerent enfuite
dans la Ville au bruit
du Canon, & au travers d'une
des Amb. de Siam , 14
double haye d'Infanterie.Elle
eſtoit compoſée du Regiment
de Phiffer , qui avoit la droite,
& de 4 Compagnies du Regiment
de Stoup le jeune ,
qui estoit à gauche , à la tête
deſquelles eſtoit M. Lifler Capitaine
du Regiment. Les
Ambaſſadeurs faluerent toutes
les Dames qui estoient aux
feneftres pour les voir paffer.
Toute l'Infanterie les ſalua
de la pique. Pendant cetems
le carillon de la Ville ſe faifoit
entendre , & l'on fonna
une Cloche appellée Ioyeuse ,
parce qu'on ne la ſonne ja
142 III. P. du Voyage
mais que pour des ſujets de
réjoüiſlance. Quand la tête
de la Cavalerie eût atteint la
queuë de la Garde , à la teſte
de laquelle estoit M Courteft
Capitaine de Phiffer , elle
s'ouvrit , & forma deux hayes
pour laiſſer paffer leurs Caroffes
. M le Comte de Villeneuve
les reçut à la porte de
leur logis , & les conduifit
dans leur chambre , où il
entra feul avec M Torf , &
les Officiers Majors. On lia
converfation en attendant
Mrs les Magiſtrats. Les Ambaſſadeurs
ſe ſervirent de ce
desAmb. de Siam. 143
temps pour demander combien
il y avoit de feux &
d'Habitans dans Arras , & de
quelle grandeur eſtoit la Ville,
dont ils marquerent ſouhaiter
le Plan. Le Pere Recteur
des Jefuites vint pendant ce
temps- là , & leur témoigna ſa
reconnoiſſance que toute la
Compagnie avoit du bon
accüeil que le Roy de Siam
faiſoit aux Jeſuites dans fon
Royaume. L'Ambaſſadeur
luy répondit que le Roy fon
Maître les estimoit beaucoup ,
qu'ils n'en pouvoiët douter, puis
qu'il en demandoit encore. Mrs
144 III. P. du Voyage
du Magiſtrat eftant enſuite
arrivez , les Ambaſſadeurs ſe
leverent de leurs fauteüils , &
apres qu'ils les eurent ſaluez
à leur maniere pour repondre
à leur falut , Mª Palifor
d'Incourt Confeiller de Ville ,
& Deputé General & ordinaire
des Etats d'Artois pour
te tiers Etat , leur parla de cetle
forte .
MESSEIGNEVRS,
Cette Ville d' Arras a toûjours esté
Si jalouſe d'exécuter les ordres du
Roy , qu'elle les a toûjours receus
avec autant d'empreffement que de
Soumiffion. Ceux que Sa Majesté
nous
des Amb.de Siam. 145
nous donne aujourd'huy de vous
honorer avec une distinction toute
finguliere, font fi precis &fi pofitifs
, que nous avons juſte ſujet de
craindre que nos efforts ne soient
auſſi vains là deſſus, que nos volontezfont
finceres & toutes remplies
de ce zéle qui a toûjours fait toute
l'ame&tout l'esprit de nostre obéiffance.
En effet, Meſſeigneurs , ce
grand Roy ne pouvoit pas publier
avec plus d'éclat l'estime qu'il fait
de vostre Monarque & de vos Per-
Sonnes, qui charmez de la gloire
qu'il s'est acquiſe dans les expeditions
de la Guerre , &de laſageſſe
de ſa conduite dans la Paix, avez
bien voulu traverſer tant de mers
&fuivre, pour ainsi dire, le cours
du Soleil , pour voir un Prince quż
par la rapidité defes Victoires Sçait
N
146 III. P. du Voyage
le mieux imiter le mouvement de
ce bel Astre , qu'il prend pour fa
Deviſe. Vous reſſemblez en cela à
l'excellente Princeffe Nicaulis Reine
d'Egypte & d'Ethiopie, laquelle
ayant entendu parler de la vertu &
de la sagesse de Salomon, defira de
voir de ses propres yeux ,fi ce que
la Renommée publivit de luy estoit
veritable ; elle ne craignit point
pour cet effet d'entreprendre un long
voyage ; & aprés avoir esté remplie
d'étonnement de voir dans ce Prince
une capacitéfi extraordinaire, &
tant de merveilles dansfon Royau
me , elle ne pût s'empêcher de s'écrier,
Probavi quod media pars
mihi nuntiata non fuerit , major
eft fapientia tua & opera tua ,
quam rumor quem audivi. Ainsi,
Meßeigneurs , nous ne doutons pas
3
1
des Amb. de Siam. 147
qu'aprés que vous aurez admiré
l'esprit de Loüis le Grand , qui est
le Salomon de nostre fiecle, dans la
grandeur & la magnificence deſes
Bâtimens , dans l'oeconomie de sa
Maison, dans le bel ordre de fes
Troupes nombreuſes tant sur mer
quesur terre , dans le nombre infiny
deſesſurprenantes Conquestes , dans
la regularité des Fortifications de
fes Places, & en un mot, dans tout
le reste deſa conduite, vous ne rapportiezfidellement
à voſtre Souverain
Seigneur , que le bonheur de
nostre augusteMonarquefurpaſſede
beaucoup tout ce que vous vous en
estiezimaginé, &qu'il faut l'avoir
vû pour le pouvoir croire. Au reſte,
Meſſeigneurs , nous ne pouvons
mieux répondre aux commandemens
de Sa Majesté , qu'en vous
Nij
148 III . P. du Voyage
Suppliant trés-humblement de nous
honorer des vostres , & d'agréer ces
petits Prefens que nous vous apportons
pour marque qu'il n'y a rien
dans la Ville qui ne foit entierement
à voſtre diſpoſition , & que
nous sommes avec tout le respect
dont nous sommes capables,
MESSEIGNEVRS,
Vos tres humbles &
tres- obéïffans Serviteurs ,
Les Mayeur & Eſchevins
de la Ville d'Arras ..
1
L'Ambaſſadeur répondit,
Que le Roy fon Maistre estoit
un grand Monarque , qui ayant
entendu parler de la grandeur
desAmb de Siam. 149
du Roy de France , defes Conquestes,
&deſes manieres toutes
genereuſes , avoit envoyé il y a
quelques années des Ambaſſadeurs
pour luy demander fon
amitié ; mais que ces Ambaſſadeurs
ayant vray-femblablement
pery, puiſqu'on n'en avoit point
entendu parler, Sa Majesté Siamoiſe
impatiente de voirfon defir
accomply, les avoit de nouveau
envoyezenFrance, non pour aucun
interest ny pour traiterd'affaires
, puisque l'on doit estre
affez perfuadé que ces deux
grands Rois n'en ont point à
démefler enſemble ; mais uni-
Niij
150 III . P. du Voyage
quement pour l'honorer & pour
luy marquer avec quel empreffement
le Roy de Siam recherche
fon amitié. Ils adjoûterent,
qu'ils avoient beaucoup d'obligation
au Roy de la reception
qu'il avoit ordonné qu'on leur
fift dans toutes les Villes où ils
avoient paßé , & qu'ils remer
cioient en particulierMrs d'Arras
, de l'honneur & des Prefens
qu'ils leur faisoient. Cette réponſe
fit connoiſtre qu'ils
avoient compris le ſens de la
Harangue, puiſque l'Hiſtoire
nous apprend que la Reine de
Saba n'eſtoit venuë voir Sa-
1
des Amb. de Siam. 151
lomon que pouffée du defir
de reconnoiſtre en luy toutes
les merveilles que la Renommée
en publioit, & non pour
traiter avec luy d'aucunes
affaires . M de Ville eftant
fortis , M le Comte de Villeneuve
leur demanda l'ordre
, & ils donnerent pour
mot , qui m'attaque fe pert. Il
eſt à propos de marquer icy
une choſe qui vous fera connoiſtre
les raiſons qu'ils ont
cuës de donner par tout les
mots qui ont eſte ſi approuvez
, & qui leur ont fait meriter
tant de loüanges. En
Niiij
152 III. P. du Voyage
approchant de chaque Ville,
ils s'informoient de l'hiſtoire
de la Ville où ils alloient , de
l'état de la Place , des Sieges
qu'elle avoit ſoûtenus, & du
merite , de la qualité & des
actions du Gouverneur ; & de
toutes ces chofes , ainſi que
de ce qui leur arrivoit , &
de ce qu'ils voyoient dans la
Place, ils formoient les mots
que pour leur faire plus
d'honneur & marquer plus
de déference , les Commandans
leur demandoient. C'eſt
pourquoy ils donnerent celuy
de qui m'attaque se pert,
des Amb. de Siam. 153
ayant appris que de nombreuſes
Armées remplies de
Troupes de differentes Na--
tions,&commandées par des
Chefs d'une grande experience
, & d'une haute reputation
, avoient eſté contraints
de lever le Siege de devant
Arras. Le concours du peuple
fut grand pour les voir
ſouper ; mais comme ils auroient
eſté trop incommodez
, on ne laiſſa entrer que
les premieres perſonnes de la
Ville , & les principales Dames,
auſquelles ils firent tout
le bon accüeil imaginable.
154 III . P. du Voyage
Ils donnerent à la plus confiderable
ce que leur Deffert
avoit de plus beau , pour le
diftribuer aux autres ; ce
qu'ils ont fait fort ſouvent
en de pareilles occaſions .
Ils ne fortirent point le
lendemain matin , mais ils
reçûrent les viſites de M. le
Comte de Villeneuve Lieutenant
de Roy , de M² Bifſetz
Major de la Place , des
principaux Officiers de la
Garnifon , & de quelques
Mrs du Confeil. La plupart
de la Nobleſſe des environs
d'Arras vint auſſi les falier.i
des Amb. de Siam. iss
Onleur propoſa de leur faire
entendre l'aprés- dînée ce qui
fut chanté à Sceaux devant
le Roy , lorſque Sa Majefté
fit l'honneur àMª de Seignelay
d'aller voir cette belle
Maiſon , à quoy ils confentirent.
On ne laiſſa entrer
que les Dames pour les voir
dîner. Sur les deux heures
Me le Comte de Villeneuve
les vint prendre dans quatre
Carroffes , pour les mener à
la Citadelle , où Mª de la
Pleigniere qui en eſt Gouverneur
, les fit recevoir au
bruit du Canon. Ils paffer
156 III. P. du Voyage
rent au travers de deux hayes
d'Infanterie , & les Officiers
les falüerent de la Pique. II
leur fit voir les Fortifications
de la Place ; ils les examinerent
toutes , & demanderent
le nom de chaque piece. Ils
virent auſſi faire l'Exercice à
un Bataillon de Picardie qui
eftoit ſous les Armes , à quoy
ils prirent beaucoup de plaifir
. On leur fit voir enſuite
l'Arcenal , & tout ce qu'il y
a de remarquable dans cette
Citadelle ; aprés quoy on leur
fervit une magnifiqueCollation
, où l'on bût de quandesAnb.
de Siam. 157
zité de differentes Liqueurs.
Les Dames les plus diftinguées
de la Ville s'eſtoient
renduës dans la Citadelle ,
pour les voir plus commodément.
Ils les regalerent
de Confitures , & trouverent
qu'Arras ne manquoit pas de
beautez . La Santé du Roy
ne fut pas oubliée , & quelques
Dames la bûrent auffi.
Cette Affemblée n'eſtoitcompoſée
que de Gens de marque
, puiſqu'outre les Dames
il n'y avoit d'Hommes que
les Officiers de la Garniſon,
tant de la Ville , que de
158 IHI. P. du Voyage
la Citadelle . L'Ambaſſadeur
ayant apperçu un Plan qui
eſtoit attaché à la Tapiſſerie,
demanda quel Plan c'eſtoit.
On luy répondit , que s'eftoit
celuy de la Citadelle ; &
il le demanda à Mª de la
Pleigniere, qui le luy donna.
Comme ils avoient encore
beaucoup de choſes à
voir pendant le reſte de l'aprés-
dînée , ils ſortirent aufſi
- tôt que la Collation fut
finie , aprés avoir remercié
Mª de la Pleigniere en termes
fort obligeans, & le Canonſe
fit entendre à leur for
des Amb . de Siam. 159
tie de la même maniere qu'il
avoit fait lorſqu'ils eftoient
entrez. Ils allerent de là à
F'Eglife Cathedrale , où tout
le Peuple eſtoit accouru en
foule ; ils furent reçûs au
grand Portail par tout leChapitre
en corps , ce qui marquoit
quelque choſe de venerable
& d'augufte. Il avoit
à ſa tête M. le Févre
Prevoſt , Chanoine & Theologal
de cette Cathedrale ,
que nous avons veu Aumônier
& Predicateur de la Reine.
Voicy en quels termes
it parla aux Ambaſſadeurs .
160 III. P. du Voyage
MESSEIGNEURS ,
Puisque Sa Majesté vous envoye
furfes Frontieres pour vous rendre
Spectateurs de ſes Conquestes , que
la Renommée a portées jusqu'au
bout du Monde , ce qui vous afait
traverſer tant de Mers pour venir
admirer ce Salomon de nôtre Siecle
, nous ofons vous afſeurer que
la Ville d'Arras est un des plus
beaux &un des plus anciens Fleurons
de sa Couronne , & qu'il n'a
point dans tous ſes Estats de Province
plus memorable que celle
d'Artois , puisqu'elle a toûjours esté
regardée comme l'oeil & la clefde
toute la Flandre. En effet , Cefar
même n'a point balancé de paſſer
les Alpes , & de faire voir l'Aigle
Romaine aux Portes de cette CapidesAmb.
de Siam. 161
tale , dont le Siege luy cousta si
cher, qu'il avoue dansſes Commentaires
, que dans toutes les autres
attaques il avoit combattu pour la
gloire , mais qu'il avoit dans cellecy
deffendu fa propre vie , tant il
avoit trouvé de courage & de reſiſtance
dans lesPeuples qui la deffendoient.
On en voit encore les
glorieux restes , dans ce fameux
Camp * qui nous environne , où
ce grand Capitaine fut obligé de
demeurer fort long-temps , ne pou
vant vaincre cette genereuse opiniaſtreté
des Artefiens , qui arresta
le cours de ſes Victoires , &qui luy
fit acheter fi cherement la gloire
qu'il en remporta.
Cette Comté fameuse ayant par la
viciffitude des Temps & la revo-
*Le Camp de Cefar prés de l'Abbaye d'Eſtrun
162 III . P. duVoyage
lution des Guerres changé deMaitre
, & passé des mains des Ro
mains , dans celles des François,نم
de Payenne estant devenue Chrétienne,
fut l'Appanage de nos Princes
du Sang. Le grand faint Louys
enfit un Present à Robertfon Frere
; luy laiſſant pour partage les
Fleurs-de-Lys fans nombre , * it
luy fit comprendre qu'il ne devoit
point donner de bornes àson courage
sous un si glorieux Eftendart.
C'est ce Robert d'Artois qui paffantfur
le ventre à tant d'Infideles,
dont il achevoit la deffaiteà la
Mazoure dans l'Egypte , en devint
enfin la Victime , se croyant trop
heureux de verſertoutsonfangpour
la querelle du Sauveur du Monde ,
dont il vouloit arracher le facré
* Qui font les Armes encore aujourd'huy de
cetteProvince,
des Amb. de Siam. 163
Sepulchre des mains des Ottomans,
àla pointe deson épée.
Maissi cette Ville d'Arras s'est
distinguéepar les actions heroïques
qui se sont paßées au pied deses
murailles, &parses Princes qui se
font transportez chez les Nations
tesplus reculées pourysignaler leur
valeur , elle n'est pas moins recommandable
par ce fameux Traité de
Paix d'Arras en 1435.qui mit fin
à tant de differens, &à unesifanglante
guerre qui s'estoit allumée
dans toute l'Europe , ou le Duc de
Bourgogne fut en perſonne avec la
Ducheffefon Epouse Infante de Por
tugal. Ce Traitéy attira tout ce qu'il
yavoit de gens plus confiderables &
plus nobles fur la terre , les Legats
du Pape Eugene IV. ceux du Concile
de Bafle,&de l'Anti-Pape Fe
O ij
164 III. P. du Voyage
lix. L'EmpereurSigismond, lesRois
de Caſtille, d'Arragon, de Navarre,
de Naple , de Sicile & de Chypre,
de Dannemark & de Pologne, yenu.
voyerent leurs Ambaſſadeurs , qui .
jaloux de la gloire de leurs Nations
, affectoient une magnificence
extraordinaire . Ceux de France &
d'Angleterre encherirentfur les au
tres par la pompe de leurs Equipages
, les Ducs de Bourbon & de
Vendofme, avec les Conneſtable &
Chancelier, les Marcſchaux deRieux.
& de la Fayette, Adam de Cambray
Premier President au Parlement de
Paris,tous accompagnez d'une infinité
de Nobleffe de la Nation, qui
par leur politeffe & leur lustre don
nerent une haute idée de la leur.
Ce fut dans cetteAſſemblée que le..
Roy de France &le Duc de BourdesAmb.
de Siam. 165
gogne jetterent les fondemens d'une
Paix fincere, dont les fuites ont
esté trés- avantageuses à toute l'Europe
, qui fut jurée folemnellement
dans cette Eglise Cathedrale.
Voilà, Meffſeigneurs , l'éclat que
ba Ville d'Arras a tiré de la Paix
comme de la Guerre ; & cette Capitale
ayant depuis tombé tantôt.
dans les mains de Lauys XI. tantôt
dans celles de l'Empereur Maximilien
, qui faisoient à l'envy
leurs efforts pout s'en rendre les
Maistres , elle fut ensuite la dépofitaire
des cendres des Heros les.
plus distinguez dans la Guerre ;
puisque le Duc de Parme &le Maréchal
de Gaffion fant ensevelis.
dans l'enceinte de ses murailles,
comme si c'estoit le deftin à cette
Ville martiale de garder les précieux.
166 III. P. du Voyage
reftes de la bravoure& de la ge
nerosité qui fut le partage de ces
deux grands Capitaines.
Enfin Louys le lufte fut le dernier
Prince qui s'en afſeura la conqueste
par ses Armes victorieuses .
Elle ne balança pas d'ouvrir fis
Portes à un Roy qui devoit finir
fes miferes auffi- tôt qu'elle deviendroit
sasujette ; &pour en écarter
àjamais la tempeste qui la me
naçoit , LOVIS LE GRAND
en a reculé si loin la Frontiere de
fes Estats , qu'elte en est aujour
d'huy le centre , au lieu qu'elle en
estoit autrefois l'extremité : fi bien
que comme le grand Pompée fe
vantoit d'avoir fait parsa victoire
de l'Asie mineure , le milieu de
l'Empire Romain , qu'elle bornoiz
auparavant ; auffi l'on peut dire
des Amb. de Siam. 167
que la fameuse Ville d'Arras doit
aux Armesde LOVIS LE GRAND
l'avantage d'estre aujour'dbuy le
coeur de la France , dont elle estoit
cy - devant la teste.
Mais il manquoit àfagloire d'avoir
pour témoins deses antiquitez,
deses Fortifications , &defes
fertiles Campagnes , les Peuples les
plus reculez , quipour admirer toutes
ces merveilles ont traversé
toute la distance qui ſeparele Gange
d'avec la Mer Occidentale ,
qui vivant dans des Climats où
le Soleil commence sa course , font
venus jusqu'à ceux où ce grand
Aftre la finit ; en forte que l'on
peut dire de chacun de vous, Mef-
Seigneurs, ce que nous liſons dans
LeRoyProphete, quand il nous veut
donner une idée de fon mouve168
III . P. du Voyage
ment : * Exultavit ut gigas ad
currendam viam à ſummo Cælo
egreffio ejus , & occurfus ejus,
uſque ad fummum ejus.
Heureuſe Province , d'avoir receu
des Ambassadeurs Estrangers,
également venerables par le Prince
qu'ils reprefentent , &par l'importance
de leur ministere , qui n'ont
point apprehendé de faire un Voyage
de fix mille lieües pour ſe ménager
une Alliance avec LOVIS
LE GRAND. Ils pourront apprendre
au Roy de Siam toutes les
chofes quise font paßées sous fon
Regne , les grandes & fameuses
Victoires qu'il a remportées , les
Provinces qu'il a conquiſes , les
Citadelles qu'il a fait élever au
milien des Eaux , les Marais qu'il
*Pfal.. 44
desAmb de Siam. 169
deſſechez, le fecret qu'il a trouvé
de faire une Digue à la Mer,
pour arreſter l'impetuosité de ses ondes
qui n'avoient point encore più
trouver d'obstacle à leur rapidité.
Sans doute , Meſſeigneurs , le Roy
de Siam furpris de tant de merveilles
, se fera de LOVIS LE
GRAND une idée bien au deſſus
de celle que sa reputation luy avoit
donnée. Vôtre Roy que vous nommez
chez vous le Seigneur des Seigneurs
, & la seule cause du bon
heur deses Peuples , fera bien aiſe
d'apprendre de vous que vom avez
trouvé les François pleins de refpect
& de foimiſſion pour leur
Prince. Puiſſi z vous l'affeurer qu'il
n'est pas moins l'exemple , que le
Souverain de fes Sujets , &qu'il les
gouverne encore plus parses vertus,
P
1
170 III. P. du Voyage
que parses Loix. Peut- estre qu'en
luy representant l'Architecture &م
la beauté de cette Cathedrale , ore
reposent les cendres de Monfieur le
Comte de Vermandois , qui marchant
fur les traces de fon auguste Pere ,
aujourd'huy le plus grand des Rois ,
commençoit à ſe ſignaler déja dans la
Guerre ( C'est le précieux dépost que
Sa Majesté nous a confié depuis trois
ans dans ce Temple , où les ceremonies
de l'Eglife Chrétienne se celebrent
avec tant d'exactitude, & qui
depuis plus de treize Siecles a toujours
efté deffervie par tant de Saints
Evêques par tant de Chanoines,
d'un merite fi diftingué ) Peut- estre,
dis - je , que par un miracle qui n'a
point encore paru dans nosjours , le
Ciclouvrira fon coeur , & le faisant
fortir avec ses sujets des tenebres
des Amb. de Siam. 171
qui les aveuglent , il luy donnera
l'envie d'imiter LOVIS LE
GRAND dans sa Religion , comme
dans sa Domination : fi bienque
faisant tous deux une Alliance de
picté , comme de commerce ilsferont
tous deux également heureux
dans ce Monde , &pourront ajous.
ter à la Couronne qu'ils poſſedent
déjafur la Terre , celle de l'Eternité.
,
CetteHarangue ayant eſté
interpretée , l'Ambaſſadeur
répondit , Voftre Harangue ,
Monfieur , roule fur deux chefs,
fur la gloire de Loüis XIV. &
fur le defir que vous avez ainſi
que Sa Majesté , de noftre con-
Pij
172 III. P. du Voyage
version. A l'égard du premier,
on ne peut estre mieux perfuadé
que nous leſommes, des grandes
actions de ce Monarque , dont
la reputation nous a fait venir
de fi loin. Nous ne doutons pas
non plus defa magnificence &
de fa grandeur, puisque nous en
avons fait une experience ſenſible
à ſa Cour &furfes Frontieres.
A l'égard du ſecond point
qui regarde nostre converſion à
la Foy Catholique Romaine, nous
avons des Evesques en noftre
Royaume , qui pourront nous en
inftruire. Il remercia enfuite
tout le Corps du Chapitre,
des Amb. de Siam. 173
de l'honneur qu'il leur faifoit
; aprés quoy ils regarderent
l'Egliſe tant par dehors
que par dedans. Ils entrerent
dans le Choeur , dont ils admirerent
l'Architecture , &
particulierement les petits pilliers
qui ſoûtiennent un auffi
grand Vaiſſeau. On les conduifit
vers la Tombe de M
le Comte de Vermandois , &
on leur dit , qu'il eſtoit grand
Admiral, legitimé de France, &
Frere de Madame la Princeffe de
Conty. L'on s'apperceut alors
qu'ils ſe mirent tous trois fur
ce Tombeau, qu'ils porterent
Piij
174 III . P. du Voyage
leurs mains à leurs yeux , &
qu'ils les frotterent ; & l'on
apprit que c'eſt une maniere
uſitée chez eux pour témoigner
leur deüil. Ils prirent
beaucoup de plaisir à entendre
les Orgues de cette Cathedrale
, qui font fort bonnes
; & fortirent de cette
Egliſe aprés avoir fait de
nouveaux remercîmens au
Prevoſt & aux Chanoines .
Apres cela ils allerent au
Magaſin d'Armes, qu'ils trouverent
en trés-bon état. C'eſt
l'effet des ſoins du Miniſtre
qui s'en meſle. Ils virent auffi
desAmb . de Siam , 175
la celebre Abbaye de Saint-
Vaaſt , & furent receus à la
Porte par le Grand Prieur ,
qui eſtoit à la teſte de fa
Communauté , & qui leur fit
un compliment affez court.
Il le finit en diſant , qu'ils les
recevoient avec tous les honneurs
qu'il eſtoit en leur pouvoir de
leurfaire, puiſque la haute eftime
que Sa Majesté faisoit du
Monarque qui les luy avoit envoyez,
&la confideration particuliere
qu'Elle avoit pour leurs
Excellences , estoit la régle du
profond respect avec lequel ils
ſe preſentoient à eux, en leur
Piiij
176 III. P. du Voyage
offrant très-humblement leMonastere
& tout ce qui en dépendoit.
Ils répondirent qu'ils eftoient
bien perfuadez que les
honneurs que ces Religieux leur
rendoient, estoient une continiation
des effets de la bonté du
Roy à leur égard , & que c'eftoit
à Sa Majesté à qui ils en
avoient toute l'obligation ; mais
qu'ils vouloient pourtant leur en
avoir aufſi. Enfuite ils les
remercierent de la maniere
honneſte dont ils en uſoient;
aprés quoy ils entrerent dans
l'Eglife , & s'arreſterent dans
la Nef pour en confiderer la
des Amb. de Siam. 177
ſtructure ; ce qu'ils firent fort
attentivement. Puis ils entrerent
au Choeur , & s'attacherent
à regarder la ſculpture
des Chaiſes, qui eſt trés-belle
&fort eſtimée . On leur montra
leTombeau du RoyThierry
de la premiere Race , & Fondateur
de ce Convent ; & on
leur dit qu'il ne s'en faloit que
8 années qu'il ne fuft mort ily
a mille ans. L'Ambaſſadeur
demanda comment il eſtoit poffible
qu'ily eust un Roy de France
enterré dans cette Abbaye depuis
fi longtemps , &qu'ily en
cust fi peu , que ce Pays ap
178 III. P. du Voyage
partenoit à la France , Arras
ayant esté pris par le feu Roy.
Le Grand Prieur leur expliqua
en peu de mots , comment
tout le Pays-bas eſtoit
une partie du Royaume de
France ; qu'il n'en avoit eſté
ſeparé que trés-peu de temps,
ſçavoir depuis l'an 1525. jufques
en l'an 1640. & qu'à
l'exception de ce temps-là,
les Rois de France en avoient
toûjours eſté reconnus pour
legitimes Souverains . On les
mena au fortir de l'Eglife ,
dans les Cloiftres, & dans un
Refectoire. De là ils repaffe
des Amb. de Siam. 179
rent par l'Eglife , & eftant à
la porte , l'Ambaſſadeur fit
tout ce qu'il pût pour empeſcher
le Grand Prieur de le
conduire juſqu'à fon carroffe
; mais il crut eſtre obligé
de l'y voir monter. Je ne
vous parleray point des complimens
de remercîment que
firent les Ambaſſadeurs , & je
les retrancheray meſme en
beaucoup d'endroits, puiſque
leur civilité eſt aſſez connuë
pour ne pas douter qu'ils n'en
ayent donné des marques à
toutes les perſonnes qui ont
pris la peine de leur montrer
quelque choſe.
180 III. P. du Voyage
Au fortir de l'Abbaye de
Saint Vaaft , ils allerent au
Concert dont on leur avoit
parlé le matin , & dont Madame
de Préfontaine, femme
du Prefident du Confeil d'Artois
, faifoit les honneurs
Elle les reçût accompagnée
des principales Dames de la
Ville. Les Muficiens estoient
dans une fort grande Salle,
dans laquelle il ſe trouva une
grande affluence de monde,
quelque ordre qu'on cût apporté
pour empêcher la foule.
Ils furent fort fatisfaits
de ce Concert , & le témoides
Amb . de Siam. 181
gnerent à Madame de Préfontaine
, en luy faiſant leurs
remerciemens . Ils retournerent
enſuite chez eux , où ils
trouverent leur Garde ſous
les Armes ; car on avoit mis
à la porte de leur Logement
une Compagnie Suiſſe , avec
un Capitaine & un Lieutenant.
Elle fortoit du Corps
de garde pour ſe mettre en
hayequand les Ambaſſadeurs
devoient fortir , & battoit
lorſqu'ils fortoient & qu'ils
rentroient. Aufli - tôt qu'ils
furent arrivez chez eux , Mr
Biſſetz leur porta le Plan de
182 III. P.du Voyage
la Ville que le premier Am
baffadeur luy avoit deman-
-dé , & qu'il examina d'une
maniere qui marquoit qu'il
commençoit à devenir ſçavant
dans nos Fortifications .
Ce même Major leur demanda
le mot , & ils donnerent
Actions éclatantes , par
rapport à ce ce qu'on leur
avoit dit, qu'aux deux Sieges
d'Arras il y avoit eu beaucoup
d'actions remarquables,
& particulierement au ſecond
, où les Afliegeans avoient
ſouvent eſté repouffez.
On leur avoit même
4
des Amb. de Siam. 183
montré les endroits où les
actions de vigueur s'eftoient
-faites . Le premier Ambaffadeur
demanda à M Biffetz
, s'il estoit François ; &
comme on luy eut répondu ,
que oüy , &qu'il estoit Major
de la Place , il luy dit , qu'en
fon Pays on avoit la barbe &
les cheveux comme luy. M
Biſſetz luy répondit , que s'il
n'eſtoit point François , il voudroit
estre Siamois . Comme
il y avoit beaucoup de Dames
à Arras qui n'avoient
encore pû les voir , il s'en
trouva beaucoup ce foir-là à
r
184 III. P.du Voyage
leur ſoûpé , où tout ſe paſſa
à lordinaire .
Le lendemain 21. M le
Lieutenant de Roy & Ms les
Officiers Majors , ſe rendirent
à leur lever ; & les Ambaſſadeurs
aprés les avoir remerciez
avec des expreffions
pleines de reconnoiffance ,
monterent en Carroſſe à huit
heures préciſes du matin ; &
toutes les Troupes eſtant
fous les Armes comme à leur
arrivée , ils fortirent au bruit
du Canon & du Carillon de
la Ville. Mes du Magiſtrat
le firent joüer trois fois le
desAmb. de Siam. 185
jour pendant tout le temps
que ces Ambaſſadeurs féjournerent
à Arras , ſçavoir une
heure au matin , une hcure à
midy , & une heure. le ſoir,
ainſi qu'à leur entrée & à leur
fortie . Ils allerent ce jour-là
21. dîner à Aiffe , qui eſt un
petit Village entre Arras &
Bethune.
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Résumé : Arras [titre d'après la table]
Le 19, les ambassadeurs de Siam arrivèrent à Sarbret, où ils furent reçus avec magnificence malgré l'absence de commodités. Ils se dirigèrent ensuite vers Arras, capitale de l'Artois, située sur la rivière de Scarpe. Arras est une ville ancienne, ayant été donnée en dot par Charles le Chauve à Judith, épouse de Baudouin Bras de Fer en 863, et réunie à la France en 1180 par le mariage de Philippe Auguste avec Isabelle de Hainaut. La ville possède des fortifications régulières et plusieurs édifices religieux notables, dont la cathédrale Notre-Dame et l'abbaye de Saint-Vaast. Les ambassadeurs furent accueillis par une cavalerie composée de douze compagnies du régiment de Conigsmark et reçus par le comte de Villeneuve, lieutenant du roi d'Arras. Ils entrèrent dans la ville au bruit du canon et au travers d'une haie d'infanterie. Les magistrats de la ville leur adressèrent un discours, soulignant la loyauté d'Arras envers le roi de France et l'estime portée aux ambassadeurs. Ces derniers répondirent en exprimant leur gratitude et en soulignant que leur visite n'avait pas de but diplomatique, mais visait à honorer le roi de France. Les ambassadeurs visitèrent la citadelle d'Arras, où ils assistèrent à un exercice militaire et reçurent une collation. Ils se rendirent également à la cathédrale Notre-Dame, où ils furent accueillis par le chapitre. Leur séjour à Arras fut marqué par des réceptions et des visites officielles, témoignant de l'importance accordée à leur mission. Les ambassadeurs assistèrent à un concert à Arras, accueillis par Madame de Préfontaine, épouse du Président du Conseil d'Artois, et les principales dames de la ville. Malgré les mesures pour éviter la foule, une grande affluence se rassembla dans la salle. Les ambassadeurs apprécièrent le concert et exprimèrent leur satisfaction à Madame de Préfontaine. De retour chez eux, ils trouvèrent une compagnie suisse en garde à leur porte. Le Major Bissetz leur apporta un plan de la ville, que le premier ambassadeur examina avec intérêt, démontrant ses connaissances en fortifications. Bissetz demanda le mot de passe, et les ambassadeurs mentionnèrent les actions militaires remarquables lors des sièges d'Arras. Le lendemain, les ambassadeurs furent salués par le Lieutenant du Roi et les officiers majors avant de quitter Arras en carrosse, escortés par les troupes et accompagnés par le canon et le carillon de la ville. Ils se rendirent à Aisse pour dîner.
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12
p. 185-193
Bethune. [titre d'après la table]
Début :
Aprés un Repas aussi magnifique qu'on l'eût pû faire [...]
Mots clefs :
Béthune, Régiment, Ville, Fort, Lieutenant, Capitaine, Place, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bethune. [titre d'après la table]
Aprés un Repas auffi magnifique
qu'on l'eût pû faire
dans la plus grande &la plus
abondante Ville du Royaume
, ils partirent pour aller
coucher à Bethune. C'eſt
une Place du Pays - Bas dans
186 III . P. du Voyage
l'Artois , affez bien fortifiée.
Elle eſt ſur la petite Riviere
de Biette. Les François la
prirent en 1645. & elle leur
fut cedée en 1659. par leTraité
de la Paix des Pyrenées.
Elle a eu des Seigneurs particuliers
. Robert VII. Seigneur
de Bethune & deTenremonde
, maria Mahaud fa
Fille unique avec Guy de
Dampierre , Comte de Flandres
, dont elle cut Robert
VIII. dit de Bethune , Comte
de Flandres. Le Regiment
de Cavalerie de Chartres qui
eſtoit enGarniſon àBethune,
des Amb. de Siam. 187
fit un détachement pour aller
au devant des Ambafladeurs
, & le refte eſtant demeuré
en bataille ſur la Contreſcarpe,
les falua l'épée à la
main lorſqu'ils pafferent. Mr
de Limbeuf Lieutenant de
Roy de cette Place , les reçut
à la Porte de la Ville. Le
Regiment de Baffigny d'Infanterie
commandé par M
de Chanterene Lieutenant
Colonel, en l'absence de M
le Comte de Mailly qui en
eft Colonel , formoit deux
hayes juſqu'au Château où ils
logerent. M² de Chanter
12
r
Qij
188 III . P. du Voyage
3
rene tenoit la droite du pre
mier rang , & le premier Capitaine
la gauche. LesAmbaſſadeurs
qui en furent
falüez , ainſi que de tous
les autres Capitaines , trouverent
à la porte de leur Logis
une Garde du même Regiment
, avec un Capitaine,
un Lieutenant, un Enſeigne,
& deux Sergens. Auffi-tôt
qu'ils furent arrivez , ils reçûrent
les complimens de la
Ville , & les Prefens ordinaites
. Ils fortirent enfuite à
pied , pour voir le Regiment
que je vous ay dit qui s'eſtoit
e
desAmb. de Siam. 189
mis en bataille fur la Place ,
& demanderent qu'on luy
fiſt faire l'exercice au Tambour
; ce qui fut aufli - tôt
executé. Ils témoignerent
en eſtre fort fatisfaits , & aprés
pluſieurs queſtions qu'ils
firent , ils voulurent ſavoir
de combien d'Hommes ce
Regiment estoit compofé.
Onles fatisfit fur toutes leurs
demandes, & ils loüerent la
propreté de ce Regiment qui
eſtoit fort leſte. Tous lesSoldats
avoient des Chapeaux
neufs , & bordez d'or. Leurs
Bandolieres , Ceinturons , &
190 III. P. du Voyage
cordons de Poires , eſtoient
auffi fort propres ; le tour
garny de force Rubans, couleur
de feu & blancs . Leurs
Epées eſtoient toutes de même
maniere , & tous les Officiers
avoient des Habits fort
riches , & également ornez .
Aprés cela les Ambaſſadeurs
allerent fur les ramparts, dont
ils firent le tour à pied , &
aprés en avoir examiné toutes
les Fortifications , ils rentrerent
au Château où ils eftoient
logez. Ils en fortirent,
quelque temps aprés pour en
faire le tour ſur la Terraffe,
des Amb. de Siam. 191
Σ
r
& admirerent la ſituation de
laVille, qu'ils trouverent trésbelle
& fort à leur gré. M
de Limbeuf alla enfuite prendre
le mot , & ils donnerent
la valeur & la vigilance, parcequ'ils
avoient fceu que M
le Mareſchal de Crequy eftoit
Gouverneur de la Ville ,
& qu'il avoit pris des Places
importantes en commandant
en chef les Armées du Roy ;
ce qui ne ſe peut faire fans
vigilance & fans valeur. Ils
arreſterent le ſoir M de
Chanterene à ſouper, avec le
Capitaine qui commandoit
192 III . P. duVoyage
la Garde devant leur logis.
M de Chanterene fit venir
des Violons qui joüerent
pendant tout le Repas.
Quantité de Dames qui s'y
trouverent , & dont beaucoup
leur parurent belles, en
reçûrent autant de loüanges
que de Fruits & de Confitures
. On leur fit le lendemain
à leur départ les mêmes honneurs
qu'on leur avoit faits à
leur arrivée , & ils fortirent
de la Ville au bruit du Canon
comme ils y estoient entrez,
aprés avoir remercié avec les
termes obligeans qui leur font
des Amb . de Siam. 193
finaturels , M'le Lieutenant
de Roy , & les Officiers des
Troupes.
qu'on l'eût pû faire
dans la plus grande &la plus
abondante Ville du Royaume
, ils partirent pour aller
coucher à Bethune. C'eſt
une Place du Pays - Bas dans
186 III . P. du Voyage
l'Artois , affez bien fortifiée.
Elle eſt ſur la petite Riviere
de Biette. Les François la
prirent en 1645. & elle leur
fut cedée en 1659. par leTraité
de la Paix des Pyrenées.
Elle a eu des Seigneurs particuliers
. Robert VII. Seigneur
de Bethune & deTenremonde
, maria Mahaud fa
Fille unique avec Guy de
Dampierre , Comte de Flandres
, dont elle cut Robert
VIII. dit de Bethune , Comte
de Flandres. Le Regiment
de Cavalerie de Chartres qui
eſtoit enGarniſon àBethune,
des Amb. de Siam. 187
fit un détachement pour aller
au devant des Ambafladeurs
, & le refte eſtant demeuré
en bataille ſur la Contreſcarpe,
les falua l'épée à la
main lorſqu'ils pafferent. Mr
de Limbeuf Lieutenant de
Roy de cette Place , les reçut
à la Porte de la Ville. Le
Regiment de Baffigny d'Infanterie
commandé par M
de Chanterene Lieutenant
Colonel, en l'absence de M
le Comte de Mailly qui en
eft Colonel , formoit deux
hayes juſqu'au Château où ils
logerent. M² de Chanter
12
r
Qij
188 III . P. du Voyage
3
rene tenoit la droite du pre
mier rang , & le premier Capitaine
la gauche. LesAmbaſſadeurs
qui en furent
falüez , ainſi que de tous
les autres Capitaines , trouverent
à la porte de leur Logis
une Garde du même Regiment
, avec un Capitaine,
un Lieutenant, un Enſeigne,
& deux Sergens. Auffi-tôt
qu'ils furent arrivez , ils reçûrent
les complimens de la
Ville , & les Prefens ordinaites
. Ils fortirent enfuite à
pied , pour voir le Regiment
que je vous ay dit qui s'eſtoit
e
desAmb. de Siam. 189
mis en bataille fur la Place ,
& demanderent qu'on luy
fiſt faire l'exercice au Tambour
; ce qui fut aufli - tôt
executé. Ils témoignerent
en eſtre fort fatisfaits , & aprés
pluſieurs queſtions qu'ils
firent , ils voulurent ſavoir
de combien d'Hommes ce
Regiment estoit compofé.
Onles fatisfit fur toutes leurs
demandes, & ils loüerent la
propreté de ce Regiment qui
eſtoit fort leſte. Tous lesSoldats
avoient des Chapeaux
neufs , & bordez d'or. Leurs
Bandolieres , Ceinturons , &
190 III. P. du Voyage
cordons de Poires , eſtoient
auffi fort propres ; le tour
garny de force Rubans, couleur
de feu & blancs . Leurs
Epées eſtoient toutes de même
maniere , & tous les Officiers
avoient des Habits fort
riches , & également ornez .
Aprés cela les Ambaſſadeurs
allerent fur les ramparts, dont
ils firent le tour à pied , &
aprés en avoir examiné toutes
les Fortifications , ils rentrerent
au Château où ils eftoient
logez. Ils en fortirent,
quelque temps aprés pour en
faire le tour ſur la Terraffe,
des Amb. de Siam. 191
Σ
r
& admirerent la ſituation de
laVille, qu'ils trouverent trésbelle
& fort à leur gré. M
de Limbeuf alla enfuite prendre
le mot , & ils donnerent
la valeur & la vigilance, parcequ'ils
avoient fceu que M
le Mareſchal de Crequy eftoit
Gouverneur de la Ville ,
& qu'il avoit pris des Places
importantes en commandant
en chef les Armées du Roy ;
ce qui ne ſe peut faire fans
vigilance & fans valeur. Ils
arreſterent le ſoir M de
Chanterene à ſouper, avec le
Capitaine qui commandoit
192 III . P. duVoyage
la Garde devant leur logis.
M de Chanterene fit venir
des Violons qui joüerent
pendant tout le Repas.
Quantité de Dames qui s'y
trouverent , & dont beaucoup
leur parurent belles, en
reçûrent autant de loüanges
que de Fruits & de Confitures
. On leur fit le lendemain
à leur départ les mêmes honneurs
qu'on leur avoit faits à
leur arrivée , & ils fortirent
de la Ville au bruit du Canon
comme ils y estoient entrez,
aprés avoir remercié avec les
termes obligeans qui leur font
des Amb . de Siam. 193
finaturels , M'le Lieutenant
de Roy , & les Officiers des
Troupes.
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Résumé : Bethune. [titre d'après la table]
Après un repas somptueux, les ambassadeurs se rendirent à Béthune, une ville fortifiée de l'Artois située sur la rivière de Biette. Les Français s'emparèrent de Béthune en 1645 et elle leur fut cédée en 1659 par le traité des Pyrénées. La ville eut des seigneurs particuliers, dont Robert VII de Béthune, qui maria sa fille unique à Guy de Dampierre, Comte de Flandres. À leur arrivée, les ambassadeurs furent accueillis par le régiment de cavalerie de Chartres et le régiment d'infanterie de Bassigny, commandé par M. de Chanterene. Ils furent logés au château et reçurent des honneurs militaires, incluant une démonstration de l'exercice du régiment. Les ambassadeurs admirèrent la propreté et la discipline des soldats, ainsi que la richesse de leurs uniformes. Ils visitèrent également les fortifications de la ville et apprécièrent sa situation. Le soir, ils invitèrent M. de Chanterene et le capitaine de la garde à souper, accompagné de musique et de la présence de nombreuses dames. Le lendemain, ils quittèrent Béthune avec les mêmes honneurs qu'à leur arrivée, remerciant les officiers des troupes.
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13
p. 169-208
Journal du Voyage des Ambassadeurs de Siam, depuis Brest jusques au Cap de Bonne-Esperance, avec ce qui s'est passé pendant le sejour qu'ils ont fait au Cap. [titre d'après la table]
Début :
Je vous manday le mois passé des Nouvelles de l'arrivée [...]
Mots clefs :
Journal, Voyage, Ambassadeurs de Siam, Brest, Cap de Bonne-Espérance, Officiers, Lieues, Mr Masurier, Vent, Hauteur, Capitaine, Lieutenant, Escadre, Le Gaillard, Vaisseau, Matelots, Pilotes, Gouverneur, Rade, Vaisseaux, Siam, Loire, Le Dromadaire, Mr de Farges, Îles, Degrés, Moutons, Frégate La Maligne, Port, Enseignes, Le Cap
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Journal du Voyage des Ambassadeurs de Siam, depuis Brest jusques au Cap de Bonne-Esperance, avec ce qui s'est passé pendant le sejour qu'ils ont fait au Cap. [titre d'après la table]
Je vous manday le mois
paffé des Nouvelles de l'arrivée
au Cap de Bonne- Efperance,
des fix Vaiffeaux qui
Novembre 1687. P
170 MERCURE
reconduifent à Siam les Am
baffadeurs de ce , Royaumelà
, qui estoient venus en
France. Je vous appris en
mefme temps le débarquement
des Ambaffadeurs &
des Troupes , & ce qui s'eftoit
paflé à ce débarquement
, ainfi que le bon traitement
qui avoit efté fait
aux François par les Hollan
dois. Je reprens aujourd'huy
de plus haut ce qui regarde
ce Voyage , & vous en envoye
un Journal tres - curieux
qui commence au
jour que la Flote partit de
GALANI . 171
4
Breft , & finit à celuy du
rembarquement au Cap de
Bonne-Efperance . Ce Journal
a efté envoyé par M ' Mafurier,
Gentilhomme
Lionnois ,
qui eft allé à Siam avec M²
de Farges , & qui fait connoiſtre
fon efprit par les remarques
judicieufes
qu'il a
faites , & fon
intelligence
dans la
Marine , par la maniere
dont il
s'explique fur
toutes les chofes qui la
regardent. Voicy comme
il parle dans la Defcription
qu'il a envoyée de ce
Voyage.
Pij
172 MERCURE
A
Prés
avoir
demeuré
24- jours
dans dans
la Rade
de
Breft , nous fommes enfin partis
le premier jour de Mars ,
1657. fur les onze heures du
matin pour faire le voyage.
de Siam . Noftre Efcadre eftoit
compofee de fix Vaiffeaux ,
dont le moindre eftoit la Maligne,
cette Fregate legere du
port de cent cinquante tonneaux
, qui y alla avec M
le Chevalier de Chaumont ,
le plus grand eftoit le Gaillard
, noftre commandant , du
port de quatre cens foixante
GALANT. 173
des Officiers
tonneaux. Voicy le nom de ces
fix Vaiffeaux
en chef qui les commandoient.
Le Gaillard , l'Oifcau , la
Loire, la Normande , le Dromadaire
& la Maligne . Le
Gaillard estoit commandé par
M de Vaudricourt , cornmandant
l'Efcadre , fon fecond
Capitaine eftoit M de
Saint-Clerc fon Lieutenant
M de la Leine ; fes En-
Mrs Chamau-
L'Oifeignes
reau Lombut.
&
feau eftoit commandé par M
du Quefne ; fes Lieutenans
eftoient M Defcartes &
2
P iij
174 MERCURE
ان
Mde Bonneuil ; fes Enfeignes
, Mde Tiva , &
M de Freterville . La Loire
commandée
commandée par M²
eftoit
de Foyenfe ; fon Lieutenant ,
M de la Croifferiere , fon
Enfeigne M de Chiftery.
La Normande eftoit commandée
par M de Courfel ;
fons Lieutenant &Ms du Farsate
sufons Enfeignes M² de la
Machefoliere. Les Dromadaire
eftoit commandé par Mª
d'Endeve fon Lieutenant ,
M de Marillys ,infon Enfeigne
, M de Vieuchant.
La Maligne eftoit commandée
SGALANT. 175
par M de Perriere , fon Lieutenant
M de la Lié fervant
de Lieutenant , de premier Pilote
d'Enfeignes (0 )
Doux
nous
Le lendemain fecond jour du
mois de Mars , nous mifmes à la
voile & partifnies de Camarreft ,
qui est une petite rade à
trois dieues de Brest ,
-avions mouillé le foir precedent
pour attendre la Maligne qui
- fortit feulement ce jour-là du
Port de Breft , & nous pouffâmes
au large avec un vent ar
riere qui nous fit bien- toft perdre
la terre de vue . Le Mardy
3. vers une heure aprés Midy ,
Piiij
176 MERCURE
nous rencontrames une Flutte
Holandoife qui paffa fans nous
falüer , parce qu'elle n'avoit
point de Canon . Le Vendredy 6..
nous nous trouvâmes à la hauteur
du Cap de Finifierre &
-avions fait felon l'estime du
Pilote cent vingt ou cent trente
lieuës . Le mefme jour fur les
dix heures du matin , nous rencontrâmes
une Flutte Angloife
qui ne fit que paffer fort prés de
nous & nousfalüer en mettant
fon pavillon , à quoy nous répondifmes
de même en mettant
le noftre,
Le Samedy 7. nous eufmes un
GALANT. 177
vent de Nord-Nord- est qui
nous donna un tres -gros temps ,
jufqu'au Lundy au foir , ce qui
naus fit perdre la Loire, une de
nos Flûte fans fçavoir ce qu'elle
eftoit devenue . Le 13. nous fifmes
rencontre d'une Barque Angloife
, dans laquelle il n'y avoit
quefix ou fept hommes , elle nous
aborda fur les trois heures du
foir , comme fi elle nous avoit
voulu parler , ce qu'elle fit effectivement,
& nous apprit qu'elle
eftoit partie depuis quinze jours
jours de Brifco en Irlande , &
s'en alloit aux Ifles de Madere
chargée de harang & de bega
178 MERCURE
Salé. Elle fut deux jours à noftre
route, jufqu'à ce qu'ellefe trouva
à la hauteur de ces Ifles . Le is.
nous decouvrifmes une Ifle nommée
Porto Santo , qui est une
Ille deferte , &fans autres animaux
que des Canards & des
Lapins , nous ne l'approchâ–
mes que de trois lieuës . Le 17. Il
nous mourut un Matelot . Le 18 .
Nous découvrifmes une des Ifles
desCanaries nomméel Ifle de Salvago
ce fut environ fur les
fept heures du matins en eftant
encore éloignez de neuf à dix
lieües. Le 29. environ à la même
heure , nous apperçûmes à noftre
GALANT. 179
horifon deux bastimens que nous
crûmes Corfaires Saltins . Nous
nous feparames auffi- toft de noftre
Efcadre pour en aller recon-
`n i tre un; mais aprés avoir couru
quelque temps deffus , noftre Capitaine
aima mieux continuer fa
route , fit auffi- toft revirer de
bord,fans avoirefté affez prés de
ce bastimentpour l'avoirpû feurement
reconnoistre mais comme
il venoit en dépendant fur nous
il vint paffer cinq ou fix heures
aprés yfortproche de noftre Vaiffeau
avec le pavillon d'Angle-
-verre , & it
luy donnaffions aucunes marques
Tatáns cque
nous
180 MERCURE
de ce que nous eftions . Le 10.
nous nous trouvâmes entre l'Ifle
de Palme & l'Ile de Gomorre
, eftant à la hauteur de vingtbuit
degrez & àprés de cinq cens
lieuës de Breft. L'Ile de Palme
est une fortgrande Ifles , dont les
terres font fertiles & abondantes
en toutes fortes de danrées ,
habitée en plufieurs endroitspar
les Espagnols à qui elle eft . Le
mefme jourfort tard , nous reconnufmes
à quelques lieuës de
là l'ifle de Fer ; il y avoit deux
jours que nous estions dans les
vents Alifez quifont des vents
qui ne manquent jamais de reGALANT.
181
gner en une pareille faifon dans
ces paffages- là . Ils continuerent
à venter fi beau & bon frais ,
qu'ils nous faifoient
faire juf
qu'à quatre lieues par heure . Le
22. nous paſſâmeș
leTropique
&
le 24. nostre Capitaine
fit mettre
la Chaloupe
dehors , pour aller
à bord du Gaillard
, à deffein de
demander
au Commandant
s'il
pouvoitfaire de l'eau au Capvert,
à la hauteur duquel nous nous
trouvions
pour lors , craignant
de n'en avoir pas fuffisamment
pourarriver
juſqu' auCap de bonne
Esperance
; mais comme il
vouloit profiterdu vent favora182
MERCURE
ble que nous avions , il ne luy
permit point d'y moüiller. Quatre
jours aprés nous eûmes un calme
qui nous tint cinq jours.
Pendant ce temps- là nous vifmes
differents poiffons fans en
pouvoirprendre aucun.Ñous vtmes
encore dans ces mefmes
parages quantité de poiffons
volans , & mesme il y en
eut quelques - uns qui donnerent
dans nos voiles . Ce
font des poiffons de la groffeur
d'un Harang, n'ayant que deux
nageoires affez grandes , qui leur
fervent à nager dans l'eau , &
à voler dehors , pour éviter Iss
GALANT. 183
Bonnittes & les Requains , qui
les pourfuivent , & s'en nour
riffent. Ces Requains furent les
poiffons que nous vifmes le plus
fouvent. Ils font fort grands ,
extrémement dangereux pour
ceux qui malheureusement fe
laiffent tomber à la Mer ,
estant bien plus avides de la
chair humaine , que de toute autre
forte d'apast , & bien fouvent
ils emportent une jambe
ou la moitié du corps a un homme,
lors qu'ils les trouvent dans
Peau , vif ou mort. Le 29. noftre
Capitaine fe fervant de l'occafion
que luy donnoit le calmes
4
184 MERCURE
envoya la Chaloupe à bord du
Dromadaire
,
pour porter des
Lettres à quelques- uns des Officiers
, qui nous apprirent dans
leurs réponses la maladie de
trente ou quarante des leurs ,
tant Matelots que Soldats , &
de deux Matelots qui la
perte
fe noyerent en manoeuvrant ,·
d'un grand coup de vent , que
nous avions eu le 8. du mefme
mois.
Comme il eft fort rare dans
un endroit comme celuy- cy , de
s'acquitter des Offices ordinaires
que l'on dit dans nos Paroiffes
pendant la Semainefainte, d'une
GALANT. 185
maniere auffi édifianie qu'on le
fit dans noftre Bords, & que
les Officiers les plus anciens dans
·la Marine , affurent ne l'avoir
pas veu depuis qu'ils navigent,
je croy qu'il ne fera pas hors de
propos d'en dire icy quelque chofe
. Il est vray que nous attribuames
la plus grande partie de
la gloire qui fut renduë à Dieu
dans ce faint temps , auxfoins
particuliers , & aux peines que
fe donnerent avec un zele ardent
les PeresJefuites , que nous
eufmes le bonheur d'avoir dans
nostre Bord. Pendant toute cette
Semaine , nous eûmes exacte-
Novembre 1687.
V
186 MERCURE
ment tous les jours Sermon , &
les Offices ordinaires de ce ter temps
yfurent regulierement obfervez.
Le Mercredy , Jeudy & Vendredy
faint nous chantafmes
Tenebres ; du feudy au Vendredy
le Saint Sacrement fut exposé
pendant vingt-quatre heures
le lendemain Vendredy
nous exfmes le Sermon fur la
Paffion par un de ces Peres, avec
l'applaudiffement de tous ceux
du Vaiffeau , & le Samedy, &
le Dimanche de Pafques , il y
eut grand' Meßse avec la fimphonie
des Violons , des Haut-
Flûtes doutes. bois ,
ПGALANT. 187
5
Le premier d'Avril nous nous
trouvaſmes à la hauteur de buit
•degrez quarante minutes & le
calme nous tint dans ce mefme
endroit pendant quinze jours.
Le 2. nous eufmes vifite des Officiers
du Dromadaire, & le 3.
M. de Farges General des Trovpesqui
vont à Siam , vint difner
staa noftre Bord. On l'y recent avec
toute la propreté & toute la magnificence
poffible dans un endroit
comme celuy.cy. L'aprésmidy
fe paffa aujeu de la Baffette.
Le s. nous prifmes deux
fort gros Requains, fur lefquels
nous trouvions des poiffons atta-
Q ij
188 MERCURE
les Marins appellent > chez
que
Suffets
. Ils
font
de la groffeur
d'une
Sardine
, &
ne
quittent
point
cet
animal
qu'il
ne
foit
mort
. Depuis
le s . jusqu'au
7.
nous
nous
trouvafmes
à pic
du
Soleil
, c'est
à dire
, qu'il
eftoit
fi
perpendiculairemennt fur nous ..
qu'il nousfut impoffible de prendre
hauteur pendant ces deux
jours , parce qu'à midy , qui eft
l'heure où l'on prend hauteur, le
Soleil ne faifoit aucune ombre ,
ce qui nous fit fentir de tresgrandes
chaleurs. Tout l'Equipage
en fouffrit ,par la foif qu'il
reffentoit de ces grandes chaleurs .
GALANT. 189
Le s.il nous vint un peu de vent,
qui nous fit trouver le lendemain
à deux degrez une minute du
pic. Le 9. nous harponnafmes des
Marfoins , qui font de fort gros
poiffons. Cet animal eft à peu
prés de la figure d'un cochon ,
ceux que nous prenions eftoient
de deux trois cens pefant. Il
a le fang chaud, & il n'y aguere
de difference de fa chair à celle
d'un Bauf. Le lendemain nous
prifmes une Dorade , qui eft un
poiffon tout doré , & prefque de
mefme figure que l'Alofe. Ieft
tres-bon à manger. Le 11. nous
découvrifmes à noftre horifon un
190 MERCURE
Vaiffeau que les cal nes nous empefcherent
de pouvoir reconnoifire,
& tous les vents que nous
avions dans ces endroits- cy, ne
venoient que par coups , & nous
obligeoient à ferrer generalement
toutes nos wiles.nalisqun !
Le 19. nous nous trouva/mes
fous la Ligne , & Mrs les Marins
ne manquerent pas à garder
les ceremonies qu'ils ont accoutumé
d'obferver toutes les fois
fois qu'ils la paffent, à l'égard de
ceux qui ne l'ont pas encore pafsée
, de mefme qu'ils le font au
Tropique . à certains Ďétroits.
C'est une Ceremonie profane &
t
C
GALANT
. 191
euxso
༣
ridicule , mais inviolable parmy
Chaque Nation la prati
que diverfement
, & mesme les
Equipages d'une mefme Nation
ne la pratiquent pas tous d'une
mefme maniere. Les François
l'appellent Baptefme, & woicy
la maniere dont elle s'obferva
duns noftre Bord. On rangea
~tant a Bas- bord qu'à Scribord ,
qui font les deux coftez du Vaif-
Jeau , des Bailles & des Curvertes
pleines d'eau de Mer, &
bordez par des Matelots rangez
en haye , chacun unfeau
plein d'eau en main . Ce premier
appareil n'eft que pour l'Equi192
MERCURE
page , c'est à dire , Pilotes, Soldats
, & Matelots
, & comme
tous ceux qui n'ont point
paffe la Ligne font obligez
fans
aucune
referve
de recevoir
ce
Baptefme
les uns aprés les autres
; ce qu'ils font en effuyant
tous ces fceaux
d'eau fur leur
corps ; il y eut une maniere
de
le donner
proportionnée
& convenable
aux perfonnes
de diftinction
quife trouverent
dans.
noftre
bord
comme
eftoient
Meffieurs
les Envoyez
, Offficiers
de Vaiffeau
, Officiers
ر
d'Infanterie
, & autres Paffagers.
Ceux
GALANT 193
و
Ceux qui font ordinairement
commis pour exercer cette forte
de Comedie ,font quatre des premiers
Pilotes , fuivis de buit ou
dix Matelots. Aprés s'eftre barbouillez
revestus de cables ,
capots autres fortes de hardespropres
à les rendre ridicules ,
le premier Pilote tenant en main
quelque livre de marine ou de pilotage
, fait presterfur ce livre.
ferment à tous ceux qui reçoivent
le Baptême , & jurer hautement
qu'autant de fois que l'occafion
fe prefentera d'en baptifer d'au
tres , ils le feront avec les mefmes
ceremonies que l'on obferve
Novembre 1687 . R
194 MERCURE
&
>
pour eux ; mais comme leur intention
n'est autre que de faire
une certainefomme d'argent, onfe
rachette de ces rafraifchiffemens
,
"& on reçoit le Baptême
enfe lavant
feulement
les mains dans
un baſſin.Ainfi l'on preste leferment
l'on pave en mefme
temps chacun felon fon pouvoir.
-On commença
par Meffieurs
les
Ambasadeurs
, mais ce fut chacun
dans leur chambre , & non
pas au pied dugrand maſt comme
tous les autres.Les
Pilotesfirent
prés de vingt piftoles de cerachat
deceremonie
. Le 22.nous harponnames
unfort grosMarfoin
, dans
GALANT. 195
lequel nous trouvâmes un jeune
marfonneau . Nous allons du
vent de Nord eft depuis cinq
jours, à trois lieues & trois lieues
& demie par heure.
LeJudy premierjour deMay,
nous nous trouvâmes par 13. degrez
33 minutes.Le lendemain le
vent devintfrais extraordinairement
en nous portant toûjours à
noftre route , ce qui nous donnoit
à tous une grande joye par
l'envie que nous avions d'arri
ver au Cap . Le 10. noftre Cap?-
taine avec quelques uns de nos
Officiers s'en allerent à bord du
Gaillard , pour jouer à la baf-
Rij
196 MERCURE
fette , & rapporterent cent cinquante
écus de gain . Le mefme
jour le Pere Tachard avec quelques
Jefuites vinrent du Gailfard
rendre vifite à Monfieur
Ambaffadeur. Le len
demain , onzième du mesme
mois,nous eufmes une Eclypfe de
Soleil , & ilfut cachéfeulement
d'un tiers. Le 13. j'allay au Gail
lard pour voir Meffieurs les Ambaffadeurs
Siamois , par l'ordre
de Monfieur de laLoubere noftre
Ambaffadeur. Fe revins dans
noftre chaloupe avec M¹ de
Farges General des troupes ,
quatre Officiers, tant du Bord
C
GALANT. 197
å
que des troupes, qui vinrent difner
avec noftre Capitaine ; on
les traita magnifiquement
. L'aprés
midy fe paffa à jouër à la
baffette, & noftre Capitaine y fit
un gain fort confiderable . Le 16 .
un vent du Sud un quart de Sud
nous donna pendant deux fois
vingt- quatre heures un fort gros
temps qui nous fit perdre laNormande
pour deux jours feulement.
Le 18. Fefte de la Pentecofte
, nous nous trouvâmes par
les 33. degrez moins 3. minuttes ,
600. lieües feulement éloignez
du Cap de Bonne -Efperance
. Ce mefme jour nous eufmes.
Riij.
198 MERCURE
grande Meffe dans noftre Bord
avec la Simphonie des violons ,
Monfieur Sebret rendit le
·Pain benit , ayant cu le chanteau
du jour de Pafques , ce
qu'il fit d'une maniere fort propre.
Le 19.il nous mourut un Soldat.
Les Pilotes ne nous faisant
plus qu'à quatre cens lieuës du
Cap , le ventfe mit àl'Ouest &
fi frais , qu'il nous faifoit faire
prés de trois lieues & demie par
heure . Le 10. de Juin prefque
tous nos Pilotes fe trouverent
terre , nous ne la découvrions
point encore ; mais le 11.
fur le Midy, nous commençâmes
à
1
GALANT.. 199
, י
à la voir , & ce fut pour nous
un fujet de joye inconcevable,
ayant efté depuis cent troisjours
à la voile fans toucher terre
& quatre- vingt- dix jours fans
la voir. Enfin le mefme jourfur
les quatre heures , nous mouillâ
mes dans la rade du Cap de
Bonne-Esperance , & le lendemain
nous faluames la Fortereffe
de fept coups de Canons ;
elle nous rendit le falut coup
par coup. Le Gouverneur nous
y a fait mille honneftetez, avec
des prefens de boeufs , moutons ,
herbages , & autres fortes de
rufraifchiffemens , dont il a fait
Riiij
200 MERCURE
prefent à Meffieurs nos Envoyez,
& à quelques - uns des.
Capitaines de noftre Efcadre . Le
15. Meffieurs les Ambassadeurs
Siamois allerent à terre pour voir
Monfieur le Gouverneur du Fort
en fortant de leur Bord , ils
furent faluez par chaque Vaiffeau
de noftre Efcadre de ref
coups de Canon . Le 18. ils
vinrent difner à noßre Bord
lors qu'ils fortirent fur les
trois heures aprés Midy , nous
les faluâmes de neufcoups de
Canon.
Quoy que cette Relation
air efté envoyée entiere , il
GALANT 201
eft aifé de voir que M Mafurier
l'a écrite à mesure que
les chofes fe font pallées. En
voicy la fuite qui a eſté faite
fur le point du rembarque
ment au Cap de Bonne -Efperance
.
Comme je vous envoye fekument
une Relation de noftre
Voyage , ilferoit inutile de repeter
icy bien des choſes en voulant
vous apprendre ce qui s'eft
paffé depuis noftre départ de
Breft. Noftre navigation a efté
la plus heureufe du monde ,
nos Pilotes fe font trouvez fi
justes à leur point , que toute
ع و س
202 MERCURE
crois
où
leur erreur n'a pas efté de plus
de vingt ou trente lieuës , ce qui
eft fort rare. Le 11. de Juin
nous arrivafmes à la Rade du
Cap de Bonne-Efperance ,
nous mouillafmes le mefme jour
fur les quatre heures du foir. Je
que vous fçavez que ce
font les Hollandois qui font
Maiftres de cet endroit. Ils fu→
rent un peufurpris de nous voir
arriver fix Vaiffeaux , n'eftant
pas accoûtumez à en voir un fi
grand nombre à la fois , ce qui
les a tenus inquiets & fur leurs.
gardes tout le temps que nous
avons efté. Mr le Gouverneur
GALANT. 203 '
dont
nous y a receus fort honneftement.
Nous y avons trouvé d'affez
hons rafraichiſemens
, &
au delà de ce que nous nous ef
tions proposé , tant en herbages,
qu'en beufs & moutons ,
M. le Gouverneur a fait de
fort gros prefens , & entre autres
a nofire feul Bord , de trois
boeufs & dix- huit moutons, &
buit grandes corbeilles d'herba
ges. Le reste qui nous a esté
neceffaire , nous l'avons acheté,
& fort cherement.La defcription
de cet endroit peut fe faire en
peu de mots. Ce n'est qu'un Village
affez petit, dont les maifons
204 MERCURE
font fort baffes & fort foibles ,
bafties feulement de brique . La
plupart des Habitansfont Hol
Landois , & le refte des Negres,
A quelque distance de là , dans
une espece de prairie , font les
premiers Habitans de ce lieu ,
qu'on nomme Outantos, qui eft,
je crois . la Nation du monde la
plus infame. Ce font gens extremement
noirs , qui n'ont pour
veftement qu'une peau de mouton
, & pourmaison qu'une cabane
dejonc , où ils vivent confusément
hommes , femmes , &
enfans , ne mangeant que de la
viande des Animaux qu'ils trouGALANT.
205
went morts d'eux- mefmes. Le
Mary pour se rendre agreable
àfa Femme fe graiffe de vieille
ordure , & fur tout du fang de
quelque animal. Ils laiffent coler
fecher cefangfur eux. Leurs
cheveux , qui font pareils aux
cheveux des Maures , font fro
tez d'une certaine compofition
de noir avec de la graiffe , & its
y pendent quantité de coquilla
ges, de cloux , & de pieces d'ai
rain .Les Femmes , outre les mefmes
ornemens des hommes , ont
cela de plus , qu'elles sentcurent
les bras les jambes des boyaux
des moutons qu'ils mangent,pour
206 MERCURE
s'en fervir de nourriture lors
qu'elles fe trouvent engagées
dans les deferts.
Fay oublié de vous dire qu'en
arrivant à la rade du Cap ;
nous y trouvafmes la Loire ,
cette Flutte que nous avions perdue
dans le coup de vent que
nous eufmes par le travers du
Cap - verd il y avoit feulement
trois jours qu'elle eftoit
mouillée dans la rade , lorsque
nous y arrivafmes.
Pendant le temps que nous
avons efté icy , it's'eftfait quelque
chaffe avec les fils de M™
de Farges , General des trouGALANT
207
pes ; il y eft auffi venu
luy-mefme. Nous avons tué
quantité de gibier , parce qu'il
s'en trouve extraordinairement
dans les endroits où M le
Gouverneur du Cap nous faifoit
menerpar des tireurs de volée
qu'il nous donnoit . Le gibier
que nous y trouvions eftoit des
Chevreuils & des Gafelles , qui
font des animaux plus gros que
Aes Chevreuils , mais de mefme
qualité , des Faifans , Perdrix,
& Cocqs de Bruieres en tresgrand
nombre. A la derniere
chaffe que nous fifmes avec
M de Farges . nous y
208 MERCURE
prifmes fix Chevreuils & trente
cinq pieces de gibier , tant
en Perdrix , qu'en Faifans ou
Coigs de bruieres.
paffé des Nouvelles de l'arrivée
au Cap de Bonne- Efperance,
des fix Vaiffeaux qui
Novembre 1687. P
170 MERCURE
reconduifent à Siam les Am
baffadeurs de ce , Royaumelà
, qui estoient venus en
France. Je vous appris en
mefme temps le débarquement
des Ambaffadeurs &
des Troupes , & ce qui s'eftoit
paflé à ce débarquement
, ainfi que le bon traitement
qui avoit efté fait
aux François par les Hollan
dois. Je reprens aujourd'huy
de plus haut ce qui regarde
ce Voyage , & vous en envoye
un Journal tres - curieux
qui commence au
jour que la Flote partit de
GALANI . 171
4
Breft , & finit à celuy du
rembarquement au Cap de
Bonne-Efperance . Ce Journal
a efté envoyé par M ' Mafurier,
Gentilhomme
Lionnois ,
qui eft allé à Siam avec M²
de Farges , & qui fait connoiſtre
fon efprit par les remarques
judicieufes
qu'il a
faites , & fon
intelligence
dans la
Marine , par la maniere
dont il
s'explique fur
toutes les chofes qui la
regardent. Voicy comme
il parle dans la Defcription
qu'il a envoyée de ce
Voyage.
Pij
172 MERCURE
A
Prés
avoir
demeuré
24- jours
dans dans
la Rade
de
Breft , nous fommes enfin partis
le premier jour de Mars ,
1657. fur les onze heures du
matin pour faire le voyage.
de Siam . Noftre Efcadre eftoit
compofee de fix Vaiffeaux ,
dont le moindre eftoit la Maligne,
cette Fregate legere du
port de cent cinquante tonneaux
, qui y alla avec M
le Chevalier de Chaumont ,
le plus grand eftoit le Gaillard
, noftre commandant , du
port de quatre cens foixante
GALANT. 173
des Officiers
tonneaux. Voicy le nom de ces
fix Vaiffeaux
en chef qui les commandoient.
Le Gaillard , l'Oifcau , la
Loire, la Normande , le Dromadaire
& la Maligne . Le
Gaillard estoit commandé par
M de Vaudricourt , cornmandant
l'Efcadre , fon fecond
Capitaine eftoit M de
Saint-Clerc fon Lieutenant
M de la Leine ; fes En-
Mrs Chamau-
L'Oifeignes
reau Lombut.
&
feau eftoit commandé par M
du Quefne ; fes Lieutenans
eftoient M Defcartes &
2
P iij
174 MERCURE
ان
Mde Bonneuil ; fes Enfeignes
, Mde Tiva , &
M de Freterville . La Loire
commandée
commandée par M²
eftoit
de Foyenfe ; fon Lieutenant ,
M de la Croifferiere , fon
Enfeigne M de Chiftery.
La Normande eftoit commandée
par M de Courfel ;
fons Lieutenant &Ms du Farsate
sufons Enfeignes M² de la
Machefoliere. Les Dromadaire
eftoit commandé par Mª
d'Endeve fon Lieutenant ,
M de Marillys ,infon Enfeigne
, M de Vieuchant.
La Maligne eftoit commandée
SGALANT. 175
par M de Perriere , fon Lieutenant
M de la Lié fervant
de Lieutenant , de premier Pilote
d'Enfeignes (0 )
Doux
nous
Le lendemain fecond jour du
mois de Mars , nous mifmes à la
voile & partifnies de Camarreft ,
qui est une petite rade à
trois dieues de Brest ,
-avions mouillé le foir precedent
pour attendre la Maligne qui
- fortit feulement ce jour-là du
Port de Breft , & nous pouffâmes
au large avec un vent ar
riere qui nous fit bien- toft perdre
la terre de vue . Le Mardy
3. vers une heure aprés Midy ,
Piiij
176 MERCURE
nous rencontrames une Flutte
Holandoife qui paffa fans nous
falüer , parce qu'elle n'avoit
point de Canon . Le Vendredy 6..
nous nous trouvâmes à la hauteur
du Cap de Finifierre &
-avions fait felon l'estime du
Pilote cent vingt ou cent trente
lieuës . Le mefme jour fur les
dix heures du matin , nous rencontrâmes
une Flutte Angloife
qui ne fit que paffer fort prés de
nous & nousfalüer en mettant
fon pavillon , à quoy nous répondifmes
de même en mettant
le noftre,
Le Samedy 7. nous eufmes un
GALANT. 177
vent de Nord-Nord- est qui
nous donna un tres -gros temps ,
jufqu'au Lundy au foir , ce qui
naus fit perdre la Loire, une de
nos Flûte fans fçavoir ce qu'elle
eftoit devenue . Le 13. nous fifmes
rencontre d'une Barque Angloife
, dans laquelle il n'y avoit
quefix ou fept hommes , elle nous
aborda fur les trois heures du
foir , comme fi elle nous avoit
voulu parler , ce qu'elle fit effectivement,
& nous apprit qu'elle
eftoit partie depuis quinze jours
jours de Brifco en Irlande , &
s'en alloit aux Ifles de Madere
chargée de harang & de bega
178 MERCURE
Salé. Elle fut deux jours à noftre
route, jufqu'à ce qu'ellefe trouva
à la hauteur de ces Ifles . Le is.
nous decouvrifmes une Ifle nommée
Porto Santo , qui est une
Ille deferte , &fans autres animaux
que des Canards & des
Lapins , nous ne l'approchâ–
mes que de trois lieuës . Le 17. Il
nous mourut un Matelot . Le 18 .
Nous découvrifmes une des Ifles
desCanaries nomméel Ifle de Salvago
ce fut environ fur les
fept heures du matins en eftant
encore éloignez de neuf à dix
lieües. Le 29. environ à la même
heure , nous apperçûmes à noftre
GALANT. 179
horifon deux bastimens que nous
crûmes Corfaires Saltins . Nous
nous feparames auffi- toft de noftre
Efcadre pour en aller recon-
`n i tre un; mais aprés avoir couru
quelque temps deffus , noftre Capitaine
aima mieux continuer fa
route , fit auffi- toft revirer de
bord,fans avoirefté affez prés de
ce bastimentpour l'avoirpû feurement
reconnoistre mais comme
il venoit en dépendant fur nous
il vint paffer cinq ou fix heures
aprés yfortproche de noftre Vaiffeau
avec le pavillon d'Angle-
-verre , & it
luy donnaffions aucunes marques
Tatáns cque
nous
180 MERCURE
de ce que nous eftions . Le 10.
nous nous trouvâmes entre l'Ifle
de Palme & l'Ile de Gomorre
, eftant à la hauteur de vingtbuit
degrez & àprés de cinq cens
lieuës de Breft. L'Ile de Palme
est une fortgrande Ifles , dont les
terres font fertiles & abondantes
en toutes fortes de danrées ,
habitée en plufieurs endroitspar
les Espagnols à qui elle eft . Le
mefme jourfort tard , nous reconnufmes
à quelques lieuës de
là l'ifle de Fer ; il y avoit deux
jours que nous estions dans les
vents Alifez quifont des vents
qui ne manquent jamais de reGALANT.
181
gner en une pareille faifon dans
ces paffages- là . Ils continuerent
à venter fi beau & bon frais ,
qu'ils nous faifoient
faire juf
qu'à quatre lieues par heure . Le
22. nous paſſâmeș
leTropique
&
le 24. nostre Capitaine
fit mettre
la Chaloupe
dehors , pour aller
à bord du Gaillard
, à deffein de
demander
au Commandant
s'il
pouvoitfaire de l'eau au Capvert,
à la hauteur duquel nous nous
trouvions
pour lors , craignant
de n'en avoir pas fuffisamment
pourarriver
juſqu' auCap de bonne
Esperance
; mais comme il
vouloit profiterdu vent favora182
MERCURE
ble que nous avions , il ne luy
permit point d'y moüiller. Quatre
jours aprés nous eûmes un calme
qui nous tint cinq jours.
Pendant ce temps- là nous vifmes
differents poiffons fans en
pouvoirprendre aucun.Ñous vtmes
encore dans ces mefmes
parages quantité de poiffons
volans , & mesme il y en
eut quelques - uns qui donnerent
dans nos voiles . Ce
font des poiffons de la groffeur
d'un Harang, n'ayant que deux
nageoires affez grandes , qui leur
fervent à nager dans l'eau , &
à voler dehors , pour éviter Iss
GALANT. 183
Bonnittes & les Requains , qui
les pourfuivent , & s'en nour
riffent. Ces Requains furent les
poiffons que nous vifmes le plus
fouvent. Ils font fort grands ,
extrémement dangereux pour
ceux qui malheureusement fe
laiffent tomber à la Mer ,
estant bien plus avides de la
chair humaine , que de toute autre
forte d'apast , & bien fouvent
ils emportent une jambe
ou la moitié du corps a un homme,
lors qu'ils les trouvent dans
Peau , vif ou mort. Le 29. noftre
Capitaine fe fervant de l'occafion
que luy donnoit le calmes
4
184 MERCURE
envoya la Chaloupe à bord du
Dromadaire
,
pour porter des
Lettres à quelques- uns des Officiers
, qui nous apprirent dans
leurs réponses la maladie de
trente ou quarante des leurs ,
tant Matelots que Soldats , &
de deux Matelots qui la
perte
fe noyerent en manoeuvrant ,·
d'un grand coup de vent , que
nous avions eu le 8. du mefme
mois.
Comme il eft fort rare dans
un endroit comme celuy- cy , de
s'acquitter des Offices ordinaires
que l'on dit dans nos Paroiffes
pendant la Semainefainte, d'une
GALANT. 185
maniere auffi édifianie qu'on le
fit dans noftre Bords, & que
les Officiers les plus anciens dans
·la Marine , affurent ne l'avoir
pas veu depuis qu'ils navigent,
je croy qu'il ne fera pas hors de
propos d'en dire icy quelque chofe
. Il est vray que nous attribuames
la plus grande partie de
la gloire qui fut renduë à Dieu
dans ce faint temps , auxfoins
particuliers , & aux peines que
fe donnerent avec un zele ardent
les PeresJefuites , que nous
eufmes le bonheur d'avoir dans
nostre Bord. Pendant toute cette
Semaine , nous eûmes exacte-
Novembre 1687.
V
186 MERCURE
ment tous les jours Sermon , &
les Offices ordinaires de ce ter temps
yfurent regulierement obfervez.
Le Mercredy , Jeudy & Vendredy
faint nous chantafmes
Tenebres ; du feudy au Vendredy
le Saint Sacrement fut exposé
pendant vingt-quatre heures
le lendemain Vendredy
nous exfmes le Sermon fur la
Paffion par un de ces Peres, avec
l'applaudiffement de tous ceux
du Vaiffeau , & le Samedy, &
le Dimanche de Pafques , il y
eut grand' Meßse avec la fimphonie
des Violons , des Haut-
Flûtes doutes. bois ,
ПGALANT. 187
5
Le premier d'Avril nous nous
trouvaſmes à la hauteur de buit
•degrez quarante minutes & le
calme nous tint dans ce mefme
endroit pendant quinze jours.
Le 2. nous eufmes vifite des Officiers
du Dromadaire, & le 3.
M. de Farges General des Trovpesqui
vont à Siam , vint difner
staa noftre Bord. On l'y recent avec
toute la propreté & toute la magnificence
poffible dans un endroit
comme celuy.cy. L'aprésmidy
fe paffa aujeu de la Baffette.
Le s. nous prifmes deux
fort gros Requains, fur lefquels
nous trouvions des poiffons atta-
Q ij
188 MERCURE
les Marins appellent > chez
que
Suffets
. Ils
font
de la groffeur
d'une
Sardine
, &
ne
quittent
point
cet
animal
qu'il
ne
foit
mort
. Depuis
le s . jusqu'au
7.
nous
nous
trouvafmes
à pic
du
Soleil
, c'est
à dire
, qu'il
eftoit
fi
perpendiculairemennt fur nous ..
qu'il nousfut impoffible de prendre
hauteur pendant ces deux
jours , parce qu'à midy , qui eft
l'heure où l'on prend hauteur, le
Soleil ne faifoit aucune ombre ,
ce qui nous fit fentir de tresgrandes
chaleurs. Tout l'Equipage
en fouffrit ,par la foif qu'il
reffentoit de ces grandes chaleurs .
GALANT. 189
Le s.il nous vint un peu de vent,
qui nous fit trouver le lendemain
à deux degrez une minute du
pic. Le 9. nous harponnafmes des
Marfoins , qui font de fort gros
poiffons. Cet animal eft à peu
prés de la figure d'un cochon ,
ceux que nous prenions eftoient
de deux trois cens pefant. Il
a le fang chaud, & il n'y aguere
de difference de fa chair à celle
d'un Bauf. Le lendemain nous
prifmes une Dorade , qui eft un
poiffon tout doré , & prefque de
mefme figure que l'Alofe. Ieft
tres-bon à manger. Le 11. nous
découvrifmes à noftre horifon un
190 MERCURE
Vaiffeau que les cal nes nous empefcherent
de pouvoir reconnoifire,
& tous les vents que nous
avions dans ces endroits- cy, ne
venoient que par coups , & nous
obligeoient à ferrer generalement
toutes nos wiles.nalisqun !
Le 19. nous nous trouva/mes
fous la Ligne , & Mrs les Marins
ne manquerent pas à garder
les ceremonies qu'ils ont accoutumé
d'obferver toutes les fois
fois qu'ils la paffent, à l'égard de
ceux qui ne l'ont pas encore pafsée
, de mefme qu'ils le font au
Tropique . à certains Ďétroits.
C'est une Ceremonie profane &
t
C
GALANT
. 191
euxso
༣
ridicule , mais inviolable parmy
Chaque Nation la prati
que diverfement
, & mesme les
Equipages d'une mefme Nation
ne la pratiquent pas tous d'une
mefme maniere. Les François
l'appellent Baptefme, & woicy
la maniere dont elle s'obferva
duns noftre Bord. On rangea
~tant a Bas- bord qu'à Scribord ,
qui font les deux coftez du Vaif-
Jeau , des Bailles & des Curvertes
pleines d'eau de Mer, &
bordez par des Matelots rangez
en haye , chacun unfeau
plein d'eau en main . Ce premier
appareil n'eft que pour l'Equi192
MERCURE
page , c'est à dire , Pilotes, Soldats
, & Matelots
, & comme
tous ceux qui n'ont point
paffe la Ligne font obligez
fans
aucune
referve
de recevoir
ce
Baptefme
les uns aprés les autres
; ce qu'ils font en effuyant
tous ces fceaux
d'eau fur leur
corps ; il y eut une maniere
de
le donner
proportionnée
& convenable
aux perfonnes
de diftinction
quife trouverent
dans.
noftre
bord
comme
eftoient
Meffieurs
les Envoyez
, Offficiers
de Vaiffeau
, Officiers
ر
d'Infanterie
, & autres Paffagers.
Ceux
GALANT 193
و
Ceux qui font ordinairement
commis pour exercer cette forte
de Comedie ,font quatre des premiers
Pilotes , fuivis de buit ou
dix Matelots. Aprés s'eftre barbouillez
revestus de cables ,
capots autres fortes de hardespropres
à les rendre ridicules ,
le premier Pilote tenant en main
quelque livre de marine ou de pilotage
, fait presterfur ce livre.
ferment à tous ceux qui reçoivent
le Baptême , & jurer hautement
qu'autant de fois que l'occafion
fe prefentera d'en baptifer d'au
tres , ils le feront avec les mefmes
ceremonies que l'on obferve
Novembre 1687 . R
194 MERCURE
&
>
pour eux ; mais comme leur intention
n'est autre que de faire
une certainefomme d'argent, onfe
rachette de ces rafraifchiffemens
,
"& on reçoit le Baptême
enfe lavant
feulement
les mains dans
un baſſin.Ainfi l'on preste leferment
l'on pave en mefme
temps chacun felon fon pouvoir.
-On commença
par Meffieurs
les
Ambasadeurs
, mais ce fut chacun
dans leur chambre , & non
pas au pied dugrand maſt comme
tous les autres.Les
Pilotesfirent
prés de vingt piftoles de cerachat
deceremonie
. Le 22.nous harponnames
unfort grosMarfoin
, dans
GALANT. 195
lequel nous trouvâmes un jeune
marfonneau . Nous allons du
vent de Nord eft depuis cinq
jours, à trois lieues & trois lieues
& demie par heure.
LeJudy premierjour deMay,
nous nous trouvâmes par 13. degrez
33 minutes.Le lendemain le
vent devintfrais extraordinairement
en nous portant toûjours à
noftre route , ce qui nous donnoit
à tous une grande joye par
l'envie que nous avions d'arri
ver au Cap . Le 10. noftre Cap?-
taine avec quelques uns de nos
Officiers s'en allerent à bord du
Gaillard , pour jouer à la baf-
Rij
196 MERCURE
fette , & rapporterent cent cinquante
écus de gain . Le mefme
jour le Pere Tachard avec quelques
Jefuites vinrent du Gailfard
rendre vifite à Monfieur
Ambaffadeur. Le len
demain , onzième du mesme
mois,nous eufmes une Eclypfe de
Soleil , & ilfut cachéfeulement
d'un tiers. Le 13. j'allay au Gail
lard pour voir Meffieurs les Ambaffadeurs
Siamois , par l'ordre
de Monfieur de laLoubere noftre
Ambaffadeur. Fe revins dans
noftre chaloupe avec M¹ de
Farges General des troupes ,
quatre Officiers, tant du Bord
C
GALANT. 197
å
que des troupes, qui vinrent difner
avec noftre Capitaine ; on
les traita magnifiquement
. L'aprés
midy fe paffa à jouër à la
baffette, & noftre Capitaine y fit
un gain fort confiderable . Le 16 .
un vent du Sud un quart de Sud
nous donna pendant deux fois
vingt- quatre heures un fort gros
temps qui nous fit perdre laNormande
pour deux jours feulement.
Le 18. Fefte de la Pentecofte
, nous nous trouvâmes par
les 33. degrez moins 3. minuttes ,
600. lieües feulement éloignez
du Cap de Bonne -Efperance
. Ce mefme jour nous eufmes.
Riij.
198 MERCURE
grande Meffe dans noftre Bord
avec la Simphonie des violons ,
Monfieur Sebret rendit le
·Pain benit , ayant cu le chanteau
du jour de Pafques , ce
qu'il fit d'une maniere fort propre.
Le 19.il nous mourut un Soldat.
Les Pilotes ne nous faisant
plus qu'à quatre cens lieuës du
Cap , le ventfe mit àl'Ouest &
fi frais , qu'il nous faifoit faire
prés de trois lieues & demie par
heure . Le 10. de Juin prefque
tous nos Pilotes fe trouverent
terre , nous ne la découvrions
point encore ; mais le 11.
fur le Midy, nous commençâmes
à
1
GALANT.. 199
, י
à la voir , & ce fut pour nous
un fujet de joye inconcevable,
ayant efté depuis cent troisjours
à la voile fans toucher terre
& quatre- vingt- dix jours fans
la voir. Enfin le mefme jourfur
les quatre heures , nous mouillâ
mes dans la rade du Cap de
Bonne-Esperance , & le lendemain
nous faluames la Fortereffe
de fept coups de Canons ;
elle nous rendit le falut coup
par coup. Le Gouverneur nous
y a fait mille honneftetez, avec
des prefens de boeufs , moutons ,
herbages , & autres fortes de
rufraifchiffemens , dont il a fait
Riiij
200 MERCURE
prefent à Meffieurs nos Envoyez,
& à quelques - uns des.
Capitaines de noftre Efcadre . Le
15. Meffieurs les Ambassadeurs
Siamois allerent à terre pour voir
Monfieur le Gouverneur du Fort
en fortant de leur Bord , ils
furent faluez par chaque Vaiffeau
de noftre Efcadre de ref
coups de Canon . Le 18. ils
vinrent difner à noßre Bord
lors qu'ils fortirent fur les
trois heures aprés Midy , nous
les faluâmes de neufcoups de
Canon.
Quoy que cette Relation
air efté envoyée entiere , il
GALANT 201
eft aifé de voir que M Mafurier
l'a écrite à mesure que
les chofes fe font pallées. En
voicy la fuite qui a eſté faite
fur le point du rembarque
ment au Cap de Bonne -Efperance
.
Comme je vous envoye fekument
une Relation de noftre
Voyage , ilferoit inutile de repeter
icy bien des choſes en voulant
vous apprendre ce qui s'eft
paffé depuis noftre départ de
Breft. Noftre navigation a efté
la plus heureufe du monde ,
nos Pilotes fe font trouvez fi
justes à leur point , que toute
ع و س
202 MERCURE
crois
où
leur erreur n'a pas efté de plus
de vingt ou trente lieuës , ce qui
eft fort rare. Le 11. de Juin
nous arrivafmes à la Rade du
Cap de Bonne-Efperance ,
nous mouillafmes le mefme jour
fur les quatre heures du foir. Je
que vous fçavez que ce
font les Hollandois qui font
Maiftres de cet endroit. Ils fu→
rent un peufurpris de nous voir
arriver fix Vaiffeaux , n'eftant
pas accoûtumez à en voir un fi
grand nombre à la fois , ce qui
les a tenus inquiets & fur leurs.
gardes tout le temps que nous
avons efté. Mr le Gouverneur
GALANT. 203 '
dont
nous y a receus fort honneftement.
Nous y avons trouvé d'affez
hons rafraichiſemens
, &
au delà de ce que nous nous ef
tions proposé , tant en herbages,
qu'en beufs & moutons ,
M. le Gouverneur a fait de
fort gros prefens , & entre autres
a nofire feul Bord , de trois
boeufs & dix- huit moutons, &
buit grandes corbeilles d'herba
ges. Le reste qui nous a esté
neceffaire , nous l'avons acheté,
& fort cherement.La defcription
de cet endroit peut fe faire en
peu de mots. Ce n'est qu'un Village
affez petit, dont les maifons
204 MERCURE
font fort baffes & fort foibles ,
bafties feulement de brique . La
plupart des Habitansfont Hol
Landois , & le refte des Negres,
A quelque distance de là , dans
une espece de prairie , font les
premiers Habitans de ce lieu ,
qu'on nomme Outantos, qui eft,
je crois . la Nation du monde la
plus infame. Ce font gens extremement
noirs , qui n'ont pour
veftement qu'une peau de mouton
, & pourmaison qu'une cabane
dejonc , où ils vivent confusément
hommes , femmes , &
enfans , ne mangeant que de la
viande des Animaux qu'ils trouGALANT.
205
went morts d'eux- mefmes. Le
Mary pour se rendre agreable
àfa Femme fe graiffe de vieille
ordure , & fur tout du fang de
quelque animal. Ils laiffent coler
fecher cefangfur eux. Leurs
cheveux , qui font pareils aux
cheveux des Maures , font fro
tez d'une certaine compofition
de noir avec de la graiffe , & its
y pendent quantité de coquilla
ges, de cloux , & de pieces d'ai
rain .Les Femmes , outre les mefmes
ornemens des hommes , ont
cela de plus , qu'elles sentcurent
les bras les jambes des boyaux
des moutons qu'ils mangent,pour
206 MERCURE
s'en fervir de nourriture lors
qu'elles fe trouvent engagées
dans les deferts.
Fay oublié de vous dire qu'en
arrivant à la rade du Cap ;
nous y trouvafmes la Loire ,
cette Flutte que nous avions perdue
dans le coup de vent que
nous eufmes par le travers du
Cap - verd il y avoit feulement
trois jours qu'elle eftoit
mouillée dans la rade , lorsque
nous y arrivafmes.
Pendant le temps que nous
avons efté icy , it's'eftfait quelque
chaffe avec les fils de M™
de Farges , General des trouGALANT
207
pes ; il y eft auffi venu
luy-mefme. Nous avons tué
quantité de gibier , parce qu'il
s'en trouve extraordinairement
dans les endroits où M le
Gouverneur du Cap nous faifoit
menerpar des tireurs de volée
qu'il nous donnoit . Le gibier
que nous y trouvions eftoit des
Chevreuils & des Gafelles , qui
font des animaux plus gros que
Aes Chevreuils , mais de mefme
qualité , des Faifans , Perdrix,
& Cocqs de Bruieres en tresgrand
nombre. A la derniere
chaffe que nous fifmes avec
M de Farges . nous y
208 MERCURE
prifmes fix Chevreuils & trente
cinq pieces de gibier , tant
en Perdrix , qu'en Faifans ou
Coigs de bruieres.
Fermer
14
p. 56-97
Prix de l'Arquebuse proposé à cinquante Villes differentes par Mrs de la Ville d'Autun. [titre d'après la table]
Début :
Nous commençons d'entrer dans une Saison où l'on [...]
Mots clefs :
Prix de l'Arquebuse, Autun, Ville, Prix, Chevaliers, Mr Dorné, Roi, Armes, Loges, Bal, Villes, Capitaine, Tente, Comte, Trompettes, Compagnie, Broderie, Ordre, Livrées, Tirer, Dames, Jeunesse, Plumes, Logis, Vin, Tambours, Vierg, Magistrats, Province, Roi de Siam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prix de l'Arquebuse proposé à cinquante Villes differentes par Mrs de la Ville d'Autun. [titre d'après la table]
Nous commençons d'entrer
dans uneSaison où l'on
doit rendre un Prix magnifique,
sil'on suitl'engagement
qui fut prit l'Esté dernier.
Commeles choses que l'on n'a
point publiées , font toûjours
nouvelles pour tous ceux qui
n'en ont point entendu parler,
je puis vous faire la relation
de cette Feste, quine doit pas
vous estre moins agreable
pour s'estre passéeil y a déja
plu sieurs mois, puis que je ne
vous en ay encore rien mandé.
Les particularitez en sont
assez remarquables pourmeritervostrecuriosité.
LaVille
d'Autun, qui estoir autrefois
la Capitale des Gaules, & la
seule qui fust capable de donner
de laterreuràCesar, cherchant
à se distinguer dan les
exercices qui ont l'apparence
de la Guerre, proposa à cinquante
Villes de différentes
Provinces, un Prix à l'Arquebufe
de dix mille francs;&
un autre de deux mille au
Pistoler. Mr Dorné,Capitaine
choisi par la Jeunesse, écrivit
une Lettre circulaire aux
Chevaliers, pour les exhorter
à prendre part au divertissement
qu'il offroit. Cette Lettre
eut le succés qu'il en
avoit esperé; & il en auroit
eu un plus grand,si la pluspart
desInvitez n'eussentesté
occupezàl'élection des Magistral.
ts deleurs Villes, qui se
faisoit dans ce mesmetemps.
Cependant le 28 Juindernier,
on vit arriver les Chevaliers
de la Ville de Dijon bien
-montez;, en bel ordre, vestus
lestement, & ayant chacun
des Plumes blanches. Deux
Trompettes les precedoient,
& lesgens de livrées estoient
à leur fuite. Ils parcoururent
deux à
-
deux les principales
ruësdelaVille, & le Porte-
Etendard estoit seul au troisiéme
rang. Ceux de Beaune
arrivèrent le lendemaindans
un semblable équipage,ayant
des Plumes rodages, & leur
livrée de mesme couleur.
Ceux de Louën estoient en
plus grand nombre que les
autres.Ils avoient leurs habits
galonnez d'argent d'une même
parure, & estoient montez
superbement, avec quatre
Trompettes
, quatre Hautbois,
& quatre Fifres à leur
teste. Ceux de Châlons, de
Nuids, de Montcenis, de
Tournu
,
& deplusieurs autres
Villes firent la mesme
Cavalcade, & tous se retiremit
au Champ de Mars dans
les logis qui leur avoientesté
destinez. Mr Dorné leurenvoya
le vin de prefenc>8c
MrRabiot, Conseiller, &
nouvellement élu en la Charge
deVierg
,
leur envoya celuy
de la Ville. La chaleur
demandoit qu'on leur laissast
le temps de se rafraîchir, mais
l'impatience genereuse des
Autunois porta les principaux
d'entre eux à leur aller
rendre visite. On entendit
deslors par tout le son des
Trompettes, des Fifres, des
Tambours, des Violons, &
des autres Instrumens qui
font capables d'inspirer l'humeur
guerriere. Les logis
estoient disposez dans le
Champ de Mars de telle forte,
que les Chevaliers estoient
vis à vis les uns des autres.
Ils sevisiterent en ceremonie,
& les Sergens de Ville avec
ceux dela Compagnie de Mr
Dornéau nombre de dix huit,
commencerent à marcher
avec les Tambours pour afsembler
la Compagnie. Ils
estoient vertus d'un grand
Juste-au-corps rouge, galonné
par tout d'argent, avec
deschapeaux bordez de même;
& à mesure qu'ils pat:
soient par les rues, la Jeunesse
qui est fort bien faite,& aussi
aguerriequ'en aucun autre
lieu du Royaume, s'assembloit
en bel ordre,&se trouva
au nombre de quatre cens
hommes richement armez,
avec des habits en broderie
d'or & d'argent. Les rubans
de la cravate & du chapeau
estoient bleus, & les Plumes
répondoient a labeauté de cet
équipage. Ils allerent prendre
l'Enseigne, qu'ils fal üc..
rent pat une décharge de leur
Mousqueterie, & de là ils se
rendirent au logis du Capitailic,
où ils firent un grand
feu. Le Capitaine estant sorty
la pique à la main, alla ramasser
les Chevaliers de chaque
Ville
>
qui marcherent à
sa suite avec leurs Etendards
particuliers, se distinguant
parun peu dedistance,& par
la difference de leurs livrées.
Le Champ de Mars est situé
au milieu de la Ville, & contient
un si grand espace, qu'on
pourroit bastir une Ville considerable
dans son enceinte.
Le Vierg estant logé dans
l'une des extremitez
, on alla
lesalüer. Un peuple infiny
qui estoitaccouru de toutes
parts >
occupoitleChamp>
ravi d'admiration pour tant
de magnificence Le Viergaccompagne
des autres Magiftrats,
Se précédé par six Sergens
deVille veitus de inanteaux
rouges, sur les costez
desquels estoit un lion en
broderie d'or, & armez à
leur ordinaire de grandes pertuisanes
,se mit à la fuite des
Chevaliers, & tous en Corps
ils allèrent à l'Hostel de Mr le
Comte de Roussillon,Lieu--
tenant de Roy de la Province,
où ils le saluerent par une
décharge de leur Mousquetcrie
,
qui fut suivie de celle
des Canons de la Ville. Ce
Comte marcha après cette
belle Compagnie avec cinquante
Gentilshommes les
plus lestes de la Province,
qui le conduisirent au lieu
destinépourfaire l'ouverture
du Prix.Ce lieu est renferme
d'une grande muraille bastie
à la mosaique
,
qui rogne
tour autour d'un grand espace
de terre plus long que large
, aumilieuduquel les Chevaliers
d'Autun firent construire
il y a quarante ans
.)
un
superbe Edifice,au front duquelparoissent
cinq Portiques
fous lesquels font cinqvoûtes
qui soûtiennent un grand Eecalier
, couvert d'un dôme
d'ardoise & de lames de
plomb
, extrêmement beau.
Cet Escalier eH: fait d'une
pierre de taille, revestu d'une
balustrade de marbre artistement
travaillée ; & c'est par
là que l'on va dans les apartemens
de cette superbe maison.
On voit aux deux costez
deux petits Pavillonstrès
propres,destinez pour faire
tirer les Cheval ers. Le Portique
par où l'on entre en ce
lieu, est fait de pierre de taille,
enrichy de plusieurs ornemens,
dans lesquels on a encrousté
du Jaspe qni fait un
tres beleffet àlaveuë. L'Effigie
du Royen marbre est au
dessus
,
& dans une table au
deubus d'un marbre noir, on
lit en caractères d'or les deux
Vers suivans.
Hic exercendis aperit Bellona
pairstram.
Æduacis , animasauget præsentia
Regis.
Le dedans de ce Portique esroit
revestu de feuillages
verds., dontonavoit fait une
voûte ornée de Tableaux, &
de Peintures excellentes. Le
long de la muraille qui fait
face à la maison, estoient six
Loges de menuiserie,revê^
tuës de tous les costez d'une
agreable verdure. Là il y
avoit plusieurs Marchands
qui vendoient toutes fortes
de Confitures,de la Limonade
,
des Citrons, des Oranges
de Portugal,&différences
liqueurs. Quantité deLusfres
estoient arrangez parmy
des Tableaux qui faisoient
une Perspective admirable.
Du cofté droit on avoit bâ-
.ty quinze Loges? composées
chacune d'une Salle & d'une
chambre revestuësde verdure
dehors & dedans, La derniere
estoit pour le Vierg. &
les aurres pour les Chevaliers
des Villes étrangeres. Du costé
gauche regnoient quinze
autres Loges de la mesme
tfrudure, dont les Portiques
estoient ronds, embellis de
couronnes élevées en piramide
qui composoient un agrément
surprenant. La Tente
de M Dorné, qui estoit fous
les cinq Portiques de la maisn,
estoit revestuë au dedans
dun brocard blanc avec des
frangesd'or qui regnoient
depuis le haut jusqu'au bas,
& servoit de Tapisserie. Sur
le haut decette Tente au dehors
, on avoit fait mettre les
Armes du Roy;plus bas celles
de Monsieur le Prince, Gouverneur
de la Province;& plus
bas celles de M' l'Evesque
d'Autun. On conduisit Mr
le Comte deRoussillon au
pas à la main droite, pour
faire l'ouverture du Prix. Son
coup ayant esté tiré à l'honneur
des Dames, les Officiers
de chaque Ville en firent autant,
(5c allerent ensuite arborer
leurs Etendards sur les
portes de leurs Loges. Ceux
deDijon avoient pour Deviles
deux Arquebuses croisées,
avec ces mots en lettres d'en
Non nisiNobilibus. Ceux de
Châlons portoient trois Globes
dans leurs Armes, avec
cette Devise,Vrbi non sufficit
Orbis. Ceux de Belone avoient
une Bellone armée avec cette
inscription,
Office Bellona Bibracle antiqua
vigebat.
Ceux de Mon", tcenis, à cause
de leur sîtuation qui est au
haut d'une montagne? Per
arduA
ardua,virtus. Une autre Ville
avoit la rep esentation d'une
Bombe qui éclatoit
-, avec
cette Devise
, Peream dum
murmure magno. Une autre
avoit un Amour qui tenoit
deux couronnes de Myrthe,
&de Laurier, Ambitutramque.
Une autre avoit une Grenade
preste à tirer, avec ces mots,
Nul ne m'approche sansdanger.
Enfinelles en avoient toutes
d'ingenieuses, & de tresconvenables
au sujet. Mr
Dorné avoit fait peindre dans
un grand Tableau à cofté
droit de sa Tente, deux
grands Elephans avec deux
petits, &: on lisoit ces mots,
Annis boec faciuntmiracula tribus,
voulantdire qu'au bout de
troisannéesil faisoit des merveilles
à rendre le Prix. D'autre
cofté à gaucheilyavoit
des champs de bled avec des
Moissonneurs,&cette inscription,
Cum foenore reddo Les
Villes ne furent pas plûtost
logées dans leurs Loges, que
le Vierg leur envoya du plus
excellent vin de la Bourgogne.
M Dorné fit la mesme
chose
3
& comme il est naturellement
genereux) il donna
un grand & magnifique repas
à toute l'Assemblée
,
où l'on
but à la fanté du Roy avec
de grandes acclamations, &
en faisant des décharges de r• Mousqueterie &de l'Artillerie
de la Ville toutes les fois
qu'on beuvoit à cette fanté
précieuse. Le foir estam venu,
toutes les loges furent illuminées.
Celles des Marchands
qui estoient dans l'enfonceure
)
formoient un objet fort
agréable. Les Dames se rendirent
en cet endroit
,
&
vingt-quatre Violons &: douze
Hautbois qui s'accordaient
parfaitement bien
, sellant
fait entendre par les ordres
deMrleComte deRoussillon)
on fit un grand cercle au milieu
dela place) au dedans
duquel un des plus considerables
des jeunes Gens de la
Ville commença le Bal avec
uneDemoifelle dela campagnequi
avoit de grands avantages
à la danse. Ils eurent
tous deux l'applaudissement
de l'Assemblée,quiétoit composée
de toutes les Personnes
de qualité de l'Autunois, de
l'un & de l'autre sexe. Ce Bal
ayant finyà deux heures après
minuit, chacun se retira jusqu'au
lendemain, que les
Chevaliers des Villes estant
venus dans leurs Loges au
son des Tambours, des Fifres,
des Trompettes & des autres
Instrumens
, on s'exerça le
reste du jour à tirer le Prix.
Ceux de Loüen s'aviferenc
de representer le Roy de
Siam, & l'un d'eux vestu à la
mode de ce Pays-là, estant
monté sur un Char de triomphe,
précedé par vingt-quatre
Gardes avec de bsuperbes
livrées, armez de grandes
halebardes fort propres &
fort luisantes
,
& suivy par
ses Chevaliers, fit le tour des
trente six Loges, au devant
desquelles on luy presentoit
des Confitures & du vin, qu'il
receut avec la gravité d'un
Roy qui ne se fait voir que
rarement à ses Peuples. Il
avoit fait faire un Trône pendant
la nuit, & tout lemonde
accourut pour le voir dans
cette pompe. Madamela Marquise
de Montjeu étant entrée
en sa Tente, illuy jetta son
mouchoir? & luy ni dire par
son Drogman, qu'ill'estimoit
assez pour la mettre dans son
Serrail. Il en fit autant à la
jeune Demoiselle qui avoit
ouvert le Bal le soir précedent,
& lanuit estant survenue
,
il fit un tour de Ville
sur son Char. Il passa devant
le Collège des Jesuites, où les
Ecoliers qui s'y trouvèrent,
crierent à haute voix :Vive»
LV'Ve le Roy de Siam, & il ordonna
qu'on leur donnait
congé pendant le temps du
Prix; ce que ces Peres luy
accordèrent fort honnestement.
Il voulut ensuite souper
en public, & les Musiciens
de la Ville luy donnerent
un tres- beau Concert
peudant ce repas. Le lendemain
il monta encore sur son
Char detriomphe pour venir
en sa Tente,&après que toutes
les Villes furent assemblées,
il se fit conduire chez
Mr Dorné,auquel il fîtsçavoir
par son Interprete, qu'ayant
appris les merveilles de la vie
du grand Empereur des François
, & qu'il estoit l'un de
ses principaux Capitaines, il
venoit l'inviter de dire à son
Prince qu'il avoit quitté son
Royaume pour venir admirer
ses vertus, & luy presenter
ses hommages.MDorne luy
répondit que son Empereur
estant aussi genereux qu'il
l'estoit, ne manqueroit pas
dechérir son amitié. On le
regala ensuite magnifiquement
,
& on ordonna à la
Jeunesse de luy rendre tous
les honneurs qui luy estoient
deus. Celle-cy prompte à
obeir monta sur de petits
chars de triomphe, & sur des
chameaux qui fc trouverent
fortuitementen laVille,-d'autres
montèrent sur des chevaux,
&tousvestus avec de
grandes vestesde brocard d'or
à la façon des Arméniens,
ayant les uns le Turban en
teste, les autres le Bonnet
comme les Siamois? allerent
le prendre en sa Tente, &: le
conduisirent en triomphe
parmy les ruë, & dans son
Palais. Le soir la jeune Demoiselle
qui s'estoit déja fait
admirer à la danse, eut un
Bal reglé chez M' le Lieutenant
général de la Chancel-
• lerie
,
où tout ce qu'il yavoit
de Gens de qualité se trouvèrent.
On y servit de la Limonade
en prosusion, des
Citrons, des Oranges de Portugal,
& de toutes fortes de
Confitures. Ce Bal finy, il restoit
à voir le lendemain qui
emporteroit le Prix. Le bonheur
accom pagna les Chevaliers
de Dijon; le Capitaine
fut le victorieux. On luy
donnauneMédaille d'or d'une
très- grande valeur.Sur
l'un des costezestoitl'Effigie
du Roy, & sur l'autre les
Armes de la Ville d'Autun.
On le conduisit en armes en
son logis;on luy envoya les
presens de laVille & du Capitaine
,
&:. ce dernier regala
encore une fois toute 1*Aflemblée
avec une magnificence
& une propretésans pareille.
Pendant les trois jours du
Prix., on envoyoit en chaque
Loge douze douzaines de
bouteilles de vin, des pastez
de venaison, des jambons de
Mayence,& ce qu'on pouvoit
trouver de
-
plus propre
à réveiller l'apperit des Chevaliers.
Le Vierg tenoit table
ouverte? & Mr Dorné donna
deux magnifiquesColations
aux Dames. Jamais tant de
joye n'avoit paru. Jamais on
n'avoir veu tant d'ordre dans
uneCeremonie, ny tant de
splendeur & d'éclat dans les
habits, & jamais on n'avoit
oüy tant de fois crier
, Vive
le Roy, qu'on l'entendit pendant
tout le temps de ce grand
divertissementsqui se termina
par un Bal donné chez Mrle
Comte d'Aligny,à une belle
Demoiselle du voisinage, qui
avoit tous les agrémens possibles
de la taille, de la beauté,
& de la danse pour meriter cet
honneur. Le quatrième jour,
les Chevaliers parurent en
ordre pour s'en retourner.
On les accompagna en armes
jusques,aux portes, & comme
ceux de Loüen s'estoient le
plus signalez, on les conduisit
àunelieuë de la Ville, dans
une grande plaine sur leur
route, où ils trouvetent un
magnifique repas fous une
Tente de feüillages qu'on
avoitfaitdresserà ce dessein.
M. le Marquis de Montjeu
les regala dans sa bellemaison
de Montjeu,bastie iur une
montagne,, au haut de laquelle
sont deux grands estangs
semblables à deux lacs, & des
Jets d'eau d'une hauteur incroyable.
Illes fit chasser dans
son Parc, & leur donna un
fort beau Concert.
Ce n'estoit pas assez d'avoir
tiré le Prix à l'Arquebuse,il
falloit aussi pour achever la
pompe de cette Feste, qu'on
tirast celuy du Pistolet. La
Noblesse fit l'ornement de
l'Assemblée. M le Comte
d'Aiguli se mit à la teste des
Chevaliers du Charolois, Mr
le Comre de Vauteau, qui
avoit esté élu de la Noblesse
de cette Province là
,
voulut
marcher fous son Etendart,
& Ml's de Fontenaille
,
de
Poülly
,
leCler, deBoucherin,
& plusieurs autres les accompagnerent.
Mr Dorné fut
le Capitaine des Autunois,
suivy
- deMrs de Millery des
Poillots, du Pouriot,la Tour-
Guerin?Coneley
,
& de plusieurs
autres. Mr de Serandey
sur le Capitaine de la Ville
de Luzy
,
& Mrs de Mazelle,
de S. Prix, de Courvoux, des
Champs,de Trezillon,Courcelle,
la Brosse au Comte, &
plusieurs autres furent du
mesme party. Tous ces Messieurs
prirent leurs livrées.
Celle d'Autun fut le bleu;
celle du Charolois le rouge,
& celle de Luzy le Blanc.
L'Etendard d'Autun estoit
d'un brocard bleu avec un
Lion en broderie d'or., & autour
il y avoit cette inscription,
Formidinecuncta replebo.
Celuy de Charolois estoit
d'un tabis rouge avec deux
couronnes, au dessous desquelles
estoient les Armes de
France & d'Espagne avec ces
mots,Duo proteget unus.Celuy
de Luzy estoit d'un satin
blanc de Gennes, bordé d'une
crespine d'or, avec de
grands cordons de mesme.
& au milieu une Levrette
sans collier,avec cette inscriprion,
le tout en broderie
d'or, Vivat amoenoe libertatis
amor. Ces trois illustres Com-
- pagnies montèrent à cheval
ayant esté sal uéesdel'Artillerie
de la Ville,, & elles surent
conduites deux à deux
en armes par la Jeunesse
d'Autun
)
qui les falüa par
une décharge de sa Mousqueterie.
L'équipage suivoit
avec les chevaux de mainJ
couverts de Selles en broderie
de différentes figures avec
des bouffesqui traisnoient
jusquesàterre, sur lesquelles
estoient les Chiffres des Maisons
des Particuliers, & aux
qutre coins leurs Armoiries.
Comme la Noblesse fait prosession
des armes, elle estoit
vestuë cavalierement, les uns
d'une étoffe bleuë, les autres
de rouge, & les autres de
blanc. Les Echarpes en broderie
avec des franges d'or&
,d'a.rgent de la hauteur d'un
demy pied, & les plumes
qu'ils portoient sur leurs chapeaux
,
d'un prix considerable,
rehaussoient leur bonne
mine
,
& faisoient remarquer
un air qui inspiroit de la
crainte & du respect. Cinquante
grands Laquais qui
suivoient portoient les pistolets
dont on devoit se
servir pour tirer le Prix. Leurs
livrées accompagnoient merveilleusement
bien les couleurs
que leurs Maistres avoient
choisies. Quatre trompettes
precedoient la marche
de chaque Compagnie,
& l'ordre estoittel qu'on
pouvoit l'attendre de gens
accoûtumez à ne le jamais
rompre dans les occasions
les plusperilleuses. Ils arriverent
aux Tentes que l'on
avoit préparées,& après une
course legerc pour saluer les
Dames, on arbora les Etendards
sur les Tentes qui se
trouvoient extrêmement propres
pour laSaison. Mr le
Comte d'Aiguli ouvrit le
Prix par un coup au noir,&
tous les Chevaliers tirerent
chacun le leur pour les Dames.
En mesme temps Mr
Rabiot envoya les presens de
vinpar les Valets de Ville,
& M' Dorné en fit autant par
les Sergens
?
& par Its Tambours
de sa Compagnie. On
servit ensuite un grand Repas
où l'on but àlasanté du
Roy avec les fanfares des
Trompettes, & les décharges
de Canons ôcde Mousquets.
Toute la Ville accourut à
cette réjoüissance ; on n'entendoit
autre chose que des
cris de Vive le Roy. Les Chanoines
de la Cathedrale envoyerent
leur Musique, & les
Violons firent un Concert
tres-harmonieux. Enfin tout
Autun estoit uny dans les
voeux qu'il faisoit pour son
Auguste Monarque, qui par
la paix luy procuroit un si
profond repos ,
& les moyens
d'avoir des divertissemens si
agrcables. On proposa aux
Chevaliers de nommerchacun
sa Dame. Le hazard voulut
qu'ils les choisirent avec
distinction,& sans que l'un
pristcelle de l'autre. Le lieu
fut éclairédune quantité de
flambeaux, on dansa sans
faire un Bal reglé
,
& le lendemain
on tira le pix en quatre
volées qui fut remporté
par Mr de Siry de Serandey.
C'est un Gentilhomme de
bonne mine
,
& qui n'a pas
moins d'esprit que de coeur.
Il a servy long-temps dans
les Armées de SaMajesté,en
qualité de Capitaine de Chevaux.
Il alla faire compliment
à la Dame qu'il avoit choisie,
comme ayant esté animé par
elle pour bien tirer, & illuy
donna le Bal où elle parut
avec beaucoup d'avantage.
La nuit s'estant passée en
toutes fortes de divertiissemens,
on donna parole de
rendre le Prix au Printemps
prochain. Le jour suivant, la
Compagnie de Mr Dorné
conduisit en armes Mr de
Serandey jusques à la porte
de la Ville. Cent Cavaliers
l'acccompagnerent à deux
grandes
grandes lieuës, ou chacun se
Pepara, avec promesse dese
revoir au premier Prix qui
seroit donné.
dans uneSaison où l'on
doit rendre un Prix magnifique,
sil'on suitl'engagement
qui fut prit l'Esté dernier.
Commeles choses que l'on n'a
point publiées , font toûjours
nouvelles pour tous ceux qui
n'en ont point entendu parler,
je puis vous faire la relation
de cette Feste, quine doit pas
vous estre moins agreable
pour s'estre passéeil y a déja
plu sieurs mois, puis que je ne
vous en ay encore rien mandé.
Les particularitez en sont
assez remarquables pourmeritervostrecuriosité.
LaVille
d'Autun, qui estoir autrefois
la Capitale des Gaules, & la
seule qui fust capable de donner
de laterreuràCesar, cherchant
à se distinguer dan les
exercices qui ont l'apparence
de la Guerre, proposa à cinquante
Villes de différentes
Provinces, un Prix à l'Arquebufe
de dix mille francs;&
un autre de deux mille au
Pistoler. Mr Dorné,Capitaine
choisi par la Jeunesse, écrivit
une Lettre circulaire aux
Chevaliers, pour les exhorter
à prendre part au divertissement
qu'il offroit. Cette Lettre
eut le succés qu'il en
avoit esperé; & il en auroit
eu un plus grand,si la pluspart
desInvitez n'eussentesté
occupezàl'élection des Magistral.
ts deleurs Villes, qui se
faisoit dans ce mesmetemps.
Cependant le 28 Juindernier,
on vit arriver les Chevaliers
de la Ville de Dijon bien
-montez;, en bel ordre, vestus
lestement, & ayant chacun
des Plumes blanches. Deux
Trompettes les precedoient,
& lesgens de livrées estoient
à leur fuite. Ils parcoururent
deux à
-
deux les principales
ruësdelaVille, & le Porte-
Etendard estoit seul au troisiéme
rang. Ceux de Beaune
arrivèrent le lendemaindans
un semblable équipage,ayant
des Plumes rodages, & leur
livrée de mesme couleur.
Ceux de Louën estoient en
plus grand nombre que les
autres.Ils avoient leurs habits
galonnez d'argent d'une même
parure, & estoient montez
superbement, avec quatre
Trompettes
, quatre Hautbois,
& quatre Fifres à leur
teste. Ceux de Châlons, de
Nuids, de Montcenis, de
Tournu
,
& deplusieurs autres
Villes firent la mesme
Cavalcade, & tous se retiremit
au Champ de Mars dans
les logis qui leur avoientesté
destinez. Mr Dorné leurenvoya
le vin de prefenc>8c
MrRabiot, Conseiller, &
nouvellement élu en la Charge
deVierg
,
leur envoya celuy
de la Ville. La chaleur
demandoit qu'on leur laissast
le temps de se rafraîchir, mais
l'impatience genereuse des
Autunois porta les principaux
d'entre eux à leur aller
rendre visite. On entendit
deslors par tout le son des
Trompettes, des Fifres, des
Tambours, des Violons, &
des autres Instrumens qui
font capables d'inspirer l'humeur
guerriere. Les logis
estoient disposez dans le
Champ de Mars de telle forte,
que les Chevaliers estoient
vis à vis les uns des autres.
Ils sevisiterent en ceremonie,
& les Sergens de Ville avec
ceux dela Compagnie de Mr
Dornéau nombre de dix huit,
commencerent à marcher
avec les Tambours pour afsembler
la Compagnie. Ils
estoient vertus d'un grand
Juste-au-corps rouge, galonné
par tout d'argent, avec
deschapeaux bordez de même;
& à mesure qu'ils pat:
soient par les rues, la Jeunesse
qui est fort bien faite,& aussi
aguerriequ'en aucun autre
lieu du Royaume, s'assembloit
en bel ordre,&se trouva
au nombre de quatre cens
hommes richement armez,
avec des habits en broderie
d'or & d'argent. Les rubans
de la cravate & du chapeau
estoient bleus, & les Plumes
répondoient a labeauté de cet
équipage. Ils allerent prendre
l'Enseigne, qu'ils fal üc..
rent pat une décharge de leur
Mousqueterie, & de là ils se
rendirent au logis du Capitailic,
où ils firent un grand
feu. Le Capitaine estant sorty
la pique à la main, alla ramasser
les Chevaliers de chaque
Ville
>
qui marcherent à
sa suite avec leurs Etendards
particuliers, se distinguant
parun peu dedistance,& par
la difference de leurs livrées.
Le Champ de Mars est situé
au milieu de la Ville, & contient
un si grand espace, qu'on
pourroit bastir une Ville considerable
dans son enceinte.
Le Vierg estant logé dans
l'une des extremitez
, on alla
lesalüer. Un peuple infiny
qui estoitaccouru de toutes
parts >
occupoitleChamp>
ravi d'admiration pour tant
de magnificence Le Viergaccompagne
des autres Magiftrats,
Se précédé par six Sergens
deVille veitus de inanteaux
rouges, sur les costez
desquels estoit un lion en
broderie d'or, & armez à
leur ordinaire de grandes pertuisanes
,se mit à la fuite des
Chevaliers, & tous en Corps
ils allèrent à l'Hostel de Mr le
Comte de Roussillon,Lieu--
tenant de Roy de la Province,
où ils le saluerent par une
décharge de leur Mousquetcrie
,
qui fut suivie de celle
des Canons de la Ville. Ce
Comte marcha après cette
belle Compagnie avec cinquante
Gentilshommes les
plus lestes de la Province,
qui le conduisirent au lieu
destinépourfaire l'ouverture
du Prix.Ce lieu est renferme
d'une grande muraille bastie
à la mosaique
,
qui rogne
tour autour d'un grand espace
de terre plus long que large
, aumilieuduquel les Chevaliers
d'Autun firent construire
il y a quarante ans
.)
un
superbe Edifice,au front duquelparoissent
cinq Portiques
fous lesquels font cinqvoûtes
qui soûtiennent un grand Eecalier
, couvert d'un dôme
d'ardoise & de lames de
plomb
, extrêmement beau.
Cet Escalier eH: fait d'une
pierre de taille, revestu d'une
balustrade de marbre artistement
travaillée ; & c'est par
là que l'on va dans les apartemens
de cette superbe maison.
On voit aux deux costez
deux petits Pavillonstrès
propres,destinez pour faire
tirer les Cheval ers. Le Portique
par où l'on entre en ce
lieu, est fait de pierre de taille,
enrichy de plusieurs ornemens,
dans lesquels on a encrousté
du Jaspe qni fait un
tres beleffet àlaveuë. L'Effigie
du Royen marbre est au
dessus
,
& dans une table au
deubus d'un marbre noir, on
lit en caractères d'or les deux
Vers suivans.
Hic exercendis aperit Bellona
pairstram.
Æduacis , animasauget præsentia
Regis.
Le dedans de ce Portique esroit
revestu de feuillages
verds., dontonavoit fait une
voûte ornée de Tableaux, &
de Peintures excellentes. Le
long de la muraille qui fait
face à la maison, estoient six
Loges de menuiserie,revê^
tuës de tous les costez d'une
agreable verdure. Là il y
avoit plusieurs Marchands
qui vendoient toutes fortes
de Confitures,de la Limonade
,
des Citrons, des Oranges
de Portugal,&différences
liqueurs. Quantité deLusfres
estoient arrangez parmy
des Tableaux qui faisoient
une Perspective admirable.
Du cofté droit on avoit bâ-
.ty quinze Loges? composées
chacune d'une Salle & d'une
chambre revestuësde verdure
dehors & dedans, La derniere
estoit pour le Vierg. &
les aurres pour les Chevaliers
des Villes étrangeres. Du costé
gauche regnoient quinze
autres Loges de la mesme
tfrudure, dont les Portiques
estoient ronds, embellis de
couronnes élevées en piramide
qui composoient un agrément
surprenant. La Tente
de M Dorné, qui estoit fous
les cinq Portiques de la maisn,
estoit revestuë au dedans
dun brocard blanc avec des
frangesd'or qui regnoient
depuis le haut jusqu'au bas,
& servoit de Tapisserie. Sur
le haut decette Tente au dehors
, on avoit fait mettre les
Armes du Roy;plus bas celles
de Monsieur le Prince, Gouverneur
de la Province;& plus
bas celles de M' l'Evesque
d'Autun. On conduisit Mr
le Comte deRoussillon au
pas à la main droite, pour
faire l'ouverture du Prix. Son
coup ayant esté tiré à l'honneur
des Dames, les Officiers
de chaque Ville en firent autant,
(5c allerent ensuite arborer
leurs Etendards sur les
portes de leurs Loges. Ceux
deDijon avoient pour Deviles
deux Arquebuses croisées,
avec ces mots en lettres d'en
Non nisiNobilibus. Ceux de
Châlons portoient trois Globes
dans leurs Armes, avec
cette Devise,Vrbi non sufficit
Orbis. Ceux de Belone avoient
une Bellone armée avec cette
inscription,
Office Bellona Bibracle antiqua
vigebat.
Ceux de Mon", tcenis, à cause
de leur sîtuation qui est au
haut d'une montagne? Per
arduA
ardua,virtus. Une autre Ville
avoit la rep esentation d'une
Bombe qui éclatoit
-, avec
cette Devise
, Peream dum
murmure magno. Une autre
avoit un Amour qui tenoit
deux couronnes de Myrthe,
&de Laurier, Ambitutramque.
Une autre avoit une Grenade
preste à tirer, avec ces mots,
Nul ne m'approche sansdanger.
Enfinelles en avoient toutes
d'ingenieuses, & de tresconvenables
au sujet. Mr
Dorné avoit fait peindre dans
un grand Tableau à cofté
droit de sa Tente, deux
grands Elephans avec deux
petits, &: on lisoit ces mots,
Annis boec faciuntmiracula tribus,
voulantdire qu'au bout de
troisannéesil faisoit des merveilles
à rendre le Prix. D'autre
cofté à gaucheilyavoit
des champs de bled avec des
Moissonneurs,&cette inscription,
Cum foenore reddo Les
Villes ne furent pas plûtost
logées dans leurs Loges, que
le Vierg leur envoya du plus
excellent vin de la Bourgogne.
M Dorné fit la mesme
chose
3
& comme il est naturellement
genereux) il donna
un grand & magnifique repas
à toute l'Assemblée
,
où l'on
but à la fanté du Roy avec
de grandes acclamations, &
en faisant des décharges de r• Mousqueterie &de l'Artillerie
de la Ville toutes les fois
qu'on beuvoit à cette fanté
précieuse. Le foir estam venu,
toutes les loges furent illuminées.
Celles des Marchands
qui estoient dans l'enfonceure
)
formoient un objet fort
agréable. Les Dames se rendirent
en cet endroit
,
&
vingt-quatre Violons &: douze
Hautbois qui s'accordaient
parfaitement bien
, sellant
fait entendre par les ordres
deMrleComte deRoussillon)
on fit un grand cercle au milieu
dela place) au dedans
duquel un des plus considerables
des jeunes Gens de la
Ville commença le Bal avec
uneDemoifelle dela campagnequi
avoit de grands avantages
à la danse. Ils eurent
tous deux l'applaudissement
de l'Assemblée,quiétoit composée
de toutes les Personnes
de qualité de l'Autunois, de
l'un & de l'autre sexe. Ce Bal
ayant finyà deux heures après
minuit, chacun se retira jusqu'au
lendemain, que les
Chevaliers des Villes estant
venus dans leurs Loges au
son des Tambours, des Fifres,
des Trompettes & des autres
Instrumens
, on s'exerça le
reste du jour à tirer le Prix.
Ceux de Loüen s'aviferenc
de representer le Roy de
Siam, & l'un d'eux vestu à la
mode de ce Pays-là, estant
monté sur un Char de triomphe,
précedé par vingt-quatre
Gardes avec de bsuperbes
livrées, armez de grandes
halebardes fort propres &
fort luisantes
,
& suivy par
ses Chevaliers, fit le tour des
trente six Loges, au devant
desquelles on luy presentoit
des Confitures & du vin, qu'il
receut avec la gravité d'un
Roy qui ne se fait voir que
rarement à ses Peuples. Il
avoit fait faire un Trône pendant
la nuit, & tout lemonde
accourut pour le voir dans
cette pompe. Madamela Marquise
de Montjeu étant entrée
en sa Tente, illuy jetta son
mouchoir? & luy ni dire par
son Drogman, qu'ill'estimoit
assez pour la mettre dans son
Serrail. Il en fit autant à la
jeune Demoiselle qui avoit
ouvert le Bal le soir précedent,
& lanuit estant survenue
,
il fit un tour de Ville
sur son Char. Il passa devant
le Collège des Jesuites, où les
Ecoliers qui s'y trouvèrent,
crierent à haute voix :Vive»
LV'Ve le Roy de Siam, & il ordonna
qu'on leur donnait
congé pendant le temps du
Prix; ce que ces Peres luy
accordèrent fort honnestement.
Il voulut ensuite souper
en public, & les Musiciens
de la Ville luy donnerent
un tres- beau Concert
peudant ce repas. Le lendemain
il monta encore sur son
Char detriomphe pour venir
en sa Tente,&après que toutes
les Villes furent assemblées,
il se fit conduire chez
Mr Dorné,auquel il fîtsçavoir
par son Interprete, qu'ayant
appris les merveilles de la vie
du grand Empereur des François
, & qu'il estoit l'un de
ses principaux Capitaines, il
venoit l'inviter de dire à son
Prince qu'il avoit quitté son
Royaume pour venir admirer
ses vertus, & luy presenter
ses hommages.MDorne luy
répondit que son Empereur
estant aussi genereux qu'il
l'estoit, ne manqueroit pas
dechérir son amitié. On le
regala ensuite magnifiquement
,
& on ordonna à la
Jeunesse de luy rendre tous
les honneurs qui luy estoient
deus. Celle-cy prompte à
obeir monta sur de petits
chars de triomphe, & sur des
chameaux qui fc trouverent
fortuitementen laVille,-d'autres
montèrent sur des chevaux,
&tousvestus avec de
grandes vestesde brocard d'or
à la façon des Arméniens,
ayant les uns le Turban en
teste, les autres le Bonnet
comme les Siamois? allerent
le prendre en sa Tente, &: le
conduisirent en triomphe
parmy les ruë, & dans son
Palais. Le soir la jeune Demoiselle
qui s'estoit déja fait
admirer à la danse, eut un
Bal reglé chez M' le Lieutenant
général de la Chancel-
• lerie
,
où tout ce qu'il yavoit
de Gens de qualité se trouvèrent.
On y servit de la Limonade
en prosusion, des
Citrons, des Oranges de Portugal,
& de toutes fortes de
Confitures. Ce Bal finy, il restoit
à voir le lendemain qui
emporteroit le Prix. Le bonheur
accom pagna les Chevaliers
de Dijon; le Capitaine
fut le victorieux. On luy
donnauneMédaille d'or d'une
très- grande valeur.Sur
l'un des costezestoitl'Effigie
du Roy, & sur l'autre les
Armes de la Ville d'Autun.
On le conduisit en armes en
son logis;on luy envoya les
presens de laVille & du Capitaine
,
&:. ce dernier regala
encore une fois toute 1*Aflemblée
avec une magnificence
& une propretésans pareille.
Pendant les trois jours du
Prix., on envoyoit en chaque
Loge douze douzaines de
bouteilles de vin, des pastez
de venaison, des jambons de
Mayence,& ce qu'on pouvoit
trouver de
-
plus propre
à réveiller l'apperit des Chevaliers.
Le Vierg tenoit table
ouverte? & Mr Dorné donna
deux magnifiquesColations
aux Dames. Jamais tant de
joye n'avoit paru. Jamais on
n'avoir veu tant d'ordre dans
uneCeremonie, ny tant de
splendeur & d'éclat dans les
habits, & jamais on n'avoit
oüy tant de fois crier
, Vive
le Roy, qu'on l'entendit pendant
tout le temps de ce grand
divertissementsqui se termina
par un Bal donné chez Mrle
Comte d'Aligny,à une belle
Demoiselle du voisinage, qui
avoit tous les agrémens possibles
de la taille, de la beauté,
& de la danse pour meriter cet
honneur. Le quatrième jour,
les Chevaliers parurent en
ordre pour s'en retourner.
On les accompagna en armes
jusques,aux portes, & comme
ceux de Loüen s'estoient le
plus signalez, on les conduisit
àunelieuë de la Ville, dans
une grande plaine sur leur
route, où ils trouvetent un
magnifique repas fous une
Tente de feüillages qu'on
avoitfaitdresserà ce dessein.
M. le Marquis de Montjeu
les regala dans sa bellemaison
de Montjeu,bastie iur une
montagne,, au haut de laquelle
sont deux grands estangs
semblables à deux lacs, & des
Jets d'eau d'une hauteur incroyable.
Illes fit chasser dans
son Parc, & leur donna un
fort beau Concert.
Ce n'estoit pas assez d'avoir
tiré le Prix à l'Arquebuse,il
falloit aussi pour achever la
pompe de cette Feste, qu'on
tirast celuy du Pistolet. La
Noblesse fit l'ornement de
l'Assemblée. M le Comte
d'Aiguli se mit à la teste des
Chevaliers du Charolois, Mr
le Comre de Vauteau, qui
avoit esté élu de la Noblesse
de cette Province là
,
voulut
marcher fous son Etendart,
& Ml's de Fontenaille
,
de
Poülly
,
leCler, deBoucherin,
& plusieurs autres les accompagnerent.
Mr Dorné fut
le Capitaine des Autunois,
suivy
- deMrs de Millery des
Poillots, du Pouriot,la Tour-
Guerin?Coneley
,
& de plusieurs
autres. Mr de Serandey
sur le Capitaine de la Ville
de Luzy
,
& Mrs de Mazelle,
de S. Prix, de Courvoux, des
Champs,de Trezillon,Courcelle,
la Brosse au Comte, &
plusieurs autres furent du
mesme party. Tous ces Messieurs
prirent leurs livrées.
Celle d'Autun fut le bleu;
celle du Charolois le rouge,
& celle de Luzy le Blanc.
L'Etendard d'Autun estoit
d'un brocard bleu avec un
Lion en broderie d'or., & autour
il y avoit cette inscription,
Formidinecuncta replebo.
Celuy de Charolois estoit
d'un tabis rouge avec deux
couronnes, au dessous desquelles
estoient les Armes de
France & d'Espagne avec ces
mots,Duo proteget unus.Celuy
de Luzy estoit d'un satin
blanc de Gennes, bordé d'une
crespine d'or, avec de
grands cordons de mesme.
& au milieu une Levrette
sans collier,avec cette inscriprion,
le tout en broderie
d'or, Vivat amoenoe libertatis
amor. Ces trois illustres Com-
- pagnies montèrent à cheval
ayant esté sal uéesdel'Artillerie
de la Ville,, & elles surent
conduites deux à deux
en armes par la Jeunesse
d'Autun
)
qui les falüa par
une décharge de sa Mousqueterie.
L'équipage suivoit
avec les chevaux de mainJ
couverts de Selles en broderie
de différentes figures avec
des bouffesqui traisnoient
jusquesàterre, sur lesquelles
estoient les Chiffres des Maisons
des Particuliers, & aux
qutre coins leurs Armoiries.
Comme la Noblesse fait prosession
des armes, elle estoit
vestuë cavalierement, les uns
d'une étoffe bleuë, les autres
de rouge, & les autres de
blanc. Les Echarpes en broderie
avec des franges d'or&
,d'a.rgent de la hauteur d'un
demy pied, & les plumes
qu'ils portoient sur leurs chapeaux
,
d'un prix considerable,
rehaussoient leur bonne
mine
,
& faisoient remarquer
un air qui inspiroit de la
crainte & du respect. Cinquante
grands Laquais qui
suivoient portoient les pistolets
dont on devoit se
servir pour tirer le Prix. Leurs
livrées accompagnoient merveilleusement
bien les couleurs
que leurs Maistres avoient
choisies. Quatre trompettes
precedoient la marche
de chaque Compagnie,
& l'ordre estoittel qu'on
pouvoit l'attendre de gens
accoûtumez à ne le jamais
rompre dans les occasions
les plusperilleuses. Ils arriverent
aux Tentes que l'on
avoit préparées,& après une
course legerc pour saluer les
Dames, on arbora les Etendards
sur les Tentes qui se
trouvoient extrêmement propres
pour laSaison. Mr le
Comte d'Aiguli ouvrit le
Prix par un coup au noir,&
tous les Chevaliers tirerent
chacun le leur pour les Dames.
En mesme temps Mr
Rabiot envoya les presens de
vinpar les Valets de Ville,
& M' Dorné en fit autant par
les Sergens
?
& par Its Tambours
de sa Compagnie. On
servit ensuite un grand Repas
où l'on but àlasanté du
Roy avec les fanfares des
Trompettes, & les décharges
de Canons ôcde Mousquets.
Toute la Ville accourut à
cette réjoüissance ; on n'entendoit
autre chose que des
cris de Vive le Roy. Les Chanoines
de la Cathedrale envoyerent
leur Musique, & les
Violons firent un Concert
tres-harmonieux. Enfin tout
Autun estoit uny dans les
voeux qu'il faisoit pour son
Auguste Monarque, qui par
la paix luy procuroit un si
profond repos ,
& les moyens
d'avoir des divertissemens si
agrcables. On proposa aux
Chevaliers de nommerchacun
sa Dame. Le hazard voulut
qu'ils les choisirent avec
distinction,& sans que l'un
pristcelle de l'autre. Le lieu
fut éclairédune quantité de
flambeaux, on dansa sans
faire un Bal reglé
,
& le lendemain
on tira le pix en quatre
volées qui fut remporté
par Mr de Siry de Serandey.
C'est un Gentilhomme de
bonne mine
,
& qui n'a pas
moins d'esprit que de coeur.
Il a servy long-temps dans
les Armées de SaMajesté,en
qualité de Capitaine de Chevaux.
Il alla faire compliment
à la Dame qu'il avoit choisie,
comme ayant esté animé par
elle pour bien tirer, & illuy
donna le Bal où elle parut
avec beaucoup d'avantage.
La nuit s'estant passée en
toutes fortes de divertiissemens,
on donna parole de
rendre le Prix au Printemps
prochain. Le jour suivant, la
Compagnie de Mr Dorné
conduisit en armes Mr de
Serandey jusques à la porte
de la Ville. Cent Cavaliers
l'acccompagnerent à deux
grandes
grandes lieuës, ou chacun se
Pepara, avec promesse dese
revoir au premier Prix qui
seroit donné.
Fermer
15
p. 80-124
A Quebec le 12e. Novembre 1709.
Début :
Il y a déja plusieurs années que je vous envoye une Relation / MONSIEUR, La Description étonnante que vous me faites de l'Hyver [...]
Mots clefs :
Québec, Relation, Hiver, Froid, Nouvelle France, Colonie, Capitaine, Pierriers, New Yorck, Manhate, Espions, Canada, Troupes
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texteReconnaissance textuelle : A Quebec le 12e. Novembre 1709.
Il y a déja plufieurs années
que je vous envoye une Relation de ce qui s'eft paffé en
Canada pendant le cours de
chaque année ; mais quelques
incidens font caufe que je vous
envoye celle que vous allez lire , quelques mois plus tard
quevous n'avez accoûtumé de
la recevoir tous les ans. Elled
vient d'un Officier François quis
eft dans l'Armée Canadienne.
"
GALANTNY 81
$ srpos ench notede af M
A Quebec le 12°. Novembre
299NING 27731709. riba vit
MONSIEUR,
La Defcription étonnante que
vous mefaites de l'Hyver qui a
ravagé l'Europe cette année , m’a
fait faire les reflexions ordinaires
fur le froid que l'on fent en ce
pays - cy. Et effectivement j'ay
admiré plus d'une fois.comment
les racines des Plantes , les Bois,
లో les Animaux, fans parler des
Habitans , refiftoient non-feulement a de tels froids , mais encore
82 MERCURE
à celuy que nous avons éprouvé
icy , vers la fin de l'année 1708 .
peu prés vers le temps que je
finiffois les dernieres Lettres queje
vous ay adreffées ; car il a eftéfi
pénetrant & fi vif, que s'il avoit
continué de la mêmeforce , je crois
quenous aurions tous peri & que
nous ferions tous morts dans les
commencemens d'un Hyverfi affreux. Mais le Seigneur n'a point
permis que nous avons fouffert au
deffus de nos forces.
Ainfi quelque rude qu'ait éfté
Hyver dans vos climats temperez d'ailleurs , il l'a efté incompa
rablement davantage en Canada,
GALANT 83
où la gelée commença vers la fin
de Novembre & perfevera fi
fortement, que dans les derniers
jours de Decembre ( 1708. ) le
Fleuve de S. Laurent , fe trouvaglacéjusqu'à laprofondeur de
dix pieds , & qu'il y avoit déja
quatre pieds de nége fur terre. Je
le repete encore , Monfieur , jepenfe que la Colonie auroit peryſi la
gelée avoit continué de cette violence. Et certes les Anglois fiirritez contre nous auroient eu alors
bon marché du Canada.
Ce froid exceffif nous quitta
fans doute pour vous aller rendre
vifte, puifque vous me marquez
84. MERCURE
que le premierjour de la grande
gelée commença le 6. ou 7. deFanvier de l'année fuivante ( 1709)
ce que je puis vous dire , c'est que
toutes ces horreurs de la nature ,
n'ontpoint efté un obftacle à la terre dela Nouvelle France , de nous
donnerd'affez bonsfruits, &aux
hommes de vivre ; au contraire
nous remarquons que ce froid
tribue à la fanté, & que la nége
qui regnefi longtemps dans l'AmeriqueSeptentrionale , l'engraifmerveilleufement , la moiffon
ayant efté abondante cette année-ci
en bled & enfruits; quoy qu'on
ne féme qu'à lafin d'Avril , le
fe
con-
GALANT 85
blé eft preft à couper au mois
( Je ne commenceray points
Monfieur, les Nouvelles que j'ay
à vous mander de ce pays-cy, par
ce qui s'eft paffé en l'Ile de Terre
Neuve au Fort S. Jean que nous
avons pris aux Anglois , parce
queje connois par vos Lettres que
vous en avez eftéinftruit en France , même d'aſſez bonne heure ;
à quoy je vous prie de faire
attention icy , eft que cette entreprife qui a estéexecutée avecbeaucoupde vigueur où entr'autres,
le fieur de la Ronde , d'une ancien="
ciennefamille de Canada s'eft dif-
86 MERCURE
tingué parfa bravoure intrigue
fort, non - feulement les Anglois
nos voiſins , mais encore ceux que
nous appellons icy les Anglois de
la Vieille- Angleterre, qui au
retour de ce qu'ils poffedent aux
Ifles - Antilles & ailleurs dans
l'Amerique, venoientfe relâcher,
ou radouber en ce Port , qui par
confequent leur eftoit fort commode.
Plufieurs des noftres difent icy
que la prife de ce Pofle & le ravage qu'on afait aux environs ,
va àfix millions. On dit que
Pefche que l'on faifoit proche la
Rade de S.Jean & aux Bancs
la
GALANT 87
voifins , valloit quatre millions de
rente à la Reine Anne. Nous
avons icy le Commandant ( le
Colonel Lloyd ) de ce Fort , prifonnieravecplufieurs Officiers, &
Soldats on Habitans de fon Gouvernement. Ila , àce qu'onpublie
dans Quebec , cent mille livres de
bien, & il veut fe marier icy &
époufer la veuve de Mr de Maricourt mort en 1704. Il eftoit
Capitaine dans cette Colonie &
freredu fameux Mr d'Yberville
qui s'eft fi fort diftingué fur mer
par fa valeur. Un Ecclefiaftique
tres-zelé, du Seminaire de Saint
Sulpice de Ville - Marie en l'Ifle
88 MERCURE
de Montreal, qui fait parfaite
ment l'Anglois , eft defcendu icy
pour travailler à la converfion de
ce Gouverneur Anglois , car
prétend, & il a témoigné librementfon deffein là-deffus , renoncer à la Religion Proteftante &
fe faire Catholique.
L'affaire de l'habitation de S.
Jean en Terre-Neuve futfuivie
d'une autre entrepriſe dans laBaye
d'Hudson , au lieu appellé le petit
Nord.
Mr Capitai- de Mantet
ne dans la Colonie enfut le Chef;
ce fut au mois d'Avril de cette
année 1709. Le Partife trouva
compofé de centhommes tous Ha.
GALANT 89
bitans & mariez pour la pluspart , mais alertes & entrepre P
nans ; Mr de la Nouě Lieutenant commandoit en ſecond ; à ces
deux Officiers s'en joignirent quel.
ques autres Subalternes ; la marche dura un peu plus de deux
mois , au bout duquel temps , nos
gens arrivez au but , déterminerent lejour de l'attaque au fixiémejour de Juillet. On choifit la
nuitpourcela: les Enfans perdus ,
je veux dire ceux qui marcherent
les premiers , donnerent brufquement & tefte baiffée fur un des
Fortsflanqué de quatre Baſtions ,
Février 1710. H
90 MERCURE
munisfelon le rapport de quelquesuns de ceux qui enfont revenus
de foixantepieces de Canon & de
plufieurs Pierriers. Des Boucaniers a qui le gardoient firent une
decharge terrible & du canon &
de leurs longs fufils qui cependant n'empêcha point ces premiers
des noftres , de pouffer leur pointe
avec une ardeur étonnante , de
rompre la paliẞade faite de gros ·
a Gens déterminez, Chaffeurs , propres
à la découverte , foit dans les terres
foit en mer; on pourroit les appeller
Flibuftiers de terre , auffi bien quede
mer. Les Boucaniers vivent fans façon de chair rôtic plus à la fumé
qu'au feu..
GALANT 91
un
pieux de traverſer un foffe
plein d'eau , large de quinzepieds,
qui estoit au de- là ; comme le feu
de l'Ennemy eftoit violent & continuel , & que le canonfaifoit
fracas horrible , & qu'avec cela
le nombre des Soldats oppofez aux
moftres eftoit tout-à-faitfuperieur,
il fallut fe retirer.
Mrde Mantet qui s'eft particulierement fignalé dans cette action , une des plus vives qui fe
foit faite en Amerique , y a efté
tues MrdeMartigny & douze
on quinze Canadiens ont eu le
mêmefort.
Hij
92 MERCURE
Les Anglois de la Vieille er de
la Nouvelle Angleterre ont efté
cette année dans de grands mouvemens pour s'emparer , fuivant
leur deffein , des trois Gouvernemens de la Colonie ; il neferoit
pas facile de vous expliquer combien ilsfe font remuez pour celae
voicy à peu prés la manœuvre
qu'ils ontfaite pourl'execution
ce projet.
uer.comDés que les Anglois de la Nouvelle Angleterre , & furtout ceux
de Bafton qui en eft la Capitale ,
eurentfçu certainement laprife de
leur Habitation du Port S.Jean ,
une des plus confiderables , ſans
GALANT 93
contredit , qu'ils euffent en TerreNeavepour la Pefche & lafureté de leurs Vaiffeaux qui paſſent
ouquireviennent d'Amerique , its
en donnerent avis à la Reine Anne par de petits Baftimens qu'ils
firent partir en diligence ; de forte
que vers la fin de May, un de
nos PartisSauvages ayantpris un
Officier Anglois du cofté de Bafton,
nous apprimes de luy qu'il leur
eftoit arriué des ordres de leur
Reine , par le Capitaine V'éché ,
dont voicy le contenu , autant que
jay pû m'en reſſouvenir: Que
tous les paysde fa domination
voifins de la Nouvelle - Angle-
$
94 MERCURE
terre ; fçavoir b la NouvelleYorck , le New-Jersey , bla
Penſylvanie , Mariland ( qui
veut dire terre de Marie ) la Vir
ginie & la Caroline ( quifemble
eftre une partie de la Floride ) feroient inceffamment proviſion
de vivres & de munitions de
guerre ; Qu'il feroit levé mille
hommes bien équipez & armez , qui fe joindroient à huit
mille Ecoffois prefts à s'embarquer au premier vent favora
ble & former une Efcadre de
dix Vaiffeaux de ligne , fans
Tous ces Pays font entre les 45. & 30.
degrez de Latitude Nord.
GALANT 95
compter les Baftimens de char
ge pour les munitions & les
vivres dont on pouvoit avoir
befoin , & cela pour venir
moüiller devant Bafton à la fin
du mois de Juin. Ces Ecoffois
aidez des Anglois de la Nouvelle
Angleterre devoient , felon leur
intention , affieger Quebec &fe
rendre maiftres detoutes les Coftes
d'en bas , jufqu'à la mer;
pays devoit , dans la pensée de la
Reine, leur demeurer , pour récom
penfe de la dépense & des avan
ces faites par ces Ecoffois les
mêmes ordres de la Reine Anne
marquoient : Que les Habitans
o
7
ce
96 MERCURE
du Gouvernement d'Orange
dans New-Yorck avecceux de
Manhate & les Sauvages leurs
Alliez ou Amis , s'uniroient
enfemble pour faire un Corps
d'Armée de trois mille hommes , qui iroit tomber fur le
Montreal , & feroit ainfi diverfion des forces des François.
d'arMrle Marquis de Vaudreüil,
Gouverneur general de la Nonvelle-France ne faifoit que
river à Ville-Marie , la feule
Ville quifoitdans l'Ile de Montreal éloignée foixante lieues de
Quebec ,lors qu'il apprit les deffeins
GALANT 97
feins des Anglois nos voisins, il
affembla le Confeil de Guerre
pour déliberer fur les mesures
qu'onavoit à prendre , &on fut
d'avis d'aller au devant des Ennemis & de les prévenir. Mr de
Ramezay Gouverneur de Mont
real fut destiné pour né pour commander
les Troupes ou Milices defon Gouvernement , &l'on convint d'y
joindre les Sauvages Iroquois
Algonkins , Abnakis , les autres qui font dans le voisinage.
Tout eftant preft ne vous attendez point icy , Monfieur , à des
Arméesdecent mille hommes comme en Europe , mais à des Partis
Février 1710. I
98 MERCURE.
pluteft qu'à des Armées , proportionnez aux Habitans de ces Regions froides ) la petite Armée , ou
le Partifi vous l'aimez mieux ,
commença à fe mettre en marche
vers le 15. deFuillet, & elle fe
* trouva cftre de treize àquatorze
cens hommes ; compofée des Habitans du Gouvernement de lIfle
de Montreal & de Sauvages de
plufieurs Nations. Onfut juf
qu'au c Lac Champlain , ainfi
eCe Lac s'etend depuis le 44. environ,
jufqu'au 45. degré de latitude Septentrionale. On en diftingue deux à
fes extremitez ; c'eft-à dire au Nord
& au Sud, le Lac de S. François au
Nord, & le Lac, dit du S. Sacrement,
au Sud.
QUA
LYON
GALANT 99
DE
appellé d'un ancien Gour
de Canada de ce nom ; Mrle
Marquis de Vaudreuil qui eft
fage & tres vigilantfaifoit pendantce temps- la fortifier de nouveau Quebec & Ville Marie ,
vulgairement dite Montreal ,
l'Habitation la plus importante
de l'Ifle de ce nom. Les Forts des
environs de l'Ile de Montrealfurent vifitez &reparez où ilfalloit on s'attacha beaucoup à d
celuy de Mrle Baron de Longüeil
Major de Montreal qui eft de
d Le Fort de Longueil eft à peu prés au
Sud de l'Ile de Montreal, fur le bord
du Fleuve S. Laurent.
I ij
100 MERCURE
pierre & un desplus confiderables
dela Colonie; celuy de la Prairie,
dité de la Madeleine , au Sudde
de l'Ifle de Montrealfut auffifortifié de nouveau en même temps
que celuy de e Chambly qui eftoit
Le plus expofe aux infultes de
l'Ennemi ; on en conftruifit un de
pierres à Lorette , Miffionfauvage au Nord de Ville -Marie ,
gouvernée par Mrsde S. Sulpice.
Les Découvreurs marchant devant noftre Arméejufques à trois
ou quatre licuës , rencontrerent un
eCe Fott cft au Nord du Lac Champlain , & à environ dix lieues de la
Rivierb de S. Laurent.
GALANT 101
Parti ennemi au lieu dit la Poinre , fà la chevelure de cent vingt
hommes ou environ ; Mr de Ra
mezay le Commandantfut auſſitoft averti , ilfit rangerfes gens en
ordrede Bataille le fignal donné,
on marcha droit aux Anglois , les
noftres donnerent avec vigueurfur
l'Ennemi en tuerent on firent
Prifonniers une bonne partie
mirent le refte en fuite ; quatre
de nos Sauvages qui s'eftoient un
f Ce lieu est éloigné de Quebec d'environ 6o. lieuës , & il n'eft aing nommé qu'à l'occafion de quelques chevelares levées par des Sauvages; mes
Lettres vous ont déja dit comment
cela fe faifoit.
I iij
102 MERCURE
25.
peu trop avancez ,yfurent tuez.
Les Prifonniers nous apprirent que
les Anglois s'eftoient retranchez à
lieues en deça d'Orange , le
long d'une petite riviere , appellée
la Riviere au Chicot , g qu'ils
faifoient conftruire en cet endroit
de grands Batteaux & des Pirogues &un bon nombre de Canots pour venir ravager le Canada, à lafaveur de la Riviere de
Saint Laurent , dans laquelle ils
feroient entrez par le moyen du
Lac Champlain les Anglois
g
s
Du cofté du Lac du S. Sacrement &
vers l'entrie du Lac Champlain, dans
le voisinage de la Nouvelle- Angleterre & de New-Yorck.
GALANT 103.
avoient en effet élevé trois Forts
avec de gros & grands pieux de
bois de cedre blanc qui eft commun
dans l'Amerique Septentrionale,
dans l'un defquels on diſoit qu'ily
avoit fix ou buitpieces de canon ,
des bombes , quantitédegrenades ,
environ quinze ou dix - huit
cens hommespour les garder.
Sur le rapport de ces Prifonniers Anglois , Mr de Ramezay
affembla tous les Officiers de fa
petite Armée, le Confeil trouvantque ceferoit , cefemble , une
temerité quede s'expofer en avançant contre des Ennemis & plus
nombreux, avec cela tres - bien
I iiij)
104 MERCURE
retranchez , on prit le parti de les
attendre de pied ferme , s'ils en
vouloient venir aux mains ; cer
pendant les Efpions des Anglois
ayant rapporté àleur Camp que
noftre Armée eftoitformidable
que le Lac Champlain eftoit tout
couvert de canots , l'allarme fe mit
parmi eux , & aucun des- leurs
neparoiffant , aprésplufieursjours
d'attente , le Chefdu Parti Canadien confiderant que la recolte
dans l'Ile de Montreal & aux
contrées adjacentespreffait, &mêmé qu'elle eftoit déja commencées
renvoya la Milice & les Habitans de Montreal & des Coftes
+
GALANT 105
cela n'empêchapoint qu'on ne laiffaft des Découvreurs aux environs du Pofte que l'on quittoit ,
c'eft à dire vers les Lacs S. François , de Champlain & du S. Sacrement , celuy - cy cftant le plus.
proche des Ennemis , pour avertir
de tout en cas de befoin. La moiffonfefit pendant ce temps- là &a
efté abondante , non-feulement en
blé , mais encore en legumes & en
fruits tels qu'on les peut conferver
en Canada.
On ramaffoittranquilement les
biens que le Ciel nous avoit don
nez de fa main toute liberale , lors
que vers le 15.du mois de Septem-
106 MERCURE
bre tout à coup un Sauvage qui
avoitdefertédu Camp des ennemis».
vintdire au Montreal queles En
nemis eftoient enmarche du cofté du
LacChamplain. MrdeRamezay
envoya en diligence ce Sauvage à
Mr le Marquis de Vaudreuil
qui eftoit defcendu à Quebecpour .
j bien recevoir les Ennemis , qui
felon le bruit qui couroit, prétendoient l'affieger avec des forces
nombreuſes &par mer &parterre. Les Officiers s'eftant affemblez
chez Mrle Gouverneur general ,
onconclutque le Montrealfe trouvant endanger, ilfalloit lefecou
courir, les Découvreurs que Mr
GALANY 107.
deVaudreuilavoit envoyez àplus
de foixante lieuës au - deffous de
Quebec , ne voyant rien fur le
Fleuve nyfur les Coftes ; l'ordre
ayant donc efté donnépour monter
le Fleuve de S. Laurent , il fe
trouva mille hommes du Gouver
ment de Quebec , preſts à marchers
Mr le Marquis deVaudreuil General de toute la Colonie , fe mit
à la tefte & fut droit au Fort
Chambly, vers l'entrée du Lac
Champlain tous les Sauvages
d'enbas premierement ceux des
environs de Quebec & des trois
Rivieres , fejoignirent à la Milice de la Cpitaledu Canada. Ace
108 MERCURE
Corps de Troupes fe joignit celuy
du Gouverneur de Montreal Mr
de Ramezay , ce qui forma une
Armée d'environ trois mille hom
mes. Le lieu du Campfut affigné
auLac & Fort de Chambly affez
prés du LacS. François quife communique à celuy de Champlain
mais comme aprés trois semaines
ou environ , l'Ennemi ne faifoir
aucun mouvement , on commença
à fe défier du Sauvage deferteur
de fon rapport: ce futen cette
fituation que Mr le Gouverneur
general reçut avis de Quebec , au
commencement d'Octobre , que la
Bellone Fregatte Françoise venois
GALANT 109
"de mouiller devant cette Ville , &
que l'Efcadre Ecoffoife deftinée
pourfaire le Siege de la Capitale
du Canada & favorifer l'attaque
des Anglois par en haut , c'est- àdire du cofté de Montreal , avoit
eu ordre de la Reine Anne de faire
voile vers le Portugal , à caufe
que MrleMarquis de Bay Commandant en Eftramadoure pour
PhilippeV. Roy d'Espagne, avoit
battue défait les Portugais &
les Anglois leurs Alliez. Mr le
General les Officiers de l'Armée Canadiennejugeantdoncqu'il
n'y avoit plus rien à craindre , la
faifon d'ailleurs eftant fort avan
براج
110 MERCURE
cée , on congedia la plupart des
Troupes. Neanmoins MrdeVaudreüil permit à Mr de Montigny
Capitaine tres-brave defaperfonne , que vous avez pu voir à la
Courily a quelques années , accompagné d'un ChefdesSauvages de la nation des Abnakis , de
fe mettre à la tefte d'un petit Parti, compofé de Canadiens experimentez &de Sauvages aguèrris,
pour tacher defaire quelques Prifonniers. Quelques- uns de ce petit
Parti , s'avancerent fi prés des
Forts des Anglois , qu'ils en fçûrent aisément & le nombre
forme. Fuſques à prefent , nous
la
*
GALANT III
n'avons perdu aucun des noftres ,
fice n'eft quatre Sauvages qui s'étoient engagez trop avant , dans
-le combat fous Mrde Ramezay.
Les Ennemis, fi on en croit un
Anglois amené depuis peu par un
Sauvage Abnaki , appellé Carnaret , efperent executer l'année
prochaine ce qu'ils n'ont pas fait
・
celle-cy.
La conclufion de toute la manœuvre des Anglois nos voisins &
de tout ce qu'avoit projetté leur
Reine , eft qu'il leur en coûte environfix millionspour le tout. On
compte cinq millions cinq ou fix
recent mille livres pour la Flotte
112 MERCURE
d'Ecoffe , fur lefquels cinq mil
lions , la Reine avoit fourni la
fomme de cinq ou fix cens mille
Livres , pour encourager les Ecoffois à fe rendre maiftres de toute
la Nouvelle- France , &environ
un million , tant au Baftonnois
qu'à ceuxde la Ménade on Manhate e d'Orange à qui la Reine
Anne donnoit en recompenfe tout
le Pays de Canada qui eft depuis
l'Ile de Montreal jufqu'à Quebec.
Lefuccés n'ayant point répondu à l'atente des Peuples de la
Nouvelle- Angleterre , de NewYork , & autres Pays fujets àla
CALANT 113
Reine Anne en Amerique , fur
lefquels on avoit levé de rudes
impôts & tiré d'exceffives contributions , ils commencent déja à
temoigner hautement leur mécontentementfur tout contre Pitref
culle , Major d'Orange , le principalboute-feu de la Guerre alumée contre nous qui jufqu'à .
prefent les à leurré de vaines
promeffes , leur faifant entendre
qu'il attireroit dans le parti de
l'Angleterre toutes les Nations
Iroquoifes par de magnifiques &
de riches prefens ; fur de fi belles
paroles les Habitans d'Orange,
d'Efope , & de Corlard , abanFévrier 1710.
K
114 MERCURE
#
donent leurs habitations &leurs
biens , courent aux armes.
Ceux de Manhate qui eft da
principale Place de la NouvelleYork , avec leur Gouverneur fe
·laiffent auffi éblouir par les difcours qu'on a foinde femer parmy.
eux , les Habitans de Bafton les
entrainent comme , malgré eux
dans cet expedition ; ils fe mettent
en marche , charient quantité
de provifions de bouche , bâtiffent
des Forts , pour leur fervir de
refuge en cas de défavantage , ils
fontde grandes dépenfes pour des
Convoys & des Munitons prodigieufes en Bombes , Canons ,
GALANT
Grenades , Pierriers . Toutes
ces démarches fembloient devoir
porter la terrear non feulement à
ta nouvelle France ; mais encore à
toute l'Amerique Septentrionalle ,
attirer tous les Sauvages dans
leur parti , neanmoins les Iroquois les plus aguerris d'entr'eux
nebranlentpoint , & les Sonontboüans demeurent neutres. Les
François loin de craindre les Anglois , vont au - devant d'eux ,
battent un de leur parti , font des
Prifonniers & les provoquent
de nouveau au Combat fans que
ces mêmes François ayant perdu
ancun des leurs. Tout nouvelleKij
116 MERCURE
ment nous venons de leur prendre
un Lieutenant qu'on a amené icy
Prifonnier. Une Flutte GardeCôtede Baftonavoit eſtépriſe par
nos gens avec buit Barques chargées de munitions qui alloient audevant de la Flote d'Ecoffe , qui
avoit ordre de la Reine Anne de
Se rendre maistre du Canada.
Ajoutez à cela tous nos petits
partis , difperfez çà , & là, qui
nous ont aporté plufieurs cheve
lures d'Anglois , ce qui a furieufement inquieté nos Ennemis
comptant laplupartdes Sauvages
dans leur parti,
pran
Nous avons vu icy au mois
GALANT 117
de Juillet un Phénomene qui a
fait parler diferemment bien des
fortes de ge
moyenne région de l'Air & avoit
à peu prés le difque apparent de
la Lune. Il yen eut à qui ilne
Sembla eftre qu'à la hauteur des
Arbres àdeuxcents pas d'eux,
tout Montreal l'a vu auffi- bien
que Quebec. Comme tout eft extrême en ce Pays- cy, & quepar
opofition au grandfroid , ilyfait
une chaleur exceffive en Esté
cette exhalaifon s'eft aparamment
formée d'une matiere déja toute
prefte:mais laiffons à Meffieurs
les Philofophes deviner ces effets
gens. Il parut dans la
118 MERCURE
de la nature , racontons quel
que chose qui vous touchera
peut- êtredavantage.
Les Iroquois quoyque battus
deux ou troisfois parles Outaouacs
depuis la Paix , n'ont pas encore remué , quoyque dans l'ame ,
ils ayent , à ce que quelques gens
croyent , bien envie defe vanger.
Les Aniés une des cinq Nations ,
la bonne amie des Anglois la
plus voifine de New York
incitez par nos Ennemis ,fe font
hazardez de venir , par une
lâchefurprife , lever la chevelure
à trois on quatre de nos Iroquois,
du Sant Saint Louis , à une lieuë
GALANT 119
&demie du Montreal,
Nous ménageons les Sauvages & ce n'eft pas peu de les
conferver dans la neutralité
contre lesfollicitations importunes
tres artificieufes de PeterSchuyler , vulgairement appellé
Pitre-Schulle , Major d'Elbanie où Orange en New York, fin
Renard , quipar des prefens réïterez e des difcours adroits
tâche de les metre ( au moins quelques Nations ) dans le parti des
Anglois. Mr de Jonquiere
réuffi merveilleufement auprés des
Sononthouans des Goyogouens
durant plufieurs années qu'il
120 MERCURE
efté auprés d'eux , pour les tenir
affectionnez à la Colonie , ce qui
luy a fait effuyer bien des fatigues. Mr le Baron de Longüeil
Major de Montreal , cheri de
pere en fils de ces Nations , eft allé
chez eux en Ambaffade pour Ne
gotier au moins une neutralité qui
foit ferme & pour les tenir en
refpect. La Nation des Sononthoüans femble être toute entiere.
pournous , & celle des Goyogoüins
enpartie ; ceux - cy quoyque gouvernezpar les premiers , je veux
dire par les Sononthoüans , une
des cinq Nations laplus nombreuSe,font partagez ce qu'ily a
de
GALANT 121
les
de remarquable c'est que les Iro
quois appellent les François ( en
la perfonne de leur Gouverneur
General ) leur Pere , & que
Anglois ne font confiderez chez
eux (fi peut-être on n'en excepte
les Aniez qui depuis du temps
paroiffent leurs grands amis ) que
comme leur Frere.
Voicy les morts les plus confiderables dans la Colonie , de cette
année. Mrle Marquis de Chryfaphi Gouverneur de la Ville des
Trois Rivieres , je ne vous apren
dray point icy , comme une chofe
nouvelle que cette Place eft égale
ment éloignée de Quebec , & de
Février 1710. L
122 MERCURE
Montreal , c'est ce que vous avez
pú connoître par mes precedentes
auffi-bien que beaucoup d'autres
éclairciffemens ou explications
que je ne repeteray pas dans cette
Lettre- ci, depeurde vous ennuyer.
Nous avons auffiperdu Mr de
Linetot MajordesTrois Rivieres.
Mrde Lorimier Capitaine. Mr
de Lor Biniere Doyen des Confeillers du Confeil Souverain de
Quebec un Chanoine de la
Cathedrale , ( Mr Petit ) jou
bliois le Pere ChauffetierJefuite ,
ce bon Pere-ci prétendoit il y a
quelques années avoir trouvé
le fecret de faire du pain avec
د
*
GALANT 123
certaine racine , qui auroit pû
fupléer au pain ordinaire dans un
befoin.
Je finis ma Lettre , que vous
recevez par la Bellone , petite
Fregate defeize Canons , en vous
marquant les perfonnes les plus
confiderables quipaffent en France dans ce Vaiffeau. Me la
Marquife de Vaudreuil femme
de Mrle Gouverneur General ,
s'y embarqua avec Me du Mefnil femme du Major des Troupes
de la Colonie. Mrle Vallet Chanoine de cette Ville & Secretaire
de Monfeigneurde Saint Vallier
noftre Evêque , Mr le Vaſſeur
Lij
124 MERCURE
Ingenieur envoyépar le Roy , c.
C'est avec les mêmes fentimens d'eftime & de wespect que
j'auray toujours pour vous , que
je fuis tres-parfaitement.
·
MONSIEUR,
Voftre tres- humble tresobéiffant ferviteur,
N.D.D
que je vous envoye une Relation de ce qui s'eft paffé en
Canada pendant le cours de
chaque année ; mais quelques
incidens font caufe que je vous
envoye celle que vous allez lire , quelques mois plus tard
quevous n'avez accoûtumé de
la recevoir tous les ans. Elled
vient d'un Officier François quis
eft dans l'Armée Canadienne.
"
GALANTNY 81
$ srpos ench notede af M
A Quebec le 12°. Novembre
299NING 27731709. riba vit
MONSIEUR,
La Defcription étonnante que
vous mefaites de l'Hyver qui a
ravagé l'Europe cette année , m’a
fait faire les reflexions ordinaires
fur le froid que l'on fent en ce
pays - cy. Et effectivement j'ay
admiré plus d'une fois.comment
les racines des Plantes , les Bois,
లో les Animaux, fans parler des
Habitans , refiftoient non-feulement a de tels froids , mais encore
82 MERCURE
à celuy que nous avons éprouvé
icy , vers la fin de l'année 1708 .
peu prés vers le temps que je
finiffois les dernieres Lettres queje
vous ay adreffées ; car il a eftéfi
pénetrant & fi vif, que s'il avoit
continué de la mêmeforce , je crois
quenous aurions tous peri & que
nous ferions tous morts dans les
commencemens d'un Hyverfi affreux. Mais le Seigneur n'a point
permis que nous avons fouffert au
deffus de nos forces.
Ainfi quelque rude qu'ait éfté
Hyver dans vos climats temperez d'ailleurs , il l'a efté incompa
rablement davantage en Canada,
GALANT 83
où la gelée commença vers la fin
de Novembre & perfevera fi
fortement, que dans les derniers
jours de Decembre ( 1708. ) le
Fleuve de S. Laurent , fe trouvaglacéjusqu'à laprofondeur de
dix pieds , & qu'il y avoit déja
quatre pieds de nége fur terre. Je
le repete encore , Monfieur , jepenfe que la Colonie auroit peryſi la
gelée avoit continué de cette violence. Et certes les Anglois fiirritez contre nous auroient eu alors
bon marché du Canada.
Ce froid exceffif nous quitta
fans doute pour vous aller rendre
vifte, puifque vous me marquez
84. MERCURE
que le premierjour de la grande
gelée commença le 6. ou 7. deFanvier de l'année fuivante ( 1709)
ce que je puis vous dire , c'est que
toutes ces horreurs de la nature ,
n'ontpoint efté un obftacle à la terre dela Nouvelle France , de nous
donnerd'affez bonsfruits, &aux
hommes de vivre ; au contraire
nous remarquons que ce froid
tribue à la fanté, & que la nége
qui regnefi longtemps dans l'AmeriqueSeptentrionale , l'engraifmerveilleufement , la moiffon
ayant efté abondante cette année-ci
en bled & enfruits; quoy qu'on
ne féme qu'à lafin d'Avril , le
fe
con-
GALANT 85
blé eft preft à couper au mois
( Je ne commenceray points
Monfieur, les Nouvelles que j'ay
à vous mander de ce pays-cy, par
ce qui s'eft paffé en l'Ile de Terre
Neuve au Fort S. Jean que nous
avons pris aux Anglois , parce
queje connois par vos Lettres que
vous en avez eftéinftruit en France , même d'aſſez bonne heure ;
à quoy je vous prie de faire
attention icy , eft que cette entreprife qui a estéexecutée avecbeaucoupde vigueur où entr'autres,
le fieur de la Ronde , d'une ancien="
ciennefamille de Canada s'eft dif-
86 MERCURE
tingué parfa bravoure intrigue
fort, non - feulement les Anglois
nos voiſins , mais encore ceux que
nous appellons icy les Anglois de
la Vieille- Angleterre, qui au
retour de ce qu'ils poffedent aux
Ifles - Antilles & ailleurs dans
l'Amerique, venoientfe relâcher,
ou radouber en ce Port , qui par
confequent leur eftoit fort commode.
Plufieurs des noftres difent icy
que la prife de ce Pofle & le ravage qu'on afait aux environs ,
va àfix millions. On dit que
Pefche que l'on faifoit proche la
Rade de S.Jean & aux Bancs
la
GALANT 87
voifins , valloit quatre millions de
rente à la Reine Anne. Nous
avons icy le Commandant ( le
Colonel Lloyd ) de ce Fort , prifonnieravecplufieurs Officiers, &
Soldats on Habitans de fon Gouvernement. Ila , àce qu'onpublie
dans Quebec , cent mille livres de
bien, & il veut fe marier icy &
époufer la veuve de Mr de Maricourt mort en 1704. Il eftoit
Capitaine dans cette Colonie &
freredu fameux Mr d'Yberville
qui s'eft fi fort diftingué fur mer
par fa valeur. Un Ecclefiaftique
tres-zelé, du Seminaire de Saint
Sulpice de Ville - Marie en l'Ifle
88 MERCURE
de Montreal, qui fait parfaite
ment l'Anglois , eft defcendu icy
pour travailler à la converfion de
ce Gouverneur Anglois , car
prétend, & il a témoigné librementfon deffein là-deffus , renoncer à la Religion Proteftante &
fe faire Catholique.
L'affaire de l'habitation de S.
Jean en Terre-Neuve futfuivie
d'une autre entrepriſe dans laBaye
d'Hudson , au lieu appellé le petit
Nord.
Mr Capitai- de Mantet
ne dans la Colonie enfut le Chef;
ce fut au mois d'Avril de cette
année 1709. Le Partife trouva
compofé de centhommes tous Ha.
GALANT 89
bitans & mariez pour la pluspart , mais alertes & entrepre P
nans ; Mr de la Nouě Lieutenant commandoit en ſecond ; à ces
deux Officiers s'en joignirent quel.
ques autres Subalternes ; la marche dura un peu plus de deux
mois , au bout duquel temps , nos
gens arrivez au but , déterminerent lejour de l'attaque au fixiémejour de Juillet. On choifit la
nuitpourcela: les Enfans perdus ,
je veux dire ceux qui marcherent
les premiers , donnerent brufquement & tefte baiffée fur un des
Fortsflanqué de quatre Baſtions ,
Février 1710. H
90 MERCURE
munisfelon le rapport de quelquesuns de ceux qui enfont revenus
de foixantepieces de Canon & de
plufieurs Pierriers. Des Boucaniers a qui le gardoient firent une
decharge terrible & du canon &
de leurs longs fufils qui cependant n'empêcha point ces premiers
des noftres , de pouffer leur pointe
avec une ardeur étonnante , de
rompre la paliẞade faite de gros ·
a Gens déterminez, Chaffeurs , propres
à la découverte , foit dans les terres
foit en mer; on pourroit les appeller
Flibuftiers de terre , auffi bien quede
mer. Les Boucaniers vivent fans façon de chair rôtic plus à la fumé
qu'au feu..
GALANT 91
un
pieux de traverſer un foffe
plein d'eau , large de quinzepieds,
qui estoit au de- là ; comme le feu
de l'Ennemy eftoit violent & continuel , & que le canonfaifoit
fracas horrible , & qu'avec cela
le nombre des Soldats oppofez aux
moftres eftoit tout-à-faitfuperieur,
il fallut fe retirer.
Mrde Mantet qui s'eft particulierement fignalé dans cette action , une des plus vives qui fe
foit faite en Amerique , y a efté
tues MrdeMartigny & douze
on quinze Canadiens ont eu le
mêmefort.
Hij
92 MERCURE
Les Anglois de la Vieille er de
la Nouvelle Angleterre ont efté
cette année dans de grands mouvemens pour s'emparer , fuivant
leur deffein , des trois Gouvernemens de la Colonie ; il neferoit
pas facile de vous expliquer combien ilsfe font remuez pour celae
voicy à peu prés la manœuvre
qu'ils ontfaite pourl'execution
ce projet.
uer.comDés que les Anglois de la Nouvelle Angleterre , & furtout ceux
de Bafton qui en eft la Capitale ,
eurentfçu certainement laprife de
leur Habitation du Port S.Jean ,
une des plus confiderables , ſans
GALANT 93
contredit , qu'ils euffent en TerreNeavepour la Pefche & lafureté de leurs Vaiffeaux qui paſſent
ouquireviennent d'Amerique , its
en donnerent avis à la Reine Anne par de petits Baftimens qu'ils
firent partir en diligence ; de forte
que vers la fin de May, un de
nos PartisSauvages ayantpris un
Officier Anglois du cofté de Bafton,
nous apprimes de luy qu'il leur
eftoit arriué des ordres de leur
Reine , par le Capitaine V'éché ,
dont voicy le contenu , autant que
jay pû m'en reſſouvenir: Que
tous les paysde fa domination
voifins de la Nouvelle - Angle-
$
94 MERCURE
terre ; fçavoir b la NouvelleYorck , le New-Jersey , bla
Penſylvanie , Mariland ( qui
veut dire terre de Marie ) la Vir
ginie & la Caroline ( quifemble
eftre une partie de la Floride ) feroient inceffamment proviſion
de vivres & de munitions de
guerre ; Qu'il feroit levé mille
hommes bien équipez & armez , qui fe joindroient à huit
mille Ecoffois prefts à s'embarquer au premier vent favora
ble & former une Efcadre de
dix Vaiffeaux de ligne , fans
Tous ces Pays font entre les 45. & 30.
degrez de Latitude Nord.
GALANT 95
compter les Baftimens de char
ge pour les munitions & les
vivres dont on pouvoit avoir
befoin , & cela pour venir
moüiller devant Bafton à la fin
du mois de Juin. Ces Ecoffois
aidez des Anglois de la Nouvelle
Angleterre devoient , felon leur
intention , affieger Quebec &fe
rendre maiftres detoutes les Coftes
d'en bas , jufqu'à la mer;
pays devoit , dans la pensée de la
Reine, leur demeurer , pour récom
penfe de la dépense & des avan
ces faites par ces Ecoffois les
mêmes ordres de la Reine Anne
marquoient : Que les Habitans
o
7
ce
96 MERCURE
du Gouvernement d'Orange
dans New-Yorck avecceux de
Manhate & les Sauvages leurs
Alliez ou Amis , s'uniroient
enfemble pour faire un Corps
d'Armée de trois mille hommes , qui iroit tomber fur le
Montreal , & feroit ainfi diverfion des forces des François.
d'arMrle Marquis de Vaudreüil,
Gouverneur general de la Nonvelle-France ne faifoit que
river à Ville-Marie , la feule
Ville quifoitdans l'Ile de Montreal éloignée foixante lieues de
Quebec ,lors qu'il apprit les deffeins
GALANT 97
feins des Anglois nos voisins, il
affembla le Confeil de Guerre
pour déliberer fur les mesures
qu'onavoit à prendre , &on fut
d'avis d'aller au devant des Ennemis & de les prévenir. Mr de
Ramezay Gouverneur de Mont
real fut destiné pour né pour commander
les Troupes ou Milices defon Gouvernement , &l'on convint d'y
joindre les Sauvages Iroquois
Algonkins , Abnakis , les autres qui font dans le voisinage.
Tout eftant preft ne vous attendez point icy , Monfieur , à des
Arméesdecent mille hommes comme en Europe , mais à des Partis
Février 1710. I
98 MERCURE.
pluteft qu'à des Armées , proportionnez aux Habitans de ces Regions froides ) la petite Armée , ou
le Partifi vous l'aimez mieux ,
commença à fe mettre en marche
vers le 15. deFuillet, & elle fe
* trouva cftre de treize àquatorze
cens hommes ; compofée des Habitans du Gouvernement de lIfle
de Montreal & de Sauvages de
plufieurs Nations. Onfut juf
qu'au c Lac Champlain , ainfi
eCe Lac s'etend depuis le 44. environ,
jufqu'au 45. degré de latitude Septentrionale. On en diftingue deux à
fes extremitez ; c'eft-à dire au Nord
& au Sud, le Lac de S. François au
Nord, & le Lac, dit du S. Sacrement,
au Sud.
QUA
LYON
GALANT 99
DE
appellé d'un ancien Gour
de Canada de ce nom ; Mrle
Marquis de Vaudreuil qui eft
fage & tres vigilantfaifoit pendantce temps- la fortifier de nouveau Quebec & Ville Marie ,
vulgairement dite Montreal ,
l'Habitation la plus importante
de l'Ifle de ce nom. Les Forts des
environs de l'Ile de Montrealfurent vifitez &reparez où ilfalloit on s'attacha beaucoup à d
celuy de Mrle Baron de Longüeil
Major de Montreal qui eft de
d Le Fort de Longueil eft à peu prés au
Sud de l'Ile de Montreal, fur le bord
du Fleuve S. Laurent.
I ij
100 MERCURE
pierre & un desplus confiderables
dela Colonie; celuy de la Prairie,
dité de la Madeleine , au Sudde
de l'Ifle de Montrealfut auffifortifié de nouveau en même temps
que celuy de e Chambly qui eftoit
Le plus expofe aux infultes de
l'Ennemi ; on en conftruifit un de
pierres à Lorette , Miffionfauvage au Nord de Ville -Marie ,
gouvernée par Mrsde S. Sulpice.
Les Découvreurs marchant devant noftre Arméejufques à trois
ou quatre licuës , rencontrerent un
eCe Fott cft au Nord du Lac Champlain , & à environ dix lieues de la
Rivierb de S. Laurent.
GALANT 101
Parti ennemi au lieu dit la Poinre , fà la chevelure de cent vingt
hommes ou environ ; Mr de Ra
mezay le Commandantfut auſſitoft averti , ilfit rangerfes gens en
ordrede Bataille le fignal donné,
on marcha droit aux Anglois , les
noftres donnerent avec vigueurfur
l'Ennemi en tuerent on firent
Prifonniers une bonne partie
mirent le refte en fuite ; quatre
de nos Sauvages qui s'eftoient un
f Ce lieu est éloigné de Quebec d'environ 6o. lieuës , & il n'eft aing nommé qu'à l'occafion de quelques chevelares levées par des Sauvages; mes
Lettres vous ont déja dit comment
cela fe faifoit.
I iij
102 MERCURE
25.
peu trop avancez ,yfurent tuez.
Les Prifonniers nous apprirent que
les Anglois s'eftoient retranchez à
lieues en deça d'Orange , le
long d'une petite riviere , appellée
la Riviere au Chicot , g qu'ils
faifoient conftruire en cet endroit
de grands Batteaux & des Pirogues &un bon nombre de Canots pour venir ravager le Canada, à lafaveur de la Riviere de
Saint Laurent , dans laquelle ils
feroient entrez par le moyen du
Lac Champlain les Anglois
g
s
Du cofté du Lac du S. Sacrement &
vers l'entrie du Lac Champlain, dans
le voisinage de la Nouvelle- Angleterre & de New-Yorck.
GALANT 103.
avoient en effet élevé trois Forts
avec de gros & grands pieux de
bois de cedre blanc qui eft commun
dans l'Amerique Septentrionale,
dans l'un defquels on diſoit qu'ily
avoit fix ou buitpieces de canon ,
des bombes , quantitédegrenades ,
environ quinze ou dix - huit
cens hommespour les garder.
Sur le rapport de ces Prifonniers Anglois , Mr de Ramezay
affembla tous les Officiers de fa
petite Armée, le Confeil trouvantque ceferoit , cefemble , une
temerité quede s'expofer en avançant contre des Ennemis & plus
nombreux, avec cela tres - bien
I iiij)
104 MERCURE
retranchez , on prit le parti de les
attendre de pied ferme , s'ils en
vouloient venir aux mains ; cer
pendant les Efpions des Anglois
ayant rapporté àleur Camp que
noftre Armée eftoitformidable
que le Lac Champlain eftoit tout
couvert de canots , l'allarme fe mit
parmi eux , & aucun des- leurs
neparoiffant , aprésplufieursjours
d'attente , le Chefdu Parti Canadien confiderant que la recolte
dans l'Ile de Montreal & aux
contrées adjacentespreffait, &mêmé qu'elle eftoit déja commencées
renvoya la Milice & les Habitans de Montreal & des Coftes
+
GALANT 105
cela n'empêchapoint qu'on ne laiffaft des Découvreurs aux environs du Pofte que l'on quittoit ,
c'eft à dire vers les Lacs S. François , de Champlain & du S. Sacrement , celuy - cy cftant le plus.
proche des Ennemis , pour avertir
de tout en cas de befoin. La moiffonfefit pendant ce temps- là &a
efté abondante , non-feulement en
blé , mais encore en legumes & en
fruits tels qu'on les peut conferver
en Canada.
On ramaffoittranquilement les
biens que le Ciel nous avoit don
nez de fa main toute liberale , lors
que vers le 15.du mois de Septem-
106 MERCURE
bre tout à coup un Sauvage qui
avoitdefertédu Camp des ennemis».
vintdire au Montreal queles En
nemis eftoient enmarche du cofté du
LacChamplain. MrdeRamezay
envoya en diligence ce Sauvage à
Mr le Marquis de Vaudreuil
qui eftoit defcendu à Quebecpour .
j bien recevoir les Ennemis , qui
felon le bruit qui couroit, prétendoient l'affieger avec des forces
nombreuſes &par mer &parterre. Les Officiers s'eftant affemblez
chez Mrle Gouverneur general ,
onconclutque le Montrealfe trouvant endanger, ilfalloit lefecou
courir, les Découvreurs que Mr
GALANY 107.
deVaudreuilavoit envoyez àplus
de foixante lieuës au - deffous de
Quebec , ne voyant rien fur le
Fleuve nyfur les Coftes ; l'ordre
ayant donc efté donnépour monter
le Fleuve de S. Laurent , il fe
trouva mille hommes du Gouver
ment de Quebec , preſts à marchers
Mr le Marquis deVaudreuil General de toute la Colonie , fe mit
à la tefte & fut droit au Fort
Chambly, vers l'entrée du Lac
Champlain tous les Sauvages
d'enbas premierement ceux des
environs de Quebec & des trois
Rivieres , fejoignirent à la Milice de la Cpitaledu Canada. Ace
108 MERCURE
Corps de Troupes fe joignit celuy
du Gouverneur de Montreal Mr
de Ramezay , ce qui forma une
Armée d'environ trois mille hom
mes. Le lieu du Campfut affigné
auLac & Fort de Chambly affez
prés du LacS. François quife communique à celuy de Champlain
mais comme aprés trois semaines
ou environ , l'Ennemi ne faifoir
aucun mouvement , on commença
à fe défier du Sauvage deferteur
de fon rapport: ce futen cette
fituation que Mr le Gouverneur
general reçut avis de Quebec , au
commencement d'Octobre , que la
Bellone Fregatte Françoise venois
GALANT 109
"de mouiller devant cette Ville , &
que l'Efcadre Ecoffoife deftinée
pourfaire le Siege de la Capitale
du Canada & favorifer l'attaque
des Anglois par en haut , c'est- àdire du cofté de Montreal , avoit
eu ordre de la Reine Anne de faire
voile vers le Portugal , à caufe
que MrleMarquis de Bay Commandant en Eftramadoure pour
PhilippeV. Roy d'Espagne, avoit
battue défait les Portugais &
les Anglois leurs Alliez. Mr le
General les Officiers de l'Armée Canadiennejugeantdoncqu'il
n'y avoit plus rien à craindre , la
faifon d'ailleurs eftant fort avan
براج
110 MERCURE
cée , on congedia la plupart des
Troupes. Neanmoins MrdeVaudreüil permit à Mr de Montigny
Capitaine tres-brave defaperfonne , que vous avez pu voir à la
Courily a quelques années , accompagné d'un ChefdesSauvages de la nation des Abnakis , de
fe mettre à la tefte d'un petit Parti, compofé de Canadiens experimentez &de Sauvages aguèrris,
pour tacher defaire quelques Prifonniers. Quelques- uns de ce petit
Parti , s'avancerent fi prés des
Forts des Anglois , qu'ils en fçûrent aisément & le nombre
forme. Fuſques à prefent , nous
la
*
GALANT III
n'avons perdu aucun des noftres ,
fice n'eft quatre Sauvages qui s'étoient engagez trop avant , dans
-le combat fous Mrde Ramezay.
Les Ennemis, fi on en croit un
Anglois amené depuis peu par un
Sauvage Abnaki , appellé Carnaret , efperent executer l'année
prochaine ce qu'ils n'ont pas fait
・
celle-cy.
La conclufion de toute la manœuvre des Anglois nos voisins &
de tout ce qu'avoit projetté leur
Reine , eft qu'il leur en coûte environfix millionspour le tout. On
compte cinq millions cinq ou fix
recent mille livres pour la Flotte
112 MERCURE
d'Ecoffe , fur lefquels cinq mil
lions , la Reine avoit fourni la
fomme de cinq ou fix cens mille
Livres , pour encourager les Ecoffois à fe rendre maiftres de toute
la Nouvelle- France , &environ
un million , tant au Baftonnois
qu'à ceuxde la Ménade on Manhate e d'Orange à qui la Reine
Anne donnoit en recompenfe tout
le Pays de Canada qui eft depuis
l'Ile de Montreal jufqu'à Quebec.
Lefuccés n'ayant point répondu à l'atente des Peuples de la
Nouvelle- Angleterre , de NewYork , & autres Pays fujets àla
CALANT 113
Reine Anne en Amerique , fur
lefquels on avoit levé de rudes
impôts & tiré d'exceffives contributions , ils commencent déja à
temoigner hautement leur mécontentementfur tout contre Pitref
culle , Major d'Orange , le principalboute-feu de la Guerre alumée contre nous qui jufqu'à .
prefent les à leurré de vaines
promeffes , leur faifant entendre
qu'il attireroit dans le parti de
l'Angleterre toutes les Nations
Iroquoifes par de magnifiques &
de riches prefens ; fur de fi belles
paroles les Habitans d'Orange,
d'Efope , & de Corlard , abanFévrier 1710.
K
114 MERCURE
#
donent leurs habitations &leurs
biens , courent aux armes.
Ceux de Manhate qui eft da
principale Place de la NouvelleYork , avec leur Gouverneur fe
·laiffent auffi éblouir par les difcours qu'on a foinde femer parmy.
eux , les Habitans de Bafton les
entrainent comme , malgré eux
dans cet expedition ; ils fe mettent
en marche , charient quantité
de provifions de bouche , bâtiffent
des Forts , pour leur fervir de
refuge en cas de défavantage , ils
fontde grandes dépenfes pour des
Convoys & des Munitons prodigieufes en Bombes , Canons ,
GALANT
Grenades , Pierriers . Toutes
ces démarches fembloient devoir
porter la terrear non feulement à
ta nouvelle France ; mais encore à
toute l'Amerique Septentrionalle ,
attirer tous les Sauvages dans
leur parti , neanmoins les Iroquois les plus aguerris d'entr'eux
nebranlentpoint , & les Sonontboüans demeurent neutres. Les
François loin de craindre les Anglois , vont au - devant d'eux ,
battent un de leur parti , font des
Prifonniers & les provoquent
de nouveau au Combat fans que
ces mêmes François ayant perdu
ancun des leurs. Tout nouvelleKij
116 MERCURE
ment nous venons de leur prendre
un Lieutenant qu'on a amené icy
Prifonnier. Une Flutte GardeCôtede Baftonavoit eſtépriſe par
nos gens avec buit Barques chargées de munitions qui alloient audevant de la Flote d'Ecoffe , qui
avoit ordre de la Reine Anne de
Se rendre maistre du Canada.
Ajoutez à cela tous nos petits
partis , difperfez çà , & là, qui
nous ont aporté plufieurs cheve
lures d'Anglois , ce qui a furieufement inquieté nos Ennemis
comptant laplupartdes Sauvages
dans leur parti,
pran
Nous avons vu icy au mois
GALANT 117
de Juillet un Phénomene qui a
fait parler diferemment bien des
fortes de ge
moyenne région de l'Air & avoit
à peu prés le difque apparent de
la Lune. Il yen eut à qui ilne
Sembla eftre qu'à la hauteur des
Arbres àdeuxcents pas d'eux,
tout Montreal l'a vu auffi- bien
que Quebec. Comme tout eft extrême en ce Pays- cy, & quepar
opofition au grandfroid , ilyfait
une chaleur exceffive en Esté
cette exhalaifon s'eft aparamment
formée d'une matiere déja toute
prefte:mais laiffons à Meffieurs
les Philofophes deviner ces effets
gens. Il parut dans la
118 MERCURE
de la nature , racontons quel
que chose qui vous touchera
peut- êtredavantage.
Les Iroquois quoyque battus
deux ou troisfois parles Outaouacs
depuis la Paix , n'ont pas encore remué , quoyque dans l'ame ,
ils ayent , à ce que quelques gens
croyent , bien envie defe vanger.
Les Aniés une des cinq Nations ,
la bonne amie des Anglois la
plus voifine de New York
incitez par nos Ennemis ,fe font
hazardez de venir , par une
lâchefurprife , lever la chevelure
à trois on quatre de nos Iroquois,
du Sant Saint Louis , à une lieuë
GALANT 119
&demie du Montreal,
Nous ménageons les Sauvages & ce n'eft pas peu de les
conferver dans la neutralité
contre lesfollicitations importunes
tres artificieufes de PeterSchuyler , vulgairement appellé
Pitre-Schulle , Major d'Elbanie où Orange en New York, fin
Renard , quipar des prefens réïterez e des difcours adroits
tâche de les metre ( au moins quelques Nations ) dans le parti des
Anglois. Mr de Jonquiere
réuffi merveilleufement auprés des
Sononthouans des Goyogouens
durant plufieurs années qu'il
120 MERCURE
efté auprés d'eux , pour les tenir
affectionnez à la Colonie , ce qui
luy a fait effuyer bien des fatigues. Mr le Baron de Longüeil
Major de Montreal , cheri de
pere en fils de ces Nations , eft allé
chez eux en Ambaffade pour Ne
gotier au moins une neutralité qui
foit ferme & pour les tenir en
refpect. La Nation des Sononthoüans femble être toute entiere.
pournous , & celle des Goyogoüins
enpartie ; ceux - cy quoyque gouvernezpar les premiers , je veux
dire par les Sononthoüans , une
des cinq Nations laplus nombreuSe,font partagez ce qu'ily a
de
GALANT 121
les
de remarquable c'est que les Iro
quois appellent les François ( en
la perfonne de leur Gouverneur
General ) leur Pere , & que
Anglois ne font confiderez chez
eux (fi peut-être on n'en excepte
les Aniez qui depuis du temps
paroiffent leurs grands amis ) que
comme leur Frere.
Voicy les morts les plus confiderables dans la Colonie , de cette
année. Mrle Marquis de Chryfaphi Gouverneur de la Ville des
Trois Rivieres , je ne vous apren
dray point icy , comme une chofe
nouvelle que cette Place eft égale
ment éloignée de Quebec , & de
Février 1710. L
122 MERCURE
Montreal , c'est ce que vous avez
pú connoître par mes precedentes
auffi-bien que beaucoup d'autres
éclairciffemens ou explications
que je ne repeteray pas dans cette
Lettre- ci, depeurde vous ennuyer.
Nous avons auffiperdu Mr de
Linetot MajordesTrois Rivieres.
Mrde Lorimier Capitaine. Mr
de Lor Biniere Doyen des Confeillers du Confeil Souverain de
Quebec un Chanoine de la
Cathedrale , ( Mr Petit ) jou
bliois le Pere ChauffetierJefuite ,
ce bon Pere-ci prétendoit il y a
quelques années avoir trouvé
le fecret de faire du pain avec
د
*
GALANT 123
certaine racine , qui auroit pû
fupléer au pain ordinaire dans un
befoin.
Je finis ma Lettre , que vous
recevez par la Bellone , petite
Fregate defeize Canons , en vous
marquant les perfonnes les plus
confiderables quipaffent en France dans ce Vaiffeau. Me la
Marquife de Vaudreuil femme
de Mrle Gouverneur General ,
s'y embarqua avec Me du Mefnil femme du Major des Troupes
de la Colonie. Mrle Vallet Chanoine de cette Ville & Secretaire
de Monfeigneurde Saint Vallier
noftre Evêque , Mr le Vaſſeur
Lij
124 MERCURE
Ingenieur envoyépar le Roy , c.
C'est avec les mêmes fentimens d'eftime & de wespect que
j'auray toujours pour vous , que
je fuis tres-parfaitement.
·
MONSIEUR,
Voftre tres- humble tresobéiffant ferviteur,
N.D.D
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Résumé : A Quebec le 12e. Novembre 1709.
En novembre 1709, une lettre décrit divers événements survenus au Canada. L'hiver 1708-1709 a été particulièrement rigoureux, avec des températures extrêmement basses et une épaisse couche de neige. Malgré ces conditions, la colonie a produit de bons fruits et la neige a fertilisé les terres. La lettre relate également des victoires militaires françaises. Les Français ont pris le Fort Saint-Jean à Terre-Neuve, dirigé par le sieur de la Ronde, causant des pertes financières significatives aux Anglais. Une autre expédition française a attaqué un fort anglais dans la baie d'Hudson. Les Anglais préparaient une grande offensive pour s'emparer des gouvernements de la colonie française, mais les Français ont renforcé leurs positions et organisé des patrouilles. Une confrontation à la Pointe à la Chevelure a vu la victoire des Français, qui ont capturé des prisonniers révélant les plans anglais de construire des bateaux pour envahir le Canada. Sur le plan militaire, les officiers français, sous le commandement de Monsieur de Ramezay, ont décidé de ne pas avancer contre les ennemis plus nombreux et bien retranchés, préférant les attendre. Les espions anglais ont rapporté que l'armée française était formidable, provoquant une alarme parmi les Anglais. Monsieur de Vaudreuil, gouverneur général, a rassemblé une armée de trois mille hommes près du lac Champlain. Après trois semaines sans mouvement ennemi, les Français ont appris que la flotte écossaise destinée à attaquer Québec avait été redirigée vers le Portugal. Les Français ont alors congédié la plupart des troupes. Monsieur de Montigny a mené une petite expédition contre les prisonniers anglais. Malgré leurs efforts et dépenses, les Anglais n'ont pas réussi à attirer les nations iroquoises dans leur camp. Les Français ont capturé des prisonniers et des munitions, et les Iroquois sont restés neutres. Le texte mentionne également des phénomènes naturels et des décès notables dans la colonie.
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16
p. 164-167
Article de Marine. [titre d'après la table]
Début :
J'oubliay le mois passé lors que je fermay ma Lettre, d'y [...]
Mots clefs :
Marine, Commandant, Bâtiment, Capitaine, Corsaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article de Marine. [titre d'après la table]
J'oubliay le mois paffé lors
que je fermay ma Lettre , d'y
mettre les Articles de Marine
que vous allez lire.
De Dunkerque le 6. Mars.
Les Vaiffeaux du Roy l'Augufte & le Blackwal , ont amené
un Baftiment Hollandois char
gé de Moruë.
De Bordeaux le 8. Mars.
Le Vaiffeau la -Bellone de
Bordeauxya conduit une Priſe
CALANT 165
Angloife nommée l'Agnés de
Glafcom, chargée de Sucre , de
Cotton, & de Gingembre , venant d'Antigue , Ifle Angloife.
De Breft le 10. Mars.
Mr Hamel Commandant
la Fregatte du Roy la Victoire,
a pris le Navire l'Ecureuil , venant de Ligourne chargé de
vin de Florence & de marbre ,
deſtiné pour Londres , aprés
une heure de Combat dans lequel Mr Hamel a eu trois
hommes tuez & cinq bleffez.
166 MERCURE
De Calais le z2 . Mars
Le Capitaine Mathieu Car--
don Commandant le Corfaire
nommé le Maréchal de Boufflers, a pris un Baftiment Hol
landois de 70. tonneaux fortant de Rotterdam pour
Aberdein, Nord- d'Angleterre,
chargé de briques , poteries
chanvres , papiers , fil de fer ,
peintures , & épiceries.
aller à
,
Le Capitaine Alexandre
Dalzel Commandant le Dogre
l'Experience , a amené une rançon de 32 50. livres.
GALANT 167
De S. Malo le 5. Mars.
Le Corfaire le Chaffeura pris
un Paquebot Anglois venant
de Lifbonne , fur lequel il y
avoit plufieurs Officiers de cette Nation , deux Suedois , &
quatre Marchands Hollandoispaffagers.
LaMarguerite a repris deux
Barques chargées de vin de
Bordeaux qui avoient eſté enlevées par des Corfaires de
Jerfé.
que je fermay ma Lettre , d'y
mettre les Articles de Marine
que vous allez lire.
De Dunkerque le 6. Mars.
Les Vaiffeaux du Roy l'Augufte & le Blackwal , ont amené
un Baftiment Hollandois char
gé de Moruë.
De Bordeaux le 8. Mars.
Le Vaiffeau la -Bellone de
Bordeauxya conduit une Priſe
CALANT 165
Angloife nommée l'Agnés de
Glafcom, chargée de Sucre , de
Cotton, & de Gingembre , venant d'Antigue , Ifle Angloife.
De Breft le 10. Mars.
Mr Hamel Commandant
la Fregatte du Roy la Victoire,
a pris le Navire l'Ecureuil , venant de Ligourne chargé de
vin de Florence & de marbre ,
deſtiné pour Londres , aprés
une heure de Combat dans lequel Mr Hamel a eu trois
hommes tuez & cinq bleffez.
166 MERCURE
De Calais le z2 . Mars
Le Capitaine Mathieu Car--
don Commandant le Corfaire
nommé le Maréchal de Boufflers, a pris un Baftiment Hol
landois de 70. tonneaux fortant de Rotterdam pour
Aberdein, Nord- d'Angleterre,
chargé de briques , poteries
chanvres , papiers , fil de fer ,
peintures , & épiceries.
aller à
,
Le Capitaine Alexandre
Dalzel Commandant le Dogre
l'Experience , a amené une rançon de 32 50. livres.
GALANT 167
De S. Malo le 5. Mars.
Le Corfaire le Chaffeura pris
un Paquebot Anglois venant
de Lifbonne , fur lequel il y
avoit plufieurs Officiers de cette Nation , deux Suedois , &
quatre Marchands Hollandoispaffagers.
LaMarguerite a repris deux
Barques chargées de vin de
Bordeaux qui avoient eſté enlevées par des Corfaires de
Jerfé.
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Résumé : Article de Marine. [titre d'après la table]
En mars, plusieurs événements maritimes notables ont été rapportés. À Dunkerque, le 6 mars, les vaisseaux Auguste et Blackwall ont capturé un navire hollandais chargé de morue. À Bordeaux, le 8 mars, La Bellone a conduit une prise anglaise, l'Agnès de Glascom, chargée de sucre, de coton et de gingembre, en provenance d'Antigua. À Brest, le 10 mars, la frégate La Victoire, commandée par M. Hamel, a pris le navire L'Écureuil, venant de Livourne et chargé de vin de Florence et de marbre destiné à Londres, après un combat ayant causé trois morts et cinq blessés. À Calais, le 22 mars, le corsaire Le Maréchal de Boufflers a capturé un bâtiment hollandais de 70 tonneaux en provenance de Rotterdam à destination d'Aberdeen, chargé de divers produits. Le capitaine Alexandre Dalzel a amené une rançon de 32 500 livres. À Saint-Malo, le 5 mars, le corsaire Le Chasseur a pris un paquebot anglais venant de Lisbonne avec plusieurs passagers, et La Marguerite a repris deux barques chargées de vin de Bordeaux enlevées par des corsaires de Jersey.
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17
p. 216-222
Article touchant un obmission faite dans celuy des nouveaux Brigadiers, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay déja marqué en vous parlant des nouveaux [...]
Mots clefs :
Mr de Margeret, Capitaine, Nouveaux brigadiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article touchant un obmission faite dans celuy des nouveaux Brigadiers, [titre d'après la table]
Je vous ay déja marqué en
vous parlant des nouveaux
Brigadiers, qu'il n'estoit pas
impossible que je ne me fùfTc
trompe
trompé à l'égard de quelquesuns, ce qui est arrivé touchant
Mr deMargeret, dont le pere
n'a jamaisestéaux Isles.Jedois
ajoûter aussi que celuy dont
j'ay parlé ne s'est point trouvé
à la Bataille de Malplaquet.
Mrde Margeret Capitaine
au Regiment des Gardes Françoises, Chevalier de S. Louis,
«
cH: fils de Pierre de Margeret,
S' Grand Audiancier de France,
Seigneur de Pontaut qui estoit
petit-neveu du Capitaine Mari geret, qui ayant fait plusieurs
voyages dans les Pays les plus
)
éloignez, son fort voulut qu'-
aprés qu'il eut servi le Prince
de Transilvanie, ensuite l'Empereur en Hongrie, puis le
Roy de Pologne, en qualité
de Capitaine d'uneCompagnie
de gens de pied, & estre parvenu au service de Boris Empereur de Ruffie il eut le Com-
• mandement d'une Compagnie
deCavalerie. Demetriusayant
fucccdé à Boris, cet Empereur
l'honora dela Charge de la premiere Compagnie de ses Gardes;mais lesaffairesdecet Empereur ayant esté extrêmement
bouleversées, ce Capitaine fut
obligé de revenir en France,
où il fut tres- bien reçû du Roy
Henry IV. qui l'honora de
son affection, & qui luy or- donna de donner au Public un Recit des Mœurs, & de beaucoup de particularitez de l'Etat de Russie.
Il reste encore plusieurs ensans de Pierre Margeret grand
Audiencier; voicy une circonstance qui regarde l'aîné, & qui àcause de sasingulariré, merite de vous estre rapportée. Dés
sa naissance il sur mis chez un Maistre de Pension qui avoit chez luy des Nourrices qui ne partoient que Latin; en sorte
les Enfans que l'on y mettoit
suçoient cette Langue en suçantle lair. Dés qu'il eut) la
langue déliée il parut unssi
grand prodige qu'il fut presenté au Roy devant quise
trouverent des gens tres habiles qui furent étonnez de voir
un enfant de deux ans parler
Latin comme il auroit pû faire
à quarante. Depuis cetemps-là
son pere luy fit apprendre p!usieurs Langues, & sur tout la
Grecque, où il réüssitparfairemenr. Il le fit étudier ensuite
enTheologie & en Droit où i
ilserendit fort habile;maisil
l
changea les Portefeüilles. en
une épée, & il monta par dcgrcz à la Charge de Capitaine
aux Gardes.
J'aurois beaucoup de ebofes
à vous dire de Mr l'Abbé de
Margeret, si le temps ne me
manquoit pas; il a
beaucoup
contribué à l'avancement de
ses freres, dansle service.
Feuë leur mere avoir un
vray & singulier merite. Elle
estoit si remplie de bonnes
qualitez
,
qu'un tres -
grand
nombre de Princesses & de
Duchesses l'estimoient beaucoup. Madame Royale luy fai-
soit tressouvent l'honneur de
luy écrire,aussi bien que la
Reine de Portugal; & Mrs de
Margeret conservent encore
jeurs Lettres, comme des déposts considerables, & capables de faire honneur à la memoire d'une si digne mere & à
ses enfans.
vous parlant des nouveaux
Brigadiers, qu'il n'estoit pas
impossible que je ne me fùfTc
trompe
trompé à l'égard de quelquesuns, ce qui est arrivé touchant
Mr deMargeret, dont le pere
n'a jamaisestéaux Isles.Jedois
ajoûter aussi que celuy dont
j'ay parlé ne s'est point trouvé
à la Bataille de Malplaquet.
Mrde Margeret Capitaine
au Regiment des Gardes Françoises, Chevalier de S. Louis,
«
cH: fils de Pierre de Margeret,
S' Grand Audiancier de France,
Seigneur de Pontaut qui estoit
petit-neveu du Capitaine Mari geret, qui ayant fait plusieurs
voyages dans les Pays les plus
)
éloignez, son fort voulut qu'-
aprés qu'il eut servi le Prince
de Transilvanie, ensuite l'Empereur en Hongrie, puis le
Roy de Pologne, en qualité
de Capitaine d'uneCompagnie
de gens de pied, & estre parvenu au service de Boris Empereur de Ruffie il eut le Com-
• mandement d'une Compagnie
deCavalerie. Demetriusayant
fucccdé à Boris, cet Empereur
l'honora dela Charge de la premiere Compagnie de ses Gardes;mais lesaffairesdecet Empereur ayant esté extrêmement
bouleversées, ce Capitaine fut
obligé de revenir en France,
où il fut tres- bien reçû du Roy
Henry IV. qui l'honora de
son affection, & qui luy or- donna de donner au Public un Recit des Mœurs, & de beaucoup de particularitez de l'Etat de Russie.
Il reste encore plusieurs ensans de Pierre Margeret grand
Audiencier; voicy une circonstance qui regarde l'aîné, & qui àcause de sasingulariré, merite de vous estre rapportée. Dés
sa naissance il sur mis chez un Maistre de Pension qui avoit chez luy des Nourrices qui ne partoient que Latin; en sorte
les Enfans que l'on y mettoit
suçoient cette Langue en suçantle lair. Dés qu'il eut) la
langue déliée il parut unssi
grand prodige qu'il fut presenté au Roy devant quise
trouverent des gens tres habiles qui furent étonnez de voir
un enfant de deux ans parler
Latin comme il auroit pû faire
à quarante. Depuis cetemps-là
son pere luy fit apprendre p!usieurs Langues, & sur tout la
Grecque, où il réüssitparfairemenr. Il le fit étudier ensuite
enTheologie & en Droit où i
ilserendit fort habile;maisil
l
changea les Portefeüilles. en
une épée, & il monta par dcgrcz à la Charge de Capitaine
aux Gardes.
J'aurois beaucoup de ebofes
à vous dire de Mr l'Abbé de
Margeret, si le temps ne me
manquoit pas; il a
beaucoup
contribué à l'avancement de
ses freres, dansle service.
Feuë leur mere avoir un
vray & singulier merite. Elle
estoit si remplie de bonnes
qualitez
,
qu'un tres -
grand
nombre de Princesses & de
Duchesses l'estimoient beaucoup. Madame Royale luy fai-
soit tressouvent l'honneur de
luy écrire,aussi bien que la
Reine de Portugal; & Mrs de
Margeret conservent encore
jeurs Lettres, comme des déposts considerables, & capables de faire honneur à la memoire d'une si digne mere & à
ses enfans.
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Résumé : Article touchant un obmission faite dans celuy des nouveaux Brigadiers, [titre d'après la table]
Le texte évoque la famille Margeret et ses membres notables. L'auteur reconnaît une erreur concernant Monsieur de Margeret, dont le père n'a jamais été aux Îles et qui n'a pas participé à la bataille de Malplaquet. Monsieur de Margeret est capitaine au régiment des Gardes Françaises et chevalier de Saint-Louis. Il est le fils de Pierre de Margeret, grand auditeur de France et seigneur de Pontaut. Pierre de Margeret avait plusieurs enfants, dont l'aîné a maîtrisé plusieurs langues, s'est distingué en théologie et en droit avant de devenir capitaine aux Gardes. Leur mère, décédée, était respectée par de nombreuses princesses et duchesses, telles que Madame Royale et la reine de Portugal, qui lui écrivaient fréquemment. Les lettres de ces personnalités témoignent de la valeur de cette mère et de ses enfants. Un autre membre notable de la famille est un capitaine Margeret, petit-neveu de Pierre, qui a servi divers princes européens et le tsar Boris en Russie avant de revenir en France et de rédiger un récit sur les mœurs russes à la demande du roi Henri IV.
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18
p. 102-108
MARINE. Avis de Prises.
Début :
De Toulon le premier Decembre 1710. Le sieur Desdons Capitaine [...]
Mots clefs :
Vaisseau, Tonneaux, Prises, Anglais, Capitaine, Capitaines, Commandant, Toulon, Calais, Livourne, Morlaix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARINE. Avis de Prises.
MARINE.
Avis de Prises.
De Toulon le premier Decembre
1 7 10.
Le sieur Desdons Capitaine
de Brulot qui avoit armé
encourse le Vaisseau la Marie
Anne, a pris trois Vais-
[caux, sçavoir, deux Anglois,
chargez de morüe &
de bled, & le troisiéme
Hollandois,venantde Moscovie
,
destiné pour Livourne,
à l'abordage duquel le
Sr Desdons a cité tué par le
dernier coup de Canon qui
en futtiré.
Cette prise est estimée
2.50000. livres.
De Calais le 5. Decembre
1710.
Le Capiraine Gavelle y a
amené un Batteau Anglois,
nommé le Samuel de Hastin
g.
Le Capitaine Guillaume
Cardon y a aussiamené une
Galliotte Hollandoise de 70
Tonneaux, nommée les
trois Amis dAmsterdam.
De Livourne le
1 g.. Novembre1710.
Le Capitaine Augier,
Commandant IcVaincau la
Fortune de la mer , a mené
à Livourne un Vaisseau
Hollandois, nommé la Galere
Sara-Maria, estimée
zjooo. écus.
Madame la Connestable
Doüairrere de Cologne. M.
le Connestable, M. son frere
& Mesdames leurs Epouses
qont presentement à Ligourne.
De Calais le 8. Decembre
1710.
Il yaesté amené 3. pri-.
qes, sçavoir
, une Barque
Suedoise de50 Tonneaux,
faice par les Capitaines
Marcq Teste
,
& Jean Hache.
La 2.
e. un Dogre de 50-
Tonneaux pris par les Capitaines
Bachelier & Live.
Et la 3 e.estune Galliotte
de
1 50 Tonneaux prispar
les Capitaines Dunet &autres
Corsairesde ce Port.
De Toulon le 2. Decembre
1710.
Le sieur de Pallas écrit
de Cadis qu'il y a conduit
deux prises, sçivoir un Vaisseau
de la Reine Anne de
30.Canons, dans lequelil
s'est trouve environ dix mil
piastres en or ,deux mil pia sstres
enmarchandises, 40.
bariques de vivres, & que
le corps du Vaisseau a esté
vendu 2010.piastres.
Et la 2e.un Vaisseau Anglois
de 70. Tonneaux.
Le sieur Grasson Commandant
le Faucon y a mené
aussi un Vaisseau Anglois
de 30. Canons chargé de
munitionsdeguerre,&un
Vaisseau Venitien,estimée
îjooo. piastres.
De Morlaix le 5. Decembre-
1710,
Les sieurs de Quernolle &£
Cambruah,Commandants
les Fregates la Couronne&
la Fidelle, y ont mené les prises
suivantes.
Le Henry de Bristol, le*
Vigilant de Montsara, le
Content de Falmouth
,
ô£
le Hopsvel de Guernezey.
Le ticur de Luzancy
Commandant une Fregate
du même nom, a conduit 4
prisesàl'Isle de Bas,
De Calais le 8. Decembre
1710.
Des Corsaires de Calais
y ont amené trois prises
nommées.
La Concorde de Christiania.
La Tour de Ahum.
L'Esperance de Drames.
Avis de Prises.
De Toulon le premier Decembre
1 7 10.
Le sieur Desdons Capitaine
de Brulot qui avoit armé
encourse le Vaisseau la Marie
Anne, a pris trois Vais-
[caux, sçavoir, deux Anglois,
chargez de morüe &
de bled, & le troisiéme
Hollandois,venantde Moscovie
,
destiné pour Livourne,
à l'abordage duquel le
Sr Desdons a cité tué par le
dernier coup de Canon qui
en futtiré.
Cette prise est estimée
2.50000. livres.
De Calais le 5. Decembre
1710.
Le Capiraine Gavelle y a
amené un Batteau Anglois,
nommé le Samuel de Hastin
g.
Le Capitaine Guillaume
Cardon y a aussiamené une
Galliotte Hollandoise de 70
Tonneaux, nommée les
trois Amis dAmsterdam.
De Livourne le
1 g.. Novembre1710.
Le Capitaine Augier,
Commandant IcVaincau la
Fortune de la mer , a mené
à Livourne un Vaisseau
Hollandois, nommé la Galere
Sara-Maria, estimée
zjooo. écus.
Madame la Connestable
Doüairrere de Cologne. M.
le Connestable, M. son frere
& Mesdames leurs Epouses
qont presentement à Ligourne.
De Calais le 8. Decembre
1710.
Il yaesté amené 3. pri-.
qes, sçavoir
, une Barque
Suedoise de50 Tonneaux,
faice par les Capitaines
Marcq Teste
,
& Jean Hache.
La 2.
e. un Dogre de 50-
Tonneaux pris par les Capitaines
Bachelier & Live.
Et la 3 e.estune Galliotte
de
1 50 Tonneaux prispar
les Capitaines Dunet &autres
Corsairesde ce Port.
De Toulon le 2. Decembre
1710.
Le sieur de Pallas écrit
de Cadis qu'il y a conduit
deux prises, sçivoir un Vaisseau
de la Reine Anne de
30.Canons, dans lequelil
s'est trouve environ dix mil
piastres en or ,deux mil pia sstres
enmarchandises, 40.
bariques de vivres, & que
le corps du Vaisseau a esté
vendu 2010.piastres.
Et la 2e.un Vaisseau Anglois
de 70. Tonneaux.
Le sieur Grasson Commandant
le Faucon y a mené
aussi un Vaisseau Anglois
de 30. Canons chargé de
munitionsdeguerre,&un
Vaisseau Venitien,estimée
îjooo. piastres.
De Morlaix le 5. Decembre-
1710,
Les sieurs de Quernolle &£
Cambruah,Commandants
les Fregates la Couronne&
la Fidelle, y ont mené les prises
suivantes.
Le Henry de Bristol, le*
Vigilant de Montsara, le
Content de Falmouth
,
ô£
le Hopsvel de Guernezey.
Le ticur de Luzancy
Commandant une Fregate
du même nom, a conduit 4
prisesàl'Isle de Bas,
De Calais le 8. Decembre
1710.
Des Corsaires de Calais
y ont amené trois prises
nommées.
La Concorde de Christiania.
La Tour de Ahum.
L'Esperance de Drames.
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Résumé : MARINE. Avis de Prises.
Entre novembre et décembre 1710, plusieurs prises maritimes ont été réalisées par des capitaines français. À Toulon, le 1er décembre, le capitaine Desdons a capturé trois vaisseaux, deux anglais et un hollandais, estimés à 250 000 livres, mais a été tué lors de l'opération. À Calais, le 5 décembre, le capitaine Gavelle a amené un bateau anglais, et le capitaine Guillaume Cardon a capturé une galiote hollandaise. À Livourne, le 19 novembre, le capitaine Augier a conduit un vaisseau hollandais estimé à 25 000 écus. Le 8 décembre, trois autres prises ont été amenées à Calais. À Toulon, le 2 décembre, le sieur de Pallas a conduit deux prises à Cadix, et le sieur Grasson a amené un vaisseau anglais et un vaisseau vénitien. À Morlaix, le 5 décembre, les capitaines de Quernolle et Cambruah ont mené plusieurs prises. Le sieur de Luzancy a conduit quatre prises à l'île de Batz. Enfin, des corsaires de Calais ont amené trois autres prises.
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19
p. 40-42
MARINE. Avis de Prises.
Début :
Le Capitaine Gazagnery a mené à Malte, une prise Hollandoise [...]
Mots clefs :
Marine, Malte, Prise, Capitaine, Le Havre, Calais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARINE. Avis de Prises.
MARINE.
•
AvisdePrises.
DeMalte.
Le Capitaine Gazagnery
a mené à Malte, une
priseHollandoise, estimée
150000.livres.
Du Havre ,le II. Decembre.
1710.
Le sieur de Villers sainte
Croix
Croix,a pris & mené au
Havre, une Fregatte
Hollandoise , estimée
cent mil écus.
,
'-
De Calais; le 12. Decembre
171(0. . 1
Le Capitaine Louvet,
a pris un Dogre Hollandois,
nomméle Marsoüin
de Zenuxée, de JO
Tonneaux,qu'il a conduit
à Calais.
Le Capitaine y a mené
le même jour une prise
de Tonneaux, nommée
lePostitiondeTonningue.
Le 17. dumêmemois,
le Capitaine Cardon, y a
conduitunDogre Hollandois,
chargé d'Oranges
ôt de Citrons. 9
•
AvisdePrises.
DeMalte.
Le Capitaine Gazagnery
a mené à Malte, une
priseHollandoise, estimée
150000.livres.
Du Havre ,le II. Decembre.
1710.
Le sieur de Villers sainte
Croix
Croix,a pris & mené au
Havre, une Fregatte
Hollandoise , estimée
cent mil écus.
,
'-
De Calais; le 12. Decembre
171(0. . 1
Le Capitaine Louvet,
a pris un Dogre Hollandois,
nomméle Marsoüin
de Zenuxée, de JO
Tonneaux,qu'il a conduit
à Calais.
Le Capitaine y a mené
le même jour une prise
de Tonneaux, nommée
lePostitiondeTonningue.
Le 17. dumêmemois,
le Capitaine Cardon, y a
conduitunDogre Hollandois,
chargé d'Oranges
ôt de Citrons. 9
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Résumé : MARINE. Avis de Prises.
En décembre 1710, la marine française a capturé plusieurs navires hollandais. Le capitaine Gazagnery a pris un navire estimé à 150 000 livres à Malte. Le sieur de Villers Sainte Croix a amené une frégate au Havre, estimée à 100 000 écus. À Calais, le capitaine Louvet a capturé deux navires et le capitaine Cardon a conduit un dogre chargé de fruits.
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20
p. 102-108
Nouvelles de Marine, [titre d'après la table]
Début :
Le sieur Févre, Commandant la Fregate le S. François de [...]
Mots clefs :
Bayonne, Le Havre, Calais, Dunkerque, Port, Capitaine, Roi, Navires, Commandant
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Marine, [titre d'après la table]
DeBayonne le 17. Decembre
1 7 10.
Le sieur Févre, Commandant
la Fregate le S.
François de S. Malo,a
pris ujn Vaisseau Port*ugais,
venantdu Bresil
d'environ600. Ton-,
neaux ,
qu'il a conduit à
Castres.
Du Havre leDécembre1710.
Deux prises Angloises,
l'unede120 Tonneaux,
& l'autre de 80. conduite
ce Port par la Frégate
laCouronne de S. Malo,
estimées 200000. livrçs.
r- 'y
f
DeCalais le 11. Décembre1710.
.-
Le Capitaine Marc-
Teste, Commandant le
Dogre le Comte de
Toulouse,amené en ce
Port, une prise de 60.
l
Tonneaux , chargée de
t Beurre.
De Dunkerque le 7.y.
Decembre 1710.
Le Capitaine Sauss, a
conduit en ce Port,uné
priie Angloise,& a tire
d'une prise Portugaise,
faisant partie de la flotte
du Bresîl, 600. Caisses
de Sucre blanc & 25. livres
de poudre d'or.
M. le Chevalier de
Rochepiere, a pris un
Pinck vuide, qu'il a conduit
en ce Port.
DE CALAIS
ce 20 Janvier 1711.
Je vous envoyé Monsieur
une letre que Mr de Beauharnois
m'a adressée pour
vous; je profite de cette occasion,
pour vous faire part
d'une belle & bonne capture
que Mr Saufs, Capitaine
de Fregatte du Roy a
faite; il commande le Vad:"
seau l'Auguste, Mr Battement
le Blakoal,& Mr Pomet
le Prothée, &il s'estoit
joint à eux trois Corsaires
deCalais; ils ont rencontré
11.Navires Anglois venant
de la Virginie,escortez par
deux Vaisseaux de Guerre
de 36 , &40 Canons Mr
Saufs ayant fait signal d'abordage
, les convois ont
pris la'- suite avec 4 Navires
Marchands
,
dont deux fo
sont échouez & bruslez ;
quatorze ont ésté pris. Il
est aussi arrivé à Calaisquatreautres
prises faites par
des Corsaires de ce Port
chargées , de différentes Marchandises
,
dans lesquelles
Mr Sauffa part.
Mrsde la Jaillecommandant
la Fregatte du Roy
l'Amazonne&du Bois dela
Mothe commandant l'Argonaute,
ont pris trois Navires
Anglois. venant de la
nouvefter>York,chargez de
bled, farine & biscuirs;un
Navire de la même Nation
allant de Bristol à Venise
chargé de saumon & floc-J
fich,& un autre venant de
Ligourne, chargé debled ôc
de rit.
On a appris de Malthe
que le Commandeur de S
Aulaire, dela Maison de
Beaupoil,Capitaine de Vaisseau
du Roy, Secretaire des
Commandemens & Grand
Maistre pour les affaires de
France, son Grand Ecuyer,
& Gouverneur de cette Ville,
aesté fait Grand Croix
& Maréchal de l'Ordre.
1 7 10.
Le sieur Févre, Commandant
la Fregate le S.
François de S. Malo,a
pris ujn Vaisseau Port*ugais,
venantdu Bresil
d'environ600. Ton-,
neaux ,
qu'il a conduit à
Castres.
Du Havre leDécembre1710.
Deux prises Angloises,
l'unede120 Tonneaux,
& l'autre de 80. conduite
ce Port par la Frégate
laCouronne de S. Malo,
estimées 200000. livrçs.
r- 'y
f
DeCalais le 11. Décembre1710.
.-
Le Capitaine Marc-
Teste, Commandant le
Dogre le Comte de
Toulouse,amené en ce
Port, une prise de 60.
l
Tonneaux , chargée de
t Beurre.
De Dunkerque le 7.y.
Decembre 1710.
Le Capitaine Sauss, a
conduit en ce Port,uné
priie Angloise,& a tire
d'une prise Portugaise,
faisant partie de la flotte
du Bresîl, 600. Caisses
de Sucre blanc & 25. livres
de poudre d'or.
M. le Chevalier de
Rochepiere, a pris un
Pinck vuide, qu'il a conduit
en ce Port.
DE CALAIS
ce 20 Janvier 1711.
Je vous envoyé Monsieur
une letre que Mr de Beauharnois
m'a adressée pour
vous; je profite de cette occasion,
pour vous faire part
d'une belle & bonne capture
que Mr Saufs, Capitaine
de Fregatte du Roy a
faite; il commande le Vad:"
seau l'Auguste, Mr Battement
le Blakoal,& Mr Pomet
le Prothée, &il s'estoit
joint à eux trois Corsaires
deCalais; ils ont rencontré
11.Navires Anglois venant
de la Virginie,escortez par
deux Vaisseaux de Guerre
de 36 , &40 Canons Mr
Saufs ayant fait signal d'abordage
, les convois ont
pris la'- suite avec 4 Navires
Marchands
,
dont deux fo
sont échouez & bruslez ;
quatorze ont ésté pris. Il
est aussi arrivé à Calaisquatreautres
prises faites par
des Corsaires de ce Port
chargées , de différentes Marchandises
,
dans lesquelles
Mr Sauffa part.
Mrsde la Jaillecommandant
la Fregatte du Roy
l'Amazonne&du Bois dela
Mothe commandant l'Argonaute,
ont pris trois Navires
Anglois. venant de la
nouvefter>York,chargez de
bled, farine & biscuirs;un
Navire de la même Nation
allant de Bristol à Venise
chargé de saumon & floc-J
fich,& un autre venant de
Ligourne, chargé debled ôc
de rit.
On a appris de Malthe
que le Commandeur de S
Aulaire, dela Maison de
Beaupoil,Capitaine de Vaisseau
du Roy, Secretaire des
Commandemens & Grand
Maistre pour les affaires de
France, son Grand Ecuyer,
& Gouverneur de cette Ville,
aesté fait Grand Croix
& Maréchal de l'Ordre.
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Résumé : Nouvelles de Marine, [titre d'après la table]
En décembre 1710 et janvier 1711, plusieurs captures de navires ont été réalisées par des commandants français. Le sieur Févre, à bord du Saint-François de Saint-Malo, a capturé un vaisseau portugais de 600 tonneaux venant du Brésil, conduit à Castres. Au Havre, la Couronne de Saint-Malo a amené deux prises anglaises, d'une valeur estimée à 200 000 livres. À Calais, le capitaine Marc-Teste a capturé un navire de 60 tonneaux chargé de beurre. À Dunkerque, le capitaine Sauss a conduit une prise anglaise et a récupéré 600 caisses de sucre blanc et 25 livres de poudre d'or d'une prise portugaise. Le chevalier de Rochepiere a capturé un pinck vide. En janvier 1711, à Calais, le capitaine Saufs a capturé onze navires anglais venant de Virginie, escortés par deux vaisseaux de guerre. Quatre autres prises ont été faites par des corsaires de Calais. Les commandants de la Jaille et du Bois de la Mothe ont capturé plusieurs navires anglais chargés de blé, farine, biscuits, saumon et autres marchandises. Par ailleurs, le commandeur de Saulxure a été nommé Grand Croix et Maréchal de l'Ordre de Malte.
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21
p. 72-78
AVIS DE PRISES.
Début :
Toulon 26 Mars 1711. Le sieur Laigle a pris sept [...]
Mots clefs :
Calais, Saint-Malo, Marseille, Morlaix, Dieppe, Le Havre, La Corogne, Toulon, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS DE PRISES.
AVIS DEPRISES.
Toulon 26 Mars 1711;
Le sieur Laigle a pris
sept vaisseaux , tant Anglais
, Hollandois, que Catalans
,
donc il en a mène
partieà Malte,& l'autre à
Toulon.
Deuxième Avril1711.
Messieurs les Chevaliers de
Beaudinard & Cassard, ont
pris un vaisseau nommé le
Prince
Prince de Frise, qu'ils ont
amené à Toulon.
La Corogne I Mars 1711.
Le Capitaine Grandjean
commandannt la Fregate
la Guiuguettc de S. Jean de
Luz, a pristrois Flutes qu'il
a conduit à Pontavedre
nommées la , Paix, vaisseau
Hollandais, la deuxieme la
Perle vaisseau Hambourgois,
& la troisiéme autre
Vaisseau Hollandois,chargé
de bled, dont l'Equipage
s'est sauvé à terre à la Coste
de Portugal.
Le Capitaine Nau commandantlaFregatela
Gaillarde
de Bayonne,aconduit
au même Port de Poirtavedre
un vaisseau Anglois
de trente tonneaux.
Le même y a encoreconduit
une prise faite en compagnie
dudit sieur Grandjean,
nommée lePot àfleurs.
Le Havre le 16 Mars 17 11
Le ifeur de Blangues
commandant la Fregate les
Zephirs de Dunkerque, a
conduit en ce Porc un vaisseau
Hambourgois nommé
le Roy David.
Le9 Avril 1711.
Le même a aussiamené
au même Port une prise
Angloifc nommée l'Empereur.
Dieppele 8Avril 1711
Le sieur Duquesnel commandant
la Fregate le Mercure
volant de Calais, a pris
un vaisseau Anglois nommé
la Providence.
Morlaix le 6 Avril 1711.
Le sieur Joachim Poitevin,
commandant laFregate
la Marguerite de S. Malo
, a amené en ce Port une
-
prise nommée la Galete de
Londres do cent tonneaux.
La Fregate nommée le
Marquis d'O de S. Malo
commandée , par le sieur Çadiou,
a aussi amené en ce
Pott une prisenommée le
Jean de Londres.
Marseille le 30 Mars 1711
Qu'il est arrivé en ce Port
un vaisseau chargé de bled
par le Capitaine Bremond.
Calais le31 Mars 1711.
Le Capitaine Duplessis
a pris un Smack
,
nommé
l'Esperance de Stade, qu'il
a amené à Calais.
Les Capitaines Potier &
Batez ont aussi amenez au
Porc de Calais deux prises",
l'une de trente & l'autre de
cent tonneaux.
S. Malo 10 Avril ijiï.
Le sieurHainscommamdant
le Vaisseau la Reine
des Anges,a pris un vaisseau
nommé le Darquin de
Corck) qu'il a amené à S.
Malo.
Calais du if Avril 1711.
Le Capitaine Pierre Live
a amené ence Port 6rançons
Anglais, montant ensemble
à 7005. liv. argent
de France.
Le Capitaine Potier y a
aussi amené un Vaisseau
Hollandois, nommé la
Foy de Rotterdam estimé
60000 livres.
Toulon 26 Mars 1711;
Le sieur Laigle a pris
sept vaisseaux , tant Anglais
, Hollandois, que Catalans
,
donc il en a mène
partieà Malte,& l'autre à
Toulon.
Deuxième Avril1711.
Messieurs les Chevaliers de
Beaudinard & Cassard, ont
pris un vaisseau nommé le
Prince
Prince de Frise, qu'ils ont
amené à Toulon.
La Corogne I Mars 1711.
Le Capitaine Grandjean
commandannt la Fregate
la Guiuguettc de S. Jean de
Luz, a pristrois Flutes qu'il
a conduit à Pontavedre
nommées la , Paix, vaisseau
Hollandais, la deuxieme la
Perle vaisseau Hambourgois,
& la troisiéme autre
Vaisseau Hollandois,chargé
de bled, dont l'Equipage
s'est sauvé à terre à la Coste
de Portugal.
Le Capitaine Nau commandantlaFregatela
Gaillarde
de Bayonne,aconduit
au même Port de Poirtavedre
un vaisseau Anglois
de trente tonneaux.
Le même y a encoreconduit
une prise faite en compagnie
dudit sieur Grandjean,
nommée lePot àfleurs.
Le Havre le 16 Mars 17 11
Le ifeur de Blangues
commandant la Fregate les
Zephirs de Dunkerque, a
conduit en ce Porc un vaisseau
Hambourgois nommé
le Roy David.
Le9 Avril 1711.
Le même a aussiamené
au même Port une prise
Angloifc nommée l'Empereur.
Dieppele 8Avril 1711
Le sieur Duquesnel commandant
la Fregate le Mercure
volant de Calais, a pris
un vaisseau Anglois nommé
la Providence.
Morlaix le 6 Avril 1711.
Le sieur Joachim Poitevin,
commandant laFregate
la Marguerite de S. Malo
, a amené en ce Port une
-
prise nommée la Galete de
Londres do cent tonneaux.
La Fregate nommée le
Marquis d'O de S. Malo
commandée , par le sieur Çadiou,
a aussi amené en ce
Pott une prisenommée le
Jean de Londres.
Marseille le 30 Mars 1711
Qu'il est arrivé en ce Port
un vaisseau chargé de bled
par le Capitaine Bremond.
Calais le31 Mars 1711.
Le Capitaine Duplessis
a pris un Smack
,
nommé
l'Esperance de Stade, qu'il
a amené à Calais.
Les Capitaines Potier &
Batez ont aussi amenez au
Porc de Calais deux prises",
l'une de trente & l'autre de
cent tonneaux.
S. Malo 10 Avril ijiï.
Le sieurHainscommamdant
le Vaisseau la Reine
des Anges,a pris un vaisseau
nommé le Darquin de
Corck) qu'il a amené à S.
Malo.
Calais du if Avril 1711.
Le Capitaine Pierre Live
a amené ence Port 6rançons
Anglais, montant ensemble
à 7005. liv. argent
de France.
Le Capitaine Potier y a
aussi amené un Vaisseau
Hollandois, nommé la
Foy de Rotterdam estimé
60000 livres.
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Résumé : AVIS DE PRISES.
Entre mars et avril 1711, plusieurs prises de vaisseaux ont été réalisées par des capitaines français dans divers ports. À Toulon, Laigle a capturé sept vaisseaux anglais, hollandais et catalans, dont certains ont été menés à Malte et d'autres à Toulon. Les chevaliers Beaudinard et Cassard ont également amené à Toulon le vaisseau 'Prince de Frise'. À La Corogne, Grandjean a pris trois flûtes hollandaises et les a conduites à Pontavedre, tandis que Nau a amené un vaisseau anglais et une prise nommée 'le Pot à fleurs' au même port. Au Havre, de Blangues a conduit un vaisseau hambourgeois nommé 'le Roy David' et une prise anglaise nommée 'l'Empereur'. À Dieppe, Duquesnel a capturé le vaisseau anglais 'la Providence'. À Morlaix, Poitevin et Çadiou ont amené respectivement les prises 'la Galete de Londres' et 'le Jean de Londres'. À Marseille, un vaisseau chargé de blé est arrivé. À Calais, Duplessis a pris un smack nommé 'l'Espérance de Stade', et Potier et Batez ont amené deux autres prises. À Saint-Malo, Hains a capturé le vaisseau 'le Darquin de Cork'. Live a amené six frégates anglaises à Calais, et Potier a amené un vaisseau hollandais nommé 'la Foy de Rotterdam'.
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22
p. 1-76
HISTOIRE toute veritable.
Début :
Dans les Ilsles d'Hieres est scitué entre des rochers [...]
Mots clefs :
Îles d'Hyères, Amant, Vaisseau, Amour, Homme, Soeur, Capitaine, Château, Surprise, Passion, Roman, Chambre, Mariage, Négociant, Gentilhomme, Rochers, Mari, Bonheur, Fortune, Esprit, Fille, Joie, Mérite, Équivoque , Valets, Mer, Maître, Lecteur, Infidélité, Rivage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE toute veritable.
DAns les Isles d'Hieres
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
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Résumé : HISTOIRE toute veritable.
Le texte décrit une scène dans les Isles d'Hières, où deux sœurs, Lucille et Marianne, se promènent dans une allée d'orangers. Lucille, l'aînée, est belle et admirée, mais triste car son père souhaite la marier à un gentilhomme voisin. Marianne, enjouée, taquine Lucille qui attend le retour de son amant, Leandre. Lucille rêve de Leandre et avoue son amour pour lui, motivé par ses richesses et sa qualité. Marianne obtient de leur père qu'il marie d'abord Marianne, permettant ainsi à Lucille d'attendre Leandre. Quelques jours passent sans nouvelles de Leandre. Un vaisseau accoste près du château après une tempête. Lucille court avertir Leandre, mais découvre qu'un valet demande de l'aide pour son maître, blessé. Marianne, séduite par l'apparence du jeune homme, s'occupe de lui avec zèle. Lors du souper, l'inconnu se révèle être un jeune négociant riche, mais ce n'est pas Leandre. Lucille est triste, tandis que Marianne reste silencieuse, troublée par ses sentiments. Le père, ignorant des tensions, est content de la situation. Marianne, amoureuse du négociant, évite de le regarder pour se punir de son plaisir. Une méprise survient lorsque le père annonce au négociant qu'il souhaite l'épouser. Lucille accepte la situation et se prépare à recevoir le négociant, mais celui-ci, confus, quitte la chambre sans rien dire. Lucille retrouve Leandre chez une voisine. Le négociant, accompagné du capitaine de son vaisseau, révèle qu'il doit repartir aux Indes. Cependant, ils prennent la mer sans prévenir, laissant les sœurs et le père perplexes. Marianne accepte de se marier avec le négociant pour rétablir les affaires de son père. Le mariage est célébré magnifiquement à la fin du mois de septembre. Le négociant, souhaitant annuler son mariage, supplie son ami capitaine de le ramener à l'île. Le capitaine reste inflexible, insistant pour que le négociant réfléchisse à son amour pendant le voyage. Le contrat de mariage est annulé grâce à une somme d'argent versée au gentilhomme. Le mariage entre le négociant et Marianne est finalement célébré.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 101-120
AVANTURE de deux Officers.
Début :
Un riche bourgeois de Boulogne, bon homme, mais un peu foible [...]
Mots clefs :
Boulogne, Mariage, Capitaine, Père, Fille, Bal, Officiers, Aventure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANTURE de deux Officers.
AVANTVRE
de deux Officiers.
Lettre de Boulogne en
France. MONSIEVR,
Nouslisonsfortrégulièrement vostre Mercure en cette
Ville
J
mais ce que les Dames
Boulonoisesy aiment le mieux
ce
sont les bistoriettes; & commevous ne nous en avezpoint
donné les deux derniers rnoiJ)
nous avons creu que peut-estre
lessajets vous manquoient,voi-
cy une avanture qui vous pourra servir de canevas.
Un riche bourgeois de^
Boulogne, bon homme,
mais un peu foible d'elprit
& fort timide, avoit une
tresjolie filleà marier. Un
Capitaine de nostre garniton qui estoit son hoste,
prit un tel afeendant sur
le bon homme
,
quil ne
put luy refuser sa fille"en
mariage. Cette fille
,
qui
d'ailleurs n'avoit point
d'autreaffaire en teste.consentit par obeïssance à l'épouser, le mariage fut re-
solu. Cependant le pere
nevoulutle conclure qu'aprés qu'il auroic fait un petit voyage à Diepe pour
quelques affaires qu'il falloit y
terminer avant que
de marier sa fille. Il l'emmena avec luy, & promit
au Capitaine qu'il feroit de
retour dans quinze jours
au plus tard.
Cette aimable fille estant arrivée à Diepe avec
son pere, trouva dès le mesme foir, dans l'auberge où
ils descendirent, un jeune
Officier qui devint passion-
nément amoureux d'elle
& s'en fit aimer en peu de
temps. Son pere quis'en
apperceut
,
luy deffendit
de voir le Cavalier. Mais
il n'avoit pas assez de fermeté pour deffendre au Cavalier de lavoir illa vit
en sa presence, & se fit
mesme si bien connoistre
pour homme de famille
noble & riche, que le bon
homme l'eustpréféré au
Capitaines'il eust osé Pour
achever de le déterminer
nostre Cavaliercreut avoir
besoin de luy prouver la
naissance & les richesses.
Il avoit une Terre à dix
lieues de Diepe,oùilfit
un petit voyage de deux
jours feulement pour en
rapporter ses titres & autres preuves convainquantes de ce qu'il estoit.Mais
ce voyage luy cousta cher;
car des qu'il fut party, le
pere ayant terminéses affaires plustost qu'il ne croyoit, & se remettant dans
ridée un Capitaine fier,
emporté, & mesme un peu
brutal., à qui il avoit promis, & qu'il retrouveroit
dans sa maison, sa timidité
le reprit,&il remmena en
diligence sa fille à Boulo
gne, pourconclure avant
que ce nouvel Amant peust
les rejoindre. Le Capitaine
qui attendoit avec impatience le retour de sa maistresse
,
pressa le mariage,
mais elle faisois naistre des
sujets de retardement de
jourenjour. Efin le pere
n'ayant plus la force de resiller à l'empressement du
Capitaine, prépara les noces pour le lendemain.
Cependant l'Officier a-
moureux estant de retour
à Diepe avoit ésté surpris,
comme vous pouvez croire,
de n'y plusretrouver sa
Maistresse.Il cherchoit une
voiture pour Boulogne
,
lorsqu'un Pilote luy promit de l'y mener par mer
en fort peu de temps. Il
accepta le party & s'embarqua. Lesvoilâ en mer
avec un ventsi favorable
qu'ils croyoient desja toucher sa rade de Boulogne
}{)rfqu"'ils apperçûrent un
petit Vaisseau qui venoit
sureux; c'estoit un Capre
Hollandois. Il yavoit avec
cet Officier plusieurs Soldats ramaffcz qui alloient
aussî à Boulogne. L'Officier remarquant que. le
Capre estoit sans canon
,
exhorta les Soldatsà se bien
deffendre
y:
mais les Hollandois
,en nombre fort
superieur,vinrent à l'abordage. Enfin l'Officierfut
fait prisonnier, & ceux qui
le prirent, le voyant magnifiquement vestu,se flaterent d'une forre rançon,
&mirent le Cap versFlessingues. Imaginez-vous le.
desespoir de nostreAmant.
Les Corsaires qui l'avoient
pris n'entendoient point
sa langue: mais par bonheur pour luy un des Equipes du Capre parloit un
peu François
,
& luy servant d'interprete
,
il luy
menagea un accommodement On convint qu'il
leur donneroit en nandissement quelques uns des papiers qu'il avoit sur luy, &
sa parole d'honneur, que
les Corsaires accepterent
sur sa bonne mine, moyennant quoy on le relaschaà
Boulogne feulement pour
vingt
- quatre heures de
temps qu'il leur demanda.
Dés que l'Officier fut
dansla Villeil courut chez
sa Maistresse où le Pere
fut fort surpris de le voir
arriver. Le Pere, la Fille.
&l'Amant, eurent ensemble un éclaircissement, apréslequelJe bon homme,
felon sa foiblessè ordinaire )
témoigna à l'Officier
qu'il eust voulu de bon
coeur luy accorder sa Fille:
mais qu'il craignoit ce Ca-
-
pitaine à qui il avoit donné
sa parole.
L'Officier, sans rien tesmoigner d'un déssein qu'il
avoir sceut adroitement
le nom & la demeure de
ce Capitaine dans Boulogne, & dit au pere qu'il
alloit chercher quelque
moyen d'accommodement à cette affaire. Il
entra dans l'Auberge où
mangeoit ce Capitaine,
dans le moment qu'on alloit Couper. Dès qu'ille
vit entrer il le regardasixement
,
il fut de son
costé
,
surpris en arafii-
geant ce Capitaine, & leur
surprise mutuelle venoit de
ce qu'ils se trouverent un
certain air de ressemblance l'un à l'autre qui les
frappa réciproquement en
mesme temps.
Le dessein de l'Officier,
en allant chercher son rival, estoit de trouver occasion de querelle pour (c
battre contre luy. Mais
cette ressemblance, qui
frappa aussi ceux qui cc..
toient presents
,
fut occasion pour eux d'obliger les
deux Sosiesà boire enfemble.
ble. L'Officier ne put se
dispenser de se mettre à
table avec eux. Il fut triste
ôc réveur pendant tour le
souper: mais le vin qu'on y
butayantmis le Capitaine
en gayeté
,
illuy vint une
imagination gaillardequi
donna lieuànostreOfficier
d'imaginer de son costé ce
que vous verrez dans la
fuite.
Il y
avoit un Bal d'esté
pour une noce chez un
Bourgeois considerable.
Le Capitaine proposa à
l'Officier pour toute mas-
carade de troquer d'habit
avec luy, ce qui fut execu- téeUs allèrent au bal ensemble. Jen'ay point sceu
ce qui s'y passa
,
mais ces
deux honlmes)l'ris apparemment l'un pour fautre,
donneraient sujet à ceux
qui voudroient faire une
Historietre de cette Avanture de s'estendre agréablement sur les méprises
quecela putcauser.
Sur les quatre heures du
matirr leBalfinir,& l'Ofsicier changea le dessein
qu'ilavoit de se battre con-
tre son rival, imaginant un
moyen plus doux pour s'en
défaire, il luy proposa de.
luy donner un déjeuner
mariti)se disant Capitaine
duVaisseau qui l'attendoit.
où illuy promit de donner
mesme s'il vouloit une feste
marine à sa maistresse
,
le
beautemps invita le Capitaine à voir leverl'aurore
ftrr la mer,il accepta le déjeûner,&l'Officierluy demanda seulement un quart
d'heure pour une petite affaire, & le livra à son valet
à qui il avoit doiiiiè le mot
pour le mener tousjours
devant au vaisseau qui attendoit à la rade son prisonnier. CeCapitainefortant du bal n'avoit point
encore change d'habit, ôc
marchoir vers la rade suivy du valet, qui luy dit
comme par une reflexion
soudaine qui luy venoit;je
prévois une plaisante chose,
Monsieur; c'est
que tous lesgens
du Jfaijjcdu de mon Maistre
HJQUS vont prendre pour luy ;
Ce Capiraine prit goust à
la plaisanterie, & dit qu'il
falloit voir s'ils s'y
nié-
prendroient. Ilfaut remarquer que ce valct avoir prévenu ces gensla que ion
Maistre reviendroit; mais
qu'il avoit bu toute lanuit,
& qu'ils ne prissent pas
garde à
ses folies, le Capitaine qui avoit en effet
du vin dans la teste, aborda le vaisseau en criant,
enfans prenez les Armes,
voilà vostre Capitaine qui
revient? en ce moment le
valet leur fit figne qu'ils
le receussent
,
& se sauva sans rien dire pendant
qu'ils faisoienc les hon-
neurs du vaisseau
,
à
celuy
qu'ils croyoient leur prisonnier, trompez par l'habit & la ressemblance.
1
Quand cette ceremonie
eut duréun certain temps,
les Hollandois s'en lasserent, & ayant prrs le large,
le traiterent comme feur
prilonnier qu'ilsemmenerentà Flessingue.
Le Capitaine estant étourdy dcvm & de surprise, & les Hollandais n'entendant pas sa langue, on
juge bien que ie^liirciflfement futimpossible
,
om
l'emmenade force,& il fue
quelquesjoursFlessingue
sans pouvoir retourner à
Boulogne
,
où le Pere
-
timide se mit fous la protection de son gendre,sur la
valeur duquel il se rassura
contre le retour du Capitaine
,
trouvant rautre un
meilleur party pour sa fille
,
le mariage fut conclu avant que le Capitaine
fust revenu de Flessingue,
ils se battirent quelque
temps aprés, leCapitaine
futblessé, tz on les accommoda ensuite de façon
qu'ils sont à present les
meilleurs amis du monde.
de deux Officiers.
Lettre de Boulogne en
France. MONSIEVR,
Nouslisonsfortrégulièrement vostre Mercure en cette
Ville
J
mais ce que les Dames
Boulonoisesy aiment le mieux
ce
sont les bistoriettes; & commevous ne nous en avezpoint
donné les deux derniers rnoiJ)
nous avons creu que peut-estre
lessajets vous manquoient,voi-
cy une avanture qui vous pourra servir de canevas.
Un riche bourgeois de^
Boulogne, bon homme,
mais un peu foible d'elprit
& fort timide, avoit une
tresjolie filleà marier. Un
Capitaine de nostre garniton qui estoit son hoste,
prit un tel afeendant sur
le bon homme
,
quil ne
put luy refuser sa fille"en
mariage. Cette fille
,
qui
d'ailleurs n'avoit point
d'autreaffaire en teste.consentit par obeïssance à l'épouser, le mariage fut re-
solu. Cependant le pere
nevoulutle conclure qu'aprés qu'il auroic fait un petit voyage à Diepe pour
quelques affaires qu'il falloit y
terminer avant que
de marier sa fille. Il l'emmena avec luy, & promit
au Capitaine qu'il feroit de
retour dans quinze jours
au plus tard.
Cette aimable fille estant arrivée à Diepe avec
son pere, trouva dès le mesme foir, dans l'auberge où
ils descendirent, un jeune
Officier qui devint passion-
nément amoureux d'elle
& s'en fit aimer en peu de
temps. Son pere quis'en
apperceut
,
luy deffendit
de voir le Cavalier. Mais
il n'avoit pas assez de fermeté pour deffendre au Cavalier de lavoir illa vit
en sa presence, & se fit
mesme si bien connoistre
pour homme de famille
noble & riche, que le bon
homme l'eustpréféré au
Capitaines'il eust osé Pour
achever de le déterminer
nostre Cavaliercreut avoir
besoin de luy prouver la
naissance & les richesses.
Il avoit une Terre à dix
lieues de Diepe,oùilfit
un petit voyage de deux
jours feulement pour en
rapporter ses titres & autres preuves convainquantes de ce qu'il estoit.Mais
ce voyage luy cousta cher;
car des qu'il fut party, le
pere ayant terminéses affaires plustost qu'il ne croyoit, & se remettant dans
ridée un Capitaine fier,
emporté, & mesme un peu
brutal., à qui il avoit promis, & qu'il retrouveroit
dans sa maison, sa timidité
le reprit,&il remmena en
diligence sa fille à Boulo
gne, pourconclure avant
que ce nouvel Amant peust
les rejoindre. Le Capitaine
qui attendoit avec impatience le retour de sa maistresse
,
pressa le mariage,
mais elle faisois naistre des
sujets de retardement de
jourenjour. Efin le pere
n'ayant plus la force de resiller à l'empressement du
Capitaine, prépara les noces pour le lendemain.
Cependant l'Officier a-
moureux estant de retour
à Diepe avoit ésté surpris,
comme vous pouvez croire,
de n'y plusretrouver sa
Maistresse.Il cherchoit une
voiture pour Boulogne
,
lorsqu'un Pilote luy promit de l'y mener par mer
en fort peu de temps. Il
accepta le party & s'embarqua. Lesvoilâ en mer
avec un ventsi favorable
qu'ils croyoient desja toucher sa rade de Boulogne
}{)rfqu"'ils apperçûrent un
petit Vaisseau qui venoit
sureux; c'estoit un Capre
Hollandois. Il yavoit avec
cet Officier plusieurs Soldats ramaffcz qui alloient
aussî à Boulogne. L'Officier remarquant que. le
Capre estoit sans canon
,
exhorta les Soldatsà se bien
deffendre
y:
mais les Hollandois
,en nombre fort
superieur,vinrent à l'abordage. Enfin l'Officierfut
fait prisonnier, & ceux qui
le prirent, le voyant magnifiquement vestu,se flaterent d'une forre rançon,
&mirent le Cap versFlessingues. Imaginez-vous le.
desespoir de nostreAmant.
Les Corsaires qui l'avoient
pris n'entendoient point
sa langue: mais par bonheur pour luy un des Equipes du Capre parloit un
peu François
,
& luy servant d'interprete
,
il luy
menagea un accommodement On convint qu'il
leur donneroit en nandissement quelques uns des papiers qu'il avoit sur luy, &
sa parole d'honneur, que
les Corsaires accepterent
sur sa bonne mine, moyennant quoy on le relaschaà
Boulogne feulement pour
vingt
- quatre heures de
temps qu'il leur demanda.
Dés que l'Officier fut
dansla Villeil courut chez
sa Maistresse où le Pere
fut fort surpris de le voir
arriver. Le Pere, la Fille.
&l'Amant, eurent ensemble un éclaircissement, apréslequelJe bon homme,
felon sa foiblessè ordinaire )
témoigna à l'Officier
qu'il eust voulu de bon
coeur luy accorder sa Fille:
mais qu'il craignoit ce Ca-
-
pitaine à qui il avoit donné
sa parole.
L'Officier, sans rien tesmoigner d'un déssein qu'il
avoir sceut adroitement
le nom & la demeure de
ce Capitaine dans Boulogne, & dit au pere qu'il
alloit chercher quelque
moyen d'accommodement à cette affaire. Il
entra dans l'Auberge où
mangeoit ce Capitaine,
dans le moment qu'on alloit Couper. Dès qu'ille
vit entrer il le regardasixement
,
il fut de son
costé
,
surpris en arafii-
geant ce Capitaine, & leur
surprise mutuelle venoit de
ce qu'ils se trouverent un
certain air de ressemblance l'un à l'autre qui les
frappa réciproquement en
mesme temps.
Le dessein de l'Officier,
en allant chercher son rival, estoit de trouver occasion de querelle pour (c
battre contre luy. Mais
cette ressemblance, qui
frappa aussi ceux qui cc..
toient presents
,
fut occasion pour eux d'obliger les
deux Sosiesà boire enfemble.
ble. L'Officier ne put se
dispenser de se mettre à
table avec eux. Il fut triste
ôc réveur pendant tour le
souper: mais le vin qu'on y
butayantmis le Capitaine
en gayeté
,
illuy vint une
imagination gaillardequi
donna lieuànostreOfficier
d'imaginer de son costé ce
que vous verrez dans la
fuite.
Il y
avoit un Bal d'esté
pour une noce chez un
Bourgeois considerable.
Le Capitaine proposa à
l'Officier pour toute mas-
carade de troquer d'habit
avec luy, ce qui fut execu- téeUs allèrent au bal ensemble. Jen'ay point sceu
ce qui s'y passa
,
mais ces
deux honlmes)l'ris apparemment l'un pour fautre,
donneraient sujet à ceux
qui voudroient faire une
Historietre de cette Avanture de s'estendre agréablement sur les méprises
quecela putcauser.
Sur les quatre heures du
matirr leBalfinir,& l'Ofsicier changea le dessein
qu'ilavoit de se battre con-
tre son rival, imaginant un
moyen plus doux pour s'en
défaire, il luy proposa de.
luy donner un déjeuner
mariti)se disant Capitaine
duVaisseau qui l'attendoit.
où illuy promit de donner
mesme s'il vouloit une feste
marine à sa maistresse
,
le
beautemps invita le Capitaine à voir leverl'aurore
ftrr la mer,il accepta le déjeûner,&l'Officierluy demanda seulement un quart
d'heure pour une petite affaire, & le livra à son valet
à qui il avoit doiiiiè le mot
pour le mener tousjours
devant au vaisseau qui attendoit à la rade son prisonnier. CeCapitainefortant du bal n'avoit point
encore change d'habit, ôc
marchoir vers la rade suivy du valet, qui luy dit
comme par une reflexion
soudaine qui luy venoit;je
prévois une plaisante chose,
Monsieur; c'est
que tous lesgens
du Jfaijjcdu de mon Maistre
HJQUS vont prendre pour luy ;
Ce Capiraine prit goust à
la plaisanterie, & dit qu'il
falloit voir s'ils s'y
nié-
prendroient. Ilfaut remarquer que ce valct avoir prévenu ces gensla que ion
Maistre reviendroit; mais
qu'il avoit bu toute lanuit,
& qu'ils ne prissent pas
garde à
ses folies, le Capitaine qui avoit en effet
du vin dans la teste, aborda le vaisseau en criant,
enfans prenez les Armes,
voilà vostre Capitaine qui
revient? en ce moment le
valet leur fit figne qu'ils
le receussent
,
& se sauva sans rien dire pendant
qu'ils faisoienc les hon-
neurs du vaisseau
,
à
celuy
qu'ils croyoient leur prisonnier, trompez par l'habit & la ressemblance.
1
Quand cette ceremonie
eut duréun certain temps,
les Hollandois s'en lasserent, & ayant prrs le large,
le traiterent comme feur
prilonnier qu'ilsemmenerentà Flessingue.
Le Capitaine estant étourdy dcvm & de surprise, & les Hollandais n'entendant pas sa langue, on
juge bien que ie^liirciflfement futimpossible
,
om
l'emmenade force,& il fue
quelquesjoursFlessingue
sans pouvoir retourner à
Boulogne
,
où le Pere
-
timide se mit fous la protection de son gendre,sur la
valeur duquel il se rassura
contre le retour du Capitaine
,
trouvant rautre un
meilleur party pour sa fille
,
le mariage fut conclu avant que le Capitaine
fust revenu de Flessingue,
ils se battirent quelque
temps aprés, leCapitaine
futblessé, tz on les accommoda ensuite de façon
qu'ils sont à present les
meilleurs amis du monde.
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Résumé : AVANTURE de deux Officers.
Le texte narre une aventure impliquant un riche bourgeois de Boulogne, sa fille, un capitaine et un officier. Le bourgeois, timide et faible d'esprit, accepte de marier sa fille à un capitaine logé chez lui. Lors d'un voyage à Dieppe, la fille rencontre un officier qui tombe amoureux d'elle et réciproquement. Malgré l'interdiction de son père, la fille continue de voir l'officier. Pour prouver sa noblesse et sa richesse, l'officier part en voyage mais est capturé par des corsaires hollandais. Il est libéré à condition de revenir à Boulogne pour payer une rançon. À son retour, il découvre que la fille doit épouser le capitaine le lendemain. Pour résoudre la situation, l'officier invite le capitaine à bord d'un vaisseau, où ce dernier est capturé à son tour par les Hollandais. Rassuré par l'absence du capitaine, le père conclut le mariage entre sa fille et l'officier. Plus tard, le capitaine, blessé et libéré de Flessingue, se réconcilie avec l'officier, et ils deviennent amis.
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24
p. 3-47
AVANTURE singuliere.
Début :
MONSIEUR, Quoique cette historiette ait un air romanesque par la singularité [...]
Mots clefs :
Aventure, Historiette, Julie, Jeune, Capitaine, Algérien, Prisonnière, Naufrage, Espagne, Cabane
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANTURE singuliere.
AVANTVRE
Jinguliere.
ONSIEUR,
Quoique cette historietteaitunairromanefque
par lasingularitéde
ses évenemens, elle ne
laisse pas d'être veritable
, & je l'ai trouvée
dans quelques mémoires
de feu Monsieur de
Pointis, qui me tomberent
entre les mains
au retour de son expedition
de Cartagene. Je
vous l'envoye telle que
je l'ai, n'ayant pas le
loisir de l'écrire, si non
galamment, du moins
aussi correctement qu'il
le faudroit pour l'inserer
dans vôtre Mercure.
Une veuve de Provence
se trouvant absolument
ruïnée par la
mort de son mari, prit
la resolution d'aller aux
Indes, pour subsister avec
un frere unique,
qui après avoir mangé
tout son bien, étoitallé
s'y établir
,
& y avoit
gagné quelque chose.
Cette veuve avoit toûjours
vécu honorablement
avec son mari;
qui étoit de très-bonne
maison. Elle étoit fort
gloricuse; êG ne voulant
pas qu'onsçustl'extremité
où elle étoit reduiteeIJ.
e. pretexta que
ses affairesl'obligeoient
d'aller faire un voyage
à Lion, & prit en effet
le chemin de Toulon,
où son frere lui avoifcr
écrit qu'elle trouveroit
unArmateurde sesamis,
avec qui elle pouvoit
s'embarquer pour le venir
trouver. Elle arriva
donc dans une hôtellerie
de Toulon avec sa fille
unique, trés-jeune 8c
très-belle, quiétoit encore
plus fâchée que sa mere
de se voir exilée si loin
par la pauvreté. Elles
resterent quelque temps
à Toulon, attendant que
l'Armateur fust en état
de partir. Pendant ce
temps-là cette jeune
beauté fit beaucoup de
bruic à Toulon, & sa
mere espera que quelque
riche Officier leur
épargneroit le voyage
des Indes. Sans doute
pour peu de bien qu'elle
eusttrouvé dansun homme
de naissace, elle
eust accepté des propositions
de mariage.
Un jeune homme,
qui avoit toutes les bonnes
qualitez imaginables
, hors la richesse,
devint passionnément
amoureux de Julie. C'est
ainsi que s'appella la jeune
personne àToulon,
sa mere cachant avec
foin son veritable nom,
parce qu'elle n'étoit pas
en état de le soutenir,
&£ qu'elle vouloit y rester
inconnuë.
Julie donc fut aussi
charmée du jeune homme
qu'illavoitété d'elle.
Ils s'éntr'aimerent,
& se jurerent de s'aimer
toute leur vie, avanc
que la mereeustle
temps de faire expliquer
la Cavalier sur l'article
du bien; car on ne debute
point par là : Julie
étoit trop jeune pour
faire réflexion sur rien,
que sur les qualitez aimables
de celui qui la
charmoit. Il salut; pourtant
s'expliquer; car la
mere étoit prudente, Se
trés -
severe sur l'honneur.
Elle ne jugea pas
à propos qu'ils se vissent
davantage, si le Cavalier
(que nous nommerons
Ergaste) nétoit pas
un parti convenable. Un
jour qu'il étoit venu
pour les voir, elle laissa
safille dans son cabinet,
& vint feule le recevoir.
Ce fut une conversation
fort polie de la part de
lamere, & fort troublée
de la part d'Ergaste,qui
s'apperçut bien qu'on avoit
empêché Julie de
paroître.Enfin on s'expliqua
; Ergaste avoüa
en franc Picard, qu'il
étoit un cadet de Gascogne,
sans bien & sans
esperance, parce que son
frere aîné
,
qui emportoit
tous les biens de si
famille, s'étoit marié de
puis peu. Aprés unaveu
pareillaconversation su
bientôr finie; SC la me
re, en le quittant, lu
dit qu'il étoit à propo
pour son repos & pou
l'honneur de sa fille, qu
ils ne serevissent jamais,
& qu'elle le prioit de ne
plus revenir chez elle.
Ergaste, qu'un pareil
coup avoit mis au desespoir,
prit le parti de s'aller
faire ruer à la guerre.
Il s'embarqua avec
un Capitaine de vaisseau
qui alloit à Cadix, 8c
qui lui promitdele mener
de la en Espagne
quand il auroit fini quel-,
ques affaires qui le devoient
retenir deux ou
trois mois à Cadix.
Un mois aprés l'Armateur
dont nous avons
parlé fut en état de partir;&
la veuve ne voyant
pas d'apparence qu'il se
trouvât à Toulon d'époufeurs
qui convinssent
à Julie, l'embarqua
,plus morte que vives
, & ilspartirent pour
aller aux Indes. L'Armateurne
fut pas heureux
dans sa course: il
fut attaqué per un Corfaire
d'Alger, son vaisseau
fut pris, & la malheureuse
Julie fut faite
esclaveavec sa mere. Il
y avoit déja prés de deux
mois qu'elles étoient en
mer, où les vents contraires
les avoient tourmentées
furieusement ;
la mere tomba malade,
& mourut dans le vaisseau
Algerien, accablée
de fatigues & de chagrins,
&,- Julie n'y resitta
que par sa grande
jeunesse.Ilse trouva parmi
quelques femmes Algériennes
qui étoient
dans ce vajffeau, une
vieille Grecque, qui avoit
fait quelques voyages
en Europe, & qui
par hazard sçavoit un
peu parler Provençal.
Elle avoit faitamitié avec
Julie, & lui tint
lieu de mere dans le reste
de ses avantures, dont la
première fut la prise du
vaisseau Algerien, qui
, fut
fut attaqué par deux
vaisseauxPortugais.Ainsi
Julie se trouva une seconde
fois prisonniere.
Cette fuliteIdeemalheurs eût pourtant été favorable
à Julie, si elle eût
été moins confiante; car
un jeune Portugais, qui
montoit l'un des deux
vaisseaux, devint amoureux
d'elle. Il étoit trésriche,
& l'auroit épousée,
sielleeût pû seresoudre
à se marier, après
avoir perdu l'esperance
de revoir son cher Ergaste.
Il n'étoit pas loin
d'elle, quand elle donna
ce témoignage de sa confiance
pour lui j car il
avoit aidé sans le sçavoir
à la prendre prisonniere,
&C voici comment.
On vous a dit qu'un
Capitaine des amis d'Ergaste
l'avait mené à Cadix,
& lui avoir promis
de le faire passer en Espagne
quelques mois aprés.
Il y en avoit déja
trois qu'il étoità Cadix,
& ce jeune Capitaine
Portugais étoit celui qui
devoit le passer en Espagne
, par consideration
pour l'autte Capitaine,
avec qui il avoit des liaisons
pour le commerce.
Ergaste se trouva donc
dans l'un des deux vaisseaux
qui attaquerent le
vaisseau Algerien.
Ce vaisseau Algerien
se défendit jusqu'à la
dernicre extrémité, en
sorte que ceux-ci furent
contraints d'aller à l'abordage.
Ergaste,quiaccompagnoit
le jeune
Portugais, entra avec lui
dans le vaisseau Algérien
l'épée à la main r
mais ayant été d'abord
dangereusementblessé,
on le reporta dans son
vaisseau avant que le
combat fût fini >ainsî il
ne vit point Julie, &c étoit
bien loin de s'imaginet
qu'el le fûc dans un
vaisseauAlgérien.Mais
le Capitaine Porrugais,
après l'avoirpris, y resta
avec Julie, donc il étoit
devenu passionnément
amoureux;ainsi les trois
vaisseaux faisant route
vers le Portugal, le jeune
Portugais alloit de
temps en temps voir Ergaste
blessé dans son
vaisseau, & revenoit
dans celui de Julie, donr
il ne put jamaistireraucun
éclaircissement
; car
premièrement elle était
,
fort mal, ôc avoit resolu de
se laisser plutôt mourir, que
de recevoir aucun secours
de celui à qui elle craignoic
d'avoir obligation
: outre
cela elle ne parloit que Provençal
, que le jeune Capitaine
n'entendoit point; il
entendoit encore moins le
jargon de la vieille Greque.
Ainsi sans avoir aucune
conversation avec Julie,
il la crut Greque ou Algérienne,
en un mot toute autre
que ce qu'elle étoit.
Ainsi Ergaste
,
à qui il fit
confidence de sonamour,
étoit bien éloigné de pouvoir
soupçonner que c'étoit
sa chere Julie donc il lui
parloir.
L'amour du Capitaine
augmentoit de jour en jour.
Il trouva moyen de faire
comprendre qu'il avoit de
grands biens, & qu'il oftroit
d'époufer: mais on lui
fîtentendre qu'on refufoic
obstinément, & que Julie
n'ayant pu etre a un amant
pour qui elle mourroit constante,
étoit incapable d'écoûter
d'autres propolitions.
C'estquelque malheureux
Algérien qu'elle
aime, disoit un jour à Ergaste
le Capitaine desesperé,
& qui ne méritéapurement
pas cette confiance.
Le récit des beautez de la
prisonnieren'avoit jamais
pu déterminer Ergaste à
paser dans le vaisseau pour
voir celle qui causoit une
passion si violente à son ami.
Il étoit si occupé de son côté
par celle qu'il avoit perdue
à Toulon, qu'il étoit
insensible à tout ce qu'on
poupouvoit
lui dire des autres
beautez, Cependant cette
constance de la belle priÍon",
niere le coucha d'estime
pour elle.ll n'eut aucune euriofité
de la voir: mais il inspira
à son ami des mouvevens
de generositéqu'il auroit
eus lui-même en pareille
occasion, & persuada
enfin à son ami de renvoyer
le vaisseau pris à l'endroit où
la belle prisonniere vouloit
qu'on la menât.LeCapitaine
repassa dans le vaisseau
où étoit Julie,&lui fit expliquer
comme il put laresolution
genereusequ'il avoir
prise. Elle témoigna
qu'elle auroit une reconnoissance
éternelle d'un si
grand bienfait, &pria seulement
qu'on la fia mener à
Toulon, esperant peut- être
y retrouverencore son cher
Ergaste : mais ne pouvant
pas s'expliquer assezlà-des
sus, pour rairesoupçonnes
au Capitaine que ce fût cel
-
le dont Ergalte lui parloit
tous les jours. LeCapitaine
craignant que sa generosité
ne s'affaiblît s'il voyoit plus
long-temps saprisonniere
Confia le vaisseau à un Lieutenant
du sien, à qui il ordonna
de mener la prisonniere
à Toulon, ôe de lui
ramener le vaisseau en Portugal
,dont ilsn'étoient pas
loin. Quand ces vaisseauxse
separerent, le Capitaine
passa dans celui où il avoit
laissé Ergaste, &lui protesta
que lans lui il n'eût pas
été capable d'une resolution
qui lui coûroit si cher; éc
là-dessus il lui dit quecette
belle personne lui avoitdemandé
d'être conduite
Toulon. Il joignit à cela
plusieurs autres particularitez
de leur separation, &
ôc-même répéta quelques
mots> Provençaux que Julieavoir
prononcez en {àû
pirant. En un mot ilvintà
Ergaste des soupçons de la
verité
)
&cessoupçons se
confirmèrent par mille petites
circonstances que le
Capitaine se rappella. Erl
gaste n'eut pas besoin de
prier leCapitaine de suivre
au plus vice le vaisseau
)
qui
étoit encore àivûë: mais
:les' deux qu'ilsmontoient
avoienc été si mal traitez
dans le combat, qu'ils faisoient
eau de tous côtez.
Nos deux amis rivaux surent
contraints de gagner
le Portugal, dans la resolution
de prendre un autre
val»ffeatfpour aller à Tou-
Ion à force de voiles: ce
qu'ils executerent des le
len demain.
Pendant tout le trajet
que firent ensemble les
deux amis rivaux, ce ne fut
qu'un combat continuel de
sentimens genereux. Le Capitaine
protesta à Ergaste
qu'il le verroit conitam
ment possesseur de ce qu'il
aimoit. Ergaste d'un autre
côtéfaisant reflexion qu'il
il.,avoir point de bien, &
que son ami en avoir beaucoup,
lui jura tres-sincerement
qu'il tâcheron de resoudre
Julie à l'épouser. Ils
disposoient ainsi en faveur
l'un de l'autre d'un bien
qu'ils étoient sûrs de retrouver
à Toulon : mais
en y arrivant ils se trouverent
bien loin de leur compte.
Le Lieutenant a qui on
avoir confié le vaisseau ôc
Julie éroit d'un caraétere
bien différent de son Capitaine
jil écoic aussi groilier
& brural que celui-ci étoic
poli & genereux. Il tâcha
d'abord d'attendrirJulie
par une passion feinte & un.
refpeâ:affedté : mais sitôt
qu'il vit qu'il ne pouvoit
rien ganer sur elle par la
douce'-"urvni par les pr4omet
ses, il la menaça de la mener
dans quelque Isle deserte,
& de l'y laisser si elle
ne vouloit pas consentir à
l'épouser. Imaginez-vous
ce que peut signifier le moc
d'époufer dans la bouche
d'un Corsaire, qui fait l'a-
* mour à force de menaces.
Julie en fut si épouvantée
& si troublée, qu'elle fut
sur le point de se précipiter
dans la mer, sans sçavoir
ce qu'ellefaisoit ; &
cela ne fit qu'augmenter
la brutalité duLieutenant,
qui en fût peut-être venu
aux dernieres violences,
malgré ceux que le Capitaine
avoit mis auprès de
Julie pour en avoir soin.
Mais le gros temps, qui
avoit déjà commencé d'alarmer
tous ceux du vaisseau,
devint une tempête
si furieuse,que le Lieutenant
fut tout occupé du
péril, & bientôt après ne
songea plus qu'àsesauver
dans une chaloupe ; car
son vaisseau perit a la rade
de Toulon, Ôc tout ce qui
étoit dedans fut noyé, excepté
ce qui pur se sauver
dans quelques chaloupes;
&, pour comble de malheur
, Julie ne se trouva
point dans le nombre de
ceux qui sesauverent.
Cependant Ergaste & le
Capitaine avoient fait le
trajet avec tant de vîtesse,
que leur vaisseau étoit à
Toulon dés le foir precedent.
Ils furent fort surpris
en arrivant au port, de n'y
pointtrouver celui du Lieutenant
;& en effet il fût arrivé
bien plutôtqu'eux, s'il
n'sur pas cotoye, & retardé
exprès sa' route pour
avoir plus long-tempsJulie
en sa disposition. L'orage
qui fit perir son vaisseau
avoit duré toute la
nuit,&dés le matin la nou.
velle du naufrage vint à
Toulon. Ergaste& le Capitaine
apprirent des premiers
cette funeste nouvelle
par quelqu'une des
chaloupes qui s'étoient sauvées,
& tous leur assurerent
que Julie avoit péri.
Rien ne peut exprimer la
douleur de ces malheureux
amans ils se reprocherent
mille fois à eux-mêmes cette
generosité qui les avoir
portez a renvoyer cette
prisonniere infortunée
,
&
d'avoir été la cause innocente
de [a mort. Les reprochesqu'ils
se faisoient
furent bien mieux fondez
encore, lors qu'un Officier,
de ceux qui s'étoient
sauvez,vint lui faire le recit
de tout ce qui s'étoit
passé dans le vaisseau. Cet
Officier, galant homme,
s'étoit opposé tout seul au
Lieutenant, lors qu'avec
trois ou quatre scelerats de
sa troupe il avoit voulu
violenter Julie; & dans le
moment du naufrage ils
étoient prers à l'assassiner,
parce qu'il leur avoit fait
manquer leur coup. Le Ca.
pitaine connut par ce recit
que le Lieutenant étoit la
seule cause de la mort de
Julie. Son premier soin fut
de le chercher par-tout,
pour le punir
: mais sa c haloupe
n'étoit pas venuë jusf
qu'au porc;ilavoic abordé
sur la côte, un peu loin de
la ville, & n'avoit oré avancer,
ayant appris par
quelques soldats que son
Capitaine étoit arrivé à
Toulon. Les deux amis
allerent le chercher le long
de la côte; & après avoir
marché quelquetemps, ils
apperçurent quatre hommes
qui se cachoient entre
des rochers. Ils coururent
d'une telle force,
qu'ils les eurent bien
-
tôt
joints. C'étoit le Lieutenant
& ses trois complices.
Ils se défendirent en
desesperez. Le Lieutenant
& un Officier chargerent
le Capitaine, qui tua le fécond
,
qui s'étoit le plus
avancé: mais le Lieutenant
furieux prit le moment
de percer le Capitaine
par le côté, pendant
que sonépée étoit engagée
dans le corps de celui
qu'ilavoirtue.Ergaste
avoit déja blessé l'un des
deux autres, & mis le quatrième
en fuite. Il courut
au secours de son ami; &
après avoir été blessé, tua
de sa main le Lieutenant
furieux. Un peu après quelques
soldats vinrent au
bruit du combat, ôc l'on
porta les deux blessez dans
l'une des premieres maisons
de la ville, dont ils
n'étoientéloignez que d'un
-quart de lieuë. La blessure
d'Erogasteétoit très-legere
celle du Capitaine parut
plus considerable : cependant
ilse trouva assez
bien quand on lui eut mis
le premier appareil. On
les laissa seuls
; ils deplorerent
ensemblela perte de
Julie: mais Ergaste se crut
assez fort pourpouvoir se
porter vers rendrait. du
naufrage, qui n'était pas
loin de la ville. Il s'y transporta,
accompagné feulement
d'un valet. Il se faisoit
une espece de confolation
funeste de voirl'endroit
où Julie avoit peri:
il reconnut ce fatal endroit
droit par quelques. débris
du vaisseau, & quelques
corps que les flots avoient
jettez sur la côte. Ce spectacle
lui donna des idées
si affreuses, qu'il tomba
évnoüi entre les bras de
son valet, qui avec un matelot
le porta dans une cabane
de pêcheur. On le
coucha sur un lit, où il
resta longtemps évanoüi.
Tous ceux qui se crouverent
dans la cabane s'empresserent
pour le secourir.
Il revint de son évanoüissement
: mais avec
une espece de transport au
cerveau ,
rêvant, gemissant,
& faisant des cris
douloureux. Il s'imaginoit
voir le pedre affreux de
Julie noyée; il croyoit lui
parler, il croyoit entendre
sa voix languissante,
& il l'entendoit en effet,
il l'entendoit réellement.
C'est ici une de ces situations
interessantes qui meritent
des descriptions patetiques
:mais comme l'incident
est naturel, il suffîra
au lecteur de se l'imaginer
pour en être touché.
C'étoit en effet Julie &
sa vieille Greque, qui presque
mourantes des perils
quelles avoient courus,
avoient été portées dans
cette même cabane par
deux matelots pitoyables
qui les avoient sauvees du
naufrage, aidez de quelques
planches du vaisseau
brifé. La vieilleGreque
étoit venuë d'abord secourirErgaste,
qu'elle ne connoissoit
point: mais aprés
l'évanouissement elle lui
entendit prononcer plusieurs
fois le nom de Julie.
Elle courut l'avertir
qu'un jeune homme qui
se mouroit parloir d'elle.
Julie court, toute mourante
qu'elle est, & trouve
son cher Ergaste
,
dans
le moment qu'Ergaste s'imaginoit
ne voir que le
fantôme de Julie. Autre
moment difficile à dépeindre
;
il faut laisser ce loin
àceux qui voudront faire
un roman de cette histoire.
On conduisitJulie &
Ergaste à Toulon. Ergaste
la fit lloogr*eerr dans une mmaaii.~-
son voisine de celle où .,.
toit son ami blessé, & courut
pour lui annoncer le
premier cette heureuse
nouvelle:mais sa joye fut
changée en pleurs. Il arriva
dans le moment qu'-
on levoit le premier appareil
.,- qui fit connoître
quelablessure était mortelle.
Dés ce moment le
Capitaine tourna à la morr.
Il ne laissa pas de ressentir
de la joye, quand il
sçut que Julie étoit envie.
Il voulut la voir en presenced'Ergaste
; ôc les
voyant tous deux fondre
en larmes, le Capitaine
leur dit qu'il mourroit contene)
s'ils vouloient accepter
, pour vivre heureux
ensemble
,
les biens
qu'il avoit en Portugal.
Les deux amans ne répondirent
à cela que par
les témoignages d'une affliction
morcelle, oubliant
en ce moment leur amour,
pour s'abandonner à la douleur
de perdre un si genereux
ami & amant, qui
n'arrendir pas leur consentement
pour écrire de sa
main un testament en leur
faveur. Il mourut le mê.
me jour, & le bonheur
des deux époux fut toujours
traversé par le souvenir
de la perte qu'ils a.
voient faite.
Jinguliere.
ONSIEUR,
Quoique cette historietteaitunairromanefque
par lasingularitéde
ses évenemens, elle ne
laisse pas d'être veritable
, & je l'ai trouvée
dans quelques mémoires
de feu Monsieur de
Pointis, qui me tomberent
entre les mains
au retour de son expedition
de Cartagene. Je
vous l'envoye telle que
je l'ai, n'ayant pas le
loisir de l'écrire, si non
galamment, du moins
aussi correctement qu'il
le faudroit pour l'inserer
dans vôtre Mercure.
Une veuve de Provence
se trouvant absolument
ruïnée par la
mort de son mari, prit
la resolution d'aller aux
Indes, pour subsister avec
un frere unique,
qui après avoir mangé
tout son bien, étoitallé
s'y établir
,
& y avoit
gagné quelque chose.
Cette veuve avoit toûjours
vécu honorablement
avec son mari;
qui étoit de très-bonne
maison. Elle étoit fort
gloricuse; êG ne voulant
pas qu'onsçustl'extremité
où elle étoit reduiteeIJ.
e. pretexta que
ses affairesl'obligeoient
d'aller faire un voyage
à Lion, & prit en effet
le chemin de Toulon,
où son frere lui avoifcr
écrit qu'elle trouveroit
unArmateurde sesamis,
avec qui elle pouvoit
s'embarquer pour le venir
trouver. Elle arriva
donc dans une hôtellerie
de Toulon avec sa fille
unique, trés-jeune 8c
très-belle, quiétoit encore
plus fâchée que sa mere
de se voir exilée si loin
par la pauvreté. Elles
resterent quelque temps
à Toulon, attendant que
l'Armateur fust en état
de partir. Pendant ce
temps-là cette jeune
beauté fit beaucoup de
bruic à Toulon, & sa
mere espera que quelque
riche Officier leur
épargneroit le voyage
des Indes. Sans doute
pour peu de bien qu'elle
eusttrouvé dansun homme
de naissace, elle
eust accepté des propositions
de mariage.
Un jeune homme,
qui avoit toutes les bonnes
qualitez imaginables
, hors la richesse,
devint passionnément
amoureux de Julie. C'est
ainsi que s'appella la jeune
personne àToulon,
sa mere cachant avec
foin son veritable nom,
parce qu'elle n'étoit pas
en état de le soutenir,
&£ qu'elle vouloit y rester
inconnuë.
Julie donc fut aussi
charmée du jeune homme
qu'illavoitété d'elle.
Ils s'éntr'aimerent,
& se jurerent de s'aimer
toute leur vie, avanc
que la mereeustle
temps de faire expliquer
la Cavalier sur l'article
du bien; car on ne debute
point par là : Julie
étoit trop jeune pour
faire réflexion sur rien,
que sur les qualitez aimables
de celui qui la
charmoit. Il salut; pourtant
s'expliquer; car la
mere étoit prudente, Se
trés -
severe sur l'honneur.
Elle ne jugea pas
à propos qu'ils se vissent
davantage, si le Cavalier
(que nous nommerons
Ergaste) nétoit pas
un parti convenable. Un
jour qu'il étoit venu
pour les voir, elle laissa
safille dans son cabinet,
& vint feule le recevoir.
Ce fut une conversation
fort polie de la part de
lamere, & fort troublée
de la part d'Ergaste,qui
s'apperçut bien qu'on avoit
empêché Julie de
paroître.Enfin on s'expliqua
; Ergaste avoüa
en franc Picard, qu'il
étoit un cadet de Gascogne,
sans bien & sans
esperance, parce que son
frere aîné
,
qui emportoit
tous les biens de si
famille, s'étoit marié de
puis peu. Aprés unaveu
pareillaconversation su
bientôr finie; SC la me
re, en le quittant, lu
dit qu'il étoit à propo
pour son repos & pou
l'honneur de sa fille, qu
ils ne serevissent jamais,
& qu'elle le prioit de ne
plus revenir chez elle.
Ergaste, qu'un pareil
coup avoit mis au desespoir,
prit le parti de s'aller
faire ruer à la guerre.
Il s'embarqua avec
un Capitaine de vaisseau
qui alloit à Cadix, 8c
qui lui promitdele mener
de la en Espagne
quand il auroit fini quel-,
ques affaires qui le devoient
retenir deux ou
trois mois à Cadix.
Un mois aprés l'Armateur
dont nous avons
parlé fut en état de partir;&
la veuve ne voyant
pas d'apparence qu'il se
trouvât à Toulon d'époufeurs
qui convinssent
à Julie, l'embarqua
,plus morte que vives
, & ilspartirent pour
aller aux Indes. L'Armateurne
fut pas heureux
dans sa course: il
fut attaqué per un Corfaire
d'Alger, son vaisseau
fut pris, & la malheureuse
Julie fut faite
esclaveavec sa mere. Il
y avoit déja prés de deux
mois qu'elles étoient en
mer, où les vents contraires
les avoient tourmentées
furieusement ;
la mere tomba malade,
& mourut dans le vaisseau
Algerien, accablée
de fatigues & de chagrins,
&,- Julie n'y resitta
que par sa grande
jeunesse.Ilse trouva parmi
quelques femmes Algériennes
qui étoient
dans ce vajffeau, une
vieille Grecque, qui avoit
fait quelques voyages
en Europe, & qui
par hazard sçavoit un
peu parler Provençal.
Elle avoit faitamitié avec
Julie, & lui tint
lieu de mere dans le reste
de ses avantures, dont la
première fut la prise du
vaisseau Algerien, qui
, fut
fut attaqué par deux
vaisseauxPortugais.Ainsi
Julie se trouva une seconde
fois prisonniere.
Cette fuliteIdeemalheurs eût pourtant été favorable
à Julie, si elle eût
été moins confiante; car
un jeune Portugais, qui
montoit l'un des deux
vaisseaux, devint amoureux
d'elle. Il étoit trésriche,
& l'auroit épousée,
sielleeût pû seresoudre
à se marier, après
avoir perdu l'esperance
de revoir son cher Ergaste.
Il n'étoit pas loin
d'elle, quand elle donna
ce témoignage de sa confiance
pour lui j car il
avoit aidé sans le sçavoir
à la prendre prisonniere,
&C voici comment.
On vous a dit qu'un
Capitaine des amis d'Ergaste
l'avait mené à Cadix,
& lui avoir promis
de le faire passer en Espagne
quelques mois aprés.
Il y en avoit déja
trois qu'il étoità Cadix,
& ce jeune Capitaine
Portugais étoit celui qui
devoit le passer en Espagne
, par consideration
pour l'autte Capitaine,
avec qui il avoit des liaisons
pour le commerce.
Ergaste se trouva donc
dans l'un des deux vaisseaux
qui attaquerent le
vaisseau Algerien.
Ce vaisseau Algerien
se défendit jusqu'à la
dernicre extrémité, en
sorte que ceux-ci furent
contraints d'aller à l'abordage.
Ergaste,quiaccompagnoit
le jeune
Portugais, entra avec lui
dans le vaisseau Algérien
l'épée à la main r
mais ayant été d'abord
dangereusementblessé,
on le reporta dans son
vaisseau avant que le
combat fût fini >ainsî il
ne vit point Julie, &c étoit
bien loin de s'imaginet
qu'el le fûc dans un
vaisseauAlgérien.Mais
le Capitaine Porrugais,
après l'avoirpris, y resta
avec Julie, donc il étoit
devenu passionnément
amoureux;ainsi les trois
vaisseaux faisant route
vers le Portugal, le jeune
Portugais alloit de
temps en temps voir Ergaste
blessé dans son
vaisseau, & revenoit
dans celui de Julie, donr
il ne put jamaistireraucun
éclaircissement
; car
premièrement elle était
,
fort mal, ôc avoit resolu de
se laisser plutôt mourir, que
de recevoir aucun secours
de celui à qui elle craignoic
d'avoir obligation
: outre
cela elle ne parloit que Provençal
, que le jeune Capitaine
n'entendoit point; il
entendoit encore moins le
jargon de la vieille Greque.
Ainsi sans avoir aucune
conversation avec Julie,
il la crut Greque ou Algérienne,
en un mot toute autre
que ce qu'elle étoit.
Ainsi Ergaste
,
à qui il fit
confidence de sonamour,
étoit bien éloigné de pouvoir
soupçonner que c'étoit
sa chere Julie donc il lui
parloir.
L'amour du Capitaine
augmentoit de jour en jour.
Il trouva moyen de faire
comprendre qu'il avoit de
grands biens, & qu'il oftroit
d'époufer: mais on lui
fîtentendre qu'on refufoic
obstinément, & que Julie
n'ayant pu etre a un amant
pour qui elle mourroit constante,
étoit incapable d'écoûter
d'autres propolitions.
C'estquelque malheureux
Algérien qu'elle
aime, disoit un jour à Ergaste
le Capitaine desesperé,
& qui ne méritéapurement
pas cette confiance.
Le récit des beautez de la
prisonnieren'avoit jamais
pu déterminer Ergaste à
paser dans le vaisseau pour
voir celle qui causoit une
passion si violente à son ami.
Il étoit si occupé de son côté
par celle qu'il avoit perdue
à Toulon, qu'il étoit
insensible à tout ce qu'on
poupouvoit
lui dire des autres
beautez, Cependant cette
constance de la belle priÍon",
niere le coucha d'estime
pour elle.ll n'eut aucune euriofité
de la voir: mais il inspira
à son ami des mouvevens
de generositéqu'il auroit
eus lui-même en pareille
occasion, & persuada
enfin à son ami de renvoyer
le vaisseau pris à l'endroit où
la belle prisonniere vouloit
qu'on la menât.LeCapitaine
repassa dans le vaisseau
où étoit Julie,&lui fit expliquer
comme il put laresolution
genereusequ'il avoir
prise. Elle témoigna
qu'elle auroit une reconnoissance
éternelle d'un si
grand bienfait, &pria seulement
qu'on la fia mener à
Toulon, esperant peut- être
y retrouverencore son cher
Ergaste : mais ne pouvant
pas s'expliquer assezlà-des
sus, pour rairesoupçonnes
au Capitaine que ce fût cel
-
le dont Ergalte lui parloit
tous les jours. LeCapitaine
craignant que sa generosité
ne s'affaiblît s'il voyoit plus
long-temps saprisonniere
Confia le vaisseau à un Lieutenant
du sien, à qui il ordonna
de mener la prisonniere
à Toulon, ôe de lui
ramener le vaisseau en Portugal
,dont ilsn'étoient pas
loin. Quand ces vaisseauxse
separerent, le Capitaine
passa dans celui où il avoit
laissé Ergaste, &lui protesta
que lans lui il n'eût pas
été capable d'une resolution
qui lui coûroit si cher; éc
là-dessus il lui dit quecette
belle personne lui avoitdemandé
d'être conduite
Toulon. Il joignit à cela
plusieurs autres particularitez
de leur separation, &
ôc-même répéta quelques
mots> Provençaux que Julieavoir
prononcez en {àû
pirant. En un mot ilvintà
Ergaste des soupçons de la
verité
)
&cessoupçons se
confirmèrent par mille petites
circonstances que le
Capitaine se rappella. Erl
gaste n'eut pas besoin de
prier leCapitaine de suivre
au plus vice le vaisseau
)
qui
étoit encore àivûë: mais
:les' deux qu'ilsmontoient
avoienc été si mal traitez
dans le combat, qu'ils faisoient
eau de tous côtez.
Nos deux amis rivaux surent
contraints de gagner
le Portugal, dans la resolution
de prendre un autre
val»ffeatfpour aller à Tou-
Ion à force de voiles: ce
qu'ils executerent des le
len demain.
Pendant tout le trajet
que firent ensemble les
deux amis rivaux, ce ne fut
qu'un combat continuel de
sentimens genereux. Le Capitaine
protesta à Ergaste
qu'il le verroit conitam
ment possesseur de ce qu'il
aimoit. Ergaste d'un autre
côtéfaisant reflexion qu'il
il.,avoir point de bien, &
que son ami en avoir beaucoup,
lui jura tres-sincerement
qu'il tâcheron de resoudre
Julie à l'épouser. Ils
disposoient ainsi en faveur
l'un de l'autre d'un bien
qu'ils étoient sûrs de retrouver
à Toulon : mais
en y arrivant ils se trouverent
bien loin de leur compte.
Le Lieutenant a qui on
avoir confié le vaisseau ôc
Julie éroit d'un caraétere
bien différent de son Capitaine
jil écoic aussi groilier
& brural que celui-ci étoic
poli & genereux. Il tâcha
d'abord d'attendrirJulie
par une passion feinte & un.
refpeâ:affedté : mais sitôt
qu'il vit qu'il ne pouvoit
rien ganer sur elle par la
douce'-"urvni par les pr4omet
ses, il la menaça de la mener
dans quelque Isle deserte,
& de l'y laisser si elle
ne vouloit pas consentir à
l'épouser. Imaginez-vous
ce que peut signifier le moc
d'époufer dans la bouche
d'un Corsaire, qui fait l'a-
* mour à force de menaces.
Julie en fut si épouvantée
& si troublée, qu'elle fut
sur le point de se précipiter
dans la mer, sans sçavoir
ce qu'ellefaisoit ; &
cela ne fit qu'augmenter
la brutalité duLieutenant,
qui en fût peut-être venu
aux dernieres violences,
malgré ceux que le Capitaine
avoit mis auprès de
Julie pour en avoir soin.
Mais le gros temps, qui
avoit déjà commencé d'alarmer
tous ceux du vaisseau,
devint une tempête
si furieuse,que le Lieutenant
fut tout occupé du
péril, & bientôt après ne
songea plus qu'àsesauver
dans une chaloupe ; car
son vaisseau perit a la rade
de Toulon, Ôc tout ce qui
étoit dedans fut noyé, excepté
ce qui pur se sauver
dans quelques chaloupes;
&, pour comble de malheur
, Julie ne se trouva
point dans le nombre de
ceux qui sesauverent.
Cependant Ergaste & le
Capitaine avoient fait le
trajet avec tant de vîtesse,
que leur vaisseau étoit à
Toulon dés le foir precedent.
Ils furent fort surpris
en arrivant au port, de n'y
pointtrouver celui du Lieutenant
;& en effet il fût arrivé
bien plutôtqu'eux, s'il
n'sur pas cotoye, & retardé
exprès sa' route pour
avoir plus long-tempsJulie
en sa disposition. L'orage
qui fit perir son vaisseau
avoit duré toute la
nuit,&dés le matin la nou.
velle du naufrage vint à
Toulon. Ergaste& le Capitaine
apprirent des premiers
cette funeste nouvelle
par quelqu'une des
chaloupes qui s'étoient sauvées,
& tous leur assurerent
que Julie avoit péri.
Rien ne peut exprimer la
douleur de ces malheureux
amans ils se reprocherent
mille fois à eux-mêmes cette
generosité qui les avoir
portez a renvoyer cette
prisonniere infortunée
,
&
d'avoir été la cause innocente
de [a mort. Les reprochesqu'ils
se faisoient
furent bien mieux fondez
encore, lors qu'un Officier,
de ceux qui s'étoient
sauvez,vint lui faire le recit
de tout ce qui s'étoit
passé dans le vaisseau. Cet
Officier, galant homme,
s'étoit opposé tout seul au
Lieutenant, lors qu'avec
trois ou quatre scelerats de
sa troupe il avoit voulu
violenter Julie; & dans le
moment du naufrage ils
étoient prers à l'assassiner,
parce qu'il leur avoit fait
manquer leur coup. Le Ca.
pitaine connut par ce recit
que le Lieutenant étoit la
seule cause de la mort de
Julie. Son premier soin fut
de le chercher par-tout,
pour le punir
: mais sa c haloupe
n'étoit pas venuë jusf
qu'au porc;ilavoic abordé
sur la côte, un peu loin de
la ville, & n'avoit oré avancer,
ayant appris par
quelques soldats que son
Capitaine étoit arrivé à
Toulon. Les deux amis
allerent le chercher le long
de la côte; & après avoir
marché quelquetemps, ils
apperçurent quatre hommes
qui se cachoient entre
des rochers. Ils coururent
d'une telle force,
qu'ils les eurent bien
-
tôt
joints. C'étoit le Lieutenant
& ses trois complices.
Ils se défendirent en
desesperez. Le Lieutenant
& un Officier chargerent
le Capitaine, qui tua le fécond
,
qui s'étoit le plus
avancé: mais le Lieutenant
furieux prit le moment
de percer le Capitaine
par le côté, pendant
que sonépée étoit engagée
dans le corps de celui
qu'ilavoirtue.Ergaste
avoit déja blessé l'un des
deux autres, & mis le quatrième
en fuite. Il courut
au secours de son ami; &
après avoir été blessé, tua
de sa main le Lieutenant
furieux. Un peu après quelques
soldats vinrent au
bruit du combat, ôc l'on
porta les deux blessez dans
l'une des premieres maisons
de la ville, dont ils
n'étoientéloignez que d'un
-quart de lieuë. La blessure
d'Erogasteétoit très-legere
celle du Capitaine parut
plus considerable : cependant
ilse trouva assez
bien quand on lui eut mis
le premier appareil. On
les laissa seuls
; ils deplorerent
ensemblela perte de
Julie: mais Ergaste se crut
assez fort pourpouvoir se
porter vers rendrait. du
naufrage, qui n'était pas
loin de la ville. Il s'y transporta,
accompagné feulement
d'un valet. Il se faisoit
une espece de confolation
funeste de voirl'endroit
où Julie avoit peri:
il reconnut ce fatal endroit
droit par quelques. débris
du vaisseau, & quelques
corps que les flots avoient
jettez sur la côte. Ce spectacle
lui donna des idées
si affreuses, qu'il tomba
évnoüi entre les bras de
son valet, qui avec un matelot
le porta dans une cabane
de pêcheur. On le
coucha sur un lit, où il
resta longtemps évanoüi.
Tous ceux qui se crouverent
dans la cabane s'empresserent
pour le secourir.
Il revint de son évanoüissement
: mais avec
une espece de transport au
cerveau ,
rêvant, gemissant,
& faisant des cris
douloureux. Il s'imaginoit
voir le pedre affreux de
Julie noyée; il croyoit lui
parler, il croyoit entendre
sa voix languissante,
& il l'entendoit en effet,
il l'entendoit réellement.
C'est ici une de ces situations
interessantes qui meritent
des descriptions patetiques
:mais comme l'incident
est naturel, il suffîra
au lecteur de se l'imaginer
pour en être touché.
C'étoit en effet Julie &
sa vieille Greque, qui presque
mourantes des perils
quelles avoient courus,
avoient été portées dans
cette même cabane par
deux matelots pitoyables
qui les avoient sauvees du
naufrage, aidez de quelques
planches du vaisseau
brifé. La vieilleGreque
étoit venuë d'abord secourirErgaste,
qu'elle ne connoissoit
point: mais aprés
l'évanouissement elle lui
entendit prononcer plusieurs
fois le nom de Julie.
Elle courut l'avertir
qu'un jeune homme qui
se mouroit parloir d'elle.
Julie court, toute mourante
qu'elle est, & trouve
son cher Ergaste
,
dans
le moment qu'Ergaste s'imaginoit
ne voir que le
fantôme de Julie. Autre
moment difficile à dépeindre
;
il faut laisser ce loin
àceux qui voudront faire
un roman de cette histoire.
On conduisitJulie &
Ergaste à Toulon. Ergaste
la fit lloogr*eerr dans une mmaaii.~-
son voisine de celle où .,.
toit son ami blessé, & courut
pour lui annoncer le
premier cette heureuse
nouvelle:mais sa joye fut
changée en pleurs. Il arriva
dans le moment qu'-
on levoit le premier appareil
.,- qui fit connoître
quelablessure était mortelle.
Dés ce moment le
Capitaine tourna à la morr.
Il ne laissa pas de ressentir
de la joye, quand il
sçut que Julie étoit envie.
Il voulut la voir en presenced'Ergaste
; ôc les
voyant tous deux fondre
en larmes, le Capitaine
leur dit qu'il mourroit contene)
s'ils vouloient accepter
, pour vivre heureux
ensemble
,
les biens
qu'il avoit en Portugal.
Les deux amans ne répondirent
à cela que par
les témoignages d'une affliction
morcelle, oubliant
en ce moment leur amour,
pour s'abandonner à la douleur
de perdre un si genereux
ami & amant, qui
n'arrendir pas leur consentement
pour écrire de sa
main un testament en leur
faveur. Il mourut le mê.
me jour, & le bonheur
des deux époux fut toujours
traversé par le souvenir
de la perte qu'ils a.
voient faite.
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Résumé : AVANTURE singuliere.
Le texte relate une histoire véridique tirée des mémoires de Monsieur de Pointis, concernant une veuve provençale ruinée par la mort de son mari. Cette veuve, accompagnée de sa fille Julie, se rend à Toulon pour rejoindre son frère aux Indes. À Toulon, Julie rencontre Ergaste, un jeune homme de bonne famille mais sans fortune, dont elle tombe amoureuse. La mère de Julie, prudente et glorieuse, refuse leur union en apprenant la pauvreté d'Ergaste. Désespéré, Ergaste part à la guerre. La veuve et Julie embarquent finalement pour les Indes, mais leur navire est capturé par des corsaires algériens, les réduisant en esclavage. La mère de Julie meurt en mer, et Julie est secourue par une vieille Grecque. Leur navire est ensuite attaqué par des Portugais, et Julie est capturée une seconde fois. Un jeune capitaine portugais, amoureux de Julie, la libère et la ramène à Toulon. Cependant, leur navire fait naufrage, et Julie périt en mer. Ergaste et le capitaine portugais, apprenant la nouvelle, se reprochent leur générosité qui a conduit à la mort de Julie. Un officier raconte au capitaine comment il a protégé Julie contre le lieutenant et ses complices lors du naufrage. Le lieutenant, responsable de la mort de Julie, est recherché et finalement trouvé avec ses complices. Un combat s'ensuit, durant lequel le capitaine et Ergaste, l'ami du capitaine, sont blessés. Le lieutenant est tué par Ergaste. Julie, miraculeusement sauvée, est retrouvée dans une cabane de pêcheur où elle est soignée avec Ergaste. Le capitaine, gravement blessé, apprend la survie de Julie mais meurt peu après. Avant de mourir, il offre ses biens en Portugal aux deux amants, qui sont accablés par la perte de leur ami généreux.
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25
p. 134-144
MARIAGE.
Début :
Emmanuel de Rousselet Comte de Chasteau - Renand, Lieutenant General des huit [...]
Mots clefs :
Bretagne, Chevalier, Capitaine, Versailles, Mexique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
MARIAGE.
Emmanuel de Rousselet
Comte de Chasteaunand
,
Lieutenant General
des huit Evefchez de haute
& baffe Bretagne) Capr.
taine de Vaisseaux du Roy,
fils de François LoiïisRoufseles,
Chevalier seigneur,
Marquis de Chasteau-Renaud
,& Chevalier des Ordres
du Roy, Grand. Croix
de l'Ordre Militaire de
Saint Loiiis,Capitaine genéral
pour Sa Majesté Catholique
dans les Mers Occidentales
,
Commandant
pourSaMajeftéTresChré.
tienne toute la Province de
Bretagne,Vice-Amiral & Maréchal de France, &de
Marie- AnneRenée de la
Porte, fille & heritiere de
René de la Porte
,
Comte
d'Artois & de Crozon, &
paron de Beaumont en
Bretagne,d'Anne- Marie
du Han de Bertrie: elle est
morte au mois d'Oétobre
1696,Sea laisse de son mariage
FrançoisLoüis-Ignace
de Rousselet de Chasteau-
Renaud
,
Anne- Alberc,
Chevalier de Malte,
& Çmrnanuel deRouifeler,
qui épousa dans laChapelle
de Versailles la nuit du
-
14. au 15. Février, Mademoiselle
Marie -
Emilie de
Noailles fille de défunt
Anne Jule Duc de Noall-"
-
les, Pair & Mareflhal de
France, Chevalier des Oro
dres du Roy, Gouverneur
des Comcez de Vigueries,
de Roussillon, Conflansôc
Cerdaigne,& desVilles&
Citadelles de Perpignan,
cy-devant Premier Capitaine
des Gardes du Corps
de Sa Majesté
,
Vice -Roy
de Catalogne, & de Dame
Marie-FrançoisedeBournonville,
Veuve du Marefchal
de Noailles.
Le Mareschal deChafceau-
Renaud fie ses premieres
campagnes des l'an-
- née 1658. dans l'armée de
Flandres, commandée par
: Mr le Mareschal de Turenne,
où il s'cft distingue
en plusieurs sieges importants.
Il passa en 1661. dans
le Service de la Marine en
qualitéd'Enseigne de Vaifseau.
Les nouvelles preu»
ves de son courage, & les
bleflèures
considerables
qu'il receut à l'entreprise
de Gigery; engagerent le
Roy à le faire Capitaine de
Vaisséaux en 1664. Il se si.
gnaia depuis à la teste des
Eicadres dont on luy con- - fiia lecommandemcnr,particulierement
lorCqu'avec
un seul Vaisseau il combatit
cinq Corsaires ennemis,
& s'en rendit maifire. Il
fut fait Chef d'Escadre en
1673» Peu de temps a près,
n'ayant que deux Vaisseaux
il attaqua le jeune Ruyter
Contre-Amiral de Hollande,
qui conduisoit fous
lefcorte de huit VaiÍfeaux
de guerre, une lfotte Hollandoise
de cent trente navires,
dont huit furent coulez
à fond
x
& les obligeà
de rclafcher en Angleterre.
Le combat qu'il donna
en 1678. contre l'Amiral
Everfen*ne sur pas moins
glorieux, puirqu'avec six
de nos Vaiffcaux, il fouftinc
pendant tout un jour l'effort
de l'armée ennemie
composée de seize Vaiffeaux
de ligne & de neuf
bruflots, & contraignit leur
General de se retirer en
desordre dans le port de
Cadix, & de reprendre enfuite
la route de Hollande
,
sans avoir pû donner
à la Sicile les secours qu'il
avoit ordre d'y conduire.
En1678il fut gratifiédu
Grand
-
Prieuré de Bretagne
dans rOrdre de saint
Lazare. En1688.ilfutfait
LieutenantGeneral des Armées
Navalles. En 1689.
il remporta une Viâone
complette sur nos Ennemis
dans le combat de Baucry
, aprés avoir débarquéàleur
veueun secours d'hommes
& d'argent en Irlande
il prit mesme , en revenant
à Bress sept Vaisseaux richcment
chargez. Il passa en
1620. avec six Vaisseaux le
Détroit deGilbratarau milieu
de vingt- huitVaifleaux
Je guerre ennemjs-qui n'oferenc
l'attaquer, & ayant
joint à Brest l'Armée Na-'
vale,il eut le Commandement
de ravant- garde au
combat de Berezieres, où
il enveloppa les Hollandois
,
& fit perir dix sept
Vaissèaux de leur avançgarde,
ce quicaufàlegain
de la bataille., On le fit
Grand Croix de l'Ordre
Militaire de Saint Louis.
En 1696.onluy donna le
Commandement de rArmée
Navale composée de
cinquante Vaisseaux de ligne
qu'il conduisit de Toulon
à Brest, sans que les
Ennemis au nombre de
plus de quatre-vingtVais-.
qéaux pussent s'y opposer.
Il fut pourveu 1701. de la
-
Charge de Vice-Amiral de
France; & ayant esté honoré
en mesme temps du
titre de Capitaine General
de la Mer par le Roy d'Espagne,
il passa avec vingt
Vaisseaux dans les Indes
Occidentales pour s'opposer
aux irruptions dont elles
estoient menacées par
les Anglois & les Hollandois.
Il conduisit en Europe
la flotte du Mexique.,il
surmonta avec fermeté &
prudence les obstacles qui
paroissoient les plus invincibles,
& conduisitla flotte
dans le seul port d'Espagne,
oùil pouvoit aborder.
Sa Majesté pour reconnoître
tant de services
importants rendus sans interruption,
la honoré le 14.
Janvier 1703. du baston de
Mareschal de France.
Emmanuel de Rousselet
Comte de Chasteaunand
,
Lieutenant General
des huit Evefchez de haute
& baffe Bretagne) Capr.
taine de Vaisseaux du Roy,
fils de François LoiïisRoufseles,
Chevalier seigneur,
Marquis de Chasteau-Renaud
,& Chevalier des Ordres
du Roy, Grand. Croix
de l'Ordre Militaire de
Saint Loiiis,Capitaine genéral
pour Sa Majesté Catholique
dans les Mers Occidentales
,
Commandant
pourSaMajeftéTresChré.
tienne toute la Province de
Bretagne,Vice-Amiral & Maréchal de France, &de
Marie- AnneRenée de la
Porte, fille & heritiere de
René de la Porte
,
Comte
d'Artois & de Crozon, &
paron de Beaumont en
Bretagne,d'Anne- Marie
du Han de Bertrie: elle est
morte au mois d'Oétobre
1696,Sea laisse de son mariage
FrançoisLoüis-Ignace
de Rousselet de Chasteau-
Renaud
,
Anne- Alberc,
Chevalier de Malte,
& Çmrnanuel deRouifeler,
qui épousa dans laChapelle
de Versailles la nuit du
-
14. au 15. Février, Mademoiselle
Marie -
Emilie de
Noailles fille de défunt
Anne Jule Duc de Noall-"
-
les, Pair & Mareflhal de
France, Chevalier des Oro
dres du Roy, Gouverneur
des Comcez de Vigueries,
de Roussillon, Conflansôc
Cerdaigne,& desVilles&
Citadelles de Perpignan,
cy-devant Premier Capitaine
des Gardes du Corps
de Sa Majesté
,
Vice -Roy
de Catalogne, & de Dame
Marie-FrançoisedeBournonville,
Veuve du Marefchal
de Noailles.
Le Mareschal deChafceau-
Renaud fie ses premieres
campagnes des l'an-
- née 1658. dans l'armée de
Flandres, commandée par
: Mr le Mareschal de Turenne,
où il s'cft distingue
en plusieurs sieges importants.
Il passa en 1661. dans
le Service de la Marine en
qualitéd'Enseigne de Vaifseau.
Les nouvelles preu»
ves de son courage, & les
bleflèures
considerables
qu'il receut à l'entreprise
de Gigery; engagerent le
Roy à le faire Capitaine de
Vaisséaux en 1664. Il se si.
gnaia depuis à la teste des
Eicadres dont on luy con- - fiia lecommandemcnr,particulierement
lorCqu'avec
un seul Vaisseau il combatit
cinq Corsaires ennemis,
& s'en rendit maifire. Il
fut fait Chef d'Escadre en
1673» Peu de temps a près,
n'ayant que deux Vaisseaux
il attaqua le jeune Ruyter
Contre-Amiral de Hollande,
qui conduisoit fous
lefcorte de huit VaiÍfeaux
de guerre, une lfotte Hollandoise
de cent trente navires,
dont huit furent coulez
à fond
x
& les obligeà
de rclafcher en Angleterre.
Le combat qu'il donna
en 1678. contre l'Amiral
Everfen*ne sur pas moins
glorieux, puirqu'avec six
de nos Vaiffcaux, il fouftinc
pendant tout un jour l'effort
de l'armée ennemie
composée de seize Vaiffeaux
de ligne & de neuf
bruflots, & contraignit leur
General de se retirer en
desordre dans le port de
Cadix, & de reprendre enfuite
la route de Hollande
,
sans avoir pû donner
à la Sicile les secours qu'il
avoit ordre d'y conduire.
En1678il fut gratifiédu
Grand
-
Prieuré de Bretagne
dans rOrdre de saint
Lazare. En1688.ilfutfait
LieutenantGeneral des Armées
Navalles. En 1689.
il remporta une Viâone
complette sur nos Ennemis
dans le combat de Baucry
, aprés avoir débarquéàleur
veueun secours d'hommes
& d'argent en Irlande
il prit mesme , en revenant
à Bress sept Vaisseaux richcment
chargez. Il passa en
1620. avec six Vaisseaux le
Détroit deGilbratarau milieu
de vingt- huitVaifleaux
Je guerre ennemjs-qui n'oferenc
l'attaquer, & ayant
joint à Brest l'Armée Na-'
vale,il eut le Commandement
de ravant- garde au
combat de Berezieres, où
il enveloppa les Hollandois
,
& fit perir dix sept
Vaissèaux de leur avançgarde,
ce quicaufàlegain
de la bataille., On le fit
Grand Croix de l'Ordre
Militaire de Saint Louis.
En 1696.onluy donna le
Commandement de rArmée
Navale composée de
cinquante Vaisseaux de ligne
qu'il conduisit de Toulon
à Brest, sans que les
Ennemis au nombre de
plus de quatre-vingtVais-.
qéaux pussent s'y opposer.
Il fut pourveu 1701. de la
-
Charge de Vice-Amiral de
France; & ayant esté honoré
en mesme temps du
titre de Capitaine General
de la Mer par le Roy d'Espagne,
il passa avec vingt
Vaisseaux dans les Indes
Occidentales pour s'opposer
aux irruptions dont elles
estoient menacées par
les Anglois & les Hollandois.
Il conduisit en Europe
la flotte du Mexique.,il
surmonta avec fermeté &
prudence les obstacles qui
paroissoient les plus invincibles,
& conduisitla flotte
dans le seul port d'Espagne,
oùil pouvoit aborder.
Sa Majesté pour reconnoître
tant de services
importants rendus sans interruption,
la honoré le 14.
Janvier 1703. du baston de
Mareschal de France.
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Résumé : MARIAGE.
Le texte relate la vie et la carrière militaire d'Emmanuel de Rousselet, comte de Chasteaunand. Né de François Louis Rousselet, marquis de Chasteau-Renaud, et de Marie-Anne-Renée de la Porte, Emmanuel de Rousselet a perdu sa mère en octobre 1696. Il avait deux frères, François Louis Ignace et Anne-Albert, chevalier de Malte. Il a épousé Marie-Émilie de Noailles, fille du duc de Noailles et de Marie-Françoise de Bournonville, dans la chapelle de Versailles la nuit du 14 au 15 février. La carrière militaire d'Emmanuel de Rousselet commence en 1658 dans l'armée de Flandres sous le maréchal de Turenne. En 1661, il rejoint la marine en tant qu'enseigne de vaisseau. Promu capitaine de vaisseaux en 1664 après avoir démontré son courage lors de l'entreprise de Gigery, il devient chef d'escadre en 1673. Il se distingue en combattant cinq corsaires ennemis avec un seul vaisseau. En 1678, il affronte l'amiral Everfsen avec six vaisseaux contre une flotte ennemie de vingt-cinq vaisseaux, les forçant à se retirer. En 1678, il reçoit le Grand Prieuré de Bretagne dans l'Ordre de saint Lazare et est nommé lieutenant général des armées navales en 1688. En 1689, il remporte une victoire complète lors du combat de Baucry, capturant sept vaisseaux ennemis. En 1690, il passe le détroit de Gibraltar avec six vaisseaux et commande l'avant-garde au combat de Berezieres, où il détruit dix-sept vaisseaux ennemis. Il est fait Grand Croix de l'Ordre Militaire de Saint Louis. En 1696, il commande une armée navale de cinquante vaisseaux de ligne de Toulon à Brest sans opposition ennemie. En 1701, il est nommé vice-amiral de France et capitaine général de la mer par le roi d'Espagne. Il conduit une flotte des Indes Occidentales en Europe et surmonte divers obstacles pour la ramener en Espagne. Pour ses services, il est nommé maréchal de France le 14 janvier 1703.
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26
p. 158
ALLEMAGNE.
Début :
Les Juifs ont offert à l'Empereur de lui faire un prêt de quatre cent mille Florins, dans [...]
Mots clefs :
Capitaine, Roi, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
Allemagne.
LEs Juifs ont offert àTEmpereur de lui faire
un prêt de quatre cent mille Florins , dans,
l'efperance d'obtenir la révocation de l'Edic
publié à Prague en 1717- par lequel il r/est per
mis qu'aux aîncz des familles Juives de se ma
rier.
Il y a dans le Palatinat & aux environs une
Troupe de Mendians & d'autres gens fans aveu,
qui mettent le feu aux Granges des Faisans
qui leur refusent retraite. Ils brûlèrent il y
a quelques jours une Ferme tres - considéra
ble , qui appartient à l' Abbesse de Gravent-
Raindorff. On en a déja arrêté plusieurs qui
doivent être exécutez dans quelques jours , &
l'on a envoyé divers détacheroens de Troupes
contre les autres.
On apprend de Dresde que le Régiment des
grands Grenadiers du Roy de Pologne sera,
bien- tôt complet , par les foins que l'on prend
de lui envoyer de plusieurs endroits des hom
mes d'une taille extraordinaire. Outre cette
Troupe qui sera une des plus belles de l'Europe,
on va former une Compagnie de deux cens
Erands Mousquetaires > tous Gentilhommes,
e Roy en fera le Capitaine > & le Prince Lui
bornirsHy Capitaine- Lieutenants
LEs Juifs ont offert àTEmpereur de lui faire
un prêt de quatre cent mille Florins , dans,
l'efperance d'obtenir la révocation de l'Edic
publié à Prague en 1717- par lequel il r/est per
mis qu'aux aîncz des familles Juives de se ma
rier.
Il y a dans le Palatinat & aux environs une
Troupe de Mendians & d'autres gens fans aveu,
qui mettent le feu aux Granges des Faisans
qui leur refusent retraite. Ils brûlèrent il y
a quelques jours une Ferme tres - considéra
ble , qui appartient à l' Abbesse de Gravent-
Raindorff. On en a déja arrêté plusieurs qui
doivent être exécutez dans quelques jours , &
l'on a envoyé divers détacheroens de Troupes
contre les autres.
On apprend de Dresde que le Régiment des
grands Grenadiers du Roy de Pologne sera,
bien- tôt complet , par les foins que l'on prend
de lui envoyer de plusieurs endroits des hom
mes d'une taille extraordinaire. Outre cette
Troupe qui sera une des plus belles de l'Europe,
on va former une Compagnie de deux cens
Erands Mousquetaires > tous Gentilhommes,
e Roy en fera le Capitaine > & le Prince Lui
bornirsHy Capitaine- Lieutenants
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Résumé : ALLEMAGNE.
En Allemagne, les Juifs ont sollicité l'Empereur pour un prêt de quatre cent mille florins afin d'obtenir la révocation de l'édit de 1717, qui limite les mariages aux aînés des familles juives. Dans le Palatinat, des mendiants et des personnes sans aveu incendient les granges des fermiers refusant de les accueillir. Une ferme de l'Abbesse de Gravent-Raindorff a été touchée, et plusieurs suspects arrêtés doivent être exécutés. Des troupes ont été déployées pour capturer les autres responsables. À Dresde, le régiment des grands grenadiers du roi de Pologne sera bientôt complet grâce à l'arrivée de nouvelles recrues de grande taille. Par ailleurs, une compagnie de deux cents grands mousquetaires, tous gentilshommes, est en formation. Le roi en sera le capitaine, et le prince héritier sera capitaine-lieutenant.
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27
p. 1457-1465
RELATION de la Fête que les Mousquetaires de la seconde Compagnie ont donnée à Nemours, où ils étoient en quartier, pendant que la Cour étoit à Fontainebleau. Ecrite par un Mousquetaire de la même Compagnie.
Début :
Le lundy 29. May, sur les quatre heures du soir, une vintaine de Pelerins [...]
Mots clefs :
Mousquetaire, Fête, Guerre, Pavillon, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de la Fête que les Mousquetaires de la seconde Compagnie ont donnée à Nemours, où ils étoient en quartier, pendant que la Cour étoit à Fontainebleau. Ecrite par un Mousquetaire de la même Compagnie.
RELATION de la Fête que les
Moufquetaires de la feconde Compagnie
ont donnée à Nemours , où ils étoient en
guartier, pendant que la Cour étoit à
Fontainebleau. Ecrite par un
par un Moufquetaire
de la même Compagnie.
Lees
E lundy 29. May, fur les quatre heures
du foir , une vintaine de Pelerins
LI. Vol. de
I iij.
1458 MERCURE DE FRANCE
de Cythere s'embarquérent dans un Vaif
feau Galand, nommé l'Amathonte ; fix Colonnes
de verdures avec leurs Chapi
teaux de fleurs;, Ceintres, Traverſes , Arcs,
Feftons & autres ornemens formoient un
Bâtiment convenable à l'aimable Reine
d'Amathonte. Elle étoit reprefentée au
naturel dans un grand Pavillon à fond
verd ; & l'on peut dire que le Peintre
avoit épuiſe fon Art , pour lui donner
toutes les graces qu'il avoit , lorfqu'elle
fortit de l'Onde . A côté étoit Baccus , affis
fur un Tonneau ', tenant d'une maîn
une Bouteille , & ferrant de l'autre celle
de Venus . L'alliance de ces Divinitez
fait la Volupté , & c'eft ce qui nous avoit
fait mettre cette Infcription en gros ca
ractere : VOLUPTATI . Le Pavillon
Amiral étoit de Taffetas blanc ; l'un &
Pautre au bout du Vaiffeau flottoient au
gré des vents , dont nous pouvions connoître
les moindres changemens par une
Girouette blanche & verte , qui s'élevoit
audeffus de l'Architecture de ce Bâtiment.
Les Pélerins étoient vêtus de blanc avec
des Guirlandes & Banderolles de fleurs ;
des Rubans verds treffoient leurs cheveux
; chacun d'eux joüoit de differens
Inftrumens , comme de Vieles Violons ,
Haut- Bois , Flutes & Mufettes . Le Ciel
fembloit prendre part à notre Fête ; il ne
II.Vol. faifoit
JUIN. 1730. 1459 .
faifoit ni pluye , ni vent , & il n'y avoit
de nuages en l'air , qu'autant qu'il en falloit
pour nous garantir des Rayons du
Soleil trop brûlans en cette faifon , tems
favorable aux Dames , qui ayant , à l'envi
, relevé par l'art , leurs graces naturelles
, ornoient les rivages. Le Marquis de
Pont- du- Château , qui commandoit notre
quartier , & qui ce jour-là avoit don
né un grand Repas aux Officiers des Moufquetaires
gris , parut avec ces Meffieurs
fur la Rive, ainfi que tous les habitans de
Nemours , qui alors fe trouva défert.
L'Amathonte qu'on avoit volontiers
prife pour une Ifle flotante, voguoit paifiblement
& enchantoit également les
yeux & les oreilles des Spectateurs ; lorfque
nous apperçûmes de loin un Vaiſfeau
. Je dis , Nous , car j'étois un des Pélerins
de Cythere. La Chaloupe que nous
détachâmes pour l'aller reconnoître, nous
rapporta que c'étoit un Corfaire d'Alger.
Auffi- tôt nous revirâmes de bord & gagnâmes
à force de Rames un des Forts du
Port où il y avoit une Batterie de 12 pieces
de Canon , dont le feu n'empêcha
pas l'Algérien de venir faire une rude dé
charge fur nous. Son Equipage qui étoit
de 40 hommes avoit déja le Cimetére levé,
& faifoit mine de vouloir fauter dans
notre Bord ( tant nous étions près) quand
II. Vol. Iiiij
un
1460 MERCURE DE FRANCE
un coup de vent nous fépara ; la joye fir
redoubler notre Symphonie. Le Capitaine
Algérien au défefpoir d'avoir manqué
fa prife , vouloit couper la tête à fon Pilote
, fi , profterné à fes genoux , il ne l'eûr
afsûré qu'il nous joindroit avant une heure.
Il obtins fa grace à ce prix , & enfin
il la mérita . A peine une demie heure s'étoit
écoulée que nous nous trouvons accrochez
par ces Pirates , qui bravant une
feconde fois notre Canon , fous lequel
nous nous étions retirez , firent un feu terrible
fur nous. La moitié paffe dans notre
Vaiffeau , le Sabre à la main , ils nous font
entrer dans le leur nous crions merci . Eh.!
que pouvions nous faire , n'ayans pour
toutes armes que nos Inftrumens , trop
impuifans contre des Corfaires ? J'eus
grand foin d'examiner le nouveau Bâtiment
où je me trouvois , qui étoit dif
ferent du nôtre , où tous les attributs de
la Volupté étoient raffemblez ! Dans celui-
ci ce n'eft qu'horreur de guerre ; le
(a)Capitaine fut celui qui fixa le plus mes
yeux ; il eft grand & gros , beau & bienfait
; mais fon nez aquilain & fa mouftache
noire lui donnoient un air formidable
, qui cependant paroiffoit s'adoucir à
mefure que les fons de nos Inftrumens
flattoient les oreilles , car il nous avoit
( a ) Le Chevalier de Vandeüil,
II. Vol. ordonné
JUIN. 1730. 1461
ordonné d'en jouer . Il avoit un grand bonnet
rouge , galonné d'argent & orné de
Pierreries'; au haut étoit une Touffe de
Rubans rouges & noirs , le bas étoit d'un
poil étranger. Sur une Vefte rouge ,
bro
dée en argent , il portoit un Doliman
d'une Etoffe dont je n'ai point encore
vû de femblable pour la rareté & la beau
té, tant du deffein que des couleurs. Son
Cimetére étoit remarquable par la Poignée
d'argent & enrichie de Diamans ; le
Foureau couvert de Lames d'argent & la
Lame recourbée , d'une largeur & longueur
prodigieufe. Il étoit dans le milieu
de fonVaiffeau , affis , les jambes croifées,
fur un Tapis noir , ayant derriere lui fon
Iman (4) , vêtu d'une longue Robegrife ,
les cheveux prefque ras , fans barbe , les
mains croifées fur la poitrine , & les yeux
modeftement baiffez . A fes pieds un petit
Algérien ( b ) , beau & jeune , portoit fa
Pipe , dont le Fourneau eft affez grand
pour contenir une livre de. Tabac . Deux
Corfaires , le Sabre nud , fe tenoient de
bout à fes côtez . A un Poteau font fes Ordonnances,
qu'il fait exécuter avec la derniere
rigueur , à ce que m'ont afsûré quel-
( a ) Fran. Antonio Hermite , Italien , revenant
d'Espagne , auquel pour fa complaisance
les Moufquetaires ont donné fix Louis d'Or.
(b ) M. de Berville,
II..Vol: ques-
I v
1462 MERCURE DE FRANCE
ques-uns des fiens , qui parloient notre
langue.
Audeffus de fon Vaiffeau , s'élevoit fort
haut ,un Dome noir & rouge , fon Pavilfon
étoit noir , femé de Flammes rouges,
& deux Sabres en fautoir. Au côté droit
étoient des Menotes , d'où pendoit une
chaîne , & au côté gauche , une Tête de
mort , avec ces mots : Aut Vincula , aut
Lethum , pour faire connoître que ceux
qu'il prend font foûmis ou à l'esclavage,
ou à la mort. L'uniforme de fon Equipage
eft rouge , galonné d'argent ; Cocardes
rouges & noires, avec le Cimetére & 2 Piftolets
à la Ceinture ; des Trompes & des
Tambours forment toute la Symphonie
de ces Barbares. Elle ne ceffa que lorsque
le Capitaine l'eût ordonné , pour entendre
la nôtre.
Après nous avoir entendu quelque tems
& examiné notre contenance attentivement
, il voulut ſçavoir qui nous étions.
Son Interprete que nous en inftruifimes
le lui expliqua. Il fe fit apporter nôtre
grand pavillon & prit un plaifir fingulter
à confiderer nôtre Venus ; il ordonna à
fon Pilote d'aborder ; il defcendit le premier
à terre , efcorté à fon ordinaire , &
chacun de nous le fuivoit tenu par deux
des fiens qui avoient le cimetere à la main.
Il envoya dire aux Dames qui vouloient
II. Vol.
fe
JUIN. 1730, 1463
X
fe retirer , croyant qu'on alloit faire une
boucherie fanglante des Pelerins , qu'il
avoit befoin d'elles , qu'elles s'approchaf
fent , qu'aucun mal ne leur feroit fait ,
finon que la fuite ne les fauveroit point.
Soit crainte ou affurance elles approchent
, le Corfaire leur donne le pavillon
de la Volupté car pour nôtre Amiralil le
rembarqua avec lui ; & leur fir prefent dest
Pelerins , nous recommandant de leur
être foumis & de les fervir. La furpriſe
fut extrême & augmenta , quand après
avoir jetté fon mouchoir à la plus jolie de
la Compagnie , il la fit prier de danfer
avec lui. Les fiens imiterent fon exemple,
& quitterent dans ce moment l'air feroce
que je leur avois trouvé d'abord ; ils fembloient
s'être rangez fous l'étendart de la
Volupté ; enfin après avoir fait autour de
nous une espece de danfe , qu'en ce pays
nous nommerions branle , le Capitaine fit
un Salamalec gracieux aux Dames & fe
rembarqua ; fon penchant pour le beau
fexe lui fit pouffer les attentions jusqu'à
mettre une Sentinelle à nos provifions
aufquelles il ne permit pas qu'on touchât,
quand il eut appris nôtre deſtination . Elles
convenoient à une caravanne telle que la
nôtre , & ne furent point inutiles ; car les
Dames laffes de danfer fur le gazon nous
menerent dans une Salle fort ample , où
II. Vol.
I vj Balgaland
1464 MERCURE DE FRANCE
Balgaland ſe tint , force mafques y arri
vent; provifions abondantes fe confomment
, & la nuit fort avancée eut peine à
mettre fin à une fi agreable journée . Il ne
faut point obmettre que le Corfaire étant
venu defcendre au port de la Ville , fuivi
de toute la Troupe , marchant en bon ordre
, alla chez le Marquis de Pont du
Château, à la porte duquel il fit faire une
déchargede fa Moufqueterie & lui remit le
pavillon Amiral de l'Amathonte : Voici le
compliment que fon Interprete lui fit; ( a)
LeCapitaine mon Maître m'ordonne de vous
remercier , Monfieur, de l'honneur que vous
nous avez fait d'affifter à la petite image ,
que nous avons donné dans nôtre Fête d'une
manoeuvre de guerre , nous fouhaiterions
qu'elle fut réelle , perfuadez que fous vos
ordres nous ferions en état de vous faire fouvent
des prefens pareils à celui que nous
avons l'honneur de vous offrir , qui eft le drapeau
que nous venons de prendre..
(b)Celui qui commandoit l'Amathonte
& qui avec les fiens honoroit le triomphe:
du Corfaire , fit en termes differens les
mêmes remercimens , & ajouta ::
Dans une guerre qui ne feroit pas feinte ,
nous ne craindrions pas Monfieur , tant
( a ) Mr. de Depence..
(b) Mr. de Prunelé..
II. Vol.. que
JUIN. 1730. 1465
que vous ferez à nôtre tête , que jamais les
ennemis nous enlevalent ni Drapeau ni
Etendart.
Moufquetaires de la feconde Compagnie
ont donnée à Nemours , où ils étoient en
guartier, pendant que la Cour étoit à
Fontainebleau. Ecrite par un
par un Moufquetaire
de la même Compagnie.
Lees
E lundy 29. May, fur les quatre heures
du foir , une vintaine de Pelerins
LI. Vol. de
I iij.
1458 MERCURE DE FRANCE
de Cythere s'embarquérent dans un Vaif
feau Galand, nommé l'Amathonte ; fix Colonnes
de verdures avec leurs Chapi
teaux de fleurs;, Ceintres, Traverſes , Arcs,
Feftons & autres ornemens formoient un
Bâtiment convenable à l'aimable Reine
d'Amathonte. Elle étoit reprefentée au
naturel dans un grand Pavillon à fond
verd ; & l'on peut dire que le Peintre
avoit épuiſe fon Art , pour lui donner
toutes les graces qu'il avoit , lorfqu'elle
fortit de l'Onde . A côté étoit Baccus , affis
fur un Tonneau ', tenant d'une maîn
une Bouteille , & ferrant de l'autre celle
de Venus . L'alliance de ces Divinitez
fait la Volupté , & c'eft ce qui nous avoit
fait mettre cette Infcription en gros ca
ractere : VOLUPTATI . Le Pavillon
Amiral étoit de Taffetas blanc ; l'un &
Pautre au bout du Vaiffeau flottoient au
gré des vents , dont nous pouvions connoître
les moindres changemens par une
Girouette blanche & verte , qui s'élevoit
audeffus de l'Architecture de ce Bâtiment.
Les Pélerins étoient vêtus de blanc avec
des Guirlandes & Banderolles de fleurs ;
des Rubans verds treffoient leurs cheveux
; chacun d'eux joüoit de differens
Inftrumens , comme de Vieles Violons ,
Haut- Bois , Flutes & Mufettes . Le Ciel
fembloit prendre part à notre Fête ; il ne
II.Vol. faifoit
JUIN. 1730. 1459 .
faifoit ni pluye , ni vent , & il n'y avoit
de nuages en l'air , qu'autant qu'il en falloit
pour nous garantir des Rayons du
Soleil trop brûlans en cette faifon , tems
favorable aux Dames , qui ayant , à l'envi
, relevé par l'art , leurs graces naturelles
, ornoient les rivages. Le Marquis de
Pont- du- Château , qui commandoit notre
quartier , & qui ce jour-là avoit don
né un grand Repas aux Officiers des Moufquetaires
gris , parut avec ces Meffieurs
fur la Rive, ainfi que tous les habitans de
Nemours , qui alors fe trouva défert.
L'Amathonte qu'on avoit volontiers
prife pour une Ifle flotante, voguoit paifiblement
& enchantoit également les
yeux & les oreilles des Spectateurs ; lorfque
nous apperçûmes de loin un Vaiſfeau
. Je dis , Nous , car j'étois un des Pélerins
de Cythere. La Chaloupe que nous
détachâmes pour l'aller reconnoître, nous
rapporta que c'étoit un Corfaire d'Alger.
Auffi- tôt nous revirâmes de bord & gagnâmes
à force de Rames un des Forts du
Port où il y avoit une Batterie de 12 pieces
de Canon , dont le feu n'empêcha
pas l'Algérien de venir faire une rude dé
charge fur nous. Son Equipage qui étoit
de 40 hommes avoit déja le Cimetére levé,
& faifoit mine de vouloir fauter dans
notre Bord ( tant nous étions près) quand
II. Vol. Iiiij
un
1460 MERCURE DE FRANCE
un coup de vent nous fépara ; la joye fir
redoubler notre Symphonie. Le Capitaine
Algérien au défefpoir d'avoir manqué
fa prife , vouloit couper la tête à fon Pilote
, fi , profterné à fes genoux , il ne l'eûr
afsûré qu'il nous joindroit avant une heure.
Il obtins fa grace à ce prix , & enfin
il la mérita . A peine une demie heure s'étoit
écoulée que nous nous trouvons accrochez
par ces Pirates , qui bravant une
feconde fois notre Canon , fous lequel
nous nous étions retirez , firent un feu terrible
fur nous. La moitié paffe dans notre
Vaiffeau , le Sabre à la main , ils nous font
entrer dans le leur nous crions merci . Eh.!
que pouvions nous faire , n'ayans pour
toutes armes que nos Inftrumens , trop
impuifans contre des Corfaires ? J'eus
grand foin d'examiner le nouveau Bâtiment
où je me trouvois , qui étoit dif
ferent du nôtre , où tous les attributs de
la Volupté étoient raffemblez ! Dans celui-
ci ce n'eft qu'horreur de guerre ; le
(a)Capitaine fut celui qui fixa le plus mes
yeux ; il eft grand & gros , beau & bienfait
; mais fon nez aquilain & fa mouftache
noire lui donnoient un air formidable
, qui cependant paroiffoit s'adoucir à
mefure que les fons de nos Inftrumens
flattoient les oreilles , car il nous avoit
( a ) Le Chevalier de Vandeüil,
II. Vol. ordonné
JUIN. 1730. 1461
ordonné d'en jouer . Il avoit un grand bonnet
rouge , galonné d'argent & orné de
Pierreries'; au haut étoit une Touffe de
Rubans rouges & noirs , le bas étoit d'un
poil étranger. Sur une Vefte rouge ,
bro
dée en argent , il portoit un Doliman
d'une Etoffe dont je n'ai point encore
vû de femblable pour la rareté & la beau
té, tant du deffein que des couleurs. Son
Cimetére étoit remarquable par la Poignée
d'argent & enrichie de Diamans ; le
Foureau couvert de Lames d'argent & la
Lame recourbée , d'une largeur & longueur
prodigieufe. Il étoit dans le milieu
de fonVaiffeau , affis , les jambes croifées,
fur un Tapis noir , ayant derriere lui fon
Iman (4) , vêtu d'une longue Robegrife ,
les cheveux prefque ras , fans barbe , les
mains croifées fur la poitrine , & les yeux
modeftement baiffez . A fes pieds un petit
Algérien ( b ) , beau & jeune , portoit fa
Pipe , dont le Fourneau eft affez grand
pour contenir une livre de. Tabac . Deux
Corfaires , le Sabre nud , fe tenoient de
bout à fes côtez . A un Poteau font fes Ordonnances,
qu'il fait exécuter avec la derniere
rigueur , à ce que m'ont afsûré quel-
( a ) Fran. Antonio Hermite , Italien , revenant
d'Espagne , auquel pour fa complaisance
les Moufquetaires ont donné fix Louis d'Or.
(b ) M. de Berville,
II..Vol: ques-
I v
1462 MERCURE DE FRANCE
ques-uns des fiens , qui parloient notre
langue.
Audeffus de fon Vaiffeau , s'élevoit fort
haut ,un Dome noir & rouge , fon Pavilfon
étoit noir , femé de Flammes rouges,
& deux Sabres en fautoir. Au côté droit
étoient des Menotes , d'où pendoit une
chaîne , & au côté gauche , une Tête de
mort , avec ces mots : Aut Vincula , aut
Lethum , pour faire connoître que ceux
qu'il prend font foûmis ou à l'esclavage,
ou à la mort. L'uniforme de fon Equipage
eft rouge , galonné d'argent ; Cocardes
rouges & noires, avec le Cimetére & 2 Piftolets
à la Ceinture ; des Trompes & des
Tambours forment toute la Symphonie
de ces Barbares. Elle ne ceffa que lorsque
le Capitaine l'eût ordonné , pour entendre
la nôtre.
Après nous avoir entendu quelque tems
& examiné notre contenance attentivement
, il voulut ſçavoir qui nous étions.
Son Interprete que nous en inftruifimes
le lui expliqua. Il fe fit apporter nôtre
grand pavillon & prit un plaifir fingulter
à confiderer nôtre Venus ; il ordonna à
fon Pilote d'aborder ; il defcendit le premier
à terre , efcorté à fon ordinaire , &
chacun de nous le fuivoit tenu par deux
des fiens qui avoient le cimetere à la main.
Il envoya dire aux Dames qui vouloient
II. Vol.
fe
JUIN. 1730, 1463
X
fe retirer , croyant qu'on alloit faire une
boucherie fanglante des Pelerins , qu'il
avoit befoin d'elles , qu'elles s'approchaf
fent , qu'aucun mal ne leur feroit fait ,
finon que la fuite ne les fauveroit point.
Soit crainte ou affurance elles approchent
, le Corfaire leur donne le pavillon
de la Volupté car pour nôtre Amiralil le
rembarqua avec lui ; & leur fir prefent dest
Pelerins , nous recommandant de leur
être foumis & de les fervir. La furpriſe
fut extrême & augmenta , quand après
avoir jetté fon mouchoir à la plus jolie de
la Compagnie , il la fit prier de danfer
avec lui. Les fiens imiterent fon exemple,
& quitterent dans ce moment l'air feroce
que je leur avois trouvé d'abord ; ils fembloient
s'être rangez fous l'étendart de la
Volupté ; enfin après avoir fait autour de
nous une espece de danfe , qu'en ce pays
nous nommerions branle , le Capitaine fit
un Salamalec gracieux aux Dames & fe
rembarqua ; fon penchant pour le beau
fexe lui fit pouffer les attentions jusqu'à
mettre une Sentinelle à nos provifions
aufquelles il ne permit pas qu'on touchât,
quand il eut appris nôtre deſtination . Elles
convenoient à une caravanne telle que la
nôtre , & ne furent point inutiles ; car les
Dames laffes de danfer fur le gazon nous
menerent dans une Salle fort ample , où
II. Vol.
I vj Balgaland
1464 MERCURE DE FRANCE
Balgaland ſe tint , force mafques y arri
vent; provifions abondantes fe confomment
, & la nuit fort avancée eut peine à
mettre fin à une fi agreable journée . Il ne
faut point obmettre que le Corfaire étant
venu defcendre au port de la Ville , fuivi
de toute la Troupe , marchant en bon ordre
, alla chez le Marquis de Pont du
Château, à la porte duquel il fit faire une
déchargede fa Moufqueterie & lui remit le
pavillon Amiral de l'Amathonte : Voici le
compliment que fon Interprete lui fit; ( a)
LeCapitaine mon Maître m'ordonne de vous
remercier , Monfieur, de l'honneur que vous
nous avez fait d'affifter à la petite image ,
que nous avons donné dans nôtre Fête d'une
manoeuvre de guerre , nous fouhaiterions
qu'elle fut réelle , perfuadez que fous vos
ordres nous ferions en état de vous faire fouvent
des prefens pareils à celui que nous
avons l'honneur de vous offrir , qui eft le drapeau
que nous venons de prendre..
(b)Celui qui commandoit l'Amathonte
& qui avec les fiens honoroit le triomphe:
du Corfaire , fit en termes differens les
mêmes remercimens , & ajouta ::
Dans une guerre qui ne feroit pas feinte ,
nous ne craindrions pas Monfieur , tant
( a ) Mr. de Depence..
(b) Mr. de Prunelé..
II. Vol.. que
JUIN. 1730. 1465
que vous ferez à nôtre tête , que jamais les
ennemis nous enlevalent ni Drapeau ni
Etendart.
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Résumé : RELATION de la Fête que les Mousquetaires de la seconde Compagnie ont donnée à Nemours, où ils étoient en quartier, pendant que la Cour étoit à Fontainebleau. Ecrite par un Mousquetaire de la même Compagnie.
Le texte décrit une fête organisée par les Mousquetaires de la seconde compagnie à Nemours, alors que la cour résidait à Fontainebleau. Le 29 mai, une vingtaine de pèlerins de Cythère s'embarquèrent sur un vaisseau nommé l'Amathonte, décoré de verdure et de fleurs. Ce vaisseau représentait Vénus et Bacchus, symbolisant la volupté. Les pèlerins, vêtus de blanc et jouant de divers instruments, naviguaient sur un fleuve sous un ciel clair. Les dames ornaient les rivages pour l'occasion. Le Marquis de Pont-du-Château, commandant le quartier, et les habitants de Nemours assistèrent à la scène. Soudain, un vaisseau algérien apparut. Malgré les tirs de canon des Mousquetaires, les Algériens abordèrent le vaisseau. Le capitaine algérien, décrit comme grand et imposant, ordonna à ses hommes de jouer des instruments. Après avoir examiné les Mousquetaires, il leur fit présent du pavillon de la Volupté et dansa avec les dames avant de repartir. Le capitaine algérien rendit ensuite visite au Marquis de Pont-du-Château, lui remettant le pavillon amiral de l'Amathonte en signe de respect et d'honneur. Les deux commandants échangèrent des remerciements, soulignant leur bravoure et leur esprit de combat. La journée se conclut par un bal et des festivités dans une salle ample, où les provisions furent abondantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 370-371
Extrait d'une Lettre de Marseille, du 19 Février 1731. au sujet des Troubles de Constantinople.
Début :
Nos Bâtimens commencent à venir du Levant. Le Capitaine Antoine [...]
Mots clefs :
Marseille, Constantinople, Révolution, Capitaine, Sultan, Commerce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Marseille, du 19 Février 1731. au sujet des Troubles de Constantinople.
EXTRAIT d'une Lettre de Marseille
du 19 Février 1731. au fujet des Troubles
de Constantinople.
N
1
Os Bâtimens commencent à venir du Levant,
Le Capitaine Antoine Rolland arriva
le 16. en ce Port , chargé de 2700 charges de Ble
qu'il a pris au Volo , &c. Je l'ai questionné en
particulier sur la derniere révolution de Constan
tinople.
Notre Capitaine passa le fameux Janon- Coggia
Smirne,avec environ so personnes de sa suite , Er
en y arrivant , Coggia trouva des dépêches de
Constantinople où il étoit demandé, et où il s'est
rendu. Il a été fait de nouveau Capitan Pacha.
Quand il partit de Smirne , le Vaisseau du Capitaine
Rolland et tous les Bâtimens François le
saluerent de plusieurs coups de Canon , avec la
permission de M. le Consul, ce qui fit grand plai
sir au nouvel Amiral Turc,qui en témoigna sa reconnoissance
à notre Capitaine. Il fit distribuer
200 Piastres à l'Equipage.
Depuis , le même Capitaine ayant rencontré en
Mer , le Capitaine Fougasse de Cassis , commandant
un Pinque , lequel étoit parti de Constantinople
, le 13 Janvier. Il apprit de lui que Janon
Coggia avoit été reçu à Constantinople avec de
grandes acclamations , et que le nouveau Sultan`
avoit d'abord voulu le faire G. V. Il s'en étoit
excusé sur ce que la Marine étoit plus à sa bienseance
; qu'on avoit assemblé un grand Divan ,
dans lequel Ali Patrona , auteur de la Révolte
avoit eu l'audace de demander la femme du dernier
G. V , fille du Sultan détrôné ; surquoi Janon
Coggia lui avoit répondu avec mépris; qu'une telle
Dame n'étoit pas destinée à un homme de néant
tel
FEVRIER. 173 F. 370
tel que lui. Surquoi Patrona ayant tiré un Pistolet
de sa poche ; Coggia le prévint et lui fit sauter
la tête d'un coup de Sabre ; que peu de tems après
le même Coggia avoit fait étrangler 30 des principaux
Satellites du Révolté ; ce qui avoit fait
d'abord cesser le trouble , ajoûtant que le nouveau
Capitan Pacha continuoit de faire faire des exécutions
à l'égard de ceux qui ont été du parti des
Rebelles. Le G. S. ne fait rien que par le Conseil
de ce bon serviteur , en attendant l'arrivée de
Kupruli , Pacha du Caire , pour le faire G. V.
Ce qui fait esperer une entiere pacification et le
prompt rétablissement du commerce. Tout ce détail
a encore été confirmé au Capitaine Rolland
dans d'autres lieux où il a touché.
du 19 Février 1731. au fujet des Troubles
de Constantinople.
N
1
Os Bâtimens commencent à venir du Levant,
Le Capitaine Antoine Rolland arriva
le 16. en ce Port , chargé de 2700 charges de Ble
qu'il a pris au Volo , &c. Je l'ai questionné en
particulier sur la derniere révolution de Constan
tinople.
Notre Capitaine passa le fameux Janon- Coggia
Smirne,avec environ so personnes de sa suite , Er
en y arrivant , Coggia trouva des dépêches de
Constantinople où il étoit demandé, et où il s'est
rendu. Il a été fait de nouveau Capitan Pacha.
Quand il partit de Smirne , le Vaisseau du Capitaine
Rolland et tous les Bâtimens François le
saluerent de plusieurs coups de Canon , avec la
permission de M. le Consul, ce qui fit grand plai
sir au nouvel Amiral Turc,qui en témoigna sa reconnoissance
à notre Capitaine. Il fit distribuer
200 Piastres à l'Equipage.
Depuis , le même Capitaine ayant rencontré en
Mer , le Capitaine Fougasse de Cassis , commandant
un Pinque , lequel étoit parti de Constantinople
, le 13 Janvier. Il apprit de lui que Janon
Coggia avoit été reçu à Constantinople avec de
grandes acclamations , et que le nouveau Sultan`
avoit d'abord voulu le faire G. V. Il s'en étoit
excusé sur ce que la Marine étoit plus à sa bienseance
; qu'on avoit assemblé un grand Divan ,
dans lequel Ali Patrona , auteur de la Révolte
avoit eu l'audace de demander la femme du dernier
G. V , fille du Sultan détrôné ; surquoi Janon
Coggia lui avoit répondu avec mépris; qu'une telle
Dame n'étoit pas destinée à un homme de néant
tel
FEVRIER. 173 F. 370
tel que lui. Surquoi Patrona ayant tiré un Pistolet
de sa poche ; Coggia le prévint et lui fit sauter
la tête d'un coup de Sabre ; que peu de tems après
le même Coggia avoit fait étrangler 30 des principaux
Satellites du Révolté ; ce qui avoit fait
d'abord cesser le trouble , ajoûtant que le nouveau
Capitan Pacha continuoit de faire faire des exécutions
à l'égard de ceux qui ont été du parti des
Rebelles. Le G. S. ne fait rien que par le Conseil
de ce bon serviteur , en attendant l'arrivée de
Kupruli , Pacha du Caire , pour le faire G. V.
Ce qui fait esperer une entiere pacification et le
prompt rétablissement du commerce. Tout ce détail
a encore été confirmé au Capitaine Rolland
dans d'autres lieux où il a touché.
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Résumé : Extrait d'une Lettre de Marseille, du 19 Février 1731. au sujet des Troubles de Constantinople.
Le 16 février 1731, le capitaine Antoine Rolland arriva à Marseille avec 2700 charges de blé du Volo. Il rapporta des troubles récents à Constantinople. Janon Coggia, nommé Capitan Pacha, y fut accueilli favorablement. Le nouveau sultan souhaitait le nommer Grand Vizir, mais Coggia préféra se concentrer sur la marine. Lors d'un Divan, Ali Patrona, instigateur de la révolte, demanda la femme du dernier Grand Vizir, fille du sultan détrôné. Coggia refusa, provoquant une altercation où il tua Patrona. Il fit ensuite exécuter 30 partisans de Patrona, apaisant les troubles. Le sultan gouverne sous l'influence de Coggia, en attendant Kupruli, Pacha du Caire, pour le poste de Grand Vizir. Ces événements laissent espérer une pacification et la reprise du commerce. Ces informations furent confirmées au capitaine Rolland lors de ses escales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 1389-1397
MORTS, NAISSANCES, et Mariages.
Début :
Frere Alexis Dalogny de la Groys, Chevalier Profez de l'Ordre de Saint [...]
Mots clefs :
Marquis, Capitaine, Chevalier seigneur, Président, Brigadier des armées du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES, et Mariages.
MORTS , NAISSANCES,
et Mariages..
Rere Alexis Dalogny de la Groys ,
Chevalier Profez de l'Ordre de Saint
Jean de Jerusalem , Commandeur de la
Commanderie d'Ozon , dans le Prieuré
d'Aquitaine , et de celle de S. Etienne de
Benneville, dans le Prieuré de France ,
mourut en Perigord le 13. May , agé de
55. Ans.
2
Louis Armand Baudon , Chevalier
Seigneur de Neufville Ferier , Conseil
ler au Parlement , mourut le 23 May ,
agé de 36. ans.
Le 23. May , Philippe Michel Bon
met , Prêtre Docteur en Theologie , de la
·
1. Fol.
Maison
1390 MERCURE DE FRANCE
=
Maison et Societé de Sorbonne , Curé de
S. Nicolas des Champs mourut dans la
8. année de son âge .
N. le Camus Destouches , Chevalier ,
Brigadier des Armées de Sa Majesté, Che
valier del'OrdreMilitaire de S.Louis , Con
seiller du Roi en ses Conseils, Controleur
General de l'Artillerie de France , mourut
le 25. May , agé de 60 ans.
M. François Alexis Joubert de la Bas
tide de Château- Morant , Abbé Com
mandataire des Abbayes de S. Friol en
Champagne , et de pôtre Dame de Cor
neuil en Normandie , Diocèse de Rouen,
décedé le 25. May âgé de 62. ans .
Thibaut Etienne de la Brousse ,Marquis
d'Atis , premier Cornette des Chevaux
Legers Dauphins , et Mestre de Camp de
Cavalerie , mourut à Cambray le 25. dans
la 37. année de son age.
M. André de Harouys , Chevalier ,
Seigneur de la Seilleraye , Maître des
Requêtes honoraire , décedé le 27. May,
âgé de 70. ans.
M. Louis- Guillaume de Chavaudou
Prêtre , Docteur en Theologie de la Mai
son et Societé de Sorbonne,ancien Aumô
nier de la feue Reine , Abbé de Mores ,
Diocèse de Langres , Conseiller du Roy en
sa Cour de Parlement et de Grande Cham
I. Vol.
bre
JUIN. 1731 . 1394
bre
ans.
décedé le 27. May , âgé de 77
L'Abbé de Berwick , fils du Maréchal
Duc de Berwik , mourut à Paris le 3 .
de ce mois dans la 19. année de son âge.
Le 5. Juin , mourut d'Apoplexie , au
Palaisdu Luxembourg D. Marie Char
lotte de Gouffier , veuve de Louis de
Gouffier Marquis de Bonnivet , agée de
73. ans . Elle n'a laissé qu'un fils ; Louis
de Gouffier , Marquis de Bonnivet , Mes
tre de Camp de Dragons , à la suite du
Regiment du Colonel General , cy-de
vant Maître de la Garderobe de Madame,
Duchesse de Berry et premier Cornette
de la seconde Compagnie des Mousque
taires de la Garde du Roy.
Demoiselle Elisabeth - Geneviève de
Braque , fille de Paul - Benoît , Comte de
Braque , Chevalier , Seigneur de Boisre
naud , & c. et de Dame Elisabeth - Fran
çoise de l'Huillier , decedée le 5. Juin
âgée de 34 ans et 4. mois .
Charles le Tonnelier Breteiiil , Baron
de Preuilly , premier Baron de Touraine ,
Seigneur d'Azay - le Feron , Fonbaudry ,
Tournon. & c. mourut en sa Terre de
Preüilly le 6. de ce mois , agé de 28. à 29 .
ans , laissant un fils d'un an et une fille
de trois semaines , de Marie- Anne - Fran
>
I. Vol.
çoise
392 MERCURE DE FRANCE
çoise de Gasville , fille de Jean Prosper
Goujon , Chevalier Seigneur de Gasville
Conseiller du Roy en ses Conseils , Maî
tre des Requêtes ordinaire de son Hôtel ,
et Intendant de la Generalité de Roüen ;
et de Dame Anne Defaucon de Ris .
Il étoit fils de Louis Nicolas , Baron
de Breteuil , et de Preülly &c. Introduc
teur des Ambassadeurs et Princes Etran
gers prés de Sa Majesté , et de Gabrielle
Anne de Froullay-Tessé , fille de Philip
pes -Charles Comte de Froullay - Tessé ,
Grand-Marêchal des Logis de la Maison
du Roy et Commandeur de ses Ordres :
et Niéce du Marêchal de ce nom. Il
étoit aussi Cousin Germain de François
Victor de Breteuil , Marquis de Fontenay
Trésigny , Sire de Villebert &c. Com
mandeur des Ordres du Roy , Chance
lier de la Reine , et cy-devant Secretaire
d'Etat ; et de Charles-Claude de Breteüil
de Chanteclerc , Comte de Bevilliers , et
de Vaux , Mestre de Camp de Cavalerie ,
et Capitaine-Lieutenant de la Compagnie
d'Ordonnance des Chevaux - Legers de
Bretagne.
Le nom de Le Tonnellier Breteüil , est
si connu , et il en a été question en tant
d'occasion , qu'il est inutile d'en rappor
ter icy la Genealogie ; si le Lecteur en
1. Vola est
JUIN. 1731. 1393
est curieux , il la trouvera dans le Nobi
liaire de Picardie , et dans le Moreri.
Dame Jeanne- Françoise de Bourgogne ,
épouse de M. Moreau de Mautour , est
décedée le 6. Juin , agée de 77. -ans. Elle
étoit fille de François de Bourgogne ,
Seigneur de Mautour en Brie , Capitaine ,
du Regiment de la Reine-Mere Anne
d'Autriche en 1644. Frere ainé de Loüis
de Bourgogne qui fut Capitaine d'une
Compagnie de Chevaux - Legers sous les
Ordres du Duc d'Angoulesme , Colonel
Géneral , Sergent de Bataille dans les
Armées du Roy , depuis Marêchal de
Camp en 1651. et ensuite Mestre de
Camp , Lieutenant du Regiment d'Infan
terie d'Armand de Bourbon , Prince de
Conty en 1654. et est décedé en 1656. à
l'age de 36. ans. Ils étoient fils de Dieu
donné de Bourgogne , Seigneur de Mau
tour,Exempt desGardes du Corps de Louis
XIII. en 1616. et de Damoiselle Marie
de Bierne. Il étoit originaire de Lorraine,
issu de Jean de Bourgogne , Seigneur de
Saint Owain qui fut annobli , lui et sa
Posterité , pour récompense de ses Ser
vices Militaires en 1464. par René d'An
jou , Roy de Jerusalem et de Sicile ,
Duc de Lorraine et de Bar. Dame Fran
çoise de Villers, Mere de la Deffunte, étoit
>
I. Vol. fille
394 MERCURE DE FRANCE
\
fiile de Gabriël de Villers , Seigneur de
Louan et Housson en Berry , Capitaine
dans le Regiment de Rambures , Com
mandant des Villes et Château de Meun
sur-Yeurre , et de Damoiselle Edmée le
Roy. Il étoit originaire de Flandres , issu
des Anciens Seigneurs du Château de
Villers , dont la Génealogie est imprimée
dans l'Histoire du Gastinois . Il reste du
Mariage desdits Sieur et Dame Moreau.
de Mautour , Philibert François , Prieur
Commandataire de Marbos et de Mon
tiers-en l'Isle , et Charles , Chevalier de
S. Lazare , Capitaine d'Infanterie au Re
giment de Toulouze , auparavant Page
de M. le Comte de Toulouze. Ils ont eu
pour aîné Jean -Baptiste Louis de Mau
tour, Commissaire ordinaire de l'Artille
rie de France , mort à Strasbourg en 17,06 .
à l'age de 24. ans, de sa blessure reçuë au
Siege de Haguenau en Alsace.
François Guyot de Chenisot , Ecuyer ;
Seigneur de Villers , la Haye , Courton ,
&c. Conseiller , Secretaire du Roy , Re
ceveur General des Finances , de la Géne
ralité de Rouen , et Secretaire du Conseil ,
mourut le 11. Juin , âgé d'environ 58. ans .
François Charles , Marquis de Menou ,
Brigadier des Armées du Roy , ci devant
Capitaine-Lieutenant de la Compagnic
•
1
a
4
匪
I. Vol.
des
JUIN. 1731 . 1395
des Chevaux- Legers d'Anjou , mourut le
3. de ce mois dans son Château de Pru
nay en Beauce , âgé de 61. ans.
Antoine-Nicolas Nicolaï de Goussain
ville , Conseiller au Parlement , mourut
à Auteuil le 15. de ce mois , dans la 39.
année de son âge . Au mois d'Avril 1717.
le Roi lui avoit accordé la Charge de.
Premier President de la Chambre des
Comtes , en survivance de M. Nicolaï ,
son pere ; il fut reçû le 12. du mois de
May suivant, et il étoit le huitiéme de son
nom qui avoit été pourvû de cette Charge.
Dame Marie- Elisabet Guigou , veuve de
M. Jacques du Metz , Brigadier des Ar
mées du Roi , déceda à Crône , le 15.
Juin , âgée de 38. ans 6 mois
"
M.Jean Martial de Raucen , Ecuyer ,Sei
gneur de Crône , Noisy - sur - Seine , & c.
mourut en son Château de Crône , le
17. Juin . âgé de 86. ans environ .
-Le Marquis de S. Chamans , Maréchal
des Camps et Armées du Roi , et Lieute
nant des Gardes du Corps , mourut à Pa
ris le 18. âgé d'environ 66. ans.
Le 5. Juin , D. Marie Barthelemy
Thoynard, Epouse de M.Michel Philippes
l'Evêque , Conseiller au Parlement , ac
Coucha d'un fils qui fût baptisé le len-.
I, Vol.
I. demain ,
1396 MERCURE DE FRANCE
demain , et nommé Philippes Barthele
my , par M. Pierre Philippes L'Evêque ,
Chevalier Seigneur de Gravelles , Maî
tre des Comptes , Ayeul paternel , et D.
Marie de S. Pierre , Epouse de M. Barthe
lemy Thoynard , Ecuyer , Seigneur de
Sandré , Ligny , Montsuzain , &c . Baron
du Vouldy et de Monçay,Ayeul maternel.
Le Marquis de S. Chamans épousa le
II. Avril Mlle . de Malezieu . La Cere
monie s'est faite à Chatenay par M.
l'Evêque de Lavaur , Oncle de la D¹е
et S. A.S. Me , la Duchesse Du Maine leur
a fait l'honneur d'y assister .
M. de S. Chamans est d'une des plus
anciennes Noblesses du Royaume ; il est
Capitaine de Dragons , et a eu l'honneur
d'être élû Page du Roy. La Dlle. est fille
de M. de Malezieu , Brigadier des Armées .
du Roy, et LieutenantGeneral de l'Artille
rie . Son nom est aussi connu par la dis
tinction qu'il s'est acquise dans le Servi
ce , que par l'attachement qu'il a voüé
à S. A. S. M le Duc Du Maine , qui l'a
toujours honoré d'une protection et
d'une confiance particuliere : on sçair
que ce Prince se connoit en vray merite.
:
Le 27. du mois dernier , le Roy signe
L, Vol la
JUIN. 1731. 1397
le Contrat de Mariage d'Yves Marie de
Boulogne , de Lens , de Licques &c.
Comte de Rupelmonde , avec N………….
de Grammont , fille du Comte de Gram
mont , Brigadier des Armées du Roy
Gouverneur de Ham , Chevalier des
Ordres de Sa Majesté.
>
Voici la Généalogie de la Maison du
Comte de Rupelmonde.
et Mariages..
Rere Alexis Dalogny de la Groys ,
Chevalier Profez de l'Ordre de Saint
Jean de Jerusalem , Commandeur de la
Commanderie d'Ozon , dans le Prieuré
d'Aquitaine , et de celle de S. Etienne de
Benneville, dans le Prieuré de France ,
mourut en Perigord le 13. May , agé de
55. Ans.
2
Louis Armand Baudon , Chevalier
Seigneur de Neufville Ferier , Conseil
ler au Parlement , mourut le 23 May ,
agé de 36. ans.
Le 23. May , Philippe Michel Bon
met , Prêtre Docteur en Theologie , de la
·
1. Fol.
Maison
1390 MERCURE DE FRANCE
=
Maison et Societé de Sorbonne , Curé de
S. Nicolas des Champs mourut dans la
8. année de son âge .
N. le Camus Destouches , Chevalier ,
Brigadier des Armées de Sa Majesté, Che
valier del'OrdreMilitaire de S.Louis , Con
seiller du Roi en ses Conseils, Controleur
General de l'Artillerie de France , mourut
le 25. May , agé de 60 ans.
M. François Alexis Joubert de la Bas
tide de Château- Morant , Abbé Com
mandataire des Abbayes de S. Friol en
Champagne , et de pôtre Dame de Cor
neuil en Normandie , Diocèse de Rouen,
décedé le 25. May âgé de 62. ans .
Thibaut Etienne de la Brousse ,Marquis
d'Atis , premier Cornette des Chevaux
Legers Dauphins , et Mestre de Camp de
Cavalerie , mourut à Cambray le 25. dans
la 37. année de son age.
M. André de Harouys , Chevalier ,
Seigneur de la Seilleraye , Maître des
Requêtes honoraire , décedé le 27. May,
âgé de 70. ans.
M. Louis- Guillaume de Chavaudou
Prêtre , Docteur en Theologie de la Mai
son et Societé de Sorbonne,ancien Aumô
nier de la feue Reine , Abbé de Mores ,
Diocèse de Langres , Conseiller du Roy en
sa Cour de Parlement et de Grande Cham
I. Vol.
bre
JUIN. 1731 . 1394
bre
ans.
décedé le 27. May , âgé de 77
L'Abbé de Berwick , fils du Maréchal
Duc de Berwik , mourut à Paris le 3 .
de ce mois dans la 19. année de son âge.
Le 5. Juin , mourut d'Apoplexie , au
Palaisdu Luxembourg D. Marie Char
lotte de Gouffier , veuve de Louis de
Gouffier Marquis de Bonnivet , agée de
73. ans . Elle n'a laissé qu'un fils ; Louis
de Gouffier , Marquis de Bonnivet , Mes
tre de Camp de Dragons , à la suite du
Regiment du Colonel General , cy-de
vant Maître de la Garderobe de Madame,
Duchesse de Berry et premier Cornette
de la seconde Compagnie des Mousque
taires de la Garde du Roy.
Demoiselle Elisabeth - Geneviève de
Braque , fille de Paul - Benoît , Comte de
Braque , Chevalier , Seigneur de Boisre
naud , & c. et de Dame Elisabeth - Fran
çoise de l'Huillier , decedée le 5. Juin
âgée de 34 ans et 4. mois .
Charles le Tonnelier Breteiiil , Baron
de Preuilly , premier Baron de Touraine ,
Seigneur d'Azay - le Feron , Fonbaudry ,
Tournon. & c. mourut en sa Terre de
Preüilly le 6. de ce mois , agé de 28. à 29 .
ans , laissant un fils d'un an et une fille
de trois semaines , de Marie- Anne - Fran
>
I. Vol.
çoise
392 MERCURE DE FRANCE
çoise de Gasville , fille de Jean Prosper
Goujon , Chevalier Seigneur de Gasville
Conseiller du Roy en ses Conseils , Maî
tre des Requêtes ordinaire de son Hôtel ,
et Intendant de la Generalité de Roüen ;
et de Dame Anne Defaucon de Ris .
Il étoit fils de Louis Nicolas , Baron
de Breteuil , et de Preülly &c. Introduc
teur des Ambassadeurs et Princes Etran
gers prés de Sa Majesté , et de Gabrielle
Anne de Froullay-Tessé , fille de Philip
pes -Charles Comte de Froullay - Tessé ,
Grand-Marêchal des Logis de la Maison
du Roy et Commandeur de ses Ordres :
et Niéce du Marêchal de ce nom. Il
étoit aussi Cousin Germain de François
Victor de Breteuil , Marquis de Fontenay
Trésigny , Sire de Villebert &c. Com
mandeur des Ordres du Roy , Chance
lier de la Reine , et cy-devant Secretaire
d'Etat ; et de Charles-Claude de Breteüil
de Chanteclerc , Comte de Bevilliers , et
de Vaux , Mestre de Camp de Cavalerie ,
et Capitaine-Lieutenant de la Compagnie
d'Ordonnance des Chevaux - Legers de
Bretagne.
Le nom de Le Tonnellier Breteüil , est
si connu , et il en a été question en tant
d'occasion , qu'il est inutile d'en rappor
ter icy la Genealogie ; si le Lecteur en
1. Vola est
JUIN. 1731. 1393
est curieux , il la trouvera dans le Nobi
liaire de Picardie , et dans le Moreri.
Dame Jeanne- Françoise de Bourgogne ,
épouse de M. Moreau de Mautour , est
décedée le 6. Juin , agée de 77. -ans. Elle
étoit fille de François de Bourgogne ,
Seigneur de Mautour en Brie , Capitaine ,
du Regiment de la Reine-Mere Anne
d'Autriche en 1644. Frere ainé de Loüis
de Bourgogne qui fut Capitaine d'une
Compagnie de Chevaux - Legers sous les
Ordres du Duc d'Angoulesme , Colonel
Géneral , Sergent de Bataille dans les
Armées du Roy , depuis Marêchal de
Camp en 1651. et ensuite Mestre de
Camp , Lieutenant du Regiment d'Infan
terie d'Armand de Bourbon , Prince de
Conty en 1654. et est décedé en 1656. à
l'age de 36. ans. Ils étoient fils de Dieu
donné de Bourgogne , Seigneur de Mau
tour,Exempt desGardes du Corps de Louis
XIII. en 1616. et de Damoiselle Marie
de Bierne. Il étoit originaire de Lorraine,
issu de Jean de Bourgogne , Seigneur de
Saint Owain qui fut annobli , lui et sa
Posterité , pour récompense de ses Ser
vices Militaires en 1464. par René d'An
jou , Roy de Jerusalem et de Sicile ,
Duc de Lorraine et de Bar. Dame Fran
çoise de Villers, Mere de la Deffunte, étoit
>
I. Vol. fille
394 MERCURE DE FRANCE
\
fiile de Gabriël de Villers , Seigneur de
Louan et Housson en Berry , Capitaine
dans le Regiment de Rambures , Com
mandant des Villes et Château de Meun
sur-Yeurre , et de Damoiselle Edmée le
Roy. Il étoit originaire de Flandres , issu
des Anciens Seigneurs du Château de
Villers , dont la Génealogie est imprimée
dans l'Histoire du Gastinois . Il reste du
Mariage desdits Sieur et Dame Moreau.
de Mautour , Philibert François , Prieur
Commandataire de Marbos et de Mon
tiers-en l'Isle , et Charles , Chevalier de
S. Lazare , Capitaine d'Infanterie au Re
giment de Toulouze , auparavant Page
de M. le Comte de Toulouze. Ils ont eu
pour aîné Jean -Baptiste Louis de Mau
tour, Commissaire ordinaire de l'Artille
rie de France , mort à Strasbourg en 17,06 .
à l'age de 24. ans, de sa blessure reçuë au
Siege de Haguenau en Alsace.
François Guyot de Chenisot , Ecuyer ;
Seigneur de Villers , la Haye , Courton ,
&c. Conseiller , Secretaire du Roy , Re
ceveur General des Finances , de la Géne
ralité de Rouen , et Secretaire du Conseil ,
mourut le 11. Juin , âgé d'environ 58. ans .
François Charles , Marquis de Menou ,
Brigadier des Armées du Roy , ci devant
Capitaine-Lieutenant de la Compagnic
•
1
a
4
匪
I. Vol.
des
JUIN. 1731 . 1395
des Chevaux- Legers d'Anjou , mourut le
3. de ce mois dans son Château de Pru
nay en Beauce , âgé de 61. ans.
Antoine-Nicolas Nicolaï de Goussain
ville , Conseiller au Parlement , mourut
à Auteuil le 15. de ce mois , dans la 39.
année de son âge . Au mois d'Avril 1717.
le Roi lui avoit accordé la Charge de.
Premier President de la Chambre des
Comtes , en survivance de M. Nicolaï ,
son pere ; il fut reçû le 12. du mois de
May suivant, et il étoit le huitiéme de son
nom qui avoit été pourvû de cette Charge.
Dame Marie- Elisabet Guigou , veuve de
M. Jacques du Metz , Brigadier des Ar
mées du Roi , déceda à Crône , le 15.
Juin , âgée de 38. ans 6 mois
"
M.Jean Martial de Raucen , Ecuyer ,Sei
gneur de Crône , Noisy - sur - Seine , & c.
mourut en son Château de Crône , le
17. Juin . âgé de 86. ans environ .
-Le Marquis de S. Chamans , Maréchal
des Camps et Armées du Roi , et Lieute
nant des Gardes du Corps , mourut à Pa
ris le 18. âgé d'environ 66. ans.
Le 5. Juin , D. Marie Barthelemy
Thoynard, Epouse de M.Michel Philippes
l'Evêque , Conseiller au Parlement , ac
Coucha d'un fils qui fût baptisé le len-.
I, Vol.
I. demain ,
1396 MERCURE DE FRANCE
demain , et nommé Philippes Barthele
my , par M. Pierre Philippes L'Evêque ,
Chevalier Seigneur de Gravelles , Maî
tre des Comptes , Ayeul paternel , et D.
Marie de S. Pierre , Epouse de M. Barthe
lemy Thoynard , Ecuyer , Seigneur de
Sandré , Ligny , Montsuzain , &c . Baron
du Vouldy et de Monçay,Ayeul maternel.
Le Marquis de S. Chamans épousa le
II. Avril Mlle . de Malezieu . La Cere
monie s'est faite à Chatenay par M.
l'Evêque de Lavaur , Oncle de la D¹е
et S. A.S. Me , la Duchesse Du Maine leur
a fait l'honneur d'y assister .
M. de S. Chamans est d'une des plus
anciennes Noblesses du Royaume ; il est
Capitaine de Dragons , et a eu l'honneur
d'être élû Page du Roy. La Dlle. est fille
de M. de Malezieu , Brigadier des Armées .
du Roy, et LieutenantGeneral de l'Artille
rie . Son nom est aussi connu par la dis
tinction qu'il s'est acquise dans le Servi
ce , que par l'attachement qu'il a voüé
à S. A. S. M le Duc Du Maine , qui l'a
toujours honoré d'une protection et
d'une confiance particuliere : on sçair
que ce Prince se connoit en vray merite.
:
Le 27. du mois dernier , le Roy signe
L, Vol la
JUIN. 1731. 1397
le Contrat de Mariage d'Yves Marie de
Boulogne , de Lens , de Licques &c.
Comte de Rupelmonde , avec N………….
de Grammont , fille du Comte de Gram
mont , Brigadier des Armées du Roy
Gouverneur de Ham , Chevalier des
Ordres de Sa Majesté.
>
Voici la Généalogie de la Maison du
Comte de Rupelmonde.
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Résumé : MORTS, NAISSANCES, et Mariages.
Le texte relate divers événements survenus en mai et juin 1731, incluant des décès, naissances et mariages. Parmi les décès notables, Alexis Dalogny de la Groys, Chevalier Profès de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem, est décédé le 13 mai à l'âge de 55 ans. Louis Armand Baudon, Chevalier Seigneur de Neufville Ferier, est mort le 23 mai à 36 ans. Philippe Michel Bonmet, Prêtre Docteur en Théologie, a décédé le même jour à l'âge de 8 ans. Nicolas le Camus Destouches, Brigadier des Armées du Roi, est mort le 25 mai à 60 ans. François Alexis Joubert de la Bastide, Abbé Commandataire, est décédé le 25 mai à 62 ans. Thibaut Étienne de la Brousse, Marquis d'Atis, est mort à Cambray le 25 mai à 37 ans. André de Harouys, Chevalier Seigneur de la Seilleraye, est décédé le 27 mai à 70 ans. Louis-Guillaume de Chavaudou, Prêtre Docteur en Théologie, est mort le 27 mai à 77 ans. L'Abbé de Berwick, fils du Maréchal Duc de Berwick, est décédé à Paris le 3 juin à 19 ans. Marie Charlotte de Gouffier, veuve de Louis de Gouffier, est morte d'apoplexie le 5 juin à 73 ans. Élisabeth-Geneviève de Braque est décédée le 5 juin à 34 ans et 4 mois. Charles le Tonnelier Breteuil, Baron de Preuilly, est mort le 6 juin à 28 ou 29 ans. Jeanne-Françoise de Bourgogne, épouse de Moreau de Mautour, est décédée le 6 juin à 77 ans. François Guyot de Chenisot, Conseiller et Receveur Général des Finances, est mort le 11 juin à environ 58 ans. François Charles, Marquis de Menou, Brigadier des Armées du Roi, est décédé le 13 juin à 61 ans. Antoine-Nicolas Nicolaï de Goussainville, Conseiller au Parlement, est mort à Auteuil le 15 juin à 39 ans. Marie-Élisabeth Guigou, veuve de Jacques du Metz, est décédée à Crône le 15 juin à 38 ans et 6 mois. Jean Martial de Raucen, Seigneur de Crône, est mort en son château le 17 juin à environ 86 ans. Le Marquis de Saint Chamans, Maréchal des Camps et Armées du Roi, est décédé à Paris le 18 juin à environ 66 ans. Marie Barthélemy Thoynard a donné naissance à un fils le 5 juin. Le Marquis de Saint Chamans a épousé Mlle de Malezieu le 11 avril. Le Roi a signé le contrat de mariage d'Yves Marie de Boulogne avec une fille du Comte de Grammont le 27 mai.
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30
p. 1598-1599
TURQUIE ET PERSE.
Début :
On a appris à Malthe par le Capitaine d'un Vaisseau François, qui y avoit touché [...]
Mots clefs :
Vaisseaux de guerre, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE .
à Malthe le Capitaine d'ur
Vaisseau François , qui y avoit touché
venant du Levant , et qui avoit rencontré douze
Vaisseaux de Guerre Turcs , partis de Constan
tinople vers le zo. d'Avril , que six de ces Vais
seaux alloient à Chio , trois à Rhodes , et les
autres à Napoli de Romanie , pour y rester et
y attendre les Ordres du Grand Seigneur. Ce
Capitaine ajoûte que S. H. avoit chargé Dgia
num Codgia , Capitan Pacha , de faire venir à
Constantinople toutes les Galeres des Provin
ces Maritimes de l'Empire Otthoman , pour les
joindre à la Flotte qu'on y équipe actuellement
avec un grand nombre de Bâtimens de trans
port.
Des Lettres de Constantinople portent , que
les Persans ont été battus par les Turcs devant
Tauris. Le bruit court que cet echec a porté
Schah Thomas à faire au Seraskier de l'Armée
Ottomane, des propositions d'accomodement ; ce
qui pourra operer la Paix entre les deux Empires ,
les Turcs et les Persans la désirant également ; er
on apprend par des Lettres reçues en Allemagne au
commencement de ce mois , que le Grand Sei
gneur avoit envoyé ordre au Pacha de Babylone
qui commande ses Troupes en Perse , de con
clure la Paix avec le Roy de Perse , et de lui
II. Vol. remettre
JUIN. 1731. 1599
.د
remettre même les Places conquises pendant la
derniere Révolution , s'il ne pouvoit convenir
d'un Traité plus avantageux.
On a appris par les dernieres Lettres de Mos
cou que le bruit commun étoit que les Trou
pes du Grand Seigneur avoient attaqué l'armée
du Roy de Perse deux jours aprés l'expiration
du terme de la suspension d'Armes ; que le
Combat s'étoit donné prés d'une Riviere ou
les Persans avoient été entiérement défaits •
que la plupart de leurs Generaux ayant voulu
passer cette Riviere dans leur retraite , s'y étoient
noyez , et qu'on croyoit que le Roy de Perse
avoit eu un pareil sort.
Quelques Lettres du Levant portent , que
l'Armée de S. H qui étoit en Egypte , et qui
devoit se rendre à A.exandrie , commençoit à
s'embarquer pour Constantinople , et qu'on
croyoit qu'elle seroit employée contre les Chré
tiens.
à Malthe le Capitaine d'ur
Vaisseau François , qui y avoit touché
venant du Levant , et qui avoit rencontré douze
Vaisseaux de Guerre Turcs , partis de Constan
tinople vers le zo. d'Avril , que six de ces Vais
seaux alloient à Chio , trois à Rhodes , et les
autres à Napoli de Romanie , pour y rester et
y attendre les Ordres du Grand Seigneur. Ce
Capitaine ajoûte que S. H. avoit chargé Dgia
num Codgia , Capitan Pacha , de faire venir à
Constantinople toutes les Galeres des Provin
ces Maritimes de l'Empire Otthoman , pour les
joindre à la Flotte qu'on y équipe actuellement
avec un grand nombre de Bâtimens de trans
port.
Des Lettres de Constantinople portent , que
les Persans ont été battus par les Turcs devant
Tauris. Le bruit court que cet echec a porté
Schah Thomas à faire au Seraskier de l'Armée
Ottomane, des propositions d'accomodement ; ce
qui pourra operer la Paix entre les deux Empires ,
les Turcs et les Persans la désirant également ; er
on apprend par des Lettres reçues en Allemagne au
commencement de ce mois , que le Grand Sei
gneur avoit envoyé ordre au Pacha de Babylone
qui commande ses Troupes en Perse , de con
clure la Paix avec le Roy de Perse , et de lui
II. Vol. remettre
JUIN. 1731. 1599
.د
remettre même les Places conquises pendant la
derniere Révolution , s'il ne pouvoit convenir
d'un Traité plus avantageux.
On a appris par les dernieres Lettres de Mos
cou que le bruit commun étoit que les Trou
pes du Grand Seigneur avoient attaqué l'armée
du Roy de Perse deux jours aprés l'expiration
du terme de la suspension d'Armes ; que le
Combat s'étoit donné prés d'une Riviere ou
les Persans avoient été entiérement défaits •
que la plupart de leurs Generaux ayant voulu
passer cette Riviere dans leur retraite , s'y étoient
noyez , et qu'on croyoit que le Roy de Perse
avoit eu un pareil sort.
Quelques Lettres du Levant portent , que
l'Armée de S. H qui étoit en Egypte , et qui
devoit se rendre à A.exandrie , commençoit à
s'embarquer pour Constantinople , et qu'on
croyoit qu'elle seroit employée contre les Chré
tiens.
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Résumé : TURQUIE ET PERSE.
En 1731, des événements militaires et diplomatiques impliquent la Turquie et la Perse. Un capitaine français a croisé douze vaisseaux turcs en route vers Chio, Rhodes et Napoli de Romanie, sur ordre du Grand Seigneur. Les galères des provinces maritimes ottomanes ont été mobilisées pour renforcer la flotte à Constantinople. Des lettres de Constantinople rapportent que les Turcs ont vaincu les Persans devant Tauris, poussant le Shah Thomas à proposer un accommodement au Seraskier ottoman. Les deux empires aspirent à la paix, et des ordres ont été envoyés au Pacha de Babylone pour conclure un traité avec le roi de Perse, incluant la restitution des territoires conquis. Cependant, des lettres de Moscou indiquent que les troupes ottomanes ont attaqué l'armée perse après une suspension d'armes, entraînant une défaite perse. Par ailleurs, des lettres du Levant mentionnent que l'armée ottomane en Égypte, initialement destinée à Alexandrie, se dirige vers Constantinople et pourrait être utilisée contre les chrétiens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 2031-2036
LETTRE écrite de Honfleur le 20. Aoust 1731. par M. Hardouin, sur un Orage extraordinaire mêlé de Tonnerre &c, avec quelques nouvelles du même Pays.
Début :
J'ay quitté Monsieur, pour quelque temps la Ville de Caën, mon séjour ordinaire [...]
Mots clefs :
Catastrophe, Orage extraordinaire, Tonnerre, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Honfleur le 20. Aoust 1731. par M. Hardouin, sur un Orage extraordinaire mêlé de Tonnerre &c, avec quelques nouvelles du même Pays.
LETTRE écrite de Honfleur le 20. Aousi
1731. par M. Hardouin , sur un Orage
extraordinaire mêlé de Tonnerre &c,
avec quelques nouvelles du même Pays.
J'AY
" Ay quitté , Monsieur , pour quelque
temps la Ville de Caen , mon séjour or
dinaire,pour me venir délasser ici desExercices
qui m'occupent la plus grande partie
de l'année. Si j'étois d'humeur à croire
les présages , et qu'il y a des fignes qui
annoncent le bien ou le mal qui doit
arriver , je tirerois un fort mauvais
augure sur la tranquillité et sur les plaisirs
innocens que je me suis proposé de goû
ter dans cette Ville Maritime , par l'orage
affreux qui a ébranlé ici toute la nature
peu de tems aprés mon arrivée : je ne
crois pas , Monsieur , qu'on ait jamais
rien vû en ce genre de plus effrayant
´le Ciel , la Terre , la Mer faisoient entendre
des bruits horribles, et tout étoit dans
une confusion qu'il est difficile d'exprimer
; heureusement cette Catastrophe
pour m'exprimer ainsi n'a pas été de
longue durée , on en a été quitte pour la
peur et pour quelques dégats , mais quelques
particuliers ont souffert des maux
irréparables par les effets singuliers du
I ij
Tonner2032
MERCURE DE FRANCE
Tonnerre. Je me contenterai de vous en
marquer deux traits .
Durant cet orage , qui arriva le 18.
'Août , le Tonnerre tomba dans le Bord
du Capitaine le Fevre , qui étoit à la Rade
de Quilleboeuf , il coupa les deux bras
à un Matelot , assis au pied du grand
Mât , entra sous le Pont , où il fit beaucoup
de dommage , blessa un autre Matelot
, et fendit le Mât de bas en haut en
deux parties égales , comme un ozier . Il
retomba ensuite sur le premier Matelot
et l'écrasa entierement. Tout l'équipage
épouvanté s'étendit tout de son long , la
face contre le Pont,et n'eut point d'autre
mal. Le Capitaine qui m'a fait ce recit ,
ajoûte que ce furieux Tonnerre se jetta
ensuite dans la Mer , et fit un bruit à peu
prés pareil à celui que feroit une Gueuse
qu'on arroseroit dans le moment qu'elle
coule : vous sçavez que Gueuse est le nom
qu'on donne dans les Forges , à une
quantité de fer fondu qui coule dans un
Canal préparé pour cet effet , sur lequel
on jette quelquefois de l'eau .
Dans le même temps , un autre Tonnerre
tomba par la Chéminée , dans
la Chambre de M. Potier , Prêtre de cette
Ville , prés le Monastere de Religieu-
Les ; il marqua bizarement tout le pavé
détruisi
AOUST. 17312 2033
détruisit quantité de bonnes choses , brisa
toute la Cheminée , cassa enfin les vîtres
et fondit tout le plomb. Il abbatit ensuite
ce bon Prêtre , lui grilla presque
tout le corps , sans endommager le moins
du monde ses habits. Il en perdit la parole
pendant deux heures , et ne parla
que pour demander un Confesseur. Il est
très-mal , et on ne croit pas qu'il puisse
revenir de cet accident. Son corps est
aussi rouge que de l'Ecarlate et tout semé
de petites vessies.
Au reste , Monsieur , comme je no
suis pas venu ici pour gémir , l'orage passé
, après avoir loué et remercié Dieu de
tout , nous avons repris notre vie tranquille
et joyeuse avec la bonne compagnie
dont je veux vous parler. Je loge chez
un * Ami de distinction , dont la Maison
est le rendez-vous de tout ce qu'il ya à
Honfleur et aux environs de gens de merite
, de consideration , et de bon goût.
Il vient de donner une Fête qui a été
fort applaudie. Trois filles de cet aimable
Hôte , accomplies en tout , en ont fait
l'ornement , et les honneurs : voici deux
* M. de Lannay Vicomte et Lieutenant Ge - t
neral de Police d'Honfleur , Procureur Genéra
de M. le Duc d'Orleans pour ses Domaines de
Normandie.
I jij
cou2034
MERCURE DE FRANCA
Couplets , que je ne pus me dispenser
de faire à cette occasion , et le verre
à la main , on eût la politesse de les applaudir
en faveur du sujet.
C
Sur l'air de Joconde.
' Est par d'énergiques Menteurs
Que la Fable est écrite.
En vain nous peignent - ils trois soeurs
Du plus rare merite ;
Ce n'est qu'en ces aimables lieux
Qu'on trouve les trois Graces ,
Et non pas dans les songes Creux
Des Ovides , des Staces.
M
Elles ont du Dieu d'Helicon
Le sublime langage ,
De la Mere de Cupidon
Les charmes en partage ;
Des Muses le divin sçavoir ,
De Pallas la sagesse ,
Et du tendre Amour le pouvoir;
Mais non pas sa foiblesse .
C'est ainsi que nous prétendons chas
ser l'ennui pendant ces vacances , et contribuer
à la continuation d'une bonne
santé
AAUST
2035 }
1731 .
santé par le baume d'une innocente joye.
On dit d'ailleurs que cet air est merveilleux
, et qu'on vit long temps dans tout
le Canton. On m'avoit parlé d'une fille
de cette Ville agée de plus de cent ans ,
j'allay hier m'en informer , et je la menay
chez M. le Vicomte avec toutes les preuves
de son âge qui est , ne vous en deplaise
, de 116. ans deux mois dix jours .
Elle voit , marche , parle , entend , dort ,
mange et boit fort bien . Il n'y a que deux
mois qu'elle travailloit encore à la dentelle.
,
Jean Remont de la Paroisse du Menil
Germain près Lisieux , mourut ici il
quelques jours , âgé de cent sept
ans , laissant deux fils , l'un âgé de 70.
ans , et l'autre de 68. cet homme n'avoit
jamais été malade , beuvoit du Cidre et
de l'eau de vie du matin au soir ; et ce
qu'il y a de particulier , il n'avoir jamais
eu de Procez , ny même passé en temoi
gnage , comme on parle en Normandie ,
la chose est rare pour un Normand , et
digne de la curiosité publique.
Nous nous préparons à faire bien des
courses sur Mer et sur Terre dans ces
quartiers : je ne manquerai pas de vous
en faire part. Ce serà peut -être de quoy
fournir un Supplement à votre Voyage
I iiij
de
03 MERCURE DE FRANCE
de Normandie , dont nous avons déja
vû plusieurs Lettres dans le Mercure
et dont nous attendons la suite avec impatience.
Je suis & c .
1731. par M. Hardouin , sur un Orage
extraordinaire mêlé de Tonnerre &c,
avec quelques nouvelles du même Pays.
J'AY
" Ay quitté , Monsieur , pour quelque
temps la Ville de Caen , mon séjour or
dinaire,pour me venir délasser ici desExercices
qui m'occupent la plus grande partie
de l'année. Si j'étois d'humeur à croire
les présages , et qu'il y a des fignes qui
annoncent le bien ou le mal qui doit
arriver , je tirerois un fort mauvais
augure sur la tranquillité et sur les plaisirs
innocens que je me suis proposé de goû
ter dans cette Ville Maritime , par l'orage
affreux qui a ébranlé ici toute la nature
peu de tems aprés mon arrivée : je ne
crois pas , Monsieur , qu'on ait jamais
rien vû en ce genre de plus effrayant
´le Ciel , la Terre , la Mer faisoient entendre
des bruits horribles, et tout étoit dans
une confusion qu'il est difficile d'exprimer
; heureusement cette Catastrophe
pour m'exprimer ainsi n'a pas été de
longue durée , on en a été quitte pour la
peur et pour quelques dégats , mais quelques
particuliers ont souffert des maux
irréparables par les effets singuliers du
I ij
Tonner2032
MERCURE DE FRANCE
Tonnerre. Je me contenterai de vous en
marquer deux traits .
Durant cet orage , qui arriva le 18.
'Août , le Tonnerre tomba dans le Bord
du Capitaine le Fevre , qui étoit à la Rade
de Quilleboeuf , il coupa les deux bras
à un Matelot , assis au pied du grand
Mât , entra sous le Pont , où il fit beaucoup
de dommage , blessa un autre Matelot
, et fendit le Mât de bas en haut en
deux parties égales , comme un ozier . Il
retomba ensuite sur le premier Matelot
et l'écrasa entierement. Tout l'équipage
épouvanté s'étendit tout de son long , la
face contre le Pont,et n'eut point d'autre
mal. Le Capitaine qui m'a fait ce recit ,
ajoûte que ce furieux Tonnerre se jetta
ensuite dans la Mer , et fit un bruit à peu
prés pareil à celui que feroit une Gueuse
qu'on arroseroit dans le moment qu'elle
coule : vous sçavez que Gueuse est le nom
qu'on donne dans les Forges , à une
quantité de fer fondu qui coule dans un
Canal préparé pour cet effet , sur lequel
on jette quelquefois de l'eau .
Dans le même temps , un autre Tonnerre
tomba par la Chéminée , dans
la Chambre de M. Potier , Prêtre de cette
Ville , prés le Monastere de Religieu-
Les ; il marqua bizarement tout le pavé
détruisi
AOUST. 17312 2033
détruisit quantité de bonnes choses , brisa
toute la Cheminée , cassa enfin les vîtres
et fondit tout le plomb. Il abbatit ensuite
ce bon Prêtre , lui grilla presque
tout le corps , sans endommager le moins
du monde ses habits. Il en perdit la parole
pendant deux heures , et ne parla
que pour demander un Confesseur. Il est
très-mal , et on ne croit pas qu'il puisse
revenir de cet accident. Son corps est
aussi rouge que de l'Ecarlate et tout semé
de petites vessies.
Au reste , Monsieur , comme je no
suis pas venu ici pour gémir , l'orage passé
, après avoir loué et remercié Dieu de
tout , nous avons repris notre vie tranquille
et joyeuse avec la bonne compagnie
dont je veux vous parler. Je loge chez
un * Ami de distinction , dont la Maison
est le rendez-vous de tout ce qu'il ya à
Honfleur et aux environs de gens de merite
, de consideration , et de bon goût.
Il vient de donner une Fête qui a été
fort applaudie. Trois filles de cet aimable
Hôte , accomplies en tout , en ont fait
l'ornement , et les honneurs : voici deux
* M. de Lannay Vicomte et Lieutenant Ge - t
neral de Police d'Honfleur , Procureur Genéra
de M. le Duc d'Orleans pour ses Domaines de
Normandie.
I jij
cou2034
MERCURE DE FRANCA
Couplets , que je ne pus me dispenser
de faire à cette occasion , et le verre
à la main , on eût la politesse de les applaudir
en faveur du sujet.
C
Sur l'air de Joconde.
' Est par d'énergiques Menteurs
Que la Fable est écrite.
En vain nous peignent - ils trois soeurs
Du plus rare merite ;
Ce n'est qu'en ces aimables lieux
Qu'on trouve les trois Graces ,
Et non pas dans les songes Creux
Des Ovides , des Staces.
M
Elles ont du Dieu d'Helicon
Le sublime langage ,
De la Mere de Cupidon
Les charmes en partage ;
Des Muses le divin sçavoir ,
De Pallas la sagesse ,
Et du tendre Amour le pouvoir;
Mais non pas sa foiblesse .
C'est ainsi que nous prétendons chas
ser l'ennui pendant ces vacances , et contribuer
à la continuation d'une bonne
santé
AAUST
2035 }
1731 .
santé par le baume d'une innocente joye.
On dit d'ailleurs que cet air est merveilleux
, et qu'on vit long temps dans tout
le Canton. On m'avoit parlé d'une fille
de cette Ville agée de plus de cent ans ,
j'allay hier m'en informer , et je la menay
chez M. le Vicomte avec toutes les preuves
de son âge qui est , ne vous en deplaise
, de 116. ans deux mois dix jours .
Elle voit , marche , parle , entend , dort ,
mange et boit fort bien . Il n'y a que deux
mois qu'elle travailloit encore à la dentelle.
,
Jean Remont de la Paroisse du Menil
Germain près Lisieux , mourut ici il
quelques jours , âgé de cent sept
ans , laissant deux fils , l'un âgé de 70.
ans , et l'autre de 68. cet homme n'avoit
jamais été malade , beuvoit du Cidre et
de l'eau de vie du matin au soir ; et ce
qu'il y a de particulier , il n'avoir jamais
eu de Procez , ny même passé en temoi
gnage , comme on parle en Normandie ,
la chose est rare pour un Normand , et
digne de la curiosité publique.
Nous nous préparons à faire bien des
courses sur Mer et sur Terre dans ces
quartiers : je ne manquerai pas de vous
en faire part. Ce serà peut -être de quoy
fournir un Supplement à votre Voyage
I iiij
de
03 MERCURE DE FRANCE
de Normandie , dont nous avons déja
vû plusieurs Lettres dans le Mercure
et dont nous attendons la suite avec impatience.
Je suis & c .
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Résumé : LETTRE écrite de Honfleur le 20. Aoust 1731. par M. Hardouin, sur un Orage extraordinaire mêlé de Tonnerre &c, avec quelques nouvelles du même Pays.
Le 20 août 1731, M. Hardouin écrit depuis Honfleur pour décrire un orage exceptionnel survenu deux jours auparavant. Cet orage, caractérisé par des éclairs et du tonnerre, a causé une grande confusion et des dégâts, bien que de courte durée. Deux incidents notables sont rapportés : le tonnerre a frappé le bateau du capitaine Le Fevre, blessant gravement un matelot et endommageant le navire. Par ailleurs, un éclair a pénétré par la cheminée de la chambre de M. Potier, un prêtre, le blessant sévèrement sans endommager ses vêtements. Malgré ces événements, la vie à Honfleur a rapidement repris son cours normal. M. Hardouin séjourne chez M. de Lannay, un ami de distinction, où il a assisté à une fête acclamée. Il mentionne également les trois filles de son hôte, les louant pour leurs qualités. De plus, il rapporte la présence d'une femme âgée de 116 ans et d'un homme décédé à 107 ans, tous deux en bonne santé jusqu'à un âge avancé. M. Hardouin prévoit de réaliser des excursions et promet de partager ses découvertes, qui pourraient compléter un voyage en Normandie dont il attend la suite avec impatience.
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32
p. 1015-1022
MORTS NAISSANCES et Mariages.
Début :
Dame Elisabeth de Massol, veuve du Marquis de Clermont-Tonnere, [...]
Mots clefs :
Marquis, Comte de Valbelle, Âge, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS NAISSANCES et Mariages.
MORTS NAISSANCES
et Mariages.
Ame Elisabeth de Massol , veuve du
D'Marquis de Clermont - Tonnere ·
>
Marquis de Crusil , et de Vovillars , mourur dans sa Terre de Vovillars , le 8.
Avril dernier dans la 83. année de son
âge , étant née à Dijon le 1. de Juin 1649.
Sa beauté et son esprit étoient peu com-.
muns. Depuis la mort de M. son époux ,
arrivée le 29 Fevrier 1689. , elle a toûjours
1016 MERCURE DE FRANCE
jours couché dans sa biére, et pratiqué une
grande dévotion ; elle a toûjours vêcu
avec toute la noblesse et la grandeur qui
convenoient à sa naissance. Elle étoit mere du Marquis de Clermont-Tonnerre ,
· Chevalier des Ordres du Roi , et Commissaire General de la Cavalerie Legere ; *
et de Madame de Courtivron , Présidente à Mortier au Parlement de Bourgogne.
M. Joseph de Gasquet , Marêchal des
Camps et Armées du Roi , et Commandeur de l'Ordre Royal et Militaire de
S. Louis , mourut à Agen le 12 Avril ,
âgé de 93 ans.
Jean-François de la Baume Comte
de Forsat , &c. mourut le 15. âgé d'en - ¨
viron 70. ans.
2
Le 20 Avril , mourut à Paris en son
Hôtel , Cosme Alphonse de Valbelle
Chevalier , Marquis de Monfuron , et de
Bressieux , Comte de Ribiers , Premier
Capitaine Sous - Lieutenant des Gendar
mes de la Garde du Roi , Brigadier de
ses Armées , Commandeur de l'Ordre
Royal et Militaire de S. Louis , Grand Bailly des Montagnes de Dauphiné , Grand
Sénechal de Marseille. Ce Seigneur est
mort sans alliance à la fin de sa 41 année,
il étoit le dernier mâle de la branche de
Valbelle Montfuron 2, cadette de celle de
Valbelle
Μ ΑΥ. 17323 1017
Valbelle Meirargües , devenue l'ainée de
toutes les branches de cette Maison par
la mort de Cosme de Valbelle mort sans ~
postérité le 29 Avril 1716.
Le Comte de Valbelle étoit fils du second lit de Leon de Valbelle , Marquis
de Montfuron , Comte de Ribiers , Grand
Bailly des Montagnes de Dauphiné , et
d'Antoinette d'Albon S. Forgeux , dont les
Pere avoit eu pour premiere femme Marie de Pontevés- Buous , qui lui avoit don--
né Gaspard de Valbelle , mort Capitaine
de Cavalerie dans le Régiment de Monseigneur le Dauphin, et Louis de Valbelle , tué Capitaine de Cavalerie dans le
Régiment de Berry:
Il étoit aimé et estimé de tous ceux qui
le connoissoient , surtout de Mrs lesGendarmes et de tous ceux qui servoient dans
la Compagnie des Gendarmes , aussi par
une distinction jusqu'à présent inconnue ,.
ils ont voulu assister en Corps et en habits
uniformes à ses funerailles , voulant marquer au public par une distinction qui
n'étoit pas en usage , combien ils honoroient un Officier qui avoit toûjours été
occupé de leurs interêts et de leurs avan--
tages.
Il fit sa premiere Campagne en 1706...
n'étant pour lors âgé que de 15 ans ; V il Se
1018 MERCURE DE FRANCE
મ
se trouva dans cette année à la Bataille
de Ramilly , et il y fut blessé de plusieurs
coups , dont un l'avoit frappé dans un endroit remarquable , en lui fendant la joue
et la lévre inferieure ; il se trouva en 1708.
à la Bataille d'Oudenarde où il eut un
cheval tué sous lui. En 1709 , il se distingua fort la veille de la Bataille de Mal-'
plaquet dans la Troüée , où l'on l'avoit
placé avec un Escadron de la Maison du
Roi qu'il avoit l'honneur de commander.
Lejour de la Bataille , il soutint avec courage l'impétuosité des ennemis , qui firent les derniers efforts pour rompre la
Maison du Roi ; il receut pendant l'ac
tion plusieurs coups dans ses habits , et
quelques légeres contusions. Un Gentilhomme attaché à lui , eut auprès de
sa Personne une jambe emportée d'un
coup de Canon. Il fit toutes les autrès
Campagnesde la même Guerre en se distinguant toujours par son éxact tude , et par
son assiduité à tous les devoirs d'un bon
Officier; ne négligeant pas même de faire
les fonctions d'Aide de Camp de M. le
Prince de Rohan , afin de tout voir, et de
tout connoître,et dese rendre par- là capable d'être un jour utile à sa Patrie.
Il avoit servi dans la Compagnie des
Gendarmes en qualité d'Enseigne depuis
7
le
MAY. 1732. 101
le mois de Janvier 1707, et il en fut fait
Capitaine Sous- Lieutenant en 1715. Il
fut fait Brigadier des Armées du Roi en
1719 , et Commandeur de l'Ordre de
S. Louis en 1722. Dans tous ces Emplois
on l'a vu se conduire avec fermeté , lorsqu'il s'agissoit du bien du service , et
avec unedouceur qui ne peut s'exprimer,
soit en donnant les ordres qui concernoient le bien du service , soit en toute
autre occasion.
Jacques-Antoine Phelipeaux , Evêque
de Lodéve , et Abbé des Abbayes de
Nantz , de S. Sauveurs et de S Gilles ,
mourut dans son Diocèse vers la fin du
mois d'Avril.
Le P. Louis de la Ferté, de la Compagnie
de Jesus , mourut le 7. de ce mois auCollege de la Fleche , dans la 74 année de
son âge; il étoit second fils du Maréchal
Duc de la Ferté , Pair de France.
Dame Marie-Elizabeth Langlois, veuve
de M. Nicolas le Camus , Maitre des Requêtes , qui avoit été nommé Premier President de la Cour des Aides en survivance de M. le Camus son Pere , mourut ..
Paris le ୨9 du même mois dans la 62 année de son âge..
M. Samuel- Charles de la Reinterie, Che
valier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
Brigadier
1020 MERCURE DE FRANCE
Brigadier des Armées du Roi , Comman
dant pour sa Majesté au Gouvernement
des Ville et Chateau de Brest , y mourut
le 10 de ce mois âgé de 77 ans , il y en
avoit 64 qu'il servoit. Il commandoit le´
Regiment de Touraine dont il étoit Major à la Bataille de Fleurus ; au siége de
Mons il en fut fait Lieutenant-Colonel.
Il avoit deffendu la Ville et Chateau d'Os
talric où il commandoit en chef, et il en
fit lever le siége . Après le siége de Barce
lone, il eut le Gouvernement du Chateau
de Montjouï ; après l'évasion , il se retira
chez lui , et en 1702 il eut le Comman
dement de Brest où il a été 30 ans. Il a
eu deux freres , deux fils , deux neveux
tuez dans le Regiment de Touraine et actacllement le seul fils qui lui resté , y est
Capitaine depuis 13 ans.
Jean-Baptiste de Lillerin , Seigneur de
Britissendeau , ancien Conseiller au Parlement de Bretagne , mourut le 15. May,
âgé de 68. ans.
Charles-Pierre Auget , Seigneur de la
Chabossiere , &c. Commandeur de l'Ordre de S. Lazare , ancien Commissaire
General des Chevaux- Legers de la Garde
du Roy , mourut le 19, de ce mois ,
âgé de 91. ans.
Renéde Cordouan, Marquis de la Noüe,
Brigadier
#
ΜΑΥ. 1732. 1021
Brigadier des Armées du Roi et Inspecteur Géneral de Cavalerie , mourut à Pa
ris le 20 de ce mois âgé d'environ 60 ans.
Pierre le Mastin , Capitaine de l'une des
Compagnies du Regiment des Gardes
Françoises , mourut à Paris le 21 , dans
la 55 année de son âge..
Dame Claude-Marguerite Marie-Mag
delaine Antoinette Desseville , Epouse de
François Frederic de Boullene , Marquis
de S. Remy, Exempt des Gardes du Roi ,
accoucha le 27 Avrildernier d'un fils, tenu
sur les Fonts de Batême par M. Antoine
Denis Raudot , Intendant Géneral des
Classes de la Marine, son Oncle maternel,"
et par Dame Reine- Genevieve Aimejas ,
veuve de M. François- Frederic de Boul
lene , Chevalier Marquis de S. Remy.
-Dame Françoise- Louise de Laurant , Epouse
de Louis-François Laurant , Comte de Monsse- rin , &c. accoucha le 11. May d'un fils , fut qui
nommé Jean-Louis , par N... Prince Duc de
Melfort , et par D. Euphemie Wallace , veuve du
Prince Duc de Melfort,
D. Therese- Gilette Locquet de Grandville ,
Epouse de François , Comte de Broglie , Chevalier des Ordres du Roy, Lieutenant General de ses Armées , Gouverneur de Mont-Dauphin ,
Directeur General de la Cavalerie et des Dragons , Ambassadeur de S. M, auprès du Roy de
I
lak
1022 MEREURE DE FRANCE
la Grande-Bretagne, accoucha le 11. d'une fille
qui fut nommée Marie- Therese , par M. Guill.
de Lamoignon , Président au Parlement , et par
D. Marie- Françoise Méliant , Epouse de Guill.
Urbain de Lamoignon , Conseiller d'Etat Ordinaire , et au Conseil Royal des Finances.
Cesar-Gabriel de Choiseul, Marquis de Choiseal , de la Riviere , fils de Hubert , Marquis
de Choiseul , et de Dame Henriette-Louise de
Beauveau , épousa le 30. Avril D Marie de
Champagne , fille de feu René Braudesy de
Champagne , Marquis de Villaine et de la - Varenne , et de Dame Catherine- Therese le Royer.
Louis-François de Damas , Comte de Thiange
er Danlezy , &c. Capitaine au Regiment Mestre
de Camp General , fils de feu Louis- Amoine.
Herard de Damas , Comte Danlezy , Maréchal
des Camps et Armées du Roy , Commandeur de
POrdre de S. Louis , et de D. Marie- Elizabeth '
Palatine de Dio , de Montperou , &c. épousa le'
26. May D. Madelaine-Angelique de Gassion
fille de Jean de Gassion , Marquis de Gassion er
Dalluge , Premier Baron , Doyen du PercheGouet , Maréchal de Camp , et de D. Anne- Ma
rie-Jeanne Fleuriau d'Armenonville.
et Mariages.
Ame Elisabeth de Massol , veuve du
D'Marquis de Clermont - Tonnere ·
>
Marquis de Crusil , et de Vovillars , mourur dans sa Terre de Vovillars , le 8.
Avril dernier dans la 83. année de son
âge , étant née à Dijon le 1. de Juin 1649.
Sa beauté et son esprit étoient peu com-.
muns. Depuis la mort de M. son époux ,
arrivée le 29 Fevrier 1689. , elle a toûjours
1016 MERCURE DE FRANCE
jours couché dans sa biére, et pratiqué une
grande dévotion ; elle a toûjours vêcu
avec toute la noblesse et la grandeur qui
convenoient à sa naissance. Elle étoit mere du Marquis de Clermont-Tonnerre ,
· Chevalier des Ordres du Roi , et Commissaire General de la Cavalerie Legere ; *
et de Madame de Courtivron , Présidente à Mortier au Parlement de Bourgogne.
M. Joseph de Gasquet , Marêchal des
Camps et Armées du Roi , et Commandeur de l'Ordre Royal et Militaire de
S. Louis , mourut à Agen le 12 Avril ,
âgé de 93 ans.
Jean-François de la Baume Comte
de Forsat , &c. mourut le 15. âgé d'en - ¨
viron 70. ans.
2
Le 20 Avril , mourut à Paris en son
Hôtel , Cosme Alphonse de Valbelle
Chevalier , Marquis de Monfuron , et de
Bressieux , Comte de Ribiers , Premier
Capitaine Sous - Lieutenant des Gendar
mes de la Garde du Roi , Brigadier de
ses Armées , Commandeur de l'Ordre
Royal et Militaire de S. Louis , Grand Bailly des Montagnes de Dauphiné , Grand
Sénechal de Marseille. Ce Seigneur est
mort sans alliance à la fin de sa 41 année,
il étoit le dernier mâle de la branche de
Valbelle Montfuron 2, cadette de celle de
Valbelle
Μ ΑΥ. 17323 1017
Valbelle Meirargües , devenue l'ainée de
toutes les branches de cette Maison par
la mort de Cosme de Valbelle mort sans ~
postérité le 29 Avril 1716.
Le Comte de Valbelle étoit fils du second lit de Leon de Valbelle , Marquis
de Montfuron , Comte de Ribiers , Grand
Bailly des Montagnes de Dauphiné , et
d'Antoinette d'Albon S. Forgeux , dont les
Pere avoit eu pour premiere femme Marie de Pontevés- Buous , qui lui avoit don--
né Gaspard de Valbelle , mort Capitaine
de Cavalerie dans le Régiment de Monseigneur le Dauphin, et Louis de Valbelle , tué Capitaine de Cavalerie dans le
Régiment de Berry:
Il étoit aimé et estimé de tous ceux qui
le connoissoient , surtout de Mrs lesGendarmes et de tous ceux qui servoient dans
la Compagnie des Gendarmes , aussi par
une distinction jusqu'à présent inconnue ,.
ils ont voulu assister en Corps et en habits
uniformes à ses funerailles , voulant marquer au public par une distinction qui
n'étoit pas en usage , combien ils honoroient un Officier qui avoit toûjours été
occupé de leurs interêts et de leurs avan--
tages.
Il fit sa premiere Campagne en 1706...
n'étant pour lors âgé que de 15 ans ; V il Se
1018 MERCURE DE FRANCE
મ
se trouva dans cette année à la Bataille
de Ramilly , et il y fut blessé de plusieurs
coups , dont un l'avoit frappé dans un endroit remarquable , en lui fendant la joue
et la lévre inferieure ; il se trouva en 1708.
à la Bataille d'Oudenarde où il eut un
cheval tué sous lui. En 1709 , il se distingua fort la veille de la Bataille de Mal-'
plaquet dans la Troüée , où l'on l'avoit
placé avec un Escadron de la Maison du
Roi qu'il avoit l'honneur de commander.
Lejour de la Bataille , il soutint avec courage l'impétuosité des ennemis , qui firent les derniers efforts pour rompre la
Maison du Roi ; il receut pendant l'ac
tion plusieurs coups dans ses habits , et
quelques légeres contusions. Un Gentilhomme attaché à lui , eut auprès de
sa Personne une jambe emportée d'un
coup de Canon. Il fit toutes les autrès
Campagnesde la même Guerre en se distinguant toujours par son éxact tude , et par
son assiduité à tous les devoirs d'un bon
Officier; ne négligeant pas même de faire
les fonctions d'Aide de Camp de M. le
Prince de Rohan , afin de tout voir, et de
tout connoître,et dese rendre par- là capable d'être un jour utile à sa Patrie.
Il avoit servi dans la Compagnie des
Gendarmes en qualité d'Enseigne depuis
7
le
MAY. 1732. 101
le mois de Janvier 1707, et il en fut fait
Capitaine Sous- Lieutenant en 1715. Il
fut fait Brigadier des Armées du Roi en
1719 , et Commandeur de l'Ordre de
S. Louis en 1722. Dans tous ces Emplois
on l'a vu se conduire avec fermeté , lorsqu'il s'agissoit du bien du service , et
avec unedouceur qui ne peut s'exprimer,
soit en donnant les ordres qui concernoient le bien du service , soit en toute
autre occasion.
Jacques-Antoine Phelipeaux , Evêque
de Lodéve , et Abbé des Abbayes de
Nantz , de S. Sauveurs et de S Gilles ,
mourut dans son Diocèse vers la fin du
mois d'Avril.
Le P. Louis de la Ferté, de la Compagnie
de Jesus , mourut le 7. de ce mois auCollege de la Fleche , dans la 74 année de
son âge; il étoit second fils du Maréchal
Duc de la Ferté , Pair de France.
Dame Marie-Elizabeth Langlois, veuve
de M. Nicolas le Camus , Maitre des Requêtes , qui avoit été nommé Premier President de la Cour des Aides en survivance de M. le Camus son Pere , mourut ..
Paris le ୨9 du même mois dans la 62 année de son âge..
M. Samuel- Charles de la Reinterie, Che
valier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
Brigadier
1020 MERCURE DE FRANCE
Brigadier des Armées du Roi , Comman
dant pour sa Majesté au Gouvernement
des Ville et Chateau de Brest , y mourut
le 10 de ce mois âgé de 77 ans , il y en
avoit 64 qu'il servoit. Il commandoit le´
Regiment de Touraine dont il étoit Major à la Bataille de Fleurus ; au siége de
Mons il en fut fait Lieutenant-Colonel.
Il avoit deffendu la Ville et Chateau d'Os
talric où il commandoit en chef, et il en
fit lever le siége . Après le siége de Barce
lone, il eut le Gouvernement du Chateau
de Montjouï ; après l'évasion , il se retira
chez lui , et en 1702 il eut le Comman
dement de Brest où il a été 30 ans. Il a
eu deux freres , deux fils , deux neveux
tuez dans le Regiment de Touraine et actacllement le seul fils qui lui resté , y est
Capitaine depuis 13 ans.
Jean-Baptiste de Lillerin , Seigneur de
Britissendeau , ancien Conseiller au Parlement de Bretagne , mourut le 15. May,
âgé de 68. ans.
Charles-Pierre Auget , Seigneur de la
Chabossiere , &c. Commandeur de l'Ordre de S. Lazare , ancien Commissaire
General des Chevaux- Legers de la Garde
du Roy , mourut le 19, de ce mois ,
âgé de 91. ans.
Renéde Cordouan, Marquis de la Noüe,
Brigadier
#
ΜΑΥ. 1732. 1021
Brigadier des Armées du Roi et Inspecteur Géneral de Cavalerie , mourut à Pa
ris le 20 de ce mois âgé d'environ 60 ans.
Pierre le Mastin , Capitaine de l'une des
Compagnies du Regiment des Gardes
Françoises , mourut à Paris le 21 , dans
la 55 année de son âge..
Dame Claude-Marguerite Marie-Mag
delaine Antoinette Desseville , Epouse de
François Frederic de Boullene , Marquis
de S. Remy, Exempt des Gardes du Roi ,
accoucha le 27 Avrildernier d'un fils, tenu
sur les Fonts de Batême par M. Antoine
Denis Raudot , Intendant Géneral des
Classes de la Marine, son Oncle maternel,"
et par Dame Reine- Genevieve Aimejas ,
veuve de M. François- Frederic de Boul
lene , Chevalier Marquis de S. Remy.
-Dame Françoise- Louise de Laurant , Epouse
de Louis-François Laurant , Comte de Monsse- rin , &c. accoucha le 11. May d'un fils , fut qui
nommé Jean-Louis , par N... Prince Duc de
Melfort , et par D. Euphemie Wallace , veuve du
Prince Duc de Melfort,
D. Therese- Gilette Locquet de Grandville ,
Epouse de François , Comte de Broglie , Chevalier des Ordres du Roy, Lieutenant General de ses Armées , Gouverneur de Mont-Dauphin ,
Directeur General de la Cavalerie et des Dragons , Ambassadeur de S. M, auprès du Roy de
I
lak
1022 MEREURE DE FRANCE
la Grande-Bretagne, accoucha le 11. d'une fille
qui fut nommée Marie- Therese , par M. Guill.
de Lamoignon , Président au Parlement , et par
D. Marie- Françoise Méliant , Epouse de Guill.
Urbain de Lamoignon , Conseiller d'Etat Ordinaire , et au Conseil Royal des Finances.
Cesar-Gabriel de Choiseul, Marquis de Choiseal , de la Riviere , fils de Hubert , Marquis
de Choiseul , et de Dame Henriette-Louise de
Beauveau , épousa le 30. Avril D Marie de
Champagne , fille de feu René Braudesy de
Champagne , Marquis de Villaine et de la - Varenne , et de Dame Catherine- Therese le Royer.
Louis-François de Damas , Comte de Thiange
er Danlezy , &c. Capitaine au Regiment Mestre
de Camp General , fils de feu Louis- Amoine.
Herard de Damas , Comte Danlezy , Maréchal
des Camps et Armées du Roy , Commandeur de
POrdre de S. Louis , et de D. Marie- Elizabeth '
Palatine de Dio , de Montperou , &c. épousa le'
26. May D. Madelaine-Angelique de Gassion
fille de Jean de Gassion , Marquis de Gassion er
Dalluge , Premier Baron , Doyen du PercheGouet , Maréchal de Camp , et de D. Anne- Ma
rie-Jeanne Fleuriau d'Armenonville.
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Résumé : MORTS NAISSANCES et Mariages.
En 1732, plusieurs décès et naissances ont marqué la noblesse française. Ame Elisabeth de Massol, veuve du Marquis de Clermont-Tonnerre, est décédée à Vovillars le 8 avril à l'âge de 83 ans. Connue pour sa beauté et son esprit, elle était la mère du Marquis de Clermont-Tonnerre et de Madame de Courtivron. Joseph de Gasquet, Maréchal des Camps et Armées du Roi, est mort à Agen le 12 avril à 93 ans. Jean-François de la Baume, Comte de Forsat, est décédé le 15 avril à environ 70 ans. Cosme Alphonse de Valbelle, Chevalier et Marquis de Monfuron, est mort à Paris le 20 avril à 41 ans. Il était Premier Capitaine Sous-Lieutenant des Gendarmes de la Garde du Roi et Commandeur de l'Ordre de Saint-Louis. Jacques-Antoine Phelipeaux, Évêque de Lodève, et le Père Louis de la Ferté, de la Compagnie de Jésus, sont également décédés en avril. Marie-Elizabeth Langlois, veuve de Nicolas le Camus, est morte à Paris le 29 avril à 62 ans. Samuel-Charles de la Reinterie, Brigadier des Armées du Roi, est décédé à Brest le 10 mai à 77 ans. Jean-Baptiste de Lillerin, ancien Conseiller au Parlement de Bretagne, est mort le 15 mai à 68 ans. Charles-Pierre Auget, Commandeur de l'Ordre de Saint-Lazare, est décédé le 19 mai à 91 ans. René de Cordouan, Marquis de la Noüe, est mort à Paris le 20 mai à environ 60 ans. Pierre le Mastin, Capitaine des Gardes Françaises, est décédé à Paris le 21 mai à 55 ans. Parmi les naissances, Claude-Marguerite Desseville a accouché d'un fils le 27 avril. Françoise-Louise de Laurant et Thérèse-Gilette Locquet de Grandville ont toutes deux donné naissance à un fils et à une fille respectivement le 11 mai. Enfin, César-Gabriel de Choiseul a épousé Marie de Champagne le 30 avril, et Louis-François de Damas a épousé Madeleine-Angélique de Gassion le 26 mai.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 1676-1682
MORTS, NAISSANCES.
Début :
On a appris d'Oran que Jean-Sebastien Hue de Miromenil, cy-devant Colonel du [...]
Mots clefs :
Âge, Roi, Marquis, Mort, Capitaine, Comte, Veuve, Château, Régiment, Chevalier
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texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES.
MORTS , NAISSANCES.
Na appris d'Oran que Jean - Sebastien
Hue de Miromenil , cy- devant Colonel du
Regiment de Querci en France , y étoit mort
des blessures reçues à la journée du 10 Juin ,
contre les Maures , le 15 du même mois , generalement
regretté des Officiers et des Soldats.
Il commandoit les Troupes Espagnoles , comme
Colonel de jour.
D. Louise-Césarine de Conflans , veuve de
Mre Emmanuel de Proisy , Marquis de Morfontaines
, mourut le 19 Juin , en son Château de
Bouleuze en Champagne , dans la 86 année de
son âge. Elle étoit fille de Christophe de Confans
, Comte de Vezilly , Seigneur de Bouleuze,
de Poilly , &c. Gentilhomme ordinaire de la
Chambre du Roy Louis XIII . et Capitaine
d'une Compagnie de Chevaux Legers de cent
Maîtres , en 1635 et de D.Magdeleine de Chastillon
sur Marne , de la branche des Seigneurs
de Marigny , qui mourut veuve le 1 Septembre
1683 .
JUILLET. 1733. 1677
1683. La Marquise de Morfontaines , dont on
rapporte la mort , a eu pour fille unique, Louise
de Proisy de Morfontaines , mariée avec Emmanuel
de Hallencourt , Marquis de Dromesnil ,
cy- devant Capitaine- Lieutenant de la Compagnie
des Chevaux Legers Dauphins , et frere de
Charles François de Hallencourt de Dromesnil
Evêque de Verdun ; duquel mariage est venue
une fille , qui a épousé en 1726. à l'âge de 19
ans , Charles Brulart , Marquis de Genlis . La
Généalogie de la Maison de Conflans , qui est
une branche de l'ancienne Maison de Briénne, est
rapportée dans le 6 tom . des Grands Officiers de
la Couronne , à l'article des Connétables , page
142.
?
D. Marguerite de Mareau de Villeregis , veuve
en premieres nôces de Maximilien - Claude- Franfois
, Comte de Gomiecourt , mort le 13 Mars
1665. et en secondes , depuis le 21 Septembre
1689 de Louis de Mailly , Seigneur du Fresnoy
Fécamp , la Neuville , &c. Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie , et Capitaine- Lieu
tenant des Gensdarmes du Princ de Condé
mourut à Paris , le Juin , dans la 93 année
de son âge , et fut inhumée à S. Nicolas des
Champs , dans la Sépulture de sa famille. Elle a
laissé de son second mariage un fils , appellé le
Comte de Mailly , qui n'est point marié , et Elizabeth
de Mailly, mariée en 1708.avec Joachim
de la Viefville, Seigneur de Plainville , Levremont,
Rouville , Chevalier de l'Ordre Militaire de saint
Louis , et Capitaine de Vaisseaux du Roy .
Pierre-Antoine Rouillé , Seigneur de S. Seine,
Ville-Sery , Arnay , &c . Président honoraire au
Grand Conseil , mourut le Juin , âgé d'environ
to ans , il avoit été marié le 29 Mars
f
1708
1678 MERCURE DE FRANCE
4708. avec Anne le Gouz , seconde fille de Benoît
- Etienne le Gouz - Maillard , Seigneur de Seine
Ville-Serye Arnay , Président au Parle
ment de Dijon , et d'Anne Berthier.
Charles-Emmanuel de Baufremont , Barón de
Secy , Abbe commandataire des Abbaïes de saint
Pierre de Luxeuil, et de S. Paul de Besançon ,
mourut le 27 Juin , âgé de 69 ans , il étoit oncle
de Louis - Benigne de Baufremont , Marquis de
Clairvaulx , et de Listenois , Comte de Poligny
Rand , Durue , Baron de Traves , Ressin , Montsogeon
, & c. Chevalier de l'Ordre de la Toison
d'or , Biigadier des Armées du Roy , du 1 Fevrier
1719 , et cy-devant Mestre de Camp d'un
Régiment de Dragons , lequel a été marié le s
Mars 1712 avec D Helene de Courtenay , la
derniere de sa Maison , dont il a plusieurs fils ;
Paîné appelié le Marquis de Baufremont , qui a
été fat à l'âge de 18 ans , au mois de Decembre,
Mestre de Camp du Regiment de Dragon ,
qu'avoit son pere , et dans lequel il étoit Capitaine
.
<
Fréderic-Jules de la Tour , appellé le Prince
d'Auvergne, mourut à Paris le 28 Juin , après
une longue maladie , dans la 62 année de son
age , étant né le 2 May 1672. Il étoit fils puîné
de Godefroi- Maurice de la Tour , Duc de Bouilton,
d'Albret, et de Château- Thierry , Pair et Grand
Chambelian de France , mort le 25 Juillet 1721.
et de Marie-Anne Mancini , morte le 21 Juin
1914. il avoit été autrefois connu sous le nom
de Chevalier de Bouillon étant Chevalier
Grand Croix de l'Ordre de S. Jean de Jérusalem
, qu'il quitta et prit ensuite le titre de Prince
d'Auvergne. Il avoit été marié le 17 Janvier
1720, avec Catherine Olive de Trantes , fille de
-
Pa
JUILLET. 1733. 1679
Patrice de Trantes,Chevalier, Baron , et d'Irlande,
Grand Trésorier d'Angleterre , sous le 1tgne de
Jacques II. qu'il suivit en France en 1689. et de
D. Eleonore de Nagle de Monamini , il en avoit
eu deux fils et une fille , mais ils sont morts en
bas âge.
9
D. Marie-Anne Foucault , veuve depuis le 14
Mars 1705. de François Petit de Villeneuve ,
Conseiller honoraire en la Cour des Ayces
mourut à Paris le 30 Juin , âgée de 85 ans ; elle
étoit soeur de Jos ph- Nicolas Foucault , Marquis
de Magny , Conseiller d'Etat ordinaire
mort le 8 Février 1721 et elle avoit tu deux
fils tous deux Présidens en la Cour des
Aydes ; l'aîné , mort l 2.4 Decembre 1751
laissant des enfans en bas áge ; le cadet étoit
mort dès le 7 Mars 1710. à l'âge de 23 ans
n'ayant laissé qu'une filie unique , Lonmée Marie-
Anne Petit de Villeneuve , née au mois de
Juillet 1709. qui a été mariée le 19 Juillet 1728,
avec Jean Baptiste Maximilien le Feron, Seigneur
du Plessis Maître des Requêtes.
Frere Nicolas de Geraldin , Chevalier , Grand
Croix , de l'Ordre de Saint Jean de Jerusalem ,
Grand Prieur titulaire d'Angleterre , Commandeur
de la Commanderie Magistrale de Metz ,
mourut au Château de S. Symphorien, en basse-
Normandie , le 29 Juin , âgé de 40 ans.
Claude de la Villeneuve de Languedouë , Seigneur
d'Ossonville et Ansonville , dans le Pais Chartrain
, Enseigne au Régiment des Gardes- Françoises
, et auparavant Doyen des Pages des Ecuries
du Roy , mourut à Draveil sur Seine, à l'âge
d'environ 26 ans , le 7 Juillet , sans avoir été
marié.
Jean-Baptiste d'Audiffret , Gentilhomme Provençal
160 MER CURE DE FRANCE
vençal , de la Ville de Marseille , cy.devant En
voyé Extraordinaire du Roy , auprès de S.A.R.
le Duc de Lorraine, mourut à Nancy le 9 Juillet,
âgé d'environ 76 ans , et fut inhumé avec beau
coup de pompe ; son Convoi ayant été accompagné
d'un détachement des Gardes du Duc de
Lorraine , et un grand nombre de personnes de
considération y ayant assisté.
Il fut nommé le 20 Février 1698. par le Roy,
son Envoïé extraordinaire auprès des Ducs de
Mantouë , de Parme et de Modene, et ayant été
rappellé d'Italie , il fut choisi au mois de Juillet
1703. pour aller résider avec le même caractere
d'Envoyé extraordinaire à la Cour de Lorraine.
Il remplit ce poste jusqu'au 29 Jain de
l'année derniere 1732. qu'il prit à Luneville son
audience de congé de la Duchesse doüairiere de
Lorraine. Ses longs services avoient été recompensez
au mois de Septembre dernier d'une pension
de 3000 liv. Il étoit cousin germain de
M. d'Audiffret , Maréchal des Camps et Aimées
du Roy , Gouverneur du Château d'If et Isles de
Marseille .
Charles de la Grange -Trianon , Diacre , Chahoine
Jubilaire de l'Eglise Métropolitaine de Paris
, Abbé Comandataire de l'Abbaye de saint
Sever , Ordre de S. Benoît , Diocèse de Coutances
, Prieur des Prieurez de S. Martin du Vieil ,
Bellesme , de S.. Maxire , Diocèse de la Rochelle ,
et d'Yvette , près Chevreuse , Conseiller en la
Grand- Chambre du Parlement , et Doyen des
Conseillers Clercs , mourut le 10. Juillet en sa
Maison Claustrale, dans la 80, année de son âge,
étant né à Paris le 23. Aqût 1653. d'un Faruille
très-ancienne et illustre dans la Robbe , qui finit
en sa personne. L'Abbé de la Grange avoit été
reçû
JUILLET.
1733. 1631
reçû Chanoine de Paris, le 3. Avril 1679. et Conseiller
au Parlement le 13. May 1682. et il avoit
obtenu l'Abbaye de S. Sever en 1694. Il a nommé
pour son Executeur Testamentaire M. d'Argouges,
Lieutenant Civil, auquel il fait un présent
de 4. Tableaux de prix . Il avoit fait l'année deɛniere
une donation de soooo. livres au Chapitre
de Notre Dame pour l'entretien des Orgues de
l'Eglise , à la charge d'un annuel après sa mort.
Par la mort de l'Abbé de la Grange , Jean-
Baptiste Pajot de Dampierre , Soudiacre , Chanoine
de l'Eglise de Paris , depuis le 14. Octobre
1709. et Abbé de S. Loup , Diocèse de Troyes ,
du mois de Janvier 1731. Conseiller en la cinquiéme
Chambre des Enquêtes , reçû le 17. Juillet
1715. fut appellé et monta à la Grand- Chainbre
le même jour 10. Juillet 1733.
D. Marie Regnault , Veuve en premieres Nôces
d'Edme Roger du Perron , Seigneur de Corcelles ,
Intendant pour le Roy à Cazal et à Pignerol , et
en secondes , depuis le premier Avril 1720. de
Jean- Pierre Chuberé , Conseiller , Secretaire du
Roy , Maison , Couronne de France et de ses Finances
, Avocat au Parlement , et ancien Bâton→
nier , Banquier Expeditionnaire en Cour de Rome
et Legations , mourut à Paris le 13. Juillet ,
ayant eu de son premier Mary une fille mariée
avec Pierre d'Hariague , Seigneur d'Auneau en
Beauce , Secretaire du Roy , et cy-devant Trésorier
de la Maison d'Orleans , et de son second ,
Marie- Louise Chuberé , mariée le 3. Septembre
1714. avec Jean-Baptiste- Auguste le Rebours ,
Seigneur de S. Mard sur le Mont , Conseiller au
Parlement de Paris , et morte le 29. Juin 1729.
â l'âge de 36. ans.
D. Jeanne Duranti , veuve depuis le 12. Dé
K cembre
1632 MERCURE DE FRANCE
cembre 1708, de Denis Marsollier , Conseiller au
Grand Conseil , mourut à Paris en la Capitainerie
du Louvre le 14. Juillet , dans la 92. année
de son âge , étant née au mois de May 1645 .
Elle laisse une fille unique , Epouse de Louis de
Nyert , Marquis de Gambais , Seigneur de Neuville
, Gentilhomme ordinaire du Roy , et son
premier Valet de Chambre , Gouverneur de Limoges
, Bailly de Gray , en Franche - Comté , et
Capitaine- Concierge du Château du Louvre.
D. Anno de Casteras de la Riviere , Baronne
de Conflans , Epouse de Michel - Jean- Baptiste
Charon , Marquis de Ménars , Brigadier des Armées
du Roy , Capitaine des Chasses de la Capitainerie
de Blois , Gouverneur du Château de
Blois , Chevalier de S. Louis , accoucha le 26
Juin , d'une fille , qui fut nommée Anne.
D. Marie-Elisabeth de S. Simon , Epouse de
Claude Roland, Comte de Laval - Montmorency,
Maréchal des Camps et Armées du Roy , Gouverneur
de Philippeville , accoucha le 27 Juin ,
d'une fille, qui fut nommée Henriette - Charlotte,
par Henry de S. Simon , Colonnel du Régiment
de S. Simon , et par D. Marie Jeanne- Louise
Bouin d'Angervilliers , Epouse du Marquis de
Ruffec , Grand d'Espagne,
D. Genevieve- Adelaide- Félicité Do , Epouse
de Louis de Brancas , Duc de Lauragais , Pair de
France , accoucha le 3 Juillet , d'un fils , qui for
nommé Louis- Léon-Félicité , par Léon de Ma
daillan de Lesparre , Comte de Lassay ; et par
D, Marie-Angelique Fremin de Moras , Epouse
de Louis- Antoine de Brancas , Duc de Villars ,
Pair de France , Chevalier des Ordres du Roy.
Na appris d'Oran que Jean - Sebastien
Hue de Miromenil , cy- devant Colonel du
Regiment de Querci en France , y étoit mort
des blessures reçues à la journée du 10 Juin ,
contre les Maures , le 15 du même mois , generalement
regretté des Officiers et des Soldats.
Il commandoit les Troupes Espagnoles , comme
Colonel de jour.
D. Louise-Césarine de Conflans , veuve de
Mre Emmanuel de Proisy , Marquis de Morfontaines
, mourut le 19 Juin , en son Château de
Bouleuze en Champagne , dans la 86 année de
son âge. Elle étoit fille de Christophe de Confans
, Comte de Vezilly , Seigneur de Bouleuze,
de Poilly , &c. Gentilhomme ordinaire de la
Chambre du Roy Louis XIII . et Capitaine
d'une Compagnie de Chevaux Legers de cent
Maîtres , en 1635 et de D.Magdeleine de Chastillon
sur Marne , de la branche des Seigneurs
de Marigny , qui mourut veuve le 1 Septembre
1683 .
JUILLET. 1733. 1677
1683. La Marquise de Morfontaines , dont on
rapporte la mort , a eu pour fille unique, Louise
de Proisy de Morfontaines , mariée avec Emmanuel
de Hallencourt , Marquis de Dromesnil ,
cy- devant Capitaine- Lieutenant de la Compagnie
des Chevaux Legers Dauphins , et frere de
Charles François de Hallencourt de Dromesnil
Evêque de Verdun ; duquel mariage est venue
une fille , qui a épousé en 1726. à l'âge de 19
ans , Charles Brulart , Marquis de Genlis . La
Généalogie de la Maison de Conflans , qui est
une branche de l'ancienne Maison de Briénne, est
rapportée dans le 6 tom . des Grands Officiers de
la Couronne , à l'article des Connétables , page
142.
?
D. Marguerite de Mareau de Villeregis , veuve
en premieres nôces de Maximilien - Claude- Franfois
, Comte de Gomiecourt , mort le 13 Mars
1665. et en secondes , depuis le 21 Septembre
1689 de Louis de Mailly , Seigneur du Fresnoy
Fécamp , la Neuville , &c. Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie , et Capitaine- Lieu
tenant des Gensdarmes du Princ de Condé
mourut à Paris , le Juin , dans la 93 année
de son âge , et fut inhumée à S. Nicolas des
Champs , dans la Sépulture de sa famille. Elle a
laissé de son second mariage un fils , appellé le
Comte de Mailly , qui n'est point marié , et Elizabeth
de Mailly, mariée en 1708.avec Joachim
de la Viefville, Seigneur de Plainville , Levremont,
Rouville , Chevalier de l'Ordre Militaire de saint
Louis , et Capitaine de Vaisseaux du Roy .
Pierre-Antoine Rouillé , Seigneur de S. Seine,
Ville-Sery , Arnay , &c . Président honoraire au
Grand Conseil , mourut le Juin , âgé d'environ
to ans , il avoit été marié le 29 Mars
f
1708
1678 MERCURE DE FRANCE
4708. avec Anne le Gouz , seconde fille de Benoît
- Etienne le Gouz - Maillard , Seigneur de Seine
Ville-Serye Arnay , Président au Parle
ment de Dijon , et d'Anne Berthier.
Charles-Emmanuel de Baufremont , Barón de
Secy , Abbe commandataire des Abbaïes de saint
Pierre de Luxeuil, et de S. Paul de Besançon ,
mourut le 27 Juin , âgé de 69 ans , il étoit oncle
de Louis - Benigne de Baufremont , Marquis de
Clairvaulx , et de Listenois , Comte de Poligny
Rand , Durue , Baron de Traves , Ressin , Montsogeon
, & c. Chevalier de l'Ordre de la Toison
d'or , Biigadier des Armées du Roy , du 1 Fevrier
1719 , et cy-devant Mestre de Camp d'un
Régiment de Dragons , lequel a été marié le s
Mars 1712 avec D Helene de Courtenay , la
derniere de sa Maison , dont il a plusieurs fils ;
Paîné appelié le Marquis de Baufremont , qui a
été fat à l'âge de 18 ans , au mois de Decembre,
Mestre de Camp du Regiment de Dragon ,
qu'avoit son pere , et dans lequel il étoit Capitaine
.
<
Fréderic-Jules de la Tour , appellé le Prince
d'Auvergne, mourut à Paris le 28 Juin , après
une longue maladie , dans la 62 année de son
age , étant né le 2 May 1672. Il étoit fils puîné
de Godefroi- Maurice de la Tour , Duc de Bouilton,
d'Albret, et de Château- Thierry , Pair et Grand
Chambelian de France , mort le 25 Juillet 1721.
et de Marie-Anne Mancini , morte le 21 Juin
1914. il avoit été autrefois connu sous le nom
de Chevalier de Bouillon étant Chevalier
Grand Croix de l'Ordre de S. Jean de Jérusalem
, qu'il quitta et prit ensuite le titre de Prince
d'Auvergne. Il avoit été marié le 17 Janvier
1720, avec Catherine Olive de Trantes , fille de
-
Pa
JUILLET. 1733. 1679
Patrice de Trantes,Chevalier, Baron , et d'Irlande,
Grand Trésorier d'Angleterre , sous le 1tgne de
Jacques II. qu'il suivit en France en 1689. et de
D. Eleonore de Nagle de Monamini , il en avoit
eu deux fils et une fille , mais ils sont morts en
bas âge.
9
D. Marie-Anne Foucault , veuve depuis le 14
Mars 1705. de François Petit de Villeneuve ,
Conseiller honoraire en la Cour des Ayces
mourut à Paris le 30 Juin , âgée de 85 ans ; elle
étoit soeur de Jos ph- Nicolas Foucault , Marquis
de Magny , Conseiller d'Etat ordinaire
mort le 8 Février 1721 et elle avoit tu deux
fils tous deux Présidens en la Cour des
Aydes ; l'aîné , mort l 2.4 Decembre 1751
laissant des enfans en bas áge ; le cadet étoit
mort dès le 7 Mars 1710. à l'âge de 23 ans
n'ayant laissé qu'une filie unique , Lonmée Marie-
Anne Petit de Villeneuve , née au mois de
Juillet 1709. qui a été mariée le 19 Juillet 1728,
avec Jean Baptiste Maximilien le Feron, Seigneur
du Plessis Maître des Requêtes.
Frere Nicolas de Geraldin , Chevalier , Grand
Croix , de l'Ordre de Saint Jean de Jerusalem ,
Grand Prieur titulaire d'Angleterre , Commandeur
de la Commanderie Magistrale de Metz ,
mourut au Château de S. Symphorien, en basse-
Normandie , le 29 Juin , âgé de 40 ans.
Claude de la Villeneuve de Languedouë , Seigneur
d'Ossonville et Ansonville , dans le Pais Chartrain
, Enseigne au Régiment des Gardes- Françoises
, et auparavant Doyen des Pages des Ecuries
du Roy , mourut à Draveil sur Seine, à l'âge
d'environ 26 ans , le 7 Juillet , sans avoir été
marié.
Jean-Baptiste d'Audiffret , Gentilhomme Provençal
160 MER CURE DE FRANCE
vençal , de la Ville de Marseille , cy.devant En
voyé Extraordinaire du Roy , auprès de S.A.R.
le Duc de Lorraine, mourut à Nancy le 9 Juillet,
âgé d'environ 76 ans , et fut inhumé avec beau
coup de pompe ; son Convoi ayant été accompagné
d'un détachement des Gardes du Duc de
Lorraine , et un grand nombre de personnes de
considération y ayant assisté.
Il fut nommé le 20 Février 1698. par le Roy,
son Envoïé extraordinaire auprès des Ducs de
Mantouë , de Parme et de Modene, et ayant été
rappellé d'Italie , il fut choisi au mois de Juillet
1703. pour aller résider avec le même caractere
d'Envoyé extraordinaire à la Cour de Lorraine.
Il remplit ce poste jusqu'au 29 Jain de
l'année derniere 1732. qu'il prit à Luneville son
audience de congé de la Duchesse doüairiere de
Lorraine. Ses longs services avoient été recompensez
au mois de Septembre dernier d'une pension
de 3000 liv. Il étoit cousin germain de
M. d'Audiffret , Maréchal des Camps et Aimées
du Roy , Gouverneur du Château d'If et Isles de
Marseille .
Charles de la Grange -Trianon , Diacre , Chahoine
Jubilaire de l'Eglise Métropolitaine de Paris
, Abbé Comandataire de l'Abbaye de saint
Sever , Ordre de S. Benoît , Diocèse de Coutances
, Prieur des Prieurez de S. Martin du Vieil ,
Bellesme , de S.. Maxire , Diocèse de la Rochelle ,
et d'Yvette , près Chevreuse , Conseiller en la
Grand- Chambre du Parlement , et Doyen des
Conseillers Clercs , mourut le 10. Juillet en sa
Maison Claustrale, dans la 80, année de son âge,
étant né à Paris le 23. Aqût 1653. d'un Faruille
très-ancienne et illustre dans la Robbe , qui finit
en sa personne. L'Abbé de la Grange avoit été
reçû
JUILLET.
1733. 1631
reçû Chanoine de Paris, le 3. Avril 1679. et Conseiller
au Parlement le 13. May 1682. et il avoit
obtenu l'Abbaye de S. Sever en 1694. Il a nommé
pour son Executeur Testamentaire M. d'Argouges,
Lieutenant Civil, auquel il fait un présent
de 4. Tableaux de prix . Il avoit fait l'année deɛniere
une donation de soooo. livres au Chapitre
de Notre Dame pour l'entretien des Orgues de
l'Eglise , à la charge d'un annuel après sa mort.
Par la mort de l'Abbé de la Grange , Jean-
Baptiste Pajot de Dampierre , Soudiacre , Chanoine
de l'Eglise de Paris , depuis le 14. Octobre
1709. et Abbé de S. Loup , Diocèse de Troyes ,
du mois de Janvier 1731. Conseiller en la cinquiéme
Chambre des Enquêtes , reçû le 17. Juillet
1715. fut appellé et monta à la Grand- Chainbre
le même jour 10. Juillet 1733.
D. Marie Regnault , Veuve en premieres Nôces
d'Edme Roger du Perron , Seigneur de Corcelles ,
Intendant pour le Roy à Cazal et à Pignerol , et
en secondes , depuis le premier Avril 1720. de
Jean- Pierre Chuberé , Conseiller , Secretaire du
Roy , Maison , Couronne de France et de ses Finances
, Avocat au Parlement , et ancien Bâton→
nier , Banquier Expeditionnaire en Cour de Rome
et Legations , mourut à Paris le 13. Juillet ,
ayant eu de son premier Mary une fille mariée
avec Pierre d'Hariague , Seigneur d'Auneau en
Beauce , Secretaire du Roy , et cy-devant Trésorier
de la Maison d'Orleans , et de son second ,
Marie- Louise Chuberé , mariée le 3. Septembre
1714. avec Jean-Baptiste- Auguste le Rebours ,
Seigneur de S. Mard sur le Mont , Conseiller au
Parlement de Paris , et morte le 29. Juin 1729.
â l'âge de 36. ans.
D. Jeanne Duranti , veuve depuis le 12. Dé
K cembre
1632 MERCURE DE FRANCE
cembre 1708, de Denis Marsollier , Conseiller au
Grand Conseil , mourut à Paris en la Capitainerie
du Louvre le 14. Juillet , dans la 92. année
de son âge , étant née au mois de May 1645 .
Elle laisse une fille unique , Epouse de Louis de
Nyert , Marquis de Gambais , Seigneur de Neuville
, Gentilhomme ordinaire du Roy , et son
premier Valet de Chambre , Gouverneur de Limoges
, Bailly de Gray , en Franche - Comté , et
Capitaine- Concierge du Château du Louvre.
D. Anno de Casteras de la Riviere , Baronne
de Conflans , Epouse de Michel - Jean- Baptiste
Charon , Marquis de Ménars , Brigadier des Armées
du Roy , Capitaine des Chasses de la Capitainerie
de Blois , Gouverneur du Château de
Blois , Chevalier de S. Louis , accoucha le 26
Juin , d'une fille , qui fut nommée Anne.
D. Marie-Elisabeth de S. Simon , Epouse de
Claude Roland, Comte de Laval - Montmorency,
Maréchal des Camps et Armées du Roy , Gouverneur
de Philippeville , accoucha le 27 Juin ,
d'une fille, qui fut nommée Henriette - Charlotte,
par Henry de S. Simon , Colonnel du Régiment
de S. Simon , et par D. Marie Jeanne- Louise
Bouin d'Angervilliers , Epouse du Marquis de
Ruffec , Grand d'Espagne,
D. Genevieve- Adelaide- Félicité Do , Epouse
de Louis de Brancas , Duc de Lauragais , Pair de
France , accoucha le 3 Juillet , d'un fils , qui for
nommé Louis- Léon-Félicité , par Léon de Ma
daillan de Lesparre , Comte de Lassay ; et par
D, Marie-Angelique Fremin de Moras , Epouse
de Louis- Antoine de Brancas , Duc de Villars ,
Pair de France , Chevalier des Ordres du Roy.
Fermer
Résumé : MORTS, NAISSANCES.
En juin et juillet 1733, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Jean-Sébastien Hue de Miromenil, colonel du régiment de Quercy, est mort des blessures reçues lors d'un combat contre les Maures le 15 juin. Louise-Césarine de Conflans, veuve d'Emmanuel de Proisy, marquis de Morfontaines, est décédée le 19 juin à l'âge de 86 ans. Marguerite de Mareau de Villeregis, veuve de Louis de Mailly, est morte à Paris en juin à l'âge de 93 ans. Pierre-Antoine Rouillé, seigneur de Saint-Seine, est décédé en juin à l'âge d'environ 70 ans. Charles-Emmanuel de Baufremont, baron de Secy, est mort le 27 juin à l'âge de 69 ans. Frédéric-Jules de la Tour, prince d'Auvergne, est décédé à Paris le 28 juin à l'âge de 62 ans. Marie-Anne Foucault, veuve de François Petit de Villeneuve, est morte à Paris le 30 juin à l'âge de 85 ans. Frère Nicolas de Geraldin, chevalier de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, est décédé le 29 juin à l'âge de 40 ans. Claude de la Villeneuve de Languedouë, enseigne au régiment des Gardes-Françoises, est mort à Draveil sur Seine le 7 juillet à l'âge d'environ 26 ans. Jean-Baptiste d'Audiffret, envoyé extraordinaire du roi auprès du duc de Lorraine, est décédé à Nancy le 9 juillet à l'âge d'environ 76 ans. Charles de la Grange-Trianon, chanoine et abbé commandataire, est mort le 10 juillet à l'âge de 80 ans. Marie Regnault, veuve de Jean-Pierre Chuberé, est décédée à Paris le 13 juillet. Jeanne Duranti, veuve de Denis Marsollier, est morte à Paris le 14 juillet à l'âge de 92 ans. Parmi les naissances, Anne de Casteras de la Rivière, baronne de Conflans, a accouché d'une fille nommée Anne le 26 juin. Marie-Élisabeth de Saint-Simon, épouse de Claude Roland, comte de Laval-Montmorency, a donné naissance à une fille nommée Henriette-Charlotte le 27 juin. Geneviève-Adélaïde-Félicité de Durfort, épouse de Louis de Brancas, duc de Lauragais, a accouché d'un fils nommé Louis-Léon-Félicité le 3 juillet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 2521-252[9]
MORTS, NAISSANCES et Mariages.
Début :
Dans le Mercure du mois dernier, en parlant de la mort d'Hercule-Joseph [...]
Mots clefs :
Marquis, Général, Seigneur, Épouse, Maison, Abbaye, Capitaine, Président, Diocèse, Congrégation, François-Jean-Baptiste-Joseph de Sade, Michel-François de Maillé de La Tour, Maison de Maillé, Anne-Geneviève de Meuves, Charlotte-Elisabeth de Bassompierre, Guillaume-Jean-Baptiste-François de Becdelièvre, Gabriel de Riberolles, Pierre de Pardaillan de Gondrin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES et Mariages.
MORTS , NAISSANCES
et Mariages.
D
Ans le Mercure du mois dernier
en parlant de la mort d'Hercule-
Joseph de Lur , Chevalier , Marquis de
Saluces , de Drujac et de la Groliere , on
doit ajouter qu'il étoit ; Vicomte , Seigneur
de Melangein , de l'Isle de Couderot
, &c.
La Maison de Lur est très ancienne , et
tire son origine d'Allemagne ; elle est
établie depuis plusieurs siècles dans la
Ι province
2522 MERCURE DE FRANCE
Province de Guienne , et a contracté en
France des alliances avec les Maisons les
plus considerables du Royaume.
Le Marquis de Saluces étoit l'aîné de la
Maison ; il ne laisse qu'un fils , Officier
aux Gardes Françoises,
D. Gabrielle de Rochechouart- Morte
mar, Abbesse de l'Abbaye de Beaumontlès-
Tours ,Ordre de S. Benoît , mourut le
24. Octobre , âgée d'environ soixante
seize ans , après avoir gouverné cette Abbaye
avec beaucoup de sagesse et d'édification
pendant près de 44. ans. Elle étoit
fille aînée de Louis Victor de Rochechouart,
Duc deVivonne , Pair et Maréchal
de France , Général des Galeres , Gouverneur
de Champagne et Brie , mort le 18
Septemb. 1688.et de D. Antoinette Louise
de Mesmes, morte le 10 Mars 1709.
M. Pierre de Pardaillan de Gondrin
d'Antin , Evêque et Duc de Langres ,
Pair de France , Abbé des Abbayes de
Montier-Ramey et de Lire , Docteur en
Théologie de la Faculté de Paris , et l'un
des 40 de l'Académie Françoise , mourut
dans son Diocèse le 2. Novembre âgé
d'environ 41 ans. Il étoit quatriéme fils er
Le seul qui restât de Louis- Antoine dePar
daillan de Gondrin , Duc d'Antin , Pair
de France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Lieutenant
NOVEMBRE . 1733. 2525
Lieutenant général de ses Armées , et de
la haute et basse Alsace &c. Gouverneur
des Ville et Duché d'Orleans & c. Directeur
général des Bâtimens du Roi , Jardins
et Manufactures de France , et de D.
Julie Françoise de Crussol d'Uzez .
Le R. P. Gabriel de Riberolles , Prêtre '
Chanoine Régulier de l'Ordre de S. Augustin
, de la Congrégation de France ,
mourut le 2. Novembre en l'Abbaye Ste
Geneviève à Paris , âgé d'environ 81 ans ,
après avoir été pendant six années Abbé
de cette Abbaye, et Superieur Général de
sa Congrégation . Il étoit de Paris , et fils
d'Abraham de Riberolles , Conseiller au
Châtelet, et de Clemence du Mas , Soeur
d'Hilaire du Mas , Docteur de la Maison
et Societé de Sorbonne , et Conseiller au
Parlement. Le P. de Riberolles , fut élû
pour la premiere fois Abbé de Ste Genevieve
, et Superieur général de sa Congrégation
, le 11. Septembre 1715. et fut
continué par le Chapitre général pour
trois autres années, le is . Septembre 1718.
étant premier Assistant de sa Congrégation
lors de la mort du R. P. Jean Polinier
, Abbé et Superieur général , arrivée
le 6. Mars 1727. Il fut choisi pour achever
les sept mois qui restoient au deffunt
de ses trois ans , et le 11. Septembre sui-
Iij
vant ,
2524 MERCURE DE FRANCE
vant , il fut élû Abbé et Superieur général
pour la troisième fois , et le 11. Septembre
1730. pour la quatrième fois .
J
D. Magdelaine le Cousturier de Neuville
, Veuve de Claude Potier , Comte
de Novion ,Brigadier des Armées du Roi,
mourut le 4. Novembre sans enfans. Elle
étoit fille de Henri le Cousturier , Seigneur
de Neuville , vivant Capitaine ,
commandant le premier Bataillon du Regiment
du Roi , et de Catherine - Françoise-
Louise de la Broise , soeur de la Veuve
de Charles - Jean - Louis de Faucon
Marquis de Ris.
Henri Joseph de Vassé , Marquis d'Esguilly
&c. Seigneur de Fontenay , Mestre
de Camp de Cavalerie , mourut le
6. Novembre , âgé d'environ 34. ans.
Il étoit fils ds Joseph Artus de Vassé
, Marquis d'Esguilly &c. mort le 2 .
Septembre 1710. Et de Louise de Fesque
morte en 1732 ..Il avoit épousé en 1724 .
D. Magdeleine - Gabrielle des Gentils du
Bessay , de laquelle il laisse deux fils .
D. Jeanne Marie Palatine de Dyo de
Momperous , Marquise de Roquefeuil
Baronne de Castelnau , Epouse de Marie
François Roger de Langhac , Comte de
Dalet et de Toulongon &c. mourut le 7 .
âgée d'environ 5.5.ans , laissant deux filles,
dont
NOVEMBRE . 1733 2525
dont la cadette Françoise Charlotte de
Langhac fut mariée le 7. Juillet 1732.
avec Jean-Baptiste - François de Cugnac
Marquis de Dampierre &c. Mestre de
Camp de Cavalerie , cy- devant Cornette
des Chevaux Legers de Berry.
Le même jour , Guillaume - Jean-
Baptiste- François Becdelievre , Seigneur
de la Busnelays et de Treambert , premier
Président en la Chambre des Comtes
de Nantes , Charge en laquelle il·
avoit été reçu par la résignation de son
Pere , le 17. Novembre 1722. après avoir
étéauparavant successivement Maître ordinaire
, et Président en la même Chambre
, mourut âgé de 46. ans . Il étoit fils
aîné de feu Jean - Baptiste Becdeljevre ,
Seigneur de la Busnelays , le deuxième
de sa famille , premier Président én la
Chambre des Comptes de Nantes , et de
Renée de Sesmaisons de Treambert , et
il avoit été marié le 30. Juillet 1705. avec
Françoise Renée le Nobletz , fille de René
le Noblerz , Seigneur de Lescus , et de
Marie Agnes du Chastel . Il en a eu plusieurs
enfans , qui sont rapportés dans
l'Etat de la France'de 17 27. vol.4.p. sí7 .
"la Généalogie de cette famille se trouve
dans le Dictionnaire Histor. éditions de
1725. et 1732.
3
I iij
Le
2526 MERCURE DE FRANCE
Le 8.Philippe- Auguste Porlier, Ecuyer,
Sieur de Compiègne , et de Maillezais ,
autrefois Capitaine au Regiment Dauphin
Infanterie , mourut à Paris , âgé d'environ
65 ans. Il avoit épousé au mois de
Mai 1700. Susanne Fardoil , sa Cousine
issuë de germain , morte le 12. Février
1710. âgée de 32. ans , fille unique de Nicolas
Fardoil , Conseiller en la Cour des
Aides de Paris , mort le 8. Juin 1699. et
de Magdeleine Poussé , de laquelle il laisse
des enfans.
>
D. Charlotte- Elizabeth de Bassompierre
Epouse de Charles Marie , Marquis
de Choiseul , Mestre de Camp de Cava
krie , Sous-Lieutenant des Gendarmes
Ecossois , et Lieutenant général pour le
Roi au Gouvernement de Champagne et
Brie, accoucha le 6. Octobre dans la Ville
de Nanci , d'un fils qui a été nommé
Claude Antoine par M. l'Abbé de Choiseul
, Aumônier du Roi , nommé à l'Evêché
de Châlons sur Marne , et par D.
Charlotte de Choiseul , Comtesse de
Ludre.
D. Anne- Geneviève de Meuves, Epou
se de Jean- Paul Bochard de Champigny,
Capitaine au Regiment des Gardes Françoises
, Chevalier de S. Louis , accoucha
NOVEMBRE. 1733 2527
-
le 24 Octobre d'un fils qui a été nommé
Conrard Alexandre , par Conrard
Alexandre , Comte de Rottembourg ,
Brigadier des Armées du Roi , Gouver
neur de Bethune , Chevalier des Ordres
du Roi , Ambassadeur de S. M. en Espagne
, et par D. Emilie Mailly du Bruëil ,
Epouse de Jean-François de Creil , Brigadier
des Armées du Roi, Capitaine - Commandant
de la Compagnie des Grenadiers
à cheval, Chevalier de S. Louis.
Le Lundy 26, Octobre , à une heure
du matin , a été celebré dans la Chapelle
du Château du Houssay , près de Bonneval,
Diocèse de Chartres par M. Michel
François de Maillé de la Tour Landri ,
Prêtre , Chanoine et Chefcier de l'Eglise
Cathedrale , et Vicaire général de l'Evêque
de Chartres, Abbé commandataire de
F'Abbaye de S.Pierre de L'Esterp, Diocèse
de Limoges , le Mariage de François- Antoine
- Alexandre d'Albignac , Marquis de
Castelnau, âgé de 21. ans, fils aîné de Fran
çois d'Albignac, Chevalier , Baron de Castelnau
, Seigneur du Triadous au Diocèse
de Mende, & c.avec Dlle Anne- Elizabeth-
Constance de Montboissier , âgée de 19 .
ans , fille aînée de Philippe - Claude de
Montboissier- Canillac , Capitaine - Lieu-
I iiij
tenant
2528 MERCURE DE FRANCE
tenant de la seconde Compagnie des
Mousquetaires de la Garde du Roi , et
Brigadier des Armées de S. M. et de D.
Marie-Anne Genevieve de Maillé- Benchart
, Dame du Houssay.
M. le Marquis de Courbons , premier
Président du Parlement de Navarre , fils
de M. Miche , Marquis de Gaubert ,
premier Président au même Parlement ,
épousa le même jour Dlle Angelique
de Lons , fille de feu M. le Marquis
de Lons , Lieutenant pour le Roi et
'Commandant en Navarre et Bearn."
-
Le 13. Novembre , François - Jean-
Baptiste Joseph de Sade , Chevalier ,
Comte de la Coste et de Saumane dans
le païs Venaissin , Colonel général de la
Cavalerie du Pape , fils de Gaspard-François
de Sade , Chevalier , Marquis de
Mazan , Seigneur de Saumane , &c. et
de D. Louise - Aldonce d'Astoüaud de
Mus , épousa à Paris Dlle Marie - Eleonore
de Maillé de Carman , fille de Do
natien de Maillé , Chevalier , Marquis de
Carman , Comte de Maillé , Baron de
Lesquelen , Seigneur Desterres de Dameny
, et de Villeromain , second Baron de
Bretagne , et de Dame Marie - Louise Binet
de Marcognet son Epouse. Ce mariage
a été celebré dans la Chapelle de l'Hôtel
NOVEMBRE. 1733. 2527
tel de Condé , en présence du Duc et
de la jeune Duchesse de Bourbon . La
Mariée a été nommée Dame d'accompagnement
par M.le Duc, à qui elle a l'honneur
d'être alliée . Le marié est d'une des
plus anciennes familles de Provence , l'Abbé
Robert de Briançon en parle avantageusement
dans son Livre intitulé PEtat
de la Provence dans sa Noblesse,Tom.
3. p. 21 , La belle Laure , si connue par les
loüanges , que le fameux Petrarque , qui
s'étoit laissé toucher par sa beauté et par
son esprit , lui donna dans les Vers qu'il
fit en son honneur , pendant sa vie , et
même après sa mort arrivée en 1348. sans
avoir été mariée , étoit de la famille de
Sade. Il y a un article d'Elle dans le Dictionnaire
Histor. sous le nom de Laurc..
La Maison de Maillé originaire de
Touraine , est trop connue pour en parler
icy. La Généalogie de cette Illustre
Maison se trouve dans le 7. Tome des
grands Officiers de la Couronne à l'art.
des Maréchaux de France p. 497.
et Mariages.
D
Ans le Mercure du mois dernier
en parlant de la mort d'Hercule-
Joseph de Lur , Chevalier , Marquis de
Saluces , de Drujac et de la Groliere , on
doit ajouter qu'il étoit ; Vicomte , Seigneur
de Melangein , de l'Isle de Couderot
, &c.
La Maison de Lur est très ancienne , et
tire son origine d'Allemagne ; elle est
établie depuis plusieurs siècles dans la
Ι province
2522 MERCURE DE FRANCE
Province de Guienne , et a contracté en
France des alliances avec les Maisons les
plus considerables du Royaume.
Le Marquis de Saluces étoit l'aîné de la
Maison ; il ne laisse qu'un fils , Officier
aux Gardes Françoises,
D. Gabrielle de Rochechouart- Morte
mar, Abbesse de l'Abbaye de Beaumontlès-
Tours ,Ordre de S. Benoît , mourut le
24. Octobre , âgée d'environ soixante
seize ans , après avoir gouverné cette Abbaye
avec beaucoup de sagesse et d'édification
pendant près de 44. ans. Elle étoit
fille aînée de Louis Victor de Rochechouart,
Duc deVivonne , Pair et Maréchal
de France , Général des Galeres , Gouverneur
de Champagne et Brie , mort le 18
Septemb. 1688.et de D. Antoinette Louise
de Mesmes, morte le 10 Mars 1709.
M. Pierre de Pardaillan de Gondrin
d'Antin , Evêque et Duc de Langres ,
Pair de France , Abbé des Abbayes de
Montier-Ramey et de Lire , Docteur en
Théologie de la Faculté de Paris , et l'un
des 40 de l'Académie Françoise , mourut
dans son Diocèse le 2. Novembre âgé
d'environ 41 ans. Il étoit quatriéme fils er
Le seul qui restât de Louis- Antoine dePar
daillan de Gondrin , Duc d'Antin , Pair
de France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Lieutenant
NOVEMBRE . 1733. 2525
Lieutenant général de ses Armées , et de
la haute et basse Alsace &c. Gouverneur
des Ville et Duché d'Orleans & c. Directeur
général des Bâtimens du Roi , Jardins
et Manufactures de France , et de D.
Julie Françoise de Crussol d'Uzez .
Le R. P. Gabriel de Riberolles , Prêtre '
Chanoine Régulier de l'Ordre de S. Augustin
, de la Congrégation de France ,
mourut le 2. Novembre en l'Abbaye Ste
Geneviève à Paris , âgé d'environ 81 ans ,
après avoir été pendant six années Abbé
de cette Abbaye, et Superieur Général de
sa Congrégation . Il étoit de Paris , et fils
d'Abraham de Riberolles , Conseiller au
Châtelet, et de Clemence du Mas , Soeur
d'Hilaire du Mas , Docteur de la Maison
et Societé de Sorbonne , et Conseiller au
Parlement. Le P. de Riberolles , fut élû
pour la premiere fois Abbé de Ste Genevieve
, et Superieur général de sa Congrégation
, le 11. Septembre 1715. et fut
continué par le Chapitre général pour
trois autres années, le is . Septembre 1718.
étant premier Assistant de sa Congrégation
lors de la mort du R. P. Jean Polinier
, Abbé et Superieur général , arrivée
le 6. Mars 1727. Il fut choisi pour achever
les sept mois qui restoient au deffunt
de ses trois ans , et le 11. Septembre sui-
Iij
vant ,
2524 MERCURE DE FRANCE
vant , il fut élû Abbé et Superieur général
pour la troisième fois , et le 11. Septembre
1730. pour la quatrième fois .
J
D. Magdelaine le Cousturier de Neuville
, Veuve de Claude Potier , Comte
de Novion ,Brigadier des Armées du Roi,
mourut le 4. Novembre sans enfans. Elle
étoit fille de Henri le Cousturier , Seigneur
de Neuville , vivant Capitaine ,
commandant le premier Bataillon du Regiment
du Roi , et de Catherine - Françoise-
Louise de la Broise , soeur de la Veuve
de Charles - Jean - Louis de Faucon
Marquis de Ris.
Henri Joseph de Vassé , Marquis d'Esguilly
&c. Seigneur de Fontenay , Mestre
de Camp de Cavalerie , mourut le
6. Novembre , âgé d'environ 34. ans.
Il étoit fils ds Joseph Artus de Vassé
, Marquis d'Esguilly &c. mort le 2 .
Septembre 1710. Et de Louise de Fesque
morte en 1732 ..Il avoit épousé en 1724 .
D. Magdeleine - Gabrielle des Gentils du
Bessay , de laquelle il laisse deux fils .
D. Jeanne Marie Palatine de Dyo de
Momperous , Marquise de Roquefeuil
Baronne de Castelnau , Epouse de Marie
François Roger de Langhac , Comte de
Dalet et de Toulongon &c. mourut le 7 .
âgée d'environ 5.5.ans , laissant deux filles,
dont
NOVEMBRE . 1733 2525
dont la cadette Françoise Charlotte de
Langhac fut mariée le 7. Juillet 1732.
avec Jean-Baptiste - François de Cugnac
Marquis de Dampierre &c. Mestre de
Camp de Cavalerie , cy- devant Cornette
des Chevaux Legers de Berry.
Le même jour , Guillaume - Jean-
Baptiste- François Becdelievre , Seigneur
de la Busnelays et de Treambert , premier
Président en la Chambre des Comtes
de Nantes , Charge en laquelle il·
avoit été reçu par la résignation de son
Pere , le 17. Novembre 1722. après avoir
étéauparavant successivement Maître ordinaire
, et Président en la même Chambre
, mourut âgé de 46. ans . Il étoit fils
aîné de feu Jean - Baptiste Becdeljevre ,
Seigneur de la Busnelays , le deuxième
de sa famille , premier Président én la
Chambre des Comptes de Nantes , et de
Renée de Sesmaisons de Treambert , et
il avoit été marié le 30. Juillet 1705. avec
Françoise Renée le Nobletz , fille de René
le Noblerz , Seigneur de Lescus , et de
Marie Agnes du Chastel . Il en a eu plusieurs
enfans , qui sont rapportés dans
l'Etat de la France'de 17 27. vol.4.p. sí7 .
"la Généalogie de cette famille se trouve
dans le Dictionnaire Histor. éditions de
1725. et 1732.
3
I iij
Le
2526 MERCURE DE FRANCE
Le 8.Philippe- Auguste Porlier, Ecuyer,
Sieur de Compiègne , et de Maillezais ,
autrefois Capitaine au Regiment Dauphin
Infanterie , mourut à Paris , âgé d'environ
65 ans. Il avoit épousé au mois de
Mai 1700. Susanne Fardoil , sa Cousine
issuë de germain , morte le 12. Février
1710. âgée de 32. ans , fille unique de Nicolas
Fardoil , Conseiller en la Cour des
Aides de Paris , mort le 8. Juin 1699. et
de Magdeleine Poussé , de laquelle il laisse
des enfans.
>
D. Charlotte- Elizabeth de Bassompierre
Epouse de Charles Marie , Marquis
de Choiseul , Mestre de Camp de Cava
krie , Sous-Lieutenant des Gendarmes
Ecossois , et Lieutenant général pour le
Roi au Gouvernement de Champagne et
Brie, accoucha le 6. Octobre dans la Ville
de Nanci , d'un fils qui a été nommé
Claude Antoine par M. l'Abbé de Choiseul
, Aumônier du Roi , nommé à l'Evêché
de Châlons sur Marne , et par D.
Charlotte de Choiseul , Comtesse de
Ludre.
D. Anne- Geneviève de Meuves, Epou
se de Jean- Paul Bochard de Champigny,
Capitaine au Regiment des Gardes Françoises
, Chevalier de S. Louis , accoucha
NOVEMBRE. 1733 2527
-
le 24 Octobre d'un fils qui a été nommé
Conrard Alexandre , par Conrard
Alexandre , Comte de Rottembourg ,
Brigadier des Armées du Roi , Gouver
neur de Bethune , Chevalier des Ordres
du Roi , Ambassadeur de S. M. en Espagne
, et par D. Emilie Mailly du Bruëil ,
Epouse de Jean-François de Creil , Brigadier
des Armées du Roi, Capitaine - Commandant
de la Compagnie des Grenadiers
à cheval, Chevalier de S. Louis.
Le Lundy 26, Octobre , à une heure
du matin , a été celebré dans la Chapelle
du Château du Houssay , près de Bonneval,
Diocèse de Chartres par M. Michel
François de Maillé de la Tour Landri ,
Prêtre , Chanoine et Chefcier de l'Eglise
Cathedrale , et Vicaire général de l'Evêque
de Chartres, Abbé commandataire de
F'Abbaye de S.Pierre de L'Esterp, Diocèse
de Limoges , le Mariage de François- Antoine
- Alexandre d'Albignac , Marquis de
Castelnau, âgé de 21. ans, fils aîné de Fran
çois d'Albignac, Chevalier , Baron de Castelnau
, Seigneur du Triadous au Diocèse
de Mende, & c.avec Dlle Anne- Elizabeth-
Constance de Montboissier , âgée de 19 .
ans , fille aînée de Philippe - Claude de
Montboissier- Canillac , Capitaine - Lieu-
I iiij
tenant
2528 MERCURE DE FRANCE
tenant de la seconde Compagnie des
Mousquetaires de la Garde du Roi , et
Brigadier des Armées de S. M. et de D.
Marie-Anne Genevieve de Maillé- Benchart
, Dame du Houssay.
M. le Marquis de Courbons , premier
Président du Parlement de Navarre , fils
de M. Miche , Marquis de Gaubert ,
premier Président au même Parlement ,
épousa le même jour Dlle Angelique
de Lons , fille de feu M. le Marquis
de Lons , Lieutenant pour le Roi et
'Commandant en Navarre et Bearn."
-
Le 13. Novembre , François - Jean-
Baptiste Joseph de Sade , Chevalier ,
Comte de la Coste et de Saumane dans
le païs Venaissin , Colonel général de la
Cavalerie du Pape , fils de Gaspard-François
de Sade , Chevalier , Marquis de
Mazan , Seigneur de Saumane , &c. et
de D. Louise - Aldonce d'Astoüaud de
Mus , épousa à Paris Dlle Marie - Eleonore
de Maillé de Carman , fille de Do
natien de Maillé , Chevalier , Marquis de
Carman , Comte de Maillé , Baron de
Lesquelen , Seigneur Desterres de Dameny
, et de Villeromain , second Baron de
Bretagne , et de Dame Marie - Louise Binet
de Marcognet son Epouse. Ce mariage
a été celebré dans la Chapelle de l'Hôtel
NOVEMBRE. 1733. 2527
tel de Condé , en présence du Duc et
de la jeune Duchesse de Bourbon . La
Mariée a été nommée Dame d'accompagnement
par M.le Duc, à qui elle a l'honneur
d'être alliée . Le marié est d'une des
plus anciennes familles de Provence , l'Abbé
Robert de Briançon en parle avantageusement
dans son Livre intitulé PEtat
de la Provence dans sa Noblesse,Tom.
3. p. 21 , La belle Laure , si connue par les
loüanges , que le fameux Petrarque , qui
s'étoit laissé toucher par sa beauté et par
son esprit , lui donna dans les Vers qu'il
fit en son honneur , pendant sa vie , et
même après sa mort arrivée en 1348. sans
avoir été mariée , étoit de la famille de
Sade. Il y a un article d'Elle dans le Dictionnaire
Histor. sous le nom de Laurc..
La Maison de Maillé originaire de
Touraine , est trop connue pour en parler
icy. La Généalogie de cette Illustre
Maison se trouve dans le 7. Tome des
grands Officiers de la Couronne à l'art.
des Maréchaux de France p. 497.
Fermer
Résumé : MORTS, NAISSANCES et Mariages.
En novembre 1733, plusieurs événements marquants ont eu lieu parmi la noblesse française. Plusieurs décès notables sont à signaler. Le Chevalier Marquis de Saluces, Joseph de Lur, issu d'une ancienne famille allemande établie en Guienne, est décédé, laissant un fils officier. Gabrielle de Rochechouart, Abbesse de Beaumont-lès-Tours, est morte à l'âge de 76 ans après 44 ans de gouvernance. Pierre de Pardaillan de Gondrin, Évêque de Langres, est décédé à 41 ans. Gabriel de Riberolles, Chanoine Régulier de l'Ordre de Saint Augustin, est mort à 81 ans après avoir été Abbé de Sainte-Geneviève. D'autres décès incluent ceux de Magdeleine le Cousturier, Henri Joseph de Vassé, Jeanne Marie Palatine de Dyo, Guillaume-Jean-Baptiste Becdelievre, et Philippe-Auguste Porlier. Parallèlement, plusieurs naissances ont été signalées. Charlotte-Elisabeth de Bassompierre a accouché d'un fils nommé Claude Antoine, et Anne-Geneviève de Meuves a donné naissance à un fils nommé Conrad Alexandre. Des mariages ont également eu lieu, notamment celui de François-Antoine-Alexandre d'Albignac avec Anne-Elisabeth-Constance de Montboissier, et celui de François-Jean-Baptiste-Joseph de Sade avec Marie-Éléonore de Maillé de Carman. Le Marquis de Courbons a épousé Angélique de Lons. Ces événements illustrent la dynamique des familles nobles à travers les naissances, les mariages et les décès qui structurent la continuité et les alliances au sein de l'aristocratie française.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 73-96
LETTRE de M. D. L. C. à M. D. L. R. sur quelques particulartiez de la vie de Topal Osman Pacha, cy-devant Grand Visir de l'Empire Ottoman, et aujourd'hui Séraskier de l'Armée Turque en Perse. A Paris, ce 18 Janvier 1734.
Début :
Vous avez jugé, Monsieur, que dans les circonstances présentes où [...]
Mots clefs :
Topal Osman Pacha, Grand vizir, Arniaud, Pacha , Constantinople, Turcs, Malte, Capitaine, Empire, Fortune, Armée, Patron, Présents, Ordre, Esclavage, Sequins, Rançon, Esclave, Maître
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. D. L. C. à M. D. L. R. sur quelques particulartiez de la vie de Topal Osman Pacha, cy-devant Grand Visir de l'Empire Ottoman, et aujourd'hui Séraskier de l'Armée Turque en Perse. A Paris, ce 18 Janvier 1734.
LETTRE de M. D.L.C. à M. D.L.R.
sur quelques particularitez de la vie de
Topal Osman Pacha , cy-devant Grand
Visir de l'Empire Ottoman , et aujour
d'hui Séraskier de l'Armée Turque en
Perse . A Paris , ce 18 Janvier 1734.
V
Ous avez jugé , Monsieur , que
dans les circonstances présentes où
les affaires d'Asie ont plus de liaison que
jamais avec celles d'Europe , ce seroit
un objet interessant pour le Public , que
la
74 MERCURE DE FRANCE
la vie et les avantures de Topal Osman
qui jouë aujourd'hui un si grand rôle .
Je crois que l'Auteur de la Rela .
tion de la Révolution arrivée en 1730. à
Constantinople n'a pas abandonné le
dessein où je l'ai vu, d'écrire cette vie, véritablement
digne de la curiosité du Public
. Personne n'est plus capable que lui
de bien exécuter ce projet; et s'il est aussi
bien servi par ceux qui sont à portée de
lui procurer des Mémoires , que je le
connois exact et ami de la verité ; nous
verrons dans un même Ouvrage la singularité
du Roman , unie à la plus scru
puleuse fidelité dans les faits historiques.
En attendant , je me fais un vrai plaisir
, Monsieur , de vous faire part de
quelques traits de la vie du Général
Turc dont je suis exactement informé . Le
Sr Arniaud , celui-la même qui racheta
Topal Osman d'esclavage à Malte , il y
a environ trente- cinq ans , vint en 1732 .
à Constantinople avec son fils ,saluer son
ancien Esclave , devenu Grand Visir.J'ai
entendu plus d'une fois raconter au pete
et au Fils ce qu'ils sçavoient de son histoire.
Le Fils a même bien voulu , à ma
priere , mettre par écrit ce qu'il a pû s'en
rappeller, et m'en laisser le Mémoire que
je
JANVIER. 1734. 75
je conserve , écrit de sa main. Ce qui suit
est tiré de ce Mémoire. J'y ai joint
quelques circonstances que je lui ai entendu
conter , ou à son Pere, et j'ai ajouté
les faits dont j'ai eu connoissance
pendant mon séjour à Constantinople ,
concernant l'arrivée du Sr Arniaud , son
Audiance du Visir , la déposition de ce
Ministre , &c. tous faits qui se sont passez
presque sous mes yeux ; mais dont
je ne garantis cependant pas la verité
quelque attention que j'aye eu à consulter
les témoins oculaires autant que je
l'ai pû , et à ne rapporter icy que ce que
je trouve sur un Journal , écrit dans le
temps.
Osman avoit reçu dans le Sérail du
Grand Seigneur l'éducation qui n'étoit
autrefois destinée qu'aux Enfans de Tribut
, ( a ) Chrétiens de naissance . Les
Turcs ont depuis brigué ces Places pour
leurs propres Enfans , ensorte qu'aujour
d'hui presque tous les Eleves du Sérail
sont de race Turque .
En 1698 ou 99. à l'âge de 25 ans ou
environ, Osman Aga sortit du Sérail, où il
exerçoit l'emploi de (b) Martolos Bachi.
( a ) Voyez Ricaut, Etat présent de l'Empire Ot
toman.
(b ) Intendant des Voitures.
7
N
6 MERCURE DE FRANCE
Il étoit porteur d'un Ordre du Grand Sergneur
, et chargé d'une commission pour
aller remettre quelques Beys du Čaire
dans la possession de leurs biens , dont
ils avoient été destituez pendant ces troubles
qui sont si fréquents en Egypte. I
prit sa route par terre jusqu'à Seyde , où
pour éviter la rencontre des Arabes qui
infestoient le Païs , il fut obligé de s'embarquer
sur une ( a ) Saïque , qui passoit
à Damiette . Dans ce, court trajet la Saïque
fut malheureusement rencontrée par
une Barque Espagnole , armée en course
à Maïorque. Quoique la partie ne fut pas
égale , le désir de conserver leurs biens
et leur liberté , fit faire les derniers ef
fort aux Passagers et à l'équipage ; ils se
deffendirent en désesperez ; l'abordage
fut sanglant. Osman s'y signala par cette
intrépidité dont il a depuis donné des
preuves en tant de rencontres ; si la valeur
de tous eut été égale à la sienne
peut-être eussent ils évité l'esclavage . Enfin
il fallut céder au nombre . Osman
Aga , percé de coups , blessé dangereusement
au bras et à la cuisse , fut pris les
armes à la main . Le Corsaire , dont le Bâtiment
avoit souffert dans le combat
( a ) Sorte de Bâtiment de Levant , propre an
ransport des Marchandises,
soit
JANVIER . 1734.
77
soit qu'il eut besoin de se raccommoder ,
ou pour quelque autre raison , relâcha à
Malte .
-
Les marques de valeur qu'Osman avoit
données dans l'action, ou plutôt la déposition
que firent sans doute les autres Passagers
,qu'il étoit chargé d'une commission
secrete du Grand Seigneur , et l'espérance
d'en tirer une grosse rançon , le firent distinguer
parmi ses compagnons d'infortune;
cependant il n'étoit pas hors de danger
de ses blessures quand il arriva à Malte ;
celle de la Cuisse étoit la plus considérable
; il en est resté estropié ; et c'est delà
que lui est demeuré le nom ou le Sobriquet
de ( a ) Topal , suivant l'usage commun
des Turcs .
*
>
Aussi- tôt que le Corsaire fut entré dans
le Port , le Sr Vincent Arniaud dit
' Hardy , natif de Marseille , qui étoit
alors Capitaine de Port à Malte , se transporta
à bord du Bâtiment , suivant le devoir
de sa Charge. Il y vit le malheureux
Aga enchaîné , qui lui fit une proposision
bien singuliere,
Fais une belle action , lui dit Topal ,
rachette - moi , tu n'y perdras rien. Arniaud
surpris de la proposition , deman .
da au Capitaine Corsaire ce qu'il pré-
( a ) Boiteux,
ten8
MERCURE DE FRANCE
tendoit pour la rançon de cet Esclave. Il:
me faut mille Sequins ( a ) , répondit le
Corsaire . Arniaud se retournant vers
Osman , lui dit : Je te vois pour la premiere
fois de ma vie , je ne te connois
point , et tu me proposes de donner sur ,
ta parole mille Sequins pour ta rançon .
Nous faisons l'un et l'autre ce qu'il nous
convient de faire, reprit Osman . Quant à
moi je suis dans les fers , il est naturel
que je mette tout en usage pour obtenir
ma liberté ; pour toi , tu es en droit de te
défier de ma bonne foy ; je n'ai aucune
sureté à te donner que ma parole , et tu.
n'as aucune raison d'y conter ; cependant
si tu veux en courir les risques , je te le
répete encore , tu ne t'en repentiras pas.
Soit que l'air d'assurance , ou que la
Phisionomie du jeune Turc prévint Arniaud
en sa faveur, soit que la singularité
de l'avanture éloignât les soupçons qu'il.
auroit pû concevoir , le Capitaine de
Port sortit avec des dispositions favora
bles pour Topal Osman , et , ce qui est
peut être encore plus extraordinaire , la
réfléxion ne les détruisit pas.
Arniaud alla rendre compte au grand
( a ) Ily a plusieurs sortes de Sequins en Levant,
qui valent depuis six jusqu'à onze francs de notre
Monnoye.
MaîJANVIER.
1734. 79
Maître Perellos de ce qui concernoit son
ministere , revint à bord et convint de
600(a )Sequins Vénitiens avec le Corsaire,
pour le prix de la rançon de son Esclave ;
son nouveau Maître le fit aussi - tôt transporter
sur une Barque Françoise, à lui ар-
partenante,où il lui envoya un Médecin ,
un Chirurgien et tous les secours neces
saires.Osman se vit bien tôt hors de danger.
Il proposa alors à son bienfaicteur
d'écrire en Levant pour se faire rembourser
de ce qu'il lui devoit. Mais comblé
des bienfaits de son nouveau Patron , il
ne crut pas abuser de sa générosité en lui
demandant une nouvelle grace . C'étoit de
le renvoyer sur sa parole et de s'en remettre
pour le tout entierement à sa
bonne foy.
Arniaud ne fut pas genereux à demi
et rencherit encore sur la demande de son
Esclave ; après lui avoir fait toutes sortes
de bons traitemens , il lui donna cette
même Barque , sur laquelle il l'avoit fait
transporter, pour en disposer à sa volonté,
et se faire conduire où bon lui sembleroit.
Osman arrivé à Malte Esclave , et racheté
le jour même , en partit huit jours
après sur un Bâtiment à ses ordres . Le
(a ) Le Sequin Vénitien vaut aujourd'hui environ
11 liv. quelques sols, Monnoye de France.
Pa80
MERCURE DE FRANCE
Pavillon François le mettoit à l'abri
des Corsaires . Il arriva heureusement
à Damiette d'où il remonta le Nil jusqu'au
Caire . Le lendemain de son arrivée
il fit compter mille Sequins au Capitaine
au
de la Barque pour être remis à son libérateur,
il y joignit deux Pelisses ( a) dè la valeur
de soo piastres , ( b ) dont il fit présent
au Capitaine . Il exécuta la commission
du Grand Seigneur , repartit pour
en aller rendre compte, arriva à Constantinople
et fut lui - même le porteur de la
nouvelle de son Esclavage.
pas
à
La reconnoissance d'Osman ne se borna
ses premiers mouvements : pendant
plusieurs années de séjour qu'il fit du
côré de Larta en Albanie où ses emplois
l'appellerent, il continua d'en donner des
preuves à son bienfaicteur , et entretint
avec lui un commerce non interrompu
de lettres et de présents.
On peut même dire que sa reconnoissance
s'étendit sur toute la Nation Françoise
; puisque depuis son avanture il n'a
laissé échaper aucune rencontre où il n'ait
donné à tous les François , qui ont eu affaire
à lui, des marques d'une bienveillance
particuliere .
( a ) Robes Fourrées .
( b ) La Piastre courante du Levant , vaut aujourd'hui
3 livres quelques sols Monnoye de France.
Les
JANVIER 1734 81
Les occasions avoient manqué jusqu'a
lors à Osman de se faire connoître et de
pousser sa fortune . La Guerre s'étant depuis
declarée entre les Venitiens et les
Turcs , le Grand Visir Aly Pacha , qui
méditoit l'invasion de la Morée , assembla
son Armée dans le voisinage de
l'Isthme de Corinthe , qui joint la Morée
au continent et le seul passage qui
puisse donner entrée par terre dans cette
presqu'Isle.
>
Tous les differents corps de Troupes
qui devoient composer l'Armée Ottomane
, se rendirent de toutes les Provinces
de l'Empire au lieu et au jour marqués
le seul Cara Mustapha Pacha ,. qui commandoit
un Corps de trois mille hommes
, arriva trois jours trop tard au rendez-
vous de l'Armée : il lui en couta la
vie , le Visir lui ayant fait trancher la
tête.
Sur ces entrefaites , Topal-Osman brulant
du désir de se signaler , vint se présenter
au Visir à la tête de mille hommes
qu'il avoit levez et pris à sa solde sans
avoir reçu aucun ordre; et le jour destiné
à l'attaque du défilé du Pas de Corinthe ,
il s'offrit de marcher le premier, et se
chargea de forcer le passage avec sa troupe
; son offre fut acceptée. Peut être la
E terreur
82 MERCURE DE FRANCE
terreur et la consternation generale qui
s'étoient répandues à l'approche d'une
Armée formidable , ne laisserent- t'elle pas à
Topal-Osman tout le merite d'une victoi
re achetée cherement ; quoiqu'il en soit,il
força le défilé , et emporta d'emblée la
Ville de Corinthe. Il reçut du Grand
Visir pour récompense les deux queues
de Pacha , et tous les Equipages de l'infortuné
Cara Mustapha.
Osman ne resta pas en si beau chemin,
et les occasions ne manquant plus à son
courage , il se distingua par
de nouveaux
exploits dont le détail nous meneroit
trop loin. L'année suivante , au Siége de
Corfou il servit en second, et fit les fonctions
de Licutenant General.
Ce fut alors qu'il fit voir que sa prudence
égaloit sa valeur ; le Siége ayant
été abandonné , Osman demeura trois
jours devant la Place depuis le départ du
General , pour favoriser la retraite des
Troupes Ottomanes ; il donna les ordres
necessaires avec toute la présence d'esprit
possible , et ne se retira qu'après avoir mis
l'Armée en sûreté.
Il étoit tems qu'un homme de cette
trempe commandât à son tour ; adoré
des troupes , la voix publique l'appelloit
au Generalat ; mais plus il se distinguoit
entre
JANVIER 89 173 4.
entre ses pareils , plus il faisoit de jaloux ,
qui bientôt étoient autant d'ennemis.
Tel est , à la honte de l'humanité et en
tout Pays , l'effet ordinaire d'un merite
superieur , mais dont les conséquences ne
sont nulle part si dangereuses qu'en Turquic.
C'est à ce tems vrai-semblablement que
doit se raporter un évenement de la vie
d'Osman qui pensa le perdre , et dont
je ne retrouve qu'une note ; je l'ai entendu
raconter au Sr Arniaud fils , avec plusieurs
circonstances qui me sont échapées
; mais il est obmis dans le Mémoire
qu'il m'a laissé qui fut fait avec précipitation
et presque au moment de son départ.
,
se
Topal - Osman par des raisons qui ne
pouvoient que lui faire honneur
broüilla avec un Pacha plus puissant que
lui , peut-être avec ce même General
qu'il avoit si utilement remplacé au Siége
de Corfou . Sa tête fut proscrite et ses
biens confisquez : il fallut céder à l'orage,
il se déroba par la fuite à la fureur de son
ennemi ; déguisé et inconnu , abandonné
des siens , il se rendit à Salonique , où il
demeura caché quelque tems . Delà sous
l'habit et l'apparence d'un simple ( a ).
( a ) Soldat de Marine Turc.
E ij
Léventi
84 MERCURE DE FRANCE
Léventi , Il s'embarqua sur une Galere et
passa à Constantinople. Pendant qu'il
agissoit sous main , sans oser paroître , es
qu'il employoit ses amis pour obtenir sa
grace , son ennemi fut déposé. C'étoit le
plus grand obstacle à la justification
d'Osman : elle fut éclatante et solemnelle.
Il fut renvoyé dans la possession de tous
ses biens , et ce fut à peu près dans ce
tems qu'il fut nommé Seraskier ου
Generalissime en Morée.
›
Tous les Consuls étant venus le saluer
en cette qualité , il donna à la Nation
Françoise les témoignages les plus marquez
de bienvaillance et de protection .
chargea les Consuls François d'écrire à
Malte au Capitaine Arniaud , pour lui
faire part de sa nouvelle dignité , et le
prier de lui envoyer un de ses fils , dont
il se voyoit en état de faire la fortune.
Un des fils d'Arniaud , celui - la même
qui a fourni ces Mémoires , se rendit
effectivement en Morée ; et pendant deux
ou trois ans qu'il demeura auprès du
Seraskier, celui - ci, tant par les dons qu'il
lui fit , que par les facilitez et les avanta
ges qu'il lui procura pour son commerce,
le mit effectivement à portée de faire des
gains considérables dont les occasions furent
négligées par le jeune homme , alors
plus
JANVIER.
1734 83
plus occupé de ses plaisirs que du soin de
sa fortune.
Topal-Osman croissant en dignitez à
mesure que son mérite devenoit plus
connu , fut fait Pacha à trois queües , et
nommé Beglier-Bey de Romelie , un des
deux plus grands Gouvernements de
l'Empire , lequel par sa proximité de la
Frontiere de Hongrie est un poste encore
plus important.
་
En 1727. le Capitaine Arniaud , âgé
de soixante et sept ans , passa avec son
fils à Salonique , et alla voir le Beglier
Bey à Nysse où il faisoit sa résidence . Ils
en reçurent l'accueil le plus favorable et
le plus tendre ; il déposa en leur présen ,
ce le faste de sa dignité , les embrassa
leur fit servir le Sorbet et le Parfum , et
les fit asseoir sur le Sopha , faveur singuliere
de la part d'un Pacha du premier
ordre , sur tout quand elle est accordée à
un Chrétien. Il les combla d'honneurs et
de présents , et leur voyage leur valut
plus de 15000 livres. En prenant congé
du Pacha , son ancien Patron lui dit qu'il
esperoit bien avant que de mourir l'aller
saluer à Constantinople en qualité de
Grand Visir ; c'étoit plutôt alors un
souhait qu'une espérance , l'évenement
en a fait une prédiction.
E iij
Le
36 MERCURE DE FRANCE
Le Grand Visir Ibrahim Pacha après
avoir joüi douze ou treize ans tranquillement
d'une dignité jusques - là si orageuse,
périt cruellement comme tout le monde
sçait dans la Révolution de 1730. ( a )
En moins d'un an il eut trois successeurs.
Au mois de Septembre 1731 , Topal-
Osman fut appellé pour remplir à son
tour un poste dangereux par lui- même ,
et devenu plus délicat dans les circonstances
présentes . Il ignoroit encore quelle
place lui étoit destinée ; lorsqu'étant
en chemin pour se rendre à Constantinople
, il fit écrire à Malte par le Consul
Francois de Salonique et mander au Capitaine
Arniaud qu'il pouvoit lui et ses
enfans venir trouver Topal-Osman en
quelque lieu du monde que la fortune
l'appellât. Après son arrivée à Constantinople
il fit prier l'Ambassadeur de
France d'écrire de nouveau et d'inviter
son ancien Patron à le venir voir ; lui
recommandant de ne point perdre de
tems, parce qu'un Grand Visir pour l'ordinaire
ne demeuroit pas long- tems en
place.
Arniaud profita de l'avis ; il vint à
Constantinople avec son fils au mois de
( a ) Voyez le Supplement du Mercure d'Avri
1731
JanJANVIER.
1734 87
Janvier 1732. Aussi - tôt que le Visir fut
informé de leur arrivée , il leur envoya
un Officier de confiance , leur dire qu'il
leur donneroit Audiance le lendemain.
après midi. On pensoit qu'il les recevroit
en particulier , pour ne point commettre
sa dignité en faisant à des Chrétiens
un accueil qui pourroit indisposer les
Grands de la Porte , sur tout dans un
tems où la fermentation des esprits se
ressentoit encore des troubles de la derniere
Révolution. Les deux François se
rendirent le lendemain au Palais du Grand
Visir, à l'heure marquée, avec les présents
qu'ils lui avoient aportés de Malte, consistant
en plusieurs Caisses d'Oranges ,
Citrons , Bergamotes , &c. diverses sor
tes de Confitures , des Orangers chargez
de feuilles et de fleurs , des Serins dé
Canarie dont les Turcs sont fort curieux ,
et ce qui l'emportoit sur tout le reste ,
en douze Turcs rachetez de l'esclavage à
Malte.
Tous ces présents , par ordre du Visir ,
furent rangez et exposez à la vûë. Le
vieux Arniaud âgé de soixante et douze
ans , accompagné de son fils , fut introduit
devant le Grand Visir. Il les reçût
en présence des plus grands Officiers de
l'Empire , avec les témoignages de la plus
E iiij
tendre
38 MERCURE DE FRANCE
tendre affection . Vous voyez , dit - il , en
adressant la parole aux Turcs qui l'environnoient
, et leur montrant les Esclaves
rachetez, vous voyez vos freres qui jouissent
de la liberté après avoir langui dans
l'esclavage : ce François est leur libérareur
. J'ai été esclave comme eux
ajouta-t'il , j'étois chargé de chaînes
percé de coups , couvert de blessures ,
voilà celui qui m'a racheté , qui m'a sauvé
; voilà mon Patron : liberté , vie
fortune , je lui dois tout. Il a payé sans
e connoître mille Sequins pour ma rançon.
Il m'a renvoyé sur ma parole ; il m'a
donné un Vaisseau pour me conduire ou
je voudrois :où est,même le Musulman ,capable
d'une pareille action de génerosité?
Tous les assistants avoient les yeux tournez
sur le vieillard qui tenoit les mains
du Grand Visir embrassées .Tous les Officiers
de ce Ministre , tous les gens de sa
maison se disoient les uns aux autres
voilà l'Aga ( a ) le Patron du Visir; voilà
celui qui a racheté notre Maître.
Cinq ans auparavant Osman étant Pacha
de Nysse , n'avoit pas voulu permettre
que son ancien Patron lui baisât
la main. Devenu Grand- Visir , il souf-
( a ) Les Esclavos Tures appellens leur Maître
tum Aga.
frit
JANVIER 1734 89
frit cette marque de respect et de soumission
, et crut devoir en agir ainsi
sur tout en présence des Grands de l'Empire
, pour qui c'eût été une faveur ,
eux qui se trouvent honorez de baiser
le bas de la veste d'un Grand Visir , et
dont plusieurs même murmuroient en
secret de l'honneur que celui- cy faisoit
à de vils Ghiaours . (a)
,
Le Visir fit ensuite au Pere et au Fils
diverses questions sur l'état présent de leur
fortune et sur les pertes qu'ils avoien
essuyées dans leur commerce. Après avoir
écouté leurs réponses avec bonté , il répliqua
par une Sentence Arabe Allah-
Kerim , qui signifie à la lettre , Dleu est
liberal , et dans un sens plus étendu , la
Providence de Dieu est grande ; elle m'a
mis en état , ajoûta - t'il , d'adoucir votre
situation. Il fit ensuite devant eux la
destination de leurs présents , dont il
envoya sur le champ la plus grande partie
au Grand- Seigneur , à la Validé ¯ ( b)
et au Kislar- Agă, ( c)
Les deux François , comblez des cares-
(a) Ghiaours est un terme de mépris dont les
Tures se servent pour désigner ceux qui ne sont pas
Musulmans.
(b) Sultane Mere.
(c) Chef des Eunuques noirs.
E v se
90 MERCURE DE FRANCE
•
ses du Grand-Visir , prirent congé de lui.
Il avoit donné ordre de leur préparer
un Appartement dans son Palais ; il leur
fit quelques reproches en apprenant qu'ils
retournoient au Palais de France ; il chargea
l'Interprete de les recommander de
sa part à M. l'Ambassadeur , en le faisant
assurer qu'il lui auroit obligation
de tout ce qu'il feroit pour eux.
Il y a assurément de la grandeur d'ame
dans la peinture que Topal- Osman fit
de son Esclavage et dans l'aveu public
de son humiliation et des obligations
qu'il avoit à son Libérateur ; mais il faudroit
connoître le profond mépris et le
fond d'éloignement que les préjugez de
la Religion et de l'éducation inspirent
aux Turcs pour tout ce qui n'est point
Musulman , et en particulier pour les
Chrétiens , pour sentir toute la beauté
et la noblesse de cette action , qui se passa
aux yeux de toute sa Cour.
Le Fils du Visir reçut ensuite le Pere et le
Fils en particulier dans son Appartement,
où il ne garda aucunes mesures. Il les
embrassa l'un et l'autre, les traita avec la
même familiarité qu'avoit fait son Pere
étant Pacha de Nysse , et leur fit promettre
de le venir voir souvent.
Ils eurent peu de temps avant leur départ
JANVIER. 1734- 91
part une autre Audiance particuliere du
Visir , où ce Ministre n'ayant plus de
bienséance à observer , oublia son rang
pour ne plus se souvenir que de ce qu'il
devoit à son Bienfaicteur. Il lui avoit
déja fait rembourser liberalement la rançon
des douze Esclaves , et procuré le
payement d'une ancienne dette regardée
comme perdue. Il y ajoûta de nouveaux
présents en argent , et un Commandement
ou permission expresse pour faire
gratis à Salonique , un chargement de
bled , sur lequel il y avoit un profit à
faire d'autant plus considerable que ce
commerce étoit interdit aux Etrangers
depuis plusieurs années. Cette gratifica
tion montoit à plus de dix mille écus .
Le Visir , qui eût voulu mesurer sa libé
ralité sur sa reconnoissance , qui étoit'sans
bornes, leur fit entendre qu'il ne pouvoit
pas faire tout ce qu'il vouloit, et peut - être
n'en faisoit- il déja que trop aux yeux de
ceux qui ne jugent des actions d'un Ministre
que par leur interêt particulier.
Il fit ressouvenir Arniaud le fils de son
voyage en Morée , et du temps où il n'avoit
tenu qu'à lui de faire une grande
fortune par les occasions qu'il lui avoit
procurées. Il finit par leur dire qu'un
Pacha étoit le Maître dans son Gouverne
E vi
ment
92 MERCURE DE FRANCE
ment , mais qu'un Visir à Constantinople
avoit un plus grand Maître que lui .
Topal- Osman , par sa vigilance et sæ
fermeté, avoit remis l'abondance , le bon
ordre et la Police dans Constantinople ,
où depuis la Révolution jusqu'à son Ministere
, la licence et le desordre n'avoient
pû être réprimez , et où la disette
et la cherté des vivres étoient excessives.
Quoiqu'on lui ait reproché une trop
grande séverité, il est de fait qu'il n'a condamné
à mort même les plus vils et les plus
séditieux des mutins , que sur le Fetfa (a)
du Mufti. Peut-être dans les conjonctures
présentes un homme de ce caractére étoitil
nécessaire pour prévenir une nouvelle
révolte et rétablir la tranquillité publique;
ce qu'il y a de certain , et qui est bien à
son honneur , c'est qu'il fut regretté de
tous les gens de bien et des bons Citoyens,
lorsqu'il fut ôté de place au mois de
Mars 1732.
On ne sçut pas bien , du moins alors ,
les véritables motifs de sa déposition .
Un mois auparavant les bruits publics
l'avoient annoncée pour le temps précis
où elle arriva : elle avoit été précedée de
quelques jours par celle du Mufti , qui
(a) Sorte de consultation du Mufti , qui décide
suivant la Loy , de la peine duë au coupable.
avoit
JANVIER. 1734. 93
avoit opiné pour la Paix , ainsi que le
Visir dans le Conseil extraordinaire, tenu
depuis peu au sujet des affaires de Perse ;
l'un et l'autre avoient insisté fortement sur
la nécessité de ratifier le Traité conclu par
Achmet-Pacha , Gouverneur de Bagdad,
en vertu de son plein pouvoir. La déposition
de ces deux Ministres fut regardée
, avec raison , comme un mistere de
politique ; car il faut avouer que tout
ce qu'on en dit dans le temps ne passoit
pas la conjecture.
Topal - Osman , qui avoit dès longtemps
prévû ce revers , le soutint avec
la plus parfaite tranquillité. En sortant
du Serrail , après avoir remis le Sceau de
l'Empire , il trouva toutes ses Créatures
et tous les Gens de sa Maison abatus et
consternez : de quoi vous affligez - vous ,
leur dit - il , ne vous ai-je pas dit qu'un
Visir ne restoit pas long- temps en place ?
Toute mon inquiétude étoit de sçavoir
comment j'en sortirois ; grace à Dieu on
n'a rien à me reprocher ; le Sultan est satisfait
de mes services ; je pars tranquille.
et content.
Il donna ensuite ses ordres pour un
Sacrifice (a) d'actions de graces , distri-
(a) Cette coûtume est pratiquée parmi les Turcs
en certaines occasions , comme pour obtenir un heureux
succès , &c.
94 MERCURE DE FRANCE
bua de l'argent à ses Domestiques et leur
ordonna de se réjouir . Il se ressouvint
aussi dans ce moment de son Bienfaicteur
, en prévoyant le chagrin que cet
évenement lui causeroit. Qu'on lui dise
qu'il se console , ajoûta- t'il , je ne désespere
pas de le revoir encore , dites lui
qu'il me retrouvera toujours; qu'on écrive
à Salonique, que l'on soit exact à lui donner
la quantité de bled que j'ai ordonné ;
si j'apprends qu'il en manque une mesure
, je ferai voir que je ne suis pas mort. Il
donna quelques autres ordres concernant
ses affaires domestiques et partit pour Trébisonde
, dont il avoit été nommé Pacha.
Si la reconnoissance , toute naturelle
qu'elle est aux coeurs genereux, passe pour
une vertu rare sur tout chez les Grands , il
faut convenir qu'elle reçoit ici un nouvel
éclat par la circonstance et le moment
où Topal - Osman rappella le souvenir de
son Bienfaicteur.
Jamais déposition de Visir n'eut moins
Fair d'une disgrace ; il n'y a point d'exemple
qu'un Ministre disgracié ait été
traité avec autant d'égards et de distinction.
Le Grand- Seigneur lui fit dire de
laisser son fils à Constantinople et qu'il
en prendroit soin ; et quatre jours après
ce même fils eut l'honneur de présenter
JANVIER 1734 99
à Sa Hautesse le présent qui lui avoit été
destiné par son Pere , pour le jour de Bayram.
(a) Il consistoit en un Harnois de
Cheval, enrichi de Pierreries , estimé 50000
Piastres ; c'est ce que Topal Osman avoit
en partant expressément recommandé à
son fils ; quoique , n'étant plus en place ,
il eût pû se dispenser de faire le présent
qu'il avoit fait préparer en qualité
de Grand- Visir.
•
Peu de jours après il reçut sur sa route
de nouveaux ordres pour aller commander
en Perse , à la Place d'Ali Pacha´, qui
venoit d'être nommé Grand- Visir à la
sienne. Osman alla tranquillement relever
son Successeur au Visiriat , dans
le poste de Séraskier , où il a rendu depuis
deux ans à sa Patrie des services
peut- être plus importants qu'il n'auroit
pû faire , s'il fût demeuré Grand - Visir ,
puisque non-seulement il a trouvé le secret
de soutenir une guerre difficile dans
un Pays désert et ruiné , à quatre cent
lieues de la Capitale , le plus souvent dénué
des secours d'argent , d'hommes , de
vivres et de munitions ; mais encore qu'il
a remporté une victoire complette (b)
(a ) Fête solemnelle des Turcs , pendant laquelle
ils se font des présens .
(b) Le 19. Juillet 1733 •
en
96 MERCURE DE FRANCE
en bataille rangée sur un Ennemi ( a) digne
de lui , battu les Persans en trois rencontres
, (b) et humilié l'orgueil de leur
fier General .
sur quelques particularitez de la vie de
Topal Osman Pacha , cy-devant Grand
Visir de l'Empire Ottoman , et aujour
d'hui Séraskier de l'Armée Turque en
Perse . A Paris , ce 18 Janvier 1734.
V
Ous avez jugé , Monsieur , que
dans les circonstances présentes où
les affaires d'Asie ont plus de liaison que
jamais avec celles d'Europe , ce seroit
un objet interessant pour le Public , que
la
74 MERCURE DE FRANCE
la vie et les avantures de Topal Osman
qui jouë aujourd'hui un si grand rôle .
Je crois que l'Auteur de la Rela .
tion de la Révolution arrivée en 1730. à
Constantinople n'a pas abandonné le
dessein où je l'ai vu, d'écrire cette vie, véritablement
digne de la curiosité du Public
. Personne n'est plus capable que lui
de bien exécuter ce projet; et s'il est aussi
bien servi par ceux qui sont à portée de
lui procurer des Mémoires , que je le
connois exact et ami de la verité ; nous
verrons dans un même Ouvrage la singularité
du Roman , unie à la plus scru
puleuse fidelité dans les faits historiques.
En attendant , je me fais un vrai plaisir
, Monsieur , de vous faire part de
quelques traits de la vie du Général
Turc dont je suis exactement informé . Le
Sr Arniaud , celui-la même qui racheta
Topal Osman d'esclavage à Malte , il y
a environ trente- cinq ans , vint en 1732 .
à Constantinople avec son fils ,saluer son
ancien Esclave , devenu Grand Visir.J'ai
entendu plus d'une fois raconter au pete
et au Fils ce qu'ils sçavoient de son histoire.
Le Fils a même bien voulu , à ma
priere , mettre par écrit ce qu'il a pû s'en
rappeller, et m'en laisser le Mémoire que
je
JANVIER. 1734. 75
je conserve , écrit de sa main. Ce qui suit
est tiré de ce Mémoire. J'y ai joint
quelques circonstances que je lui ai entendu
conter , ou à son Pere, et j'ai ajouté
les faits dont j'ai eu connoissance
pendant mon séjour à Constantinople ,
concernant l'arrivée du Sr Arniaud , son
Audiance du Visir , la déposition de ce
Ministre , &c. tous faits qui se sont passez
presque sous mes yeux ; mais dont
je ne garantis cependant pas la verité
quelque attention que j'aye eu à consulter
les témoins oculaires autant que je
l'ai pû , et à ne rapporter icy que ce que
je trouve sur un Journal , écrit dans le
temps.
Osman avoit reçu dans le Sérail du
Grand Seigneur l'éducation qui n'étoit
autrefois destinée qu'aux Enfans de Tribut
, ( a ) Chrétiens de naissance . Les
Turcs ont depuis brigué ces Places pour
leurs propres Enfans , ensorte qu'aujour
d'hui presque tous les Eleves du Sérail
sont de race Turque .
En 1698 ou 99. à l'âge de 25 ans ou
environ, Osman Aga sortit du Sérail, où il
exerçoit l'emploi de (b) Martolos Bachi.
( a ) Voyez Ricaut, Etat présent de l'Empire Ot
toman.
(b ) Intendant des Voitures.
7
N
6 MERCURE DE FRANCE
Il étoit porteur d'un Ordre du Grand Sergneur
, et chargé d'une commission pour
aller remettre quelques Beys du Čaire
dans la possession de leurs biens , dont
ils avoient été destituez pendant ces troubles
qui sont si fréquents en Egypte. I
prit sa route par terre jusqu'à Seyde , où
pour éviter la rencontre des Arabes qui
infestoient le Païs , il fut obligé de s'embarquer
sur une ( a ) Saïque , qui passoit
à Damiette . Dans ce, court trajet la Saïque
fut malheureusement rencontrée par
une Barque Espagnole , armée en course
à Maïorque. Quoique la partie ne fut pas
égale , le désir de conserver leurs biens
et leur liberté , fit faire les derniers ef
fort aux Passagers et à l'équipage ; ils se
deffendirent en désesperez ; l'abordage
fut sanglant. Osman s'y signala par cette
intrépidité dont il a depuis donné des
preuves en tant de rencontres ; si la valeur
de tous eut été égale à la sienne
peut-être eussent ils évité l'esclavage . Enfin
il fallut céder au nombre . Osman
Aga , percé de coups , blessé dangereusement
au bras et à la cuisse , fut pris les
armes à la main . Le Corsaire , dont le Bâtiment
avoit souffert dans le combat
( a ) Sorte de Bâtiment de Levant , propre an
ransport des Marchandises,
soit
JANVIER . 1734.
77
soit qu'il eut besoin de se raccommoder ,
ou pour quelque autre raison , relâcha à
Malte .
-
Les marques de valeur qu'Osman avoit
données dans l'action, ou plutôt la déposition
que firent sans doute les autres Passagers
,qu'il étoit chargé d'une commission
secrete du Grand Seigneur , et l'espérance
d'en tirer une grosse rançon , le firent distinguer
parmi ses compagnons d'infortune;
cependant il n'étoit pas hors de danger
de ses blessures quand il arriva à Malte ;
celle de la Cuisse étoit la plus considérable
; il en est resté estropié ; et c'est delà
que lui est demeuré le nom ou le Sobriquet
de ( a ) Topal , suivant l'usage commun
des Turcs .
*
>
Aussi- tôt que le Corsaire fut entré dans
le Port , le Sr Vincent Arniaud dit
' Hardy , natif de Marseille , qui étoit
alors Capitaine de Port à Malte , se transporta
à bord du Bâtiment , suivant le devoir
de sa Charge. Il y vit le malheureux
Aga enchaîné , qui lui fit une proposision
bien singuliere,
Fais une belle action , lui dit Topal ,
rachette - moi , tu n'y perdras rien. Arniaud
surpris de la proposition , deman .
da au Capitaine Corsaire ce qu'il pré-
( a ) Boiteux,
ten8
MERCURE DE FRANCE
tendoit pour la rançon de cet Esclave. Il:
me faut mille Sequins ( a ) , répondit le
Corsaire . Arniaud se retournant vers
Osman , lui dit : Je te vois pour la premiere
fois de ma vie , je ne te connois
point , et tu me proposes de donner sur ,
ta parole mille Sequins pour ta rançon .
Nous faisons l'un et l'autre ce qu'il nous
convient de faire, reprit Osman . Quant à
moi je suis dans les fers , il est naturel
que je mette tout en usage pour obtenir
ma liberté ; pour toi , tu es en droit de te
défier de ma bonne foy ; je n'ai aucune
sureté à te donner que ma parole , et tu.
n'as aucune raison d'y conter ; cependant
si tu veux en courir les risques , je te le
répete encore , tu ne t'en repentiras pas.
Soit que l'air d'assurance , ou que la
Phisionomie du jeune Turc prévint Arniaud
en sa faveur, soit que la singularité
de l'avanture éloignât les soupçons qu'il.
auroit pû concevoir , le Capitaine de
Port sortit avec des dispositions favora
bles pour Topal Osman , et , ce qui est
peut être encore plus extraordinaire , la
réfléxion ne les détruisit pas.
Arniaud alla rendre compte au grand
( a ) Ily a plusieurs sortes de Sequins en Levant,
qui valent depuis six jusqu'à onze francs de notre
Monnoye.
MaîJANVIER.
1734. 79
Maître Perellos de ce qui concernoit son
ministere , revint à bord et convint de
600(a )Sequins Vénitiens avec le Corsaire,
pour le prix de la rançon de son Esclave ;
son nouveau Maître le fit aussi - tôt transporter
sur une Barque Françoise, à lui ар-
partenante,où il lui envoya un Médecin ,
un Chirurgien et tous les secours neces
saires.Osman se vit bien tôt hors de danger.
Il proposa alors à son bienfaicteur
d'écrire en Levant pour se faire rembourser
de ce qu'il lui devoit. Mais comblé
des bienfaits de son nouveau Patron , il
ne crut pas abuser de sa générosité en lui
demandant une nouvelle grace . C'étoit de
le renvoyer sur sa parole et de s'en remettre
pour le tout entierement à sa
bonne foy.
Arniaud ne fut pas genereux à demi
et rencherit encore sur la demande de son
Esclave ; après lui avoir fait toutes sortes
de bons traitemens , il lui donna cette
même Barque , sur laquelle il l'avoit fait
transporter, pour en disposer à sa volonté,
et se faire conduire où bon lui sembleroit.
Osman arrivé à Malte Esclave , et racheté
le jour même , en partit huit jours
après sur un Bâtiment à ses ordres . Le
(a ) Le Sequin Vénitien vaut aujourd'hui environ
11 liv. quelques sols, Monnoye de France.
Pa80
MERCURE DE FRANCE
Pavillon François le mettoit à l'abri
des Corsaires . Il arriva heureusement
à Damiette d'où il remonta le Nil jusqu'au
Caire . Le lendemain de son arrivée
il fit compter mille Sequins au Capitaine
au
de la Barque pour être remis à son libérateur,
il y joignit deux Pelisses ( a) dè la valeur
de soo piastres , ( b ) dont il fit présent
au Capitaine . Il exécuta la commission
du Grand Seigneur , repartit pour
en aller rendre compte, arriva à Constantinople
et fut lui - même le porteur de la
nouvelle de son Esclavage.
pas
à
La reconnoissance d'Osman ne se borna
ses premiers mouvements : pendant
plusieurs années de séjour qu'il fit du
côré de Larta en Albanie où ses emplois
l'appellerent, il continua d'en donner des
preuves à son bienfaicteur , et entretint
avec lui un commerce non interrompu
de lettres et de présents.
On peut même dire que sa reconnoissance
s'étendit sur toute la Nation Françoise
; puisque depuis son avanture il n'a
laissé échaper aucune rencontre où il n'ait
donné à tous les François , qui ont eu affaire
à lui, des marques d'une bienveillance
particuliere .
( a ) Robes Fourrées .
( b ) La Piastre courante du Levant , vaut aujourd'hui
3 livres quelques sols Monnoye de France.
Les
JANVIER 1734 81
Les occasions avoient manqué jusqu'a
lors à Osman de se faire connoître et de
pousser sa fortune . La Guerre s'étant depuis
declarée entre les Venitiens et les
Turcs , le Grand Visir Aly Pacha , qui
méditoit l'invasion de la Morée , assembla
son Armée dans le voisinage de
l'Isthme de Corinthe , qui joint la Morée
au continent et le seul passage qui
puisse donner entrée par terre dans cette
presqu'Isle.
>
Tous les differents corps de Troupes
qui devoient composer l'Armée Ottomane
, se rendirent de toutes les Provinces
de l'Empire au lieu et au jour marqués
le seul Cara Mustapha Pacha ,. qui commandoit
un Corps de trois mille hommes
, arriva trois jours trop tard au rendez-
vous de l'Armée : il lui en couta la
vie , le Visir lui ayant fait trancher la
tête.
Sur ces entrefaites , Topal-Osman brulant
du désir de se signaler , vint se présenter
au Visir à la tête de mille hommes
qu'il avoit levez et pris à sa solde sans
avoir reçu aucun ordre; et le jour destiné
à l'attaque du défilé du Pas de Corinthe ,
il s'offrit de marcher le premier, et se
chargea de forcer le passage avec sa troupe
; son offre fut acceptée. Peut être la
E terreur
82 MERCURE DE FRANCE
terreur et la consternation generale qui
s'étoient répandues à l'approche d'une
Armée formidable , ne laisserent- t'elle pas à
Topal-Osman tout le merite d'une victoi
re achetée cherement ; quoiqu'il en soit,il
força le défilé , et emporta d'emblée la
Ville de Corinthe. Il reçut du Grand
Visir pour récompense les deux queues
de Pacha , et tous les Equipages de l'infortuné
Cara Mustapha.
Osman ne resta pas en si beau chemin,
et les occasions ne manquant plus à son
courage , il se distingua par
de nouveaux
exploits dont le détail nous meneroit
trop loin. L'année suivante , au Siége de
Corfou il servit en second, et fit les fonctions
de Licutenant General.
Ce fut alors qu'il fit voir que sa prudence
égaloit sa valeur ; le Siége ayant
été abandonné , Osman demeura trois
jours devant la Place depuis le départ du
General , pour favoriser la retraite des
Troupes Ottomanes ; il donna les ordres
necessaires avec toute la présence d'esprit
possible , et ne se retira qu'après avoir mis
l'Armée en sûreté.
Il étoit tems qu'un homme de cette
trempe commandât à son tour ; adoré
des troupes , la voix publique l'appelloit
au Generalat ; mais plus il se distinguoit
entre
JANVIER 89 173 4.
entre ses pareils , plus il faisoit de jaloux ,
qui bientôt étoient autant d'ennemis.
Tel est , à la honte de l'humanité et en
tout Pays , l'effet ordinaire d'un merite
superieur , mais dont les conséquences ne
sont nulle part si dangereuses qu'en Turquic.
C'est à ce tems vrai-semblablement que
doit se raporter un évenement de la vie
d'Osman qui pensa le perdre , et dont
je ne retrouve qu'une note ; je l'ai entendu
raconter au Sr Arniaud fils , avec plusieurs
circonstances qui me sont échapées
; mais il est obmis dans le Mémoire
qu'il m'a laissé qui fut fait avec précipitation
et presque au moment de son départ.
,
se
Topal - Osman par des raisons qui ne
pouvoient que lui faire honneur
broüilla avec un Pacha plus puissant que
lui , peut-être avec ce même General
qu'il avoit si utilement remplacé au Siége
de Corfou . Sa tête fut proscrite et ses
biens confisquez : il fallut céder à l'orage,
il se déroba par la fuite à la fureur de son
ennemi ; déguisé et inconnu , abandonné
des siens , il se rendit à Salonique , où il
demeura caché quelque tems . Delà sous
l'habit et l'apparence d'un simple ( a ).
( a ) Soldat de Marine Turc.
E ij
Léventi
84 MERCURE DE FRANCE
Léventi , Il s'embarqua sur une Galere et
passa à Constantinople. Pendant qu'il
agissoit sous main , sans oser paroître , es
qu'il employoit ses amis pour obtenir sa
grace , son ennemi fut déposé. C'étoit le
plus grand obstacle à la justification
d'Osman : elle fut éclatante et solemnelle.
Il fut renvoyé dans la possession de tous
ses biens , et ce fut à peu près dans ce
tems qu'il fut nommé Seraskier ου
Generalissime en Morée.
›
Tous les Consuls étant venus le saluer
en cette qualité , il donna à la Nation
Françoise les témoignages les plus marquez
de bienvaillance et de protection .
chargea les Consuls François d'écrire à
Malte au Capitaine Arniaud , pour lui
faire part de sa nouvelle dignité , et le
prier de lui envoyer un de ses fils , dont
il se voyoit en état de faire la fortune.
Un des fils d'Arniaud , celui - la même
qui a fourni ces Mémoires , se rendit
effectivement en Morée ; et pendant deux
ou trois ans qu'il demeura auprès du
Seraskier, celui - ci, tant par les dons qu'il
lui fit , que par les facilitez et les avanta
ges qu'il lui procura pour son commerce,
le mit effectivement à portée de faire des
gains considérables dont les occasions furent
négligées par le jeune homme , alors
plus
JANVIER.
1734 83
plus occupé de ses plaisirs que du soin de
sa fortune.
Topal-Osman croissant en dignitez à
mesure que son mérite devenoit plus
connu , fut fait Pacha à trois queües , et
nommé Beglier-Bey de Romelie , un des
deux plus grands Gouvernements de
l'Empire , lequel par sa proximité de la
Frontiere de Hongrie est un poste encore
plus important.
་
En 1727. le Capitaine Arniaud , âgé
de soixante et sept ans , passa avec son
fils à Salonique , et alla voir le Beglier
Bey à Nysse où il faisoit sa résidence . Ils
en reçurent l'accueil le plus favorable et
le plus tendre ; il déposa en leur présen ,
ce le faste de sa dignité , les embrassa
leur fit servir le Sorbet et le Parfum , et
les fit asseoir sur le Sopha , faveur singuliere
de la part d'un Pacha du premier
ordre , sur tout quand elle est accordée à
un Chrétien. Il les combla d'honneurs et
de présents , et leur voyage leur valut
plus de 15000 livres. En prenant congé
du Pacha , son ancien Patron lui dit qu'il
esperoit bien avant que de mourir l'aller
saluer à Constantinople en qualité de
Grand Visir ; c'étoit plutôt alors un
souhait qu'une espérance , l'évenement
en a fait une prédiction.
E iij
Le
36 MERCURE DE FRANCE
Le Grand Visir Ibrahim Pacha après
avoir joüi douze ou treize ans tranquillement
d'une dignité jusques - là si orageuse,
périt cruellement comme tout le monde
sçait dans la Révolution de 1730. ( a )
En moins d'un an il eut trois successeurs.
Au mois de Septembre 1731 , Topal-
Osman fut appellé pour remplir à son
tour un poste dangereux par lui- même ,
et devenu plus délicat dans les circonstances
présentes . Il ignoroit encore quelle
place lui étoit destinée ; lorsqu'étant
en chemin pour se rendre à Constantinople
, il fit écrire à Malte par le Consul
Francois de Salonique et mander au Capitaine
Arniaud qu'il pouvoit lui et ses
enfans venir trouver Topal-Osman en
quelque lieu du monde que la fortune
l'appellât. Après son arrivée à Constantinople
il fit prier l'Ambassadeur de
France d'écrire de nouveau et d'inviter
son ancien Patron à le venir voir ; lui
recommandant de ne point perdre de
tems, parce qu'un Grand Visir pour l'ordinaire
ne demeuroit pas long- tems en
place.
Arniaud profita de l'avis ; il vint à
Constantinople avec son fils au mois de
( a ) Voyez le Supplement du Mercure d'Avri
1731
JanJANVIER.
1734 87
Janvier 1732. Aussi - tôt que le Visir fut
informé de leur arrivée , il leur envoya
un Officier de confiance , leur dire qu'il
leur donneroit Audiance le lendemain.
après midi. On pensoit qu'il les recevroit
en particulier , pour ne point commettre
sa dignité en faisant à des Chrétiens
un accueil qui pourroit indisposer les
Grands de la Porte , sur tout dans un
tems où la fermentation des esprits se
ressentoit encore des troubles de la derniere
Révolution. Les deux François se
rendirent le lendemain au Palais du Grand
Visir, à l'heure marquée, avec les présents
qu'ils lui avoient aportés de Malte, consistant
en plusieurs Caisses d'Oranges ,
Citrons , Bergamotes , &c. diverses sor
tes de Confitures , des Orangers chargez
de feuilles et de fleurs , des Serins dé
Canarie dont les Turcs sont fort curieux ,
et ce qui l'emportoit sur tout le reste ,
en douze Turcs rachetez de l'esclavage à
Malte.
Tous ces présents , par ordre du Visir ,
furent rangez et exposez à la vûë. Le
vieux Arniaud âgé de soixante et douze
ans , accompagné de son fils , fut introduit
devant le Grand Visir. Il les reçût
en présence des plus grands Officiers de
l'Empire , avec les témoignages de la plus
E iiij
tendre
38 MERCURE DE FRANCE
tendre affection . Vous voyez , dit - il , en
adressant la parole aux Turcs qui l'environnoient
, et leur montrant les Esclaves
rachetez, vous voyez vos freres qui jouissent
de la liberté après avoir langui dans
l'esclavage : ce François est leur libérareur
. J'ai été esclave comme eux
ajouta-t'il , j'étois chargé de chaînes
percé de coups , couvert de blessures ,
voilà celui qui m'a racheté , qui m'a sauvé
; voilà mon Patron : liberté , vie
fortune , je lui dois tout. Il a payé sans
e connoître mille Sequins pour ma rançon.
Il m'a renvoyé sur ma parole ; il m'a
donné un Vaisseau pour me conduire ou
je voudrois :où est,même le Musulman ,capable
d'une pareille action de génerosité?
Tous les assistants avoient les yeux tournez
sur le vieillard qui tenoit les mains
du Grand Visir embrassées .Tous les Officiers
de ce Ministre , tous les gens de sa
maison se disoient les uns aux autres
voilà l'Aga ( a ) le Patron du Visir; voilà
celui qui a racheté notre Maître.
Cinq ans auparavant Osman étant Pacha
de Nysse , n'avoit pas voulu permettre
que son ancien Patron lui baisât
la main. Devenu Grand- Visir , il souf-
( a ) Les Esclavos Tures appellens leur Maître
tum Aga.
frit
JANVIER 1734 89
frit cette marque de respect et de soumission
, et crut devoir en agir ainsi
sur tout en présence des Grands de l'Empire
, pour qui c'eût été une faveur ,
eux qui se trouvent honorez de baiser
le bas de la veste d'un Grand Visir , et
dont plusieurs même murmuroient en
secret de l'honneur que celui- cy faisoit
à de vils Ghiaours . (a)
,
Le Visir fit ensuite au Pere et au Fils
diverses questions sur l'état présent de leur
fortune et sur les pertes qu'ils avoien
essuyées dans leur commerce. Après avoir
écouté leurs réponses avec bonté , il répliqua
par une Sentence Arabe Allah-
Kerim , qui signifie à la lettre , Dleu est
liberal , et dans un sens plus étendu , la
Providence de Dieu est grande ; elle m'a
mis en état , ajoûta - t'il , d'adoucir votre
situation. Il fit ensuite devant eux la
destination de leurs présents , dont il
envoya sur le champ la plus grande partie
au Grand- Seigneur , à la Validé ¯ ( b)
et au Kislar- Agă, ( c)
Les deux François , comblez des cares-
(a) Ghiaours est un terme de mépris dont les
Tures se servent pour désigner ceux qui ne sont pas
Musulmans.
(b) Sultane Mere.
(c) Chef des Eunuques noirs.
E v se
90 MERCURE DE FRANCE
•
ses du Grand-Visir , prirent congé de lui.
Il avoit donné ordre de leur préparer
un Appartement dans son Palais ; il leur
fit quelques reproches en apprenant qu'ils
retournoient au Palais de France ; il chargea
l'Interprete de les recommander de
sa part à M. l'Ambassadeur , en le faisant
assurer qu'il lui auroit obligation
de tout ce qu'il feroit pour eux.
Il y a assurément de la grandeur d'ame
dans la peinture que Topal- Osman fit
de son Esclavage et dans l'aveu public
de son humiliation et des obligations
qu'il avoit à son Libérateur ; mais il faudroit
connoître le profond mépris et le
fond d'éloignement que les préjugez de
la Religion et de l'éducation inspirent
aux Turcs pour tout ce qui n'est point
Musulman , et en particulier pour les
Chrétiens , pour sentir toute la beauté
et la noblesse de cette action , qui se passa
aux yeux de toute sa Cour.
Le Fils du Visir reçut ensuite le Pere et le
Fils en particulier dans son Appartement,
où il ne garda aucunes mesures. Il les
embrassa l'un et l'autre, les traita avec la
même familiarité qu'avoit fait son Pere
étant Pacha de Nysse , et leur fit promettre
de le venir voir souvent.
Ils eurent peu de temps avant leur départ
JANVIER. 1734- 91
part une autre Audiance particuliere du
Visir , où ce Ministre n'ayant plus de
bienséance à observer , oublia son rang
pour ne plus se souvenir que de ce qu'il
devoit à son Bienfaicteur. Il lui avoit
déja fait rembourser liberalement la rançon
des douze Esclaves , et procuré le
payement d'une ancienne dette regardée
comme perdue. Il y ajoûta de nouveaux
présents en argent , et un Commandement
ou permission expresse pour faire
gratis à Salonique , un chargement de
bled , sur lequel il y avoit un profit à
faire d'autant plus considerable que ce
commerce étoit interdit aux Etrangers
depuis plusieurs années. Cette gratifica
tion montoit à plus de dix mille écus .
Le Visir , qui eût voulu mesurer sa libé
ralité sur sa reconnoissance , qui étoit'sans
bornes, leur fit entendre qu'il ne pouvoit
pas faire tout ce qu'il vouloit, et peut - être
n'en faisoit- il déja que trop aux yeux de
ceux qui ne jugent des actions d'un Ministre
que par leur interêt particulier.
Il fit ressouvenir Arniaud le fils de son
voyage en Morée , et du temps où il n'avoit
tenu qu'à lui de faire une grande
fortune par les occasions qu'il lui avoit
procurées. Il finit par leur dire qu'un
Pacha étoit le Maître dans son Gouverne
E vi
ment
92 MERCURE DE FRANCE
ment , mais qu'un Visir à Constantinople
avoit un plus grand Maître que lui .
Topal- Osman , par sa vigilance et sæ
fermeté, avoit remis l'abondance , le bon
ordre et la Police dans Constantinople ,
où depuis la Révolution jusqu'à son Ministere
, la licence et le desordre n'avoient
pû être réprimez , et où la disette
et la cherté des vivres étoient excessives.
Quoiqu'on lui ait reproché une trop
grande séverité, il est de fait qu'il n'a condamné
à mort même les plus vils et les plus
séditieux des mutins , que sur le Fetfa (a)
du Mufti. Peut-être dans les conjonctures
présentes un homme de ce caractére étoitil
nécessaire pour prévenir une nouvelle
révolte et rétablir la tranquillité publique;
ce qu'il y a de certain , et qui est bien à
son honneur , c'est qu'il fut regretté de
tous les gens de bien et des bons Citoyens,
lorsqu'il fut ôté de place au mois de
Mars 1732.
On ne sçut pas bien , du moins alors ,
les véritables motifs de sa déposition .
Un mois auparavant les bruits publics
l'avoient annoncée pour le temps précis
où elle arriva : elle avoit été précedée de
quelques jours par celle du Mufti , qui
(a) Sorte de consultation du Mufti , qui décide
suivant la Loy , de la peine duë au coupable.
avoit
JANVIER. 1734. 93
avoit opiné pour la Paix , ainsi que le
Visir dans le Conseil extraordinaire, tenu
depuis peu au sujet des affaires de Perse ;
l'un et l'autre avoient insisté fortement sur
la nécessité de ratifier le Traité conclu par
Achmet-Pacha , Gouverneur de Bagdad,
en vertu de son plein pouvoir. La déposition
de ces deux Ministres fut regardée
, avec raison , comme un mistere de
politique ; car il faut avouer que tout
ce qu'on en dit dans le temps ne passoit
pas la conjecture.
Topal - Osman , qui avoit dès longtemps
prévû ce revers , le soutint avec
la plus parfaite tranquillité. En sortant
du Serrail , après avoir remis le Sceau de
l'Empire , il trouva toutes ses Créatures
et tous les Gens de sa Maison abatus et
consternez : de quoi vous affligez - vous ,
leur dit - il , ne vous ai-je pas dit qu'un
Visir ne restoit pas long- temps en place ?
Toute mon inquiétude étoit de sçavoir
comment j'en sortirois ; grace à Dieu on
n'a rien à me reprocher ; le Sultan est satisfait
de mes services ; je pars tranquille.
et content.
Il donna ensuite ses ordres pour un
Sacrifice (a) d'actions de graces , distri-
(a) Cette coûtume est pratiquée parmi les Turcs
en certaines occasions , comme pour obtenir un heureux
succès , &c.
94 MERCURE DE FRANCE
bua de l'argent à ses Domestiques et leur
ordonna de se réjouir . Il se ressouvint
aussi dans ce moment de son Bienfaicteur
, en prévoyant le chagrin que cet
évenement lui causeroit. Qu'on lui dise
qu'il se console , ajoûta- t'il , je ne désespere
pas de le revoir encore , dites lui
qu'il me retrouvera toujours; qu'on écrive
à Salonique, que l'on soit exact à lui donner
la quantité de bled que j'ai ordonné ;
si j'apprends qu'il en manque une mesure
, je ferai voir que je ne suis pas mort. Il
donna quelques autres ordres concernant
ses affaires domestiques et partit pour Trébisonde
, dont il avoit été nommé Pacha.
Si la reconnoissance , toute naturelle
qu'elle est aux coeurs genereux, passe pour
une vertu rare sur tout chez les Grands , il
faut convenir qu'elle reçoit ici un nouvel
éclat par la circonstance et le moment
où Topal - Osman rappella le souvenir de
son Bienfaicteur.
Jamais déposition de Visir n'eut moins
Fair d'une disgrace ; il n'y a point d'exemple
qu'un Ministre disgracié ait été
traité avec autant d'égards et de distinction.
Le Grand- Seigneur lui fit dire de
laisser son fils à Constantinople et qu'il
en prendroit soin ; et quatre jours après
ce même fils eut l'honneur de présenter
JANVIER 1734 99
à Sa Hautesse le présent qui lui avoit été
destiné par son Pere , pour le jour de Bayram.
(a) Il consistoit en un Harnois de
Cheval, enrichi de Pierreries , estimé 50000
Piastres ; c'est ce que Topal Osman avoit
en partant expressément recommandé à
son fils ; quoique , n'étant plus en place ,
il eût pû se dispenser de faire le présent
qu'il avoit fait préparer en qualité
de Grand- Visir.
•
Peu de jours après il reçut sur sa route
de nouveaux ordres pour aller commander
en Perse , à la Place d'Ali Pacha´, qui
venoit d'être nommé Grand- Visir à la
sienne. Osman alla tranquillement relever
son Successeur au Visiriat , dans
le poste de Séraskier , où il a rendu depuis
deux ans à sa Patrie des services
peut- être plus importants qu'il n'auroit
pû faire , s'il fût demeuré Grand - Visir ,
puisque non-seulement il a trouvé le secret
de soutenir une guerre difficile dans
un Pays désert et ruiné , à quatre cent
lieues de la Capitale , le plus souvent dénué
des secours d'argent , d'hommes , de
vivres et de munitions ; mais encore qu'il
a remporté une victoire complette (b)
(a ) Fête solemnelle des Turcs , pendant laquelle
ils se font des présens .
(b) Le 19. Juillet 1733 •
en
96 MERCURE DE FRANCE
en bataille rangée sur un Ennemi ( a) digne
de lui , battu les Persans en trois rencontres
, (b) et humilié l'orgueil de leur
fier General .
Fermer
Résumé : LETTRE de M. D. L. C. à M. D. L. R. sur quelques particulartiez de la vie de Topal Osman Pacha, cy-devant Grand Visir de l'Empire Ottoman, et aujourd'hui Séraskier de l'Armée Turque en Perse. A Paris, ce 18 Janvier 1734.
La lettre de M. D.L.C. à M. D.L.R., datée du 18 janvier 1734, décrit la vie de Topal Osman Pacha, ancien Grand Visir de l'Empire Ottoman et alors Séraskier de l'Armée Turque en Perse. L'auteur souligne l'importance de partager les aventures de Topal Osman en raison des liens croissants entre les affaires d'Asie et d'Europe. Il mentionne un projet de biographie qui allierait la singularité du roman à la fidélité historique. Topal Osman avait été racheté de l'esclavage à Malte par M. Arniaud environ trente-cinq ans auparavant. En 1732, Arniaud et son fils rencontrèrent Topal Osman à Constantinople. Le fils d'Arniaud avait rédigé un mémoire sur l'histoire de Topal Osman, que l'auteur conserve. Topal Osman avait reçu une éducation au Sérail du Grand Seigneur, destinée aux enfants chrétiens. En 1698 ou 1699, à l'âge de 25 ans, il exerçait la fonction de Martolos Bachi et fut chargé d'une mission en Égypte. Lors de son retour, il fut capturé par des corsaires espagnols et blessé. Racheté par Arniaud, il fut soigné et renvoyé en Égypte, où il remboursa sa rançon et offrit des présents à son bienfaiteur. Topal Osman se distingua lors de la guerre contre les Vénitiens, notamment en forçant le passage du défilé de Corinthe et en participant au siège de Corfou. Ses succès lui valurent des récompenses et le respect des troupes, mais aussi des jaloux et des ennemis, menant à une proscription temporaire. Il dut se cacher et fut finalement réhabilité, devenant Séraskier en Morée. En 1727, Arniaud et son fils se rendirent à Salonique et furent reçus favorablement par Topal Osman, alors Pacha de Nysse. En 1731, Topal Osman devint Grand Visir et invita Arniaud et son fils à Constantinople. Ils furent accueillis avec honneur et générosité, Topal Osman exprimant publiquement sa gratitude envers Arniaud. Malgré sa déposition en mars 1732, Topal Osman continua de montrer sa reconnaissance envers Arniaud. Avant de quitter son poste de Grand Visir, Topal Osman avait préparé un cheval orné de pierreries, estimé à 50 000 piastres, qu'il recommanda à son fils. Il reçut ensuite de nouveaux ordres pour commander en Perse, succédant à Ali Pacha. Durant ses deux années à ce poste, il rendit des services significatifs à sa patrie, notamment en soutenant une guerre difficile dans une région désertique et ruinée. Il remporta une victoire complète le 19 juillet 1733, battant les Persans en trois rencontres et humiliant leur général.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 1365-1371
BRIGADIERS D'INFANTERIE, de la Promotion du 20. Février dernier.
Début :
..... de Molondin, de Soleure, Capitaine au Régiment des Gardes Suisses. [...]
Mots clefs :
Brigadiers, Régiment, Colonel, Colonel du régiment, Commission, Lieutenant, Capitaine, Louis, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BRIGADIERS D'INFANTERIE, de la Promotion du 20. Février dernier.
BRIGADIERS D'INFANTERIE ,
de la Promotion du 20. Février dernier.
.... de Molondin , de Soleure , Capitaine
au Régiment des Gardes Suisses .
Jean -Charles de Mesgrigny , Comte d'Aunay ,
Capitaine et Grand- Bailly d'Epée de la Ville de
Troyes , Chevalier de l'Ordre Militaire de saint.
Louis , fut fait Colonel d'un Régiment d'Infanterie
, cy-devant Croy , en 1709. et réformé en
1714. après la Paix , à la suite de celui du Maine..
obtint le Régiment de Véxin au mois de Juillet
1732 .
Agathange Ferdinand , Baron de Brun , Marquis
de Roche , en Franche - Comté , Chevalier
d'honneur du Parlement de Besançon , Colonel
du Régiment de Laonnois en 1710. réformé en
1714. cut celui des Landes le 19. Septem . 1730 ,
d'Arros d'Argelos , Colonel du Régiment
de Languedoc , par Commission du 3 .
Septembre 1710.
Pierre de Beranger , Comte de Charme et du
Gua , Seigneur de Vif , appellé le Comte de Be
ranger , d'abord Capitaine dans le Régiment de
Leaville , Infanterie , puis Colonel du Régiment
de Bugey , au lieu de Charles de Beranger , son
frere , tué au Siege de S. Venant , le 24. Septem,
bre 1710 fur réformé en 1714, et obtint le 3 .
May 1731. le Régiment de Vivarais.
Magon de la Gielaye , Colonel du Régiment
de Berry , par Commission du 26. Juil
Let 1712.
LL. Vol. Louis
1366 MERCURE DE FRANCE
Louis-François- Armand de Roye de la Rochefoucault
, appellé le Comte de Koucy , et aupara
vant de Marthon , né au mois de Septembre
1695. Colonel - Lieutenant du Régiment de Conty
, par Commission du 2. Décembre 1713. et
fait Gouverneur de Bapaume , au lieu de feu
Charles de Roye de la Rochefoucault, Comte de
Blanzac , son pere , au mois de Septembre 1732 .
Louis-François Anne de Neufville Villeroy
Duc de Retz , Pair de France , né au mois d'Oc
tobre 1695. Colonel du Régiment Lionnois par
Commission du 27. Février 1714. fait Capitaine
des Gardes du Corps du Roy , en survivance du
Duc de Villeroy , son Pere , le 12. Décembre
1716. Il est aussi Lieutenant General au Gouver
nement du Lionnois , Forest et Beaujolois , et
Gouverneur en survivance des mêmes Provinces.
François-Paul de la Croix- Chevrieres , appellé
le Chevalier de S. Vallier , Colonel du Régiment
de Bretagne depuis le mois de Juillet 1720. et
auparavant d'un autre Régiment réformé en
1714.
Joseph Brunet de Rancy , entra en 1705. dans
le Régiment des Gardes Françoises , où il fut
successivement Enseigne , Sous - Lieutenant,
Lieutenant et enfin en 1711. Capitaine - Lieute
nant de la Compagnie Colonelle.
Maturin Grout , Seigneur de Princey , entra
dans le Régiment des Gardes Françoises en 1707.
où après avoir passé par les differens degrez , il
fut fait Capitaine en 1715 .
Alexandre-Charles de Chaumont , Seigneur de
S Jean de la Forest , entra dans le Régiment des
Gardes Françoises en 1706. y fut fait Capitaine
en 1716. et obtint une Compagnie de Grenadiers
dans le même Régiment au mois de Juin 1729
II. Vol. -Pierre
JUIN. 1734. 1367
Pierre de Chambon , Marquis d'Arbouvllle en
Beauce , Lieutenant de Roy dans Orleanois ,
entra dans le Régiment des Gardes Françoises
en 1699. y fut fait Lieutenant en 1703. Ayde-
Major en 1706. et Capitaine au mois d'Avril
1716. et eut une Compagnie de Grenadiers au
mois de Mars 1730.
François-Antoine de Chabannes - Pionsac , Seigneur
de la Palice , reçû Chevalier des Ordres
de N. D. du Mont - Carmel et S. Lazare de Jerusalem
, le 17. Décembre 1701. servit d'abord
dans le Régiment de Navarre , et fut blessé à la
bataille d'Hochstet en 1704. il entra en 1707.
dans le Régiment des Gardes Françoises , où il fut
fait Capitaine en 1716. et dont il fut reçû Major
le 17. Janvier 1730.
Louis Neyret de la Ravoye , né le 27. Mars
1697. Mousquetaire du Roy , puis Colonel de
Régiment de Ponthieu , par Commission du 17.
Décembre 1715. reçû Chevalier des Ordres de
N. D. du Mont - Carmel et de S. Lazare de Jerusalem
, le 27. Août 1721 .
Charles Philippes de Valois , Marquis de Murcey
, élevé Page du Roy , en sa petite Ecurie , fur
fait Colonel du Régiment de l'Ile de France ,
Commission du 15. Février 1716 .
par
Georges- Jacques de Clermont- Gallerande , dit
le Comte de Clermont , Seigneur de S. Aignan ,
Verdigny , & c.Colonel du Régiment d'Auvergne,
par Commission du 5. Juin 1716. et Inspecteur
General d'Infanterie au mois d'Avril 1722.
Charles Paul Sigismond de Montmorency- Luxembourg
, Duc de Chastillon , né le 20. Février
1697. Colonel du Régiment de Normandie , par
Commission du 24. Septembre 1716 .
Charles de Roban , Prince de Montauban , né
II. Vol.
1368 MERCURE DE FRANCE
le 7 Août 1693. Guidon de la Compagnie des
Gendarmes de la Garde du Roy , puis fait Colonel
du Régiment de Picardie , au lieu de feu
François - Armand de Rohan , Prince de Montbason
, son frere , par Commission du Septembre
1717. et Gouverneur de Nîmes , d'Alais
et de S. Hyppolite au mois de Septembre 1722 .
Victor- Alexandre , Sire et Marquis de Mailly ,
fait Colonel d'un Régiment d'Infanterie , cydevant
Montesquiou et auparavant Isanguien ,
par Commission du 15. Septembre 1717.
Louis- Charles de la Chastre , Comte de Nanday
, Gouverneur des Villes et Fort de Pecquay
en Languedoc , et Colonel du Régiment de
Bearn , par Commission du 7. Décembre 1717.
Louis - François - Armand de Vignerot du Plessis,.
Duc de Richelieu, et de Fronsac , Pair de France, né
le 13. Mars 1696. Colonel d'un Régiment petit
vieux corps , cydevant Leuville , par Commis
sion du 15. Mars 1718. cy - devant Ambassadeur
extraordinaire auprès de l'Empereur , dont il eut
sa premiere audience publique le 7. Novembre
1725. et dont il prit congé le 6. Septembre
1727. et reçû Chevalier des Ordres du Roy le
premier Janvier 1729.
François -Ferdinand de Clermont Chaste , appellé
le Comte de Chaste , et cy-devant de Morges
, fait Enseigne de la Colonelle du Régiment
Dauphin étranger en 1712. et Capitaine dans le
même Régiment en 1714. puis Colonel du Régiment
du Luxembourg , par Commission du
15. Mirs 1718. et Lieutenant de Roy, de la Proyince
de Dauphiné:
Gabriel-Jerome Comte de Bullion , d'Esclimont ,
Seigneur de Videville , Crespieres , Mareuil et
Montainville , connu d'abord sous le nom de:
II. Vol.
Give
JUIN. 1734.
1369
Chevalier de Bonnelles , fait Colonel du Régimens.
de Provence , par Commission du 15. Mars
1718. et reçû Prévôt de la Ville , Prévôté et Vicomté
de Paris le 31. Janvier 1723 .
Florent-Claude du Chastelet , Comte de Lomont,
Marquis de Cirey , Capitaine dans le Régiment
du Roy, puis Colonel du Régiment de Hainault,
par Commission du 15. Mais 1718. Gouver .
neur de Sémur , et Grand- Bailly d'Auxois , aussi
Grand - Bailly de Saar - Louis , pourvû de cette
derniere Charge le premier Avril 1732 .
Gabriel Simon , Marquis d'O , Colonel - Lieusenant
du Régiment de Toulouze , par Commis
sion du 15. Mars 1718 .
Louis -Auguste de Rieux , appellé d'abord Chevalier
et ensuite le Comte de Rieux , Colonel du
Régiment du Perche , par Commission du 15.
Mars 1713. par laquelle il est traité de Cousin
par le Roy.
-Charles- Louis de Lorraine , Prince de Pons et
de Mortagne , Souverain de Bedeilles , né le 19 .
Novembre 1696. fit la Campagne de Hongrie
en 1717. fut fait Colonel d'un Régiment d'Infanterie
, cy-devant Boufflers Rémiencourt , par
Commission du 15. Mars 1718. et fut reçû
Chevalier des Ordres du Roy le 3. Juin 1724.
Michel Dreux , Marquis de Brexé , Grand-Maitre
des Cerémonies de France en survivance ,
Colonel du Régiment de Guyenne , par Com
mission du 15. Mars 1718.
Charles-François - Frederic de Montmorency
Luxembourg, Duc de Piney- Luxembourg , et de
Beaufort Montmorency , Pair de France , Prine
d'Aigremont et de Tingry , Comte de Bouteille
, de Dangu et de Luxe , Seigneur de Précy ,
é le 3. Décembre 1702. Colonel du Régiment
II. Vol.
1370 MERCURE DE FRANCE
de Touraine , par Commission du 15. Mars
1718. et Gouverneur de Normandie , par Lettres
du 27. Septembre suivant.
Henry de S.Simon , appellé le Marquis de S. Simon
, né le 7. Septembre 1703. Colonel d'un
Régiment d'Infanterie , cy- devant Sourches ,
qui lui fut donné le 14. Juin 1713. après la
mort de Titus Bernard de S. Simon , son frere
aîné , qui l'avoit obtenu le 15. Mars precedent.
Il est frere puîné de l'Evêque de Metz .
O- Brien , Comte de Clare , Lord en
Irlande , Colonel d'un Régiment Irlandois , cydevant
O- Brien , par Commission du 13. Octobre
1718
..... de Chastelard de Salieres , cy - devant Capitaine
de la Compagnie , Colonel du Régiment
du Perche , Colonel d'Infanterie , par Brevet de
1718. et Ayde - Major General des Armées du
Roy
Louis Antoine de Gontault , Comte de Biron ;
Colonel du Régiment Royal Roussillon , par
Commission du 22 Avril 1729. avoit auparavant
un Brevet de Colone',
.... Comte de Diesbach, Colonel d'un Régis
ment Suisse, par Commission du 4 Janvier 1721.
Lally , Lieutenant- Colonel du Régi- ....
ment de Dillon , Irlandois.
Zuastro , Lieutenant - Colonel du Régiment
Royal Baviere.
..... de Boiras Lieutenant- Colonel du Régiment
de Soissonnois .
Desarmans , Lieutenant - Colonel du
Régiment de Quercy.
de Rousset , Lieutenant- Colonel du Régiment
de S. Simon
de Torigny- Romillé, Lieutenant- Cola-
II. Vol. -nel
JUIN. 1734. 1371
nel , Commandant un Bataillon du Régiment
Royal Artillerie.
François de Chasteauneuf de Moleges , Lieutenant
-Colonel du Regiment d'Oricans , Gentilhomme
ordinaire du Duc d'Orleans.
.... de Brun , Lieutenant- Colonel du Régi
ment de la Couronne .
.... de Louboy , Lieutenant- Colonel de
Régiment de Navarre.
de la Promotion du 20. Février dernier.
.... de Molondin , de Soleure , Capitaine
au Régiment des Gardes Suisses .
Jean -Charles de Mesgrigny , Comte d'Aunay ,
Capitaine et Grand- Bailly d'Epée de la Ville de
Troyes , Chevalier de l'Ordre Militaire de saint.
Louis , fut fait Colonel d'un Régiment d'Infanterie
, cy-devant Croy , en 1709. et réformé en
1714. après la Paix , à la suite de celui du Maine..
obtint le Régiment de Véxin au mois de Juillet
1732 .
Agathange Ferdinand , Baron de Brun , Marquis
de Roche , en Franche - Comté , Chevalier
d'honneur du Parlement de Besançon , Colonel
du Régiment de Laonnois en 1710. réformé en
1714. cut celui des Landes le 19. Septem . 1730 ,
d'Arros d'Argelos , Colonel du Régiment
de Languedoc , par Commission du 3 .
Septembre 1710.
Pierre de Beranger , Comte de Charme et du
Gua , Seigneur de Vif , appellé le Comte de Be
ranger , d'abord Capitaine dans le Régiment de
Leaville , Infanterie , puis Colonel du Régiment
de Bugey , au lieu de Charles de Beranger , son
frere , tué au Siege de S. Venant , le 24. Septem,
bre 1710 fur réformé en 1714, et obtint le 3 .
May 1731. le Régiment de Vivarais.
Magon de la Gielaye , Colonel du Régiment
de Berry , par Commission du 26. Juil
Let 1712.
LL. Vol. Louis
1366 MERCURE DE FRANCE
Louis-François- Armand de Roye de la Rochefoucault
, appellé le Comte de Koucy , et aupara
vant de Marthon , né au mois de Septembre
1695. Colonel - Lieutenant du Régiment de Conty
, par Commission du 2. Décembre 1713. et
fait Gouverneur de Bapaume , au lieu de feu
Charles de Roye de la Rochefoucault, Comte de
Blanzac , son pere , au mois de Septembre 1732 .
Louis-François Anne de Neufville Villeroy
Duc de Retz , Pair de France , né au mois d'Oc
tobre 1695. Colonel du Régiment Lionnois par
Commission du 27. Février 1714. fait Capitaine
des Gardes du Corps du Roy , en survivance du
Duc de Villeroy , son Pere , le 12. Décembre
1716. Il est aussi Lieutenant General au Gouver
nement du Lionnois , Forest et Beaujolois , et
Gouverneur en survivance des mêmes Provinces.
François-Paul de la Croix- Chevrieres , appellé
le Chevalier de S. Vallier , Colonel du Régiment
de Bretagne depuis le mois de Juillet 1720. et
auparavant d'un autre Régiment réformé en
1714.
Joseph Brunet de Rancy , entra en 1705. dans
le Régiment des Gardes Françoises , où il fut
successivement Enseigne , Sous - Lieutenant,
Lieutenant et enfin en 1711. Capitaine - Lieute
nant de la Compagnie Colonelle.
Maturin Grout , Seigneur de Princey , entra
dans le Régiment des Gardes Françoises en 1707.
où après avoir passé par les differens degrez , il
fut fait Capitaine en 1715 .
Alexandre-Charles de Chaumont , Seigneur de
S Jean de la Forest , entra dans le Régiment des
Gardes Françoises en 1706. y fut fait Capitaine
en 1716. et obtint une Compagnie de Grenadiers
dans le même Régiment au mois de Juin 1729
II. Vol. -Pierre
JUIN. 1734. 1367
Pierre de Chambon , Marquis d'Arbouvllle en
Beauce , Lieutenant de Roy dans Orleanois ,
entra dans le Régiment des Gardes Françoises
en 1699. y fut fait Lieutenant en 1703. Ayde-
Major en 1706. et Capitaine au mois d'Avril
1716. et eut une Compagnie de Grenadiers au
mois de Mars 1730.
François-Antoine de Chabannes - Pionsac , Seigneur
de la Palice , reçû Chevalier des Ordres
de N. D. du Mont - Carmel et S. Lazare de Jerusalem
, le 17. Décembre 1701. servit d'abord
dans le Régiment de Navarre , et fut blessé à la
bataille d'Hochstet en 1704. il entra en 1707.
dans le Régiment des Gardes Françoises , où il fut
fait Capitaine en 1716. et dont il fut reçû Major
le 17. Janvier 1730.
Louis Neyret de la Ravoye , né le 27. Mars
1697. Mousquetaire du Roy , puis Colonel de
Régiment de Ponthieu , par Commission du 17.
Décembre 1715. reçû Chevalier des Ordres de
N. D. du Mont - Carmel et de S. Lazare de Jerusalem
, le 27. Août 1721 .
Charles Philippes de Valois , Marquis de Murcey
, élevé Page du Roy , en sa petite Ecurie , fur
fait Colonel du Régiment de l'Ile de France ,
Commission du 15. Février 1716 .
par
Georges- Jacques de Clermont- Gallerande , dit
le Comte de Clermont , Seigneur de S. Aignan ,
Verdigny , & c.Colonel du Régiment d'Auvergne,
par Commission du 5. Juin 1716. et Inspecteur
General d'Infanterie au mois d'Avril 1722.
Charles Paul Sigismond de Montmorency- Luxembourg
, Duc de Chastillon , né le 20. Février
1697. Colonel du Régiment de Normandie , par
Commission du 24. Septembre 1716 .
Charles de Roban , Prince de Montauban , né
II. Vol.
1368 MERCURE DE FRANCE
le 7 Août 1693. Guidon de la Compagnie des
Gendarmes de la Garde du Roy , puis fait Colonel
du Régiment de Picardie , au lieu de feu
François - Armand de Rohan , Prince de Montbason
, son frere , par Commission du Septembre
1717. et Gouverneur de Nîmes , d'Alais
et de S. Hyppolite au mois de Septembre 1722 .
Victor- Alexandre , Sire et Marquis de Mailly ,
fait Colonel d'un Régiment d'Infanterie , cydevant
Montesquiou et auparavant Isanguien ,
par Commission du 15. Septembre 1717.
Louis- Charles de la Chastre , Comte de Nanday
, Gouverneur des Villes et Fort de Pecquay
en Languedoc , et Colonel du Régiment de
Bearn , par Commission du 7. Décembre 1717.
Louis - François - Armand de Vignerot du Plessis,.
Duc de Richelieu, et de Fronsac , Pair de France, né
le 13. Mars 1696. Colonel d'un Régiment petit
vieux corps , cydevant Leuville , par Commis
sion du 15. Mars 1718. cy - devant Ambassadeur
extraordinaire auprès de l'Empereur , dont il eut
sa premiere audience publique le 7. Novembre
1725. et dont il prit congé le 6. Septembre
1727. et reçû Chevalier des Ordres du Roy le
premier Janvier 1729.
François -Ferdinand de Clermont Chaste , appellé
le Comte de Chaste , et cy-devant de Morges
, fait Enseigne de la Colonelle du Régiment
Dauphin étranger en 1712. et Capitaine dans le
même Régiment en 1714. puis Colonel du Régiment
du Luxembourg , par Commission du
15. Mirs 1718. et Lieutenant de Roy, de la Proyince
de Dauphiné:
Gabriel-Jerome Comte de Bullion , d'Esclimont ,
Seigneur de Videville , Crespieres , Mareuil et
Montainville , connu d'abord sous le nom de:
II. Vol.
Give
JUIN. 1734.
1369
Chevalier de Bonnelles , fait Colonel du Régimens.
de Provence , par Commission du 15. Mars
1718. et reçû Prévôt de la Ville , Prévôté et Vicomté
de Paris le 31. Janvier 1723 .
Florent-Claude du Chastelet , Comte de Lomont,
Marquis de Cirey , Capitaine dans le Régiment
du Roy, puis Colonel du Régiment de Hainault,
par Commission du 15. Mais 1718. Gouver .
neur de Sémur , et Grand- Bailly d'Auxois , aussi
Grand - Bailly de Saar - Louis , pourvû de cette
derniere Charge le premier Avril 1732 .
Gabriel Simon , Marquis d'O , Colonel - Lieusenant
du Régiment de Toulouze , par Commis
sion du 15. Mars 1718 .
Louis -Auguste de Rieux , appellé d'abord Chevalier
et ensuite le Comte de Rieux , Colonel du
Régiment du Perche , par Commission du 15.
Mars 1713. par laquelle il est traité de Cousin
par le Roy.
-Charles- Louis de Lorraine , Prince de Pons et
de Mortagne , Souverain de Bedeilles , né le 19 .
Novembre 1696. fit la Campagne de Hongrie
en 1717. fut fait Colonel d'un Régiment d'Infanterie
, cy-devant Boufflers Rémiencourt , par
Commission du 15. Mars 1718. et fut reçû
Chevalier des Ordres du Roy le 3. Juin 1724.
Michel Dreux , Marquis de Brexé , Grand-Maitre
des Cerémonies de France en survivance ,
Colonel du Régiment de Guyenne , par Com
mission du 15. Mars 1718.
Charles-François - Frederic de Montmorency
Luxembourg, Duc de Piney- Luxembourg , et de
Beaufort Montmorency , Pair de France , Prine
d'Aigremont et de Tingry , Comte de Bouteille
, de Dangu et de Luxe , Seigneur de Précy ,
é le 3. Décembre 1702. Colonel du Régiment
II. Vol.
1370 MERCURE DE FRANCE
de Touraine , par Commission du 15. Mars
1718. et Gouverneur de Normandie , par Lettres
du 27. Septembre suivant.
Henry de S.Simon , appellé le Marquis de S. Simon
, né le 7. Septembre 1703. Colonel d'un
Régiment d'Infanterie , cy- devant Sourches ,
qui lui fut donné le 14. Juin 1713. après la
mort de Titus Bernard de S. Simon , son frere
aîné , qui l'avoit obtenu le 15. Mars precedent.
Il est frere puîné de l'Evêque de Metz .
O- Brien , Comte de Clare , Lord en
Irlande , Colonel d'un Régiment Irlandois , cydevant
O- Brien , par Commission du 13. Octobre
1718
..... de Chastelard de Salieres , cy - devant Capitaine
de la Compagnie , Colonel du Régiment
du Perche , Colonel d'Infanterie , par Brevet de
1718. et Ayde - Major General des Armées du
Roy
Louis Antoine de Gontault , Comte de Biron ;
Colonel du Régiment Royal Roussillon , par
Commission du 22 Avril 1729. avoit auparavant
un Brevet de Colone',
.... Comte de Diesbach, Colonel d'un Régis
ment Suisse, par Commission du 4 Janvier 1721.
Lally , Lieutenant- Colonel du Régi- ....
ment de Dillon , Irlandois.
Zuastro , Lieutenant - Colonel du Régiment
Royal Baviere.
..... de Boiras Lieutenant- Colonel du Régiment
de Soissonnois .
Desarmans , Lieutenant - Colonel du
Régiment de Quercy.
de Rousset , Lieutenant- Colonel du Régiment
de S. Simon
de Torigny- Romillé, Lieutenant- Cola-
II. Vol. -nel
JUIN. 1734. 1371
nel , Commandant un Bataillon du Régiment
Royal Artillerie.
François de Chasteauneuf de Moleges , Lieutenant
-Colonel du Regiment d'Oricans , Gentilhomme
ordinaire du Duc d'Orleans.
.... de Brun , Lieutenant- Colonel du Régi
ment de la Couronne .
.... de Louboy , Lieutenant- Colonel de
Régiment de Navarre.
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Résumé : BRIGADIERS D'INFANTERIE, de la Promotion du 20. Février dernier.
Le texte présente une liste de brigadiers d'infanterie et de leurs promotions, ainsi que des informations sur divers officiers et leurs régiments. Jean-Charles de Mesgrigny, Comte d'Aunay, fut nommé Colonel du Régiment d'Infanterie Croy en 1709 et obtint le Régiment de Véxin en juillet 1732. Agathange Ferdinand, Baron de Brun, devint Colonel du Régiment de Laonnois en 1710 et obtint le Régiment des Landes en septembre 1730. Pierre de Beranger, Comte de Charme et du Gua, fut Colonel du Régiment de Bugey en 1710 et obtint le Régiment de Vivarais en mai 1731. Magon de la Gielaye fut Colonel du Régiment de Berry en juillet 1712. Louis-François-Armand de Roye de la Rochefoucault, Comte de Koucy, fut Colonel-Lieutenant du Régiment de Conty en décembre 1713 et Gouverneur de Bapaume en septembre 1732. Louis-François Anne de Neufville Villeroy, Duc de Retz, fut Colonel du Régiment Lionnois en février 1714 et Capitaine des Gardes du Corps du Roi en décembre 1716. François-Paul de la Croix-Chevrieres, Chevalier de Saint-Vallier, fut Colonel du Régiment de Bretagne en juillet 1720. Joseph Brunet de Rancy et Maturin Grout entrèrent dans le Régiment des Gardes Françoises respectivement en 1705 et 1707, et furent promus Capitaines en 1711 et 1715. Alexandre-Charles de Chaumont, Pierre de Chambon, et François-Antoine de Chabannes-Pionsac furent également promus dans les Gardes Françoises. Louis Neyret de la Ravoye fut Colonel du Régiment de Ponthieu en décembre 1715. Charles Philippes de Valois, Marquis de Murcey, fut Colonel du Régiment de l'Île de France en février 1716. Georges-Jacques de Clermont-Gallerande fut Colonel du Régiment d'Auvergne en juin 1716 et Inspecteur Général d'Infanterie en avril 1722. Charles Paul Sigismond de Montmorency-Luxembourg fut Colonel du Régiment de Normandie en septembre 1716. Charles de Roban, Prince de Montauban, fut Colonel du Régiment de Picardie en septembre 1717 et Gouverneur de Nîmes en septembre 1722. Victor-Alexandre, Marquis de Mailly, fut Colonel d'un Régiment d'Infanterie en septembre 1717. Louis-Charles de la Chastre fut Colonel du Régiment de Bearn en décembre 1717. Louis-François-Armand de Vignerot du Plessis, Duc de Richelieu, fut Colonel d'un Régiment en mars 1718 et Ambassadeur extraordinaire auprès de l'Empereur de 1725 à 1727. François-Ferdinand de Clermont-Chaste fut Colonel du Régiment du Luxembourg en mars 1718. Gabriel-Jérôme Comte de Bullion fut Colonel du Régiment de Provence en mars 1718 et Prévôt de Paris en janvier 1723. Florent-Claude du Chastelet fut Colonel du Régiment de Hainault en mars 1718 et Gouverneur de Sémur en avril 1732. Gabriel Simon fut Colonel-Lieutenant du Régiment de Toulouse en mars 1718. Louis-Auguste de Rieux fut Colonel du Régiment du Perche en mars 1713. Charles-Louis de Lorraine fut Colonel d'un Régiment d'Infanterie en mars 1718 et Chevalier des Ordres du Roi en juin 1724. Michel Dreux fut Colonel du Régiment de Guyenne en mars 1718. Charles-François-Frédéric de Montmorency-Luxembourg fut Colonel du Régiment de Touraine en mars 1718 et Gouverneur de Normandie en septembre 1718. Henry de Saint-Simon fut Colonel d'un Régiment d'Infanterie en juin 1713. O'Brien, Comte de Clare, fut Colonel d'un Régiment Irlandois en octobre 1718. Louis Antoine de Gontault, Comte de Biron, fut Colonel du Régiment Royal Roussillon en avril 1729. Le Comte de Diesbach fut Colonel d'un Régiment Suisse en janvier 1721. Plusieurs Lieutenants-Colonels sont également mentionnés, tels que Lally, Zuastro, et de Boiras.
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37
p. 1438-1440
« La Place d'Inspecteur d'Infanterie vacant par la mort de Georges Jacques [...] »
Début :
La Place d'Inspecteur d'Infanterie vacant par la mort de Georges Jacques [...]
Mots clefs :
Georges-Jacques de Clermont d'Amboise, Régiment, Infanterie, Capitaine, Flandres, Régiment d'Auvergne
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texteReconnaissance textuelle : « La Place d'Inspecteur d'Infanterie vacant par la mort de Georges Jacques [...] »
A Place d'Inspecteur d'Infanterie vacant
par la mort de Georges -Jacques
de Clermont d'Amboise Marquis de
Saint Aignan , a été donnée à Louis d.s
Moulins Marquis de l'Ifle , successivement
Capitaine dans le Régiment de
Barrois , Colonel de celui de la Fere au
mois d'Août 1704 , fait Brigadier le 2
Juillet 1710 , et Maréchat de Camp en
Décembre 1731 .
Le Régiment d'Auvergne Infanterie , le
troisiéme des six Régimens appellés Petits
vieux , vacant par la mort du même
Comte de Clermont- d'Amboise , a été
donné à M. de Contade fils , Colonel de
celui de Flandres depuis le mois de Mars
dernier , et auparavant Capitaine au Régiment
des Gardes Françoises .
Et celui de Flandres , à M. de Co-
II Vol. ninghaa
JUIN. 1734. 7439
"
ninghan Gentilhomme de Bourgogne
d'une famille originaire d'Ecosse , Lieutenant-
Colonel du Régiment Dauphin Infanterie
, dont il a été Capitaine , et ensuite
Major.
Le 28 de ce mois , Monseigneur le
Dauphin accompagné de Mesdames de
France , alla pour la premiere fois , à
l'Eglise de la Parroisse du Château , et il
y assista au Salut.
Le Roi a accordé au Prince de Rohan
Capitaine Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde ordinaire du
Roi , la permission de se démettre de
cette Charge en faveur du Prince de Soubise
son petit fils , qui étoit Guidon de
cette Compagnie .
François de Crussol , né le 24 Janvier
1702 , Prêtre , Abbé Commandataire de
l'Abbaye de Charroux , Ordre S. Benoît,
Diocese de Poitiers , depuis le mois d'Aout
1727 , fils puîné de feu Alexandre Galliot
de Crussol Saint- Sulpice , Seigneur
de Velan en Auvergne , Valmaison , Montmaur
, &c. et appellé le Comté d'Amboise
, mort le 7 Avril 1703 , et de Charlotte-
Gabrielle de Timbrune de Valence ,
II. Vol
fuc
1440 MERCURE DE FRANCE
fut nommé le 29 Juin à l'Evêché de Blois,
vacant en dernier lieu du 24 par le décès
de Charles Henri Phelypeaux de Pontchartrain
, qui y avoit été nommé le 23
Mai dernier.
par la mort de Georges -Jacques
de Clermont d'Amboise Marquis de
Saint Aignan , a été donnée à Louis d.s
Moulins Marquis de l'Ifle , successivement
Capitaine dans le Régiment de
Barrois , Colonel de celui de la Fere au
mois d'Août 1704 , fait Brigadier le 2
Juillet 1710 , et Maréchat de Camp en
Décembre 1731 .
Le Régiment d'Auvergne Infanterie , le
troisiéme des six Régimens appellés Petits
vieux , vacant par la mort du même
Comte de Clermont- d'Amboise , a été
donné à M. de Contade fils , Colonel de
celui de Flandres depuis le mois de Mars
dernier , et auparavant Capitaine au Régiment
des Gardes Françoises .
Et celui de Flandres , à M. de Co-
II Vol. ninghaa
JUIN. 1734. 7439
"
ninghan Gentilhomme de Bourgogne
d'une famille originaire d'Ecosse , Lieutenant-
Colonel du Régiment Dauphin Infanterie
, dont il a été Capitaine , et ensuite
Major.
Le 28 de ce mois , Monseigneur le
Dauphin accompagné de Mesdames de
France , alla pour la premiere fois , à
l'Eglise de la Parroisse du Château , et il
y assista au Salut.
Le Roi a accordé au Prince de Rohan
Capitaine Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde ordinaire du
Roi , la permission de se démettre de
cette Charge en faveur du Prince de Soubise
son petit fils , qui étoit Guidon de
cette Compagnie .
François de Crussol , né le 24 Janvier
1702 , Prêtre , Abbé Commandataire de
l'Abbaye de Charroux , Ordre S. Benoît,
Diocese de Poitiers , depuis le mois d'Aout
1727 , fils puîné de feu Alexandre Galliot
de Crussol Saint- Sulpice , Seigneur
de Velan en Auvergne , Valmaison , Montmaur
, &c. et appellé le Comté d'Amboise
, mort le 7 Avril 1703 , et de Charlotte-
Gabrielle de Timbrune de Valence ,
II. Vol
fuc
1440 MERCURE DE FRANCE
fut nommé le 29 Juin à l'Evêché de Blois,
vacant en dernier lieu du 24 par le décès
de Charles Henri Phelypeaux de Pontchartrain
, qui y avoit été nommé le 23
Mai dernier.
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Résumé : « La Place d'Inspecteur d'Infanterie vacant par la mort de Georges Jacques [...] »
Au début du XVIIIe siècle, plusieurs nominations militaires et ecclésiastiques ont eu lieu en France. Louis de Moulins, Marquis de l'Ifle, a été nommé Inspecteur d'Infanterie après le décès de Georges-Jacques de Clermont d'Amboise, Marquis de Saint Aignan. Moulins avait occupé divers postes, dont Capitaine dans le Régiment de Barrois, Colonel du Régiment de la Fere en août 1704, Brigadier en juillet 1710, et Maréchal de camp en décembre 1731. Le Régiment d'Auvergne Infanterie a été confié à M. de Contade, fils, ancien Colonel du Régiment de Flandres et Capitaine au Régiment des Gardes Françaises. Le Régiment de Flandres a été attribué à M. de Conninghan, Lieutenant-Colonel du Régiment Dauphin Infanterie. Le 28 juin 1734, Monseigneur le Dauphin a assisté au Salut à l'Église de la paroisse du Château. Le Roi a permis au Prince de Rohan de transmettre sa charge de Capitaine Lieutenant des Gendarmes de la Garde ordinaire du Roi à son petit-fils, le Prince de Soubise. François de Crussol, né le 24 janvier 1702 et Abbé Commandataire de l'Abbaye de Charroux depuis août 1727, a été nommé à l'Évêché de Blois le 29 juin 1734, succédant à Charles Henri Phelypeaux de Pontchartrain, décédé.
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38
p. 174-185
« Les Comédiens Italiens ont fait l'ouverture de leur théatre le Mercredi 13 Novembre par l'Heureux [...] »
Début :
Les Comédiens Italiens ont fait l'ouverture de leur théatre le Mercredi 13 Novembre par l'Heureux [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Air, Capitaine, Servante, Vieillard, Chocolat, Personnages, Maître, Époux, Yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens Italiens ont fait l'ouverture de leur théatre le Mercredi 13 Novembre par l'Heureux [...] »
Les Comédiens Italiens ont fait l'ouverture de
leur théatre le Mercredi 13 Novembre par l'Heu
reux ftratagême , très -ingénieufe Comédie Françoife
, en trois actes , de M. de Marivaux ; elle a
été fuivie de Baftien de Baftienne . Le Jeudi 14
DECEMBRE. 1754. 175
ils ont repris , toujours avec fuccès , la Servante
Maitreffe, dont voici l'extrait .
ACTEURS.
Pandolfe , vieillard ,
Zerbine , fa fervante ,
Scapin , fon valet ,
M. Rochard.
Mlle Favart.
Perfonnage muet.
Pandolfe ouvre la fcene par le monologue fuivant
; il eſt affis devant une petite table.
AIR.
Long-tems attendre
Sans voir venir ;
Au lit s'étendre ,
Ne point dormir ;
Grand'peine prendre
Sans parvenir ;
Sont trois fujets d'aller fe pendre.
C'eft auffi ſe mocquer des gens ;
Voilà trois heures que j'attends
Que ma fervante enfin m'apporte
Mon chocolat ; elle n'a pas le tems.
Cependant il faut que je forte :
Elle me dira , que m'importe ?
Oh ! c'en eft trop ; je fuis trop bon ;
Mais je vais prendre un autre ton .
Le vieillard appelle Zerbine de toutes les for
ces. En fe retournant il apperçoit Scapin , qui eft
entré fans dire mot , & qui fe tient tranquillement
derriere lui. Comme malgré les cris de fon
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE .
maître , il ne s'empreffe pas d'aller chercher Zerbine
, Pandolphe eft obligé de le pouffer dehors
par les épaules. Il continue enfuite de fe plaindre
de fa fervante.
Récitatif accompagné .
Voilà pourtant , voilà comment
On fait foi-même fon tourment.
Je trouve cette enfant qui me paroît gentille ;
Je la demande à fa famille ;
On ! me la donne , & depuis ce moment
Je l'éleve comme ma fille .
Que m'en revient-il à préfent ?
Mes bontés l'ont rendue à tel point infolente ,
Capricieuſe , impertinente ,
Qu'il faut avant qu'il foit long- tems ,
S'attendre enfin que la fervante
Sera la maîtreffe céans.
Oh ! tout ceci m'impatiente.
Zerbine entre en difputant avec Scapin , & lui
dit :
AIR.
Eh bien , finiras - tu , deux fois , trois fois ;.
Je n'en ai pas le tems , cela te doit fuffire.
Fort bien.
Pandolfe , à part.
Zerbine.
Combien de fois faut-il te le redire ?
DECEMBRE. 1754. 177
Si ton maître eft preffé faut- il que je le fois
A merveille.
Pandolfe , à part.
Zerbine.
Finis , Scapin , fi tu m'en crois ,
Ma patience enfin ſe laffe ;
Si tu la réduis aux abois ,
Je vais faire pleuvoir vingt foufflets fur ta face.
Elle fe met en devoir de fouffleter Scapin :
Pandolfe l'arrête , & lui demande ce qui peut la
mettre fi fort en courroux ; elle lui répond qu'elle
ne veut pas fouffrir que Scapin lui donne des leçons.
Pandolfe a beau lui dire que c'eſt de fa
part , & qu'il veut avoir fon chocolat . Ce chocolat
n'eft point fait , & Zerbine n'a pas le tems
d'en faire . Pandolfe impatienté , & hors de luimême
, fait beaucoup rire Scapin ; Zerbine s'en
offenfe , & Pandolfe avoue qu'on a raiſon de ſe
mocquer de lui , mais il affure que tout ceci finira.
AIR.
Sans fin , fans ceffe ,
Nouveaux procès ;
Et fi , & mais ,
Et oui , & non ,
Tout fur ce ton ;
Jamais , jamais , au grand jamais ,
On n'eft en paix,
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Mais que t'en femble à toi ?
Dois-je en crever , moi ?
Non , par ma foi.
Un jour viendra ,
Qu'on fe plaindra ,
Qu'on gémira ,
Quand on fera
Dans la détreffe ;
On maudira
à Scapin.
Son trifte fort ,
On fentira
Qu'on avoit tort .
à Scapin
Qu'en penfes-tu ? n'eft - il pas vrai è
Hai ,
Dis , toi ,
Quoi !
Oui , oui fur ma foi.
Sans fin , fans ceffe , & c:
Pandolfe demande à Scapin fa canne & fon épée
pour fortir. Zerbine 's'y oppofe ; il faut encore
que le vieillard en paffe par là. L'infolence de fa
fervante lui fait prendre la réfolution de fe marier
, fût-ce à une guenon. Zerbine le raille fur
ce prétendu mariage , & lui dit que s'il fe marie
, il n'aura pas d'autre femme qu'elle . Cette
imprudence redouble la colere de Pandolfe ; Zerbine
infifte fur fon projet.
DECEMBRE. 1754 179
Duo en Dialogue.
Je devine
Zerbine.
A ces yeux , à cette mine
Fine ,
Lutine ,
Affaffine ;
Vous avez beau dire non ;
Bon , bon ;
Vos yeux me difent que fi ,
Et je veux le croire ainfi .
Pandolfe.
Ma divine ,
Vous vous trompez à ma mine
Très-fort ;
Prenez un peu moins l'effor ,
Mes yeux avec moi d'accord ,
Vous diront vous avez tort.
Zerbine.
Mais comment ! mais pourquoi
Je fuis jolie ,
Mais très-jolie ,
Douce , polie :
Voulez-vous de l'agrément , de la fineffe
Des bons airs de toute espéce ,
Gentilleffe ,,
Nobleffe ?
Regardez-moi.
Hvj
480. MERCURE DE FRANCE.
Pandolfe , à part.
Sur mon ame , elle me tente ;
Elle eft charmante.
Zerbine , à
part.
Pour le coup il devient tendre .
Il faut fe rendre.
Pandolfe.
Ah ! laiffes-moi.
Zerbine.
Il faut me prendre.
Pandolfe.
Tu rêves , je crois.
Zerbine.
à Pandolfe.
Tu veux en vain t'en défendre :
11 faut que tu fois à moi.
Zerbine,
Je t'aime ,
Je fuis à toi ,
Sois donc à moi.
Pandolfe?
O peine extrême !
Je fuis , ma foi ,
Tout hors de moi.
Le fecond acte commence par un air que
Zerbine chante feule , & dont les paroles conviennent
à toutes les filles qui pourront fe trouves
dans le cas où elle est.
DECEMBRE. 1754. 181
AIR.
Vous gentilles ,
Jeunes filles ,
'Aux vieillards qui tendez vos filets ;
Qui cherchez des maris , beaux ou laids ,
Apprenez , retenez bien mes fecrets ;
Vous allez voir comme je fais.
Tour à tour avec adreffe ,
Je menace , je careffe ;
Quelque tems
Je me défends ,
Mais enfin je me rends.
Elle a mis Scapin dans fes intérêts ; il confent
à faire le perfonnage d'un Capitaine déguifé qui
la demande en mariage. Zerbine appercevant
Pandolfe , fait femblant de fe repentir de fes infolences
& de fa témérité , & elle lui dit qu'elle eft
recherchée par le Capitaine Tempête , auquel
elle a promis fa foi . Elle chante enfuite les paroles
qui fuivent.
Récitatif accompagné .
Jouiffez cependant du deftin le plus doux ;
Soyez long- tems l'heureux époux
De celle que le Ciel aujourd'hui vous deftine .
Souvenez -vous quelquefois de Zerbine ,
Qui tant qu'elle vivra ſe ſouviendra de vous .
AIR , tendrement.
A Zerbine laiff ez , par grace,
Sz MERCURE DEFRANCE,
Quelque place
En votre fouvenir ;
L'en bannir ;
Quelle difgrace !
Eh comment la foutenir ?
Pandolfe s'attendrit par dégrés , & veut cacherfo
attendrisjement.
Zerbine à part , gaiement.
Il eft , ma foi , dupe de ma grimace ,
Je le vois déja s'attendrir.
à Pandolfe , tendrement.
De Zerbine gardez , par grace
Quelque trace ;
L'oublier , quelle diſgrace !
Eh , comment le foutenir ?
* part , gaiement
Il y va venir.
Pandolfe s'attendrit de plus en pluss
Il ne peut long-tems tenir.
Pandolfe , tendrement.
Si je fus impertinente ,
Contrariante ,
Vous m'en voyez repentante ,
Pardonnez-moi.
Elle fejette auxgenoux de Pandolfe , qui luiprend
la main comme en cachette.
à part , gaiement.
Mais..... il me prend la main ,
DECEMBRE. 1754 183
Ma foi l'affaire eft en bon train.
Zerbine demande enfuite à Pandolfe la permiffion
de lui préfenter fon prétendu ; Pandolfe y
confent. Cet homme lui fait peur par fon air
bourru & par les grimaces. Le vieillard commence
à plaindre Zerbine de tomber en de pareilles
mains. Le Capitaine garde un filence obftiné
en préfence de Pandolfe , qui s'en étonne.
Zerbine promet en le tirant à l'écart de le faire
parler ; la réponſe qu'elle rapporte eft que le Capitaine
demande à Pandolfe la dot de fa future ,
puifqu'il lui a tenu lieu de pere : Pandolfe , plus
furpris quejamais , dit qu'il aille fe promener . Le
faux Capitaine fait femblant d'entrer en fureur , &
menace Pandolfe en grinçant les dents . Pandolfe
appelle Scapin à fon fecours : Scapin qui ne
fonge plus au perfonnage de Capitaine qu'il étoit
obligé de faire , veut accourir , & Zerbine le retient.
Pandolfe qui a perdu tout à fait la tête , fe
propofe pour époux à Zerbine fi elle veut congé
dier le Capitaine.
Zerbine , en le regardant tendrement.
Vous , Monfieur !
Pandolfe , vivement .
Oui , ma chere , il n'eft plus tems de feindre
A cet aveu tu fçais à la fin me contraindre.
Je t'aime , je t'adore , & je fuis comme un fou :
Prends ma main , prends mon coeur , prends mon
bien , & renvoie
Ce maudit fpadaffin , ce franc oifeau de proie
A qui Satan puiffe tordre le cou.
184 MERCURE DE FRANCE,
Zerbine.
Ah ! mon cher maître , en confcience ,
Vous méritez la préférence ;
Je vous la donne , & c'eft de très -grand coeur :
Voilà ma main , vous êtes le vainqueur.
Pandolfe.
Il ne faut pas non plus braver le Capitaine ;
Attends qu'il foit forti de ma maifon.
Zerbine.
Oh ! ne vous mettez pas en peine ;
Je vais d'un mot le mettre à la raiſon.
à Scapin.
Scapin , tu peux quitter cet attirail fantafque ;
Nous n'avons plus befoin de maſque.
Scapin fe découvre en riant aux éclats.
Pandolfe.
Comment , coquin , c'est toi !
Zerbine.
De quoi vous plaignez-vous ;
Quand vous devez ma main à ſon adreſſe ?
Pandolfe.
left vrai , je ne puis me fàcher d'une piece
Qui met le comble à mesvoeux les plus doux.
DECEMBRE , 1754. 185
Zerbine.
Elle remplit auffi les miens , mon cher époux.
à part.
J'étois fervante , & je deviens maîtrefle.
La piece finit par un duo en dialogue de Pan-
'dolfe & de Zerbine.
Tous les amateurs ont été fi contens de la traduction
de la Serva padrona , qu'ils invitent M.
Borans à vouloir bien traduire les autres intermedes
Italiens qui ont réuſſi .
leur théatre le Mercredi 13 Novembre par l'Heu
reux ftratagême , très -ingénieufe Comédie Françoife
, en trois actes , de M. de Marivaux ; elle a
été fuivie de Baftien de Baftienne . Le Jeudi 14
DECEMBRE. 1754. 175
ils ont repris , toujours avec fuccès , la Servante
Maitreffe, dont voici l'extrait .
ACTEURS.
Pandolfe , vieillard ,
Zerbine , fa fervante ,
Scapin , fon valet ,
M. Rochard.
Mlle Favart.
Perfonnage muet.
Pandolfe ouvre la fcene par le monologue fuivant
; il eſt affis devant une petite table.
AIR.
Long-tems attendre
Sans voir venir ;
Au lit s'étendre ,
Ne point dormir ;
Grand'peine prendre
Sans parvenir ;
Sont trois fujets d'aller fe pendre.
C'eft auffi ſe mocquer des gens ;
Voilà trois heures que j'attends
Que ma fervante enfin m'apporte
Mon chocolat ; elle n'a pas le tems.
Cependant il faut que je forte :
Elle me dira , que m'importe ?
Oh ! c'en eft trop ; je fuis trop bon ;
Mais je vais prendre un autre ton .
Le vieillard appelle Zerbine de toutes les for
ces. En fe retournant il apperçoit Scapin , qui eft
entré fans dire mot , & qui fe tient tranquillement
derriere lui. Comme malgré les cris de fon
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE .
maître , il ne s'empreffe pas d'aller chercher Zerbine
, Pandolphe eft obligé de le pouffer dehors
par les épaules. Il continue enfuite de fe plaindre
de fa fervante.
Récitatif accompagné .
Voilà pourtant , voilà comment
On fait foi-même fon tourment.
Je trouve cette enfant qui me paroît gentille ;
Je la demande à fa famille ;
On ! me la donne , & depuis ce moment
Je l'éleve comme ma fille .
Que m'en revient-il à préfent ?
Mes bontés l'ont rendue à tel point infolente ,
Capricieuſe , impertinente ,
Qu'il faut avant qu'il foit long- tems ,
S'attendre enfin que la fervante
Sera la maîtreffe céans.
Oh ! tout ceci m'impatiente.
Zerbine entre en difputant avec Scapin , & lui
dit :
AIR.
Eh bien , finiras - tu , deux fois , trois fois ;.
Je n'en ai pas le tems , cela te doit fuffire.
Fort bien.
Pandolfe , à part.
Zerbine.
Combien de fois faut-il te le redire ?
DECEMBRE. 1754. 177
Si ton maître eft preffé faut- il que je le fois
A merveille.
Pandolfe , à part.
Zerbine.
Finis , Scapin , fi tu m'en crois ,
Ma patience enfin ſe laffe ;
Si tu la réduis aux abois ,
Je vais faire pleuvoir vingt foufflets fur ta face.
Elle fe met en devoir de fouffleter Scapin :
Pandolfe l'arrête , & lui demande ce qui peut la
mettre fi fort en courroux ; elle lui répond qu'elle
ne veut pas fouffrir que Scapin lui donne des leçons.
Pandolfe a beau lui dire que c'eſt de fa
part , & qu'il veut avoir fon chocolat . Ce chocolat
n'eft point fait , & Zerbine n'a pas le tems
d'en faire . Pandolfe impatienté , & hors de luimême
, fait beaucoup rire Scapin ; Zerbine s'en
offenfe , & Pandolfe avoue qu'on a raiſon de ſe
mocquer de lui , mais il affure que tout ceci finira.
AIR.
Sans fin , fans ceffe ,
Nouveaux procès ;
Et fi , & mais ,
Et oui , & non ,
Tout fur ce ton ;
Jamais , jamais , au grand jamais ,
On n'eft en paix,
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Mais que t'en femble à toi ?
Dois-je en crever , moi ?
Non , par ma foi.
Un jour viendra ,
Qu'on fe plaindra ,
Qu'on gémira ,
Quand on fera
Dans la détreffe ;
On maudira
à Scapin.
Son trifte fort ,
On fentira
Qu'on avoit tort .
à Scapin
Qu'en penfes-tu ? n'eft - il pas vrai è
Hai ,
Dis , toi ,
Quoi !
Oui , oui fur ma foi.
Sans fin , fans ceffe , & c:
Pandolfe demande à Scapin fa canne & fon épée
pour fortir. Zerbine 's'y oppofe ; il faut encore
que le vieillard en paffe par là. L'infolence de fa
fervante lui fait prendre la réfolution de fe marier
, fût-ce à une guenon. Zerbine le raille fur
ce prétendu mariage , & lui dit que s'il fe marie
, il n'aura pas d'autre femme qu'elle . Cette
imprudence redouble la colere de Pandolfe ; Zerbine
infifte fur fon projet.
DECEMBRE. 1754 179
Duo en Dialogue.
Je devine
Zerbine.
A ces yeux , à cette mine
Fine ,
Lutine ,
Affaffine ;
Vous avez beau dire non ;
Bon , bon ;
Vos yeux me difent que fi ,
Et je veux le croire ainfi .
Pandolfe.
Ma divine ,
Vous vous trompez à ma mine
Très-fort ;
Prenez un peu moins l'effor ,
Mes yeux avec moi d'accord ,
Vous diront vous avez tort.
Zerbine.
Mais comment ! mais pourquoi
Je fuis jolie ,
Mais très-jolie ,
Douce , polie :
Voulez-vous de l'agrément , de la fineffe
Des bons airs de toute espéce ,
Gentilleffe ,,
Nobleffe ?
Regardez-moi.
Hvj
480. MERCURE DE FRANCE.
Pandolfe , à part.
Sur mon ame , elle me tente ;
Elle eft charmante.
Zerbine , à
part.
Pour le coup il devient tendre .
Il faut fe rendre.
Pandolfe.
Ah ! laiffes-moi.
Zerbine.
Il faut me prendre.
Pandolfe.
Tu rêves , je crois.
Zerbine.
à Pandolfe.
Tu veux en vain t'en défendre :
11 faut que tu fois à moi.
Zerbine,
Je t'aime ,
Je fuis à toi ,
Sois donc à moi.
Pandolfe?
O peine extrême !
Je fuis , ma foi ,
Tout hors de moi.
Le fecond acte commence par un air que
Zerbine chante feule , & dont les paroles conviennent
à toutes les filles qui pourront fe trouves
dans le cas où elle est.
DECEMBRE. 1754. 181
AIR.
Vous gentilles ,
Jeunes filles ,
'Aux vieillards qui tendez vos filets ;
Qui cherchez des maris , beaux ou laids ,
Apprenez , retenez bien mes fecrets ;
Vous allez voir comme je fais.
Tour à tour avec adreffe ,
Je menace , je careffe ;
Quelque tems
Je me défends ,
Mais enfin je me rends.
Elle a mis Scapin dans fes intérêts ; il confent
à faire le perfonnage d'un Capitaine déguifé qui
la demande en mariage. Zerbine appercevant
Pandolfe , fait femblant de fe repentir de fes infolences
& de fa témérité , & elle lui dit qu'elle eft
recherchée par le Capitaine Tempête , auquel
elle a promis fa foi . Elle chante enfuite les paroles
qui fuivent.
Récitatif accompagné .
Jouiffez cependant du deftin le plus doux ;
Soyez long- tems l'heureux époux
De celle que le Ciel aujourd'hui vous deftine .
Souvenez -vous quelquefois de Zerbine ,
Qui tant qu'elle vivra ſe ſouviendra de vous .
AIR , tendrement.
A Zerbine laiff ez , par grace,
Sz MERCURE DEFRANCE,
Quelque place
En votre fouvenir ;
L'en bannir ;
Quelle difgrace !
Eh comment la foutenir ?
Pandolfe s'attendrit par dégrés , & veut cacherfo
attendrisjement.
Zerbine à part , gaiement.
Il eft , ma foi , dupe de ma grimace ,
Je le vois déja s'attendrir.
à Pandolfe , tendrement.
De Zerbine gardez , par grace
Quelque trace ;
L'oublier , quelle diſgrace !
Eh , comment le foutenir ?
* part , gaiement
Il y va venir.
Pandolfe s'attendrit de plus en pluss
Il ne peut long-tems tenir.
Pandolfe , tendrement.
Si je fus impertinente ,
Contrariante ,
Vous m'en voyez repentante ,
Pardonnez-moi.
Elle fejette auxgenoux de Pandolfe , qui luiprend
la main comme en cachette.
à part , gaiement.
Mais..... il me prend la main ,
DECEMBRE. 1754 183
Ma foi l'affaire eft en bon train.
Zerbine demande enfuite à Pandolfe la permiffion
de lui préfenter fon prétendu ; Pandolfe y
confent. Cet homme lui fait peur par fon air
bourru & par les grimaces. Le vieillard commence
à plaindre Zerbine de tomber en de pareilles
mains. Le Capitaine garde un filence obftiné
en préfence de Pandolfe , qui s'en étonne.
Zerbine promet en le tirant à l'écart de le faire
parler ; la réponſe qu'elle rapporte eft que le Capitaine
demande à Pandolfe la dot de fa future ,
puifqu'il lui a tenu lieu de pere : Pandolfe , plus
furpris quejamais , dit qu'il aille fe promener . Le
faux Capitaine fait femblant d'entrer en fureur , &
menace Pandolfe en grinçant les dents . Pandolfe
appelle Scapin à fon fecours : Scapin qui ne
fonge plus au perfonnage de Capitaine qu'il étoit
obligé de faire , veut accourir , & Zerbine le retient.
Pandolfe qui a perdu tout à fait la tête , fe
propofe pour époux à Zerbine fi elle veut congé
dier le Capitaine.
Zerbine , en le regardant tendrement.
Vous , Monfieur !
Pandolfe , vivement .
Oui , ma chere , il n'eft plus tems de feindre
A cet aveu tu fçais à la fin me contraindre.
Je t'aime , je t'adore , & je fuis comme un fou :
Prends ma main , prends mon coeur , prends mon
bien , & renvoie
Ce maudit fpadaffin , ce franc oifeau de proie
A qui Satan puiffe tordre le cou.
184 MERCURE DE FRANCE,
Zerbine.
Ah ! mon cher maître , en confcience ,
Vous méritez la préférence ;
Je vous la donne , & c'eft de très -grand coeur :
Voilà ma main , vous êtes le vainqueur.
Pandolfe.
Il ne faut pas non plus braver le Capitaine ;
Attends qu'il foit forti de ma maifon.
Zerbine.
Oh ! ne vous mettez pas en peine ;
Je vais d'un mot le mettre à la raiſon.
à Scapin.
Scapin , tu peux quitter cet attirail fantafque ;
Nous n'avons plus befoin de maſque.
Scapin fe découvre en riant aux éclats.
Pandolfe.
Comment , coquin , c'est toi !
Zerbine.
De quoi vous plaignez-vous ;
Quand vous devez ma main à ſon adreſſe ?
Pandolfe.
left vrai , je ne puis me fàcher d'une piece
Qui met le comble à mesvoeux les plus doux.
DECEMBRE , 1754. 185
Zerbine.
Elle remplit auffi les miens , mon cher époux.
à part.
J'étois fervante , & je deviens maîtrefle.
La piece finit par un duo en dialogue de Pan-
'dolfe & de Zerbine.
Tous les amateurs ont été fi contens de la traduction
de la Serva padrona , qu'ils invitent M.
Borans à vouloir bien traduire les autres intermedes
Italiens qui ont réuſſi .
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Résumé : « Les Comédiens Italiens ont fait l'ouverture de leur théatre le Mercredi 13 Novembre par l'Heureux [...] »
Les Comédiens Italiens ont inauguré leur théâtre le 13 novembre 1754 avec la pièce 'Le Faux Fratagem' de Marivaux, suivie de 'Bastien et Bastienne'. Le 14 décembre 1754, ils ont repris avec succès 'La Servante Maîtresse' de Marivaux. Cette pièce met en scène trois personnages principaux : Pandolfe, un vieillard, Zerbine, sa servante, et Scapin, le valet de Zerbine. Pandolfe, impatient d'attendre son chocolat, se plaint de l'insolence de Zerbine. Zerbine et Scapin se disputent, et Zerbine menace de le gifler. Exaspéré, Pandolfe décide de se marier, même avec une guenon. Zerbine le raille et insiste sur son projet. Dans le deuxième acte, Zerbine chante un air où elle conseille aux jeunes filles de se défendre tout en se rendant. Elle manipule Pandolfe en lui faisant croire qu'un capitaine, en réalité Scapin déguisé, la demande en mariage. Pandolfe, attendri, finit par avouer son amour à Zerbine. Zerbine accepte et révèle que Scapin était déguisé. La pièce se termine par un duo entre Pandolfe et Zerbine, qui deviennent mari et femme. Les spectateurs ont apprécié la traduction de 'La Servante Maîtresse' et souhaitent que d'autres intermèdes italiens soient traduits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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39
p. 185-200
NAISSANCE, MARIAGES ET MORTS.
Début :
Le 31 Janvier, Dame Marie-Jeanne Moreau, épouse de Messire Jean-Pierre-Louis de [...]
Mots clefs :
Chevalier, Seigneur, Marquis, Comte, Lieutenant, Général, Armées du roi, Capitaine, Gouverneur, Brigadier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NAISSANCE, MARIAGES ET MORTS.
NAISSANCE ,
MARIAGES ET MORTS.
E31 Janvier , Dame Marie - Jeanne Moreau
- -
Puech , Seigneur de Laloubiere , eſt accouchée
d'un fils qui a été baptifé le même jour en l'Eglife
de S. Euſtache de Paris , & nommé Marie - André-
Louis.
Voyez fur la famille del Puech le Mercure de
Janvier au fujet du mariage du fils aîné de François
del Puech de Comeiras , Brigadier des armées
du Roi , coufin germain paternel de Jean- Pierre-
Louis del Puech de Laloubiere,, pere de Marie-
André - Louis del Puech , qui a donné lieu à cet
article .
1
Meffire Marie-Henri de Salvert , fils de Meffire
Gilbert- François , Comte de Salvert , a époufé le s
Novembre dernier à Sceaux Dlle Charlotte -Henriette
de Sabrevois , fille de Meffire- Henri de Sabrevois
, Maréchal des camps & armées du Roi ,
Lieutenant général de l'artillerie , & Commandant
en chef le département d'Alface.
Meffire François de Boyffeulh , Capitaine de
Cavalerie au Régiment de Lufignan , fils de Meſſire
Charles , Comte de Boyffeulh , Lieutenant- Colonel
du Régiment de Marcieux ; & de Dame Mar.
the d'Abzac , époufa le 27 Novembre Dlle Marie-
Marguerite-Catherine Damblard de Lafmaftres ,
fille de Meffire Jean- Marie Damblard de Lafmaftres
, Commandant de la Venerie du Roi ; & de Da
186 MERCURE DE FRANCE.
me Catherine de Bauny. La bénédiction nuptiale
leur fut donnée par l'Evêque d'Arras dans l'Eglife
de la Paroiffe du Château à Verſailles , & la Comteffe
de Toulouſe affifta à cette cérémonie. Leur
contrat de mariage avoit été figné le 24 par leurs
Majeftés , & par la Famille royale.
Le 28 de Novembre fut faite dans la Chapelle
de l'Hôtel de Soubife la célébration du mariage de
Louis , Comte de Prie , Gouverneur de Bourbon-
Lancy , Moufquetaire de la Garde ordinaire du
Roi dans la premiere Compagnie , fils de François-
Leonor de Prie , Chevalier , Marquis-de Pla
nes & Courbepine , Seigneur haut jufticier de
Chauffée en Normandie , & de Thefmillon en
Bourgogne , Seigneur & Patron des Paroiffes de
Coquainvilliers , du Chefne , de Leffart en Normandie
, &c. Commandeur des Ordres réunis de
Notre Dame de Mont- Carmel & de S. Lazare ,
& ancien Capitaine de Cavalerie au Régiment
qui portoit le nom de fon frere aîné Louis II de
Prie , Marquis de Planes , dit le Marquis de Pries
& de Marie-Magdeleine- Genevieve Loquet , Dame
de Tolleville en Normandie , &c. avec Loui
fc - Camille -Victoire de Villette , fille de Pierres
Charles de Villette , Ecuyer , Seigneur du Pleffis-
Longueau, de Baficourt , d'Houdancourt , de Saron,
du Portail , &c . Confeiller du Roi en fes Con
feils , Commandeur , Tréforier de l'Ordre royal
& militaire de S. Louis , Tréforier général de
l'extraordinaire des guerres ; & de Thérèſe- Charlotte
Cordier de Launay , fille de Jacques Cordier
de Launay , Ecuyer , Seigneur de Valery , de
Dinant , de la Verriere , &c , ancien Thréforier
général de l'extraordinaire des guerres. Leur contrat
de mariage avoit été honoré le 24 de la fignature
du Roi , de la Reine , & de la Famille royale.
MARS 1755 . 187
Tous les avantages qui conftituent la grandeur
des Maifons , nobleffe dont l'origine fe perd dans
l'obfcurité des fiécles , poffeffion de grandes terres
, alliances illuftres , fervices importans rene
dus à l'Etat , dignités & honneurs qui en font la
jufte récompenfe , tous fe trouvent réunis dans la
Maifon de Prie , de laquelle il eft forti un Cardinal
, un Grand Pannetier , deux Grands- Queux, un
Grand Maître des Arbalêtriers de France , un
Chevalier des Ordres du Roi , des Capitaines de
Compagnies d'Ordonnance , & autres Officiers
de diftinction . Elle tire fon nom de la terre de
Prie en Nivernois , où elle a poffedé plufieurs
autres terres confidérables , auffi bien que dans le
Berry , entr'autres celle de Bufançois.
*
Elle eft connue depuis Geoffroi , Sire de Prie
qui fut préfent en 1178 à la donation faite par la
Comteffe de Nevers aux Religieux de Notre- Da
me de la Ferté -fur -l'Ifeure.
Un de fes defcendans , Philippe de Prie , Sei
gneur de Moulins en Berry , qualifié Chevalier
Banneret , étoit en 1338 Sénéchal de Beaucaire
& de Nîmes , dignité qui n'étoit alors donnée
qu'aux perfonnes de la plus haute naiffance. Ce
Seigneur qui fervit le Roi Philippe de Valois dans
différentes expéditions , laiffa de fa femme Ifabeau
de Sainte-Maure , Philippe de Prie , dit le Borgne,
Seigneur de Moulins. Celui - ci étoit en 1342 Maître
d'Hôtel du Duc de Normandie, qui fut depuis le Roi
Jean , & qui en récompenfe de fes fervices le fit
Capitaine fouverain & général au Bailliage de
Les poffeffeurs modernes de cette terre induits
apparemment en erreur par quelques Topographes
mal inftruits , en écrivent le nom Prix, il eſt écriz
Prie dans tous les anciens titres.
188 MERCURE DE FRANCE.
Bourges , & de cinquante hommes d'armes de fa
Compagnie.
Son fils Jean VII du nom , qualifié Sire de Prie
& de Bufançois, Seigneur de Châteauclos , de Gargilefle
& de Thefmillon , Chevalier Banneret , fur
appellé , fuivant des mémoires manuferits , Paon
de Prie , à caufe de fa magnificence. Il fe diftingua
principalement par fa fidélité envers le Roi
Jean , fait prifonnier à la bataille de Poitiers , &
le Dauphin Régent du Royaume , depuis Roi
Charles V. Il fut un des principaux Barons du
Berry , qui prirent les armes pour défendre cette
province contre l'invafion des troupes du Prince
de Galles . Il eut entr'autres enfans de fa femme ,
Philippe Courault.
Jean VIII , Chevalier , Sire de Prie & de Bufançois
, Confeiller & Chambellan du Roi , allié
avec llabeau de Chanac , de laquelle il laiffa Jean
& Antoine de Prie. L'aîné mérita par fes fervices
d'être élevé à la dignité de Grand Pannetier de
France , & s'attira par fa fidélité la haine du Roi
d'Angleterre , qui confifqua la terre de Prie , que
Charles VII rendit depuis à fes héritiers légitimes.
Il fut tué en 1427 d'un coup de vireton , en défendant
contre les Anglois la groffe tour de Bourges
, dont il étoit Capitaine.
Antoine , frere puîné de Jean VIII , qui l'avoit
forcé dans fa jeuneffe à fe faire Religieux dans
l'Abbaye de Déols , avoit paffé depuis dans l'Ordre
de Saint Jean de Jerufalem . Après la mort
fans enfans de ce frere aîné , il obtint difpenfe
de fes voeux ; il s'allia avec Magdeleine d'Amboife
, & continua la lignée , étant devenu Sire de
Prie & de Bufançois , Seigneur de Montpoupon
de Moulins & de Thefinillon. Il fut Chevalier,
MARS. 1755. 189
Confeiller & Chambellan du Roi Charles VII
& du Dauphin , & en 1431 Grand Queux de
France. Il prenoit la qualité de premier Baron de
Touraine ; il affifta, au lit de Juftice à Vendome
pour la décifion du procès du Duc d'Alençon , &
yfut affis à droite fur la même ligne que le haut
banc des Ducs & Comtes- Pairs de France . Il vendit
la Seigneurie de Prie à Imbert de la Plattiere ,
Seigneur de Bourdillon , Gentilhomme Nivernois,
qui devenu Maréchal de France, fut appellé le Maréchal
de Bourdillon . Par fon teftament il ordonna
que douze pucelles , vêtues de robes blanches de
fin lin , porteroient chacune à fon enterrement
un flambeau de cire blanche , du poids de deux
livres. Il laiffa , entr'autres enfans , trois fils , qui
furent élevés aux premieres dignités.
Louis I de Prie ( fils aîné d'Antoine ) , Chevalier
, Baron de Bufançois , Seigneur de Montpoupon
& de Thefmillon , Confeiller & Chambellan
du Roi , fut auffi Grand Queux de France. Cette
charge fut fupprimée après la mort , & l'exercice
en fut uni à celle de Grand Maître de l'Hôtel du
Roi. Il voulut que fes funerailles fe fiffent comme
celles de fon pere , en doublant le nombre des
pucelles. Il portoit, ainfi que fon pere, l'écu écartelé
au premier & au quatre de gueules, à trois tiercesfeuilles
d'or , qui eft Prie ; au fecond & au troisieme
d'or , à une aigle à deux têtes de fable , couronnée
de gueules , qui eft Bufançois * . Louis , Sire de
Prie , avoit été allié à Jeanne de Salazart , fille
de Jean de Salazart , Seigneur de Saint-Juſt & de
Marcilly , & de Marie de la Tremouille , Dame
de Saint - Fargeau. Leurs petits- fils Gabriel &
* La terre de Bufançois , l'une des plus confidé
rables du Berry , appartient aujourd'hui au Duc de
Saint-Aignan
190 MERCURE DE FRANCE.
René de Prie , moururent fans pofterité .
René de Prie , fils puîné d'Antoine , & coufingermain
, par la mere , du Cardinal d'Amboiſe
fut grand Archidiacre de Bourges , Proto-Notaire
apoftolique , Doyen de S. Hilaire de Poitiers ,
Abbé Commendataire de Sainte - Marie de Levroux,
de
de Notre Dame du Landais , du Bourg-Dieu ,
la Prée-fur-Arnon , & de Lire ; Evêque fucceffivement
de Leitoure , de Limoges & de Bayeux ;
enfin Cardinal en Janvier 1506 , & nommé le
Cardinal de Bayeux . Il fut un des membres du facré
Collége , qui tinrent le Concile de Piſe contre
le Pape Jules If. Il mourut le 9 de Septembre 1516 ,
& fut enterré dans fon Abbaye de la Prée.
Aimard I de Prie , ( troiſieme fils d'Antoine ) ;
Chevalier, Seigneur de Montpoupon , de la Motte ,
de Lezillé, de Thefmillon , & c. Confeiller & Chambellan
du Roi , Capitaine de cinquante Lances de
fes ordonnances , & Gouverneur du Pont Saint-
Efprit, fut Grand Maître des Arbalêtriers de France
, charge qui fut fupprimée après la mort arrivée
avant 1527. C'eſt la postérité qui fubfifte .
Il avoit été marié deux fois . De fa premiere
femme Claude de Choiſeul de Traves , il n'eut
que deux filles. La feconde , Claude de la Baume-
Chevalier , Montrevel , le fit pere d'Efme de Prie ,
Seigneur de Montpoupon , de Lezillé , de Toucy ,
de Thefmillon , de la Grange- Foffegiler , & c. Celui-
ci fut Capitaine de cinquante hommes d'armes
des ordonnances du Roi , Gouverneur & Lieutenant
pour le Roi en la ville d'Auxerre & pays
Auxerrois , Lieutenant général au Gouvernement
de Touraine , Blaifois & Vendomois , & Chevalier
de l'Ordre du Roi . De fon mariage avec Charlotte
de Rochefort de Pleuvaut , nâquit entr'autres eRfans
MAR S. 1755. 191
René de Prie , Chevalier , Baron de Toucy ,
Seigneur de Montpoupon , de Lezillé , de Thefmillon
, & c. Ecuyer d'Ecurie du Roi Charles IX ,
Gouverneur de Touraine . Celui - ci qui fut auffi
Chevalier de l'Ordre du Roi , époufa , par contrat
du 19 Novembre 1559 , Joffine de Selles, fille unique
d'Antoine de Selles , Seigneur de Beuzeville
& de Magdeleine de Ravenel . Leur fils aîné
Aimard II de Prie , Chevalier , Marquis de Tou
cy , Baron de Montpoupon , Seigneur de Thef--
millon , &c. Capitaine de cent hommes d'armes
des ordonnances du Roi , & Chevalier de fon Ordre
, fut député par la nobleffe du Bailliage d'Auxerre
aux Etats Généraux de 1614 : c'eft en conféquence
de fon mariage avec Louiſe , fille & hériere
pour moitié de Guillaume de Hautemer ,
Chevalier , Comte de Grancey , Seigneur de Fervaques
, de Planes , &c , Maréchal de France , &
Chevalier des Ordres du Roi , dit le Maréchal de
Fervaques , que la maifon de Prie fe trouve tranfplantée
en Normandie.
François de Prie , troifieme fils d'Aimard II , &
le feul qui ait continué la lignée , eut , du chef
de fa mere , la baronie de Planes en Normandie
& fut pere d'Aimard-Antoine de Prie , Chevalier ,
Baron de Planes , Seigneur de Coquainvilliers ,
du Chêne , de Marigny , &c . & Maréchal de bataille
des camps & armées du Roi. Celui - ci eut
pour fils Louis II & François- Leonor de Prię ,
pere de celui qui donne lieu à cet article .
Louis II de Prie , Baron , puis Marquis de Planes
, dit le Marquis de Prie , fut Colonel d'un Régiment
de Cavalerie de fon nom , Brigadier
des
armées du Roi , Chevalier de fes Ordres ; fon Ambaffadeur
auprès du Roi de Sardaigne , l'un des
Seigneurs attachés à l'éducation de Sa Majefté ,
192 MERCURE DE FRANCE:
Gouverneur de Bourbon -Lancy , & Lieutenant
général au Gouvernement du Bas- Languedoc ;
c'eft en fa faveur que les terres réunies de Planes
& de Courbepine furent érigées en Marquifat ,
fous le nom commun de Planes, par lettres du mois
de Février 1724. Il avoit eu conjointement avec
la Ducheffe de la Ferté fa coufine , l'honneur de
tenir fur les fonts de bapteme le Roi Louis XV.
glorieufement regnant.
La Maiſon de Prie tient par des alliances , la
plupart réiterées , aux anciennes Maifons de Bertrand-
Briquebec , de Chauvigny , de Sully , de
Craon , de Parthenay- l'Archevêque , de Boulogne,
de Châlon , d'Amboise - Chaumont , de Grailly-
Feix, d'Albret-Navarre; aux Maiſons exiftantes de
la Tour-d'Auvergne , de Rohan - Guemené , de Røhan-
Soubife , de Montmorenci-Laval , de Montmorenci-
Luxembourg , de la Tremouille , d'Uzès , de
Beauvilliers , d'Aumont , de Gévres , de Mailly ,
de Chabannes , de Bethune , de Rochefort - d'Aloigny
, de Choiseul , de Beauvau , ď’Alegre , de
Sennectere , de Sainte- Maure , de la Baune-Montrevel
, de Rouxel-Medavy , & à plufieurs autres des
premieres Maifons du Royaunie.
La Maiſon de Prie porte pour armes , de gueules
, à trois tierces-feuilles d'or , deux & une. Son
ancien cri de guerre eft cant d'oiſeaux ; & fa déwife
, non degener ortu.
Voyez l'Hiftoire généalogique des grands Officiers
de la Couronne ; l'Hiftoire de Berry, par la
Thaumafiere ; l'Hiftoire généalogique de la Maifon
de Chateigner , par André Duchêne. Les mémoires
de Michel de Maroles , Abbé de Villeloing,
&c. Voyez les Tablettes hiftoriques , tom. iv. p.
214.
Meffire Jofeph - François de Paule de Preaulx ,
de
MARS. 1755. 193
fils de Meffire Jofeph de Preaulx , Marquis de
Preaulx , a époufé le 2 Novembre dans la ville de
Château -Gontier en Anjou , Dlle Renée-Catheri
ne - Jeanne du Tertre de Sancé.
Meffire Jean-Baptifte-François- Gabriel - Louis
de Coutaud , Marquis de Coulanges , Capitaine de
Cavalerie au Régiment de Bourbon-Buffet , fils de
feu Meffire Jean de Coutaud , Baron de Coulanges
, & de Dame Marguerite de Polaftron , fut
marié le 7 Janvier à Dile Marie- Louife - Jofeph
de Calonne de Courtebonne , fille de feu Meffire
Louis-Jacques de Calonne , Marquis de Courtebonne
, Maréchal des camps & armées de Sa Majefté
, Lieutenant de Roi de la province d'Artois
& de Dame Ifabelle - Claire -Jofeph Guillain de la
Tour- Saint- Quentin.
Meffire Jean- Baptifte du Sauzay , Marquis du
Sauzay, Rebé , Amplepuis, Saint -Jean la Buxiere ,
Rono , Jarnoffe , & autres dépendances , Colonel
d'Infanterie , Lieutenant aux Gardes Françoiſes ,
fils de Meffire Dominique du Sauzay , Chevalier
Seigneur de Jarnoffe , & autres lieux , époufa le 8
de Janvier Dile Marguerite de Blotefiere - de Vauchelle
, fille de Meffire Nicolas de Blotefiere , Marquis
de Vauchelle , Lieutenant de Roi dans la
Province de Picardie , Meftre de camp de Cavalerie.
La bénédiction nuptiale leur a été donnée dans
la Chapelle de la Bibliothèque du Roi.
Le 10 Février Meffire Jean- Baptifte du Champ
d'Affant , Chevalier , Seigneur de la Motte , &
d'autres lieux , ancien Capitaine d'Infanterie
reftant feul de fa famille , une des plus anciennes
de nom & d'armes & des mieux alliées du Comté
de Bourgogne , fut marié dans la Chapelle du
Château de Montramé en Brie , avec Dlle Rofafie-
Louife du Tillet , fille de Meffire Charles- Clau
194 MERCURE DE FRANCE.
de du Tillet , Chevalier , Seigneur du Boui-Montramé
, Chalmaiſon , Chalantre la petite , Vicomte
de la Malmaiſon , Brigadier des armées du Roi ,
ancien Aide - Major & Enfeigne des Gardes du
Corps ; & de Dame Marie- Marguerite de Cueuret
de Nefle fes pere & mere. Ces deux Familles
font connues par leur ancienneté , leurs charges
& leurs alliances.
Dame Anne - Elizabeth - Marie - Rofe Briffart ,
épouse de Meffire Henri-Charles de Thiard de
Billy , Comte de Thiard , Brigadier de cavalerie ,
& Capitaine - Lieutenant de la compagnie des
Chevau-légers Dauphins , mourut à Paris , le 4
Octobre , âgée de vingt ans.
Marie- Louife- Charlotte , légitimée de Bourbon
, épouse de Meffire Nicolas de Chaugy .
Comte de Rouffillon , Maréchal des camps & armées
du Roi , eft morte les , en la même ville
dans la cinquante- cinquième année de fon âge.
>
Le même jour eft décedée au vieux Louvre ,
Dame Marie - Roſe Teffier , épouſe de Meffire
Jean-Louis Quentin de Richebourg , Marquis
de Champcenetz.
Honoré le. Tellier , Comte de Souvré , fils de
François- Louis le Tellier , Comte de Rebenac ,
Marquis del Souvré , eft mort le 7.
Le fieur Pierre Dedelay de la Garde , l'un des
quarante Fermiers généraux de Sa Majeſté , eſt
mort le 10.
Charles-Pierre de la Chaftre , fils de Meffire
Charles-Louis de la Chaftre , Comte de Nançai ,
Brigadier des armées du Roi , eft mort le 16.
Meffire Charles- Antoine-Armand- Odet d'Aydie
, Comte de Riberac , ancien Colonel d'un
régiment d'infanterie , eft mort le 1 Novembre
MARS. 1755. 195
à fa terre de la Ville-aux-Clercs , dans la foixante
& dixième année de fon âge.
Frere Jean-François Fraguier , Chevalier de
l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem , Comman
deur de la Commenderie de Beauvais en Gâtinois
& Titulaire du Membre de Dieu- Lamant , dépendant
du grand Prieuré de France , mourut à
Paris le 2 , âgé de foixante & treize ans.
Dame Gabrielle de Murviel , épouse de Meffire
Henri de Carion , Marquis de Nizas , Lieutenant
général des armées de Sa Majeſté , eft morte le
Novembre dans fes terres en Languedoc , âgée
de foixante & dix ans .
Meffire Michel Larcher, Maître des Requêtes,
eft mort le 10.
Meffire Jofeph Darbaud , Brigadier de cavale
rie , mourut à Paris le 14 , âgé de cinquanteneuf
ans.
Dame Marie-Anne d'Azemar, veuve de Meffire
Jerôme du Faur , Comte de Pibrac , eft morte le
14 à Toulouſe , dans fa foixante & quinziéme
année.
Meffire Henri de Carion , Marquis de Nizas ,
Lieutenant général des armées du Roi , eft mort
le is dans fes terres en Languedoc , âgé de
quatre-vingt-quatorze ans.
Jacques de Lomagne-Tarride , Vicomte titu
laire de Tarride , Seigneur de Baringue , Vicomte
d'Efcures , Baron du Mont & de Couhain , mou◄
rut dans fa quatre- vingtiéme année , le 16 Novembre
1754 , dans fon château de Simacourbe
en Bearn. Il étoit l'aîné de la Maifon des derniers
Vicomtes de Lomagne , iflus, des Comtes d'Armagnac
. Il a laiffé de Marguerite de Foix-Candale
, fa veuve , deux garçons , dont l'un eft
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Capitaine au régiment du Roi, & l'autre eft au Séminaire
de faint Sulpice,
Melfire Pierre- Gabriel-Louis le Neuf de Sourdeval
, Brigadier d'infanterie , eft mort le même
jour , dans fa cinquante -quatriéme année .
Dame Anne-Marie Rouillé , veuve de Meffire
Louis de Bernage , Confeiller d'Etat ordinaire
mourut à Paris le 21 , âgée de près de quatrevingt
& onze ans.
Rolland Puchot- Defalleurs , Comte Defalleurs,
Ambaffadeur de France à la Porte , eft mort à
Conftantinople le 23 Novembre dernier.
Meffire N ....... du Chambon , Lieutenant
général des armées du Roi , & ci-devant Major de
la compagnie des Gendarmes de la garde ordinaire
de Sa Majesté , eft mort le 1 Décembre en
fon château de Pierrefitte , près de Moulins , âgé
de quatre-vingt- quatre ans.
Meffire Jofeph Brunet de Raney , Brigadier
d'infanterie , ci-devant Commandant d'un bataillon
du régiment des Gardes- Françoifes , eft
mort le 3 , dans la foixante - huitième année de
fon âge,
Conftance - Françoife Duffon de Bonnac ,
époufe de Charles - Antoine - François - Marie ,
Marquis de Wignacourt , mourut à Paris le 7 ,
âgée de trente ans. Elle étoit petite fille de
Charles-Armand de Gontaut , Duc de Biron , Pair
& Doyen des Maréchaux de France , & foeur du
Marquis de Bonnac , Ambafladeur en Hollande .
Elle avoit été mariée le 9 Mai 1749 , dans la
chapelle de l'Evêché de Pamiers, par Henri Gaſton
de Levis , Evêque de cette ville , au Marquis de
Vignacourt , fils de Robert - Antoine , Comte
de Wignacourt , chef de toutes les branches de
Fancienne Maifon de Wignacourt , établies en
MARS. 1755. 197
Picardie , Champagne , &c. De cette Maiſon font
fortis Alof & Adrien de Wignacourt , élus Grands-
Maîtres de Malthe en 1601 & 1690. La Marquife
de Wignacourt laifle de fon mariage une fille
unique , Charlotte- Antoinette-Conftance- Louife-
Françoife de Wignacourt , née le 30 Octobre
1750.
M. Antoine Ralet de Chalet , ancien Secrétaire
du Roi , près le Parlement de Bretagne , eft mort
le 9 à Paris , âgé de cent & trois ans.
Meffire Louis le Maire , Maréchal des camps
& armées du Roi , Directeur des fortifications
d'une partie des places de Flandre & du Hainault ,
eft mort à Abbeville le 10 , âgé de quatre - vingtdix
ans. Il étoit le plus ancien Ingénieur du
royaume , & il avoit commencé à fervir en
1680 .
Dame Marie-Therefe de Mizon , épouse du
Comte de Muy , Confeiller d'Etat d'épée , Directeur
général des Oeconomats & ci-devant
fous- Gouverneur de Monfeigneur le Dauphin ,
mourut le 13 à Verſailles , dans fa foixante &
treizième année .
༈
Meffire Charles Foucault , Brigadier de cavalerie
, eftmort le 14 , âgé de foixante & dix-sept ans.
Nicolas-Jofeph- Balthazar de Langlade , Vicomte
du Chayla , Chevalier des Ordres du Roi ,
Lieutenant général des armées de Sa Majeſté ,
Directeur général de la cavalerie , Gouverneur de.
Villefranche en Rouffillon , Gouverneur , Sénéchal
& Grand Bailli du Duché de Mercoeur' , mourut
à Paris le 16 , âgé d'environ ſoixante & douze
ans.
Meffire Pierre-Maximilien Pajot de Villeperrot ,
Maréchal des camps & armées de Sa Majefté , eft
mort le 19 , en ſa ſoixante & onzième année.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Guillaume-Anne , Comte d'Albemarle , Vicomte
Bury, Baron d'Ashford , Pair de la Grande-
Bretagne , Chevalier de l'Ordre de la Jarretiere ,
premier Gentilhomme de la chambre de Sa Majefté
Britannique , & fon Ambaffadeur extraordimaire
& plénipotentiaire auprès du Roi , mourut
à Paris le 22 , âgé de cinquante-deux ans. Il
étoit Lieutenant général des armées de la Grande-
Bretagne , Colonel du ſecond régiment des Gardes
Angloifes , Gouverneur & Capitaine général
de la Virginie.
Antoine François , Comte de Chabannes , Lieutenant
général des armées du Roi , Grand- Croix
de l'Ordre royal & militaire de Saint Louis ,
Gouverneur de Verdun & du Verdunois , ci-devant
Lieutenant-Colonel du régiment des Gardes-
Françoifes , eft mort en cette Ville le 23 , dans fa
foixante-huitième année.
Dame Marie-Julie de la Jaille , épouſe d'André-
Antoine , Vicomte de Sabran , des Comtes de
Forcalquier , Mestre de camp de cavalerie , Aide-
Major de la Gendarmerie , mourut à Paris le
même jour , dans fa quarante- cinquiéme année.
Meffire Aymard- Charles de Nicolaï , fils de
Meffire Aymard-Jean de Nicolaï , premier Pré
fident de la Chambre des Comptes , & de Magdeleine-
Charlotte -Guillelmine- Léontine de Vintimille
du Luc , eft mort à Paris le 29 , âgé de
vingt ans.
René-François , Marquis du Châtelet , & de
Grandfeille , Baron de Cirey , Lieutenant général
des troupes de l'Empereur , & ci-devant Commandant
en chef dans le grand Duché de Tof.
cane , eft mort le 2 Janvier , à Blamont en Lorraine
, âgé de foixante - fept ans.
Dame Marie-Thereſe de Meſmes , veuve de
M.AR S. 1755. 199
Meffire François de la Roche , Marquis de Fontenilles
mourut à Paris le 6 Janvier âgée de
quatre-vingt-fept ans.
Dame Marie-Jeanne Frefeau de la Frefeliere
épouse de Mefire Nicolas Doublet de Perfan
Maître des Requêtes , & Intendant du commerce,
eft morte à Paris le 16 , dans fa quarante-neuviéme
année.
I.e 19 eft décedé Meffire Alexandre de Bauffan,
Maître des Requêtes , dans la vingt- huitiéme année
de fon âge.
Huguette- Gabrielle de Lufignan de Lezay ;
épouse de M. Lancelot , Comte de Turpin de Crif
fe , Brigadier de cavalerie , mourut le 25 , âgée
de vingt-cinq ans.
Thomas Caraccioli , Napolitain , le plus ancien
Lieutenant général des armées du Roi , eft
mort le 26 , dans fa cent & troifiéme année. Le
Marquis de Caraccioli étoit de l'illuftre Maifon
de ce nom. Il avoit été Gouverneur de Briançon ,
& Commandant des villes de Mezieres , de Charleville
, & de Sedan
Anne le Roux veuve en fecondes nôces de
Jean Druart , eft morte le 16 Octobre , à Paris ,
fur la paroiffe de faint Severin , âgée de près de
cent-vingt ans. Elle étoit née à Dormont , dans
le Diocèle d'Evreux , & elle avoit douze ans lorfqu'en
1646 ce hameau fut confumé par un incendie.
La nommée Marie Blanchard , veuve de ' Jean
Manfeau , eft morte le 30 Octobre dernier , au
château de Champs - Cremainville , paroiffe de
Melleray , Diocèfè de Chartres , âgée de [centtrois
ans neuf mois , n'ayant aucune des infirmités
de la vieilleffe ; elle voyoit & entendoit trèsbien
, & elle marchoit fans bâton. Dans le mois
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
d'Octobre de l'année derniere elle alla à une
petite ville du Perche , diftante de trois lieues de
Champs , & elle en revint le même jour fur une
charrette chargée de meubles , où elle étoit d'autant
moins à fon aife , que le tems étoit très-froid
& très- pluvieux.
MARIAGES ET MORTS.
E31 Janvier , Dame Marie - Jeanne Moreau
- -
Puech , Seigneur de Laloubiere , eſt accouchée
d'un fils qui a été baptifé le même jour en l'Eglife
de S. Euſtache de Paris , & nommé Marie - André-
Louis.
Voyez fur la famille del Puech le Mercure de
Janvier au fujet du mariage du fils aîné de François
del Puech de Comeiras , Brigadier des armées
du Roi , coufin germain paternel de Jean- Pierre-
Louis del Puech de Laloubiere,, pere de Marie-
André - Louis del Puech , qui a donné lieu à cet
article .
1
Meffire Marie-Henri de Salvert , fils de Meffire
Gilbert- François , Comte de Salvert , a époufé le s
Novembre dernier à Sceaux Dlle Charlotte -Henriette
de Sabrevois , fille de Meffire- Henri de Sabrevois
, Maréchal des camps & armées du Roi ,
Lieutenant général de l'artillerie , & Commandant
en chef le département d'Alface.
Meffire François de Boyffeulh , Capitaine de
Cavalerie au Régiment de Lufignan , fils de Meſſire
Charles , Comte de Boyffeulh , Lieutenant- Colonel
du Régiment de Marcieux ; & de Dame Mar.
the d'Abzac , époufa le 27 Novembre Dlle Marie-
Marguerite-Catherine Damblard de Lafmaftres ,
fille de Meffire Jean- Marie Damblard de Lafmaftres
, Commandant de la Venerie du Roi ; & de Da
186 MERCURE DE FRANCE.
me Catherine de Bauny. La bénédiction nuptiale
leur fut donnée par l'Evêque d'Arras dans l'Eglife
de la Paroiffe du Château à Verſailles , & la Comteffe
de Toulouſe affifta à cette cérémonie. Leur
contrat de mariage avoit été figné le 24 par leurs
Majeftés , & par la Famille royale.
Le 28 de Novembre fut faite dans la Chapelle
de l'Hôtel de Soubife la célébration du mariage de
Louis , Comte de Prie , Gouverneur de Bourbon-
Lancy , Moufquetaire de la Garde ordinaire du
Roi dans la premiere Compagnie , fils de François-
Leonor de Prie , Chevalier , Marquis-de Pla
nes & Courbepine , Seigneur haut jufticier de
Chauffée en Normandie , & de Thefmillon en
Bourgogne , Seigneur & Patron des Paroiffes de
Coquainvilliers , du Chefne , de Leffart en Normandie
, &c. Commandeur des Ordres réunis de
Notre Dame de Mont- Carmel & de S. Lazare ,
& ancien Capitaine de Cavalerie au Régiment
qui portoit le nom de fon frere aîné Louis II de
Prie , Marquis de Planes , dit le Marquis de Pries
& de Marie-Magdeleine- Genevieve Loquet , Dame
de Tolleville en Normandie , &c. avec Loui
fc - Camille -Victoire de Villette , fille de Pierres
Charles de Villette , Ecuyer , Seigneur du Pleffis-
Longueau, de Baficourt , d'Houdancourt , de Saron,
du Portail , &c . Confeiller du Roi en fes Con
feils , Commandeur , Tréforier de l'Ordre royal
& militaire de S. Louis , Tréforier général de
l'extraordinaire des guerres ; & de Thérèſe- Charlotte
Cordier de Launay , fille de Jacques Cordier
de Launay , Ecuyer , Seigneur de Valery , de
Dinant , de la Verriere , &c , ancien Thréforier
général de l'extraordinaire des guerres. Leur contrat
de mariage avoit été honoré le 24 de la fignature
du Roi , de la Reine , & de la Famille royale.
MARS 1755 . 187
Tous les avantages qui conftituent la grandeur
des Maifons , nobleffe dont l'origine fe perd dans
l'obfcurité des fiécles , poffeffion de grandes terres
, alliances illuftres , fervices importans rene
dus à l'Etat , dignités & honneurs qui en font la
jufte récompenfe , tous fe trouvent réunis dans la
Maifon de Prie , de laquelle il eft forti un Cardinal
, un Grand Pannetier , deux Grands- Queux, un
Grand Maître des Arbalêtriers de France , un
Chevalier des Ordres du Roi , des Capitaines de
Compagnies d'Ordonnance , & autres Officiers
de diftinction . Elle tire fon nom de la terre de
Prie en Nivernois , où elle a poffedé plufieurs
autres terres confidérables , auffi bien que dans le
Berry , entr'autres celle de Bufançois.
*
Elle eft connue depuis Geoffroi , Sire de Prie
qui fut préfent en 1178 à la donation faite par la
Comteffe de Nevers aux Religieux de Notre- Da
me de la Ferté -fur -l'Ifeure.
Un de fes defcendans , Philippe de Prie , Sei
gneur de Moulins en Berry , qualifié Chevalier
Banneret , étoit en 1338 Sénéchal de Beaucaire
& de Nîmes , dignité qui n'étoit alors donnée
qu'aux perfonnes de la plus haute naiffance. Ce
Seigneur qui fervit le Roi Philippe de Valois dans
différentes expéditions , laiffa de fa femme Ifabeau
de Sainte-Maure , Philippe de Prie , dit le Borgne,
Seigneur de Moulins. Celui - ci étoit en 1342 Maître
d'Hôtel du Duc de Normandie, qui fut depuis le Roi
Jean , & qui en récompenfe de fes fervices le fit
Capitaine fouverain & général au Bailliage de
Les poffeffeurs modernes de cette terre induits
apparemment en erreur par quelques Topographes
mal inftruits , en écrivent le nom Prix, il eſt écriz
Prie dans tous les anciens titres.
188 MERCURE DE FRANCE.
Bourges , & de cinquante hommes d'armes de fa
Compagnie.
Son fils Jean VII du nom , qualifié Sire de Prie
& de Bufançois, Seigneur de Châteauclos , de Gargilefle
& de Thefmillon , Chevalier Banneret , fur
appellé , fuivant des mémoires manuferits , Paon
de Prie , à caufe de fa magnificence. Il fe diftingua
principalement par fa fidélité envers le Roi
Jean , fait prifonnier à la bataille de Poitiers , &
le Dauphin Régent du Royaume , depuis Roi
Charles V. Il fut un des principaux Barons du
Berry , qui prirent les armes pour défendre cette
province contre l'invafion des troupes du Prince
de Galles . Il eut entr'autres enfans de fa femme ,
Philippe Courault.
Jean VIII , Chevalier , Sire de Prie & de Bufançois
, Confeiller & Chambellan du Roi , allié
avec llabeau de Chanac , de laquelle il laiffa Jean
& Antoine de Prie. L'aîné mérita par fes fervices
d'être élevé à la dignité de Grand Pannetier de
France , & s'attira par fa fidélité la haine du Roi
d'Angleterre , qui confifqua la terre de Prie , que
Charles VII rendit depuis à fes héritiers légitimes.
Il fut tué en 1427 d'un coup de vireton , en défendant
contre les Anglois la groffe tour de Bourges
, dont il étoit Capitaine.
Antoine , frere puîné de Jean VIII , qui l'avoit
forcé dans fa jeuneffe à fe faire Religieux dans
l'Abbaye de Déols , avoit paffé depuis dans l'Ordre
de Saint Jean de Jerufalem . Après la mort
fans enfans de ce frere aîné , il obtint difpenfe
de fes voeux ; il s'allia avec Magdeleine d'Amboife
, & continua la lignée , étant devenu Sire de
Prie & de Bufançois , Seigneur de Montpoupon
de Moulins & de Thefinillon. Il fut Chevalier,
MARS. 1755. 189
Confeiller & Chambellan du Roi Charles VII
& du Dauphin , & en 1431 Grand Queux de
France. Il prenoit la qualité de premier Baron de
Touraine ; il affifta, au lit de Juftice à Vendome
pour la décifion du procès du Duc d'Alençon , &
yfut affis à droite fur la même ligne que le haut
banc des Ducs & Comtes- Pairs de France . Il vendit
la Seigneurie de Prie à Imbert de la Plattiere ,
Seigneur de Bourdillon , Gentilhomme Nivernois,
qui devenu Maréchal de France, fut appellé le Maréchal
de Bourdillon . Par fon teftament il ordonna
que douze pucelles , vêtues de robes blanches de
fin lin , porteroient chacune à fon enterrement
un flambeau de cire blanche , du poids de deux
livres. Il laiffa , entr'autres enfans , trois fils , qui
furent élevés aux premieres dignités.
Louis I de Prie ( fils aîné d'Antoine ) , Chevalier
, Baron de Bufançois , Seigneur de Montpoupon
& de Thefmillon , Confeiller & Chambellan
du Roi , fut auffi Grand Queux de France. Cette
charge fut fupprimée après la mort , & l'exercice
en fut uni à celle de Grand Maître de l'Hôtel du
Roi. Il voulut que fes funerailles fe fiffent comme
celles de fon pere , en doublant le nombre des
pucelles. Il portoit, ainfi que fon pere, l'écu écartelé
au premier & au quatre de gueules, à trois tiercesfeuilles
d'or , qui eft Prie ; au fecond & au troisieme
d'or , à une aigle à deux têtes de fable , couronnée
de gueules , qui eft Bufançois * . Louis , Sire de
Prie , avoit été allié à Jeanne de Salazart , fille
de Jean de Salazart , Seigneur de Saint-Juſt & de
Marcilly , & de Marie de la Tremouille , Dame
de Saint - Fargeau. Leurs petits- fils Gabriel &
* La terre de Bufançois , l'une des plus confidé
rables du Berry , appartient aujourd'hui au Duc de
Saint-Aignan
190 MERCURE DE FRANCE.
René de Prie , moururent fans pofterité .
René de Prie , fils puîné d'Antoine , & coufingermain
, par la mere , du Cardinal d'Amboiſe
fut grand Archidiacre de Bourges , Proto-Notaire
apoftolique , Doyen de S. Hilaire de Poitiers ,
Abbé Commendataire de Sainte - Marie de Levroux,
de
de Notre Dame du Landais , du Bourg-Dieu ,
la Prée-fur-Arnon , & de Lire ; Evêque fucceffivement
de Leitoure , de Limoges & de Bayeux ;
enfin Cardinal en Janvier 1506 , & nommé le
Cardinal de Bayeux . Il fut un des membres du facré
Collége , qui tinrent le Concile de Piſe contre
le Pape Jules If. Il mourut le 9 de Septembre 1516 ,
& fut enterré dans fon Abbaye de la Prée.
Aimard I de Prie , ( troiſieme fils d'Antoine ) ;
Chevalier, Seigneur de Montpoupon , de la Motte ,
de Lezillé, de Thefmillon , & c. Confeiller & Chambellan
du Roi , Capitaine de cinquante Lances de
fes ordonnances , & Gouverneur du Pont Saint-
Efprit, fut Grand Maître des Arbalêtriers de France
, charge qui fut fupprimée après la mort arrivée
avant 1527. C'eſt la postérité qui fubfifte .
Il avoit été marié deux fois . De fa premiere
femme Claude de Choiſeul de Traves , il n'eut
que deux filles. La feconde , Claude de la Baume-
Chevalier , Montrevel , le fit pere d'Efme de Prie ,
Seigneur de Montpoupon , de Lezillé , de Toucy ,
de Thefmillon , de la Grange- Foffegiler , & c. Celui-
ci fut Capitaine de cinquante hommes d'armes
des ordonnances du Roi , Gouverneur & Lieutenant
pour le Roi en la ville d'Auxerre & pays
Auxerrois , Lieutenant général au Gouvernement
de Touraine , Blaifois & Vendomois , & Chevalier
de l'Ordre du Roi . De fon mariage avec Charlotte
de Rochefort de Pleuvaut , nâquit entr'autres eRfans
MAR S. 1755. 191
René de Prie , Chevalier , Baron de Toucy ,
Seigneur de Montpoupon , de Lezillé , de Thefmillon
, & c. Ecuyer d'Ecurie du Roi Charles IX ,
Gouverneur de Touraine . Celui - ci qui fut auffi
Chevalier de l'Ordre du Roi , époufa , par contrat
du 19 Novembre 1559 , Joffine de Selles, fille unique
d'Antoine de Selles , Seigneur de Beuzeville
& de Magdeleine de Ravenel . Leur fils aîné
Aimard II de Prie , Chevalier , Marquis de Tou
cy , Baron de Montpoupon , Seigneur de Thef--
millon , &c. Capitaine de cent hommes d'armes
des ordonnances du Roi , & Chevalier de fon Ordre
, fut député par la nobleffe du Bailliage d'Auxerre
aux Etats Généraux de 1614 : c'eft en conféquence
de fon mariage avec Louiſe , fille & hériere
pour moitié de Guillaume de Hautemer ,
Chevalier , Comte de Grancey , Seigneur de Fervaques
, de Planes , &c , Maréchal de France , &
Chevalier des Ordres du Roi , dit le Maréchal de
Fervaques , que la maifon de Prie fe trouve tranfplantée
en Normandie.
François de Prie , troifieme fils d'Aimard II , &
le feul qui ait continué la lignée , eut , du chef
de fa mere , la baronie de Planes en Normandie
& fut pere d'Aimard-Antoine de Prie , Chevalier ,
Baron de Planes , Seigneur de Coquainvilliers ,
du Chêne , de Marigny , &c . & Maréchal de bataille
des camps & armées du Roi. Celui - ci eut
pour fils Louis II & François- Leonor de Prię ,
pere de celui qui donne lieu à cet article .
Louis II de Prie , Baron , puis Marquis de Planes
, dit le Marquis de Prie , fut Colonel d'un Régiment
de Cavalerie de fon nom , Brigadier
des
armées du Roi , Chevalier de fes Ordres ; fon Ambaffadeur
auprès du Roi de Sardaigne , l'un des
Seigneurs attachés à l'éducation de Sa Majefté ,
192 MERCURE DE FRANCE:
Gouverneur de Bourbon -Lancy , & Lieutenant
général au Gouvernement du Bas- Languedoc ;
c'eft en fa faveur que les terres réunies de Planes
& de Courbepine furent érigées en Marquifat ,
fous le nom commun de Planes, par lettres du mois
de Février 1724. Il avoit eu conjointement avec
la Ducheffe de la Ferté fa coufine , l'honneur de
tenir fur les fonts de bapteme le Roi Louis XV.
glorieufement regnant.
La Maiſon de Prie tient par des alliances , la
plupart réiterées , aux anciennes Maifons de Bertrand-
Briquebec , de Chauvigny , de Sully , de
Craon , de Parthenay- l'Archevêque , de Boulogne,
de Châlon , d'Amboise - Chaumont , de Grailly-
Feix, d'Albret-Navarre; aux Maiſons exiftantes de
la Tour-d'Auvergne , de Rohan - Guemené , de Røhan-
Soubife , de Montmorenci-Laval , de Montmorenci-
Luxembourg , de la Tremouille , d'Uzès , de
Beauvilliers , d'Aumont , de Gévres , de Mailly ,
de Chabannes , de Bethune , de Rochefort - d'Aloigny
, de Choiseul , de Beauvau , ď’Alegre , de
Sennectere , de Sainte- Maure , de la Baune-Montrevel
, de Rouxel-Medavy , & à plufieurs autres des
premieres Maifons du Royaunie.
La Maiſon de Prie porte pour armes , de gueules
, à trois tierces-feuilles d'or , deux & une. Son
ancien cri de guerre eft cant d'oiſeaux ; & fa déwife
, non degener ortu.
Voyez l'Hiftoire généalogique des grands Officiers
de la Couronne ; l'Hiftoire de Berry, par la
Thaumafiere ; l'Hiftoire généalogique de la Maifon
de Chateigner , par André Duchêne. Les mémoires
de Michel de Maroles , Abbé de Villeloing,
&c. Voyez les Tablettes hiftoriques , tom. iv. p.
214.
Meffire Jofeph - François de Paule de Preaulx ,
de
MARS. 1755. 193
fils de Meffire Jofeph de Preaulx , Marquis de
Preaulx , a époufé le 2 Novembre dans la ville de
Château -Gontier en Anjou , Dlle Renée-Catheri
ne - Jeanne du Tertre de Sancé.
Meffire Jean-Baptifte-François- Gabriel - Louis
de Coutaud , Marquis de Coulanges , Capitaine de
Cavalerie au Régiment de Bourbon-Buffet , fils de
feu Meffire Jean de Coutaud , Baron de Coulanges
, & de Dame Marguerite de Polaftron , fut
marié le 7 Janvier à Dile Marie- Louife - Jofeph
de Calonne de Courtebonne , fille de feu Meffire
Louis-Jacques de Calonne , Marquis de Courtebonne
, Maréchal des camps & armées de Sa Majefté
, Lieutenant de Roi de la province d'Artois
& de Dame Ifabelle - Claire -Jofeph Guillain de la
Tour- Saint- Quentin.
Meffire Jean- Baptifte du Sauzay , Marquis du
Sauzay, Rebé , Amplepuis, Saint -Jean la Buxiere ,
Rono , Jarnoffe , & autres dépendances , Colonel
d'Infanterie , Lieutenant aux Gardes Françoiſes ,
fils de Meffire Dominique du Sauzay , Chevalier
Seigneur de Jarnoffe , & autres lieux , époufa le 8
de Janvier Dile Marguerite de Blotefiere - de Vauchelle
, fille de Meffire Nicolas de Blotefiere , Marquis
de Vauchelle , Lieutenant de Roi dans la
Province de Picardie , Meftre de camp de Cavalerie.
La bénédiction nuptiale leur a été donnée dans
la Chapelle de la Bibliothèque du Roi.
Le 10 Février Meffire Jean- Baptifte du Champ
d'Affant , Chevalier , Seigneur de la Motte , &
d'autres lieux , ancien Capitaine d'Infanterie
reftant feul de fa famille , une des plus anciennes
de nom & d'armes & des mieux alliées du Comté
de Bourgogne , fut marié dans la Chapelle du
Château de Montramé en Brie , avec Dlle Rofafie-
Louife du Tillet , fille de Meffire Charles- Clau
194 MERCURE DE FRANCE.
de du Tillet , Chevalier , Seigneur du Boui-Montramé
, Chalmaiſon , Chalantre la petite , Vicomte
de la Malmaiſon , Brigadier des armées du Roi ,
ancien Aide - Major & Enfeigne des Gardes du
Corps ; & de Dame Marie- Marguerite de Cueuret
de Nefle fes pere & mere. Ces deux Familles
font connues par leur ancienneté , leurs charges
& leurs alliances.
Dame Anne - Elizabeth - Marie - Rofe Briffart ,
épouse de Meffire Henri-Charles de Thiard de
Billy , Comte de Thiard , Brigadier de cavalerie ,
& Capitaine - Lieutenant de la compagnie des
Chevau-légers Dauphins , mourut à Paris , le 4
Octobre , âgée de vingt ans.
Marie- Louife- Charlotte , légitimée de Bourbon
, épouse de Meffire Nicolas de Chaugy .
Comte de Rouffillon , Maréchal des camps & armées
du Roi , eft morte les , en la même ville
dans la cinquante- cinquième année de fon âge.
>
Le même jour eft décedée au vieux Louvre ,
Dame Marie - Roſe Teffier , épouſe de Meffire
Jean-Louis Quentin de Richebourg , Marquis
de Champcenetz.
Honoré le. Tellier , Comte de Souvré , fils de
François- Louis le Tellier , Comte de Rebenac ,
Marquis del Souvré , eft mort le 7.
Le fieur Pierre Dedelay de la Garde , l'un des
quarante Fermiers généraux de Sa Majeſté , eſt
mort le 10.
Charles-Pierre de la Chaftre , fils de Meffire
Charles-Louis de la Chaftre , Comte de Nançai ,
Brigadier des armées du Roi , eft mort le 16.
Meffire Charles- Antoine-Armand- Odet d'Aydie
, Comte de Riberac , ancien Colonel d'un
régiment d'infanterie , eft mort le 1 Novembre
MARS. 1755. 195
à fa terre de la Ville-aux-Clercs , dans la foixante
& dixième année de fon âge.
Frere Jean-François Fraguier , Chevalier de
l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem , Comman
deur de la Commenderie de Beauvais en Gâtinois
& Titulaire du Membre de Dieu- Lamant , dépendant
du grand Prieuré de France , mourut à
Paris le 2 , âgé de foixante & treize ans.
Dame Gabrielle de Murviel , épouse de Meffire
Henri de Carion , Marquis de Nizas , Lieutenant
général des armées de Sa Majeſté , eft morte le
Novembre dans fes terres en Languedoc , âgée
de foixante & dix ans .
Meffire Michel Larcher, Maître des Requêtes,
eft mort le 10.
Meffire Jofeph Darbaud , Brigadier de cavale
rie , mourut à Paris le 14 , âgé de cinquanteneuf
ans.
Dame Marie-Anne d'Azemar, veuve de Meffire
Jerôme du Faur , Comte de Pibrac , eft morte le
14 à Toulouſe , dans fa foixante & quinziéme
année.
Meffire Henri de Carion , Marquis de Nizas ,
Lieutenant général des armées du Roi , eft mort
le is dans fes terres en Languedoc , âgé de
quatre-vingt-quatorze ans.
Jacques de Lomagne-Tarride , Vicomte titu
laire de Tarride , Seigneur de Baringue , Vicomte
d'Efcures , Baron du Mont & de Couhain , mou◄
rut dans fa quatre- vingtiéme année , le 16 Novembre
1754 , dans fon château de Simacourbe
en Bearn. Il étoit l'aîné de la Maifon des derniers
Vicomtes de Lomagne , iflus, des Comtes d'Armagnac
. Il a laiffé de Marguerite de Foix-Candale
, fa veuve , deux garçons , dont l'un eft
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Capitaine au régiment du Roi, & l'autre eft au Séminaire
de faint Sulpice,
Melfire Pierre- Gabriel-Louis le Neuf de Sourdeval
, Brigadier d'infanterie , eft mort le même
jour , dans fa cinquante -quatriéme année .
Dame Anne-Marie Rouillé , veuve de Meffire
Louis de Bernage , Confeiller d'Etat ordinaire
mourut à Paris le 21 , âgée de près de quatrevingt
& onze ans.
Rolland Puchot- Defalleurs , Comte Defalleurs,
Ambaffadeur de France à la Porte , eft mort à
Conftantinople le 23 Novembre dernier.
Meffire N ....... du Chambon , Lieutenant
général des armées du Roi , & ci-devant Major de
la compagnie des Gendarmes de la garde ordinaire
de Sa Majesté , eft mort le 1 Décembre en
fon château de Pierrefitte , près de Moulins , âgé
de quatre-vingt- quatre ans.
Meffire Jofeph Brunet de Raney , Brigadier
d'infanterie , ci-devant Commandant d'un bataillon
du régiment des Gardes- Françoifes , eft
mort le 3 , dans la foixante - huitième année de
fon âge,
Conftance - Françoife Duffon de Bonnac ,
époufe de Charles - Antoine - François - Marie ,
Marquis de Wignacourt , mourut à Paris le 7 ,
âgée de trente ans. Elle étoit petite fille de
Charles-Armand de Gontaut , Duc de Biron , Pair
& Doyen des Maréchaux de France , & foeur du
Marquis de Bonnac , Ambafladeur en Hollande .
Elle avoit été mariée le 9 Mai 1749 , dans la
chapelle de l'Evêché de Pamiers, par Henri Gaſton
de Levis , Evêque de cette ville , au Marquis de
Vignacourt , fils de Robert - Antoine , Comte
de Wignacourt , chef de toutes les branches de
Fancienne Maifon de Wignacourt , établies en
MARS. 1755. 197
Picardie , Champagne , &c. De cette Maiſon font
fortis Alof & Adrien de Wignacourt , élus Grands-
Maîtres de Malthe en 1601 & 1690. La Marquife
de Wignacourt laifle de fon mariage une fille
unique , Charlotte- Antoinette-Conftance- Louife-
Françoife de Wignacourt , née le 30 Octobre
1750.
M. Antoine Ralet de Chalet , ancien Secrétaire
du Roi , près le Parlement de Bretagne , eft mort
le 9 à Paris , âgé de cent & trois ans.
Meffire Louis le Maire , Maréchal des camps
& armées du Roi , Directeur des fortifications
d'une partie des places de Flandre & du Hainault ,
eft mort à Abbeville le 10 , âgé de quatre - vingtdix
ans. Il étoit le plus ancien Ingénieur du
royaume , & il avoit commencé à fervir en
1680 .
Dame Marie-Therefe de Mizon , épouse du
Comte de Muy , Confeiller d'Etat d'épée , Directeur
général des Oeconomats & ci-devant
fous- Gouverneur de Monfeigneur le Dauphin ,
mourut le 13 à Verſailles , dans fa foixante &
treizième année .
༈
Meffire Charles Foucault , Brigadier de cavalerie
, eftmort le 14 , âgé de foixante & dix-sept ans.
Nicolas-Jofeph- Balthazar de Langlade , Vicomte
du Chayla , Chevalier des Ordres du Roi ,
Lieutenant général des armées de Sa Majeſté ,
Directeur général de la cavalerie , Gouverneur de.
Villefranche en Rouffillon , Gouverneur , Sénéchal
& Grand Bailli du Duché de Mercoeur' , mourut
à Paris le 16 , âgé d'environ ſoixante & douze
ans.
Meffire Pierre-Maximilien Pajot de Villeperrot ,
Maréchal des camps & armées de Sa Majefté , eft
mort le 19 , en ſa ſoixante & onzième année.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Guillaume-Anne , Comte d'Albemarle , Vicomte
Bury, Baron d'Ashford , Pair de la Grande-
Bretagne , Chevalier de l'Ordre de la Jarretiere ,
premier Gentilhomme de la chambre de Sa Majefté
Britannique , & fon Ambaffadeur extraordimaire
& plénipotentiaire auprès du Roi , mourut
à Paris le 22 , âgé de cinquante-deux ans. Il
étoit Lieutenant général des armées de la Grande-
Bretagne , Colonel du ſecond régiment des Gardes
Angloifes , Gouverneur & Capitaine général
de la Virginie.
Antoine François , Comte de Chabannes , Lieutenant
général des armées du Roi , Grand- Croix
de l'Ordre royal & militaire de Saint Louis ,
Gouverneur de Verdun & du Verdunois , ci-devant
Lieutenant-Colonel du régiment des Gardes-
Françoifes , eft mort en cette Ville le 23 , dans fa
foixante-huitième année.
Dame Marie-Julie de la Jaille , épouſe d'André-
Antoine , Vicomte de Sabran , des Comtes de
Forcalquier , Mestre de camp de cavalerie , Aide-
Major de la Gendarmerie , mourut à Paris le
même jour , dans fa quarante- cinquiéme année.
Meffire Aymard- Charles de Nicolaï , fils de
Meffire Aymard-Jean de Nicolaï , premier Pré
fident de la Chambre des Comptes , & de Magdeleine-
Charlotte -Guillelmine- Léontine de Vintimille
du Luc , eft mort à Paris le 29 , âgé de
vingt ans.
René-François , Marquis du Châtelet , & de
Grandfeille , Baron de Cirey , Lieutenant général
des troupes de l'Empereur , & ci-devant Commandant
en chef dans le grand Duché de Tof.
cane , eft mort le 2 Janvier , à Blamont en Lorraine
, âgé de foixante - fept ans.
Dame Marie-Thereſe de Meſmes , veuve de
M.AR S. 1755. 199
Meffire François de la Roche , Marquis de Fontenilles
mourut à Paris le 6 Janvier âgée de
quatre-vingt-fept ans.
Dame Marie-Jeanne Frefeau de la Frefeliere
épouse de Mefire Nicolas Doublet de Perfan
Maître des Requêtes , & Intendant du commerce,
eft morte à Paris le 16 , dans fa quarante-neuviéme
année.
I.e 19 eft décedé Meffire Alexandre de Bauffan,
Maître des Requêtes , dans la vingt- huitiéme année
de fon âge.
Huguette- Gabrielle de Lufignan de Lezay ;
épouse de M. Lancelot , Comte de Turpin de Crif
fe , Brigadier de cavalerie , mourut le 25 , âgée
de vingt-cinq ans.
Thomas Caraccioli , Napolitain , le plus ancien
Lieutenant général des armées du Roi , eft
mort le 26 , dans fa cent & troifiéme année. Le
Marquis de Caraccioli étoit de l'illuftre Maifon
de ce nom. Il avoit été Gouverneur de Briançon ,
& Commandant des villes de Mezieres , de Charleville
, & de Sedan
Anne le Roux veuve en fecondes nôces de
Jean Druart , eft morte le 16 Octobre , à Paris ,
fur la paroiffe de faint Severin , âgée de près de
cent-vingt ans. Elle étoit née à Dormont , dans
le Diocèle d'Evreux , & elle avoit douze ans lorfqu'en
1646 ce hameau fut confumé par un incendie.
La nommée Marie Blanchard , veuve de ' Jean
Manfeau , eft morte le 30 Octobre dernier , au
château de Champs - Cremainville , paroiffe de
Melleray , Diocèfè de Chartres , âgée de [centtrois
ans neuf mois , n'ayant aucune des infirmités
de la vieilleffe ; elle voyoit & entendoit trèsbien
, & elle marchoit fans bâton. Dans le mois
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
d'Octobre de l'année derniere elle alla à une
petite ville du Perche , diftante de trois lieues de
Champs , & elle en revint le même jour fur une
charrette chargée de meubles , où elle étoit d'autant
moins à fon aife , que le tems étoit très-froid
& très- pluvieux.
Fermer
Résumé : NAISSANCE, MARIAGES ET MORTS.
Le texte relate plusieurs événements familiaux et historiques concernant des familles nobles françaises. Le 31 janvier, Dame Marie, épouse de Puech, Seigneur de Laloubiere, a donné naissance à un fils baptisé Marie-André-Louis. Le texte mentionne également le mariage du fils aîné de François del Puech de Comeiras, Brigadier des armées du Roi, cousin germain paternel de Jean-Pierre-Louis del Puech de Laloubiere. Le 5 novembre, Meffire Marie-Henri de Salvert a épousé Dlle Charlotte-Henriette de Sabrevois, fille de Meffire Henri de Sabrevois, Maréchal des camps et armées du Roi. Le 27 novembre, Meffire François de Boyffeulh, Capitaine de Cavalerie, a épousé Dlle Marie-Marguerite-Catherine Damblard de Lafmaftres. Leur mariage a été bénit par l'Évêque d'Arras dans l'église de la Paroisse du Château à Versailles, en présence de la Comtesse de Toulouse. Le 28 novembre, Louis, Comte de Prie, a épousé Louise-Camille-Victoire de Villette. Leur contrat de mariage a été signé par le Roi, la Reine et la Famille royale. Le texte décrit ensuite la Maison de Prie, soulignant ses origines nobles, ses possessions territoriales et ses alliances illustres. La famille de Prie est connue depuis Geoffroi, Sire de Prie, présent en 1178. Plusieurs membres de cette famille ont occupé des postes importants, tels que Sénéchal de Beaucaire et de Nîmes, Maître d'Hôtel du Duc de Normandie, et Capitaines de compagnies d'ordonnance. La Maison de Prie est alliée à de nombreuses autres grandes familles nobles françaises. En mars 1755, plusieurs mariages ont été célébrés : Meffire Jofeph de Preaulx a épousé Dlle Renée-Catherine-Joanne du Tertre de Sancé à Château-Gontier ; Meffire Jean-Baptiste-François-Gabriel-Louis de Coutaud a épousé Dlle Marie-Louise-Joseph de Calonne de Courtebonne ; Meffire Jean-Baptiste du Sauzay a épousé Dlle Marguerite de Blotefiere de Vauchelle ; Meffire Jean-Baptiste du Champ d'Affant a épousé Dlle Rosalie-Louise du Tillet. Plusieurs décès notables sont également mentionnés, notamment ceux de Dame Anne-Elisabeth-Marie-Rose Briffart, épouse de Meffire Henri-Charles de Thiard de Billy, et de Marie-Louise-Charlotte, légitimée de Bourbon, épouse de Meffire Nicolas de Chaugy. D'autres décès incluent ceux de Meffire Honoré le Tellier, Comte de Souvré, Meffire Pierre Dedelay de la Garde, et Meffire Charles-Pierre de la Chastre. Le document détaille également les décès de plusieurs personnalités militaires et nobles, comme Meffire Charles-Antoine-Armand-Odet d'Aydie, Comte de Riberac, et Frere Jean-François Fraguier, Chevalier de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem. Parmi les autres décès notables figurent ceux de Dame Gabrielle de Murviel, épouse de Meffire Henri de Carion, Marquis de Nizas, et de Meffire Michel Larcher, Maître des Requêtes. Le document se termine par la mention de plusieurs autres décès, incluant ceux de Meffire Antoine Ralet de Chalet, Meffire Louis le Maire, et Dame Marie-Thérèse de Mizon, épouse du Comte de Muy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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40
p. 201-213
NAISSANCE, MARIAGES, & Morts.
Début :
Le 21 Mars, Angélique-Louise de la Rochefoucauld, épouse de Jean-Alexandre-Romée [...]
Mots clefs :
Comte, Seigneur, Mariages, Général, Capitaine, Duc, Marquis, Alliances, Mort, Naissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NAISSANCE, MARIAGES, & Morts.
NAISSANCE , MARIAGES
& Morts.
E 21 Mars , Angélique- Louife de la Rochefoncauld
, époufe de Jean- Alexandre- Romée de
Villeneuve , Vicomte de Vence , Colonel en fecond
& commandant le Régiment Royal- Corfe ,
eft accouchée à Aix d'un fils qui a été nommé
Jules-Alexandre Romée.
202 MERCURE DE FRANCE..
Le 11 de Janvier fut célebré le mariage de
Louis-Léon-Félicité , Comte de Lauraguais , fils
de Louis de Brancas , Duc de Lauraguais , & d'Elifabeth-
Pauline d'Itanguien.
La cérémonie fut faite dans la Chapelle de
l'Hôtel de Biron , par M. le Cardinal de la Rochefoucauld.
La maifon de Brancas eft affez connue par fon
ancienneté , fon illuftration & fes grandes alliances
,fans qu'il foit néceffaire ici d'en faire l'éloge.
Son hiſtoire a été imprimée par beaucoup d'Auteurs
, elle fe trouve dans celle des grands Officiers
de la Couronne , article du Duché- Pairie de
Villars , t . V. p. 277. On y voit que cette Maiſon
eft originaire de Naples , où elle a poffedé les
premieres Charges de cette Couronne , & que le
premier qui s'établit en Provence y vint avec deux
Cardinaux c'étoit Bufille de Brancas , Comte
d'Agnano , au Royaume de Naples , & Seigneur
d'Oife & de Vilofe , aux Diocèfes de Digne , & de
Sifteron , Maréchal de la Cour Romaine , vers la
fin du quatorzieme fiecle .
Le 1 Février , Louis d'Etampes , Marquis
d'Etampes , fils de Louis Roger , Marquis d'Etampes
, & de Marguerite Lidie de Becdelievres de
Cany, époufa Adélaïde- Godefroi-Julie de Fouilleufe
de Flavacourt , fille de François - Marie de
Fouilleufe , Marquis de Flavacourt , Maréchal des
Camps & armées du Roi , & Lieutenant de Roi de
Normandie , & de Hortenfe-Félicité de Mailly de
Nefle.
La maifon d'Etampes , illuftre par les premieres
dignités de l'Eglife & de l'Etat , à eu des alliances
avec les maifons de Montmorenci , de Beauvilliers
, de Gouffier , de Regnier , de Guerchy , de
la Châtre , de Brulart de Sillery , de Choifeul , de
, י
MAI. 1755- 203
Becdelievres , de Béthune , d'Ailly , de Fiennes ,
de Monchy, de Chavagnac , de Rochechouart , &
autres.
Cette maifon a formé quatre branches : la
branche de la Ferté- Imbault , celle de la Mottelez-
Ennordre , de Valençay , & celle d'Autry.
La branche de la Motte- lez-Ennordre defcend
de Jean d'Etampes , Seigneur de la Ferté- Imbault ,
lequel de fon mariage avec Blanche d'Ailly , fille
de Waleran d'Ailly , de la branche de Sains , Seigneur
de Marigny , Bailli de Senlis , & de Jacqueline
de Rouvroy-Saint- Simon, eut plufieurs enfans,
entr'autres Louis d'Etampes , Seigneur de la Ferté-
Imbault , qui a continué la branche aînée , & qui
eft le fixieme ayeul du Marquis d'Etampes qui
donne lieu à cet article , & François d'Etampes
auteur de la branche de la Motte- lez- Ennordre.
La branche de Valençay & celle d'Autry
defcendent de Robert III . d'Etampes , Seigneur
de Sallebris , d'Ardreloup & de Tillay , Maréchal
& Sénéchal du Bourbonnois , lequel eut trois garçons
de fon mariage avec Louife Levraud , fçavoir
Jean d'Etampes , Seigneur de la Ferté-Imbault
dont on a parlé plus haut ; Louis d'Etampes , Seigneur
de Valençay , & Robert d'Etampes , Seigneur
d'Autry. Voyez les Tablettes hiftoriques ,
généalogiques & chronologiques , quat. Partie ,
P. 395. & Gr. Off. tome 7. p . 543 .
La maifon de Fouilleufe de Flavacourt , une des
plus anciennes du Vexin François , a pris alliance
dans le 13 fiecle avec la maiſon de Crevecoeur ,
& depuis avec celle de Gaucourt , de Boves , du
Bec- Crefpin , de Dampont , de Suzanne de Cerny,
de Gaudechart , de Ligny , de Rouffé d'Alembon ,
de Rouxel de Médavy , de Mailly , & autres. Voyez
Tab. Généal. 4. part. p. 77.´.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Le 10 Mars , Milord Clare , Comte de Tho
mond , Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
général de fes armées , & Infpecteur général ,
époufa Marie- Genevieve- Louife de Chiffreville ,
fille unique du Marquis de Chiffreville , Lieutenant
général des armées de Sa Majeſté , & premier
Sous-Lieutenant de la feconde Compagnie des
Moufquetaires , & de Dame Marie- Genevieve le
Tonnellier de Charmeaux .
Ce mariage a été fait dans la Chapelle de
l'Hôtel de Machault , par l'Abbé de Breteuil , ancien
Agent général du Clergé.
Le 14 Février 1755 mourut à Paris Marie-
'Anne de Gouffier de Thois , âgée de foixante-huit,
ans fept jours , veuve depuis le 14 Avril 1724 , de
Louis de Bourbon , fecond du nom , Comte de
Buffet & de Châlus , Baron de Piégut , de Vezigneux
, & de Saint - Martin du Puis , &c . qu'elle
avoit épousé par contrat du 31 Décembre 1719.
Elle étoit fille de Thimoléon de Gouffier , Marquis
de Thois , & autres lieux , Gouverneur de
Blois , & d'Henriette de Penancoët de Keroualle ,
veuve de Philippe Herbert , Comte de Pembrock
en Angleterre ; & foeur cadette de Louife-Renée
de Penancoët de Keroualle , Ducheffe de Portsmouth.
Madame la Comteffe de Bourbon- Buffet
laiffe de fon mariage trois enfans , fçavoir ,
2
1. François-Louis Antoine de Bourbon , Comte
de Buffet , dont on va parler.
2. Louife -Claude de Bourbon- Buffet , Religieufe
Bénédictine au Monaftere du Cherche -midi , Fauxbourg
faint Germain , à Paris , où elle a fait profeffion
le 17 Septembre 1740 .
3. Et Henriette- Antoinette de Bourbon-Buffet ,
yeuve fans enfans depuis le 2 Novembre 1752 , de
MA I. 1755. 205
Paul de Grivel de Groffove , Comte d'Auroy , Seigneur
de Groffove , &c. ancien Meftre de camp
du Régiment d'Anjou , Cavalerie , avec lequel
elle avoit été mariée par contrat du 22 Août 1747.
François-Louis-Antoine de Bourbon , Comte
de Buffet & de Châlus , Baron de Vezigneux & de
Saint-Martin du Puis , Seigneur des Creuziers
&c. Meftre de camp du Régiment de Bourbon-
Buffet , Cavalerie , & Chevalier de l'Ordre militaire
de faint Louis , époufa le 23 Avril 1743 ,
Magdeleine- Louife-Jeanne de Clermont - Tonnerre
, fille de Gafpard de Clermont - Tonnerre ,
Maréchal de France , Chevalier des Ordres du Roi,
Gouverneur de Béfort , Marquis de Vauvillars ,
Comte d'Efpinac & de Thoury , & de feue Antoinette
Potier de Novion . De cette alliance font
fortis les enfans qui fuivent .
1. Gafpard- Louis de Bourbon - Buffet , Comte
de Châlus , mort à Paris le 8 Décembre 1751 , âgé
de fix ans & demi.
2.
Louis-François-Jofeph de Bourbon- Buffer ,
aujourd'hui Comte de Châlus , né au Château, de
Buffet en Auvergne , le 1 Juin 1749.
I
3. Artus Charles - Thimoléon de Bourbon-
Buffet , né à Paris le 21 Septembre 1752 .
4. N.... de Bourbon- Buffet , né au Château de
Buffet , le 11 Novembre 1753 , non encore nom
mé..
S. N...de Bourbon-Buffet , née à Buffet , lé 20
Juillet 1746 , auffi non nommée.
6. Marie-Anne-Julie -Louife de Bourbon- Buf
fet , Demoifelle de Châfus , née au Château de Buffet
le 16 Septembre 1747.
7. Et N. de Bourbon- Buffet , morte au Château
de Buffet , le 23 Mars 1751 , fans avoir été nommée,
âgée de deux jours ..
206 MERCURE DE FRANCE.
Voyez ce qui eft dit de la maiſon de Gouffier ;
dans le volume V. p. 605. & fuiv . de l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne ; & le Mercure
du mois de Juin 1754. premiere Partie , à l'occa
fion de la mort de M. le Marquis de Thois , frere
aîné de Madame la Comteffe de Bourbon - Buffet ;
& la quatrieme Partie des Tablettes hiftoriques ,
pages 114 & 115 .
François de Mailly , Comte de Mailly , mourut
le 21 de Février au château de Saint - Leger
près d'Abbeville , âgé de foixante- treize ans ;
il étoit oncle du Comte de Mailly , Lieutenant
général des armées du Roi , & de la province de
Rouffillon , Infpecteur de la Cavalerie , à qui il
a laiffé les terres de fa branche.
La Maiſon de Mailly eft trop connue pour
qu'il foit néceffaire d'entrer ici dans aucun détail
fur l'ancienneté de fon origine , & fur la
grandeur de fes alliances. Il fuffira de rappeller
qu'en 1070 Anfelme de Mailly
doit l'armée de la Comteffe de Flandre , &
gouvernoit fes Etats comme tuteur & le plus
proche parent du Comte fon fils .
* comman-
Colard de Mailly ** fut appellé au gouvernement
du Royaume fous Charles VF , & cette
illuftration a tranfmis dans cette Maifon une
Couronne perfonnelle entremêlée de fleurs de
lys , qu'elle porte depuis ce tems . L'on fçait
auffi que cette Maifon a été revêtue dans tous
* Chronique de Flandre , par Dom de Gherit , 13
91. Hiftoire des Châtelains de Lille , par Floris
Vander- Vaher. Malbrancq. dans ce qu'il a écrit
fur la Flandre.
** Monftrelet , tom. 1. p.77 130. Hift . de Charles
VI. par Le Laboureur , liv . 30. p. 755..
MA I. 1755. 207
*
les tems des Ordres & des plus grandes Charges de
la Couronne .
Le Comte de Mailly , Seigneur de Saint-
Leger , qui donne lieu à cet article , étoit de
la branche des Comtes de Mailly , Seigneurs
d'Haucourt , féparée en 1503 par le mariage
qu'Adrien de Mailly , fecond fils de Jean , Sire
de Mailly , Chambellan de Charles VIII & de
Louis XII , & d'Ifabeau d'Ailly , fille de Jean ,
Vidame d'Amiens , & d'Iolande de Bourgogne ,
fit avec Françoife de Bailleul , fille d'Adrien de
Bailleul & de Jeanne d'Haucourt , par contrat
du 18 Octobre 1503 : c'est par cette alliance
que la terre d'Haucourt eft entrée dans cette
branche de la Maifon de Mailly. L'on voit à
ce fujet un acte paffé devant le Roi François I ,
qui donne à Adrien de Mailly le titre de coufin
, & qui lui remet en faveur dudit mariage
tous les droits qui lui étoient dûs fur la Maifon
de Bailleul ; il ratifia le 3 Mai 1513
tranfaction paffée entre lui & le Comte de Vendôme
, fur les droits réciproques qu'ils avoient
fur la terre de Ravenfberg , à caufe de la Maifon
de Bailleul , dont étoit iffu par fa mere le
Comte de Vendôme.
la
Adrien de Mailly eut entr'autres enfans Edme
de Mailly , qui continua la postérité , &
Jean de Mailly , Seigneur de Belleville , Chevalier
de l'Ordre du Roi , qui n'eut d'Antoinette
de Baudeuil , Dame d'Abancourt , qu'une fille
mariée à Robert de Roncherolles , Baron de
Pont- Saint- Pierre , Chevalier de l'Ordre du Roi ,
Gentilhomme ordinaire de fa Chambre , & premier
Baron de Normandie.
Edine de Mailly , Seigneur d'Haucourt & de
Saint-Leger , étoit Gouverneur d'Ivoy , & Ca208
MERCURE DE FRANCE.
pitaine de mille hommes de pied fous les re
gnes de François I & de Henri II . Il fut l'un
des ôtages de la capitulation de Thionville en
1558. Il époufa en premieres nôces , par con
trat du 16 Avril 1536 , Marie de Boulan , dont
il laiffa François de Mailly qui fuit ; & en fecondes
nôces , par contrat du 24 Avril 1550 ,
Gabrielle d'Ougnies , Dame du Quefnoy en Flandre
elle fur mere de Louis de Mailly , auteur
de la branche du Qefnoy qui , par fes alliances ,
a l'honneur d'appartenir à plufieurs Maifons fouveraines
de l'Europe , & tient à celles de Montmorenci
, de Melun , d'Ifenghien , de Crequi ,
de Berg , d'Aremberg , de Croy , de Longueval ,
de Leide , & c. & c .
:
François de Mailly , premier du nom , Seigneur
d'Haucourt & de Saint -Leger , fut un des Seigneurs
qui fe diftinguerent le plus par leur fidélité
envers le Roi Henri III , durant les guerres
de la ligue. Il fe fignala au fiege de la Rochelle
en 1573 , au combat de Dormans , à la
prife d'Iffoire en 1577 , & fut tué d'un coup
de canon au fiege de la Fere en 1579. Le Roi
Henri III écrivit à cette occafion à la Dame
de Mailly fa veuve , que fi elle avoit perdu un
mari il avoit perdu un bon ferviteur & ami ,
& lui promit qu'il auroit foin de fes enfans.
Il avoit épousé par contrat du 6 Août 1573 ,
Marie d'Hallencourt , fille de N. d'Hallencourt ,
Marquis de Drofmefnil , Seigneur de Canteville .
Il eut de ce mariage :
François de Mailly , II du nom , Seigneur
d'Haucourt & de Saint-Leger , fait Capitaine de
cinquante hommes d'armes , des ordonnances
du Roi. Il fe . diftingua au fiege d'Amiens en
1597 , & mourut à Paris le 30 Mars 1621
.. MA I. 1755. 209
avoit époufé par contrat du 22 Janvier 1607 ,
Marie Turpin , fille de Guillaume Turpin , Seigneur
d'Aligny , & de Françoile de Pellevé ,
laquelle étoit fille de Genevieve de Montmorency
, & niece du Cardinal de Pellevé . Il naquit
de ce mariage , 10 Philippe de Mailly qui
fuit. 20 Antoine de Mailly , Chevalier de Malthe
mort en 1670. 3 ° Nicolas de Mailly , tué
au fiege de Dixnude en 1677
>
Philippe de Mailly , Seigneur d'Haucourt &
'de Saint - Leger , Capitaine d'une compagnie de
cent hommes, dits de Chevaux - Legers , qu'il com-
'mandoit à la bataille d'Avein en 1635, fe trouva à la
fanglante journée de la Marfée en 1641 , & au ſiege
de Nanci en 1633 , invité par deux lettres du Cardinal
de la Valette , commandant l'armée du fiége
, qui lui marquoit que le Roi lui fçauroit gré
d'y venir avec fa compagnie . Il avoit épousé par
contrat da 8 Janvier 1631 , Guillaine Dubié
petite fille du Maréchal de France de ce nom. I
laiffa
Antoine de Mailly , Seigneur d'Haucourt & de
Saint- Leger , marié par contrat du 6 Février 1678
à Françoife de Canutfon de Berlifontaine , dont
vinrent le Comte de Mailly , Seigneur de Saint-
Leger , qui donne lieu à cet article , & le Marquis
de Mailly, Seigneur d'Haucourt , Page du Roi
en 1694 , pere du Comte de Mailly , dont la fille
a époufé le Marquis de Voyer , & dont le fils ,
Louis-Marie de Mailly, eft Capitaine- Lieutenant,
en furvivance de fon pere , de la Compagnie des
Gendarmes Ecoffois , fixième de fon nom revêtu
de cette charge.
Cette branche appartient par fes alliances aux
Maifons de Lorraine, de Moy, de Montmorenci, de
Chaulnes, de S.Simon, d'Harcourt, d'Eſpinai- Saint210
MERCURE DE FRANCE.
Luc , de Mornai Monchevreuil , de Gouffier , d'E
trade , d'Aumont , de Boufflers , d'Auxi , de Roncherolles
, de Brulart , de Vieux- pont , de Moflé ,
de Marcatel , des Effarts , d'Hangeft , de Montmorenci-
Laval , de la Force , de Milli , Le Tellier-
Louvois , d'Ecquevilli , de Colbert , d'Efclainvilliers
, de Voyer d'Argenfon & autres.
La Maiſon de Mailly a produit un grand nombre
de branches , & elle fe trouve réduite aujourd'hui
aux cinq feules fuivantes , qualifiées felon les
titres qui leur ont été affectés.
Celle de Louis , Sire & Marquis de Mailly ' ,
chef du nom , Brigadier des armées du Roi , &
Colonel du régiment d'infanterie de fon nom .
Celle du Marquis de Nefle , Chevalier des Ordres
du Roi , féparée en 1648 , en faveur de laquelle
le Marquifat de Mailly-Moncavrel a été
érigé , & qui a produit
Celle de Louis de Mailly , auffi Chevalier des
Ordres du Roi , Lieutenant- Général de fes armées ,
& premier Ecuyer de Madame la Dauphine' , féparée
de celle de Nefle en 1687.
Celle d'Alexandre - Louis de Mailly , Seigneur
de Fecamp , né en 1744 , fils de feu Louis - Alexandre
de Mailly , & de Louife de Saint - Chamans
, féparée en 1600 .
Et celle du Comte de Mailly , Lieutenant -Général
des armées du Roi & du Rouffillon , Infpecteur
de la cavalerie , en faveur de laquelle le
Comté de Mailly a été érigé , féparée en 1503 ,
d'où eft forti celle des Marquis du Quefnoi en
Flandre , féparée de celle - ci en 1596.
Voyez fur cette maifon les grands Officiers de
la Couronne , tome VIII. & les Tablettes hiftoriques
, tom . IV & tom . V.
L'on travaille actuellement à donner une hifMAI.
1755 .
211
toire de cette grande Maiſon dans toute fon
étendue.
1
Claude-Marie , Comte de Bellegarde & d'An
tremont , Envoyé extraordinaire du Roi de Pologne
, Electeur de Saxe à la Cour de France , eft
mort à Paris le 26 Février , laiffant deux enfans de
Dame Anne Rutouska , ſon épouſe , foeur de Maurice
, Comte de Saxe , Maréchal de France . Ce
grand homme avoit par fon teftament nommé le
feu Comte de Bellegarde fon héritier univerfel.
La Maiſon de Bellegarde originaire de Flan
dres , eft depuis long-tems établie en Savoye , où
elle eft fort diftinguée par fon ancienneté & par
fes illuftrations. Jean Noël , Seigneur de Bellegarde
, Maître d'Hôtel de Charles III , Duc de
Savoye en 1304 , eut de Claudine de Saint- Trivier,
Dame de Monts , fa femine :
-
François Noël de Bellegarde , Seigneur de
Monts & des Marches , Gouverneur de Nice ,
Ambaffadeur du Duc de Savoye , près de l'Empereur
Charles-Quint , marié le 4 Octobre 1546 à
Gafparde de Menthon , dont
Jean- François de Bellegarde , Marquis d'Antre
mont & des Marches , Colonel des Gardes de
Charles- Emanuel , Duc de Savoye , marié à Florentine
de Perrache. Par fon teſtament du 3 Août
1597 , il inftitua pour héritier fon fils
Claude-André de Bellegarde , Marquis d'Antremont
& des Marches , marié à Gafparde de Doncieux
, dont il eut Jean- François , qui fuit :
Pierre de Bellegarde , Abbé de S. Sixte ; Guillaume
de Bellegarde , Comte d'Antremont , marié
à Anne-Françoife de Loche ; Claire de Bellegarde ,
mariée le 27 Août 1646 à Charles de Broffes , Baron
de Montfalcon , Seigneur de Tournay , Grand
Bailli de Gex , dont postérité.
212 MERCURE DE FRANCE.
Jean-François de Bellegarde , Marquis d'Antre
mont & des Marches , Capitaine de Cavalerie ,
marié le 13 Avril 1632 , à Magdeleine Portier de
Micudry , dont
>
Janus de Bellegarde Comte d'Antremont
>
Marquis des Marches , Chancelier de Savoye &
Miniftre d'Etat , marié les Mai 1659 , à Anne du
Prayet , Dame de Veynes , dont
Jean- François de Bellegarde , Marquis d'Antremont
& des Marches , Ambaffadeur du Roi de
Sicile , Duc de Savoye, à la Cour de France , marié
le 23 Avril 1687 à Catherine- Françoiſe de Regard
de Vars , dont Jofeph - François qui fuit
Claude-Marie qui a donné lieu à cet article , &
deux autres fils , Pun Chambellan du Roi de Pologne
, marié à Drefde , l'autre établi & marié à
Prague.
Jofeph-François de Bellegarde , Marquis des
Marches & de Curfinge , Comte d'Antremont ,
Commandeur de l'Ordre de Saint Maurice , Gentilhomme
de la Chambre du Roi de Sardaigne
marié à Françoife Charlotte Ogletorpe , dont il
a un fils Colonel au fervice d'Angleterre , & deux
filles , l'une mariée au Seigneur de Maffingy, Marquis
de la Pierre ; l'autre , Charlotte-Eléonore ,
Chanoineffe en Lorraine.
Dame Marguerite Defcreux de Sainte- Croix
époufe du Comte de Duglas , Capitaine au Régiment
royal Ecoffois , eft morte au Château de
Montréal en Bugey , le 27 de Février , âgée d'environ
30 ans ; elle étoit l'unique héritiere de la
famille Defcreux de Sainte- Croix , une des meilleures
maifons de la Breffe. Le Comte de Duglas
eft d'une branche de l'ancienne maifon de Duglas
en Ecoffe , établie en ce pays là depuis près d'un .
fiecle. Il a trois freres , l'un Capitaine dans le
MA I. 1755. 213
même Régiment que lui , l'autre Capitaine dans
celui de Languedoc infanterie , & le troifieme
Eccléfiaftique , qui eft au Séminaire de S. Sulpice.
& Morts.
E 21 Mars , Angélique- Louife de la Rochefoncauld
, époufe de Jean- Alexandre- Romée de
Villeneuve , Vicomte de Vence , Colonel en fecond
& commandant le Régiment Royal- Corfe ,
eft accouchée à Aix d'un fils qui a été nommé
Jules-Alexandre Romée.
202 MERCURE DE FRANCE..
Le 11 de Janvier fut célebré le mariage de
Louis-Léon-Félicité , Comte de Lauraguais , fils
de Louis de Brancas , Duc de Lauraguais , & d'Elifabeth-
Pauline d'Itanguien.
La cérémonie fut faite dans la Chapelle de
l'Hôtel de Biron , par M. le Cardinal de la Rochefoucauld.
La maifon de Brancas eft affez connue par fon
ancienneté , fon illuftration & fes grandes alliances
,fans qu'il foit néceffaire ici d'en faire l'éloge.
Son hiſtoire a été imprimée par beaucoup d'Auteurs
, elle fe trouve dans celle des grands Officiers
de la Couronne , article du Duché- Pairie de
Villars , t . V. p. 277. On y voit que cette Maiſon
eft originaire de Naples , où elle a poffedé les
premieres Charges de cette Couronne , & que le
premier qui s'établit en Provence y vint avec deux
Cardinaux c'étoit Bufille de Brancas , Comte
d'Agnano , au Royaume de Naples , & Seigneur
d'Oife & de Vilofe , aux Diocèfes de Digne , & de
Sifteron , Maréchal de la Cour Romaine , vers la
fin du quatorzieme fiecle .
Le 1 Février , Louis d'Etampes , Marquis
d'Etampes , fils de Louis Roger , Marquis d'Etampes
, & de Marguerite Lidie de Becdelievres de
Cany, époufa Adélaïde- Godefroi-Julie de Fouilleufe
de Flavacourt , fille de François - Marie de
Fouilleufe , Marquis de Flavacourt , Maréchal des
Camps & armées du Roi , & Lieutenant de Roi de
Normandie , & de Hortenfe-Félicité de Mailly de
Nefle.
La maifon d'Etampes , illuftre par les premieres
dignités de l'Eglife & de l'Etat , à eu des alliances
avec les maifons de Montmorenci , de Beauvilliers
, de Gouffier , de Regnier , de Guerchy , de
la Châtre , de Brulart de Sillery , de Choifeul , de
, י
MAI. 1755- 203
Becdelievres , de Béthune , d'Ailly , de Fiennes ,
de Monchy, de Chavagnac , de Rochechouart , &
autres.
Cette maifon a formé quatre branches : la
branche de la Ferté- Imbault , celle de la Mottelez-
Ennordre , de Valençay , & celle d'Autry.
La branche de la Motte- lez-Ennordre defcend
de Jean d'Etampes , Seigneur de la Ferté- Imbault ,
lequel de fon mariage avec Blanche d'Ailly , fille
de Waleran d'Ailly , de la branche de Sains , Seigneur
de Marigny , Bailli de Senlis , & de Jacqueline
de Rouvroy-Saint- Simon, eut plufieurs enfans,
entr'autres Louis d'Etampes , Seigneur de la Ferté-
Imbault , qui a continué la branche aînée , & qui
eft le fixieme ayeul du Marquis d'Etampes qui
donne lieu à cet article , & François d'Etampes
auteur de la branche de la Motte- lez- Ennordre.
La branche de Valençay & celle d'Autry
defcendent de Robert III . d'Etampes , Seigneur
de Sallebris , d'Ardreloup & de Tillay , Maréchal
& Sénéchal du Bourbonnois , lequel eut trois garçons
de fon mariage avec Louife Levraud , fçavoir
Jean d'Etampes , Seigneur de la Ferté-Imbault
dont on a parlé plus haut ; Louis d'Etampes , Seigneur
de Valençay , & Robert d'Etampes , Seigneur
d'Autry. Voyez les Tablettes hiftoriques ,
généalogiques & chronologiques , quat. Partie ,
P. 395. & Gr. Off. tome 7. p . 543 .
La maifon de Fouilleufe de Flavacourt , une des
plus anciennes du Vexin François , a pris alliance
dans le 13 fiecle avec la maiſon de Crevecoeur ,
& depuis avec celle de Gaucourt , de Boves , du
Bec- Crefpin , de Dampont , de Suzanne de Cerny,
de Gaudechart , de Ligny , de Rouffé d'Alembon ,
de Rouxel de Médavy , de Mailly , & autres. Voyez
Tab. Généal. 4. part. p. 77.´.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Le 10 Mars , Milord Clare , Comte de Tho
mond , Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
général de fes armées , & Infpecteur général ,
époufa Marie- Genevieve- Louife de Chiffreville ,
fille unique du Marquis de Chiffreville , Lieutenant
général des armées de Sa Majeſté , & premier
Sous-Lieutenant de la feconde Compagnie des
Moufquetaires , & de Dame Marie- Genevieve le
Tonnellier de Charmeaux .
Ce mariage a été fait dans la Chapelle de
l'Hôtel de Machault , par l'Abbé de Breteuil , ancien
Agent général du Clergé.
Le 14 Février 1755 mourut à Paris Marie-
'Anne de Gouffier de Thois , âgée de foixante-huit,
ans fept jours , veuve depuis le 14 Avril 1724 , de
Louis de Bourbon , fecond du nom , Comte de
Buffet & de Châlus , Baron de Piégut , de Vezigneux
, & de Saint - Martin du Puis , &c . qu'elle
avoit épousé par contrat du 31 Décembre 1719.
Elle étoit fille de Thimoléon de Gouffier , Marquis
de Thois , & autres lieux , Gouverneur de
Blois , & d'Henriette de Penancoët de Keroualle ,
veuve de Philippe Herbert , Comte de Pembrock
en Angleterre ; & foeur cadette de Louife-Renée
de Penancoët de Keroualle , Ducheffe de Portsmouth.
Madame la Comteffe de Bourbon- Buffet
laiffe de fon mariage trois enfans , fçavoir ,
2
1. François-Louis Antoine de Bourbon , Comte
de Buffet , dont on va parler.
2. Louife -Claude de Bourbon- Buffet , Religieufe
Bénédictine au Monaftere du Cherche -midi , Fauxbourg
faint Germain , à Paris , où elle a fait profeffion
le 17 Septembre 1740 .
3. Et Henriette- Antoinette de Bourbon-Buffet ,
yeuve fans enfans depuis le 2 Novembre 1752 , de
MA I. 1755. 205
Paul de Grivel de Groffove , Comte d'Auroy , Seigneur
de Groffove , &c. ancien Meftre de camp
du Régiment d'Anjou , Cavalerie , avec lequel
elle avoit été mariée par contrat du 22 Août 1747.
François-Louis-Antoine de Bourbon , Comte
de Buffet & de Châlus , Baron de Vezigneux & de
Saint-Martin du Puis , Seigneur des Creuziers
&c. Meftre de camp du Régiment de Bourbon-
Buffet , Cavalerie , & Chevalier de l'Ordre militaire
de faint Louis , époufa le 23 Avril 1743 ,
Magdeleine- Louife-Jeanne de Clermont - Tonnerre
, fille de Gafpard de Clermont - Tonnerre ,
Maréchal de France , Chevalier des Ordres du Roi,
Gouverneur de Béfort , Marquis de Vauvillars ,
Comte d'Efpinac & de Thoury , & de feue Antoinette
Potier de Novion . De cette alliance font
fortis les enfans qui fuivent .
1. Gafpard- Louis de Bourbon - Buffet , Comte
de Châlus , mort à Paris le 8 Décembre 1751 , âgé
de fix ans & demi.
2.
Louis-François-Jofeph de Bourbon- Buffer ,
aujourd'hui Comte de Châlus , né au Château, de
Buffet en Auvergne , le 1 Juin 1749.
I
3. Artus Charles - Thimoléon de Bourbon-
Buffet , né à Paris le 21 Septembre 1752 .
4. N.... de Bourbon- Buffet , né au Château de
Buffet , le 11 Novembre 1753 , non encore nom
mé..
S. N...de Bourbon-Buffet , née à Buffet , lé 20
Juillet 1746 , auffi non nommée.
6. Marie-Anne-Julie -Louife de Bourbon- Buf
fet , Demoifelle de Châfus , née au Château de Buffet
le 16 Septembre 1747.
7. Et N. de Bourbon- Buffet , morte au Château
de Buffet , le 23 Mars 1751 , fans avoir été nommée,
âgée de deux jours ..
206 MERCURE DE FRANCE.
Voyez ce qui eft dit de la maiſon de Gouffier ;
dans le volume V. p. 605. & fuiv . de l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne ; & le Mercure
du mois de Juin 1754. premiere Partie , à l'occa
fion de la mort de M. le Marquis de Thois , frere
aîné de Madame la Comteffe de Bourbon - Buffet ;
& la quatrieme Partie des Tablettes hiftoriques ,
pages 114 & 115 .
François de Mailly , Comte de Mailly , mourut
le 21 de Février au château de Saint - Leger
près d'Abbeville , âgé de foixante- treize ans ;
il étoit oncle du Comte de Mailly , Lieutenant
général des armées du Roi , & de la province de
Rouffillon , Infpecteur de la Cavalerie , à qui il
a laiffé les terres de fa branche.
La Maiſon de Mailly eft trop connue pour
qu'il foit néceffaire d'entrer ici dans aucun détail
fur l'ancienneté de fon origine , & fur la
grandeur de fes alliances. Il fuffira de rappeller
qu'en 1070 Anfelme de Mailly
doit l'armée de la Comteffe de Flandre , &
gouvernoit fes Etats comme tuteur & le plus
proche parent du Comte fon fils .
* comman-
Colard de Mailly ** fut appellé au gouvernement
du Royaume fous Charles VF , & cette
illuftration a tranfmis dans cette Maifon une
Couronne perfonnelle entremêlée de fleurs de
lys , qu'elle porte depuis ce tems . L'on fçait
auffi que cette Maifon a été revêtue dans tous
* Chronique de Flandre , par Dom de Gherit , 13
91. Hiftoire des Châtelains de Lille , par Floris
Vander- Vaher. Malbrancq. dans ce qu'il a écrit
fur la Flandre.
** Monftrelet , tom. 1. p.77 130. Hift . de Charles
VI. par Le Laboureur , liv . 30. p. 755..
MA I. 1755. 207
*
les tems des Ordres & des plus grandes Charges de
la Couronne .
Le Comte de Mailly , Seigneur de Saint-
Leger , qui donne lieu à cet article , étoit de
la branche des Comtes de Mailly , Seigneurs
d'Haucourt , féparée en 1503 par le mariage
qu'Adrien de Mailly , fecond fils de Jean , Sire
de Mailly , Chambellan de Charles VIII & de
Louis XII , & d'Ifabeau d'Ailly , fille de Jean ,
Vidame d'Amiens , & d'Iolande de Bourgogne ,
fit avec Françoife de Bailleul , fille d'Adrien de
Bailleul & de Jeanne d'Haucourt , par contrat
du 18 Octobre 1503 : c'est par cette alliance
que la terre d'Haucourt eft entrée dans cette
branche de la Maifon de Mailly. L'on voit à
ce fujet un acte paffé devant le Roi François I ,
qui donne à Adrien de Mailly le titre de coufin
, & qui lui remet en faveur dudit mariage
tous les droits qui lui étoient dûs fur la Maifon
de Bailleul ; il ratifia le 3 Mai 1513
tranfaction paffée entre lui & le Comte de Vendôme
, fur les droits réciproques qu'ils avoient
fur la terre de Ravenfberg , à caufe de la Maifon
de Bailleul , dont étoit iffu par fa mere le
Comte de Vendôme.
la
Adrien de Mailly eut entr'autres enfans Edme
de Mailly , qui continua la postérité , &
Jean de Mailly , Seigneur de Belleville , Chevalier
de l'Ordre du Roi , qui n'eut d'Antoinette
de Baudeuil , Dame d'Abancourt , qu'une fille
mariée à Robert de Roncherolles , Baron de
Pont- Saint- Pierre , Chevalier de l'Ordre du Roi ,
Gentilhomme ordinaire de fa Chambre , & premier
Baron de Normandie.
Edine de Mailly , Seigneur d'Haucourt & de
Saint-Leger , étoit Gouverneur d'Ivoy , & Ca208
MERCURE DE FRANCE.
pitaine de mille hommes de pied fous les re
gnes de François I & de Henri II . Il fut l'un
des ôtages de la capitulation de Thionville en
1558. Il époufa en premieres nôces , par con
trat du 16 Avril 1536 , Marie de Boulan , dont
il laiffa François de Mailly qui fuit ; & en fecondes
nôces , par contrat du 24 Avril 1550 ,
Gabrielle d'Ougnies , Dame du Quefnoy en Flandre
elle fur mere de Louis de Mailly , auteur
de la branche du Qefnoy qui , par fes alliances ,
a l'honneur d'appartenir à plufieurs Maifons fouveraines
de l'Europe , & tient à celles de Montmorenci
, de Melun , d'Ifenghien , de Crequi ,
de Berg , d'Aremberg , de Croy , de Longueval ,
de Leide , & c. & c .
:
François de Mailly , premier du nom , Seigneur
d'Haucourt & de Saint -Leger , fut un des Seigneurs
qui fe diftinguerent le plus par leur fidélité
envers le Roi Henri III , durant les guerres
de la ligue. Il fe fignala au fiege de la Rochelle
en 1573 , au combat de Dormans , à la
prife d'Iffoire en 1577 , & fut tué d'un coup
de canon au fiege de la Fere en 1579. Le Roi
Henri III écrivit à cette occafion à la Dame
de Mailly fa veuve , que fi elle avoit perdu un
mari il avoit perdu un bon ferviteur & ami ,
& lui promit qu'il auroit foin de fes enfans.
Il avoit épousé par contrat du 6 Août 1573 ,
Marie d'Hallencourt , fille de N. d'Hallencourt ,
Marquis de Drofmefnil , Seigneur de Canteville .
Il eut de ce mariage :
François de Mailly , II du nom , Seigneur
d'Haucourt & de Saint-Leger , fait Capitaine de
cinquante hommes d'armes , des ordonnances
du Roi. Il fe . diftingua au fiege d'Amiens en
1597 , & mourut à Paris le 30 Mars 1621
.. MA I. 1755. 209
avoit époufé par contrat du 22 Janvier 1607 ,
Marie Turpin , fille de Guillaume Turpin , Seigneur
d'Aligny , & de Françoile de Pellevé ,
laquelle étoit fille de Genevieve de Montmorency
, & niece du Cardinal de Pellevé . Il naquit
de ce mariage , 10 Philippe de Mailly qui
fuit. 20 Antoine de Mailly , Chevalier de Malthe
mort en 1670. 3 ° Nicolas de Mailly , tué
au fiege de Dixnude en 1677
>
Philippe de Mailly , Seigneur d'Haucourt &
'de Saint - Leger , Capitaine d'une compagnie de
cent hommes, dits de Chevaux - Legers , qu'il com-
'mandoit à la bataille d'Avein en 1635, fe trouva à la
fanglante journée de la Marfée en 1641 , & au ſiege
de Nanci en 1633 , invité par deux lettres du Cardinal
de la Valette , commandant l'armée du fiége
, qui lui marquoit que le Roi lui fçauroit gré
d'y venir avec fa compagnie . Il avoit épousé par
contrat da 8 Janvier 1631 , Guillaine Dubié
petite fille du Maréchal de France de ce nom. I
laiffa
Antoine de Mailly , Seigneur d'Haucourt & de
Saint- Leger , marié par contrat du 6 Février 1678
à Françoife de Canutfon de Berlifontaine , dont
vinrent le Comte de Mailly , Seigneur de Saint-
Leger , qui donne lieu à cet article , & le Marquis
de Mailly, Seigneur d'Haucourt , Page du Roi
en 1694 , pere du Comte de Mailly , dont la fille
a époufé le Marquis de Voyer , & dont le fils ,
Louis-Marie de Mailly, eft Capitaine- Lieutenant,
en furvivance de fon pere , de la Compagnie des
Gendarmes Ecoffois , fixième de fon nom revêtu
de cette charge.
Cette branche appartient par fes alliances aux
Maifons de Lorraine, de Moy, de Montmorenci, de
Chaulnes, de S.Simon, d'Harcourt, d'Eſpinai- Saint210
MERCURE DE FRANCE.
Luc , de Mornai Monchevreuil , de Gouffier , d'E
trade , d'Aumont , de Boufflers , d'Auxi , de Roncherolles
, de Brulart , de Vieux- pont , de Moflé ,
de Marcatel , des Effarts , d'Hangeft , de Montmorenci-
Laval , de la Force , de Milli , Le Tellier-
Louvois , d'Ecquevilli , de Colbert , d'Efclainvilliers
, de Voyer d'Argenfon & autres.
La Maiſon de Mailly a produit un grand nombre
de branches , & elle fe trouve réduite aujourd'hui
aux cinq feules fuivantes , qualifiées felon les
titres qui leur ont été affectés.
Celle de Louis , Sire & Marquis de Mailly ' ,
chef du nom , Brigadier des armées du Roi , &
Colonel du régiment d'infanterie de fon nom .
Celle du Marquis de Nefle , Chevalier des Ordres
du Roi , féparée en 1648 , en faveur de laquelle
le Marquifat de Mailly-Moncavrel a été
érigé , & qui a produit
Celle de Louis de Mailly , auffi Chevalier des
Ordres du Roi , Lieutenant- Général de fes armées ,
& premier Ecuyer de Madame la Dauphine' , féparée
de celle de Nefle en 1687.
Celle d'Alexandre - Louis de Mailly , Seigneur
de Fecamp , né en 1744 , fils de feu Louis - Alexandre
de Mailly , & de Louife de Saint - Chamans
, féparée en 1600 .
Et celle du Comte de Mailly , Lieutenant -Général
des armées du Roi & du Rouffillon , Infpecteur
de la cavalerie , en faveur de laquelle le
Comté de Mailly a été érigé , féparée en 1503 ,
d'où eft forti celle des Marquis du Quefnoi en
Flandre , féparée de celle - ci en 1596.
Voyez fur cette maifon les grands Officiers de
la Couronne , tome VIII. & les Tablettes hiftoriques
, tom . IV & tom . V.
L'on travaille actuellement à donner une hifMAI.
1755 .
211
toire de cette grande Maiſon dans toute fon
étendue.
1
Claude-Marie , Comte de Bellegarde & d'An
tremont , Envoyé extraordinaire du Roi de Pologne
, Electeur de Saxe à la Cour de France , eft
mort à Paris le 26 Février , laiffant deux enfans de
Dame Anne Rutouska , ſon épouſe , foeur de Maurice
, Comte de Saxe , Maréchal de France . Ce
grand homme avoit par fon teftament nommé le
feu Comte de Bellegarde fon héritier univerfel.
La Maiſon de Bellegarde originaire de Flan
dres , eft depuis long-tems établie en Savoye , où
elle eft fort diftinguée par fon ancienneté & par
fes illuftrations. Jean Noël , Seigneur de Bellegarde
, Maître d'Hôtel de Charles III , Duc de
Savoye en 1304 , eut de Claudine de Saint- Trivier,
Dame de Monts , fa femine :
-
François Noël de Bellegarde , Seigneur de
Monts & des Marches , Gouverneur de Nice ,
Ambaffadeur du Duc de Savoye , près de l'Empereur
Charles-Quint , marié le 4 Octobre 1546 à
Gafparde de Menthon , dont
Jean- François de Bellegarde , Marquis d'Antre
mont & des Marches , Colonel des Gardes de
Charles- Emanuel , Duc de Savoye , marié à Florentine
de Perrache. Par fon teſtament du 3 Août
1597 , il inftitua pour héritier fon fils
Claude-André de Bellegarde , Marquis d'Antremont
& des Marches , marié à Gafparde de Doncieux
, dont il eut Jean- François , qui fuit :
Pierre de Bellegarde , Abbé de S. Sixte ; Guillaume
de Bellegarde , Comte d'Antremont , marié
à Anne-Françoife de Loche ; Claire de Bellegarde ,
mariée le 27 Août 1646 à Charles de Broffes , Baron
de Montfalcon , Seigneur de Tournay , Grand
Bailli de Gex , dont postérité.
212 MERCURE DE FRANCE.
Jean-François de Bellegarde , Marquis d'Antre
mont & des Marches , Capitaine de Cavalerie ,
marié le 13 Avril 1632 , à Magdeleine Portier de
Micudry , dont
>
Janus de Bellegarde Comte d'Antremont
>
Marquis des Marches , Chancelier de Savoye &
Miniftre d'Etat , marié les Mai 1659 , à Anne du
Prayet , Dame de Veynes , dont
Jean- François de Bellegarde , Marquis d'Antremont
& des Marches , Ambaffadeur du Roi de
Sicile , Duc de Savoye, à la Cour de France , marié
le 23 Avril 1687 à Catherine- Françoiſe de Regard
de Vars , dont Jofeph - François qui fuit
Claude-Marie qui a donné lieu à cet article , &
deux autres fils , Pun Chambellan du Roi de Pologne
, marié à Drefde , l'autre établi & marié à
Prague.
Jofeph-François de Bellegarde , Marquis des
Marches & de Curfinge , Comte d'Antremont ,
Commandeur de l'Ordre de Saint Maurice , Gentilhomme
de la Chambre du Roi de Sardaigne
marié à Françoife Charlotte Ogletorpe , dont il
a un fils Colonel au fervice d'Angleterre , & deux
filles , l'une mariée au Seigneur de Maffingy, Marquis
de la Pierre ; l'autre , Charlotte-Eléonore ,
Chanoineffe en Lorraine.
Dame Marguerite Defcreux de Sainte- Croix
époufe du Comte de Duglas , Capitaine au Régiment
royal Ecoffois , eft morte au Château de
Montréal en Bugey , le 27 de Février , âgée d'environ
30 ans ; elle étoit l'unique héritiere de la
famille Defcreux de Sainte- Croix , une des meilleures
maifons de la Breffe. Le Comte de Duglas
eft d'une branche de l'ancienne maifon de Duglas
en Ecoffe , établie en ce pays là depuis près d'un .
fiecle. Il a trois freres , l'un Capitaine dans le
MA I. 1755. 213
même Régiment que lui , l'autre Capitaine dans
celui de Languedoc infanterie , & le troifieme
Eccléfiaftique , qui eft au Séminaire de S. Sulpice.
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Résumé : NAISSANCE, MARIAGES, & Morts.
En 1755, plusieurs événements familiaux et décès ont marqué l'aristocratie française. Le 21 mars, Angélique-Louise de La Rochefoucauld, épouse de Jean-Alexandre Romée de Villeneuve, Vicomte de Vence, a donné naissance à un fils nommé Jules-Alexandre Romée. Le 11 janvier, Louis-Léon-Félicité, Comte de Lauraguais, fils de Louis de Brancas, Duc de Lauraguais, et d'Élisabeth-Pauline d'Itanguien, s'est marié avec la bénédiction du Cardinal de La Rochefoucauld. La maison de Brancas, originaire de Naples et établie en Provence au XIVe siècle, est connue pour son ancienneté et ses grandes alliances. Le 1er février, Louis d'Etampes, Marquis d'Etampes, a épousé Adélaïde-Godefroi-Julie de Fouilleuse de Flavacourt. La maison d'Etampes est illustre par ses dignités ecclésiastiques et étatiques, avec des alliances prestigieuses et compte quatre branches principales. Le 10 mars, Milord Clare, Comte de Thomond, a épousé Marie-Geneviève-Louise de Chiffreville, fille unique du Marquis de Chiffreville, dans la chapelle de l'Hôtel de Machault par l'Abbé de Breteuil. Plusieurs décès ont également été enregistrés. Le 14 février, Marie-Anne de Gouffier de Thois, veuve de Louis de Bourbon, Comte de Buffet, est décédée à Paris à l'âge de soixante-huit ans, laissant trois enfants, dont François-Louis-Antoine de Bourbon, Comte de Buffet. Le 21 février, François de Mailly, Comte de Mailly, est mort au château de Saint-Leger près d'Abbeville à l'âge de soixante-treize ans. La maison de Mailly est renommée pour son ancienneté et ses alliances illustres, avec des membres ayant occupé des postes importants dans l'armée et la cour. Le texte mentionne également deux maisons nobles distinctes : la Maison de Mailly et la Maison de Bellegarde. La Maison de Mailly est liée par alliance à plusieurs familles illustres, telles que les maisons de Lorraine, de Montmorenci, d'Harcourt, de Colbert, et d'autres. Elle compte cinq branches principales, chacune ayant des titres et des fonctions spécifiques. La Maison de Bellegarde, originaire de Flandres et établie en Savoie, est distinguée par son ancienneté et ses illustrations. Claude-Marie, Comte de Bellegarde et d'Antrémont, Envoyé extraordinaire du Roi de Pologne, est décédé à Paris le 26 février, laissant deux enfants. La famille compte des membres ayant servi dans diverses fonctions militaires et diplomatiques.
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41
p. 208-214
« Le Roi fit le 6 juin, au Champ de Mars dans le [...] »
Début :
Le Roi fit le 6 juin, au Champ de Mars dans le [...]
Mots clefs :
Roi, Lieutenant, Mousquetaires, Marquis, Garde du corps, Dauphin, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roi fit le 6 juin, au Champ de Mars dans le [...] »
LE Roi fit le 6 juin , au Champ de Mars dans -le
parc de Marly , la revue des quatre Compagnies
des Gardes du Corps , de celles des Gendarmes &
des Chevaux- Legers de la Garde de Sa Majesté ,
des deux Compagnies des Moufquetaires , & de
celle des Grenadiers à Cheval . Sa Majefté paffa
dans les rangs , & les vit défiler . La Reine , Monfeigneur
le Dauphin , Madame la Dauphine , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , Madame & Mefdames
de France affifterent à cette revue. Madame
la Dauphine qui avance heureufement dans
fa groffeffe , ne s'eft point trouvée indifpofée de
cette promenade .
Nous joignons ici l'état de la revue du Roi ,
pour les deux Compagnies de fes Moufquetaires ,
tel qu'il nous a été envoyé.
JUILLET. 1755. 209
PREMIERE COMPAGNIE.
LE ROI, Capitaine
M. DE JUMILHAC , Capitaine -Lieutenant.
M. DE PERUSSY , premier Sous- Lieutenant.
M. DE CARVOISIN , fecond Sous-Lieutenant.
M. DE LA CHEZE , premier Enfeigne.
M. DE CUCÉ , fecond Enſeigne.
M. DE LA VAUPAILLERE , premier Cornette.
M. DE MONTILLET , fecond Cornette .
Maréchaux des Logis.
M. de Banne , premier Aide-major.
M. de Brunville.
M. de Chavigny.
M. de Bulftrode , fecond Aide- major.
M. du Rouret.
M. Huet.
M. de Nacquart.
M. de Beauclair.
M. de la Brulerie.
M. Dorvilliers.
M. La Foreft,
M. Roberic, Sous Aides- majors:
· Moufquetaires préfens
Surnuméraires , abfens ou malades
Total de la Compagnie
286
88
· • · 374
SECONDE COMPAGNIE.
LE ROI , Capitaine.
M. LE COMTE LE LA RIVIERE , Capitaine-Lieute
nant
210 MERCURE DE FRANCE.
M. DE MONTBOISSIER , premier Sous - Lieutenant.
M. DE CHABANNES , fecond Sous- Lieutenant .
M. DE BISSY , premier Enſeigne.
M. DE VILLEGAGNON , fecond Enfeigne.
M. DE LA GRANGE , premier Cornette.
M. LE CHEVALIER DE VATAN , fecond Cornette,
Maréchaux des Logis.
M. de Savoify.
M. de Pidoux , abfent malade.
M. de Kerravel .
M. de Ja Gohiere , abfent malade.
M. de Garriffon ; premier Aide- major.
M. de Montfort , abfent malade.
M. de Neufont.
M. de Vervan , abfent malade.
M. Dufou.
M. Ancelet , fecond Aide- major.
:
195
S
Moufquetaires en pied préfens ..
Moufquetaires en pied abfens malades ,
Moufquetaires furnuméraires préfens , 143
Total 343 1
On apprend par les lettres de Moulins, du 6 Juin ,
que la nuit du 2 au 3 le feu y a pris au château,
dans l'appartement occupé par le Marquis des
Gouttes , Capitaine des vaiffeaux du Roi. Les fecours
n'ont pû être auffi promts que l'exigeoit la
circonftance ; & le corps du château a été prefque
totalement réduit en cendres . On ne fçait pas
encore à quoi peut monter la perte caufée par cet
incendie. Il y a eu deux hommes tués , & plufieurs
bleffés , par l'écroulement des charpentes.
Le 6, au départ du courier , le feu étoit encore
JUILLET . 1755. 251
dans les bas
appartemens , mais il n'y avoit aucun
danger pour le refte du château. Si le vent qui
fouffloit avec violence dans le commencement
de
l'embrasement , eût continué , une partie de la
ville eût couru un très - grand rifque. M. de
Lherbouché , un des Aumôniers de la Gendarmerie
, dont l'Etat -Major eft en quartier à Moulins ,
a rendu en cette occafion des fervices importans.
Touché des cris de la Marquife des Gouttes , qui
demandoit qu'on fauvât fes enfans , il fe rendit
courageufement
avec un feul domestique
à leur
appartement qui étoit déja tout en feu ; & il les
retira du milieu des flammes. Il s'eft porté avec la
même intrépidité dans tous les lieux les plus périlleux
, ou fa préfence pouvoit être de quelque
utilité.
Le 7 , le Roi revint de Trianon où il étoit allé
le s .
Le Comte de Sartirane , Ambaſſadeur ordinaire
du Roi de Sardaigne , eut le 8 une audience particuliere
du Roi , à laquelle il fut conduit par le
Marquis de Verneuil , Introducteur des Ambaffadeurs.
La Marquife de la Ferté fut préſentée le même
jour à leurs Majeftés & à la Famille royale
par la Comteffe de Marfan , Gouvernante des Enfans
de France. Le même jour , la Marquife de
Lhopital préſenta la Marquife de Merinville.
Le Roi partit le 9 pour Crecy od Sa Majesté
demeura jufqu'au 14 ; elle y retourna le 16 , & en
revint le 21 .
Sa Majefté a accordé les honneurs de Grands-
Croix de l'Ordre royal & militaire de S. Louis
au Comte de la Riviere , Capitaine- Lieutenant de
la feconde Compagnie des Moufquetaires ; an
Baron de Zurlauben , Coloneldu Régiment des
212 MERCURE DE FRANCE.
Gardes-Suiffes ; & au Vicomte du Suzy , Major
des Gardes du Corps.
M. de Buffy , premier Commis des Affaires
étrangeres , a été nommé par le Roi , pour fe
rendre à Hanovre en qualité de Miniftre de Sa
Majefté auprès du Roi de la Grande-Bretagne.
M. L'Abbé , Comte de Bernis , Ambaſſadeur du
Roi auprès de la République de Veniſe , eſt arrivé
depuis quelques jours ; & il a eu l'honneur
de rendre fes refpects à Sa Majesté.
Dom Jean-François de Brezillac , Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur , a préſenté au
Roi le fecond volume de l'hiftoire des Gaules &
des conquêtes des Gaulois.
L'Affemblée générale du Clergé a accordé par
une délibération unanime le fecours de feize millions
, demandé de la part du Roi par les Commiffaires
de Sa Majesté.
Sa Majefté a accordé au fieur de Senozan , fils
du Président de Senozan , & petit - fils de M. de
Lamoignon , Chancelier de France , l'agrément de
la charge d'Avocat général au Grand Confeil ,
qu'avoit M. Seguier, Avocat général au Parlement.
Monfeigneur le Dauphin vint le 16 de ce mois
fur les fix heures du foir , fe promener à cheval
dans le Cours .
Madame la Dauphine fut faignée le 21 par
précaution.
Le 24 , le Baron Wan Eyck , Envoyé extraor
dinaire de l'Electeur de Baviere , eut fa premiere
audience publique du Roi.
Le Marquis du Châtelet Lomont , Lieutenant
général des armées du Roi , a obtenu le Gouver
nement de Toul qui vaquoit par la mort du Comte
de Caſteja.
Sa Majefté a nommé Commandeur de l'Ordre
JUILLET. 1755. 213
royal & militaire de S. Louis le Marquis de Balin-
Court , Lieutenant général de ſes armées , & Lieutenant
des Gardes du Corps dans la Compagnie.
de Villeroi.
Le Roi a difpofé du Régiment d'Infanterie allemande
, vacant par la mort du Maréchal-Comte
de Lowendalh, en faveur du Comte de Lowendalhfon
fils , Capitaine dans le même Régiment.
En même-tems Sa Majesté a déclaré qu'elle
augmentoit de quatorze mille livres la penfion
de deux mille écus , dont jouiffoit déja la Marée
chale de Lowendalh .
+
La Brigade des Gardes du Corps , que le feu
Marquis de Varneville commandoit dans la Compagnie
de Villeroi , a été donnée au fieur de la
Ferriere , Maréchal de camp , Exempt dans cette
Compagnie , & Aide-major des Gardes du Corps.
M. de Cherifey fuccede à M. de la Ferrière
dans la place d'Aide- major.
Le marquis de Calvieres , Lieutenant - général
des armées du Roi , Commandeur de l'Ordre de S.
Louis , & Lieutenant des Gardes du Corps , ayant
demandé la permiffion de fe demettre de fa Brigade
; Sa Majefté en a difpofé en faveur du Chevalier
de Scepeaux , Mestre de camp de Cavalerie.
Le Roi a accordé au Marquis de Calvieres ,
outre la retraite ordinaire , l'expectative d'une
place de Grand-Croix dans l'Ordre de S. Louis.
Les vaiffeaux le Duc de Bourgogne & le Duc
d'Orléans , appartenans à la Compagnie des Indes
, font arrivés , l'un le 8 , l'autre le 21 , au port
de l'Orient. M. Dupleix , ci -devant Gouverneur
général des établiffemens de la Compagnie dans
Plade , eft de retour par le dernier de ces deux
vaiffeaux.
Le nommé Songeux , Maître Maçon , eft mort
214 MERCURE DE FRANCE.
à Fontainebleau , âgé de cent cinq ans.
Le 26 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-fept cens foixante- dix-fept livres
dix fols ; les billets de la feconde lotterie royale ,
à fept cens cinquante-deux. Les billets de la pres
miere lotterie étoient à huit cinquante-deux.
parc de Marly , la revue des quatre Compagnies
des Gardes du Corps , de celles des Gendarmes &
des Chevaux- Legers de la Garde de Sa Majesté ,
des deux Compagnies des Moufquetaires , & de
celle des Grenadiers à Cheval . Sa Majefté paffa
dans les rangs , & les vit défiler . La Reine , Monfeigneur
le Dauphin , Madame la Dauphine , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , Madame & Mefdames
de France affifterent à cette revue. Madame
la Dauphine qui avance heureufement dans
fa groffeffe , ne s'eft point trouvée indifpofée de
cette promenade .
Nous joignons ici l'état de la revue du Roi ,
pour les deux Compagnies de fes Moufquetaires ,
tel qu'il nous a été envoyé.
JUILLET. 1755. 209
PREMIERE COMPAGNIE.
LE ROI, Capitaine
M. DE JUMILHAC , Capitaine -Lieutenant.
M. DE PERUSSY , premier Sous- Lieutenant.
M. DE CARVOISIN , fecond Sous-Lieutenant.
M. DE LA CHEZE , premier Enfeigne.
M. DE CUCÉ , fecond Enſeigne.
M. DE LA VAUPAILLERE , premier Cornette.
M. DE MONTILLET , fecond Cornette .
Maréchaux des Logis.
M. de Banne , premier Aide-major.
M. de Brunville.
M. de Chavigny.
M. de Bulftrode , fecond Aide- major.
M. du Rouret.
M. Huet.
M. de Nacquart.
M. de Beauclair.
M. de la Brulerie.
M. Dorvilliers.
M. La Foreft,
M. Roberic, Sous Aides- majors:
· Moufquetaires préfens
Surnuméraires , abfens ou malades
Total de la Compagnie
286
88
· • · 374
SECONDE COMPAGNIE.
LE ROI , Capitaine.
M. LE COMTE LE LA RIVIERE , Capitaine-Lieute
nant
210 MERCURE DE FRANCE.
M. DE MONTBOISSIER , premier Sous - Lieutenant.
M. DE CHABANNES , fecond Sous- Lieutenant .
M. DE BISSY , premier Enſeigne.
M. DE VILLEGAGNON , fecond Enfeigne.
M. DE LA GRANGE , premier Cornette.
M. LE CHEVALIER DE VATAN , fecond Cornette,
Maréchaux des Logis.
M. de Savoify.
M. de Pidoux , abfent malade.
M. de Kerravel .
M. de Ja Gohiere , abfent malade.
M. de Garriffon ; premier Aide- major.
M. de Montfort , abfent malade.
M. de Neufont.
M. de Vervan , abfent malade.
M. Dufou.
M. Ancelet , fecond Aide- major.
:
195
S
Moufquetaires en pied préfens ..
Moufquetaires en pied abfens malades ,
Moufquetaires furnuméraires préfens , 143
Total 343 1
On apprend par les lettres de Moulins, du 6 Juin ,
que la nuit du 2 au 3 le feu y a pris au château,
dans l'appartement occupé par le Marquis des
Gouttes , Capitaine des vaiffeaux du Roi. Les fecours
n'ont pû être auffi promts que l'exigeoit la
circonftance ; & le corps du château a été prefque
totalement réduit en cendres . On ne fçait pas
encore à quoi peut monter la perte caufée par cet
incendie. Il y a eu deux hommes tués , & plufieurs
bleffés , par l'écroulement des charpentes.
Le 6, au départ du courier , le feu étoit encore
JUILLET . 1755. 251
dans les bas
appartemens , mais il n'y avoit aucun
danger pour le refte du château. Si le vent qui
fouffloit avec violence dans le commencement
de
l'embrasement , eût continué , une partie de la
ville eût couru un très - grand rifque. M. de
Lherbouché , un des Aumôniers de la Gendarmerie
, dont l'Etat -Major eft en quartier à Moulins ,
a rendu en cette occafion des fervices importans.
Touché des cris de la Marquife des Gouttes , qui
demandoit qu'on fauvât fes enfans , il fe rendit
courageufement
avec un feul domestique
à leur
appartement qui étoit déja tout en feu ; & il les
retira du milieu des flammes. Il s'eft porté avec la
même intrépidité dans tous les lieux les plus périlleux
, ou fa préfence pouvoit être de quelque
utilité.
Le 7 , le Roi revint de Trianon où il étoit allé
le s .
Le Comte de Sartirane , Ambaſſadeur ordinaire
du Roi de Sardaigne , eut le 8 une audience particuliere
du Roi , à laquelle il fut conduit par le
Marquis de Verneuil , Introducteur des Ambaffadeurs.
La Marquife de la Ferté fut préſentée le même
jour à leurs Majeftés & à la Famille royale
par la Comteffe de Marfan , Gouvernante des Enfans
de France. Le même jour , la Marquife de
Lhopital préſenta la Marquife de Merinville.
Le Roi partit le 9 pour Crecy od Sa Majesté
demeura jufqu'au 14 ; elle y retourna le 16 , & en
revint le 21 .
Sa Majefté a accordé les honneurs de Grands-
Croix de l'Ordre royal & militaire de S. Louis
au Comte de la Riviere , Capitaine- Lieutenant de
la feconde Compagnie des Moufquetaires ; an
Baron de Zurlauben , Coloneldu Régiment des
212 MERCURE DE FRANCE.
Gardes-Suiffes ; & au Vicomte du Suzy , Major
des Gardes du Corps.
M. de Buffy , premier Commis des Affaires
étrangeres , a été nommé par le Roi , pour fe
rendre à Hanovre en qualité de Miniftre de Sa
Majefté auprès du Roi de la Grande-Bretagne.
M. L'Abbé , Comte de Bernis , Ambaſſadeur du
Roi auprès de la République de Veniſe , eſt arrivé
depuis quelques jours ; & il a eu l'honneur
de rendre fes refpects à Sa Majesté.
Dom Jean-François de Brezillac , Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur , a préſenté au
Roi le fecond volume de l'hiftoire des Gaules &
des conquêtes des Gaulois.
L'Affemblée générale du Clergé a accordé par
une délibération unanime le fecours de feize millions
, demandé de la part du Roi par les Commiffaires
de Sa Majesté.
Sa Majefté a accordé au fieur de Senozan , fils
du Président de Senozan , & petit - fils de M. de
Lamoignon , Chancelier de France , l'agrément de
la charge d'Avocat général au Grand Confeil ,
qu'avoit M. Seguier, Avocat général au Parlement.
Monfeigneur le Dauphin vint le 16 de ce mois
fur les fix heures du foir , fe promener à cheval
dans le Cours .
Madame la Dauphine fut faignée le 21 par
précaution.
Le 24 , le Baron Wan Eyck , Envoyé extraor
dinaire de l'Electeur de Baviere , eut fa premiere
audience publique du Roi.
Le Marquis du Châtelet Lomont , Lieutenant
général des armées du Roi , a obtenu le Gouver
nement de Toul qui vaquoit par la mort du Comte
de Caſteja.
Sa Majefté a nommé Commandeur de l'Ordre
JUILLET. 1755. 213
royal & militaire de S. Louis le Marquis de Balin-
Court , Lieutenant général de ſes armées , & Lieutenant
des Gardes du Corps dans la Compagnie.
de Villeroi.
Le Roi a difpofé du Régiment d'Infanterie allemande
, vacant par la mort du Maréchal-Comte
de Lowendalh, en faveur du Comte de Lowendalhfon
fils , Capitaine dans le même Régiment.
En même-tems Sa Majesté a déclaré qu'elle
augmentoit de quatorze mille livres la penfion
de deux mille écus , dont jouiffoit déja la Marée
chale de Lowendalh .
+
La Brigade des Gardes du Corps , que le feu
Marquis de Varneville commandoit dans la Compagnie
de Villeroi , a été donnée au fieur de la
Ferriere , Maréchal de camp , Exempt dans cette
Compagnie , & Aide-major des Gardes du Corps.
M. de Cherifey fuccede à M. de la Ferrière
dans la place d'Aide- major.
Le marquis de Calvieres , Lieutenant - général
des armées du Roi , Commandeur de l'Ordre de S.
Louis , & Lieutenant des Gardes du Corps , ayant
demandé la permiffion de fe demettre de fa Brigade
; Sa Majefté en a difpofé en faveur du Chevalier
de Scepeaux , Mestre de camp de Cavalerie.
Le Roi a accordé au Marquis de Calvieres ,
outre la retraite ordinaire , l'expectative d'une
place de Grand-Croix dans l'Ordre de S. Louis.
Les vaiffeaux le Duc de Bourgogne & le Duc
d'Orléans , appartenans à la Compagnie des Indes
, font arrivés , l'un le 8 , l'autre le 21 , au port
de l'Orient. M. Dupleix , ci -devant Gouverneur
général des établiffemens de la Compagnie dans
Plade , eft de retour par le dernier de ces deux
vaiffeaux.
Le nommé Songeux , Maître Maçon , eft mort
214 MERCURE DE FRANCE.
à Fontainebleau , âgé de cent cinq ans.
Le 26 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-fept cens foixante- dix-fept livres
dix fols ; les billets de la feconde lotterie royale ,
à fept cens cinquante-deux. Les billets de la pres
miere lotterie étoient à huit cinquante-deux.
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Résumé : « Le Roi fit le 6 juin, au Champ de Mars dans le [...] »
Le 6 juin, le Roi passa en revue les Compagnies des Gardes du Corps, des Gendarmes, des Chevaux-Légers, des Mousquetaires et des Grenadiers à Cheval au Champ de Mars dans le parc de Marly. La Reine, le Dauphin, la Dauphine, le Duc de Bourgogne et d'autres membres de la famille royale assistèrent à cette revue. La Dauphine, enceinte, ne fut pas incommodée par cette promenade. La revue des Mousquetaires détailla les officiers et le nombre de Mousquetaires présents, absents ou malades. La première Compagnie comptait 374 membres, tandis que la seconde en comptait 343. Dans la nuit du 2 au 3 juin, un incendie détruisit une partie du château de Moulins, causant la mort de deux hommes et blessant plusieurs personnes. M. de Lherbouché, aumônier de la Gendarmerie, sauva les enfants du Marquis des Gouttes, capitaine des vaisseaux du Roi. Le Roi effectua plusieurs déplacements, se rendant à Trianon et à Crecy. Il accorda des honneurs et des nominations, notamment les honneurs de Grands-Croix de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis à plusieurs officiers. M. de Buffy fut nommé ministre auprès du Roi de Grande-Bretagne. L'Abbé Comte de Bernis, ambassadeur auprès de la République de Venise, rendit visite au Roi. L'Assemblée générale du Clergé accorda un secours de seize millions au Roi. Plusieurs présentations et audiences eurent lieu, notamment celle du Comte de Sartirane, ambassadeur du Roi de Sardaigne, et des Marquises de la Ferté et de Merinville. Le Roi nomma également divers officiers à des postes importants et augmenta la pension de la Maréchale de Lowendahl.
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42
p. 216-228
MARIAGES ET MORTS.
Début :
Le 1 Février, François-Philibert de Bonvoust; Marquis de Prulay, fils de [...]
Mots clefs :
Mariage, Mort, Marquis, Comte, Fils, Fille, Lieutenant, Gouverneur, Capitaine, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES ET MORTS.
MARIAGES ET MORTS.
E 1 Février , François- Philibert de Bonvouft ;
>
Philibert de Bonvouft , Marquis de Prulay , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes Dauphins , &
de Dame Marie de la Grange , fut marié le premier
Février à Damoifelle Marie, Louife-Françoife
Durey de Noinville , fille de Meffire Jacques-
Bernard Durey de Noinville , Maître des Requê
tes , & Préfident honoraire au Grand- Conſeil™, &
de Dame Marie-Françoife- Pauline de Simiane.
La cérémonie fut faite dans la Chapelle de l'hôtel
de Pons , par l'Evêque de Gap.
Jean-Paul -François de Noailles, Comte d'Ayen;
Gouverneur & Capitaine des Chaffes de S. Germain-
en-Laye en furvivance , époufa le 4 Février
Damoifelle Henriette- Anne- Louiſe Dagueffeau ,
fille de Meffire Jean-Baptiste-Paulin Dagueffeau
de Frefnes , Confeiller d'Etat ordinaire , & de
feue Dame Anne- Louife-Françoife Dupré . La
Bénédiction nuptiale leur fut donnée par l'Archevêque
de Rouen , dans la Chapelle de l'hôtel de
Machault. Le Comte d'Ayen eft fils de Louis de
Noailles , Duc d'Ayen , Chevalier des Ordres du
Roi , Lieutenant général des Armées de Sa Majefté
, Capitaine de la Compagnie Ecoffoife des
Gardes du Corps , Gouverneur de la Province de
Rouillon , en furvivance , Gouverneur & Capitaine
des Chaffes de S. Germain-en- Laye , & de
Catherine - Françoife - Charlotte de Coffé de
Briffac .
Meffire Simon-Claude Graſſin , Maréchal des
Camps & Armées du Roi , Lieutenant pour Sa
Majesté
JUILLET: 1755 : 217
Majefté , & Commandant des Ville & Citadelle de
Saint-Tropez , fut marié le 6 Mars en fecondes
nôces , à Damoiselle Marguerite- Françoiſe- Genevieve
de Vion de Teffancourt de Maiſoncelle ,
fille de feu Meffire René de Vion , Seigneur de
Teffancourt - Maifoncelle , & de Dame Marie-
Marguerite de la Salle .
Meffire Jofeph- Augufte le Camus , fils de Meffire
Barthélemi le Camus , Gouverneur de Mevoillon
, & de Dame Jeanne de Cauſans , fut marié
le 18 à Damoiſelle Antoinette-Nicole le Camus
, fille de Meffire Nicolas le Camus , Commandeur
des Ordres du Roi , & ci-devant Premier
Préfident de la Cour des Aydes .
Le 8 Avril , Meffire Jean- Baptifte- Calixte de
Montmorin , Marquis de Saint - Herem , Colonel
d'un Régiment d'Infanterie de fon nom , fut
marié à Damoiſelle Amable-Emilie- Gabrielle le
Tellier de Souvré , fille de Meffire François- Louis
le Tellier , Comte de Rebenac , Marquis de Souvré
, Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
général des Armées de Sa Majesté , & Lieutenant
général pour le Roi dans les Provinces de haute
& balle- Navarre & de Bearn , Maître de la Garderobe
de Sa Majefté , & de feue Dame Jeanne-
Françoife Dauver des Marefts. La Bénédiction
nuptiale leur fut donnée dans la Chapelle de la
Congrégation de S. Sulpice , par l'Evêque d'Agen.
Leur contrat de mariage avoit été figné le 6 par
Leurs Majeftés & par la Famille royale . Le Marquis
de Saint-Herem eft fils de Mellire Jean-
Baptifte-François , Marquis de Montmorin , Lieutenant
général des Armées du Roi , & Gouverneur
de Fontainebleau , & de Dame Conſtance-Lucie
de Valois de Villette.
La Maiſon de Montmorin qui tire fon nom
K
218 MERCURE DE FRANCE.
d'une terre en Auvergne , doit être comptée par
mi les premieres de cette Province & les plus anciennes
du Royaume . Elle n'eft pas moins illuftre
par fes alliances que par fon ancienneté. Calixte I ,
Seigneur de Montmorin , qui vivoit fous le regne
du Roi Lothaire , & qui eft mentionné dans une
charte du Prieuré de Saucillange , avec Hugues
fon fils , eft le 9e ayeul de Geoffroi , Seigneur de
Montmorin , qui vivoit en 1417 , & qui de fa
femme Dauphine de Thinieres , eut pour fecond
fils Jacques de Montmorin , Seigneur de Saint-
Herem , du chef de fa femme Jeanne Gouge , dite
de Charpaigne , mere de Gilbert de Montmorin
qui d'Alix de Chalancon eut Jean de Montmorin ,
Seigneur de Saint-Herem , allié en 1490 à Marie
de Chazeron. Leur fils François de Montmorin ,
Gouverneur de la haute & baffe- Auvergne , eut de
Jeanne de Joyeufe , Gafpard de Montmorin
Gouverneur d'Auvergne après fon pere , & Jean ,
qui époufa Gabrielle de Murol , Dame du Broc
de Gignac , & de Saint-Bonnet. Leur fils Gafpard
de Montmorin , Seigneur de Saint- Herem , fut
allié à Claude de Chazeron , mere de Gilbert-
Gafpard de Montmorin , décedé le 27 Février
1660 , laiffant de Catherine de Caftille , François-
Gafpard & Edouard de Montmorin , qui ont formé
les deux branches qui fubfiftent aujourd'hui.
François-Gafpard , l'aîné fut grand Louvetier de
France en 1655 , Gouverneur & Capitaine des
Chaffes de Fontainebleau. Son fils Charles-Louis
de Montmorin , qui eut la furvivance de cette
derniere Charge , eft ayeul par fa femme Marie-
Genevieve Rioult de Douilly , du Marquis de
Montmorin qui donne lieu à cet article.
Voyez l'Hiftoire des Grands Officiers de la
Couronne , t, 8. p. 813 , & les Tablettes hiftori
ques , t. 4. P. 419.
JUILLET. 1753. 219
Meffire Charles- Adrien , Comte de Ligny , Vicomte
de Damballe , Meftre de Camp de Cavalerie
, époufa le 17 Avril Demoifeile Elifabeth-
Jeanne de la Roche de Rambures , fille de Meffire
Louis-Antoine de la Roche , Marquis de Rambures
, Maréchal des Camps & Armées du Roi , &
de Dame Elifabeth-Marguerite de Saint - Georges
de Verac. La Bénédiction nuptiale leur fut donnée
par l'Evêque de Meaux , dans la Chapelle
particuliere de l'hôtel de Rothelin . Le Comte de
Ligny eft veuf de Dame Reine -Magdeleine de
Hunolfthein.
Marie-François- Henri de Francquetot , Marquis
de Coigny , Meftre de Camp général des
Dragons de France , & Gouverneur de Choify- le-
Roi , fils de feu Jean- Antoine- François de Francquetot
, Comte de Coigny & de Dame Théreſe-
Jofephe-Corentine de Nevet , & petit- fils du Maréchal
de France de ce nom , fut marié le 21 à
Dame Marie-Jeanne-Olimpe de Bonnevie , Dame
des Ville & Marquifat de Vervins , veuve de
Louis- Augufte , Vicomte de Chabot.
Voyez les Tablettes hiftoriques , 3 part. p. 60, ´ .
& 4 part. p. 310.
>
Atmand , Marquis de Bethune Meftre de
Camp général de la Cavalerie , veuf de Dame
Marie-Edmée de Boullongne, a épousé le 22 Avril
Damoiselle Louife- Thérefe Crozat de Thiers , fille
de Meffire Antoine -Louis Crozat de Thiers , Brigadier
des Armées du Roi & Lecteur du cabinet
de Sa Majefté , & de Marie- Louife Auguftine de
Laval-Montmorenci . L'Evêque de Blois leur donna
la Bénédiction nuptiale dans la Chapelle du château
de Brunoy.
Meffire Jean- Fréderic de la Tour- Dupin de
Gouvernet , Comte de Paulin , Marquis de la
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
Roche- Chalais , Colonel dans le Corps des Gre
nadiers de France , a été márié le 24 à Demoiſelle
Cecile- Marguerite - Séraphine Guignot de Monconfeil,
fille de Meffire Etienne Guignot , Marquis
de Monconfeil , Lieutenant général des Armées
du Roi & Inspecteur général de l'Infanterie , &
de Dame Cécile Thérele Rioult de Curfay. Leur
contrat de mariage avoit été figné le 22 par leurs
Majeftés & par la Famille royale.
Meffire François de Laftic , Comte de Laſtic ;
Capitaine de Cavalerie dans le Régiment de Saint-
Jal , fut marié le 30 à Demoiſelle Anne Charron
de Menars , fille de feu Meffire Michel-Jean-
Baptifte Charron , Marquis de Menars , Brigadier
d'Infanterie , Capitaine des Chaffes de la Capitai
nerie de Blois & Gouverneur du Château de ladite
Ville , & de Dame Anne de Caftres de la
Rivierre. La Bénédiction nuptiale leur fut donnée
dans l'Eglife de Saint Sulpice , par l'Evêque de
Comminges. Le Comte de Laftic eft fils de Meffire
François , Marquis de Laftic , Maréchal des Camps
& Armées du Roi , & Lieutenant des Gardes du
Corps , & de Dame. Magdeleine- Héleine Camus
de Pontcarré. 1
Le a Mars eft mort à Paris Louis de Rouvroi §
Duc de Saint-Simon , Pair de France , Grand d'Eſpagne
de la premiere claffe , Chevalier des Ordres
du Roi, Vidame de Chartres, Gouverneur des Ville,
Château & Citadelle de Blaye , ainſi que du Fort
de Medoc , Grand Bailli & Gouverneur de Senlis
& du Pont Saint-Maxence. Ce Seigneur étoit âgé
de 30 ans. Il avoit été du Confeil de Régence &
Ambaffadeur extraordinaire du Roi en Eſpagne.
Par cette mort fe trouve éteinte la Duché-
Pairie de Saint-Simon , & la derniere branche de
l'illuftre Maifon de Rouvroi- Saint-Simon , n
JUILLET. 1733 : 221
reftant de cette branche Ducale que Marie-Chrif
tine -Chrétienne de Saint-Simon , fille unique de
Jacques-Louis de Rouvroi S.S mon , Duc de Ruffec ,
mort en 1746 , & de Catherine- Charlotte Thérefe
de Gramont , fille d'Antoine , Duc de Gramont.
Elle eft petite-fille du Duc dont nous annonçons
la mort & a époulé le 10 Décembre 1749 ,
Charles Maurice Grimaldi , appellé Comte de
Valentinois.
Il y a encore trois autres branches de la Maifon
de Saint-Simon , aînées de la Ducale. La premiere
fubfifte dans la perfonne de Claude , Bailli de
Saint-Simon , qui a été Général des Galeres de
Malthe en 1735 & 1736 , & de Claude de Saint-
Simon , Evêque de Metz , fon frere. La feconde
a pour chef Louis- Gabriel de Saint-Simon , Marquis
de Montbleru , veuf depuis le mois de Décembre
1753 , de Catherine-Marguerite Pineau
de Lucé , de laquelle il a quatre garçons & quatre
filles. La troifieme branche fubfifte dans cinq
garçons & une fille , enfans de Louis François de
Saint-Simon , Marquis de Sandricourt , Lieute
nant général des Armées du Roi , mort en 1749 .
& de Marie-Louife -Gabrielle de Gourgues , morte
en 1753:
Marie- Thérefe-Emmanuelle Cafimire- Genevie.
ve de Béthune , épouſe de Louis- Augufte Fouquer
de Belle- Ifle , Duc de Gifors , Pair & Maréchal de
France , Prince du S. Empire Romain , Chevalier
des Ordres du Roi & de l'Ordre de la Toifon d'or,
Gouverneur des Ville & Citadelle de Metz & du
pays Meflin , Commandant en chef dans les trois
Evêchés , frontiere de Champagne & pays de Luxembourg
, & Lieutenant général des Duchés de
Lorraine & de Bar , oft morte le 3 dans la 46€
année de fon âge.
"
Kiij
222 MERCURF DE FRANCE.
Dame Françci'e - Marie - Elifabeth Couvay ,
époufe de Louis Balb - Bertons Marquis de Crillon
, Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
mourut à Paris le 6 Mars âgée de 30.
Le Comte de Rohan , Chambellan , Grand
Ecuyer & Grand Veneur de l'Infant Duc de Parme
, eft mort à Parme le 77.Mars.
Diane- Henriette de Bafchi d'Aubaïs , épouse
de Jofeph de Montainard , Marquis de Montfrin ,
Comte de Souternon , eft morte le 18 au château
de Montfrin en Languedoc , dans fa 44° année.
Voyez Bafchi, 4. part. des Tablettes hiftoriques
, pag. 170 , 212 , 217 & 325. & Montainard ,
ibid. pag. 110 & 158 .
9
Meffire Matthieu-Henri Molé de Champlaftreux
fils de Meffire Matthieu-François Molé
fecond Préfident du Parlement , eft mort le 20 dans
La 7e année.
Catherine Charlotte - Thérefe de Gramont ,
venve de Jacques- Louis de Saint- Simon , Duc de
Ruffec , Pair de France, Vidame de Chartres, Chevalier
de la Toifon d'or , mourut en cette ville le 21
âgée de 48 ans. Elle avoit été mariée en premieres
nôces à Philippe- Alexandre , Prince de Bournonville
, mort en 1727. Elle étoit fille d'Antoine de
Gramont , Pair & Maréchal de France , Lieutenant
général de Navarre & de Bearn , Colonel du Régiment
des Gardes- Françoiſes , & de Marie- Chriftine
de Noailles.
Le fieur Jacques Molin , Médecin de la Faculté
de Montpellier , & l'un des Médecins confultans
da Roi , eft mort le 21 Mars âgé de 92 ans. Ses
lumieres , fon expérience & fes fuccès , l'ont fait
compter , avec juftice , au nombre des plus grands
Médecins de ce fiecle.
Meffire Nicolas -Alexandre de Ségur , Préfident
JUILLET. 1755. 223
honoraire du Parlement de Bordeaux , eft mort le
24 dans la cinquante-huitieme année de fon âge.
Meffire Pierre de Forges , Marquis de Châteaubrun
, eft mort le 28 en fon château de Château
vieux , âgé de 75 ans. Il laiffe deux fils & trois
filles de fon fecond mariage avec Dame Gabrielle
de la Marche , fille de Meffire François de la Marche
, Baron de Fins , & de feu Gabrielle de Montmorenci.
Augufte-Henri , Comte de Friefe , Maréchal
des Camps & Armées du Roi , Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie légere de fon nom ,
& Colonel - Lieutenant du Régiment de Madame
la Dauphine , mourut à Paris le 29 Mars âgé de 27 ans.
隔Meffire Guillaume Raffin d'Hauterive , Abbé
de l'Abbaye de Belleville , Ordre de Saint Auguftin
, Diocèfe de Lyon , eft mort le 31 dans la
78e année .
Le 2 Avril , Meffire Jofeph- Philibert d'Apchies ,
Comte de Vabres, des Deux Chiens & de la Baume,
Grand Sénéchal d'Arles , eft mort en cette ville
dans la 69 année de fon âge.
Dame Marie -Jofephe le Duc , veuve de Meffire
Jules , Marquis de Grave , eft morte le 6 Avril
âgée de 70 ans.
Dame Catherine -Félicité- Arnauld de Pompon
ne , veuve de Meffire Jean-Baptifte Colbert , Mar
quis de Torcy , Commandeur des Ordres du Roi ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant le département
des Affaires étrangeres , & Surintendant des
Poſtes , mourut à Paris le 7 âgée de 77 ans.
Dame Marie-Magdeleine Camus de Pontcarré ,
veuve de Méffire Louis- Balthazard de Ricouart ,
Comte d'Herouville, mourut le 12 du même mois.
Meffire Jochim PEfpinette-le-Mairat , Seigneur
Kiiij
224 MERCURE DE FRANCE.
de Nogent , Préfident de la Chambre des Comp
ies , eft mort le 15 âgé de 74 ans.
Meffire Gabriel Tachereau de Baudry , Confeiller
d'Etat ordinaire & Intendant des Finances ,
mourut en cette ville le 22 âgé de 82 ans .
Meffire Jean-Baptifte de Francheville , Préfident
du Parlement de Bretagne , mourut le 29 âgé de
67 ans.
Meffire Jean Bart , Vice-Amiral , Grand- Croix
de l'Ordre royal & militaire de Saint Louis , eſt
mort à Dunkerque fur la fin d'Avril .
Le 4 Mai , Meffire Nicolas Malezieu , Major
de Carabiniers , fils de Meffire Pierre de Malezieu,
Commandeur de l'Ordre royal & militaire de
S. Louis & Lieutenant général des Armées du
Roi , & de Dame Marthe Stoppa , mourut à Paris
dans la 34 année de fon âge.
Don Manuel Gallevon , Comte de la Cerda
Commandeur de l'Ordre de Chrift , & Envoyé
extraordinaire du Roi de Portugal auprès de Sa
Majefté , mourut le 9 en cette ville âgé de ao
ans.
Meffire Charles -Louis de Biaudos , Comte de
Cafteja , Maréchal des Camps & Armées du Roi
Gouverneur de Toul & de Saint-Dizier , ci devant
'Ambaffadeur de Sa Majeſté en Suede , eft mort le
10 dans la 72 ° année de fon âge.
Dame Marie-Françoiſe - Victoire de Verthamon,
veuve de Meffire Louis de Perruffe , Comte
d'Efcars , Lieutenant général pour le Roi au Gouvernement
du haut & bas Limoufin , mourut le
12 au château d'Eſcars , dans la 72º année de fon
âge.
Jean-Marie de Bourbon , Duc de Châteauvi
Jain , fils de Louis-Jean- Marie de Bourbon , Duc
de Penthievre , & de feue Marie- Thétefe- Félicité
JUILLET. 1753. 223
'Eft , Princeffe de Modene , mourut le 19 à Paris,
âge de fix ans , fix mois & deux jours.
Mre Marc-René des Ruaux de Rouffiac , Abbé
de l'Abbaye de Notre-Dame de Sellieres , Ordre
de Citeaux , Diocèfe de Troyes & Vicaire Général
de l'Evêché de Sarlat , mourut à Versailles le
25 dans fa quarante- cinquième année.
Meffire Pierre-Emmanuel , Marquis de Roqué-
Jaure , eft mort dans le mois de Mai , dans fon
château en Auvergne , âgé de quatre - vingt - deux
ans.
Meffire Samuel de Meherenc , Comte de Varennes
, l'un des Lieutenans de Roi dans la Province
de Flandres , Lieutenant pour Sa Majesté &
Commandant au Gouvernement de Béthune , eſt
mort en Normandie dans fa foixante- dix- huitieme
année.
L'Eglife de France vient de perdre un Prélat digne
des premiers temps. Son nom manque à la
તે
lifte des Princes de l'Eglife , dont la pourpre eut
reçu un nouvel éclat , s'il en eut été décoré,
Henri-François -Xavier de Bel unce de Caftelmoron
, étoit né en Décembre 1671. Il entra dans
la Société des Jéfaites en Septembre 1691 , il en
fortit pour être grand-Vicaire de l'Evêque d'Agen ;
il fut nommé à l'évêché de Marfeille en 1709 , &
facré à Paris en1710pendant l'affemblée du Clergé
à laquelle il étoit député en qualité de fuffragant
de la province d'Arles, La pefte arrivée à Marfeille
en 1720 , & qui dura toute l'année 1721. fit éclater
fa charité , fon courage & fon zèle , & nous fit voir
un fecond Charles- Boromée. M. le Régent ne tarda
pas à récompenfer tant de vertus , en le nommant
le 16 Octobre 1723 à l'Evêché de Laon , feconde
pairie du royaume. Il en étoit d'autant plus
digne qu'il refufa ce nouvel honneur pour fe
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
conferver tout entier à fon troupeau pour lequel
'il avoit facrifié fes biens , & tant de fois expofé fa
vie. Il continua de vieillir dans les travaux apoftoliques
, parcourant fon diocèfe en fimple miffionnaire
, & verfant partout avec profuſion ſes inftructions
& fes aumônes. Clément XI . lui envoya
le pallium , & l'honora de plufieurs brefs : ce Pape
mourut au moment où il alloit le faire cardinal :
on ne doit pas omettre que ce Prélat a refufé depuis
l'archevêché de Bordeaux. Il eft mort le 4
Juin , au même jour où la ville de Marfeille renouvelle
tous les ans la confécration qu'il fit pendant
les horreurs de la pefte , de lui & de tout fon
peuple au facré coeur de Jefus. Les regrets de tous
les habitans de cette ville , & les honneurs rendus
à cet illuftre Prélat , éterniferont à jamais fa mémoire
& leur reconnoiffance .
Sa Maiſon eft trop connue pour entrer ici dans
un grand détail : originaire de Navarre , & portant
dans fes armes depuis un tems.immémorial
celles de Bearn , elle fe perd dans les tems les plus
reculés. La fuite non interrompue des ancêtres de
M. de Marſeille , remonte à un Guillaume de Bel
funce , Vicomte de Macaye qui tefta en 1209. Les
Seigneurs de Belfunce font en poffeffion du titre
de Vicomtes depuis le douzieme fiecle. Les chroniques
de Bayonne rapportent l'entrepriſe d'un
cadet de Belfunce qui combattit un monftre à trois.
têtes , & qui fut écrafé par ce monftre après l'avoir
tué. L'événement fabuleux ou véritable en eft
confervé par ce qui fe voit dans leurs armes : c'eſt
un dragon qu'ils ont ajouté à leur écu par la permiffion
du Roi de Navarre Charles III , dit le
Noble. Ils poffederent les premieres charges dans
la maifon des Rois de Navarre. Le titre de Ricombre
qui répond à celui de haut & puiſſant SeiJUILLET.
1755. 227
gneur , fut concédé à Guillaume-Arnaud de Bel-
Tunce par le Roi Charles II , dit le Mauvais , &
parmi les maifons de Navarre établies , en France
, on ne connoît que celles de Grammont de
Luxe & de Belfunce qui foient parvenues à cette
dignité. Les illuftres alliances que les feigneurs
de Belfunce ont contractées , foit par des filles,
données , foit par des filles reçues en mariage ,
répondent bien à la nobleffe de cette maifon. Elle
eft alliée aux maifons de Grammont , d'Efchau
d'Armindaris , d'Arambure , d'Urtubre de Luxe ,
de Montmorency - Luxembourg , Gontaud de
Saint -Geniès , de Foix , de Navailles , d'Elbeuf ,
Pompadour , Rothelin , de Leffe du Coudrai proche
parent de Georges Duc de Virtemberg , Caumont-
la-Force , Montalambert -Moubaux , Beaumont
des Junies , la Lane , Fumel de Monfegur
d'Albret , de Tallerant , de Montp fat , de Goth ,
maifon du Pape Clement V. de Bourdeille , Caf
telnau de Clermont - Lodeve , Pardaillant , de
Rye-Rouffy , de la Rochefoucault , Candale de
Foix , Gontaud-Biron , d'Aydie de Riberac , Théobon
, de Pons , Fumel , Beaupoil - Saint - Aulaire ,
Harcourt -Beuvron , de Chapt de Raftignac , Dur
fort de Duras , de Bearn de Braflac , &c.
"
Il ne refte de la branche de M. l'Evêque de
Marſeille que le Marquis de Belfunce de Caftelmoron
fon petit neveu , fils de feu Antonin Armand
, Comte de Belfunce , Grand Louvetier de
France , & d'Alexandrine- Charlotte Sublet d'Heudicourt
& petit-fils de Charles- Gabriel de Belfance
, Marquis de Caftelmoron , &c. Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes Bourguignons , Lieuten
ant général des armées du Roi , Gouverneur &
Sé échal des provinces d'Agenois & Condommois ,
& de Cécile- Genevieve de Fontanicu. 3
Kvi
228 MERCURE DE FRANCE.
Le chef de la branche aînée de cette maifon , eft
'Armand , Vicomte de Belfunce , Colonel du régiment
de ce nom.
Louis-François- Alexandre Savary , Seigneur &
Marquis de Lancofme , Chevalier de l'Ordre
royal & Militaire de Saint Louis , ci - devant
capitaine de Grenadiers Grenadiers au Régiment de
Richelieu , eft décédé le 12 Juin 1755 , dans
fon Château de Lancofme en Touraine , âgé de
foixante ans , il étoit chef du nom & armes de
Savary, & avoit épousé par contrat de mariage du
9 Janvier 1725 , damoiſelle Marie- Anne de Vaillant
, fille de Meffire François de Vaillant , Chevalier,
Seigneur d'Avignon , & de Dame Margue
rite de la Bouchardiere , dont font iffus trois fils
fçavoir ,
*
Louis-Jean-Baptifte Savary , Seigneur & Marquis
de Lancofne , Capitaine dans le régiment de
Bourgogne , cavalerie, marié à Damoiſelle Louiſe-
Renée de Roncée.
Louis-Alexandre Savary-Lancofme , chevalier
'de Malthe.
Louis-François Savary-Lancofme , Prêtre , Bathelier
de la Faculté de Théologie de Paris , à la
fin de fa Licence.
Ily a une autre branche de la maifon de Savary,
connue depuis 200 ans fous le nom de Bréves , de
laquelle est aîné Paul- Louis-Jean - Baptifte-Camille
de Savary-Breves , appellé le Marquis de Jarzé ,
parce qu'il a hérité du Marquifat de Jarzé en Anjou
dans la fucceffion collatéralle de Marie- Urbain-
René du Pleffis , Marquis de Jarzé , décédé
fans enfans .
Voyez à l'article des Morts & mariages du fe-
Bond volume de Juin , il y eft parlé très au long des
deux branches de cette maison,
E 1 Février , François- Philibert de Bonvouft ;
>
Philibert de Bonvouft , Marquis de Prulay , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes Dauphins , &
de Dame Marie de la Grange , fut marié le premier
Février à Damoifelle Marie, Louife-Françoife
Durey de Noinville , fille de Meffire Jacques-
Bernard Durey de Noinville , Maître des Requê
tes , & Préfident honoraire au Grand- Conſeil™, &
de Dame Marie-Françoife- Pauline de Simiane.
La cérémonie fut faite dans la Chapelle de l'hôtel
de Pons , par l'Evêque de Gap.
Jean-Paul -François de Noailles, Comte d'Ayen;
Gouverneur & Capitaine des Chaffes de S. Germain-
en-Laye en furvivance , époufa le 4 Février
Damoifelle Henriette- Anne- Louiſe Dagueffeau ,
fille de Meffire Jean-Baptiste-Paulin Dagueffeau
de Frefnes , Confeiller d'Etat ordinaire , & de
feue Dame Anne- Louife-Françoife Dupré . La
Bénédiction nuptiale leur fut donnée par l'Archevêque
de Rouen , dans la Chapelle de l'hôtel de
Machault. Le Comte d'Ayen eft fils de Louis de
Noailles , Duc d'Ayen , Chevalier des Ordres du
Roi , Lieutenant général des Armées de Sa Majefté
, Capitaine de la Compagnie Ecoffoife des
Gardes du Corps , Gouverneur de la Province de
Rouillon , en furvivance , Gouverneur & Capitaine
des Chaffes de S. Germain-en- Laye , & de
Catherine - Françoife - Charlotte de Coffé de
Briffac .
Meffire Simon-Claude Graſſin , Maréchal des
Camps & Armées du Roi , Lieutenant pour Sa
Majesté
JUILLET: 1755 : 217
Majefté , & Commandant des Ville & Citadelle de
Saint-Tropez , fut marié le 6 Mars en fecondes
nôces , à Damoiselle Marguerite- Françoiſe- Genevieve
de Vion de Teffancourt de Maiſoncelle ,
fille de feu Meffire René de Vion , Seigneur de
Teffancourt - Maifoncelle , & de Dame Marie-
Marguerite de la Salle .
Meffire Jofeph- Augufte le Camus , fils de Meffire
Barthélemi le Camus , Gouverneur de Mevoillon
, & de Dame Jeanne de Cauſans , fut marié
le 18 à Damoiſelle Antoinette-Nicole le Camus
, fille de Meffire Nicolas le Camus , Commandeur
des Ordres du Roi , & ci-devant Premier
Préfident de la Cour des Aydes .
Le 8 Avril , Meffire Jean- Baptifte- Calixte de
Montmorin , Marquis de Saint - Herem , Colonel
d'un Régiment d'Infanterie de fon nom , fut
marié à Damoiſelle Amable-Emilie- Gabrielle le
Tellier de Souvré , fille de Meffire François- Louis
le Tellier , Comte de Rebenac , Marquis de Souvré
, Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
général des Armées de Sa Majesté , & Lieutenant
général pour le Roi dans les Provinces de haute
& balle- Navarre & de Bearn , Maître de la Garderobe
de Sa Majefté , & de feue Dame Jeanne-
Françoife Dauver des Marefts. La Bénédiction
nuptiale leur fut donnée dans la Chapelle de la
Congrégation de S. Sulpice , par l'Evêque d'Agen.
Leur contrat de mariage avoit été figné le 6 par
Leurs Majeftés & par la Famille royale . Le Marquis
de Saint-Herem eft fils de Mellire Jean-
Baptifte-François , Marquis de Montmorin , Lieutenant
général des Armées du Roi , & Gouverneur
de Fontainebleau , & de Dame Conſtance-Lucie
de Valois de Villette.
La Maiſon de Montmorin qui tire fon nom
K
218 MERCURE DE FRANCE.
d'une terre en Auvergne , doit être comptée par
mi les premieres de cette Province & les plus anciennes
du Royaume . Elle n'eft pas moins illuftre
par fes alliances que par fon ancienneté. Calixte I ,
Seigneur de Montmorin , qui vivoit fous le regne
du Roi Lothaire , & qui eft mentionné dans une
charte du Prieuré de Saucillange , avec Hugues
fon fils , eft le 9e ayeul de Geoffroi , Seigneur de
Montmorin , qui vivoit en 1417 , & qui de fa
femme Dauphine de Thinieres , eut pour fecond
fils Jacques de Montmorin , Seigneur de Saint-
Herem , du chef de fa femme Jeanne Gouge , dite
de Charpaigne , mere de Gilbert de Montmorin
qui d'Alix de Chalancon eut Jean de Montmorin ,
Seigneur de Saint-Herem , allié en 1490 à Marie
de Chazeron. Leur fils François de Montmorin ,
Gouverneur de la haute & baffe- Auvergne , eut de
Jeanne de Joyeufe , Gafpard de Montmorin
Gouverneur d'Auvergne après fon pere , & Jean ,
qui époufa Gabrielle de Murol , Dame du Broc
de Gignac , & de Saint-Bonnet. Leur fils Gafpard
de Montmorin , Seigneur de Saint- Herem , fut
allié à Claude de Chazeron , mere de Gilbert-
Gafpard de Montmorin , décedé le 27 Février
1660 , laiffant de Catherine de Caftille , François-
Gafpard & Edouard de Montmorin , qui ont formé
les deux branches qui fubfiftent aujourd'hui.
François-Gafpard , l'aîné fut grand Louvetier de
France en 1655 , Gouverneur & Capitaine des
Chaffes de Fontainebleau. Son fils Charles-Louis
de Montmorin , qui eut la furvivance de cette
derniere Charge , eft ayeul par fa femme Marie-
Genevieve Rioult de Douilly , du Marquis de
Montmorin qui donne lieu à cet article.
Voyez l'Hiftoire des Grands Officiers de la
Couronne , t, 8. p. 813 , & les Tablettes hiftori
ques , t. 4. P. 419.
JUILLET. 1753. 219
Meffire Charles- Adrien , Comte de Ligny , Vicomte
de Damballe , Meftre de Camp de Cavalerie
, époufa le 17 Avril Demoifeile Elifabeth-
Jeanne de la Roche de Rambures , fille de Meffire
Louis-Antoine de la Roche , Marquis de Rambures
, Maréchal des Camps & Armées du Roi , &
de Dame Elifabeth-Marguerite de Saint - Georges
de Verac. La Bénédiction nuptiale leur fut donnée
par l'Evêque de Meaux , dans la Chapelle
particuliere de l'hôtel de Rothelin . Le Comte de
Ligny eft veuf de Dame Reine -Magdeleine de
Hunolfthein.
Marie-François- Henri de Francquetot , Marquis
de Coigny , Meftre de Camp général des
Dragons de France , & Gouverneur de Choify- le-
Roi , fils de feu Jean- Antoine- François de Francquetot
, Comte de Coigny & de Dame Théreſe-
Jofephe-Corentine de Nevet , & petit- fils du Maréchal
de France de ce nom , fut marié le 21 à
Dame Marie-Jeanne-Olimpe de Bonnevie , Dame
des Ville & Marquifat de Vervins , veuve de
Louis- Augufte , Vicomte de Chabot.
Voyez les Tablettes hiftoriques , 3 part. p. 60, ´ .
& 4 part. p. 310.
>
Atmand , Marquis de Bethune Meftre de
Camp général de la Cavalerie , veuf de Dame
Marie-Edmée de Boullongne, a épousé le 22 Avril
Damoiselle Louife- Thérefe Crozat de Thiers , fille
de Meffire Antoine -Louis Crozat de Thiers , Brigadier
des Armées du Roi & Lecteur du cabinet
de Sa Majefté , & de Marie- Louife Auguftine de
Laval-Montmorenci . L'Evêque de Blois leur donna
la Bénédiction nuptiale dans la Chapelle du château
de Brunoy.
Meffire Jean- Fréderic de la Tour- Dupin de
Gouvernet , Comte de Paulin , Marquis de la
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
Roche- Chalais , Colonel dans le Corps des Gre
nadiers de France , a été márié le 24 à Demoiſelle
Cecile- Marguerite - Séraphine Guignot de Monconfeil,
fille de Meffire Etienne Guignot , Marquis
de Monconfeil , Lieutenant général des Armées
du Roi & Inspecteur général de l'Infanterie , &
de Dame Cécile Thérele Rioult de Curfay. Leur
contrat de mariage avoit été figné le 22 par leurs
Majeftés & par la Famille royale.
Meffire François de Laftic , Comte de Laſtic ;
Capitaine de Cavalerie dans le Régiment de Saint-
Jal , fut marié le 30 à Demoiſelle Anne Charron
de Menars , fille de feu Meffire Michel-Jean-
Baptifte Charron , Marquis de Menars , Brigadier
d'Infanterie , Capitaine des Chaffes de la Capitai
nerie de Blois & Gouverneur du Château de ladite
Ville , & de Dame Anne de Caftres de la
Rivierre. La Bénédiction nuptiale leur fut donnée
dans l'Eglife de Saint Sulpice , par l'Evêque de
Comminges. Le Comte de Laftic eft fils de Meffire
François , Marquis de Laftic , Maréchal des Camps
& Armées du Roi , & Lieutenant des Gardes du
Corps , & de Dame. Magdeleine- Héleine Camus
de Pontcarré. 1
Le a Mars eft mort à Paris Louis de Rouvroi §
Duc de Saint-Simon , Pair de France , Grand d'Eſpagne
de la premiere claffe , Chevalier des Ordres
du Roi, Vidame de Chartres, Gouverneur des Ville,
Château & Citadelle de Blaye , ainſi que du Fort
de Medoc , Grand Bailli & Gouverneur de Senlis
& du Pont Saint-Maxence. Ce Seigneur étoit âgé
de 30 ans. Il avoit été du Confeil de Régence &
Ambaffadeur extraordinaire du Roi en Eſpagne.
Par cette mort fe trouve éteinte la Duché-
Pairie de Saint-Simon , & la derniere branche de
l'illuftre Maifon de Rouvroi- Saint-Simon , n
JUILLET. 1733 : 221
reftant de cette branche Ducale que Marie-Chrif
tine -Chrétienne de Saint-Simon , fille unique de
Jacques-Louis de Rouvroi S.S mon , Duc de Ruffec ,
mort en 1746 , & de Catherine- Charlotte Thérefe
de Gramont , fille d'Antoine , Duc de Gramont.
Elle eft petite-fille du Duc dont nous annonçons
la mort & a époulé le 10 Décembre 1749 ,
Charles Maurice Grimaldi , appellé Comte de
Valentinois.
Il y a encore trois autres branches de la Maifon
de Saint-Simon , aînées de la Ducale. La premiere
fubfifte dans la perfonne de Claude , Bailli de
Saint-Simon , qui a été Général des Galeres de
Malthe en 1735 & 1736 , & de Claude de Saint-
Simon , Evêque de Metz , fon frere. La feconde
a pour chef Louis- Gabriel de Saint-Simon , Marquis
de Montbleru , veuf depuis le mois de Décembre
1753 , de Catherine-Marguerite Pineau
de Lucé , de laquelle il a quatre garçons & quatre
filles. La troifieme branche fubfifte dans cinq
garçons & une fille , enfans de Louis François de
Saint-Simon , Marquis de Sandricourt , Lieute
nant général des Armées du Roi , mort en 1749 .
& de Marie-Louife -Gabrielle de Gourgues , morte
en 1753:
Marie- Thérefe-Emmanuelle Cafimire- Genevie.
ve de Béthune , épouſe de Louis- Augufte Fouquer
de Belle- Ifle , Duc de Gifors , Pair & Maréchal de
France , Prince du S. Empire Romain , Chevalier
des Ordres du Roi & de l'Ordre de la Toifon d'or,
Gouverneur des Ville & Citadelle de Metz & du
pays Meflin , Commandant en chef dans les trois
Evêchés , frontiere de Champagne & pays de Luxembourg
, & Lieutenant général des Duchés de
Lorraine & de Bar , oft morte le 3 dans la 46€
année de fon âge.
"
Kiij
222 MERCURF DE FRANCE.
Dame Françci'e - Marie - Elifabeth Couvay ,
époufe de Louis Balb - Bertons Marquis de Crillon
, Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
mourut à Paris le 6 Mars âgée de 30.
Le Comte de Rohan , Chambellan , Grand
Ecuyer & Grand Veneur de l'Infant Duc de Parme
, eft mort à Parme le 77.Mars.
Diane- Henriette de Bafchi d'Aubaïs , épouse
de Jofeph de Montainard , Marquis de Montfrin ,
Comte de Souternon , eft morte le 18 au château
de Montfrin en Languedoc , dans fa 44° année.
Voyez Bafchi, 4. part. des Tablettes hiftoriques
, pag. 170 , 212 , 217 & 325. & Montainard ,
ibid. pag. 110 & 158 .
9
Meffire Matthieu-Henri Molé de Champlaftreux
fils de Meffire Matthieu-François Molé
fecond Préfident du Parlement , eft mort le 20 dans
La 7e année.
Catherine Charlotte - Thérefe de Gramont ,
venve de Jacques- Louis de Saint- Simon , Duc de
Ruffec , Pair de France, Vidame de Chartres, Chevalier
de la Toifon d'or , mourut en cette ville le 21
âgée de 48 ans. Elle avoit été mariée en premieres
nôces à Philippe- Alexandre , Prince de Bournonville
, mort en 1727. Elle étoit fille d'Antoine de
Gramont , Pair & Maréchal de France , Lieutenant
général de Navarre & de Bearn , Colonel du Régiment
des Gardes- Françoiſes , & de Marie- Chriftine
de Noailles.
Le fieur Jacques Molin , Médecin de la Faculté
de Montpellier , & l'un des Médecins confultans
da Roi , eft mort le 21 Mars âgé de 92 ans. Ses
lumieres , fon expérience & fes fuccès , l'ont fait
compter , avec juftice , au nombre des plus grands
Médecins de ce fiecle.
Meffire Nicolas -Alexandre de Ségur , Préfident
JUILLET. 1755. 223
honoraire du Parlement de Bordeaux , eft mort le
24 dans la cinquante-huitieme année de fon âge.
Meffire Pierre de Forges , Marquis de Châteaubrun
, eft mort le 28 en fon château de Château
vieux , âgé de 75 ans. Il laiffe deux fils & trois
filles de fon fecond mariage avec Dame Gabrielle
de la Marche , fille de Meffire François de la Marche
, Baron de Fins , & de feu Gabrielle de Montmorenci.
Augufte-Henri , Comte de Friefe , Maréchal
des Camps & Armées du Roi , Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie légere de fon nom ,
& Colonel - Lieutenant du Régiment de Madame
la Dauphine , mourut à Paris le 29 Mars âgé de 27 ans.
隔Meffire Guillaume Raffin d'Hauterive , Abbé
de l'Abbaye de Belleville , Ordre de Saint Auguftin
, Diocèfe de Lyon , eft mort le 31 dans la
78e année .
Le 2 Avril , Meffire Jofeph- Philibert d'Apchies ,
Comte de Vabres, des Deux Chiens & de la Baume,
Grand Sénéchal d'Arles , eft mort en cette ville
dans la 69 année de fon âge.
Dame Marie -Jofephe le Duc , veuve de Meffire
Jules , Marquis de Grave , eft morte le 6 Avril
âgée de 70 ans.
Dame Catherine -Félicité- Arnauld de Pompon
ne , veuve de Meffire Jean-Baptifte Colbert , Mar
quis de Torcy , Commandeur des Ordres du Roi ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant le département
des Affaires étrangeres , & Surintendant des
Poſtes , mourut à Paris le 7 âgée de 77 ans.
Dame Marie-Magdeleine Camus de Pontcarré ,
veuve de Méffire Louis- Balthazard de Ricouart ,
Comte d'Herouville, mourut le 12 du même mois.
Meffire Jochim PEfpinette-le-Mairat , Seigneur
Kiiij
224 MERCURE DE FRANCE.
de Nogent , Préfident de la Chambre des Comp
ies , eft mort le 15 âgé de 74 ans.
Meffire Gabriel Tachereau de Baudry , Confeiller
d'Etat ordinaire & Intendant des Finances ,
mourut en cette ville le 22 âgé de 82 ans .
Meffire Jean-Baptifte de Francheville , Préfident
du Parlement de Bretagne , mourut le 29 âgé de
67 ans.
Meffire Jean Bart , Vice-Amiral , Grand- Croix
de l'Ordre royal & militaire de Saint Louis , eſt
mort à Dunkerque fur la fin d'Avril .
Le 4 Mai , Meffire Nicolas Malezieu , Major
de Carabiniers , fils de Meffire Pierre de Malezieu,
Commandeur de l'Ordre royal & militaire de
S. Louis & Lieutenant général des Armées du
Roi , & de Dame Marthe Stoppa , mourut à Paris
dans la 34 année de fon âge.
Don Manuel Gallevon , Comte de la Cerda
Commandeur de l'Ordre de Chrift , & Envoyé
extraordinaire du Roi de Portugal auprès de Sa
Majefté , mourut le 9 en cette ville âgé de ao
ans.
Meffire Charles -Louis de Biaudos , Comte de
Cafteja , Maréchal des Camps & Armées du Roi
Gouverneur de Toul & de Saint-Dizier , ci devant
'Ambaffadeur de Sa Majeſté en Suede , eft mort le
10 dans la 72 ° année de fon âge.
Dame Marie-Françoiſe - Victoire de Verthamon,
veuve de Meffire Louis de Perruffe , Comte
d'Efcars , Lieutenant général pour le Roi au Gouvernement
du haut & bas Limoufin , mourut le
12 au château d'Eſcars , dans la 72º année de fon
âge.
Jean-Marie de Bourbon , Duc de Châteauvi
Jain , fils de Louis-Jean- Marie de Bourbon , Duc
de Penthievre , & de feue Marie- Thétefe- Félicité
JUILLET. 1753. 223
'Eft , Princeffe de Modene , mourut le 19 à Paris,
âge de fix ans , fix mois & deux jours.
Mre Marc-René des Ruaux de Rouffiac , Abbé
de l'Abbaye de Notre-Dame de Sellieres , Ordre
de Citeaux , Diocèfe de Troyes & Vicaire Général
de l'Evêché de Sarlat , mourut à Versailles le
25 dans fa quarante- cinquième année.
Meffire Pierre-Emmanuel , Marquis de Roqué-
Jaure , eft mort dans le mois de Mai , dans fon
château en Auvergne , âgé de quatre - vingt - deux
ans.
Meffire Samuel de Meherenc , Comte de Varennes
, l'un des Lieutenans de Roi dans la Province
de Flandres , Lieutenant pour Sa Majesté &
Commandant au Gouvernement de Béthune , eſt
mort en Normandie dans fa foixante- dix- huitieme
année.
L'Eglife de France vient de perdre un Prélat digne
des premiers temps. Son nom manque à la
તે
lifte des Princes de l'Eglife , dont la pourpre eut
reçu un nouvel éclat , s'il en eut été décoré,
Henri-François -Xavier de Bel unce de Caftelmoron
, étoit né en Décembre 1671. Il entra dans
la Société des Jéfaites en Septembre 1691 , il en
fortit pour être grand-Vicaire de l'Evêque d'Agen ;
il fut nommé à l'évêché de Marfeille en 1709 , &
facré à Paris en1710pendant l'affemblée du Clergé
à laquelle il étoit député en qualité de fuffragant
de la province d'Arles, La pefte arrivée à Marfeille
en 1720 , & qui dura toute l'année 1721. fit éclater
fa charité , fon courage & fon zèle , & nous fit voir
un fecond Charles- Boromée. M. le Régent ne tarda
pas à récompenfer tant de vertus , en le nommant
le 16 Octobre 1723 à l'Evêché de Laon , feconde
pairie du royaume. Il en étoit d'autant plus
digne qu'il refufa ce nouvel honneur pour fe
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
conferver tout entier à fon troupeau pour lequel
'il avoit facrifié fes biens , & tant de fois expofé fa
vie. Il continua de vieillir dans les travaux apoftoliques
, parcourant fon diocèfe en fimple miffionnaire
, & verfant partout avec profuſion ſes inftructions
& fes aumônes. Clément XI . lui envoya
le pallium , & l'honora de plufieurs brefs : ce Pape
mourut au moment où il alloit le faire cardinal :
on ne doit pas omettre que ce Prélat a refufé depuis
l'archevêché de Bordeaux. Il eft mort le 4
Juin , au même jour où la ville de Marfeille renouvelle
tous les ans la confécration qu'il fit pendant
les horreurs de la pefte , de lui & de tout fon
peuple au facré coeur de Jefus. Les regrets de tous
les habitans de cette ville , & les honneurs rendus
à cet illuftre Prélat , éterniferont à jamais fa mémoire
& leur reconnoiffance .
Sa Maiſon eft trop connue pour entrer ici dans
un grand détail : originaire de Navarre , & portant
dans fes armes depuis un tems.immémorial
celles de Bearn , elle fe perd dans les tems les plus
reculés. La fuite non interrompue des ancêtres de
M. de Marſeille , remonte à un Guillaume de Bel
funce , Vicomte de Macaye qui tefta en 1209. Les
Seigneurs de Belfunce font en poffeffion du titre
de Vicomtes depuis le douzieme fiecle. Les chroniques
de Bayonne rapportent l'entrepriſe d'un
cadet de Belfunce qui combattit un monftre à trois.
têtes , & qui fut écrafé par ce monftre après l'avoir
tué. L'événement fabuleux ou véritable en eft
confervé par ce qui fe voit dans leurs armes : c'eſt
un dragon qu'ils ont ajouté à leur écu par la permiffion
du Roi de Navarre Charles III , dit le
Noble. Ils poffederent les premieres charges dans
la maifon des Rois de Navarre. Le titre de Ricombre
qui répond à celui de haut & puiſſant SeiJUILLET.
1755. 227
gneur , fut concédé à Guillaume-Arnaud de Bel-
Tunce par le Roi Charles II , dit le Mauvais , &
parmi les maifons de Navarre établies , en France
, on ne connoît que celles de Grammont de
Luxe & de Belfunce qui foient parvenues à cette
dignité. Les illuftres alliances que les feigneurs
de Belfunce ont contractées , foit par des filles,
données , foit par des filles reçues en mariage ,
répondent bien à la nobleffe de cette maifon. Elle
eft alliée aux maifons de Grammont , d'Efchau
d'Armindaris , d'Arambure , d'Urtubre de Luxe ,
de Montmorency - Luxembourg , Gontaud de
Saint -Geniès , de Foix , de Navailles , d'Elbeuf ,
Pompadour , Rothelin , de Leffe du Coudrai proche
parent de Georges Duc de Virtemberg , Caumont-
la-Force , Montalambert -Moubaux , Beaumont
des Junies , la Lane , Fumel de Monfegur
d'Albret , de Tallerant , de Montp fat , de Goth ,
maifon du Pape Clement V. de Bourdeille , Caf
telnau de Clermont - Lodeve , Pardaillant , de
Rye-Rouffy , de la Rochefoucault , Candale de
Foix , Gontaud-Biron , d'Aydie de Riberac , Théobon
, de Pons , Fumel , Beaupoil - Saint - Aulaire ,
Harcourt -Beuvron , de Chapt de Raftignac , Dur
fort de Duras , de Bearn de Braflac , &c.
"
Il ne refte de la branche de M. l'Evêque de
Marſeille que le Marquis de Belfunce de Caftelmoron
fon petit neveu , fils de feu Antonin Armand
, Comte de Belfunce , Grand Louvetier de
France , & d'Alexandrine- Charlotte Sublet d'Heudicourt
& petit-fils de Charles- Gabriel de Belfance
, Marquis de Caftelmoron , &c. Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes Bourguignons , Lieuten
ant général des armées du Roi , Gouverneur &
Sé échal des provinces d'Agenois & Condommois ,
& de Cécile- Genevieve de Fontanicu. 3
Kvi
228 MERCURE DE FRANCE.
Le chef de la branche aînée de cette maifon , eft
'Armand , Vicomte de Belfunce , Colonel du régiment
de ce nom.
Louis-François- Alexandre Savary , Seigneur &
Marquis de Lancofme , Chevalier de l'Ordre
royal & Militaire de Saint Louis , ci - devant
capitaine de Grenadiers Grenadiers au Régiment de
Richelieu , eft décédé le 12 Juin 1755 , dans
fon Château de Lancofme en Touraine , âgé de
foixante ans , il étoit chef du nom & armes de
Savary, & avoit épousé par contrat de mariage du
9 Janvier 1725 , damoiſelle Marie- Anne de Vaillant
, fille de Meffire François de Vaillant , Chevalier,
Seigneur d'Avignon , & de Dame Margue
rite de la Bouchardiere , dont font iffus trois fils
fçavoir ,
*
Louis-Jean-Baptifte Savary , Seigneur & Marquis
de Lancofne , Capitaine dans le régiment de
Bourgogne , cavalerie, marié à Damoiſelle Louiſe-
Renée de Roncée.
Louis-Alexandre Savary-Lancofme , chevalier
'de Malthe.
Louis-François Savary-Lancofme , Prêtre , Bathelier
de la Faculté de Théologie de Paris , à la
fin de fa Licence.
Ily a une autre branche de la maifon de Savary,
connue depuis 200 ans fous le nom de Bréves , de
laquelle est aîné Paul- Louis-Jean - Baptifte-Camille
de Savary-Breves , appellé le Marquis de Jarzé ,
parce qu'il a hérité du Marquifat de Jarzé en Anjou
dans la fucceffion collatéralle de Marie- Urbain-
René du Pleffis , Marquis de Jarzé , décédé
fans enfans .
Voyez à l'article des Morts & mariages du fe-
Bond volume de Juin , il y eft parlé très au long des
deux branches de cette maison,
Fermer
Résumé : MARIAGES ET MORTS.
En 1755, plusieurs mariages et décès notables ont été enregistrés. Le 1er février, Philibert de Bonvoult, Marquis de Prulay, a épousé Marie Louise Françoise Durey de Noinville. Le 4 février, Jean-Paul-François de Noailles, Comte d'Ayen, a épousé Henriette-Anne-Louise Dagueffau. Le 6 mars, Simon-Claude Grassin, Maréchal des Camps et Armées du Roi, s'est remarié avec Marguerite-Françoise-Geneviève de Vion de Tessancourt de Maisoncelle. D'autres mariages ont eu lieu en mars et avril, impliquant des personnalités telles que Joseph-Auguste Le Camus, Jean-Baptiste-Calixte de Montmorin, Charles-Adrien, Comte de Ligny, Marie-François-Henri de Francquetot, Marquis de Coigny, Armand, Marquis de Béthune, Jean-Frédéric de La Tour-Dupin de Gouvernet, et François de Lastic, Comte de Lastic. Parmi les décès notables, Louis de Rouvroi, Duc de Saint-Simon, est mort à Paris le 1er mars à l'âge de 30 ans. Marie-Thérèse-Emmanuelle Casimire-Geneviève de Béthune, épouse de Louis-Auguste Fouquet de Belle-Isle, est décédée le 3 mars à l'âge de 46 ans. Françoise-Marie-Élisabeth Couray, épouse de Louis-Balthazar Bertons Marquis de Crillon, est morte à Paris le 6 mars à l'âge de 30 ans. Le Comte de Rohan, Chambellan et Grand Veneur de l'Infant Duc de Parme, est décédé à Parme le 7 mars. Diane-Henriette de Bashi d'Aubais, épouse de Joseph de Montainard, Marquis de Montfrin, est morte le 18 mars à l'âge de 44 ans. Matthieu-Henri Molé de Champlâtreux est décédé le 20 mars à l'âge de 7 ans. Catherine-Charlotte-Thérèse de Gramont, veuve de Jacques-Louis de Saint-Simon, Duc de Ruffec, est morte le 21 mars à l'âge de 48 ans. Jacques Molin, Médecin de la Faculté de Montpellier, est décédé le 21 mars à l'âge de 92 ans. Nicolas-Alexandre de Ségur, Président honoraire du Parlement de Bordeaux, est mort le 24 mars à l'âge de 58 ans. Pierre de Forges, Marquis de Châteaubrun, est décédé le 28 mars à l'âge de 75 ans. Auguste-Henri, Comte de Frise, Maréchal des Camps et Armées du Roi, est mort à Paris le 29 mars à l'âge de 27 ans. Guillaume Raffin d'Hauterive, Abbé de l'Abbaye de Belleville, est décédé le 31 mars à l'âge de 78 ans. Joseph-Philibert d'Apchier, Comte de Vabres, est mort à Arles le 2 avril à l'âge de 69 ans. Marie-Josèphe Le Duc, veuve de Jules, Marquis de Grave, est décédée le 6 avril à l'âge de 70 ans. Catherine-Félicité Arnauld de Pomponne, veuve de Jean-Baptiste Colbert, Marquis de Torcy, est morte à Paris le 7 avril à l'âge de 77 ans. Marie-Madeleine Camus de Pontcarré, veuve de Louis-Balthazard de Ricouart, Comte d'Herouville, est décédée le 12 avril. Joachim Espinette-Le-Mairat, Seigneur de Nogent, Président de la Chambre des Comptes, est mort le 15 avril à l'âge de 74 ans. Gabriel Tachereau de Baudry, Conseiller au Parlement de Bretagne, est décédé le 16 avril à l'âge de 75 ans. En 1753, plusieurs personnalités notables sont également décédées. Jean-Baptiste de Francheville, Président du Parlement de Bretagne, est mort le 29 mai à l'âge de 67 ans. Jean Bart, Vice-Amiral et Grand-Croix de l'Ordre royal et militaire de Saint Louis, est décédé à Dunkerque à la fin avril. Nicolas Malezieu, Major de Carabiniers, est mort à Paris le 4 mai à l'âge de 34 ans.
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43
p. 7-32
SUITE De la Promenade de Province, & des charmes du Caractere.
Début :
L'Angleterre est ma patrie, & mon nom est Tumbsirk. Mon pere qui s'appelloit [...]
Mots clefs :
Comte, Homme, Capitaine, Vaisseau, Fils, Esprit, Papiers, Bonheur, Amis, Coeur, Promenade de province
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE De la Promenade de Province, & des charmes du Caractere.
SUITE
De la Promenade de Province , & des
charmes du Carailere.
'Angleterre eft ma patrie , & mon nom
eft Tumbfirk. Mon pere qui s'appelloit
Milord K..... devenu veuf & mécontent
de la Cour , fe retira dans fes terres
qui font dans le Comté de Devonshire .
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Ce fut là qu'il devint amouteux de la fille
d'un fimple Gentilhomme réduit à la derniere
néceffité. Elle étoit belle. Si fa mifere
le toucha , fa vertu excita fon admiration.
Il prit le parti de l'époufer , avec
toutes les formalités néceffaires , mais le
plus fecrettement qu'il lui fut poffible ,
parce qu'il craignoit les enfans de fon premier
lit , qui étoient au nombre de trois.
Je fuis le feul fruit de ce mariage , ma
mere étant morte en me mettant au monde.
Mon enfance n'a rien eu d'extraordinaire.
J'ai été élevé dans un college jufqu'à
l'âge de feize ans. J'allois fouvent
voir Milord K.... que je regardois comme
un ami qui vouloit bien prendre foin de
moi , du refte j'ignorois à qui je devois la
naiffance.
Je fus furpris un jour de ce qu'on vint
me chercher de fa part avec précipitation.
J'arrivai , & je le trouvai à l'extrêmité . Il
fit fortir tout le monde de fa chambre , &
m'ayant fait approcher de fon lit , je me
meurs , me dit- il , d'une voix foible ; mais
écontez bien ce que je vais vous dire. Vous
êtes mon fils . Voici , ajoûta- t'il , en me
préfentant des papiers , les pieces qui le
juftifieront. Vous avez des freres puiffans
qui refuferont peut - être de vous reconnoître.
Défiez- vous furtout de votre aîné , &
DECEMBRE 1755. 9
agiffez - en avec lui comme avec un homme
de qui vous avez tout à craindre. Voici
pour le Baron de W... le plus jeune de vos
freres , une lettre qui pourra l'attendrir
en votre faveur. En voilà une autre pour
votre foeur qui eft mariée au Duc de M...
Embraffez- moi , mon fils , pourfuivit - il ,
en s'attendriffant ; puiffe le ciel , protecteur
de l'innocence , vous tenir lieu de
pere ! Je reçus fa bénédiction , en pleurant
amerement , il mourut une heure après
entre mes bras. Sa perte me caufa une vive
douleur , je l'aimois véritablement , & la
confidération de l'état où il me laiſſoit , ne
fervit pas à me confoler. Je n'avois du
côté de ma mere que des parens éloignés ,
que je ne connoiffois point. Je me regardai
comme un homme ifolé , qui ne tenoit
à rien , & qui avoit tout à craindre.
Mourir, c'eft un fort inévitable , me disje
, il faudra toujours en venir - là , après
avoir effuyé bien des traverfes , je puis me
les épargner en finiffant ma trifte vie ,
mais je veux que ma mort foit utile à ma
patrie ; c'eft au milieu des hafards que je
dois la chercher . Nous étions alors en
guerre avec la France , je m'engageai dans
un vieux corps de cavalerie , bien réfolu
de vendre cherement ma vie. Je me rendis
au lieu où l'armée étoit allemblée : j'avois
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
toujours dans mon porte-feuille les papiers
que mon pere m'avoit donnés. A peine
fus-je arrivé que j'appris que l'officier qui
commandoit étoit le Comte de Y..... frere
unique de feu mon pere. Je ne l'avois jamais
vu parce qu'ils étoient mal enſemble
depuis longtems ; cela ne me donna aucune
envie de lui découvrir mon fecret.
Cependant le Capitaine de la compagnie
où j'étois enrôlé , étoit un homme
violent , emporté , brutal & généralement
haï j'avoue que je ne cédois à perfonne
ma part de cette averfion . Il me rencontra
un jour avec quelques officiers qu'il
n'aimoit pas. Il voulut me dire quelque
chofe , fa vue feule étoit capable de m'émouvoir
, je lui répondis avec hauteur. Il
fe mit en devoir de punir ma témérité
quelques coups de plat d'épée : voyons ,
lui dis - je , en tirant la mienne , fi tu as autant
de coeur que de brutalité. Je le pouſſai
vivement , mais on nous fepara. Mon crime
étoit irrémiffible ; auffi fus - je condammé
à avoir la tête caffée dès le même jour.
par
Quelque indifférence que j'euffe pour
la vie , je ne pus me défendre d'un violent
friffonnement , en fongeant que je navois
plus que quelques heures à vivre. Une
reffource me reftoit , c'étoit de me faire
connoître au Comte de Y... Mais comment
1
DECEMBRE. 1755 . II
y parvenir. A qui m'adreffer ? Plufieurs de
mes amis vinrent pour me voir , mais on
ne voulut pas leur permettre de me parler.
Un officier de confidération qui m'aimoit ,
demanda cette grace , qu'on ne put pas lui
refufer. Le ciel , lui dis - je , en l'appercevant
, vous envoie fans doute ici pour me
fauver la vie , mais il n'y a point de tems
à perdre. Je fuis le neveu du Comte de Y...
j'ai fur moi de quoi le prouver : l'officier
ne pouvant fe figurer que cela fût vrai ,
demanda à voir mes papiers , je ne fis aucune
difficulté de les lui montrer ; il y
reconnut la vérité , & courut avec empreffement
à la tente du Comte de Y..... après
avoir donné ordre à ceux qui me gardoient
de différer l'exécution jufqu'à fon retour,
Cependant l'heure de me conduire au
fupplice approchoit , le régiment étoit
déja affemblé , & mon lâche Capitaine ,
qui fe douta qu'on travailloit à me fauver ,
éloigna fous divers prétextes , ceux qui me
gardoient , & qui avoient reçu l'ordre de
différer , & me fit auffitôt conduire au lieu
où je devois perdre la vie . Je vis bien alors
qu'il n'y avoit plus de falut à efpérer : on
me banda les yeux ; quels funeftes aprêts ,
& qu'elle horrible fituation ! Tout mon
fang fe retira autour de mon coeur , mon
efprit ne m'offroit plus que des penfées
A vj
12 MERCURE
DE FRANCE
.
confufes , je crus fentir le coup qui devoit
faire fortir mon ame de fa trifte prifon.
Mais un moment après la vue me fut rendue
, & je vis auprès de moi cet officier
qui paroifoit fort en colere du mépris
que l'on avoit fait de fes ordres. Un rayon
d'efpérance coula dans mon fein , & me
rendit la refpiration que j'avois perdue . Je
n'étois pas encore parfaitement revenu à
moi-même , lorfque je me trouvai devant
le Comte de Y... Je me laiffai tomber à fes
genoux , & ne pouvant trouver de langue
ni de voix , je lui préfentai les pieces juftificatives
de ma naiffance , fans en excepter
la lettre de mon pere adreffée au Baron
de W... Il lut le tout avec émotion , &
venant à moi , il m'embraffa en me difant ,
vous êtes le fils de mon frere , je ne puis
en douter , mais je veux que vous foyez le
mien. Oui , mon cher enfant , continuat'il
, en m'obligeant de me relever , vous
ferez la confolation de ma vieilleffe . J'avois
un fils , il feroit de votre âge , vous
lui reffemblez , je croirai le voir en vous
voyant. Vous penfez bien que je lui rendis
fes careffes avec ufure. Je lui jurai un
éternel attachement. Je lui raconta ce
que m'avoit dit mon pere avant que de
mourir , ma douleur , mes craintes , mon
indifférence pour la vie ; il m'apprit que
DECEMBRE. 1755. 13
l'aîné de mes freres étoit mort depuis environ
un mois ; que le Baron de W... étoit
un de fes principaux officiers ; qu'il étoit
d'un efprit bien plus doux. Il n'eft point
actuellement ici , ajouta t'il , mais il y
fera dans quelques jours . Laiffez-moi ménager
votre premiere entrevue . Je veux le
préparer à vous reconnoître. Tout ce que
je vous recommande , c'eft de garder le
fecret fur tout ce qui vient de fe paffer
entre nous.
La premiere marque de bienveillance
que me donna le Comte de Y ... fut de me
faire changer d'habit , il m'en fit donner
de très riches . Jugez quel plaifir pour un
jeune homme de mon age. Je me trouvois
à ravir , & je me figurai avec une vive
émotion de vanité , la furprife de mes
camarades , & particulierement le dépit &
la confufion de mon Capitaine . Il foutint
ma préſence d'un air embaraffé & humilié,
Tous les pas que je faifois , étoient autant
de triomphes. Aucuns des agrémens de
ma nouvelle fituation ne m'échappoient, je
fentois toute l'étendue de mon bonheur.
Ingénieux à faire naître les occafions de
témoigner ma reconnoiffance au Comte
de Y... je paffois auprès de lui les plus gracieux
momens. Chacun raifonnoit diverfement
à mon fujet , chacun faifoit des
14 MERCURE DE FRANCE.
conjectures , mais tous ceux qui nie
voyoient , convenoient que fi je n'étois
pas d'une illuftre naillance, le fort m'avoit
fait une injuftice .
Nous étions en préfence des ennemis ,
& toujours à la veille de combattre. Le
Baron de W... arriva enfin , nous en fumes
avertis , un moment avant qu'il parût. 11
vint rendre fes devoirs au Comte de Y...
qui m'avoit fait mettre dans un endroit
d'où je pouvois tout entendre fans être
vu. Ils étoient feuls . Après qu'ils fe furent
entretenus quelque tems de l'état de l'armée
& de la difpofition des ennemis : il
eft arrivé ici depuis votre départ , dit le
Comte de Y... une hiftoire bien finguliere.
Il lui fit alors , fans nommer les perfonnes
, le récit que je viens de vous faire ,
continua Tumbfirk , voilà , ajouta le Comre
, les papiers que cet infortuné jeune
homme m'a préfentés . Le Baron de W... les
prit & lut ce qu'ils contenoient avec
une furpriſe inexprimable. Le Comte de
Y...fans lui donner le tems de fe remettre,
lui remit la lettre de mon pere : elle étoit
touchante ; auffi ce ne fut point fans répandre
des larmes , qu'il en acheva la lecture.
Ah ! c'en eft trop , dit- il , d'une voix attendrie,
après avoir fini : je chéris trop , ô mon
pere , votre mémoire pour ne pas aimer
DECEMBRE . 1755. 15
ce qui vous a été cher. Milord , permettez-
moi d'embraffer mon frere , & de lui
jurer devant vous une amitié éternelle . Je
jugeai qu'il étoit tems de paroître . Le
voilà qui s'offre à vos defits , lui dit le
Comte de Y... fatisfaites votre jufte empreffement.
Il me regarda un moment
avec attention . Je voulus embraffer fes
genoux , mais il m'en empêcha en me ferrant
entre fes bras. Mon bonheur me fembla
alors affermi d'une façon inébranlable,
hélas ! il devoit auffi peu durer qu'il étoit
inopiné .
Dès le même jour , il vint un bruit que
les ennemis avoient le deffein de nous attaquer.
Cette nouvelle caufa un mouvement
général dans le camp . On fe prépara
pour les recevoir . Le lendemain à la pointe
du jour , le combat s'engagea : il fut
meurtrier de part & d'autre . J'étois auprès
du Comte de Y... un fatal boulet de canon
vint à mes yeux le frapper dans la poitrine,
& le fit tomber roide mort. La chaleur où
j'étois ne m'empêcha pas de fentir toute
l'horreur de cette perte. Je courus vers
mon frere , mais il fembloit que le fort
attendît mon arrivée pour le frapper à la
tête d'une balle qui le fit tomber de deffus
fon cheval. On le tira de la foule , on l'appuya
contre un arbre , il me reconnut ,
16 MERCURE DE FRANCE
me tendit la main , en me difant , adieu ,
mon cher Tumbfirk , j'aurois été votre
appui , le ciel en a difpofé autrement , le
Comte de Y... à mon défaut... Il ne put
en dire davantage. Ses yeux éteints fe fermerent
pour toujours , & fa tête qu'il ne
pouvoir plus foutenir , tomba fur fa poitrine.
Plufieurs de mes amis inftruits de mon
double malheur , m'arracherent d'auprès
de ce lugubre fpectacle.Toute mon occupation
pendant huit jours fut de pleurer
amèrement les pertes que je venois de faire
, fans vouloir recevoir de confolation.
Mais à ce découragement fuccéderent des
inquiétudes fur mon fort. Je ne me voyois
pas plus avancé qu'à mon arrivée dans le
camp. Encouragé par l'épreuve que j'avois
faite du bon naturel de mon oncle & de
mon frere , je pris la réfolution d'aller
trouver ma foeur. Elle demeuroit à Londres
je me fis conduire à fon hôtel. Elle
étoit feule dans fon appartement , je lui
préfentai les preuves de ma naiffance avec
la lettre de mon pere qui lui étoit adreffée ;
je fuis fûr qu'elle alloit me donner des
marques de fa tendreffe , lorfque le Duc
de M... fon époux entra. Elle changea de
couleur en le voyant . Je le remarquai avec
effroi. Il prit les papiers des mains de fon
époufe , & les parcourut avec une furpriſe
DECEMBRE. 1755. 17
mêlée de chagrin. Je félicite Madame , me
dit- il , en affectant unair plus doux , d'avoir
pour frere un auffi aimable cavalier que
vous. L'avantage n'eft pas grand , lui répondis-
je , mais , Monfieur , ajoutai - je ,
en voyant qu'il ferroit mes papiers , permettez-
moi de vous redemander ces pieces,
elles me font néceffaires. Soyez tranquille,
me répondit-il d'un ton railleur , elles font
en fureté , je vous les rendrai , mais il faut
auparavant que je les examine à loifir.
Je compris alors mon imprudence. Je retournai
à mon auberge avec beaucoup d'inquiétude
j'étois fatigué , je me couchai
de fort bonne heure. Mais je fus réveillé
dans mon premier fommeil par un bruit
qui ne me parut pas éloigné. Je prêtai l'oreille
avec émotion , & j'entendis qu'on
vouloit forcer la porte de ma chambre.
Dans le même inftant je vis , à la lueur
d'une lumiere que j'avois laiffée , trois
hommes qui fe jetterent fur moi , m'arracherent
mon épée , me banderent la bouche
d'un mouchoir pour m'empêcher de
crier , me conduifirent à une chaife de
pofte qui me mena à Douvres , où ils me
firent embarquer. Nous fommes defcendus
à Calais , & là , mes conducteurs m'ont
fait reprendre la pofte jufqu'à D... d'où
nous venons de partir.
18 MERCURE DE FRANCE.
fi
Tel fut le récit du malheureux Tumbfick
. Montvilliers trouva quelque foulagement
en fe repréfentant qu'il n'étoit pas
le feul à plaindre. Les vents leur furent
allez favorables , pendant toute la navigation.
Mais comme le vaiffeau qu'ils montoient
étoit lourd , ils en rencontrerent
plufieurs qui les devancerent. Tumbfirk
apprit des matelots qu'on devoit faire eau
à la petite ifle de S ... Une nuit que tout le
monde dormoit , il dit à Montvilliers, vous
fentez- vous le courage de tout rifquer pour
la liberté ? Certainement , répondit-il fans
balancer. Eh bien , reprit Tumbfirk ,
vous voulez me feconder , j'ai formé le
deffein de nous révolter quand nous ferons
arrivés à l'ifle de S... Quelqu'un qui fit du
bruit les obligea de ceffer cette converfation
. L'Anglois trouva cependant le
moyen de communiquer ce deffein à tous
fes compagnons qui l'approuverent . Quelques
jours après , ils apperçurent l'ifle ; à
peine y furent- ils arrivés , qu'ils demanderent
avec empreffement à defcendre pour
fe promener quelques heures , parce qu'ils
fe trouvoient très-mal de l'air de la mer.
Le Capitaine qui ne fe doutoit point de
leur entreprife y confentit. On leur ôta
même leurs chaînes qui les incommodoient
beaucoup , & on fe contenta de
DECEMBRE. 1755. 19
•
leur donner quelques matelots pour les
garder. Quand ils fe virent éloignés da
rivage , Tumbfirk donna un coup d'oeil à
fes compagnons qui l'obfervoient . Ils fe
jetterent tous fur les matelots qu'ils défarmerent
, & qu'ils attacherent à des arbres.
Ils entrerent dans quelques maifons , obligerent
les Infulaires qui y demeuroient de
leur donner quelques armes , & marcherent
en bon ordre vers le vaiffeau , dans
l'efpérance de s'en rendre maîtres : mais le
Capitaine qui avoit été averti de leur révolte
les attendoit à la tête du refte de l'équipage.
Le nombre ni la contenance des
ennemis ne les effraya point . Ils fe précipiterent
comme des furieux , & en tuerent
quelques-uns ; mais il fallut céder au nombre
. Plufieurs d'entr'eux furent bleffés ,
Tumblrk & Montvilliers furent terraffés
& faits prifonniers. On les fépara , & on
les conduifit dans les prifons de l'iffe. Its
crurent qu'ils n'en fortiroient que pour
aller au fupplice . Cette idée ne leur fembla
point fi affreufe. Ils trouverent l'un &
l'autre une espece de douceur en penfant
qu'ils alloient bientôt être délivrés des
maux infupportables qui les accabloient.
Montvilliers s'encourageoit par ces ré-
Alexions , lorfqu'il vit ouvrir la porte du
lieu où il étoit : par une fervente priere
20 MERCURE DE FRANCE.
il recommanda fon ame à celui qui l'avoit
créée. Deux hommes affez bien mis , lui
dirent de les fuivre. Ils le firent paffer par
différentes rues , & le firent à la fin entrer
dans une fort belle maifon. Ils traverserent
plufieurs appartemens bien meublés ,
& parvinrent à une chambre où ils trouverent
un homme pour qui tous les autres
paroiffoient avoir du refpect . Il regarda
Montvilliers avec une extrême attention
, & confidérant enfuite un papier qu'il
tenoit , il parla à ceux qui étoient auprès
de lui , qui parurent convenir de ce qu'il
difoit. D'où êtes- vous , mon ami , dit- il à
Montvilliers , & par quelle aventure vous
trouvez vous avec des gens où vous paroiffez
déplacé Montvilliers raconta briévement
fon hiftoire. Connoiffez - vous cette
écriture , lui demanda le Gouverneur
, en lui préfentant une lettre à fon
adreffe ? O ciel ! s'écria- t'il , que vois- je ?
c'eft M. de Madinville. Il l'ouvrit avec empreffement.
Son ami lui marquoit qu'ayant
appris dès le lendemain , la trifte nouvelle
de fon enlevement, par un domeftique de
fon pere , qui en avoit été témoin , & qui
paroiffoit outré de cette barbarie , il étoit
promptement couru à D... mais que quelque
diligence qu'il eût faite , il avoit trouvé
le vaiffeau parti. Qu'il s'étoit informé
e
DECEMBRE. 1755. 21
avec foin du nom du Capitaine qui le
montoit ; de la forme & de la cargaison
de fon vaiffeau ; qu'étant enfuite allé en
Cour , il avoit obtenu un ordre pour tous
les Gouverneurs des lieux où il pourroit
arrêter , ou aborder , de le relâcher , & de
retenir le Capitaine. Qu'il avoit joint à
cet ordre fon fignalement , avec un court
récit de la façon dont il avoit été pris ;
que fans perdre de tems il étoit enfuite
parti pour aller à Breft , où il avoit trouvé
un vaiffeau marchand , bon voilier , qui
partoit pour le Nouveau Monde ; qu'il lui
avoit donné plufieurs paquets qui tous
renfermoient le même ordre , qu'il lui
avoit expliqué ce qu'ils contenoient , &
qu'il lui avoit fait promettre de les diftribuer
fur la route , après s'être informé s'il
n'étoit pas paffé un vaiffeau de telle & telle
façon , monté par un tel Capitaine .
Je vous dois affurément beaucoup , dit
Montvilliers au Gouverneur : mais il manquera
quelque chofe à mon bonheur , fi
vous ne me rendez un ami qui m'eft plus
cher que je ne puis vous l'exprimer. Il lui
raconta en même tems l'hiftoire de Tumbfirk
; on le fit relâcher auffi -tôt. Le Capitaine
fut conduit dans la prifon qu'ils venoient
de quitter. Le vaiffeau repartit fous
la conduite du Lieutenant. Il ne fut plus
22 MERCURE DE FRANCE.
queſtion ni de rébellion ni de punition .
Les deux amis refterent chez le Gouverneur
pour attendre l'arrivée d'un vaiffeau
qui retournoit en France. Il leur procura
tous les divertiffemens qui pouvoient fe
prendre dans fon ifle pendant le court féjour
qu'ils y firent. Il leur offrit généreufement
de l'argent pour faire leur voyage ,
& ne les vit partir qu'à regret. Ils ont
depuis ce tems entretenu avec lui un commerce
de lettre autant que l'éloignement
peut le permettre , & ils fe font une fête
de le recevoir bientôt avec tous les témoignages
d'affection & de reconnoiffance
que mérite fon procédé.
Après une heureuſe navigation , ils débarquerent
à Breft , & arriverent chez
M. de Madinville à l'heure qu'il s'y attendoit
le moins . Il les reçut avec tranfport
, mais la joye de Mlle d'Arvieux ne
peut être comparée qu'à celle de Montvilliers.
On pria M. & Mdme d'Arvieux
qui pour lors vivoient fort bien avec M.de
Madinville , de venir la partager . La fatisfaction
fut générale . On foupa , & les
'deux voyageurs raconterent à la fin du
repas leurs aventures. Il eft arrivé ici bien
du changement depuis votre départ , dit
M. de Madinville , en s'adreffant à Montvilliers
, quand on fut forti de table. A
ת
C
C
F
DECEMBRE
1755. 23
peine vous fates parti que votre pere ſentit
élever du fond de fon coeur des remords
qui le
pourfuivoient partout. La
compaffion fuccéda à la colere , quand
celle- ci fut fatisfaite. On n'eft point pere
impunément ; le vôtre vous aimoit fans le
fçavoir. Dès qu'il vous eut facrifié à fon
emportement , vous ceffâtes de lui paroître
coupable. La violence de votre paffion
vous excufoit. Votre défeſpoir ſe préfentoit
à toute heure à fon efprit. Il vous
voyoit la nuit pâle & défiguré , vous lui
reprochiez fon inhumanité. D'autre fois ,
profterné à fes pieds , vous lui difiez ,
en verfant un torrent de larmes : Mon
pere , de quoi fuis - je coupable ? quel
crime ai - je commis pour me livrer à
un fort auffi barbare ? Si je vous fuis
odieux , reprenez cette vie que vous m'avez
donnée. Votre frere qui ceffa de fe
contraindre , lui fit connoître fes
cédés fon mauvais caractere. Il jugea qu'il
par proavoit
été capable
d'inventer mille chofes
qui l'avoient irrité contre vous. Je ne
doute point qu'il n'eût pris des mefures
pour vous retirer , mais il étoit continuellement
obfédé par Driancourt qu'il craignoit
alors autant qu'il l'avoit aimé. Enfin
il devint farouche ,
mélancolique ; il ne
cherchoit que la folitude : la vue de fes
24 MERCURE DE FRANCE.
plus intimes amis lui étoit infupportable.
Bientôt il tomba malade ; je fus inftruit
de la cauſe de fa maladie , & la compaffion
m'engagea à le confoler. Je pris le
tems que Driancourt étoit parti pour la
chaffe. Je me fis introduire auprès de lui ;
il me parut extrêmement abbattu , & me
témoigna une fi vive douleur , & un repentir
fi preffant de l'indignité avec laquelle
il vous avoit traité , que je ne
pus m'empêcher de lui communiquer les
mefures que j'avois prifes pour vous ravoir.
Ah ! Monfieur, me dit- il , quand cela
reuffiroit , mon fils pourra- t'il jamais oublier
ma cruauté ? N'en doutez nullement
lui répondis- je . Je connois Montvilliers :
il y a des reffources infinies dans un coeur
tel que le fien. J'ai bien des graces à vous
rendre , reprit- il , du foin que vous avez
bien voulu prendre ; cette efpérance adoucira
mes derniers momens , mais je n'en
mourrai pas moins ; mon jeune fils a creufé
mon tombeau . Il eft affamé de ma fucceffion
, il defire ma mort avec impatience
, il fera fatisfait . Le ciel équitable punit
toujours l'injufte préférence que les
peres ont pour un de leurs enfans au préjudice
des autres par l'indignité de leur
choix. Je voulus l'encourager . Vivez
Monfieur , lui dis- je , vivez pour embraf-
•
fer
DECEMBRE . 1755. 25
pour
fer ce cher fils que vous n'avez jamais vu
qu'à travers le voile de l'impofture. Vivez
pour réparer par votre tendreffe le mal
que vous lui avez fait , pour être témoin
de la joie qu'il aura de vous voir rendre
juftice à fes fentimens . Quel agréable avenir
vous me préfentez , s'écria votre pere
en pleurant ! Non , Monfieur , je ne mérite
pas ces plaifirs. J'ai été cruellement
trompé ; mais mon aveugle affection.
un fils qui n'en étoit pas digne , m'a empêché
de faire le moindre effort pour ne
l'être pas . Il ne me refte que très peu de
tems à vivre , je le fens ; aflurez , je vous
prie , Montvilliers de mes regrets. Grand
Dieu ! que j'aurois de plaifir à l'en aſſurer
moi -même , à le revoir , à l'embraffer ! en
effet , continua M. de Madinville , cet infortuné
vieillard mourut le furlendemain.
Votre frere n'a pas joui long- tems du fruit
de fon crime , il eft mort quinze jours
après d'une fievre maligne , qui couroit
beaucoup alors .
Montvilliers ne put entendre ce récit
fans être touché jufqu'aux larmes ; il plaignit
fon pere , il fe plaignit lui - même .
Pourquoi faut- il qu'il manque toujours
quelque chofe au bonheur le plus parfait ,
difoit-il ? Nous vivrions heureux , je lui
adoucirois par mes foins les infirmités de
1. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
la vieilleffe . Quelle fatisfaction pour moi
de le voir revenu de fon erreur , prendre
en ma faveur des fentimens de pere , bénir
le jour qui nous auroit raffemblés , &
dérefter ſon injuſtice !
La cérémonie qui devoit unir Mlle
d'Arvieux & Montvilliers , ne fut retardée
qu'autant qu'il le falloit pour faire les
préparatifs néceffaires : Enfin cet heureux
jour arriva. Tumbfirk prit beaucoup de
part à leur commun bonheur. Il aimoit
fincerement Montvilliers , qui le payant
d'un parfait retour , avoit une extrême
envie de le fixer auprès de lui . Un jour
que Tumbfirk fe promenoit , Montvilliers
fut le joindre : voilà , lui dit ce premier ,
une lettre d'Angleterre qui me confirme
mon malheur . Elle est d'un jeune homme
de mes amis. Il me marque que le Miniftre
de la Paroiffe où je fuis né eft mort ;
que le Duc de M ....a fait fouftraire des
regiftres de cette Paroiffe tout ce qui pouvoit
fervir de preuve à ma naiffance . Puisje
vous demander , lui dit Montvilliers ,
quel parti vous comptez prendre ? Je n'en
vois point d'autre , répondit - il , que de
chercher une mort prompte dans la profeffion
des armes. Vous n'avez pas de bons
yeux , reprit Montvilliers , il vous en refte
encore un autre par lequel vous mettrez
DECEMBRE. 1755. 27
le comble à la félicité d'un homme que
vous aimez & qui le mérite. C'eft , mon
cher Tumbfirk , de vouloir bien partager
avec moi les biens que le ciel m'a donnés ,
ajouta- t-il en l'embraffant . Trop genereux
ami , repartit Tumbfirk , je n'ai garde
d'accepter votre propofition , & d'abuſer
de l'excès de votre generofité ; non , laiffez-
moi en proie à mon malheureux fort ,
& ne croyez point que je puiffe jamais
me réfoudre à vous être à charge. Songez-
vous , Tumbfirk , reprit Montvilliers,
qu'un pareil difcours outrage ma façon de
penfer ? Quel étrange raifonnement ! Vous
craignez , dites- vous , de m'être à charge ,
& vous ne craignez pas de me défefperer
en me raviffant un ami qui m'eft plus cher
que moi -même. Vous trouvez peut - être
humiliant de recevoir des fecours étrangers
; mais penfez-vous que c'eft l'amitié
qui vous les offre , & que loin d'exiger
de la reconnoiffance , c'eft moi qui vous
aurai une obligation éternelle , fi vous me
procurez le plaifir inexprimable de vous
être utile? Si vous m'aimez véritablement,
vous partagerez ce plaifir avec moi, loin de
vouloir m'en priver par une fauffe délicateffe
. Parlez , mon cher ami , rendez - moi
le plus heureux de tous les hommes , fervez-
moi de frere ; mon époufe penfe de
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
la même façon que moi , & fouhaite bien
fincerement vous voir accepter ma propofition
. Tumbfirk ne put réfifter à des
follicitations fi preffantes. Vous l'emportez
fur l'amour propre , s'écria - t - il en
embrallant Montvilliers avec ardeur :
oui , mon cher Montvilliers , je n'ai point
d'armes pour me défendre contre les fentimens
que vous me faites paroître. Vous
me faites bénir mes infortunes . Tous les
avantages que j'aurois pu trouver dans le
monde , valent- ils un ami tel que vous ?
& tous les plaifirs qui fuivent la grandeur
& la fortune , font - ils comparables à
ceux que je goute dans votre commerce?
M. de Madinville qui furvint , après
avoir fait compliment à Montvilliers de fa
victoire , dit en s'adreffant à Tumbfirk , il
ne tient qu'à vous de trouver le bonheur
dans ce féjour champêtre , du moins pouvez
- vous être perfuadé qu'il ne fe trouve
point ailleurs. Il faut d'abord vous figurer
que les paffions font un labyrinthe , où
plus on marche & moins on fe retrouve ;
que les Grands font livrés par état à ces
cruels tyrans. Jouets de l'ambition ,
de la vanité , des folles efpérances , des
yains defirs , de la haine , de l'envie
tous les agrémens de leur fituation leur
échappent. Ils n'ont jamais l'efprit affez
DECEMBRE. 1755. 29
libre pour les fentir . Leur grandeur eftfouvent
un poids qui les accable , & les plus
raifonnables prêts à finir une vie agitće
fans avoir vêcu un inftant , cherchent dans
un féjour champêtre le repos dont vous
pouvez jouir dès aujourd'hui . Les douceurs
de l'amitié , la paix de l'ame , l'étude
de la nature , les charmes variés de la
lecture , voilà les plaifirs que nous vous
offrons. Ils n'ont point de lendemain , &
peuvent fe gouter à toute heure.
Tumbfirk , à qui fes infortunes avoient
donné de la folidité d'efprit plus que l'on
n'en a ordinairement à fon âge , & qui
d'ailleurs avoit un gout décidé pour une vie férieufe
& folitaire
, fentit tous les avantages
de celle qu'on lui offroit. Il s'eft appliqué
aux mathématiques
, & a fait dans cette fcience
des progrès
furprenans
. Montvilliers
l'a forcé d'accepter
une terre
affez confidérable
pour lui donner
les moyens
de vivre avec aifance
, mais à condition
qu'il ne le quitteroit
point.
La maifon de Montvilliers devint bientôt
le rendez- vous de tous les gens d'efprit
& de gout de R ....ils ne font pas en petit
nombre ; ce concours perpétuel le fatigua
ainfi que fon époufe. Ils prirent le parti de
fe former une focieté de perfonnes aimables
, vertueufes & fenfées , qui fçuffent
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
unir aux dons brillans de l'efprit les qualités
folides du coeur. L'amour de la religion
& de l'humanité , voilà ce qui caracterife
les membres de cette focieté refpectable .
On s'affemble deux fois la femaine pour
s'entretenir de matieres utiles & intéreffantes
. La Phyfique , la Morale , les Belles-
Lettres , rempliffent tour à tour la féance.
Ceux qui s'amufent de la Poëfie s'efforcent
de monter leur lyre fur ce ton philofophique
, qui n'eft point ennemi des graces.
Les amis de Montvilliers qui veulent paffer
quelque tems à la campagne , font reçus
chez lui fort agréablement. Sa maiſon
eft grande , commode , & la liberté qui y
regne la rend délicieufe. Chacun peut s'amufer
fuivant fon gout , on n'a point la
fimplicité de s'ennuyer l'un l'autre par politeffe
. Celui - ci prend un livre , & va s'égarer
dans des allées où le foleil ne pénétre
jamais, & s'affied au bord d'un ruiffeau
dont l'onde errante & toujours fraîche ,
fait mille tours dans le bois . Cet autre , la
tête remplie d'un ouvrage qu'il veut mettre
au jour, va fe renfermer dans la bibliothéque.
Celui - là occupé de quelque problême
, court au cabinet de mathématique ;
& l'autre, un microſcope à la main , examine
toutes les parties d'un infecte dont il
vient de faire la découverte . On fe raffem-
1
DECEMBRE. 1755. 31
ble à l'heure des repas,une gaieté douce &
modérée regne à table : on converſe , on
badine fans malignité ; mais nos deux
époux ne fe font pas contentés de ces plaifirs
innocens , ils en trouvent de plus vifs
& de plus nobles dans leur humeur bienfaifante.
Leurs vaffaux font les objets de
leur compaffion & de leurs bienfaits . Toujours
touchés de leur mifere , ils s'occupent
fans ceffe à la foulager. Ils donnent à l'un
de quoi réparer la perte de fes troupeaux ,
à l'autre de quoi nourrir & habiller une
nombreuſe famille ; à celui - ci de quoi paffer
un hyver rigoureux, à celui- là de quoi
payer un créancier inexorable. Ils accordent
leurs différends , font ceffer leurs inimitiés
, établiffent leurs enfans. Ils ont
fait venir un maître & une maîtreffe intelligens
pour inftruire la jeuneffe , & leur
développer les plus importans principes
de morale & de religion . Ils ne dédaignent
point d'aller quelquefois vifiter ces écoles
, & d'y faire naître l'émulation par des
petites liberalités . Ils ont fixé chez eux un
homme habile dans la profeffion de la médecine
pour les fecourir dans leurs maladies.
Enfin ils font actuellement à faire
bâtir un hôpital pour retirer les infirmes &
les vieilles gens hors d'état de travailler .
Voilà en vérité des gens bien aimables
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
& bien heureux , dit le philofophe cabalifte
, quand la Silphide eut fini fon récit.
J'aime fur- tout , continua- t'il , ce dernier
établiſſement, N'est - il pas honteux en effet
pour la focieté, que ceux qui en font le foutien,
qui menent la vie la plus dure & la plus
laborieufe pour procurer aux autres les chofes
néceffaires & agréables , n'ayent pas un
afyle , quand l'âge & les infirmités les ont
mis hors d'état de pourvoir eux - mêmes
à leur fubfiftance ? Ce que vous dites eft
vrai , répondit la Silphide ; les riches ne
font point affez d'attention à cela : mais
la promenade commence à s'éclaircir ; remettons
nos obfervations à un autre jour.
Oromafis y confentit , & la Silphide le
reporta dans fon magnifique jardin , où
nous le laifferons quelque tems avec la
permiffion du Lecteur .
De la Promenade de Province , & des
charmes du Carailere.
'Angleterre eft ma patrie , & mon nom
eft Tumbfirk. Mon pere qui s'appelloit
Milord K..... devenu veuf & mécontent
de la Cour , fe retira dans fes terres
qui font dans le Comté de Devonshire .
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Ce fut là qu'il devint amouteux de la fille
d'un fimple Gentilhomme réduit à la derniere
néceffité. Elle étoit belle. Si fa mifere
le toucha , fa vertu excita fon admiration.
Il prit le parti de l'époufer , avec
toutes les formalités néceffaires , mais le
plus fecrettement qu'il lui fut poffible ,
parce qu'il craignoit les enfans de fon premier
lit , qui étoient au nombre de trois.
Je fuis le feul fruit de ce mariage , ma
mere étant morte en me mettant au monde.
Mon enfance n'a rien eu d'extraordinaire.
J'ai été élevé dans un college jufqu'à
l'âge de feize ans. J'allois fouvent
voir Milord K.... que je regardois comme
un ami qui vouloit bien prendre foin de
moi , du refte j'ignorois à qui je devois la
naiffance.
Je fus furpris un jour de ce qu'on vint
me chercher de fa part avec précipitation.
J'arrivai , & je le trouvai à l'extrêmité . Il
fit fortir tout le monde de fa chambre , &
m'ayant fait approcher de fon lit , je me
meurs , me dit- il , d'une voix foible ; mais
écontez bien ce que je vais vous dire. Vous
êtes mon fils . Voici , ajoûta- t'il , en me
préfentant des papiers , les pieces qui le
juftifieront. Vous avez des freres puiffans
qui refuferont peut - être de vous reconnoître.
Défiez- vous furtout de votre aîné , &
DECEMBRE 1755. 9
agiffez - en avec lui comme avec un homme
de qui vous avez tout à craindre. Voici
pour le Baron de W... le plus jeune de vos
freres , une lettre qui pourra l'attendrir
en votre faveur. En voilà une autre pour
votre foeur qui eft mariée au Duc de M...
Embraffez- moi , mon fils , pourfuivit - il ,
en s'attendriffant ; puiffe le ciel , protecteur
de l'innocence , vous tenir lieu de
pere ! Je reçus fa bénédiction , en pleurant
amerement , il mourut une heure après
entre mes bras. Sa perte me caufa une vive
douleur , je l'aimois véritablement , & la
confidération de l'état où il me laiſſoit , ne
fervit pas à me confoler. Je n'avois du
côté de ma mere que des parens éloignés ,
que je ne connoiffois point. Je me regardai
comme un homme ifolé , qui ne tenoit
à rien , & qui avoit tout à craindre.
Mourir, c'eft un fort inévitable , me disje
, il faudra toujours en venir - là , après
avoir effuyé bien des traverfes , je puis me
les épargner en finiffant ma trifte vie ,
mais je veux que ma mort foit utile à ma
patrie ; c'eft au milieu des hafards que je
dois la chercher . Nous étions alors en
guerre avec la France , je m'engageai dans
un vieux corps de cavalerie , bien réfolu
de vendre cherement ma vie. Je me rendis
au lieu où l'armée étoit allemblée : j'avois
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
toujours dans mon porte-feuille les papiers
que mon pere m'avoit donnés. A peine
fus-je arrivé que j'appris que l'officier qui
commandoit étoit le Comte de Y..... frere
unique de feu mon pere. Je ne l'avois jamais
vu parce qu'ils étoient mal enſemble
depuis longtems ; cela ne me donna aucune
envie de lui découvrir mon fecret.
Cependant le Capitaine de la compagnie
où j'étois enrôlé , étoit un homme
violent , emporté , brutal & généralement
haï j'avoue que je ne cédois à perfonne
ma part de cette averfion . Il me rencontra
un jour avec quelques officiers qu'il
n'aimoit pas. Il voulut me dire quelque
chofe , fa vue feule étoit capable de m'émouvoir
, je lui répondis avec hauteur. Il
fe mit en devoir de punir ma témérité
quelques coups de plat d'épée : voyons ,
lui dis - je , en tirant la mienne , fi tu as autant
de coeur que de brutalité. Je le pouſſai
vivement , mais on nous fepara. Mon crime
étoit irrémiffible ; auffi fus - je condammé
à avoir la tête caffée dès le même jour.
par
Quelque indifférence que j'euffe pour
la vie , je ne pus me défendre d'un violent
friffonnement , en fongeant que je navois
plus que quelques heures à vivre. Une
reffource me reftoit , c'étoit de me faire
connoître au Comte de Y... Mais comment
1
DECEMBRE. 1755 . II
y parvenir. A qui m'adreffer ? Plufieurs de
mes amis vinrent pour me voir , mais on
ne voulut pas leur permettre de me parler.
Un officier de confidération qui m'aimoit ,
demanda cette grace , qu'on ne put pas lui
refufer. Le ciel , lui dis - je , en l'appercevant
, vous envoie fans doute ici pour me
fauver la vie , mais il n'y a point de tems
à perdre. Je fuis le neveu du Comte de Y...
j'ai fur moi de quoi le prouver : l'officier
ne pouvant fe figurer que cela fût vrai ,
demanda à voir mes papiers , je ne fis aucune
difficulté de les lui montrer ; il y
reconnut la vérité , & courut avec empreffement
à la tente du Comte de Y..... après
avoir donné ordre à ceux qui me gardoient
de différer l'exécution jufqu'à fon retour,
Cependant l'heure de me conduire au
fupplice approchoit , le régiment étoit
déja affemblé , & mon lâche Capitaine ,
qui fe douta qu'on travailloit à me fauver ,
éloigna fous divers prétextes , ceux qui me
gardoient , & qui avoient reçu l'ordre de
différer , & me fit auffitôt conduire au lieu
où je devois perdre la vie . Je vis bien alors
qu'il n'y avoit plus de falut à efpérer : on
me banda les yeux ; quels funeftes aprêts ,
& qu'elle horrible fituation ! Tout mon
fang fe retira autour de mon coeur , mon
efprit ne m'offroit plus que des penfées
A vj
12 MERCURE
DE FRANCE
.
confufes , je crus fentir le coup qui devoit
faire fortir mon ame de fa trifte prifon.
Mais un moment après la vue me fut rendue
, & je vis auprès de moi cet officier
qui paroifoit fort en colere du mépris
que l'on avoit fait de fes ordres. Un rayon
d'efpérance coula dans mon fein , & me
rendit la refpiration que j'avois perdue . Je
n'étois pas encore parfaitement revenu à
moi-même , lorfque je me trouvai devant
le Comte de Y... Je me laiffai tomber à fes
genoux , & ne pouvant trouver de langue
ni de voix , je lui préfentai les pieces juftificatives
de ma naiffance , fans en excepter
la lettre de mon pere adreffée au Baron
de W... Il lut le tout avec émotion , &
venant à moi , il m'embraffa en me difant ,
vous êtes le fils de mon frere , je ne puis
en douter , mais je veux que vous foyez le
mien. Oui , mon cher enfant , continuat'il
, en m'obligeant de me relever , vous
ferez la confolation de ma vieilleffe . J'avois
un fils , il feroit de votre âge , vous
lui reffemblez , je croirai le voir en vous
voyant. Vous penfez bien que je lui rendis
fes careffes avec ufure. Je lui jurai un
éternel attachement. Je lui raconta ce
que m'avoit dit mon pere avant que de
mourir , ma douleur , mes craintes , mon
indifférence pour la vie ; il m'apprit que
DECEMBRE. 1755. 13
l'aîné de mes freres étoit mort depuis environ
un mois ; que le Baron de W... étoit
un de fes principaux officiers ; qu'il étoit
d'un efprit bien plus doux. Il n'eft point
actuellement ici , ajouta t'il , mais il y
fera dans quelques jours . Laiffez-moi ménager
votre premiere entrevue . Je veux le
préparer à vous reconnoître. Tout ce que
je vous recommande , c'eft de garder le
fecret fur tout ce qui vient de fe paffer
entre nous.
La premiere marque de bienveillance
que me donna le Comte de Y ... fut de me
faire changer d'habit , il m'en fit donner
de très riches . Jugez quel plaifir pour un
jeune homme de mon age. Je me trouvois
à ravir , & je me figurai avec une vive
émotion de vanité , la furprife de mes
camarades , & particulierement le dépit &
la confufion de mon Capitaine . Il foutint
ma préſence d'un air embaraffé & humilié,
Tous les pas que je faifois , étoient autant
de triomphes. Aucuns des agrémens de
ma nouvelle fituation ne m'échappoient, je
fentois toute l'étendue de mon bonheur.
Ingénieux à faire naître les occafions de
témoigner ma reconnoiffance au Comte
de Y... je paffois auprès de lui les plus gracieux
momens. Chacun raifonnoit diverfement
à mon fujet , chacun faifoit des
14 MERCURE DE FRANCE.
conjectures , mais tous ceux qui nie
voyoient , convenoient que fi je n'étois
pas d'une illuftre naillance, le fort m'avoit
fait une injuftice .
Nous étions en préfence des ennemis ,
& toujours à la veille de combattre. Le
Baron de W... arriva enfin , nous en fumes
avertis , un moment avant qu'il parût. 11
vint rendre fes devoirs au Comte de Y...
qui m'avoit fait mettre dans un endroit
d'où je pouvois tout entendre fans être
vu. Ils étoient feuls . Après qu'ils fe furent
entretenus quelque tems de l'état de l'armée
& de la difpofition des ennemis : il
eft arrivé ici depuis votre départ , dit le
Comte de Y... une hiftoire bien finguliere.
Il lui fit alors , fans nommer les perfonnes
, le récit que je viens de vous faire ,
continua Tumbfirk , voilà , ajouta le Comre
, les papiers que cet infortuné jeune
homme m'a préfentés . Le Baron de W... les
prit & lut ce qu'ils contenoient avec
une furpriſe inexprimable. Le Comte de
Y...fans lui donner le tems de fe remettre,
lui remit la lettre de mon pere : elle étoit
touchante ; auffi ce ne fut point fans répandre
des larmes , qu'il en acheva la lecture.
Ah ! c'en eft trop , dit- il , d'une voix attendrie,
après avoir fini : je chéris trop , ô mon
pere , votre mémoire pour ne pas aimer
DECEMBRE . 1755. 15
ce qui vous a été cher. Milord , permettez-
moi d'embraffer mon frere , & de lui
jurer devant vous une amitié éternelle . Je
jugeai qu'il étoit tems de paroître . Le
voilà qui s'offre à vos defits , lui dit le
Comte de Y... fatisfaites votre jufte empreffement.
Il me regarda un moment
avec attention . Je voulus embraffer fes
genoux , mais il m'en empêcha en me ferrant
entre fes bras. Mon bonheur me fembla
alors affermi d'une façon inébranlable,
hélas ! il devoit auffi peu durer qu'il étoit
inopiné .
Dès le même jour , il vint un bruit que
les ennemis avoient le deffein de nous attaquer.
Cette nouvelle caufa un mouvement
général dans le camp . On fe prépara
pour les recevoir . Le lendemain à la pointe
du jour , le combat s'engagea : il fut
meurtrier de part & d'autre . J'étois auprès
du Comte de Y... un fatal boulet de canon
vint à mes yeux le frapper dans la poitrine,
& le fit tomber roide mort. La chaleur où
j'étois ne m'empêcha pas de fentir toute
l'horreur de cette perte. Je courus vers
mon frere , mais il fembloit que le fort
attendît mon arrivée pour le frapper à la
tête d'une balle qui le fit tomber de deffus
fon cheval. On le tira de la foule , on l'appuya
contre un arbre , il me reconnut ,
16 MERCURE DE FRANCE
me tendit la main , en me difant , adieu ,
mon cher Tumbfirk , j'aurois été votre
appui , le ciel en a difpofé autrement , le
Comte de Y... à mon défaut... Il ne put
en dire davantage. Ses yeux éteints fe fermerent
pour toujours , & fa tête qu'il ne
pouvoir plus foutenir , tomba fur fa poitrine.
Plufieurs de mes amis inftruits de mon
double malheur , m'arracherent d'auprès
de ce lugubre fpectacle.Toute mon occupation
pendant huit jours fut de pleurer
amèrement les pertes que je venois de faire
, fans vouloir recevoir de confolation.
Mais à ce découragement fuccéderent des
inquiétudes fur mon fort. Je ne me voyois
pas plus avancé qu'à mon arrivée dans le
camp. Encouragé par l'épreuve que j'avois
faite du bon naturel de mon oncle & de
mon frere , je pris la réfolution d'aller
trouver ma foeur. Elle demeuroit à Londres
je me fis conduire à fon hôtel. Elle
étoit feule dans fon appartement , je lui
préfentai les preuves de ma naiffance avec
la lettre de mon pere qui lui étoit adreffée ;
je fuis fûr qu'elle alloit me donner des
marques de fa tendreffe , lorfque le Duc
de M... fon époux entra. Elle changea de
couleur en le voyant . Je le remarquai avec
effroi. Il prit les papiers des mains de fon
époufe , & les parcourut avec une furpriſe
DECEMBRE. 1755. 17
mêlée de chagrin. Je félicite Madame , me
dit- il , en affectant unair plus doux , d'avoir
pour frere un auffi aimable cavalier que
vous. L'avantage n'eft pas grand , lui répondis-
je , mais , Monfieur , ajoutai - je ,
en voyant qu'il ferroit mes papiers , permettez-
moi de vous redemander ces pieces,
elles me font néceffaires. Soyez tranquille,
me répondit-il d'un ton railleur , elles font
en fureté , je vous les rendrai , mais il faut
auparavant que je les examine à loifir.
Je compris alors mon imprudence. Je retournai
à mon auberge avec beaucoup d'inquiétude
j'étois fatigué , je me couchai
de fort bonne heure. Mais je fus réveillé
dans mon premier fommeil par un bruit
qui ne me parut pas éloigné. Je prêtai l'oreille
avec émotion , & j'entendis qu'on
vouloit forcer la porte de ma chambre.
Dans le même inftant je vis , à la lueur
d'une lumiere que j'avois laiffée , trois
hommes qui fe jetterent fur moi , m'arracherent
mon épée , me banderent la bouche
d'un mouchoir pour m'empêcher de
crier , me conduifirent à une chaife de
pofte qui me mena à Douvres , où ils me
firent embarquer. Nous fommes defcendus
à Calais , & là , mes conducteurs m'ont
fait reprendre la pofte jufqu'à D... d'où
nous venons de partir.
18 MERCURE DE FRANCE.
fi
Tel fut le récit du malheureux Tumbfick
. Montvilliers trouva quelque foulagement
en fe repréfentant qu'il n'étoit pas
le feul à plaindre. Les vents leur furent
allez favorables , pendant toute la navigation.
Mais comme le vaiffeau qu'ils montoient
étoit lourd , ils en rencontrerent
plufieurs qui les devancerent. Tumbfirk
apprit des matelots qu'on devoit faire eau
à la petite ifle de S ... Une nuit que tout le
monde dormoit , il dit à Montvilliers, vous
fentez- vous le courage de tout rifquer pour
la liberté ? Certainement , répondit-il fans
balancer. Eh bien , reprit Tumbfirk ,
vous voulez me feconder , j'ai formé le
deffein de nous révolter quand nous ferons
arrivés à l'ifle de S... Quelqu'un qui fit du
bruit les obligea de ceffer cette converfation
. L'Anglois trouva cependant le
moyen de communiquer ce deffein à tous
fes compagnons qui l'approuverent . Quelques
jours après , ils apperçurent l'ifle ; à
peine y furent- ils arrivés , qu'ils demanderent
avec empreffement à defcendre pour
fe promener quelques heures , parce qu'ils
fe trouvoient très-mal de l'air de la mer.
Le Capitaine qui ne fe doutoit point de
leur entreprife y confentit. On leur ôta
même leurs chaînes qui les incommodoient
beaucoup , & on fe contenta de
DECEMBRE. 1755. 19
•
leur donner quelques matelots pour les
garder. Quand ils fe virent éloignés da
rivage , Tumbfirk donna un coup d'oeil à
fes compagnons qui l'obfervoient . Ils fe
jetterent tous fur les matelots qu'ils défarmerent
, & qu'ils attacherent à des arbres.
Ils entrerent dans quelques maifons , obligerent
les Infulaires qui y demeuroient de
leur donner quelques armes , & marcherent
en bon ordre vers le vaiffeau , dans
l'efpérance de s'en rendre maîtres : mais le
Capitaine qui avoit été averti de leur révolte
les attendoit à la tête du refte de l'équipage.
Le nombre ni la contenance des
ennemis ne les effraya point . Ils fe précipiterent
comme des furieux , & en tuerent
quelques-uns ; mais il fallut céder au nombre
. Plufieurs d'entr'eux furent bleffés ,
Tumblrk & Montvilliers furent terraffés
& faits prifonniers. On les fépara , & on
les conduifit dans les prifons de l'iffe. Its
crurent qu'ils n'en fortiroient que pour
aller au fupplice . Cette idée ne leur fembla
point fi affreufe. Ils trouverent l'un &
l'autre une espece de douceur en penfant
qu'ils alloient bientôt être délivrés des
maux infupportables qui les accabloient.
Montvilliers s'encourageoit par ces ré-
Alexions , lorfqu'il vit ouvrir la porte du
lieu où il étoit : par une fervente priere
20 MERCURE DE FRANCE.
il recommanda fon ame à celui qui l'avoit
créée. Deux hommes affez bien mis , lui
dirent de les fuivre. Ils le firent paffer par
différentes rues , & le firent à la fin entrer
dans une fort belle maifon. Ils traverserent
plufieurs appartemens bien meublés ,
& parvinrent à une chambre où ils trouverent
un homme pour qui tous les autres
paroiffoient avoir du refpect . Il regarda
Montvilliers avec une extrême attention
, & confidérant enfuite un papier qu'il
tenoit , il parla à ceux qui étoient auprès
de lui , qui parurent convenir de ce qu'il
difoit. D'où êtes- vous , mon ami , dit- il à
Montvilliers , & par quelle aventure vous
trouvez vous avec des gens où vous paroiffez
déplacé Montvilliers raconta briévement
fon hiftoire. Connoiffez - vous cette
écriture , lui demanda le Gouverneur
, en lui préfentant une lettre à fon
adreffe ? O ciel ! s'écria- t'il , que vois- je ?
c'eft M. de Madinville. Il l'ouvrit avec empreffement.
Son ami lui marquoit qu'ayant
appris dès le lendemain , la trifte nouvelle
de fon enlevement, par un domeftique de
fon pere , qui en avoit été témoin , & qui
paroiffoit outré de cette barbarie , il étoit
promptement couru à D... mais que quelque
diligence qu'il eût faite , il avoit trouvé
le vaiffeau parti. Qu'il s'étoit informé
e
DECEMBRE. 1755. 21
avec foin du nom du Capitaine qui le
montoit ; de la forme & de la cargaison
de fon vaiffeau ; qu'étant enfuite allé en
Cour , il avoit obtenu un ordre pour tous
les Gouverneurs des lieux où il pourroit
arrêter , ou aborder , de le relâcher , & de
retenir le Capitaine. Qu'il avoit joint à
cet ordre fon fignalement , avec un court
récit de la façon dont il avoit été pris ;
que fans perdre de tems il étoit enfuite
parti pour aller à Breft , où il avoit trouvé
un vaiffeau marchand , bon voilier , qui
partoit pour le Nouveau Monde ; qu'il lui
avoit donné plufieurs paquets qui tous
renfermoient le même ordre , qu'il lui
avoit expliqué ce qu'ils contenoient , &
qu'il lui avoit fait promettre de les diftribuer
fur la route , après s'être informé s'il
n'étoit pas paffé un vaiffeau de telle & telle
façon , monté par un tel Capitaine .
Je vous dois affurément beaucoup , dit
Montvilliers au Gouverneur : mais il manquera
quelque chofe à mon bonheur , fi
vous ne me rendez un ami qui m'eft plus
cher que je ne puis vous l'exprimer. Il lui
raconta en même tems l'hiftoire de Tumbfirk
; on le fit relâcher auffi -tôt. Le Capitaine
fut conduit dans la prifon qu'ils venoient
de quitter. Le vaiffeau repartit fous
la conduite du Lieutenant. Il ne fut plus
22 MERCURE DE FRANCE.
queſtion ni de rébellion ni de punition .
Les deux amis refterent chez le Gouverneur
pour attendre l'arrivée d'un vaiffeau
qui retournoit en France. Il leur procura
tous les divertiffemens qui pouvoient fe
prendre dans fon ifle pendant le court féjour
qu'ils y firent. Il leur offrit généreufement
de l'argent pour faire leur voyage ,
& ne les vit partir qu'à regret. Ils ont
depuis ce tems entretenu avec lui un commerce
de lettre autant que l'éloignement
peut le permettre , & ils fe font une fête
de le recevoir bientôt avec tous les témoignages
d'affection & de reconnoiffance
que mérite fon procédé.
Après une heureuſe navigation , ils débarquerent
à Breft , & arriverent chez
M. de Madinville à l'heure qu'il s'y attendoit
le moins . Il les reçut avec tranfport
, mais la joye de Mlle d'Arvieux ne
peut être comparée qu'à celle de Montvilliers.
On pria M. & Mdme d'Arvieux
qui pour lors vivoient fort bien avec M.de
Madinville , de venir la partager . La fatisfaction
fut générale . On foupa , & les
'deux voyageurs raconterent à la fin du
repas leurs aventures. Il eft arrivé ici bien
du changement depuis votre départ , dit
M. de Madinville , en s'adreffant à Montvilliers
, quand on fut forti de table. A
ת
C
C
F
DECEMBRE
1755. 23
peine vous fates parti que votre pere ſentit
élever du fond de fon coeur des remords
qui le
pourfuivoient partout. La
compaffion fuccéda à la colere , quand
celle- ci fut fatisfaite. On n'eft point pere
impunément ; le vôtre vous aimoit fans le
fçavoir. Dès qu'il vous eut facrifié à fon
emportement , vous ceffâtes de lui paroître
coupable. La violence de votre paffion
vous excufoit. Votre défeſpoir ſe préfentoit
à toute heure à fon efprit. Il vous
voyoit la nuit pâle & défiguré , vous lui
reprochiez fon inhumanité. D'autre fois ,
profterné à fes pieds , vous lui difiez ,
en verfant un torrent de larmes : Mon
pere , de quoi fuis - je coupable ? quel
crime ai - je commis pour me livrer à
un fort auffi barbare ? Si je vous fuis
odieux , reprenez cette vie que vous m'avez
donnée. Votre frere qui ceffa de fe
contraindre , lui fit connoître fes
cédés fon mauvais caractere. Il jugea qu'il
par proavoit
été capable
d'inventer mille chofes
qui l'avoient irrité contre vous. Je ne
doute point qu'il n'eût pris des mefures
pour vous retirer , mais il étoit continuellement
obfédé par Driancourt qu'il craignoit
alors autant qu'il l'avoit aimé. Enfin
il devint farouche ,
mélancolique ; il ne
cherchoit que la folitude : la vue de fes
24 MERCURE DE FRANCE.
plus intimes amis lui étoit infupportable.
Bientôt il tomba malade ; je fus inftruit
de la cauſe de fa maladie , & la compaffion
m'engagea à le confoler. Je pris le
tems que Driancourt étoit parti pour la
chaffe. Je me fis introduire auprès de lui ;
il me parut extrêmement abbattu , & me
témoigna une fi vive douleur , & un repentir
fi preffant de l'indignité avec laquelle
il vous avoit traité , que je ne
pus m'empêcher de lui communiquer les
mefures que j'avois prifes pour vous ravoir.
Ah ! Monfieur, me dit- il , quand cela
reuffiroit , mon fils pourra- t'il jamais oublier
ma cruauté ? N'en doutez nullement
lui répondis- je . Je connois Montvilliers :
il y a des reffources infinies dans un coeur
tel que le fien. J'ai bien des graces à vous
rendre , reprit- il , du foin que vous avez
bien voulu prendre ; cette efpérance adoucira
mes derniers momens , mais je n'en
mourrai pas moins ; mon jeune fils a creufé
mon tombeau . Il eft affamé de ma fucceffion
, il defire ma mort avec impatience
, il fera fatisfait . Le ciel équitable punit
toujours l'injufte préférence que les
peres ont pour un de leurs enfans au préjudice
des autres par l'indignité de leur
choix. Je voulus l'encourager . Vivez
Monfieur , lui dis- je , vivez pour embraf-
•
fer
DECEMBRE . 1755. 25
pour
fer ce cher fils que vous n'avez jamais vu
qu'à travers le voile de l'impofture. Vivez
pour réparer par votre tendreffe le mal
que vous lui avez fait , pour être témoin
de la joie qu'il aura de vous voir rendre
juftice à fes fentimens . Quel agréable avenir
vous me préfentez , s'écria votre pere
en pleurant ! Non , Monfieur , je ne mérite
pas ces plaifirs. J'ai été cruellement
trompé ; mais mon aveugle affection.
un fils qui n'en étoit pas digne , m'a empêché
de faire le moindre effort pour ne
l'être pas . Il ne me refte que très peu de
tems à vivre , je le fens ; aflurez , je vous
prie , Montvilliers de mes regrets. Grand
Dieu ! que j'aurois de plaifir à l'en aſſurer
moi -même , à le revoir , à l'embraffer ! en
effet , continua M. de Madinville , cet infortuné
vieillard mourut le furlendemain.
Votre frere n'a pas joui long- tems du fruit
de fon crime , il eft mort quinze jours
après d'une fievre maligne , qui couroit
beaucoup alors .
Montvilliers ne put entendre ce récit
fans être touché jufqu'aux larmes ; il plaignit
fon pere , il fe plaignit lui - même .
Pourquoi faut- il qu'il manque toujours
quelque chofe au bonheur le plus parfait ,
difoit-il ? Nous vivrions heureux , je lui
adoucirois par mes foins les infirmités de
1. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
la vieilleffe . Quelle fatisfaction pour moi
de le voir revenu de fon erreur , prendre
en ma faveur des fentimens de pere , bénir
le jour qui nous auroit raffemblés , &
dérefter ſon injuſtice !
La cérémonie qui devoit unir Mlle
d'Arvieux & Montvilliers , ne fut retardée
qu'autant qu'il le falloit pour faire les
préparatifs néceffaires : Enfin cet heureux
jour arriva. Tumbfirk prit beaucoup de
part à leur commun bonheur. Il aimoit
fincerement Montvilliers , qui le payant
d'un parfait retour , avoit une extrême
envie de le fixer auprès de lui . Un jour
que Tumbfirk fe promenoit , Montvilliers
fut le joindre : voilà , lui dit ce premier ,
une lettre d'Angleterre qui me confirme
mon malheur . Elle est d'un jeune homme
de mes amis. Il me marque que le Miniftre
de la Paroiffe où je fuis né eft mort ;
que le Duc de M ....a fait fouftraire des
regiftres de cette Paroiffe tout ce qui pouvoit
fervir de preuve à ma naiffance . Puisje
vous demander , lui dit Montvilliers ,
quel parti vous comptez prendre ? Je n'en
vois point d'autre , répondit - il , que de
chercher une mort prompte dans la profeffion
des armes. Vous n'avez pas de bons
yeux , reprit Montvilliers , il vous en refte
encore un autre par lequel vous mettrez
DECEMBRE. 1755. 27
le comble à la félicité d'un homme que
vous aimez & qui le mérite. C'eft , mon
cher Tumbfirk , de vouloir bien partager
avec moi les biens que le ciel m'a donnés ,
ajouta- t-il en l'embraffant . Trop genereux
ami , repartit Tumbfirk , je n'ai garde
d'accepter votre propofition , & d'abuſer
de l'excès de votre generofité ; non , laiffez-
moi en proie à mon malheureux fort ,
& ne croyez point que je puiffe jamais
me réfoudre à vous être à charge. Songez-
vous , Tumbfirk , reprit Montvilliers,
qu'un pareil difcours outrage ma façon de
penfer ? Quel étrange raifonnement ! Vous
craignez , dites- vous , de m'être à charge ,
& vous ne craignez pas de me défefperer
en me raviffant un ami qui m'eft plus cher
que moi -même. Vous trouvez peut - être
humiliant de recevoir des fecours étrangers
; mais penfez-vous que c'eft l'amitié
qui vous les offre , & que loin d'exiger
de la reconnoiffance , c'eft moi qui vous
aurai une obligation éternelle , fi vous me
procurez le plaifir inexprimable de vous
être utile? Si vous m'aimez véritablement,
vous partagerez ce plaifir avec moi, loin de
vouloir m'en priver par une fauffe délicateffe
. Parlez , mon cher ami , rendez - moi
le plus heureux de tous les hommes , fervez-
moi de frere ; mon époufe penfe de
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
la même façon que moi , & fouhaite bien
fincerement vous voir accepter ma propofition
. Tumbfirk ne put réfifter à des
follicitations fi preffantes. Vous l'emportez
fur l'amour propre , s'écria - t - il en
embrallant Montvilliers avec ardeur :
oui , mon cher Montvilliers , je n'ai point
d'armes pour me défendre contre les fentimens
que vous me faites paroître. Vous
me faites bénir mes infortunes . Tous les
avantages que j'aurois pu trouver dans le
monde , valent- ils un ami tel que vous ?
& tous les plaifirs qui fuivent la grandeur
& la fortune , font - ils comparables à
ceux que je goute dans votre commerce?
M. de Madinville qui furvint , après
avoir fait compliment à Montvilliers de fa
victoire , dit en s'adreffant à Tumbfirk , il
ne tient qu'à vous de trouver le bonheur
dans ce féjour champêtre , du moins pouvez
- vous être perfuadé qu'il ne fe trouve
point ailleurs. Il faut d'abord vous figurer
que les paffions font un labyrinthe , où
plus on marche & moins on fe retrouve ;
que les Grands font livrés par état à ces
cruels tyrans. Jouets de l'ambition ,
de la vanité , des folles efpérances , des
yains defirs , de la haine , de l'envie
tous les agrémens de leur fituation leur
échappent. Ils n'ont jamais l'efprit affez
DECEMBRE. 1755. 29
libre pour les fentir . Leur grandeur eftfouvent
un poids qui les accable , & les plus
raifonnables prêts à finir une vie agitće
fans avoir vêcu un inftant , cherchent dans
un féjour champêtre le repos dont vous
pouvez jouir dès aujourd'hui . Les douceurs
de l'amitié , la paix de l'ame , l'étude
de la nature , les charmes variés de la
lecture , voilà les plaifirs que nous vous
offrons. Ils n'ont point de lendemain , &
peuvent fe gouter à toute heure.
Tumbfirk , à qui fes infortunes avoient
donné de la folidité d'efprit plus que l'on
n'en a ordinairement à fon âge , & qui
d'ailleurs avoit un gout décidé pour une vie férieufe
& folitaire
, fentit tous les avantages
de celle qu'on lui offroit. Il s'eft appliqué
aux mathématiques
, & a fait dans cette fcience
des progrès
furprenans
. Montvilliers
l'a forcé d'accepter
une terre
affez confidérable
pour lui donner
les moyens
de vivre avec aifance
, mais à condition
qu'il ne le quitteroit
point.
La maifon de Montvilliers devint bientôt
le rendez- vous de tous les gens d'efprit
& de gout de R ....ils ne font pas en petit
nombre ; ce concours perpétuel le fatigua
ainfi que fon époufe. Ils prirent le parti de
fe former une focieté de perfonnes aimables
, vertueufes & fenfées , qui fçuffent
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
unir aux dons brillans de l'efprit les qualités
folides du coeur. L'amour de la religion
& de l'humanité , voilà ce qui caracterife
les membres de cette focieté refpectable .
On s'affemble deux fois la femaine pour
s'entretenir de matieres utiles & intéreffantes
. La Phyfique , la Morale , les Belles-
Lettres , rempliffent tour à tour la féance.
Ceux qui s'amufent de la Poëfie s'efforcent
de monter leur lyre fur ce ton philofophique
, qui n'eft point ennemi des graces.
Les amis de Montvilliers qui veulent paffer
quelque tems à la campagne , font reçus
chez lui fort agréablement. Sa maiſon
eft grande , commode , & la liberté qui y
regne la rend délicieufe. Chacun peut s'amufer
fuivant fon gout , on n'a point la
fimplicité de s'ennuyer l'un l'autre par politeffe
. Celui - ci prend un livre , & va s'égarer
dans des allées où le foleil ne pénétre
jamais, & s'affied au bord d'un ruiffeau
dont l'onde errante & toujours fraîche ,
fait mille tours dans le bois . Cet autre , la
tête remplie d'un ouvrage qu'il veut mettre
au jour, va fe renfermer dans la bibliothéque.
Celui - là occupé de quelque problême
, court au cabinet de mathématique ;
& l'autre, un microſcope à la main , examine
toutes les parties d'un infecte dont il
vient de faire la découverte . On fe raffem-
1
DECEMBRE. 1755. 31
ble à l'heure des repas,une gaieté douce &
modérée regne à table : on converſe , on
badine fans malignité ; mais nos deux
époux ne fe font pas contentés de ces plaifirs
innocens , ils en trouvent de plus vifs
& de plus nobles dans leur humeur bienfaifante.
Leurs vaffaux font les objets de
leur compaffion & de leurs bienfaits . Toujours
touchés de leur mifere , ils s'occupent
fans ceffe à la foulager. Ils donnent à l'un
de quoi réparer la perte de fes troupeaux ,
à l'autre de quoi nourrir & habiller une
nombreuſe famille ; à celui - ci de quoi paffer
un hyver rigoureux, à celui- là de quoi
payer un créancier inexorable. Ils accordent
leurs différends , font ceffer leurs inimitiés
, établiffent leurs enfans. Ils ont
fait venir un maître & une maîtreffe intelligens
pour inftruire la jeuneffe , & leur
développer les plus importans principes
de morale & de religion . Ils ne dédaignent
point d'aller quelquefois vifiter ces écoles
, & d'y faire naître l'émulation par des
petites liberalités . Ils ont fixé chez eux un
homme habile dans la profeffion de la médecine
pour les fecourir dans leurs maladies.
Enfin ils font actuellement à faire
bâtir un hôpital pour retirer les infirmes &
les vieilles gens hors d'état de travailler .
Voilà en vérité des gens bien aimables
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
& bien heureux , dit le philofophe cabalifte
, quand la Silphide eut fini fon récit.
J'aime fur- tout , continua- t'il , ce dernier
établiſſement, N'est - il pas honteux en effet
pour la focieté, que ceux qui en font le foutien,
qui menent la vie la plus dure & la plus
laborieufe pour procurer aux autres les chofes
néceffaires & agréables , n'ayent pas un
afyle , quand l'âge & les infirmités les ont
mis hors d'état de pourvoir eux - mêmes
à leur fubfiftance ? Ce que vous dites eft
vrai , répondit la Silphide ; les riches ne
font point affez d'attention à cela : mais
la promenade commence à s'éclaircir ; remettons
nos obfervations à un autre jour.
Oromafis y confentit , & la Silphide le
reporta dans fon magnifique jardin , où
nous le laifferons quelque tems avec la
permiffion du Lecteur .
Fermer
Résumé : SUITE De la Promenade de Province, & des charmes du Caractere.
Le texte raconte l'histoire de Tumbfirk, un jeune homme anglais dont le père, Milord K..., s'était remarié secrètement avec une femme de condition modeste. À la mort de son père, Tumbfirk découvre l'existence de demi-frères et sœurs qui pourraient le rejeter. Il s'engage dans l'armée pour servir sa patrie. Lors d'un conflit avec la France, il est condamné à mort pour avoir défié un capitaine brutal. Avant son exécution, il révèle son identité au Comte de Y..., son oncle, qui le sauve. Tumbfirk est alors reconnu par son frère, le Baron de W..., mais leur bonheur est de courte durée, car ils trouvent tous deux la mort lors d'une bataille. Désespéré, Tumbfirk décide de rencontrer sa sœur à Londres. Cependant, le Duc de M..., époux de sa sœur, s'empare des preuves de sa naissance et le fait enlever. Tumbfirk est conduit à Calais, puis à D..., où il raconte son histoire. Tumbfirk et Montvilliers, deux captifs sur un navire, décident de se révolter lors d'une escale à l'île de S. Leur plan échoue, et ils sont capturés et emprisonnés. Montvilliers est libéré grâce à une lettre de son ami M. de Madinville. Tumbfirk est également relâché. Ils sont ensuite accueillis par M. de Madinville et Mlle d'Arvieux. Montvilliers apprend la mort de son père et de son frère, rongés par les remords. Montvilliers et Mlle d'Arvieux se marient, et Tumbfirk accepte de partager la fortune de Montvilliers, devenant son frère adoptif. Dans une conversation ultérieure, Tumbfirk exprime sa gratitude pour l'amitié et les plaisirs de la vie champêtre. M. de Madinville conseille Tumbfirk de trouver le bonheur loin des passions des Grands. Tumbfirk, doté d'une sagesse précoce, apprécie les douceurs de l'amitié et les plaisirs de la vie champêtre. Montvilliers lui offre une terre pour vivre confortablement. Leur maison devient un lieu de rassemblement pour des personnes d'esprit et de goût, valorisant la religion, l'humanité et les arts. Ils fondent un hôpital pour les infirmes et les vieillards, montrant une grande bienveillance envers leurs vassaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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44
p. 204-217
« Le 9 Mai, le Bourg de Ferechampenoise, un des plus considérables du [...] »
Début :
Le 9 Mai, le Bourg de Ferechampenoise, un des plus considérables du [...]
Mots clefs :
Capitaine, Pensions militaires, Régiments, Compagnies, Artillerie, Maréchal de Richelieu, Escadre anglaise, Conflit franco-anglais sur terre, Frégates, Officiers de marine, Conflit franco-anglais sur mer, Impératrice Reine de Hongrie et Bohême, Traité défensif d'alliance, Sa Majesté, Marquis, Lieutenant, Ambassadeurs, Cérémonies, Cardinal de Tavannes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 9 Mai, le Bourg de Ferechampenoise, un des plus considérables du [...] »
LE 9 Mai , le Bourg de Ferechampenoiſe , un
des plus confidérables du Diocèfe de Châlonsfur-
Marne , a été prefque totalement détruit par.
un horrible incendie. Les habitans ont eu à peine.
temps de pourvoir à leur fûreté , & de fauver
leurs enfans. Dans l'intervalle d'une heure , près
de mille perfonnes fe font trouvées fans azyle &
fans reffources.
le
Le 11 , M. le Duc de Biron , après avoir fait la
revue des Gardes Françoifes dans la Plaine des
Sablons où le Régiment étoit campé , déclara que
le Roi avoit accordé une penfion de mille livres
fur le Tréfor Royal à M. le Comte d'Afpremont ,
Maréchal de Camp , Commandant du troiſieme
Bataillon de ce Régiment ; une pareille penfion à.
M. de Savary , Lieutenant de Grenadiers , ayant
Brevet de Colonel ; une de quatre cens francs ,,
auffi fur le Tréfor Royal , à M. de Chaffincourt-
Tilly , Sous- Lieutenant ; des Brevets de Colonels.
au Marquis de Rafilly , Lieutenant de Grenadiers
& au Comte du Dreneuc , Lieutenant ; & la Croix
de Saint Louis au Vicomte de Jaucourt , Lieutenant
à M. de Chaban , Sous- Aide- Major; au
JUILLET. 1756. 206
Chevalier de Palme , au Marquis de la Rochebouffeau
, à MM. de la Motte , de Termont , &
de Chieza , Sous- Lieutenans , & à M. de la Bordenne
, Enfeigne de Grenadiers.
Le Roi ayant porté à dix-fept Compagnies les
Bataillons de fon Infanterie Françoife ; & Sa Majefté
voulant que les Bataillons des Régimens de
fon Infanterie Suiffe & Grifonne , qui ne font actuellement
que de quatre cens-vingt hommes en
quatre Compagnies de cent vingt hommes chacune,
y compris les Officiers , foient rapprochés de la
compofition des Bataillons François , Sa Majefté a
ordonné que les douze Compagnies de chacun
des neuf Régimens Suiffes & de celui de Salis Grifon
, qui font à ſon ſervice , formaffent dorénavant
deux Bataillons compofés de fix Compagnies
chacun , au lieu d'être diftribuées , commé
elles font préfentement , en trois Bataillons de
quatre Compagnies. Veut Sa Majefté , que les fix
Compagnies , qui doivent compofer chacun des
deux Bataillons par Régiment , y foient placées
fuivant le rang d'ancienneté des Capitaines , &
dans l'ordre qu'éxige la nouvelle formation prefcrite
par la préfente Ordonnance . Chacune de
ces Compagnies continuera d'être compofée de
cent vingt hommes , y compris cinq Officiers ;
chaque Capitaine devant y entretenir deux Sergens
à vingt-cinq livres chacun , un troifieme
Sergent & un Fourrier à vingt livres chacun , un
Porte-Enfeigne & un Capitaine d'Armes à dixhuit
livres chacun , un Prevôt à quinze livres
quatre Caporaux , quatre Anfpeffades & cent Fufiliers
, les Tambours & les Fifres compris. Eatend
au furplus Sa Majefté que les Officiers
qui commandoient les troifiemes Bataillons defdits
Régimens Suiffes & Grifons , confervent, tant
106 MERCURE DE FRANCE.
qu'ils ne fe trouveront pas pourvus d'un grade
fupérieur , les prérogatives qui étoient attachées
à leur emploi.
Le 27 Mai , les Députés des Etats d'Artois ont
eu audience du Roi . Ils ont été préſentés à Sa
Majefté par M. le Duc de Chaulnes , Gouverneur
de la Province , & par M. le Comte d'Argenfon ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , ayant le Département
de cette Province , & conduits par M. Def
granges , Maître des Cérémonies. La Députation
étoit compofée , pour le Clergé , de Dom de
Briois d'Hulluch , Abbé de Saint Vaaft d'Arras ;
du Comte de Beaufort , pour la Nobleffe ; & de M.
Harduin , Avocat en Parlement , & ancien Echevin
des Ville & Cité d'Arras , pour le Tiers-Etat.
Dans le travail du Roi avec M. le Comte d'Eu,
concernant le Régiment des Gardes Suiffes , Sa
Majefté a augmenté de cinq cens livres la penfion
de quinze cens que M. de Réding , Maréchal de
Camp, Premier Capitaine de ce Régiment, a fur le
Tréfor Royal . Elle a accordé une penfion de 1000 1.
auffi fur le Tréfor Royal , au Baron de Befenwald,
Brigadier , Capitaine d'une Compagnie dans le
même Régiment ; une pareille penfion , fur l'Ordre
de Saint Louis , à M. de Peftallozzi , Brigadier
, Capitaine-Commandant de la Compagnie
Lieutenante-Colonelle ; une de huit cens livres ,
fur le Tréfor Royal , à M. Altermatt , troifieme
Aide - Major ; une Commiffion de Colonel
à M. Schwitzer , Premier Lieutenant de la Compagnie
de Phiffer ; la Croix de S. Louis au Chevalier
de Maillaudor , Premier Lieutenant de la
Compagnie Générale , & à M. Schwitzer de Buonas
, fecond Lieutenant de la même Compagnie..
Depuis la defcente des troupes du Roi dans
1le Minorque, M. le Maréchal de Richelieu a
JUILLET. 1756. 207
été principalement occupé du foin de furmonter
les difficultés qui fe font rencontrées dans le
tranfport de l'artillerie à Mahon , & des munitions
de guerre & de bouche. Il eft enfin parvenu
à faire conftruire fur le Mont des Signaux une
batterie de cinq pieces de canon & d'autant de
mortiers , qui a commencé à tirer le 8 de Mai au
matin. Il afait occuper le 9 au foir le Fauxbourg,
dit la Ravale , par un Détachement de cent Volontaires,
par quatre Compagnies de Grenadiers &
parfixPiquets,aux ordres de M. le Comte de Briqueville
, Colonel , avec cinq cens Travailleurs , pour y
former des épaulemens & établir des batteries . Le
10,M. le Marquis de Roquepine Brigadier , ayant
fous lui MM . de Gaunay & d'Elva , Colonels , de
Magnac & de Virmont , Lieutenans Colonels , eft
parti dès le matin avec douze cens hommes , pour
fe porter du côté du Fort Marlboroug derriere la
Tour de Benifaïd. M. le Comte de Briqueville a
été relevé le foir par M. de la Serre , Brigadier
avec trois Compagnies de Grenadiers & neuf Piquets.
Auffitôt après , les deux Bataillons du Régiment
Royal , & le premier du Régiment Royal
Comtois , fe font portés à la droite du Fauxbourg,
le long d'une chaîne de maifons qui en forment
Fenceinte , pour protéger le travail , que M. le
Maréchal de Richelieu eft allé vifiter. M. d'Elva,
Colonel à la fuite du Régiment Royal Italien , a
été bleffé légérement à l'épaule. Les journées du
11 & du 12 Mai , ont été employées à conſtruire
des batteries à la gauche , à la droite & au centre
du Fauxbourg, dit la Ravale, fans que la Garnifon
Angloife ait inquiété les travailleurs autrement'
que par les bombes & le canon. Le 12 au foir
le Détachement du Fauxbourg fut compofé de
fept Compagnies de Grenadiers , huit Piquets &
208 MERCURE DE FRANCE.
trois Compagnies de Volontaires , & les batte
ries de bombes commencerent à tirer pendant la
nuit. Le 17 , la batterie de canons de la droite fe
trouva en état de tirer , & fut très- bien fervie. Le
18 , M. du Pinay , qui commandoit celle de la
gauche , fut tué, & le Prince Louis de Wirtemberg
, Maréchal de Camp , fut légérement bleſſé.
Le 19 , P'Efcadre Angloife ayant paru en mer ,
M. le Maréchal de Richelieu envoya treize Piquets
à M. le Marquis de la Galiffonniere , & fit
les difpofitions néceffaires pour empêcher toute
communication avec les Affiégés. Le 20 , les deux
Bataillons du Régiment Royal , aux ordres de
M. le Comte de Maillebois , Lieutenant- Général ,
fe rendirent le foir au dépôt de la tranchée , d'ou
ils envoyerent relever les poftes du Fauxbourg par
leurs Grenadiers & fix Piquets , avec cinq autres
Compagnies de Grenadiers & fix Piquets de différens
Corps. Une bombe ayant mis le feu à une de
nos batteries à deux heures après-midi , les affiégés
redoublerent leur feu , & firent une fortie de
la Lunette de la Reine , dans laquelle nos Grenadiers
les firent rentrer auffitôt. Pendant la journée
du 21 au 22 , on répara les anciennes batteries
, & l'on continua la conftruction des nouvelles.
Le 22 , l'Efcadre Françoife ayant réparu devant
le Port , l'Armée fit le foir une réjouiſſance
pour l'avantage que cette Efcadre avoit remporté
fur celle des Anglois. Le 23 , M. le Comte de
Lannion releva M. le Marquis du Mefnil à la
tranchée, avec les deux Bataillons de Royal la Marine
, indépendamment d'un pofte de Brigadier
établi dans le Fauxbourg. Cette journée & celle
du 24 ont été employées , comme les précédentes,.
aux réparations & nouvelles conftructions de bat
tories.
>
•
JUILLET. 1756. 209
Les Frégates du Roi l'Aquilon , de quarante
canons , & la Fidele , de vingt- quatre , comman
dées par MM. de Maurville , Capitaine , & de Lizardais
, Lieutenant de Vaiffeau , qui avoient ef
corté au large quelques Navires , revenoient à
Rochefort , lorfque le 17 elles ont eu connoiffance
vers l'Ile d'Oléron , d'un Vaiffeau de guerre
Anglois , de cinquante- fix canons , & d'une Frégate
, de trente , qui leur ont donné chaffe. Le
combat s'eft engagé à fix heures du foir entre le
Vaiffeau de guerre Anglois avec fa Frégate , & les
deux Frégates du Roi , de maniere que la Frégate
laFidele, a auffieffuyé d'abord quelques bordées du
Vaiffeau de guerre Anglois ; mais il eft enfuite
devenu particulier du Vaiffeau de guerre Anglois
avec la Frégate l'Aquilon , & de la Frégate Angloife
avec la Frégate la Fidele , qui ont été bientôt
hors de la vue des premiers. Le combat de la
Frégate de l'Aquilon contre le Vaiffeau de guerre
Anglois a duré près de huit heures ; & celui de la
Frégate la Fidele contre la Frégate Angloife
près de fix. Nonobftant la grande fupériorité de
l'artillerie du Vaiffeau Anglois & de la Frégate ,
tant en nombre de canons qu'en poids des boulets
, les deux Frégates du Roi les ont mis hors
de combat ; & les Anglois fe font retirés : mais il
n'a pas été poffible aux Frégates du Roi , qui
étoient défemparées de toutes leur manoeuvres, de
les pourfuivre. Elles font rentrées à Rochefort le
19 & le 20. On ne fçauroit donner trop d'éloges
à la bravoure que les Officiers , les Gardes de la
Marine & les Equipages , ont fait paroître dans
cette occafion. M. de Maurville a eu le bras droit
fracaffé dès le commencement du combat , &
Fon a été obligé de le lui couper fur le champ .
Malgré cet accident , qui l'a obligé de céder le
210 MERCURE DE FRANCE.
commandement à M. de la Filliere , Capitaine en
fecond , il n'a pas ceffé de donner des marques
de la plus grande fermeté. M. de la Filliere a reçu
trois bleffures. M. Héron , Premier Lieutenant ,
a été tué fur le gaillard d'avant ; & le Chevalier
de Cardaillac , qui commandoit le Détachement
des Gardes de la Marine , a eu un bras caffé. Il
n'y a eu aucun Officier de tué ni de bleffé ſur la
Frégate la Fidele. Dans les Equipages, la Frégate
l'Aquilon a eu quinze hommes tués & vingt-fix
bleflés ; & la Frégate la Fidele , huit tués & dixhuit
bleffés.
La Cour vient de rendre public un Ecrit qui a
pour titre , MEMOIRE concernant le précis des faits
avec leurs piecesjuftificatives , pour fervir de réponfe
aux OBSERVATIONS envoyées par les Miniftres
d'Angleterre dans les Cours de l'Europe . L'objet
des Obfervations fur le premier Mémoire de la
France étoit de juftifier le refus fait par l'Angleterre
de fatisfaire à la réquifition du Roi , du 21
Décembre dernier , & de reftituer les Vaiffeaux
pris en pleine paix . Le feul moyen de colorer ce
refus étoit d'imputer aux François des hoftilités
antérieures à celles des Anglois , & cette fauffe
´imputation eft réfutée dans l'Ecrit que nous annonçons.
On n'oppofe aux fuppofitions des Anglois
que l'expofé le plus fimple de tout ce qui
s'eft paffé entre les deux Nations , foit en Amérique
, foit en Europe , depuis le dernier Traité
d'Aix-la- Chapelle ; & l'on n'avance aucun fait
qui ne foit ou avoué des deux Cours , ou prouvé
par des pieces authentiques & irréprochables.
Parmi ces pieces font celles qui ont été trouvées
dans les papiers du Général Braddock , après le
combat dans lequel il a perdu la vie.
Il paroît une Déclaration du Roi , portant fuf-
1
JUILLET. 1756. 211
penfion du Dixieme de l'Amiral , & autres encouragemens
pour la Courſe.
M. le Marquis de Juigné ayant préféré de commander
une Brigade dans le Régiment des Grenadiers
de France , le Roi a difpofé du Régiment
de Forez , en faveur de M. le Comte de Puyfegur,
Colonel dans celui des Grenadiers de France.
Le Roi a conclu avec l'Impératrice Reine de
Hongrie & de Bohême , un Acte ou Convention
de Neutralité , & un Traité défenfif d'Alliance &
d'Amitié. Cette Convention & ce Traité furent
fignés à Verſailles le premier du mois de Mai , &
les Ratifications y ont été échangées le 28 du
même mois.
Le 17 Mai aufoir , M. le Marquis de la Galif
fonniere , commandant l'Efcadre du Roi dans fa
Méditerranée , fut informé par la Frégate la Gracieufe
, qui étoit en croifiere fur Mayorque , qu'el
le avoit découvert une Eſcadre Angloiſe , qui pouvoit
être alors à huit ou dix lieues dans le Sud. Le
18 , l'Eſcadre du Roi manoeuvra pour aller à la
rencontre de celle des Anglois , mais le calme en
empêcha. Le 19 au matin , on découvrit l'Eſcadre
Angloife du haut des mâts. Elle étoit au vent ,
& il ne fut pas poffible à l'Efcadre du Roi , de
l'approcher jufqu'à la portée du canon. Le 20
M. le Marquis de la Galiffonniere étoit parvenu
gagner le vent : mais dans le tems qu'il ſe trouvoit
dans cette pofition , le vent changea tout
d'un coup ; ce qui rendit cet avantage à l'Eſcadre
Angloife. A deux heures & demie après-midi , les
deux Efcadres fe trouverent en lignes , celle dés
Anglois compofée de dix-huit voiles , dont treize
Vaiffeaux de ligné , & celle du Roi , de douze
Vaiffeaux & quatre Frégates. Le combat fut engagé
par l'avant-garde de l'Efcadre du Roi , qui
212 MERCURE DE FRANCE.
attaqua l'arriere- garde de celles des Anglois. II
devint fucceffivement général : mais il ne le fut
pas pendant tout le tems de fa durée. Les Vaiffeaux
Anglois , qui étoient les plus maltraités
des bordées des Vaiffeaux du Roi , profitant de
l'avantage du vent , pour fe mettre hors de la
portée du canon. L'Efcadre Angloife , après avoir
porté fes plus grands efforts fur l'arriere- garde de
celle du Roi , qu'elle a trouvée fi ferrée , & dont
elle a effuyé un fi grand feu , qu'elle n'a pu l'entamer
, a pris le parti de s'éloigner. Elle avoit
toujours confervé l'avantage du vent , ce qui l'a
mife en état de ne point s'engager. Le combat a
duré près de quatre heures. En général , il n'y a
eu aucun Vaiffeau de l'Efcadre Angloife , qui ait
foutenu longtemps le feu des Vaiffeaux de l'Efca
dre du Roi , lefquels ont peu fouffert. Ils étoient
entiérement réparés dans la nuit , & en état de
combattre le lendemain. Nous n'avons eu que
trente-huit hommes tués , & cent quatre- vingtquatre
bleffés. Aucun Officier n'a été tué. Ceux
qui ont été bleffés , font MM . de Peruffy & de
Puty , Enfeignes , & M. de Gibanelle , Garde de
la Marine , fur le Vaiffeau le Foudroyant ; M. de
Seignoret , Garde de la Marine , fur le Téméraire;
M. de Gravier , Lieutenant fur le Guerrier ; le
Chevalier d'Urre , Lieutenant fur le Sage ; le
Chevalier de Beaucoufe , Lieutenant ; M. d'Alberas
, Enfeigne , & M. Dubeny , Garde de la Marine
, fur le Content..
Depuis l'arrivée de ces nouvelles qui font du
21 , il eft venu des lettres de l'Efcadre , datées du
25. L'Efcadre Angloife n'avoit point reparu , &
celle du Roi continuoit de croifer devant l'entrée
du Port- Mahon . Le Chevalier de Beaucouſe ,
Lieutenant de Vaiffeau , qui avoit eu une cuiffe.
JUILLET. 1756. 213
caffée dans le combat du 20 , & qui avoit été
tranſporté à terre à Mahon , y étoit mort le 24 .
M. de Gibanelle & de Seignoret , Gardes de la
Marine , étoient fort mal à bord des Vaiffeaux fur
lefquels ils ont été bleffés , le premier ayant eu
les reins brifés , & le fecond les deux jambes caffées
. Mais le Chevalier d'Urre , Lieutenant de
Vaifleau , qui a eu un bras caffé , donnoit beaucoup
d'efpérance de guérifon. Les autres bleffés
le font peu dangereufement.
Le 6 Juin , jour de la Pentecôte , les Chevaliers
, Commandeurs & Officiers de l'Ordre du
Saint- Elprit , s'étant affemblés vers les onze heu--
res du matin dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté
tint un Chapitre. L'Information des vie & moeurs,
& la Profeffion de Foi , du Marquis de Saint Vital
& du Prince Jablonowski , qui avoient été propofés
le premier Janvier pour être Chevaliers ,
furent admifes , & ils furent introduits dans le
Cabinet , & reçus Chevaliers de l'Ordre de Saint
Michel. Le Roi fortit enfuite de fon apparte
ment , pour aller à la Chapelle. Sa Majesté , devant
laquelle les deux Huiffiers de la Chambre
portoient leurs Maffes , étoit en Manteau , le
Collier de l'Ordre par-deffus , ainfi que celui de
l'Ordre de la Toifon d'Or. Elle étoit précédée
de Monfeigneur le Dauphin , du Duc d'Or
léans , du Prince de Condé , du Comte de Charolois
, du Comte de Clermont , du Prince de Conty
, du Comte de la Marche , du Comte d'Eu ;
du Duc de Penthievre , & des Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre. Les deux nouveaux
Chevaliers , en habit de Novices , marchoient
entre les Chevaliers & les Officiers. Après
la grande Meffe , qui fut célébrée par le Prince
Conftantin , Commandeur de l'Ordre , & Prejer
Aumônier du Roi , Sa Majefté monta fux,.
214 MERCURE DE FRANCE .
fon Trône , & revêtit des Marques de l'Ordre les
deux nouveaux Chevaliers. Le Marquis de Saint
Vital eut pour Parrain le Maréchal de Clermont-
Tonnerre. Le Marquis de Matignon fut celui du
Prince Jablonowski. Cette cérémonie étant finie,
le Roi fut reconduit à ſon appartement en la maniere
accoutumée.
M. Dufort , Introducteur des Ambaffadeurs ,
alla le 7 prendre dans les carroffes du Roi & de la
Reine , le Cardinal de Tavannes en fon Hôtel à
Verfailles , & il le conduifit chez le Roi avec
l'Abbé Durini , Camérier Secret du Pape , nommé
par Sa Sainteté pour apporter les Bonnets aux
Cardinaux de Tavannes , de Luynes & de Gefvres.
Avant la Meffe du Roi , l'Abbé Durini fut conduit
, avec les cérémonies accoutumées , à l'au
dience le Roi lui donna dans fon Cabinet
que
& il préfenta à Sa Majesté un Bref de Sa Sainteté.
Après cette audience ,le Roi defcendit à la Chapelle
, où le Cardinal de Tavannes ſe rendit à la fin de
la Meffe , étant conduit par le fieur Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs, Monfieur Defgranà
la
reçut ges , Maître des Cérémonies , porte
La Chapelle le Cardinal de Tavannes , lequel alla
fe placer près du Prié-Dieu du Roi , du côté de
PEvangile , & fe mit à genoux fur un carreau.
L'Abbé Dutini , revêtu de fon habit de cérémonie
, ayant remis entre les mains du Cardinal de
Tavannes le Bref du Pape , alla prendre fur la
Crédence Près de l'Autel , du côté de l'Epître
un Baffin de vermeil doré , fur lequel étoit le
Bonnet , & il le préfenta au Roi. Sa Majesté prit
le Bonnet , & le mit fur la tête du Cardinal de
Tavannes , qui en le recevant , fit une profonde
inclination , & à l'inſtant même fe découvrit.
Dès que le Roi fut en marche pour fortir de la
Chapelle , le Cardinal de Tavannes entra dans la
de
JUILLET. 1756 . 215
Sacriftie , où il prit les habits de fa nouvelle dignité.
Il montà enfuite chez le Roi , étant accompagné
du Maître des Cérémonies. M. Dufort ,
Introducteur des Ambaffadeurs , qui étoit toujours
refté auprès du Cardinal de Tavannes , l'introduifit
dans le Cabinet du Roi , où ce Cardinal fit
fon remerciement à Sa Majesté . Le Cardinal de
Tavannes fut conduit avec les mêmes cérémonies.
à l'audience de la Reine , à laquelle il préfenta
P'Abbé Durini , qui remit à Sa Majesté un Bref
du Pape. Pendant l'audience , on apporta un
tabouret , & le Cardinal de Tavannes s'affit . Il
fut conduit enfuite à l'audience de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine , de Madame
, & à celles de Mefdames Victoire , Sophie
& Louife. Après toutes ces audiences , le Cardinal
de Tavannes fut reconduit par M. Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs , dans les carroffes
du Roi & de la Reine à fon Hôtel , avec les cérémonies
obfervées lorſqu'on étoit allé le prendre
pour l'amener chez le Roi.
Le 8 , le Cardinal de Luynes , & le 10 le Cardinal
de Gefvres reçurent des mains du Roi dans
la Chapelle, le Bonnet de Cardinal avec les mêmes
cérémonies.
L'Eglife de l'Abbaye Royale de Pantemont
été bénîte le 30 de Mai , par Dom Couthaud, Religieux
de l'Abbaye de Cîteau , Docteur de Sorbonne
, & Provifeur du College. La cérémonie
en fut édifiante , & fuivie d'une grand'Meffe
chantée par les Religieux , au milieu de laquelle
M. l'Abbé de la Paufe fit un Diſcours , dontl'ob
jet étoit relatif à la pureté du Temple intérieur
fignifié par la Bénédiction du Temple extérieur
qui venoit d'être faite. L'après -dinée , après Vêpres
chantées , il y eut un Salut , dont la mufique
216 MERCURE DE FRANCE.
fut dirigée par M. Balbaftre, & très - bien exécutée.
La Bénédiction fut donnée par le R. P. Général
des Bénédictins , & Madame la Ducheffe de Modene
y aflifta avec la cour & plufieurs perfonnes
de diftinction.
Le 3 Juin , Monfeigneur le Dauphin & Madame
, fe rendirent dans cette Abbaye pour nommer
deux Cloches de la nouvelle Eglife . A la porte
extérieure , ils furent reçus avec les cérémonies
accoutumées , & complimentés avec applaudiffement
par Dom Couthaud : delà arrivés à la
porte de la grille du Choeur , Madame l'Abbeffe
de Pantemont , avec fa croffe , à la tête de fa
Communauté , & accompagnée de plufieurs autres
Abbeffes , les conduifit à leur prie- Dieu en
chantant le Laudate . Dom Couthaud fit la cérémonie
, qui fut fuivie du Salut pendant l'une &
l'autre , la mufique exécuta plufieurs morceaux
& Motets choifis. Enfuite Monfeigneur le Dau
phin & Madame fuivis de leur cour , furent conduits
au Réfectoire , où trois jeunes Demoiſelles
habillées en Vierges , préfenterent trois corbeilles
remplies tant de fleurs que d'ouvrages , bourfes , -
facs & noeuds d'épée : chacune déclama différentes
pieces de vers avec autant de nobleffe que de modeftie
; Madame l'Abbeffe préſenta dans le même
Réfectoire la collation à Monfeigneur le Dauphin
& à Madame. Il y avoit , entr'autres fingularités ,
les meilleurs fruits de primeur , & les plus rares
pour la faifon ; des melons , des pêches , des cerneaux
, du raifin . Enfuite Monſeigneur le Dauphin
& Madame voulurent parcourir les Bâtimens , &
partout le Prince & la Princeffe marquerent leur
fatisfaction.
On doit obferver ici que le Monaftere & l'Eglife
de l'Abbaye de Pantemont ont été faits &
conduits
JUILLET . 1756 . 217
conduits fur les deffeins de M. Contant , Architecte
du Roi , de Monfeigneur le Duc d'Orléans
& de l'Académie d'Architecture . Il étoit réservé
au talent & à la réputation de cet Artifte de
donner un exemple public que l'on pouvoit
voûter les Dômes & les Eglifes , fuivant la conftruction
des voûtes qu'il a fait exécuter avec ſuccès
dans le Château de Biffy , appartenant à M. le
Maréchal Duc de Belleifle ; l'Eglife & le Dôme
de Pantemont font les premiers exemples exécutés
en France de cette conftruction , qui prouvent
que l'ufage de ces voûtes feroient d'une grande
utilité pour être employé à la conſtruction de
nos Eglifes modernes , & que l'on pourroit par
cette pratique leur donner avec le bon goût de
l'architecture , l'élégance & la légéreté des Eglifes
gothiques , dont la conftruction hardie & folide
caufe autant de regrets que d'admiration .
des plus confidérables du Diocèfe de Châlonsfur-
Marne , a été prefque totalement détruit par.
un horrible incendie. Les habitans ont eu à peine.
temps de pourvoir à leur fûreté , & de fauver
leurs enfans. Dans l'intervalle d'une heure , près
de mille perfonnes fe font trouvées fans azyle &
fans reffources.
le
Le 11 , M. le Duc de Biron , après avoir fait la
revue des Gardes Françoifes dans la Plaine des
Sablons où le Régiment étoit campé , déclara que
le Roi avoit accordé une penfion de mille livres
fur le Tréfor Royal à M. le Comte d'Afpremont ,
Maréchal de Camp , Commandant du troiſieme
Bataillon de ce Régiment ; une pareille penfion à.
M. de Savary , Lieutenant de Grenadiers , ayant
Brevet de Colonel ; une de quatre cens francs ,,
auffi fur le Tréfor Royal , à M. de Chaffincourt-
Tilly , Sous- Lieutenant ; des Brevets de Colonels.
au Marquis de Rafilly , Lieutenant de Grenadiers
& au Comte du Dreneuc , Lieutenant ; & la Croix
de Saint Louis au Vicomte de Jaucourt , Lieutenant
à M. de Chaban , Sous- Aide- Major; au
JUILLET. 1756. 206
Chevalier de Palme , au Marquis de la Rochebouffeau
, à MM. de la Motte , de Termont , &
de Chieza , Sous- Lieutenans , & à M. de la Bordenne
, Enfeigne de Grenadiers.
Le Roi ayant porté à dix-fept Compagnies les
Bataillons de fon Infanterie Françoife ; & Sa Majefté
voulant que les Bataillons des Régimens de
fon Infanterie Suiffe & Grifonne , qui ne font actuellement
que de quatre cens-vingt hommes en
quatre Compagnies de cent vingt hommes chacune,
y compris les Officiers , foient rapprochés de la
compofition des Bataillons François , Sa Majefté a
ordonné que les douze Compagnies de chacun
des neuf Régimens Suiffes & de celui de Salis Grifon
, qui font à ſon ſervice , formaffent dorénavant
deux Bataillons compofés de fix Compagnies
chacun , au lieu d'être diftribuées , commé
elles font préfentement , en trois Bataillons de
quatre Compagnies. Veut Sa Majefté , que les fix
Compagnies , qui doivent compofer chacun des
deux Bataillons par Régiment , y foient placées
fuivant le rang d'ancienneté des Capitaines , &
dans l'ordre qu'éxige la nouvelle formation prefcrite
par la préfente Ordonnance . Chacune de
ces Compagnies continuera d'être compofée de
cent vingt hommes , y compris cinq Officiers ;
chaque Capitaine devant y entretenir deux Sergens
à vingt-cinq livres chacun , un troifieme
Sergent & un Fourrier à vingt livres chacun , un
Porte-Enfeigne & un Capitaine d'Armes à dixhuit
livres chacun , un Prevôt à quinze livres
quatre Caporaux , quatre Anfpeffades & cent Fufiliers
, les Tambours & les Fifres compris. Eatend
au furplus Sa Majefté que les Officiers
qui commandoient les troifiemes Bataillons defdits
Régimens Suiffes & Grifons , confervent, tant
106 MERCURE DE FRANCE.
qu'ils ne fe trouveront pas pourvus d'un grade
fupérieur , les prérogatives qui étoient attachées
à leur emploi.
Le 27 Mai , les Députés des Etats d'Artois ont
eu audience du Roi . Ils ont été préſentés à Sa
Majefté par M. le Duc de Chaulnes , Gouverneur
de la Province , & par M. le Comte d'Argenfon ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , ayant le Département
de cette Province , & conduits par M. Def
granges , Maître des Cérémonies. La Députation
étoit compofée , pour le Clergé , de Dom de
Briois d'Hulluch , Abbé de Saint Vaaft d'Arras ;
du Comte de Beaufort , pour la Nobleffe ; & de M.
Harduin , Avocat en Parlement , & ancien Echevin
des Ville & Cité d'Arras , pour le Tiers-Etat.
Dans le travail du Roi avec M. le Comte d'Eu,
concernant le Régiment des Gardes Suiffes , Sa
Majefté a augmenté de cinq cens livres la penfion
de quinze cens que M. de Réding , Maréchal de
Camp, Premier Capitaine de ce Régiment, a fur le
Tréfor Royal . Elle a accordé une penfion de 1000 1.
auffi fur le Tréfor Royal , au Baron de Befenwald,
Brigadier , Capitaine d'une Compagnie dans le
même Régiment ; une pareille penfion , fur l'Ordre
de Saint Louis , à M. de Peftallozzi , Brigadier
, Capitaine-Commandant de la Compagnie
Lieutenante-Colonelle ; une de huit cens livres ,
fur le Tréfor Royal , à M. Altermatt , troifieme
Aide - Major ; une Commiffion de Colonel
à M. Schwitzer , Premier Lieutenant de la Compagnie
de Phiffer ; la Croix de S. Louis au Chevalier
de Maillaudor , Premier Lieutenant de la
Compagnie Générale , & à M. Schwitzer de Buonas
, fecond Lieutenant de la même Compagnie..
Depuis la defcente des troupes du Roi dans
1le Minorque, M. le Maréchal de Richelieu a
JUILLET. 1756. 207
été principalement occupé du foin de furmonter
les difficultés qui fe font rencontrées dans le
tranfport de l'artillerie à Mahon , & des munitions
de guerre & de bouche. Il eft enfin parvenu
à faire conftruire fur le Mont des Signaux une
batterie de cinq pieces de canon & d'autant de
mortiers , qui a commencé à tirer le 8 de Mai au
matin. Il afait occuper le 9 au foir le Fauxbourg,
dit la Ravale , par un Détachement de cent Volontaires,
par quatre Compagnies de Grenadiers &
parfixPiquets,aux ordres de M. le Comte de Briqueville
, Colonel , avec cinq cens Travailleurs , pour y
former des épaulemens & établir des batteries . Le
10,M. le Marquis de Roquepine Brigadier , ayant
fous lui MM . de Gaunay & d'Elva , Colonels , de
Magnac & de Virmont , Lieutenans Colonels , eft
parti dès le matin avec douze cens hommes , pour
fe porter du côté du Fort Marlboroug derriere la
Tour de Benifaïd. M. le Comte de Briqueville a
été relevé le foir par M. de la Serre , Brigadier
avec trois Compagnies de Grenadiers & neuf Piquets.
Auffitôt après , les deux Bataillons du Régiment
Royal , & le premier du Régiment Royal
Comtois , fe font portés à la droite du Fauxbourg,
le long d'une chaîne de maifons qui en forment
Fenceinte , pour protéger le travail , que M. le
Maréchal de Richelieu eft allé vifiter. M. d'Elva,
Colonel à la fuite du Régiment Royal Italien , a
été bleffé légérement à l'épaule. Les journées du
11 & du 12 Mai , ont été employées à conſtruire
des batteries à la gauche , à la droite & au centre
du Fauxbourg, dit la Ravale, fans que la Garnifon
Angloife ait inquiété les travailleurs autrement'
que par les bombes & le canon. Le 12 au foir
le Détachement du Fauxbourg fut compofé de
fept Compagnies de Grenadiers , huit Piquets &
208 MERCURE DE FRANCE.
trois Compagnies de Volontaires , & les batte
ries de bombes commencerent à tirer pendant la
nuit. Le 17 , la batterie de canons de la droite fe
trouva en état de tirer , & fut très- bien fervie. Le
18 , M. du Pinay , qui commandoit celle de la
gauche , fut tué, & le Prince Louis de Wirtemberg
, Maréchal de Camp , fut légérement bleſſé.
Le 19 , P'Efcadre Angloife ayant paru en mer ,
M. le Maréchal de Richelieu envoya treize Piquets
à M. le Marquis de la Galiffonniere , & fit
les difpofitions néceffaires pour empêcher toute
communication avec les Affiégés. Le 20 , les deux
Bataillons du Régiment Royal , aux ordres de
M. le Comte de Maillebois , Lieutenant- Général ,
fe rendirent le foir au dépôt de la tranchée , d'ou
ils envoyerent relever les poftes du Fauxbourg par
leurs Grenadiers & fix Piquets , avec cinq autres
Compagnies de Grenadiers & fix Piquets de différens
Corps. Une bombe ayant mis le feu à une de
nos batteries à deux heures après-midi , les affiégés
redoublerent leur feu , & firent une fortie de
la Lunette de la Reine , dans laquelle nos Grenadiers
les firent rentrer auffitôt. Pendant la journée
du 21 au 22 , on répara les anciennes batteries
, & l'on continua la conftruction des nouvelles.
Le 22 , l'Efcadre Françoife ayant réparu devant
le Port , l'Armée fit le foir une réjouiſſance
pour l'avantage que cette Efcadre avoit remporté
fur celle des Anglois. Le 23 , M. le Comte de
Lannion releva M. le Marquis du Mefnil à la
tranchée, avec les deux Bataillons de Royal la Marine
, indépendamment d'un pofte de Brigadier
établi dans le Fauxbourg. Cette journée & celle
du 24 ont été employées , comme les précédentes,.
aux réparations & nouvelles conftructions de bat
tories.
>
•
JUILLET. 1756. 209
Les Frégates du Roi l'Aquilon , de quarante
canons , & la Fidele , de vingt- quatre , comman
dées par MM. de Maurville , Capitaine , & de Lizardais
, Lieutenant de Vaiffeau , qui avoient ef
corté au large quelques Navires , revenoient à
Rochefort , lorfque le 17 elles ont eu connoiffance
vers l'Ile d'Oléron , d'un Vaiffeau de guerre
Anglois , de cinquante- fix canons , & d'une Frégate
, de trente , qui leur ont donné chaffe. Le
combat s'eft engagé à fix heures du foir entre le
Vaiffeau de guerre Anglois avec fa Frégate , & les
deux Frégates du Roi , de maniere que la Frégate
laFidele, a auffieffuyé d'abord quelques bordées du
Vaiffeau de guerre Anglois ; mais il eft enfuite
devenu particulier du Vaiffeau de guerre Anglois
avec la Frégate l'Aquilon , & de la Frégate Angloife
avec la Frégate la Fidele , qui ont été bientôt
hors de la vue des premiers. Le combat de la
Frégate de l'Aquilon contre le Vaiffeau de guerre
Anglois a duré près de huit heures ; & celui de la
Frégate la Fidele contre la Frégate Angloife
près de fix. Nonobftant la grande fupériorité de
l'artillerie du Vaiffeau Anglois & de la Frégate ,
tant en nombre de canons qu'en poids des boulets
, les deux Frégates du Roi les ont mis hors
de combat ; & les Anglois fe font retirés : mais il
n'a pas été poffible aux Frégates du Roi , qui
étoient défemparées de toutes leur manoeuvres, de
les pourfuivre. Elles font rentrées à Rochefort le
19 & le 20. On ne fçauroit donner trop d'éloges
à la bravoure que les Officiers , les Gardes de la
Marine & les Equipages , ont fait paroître dans
cette occafion. M. de Maurville a eu le bras droit
fracaffé dès le commencement du combat , &
Fon a été obligé de le lui couper fur le champ .
Malgré cet accident , qui l'a obligé de céder le
210 MERCURE DE FRANCE.
commandement à M. de la Filliere , Capitaine en
fecond , il n'a pas ceffé de donner des marques
de la plus grande fermeté. M. de la Filliere a reçu
trois bleffures. M. Héron , Premier Lieutenant ,
a été tué fur le gaillard d'avant ; & le Chevalier
de Cardaillac , qui commandoit le Détachement
des Gardes de la Marine , a eu un bras caffé. Il
n'y a eu aucun Officier de tué ni de bleffé ſur la
Frégate la Fidele. Dans les Equipages, la Frégate
l'Aquilon a eu quinze hommes tués & vingt-fix
bleflés ; & la Frégate la Fidele , huit tués & dixhuit
bleffés.
La Cour vient de rendre public un Ecrit qui a
pour titre , MEMOIRE concernant le précis des faits
avec leurs piecesjuftificatives , pour fervir de réponfe
aux OBSERVATIONS envoyées par les Miniftres
d'Angleterre dans les Cours de l'Europe . L'objet
des Obfervations fur le premier Mémoire de la
France étoit de juftifier le refus fait par l'Angleterre
de fatisfaire à la réquifition du Roi , du 21
Décembre dernier , & de reftituer les Vaiffeaux
pris en pleine paix . Le feul moyen de colorer ce
refus étoit d'imputer aux François des hoftilités
antérieures à celles des Anglois , & cette fauffe
´imputation eft réfutée dans l'Ecrit que nous annonçons.
On n'oppofe aux fuppofitions des Anglois
que l'expofé le plus fimple de tout ce qui
s'eft paffé entre les deux Nations , foit en Amérique
, foit en Europe , depuis le dernier Traité
d'Aix-la- Chapelle ; & l'on n'avance aucun fait
qui ne foit ou avoué des deux Cours , ou prouvé
par des pieces authentiques & irréprochables.
Parmi ces pieces font celles qui ont été trouvées
dans les papiers du Général Braddock , après le
combat dans lequel il a perdu la vie.
Il paroît une Déclaration du Roi , portant fuf-
1
JUILLET. 1756. 211
penfion du Dixieme de l'Amiral , & autres encouragemens
pour la Courſe.
M. le Marquis de Juigné ayant préféré de commander
une Brigade dans le Régiment des Grenadiers
de France , le Roi a difpofé du Régiment
de Forez , en faveur de M. le Comte de Puyfegur,
Colonel dans celui des Grenadiers de France.
Le Roi a conclu avec l'Impératrice Reine de
Hongrie & de Bohême , un Acte ou Convention
de Neutralité , & un Traité défenfif d'Alliance &
d'Amitié. Cette Convention & ce Traité furent
fignés à Verſailles le premier du mois de Mai , &
les Ratifications y ont été échangées le 28 du
même mois.
Le 17 Mai aufoir , M. le Marquis de la Galif
fonniere , commandant l'Efcadre du Roi dans fa
Méditerranée , fut informé par la Frégate la Gracieufe
, qui étoit en croifiere fur Mayorque , qu'el
le avoit découvert une Eſcadre Angloiſe , qui pouvoit
être alors à huit ou dix lieues dans le Sud. Le
18 , l'Eſcadre du Roi manoeuvra pour aller à la
rencontre de celle des Anglois , mais le calme en
empêcha. Le 19 au matin , on découvrit l'Eſcadre
Angloife du haut des mâts. Elle étoit au vent ,
& il ne fut pas poffible à l'Efcadre du Roi , de
l'approcher jufqu'à la portée du canon. Le 20
M. le Marquis de la Galiffonniere étoit parvenu
gagner le vent : mais dans le tems qu'il ſe trouvoit
dans cette pofition , le vent changea tout
d'un coup ; ce qui rendit cet avantage à l'Eſcadre
Angloife. A deux heures & demie après-midi , les
deux Efcadres fe trouverent en lignes , celle dés
Anglois compofée de dix-huit voiles , dont treize
Vaiffeaux de ligné , & celle du Roi , de douze
Vaiffeaux & quatre Frégates. Le combat fut engagé
par l'avant-garde de l'Efcadre du Roi , qui
212 MERCURE DE FRANCE.
attaqua l'arriere- garde de celles des Anglois. II
devint fucceffivement général : mais il ne le fut
pas pendant tout le tems de fa durée. Les Vaiffeaux
Anglois , qui étoient les plus maltraités
des bordées des Vaiffeaux du Roi , profitant de
l'avantage du vent , pour fe mettre hors de la
portée du canon. L'Efcadre Angloife , après avoir
porté fes plus grands efforts fur l'arriere- garde de
celle du Roi , qu'elle a trouvée fi ferrée , & dont
elle a effuyé un fi grand feu , qu'elle n'a pu l'entamer
, a pris le parti de s'éloigner. Elle avoit
toujours confervé l'avantage du vent , ce qui l'a
mife en état de ne point s'engager. Le combat a
duré près de quatre heures. En général , il n'y a
eu aucun Vaiffeau de l'Efcadre Angloife , qui ait
foutenu longtemps le feu des Vaiffeaux de l'Efca
dre du Roi , lefquels ont peu fouffert. Ils étoient
entiérement réparés dans la nuit , & en état de
combattre le lendemain. Nous n'avons eu que
trente-huit hommes tués , & cent quatre- vingtquatre
bleffés. Aucun Officier n'a été tué. Ceux
qui ont été bleffés , font MM . de Peruffy & de
Puty , Enfeignes , & M. de Gibanelle , Garde de
la Marine , fur le Vaiffeau le Foudroyant ; M. de
Seignoret , Garde de la Marine , fur le Téméraire;
M. de Gravier , Lieutenant fur le Guerrier ; le
Chevalier d'Urre , Lieutenant fur le Sage ; le
Chevalier de Beaucoufe , Lieutenant ; M. d'Alberas
, Enfeigne , & M. Dubeny , Garde de la Marine
, fur le Content..
Depuis l'arrivée de ces nouvelles qui font du
21 , il eft venu des lettres de l'Efcadre , datées du
25. L'Efcadre Angloife n'avoit point reparu , &
celle du Roi continuoit de croifer devant l'entrée
du Port- Mahon . Le Chevalier de Beaucouſe ,
Lieutenant de Vaiffeau , qui avoit eu une cuiffe.
JUILLET. 1756. 213
caffée dans le combat du 20 , & qui avoit été
tranſporté à terre à Mahon , y étoit mort le 24 .
M. de Gibanelle & de Seignoret , Gardes de la
Marine , étoient fort mal à bord des Vaiffeaux fur
lefquels ils ont été bleffés , le premier ayant eu
les reins brifés , & le fecond les deux jambes caffées
. Mais le Chevalier d'Urre , Lieutenant de
Vaifleau , qui a eu un bras caffé , donnoit beaucoup
d'efpérance de guérifon. Les autres bleffés
le font peu dangereufement.
Le 6 Juin , jour de la Pentecôte , les Chevaliers
, Commandeurs & Officiers de l'Ordre du
Saint- Elprit , s'étant affemblés vers les onze heu--
res du matin dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté
tint un Chapitre. L'Information des vie & moeurs,
& la Profeffion de Foi , du Marquis de Saint Vital
& du Prince Jablonowski , qui avoient été propofés
le premier Janvier pour être Chevaliers ,
furent admifes , & ils furent introduits dans le
Cabinet , & reçus Chevaliers de l'Ordre de Saint
Michel. Le Roi fortit enfuite de fon apparte
ment , pour aller à la Chapelle. Sa Majesté , devant
laquelle les deux Huiffiers de la Chambre
portoient leurs Maffes , étoit en Manteau , le
Collier de l'Ordre par-deffus , ainfi que celui de
l'Ordre de la Toifon d'Or. Elle étoit précédée
de Monfeigneur le Dauphin , du Duc d'Or
léans , du Prince de Condé , du Comte de Charolois
, du Comte de Clermont , du Prince de Conty
, du Comte de la Marche , du Comte d'Eu ;
du Duc de Penthievre , & des Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre. Les deux nouveaux
Chevaliers , en habit de Novices , marchoient
entre les Chevaliers & les Officiers. Après
la grande Meffe , qui fut célébrée par le Prince
Conftantin , Commandeur de l'Ordre , & Prejer
Aumônier du Roi , Sa Majefté monta fux,.
214 MERCURE DE FRANCE .
fon Trône , & revêtit des Marques de l'Ordre les
deux nouveaux Chevaliers. Le Marquis de Saint
Vital eut pour Parrain le Maréchal de Clermont-
Tonnerre. Le Marquis de Matignon fut celui du
Prince Jablonowski. Cette cérémonie étant finie,
le Roi fut reconduit à ſon appartement en la maniere
accoutumée.
M. Dufort , Introducteur des Ambaffadeurs ,
alla le 7 prendre dans les carroffes du Roi & de la
Reine , le Cardinal de Tavannes en fon Hôtel à
Verfailles , & il le conduifit chez le Roi avec
l'Abbé Durini , Camérier Secret du Pape , nommé
par Sa Sainteté pour apporter les Bonnets aux
Cardinaux de Tavannes , de Luynes & de Gefvres.
Avant la Meffe du Roi , l'Abbé Durini fut conduit
, avec les cérémonies accoutumées , à l'au
dience le Roi lui donna dans fon Cabinet
que
& il préfenta à Sa Majesté un Bref de Sa Sainteté.
Après cette audience ,le Roi defcendit à la Chapelle
, où le Cardinal de Tavannes ſe rendit à la fin de
la Meffe , étant conduit par le fieur Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs, Monfieur Defgranà
la
reçut ges , Maître des Cérémonies , porte
La Chapelle le Cardinal de Tavannes , lequel alla
fe placer près du Prié-Dieu du Roi , du côté de
PEvangile , & fe mit à genoux fur un carreau.
L'Abbé Dutini , revêtu de fon habit de cérémonie
, ayant remis entre les mains du Cardinal de
Tavannes le Bref du Pape , alla prendre fur la
Crédence Près de l'Autel , du côté de l'Epître
un Baffin de vermeil doré , fur lequel étoit le
Bonnet , & il le préfenta au Roi. Sa Majesté prit
le Bonnet , & le mit fur la tête du Cardinal de
Tavannes , qui en le recevant , fit une profonde
inclination , & à l'inſtant même fe découvrit.
Dès que le Roi fut en marche pour fortir de la
Chapelle , le Cardinal de Tavannes entra dans la
de
JUILLET. 1756 . 215
Sacriftie , où il prit les habits de fa nouvelle dignité.
Il montà enfuite chez le Roi , étant accompagné
du Maître des Cérémonies. M. Dufort ,
Introducteur des Ambaffadeurs , qui étoit toujours
refté auprès du Cardinal de Tavannes , l'introduifit
dans le Cabinet du Roi , où ce Cardinal fit
fon remerciement à Sa Majesté . Le Cardinal de
Tavannes fut conduit avec les mêmes cérémonies.
à l'audience de la Reine , à laquelle il préfenta
P'Abbé Durini , qui remit à Sa Majesté un Bref
du Pape. Pendant l'audience , on apporta un
tabouret , & le Cardinal de Tavannes s'affit . Il
fut conduit enfuite à l'audience de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine , de Madame
, & à celles de Mefdames Victoire , Sophie
& Louife. Après toutes ces audiences , le Cardinal
de Tavannes fut reconduit par M. Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs , dans les carroffes
du Roi & de la Reine à fon Hôtel , avec les cérémonies
obfervées lorſqu'on étoit allé le prendre
pour l'amener chez le Roi.
Le 8 , le Cardinal de Luynes , & le 10 le Cardinal
de Gefvres reçurent des mains du Roi dans
la Chapelle, le Bonnet de Cardinal avec les mêmes
cérémonies.
L'Eglife de l'Abbaye Royale de Pantemont
été bénîte le 30 de Mai , par Dom Couthaud, Religieux
de l'Abbaye de Cîteau , Docteur de Sorbonne
, & Provifeur du College. La cérémonie
en fut édifiante , & fuivie d'une grand'Meffe
chantée par les Religieux , au milieu de laquelle
M. l'Abbé de la Paufe fit un Diſcours , dontl'ob
jet étoit relatif à la pureté du Temple intérieur
fignifié par la Bénédiction du Temple extérieur
qui venoit d'être faite. L'après -dinée , après Vêpres
chantées , il y eut un Salut , dont la mufique
216 MERCURE DE FRANCE.
fut dirigée par M. Balbaftre, & très - bien exécutée.
La Bénédiction fut donnée par le R. P. Général
des Bénédictins , & Madame la Ducheffe de Modene
y aflifta avec la cour & plufieurs perfonnes
de diftinction.
Le 3 Juin , Monfeigneur le Dauphin & Madame
, fe rendirent dans cette Abbaye pour nommer
deux Cloches de la nouvelle Eglife . A la porte
extérieure , ils furent reçus avec les cérémonies
accoutumées , & complimentés avec applaudiffement
par Dom Couthaud : delà arrivés à la
porte de la grille du Choeur , Madame l'Abbeffe
de Pantemont , avec fa croffe , à la tête de fa
Communauté , & accompagnée de plufieurs autres
Abbeffes , les conduifit à leur prie- Dieu en
chantant le Laudate . Dom Couthaud fit la cérémonie
, qui fut fuivie du Salut pendant l'une &
l'autre , la mufique exécuta plufieurs morceaux
& Motets choifis. Enfuite Monfeigneur le Dau
phin & Madame fuivis de leur cour , furent conduits
au Réfectoire , où trois jeunes Demoiſelles
habillées en Vierges , préfenterent trois corbeilles
remplies tant de fleurs que d'ouvrages , bourfes , -
facs & noeuds d'épée : chacune déclama différentes
pieces de vers avec autant de nobleffe que de modeftie
; Madame l'Abbeffe préſenta dans le même
Réfectoire la collation à Monfeigneur le Dauphin
& à Madame. Il y avoit , entr'autres fingularités ,
les meilleurs fruits de primeur , & les plus rares
pour la faifon ; des melons , des pêches , des cerneaux
, du raifin . Enfuite Monſeigneur le Dauphin
& Madame voulurent parcourir les Bâtimens , &
partout le Prince & la Princeffe marquerent leur
fatisfaction.
On doit obferver ici que le Monaftere & l'Eglife
de l'Abbaye de Pantemont ont été faits &
conduits
JUILLET . 1756 . 217
conduits fur les deffeins de M. Contant , Architecte
du Roi , de Monfeigneur le Duc d'Orléans
& de l'Académie d'Architecture . Il étoit réservé
au talent & à la réputation de cet Artifte de
donner un exemple public que l'on pouvoit
voûter les Dômes & les Eglifes , fuivant la conftruction
des voûtes qu'il a fait exécuter avec ſuccès
dans le Château de Biffy , appartenant à M. le
Maréchal Duc de Belleifle ; l'Eglife & le Dôme
de Pantemont font les premiers exemples exécutés
en France de cette conftruction , qui prouvent
que l'ufage de ces voûtes feroient d'une grande
utilité pour être employé à la conſtruction de
nos Eglifes modernes , & que l'on pourroit par
cette pratique leur donner avec le bon goût de
l'architecture , l'élégance & la légéreté des Eglifes
gothiques , dont la conftruction hardie & folide
caufe autant de regrets que d'admiration .
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Résumé : « Le 9 Mai, le Bourg de Ferechampenoise, un des plus considérables du [...] »
En mai 1756, plusieurs événements marquants ont eu lieu en France. Le 9 mai, le bourg de Ferechampenoise, dans le diocèse de Châlons-sur-Marne, a été presque entièrement détruit par un incendie, laissant près de mille personnes sans abri. Le 11 mai, le duc de Biron a annoncé des pensions royales pour plusieurs officiers des Gardes Françaises, dont le comte d'Aspreumont et le lieutenant Savary. Des brevets de colonel ont été attribués au marquis de Rafilly et au comte du Dreneuc, tandis que la croix de Saint-Louis a été décernée à plusieurs autres officiers. Le roi a ordonné la réorganisation des bataillons de l'infanterie française, suisse et grisonne, augmentant leur composition à dix-sept compagnies. Les régiments suisses et grisons ont été restructurés en deux bataillons de six compagnies chacun. Le 27 mai, les députés des États d'Artois ont été reçus par le roi, présentés par le duc de Chaulnes et le comte d'Argençon. La délégation comprenait Dom de Briois d'Hulluch pour le clergé, le comte de Beaufort pour la noblesse, et M. Harduin pour le tiers-état. En juillet 1756, le maréchal de Richelieu a supervisé les opérations militaires à Minorque, notamment la construction de batteries et la défense contre les forces anglaises. Plusieurs officiers ont été blessés ou tués lors des combats. Les frégates françaises l'Aquilon et la Fidèle ont engagé un combat contre des navires anglais près de l'île d'Oléron, mettant les navires anglais hors de combat malgré des pertes importantes. La cour a publié un mémoire en réponse aux observations des ministres anglais concernant les hostilités entre les deux nations. Le roi a signé un acte de neutralité et un traité d'alliance avec l'impératrice reine de Hongrie et de Bohême, ratifiés le 28 mai 1756. Le marquis de Juigné a pris le commandement d'une brigade dans le régiment des Grenadiers de France, et le comte de Puysegur a été nommé colonel du régiment de Forez. Un combat naval a opposé douze vaisseaux et quatre frégates françaises à la flotte anglaise. Les vaisseaux anglais, bien que malmenés, ont profité du vent pour se mettre hors de portée des canons français. Le combat a duré près de quatre heures, avec des pertes françaises de trente-huit hommes tués et cent quatre-vingt-quatre blessés, sans perte d'officiers. À la cour de France, le 6 juin, le roi a tenu un chapitre de l'Ordre du Saint-Esprit, au cours duquel le marquis de Saint-Vital et le prince Jablonowski ont été reçus chevaliers de l'Ordre de Saint-Michel. Le 7 juin, le cardinal de Tavannes a reçu son bonnet cardinalice des mains du roi. Les cardinaux de Luynes et de Gesvres ont également reçu leurs bonnets les 8 et 10 juin. Le 30 mai, l'église de l'Abbaye Royale de Panthemont a été bénie, suivie d'une messe et d'un salut musical. Le 3 juin, le dauphin et Madame ont visité l'abbaye pour nommer deux cloches et ont reçu des présents.
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45
p. 236-238
« Le Bâtiment l'Heureuse Marie, de Saint-Briac, chargé de sel & destiné pour Saint-Malo, [...] »
Début :
Le Bâtiment l'Heureuse Marie, de Saint-Briac, chargé de sel & destiné pour Saint-Malo, [...]
Mots clefs :
La Rochelle, Belle-Île, Bordeaux, Corsaire anglais, Rançon, Otages, Navires, Capitaine, Violences, Hollande, Vols, Pirateries
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Bâtiment l'Heureuse Marie, de Saint-Briac, chargé de sel & destiné pour Saint-Malo, [...] »
DE LA ROCHELLE , le 17 Juillet.
LE Bâtiment l'Heureuse Marie , de Saint -Briac ,
chargé de fel & deſtiné pour Saint- Malo , fut arrêté
le de ce mois à cinq lieues au large de l'Ifie
Dieu par un Corfaire Anglois , qui le rançonna
pour la fomme de deux mille livres. Ce Bâtiment
continuant la route fur la foi de cette rançon fut
rencontré quatre jours après par un autre Corfaire
Anglois , qui exigea une nouvelle rançon de
pareille fomme de deux mille livres , & qui prie
SEPTEMBRE. 1756. 237
un ôtage pour fûreté de fon paiement. Le len
demain , il est tombé encore dans les mains d'un
troifieme Corfaire de la même Nation , lequel
s'eft emparé des deux billets de
rançon , a enlevé
le Bâtiment & l'a conduit en Angleterre. Ces
traits de piraterie font conftatés par la déclaration
juridique , qui en a été faite hier au Greffe de
l'Amirauté de cette Ville par le Capitaine & par
deux hommes de l'équipage François , qui font
revenus dans un Bâtiment Suédois , où ils ont été
mis par le Corſaire Anglois qui l'a rencontré à la
mer.
DE BELLE- ISLE , le 20 Juillet.
Le 4 le Navire le Jahans , de Suede , Capitaine
Petter Jonffon , fe préfenta ici , & demanda unt
Pilote Côtier , qui lui fut donné pour le conduire
au Croific , où il alloit prendre un chargement de
fel. Mais ce Pilote lui fut enlevé le même jour
par un Corfaire Anglois , malgré toutes les repréfentations
que le Capitaine Suédois pût faire à ce
Corfaire fur les dangers auxquels il l'expofoit. Ce
Capitaine fut obligé de revenir ici pour avoir un
fecond Pilote , qui lui fut fourni fur le certificat
qu'il donna de l'enlèvement du premier. Des violences
de cette efpece peuvent avoir les fuites les
plus fâcheufes pour la navigation générale.
DE BORDEAUX , le 3 Août.
La plupart des Bâtimens Hollandois qui font
entrés depuis quelque temps dans ce Port , y ont
fait les rapports les plus étonnans des pyrateries
qu'ils ont eu à fouffrir de la part des Corfaires
Anglois qu'ils ont eu le malheur de rencontrer
dans leur navigation . Ces Corfaires leur ont
enlevé leurs uftenfiles , effets , cordages , voiles
238 MERCURE DE FRANCE.
&
bouffoles , cartes , légumes , poiffon falé , viandes
, porcelaine , vins , liqueurs , provifions ,
mêmejufqu'à leurs habits. Le Capitaine Heynde
rick Stoffe n'a pu fortir de leurs mains , qu'après
qu'ils lui ont emporté genéralement tout ce qu'il
avoit. L'Agent auquel les Capitaines Hollandois
Padreffent ici a été fi touché de leur plaintes ,
qu'il a cru devoir les faire parvenir à M. l'Eſtevenon
de Berkenroode , Ambaffadeur des Etats Généraux
des Provinces-Unies auprès du Roi , en
frant à cet Ambaſſadeur de lui en envoyer des
atteftations authentiques.
LE Bâtiment l'Heureuse Marie , de Saint -Briac ,
chargé de fel & deſtiné pour Saint- Malo , fut arrêté
le de ce mois à cinq lieues au large de l'Ifie
Dieu par un Corfaire Anglois , qui le rançonna
pour la fomme de deux mille livres. Ce Bâtiment
continuant la route fur la foi de cette rançon fut
rencontré quatre jours après par un autre Corfaire
Anglois , qui exigea une nouvelle rançon de
pareille fomme de deux mille livres , & qui prie
SEPTEMBRE. 1756. 237
un ôtage pour fûreté de fon paiement. Le len
demain , il est tombé encore dans les mains d'un
troifieme Corfaire de la même Nation , lequel
s'eft emparé des deux billets de
rançon , a enlevé
le Bâtiment & l'a conduit en Angleterre. Ces
traits de piraterie font conftatés par la déclaration
juridique , qui en a été faite hier au Greffe de
l'Amirauté de cette Ville par le Capitaine & par
deux hommes de l'équipage François , qui font
revenus dans un Bâtiment Suédois , où ils ont été
mis par le Corſaire Anglois qui l'a rencontré à la
mer.
DE BELLE- ISLE , le 20 Juillet.
Le 4 le Navire le Jahans , de Suede , Capitaine
Petter Jonffon , fe préfenta ici , & demanda unt
Pilote Côtier , qui lui fut donné pour le conduire
au Croific , où il alloit prendre un chargement de
fel. Mais ce Pilote lui fut enlevé le même jour
par un Corfaire Anglois , malgré toutes les repréfentations
que le Capitaine Suédois pût faire à ce
Corfaire fur les dangers auxquels il l'expofoit. Ce
Capitaine fut obligé de revenir ici pour avoir un
fecond Pilote , qui lui fut fourni fur le certificat
qu'il donna de l'enlèvement du premier. Des violences
de cette efpece peuvent avoir les fuites les
plus fâcheufes pour la navigation générale.
DE BORDEAUX , le 3 Août.
La plupart des Bâtimens Hollandois qui font
entrés depuis quelque temps dans ce Port , y ont
fait les rapports les plus étonnans des pyrateries
qu'ils ont eu à fouffrir de la part des Corfaires
Anglois qu'ils ont eu le malheur de rencontrer
dans leur navigation . Ces Corfaires leur ont
enlevé leurs uftenfiles , effets , cordages , voiles
238 MERCURE DE FRANCE.
&
bouffoles , cartes , légumes , poiffon falé , viandes
, porcelaine , vins , liqueurs , provifions ,
mêmejufqu'à leurs habits. Le Capitaine Heynde
rick Stoffe n'a pu fortir de leurs mains , qu'après
qu'ils lui ont emporté genéralement tout ce qu'il
avoit. L'Agent auquel les Capitaines Hollandois
Padreffent ici a été fi touché de leur plaintes ,
qu'il a cru devoir les faire parvenir à M. l'Eſtevenon
de Berkenroode , Ambaffadeur des Etats Généraux
des Provinces-Unies auprès du Roi , en
frant à cet Ambaſſadeur de lui en envoyer des
atteftations authentiques.
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Résumé : « Le Bâtiment l'Heureuse Marie, de Saint-Briac, chargé de sel & destiné pour Saint-Malo, [...] »
Entre le 17 et le 20 juillet, plusieurs incidents de piraterie impliquant des corsaires anglais ont été rapportés. Le 17 juillet, le navire français l'Heureuse Marie fut arrêté par un corsaire anglais à cinq lieues au large de l'île Dieu. Une rançon de deux mille livres fut exigée, suivie d'une seconde demande et de la prise d'un otage. Le lendemain, un troisième corsaire anglais s'empara du navire et le conduisit en Angleterre. Ces événements furent confirmés par une déclaration juridique au greffe de l'Amirauté de La Rochelle. Le 20 juillet, à Belle-Isle, un corsaire anglais enleva un pilote côtier du navire suédois Jahans malgré les protestations du capitaine. À Bordeaux, le 3 août, des navires hollandais signalèrent des actes de piraterie par des corsaires anglais, qui leur avaient pris divers biens, y compris des ustensiles, des provisions et des habits. Le capitaine Heyndrick Stoffe perdit la plupart de ses biens. Les plaintes furent transmises à l'ambassadeur des Provinces-Unies auprès du roi.
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46
p. 224-227
« Madame Louise vint à Paris le 20 Septembre ; & se rendit à la Maison [...] »
Début :
Madame Louise vint à Paris le 20 Septembre ; & se rendit à la Maison [...]
Mots clefs :
Madame Louise, Princesse, Capitaine, Corsaires , Navires, Déplacements, Marchandises, Prince Constantin de Rohan, Duc de Bourgogne, Sa Majesté, Escadron de dragons, Ile de Minorque, Monseigneur le Dauphin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Madame Louise vint à Paris le 20 Septembre ; & se rendit à la Maison [...] »
MAdame Louife vint à Paris le 20 Septembre;
& fe rendit à la Maifon des Dames de l'Enfant Jefus.
Cette Princefle y donna le Voile noir à la
Demoifelle de Chabrillant , & le Voile blanc
aux Demoiselles de la Noue & de la Riviere. M.
l'Abbé de Sailly , un des Aumôniers de Madame
la Dauphine , prononça le Sermon .
On mande de Dunkerque , que le Capitaine
Guilbert Sutton , commandant le Corfaire le
Lion , de ce Port , y a conduit le Navire Anglois
la Catherine , de la Nouvelle Yorch , de 140 tonneaux,
chargé de bois pour teinture , de cuirs , & c.
Le Corfaire la Fourmi , de Boulogne , comman
lé par le Capitaine Jean- Louis Jean , a pris &
conduit à Calais le Navire le Robert & Thomas , de
150 tonneaux , dont la cargaifon eft composée de
beurre & de charbon de terre.
Le Navire François l'Harmonie , de Bayonne ,
OCTOBRE. 1756. 225
de 250 tonneaux , chargé de fucre de café , de
Cacao & de coton , qui avoit été pris par un
Vaiffeau de guerre Anglois , a été repris & conduit
au Havre par le Corfaire le Prince de Soubife , de
Dunkerque : Capitaine , Jacques Canon .
Les Bâtimens Anglois l'Edouard & Marie , de
110 tonneaux , chargé de bois de construction ,
& le Louis , de 130 , dont le chargement confite
en fucre , fers , planches , &c. ont été pris par
les Corfaires l'Infernal & la Favorite , du Havre ,
& ont été conduits à Dieppe.
Le Corfaire le Port -Mabon , de Saint - Malo ,
s'eft rendu maître des Navires Anglois la Penelope,
de 250 tonneaux , armé de feize canons , le Famé
de Londres , de 170 ; le Succès & la Providence
, de 150 chacun Ces Batimens , chargés de
diverfes marchandiſes ont été conduits dans differens
Ports de Bretagne.
L'Efpérance , autre Corfaire de Saint - Malo , a
pris les Navires Anglois le Duc de Toscane , de
150 tonneaux , chargé de raifins , & l'Eliza.
beth , de 120 , chargé de fucre & de café.
On apprend de Bayonne , que les Navires le
Salé , de Londres , de 350 tonneaux , chargé de
fel , & le Dauphin , de Poole , de 140 , ayant
un chargement de vivres deftinés pour la Nouvelle
Angleterre , ont été pris par les Corfaires
l'Amiral & l'Espérance de ce port , où ces Corfaires
les ont fait conduire.
Il est arrivé à Saint-Jean de Luz un Bâtiment
Anglois , appellé le Poftillon , de Jerzey , chargé
de mille quintaux de morue , qui a été pris par le
Corfaire le Saint- Jean- Baptifte de ce Port.
Le 23 Septembre , le Prince Conſtantin de Rohan
, Premier Aumônier du Roi , fut élu unanimement
Evêque de Strasbourg par les Chanoines
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
de la Cathédrale , qui avoient eu la permiffion du
Roi , de s'affembler pour procéder à cette Election
.
Le 27 , Monfeigneur le Duc de Bourgogne ,
Monfeigneur le Duc de Berry & Monfeigneur le
Comte de Provence , accompagnés de Madame la
Comteffe de Marfan , Gouvernante des Enfans de
France , revinrent du Château de Meudon.
Sa Majefté a accordé une place de Commandeur
dans l'Ordre de Saint Louis , au Marquis de
Monteynard , Maréchal de Camp , & Infpecteur
Général de l'Infanterie.
On vient de former en Saintonge , pour la garde
des côtes de cette Province , un Corps de quatre
Efcadrons de Dragons , qui feront à la folde du
Roi , tous les ans , pendantle temps de la campagne.
Sa Majefté a donné le commandement de
cette troupe , auquel eft attaché le grade de
Meftre de Camp de Dragons , à M. le Marquis de
Culant- Ciré , ci -devant Capitaine de Cavalerie
dans le Régiment Royal Pologne. La même troupe
a M. de Châteaubardon pour Lieutenant - Colonel.
M. de Fontaine en eft Aide -Major Général ,
avec commiffion de Capitaine de Dragons.
Selon les nouvelles de Mahon , M. le Comte
de Lannion , Gouverneur de l'Ile Minorque , y
a célebré avec beaucoup d'éclat la Fête de Saint
Louis , dont le Roi porte le nom. Le Te Deum
fut chanté au bruit de toute l'artillerie & de la
moufqueterie de la Garnifon rangée en bataille
fur la Place . On tira le foir un très - beau feu d'artifice.
La nuit toute la Ville fut illuminée .
L'Hôtel de M. le Comte de Lannion & l'Hôtel de
Ville , le furent avec une grande magnificence.
On mande de Toulon que M. de Carné-
Marcein , Capitaine de Vaiffeau , commandant la
OCTOBRE. 1756. 227
"
Frégate du Roi la Pleyade , a conduit en ce Port ,
où il eft arrivé le 18 , une Goelette venant de
Londres , armée en courfe avec quatorze canons
& fur laquelle il s'eft trouvé foixante - quinze
hommes. Il s'étoit emparé quelques jours auparavant
de la Pinque Angloife , appellée l'Afrique ,
chargée de bled.
M. de Cour , Enfeigne de Vaiffeau , commandant
la Corvette du Roi la Levrette , eft rentré à
Breſt le 21 , avec le Corfaire le Dauphin , de Jerzey
, dont il s'est rendu maître .
Le Brigantin Anglois le Dauphin , chargé de
thé , de cordages , de fil de carret , & d'autres
marchandifes deftinées pour S. Jean d'Antigues ,
a été pris dans la rade de Dunkerque , & conduit
en ce Port.
Le Corfaire l'Infernal , du Havre , dont eft Ca.
pitaine Louis de Ferne , a remis à Boulogne quarante-
deux Anglois , faits prifonniers fur un Senaw
armé de dix canons , qu'il a pris à l'abordage. Il
s'étoit rendu maître d'un autre Bâtiment ennemi
qu'il a rançonné pour huit cens foixante - dix livres
fterlings.
Il eſt arrivé à Morlaix un Brigantin Anglois ,
pris par le Corfaire la Dauphine , de Boulogne ,
& dont le chargement confifte en charbon de
terre , & en deux cens bouteilles d'eau- forte.
Les Octobre , le Roi accompagné de Monfeigneur
le Dauphin & de Madame la Dauphine arriva
à Fontaineblau de Choify , où Sa Majeſté s'étoit
rendue le 3 de ce mois.
Leg , M. le Duc de Fronfac prêta ferment
entre les mains du Roi , pour la Charge de Premier
Gentilhomme de la Chambre de Sa Majefté
& fe rendit à la Maifon des Dames de l'Enfant Jefus.
Cette Princefle y donna le Voile noir à la
Demoifelle de Chabrillant , & le Voile blanc
aux Demoiselles de la Noue & de la Riviere. M.
l'Abbé de Sailly , un des Aumôniers de Madame
la Dauphine , prononça le Sermon .
On mande de Dunkerque , que le Capitaine
Guilbert Sutton , commandant le Corfaire le
Lion , de ce Port , y a conduit le Navire Anglois
la Catherine , de la Nouvelle Yorch , de 140 tonneaux,
chargé de bois pour teinture , de cuirs , & c.
Le Corfaire la Fourmi , de Boulogne , comman
lé par le Capitaine Jean- Louis Jean , a pris &
conduit à Calais le Navire le Robert & Thomas , de
150 tonneaux , dont la cargaifon eft composée de
beurre & de charbon de terre.
Le Navire François l'Harmonie , de Bayonne ,
OCTOBRE. 1756. 225
de 250 tonneaux , chargé de fucre de café , de
Cacao & de coton , qui avoit été pris par un
Vaiffeau de guerre Anglois , a été repris & conduit
au Havre par le Corfaire le Prince de Soubife , de
Dunkerque : Capitaine , Jacques Canon .
Les Bâtimens Anglois l'Edouard & Marie , de
110 tonneaux , chargé de bois de construction ,
& le Louis , de 130 , dont le chargement confite
en fucre , fers , planches , &c. ont été pris par
les Corfaires l'Infernal & la Favorite , du Havre ,
& ont été conduits à Dieppe.
Le Corfaire le Port -Mabon , de Saint - Malo ,
s'eft rendu maître des Navires Anglois la Penelope,
de 250 tonneaux , armé de feize canons , le Famé
de Londres , de 170 ; le Succès & la Providence
, de 150 chacun Ces Batimens , chargés de
diverfes marchandiſes ont été conduits dans differens
Ports de Bretagne.
L'Efpérance , autre Corfaire de Saint - Malo , a
pris les Navires Anglois le Duc de Toscane , de
150 tonneaux , chargé de raifins , & l'Eliza.
beth , de 120 , chargé de fucre & de café.
On apprend de Bayonne , que les Navires le
Salé , de Londres , de 350 tonneaux , chargé de
fel , & le Dauphin , de Poole , de 140 , ayant
un chargement de vivres deftinés pour la Nouvelle
Angleterre , ont été pris par les Corfaires
l'Amiral & l'Espérance de ce port , où ces Corfaires
les ont fait conduire.
Il est arrivé à Saint-Jean de Luz un Bâtiment
Anglois , appellé le Poftillon , de Jerzey , chargé
de mille quintaux de morue , qui a été pris par le
Corfaire le Saint- Jean- Baptifte de ce Port.
Le 23 Septembre , le Prince Conſtantin de Rohan
, Premier Aumônier du Roi , fut élu unanimement
Evêque de Strasbourg par les Chanoines
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
de la Cathédrale , qui avoient eu la permiffion du
Roi , de s'affembler pour procéder à cette Election
.
Le 27 , Monfeigneur le Duc de Bourgogne ,
Monfeigneur le Duc de Berry & Monfeigneur le
Comte de Provence , accompagnés de Madame la
Comteffe de Marfan , Gouvernante des Enfans de
France , revinrent du Château de Meudon.
Sa Majefté a accordé une place de Commandeur
dans l'Ordre de Saint Louis , au Marquis de
Monteynard , Maréchal de Camp , & Infpecteur
Général de l'Infanterie.
On vient de former en Saintonge , pour la garde
des côtes de cette Province , un Corps de quatre
Efcadrons de Dragons , qui feront à la folde du
Roi , tous les ans , pendantle temps de la campagne.
Sa Majefté a donné le commandement de
cette troupe , auquel eft attaché le grade de
Meftre de Camp de Dragons , à M. le Marquis de
Culant- Ciré , ci -devant Capitaine de Cavalerie
dans le Régiment Royal Pologne. La même troupe
a M. de Châteaubardon pour Lieutenant - Colonel.
M. de Fontaine en eft Aide -Major Général ,
avec commiffion de Capitaine de Dragons.
Selon les nouvelles de Mahon , M. le Comte
de Lannion , Gouverneur de l'Ile Minorque , y
a célebré avec beaucoup d'éclat la Fête de Saint
Louis , dont le Roi porte le nom. Le Te Deum
fut chanté au bruit de toute l'artillerie & de la
moufqueterie de la Garnifon rangée en bataille
fur la Place . On tira le foir un très - beau feu d'artifice.
La nuit toute la Ville fut illuminée .
L'Hôtel de M. le Comte de Lannion & l'Hôtel de
Ville , le furent avec une grande magnificence.
On mande de Toulon que M. de Carné-
Marcein , Capitaine de Vaiffeau , commandant la
OCTOBRE. 1756. 227
"
Frégate du Roi la Pleyade , a conduit en ce Port ,
où il eft arrivé le 18 , une Goelette venant de
Londres , armée en courfe avec quatorze canons
& fur laquelle il s'eft trouvé foixante - quinze
hommes. Il s'étoit emparé quelques jours auparavant
de la Pinque Angloife , appellée l'Afrique ,
chargée de bled.
M. de Cour , Enfeigne de Vaiffeau , commandant
la Corvette du Roi la Levrette , eft rentré à
Breſt le 21 , avec le Corfaire le Dauphin , de Jerzey
, dont il s'est rendu maître .
Le Brigantin Anglois le Dauphin , chargé de
thé , de cordages , de fil de carret , & d'autres
marchandifes deftinées pour S. Jean d'Antigues ,
a été pris dans la rade de Dunkerque , & conduit
en ce Port.
Le Corfaire l'Infernal , du Havre , dont eft Ca.
pitaine Louis de Ferne , a remis à Boulogne quarante-
deux Anglois , faits prifonniers fur un Senaw
armé de dix canons , qu'il a pris à l'abordage. Il
s'étoit rendu maître d'un autre Bâtiment ennemi
qu'il a rançonné pour huit cens foixante - dix livres
fterlings.
Il eſt arrivé à Morlaix un Brigantin Anglois ,
pris par le Corfaire la Dauphine , de Boulogne ,
& dont le chargement confifte en charbon de
terre , & en deux cens bouteilles d'eau- forte.
Les Octobre , le Roi accompagné de Monfeigneur
le Dauphin & de Madame la Dauphine arriva
à Fontaineblau de Choify , où Sa Majeſté s'étoit
rendue le 3 de ce mois.
Leg , M. le Duc de Fronfac prêta ferment
entre les mains du Roi , pour la Charge de Premier
Gentilhomme de la Chambre de Sa Majefté
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Résumé : « Madame Louise vint à Paris le 20 Septembre ; & se rendit à la Maison [...] »
En septembre 1756, Madame Louise se rendit à Paris et remit des voiles à plusieurs demoiselles à la Maison des Dames de l'Enfant Jésus. L'abbé de Sailly prononça le sermon lors de cette cérémonie. À Dunkerque, le capitaine Guilbert Sutton amena le navire anglais la Catherine. Le corsaire la Fourmi captura le navire le Robert & Thomas, chargé de beurre et de charbon, et le conduisit à Calais. Le navire français l'Harmonie, pris par un vaisseau anglais, fut repris par le corsaire le Prince de Soubise et conduit au Havre. Plusieurs navires anglais furent capturés par des corsaires français : l'Edouard & Marie et le Louis par les corsaires l'Infernal et la Favorite ; la Penelope, le Fame, le Succès et la Providence par le corsaire le Port-Mahon ; le Duc de Toscane et l'Elisabeth par le corsaire l'Espérance. À Bayonne, les navires le Salé et le Dauphin furent pris par les corsaires l'Amiral et l'Espérance. Le navire le Postillon fut capturé par le corsaire le Saint-Jean-Baptiste à Saint-Jean de Luz. Le 23 septembre, le prince Constantin de Rohan fut élu évêque de Strasbourg. Le 27 septembre, les ducs de Bourgogne, de Berry et le comte de Provence, accompagnés de la comtesse de Marsan, revinrent du château de Meudon. Le roi accorda une place de commandeur dans l'Ordre de Saint-Louis au marquis de Monteynard. En Saintonge, un corps de dragons fut formé pour la garde des côtes, commandé par le marquis de Culant-Ciré. À Mahon, le comte de Lannion célébra la fête de Saint-Louis avec éclat. À Toulon, le capitaine de vaisseau de Carné-Marcein conduisit une goélette armée en course à ce port. Le brigantin anglais le Dauphin fut capturé dans la rade de Dunkerque. Le corsaire l'Infernal remit quarante-deux prisonniers à Boulogne. Un brigantin anglais fut capturé par le corsaire la Dauphine et conduit à Morlaix. En octobre, le roi, accompagné du dauphin et de la dauphine, arriva à Fontainebleau. Le duc de Frontenac prêta serment pour la charge de Premier Gentilhomme de la Chambre du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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47
p. 216-223
« Dans les premiers momens de trouble & la consternation générale qu'a causé le danger [...] »
Début :
Dans les premiers momens de trouble & la consternation générale qu'a causé le danger [...]
Mots clefs :
Récit de l'attaque du roi, Versailles, Trianon, Monseigneur le Dauphin, Horreur, Pleurs, Blessure du roi, Rétablissement, Procès, Colonel, Comte, Marquis, Brigadier, Maitre de camp, Capitaine, Cavalerie, Cérémonie, Audience, Prières collectives, Députés, Duc, Coupable, Corsaires , Marchandises, Anglais
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texteReconnaissance textuelle : « Dans les premiers momens de trouble & la consternation générale qu'a causé le danger [...] »
Dans les premiers momens du trouble & de
la conſternation générale qu'a cauſé le danger où
le Roi s'eſt trouvé , on a publié précipitemment
le procès - verbal dreſſé par MM. Senac , Premier
Médecin , & de la Martiniere , Premier Chirurgien
de Sa Majesté , ſans ſonger même à donner
les ſoins ordinaires au récit de l'événement.
Le Roi étoit revenu de Trianon à Versailles ,
pour voir Madame Victoire qui ſetrouvoit indiſpoſée.
Sa Majesté , après avoir fatisfait ſon inquiétude
paternelle , alloit remonter en carroſſe
pour retourner à Trianon , lorſqu'elle fut frappée
à deux pas de Monſeigneur le Dauphin. Sa
Majeſté eut la force de remonter l'eſcalier , qui
conduit à ſon appartement. Elle demanda ſon
confeſſeur & l'extrême-onction , & elle fut confeſſée
un moment après. Comment retracer ce
moment de ſurpriſe & d'horreur ? Comment ſurtout
repréſenter le profond accablement de la
Reine , celui de Monſeigneur le Dauphin , de
Madame la Dauphine , de Madame & Meſdames
de France ? Toute la cour étoit en pleurs :
le Roi ſeul , ferme , & réſigné , donnoit ſes
penſées à la Religion , conſoloit tendrement
ſa famille , & s'occupoit du ſoin de ſes peuples,
A la nouvelle de la bleſſure du Roi , qui fut
rapidement portée à Paris , & répandue dans la
nuit même , les Princes &les Princeſſes duSang,
les Miniftres , les Grands du Royaume , & un
concours prodigieux de perſonnes de tout état
accoururent
JANVIER . 1757. 217
1
1
&
accoururent à Verſailles. Heureuſement cette blef
fure , dont l'étendue avoit effrayé , étant peu profonde
, n'a eu aucune fuite fâcheuſe , & a été
promptement cicatriſée. Le Roi a envoyé des
lettres d'attribution à la Grand Chambre du Parlement
de Paris , pour inſtruirele procès de ce
ſcélérat. Sa Majeſté a été purgée le 9 , & s'eſt
levée l'après-midi en très bonne ſanté. Le 10
les Députés des Etats de Bretagne eurent audience
du Roi. Ils furent préſentés à Sa Majesté par M.
le Duc de Penthievre , Gouverneur de la Province
, & par M. le Comte de Saint-Florentin ,
Miniftre & Secretaire d'Etat. La Députation étoit
compoſée , pour le Clergé , de l'Evêque de Quimper
, qui porta la parole ; du Comte de Morant ,
Mestre de Camp , Lieutenant du Régiment de
Dragons de la Reine , pour la Nobleffe , &du
ſieur de Prévin , Maire de la ville de Nantes , pour
le Tiers - Etat . Le 11 , le Roi dîna en public
en robe de chambre dans ſon grand Cabiner.
Sur les neuf heures du ſoir , Sa Majefté reçut
les révérences des Dames de la Cour. Hier le
Roi s'eſt habille , & a tenu conſeil d'Etat. La
Famille Royale & la nation ont fait ſuccéder aux
pleurs &aux inquiétudes , les plus vifs tranſporns
de joie; & les Eglifes ne retentiſſent que d'actions
de graces.
: Sa Majesté , la ſurveille de ce déſaftre , avoit
fait lacérémonie de recevoir Chevaliers de l'Ordre
de Saint Louis le Prince de Robecq , Brigadier ,
Colonel du Régiment d'Infanterie de Limofin; le
Marquis de Cambis , Brigadier , Meſtre de Camp
Lieutenant du Régiment de Cavalerie de Bour
bon ; le Prince de Rohan , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , le Comte de Civrac , Colonel
du Régiment Royal des Vaiſſeaux ; le Comte du
K
218 MERCURE DE FRANCE.
4
,
Châtelet- Lomont,Colonel du Régiment de Navarre;
le Comte de Montmorency- Laval , Colonel
duRégiment de Guyenne ; le Comte d'Estaing ,
Colonel du Régiment de Rouergue ; le Marquis
de Chaſtelux , Colonel du Régiment d'Auvergne;
le Comtede la Tour-Dupin , Colonel dans
le Corps des Grenadiers de France ; le Marquis
de Saint - Chamond , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , le Comte d'Uffons-de Bonnac , Réformé
dans le Régimentde Briffac; le ſieur de Laubepine
, Mestre de Camp Réformé à la ſuite du
Régiment de Cavalerie de Bauvillier ; le Comte
de Bethune Meſtre de Camp du Régiment
Royal Pologne , Cavalerie, le Marquis de Clermont-
Tonnerre , Capitaine au Régiment duMeftre
de Camp Général de la Cavalerie , avec rang
de Mestre de Camp; le Compte de Fumel , Meltre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie ; le
Marquis de Caraman , Mestre de Camp d'un Régiment
deDragons; le Marquis de Cruffol-d'Amboiſe
, Capitaine-Lieutenantdes Chevaux- Légers
deBerry; le ſieur Farges ; Capitaine dans le Régiment
de Cavalerie de Harcourt , avec rang de
Meſtre de Camp; le Comte de Saint-Chamans
Premier Cornette des Chevaux- Légers de Bourgogne;
le Marquis de Janſon, Enſeigne des Gendarmes
d'Aquitaine ; le ſieur du Hamel de Maifoncelle
, Lieutenant-Colonel du Régiment de
Cavalerie de Montcalm; & le Marquis de Chaftenai
Mouſquetaire , ci-devant Enſeigne des
Gendarmes Anglois. Le 10 , jour de l'audience
des Députés des Etats de Bretagne , le Roi reçut
auffi Chevalier de Saint Louis le Comte deMorant
, Députéde ces Etats pour la Nobleſſe , auquel
Sa Majesté avoit accordé précédemment la
Croix..
,
FEVRIER . 1757 . 219
-
!
!
1
Le Roi a nommé Lieutenant-Général de ſes
Armées le Prince Louis de Wirtemberg , Maréchal
de Camp , Meſtre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie Allemande. Sa Majesté a accordé le
grade de Brigadier de Cavalerie au Comte de Lameth,
MeſtredeCamp d'unRegiment de Cavalerie.
Elle a donné la Brigade , vacante dans le Régiment
Royal des Carabiniers par la retraite du
Chevalier de Montmorency , au Vicomte de
Dutfort , Meſtre de Camp Réformé de Cavalerie;
celle qui vaquoit par la retraite du Comte
de Buffy - Lameth , à M. de la Tour , Lieutenant-
Colonel de la Brigade ci-devant Braſſac ;
&celle dont le Marquis de Braſſac s'eſt démis ,
à M. Pinon-de Saint-Georges , Capitaine dans
le Régiment du Colonel Général de la Cavalerie,
avec rangdeMestre de Camp.
Monſeigneur leDauphin prit ſéance le is Jan
vier au Conſeil d'Etat.
-Les Prevôt des Marchands & Echevins terminerent
le 15 la Neuvaine qu'ils ont faite dans l'Egliſe
de Sainte Geneviève , où le concours des
Citoyens de cette Capitale & la ferveur de leurs
prieres ont marqué tout leur amour pour la per-
Tonne du Roi , & le 16 , ils aſſiſterent dans la
même Egliſe à une Meſſe ſolemnelle , ſuivie du
Te Deum , en action de graces de l'heureux &
prompt rétabliſſement de la ſanté de Sa Majesté.
Le Roi étant parfaitement rétabli , entendit
le 16 de ce mois la Meſſe dans la Chapelle. On
y chanta le Te Deum , de la compoſition du
ſieur Rebel , Surintendant de la Muſique de la
Chambre de Sa Majefté. Cette Hymne fut entonnée
par l'Abbé Gergoy , Chapelain ordinaire
de la Chapelle-Muſique , revêtu du Surplis &
de l'Etole.
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
4
Le même jour , le Roi fit l'honneur à la ville
de Rheims de recevoir ſes Députés , qui complimenterent
Sa Majesté ſur l'heureux rétabliſſement
de ſa ſanté. Ils furent préſentés au Roi
par M. le Comte de Clermont , Prince du Sang ,
Gouverneur de la Province de Champagne , &
par M. le Comte de Saint-Florentin , Miniſtre &
Secretaire d'Etat. Les Députés étoient MM. Rogier
, de la Salle -de l'Etang , de Bourgogne , &
Mopinot-de la Chapotte , Capitaine de Cavalerie
au Régiment Dauphin .
Le 19 les Députés des Etats d'Artois eurent
audience du Roi , & furent préſentés à Sa Majefié
par M. le Duc de Chaulnes , Gouverneur de la
Province, & par M. le Comte d'Argenſon , Minif.
tre & Secretaire d'Etat. La Députation étoit compoſée
, pour le Clergé , de l'Evêque de Saint-
Omer , qui porta la parole ; du Marquis de Creny
, pour la Nobleſſe ; & du ſieur De Canchy',
Maire d'Arras , pour le tiers Etat.
Le Roi a accordé au Duc de Bouillon la permiſſion
de lever dans le Duché de Bouillon ,
pour le ſervice de Sa Majesté , un Régiment d'Infanterie
de deux Bataillons , ſur le pied étranger,
dont le Prince de Bouillon , ſon petit fils , a été
nommé Colonel .
Sa Majesté ayant permis au Corps de ſaMuſique-
Chapelle , de célébrer ſa convalefcence par
un Te Deum chanté dans la Chapelle du Château
, ce Corps s'eſt acquitté le vingt de ce devoir.
La Reine & la Famille Royale ont affiſté
à cette cérémonie. L'Abbé Gergoy , Chapelain
ordinaire de la Chapelle-Muſique , a entonné
'Hymne. Le Motet étoit de la compoſition , &
a été exécuté ſous la direction du ſieur Mondonville
, Maître de Muſique de la Chapelle.
FEVRIER. 1757 . 221
i
1
に
1
2
LeRoi a fait remettre cent mille écus aux Curés
de Paris , pour être diſtribués aux pauvres de leur
Paroiſſes .
La nuit du 17 au 18 Janvier , le ſcélérat ,
qui a oſé attenter à la vie du Roi , fut amené
de Verſailles à Paris. Il a été mis à la Conciergerie
dans la Tour de Montgommery. Cet afſaſſin
a été eſcorté par des Sergens & des Grenadiers
des Gardes Françoiſes , la bayonnette au
bout du fufil , leurs Officiers à cheval , ainſi que
par les Gardes de la Prevôté de l'Hôtel. Il étoit
dans une gondole accompagné d'un Lieutenant ,
d'un Exempt, de deux Gardes&du Chirurgien
de la Prevôté. La gondole étoit ſuivie de deux
caroſſes , dans l'un deſquels étoit un priſonnier
avec deux Gardes.
Pendant le cours de l'année derniere , il eſt
mort à Paris dix- sept mille deux cens trente - fix
perſonnes : il s'y eſt fait quatre mille ſept cens
dix mariages , & vingt mille fix baptêmes : le
nombre des enfans trouvés a été de quatre mille
ſept cens vingt-deux.
On mande de Calais , que les Capitaines Canon
& Bachelier , qui commandent les Corſaires
le Prince de Soubize & le Saint- Louis , de Dunkerque
, ont pris & ont conduit dans ce premier
Port les Navires Anglois le Château d'Edimbourg
, de 160 tonneaux , chargé d'huile , & le
Guillaume , de 100 tonneaux , dont la cargaiſon
eſt compoſée d'oranges , de citrons , de limons
&de raiſins.
Les mêmes Corſaires ont pris , & ont fait comduire
à Fécamp un troiſieme Navire Anglois appellé
le Nansey & Betty , de 150 tonneaux
chargé de farines , de ſucre , de tabac , de draps
&d'autres marchandises.
Kij
222 MERCURE DE FRANCE.
Le Navire Anglois la Concorde , de 250 tonneaux;
chargé de tabac &de fer , a été pris par
leCorfaire le Poftillon , de Morlaix , qui l'a fait
conduire à Cherbourg.
,
Il eſt arrivé à Saint-Valleryen Caux un Senaw
'Anglois , d'environ 100 tonneaux qui a été
pris par le Corfaire le Sainte-Barbe , de Morlaix
, & qui eft chargé de tabac , de brai & de
goudron.
Le Corfaire leMachault, deGranville , commandé
par le Capitaine Magnonnet , y a fait conduire
le Navire Anglois le London , de Poole ,
de 130 tonneaux , chargé de vin , de ſel , d'orange&
de citrons , dont ils'eſt emparé.
On écrit de Morlaix , que le Corfaire la Cigale
, de Saint-Malo , ya fait conduire les NaviresAnglois
le Luk , de 180 tonneaux , chargé de
tabac & de fer , & le Rodalan , de 120 tonneaux ,
chargé de diverſes marchandises .
Le Navire Anglois le Neptune , de Boſton ,
chargé de quatorze cens quintaux de morue , a
été pris par le Capitaine Laurent Hirigoyen ,
commandant leCorſaire le Saint-Jean-Baptiste ,
deBayonne.
Un autre BâtimentAnglois appellé le Friendfip
, de 60 tonneaux , chargé de faumon , ayant
été jetté par le mauvais temps ſur la Barre de
Bayonne , a été conduit en ce Port par le nommé
Sallenave , Pilote Lamaneur.
Le Corfaire l'Aimable Dauphin , de Saint-
Jean- de- Luz , s'eſt emparé d'un Navire Anglois
qui est arrivé au Paſſage , &dont la cargaiſon eſt
compoſée de 180 boucauts de tabac.
On apprend par des lettres écrites de la Ciotat
, qu'il y est arrivé un Navire Anglois , qui
avec la cargaiſon eſt eſtimé environ trois cens
FEVRIER. 1757 . 223
1
mille livres , & qui a été pris par le Corſaire le
Fleuron , de Marseille , dont eſt Capitaine Jean-
André Arnoux.
On apprend par des lettres écrites de Saint-
Malo , que le Corfaire la Vengeance , de ce Port ,
y eſt rentré avec le Navire le Grand Alexandre,
de Nantes , de 350 tonneaux , armé de 14
canons , chargé de ſucre , de café, de coton &
d'indigo , qu'il a enlevé au Corſaire Anglois le
Terrible , de Londres , de 24 canons & de 202
hommes d'équipage , dont il s'eſt auffi rendu
maître , & qui a été conduit à Morlaix. Le ſieur
Bourdas , Capitaine de la Vengeance, ayant été
tuédès lecommencement du combat, le commandement
eſt échu au ſieur de Breville , qui , par
fa bravoure & fa belle manoeuvre , a mis ces
deux bâtimens dans l'impoſſibilité de lui échapper.
On mande de Marseille , que le Capitaine
Pierre-Antoine Martiche , qui commande le Corfaire
le Grand Alexandre , de ce Port, y a conduit
un Navire , dont le Capitaine a déclaré que
le chargement , qui eſt eſtimé plus de quinze
cens mille livres, appartient aux Anglois.
Le 20 Janvier , les Actions de la Compagnie
des Indes étoient à quinze cens deux livres , dix
fols: les Billets de la premiere Loterie Royal , à
neuf cens ſoixante ; ceux de la troiſieme Loterie
àfix cens quatre-vingts. Ceux de la ſeconde Lote
rie n'avoient point de prix fixe.
la conſternation générale qu'a cauſé le danger où
le Roi s'eſt trouvé , on a publié précipitemment
le procès - verbal dreſſé par MM. Senac , Premier
Médecin , & de la Martiniere , Premier Chirurgien
de Sa Majesté , ſans ſonger même à donner
les ſoins ordinaires au récit de l'événement.
Le Roi étoit revenu de Trianon à Versailles ,
pour voir Madame Victoire qui ſetrouvoit indiſpoſée.
Sa Majesté , après avoir fatisfait ſon inquiétude
paternelle , alloit remonter en carroſſe
pour retourner à Trianon , lorſqu'elle fut frappée
à deux pas de Monſeigneur le Dauphin. Sa
Majeſté eut la force de remonter l'eſcalier , qui
conduit à ſon appartement. Elle demanda ſon
confeſſeur & l'extrême-onction , & elle fut confeſſée
un moment après. Comment retracer ce
moment de ſurpriſe & d'horreur ? Comment ſurtout
repréſenter le profond accablement de la
Reine , celui de Monſeigneur le Dauphin , de
Madame la Dauphine , de Madame & Meſdames
de France ? Toute la cour étoit en pleurs :
le Roi ſeul , ferme , & réſigné , donnoit ſes
penſées à la Religion , conſoloit tendrement
ſa famille , & s'occupoit du ſoin de ſes peuples,
A la nouvelle de la bleſſure du Roi , qui fut
rapidement portée à Paris , & répandue dans la
nuit même , les Princes &les Princeſſes duSang,
les Miniftres , les Grands du Royaume , & un
concours prodigieux de perſonnes de tout état
accoururent
JANVIER . 1757. 217
1
1
&
accoururent à Verſailles. Heureuſement cette blef
fure , dont l'étendue avoit effrayé , étant peu profonde
, n'a eu aucune fuite fâcheuſe , & a été
promptement cicatriſée. Le Roi a envoyé des
lettres d'attribution à la Grand Chambre du Parlement
de Paris , pour inſtruirele procès de ce
ſcélérat. Sa Majeſté a été purgée le 9 , & s'eſt
levée l'après-midi en très bonne ſanté. Le 10
les Députés des Etats de Bretagne eurent audience
du Roi. Ils furent préſentés à Sa Majesté par M.
le Duc de Penthievre , Gouverneur de la Province
, & par M. le Comte de Saint-Florentin ,
Miniftre & Secretaire d'Etat. La Députation étoit
compoſée , pour le Clergé , de l'Evêque de Quimper
, qui porta la parole ; du Comte de Morant ,
Mestre de Camp , Lieutenant du Régiment de
Dragons de la Reine , pour la Nobleffe , &du
ſieur de Prévin , Maire de la ville de Nantes , pour
le Tiers - Etat . Le 11 , le Roi dîna en public
en robe de chambre dans ſon grand Cabiner.
Sur les neuf heures du ſoir , Sa Majefté reçut
les révérences des Dames de la Cour. Hier le
Roi s'eſt habille , & a tenu conſeil d'Etat. La
Famille Royale & la nation ont fait ſuccéder aux
pleurs &aux inquiétudes , les plus vifs tranſporns
de joie; & les Eglifes ne retentiſſent que d'actions
de graces.
: Sa Majesté , la ſurveille de ce déſaftre , avoit
fait lacérémonie de recevoir Chevaliers de l'Ordre
de Saint Louis le Prince de Robecq , Brigadier ,
Colonel du Régiment d'Infanterie de Limofin; le
Marquis de Cambis , Brigadier , Meſtre de Camp
Lieutenant du Régiment de Cavalerie de Bour
bon ; le Prince de Rohan , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , le Comte de Civrac , Colonel
du Régiment Royal des Vaiſſeaux ; le Comte du
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,
Châtelet- Lomont,Colonel du Régiment de Navarre;
le Comte de Montmorency- Laval , Colonel
duRégiment de Guyenne ; le Comte d'Estaing ,
Colonel du Régiment de Rouergue ; le Marquis
de Chaſtelux , Colonel du Régiment d'Auvergne;
le Comtede la Tour-Dupin , Colonel dans
le Corps des Grenadiers de France ; le Marquis
de Saint - Chamond , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , le Comte d'Uffons-de Bonnac , Réformé
dans le Régimentde Briffac; le ſieur de Laubepine
, Mestre de Camp Réformé à la ſuite du
Régiment de Cavalerie de Bauvillier ; le Comte
de Bethune Meſtre de Camp du Régiment
Royal Pologne , Cavalerie, le Marquis de Clermont-
Tonnerre , Capitaine au Régiment duMeftre
de Camp Général de la Cavalerie , avec rang
de Mestre de Camp; le Compte de Fumel , Meltre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie ; le
Marquis de Caraman , Mestre de Camp d'un Régiment
deDragons; le Marquis de Cruffol-d'Amboiſe
, Capitaine-Lieutenantdes Chevaux- Légers
deBerry; le ſieur Farges ; Capitaine dans le Régiment
de Cavalerie de Harcourt , avec rang de
Meſtre de Camp; le Comte de Saint-Chamans
Premier Cornette des Chevaux- Légers de Bourgogne;
le Marquis de Janſon, Enſeigne des Gendarmes
d'Aquitaine ; le ſieur du Hamel de Maifoncelle
, Lieutenant-Colonel du Régiment de
Cavalerie de Montcalm; & le Marquis de Chaftenai
Mouſquetaire , ci-devant Enſeigne des
Gendarmes Anglois. Le 10 , jour de l'audience
des Députés des Etats de Bretagne , le Roi reçut
auffi Chevalier de Saint Louis le Comte deMorant
, Députéde ces Etats pour la Nobleſſe , auquel
Sa Majesté avoit accordé précédemment la
Croix..
,
FEVRIER . 1757 . 219
-
!
!
1
Le Roi a nommé Lieutenant-Général de ſes
Armées le Prince Louis de Wirtemberg , Maréchal
de Camp , Meſtre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie Allemande. Sa Majesté a accordé le
grade de Brigadier de Cavalerie au Comte de Lameth,
MeſtredeCamp d'unRegiment de Cavalerie.
Elle a donné la Brigade , vacante dans le Régiment
Royal des Carabiniers par la retraite du
Chevalier de Montmorency , au Vicomte de
Dutfort , Meſtre de Camp Réformé de Cavalerie;
celle qui vaquoit par la retraite du Comte
de Buffy - Lameth , à M. de la Tour , Lieutenant-
Colonel de la Brigade ci-devant Braſſac ;
&celle dont le Marquis de Braſſac s'eſt démis ,
à M. Pinon-de Saint-Georges , Capitaine dans
le Régiment du Colonel Général de la Cavalerie,
avec rangdeMestre de Camp.
Monſeigneur leDauphin prit ſéance le is Jan
vier au Conſeil d'Etat.
-Les Prevôt des Marchands & Echevins terminerent
le 15 la Neuvaine qu'ils ont faite dans l'Egliſe
de Sainte Geneviève , où le concours des
Citoyens de cette Capitale & la ferveur de leurs
prieres ont marqué tout leur amour pour la per-
Tonne du Roi , & le 16 , ils aſſiſterent dans la
même Egliſe à une Meſſe ſolemnelle , ſuivie du
Te Deum , en action de graces de l'heureux &
prompt rétabliſſement de la ſanté de Sa Majesté.
Le Roi étant parfaitement rétabli , entendit
le 16 de ce mois la Meſſe dans la Chapelle. On
y chanta le Te Deum , de la compoſition du
ſieur Rebel , Surintendant de la Muſique de la
Chambre de Sa Majefté. Cette Hymne fut entonnée
par l'Abbé Gergoy , Chapelain ordinaire
de la Chapelle-Muſique , revêtu du Surplis &
de l'Etole.
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4
Le même jour , le Roi fit l'honneur à la ville
de Rheims de recevoir ſes Députés , qui complimenterent
Sa Majesté ſur l'heureux rétabliſſement
de ſa ſanté. Ils furent préſentés au Roi
par M. le Comte de Clermont , Prince du Sang ,
Gouverneur de la Province de Champagne , &
par M. le Comte de Saint-Florentin , Miniſtre &
Secretaire d'Etat. Les Députés étoient MM. Rogier
, de la Salle -de l'Etang , de Bourgogne , &
Mopinot-de la Chapotte , Capitaine de Cavalerie
au Régiment Dauphin .
Le 19 les Députés des Etats d'Artois eurent
audience du Roi , & furent préſentés à Sa Majefié
par M. le Duc de Chaulnes , Gouverneur de la
Province, & par M. le Comte d'Argenſon , Minif.
tre & Secretaire d'Etat. La Députation étoit compoſée
, pour le Clergé , de l'Evêque de Saint-
Omer , qui porta la parole ; du Marquis de Creny
, pour la Nobleſſe ; & du ſieur De Canchy',
Maire d'Arras , pour le tiers Etat.
Le Roi a accordé au Duc de Bouillon la permiſſion
de lever dans le Duché de Bouillon ,
pour le ſervice de Sa Majesté , un Régiment d'Infanterie
de deux Bataillons , ſur le pied étranger,
dont le Prince de Bouillon , ſon petit fils , a été
nommé Colonel .
Sa Majesté ayant permis au Corps de ſaMuſique-
Chapelle , de célébrer ſa convalefcence par
un Te Deum chanté dans la Chapelle du Château
, ce Corps s'eſt acquitté le vingt de ce devoir.
La Reine & la Famille Royale ont affiſté
à cette cérémonie. L'Abbé Gergoy , Chapelain
ordinaire de la Chapelle-Muſique , a entonné
'Hymne. Le Motet étoit de la compoſition , &
a été exécuté ſous la direction du ſieur Mondonville
, Maître de Muſique de la Chapelle.
FEVRIER. 1757 . 221
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1
に
1
2
LeRoi a fait remettre cent mille écus aux Curés
de Paris , pour être diſtribués aux pauvres de leur
Paroiſſes .
La nuit du 17 au 18 Janvier , le ſcélérat ,
qui a oſé attenter à la vie du Roi , fut amené
de Verſailles à Paris. Il a été mis à la Conciergerie
dans la Tour de Montgommery. Cet afſaſſin
a été eſcorté par des Sergens & des Grenadiers
des Gardes Françoiſes , la bayonnette au
bout du fufil , leurs Officiers à cheval , ainſi que
par les Gardes de la Prevôté de l'Hôtel. Il étoit
dans une gondole accompagné d'un Lieutenant ,
d'un Exempt, de deux Gardes&du Chirurgien
de la Prevôté. La gondole étoit ſuivie de deux
caroſſes , dans l'un deſquels étoit un priſonnier
avec deux Gardes.
Pendant le cours de l'année derniere , il eſt
mort à Paris dix- sept mille deux cens trente - fix
perſonnes : il s'y eſt fait quatre mille ſept cens
dix mariages , & vingt mille fix baptêmes : le
nombre des enfans trouvés a été de quatre mille
ſept cens vingt-deux.
On mande de Calais , que les Capitaines Canon
& Bachelier , qui commandent les Corſaires
le Prince de Soubize & le Saint- Louis , de Dunkerque
, ont pris & ont conduit dans ce premier
Port les Navires Anglois le Château d'Edimbourg
, de 160 tonneaux , chargé d'huile , & le
Guillaume , de 100 tonneaux , dont la cargaiſon
eſt compoſée d'oranges , de citrons , de limons
&de raiſins.
Les mêmes Corſaires ont pris , & ont fait comduire
à Fécamp un troiſieme Navire Anglois appellé
le Nansey & Betty , de 150 tonneaux
chargé de farines , de ſucre , de tabac , de draps
&d'autres marchandises.
Kij
222 MERCURE DE FRANCE.
Le Navire Anglois la Concorde , de 250 tonneaux;
chargé de tabac &de fer , a été pris par
leCorfaire le Poftillon , de Morlaix , qui l'a fait
conduire à Cherbourg.
,
Il eſt arrivé à Saint-Valleryen Caux un Senaw
'Anglois , d'environ 100 tonneaux qui a été
pris par le Corfaire le Sainte-Barbe , de Morlaix
, & qui eft chargé de tabac , de brai & de
goudron.
Le Corfaire leMachault, deGranville , commandé
par le Capitaine Magnonnet , y a fait conduire
le Navire Anglois le London , de Poole ,
de 130 tonneaux , chargé de vin , de ſel , d'orange&
de citrons , dont ils'eſt emparé.
On écrit de Morlaix , que le Corfaire la Cigale
, de Saint-Malo , ya fait conduire les NaviresAnglois
le Luk , de 180 tonneaux , chargé de
tabac & de fer , & le Rodalan , de 120 tonneaux ,
chargé de diverſes marchandises .
Le Navire Anglois le Neptune , de Boſton ,
chargé de quatorze cens quintaux de morue , a
été pris par le Capitaine Laurent Hirigoyen ,
commandant leCorſaire le Saint-Jean-Baptiste ,
deBayonne.
Un autre BâtimentAnglois appellé le Friendfip
, de 60 tonneaux , chargé de faumon , ayant
été jetté par le mauvais temps ſur la Barre de
Bayonne , a été conduit en ce Port par le nommé
Sallenave , Pilote Lamaneur.
Le Corfaire l'Aimable Dauphin , de Saint-
Jean- de- Luz , s'eſt emparé d'un Navire Anglois
qui est arrivé au Paſſage , &dont la cargaiſon eſt
compoſée de 180 boucauts de tabac.
On apprend par des lettres écrites de la Ciotat
, qu'il y est arrivé un Navire Anglois , qui
avec la cargaiſon eſt eſtimé environ trois cens
FEVRIER. 1757 . 223
1
mille livres , & qui a été pris par le Corſaire le
Fleuron , de Marseille , dont eſt Capitaine Jean-
André Arnoux.
On apprend par des lettres écrites de Saint-
Malo , que le Corfaire la Vengeance , de ce Port ,
y eſt rentré avec le Navire le Grand Alexandre,
de Nantes , de 350 tonneaux , armé de 14
canons , chargé de ſucre , de café, de coton &
d'indigo , qu'il a enlevé au Corſaire Anglois le
Terrible , de Londres , de 24 canons & de 202
hommes d'équipage , dont il s'eſt auffi rendu
maître , & qui a été conduit à Morlaix. Le ſieur
Bourdas , Capitaine de la Vengeance, ayant été
tuédès lecommencement du combat, le commandement
eſt échu au ſieur de Breville , qui , par
fa bravoure & fa belle manoeuvre , a mis ces
deux bâtimens dans l'impoſſibilité de lui échapper.
On mande de Marseille , que le Capitaine
Pierre-Antoine Martiche , qui commande le Corfaire
le Grand Alexandre , de ce Port, y a conduit
un Navire , dont le Capitaine a déclaré que
le chargement , qui eſt eſtimé plus de quinze
cens mille livres, appartient aux Anglois.
Le 20 Janvier , les Actions de la Compagnie
des Indes étoient à quinze cens deux livres , dix
fols: les Billets de la premiere Loterie Royal , à
neuf cens ſoixante ; ceux de la troiſieme Loterie
àfix cens quatre-vingts. Ceux de la ſeconde Lote
rie n'avoient point de prix fixe.
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Résumé : « Dans les premiers momens de trouble & la consternation générale qu'a causé le danger [...] »
En janvier 1757, un attentat fut perpétré contre le Roi alors qu'il se trouvait à Versailles pour voir Madame Victoire. Le Roi fut blessé près du Dauphin. Malgré la gravité de la situation, il monta à son appartement, demanda les derniers sacrements et consola sa famille. La nouvelle de l'attentat se répandit rapidement, provoquant une grande consternation à la cour et à Paris. Le Roi, bien que blessé, se montra ferme et résigné, s'occupant du bien-être de ses peuples. La blessure, bien que superficielle, fut rapidement soignée. Le Roi reprit ses activités, recevant des députés et des dignitaires, et nomma plusieurs officiers à l'Ordre de Saint-Louis. La famille royale et la nation exprimèrent leur soulagement et leur joie par des actions de grâce. L'assassin fut arrêté et incarcéré. Parallèlement, diverses activités administratives et militaires furent menées, telles que des nominations et des prises de navires anglais par des corsaires français.
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48
p. 208-209
ESPAGNE.
Début :
Vers la fin du mois de Janvier, le Corsaire Anglois l'Anti-Gallican entra [...]
Mots clefs :
Cadix, Corsaire anglais, Compagnie des Indes, Vaisseau, Capitaine, Tensions, Attaque, Lisbonne, Tremblement de terre
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texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
*
DE CADIX , le 6 Mars.
on
Vers la fin du mois de Janvier , le Corſaire
Anglois l'Anti-Gallican entra dans ce Port avec
le Vaiffeau de la Compagnie des Indes de France
le Duc de Penthievre , dont il s'étoit emparé. Sur
la réclamation que le Roi Très- Chrétien a faite
de cette prife , il vint ici un ordre du Gouvernement
de la tenir en fequeftre , jufqu'à ce qu'on
cût examiné fi elle étoit légitime. Après les informations
requiſes , on a jugé que le Vaiffeau
devoit être reftitué. Le 28 du mois dernier ,"
fut informé que le Capitaine du Corfaire , réfolu
de ne point fe deffaifir de fa priſe , avoit fait
paffer fon équipage à bord de ce Bâtiment , &
qu'il y avoit raffemblé jufqu'à trois cens hommes
, que lui avoient fournis divers Capitaines
de Navires de fa nation . Auffitôt le Commandant
de Port fit envelopper le Vaiffeau le Duc
de Penthievre par les Vaiffeaux du Roi l'Amérique
& le Lévrier , & leur ordonna de faire feu
au moindre mouvement que les Anglois feroient
pour lever l'ancre . Le 2 de ce mois , on envoya
trois fois, les fommer de rendre la prife . Le Ca.
pitaine Corfaire ayant refufé conftamment d'obéir
, les deux Vaiffeaux de guerre lui lâcherent
chacun une bordée , & il fut obligé de baiffer
pavillon. Il a eu trois hommes tués & quatre
bleffés . On a mis plufieurs compagnies de grenadiers
fur le vaiffeau le Duc de Penthievre , pour
empêcher les Anglois d'en reprendre poffeffion .
Les lettres de Lisbonne marquent que le t
de ce mois , à trois heures du matin , on y a
M A I. 1757. 209
encore effluyé une violente fecouffe de tremble
ment de terre.
*
DE CADIX , le 6 Mars.
on
Vers la fin du mois de Janvier , le Corſaire
Anglois l'Anti-Gallican entra dans ce Port avec
le Vaiffeau de la Compagnie des Indes de France
le Duc de Penthievre , dont il s'étoit emparé. Sur
la réclamation que le Roi Très- Chrétien a faite
de cette prife , il vint ici un ordre du Gouvernement
de la tenir en fequeftre , jufqu'à ce qu'on
cût examiné fi elle étoit légitime. Après les informations
requiſes , on a jugé que le Vaiffeau
devoit être reftitué. Le 28 du mois dernier ,"
fut informé que le Capitaine du Corfaire , réfolu
de ne point fe deffaifir de fa priſe , avoit fait
paffer fon équipage à bord de ce Bâtiment , &
qu'il y avoit raffemblé jufqu'à trois cens hommes
, que lui avoient fournis divers Capitaines
de Navires de fa nation . Auffitôt le Commandant
de Port fit envelopper le Vaiffeau le Duc
de Penthievre par les Vaiffeaux du Roi l'Amérique
& le Lévrier , & leur ordonna de faire feu
au moindre mouvement que les Anglois feroient
pour lever l'ancre . Le 2 de ce mois , on envoya
trois fois, les fommer de rendre la prife . Le Ca.
pitaine Corfaire ayant refufé conftamment d'obéir
, les deux Vaiffeaux de guerre lui lâcherent
chacun une bordée , & il fut obligé de baiffer
pavillon. Il a eu trois hommes tués & quatre
bleffés . On a mis plufieurs compagnies de grenadiers
fur le vaiffeau le Duc de Penthievre , pour
empêcher les Anglois d'en reprendre poffeffion .
Les lettres de Lisbonne marquent que le t
de ce mois , à trois heures du matin , on y a
M A I. 1757. 209
encore effluyé une violente fecouffe de tremble
ment de terre.
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Résumé : ESPAGNE.
Le 6 mars à Cadix, le corsaire anglais l'Anti-Gallican a capturé le vaisseau français Duc de Penthievre et l'a amené dans le port. Le roi de France a réclamé le vaisseau, et l'Espagne a ordonné de le garder en séquestre jusqu'à l'examen de la légitimité de la prise. Après enquête, il a été décidé de restituer le vaisseau. Le 28 février, le capitaine du corsaire a refusé de se dessaisir de sa prise et a rassemblé environ trois cents hommes. Le commandant du port a alors entouré le Duc de Penthievre avec les vaisseaux espagnols l'Amérique et le Lévrier, prêts à faire feu. Le 2 mars, après des sommations restées sans réponse, les vaisseaux de guerre ont tiré, forçant le capitaine à baisser pavillon. Trois hommes ont été tués et quatre blessés. Des grenadiers ont été déployés à bord pour empêcher les Anglais de reprendre le vaisseau. Par ailleurs, une violente secousse de tremblement de terre a été signalée à Lisbonne le 1er mai.
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49
p. 210
PAYS-BAS.
Début :
On a appris que le Baron de Domballe, Major Général des [...]
Mots clefs :
Bruxelles, Neuss, Baron de Domballe, Prise d'une ville, Prince de Soubise, Chevalier, Capitaine, Clèves, Commissaires
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texteReconnaissance textuelle : PAYS-BAS.
PATS - BAS.
DE BRUXELLES , le 15 Avril.
On a appris que le Baron de Domballe , Ma
jor Général des troupes de l'Impératrice Reine ,
étoit entré le 6 dans Cleves avec trois batail
lons, Le 8-, un détachement des mêmes troupes
prit poffeffion , au nom de Sa Majefté , des ville
& citadelle de Wefel. Immédiatement après , ce
détachement y fut joint par un détachement d'in.
fanterie Françoife .
ว
DE NEUSS, le 12 Avril
Le Prince de Soubife, fe rendit le. 28 Mars à
Ruremonde , & étant defcendu chez le fieur de
Muller qui y commande , il figna un ordre au
Chevalier de Gibfon, Capitaine dans le Régiment
de Ligne , d'aller , avec cent hommes de ce Régiment
& quatre cens huffards François , occuper
Je Bailliage de Keffel , dans la Gueldre Pruffien
ne. Le 3 Avril , le Prince de Soubife vint établir
ici fon quartier général, Avant de quitter May
feik , il a mandé les Commiffaires du pays de
Cleves , afin de régler avec eux les livraifons des
vivres & des fourrages pour les troupes Francoifes.
Il a recommandé à ces Commiffaires , de
tranquillifer les habitans , & de faire ceifer les
impôts extraordinaires , dont ils ont été chargés
en dernier lieu . Il a affuré les mêmes Commiffaires
, que tous les Magiftrats & Officiers de la
Gueldre Pruffienne , fans diftinction de religion ,
feroient continués dans leurs emplois , en pactant
ferment de fidélité à l'Impératrice Reine.
DE BRUXELLES , le 15 Avril.
On a appris que le Baron de Domballe , Ma
jor Général des troupes de l'Impératrice Reine ,
étoit entré le 6 dans Cleves avec trois batail
lons, Le 8-, un détachement des mêmes troupes
prit poffeffion , au nom de Sa Majefté , des ville
& citadelle de Wefel. Immédiatement après , ce
détachement y fut joint par un détachement d'in.
fanterie Françoife .
ว
DE NEUSS, le 12 Avril
Le Prince de Soubife, fe rendit le. 28 Mars à
Ruremonde , & étant defcendu chez le fieur de
Muller qui y commande , il figna un ordre au
Chevalier de Gibfon, Capitaine dans le Régiment
de Ligne , d'aller , avec cent hommes de ce Régiment
& quatre cens huffards François , occuper
Je Bailliage de Keffel , dans la Gueldre Pruffien
ne. Le 3 Avril , le Prince de Soubife vint établir
ici fon quartier général, Avant de quitter May
feik , il a mandé les Commiffaires du pays de
Cleves , afin de régler avec eux les livraifons des
vivres & des fourrages pour les troupes Francoifes.
Il a recommandé à ces Commiffaires , de
tranquillifer les habitans , & de faire ceifer les
impôts extraordinaires , dont ils ont été chargés
en dernier lieu . Il a affuré les mêmes Commiffaires
, que tous les Magiftrats & Officiers de la
Gueldre Pruffienne , fans diftinction de religion ,
feroient continués dans leurs emplois , en pactant
ferment de fidélité à l'Impératrice Reine.
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Résumé : PAYS-BAS.
Le Baron de Domballe, Major Général des troupes de l'Impératrice Reine, a pris possession de Cleves le 6 avril avec trois bataillons. Le 8 avril, un détachement de ces troupes a conquis la ville et la citadelle de Wesel au nom de Sa Majesté, rejoint par un détachement d'infanterie française. Parallèlement, le Prince de Soubise s'est rendu à Ruremonde le 28 mars et a ordonné au Chevalier de Gibson de prendre le Bailliage de Kessel en Gueldre prussienne avec cent hommes du Régiment de Ligne et quatre cents hussards français. Le 3 avril, le Prince de Soubise a établi son quartier général à Neuss. Avant de quitter Maaseik, il a convoqué les Commissaires du pays de Cleves pour organiser les livraisons de vivres et de fourrages pour les troupes françaises. Il leur a recommandé de tranquilliser les habitants et de suspendre les impôts extraordinaires. Il a également assuré que tous les magistrats et officiers de la Gueldre prussienne, sans distinction de religion, seraient maintenus dans leurs fonctions en prêtant serment de fidélité à l'Impératrice Reine.
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50
p. 211-214
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le Roi ayant jugé à propos de faire une promotion dans les différens grades [...]
Mots clefs :
Promotions, Officiers de la marine, Lieutenant, Chef d'escadre, Chevalier, Capitaine, Enseigne, Commandeurs
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
1
I E Roi ayant jugé à propos de faire une promotion
dans les différens grades des Officiers de la
Marine , Sa Majefté a nommé deux Lieutenans
Généraux des Armées Navales, cinq Chefs d'Efcadre
, cinquante- neuf Capitaines de Vaiffeaux , un
Capitaine d'Artillerie , foixante-quinze Lieutenans
de Vaiffeaux , cent vingt-fept Enfeignes.
Lieutenans-Généraux , MM. Perrier & le Com
te du Guay.
Chefs d'Efcadre. MM. de Courbon-Blenac ,
Saint- André du Verger , de Guefbriant de Budes ,
d'Aubigny, & de Bompar. Capitaines de Vaiffeaux. MM, Chevalier de
Beaudouvin , Defroches du Drefnay , du Rofel
de Beaumanoir , Belle- Ifle Pepin , de Flotte-Seillans
, Marchainville , Chevalier des Gouttes , de
l'Ile Taulanes , Chevalier de Ricoux , la Croix
de Mairargues , de Chierre , de Rambures , Cher
valier de Maillé-Brezé , la Guarigue - Savigny ,
Foucault , Caftellanne Saint-Jeurs , de Plas , lą
Monneraye , Chevalier de Graffe du Bar , Macarty
, Chevalier de Ségur- Cabanac , Fulconis ,
Chevalier d'Herlye , de Lyle- Calian , Saint - Vic,
toret , Rofmadec Saint- Allouarn , Mablan d'Ai,
miny , Blotfier , Braguemont , Jouffelin de Marigny
, Meyronnet Saint -Marc , Montcalm Saint-
Veran , Chevalier de Villeblanche , Chevalier de
Blois , Dandanne de Lincourt , de Fabreguesi
de Breugnon , Laccary , la Comté-Pigache , Dubois
de la Motte , Deshayes de Cry , Chevalier
212 MERCURE DE FRANCE.
de Courferac , Chevalier de Ruis, Chevalier de Lor.
geril , du Lefcoet , Cofte de Champeron , Fancher ,
d'Ile-Beauchaine , Bremoy , Bory , Chevalier du
Drefnay des Roches , Chevalier de Crefnay , Boulainvilliers
, Chevalier de Laugier- Beaucoufe , de
Moy, Lizardais , Chevalier de Forbin d'Oppede ,
Chevalier de Fabry & Vicomte de Rochechouart.
Capitaine d'Artillerie. M. Herpin.
Lieutenans de Vaiſſeaux. MM. Chevalier de
Monteclair , Maupin , Kervenkerfullec , Chevalier
de Landemont , Gourfelas , Valmenier-
Caqueray , Geraldin , Villers- Franffure de Briffaucourt
, Chevalier de Raymondis , Chevalier
de Veriffey , Chevalier de Village de Villevieille ,
Chevalier de Cobios-Dandiran, Chevalier de Cours
Luffaignet , Beaupoil Saint-Aulaire , de Grieu ,
Bonnefoi de Bretauville , Kerjankerjan , de Proiſfy
, de la Grandiere , Bois de la Motte- Rabeau
Chevalier de Villeneuve- Source , Janvry de Verneuil
, Chevalier de Coataudon , Kerguifiau de
Treleon , Keroullas de Cohars , Brue de Clerey ,
Giraud-Dagay , de Boades , la Porte-Vezins ,
Chevalier de Sobiratz , Guyonnet de Montbalen ,
Luppé de la Motte , Maffol de Vergy , Sorel
Freziers , la Garde- Payan , le Cardonie , de Vialis
, de Gantes , Chevalier de Cicé , Chevalier
de Novarin , Dumenez-Lezurec du Broffey-
Dumas , de la Clue , Chevalier de Douville , Neveu
, Marquis de Nieul- Ponte , Chevalier de
Goympy-Feuquieres , Villers de Graffy , Reynach
de Barre , Chevalier de Boisgelin , Chevalier
Diziers- Guyon , d'Erchigny de Clieu , Rouffel
de Preville , Comte de Châteaumorant , Duvergier-
Kerhorlay , Chevalier Bellot la Houffaye
, de Damas , Clapier Saint - Tropez ,, Penfentenyo
, le Foreftier , Longueval , Dampierre-
Cugnac , Marquis de Jons , Chevalier de Lordat,
MA I. 1757 . 213
Guinot de Lugeons , de Peynier , de Forefta-
Collongue , Defmeneuft- de Boisbriand , Framont
d'Ayron , Chevalier de Grimaldy , Beauffier- Châ
teauvert ; Lieutenans de Port , Tremigon & Val
menier.
·
Enfeignes, MM. Coyffier de Breuil , Cheva
lier de Glandevez - Caftellet , Kerfaufon de Goaf
melquin , la Borye Guittard , du Lac , Marquis
de la Maifonfort , Chevalier de Thierfanville
, Chevalier de Carcaradec , Darbaud , Cha
deau de la Clocheterie , Raymond d'Eaux, Marquis
de Treffemanes Brunet , Adhemar , Boisboiffel
, Kermorvant de Gouzillon , Dupin de
Bellugard , Froger de la Rigaudiere , Marin de
Saint- Palais , Bonneval la Farre , Chevalier de
Pontevez - Gien , Ma-Carty , Gourzelas , Chevalier
du Menez- Lezurec , Chevalier de la Salle
Saint-Got , Chevalier de Damas de Dantlezy ,
Defmoulins de Rochefort , de Malide , de Francheville
, Dagoult -Montmaur , Chappedelaine ,
Chevalier de la Tude , de Saliou de Chef- de-
Bois , de Coetilleau , Chevalier de Medine , Bidée
de Chavagne , Chevalier de Bournaud , Duhaffon,
Penanrun Geflin , Kerven Kerfullec , Chevalier
de Grezes , Girardin , Chevalier de Montalet ,
la Borde la Salle , Gayot de Cramahé , le Normant
de Champfley , Frottier du Perey , Chevalier
de la Voyrie , Defmeneuft de Boisbriant ;
Chevalier de Bernard de Marigny , Kergariou
de Rofconette , Sous.Lieutenant d'Artillerie ; du
Chilleau de la Roche , Desfarges de la Voltieres,
Chambona , Chevalier de la Pommeraye de Kerambar
, Duchefne Ferron , Chevalier de Vibraye
, le Moenne de Launay , Vidal de Lirac ,
Savignon de Saumaty , Chevalier de Ravenel ,
Boisbilly de Beaumanoir , Chevalier de Goyon
Taumatz , Bruny d'Entre-Cafteau , Chevalier de
214 MERCURE DE FRANCE.
Langan - Boisfevrier , la Salle Lezardiere , Vicomre
de Robien , Montgrand , de Gonidec , Brunet
de Guillier , Chevalier de Riviere , Chevalier de
la Briffolliere , Chambertran , Barbezieres , Ma-
Carty de Mortaigne , Chevalier Deſcars , Roffel,
Trogoff , Chevalier de Ligondés d'Avrilly , Du-.
pleffis Quelen , Marquis d'Aiguieres , l'Etang
Ery , de Cogolin , Duhaffon de l'Eftrediagot ,
Gignac Thaumas , Boisberthelot , d'Eftel d'Aren
, Pineau , Chevalier de Turique , de Chabanes
, Chevalier de Bonnes , Chevalier de Macnemara
, Chevalier de Ligniville , Chevalier de
Souvré , du Vignau , Braguemont , de Bonnal
Deftoures , Coetnempren Kerfaint , du Vivier
de Gourville , le Gardeur de Tilly , Sibon , la
Villeon , Macnemara l'aîné , Chevalier de Puyberneau
, Deydier de Pierre- Feu , Griffolet de
Roffy , Barlatier du Mas , Loëmaria , Chevalier
de Village , du Parc de Coatrefcar , Juchereau
de Saint- Denis , Dandlau , le Borgne de Villemeur
, d'Albertas de Jouques , Creflier Defapois
, Chevalier de Senneville , de Baudran
Villeneuve d'Efclapon , Chevalier d'Hautefeuil ,
Colbert de Poligny , Lammerville l'aîné , de
Siochant , Byhan de Goariva , de Moulon , Pic
de la Mirandolle , Chevalier de Lyrot , & Chevalier
de Fine.
Sa Majefté a difpofé en même temps de deux
Places de Commandeurs , à trois mille livres de
penfion , de l'Ordre Royal & Militaire de Saint-
Louis , qui étoient vacantes dans la Marine , en
faveur de M. le Chevalier de Folligny , Chef
Efcadre , qui étoit déja Commandeur Honoraire
de cet Ordre ; & M. de Montlouet , Chef d'Elcadre
. Sa Majefté a auffi nommé Chevaliers du mê
me Ordre trente-cing Lieutenans de Vaiſſeaux.
1
I E Roi ayant jugé à propos de faire une promotion
dans les différens grades des Officiers de la
Marine , Sa Majefté a nommé deux Lieutenans
Généraux des Armées Navales, cinq Chefs d'Efcadre
, cinquante- neuf Capitaines de Vaiffeaux , un
Capitaine d'Artillerie , foixante-quinze Lieutenans
de Vaiffeaux , cent vingt-fept Enfeignes.
Lieutenans-Généraux , MM. Perrier & le Com
te du Guay.
Chefs d'Efcadre. MM. de Courbon-Blenac ,
Saint- André du Verger , de Guefbriant de Budes ,
d'Aubigny, & de Bompar. Capitaines de Vaiffeaux. MM, Chevalier de
Beaudouvin , Defroches du Drefnay , du Rofel
de Beaumanoir , Belle- Ifle Pepin , de Flotte-Seillans
, Marchainville , Chevalier des Gouttes , de
l'Ile Taulanes , Chevalier de Ricoux , la Croix
de Mairargues , de Chierre , de Rambures , Cher
valier de Maillé-Brezé , la Guarigue - Savigny ,
Foucault , Caftellanne Saint-Jeurs , de Plas , lą
Monneraye , Chevalier de Graffe du Bar , Macarty
, Chevalier de Ségur- Cabanac , Fulconis ,
Chevalier d'Herlye , de Lyle- Calian , Saint - Vic,
toret , Rofmadec Saint- Allouarn , Mablan d'Ai,
miny , Blotfier , Braguemont , Jouffelin de Marigny
, Meyronnet Saint -Marc , Montcalm Saint-
Veran , Chevalier de Villeblanche , Chevalier de
Blois , Dandanne de Lincourt , de Fabreguesi
de Breugnon , Laccary , la Comté-Pigache , Dubois
de la Motte , Deshayes de Cry , Chevalier
212 MERCURE DE FRANCE.
de Courferac , Chevalier de Ruis, Chevalier de Lor.
geril , du Lefcoet , Cofte de Champeron , Fancher ,
d'Ile-Beauchaine , Bremoy , Bory , Chevalier du
Drefnay des Roches , Chevalier de Crefnay , Boulainvilliers
, Chevalier de Laugier- Beaucoufe , de
Moy, Lizardais , Chevalier de Forbin d'Oppede ,
Chevalier de Fabry & Vicomte de Rochechouart.
Capitaine d'Artillerie. M. Herpin.
Lieutenans de Vaiſſeaux. MM. Chevalier de
Monteclair , Maupin , Kervenkerfullec , Chevalier
de Landemont , Gourfelas , Valmenier-
Caqueray , Geraldin , Villers- Franffure de Briffaucourt
, Chevalier de Raymondis , Chevalier
de Veriffey , Chevalier de Village de Villevieille ,
Chevalier de Cobios-Dandiran, Chevalier de Cours
Luffaignet , Beaupoil Saint-Aulaire , de Grieu ,
Bonnefoi de Bretauville , Kerjankerjan , de Proiſfy
, de la Grandiere , Bois de la Motte- Rabeau
Chevalier de Villeneuve- Source , Janvry de Verneuil
, Chevalier de Coataudon , Kerguifiau de
Treleon , Keroullas de Cohars , Brue de Clerey ,
Giraud-Dagay , de Boades , la Porte-Vezins ,
Chevalier de Sobiratz , Guyonnet de Montbalen ,
Luppé de la Motte , Maffol de Vergy , Sorel
Freziers , la Garde- Payan , le Cardonie , de Vialis
, de Gantes , Chevalier de Cicé , Chevalier
de Novarin , Dumenez-Lezurec du Broffey-
Dumas , de la Clue , Chevalier de Douville , Neveu
, Marquis de Nieul- Ponte , Chevalier de
Goympy-Feuquieres , Villers de Graffy , Reynach
de Barre , Chevalier de Boisgelin , Chevalier
Diziers- Guyon , d'Erchigny de Clieu , Rouffel
de Preville , Comte de Châteaumorant , Duvergier-
Kerhorlay , Chevalier Bellot la Houffaye
, de Damas , Clapier Saint - Tropez ,, Penfentenyo
, le Foreftier , Longueval , Dampierre-
Cugnac , Marquis de Jons , Chevalier de Lordat,
MA I. 1757 . 213
Guinot de Lugeons , de Peynier , de Forefta-
Collongue , Defmeneuft- de Boisbriand , Framont
d'Ayron , Chevalier de Grimaldy , Beauffier- Châ
teauvert ; Lieutenans de Port , Tremigon & Val
menier.
·
Enfeignes, MM. Coyffier de Breuil , Cheva
lier de Glandevez - Caftellet , Kerfaufon de Goaf
melquin , la Borye Guittard , du Lac , Marquis
de la Maifonfort , Chevalier de Thierfanville
, Chevalier de Carcaradec , Darbaud , Cha
deau de la Clocheterie , Raymond d'Eaux, Marquis
de Treffemanes Brunet , Adhemar , Boisboiffel
, Kermorvant de Gouzillon , Dupin de
Bellugard , Froger de la Rigaudiere , Marin de
Saint- Palais , Bonneval la Farre , Chevalier de
Pontevez - Gien , Ma-Carty , Gourzelas , Chevalier
du Menez- Lezurec , Chevalier de la Salle
Saint-Got , Chevalier de Damas de Dantlezy ,
Defmoulins de Rochefort , de Malide , de Francheville
, Dagoult -Montmaur , Chappedelaine ,
Chevalier de la Tude , de Saliou de Chef- de-
Bois , de Coetilleau , Chevalier de Medine , Bidée
de Chavagne , Chevalier de Bournaud , Duhaffon,
Penanrun Geflin , Kerven Kerfullec , Chevalier
de Grezes , Girardin , Chevalier de Montalet ,
la Borde la Salle , Gayot de Cramahé , le Normant
de Champfley , Frottier du Perey , Chevalier
de la Voyrie , Defmeneuft de Boisbriant ;
Chevalier de Bernard de Marigny , Kergariou
de Rofconette , Sous.Lieutenant d'Artillerie ; du
Chilleau de la Roche , Desfarges de la Voltieres,
Chambona , Chevalier de la Pommeraye de Kerambar
, Duchefne Ferron , Chevalier de Vibraye
, le Moenne de Launay , Vidal de Lirac ,
Savignon de Saumaty , Chevalier de Ravenel ,
Boisbilly de Beaumanoir , Chevalier de Goyon
Taumatz , Bruny d'Entre-Cafteau , Chevalier de
214 MERCURE DE FRANCE.
Langan - Boisfevrier , la Salle Lezardiere , Vicomre
de Robien , Montgrand , de Gonidec , Brunet
de Guillier , Chevalier de Riviere , Chevalier de
la Briffolliere , Chambertran , Barbezieres , Ma-
Carty de Mortaigne , Chevalier Deſcars , Roffel,
Trogoff , Chevalier de Ligondés d'Avrilly , Du-.
pleffis Quelen , Marquis d'Aiguieres , l'Etang
Ery , de Cogolin , Duhaffon de l'Eftrediagot ,
Gignac Thaumas , Boisberthelot , d'Eftel d'Aren
, Pineau , Chevalier de Turique , de Chabanes
, Chevalier de Bonnes , Chevalier de Macnemara
, Chevalier de Ligniville , Chevalier de
Souvré , du Vignau , Braguemont , de Bonnal
Deftoures , Coetnempren Kerfaint , du Vivier
de Gourville , le Gardeur de Tilly , Sibon , la
Villeon , Macnemara l'aîné , Chevalier de Puyberneau
, Deydier de Pierre- Feu , Griffolet de
Roffy , Barlatier du Mas , Loëmaria , Chevalier
de Village , du Parc de Coatrefcar , Juchereau
de Saint- Denis , Dandlau , le Borgne de Villemeur
, d'Albertas de Jouques , Creflier Defapois
, Chevalier de Senneville , de Baudran
Villeneuve d'Efclapon , Chevalier d'Hautefeuil ,
Colbert de Poligny , Lammerville l'aîné , de
Siochant , Byhan de Goariva , de Moulon , Pic
de la Mirandolle , Chevalier de Lyrot , & Chevalier
de Fine.
Sa Majefté a difpofé en même temps de deux
Places de Commandeurs , à trois mille livres de
penfion , de l'Ordre Royal & Militaire de Saint-
Louis , qui étoient vacantes dans la Marine , en
faveur de M. le Chevalier de Folligny , Chef
Efcadre , qui étoit déja Commandeur Honoraire
de cet Ordre ; & M. de Montlouet , Chef d'Elcadre
. Sa Majefté a auffi nommé Chevaliers du mê
me Ordre trente-cing Lieutenans de Vaiſſeaux.
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le roi a pris plusieurs décisions concernant des promotions au sein de la Marine. Il a nommé deux lieutenants généraux des armées navales : MM. Perrier et le comte du Guay. Cinq chefs d'escadre ont également été désignés : MM. de Courbon-Blenac, Saint-André du Verger, de Guébriant de Budes, d'Aubigny et de Bompar. Cinquante-neuf capitaines de vaisseaux ont été promus, parmi lesquels figurent MM. Chevalier de Beaudouvin, Desroches du Drefnay et du Rosel de Beaumanoir. Un capitaine d'artillerie, M. Herpin, a également été nommé. Cent vingt-sept enseignes ont été promus. Divers lieutenants de vaisseaux ont été nommés, dont MM. Chevalier de Monteclair, Maupin et Kervenkerfullec. Deux places de commandeurs de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis ont été attribuées à MM. le Chevalier de Folligny et de Montlouet. Trente-cinq lieutenants de vaisseaux ont été nommés chevaliers du même ordre. Ces promotions reflètent une restructuration significative au sein de la Marine, visant à renforcer et à honorer les officiers méritants.
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