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1
p. 202-227
Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Début :
Je viens à l'Article que je vous ay promis du Carnaval [...]
Mots clefs :
Monseigneur le Dauphin, Mademoiselle, Marquis, Avocat, Mascarade, Duc de Bourbon, Carnaval, Habits, Cour, Prince, Trompettes, Timbales, Course, Comte, Divertissement, Quadrille, Opéra, Bal, Comédie, Madame la Dauphine, Déguisements, Richesse, Mademoiselle, Armes, Cortège, Couleur, Foire
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texteReconnaissance textuelle : Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Je viens à l'Article que je
vous ay promis du Carnaval
de la Cour , pendant les mois
GALANT. 203.
de Janvier & de Fevrier. Les
Divertiffemens n'y ont point
ceffé. L'Opera de Roland y
a efté repreſenté une fois cha
que Semaine , & il y avoit al
ternativement Bal , Comedie
& Opera. Toute la Cour a
maſqué ſept fois , & auroit
continué à fe donner ce plaifir
, fi la mort du Roy d'Angleterre
n'euft interrompu
pour quelques jours tous les
Divertiffemens. Chaque jour
de Maſcarade , Monſeigneur
le Dauphin changeoit quatre
ou cinq fois d'habits , où l'on
n'oublioit rien pour empef
204 MERCURE
cher qu'il ne fuft reconnu. I
furprit toute l'Affemblée dans
la premiere Mafcarade , avec
un habit de Chauve fouris ..
La magnificence & l'invention
ont paru dans tous les
déguiſemens de Monſieur le
Duc. Les habits de fa Troupe.
eſtoient à cette premiereMafcarade
de grandes Robes , de
differentes couleurs , diverfement
& richement chamarées
, d'où fortoit un Col qui
s'élevoit fort haut , & s'abaiſ
foit , & fur lequel paroiffoit
une tefte d'Animal , coeffée
en Chauve fouris. Monfieur
GALANT. 205
le Duc de Bourbon , qui étoit
fous l'une de ces Machines,
avoit un habit de Femme de
Strasbourg. Mademoiſelle de
Bourbon , qui eftoit ſous une
autre , en avoit un de Magicienne,
& les Filles d'honneur
de Madame la Dauphine,
qui en rempliffoient d'autres,
eftoient diverſement vétuës .
Je ne dois pas oublier icy à
vous dire , que Monfieur le
Duc de Bourbon n'avoit encor
fait de fejour à la Cour,
que pendant ce Carnaval , &
qu'il y a paru au fortir de fes
Etudes , avec un air , des ma
206 MERCURE
nieres , & un eſprit auffi libre
que s'il y euft paffé fes premieres
années , & qu'il cust
eu un âge plus avancé . Le
fecond jour qu'on maſqua,
la Maſcarade
de Monſeigneur
le Dauphin repreſentoit toute
la Troupe Italienne . Ce Prin
ce eftoit veſtu en Docteur.
Ceux qui formoient cette
Mafcarade , eftoient Monfieur
le Prince de Conty,
Monfieur le Prince de la
Roche-fur-Yon , M' le Prince
de Turenne , M' le Duc de
Roquelaure , Miles Marquis
de Bellefonds
, d'Alincour
,
GALANT. 207
& de Liancour. Madame la
Dauphine , fit ce jour là une
Mafcarade de Perroquets
,
Monfieur le Duc de Bourbon
parut avec un riche habit
de Seigneur Hongrois , &
Mademoiſelle de Bourbon,
avec un habit de Païfane,
d'une proprieté furprenante.
Monfieur le Duc du Maine,
fe fit admirer le mefme jour,
avec une Maſcarade de petits
vieillards & de petites vieilles.
Rien n'a paru plus beau , &
l'on ne pouvoit ſe laſſer de
les regarder. Ceux qui compofoient
cette Mafcarade ་་
208 MERCURE
eftoient , Monfieur le Duc
du Mayne , Monfieur le
Comte de Thoulouſe , M' de
Manfini , Mi le Marquis de
la Vrilliere , Mademoiſelle de
Nantes , Mademoiſelle de
Blois , & Mademoiſelle de
Château - neuf.
Dans la troifiéme Maſcarade
, Monſeigneur le Dauphin
parut d'abort déguisé
avec quatre vifages. Enfuite,
prit un habit de Flamande
avec un Mafque de Perroquet
, & changea à fon ordinaire
quatre ou cinq fois
d'habit. Monfieur le Duc de
GALANT. 209
Bourbon , parut ce foir là..
avec un habit de Noble Venitien
, & Mademoiſelle de :
Bourbon s'y fit remarquer
par la propreté , & la richeffe
d'un habit magnifique. Toute
la Cour maſqua ce foir là ,,
& le mélange des habits gro
tefques , & fuperbes , eftant
fort agréable à la vuë , divertit
beaucoup.
Le quatrième jour qu'on
mafqua , Monfeigneur le
Dauphin mit pour premier:
habit celuy d'un Operateur,
& tirant feulement un petit
cordon , il parut en un inftant
Mars 1685, Si
210 MERCURE
vétu en grand Seigneur Chinois
. Des changemens auffi
furprenans le firent paroiftre
encore le mefme foir avec
deux autres habits . Monfieur
le Duc de Bourbon mit ce
foir-là un habit de Païfan,
auffi riche que bien entendu .
Monfieur le Duc de Mortemar
, qui fe diftingue en tout
ce qu'il fait , vint à l'Affemblée
du mefme jour avec un
habit tout formé de Manchons
jufqu'à la coëffure. Ils
étoient de differentes couleurs
. Il avoit une Palatine
pour Cravate , & un Mafque
GALANT. 211
qui imitoit le vifage d'un
homme tout tranfi de froid .
Sa barbe paroiffoit toute ge
lée , & les glaçons y pen
doient . Il euft eſté impoflibie
de le reconnoiftre s'il ne te
fuft pas découvert luy- même.
Neuf Quilles & la Boulle fe
trouverent dans le Balle jour
de la cinquiéme Affemblée;
c'eftoit la Mafcarade de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux
qui reprefentoient ces Quilles.
eftoient affis deffous , & de
petites feneftres leur donnoient
de l'air ; jugez par la
de leur contour , & de leur
Sij
212 MERCURE
hauteur ; elles eftoient peintes
de diverfes couleurs . Monſeigneur
le Dauphin fit paroiftrebeaucoup
d'agilité dans quelques-
uns des habits qu'il prit
le refte de la Soirée , les uns,
n'en demandant pas tant que:
les autres . Monfieur le Comte
de Thouloufe fe fit adinirer
en Scaramouche, & l'on n'au
roit pas eu de peine à le pren
dre pour un Amour déguiſé.
Monfieur le Duc de Bourbon
, Mademoiſelle de Bourbon
ne maſquerent ce foir- là
qu'en Avocats , mais ce fut
avec une propreté qui faifoit
GALANT 213
affez connoiftre que les Robes
de ces Avocats - là n'avoient
jamais effuyé la pouf
frere du Palais .
La Mafcarade des Cris de
Paris fut la fixiéme de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux,
qui accompagnoient ce Prince,
étoient Monfieur le Prince.
de Conty, Monfieur le Prince:
de la Roche-fur-Yon , M' le
Grand Prieur, M' le Prince de
Türenne , M le Comte de
Brienne , M' le Prince de
Thingry, M' le Marquis d'Alincourt
, M' le Marquis de:
Courtenyau M de la Roche214
MERCURE
guion , M' de Liencourt, M
de Grignan , & M ' du S.
Efteve. Selon les Meftiers
qu'ils
reprefentoient , ils por
toient ce qu'il y avoit de plus
delicat à boire & à manger, &
quelques uns portoient jufqu'à
des Boutiques garnies.
de ce qui regardoit leur Perfonage
. Monfieur le Duc de
Bourbon , & Mademoiſelle
de Bourbon vinrent ce foirlà
au Bal avec une Troupe de
huit Perfonnnes , dont les ha
bits reprefentoient des Pavil
lons . La Mafcarade de Monfieur
le Duc du Mayne , qui
GALANT. 215
Voicy
parut le mefme foir , étoit de
dix Seigneurs Chinois , & de
cinq Dames Chinoiſes , avec
des habits auſſi magnifiques
,
que bien imaginez .
les Noms de ceux qui compofoient
cette Mafcarade ;
Monfieur le Duc du Mayne,
Monfieur le Comte de Thouloufe
M' de Mancini , M' le
Comte de Cruffol , M de Duras,
M ' de Sully , M' de Gri
gnan , M' le Marquis de la
Vrilliere , M' de Soyecourt,
M' Bontemps, Mademoiſelle
de Nantes , Mademoiſelle de
Blois , Mademoiſelle d'Ufez ,
216 MERCURE
Mademoiſelle de Senneterre,
Mademoiſelle de Chafteauneuf.
Quelques jours avant la
fin du Carnaval Monfeigneur
le Dauphin ayant refolu de
faire une Courſe de Teftes
en maniere de petit Carouſel,
avec des Quadriles , on cher
cha un Sujet, on imagina des
Habits, on les fit, on s'exerça,
& l'on courut enfin fix
jours apres qu'on cut refolu
ce divertiffement . La France
feule eft capable d'executer
des chofes de cette nature en
fi peu de temps . Vous en ſe-.
rez furpriſe , quand vous au
rezz
GALANT. 217
rez ſçeu ce que j'ay à vous en
dire . Le Dimanche de Fevrier,
le
4.
Roy,Madame la Dauphine,
& toute la Cour fe ren-,
dirent à trois heures apres
midy fur les Amphitheatres
du Manege découvert de
Verfailles. La Quadrille de
Monfeigneur le Dauphin entra
auffi- toft dans la Carriere,
au fon des Timbales & des
Trompettes , les Armes de
cette Quadrille eftoient noir
& or , les habits de deffous
noirs & brodez d'or , & toutes
les plumes tant des Hom
mes que des Chevaux étoient
Mars 1685.
T
218 MERCURE
blanches , & les garnitures de
mefme. M le Marquis de
Dangeau , fous le nom de
Charlemagne , entra le premier
comme luge du Camp.
Monfeigneur le Dauphin,
eftoit fous le nom de Zerbin;
Mr le Prince de Tingry, fous
celuy de Renaud ; M' de la
Roche Guyon , fous celuy
d'Aquilan le noir , M' le
Marquis de Liancour , fous
celuy de Grifon le blanc ;
& M' le Marquis d'Antin ,
fous celuy de Roland. La feconde
Quadrille entra auffitoft
apres , précedée de fes
GALANT. 219
Trompettes , & de ſes Timbales
. Les couleurs de cette
Quadrille eftoient or & vert,
avec des plumes blanches, &
mouchetées de vert . M' le
Duc de Gramont eftoit Juge
du Camp. Il entra le premier
fous le nom d'Agra
mant . Monfieur le Prince de
la Roche-fur-Yon , avoit celuy
de Mandricard; M le Duc
de Vandofme , celuy de Gradaffe
, M' le Prince de Turenne
, celuy de Roger ; M' le
Comte de Briône , celuy de
Rodomont
; & M' le Marquis
d'Alincour , celuy de Sacri-
Tij
220 MERCURE
"
pant. On ne peut avoir plus
de fatisfaction
que cette
Courſe en donna aux Spectateurs
, ny meriter plus d'aplaudiffemens
que Monfeigneur
le Dauphin , qui eft le
Prince du Monde , qui a la
meilleure grace les Armes à
la main. Apres une fort
longue difpute , le Prix de
meura à la feconde Quadrille,
& ceux qui la compofoient
le difputerent long - temps entr'eux
; mais enfin , M' le
Prince de Turenne l'emporta
, & reçut de la main du
Roy , au fon des Timbales,
GALANT. 221
& des Trompettes , une Epée
d'or avec de riches Boucles .
Mr du Mont Ecuyer de Monfeigneur
le Dauphin , montoit
un Cheval nud qu'il gouvernoit
, comme auroit pû
faire le plus habile Ecuyer à
qui rien n'auroit manqué,
pour bien manier un Cheval,
fur lequel il auroit eſtémonté.
Je croy que vous fçavez
de quelle maniere fe fait cette
Courſe de teftes. Il faut .
d'abord enemporter une avec
la Lance ; puis on en darde
une autre , on ſe retourne en
faite vers la Meduſe que l'on
T iij
222 MERCURE
darde auffi , apres quoy on
emporte
à l'épée la derniere
tefte , qui eft plus baffe que
les autres. Ie vous
envoyeray
le mois prochain
les Devife's
de tous ceux qui eftoient
de
cette Courſe. Le lendemain
on reprefenta
l'Opera
d'Amadis
à Verſailles . Le Roy
ne l'avoit point encore veu ,
parce que cet Opera
avoit
paru dans l'année de la mort
de la Reyne , & vous fçavez
que pendant
ce temps , le
Roy n'a pris aucun divertiſ
fement. Le jour ſuivant
qui
eftoit le dernier du Carnaval,
GALANT. 223
la Mafcarade deMonfeigneur
le Dauphin , eftoit d'un Marquis
de Mafcarille porté en
Chaife , avec un équipage
convenable à fon fracas d'ajuſtement,
Monfieur le Comte
de Thoulouſe maſqua ce
foir là avec un habit de Perfan,
& charma toute la Cour.
Parmy les Maſcarades qui ont
le plus diverty , il y en a cu
une de Suiffes , qui a donué
un fort grand plaifir , & dont
l'invention caufa beaucoup
de furprife. Toutes les fois
que Madame la Dauphine a
dancé , pendant les jours de-
T iiij
224 MERCURE
ftinez aux Mafcarades , fa
bonne grace & la jufteſſe de
fon oreille ont toûjours paru ."
Madame la Princeffe de Conty
s'y eft fouvent fait admirer
fous plufieurs habits , mais
fur tout avec un habit Grec,
dont on fut tellement charmé
, que plufieurs en firent
faire de femblables pour les
Bals fuivans . Mes Dames les
Marquifes de Richelieu & de
Bellefonds, fe font fort diftinguées
par divers habits auffi
riches que bien entendus , &
Madame la Marquiſe de Seignelay
a auffi brillé de la mef
1
GALANT. 229
me forte , & fur tout avec un
habit à la Hongroiſe . Je ferois
trop long fi j'entrois dans le
detail de toutes celles qui en
ont eu de tres riches en maf
quant. Quoy que ces habits
n'euffent le Caractere d'aucune
Nation , ils n'en eftoient
ny moins beaux , ny moins
magnifiques , ny moins bien
entendus , & n'en paroient
pas moins les Dames qui les
portoient. Il y a eu encore
un divertiffement , qui pour
n'avoir pas efté du nombre
des Mafcarades qui fe
font faites chez le Roy , n'a
226 MERCURE
pas laiffé d'eftre un des plus
agréables , dont on ayt ja
mais entendu parler. Le Roy
eftant entré un foir chez Madame
de Montefpan , fut furpris
de voir
partement repreſentoit la
Foire de S. Germain. Ce n'étoit
par tout que Boutiques.
remplies de Marchands , &
l'on voyoit mefme des Compagnies
entieres de Perfon
nes qui fe promenoient dans
cette Foire , & qui faifoient
converſation , ou entr'elles,
ou avec les Marchands & les
Marchandes. Enfin , tout ce
que tout fon apGALANT
227
que l'on a couftume de voir
à la Foire, y paroiffoit dépeint
au naturel. C'est ainsi qu'on
doit furprendre pour bien divertir
, & tous ces fortes de
divertiffemens font de bon
gouft.
vous ay promis du Carnaval
de la Cour , pendant les mois
GALANT. 203.
de Janvier & de Fevrier. Les
Divertiffemens n'y ont point
ceffé. L'Opera de Roland y
a efté repreſenté une fois cha
que Semaine , & il y avoit al
ternativement Bal , Comedie
& Opera. Toute la Cour a
maſqué ſept fois , & auroit
continué à fe donner ce plaifir
, fi la mort du Roy d'Angleterre
n'euft interrompu
pour quelques jours tous les
Divertiffemens. Chaque jour
de Maſcarade , Monſeigneur
le Dauphin changeoit quatre
ou cinq fois d'habits , où l'on
n'oublioit rien pour empef
204 MERCURE
cher qu'il ne fuft reconnu. I
furprit toute l'Affemblée dans
la premiere Mafcarade , avec
un habit de Chauve fouris ..
La magnificence & l'invention
ont paru dans tous les
déguiſemens de Monſieur le
Duc. Les habits de fa Troupe.
eſtoient à cette premiereMafcarade
de grandes Robes , de
differentes couleurs , diverfement
& richement chamarées
, d'où fortoit un Col qui
s'élevoit fort haut , & s'abaiſ
foit , & fur lequel paroiffoit
une tefte d'Animal , coeffée
en Chauve fouris. Monfieur
GALANT. 205
le Duc de Bourbon , qui étoit
fous l'une de ces Machines,
avoit un habit de Femme de
Strasbourg. Mademoiſelle de
Bourbon , qui eftoit ſous une
autre , en avoit un de Magicienne,
& les Filles d'honneur
de Madame la Dauphine,
qui en rempliffoient d'autres,
eftoient diverſement vétuës .
Je ne dois pas oublier icy à
vous dire , que Monfieur le
Duc de Bourbon n'avoit encor
fait de fejour à la Cour,
que pendant ce Carnaval , &
qu'il y a paru au fortir de fes
Etudes , avec un air , des ma
206 MERCURE
nieres , & un eſprit auffi libre
que s'il y euft paffé fes premieres
années , & qu'il cust
eu un âge plus avancé . Le
fecond jour qu'on maſqua,
la Maſcarade
de Monſeigneur
le Dauphin repreſentoit toute
la Troupe Italienne . Ce Prin
ce eftoit veſtu en Docteur.
Ceux qui formoient cette
Mafcarade , eftoient Monfieur
le Prince de Conty,
Monfieur le Prince de la
Roche-fur-Yon , M' le Prince
de Turenne , M' le Duc de
Roquelaure , Miles Marquis
de Bellefonds
, d'Alincour
,
GALANT. 207
& de Liancour. Madame la
Dauphine , fit ce jour là une
Mafcarade de Perroquets
,
Monfieur le Duc de Bourbon
parut avec un riche habit
de Seigneur Hongrois , &
Mademoiſelle de Bourbon,
avec un habit de Païfane,
d'une proprieté furprenante.
Monfieur le Duc du Maine,
fe fit admirer le mefme jour,
avec une Maſcarade de petits
vieillards & de petites vieilles.
Rien n'a paru plus beau , &
l'on ne pouvoit ſe laſſer de
les regarder. Ceux qui compofoient
cette Mafcarade ་་
208 MERCURE
eftoient , Monfieur le Duc
du Mayne , Monfieur le
Comte de Thoulouſe , M' de
Manfini , Mi le Marquis de
la Vrilliere , Mademoiſelle de
Nantes , Mademoiſelle de
Blois , & Mademoiſelle de
Château - neuf.
Dans la troifiéme Maſcarade
, Monſeigneur le Dauphin
parut d'abort déguisé
avec quatre vifages. Enfuite,
prit un habit de Flamande
avec un Mafque de Perroquet
, & changea à fon ordinaire
quatre ou cinq fois
d'habit. Monfieur le Duc de
GALANT. 209
Bourbon , parut ce foir là..
avec un habit de Noble Venitien
, & Mademoiſelle de :
Bourbon s'y fit remarquer
par la propreté , & la richeffe
d'un habit magnifique. Toute
la Cour maſqua ce foir là ,,
& le mélange des habits gro
tefques , & fuperbes , eftant
fort agréable à la vuë , divertit
beaucoup.
Le quatrième jour qu'on
mafqua , Monfeigneur le
Dauphin mit pour premier:
habit celuy d'un Operateur,
& tirant feulement un petit
cordon , il parut en un inftant
Mars 1685, Si
210 MERCURE
vétu en grand Seigneur Chinois
. Des changemens auffi
furprenans le firent paroiftre
encore le mefme foir avec
deux autres habits . Monfieur
le Duc de Bourbon mit ce
foir-là un habit de Païfan,
auffi riche que bien entendu .
Monfieur le Duc de Mortemar
, qui fe diftingue en tout
ce qu'il fait , vint à l'Affemblée
du mefme jour avec un
habit tout formé de Manchons
jufqu'à la coëffure. Ils
étoient de differentes couleurs
. Il avoit une Palatine
pour Cravate , & un Mafque
GALANT. 211
qui imitoit le vifage d'un
homme tout tranfi de froid .
Sa barbe paroiffoit toute ge
lée , & les glaçons y pen
doient . Il euft eſté impoflibie
de le reconnoiftre s'il ne te
fuft pas découvert luy- même.
Neuf Quilles & la Boulle fe
trouverent dans le Balle jour
de la cinquiéme Affemblée;
c'eftoit la Mafcarade de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux
qui reprefentoient ces Quilles.
eftoient affis deffous , & de
petites feneftres leur donnoient
de l'air ; jugez par la
de leur contour , & de leur
Sij
212 MERCURE
hauteur ; elles eftoient peintes
de diverfes couleurs . Monſeigneur
le Dauphin fit paroiftrebeaucoup
d'agilité dans quelques-
uns des habits qu'il prit
le refte de la Soirée , les uns,
n'en demandant pas tant que:
les autres . Monfieur le Comte
de Thouloufe fe fit adinirer
en Scaramouche, & l'on n'au
roit pas eu de peine à le pren
dre pour un Amour déguiſé.
Monfieur le Duc de Bourbon
, Mademoiſelle de Bourbon
ne maſquerent ce foir- là
qu'en Avocats , mais ce fut
avec une propreté qui faifoit
GALANT 213
affez connoiftre que les Robes
de ces Avocats - là n'avoient
jamais effuyé la pouf
frere du Palais .
La Mafcarade des Cris de
Paris fut la fixiéme de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux,
qui accompagnoient ce Prince,
étoient Monfieur le Prince.
de Conty, Monfieur le Prince:
de la Roche-fur-Yon , M' le
Grand Prieur, M' le Prince de
Türenne , M le Comte de
Brienne , M' le Prince de
Thingry, M' le Marquis d'Alincourt
, M' le Marquis de:
Courtenyau M de la Roche214
MERCURE
guion , M' de Liencourt, M
de Grignan , & M ' du S.
Efteve. Selon les Meftiers
qu'ils
reprefentoient , ils por
toient ce qu'il y avoit de plus
delicat à boire & à manger, &
quelques uns portoient jufqu'à
des Boutiques garnies.
de ce qui regardoit leur Perfonage
. Monfieur le Duc de
Bourbon , & Mademoiſelle
de Bourbon vinrent ce foirlà
au Bal avec une Troupe de
huit Perfonnnes , dont les ha
bits reprefentoient des Pavil
lons . La Mafcarade de Monfieur
le Duc du Mayne , qui
GALANT. 215
Voicy
parut le mefme foir , étoit de
dix Seigneurs Chinois , & de
cinq Dames Chinoiſes , avec
des habits auſſi magnifiques
,
que bien imaginez .
les Noms de ceux qui compofoient
cette Mafcarade ;
Monfieur le Duc du Mayne,
Monfieur le Comte de Thouloufe
M' de Mancini , M' le
Comte de Cruffol , M de Duras,
M ' de Sully , M' de Gri
gnan , M' le Marquis de la
Vrilliere , M' de Soyecourt,
M' Bontemps, Mademoiſelle
de Nantes , Mademoiſelle de
Blois , Mademoiſelle d'Ufez ,
216 MERCURE
Mademoiſelle de Senneterre,
Mademoiſelle de Chafteauneuf.
Quelques jours avant la
fin du Carnaval Monfeigneur
le Dauphin ayant refolu de
faire une Courſe de Teftes
en maniere de petit Carouſel,
avec des Quadriles , on cher
cha un Sujet, on imagina des
Habits, on les fit, on s'exerça,
& l'on courut enfin fix
jours apres qu'on cut refolu
ce divertiffement . La France
feule eft capable d'executer
des chofes de cette nature en
fi peu de temps . Vous en ſe-.
rez furpriſe , quand vous au
rezz
GALANT. 217
rez ſçeu ce que j'ay à vous en
dire . Le Dimanche de Fevrier,
le
4.
Roy,Madame la Dauphine,
& toute la Cour fe ren-,
dirent à trois heures apres
midy fur les Amphitheatres
du Manege découvert de
Verfailles. La Quadrille de
Monfeigneur le Dauphin entra
auffi- toft dans la Carriere,
au fon des Timbales & des
Trompettes , les Armes de
cette Quadrille eftoient noir
& or , les habits de deffous
noirs & brodez d'or , & toutes
les plumes tant des Hom
mes que des Chevaux étoient
Mars 1685.
T
218 MERCURE
blanches , & les garnitures de
mefme. M le Marquis de
Dangeau , fous le nom de
Charlemagne , entra le premier
comme luge du Camp.
Monfeigneur le Dauphin,
eftoit fous le nom de Zerbin;
Mr le Prince de Tingry, fous
celuy de Renaud ; M' de la
Roche Guyon , fous celuy
d'Aquilan le noir , M' le
Marquis de Liancour , fous
celuy de Grifon le blanc ;
& M' le Marquis d'Antin ,
fous celuy de Roland. La feconde
Quadrille entra auffitoft
apres , précedée de fes
GALANT. 219
Trompettes , & de ſes Timbales
. Les couleurs de cette
Quadrille eftoient or & vert,
avec des plumes blanches, &
mouchetées de vert . M' le
Duc de Gramont eftoit Juge
du Camp. Il entra le premier
fous le nom d'Agra
mant . Monfieur le Prince de
la Roche-fur-Yon , avoit celuy
de Mandricard; M le Duc
de Vandofme , celuy de Gradaffe
, M' le Prince de Turenne
, celuy de Roger ; M' le
Comte de Briône , celuy de
Rodomont
; & M' le Marquis
d'Alincour , celuy de Sacri-
Tij
220 MERCURE
"
pant. On ne peut avoir plus
de fatisfaction
que cette
Courſe en donna aux Spectateurs
, ny meriter plus d'aplaudiffemens
que Monfeigneur
le Dauphin , qui eft le
Prince du Monde , qui a la
meilleure grace les Armes à
la main. Apres une fort
longue difpute , le Prix de
meura à la feconde Quadrille,
& ceux qui la compofoient
le difputerent long - temps entr'eux
; mais enfin , M' le
Prince de Turenne l'emporta
, & reçut de la main du
Roy , au fon des Timbales,
GALANT. 221
& des Trompettes , une Epée
d'or avec de riches Boucles .
Mr du Mont Ecuyer de Monfeigneur
le Dauphin , montoit
un Cheval nud qu'il gouvernoit
, comme auroit pû
faire le plus habile Ecuyer à
qui rien n'auroit manqué,
pour bien manier un Cheval,
fur lequel il auroit eſtémonté.
Je croy que vous fçavez
de quelle maniere fe fait cette
Courſe de teftes. Il faut .
d'abord enemporter une avec
la Lance ; puis on en darde
une autre , on ſe retourne en
faite vers la Meduſe que l'on
T iij
222 MERCURE
darde auffi , apres quoy on
emporte
à l'épée la derniere
tefte , qui eft plus baffe que
les autres. Ie vous
envoyeray
le mois prochain
les Devife's
de tous ceux qui eftoient
de
cette Courſe. Le lendemain
on reprefenta
l'Opera
d'Amadis
à Verſailles . Le Roy
ne l'avoit point encore veu ,
parce que cet Opera
avoit
paru dans l'année de la mort
de la Reyne , & vous fçavez
que pendant
ce temps , le
Roy n'a pris aucun divertiſ
fement. Le jour ſuivant
qui
eftoit le dernier du Carnaval,
GALANT. 223
la Mafcarade deMonfeigneur
le Dauphin , eftoit d'un Marquis
de Mafcarille porté en
Chaife , avec un équipage
convenable à fon fracas d'ajuſtement,
Monfieur le Comte
de Thoulouſe maſqua ce
foir là avec un habit de Perfan,
& charma toute la Cour.
Parmy les Maſcarades qui ont
le plus diverty , il y en a cu
une de Suiffes , qui a donué
un fort grand plaifir , & dont
l'invention caufa beaucoup
de furprife. Toutes les fois
que Madame la Dauphine a
dancé , pendant les jours de-
T iiij
224 MERCURE
ftinez aux Mafcarades , fa
bonne grace & la jufteſſe de
fon oreille ont toûjours paru ."
Madame la Princeffe de Conty
s'y eft fouvent fait admirer
fous plufieurs habits , mais
fur tout avec un habit Grec,
dont on fut tellement charmé
, que plufieurs en firent
faire de femblables pour les
Bals fuivans . Mes Dames les
Marquifes de Richelieu & de
Bellefonds, fe font fort diftinguées
par divers habits auffi
riches que bien entendus , &
Madame la Marquiſe de Seignelay
a auffi brillé de la mef
1
GALANT. 229
me forte , & fur tout avec un
habit à la Hongroiſe . Je ferois
trop long fi j'entrois dans le
detail de toutes celles qui en
ont eu de tres riches en maf
quant. Quoy que ces habits
n'euffent le Caractere d'aucune
Nation , ils n'en eftoient
ny moins beaux , ny moins
magnifiques , ny moins bien
entendus , & n'en paroient
pas moins les Dames qui les
portoient. Il y a eu encore
un divertiffement , qui pour
n'avoir pas efté du nombre
des Mafcarades qui fe
font faites chez le Roy , n'a
226 MERCURE
pas laiffé d'eftre un des plus
agréables , dont on ayt ja
mais entendu parler. Le Roy
eftant entré un foir chez Madame
de Montefpan , fut furpris
de voir
partement repreſentoit la
Foire de S. Germain. Ce n'étoit
par tout que Boutiques.
remplies de Marchands , &
l'on voyoit mefme des Compagnies
entieres de Perfon
nes qui fe promenoient dans
cette Foire , & qui faifoient
converſation , ou entr'elles,
ou avec les Marchands & les
Marchandes. Enfin , tout ce
que tout fon apGALANT
227
que l'on a couftume de voir
à la Foire, y paroiffoit dépeint
au naturel. C'est ainsi qu'on
doit furprendre pour bien divertir
, & tous ces fortes de
divertiffemens font de bon
gouft.
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Résumé : Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Le texte décrit les divertissements de la cour pendant les mois de janvier et février, marqués par une série de mascarades et de spectacles. Chaque semaine, l'opéra de Roland était représenté, alternant avec des bals, des comédies et des opéras. La cour a participé à sept mascarades, brièvement interrompues par la mort du roi d'Angleterre. Le Dauphin a changé plusieurs fois d'habits lors de chaque mascarade, se déguisant notamment en docteur, en Flamande et en opérateur. Le Duc de Bourbon et Mademoiselle de Bourbon ont également participé avec des déguisements variés, tels que des habits de magicienne, de seigneur hongrois et de païfane. Les thèmes des mascarades incluaient la troupe italienne, les perroquets et les petits vieillards. Le Duc du Maine a impressionné avec une mascarade de petits vieillards et vieilles. Ces événements étaient caractérisés par une grande magnificence et inventivité dans les déguisements. Le Carnaval s'est conclu par une course de têtes, un spectacle équestre où le Dauphin et d'autres nobles ont participé, déguisés en personnages célèbres. Cette course a été suivie par une représentation de l'opéra d'Amadis à Versailles. D'autres divertissements incluaient une mascarade de Suisses et une représentation de la foire de Saint-Germain chez Madame de Montespan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 209-219
Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Je ne pus vous apprendre la derniere fois ce qui se [...]
Mots clefs :
Louvre, Fête de Saint-Louis, Procession, Carmes, Reliques, Prévôt, Église, Marquis, Communauté, Piété, Monarque, Famille royale, Bénédiction, Trompettes, Ornements
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texteReconnaissance textuelle : Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
Je ne pus vous apprendre
la derniere fois ce qui fe
Septembre 1685.
qui
210 MERCURE
paffa au Louvre le jour de la
Fefte de S. Louis , parce que
le mois eftoit déja tropavan
cé. Les Carmes du grand
Convent
y allerent ce jourlà
en Proceffion
, comme ils y
vont tous les ans, pour rendre
graces à Dieu du recouvrement
de la fanté du Roy ,
qui eſtant attaqué à Calais
d'une Fiévre pourprée
, eut
recours aux interceffions
de
Saint Roch , qu'on implore
en de pareilles
occaſions
.
Les Carmes
de la Place
Maubert
firent porter les
Reliques
de ce Saint à DunGALANT
211
a
querque , & Sa Majefté fe
fentant guerie , voulut à fon
retour à Paris , imiter la
Reynefa Mere , & rendre les
Pains Benits , à la Chapelle
de Saint Roch érigée en l'E
glife des Carmes , ou plu
toft , ce Prince voulut par
cette action reconnoiftre le
merite d'un fr grand Saint-
Meffieurs les Prevoft des
Marchands & Echevins de
Paris , firent auffi voeu d'al
ler tous les ans le jour de
Saint Louis à l'Eglife des
Carmes , & d'accompagnerr
les Reliques que ces Peress
S.ijj
212 MERCURE
portent à la Chapelle du
Louvre , où l'on chante une
grande Meffer, & où à l'ex
xemple du Roy , le Paint
Benit eft rendu par des Perfonnes
du premier rang.
Deux mois avant la Fefte de
Saint Louis , les Carmes , &
Mrs de la Confrairie de Saint
Roch , jettent les yeux fur
celuy à qui ils veulent fairel
cét honneur , & il est tombé
cette année fur M le Mari
quis de Bullion Prevoft de
Paris. Le P. Valentin leMulier
, avec quatre Religieux
du mefme Ordre
,
accompa
GALANT 213
de
griez de tous les Marguilliers
& Confreres de Saint
Rochs'eftant rendu chez
M. de Bullion , luy dit qu'il
eftoit fupplié au nom du
Prieur & de tous les Religieux
de la Communauté
des Carmes , ainfi que
tous ceux qui compoſent la
Confrairie Royale de Saint
Roch , des vouloir bien fe
charger des voeux de toute
la Ville , & animer par fon
exemple la pieté publique,
à rendre à Saint Roch les
devoirs annuels. Il ajoûta
qu'il imiteroit en cela le
214 MERCURE
plus grand Monarque du
monde, & toute la Famille
Royale , & qu'ils venoient
luy offrir des Benedictions
du Ciel , qu'il attireroit fans
doute fur luy par fon zele,
& lefquelles ils folliciteroient
fans ceffe la bonté de
Dieu de verfer " abondam--
ment fur fa Perfonne , & fur
toute fa Famille. M de :
Bullion leur fit connoiftre
qu'il n'oublieroit rien pour.
répondre à l'honneur qu'on
luy faifoit.
Le jour de S. Loüis, la Proceffion
dont je viens de vous
GALANT 215
parler, fe renditauLouvre das
Fordre fuivant.Les Timbales
& les Trompettes eftoient
précedées du Bâton de la
Confrairie de Saint Roch,
aux coftez duquel on voyoit
de grandes Torches , où les
Armes de la Ville eftoient
attachées . Les Pains Benits
fuivoient avec les plus magnifiques
ornemens dont
on a coûtume de les enrichir.
Ils eftoient accompa
gnez de douze Gardes de
M'de Bullion , & portez par
douze Perfonnes de fes Livrées
, fuivies de plufieurs
216 MERCURE
autres
pour les relayer.
Aprés les quatrePains Benits
marchoient l'Aumônier , le
Maistre d'Hoſtel , & plufieurs
Domestiques du mefme
Mr de Bullion. Toutes
les Reliques de l'Eglife des
Carmes paroiffoient enfuite
. Au milieu , eftoient
celles de Saint Roch , portées
toutes par des Bourgeois
vétus de noir, hors celle
de la Sainte Epine , que
des Religieux portoient . Elle
eftoit environnée d'un
tres- grand nombre de Torches
, & de Flambeaux aux
Armes
•
GALANT. 217
You
Armes de la Ville , & de toute
la Communauté des Carmes
, compofée de cent.Religieux.
Meffieurs les Prevoft
, Echevins & Offi
ciers de Ville marchoient
aprés eux , accompagnez de
cinquante Archers , il y en
avoit auffi plufieurs qui précedoient
la Proceffion , &
d'autres qui l'attendoient
au Louvre. Mr de Riants ,
Ancien Procureur du Roy
au Chaftelet , & Aumônier
d'honneur , & perpetuel de
cette Confrairie fuivoit
Meffieurs de Ville , & préce-
Septembre 1685.
T
218 MERCURE
doit les Confreres de Saint
Roch. La Proceffion eftant
arrivée au Louvre , M¹ de
> Bullion s'y rendit
placé dans un lieu de diſtin-
& fut
ction , où il y avoit une
Chaife pour luy . Les Trompettes
& les Timbales précederent
les Pains qu'on devoit
benir , lors qu'on les
porta devant l'Autel pour
cette Cerémonie. Ils furent
fuivis de l'Aumônier du
Maiſtre d'Hoſtel , & du reste
des Domeſtiques . M. le
Marquis de Bullion alla enfuite
à l'Offrande avec un
,
1
GALANT . 219
Cierge chargé d'Ecus d'or,
outre lefquels il en donna
encore autant à l'oeuvre de
la Confrairie de Saint Roch .
la derniere fois ce qui fe
Septembre 1685.
qui
210 MERCURE
paffa au Louvre le jour de la
Fefte de S. Louis , parce que
le mois eftoit déja tropavan
cé. Les Carmes du grand
Convent
y allerent ce jourlà
en Proceffion
, comme ils y
vont tous les ans, pour rendre
graces à Dieu du recouvrement
de la fanté du Roy ,
qui eſtant attaqué à Calais
d'une Fiévre pourprée
, eut
recours aux interceffions
de
Saint Roch , qu'on implore
en de pareilles
occaſions
.
Les Carmes
de la Place
Maubert
firent porter les
Reliques
de ce Saint à DunGALANT
211
a
querque , & Sa Majefté fe
fentant guerie , voulut à fon
retour à Paris , imiter la
Reynefa Mere , & rendre les
Pains Benits , à la Chapelle
de Saint Roch érigée en l'E
glife des Carmes , ou plu
toft , ce Prince voulut par
cette action reconnoiftre le
merite d'un fr grand Saint-
Meffieurs les Prevoft des
Marchands & Echevins de
Paris , firent auffi voeu d'al
ler tous les ans le jour de
Saint Louis à l'Eglife des
Carmes , & d'accompagnerr
les Reliques que ces Peress
S.ijj
212 MERCURE
portent à la Chapelle du
Louvre , où l'on chante une
grande Meffer, & où à l'ex
xemple du Roy , le Paint
Benit eft rendu par des Perfonnes
du premier rang.
Deux mois avant la Fefte de
Saint Louis , les Carmes , &
Mrs de la Confrairie de Saint
Roch , jettent les yeux fur
celuy à qui ils veulent fairel
cét honneur , & il est tombé
cette année fur M le Mari
quis de Bullion Prevoft de
Paris. Le P. Valentin leMulier
, avec quatre Religieux
du mefme Ordre
,
accompa
GALANT 213
de
griez de tous les Marguilliers
& Confreres de Saint
Rochs'eftant rendu chez
M. de Bullion , luy dit qu'il
eftoit fupplié au nom du
Prieur & de tous les Religieux
de la Communauté
des Carmes , ainfi que
tous ceux qui compoſent la
Confrairie Royale de Saint
Roch , des vouloir bien fe
charger des voeux de toute
la Ville , & animer par fon
exemple la pieté publique,
à rendre à Saint Roch les
devoirs annuels. Il ajoûta
qu'il imiteroit en cela le
214 MERCURE
plus grand Monarque du
monde, & toute la Famille
Royale , & qu'ils venoient
luy offrir des Benedictions
du Ciel , qu'il attireroit fans
doute fur luy par fon zele,
& lefquelles ils folliciteroient
fans ceffe la bonté de
Dieu de verfer " abondam--
ment fur fa Perfonne , & fur
toute fa Famille. M de :
Bullion leur fit connoiftre
qu'il n'oublieroit rien pour.
répondre à l'honneur qu'on
luy faifoit.
Le jour de S. Loüis, la Proceffion
dont je viens de vous
GALANT 215
parler, fe renditauLouvre das
Fordre fuivant.Les Timbales
& les Trompettes eftoient
précedées du Bâton de la
Confrairie de Saint Roch,
aux coftez duquel on voyoit
de grandes Torches , où les
Armes de la Ville eftoient
attachées . Les Pains Benits
fuivoient avec les plus magnifiques
ornemens dont
on a coûtume de les enrichir.
Ils eftoient accompa
gnez de douze Gardes de
M'de Bullion , & portez par
douze Perfonnes de fes Livrées
, fuivies de plufieurs
216 MERCURE
autres
pour les relayer.
Aprés les quatrePains Benits
marchoient l'Aumônier , le
Maistre d'Hoſtel , & plufieurs
Domestiques du mefme
Mr de Bullion. Toutes
les Reliques de l'Eglife des
Carmes paroiffoient enfuite
. Au milieu , eftoient
celles de Saint Roch , portées
toutes par des Bourgeois
vétus de noir, hors celle
de la Sainte Epine , que
des Religieux portoient . Elle
eftoit environnée d'un
tres- grand nombre de Torches
, & de Flambeaux aux
Armes
•
GALANT. 217
You
Armes de la Ville , & de toute
la Communauté des Carmes
, compofée de cent.Religieux.
Meffieurs les Prevoft
, Echevins & Offi
ciers de Ville marchoient
aprés eux , accompagnez de
cinquante Archers , il y en
avoit auffi plufieurs qui précedoient
la Proceffion , &
d'autres qui l'attendoient
au Louvre. Mr de Riants ,
Ancien Procureur du Roy
au Chaftelet , & Aumônier
d'honneur , & perpetuel de
cette Confrairie fuivoit
Meffieurs de Ville , & préce-
Septembre 1685.
T
218 MERCURE
doit les Confreres de Saint
Roch. La Proceffion eftant
arrivée au Louvre , M¹ de
> Bullion s'y rendit
placé dans un lieu de diſtin-
& fut
ction , où il y avoit une
Chaife pour luy . Les Trompettes
& les Timbales précederent
les Pains qu'on devoit
benir , lors qu'on les
porta devant l'Autel pour
cette Cerémonie. Ils furent
fuivis de l'Aumônier du
Maiſtre d'Hoſtel , & du reste
des Domeſtiques . M. le
Marquis de Bullion alla enfuite
à l'Offrande avec un
,
1
GALANT . 219
Cierge chargé d'Ecus d'or,
outre lefquels il en donna
encore autant à l'oeuvre de
la Confrairie de Saint Roch .
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Résumé : Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
En septembre 1685, une procession organisée par les Carmes du grand couvent se rendit au Louvre pour célébrer la fête de Saint Louis et remercier Dieu pour la guérison du roi Louis XIV, qui avait été atteint d'une fièvre pourprée à Calais et avait invoqué l'intercession de Saint Roch. Les Carmes de la Place Maubert portèrent les reliques de Saint Roch à Dunkerque. Une fois guéri, le roi décida de rendre hommage à Saint Roch en offrant des pains bénits à la chapelle de Saint Roch dans l'église des Carmes, imitant ainsi sa mère, la reine mère. Les Prévôts des Marchands et Échevins de Paris firent vœu d'accompagner annuellement les reliques à la chapelle du Louvre, où une grande messe était chantée et des pains bénits étaient distribués. Deux mois avant la fête de Saint Louis, les Carmes et les membres de la confrérie de Saint Roch choisirent la personne chargée de représenter la ville. Cette année-là, le choix se porta sur Monsieur de Bullion, Prévôt de Paris. Le Père Valentin Lemulier, accompagné de quatre religieux, se rendit chez Monsieur de Bullion pour lui demander de se charger des vœux de la ville et d'encourager la piété publique envers Saint Roch. Le jour de la fête de Saint Louis, la procession se rendit au Louvre. Elle comprenait des timbales, trompettes, torches, pains bénits ornés, gardes, domestiques, et les reliques des Carmes, notamment celles de Saint Roch portées par des bourgeois vêtus de noir. Les Prévôts, Échevins et officiers de la ville, accompagnés d'archers, suivirent la procession. À l'arrivée au Louvre, Monsieur de Bullion prit place dans un lieu distinctif et participa à la cérémonie de bénédiction.
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3
p. 171-225
Tout ce qui s'est fait le jour qu'ils ont esté à l'Audience du Roy à Versailles, les Ceremonies qui ont esté observées avec les complimens qu'ils ont faits à la pluspart des Princes & Princesses de la Maison Royale, [titre d'après la table]
Début :
Le Roy estant guery de la Fiévre-quarte, dont il [...]
Mots clefs :
Roi, Roi de Siam, Trône, Audience, Ambassadeur, Ambassadeurs, Gardes du corps, Prince, Galerie, Duc de La Feuillade, Dauphin, Gardes de la porte, Suisses, Bonnets, Fleurs, Inclinations, Religion, Parler, France, Officiers, Versailles, Gardes françaises, Louvre, Trompettes, Compliments, Cérémonies, Maison royale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est fait le jour qu'ils ont esté à l'Audience du Roy à Versailles, les Ceremonies qui ont esté observées avec les complimens qu'ils ont faits à la pluspart des Princes & Princesses de la Maison Royale, [titre d'après la table]
Le Roy estant guery de
la Fiévre- quarte , dont il
ayoit eu quelques accés ,
declara qu'il donneroit
Audience aux Ambaſſadeus
le premier jour de
Septembre . Ce jour - là
M'le Maréchal Duc de la
Feuillade, M'de Bonneuil,
Introducteur des Ambaffadeurs
, &M* Giraut, qui
맥 l'accompagne toujours
dans cette fonction , les
Pij
172 Voyage des Amb.
allerent prendre à l'Ho
ſtel des Ambaſſadeurs ,
dans les Caroffes du Roy,
& de Madame la Dauphine
, avec pluſieurs autres
Caroſſes de ſuite. M.
de la Feuillade leur marqua
la joye qu'il avoit de
les venir querir pour les
mener à l'Audience du
Roy , & leur dit qu'il auroit
l'honneur deles conduire
à toutes les Audiences
que leur donneroit Sa
Majefté. Le premier Amde
Siam.
173
.
a
baffadeur luy fit connoiſtre
l'extrême paffion qu'-
ils avoient de voir le Roy,
&luy dit, Que cet heureux
jour, pour lequel ils avoient
traverſé tant de Mers ,
estoit enfin arrivé Ils monterent
enfuite dans le Caroffe
du Roy , qui fut environné
de pluſieurs Va-
Iets de pied de Sa Majeſté
, & précedé par ceux
de M. de la Feuillade. Ils
s'entretinrent pendant la
plus grande partie du che-
Pij
174 Voyage des Amb.
min de la Religion des Siamois
, dont M. de la Feuillade
demanda les particularitez
. L'Ambaffadeur
luy répondit avec beaucoup
d'eſprit , Que tout ce
qu'on diſoit d'une Religion
inconnuë devoit d'abord
paroiftre ridicule à des per
Sonnes qui n'en avoient
nulle connoiffance , & qui
en profefforent une autre ,
parce qu'il eft naturel de
croire toûjours la Religion
que l'on a embraßee , 04
deSiam.
175
汇
dans laquelle on est né , la
1 meilleure de toutes , esqu'-
+ enfin il falloit plus de temps
pour parler à fond fur une
Afi grande matiere, &entrer
dans des details qui de
mandoient plus d'application
qu'ils n'en pouvoient
alors donner; qu'autrement
201
e
01
les choses les plus réelles pa-
* roiſſoient fans fondement
Es sans vray -Semblance..
Aprés cela ilsentrerent.en
10
conversation, & l'Ambaf_
fadeur ayant expliqué à
Pij
176 Voyage des Amb.
peu prés les chofes que je
vous ay déja marquées ſur
leur Religion , en ajoûta
trois , qu'il dit en eſtre les
trois principaux points ,
qui font, l'Amour des Ennemis
, l'Humilité , & la
Penitence.
Comme on ne peut aller
à Versailles fans voir
Saint Cloud & Meudon ,
& que ces Maiſons paroiffent
beaucoup , on dit
à l'Ambaſſadeur que l'une
appartenoit à Monfieur,
deSiam. 177
1
Frere unique de Sa Majeſté
, & l'autre à M. de
Louvois , Miniſtre d'Etat .
Il dit qu'il ne s'étonnoit
point de voir de fi belles
- Maiſons dans le Royaume,
Essur tout aprés le haut
point de gloire où le Roy avoit
mis la France. Enfin
on arriva à Versailles par
la grande avenuë, aprés
une converſation toute
pleine d'eſprit. Il y avoit
e dans la premiere Court
r mille hommes du Regi
178 Voyage des Amb.
ment des Gardes Françoi
fes& Suiffes ſous les armes
. Ils estoient tous veftus
en Juſteau corps rouges
brodez , & formoient
cinq files de chaque cofté,
Enſeignes déployées , &
tous lesOfficiers laPique à
la main. Les Suiffes eftoiet
à droite , & les François
à gauche , mais fans qu'ils
changent de diſpoſition ,
les François fe trouvent à
la droite de ceux qui fortent
du Chafteau , & les
de Siam. 179
S
ر
a
es
Suiffes à la gauche . On dit
aux Ambaſſadeurs que
c'eſtoit la Garde ordinaire
de dehors , qui monte
tous les trois jours. On
trouva les Gardes de la
Porte, qui formoient deux
hayes au delà de la porte
de la feconde Court . Ces
Gardes font pour ouvrir
la porte à ceux dont les
Caroffes ont droit d'enrrer
dans le Louvre ; ils
ne la gardent point la
nuit , & à fix heures du
180 Voyage des Amb.
ſoir les Gardes du Corps
en prennent poffeffion .
Les Ambaſſadeurs furent
conduits dans une Salle
appellée la Salle de Def
cente. C'est un lieu où l'on
mene tous les Ambaſſadeurs
en attendant l'heure
de l'Audience . On leur
fervit à déjeuner , mais ils
ne voulurent point manger
; ils ſe laverent feulement
, car ils font d'une
propreté extraordinaire .
Ils mirent enfuire les Bonde
Siam. 181
nets qui marquent leur
Dignité , & dont je vous
ay déja parlé. Ils ont au
bas de ces Bonnets , des
Couronnes d'or larges de
deux à trois doigts , d'où
fortent des fleurs faites de
feuilles d'or tres- minces ,
au milieu deſquelles font
1 quelques Rubis à la place
de la graine . Comme les
feüilles d'or qui forment
ces fleurs font fort lege-
-fres , elles ont un mouvement
qui les fait paroiſtre
e.
182 Voyage des Amb.
toûjours agitées. Le troifiéme
Ambaſſadeur n'a
point de ces fleurs autour
de ſa Couronne , il n'a
qu'un Cercle d'or large
de deux grands doigts &
cizelé. Lors qu'ils faifoient
travailler à ces Couronnes
par un Orphévre de
Paris , cét Orphévre leur
ayant dit qu'elles eſtoient
bien legeres , le premier
Ambaſſadeur répondit ,
Qu'ils les faisoient faire
pour des hommes, & quefi
de Siam. 183
10
هللا
be
elles estoient plus lourdes, il
les faudroit donner à porter
àdesBeftes . Leshuit Mandarins
qui accompagnent
les Ambaſsadeurs,ont une
pareille coëfure de Moufſeline
, mais il n'y a point
de Couronne autour de
leurs Bonnets. Ceux à qui
ces marquesde dignitéont
eſté données , n'oferoient
paroiftre devant le Roy
de Siam ſans les avoir,
L'heure de l'Audience étant
venuë , l'Introduce
184 Voyage des7
Amb.
teur des Ambassadeurs les
vint avertir que le Roy étoit
preſt á ſe mettre dans
fon Trône , & qu'il eſtoit
temps de partir. Il faut remarquer
que la Salle où
ils eftoient , regarde prefque
l'Eſcalierpar lequel ils
devoient monter chez le
Roy , & que pour ſe rendre
à cét Efcalier , il falloit
qu'ils traverſaffent la
Court. Ils trouverent en
haye dans cette Court les
Gardes de la Prevoſté, &
de Siam. 185
lesCent- Suiſses en approchant
de l'Eſcalier . M
Giraut marchoit à la teſte
des Domeſtiques des Ambassadeurs
; M' de Blainville
, grand Maiſtre des
Ceremonies , M. de Bon-
1 neuil Introducteur des
Ambassadeurs , & M
- Stolff Gentilhomme or-
Idinaire de la Maiſon du
| Roy , & nommé par Sa
Majesté pour les accom- el
pagner pendant tout le
| temps qu'ils feront ent
உ
186 Voyage des Amb.
France , venoient enfuite.
La Lettre du Roy de Siam
eſtoit portée par douze
Suifses dans la mesme
machine qui estoit à la
ruelle du Lit du premier
Ambassadeur , & que je
vous ay déja fait voir
gravée , & l'on portoit
quatre Parasols pour
couvrir cette Machine.
On avoit ordonné que
pour faire honneur à cette
Lettre , ily auroit au pied
de l'Escalier , en dehors ,
1
1
de Siam. 187
e
trente-fix Tambours , &
و
vingt - quatre Trompetes.
Les trois Ambaſsa
deurs marchoient de
front avec M² de la Feuillade
, & l'on portoit auprés
d'eux les marques de
leur dignité , qui font de
grandes Boetes rondes cizelées
avec des couvercles
relevez . C'eſt le Roy
de Siam qui les donne , &
l'on ne paroiſt jamais de--
vant luy ſans les avoir..
Elles font differentes auf
4
Qij
188 Voyage des Amb.
fi- bien que les Couronnes
, & font connoiſtre le
rang de ceux à qui elles apartiennent.
LesCours du
Chasteau estoient toutes
remplies de monde pour
voir paffer les Ambaffadeurs
. Ils trouverent deux
hayes desCent Suiffes, fur
le grand Efcalier , dont les
Eaux joüoient & faifoient
plufieurs napes dans le
milieu. Ils le traverſerent
au bruit des Fanfares des
yingt- quatre Trompetes
de Siam.
197
a
les falüa auffi. On ne
ſçauroit rien repreſenter
où le reſpect puiſse eftre
plus marqué , qu'il
l'eſtoit fur le viſage des
Ambassadeurs & de tous
ceux de leur fuire. Ils l'imprimerent
dans tous les
coeurs , & cette extreme
veneration qu'ilsfirent paroiſtre
pour laPerſonne de
Sa Majesté, leur attira de
S
S
grandes loüanges. Le Roy
avoit à la droite de fon
Trône Monſeigneur le
Riij
198 Voyage des Amb.
Dauphin , Monfieur le
Duc de Chartres , Monfieur
le Duc de Bourbon,
& Monfieur le Comte
de Toulouſe ; & à fa gauche,
Monfieur , Monfieur
le Duc , & Monfieur le
Ducdu Maine . Sonhabit
eftoit brodé à plein. Il y
avoit deſsus pour plufieurs
millions de Pierreries
, leſquelles formoient
en beaucoup d'endroisles
ornemens de la broderie.
Tous les Princes avoient
de Siam.
199
۲
د
des habits ou brodez , ou
de brocards d'or tous
couverts de Pierreries.Celuy
de Monfieur eftoit
noir , à cauſe que ce Prince
porte le deuil, & cette
couleur donnant un plus
vif éclat aux Diamans
dont il eſtoit remply, il n'y
avoit rien de plus brillant..
L'habit de Monfieur le
Duc du Maine estoit auffi
【
S
diftingué par un tresgrand
nombre de Rubis .Tous les
حا
grands Officiers du Roy
ו
Riiij
200 Voyage des Amb.
M.le Duc de Montaufier,
& ceux qui ont des Survivances
, eſtoient derriere
Sa Majesté , & derriere
ces Princes. Aprés
les troifiémes inclinations
dont je vous viens de parler
, le premier Ambaffadeur
commença ſa Harangue
. Quand il eut achevé,
M'l'Abbé de Lionne
, qui l'avoit traduire ,
la lût en François . Comme
c'eſt une Piece qui
peut eftre dérachée , je la
de Siam. 201
referve pour la fin de cette
Relation , afin de n'interrompre
pas les particularitez
de l'Audience.
M² l'Abbé de Lionne
ayant ceffé de parler ,
le premier Ambaſſadeur
monta pour remettre la
Lettre du Roy de Siam
entre les mains de SaMajeſté.
Les deux autres l'accompagnerent
, mais ils
laifferent toûjours une
marche entre eux , & le
premier Ambaſſadeur; ain202
Voyagedes Amb.
fi ils n'approcherent pas fi
prés . Le Roy ſeleva pour
prendre la Lettre , & la
reçeut debout , &découvert.
Enfuite Sa Majesté
appella M² l'Abbé de
Lionne , & luy dit qu'il
demandaſt à l'Ambaffadeur
des nouvelles de la
Santé du Roy de Siam, &
en quel eſtat il l'avoit
laiſsé quandil eſtoit party.
Le Roy demanda auſſi des
nouvelles de la Santé de
la Princeſse Reyne , & a
de Siam. 203
1
prés les réponſes de l'Ambaſsadeur,
Sa Majesté luy
ba
dit , Que s'il avoit quelque
choſe à luy propoſer , il le
pouvoitfaire,esqu Elle l'écouteroit.
L'Ambassadeur
demeura fi penetré des
bontez du Roy , qu'il ne
répondit qu'en ſe profternant
le plus bas qu'il put,
Ils recommencerent tous
juſqu'à trois fois les mefmes
inclinations qu'ils avoient
faires en s'approchant
du Trône du Roy,
204 Voyage des Amb.
& fe retirerent ayant toujours
les mains jointes, &
marchant à reculons jufqu'au
bout dela Galerie .
Ils ne ſe retournerent que
lors qu'ils ne pûrent plus
voir le Roy , qui demeura
dans ſon Trônejuſqu'à ce
qu'ils fuſsent fortis de la
Galerie. Comme ils avoient
traverſé tous les
Appartemens fans tourner
les yeux d'aucun coſté
, ſe croyant à tous momens
fur le point de pa
de Siam. 189
2
S
qui ſuivirent. Quand on
fut au haut de l'Efcalier ,
le premier Ambaffadeur
prit dans la Machine un
Vaſe où l'on avoit mis la
Boëte d'or qui renfermoit
la Lettre du Roy fon
Maistre , & le donna à
porter au troifiéme Ambaſſadeur
, puis l'on entra
dans la premiere Salle
des Gardes . Les Gardes du
Corps estoient en haye,
& fort ferrez des deux
coftez des deux premieres
190 Voyage des Amb.
Salles du grand Aparte
ment du Roy . M'le Duc
de Luxembourg les receut
à la porte de la premiere
avec trente Officiers
des Gardes fort lettes
& en jufte-au- corps bleu.
Le compliment de M'de
Luxembourg eftant finy ,
il accompagna les Ambaffadeurs
avec tous les Officiers
de ſa fuite , juſques
au bout de la Galerie où
eſtoir le Trône du Roy ,
& les Trompetes qui é
de Siam. 191
toient entrez avec les
meſmes Ambaffadeurs
pour accompagner la Lettre
du Roy de Siam,&luy
faire plus d'honneur,joue
rent juſques au bout de
la ſeconde Salle où les
Gardes du Corps eſtoient
en haye , & ne pafferent
point dans le reſte de l'Appartement,
que tous ceux
que je vous ay marquez
traverſerent. Ils entrerent
enfuite dans le Salon qui
eſt au bout de l'Apparte
192 Voyage des Amb.
ment , & par lequel on
va dans la Galerie , &
dés qu'ils furent ſous la
grande Arcade qui la ſepare
de ce Salon , & d'où
l'on pouvoit voir le Roy
en face , ils firent trois
profondes inclinations , &
tenant leurs mains jointes
, ils les éleverent autant
de fois juſques à leur
front . Ils firent la meſme
choſe au milieu de la Galerie,
dans laquelle étoient
environ quinze cens perſonnes
deSiam.
193
ſonnes , ce quiformoit fix
à fept rangs de chaque
cofté,& malgré cette foule
M'le Duc d'Aumont,
premier Gentilhomme de
la Chambre d'année , &
qui en cette qualité commandoit
dans lesAppartemens
avoit fi bien pris
ſes meſures , que fix perſonnes
pouvoient paffer
de front dans l'eſpace qui
reftoit vuide au milieu de
la Galerie . Le Trône d'argent
du Roy estoit poſé
د
R
194 Voyage des Amb.
fur une Eſtrade elevée de
neuf marches , & les marches
eftoient couvertes
d'un Tapis à fonds d'or.
Il y en avoit encore un
plus riche ſur l'eſplanade
, & autour de ce Tapis
eftoit une campanne
en broderie qui débordoit
fur la neuvième marche.
Les coſtez de ces neuf
marches eftoient garnis
de grandes Torcheres
d'argent de neuf pieds de
haut,&par delà les mar
de Siam. 195
ches , en élargiſſant toujours
, il y en avoit environ
dans l'eſpace de quatorze
ou quinze pieds de
long, entremelez de grandes
Buires , & de grands
Vaſes d'argent . Cet efpace
eſtoit pour mettre la
fuite des Ambaſſadeurs .
Comme elle precedoit ,
elley fut rangée à droite
& à gauche par M'Giraut ,
& ceux qui la compofoient
ſe profternerent
auffi - toft .Ils auroient toû-
Rij
196 Voyage des Amb.
jours eu le viſage contre
terre , fi le Roy n'euſt
permis qu'ils le regardaffent.
Lors qu'on en parla
à Sa Majesté , Elle dit,
Qu'ils estoient venus de
trop loin pour ne leur pas
permettre de le voir Quand
les trois Ambaſſadeurs furent
au pied de l'Eſtrade ,
ils firent leurs troiſiémes
inclinations , & les firent
fi profondes , qu'on
peut dire , que leur tefte
toucha la terre ; le Roy
de Siam.
205
roiſtre devant le Roy, la
beauté & la richesse des
Appartemens les furprirent
en fortant, & cedant
alors à la curiofité , ils ſe
détacherent pour en regarder
les Meubles . On
leur dit qu'on les ameneroit
tout exprés , afin qu'-
ils pûffent les voir à loifir ,
& le premier Ambaffadeur
répondit , Que c'eftoient
des choses à voir plus
d'une fois. Ils furent reconduits
dans la Salle où
206 Voyage des Amb.
,
ils eftoient defcendus en
arrivant ; & aprés qu'ils
s'y furent un peu repoſez ,
& qu'ils eurent ofté leurs
Bonnets de Ceremonie ,
on les mena dans une autre
Salle , où l'on avoit
ſervy un magnifique Difné.
Ils estoient tout remplis
de l'air majestueux &
delabontédu Roy , & en
parlement avec admiration
pendant la plus grande
partie du Repas ; ce
qu'ils font encore tous
de Siam .
T
0
207
les jours. M'de la Feüillade
diſna avec eux , &
fut placé à la droite entre
le premier , & le fecond
Ambaſſadeur . A la gauche
eſtoient le ſecond Ambaffadeur,
& M² de Bonneüil
enfuite ; à la droite M.
Stolf, à la gauche M. le
Chevalier de Chaumont;
à la droite les huit Mandarins
, à la gauche & vis
à vis , M' Delrieu , Maiftre
d'Hoſtel ordinaire de
la Maiſon du Roy , M.
r
208 Voyage des Amb.
l'Abbé de Lionne , & M.
Giraut. La Table estoit à
Pans,& comme elle estoit
extrémement grande , &
qu'il auroit eſté impoffible
que le plus grand
homme euſt placé des
plats juſques au milieu ,
on yavoit mis cinq Corbeilles
d'argent remplies
des plus belles fleurs, qui
toutes enſemble formoient
une piramide tresagreable.
Les plats furent
portez par les Cent Suif
de Siam. 209)
fes du Roy, ayant en tefte
M² de Riveroles , Controleur
de la Maiſon de Sa
Majeſté. Il y eur trois Services
,fans celuy du Fruit,,
& chaque fervice fut de
trente grands Plats , fans.
comprer les Hors- d'oen--
vre , & les Salades . Le
Defferr eſtoit parfaites
ment beau , & de pirami--
des fort élevées , & le
coloris des fruits , des
fleurs , & des confitures
1
ſeches faifoir un effer
2
S
210 Voyage des Amb.
plaiſant à la veuë. On fervit
quantité de Sous- coupes
, les unes remplies de
differentes liqueurs , &
les autres couvertes de
Taffes , remplies de toutes
fortes d'Eaux glacées ,
Onferviten meſme temps
une autre Table dans un
autre endroit , pour les
Secretaires , & les autres
Perſonnes de la fuite des
Ambaſſadeurs , fans celle
qui fut fervie pour les
Domestiques.Les Ambaf
deSiam. 211
fadeurs & les Mandarins
allerent en fortant de ta--
ble prendre leurs Bonnets.
de Ceremonie , parce que
c'eſtoit l'heure marquée:
pour l'Audience qu'ils de--
voient avoir de Monfeigueur
le Dauphin. Ils fe
rendirent chez ce Prince,
conduits par les mcfmess
Perſonnes qui les avoient
accompagnez à l'Audien
ce du Roy , & pafferent
au travers d'une double
S
e
es
1 haye de Gardes du Corps..
S. ij
212 Voyage des Amb.
Dés qu'ils apperçeûrent
Monſeigneur le Dauphin,
ils firent les meſmes inclinations
qu'ils avoient
faires chez leRoy.Le ſujet
du Compliment de l'Ambaſſadeur
fut fur ce que
le Roy Son Maistre regardoit
ce Prince comme le
digne Fils du plus grand
Roy de l'Europe , & dont
les grandes qualitez,
les Victoires s'estoient fait
connoistre jusques aux extrémite,
z de l'Univers , &
de Siam.
213
que mesme dans le temps
que le Roy faisoit des choses
qui paroiffent incroyables à
Ses Sujets-mefmes , le Roy
Son Maistre avoit eu le
bonheur de les apprendre ,
& d'en recevoir les confirmations
. Ilajoûta , que ce
mesme Roy esperoit que
Monseigneur le Dauphin
eftant forty d'un Sang ft
glorieux es fi genereux ,
-estant luy - mesme si bien-
- faisant , luy accorderoit les
= mesmes avantages , & la
214 Voyage des Amb.
misme amitié que le Roy
Son Pere , esqu'il estoit faché
de n'avoir pas eu le
temps de chercher dans toutes
les Indes des chofes plus
curieuses que celles qu'il luy
envoyoit. Monfcigneur le
Dauphin remercia non
ſeulement le Roy de
Siam , & les Ambaffadeurs
dans fa réponſe;
mais ce Prince fit auffi
connoiſtre qu'il leur donneroit
des marques de ſa
reconnoiffance . Les mou
deSiam. 215
vemens de leurs viſages
montrerent combien ils
eſtoient ſenſibles à des paroles
fi obligeantes , & ils
n'oferent y répondre
qu'en ſe profternant le
plus bas qu'il leur fut
poffible. Ils ſe retirerent
de la même maniere qu'ils
avoient fait chez le Roy.
Ils n'eurent point Audience
de Madame la Dauphine
, parce qu'elle eftoir
accouchée le jour precedent,&
en fortant de chez
216 Voyage des Amb.
Monteigneur le Dauphin,
ils allerent chez Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Les meſmes Ceremonies
y furent obfervées.
Je ne les repereray
point , & vous diray feulement
qu'elles ont eſté
égales pour toute la Maifon
Royale. L'Ambaffadeur
dit à Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , Que
le Roy de Siam s'estoit réjozy
de fon heureuse Naif-
Sance, &les avoit chargez,
de
de Siam. 217
2
de l'en afſeurer; que la Princeffe
Reine luy envoyoit de
petites bagatelles pour le divertir
quelques momens ,
&quefi elles luy plaiſoient,
elle auroit ſoin de luy en envoyer
d'autres. Ils firent à
peu prés le meſme compliment
chez Monfeigneur
le Duc d'Anjou ,
& pafferent enfuite dans
la Chambre de Monfeigneur
le Duc de Berry.
L'Ambaſſadeur luy dit
Qu'il ne pouvoit que Sou-
T
218 Voyage des Amb.
haitertoutessortes de profperitez
à un Prince qui ne
Sçavoit pas encore parler,
qu'il estoit persuadé qu'il
feroit un jour un tres- grand
Prince, puis qu'il ſembloit
n'eſtre né que pour donner
ſa premiere Audience
à des Ambaſſadeurs venus
defix mille lieuës , & d'un
Païs d'où il n'en estoit point
encore venu en France, &
qu'il ne doutoit pas que lors
qu'il feroit plus grand , le
Roy Son Maistre ne luy
de Siam. 219
fuft connu , & qu'il ne s'en
Souvinſt, puis qu'on avoit
foin d'écrire l'Histoire des
Princes , &que l'Audience
qu'ils avoient ,ſeroit le premier
évenement qu'il rencontreroit
dans la fienne aprés
ſa Naiſſance. Madame
la Mareſchale de la
Mothe, Gouvernantedes
Enfans de France, répondit
à tous ces Complimens
avec l'eſprit qu'on ſçait
qu'elle a toûjours fait paroiſtre
en de pareilles oc-
Tij
220 Voyagedes Amb.
cafions. Ils traverſerent
enfuite la Galerie qui conduit
à l'Appartement de
Monfieur. Ils furent reçûs
par le Capitaine , &
les Officiers deſes Gardes ,
& pafferent la premiere
Sale au travers d'une
double haye des Gardes
du Corps de fon Alteſſe
Royale , & aprés avoir
traverſé pluſieurs Chambres
ils trouverent ce
Prince environné de toude
ſa Cour qui estoit fort
de Siam. 220
nombreuſe. Le Premier
Ambaffadeur , aprés avoir
felicité Monfieur fur les
Villes qu'il a prifes , & fur
le gain de la Bataille de
Caffel , s'étendit ſur la
parfaite union qui eſt en-
:
tre le Roy & ce Prince ,
& qui fait que les Ennemis
du Roy tont les fiens. IL
ajoûta , Qu'il ne doutoit
point que cette union &cette
conformité defentimens
ne fust cauſe qu'il n'eust
pour le Roy Son Maſtre les
Tij
222 Voyage des Amb.
mesmes sentimens que le
Roy avoit pour ce Monarque
, & qu'il eſperoit
que les Amis du Roy Son
Frere seroient ſes Amis,
commeſes Ennemis étoient
devenus lesſiens. Monfieur -
ayant fait à ce compliment
une réponſe auſſi favorable
que les Ambaffadeurs
la pouvoient attendre
, ils allerent chez
Madame, & pafferent encore
au travers d'une
double haye de Gardes
de Siam. 223
du Corps rangez dans la
premiere Salle . Madame
eſtoit accompagnée d'un
grand nombre de Princeffes
& de Ducheffes , & des
principales Dames de fa
Mailo Maiſon , dont les habits
eſtoient tout garnis de
pierreries. Il dit à Madame
, Que c'estoit pour eux
un honneurfort grand , que
de pouvoirfalüer une Heroïne
, Femme d'un Heros
quiestoit Frere d'un grand
5 invincible Monarque ..
Tij (
224 Voyage des Amb.
Es qu'ils mettroient ce jour
là au nombre des plus heureux
de leur vie. Aprés cette
Audience on les reconduifit
dans la Salle où ils
eſtoient defcendus d'abord.
Ilsy quiterent leurs
Bonnets de ceremonie , &
on leur prefenta la Collation
, mais ils ne mangerent
point. Ils monterent
enfuire en Caroffe pour
s'en retourner , & pafferent
encore entre les
Compagnies Françoiſes &
de Siam. 22.5
Suiffes de Garde qui eftoient
fous les Armes. Le
reſte du jour ils ne parlerent
que du Roy , de fa
bonne mine,de ſa taille,&
de la bonté qu'il mefle fi
dignement avec la fierté
Royale qu'un Monarque
doit avoir.
la Fiévre- quarte , dont il
ayoit eu quelques accés ,
declara qu'il donneroit
Audience aux Ambaſſadeus
le premier jour de
Septembre . Ce jour - là
M'le Maréchal Duc de la
Feuillade, M'de Bonneuil,
Introducteur des Ambaffadeurs
, &M* Giraut, qui
맥 l'accompagne toujours
dans cette fonction , les
Pij
172 Voyage des Amb.
allerent prendre à l'Ho
ſtel des Ambaſſadeurs ,
dans les Caroffes du Roy,
& de Madame la Dauphine
, avec pluſieurs autres
Caroſſes de ſuite. M.
de la Feuillade leur marqua
la joye qu'il avoit de
les venir querir pour les
mener à l'Audience du
Roy , & leur dit qu'il auroit
l'honneur deles conduire
à toutes les Audiences
que leur donneroit Sa
Majefté. Le premier Amde
Siam.
173
.
a
baffadeur luy fit connoiſtre
l'extrême paffion qu'-
ils avoient de voir le Roy,
&luy dit, Que cet heureux
jour, pour lequel ils avoient
traverſé tant de Mers ,
estoit enfin arrivé Ils monterent
enfuite dans le Caroffe
du Roy , qui fut environné
de pluſieurs Va-
Iets de pied de Sa Majeſté
, & précedé par ceux
de M. de la Feuillade. Ils
s'entretinrent pendant la
plus grande partie du che-
Pij
174 Voyage des Amb.
min de la Religion des Siamois
, dont M. de la Feuillade
demanda les particularitez
. L'Ambaffadeur
luy répondit avec beaucoup
d'eſprit , Que tout ce
qu'on diſoit d'une Religion
inconnuë devoit d'abord
paroiftre ridicule à des per
Sonnes qui n'en avoient
nulle connoiffance , & qui
en profefforent une autre ,
parce qu'il eft naturel de
croire toûjours la Religion
que l'on a embraßee , 04
deSiam.
175
汇
dans laquelle on est né , la
1 meilleure de toutes , esqu'-
+ enfin il falloit plus de temps
pour parler à fond fur une
Afi grande matiere, &entrer
dans des details qui de
mandoient plus d'application
qu'ils n'en pouvoient
alors donner; qu'autrement
201
e
01
les choses les plus réelles pa-
* roiſſoient fans fondement
Es sans vray -Semblance..
Aprés cela ilsentrerent.en
10
conversation, & l'Ambaf_
fadeur ayant expliqué à
Pij
176 Voyage des Amb.
peu prés les chofes que je
vous ay déja marquées ſur
leur Religion , en ajoûta
trois , qu'il dit en eſtre les
trois principaux points ,
qui font, l'Amour des Ennemis
, l'Humilité , & la
Penitence.
Comme on ne peut aller
à Versailles fans voir
Saint Cloud & Meudon ,
& que ces Maiſons paroiffent
beaucoup , on dit
à l'Ambaſſadeur que l'une
appartenoit à Monfieur,
deSiam. 177
1
Frere unique de Sa Majeſté
, & l'autre à M. de
Louvois , Miniſtre d'Etat .
Il dit qu'il ne s'étonnoit
point de voir de fi belles
- Maiſons dans le Royaume,
Essur tout aprés le haut
point de gloire où le Roy avoit
mis la France. Enfin
on arriva à Versailles par
la grande avenuë, aprés
une converſation toute
pleine d'eſprit. Il y avoit
e dans la premiere Court
r mille hommes du Regi
178 Voyage des Amb.
ment des Gardes Françoi
fes& Suiffes ſous les armes
. Ils estoient tous veftus
en Juſteau corps rouges
brodez , & formoient
cinq files de chaque cofté,
Enſeignes déployées , &
tous lesOfficiers laPique à
la main. Les Suiffes eftoiet
à droite , & les François
à gauche , mais fans qu'ils
changent de diſpoſition ,
les François fe trouvent à
la droite de ceux qui fortent
du Chafteau , & les
de Siam. 179
S
ر
a
es
Suiffes à la gauche . On dit
aux Ambaſſadeurs que
c'eſtoit la Garde ordinaire
de dehors , qui monte
tous les trois jours. On
trouva les Gardes de la
Porte, qui formoient deux
hayes au delà de la porte
de la feconde Court . Ces
Gardes font pour ouvrir
la porte à ceux dont les
Caroffes ont droit d'enrrer
dans le Louvre ; ils
ne la gardent point la
nuit , & à fix heures du
180 Voyage des Amb.
ſoir les Gardes du Corps
en prennent poffeffion .
Les Ambaſſadeurs furent
conduits dans une Salle
appellée la Salle de Def
cente. C'est un lieu où l'on
mene tous les Ambaſſadeurs
en attendant l'heure
de l'Audience . On leur
fervit à déjeuner , mais ils
ne voulurent point manger
; ils ſe laverent feulement
, car ils font d'une
propreté extraordinaire .
Ils mirent enfuire les Bonde
Siam. 181
nets qui marquent leur
Dignité , & dont je vous
ay déja parlé. Ils ont au
bas de ces Bonnets , des
Couronnes d'or larges de
deux à trois doigts , d'où
fortent des fleurs faites de
feuilles d'or tres- minces ,
au milieu deſquelles font
1 quelques Rubis à la place
de la graine . Comme les
feüilles d'or qui forment
ces fleurs font fort lege-
-fres , elles ont un mouvement
qui les fait paroiſtre
e.
182 Voyage des Amb.
toûjours agitées. Le troifiéme
Ambaſſadeur n'a
point de ces fleurs autour
de ſa Couronne , il n'a
qu'un Cercle d'or large
de deux grands doigts &
cizelé. Lors qu'ils faifoient
travailler à ces Couronnes
par un Orphévre de
Paris , cét Orphévre leur
ayant dit qu'elles eſtoient
bien legeres , le premier
Ambaſſadeur répondit ,
Qu'ils les faisoient faire
pour des hommes, & quefi
de Siam. 183
10
هللا
be
elles estoient plus lourdes, il
les faudroit donner à porter
àdesBeftes . Leshuit Mandarins
qui accompagnent
les Ambaſsadeurs,ont une
pareille coëfure de Moufſeline
, mais il n'y a point
de Couronne autour de
leurs Bonnets. Ceux à qui
ces marquesde dignitéont
eſté données , n'oferoient
paroiftre devant le Roy
de Siam ſans les avoir,
L'heure de l'Audience étant
venuë , l'Introduce
184 Voyage des7
Amb.
teur des Ambassadeurs les
vint avertir que le Roy étoit
preſt á ſe mettre dans
fon Trône , & qu'il eſtoit
temps de partir. Il faut remarquer
que la Salle où
ils eftoient , regarde prefque
l'Eſcalierpar lequel ils
devoient monter chez le
Roy , & que pour ſe rendre
à cét Efcalier , il falloit
qu'ils traverſaffent la
Court. Ils trouverent en
haye dans cette Court les
Gardes de la Prevoſté, &
de Siam. 185
lesCent- Suiſses en approchant
de l'Eſcalier . M
Giraut marchoit à la teſte
des Domeſtiques des Ambassadeurs
; M' de Blainville
, grand Maiſtre des
Ceremonies , M. de Bon-
1 neuil Introducteur des
Ambassadeurs , & M
- Stolff Gentilhomme or-
Idinaire de la Maiſon du
| Roy , & nommé par Sa
Majesté pour les accom- el
pagner pendant tout le
| temps qu'ils feront ent
உ
186 Voyage des Amb.
France , venoient enfuite.
La Lettre du Roy de Siam
eſtoit portée par douze
Suifses dans la mesme
machine qui estoit à la
ruelle du Lit du premier
Ambassadeur , & que je
vous ay déja fait voir
gravée , & l'on portoit
quatre Parasols pour
couvrir cette Machine.
On avoit ordonné que
pour faire honneur à cette
Lettre , ily auroit au pied
de l'Escalier , en dehors ,
1
1
de Siam. 187
e
trente-fix Tambours , &
و
vingt - quatre Trompetes.
Les trois Ambaſsa
deurs marchoient de
front avec M² de la Feuillade
, & l'on portoit auprés
d'eux les marques de
leur dignité , qui font de
grandes Boetes rondes cizelées
avec des couvercles
relevez . C'eſt le Roy
de Siam qui les donne , &
l'on ne paroiſt jamais de--
vant luy ſans les avoir..
Elles font differentes auf
4
Qij
188 Voyage des Amb.
fi- bien que les Couronnes
, & font connoiſtre le
rang de ceux à qui elles apartiennent.
LesCours du
Chasteau estoient toutes
remplies de monde pour
voir paffer les Ambaffadeurs
. Ils trouverent deux
hayes desCent Suiffes, fur
le grand Efcalier , dont les
Eaux joüoient & faifoient
plufieurs napes dans le
milieu. Ils le traverſerent
au bruit des Fanfares des
yingt- quatre Trompetes
de Siam.
197
a
les falüa auffi. On ne
ſçauroit rien repreſenter
où le reſpect puiſse eftre
plus marqué , qu'il
l'eſtoit fur le viſage des
Ambassadeurs & de tous
ceux de leur fuire. Ils l'imprimerent
dans tous les
coeurs , & cette extreme
veneration qu'ilsfirent paroiſtre
pour laPerſonne de
Sa Majesté, leur attira de
S
S
grandes loüanges. Le Roy
avoit à la droite de fon
Trône Monſeigneur le
Riij
198 Voyage des Amb.
Dauphin , Monfieur le
Duc de Chartres , Monfieur
le Duc de Bourbon,
& Monfieur le Comte
de Toulouſe ; & à fa gauche,
Monfieur , Monfieur
le Duc , & Monfieur le
Ducdu Maine . Sonhabit
eftoit brodé à plein. Il y
avoit deſsus pour plufieurs
millions de Pierreries
, leſquelles formoient
en beaucoup d'endroisles
ornemens de la broderie.
Tous les Princes avoient
de Siam.
199
۲
د
des habits ou brodez , ou
de brocards d'or tous
couverts de Pierreries.Celuy
de Monfieur eftoit
noir , à cauſe que ce Prince
porte le deuil, & cette
couleur donnant un plus
vif éclat aux Diamans
dont il eſtoit remply, il n'y
avoit rien de plus brillant..
L'habit de Monfieur le
Duc du Maine estoit auffi
【
S
diftingué par un tresgrand
nombre de Rubis .Tous les
حا
grands Officiers du Roy
ו
Riiij
200 Voyage des Amb.
M.le Duc de Montaufier,
& ceux qui ont des Survivances
, eſtoient derriere
Sa Majesté , & derriere
ces Princes. Aprés
les troifiémes inclinations
dont je vous viens de parler
, le premier Ambaffadeur
commença ſa Harangue
. Quand il eut achevé,
M'l'Abbé de Lionne
, qui l'avoit traduire ,
la lût en François . Comme
c'eſt une Piece qui
peut eftre dérachée , je la
de Siam. 201
referve pour la fin de cette
Relation , afin de n'interrompre
pas les particularitez
de l'Audience.
M² l'Abbé de Lionne
ayant ceffé de parler ,
le premier Ambaſſadeur
monta pour remettre la
Lettre du Roy de Siam
entre les mains de SaMajeſté.
Les deux autres l'accompagnerent
, mais ils
laifferent toûjours une
marche entre eux , & le
premier Ambaſſadeur; ain202
Voyagedes Amb.
fi ils n'approcherent pas fi
prés . Le Roy ſeleva pour
prendre la Lettre , & la
reçeut debout , &découvert.
Enfuite Sa Majesté
appella M² l'Abbé de
Lionne , & luy dit qu'il
demandaſt à l'Ambaffadeur
des nouvelles de la
Santé du Roy de Siam, &
en quel eſtat il l'avoit
laiſsé quandil eſtoit party.
Le Roy demanda auſſi des
nouvelles de la Santé de
la Princeſse Reyne , & a
de Siam. 203
1
prés les réponſes de l'Ambaſsadeur,
Sa Majesté luy
ba
dit , Que s'il avoit quelque
choſe à luy propoſer , il le
pouvoitfaire,esqu Elle l'écouteroit.
L'Ambassadeur
demeura fi penetré des
bontez du Roy , qu'il ne
répondit qu'en ſe profternant
le plus bas qu'il put,
Ils recommencerent tous
juſqu'à trois fois les mefmes
inclinations qu'ils avoient
faires en s'approchant
du Trône du Roy,
204 Voyage des Amb.
& fe retirerent ayant toujours
les mains jointes, &
marchant à reculons jufqu'au
bout dela Galerie .
Ils ne ſe retournerent que
lors qu'ils ne pûrent plus
voir le Roy , qui demeura
dans ſon Trônejuſqu'à ce
qu'ils fuſsent fortis de la
Galerie. Comme ils avoient
traverſé tous les
Appartemens fans tourner
les yeux d'aucun coſté
, ſe croyant à tous momens
fur le point de pa
de Siam. 189
2
S
qui ſuivirent. Quand on
fut au haut de l'Efcalier ,
le premier Ambaffadeur
prit dans la Machine un
Vaſe où l'on avoit mis la
Boëte d'or qui renfermoit
la Lettre du Roy fon
Maistre , & le donna à
porter au troifiéme Ambaſſadeur
, puis l'on entra
dans la premiere Salle
des Gardes . Les Gardes du
Corps estoient en haye,
& fort ferrez des deux
coftez des deux premieres
190 Voyage des Amb.
Salles du grand Aparte
ment du Roy . M'le Duc
de Luxembourg les receut
à la porte de la premiere
avec trente Officiers
des Gardes fort lettes
& en jufte-au- corps bleu.
Le compliment de M'de
Luxembourg eftant finy ,
il accompagna les Ambaffadeurs
avec tous les Officiers
de ſa fuite , juſques
au bout de la Galerie où
eſtoir le Trône du Roy ,
& les Trompetes qui é
de Siam. 191
toient entrez avec les
meſmes Ambaffadeurs
pour accompagner la Lettre
du Roy de Siam,&luy
faire plus d'honneur,joue
rent juſques au bout de
la ſeconde Salle où les
Gardes du Corps eſtoient
en haye , & ne pafferent
point dans le reſte de l'Appartement,
que tous ceux
que je vous ay marquez
traverſerent. Ils entrerent
enfuite dans le Salon qui
eſt au bout de l'Apparte
192 Voyage des Amb.
ment , & par lequel on
va dans la Galerie , &
dés qu'ils furent ſous la
grande Arcade qui la ſepare
de ce Salon , & d'où
l'on pouvoit voir le Roy
en face , ils firent trois
profondes inclinations , &
tenant leurs mains jointes
, ils les éleverent autant
de fois juſques à leur
front . Ils firent la meſme
choſe au milieu de la Galerie,
dans laquelle étoient
environ quinze cens perſonnes
deSiam.
193
ſonnes , ce quiformoit fix
à fept rangs de chaque
cofté,& malgré cette foule
M'le Duc d'Aumont,
premier Gentilhomme de
la Chambre d'année , &
qui en cette qualité commandoit
dans lesAppartemens
avoit fi bien pris
ſes meſures , que fix perſonnes
pouvoient paffer
de front dans l'eſpace qui
reftoit vuide au milieu de
la Galerie . Le Trône d'argent
du Roy estoit poſé
د
R
194 Voyage des Amb.
fur une Eſtrade elevée de
neuf marches , & les marches
eftoient couvertes
d'un Tapis à fonds d'or.
Il y en avoit encore un
plus riche ſur l'eſplanade
, & autour de ce Tapis
eftoit une campanne
en broderie qui débordoit
fur la neuvième marche.
Les coſtez de ces neuf
marches eftoient garnis
de grandes Torcheres
d'argent de neuf pieds de
haut,&par delà les mar
de Siam. 195
ches , en élargiſſant toujours
, il y en avoit environ
dans l'eſpace de quatorze
ou quinze pieds de
long, entremelez de grandes
Buires , & de grands
Vaſes d'argent . Cet efpace
eſtoit pour mettre la
fuite des Ambaſſadeurs .
Comme elle precedoit ,
elley fut rangée à droite
& à gauche par M'Giraut ,
& ceux qui la compofoient
ſe profternerent
auffi - toft .Ils auroient toû-
Rij
196 Voyage des Amb.
jours eu le viſage contre
terre , fi le Roy n'euſt
permis qu'ils le regardaffent.
Lors qu'on en parla
à Sa Majesté , Elle dit,
Qu'ils estoient venus de
trop loin pour ne leur pas
permettre de le voir Quand
les trois Ambaſſadeurs furent
au pied de l'Eſtrade ,
ils firent leurs troiſiémes
inclinations , & les firent
fi profondes , qu'on
peut dire , que leur tefte
toucha la terre ; le Roy
de Siam.
205
roiſtre devant le Roy, la
beauté & la richesse des
Appartemens les furprirent
en fortant, & cedant
alors à la curiofité , ils ſe
détacherent pour en regarder
les Meubles . On
leur dit qu'on les ameneroit
tout exprés , afin qu'-
ils pûffent les voir à loifir ,
& le premier Ambaffadeur
répondit , Que c'eftoient
des choses à voir plus
d'une fois. Ils furent reconduits
dans la Salle où
206 Voyage des Amb.
,
ils eftoient defcendus en
arrivant ; & aprés qu'ils
s'y furent un peu repoſez ,
& qu'ils eurent ofté leurs
Bonnets de Ceremonie ,
on les mena dans une autre
Salle , où l'on avoit
ſervy un magnifique Difné.
Ils estoient tout remplis
de l'air majestueux &
delabontédu Roy , & en
parlement avec admiration
pendant la plus grande
partie du Repas ; ce
qu'ils font encore tous
de Siam .
T
0
207
les jours. M'de la Feüillade
diſna avec eux , &
fut placé à la droite entre
le premier , & le fecond
Ambaſſadeur . A la gauche
eſtoient le ſecond Ambaffadeur,
& M² de Bonneüil
enfuite ; à la droite M.
Stolf, à la gauche M. le
Chevalier de Chaumont;
à la droite les huit Mandarins
, à la gauche & vis
à vis , M' Delrieu , Maiftre
d'Hoſtel ordinaire de
la Maiſon du Roy , M.
r
208 Voyage des Amb.
l'Abbé de Lionne , & M.
Giraut. La Table estoit à
Pans,& comme elle estoit
extrémement grande , &
qu'il auroit eſté impoffible
que le plus grand
homme euſt placé des
plats juſques au milieu ,
on yavoit mis cinq Corbeilles
d'argent remplies
des plus belles fleurs, qui
toutes enſemble formoient
une piramide tresagreable.
Les plats furent
portez par les Cent Suif
de Siam. 209)
fes du Roy, ayant en tefte
M² de Riveroles , Controleur
de la Maiſon de Sa
Majeſté. Il y eur trois Services
,fans celuy du Fruit,,
& chaque fervice fut de
trente grands Plats , fans.
comprer les Hors- d'oen--
vre , & les Salades . Le
Defferr eſtoit parfaites
ment beau , & de pirami--
des fort élevées , & le
coloris des fruits , des
fleurs , & des confitures
1
ſeches faifoir un effer
2
S
210 Voyage des Amb.
plaiſant à la veuë. On fervit
quantité de Sous- coupes
, les unes remplies de
differentes liqueurs , &
les autres couvertes de
Taffes , remplies de toutes
fortes d'Eaux glacées ,
Onferviten meſme temps
une autre Table dans un
autre endroit , pour les
Secretaires , & les autres
Perſonnes de la fuite des
Ambaſſadeurs , fans celle
qui fut fervie pour les
Domestiques.Les Ambaf
deSiam. 211
fadeurs & les Mandarins
allerent en fortant de ta--
ble prendre leurs Bonnets.
de Ceremonie , parce que
c'eſtoit l'heure marquée:
pour l'Audience qu'ils de--
voient avoir de Monfeigueur
le Dauphin. Ils fe
rendirent chez ce Prince,
conduits par les mcfmess
Perſonnes qui les avoient
accompagnez à l'Audien
ce du Roy , & pafferent
au travers d'une double
S
e
es
1 haye de Gardes du Corps..
S. ij
212 Voyage des Amb.
Dés qu'ils apperçeûrent
Monſeigneur le Dauphin,
ils firent les meſmes inclinations
qu'ils avoient
faires chez leRoy.Le ſujet
du Compliment de l'Ambaſſadeur
fut fur ce que
le Roy Son Maistre regardoit
ce Prince comme le
digne Fils du plus grand
Roy de l'Europe , & dont
les grandes qualitez,
les Victoires s'estoient fait
connoistre jusques aux extrémite,
z de l'Univers , &
de Siam.
213
que mesme dans le temps
que le Roy faisoit des choses
qui paroiffent incroyables à
Ses Sujets-mefmes , le Roy
Son Maistre avoit eu le
bonheur de les apprendre ,
& d'en recevoir les confirmations
. Ilajoûta , que ce
mesme Roy esperoit que
Monseigneur le Dauphin
eftant forty d'un Sang ft
glorieux es fi genereux ,
-estant luy - mesme si bien-
- faisant , luy accorderoit les
= mesmes avantages , & la
214 Voyage des Amb.
misme amitié que le Roy
Son Pere , esqu'il estoit faché
de n'avoir pas eu le
temps de chercher dans toutes
les Indes des chofes plus
curieuses que celles qu'il luy
envoyoit. Monfcigneur le
Dauphin remercia non
ſeulement le Roy de
Siam , & les Ambaffadeurs
dans fa réponſe;
mais ce Prince fit auffi
connoiſtre qu'il leur donneroit
des marques de ſa
reconnoiffance . Les mou
deSiam. 215
vemens de leurs viſages
montrerent combien ils
eſtoient ſenſibles à des paroles
fi obligeantes , & ils
n'oferent y répondre
qu'en ſe profternant le
plus bas qu'il leur fut
poffible. Ils ſe retirerent
de la même maniere qu'ils
avoient fait chez le Roy.
Ils n'eurent point Audience
de Madame la Dauphine
, parce qu'elle eftoir
accouchée le jour precedent,&
en fortant de chez
216 Voyage des Amb.
Monteigneur le Dauphin,
ils allerent chez Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Les meſmes Ceremonies
y furent obfervées.
Je ne les repereray
point , & vous diray feulement
qu'elles ont eſté
égales pour toute la Maifon
Royale. L'Ambaffadeur
dit à Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , Que
le Roy de Siam s'estoit réjozy
de fon heureuse Naif-
Sance, &les avoit chargez,
de
de Siam. 217
2
de l'en afſeurer; que la Princeffe
Reine luy envoyoit de
petites bagatelles pour le divertir
quelques momens ,
&quefi elles luy plaiſoient,
elle auroit ſoin de luy en envoyer
d'autres. Ils firent à
peu prés le meſme compliment
chez Monfeigneur
le Duc d'Anjou ,
& pafferent enfuite dans
la Chambre de Monfeigneur
le Duc de Berry.
L'Ambaſſadeur luy dit
Qu'il ne pouvoit que Sou-
T
218 Voyage des Amb.
haitertoutessortes de profperitez
à un Prince qui ne
Sçavoit pas encore parler,
qu'il estoit persuadé qu'il
feroit un jour un tres- grand
Prince, puis qu'il ſembloit
n'eſtre né que pour donner
ſa premiere Audience
à des Ambaſſadeurs venus
defix mille lieuës , & d'un
Païs d'où il n'en estoit point
encore venu en France, &
qu'il ne doutoit pas que lors
qu'il feroit plus grand , le
Roy Son Maistre ne luy
de Siam. 219
fuft connu , & qu'il ne s'en
Souvinſt, puis qu'on avoit
foin d'écrire l'Histoire des
Princes , &que l'Audience
qu'ils avoient ,ſeroit le premier
évenement qu'il rencontreroit
dans la fienne aprés
ſa Naiſſance. Madame
la Mareſchale de la
Mothe, Gouvernantedes
Enfans de France, répondit
à tous ces Complimens
avec l'eſprit qu'on ſçait
qu'elle a toûjours fait paroiſtre
en de pareilles oc-
Tij
220 Voyagedes Amb.
cafions. Ils traverſerent
enfuite la Galerie qui conduit
à l'Appartement de
Monfieur. Ils furent reçûs
par le Capitaine , &
les Officiers deſes Gardes ,
& pafferent la premiere
Sale au travers d'une
double haye des Gardes
du Corps de fon Alteſſe
Royale , & aprés avoir
traverſé pluſieurs Chambres
ils trouverent ce
Prince environné de toude
ſa Cour qui estoit fort
de Siam. 220
nombreuſe. Le Premier
Ambaffadeur , aprés avoir
felicité Monfieur fur les
Villes qu'il a prifes , & fur
le gain de la Bataille de
Caffel , s'étendit ſur la
parfaite union qui eſt en-
:
tre le Roy & ce Prince ,
& qui fait que les Ennemis
du Roy tont les fiens. IL
ajoûta , Qu'il ne doutoit
point que cette union &cette
conformité defentimens
ne fust cauſe qu'il n'eust
pour le Roy Son Maſtre les
Tij
222 Voyage des Amb.
mesmes sentimens que le
Roy avoit pour ce Monarque
, & qu'il eſperoit
que les Amis du Roy Son
Frere seroient ſes Amis,
commeſes Ennemis étoient
devenus lesſiens. Monfieur -
ayant fait à ce compliment
une réponſe auſſi favorable
que les Ambaffadeurs
la pouvoient attendre
, ils allerent chez
Madame, & pafferent encore
au travers d'une
double haye de Gardes
de Siam. 223
du Corps rangez dans la
premiere Salle . Madame
eſtoit accompagnée d'un
grand nombre de Princeffes
& de Ducheffes , & des
principales Dames de fa
Mailo Maiſon , dont les habits
eſtoient tout garnis de
pierreries. Il dit à Madame
, Que c'estoit pour eux
un honneurfort grand , que
de pouvoirfalüer une Heroïne
, Femme d'un Heros
quiestoit Frere d'un grand
5 invincible Monarque ..
Tij (
224 Voyage des Amb.
Es qu'ils mettroient ce jour
là au nombre des plus heureux
de leur vie. Aprés cette
Audience on les reconduifit
dans la Salle où ils
eſtoient defcendus d'abord.
Ilsy quiterent leurs
Bonnets de ceremonie , &
on leur prefenta la Collation
, mais ils ne mangerent
point. Ils monterent
enfuire en Caroffe pour
s'en retourner , & pafferent
encore entre les
Compagnies Françoiſes &
de Siam. 22.5
Suiffes de Garde qui eftoient
fous les Armes. Le
reſte du jour ils ne parlerent
que du Roy , de fa
bonne mine,de ſa taille,&
de la bonté qu'il mefle fi
dignement avec la fierté
Royale qu'un Monarque
doit avoir.
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'est fait le jour qu'ils ont esté à l'Audience du Roy à Versailles, les Ceremonies qui ont esté observées avec les complimens qu'ils ont faits à la pluspart des Princes & Princesses de la Maison Royale, [titre d'après la table]
Après sa guérison de la fièvre quarte, le roi de France annonça qu'il recevrait les ambassadeurs siamois le 1er septembre. Le maréchal Duc de la Feuillade, accompagné de M. de Bonneuil et M. Giraut, se rendit à leur hôtel pour les escorter. Durant le trajet vers Versailles, les ambassadeurs discutèrent de la religion des Siamois, soulignant que chaque religion peut sembler ridicule à ceux qui en ignorent les détails. À Versailles, les ambassadeurs furent accueillis par des gardes en uniforme et traversèrent plusieurs cours avant d'être conduits dans la salle de descente. Ils refusèrent de déjeuner mais se préparèrent en mettant leurs bonnets de dignité ornés de couronnes d'or et de rubis. Escortés par plusieurs dignitaires, ils furent conduits à l'escalier du roi. La lettre du roi de Siam, portée par douze Suisses, fut accompagnée de tambours et de trompettes. Les ambassadeurs traversèrent les cours remplies de monde, montèrent l'escalier au son des fanfares et firent des inclinations profondes en entrant dans la galerie. Le roi, vêtu d'un habit brodé de pierreries, était entouré de princes et de grands officiers. Après la harangue de l'ambassadeur, traduite par l'abbé de Lionne, le roi reçut la lettre debout et découvert. Il demanda des nouvelles du roi de Siam et de la reine, puis invita l'ambassadeur à faire des propositions. Les ambassadeurs se retirèrent en faisant des inclinations et en marchant à reculons jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus voir le roi. Les ambassadeurs exprimèrent leur admiration pour la beauté et la richesse des appartements royaux. Ils furent invités à un dîner somptueux, avec une table décorée de fleurs et de nombreux plats. Après le repas, ils rencontrèrent le Dauphin, qui répondit favorablement à leurs compliments. Ils rendirent également visite au duc de Bourgogne, au duc d'Anjou, et au duc de Berry, en leur adressant des compliments appropriés. Ils rencontrèrent également Monsieur et Madame, exprimant leur admiration pour leurs exploits et leur union avec le roi. Tout au long de leur visite, les ambassadeurs montrèrent une grande déférence et furent reçus avec des honneurs égaux pour toute la maison royale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 56-97
Prix de l'Arquebuse proposé à cinquante Villes differentes par Mrs de la Ville d'Autun. [titre d'après la table]
Début :
Nous commençons d'entrer dans une Saison où l'on [...]
Mots clefs :
Prix de l'Arquebuse, Autun, Ville, Prix, Chevaliers, Mr Dorné, Roi, Armes, Loges, Bal, Villes, Capitaine, Tente, Comte, Trompettes, Compagnie, Broderie, Ordre, Livrées, Tirer, Dames, Jeunesse, Plumes, Logis, Vin, Tambours, Vierg, Magistrats, Province, Roi de Siam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prix de l'Arquebuse proposé à cinquante Villes differentes par Mrs de la Ville d'Autun. [titre d'après la table]
Nous commençons d'entrer
dans uneSaison où l'on
doit rendre un Prix magnifique,
sil'on suitl'engagement
qui fut prit l'Esté dernier.
Commeles choses que l'on n'a
point publiées , font toûjours
nouvelles pour tous ceux qui
n'en ont point entendu parler,
je puis vous faire la relation
de cette Feste, quine doit pas
vous estre moins agreable
pour s'estre passéeil y a déja
plu sieurs mois, puis que je ne
vous en ay encore rien mandé.
Les particularitez en sont
assez remarquables pourmeritervostrecuriosité.
LaVille
d'Autun, qui estoir autrefois
la Capitale des Gaules, & la
seule qui fust capable de donner
de laterreuràCesar, cherchant
à se distinguer dan les
exercices qui ont l'apparence
de la Guerre, proposa à cinquante
Villes de différentes
Provinces, un Prix à l'Arquebufe
de dix mille francs;&
un autre de deux mille au
Pistoler. Mr Dorné,Capitaine
choisi par la Jeunesse, écrivit
une Lettre circulaire aux
Chevaliers, pour les exhorter
à prendre part au divertissement
qu'il offroit. Cette Lettre
eut le succés qu'il en
avoit esperé; & il en auroit
eu un plus grand,si la pluspart
desInvitez n'eussentesté
occupezàl'élection des Magistral.
ts deleurs Villes, qui se
faisoit dans ce mesmetemps.
Cependant le 28 Juindernier,
on vit arriver les Chevaliers
de la Ville de Dijon bien
-montez;, en bel ordre, vestus
lestement, & ayant chacun
des Plumes blanches. Deux
Trompettes les precedoient,
& lesgens de livrées estoient
à leur fuite. Ils parcoururent
deux à
-
deux les principales
ruësdelaVille, & le Porte-
Etendard estoit seul au troisiéme
rang. Ceux de Beaune
arrivèrent le lendemaindans
un semblable équipage,ayant
des Plumes rodages, & leur
livrée de mesme couleur.
Ceux de Louën estoient en
plus grand nombre que les
autres.Ils avoient leurs habits
galonnez d'argent d'une même
parure, & estoient montez
superbement, avec quatre
Trompettes
, quatre Hautbois,
& quatre Fifres à leur
teste. Ceux de Châlons, de
Nuids, de Montcenis, de
Tournu
,
& deplusieurs autres
Villes firent la mesme
Cavalcade, & tous se retiremit
au Champ de Mars dans
les logis qui leur avoientesté
destinez. Mr Dorné leurenvoya
le vin de prefenc>8c
MrRabiot, Conseiller, &
nouvellement élu en la Charge
deVierg
,
leur envoya celuy
de la Ville. La chaleur
demandoit qu'on leur laissast
le temps de se rafraîchir, mais
l'impatience genereuse des
Autunois porta les principaux
d'entre eux à leur aller
rendre visite. On entendit
deslors par tout le son des
Trompettes, des Fifres, des
Tambours, des Violons, &
des autres Instrumens qui
font capables d'inspirer l'humeur
guerriere. Les logis
estoient disposez dans le
Champ de Mars de telle forte,
que les Chevaliers estoient
vis à vis les uns des autres.
Ils sevisiterent en ceremonie,
& les Sergens de Ville avec
ceux dela Compagnie de Mr
Dornéau nombre de dix huit,
commencerent à marcher
avec les Tambours pour afsembler
la Compagnie. Ils
estoient vertus d'un grand
Juste-au-corps rouge, galonné
par tout d'argent, avec
deschapeaux bordez de même;
& à mesure qu'ils pat:
soient par les rues, la Jeunesse
qui est fort bien faite,& aussi
aguerriequ'en aucun autre
lieu du Royaume, s'assembloit
en bel ordre,&se trouva
au nombre de quatre cens
hommes richement armez,
avec des habits en broderie
d'or & d'argent. Les rubans
de la cravate & du chapeau
estoient bleus, & les Plumes
répondoient a labeauté de cet
équipage. Ils allerent prendre
l'Enseigne, qu'ils fal üc..
rent pat une décharge de leur
Mousqueterie, & de là ils se
rendirent au logis du Capitailic,
où ils firent un grand
feu. Le Capitaine estant sorty
la pique à la main, alla ramasser
les Chevaliers de chaque
Ville
>
qui marcherent à
sa suite avec leurs Etendards
particuliers, se distinguant
parun peu dedistance,& par
la difference de leurs livrées.
Le Champ de Mars est situé
au milieu de la Ville, & contient
un si grand espace, qu'on
pourroit bastir une Ville considerable
dans son enceinte.
Le Vierg estant logé dans
l'une des extremitez
, on alla
lesalüer. Un peuple infiny
qui estoitaccouru de toutes
parts >
occupoitleChamp>
ravi d'admiration pour tant
de magnificence Le Viergaccompagne
des autres Magiftrats,
Se précédé par six Sergens
deVille veitus de inanteaux
rouges, sur les costez
desquels estoit un lion en
broderie d'or, & armez à
leur ordinaire de grandes pertuisanes
,se mit à la fuite des
Chevaliers, & tous en Corps
ils allèrent à l'Hostel de Mr le
Comte de Roussillon,Lieu--
tenant de Roy de la Province,
où ils le saluerent par une
décharge de leur Mousquetcrie
,
qui fut suivie de celle
des Canons de la Ville. Ce
Comte marcha après cette
belle Compagnie avec cinquante
Gentilshommes les
plus lestes de la Province,
qui le conduisirent au lieu
destinépourfaire l'ouverture
du Prix.Ce lieu est renferme
d'une grande muraille bastie
à la mosaique
,
qui rogne
tour autour d'un grand espace
de terre plus long que large
, aumilieuduquel les Chevaliers
d'Autun firent construire
il y a quarante ans
.)
un
superbe Edifice,au front duquelparoissent
cinq Portiques
fous lesquels font cinqvoûtes
qui soûtiennent un grand Eecalier
, couvert d'un dôme
d'ardoise & de lames de
plomb
, extrêmement beau.
Cet Escalier eH: fait d'une
pierre de taille, revestu d'une
balustrade de marbre artistement
travaillée ; & c'est par
là que l'on va dans les apartemens
de cette superbe maison.
On voit aux deux costez
deux petits Pavillonstrès
propres,destinez pour faire
tirer les Cheval ers. Le Portique
par où l'on entre en ce
lieu, est fait de pierre de taille,
enrichy de plusieurs ornemens,
dans lesquels on a encrousté
du Jaspe qni fait un
tres beleffet àlaveuë. L'Effigie
du Royen marbre est au
dessus
,
& dans une table au
deubus d'un marbre noir, on
lit en caractères d'or les deux
Vers suivans.
Hic exercendis aperit Bellona
pairstram.
Æduacis , animasauget præsentia
Regis.
Le dedans de ce Portique esroit
revestu de feuillages
verds., dontonavoit fait une
voûte ornée de Tableaux, &
de Peintures excellentes. Le
long de la muraille qui fait
face à la maison, estoient six
Loges de menuiserie,revê^
tuës de tous les costez d'une
agreable verdure. Là il y
avoit plusieurs Marchands
qui vendoient toutes fortes
de Confitures,de la Limonade
,
des Citrons, des Oranges
de Portugal,&différences
liqueurs. Quantité deLusfres
estoient arrangez parmy
des Tableaux qui faisoient
une Perspective admirable.
Du cofté droit on avoit bâ-
.ty quinze Loges? composées
chacune d'une Salle & d'une
chambre revestuësde verdure
dehors & dedans, La derniere
estoit pour le Vierg. &
les aurres pour les Chevaliers
des Villes étrangeres. Du costé
gauche regnoient quinze
autres Loges de la mesme
tfrudure, dont les Portiques
estoient ronds, embellis de
couronnes élevées en piramide
qui composoient un agrément
surprenant. La Tente
de M Dorné, qui estoit fous
les cinq Portiques de la maisn,
estoit revestuë au dedans
dun brocard blanc avec des
frangesd'or qui regnoient
depuis le haut jusqu'au bas,
& servoit de Tapisserie. Sur
le haut decette Tente au dehors
, on avoit fait mettre les
Armes du Roy;plus bas celles
de Monsieur le Prince, Gouverneur
de la Province;& plus
bas celles de M' l'Evesque
d'Autun. On conduisit Mr
le Comte deRoussillon au
pas à la main droite, pour
faire l'ouverture du Prix. Son
coup ayant esté tiré à l'honneur
des Dames, les Officiers
de chaque Ville en firent autant,
(5c allerent ensuite arborer
leurs Etendards sur les
portes de leurs Loges. Ceux
deDijon avoient pour Deviles
deux Arquebuses croisées,
avec ces mots en lettres d'en
Non nisiNobilibus. Ceux de
Châlons portoient trois Globes
dans leurs Armes, avec
cette Devise,Vrbi non sufficit
Orbis. Ceux de Belone avoient
une Bellone armée avec cette
inscription,
Office Bellona Bibracle antiqua
vigebat.
Ceux de Mon", tcenis, à cause
de leur sîtuation qui est au
haut d'une montagne? Per
arduA
ardua,virtus. Une autre Ville
avoit la rep esentation d'une
Bombe qui éclatoit
-, avec
cette Devise
, Peream dum
murmure magno. Une autre
avoit un Amour qui tenoit
deux couronnes de Myrthe,
&de Laurier, Ambitutramque.
Une autre avoit une Grenade
preste à tirer, avec ces mots,
Nul ne m'approche sansdanger.
Enfinelles en avoient toutes
d'ingenieuses, & de tresconvenables
au sujet. Mr
Dorné avoit fait peindre dans
un grand Tableau à cofté
droit de sa Tente, deux
grands Elephans avec deux
petits, &: on lisoit ces mots,
Annis boec faciuntmiracula tribus,
voulantdire qu'au bout de
troisannéesil faisoit des merveilles
à rendre le Prix. D'autre
cofté à gaucheilyavoit
des champs de bled avec des
Moissonneurs,&cette inscription,
Cum foenore reddo Les
Villes ne furent pas plûtost
logées dans leurs Loges, que
le Vierg leur envoya du plus
excellent vin de la Bourgogne.
M Dorné fit la mesme
chose
3
& comme il est naturellement
genereux) il donna
un grand & magnifique repas
à toute l'Assemblée
,
où l'on
but à la fanté du Roy avec
de grandes acclamations, &
en faisant des décharges de r• Mousqueterie &de l'Artillerie
de la Ville toutes les fois
qu'on beuvoit à cette fanté
précieuse. Le foir estam venu,
toutes les loges furent illuminées.
Celles des Marchands
qui estoient dans l'enfonceure
)
formoient un objet fort
agréable. Les Dames se rendirent
en cet endroit
,
&
vingt-quatre Violons &: douze
Hautbois qui s'accordaient
parfaitement bien
, sellant
fait entendre par les ordres
deMrleComte deRoussillon)
on fit un grand cercle au milieu
dela place) au dedans
duquel un des plus considerables
des jeunes Gens de la
Ville commença le Bal avec
uneDemoifelle dela campagnequi
avoit de grands avantages
à la danse. Ils eurent
tous deux l'applaudissement
de l'Assemblée,quiétoit composée
de toutes les Personnes
de qualité de l'Autunois, de
l'un & de l'autre sexe. Ce Bal
ayant finyà deux heures après
minuit, chacun se retira jusqu'au
lendemain, que les
Chevaliers des Villes estant
venus dans leurs Loges au
son des Tambours, des Fifres,
des Trompettes & des autres
Instrumens
, on s'exerça le
reste du jour à tirer le Prix.
Ceux de Loüen s'aviferenc
de representer le Roy de
Siam, & l'un d'eux vestu à la
mode de ce Pays-là, estant
monté sur un Char de triomphe,
précedé par vingt-quatre
Gardes avec de bsuperbes
livrées, armez de grandes
halebardes fort propres &
fort luisantes
,
& suivy par
ses Chevaliers, fit le tour des
trente six Loges, au devant
desquelles on luy presentoit
des Confitures & du vin, qu'il
receut avec la gravité d'un
Roy qui ne se fait voir que
rarement à ses Peuples. Il
avoit fait faire un Trône pendant
la nuit, & tout lemonde
accourut pour le voir dans
cette pompe. Madamela Marquise
de Montjeu étant entrée
en sa Tente, illuy jetta son
mouchoir? & luy ni dire par
son Drogman, qu'ill'estimoit
assez pour la mettre dans son
Serrail. Il en fit autant à la
jeune Demoiselle qui avoit
ouvert le Bal le soir précedent,
& lanuit estant survenue
,
il fit un tour de Ville
sur son Char. Il passa devant
le Collège des Jesuites, où les
Ecoliers qui s'y trouvèrent,
crierent à haute voix :Vive»
LV'Ve le Roy de Siam, & il ordonna
qu'on leur donnait
congé pendant le temps du
Prix; ce que ces Peres luy
accordèrent fort honnestement.
Il voulut ensuite souper
en public, & les Musiciens
de la Ville luy donnerent
un tres- beau Concert
peudant ce repas. Le lendemain
il monta encore sur son
Char detriomphe pour venir
en sa Tente,&après que toutes
les Villes furent assemblées,
il se fit conduire chez
Mr Dorné,auquel il fîtsçavoir
par son Interprete, qu'ayant
appris les merveilles de la vie
du grand Empereur des François
, & qu'il estoit l'un de
ses principaux Capitaines, il
venoit l'inviter de dire à son
Prince qu'il avoit quitté son
Royaume pour venir admirer
ses vertus, & luy presenter
ses hommages.MDorne luy
répondit que son Empereur
estant aussi genereux qu'il
l'estoit, ne manqueroit pas
dechérir son amitié. On le
regala ensuite magnifiquement
,
& on ordonna à la
Jeunesse de luy rendre tous
les honneurs qui luy estoient
deus. Celle-cy prompte à
obeir monta sur de petits
chars de triomphe, & sur des
chameaux qui fc trouverent
fortuitementen laVille,-d'autres
montèrent sur des chevaux,
&tousvestus avec de
grandes vestesde brocard d'or
à la façon des Arméniens,
ayant les uns le Turban en
teste, les autres le Bonnet
comme les Siamois? allerent
le prendre en sa Tente, &: le
conduisirent en triomphe
parmy les ruë, & dans son
Palais. Le soir la jeune Demoiselle
qui s'estoit déja fait
admirer à la danse, eut un
Bal reglé chez M' le Lieutenant
général de la Chancel-
• lerie
,
où tout ce qu'il yavoit
de Gens de qualité se trouvèrent.
On y servit de la Limonade
en prosusion, des
Citrons, des Oranges de Portugal,
& de toutes fortes de
Confitures. Ce Bal finy, il restoit
à voir le lendemain qui
emporteroit le Prix. Le bonheur
accom pagna les Chevaliers
de Dijon; le Capitaine
fut le victorieux. On luy
donnauneMédaille d'or d'une
très- grande valeur.Sur
l'un des costezestoitl'Effigie
du Roy, & sur l'autre les
Armes de la Ville d'Autun.
On le conduisit en armes en
son logis;on luy envoya les
presens de laVille & du Capitaine
,
&:. ce dernier regala
encore une fois toute 1*Aflemblée
avec une magnificence
& une propretésans pareille.
Pendant les trois jours du
Prix., on envoyoit en chaque
Loge douze douzaines de
bouteilles de vin, des pastez
de venaison, des jambons de
Mayence,& ce qu'on pouvoit
trouver de
-
plus propre
à réveiller l'apperit des Chevaliers.
Le Vierg tenoit table
ouverte? & Mr Dorné donna
deux magnifiquesColations
aux Dames. Jamais tant de
joye n'avoit paru. Jamais on
n'avoir veu tant d'ordre dans
uneCeremonie, ny tant de
splendeur & d'éclat dans les
habits, & jamais on n'avoit
oüy tant de fois crier
, Vive
le Roy, qu'on l'entendit pendant
tout le temps de ce grand
divertissementsqui se termina
par un Bal donné chez Mrle
Comte d'Aligny,à une belle
Demoiselle du voisinage, qui
avoit tous les agrémens possibles
de la taille, de la beauté,
& de la danse pour meriter cet
honneur. Le quatrième jour,
les Chevaliers parurent en
ordre pour s'en retourner.
On les accompagna en armes
jusques,aux portes, & comme
ceux de Loüen s'estoient le
plus signalez, on les conduisit
àunelieuë de la Ville, dans
une grande plaine sur leur
route, où ils trouvetent un
magnifique repas fous une
Tente de feüillages qu'on
avoitfaitdresserà ce dessein.
M. le Marquis de Montjeu
les regala dans sa bellemaison
de Montjeu,bastie iur une
montagne,, au haut de laquelle
sont deux grands estangs
semblables à deux lacs, & des
Jets d'eau d'une hauteur incroyable.
Illes fit chasser dans
son Parc, & leur donna un
fort beau Concert.
Ce n'estoit pas assez d'avoir
tiré le Prix à l'Arquebuse,il
falloit aussi pour achever la
pompe de cette Feste, qu'on
tirast celuy du Pistolet. La
Noblesse fit l'ornement de
l'Assemblée. M le Comte
d'Aiguli se mit à la teste des
Chevaliers du Charolois, Mr
le Comre de Vauteau, qui
avoit esté élu de la Noblesse
de cette Province là
,
voulut
marcher fous son Etendart,
& Ml's de Fontenaille
,
de
Poülly
,
leCler, deBoucherin,
& plusieurs autres les accompagnerent.
Mr Dorné fut
le Capitaine des Autunois,
suivy
- deMrs de Millery des
Poillots, du Pouriot,la Tour-
Guerin?Coneley
,
& de plusieurs
autres. Mr de Serandey
sur le Capitaine de la Ville
de Luzy
,
& Mrs de Mazelle,
de S. Prix, de Courvoux, des
Champs,de Trezillon,Courcelle,
la Brosse au Comte, &
plusieurs autres furent du
mesme party. Tous ces Messieurs
prirent leurs livrées.
Celle d'Autun fut le bleu;
celle du Charolois le rouge,
& celle de Luzy le Blanc.
L'Etendard d'Autun estoit
d'un brocard bleu avec un
Lion en broderie d'or., & autour
il y avoit cette inscription,
Formidinecuncta replebo.
Celuy de Charolois estoit
d'un tabis rouge avec deux
couronnes, au dessous desquelles
estoient les Armes de
France & d'Espagne avec ces
mots,Duo proteget unus.Celuy
de Luzy estoit d'un satin
blanc de Gennes, bordé d'une
crespine d'or, avec de
grands cordons de mesme.
& au milieu une Levrette
sans collier,avec cette inscriprion,
le tout en broderie
d'or, Vivat amoenoe libertatis
amor. Ces trois illustres Com-
- pagnies montèrent à cheval
ayant esté sal uéesdel'Artillerie
de la Ville,, & elles surent
conduites deux à deux
en armes par la Jeunesse
d'Autun
)
qui les falüa par
une décharge de sa Mousqueterie.
L'équipage suivoit
avec les chevaux de mainJ
couverts de Selles en broderie
de différentes figures avec
des bouffesqui traisnoient
jusquesàterre, sur lesquelles
estoient les Chiffres des Maisons
des Particuliers, & aux
qutre coins leurs Armoiries.
Comme la Noblesse fait prosession
des armes, elle estoit
vestuë cavalierement, les uns
d'une étoffe bleuë, les autres
de rouge, & les autres de
blanc. Les Echarpes en broderie
avec des franges d'or&
,d'a.rgent de la hauteur d'un
demy pied, & les plumes
qu'ils portoient sur leurs chapeaux
,
d'un prix considerable,
rehaussoient leur bonne
mine
,
& faisoient remarquer
un air qui inspiroit de la
crainte & du respect. Cinquante
grands Laquais qui
suivoient portoient les pistolets
dont on devoit se
servir pour tirer le Prix. Leurs
livrées accompagnoient merveilleusement
bien les couleurs
que leurs Maistres avoient
choisies. Quatre trompettes
precedoient la marche
de chaque Compagnie,
& l'ordre estoittel qu'on
pouvoit l'attendre de gens
accoûtumez à ne le jamais
rompre dans les occasions
les plusperilleuses. Ils arriverent
aux Tentes que l'on
avoit préparées,& après une
course legerc pour saluer les
Dames, on arbora les Etendards
sur les Tentes qui se
trouvoient extrêmement propres
pour laSaison. Mr le
Comte d'Aiguli ouvrit le
Prix par un coup au noir,&
tous les Chevaliers tirerent
chacun le leur pour les Dames.
En mesme temps Mr
Rabiot envoya les presens de
vinpar les Valets de Ville,
& M' Dorné en fit autant par
les Sergens
?
& par Its Tambours
de sa Compagnie. On
servit ensuite un grand Repas
où l'on but àlasanté du
Roy avec les fanfares des
Trompettes, & les décharges
de Canons ôcde Mousquets.
Toute la Ville accourut à
cette réjoüissance ; on n'entendoit
autre chose que des
cris de Vive le Roy. Les Chanoines
de la Cathedrale envoyerent
leur Musique, & les
Violons firent un Concert
tres-harmonieux. Enfin tout
Autun estoit uny dans les
voeux qu'il faisoit pour son
Auguste Monarque, qui par
la paix luy procuroit un si
profond repos ,
& les moyens
d'avoir des divertissemens si
agrcables. On proposa aux
Chevaliers de nommerchacun
sa Dame. Le hazard voulut
qu'ils les choisirent avec
distinction,& sans que l'un
pristcelle de l'autre. Le lieu
fut éclairédune quantité de
flambeaux, on dansa sans
faire un Bal reglé
,
& le lendemain
on tira le pix en quatre
volées qui fut remporté
par Mr de Siry de Serandey.
C'est un Gentilhomme de
bonne mine
,
& qui n'a pas
moins d'esprit que de coeur.
Il a servy long-temps dans
les Armées de SaMajesté,en
qualité de Capitaine de Chevaux.
Il alla faire compliment
à la Dame qu'il avoit choisie,
comme ayant esté animé par
elle pour bien tirer, & illuy
donna le Bal où elle parut
avec beaucoup d'avantage.
La nuit s'estant passée en
toutes fortes de divertiissemens,
on donna parole de
rendre le Prix au Printemps
prochain. Le jour suivant, la
Compagnie de Mr Dorné
conduisit en armes Mr de
Serandey jusques à la porte
de la Ville. Cent Cavaliers
l'acccompagnerent à deux
grandes
grandes lieuës, ou chacun se
Pepara, avec promesse dese
revoir au premier Prix qui
seroit donné.
dans uneSaison où l'on
doit rendre un Prix magnifique,
sil'on suitl'engagement
qui fut prit l'Esté dernier.
Commeles choses que l'on n'a
point publiées , font toûjours
nouvelles pour tous ceux qui
n'en ont point entendu parler,
je puis vous faire la relation
de cette Feste, quine doit pas
vous estre moins agreable
pour s'estre passéeil y a déja
plu sieurs mois, puis que je ne
vous en ay encore rien mandé.
Les particularitez en sont
assez remarquables pourmeritervostrecuriosité.
LaVille
d'Autun, qui estoir autrefois
la Capitale des Gaules, & la
seule qui fust capable de donner
de laterreuràCesar, cherchant
à se distinguer dan les
exercices qui ont l'apparence
de la Guerre, proposa à cinquante
Villes de différentes
Provinces, un Prix à l'Arquebufe
de dix mille francs;&
un autre de deux mille au
Pistoler. Mr Dorné,Capitaine
choisi par la Jeunesse, écrivit
une Lettre circulaire aux
Chevaliers, pour les exhorter
à prendre part au divertissement
qu'il offroit. Cette Lettre
eut le succés qu'il en
avoit esperé; & il en auroit
eu un plus grand,si la pluspart
desInvitez n'eussentesté
occupezàl'élection des Magistral.
ts deleurs Villes, qui se
faisoit dans ce mesmetemps.
Cependant le 28 Juindernier,
on vit arriver les Chevaliers
de la Ville de Dijon bien
-montez;, en bel ordre, vestus
lestement, & ayant chacun
des Plumes blanches. Deux
Trompettes les precedoient,
& lesgens de livrées estoient
à leur fuite. Ils parcoururent
deux à
-
deux les principales
ruësdelaVille, & le Porte-
Etendard estoit seul au troisiéme
rang. Ceux de Beaune
arrivèrent le lendemaindans
un semblable équipage,ayant
des Plumes rodages, & leur
livrée de mesme couleur.
Ceux de Louën estoient en
plus grand nombre que les
autres.Ils avoient leurs habits
galonnez d'argent d'une même
parure, & estoient montez
superbement, avec quatre
Trompettes
, quatre Hautbois,
& quatre Fifres à leur
teste. Ceux de Châlons, de
Nuids, de Montcenis, de
Tournu
,
& deplusieurs autres
Villes firent la mesme
Cavalcade, & tous se retiremit
au Champ de Mars dans
les logis qui leur avoientesté
destinez. Mr Dorné leurenvoya
le vin de prefenc>8c
MrRabiot, Conseiller, &
nouvellement élu en la Charge
deVierg
,
leur envoya celuy
de la Ville. La chaleur
demandoit qu'on leur laissast
le temps de se rafraîchir, mais
l'impatience genereuse des
Autunois porta les principaux
d'entre eux à leur aller
rendre visite. On entendit
deslors par tout le son des
Trompettes, des Fifres, des
Tambours, des Violons, &
des autres Instrumens qui
font capables d'inspirer l'humeur
guerriere. Les logis
estoient disposez dans le
Champ de Mars de telle forte,
que les Chevaliers estoient
vis à vis les uns des autres.
Ils sevisiterent en ceremonie,
& les Sergens de Ville avec
ceux dela Compagnie de Mr
Dornéau nombre de dix huit,
commencerent à marcher
avec les Tambours pour afsembler
la Compagnie. Ils
estoient vertus d'un grand
Juste-au-corps rouge, galonné
par tout d'argent, avec
deschapeaux bordez de même;
& à mesure qu'ils pat:
soient par les rues, la Jeunesse
qui est fort bien faite,& aussi
aguerriequ'en aucun autre
lieu du Royaume, s'assembloit
en bel ordre,&se trouva
au nombre de quatre cens
hommes richement armez,
avec des habits en broderie
d'or & d'argent. Les rubans
de la cravate & du chapeau
estoient bleus, & les Plumes
répondoient a labeauté de cet
équipage. Ils allerent prendre
l'Enseigne, qu'ils fal üc..
rent pat une décharge de leur
Mousqueterie, & de là ils se
rendirent au logis du Capitailic,
où ils firent un grand
feu. Le Capitaine estant sorty
la pique à la main, alla ramasser
les Chevaliers de chaque
Ville
>
qui marcherent à
sa suite avec leurs Etendards
particuliers, se distinguant
parun peu dedistance,& par
la difference de leurs livrées.
Le Champ de Mars est situé
au milieu de la Ville, & contient
un si grand espace, qu'on
pourroit bastir une Ville considerable
dans son enceinte.
Le Vierg estant logé dans
l'une des extremitez
, on alla
lesalüer. Un peuple infiny
qui estoitaccouru de toutes
parts >
occupoitleChamp>
ravi d'admiration pour tant
de magnificence Le Viergaccompagne
des autres Magiftrats,
Se précédé par six Sergens
deVille veitus de inanteaux
rouges, sur les costez
desquels estoit un lion en
broderie d'or, & armez à
leur ordinaire de grandes pertuisanes
,se mit à la fuite des
Chevaliers, & tous en Corps
ils allèrent à l'Hostel de Mr le
Comte de Roussillon,Lieu--
tenant de Roy de la Province,
où ils le saluerent par une
décharge de leur Mousquetcrie
,
qui fut suivie de celle
des Canons de la Ville. Ce
Comte marcha après cette
belle Compagnie avec cinquante
Gentilshommes les
plus lestes de la Province,
qui le conduisirent au lieu
destinépourfaire l'ouverture
du Prix.Ce lieu est renferme
d'une grande muraille bastie
à la mosaique
,
qui rogne
tour autour d'un grand espace
de terre plus long que large
, aumilieuduquel les Chevaliers
d'Autun firent construire
il y a quarante ans
.)
un
superbe Edifice,au front duquelparoissent
cinq Portiques
fous lesquels font cinqvoûtes
qui soûtiennent un grand Eecalier
, couvert d'un dôme
d'ardoise & de lames de
plomb
, extrêmement beau.
Cet Escalier eH: fait d'une
pierre de taille, revestu d'une
balustrade de marbre artistement
travaillée ; & c'est par
là que l'on va dans les apartemens
de cette superbe maison.
On voit aux deux costez
deux petits Pavillonstrès
propres,destinez pour faire
tirer les Cheval ers. Le Portique
par où l'on entre en ce
lieu, est fait de pierre de taille,
enrichy de plusieurs ornemens,
dans lesquels on a encrousté
du Jaspe qni fait un
tres beleffet àlaveuë. L'Effigie
du Royen marbre est au
dessus
,
& dans une table au
deubus d'un marbre noir, on
lit en caractères d'or les deux
Vers suivans.
Hic exercendis aperit Bellona
pairstram.
Æduacis , animasauget præsentia
Regis.
Le dedans de ce Portique esroit
revestu de feuillages
verds., dontonavoit fait une
voûte ornée de Tableaux, &
de Peintures excellentes. Le
long de la muraille qui fait
face à la maison, estoient six
Loges de menuiserie,revê^
tuës de tous les costez d'une
agreable verdure. Là il y
avoit plusieurs Marchands
qui vendoient toutes fortes
de Confitures,de la Limonade
,
des Citrons, des Oranges
de Portugal,&différences
liqueurs. Quantité deLusfres
estoient arrangez parmy
des Tableaux qui faisoient
une Perspective admirable.
Du cofté droit on avoit bâ-
.ty quinze Loges? composées
chacune d'une Salle & d'une
chambre revestuësde verdure
dehors & dedans, La derniere
estoit pour le Vierg. &
les aurres pour les Chevaliers
des Villes étrangeres. Du costé
gauche regnoient quinze
autres Loges de la mesme
tfrudure, dont les Portiques
estoient ronds, embellis de
couronnes élevées en piramide
qui composoient un agrément
surprenant. La Tente
de M Dorné, qui estoit fous
les cinq Portiques de la maisn,
estoit revestuë au dedans
dun brocard blanc avec des
frangesd'or qui regnoient
depuis le haut jusqu'au bas,
& servoit de Tapisserie. Sur
le haut decette Tente au dehors
, on avoit fait mettre les
Armes du Roy;plus bas celles
de Monsieur le Prince, Gouverneur
de la Province;& plus
bas celles de M' l'Evesque
d'Autun. On conduisit Mr
le Comte deRoussillon au
pas à la main droite, pour
faire l'ouverture du Prix. Son
coup ayant esté tiré à l'honneur
des Dames, les Officiers
de chaque Ville en firent autant,
(5c allerent ensuite arborer
leurs Etendards sur les
portes de leurs Loges. Ceux
deDijon avoient pour Deviles
deux Arquebuses croisées,
avec ces mots en lettres d'en
Non nisiNobilibus. Ceux de
Châlons portoient trois Globes
dans leurs Armes, avec
cette Devise,Vrbi non sufficit
Orbis. Ceux de Belone avoient
une Bellone armée avec cette
inscription,
Office Bellona Bibracle antiqua
vigebat.
Ceux de Mon", tcenis, à cause
de leur sîtuation qui est au
haut d'une montagne? Per
arduA
ardua,virtus. Une autre Ville
avoit la rep esentation d'une
Bombe qui éclatoit
-, avec
cette Devise
, Peream dum
murmure magno. Une autre
avoit un Amour qui tenoit
deux couronnes de Myrthe,
&de Laurier, Ambitutramque.
Une autre avoit une Grenade
preste à tirer, avec ces mots,
Nul ne m'approche sansdanger.
Enfinelles en avoient toutes
d'ingenieuses, & de tresconvenables
au sujet. Mr
Dorné avoit fait peindre dans
un grand Tableau à cofté
droit de sa Tente, deux
grands Elephans avec deux
petits, &: on lisoit ces mots,
Annis boec faciuntmiracula tribus,
voulantdire qu'au bout de
troisannéesil faisoit des merveilles
à rendre le Prix. D'autre
cofté à gaucheilyavoit
des champs de bled avec des
Moissonneurs,&cette inscription,
Cum foenore reddo Les
Villes ne furent pas plûtost
logées dans leurs Loges, que
le Vierg leur envoya du plus
excellent vin de la Bourgogne.
M Dorné fit la mesme
chose
3
& comme il est naturellement
genereux) il donna
un grand & magnifique repas
à toute l'Assemblée
,
où l'on
but à la fanté du Roy avec
de grandes acclamations, &
en faisant des décharges de r• Mousqueterie &de l'Artillerie
de la Ville toutes les fois
qu'on beuvoit à cette fanté
précieuse. Le foir estam venu,
toutes les loges furent illuminées.
Celles des Marchands
qui estoient dans l'enfonceure
)
formoient un objet fort
agréable. Les Dames se rendirent
en cet endroit
,
&
vingt-quatre Violons &: douze
Hautbois qui s'accordaient
parfaitement bien
, sellant
fait entendre par les ordres
deMrleComte deRoussillon)
on fit un grand cercle au milieu
dela place) au dedans
duquel un des plus considerables
des jeunes Gens de la
Ville commença le Bal avec
uneDemoifelle dela campagnequi
avoit de grands avantages
à la danse. Ils eurent
tous deux l'applaudissement
de l'Assemblée,quiétoit composée
de toutes les Personnes
de qualité de l'Autunois, de
l'un & de l'autre sexe. Ce Bal
ayant finyà deux heures après
minuit, chacun se retira jusqu'au
lendemain, que les
Chevaliers des Villes estant
venus dans leurs Loges au
son des Tambours, des Fifres,
des Trompettes & des autres
Instrumens
, on s'exerça le
reste du jour à tirer le Prix.
Ceux de Loüen s'aviferenc
de representer le Roy de
Siam, & l'un d'eux vestu à la
mode de ce Pays-là, estant
monté sur un Char de triomphe,
précedé par vingt-quatre
Gardes avec de bsuperbes
livrées, armez de grandes
halebardes fort propres &
fort luisantes
,
& suivy par
ses Chevaliers, fit le tour des
trente six Loges, au devant
desquelles on luy presentoit
des Confitures & du vin, qu'il
receut avec la gravité d'un
Roy qui ne se fait voir que
rarement à ses Peuples. Il
avoit fait faire un Trône pendant
la nuit, & tout lemonde
accourut pour le voir dans
cette pompe. Madamela Marquise
de Montjeu étant entrée
en sa Tente, illuy jetta son
mouchoir? & luy ni dire par
son Drogman, qu'ill'estimoit
assez pour la mettre dans son
Serrail. Il en fit autant à la
jeune Demoiselle qui avoit
ouvert le Bal le soir précedent,
& lanuit estant survenue
,
il fit un tour de Ville
sur son Char. Il passa devant
le Collège des Jesuites, où les
Ecoliers qui s'y trouvèrent,
crierent à haute voix :Vive»
LV'Ve le Roy de Siam, & il ordonna
qu'on leur donnait
congé pendant le temps du
Prix; ce que ces Peres luy
accordèrent fort honnestement.
Il voulut ensuite souper
en public, & les Musiciens
de la Ville luy donnerent
un tres- beau Concert
peudant ce repas. Le lendemain
il monta encore sur son
Char detriomphe pour venir
en sa Tente,&après que toutes
les Villes furent assemblées,
il se fit conduire chez
Mr Dorné,auquel il fîtsçavoir
par son Interprete, qu'ayant
appris les merveilles de la vie
du grand Empereur des François
, & qu'il estoit l'un de
ses principaux Capitaines, il
venoit l'inviter de dire à son
Prince qu'il avoit quitté son
Royaume pour venir admirer
ses vertus, & luy presenter
ses hommages.MDorne luy
répondit que son Empereur
estant aussi genereux qu'il
l'estoit, ne manqueroit pas
dechérir son amitié. On le
regala ensuite magnifiquement
,
& on ordonna à la
Jeunesse de luy rendre tous
les honneurs qui luy estoient
deus. Celle-cy prompte à
obeir monta sur de petits
chars de triomphe, & sur des
chameaux qui fc trouverent
fortuitementen laVille,-d'autres
montèrent sur des chevaux,
&tousvestus avec de
grandes vestesde brocard d'or
à la façon des Arméniens,
ayant les uns le Turban en
teste, les autres le Bonnet
comme les Siamois? allerent
le prendre en sa Tente, &: le
conduisirent en triomphe
parmy les ruë, & dans son
Palais. Le soir la jeune Demoiselle
qui s'estoit déja fait
admirer à la danse, eut un
Bal reglé chez M' le Lieutenant
général de la Chancel-
• lerie
,
où tout ce qu'il yavoit
de Gens de qualité se trouvèrent.
On y servit de la Limonade
en prosusion, des
Citrons, des Oranges de Portugal,
& de toutes fortes de
Confitures. Ce Bal finy, il restoit
à voir le lendemain qui
emporteroit le Prix. Le bonheur
accom pagna les Chevaliers
de Dijon; le Capitaine
fut le victorieux. On luy
donnauneMédaille d'or d'une
très- grande valeur.Sur
l'un des costezestoitl'Effigie
du Roy, & sur l'autre les
Armes de la Ville d'Autun.
On le conduisit en armes en
son logis;on luy envoya les
presens de laVille & du Capitaine
,
&:. ce dernier regala
encore une fois toute 1*Aflemblée
avec une magnificence
& une propretésans pareille.
Pendant les trois jours du
Prix., on envoyoit en chaque
Loge douze douzaines de
bouteilles de vin, des pastez
de venaison, des jambons de
Mayence,& ce qu'on pouvoit
trouver de
-
plus propre
à réveiller l'apperit des Chevaliers.
Le Vierg tenoit table
ouverte? & Mr Dorné donna
deux magnifiquesColations
aux Dames. Jamais tant de
joye n'avoit paru. Jamais on
n'avoir veu tant d'ordre dans
uneCeremonie, ny tant de
splendeur & d'éclat dans les
habits, & jamais on n'avoit
oüy tant de fois crier
, Vive
le Roy, qu'on l'entendit pendant
tout le temps de ce grand
divertissementsqui se termina
par un Bal donné chez Mrle
Comte d'Aligny,à une belle
Demoiselle du voisinage, qui
avoit tous les agrémens possibles
de la taille, de la beauté,
& de la danse pour meriter cet
honneur. Le quatrième jour,
les Chevaliers parurent en
ordre pour s'en retourner.
On les accompagna en armes
jusques,aux portes, & comme
ceux de Loüen s'estoient le
plus signalez, on les conduisit
àunelieuë de la Ville, dans
une grande plaine sur leur
route, où ils trouvetent un
magnifique repas fous une
Tente de feüillages qu'on
avoitfaitdresserà ce dessein.
M. le Marquis de Montjeu
les regala dans sa bellemaison
de Montjeu,bastie iur une
montagne,, au haut de laquelle
sont deux grands estangs
semblables à deux lacs, & des
Jets d'eau d'une hauteur incroyable.
Illes fit chasser dans
son Parc, & leur donna un
fort beau Concert.
Ce n'estoit pas assez d'avoir
tiré le Prix à l'Arquebuse,il
falloit aussi pour achever la
pompe de cette Feste, qu'on
tirast celuy du Pistolet. La
Noblesse fit l'ornement de
l'Assemblée. M le Comte
d'Aiguli se mit à la teste des
Chevaliers du Charolois, Mr
le Comre de Vauteau, qui
avoit esté élu de la Noblesse
de cette Province là
,
voulut
marcher fous son Etendart,
& Ml's de Fontenaille
,
de
Poülly
,
leCler, deBoucherin,
& plusieurs autres les accompagnerent.
Mr Dorné fut
le Capitaine des Autunois,
suivy
- deMrs de Millery des
Poillots, du Pouriot,la Tour-
Guerin?Coneley
,
& de plusieurs
autres. Mr de Serandey
sur le Capitaine de la Ville
de Luzy
,
& Mrs de Mazelle,
de S. Prix, de Courvoux, des
Champs,de Trezillon,Courcelle,
la Brosse au Comte, &
plusieurs autres furent du
mesme party. Tous ces Messieurs
prirent leurs livrées.
Celle d'Autun fut le bleu;
celle du Charolois le rouge,
& celle de Luzy le Blanc.
L'Etendard d'Autun estoit
d'un brocard bleu avec un
Lion en broderie d'or., & autour
il y avoit cette inscription,
Formidinecuncta replebo.
Celuy de Charolois estoit
d'un tabis rouge avec deux
couronnes, au dessous desquelles
estoient les Armes de
France & d'Espagne avec ces
mots,Duo proteget unus.Celuy
de Luzy estoit d'un satin
blanc de Gennes, bordé d'une
crespine d'or, avec de
grands cordons de mesme.
& au milieu une Levrette
sans collier,avec cette inscriprion,
le tout en broderie
d'or, Vivat amoenoe libertatis
amor. Ces trois illustres Com-
- pagnies montèrent à cheval
ayant esté sal uéesdel'Artillerie
de la Ville,, & elles surent
conduites deux à deux
en armes par la Jeunesse
d'Autun
)
qui les falüa par
une décharge de sa Mousqueterie.
L'équipage suivoit
avec les chevaux de mainJ
couverts de Selles en broderie
de différentes figures avec
des bouffesqui traisnoient
jusquesàterre, sur lesquelles
estoient les Chiffres des Maisons
des Particuliers, & aux
qutre coins leurs Armoiries.
Comme la Noblesse fait prosession
des armes, elle estoit
vestuë cavalierement, les uns
d'une étoffe bleuë, les autres
de rouge, & les autres de
blanc. Les Echarpes en broderie
avec des franges d'or&
,d'a.rgent de la hauteur d'un
demy pied, & les plumes
qu'ils portoient sur leurs chapeaux
,
d'un prix considerable,
rehaussoient leur bonne
mine
,
& faisoient remarquer
un air qui inspiroit de la
crainte & du respect. Cinquante
grands Laquais qui
suivoient portoient les pistolets
dont on devoit se
servir pour tirer le Prix. Leurs
livrées accompagnoient merveilleusement
bien les couleurs
que leurs Maistres avoient
choisies. Quatre trompettes
precedoient la marche
de chaque Compagnie,
& l'ordre estoittel qu'on
pouvoit l'attendre de gens
accoûtumez à ne le jamais
rompre dans les occasions
les plusperilleuses. Ils arriverent
aux Tentes que l'on
avoit préparées,& après une
course legerc pour saluer les
Dames, on arbora les Etendards
sur les Tentes qui se
trouvoient extrêmement propres
pour laSaison. Mr le
Comte d'Aiguli ouvrit le
Prix par un coup au noir,&
tous les Chevaliers tirerent
chacun le leur pour les Dames.
En mesme temps Mr
Rabiot envoya les presens de
vinpar les Valets de Ville,
& M' Dorné en fit autant par
les Sergens
?
& par Its Tambours
de sa Compagnie. On
servit ensuite un grand Repas
où l'on but àlasanté du
Roy avec les fanfares des
Trompettes, & les décharges
de Canons ôcde Mousquets.
Toute la Ville accourut à
cette réjoüissance ; on n'entendoit
autre chose que des
cris de Vive le Roy. Les Chanoines
de la Cathedrale envoyerent
leur Musique, & les
Violons firent un Concert
tres-harmonieux. Enfin tout
Autun estoit uny dans les
voeux qu'il faisoit pour son
Auguste Monarque, qui par
la paix luy procuroit un si
profond repos ,
& les moyens
d'avoir des divertissemens si
agrcables. On proposa aux
Chevaliers de nommerchacun
sa Dame. Le hazard voulut
qu'ils les choisirent avec
distinction,& sans que l'un
pristcelle de l'autre. Le lieu
fut éclairédune quantité de
flambeaux, on dansa sans
faire un Bal reglé
,
& le lendemain
on tira le pix en quatre
volées qui fut remporté
par Mr de Siry de Serandey.
C'est un Gentilhomme de
bonne mine
,
& qui n'a pas
moins d'esprit que de coeur.
Il a servy long-temps dans
les Armées de SaMajesté,en
qualité de Capitaine de Chevaux.
Il alla faire compliment
à la Dame qu'il avoit choisie,
comme ayant esté animé par
elle pour bien tirer, & illuy
donna le Bal où elle parut
avec beaucoup d'avantage.
La nuit s'estant passée en
toutes fortes de divertiissemens,
on donna parole de
rendre le Prix au Printemps
prochain. Le jour suivant, la
Compagnie de Mr Dorné
conduisit en armes Mr de
Serandey jusques à la porte
de la Ville. Cent Cavaliers
l'acccompagnerent à deux
grandes
grandes lieuës, ou chacun se
Pepara, avec promesse dese
revoir au premier Prix qui
seroit donné.
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Résumé : Prix de l'Arquebuse proposé à cinquante Villes differentes par Mrs de la Ville d'Autun. [titre d'après la table]
La ville d'Autun, ancienne capitale des Gaules, organisa une fête incluant des compétitions de tir à l'arquebuse et au pistolet. Monsieur Dorné, capitaine désigné par la jeunesse autunoise, invita plusieurs villes à participer. Dijon, Beaune et Louën acceptèrent et arrivèrent avec des équipages impressionnants et des musiciens. Le 28 juin, les chevaliers se réunirent sur le Champ de Mars, accueillis par les habitants d'Autun. Après des rafraîchissements et des visites officielles, les Autunois, élégamment vêtus et armés, se dirigèrent vers l'hôtel du Comte de Roussillon, lieutenant du Roi, salués par des salves de mousqueterie et de canons. La compétition se déroula dans un édifice orné d'une effigie du roi en marbre. La cérémonie, solennelle et festive, comprenait des loges pour les marchands et les représentants étrangers. Monsieur Dorné offrit un grand repas et du vin aux participants. Le soir, un bal fut organisé, suivi d'exercices de tir le lendemain. Les festivités durèrent trois jours, avec des repas somptueux et des divertissements. Le quatrième jour, les Chevaliers furent escortés jusqu'aux portes de la ville et reçurent un repas. Un concours de tir au pistolet eut lieu, avec la noblesse présente en grand apparat. Les compagnies d'Autun, du Charolois et de Luzy défilèrent en armes, accompagnées par la jeunesse locale. La soirée se conclut par une danse improvisée éclairée par des flambeaux. Le lendemain, une nouvelle compétition de tir fut remportée par Monsieur de Siry de Serandey. La fête se termina par des divertissements et la décision de renouveler la compétition au printemps suivant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 302-342
SUITE DU JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau.
Début :
Le Jeudy 20. Septembre on chanta un Motet de la [...]
Mots clefs :
Fontainebleau, Princes, Seigneurs, Dames, Princesses, Duchesse, Électeur, Promenade, Cerf, Calèche, Chasse, Calèches, Conseil, Comte, Sanglier, Promenade royale, Trompettes, Cour, Roi, Spectacle
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texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau.
SUITE DU JOURNAL
de ce qui s'est paffé à Fontainebleau.
Le Jeudy 20. Septembre
on chanta un Motet de la
GALANT. 303
compoſition de M. Lalouëtte ;
ily cut Confeil d'Etat , l'aprefdinée
chaſſe du Cerf, où tous
les Princes , Princeſſes , Scigneurs
,& Dames de la Cour
allerent de même que l'Electeur
,& le Prince Ragotzi ;
au retour de la chaſſe M. le
Ducde Mortemar arriva de
Barcelone qui porta la nouvelle
qu'on avoit attaqué la Place
par ſept endroits , que le
combat avoit commencé à
quatre heures & demie , &
qu'àmidi nous eſtions maiſtres
des deux Baſtions & de la premiere
enceinte ; queles Barce304
MERCURE
i
lenois avoient arboré l'éten
dart blanc , & qu'ils avoient
promis d'envoyer des Orages
à fix heures du ſoir ; qu'il étoit
parti à cette heure là , mais
qu'il ne doutoit pas que la
Place n'eût capitulé , que M.
le Maréchal de Berwickl'avoit
aſſuré qu'il envoyeroit M le
Marquis de Broglio pour porter
les articles de la Capitulation
& le détail de ce qui
s'étoit paflé dans l'ction.
Le Vendredy 21. on chanta
à la Meffe du Roy , un
Moter de la compoſition de
M. de Lalande que El Eteur
entendit ,
:
GALANT. 305
entendit , & qui fut tres- applaudi
; il y eut Conſeil de
Conſcience , le Roy pendant
ſon dîné , fir pluſieurs queftions
à M. le Duc de Mortemar
ſur le Siege de Barcelone ;
Sa Majefte alla enſuite tirer.
Le Samedy 22. il ycutConſeil
des Finances : on courut
le Cerf avec l'équipage de M.
le Duc , & l'apreſdinée il y
eut promenade Royale le
long du Canal . On ne vit
jamais tant de Caroffes., &de
Caléches. Il y en avoit une
ttes-brillante à huit places ,
touredécouverte , où estoient
Octobre 1714. Cc
306 MERCURE
Madamela Duchefle , Madame
la Princeſſe de Conty
Mademoiselle de Charollois ,
& cinq autres Dames ; ily eut
auſſi pêche des Cormorans
avec un concours infini de
monde tant de la Cour que
des Etrangers.
Le Dimanche 23. M. le
Marquis de Broglio arriva de
Catalogne avec_la nouvelle
que Barcelone s'étoit rendu
àdiſcretion avec le Montjouy;
qu'on avoit conſervé la vie
&les biens aux habitans ; il y
cut ce foir-làConſeil d'Etat :
le Roy cut une longue confeGALANT
. 307
rence avec M. Voiſin & M. le
Marquis de Broglio.
Le Lundy 24. ily eut Confeil
des Dépêches le matin ,&
l'apreſdinée Conſeil des Parties
; il y cut auffi chaffe du
Cerf: on vit paſſer devant le
départ du Roy , plus de 300.
chevaux de maindu Roy , fans
compter ceux des Princes :
il yavoit plus de 150. caroffes ,
yavoitplus
caléches , ou brelines . L'Electeur
s'ytrouva de même que
tous les Princes , Princeffes
Seigneurs , & Dames de la
Cour. Ilyavoit pour le moins
1.000. Cavaliers , on courut
د
Ccij
308 MERCURE
deux Cerfs qu'on prit.
Le Mardy 25 on chanta le
Te Deum , en Muſique pendant
la Mefle du Roy , pour
la priſe de Barcelone ; il y cut
Confeil des Finances : on vit
ce jour là quantité de Seigneurs
, & de Dames à la
Toilette de Madame la DOLD
cheſſe de Berry. Il y eut au
diné du Roy une tres belle
Symphonie. M le Duc ,& les
autres Princes allerent à la
chatle du Sangher , on en prit
deux , & S. M. alla tirer; il y
cut le ſoir des feux & des
illuminations au Gouverne.
GALANT. 309.
ment ,l'on tira le Canon , &
quantité de Boëtes; l'aprefdinée
M. le Maréchal de Villars
preſenta au Roy M. le Duc
Daremberg.
: Le Mercredy 26. on chanta
unMotet de la compofition
de M. de Lalande à la
Meſſe du Roy , où l'Electeur
aſſiſta ; il y eut Conſeil d'Etat
&à quatre heuresdu ſoir promenade
Royale le long du
Canal . S. M. y vint dans une
caléche tres - magnifique accompagnée
de tous les Princes
&Seigneurs de la Cour à
cheval. L'Electeur étoit dans
310 MERCURE
une autre caléche découverte
àhuit places avec Madame la
Ducheffe , & fix autresDames.
Madame la Princeſſe deConty
& Mademoiselle de Charollois
, eſtoient auſſi dans une
autre caléche , de même que
1 pluſieurs autres Dames qui
avoient quitté ledeüil ,& qui
menoient elles -mêmes leurs
caléches. On fit pluſieurs fois
le tour duCanal. L'Electeur
Madame la Ducheffe ,& les
autres Dames aprés lepremier
tour defcendirent ,& entrerent
dans une Gondole toute
ſculptée& tapiffée,&couverGALANT.
311
1
te d'un gros damas avec des
franges d'or ; cette Gondole
eſtoit precedée de trois autres
de la même magnificence
fur leſquelles eſtoient les Muficiens
de S. M. avec des vio
lons , baflons , trompettes ,
timballes , & autres inſtrumens
; quand le Choeur de la
Muſique ceffoit de chanter
la Symphonie ſe faifoit entendre
,& quand celle-cy finiſſoit
les trompettes , & timballes
commençoient ; & à meſure
que le Roy , avec ſa Cour ,
montoit & defcendoit , les
Gondoles ſuivoient la caléche
312 MERCURE
du Roy , qui eltoit eſcortée :
de plus de 2 50. caroffes à huit
& à fix chevaux , fans compter
les caléches qui y estoient en
tres grand nombre. Unnombre
infini de peuple qui bordoit
tout le Canal , quoique
tres long , preſentoit à la veuë
du haut de la Caſcade , le
plus beau ſpectacle qu'on y
ait encore veu. Il eſt conſtant
que lesperſonnes qui habitent
la Cour depuis tres- longtemps
, ſoutiennent qu'onn'a
jamais rien veu de ſi magnifique
, auſſi les Etrangers qui y
eſtoient , & qui ont voyagé
dans
GALANT. 315
dans toutes les Cours de
l'Europe , conviennent qu'il
n'ya que la Cour de France
qui puiffe fournir un ſpectacle quip
de cette magnificence. M. lo
*Prince Royal & Electoral de
Saxe arriva ce foir-là.
Le Jeudy 27. ily cut-Confeil
d'Etat , & l'apreſdinée
chaffe du Cerf , l'Electeur y
alla de même que tous les
Princes , Seigneurs , & Dames
de la Cour , il y avoit
plus de 300. chevaux de main
du Roy avec des caparaffons
brodez d'or , on courut deux
Cerfs, le Roy n'en revint qu'à
Octobre 1714. Dd
814 MERCURE
prés de ſept heures. Pendant
le ſoupé M. le Prince Royal
& Electoral de Saxe fils du
Roy dePologne , ſous lenom
deM le Comte de Luface ſe
rendit dans la Chambre du
Roy avec Male Palatin de
Livonie , & pluſieurs autres
Seigneurs Polonois , & Allemans
, il fit fon compliment
à S. M. qui luy répondit tresgracieuſement
; enſuite le
Prince preſenta au Roy tous
des Seigneurs qui l'accompagnoient
, ce fut Madame qui
preſenta au Roy M. leComte
de Luface. C'eſt un Prince
GALANT. 315
dont l'air noble & grand& la
magnificence ſoutiennent parfaitement
l'éclatdu ſang dont
il eſt ſorti.
Vendredy 28. l'Electeur
prit congé du Roy , il y eut
ce ſoir làConſeildeConfcience
, & à midy & demi M. le
Comte de Luſace , accompagné
de M. le Marquis de Torcy,
rendit viſite à Madame la
Ducheſſe de Berry , qu'il complimenta
, il alla auffi chez
Madame , chez M. le Duc
d'Orleans , chez Madame la
Ducheſſe d'Orleans , chez Madame
la Ducheffe , chez tous
L
Ddij
316 MERCURE
Hes Princes , & Princeffes , &
PElecteur de Baviere qui le
retint à diné. Meffieurs les
Princes allerent à la chaffe du
Sanglier ,& le Roy alla tirer.
L'Electeur partieà cinqheures
du foir pour aller coucher à
S.Cloud. ८
"Le Samedy 29. il y eut
Conſeil des Finances , l'aprefdinée
le Roy alla coure le Cerf
avec l'équipage de M. le Duc.
M. leComtede Luface y alla
de même que tous les Princes,
&Princefles , le nombre des
caroffes , caléches , & deschevauxde
mainne futpas moins
ว
GALANT 317
grand que le 28. on courut
deux Cerfs qu'on prit..
Le Dimanche 30. il y cut
Conſeil d'Etat , le Roy alla
tirer l'apreſdinée , & on chanta
aprés les Veſpres le Te
Deum , à la Paroiſſe de Fontainebleau
, au fon des trompettes
, timbales , violons,flutes
douces , & autres inftrumens
, on tira pendant qu'on
le chantoit quantité de Boëtes
pour la priſe de Barcelone,
Le Lundy premier Octobre
il y eut Conſeil des Par
ties , & apreſdinée chaſſe du
Cerf , le Royy alla avec tous
2
*
Dd iij
318 MERCURE
les Princes & Princeſſes ; M. le
Comte de Luface , &M. le
Prince Ragotzi eſtant de la
partie, fanscompter un grand
nombre d'Etrangers de toutes
les Nations , on courut
deux Cerfs qu'on prit.
cuc Le Mardy deux , il y
Conſeil des Finances , M. le
Comte de Luſace ſe trouva
au lever du Roy avec M. le
Palatin de Livonie , & pluſieurs
autres Etrangers , Melfieurs
les Princes allerent à la
chaffe du Cerf, & le Roy alla
tirer l'apreſdinée.
LeMardy 3. il y eut Con
GALANT. 319
ſeil d'Etat , & l'apreſdinéo
promenade Royale , & pêche
des Cormorans , cette promenade
fut tres- magnifique tant
par le nombre des caroffes ,
carioles , caléches , que par
une affluence prodigieuſe de
perſonnes qui estoient venuës
tant de Paris que de la Campagne;
parce qu'on avoit crû
qu'il y auroit Symphonie , & ya
Muſique ſur le Canal en faveur
de M. le Comtede Luface
qui s'y trouva , de même
que M. le Duc Daremberg ,
tous les Princes ,& Princeſſes ,
Meſſieurs les Cardinaux de
Dd iiij
320 MERCURE
Rohan , & de Polignac , M.
le Nonce , tous les Ambaſſadeurs
, & Envoyez des Cours
Etrangeres.
Le Jeudy 4 il y cut Conſeil
d'Etat , & chaſſe duCerf
apreſdinée , Madame la Du
cheſſe qui n'en manque pas.
une , y alla auffi , elle avoit
dans ſa caléche Madame la.
Maréchale de Villars qui va.
preſque toûjours avec cette
Princeffe.
Le Vendredy s.il y eutConſeil
de Conſcience , chaſſe du
Cerf avec l'équipage de M.
le Duc du Maine. Tous les
GALANT. 3210
Princes & Princeſſes , de même
que tous les Seigneurs& Dames
de la Cour y allerent,il y
avoit plus de 1000 perſonnes,
à cheval , tant de la Cour
qu'Etrangers.
Le Samedy 6. il yeutCon
feil de Finances . On fit dans
la Salle des Suiſſes la repetition
pour la feſte du lende..
main ,tant des voix que de la.
ſymphonie pour tout cc.
qu'on devoir chanter. Cette.
Salle , quoyque tres-grande
étoit ſi remplie de monde ود
qu'on n'y pouvoit tenir. Le
Roy alla tirer l'apreſdinée.
322 MERCURE
!
Le Dimanche 7. il y cut
Conſeild'Etat , &à 4 heures
du ſoir S. M. ſe rendit au Ca
nal dans une caléche magnifique
eſcortée de plus de 200.
Seigneurs à cheval , ſuivie de
plus de 200. carofles à 8. ou
à 6. chevaux , de pluſieurs caléches
découvertes remplies
des Dames , parmi leſquelles
on en voyoit une à 8. places **
dans laquelle estoient Madame
la Princeſſe deConty, Ma--
demoiselle deCharollois,Mef
dames les Marquiſes de Rupelmonde
, de Maillebois , de
S. Germain , de Montforeau ,
GALANT. 323
deChampinelle, de Saucourt.
Madame la Ducheffe , & Madame
la Princeffe de Conty
fille du Roy , eſtoient chacune
dans leurs caroſſes avec plu--
fieurs autres Dames. M. le
Comte de Luface étoit arrivé
un peu auparavant , accompagné
de M. le Duc de Noailles
, de M.le Duc d'Aumont ,
de M. le Maréchal d'Eſtrées ,
& de pluſieurs autres Scigneurs.
Toute cette illuftre
Troupe entra dans uneGondole
ſculptée & dorée , couverte
& tapiffée d'un grosdamas
cramoiſi avecdes franges
324 MERCURE
&du galon d'or tout au tour ;
elle eſtoit fuivie d'une autre
de même , mais couverte &
tapiſſée d'un damas cramoifi
à fleurs d'or , les Marelots
étant vêtus d'un gros damas
bleu ,couverts de galons &
brandebourgs àfranges d'or :
àcoſté de ces deux Gondoles
on en voïoit deux autres plus
grandes de la même magnificence
, dans lefquelles étoient
les Muſiciens ; & entre ces
deux là on en avoit attaché
deux autres ſur lesquelles on
avoit dreffe un Amphitheatre
pour les trompettes , hautGALANT.
1325
1
bois , timballes , & autres
inſtruments : à meſure que le
Roy avec ſa Cour montoit &
deſcendoit , les Gondoles en
faifoient de même ſur le Canal
, qui , quoyqu'il ait 600.
toiſes de longueur , étoitbordé
tout au tour d'un nombre
prodigieux de pouple ; les
Equipages y eltoient tres-ma.
gniques , ceux de tous lesPrinces
, Princeſſes , Cardinaux ,
Ambaſſadeurs & Envoïcz y
eſtoient precedez de leurs Pages
à cheval. Celui de Madame
la Maréchale d'Eſtrées y
eſtoit precedé de 4. de ſes Pa326
MERCURE
ges bien montez , de même
que preſque tous ceuxdes autres
Seigneurs & Dames . On
n'avoit encore rien veu de
plus grand à Fontainebleau :
ceux qui eſtoient audeſſus de
la caſcade ne pouvoient ſe
laffer d'admirer ce ſpectacle.
Le Lundy 8. il y cut Conſeil
des Depêches , & aprefdinée
Conſeil des Parties . Le
Royalla l'apreſdinée courre le
Cerf accompagné de tous les
Princes ,Princeffes , Seigneurs
&Dames de la Cour. La chafſe
ne fut pasmoins nombreu
ſe , nimoins belle que les pre
:
GALANT. 327
cedentes . M. le Comte de Luface
en estoit : cette chaffe
donna beaucoup de plaiſir à
tous ceux qui en étoient , le
Cerf s'étant fait lancer jufqu'à
10. ou 12. fois : le Roy
n'en revint qu'à ſept heures.
M. & Madame la Maréchale
d'Eltrées donnerent un ſoupé
magnifique à M. le Comte de
Luſace , à M. le Palatin de Li-
-vonic,& à pluſieurs Seigneurs
&Dames de la Cour; il y eut
pendant tout le ſoupé muſique&
ſymphonie.
Le Mardy 9. il y eut Confeil
des Finances. M. I Envoyé
328 MERCURE
de Parme fit part au Roy da
Mariage de la Princeſſe de
Parme avec le Roy d'Eſpagne,
il alla à midy & demi , chez
Madame la Ducheffe deBerry
qui eſtoit à ſa Toilette , il étoit
conduit par le ſieurde Saintor,
le Cercle estoit tres-nombreux
, & tres- brillant chez
cette Princeſſe , Meſdames les
Princeffes de Lambefc , de
Rohan , de Monaco , Mefdames
les Ducheſſes de S. Simon
, de la Ferté , d'Eſtrées ,
en eſtoient,de même que plufieurs
autres Dames , cer Envoyé
alla enſuite chez Madame
GALANT. 329
د
me Madame la Ducheffe
d'Orleans , &c . Ce jour-là
pendant le diné du Roy le
Trompette Anglois qui s'étoit
fait admirer le jour de la
promenade , ſonna dans l'Antichambre
de S. M. tous les
Muſiciens avouent que c'eſt
le premier homme du monde
pour fonner de laTrompette.
Le Roy alla tirer l'apreſdinée.
Le Mercredy 10. il y cut
Conſeil d'Etat. M. le Duc du
Maine alla àla chafle du Cerf,
il n'y eut pas de promenade
Royale à caule du mauvais
temps.
Octobre 1714. Ec
را
330 MERCURE
1
Le Jeudy It. il y eutConſeil
d'Etat , &l'apreſdinée le Roy
alla à la chaſſe du Cerf , accompagné
de tous les Princes,
& Princeffes , M. le Comte
de Luface y allaavec pluſieurs
Seigneurs Etrangers , on prit
deux Cerfs , ce foir là M. le
Duc d'Orleans donna un retour
de chaſſe tres exquis , où
il pria M. le Comte de Luſace,
&les Seigneurs de ſa ſuite ,
Meſſieurs les Ducs de Lauzun,
d'Aumont , de Fronſacq , M.
le Maréchal d'Eftrées , M. le
Marquis de Torcy , & plu
ſieurs autres Seigneurs.
GALANT. 331
Le Vendredy 12. il y eut
Conſeil de Conſcience
Papreſdinéele Roy alla tirer.
Le foir à onze heures leChevalier
Caiſſan , dont je ne
vous ay pas encore parlé
quoiqu'il ait toûjours eſté le
premier àtoutes les chaffes &
promenades Royales avec ſon
inſtrument fans pareil, monté
fur un trapon , parut dans la
court ovale , couvert de papier
marbré monté ſur une bouri.
que couverte auffi de papier
marbré , qui avoit ſur ſa tête
deux bois de Cerfs bien attachez&
le Chevalier avoit fur
Ecij
332 MERCURE
la fienne un artifice qui joüa ,
ſcoſt que le Roy , & les Princes
parurent aux feneftres du
Cabinet de Sa Majeſté; mais
la bourique au bruit des fuſées
s'enfuit , ce qui fit rire
tout le monde quiy eſtoit venu
en foule pour le voir. M. le
Chevalier Caiſſan ayant pris
grand ſoin d'en inſtruire le
public , l'Histoire de ſa vie
eſt imprimée depuis cette année
à Verſailles ou à Paris.
Le Samedy 13. il y eutConſeil
des Finances. M. le Duc ,
M. le Duc du Maine , & M.
GALANT.333
*
le Comte de Toulouſe allerent
à la chaſſe du Cerf. Le ſoir
aprés le ſoupé , pendant que .
S. M. eſtoit dans ſon Cabinet
avectous les: Princes , &i
Princeſſes , le Trompette Anglois
ſonna dans l'Antichambre
les plus beaux airs du
monde , il y avoit un autre
Trompette au- deſſus de la
Salledes Suiſſes quiluy répondoit
; mais qui ne l'égaloit
pas.
Le Dimanche 14. il y cut
Conſeild'Etat , le même jour
àcinqheures& demie Madame
la Ducheffe de Berry le
334 MERCURE
rendit àla Tribune de la Chapelle
pour y entendre le Salut ,
accompagnée de M. l'Abbé
de Rouget fon Aumônier.
Madame s'y rendit auſſi à la
même heure accompagnéede
M. l'Abbé de Magnas fon
premier Aumônier , & le Roy
vint à prés de 6. heures accompagné
de M. le Cardinal
de Rohan , Grand Aumônier ,
& de M. l'Abbé de Maulevrier
Aumônier auffi Sitoft
que S. M. fut arrivée , on
commença le Salut qui ne finit
qu'à 7 heures.
Le Lundy 15. le Roy prit
GALANT. 335 $
medecine. Il y eut Conſeil des..
Parties . M.leDuc &Meffieurs
les Princes allerent à la chaffe
du Sanglier , Male Comte de
Toulouſe en tua un Madame
la Ducheſſe d'Orleans partic
ce jour-là dans la Litiere du
Roy portée par 4 Mulets
pour aller coucher à Bretigny
&de- là à Paris. On avoitdref
ſéun lit dans cette Litiere , où
elle estoit couchée à cauſe de
fa groffeffe.
LeMardy 16. ily eutConfeil
des Finances , chaffe du
Cert aprefdinée où tous les
Princes & Princeſſes allerent ,
1
336 MERCURE
les Equipages n'eſtoient past
moins brillants qu'aux chaffes
precedentes: M. le Duc
menoit fa caléche , de même
que M. le Prince de Soubize
la fienne,
LeMercredy 17. M. l'Arvêque
de Vienne prêta fera
ment de fidelité pendant la
Meſſe du Roy, entre lesmains
de S. M. l'apreſdinée on tint
leConſeildes Dépêches qu'on
n'avoit pas pû tenir-le Lundy,
parce que leRoy prit Medecine
ce jour- là , Meffieurs les
Princes allerent à la chaſſe du
Sanglier , Male Dúc du Mai
де
GALANT. 337
ne alla court le Cerf.
Le Jeudy 18. il y eut Confeil
d'Erat , & l'apreſdinée
chaſſe du Cerf Tous les Princes
& Princeſſes y accompapagnerent
le Roy , de même
que M. le Comte de Luface ,
tous les Seigneurs & Dames
de la Cour , on en prit deux ,
le Roy revint de bonne heure
, ſuivi de pluſieurs caléches
& des Princeffes , & Dames
vêtuës en Amazones ,& a cheval.
Le Vendredy 19 il y eut
Confeil de Conſcience. M.
Buis Ambaſſadeurd'Hollande
Octobre 1714 . Ff
1
338 MERCURE
alla à la Toilettede Madame
la Ducheſſe deBerry qui fut
tres nombreuſe , le Roy qui
devoit aller tirer l'apreſdinée
n'y alla pas àcauſe du mauvais
temps.
Le Samedy 20. il y eut
Conſeil des Finances , M. le
Duc ,&M. le Comte de Toulouze
, allerent à la chaſſe du
Sanglier ,M. le Duc du Maine
alla courir le Cerf. Il y eut une
tres-belle Symphonie au diné
du Roy aprés lequel S. M. alla
tirer , le même jour le Roy
declara Meſſieurs les Princes
de Soubize , & d'Epinoy 2
GALANT. 339
Ducs & Pairs .
Le Dimanche 21. il y eut
Confeil d'Etat , M. le Maréchal
de Teſſé , le Prince d'Epinoy
, M. le Duc de la Feüillade
, Madame l'Ambaſſadrice
d'Hollande , & pluſieurs autres
Seigneurs &Dames , allerent
à la Toilette de Madame
la Ducheſſe de Berry , le Roy
ne fortit pas ce jour- là
LeLundy 22. il y eutConſeil
d'Etat , l'apreſdinée le
Roy alla à la chaſſe du Cerf ,
accompagné de tous les Princes
,& Princeſſes , M. le Com.
te de Luface y alla de même
Ffij
340 MERCURE
accompagné de plusieurs Seigneurs
Etrangers , les Dames
estoient auffi à cheval vêtuës
en Amazones , on courut
trois Cerfs qu'on prit , M. le
Comte de Ribeira Ambaſſadeur
de Portugal arriva ce
même jour.
Le Mardy 2 3. M le Comte
deRibeira fut preſenté à S. M.
M.leComte de Luface partit
de Fontainebleau pour Paris ,
ily eut Conſeil des Finances ,
&l'apreſdinée le Roy alla ſe
promener dans les Jardins accompagné
de tous les Seigneurs
de la Cour , M. le
ALANT 341
Duc& M. le Duc du Maine
allerent à la chaſſe du Cerf ,
on en a pris pendant que la
Cour a reſtée icy plus de 60.
LeMecredy 24. leRoy partic
de Fontainebleau , ayant dans
Con carofle Madame la Ducheſſe
de Berry , Madame ,
Madame la Ducheffe , & Mademoifelle
de Charollois. S.
M. eſtoit eſcortée par lesGardes
du Corps , les Gendarmes ,
les Chevaux Legers , & les
deux Compagnies de Moufquetaires
pour aller coucher
à Petit-Bourg , où toute la
Courfut traitée magnifique-
Ffiiy
342 MERCURE
ment , on partic le 25. pour
aller coucher à Verſailles , où
l'on arriva de bonne heure.
Fête fur feſte , la Scene de
celle-cy eſt au Château d'Emery.
de ce qui s'est paffé à Fontainebleau.
Le Jeudy 20. Septembre
on chanta un Motet de la
GALANT. 303
compoſition de M. Lalouëtte ;
ily cut Confeil d'Etat , l'aprefdinée
chaſſe du Cerf, où tous
les Princes , Princeſſes , Scigneurs
,& Dames de la Cour
allerent de même que l'Electeur
,& le Prince Ragotzi ;
au retour de la chaſſe M. le
Ducde Mortemar arriva de
Barcelone qui porta la nouvelle
qu'on avoit attaqué la Place
par ſept endroits , que le
combat avoit commencé à
quatre heures & demie , &
qu'àmidi nous eſtions maiſtres
des deux Baſtions & de la premiere
enceinte ; queles Barce304
MERCURE
i
lenois avoient arboré l'éten
dart blanc , & qu'ils avoient
promis d'envoyer des Orages
à fix heures du ſoir ; qu'il étoit
parti à cette heure là , mais
qu'il ne doutoit pas que la
Place n'eût capitulé , que M.
le Maréchal de Berwickl'avoit
aſſuré qu'il envoyeroit M le
Marquis de Broglio pour porter
les articles de la Capitulation
& le détail de ce qui
s'étoit paflé dans l'ction.
Le Vendredy 21. on chanta
à la Meffe du Roy , un
Moter de la compoſition de
M. de Lalande que El Eteur
entendit ,
:
GALANT. 305
entendit , & qui fut tres- applaudi
; il y eut Conſeil de
Conſcience , le Roy pendant
ſon dîné , fir pluſieurs queftions
à M. le Duc de Mortemar
ſur le Siege de Barcelone ;
Sa Majefte alla enſuite tirer.
Le Samedy 22. il ycutConſeil
des Finances : on courut
le Cerf avec l'équipage de M.
le Duc , & l'apreſdinée il y
eut promenade Royale le
long du Canal . On ne vit
jamais tant de Caroffes., &de
Caléches. Il y en avoit une
ttes-brillante à huit places ,
touredécouverte , où estoient
Octobre 1714. Cc
306 MERCURE
Madamela Duchefle , Madame
la Princeſſe de Conty
Mademoiselle de Charollois ,
& cinq autres Dames ; ily eut
auſſi pêche des Cormorans
avec un concours infini de
monde tant de la Cour que
des Etrangers.
Le Dimanche 23. M. le
Marquis de Broglio arriva de
Catalogne avec_la nouvelle
que Barcelone s'étoit rendu
àdiſcretion avec le Montjouy;
qu'on avoit conſervé la vie
&les biens aux habitans ; il y
cut ce foir-làConſeil d'Etat :
le Roy cut une longue confeGALANT
. 307
rence avec M. Voiſin & M. le
Marquis de Broglio.
Le Lundy 24. ily eut Confeil
des Dépêches le matin ,&
l'apreſdinée Conſeil des Parties
; il y cut auffi chaffe du
Cerf: on vit paſſer devant le
départ du Roy , plus de 300.
chevaux de maindu Roy , fans
compter ceux des Princes :
il yavoit plus de 150. caroffes ,
yavoitplus
caléches , ou brelines . L'Electeur
s'ytrouva de même que
tous les Princes , Princeffes
Seigneurs , & Dames de la
Cour. Ilyavoit pour le moins
1.000. Cavaliers , on courut
د
Ccij
308 MERCURE
deux Cerfs qu'on prit.
Le Mardy 25 on chanta le
Te Deum , en Muſique pendant
la Mefle du Roy , pour
la priſe de Barcelone ; il y cut
Confeil des Finances : on vit
ce jour là quantité de Seigneurs
, & de Dames à la
Toilette de Madame la DOLD
cheſſe de Berry. Il y eut au
diné du Roy une tres belle
Symphonie. M le Duc ,& les
autres Princes allerent à la
chatle du Sangher , on en prit
deux , & S. M. alla tirer; il y
cut le ſoir des feux & des
illuminations au Gouverne.
GALANT. 309.
ment ,l'on tira le Canon , &
quantité de Boëtes; l'aprefdinée
M. le Maréchal de Villars
preſenta au Roy M. le Duc
Daremberg.
: Le Mercredy 26. on chanta
unMotet de la compofition
de M. de Lalande à la
Meſſe du Roy , où l'Electeur
aſſiſta ; il y eut Conſeil d'Etat
&à quatre heuresdu ſoir promenade
Royale le long du
Canal . S. M. y vint dans une
caléche tres - magnifique accompagnée
de tous les Princes
&Seigneurs de la Cour à
cheval. L'Electeur étoit dans
310 MERCURE
une autre caléche découverte
àhuit places avec Madame la
Ducheffe , & fix autresDames.
Madame la Princeſſe deConty
& Mademoiselle de Charollois
, eſtoient auſſi dans une
autre caléche , de même que
1 pluſieurs autres Dames qui
avoient quitté ledeüil ,& qui
menoient elles -mêmes leurs
caléches. On fit pluſieurs fois
le tour duCanal. L'Electeur
Madame la Ducheffe ,& les
autres Dames aprés lepremier
tour defcendirent ,& entrerent
dans une Gondole toute
ſculptée& tapiffée,&couverGALANT.
311
1
te d'un gros damas avec des
franges d'or ; cette Gondole
eſtoit precedée de trois autres
de la même magnificence
fur leſquelles eſtoient les Muficiens
de S. M. avec des vio
lons , baflons , trompettes ,
timballes , & autres inſtrumens
; quand le Choeur de la
Muſique ceffoit de chanter
la Symphonie ſe faifoit entendre
,& quand celle-cy finiſſoit
les trompettes , & timballes
commençoient ; & à meſure
que le Roy , avec ſa Cour ,
montoit & defcendoit , les
Gondoles ſuivoient la caléche
312 MERCURE
du Roy , qui eltoit eſcortée :
de plus de 2 50. caroffes à huit
& à fix chevaux , fans compter
les caléches qui y estoient en
tres grand nombre. Unnombre
infini de peuple qui bordoit
tout le Canal , quoique
tres long , preſentoit à la veuë
du haut de la Caſcade , le
plus beau ſpectacle qu'on y
ait encore veu. Il eſt conſtant
que lesperſonnes qui habitent
la Cour depuis tres- longtemps
, ſoutiennent qu'onn'a
jamais rien veu de ſi magnifique
, auſſi les Etrangers qui y
eſtoient , & qui ont voyagé
dans
GALANT. 315
dans toutes les Cours de
l'Europe , conviennent qu'il
n'ya que la Cour de France
qui puiffe fournir un ſpectacle quip
de cette magnificence. M. lo
*Prince Royal & Electoral de
Saxe arriva ce foir-là.
Le Jeudy 27. ily cut-Confeil
d'Etat , & l'apreſdinée
chaffe du Cerf , l'Electeur y
alla de même que tous les
Princes , Seigneurs , & Dames
de la Cour , il y avoit
plus de 300. chevaux de main
du Roy avec des caparaffons
brodez d'or , on courut deux
Cerfs, le Roy n'en revint qu'à
Octobre 1714. Dd
814 MERCURE
prés de ſept heures. Pendant
le ſoupé M. le Prince Royal
& Electoral de Saxe fils du
Roy dePologne , ſous lenom
deM le Comte de Luface ſe
rendit dans la Chambre du
Roy avec Male Palatin de
Livonie , & pluſieurs autres
Seigneurs Polonois , & Allemans
, il fit fon compliment
à S. M. qui luy répondit tresgracieuſement
; enſuite le
Prince preſenta au Roy tous
des Seigneurs qui l'accompagnoient
, ce fut Madame qui
preſenta au Roy M. leComte
de Luface. C'eſt un Prince
GALANT. 315
dont l'air noble & grand& la
magnificence ſoutiennent parfaitement
l'éclatdu ſang dont
il eſt ſorti.
Vendredy 28. l'Electeur
prit congé du Roy , il y eut
ce ſoir làConſeildeConfcience
, & à midy & demi M. le
Comte de Luſace , accompagné
de M. le Marquis de Torcy,
rendit viſite à Madame la
Ducheſſe de Berry , qu'il complimenta
, il alla auffi chez
Madame , chez M. le Duc
d'Orleans , chez Madame la
Ducheſſe d'Orleans , chez Madame
la Ducheffe , chez tous
L
Ddij
316 MERCURE
Hes Princes , & Princeffes , &
PElecteur de Baviere qui le
retint à diné. Meffieurs les
Princes allerent à la chaffe du
Sanglier ,& le Roy alla tirer.
L'Electeur partieà cinqheures
du foir pour aller coucher à
S.Cloud. ८
"Le Samedy 29. il y eut
Conſeil des Finances , l'aprefdinée
le Roy alla coure le Cerf
avec l'équipage de M. le Duc.
M. leComtede Luface y alla
de même que tous les Princes,
&Princefles , le nombre des
caroffes , caléches , & deschevauxde
mainne futpas moins
ว
GALANT 317
grand que le 28. on courut
deux Cerfs qu'on prit..
Le Dimanche 30. il y cut
Conſeil d'Etat , le Roy alla
tirer l'apreſdinée , & on chanta
aprés les Veſpres le Te
Deum , à la Paroiſſe de Fontainebleau
, au fon des trompettes
, timbales , violons,flutes
douces , & autres inftrumens
, on tira pendant qu'on
le chantoit quantité de Boëtes
pour la priſe de Barcelone,
Le Lundy premier Octobre
il y eut Conſeil des Par
ties , & apreſdinée chaſſe du
Cerf , le Royy alla avec tous
2
*
Dd iij
318 MERCURE
les Princes & Princeſſes ; M. le
Comte de Luface , &M. le
Prince Ragotzi eſtant de la
partie, fanscompter un grand
nombre d'Etrangers de toutes
les Nations , on courut
deux Cerfs qu'on prit.
cuc Le Mardy deux , il y
Conſeil des Finances , M. le
Comte de Luſace ſe trouva
au lever du Roy avec M. le
Palatin de Livonie , & pluſieurs
autres Etrangers , Melfieurs
les Princes allerent à la
chaffe du Cerf, & le Roy alla
tirer l'apreſdinée.
LeMardy 3. il y eut Con
GALANT. 319
ſeil d'Etat , & l'apreſdinéo
promenade Royale , & pêche
des Cormorans , cette promenade
fut tres- magnifique tant
par le nombre des caroffes ,
carioles , caléches , que par
une affluence prodigieuſe de
perſonnes qui estoient venuës
tant de Paris que de la Campagne;
parce qu'on avoit crû
qu'il y auroit Symphonie , & ya
Muſique ſur le Canal en faveur
de M. le Comtede Luface
qui s'y trouva , de même
que M. le Duc Daremberg ,
tous les Princes ,& Princeſſes ,
Meſſieurs les Cardinaux de
Dd iiij
320 MERCURE
Rohan , & de Polignac , M.
le Nonce , tous les Ambaſſadeurs
, & Envoyez des Cours
Etrangeres.
Le Jeudy 4 il y cut Conſeil
d'Etat , & chaſſe duCerf
apreſdinée , Madame la Du
cheſſe qui n'en manque pas.
une , y alla auffi , elle avoit
dans ſa caléche Madame la.
Maréchale de Villars qui va.
preſque toûjours avec cette
Princeffe.
Le Vendredy s.il y eutConſeil
de Conſcience , chaſſe du
Cerf avec l'équipage de M.
le Duc du Maine. Tous les
GALANT. 3210
Princes & Princeſſes , de même
que tous les Seigneurs& Dames
de la Cour y allerent,il y
avoit plus de 1000 perſonnes,
à cheval , tant de la Cour
qu'Etrangers.
Le Samedy 6. il yeutCon
feil de Finances . On fit dans
la Salle des Suiſſes la repetition
pour la feſte du lende..
main ,tant des voix que de la.
ſymphonie pour tout cc.
qu'on devoir chanter. Cette.
Salle , quoyque tres-grande
étoit ſi remplie de monde ود
qu'on n'y pouvoit tenir. Le
Roy alla tirer l'apreſdinée.
322 MERCURE
!
Le Dimanche 7. il y cut
Conſeild'Etat , &à 4 heures
du ſoir S. M. ſe rendit au Ca
nal dans une caléche magnifique
eſcortée de plus de 200.
Seigneurs à cheval , ſuivie de
plus de 200. carofles à 8. ou
à 6. chevaux , de pluſieurs caléches
découvertes remplies
des Dames , parmi leſquelles
on en voyoit une à 8. places **
dans laquelle estoient Madame
la Princeſſe deConty, Ma--
demoiselle deCharollois,Mef
dames les Marquiſes de Rupelmonde
, de Maillebois , de
S. Germain , de Montforeau ,
GALANT. 323
deChampinelle, de Saucourt.
Madame la Ducheffe , & Madame
la Princeffe de Conty
fille du Roy , eſtoient chacune
dans leurs caroſſes avec plu--
fieurs autres Dames. M. le
Comte de Luface étoit arrivé
un peu auparavant , accompagné
de M. le Duc de Noailles
, de M.le Duc d'Aumont ,
de M. le Maréchal d'Eſtrées ,
& de pluſieurs autres Scigneurs.
Toute cette illuftre
Troupe entra dans uneGondole
ſculptée & dorée , couverte
& tapiffée d'un grosdamas
cramoiſi avecdes franges
324 MERCURE
&du galon d'or tout au tour ;
elle eſtoit fuivie d'une autre
de même , mais couverte &
tapiſſée d'un damas cramoifi
à fleurs d'or , les Marelots
étant vêtus d'un gros damas
bleu ,couverts de galons &
brandebourgs àfranges d'or :
àcoſté de ces deux Gondoles
on en voïoit deux autres plus
grandes de la même magnificence
, dans lefquelles étoient
les Muſiciens ; & entre ces
deux là on en avoit attaché
deux autres ſur lesquelles on
avoit dreffe un Amphitheatre
pour les trompettes , hautGALANT.
1325
1
bois , timballes , & autres
inſtruments : à meſure que le
Roy avec ſa Cour montoit &
deſcendoit , les Gondoles en
faifoient de même ſur le Canal
, qui , quoyqu'il ait 600.
toiſes de longueur , étoitbordé
tout au tour d'un nombre
prodigieux de pouple ; les
Equipages y eltoient tres-ma.
gniques , ceux de tous lesPrinces
, Princeſſes , Cardinaux ,
Ambaſſadeurs & Envoïcz y
eſtoient precedez de leurs Pages
à cheval. Celui de Madame
la Maréchale d'Eſtrées y
eſtoit precedé de 4. de ſes Pa326
MERCURE
ges bien montez , de même
que preſque tous ceuxdes autres
Seigneurs & Dames . On
n'avoit encore rien veu de
plus grand à Fontainebleau :
ceux qui eſtoient audeſſus de
la caſcade ne pouvoient ſe
laffer d'admirer ce ſpectacle.
Le Lundy 8. il y cut Conſeil
des Depêches , & aprefdinée
Conſeil des Parties . Le
Royalla l'apreſdinée courre le
Cerf accompagné de tous les
Princes ,Princeffes , Seigneurs
&Dames de la Cour. La chafſe
ne fut pasmoins nombreu
ſe , nimoins belle que les pre
:
GALANT. 327
cedentes . M. le Comte de Luface
en estoit : cette chaffe
donna beaucoup de plaiſir à
tous ceux qui en étoient , le
Cerf s'étant fait lancer jufqu'à
10. ou 12. fois : le Roy
n'en revint qu'à ſept heures.
M. & Madame la Maréchale
d'Eltrées donnerent un ſoupé
magnifique à M. le Comte de
Luſace , à M. le Palatin de Li-
-vonic,& à pluſieurs Seigneurs
&Dames de la Cour; il y eut
pendant tout le ſoupé muſique&
ſymphonie.
Le Mardy 9. il y eut Confeil
des Finances. M. I Envoyé
328 MERCURE
de Parme fit part au Roy da
Mariage de la Princeſſe de
Parme avec le Roy d'Eſpagne,
il alla à midy & demi , chez
Madame la Ducheffe deBerry
qui eſtoit à ſa Toilette , il étoit
conduit par le ſieurde Saintor,
le Cercle estoit tres-nombreux
, & tres- brillant chez
cette Princeſſe , Meſdames les
Princeffes de Lambefc , de
Rohan , de Monaco , Mefdames
les Ducheſſes de S. Simon
, de la Ferté , d'Eſtrées ,
en eſtoient,de même que plufieurs
autres Dames , cer Envoyé
alla enſuite chez Madame
GALANT. 329
د
me Madame la Ducheffe
d'Orleans , &c . Ce jour-là
pendant le diné du Roy le
Trompette Anglois qui s'étoit
fait admirer le jour de la
promenade , ſonna dans l'Antichambre
de S. M. tous les
Muſiciens avouent que c'eſt
le premier homme du monde
pour fonner de laTrompette.
Le Roy alla tirer l'apreſdinée.
Le Mercredy 10. il y cut
Conſeil d'Etat. M. le Duc du
Maine alla àla chafle du Cerf,
il n'y eut pas de promenade
Royale à caule du mauvais
temps.
Octobre 1714. Ec
را
330 MERCURE
1
Le Jeudy It. il y eutConſeil
d'Etat , &l'apreſdinée le Roy
alla à la chaſſe du Cerf , accompagné
de tous les Princes,
& Princeffes , M. le Comte
de Luface y allaavec pluſieurs
Seigneurs Etrangers , on prit
deux Cerfs , ce foir là M. le
Duc d'Orleans donna un retour
de chaſſe tres exquis , où
il pria M. le Comte de Luſace,
&les Seigneurs de ſa ſuite ,
Meſſieurs les Ducs de Lauzun,
d'Aumont , de Fronſacq , M.
le Maréchal d'Eftrées , M. le
Marquis de Torcy , & plu
ſieurs autres Seigneurs.
GALANT. 331
Le Vendredy 12. il y eut
Conſeil de Conſcience
Papreſdinéele Roy alla tirer.
Le foir à onze heures leChevalier
Caiſſan , dont je ne
vous ay pas encore parlé
quoiqu'il ait toûjours eſté le
premier àtoutes les chaffes &
promenades Royales avec ſon
inſtrument fans pareil, monté
fur un trapon , parut dans la
court ovale , couvert de papier
marbré monté ſur une bouri.
que couverte auffi de papier
marbré , qui avoit ſur ſa tête
deux bois de Cerfs bien attachez&
le Chevalier avoit fur
Ecij
332 MERCURE
la fienne un artifice qui joüa ,
ſcoſt que le Roy , & les Princes
parurent aux feneftres du
Cabinet de Sa Majeſté; mais
la bourique au bruit des fuſées
s'enfuit , ce qui fit rire
tout le monde quiy eſtoit venu
en foule pour le voir. M. le
Chevalier Caiſſan ayant pris
grand ſoin d'en inſtruire le
public , l'Histoire de ſa vie
eſt imprimée depuis cette année
à Verſailles ou à Paris.
Le Samedy 13. il y eutConſeil
des Finances. M. le Duc ,
M. le Duc du Maine , & M.
GALANT.333
*
le Comte de Toulouſe allerent
à la chaſſe du Cerf. Le ſoir
aprés le ſoupé , pendant que .
S. M. eſtoit dans ſon Cabinet
avectous les: Princes , &i
Princeſſes , le Trompette Anglois
ſonna dans l'Antichambre
les plus beaux airs du
monde , il y avoit un autre
Trompette au- deſſus de la
Salledes Suiſſes quiluy répondoit
; mais qui ne l'égaloit
pas.
Le Dimanche 14. il y cut
Conſeild'Etat , le même jour
àcinqheures& demie Madame
la Ducheffe de Berry le
334 MERCURE
rendit àla Tribune de la Chapelle
pour y entendre le Salut ,
accompagnée de M. l'Abbé
de Rouget fon Aumônier.
Madame s'y rendit auſſi à la
même heure accompagnéede
M. l'Abbé de Magnas fon
premier Aumônier , & le Roy
vint à prés de 6. heures accompagné
de M. le Cardinal
de Rohan , Grand Aumônier ,
& de M. l'Abbé de Maulevrier
Aumônier auffi Sitoft
que S. M. fut arrivée , on
commença le Salut qui ne finit
qu'à 7 heures.
Le Lundy 15. le Roy prit
GALANT. 335 $
medecine. Il y eut Conſeil des..
Parties . M.leDuc &Meffieurs
les Princes allerent à la chaffe
du Sanglier , Male Comte de
Toulouſe en tua un Madame
la Ducheſſe d'Orleans partic
ce jour-là dans la Litiere du
Roy portée par 4 Mulets
pour aller coucher à Bretigny
&de- là à Paris. On avoitdref
ſéun lit dans cette Litiere , où
elle estoit couchée à cauſe de
fa groffeffe.
LeMardy 16. ily eutConfeil
des Finances , chaffe du
Cert aprefdinée où tous les
Princes & Princeſſes allerent ,
1
336 MERCURE
les Equipages n'eſtoient past
moins brillants qu'aux chaffes
precedentes: M. le Duc
menoit fa caléche , de même
que M. le Prince de Soubize
la fienne,
LeMercredy 17. M. l'Arvêque
de Vienne prêta fera
ment de fidelité pendant la
Meſſe du Roy, entre lesmains
de S. M. l'apreſdinée on tint
leConſeildes Dépêches qu'on
n'avoit pas pû tenir-le Lundy,
parce que leRoy prit Medecine
ce jour- là , Meffieurs les
Princes allerent à la chaſſe du
Sanglier , Male Dúc du Mai
де
GALANT. 337
ne alla court le Cerf.
Le Jeudy 18. il y eut Confeil
d'Erat , & l'apreſdinée
chaſſe du Cerf Tous les Princes
& Princeſſes y accompapagnerent
le Roy , de même
que M. le Comte de Luface ,
tous les Seigneurs & Dames
de la Cour , on en prit deux ,
le Roy revint de bonne heure
, ſuivi de pluſieurs caléches
& des Princeffes , & Dames
vêtuës en Amazones ,& a cheval.
Le Vendredy 19 il y eut
Confeil de Conſcience. M.
Buis Ambaſſadeurd'Hollande
Octobre 1714 . Ff
1
338 MERCURE
alla à la Toilettede Madame
la Ducheſſe deBerry qui fut
tres nombreuſe , le Roy qui
devoit aller tirer l'apreſdinée
n'y alla pas àcauſe du mauvais
temps.
Le Samedy 20. il y eut
Conſeil des Finances , M. le
Duc ,&M. le Comte de Toulouze
, allerent à la chaſſe du
Sanglier ,M. le Duc du Maine
alla courir le Cerf. Il y eut une
tres-belle Symphonie au diné
du Roy aprés lequel S. M. alla
tirer , le même jour le Roy
declara Meſſieurs les Princes
de Soubize , & d'Epinoy 2
GALANT. 339
Ducs & Pairs .
Le Dimanche 21. il y eut
Confeil d'Etat , M. le Maréchal
de Teſſé , le Prince d'Epinoy
, M. le Duc de la Feüillade
, Madame l'Ambaſſadrice
d'Hollande , & pluſieurs autres
Seigneurs &Dames , allerent
à la Toilette de Madame
la Ducheſſe de Berry , le Roy
ne fortit pas ce jour- là
LeLundy 22. il y eutConſeil
d'Etat , l'apreſdinée le
Roy alla à la chaſſe du Cerf ,
accompagné de tous les Princes
,& Princeſſes , M. le Com.
te de Luface y alla de même
Ffij
340 MERCURE
accompagné de plusieurs Seigneurs
Etrangers , les Dames
estoient auffi à cheval vêtuës
en Amazones , on courut
trois Cerfs qu'on prit , M. le
Comte de Ribeira Ambaſſadeur
de Portugal arriva ce
même jour.
Le Mardy 2 3. M le Comte
deRibeira fut preſenté à S. M.
M.leComte de Luface partit
de Fontainebleau pour Paris ,
ily eut Conſeil des Finances ,
&l'apreſdinée le Roy alla ſe
promener dans les Jardins accompagné
de tous les Seigneurs
de la Cour , M. le
ALANT 341
Duc& M. le Duc du Maine
allerent à la chaſſe du Cerf ,
on en a pris pendant que la
Cour a reſtée icy plus de 60.
LeMecredy 24. leRoy partic
de Fontainebleau , ayant dans
Con carofle Madame la Ducheſſe
de Berry , Madame ,
Madame la Ducheffe , & Mademoifelle
de Charollois. S.
M. eſtoit eſcortée par lesGardes
du Corps , les Gendarmes ,
les Chevaux Legers , & les
deux Compagnies de Moufquetaires
pour aller coucher
à Petit-Bourg , où toute la
Courfut traitée magnifique-
Ffiiy
342 MERCURE
ment , on partic le 25. pour
aller coucher à Verſailles , où
l'on arriva de bonne heure.
Fête fur feſte , la Scene de
celle-cy eſt au Château d'Emery.
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Résumé : SUITE DU JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau.
Du 20 au 27 septembre 1714, plusieurs événements significatifs eurent lieu à la cour de Fontainebleau. Le 20 septembre, un motet de M. Lalouëtte fut interprété, suivi d'un conseil d'État et d'une chasse au cerf. Le Duc de Mortemar annonça l'attaque de Barcelone et la prise de deux bastions. Le 21 septembre, un autre motet de M. de Lalande fut chanté et acclamé lors de la messe royale. Le 23 septembre, le Marquis de Broglio rapporta la reddition de Barcelone. Le 25 septembre, un Te Deum fut célébré pour commémorer cette victoire, accompagné de feux d'artifice et d'illuminations. Du 28 septembre au 7 octobre, le Comte de Luface, fils du roi de Pologne, fut accueilli à la cour. Des chasses au cerf et des promenades royales furent organisées, notamment le 30 septembre pour fêter la prise de Barcelone. Le 7 octobre, le roi se rendit au canal dans une calèche somptueuse, entouré de nombreux seigneurs et dames. Du 8 au 19 octobre, des conseils et des chasses au cerf se poursuivirent, avec des moments marquants comme l'annonce du mariage de la princesse de Parme avec le roi d'Espagne le 9 octobre. Le 19 octobre, l'ambassadeur de Hollande, M. Buis, participa à un conseil de conscience. Le 24 octobre, le roi quitta Fontainebleau pour passer la nuit à Petit-Bourg, et le 25 octobre, la cour se déplaça à Versailles.
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6
p. 261-272
A Alicante, ce 28 Janvier 1715.
Début :
Il arriva en cette Ville un Courrier de Madrid, avec ordre [...]
Mots clefs :
Entrée de la reine d'Espagne, Reine d'Espagne, Réjouissances, Château, Trompettes, Procession, Cavalerie, Alicante
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texteReconnaissance textuelle : A Alicante, ce 28 Janvier 1715.
A AHcante, ce 18' Janvier
171;
Il arriva en cette Ville utï
Courrier de Madrid, avec ordre
à Mrs les Gouverneurs &
Regidors, de faire publier les
Réjouissances qu'on doit àl'arrivéede
la Reine à Madrid.
Le Vendredy les Regidors
assistezdeleursGreffiers, &--
tous àcheval avec de grandes
housses develournoirjusques
à terre, firent cette publication.
Ils avoient à leurs testes
quatre timballiers & : quatre
trompettes vêtus d'habits rouges
tous couverts de grand
gallon d'or: les six valets de
Ville suivoient tous habillez
de robes de satin cramoisi,
avec de grands chapeaux couverts
de mêmeétoffe dessus
& dessous les bords.
Le Dimanche matin les Regidors
à pied se rendirent en
même ordre à la Cathedrale,
où l'on chanta leTe Deum au
bruit de plusieurs salves de
coups de canon du Chasseau
& de la Ville: la Messe sût
chantée en musique,& le
Predicateur prononça le J?anc
gyrique du Roy 6c de la Reine;
tous les Religieux assisterent à
cette Messe, & ensuiteil y tût
Procession autour de l'Eglise
L'apresdinée on sit la Procession
generale, où assista
Mr le Gouverneur, les Regidors
& tous les Gentil-hommes
de la Ville & des environs;
à laquelle assista un grand
concours de monde, d'hommes
& de femmes. A la Procession
les coeurs de musique
estoient mêlez avec les Chanoines
devant le S. Sacrement
qui fût reposé plusieursfois en
divers endroits delaVille, ou
l'on avoit fait taire des Arc.
triomphaux d'une grande propreté
ez magnificence.
A l'entréede lanuiton cira
au milieu de la Place devant
la Maison de Ville, urf
Feu d'artifice des mieux entendus,
qui dura plus de deux
heures; les Espagnols sont
sort experimentez en cet Art.
Le Lundyon fit élever un
Chasteau à la même Place ou
estoitle Peu d'artifice à l'ancienne
modedes Mores gardé
par les Chrétiens. Avant
que d'attaquerce Chasseau, les
Mores quiétoient en Mer,descendirent
rendirent sur le Molle en ton
ordre, au nombre de plusde
deux cens richement habillez
& portant tous des armes àfeu
&-des. espontonsSur leur ailes
ily avoit anpetit corpsde
Cavalerie.Pendantqueles
Moresmirent pied àterre pareil
nombre de Chrétiens aussi
magnifiquement habillezsirent
letour de la Villeenbon
ordre, aussi avec de la Cavalerie
: ils serendirent à laPlace,
mirentle nombre de gens
neceflaÎTcs pour se défendredans
le Chasteau,& le-re:lle
se posta en bataille devant le
Chasteau. Les Mores avant
que de faire l'attaque, frent
aussi le tour de la Ville en bon
ordre avec des instrumens à la
Moresque. Ensuite ils entterent
en ordre de baraille dans
la Place, s'estant reconnus les
uns & les autres; il se déracha
des deux partis de petits corps
soûtenus de Cavalerie, qui
firent plusieurs escarmouches
avant le combat général qui
se donna en très bon ordre,
ë..z dura plus de deux heures;
pendant lesquellesil se tira plus
de deux mil coups de mousquets
& de fusils avant que
les Chrétiens ic rendirent
estant rendus
,
les Mores se,
rendirent maistres du Chasteau
où ils arborèrent leursPa.
villons chargez de Croissans.
L'aspresdinée on rétablit le
Chasteau, & les Chrétiens en
même ordre se mirent en bataille
, tirerent du canon,&à
l'approche jetterent une quantiré
de grenades que lesMores
ne purent soûtenir; ils abandonnèrent
le Chasteau où les
Chrétiens entrerent au bruit
des tambours &des trompettes
; cet assaut ne dura pas
moins que le premier. Il y
avoir un monde infini aux balcons,
fenestres,& sur les terrasses,
tant de laVille que des
environs qui s'en retournerent
tres- satisfaits de ces combats
& des combarans. Les victorieux
repasserent à travers la
Ville
, menans les Mores prisonniersen
triomphe.
Le Mercredy fut dessiné
pour une cavalcade de tous les
Officiers de deuxBataillons qui
sonten quartier en cetteVille,
ou toute la Noblesse d'icy Se
des environs se joignit; ils
avoient cousdes habitsdifférons,
detoutes les NationsEstrangeres
, tres magnisques,
& leurs chevaux superbement
harnachezavec de belleshousses
& fourreaux de pistolets en
broderie. Le matin ils marcherent
en bon ordre dans lesendroits
les plus considerablesde
la Ville; & l'aprés midy ils se
preparerent pour faire une
course de chevauxdevant la
maison de Don Rodrigo Cavallero,
Intendant General du
Royaume de Valence; tous
ceux qui couroient portoient
des lances pour fra pper une
espece de machine de boisqui
traver soit la rue par unecorde.
Cette machine étoit d'uncote
remplie d'eau, & l'autre vulde
; ensorte que celuy quila
frappoit, à moins que ce ne
fut enun cet tain endroit,l'eau
tomboit sur luy,&faisoitrire
lesspectateurs. On osta cette
machine) & l'on mit un Oye
tout envie à la place,où tous
ceux qui couroient comme à
la bague,s'attachoient à l'Oye
avec les mains; & celuy qui en
emportoit un plus gros morceau
étoit applaudy du battement
de mains général,&dcs
fanfares des trompettes.
Apres les deux, cour ses de
chevaux finies qui durerent
jusquesàla nuit, toute la Cavalcade
se rendit à la place du
Gouverneur d'où elle se retif.
a) & revint sur les neufheures
du soir en bon ordre: chaque
Cavalier avoit deux Valets
bien vêtus avec chacun un
grand flambeau de cire blanc
he à leurs calkzjils firenten
cer état plusieurs tours dans la
.N'ille.-: & ensuite serendirent
chez M. Don Rodrigo Cavallero
,
qui avoit préparé un
grand bal duquel Mademoiselle
sa fille sit les honneurs.
C\H un party de deux ccns
mil écus. Pendant tous ces
jours de rejoüissances ily aeu
des illuminations dans toute la
Ville, & jour & nuit une tresgrande
quantité de mafear
rades.
171;
Il arriva en cette Ville utï
Courrier de Madrid, avec ordre
à Mrs les Gouverneurs &
Regidors, de faire publier les
Réjouissances qu'on doit àl'arrivéede
la Reine à Madrid.
Le Vendredy les Regidors
assistezdeleursGreffiers, &--
tous àcheval avec de grandes
housses develournoirjusques
à terre, firent cette publication.
Ils avoient à leurs testes
quatre timballiers & : quatre
trompettes vêtus d'habits rouges
tous couverts de grand
gallon d'or: les six valets de
Ville suivoient tous habillez
de robes de satin cramoisi,
avec de grands chapeaux couverts
de mêmeétoffe dessus
& dessous les bords.
Le Dimanche matin les Regidors
à pied se rendirent en
même ordre à la Cathedrale,
où l'on chanta leTe Deum au
bruit de plusieurs salves de
coups de canon du Chasseau
& de la Ville: la Messe sût
chantée en musique,& le
Predicateur prononça le J?anc
gyrique du Roy 6c de la Reine;
tous les Religieux assisterent à
cette Messe, & ensuiteil y tût
Procession autour de l'Eglise
L'apresdinée on sit la Procession
generale, où assista
Mr le Gouverneur, les Regidors
& tous les Gentil-hommes
de la Ville & des environs;
à laquelle assista un grand
concours de monde, d'hommes
& de femmes. A la Procession
les coeurs de musique
estoient mêlez avec les Chanoines
devant le S. Sacrement
qui fût reposé plusieursfois en
divers endroits delaVille, ou
l'on avoit fait taire des Arc.
triomphaux d'une grande propreté
ez magnificence.
A l'entréede lanuiton cira
au milieu de la Place devant
la Maison de Ville, urf
Feu d'artifice des mieux entendus,
qui dura plus de deux
heures; les Espagnols sont
sort experimentez en cet Art.
Le Lundyon fit élever un
Chasteau à la même Place ou
estoitle Peu d'artifice à l'ancienne
modedes Mores gardé
par les Chrétiens. Avant
que d'attaquerce Chasseau, les
Mores quiétoient en Mer,descendirent
rendirent sur le Molle en ton
ordre, au nombre de plusde
deux cens richement habillez
& portant tous des armes àfeu
&-des. espontonsSur leur ailes
ily avoit anpetit corpsde
Cavalerie.Pendantqueles
Moresmirent pied àterre pareil
nombre de Chrétiens aussi
magnifiquement habillezsirent
letour de la Villeenbon
ordre, aussi avec de la Cavalerie
: ils serendirent à laPlace,
mirentle nombre de gens
neceflaÎTcs pour se défendredans
le Chasteau,& le-re:lle
se posta en bataille devant le
Chasteau. Les Mores avant
que de faire l'attaque, frent
aussi le tour de la Ville en bon
ordre avec des instrumens à la
Moresque. Ensuite ils entterent
en ordre de baraille dans
la Place, s'estant reconnus les
uns & les autres; il se déracha
des deux partis de petits corps
soûtenus de Cavalerie, qui
firent plusieurs escarmouches
avant le combat général qui
se donna en très bon ordre,
ë..z dura plus de deux heures;
pendant lesquellesil se tira plus
de deux mil coups de mousquets
& de fusils avant que
les Chrétiens ic rendirent
estant rendus
,
les Mores se,
rendirent maistres du Chasteau
où ils arborèrent leursPa.
villons chargez de Croissans.
L'aspresdinée on rétablit le
Chasteau, & les Chrétiens en
même ordre se mirent en bataille
, tirerent du canon,&à
l'approche jetterent une quantiré
de grenades que lesMores
ne purent soûtenir; ils abandonnèrent
le Chasteau où les
Chrétiens entrerent au bruit
des tambours &des trompettes
; cet assaut ne dura pas
moins que le premier. Il y
avoir un monde infini aux balcons,
fenestres,& sur les terrasses,
tant de laVille que des
environs qui s'en retournerent
tres- satisfaits de ces combats
& des combarans. Les victorieux
repasserent à travers la
Ville
, menans les Mores prisonniersen
triomphe.
Le Mercredy fut dessiné
pour une cavalcade de tous les
Officiers de deuxBataillons qui
sonten quartier en cetteVille,
ou toute la Noblesse d'icy Se
des environs se joignit; ils
avoient cousdes habitsdifférons,
detoutes les NationsEstrangeres
, tres magnisques,
& leurs chevaux superbement
harnachezavec de belleshousses
& fourreaux de pistolets en
broderie. Le matin ils marcherent
en bon ordre dans lesendroits
les plus considerablesde
la Ville; & l'aprés midy ils se
preparerent pour faire une
course de chevauxdevant la
maison de Don Rodrigo Cavallero,
Intendant General du
Royaume de Valence; tous
ceux qui couroient portoient
des lances pour fra pper une
espece de machine de boisqui
traver soit la rue par unecorde.
Cette machine étoit d'uncote
remplie d'eau, & l'autre vulde
; ensorte que celuy quila
frappoit, à moins que ce ne
fut enun cet tain endroit,l'eau
tomboit sur luy,&faisoitrire
lesspectateurs. On osta cette
machine) & l'on mit un Oye
tout envie à la place,où tous
ceux qui couroient comme à
la bague,s'attachoient à l'Oye
avec les mains; & celuy qui en
emportoit un plus gros morceau
étoit applaudy du battement
de mains général,&dcs
fanfares des trompettes.
Apres les deux, cour ses de
chevaux finies qui durerent
jusquesàla nuit, toute la Cavalcade
se rendit à la place du
Gouverneur d'où elle se retif.
a) & revint sur les neufheures
du soir en bon ordre: chaque
Cavalier avoit deux Valets
bien vêtus avec chacun un
grand flambeau de cire blanc
he à leurs calkzjils firenten
cer état plusieurs tours dans la
.N'ille.-: & ensuite serendirent
chez M. Don Rodrigo Cavallero
,
qui avoit préparé un
grand bal duquel Mademoiselle
sa fille sit les honneurs.
C\H un party de deux ccns
mil écus. Pendant tous ces
jours de rejoüissances ily aeu
des illuminations dans toute la
Ville, & jour & nuit une tresgrande
quantité de mafear
rades.
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Résumé : A Alicante, ce 28 Janvier 1715.
Le 18 janvier 1711, un courrier de Madrid ordonna aux autorités d'Alcante de préparer des réjouissances pour l'arrivée de la reine à Madrid. Le vendredi suivant, les régidors, accompagnés de greffiers et de musiciens, publièrent cet ordre à cheval, vêtus de housses de velours noir. Le dimanche, une messe solennelle fut célébrée à la cathédrale, accompagnée de salves de canons et de musique. L'après-midi, une procession générale eut lieu, incluant le gouverneur, les régidors et les gentilshommes de la ville. Des arcs triomphaux furent érigés et un feu d'artifice fut tiré sur la place publique. Le lundi, une représentation théâtrale mit en scène un combat entre Maures et Chrétiens pour la prise d'un château. Les Maures furent vaincus et les Chrétiens reprirent le château. L'après-midi, un nouveau combat fut organisé, se concluant également par la victoire des Chrétiens. Le public, massé aux fenêtres et sur les terrasses, applaudit les performances. Le mercredi, une cavalcade impliquant des officiers et la noblesse locale se déroula dans la ville. Les cavaliers, vêtus de costumes variés et montés sur des chevaux richement harnachés, participèrent à des courses de chevaux. La journée se termina par un bal chez Don Rodrigo Cavallero, l'intendant général du royaume de Valence. Durant ces jours de festivités, la ville fut illuminée et des mafarades eurent lieu jour et nuit.
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7
p. 241-279
« J'ay crû que la lecture de ces Lettres pouvoit contribuer [...] »
Début :
J'ay crû que la lecture de ces Lettres pouvoit contribuer [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Cheval, Roi, Chevaux, Maréchal de Matignon, Baron de Breteuil, Carrosse, Cour, Gardes, Duchesse, Princesse, Secrétaire, Lettres, Sa Majesté, Marseille, Roi de Perse, Seigneur, Honneurs, Empereur, Cérémonie, Trompettes, Dames, Valence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay crû que la lecture de ces Lettres pouvoit contribuer [...] »
Jay crû que la lecture de
ces Lettres pouvoit contribuer
à détruire une infinité
de mauvais difcours qu'on a
debité dans le monde , & certe
conſideration m'a determiné
à les donner telles à peu
prés que je les ay receuës.
J'aurois eſté quitte de ce ſoin
& j'aurois ſuivi ce Journal
ſimplement en Hiſtorien , ſi je
n'avois pas regardé ces Originaux
comme un für moyende
remettre du moins dans les efprits
prévenus , le ſens com.
Février 1715 . X
242 JOURNALH
mun qui doiry eftre. Je ſeray
contentde l'uſage que j'ay fait
de ces Lettres , fuellesfont le
ſuccés que j'en eſpere : en at
tendant je procederay, comme
je l'ay entrepris, à la conclu
fion de cette Hiftoire.
Quelques jours aprés que
l'Ambaſſadeur dePerſe fut en
trédans Marſeille ,M. Arnoul
Intendant des Galeres du
Roy ,& dont toute la Fran
ce connoît le merite , & Madame
l'Intendante fon Epouſe
accompagnez de toutes les
perſonnes de diftinction de la
Ville, furent le vifiter dans la
HISTORIQUE. 243
maiſon de M. deCartigny, Inf
pecteur General des Galeres ,
chez quiil a logé pendant ſon
féjour à Marseille. Il les re
ceut avec tant de politeſſe &
d'eſprit , que tout le monde
fut charmé de ſes difcours ,&
de ſes manieres , quoyque
fort differentes des noſtres.
Mais le François a commu
nément cela de particulier ,que
ce qui n'eſtpas àſa mode ,luy
paroît tout à fait extraordi
naire,&ce qu'il trouve extraor
dinaire luy paroiſt ridicule.
Curicux aujourd'huy à l'excés,
de ce qui le dégoûtera par-
Xij
244 JOURNAL
faitement demain , il croit
que la bigearrerie de ſon goût,
ſuffit pour autoriſer les caprices
de fon inconſtance. Tel
eſt le fort de toutes les nouveautez
en France , on ſe détrompe
cependant à la fin;
mais on n'y meriteles ſuffrages,
du Public , qu'aprés avoir
encouru toutes les diſgraces
de la cenfure.
Ce que je viens de dire a fon
application , mais il eſt inutile
d'en faire ici un détail que tout
lo monde ſçait ; & d'autres
Coins m'occupent upyo )
M. Intendant aprés avoir
4
HISTORIQUE . 243
1
1
A
donné tous les ordres qu'il
crût néceſſaires pour la commodité
de l'Ambaſſadeur de
Perfe ,& pour la ſeureté de
ſes Preſents , qu'il avoit confiez
à la garde du ſieur desMarais
Exempt de la Prevôté des
Galeres de Marseille , ne fongea
plus qu'à luy procurer des
plaiſirs qui puſſent le dédommager
des fatigues , & des pe.
rils de ſon voyage ; toutes les
Dames&tous les Officiers de
la Ville y contribuërent , par
tous les divertiſſements qu'on
pût imaginer. Les feftins , les
danſes , les promenades , les
Xiij
246 JOURNALH
ſpectacles & les aſſemblées ne
furent point épargnez; tour
enfin s'anima pour luy faire
des fêtes agreables .
Il y avoit alors à Marseille
unChaoux duGrand Seigneur,
qui fut témoin des honneurs
que recevoit tous les jours
l'Ambaſſadeur de Perfe. Il ſe
trouva juſtement logéàquatre
pas de fa maiſon. Il appric
qu'ildevoit retourner dans peu
de jours à Conftantinople , &
il ne voulut pas le laiſffer partic
fans le voir. Il l'envoya cher
cher par un de ſes Domeſtiques
qui le luy amena fur lo
champ.
HISTORIQUE. 247
Me donnois-tu bien , luy
ditil , dés qu'il le vit ? Non ,
Seigneur , loy répondit l'au
tre , mais j'ay oüy parler de
vous. Hé bien,teprit- il, puifque
tu ſçais que je fuis celuy
qu'on nommoit àConftanti .
nople Kadgi Mehemet , va din
rede mapart avecmalheureux,
àce fils de Peſcheur, à ce chien
deMehemerAga grandDoüanier
,que je n'étois ni Marchand
, ni Pelerin , qu'il eſt la
cauſe que j'ay perdu cent
bourſes; mais que fi Dicu me
fait la grace de retourner en
Cinquante mille éous.epis.
Xiiij
248 JOURNAL
۱
Perfe ,jeveux faire cloüer les
yeux à cinq cens devos Mar,
chands. Avons- nous laPaix ou
laGuerre avec vous ? Nous avons
laPaix , Seigneur , reprit
leChaoux en tremblant. Gela
érant , luy dit il , quel mal y
avoit il que je fuſſe Ambaſſa
deur icy ? m'y envoyoit-on
pour vous nuire ? j'y viens renouvellerune
ancienne amitié
qu'il y a entre l'Empereur de
France&le mien ,& vous vous
oppoſez àmon paſſage , vous
m'enfermez dans vos priſons ,
vous tourmentez mes Domeftiques
, & vous pillez mon
HISTORIQUE. 249
bien! Je vous reconnois mal
heureux , fils de Peſcheurs , à
ces marques d'infidelité! Je ſuis
lemaître de te trancher la tête;
mais cela ne feroit pas juſte.
Tu n'es pointdans nosEtats ,
&je ſuis fur les Terres de nos
amis , chez qui je ne voudrois
pas violer les droits de l'hof,
pitalitéqu'ils t'accordent. Scigneur,
lui dit lepauvreChaoux
bien effrayé , c'eſt le grand
Doüanier ,qui eſt ſeul cauſede
voſtre malheur , ne vous en
prenez pas à moy , je n'y ay
aucune part. Non non , re
prit-il , je ne m'en prends pas
250 JOURNALIH
à toy non plus , mais dis luy
feulementce quetu viensd'entendre.
Saluë de ma part le
Chaoux Bachy , c'eſt un fort
honnête homme , & l'Emir
Cheleby queje confidere fort.
Je tedonneraides Lettres pour
eux, reviens les chercher avane
de partie, auch and appr
Le Chaoux luy promit de
n'y pas manquer ; mais il ſe
gardabien d'en rien faire ,& il
ne fût pas plutôt hors de fa
maifon , qu'il jura de n'y ja
mais rentrer
M. de Beauvais , CommiffaireOrdonnateur,&
pluſieurs
HISTORIQUE. 251
Officiers de Marine furent té
moins de cette converſation ,
qui fut ſuivic aprés le diner ,
d'une Cavalcade à Mazargue.
M. l'Intendant avoit , dés
le commencement , cu foinde
luy faire donner des chevaux
qu'il fit harnacher à la Perfienne
, & qui luy ſervoient tous
lesjours à s'aller promener par
tout où il jugeoit à propos ;
tantôt dans la plaine de S.Michel
,&tantôt à Mazargue, où
il fut trois fois , & où il mit
tous les Païfans & toutes les
Païfanes en train dedanſer des
rigaudons & d'autres danſes
252 JOURNAL
!
du Païs. Ces feltes étoient tou .
jours ſuivies , ou de grands re .
pas , ou de collations magnifiques
, qui finifloient ordinairement
pardes Preſents de pieces
d'étoffe , ou d'argent même
qu'il donnoit de bonne
grace à ceux & à celles qui lui
plaifoient.
Sur ces entrefaites la Cour
envoïa M. de S. Olon à Marfeille,
pour lay faire de la pare
du Roy , les honneurs de la
France , & pour l'amener jufqu'à
Paris. Quelques jours
aprés fon arrivée , il regla l'ordre&
la ceremonie du voyage ;
L
HISTORIQUE. 253
& le vingt -trois Decembre mil
ſept cent quatorze il fortirde
Marſeille precedé d'un Déra
chement de Cavalerie du Regiment
de la Reine , ſuivi des
Gardes de M. le Comte de
Grignan. Les Gardes & le fieur
des Marais leur Exempt autour
du brancar où eſtoient les
Preſents qui estoient portez
par deux mules. Les Officiers ,
Maffiers , & autres gens de la
Maiſon de l'Ambaſſadeur devant
& autour de ſa perſonne.
La Marechauffée de Provence
s'eſtant avancée ſur le chemin
d'Aix à Marseille , ſe fit voit
234 3 TOURINTACE H
audit Ambaſladeur , à mefure
qu'il paſſoit , & marcha aprés
Il fut coucher à Aix & le
lendemain à Lambez , où Madame
de Simiane & tous les
principaux dela Ville furent le
voir. Il leur donna leCaffe &
les pria de danſer , ce que Mademoiselle
de Simiane fit de
bonne graces μα
De Lambez àOrgon.
D'Orgon à Avignon.
D'Avignon à Orange , où
il receut la viſite des Meſſieurs
&des Dames de la Ville , àqui
il donna le Thé& le Caffé ,&
**
HISTORIQUE. 255
qu'il pria de danſer , ce qu'ils
fitenre magne
DOrange àPierre Latte.
De Pierre Latre à Monte-
De Montelimar à Oriol
DOriol à Valence , où la
Garniſon ſe mit ſous les armes
& monta la garde chezluy
De Valence àS. Vallier...
De S. Vallier à Vienne , où
la Garniſon luy fit les mêmes
honneurs qu'à Valence ,& où
il receut les Dames & les Mefſieurs
à qui il donnale Thé &
loCaffe ,& qu'il pria de danſer
àl'ordinaire.
256 JOURNAL
De Vienne à Lyon où il
receut toutes fortes dhonneurs
, oùil fut viſiter Pegliſe
de faint Jean dont il fit fonner
la groſſe Cloche. Il demanda
aufli à voir la Maiſonde Ville ,
mais il vit une ſi grande affluence
de monde le jour qu'il
avoit choisi pour cette Cavalcade
, qu'il n'y voulut pas entrer.
Ily ſéjourna quatre jours.
Il eſtbonde remarquer , &de
dire en paſſant , qu'il faifoit des
preſents de pieces d'étoffe &
d'argent même dans tous les
lieux où on le recevoit à ſa
fantaifie.
De
HISTORIQUE. 257.
De Lyon à la Brefle.
De la Brefle à Tarare,
De Tarare à S. Syphorien.
De S. Syphorien à Roüane.
De Roüane à la Pacodiére.
De la Pacodiére à la Paliſſe .
De la Paliſſe à Varenne.
De Varenne à Moulins, où
il séjourna , & où il donna à
plus de quarante perſonnes de
diſtinction de la Ville un repas
magnifique à la Perfienne &
àla Françoiſe.
De Moulins à S. Pierre le
Mouſtier .
De S Pierre le Mouſtier à
Nevers.
Février 1715. Y
2 JOURNALH
داد
DeNevers à la Charitellus
De la Charité à Caunes .
DeCaunes à Neuvil
De Neuvil à Briart.
PAARA
De Briart à Montargis.
De Montargis à Nemours.
De Nemours à Melun.
De Melun à Charenton
où il arriva le vingt- fix Janvier
de la preſente année. Il y defcendit
dans la maiſon de M.
Dyonis , où on avoit eu ſoin
deluy preparer toutes les commoditez
imaginables .
A l'exception de quelques
circonſtances, tous lesLecteurs
font en cet endroit preſque
HISTORIQUE. 252
aufi- bien inſtruits que moy ,
du reſte des choses qui concernent
l'Amballadeur de
Perle ; & chacun ſçait qu'il
n'y a ni Curieux' , ni Curicuſes
à Paris qui n'ait été le voir à
Charenton ,& prendre ſa part
des feſtes , de la muſique,&des
liqueurs dont ily regaloit tout
le monde. Il y séjourna treize
jours ; & le furlendemain de
ſon arrivée , M. le Baron de
Breteüil , Introducteur des
Ambaſſadeurs& PrincesErrangers
, yalla luy faire unCompliment
de la part du Roy ;
honneur que Sa Majefté ne fait
१
Yij
60 BUJOURNALI
que tres rarement &dans des
occafions fingulieres, pub
Lo voicy mot pour moto
L'Empereurde France, mon
Maistre , le plus grand,o te
plus pieux des Empereurs. Chrétiens
, leplus magnifique des Rois
de l'Europe , le plus puiſſant en
guerre tant fur la Terre quefur
laMer , toûjours invincible ,l'a
mour deſes Peupleség le modele
parfait de toutes les vertus
Royales , m'envoye , Monfieur,
vous faire un Compliment de fa
part , ſe réjoir de vostre arrivée
auprés de Paris , la Capitale
de fon Empire , la plus ri
HISTORIQUE. 26t
che laplus fuperbe des Villes
de la partie du monde que nous
habitons. Ilfaitque l'Empereur
vostre Maistre , est le plus magnifique,&
le plus puißant Empereur
de l'Orient , & il est perfuadéqu'ayant
àſa Cour autant
de Perſonnages illustres qu'il en a,
il vous a choisi entr'eux comme
un Sujet d'un merite diftingué,
capable d'eftre le lien de l'union
de deuxfi Puißants Monarques
; il vous donnera ,Monfieur,
en toutes occafions des marques de
l'eftime ,&de la confideration
qu'il a pour un Ambaßadeu qui
vient de la part d'unfigrandEm
262 JOURNAL
pereur. Pour moy , Monfieur, je
regarde comme un bonheur d'eftre
le premier à qui il ait ordonnéde
vous venir complimenter de fa
part;j'iray au fortir de cette conference
luy rendre compte de l'execution
de ſes ordres , en
prendre de nouveaux pour vostre
entréeàParis, vostre audiance
à la magnifique Cour de Sa
Majesté Imperiale.
Le ſept de ce mois M. le
Marechal de Matignon &M.
le Baron de Breteül allerent
le prendre à Charenton dans
le Carroffe du Roy fuivi de
ceux des Princes & Princeſſes
<
HISTORIQUE. 263
de laMaifonRoyale ,&l'amerent
dans ce Carroffe , juſqu'à
l'entrée du Fauxbourg S. Antoine
, où ils deſcendirentdans
la maiton de M. Titon de
Villegenon qui les receut ,&
les regala avec toute la délicateſſe
, l'abondance & la magnificence
imaginables. Aprés
le diner , ils montérent tous
trois à cheval , & entrerent
dans Paris dans l'ordre qui
fuit.
La Compagnie des Inſpec .
teurs de Police à cheval uniformément
habillez , marchoit à
la teſte de tout.
264 JOURNALI
Ala distance do 30. ou 40.
pas le Carroffe du Baron de
Breteüil , & ceux du Maréchal
de Matignon.
Un Brancar porté par deux
mulets du Roy, fur lequel étoient
les Preſents que l'Ambaffadeur
apporte au Roy de
Ja part du Roy de Perfe : devant
& derriere ce Brancar
huit Trompettes de la Chambre
du Roy à cheval ,douze
chevaux de main des deux Ecuries
du Roy, magnifiquement
harnachez & menez par des
Palefreniers de la livrée de Sa
Majesté.
Quatre
HISTORIQUE. 265
Quatre chevaux de Sa Majeſté
avec des harnois à la Perfienne&
menez en main par
des Perfans.dridbigma
* Dix Perſans ou Armeniens
à Cheval portant haut de riches
fufils appuyez ſur la cuiffe.
Deux Armeniens chargez du
ſoin desPreſens duRoidePerſe.
Deux Pages de l'Ambaſſadeur
, ſon Maître des Ceremonie,&
fon Secretaire , l'Interprete.
L'Ambaſſadeur ſur un cheval
harnaché à la Perfienne
- avec le Maréchal de Matignon
à ſa droite , & le Baron de
Février 1715 . Z
1
266 JOURNAL
-:
Breteüil àta gauche marchant
tous trois de front.
Les Laquais Perfans & Armeniens
de l'Ambaſſadeur autour
de ſon cheval ; ceux du
Maréchal & du Baron de Breteüil
à coſté de leurs chevaux.
L'Ecuyer de l'Ambaſſadeur
portant l'Etendart du Roy de
Perſe , marchant immediatement
derriere luyavec un Page
qui portoit le ſabre de l'Ambaſſadeur
appuyé ſur ſa cuiffe.
Tous les chevaux qui ont fervi
à cette Entrée etaient des
Ecuries du Roy.
La marche étoit fermée par
HISTORIQUE. 267
le Carroffe du Roy , par ceux
deMadamela Ducheſſe deBerry
, de Madame , de M le Duc
d'Orleans , de Madame la Du
cheſſe d'Orleans , de Madame
la Princeſſe , de Madame la
Ducheffe Doüairiere , de M. le
Duc & de Madame la Ducheffe
, de Madame la Princeſſe de
Conty Doüairiere , de M. le
Prince , & de Madame la Princeſſe
de Conty , de M. le Duc
& de Madame la Ducheſſe du
Maine , de M. le Comte de
Toulouſe , de Madame la Ducheſſe
de Vandôme , & par celuy
de M. le Marquis de Tor
Zij
268 JOURNAL
cy , Miniftre & Secretaire d'Etat
pour les affaires eſtrangeres.
Le 19. de ce mois , M. le
Marêchal de Matignon & M.
le Baron de Breteüil , allerent
dans le Carroffe du Roy le
prendre à l'Hoſtel des Ambaffadeurs
, pour le conduire à
Verſailles . Toute ſa ſuite fut
montée ſur des chevaux de la
grande & de la petite Eſcurie ,
comme le jour de ſon entrée :
l'Eſtendart de Perſe marchoit
à coſté du Carroſſe : les douze
Fufilliers de l'Ambaſſadeur
auffi à cheval le fufil haut le
precedoient: lePrefentduRoy
HISTORIQUE. 269
de Perſe eſtoit porté dans un
autre Carroffe , par le ſicur
Agoubehant , Armenien , à
quí la clef en avoit eſté confiée
à Erivan : le Carrolle du Roy
s'arreſta dans l'avenuë de Verfailles,
chez le ſieur Bontemps ,
premier Valet deChambre du
Roy , &Gouverneur du Palais
des Thuilleries , qui avoit fait
preparer toutes fortes de rafraichiſſements
pour l'Ambaffadeur
& pour ſa ſuite: le
cheval que l'Ambaſladeur devoit
monter l'y attendoit,avec
des chevaux frais , pour toute
ſa ſuite , ainſi que les Trom
Zij
270 JOURNAL
pettes du Roy deſtinez pour
accompagner fa marche , qui
ſe fit en cet ordre , juſques au
Chaſteau . Le Carroffe du Baron
de Breteüil , precedé de
trois de ſes domeſtiques à cheval
: les deux Carroſſes du Marêchal
de Matignon , precedez
de même : douze chevaux de
main des deux Eſcuries du
Roy magnifiquement harnachez
& menez par des Palefreniers
de Sa Majeſté : quatre
chevaux du Roy avec des harnois
à la Perfienne , & menez
en main par des Perlans : les
douze Fufilliers à pied , por
HISTORIQUE. 271
tant haut leurs fufils :pluſieurs
domeſtiques de l'Ambaſladeur
à cheval : le Secretaire à la
conduite des Ambaſſadeurs :
le Moula de l'Ambaſſadeur ou
Docteur de ſa Loy : ſon Treforier
: le Page qui porte ſa
pipe : les huit Trompettes
de la Chambre du Roy:
Agoubehant auffi à cheval , &
portant fur fes deux mains le
Preſent & la Lettre du Roy de
Perſe enveloppez dans une
éroffe de ſoye à fleurs d'or : le
Maistre des Ceremonies de
l'Ambafladeur , & l'Interprete
à coſté de luy : l'Ambaſſadeur
Zij
272 JOURONTALH
fur un cheval du Roy harnaché
à la Perſienne : le Marêchal
de Matignon à la droite,
&leBaron deBreteüil à ſa gauche
, marchant tous trois de
front: les Valets de pied Perfans
& Armeniens de l'Ambaffadeur
, autour de fon cheval:
la livrée du Maréchal de
Matignon& celle du Baron
de Breteüil à coſté de leurs
chevaux : l'Eſcuyer de l'Ambaſſadeur
à cheval , portant
l'Eſtendart du Roy de Perſe ,
marchoit inmediatement derriereluy
, avec unPage qui portoit
le fabrede l'Ambaſſadeur,
HISTORIQUE. 273
appuyé ſur ſa cuiffe : le Carroſſe
du Roy fermoit la marche.
Les Fufiliers de l'Am
bafladeur laiſſferent leurs armes
à la grille de l'avant-court du
Chateau ,& continuerent de
marcher fans armes. L'Ambaffadeur
trouva dans l'avantcourt
les Gardes Françoiſes &
Suiffes , au nombre de deux
mille hommes ſous les armes ,
les tambours appellant : fon
Eſcuyer laiffa l Eſtendard de
Perſeen dehors de la portede
la cour du Roy, où l'Ambaſſadeur
trouva les Gardes de la
Porte&de la Prevoſté auſſi en
274 JOURNALI
haye& tous les armes : elle étoit
remplie d'une ſi grande
multitude de perſonnes,queles
Gardes eurent bien de la peine
à faire faire place pour la marche
qui ſe fit autour de cette
cour , à la veuë des feneftres
deSa Majesté, A onze heures ,
l'Ambaffadeur accompagné
du Maréchal de Matignon &
du Baron de Bretcül , traverſa
la cour à pied , pour aller à
l'Audience du Roy parte degré
, qui conduit au grand ap.
partement de Sa Majesté.
L'Ambffdeur avant que d'y
aller , mit ſon fabre à ſon
• HISTORIQUE. 275
coſté : il portoit outre celaun
grand poignard dans un étuy
d'or à ſa ceinture , qu'il n'eſt
permis qu'aux Seigneurs qui
font Officiers du Roy de Perſe
de porter. Le Secretaire à
la conduite , marchoit à la
teſte du cortege , & Agoubehant
portant fur ſes mains
le Preſent découvert & la Lettredu
Roy de Perſe , precedé
des huit Trompettes du Roy ,
marchoit immediatement devant
l'Ambaladeur : il fut receu
au bas de l'Escalier , par
le Marquis de Dreux , Grand
Maiſtre des Ceremonies,& par
276 JOURNALI
le ſieur des Granges , Maiſtre
des Ceremonies , les cent Suifſes
eſtant fur l'eſcalier en habit
de ceremonie , la hallebarde
à la main : à la porte de
la Salle des Gardes en dedans
il fut receu par le Duc de
Noailles , Capitaine de la pre.
miere Compagnie des Gardes
du Corps, qui estoient en haye
&ſous les armes : ce fut là que
l'Ambaffadeur prit la Lettre
des mains d'Agoubebant ,&
la porta juſqu'au Thône du
Roy: elle eſtoit dans un fac
de brocard d'or d'environ un
pied & demi de longueur. Le
HISTORIQUE . 277
Thrône de Sa Majesté élevé
de huit marches , eſtoit au
fond de la gallerie de fon
grand appartement , en forte
que l'Ambaſſadeur arrivant
par la porte qui eft à l'autre
bout de la gallerie , apperceut
en entrant Sa Majeſté aſſiſe ſur
fon Thrône , ayant auprés
d'elle Monſeigneur le Dauphin,&
tous les Princes de la
Maiſon Royale : Sa Majesté
•avoitunair fi grand ,& fi
jeſtueux , que l'Ambaffadeur
en fut beaucoup plus frappé ,
que de l'éclat des pierreriesde
laCouronne dontl'habit de Sa
ma278
JOURNAL
Majeſté eſtoit couvert : ce fut
là qu'il commença ſon premier
falut. Sa Majesté en mefme
temps ſe leva , & oſta ſon
chapeau : la foule des Courtiſans
eſtoit ſi grande , que malgré
la vaſte étenduë de cette
gallerie , l'Ambaſſadeur fut
long temps fans pouvoir approcher
du Thrône , & fit fon
dernier ſalut , en y abordant ,
& monta juſques ſur le haut
du Throne: le Maréchal de .
Matignon , le Duc de Noailles
, le Marquis de Torcy , &
le Baron de Breteüil y monterent
auffi. L'Ambaſſadeur
HISTORIQUE . 279
en approchant duRoy, remit
d'abord la Lettre du Roy de
Perſe entre les mains de Sa
Majesté , qui la remit auffi toft
entre les mains du Marquis de
Torcy. Sa Majesté le couvrit;
& aprés que l'Interprete luy
eut expliqué ce que l'Ambaffadeur
ditoit , & dont voicy
les propres termes :
ces Lettres pouvoit contribuer
à détruire une infinité
de mauvais difcours qu'on a
debité dans le monde , & certe
conſideration m'a determiné
à les donner telles à peu
prés que je les ay receuës.
J'aurois eſté quitte de ce ſoin
& j'aurois ſuivi ce Journal
ſimplement en Hiſtorien , ſi je
n'avois pas regardé ces Originaux
comme un für moyende
remettre du moins dans les efprits
prévenus , le ſens com.
Février 1715 . X
242 JOURNALH
mun qui doiry eftre. Je ſeray
contentde l'uſage que j'ay fait
de ces Lettres , fuellesfont le
ſuccés que j'en eſpere : en at
tendant je procederay, comme
je l'ay entrepris, à la conclu
fion de cette Hiftoire.
Quelques jours aprés que
l'Ambaſſadeur dePerſe fut en
trédans Marſeille ,M. Arnoul
Intendant des Galeres du
Roy ,& dont toute la Fran
ce connoît le merite , & Madame
l'Intendante fon Epouſe
accompagnez de toutes les
perſonnes de diftinction de la
Ville, furent le vifiter dans la
HISTORIQUE. 243
maiſon de M. deCartigny, Inf
pecteur General des Galeres ,
chez quiil a logé pendant ſon
féjour à Marseille. Il les re
ceut avec tant de politeſſe &
d'eſprit , que tout le monde
fut charmé de ſes difcours ,&
de ſes manieres , quoyque
fort differentes des noſtres.
Mais le François a commu
nément cela de particulier ,que
ce qui n'eſtpas àſa mode ,luy
paroît tout à fait extraordi
naire,&ce qu'il trouve extraor
dinaire luy paroiſt ridicule.
Curicux aujourd'huy à l'excés,
de ce qui le dégoûtera par-
Xij
244 JOURNAL
faitement demain , il croit
que la bigearrerie de ſon goût,
ſuffit pour autoriſer les caprices
de fon inconſtance. Tel
eſt le fort de toutes les nouveautez
en France , on ſe détrompe
cependant à la fin;
mais on n'y meriteles ſuffrages,
du Public , qu'aprés avoir
encouru toutes les diſgraces
de la cenfure.
Ce que je viens de dire a fon
application , mais il eſt inutile
d'en faire ici un détail que tout
lo monde ſçait ; & d'autres
Coins m'occupent upyo )
M. Intendant aprés avoir
4
HISTORIQUE . 243
1
1
A
donné tous les ordres qu'il
crût néceſſaires pour la commodité
de l'Ambaſſadeur de
Perfe ,& pour la ſeureté de
ſes Preſents , qu'il avoit confiez
à la garde du ſieur desMarais
Exempt de la Prevôté des
Galeres de Marseille , ne fongea
plus qu'à luy procurer des
plaiſirs qui puſſent le dédommager
des fatigues , & des pe.
rils de ſon voyage ; toutes les
Dames&tous les Officiers de
la Ville y contribuërent , par
tous les divertiſſements qu'on
pût imaginer. Les feftins , les
danſes , les promenades , les
Xiij
246 JOURNALH
ſpectacles & les aſſemblées ne
furent point épargnez; tour
enfin s'anima pour luy faire
des fêtes agreables .
Il y avoit alors à Marseille
unChaoux duGrand Seigneur,
qui fut témoin des honneurs
que recevoit tous les jours
l'Ambaſſadeur de Perfe. Il ſe
trouva juſtement logéàquatre
pas de fa maiſon. Il appric
qu'ildevoit retourner dans peu
de jours à Conftantinople , &
il ne voulut pas le laiſffer partic
fans le voir. Il l'envoya cher
cher par un de ſes Domeſtiques
qui le luy amena fur lo
champ.
HISTORIQUE. 247
Me donnois-tu bien , luy
ditil , dés qu'il le vit ? Non ,
Seigneur , loy répondit l'au
tre , mais j'ay oüy parler de
vous. Hé bien,teprit- il, puifque
tu ſçais que je fuis celuy
qu'on nommoit àConftanti .
nople Kadgi Mehemet , va din
rede mapart avecmalheureux,
àce fils de Peſcheur, à ce chien
deMehemerAga grandDoüanier
,que je n'étois ni Marchand
, ni Pelerin , qu'il eſt la
cauſe que j'ay perdu cent
bourſes; mais que fi Dicu me
fait la grace de retourner en
Cinquante mille éous.epis.
Xiiij
248 JOURNAL
۱
Perfe ,jeveux faire cloüer les
yeux à cinq cens devos Mar,
chands. Avons- nous laPaix ou
laGuerre avec vous ? Nous avons
laPaix , Seigneur , reprit
leChaoux en tremblant. Gela
érant , luy dit il , quel mal y
avoit il que je fuſſe Ambaſſa
deur icy ? m'y envoyoit-on
pour vous nuire ? j'y viens renouvellerune
ancienne amitié
qu'il y a entre l'Empereur de
France&le mien ,& vous vous
oppoſez àmon paſſage , vous
m'enfermez dans vos priſons ,
vous tourmentez mes Domeftiques
, & vous pillez mon
HISTORIQUE. 249
bien! Je vous reconnois mal
heureux , fils de Peſcheurs , à
ces marques d'infidelité! Je ſuis
lemaître de te trancher la tête;
mais cela ne feroit pas juſte.
Tu n'es pointdans nosEtats ,
&je ſuis fur les Terres de nos
amis , chez qui je ne voudrois
pas violer les droits de l'hof,
pitalitéqu'ils t'accordent. Scigneur,
lui dit lepauvreChaoux
bien effrayé , c'eſt le grand
Doüanier ,qui eſt ſeul cauſede
voſtre malheur , ne vous en
prenez pas à moy , je n'y ay
aucune part. Non non , re
prit-il , je ne m'en prends pas
250 JOURNALIH
à toy non plus , mais dis luy
feulementce quetu viensd'entendre.
Saluë de ma part le
Chaoux Bachy , c'eſt un fort
honnête homme , & l'Emir
Cheleby queje confidere fort.
Je tedonneraides Lettres pour
eux, reviens les chercher avane
de partie, auch and appr
Le Chaoux luy promit de
n'y pas manquer ; mais il ſe
gardabien d'en rien faire ,& il
ne fût pas plutôt hors de fa
maifon , qu'il jura de n'y ja
mais rentrer
M. de Beauvais , CommiffaireOrdonnateur,&
pluſieurs
HISTORIQUE. 251
Officiers de Marine furent té
moins de cette converſation ,
qui fut ſuivic aprés le diner ,
d'une Cavalcade à Mazargue.
M. l'Intendant avoit , dés
le commencement , cu foinde
luy faire donner des chevaux
qu'il fit harnacher à la Perfienne
, & qui luy ſervoient tous
lesjours à s'aller promener par
tout où il jugeoit à propos ;
tantôt dans la plaine de S.Michel
,&tantôt à Mazargue, où
il fut trois fois , & où il mit
tous les Païfans & toutes les
Païfanes en train dedanſer des
rigaudons & d'autres danſes
252 JOURNAL
!
du Païs. Ces feltes étoient tou .
jours ſuivies , ou de grands re .
pas , ou de collations magnifiques
, qui finifloient ordinairement
pardes Preſents de pieces
d'étoffe , ou d'argent même
qu'il donnoit de bonne
grace à ceux & à celles qui lui
plaifoient.
Sur ces entrefaites la Cour
envoïa M. de S. Olon à Marfeille,
pour lay faire de la pare
du Roy , les honneurs de la
France , & pour l'amener jufqu'à
Paris. Quelques jours
aprés fon arrivée , il regla l'ordre&
la ceremonie du voyage ;
L
HISTORIQUE. 253
& le vingt -trois Decembre mil
ſept cent quatorze il fortirde
Marſeille precedé d'un Déra
chement de Cavalerie du Regiment
de la Reine , ſuivi des
Gardes de M. le Comte de
Grignan. Les Gardes & le fieur
des Marais leur Exempt autour
du brancar où eſtoient les
Preſents qui estoient portez
par deux mules. Les Officiers ,
Maffiers , & autres gens de la
Maiſon de l'Ambaſſadeur devant
& autour de ſa perſonne.
La Marechauffée de Provence
s'eſtant avancée ſur le chemin
d'Aix à Marseille , ſe fit voit
234 3 TOURINTACE H
audit Ambaſladeur , à mefure
qu'il paſſoit , & marcha aprés
Il fut coucher à Aix & le
lendemain à Lambez , où Madame
de Simiane & tous les
principaux dela Ville furent le
voir. Il leur donna leCaffe &
les pria de danſer , ce que Mademoiselle
de Simiane fit de
bonne graces μα
De Lambez àOrgon.
D'Orgon à Avignon.
D'Avignon à Orange , où
il receut la viſite des Meſſieurs
&des Dames de la Ville , àqui
il donna le Thé& le Caffé ,&
**
HISTORIQUE. 255
qu'il pria de danſer , ce qu'ils
fitenre magne
DOrange àPierre Latte.
De Pierre Latre à Monte-
De Montelimar à Oriol
DOriol à Valence , où la
Garniſon ſe mit ſous les armes
& monta la garde chezluy
De Valence àS. Vallier...
De S. Vallier à Vienne , où
la Garniſon luy fit les mêmes
honneurs qu'à Valence ,& où
il receut les Dames & les Mefſieurs
à qui il donnale Thé &
loCaffe ,& qu'il pria de danſer
àl'ordinaire.
256 JOURNAL
De Vienne à Lyon où il
receut toutes fortes dhonneurs
, oùil fut viſiter Pegliſe
de faint Jean dont il fit fonner
la groſſe Cloche. Il demanda
aufli à voir la Maiſonde Ville ,
mais il vit une ſi grande affluence
de monde le jour qu'il
avoit choisi pour cette Cavalcade
, qu'il n'y voulut pas entrer.
Ily ſéjourna quatre jours.
Il eſtbonde remarquer , &de
dire en paſſant , qu'il faifoit des
preſents de pieces d'étoffe &
d'argent même dans tous les
lieux où on le recevoit à ſa
fantaifie.
De
HISTORIQUE. 257.
De Lyon à la Brefle.
De la Brefle à Tarare,
De Tarare à S. Syphorien.
De S. Syphorien à Roüane.
De Roüane à la Pacodiére.
De la Pacodiére à la Paliſſe .
De la Paliſſe à Varenne.
De Varenne à Moulins, où
il séjourna , & où il donna à
plus de quarante perſonnes de
diſtinction de la Ville un repas
magnifique à la Perfienne &
àla Françoiſe.
De Moulins à S. Pierre le
Mouſtier .
De S Pierre le Mouſtier à
Nevers.
Février 1715. Y
2 JOURNALH
داد
DeNevers à la Charitellus
De la Charité à Caunes .
DeCaunes à Neuvil
De Neuvil à Briart.
PAARA
De Briart à Montargis.
De Montargis à Nemours.
De Nemours à Melun.
De Melun à Charenton
où il arriva le vingt- fix Janvier
de la preſente année. Il y defcendit
dans la maiſon de M.
Dyonis , où on avoit eu ſoin
deluy preparer toutes les commoditez
imaginables .
A l'exception de quelques
circonſtances, tous lesLecteurs
font en cet endroit preſque
HISTORIQUE. 252
aufi- bien inſtruits que moy ,
du reſte des choses qui concernent
l'Amballadeur de
Perle ; & chacun ſçait qu'il
n'y a ni Curieux' , ni Curicuſes
à Paris qui n'ait été le voir à
Charenton ,& prendre ſa part
des feſtes , de la muſique,&des
liqueurs dont ily regaloit tout
le monde. Il y séjourna treize
jours ; & le furlendemain de
ſon arrivée , M. le Baron de
Breteüil , Introducteur des
Ambaſſadeurs& PrincesErrangers
, yalla luy faire unCompliment
de la part du Roy ;
honneur que Sa Majefté ne fait
१
Yij
60 BUJOURNALI
que tres rarement &dans des
occafions fingulieres, pub
Lo voicy mot pour moto
L'Empereurde France, mon
Maistre , le plus grand,o te
plus pieux des Empereurs. Chrétiens
, leplus magnifique des Rois
de l'Europe , le plus puiſſant en
guerre tant fur la Terre quefur
laMer , toûjours invincible ,l'a
mour deſes Peupleség le modele
parfait de toutes les vertus
Royales , m'envoye , Monfieur,
vous faire un Compliment de fa
part , ſe réjoir de vostre arrivée
auprés de Paris , la Capitale
de fon Empire , la plus ri
HISTORIQUE. 26t
che laplus fuperbe des Villes
de la partie du monde que nous
habitons. Ilfaitque l'Empereur
vostre Maistre , est le plus magnifique,&
le plus puißant Empereur
de l'Orient , & il est perfuadéqu'ayant
àſa Cour autant
de Perſonnages illustres qu'il en a,
il vous a choisi entr'eux comme
un Sujet d'un merite diftingué,
capable d'eftre le lien de l'union
de deuxfi Puißants Monarques
; il vous donnera ,Monfieur,
en toutes occafions des marques de
l'eftime ,&de la confideration
qu'il a pour un Ambaßadeu qui
vient de la part d'unfigrandEm
262 JOURNAL
pereur. Pour moy , Monfieur, je
regarde comme un bonheur d'eftre
le premier à qui il ait ordonnéde
vous venir complimenter de fa
part;j'iray au fortir de cette conference
luy rendre compte de l'execution
de ſes ordres , en
prendre de nouveaux pour vostre
entréeàParis, vostre audiance
à la magnifique Cour de Sa
Majesté Imperiale.
Le ſept de ce mois M. le
Marechal de Matignon &M.
le Baron de Breteül allerent
le prendre à Charenton dans
le Carroffe du Roy fuivi de
ceux des Princes & Princeſſes
<
HISTORIQUE. 263
de laMaifonRoyale ,&l'amerent
dans ce Carroffe , juſqu'à
l'entrée du Fauxbourg S. Antoine
, où ils deſcendirentdans
la maiton de M. Titon de
Villegenon qui les receut ,&
les regala avec toute la délicateſſe
, l'abondance & la magnificence
imaginables. Aprés
le diner , ils montérent tous
trois à cheval , & entrerent
dans Paris dans l'ordre qui
fuit.
La Compagnie des Inſpec .
teurs de Police à cheval uniformément
habillez , marchoit à
la teſte de tout.
264 JOURNALI
Ala distance do 30. ou 40.
pas le Carroffe du Baron de
Breteüil , & ceux du Maréchal
de Matignon.
Un Brancar porté par deux
mulets du Roy, fur lequel étoient
les Preſents que l'Ambaffadeur
apporte au Roy de
Ja part du Roy de Perfe : devant
& derriere ce Brancar
huit Trompettes de la Chambre
du Roy à cheval ,douze
chevaux de main des deux Ecuries
du Roy, magnifiquement
harnachez & menez par des
Palefreniers de la livrée de Sa
Majesté.
Quatre
HISTORIQUE. 265
Quatre chevaux de Sa Majeſté
avec des harnois à la Perfienne&
menez en main par
des Perfans.dridbigma
* Dix Perſans ou Armeniens
à Cheval portant haut de riches
fufils appuyez ſur la cuiffe.
Deux Armeniens chargez du
ſoin desPreſens duRoidePerſe.
Deux Pages de l'Ambaſſadeur
, ſon Maître des Ceremonie,&
fon Secretaire , l'Interprete.
L'Ambaſſadeur ſur un cheval
harnaché à la Perfienne
- avec le Maréchal de Matignon
à ſa droite , & le Baron de
Février 1715 . Z
1
266 JOURNAL
-:
Breteüil àta gauche marchant
tous trois de front.
Les Laquais Perfans & Armeniens
de l'Ambaſſadeur autour
de ſon cheval ; ceux du
Maréchal & du Baron de Breteüil
à coſté de leurs chevaux.
L'Ecuyer de l'Ambaſſadeur
portant l'Etendart du Roy de
Perſe , marchant immediatement
derriere luyavec un Page
qui portoit le ſabre de l'Ambaſſadeur
appuyé ſur ſa cuiffe.
Tous les chevaux qui ont fervi
à cette Entrée etaient des
Ecuries du Roy.
La marche étoit fermée par
HISTORIQUE. 267
le Carroffe du Roy , par ceux
deMadamela Ducheſſe deBerry
, de Madame , de M le Duc
d'Orleans , de Madame la Du
cheſſe d'Orleans , de Madame
la Princeſſe , de Madame la
Ducheffe Doüairiere , de M. le
Duc & de Madame la Ducheffe
, de Madame la Princeſſe de
Conty Doüairiere , de M. le
Prince , & de Madame la Princeſſe
de Conty , de M. le Duc
& de Madame la Ducheſſe du
Maine , de M. le Comte de
Toulouſe , de Madame la Ducheſſe
de Vandôme , & par celuy
de M. le Marquis de Tor
Zij
268 JOURNAL
cy , Miniftre & Secretaire d'Etat
pour les affaires eſtrangeres.
Le 19. de ce mois , M. le
Marêchal de Matignon & M.
le Baron de Breteüil , allerent
dans le Carroffe du Roy le
prendre à l'Hoſtel des Ambaffadeurs
, pour le conduire à
Verſailles . Toute ſa ſuite fut
montée ſur des chevaux de la
grande & de la petite Eſcurie ,
comme le jour de ſon entrée :
l'Eſtendart de Perſe marchoit
à coſté du Carroſſe : les douze
Fufilliers de l'Ambaſſadeur
auffi à cheval le fufil haut le
precedoient: lePrefentduRoy
HISTORIQUE. 269
de Perſe eſtoit porté dans un
autre Carroffe , par le ſicur
Agoubehant , Armenien , à
quí la clef en avoit eſté confiée
à Erivan : le Carrolle du Roy
s'arreſta dans l'avenuë de Verfailles,
chez le ſieur Bontemps ,
premier Valet deChambre du
Roy , &Gouverneur du Palais
des Thuilleries , qui avoit fait
preparer toutes fortes de rafraichiſſements
pour l'Ambaffadeur
& pour ſa ſuite: le
cheval que l'Ambaſladeur devoit
monter l'y attendoit,avec
des chevaux frais , pour toute
ſa ſuite , ainſi que les Trom
Zij
270 JOURNAL
pettes du Roy deſtinez pour
accompagner fa marche , qui
ſe fit en cet ordre , juſques au
Chaſteau . Le Carroffe du Baron
de Breteüil , precedé de
trois de ſes domeſtiques à cheval
: les deux Carroſſes du Marêchal
de Matignon , precedez
de même : douze chevaux de
main des deux Eſcuries du
Roy magnifiquement harnachez
& menez par des Palefreniers
de Sa Majeſté : quatre
chevaux du Roy avec des harnois
à la Perfienne , & menez
en main par des Perlans : les
douze Fufilliers à pied , por
HISTORIQUE. 271
tant haut leurs fufils :pluſieurs
domeſtiques de l'Ambaſladeur
à cheval : le Secretaire à la
conduite des Ambaſſadeurs :
le Moula de l'Ambaſſadeur ou
Docteur de ſa Loy : ſon Treforier
: le Page qui porte ſa
pipe : les huit Trompettes
de la Chambre du Roy:
Agoubehant auffi à cheval , &
portant fur fes deux mains le
Preſent & la Lettre du Roy de
Perſe enveloppez dans une
éroffe de ſoye à fleurs d'or : le
Maistre des Ceremonies de
l'Ambafladeur , & l'Interprete
à coſté de luy : l'Ambaſſadeur
Zij
272 JOURONTALH
fur un cheval du Roy harnaché
à la Perſienne : le Marêchal
de Matignon à la droite,
&leBaron deBreteüil à ſa gauche
, marchant tous trois de
front: les Valets de pied Perfans
& Armeniens de l'Ambaffadeur
, autour de fon cheval:
la livrée du Maréchal de
Matignon& celle du Baron
de Breteüil à coſté de leurs
chevaux : l'Eſcuyer de l'Ambaſſadeur
à cheval , portant
l'Eſtendart du Roy de Perſe ,
marchoit inmediatement derriereluy
, avec unPage qui portoit
le fabrede l'Ambaſſadeur,
HISTORIQUE. 273
appuyé ſur ſa cuiffe : le Carroſſe
du Roy fermoit la marche.
Les Fufiliers de l'Am
bafladeur laiſſferent leurs armes
à la grille de l'avant-court du
Chateau ,& continuerent de
marcher fans armes. L'Ambaffadeur
trouva dans l'avantcourt
les Gardes Françoiſes &
Suiffes , au nombre de deux
mille hommes ſous les armes ,
les tambours appellant : fon
Eſcuyer laiffa l Eſtendard de
Perſeen dehors de la portede
la cour du Roy, où l'Ambaſſadeur
trouva les Gardes de la
Porte&de la Prevoſté auſſi en
274 JOURNALI
haye& tous les armes : elle étoit
remplie d'une ſi grande
multitude de perſonnes,queles
Gardes eurent bien de la peine
à faire faire place pour la marche
qui ſe fit autour de cette
cour , à la veuë des feneftres
deSa Majesté, A onze heures ,
l'Ambaffadeur accompagné
du Maréchal de Matignon &
du Baron de Bretcül , traverſa
la cour à pied , pour aller à
l'Audience du Roy parte degré
, qui conduit au grand ap.
partement de Sa Majesté.
L'Ambffdeur avant que d'y
aller , mit ſon fabre à ſon
• HISTORIQUE. 275
coſté : il portoit outre celaun
grand poignard dans un étuy
d'or à ſa ceinture , qu'il n'eſt
permis qu'aux Seigneurs qui
font Officiers du Roy de Perſe
de porter. Le Secretaire à
la conduite , marchoit à la
teſte du cortege , & Agoubehant
portant fur ſes mains
le Preſent découvert & la Lettredu
Roy de Perſe , precedé
des huit Trompettes du Roy ,
marchoit immediatement devant
l'Ambaladeur : il fut receu
au bas de l'Escalier , par
le Marquis de Dreux , Grand
Maiſtre des Ceremonies,& par
276 JOURNALI
le ſieur des Granges , Maiſtre
des Ceremonies , les cent Suifſes
eſtant fur l'eſcalier en habit
de ceremonie , la hallebarde
à la main : à la porte de
la Salle des Gardes en dedans
il fut receu par le Duc de
Noailles , Capitaine de la pre.
miere Compagnie des Gardes
du Corps, qui estoient en haye
&ſous les armes : ce fut là que
l'Ambaffadeur prit la Lettre
des mains d'Agoubebant ,&
la porta juſqu'au Thône du
Roy: elle eſtoit dans un fac
de brocard d'or d'environ un
pied & demi de longueur. Le
HISTORIQUE . 277
Thrône de Sa Majesté élevé
de huit marches , eſtoit au
fond de la gallerie de fon
grand appartement , en forte
que l'Ambaſſadeur arrivant
par la porte qui eft à l'autre
bout de la gallerie , apperceut
en entrant Sa Majeſté aſſiſe ſur
fon Thrône , ayant auprés
d'elle Monſeigneur le Dauphin,&
tous les Princes de la
Maiſon Royale : Sa Majesté
•avoitunair fi grand ,& fi
jeſtueux , que l'Ambaffadeur
en fut beaucoup plus frappé ,
que de l'éclat des pierreriesde
laCouronne dontl'habit de Sa
ma278
JOURNAL
Majeſté eſtoit couvert : ce fut
là qu'il commença ſon premier
falut. Sa Majesté en mefme
temps ſe leva , & oſta ſon
chapeau : la foule des Courtiſans
eſtoit ſi grande , que malgré
la vaſte étenduë de cette
gallerie , l'Ambaſſadeur fut
long temps fans pouvoir approcher
du Thrône , & fit fon
dernier ſalut , en y abordant ,
& monta juſques ſur le haut
du Throne: le Maréchal de .
Matignon , le Duc de Noailles
, le Marquis de Torcy , &
le Baron de Breteüil y monterent
auffi. L'Ambaſſadeur
HISTORIQUE . 279
en approchant duRoy, remit
d'abord la Lettre du Roy de
Perſe entre les mains de Sa
Majesté , qui la remit auffi toft
entre les mains du Marquis de
Torcy. Sa Majesté le couvrit;
& aprés que l'Interprete luy
eut expliqué ce que l'Ambaffadeur
ditoit , & dont voicy
les propres termes :
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Résumé : « J'ay crû que la lecture de ces Lettres pouvoit contribuer [...] »
En février 1715, Jay décide de publier des lettres pour contrer les discours négatifs. En décembre 1714, l'ambassadeur de Perse arrive à Marseille et est accueilli poliment par M. Arnoul, Intendant des Galères du Roi, et des notables locaux. Malgré les différences culturelles, l'ambassadeur charme par sa présence. M. Arnoul organise divers divertissements, y compris des festins et des spectacles. Un Chaouch exprime son mécontentement contre un douanier et reçoit des lettres à transmettre à Constantinople. L'ambassadeur participe également à des festivités à Mazargue, distribuant des présents et organisant des danses. Le voyage de l'ambassadeur de Perse en France commence le 23 décembre 1714 à Marseille. Il traverse plusieurs villes, accueilli par des honneurs militaires et des notables locaux. À Lyon, il visite l'église Saint-Jean. À Moulins, il offre un repas somptueux. À Charenton, il séjourne treize jours, recevant des visiteurs et offrant des festivités. Le baron de Breteuil lui transmet les compliments du roi de France. À Paris, une procession officielle accompagne l'ambassadeur, incluant des dignitaires français comme le maréchal de Matignon et le baron de Breteuil. La procession comprend des présents du roi de Perse, des trompettes, des chevaux, et la suite de l'ambassadeur. L'ambassadeur est ensuite escorté jusqu'à Versailles, où il remet une lettre du roi de Perse au roi de France en présence de dignitaires et de courtisans.
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8
p. 248-255
Audiance de congé de l'Ambassadeur de Perse. [titre d'après la table]
Début :
Le 13. le Mareschal de Besons, & le Chevalier de Sainctot [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Cérémonies, Gardes françaises, Gardes suisses, Roi, Ambassadeur de Perse, Chevaux, Trompettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Audiance de congé de l'Ambassadeur de Perse. [titre d'après la table]
Le 13. le Mareſchal de Befons
, & le Chevalier de Sain-
Etot , allerent dans le carroſſe
duRoy,prendreMehemetRiza
GALANT . 249
Beg , Ambafladeur Extraordinaire
de Perſe , à la maiſon
du ſieur Bontemps , Premier
Valet de Chambre du Roy
& Gouverneur du Palais des
Tuilleries : le cheval que
l'Ambaſſadeur devoit monter
l'y attendoit , avec des chevaux
pour toute ſa ſuite de la
grande& de la petite eſcurie ,
ainſi que les Trompettes du
Roy deſtinez pour accompagner
fa marche , qui ſe fit en
cet ordre juſqu'au Chaftcau..
Le carroffe du Chevalier de
Sainctot , celui du Mareſchal
de Belons , douze chevaux de
250 MERCURE
| -
main des deux Efcuties du
Roy, magnifiquement harnachez
& menez par des palfreniers
de Sa Majefté : quatre
chevaux du Roy avec des har.
nois à laPerfienne,&menez en
main par desPerfans, les domeſtiques
de l'Ambaſſfadeur à che
val,leMoula de l'Ambaſfadeur
ouDocteur de ſaLoy, fonTre
forier ,le Page qui porte ſa pipe
, les 8.Trompettes du Roy
le Maistre des Ceremonies de
l'Ambaſladeur & l'Interprete
à coſté de luy , l'Ambaſladeur
fur un cheval du Roy harnaché
à la Perfienne , le Maref.
GALANT. 251
chal de Betons à la droite &
le Chevalier de Sainctot à ſa
gauche , marchant tous trois
defront , les Valets de pied
Perfans &Armeniens de l'Ambaffadeur
au tour de fon cheval
, la livrée du Marefchal ,
&celle du Chevalier de Sain-
Etot à coſté de leurs chevaux ,
l'Eſcuyer de l'Ambafladeur à
cheval , marchant immediatement
derrière lui , avec un Page
qui portoit le fabre de
l'Ambaffadeur appuyé ſur ſa
cuiffe. Le carrofle du Roy fermoit
la marche . L'Ambaſfadeur
trouva dans l'avant cour
1
252 MERCURE
les Gardes Françoiles & Suiffes
ſous les armes , les tambours
appellant, les Gardes de la Porte
& de la Prevoſté auſſi en
haye & fous les armes.
Aonze heures , l'Ambaffadeur
accompagnéduMaréchal
de Befons & du Chevalier de
Sainctot , traverſa la cour à
pied , pour aller à l'Audience
du Roy , par le degré qui conduit
au grand Appartementde
Sa Majetté. L'Ambaffadeur
avant que d'y aller , mit fon
fabre à ſon coſté : il portoit
outre cela un grand poignard
dans un étuyd'or à fa ceintuGALANT.
253
re: le fieur de Merlin Secretaire
ordinaire à la conduite , marchoit
à la tête du Cortege, les
Trompettes du Roy marchoient
immediatement devant
l'Ambaladeur. Il fut receu
au bas de l'eſcalier par le
Marquis de Dreux , Grand-
- Maistre des Ceremonies., &
par le ſieur desGranges , Maitre
des Ceremonies , les Cent
Suiſſes étant ſur l'eſcalier en
habit de ceremonie , la hallebarde
à la main. A la porte de
la ſalle des Gardes en dedans, il
fut receu par le Ducde Ville-
- roy ,Capitaine des Gardes du
254 MERCURE
Corps , qui étoient en haye &
ſous les armes. Sa Majeſté af.
file fur fon Throſne élevé de
deux marches , ayant auprés
d'elle tous les Princes de la
MaiſonRoyale, le receutdans
le grand Appartement.L'Ambaſſadeur
ayant fait le premier
falut , Sa Majesté ſeleva &oſta
ſon chapeau , & fe couvrit
aprés le dernier ſalut: & aprés
que l'Interprete lui eut expliqué
ce quel'Ambaffadeur luy
diſoit , & qu'il eut expliqué à
l'Ambaſſadeur la réponſe de
Sa Majesté , le Roy ſe découvrit
: l'Ambaſſadeur ſe retira ,
GALANT. 255
&fut enfuite conduità l'Audience
deMonſeigneur leDauphin.
Il fut traité & toute fa
fuite , par les Officiersdu Roy.
Je m'étendray davantage fur
cet article dans la nouvelle
- Hiltoire que je vais donner de
cet Ambafladeur.
, & le Chevalier de Sain-
Etot , allerent dans le carroſſe
duRoy,prendreMehemetRiza
GALANT . 249
Beg , Ambafladeur Extraordinaire
de Perſe , à la maiſon
du ſieur Bontemps , Premier
Valet de Chambre du Roy
& Gouverneur du Palais des
Tuilleries : le cheval que
l'Ambaſſadeur devoit monter
l'y attendoit , avec des chevaux
pour toute ſa ſuite de la
grande& de la petite eſcurie ,
ainſi que les Trompettes du
Roy deſtinez pour accompagner
fa marche , qui ſe fit en
cet ordre juſqu'au Chaftcau..
Le carroffe du Chevalier de
Sainctot , celui du Mareſchal
de Belons , douze chevaux de
250 MERCURE
| -
main des deux Efcuties du
Roy, magnifiquement harnachez
& menez par des palfreniers
de Sa Majefté : quatre
chevaux du Roy avec des har.
nois à laPerfienne,&menez en
main par desPerfans, les domeſtiques
de l'Ambaſſfadeur à che
val,leMoula de l'Ambaſfadeur
ouDocteur de ſaLoy, fonTre
forier ,le Page qui porte ſa pipe
, les 8.Trompettes du Roy
le Maistre des Ceremonies de
l'Ambaſladeur & l'Interprete
à coſté de luy , l'Ambaſladeur
fur un cheval du Roy harnaché
à la Perfienne , le Maref.
GALANT. 251
chal de Betons à la droite &
le Chevalier de Sainctot à ſa
gauche , marchant tous trois
defront , les Valets de pied
Perfans &Armeniens de l'Ambaffadeur
au tour de fon cheval
, la livrée du Marefchal ,
&celle du Chevalier de Sain-
Etot à coſté de leurs chevaux ,
l'Eſcuyer de l'Ambafladeur à
cheval , marchant immediatement
derrière lui , avec un Page
qui portoit le fabre de
l'Ambaffadeur appuyé ſur ſa
cuiffe. Le carrofle du Roy fermoit
la marche . L'Ambaſfadeur
trouva dans l'avant cour
1
252 MERCURE
les Gardes Françoiles & Suiffes
ſous les armes , les tambours
appellant, les Gardes de la Porte
& de la Prevoſté auſſi en
haye & fous les armes.
Aonze heures , l'Ambaffadeur
accompagnéduMaréchal
de Befons & du Chevalier de
Sainctot , traverſa la cour à
pied , pour aller à l'Audience
du Roy , par le degré qui conduit
au grand Appartementde
Sa Majetté. L'Ambaffadeur
avant que d'y aller , mit fon
fabre à ſon coſté : il portoit
outre cela un grand poignard
dans un étuyd'or à fa ceintuGALANT.
253
re: le fieur de Merlin Secretaire
ordinaire à la conduite , marchoit
à la tête du Cortege, les
Trompettes du Roy marchoient
immediatement devant
l'Ambaladeur. Il fut receu
au bas de l'eſcalier par le
Marquis de Dreux , Grand-
- Maistre des Ceremonies., &
par le ſieur desGranges , Maitre
des Ceremonies , les Cent
Suiſſes étant ſur l'eſcalier en
habit de ceremonie , la hallebarde
à la main. A la porte de
la ſalle des Gardes en dedans, il
fut receu par le Ducde Ville-
- roy ,Capitaine des Gardes du
254 MERCURE
Corps , qui étoient en haye &
ſous les armes. Sa Majeſté af.
file fur fon Throſne élevé de
deux marches , ayant auprés
d'elle tous les Princes de la
MaiſonRoyale, le receutdans
le grand Appartement.L'Ambaſſadeur
ayant fait le premier
falut , Sa Majesté ſeleva &oſta
ſon chapeau , & fe couvrit
aprés le dernier ſalut: & aprés
que l'Interprete lui eut expliqué
ce quel'Ambaffadeur luy
diſoit , & qu'il eut expliqué à
l'Ambaſſadeur la réponſe de
Sa Majesté , le Roy ſe découvrit
: l'Ambaſſadeur ſe retira ,
GALANT. 255
&fut enfuite conduità l'Audience
deMonſeigneur leDauphin.
Il fut traité & toute fa
fuite , par les Officiersdu Roy.
Je m'étendray davantage fur
cet article dans la nouvelle
- Hiltoire que je vais donner de
cet Ambafladeur.
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Résumé : Audiance de congé de l'Ambassadeur de Perse. [titre d'après la table]
Le 13, le maréchal de Béthune et le chevalier de Saintot escortèrent Mehmet Riza Beg, ambassadeur extraordinaire de Perse, du domicile du sieur Bontemps au Château. La procession comprenait le carrosse de l'ambassadeur, suivi par ceux du chevalier de Saintot et du maréchal de Béthune, ainsi que douze chevaux richement harnachés. L'ambassadeur monta un cheval royal harnaché à la persane, flanqué du maréchal de Béthune à droite et du chevalier de Saintot à gauche. Le cortège incluait également les domestiques de l'ambassadeur, les trompettes du Roi, le maître des cérémonies et l'interprète. À onze heures, l'ambassadeur, accompagné du maréchal de Béthune et du chevalier de Saintot, traversa la cour à pied pour l'audience royale. Il fut accueilli par le marquis de Dreux et le sieur des Granges, ainsi que par les Cent Suisses en habit de cérémonie. Dans la salle des Gardes, il fut reçu par le duc de Villeroy. Le Roi, entouré des Princes de la Maison Royale, reçut l'ambassadeur dans le grand Appartement. Après les salutations et les échanges protocolaires traduits par l'interprète, l'ambassadeur se retira pour une audience avec Monseigneur le Dauphin, où il fut traité avec toute sa suite par les officiers du Roi.
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9
p. 183-189
A Compiegne ce 5 Septembre.
Début :
Pour satisfaire, Monsieur, l'envie que vous avés de sçavoir les rejoüissances [...]
Mots clefs :
Te Deum, Roi, Ville, Hôtel de ville, Gouverneurs-attournés, Feu, Tambours, Trompettes, Violons, Hautbois, Chevaliers de l'Arquebuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Compiegne ce 5 Septembre.
A Compiegne ces Septembre.
Ourfatisfaire , Monfieur , l'envie que
vous avés de fçavoir les rejoüiffances
faites pour le rétabliffement de la fanté du
Roy dans notre Ville,je vous diray qu'elles
n'ont
184 LE MERCURE
.
n'ont pas commencé fitôt qu'on l'auroit
fouhaité , à caufe de l'utage où l'on eft
d'attendre les ordres du Gouverneur de la
Province & de l'Evêque , pour pouvoir
affembler le Clergé. Dès que M. le Gouverneur
eut envoyé les fiens , on écrivit à
M. l'Evêque de Soiffons : cependant le
II d'Aouft M. de Chambodon Avocat
en Parlement , & Subdelegué de M. l'Intendant
, invita à fouper chés lui toute fa
famille , & une partie des Officiers de la
Garnifon ; il fit faire devant fa porte un
grand feu , illumina fa maiſon , diftribua
du vin à fes voifins , & donna un grand
Bal qui dura toute la nuit. Le Samedy
16 on reçut réponſe de M. l'Evêque de
Soiffons , & auffi - tôt Mrs les Gouver
neurs Attournés ayant choifi pour la folemnité
le Lundi 18 , le firent annoncer dans
toute la Ville par les Tambours , Trompettes
; Violons & Hautbois , ordonnerent
de tenir ce jour là les Boutiques fermées
, de faire des feux , d'illuminer les
maifons , & d'obéir aux Capitaines des
Quartiers qui avoient ordre de mettre la
Bourgeoifie fous les armes. Le Dimanche .
fur les cinq heures du foir Mrs les Gouverneurs
Attournés fitent faire une feconde
publication comme le jour precedent.
Sur les fix heures ils allerent à la defcente
J
des Coches d'eau des Rivieres d'Oife &
d'Aifne ,
DE SEPTEMBRE. 185
3
2
d'Aifne , qui après s'être réunies à une
demie lieue de cette Ville , en viennent
battre les murs , ils firent boire à la fanté
du Roy tous ceux qui fe trouvèrent dans
ces Voitures , pendant que les Tambours,
Trompettes , Violons & Hautbois , qui
étoient le long de la Riviere , joüoient
des fanfares. Sur les huit heures toutes
les cloches de la Ville , la cloche de Triomphe
de l'Hôtel de Ville , & trois décharges
du canon des remparts annoncerent le
Te Deum pour le lendemain . Ce même
jour plufieurs perfonnes illuminerent leuc.
maiſon , ſouperent à leur porte ,
& firent
boire les paffans à la fanté du Roy. Le
Lundy à la pointe du jour le canon recommença
, & l'on n'entendit plus que le
bruit des Tambours , Trompettes , Violons
& Hautbois , chaque Compagnie
Bourgeoife fe mit fous les armes à lá
porte de fon Capitaine. Les Chevaliers de
l'Arquebufe , de l'Arbalêtre & de l'Arc
s'affemblerent à leurs jeux , & toutes enfuite
fe vinrent , ranger en bataille fur la
grande Place , vis - à- vis l'Hôtel de Ville ,
qui étoit orné de riches tapis & du portrait
du Roy , placé entre quatre Deviles
compofées pour la fête.
Dans la première , pour faire voir la terreur
qu'avoit jettée dans les efprits la maladie
de Sa Majefté , on avoit peint un
foleil
186 LE MERCURE
foleil éclipfé & une terre dans les tenebres ,
avec cette Legende , Deliquium tellus patifur
tecum.
La feconde , pour montrer la joye qu'a•
voit caufée fa guerifon , reprefentoit un
foleil qui fe dégage des te ebres qui l'obfcurciffent
, avec cette Infcription , Que
tibi , lux redit orbi.
La troiſième , pour exprimer la promp
titude de fa guerifon reprefentoit un fleuve
qui après s'être precipité fous terre , en
fort peu après plus tranquille & plus pur
autour étoient ces mots , Pulcrior exurgit..
La quatrième , pour marquer que rien
ne devoit moins allarmer les Peuples que
la delicateffe de fon temperament , étoit
un jeune chefne qui croît & fe fortifie
le foufle des vents qui l'agitent , avec
ces mots , Sic robora crefcunt.
par
Sous le portrait du Roy étoit cette In,
fcription :
Reftitutam Regi fanitatem ,,
Affertam Gallia [alutem.
Gratulatur
Civitas Compendienfis.
Sur les quatre heures , temps marqué
pour
le Te Deum , les Compagnies Bourgeoiles
ayant formé une double haye de
puis la porte de l'Hôtel de Ville jufqu'au
Portail
DE SEPTEMBRE.
187:
1
Portail de Saint Corneille, la marche commença
par les Compagnies des Chevaliers.
de l'Arc & de l'Arbalètre , après eux marchoient
les Tambours , Trompettes , Violons
& Hautbois , les Valets de Ville ent
Cafaques , les Gardes de M. le Comte d'Evreux
, Gouverneur de la Province ; ceux
du Duc d'Humieres , Gouverneur de la
Ville & du Château ; M. de Gaya Com--
mandant de la Place ; Mrs de Ville , en
habits de ceremonie , & les Chevaliers de
l'Arquebufe. Les trois Compagnies , dont
deux commençoient la marche , la troifiéme
la terminoit , étoient vêtuës d'habitsuniformes
& magnifiques. Au retour du
Te Deum Mrs les Gouverneurs Attournés -
donnerent un grand repas aux trois Com--
pagnies & aux Officiers des Quartiers..
M. Conftant, l'un des Gouverneurs Attournés
, jetta en differentes fois de l'argent au
peuple. Sur les huit heures toutes les Com
pagnies s'étant rendues à leur pofte autour
du feu , vis- à- vis de l'Hôtel de Ville , Mrs
les Gouverneurs Attournés , précedés de
M. de Gaya , allumerent le feu au fon de :
toutes les cloches de la Ville , au bruite
des décharges de la moufqueterie & du
canon . Dans ce moment toute la façade
de l'Hôtel de Ville , toute remplie de pors
à feu parut enflammée jufqu'au haut du
Beffroy, Ce jour là la fête finit par un
Qij grand
288
MERCURE LE
grand Bal , qui dura toute la nuit dans
la grande Salle de l'Hôtel de Ville.
Les Bourgeois engagés par l'exemple des
Mrs de Ville , & encore plus par le zele &
l'affection refpectueule qu'ils ont pour le
Roy, non feulement ne manquerent en rien
aux ordres qui leur étoient donnés , mais
encore y ajouterent beaucoup. Les femines
même voulurent montrer leur zele , on en
vit plufieurs habillées en Amazones , le mê
ler parmi les Compagnies Bourgeoifes , &
faire retentir toute la Ville des coups de
moufquet qu'elles tiroient continuellement.
Le foir auffi-tôt que le feu de la Ville fut
allumé , on ne vit dans toutes les ruës que
tables dreffées , on n'entendit plus que le
bruit des moufquets & celui des canons.
Le lendemain les Chevaliers de l'Arquebule
, qui avoient fait tout préparer pour
leur Te Deum dans l'Eglife Paroitiale de
Saint Jacques , où eft leuri Chapelle , fe
rendirent dans cette Eglife fur les onze.
heures du matin , précedés des Tambours ,
Trompettes , Violons & Hautbois , & entendirent
une grande Meffe , qui fut accom
pagnée de décharges de moufqueterie , &
fuivie de l'Exaudiat. Le foir fur les cinq
heures ils fe rendirent dans la même Eglife
& dans le même ordre , avec le Corps de
Ville & le Commandant à leur tête ; on
chanta le Te Deum en musique , au bruit
dc
DE SEPTEMBRE. 189-
#
de l'artillerie & de la moniqueterie . Ce
jour là les divertiffemens recommencerent,
on dreffa des tables , & les maifons furent
illuminées comme la veille . Il faut dire à la
louange des Gouverneurs Attournés , qu'ils
montrerent l'exemple par leurs liberalitez
. Mrs de Beauval , le Caron, Levesque,
& Conftant , l'on emporté fur les autres
par leurs illuminations . Les Chevaliers de
l'Arc firent chanter leur Te Deum dans
l'Abbaye de Saint Corneille ; les Jefuites ,.
les Minimes , les Capucins , & les Dames
Chanoineffes de Saint Nicolas , celebreient
la même fête avec le même zele. M. le
Parquet , Curé de la Paroiffe de Saint Jac-'
ques , fe diftingua par une grande folemnité
; il fit chanter dans fon Eglife , Matines
, grande Meffe , Vêpres , Salut , &
pendant le Salut le Te Deum en Mufique..
Les Pelerins de Saint Jacques , les Officiers
du Bailliage , le Doyen de la Collegiale de
Saint Maurice ; enfin tous les Corps de la
Ville s'acquitterent avec empreffement de
ce devoir.
Ourfatisfaire , Monfieur , l'envie que
vous avés de fçavoir les rejoüiffances
faites pour le rétabliffement de la fanté du
Roy dans notre Ville,je vous diray qu'elles
n'ont
184 LE MERCURE
.
n'ont pas commencé fitôt qu'on l'auroit
fouhaité , à caufe de l'utage où l'on eft
d'attendre les ordres du Gouverneur de la
Province & de l'Evêque , pour pouvoir
affembler le Clergé. Dès que M. le Gouverneur
eut envoyé les fiens , on écrivit à
M. l'Evêque de Soiffons : cependant le
II d'Aouft M. de Chambodon Avocat
en Parlement , & Subdelegué de M. l'Intendant
, invita à fouper chés lui toute fa
famille , & une partie des Officiers de la
Garnifon ; il fit faire devant fa porte un
grand feu , illumina fa maiſon , diftribua
du vin à fes voifins , & donna un grand
Bal qui dura toute la nuit. Le Samedy
16 on reçut réponſe de M. l'Evêque de
Soiffons , & auffi - tôt Mrs les Gouver
neurs Attournés ayant choifi pour la folemnité
le Lundi 18 , le firent annoncer dans
toute la Ville par les Tambours , Trompettes
; Violons & Hautbois , ordonnerent
de tenir ce jour là les Boutiques fermées
, de faire des feux , d'illuminer les
maifons , & d'obéir aux Capitaines des
Quartiers qui avoient ordre de mettre la
Bourgeoifie fous les armes. Le Dimanche .
fur les cinq heures du foir Mrs les Gouverneurs
Attournés fitent faire une feconde
publication comme le jour precedent.
Sur les fix heures ils allerent à la defcente
J
des Coches d'eau des Rivieres d'Oife &
d'Aifne ,
DE SEPTEMBRE. 185
3
2
d'Aifne , qui après s'être réunies à une
demie lieue de cette Ville , en viennent
battre les murs , ils firent boire à la fanté
du Roy tous ceux qui fe trouvèrent dans
ces Voitures , pendant que les Tambours,
Trompettes , Violons & Hautbois , qui
étoient le long de la Riviere , joüoient
des fanfares. Sur les huit heures toutes
les cloches de la Ville , la cloche de Triomphe
de l'Hôtel de Ville , & trois décharges
du canon des remparts annoncerent le
Te Deum pour le lendemain . Ce même
jour plufieurs perfonnes illuminerent leuc.
maiſon , ſouperent à leur porte ,
& firent
boire les paffans à la fanté du Roy. Le
Lundy à la pointe du jour le canon recommença
, & l'on n'entendit plus que le
bruit des Tambours , Trompettes , Violons
& Hautbois , chaque Compagnie
Bourgeoife fe mit fous les armes à lá
porte de fon Capitaine. Les Chevaliers de
l'Arquebufe , de l'Arbalêtre & de l'Arc
s'affemblerent à leurs jeux , & toutes enfuite
fe vinrent , ranger en bataille fur la
grande Place , vis - à- vis l'Hôtel de Ville ,
qui étoit orné de riches tapis & du portrait
du Roy , placé entre quatre Deviles
compofées pour la fête.
Dans la première , pour faire voir la terreur
qu'avoit jettée dans les efprits la maladie
de Sa Majefté , on avoit peint un
foleil
186 LE MERCURE
foleil éclipfé & une terre dans les tenebres ,
avec cette Legende , Deliquium tellus patifur
tecum.
La feconde , pour montrer la joye qu'a•
voit caufée fa guerifon , reprefentoit un
foleil qui fe dégage des te ebres qui l'obfcurciffent
, avec cette Infcription , Que
tibi , lux redit orbi.
La troiſième , pour exprimer la promp
titude de fa guerifon reprefentoit un fleuve
qui après s'être precipité fous terre , en
fort peu après plus tranquille & plus pur
autour étoient ces mots , Pulcrior exurgit..
La quatrième , pour marquer que rien
ne devoit moins allarmer les Peuples que
la delicateffe de fon temperament , étoit
un jeune chefne qui croît & fe fortifie
le foufle des vents qui l'agitent , avec
ces mots , Sic robora crefcunt.
par
Sous le portrait du Roy étoit cette In,
fcription :
Reftitutam Regi fanitatem ,,
Affertam Gallia [alutem.
Gratulatur
Civitas Compendienfis.
Sur les quatre heures , temps marqué
pour
le Te Deum , les Compagnies Bourgeoiles
ayant formé une double haye de
puis la porte de l'Hôtel de Ville jufqu'au
Portail
DE SEPTEMBRE.
187:
1
Portail de Saint Corneille, la marche commença
par les Compagnies des Chevaliers.
de l'Arc & de l'Arbalètre , après eux marchoient
les Tambours , Trompettes , Violons
& Hautbois , les Valets de Ville ent
Cafaques , les Gardes de M. le Comte d'Evreux
, Gouverneur de la Province ; ceux
du Duc d'Humieres , Gouverneur de la
Ville & du Château ; M. de Gaya Com--
mandant de la Place ; Mrs de Ville , en
habits de ceremonie , & les Chevaliers de
l'Arquebufe. Les trois Compagnies , dont
deux commençoient la marche , la troifiéme
la terminoit , étoient vêtuës d'habitsuniformes
& magnifiques. Au retour du
Te Deum Mrs les Gouverneurs Attournés -
donnerent un grand repas aux trois Com--
pagnies & aux Officiers des Quartiers..
M. Conftant, l'un des Gouverneurs Attournés
, jetta en differentes fois de l'argent au
peuple. Sur les huit heures toutes les Com
pagnies s'étant rendues à leur pofte autour
du feu , vis- à- vis de l'Hôtel de Ville , Mrs
les Gouverneurs Attournés , précedés de
M. de Gaya , allumerent le feu au fon de :
toutes les cloches de la Ville , au bruite
des décharges de la moufqueterie & du
canon . Dans ce moment toute la façade
de l'Hôtel de Ville , toute remplie de pors
à feu parut enflammée jufqu'au haut du
Beffroy, Ce jour là la fête finit par un
Qij grand
288
MERCURE LE
grand Bal , qui dura toute la nuit dans
la grande Salle de l'Hôtel de Ville.
Les Bourgeois engagés par l'exemple des
Mrs de Ville , & encore plus par le zele &
l'affection refpectueule qu'ils ont pour le
Roy, non feulement ne manquerent en rien
aux ordres qui leur étoient donnés , mais
encore y ajouterent beaucoup. Les femines
même voulurent montrer leur zele , on en
vit plufieurs habillées en Amazones , le mê
ler parmi les Compagnies Bourgeoifes , &
faire retentir toute la Ville des coups de
moufquet qu'elles tiroient continuellement.
Le foir auffi-tôt que le feu de la Ville fut
allumé , on ne vit dans toutes les ruës que
tables dreffées , on n'entendit plus que le
bruit des moufquets & celui des canons.
Le lendemain les Chevaliers de l'Arquebule
, qui avoient fait tout préparer pour
leur Te Deum dans l'Eglife Paroitiale de
Saint Jacques , où eft leuri Chapelle , fe
rendirent dans cette Eglife fur les onze.
heures du matin , précedés des Tambours ,
Trompettes , Violons & Hautbois , & entendirent
une grande Meffe , qui fut accom
pagnée de décharges de moufqueterie , &
fuivie de l'Exaudiat. Le foir fur les cinq
heures ils fe rendirent dans la même Eglife
& dans le même ordre , avec le Corps de
Ville & le Commandant à leur tête ; on
chanta le Te Deum en musique , au bruit
dc
DE SEPTEMBRE. 189-
#
de l'artillerie & de la moniqueterie . Ce
jour là les divertiffemens recommencerent,
on dreffa des tables , & les maifons furent
illuminées comme la veille . Il faut dire à la
louange des Gouverneurs Attournés , qu'ils
montrerent l'exemple par leurs liberalitez
. Mrs de Beauval , le Caron, Levesque,
& Conftant , l'on emporté fur les autres
par leurs illuminations . Les Chevaliers de
l'Arc firent chanter leur Te Deum dans
l'Abbaye de Saint Corneille ; les Jefuites ,.
les Minimes , les Capucins , & les Dames
Chanoineffes de Saint Nicolas , celebreient
la même fête avec le même zele. M. le
Parquet , Curé de la Paroiffe de Saint Jac-'
ques , fe diftingua par une grande folemnité
; il fit chanter dans fon Eglife , Matines
, grande Meffe , Vêpres , Salut , &
pendant le Salut le Te Deum en Mufique..
Les Pelerins de Saint Jacques , les Officiers
du Bailliage , le Doyen de la Collegiale de
Saint Maurice ; enfin tous les Corps de la
Ville s'acquitterent avec empreffement de
ce devoir.
Fermer
10
p. 72-73
MARCHE exécutée à la Publication de la Paix. Par M. DARD, de l'Académie Royale de Musique. PARODIE.
Début :
FIERES Trompettes, [...]
Mots clefs :
Trompettes, Amour, Bonheur, Maître, Chœur, Cieux, Musettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARCHE exécutée à la Publication de la Paix. Par M. DARD, de l'Académie Royale de Musique. PARODIE.
MARCHE exécutée à la Publication de
la Paix. ParM. DARD , de l'Académie
Royale de Mufique..
PAROD I E.
FIERES IERES Trompettes ,
Laiffez aux Muſettes ,
Laiffez aux Hautbois
En ce jour le foin d'accompagner nos voix.
Quand la Paix
Comble nos fouhaits ,
Anglois
Et François ,
Chantons fes attraits ;
Portons tous jufqu'aux Cieux
Nos tranfports & nos voeux ;
Et que les Dieux
Qui nous rendent tous heureux
Ainfi qu'eux ,
S'uniffent
En choeur applaudiſſent
Aux heureuſes loix
Qui réuniffent
Sujets & Rois.
Vive LOUIS!
Vive notre cher Maître !
Lui
Fieremt
Fieres trompettes , Laissés aux muse.Quandla
paice Comble nos souhaits, Anglois et Fieux Nos
transports etnos voeux Etque les Dieux Qr applau
dissent Aux heureuses loix Qui reunissl faitre
naitreparmi nous lesjeux et les ris , Cont tout
+
us prouve l'amour, En cejour En sentlerensnos con
nous
certs :Fieres trompettes , Laissés aux mus voix.
D
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
,
Vive notre cher Maître !
Lui
AOUST. 1763. 73
"Lui feul fait renaître
Parmi nous les jeux & les ris
Chantons ,
Célébrons ,
Chantons notre bonheur :
Son coeur ,
A fon tour ,
Dont tout nous prouve l'amour ,
En ce jour ,
En fent le retour.
Que nos tranſports ,
Que nos accords
Frappent les airs ,
Et répétons dans nos concerts :
Fières Trompettes ,
Laiffez aux Muſettes ,
Laiffez aux Hautbois
Accompagner nos coeurs & hos voix.
Par M. D. L. P...
la Paix. ParM. DARD , de l'Académie
Royale de Mufique..
PAROD I E.
FIERES IERES Trompettes ,
Laiffez aux Muſettes ,
Laiffez aux Hautbois
En ce jour le foin d'accompagner nos voix.
Quand la Paix
Comble nos fouhaits ,
Anglois
Et François ,
Chantons fes attraits ;
Portons tous jufqu'aux Cieux
Nos tranfports & nos voeux ;
Et que les Dieux
Qui nous rendent tous heureux
Ainfi qu'eux ,
S'uniffent
En choeur applaudiſſent
Aux heureuſes loix
Qui réuniffent
Sujets & Rois.
Vive LOUIS!
Vive notre cher Maître !
Lui
Fieremt
Fieres trompettes , Laissés aux muse.Quandla
paice Comble nos souhaits, Anglois et Fieux Nos
transports etnos voeux Etque les Dieux Qr applau
dissent Aux heureuses loix Qui reunissl faitre
naitreparmi nous lesjeux et les ris , Cont tout
+
us prouve l'amour, En cejour En sentlerensnos con
nous
certs :Fieres trompettes , Laissés aux mus voix.
D
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
,
Vive notre cher Maître !
Lui
AOUST. 1763. 73
"Lui feul fait renaître
Parmi nous les jeux & les ris
Chantons ,
Célébrons ,
Chantons notre bonheur :
Son coeur ,
A fon tour ,
Dont tout nous prouve l'amour ,
En ce jour ,
En fent le retour.
Que nos tranſports ,
Que nos accords
Frappent les airs ,
Et répétons dans nos concerts :
Fières Trompettes ,
Laiffez aux Muſettes ,
Laiffez aux Hautbois
Accompagner nos coeurs & hos voix.
Par M. D. L. P...
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Résumé : MARCHE exécutée à la Publication de la Paix. Par M. DARD, de l'Académie Royale de Musique. PARODIE.
Le texte présente une œuvre musicale intitulée 'MARCHE exécutée à la Publication de la Paix', composée par M. Dard de l'Académie Royale de Musique. Cette marche célèbre la proclamation de la paix entre les Anglais et les Français. Elle invite à utiliser des instruments comme les trompettes, musettes et hautbois pour accompagner les voix dans cette célébration de joie et de bonheur. Le texte souhaite que les dieux approuvent les lois qui unissent sujets et rois. Il loue Louis, décrit comme 'cher Maître', pour avoir restauré les jeux et les rires parmi le peuple. L'œuvre encourage à chanter et à célébrer ce bonheur, mettant en avant l'amour et le retour de la paix. La date mentionnée est août 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 177-179
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Warsovie, le 15 Septembre 1764.
Début :
Le Roi n'a pas prêté serment sur les Pacta Conventa [...]
Mots clefs :
Serment, Proclamation, Nonces, Sceaux, Église, Cérémonies, Autel, Prières, Maréchal, Trompettes, Compliments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Warsovie, le 15 Septembre 1764.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Warfovie , le 15
Septembre 1764.
Le Roi n'a pas prêté ferment fur les Pacta Con
venta immédiatement après la proclamation ,
H.v.
178 MERCURE DE FRANCE.
"
comme il eft d'ufage , parce que le 7 le Primat
avoit affuré les Etats aflemblés qu'on ne remettroit
à Sa Majefté le Diplome de fon Election ,
qu'après qu'i auroit été muni des Sceaux de tous
les Sénateurs , des Miniftres & de deux Nonces
de chaque Palatinat & Diſtrict , & confirmé par le
feing des Députés nommés à cet effet , ce qui a
été exécuté dans l'intervalle du 7 au 11 de ce
mois. En conféquence , le Roi ne fe rendit qu'avant-
hier à l'Eglife Collégiale pour prêter le ferment
Sa Majesté étoit précédée des Maréchaux
& accompagnée du Primat , de plufieurs Magnats
& d'un grand nombre d'Officiers de la Cour. Le
Roi fut reçu à l'Eglife avec les cérémonies accoutumées
: il s'affit fous un dais près du grand Autel
vis-à-vis duquel on avoit placé une table couverte
d'un tapis de velours , & fur laquelle étoient ,
entre deux cierges allumés , un Crucifix & la
Bible. Après quelques Prières , entonnées par
l'Evêque de Kiovie & chantées en musique , le
-Primat & le Maréchal de la Diete s'approcherent
de la table , fuivis du Secrétaire de l'Interrégne ,
portant le Diplome d'Election , qui étoit relié
magnifiquement & auquel étoient ſuſpendus
dans des caffettes d'argent les Sceaux de plufieurs
Grands & de deux Nonces de chaque Palatinat.
Alors le Roi quitta fon dais & alla préſenter au
Primat les Pacta Conventa lignés de fa main : il
fe mit à genoux , & jura de les obferver exactement
, la main polée fur les faints Evangiles.
Après cette cérémonie , Sa Majeſté ſe releva , &
le Primat le félicita de nouveau fur fon avénement
au Trône , la fupplia de fe reffouvenir de
fon ferment l'afura de la fidélité de la Nation ,
& lui annonça qu'on alloit lui remettre le Di
plome de fon Election . Le Maréchal de la Diete
NOVEMBRE . 1764. 179
félicita également Sa Majefté , à qui il remit le
Diplome qu'il avoit pris des mains du Secrétaire
de l'Interregne. Le Roi l'ayant reçu , adresa au
Primat & au Maréchal de la Diete , ainſi qu'à
toute la Nation , un Difcours à la fin duquel Sa
Majefté s'attendrit au point de verfer des larmes
qui firent couler celles de toute l'affemblée. Enfuite
le Roi fe tourna du côté de l'Autel & pria
Dieu de répandre fes bénédictions fur fon Régne.
Après cette Prière , l'Eglife retentit de mille cris
d'allégreffe , mêlés au fon des trompettes & des
tymballes. Pendant ce temps- là Sa Majeſté repric
place fous le dais & affifta au Service Divin , qui
fur célébré pontificalement par l'Evêque de Kiovie
après quoi Elle retourna à ſon Palais , où
Elle reçut de nouveaux complimens de félicitation.
Septembre 1764.
Le Roi n'a pas prêté ferment fur les Pacta Con
venta immédiatement après la proclamation ,
H.v.
178 MERCURE DE FRANCE.
"
comme il eft d'ufage , parce que le 7 le Primat
avoit affuré les Etats aflemblés qu'on ne remettroit
à Sa Majefté le Diplome de fon Election ,
qu'après qu'i auroit été muni des Sceaux de tous
les Sénateurs , des Miniftres & de deux Nonces
de chaque Palatinat & Diſtrict , & confirmé par le
feing des Députés nommés à cet effet , ce qui a
été exécuté dans l'intervalle du 7 au 11 de ce
mois. En conféquence , le Roi ne fe rendit qu'avant-
hier à l'Eglife Collégiale pour prêter le ferment
Sa Majesté étoit précédée des Maréchaux
& accompagnée du Primat , de plufieurs Magnats
& d'un grand nombre d'Officiers de la Cour. Le
Roi fut reçu à l'Eglife avec les cérémonies accoutumées
: il s'affit fous un dais près du grand Autel
vis-à-vis duquel on avoit placé une table couverte
d'un tapis de velours , & fur laquelle étoient ,
entre deux cierges allumés , un Crucifix & la
Bible. Après quelques Prières , entonnées par
l'Evêque de Kiovie & chantées en musique , le
-Primat & le Maréchal de la Diete s'approcherent
de la table , fuivis du Secrétaire de l'Interrégne ,
portant le Diplome d'Election , qui étoit relié
magnifiquement & auquel étoient ſuſpendus
dans des caffettes d'argent les Sceaux de plufieurs
Grands & de deux Nonces de chaque Palatinat.
Alors le Roi quitta fon dais & alla préſenter au
Primat les Pacta Conventa lignés de fa main : il
fe mit à genoux , & jura de les obferver exactement
, la main polée fur les faints Evangiles.
Après cette cérémonie , Sa Majeſté ſe releva , &
le Primat le félicita de nouveau fur fon avénement
au Trône , la fupplia de fe reffouvenir de
fon ferment l'afura de la fidélité de la Nation ,
& lui annonça qu'on alloit lui remettre le Di
plome de fon Election . Le Maréchal de la Diete
NOVEMBRE . 1764. 179
félicita également Sa Majefté , à qui il remit le
Diplome qu'il avoit pris des mains du Secrétaire
de l'Interregne. Le Roi l'ayant reçu , adresa au
Primat & au Maréchal de la Diete , ainſi qu'à
toute la Nation , un Difcours à la fin duquel Sa
Majefté s'attendrit au point de verfer des larmes
qui firent couler celles de toute l'affemblée. Enfuite
le Roi fe tourna du côté de l'Autel & pria
Dieu de répandre fes bénédictions fur fon Régne.
Après cette Prière , l'Eglife retentit de mille cris
d'allégreffe , mêlés au fon des trompettes & des
tymballes. Pendant ce temps- là Sa Majeſté repric
place fous le dais & affifta au Service Divin , qui
fur célébré pontificalement par l'Evêque de Kiovie
après quoi Elle retourna à ſon Palais , où
Elle reçut de nouveaux complimens de félicitation.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Warsovie, le 15 Septembre 1764.
Le 15 septembre 1764, à Warfovie, le roi n'a pas immédiatement prêté serment sur les Pacta Conventa après sa proclamation. Le 7 septembre, le Primat avait annoncé que le diplôme d'élection serait remis après avoir été scellé par les sénateurs, ministres, et deux nonces de chaque palatinat et district, et confirmé par le sceau des députés. Cette procédure a été réalisée entre le 7 et le 11 septembre. Le 13 septembre, le roi s'est rendu à l'église collégiale pour prêter serment, accompagné du Primat, de magnats et d'officiers de la cour. À l'église, il a été reçu avec les cérémonies habituelles et s'est assis sous un dais près du grand autel. Après des prières, le roi s'est agenouillé et a juré d'observer les Pacta Conventa en posant la main sur les saints Évangiles. Le Primat et le maréchal de la Diète l'ont félicité, et le roi a adressé un discours émouvant à l'assemblée. L'église a ensuite résonné de cris de joie et de musique. Le roi a assisté à la messe avant de retourner à son palais, où il a reçu de nouvelles félicitations.
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