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1
p. 43-45
Reception qu'on leur fait à Vennes. [titre d'après la table]
Début :
Le 13 ils furent receus à Vennes avec tous les [...]
Mots clefs :
Bretagne, Vannes, Honneurs
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texteReconnaissance textuelle : Reception qu'on leur fait à Vennes. [titre d'après la table]
Le 13 ils furent receus
à Vennes avec tous les
. honneurs poffibles , & ils
: fe louerent beaucoup de
M. de Lanion , qui en eft
Gouverneur. Le Parle
Dij
44 Voyage des Amb.
me de Bretagne qui y
refide depuis quelques années
, leur rendit auffi
beaucoup d'honneurs , &
ils furent regalez d'un
Concert d'Inftrumens .
Vennes eft une Ville de
Bretagne avec un Evefché
Suffragant de Tours .
Elle est à deux lievës de
la Mer, qui y a fon flux&
fon reflux par le Canalde
Morbihan.Ony voit l'ancien
Chaſteau de l'Hermine
, qui estoit autrefois
de Siam. 45
le Pa'ais des Ducs de Bretagne.
Les Ambaſſadeurs
en partirent le même jour
pour aller coucher àMuziliac.
à Vennes avec tous les
. honneurs poffibles , & ils
: fe louerent beaucoup de
M. de Lanion , qui en eft
Gouverneur. Le Parle
Dij
44 Voyage des Amb.
me de Bretagne qui y
refide depuis quelques années
, leur rendit auffi
beaucoup d'honneurs , &
ils furent regalez d'un
Concert d'Inftrumens .
Vennes eft une Ville de
Bretagne avec un Evefché
Suffragant de Tours .
Elle est à deux lievës de
la Mer, qui y a fon flux&
fon reflux par le Canalde
Morbihan.Ony voit l'ancien
Chaſteau de l'Hermine
, qui estoit autrefois
de Siam. 45
le Pa'ais des Ducs de Bretagne.
Les Ambaſſadeurs
en partirent le même jour
pour aller coucher àMuziliac.
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Résumé : Reception qu'on leur fait à Vennes. [titre d'après la table]
Le 13, les ambassadeurs furent reçus à Vannes avec honneurs. Ils louèrent le gouverneur, M. de Lanion, et furent honorés par le Parlement de Bretagne. Vannes, ville bretonne avec un évêché suffragant de Tours, est située près de la mer et accessible par le canal du Morbihan. Ils quittèrent Vannes pour Muziliac le même jour.
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2
p. 336-343
Coûtume de Bretagne en deux Volumes in quarto, Ouvrage tres-utile & tres-curieux [titre d'après la table]
Début :
Rien n'est plus important & d'une plus grande utilité que les [...]
Mots clefs :
Coutumes, Bretagne, Ouvrages, Lois, Jacques Mareschal, Coutume de Bretagne, Volumes
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texteReconnaissance textuelle : Coûtume de Bretagne en deux Volumes in quarto, Ouvrage tres-utile & tres-curieux [titre d'après la table]
Rien n'est plus important &
d'uneplus grandeutilité qué les
Ouvrages qui regardent les
Loix & les Coutumes , & l'on
peut affurer qu'il fe trouve
beaucoup de perfonnes aufquelles ils font abfolument neceffaires, & que c'eft un Trefor
pour les Provinces qu'ils regardent. Celuy dont je vais vous
parler eft de ce nombre.
Jacques
GALANT 337
Jacques Marefchal , Imprimeur du Roy à Nantes , a imprimé la Coûtume de Bretagne endeuxVolumes in quarto,
avec les Commentaires & les
Obfervations pour l'intelligence & l'ufage des Articles
obfcurs , abolis & à reformer,
fuivant les Edits , Ordonnances & Arrefts de Reglemens
rendus depuis la derniere Re
formation de la Coûtume, par
Maître Michel Sauvageau celebre Avocat au Parlement de
Bretagne , & Procureur du
Roy au Prefidial de Vennes ;
avec un Traité particulier des
Ff Fanvier 1710.
338 MERCURE
Marches qui feparent des Provinces deBretagne , Poitou &
Anjou ; un Traité du Droit
d'Indult des Officiers du Par→
lement de Paris , & des Gra
duez , & de fa Pratique fur les
Benefices de Bretagne, avecune
recherche & fçavante difcution des fentimens que Mr
d'Argentré a cus fur plufieurs
Articles de ladite Coûtume,
contré le fentiment de plu
fieurs Auteurs, avec une Table Alphabetique des Matic
res tres ample & tres- exacte
Cet Ouvrage doit eftre fa
vorablement reçu du Public,
GALANT 339
étant non feulement pour l'in
telligence des Textes obfcurs
ou diverſement pratiquez de
la Coûtume de Bretagne , mais
encores pourclés: Affaites &
Queſtions d'Uſage & de Prati→
que d'autres Provinces , l'Auteur eftant plein d'érudition,
& marquant avoir eu une
perience confommée au mat
niement des Affaires. Quoy
que fon deffein n'ait efté que
de compofer des Mémoires
pour parvenir àune Reforma
tion qui n'a pas encore efté
faite , il a fi profondément é
tably par raiſon juridique &
F f ij
340 MERCURE
par autorité d'Ordonnances &
Arrefts de Reglemens , les decifions qu'il y a rapportées,
que les avis & le témoignage
de ce fçavant homme doivent
eftre d'un grand poids quand
il s'agira de prendre party
dans les Jugemens : Et quoy
qu'ordinairement la lecture &
l'étude d'un Commentateur
d'une Coûtumé particuliere ne
foient faites quepourl'intelligence de ce qui concerne cette Coûtume , il y a infiniment
à profiter de la lecture de la
Coûtume de Sauvageau , non
feulement en ce qui la touche;
GALANT 341
६
mais encore pour la Pratique
generale , & les Memoires pas
roiffent devoir produire tant
de fruit en répondant au deffein pour lequel ils ont efté
compofez, qu'ils doivent donner de l'envie & de l'émulation à tous ceux qui aimene
les Sciences , de faire une étu
de particuliere de la Coûtume
de Bretagne. Le Rapport fommaire qu'a fait Mr Sauvageau
des Avis finguliers de Mr d'Ar
gentré , combatus par les autres Docteurs fur foixante
Points differens où l'Auteur a
traité des Queſtions par de fo
Ffiij .
342 MERCURE
lides raifons ; & par autorité,
eft un Ouvrage tres- utile au
Public, & qui doit eftre agreable à tout homme qui aime
la Science, & qui eft dans le
maniement des Affaires.
Le fecondVolumecontient
la plus ancienne Coûtume de
Bretagne , les Annotations de
Anonimies les anciennes ConAitutions, Ordonnances , Arrefts , Reglemens des Rois &
Ducs de Bretagne , avec la
Conference des Coûtumes &
des nouvelles Ordonnances à
la marge , par le meſme Auteur,
GALANT 343
Le prix de ces deux Volu
mes eft de quinze livres.
Je doisajoûter à ceque vous.
venez de lire , que j'ay oüy
parler icy de ce Livre à nos
plus fameuxJurifconfultes ; &
que de la maniere dont ils en
parlent , ils le croyent audeffus de tous les Eloges
d'uneplus grandeutilité qué les
Ouvrages qui regardent les
Loix & les Coutumes , & l'on
peut affurer qu'il fe trouve
beaucoup de perfonnes aufquelles ils font abfolument neceffaires, & que c'eft un Trefor
pour les Provinces qu'ils regardent. Celuy dont je vais vous
parler eft de ce nombre.
Jacques
GALANT 337
Jacques Marefchal , Imprimeur du Roy à Nantes , a imprimé la Coûtume de Bretagne endeuxVolumes in quarto,
avec les Commentaires & les
Obfervations pour l'intelligence & l'ufage des Articles
obfcurs , abolis & à reformer,
fuivant les Edits , Ordonnances & Arrefts de Reglemens
rendus depuis la derniere Re
formation de la Coûtume, par
Maître Michel Sauvageau celebre Avocat au Parlement de
Bretagne , & Procureur du
Roy au Prefidial de Vennes ;
avec un Traité particulier des
Ff Fanvier 1710.
338 MERCURE
Marches qui feparent des Provinces deBretagne , Poitou &
Anjou ; un Traité du Droit
d'Indult des Officiers du Par→
lement de Paris , & des Gra
duez , & de fa Pratique fur les
Benefices de Bretagne, avecune
recherche & fçavante difcution des fentimens que Mr
d'Argentré a cus fur plufieurs
Articles de ladite Coûtume,
contré le fentiment de plu
fieurs Auteurs, avec une Table Alphabetique des Matic
res tres ample & tres- exacte
Cet Ouvrage doit eftre fa
vorablement reçu du Public,
GALANT 339
étant non feulement pour l'in
telligence des Textes obfcurs
ou diverſement pratiquez de
la Coûtume de Bretagne , mais
encores pourclés: Affaites &
Queſtions d'Uſage & de Prati→
que d'autres Provinces , l'Auteur eftant plein d'érudition,
& marquant avoir eu une
perience confommée au mat
niement des Affaires. Quoy
que fon deffein n'ait efté que
de compofer des Mémoires
pour parvenir àune Reforma
tion qui n'a pas encore efté
faite , il a fi profondément é
tably par raiſon juridique &
F f ij
340 MERCURE
par autorité d'Ordonnances &
Arrefts de Reglemens , les decifions qu'il y a rapportées,
que les avis & le témoignage
de ce fçavant homme doivent
eftre d'un grand poids quand
il s'agira de prendre party
dans les Jugemens : Et quoy
qu'ordinairement la lecture &
l'étude d'un Commentateur
d'une Coûtumé particuliere ne
foient faites quepourl'intelligence de ce qui concerne cette Coûtume , il y a infiniment
à profiter de la lecture de la
Coûtume de Sauvageau , non
feulement en ce qui la touche;
GALANT 341
६
mais encore pour la Pratique
generale , & les Memoires pas
roiffent devoir produire tant
de fruit en répondant au deffein pour lequel ils ont efté
compofez, qu'ils doivent donner de l'envie & de l'émulation à tous ceux qui aimene
les Sciences , de faire une étu
de particuliere de la Coûtume
de Bretagne. Le Rapport fommaire qu'a fait Mr Sauvageau
des Avis finguliers de Mr d'Ar
gentré , combatus par les autres Docteurs fur foixante
Points differens où l'Auteur a
traité des Queſtions par de fo
Ffiij .
342 MERCURE
lides raifons ; & par autorité,
eft un Ouvrage tres- utile au
Public, & qui doit eftre agreable à tout homme qui aime
la Science, & qui eft dans le
maniement des Affaires.
Le fecondVolumecontient
la plus ancienne Coûtume de
Bretagne , les Annotations de
Anonimies les anciennes ConAitutions, Ordonnances , Arrefts , Reglemens des Rois &
Ducs de Bretagne , avec la
Conference des Coûtumes &
des nouvelles Ordonnances à
la marge , par le meſme Auteur,
GALANT 343
Le prix de ces deux Volu
mes eft de quinze livres.
Je doisajoûter à ceque vous.
venez de lire , que j'ay oüy
parler icy de ce Livre à nos
plus fameuxJurifconfultes ; &
que de la maniere dont ils en
parlent , ils le croyent audeffus de tous les Eloges
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Résumé : Coûtume de Bretagne en deux Volumes in quarto, Ouvrage tres-utile & tres-curieux [titre d'après la table]
Le texte met en lumière l'importance des ouvrages relatifs aux lois et coutumes pour les provinces concernées. Il présente un ouvrage spécifique sur la coutume de Bretagne, imprimé par Jacques Marefchal à Nantes en deux volumes in-quarto. Rédigé par Maître Michel Sauvageau, avocat au Parlement de Bretagne, cet ouvrage inclut des commentaires et observations pour éclaircir les articles obscurs, abolis ou à réformer, conformément aux édits et ordonnances récents. Il traite également des marches séparant les provinces de Bretagne, Poitou et Anjou, ainsi que du droit d'indult des officiers du Parlement de Paris et des grands seigneurs. L'auteur discute des bénéfices en Bretagne et contredit les opinions de Monsieur d'Argentré sur plusieurs articles de la coutume. L'ouvrage est apprécié pour son érudition et l'expérience de son auteur. Il est utile pour la compréhension de la coutume de Bretagne et pour la pratique juridique générale. Le second volume contient la plus ancienne coutume de Bretagne, des annotations anonymes et des conférences entre les anciennes constitutions et les nouvelles ordonnances. Le prix des deux volumes est de quinze livres. Les juristes consultés louent cet ouvrage au-delà de tous les éloges.
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3
p. 214-216
Offre faite au Roy, par les Secretaires Auditeurs de la Chambre des Comptes de la même Ville, [titre d'après la table]
Début :
Je dois ajouter icy un Article qui regarde encore la Bretagne. [...]
Mots clefs :
Bretagne, Chambre des comptes
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texteReconnaissance textuelle : Offre faite au Roy, par les Secretaires Auditeurs de la Chambre des Comptes de la même Ville, [titre d'après la table]
Je dois ajouter icy un Article qui regarde encore la Brés
tagne. M de la Chambre IS
des Comptes aprés avoir
tout mis en ufage pour franchir leur droit annuel , cftant
des Officiers du Royaume des
plus attachez à Sa Majefté;
Aprésavoiraffifté au Te Deum,
qui fut chanté pour l'heureuſe
naiffance de Monfeigneur le
GALANT 215
Duc d'Anjou , les Secretaires
Auditeurs de la Chambre
eftant affemblez délibererent
d'offrir au Roy quinze mille
livres chacun pour obtenir le
Titre de Maître des Comptes ,
&de donner pareille forme à
chacun des Maiftres ordinaires
pour les indemnifer de cette
Promotion.
naVous voyez le zele de ces
fidelles Sujets , qui à l'exem
ple de la Capitale du Royaume,
& fur tout des Cours Superieures , n'oublient rien pour
fecourir le Roy dans les preffans befoins de l'Etat , & fur
216 MERCURE
tout pour le rachapt de la
Polette cette affaire eftant
déja fort avancée , plufieurs
portant tous les jours leur
argent ; de maniere qu'elle
aura bien- toft tout l'effet que
Sa Majefté en peut fouhaiter.
tagne. M de la Chambre IS
des Comptes aprés avoir
tout mis en ufage pour franchir leur droit annuel , cftant
des Officiers du Royaume des
plus attachez à Sa Majefté;
Aprésavoiraffifté au Te Deum,
qui fut chanté pour l'heureuſe
naiffance de Monfeigneur le
GALANT 215
Duc d'Anjou , les Secretaires
Auditeurs de la Chambre
eftant affemblez délibererent
d'offrir au Roy quinze mille
livres chacun pour obtenir le
Titre de Maître des Comptes ,
&de donner pareille forme à
chacun des Maiftres ordinaires
pour les indemnifer de cette
Promotion.
naVous voyez le zele de ces
fidelles Sujets , qui à l'exem
ple de la Capitale du Royaume,
& fur tout des Cours Superieures , n'oublient rien pour
fecourir le Roy dans les preffans befoins de l'Etat , & fur
216 MERCURE
tout pour le rachapt de la
Polette cette affaire eftant
déja fort avancée , plufieurs
portant tous les jours leur
argent ; de maniere qu'elle
aura bien- toft tout l'effet que
Sa Majefté en peut fouhaiter.
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Résumé : Offre faite au Roy, par les Secretaires Auditeurs de la Chambre des Comptes de la même Ville, [titre d'après la table]
La Chambre des Comptes en Bretagne a organisé une initiative après l'accomplissement de leurs devoirs annuels. Les officiers, loyaux au roi, se sont réunis pour célébrer la naissance du Duc d'Anjou. Les secrétaires auditeurs ont décidé de contribuer chacun à hauteur de quinze mille livres pour obtenir le titre de Maître des Comptes et indemniser les Maîtres ordinaires. Le texte met en avant le zèle de ces sujets loyaux, comparables à ceux de la capitale et des cours supérieures, qui soutiennent le roi dans les besoins urgents de l'État, notamment pour le rachat de la Polette. Plusieurs personnes apportent quotidiennement leur argent, assurant ainsi le succès de cette entreprise royale.
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4
p. 78-87
« Messire Pierre Rogier du Crevy, nommé au mois d'Avril à l'Evêché [...] »
Début :
Messire Pierre Rogier du Crevy, nommé au mois d'Avril à l'Evêché [...]
Mots clefs :
Famille, Rogier, Bretagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Messire Pierre Rogier du Crevy, nommé au mois d'Avril à l'Evêché [...] »
Meffire Pierre Rogier
du Crevy, nommé au mois
d'Avril àl'Evêché du Mans,
eft d'une ancienne Maiſon
de Bretagne , qui prouve
fa nobleffe de plus de fix
cent ans. 11It y avoit trois
branches de cette Maiſon :
Rogier de Villeneuve , Rogier du Crevy , & Rogier
de Calac. La derniere fut
éteinte en 1630. par la mort
de Meffire Jean Rogier de
GALANT 79
Callac , Confeiller au Parlement , mort fans enfans.
La premiere fe trouve é
teinte en 1675. par la mort
de Meffire Eugene Rogier,
Comte de Villeneuve,Marquis de Kerveno , Baron de
Baud , &c. Prevôt & Grand
Maître des Ceremonies de
l'Ordre du Saint Efprit, qui
avoit époulé Anne de Gailleul, fille du Comtede Gailleul , niece & heritiere de
Meffire Pierre de Bourneuf
de Cucé , premier Prefi
dent du Parlement de Bretagne aprés fon pere , fon
1+
G iiij
80 MERCURE
ayeul & fon bifayeul , revêtus de la même Charge.
La feconde, branche fub.
fifte dans trois enfans de
Meffire François Rogier
du Crevy , Confeiller au
Parlement de Bretagne,
L'aîné s'appelle FrançoisEugene Rogier , Comte du
Crevy , de Villeneuve , &
de la Chapelle. Le fecond,
Pierre Rogier,nomméEvê
que du Mans, aprés avoir
été grand Archidiacre de
Rennes , enfuite Doyen &
grand Vicaire de Nantes,
En troifiéme lieu, leur four
GALANT.-
}
mariée en premieres noces
à feu Monfieur le Marquis
de Genonville du Pleffier ,
Gentilhomme de Picardie
trés- qualifié , dont elle a eu
une fille unique , mariée à
Monfieur de la Faluere ,
Prefident à Mortier au Parlement de Bretagne , fils de
Monfieur de la Faluere,premier Prefident du même
Parlement : en fecondes noces à Meffire Salomon de
la Tulaye , d'une ancienne
nobleffe de Bretagne, Procureur General dans la
Chambre des Comptes de
82 MERCURE
cette Province. Depuis l'u
nion de la Bretagne avec la
France , il fe trouve plufieurs Confeillers , deux
Procureurs Generaux , &
deux Prefidens à Mortier
du nom de Rogier dans ce
Parlement, où les meilleures Maiſons n'ont pas fait
difficulté d'entrer.
Avant l'union de la Bretagne avec la Couronne de
France , les Rogiers ſe font
diftinguez parmi les plus
nobles de leur Province,
par les fervices qu'ils ont
rendus à leurs Souverains.
GALANT. 83
Il fe trouve en 1200. un Vi
ce-Chancelier de Bretagne
Jean Rogier , dont le fils
fut grand Chambellan , lè
petit-fils grand Maître des
Arbalettiers, qui répond au
Colonel general de l'infanterie ; plufieurs Miniftres
4
d'Etat , qu'on nommoit
alors Confeillers au Haut
Confeil , des Ducs , des Of
ficiers generaux d'armée.
Un Pierre Rogier eft marqué dans l'hiftoire de de
Serres entre les plus illuftres prifonniers dans la bataille de Verneuil , du re-
84 MERCURE
gne de Charles feptiéme ;
& le vœu qu'il fit alors de
fonder une Meffe à perpetuité dans l'Eglife des Carmes de Ploërmel , ville fituée à une lieuë du Crevy,
y eft executé encore aujourd'hui par le Seigneur du
Crevy , château confiderable érigé en Comté , annexé à celui de Villeneuve ,
dont une partie de cette
ville Royale releve.
Cette famille eft alliée à
de grandes Maiſons , aux
Comtes de Poitou , Vicomtes de Limoges & de
GALANT. 83
Comminges, aux Seigneurs
de Derval , de Lanniou
d'Avaugour , de Coaiquin,
de Tintenniac , de Canillac , de Rafilly , Defcartes ,
Ferrand , de Lambilly , de
Meneuf, dont il y a prefentement un Prefident à
Mortier au Parlement de
Bretagne , Ferré de la Villéblanc , de Villeblanche
du Halgouet , Foucault
Bonnier , dont il y en a trois
Prefidens à Mortier au Parlement de Bretagne , de la
Grandville , &c. Cette Mar
fonporte pour armes, d'her-
86 MERCURE
mines au greflier de fable
lié de gueules. Le Seigneur
Comte du Crevy a épouſé
en premieres noces Catherine Salieu de Chefdubois ,
fille d'un Confeiller au Parlement , dont il a un fils
Capitaine de cavalerie au
regiment d'Orleans , âgéde
vingt ans, qui s'eft mis dans
le fervice à treize ans ; &
en fecondes noces Therefe
Champion de Cicé , fœur
de l'Evêque de Siam & de
la feue Marquife de Martel , veuve du Marquis de
Martel , Lieutenat general
GALANT.. 87
des armées navales de fa
Majefté, qui ont l'honneur
d'être alliées aux Maifons
de Betune , de Lhoſpital ,
de Monteffon , &c.
du Crevy, nommé au mois
d'Avril àl'Evêché du Mans,
eft d'une ancienne Maiſon
de Bretagne , qui prouve
fa nobleffe de plus de fix
cent ans. 11It y avoit trois
branches de cette Maiſon :
Rogier de Villeneuve , Rogier du Crevy , & Rogier
de Calac. La derniere fut
éteinte en 1630. par la mort
de Meffire Jean Rogier de
GALANT 79
Callac , Confeiller au Parlement , mort fans enfans.
La premiere fe trouve é
teinte en 1675. par la mort
de Meffire Eugene Rogier,
Comte de Villeneuve,Marquis de Kerveno , Baron de
Baud , &c. Prevôt & Grand
Maître des Ceremonies de
l'Ordre du Saint Efprit, qui
avoit époulé Anne de Gailleul, fille du Comtede Gailleul , niece & heritiere de
Meffire Pierre de Bourneuf
de Cucé , premier Prefi
dent du Parlement de Bretagne aprés fon pere , fon
1+
G iiij
80 MERCURE
ayeul & fon bifayeul , revêtus de la même Charge.
La feconde, branche fub.
fifte dans trois enfans de
Meffire François Rogier
du Crevy , Confeiller au
Parlement de Bretagne,
L'aîné s'appelle FrançoisEugene Rogier , Comte du
Crevy , de Villeneuve , &
de la Chapelle. Le fecond,
Pierre Rogier,nomméEvê
que du Mans, aprés avoir
été grand Archidiacre de
Rennes , enfuite Doyen &
grand Vicaire de Nantes,
En troifiéme lieu, leur four
GALANT.-
}
mariée en premieres noces
à feu Monfieur le Marquis
de Genonville du Pleffier ,
Gentilhomme de Picardie
trés- qualifié , dont elle a eu
une fille unique , mariée à
Monfieur de la Faluere ,
Prefident à Mortier au Parlement de Bretagne , fils de
Monfieur de la Faluere,premier Prefident du même
Parlement : en fecondes noces à Meffire Salomon de
la Tulaye , d'une ancienne
nobleffe de Bretagne, Procureur General dans la
Chambre des Comptes de
82 MERCURE
cette Province. Depuis l'u
nion de la Bretagne avec la
France , il fe trouve plufieurs Confeillers , deux
Procureurs Generaux , &
deux Prefidens à Mortier
du nom de Rogier dans ce
Parlement, où les meilleures Maiſons n'ont pas fait
difficulté d'entrer.
Avant l'union de la Bretagne avec la Couronne de
France , les Rogiers ſe font
diftinguez parmi les plus
nobles de leur Province,
par les fervices qu'ils ont
rendus à leurs Souverains.
GALANT. 83
Il fe trouve en 1200. un Vi
ce-Chancelier de Bretagne
Jean Rogier , dont le fils
fut grand Chambellan , lè
petit-fils grand Maître des
Arbalettiers, qui répond au
Colonel general de l'infanterie ; plufieurs Miniftres
4
d'Etat , qu'on nommoit
alors Confeillers au Haut
Confeil , des Ducs , des Of
ficiers generaux d'armée.
Un Pierre Rogier eft marqué dans l'hiftoire de de
Serres entre les plus illuftres prifonniers dans la bataille de Verneuil , du re-
84 MERCURE
gne de Charles feptiéme ;
& le vœu qu'il fit alors de
fonder une Meffe à perpetuité dans l'Eglife des Carmes de Ploërmel , ville fituée à une lieuë du Crevy,
y eft executé encore aujourd'hui par le Seigneur du
Crevy , château confiderable érigé en Comté , annexé à celui de Villeneuve ,
dont une partie de cette
ville Royale releve.
Cette famille eft alliée à
de grandes Maiſons , aux
Comtes de Poitou , Vicomtes de Limoges & de
GALANT. 83
Comminges, aux Seigneurs
de Derval , de Lanniou
d'Avaugour , de Coaiquin,
de Tintenniac , de Canillac , de Rafilly , Defcartes ,
Ferrand , de Lambilly , de
Meneuf, dont il y a prefentement un Prefident à
Mortier au Parlement de
Bretagne , Ferré de la Villéblanc , de Villeblanche
du Halgouet , Foucault
Bonnier , dont il y en a trois
Prefidens à Mortier au Parlement de Bretagne , de la
Grandville , &c. Cette Mar
fonporte pour armes, d'her-
86 MERCURE
mines au greflier de fable
lié de gueules. Le Seigneur
Comte du Crevy a épouſé
en premieres noces Catherine Salieu de Chefdubois ,
fille d'un Confeiller au Parlement , dont il a un fils
Capitaine de cavalerie au
regiment d'Orleans , âgéde
vingt ans, qui s'eft mis dans
le fervice à treize ans ; &
en fecondes noces Therefe
Champion de Cicé , fœur
de l'Evêque de Siam & de
la feue Marquife de Martel , veuve du Marquis de
Martel , Lieutenat general
GALANT.. 87
des armées navales de fa
Majefté, qui ont l'honneur
d'être alliées aux Maifons
de Betune , de Lhoſpital ,
de Monteffon , &c.
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Résumé : « Messire Pierre Rogier du Crevy, nommé au mois d'Avril à l'Evêché [...] »
Le texte présente la famille Rogier, une maison noble bretonne dont la noblesse est attestée depuis plus de six cents ans. La famille se divise en trois branches : Rogier de Villeneuve, Rogier du Crevy et Rogier de Callac. La branche de Callac s'est éteinte en 1630 avec la mort de Jean Rogier de Callac. La branche de Villeneuve a disparu en 1675 avec la mort d'Eugène Rogier, Comte de Villeneuve. La branche de Crevy subsiste avec trois enfants de François Rogier du Crevy, conseiller au Parlement de Bretagne. L'aîné est François-Eugène Rogier, Comte du Crevy. Le second est Pierre Rogier, nommé évêque du Mans après avoir été grand archidiacre de Rennes, doyen et grand vicaire de Nantes. La troisième enfant a été mariée successivement au Marquis de Genonville du Pleffier et à Salomon de la Tulaye. Avant l'union de la Bretagne avec la France, les Rogier se distinguent par leurs services rendus à leurs souverains. La famille compte parmi ses membres un vice-chancelier de Bretagne en 1200, plusieurs ministres d'État, et des officiers généraux. Pierre Rogier est mentionné comme un prisonnier illustre à la bataille de Verneuil. La famille est alliée à de grandes maisons nobles, dont les Comtes de Poitou et les Vicomtes de Limoges. Le Seigneur Comte du Crevy a épousé Catherine Salieu de Chefdubois et Thérèse Champion de Cicé, toutes deux issues de familles nobles.
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5
p. 189-193
Remarques sur la maison de Rohan. [titre d'après la table]
Début :
La Maison de Rohan, qui est une des plus grandes [...]
Mots clefs :
Maison de Rohan, Bretagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Remarques sur la maison de Rohan. [titre d'après la table]
La Maiſon de Rohan ,
quieftune des plus grandes
& des plus illuftres de l'Europe , tire fon origine par
les Comtes dePhoruoet des
anciens Rois & Souverains
de Bretagne. Elle a eſté
...
190 MERCURE
alliée par cinq differentes
fois avec la Maiſon des
Ducs de Bretagne.La Tante d'Anne de Bretagne ,
Reine de France & de Navarre , fille du Duc de Bretagne , eſt la derniere alliance qu'il y ait euë entre
la Maiſon de Bretagne &la
Maifon de Rohan. On
donna cent mille écus ,
fomme tres - confiderable
dans ce temps- là , & la
Comté de Montfort , pour
dédommager le Seigneur
de Rohan de fes prétentions ſur la Bretagne. Deux
E GALANT. 191
:
filles des Rois de Navarre ,
de l'une fille de Philippe d'Evreux , Roy de Navarre dit
le Sage & le Bel, & de Jeanne de France la femme , &
l'autre fille de Jean d'Albret , Roy de Navarre.
e grand-pere d'Henry IV.
font entrées dans cette illuftre Maiſon. Le Comte
d'Angouleſme , petit - fils .
de France , fils du Duc
d'Orleans , frere de Charles VI. Roy de France , qui
fut affaffiné dans Paris par
le Duc de Bourgogne, avoit
épousé Marie de Rohan
19 MERCURE
qui fur grand' mere de
François I. Roy de France;
ainfiles Seigneurs de cette
cette Maifon ont eu l'honneur de fe voir parens au
troifiéme degré des Rois
François I. & Henry IV.
Elle a eu des alliances
avec la Maiſon d'Ecoffe ,
de Lorraine , & plufieurs
autres Maifons Souveraines & des plus confiderables de l'Eftat. Les Rois
d'Angleterre les ont tousjours traité comme leurs
parens , & le Seigneur de
Soubize , Chef des Religionnaires ,
GALANT. 193 n
gionnaires , étant mort à
Londres , y fut enterré dans
l'Eglife de Vveſtminſter
dans les tombeaux des Rois
d'Angleterre , commeforti
de leur fang.
quieftune des plus grandes
& des plus illuftres de l'Europe , tire fon origine par
les Comtes dePhoruoet des
anciens Rois & Souverains
de Bretagne. Elle a eſté
...
190 MERCURE
alliée par cinq differentes
fois avec la Maiſon des
Ducs de Bretagne.La Tante d'Anne de Bretagne ,
Reine de France & de Navarre , fille du Duc de Bretagne , eſt la derniere alliance qu'il y ait euë entre
la Maiſon de Bretagne &la
Maifon de Rohan. On
donna cent mille écus ,
fomme tres - confiderable
dans ce temps- là , & la
Comté de Montfort , pour
dédommager le Seigneur
de Rohan de fes prétentions ſur la Bretagne. Deux
E GALANT. 191
:
filles des Rois de Navarre ,
de l'une fille de Philippe d'Evreux , Roy de Navarre dit
le Sage & le Bel, & de Jeanne de France la femme , &
l'autre fille de Jean d'Albret , Roy de Navarre.
e grand-pere d'Henry IV.
font entrées dans cette illuftre Maiſon. Le Comte
d'Angouleſme , petit - fils .
de France , fils du Duc
d'Orleans , frere de Charles VI. Roy de France , qui
fut affaffiné dans Paris par
le Duc de Bourgogne, avoit
épousé Marie de Rohan
19 MERCURE
qui fur grand' mere de
François I. Roy de France;
ainfiles Seigneurs de cette
cette Maifon ont eu l'honneur de fe voir parens au
troifiéme degré des Rois
François I. & Henry IV.
Elle a eu des alliances
avec la Maiſon d'Ecoffe ,
de Lorraine , & plufieurs
autres Maifons Souveraines & des plus confiderables de l'Eftat. Les Rois
d'Angleterre les ont tousjours traité comme leurs
parens , & le Seigneur de
Soubize , Chef des Religionnaires ,
GALANT. 193 n
gionnaires , étant mort à
Londres , y fut enterré dans
l'Eglife de Vveſtminſter
dans les tombeaux des Rois
d'Angleterre , commeforti
de leur fang.
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Résumé : Remarques sur la maison de Rohan. [titre d'après la table]
La Maison de Rohan, l'une des plus prestigieuses d'Europe, descend des Comtes de Porhoët et des anciens Rois de Bretagne. Elle s'est alliée cinq fois avec la Maison des Ducs de Bretagne, la dernière alliance étant la tante d'Anne de Bretagne, Reine de France et de Navarre. Pour compenser les prétentions du Seigneur de Rohan sur la Bretagne, il reçut cent mille écus et la Comté de Montfort. Deux filles des Rois de Navarre intégrèrent également cette Maison. Le Comte d'Angoulême, petit-fils de France et frère de Charles VI, épousa Marie de Rohan, grand-mère de François I, établissant ainsi un lien familial avec les Rois François I et Henri IV. La Maison de Rohan a aussi des alliances avec les Maisons d'Écosse, de Lorraine et d'autres Maisons influentes. Les Rois d'Angleterre les considéraient comme leurs parents, et le Seigneur de Soubise fut inhumé à Westminster.
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6
p. 134-144
MARIAGE.
Début :
Emmanuel de Rousselet Comte de Chasteau - Renand, Lieutenant General des huit [...]
Mots clefs :
Bretagne, Chevalier, Capitaine, Versailles, Mexique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
MARIAGE.
Emmanuel de Rousselet
Comte de Chasteaunand
,
Lieutenant General
des huit Evefchez de haute
& baffe Bretagne) Capr.
taine de Vaisseaux du Roy,
fils de François LoiïisRoufseles,
Chevalier seigneur,
Marquis de Chasteau-Renaud
,& Chevalier des Ordres
du Roy, Grand. Croix
de l'Ordre Militaire de
Saint Loiiis,Capitaine genéral
pour Sa Majesté Catholique
dans les Mers Occidentales
,
Commandant
pourSaMajeftéTresChré.
tienne toute la Province de
Bretagne,Vice-Amiral & Maréchal de France, &de
Marie- AnneRenée de la
Porte, fille & heritiere de
René de la Porte
,
Comte
d'Artois & de Crozon, &
paron de Beaumont en
Bretagne,d'Anne- Marie
du Han de Bertrie: elle est
morte au mois d'Oétobre
1696,Sea laisse de son mariage
FrançoisLoüis-Ignace
de Rousselet de Chasteau-
Renaud
,
Anne- Alberc,
Chevalier de Malte,
& Çmrnanuel deRouifeler,
qui épousa dans laChapelle
de Versailles la nuit du
-
14. au 15. Février, Mademoiselle
Marie -
Emilie de
Noailles fille de défunt
Anne Jule Duc de Noall-"
-
les, Pair & Mareflhal de
France, Chevalier des Oro
dres du Roy, Gouverneur
des Comcez de Vigueries,
de Roussillon, Conflansôc
Cerdaigne,& desVilles&
Citadelles de Perpignan,
cy-devant Premier Capitaine
des Gardes du Corps
de Sa Majesté
,
Vice -Roy
de Catalogne, & de Dame
Marie-FrançoisedeBournonville,
Veuve du Marefchal
de Noailles.
Le Mareschal deChafceau-
Renaud fie ses premieres
campagnes des l'an-
- née 1658. dans l'armée de
Flandres, commandée par
: Mr le Mareschal de Turenne,
où il s'cft distingue
en plusieurs sieges importants.
Il passa en 1661. dans
le Service de la Marine en
qualitéd'Enseigne de Vaifseau.
Les nouvelles preu»
ves de son courage, & les
bleflèures
considerables
qu'il receut à l'entreprise
de Gigery; engagerent le
Roy à le faire Capitaine de
Vaisséaux en 1664. Il se si.
gnaia depuis à la teste des
Eicadres dont on luy con- - fiia lecommandemcnr,particulierement
lorCqu'avec
un seul Vaisseau il combatit
cinq Corsaires ennemis,
& s'en rendit maifire. Il
fut fait Chef d'Escadre en
1673» Peu de temps a près,
n'ayant que deux Vaisseaux
il attaqua le jeune Ruyter
Contre-Amiral de Hollande,
qui conduisoit fous
lefcorte de huit VaiÍfeaux
de guerre, une lfotte Hollandoise
de cent trente navires,
dont huit furent coulez
à fond
x
& les obligeà
de rclafcher en Angleterre.
Le combat qu'il donna
en 1678. contre l'Amiral
Everfen*ne sur pas moins
glorieux, puirqu'avec six
de nos Vaiffcaux, il fouftinc
pendant tout un jour l'effort
de l'armée ennemie
composée de seize Vaiffeaux
de ligne & de neuf
bruflots, & contraignit leur
General de se retirer en
desordre dans le port de
Cadix, & de reprendre enfuite
la route de Hollande
,
sans avoir pû donner
à la Sicile les secours qu'il
avoit ordre d'y conduire.
En1678il fut gratifiédu
Grand
-
Prieuré de Bretagne
dans rOrdre de saint
Lazare. En1688.ilfutfait
LieutenantGeneral des Armées
Navalles. En 1689.
il remporta une Viâone
complette sur nos Ennemis
dans le combat de Baucry
, aprés avoir débarquéàleur
veueun secours d'hommes
& d'argent en Irlande
il prit mesme , en revenant
à Bress sept Vaisseaux richcment
chargez. Il passa en
1620. avec six Vaisseaux le
Détroit deGilbratarau milieu
de vingt- huitVaifleaux
Je guerre ennemjs-qui n'oferenc
l'attaquer, & ayant
joint à Brest l'Armée Na-'
vale,il eut le Commandement
de ravant- garde au
combat de Berezieres, où
il enveloppa les Hollandois
,
& fit perir dix sept
Vaissèaux de leur avançgarde,
ce quicaufàlegain
de la bataille., On le fit
Grand Croix de l'Ordre
Militaire de Saint Louis.
En 1696.onluy donna le
Commandement de rArmée
Navale composée de
cinquante Vaisseaux de ligne
qu'il conduisit de Toulon
à Brest, sans que les
Ennemis au nombre de
plus de quatre-vingtVais-.
qéaux pussent s'y opposer.
Il fut pourveu 1701. de la
-
Charge de Vice-Amiral de
France; & ayant esté honoré
en mesme temps du
titre de Capitaine General
de la Mer par le Roy d'Espagne,
il passa avec vingt
Vaisseaux dans les Indes
Occidentales pour s'opposer
aux irruptions dont elles
estoient menacées par
les Anglois & les Hollandois.
Il conduisit en Europe
la flotte du Mexique.,il
surmonta avec fermeté &
prudence les obstacles qui
paroissoient les plus invincibles,
& conduisitla flotte
dans le seul port d'Espagne,
oùil pouvoit aborder.
Sa Majesté pour reconnoître
tant de services
importants rendus sans interruption,
la honoré le 14.
Janvier 1703. du baston de
Mareschal de France.
Emmanuel de Rousselet
Comte de Chasteaunand
,
Lieutenant General
des huit Evefchez de haute
& baffe Bretagne) Capr.
taine de Vaisseaux du Roy,
fils de François LoiïisRoufseles,
Chevalier seigneur,
Marquis de Chasteau-Renaud
,& Chevalier des Ordres
du Roy, Grand. Croix
de l'Ordre Militaire de
Saint Loiiis,Capitaine genéral
pour Sa Majesté Catholique
dans les Mers Occidentales
,
Commandant
pourSaMajeftéTresChré.
tienne toute la Province de
Bretagne,Vice-Amiral & Maréchal de France, &de
Marie- AnneRenée de la
Porte, fille & heritiere de
René de la Porte
,
Comte
d'Artois & de Crozon, &
paron de Beaumont en
Bretagne,d'Anne- Marie
du Han de Bertrie: elle est
morte au mois d'Oétobre
1696,Sea laisse de son mariage
FrançoisLoüis-Ignace
de Rousselet de Chasteau-
Renaud
,
Anne- Alberc,
Chevalier de Malte,
& Çmrnanuel deRouifeler,
qui épousa dans laChapelle
de Versailles la nuit du
-
14. au 15. Février, Mademoiselle
Marie -
Emilie de
Noailles fille de défunt
Anne Jule Duc de Noall-"
-
les, Pair & Mareflhal de
France, Chevalier des Oro
dres du Roy, Gouverneur
des Comcez de Vigueries,
de Roussillon, Conflansôc
Cerdaigne,& desVilles&
Citadelles de Perpignan,
cy-devant Premier Capitaine
des Gardes du Corps
de Sa Majesté
,
Vice -Roy
de Catalogne, & de Dame
Marie-FrançoisedeBournonville,
Veuve du Marefchal
de Noailles.
Le Mareschal deChafceau-
Renaud fie ses premieres
campagnes des l'an-
- née 1658. dans l'armée de
Flandres, commandée par
: Mr le Mareschal de Turenne,
où il s'cft distingue
en plusieurs sieges importants.
Il passa en 1661. dans
le Service de la Marine en
qualitéd'Enseigne de Vaifseau.
Les nouvelles preu»
ves de son courage, & les
bleflèures
considerables
qu'il receut à l'entreprise
de Gigery; engagerent le
Roy à le faire Capitaine de
Vaisséaux en 1664. Il se si.
gnaia depuis à la teste des
Eicadres dont on luy con- - fiia lecommandemcnr,particulierement
lorCqu'avec
un seul Vaisseau il combatit
cinq Corsaires ennemis,
& s'en rendit maifire. Il
fut fait Chef d'Escadre en
1673» Peu de temps a près,
n'ayant que deux Vaisseaux
il attaqua le jeune Ruyter
Contre-Amiral de Hollande,
qui conduisoit fous
lefcorte de huit VaiÍfeaux
de guerre, une lfotte Hollandoise
de cent trente navires,
dont huit furent coulez
à fond
x
& les obligeà
de rclafcher en Angleterre.
Le combat qu'il donna
en 1678. contre l'Amiral
Everfen*ne sur pas moins
glorieux, puirqu'avec six
de nos Vaiffcaux, il fouftinc
pendant tout un jour l'effort
de l'armée ennemie
composée de seize Vaiffeaux
de ligne & de neuf
bruflots, & contraignit leur
General de se retirer en
desordre dans le port de
Cadix, & de reprendre enfuite
la route de Hollande
,
sans avoir pû donner
à la Sicile les secours qu'il
avoit ordre d'y conduire.
En1678il fut gratifiédu
Grand
-
Prieuré de Bretagne
dans rOrdre de saint
Lazare. En1688.ilfutfait
LieutenantGeneral des Armées
Navalles. En 1689.
il remporta une Viâone
complette sur nos Ennemis
dans le combat de Baucry
, aprés avoir débarquéàleur
veueun secours d'hommes
& d'argent en Irlande
il prit mesme , en revenant
à Bress sept Vaisseaux richcment
chargez. Il passa en
1620. avec six Vaisseaux le
Détroit deGilbratarau milieu
de vingt- huitVaifleaux
Je guerre ennemjs-qui n'oferenc
l'attaquer, & ayant
joint à Brest l'Armée Na-'
vale,il eut le Commandement
de ravant- garde au
combat de Berezieres, où
il enveloppa les Hollandois
,
& fit perir dix sept
Vaissèaux de leur avançgarde,
ce quicaufàlegain
de la bataille., On le fit
Grand Croix de l'Ordre
Militaire de Saint Louis.
En 1696.onluy donna le
Commandement de rArmée
Navale composée de
cinquante Vaisseaux de ligne
qu'il conduisit de Toulon
à Brest, sans que les
Ennemis au nombre de
plus de quatre-vingtVais-.
qéaux pussent s'y opposer.
Il fut pourveu 1701. de la
-
Charge de Vice-Amiral de
France; & ayant esté honoré
en mesme temps du
titre de Capitaine General
de la Mer par le Roy d'Espagne,
il passa avec vingt
Vaisseaux dans les Indes
Occidentales pour s'opposer
aux irruptions dont elles
estoient menacées par
les Anglois & les Hollandois.
Il conduisit en Europe
la flotte du Mexique.,il
surmonta avec fermeté &
prudence les obstacles qui
paroissoient les plus invincibles,
& conduisitla flotte
dans le seul port d'Espagne,
oùil pouvoit aborder.
Sa Majesté pour reconnoître
tant de services
importants rendus sans interruption,
la honoré le 14.
Janvier 1703. du baston de
Mareschal de France.
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Résumé : MARIAGE.
Le texte relate la vie et la carrière militaire d'Emmanuel de Rousselet, comte de Chasteaunand. Né de François Louis Rousselet, marquis de Chasteau-Renaud, et de Marie-Anne-Renée de la Porte, Emmanuel de Rousselet a perdu sa mère en octobre 1696. Il avait deux frères, François Louis Ignace et Anne-Albert, chevalier de Malte. Il a épousé Marie-Émilie de Noailles, fille du duc de Noailles et de Marie-Françoise de Bournonville, dans la chapelle de Versailles la nuit du 14 au 15 février. La carrière militaire d'Emmanuel de Rousselet commence en 1658 dans l'armée de Flandres sous le maréchal de Turenne. En 1661, il rejoint la marine en tant qu'enseigne de vaisseau. Promu capitaine de vaisseaux en 1664 après avoir démontré son courage lors de l'entreprise de Gigery, il devient chef d'escadre en 1673. Il se distingue en combattant cinq corsaires ennemis avec un seul vaisseau. En 1678, il affronte l'amiral Everfsen avec six vaisseaux contre une flotte ennemie de vingt-cinq vaisseaux, les forçant à se retirer. En 1678, il reçoit le Grand Prieuré de Bretagne dans l'Ordre de saint Lazare et est nommé lieutenant général des armées navales en 1688. En 1689, il remporte une victoire complète lors du combat de Baucry, capturant sept vaisseaux ennemis. En 1690, il passe le détroit de Gibraltar avec six vaisseaux et commande l'avant-garde au combat de Berezieres, où il détruit dix-sept vaisseaux ennemis. Il est fait Grand Croix de l'Ordre Militaire de Saint Louis. En 1696, il commande une armée navale de cinquante vaisseaux de ligne de Toulon à Brest sans opposition ennemie. En 1701, il est nommé vice-amiral de France et capitaine général de la mer par le roi d'Espagne. Il conduit une flotte des Indes Occidentales en Europe et surmonte divers obstacles pour la ramener en Espagne. Pour ses services, il est nommé maréchal de France le 14 janvier 1703.
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7
p. 225-249
LA BELLE LAIDE ou la Duperie de Bretagne, Avanture de l'an passé.
Début :
En une Ville de basse Bretagne brilloit, malgré sa laideur [...]
Mots clefs :
Bretagne, Marquis, Baron, Magistrat, Mariage, Duperie, Dot, Laideur, Amour, Stratagème, Sincérité, Contrat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA BELLE LAIDE ou la Duperie de Bretagne, Avanture de l'an passé.
LABELLEL.AIDE
ou la Duperie de Bretagne
,
Avanture de
l'an passé. -
ENuneVille de basse
Bretagne brilloit, malgré
sa laideur,une fille
de condition, c'estoit un
prodige; car avec des
traits, dont la description
auroit donnél'idée
d'une très-laide personne,
elle avoit desja fait
de très-fortes passions.
Elle avoit les yeux petits,
le _fi.ont étroit, le nez
court & relevé, la bouche
fort grande, mais de
belles dents, un rire agréable,
un air de vivacité
répandu dans tous
les traits, la rendoient la
plus piquante personne
du la Province, en forte
qu'on la nommoit par
singularité la belle laide.
UnMarquis passionnément
amoureux d'elle,
mais qui n'avoit pas aiIèz
de bien pour l'épouser,
elle qui n'en avoit point
du tout, fit une campagne
dans la marine, Se
rencontra en plusieurs
endroits un Baron negociantqui
avoit fait plusieurs
voyages sur mer
moitié guerre,moitié
marchandise, &C n'avoit
réüssi ny à l'un ny a.rau"
tre,estant tres-pesant de
genie.Ayant fort peu de
sens& de hardiesse il perdit
par avarice beaucoup
d'occasions de gagner. Il
avoit mis sur un vaisseau
quelque argent, ce vaisseau
ayant peri, il se dégoutta
du negoce, & resolut
de revenir sur son
pallier où il vivoit dans
une de fès terres fort engagée
par les pertes qu'il
avoit faites. Ce Barcn
devenu très-mal aisé,pria
fès amis de luy chercher
quelque femme jeune ou
vieille, belle ou laide,
vertueuse ou non >
pourvû
qu'elle luyapportast
de l'argent comptant. Il
ne luy importoit
, cette
espece d'aviscirculaire
qu'il donnoit à la Province
du besoin qu'il avoit
de se marier
,
vint aux
oreilles du Marquis, qui
trouva dans la bourse de
ses amis dix mille écus
d'argent comptant, avec
lesquels il medita de faire
la fortune de sa belle laide
& la sienne en la maoiere
que vous allez voir,
& à l'occasiond'une Lettre
qu'il receut de Cadis
en ce temps-là.
Un amy du Marquis
qui l'avoit veu à Cadis
avec le Baron, & qui estoit
alors à Cadis où un
ancien associé du Baron
estoit en peine de sçavoir
ce qu'il estoit devenu,
écrivit au Marquis de
luy faire sçavoir si le Baron
estoit en Bretagne,
& luy manda par occailon
que c'estoit pour luy
donner avis que son ancien
associé avoit recouvert
depuis peu sur les
debris de ce Vaisseau qui
avoit pery, plusieurs effets,
qui pour la part du
Baron se montoient à peu
présàcinquante mille
écus. Sur cette Lettred'avis)
ce Marquis qui eût
esté assez passablement
honneste homme s'il eût
esté riche
, &C s'iln'eût
point esté amoureux, oublia
en ce moment l'exade
probité pour le rendre
legitimemaistre de
cescinquante mille écus,
en profitant de la betise
&dela paressedu Baron.
Voicyce qu'ilfitdeconcert
avec sa belle laide.
Une fille plus vieille
que jeune,& réellement
trés
-
laide, les seconda
dans cette intrigue:elle
alla trouverun Magistrat
de la Ville de homme
aisé à tromper, parce
qu'il estoit bon & charitable
table, elle luy dit qu'estant
de famille delicate
sur l' honneur, elle seroit
assomée par deux brutaux
de freres qu'elle avoit,
si elle ne se marioit
au plus viste, parce que,
disoit-elle
, pour sauver
son honneur elle n'avoit
point de temps à perdre;
& pour faire croire qu'elle
avoitraison de se presser,
elle avoit un peu outré
son deshabillé&
garni son corset. Le Magiftrat
eutpeine à estre
desabusé de la sagesse de
lafille, parce qu'elle estoit
d'une laideur à rester
fage toute sa viemalgré
qu'elle en eust. Enfin le
Magistrat luy promit de
proposer au Baron les dix
mille écus qu'elle offrit,
& de disposer adroitement
le Baron à la prendre
en deshabillé en faveur
des dix mille écus;
& il fut resolu, qu'on
addresseroit leBaronchez
une Dame avec qui elle
logeoit, & qu'on luy
diroit d'y aller incognito
fous quelqueprétexte,
pour voir si la laideur ne
le rebuteroit point.
Deux jours aprés le
Baronalla de la part du
Magistrat chez l'hofleffe
intrigantedecette entreveuë
qui l'entretint un
moment de la laideur singuliere
de la fille à marier
,luy disant qu'elle ne
laissoit pas d'avoir quelque
agrément. Enfin, elle
luy fit voir la belle laide
au lieu de la laide laide:
d'abord le Baron en
fut charmé
,
& il en devint
passionnément amoureux.
A la seconde
visite il fit confidence de
son amour au Magistrat
qui avoit entendu quelquefois
parler de la belle
laide, & qui estant un
bon homme fort retiré,
la confondit avec la laide
laide qu'il avoit vue. Il
ne pouvoit pourtant
s'empescher d'admirer
comment le Baron en estoit
devenu amoureux ;
& le Baron luy répondoit
qu'en effet elle n'avoit
pas les traits beaux,
mais qu'elle l'avoit charmé.
Le Magistrat n'ayant
nul interest d'approfondir
d'avantage ce qui
pro quo, luy dit que
puisqu'il estoit content
il n'avoitqu'à convenir
de ses faits, & qu'il iroit
signer le contrat, mais
que puifqu'il s'estoitentremis
pour ce mariage,
qu'il prit bien garde à ne
luy pas donner parole
mal - à- propos, & à ne
luy point faire de reproches
dans la suite; qu'il
ne luy garantiffoit la fille
qu'à l'égard des dix mille
écus. LeBaron protesta
qu'il estoit dans une impatience
extrême
,
Se que
dés le lendemain on termineroit.
- Le Magistrat qui set
toit informé à quelqu'un
qui estoitla belle laide,
avoit esté instruit qu'un
Marquis en estoit devenu
fort amoureux; & sans
sortir de son erreur l'a
crut tousjours la mesme
qui l'estoit venu trouver.
Le jour fut pris enfin
pour le - lendemain
, &
enprenant ce dernierrendez
vous la laide belle
qui avoittousjours imité
le deshabiller dontl'autre
avoit dit la cause au Magistrat,
affectasurtout ce
jour-là del'estaller encore
davantage, en mesme
temps que ses charmes
achevoient de déterminer
le Baron à supporter les
malheurs qu'on luyavoit
fait pressentir
,
& qu'il
avoit à demy preveu,
comme nous l'avons dit.
Il estoit donc passionnément
amoureux, & n'avoit
sur l'amour qu'une
delicatesse basseBretonne.
Vous
Vdousoavezveu Gi;3 le bonne &>y;*
qui la donnoit au^Bai'ard
avoit estétrompé luymesme
par le manege de
la laide, &qu'il ne s'étoit
point trouveauxieh-f>
trevuësde la belle laide
&C du Baron, ce qui causace
qui pro quo que
vous verrez dans lafuite;l
La belle laide cruë enceinte
par le Baron, signa,
lapremièreune promessè
de mariage fous sein privé,
&C feignant après
avoir écrit son nom, une
honte subite 6C un remors
d'avoir à se reprocher
de ne pas avouer
franchementàson époux
qu'elle n'avoir pas un
coeur tout neuf, le tira à
quartier dans un coin de
la chambre, & luy avoüa
les yeux en pleurs, qu'il
feroit obligé de fairedans
troismoisladépensed'un
Baptême. Le Breton enchanté
de la beauté & de
la sinceritéde sa nouvelle
épouse
,
pleura aussi de
son costé, & enfuitevint
signer la promesse qu'ils
avoient quittée de vûë.
On attendoit avec impatience
,
disoit on,le Magistrat
qui devoit signer
comme témoin. Dans
cette impatiencel'épouse
monta en carrosse pour
eller au devant de luy, &C
quelque temps après on
vit revenir avec le Magistrat
la laide laide, qui
du plus loin qu'elle vit le
Baron courut l'embrasser
comme époux. M.le Baron
voyant cet épouvantail,
s'éstonna
,
setroubla,
& jura bas Breton que ce
n'estoit point la celle qui
avaitsigné : ceux qui estoient
du complot luy dirent
qu'il extravaquoit,
& le Magistrat qui n'avoit
jamaisveu que celle-
là, le crut réellement
extravagant,quandilluy
jura que celle à qui il setoit
mariéestoitcharmante.
Voicy commenton la
voit escamotée pour luy
substituer la laide affreuse.
La belle après avoir
signé un papier, avoit
occupé les yeux 6c le
coe) ur du Baron, pendant
qu'on substitua un
Wrc papier où celle-cy
avoit réellement
-
signé,
-&cestoit ce dernier que
le Baronavoit signéaussi,
ensortequ'il estoit rnai'ié
avec la laide qui luy apportoit
à ce qu'il crut ui*
enfanten mariage.D'ailleurs
les dix mille écus estoient
réellement sur table
,
& c'est ce qui tenoit
au coeur du Baron à qui
on proposa que si ce mariage
ne luy convenoit
pas qu'on pouvoitannullex
l'affaire. Comme on
vit qu'ilnepouvoit se refoudre
ny à lascher les
trente mille francs ny à fè
charger de la laide enceinte,
le Marquis qui
-èftOlt present luy fit une
proposition en ces termesf
Rien n'est plus vray- ,
Monsieur, que tout ce
qu'on vous 3. dit, &je
fuis passionnément amoureux
de cette belle
laide,& si amoureux ,
que j'avaisdessein de
l'emmener à Cadis. Vous
avez euautrefois quelque
actionsurun vaisseau qui
apery, si vous voulezme
ceder la part que vous y
av ez, j'iray denleÍlcI: làies
cequ'onpourroit en
civo r sauvé, & à tout hazard
je vous lâisse ces dix
mille écus d'argent com-
-ptspt& jcod"a& charge
.ducciitràti'j Letraité fut
conclu, &cequele Baron,
ceda au Marquis se
trouva assez considerable
pour servir de dor à» sa
bcitc maistresse oui n'avoit
jamais commis aucui-
ie faute contre sr*on honneur, mais bien contre
la sincerité en trompant
le Magistrat& le
Baron.
ou la Duperie de Bretagne
,
Avanture de
l'an passé. -
ENuneVille de basse
Bretagne brilloit, malgré
sa laideur,une fille
de condition, c'estoit un
prodige; car avec des
traits, dont la description
auroit donnél'idée
d'une très-laide personne,
elle avoit desja fait
de très-fortes passions.
Elle avoit les yeux petits,
le _fi.ont étroit, le nez
court & relevé, la bouche
fort grande, mais de
belles dents, un rire agréable,
un air de vivacité
répandu dans tous
les traits, la rendoient la
plus piquante personne
du la Province, en forte
qu'on la nommoit par
singularité la belle laide.
UnMarquis passionnément
amoureux d'elle,
mais qui n'avoit pas aiIèz
de bien pour l'épouser,
elle qui n'en avoit point
du tout, fit une campagne
dans la marine, Se
rencontra en plusieurs
endroits un Baron negociantqui
avoit fait plusieurs
voyages sur mer
moitié guerre,moitié
marchandise, &C n'avoit
réüssi ny à l'un ny a.rau"
tre,estant tres-pesant de
genie.Ayant fort peu de
sens& de hardiesse il perdit
par avarice beaucoup
d'occasions de gagner. Il
avoit mis sur un vaisseau
quelque argent, ce vaisseau
ayant peri, il se dégoutta
du negoce, & resolut
de revenir sur son
pallier où il vivoit dans
une de fès terres fort engagée
par les pertes qu'il
avoit faites. Ce Barcn
devenu très-mal aisé,pria
fès amis de luy chercher
quelque femme jeune ou
vieille, belle ou laide,
vertueuse ou non >
pourvû
qu'elle luyapportast
de l'argent comptant. Il
ne luy importoit
, cette
espece d'aviscirculaire
qu'il donnoit à la Province
du besoin qu'il avoit
de se marier
,
vint aux
oreilles du Marquis, qui
trouva dans la bourse de
ses amis dix mille écus
d'argent comptant, avec
lesquels il medita de faire
la fortune de sa belle laide
& la sienne en la maoiere
que vous allez voir,
& à l'occasiond'une Lettre
qu'il receut de Cadis
en ce temps-là.
Un amy du Marquis
qui l'avoit veu à Cadis
avec le Baron, & qui estoit
alors à Cadis où un
ancien associé du Baron
estoit en peine de sçavoir
ce qu'il estoit devenu,
écrivit au Marquis de
luy faire sçavoir si le Baron
estoit en Bretagne,
& luy manda par occailon
que c'estoit pour luy
donner avis que son ancien
associé avoit recouvert
depuis peu sur les
debris de ce Vaisseau qui
avoit pery, plusieurs effets,
qui pour la part du
Baron se montoient à peu
présàcinquante mille
écus. Sur cette Lettred'avis)
ce Marquis qui eût
esté assez passablement
honneste homme s'il eût
esté riche
, &C s'iln'eût
point esté amoureux, oublia
en ce moment l'exade
probité pour le rendre
legitimemaistre de
cescinquante mille écus,
en profitant de la betise
&dela paressedu Baron.
Voicyce qu'ilfitdeconcert
avec sa belle laide.
Une fille plus vieille
que jeune,& réellement
trés
-
laide, les seconda
dans cette intrigue:elle
alla trouverun Magistrat
de la Ville de homme
aisé à tromper, parce
qu'il estoit bon & charitable
table, elle luy dit qu'estant
de famille delicate
sur l' honneur, elle seroit
assomée par deux brutaux
de freres qu'elle avoit,
si elle ne se marioit
au plus viste, parce que,
disoit-elle
, pour sauver
son honneur elle n'avoit
point de temps à perdre;
& pour faire croire qu'elle
avoitraison de se presser,
elle avoit un peu outré
son deshabillé&
garni son corset. Le Magiftrat
eutpeine à estre
desabusé de la sagesse de
lafille, parce qu'elle estoit
d'une laideur à rester
fage toute sa viemalgré
qu'elle en eust. Enfin le
Magistrat luy promit de
proposer au Baron les dix
mille écus qu'elle offrit,
& de disposer adroitement
le Baron à la prendre
en deshabillé en faveur
des dix mille écus;
& il fut resolu, qu'on
addresseroit leBaronchez
une Dame avec qui elle
logeoit, & qu'on luy
diroit d'y aller incognito
fous quelqueprétexte,
pour voir si la laideur ne
le rebuteroit point.
Deux jours aprés le
Baronalla de la part du
Magistrat chez l'hofleffe
intrigantedecette entreveuë
qui l'entretint un
moment de la laideur singuliere
de la fille à marier
,luy disant qu'elle ne
laissoit pas d'avoir quelque
agrément. Enfin, elle
luy fit voir la belle laide
au lieu de la laide laide:
d'abord le Baron en
fut charmé
,
& il en devint
passionnément amoureux.
A la seconde
visite il fit confidence de
son amour au Magistrat
qui avoit entendu quelquefois
parler de la belle
laide, & qui estant un
bon homme fort retiré,
la confondit avec la laide
laide qu'il avoit vue. Il
ne pouvoit pourtant
s'empescher d'admirer
comment le Baron en estoit
devenu amoureux ;
& le Baron luy répondoit
qu'en effet elle n'avoit
pas les traits beaux,
mais qu'elle l'avoit charmé.
Le Magistrat n'ayant
nul interest d'approfondir
d'avantage ce qui
pro quo, luy dit que
puisqu'il estoit content
il n'avoitqu'à convenir
de ses faits, & qu'il iroit
signer le contrat, mais
que puifqu'il s'estoitentremis
pour ce mariage,
qu'il prit bien garde à ne
luy pas donner parole
mal - à- propos, & à ne
luy point faire de reproches
dans la suite; qu'il
ne luy garantiffoit la fille
qu'à l'égard des dix mille
écus. LeBaron protesta
qu'il estoit dans une impatience
extrême
,
Se que
dés le lendemain on termineroit.
- Le Magistrat qui set
toit informé à quelqu'un
qui estoitla belle laide,
avoit esté instruit qu'un
Marquis en estoit devenu
fort amoureux; & sans
sortir de son erreur l'a
crut tousjours la mesme
qui l'estoit venu trouver.
Le jour fut pris enfin
pour le - lendemain
, &
enprenant ce dernierrendez
vous la laide belle
qui avoittousjours imité
le deshabiller dontl'autre
avoit dit la cause au Magistrat,
affectasurtout ce
jour-là del'estaller encore
davantage, en mesme
temps que ses charmes
achevoient de déterminer
le Baron à supporter les
malheurs qu'on luyavoit
fait pressentir
,
& qu'il
avoit à demy preveu,
comme nous l'avons dit.
Il estoit donc passionnément
amoureux, & n'avoit
sur l'amour qu'une
delicatesse basseBretonne.
Vous
Vdousoavezveu Gi;3 le bonne &>y;*
qui la donnoit au^Bai'ard
avoit estétrompé luymesme
par le manege de
la laide, &qu'il ne s'étoit
point trouveauxieh-f>
trevuësde la belle laide
&C du Baron, ce qui causace
qui pro quo que
vous verrez dans lafuite;l
La belle laide cruë enceinte
par le Baron, signa,
lapremièreune promessè
de mariage fous sein privé,
&C feignant après
avoir écrit son nom, une
honte subite 6C un remors
d'avoir à se reprocher
de ne pas avouer
franchementàson époux
qu'elle n'avoir pas un
coeur tout neuf, le tira à
quartier dans un coin de
la chambre, & luy avoüa
les yeux en pleurs, qu'il
feroit obligé de fairedans
troismoisladépensed'un
Baptême. Le Breton enchanté
de la beauté & de
la sinceritéde sa nouvelle
épouse
,
pleura aussi de
son costé, & enfuitevint
signer la promesse qu'ils
avoient quittée de vûë.
On attendoit avec impatience
,
disoit on,le Magistrat
qui devoit signer
comme témoin. Dans
cette impatiencel'épouse
monta en carrosse pour
eller au devant de luy, &C
quelque temps après on
vit revenir avec le Magistrat
la laide laide, qui
du plus loin qu'elle vit le
Baron courut l'embrasser
comme époux. M.le Baron
voyant cet épouvantail,
s'éstonna
,
setroubla,
& jura bas Breton que ce
n'estoit point la celle qui
avaitsigné : ceux qui estoient
du complot luy dirent
qu'il extravaquoit,
& le Magistrat qui n'avoit
jamaisveu que celle-
là, le crut réellement
extravagant,quandilluy
jura que celle à qui il setoit
mariéestoitcharmante.
Voicy commenton la
voit escamotée pour luy
substituer la laide affreuse.
La belle après avoir
signé un papier, avoit
occupé les yeux 6c le
coe) ur du Baron, pendant
qu'on substitua un
Wrc papier où celle-cy
avoit réellement
-
signé,
-&cestoit ce dernier que
le Baronavoit signéaussi,
ensortequ'il estoit rnai'ié
avec la laide qui luy apportoit
à ce qu'il crut ui*
enfanten mariage.D'ailleurs
les dix mille écus estoient
réellement sur table
,
& c'est ce qui tenoit
au coeur du Baron à qui
on proposa que si ce mariage
ne luy convenoit
pas qu'on pouvoitannullex
l'affaire. Comme on
vit qu'ilnepouvoit se refoudre
ny à lascher les
trente mille francs ny à fè
charger de la laide enceinte,
le Marquis qui
-èftOlt present luy fit une
proposition en ces termesf
Rien n'est plus vray- ,
Monsieur, que tout ce
qu'on vous 3. dit, &je
fuis passionnément amoureux
de cette belle
laide,& si amoureux ,
que j'avaisdessein de
l'emmener à Cadis. Vous
avez euautrefois quelque
actionsurun vaisseau qui
apery, si vous voulezme
ceder la part que vous y
av ez, j'iray denleÍlcI: làies
cequ'onpourroit en
civo r sauvé, & à tout hazard
je vous lâisse ces dix
mille écus d'argent com-
-ptspt& jcod"a& charge
.ducciitràti'j Letraité fut
conclu, &cequele Baron,
ceda au Marquis se
trouva assez considerable
pour servir de dor à» sa
bcitc maistresse oui n'avoit
jamais commis aucui-
ie faute contre sr*on honneur, mais bien contre
la sincerité en trompant
le Magistrat& le
Baron.
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Résumé : LA BELLE LAIDE ou la Duperie de Bretagne, Avanture de l'an passé.
Le texte décrit une intrigue en Bretagne impliquant une jeune femme surnommée 'la belle laide' en raison de ses traits ingrats mais de son charme. Un Marquis amoureux mais sans fortune apprend qu'un Baron ruiné cherche une épouse fortunée. Le Marquis, aidé par la 'belle laide' et une complice plus âgée et réellement laide, élabore un plan. La complice persuade un magistrat de proposer le mariage au Baron en se faisant passer pour une jeune femme en détresse. Le magistrat, trompé par son apparence, accepte de faciliter le mariage. Le Baron, charmé par la 'belle laide' qu'il prend pour la complice, accepte de l'épouser. Lors de la signature du contrat de mariage, une substitution est effectuée : la 'belle laide' signe un faux document, remplacé par celui de la complice laide. Le Baron découvre la supercherie après la signature mais est contraint d'accepter en raison des dix mille écus promis. Le Marquis révèle alors son amour pour la 'belle laide' et propose au Baron de racheter sa part dans un vaisseau naufragé en échange des écus et de la charge de la laide. Le Baron accepte, permettant ainsi au Marquis et à la 'belle laide' de vivre ensemble avec la fortune récupérée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 503-524
EXPLICATION des Médailles qui font mention des Cohortes & des differentes Legions de Carausius, par où l'on peut fixer à peu près le nombre de Troupes que cet Empereur des anciens Bretons entretenoit. Adressée à son Excellence Milord Carteret, Vice-Roy d'Irlande & c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine, Medecin ordinaire de la Cour d'Angleterre & premier Medecin du Vice-Roi d'Irlande.
Début :
MILORD, L'amour que vous avez pour l'Histoire & surtout pour les nouvelles découvertes [...]
Mots clefs :
Carausius, Auguste, Médailles, Médaille, Cohortes, Empereur, Gloire, Légion, Taureaux, Bretagne, Cabinet, Bélier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION des Médailles qui font mention des Cohortes & des differentes Legions de Carausius, par où l'on peut fixer à peu près le nombre de Troupes que cet Empereur des anciens Bretons entretenoit. Adressée à son Excellence Milord Carteret, Vice-Roy d'Irlande & c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine, Medecin ordinaire de la Cour d'Angleterre & premier Medecin du Vice-Roi d'Irlande.
EXPLICATION des Médailles qui font
mention des Cohortes & des differentes
Legions de Caraufius , par où l'on peut
fixer à peu près le nombre des Troupes
que cet Empereur des anciens Bretons
entretenoit. Adreffée à fon Excellence
Milord Carteret , Vice-Roy d'Irlande ,
&c. Par M. Genebrier , Docteur en
Medecine , Medecin ordinaire de la
Cour d'Angleterre & premier Medecin
du Vice- Roi d'Irlande.
M.
ILORD ,
L'amour que vous avez pour l'Hiftoire
& furtout pour les nouvelles découvertes
qui peuvent intereffer la gloire de votre
Nation , m'ayant fait entreprendre l'Hiftoire
Metallique de Caraufius , un des
plus grands Conquerans que l'Angleterre
ait jamais eu , j'ai crû que pour concou-.
rir à vos vûës , il ne fuffifoit pas de relever
la gloire de ce Heros , fi je ne tâchois
en même - temps de celebrer les Inftrumens
de fes victoires : Je veux dire
fi je ne parlois des Legions, qui ont combattu
fous fes Etendarts , & qui lui ont acquis
tant de gloire. C'est ce que j'ai tâ-
D v ché
"
304 MERCURE DE FRANCE:
ché de faire en recueillant autant que j'ai
pû , les Médailles qui font mention de
ces Legions ou de ces Cohortes Prétoriennes.
Ces Monumens ferviront , au défaut
de l'Hiftoire qui n'en parle point ,
à fixer à peu près le nombre des Troupes
de cet Empereur. Et ces Legions ainfi
raffemblées , formeront , pour ainſi dire
un Corps d'armée glorieux , dont le dénombrement,
après tant de fiécles , ne peut
que faire plaifir à Votre Excellence.
Voici, Milord, ces Legions, fuivant l'ordre
de leur découverte.
Legion I.
IMP . C. Caraufius P.F. Aug. L'Empe
reur Cefar Caraufius , Pieux, Heureux , Augufte
, fa tête couronnée de Lauriers.
LEG . VIII . AUG. Legio octava Augufta..
Pour Type un Taureau . Cette huitiéme
Legion , furnommée Auguftale , dont Caraufius
a voulu par cette Médaille éternifer
la valeur & la fidelité , eft une des plus
anciennes Legions de l'Empire ; elle fut
formée par Augufte même , qui lui donna
fon nom & le rang de huitiéme Auguftale.
Il l'envoya d'abord en Pannonie,
où elle refta jufqu'à l'Empereur Claude ,
qui la fit paffer en Moefie, où Galba trouva
à propos de la laiffer. Mais Septime
Severe la fit revenir , & la plaça dans la
haute
MARS. 1730.
505
haute Germanie. Il y a apparence qu'elle
y refta pour deffendre les Frontieres de
l'Empire , jufqu'au temps de Caraufius.
Que ce fut entr'autres avec cette Legion,
qu'il défit les Germains en plufieurs rencontres
; qu'il remporta fur eux plufieurs
Victoires fignalées , & qu'il mérita enfin
le titre glorieux de très - grand Germanique
, Germanicus Maximus , que les Médailles
lui donnent. Je ne ferois pas non
plus fort éloigné de croire que ce fût cette
fiére Legion qui fe déclara la premiere
pour Caraufius ; qui le fuivit enAngleterre ,
& que le Panegyrifte Eumenius femble
nous défigner par ces termes , occupara
Legione Romanâ , en parlant du paffage.
de Caraufius dans la Grande - Bretagne.
Nous avons auffi cette même Legion
dans une Médaille d'argent de Septime
Severe , auquel on peut croire qu'elle
n'avoit pas rendu des fervices moins importans
que ceux qu'elle rendit depuis à
Caraufius. Mais au lieu d'un Taureau qui
eft fur la Médaille de ce dernier , il y a
dans celle de Severe , l'Aigle Legionaire
entre deux Signes Militaires. Je trouve
encore le même Taureau & la même Legion
, dans Gallien , que dans Caraufius .
Nous ne parlerons point ici des autres
Legions qui ont auffi été furnommées Au
guftales , nous dirons feulement , que la
Dvj feconde
506 ME RCURE DE FRANCE
feconde Legion Auguftale étoit en quar
tier d'hyver dans la Haute-Bretagne . Quand
Xiphilin même ne nous en auroit pas donné
de preuves , comme il a fait dans la
Vie d'Augufte , le fragment de Brique
qui eft dans le Cabinet du Docteur Woodward
, où j'ai lû , LEG . II . AUG . en
feroit une preuve affez autentique . Cette
Infcription nous fait croire que la feconde
Legion Auguftale pouvoit avoir été employée
à quelques travaux publics dont
elle vouloit fe faire honneur dans la pofterité.
Je n'affurerai point que ce Monument
foit du temps de Septime Severe
qui fit , comme on l'a dit ailleurs , conftruire
plufieurs Edifices publics dans la
Grande-Bretagne. Cependant , comme ce
fragment a été trouvé proche d'York , &
que SeptimeSevere y avoit établi fa demeu
re & fait de cette Ville fon Siege Imperial;
il y a apparence que ce débris eft , pour aing
dire , encore un témoin de fa gloire , auffi
bien que cet autre fragment que j'ai vû
à Londres , où le mot de SEVERI fe lit
en gros caractere fur une Brique d'une
épaiffeur pareille à la premiere , au - delfous
d'une Tête en forme de Soleil . Cette
feconde Legion Auguftale fe trouve auffi
dans les Médailles de Septime Severe ,
LEG. II. AUG . avec deux Signes Militaires
, & au milieu l'Aigle Legionaire ,
MARS. 17307 507
ce qui confirmeroit notre conjecture. Il
eft encore fait mention de la feconde
Legion Auguftale , auffi - bien auffi- bien que de
la huitiéme Legion Auguftale , dans un
fragment d'une ancienne Colonne à Rome
, que je ne rapporterai point ici , parce
qu'elle fe trouve dans Gruter & dans plufeurs
autres Antiquaires .
14 Nous lifons dans les Colonies de Vail
lant , qu'Augufte avoit envoyé à Beryte
une Colonie des Veterans de la huitiéme
Legion Auguftale . Une autre partie fut
envoyée à Fréjus , dans nos Gaules , &
l'autre à Heliopolis.
J'ai vû cette Médaille d'argent dans leCabinet
du Duc de Dewonshire , à Londres.
Legion II.
Imp. Caraufius , P. F. Aug. fa tête
couronnée de Rayons. LEG . VII CL
ML . Legio feptima Claudia . La ſeptiéme
Legion Claudienne . Je lis Claudia , &
non pas Claffica , comme a fait Gutherius,
dans fon Traité De Jure Manium , page
48. Il a été trompé par le mor Claffica,
qui fe trouve dans une Médaille de Marc
Antoine , jointe à la dixiéme Legion.
LEG. XVII. CLASSICA. Cette
Legion eft bien differente de la nôtre
& d'ailleurs le mot de Claudia fe
trouve auffi écrit tout au long dans plufieurs
Infcriptions antiques . Spon , dans
ג
Les
1
508 MERCURE DE FRANCE.
fes Mélanges d'Antiquitez , page 254-
nous en fournit une que voici .
Q SERTORIUS L. F.
POB. FESTUS
CENTUR LIG . XI.
CLAUDIAE PIAE FIDELIS .
La feptiéme Legion de notre Médaille
a pour Type un Taureau comme la précedente
. Elle fut appellée Claudienne, du
nom de l'Empereur Claude , parce qu'elle
lui avoit été fidele étant dans la Moëfie,
& qu'elle avoit vivement foutenu fon parti
contre Scribonien , Gouverneur de la
Dace. Cette Legion n'avoit d'abord aucun
furnom qui la diftinguât des autres que
le rang de fon ancienneté ; & c'eft pour
cela même que Jules - Cefar , dans fon
quatriéme Livre de la Guerre des Gaules ,
ne fait point de difficulté de l'appeller
une des plus illuftres & des plus anciennes
Legions de l'Empire Veterrima Legio .
Auffi la fit- il paffer avec lui dans la Grande-
Bretagne , comme une de celles qu'il
jugeoit des plus capables de feconder fes
grands deffeins pour la conquête ou pour
l'expedition de ce nouveau Monde. Au
revers il y a un Taureau , comme dans la
precedente , ce qui nous apprend que ces
Legions avoient été formées des Colonies
Romaines. Le Taureau étant le Symbole
d'une
MARS. 1730. so gi
d'une Colonie , parce que c'étoit un ufage
chez les Romains, quand on vouloit bâtie
une Ville , d'en marquer l'enceinte avec
le Soc de la Charruë , fuivant ce fragment:
de Caton , mos fuit defignandi urbes aratro.
Soit , au refte , que cette feptiéme
Legion Claudienne qui étoit autrefois en
la haute Moëfie, fût déja dans la Grande-
Bretagne lorfque Caraufius y aborda ; ſoir
qu'elle y fût conduite avec la huitiéme
Legion Auguftale , dont nous avons parlé
; foit enfin qu'elle ne ſe rangeât fous les
Etendarts de Caraufius , qu'après qu'il eur
défait l'armeé Romaine qui tenoit encore
dans cette Ifle pour Diocletien & pour
Maximien : Caraufius ne pouvoit mieux
faire pour ſe la rendre fidele ou pour la
récompenfer de fa valeur, qu'en confacrant
fon nom à l'immortalité , avec les autres
Legions dont il avoit reconnu le zele &
l'attachement , & dont il fit auffi graver
les noms fur les Médailles que nous expliquons.
Gruter rapporte une Infcrip
tion de lafeptiéme Legion Claudienne.
P. ÆLIO P. F. PP . MARCELLO
VE . PP . EX PREF. LEG . VII .
CL. ET I. ADJUT . SUB. PRINC
IPE PEREGRINORUM .
La feptiéme Legion Claudienne fe trou
ve auffi fur les Médailles de Septime See
vere & fur celles de Gallien,
310 MERCURE DE FRANCE.
La feptiéme Legion Claudierne étoft
encore dans la haute Moëfie , fous Gordien
Pie , qui envoya les Veterans de la
feptiéme & de la quatriéme Legion à Vi
minacium , Colonie de cette Province ,
comme nous l'apprend une Médaille du
Cabinet de M. le Prefident de Maifons.
Il y a d'un côté , Imp. Gordianus pius fel
Aug. Sa tête couronnée de Rayons .
Et au Revers , P. M. S. COL . VIM .
AN IIII. Provincia Moefia Superioris
Colonia Viminacium. Anno quarto. La
figure d'une femme debout tient de la
main droite un Signe Militaire , où eft le
nombre VII. & de la main gauche un
autre Signe Militaire , où eſt le nombre
IIII. & à fes pieds , au côté droit , un Taureau
, & au côté gauche un Lion , qui.
font les Symboles de ces deux Legions ,
pour marquer que les Veterans de la feptiéme
Legion Claudienne & ceux de la
quatriéme ,y avoient été envoyez pour peupler
cette Ville & la deffendre contre les
infultes des Barbares .
Dion, Livre 55 page 564. ne laiffe aucun
lieu de douter que ce ne foit la 7
Legion Claudienne qui eft fur la Médaille
de Gordien Pie , quoique le nom de Claudia
n'y foit point. Il nous apprend que
c'eft la même qui étoit en quartier d'hyver
dans la haute Moëfie . Septimia in Mifia
LibMARS,
1730% 511
fuperiori, Claudiana præcipue nuncupata .
M.l'Abbé de Rothelin a auffi la feptiéme
Legion Claudienne dans Gallien avec le
même Taureau .
J'ai vu cette Médaille de petit Bronze
dans le Cabinet de Milord Pembrok , en
Angleterre ; & à Paris , chez le P. Chamillard
, qui l'a , dit - il, trouvée à Pontoiſe
Legion 111.
Imp. Caraufius P. F. Aug. Sa tête couronnée
de Rayons , pour Type un Taureau
. LEG . VIIII . GE ML . Legio nona
Gemina. La neuviéme Legion Gemelle.
Cette 9º Legion , dont Caraufius voulut
auffi celebrer la valeur , étoit auffi appellée
Gemina ou Gemelle , parce quelle
avoit été formée de deux Legions qui n'en
compofoient plus qu'une , comme Dion
ou Xiphilin fon Compilateur nous l'apprend
dans la Vie d'Augufte , page 183. Le
Revers de cette Médaille porte le même
Type que les deux précedentes . C'eſt un
Taureau qui eft le ſymbole ordinaire des
Veterans d'une Colonie . Le Taureau étoit
fous la protection de la Déeffe de Cythere.
Taurum Cytherea tuetur , dit le PoëteManilius
. Il eſt fait mention dans le frag
ment d'une ancienne Colomne , de la feptiéme
Legion Gemina , on Gemelle , ce
qui
311 MERCURE DE FRANCE:
qui fait voir que le mot G E, fe doit rend
dre en latin par celui de Gemina , puiſqu'il
fe trouve écrit tout du long ſur les anciennes
Infcriptions. Quant aux Lettres
ML qui fe trouvent dans l'Exergue de
ces Médailles , nous aurons lieu d'en dire
notre fentiment dans un Chapitre particulier
, où nous tâcherons de découvrir ce
ce que les Monetaires de ces temps - là ont
voulu nous donner à entendre par ces
Lettres & autres femblables.
CetteMédaille de petit Bronze , eft dans
le Cabinet du Duc de Dewonshire.
Legion 1111.
Imp. Caraufius P. F. Aug. la tête cou
tonnée de Laurier . LEG . IIII. FL. Dans
Exergue , R. S. R. Legio quarta Flavia,
la 4 Legion Flavienne . Cette quatriéme
Legion fut ainfi furnommée par Vefpafien,
qui voulut qu'elle prit le furnom de fa Famille
appellée Flavia . Il plaça cette Legion
dans la Syrie pour contenir les peuples
dans leur devoir . Quarta Flavia in
Syria commorata eft , ſelon Dion , p . 272.
qui rapporte qu'elle étoit encore en Syrie
fous le regne d'Alexandre Severe.
Cette Legion porte pour enfeigne un
Lyon , fimbole ordinaire de la force . Septime
Severe s'étoit auffi fait gloire de celebrer
MARS. 17300 $ 13
lebrer la valeur de la même Legion , avee
la même Legende ; mais le Type eft fort
different de la Médaille de Caraufius , il
y a fur celle de Severe deux Signes Militaires
avec l'Aigle Legionnaire ; au lieu
que dans la Médaille de Caraufius il n'y
a qu'un Lion feul. J'ai auffi obfervé ailleurs
la mêmeLegende que dans Caraufius ;
mais au lieu d'un Lion , il y en à deux
entre lefquels on voit une tête cafquée.
J'ai vu à Londres dans le Cabinet
de Milord Pembrock , ce même Type fur
une Médaille d'or de Victorin , où cette
Legion prend le furnom de Pia Felix.
Legio IIII. Flavia P. F.
Vaillant nous affure que de toutes les
Legions qui reftoient fous Gallien , la
quatriéme Legion Flavienne étoit la feule
qui portât un Lion pour Enfeigne , & les .
Médailles que nous venons de rapporter.
en dernier lieu , font voir que cette Legion
fubfifta encore quelque temps après
Gallien , puifque Victorin s'eft fait honneur
de faire graver encore le nom de
la même Legion fur fes Médailles ..
Elle avoit été auffi fort celebre fous plufieurs
autres Princes , comme on le peut
voir dans les Colonies de Vaillant. La
Médaille qu'il rapporte du jeune Philippe
, me paroît fur tout digne de remarque.
On voit d'un côté la tête de ce Prince ; &
21
314 MERCURE DE FRANCE.
au revers ces quatre Lettres initiales G.
F. P. D. qui fignifient Colonia Flavia
Pacenfis Deultana , parce que cette Colonie
avoit été formée des Veterans de
cette quatriéme Legion Flavienne .
Il eft auffi fait mention de la quatriéme
Legion Flavienne dans une Infcription
antique , trouvée à Pezaro , rapportée
,
, page 148. dans le Traité des Regions
Suburbicaires , où il eft fait mention entr'autres
du Tribun de la quatriéme Legion
Flavienne , qui étoit auf le Patron
des Colonies de Pezaro & de Feneſte .
TRIB . LATICL . LEG. IIII. FLAV
PATRONUS COLONIARUM .
PISAURI ET FANEST .
A l'égard de Pezaro , il eft bon de re
marquer en paffant que c'eft - là , où les
defcendans de Caraufius fe retirerent dans
des temps difficiles , fuivant le Comte de
Zabarella , * dans la Genealogie qu'il fait
des Pezari de Venife , intitulée : Il Carau
fio Overo Regia & Augufta Fameglia
di Pezari di Venetia ; Famille que cet
Auteur fait defcendre en ligne directe de
Caraufius , Empereur de la Grande - Bretagne
. Cette Médaille , qui eſt d'argent ,
eft à Londres dans le Cabinet du Duc de
Dewonshire .
* Le Livre du Comte de Zabarella , que j'avois
cherché long- temps , m'a été donné par M. Duvau
, Ecuyer , ancien Capitoul de Toulouse.
MAR S. 1730. SIS
Legion V.
Imp. Caraufius, P. F. Aug. Sa tête cou
ronnée de Rayons.
LEG . VIII... IN . ML . Legio octava ..
IN... cette Legion a pour Type un Belier.
La huitéme Legion furnommée ... IN ..
peut être invicta , l'invincible. C'eſt ainſi
que je crois qu'on peut interpreter le mot
abregé ... IN ... à moins que dans la
Médaille en queſtion il n'y ait MIN . au
lieu de N. ce qui feroir pour lors MINERVIA
Qu MINERVINA car il fe
pourroit bien faire que la Médaille n'étant
pas affez nette ni affez confervée en
cet endroit , on auroit pû lire IN , au lieu
de MIN.
Cette Médaille eft d'autant plus finguliere
que
fa Legende & fon Type font
encore inconnus fur les Médailles des autres
Empereurs. Quant au Type du revers,
ne pourroit - on point dire qu'il nous
défigne une Legion particuliere des Bagaudes
? On fçait que les Auteurs les appelloient
Agreftes ou Rufticanos & qu'ils
avoient quitté le foin de leurs Troupeaux
pour courir après une liberté chimerique
en prenant les armes fous la conduite.
d'Amandus , leur Empereur . Suivant ce
trait hiftorique, que nous avons rapporté
ailleurs ; ne pourroit- on pas dire que ces
Bagaudes ayant pris les armes , choifirent
pour
$ 16 MERCURE DE FRANCE.
pour le figne de leur liberté le Belier ,
pour marquer qu'ils n'avoient point perdu
de vûë leur premier état , & que s'ils
avoient pris les armes , ce n'étoit que pour
deffendre leur ancien Domaine ? Ce qui
pourroit fortifier d'ailleurs cette conjecture
, c'est que le Belier étoit confacré à
Pallas , Déefle de la Guerre ( Déeffe qui
fe voit fi fouvent fur les Médailles de
Caraufius ) Manilius nous en fournit une
preuve autentique dansfon deuxièmeLivre.
Lanigerum Pallas , Taurum Cytherea tuetur,
Le même Auteur parle encore du Belier
en des termes qui femblent parfaitement
juftifier le choix que nos anciens Gaulois
auroient pû faire du Belier pour enfeigne
d'une Legion qui fe feroit déclarée de nouveau
pour la liberté de la Patrie fous un fi
grand Capitaine.
Sed Princeps aries toto fulgebit in orbe,
Ainfi le furnom & le fymbole que prend
cette Legion conviendroit parfaitement
au temps dont nous parlons , & à un
Prince, qui prenoit à juste titre, le furnom
d'invincible , comme fes Médailles , avec
le titre d'Invictus , le confirment.
Il est bon de remarquer ici , qu'on por
toit quelquefois le Belier parmi les Enfeignes
Romaines. Mais fur tout quand
on
**ཟེ
MARS
.
1730.
SIY
en vouloit déclarer la guerre. Pour lors
un Herault d'Armes , tiré de l'illuftre Corps
des Faciales , marchoit à la tête portant
le figne du Belier , qu'il devoit lancer
fur les premieres Terres des Ennemis ,
pour montrer qu'ils n'avoient pris les
armes contre eux que pour le venger
des outrages qu'ils en avoient reçûs les
premiers , felon quelques Auteurs ; ou
plutôt felon Pierius dans fes Hyerogli
phes , pour donner à entendre par - là qu'ils
étoient déja , pour ainsi dire , en poffeffion
des Terres de leurs Ennemis . Ce qui étant
pris en ces deux fens , ne laifferoit pas
d'avoir fon application dans Caraufius qui
prétendoit avoir été infulté le premier
par Maximien , & qui s'empara bientôt
de l'ifle la plus belle , la plus grande & la
plus fertile du monde en pâturages , &c,
Legion VI
.....
Imp. Caraufius P. F. Aug. la tête couzonnée
de rayons.
LEG...... Legio Légion,
Dans l'Exergue M L. pour Type ,
la figure du Capricorne tourné du côté
droit . Les Legions dont nous venons de
parler m'étoient connuës fous trois Types
differens ; trois avoient le Type d'un
Taureau , une fous le Type d'un Belier ,
une autre fous le Type d'un Lion ; mais
celle- ci a un Type different , & on ne
l'avoit
418 MERCURE DE FRANCE .
f'avoit point encore vû fur aucune Médaille
de Caraufius ; il feroit à fouhaiter
que le nom de la Legion ne fut pas effacé,
Peut -être que le tems nous en fera dé
couvrir quelque femblable mieux confervée.
Il y a eu fept Legions de Gallien avec
le même Signe du Capricorne , & Vaillant
les rapporte dans fon Livre des Médailles
Impériales ; fçavoir , la Legion
premiere , Adjutrix. La premiere Italica,
la quatorziéme Gemina , la trentiéme Ulpia
, la vingt- deuxième , furnommée Primigenia
, au rapport de Spartien , dans la
vie de Didius Julianus . La dix- huitiéme
& la vingt- fixiéme fans nom particulier.
Ainfi on pourroit croire que celle de Ca
raufius , dont je parle ici , feroit une de ces
Legions , parcequ'elles ont toutes le même
fimbole que note Médaille.
La feconde Legion Auguftale pourroit
auffi être de ce nombre . On a trouvé dans
la Grande Bretagne une Infcription Antique
conçûë en ces termes , & avec le
même Type du Capricorne .
IMP.
AVG .
ANTONINO
Pio.
LE G.
I I.
A V G.
F. P. III. CC L XX II.
1
Cette
MARS. 1730: 519
Cette Infcription nous apprend que la
deuxième Legion Auguftale avoit continué
le mur d'Antonin Pie ,qui eft au Nord
d'Ecoffe , pendant l'efpace de trois mille
deux cent foixante & douze pas. Cette
Infcription eft fur une pierre qui reprefente
dans le haut , la figure d'un Capricorne
que je prens pour le figne de cette
Legion , & non pas le Griffon qui eſt au
bas. A l'égard du furnom Augufta , nous
avons déja remarqué qu'Augufte donna
fon nom à plufieurs Legions , & cette
Infcription nous fait voir que celle- ci
avoit non- feulement le nom d'Augufte ,
mais qu'elle en avoit auffi pris le fimbole
pour préfage de bonheur : le Signe
du Capricorne ayant toujours été regardé
comme tel par cet Empereur. Et parcequ'il
avoit été Conful pour la premiere fois ,
& qu'il avoit aufli gagné la Bataille d'Actium
dans le mois d'Août , il lui donna
fon nom . C'est ce qui me feroit croire
que c'eft cette feconde Legion qui nous
eft marquée fur notre Médaille de Caraufius
. Dion rapporte que la feconde Legion
Auguftale étoit de fon tems dans la
haute Bretagne , & les Infcriptions qu'on
Y découvre tous les jours en donnent des
preuves inconteftables. C'eſt cette feconde
Legion qui donna fon nom & la naiffance
à la Ville de Caer-leon , appellée dans l'IE
tineraire
520 MERCURE DE FRANCE.
tineraire d'Antonin , ISCA LEG. II. AUGUSTA.
Cette Legion étoit fans doute
encore dans la Grande Bretagne au tems
de Caraufius , puifque peu d'années avant
qu'il y allât , Pofthume , Empereur dans
les Gaules , avoit dans cette Ville un
Corps d'Armée. C'est ce que je trouve
confirmé par une Médaille de ce dernier
Empereur ; elle a d'un côté le nom de ce
Prince , & la tête couronnée de rayons.
IMP CM CASS LAT. Pofthumus Aug.
& de l'autre côté , on voit à cheval l'Em
pereur qui harangue les Troupes , & autour
EXERCITUS YSCanicus , l'AEmée
de Caer- Leon .Cette Armée de Pofthu .
me fut nommée Armée Tfcanique d'Yíca,
parceque cette Legion qui prêta ferment
de fidelité à Pofthume dans la Grande
Bretagne , étoit placée fur la Riviere de
PUske, qu'on appelloit Yſca - Silurum , &
non pas Silulorum , comme l'a écrit Vaillant
, qui rapporte cette Médaille . Cette
Ville n'eft plus aujourd'hui qu'un petit
Village , portant le nom de Caer-Leon, par
corruption de Cefaris Legio ; & c'eſt là
que les Hiftoriens Anglois avoient placé
la Cour de leur grand Roi Artus &
où ils prétendent qu'il y avoit un College
de deux cens Philofophes établis pour
Ay obferver le cours des Aftres . Cette Médaille
de petit bronze eft en Angleterre ,
dans le Cabinet du Docteur Sloane.
"
MARS. 1730. 521
*
COHORTES PRETORIENNES.
Imp. Caraufius. P. F. Aug. La tête
couronnée de Rayons.
COHH .... ML. Cohortes ... Les
Cohortes ... M L. COHORTES. Ce font
fans doute les Cohortes Prétoriennes qui
formoient la garde de Caraufius , dont cet
Empereur voulut éternifer la mémoire &
la fidelité aufli bien que celle des Legions
dont nous venons de parler. Je n'entrerai
point ici dans la queftion de fçavoir de
combien étoit compofée la Legion . Les
Auteurs font pleins de ces fortes de détails.
J'ajouterai cependant qu'il y avoit
fous Augufte neuf Cohortes Prétoriennes
pour la garde du Prince , & que Galba
y en ajoûta trois nouvelles. Ainfi il y eut
douze Cohortes de Gardes Prétoriennes,
qui fubfiftoient encore du tems de Septime
Severe , au rapport de Dion. Je ne
fçai fi le nombre de ces Cohortes étoit le
même du tems de Diocletien & de Maximien
; mais ce qu'on peut affurer , fuivant
le témoignage de cette Médaille unique
de Caraufius , c'eft que la garde de
ce Prince étoit compofée de quatre mille
hommes. C'eft ainfi que je crois qu'on
doit expliquer les quatre fignes militaires
qui font au revers de fa Médaille . En effer
chaque Cohorte ayant fon enfeigne
militaire , & chaque Cohorte étant com
- E ij poléc
322 MERCURE DE FRANCE :
pofée de mille hommes , fuivant le témoi
gnage de la plupart des Auteurs ,
quatre enfeignes militaires nous défignent
que la Garde de cet Empereur des Bretons
étoit compofée de quatre Cohortes
Prétoriennes . A quoi fi nous ajoûrons le
nombre de dix ou de douze mille hommes
, dont chaque Legion pouvoit être
compofée , en y comprenant les Troupes
auxiliaires , il fe trouvera que Caraufius ,
fuivant ces Médailles, avoit du moins une
armée de foixante & quatre mille hommes,
fans y comprendre les forces maritimes.
Ce font là les Cohortes Prétoriennes & les
fix Legions principales qui compofoient
l'Armée de notre Conquerant , & dont
les Auteurs ne parlent point. Elles métitoient
bien , après lui avoir acquis tant
de gloire , d'en partager avec lui une por
tion , & de revivre un jour dans la mémoire
des hommes par ce témoignage autentique
de fa reconnoiffance , ayant été
les compagnes fideles de fes travaux guerriers
, & ayant verſé fi librement leur fang
dans plufieurs occafions pour l'élever fur
le Trône de la Grande Bretagne,
Dans cette occafion , comme dans bien
d'autres, nous pourrions nous plaindre du
filence des Hiftoriens qui ne nous difent
rien de toutes ces circonftances , & qui
ne font mention que d'une Legion Romaine
MAR 9. 1730. 523
1
maine dont ils ont même affecté de nous
cacher le nom ; mais nous devons nous
confoler ayant des Monumens plus fûrs
& moins fujets à être alterés , & qui fe
font heureuſement dérobés aux injures
des tems & de l'envie . Après tout nous
ne ferions peut-être pas obligés de nous
plaindre fi fort du filence de ces Hiftoriens
, fi le fecond Livre que nous avons
de Zozime fur la vie des Empereurs de
ces tems, nous étoit refté dans fon entier ,
mais cet Auteur fe trouve tronqué immédiatement
après la vie de Probus , & ce
qui fuit ne recommence qu'à l'Hiftoire de
Conftantin le Grand . De forte que ce qui
nous manque de cet Auteur ne comprend
gueres moins que les Vies de fept à huit
Empereurs , qui font Carus , Ĉarinus
Numerianus , Diocletianus Maximianus
Herculius , Caraufius , Conftantius
Chlorus & Gal. Maximianus , dont l'Hiftoire
ou les évenemens étant neceffairement
liés avec ce qui s'eft paffé du tems
de Caraufius n'auroient pas laiffé de nous
donner des lumieres pour expliquer bien
des faits particuliers , où les conjet&cures
ne fçauroient atteindre.
>
Ne feroit- ce point là un effet moins du
hazard que de l'envie ou de la politique
Romaine , qui jaloufe de la gloire de ce
Prince auroit fupprimé à deffein les
E iij
>
Mc124
MERCURE DE FRANCE.
Mémoires les plus confiderables de fon
tems , qui ne pouvoient être qu'à la gloire
de ce Heros qui avoit fi fort abbatu
leurs forces & leur puiffance. Cette Médaille
de petit bronze eft dans le Cabinet
de l'Auteur..
Voilà , Milord , ce que j'avois à obferver
de plus remarquable au fujet des Cohortes
& des Legions dont les noms nous
font confervés fur les Médailles de Caraufius
, & fans lefquelles les fervices
qu'elles lui avoient rendus feroient reſtez
dans un oubli éternel . Ce font là ces fieres
Legions & ces Cohortes fideles qui fua
rent les témoins de fes travaux guerriers ,
qui fe firent honneur de combatre fous fes
Etendarts , & avec qui il fit tant d'actions
heroïques & tant d'exploits glorieux ,
qu'il fut enfin élevé aux acclammations
des Peuples fur le Trône de la Grande
Bretagne Je fuis avec un profond reſpect
& c .
IMITATION
mention des Cohortes & des differentes
Legions de Caraufius , par où l'on peut
fixer à peu près le nombre des Troupes
que cet Empereur des anciens Bretons
entretenoit. Adreffée à fon Excellence
Milord Carteret , Vice-Roy d'Irlande ,
&c. Par M. Genebrier , Docteur en
Medecine , Medecin ordinaire de la
Cour d'Angleterre & premier Medecin
du Vice- Roi d'Irlande.
M.
ILORD ,
L'amour que vous avez pour l'Hiftoire
& furtout pour les nouvelles découvertes
qui peuvent intereffer la gloire de votre
Nation , m'ayant fait entreprendre l'Hiftoire
Metallique de Caraufius , un des
plus grands Conquerans que l'Angleterre
ait jamais eu , j'ai crû que pour concou-.
rir à vos vûës , il ne fuffifoit pas de relever
la gloire de ce Heros , fi je ne tâchois
en même - temps de celebrer les Inftrumens
de fes victoires : Je veux dire
fi je ne parlois des Legions, qui ont combattu
fous fes Etendarts , & qui lui ont acquis
tant de gloire. C'est ce que j'ai tâ-
D v ché
"
304 MERCURE DE FRANCE:
ché de faire en recueillant autant que j'ai
pû , les Médailles qui font mention de
ces Legions ou de ces Cohortes Prétoriennes.
Ces Monumens ferviront , au défaut
de l'Hiftoire qui n'en parle point ,
à fixer à peu près le nombre des Troupes
de cet Empereur. Et ces Legions ainfi
raffemblées , formeront , pour ainſi dire
un Corps d'armée glorieux , dont le dénombrement,
après tant de fiécles , ne peut
que faire plaifir à Votre Excellence.
Voici, Milord, ces Legions, fuivant l'ordre
de leur découverte.
Legion I.
IMP . C. Caraufius P.F. Aug. L'Empe
reur Cefar Caraufius , Pieux, Heureux , Augufte
, fa tête couronnée de Lauriers.
LEG . VIII . AUG. Legio octava Augufta..
Pour Type un Taureau . Cette huitiéme
Legion , furnommée Auguftale , dont Caraufius
a voulu par cette Médaille éternifer
la valeur & la fidelité , eft une des plus
anciennes Legions de l'Empire ; elle fut
formée par Augufte même , qui lui donna
fon nom & le rang de huitiéme Auguftale.
Il l'envoya d'abord en Pannonie,
où elle refta jufqu'à l'Empereur Claude ,
qui la fit paffer en Moefie, où Galba trouva
à propos de la laiffer. Mais Septime
Severe la fit revenir , & la plaça dans la
haute
MARS. 1730.
505
haute Germanie. Il y a apparence qu'elle
y refta pour deffendre les Frontieres de
l'Empire , jufqu'au temps de Caraufius.
Que ce fut entr'autres avec cette Legion,
qu'il défit les Germains en plufieurs rencontres
; qu'il remporta fur eux plufieurs
Victoires fignalées , & qu'il mérita enfin
le titre glorieux de très - grand Germanique
, Germanicus Maximus , que les Médailles
lui donnent. Je ne ferois pas non
plus fort éloigné de croire que ce fût cette
fiére Legion qui fe déclara la premiere
pour Caraufius ; qui le fuivit enAngleterre ,
& que le Panegyrifte Eumenius femble
nous défigner par ces termes , occupara
Legione Romanâ , en parlant du paffage.
de Caraufius dans la Grande - Bretagne.
Nous avons auffi cette même Legion
dans une Médaille d'argent de Septime
Severe , auquel on peut croire qu'elle
n'avoit pas rendu des fervices moins importans
que ceux qu'elle rendit depuis à
Caraufius. Mais au lieu d'un Taureau qui
eft fur la Médaille de ce dernier , il y a
dans celle de Severe , l'Aigle Legionaire
entre deux Signes Militaires. Je trouve
encore le même Taureau & la même Legion
, dans Gallien , que dans Caraufius .
Nous ne parlerons point ici des autres
Legions qui ont auffi été furnommées Au
guftales , nous dirons feulement , que la
Dvj feconde
506 ME RCURE DE FRANCE
feconde Legion Auguftale étoit en quar
tier d'hyver dans la Haute-Bretagne . Quand
Xiphilin même ne nous en auroit pas donné
de preuves , comme il a fait dans la
Vie d'Augufte , le fragment de Brique
qui eft dans le Cabinet du Docteur Woodward
, où j'ai lû , LEG . II . AUG . en
feroit une preuve affez autentique . Cette
Infcription nous fait croire que la feconde
Legion Auguftale pouvoit avoir été employée
à quelques travaux publics dont
elle vouloit fe faire honneur dans la pofterité.
Je n'affurerai point que ce Monument
foit du temps de Septime Severe
qui fit , comme on l'a dit ailleurs , conftruire
plufieurs Edifices publics dans la
Grande-Bretagne. Cependant , comme ce
fragment a été trouvé proche d'York , &
que SeptimeSevere y avoit établi fa demeu
re & fait de cette Ville fon Siege Imperial;
il y a apparence que ce débris eft , pour aing
dire , encore un témoin de fa gloire , auffi
bien que cet autre fragment que j'ai vû
à Londres , où le mot de SEVERI fe lit
en gros caractere fur une Brique d'une
épaiffeur pareille à la premiere , au - delfous
d'une Tête en forme de Soleil . Cette
feconde Legion Auguftale fe trouve auffi
dans les Médailles de Septime Severe ,
LEG. II. AUG . avec deux Signes Militaires
, & au milieu l'Aigle Legionaire ,
MARS. 17307 507
ce qui confirmeroit notre conjecture. Il
eft encore fait mention de la feconde
Legion Auguftale , auffi - bien auffi- bien que de
la huitiéme Legion Auguftale , dans un
fragment d'une ancienne Colonne à Rome
, que je ne rapporterai point ici , parce
qu'elle fe trouve dans Gruter & dans plufeurs
autres Antiquaires .
14 Nous lifons dans les Colonies de Vail
lant , qu'Augufte avoit envoyé à Beryte
une Colonie des Veterans de la huitiéme
Legion Auguftale . Une autre partie fut
envoyée à Fréjus , dans nos Gaules , &
l'autre à Heliopolis.
J'ai vû cette Médaille d'argent dans leCabinet
du Duc de Dewonshire , à Londres.
Legion II.
Imp. Caraufius , P. F. Aug. fa tête
couronnée de Rayons. LEG . VII CL
ML . Legio feptima Claudia . La ſeptiéme
Legion Claudienne . Je lis Claudia , &
non pas Claffica , comme a fait Gutherius,
dans fon Traité De Jure Manium , page
48. Il a été trompé par le mor Claffica,
qui fe trouve dans une Médaille de Marc
Antoine , jointe à la dixiéme Legion.
LEG. XVII. CLASSICA. Cette
Legion eft bien differente de la nôtre
& d'ailleurs le mot de Claudia fe
trouve auffi écrit tout au long dans plufieurs
Infcriptions antiques . Spon , dans
ג
Les
1
508 MERCURE DE FRANCE.
fes Mélanges d'Antiquitez , page 254-
nous en fournit une que voici .
Q SERTORIUS L. F.
POB. FESTUS
CENTUR LIG . XI.
CLAUDIAE PIAE FIDELIS .
La feptiéme Legion de notre Médaille
a pour Type un Taureau comme la précedente
. Elle fut appellée Claudienne, du
nom de l'Empereur Claude , parce qu'elle
lui avoit été fidele étant dans la Moëfie,
& qu'elle avoit vivement foutenu fon parti
contre Scribonien , Gouverneur de la
Dace. Cette Legion n'avoit d'abord aucun
furnom qui la diftinguât des autres que
le rang de fon ancienneté ; & c'eft pour
cela même que Jules - Cefar , dans fon
quatriéme Livre de la Guerre des Gaules ,
ne fait point de difficulté de l'appeller
une des plus illuftres & des plus anciennes
Legions de l'Empire Veterrima Legio .
Auffi la fit- il paffer avec lui dans la Grande-
Bretagne , comme une de celles qu'il
jugeoit des plus capables de feconder fes
grands deffeins pour la conquête ou pour
l'expedition de ce nouveau Monde. Au
revers il y a un Taureau , comme dans la
precedente , ce qui nous apprend que ces
Legions avoient été formées des Colonies
Romaines. Le Taureau étant le Symbole
d'une
MARS. 1730. so gi
d'une Colonie , parce que c'étoit un ufage
chez les Romains, quand on vouloit bâtie
une Ville , d'en marquer l'enceinte avec
le Soc de la Charruë , fuivant ce fragment:
de Caton , mos fuit defignandi urbes aratro.
Soit , au refte , que cette feptiéme
Legion Claudienne qui étoit autrefois en
la haute Moëfie, fût déja dans la Grande-
Bretagne lorfque Caraufius y aborda ; ſoir
qu'elle y fût conduite avec la huitiéme
Legion Auguftale , dont nous avons parlé
; foit enfin qu'elle ne ſe rangeât fous les
Etendarts de Caraufius , qu'après qu'il eur
défait l'armeé Romaine qui tenoit encore
dans cette Ifle pour Diocletien & pour
Maximien : Caraufius ne pouvoit mieux
faire pour ſe la rendre fidele ou pour la
récompenfer de fa valeur, qu'en confacrant
fon nom à l'immortalité , avec les autres
Legions dont il avoit reconnu le zele &
l'attachement , & dont il fit auffi graver
les noms fur les Médailles que nous expliquons.
Gruter rapporte une Infcrip
tion de lafeptiéme Legion Claudienne.
P. ÆLIO P. F. PP . MARCELLO
VE . PP . EX PREF. LEG . VII .
CL. ET I. ADJUT . SUB. PRINC
IPE PEREGRINORUM .
La feptiéme Legion Claudienne fe trou
ve auffi fur les Médailles de Septime See
vere & fur celles de Gallien,
310 MERCURE DE FRANCE.
La feptiéme Legion Claudierne étoft
encore dans la haute Moëfie , fous Gordien
Pie , qui envoya les Veterans de la
feptiéme & de la quatriéme Legion à Vi
minacium , Colonie de cette Province ,
comme nous l'apprend une Médaille du
Cabinet de M. le Prefident de Maifons.
Il y a d'un côté , Imp. Gordianus pius fel
Aug. Sa tête couronnée de Rayons .
Et au Revers , P. M. S. COL . VIM .
AN IIII. Provincia Moefia Superioris
Colonia Viminacium. Anno quarto. La
figure d'une femme debout tient de la
main droite un Signe Militaire , où eft le
nombre VII. & de la main gauche un
autre Signe Militaire , où eſt le nombre
IIII. & à fes pieds , au côté droit , un Taureau
, & au côté gauche un Lion , qui.
font les Symboles de ces deux Legions ,
pour marquer que les Veterans de la feptiéme
Legion Claudienne & ceux de la
quatriéme ,y avoient été envoyez pour peupler
cette Ville & la deffendre contre les
infultes des Barbares .
Dion, Livre 55 page 564. ne laiffe aucun
lieu de douter que ce ne foit la 7
Legion Claudienne qui eft fur la Médaille
de Gordien Pie , quoique le nom de Claudia
n'y foit point. Il nous apprend que
c'eft la même qui étoit en quartier d'hyver
dans la haute Moëfie . Septimia in Mifia
LibMARS,
1730% 511
fuperiori, Claudiana præcipue nuncupata .
M.l'Abbé de Rothelin a auffi la feptiéme
Legion Claudienne dans Gallien avec le
même Taureau .
J'ai vu cette Médaille de petit Bronze
dans le Cabinet de Milord Pembrok , en
Angleterre ; & à Paris , chez le P. Chamillard
, qui l'a , dit - il, trouvée à Pontoiſe
Legion 111.
Imp. Caraufius P. F. Aug. Sa tête couronnée
de Rayons , pour Type un Taureau
. LEG . VIIII . GE ML . Legio nona
Gemina. La neuviéme Legion Gemelle.
Cette 9º Legion , dont Caraufius voulut
auffi celebrer la valeur , étoit auffi appellée
Gemina ou Gemelle , parce quelle
avoit été formée de deux Legions qui n'en
compofoient plus qu'une , comme Dion
ou Xiphilin fon Compilateur nous l'apprend
dans la Vie d'Augufte , page 183. Le
Revers de cette Médaille porte le même
Type que les deux précedentes . C'eſt un
Taureau qui eft le ſymbole ordinaire des
Veterans d'une Colonie . Le Taureau étoit
fous la protection de la Déeffe de Cythere.
Taurum Cytherea tuetur , dit le PoëteManilius
. Il eſt fait mention dans le frag
ment d'une ancienne Colomne , de la feptiéme
Legion Gemina , on Gemelle , ce
qui
311 MERCURE DE FRANCE:
qui fait voir que le mot G E, fe doit rend
dre en latin par celui de Gemina , puiſqu'il
fe trouve écrit tout du long ſur les anciennes
Infcriptions. Quant aux Lettres
ML qui fe trouvent dans l'Exergue de
ces Médailles , nous aurons lieu d'en dire
notre fentiment dans un Chapitre particulier
, où nous tâcherons de découvrir ce
ce que les Monetaires de ces temps - là ont
voulu nous donner à entendre par ces
Lettres & autres femblables.
CetteMédaille de petit Bronze , eft dans
le Cabinet du Duc de Dewonshire.
Legion 1111.
Imp. Caraufius P. F. Aug. la tête cou
tonnée de Laurier . LEG . IIII. FL. Dans
Exergue , R. S. R. Legio quarta Flavia,
la 4 Legion Flavienne . Cette quatriéme
Legion fut ainfi furnommée par Vefpafien,
qui voulut qu'elle prit le furnom de fa Famille
appellée Flavia . Il plaça cette Legion
dans la Syrie pour contenir les peuples
dans leur devoir . Quarta Flavia in
Syria commorata eft , ſelon Dion , p . 272.
qui rapporte qu'elle étoit encore en Syrie
fous le regne d'Alexandre Severe.
Cette Legion porte pour enfeigne un
Lyon , fimbole ordinaire de la force . Septime
Severe s'étoit auffi fait gloire de celebrer
MARS. 17300 $ 13
lebrer la valeur de la même Legion , avee
la même Legende ; mais le Type eft fort
different de la Médaille de Caraufius , il
y a fur celle de Severe deux Signes Militaires
avec l'Aigle Legionnaire ; au lieu
que dans la Médaille de Caraufius il n'y
a qu'un Lion feul. J'ai auffi obfervé ailleurs
la mêmeLegende que dans Caraufius ;
mais au lieu d'un Lion , il y en à deux
entre lefquels on voit une tête cafquée.
J'ai vu à Londres dans le Cabinet
de Milord Pembrock , ce même Type fur
une Médaille d'or de Victorin , où cette
Legion prend le furnom de Pia Felix.
Legio IIII. Flavia P. F.
Vaillant nous affure que de toutes les
Legions qui reftoient fous Gallien , la
quatriéme Legion Flavienne étoit la feule
qui portât un Lion pour Enfeigne , & les .
Médailles que nous venons de rapporter.
en dernier lieu , font voir que cette Legion
fubfifta encore quelque temps après
Gallien , puifque Victorin s'eft fait honneur
de faire graver encore le nom de
la même Legion fur fes Médailles ..
Elle avoit été auffi fort celebre fous plufieurs
autres Princes , comme on le peut
voir dans les Colonies de Vaillant. La
Médaille qu'il rapporte du jeune Philippe
, me paroît fur tout digne de remarque.
On voit d'un côté la tête de ce Prince ; &
21
314 MERCURE DE FRANCE.
au revers ces quatre Lettres initiales G.
F. P. D. qui fignifient Colonia Flavia
Pacenfis Deultana , parce que cette Colonie
avoit été formée des Veterans de
cette quatriéme Legion Flavienne .
Il eft auffi fait mention de la quatriéme
Legion Flavienne dans une Infcription
antique , trouvée à Pezaro , rapportée
,
, page 148. dans le Traité des Regions
Suburbicaires , où il eft fait mention entr'autres
du Tribun de la quatriéme Legion
Flavienne , qui étoit auf le Patron
des Colonies de Pezaro & de Feneſte .
TRIB . LATICL . LEG. IIII. FLAV
PATRONUS COLONIARUM .
PISAURI ET FANEST .
A l'égard de Pezaro , il eft bon de re
marquer en paffant que c'eft - là , où les
defcendans de Caraufius fe retirerent dans
des temps difficiles , fuivant le Comte de
Zabarella , * dans la Genealogie qu'il fait
des Pezari de Venife , intitulée : Il Carau
fio Overo Regia & Augufta Fameglia
di Pezari di Venetia ; Famille que cet
Auteur fait defcendre en ligne directe de
Caraufius , Empereur de la Grande - Bretagne
. Cette Médaille , qui eſt d'argent ,
eft à Londres dans le Cabinet du Duc de
Dewonshire .
* Le Livre du Comte de Zabarella , que j'avois
cherché long- temps , m'a été donné par M. Duvau
, Ecuyer , ancien Capitoul de Toulouse.
MAR S. 1730. SIS
Legion V.
Imp. Caraufius, P. F. Aug. Sa tête cou
ronnée de Rayons.
LEG . VIII... IN . ML . Legio octava ..
IN... cette Legion a pour Type un Belier.
La huitéme Legion furnommée ... IN ..
peut être invicta , l'invincible. C'eſt ainſi
que je crois qu'on peut interpreter le mot
abregé ... IN ... à moins que dans la
Médaille en queſtion il n'y ait MIN . au
lieu de N. ce qui feroir pour lors MINERVIA
Qu MINERVINA car il fe
pourroit bien faire que la Médaille n'étant
pas affez nette ni affez confervée en
cet endroit , on auroit pû lire IN , au lieu
de MIN.
Cette Médaille eft d'autant plus finguliere
que
fa Legende & fon Type font
encore inconnus fur les Médailles des autres
Empereurs. Quant au Type du revers,
ne pourroit - on point dire qu'il nous
défigne une Legion particuliere des Bagaudes
? On fçait que les Auteurs les appelloient
Agreftes ou Rufticanos & qu'ils
avoient quitté le foin de leurs Troupeaux
pour courir après une liberté chimerique
en prenant les armes fous la conduite.
d'Amandus , leur Empereur . Suivant ce
trait hiftorique, que nous avons rapporté
ailleurs ; ne pourroit- on pas dire que ces
Bagaudes ayant pris les armes , choifirent
pour
$ 16 MERCURE DE FRANCE.
pour le figne de leur liberté le Belier ,
pour marquer qu'ils n'avoient point perdu
de vûë leur premier état , & que s'ils
avoient pris les armes , ce n'étoit que pour
deffendre leur ancien Domaine ? Ce qui
pourroit fortifier d'ailleurs cette conjecture
, c'est que le Belier étoit confacré à
Pallas , Déefle de la Guerre ( Déeffe qui
fe voit fi fouvent fur les Médailles de
Caraufius ) Manilius nous en fournit une
preuve autentique dansfon deuxièmeLivre.
Lanigerum Pallas , Taurum Cytherea tuetur,
Le même Auteur parle encore du Belier
en des termes qui femblent parfaitement
juftifier le choix que nos anciens Gaulois
auroient pû faire du Belier pour enfeigne
d'une Legion qui fe feroit déclarée de nouveau
pour la liberté de la Patrie fous un fi
grand Capitaine.
Sed Princeps aries toto fulgebit in orbe,
Ainfi le furnom & le fymbole que prend
cette Legion conviendroit parfaitement
au temps dont nous parlons , & à un
Prince, qui prenoit à juste titre, le furnom
d'invincible , comme fes Médailles , avec
le titre d'Invictus , le confirment.
Il est bon de remarquer ici , qu'on por
toit quelquefois le Belier parmi les Enfeignes
Romaines. Mais fur tout quand
on
**ཟེ
MARS
.
1730.
SIY
en vouloit déclarer la guerre. Pour lors
un Herault d'Armes , tiré de l'illuftre Corps
des Faciales , marchoit à la tête portant
le figne du Belier , qu'il devoit lancer
fur les premieres Terres des Ennemis ,
pour montrer qu'ils n'avoient pris les
armes contre eux que pour le venger
des outrages qu'ils en avoient reçûs les
premiers , felon quelques Auteurs ; ou
plutôt felon Pierius dans fes Hyerogli
phes , pour donner à entendre par - là qu'ils
étoient déja , pour ainsi dire , en poffeffion
des Terres de leurs Ennemis . Ce qui étant
pris en ces deux fens , ne laifferoit pas
d'avoir fon application dans Caraufius qui
prétendoit avoir été infulté le premier
par Maximien , & qui s'empara bientôt
de l'ifle la plus belle , la plus grande & la
plus fertile du monde en pâturages , &c,
Legion VI
.....
Imp. Caraufius P. F. Aug. la tête couzonnée
de rayons.
LEG...... Legio Légion,
Dans l'Exergue M L. pour Type ,
la figure du Capricorne tourné du côté
droit . Les Legions dont nous venons de
parler m'étoient connuës fous trois Types
differens ; trois avoient le Type d'un
Taureau , une fous le Type d'un Belier ,
une autre fous le Type d'un Lion ; mais
celle- ci a un Type different , & on ne
l'avoit
418 MERCURE DE FRANCE .
f'avoit point encore vû fur aucune Médaille
de Caraufius ; il feroit à fouhaiter
que le nom de la Legion ne fut pas effacé,
Peut -être que le tems nous en fera dé
couvrir quelque femblable mieux confervée.
Il y a eu fept Legions de Gallien avec
le même Signe du Capricorne , & Vaillant
les rapporte dans fon Livre des Médailles
Impériales ; fçavoir , la Legion
premiere , Adjutrix. La premiere Italica,
la quatorziéme Gemina , la trentiéme Ulpia
, la vingt- deuxième , furnommée Primigenia
, au rapport de Spartien , dans la
vie de Didius Julianus . La dix- huitiéme
& la vingt- fixiéme fans nom particulier.
Ainfi on pourroit croire que celle de Ca
raufius , dont je parle ici , feroit une de ces
Legions , parcequ'elles ont toutes le même
fimbole que note Médaille.
La feconde Legion Auguftale pourroit
auffi être de ce nombre . On a trouvé dans
la Grande Bretagne une Infcription Antique
conçûë en ces termes , & avec le
même Type du Capricorne .
IMP.
AVG .
ANTONINO
Pio.
LE G.
I I.
A V G.
F. P. III. CC L XX II.
1
Cette
MARS. 1730: 519
Cette Infcription nous apprend que la
deuxième Legion Auguftale avoit continué
le mur d'Antonin Pie ,qui eft au Nord
d'Ecoffe , pendant l'efpace de trois mille
deux cent foixante & douze pas. Cette
Infcription eft fur une pierre qui reprefente
dans le haut , la figure d'un Capricorne
que je prens pour le figne de cette
Legion , & non pas le Griffon qui eſt au
bas. A l'égard du furnom Augufta , nous
avons déja remarqué qu'Augufte donna
fon nom à plufieurs Legions , & cette
Infcription nous fait voir que celle- ci
avoit non- feulement le nom d'Augufte ,
mais qu'elle en avoit auffi pris le fimbole
pour préfage de bonheur : le Signe
du Capricorne ayant toujours été regardé
comme tel par cet Empereur. Et parcequ'il
avoit été Conful pour la premiere fois ,
& qu'il avoit aufli gagné la Bataille d'Actium
dans le mois d'Août , il lui donna
fon nom . C'est ce qui me feroit croire
que c'eft cette feconde Legion qui nous
eft marquée fur notre Médaille de Caraufius
. Dion rapporte que la feconde Legion
Auguftale étoit de fon tems dans la
haute Bretagne , & les Infcriptions qu'on
Y découvre tous les jours en donnent des
preuves inconteftables. C'eſt cette feconde
Legion qui donna fon nom & la naiffance
à la Ville de Caer-leon , appellée dans l'IE
tineraire
520 MERCURE DE FRANCE.
tineraire d'Antonin , ISCA LEG. II. AUGUSTA.
Cette Legion étoit fans doute
encore dans la Grande Bretagne au tems
de Caraufius , puifque peu d'années avant
qu'il y allât , Pofthume , Empereur dans
les Gaules , avoit dans cette Ville un
Corps d'Armée. C'est ce que je trouve
confirmé par une Médaille de ce dernier
Empereur ; elle a d'un côté le nom de ce
Prince , & la tête couronnée de rayons.
IMP CM CASS LAT. Pofthumus Aug.
& de l'autre côté , on voit à cheval l'Em
pereur qui harangue les Troupes , & autour
EXERCITUS YSCanicus , l'AEmée
de Caer- Leon .Cette Armée de Pofthu .
me fut nommée Armée Tfcanique d'Yíca,
parceque cette Legion qui prêta ferment
de fidelité à Pofthume dans la Grande
Bretagne , étoit placée fur la Riviere de
PUske, qu'on appelloit Yſca - Silurum , &
non pas Silulorum , comme l'a écrit Vaillant
, qui rapporte cette Médaille . Cette
Ville n'eft plus aujourd'hui qu'un petit
Village , portant le nom de Caer-Leon, par
corruption de Cefaris Legio ; & c'eſt là
que les Hiftoriens Anglois avoient placé
la Cour de leur grand Roi Artus &
où ils prétendent qu'il y avoit un College
de deux cens Philofophes établis pour
Ay obferver le cours des Aftres . Cette Médaille
de petit bronze eft en Angleterre ,
dans le Cabinet du Docteur Sloane.
"
MARS. 1730. 521
*
COHORTES PRETORIENNES.
Imp. Caraufius. P. F. Aug. La tête
couronnée de Rayons.
COHH .... ML. Cohortes ... Les
Cohortes ... M L. COHORTES. Ce font
fans doute les Cohortes Prétoriennes qui
formoient la garde de Caraufius , dont cet
Empereur voulut éternifer la mémoire &
la fidelité aufli bien que celle des Legions
dont nous venons de parler. Je n'entrerai
point ici dans la queftion de fçavoir de
combien étoit compofée la Legion . Les
Auteurs font pleins de ces fortes de détails.
J'ajouterai cependant qu'il y avoit
fous Augufte neuf Cohortes Prétoriennes
pour la garde du Prince , & que Galba
y en ajoûta trois nouvelles. Ainfi il y eut
douze Cohortes de Gardes Prétoriennes,
qui fubfiftoient encore du tems de Septime
Severe , au rapport de Dion. Je ne
fçai fi le nombre de ces Cohortes étoit le
même du tems de Diocletien & de Maximien
; mais ce qu'on peut affurer , fuivant
le témoignage de cette Médaille unique
de Caraufius , c'eft que la garde de
ce Prince étoit compofée de quatre mille
hommes. C'eft ainfi que je crois qu'on
doit expliquer les quatre fignes militaires
qui font au revers de fa Médaille . En effer
chaque Cohorte ayant fon enfeigne
militaire , & chaque Cohorte étant com
- E ij poléc
322 MERCURE DE FRANCE :
pofée de mille hommes , fuivant le témoi
gnage de la plupart des Auteurs ,
quatre enfeignes militaires nous défignent
que la Garde de cet Empereur des Bretons
étoit compofée de quatre Cohortes
Prétoriennes . A quoi fi nous ajoûrons le
nombre de dix ou de douze mille hommes
, dont chaque Legion pouvoit être
compofée , en y comprenant les Troupes
auxiliaires , il fe trouvera que Caraufius ,
fuivant ces Médailles, avoit du moins une
armée de foixante & quatre mille hommes,
fans y comprendre les forces maritimes.
Ce font là les Cohortes Prétoriennes & les
fix Legions principales qui compofoient
l'Armée de notre Conquerant , & dont
les Auteurs ne parlent point. Elles métitoient
bien , après lui avoir acquis tant
de gloire , d'en partager avec lui une por
tion , & de revivre un jour dans la mémoire
des hommes par ce témoignage autentique
de fa reconnoiffance , ayant été
les compagnes fideles de fes travaux guerriers
, & ayant verſé fi librement leur fang
dans plufieurs occafions pour l'élever fur
le Trône de la Grande Bretagne,
Dans cette occafion , comme dans bien
d'autres, nous pourrions nous plaindre du
filence des Hiftoriens qui ne nous difent
rien de toutes ces circonftances , & qui
ne font mention que d'une Legion Romaine
MAR 9. 1730. 523
1
maine dont ils ont même affecté de nous
cacher le nom ; mais nous devons nous
confoler ayant des Monumens plus fûrs
& moins fujets à être alterés , & qui fe
font heureuſement dérobés aux injures
des tems & de l'envie . Après tout nous
ne ferions peut-être pas obligés de nous
plaindre fi fort du filence de ces Hiftoriens
, fi le fecond Livre que nous avons
de Zozime fur la vie des Empereurs de
ces tems, nous étoit refté dans fon entier ,
mais cet Auteur fe trouve tronqué immédiatement
après la vie de Probus , & ce
qui fuit ne recommence qu'à l'Hiftoire de
Conftantin le Grand . De forte que ce qui
nous manque de cet Auteur ne comprend
gueres moins que les Vies de fept à huit
Empereurs , qui font Carus , Ĉarinus
Numerianus , Diocletianus Maximianus
Herculius , Caraufius , Conftantius
Chlorus & Gal. Maximianus , dont l'Hiftoire
ou les évenemens étant neceffairement
liés avec ce qui s'eft paffé du tems
de Caraufius n'auroient pas laiffé de nous
donner des lumieres pour expliquer bien
des faits particuliers , où les conjet&cures
ne fçauroient atteindre.
>
Ne feroit- ce point là un effet moins du
hazard que de l'envie ou de la politique
Romaine , qui jaloufe de la gloire de ce
Prince auroit fupprimé à deffein les
E iij
>
Mc124
MERCURE DE FRANCE.
Mémoires les plus confiderables de fon
tems , qui ne pouvoient être qu'à la gloire
de ce Heros qui avoit fi fort abbatu
leurs forces & leur puiffance. Cette Médaille
de petit bronze eft dans le Cabinet
de l'Auteur..
Voilà , Milord , ce que j'avois à obferver
de plus remarquable au fujet des Cohortes
& des Legions dont les noms nous
font confervés fur les Médailles de Caraufius
, & fans lefquelles les fervices
qu'elles lui avoient rendus feroient reſtez
dans un oubli éternel . Ce font là ces fieres
Legions & ces Cohortes fideles qui fua
rent les témoins de fes travaux guerriers ,
qui fe firent honneur de combatre fous fes
Etendarts , & avec qui il fit tant d'actions
heroïques & tant d'exploits glorieux ,
qu'il fut enfin élevé aux acclammations
des Peuples fur le Trône de la Grande
Bretagne Je fuis avec un profond reſpect
& c .
IMITATION
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Résumé : EXPLICATION des Médailles qui font mention des Cohortes & des differentes Legions de Carausius, par où l'on peut fixer à peu près le nombre de Troupes que cet Empereur des anciens Bretons entretenoit. Adressée à son Excellence Milord Carteret, Vice-Roy d'Irlande & c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine, Medecin ordinaire de la Cour d'Angleterre & premier Medecin du Vice-Roi d'Irlande.
Le texte, rédigé par M. Genebrier, médecin, est une explication des médailles mentionnant les cohortes et les différentes légions de l'empereur Carausius, adressée à Milord Carteret, Vice-Roy d'Irlande. Genebrier, motivé par l'intérêt de Milord Carteret pour l'histoire et les découvertes liées à la gloire de la nation, entreprend de rédiger une histoire métallique de Carausius, l'un des plus grands conquérants de l'Angleterre. Il cherche à célébrer les instruments des victoires de Carausius, notamment les légions qui ont combattu sous ses étendards. Le document liste plusieurs légions et leurs caractéristiques : 1. **Légion I** : Représente l'empereur César Carausius, pieux, heureux et auguste, couronné de lauriers. 2. **Légion VIII Augusta** : Symbolisée par un taureau, elle est l'une des plus anciennes légions, formée par Auguste. Elle a combattu sous Carausius contre les Germains, lui valant le titre de Germanicus Maximus. 3. **Légion II Augusta** : Trouvée dans des fragments de briques et des médailles, elle était en quartier d'hiver en Haute-Bretagne. 4. **Légion VII Claudia** : Appelée Claudienne, elle était fidèle à Claude et a soutenu ses partis contre Scribonien. Elle est symbolisée par un taureau. 5. **Légion IX Gemina** : Formée de deux légions fusionnées, elle est également symbolisée par un taureau. 6. **Légion IV Flavia** : Symbolisée par un lion, elle a été placée en Syrie par Vespasien pour maintenir l'ordre. Ces légions sont mentionnées dans diverses médailles et inscriptions, permettant de fixer le nombre approximatif des troupes de Carausius. Le texte mentionne également des médailles et des fragments trouvés dans divers cabinets et collections, confirmant l'existence et les actions de ces légions. Une médaille rapportée par le jeune Philippe présente sur une face la tête de ce prince et sur l'autre les lettres initiales G.F.P.D., signifiant Colonia Flavia Pacensis Deultana, formée des vétérans de la quatrième Légion Flavienne. Cette légion est également mentionnée dans une inscription antique trouvée à Pesaro, où elle est désignée comme patronne des colonies de Pesaro et de Fano. Le texte évoque également plusieurs légions de Carausius, identifiées par des symboles animaux comme le bélier, le taureau, et le capricorne. La huitième Légion, peut-être invicta, est marquée par un bélier, symbole de liberté et de défense du domaine ancestral. La sixième Légion est représentée par un capricorne, symbole de bonne fortune. Le texte note que sept légions de Gallien portaient le même signe du capricorne, et que la seconde Légion Augusta, stationnée en Bretagne, pourrait être celle représentée sur la médaille de Carausius. Enfin, le texte mentionne les cohortes prétoriennes de Carausius, composées de quatre mille hommes en quatre cohortes, et discute de l'armée de Carausius, estimée à soixante-quatre mille hommes, incluant les troupes auxiliaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
EXPLICATION des Médailles qui font mention des Cohortes & des differentes Legions de Carausius, par où l'on peut fixer à peu près le nombre de Troupes que cet Empereur des anciens Bretons entretenoit. Adressée à son Excellence Milord Carteret, Vice-Roy d'Irlande & c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine, Medecin ordinaire de la Cour d'Angleterre & premier Medecin du Vice-Roi d'Irlande.
9
p. 642-643
MADRIGAL. A M. Chevaye, Auditeur à la Chambre des Comptes de Bretagne, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, sur l'Ode qu'il lui a adressée dans le premier volume du Mercure de Décembre, page 2594.
Début :
C'est toi qui le premier m'appris, [...]
Mots clefs :
Bretagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL. A M. Chevaye, Auditeur à la Chambre des Comptes de Bretagne, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, sur l'Ode qu'il lui a adressée dans le premier volume du Mercure de Décembre, page 2594.
MADRIGAL.
A M. Chevaye , Auditeur à la Chambre
des Comptes de Bretagne , par Mlle de
Malerais de la Vigne , du Croisic en
Bretagne , sur l'Ode qu'il lui a adressée
dans le premier volume du Mercure de
Décembre , page 2594.
C'est toi qui le premier m'appris ,
choisir des fleurs immortelles ,
Daks
་ ་ ་
* 755° 543
Dans les Jardins charmans des neuf doctes Pucelles
,
Par toi je sçus bien- tôt en connoître le prix :
Ainsi , mon cher , l'éloge extrême ,
Que ta main seulement paroît verser sur moi ,
Retombe entierement sur toi ,
Depuis quand convient- il de se louer soi - même?
A M. Chevaye , Auditeur à la Chambre
des Comptes de Bretagne , par Mlle de
Malerais de la Vigne , du Croisic en
Bretagne , sur l'Ode qu'il lui a adressée
dans le premier volume du Mercure de
Décembre , page 2594.
C'est toi qui le premier m'appris ,
choisir des fleurs immortelles ,
Daks
་ ་ ་
* 755° 543
Dans les Jardins charmans des neuf doctes Pucelles
,
Par toi je sçus bien- tôt en connoître le prix :
Ainsi , mon cher , l'éloge extrême ,
Que ta main seulement paroît verser sur moi ,
Retombe entierement sur toi ,
Depuis quand convient- il de se louer soi - même?
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Résumé : MADRIGAL. A M. Chevaye, Auditeur à la Chambre des Comptes de Bretagne, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, sur l'Ode qu'il lui a adressée dans le premier volume du Mercure de Décembre, page 2594.
Mlle de Malerais de la Vigne adresse un madrigal à M. Chevaye, Auditeur à la Chambre des Comptes de Bretagne, en réponse à une ode publiée dans le Mercure de Décembre. Elle reconnaît que M. Chevaye lui a appris à apprécier des fleurs immortelles dans les jardins des neuf doctes Pucelles et souligne que son éloge lui revient entièrement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 108-109
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis avec honneur dans l'Empire François, [...]
Mots clefs :
Bretagne
11
p. 201-206
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le Roi, la Reine, & la Famille Royale, signerent le 11 Juin le Contrat [...]
Mots clefs :
Famille royale, Audiences, Bretagne, Anglais, Duc, Troupes, Munitions, Camp de Granville, Flotte anglaise, Régiments, Nominations, Ordonnance, Maréchal, Conseil, Brigades
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LeRoi , la Reine, & la Famille Royale , figne:
rent le 11 Juin le Contrat de mariage de M. le
Marquis d'Efparbès , avec Mademoiſelle Thoinard
de Jouy , & celui de M. le Comte de Guitaut
avec Mademoiſelle Durey de Meinieres.
Le IS le Prince Xavier de Saxe partit de Ver
failles vers les dix heures du foir pour fe rendre à
Parmée du Roi.
Iw
201 MERCURE DE FRANCE.
Sa Majesté a tenu le Sceau pour la trente-unies
me & trente- deuxieme fois.
Madame la Ducheffe de Rohan-Chabot fut préfentée
le 18 au Roi & à la Reine , & elle prit le tabouret.
Le 19 , M. de Chevert , Lieutenant- Général
des Armées du Roi , arriva ici fur les fept heures
du foir. Il eut une conférence avec M. le Maréchal
Duc de Belle -Ifte , & il partit la nuit même pour
fe rendre à l'Armée de M. le Comte de Clermont.
Toutes les lettres qu'on reçoit de Bretagne confirment
que les Anglois fe font rembarqués les 1 1 ,
12 & 13 de Juin avec effroi & précipitation . Ils
n'ont point jugé à propos d'attendre l'arrivée des
Troupes que M. le Duc d'Aiguillon avoit fait venir
de divers endroits de la Province , ni celles
que M. le Duc d'Harcourt amenoit de Normandie.
Tout le dommage qu'ils ont caufé s'eft borné
à Saint- Servan , Fauxbourg de Saint - Malo ; ils
n'ont rien ofé entreprendre contre la Vile , ou
l'on avoit fait entrer deux mille hommes de Trou
pes , foutenus par trois mil e Bourgeois bien ar❤
més & d'une grande réfolution . Cette Ville étoit
d'ailleurs bien pourvue de munitions de toute efpece
, & par conféquent en état de faire une vigoureufe
défenfe. Les Troupes ont marqué beaucoup
d'ardeur pour marcher à l'ennemi , & les
Bretons le plus grand zele pour la défenſe de leur
Province. La Nobleffe , plufieurs Préfidens & Con
feillers du Parlement de Rennes faifoient armer
leurs Vaffaux , & les Ecoliers de Droit ne demandoient
des Officiers
que
les conduire contre
pour
les Anglois. L'Amiral Anfon avoit fait fortir le 15
fa flotte de la Baye de Cancale ; mais les vents
contraires l'ont obligé d'y rentrer , & elle y étoit
encore le Dimanche 18. Partout où fe porteront
les Anglois , ils trouveront nos côtes garnies & en
JUILLET. 1758. 203
état de faire échouer toutes leurs entrepriſes.
Une lettre du camp de Granville , en Baffe - Nor
mandie , datée du ro Juin , contient le détail fuivant.
« Le z de Juin vers les neuf heures du ma-
» tin , la Flotte Angloiſe párut à la Folle de Mon
» ville , & le même jour elle entra vers les fix heu
» res du foir dans l'Anfe de Vauville . Au premier
» avis qu'en reçut M. le Comte de Raymond , Ma.
» réchal de Camp , qui commande à Vallogne
>>> cet Officier Général fit marcher les Grenadiers
» du Régiment de Guyenne , avec un Piquet , &
#il envoya des ordres pour raffembler toutes les
» Troupes de ce quartier . Ces difpofitions devin→
rent inutiles par le départ de la flotte , qu'on re-
» vit le à trois heures du matin à la hauteur du
>> Cap Frehel & cette Flotte mouilla le même
» jour à neuf heures du matin fous Cancale. M.
>> le Com e de Coetlogon , Lieutenant- Général ,
» qui commande à Coutances , fit partir les Gre
>> nidiers de Saint - Chamond ; il donna en même-
>> temps des ordres pour faire marcher les Trou-
» pes de la Généralité , & pour les raffembler à
» Granville , où il arriva le lendemain 6 avec le
» Régiment de Saint - Chamond. Il trouva les ha
» bitans de cette Ville , qui étoient ratfurés par la
>>prefence & par les bonnes difpofitions de M. le
» Prince de Robec , dans la plus grande fécurité .
» Le même jour , ce Général alla reconnoître &
» marquer un camp , où toutes les Troupes fe
>> read rent avec la plus grande diligence. Le Sub-
» dé égué de l'Election de Coutances , que ce Gé
néral avoit char é de faire les approvifionne
» mens néc flaires , avoit pr's des metures fi exac-
> res , que le Régiment de Lorraine fut campé le
» 8 & le reste de l'armée le 9. Ce camp formé en
» quatre jours dans le canton le plus ingrat de la
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Normandie , fut abondamment pourvu de tou
tes chofes , & le bois de campement , ainfi que
le bois de chauffage ,fut fourni fi à propos , que
» le Soldat ne fit pas le moindre défordre . La vian-
» de pour le Soldat , eft ici taxée à trois fols , & le
pain le plus blanc à un fol fix deniers . >>
M. le Marquis de Villeroi a prêté ferment le 25
Juin , entre les mains du Roi , pour la furvivance
de la place de Capitaine des Gardes du Corps ,
dont M. le Duc de Villerei , fon oncle , eft titu→
laire. Il en a fait les fonctions le même jour.
Le Roi a nommé Protecteur des affaires de
France , à Rome , M. le Cardinal Profper Colonna
de Sciarra.
M. le Marquis de Cambis , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , à qui le Roi avoit donné celui
de Nice , vacant par la mort de M. le Comte dela
Queille , ayant défiré de garder le fien , Sa<
Majefté a difpofé de celui de Nice , en faveur
de M. le Vicomte de la Tournelle , Capitaine de
Grenadiers dans le Régiment de Cambis.
Par une nouvelle Ordonnance rendue le premier
Juin dernier , le Roi a accordé une augmentation
de traitement aux Troupes d'Infante
rie Françoife , pour l'entretien du linge & de la
chauffure defdites Troupes.
Le 29. Juin , M. Rouillé , ci- devant Miniftre des
affaires étrangeres , M. le Marquis de Paulmy &
M. de Moras , eurent l'agrément du Roi , pour fe
retirer du Confeil.
Le 30 Juin , M. le Maréchal Duc de Belle- Me
à l'occafion de la mort de M. le Comte de Giſors ,
fon fils , eut l'honneur d'être vifité par le Roi ,
la Reine , Monfeigneur le Dauphin , Madame
Infante & Madame Adelaide. Madame la Dauphine
& Mesdames Victoire, Sophie & Louife
JUILLET. 1758. 201
firent le lendemain premier Juillet , le même honce
Maréchal. neur à
Le 2 Juillet , Sa Majefté admit au Confeil M.
le Maréchal d'Eftrées , & M. de Berryer , qui
étoit déja du Confeil des dépêches . M. le Marquis
de Puyfieulx y reprit auffi féance.
Le même jour , M. le Duc de Trefmes prêta
ferment entre les mains du Roi , pour le Gouver
nement de l'Ile de France .
Le 3 Juillet , le Roi donna les entrées de la
Chambre à M. le Duc de Broglie , Lieutenant-
Général de fes Armées.
Le Roi a difpofé de la charge de Meftre de
Camp-Lieutenant du Régiment des Carabiniers
de Monſeigneur le Comte de Provence , en fa-*
veur de M. le Marquis de Poyanne , Lieutenant-
Général , Infpecteur Général des Troupes de
Cavalerie & de Dragons.
De la Brigade vacante dans le même Régiment
, par la mort de M. de la Tour , en faveur
de M. de Saint - André , Lieutenant- Colonel
de celle de Bovet , avec rang de Meſtre de
Camp.
Et de la Brigade vacante par la retraite de
M. de Maifons , en faveur de M. Poiffon de
Malvoifin , Meftre de Camp de Cavalerie..
Le 28, Juin , M. le Duc de Trefmes fut reçu
au Parlement , Pair de France,
Le 26 Juin , M. de la Curne de Sainte- Palaye ,
élu par l'Académie Françoife , pour remplir la
place vacante par la mort de M. Boiffy , prit
féance dans cette Compagnie , & prononça fon
difcours de remerciment auquel M. l'Abbé Alaric
répondit.
La Tartane que commandoit M. Calais d'Arles
, & dont un Ĉorfaire Anglois s'étoit emparé ,
106 MERCURE DE FRANCE.
a été réprife le premier de Jain , par le Navire
le Saint- Antoine, fur les côtes de Catalogue , &
ramenée dans ce Port.
LeRoi , la Reine, & la Famille Royale , figne:
rent le 11 Juin le Contrat de mariage de M. le
Marquis d'Efparbès , avec Mademoiſelle Thoinard
de Jouy , & celui de M. le Comte de Guitaut
avec Mademoiſelle Durey de Meinieres.
Le IS le Prince Xavier de Saxe partit de Ver
failles vers les dix heures du foir pour fe rendre à
Parmée du Roi.
Iw
201 MERCURE DE FRANCE.
Sa Majesté a tenu le Sceau pour la trente-unies
me & trente- deuxieme fois.
Madame la Ducheffe de Rohan-Chabot fut préfentée
le 18 au Roi & à la Reine , & elle prit le tabouret.
Le 19 , M. de Chevert , Lieutenant- Général
des Armées du Roi , arriva ici fur les fept heures
du foir. Il eut une conférence avec M. le Maréchal
Duc de Belle -Ifte , & il partit la nuit même pour
fe rendre à l'Armée de M. le Comte de Clermont.
Toutes les lettres qu'on reçoit de Bretagne confirment
que les Anglois fe font rembarqués les 1 1 ,
12 & 13 de Juin avec effroi & précipitation . Ils
n'ont point jugé à propos d'attendre l'arrivée des
Troupes que M. le Duc d'Aiguillon avoit fait venir
de divers endroits de la Province , ni celles
que M. le Duc d'Harcourt amenoit de Normandie.
Tout le dommage qu'ils ont caufé s'eft borné
à Saint- Servan , Fauxbourg de Saint - Malo ; ils
n'ont rien ofé entreprendre contre la Vile , ou
l'on avoit fait entrer deux mille hommes de Trou
pes , foutenus par trois mil e Bourgeois bien ar❤
més & d'une grande réfolution . Cette Ville étoit
d'ailleurs bien pourvue de munitions de toute efpece
, & par conféquent en état de faire une vigoureufe
défenfe. Les Troupes ont marqué beaucoup
d'ardeur pour marcher à l'ennemi , & les
Bretons le plus grand zele pour la défenſe de leur
Province. La Nobleffe , plufieurs Préfidens & Con
feillers du Parlement de Rennes faifoient armer
leurs Vaffaux , & les Ecoliers de Droit ne demandoient
des Officiers
que
les conduire contre
pour
les Anglois. L'Amiral Anfon avoit fait fortir le 15
fa flotte de la Baye de Cancale ; mais les vents
contraires l'ont obligé d'y rentrer , & elle y étoit
encore le Dimanche 18. Partout où fe porteront
les Anglois , ils trouveront nos côtes garnies & en
JUILLET. 1758. 203
état de faire échouer toutes leurs entrepriſes.
Une lettre du camp de Granville , en Baffe - Nor
mandie , datée du ro Juin , contient le détail fuivant.
« Le z de Juin vers les neuf heures du ma-
» tin , la Flotte Angloiſe párut à la Folle de Mon
» ville , & le même jour elle entra vers les fix heu
» res du foir dans l'Anfe de Vauville . Au premier
» avis qu'en reçut M. le Comte de Raymond , Ma.
» réchal de Camp , qui commande à Vallogne
>>> cet Officier Général fit marcher les Grenadiers
» du Régiment de Guyenne , avec un Piquet , &
#il envoya des ordres pour raffembler toutes les
» Troupes de ce quartier . Ces difpofitions devin→
rent inutiles par le départ de la flotte , qu'on re-
» vit le à trois heures du matin à la hauteur du
>> Cap Frehel & cette Flotte mouilla le même
» jour à neuf heures du matin fous Cancale. M.
>> le Com e de Coetlogon , Lieutenant- Général ,
» qui commande à Coutances , fit partir les Gre
>> nidiers de Saint - Chamond ; il donna en même-
>> temps des ordres pour faire marcher les Trou-
» pes de la Généralité , & pour les raffembler à
» Granville , où il arriva le lendemain 6 avec le
» Régiment de Saint - Chamond. Il trouva les ha
» bitans de cette Ville , qui étoient ratfurés par la
>>prefence & par les bonnes difpofitions de M. le
» Prince de Robec , dans la plus grande fécurité .
» Le même jour , ce Général alla reconnoître &
» marquer un camp , où toutes les Troupes fe
>> read rent avec la plus grande diligence. Le Sub-
» dé égué de l'Election de Coutances , que ce Gé
néral avoit char é de faire les approvifionne
» mens néc flaires , avoit pr's des metures fi exac-
> res , que le Régiment de Lorraine fut campé le
» 8 & le reste de l'armée le 9. Ce camp formé en
» quatre jours dans le canton le plus ingrat de la
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Normandie , fut abondamment pourvu de tou
tes chofes , & le bois de campement , ainfi que
le bois de chauffage ,fut fourni fi à propos , que
» le Soldat ne fit pas le moindre défordre . La vian-
» de pour le Soldat , eft ici taxée à trois fols , & le
pain le plus blanc à un fol fix deniers . >>
M. le Marquis de Villeroi a prêté ferment le 25
Juin , entre les mains du Roi , pour la furvivance
de la place de Capitaine des Gardes du Corps ,
dont M. le Duc de Villerei , fon oncle , eft titu→
laire. Il en a fait les fonctions le même jour.
Le Roi a nommé Protecteur des affaires de
France , à Rome , M. le Cardinal Profper Colonna
de Sciarra.
M. le Marquis de Cambis , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , à qui le Roi avoit donné celui
de Nice , vacant par la mort de M. le Comte dela
Queille , ayant défiré de garder le fien , Sa<
Majefté a difpofé de celui de Nice , en faveur
de M. le Vicomte de la Tournelle , Capitaine de
Grenadiers dans le Régiment de Cambis.
Par une nouvelle Ordonnance rendue le premier
Juin dernier , le Roi a accordé une augmentation
de traitement aux Troupes d'Infante
rie Françoife , pour l'entretien du linge & de la
chauffure defdites Troupes.
Le 29. Juin , M. Rouillé , ci- devant Miniftre des
affaires étrangeres , M. le Marquis de Paulmy &
M. de Moras , eurent l'agrément du Roi , pour fe
retirer du Confeil.
Le 30 Juin , M. le Maréchal Duc de Belle- Me
à l'occafion de la mort de M. le Comte de Giſors ,
fon fils , eut l'honneur d'être vifité par le Roi ,
la Reine , Monfeigneur le Dauphin , Madame
Infante & Madame Adelaide. Madame la Dauphine
& Mesdames Victoire, Sophie & Louife
JUILLET. 1758. 201
firent le lendemain premier Juillet , le même honce
Maréchal. neur à
Le 2 Juillet , Sa Majefté admit au Confeil M.
le Maréchal d'Eftrées , & M. de Berryer , qui
étoit déja du Confeil des dépêches . M. le Marquis
de Puyfieulx y reprit auffi féance.
Le même jour , M. le Duc de Trefmes prêta
ferment entre les mains du Roi , pour le Gouver
nement de l'Ile de France .
Le 3 Juillet , le Roi donna les entrées de la
Chambre à M. le Duc de Broglie , Lieutenant-
Général de fes Armées.
Le Roi a difpofé de la charge de Meftre de
Camp-Lieutenant du Régiment des Carabiniers
de Monſeigneur le Comte de Provence , en fa-*
veur de M. le Marquis de Poyanne , Lieutenant-
Général , Infpecteur Général des Troupes de
Cavalerie & de Dragons.
De la Brigade vacante dans le même Régiment
, par la mort de M. de la Tour , en faveur
de M. de Saint - André , Lieutenant- Colonel
de celle de Bovet , avec rang de Meſtre de
Camp.
Et de la Brigade vacante par la retraite de
M. de Maifons , en faveur de M. Poiffon de
Malvoifin , Meftre de Camp de Cavalerie..
Le 28, Juin , M. le Duc de Trefmes fut reçu
au Parlement , Pair de France,
Le 26 Juin , M. de la Curne de Sainte- Palaye ,
élu par l'Académie Françoife , pour remplir la
place vacante par la mort de M. Boiffy , prit
féance dans cette Compagnie , & prononça fon
difcours de remerciment auquel M. l'Abbé Alaric
répondit.
La Tartane que commandoit M. Calais d'Arles
, & dont un Ĉorfaire Anglois s'étoit emparé ,
106 MERCURE DE FRANCE.
a été réprife le premier de Jain , par le Navire
le Saint- Antoine, fur les côtes de Catalogue , &
ramenée dans ce Port.
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En juin et juillet 1758, plusieurs événements marquants ont eu lieu à la cour de France. Le 11 juin, le roi et la reine ont signé les contrats de mariage du marquis d'Éparbès avec Mademoiselle Thoinard de Jouy, et du comte de Guitaut avec Mademoiselle Durey de Meinieres. Le prince Xavier de Saxe a quitté la cour pour rejoindre l'armée royale. Le roi a exercé ses fonctions de sceau pour la trente-et-unième et trente-deuxième fois. La duchesse de Rohan-Chabot a été présentée au roi et à la reine le 18 juin et a reçu le privilège du tabouret. Le 19 juin, M. de Chevert, lieutenant-général des armées du roi, est arrivé à Paris et a eu une conférence avec le maréchal duc de Belle-Isle avant de partir pour l'armée du comte de Clermont. En Bretagne, les Anglais ont tenté de débarquer à Saint-Malo les 11, 12 et 13 juin, mais ont dû se rembarquer sans attaquer, face à la résistance des troupes et des bourgeois armés. L'amiral Anson a également échoué à sortir sa flotte de la baie de Cancale en raison des vents contraires. En Basse-Normandie, une flotte anglaise est apparue près de Montville le 22 juin et a mouillé sous Cancale. Les troupes françaises se sont préparées et ont campé près de Granville. Le marquis de Villeroi a prêté serment pour la survivance de la place de capitaine des Gardes du Corps. Le roi a nommé le cardinal Prosper Colonna de Sciarra protecteur des affaires de France à Rome et a accordé une augmentation de traitement aux troupes d'infanterie pour l'entretien du linge et du chauffage. Le 29 juin, M. Rouillé, le marquis de Paulmy et M. de Moras ont obtenu l'agrément du roi pour se retirer du Conseil. Le 30 juin, le maréchal duc de Belle-Isle a été visité par le roi et la famille royale à l'occasion de la mort de son fils. Le 2 juillet, le roi a admis au Conseil le maréchal d'Estrées et M. de Berryer, et le duc de Trémoïlle a prêté serment pour le gouvernement de l'île de France. Le duc de Broglie a reçu les entrées de la Chambre. Plusieurs nominations et promotions ont été effectuées dans les régiments de cavalerie et d'infanterie. Le duc de Trémoïlle a été reçu au Parlement en tant que pair de France. M. de la Curne de Sainte-Palaye a été élu à l'Académie Française pour remplacer M. Boissy. Enfin, la tartane commandée par M. Calais d'Arles, capturée par un corsaire anglais, a été reprise et ramenée en Catalogne.
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12
p. 199-201
DE PARIS, le 1 Décembre.
Début :
Le 20 du mois dernier, l'Escadre aux ordres du Maréchal de Conflans [...]
Mots clefs :
Escadre, Maréchal, Amiral Hawke, Bretagne, Vaisseaux, Capitaine, Combat, Artillerie, Maréchal Daun, Ordre, Enrôlement, Garnison, Capitulation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE PARIS, le 1 Décembre.
De PARIS , le 1 Décembre.
Le zo du mois dernier , l'Eſcadre aux ordres
du Maréchal de Conflans fut rencontrée à la hauteur
de Belle- Ifle par celle de l'Amiral Hawke ,
renforcée de tous les vaiffeaux que les Anglois
avoient à la côte de Bretagne. La mer étoit fort
grofle , il y a eu des changemens de vent par
grains dans la journée , ce qui n'a permis à aucune
des deux Efcadres de fe mettre en ligne . Cependant
le combat s'engagea vers deux heures aprèsmidi
entre les vaiffeaux de l'arriere garde , qui
étoient le Magnifique , le Héros & le Formidable
, lefquels furent attaqués & environnés
par huit ou dix vaiffeaux Anglois. Peu de tems
après le combat devint général , mais fans ordre
de part & d'autre. Le Formidable commandé par
le fieur de Saint-André du Verger , Chef d'Efcadre
des armées navales , eft le feul vaiffeau qui ait été
pris. On a eu le malheur de perdre le vaiffeau le
Théfée & le Superbe , commandés par les fieurs de
Kerfaint & de Montalais , Capitaines de Vaiffeau.
Ils ont coulé à fond dans le combat , pen
dant lequel un Vaiffeau de l'Eſcadre Angloife
dont on ignore le nom , a auffi coulé à fond. Le
Vailleau le Soleil Royal , que montoit le Maréchal
de Conflans , s'eſt brûlé à la côte du Croific
le 21 , après qu'on a eu fauvé l'équipage . Le
Héros , commandé par le Vicomte de Sanfay ,
qui a eu trente hommes tués , & quatre-vingt-fix
bleffés dans le combat , s'eſt brûlé au même en-
Liv
200 MERCURE DE FRANCE.
droit. Le Jufte , commandé par le fieur de Saint-
Allouarn , Capitaine de Vaiffeau , tué dans le combat,
& après lui par le fieur Rofmader de Saint-
Allouarn , fon frere , auffi tué dans le combat , a
péri à l'ance d'Ecoublas à l'entrée de la Loire , &
on a fauvé une partie de l'équipage . Les vaiffeaux
Anglois la Réfolution , de foixante- quatorze canons
, & l'Effex de foixante - dix , ont péri à la
côte du Croilic. Un autre vaiffeau Anglois dont
on ignore lenom a aufli péri à l'entrée de la Loire.
Une partie des vaiffeaux de l'efcadre de Breſt eſt à
la rade de l'lfle d'Aix , & les autres font dans la
rivière de Vilaine.
Le fieur Galibert , dépêché par le Comte de
Montazet, apporta la nouvelle fuivante . Le Maréchal
de Daun attaqua le 20 Novembre un corps
de Pruffiens d'environ vingt-quatre mille hommes
commandés par les Généraux Finck "
Wunsch & Rebentiſch. Le combat s'eft donné
à Maxen à deux lieues de Pyrna & à trois lieues
de Drefde. Il a commencé à midi & n'a fini
qu'a la nuit Les Prufliens ayant été dépoftés des
hauteurs qu'il occupoient & forcés de ſe retirer
dans un fond , ont perdu dans cette occafion
la plus grande partie de leur artillerie & toutes
leurs munitions.
Le Maréchal de Daun avoit fait fes difpofitions,
de maniere que ce Corps d'Arinée étoit entouré
par les troupes Autrichiennes & par celles de
l'Empire. Le lendemain le Général Rebentiſch fur
envoyé au Maréchal de Daun par le Général
Finck , pour capituler. Le Maréchal de Daun exigea
que cette armée mit les arines bas , & fe rendit
prifonniere de guerre ; & il ne donna que
quatre minutes pour fe déterminer . Les Pruffiens
ont été forcés de fubir ces conditions . On les a fait
partir ce même jour pour la Bohême . Il y avoit
JANVIER. 1760 .
201
dans ce corps d'armée fix mille hommes de Cavalerie.
On aifure que le Roi de Pruffe & le Prince
Henri étoient à quatre lieues du champ de bataille
avec trente mille hommes.
On affure auffi qu'il a envoyé ordre dans tous
fes Etats d'enrôler tout ce qu'il y refte d'hommes
depuis l'âge de 14 ans jufqu'à celui de 60 .
Du 8.
La garnifon de Munfter a capitulé le 21 du
mois dernier. Elle a obtenu les honneurs de la
guerre Les ennemis ont donné toutes fortes de
marques de confidérations aux troupes qui la
compofent ainsi qu'au Marquis de Gayon , Maréchal-
de-camp , qui la commande , & au fieur de
Boisclaireau , Lieutenant de Roi & de la Ville,
La garnifon eft arrivée à Wefel le 26 .
Le zo du mois dernier , l'Eſcadre aux ordres
du Maréchal de Conflans fut rencontrée à la hauteur
de Belle- Ifle par celle de l'Amiral Hawke ,
renforcée de tous les vaiffeaux que les Anglois
avoient à la côte de Bretagne. La mer étoit fort
grofle , il y a eu des changemens de vent par
grains dans la journée , ce qui n'a permis à aucune
des deux Efcadres de fe mettre en ligne . Cependant
le combat s'engagea vers deux heures aprèsmidi
entre les vaiffeaux de l'arriere garde , qui
étoient le Magnifique , le Héros & le Formidable
, lefquels furent attaqués & environnés
par huit ou dix vaiffeaux Anglois. Peu de tems
après le combat devint général , mais fans ordre
de part & d'autre. Le Formidable commandé par
le fieur de Saint-André du Verger , Chef d'Efcadre
des armées navales , eft le feul vaiffeau qui ait été
pris. On a eu le malheur de perdre le vaiffeau le
Théfée & le Superbe , commandés par les fieurs de
Kerfaint & de Montalais , Capitaines de Vaiffeau.
Ils ont coulé à fond dans le combat , pen
dant lequel un Vaiffeau de l'Eſcadre Angloife
dont on ignore le nom , a auffi coulé à fond. Le
Vailleau le Soleil Royal , que montoit le Maréchal
de Conflans , s'eſt brûlé à la côte du Croific
le 21 , après qu'on a eu fauvé l'équipage . Le
Héros , commandé par le Vicomte de Sanfay ,
qui a eu trente hommes tués , & quatre-vingt-fix
bleffés dans le combat , s'eſt brûlé au même en-
Liv
200 MERCURE DE FRANCE.
droit. Le Jufte , commandé par le fieur de Saint-
Allouarn , Capitaine de Vaiffeau , tué dans le combat,
& après lui par le fieur Rofmader de Saint-
Allouarn , fon frere , auffi tué dans le combat , a
péri à l'ance d'Ecoublas à l'entrée de la Loire , &
on a fauvé une partie de l'équipage . Les vaiffeaux
Anglois la Réfolution , de foixante- quatorze canons
, & l'Effex de foixante - dix , ont péri à la
côte du Croilic. Un autre vaiffeau Anglois dont
on ignore lenom a aufli péri à l'entrée de la Loire.
Une partie des vaiffeaux de l'efcadre de Breſt eſt à
la rade de l'lfle d'Aix , & les autres font dans la
rivière de Vilaine.
Le fieur Galibert , dépêché par le Comte de
Montazet, apporta la nouvelle fuivante . Le Maréchal
de Daun attaqua le 20 Novembre un corps
de Pruffiens d'environ vingt-quatre mille hommes
commandés par les Généraux Finck "
Wunsch & Rebentiſch. Le combat s'eft donné
à Maxen à deux lieues de Pyrna & à trois lieues
de Drefde. Il a commencé à midi & n'a fini
qu'a la nuit Les Prufliens ayant été dépoftés des
hauteurs qu'il occupoient & forcés de ſe retirer
dans un fond , ont perdu dans cette occafion
la plus grande partie de leur artillerie & toutes
leurs munitions.
Le Maréchal de Daun avoit fait fes difpofitions,
de maniere que ce Corps d'Arinée étoit entouré
par les troupes Autrichiennes & par celles de
l'Empire. Le lendemain le Général Rebentiſch fur
envoyé au Maréchal de Daun par le Général
Finck , pour capituler. Le Maréchal de Daun exigea
que cette armée mit les arines bas , & fe rendit
prifonniere de guerre ; & il ne donna que
quatre minutes pour fe déterminer . Les Pruffiens
ont été forcés de fubir ces conditions . On les a fait
partir ce même jour pour la Bohême . Il y avoit
JANVIER. 1760 .
201
dans ce corps d'armée fix mille hommes de Cavalerie.
On aifure que le Roi de Pruffe & le Prince
Henri étoient à quatre lieues du champ de bataille
avec trente mille hommes.
On affure auffi qu'il a envoyé ordre dans tous
fes Etats d'enrôler tout ce qu'il y refte d'hommes
depuis l'âge de 14 ans jufqu'à celui de 60 .
Du 8.
La garnifon de Munfter a capitulé le 21 du
mois dernier. Elle a obtenu les honneurs de la
guerre Les ennemis ont donné toutes fortes de
marques de confidérations aux troupes qui la
compofent ainsi qu'au Marquis de Gayon , Maréchal-
de-camp , qui la commande , & au fieur de
Boisclaireau , Lieutenant de Roi & de la Ville,
La garnifon eft arrivée à Wefel le 26 .
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Résumé : DE PARIS, le 1 Décembre.
Le 1er décembre, une bataille navale a opposé les escadres française et anglaise près de Belle-Île. La mer agitée et les changements de vent ont perturbé les manœuvres. Le vaisseau français Formidable a été capturé, tandis que les Thésée et Superbe ont coulé, ainsi qu'un vaisseau anglais inconnu. Le Soleil Royal, commandé par le Maréchal de Conflans, s'est échoué et a brûlé. Le Héros et le Juste ont également brûlé après de lourdes pertes. Plusieurs vaisseaux anglais ont été perdus. Sur le front terrestre, le Maréchal de Daun a attaqué un corps prussien de 24 000 hommes près de Maxen le 20 novembre. Les Prussiens ont été délogés et ont perdu une grande partie de leur artillerie et munitions. Le lendemain, le Général Rebentisch a négocié la capitulation, et les Prussiens ont été faits prisonniers et envoyés en Bohême. Le Roi de Prusse et le Prince Henri étaient proches avec 30 000 hommes. La garnison de Münster a capitulé le 21 novembre, obtenant les honneurs de la guerre, et est arrivée à Wesel le 26 novembre.
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13
p. 64-75
HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établissement de la Monarchie, jusqu'au regne de LOUIS XIV. par M. VILLARET, Sécretaire de Nosseigneurs les Pairs de France, Garde des Archives de la Pairie ; à Paris chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais, vis-à-vis le Collége ; 1763 ; avec approbation & privilége du Roi. Tomes XI & XII. Volumes in-12.
Début :
Nous avons déja fait connoître dans plusieurs de nos précédens Mercures, [...]
Mots clefs :
Roi, Règne, Paris, Monarque, Évêque, Bretagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établissement de la Monarchie, jusqu'au regne de LOUIS XIV. par M. VILLARET, Sécretaire de Nosseigneurs les Pairs de France, Garde des Archives de la Pairie ; à Paris chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais, vis-à-vis le Collége ; 1763 ; avec approbation & privilége du Roi. Tomes XI & XII. Volumes in-12.
NOUVELLES LITTERAIRES..
HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établiſſement
dela Monarchie, jufqu'au
regne de LOUIS XIV. par M. VILLARET
, Sécretaire de Noffeigneurs
les Pairs de France , Garde des Archives
de la Pairie ; à Paris chez
Defaint & Saillant , rue S. Jean de
Beauvais , vis - à - vis le Colége ;
2763 ; avec approbation & privilé--
ge
du Roi. Tomes XI & XII. Volumes.
in- 12 ..
NOUS ous avons déja fait connoître dans :
plufieurs de nos précédens Mercures
le mérite de cet . Ouvrage , & ce qui
le diftingue fpécialement de toutes nos
autres Hiftoires de France . Nous nous
bornerons donc aujourd'hui dans notre-
Analyfe , à parcourir quelques-uns des
faits principaux contenus dans les deux
FEVRIER. 1763. 65
Volumes qui paroiffent nouvellement ,
& qui commencent à l'année 1378 fous
le régne de Charles V, & finiffent fous
celui de Charles VI, l'an 1407.-
Les fréquens démêlés de Charles V,
dit le Sage , avec Jean de Montfort ,
Duc de Bretagne , eft ce qui occupe
une affez grande partie de l'onziéme
Volume. Če Duc errant & fugitif à
la Cour de Londres , ne néglige aucune
occafion de manifefter fa haine
contre la France & fon attachement
aux Anglois. Charles défefpérant de
foumettre cette ame infléxible , forma
le projet de le pouffer à bout en le
privant fans retour de fon patrimoine ;
mais fa mort qui arriva peu de temps
après , l'empêcha d'éxécuter fon projet.
Celle du vertueux & brave Duguefclin
étoit arrivée quelque temps
auparavant. » Suivant les dernieres vo-
» lontés du Connétable , on portoit fon
» corps en Bretagne , pour l'inhumer
» dans l'Eglife des Dominicains de Di-
» nan , où il avoit choifi fa fépulture.
» Le Roi fit arrêter le convoi , & or-
» donna qu'il prît la route de l'Abbaye
» de S. Denis. Il traverfa une partie de
» la France ; cette marche lugubre fit
» partout verfer des larmes ; partout
>
66 MERCURE DE FRANCE.
» on célébra des fervices funéraires , &
» on lui rendit les mêmes honneurs
» qu'on auroit pu rendre au Monarque.
» On ne voulut point augmenter l'af-
» fliction incroyable dont les Parifiens
» étoient pénétrés , en faifant paffer par
» leur ville les reftes infenfibles d'un
guerrier qu'ils regardoient comme
leur Dieu tutélaire : mais cette pré-
» caution fut inutile ; ils bordérent les
chemins où cette trifte pompe étoit
» attendue ; ils la fuivirent en l'accom-
" pagnant de leurs regrets & de leurs
» fanglots.... Le Roi fit éléver à Du-
»
29
guefclin un maufolée placé au pied
» de la fépulture qu'il avoit choifie pour
» lui-même. On lit fur fa tombe cette
» modefte épitaphe , dont la noble fimplicité
forme un contrafte fingulier
» avec ces faftueufes infcriptions , qui ,
grace à la vanité des modernes , furchargent
la cendre de ces morts obf-
» curs , dont la célébrité ne s'étend pas
" au de-là des limites de leur vie. Ici
» gît noble homme Meffire Bertrand
Duguefclin , Comte de Longueville ,
» & Connétable de France , qui trépaffa
au Chaftel neuf de Randan en
» Gévaudan , en la Sénéchauffée de
» Beaucaire , le treizième jour de Juillet
1380. Priez Dieu pour lui.
93
FEVRIER. 1763. 67
""
Après avoir rapporté la mort de Duguefclin
, & les regrets mêlés de larmes
qu'elle caufa à Charles V , M. Villares
fait un très-bel éloge de ce héros avec
lequel il compare M. de Turenne. Ce
morceau nous a paru mériter une attention
particuliere . » Si parmi cette
foule de héros connus dans nos an-
» nales il étoit permis d'en choisir un ,
» pour le placer à côté de Duguefclin ,
» le grand Turenne feroit peut -être ce-
» lui qui paroîtroit le plus propre à être
w mis en parallèle avec le bon Conné-
» table : car c'eft de ce nom que nos
» ayeux appelloient Dugucfclin long-
» temps après fa mort. Turenne aidé des
» connoiffances d'un fiécle plus éclai-
» ré , étoit fans doute plus habile Ca-
»pitaine que Bertrand : mais on peut
» dire à la gloire de ce dernier , qu'il tira
» de fon propre fonds tout ce qu'il
» fit voir de génie militaire dans un
» temps où l'art de la guerre étoit en-
" core dans fon enfance. I eft peut-
» être le premier de nos Généraux qui
» ait découvert & mis en pratique la-
» vantage des campemens , des mar-
≫ches lavantes des difpofitions ré-
, fléchies ; manoeuvres négligées par
anos ayeux , & que même ils fai68
MERCURE DE FRANCE.
,
>
·
» foient gloire d'ignorer. Avant &
»longtemps après lui on ne favoit que
» fondre avec impétuofité fur l'ennemi ;
" on fe battoit fans prèfque obferver
» d'ordre ; la fortune décidoit de l'évé
» nement. Bravoure modeſtie , gé- .
» nérofité tout fe trouve égal entre
» nos deux Héros. Turenne fit diftri-:
» buer fa vaiffelle d'argent à fes fol-
» dats ; Duguefclin vendit fes Terres
» pour payer fon Armée : la plus belle-
» campagne de Duguefclin & celle de
" Turenne fe reffemblent , ils aimerent
tous deux également leur patrie , &
» leur Souverain ; ils les fervirent utile-
» ment ; illuftrés par les mêmes vertus
» s'ils éprouverent des contradictions
» par des rapports ou des intrigues de
» quelques courtifans qu'offufquoit l'é-
» clat de leur mérite , ils fçurent dé-
"
daigner les frivoles manèges ; enfin ,.:
» après une révolution de trois fiécles ,
» ces deux Guerriers , l'honneur de la :
» France , entre lefquels tant de qua
» lités héroïques ont pris une reffem-
» blance finguliére , fe font trouvés
»réunis prèfque fous la même tombe,
» auprès des Souverains pour lefquels
" ils avoient combattu.
La mort de Charles V , l'état des
FEVRIER. 1763. 69
fciences & des arts fous le régne de
ce Monarque , l'origine de diverfes
inftitutions contiennent des détails intéreffans
& curieux , auxquels les loix
de l'analyſe ne nous permettent pas
de nous arrêter. Nous exhortons nos
Lecteurs à lire ce que rapporte M. Villaret
au fujet des Rois & Hérauts d'armes.
Ce morceau pourra piquer leur
curiofité.
Le régne de Charles VI préfente des
événemens qu'on ne lira pas avec moins
d'intérêt. L'ambition des Princes du
Sang , qui , fous un Roi mineur gouvernent
la France à leur gré , forme un
tableau dont on ne peut bien fe faire
une idée , qu'en le voyant dans l'Ouvrage
même. Les affaires de Bretagne
reparoiffent encore fur la Scène . Elles
font place aux divifions inteftines , caùfées
par la révolte de plufieurs villes
qui ne finit que lorfque le Roi prend
en main les rênes du Gouvernement.
Nous pafferons fous filence la trifte &
funefte maladie de ce Monarque , qui a
replongé la France dans l'abîme de
malheurs que M. Villaret décrit avec
autant de chaleur que d'intérêt. C'eſt ſous
ce . Prince qu'a été inventé en France
le jeu de cartes , & voici comme notre
70 MERCURE DE FRANCE .
hiftorien rapporte cette origine . « Entre
» les curieufes fuperfluités qu'enfanta
parmi nous l'ennui de l'éxistence
و و
»
il
, ne faut pas oublier le jeu de cartes
» inventé , dit- on , pour procurer quel-
" que foulagement au Roi lorfque fes
accès lui laiffoient des intervervalles
de tranquillité. Cet amufement , qui
fait aujourd'hui les délices des focié-
» tés , où l'on fe pique le plus de poli-
» teffe & de raiſon , eft tellement confacré
par l'habitude , que nous l'avons
transformé en befoin réel . Jaquemin
» Gringonneur , Peintre demeurant
» rue de la Verrerie , fut le premier qui
» peignit des cartes à or & de diverfes
» couleur , pour l'efbatement du Roi .
»L'invention de ces fortes de figures
» n'étoit certainement pas nouvelle ;
>
;
car un Statut du Synode de Wor-
» cheftre , profcrit entr'autres jeux de ha-
>
zard , celui du Roi & de la Reine. On
» trouve dans la vie de S. Bernard de
» Sienne , parmi les inftrumens de jeux
divers , tels que les palets , les dés
» qu'on apporta dans la Place publique
» pour les brûler , des figures peintes ,
» des cartes de triomphe , dont l'un de
» nos jeux de cartes retient encore le
» nom. Mais cette récréation avoit été
FEVRIER. 1763. 71
j
33
33
» long- temps négligée , lorfque la démence
du Roi la tira de l'obfcurité.
" La nation ne tarda pas à
l'adopter
» & la fureur de ce jeu abforba bien-
» tôt toutes les autres. Quatre années
» s'étoient à peine écoulées , que cette
» manie étoit devenue épidémique. Le
» Prévôt de Paris rendit une Ordon-
» nance qui l'interdifoit ; mais la dé-
» fenfe fut d'autant plus mal obſervée ,
» que la Cour donnoit publiquement le
premier éxemple de la tranfgreffion. »
Ce fut fous le même Règne de Charles
VI , qu'on vit fleurir la Cour amoureufe
, formée par le nombre & la qualité
des Officiers , fur le modèle des
Cours Souveraines : Préfidens , Confeillers
, Maîtres des Requêtes , Auditeurs
, Chevaliers d'honneur , grands-
Veneurs , Secrétaires , Gens du Roi
leurs Subftituts ; en un mot , toutes les
Charges qui formoient les Jurifdictions
fupérieures , y étoient fpécifiées . Les
plus grands Seigneurs briguoient l'honneur
d'y être admis . Les Princes du
Sang étoient à la tête de cette Compagnie
entiérement confacrée à l'Amour.
On voit dans la lifte des Officiers les
noms des plus anciennes familles du
Royaume. On y voir des Magiftrats ,
72 MERCURE DE FRANCE .
"
& ce qui doit paroître fingulier de nos
jours , on eft étonné de trouver dans
cette affociation voluptueufe des Docteurs
en Théologie , des grands Vicaires ,
des Chapelains , des Curés , des Chanoines
de Paris & de plufieurs autres
villes.
A la fin du quatorziéme fiécle , lorfqu'on
faifoit mourir des hommes revêtus
du Sacerdoce , on obfervoit une cérémonie
qui paroît s'être perdue parmi
nous c'est la dégradation. Voici ce
qui arriva à deux Religieux Prêtres qui
avoient entrepris la guérifon du Roi.
» Le Maréchal de Sancerre , dit M.
» Villaret , avoit envoyé de Guyenne
» deux Auguftins qui s'étoient vantés
» de guérir l'infirmité du Roi ..... On
» eut grand foin de leur fournir tout
» ce qu'ils demanderent : après avoir
» fans fuccès éffayé divers remèdes
» entr'autres un breuvage de perles dif-
" tillées ; ils eurent recours aux invo-
» cations magiques , qui n'opérerent pas
»davantage. On s'étoit contenté juf-
» ques -là de les obferver ; mais lorf-
» que des incifions qu'ils firent fur la
» tête du Monarque eurent redoublé la
» violence des accès , on conçut des
» foupçons que leur conduite ne détruifit
FEVRIER. 1763. 73
"
29 truifit pas ..... Ces deux Moines im-
" pudens oferent accufer le Duc d'Or-
» léans lui-même : on les interrogea ; ils
» fe couperent. Appliqués à la queſtion ,
» ils avouerent leur impofture ... Avant
» que de livrer les deux Prêtres empy-
» riques à la Juftice féculière , ils furent
dégradés. Pour cet effet on les con-
» duifit à la Grève les mains liées , ayant
» fur la tête des mîtres de papier , où
» leurs noms étoient écrits : ils s'appel-
» loient Pierre & Lancelot. Un écri-
» teau de parchemin attaché à leur dos
» contenoit leurs crimes. L'Evêque de
» Paris , en habits pontificaux , fortit
» d'une des fenêtres de l'Hôtel- de-Ville ,
» & s'avança par une gallerie fur un
» échaffaut tendu de drap de laine. Il
» étoit accompagné de fix autres Evêques
& de plufieurs Eccléfiaftiques.
» Les deux criminels monterent fur un
» échafaut élevé vis-à-vis de celui du
Clergé : un Docteur en Théologie les
» prêchoit. Le fermon fini , l'Evêque
» leur dit puifque vous avez profané
» par vos actions infâmes le glorieux
» caractére de notre Religion , nous vous
» déclarons indignes de la communion
» des Fidéles & detoute fonction Eccléfia-
»ftique. Les Prêtres de la fuite de l'Evê-
:
D
74 MERCURE DE FRANCE .
t
»
"
» que les revêtirent enfuite des ornemens
» facerdotaux. Alors ces malheureux fe
mirent à genoux , & confefferent leurs
» crimes. On leur mit entre les mains
» le Calice , que l'Evêque reprit lui-
» même , en difant : nous t'otons le Ca-
» lice avec lequel tu confacrois le nom de
N. S. On obferva la même cérémonie
» pour les autres ornemens. Lorsqu'ils
furent entiérement dépouillés , l'Evêque
ordonna qu'on leur raclât les
doigts , & qu'on les lavât dans une
» liqueur préparée à cet effet...... A
l'inftant le Sergent & les Archers du
» Prévôt de Paris s'en emparerent. Après
» les avoir promenés nuds en chemiſes
» dans les principales rues , ils les rame-
» nerent à la Grève , où ils furent dé-
» capités »
Nous defirerions que les bornes ordinaires
d'un extrait nous permiffent de
rapporter tout le morceau de cette hiftoire
, qui concerne l'origine des Spectacles
en France . M. Villaret a fait fur
cette matière des recherches curieufes
& des obfervations très-intéreffantes .
Nous nous propofons d'en entretenir
un jour nos Lecteurs , en les renvoyant
à l'article des Spectacles , où ces recherches
& ces obfervations occuperontleur
LE
JANVIER. 1763. 75
S
r
t
r
véritable place . Nous avons lu tout ce
morceau avec une extrême fatisfaction
& le Public doit favoir gré à l'Auteur
d'avoir débrouillé un cahos , d'où quelques
autres hiftoriens ne s'étoient pas
fi bien tirés.
En général nous ne pouvons que répéter
les éloges que nous avons déja
donnés plufieurs fois à l'ouvrage de
M. Villaret. Son ftyle réunit à la fois la
chaleur , l'élégance & la précifion ; & les
faits , même les moins importans , y
font toujours préfentés d'une manière
piquante.
HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établiſſement
dela Monarchie, jufqu'au
regne de LOUIS XIV. par M. VILLARET
, Sécretaire de Noffeigneurs
les Pairs de France , Garde des Archives
de la Pairie ; à Paris chez
Defaint & Saillant , rue S. Jean de
Beauvais , vis - à - vis le Colége ;
2763 ; avec approbation & privilé--
ge
du Roi. Tomes XI & XII. Volumes.
in- 12 ..
NOUS ous avons déja fait connoître dans :
plufieurs de nos précédens Mercures
le mérite de cet . Ouvrage , & ce qui
le diftingue fpécialement de toutes nos
autres Hiftoires de France . Nous nous
bornerons donc aujourd'hui dans notre-
Analyfe , à parcourir quelques-uns des
faits principaux contenus dans les deux
FEVRIER. 1763. 65
Volumes qui paroiffent nouvellement ,
& qui commencent à l'année 1378 fous
le régne de Charles V, & finiffent fous
celui de Charles VI, l'an 1407.-
Les fréquens démêlés de Charles V,
dit le Sage , avec Jean de Montfort ,
Duc de Bretagne , eft ce qui occupe
une affez grande partie de l'onziéme
Volume. Če Duc errant & fugitif à
la Cour de Londres , ne néglige aucune
occafion de manifefter fa haine
contre la France & fon attachement
aux Anglois. Charles défefpérant de
foumettre cette ame infléxible , forma
le projet de le pouffer à bout en le
privant fans retour de fon patrimoine ;
mais fa mort qui arriva peu de temps
après , l'empêcha d'éxécuter fon projet.
Celle du vertueux & brave Duguefclin
étoit arrivée quelque temps
auparavant. » Suivant les dernieres vo-
» lontés du Connétable , on portoit fon
» corps en Bretagne , pour l'inhumer
» dans l'Eglife des Dominicains de Di-
» nan , où il avoit choifi fa fépulture.
» Le Roi fit arrêter le convoi , & or-
» donna qu'il prît la route de l'Abbaye
» de S. Denis. Il traverfa une partie de
» la France ; cette marche lugubre fit
» partout verfer des larmes ; partout
>
66 MERCURE DE FRANCE.
» on célébra des fervices funéraires , &
» on lui rendit les mêmes honneurs
» qu'on auroit pu rendre au Monarque.
» On ne voulut point augmenter l'af-
» fliction incroyable dont les Parifiens
» étoient pénétrés , en faifant paffer par
» leur ville les reftes infenfibles d'un
guerrier qu'ils regardoient comme
leur Dieu tutélaire : mais cette pré-
» caution fut inutile ; ils bordérent les
chemins où cette trifte pompe étoit
» attendue ; ils la fuivirent en l'accom-
" pagnant de leurs regrets & de leurs
» fanglots.... Le Roi fit éléver à Du-
»
29
guefclin un maufolée placé au pied
» de la fépulture qu'il avoit choifie pour
» lui-même. On lit fur fa tombe cette
» modefte épitaphe , dont la noble fimplicité
forme un contrafte fingulier
» avec ces faftueufes infcriptions , qui ,
grace à la vanité des modernes , furchargent
la cendre de ces morts obf-
» curs , dont la célébrité ne s'étend pas
" au de-là des limites de leur vie. Ici
» gît noble homme Meffire Bertrand
Duguefclin , Comte de Longueville ,
» & Connétable de France , qui trépaffa
au Chaftel neuf de Randan en
» Gévaudan , en la Sénéchauffée de
» Beaucaire , le treizième jour de Juillet
1380. Priez Dieu pour lui.
93
FEVRIER. 1763. 67
""
Après avoir rapporté la mort de Duguefclin
, & les regrets mêlés de larmes
qu'elle caufa à Charles V , M. Villares
fait un très-bel éloge de ce héros avec
lequel il compare M. de Turenne. Ce
morceau nous a paru mériter une attention
particuliere . » Si parmi cette
foule de héros connus dans nos an-
» nales il étoit permis d'en choisir un ,
» pour le placer à côté de Duguefclin ,
» le grand Turenne feroit peut -être ce-
» lui qui paroîtroit le plus propre à être
w mis en parallèle avec le bon Conné-
» table : car c'eft de ce nom que nos
» ayeux appelloient Dugucfclin long-
» temps après fa mort. Turenne aidé des
» connoiffances d'un fiécle plus éclai-
» ré , étoit fans doute plus habile Ca-
»pitaine que Bertrand : mais on peut
» dire à la gloire de ce dernier , qu'il tira
» de fon propre fonds tout ce qu'il
» fit voir de génie militaire dans un
» temps où l'art de la guerre étoit en-
" core dans fon enfance. I eft peut-
» être le premier de nos Généraux qui
» ait découvert & mis en pratique la-
» vantage des campemens , des mar-
≫ches lavantes des difpofitions ré-
, fléchies ; manoeuvres négligées par
anos ayeux , & que même ils fai68
MERCURE DE FRANCE.
,
>
·
» foient gloire d'ignorer. Avant &
»longtemps après lui on ne favoit que
» fondre avec impétuofité fur l'ennemi ;
" on fe battoit fans prèfque obferver
» d'ordre ; la fortune décidoit de l'évé
» nement. Bravoure modeſtie , gé- .
» nérofité tout fe trouve égal entre
» nos deux Héros. Turenne fit diftri-:
» buer fa vaiffelle d'argent à fes fol-
» dats ; Duguefclin vendit fes Terres
» pour payer fon Armée : la plus belle-
» campagne de Duguefclin & celle de
" Turenne fe reffemblent , ils aimerent
tous deux également leur patrie , &
» leur Souverain ; ils les fervirent utile-
» ment ; illuftrés par les mêmes vertus
» s'ils éprouverent des contradictions
» par des rapports ou des intrigues de
» quelques courtifans qu'offufquoit l'é-
» clat de leur mérite , ils fçurent dé-
"
daigner les frivoles manèges ; enfin ,.:
» après une révolution de trois fiécles ,
» ces deux Guerriers , l'honneur de la :
» France , entre lefquels tant de qua
» lités héroïques ont pris une reffem-
» blance finguliére , fe font trouvés
»réunis prèfque fous la même tombe,
» auprès des Souverains pour lefquels
" ils avoient combattu.
La mort de Charles V , l'état des
FEVRIER. 1763. 69
fciences & des arts fous le régne de
ce Monarque , l'origine de diverfes
inftitutions contiennent des détails intéreffans
& curieux , auxquels les loix
de l'analyſe ne nous permettent pas
de nous arrêter. Nous exhortons nos
Lecteurs à lire ce que rapporte M. Villaret
au fujet des Rois & Hérauts d'armes.
Ce morceau pourra piquer leur
curiofité.
Le régne de Charles VI préfente des
événemens qu'on ne lira pas avec moins
d'intérêt. L'ambition des Princes du
Sang , qui , fous un Roi mineur gouvernent
la France à leur gré , forme un
tableau dont on ne peut bien fe faire
une idée , qu'en le voyant dans l'Ouvrage
même. Les affaires de Bretagne
reparoiffent encore fur la Scène . Elles
font place aux divifions inteftines , caùfées
par la révolte de plufieurs villes
qui ne finit que lorfque le Roi prend
en main les rênes du Gouvernement.
Nous pafferons fous filence la trifte &
funefte maladie de ce Monarque , qui a
replongé la France dans l'abîme de
malheurs que M. Villaret décrit avec
autant de chaleur que d'intérêt. C'eſt ſous
ce . Prince qu'a été inventé en France
le jeu de cartes , & voici comme notre
70 MERCURE DE FRANCE .
hiftorien rapporte cette origine . « Entre
» les curieufes fuperfluités qu'enfanta
parmi nous l'ennui de l'éxistence
و و
»
il
, ne faut pas oublier le jeu de cartes
» inventé , dit- on , pour procurer quel-
" que foulagement au Roi lorfque fes
accès lui laiffoient des intervervalles
de tranquillité. Cet amufement , qui
fait aujourd'hui les délices des focié-
» tés , où l'on fe pique le plus de poli-
» teffe & de raiſon , eft tellement confacré
par l'habitude , que nous l'avons
transformé en befoin réel . Jaquemin
» Gringonneur , Peintre demeurant
» rue de la Verrerie , fut le premier qui
» peignit des cartes à or & de diverfes
» couleur , pour l'efbatement du Roi .
»L'invention de ces fortes de figures
» n'étoit certainement pas nouvelle ;
>
;
car un Statut du Synode de Wor-
» cheftre , profcrit entr'autres jeux de ha-
>
zard , celui du Roi & de la Reine. On
» trouve dans la vie de S. Bernard de
» Sienne , parmi les inftrumens de jeux
divers , tels que les palets , les dés
» qu'on apporta dans la Place publique
» pour les brûler , des figures peintes ,
» des cartes de triomphe , dont l'un de
» nos jeux de cartes retient encore le
» nom. Mais cette récréation avoit été
FEVRIER. 1763. 71
j
33
33
» long- temps négligée , lorfque la démence
du Roi la tira de l'obfcurité.
" La nation ne tarda pas à
l'adopter
» & la fureur de ce jeu abforba bien-
» tôt toutes les autres. Quatre années
» s'étoient à peine écoulées , que cette
» manie étoit devenue épidémique. Le
» Prévôt de Paris rendit une Ordon-
» nance qui l'interdifoit ; mais la dé-
» fenfe fut d'autant plus mal obſervée ,
» que la Cour donnoit publiquement le
premier éxemple de la tranfgreffion. »
Ce fut fous le même Règne de Charles
VI , qu'on vit fleurir la Cour amoureufe
, formée par le nombre & la qualité
des Officiers , fur le modèle des
Cours Souveraines : Préfidens , Confeillers
, Maîtres des Requêtes , Auditeurs
, Chevaliers d'honneur , grands-
Veneurs , Secrétaires , Gens du Roi
leurs Subftituts ; en un mot , toutes les
Charges qui formoient les Jurifdictions
fupérieures , y étoient fpécifiées . Les
plus grands Seigneurs briguoient l'honneur
d'y être admis . Les Princes du
Sang étoient à la tête de cette Compagnie
entiérement confacrée à l'Amour.
On voit dans la lifte des Officiers les
noms des plus anciennes familles du
Royaume. On y voir des Magiftrats ,
72 MERCURE DE FRANCE .
"
& ce qui doit paroître fingulier de nos
jours , on eft étonné de trouver dans
cette affociation voluptueufe des Docteurs
en Théologie , des grands Vicaires ,
des Chapelains , des Curés , des Chanoines
de Paris & de plufieurs autres
villes.
A la fin du quatorziéme fiécle , lorfqu'on
faifoit mourir des hommes revêtus
du Sacerdoce , on obfervoit une cérémonie
qui paroît s'être perdue parmi
nous c'est la dégradation. Voici ce
qui arriva à deux Religieux Prêtres qui
avoient entrepris la guérifon du Roi.
» Le Maréchal de Sancerre , dit M.
» Villaret , avoit envoyé de Guyenne
» deux Auguftins qui s'étoient vantés
» de guérir l'infirmité du Roi ..... On
» eut grand foin de leur fournir tout
» ce qu'ils demanderent : après avoir
» fans fuccès éffayé divers remèdes
» entr'autres un breuvage de perles dif-
" tillées ; ils eurent recours aux invo-
» cations magiques , qui n'opérerent pas
»davantage. On s'étoit contenté juf-
» ques -là de les obferver ; mais lorf-
» que des incifions qu'ils firent fur la
» tête du Monarque eurent redoublé la
» violence des accès , on conçut des
» foupçons que leur conduite ne détruifit
FEVRIER. 1763. 73
"
29 truifit pas ..... Ces deux Moines im-
" pudens oferent accufer le Duc d'Or-
» léans lui-même : on les interrogea ; ils
» fe couperent. Appliqués à la queſtion ,
» ils avouerent leur impofture ... Avant
» que de livrer les deux Prêtres empy-
» riques à la Juftice féculière , ils furent
dégradés. Pour cet effet on les con-
» duifit à la Grève les mains liées , ayant
» fur la tête des mîtres de papier , où
» leurs noms étoient écrits : ils s'appel-
» loient Pierre & Lancelot. Un écri-
» teau de parchemin attaché à leur dos
» contenoit leurs crimes. L'Evêque de
» Paris , en habits pontificaux , fortit
» d'une des fenêtres de l'Hôtel- de-Ville ,
» & s'avança par une gallerie fur un
» échaffaut tendu de drap de laine. Il
» étoit accompagné de fix autres Evêques
& de plufieurs Eccléfiaftiques.
» Les deux criminels monterent fur un
» échafaut élevé vis-à-vis de celui du
Clergé : un Docteur en Théologie les
» prêchoit. Le fermon fini , l'Evêque
» leur dit puifque vous avez profané
» par vos actions infâmes le glorieux
» caractére de notre Religion , nous vous
» déclarons indignes de la communion
» des Fidéles & detoute fonction Eccléfia-
»ftique. Les Prêtres de la fuite de l'Evê-
:
D
74 MERCURE DE FRANCE .
t
»
"
» que les revêtirent enfuite des ornemens
» facerdotaux. Alors ces malheureux fe
mirent à genoux , & confefferent leurs
» crimes. On leur mit entre les mains
» le Calice , que l'Evêque reprit lui-
» même , en difant : nous t'otons le Ca-
» lice avec lequel tu confacrois le nom de
N. S. On obferva la même cérémonie
» pour les autres ornemens. Lorsqu'ils
furent entiérement dépouillés , l'Evêque
ordonna qu'on leur raclât les
doigts , & qu'on les lavât dans une
» liqueur préparée à cet effet...... A
l'inftant le Sergent & les Archers du
» Prévôt de Paris s'en emparerent. Après
» les avoir promenés nuds en chemiſes
» dans les principales rues , ils les rame-
» nerent à la Grève , où ils furent dé-
» capités »
Nous defirerions que les bornes ordinaires
d'un extrait nous permiffent de
rapporter tout le morceau de cette hiftoire
, qui concerne l'origine des Spectacles
en France . M. Villaret a fait fur
cette matière des recherches curieufes
& des obfervations très-intéreffantes .
Nous nous propofons d'en entretenir
un jour nos Lecteurs , en les renvoyant
à l'article des Spectacles , où ces recherches
& ces obfervations occuperontleur
LE
JANVIER. 1763. 75
S
r
t
r
véritable place . Nous avons lu tout ce
morceau avec une extrême fatisfaction
& le Public doit favoir gré à l'Auteur
d'avoir débrouillé un cahos , d'où quelques
autres hiftoriens ne s'étoient pas
fi bien tirés.
En général nous ne pouvons que répéter
les éloges que nous avons déja
donnés plufieurs fois à l'ouvrage de
M. Villaret. Son ftyle réunit à la fois la
chaleur , l'élégance & la précifion ; & les
faits , même les moins importans , y
font toujours préfentés d'une manière
piquante.
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Résumé : HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établissement de la Monarchie, jusqu'au regne de LOUIS XIV. par M. VILLARET, Sécretaire de Nosseigneurs les Pairs de France, Garde des Archives de la Pairie ; à Paris chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais, vis-à-vis le Collége ; 1763 ; avec approbation & privilége du Roi. Tomes XI & XII. Volumes in-12.
Le texte présente une analyse de l'ouvrage 'Histoire de France depuis l'établissement de la Monarchie jusqu'au règne de Louis XIV' de M. Villaret, secrétaire des Pairs de France et garde des Archives de la Pairie. Les tomes XI et XII, publiés en 1763, couvrent la période de 1378 à 1407, sous les règnes de Charles V et Charles VI. Les principaux événements relatés incluent les conflits entre Charles V et Jean de Montfort, duc de Bretagne, ainsi que la mort du connétable Duguesclin. Charles V ordonna que le corps de Duguesclin soit inhumé à l'abbaye de Saint-Denis, malgré les vœux du défunt. Le convoi funéraire traversa la France, suscitant des larmes et des services funéraires partout sur son passage. Charles V fit également ériger un mausolée pour Duguesclin, avec une épitaphe modeste. L'auteur compare Duguesclin à Turenne, soulignant les qualités militaires et la modestie des deux héros. Il mentionne également la mort de Charles V et l'état des sciences et des arts sous son règne. Le règne de Charles VI est marqué par l'ambition des princes du sang et des révoltes internes. Sous Charles VI, le jeu de cartes fut inventé pour distraire le roi lors de ses accès de maladie. La Cour amoureuse, composée de nombreux officiers et grands seigneurs, fleurit également sous ce règne. Le texte évoque également la cérémonie de dégradation de deux religieux ayant tenté de guérir le roi Charles VI par des moyens magiques. Enfin, il mentionne les recherches de M. Villaret sur l'origine des spectacles en France, qu'il compte aborder dans un article dédié.
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HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établissement de la Monarchie, jusqu'au regne de LOUIS XIV. par M. VILLARET, Sécretaire de Nosseigneurs les Pairs de France, Garde des Archives de la Pairie ; à Paris chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais, vis-à-vis le Collége ; 1763 ; avec approbation & privilége du Roi. Tomes XI & XII. Volumes in-12.