Je vous ay déja marqué en
vous parlant des nouveaux
Brigadiers, qu'il n'estoit pas
impossible que je ne me fùfTc
trompe
trompé à l'égard de quelquesuns, ce qui est arrivé touchant
Mr deMargeret, dont le pere
n'a jamaisestéaux Isles.Jedois
ajoûter aussi que celuy dont
j'ay parlé ne s'est point trouvé
à la Bataille de Malplaquet.
Mrde Margeret Capitaine
au Regiment des Gardes Françoises, Chevalier de S. Louis,
«
cH: fils de Pierre de Margeret,
S' Grand Audiancier de France,
Seigneur de Pontaut qui estoit
petit-neveu du Capitaine Mari geret, qui ayant fait plusieurs
voyages dans les Pays les plus
)
éloignez, son fort voulut qu'-
aprés qu'il eut servi le Prince
de Transilvanie, ensuite l'Empereur en Hongrie, puis le
Roy de Pologne, en qualité
de Capitaine d'uneCompagnie
de gens de pied, & estre parvenu au service de Boris Empereur de Ruffie il eut le Com-
• mandement d'une Compagnie
deCavalerie. Demetriusayant
fucccdé à Boris, cet Empereur
l'honora dela Charge de la premiere Compagnie de ses Gardes;mais lesaffairesdecet Empereur ayant esté extrêmement
bouleversées, ce Capitaine fut
obligé de revenir en France,
où il fut tres- bien reçû du Roy
Henry IV. qui l'honora de
son affection, & qui luy or- donna de donner au Public un Recit des Mœurs, & de beaucoup de particularitez de l'Etat de Russie.
Il reste encore plusieurs ensans de Pierre Margeret grand
Audiencier; voicy une circonstance qui regarde l'aîné, & qui àcause de sasingulariré, merite de vous estre rapportée. Dés
sa naissance il sur mis chez un Maistre de Pension qui avoit chez luy des Nourrices qui ne partoient que Latin; en sorte
les Enfans que l'on y mettoit
suçoient cette Langue en suçantle lair. Dés qu'il eut) la
langue déliée il parut unssi
grand prodige qu'il fut presenté au Roy devant quise
trouverent des gens tres habiles qui furent étonnez de voir
un enfant de deux ans parler
Latin comme il auroit pû faire
à quarante. Depuis cetemps-là
son pere luy fit apprendre p!usieurs Langues, & sur tout la
Grecque, où il réüssitparfairemenr. Il le fit étudier ensuite
enTheologie & en Droit où i
ilserendit fort habile;maisil
l
changea les Portefeüilles. en
une épée, & il monta par dcgrcz à la Charge de Capitaine
aux Gardes.
J'aurois beaucoup de ebofes
à vous dire de Mr l'Abbé de
Margeret, si le temps ne me
manquoit pas; il a
beaucoup
contribué à l'avancement de
ses freres, dansle service.
Feuë leur mere avoir un
vray & singulier merite. Elle
estoit si remplie de bonnes
qualitez
,
qu'un tres -
grand
nombre de Princesses & de
Duchesses l'estimoient beaucoup. Madame Royale luy fai-
soit tressouvent l'honneur de
luy écrire,aussi bien que la
Reine de Portugal; & Mrs de
Margeret conservent encore
jeurs Lettres, comme des déposts considerables, & capables de faire honneur à la memoire d'une si digne mere & à
ses enfans.