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1
p. 169-208
Journal du Voyage des Ambassadeurs de Siam, depuis Brest jusques au Cap de Bonne-Esperance, avec ce qui s'est passé pendant le sejour qu'ils ont fait au Cap. [titre d'après la table]
Début :
Je vous manday le mois passé des Nouvelles de l'arrivée [...]
Mots clefs :
Journal, Voyage, Ambassadeurs de Siam, Brest, Cap de Bonne-Espérance, Officiers, Lieues, Mr Masurier, Vent, Hauteur, Capitaine, Lieutenant, Escadre, Le Gaillard, Vaisseau, Matelots, Pilotes, Gouverneur, Rade, Vaisseaux, Siam, Loire, Le Dromadaire, Mr de Farges, Îles, Degrés, Moutons, Frégate La Maligne, Port, Enseignes, Le Cap
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texteReconnaissance textuelle : Journal du Voyage des Ambassadeurs de Siam, depuis Brest jusques au Cap de Bonne-Esperance, avec ce qui s'est passé pendant le sejour qu'ils ont fait au Cap. [titre d'après la table]
Je vous manday le mois
paffé des Nouvelles de l'arrivée
au Cap de Bonne- Efperance,
des fix Vaiffeaux qui
Novembre 1687. P
170 MERCURE
reconduifent à Siam les Am
baffadeurs de ce , Royaumelà
, qui estoient venus en
France. Je vous appris en
mefme temps le débarquement
des Ambaffadeurs &
des Troupes , & ce qui s'eftoit
paflé à ce débarquement
, ainfi que le bon traitement
qui avoit efté fait
aux François par les Hollan
dois. Je reprens aujourd'huy
de plus haut ce qui regarde
ce Voyage , & vous en envoye
un Journal tres - curieux
qui commence au
jour que la Flote partit de
GALANI . 171
4
Breft , & finit à celuy du
rembarquement au Cap de
Bonne-Efperance . Ce Journal
a efté envoyé par M ' Mafurier,
Gentilhomme
Lionnois ,
qui eft allé à Siam avec M²
de Farges , & qui fait connoiſtre
fon efprit par les remarques
judicieufes
qu'il a
faites , & fon
intelligence
dans la
Marine , par la maniere
dont il
s'explique fur
toutes les chofes qui la
regardent. Voicy comme
il parle dans la Defcription
qu'il a envoyée de ce
Voyage.
Pij
172 MERCURE
A
Prés
avoir
demeuré
24- jours
dans dans
la Rade
de
Breft , nous fommes enfin partis
le premier jour de Mars ,
1657. fur les onze heures du
matin pour faire le voyage.
de Siam . Noftre Efcadre eftoit
compofee de fix Vaiffeaux ,
dont le moindre eftoit la Maligne,
cette Fregate legere du
port de cent cinquante tonneaux
, qui y alla avec M
le Chevalier de Chaumont ,
le plus grand eftoit le Gaillard
, noftre commandant , du
port de quatre cens foixante
GALANT. 173
des Officiers
tonneaux. Voicy le nom de ces
fix Vaiffeaux
en chef qui les commandoient.
Le Gaillard , l'Oifcau , la
Loire, la Normande , le Dromadaire
& la Maligne . Le
Gaillard estoit commandé par
M de Vaudricourt , cornmandant
l'Efcadre , fon fecond
Capitaine eftoit M de
Saint-Clerc fon Lieutenant
M de la Leine ; fes En-
Mrs Chamau-
L'Oifeignes
reau Lombut.
&
feau eftoit commandé par M
du Quefne ; fes Lieutenans
eftoient M Defcartes &
2
P iij
174 MERCURE
ان
Mde Bonneuil ; fes Enfeignes
, Mde Tiva , &
M de Freterville . La Loire
commandée
commandée par M²
eftoit
de Foyenfe ; fon Lieutenant ,
M de la Croifferiere , fon
Enfeigne M de Chiftery.
La Normande eftoit commandée
par M de Courfel ;
fons Lieutenant &Ms du Farsate
sufons Enfeignes M² de la
Machefoliere. Les Dromadaire
eftoit commandé par Mª
d'Endeve fon Lieutenant ,
M de Marillys ,infon Enfeigne
, M de Vieuchant.
La Maligne eftoit commandée
SGALANT. 175
par M de Perriere , fon Lieutenant
M de la Lié fervant
de Lieutenant , de premier Pilote
d'Enfeignes (0 )
Doux
nous
Le lendemain fecond jour du
mois de Mars , nous mifmes à la
voile & partifnies de Camarreft ,
qui est une petite rade à
trois dieues de Brest ,
-avions mouillé le foir precedent
pour attendre la Maligne qui
- fortit feulement ce jour-là du
Port de Breft , & nous pouffâmes
au large avec un vent ar
riere qui nous fit bien- toft perdre
la terre de vue . Le Mardy
3. vers une heure aprés Midy ,
Piiij
176 MERCURE
nous rencontrames une Flutte
Holandoife qui paffa fans nous
falüer , parce qu'elle n'avoit
point de Canon . Le Vendredy 6..
nous nous trouvâmes à la hauteur
du Cap de Finifierre &
-avions fait felon l'estime du
Pilote cent vingt ou cent trente
lieuës . Le mefme jour fur les
dix heures du matin , nous rencontrâmes
une Flutte Angloife
qui ne fit que paffer fort prés de
nous & nousfalüer en mettant
fon pavillon , à quoy nous répondifmes
de même en mettant
le noftre,
Le Samedy 7. nous eufmes un
GALANT. 177
vent de Nord-Nord- est qui
nous donna un tres -gros temps ,
jufqu'au Lundy au foir , ce qui
naus fit perdre la Loire, une de
nos Flûte fans fçavoir ce qu'elle
eftoit devenue . Le 13. nous fifmes
rencontre d'une Barque Angloife
, dans laquelle il n'y avoit
quefix ou fept hommes , elle nous
aborda fur les trois heures du
foir , comme fi elle nous avoit
voulu parler , ce qu'elle fit effectivement,
& nous apprit qu'elle
eftoit partie depuis quinze jours
jours de Brifco en Irlande , &
s'en alloit aux Ifles de Madere
chargée de harang & de bega
178 MERCURE
Salé. Elle fut deux jours à noftre
route, jufqu'à ce qu'ellefe trouva
à la hauteur de ces Ifles . Le is.
nous decouvrifmes une Ifle nommée
Porto Santo , qui est une
Ille deferte , &fans autres animaux
que des Canards & des
Lapins , nous ne l'approchâ–
mes que de trois lieuës . Le 17. Il
nous mourut un Matelot . Le 18 .
Nous découvrifmes une des Ifles
desCanaries nomméel Ifle de Salvago
ce fut environ fur les
fept heures du matins en eftant
encore éloignez de neuf à dix
lieües. Le 29. environ à la même
heure , nous apperçûmes à noftre
GALANT. 179
horifon deux bastimens que nous
crûmes Corfaires Saltins . Nous
nous feparames auffi- toft de noftre
Efcadre pour en aller recon-
`n i tre un; mais aprés avoir couru
quelque temps deffus , noftre Capitaine
aima mieux continuer fa
route , fit auffi- toft revirer de
bord,fans avoirefté affez prés de
ce bastimentpour l'avoirpû feurement
reconnoistre mais comme
il venoit en dépendant fur nous
il vint paffer cinq ou fix heures
aprés yfortproche de noftre Vaiffeau
avec le pavillon d'Angle-
-verre , & it
luy donnaffions aucunes marques
Tatáns cque
nous
180 MERCURE
de ce que nous eftions . Le 10.
nous nous trouvâmes entre l'Ifle
de Palme & l'Ile de Gomorre
, eftant à la hauteur de vingtbuit
degrez & àprés de cinq cens
lieuës de Breft. L'Ile de Palme
est une fortgrande Ifles , dont les
terres font fertiles & abondantes
en toutes fortes de danrées ,
habitée en plufieurs endroitspar
les Espagnols à qui elle eft . Le
mefme jourfort tard , nous reconnufmes
à quelques lieuës de
là l'ifle de Fer ; il y avoit deux
jours que nous estions dans les
vents Alifez quifont des vents
qui ne manquent jamais de reGALANT.
181
gner en une pareille faifon dans
ces paffages- là . Ils continuerent
à venter fi beau & bon frais ,
qu'ils nous faifoient
faire juf
qu'à quatre lieues par heure . Le
22. nous paſſâmeș
leTropique
&
le 24. nostre Capitaine
fit mettre
la Chaloupe
dehors , pour aller
à bord du Gaillard
, à deffein de
demander
au Commandant
s'il
pouvoitfaire de l'eau au Capvert,
à la hauteur duquel nous nous
trouvions
pour lors , craignant
de n'en avoir pas fuffisamment
pourarriver
juſqu' auCap de bonne
Esperance
; mais comme il
vouloit profiterdu vent favora182
MERCURE
ble que nous avions , il ne luy
permit point d'y moüiller. Quatre
jours aprés nous eûmes un calme
qui nous tint cinq jours.
Pendant ce temps- là nous vifmes
differents poiffons fans en
pouvoirprendre aucun.Ñous vtmes
encore dans ces mefmes
parages quantité de poiffons
volans , & mesme il y en
eut quelques - uns qui donnerent
dans nos voiles . Ce
font des poiffons de la groffeur
d'un Harang, n'ayant que deux
nageoires affez grandes , qui leur
fervent à nager dans l'eau , &
à voler dehors , pour éviter Iss
GALANT. 183
Bonnittes & les Requains , qui
les pourfuivent , & s'en nour
riffent. Ces Requains furent les
poiffons que nous vifmes le plus
fouvent. Ils font fort grands ,
extrémement dangereux pour
ceux qui malheureusement fe
laiffent tomber à la Mer ,
estant bien plus avides de la
chair humaine , que de toute autre
forte d'apast , & bien fouvent
ils emportent une jambe
ou la moitié du corps a un homme,
lors qu'ils les trouvent dans
Peau , vif ou mort. Le 29. noftre
Capitaine fe fervant de l'occafion
que luy donnoit le calmes
4
184 MERCURE
envoya la Chaloupe à bord du
Dromadaire
,
pour porter des
Lettres à quelques- uns des Officiers
, qui nous apprirent dans
leurs réponses la maladie de
trente ou quarante des leurs ,
tant Matelots que Soldats , &
de deux Matelots qui la
perte
fe noyerent en manoeuvrant ,·
d'un grand coup de vent , que
nous avions eu le 8. du mefme
mois.
Comme il eft fort rare dans
un endroit comme celuy- cy , de
s'acquitter des Offices ordinaires
que l'on dit dans nos Paroiffes
pendant la Semainefainte, d'une
GALANT. 185
maniere auffi édifianie qu'on le
fit dans noftre Bords, & que
les Officiers les plus anciens dans
·la Marine , affurent ne l'avoir
pas veu depuis qu'ils navigent,
je croy qu'il ne fera pas hors de
propos d'en dire icy quelque chofe
. Il est vray que nous attribuames
la plus grande partie de
la gloire qui fut renduë à Dieu
dans ce faint temps , auxfoins
particuliers , & aux peines que
fe donnerent avec un zele ardent
les PeresJefuites , que nous
eufmes le bonheur d'avoir dans
nostre Bord. Pendant toute cette
Semaine , nous eûmes exacte-
Novembre 1687.
V
186 MERCURE
ment tous les jours Sermon , &
les Offices ordinaires de ce ter temps
yfurent regulierement obfervez.
Le Mercredy , Jeudy & Vendredy
faint nous chantafmes
Tenebres ; du feudy au Vendredy
le Saint Sacrement fut exposé
pendant vingt-quatre heures
le lendemain Vendredy
nous exfmes le Sermon fur la
Paffion par un de ces Peres, avec
l'applaudiffement de tous ceux
du Vaiffeau , & le Samedy, &
le Dimanche de Pafques , il y
eut grand' Meßse avec la fimphonie
des Violons , des Haut-
Flûtes doutes. bois ,
ПGALANT. 187
5
Le premier d'Avril nous nous
trouvaſmes à la hauteur de buit
•degrez quarante minutes & le
calme nous tint dans ce mefme
endroit pendant quinze jours.
Le 2. nous eufmes vifite des Officiers
du Dromadaire, & le 3.
M. de Farges General des Trovpesqui
vont à Siam , vint difner
staa noftre Bord. On l'y recent avec
toute la propreté & toute la magnificence
poffible dans un endroit
comme celuy.cy. L'aprésmidy
fe paffa aujeu de la Baffette.
Le s. nous prifmes deux
fort gros Requains, fur lefquels
nous trouvions des poiffons atta-
Q ij
188 MERCURE
les Marins appellent > chez
que
Suffets
. Ils
font
de la groffeur
d'une
Sardine
, &
ne
quittent
point
cet
animal
qu'il
ne
foit
mort
. Depuis
le s . jusqu'au
7.
nous
nous
trouvafmes
à pic
du
Soleil
, c'est
à dire
, qu'il
eftoit
fi
perpendiculairemennt fur nous ..
qu'il nousfut impoffible de prendre
hauteur pendant ces deux
jours , parce qu'à midy , qui eft
l'heure où l'on prend hauteur, le
Soleil ne faifoit aucune ombre ,
ce qui nous fit fentir de tresgrandes
chaleurs. Tout l'Equipage
en fouffrit ,par la foif qu'il
reffentoit de ces grandes chaleurs .
GALANT. 189
Le s.il nous vint un peu de vent,
qui nous fit trouver le lendemain
à deux degrez une minute du
pic. Le 9. nous harponnafmes des
Marfoins , qui font de fort gros
poiffons. Cet animal eft à peu
prés de la figure d'un cochon ,
ceux que nous prenions eftoient
de deux trois cens pefant. Il
a le fang chaud, & il n'y aguere
de difference de fa chair à celle
d'un Bauf. Le lendemain nous
prifmes une Dorade , qui eft un
poiffon tout doré , & prefque de
mefme figure que l'Alofe. Ieft
tres-bon à manger. Le 11. nous
découvrifmes à noftre horifon un
190 MERCURE
Vaiffeau que les cal nes nous empefcherent
de pouvoir reconnoifire,
& tous les vents que nous
avions dans ces endroits- cy, ne
venoient que par coups , & nous
obligeoient à ferrer generalement
toutes nos wiles.nalisqun !
Le 19. nous nous trouva/mes
fous la Ligne , & Mrs les Marins
ne manquerent pas à garder
les ceremonies qu'ils ont accoutumé
d'obferver toutes les fois
fois qu'ils la paffent, à l'égard de
ceux qui ne l'ont pas encore pafsée
, de mefme qu'ils le font au
Tropique . à certains Ďétroits.
C'est une Ceremonie profane &
t
C
GALANT
. 191
euxso
༣
ridicule , mais inviolable parmy
Chaque Nation la prati
que diverfement
, & mesme les
Equipages d'une mefme Nation
ne la pratiquent pas tous d'une
mefme maniere. Les François
l'appellent Baptefme, & woicy
la maniere dont elle s'obferva
duns noftre Bord. On rangea
~tant a Bas- bord qu'à Scribord ,
qui font les deux coftez du Vaif-
Jeau , des Bailles & des Curvertes
pleines d'eau de Mer, &
bordez par des Matelots rangez
en haye , chacun unfeau
plein d'eau en main . Ce premier
appareil n'eft que pour l'Equi192
MERCURE
page , c'est à dire , Pilotes, Soldats
, & Matelots
, & comme
tous ceux qui n'ont point
paffe la Ligne font obligez
fans
aucune
referve
de recevoir
ce
Baptefme
les uns aprés les autres
; ce qu'ils font en effuyant
tous ces fceaux
d'eau fur leur
corps ; il y eut une maniere
de
le donner
proportionnée
& convenable
aux perfonnes
de diftinction
quife trouverent
dans.
noftre
bord
comme
eftoient
Meffieurs
les Envoyez
, Offficiers
de Vaiffeau
, Officiers
ر
d'Infanterie
, & autres Paffagers.
Ceux
GALANT 193
و
Ceux qui font ordinairement
commis pour exercer cette forte
de Comedie ,font quatre des premiers
Pilotes , fuivis de buit ou
dix Matelots. Aprés s'eftre barbouillez
revestus de cables ,
capots autres fortes de hardespropres
à les rendre ridicules ,
le premier Pilote tenant en main
quelque livre de marine ou de pilotage
, fait presterfur ce livre.
ferment à tous ceux qui reçoivent
le Baptême , & jurer hautement
qu'autant de fois que l'occafion
fe prefentera d'en baptifer d'au
tres , ils le feront avec les mefmes
ceremonies que l'on obferve
Novembre 1687 . R
194 MERCURE
&
>
pour eux ; mais comme leur intention
n'est autre que de faire
une certainefomme d'argent, onfe
rachette de ces rafraifchiffemens
,
"& on reçoit le Baptême
enfe lavant
feulement
les mains dans
un baſſin.Ainfi l'on preste leferment
l'on pave en mefme
temps chacun felon fon pouvoir.
-On commença
par Meffieurs
les
Ambasadeurs
, mais ce fut chacun
dans leur chambre , & non
pas au pied dugrand maſt comme
tous les autres.Les
Pilotesfirent
prés de vingt piftoles de cerachat
deceremonie
. Le 22.nous harponnames
unfort grosMarfoin
, dans
GALANT. 195
lequel nous trouvâmes un jeune
marfonneau . Nous allons du
vent de Nord eft depuis cinq
jours, à trois lieues & trois lieues
& demie par heure.
LeJudy premierjour deMay,
nous nous trouvâmes par 13. degrez
33 minutes.Le lendemain le
vent devintfrais extraordinairement
en nous portant toûjours à
noftre route , ce qui nous donnoit
à tous une grande joye par
l'envie que nous avions d'arri
ver au Cap . Le 10. noftre Cap?-
taine avec quelques uns de nos
Officiers s'en allerent à bord du
Gaillard , pour jouer à la baf-
Rij
196 MERCURE
fette , & rapporterent cent cinquante
écus de gain . Le mefme
jour le Pere Tachard avec quelques
Jefuites vinrent du Gailfard
rendre vifite à Monfieur
Ambaffadeur. Le len
demain , onzième du mesme
mois,nous eufmes une Eclypfe de
Soleil , & ilfut cachéfeulement
d'un tiers. Le 13. j'allay au Gail
lard pour voir Meffieurs les Ambaffadeurs
Siamois , par l'ordre
de Monfieur de laLoubere noftre
Ambaffadeur. Fe revins dans
noftre chaloupe avec M¹ de
Farges General des troupes ,
quatre Officiers, tant du Bord
C
GALANT. 197
å
que des troupes, qui vinrent difner
avec noftre Capitaine ; on
les traita magnifiquement
. L'aprés
midy fe paffa à jouër à la
baffette, & noftre Capitaine y fit
un gain fort confiderable . Le 16 .
un vent du Sud un quart de Sud
nous donna pendant deux fois
vingt- quatre heures un fort gros
temps qui nous fit perdre laNormande
pour deux jours feulement.
Le 18. Fefte de la Pentecofte
, nous nous trouvâmes par
les 33. degrez moins 3. minuttes ,
600. lieües feulement éloignez
du Cap de Bonne -Efperance
. Ce mefme jour nous eufmes.
Riij.
198 MERCURE
grande Meffe dans noftre Bord
avec la Simphonie des violons ,
Monfieur Sebret rendit le
·Pain benit , ayant cu le chanteau
du jour de Pafques , ce
qu'il fit d'une maniere fort propre.
Le 19.il nous mourut un Soldat.
Les Pilotes ne nous faisant
plus qu'à quatre cens lieuës du
Cap , le ventfe mit àl'Ouest &
fi frais , qu'il nous faifoit faire
prés de trois lieues & demie par
heure . Le 10. de Juin prefque
tous nos Pilotes fe trouverent
terre , nous ne la découvrions
point encore ; mais le 11.
fur le Midy, nous commençâmes
à
1
GALANT.. 199
, י
à la voir , & ce fut pour nous
un fujet de joye inconcevable,
ayant efté depuis cent troisjours
à la voile fans toucher terre
& quatre- vingt- dix jours fans
la voir. Enfin le mefme jourfur
les quatre heures , nous mouillâ
mes dans la rade du Cap de
Bonne-Esperance , & le lendemain
nous faluames la Fortereffe
de fept coups de Canons ;
elle nous rendit le falut coup
par coup. Le Gouverneur nous
y a fait mille honneftetez, avec
des prefens de boeufs , moutons ,
herbages , & autres fortes de
rufraifchiffemens , dont il a fait
Riiij
200 MERCURE
prefent à Meffieurs nos Envoyez,
& à quelques - uns des.
Capitaines de noftre Efcadre . Le
15. Meffieurs les Ambassadeurs
Siamois allerent à terre pour voir
Monfieur le Gouverneur du Fort
en fortant de leur Bord , ils
furent faluez par chaque Vaiffeau
de noftre Efcadre de ref
coups de Canon . Le 18. ils
vinrent difner à noßre Bord
lors qu'ils fortirent fur les
trois heures aprés Midy , nous
les faluâmes de neufcoups de
Canon.
Quoy que cette Relation
air efté envoyée entiere , il
GALANT 201
eft aifé de voir que M Mafurier
l'a écrite à mesure que
les chofes fe font pallées. En
voicy la fuite qui a eſté faite
fur le point du rembarque
ment au Cap de Bonne -Efperance
.
Comme je vous envoye fekument
une Relation de noftre
Voyage , ilferoit inutile de repeter
icy bien des choſes en voulant
vous apprendre ce qui s'eft
paffé depuis noftre départ de
Breft. Noftre navigation a efté
la plus heureufe du monde ,
nos Pilotes fe font trouvez fi
justes à leur point , que toute
ع و س
202 MERCURE
crois
où
leur erreur n'a pas efté de plus
de vingt ou trente lieuës , ce qui
eft fort rare. Le 11. de Juin
nous arrivafmes à la Rade du
Cap de Bonne-Efperance ,
nous mouillafmes le mefme jour
fur les quatre heures du foir. Je
que vous fçavez que ce
font les Hollandois qui font
Maiftres de cet endroit. Ils fu→
rent un peufurpris de nous voir
arriver fix Vaiffeaux , n'eftant
pas accoûtumez à en voir un fi
grand nombre à la fois , ce qui
les a tenus inquiets & fur leurs.
gardes tout le temps que nous
avons efté. Mr le Gouverneur
GALANT. 203 '
dont
nous y a receus fort honneftement.
Nous y avons trouvé d'affez
hons rafraichiſemens
, &
au delà de ce que nous nous ef
tions proposé , tant en herbages,
qu'en beufs & moutons ,
M. le Gouverneur a fait de
fort gros prefens , & entre autres
a nofire feul Bord , de trois
boeufs & dix- huit moutons, &
buit grandes corbeilles d'herba
ges. Le reste qui nous a esté
neceffaire , nous l'avons acheté,
& fort cherement.La defcription
de cet endroit peut fe faire en
peu de mots. Ce n'est qu'un Village
affez petit, dont les maifons
204 MERCURE
font fort baffes & fort foibles ,
bafties feulement de brique . La
plupart des Habitansfont Hol
Landois , & le refte des Negres,
A quelque distance de là , dans
une espece de prairie , font les
premiers Habitans de ce lieu ,
qu'on nomme Outantos, qui eft,
je crois . la Nation du monde la
plus infame. Ce font gens extremement
noirs , qui n'ont pour
veftement qu'une peau de mouton
, & pourmaison qu'une cabane
dejonc , où ils vivent confusément
hommes , femmes , &
enfans , ne mangeant que de la
viande des Animaux qu'ils trouGALANT.
205
went morts d'eux- mefmes. Le
Mary pour se rendre agreable
àfa Femme fe graiffe de vieille
ordure , & fur tout du fang de
quelque animal. Ils laiffent coler
fecher cefangfur eux. Leurs
cheveux , qui font pareils aux
cheveux des Maures , font fro
tez d'une certaine compofition
de noir avec de la graiffe , & its
y pendent quantité de coquilla
ges, de cloux , & de pieces d'ai
rain .Les Femmes , outre les mefmes
ornemens des hommes , ont
cela de plus , qu'elles sentcurent
les bras les jambes des boyaux
des moutons qu'ils mangent,pour
206 MERCURE
s'en fervir de nourriture lors
qu'elles fe trouvent engagées
dans les deferts.
Fay oublié de vous dire qu'en
arrivant à la rade du Cap ;
nous y trouvafmes la Loire ,
cette Flutte que nous avions perdue
dans le coup de vent que
nous eufmes par le travers du
Cap - verd il y avoit feulement
trois jours qu'elle eftoit
mouillée dans la rade , lorsque
nous y arrivafmes.
Pendant le temps que nous
avons efté icy , it's'eftfait quelque
chaffe avec les fils de M™
de Farges , General des trouGALANT
207
pes ; il y eft auffi venu
luy-mefme. Nous avons tué
quantité de gibier , parce qu'il
s'en trouve extraordinairement
dans les endroits où M le
Gouverneur du Cap nous faifoit
menerpar des tireurs de volée
qu'il nous donnoit . Le gibier
que nous y trouvions eftoit des
Chevreuils & des Gafelles , qui
font des animaux plus gros que
Aes Chevreuils , mais de mefme
qualité , des Faifans , Perdrix,
& Cocqs de Bruieres en tresgrand
nombre. A la derniere
chaffe que nous fifmes avec
M de Farges . nous y
208 MERCURE
prifmes fix Chevreuils & trente
cinq pieces de gibier , tant
en Perdrix , qu'en Faifans ou
Coigs de bruieres.
paffé des Nouvelles de l'arrivée
au Cap de Bonne- Efperance,
des fix Vaiffeaux qui
Novembre 1687. P
170 MERCURE
reconduifent à Siam les Am
baffadeurs de ce , Royaumelà
, qui estoient venus en
France. Je vous appris en
mefme temps le débarquement
des Ambaffadeurs &
des Troupes , & ce qui s'eftoit
paflé à ce débarquement
, ainfi que le bon traitement
qui avoit efté fait
aux François par les Hollan
dois. Je reprens aujourd'huy
de plus haut ce qui regarde
ce Voyage , & vous en envoye
un Journal tres - curieux
qui commence au
jour que la Flote partit de
GALANI . 171
4
Breft , & finit à celuy du
rembarquement au Cap de
Bonne-Efperance . Ce Journal
a efté envoyé par M ' Mafurier,
Gentilhomme
Lionnois ,
qui eft allé à Siam avec M²
de Farges , & qui fait connoiſtre
fon efprit par les remarques
judicieufes
qu'il a
faites , & fon
intelligence
dans la
Marine , par la maniere
dont il
s'explique fur
toutes les chofes qui la
regardent. Voicy comme
il parle dans la Defcription
qu'il a envoyée de ce
Voyage.
Pij
172 MERCURE
A
Prés
avoir
demeuré
24- jours
dans dans
la Rade
de
Breft , nous fommes enfin partis
le premier jour de Mars ,
1657. fur les onze heures du
matin pour faire le voyage.
de Siam . Noftre Efcadre eftoit
compofee de fix Vaiffeaux ,
dont le moindre eftoit la Maligne,
cette Fregate legere du
port de cent cinquante tonneaux
, qui y alla avec M
le Chevalier de Chaumont ,
le plus grand eftoit le Gaillard
, noftre commandant , du
port de quatre cens foixante
GALANT. 173
des Officiers
tonneaux. Voicy le nom de ces
fix Vaiffeaux
en chef qui les commandoient.
Le Gaillard , l'Oifcau , la
Loire, la Normande , le Dromadaire
& la Maligne . Le
Gaillard estoit commandé par
M de Vaudricourt , cornmandant
l'Efcadre , fon fecond
Capitaine eftoit M de
Saint-Clerc fon Lieutenant
M de la Leine ; fes En-
Mrs Chamau-
L'Oifeignes
reau Lombut.
&
feau eftoit commandé par M
du Quefne ; fes Lieutenans
eftoient M Defcartes &
2
P iij
174 MERCURE
ان
Mde Bonneuil ; fes Enfeignes
, Mde Tiva , &
M de Freterville . La Loire
commandée
commandée par M²
eftoit
de Foyenfe ; fon Lieutenant ,
M de la Croifferiere , fon
Enfeigne M de Chiftery.
La Normande eftoit commandée
par M de Courfel ;
fons Lieutenant &Ms du Farsate
sufons Enfeignes M² de la
Machefoliere. Les Dromadaire
eftoit commandé par Mª
d'Endeve fon Lieutenant ,
M de Marillys ,infon Enfeigne
, M de Vieuchant.
La Maligne eftoit commandée
SGALANT. 175
par M de Perriere , fon Lieutenant
M de la Lié fervant
de Lieutenant , de premier Pilote
d'Enfeignes (0 )
Doux
nous
Le lendemain fecond jour du
mois de Mars , nous mifmes à la
voile & partifnies de Camarreft ,
qui est une petite rade à
trois dieues de Brest ,
-avions mouillé le foir precedent
pour attendre la Maligne qui
- fortit feulement ce jour-là du
Port de Breft , & nous pouffâmes
au large avec un vent ar
riere qui nous fit bien- toft perdre
la terre de vue . Le Mardy
3. vers une heure aprés Midy ,
Piiij
176 MERCURE
nous rencontrames une Flutte
Holandoife qui paffa fans nous
falüer , parce qu'elle n'avoit
point de Canon . Le Vendredy 6..
nous nous trouvâmes à la hauteur
du Cap de Finifierre &
-avions fait felon l'estime du
Pilote cent vingt ou cent trente
lieuës . Le mefme jour fur les
dix heures du matin , nous rencontrâmes
une Flutte Angloife
qui ne fit que paffer fort prés de
nous & nousfalüer en mettant
fon pavillon , à quoy nous répondifmes
de même en mettant
le noftre,
Le Samedy 7. nous eufmes un
GALANT. 177
vent de Nord-Nord- est qui
nous donna un tres -gros temps ,
jufqu'au Lundy au foir , ce qui
naus fit perdre la Loire, une de
nos Flûte fans fçavoir ce qu'elle
eftoit devenue . Le 13. nous fifmes
rencontre d'une Barque Angloife
, dans laquelle il n'y avoit
quefix ou fept hommes , elle nous
aborda fur les trois heures du
foir , comme fi elle nous avoit
voulu parler , ce qu'elle fit effectivement,
& nous apprit qu'elle
eftoit partie depuis quinze jours
jours de Brifco en Irlande , &
s'en alloit aux Ifles de Madere
chargée de harang & de bega
178 MERCURE
Salé. Elle fut deux jours à noftre
route, jufqu'à ce qu'ellefe trouva
à la hauteur de ces Ifles . Le is.
nous decouvrifmes une Ifle nommée
Porto Santo , qui est une
Ille deferte , &fans autres animaux
que des Canards & des
Lapins , nous ne l'approchâ–
mes que de trois lieuës . Le 17. Il
nous mourut un Matelot . Le 18 .
Nous découvrifmes une des Ifles
desCanaries nomméel Ifle de Salvago
ce fut environ fur les
fept heures du matins en eftant
encore éloignez de neuf à dix
lieües. Le 29. environ à la même
heure , nous apperçûmes à noftre
GALANT. 179
horifon deux bastimens que nous
crûmes Corfaires Saltins . Nous
nous feparames auffi- toft de noftre
Efcadre pour en aller recon-
`n i tre un; mais aprés avoir couru
quelque temps deffus , noftre Capitaine
aima mieux continuer fa
route , fit auffi- toft revirer de
bord,fans avoirefté affez prés de
ce bastimentpour l'avoirpû feurement
reconnoistre mais comme
il venoit en dépendant fur nous
il vint paffer cinq ou fix heures
aprés yfortproche de noftre Vaiffeau
avec le pavillon d'Angle-
-verre , & it
luy donnaffions aucunes marques
Tatáns cque
nous
180 MERCURE
de ce que nous eftions . Le 10.
nous nous trouvâmes entre l'Ifle
de Palme & l'Ile de Gomorre
, eftant à la hauteur de vingtbuit
degrez & àprés de cinq cens
lieuës de Breft. L'Ile de Palme
est une fortgrande Ifles , dont les
terres font fertiles & abondantes
en toutes fortes de danrées ,
habitée en plufieurs endroitspar
les Espagnols à qui elle eft . Le
mefme jourfort tard , nous reconnufmes
à quelques lieuës de
là l'ifle de Fer ; il y avoit deux
jours que nous estions dans les
vents Alifez quifont des vents
qui ne manquent jamais de reGALANT.
181
gner en une pareille faifon dans
ces paffages- là . Ils continuerent
à venter fi beau & bon frais ,
qu'ils nous faifoient
faire juf
qu'à quatre lieues par heure . Le
22. nous paſſâmeș
leTropique
&
le 24. nostre Capitaine
fit mettre
la Chaloupe
dehors , pour aller
à bord du Gaillard
, à deffein de
demander
au Commandant
s'il
pouvoitfaire de l'eau au Capvert,
à la hauteur duquel nous nous
trouvions
pour lors , craignant
de n'en avoir pas fuffisamment
pourarriver
juſqu' auCap de bonne
Esperance
; mais comme il
vouloit profiterdu vent favora182
MERCURE
ble que nous avions , il ne luy
permit point d'y moüiller. Quatre
jours aprés nous eûmes un calme
qui nous tint cinq jours.
Pendant ce temps- là nous vifmes
differents poiffons fans en
pouvoirprendre aucun.Ñous vtmes
encore dans ces mefmes
parages quantité de poiffons
volans , & mesme il y en
eut quelques - uns qui donnerent
dans nos voiles . Ce
font des poiffons de la groffeur
d'un Harang, n'ayant que deux
nageoires affez grandes , qui leur
fervent à nager dans l'eau , &
à voler dehors , pour éviter Iss
GALANT. 183
Bonnittes & les Requains , qui
les pourfuivent , & s'en nour
riffent. Ces Requains furent les
poiffons que nous vifmes le plus
fouvent. Ils font fort grands ,
extrémement dangereux pour
ceux qui malheureusement fe
laiffent tomber à la Mer ,
estant bien plus avides de la
chair humaine , que de toute autre
forte d'apast , & bien fouvent
ils emportent une jambe
ou la moitié du corps a un homme,
lors qu'ils les trouvent dans
Peau , vif ou mort. Le 29. noftre
Capitaine fe fervant de l'occafion
que luy donnoit le calmes
4
184 MERCURE
envoya la Chaloupe à bord du
Dromadaire
,
pour porter des
Lettres à quelques- uns des Officiers
, qui nous apprirent dans
leurs réponses la maladie de
trente ou quarante des leurs ,
tant Matelots que Soldats , &
de deux Matelots qui la
perte
fe noyerent en manoeuvrant ,·
d'un grand coup de vent , que
nous avions eu le 8. du mefme
mois.
Comme il eft fort rare dans
un endroit comme celuy- cy , de
s'acquitter des Offices ordinaires
que l'on dit dans nos Paroiffes
pendant la Semainefainte, d'une
GALANT. 185
maniere auffi édifianie qu'on le
fit dans noftre Bords, & que
les Officiers les plus anciens dans
·la Marine , affurent ne l'avoir
pas veu depuis qu'ils navigent,
je croy qu'il ne fera pas hors de
propos d'en dire icy quelque chofe
. Il est vray que nous attribuames
la plus grande partie de
la gloire qui fut renduë à Dieu
dans ce faint temps , auxfoins
particuliers , & aux peines que
fe donnerent avec un zele ardent
les PeresJefuites , que nous
eufmes le bonheur d'avoir dans
nostre Bord. Pendant toute cette
Semaine , nous eûmes exacte-
Novembre 1687.
V
186 MERCURE
ment tous les jours Sermon , &
les Offices ordinaires de ce ter temps
yfurent regulierement obfervez.
Le Mercredy , Jeudy & Vendredy
faint nous chantafmes
Tenebres ; du feudy au Vendredy
le Saint Sacrement fut exposé
pendant vingt-quatre heures
le lendemain Vendredy
nous exfmes le Sermon fur la
Paffion par un de ces Peres, avec
l'applaudiffement de tous ceux
du Vaiffeau , & le Samedy, &
le Dimanche de Pafques , il y
eut grand' Meßse avec la fimphonie
des Violons , des Haut-
Flûtes doutes. bois ,
ПGALANT. 187
5
Le premier d'Avril nous nous
trouvaſmes à la hauteur de buit
•degrez quarante minutes & le
calme nous tint dans ce mefme
endroit pendant quinze jours.
Le 2. nous eufmes vifite des Officiers
du Dromadaire, & le 3.
M. de Farges General des Trovpesqui
vont à Siam , vint difner
staa noftre Bord. On l'y recent avec
toute la propreté & toute la magnificence
poffible dans un endroit
comme celuy.cy. L'aprésmidy
fe paffa aujeu de la Baffette.
Le s. nous prifmes deux
fort gros Requains, fur lefquels
nous trouvions des poiffons atta-
Q ij
188 MERCURE
les Marins appellent > chez
que
Suffets
. Ils
font
de la groffeur
d'une
Sardine
, &
ne
quittent
point
cet
animal
qu'il
ne
foit
mort
. Depuis
le s . jusqu'au
7.
nous
nous
trouvafmes
à pic
du
Soleil
, c'est
à dire
, qu'il
eftoit
fi
perpendiculairemennt fur nous ..
qu'il nousfut impoffible de prendre
hauteur pendant ces deux
jours , parce qu'à midy , qui eft
l'heure où l'on prend hauteur, le
Soleil ne faifoit aucune ombre ,
ce qui nous fit fentir de tresgrandes
chaleurs. Tout l'Equipage
en fouffrit ,par la foif qu'il
reffentoit de ces grandes chaleurs .
GALANT. 189
Le s.il nous vint un peu de vent,
qui nous fit trouver le lendemain
à deux degrez une minute du
pic. Le 9. nous harponnafmes des
Marfoins , qui font de fort gros
poiffons. Cet animal eft à peu
prés de la figure d'un cochon ,
ceux que nous prenions eftoient
de deux trois cens pefant. Il
a le fang chaud, & il n'y aguere
de difference de fa chair à celle
d'un Bauf. Le lendemain nous
prifmes une Dorade , qui eft un
poiffon tout doré , & prefque de
mefme figure que l'Alofe. Ieft
tres-bon à manger. Le 11. nous
découvrifmes à noftre horifon un
190 MERCURE
Vaiffeau que les cal nes nous empefcherent
de pouvoir reconnoifire,
& tous les vents que nous
avions dans ces endroits- cy, ne
venoient que par coups , & nous
obligeoient à ferrer generalement
toutes nos wiles.nalisqun !
Le 19. nous nous trouva/mes
fous la Ligne , & Mrs les Marins
ne manquerent pas à garder
les ceremonies qu'ils ont accoutumé
d'obferver toutes les fois
fois qu'ils la paffent, à l'égard de
ceux qui ne l'ont pas encore pafsée
, de mefme qu'ils le font au
Tropique . à certains Ďétroits.
C'est une Ceremonie profane &
t
C
GALANT
. 191
euxso
༣
ridicule , mais inviolable parmy
Chaque Nation la prati
que diverfement
, & mesme les
Equipages d'une mefme Nation
ne la pratiquent pas tous d'une
mefme maniere. Les François
l'appellent Baptefme, & woicy
la maniere dont elle s'obferva
duns noftre Bord. On rangea
~tant a Bas- bord qu'à Scribord ,
qui font les deux coftez du Vaif-
Jeau , des Bailles & des Curvertes
pleines d'eau de Mer, &
bordez par des Matelots rangez
en haye , chacun unfeau
plein d'eau en main . Ce premier
appareil n'eft que pour l'Equi192
MERCURE
page , c'est à dire , Pilotes, Soldats
, & Matelots
, & comme
tous ceux qui n'ont point
paffe la Ligne font obligez
fans
aucune
referve
de recevoir
ce
Baptefme
les uns aprés les autres
; ce qu'ils font en effuyant
tous ces fceaux
d'eau fur leur
corps ; il y eut une maniere
de
le donner
proportionnée
& convenable
aux perfonnes
de diftinction
quife trouverent
dans.
noftre
bord
comme
eftoient
Meffieurs
les Envoyez
, Offficiers
de Vaiffeau
, Officiers
ر
d'Infanterie
, & autres Paffagers.
Ceux
GALANT 193
و
Ceux qui font ordinairement
commis pour exercer cette forte
de Comedie ,font quatre des premiers
Pilotes , fuivis de buit ou
dix Matelots. Aprés s'eftre barbouillez
revestus de cables ,
capots autres fortes de hardespropres
à les rendre ridicules ,
le premier Pilote tenant en main
quelque livre de marine ou de pilotage
, fait presterfur ce livre.
ferment à tous ceux qui reçoivent
le Baptême , & jurer hautement
qu'autant de fois que l'occafion
fe prefentera d'en baptifer d'au
tres , ils le feront avec les mefmes
ceremonies que l'on obferve
Novembre 1687 . R
194 MERCURE
&
>
pour eux ; mais comme leur intention
n'est autre que de faire
une certainefomme d'argent, onfe
rachette de ces rafraifchiffemens
,
"& on reçoit le Baptême
enfe lavant
feulement
les mains dans
un baſſin.Ainfi l'on preste leferment
l'on pave en mefme
temps chacun felon fon pouvoir.
-On commença
par Meffieurs
les
Ambasadeurs
, mais ce fut chacun
dans leur chambre , & non
pas au pied dugrand maſt comme
tous les autres.Les
Pilotesfirent
prés de vingt piftoles de cerachat
deceremonie
. Le 22.nous harponnames
unfort grosMarfoin
, dans
GALANT. 195
lequel nous trouvâmes un jeune
marfonneau . Nous allons du
vent de Nord eft depuis cinq
jours, à trois lieues & trois lieues
& demie par heure.
LeJudy premierjour deMay,
nous nous trouvâmes par 13. degrez
33 minutes.Le lendemain le
vent devintfrais extraordinairement
en nous portant toûjours à
noftre route , ce qui nous donnoit
à tous une grande joye par
l'envie que nous avions d'arri
ver au Cap . Le 10. noftre Cap?-
taine avec quelques uns de nos
Officiers s'en allerent à bord du
Gaillard , pour jouer à la baf-
Rij
196 MERCURE
fette , & rapporterent cent cinquante
écus de gain . Le mefme
jour le Pere Tachard avec quelques
Jefuites vinrent du Gailfard
rendre vifite à Monfieur
Ambaffadeur. Le len
demain , onzième du mesme
mois,nous eufmes une Eclypfe de
Soleil , & ilfut cachéfeulement
d'un tiers. Le 13. j'allay au Gail
lard pour voir Meffieurs les Ambaffadeurs
Siamois , par l'ordre
de Monfieur de laLoubere noftre
Ambaffadeur. Fe revins dans
noftre chaloupe avec M¹ de
Farges General des troupes ,
quatre Officiers, tant du Bord
C
GALANT. 197
å
que des troupes, qui vinrent difner
avec noftre Capitaine ; on
les traita magnifiquement
. L'aprés
midy fe paffa à jouër à la
baffette, & noftre Capitaine y fit
un gain fort confiderable . Le 16 .
un vent du Sud un quart de Sud
nous donna pendant deux fois
vingt- quatre heures un fort gros
temps qui nous fit perdre laNormande
pour deux jours feulement.
Le 18. Fefte de la Pentecofte
, nous nous trouvâmes par
les 33. degrez moins 3. minuttes ,
600. lieües feulement éloignez
du Cap de Bonne -Efperance
. Ce mefme jour nous eufmes.
Riij.
198 MERCURE
grande Meffe dans noftre Bord
avec la Simphonie des violons ,
Monfieur Sebret rendit le
·Pain benit , ayant cu le chanteau
du jour de Pafques , ce
qu'il fit d'une maniere fort propre.
Le 19.il nous mourut un Soldat.
Les Pilotes ne nous faisant
plus qu'à quatre cens lieuës du
Cap , le ventfe mit àl'Ouest &
fi frais , qu'il nous faifoit faire
prés de trois lieues & demie par
heure . Le 10. de Juin prefque
tous nos Pilotes fe trouverent
terre , nous ne la découvrions
point encore ; mais le 11.
fur le Midy, nous commençâmes
à
1
GALANT.. 199
, י
à la voir , & ce fut pour nous
un fujet de joye inconcevable,
ayant efté depuis cent troisjours
à la voile fans toucher terre
& quatre- vingt- dix jours fans
la voir. Enfin le mefme jourfur
les quatre heures , nous mouillâ
mes dans la rade du Cap de
Bonne-Esperance , & le lendemain
nous faluames la Fortereffe
de fept coups de Canons ;
elle nous rendit le falut coup
par coup. Le Gouverneur nous
y a fait mille honneftetez, avec
des prefens de boeufs , moutons ,
herbages , & autres fortes de
rufraifchiffemens , dont il a fait
Riiij
200 MERCURE
prefent à Meffieurs nos Envoyez,
& à quelques - uns des.
Capitaines de noftre Efcadre . Le
15. Meffieurs les Ambassadeurs
Siamois allerent à terre pour voir
Monfieur le Gouverneur du Fort
en fortant de leur Bord , ils
furent faluez par chaque Vaiffeau
de noftre Efcadre de ref
coups de Canon . Le 18. ils
vinrent difner à noßre Bord
lors qu'ils fortirent fur les
trois heures aprés Midy , nous
les faluâmes de neufcoups de
Canon.
Quoy que cette Relation
air efté envoyée entiere , il
GALANT 201
eft aifé de voir que M Mafurier
l'a écrite à mesure que
les chofes fe font pallées. En
voicy la fuite qui a eſté faite
fur le point du rembarque
ment au Cap de Bonne -Efperance
.
Comme je vous envoye fekument
une Relation de noftre
Voyage , ilferoit inutile de repeter
icy bien des choſes en voulant
vous apprendre ce qui s'eft
paffé depuis noftre départ de
Breft. Noftre navigation a efté
la plus heureufe du monde ,
nos Pilotes fe font trouvez fi
justes à leur point , que toute
ع و س
202 MERCURE
crois
où
leur erreur n'a pas efté de plus
de vingt ou trente lieuës , ce qui
eft fort rare. Le 11. de Juin
nous arrivafmes à la Rade du
Cap de Bonne-Efperance ,
nous mouillafmes le mefme jour
fur les quatre heures du foir. Je
que vous fçavez que ce
font les Hollandois qui font
Maiftres de cet endroit. Ils fu→
rent un peufurpris de nous voir
arriver fix Vaiffeaux , n'eftant
pas accoûtumez à en voir un fi
grand nombre à la fois , ce qui
les a tenus inquiets & fur leurs.
gardes tout le temps que nous
avons efté. Mr le Gouverneur
GALANT. 203 '
dont
nous y a receus fort honneftement.
Nous y avons trouvé d'affez
hons rafraichiſemens
, &
au delà de ce que nous nous ef
tions proposé , tant en herbages,
qu'en beufs & moutons ,
M. le Gouverneur a fait de
fort gros prefens , & entre autres
a nofire feul Bord , de trois
boeufs & dix- huit moutons, &
buit grandes corbeilles d'herba
ges. Le reste qui nous a esté
neceffaire , nous l'avons acheté,
& fort cherement.La defcription
de cet endroit peut fe faire en
peu de mots. Ce n'est qu'un Village
affez petit, dont les maifons
204 MERCURE
font fort baffes & fort foibles ,
bafties feulement de brique . La
plupart des Habitansfont Hol
Landois , & le refte des Negres,
A quelque distance de là , dans
une espece de prairie , font les
premiers Habitans de ce lieu ,
qu'on nomme Outantos, qui eft,
je crois . la Nation du monde la
plus infame. Ce font gens extremement
noirs , qui n'ont pour
veftement qu'une peau de mouton
, & pourmaison qu'une cabane
dejonc , où ils vivent confusément
hommes , femmes , &
enfans , ne mangeant que de la
viande des Animaux qu'ils trouGALANT.
205
went morts d'eux- mefmes. Le
Mary pour se rendre agreable
àfa Femme fe graiffe de vieille
ordure , & fur tout du fang de
quelque animal. Ils laiffent coler
fecher cefangfur eux. Leurs
cheveux , qui font pareils aux
cheveux des Maures , font fro
tez d'une certaine compofition
de noir avec de la graiffe , & its
y pendent quantité de coquilla
ges, de cloux , & de pieces d'ai
rain .Les Femmes , outre les mefmes
ornemens des hommes , ont
cela de plus , qu'elles sentcurent
les bras les jambes des boyaux
des moutons qu'ils mangent,pour
206 MERCURE
s'en fervir de nourriture lors
qu'elles fe trouvent engagées
dans les deferts.
Fay oublié de vous dire qu'en
arrivant à la rade du Cap ;
nous y trouvafmes la Loire ,
cette Flutte que nous avions perdue
dans le coup de vent que
nous eufmes par le travers du
Cap - verd il y avoit feulement
trois jours qu'elle eftoit
mouillée dans la rade , lorsque
nous y arrivafmes.
Pendant le temps que nous
avons efté icy , it's'eftfait quelque
chaffe avec les fils de M™
de Farges , General des trouGALANT
207
pes ; il y eft auffi venu
luy-mefme. Nous avons tué
quantité de gibier , parce qu'il
s'en trouve extraordinairement
dans les endroits où M le
Gouverneur du Cap nous faifoit
menerpar des tireurs de volée
qu'il nous donnoit . Le gibier
que nous y trouvions eftoit des
Chevreuils & des Gafelles , qui
font des animaux plus gros que
Aes Chevreuils , mais de mefme
qualité , des Faifans , Perdrix,
& Cocqs de Bruieres en tresgrand
nombre. A la derniere
chaffe que nous fifmes avec
M de Farges . nous y
208 MERCURE
prifmes fix Chevreuils & trente
cinq pieces de gibier , tant
en Perdrix , qu'en Faifans ou
Coigs de bruieres.
Fermer
2
p. 1053-1076
REPONSE de M. Meynier, Ingénieur de la Marine, à la Lettre que M. Bouguer, Professeur Royal d'Hidrographie, a fait inserer dans le Mercure de France du mois d'Avril dernier, page 693.
Début :
J'ay vû depuis trois jours dans le Mercure du [...]
Mots clefs :
Demi-cercle, Hydrographie, Public, Plainte, Prix de l'Académie royale des sciences, Académie royale des sciences, Astres, Marins, Instruments, Théorie, Observations, Professeur royal, Mathématiques, Expériences, Pilotes, Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE de M. Meynier, Ingénieur de la Marine, à la Lettre que M. Bouguer, Professeur Royal d'Hidrographie, a fait inserer dans le Mercure de France du mois d'Avril dernier, page 693.
REPONSE de M. Meynier , Ingénieur
de la Marine , à la Lettre que M. Bouguer , Professeur Royal d'Hidrographie ,
a fait inserer dans le Mercure de France
du mois d'Avril dernier , page 693.
"Ay vû depuis trois jours dans le MerJacure du mois d'Avril dernier , la Réponse que vous avez donnée au Public
sur ma plainte que je lui avois exposée
dans le Mercure du mois de Fevrier de
la même année , page 247. Vous ditës
d'abord , que le Public ne découvrira pas
les raisons de ma plainte. Elles étoient trop
évidentes pour que cette découverte pût 1. Vol.
A iiij lui
1054 MERCURE DE FRANCE
lui avoir donné de la peine; j'ai eu la satisfaction de voir qu'il m'a rendu justice
et à vous aussi , et de lui entendre dire
qu'il ne comprenoit pas comment vous
aviez pû vous écarter si fort sur cet article , en décidant d'une chose que vous
ne connoissiez pas , de laquelle vous avez
fait un portrait qui n'y a aucune ressemblance , et que vous n'en avez agi de
même que pour tâcher de sapper tout
ce qui étoit connu , afin de donner plus
d'éclat à vos productions , et afin d'avoir
plus de part au Prix que l'Académie avoit
proposé à ce sujet. Ce même Public est
trop éclairé pour ne pas voir que votre
Réponse est montée sur le même ton
que ce qui a donné lieu à ma plainte.
Vous ne lui persuaderez jamais que ce que
vous avez dit de mon demi Cercle.en
étoit une espece d'approbation ; en tout
cas le Public trouvera l'espece d'approbation fort singuliere.
Dans votre Réponse , page 694. ligne
15. vous dites : Que vous avez parlé de
mon demi Cercle dans votre Livre sur la
meilleure maniere d'observer la hauteur
des Atres , en disant qu'il vous semble
qu'il est sujet à un inconvénient , et que
vous affirmez aussi- tôt sur la connoissance
que vous avez de mes lumieres , que j'ai
1. Vol. trouvé
JUIN 1732. 1055
trouvé le moyen de l'éviter. Ceux qui ont
lû ma plainte , où je répete mot à mot ce
que vous en avez dit , verront bien que
Ce n'est pas-là ce que vous en dites aujourd'hui , que vous en avez changé le
veritable sens , en employant dans votre
Réponse le présent où vous aviez employé l'avenir , et le doute où vous aviez
employé l'affirmation ; vous en avez repeté quelques mots , comme si vous n'en
eussiez pas dit davantage ailleurs , et vous
avez obmis les principaux termes , comme, par exemple, celui de qu'on est obligé,
parce qu'il exprime une chose qui est indispensable et non une chose qui semble
être , &c. Auriez- vous voulu en faire une
Enigme j'ai été fort aise de voir que
vous prévenez le Public , page 695. que
vous en répandez dans vos Ouvrages , en
disant que vous allez expliquer l'Enigme.
Dès la premiere lecture que je fis de vos
Ouvrages, je m'étois apperçu qu'ils étoient
fort énigmatiques , et j'avoue que je n'ai
pas pû reconnoître le sens que vous leur
donnez pour être leur sens naturel , comme vous le verrez un jour dans un Ouvrage que je donnerai au Public.
Après ce que vous avez dit de mon
demi Cercle et ce que vous venez de répondre à ma juste plainte, je m'attends
I, Vol.
Αν bien
1016 MERCURE DE FRANCE
bien que vous donnerez au Public de
nouvelles Enigmes sur mon compte ; mais
j'espere que je n'aurai pas de peine à lui .
en expliquer le sens naturel , et qu'il ne
prendra pas , comme vous avez fait , le
retard du temps à votre avantage.
L'article de votre Livre qui a donné
occasion à nos écritures , est sur le projet
du Programme que l'Académie Royale
des Sciences avoit publié pour l'année
1729 qui ne consistoit que sur la meil
leure maniere d'observer la hauteur des
Astres sur Mer , soit par des Instrumens
déja connus , soit par des Instrumens de
nouvelle invention. Il ne s'agissoit donc
que de décider sur l'Instrument le plus
utile , le mien ne fut pas dans le cas de
pouvoir disputer le Prix au vôtre , parce
que sur l'annoncé du Programme , j'avois
cru que le Mémoire que j'avois remis à
l'Académie quatre ans auparavant sur ce
même sujet , lorsqu'elle m'en donna son
Certificat , devoit suffire , attendu que
mon demi Cercle répondoit aux deux cas
du Programme , et que par cette raison il
seroit inutile d'envoyer une seconde copie
de mon Mémoire ; mais Mrs de l'Académie ne penserent pas de- même , ils ne
firent aucun usage de mon Mémoire , disant que j'aurois dû en envoyer une autre
1. Vol.
copie
JUIN. 1732 1057
copie dans le temps prescrit par le Programme , ce que j'avois cru inutile ; mais
puisque vous m'obligez à vous parler net,
je croi Mrs de l'Académie trop éclairez
pour qu'ils n'eussent pas préferé mon demi Cercle à vos deux quarts de Cercle,
s'ils eussent fait usage de mon Memoire.
pas
Vous voudriez faire entendre au Public , que j'ai crû vos quarts de Cercle
fort bons et plus utiles à la Navigation
que mon demi Cercle , parce que je ne
l'ai d'abord réfuté ; la consequence
n'est pas juste , je ne pensois pas même
à le faire , parce que j'avois des occupa
tions plus essentielles , et ce n'a été que
votre maniere de m'en parler qui m'y a
contraint; il me suffiroit de sçavoir avec
tous les Marins , qu'on ne peut pas mettre en pratique votre quart de Cercle sur
Mer aussi utilement que les Instrumens
ordinaires ; je ne travaille d'ailleurs à examiner les Ouvrages des autres et à en faire
des Notes , qu'à certaines heures de récréation qui sont toujours fort courtes chez
moi , parce que je commence d'abord par
remplir mon devoir et travailler à ce qui
me paroît pouvoir être utile au service du
Roiou du public ; les succès que j'ai eu
dans ces occupations , m'y attachent si
fort , qu'il est bien rare que je les discon
I. Vol. A vj tinue
1058 MERCURE DE FRANCE
·
tinue pour m'amuser à autre chose , à
moins que ce ne soit pour remplir mon
devoir , de maniere que très- souvent je
ne trouve pas seulement le temps de répondre aux Lettres de mes amis même
les plus intimes ; ainsi vous ne devez pas
croire que je me dérange jamais beaucoup
de cette conduite pour vous répondre
incessamment ; qu'importe que je le fasse
plus tôt ou plus tard , mes Réponses n'en
vaudront pas moins ? Je ne veux rien réfuter legerement , ni m'attacher à ce qui
n'est point essentiel au fait , ni chercher
des détours qui ne sçauroient instruire le
Public pour l'éclaircir des faits. Je crois,
Monsieur , qu'il nous convient à tous les
deux de prendre ce parti là , afin de rendre nos Ouvrages plus instructifs ; car
si nous nous avisions de faire autrement,
il nous en coûteroit notre argent pour
l'impression , parce que nous ne trouverions aucun Libraire qui voulût s'en charger , dans la crainte d'être obligé de
les vendre à des Marchands de Poivre.
Le Public qui n'aime pas à être fatigué
par les longs discours , lorsqu'ils ne décident point avec évidence , jugera beaucoup plus sainement de nos Ouvrages
par des raisons simples et sensibles et par
leur utilité dans la pratique , que par tou
I, Vol. tes
JUIN. 1732.
1055
tes les autres voyes que nous pourrions
prendre.
Tout le monde est convaincu que l'experience dément souvent la théorie , ou
la rend impraticable , principalement sur
Mer , lorsque les fondemens de cette
Théorie sont douteux , comme il arrive
à bien des propositions , comme dans toutes celles qui ne sont que de pure spéculation . C'est par cette raison qu'on ne
doit disputer que sur des faits certains ,
dont les principes sont bien démontrez
et les consequences,sûres ; à moins que
l'experience ne décide des choses qui sont
fondées sur des principes douteux , ou
qu'elle se déclare contre les principes qui
paroissent évidents , ou lorsque les difficultez de mettre ces principes en execution
ne peuvent pas assez répondre à la proposition pour la rendre utile. C'est- là
mon unique but le Public qui sçait que
je l'ai atteint en plusieurs occasions , me
rend justice là- dessus.
J'ai vû avec plaisir dans votre Réponse.
que vous reconnoissez que les Instrumens
qui sont actuellement en usage pour observer
la hauteur des Astres sur Mer , sont préferables à tous les autres , et par consequent
aux vôtres qui ne sont point en usage ;
mais vous ne devriez pas dire que vous
چر I. Vol. l'avez
fogo MERCURE DE FRANCE
L'avez toujours soutenu de même ; puisque vous avez soutenu le contraire en faveur
de votre demi Cercle , dans la troisiéme
Section de votre Livre , page 32. sous le
titre de Changemens qu'il faut faire au
quartier Anglois , pour lui donner toute la
perfection possible ; c'est sur ces changemens que vous avez donné votre quart
de Cercle pour être préferable à tous les
autres Instrumens. Je vous felicite d'être
revenu de- même sur le compte de votre
quart de Cercle , je dois l'attribuer à l'évidence de l'explication que j'en ai donnée dans ma plainte.
Vous ne vous êtes pas contenté de
parle de mon demiCercle sans fondement,
vous avez encore voulu me faire mon procès un peu cavalierement sur les Observations qui en ont été faites dans la
Rade de Brest , en disant , que je connoissois la latitude du lieu où elles furent faites;
faisant entendre que c'étoit sur cette connoissance que le Certificat avoit été fait
et non sur le mérite de l'Instrument.
Vous me connoissez bien mal , Monsieur,
de me croire capable d'en imposer de
même à la verité , tout autre que moi
vous en accuseroit aussi dans vos Ouvrages ; mais parce que croyant faire mon
procès , vous avez fait en deux façons
I. Vol. celui
JUIN. 1734. 1061
celui des personnes qui m'ont donné le
Certificat dont j'ai parlé , qui firent euxmêmes l'experience de mon demi Cercle
dans cette Rade , en ma présence. Ce
sont M. Deslandes , Contrôleur de la Marine , de l'Académie Royale des Sciences,
le R. P. le Brun , Professeur Royal de
Mathématiques pour Mr les Gardes de la
Marine , Mrs Liard et Michot , Pilotes
Amiraux , qui en dresserent ensuite un
Certificat , dont ils envoyerent copie à
⚫ M. le Comte de Maurepas et à l'Académie des Sciences , à ce que ces M m'en
dirent six mois après , c'est- à - dire , au
retour de la campagne , en m'en remettant aussi une copie ; c'est donc à ces
Mrs là à se plaindre de votre jugement
sur cet article ; ce qu'il y a de bien certain , c'est qu'ils n'avoient aucun interêt
d'en imposer à la Cour et à l'Académie
qu'ils ont trop de probité pour l'avoir
fait sous aucun prétexte , que je n'avois
pas l'honneur de les connoître trois jours
avant mon départ pour l'Amerique , et
queje n'ai contribué en rien aux termes du
Certificat , puisque dès le lendemain de la
derniere Observation nous partîmes pour
l'Amerique , qu'il n'a été dressé qu'après ,
et queje n'ai sçû ce qu'il contenoit que six
mois après.
1. Vol. Puisque
1062 MERCURE DE FRANCE
Puisque vous n'avez pas jugé à propos
de vous appercevoir de la proposition que
je vous ai faite dans maplainte, je vais vous
la répeter afin que le Public sçache encore
mieux de quoi il s'agit , et que vous ne
puissiez plus feindre de l'ignorer. Je
vous avois proposé de faire en presence
des gens du métier , l'experience de votre quart de Cercle et en même temps
de mon demi Cercle.dans une Rade ,
ou même à terre , à un endroit qui seroit
exposé au vent et à un mouvement qui
imiteroit à peu près le roulis d'un Vaisseau ; mais ne l'ayant pas accepté , si vous
le refusez encore , ce sera , pour me servir de vos termes , proscrire vous- même
vos quarts de Cercle de l'usage que vous
auriez voulu en faire prendre au Public ,
et les reconnoître en même temps beauinferieurs à mon demi Cercle pour coup
l'usage de la Navigation ; et comme notre dispute ne roule que là-dessus , vous y
cederez entierement par votre refus. Vous
êtes encore à temps d'accepter mon défi , vous pouvez même joindre à votre
quart de Gercle que j'ai réfuté dans mat
plainte , celui que vous suspendez par
une boucle , que vous dites être mieux
suspendue que le mien ;je vous permettrai dans l'experience que vous employez
I. Vol. l'un
JUIN. 17328 1063
l'un et l'autre indifferemment à votre
choix. Pour nous assurer par l'experiencé
de l'avantage de nos Instrumens les uns
sur les autres , on assemblera à terre un
quart de Cercle à lunette de 3. ou 4.
pieds du Rayon , pour observer pendant
le jour la hauteur du Soleil , er pendant
la nuit celle de quelque Etoile ; nous
serons ensuite tous les deux en Rade dans
le même Vaisseau , sans Montre ni Horloge , nous aurons pris d'avance toutes les précautions qu'on pourra proposer , afin
que nous ne puissions pas avoir connoissance de l'heure , parce qu'elle pourroit
nous servir pour déterminer les hauteurs
des Astres , indépendamment de nos Ins
trumens ; nous observerions ensuite la
hauteur du Soleil le jour , et celle de
quelque Etoile la nuit , dans le temps
qu'on feroit la même observation à terre
avec le susdit quart de Cercle ; et au
moyen des signaux , on n'ôteroit en même temps la quantité de chacune des Observations , qui étant ensuite comparées
avec celles qui auroient été faites en même-temps à terre , serviroient à décider
d'une maniere incontestable lequel des
deux Instrumens vaut le mieux. On peut
faire les mêmes experiences à terre sur
quelques planches mobiles ; il n'y auroie
I. Vol.
en
1064 MERCURE DE FRANCÉ
en cela de l'avantage pour personne. Quesi
yous n'acceptez pas une proposition si raisonnable , qui est la maniere la plus sure
de faire connoître au Public l'avantage
de vos Instrumens sur le mien , ou du
mien sur les vôtres , il employera avec bien
plus de fondement le terme de proscription pour vos deux quarts de Cercle , que
vous ne l'avez employé mal - à- propos
pour mon demi Cercle ; je dis mal- à- pro-.
pos , parce que vous en parlez comme
une personne qui ne le connoît pas encore , qui ne veut pas s'en rapporter aux experiences qui en ont été faites par des
gens de probité et du métier , ni à tous
les Pilotes de Brest , qui l'ont reconnu
fort utile pour la Marine , dans un Certificat qu'ils m'en ont donné. J'espere cependant que les Pilotes des autres Ports
ne l'approuveront pas moins , et que je
m'en servirai utilement à la campagne que
je vais faire dans le Levant.Je ne crois pas
que vous puissiez jamais en dire autant
de vos deux quarts de Cercle.
Vous prétendez , Monsieur , que la
suspension que je donne à mon demi Cercle est inutile , et que je n'ai pas fait at
tention aux cas qu'on employe cette sus
pension. Avez-vous fait attention vousmême que la suspension de mon demi I. Vel.
Cercle
JUIN. 1732. 1065
Cercle est la même que celle des Compas de variation dont on se sert sur Mer
que l'effet de cette suspension , dans l'un
comme dans l'autre Instrument , porte
l'Instrument à obéïr aux differens mouvemens du Vaisseau ? qu'on ne les employe
que pour cela , et que vous ne sçauriez
condamner l'un sans condamner Pautre ?
Si vous aviez fait quelque campagne sur la
Mer , vous auriez vû que cette suspension est si necessaire qu'il ne seroit pas
possible de se servir également des Compas de variation sans cela ; je la laisse subsister dans le Compas de variation que
j'ai donné au Public , et par consequent
je la croi très-utile , parce qu'elle l'est veritablement.
Je m'apperçois dans toute votre Répon
se , que vos idées sont bien differentes
de celles qui ont été acquises par la pratique , ce qui me fait penser que vous en
doutez au moins , c'est le refus que vous
avez fait à mon défi sur la comparaison
de nos Instrumens par des experiences ;
parlant dans votre Réponse comme si je
ne l'avois pas proposé.
Vous dites que parce que je ne donne
aucune atteinte à vos Remarques, qu'elles
ont fait une impression sur moi ; la consequence n'est pas prouvée , en disant qu'elI. Vol. los
1066 MERCURE DE FRANCE
les ne m'ont pas été inutiles , que depuis
j'ai changé d'avis dans l'Ouvrage que je
viens de donner au Public , sur la meilleure maniere d'observer la variation de
la Boussole à la Mer. Je n'ai du tout
point changé d'avis ; et une preuve que
je soutiens toûjours cette suspension bonne , c'est que je l'ai employée , comme je
viens de le dire , au Compas de Variation
que vous citez de la même manieré qu'elle est employée à mon demi Cercle , et
vous vous attribuez mal à propos les avis
que j'ai suivis pour faire tenir mon Compas de variation , par celui qui fait l'Observation.
Etant à Brest 4. ans avant l'impression
de votre Ouvrage , Mr les Officiers de ce
Port , tant d'Epée que de Plume , m'en
donnerent l'idée , que j'ai réduite à la
maniere qui est expliquée dans mon Livre;il y a apparence que vous aviez puisé
cette idée à la même source , puisque j'ai
appris que vous aviez aussi été à Brest ;
d'ailleurs les Marins l'ont toûjours dit
ainsi , et la théorie seule ne sçauroit nous
l'avoir appris de même.
Le public trouvera , comme moi fort
singulier , que vous desaprouvicz , page
703. que je consulte les Marins d'aujourd'hui , ne diroit-on pas à ce terme
I. Vol.
de
JUIN. 1732. 1067
de Marins d'aujourd'hui , que vous voudriez les mettre bien au dessous de
ceux de l'ancien temps ; il est pourtant
certain que de l'aveu de tout l'Univers
la Marine est à un plus haut point de
perfection qu'elle ait jamais été , et la
comparaison que nous faisons des anciens
écrits avec les modernes qui la regar
dent, nous le confirment ; vous conviendrez, sans doute, qu'elle n'a reçu ce grand
avantage ni de vous ni de moi ; d'où je
conclus que les Marins d'aujourd'hui
valent bien mieux que ceux de l'ancien
temps ; qu'ils sont plus habiles , qu'ils
naviguent bien mieux , et que nous devons les consulter préférablement aux
écrits des anciens. L'expérience et la tradition ont appris aux Marins d'aujour
d'hui ( pour me servir de votre terme )
que vos deux quarts de Cercle sont proscrits à l'usage de la Marine, par les raisons que j'ai détaillées dans ma plainte,
Elles sont si évidentes , qu'il n'est pas
possible de les contester avec fondement
et n'exigent aucune citation, parce qu'aucun des Livres qui traitent de la Navigation ou du Pilotage , ne nous donne
l'histoire suivie d'aucun des Instrumens
qui ont été employez , ou qu'on employe
sur mer ; mais seulement leur construc
I.Vol. tion
068 MERCURE DE FRANCE
tion et leurs usages,comme ils l'ont fait de
beaucoup d'autres Instrumens qu'on ne
sçauroit mettre en pratique utilement et
qui sont inutiles. Auroit-il falu vous consulter préférablement aux Marins d'aujourd'hui, et s'en raporter à vos décisions?
il y auroit eu de la témérité. On doitagir
avec plus de prudence lorsqu'on veut.
donner des choses qui soient praticables
sur Mer. Il ne paroît pas dans vos écrits
que vous ayez la moindre pratique de la
Navigation. Si vous ne les consultiez pas
vous- même bien souvent , dans un cas où
vous seriez chargé de la conduite d'un
Vaisseau , il y a toute apparence que vous
iriez bien- tôt habiter avec les Poissons, par
le deffaut de pratique. Vous reconnoître
peut-être unjour la nécessité de les consúlter , ou de frequenter long- temps
Mer soi-même , lorsqu'on veut donner
du nouveau qui soit utile. Si vous aviez
pris cette sage précaution , je ne croi pas
que vous eussiez donné votre Traité sur
la matiere des Vaisseaux, tel que vous l'avez publié ; je vous en expliquerai un jour
les raisons, appuïées la plus part sur l'expérience et sur des démonstrations géométriques , qui seront à la portée de tous
les Géometres.
la
La Campagne que j'ai faite à l'AmériI. Vol.
que
JUIN. 1732. 1069
que , les avis que je pris de Mrs les Marins
pendant le voyage , et à Brest à mon retour me donnerent dans ce temps- là l'idée de réduire le Compas de Variation
que j'avois inventé , tel que je viens de
le donner au public , n'ayant fait , comme je l'ai déja dit , aucun changement à sa
suspension , ainsi vous me félicitez mal à
propos sur ce prétendu changement,
Vous cherchez , Monsieur , à vous défendre inutilement d'avoir voulu décider
de mon demi Cercle sans le connoître ;
l'histoire de l'Académie , de l'année 1724.
où on voit , pag. 93. la Relation de mon
demi Cercle , laquelle Relation vous a
donné occasion d'en parler , comme vous
avez fait , subsiste encore ; de même que
le Traité sur la meilleure maniere d'observer la hauteur des Astres que vous.
avez fait imprimer en l'année 1729. chez
Claude Jombert , à Paris , où vous avez
donné occasion à ma plainte , page 11.
ainsi vous avez beau dire que vous n'aviez pas pu en prendre assez de connoissance dans l'histoire de l'Académie ; vous
prononcez votre condamnation par cet
aveu ; car quand même l'instrument seroit tel que vous le dites à present , vous
n'étiez pas en droit d'en faire un portrait
qui n'y eût aucune ressemblance, et encore I. Vol. toins
1070 MERCURE DE FRANCE
moins d'en décider , sans le connoître ,
parce qu'on ne doit faite le portrait et
décider que des choses qu'on connoît entierement ; et parce que j'ai fait voir dans
ma plainte , par la copie des pièces justificatives , que tout ce que vous en avez
dit , n'a aucun rapport à ce qui est inseré
dans l'histoire de l'Académie. Vous voulez soutenir une partie de ce que vous
avez avancé ; mais il ne vous est pas possible d'y réussir , à moins que vous n'acceptiez le défi que je vous en ai fait , et
que vous ayez gain de cause dans les expériences proposées. Vous avez cru vous
en deffendre , en disant que vous n'avez
faire d'en venir à l'expérience de mon
demi Cercle. N'auriez- vous pas fait attention qu'il s'agissoit aussi dans mon défi
de l'expérience de votre quart de Cercle,
afin de juger ensuite s'il vaut mieux que
mon demi Cercle , par la comparaison de
leurs expériences. Vous êtes encore àtems
de l'accepter et d'y joindre votre autre
quart de Cercle suspendu par une boucle , comme je vous l'ai déja dit ; que si
vous le refusez , le public ne manquera
pas de dire avec raison que vous cedez entierement , quelques détours que vous
puissiez chercher , parce que c'est- là le
seul point sur lequel roule toute notre
que
*I.Vol. dispute ;
JUIN. 1732.
1071
dispute ; jusqu'icy les détours que vous
pourrez prendre , ne pourront être que
de la nature de ceux qui ont donné occasion à ma plainte, de ceux que vous venez de produire et de ceux que vous avez
cherchez pour ne pas effectuer la gageure
que vous m'aviez fait proposer au sujet
de nos deux Mémoires , sur la meilleure
maniere d'observer la variation de l'Eguille Aimantée sur mer. Le public sera
bien aise d'être informé de cette petite.
'histoire , afin de sçavoir à quoi il doit s'en
tenir , sur ce que vous avancez.
Au commencement du mois de Juillet
dernier, vous me fîtes proposer du Ha
vre, par un de mes amis , une gageure de
Jo Louis , au sujet de nos deux Mémoi
res ; lesquels so Louis seroient au profitde celui dont le Mémoire seroit reconnu
par Mrs les Commissaires de l'Académie
avoir mieux mérité le prix qui avoit été
proposé à ce sujet. J'appris cette nouvelle
à Paris , où j'étois pour lors , et où j'en
parlai par occasion , à des personnes qui
me dirent, qu'avant votre départ de Paris
pour le Havre , vous aviez dit chez votre
Libraire et ailleurs , en présence de plusieurs personnes, que si je croïois que mon
Mémoire eut eu le prix , s'il n'eut pas été
oublié à la Poste , vous me gageriez les
1.Vol. B 2000
1072 MERCURE DE FRANCE
2000 liv. que vous en aviez reçuës, pour,
soûtenir qu'il vous auroit été attribué également depuis ; votre Libraire et d'autres personnes m'ont confirmé la chose.
Je vis bien par là combien vous étiez prévenu en faveur de votre Ouvrage , car
vous ne connoissiez pas encore le mien
dans ce temps- là enfin je n'ai été informé de votre proposition de gageure à Paris , qu'après que vous m'avez eu faitproposer du Havre celle de so Louis , ainsi
je n'avois pas pû y répondre , parce que
je n'en avois pas eu connoissance ; mais
parce que vous aurez pû croire que je le
sçavois , et que la crainte m'avoit empêché de l'accepter , vous m'avez fait proposer la seconde, croïant , sans doute, que
je ne l'accepterois pas ; mais vous en fûtes
bien- tôt détrompe , car j'envoié le lendemain à mon ami la gageure écrite et signée
de ma main , priant cet ami de compter
la somme , afin que vous n'eussiez qu'à
signer la gageure , pour qu'elle commençat d'avoir lieu ; mais lorsqu'on vous presenta l'écrit pour le signer , vous vous retranchates d'abord à 5o Pistoles,au lieu de
50 Louis , et l'orsqu'on voulut compter
l'argent pour moi , vous ne jugeâtes pas à
propos de fondre la cloche. Il y a apparence qu'après avoir réduit la gagcure de
J.Vol. 2000
JUIN. 1732.
2000 liv. à 5o Louis , et de so Louis à
1073
go Pistoles , vous auriez voulu la réduire
a moins de so sols , puisqu'à la fin vous
l'avez réduite à rien. Je vous avois cependant laissé le maître de choisir vousmême les Juges dans le Corps de l'Académie des Sciences , ou dans celui de la
Marine. Je dois cependant vous dire que
je l'accepterai encore , que je vous laisserai le même avantage de choisir les Juges,
et que si l'Académie refuse son jugement,
nous en ferons décider Mrs les Marins
qui assurément en rendront unjugement
équitable, parce que la matiere est de leur
competence , qu'elle les interesse même
beaucoup , et parce que toute la question
ne roule que sur la meilleure maniere
d'observer sur Mer la variation de la
Boussole; il ne s'agit que de décider ,
lequel des deux Ouvrages y sera le plus
utile.
"
Les sages restrictions de l'Académie
dont vous parlez dans votre Lettre , pag.
705.ne consistent qu'à faire sur Mer l'expérience de mon demi Cercle, pour sçavoir s'il approcheroit d'y donner la hauteur des Astres , comme il l'avoit donnée à terre. On trouve dans le Mémoire
que j'ai laissé à la même Académie à ce
sujet , cette restriction dans les mêmes
I. Vol.
Bij termes ,
2074 MERCURE DE FRANCE
termes ; depuis, l'Académie n'a pas montré comme vous l'avancez tout de suite,
qu'elle ne prétendoit point avoir décidé la
question en mafaveur , en proposant le mêmesujet pour prix. Ce qu'elle en a ditdans
-son histoire de 1724 , page 93. est tresclair , puisqu'elle ne parle qu'après les
Observations qu'elle en fit dans un sens,
qui ne demande aucune interprétation ;
ainsi vous auriez dû vous dispenser de
celle que vous y donnez , parce que cette
description n'est pas de la nature de vos
énigmes.
Vous · finissez votre Lettre , Monsieur ,
en disant, au sujet des Vaisseaux lorsqu'ils
sont à la Mer , que le point le plus essentiel et en même temps le plus difficile est de
pénétrer la cause de tous les mouvemens , ei
d'être en état d'en prévoir les différens effets
vous ajoûtez, qu'on peut s'appliquer à tous
dans cela avec autant de succès à terre que
tout autre endroit.
On vous prouvera un jour le contraire ;
mais en attendant où trouverez- vous un
Marin qui en convienne , depuis le plus
habile et le plus expert ,jusqu'au plus novice dans cette pratique ; l'expérience leur
en a appris la verité.
Vous dites de suite que personne ne
s'est encore apperçu au Havre que vous
n'as
JUIN. 1732. T07
moins
n'ayez cultivé l'Hydrographie que dans
le Cabinet,je crois qu'on ne vous l'a pas té
moigné , mais qu'on ne s'en est pas
apperçuscar moi qui n'al fait qu'une Cam
pagne de long cours , je l'ai si- bien recom
nu dans tous vos Ouvrages touchant la
Marine, que je n'ai pas pu m'empêcher de
vous le dire dans ma plainte ; quoique 15
jours auparavant vous m'eussiez soutenu
verbalement le contraire. Je vous détail
lerai à mon loisir les articles oùje m'en
suis aperçu.
Comme je pars demain pour Toulon,
et de-là pour les Echelles du Levant , je
serai assez long temps absent du Royaumesans être informé dece que vous pour
rez écrire contre moi. Vous aurez l'avantage de combattre un homme absent da
Royaume, qui ne pouvant avoir aucune
connoissance de vos écritures, ne sçauroit
vous répondre qu'à son retour, qui ne sera
pas si-tôt ; vous ne voudrez pas pour lors
tirer avantage du retard de sa replique ,.
comme vous avez voulu le faire du re.
tard de sa-Plainte; ces sortes de ressources
se réduisent à rien dans les disputes , elles
ne vont pointau fait, et lorsqu'on est obligé de les employer pour se défendre , on
annonce la perte de la cause, parce que ces
affaires - là ne prescrivent point.
I.Vol. Bij Je
1076 MERCURE DE FRANCE
Je vous propose, Monsieur, de faire ensemble une campagne par Mer , pour y
mettre en pratique vos Instrumens et les
miens ; je ne doute pas que M. le Comte
de Maurepas ne nous en accorde la per
mission , parce que cette campagne seroit
utile à la Marine, en ce que nous ne manquerions pas l'un et l'autre de bien éplu- cher nos Instrumens dans tous leurs usages , d'en apprendre , autant que nous le
pourrions, la pratique à Mr les Marins, et
de leur en faire sentir par- là le bon ou lè
mauvais ; on sçauroit pour lors fort bien
à quoi s'en tenir , sur les vôtres et sur
les miens ; vous m'y trouverez toujours
disposé; mais si vous le refusés, le public
ne manquera pas de dire, avec raison, que
connoissant vous-même la superiorité de
mes Ouvrages sur les vôtres , pour l'utilité de la Marine , vous voulez éviter de
l'en éclaircir. J'ai l'honneur d'être , malgré tous nos differens , avec beaucoup
de considération. Monsieur , votre , &c.
AVersailles , le 12 May 1732.
de la Marine , à la Lettre que M. Bouguer , Professeur Royal d'Hidrographie ,
a fait inserer dans le Mercure de France
du mois d'Avril dernier , page 693.
"Ay vû depuis trois jours dans le MerJacure du mois d'Avril dernier , la Réponse que vous avez donnée au Public
sur ma plainte que je lui avois exposée
dans le Mercure du mois de Fevrier de
la même année , page 247. Vous ditës
d'abord , que le Public ne découvrira pas
les raisons de ma plainte. Elles étoient trop
évidentes pour que cette découverte pût 1. Vol.
A iiij lui
1054 MERCURE DE FRANCE
lui avoir donné de la peine; j'ai eu la satisfaction de voir qu'il m'a rendu justice
et à vous aussi , et de lui entendre dire
qu'il ne comprenoit pas comment vous
aviez pû vous écarter si fort sur cet article , en décidant d'une chose que vous
ne connoissiez pas , de laquelle vous avez
fait un portrait qui n'y a aucune ressemblance , et que vous n'en avez agi de
même que pour tâcher de sapper tout
ce qui étoit connu , afin de donner plus
d'éclat à vos productions , et afin d'avoir
plus de part au Prix que l'Académie avoit
proposé à ce sujet. Ce même Public est
trop éclairé pour ne pas voir que votre
Réponse est montée sur le même ton
que ce qui a donné lieu à ma plainte.
Vous ne lui persuaderez jamais que ce que
vous avez dit de mon demi Cercle.en
étoit une espece d'approbation ; en tout
cas le Public trouvera l'espece d'approbation fort singuliere.
Dans votre Réponse , page 694. ligne
15. vous dites : Que vous avez parlé de
mon demi Cercle dans votre Livre sur la
meilleure maniere d'observer la hauteur
des Atres , en disant qu'il vous semble
qu'il est sujet à un inconvénient , et que
vous affirmez aussi- tôt sur la connoissance
que vous avez de mes lumieres , que j'ai
1. Vol. trouvé
JUIN 1732. 1055
trouvé le moyen de l'éviter. Ceux qui ont
lû ma plainte , où je répete mot à mot ce
que vous en avez dit , verront bien que
Ce n'est pas-là ce que vous en dites aujourd'hui , que vous en avez changé le
veritable sens , en employant dans votre
Réponse le présent où vous aviez employé l'avenir , et le doute où vous aviez
employé l'affirmation ; vous en avez repeté quelques mots , comme si vous n'en
eussiez pas dit davantage ailleurs , et vous
avez obmis les principaux termes , comme, par exemple, celui de qu'on est obligé,
parce qu'il exprime une chose qui est indispensable et non une chose qui semble
être , &c. Auriez- vous voulu en faire une
Enigme j'ai été fort aise de voir que
vous prévenez le Public , page 695. que
vous en répandez dans vos Ouvrages , en
disant que vous allez expliquer l'Enigme.
Dès la premiere lecture que je fis de vos
Ouvrages, je m'étois apperçu qu'ils étoient
fort énigmatiques , et j'avoue que je n'ai
pas pû reconnoître le sens que vous leur
donnez pour être leur sens naturel , comme vous le verrez un jour dans un Ouvrage que je donnerai au Public.
Après ce que vous avez dit de mon
demi Cercle et ce que vous venez de répondre à ma juste plainte, je m'attends
I, Vol.
Αν bien
1016 MERCURE DE FRANCE
bien que vous donnerez au Public de
nouvelles Enigmes sur mon compte ; mais
j'espere que je n'aurai pas de peine à lui .
en expliquer le sens naturel , et qu'il ne
prendra pas , comme vous avez fait , le
retard du temps à votre avantage.
L'article de votre Livre qui a donné
occasion à nos écritures , est sur le projet
du Programme que l'Académie Royale
des Sciences avoit publié pour l'année
1729 qui ne consistoit que sur la meil
leure maniere d'observer la hauteur des
Astres sur Mer , soit par des Instrumens
déja connus , soit par des Instrumens de
nouvelle invention. Il ne s'agissoit donc
que de décider sur l'Instrument le plus
utile , le mien ne fut pas dans le cas de
pouvoir disputer le Prix au vôtre , parce
que sur l'annoncé du Programme , j'avois
cru que le Mémoire que j'avois remis à
l'Académie quatre ans auparavant sur ce
même sujet , lorsqu'elle m'en donna son
Certificat , devoit suffire , attendu que
mon demi Cercle répondoit aux deux cas
du Programme , et que par cette raison il
seroit inutile d'envoyer une seconde copie
de mon Mémoire ; mais Mrs de l'Académie ne penserent pas de- même , ils ne
firent aucun usage de mon Mémoire , disant que j'aurois dû en envoyer une autre
1. Vol.
copie
JUIN. 1732 1057
copie dans le temps prescrit par le Programme , ce que j'avois cru inutile ; mais
puisque vous m'obligez à vous parler net,
je croi Mrs de l'Académie trop éclairez
pour qu'ils n'eussent pas préferé mon demi Cercle à vos deux quarts de Cercle,
s'ils eussent fait usage de mon Memoire.
pas
Vous voudriez faire entendre au Public , que j'ai crû vos quarts de Cercle
fort bons et plus utiles à la Navigation
que mon demi Cercle , parce que je ne
l'ai d'abord réfuté ; la consequence
n'est pas juste , je ne pensois pas même
à le faire , parce que j'avois des occupa
tions plus essentielles , et ce n'a été que
votre maniere de m'en parler qui m'y a
contraint; il me suffiroit de sçavoir avec
tous les Marins , qu'on ne peut pas mettre en pratique votre quart de Cercle sur
Mer aussi utilement que les Instrumens
ordinaires ; je ne travaille d'ailleurs à examiner les Ouvrages des autres et à en faire
des Notes , qu'à certaines heures de récréation qui sont toujours fort courtes chez
moi , parce que je commence d'abord par
remplir mon devoir et travailler à ce qui
me paroît pouvoir être utile au service du
Roiou du public ; les succès que j'ai eu
dans ces occupations , m'y attachent si
fort , qu'il est bien rare que je les discon
I. Vol. A vj tinue
1058 MERCURE DE FRANCE
·
tinue pour m'amuser à autre chose , à
moins que ce ne soit pour remplir mon
devoir , de maniere que très- souvent je
ne trouve pas seulement le temps de répondre aux Lettres de mes amis même
les plus intimes ; ainsi vous ne devez pas
croire que je me dérange jamais beaucoup
de cette conduite pour vous répondre
incessamment ; qu'importe que je le fasse
plus tôt ou plus tard , mes Réponses n'en
vaudront pas moins ? Je ne veux rien réfuter legerement , ni m'attacher à ce qui
n'est point essentiel au fait , ni chercher
des détours qui ne sçauroient instruire le
Public pour l'éclaircir des faits. Je crois,
Monsieur , qu'il nous convient à tous les
deux de prendre ce parti là , afin de rendre nos Ouvrages plus instructifs ; car
si nous nous avisions de faire autrement,
il nous en coûteroit notre argent pour
l'impression , parce que nous ne trouverions aucun Libraire qui voulût s'en charger , dans la crainte d'être obligé de
les vendre à des Marchands de Poivre.
Le Public qui n'aime pas à être fatigué
par les longs discours , lorsqu'ils ne décident point avec évidence , jugera beaucoup plus sainement de nos Ouvrages
par des raisons simples et sensibles et par
leur utilité dans la pratique , que par tou
I, Vol. tes
JUIN. 1732.
1055
tes les autres voyes que nous pourrions
prendre.
Tout le monde est convaincu que l'experience dément souvent la théorie , ou
la rend impraticable , principalement sur
Mer , lorsque les fondemens de cette
Théorie sont douteux , comme il arrive
à bien des propositions , comme dans toutes celles qui ne sont que de pure spéculation . C'est par cette raison qu'on ne
doit disputer que sur des faits certains ,
dont les principes sont bien démontrez
et les consequences,sûres ; à moins que
l'experience ne décide des choses qui sont
fondées sur des principes douteux , ou
qu'elle se déclare contre les principes qui
paroissent évidents , ou lorsque les difficultez de mettre ces principes en execution
ne peuvent pas assez répondre à la proposition pour la rendre utile. C'est- là
mon unique but le Public qui sçait que
je l'ai atteint en plusieurs occasions , me
rend justice là- dessus.
J'ai vû avec plaisir dans votre Réponse.
que vous reconnoissez que les Instrumens
qui sont actuellement en usage pour observer
la hauteur des Astres sur Mer , sont préferables à tous les autres , et par consequent
aux vôtres qui ne sont point en usage ;
mais vous ne devriez pas dire que vous
چر I. Vol. l'avez
fogo MERCURE DE FRANCE
L'avez toujours soutenu de même ; puisque vous avez soutenu le contraire en faveur
de votre demi Cercle , dans la troisiéme
Section de votre Livre , page 32. sous le
titre de Changemens qu'il faut faire au
quartier Anglois , pour lui donner toute la
perfection possible ; c'est sur ces changemens que vous avez donné votre quart
de Cercle pour être préferable à tous les
autres Instrumens. Je vous felicite d'être
revenu de- même sur le compte de votre
quart de Cercle , je dois l'attribuer à l'évidence de l'explication que j'en ai donnée dans ma plainte.
Vous ne vous êtes pas contenté de
parle de mon demiCercle sans fondement,
vous avez encore voulu me faire mon procès un peu cavalierement sur les Observations qui en ont été faites dans la
Rade de Brest , en disant , que je connoissois la latitude du lieu où elles furent faites;
faisant entendre que c'étoit sur cette connoissance que le Certificat avoit été fait
et non sur le mérite de l'Instrument.
Vous me connoissez bien mal , Monsieur,
de me croire capable d'en imposer de
même à la verité , tout autre que moi
vous en accuseroit aussi dans vos Ouvrages ; mais parce que croyant faire mon
procès , vous avez fait en deux façons
I. Vol. celui
JUIN. 1734. 1061
celui des personnes qui m'ont donné le
Certificat dont j'ai parlé , qui firent euxmêmes l'experience de mon demi Cercle
dans cette Rade , en ma présence. Ce
sont M. Deslandes , Contrôleur de la Marine , de l'Académie Royale des Sciences,
le R. P. le Brun , Professeur Royal de
Mathématiques pour Mr les Gardes de la
Marine , Mrs Liard et Michot , Pilotes
Amiraux , qui en dresserent ensuite un
Certificat , dont ils envoyerent copie à
⚫ M. le Comte de Maurepas et à l'Académie des Sciences , à ce que ces M m'en
dirent six mois après , c'est- à - dire , au
retour de la campagne , en m'en remettant aussi une copie ; c'est donc à ces
Mrs là à se plaindre de votre jugement
sur cet article ; ce qu'il y a de bien certain , c'est qu'ils n'avoient aucun interêt
d'en imposer à la Cour et à l'Académie
qu'ils ont trop de probité pour l'avoir
fait sous aucun prétexte , que je n'avois
pas l'honneur de les connoître trois jours
avant mon départ pour l'Amerique , et
queje n'ai contribué en rien aux termes du
Certificat , puisque dès le lendemain de la
derniere Observation nous partîmes pour
l'Amerique , qu'il n'a été dressé qu'après ,
et queje n'ai sçû ce qu'il contenoit que six
mois après.
1. Vol. Puisque
1062 MERCURE DE FRANCE
Puisque vous n'avez pas jugé à propos
de vous appercevoir de la proposition que
je vous ai faite dans maplainte, je vais vous
la répeter afin que le Public sçache encore
mieux de quoi il s'agit , et que vous ne
puissiez plus feindre de l'ignorer. Je
vous avois proposé de faire en presence
des gens du métier , l'experience de votre quart de Cercle et en même temps
de mon demi Cercle.dans une Rade ,
ou même à terre , à un endroit qui seroit
exposé au vent et à un mouvement qui
imiteroit à peu près le roulis d'un Vaisseau ; mais ne l'ayant pas accepté , si vous
le refusez encore , ce sera , pour me servir de vos termes , proscrire vous- même
vos quarts de Cercle de l'usage que vous
auriez voulu en faire prendre au Public ,
et les reconnoître en même temps beauinferieurs à mon demi Cercle pour coup
l'usage de la Navigation ; et comme notre dispute ne roule que là-dessus , vous y
cederez entierement par votre refus. Vous
êtes encore à temps d'accepter mon défi , vous pouvez même joindre à votre
quart de Gercle que j'ai réfuté dans mat
plainte , celui que vous suspendez par
une boucle , que vous dites être mieux
suspendue que le mien ;je vous permettrai dans l'experience que vous employez
I. Vol. l'un
JUIN. 17328 1063
l'un et l'autre indifferemment à votre
choix. Pour nous assurer par l'experiencé
de l'avantage de nos Instrumens les uns
sur les autres , on assemblera à terre un
quart de Cercle à lunette de 3. ou 4.
pieds du Rayon , pour observer pendant
le jour la hauteur du Soleil , er pendant
la nuit celle de quelque Etoile ; nous
serons ensuite tous les deux en Rade dans
le même Vaisseau , sans Montre ni Horloge , nous aurons pris d'avance toutes les précautions qu'on pourra proposer , afin
que nous ne puissions pas avoir connoissance de l'heure , parce qu'elle pourroit
nous servir pour déterminer les hauteurs
des Astres , indépendamment de nos Ins
trumens ; nous observerions ensuite la
hauteur du Soleil le jour , et celle de
quelque Etoile la nuit , dans le temps
qu'on feroit la même observation à terre
avec le susdit quart de Cercle ; et au
moyen des signaux , on n'ôteroit en même temps la quantité de chacune des Observations , qui étant ensuite comparées
avec celles qui auroient été faites en même-temps à terre , serviroient à décider
d'une maniere incontestable lequel des
deux Instrumens vaut le mieux. On peut
faire les mêmes experiences à terre sur
quelques planches mobiles ; il n'y auroie
I. Vol.
en
1064 MERCURE DE FRANCÉ
en cela de l'avantage pour personne. Quesi
yous n'acceptez pas une proposition si raisonnable , qui est la maniere la plus sure
de faire connoître au Public l'avantage
de vos Instrumens sur le mien , ou du
mien sur les vôtres , il employera avec bien
plus de fondement le terme de proscription pour vos deux quarts de Cercle , que
vous ne l'avez employé mal - à- propos
pour mon demi Cercle ; je dis mal- à- pro-.
pos , parce que vous en parlez comme
une personne qui ne le connoît pas encore , qui ne veut pas s'en rapporter aux experiences qui en ont été faites par des
gens de probité et du métier , ni à tous
les Pilotes de Brest , qui l'ont reconnu
fort utile pour la Marine , dans un Certificat qu'ils m'en ont donné. J'espere cependant que les Pilotes des autres Ports
ne l'approuveront pas moins , et que je
m'en servirai utilement à la campagne que
je vais faire dans le Levant.Je ne crois pas
que vous puissiez jamais en dire autant
de vos deux quarts de Cercle.
Vous prétendez , Monsieur , que la
suspension que je donne à mon demi Cercle est inutile , et que je n'ai pas fait at
tention aux cas qu'on employe cette sus
pension. Avez-vous fait attention vousmême que la suspension de mon demi I. Vel.
Cercle
JUIN. 1732. 1065
Cercle est la même que celle des Compas de variation dont on se sert sur Mer
que l'effet de cette suspension , dans l'un
comme dans l'autre Instrument , porte
l'Instrument à obéïr aux differens mouvemens du Vaisseau ? qu'on ne les employe
que pour cela , et que vous ne sçauriez
condamner l'un sans condamner Pautre ?
Si vous aviez fait quelque campagne sur la
Mer , vous auriez vû que cette suspension est si necessaire qu'il ne seroit pas
possible de se servir également des Compas de variation sans cela ; je la laisse subsister dans le Compas de variation que
j'ai donné au Public , et par consequent
je la croi très-utile , parce qu'elle l'est veritablement.
Je m'apperçois dans toute votre Répon
se , que vos idées sont bien differentes
de celles qui ont été acquises par la pratique , ce qui me fait penser que vous en
doutez au moins , c'est le refus que vous
avez fait à mon défi sur la comparaison
de nos Instrumens par des experiences ;
parlant dans votre Réponse comme si je
ne l'avois pas proposé.
Vous dites que parce que je ne donne
aucune atteinte à vos Remarques, qu'elles
ont fait une impression sur moi ; la consequence n'est pas prouvée , en disant qu'elI. Vol. los
1066 MERCURE DE FRANCE
les ne m'ont pas été inutiles , que depuis
j'ai changé d'avis dans l'Ouvrage que je
viens de donner au Public , sur la meilleure maniere d'observer la variation de
la Boussole à la Mer. Je n'ai du tout
point changé d'avis ; et une preuve que
je soutiens toûjours cette suspension bonne , c'est que je l'ai employée , comme je
viens de le dire , au Compas de Variation
que vous citez de la même manieré qu'elle est employée à mon demi Cercle , et
vous vous attribuez mal à propos les avis
que j'ai suivis pour faire tenir mon Compas de variation , par celui qui fait l'Observation.
Etant à Brest 4. ans avant l'impression
de votre Ouvrage , Mr les Officiers de ce
Port , tant d'Epée que de Plume , m'en
donnerent l'idée , que j'ai réduite à la
maniere qui est expliquée dans mon Livre;il y a apparence que vous aviez puisé
cette idée à la même source , puisque j'ai
appris que vous aviez aussi été à Brest ;
d'ailleurs les Marins l'ont toûjours dit
ainsi , et la théorie seule ne sçauroit nous
l'avoir appris de même.
Le public trouvera , comme moi fort
singulier , que vous desaprouvicz , page
703. que je consulte les Marins d'aujourd'hui , ne diroit-on pas à ce terme
I. Vol.
de
JUIN. 1732. 1067
de Marins d'aujourd'hui , que vous voudriez les mettre bien au dessous de
ceux de l'ancien temps ; il est pourtant
certain que de l'aveu de tout l'Univers
la Marine est à un plus haut point de
perfection qu'elle ait jamais été , et la
comparaison que nous faisons des anciens
écrits avec les modernes qui la regar
dent, nous le confirment ; vous conviendrez, sans doute, qu'elle n'a reçu ce grand
avantage ni de vous ni de moi ; d'où je
conclus que les Marins d'aujourd'hui
valent bien mieux que ceux de l'ancien
temps ; qu'ils sont plus habiles , qu'ils
naviguent bien mieux , et que nous devons les consulter préférablement aux
écrits des anciens. L'expérience et la tradition ont appris aux Marins d'aujour
d'hui ( pour me servir de votre terme )
que vos deux quarts de Cercle sont proscrits à l'usage de la Marine, par les raisons que j'ai détaillées dans ma plainte,
Elles sont si évidentes , qu'il n'est pas
possible de les contester avec fondement
et n'exigent aucune citation, parce qu'aucun des Livres qui traitent de la Navigation ou du Pilotage , ne nous donne
l'histoire suivie d'aucun des Instrumens
qui ont été employez , ou qu'on employe
sur mer ; mais seulement leur construc
I.Vol. tion
068 MERCURE DE FRANCE
tion et leurs usages,comme ils l'ont fait de
beaucoup d'autres Instrumens qu'on ne
sçauroit mettre en pratique utilement et
qui sont inutiles. Auroit-il falu vous consulter préférablement aux Marins d'aujourd'hui, et s'en raporter à vos décisions?
il y auroit eu de la témérité. On doitagir
avec plus de prudence lorsqu'on veut.
donner des choses qui soient praticables
sur Mer. Il ne paroît pas dans vos écrits
que vous ayez la moindre pratique de la
Navigation. Si vous ne les consultiez pas
vous- même bien souvent , dans un cas où
vous seriez chargé de la conduite d'un
Vaisseau , il y a toute apparence que vous
iriez bien- tôt habiter avec les Poissons, par
le deffaut de pratique. Vous reconnoître
peut-être unjour la nécessité de les consúlter , ou de frequenter long- temps
Mer soi-même , lorsqu'on veut donner
du nouveau qui soit utile. Si vous aviez
pris cette sage précaution , je ne croi pas
que vous eussiez donné votre Traité sur
la matiere des Vaisseaux, tel que vous l'avez publié ; je vous en expliquerai un jour
les raisons, appuïées la plus part sur l'expérience et sur des démonstrations géométriques , qui seront à la portée de tous
les Géometres.
la
La Campagne que j'ai faite à l'AmériI. Vol.
que
JUIN. 1732. 1069
que , les avis que je pris de Mrs les Marins
pendant le voyage , et à Brest à mon retour me donnerent dans ce temps- là l'idée de réduire le Compas de Variation
que j'avois inventé , tel que je viens de
le donner au public , n'ayant fait , comme je l'ai déja dit , aucun changement à sa
suspension , ainsi vous me félicitez mal à
propos sur ce prétendu changement,
Vous cherchez , Monsieur , à vous défendre inutilement d'avoir voulu décider
de mon demi Cercle sans le connoître ;
l'histoire de l'Académie , de l'année 1724.
où on voit , pag. 93. la Relation de mon
demi Cercle , laquelle Relation vous a
donné occasion d'en parler , comme vous
avez fait , subsiste encore ; de même que
le Traité sur la meilleure maniere d'observer la hauteur des Astres que vous.
avez fait imprimer en l'année 1729. chez
Claude Jombert , à Paris , où vous avez
donné occasion à ma plainte , page 11.
ainsi vous avez beau dire que vous n'aviez pas pu en prendre assez de connoissance dans l'histoire de l'Académie ; vous
prononcez votre condamnation par cet
aveu ; car quand même l'instrument seroit tel que vous le dites à present , vous
n'étiez pas en droit d'en faire un portrait
qui n'y eût aucune ressemblance, et encore I. Vol. toins
1070 MERCURE DE FRANCE
moins d'en décider , sans le connoître ,
parce qu'on ne doit faite le portrait et
décider que des choses qu'on connoît entierement ; et parce que j'ai fait voir dans
ma plainte , par la copie des pièces justificatives , que tout ce que vous en avez
dit , n'a aucun rapport à ce qui est inseré
dans l'histoire de l'Académie. Vous voulez soutenir une partie de ce que vous
avez avancé ; mais il ne vous est pas possible d'y réussir , à moins que vous n'acceptiez le défi que je vous en ai fait , et
que vous ayez gain de cause dans les expériences proposées. Vous avez cru vous
en deffendre , en disant que vous n'avez
faire d'en venir à l'expérience de mon
demi Cercle. N'auriez- vous pas fait attention qu'il s'agissoit aussi dans mon défi
de l'expérience de votre quart de Cercle,
afin de juger ensuite s'il vaut mieux que
mon demi Cercle , par la comparaison de
leurs expériences. Vous êtes encore àtems
de l'accepter et d'y joindre votre autre
quart de Cercle suspendu par une boucle , comme je vous l'ai déja dit ; que si
vous le refusez , le public ne manquera
pas de dire avec raison que vous cedez entierement , quelques détours que vous
puissiez chercher , parce que c'est- là le
seul point sur lequel roule toute notre
que
*I.Vol. dispute ;
JUIN. 1732.
1071
dispute ; jusqu'icy les détours que vous
pourrez prendre , ne pourront être que
de la nature de ceux qui ont donné occasion à ma plainte, de ceux que vous venez de produire et de ceux que vous avez
cherchez pour ne pas effectuer la gageure
que vous m'aviez fait proposer au sujet
de nos deux Mémoires , sur la meilleure
maniere d'observer la variation de l'Eguille Aimantée sur mer. Le public sera
bien aise d'être informé de cette petite.
'histoire , afin de sçavoir à quoi il doit s'en
tenir , sur ce que vous avancez.
Au commencement du mois de Juillet
dernier, vous me fîtes proposer du Ha
vre, par un de mes amis , une gageure de
Jo Louis , au sujet de nos deux Mémoi
res ; lesquels so Louis seroient au profitde celui dont le Mémoire seroit reconnu
par Mrs les Commissaires de l'Académie
avoir mieux mérité le prix qui avoit été
proposé à ce sujet. J'appris cette nouvelle
à Paris , où j'étois pour lors , et où j'en
parlai par occasion , à des personnes qui
me dirent, qu'avant votre départ de Paris
pour le Havre , vous aviez dit chez votre
Libraire et ailleurs , en présence de plusieurs personnes, que si je croïois que mon
Mémoire eut eu le prix , s'il n'eut pas été
oublié à la Poste , vous me gageriez les
1.Vol. B 2000
1072 MERCURE DE FRANCE
2000 liv. que vous en aviez reçuës, pour,
soûtenir qu'il vous auroit été attribué également depuis ; votre Libraire et d'autres personnes m'ont confirmé la chose.
Je vis bien par là combien vous étiez prévenu en faveur de votre Ouvrage , car
vous ne connoissiez pas encore le mien
dans ce temps- là enfin je n'ai été informé de votre proposition de gageure à Paris , qu'après que vous m'avez eu faitproposer du Havre celle de so Louis , ainsi
je n'avois pas pû y répondre , parce que
je n'en avois pas eu connoissance ; mais
parce que vous aurez pû croire que je le
sçavois , et que la crainte m'avoit empêché de l'accepter , vous m'avez fait proposer la seconde, croïant , sans doute, que
je ne l'accepterois pas ; mais vous en fûtes
bien- tôt détrompe , car j'envoié le lendemain à mon ami la gageure écrite et signée
de ma main , priant cet ami de compter
la somme , afin que vous n'eussiez qu'à
signer la gageure , pour qu'elle commençat d'avoir lieu ; mais lorsqu'on vous presenta l'écrit pour le signer , vous vous retranchates d'abord à 5o Pistoles,au lieu de
50 Louis , et l'orsqu'on voulut compter
l'argent pour moi , vous ne jugeâtes pas à
propos de fondre la cloche. Il y a apparence qu'après avoir réduit la gagcure de
J.Vol. 2000
JUIN. 1732.
2000 liv. à 5o Louis , et de so Louis à
1073
go Pistoles , vous auriez voulu la réduire
a moins de so sols , puisqu'à la fin vous
l'avez réduite à rien. Je vous avois cependant laissé le maître de choisir vousmême les Juges dans le Corps de l'Académie des Sciences , ou dans celui de la
Marine. Je dois cependant vous dire que
je l'accepterai encore , que je vous laisserai le même avantage de choisir les Juges,
et que si l'Académie refuse son jugement,
nous en ferons décider Mrs les Marins
qui assurément en rendront unjugement
équitable, parce que la matiere est de leur
competence , qu'elle les interesse même
beaucoup , et parce que toute la question
ne roule que sur la meilleure maniere
d'observer sur Mer la variation de la
Boussole; il ne s'agit que de décider ,
lequel des deux Ouvrages y sera le plus
utile.
"
Les sages restrictions de l'Académie
dont vous parlez dans votre Lettre , pag.
705.ne consistent qu'à faire sur Mer l'expérience de mon demi Cercle, pour sçavoir s'il approcheroit d'y donner la hauteur des Astres , comme il l'avoit donnée à terre. On trouve dans le Mémoire
que j'ai laissé à la même Académie à ce
sujet , cette restriction dans les mêmes
I. Vol.
Bij termes ,
2074 MERCURE DE FRANCE
termes ; depuis, l'Académie n'a pas montré comme vous l'avancez tout de suite,
qu'elle ne prétendoit point avoir décidé la
question en mafaveur , en proposant le mêmesujet pour prix. Ce qu'elle en a ditdans
-son histoire de 1724 , page 93. est tresclair , puisqu'elle ne parle qu'après les
Observations qu'elle en fit dans un sens,
qui ne demande aucune interprétation ;
ainsi vous auriez dû vous dispenser de
celle que vous y donnez , parce que cette
description n'est pas de la nature de vos
énigmes.
Vous · finissez votre Lettre , Monsieur ,
en disant, au sujet des Vaisseaux lorsqu'ils
sont à la Mer , que le point le plus essentiel et en même temps le plus difficile est de
pénétrer la cause de tous les mouvemens , ei
d'être en état d'en prévoir les différens effets
vous ajoûtez, qu'on peut s'appliquer à tous
dans cela avec autant de succès à terre que
tout autre endroit.
On vous prouvera un jour le contraire ;
mais en attendant où trouverez- vous un
Marin qui en convienne , depuis le plus
habile et le plus expert ,jusqu'au plus novice dans cette pratique ; l'expérience leur
en a appris la verité.
Vous dites de suite que personne ne
s'est encore apperçu au Havre que vous
n'as
JUIN. 1732. T07
moins
n'ayez cultivé l'Hydrographie que dans
le Cabinet,je crois qu'on ne vous l'a pas té
moigné , mais qu'on ne s'en est pas
apperçuscar moi qui n'al fait qu'une Cam
pagne de long cours , je l'ai si- bien recom
nu dans tous vos Ouvrages touchant la
Marine, que je n'ai pas pu m'empêcher de
vous le dire dans ma plainte ; quoique 15
jours auparavant vous m'eussiez soutenu
verbalement le contraire. Je vous détail
lerai à mon loisir les articles oùje m'en
suis aperçu.
Comme je pars demain pour Toulon,
et de-là pour les Echelles du Levant , je
serai assez long temps absent du Royaumesans être informé dece que vous pour
rez écrire contre moi. Vous aurez l'avantage de combattre un homme absent da
Royaume, qui ne pouvant avoir aucune
connoissance de vos écritures, ne sçauroit
vous répondre qu'à son retour, qui ne sera
pas si-tôt ; vous ne voudrez pas pour lors
tirer avantage du retard de sa replique ,.
comme vous avez voulu le faire du re.
tard de sa-Plainte; ces sortes de ressources
se réduisent à rien dans les disputes , elles
ne vont pointau fait, et lorsqu'on est obligé de les employer pour se défendre , on
annonce la perte de la cause, parce que ces
affaires - là ne prescrivent point.
I.Vol. Bij Je
1076 MERCURE DE FRANCE
Je vous propose, Monsieur, de faire ensemble une campagne par Mer , pour y
mettre en pratique vos Instrumens et les
miens ; je ne doute pas que M. le Comte
de Maurepas ne nous en accorde la per
mission , parce que cette campagne seroit
utile à la Marine, en ce que nous ne manquerions pas l'un et l'autre de bien éplu- cher nos Instrumens dans tous leurs usages , d'en apprendre , autant que nous le
pourrions, la pratique à Mr les Marins, et
de leur en faire sentir par- là le bon ou lè
mauvais ; on sçauroit pour lors fort bien
à quoi s'en tenir , sur les vôtres et sur
les miens ; vous m'y trouverez toujours
disposé; mais si vous le refusés, le public
ne manquera pas de dire, avec raison, que
connoissant vous-même la superiorité de
mes Ouvrages sur les vôtres , pour l'utilité de la Marine , vous voulez éviter de
l'en éclaircir. J'ai l'honneur d'être , malgré tous nos differens , avec beaucoup
de considération. Monsieur , votre , &c.
AVersailles , le 12 May 1732.
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Résumé : REPONSE de M. Meynier, Ingénieur de la Marine, à la Lettre que M. Bouguer, Professeur Royal d'Hidrographie, a fait inserer dans le Mercure de France du mois d'Avril dernier, page 693.
M. Meynier, ingénieur de la Marine, répond à la lettre de M. Bouguer, Professeur Royal d'Hydrographie, publiée dans le Mercure de France d'avril. Meynier affirme que les raisons de sa plainte étaient évidentes et que le public lui a rendu justice. Il critique Bouguer pour avoir décidé d'un sujet qu'il ne connaissait pas et pour avoir modifié le sens de ses propos sur le demi-cercle. Meynier accuse Bouguer de tenter de sapper les connaissances établies pour promouvoir ses propres productions. Le différend concerne un programme de l'Académie Royale des Sciences de 1729 sur la meilleure manière d'observer la hauteur des astres en mer. Meynier critique Bouguer pour ne pas avoir pris en compte son mémoire précédent et pour avoir mal interprété ses observations. Il souligne que ses occupations l'ont empêché de réfuter immédiatement les propos de Bouguer et qu'il travaille principalement à des projets utiles pour le service du Roi et du public. Meynier reconnaît que les instruments actuellement en usage sont préférables et critique Bouguer pour avoir changé d'avis sur la préférence de son quart de cercle. Il accuse Bouguer de l'avoir mal jugé concernant les observations faites dans la Rade de Brest et propose une expérience publique pour comparer les instruments. Meynier conclut en appelant à une dispute basée sur des faits certains et des expériences pratiques. Dans une autre correspondance, Meynier défend son demi-cercle, affirmant qu'il est reconnu utile par les pilotes de Brest et d'autres ports. Il critique Bouguer pour avoir condamné son demi-cercle sans expérience pratique et sans se baser sur des expériences validées par des marins et des experts. Meynier souligne l'importance de la suspension dans son demi-cercle, nécessaire pour les mouvements du vaisseau, et compare cette suspension à celle des compas de variation. Il mentionne également une dispute académique et une gageure proposée par Bouguer, qu'il est prêt à accepter pour prouver la supériorité de son instrument. Bouguer, écrivant depuis Versailles le 12 mai 1732, reconnaît l'expertise de Meynier en hydrographie à travers ses ouvrages. Il propose de faire une campagne en mer ensemble pour tester leurs instruments respectifs, afin de déterminer leur utilité pour la marine. Bouguer espère obtenir la permission de M. le Comte de Maurepas pour cette campagne, qui permettrait d'évaluer et d'enseigner la pratique des instruments aux marins. Il conclut en affirmant sa disponibilité pour cette entreprise, tout en soulignant que le refus de Meynier serait interprété comme une reconnaissance de la supériorité de ses propres ouvrages.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 53-64
REMARQUES de M. Bouguer, de l'Académie Royale des Sciences, et Hydrographe du Roi, sur une Lettre que M. Meynier, Ingénieur du Roi pour la Marine, a fait insérer dans le Mercure de Juin dernier, p. 1053 et suiv.
Début :
Quoique les Remarques que je donne ici ne soient pas précisément pour [...]
Mots clefs :
Mer, Pratique, Théorie, Meynier, Marine, Terre, Pilotes, Vaisseaux, Navigation, Hydrographie
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES de M. Bouguer, de l'Académie Royale des Sciences, et Hydrographe du Roi, sur une Lettre que M. Meynier, Ingénieur du Roi pour la Marine, a fait insérer dans le Mercure de Juin dernier, p. 1053 et suiv.
REMARQZJES de M. Bouguegde [C44
cadimie Royale des Sciences , et Hyslro
gra lie du Roi , sur une Letrre que
1l . Meynier, Ingénieur alu Roipour la
F filarine , a fait ini'e'rer dans le Mercure
olefuin dernier , p. m5}. et suiv.
Uoique lcs Remarques que je donne
_ ici ne soient pas précisément pour
M. Meynier , j’ai crû que je devois at.
tendre qu’il fut de retour , avant que de
les publier, On voit assez par la Lettre
qu’il a fait insérer dans le Mercure de
Juin dernier , qu’il est extrêmement;
A I - - - ' - r
fache : il devolt cependant faire attention
qubn ne réussit jamais à montrer la bonté
de
n. MERCURE DE FRANCE
de sa cause , en aflîrmant simplement que
ceux qu'on regarde comme ses adversai
res sont dans Pimpossibilité de rien ro
duire d’utile. Le Public incapable clîen
trcr dans lcs passions des particuliers ,'
mettra toujours une difference infinie en
tre de semblables reproches , et -des Ob
servations modetêes qu’il est toujours per
mis, de faire sur les Ouvrages mêmes , et
ui n’ont pour objet que la seule utilité
de la chose. i
Je pourrois donc me dispenser de réa;
pondreàla grande objection que M. Mey
nier répète si volontiers. Rien ne prouve
mieux son embarras , que de voir qu’il
se répand sans cesse dans des discours qui
n’ont aucun rapport au sujet, dans le
tems même qu’il reconnoît que le Public
n'aime point à être fatigué par ces sortes
de discours. Il est’ vrai qu’il ne se trompe
as beaucoup _, lorsqu’il llumieres dans les matieresidnesiMnaurëinqeue, smoenst
extrêmement bornées; mais il ne devoir
pas assûrer la même chose de tous ceux
ui n’ont point été en mer. C’est préci
sement cette mauvaise raison alleguêgou
lutôt hazardée, un si grand nombre de
Ëois , qui me met dans la necessitê de ré.’
pondre. Ce n’est pas ma cause qu’il s’agit
de dtffendre , c'est celle de plusieurs hgqîis
a i
_ ‘JANVIER. 17332 '5';
habiles qui peuvent par leur application
rendre des services trèsconsidérables à la
Marine. Il n’est pas juste que je garde le
silence , lorsque fai eu le malheur deleux
attirer un reproche dut et désobligeant ,
qui s’il étoit applicable, ne le seroit qu’à
moi seul. 1l ne faut pas qu'à mon occa.
sion , le Public diminue‘ rien de sa con-A
fiance ni de Pattente où il est , qu’ils lui
donneront des Ouvrages excellens. Plus ».
on rend justice à M.Mleynier , parce que,
comme il nous en assûre , il a atteint son
but dans plusieurs rencontres , plus , il
est nécessaire de détruire ses prétentions
injustes , et de dissiper jusquhux moin
dres nuages dont il a tâché ‘obscurcit la
vetité. 1 .
Cet Auteur qui s’applaudit si fort d’a-'
Voir fait un grand voyage sur le grand
Banc , pour se former dans la Pratique ,'
ne nous ditvpoint en quoi il la fait con
Liister; qquoiquïl y en ait de deux sortes;
Ifune qui_ tient beaucoup à la Théorie ,r
n’est autre chose que la science des faits z
et il est certain que si l’on peut s’y for.
mer en navigeant, on peut aussi s’y for.
mer à terre , en fréquentant les Ports de ‘
mer , en examinant soigneusement les
vaisseaux , en ÿentretenanr avec lcs Ma.
rins, et techerqhant toutes les occasionsda
' s’in-_
( 1
a
4,5l MERCURE DE FIÏANCE
u
finsrruire. Il n’est pas question de décider
ici laquelle des deux voyes est la plus
courte. Mais puisqu’i‘l n’artive rien en met
dont nous ne puissions être informés très
êxactement à terre , il est constant
qu’en peut ‘sans naviguer , se rendre ha
bile dans le genre de Science dont nous
arlons. Les Marins llemieux leur métier n’moênmtea,cquqiusi usnçeavpeanrt
tie de leursconnoissances-pratiques que de
la même maniere: car quoiquïls ayent
traversé l’Ocean un très-grand nombre
de fois , ils n’ont pas pû se trouver dans
toutes les rencontres possibles, ni s’ins—
truite par eux-mêmes de toutes les diver
ses particularirez. Il Faut remarquer ou-'
'tre_cela qu’ils”son_t obligez de faire ordi?
nairement un très-grand nombre de Cam
pagnes , pour prendre seulement quelque
teinture des premiers principes de laMé.
chanique. Ils éprouvent , par exemple ,V
les principales proprietez du levier ; ils
yoyent dans leurs caliornes l'usage des
poulies pour augmenter la force; ils ap
prennent dans la disposition des voiles
quelques-unes des loix que les fluides ob
servent dans leurs chocs. Mais il ne faut
pas sîmaginer avec M. Meynier que toug
tes ces choses ne sapprennent jamais qu’à
la mergelles shprennent au contraire ‘beau.’
- ' coup
ÂÏA N V I ER.’ 173;‘ ‘g
. ,
.
i212; älälsjalscrxlcntà Itîelrrc; aussi-tôt club;
usqu aux crncns . a
commence par une étude réglé; dccetlæll
njetrxe. Alnsl la Théorie d’un Mathéma
txelen ‘qul yaPPlique àla Marine doit
lut Ëemr heu d’un grand nombre deæoya.
(Saes e adnts enmer’: c} 1' l a d?al' lleurs cet avan'
g e 593V01r d une maniere précise cc
Îäîäâät“ “l” 3a Plûvarr des Marins ne
éçat d que ttes-confusement. Il est en\
ériene comlâarer entr elles difïercntesex
âen dcîretîêl’ e Passer d? “me à l'autre a
Ëïévoir ce“ t-oätçs les smgulantel a Ct (le
circon qun oleamv' er dans d ,autre,
stances : au heu que le Marin ’ 1
nsvîestceæpnonionxtssGanécoemsetdreeSt, aet:iqquuei ent’adeac{aléa
‘qu_i>_ a experimentaéls Precisemcnt que' ce
. Mais s1 l’on acquert aussi-bien à rem-è
que sur les vaisseaux cette espece de ‘ma’;
fllqfge qun a tant de rapport à la Théorie
P3ratàiütuavoüer q“’on ne Peut acquçï.l;ï la’
7 ‘l eïproprement dlte, quæn {ré
quentant aMer et ulil fa A ‘ -
réu..ssx_r fa‘ ’ q, . u:. mem‘ P0"
C e 1re pour lor_din31“? plus l' eurs
àuatmpaghnes. Cette derm..ere Pra“'PC113.5!
recose uel f r ,,
Précision q a aCILoe d oPeïeï 3V€c
P ï Ctb avec prompnt' ude , malgré
tous
'58 ME RCURE DE FRANCE
tous les mouvemens du Vaisseau. Il faut
dans le Pilote que presque toutes les par
ties de son corps contribuent à former
cette habitude; et il faut qu’il pousse Fé
xetcice assez loin pour pouvoir agit en;
suite comme sans y penser ou comme
machinalement , afin de n'être jamais ex
poséà perdre par des refléxions un tems
dont il est souvent necessaire de se hâter
de faire usage. C’est cette facilité d’éxe
cution qu’en ne peut contracter qu’â la
Mer , qui constitue’ la Pratique dont
M. Meyniet a sans doute voulu arler
et qu’il vante si fort. Mais qwéxecutc
t’on , si ce n’est xiit la Théorie , prélecsepptreéscetijtoenst uacrfaoiusron
est souvent fort ignorée ë Ainsi si la Pra
tique dont il säigit est estimable, si elle
est utile ,si elle est même nécessaire , paru
ce qu’il faut que quelqu'un conduise les
vVaisseaux elle est néanmoins autant au.
3
dessous de la spéculation qui régie ses dé.
marches , que les opérations du corps sont
au dessous de celles de l’esprit : ellc n'est,
si on peut parler de la sorte , quela set
vante de la Théorie. Il est clair encore
qu’il ne faut pas se reposer sur elle glu
soin de perfectionner la Navigation; puisg
qu’elle n'est qu’une qualité purement cor-i
orelle ac uise ar une on ue ré éti
a - tion
p‘ JÀA N V’I E_R. ‘I733; ‘s;
non des memes operations , et qu’elle ne
peut téüssir tout au plus qu’à faire exé
cuter les mêmes choses avec plus (Padresse;
Aussi sçavons-nous que presque tous nos
instrumens , toutes nos tables , toutes nos
diflerentes espèces de Cartes; toutes leq
connoissances enfin qui servent à la Na»
vigation et aux Pilotes, sans même que
la plûpart des Pilotes le sçachent , ont eu
pour inventeurs des personnes qui fa.‘
voient point été en mer , mais qui '
étoient habiles dans les Mathémati
9“°’: g . .
Ainsi on voit combien ll y a de diffég
tence entre les deux diverses espéces de
Pratiques que nous venons de considérer.
L'une est du genre de nos autres connais,
sances : elle réside dans l'esprit , et nous
ne la nommons Pratique que parce que
_ les choses quïelle a pour objet attendent;
de Péxecution leur dernier accomplisse
ment. Cette pratique se trouve portée
’ lus ou moins loin , selon qu’on_ réüssic
‘a faire des a plications plus ou moins
heureuses de la Géometrie et de la Mé
chanique aux Ptoblêtnes de Navigation ;
et elle peut säcqnerit à terre, comme
fnous l’avons montré. A Pégard de l’autre_
espèce de Pratique , de cette habitude du.
corps qui met en état dbpércr avec plus
' . D ij d’:
æ MERCURE DE“ FRANCE
d'adresse , elle ne peut,sans douteuse conà‘ —p
tracter qu’à la mer : mais aussi elle ne sert
‘quäux Pilotes , et elle n’augmente en au
cune Eaçonvleurs lumieres. Le Marin con
sommé dans cette Pratique , employe
avec facilité les instrumens ordinaires qui
servent , par exemple , à observer la hau.
(eut des Astres : mais éxercé dans cet
usage , il n’cn sçait pas mieux les demie.
tes raisons de son» opération , ni la cons
traction de Pinstrument qu’il a entre les
mains.
C’est à peu près la même chose de tous
les autres points de Marine. Ce n’est cer
tainement pas aux Matelots qui ont le
plus fréquenté la Mer , qu’il faut deman
der la cause de toutes les singularitez
qu’on remarque dans le mouvement des
Naisseaux 5 pourquoi, par exemple, les
' uns sont Iegm à la rame pendant que les
autres sont lourd: ; pourquoi quelques
Navires vont moins vire , lorsqubn aug
mente leur voilure. Toutes ces choses ont
été senties une infinité de fois ar les
Marins; mais il n’est réservé qu’â des Ma.
thématicîens d’en pénétrer la cause : car
on ne peut y réüssir que par une grande
connoissance des Méchaniques , non pas
de celles qui ne consistent qu‘à sçavoii:
manier une lime ou un cordage; mais de
- . i ‘ celle;
J A N V I E R: 173;; (‘f/i
ceiies qui nous instruisent des loix que
la Nature observe dans la composition
et dans la communication des mouve
mens, et qui nous mettent en état de
zprévoir ce qui doit résulter de la com
pllation de plusieurs Puissances qui agis
sent ensemble. Or la recherche dont il
s’agit peut se-faire aussi-bien en Terre
que par tout ailleurs , puisque les choses
qu’on veut découvrir , ne dépendent que
de la figure du Vaisseau et de la disposig‘
tion de sa mâture.
. On voit donc qu’il ne faut pas con:
fondre, comme le fait M. Meynier et les
' jeunes Praticiens qu’il nous cite , les par
ties qui forment le Géométre qui s’ap-i
plique à la Navigation", avec celles qui
orment le Pilote. Ce sont en genetal des
Professions fort détachées. Le Pilote, nous
le repetons; doit aller en Mer aussi-tôt
qu’il sçait la petite portion de Théorie
qu’il doit mettre tous les jours en execu
Iion. Il doit aller en Mer , puisquïl
ne {agit plus pour lui que dbperçr , et
puïl ne‘ peut acquérir la facilité de le
aire avec promptitude, que par un long
exercice. Mais le Géomètre qui cultive
la Marine sans avoir la moindre envie
de conduire les Navires, et qui n’a par
consequcnr que faire debcety habitude du
‘D iij corps
L—j
la MERCURE DE FRANCE
corps qui ne sert que lorsqu'on est char:
gé d’executer , doit se tourner d'un côté
tout different; il n’a pour travailler à la
‘seureté de tous les Vaisseaux , qu’à con
server et n’a tâcher de perfectionner le
précieux ciepôt de toutes les connoissates
qui servent à 1’Art de naviger , et il n'a
pour cela qu'à cultiver avec autant de
soin la premiere espece de Pratique dont
nous avons parlé, que les Pilotes sont
obligez de cultiver la seconde.
Ce que je viens de dire suflît, ce me
semble , si—non pour me disculper-du.
reproche de n’avoir point été en Mer,
au moins pour en disculper les personn
nes sçavantcs , qui sans avoir navigé, peu
vent ÿappliquer avec succès â PI-Iydron‘
graphie. C'est-là aussi tout ce que je me
suis proposé , et n’ai eu nulle envie
d’entrer en dispute sur ce qui me regarde
en particulier. on n’a qu'à faire attention
à la" maniere dont M. Meynier soutient
sa cause,_et on verra qu’il faut avoir bien
du courage pour oser dire qu’on est d’un
autre sentiment que lui; il ne se con-a
tente pas d'avoir toujours ‘contre vous
Pexperience , Pusage , le consentement de
tous les Marins, dans le temps même
que vous tächez de justifier quelqu’une
. e leurs ptatjuess il a encore —des rai
- \ ' fion‘!
JANVIER. 173;. 6;‘
sons péremptoires qui montrent tout
Ëun coup que toutes les vôtres ne val
lent rien,er qui vous ferment absolument
la bouche. Vous croyez ne rien mettre
dans vos Ouvrages ue ce que vous con
cevez clairement et istinctement, et que
ce qui peut être ‘entendu de tous les Lec:
teuts ‘qui sçavent médiocrement la. Géoä
metrie et l’Algebl'e',m_aîs vous vous ttom- a
pez, M. Meynier trouve que vous n'a
vancez que des Enzgme: qui m: peuvent
pas avoir pour sen: naturel , le sens que
vous leur donnez; et il vous assure ou.
trc cela que vous n’avez aucune idée ni
la moindre connaissance des choses sur les
quelles vous écrivez. Je laisse à penser
s’il y a du plaisir à disputer contre un
‘aclversaire habile d’ailleurs , mais qui n’ad
met précisément pour preuve deson
’ droit , que de pareilles choses ou des pro
positions de gageures, et qui veut en-‘
cote que vous vous embarquiez avec lui_
sur le même Vaisseau. Il n’y autoit que
Pimportance des matiercs contestées qui
‘pourrait inviter àpousser ‘la discussion
]usqu’à la fin; mais ayant fait quelques
Remarques sur le Livre qui fait mainte
nant le principal sujet de la dispute, ÿai
appris qu’on en a‘ fait de semblables dans
presque tous nos ‘Ports-de Mer. Ainsiïl
D iiij seroit
Z4. MERCURE DE FRANCE
seroit assez inutile que je multipliasse
mes réponses; je puis maintenant gar
der un profond silence, et je présume
même qu’il ne sera pas nécessaire que je
le rompe dans la suite. Au surplus, je
suis persuadé que le R. P. le Brun et
M. Deslandes ne sont nullement offensez,
comme le prétend M. Meyniet , du ju
gement que j’ai porté de son Demi-Cer
cle. Le Certificat que ces deux illustres
Mathématiciens ont donné, contient peut
être quelques modifications dont on a la
‘précaution de ne nous point parler, et
dïæilleurs il n’y a personne qui ne sçache
u’on approuve tous les jours à certains
egnrds , des choses qu’on setoit ‘bien ÊIOΑ,
gné de vouloir adopter.
Au Havre, ce 2.7. Dioembrr 173;.‘
cadimie Royale des Sciences , et Hyslro
gra lie du Roi , sur une Letrre que
1l . Meynier, Ingénieur alu Roipour la
F filarine , a fait ini'e'rer dans le Mercure
olefuin dernier , p. m5}. et suiv.
Uoique lcs Remarques que je donne
_ ici ne soient pas précisément pour
M. Meynier , j’ai crû que je devois at.
tendre qu’il fut de retour , avant que de
les publier, On voit assez par la Lettre
qu’il a fait insérer dans le Mercure de
Juin dernier , qu’il est extrêmement;
A I - - - ' - r
fache : il devolt cependant faire attention
qubn ne réussit jamais à montrer la bonté
de
n. MERCURE DE FRANCE
de sa cause , en aflîrmant simplement que
ceux qu'on regarde comme ses adversai
res sont dans Pimpossibilité de rien ro
duire d’utile. Le Public incapable clîen
trcr dans lcs passions des particuliers ,'
mettra toujours une difference infinie en
tre de semblables reproches , et -des Ob
servations modetêes qu’il est toujours per
mis, de faire sur les Ouvrages mêmes , et
ui n’ont pour objet que la seule utilité
de la chose. i
Je pourrois donc me dispenser de réa;
pondreàla grande objection que M. Mey
nier répète si volontiers. Rien ne prouve
mieux son embarras , que de voir qu’il
se répand sans cesse dans des discours qui
n’ont aucun rapport au sujet, dans le
tems même qu’il reconnoît que le Public
n'aime point à être fatigué par ces sortes
de discours. Il est’ vrai qu’il ne se trompe
as beaucoup _, lorsqu’il llumieres dans les matieresidnesiMnaurëinqeue, smoenst
extrêmement bornées; mais il ne devoir
pas assûrer la même chose de tous ceux
ui n’ont point été en mer. C’est préci
sement cette mauvaise raison alleguêgou
lutôt hazardée, un si grand nombre de
Ëois , qui me met dans la necessitê de ré.’
pondre. Ce n’est pas ma cause qu’il s’agit
de dtffendre , c'est celle de plusieurs hgqîis
a i
_ ‘JANVIER. 17332 '5';
habiles qui peuvent par leur application
rendre des services trèsconsidérables à la
Marine. Il n’est pas juste que je garde le
silence , lorsque fai eu le malheur deleux
attirer un reproche dut et désobligeant ,
qui s’il étoit applicable, ne le seroit qu’à
moi seul. 1l ne faut pas qu'à mon occa.
sion , le Public diminue‘ rien de sa con-A
fiance ni de Pattente où il est , qu’ils lui
donneront des Ouvrages excellens. Plus ».
on rend justice à M.Mleynier , parce que,
comme il nous en assûre , il a atteint son
but dans plusieurs rencontres , plus , il
est nécessaire de détruire ses prétentions
injustes , et de dissiper jusquhux moin
dres nuages dont il a tâché ‘obscurcit la
vetité. 1 .
Cet Auteur qui s’applaudit si fort d’a-'
Voir fait un grand voyage sur le grand
Banc , pour se former dans la Pratique ,'
ne nous ditvpoint en quoi il la fait con
Liister; qquoiquïl y en ait de deux sortes;
Ifune qui_ tient beaucoup à la Théorie ,r
n’est autre chose que la science des faits z
et il est certain que si l’on peut s’y for.
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mer à terre , en fréquentant les Ports de ‘
mer , en examinant soigneusement les
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4,5l MERCURE DE FIÏANCE
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ici laquelle des deux voyes est la plus
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dont nous ne puissions être informés très
êxactement à terre , il est constant
qu’en peut ‘sans naviguer , se rendre ha
bile dans le genre de Science dont nous
arlons. Les Marins llemieux leur métier n’moênmtea,cquqiusi usnçeavpeanrt
tie de leursconnoissances-pratiques que de
la même maniere: car quoiquïls ayent
traversé l’Ocean un très-grand nombre
de fois , ils n’ont pas pû se trouver dans
toutes les rencontres possibles, ni s’ins—
truite par eux-mêmes de toutes les diver
ses particularirez. Il Faut remarquer ou-'
'tre_cela qu’ils”son_t obligez de faire ordi?
nairement un très-grand nombre de Cam
pagnes , pour prendre seulement quelque
teinture des premiers principes de laMé.
chanique. Ils éprouvent , par exemple ,V
les principales proprietez du levier ; ils
yoyent dans leurs caliornes l'usage des
poulies pour augmenter la force; ils ap
prennent dans la disposition des voiles
quelques-unes des loix que les fluides ob
servent dans leurs chocs. Mais il ne faut
pas sîmaginer avec M. Meynier que toug
tes ces choses ne sapprennent jamais qu’à
la mergelles shprennent au contraire ‘beau.’
- ' coup
ÂÏA N V I ER.’ 173;‘ ‘g
. ,
.
i212; älälsjalscrxlcntà Itîelrrc; aussi-tôt club;
usqu aux crncns . a
commence par une étude réglé; dccetlæll
njetrxe. Alnsl la Théorie d’un Mathéma
txelen ‘qul yaPPlique àla Marine doit
lut Ëemr heu d’un grand nombre deæoya.
(Saes e adnts enmer’: c} 1' l a d?al' lleurs cet avan'
g e 593V01r d une maniere précise cc
Îäîäâät“ “l” 3a Plûvarr des Marins ne
éçat d que ttes-confusement. Il est en\
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Ëïévoir ce“ t-oätçs les smgulantel a Ct (le
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nsvîestceæpnonionxtssGanécoemsetdreeSt, aet:iqquuei ent’adeac{aléa
‘qu_i>_ a experimentaéls Precisemcnt que' ce
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que sur les vaisseaux cette espece de ‘ma’;
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7 ‘l eïproprement dlte, quæn {ré
quentant aMer et ulil fa A ‘ -
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tous
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tous les mouvemens du Vaisseau. Il faut
dans le Pilote que presque toutes les par
ties de son corps contribuent à former
cette habitude; et il faut qu’il pousse Fé
xetcice assez loin pour pouvoir agit en;
suite comme sans y penser ou comme
machinalement , afin de n'être jamais ex
poséà perdre par des refléxions un tems
dont il est souvent necessaire de se hâter
de faire usage. C’est cette facilité d’éxe
cution qu’en ne peut contracter qu’â la
Mer , qui constitue’ la Pratique dont
M. Meyniet a sans doute voulu arler
et qu’il vante si fort. Mais qwéxecutc
t’on , si ce n’est xiit la Théorie , prélecsepptreéscetijtoenst uacrfaoiusron
est souvent fort ignorée ë Ainsi si la Pra
tique dont il säigit est estimable, si elle
est utile ,si elle est même nécessaire , paru
ce qu’il faut que quelqu'un conduise les
vVaisseaux elle est néanmoins autant au.
3
dessous de la spéculation qui régie ses dé.
marches , que les opérations du corps sont
au dessous de celles de l’esprit : ellc n'est,
si on peut parler de la sorte , quela set
vante de la Théorie. Il est clair encore
qu’il ne faut pas se reposer sur elle glu
soin de perfectionner la Navigation; puisg
qu’elle n'est qu’une qualité purement cor-i
orelle ac uise ar une on ue ré éti
a - tion
p‘ JÀA N V’I E_R. ‘I733; ‘s;
non des memes operations , et qu’elle ne
peut téüssir tout au plus qu’à faire exé
cuter les mêmes choses avec plus (Padresse;
Aussi sçavons-nous que presque tous nos
instrumens , toutes nos tables , toutes nos
diflerentes espèces de Cartes; toutes leq
connoissances enfin qui servent à la Na»
vigation et aux Pilotes, sans même que
la plûpart des Pilotes le sçachent , ont eu
pour inventeurs des personnes qui fa.‘
voient point été en mer , mais qui '
étoient habiles dans les Mathémati
9“°’: g . .
Ainsi on voit combien ll y a de diffég
tence entre les deux diverses espéces de
Pratiques que nous venons de considérer.
L'une est du genre de nos autres connais,
sances : elle réside dans l'esprit , et nous
ne la nommons Pratique que parce que
_ les choses quïelle a pour objet attendent;
de Péxecution leur dernier accomplisse
ment. Cette pratique se trouve portée
’ lus ou moins loin , selon qu’on_ réüssic
‘a faire des a plications plus ou moins
heureuses de la Géometrie et de la Mé
chanique aux Ptoblêtnes de Navigation ;
et elle peut säcqnerit à terre, comme
fnous l’avons montré. A Pégard de l’autre_
espèce de Pratique , de cette habitude du.
corps qui met en état dbpércr avec plus
' . D ij d’:
æ MERCURE DE“ FRANCE
d'adresse , elle ne peut,sans douteuse conà‘ —p
tracter qu’à la mer : mais aussi elle ne sert
‘quäux Pilotes , et elle n’augmente en au
cune Eaçonvleurs lumieres. Le Marin con
sommé dans cette Pratique , employe
avec facilité les instrumens ordinaires qui
servent , par exemple , à observer la hau.
(eut des Astres : mais éxercé dans cet
usage , il n’cn sçait pas mieux les demie.
tes raisons de son» opération , ni la cons
traction de Pinstrument qu’il a entre les
mains.
C’est à peu près la même chose de tous
les autres points de Marine. Ce n’est cer
tainement pas aux Matelots qui ont le
plus fréquenté la Mer , qu’il faut deman
der la cause de toutes les singularitez
qu’on remarque dans le mouvement des
Naisseaux 5 pourquoi, par exemple, les
' uns sont Iegm à la rame pendant que les
autres sont lourd: ; pourquoi quelques
Navires vont moins vire , lorsqubn aug
mente leur voilure. Toutes ces choses ont
été senties une infinité de fois ar les
Marins; mais il n’est réservé qu’â des Ma.
thématicîens d’en pénétrer la cause : car
on ne peut y réüssir que par une grande
connoissance des Méchaniques , non pas
de celles qui ne consistent qu‘à sçavoii:
manier une lime ou un cordage; mais de
- . i ‘ celle;
J A N V I E R: 173;; (‘f/i
ceiies qui nous instruisent des loix que
la Nature observe dans la composition
et dans la communication des mouve
mens, et qui nous mettent en état de
zprévoir ce qui doit résulter de la com
pllation de plusieurs Puissances qui agis
sent ensemble. Or la recherche dont il
s’agit peut se-faire aussi-bien en Terre
que par tout ailleurs , puisque les choses
qu’on veut découvrir , ne dépendent que
de la figure du Vaisseau et de la disposig‘
tion de sa mâture.
. On voit donc qu’il ne faut pas con:
fondre, comme le fait M. Meynier et les
' jeunes Praticiens qu’il nous cite , les par
ties qui forment le Géométre qui s’ap-i
plique à la Navigation", avec celles qui
orment le Pilote. Ce sont en genetal des
Professions fort détachées. Le Pilote, nous
le repetons; doit aller en Mer aussi-tôt
qu’il sçait la petite portion de Théorie
qu’il doit mettre tous les jours en execu
Iion. Il doit aller en Mer , puisquïl
ne {agit plus pour lui que dbperçr , et
puïl ne‘ peut acquérir la facilité de le
aire avec promptitude, que par un long
exercice. Mais le Géomètre qui cultive
la Marine sans avoir la moindre envie
de conduire les Navires, et qui n’a par
consequcnr que faire debcety habitude du
‘D iij corps
L—j
la MERCURE DE FRANCE
corps qui ne sert que lorsqu'on est char:
gé d’executer , doit se tourner d'un côté
tout different; il n’a pour travailler à la
‘seureté de tous les Vaisseaux , qu’à con
server et n’a tâcher de perfectionner le
précieux ciepôt de toutes les connoissates
qui servent à 1’Art de naviger , et il n'a
pour cela qu'à cultiver avec autant de
soin la premiere espece de Pratique dont
nous avons parlé, que les Pilotes sont
obligez de cultiver la seconde.
Ce que je viens de dire suflît, ce me
semble , si—non pour me disculper-du.
reproche de n’avoir point été en Mer,
au moins pour en disculper les personn
nes sçavantcs , qui sans avoir navigé, peu
vent ÿappliquer avec succès â PI-Iydron‘
graphie. C'est-là aussi tout ce que je me
suis proposé , et n’ai eu nulle envie
d’entrer en dispute sur ce qui me regarde
en particulier. on n’a qu'à faire attention
à la" maniere dont M. Meynier soutient
sa cause,_et on verra qu’il faut avoir bien
du courage pour oser dire qu’on est d’un
autre sentiment que lui; il ne se con-a
tente pas d'avoir toujours ‘contre vous
Pexperience , Pusage , le consentement de
tous les Marins, dans le temps même
que vous tächez de justifier quelqu’une
. e leurs ptatjuess il a encore —des rai
- \ ' fion‘!
JANVIER. 173;. 6;‘
sons péremptoires qui montrent tout
Ëun coup que toutes les vôtres ne val
lent rien,er qui vous ferment absolument
la bouche. Vous croyez ne rien mettre
dans vos Ouvrages ue ce que vous con
cevez clairement et istinctement, et que
ce qui peut être ‘entendu de tous les Lec:
teuts ‘qui sçavent médiocrement la. Géoä
metrie et l’Algebl'e',m_aîs vous vous ttom- a
pez, M. Meynier trouve que vous n'a
vancez que des Enzgme: qui m: peuvent
pas avoir pour sen: naturel , le sens que
vous leur donnez; et il vous assure ou.
trc cela que vous n’avez aucune idée ni
la moindre connaissance des choses sur les
quelles vous écrivez. Je laisse à penser
s’il y a du plaisir à disputer contre un
‘aclversaire habile d’ailleurs , mais qui n’ad
met précisément pour preuve deson
’ droit , que de pareilles choses ou des pro
positions de gageures, et qui veut en-‘
cote que vous vous embarquiez avec lui_
sur le même Vaisseau. Il n’y autoit que
Pimportance des matiercs contestées qui
‘pourrait inviter àpousser ‘la discussion
]usqu’à la fin; mais ayant fait quelques
Remarques sur le Livre qui fait mainte
nant le principal sujet de la dispute, ÿai
appris qu’on en a‘ fait de semblables dans
presque tous nos ‘Ports-de Mer. Ainsiïl
D iiij seroit
Z4. MERCURE DE FRANCE
seroit assez inutile que je multipliasse
mes réponses; je puis maintenant gar
der un profond silence, et je présume
même qu’il ne sera pas nécessaire que je
le rompe dans la suite. Au surplus, je
suis persuadé que le R. P. le Brun et
M. Deslandes ne sont nullement offensez,
comme le prétend M. Meyniet , du ju
gement que j’ai porté de son Demi-Cer
cle. Le Certificat que ces deux illustres
Mathématiciens ont donné, contient peut
être quelques modifications dont on a la
‘précaution de ne nous point parler, et
dïæilleurs il n’y a personne qui ne sçache
u’on approuve tous les jours à certains
egnrds , des choses qu’on setoit ‘bien ÊIOΑ,
gné de vouloir adopter.
Au Havre, ce 2.7. Dioembrr 173;.‘
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Résumé : REMARQUES de M. Bouguer, de l'Académie Royale des Sciences, et Hydrographe du Roi, sur une Lettre que M. Meynier, Ingénieur du Roi pour la Marine, a fait insérer dans le Mercure de Juin dernier, p. 1053 et suiv.
M. Bouguegde, membre de la Cadimie Royale des Sciences et Hydrographie du Roi, répond à une lettre de M. Meynier, ingénieur au Roi pour la filarine, publiée dans le Mercure de Juin précédent. Bouguegde précise que ses remarques ne visent pas personnellement Meynier et qu'il a attendu son retour pour les publier. Il critique Meynier pour avoir affirmé que ses adversaires ne peuvent rien produire d'utile, soulignant que le public préfère des observations modérées aux reproches passionnés. Bouguegde refuse de répondre à une objection répétée de Meynier, notant que ce dernier se disperse dans des discours sans rapport avec le sujet. Il défend la cause de plusieurs ingénieurs habiles qui peuvent contribuer à la marine, rejetant les reproches désobligeants de Meynier. Bouguegde argue que la pratique en mer n'est pas la seule voie pour acquérir des connaissances en navigation. En effet, beaucoup de connaissances peuvent être apprises à terre en étudiant les vaisseaux, en discutant avec les marins et en examinant les instruments. Il distingue deux types de pratique : celle qui réside dans l'esprit et peut être acquise à terre par l'étude des mathématiques et de la mécanique, et celle qui est corporelle et acquise en mer par l'exercice. Bouguegde affirme que les instruments et les connaissances utilisés en navigation ont souvent été inventés par des personnes n'ayant jamais navigué, mais habiles en mathématiques. Il conclut en soulignant la différence entre le rôle du géomètre, qui travaille à perfectionner les connaissances théoriques, et celui du pilote, qui acquiert des compétences pratiques en mer. Bouguegde vise à disculper les personnes savantes qui, sans avoir navigué, peuvent contribuer à l'hydrographie, et refuse d'entrer en dispute personnelle avec Meynier. Par ailleurs, un autre texte traite d'une dispute concernant un sujet non spécifié, probablement lié à une invention ou une découverte, réalisée dans plusieurs ports de mer. L'auteur mentionne qu'il est inutile de multiplier ses réponses et qu'il préfère garder le silence. Il exprime également sa conviction que les Pères le Brun et Deslandes ne sont pas offensés par son jugement sur le 'Demi-Cercle'. L'auteur souligne que le certificat donné par ces deux mathématiciens pourrait contenir des modifications non mentionnées et que des approbations sont souvent accordées à des choses dont on sait qu'elles ne devraient pas l'être. Le texte est daté du 27 décembre 1737 au Havre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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