Résultats : 36 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 287-289
Etablissement d'un Opéra à Marseille, [titre d'après la table]
Début :
L'établissement d'un Opero ayant réüssy à Paris, Mr Gautier, [...]
Mots clefs :
Opéra, Musique, M. Lully, Marseille, Machines, Costumes , Décorations, Divertissement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Etablissement d'un Opéra à Marseille, [titre d'après la table]
L'établiffement d'un Opera
ayant réüffy à Paris, M'Gautier
, dont la réputation eft
connuë de tous ceux qui aiment
laMufique, s'eft accommodé
avec M¹ de Lully, pour
288 MERCURE
avoir permiffion de faire le
mefme établiſſement à Marfeille
, où il fit repreſenter
pour la premiere fois le 28. de
Janvier , un Opera intitulé ,
Le Triomphe de la Paix. Les
Habits furent trouvez magnifiques
, les Machines juftes
, & les Décorations tresbelles
. La Dance y plut fort,
la Simphonie encore davantage
, & toutes ces chofes firent
donner beaucoup de
louanges à M' Gautier, qui a
bien voulu prendre tant de
peines , & hazarder tant de
frais pour le divertiffement
de
GALANT. 289
de la Province . On s'eft rendu
de tous coftez à Marfeil-
, pour voir ce ſpectacle que
l'on y donne plufieurs fois
chaque femaine.
ayant réüffy à Paris, M'Gautier
, dont la réputation eft
connuë de tous ceux qui aiment
laMufique, s'eft accommodé
avec M¹ de Lully, pour
288 MERCURE
avoir permiffion de faire le
mefme établiſſement à Marfeille
, où il fit repreſenter
pour la premiere fois le 28. de
Janvier , un Opera intitulé ,
Le Triomphe de la Paix. Les
Habits furent trouvez magnifiques
, les Machines juftes
, & les Décorations tresbelles
. La Dance y plut fort,
la Simphonie encore davantage
, & toutes ces chofes firent
donner beaucoup de
louanges à M' Gautier, qui a
bien voulu prendre tant de
peines , & hazarder tant de
frais pour le divertiffement
de
GALANT. 289
de la Province . On s'eft rendu
de tous coftez à Marfeil-
, pour voir ce ſpectacle que
l'on y donne plufieurs fois
chaque femaine.
Fermer
Résumé : Etablissement d'un Opéra à Marseille, [titre d'après la table]
M. Gautier, musicien parisien, a obtenu la permission de M. de Lully pour organiser un opéra à Marseille. Le 28 janvier, 'Le Triomphe de la Paix' a été représenté avec des costumes magnifiques et des décorations belles. La danse et la symphonie ont été applaudies. Le spectacle a attiré un large public et s'est produit plusieurs fois par semaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 136-140
AVIS DE PRISES
Début :
Dieppe du 29 Janvier 1711. Le Capitaine Audibert de Calais [...]
Mots clefs :
Calais, Marseille, Le Havre, Dieppe, Cadix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS DE PRISES
AVIS DE PRISES
Dieppe du 29 Janvier 1711.
Le Capitaine Audibert de
Calais , a pris un Vaiffeau
Hollandois , nommé le S.
Georges , & l'a amené à
Dieppe.
LeHavre du 29 Janvier 1711 .
Le Capitaine Tanqueray a
fait deux prifes , l'une Hollandoife
& un Brigantin Anglois
qu'il a amenées au
Havre ; l'on eftime ces deux
priſes 900000 liv.
Du trois dudit mois
SUPLEMENT - 13
Le Capitaine Dunet de
Calais a auffi amené en ce
Port une prife du Port d'environ
100 tonneaux.
Calais du . Février 1711.
Il cft échoué àla coſte de
cette Ville un Vaiffeau Danois
de 400 tonneaux.
Marſeille du 13 Fevrier 1711.
Les Gapitaines Honoré &
François Bremond Commandans
le Sanspareil & la
Moquéufe, ont pris & amenez
à Marseille une Barque
fans nom , chargée d'huile
Cadix du 18 Fevrier 1711 .
- Il a cité mené en ce Port.
Février
1711 Ti
38 SUPLEMENT
trois prifes Angloifes par les
fieurs de la Jaille & du Bois
de la Motte commandans
les Fregattes du Roy , l'Amazonne
& l'Argonaute,
Autre prife Angloife faite
par Monfieur de Ballas,
&le CapitaineGraffon, qu'ils
ont brûlée aprés en avoir retiré
le chargement ; qu'ils
ont auffi conduit à Cadix
avec une rançon de 25 liv.
fterlin d'une Barque Angloife
.
·Cadix fuite du 18 Janvier
Le Vaiffeau du Roy le Tc-
X 1
7
SUPLEMENT 139
meraire , commandé par le
fieur Lambert, a auffi amené
en ce Port deux prifes Ant
gloifes chargées de vin , de
falé , & de florence.
Calais du 8 Fevrierr 1711.
Le Capitaine Larmet à
amené en ce Port Hôtage
d'une rançon Hollandoife
de 1800 florins , & les Capitaines
Leguillon & Senecat
, y ont auffi amené un
baftiment de Gotonneaux.
Dieppe le 10 Fevrier 17 11.
Le Capitaine Fiquet commandant
une Fregatte de
I ij
BIBLIOTE
LYON
1099
740 SUPLEMENT
Dunkerque , a amené en ce
Port un Vaiffeau Corfaire
d'Oftende.
Cadix du 25
Janvier 1711 .
Vaiffeau Anglois
nommé
le Werker , pris par deux
Frégattes
du Roy.
Le fieur Limovelon com .
mandant le Vaiffeau le S.
Elprit de S. Malo , a auffi
amené en ce Port deux prifes
Angloifes &un Vaiffeau
Portugais.
A Paris ce 20 Fevrier 1711.
Dieppe du 29 Janvier 1711.
Le Capitaine Audibert de
Calais , a pris un Vaiffeau
Hollandois , nommé le S.
Georges , & l'a amené à
Dieppe.
LeHavre du 29 Janvier 1711 .
Le Capitaine Tanqueray a
fait deux prifes , l'une Hollandoife
& un Brigantin Anglois
qu'il a amenées au
Havre ; l'on eftime ces deux
priſes 900000 liv.
Du trois dudit mois
SUPLEMENT - 13
Le Capitaine Dunet de
Calais a auffi amené en ce
Port une prife du Port d'environ
100 tonneaux.
Calais du . Février 1711.
Il cft échoué àla coſte de
cette Ville un Vaiffeau Danois
de 400 tonneaux.
Marſeille du 13 Fevrier 1711.
Les Gapitaines Honoré &
François Bremond Commandans
le Sanspareil & la
Moquéufe, ont pris & amenez
à Marseille une Barque
fans nom , chargée d'huile
Cadix du 18 Fevrier 1711 .
- Il a cité mené en ce Port.
Février
1711 Ti
38 SUPLEMENT
trois prifes Angloifes par les
fieurs de la Jaille & du Bois
de la Motte commandans
les Fregattes du Roy , l'Amazonne
& l'Argonaute,
Autre prife Angloife faite
par Monfieur de Ballas,
&le CapitaineGraffon, qu'ils
ont brûlée aprés en avoir retiré
le chargement ; qu'ils
ont auffi conduit à Cadix
avec une rançon de 25 liv.
fterlin d'une Barque Angloife
.
·Cadix fuite du 18 Janvier
Le Vaiffeau du Roy le Tc-
X 1
7
SUPLEMENT 139
meraire , commandé par le
fieur Lambert, a auffi amené
en ce Port deux prifes Ant
gloifes chargées de vin , de
falé , & de florence.
Calais du 8 Fevrierr 1711.
Le Capitaine Larmet à
amené en ce Port Hôtage
d'une rançon Hollandoife
de 1800 florins , & les Capitaines
Leguillon & Senecat
, y ont auffi amené un
baftiment de Gotonneaux.
Dieppe le 10 Fevrier 17 11.
Le Capitaine Fiquet commandant
une Fregatte de
I ij
BIBLIOTE
LYON
1099
740 SUPLEMENT
Dunkerque , a amené en ce
Port un Vaiffeau Corfaire
d'Oftende.
Cadix du 25
Janvier 1711 .
Vaiffeau Anglois
nommé
le Werker , pris par deux
Frégattes
du Roy.
Le fieur Limovelon com .
mandant le Vaiffeau le S.
Elprit de S. Malo , a auffi
amené en ce Port deux prifes
Angloifes &un Vaiffeau
Portugais.
A Paris ce 20 Fevrier 1711.
Fermer
Résumé : AVIS DE PRISES
Entre le 29 janvier et le 10 février 1711, plusieurs prises de navires ont été signalées dans divers ports français. À Dieppe, le capitaine Audibert a capturé le vaisseau hollandais Saint-Georges. Au Havre, le capitaine Tanqueray a fait deux prises : un vaisseau hollandais et un brigantin anglais, estimés à 900 000 livres. À Calais, un vaisseau danois de 400 tonneaux s'est échoué. À Marseille, les capitaines Honoré et François Bremond ont amené une barque chargée d'huile. À Cadix, trois navires anglais ont été capturés par les sieurs de la Jaille et du Bois de la Motte, une barque anglaise avec une rançon de 25 livres sterling, et deux navires anglais chargés de vin, de sel et de florence par le sieur Lambert. À Calais, le capitaine Larmet a amené un hôte d'une rançon hollandaise de 1800 florins, et les capitaines Leguillon et Senecat ont amené un bâtiment de Gotton. À Dieppe, le capitaine Fiquet a capturé un vaisseau corsaire d'Ostende. À Cadix, le vaisseau anglais Werker a été pris par deux frégates du roi, et le sieur Limovelon a amené deux prises anglaises et un vaisseau portugais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 72-78
AVIS DE PRISES.
Début :
Toulon 26 Mars 1711. Le sieur Laigle a pris sept [...]
Mots clefs :
Calais, Saint-Malo, Marseille, Morlaix, Dieppe, Le Havre, La Corogne, Toulon, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS DE PRISES.
AVIS DEPRISES.
Toulon 26 Mars 1711;
Le sieur Laigle a pris
sept vaisseaux , tant Anglais
, Hollandois, que Catalans
,
donc il en a mène
partieà Malte,& l'autre à
Toulon.
Deuxième Avril1711.
Messieurs les Chevaliers de
Beaudinard & Cassard, ont
pris un vaisseau nommé le
Prince
Prince de Frise, qu'ils ont
amené à Toulon.
La Corogne I Mars 1711.
Le Capitaine Grandjean
commandannt la Fregate
la Guiuguettc de S. Jean de
Luz, a pristrois Flutes qu'il
a conduit à Pontavedre
nommées la , Paix, vaisseau
Hollandais, la deuxieme la
Perle vaisseau Hambourgois,
& la troisiéme autre
Vaisseau Hollandois,chargé
de bled, dont l'Equipage
s'est sauvé à terre à la Coste
de Portugal.
Le Capitaine Nau commandantlaFregatela
Gaillarde
de Bayonne,aconduit
au même Port de Poirtavedre
un vaisseau Anglois
de trente tonneaux.
Le même y a encoreconduit
une prise faite en compagnie
dudit sieur Grandjean,
nommée lePot àfleurs.
Le Havre le 16 Mars 17 11
Le ifeur de Blangues
commandant la Fregate les
Zephirs de Dunkerque, a
conduit en ce Porc un vaisseau
Hambourgois nommé
le Roy David.
Le9 Avril 1711.
Le même a aussiamené
au même Port une prise
Angloifc nommée l'Empereur.
Dieppele 8Avril 1711
Le sieur Duquesnel commandant
la Fregate le Mercure
volant de Calais, a pris
un vaisseau Anglois nommé
la Providence.
Morlaix le 6 Avril 1711.
Le sieur Joachim Poitevin,
commandant laFregate
la Marguerite de S. Malo
, a amené en ce Port une
-
prise nommée la Galete de
Londres do cent tonneaux.
La Fregate nommée le
Marquis d'O de S. Malo
commandée , par le sieur Çadiou,
a aussi amené en ce
Pott une prisenommée le
Jean de Londres.
Marseille le 30 Mars 1711
Qu'il est arrivé en ce Port
un vaisseau chargé de bled
par le Capitaine Bremond.
Calais le31 Mars 1711.
Le Capitaine Duplessis
a pris un Smack
,
nommé
l'Esperance de Stade, qu'il
a amené à Calais.
Les Capitaines Potier &
Batez ont aussi amenez au
Porc de Calais deux prises",
l'une de trente & l'autre de
cent tonneaux.
S. Malo 10 Avril ijiï.
Le sieurHainscommamdant
le Vaisseau la Reine
des Anges,a pris un vaisseau
nommé le Darquin de
Corck) qu'il a amené à S.
Malo.
Calais du if Avril 1711.
Le Capitaine Pierre Live
a amené ence Port 6rançons
Anglais, montant ensemble
à 7005. liv. argent
de France.
Le Capitaine Potier y a
aussi amené un Vaisseau
Hollandois, nommé la
Foy de Rotterdam estimé
60000 livres.
Toulon 26 Mars 1711;
Le sieur Laigle a pris
sept vaisseaux , tant Anglais
, Hollandois, que Catalans
,
donc il en a mène
partieà Malte,& l'autre à
Toulon.
Deuxième Avril1711.
Messieurs les Chevaliers de
Beaudinard & Cassard, ont
pris un vaisseau nommé le
Prince
Prince de Frise, qu'ils ont
amené à Toulon.
La Corogne I Mars 1711.
Le Capitaine Grandjean
commandannt la Fregate
la Guiuguettc de S. Jean de
Luz, a pristrois Flutes qu'il
a conduit à Pontavedre
nommées la , Paix, vaisseau
Hollandais, la deuxieme la
Perle vaisseau Hambourgois,
& la troisiéme autre
Vaisseau Hollandois,chargé
de bled, dont l'Equipage
s'est sauvé à terre à la Coste
de Portugal.
Le Capitaine Nau commandantlaFregatela
Gaillarde
de Bayonne,aconduit
au même Port de Poirtavedre
un vaisseau Anglois
de trente tonneaux.
Le même y a encoreconduit
une prise faite en compagnie
dudit sieur Grandjean,
nommée lePot àfleurs.
Le Havre le 16 Mars 17 11
Le ifeur de Blangues
commandant la Fregate les
Zephirs de Dunkerque, a
conduit en ce Porc un vaisseau
Hambourgois nommé
le Roy David.
Le9 Avril 1711.
Le même a aussiamené
au même Port une prise
Angloifc nommée l'Empereur.
Dieppele 8Avril 1711
Le sieur Duquesnel commandant
la Fregate le Mercure
volant de Calais, a pris
un vaisseau Anglois nommé
la Providence.
Morlaix le 6 Avril 1711.
Le sieur Joachim Poitevin,
commandant laFregate
la Marguerite de S. Malo
, a amené en ce Port une
-
prise nommée la Galete de
Londres do cent tonneaux.
La Fregate nommée le
Marquis d'O de S. Malo
commandée , par le sieur Çadiou,
a aussi amené en ce
Pott une prisenommée le
Jean de Londres.
Marseille le 30 Mars 1711
Qu'il est arrivé en ce Port
un vaisseau chargé de bled
par le Capitaine Bremond.
Calais le31 Mars 1711.
Le Capitaine Duplessis
a pris un Smack
,
nommé
l'Esperance de Stade, qu'il
a amené à Calais.
Les Capitaines Potier &
Batez ont aussi amenez au
Porc de Calais deux prises",
l'une de trente & l'autre de
cent tonneaux.
S. Malo 10 Avril ijiï.
Le sieurHainscommamdant
le Vaisseau la Reine
des Anges,a pris un vaisseau
nommé le Darquin de
Corck) qu'il a amené à S.
Malo.
Calais du if Avril 1711.
Le Capitaine Pierre Live
a amené ence Port 6rançons
Anglais, montant ensemble
à 7005. liv. argent
de France.
Le Capitaine Potier y a
aussi amené un Vaisseau
Hollandois, nommé la
Foy de Rotterdam estimé
60000 livres.
Fermer
Résumé : AVIS DE PRISES.
Entre mars et avril 1711, plusieurs prises de vaisseaux ont été réalisées par des capitaines français dans divers ports. À Toulon, Laigle a capturé sept vaisseaux anglais, hollandais et catalans, dont certains ont été menés à Malte et d'autres à Toulon. Les chevaliers Beaudinard et Cassard ont également amené à Toulon le vaisseau 'Prince de Frise'. À La Corogne, Grandjean a pris trois flûtes hollandaises et les a conduites à Pontavedre, tandis que Nau a amené un vaisseau anglais et une prise nommée 'le Pot à fleurs' au même port. Au Havre, de Blangues a conduit un vaisseau hambourgeois nommé 'le Roy David' et une prise anglaise nommée 'l'Empereur'. À Dieppe, Duquesnel a capturé le vaisseau anglais 'la Providence'. À Morlaix, Poitevin et Çadiou ont amené respectivement les prises 'la Galete de Londres' et 'le Jean de Londres'. À Marseille, un vaisseau chargé de blé est arrivé. À Calais, Duplessis a pris un smack nommé 'l'Espérance de Stade', et Potier et Batez ont amené deux autres prises. À Saint-Malo, Hains a capturé le vaisseau 'le Darquin de Cork'. Live a amené six frégates anglaises à Calais, et Potier a amené un vaisseau hollandais nommé 'la Foy de Rotterdam'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 14-30
Nouvelles d'Espagne.
Début :
Extrait d'une Lettre de Sarragosse du 3. May. La [...]
Mots clefs :
Saragosse, Marseille, Madrid, Flotte, Régiment, Armée, Hongrie, Soldats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Espagne.
Nouvelles. d'EJj?agne."
Extrait d'une Lettre de
Sarragosse du 3. May.
L
a Reine a toujours
quelques ressentimens de Fievres
le Roy & le Prince
des Asturies font en parfaite
santé.
Les préparatifs pour l'ouverture
de la Campagne feront
bien-tost achever
,
les
Magasins de Mequinença
de Lerida
, ee de Cervera
étant presque tout afait remplis,
& toute l'artillerie du
Royaume de Valence étant
arrivée à Tortoze. Alr le
Marquis de Valdecanas a é.
tendu les Qartiers des I"rou.
pes qu'il commande au dessus
de Balaguer, le long de la
Segre& de Bragosafin de
les fairesubsister plus commodement.
Deux mille Miqueletsfefontfournis
au Roy
&se font 'Vemts rendre avec
leurs armes.
- Les Lettres de Madrid
du 12. du mesme mois portent
que l'ArméedeCatalogne
devoit saUcmbler
le 17. au deçà de la Segre,
& que le 20. elle devoit
estre campée sous Lerida;
& que Mr le Marquis de
Bay avoir assemblé celle
d'Estremadure des le 25.
Avril ; que le 29. il avoit
passé la Xevora ;
quel'Artillerie
de cette Armée y
estoit arrivée,& que plusieursRegiments
avec un
grand
grand nombre de Soldats
de recruë estoient prests
dela joindre.
Celles du 18. assûrenc
qu'on en avoic receu de
Saragossequi marquoient
que la Reine estantentierement
délivrée de la fievre
en devoit partir au
pluslost pour revenir à
Madrid ou pour aller à
Logrono sur la frontière
de Navarre, où l'airefE
tres- bon, afinde restablir
sa santé, que le General
Stanhope. avoicrègleà
Saragosse avec Mr le
Marquis de Castellar
, un
Traitepourl'échangé des
Officiers prisonniers;que
celui pour l'échange des
Soldatsn'est pas encore
conclu ;que le Royaume
d'Arragon offroir de lever
à les dépends quatreRégiments
pour la garde des
frontières,& pour servir
d'escorte aux convois;
que t'Armée d'Efirama.
dure qui estoit desja forte
de vingt-trois bataillons , &dequarante-neufEscadrons,
estoit campée prés
du pont de Badajos ; que
Mr le Marquis de Bay s'estoitavec
la Cavalerie du
costé de la riviere de Caya,
ôc aux environs de Campo
Mayor où elle fourageoit
les grains, ce qui
estoit tres -
préjudiciable
aux Portugal à cause de
la disette qu'ilsen ont
que l'Armée Portugaise
estoit une partie à EHremoz,&
lereste dansd'autres
Places.
Lettre de Sarragosse
duzyAdai.
Mrs le Marquis d'Alto*
na, & le Comte d'Aguilar
ont estéfaitsCapitaines généraux.
Don Melchior dePor*t
tugal ayant este envoyé pouA
donner lachasse à une Trou*
pe de Volontairesquifaisoient
des courses du costé de Balbastro
, on a faitpendre un
grand nombre, & dissipé le
reste qui s'etsauvé dans les
Montagnes. Les Gardes du
Corps qui font en Quartier
dans le Royaume de Valence
avaient recu ordre dese mettre
en marche; mais cetordre a
* efléfufyendu3<& on croit qu'
ils escorteront les Vivres
y
les
Munitions & l'artillerie
quisontà Tortozeoùilestarrivé
24.pieces degros Canon.
Les Troupes Françoises qui
doiventjoindre les Espagnoles
sont entrées en Aragon, 0-
le Roy à nommésix bataillons
pouraller relever la garnison
de Girone. L'Armée. doit se
mettre enmarche le
5. du mois
prochain pour entrer en Catalogne.
Mrle Marquis de Boy
fourage les grains des environs
d Elvas & de Campo-
Mayor des deux cassé de la
Caïa sans que les Portugais
fassentaucun mouvementpour
sy oposer. Il doit arrivericyau
premier jour un convoy
considerable d'argentlm vient
de Cadiz. Lasanté de la
Reine devientmeilleure de
jour en jour, elle doit partir
A 7. du moisprochain à Corella
entre Calaharra& Tudc«•*
laou l'air 11fort bonO;
Nouvellesdeplusieurs endroits
Lettre de Marseille
du19.May.
Il a fait pendant deux
jours un vent de Sud-Ouest.
très violent. Léquipage d'unf'\
Barquede la Flotepartie de
rddopourBarcelone, qui eft1
échoüeé pres de Martigues ,
a raporte que cette Flotte.
près avoir mis à la voile le
26. Avril étant escortée par
Une Escadre de dix Vaisseaux
commandée par le Vice-AmiralNorris
avoitestéérepoussée
sur les Costes de Genes parun
gros vent} pendant lequel on
avoit estéobligée, de jetter
environ deux cens cinquante
chevaux dans la Mer; qu'
ayant ensuite remis à la Voile
,
elle avoit esté battu avant
hier d'une si rude Tempeste
que tous les Vaisseaux avoient
tfie contraintsdesi laisserallerau
gré du vent qui lès
foujfoit vers les Plages de
FoZ
y
qui sont tres dangereufis.
particulierement du cossé
rks. bouches du Rhosne.
D'autres
D'autres Lettres qu'on
a reçuës depuis portent
que cette Flote estoit de
quatre- vingt Bastimens
chargez de bled & de prés
de sept mille hommes de
Troupes; & qu'il est peri
un grand nombre de ces
Bastimens, Celan le raporc
des Equipages& des
Soldats de plusieurs Barques
qui ont abordé au
Porc de Cette & à quelques
autres delamesme
Code.
Celles deNaplesdu18.
Avril marquent qu'une
Tartane qui avoit demeuré
quelque tempsa- Cagliari,
avoit rapporté que
la pluspart des bastimens
de ce Convoy y avoient
relasché après avoir esté
fort maltraitez par une
tempeste qui les avoir ob- ez de jetteren mer dix-
- huit mille sepriersde
crains pour les allegir,
& qu'une Tartane chargée
de draps pour habil-
-
ler les trou pes, estoit allée
aborder à Palerme, quarante
soldats Napolitains
qu'il y avoit dessus ayant
forcé les Matelots de les
y conduire.
," On a publie à Vienne
un Traité conclu avec les
Députez des Confederez
de Hongrie le 29. Avril
au nom de l'Empereur
quoyqu'il fuit mort dés
le 17. Par ce Traité Sa
:'
Majesté Imperiale comme
Roy de Hongrie pardonne , au Prince Ra-
,
gotzi
,
le remet en possession
de tous ses biens,
luy accorde une retraite
pour luy, pour ses Enfans,
pour sa Cour, & pour tous
les Domeitiques en Hongrie,
en Tranfilvanie, ou
ailleurs, où bon luy rem.
bleray à condition que
dans un temps limité il
évacuera les Places qui
font en son pouvoir. Ce
Traité contient aussi une
Amnistie generale pour
tous les Hongrois & les
Transilvaniens de quelque
qualité & condition
qu'ils loient,avec une restitution
generale de tous
leurs biens, foit qu'ils
ayent esté consisquez,
vendus, donnez, ou demembrez,
& mesme que
les veuves & les orphelins
joüiront de ceux dont
ils auroient deu herirer;
que rexercice de la Religion
fera permis en Hongrie
& en Tranfilvanie,
suivant les Loix de ce Royaume
*, que les Officiers
& les
soldats
estrangers
pourront se retirer où ils
jugeront a propos, & ceux
qui font domefliques,relier
avec leurs Maistres,
& que les prisonniers de
guerre, de quelque qualité
& condition qu'ils
soient, joüiront de l'amniftie.
Il ne manque plus
àceTraité que la ratification
& l'execution.
Extrait d'une Lettre de
Sarragosse du 3. May.
L
a Reine a toujours
quelques ressentimens de Fievres
le Roy & le Prince
des Asturies font en parfaite
santé.
Les préparatifs pour l'ouverture
de la Campagne feront
bien-tost achever
,
les
Magasins de Mequinença
de Lerida
, ee de Cervera
étant presque tout afait remplis,
& toute l'artillerie du
Royaume de Valence étant
arrivée à Tortoze. Alr le
Marquis de Valdecanas a é.
tendu les Qartiers des I"rou.
pes qu'il commande au dessus
de Balaguer, le long de la
Segre& de Bragosafin de
les fairesubsister plus commodement.
Deux mille Miqueletsfefontfournis
au Roy
&se font 'Vemts rendre avec
leurs armes.
- Les Lettres de Madrid
du 12. du mesme mois portent
que l'ArméedeCatalogne
devoit saUcmbler
le 17. au deçà de la Segre,
& que le 20. elle devoit
estre campée sous Lerida;
& que Mr le Marquis de
Bay avoir assemblé celle
d'Estremadure des le 25.
Avril ; que le 29. il avoit
passé la Xevora ;
quel'Artillerie
de cette Armée y
estoit arrivée,& que plusieursRegiments
avec un
grand
grand nombre de Soldats
de recruë estoient prests
dela joindre.
Celles du 18. assûrenc
qu'on en avoic receu de
Saragossequi marquoient
que la Reine estantentierement
délivrée de la fievre
en devoit partir au
pluslost pour revenir à
Madrid ou pour aller à
Logrono sur la frontière
de Navarre, où l'airefE
tres- bon, afinde restablir
sa santé, que le General
Stanhope. avoicrègleà
Saragosse avec Mr le
Marquis de Castellar
, un
Traitepourl'échangé des
Officiers prisonniers;que
celui pour l'échange des
Soldatsn'est pas encore
conclu ;que le Royaume
d'Arragon offroir de lever
à les dépends quatreRégiments
pour la garde des
frontières,& pour servir
d'escorte aux convois;
que t'Armée d'Efirama.
dure qui estoit desja forte
de vingt-trois bataillons , &dequarante-neufEscadrons,
estoit campée prés
du pont de Badajos ; que
Mr le Marquis de Bay s'estoitavec
la Cavalerie du
costé de la riviere de Caya,
ôc aux environs de Campo
Mayor où elle fourageoit
les grains, ce qui
estoit tres -
préjudiciable
aux Portugal à cause de
la disette qu'ilsen ont
que l'Armée Portugaise
estoit une partie à EHremoz,&
lereste dansd'autres
Places.
Lettre de Sarragosse
duzyAdai.
Mrs le Marquis d'Alto*
na, & le Comte d'Aguilar
ont estéfaitsCapitaines généraux.
Don Melchior dePor*t
tugal ayant este envoyé pouA
donner lachasse à une Trou*
pe de Volontairesquifaisoient
des courses du costé de Balbastro
, on a faitpendre un
grand nombre, & dissipé le
reste qui s'etsauvé dans les
Montagnes. Les Gardes du
Corps qui font en Quartier
dans le Royaume de Valence
avaient recu ordre dese mettre
en marche; mais cetordre a
* efléfufyendu3<& on croit qu'
ils escorteront les Vivres
y
les
Munitions & l'artillerie
quisontà Tortozeoùilestarrivé
24.pieces degros Canon.
Les Troupes Françoises qui
doiventjoindre les Espagnoles
sont entrées en Aragon, 0-
le Roy à nommésix bataillons
pouraller relever la garnison
de Girone. L'Armée. doit se
mettre enmarche le
5. du mois
prochain pour entrer en Catalogne.
Mrle Marquis de Boy
fourage les grains des environs
d Elvas & de Campo-
Mayor des deux cassé de la
Caïa sans que les Portugais
fassentaucun mouvementpour
sy oposer. Il doit arrivericyau
premier jour un convoy
considerable d'argentlm vient
de Cadiz. Lasanté de la
Reine devientmeilleure de
jour en jour, elle doit partir
A 7. du moisprochain à Corella
entre Calaharra& Tudc«•*
laou l'air 11fort bonO;
Nouvellesdeplusieurs endroits
Lettre de Marseille
du19.May.
Il a fait pendant deux
jours un vent de Sud-Ouest.
très violent. Léquipage d'unf'\
Barquede la Flotepartie de
rddopourBarcelone, qui eft1
échoüeé pres de Martigues ,
a raporte que cette Flotte.
près avoir mis à la voile le
26. Avril étant escortée par
Une Escadre de dix Vaisseaux
commandée par le Vice-AmiralNorris
avoitestéérepoussée
sur les Costes de Genes parun
gros vent} pendant lequel on
avoit estéobligée, de jetter
environ deux cens cinquante
chevaux dans la Mer; qu'
ayant ensuite remis à la Voile
,
elle avoit esté battu avant
hier d'une si rude Tempeste
que tous les Vaisseaux avoient
tfie contraintsdesi laisserallerau
gré du vent qui lès
foujfoit vers les Plages de
FoZ
y
qui sont tres dangereufis.
particulierement du cossé
rks. bouches du Rhosne.
D'autres
D'autres Lettres qu'on
a reçuës depuis portent
que cette Flote estoit de
quatre- vingt Bastimens
chargez de bled & de prés
de sept mille hommes de
Troupes; & qu'il est peri
un grand nombre de ces
Bastimens, Celan le raporc
des Equipages& des
Soldats de plusieurs Barques
qui ont abordé au
Porc de Cette & à quelques
autres delamesme
Code.
Celles deNaplesdu18.
Avril marquent qu'une
Tartane qui avoit demeuré
quelque tempsa- Cagliari,
avoit rapporté que
la pluspart des bastimens
de ce Convoy y avoient
relasché après avoir esté
fort maltraitez par une
tempeste qui les avoir ob- ez de jetteren mer dix-
- huit mille sepriersde
crains pour les allegir,
& qu'une Tartane chargée
de draps pour habil-
-
ler les trou pes, estoit allée
aborder à Palerme, quarante
soldats Napolitains
qu'il y avoit dessus ayant
forcé les Matelots de les
y conduire.
," On a publie à Vienne
un Traité conclu avec les
Députez des Confederez
de Hongrie le 29. Avril
au nom de l'Empereur
quoyqu'il fuit mort dés
le 17. Par ce Traité Sa
:'
Majesté Imperiale comme
Roy de Hongrie pardonne , au Prince Ra-
,
gotzi
,
le remet en possession
de tous ses biens,
luy accorde une retraite
pour luy, pour ses Enfans,
pour sa Cour, & pour tous
les Domeitiques en Hongrie,
en Tranfilvanie, ou
ailleurs, où bon luy rem.
bleray à condition que
dans un temps limité il
évacuera les Places qui
font en son pouvoir. Ce
Traité contient aussi une
Amnistie generale pour
tous les Hongrois & les
Transilvaniens de quelque
qualité & condition
qu'ils loient,avec une restitution
generale de tous
leurs biens, foit qu'ils
ayent esté consisquez,
vendus, donnez, ou demembrez,
& mesme que
les veuves & les orphelins
joüiront de ceux dont
ils auroient deu herirer;
que rexercice de la Religion
fera permis en Hongrie
& en Tranfilvanie,
suivant les Loix de ce Royaume
*, que les Officiers
& les
soldats
estrangers
pourront se retirer où ils
jugeront a propos, & ceux
qui font domefliques,relier
avec leurs Maistres,
& que les prisonniers de
guerre, de quelque qualité
& condition qu'ils
soient, joüiront de l'amniftie.
Il ne manque plus
àceTraité que la ratification
& l'execution.
Fermer
Résumé : Nouvelles d'Espagne.
Le document relate des nouvelles militaires et politiques de diverses régions. À Saragosse, la Reine se remet de ses fièvres, tandis que le Roi et le Prince des Asturies sont en bonne santé. Les préparatifs pour la campagne militaire avancent, avec des magasins remplis et de l'artillerie arrivée. Le Marquis de Valdecanas a déplacé ses troupes pour mieux les approvisionner. Deux mille Miquelets ont été fournis au Roi. L'armée de Catalogne doit se rassembler et camper près de Lerida, tandis que l'armée d'Estrémadure, renforcée par de nouveaux régiments, est déjà en position près de Badajos. Le Marquis de Bay harcèle les Portugais en pillant leurs ressources. La Reine, rétablie, doit se rendre à Corella pour sa santé. À Marseille, une flotte escortée par le Vice-Amiral Norris a subi des tempêtes, perdant des chevaux et des navires. Des lettres de Naples rapportent des dommages causés par une tempête à un convoi. À Vienne, un traité a été publié, pardonnant au Prince Ragotzi et accordant une amnistie générale aux Hongrois et Transylvaniens, avec restitution des biens et liberté de religion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 72
A Marseille le 9.
Début :
On a eu ordre de la Cour d'armer promptement douze [...]
Mots clefs :
Marseille, Monsieur du Casse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Marseille le 9.
A Marſeille le 9.
On á eu ordre de la Cour
d'armer promptement douze
galeres .
M. du Caffe a fait voile
le onze de Toulon , avec
les vaiffeaux que l'on y a
armez , pour aller devant
Barcelonne.
On á eu ordre de la Cour
d'armer promptement douze
galeres .
M. du Caffe a fait voile
le onze de Toulon , avec
les vaiffeaux que l'on y a
armez , pour aller devant
Barcelonne.
Fermer
6
p. 327-330
De Marseille.
Début :
On a donné dans cette Ville pendant le mois de Juillet plusieurs [...]
Mots clefs :
Marseille, Marquis, Eaux, Reine de Pologne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Marseille.
DeMarseille.
i 'f OnadonnédanscetteVille
pendant lemois de Juilletplurieurs
festes à la Reine de Pologne,
1^ PrincessesSobieski
sa petite filleafortbrillédans
tous les bals qui se sont donnez
chez M. le Bailli de la Pat
laitric ChefdEscadre des Galetes.,
&chez M. Arnoult,
Intendant dela Marine. Le
Comte àt Bausse
a eu l'boD-'
licotf'de&'afci avec la Princcfle,
&le Marquisde laBruyere
Jatente Syndic de la Ho4
blesse & ancien Procureur du
paîss'y est fort distingué.Ila
eu plusieurs Audiances particulieres;
de SaMajesté dont
ellea paruê fort contente.
C:dI un Gentilhommequi a
beaucoup d'esprit&uneparfaite
connoissancedesinterêts. desPrinces.
.Qç^mandepu'i*ff«queleVi- ce-Légat d'Avignon aenvoyé
un ordre,à ce Marquis de se rzen-d.r1e1à,s-o.n,, g.o, uvei rnetment
de Sorgues dans le Comtat
d'Avignonpouryrecevoir la
Reine iorfq Ile y passera.
Ilya déja envoyé beaucoup
de
le meubles) & plusieurs baIlli
fots dae ce quii perut esetre nee.ek On écrit du même endroit
juc les eaux de Montfrin deviennent
tous les jours en plus
grande réputation. Le sieur:
Monranier
,,
Docteur en Me;
decine) s'est appliqué particulièrement
àen connoistre toute
la vertu, & a découvert qu'-
elles étoient excellentes pouc
ceux qui font étiques. En esser,
Messieurs les Marquis de
Razac &le Baron de Tourncfort
, Capitaines de Galeres,
quiétoient tombez dans une
fcchcrcffc qui faisoit appréhender
leur perte, en sont revenus
en parfaite santes&reprennent
tous les jours leur
premier embonpoint. Cet esset
merveilleux a si fort augmenté
la réputation de ces
eaux, qu'une infinité de personnes
dé Provence & deDauphiné
y accourent.
i 'f OnadonnédanscetteVille
pendant lemois de Juilletplurieurs
festes à la Reine de Pologne,
1^ PrincessesSobieski
sa petite filleafortbrillédans
tous les bals qui se sont donnez
chez M. le Bailli de la Pat
laitric ChefdEscadre des Galetes.,
&chez M. Arnoult,
Intendant dela Marine. Le
Comte àt Bausse
a eu l'boD-'
licotf'de&'afci avec la Princcfle,
&le Marquisde laBruyere
Jatente Syndic de la Ho4
blesse & ancien Procureur du
paîss'y est fort distingué.Ila
eu plusieurs Audiances particulieres;
de SaMajesté dont
ellea paruê fort contente.
C:dI un Gentilhommequi a
beaucoup d'esprit&uneparfaite
connoissancedesinterêts. desPrinces.
.Qç^mandepu'i*ff«queleVi- ce-Légat d'Avignon aenvoyé
un ordre,à ce Marquis de se rzen-d.r1e1à,s-o.n,, g.o, uvei rnetment
de Sorgues dans le Comtat
d'Avignonpouryrecevoir la
Reine iorfq Ile y passera.
Ilya déja envoyé beaucoup
de
le meubles) & plusieurs baIlli
fots dae ce quii perut esetre nee.ek On écrit du même endroit
juc les eaux de Montfrin deviennent
tous les jours en plus
grande réputation. Le sieur:
Monranier
,,
Docteur en Me;
decine) s'est appliqué particulièrement
àen connoistre toute
la vertu, & a découvert qu'-
elles étoient excellentes pouc
ceux qui font étiques. En esser,
Messieurs les Marquis de
Razac &le Baron de Tourncfort
, Capitaines de Galeres,
quiétoient tombez dans une
fcchcrcffc qui faisoit appréhender
leur perte, en sont revenus
en parfaite santes&reprennent
tous les jours leur
premier embonpoint. Cet esset
merveilleux a si fort augmenté
la réputation de ces
eaux, qu'une infinité de personnes
dé Provence & deDauphiné
y accourent.
Fermer
Résumé : De Marseille.
En juillet, Marseille a célébré la Reine de Pologne, la princesse Sobieski, avec plusieurs fêtes. Sa petite-fille a été remarquée lors des bals chez le Bailli de la Patta et M. Arnoult. Le Comte de Bausse a dansé avec la princesse, et le Marquis de la Bruyère, ancien Syndic des Hôtels et Procureur du pays, a été distingué par plusieurs audiences particulières avec la Reine. Le Marquis est décrit comme un gentilhomme d'esprit et connaisseur des intérêts des princes. Le Vice-Légat d'Avignon a ordonné au Marquis de se rendre à Sorgues pour accueillir la Reine lors de son passage. Par ailleurs, les eaux de Montfrin gagnent en réputation grâce à leurs vertus découvertes par le Docteur Monranier. Les Marquis de Razac et le Baron de Tournefort, Capitaines de Galères, ont recouvré la santé après une grave maladie grâce à ces eaux, attirant ainsi de nombreuses personnes de Provence et du Dauphiné.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 209-277
AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
Début :
M. Arnoul auroit plutost envoyé cette description, si / SA MAJESTÉ ayant pris la résolution de venir à [...]
Mots clefs :
Pierre Arnoul, Fête, Intendant des Galères et du commerce à Marseille, Reine d'Espagne, Arsenal des galères, Marseille, Reine, Bouclier, Sa Majesté, Minerve, Triomphe, Amour, Salle d'armes, Salle d'armes de l'Arsenal des galères, Chevalier, Ouvrage, Coeur, Princesse, Dames, Inscription, Armes, Espagne, Tapis, Fauteuil, Marchepied, Princesse, Appartement, Marquis, Oracle, Roi d'Espagne, Pièces, Conseiller du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
AVERTISSE MENT.
cet
M. Arnoul auroit pluroſt
envoyé cette deſcription , fi
quand il a voulu mettre par
écrit ce qui regarde la Salle
d'Armes , il ri'eut trouvé que
ouvrage avoit beſoin
d'une liaiſon un peu plusreguliere
en quelques endroits ;
ce qui l'a mis dans l'obligation
d'y faire quelques additions
qui luyont paru neceſſaires
, & auſquelles il en auroit
joint peut-eſtre encore d'autres
, fi on neluy. Fait que
la Reine vouloit avoir cette
Novembre 1714%. S
210 MERCURE
deſcription avant qu'Elle cut
quitté la Provence : au lieu
que cela paroiſſoit beaucoup
moins neceſſaire lorſque l'ouvrage
eſtoit répandu ſur toute
l'étenduë de quatre grandes
falles ougalleries, en plufieurs
pieces détachées ; mais il eſpere
que Sa Majesté aura la bonté
d'agréer ce travail en l'état
qu'il eſt , comme venant du
coeur plutoſt que de l'eſprit
par l'extrême envie qu'il avoit
deluy marquer ſeulement par-
'àfon zele & fon profond
refpecie fe fire auffi
qu'Elle voudra bien confiderer
, qu'il n'a eu que fix jours
د
GALANT 211
de temps pour le compoſer
& l'executer.
DESCRIPTION
de la Feste que M. Arnoul ,
Intendant des Galeres & du
Commerce àMarseille, donna
àla Reine d'Eſpagne leLundy
2.9. Octobre 1714 à l'occaſion
de la Salle d' Armes de l'Arcenal
des Galeres , que Sa Ma-
1 jefté voulut bien aller voir ,
& d'une eſpece de Triomphe
quiy avoit eſté preparé pour
Elle.
SAMAJESTE ayant
pris la réſolution de venir à
Sij
212 MERCURE
Marſeille le 21. d Octobre:
& M. Arnoul l'ayant ſçeu
le 23. jugea bien qu'Elle pourroit
voir la Salle d'Armes des
Galeres , comme eſtant ce
qu'il y a de plus curieux &
qui marque le mieux la puifſance
du Roy ; il ſe mitauffitoſt
en état de la préparer , de
maniere qu'elle pût plaire à la
Reine , & faire partie des
honneurs qu'on devoit luy
rendre. Il chercha là - deſſus
un ſujet qui pût ſervir à fon,
deflein , & s'agiſſant d'une
Salle d'Armes il crût qu'il devoit
le tirer desArmes mêmes,
GALANT. 213
:
Il trouva que le mot Latin
Parma , qui ſignifie Targue ,
Bouclier , ou Ecu , en François
,faiſoit une heureufe allu.
fion au nom de la Reine , il
le choifit & tira de- là occaſion
de faire à Sa Majesté une
eſpece de triomphe , en élevant
le Bouclier , ou Parma
au - deſſus de toutes les autres
armes , non - ſeulement par
les places diftinguées qu'on
pouvoit luy donner partout ,
mais de plus par beaucoup
d'allegories , qui pouvoient
avoir rapport à la Reine ;
c'eſt ce qu'il a eſté queſtion
214 MERCURE
de mettre en execution , &
c'eſt auſſi ce qui s'est fait par
Beaucoup d'Inſcriptions , de
Deviles , ou d'Emblemes répanduës
fur toute l'étenduë
de la premiere Salle , & de
celle qui vers le bout la traverſe
en forme de Croix.
Pour donner d'abord une
idée de fon deſſein , il y avoit
au deſſus de la principale porte
, par où la Reine devoit entrer
, & d'où l'on découvre
toute l'étenduë de la premiere
Salle , un trophée d'armes ,
dont l'Ecu des Armes de Parme
tenoit le defſfas , &le mis
GALANT . 21
licu , avec ces deux mots :
Parma triumphans..
Pour fuivre ce deffein il y
avoit fur toute l'étenduë de
ces deux faltes au plus haut du
plancher ſur le milieu de chaque
poutre , une targue ou
écu des armes de Parme , accompagné
d'une autre targue
de chaque coſté où ſont des
Solcils avec la deviſe du Roy
tels que font ordinairement
tou es les targues des Galeres.
Entre toutes ces targues ou
écus de diſtance en distance
216 MERCURE
on en avoit mis d'autres plus
ornez ayant de même les armes
de Parme , & qui estoient
pareillement attachezau plancher
dans le milieu des poutres
, faiſant autant de deviſes
ou d'emblêmes differentes,
& la premiere qui ſe prefentoit
aprés qu'on eſtoit entré
dans la ſalle exprimée par ce
vers.
Parmarum , Regina , tibi labor
iſte dicatur.
Ce qui faiſoit proprement
en peu de mots l'Epître Dédicatoire
GALANT . 217
こ
dicatoire de tout l'ouvrage.
A quelques diſtancesenfuite
eſtoitun autre écu ou Parma ,
avec les mêmes armes ayant
au-deſſus ce vers .
Arma triumphanti cedant bie
catera Parma
ال
Comme un commande
ment qu'on faiſoit d'abord
aux autres armes de céder au
Boucher ou Parma qui devoit
triompher à l'occation de la
Reine .
L'inſcription ſuivante établiſſfoit
la raiſon pour laquelle
Novembre 1714. T
218 MERCURE
lebouclier devoit en effet être
au-deſſus des autres armes ,
par cet autre verse по лоэ
Illa agitant furie , Parmam
prudentia ducit.
Enſuite comme le bouclier
n'eſt fait que pour parer fans
offenſer , on a pretendu que
pour attirer plus d'honneur
au bouclier , il falloit ôter
de celuy de Minerve qui eft
regardécomme le plus ancien
&le premier de tous , la tête
de Meduſe pour y mettre à la
place les armes de la Reine ,
GALANT. 219
comme devant eſtre beaucoup
plus agreables à cette
Déeffe , qui toute belliqueuſe
qu'elle eſt , ne devoit rien
avoir qui pût empêcher qu'on
s'approchad'Elle , par rapport
aux Sciences & aux Arts dont
Elle eſtoit auſſi la Déeſſe, ce
qui ſe trouve marqué par ce
vers.
Dura medusa fugat , grata es ,
tu Parma Minerva.
On faifoit voir auffitoft
aprés les avantages , & les
merveilleux effets dece chan-
Tij
220 MERCURE
gement , en ce qu'au lieu que
cette tête de Meduſe eſtoit
fi affreuſe qu'Elle changeoit
en pierre ceux qui la regardoient
,,ce nouvel écu qui eſt
proprement le ſceau de la
douceur& de la bonté de la
Reine , marquée par le celefte
azur de ſes Lys , devoit faire
tomber les armes des mains ,
& gagner les coeurs fans violence
, en adouciflant & en attendriſſant
ceux - même que
l'autre auroit pû rendre auſſi
durs que des rochers , ce, qui
étoit expliqué par cet autre
vers:
1
(
GALANT. 221
1
Altera quos fecit lapides , emol
liet ista.
Onfeint enſuite que de pareilles
diſpoſitions ont d'abord
engagél'Amour,qui n'a
voit jamais oſé rien pretendre
fut Minerve , à qui l'on verra
dans la ſuite que la Reine eſt
comparée , & qui eſt auſſi par
tout reprefentée par le bouelier
ou Parma , non- ſeulement
à s'en approcher , mais
que de plus il a joint à la Parma
tous ſes traits , comme autant
de charmes qu'il a don
Tiij
222 MERCURE
nez à la Reine , pour faire la
conqueſte d'un coeur qui luy
convint , au lieu du ſeul bouclier
dont Elle ſe ſervoit contre
luy même , le tout repreſenté
par un Ecu , ou Parma ,
orné des traits , & de toutes
les armes de l'Amour, en forme
de trophée , avec un cartouche
audeſſus qui porte ce
vers :
1.
Huic amor antefugax ,fua tela
21.adjungit arcum,
On feint encore enſuite que
l'Amour continuant de s'inteGALANT
. 2230
reffer pour le bouclier ou Par
ma , qui eſt toûjours icy le
ſymbole , auſſi bien,que lo
ſceau de la Reine, chaſſe luy
même d'auprés d'elle la Hiss
bou de Minerve , qui eſt, toujours
un oiſeau de mauvais augure
, en quelqu'endroit qu'il
foit ,& qui pourroit éloigners
celuy dont Elle doit faire la
conquête avec ſes nouvelles
armes ; & pour marquer en
core plus fon empreſſement
pour Elle , on luy fait derober
à ſa mere un des oiſeaux
qui luy ſont conſacrez , pour
l'aſſocier au bouclier , ce qui
G
ว
Tiiij
224 MERCURE
peut ſe rapporter à tous les
coeurs de quelque caractere
qu'ils ſe trouvent , attachez au
char de la mere d'amour ; le
ンtout repreſenté par le bouclier
ou Parma , ayant toujours
toutes les armes de l'Amour
, comme en trophée
avec un pigeon à coſté , & ce
vers au-deffus :
Subreptam &matri ,Volucrem,
21:00 bubone fugato.
C'eſt ainſi qu'on pretend
que la Reine d'Eſpagne ayant
joint les armes de l'amour , à
GALANT. 225
la bonne odeur de les Lys ,
qui dénote parfaitement , ce
que la Renommée avoit déja
publié de fes vertus ,& de les
grandes qualitez , a fait la conquête
d'un coeur , qui ſeul
eftoit digne de la poffeder ; le
tout reprefenté par une targue
, ou Parma , répandant
une odeur agréable , ornée&
&environnée , comme deflus,
de toutes les armes de Fa
mour , placée dans un grand
coeur , comme dans un Trône,
porté ſur le dos de deux lions,
& appuyé contre deux tours ,
avec la colombe , ou pigeon
2
3
226 MERCURE
donné par l'amourvolti
geant au-deffus , & portant
en ſon bec une couronne de
laurier ,avec ceversad
1..1 1
Sic & odore ſuo , fic Parma
triumphat amore.
1
i
:
11 1001
On prétend enſuite qu'A-2
pollon aprés avoir chantéluymême
juſqu'icy les loüanges
de la targue , ou Parma , va
dans ce qui fuit declarer fest
heureux deſtins , par les ora.)
cles qu'il va rendre , & qui
doivent faire la plus glorieuſe
partie de ſon Triomphe , ce
A
GALANT. 227
i
qu'exprime le vers ſuivant
écrit en groffes Lettres ſur un
cartouche attaché à une poutre
du plancher comme tout
ce qui a precedé , pour preparer
les ſpectateurs à cette
feconde partie du Triomphe.
Cantavit Parmam , jam vatici
netur Apollo.
Ce qui fuit eſt en effetune
Prophette , s'agiſſant en partic
de l'avenir , & un Oracle en
ce qu'ony peut trouver plufieurs
ſens differens , comme
il arrivoit toûjours à ceux qui
228 MERCURE
1
confultoient les Oracles , ce
qui fe voit par le vers fuivant
fur une targue , ou Ecu de
Parme.
Hacse conjungunt Florentia li
lia Parma.
Ce qui veut dire que des
Lys floriffans fe joignent enſemble
par le moyen de la
targue , ou Parma, ou qu'elle
va ſe joindre elle même aux
Eys , ou que par elle, les Lys ,
Parme& Florence ſe joignent
enſemble , ce qui est fondé
fur ce qu'on prétend que la
GALANT. 229
Maiſon de Parme , c'eſt à-dire
la Reine , doit probablement
heriter duDuché deFlorence.
Outre cet avantage qu'Apollon
promet par l'Oracle
precedent qui paroiſt deſigner
le mariage du Roy d'Elpagne,
& de la Reine ; l'Oracle qui
fuit en promet trois autres ,
par une eſpece d'Enigme repreſentée
par unbouclier myparti
des Armes de Parme &
de GrandGonfalonier de l'Eglife
, couvrant en partietrois
tiges de Lys , avec ce versaudeffus
.
230 MERCURE
His erit Umbra , novum Tutamen
, Incrementum.
Parce que l'Umbrella ſignifie
que la Reine aura tousjours
fous fon ombre le Prince des
Afturies & les deux Infants ;
que de plus le bouclier par
luy même eſtant le ſymbole
de la précaution &de la ſeureté
, marque le ſoin qu'Elle
prendra de leur conſervation ,
&qu'Elle donnera de plus au
Roy d'autres enfans dénotez
par les fix Lys de fon écu ,
joints aux trois de celuy du
Roy.
:
GALANT. 231
-1. Cequi fuit elt encore une
Prophetie , un Oracle , & une
Enigme toute enſemble,repreſentée
par l'écu de Parme
Pou Parma , accolé avec celuy
de France ,& ce versaudeffus
.
Radici quàm pulchra dabunt tua
lilia juncta .
1.
-Par'où l'on doit entendre ,
que les Lys de la Maiſon de
France eſtant les premiers qui
ayent jamais parû , on doit les
regarder comme l'origine, le
tronc ou la racine de tous les
1
232 MERCURE
autres ;&que les Lys de Parme
eſtant ainſi rejoints , &
comme entez ſur leur premiere
louche ,ou racine, ne peuvent
manquer de produire
les plus beaux rejettons du
monde.
Er enfin cette premiere falle
eſtoit terminée dans le bout
par une armure dorée& damaſquinée
repreſentant le
Roy Philippes V. ſur un Picdeſtal
, accompagné de ſes
Gardes , avec un Manteau
Royal de velours cramoiſi
doublé d'hermines ayant un
Bâton de commandement
dans
GALANT. 233
dans la main droite , & un
Bouclier auxArmes de Parme,
paſſé dans le bras gauche ,
avec ces mots Eſpagnols :
En braços del Rey valera
Varones.
Ce qui eſt encore unOraele
, en ce que cela ſe peur
entendre en deux manieres ,
lapremiere fur ce qu'un Roy
auſſibrave qu'eſt le Roy d'Elpagne
, fe peut battre contre
pluſieurs , en ſe ſervant du
bouclier pour parer ; & l'autre
fait affez voir que la Reine
Novembre 1714. V
234 MERCURE
en doit avoir des Princes diftinguez
par leur merite &
par leur valeur.
Il faut icy faire remarquer
qu'avant que d'aller juſqu'à
cette figure qui repreſentoit
le Roy d'Eſpagne , il falloit
traverſer la ſeconde Salle qui
ſe croiſe avec la premiere,&
que dans le milicu on y avoit
preparé un marchepied couvert
d'un tapis de Perſe , aved
un fautcüil de damas cramoifi
, garni de grands galons
d'or , pour que la Reine s'y
puſt aſſeoir , en cas qu'elle fuſt
fatiguée ; qu'au deſſus de co
GALANT 235
fauteüil étoit un Soleil quire- :
preſentoit le Roy d'Eſpagne ,
dont les rayons eſtoient figu
rez par des Armes blanches ,
& qu'entre ce Soleil & le fauteüal
, il y avoit une Couronne
d'or fufpendue par des fi
lets inviſibles avec cette legen-
1
Veni de Eridano
Dion Koni coronaberistą ob wait
อา โว ก and softe iup &
Comme ſi le Roy du haut
de ſa gloire l'eût invitée luymême
à venir ſorepoler dans 2
cofauteil pour y eſtre cour
Vij
236 MERCURE
ronnéc , & la reponſe de la
Reine au Roy étoit marquée
par une autre legende au bas
du marchepied qui contenoit
ces mots :
Etàte quid voluifuper terram.
Aprés cet Epiſode que l'attention
qu'on devoit avoir
pour la Reine , avoit donné
licu de placer en cet endroit ,
& qui eſtoit même neceſſaire
par rapport àl'ouvrage pour
ne pas ennuyer , ou fatiguer
Sa Majesté,&ceux qui avoient
l'honneur de la ſuivre , parun
GALANT. 237
trop grand nombre de penſées
de la même eſpece , &
tousjours fur un même ſujet ;
Elle paffa dans la premiereallée
du bras de la Salle qui traverſe
à droite , ou du haut de
l'arcade qui formoit l'entrée
de cette alléependoit cette legende
:
Parma Fata dabit ,jam facta
reclufit Apollo.
En effet , les deux allées
qui partagent ce bras , contenoient
tout ce que les deſtinées
promettoient de glorieux
:
238 MERCURE
& d'avantageux à la targue
ou Parma ; repreſentant la
Reine par pluſieurs autresprédictions
, dont la premiere
étoit :
77
Herculeas ultra tu, Parmaferere
columnassis داد
obreg
Pour marquer que fa renommée
doit aller plus loin
que les travaux d'Hercule en
paſſant au- delà des colomnes
qui les ont borteza: Nana
Et d'autant que l'Amerique
doit eſtre ſous la domination
de la Reine , un autre Bouclier
C
GALANT. 239
aux Armes de Parme ſuivoit,
avec ces mots:
Mundus te nofcet & alter.
On voyoit enſuite dans le
fonds de cette allée , fous un
Soleil , dont les rayons font
formez par des épées , un aur
tre Ecu aux Armes de Parme ,
qui estoit entre deux lions ,
dont l'un fuit tout épouvanté
; & l'autre s'en approche en
ſe baiſſant comme pour en
lêcher le bord ;avec ces deux
vers François au deffus
240 MERCURE
Le Lion de la Flandre en fur
épouvanté,
Le Lion de l'Espagne en doit
eftre enchanté.
Cequi faiſoir alluſion d'un
coſté aux exploits d'Alexan
dre Farneze en Flandre , & de
L'autre aux empreſſements des
Eſpagnols que laReine va gagner
par ſes charmes & par
fes grandes qualitez .
En paſſant dans l'autrepartie
du premier bras de cette
Salle qui forme une ſeconde
allée , on voyoit auffi contre
1 la
:
GALANT. 241
la muraille , fous un autre Soleil
, un autre Ecu aux Armes
deParme poſe ſur deuxTours
ou Chafteaux , avec ce vers
au deſſus.
Castrum pro Castro tibi reddit
Iberia , duplex.
:
Ce qui fait alluſion au Duché
de Castro ,que la Maiſon
de Parme a tousjours touhaité
paſſionnement de r'avoir ,
& aux deux Tours ou Châ
teaux qu'elle retrouve en devenant
Reine d'Eſpagne.
Enſuite la gloire de la Rei-
Novembre 1714. X
242 MERCURE
ne ſembloit patler au delà de
l'étendue du monde entier ,&
monter juſques dans lesCieux,
par les idées qu'ont fourny
l'Ambaſſadeur de Perſe , & le
Chaoux de la Porte , qui font
venusà Marseille précilement
dans le temps que Sa Majeſté
y eſt arrivée , & dont le dernier
doit inceſſamment s'en
retourner à Conftantinople.
Par rapport à celuy cy on
a joint au Bouclier de Parme,,
ou Parma , repreſentant la
Reine , le vers ſuivant :
Jamque volat , Luna, de te
repleat orbem.
qui
GALANT. 243
)
Ce qui fait alluſion au
Croiffant des Ottomans , par
lequel ils ont pretendu mar.
quer qu'ils ne le prenoient
pour armes & pour deviſe
qu'en attendant , qu'eſtant
maiſtres du monde entier leur
Lune fût plaine : &par le vers
cy deſſus on fait voir , qu'elle
valêtre en effet bientôt, mais
que ce ſera de la grande idée
que cet Empire aura de la Reine
, par le recit que ceChaoux
en doit faire à ſon retour.
Quant à ce qui regarde
1
l'Ambaſſadeur de Perſe , ſon
entrée à Marseille a donné
Xij
244 MERCURE
lieu à la Deviſe ſuivante qui
fait la derniere des predictions
d'Apollon ſur les deſtinées du
Bouclier , ou Ecu de Parme ,
&qui eft repreſentée par l'Aurore
, ou Soleil levant , dont
unrayon venant reflechir fur
les Armes de Parme , dont le
champ eſt dor , en reçoit un
nouvel éclat , comme l'Ambaffadeur
en faliant la Reine
lorſqu'il paſſa ſous ſes fenêtres
, ce qui eſt exprimé par le
vers ſuivant :
Ex te luce nova Radius ſplendefcit
Eous .
GALANT. 245
La Reine paſſa enſuite dans
l'autre bras de la gallerie qui
traverſe la premiere , & qui
fait une feule Salle tres-belle
& tres large , où les alluſions
& les myſteres fe decouvroient
, & où devoit s'accomplir
le triomphe de laTargue,
ou Parma , dans toute fa
pompe.
Pour cet effet toutes les
Nations dont la Reine entend
les Langues , s'eſtoient empreſlées
de s'y trouver pour
huy ériger une ſtatuë ſous la
figure de Minerve , &luy don
ner chacune un éloge particu,
Xiij
246 MERCURE
lier ; & le Monde entier y
eſtoit , en ce qu'on y voyoit
les 4. Parties qui le compoſent
, placées chacune dans
fon rang,&qui s'exprimoient quis
par des ſentiments& des mouvements
tous differents , qui
tous augmentoient également
la gloire du triomphe ; & le
Soleil luy même y paroffoit
dans tout fon éclat pour autorifer
& donner lieu aux élo
ges des fix Langues ou Na
tions connues de la Reine.
On trouvoit d'abord dans
cette Salle en ſe tournant unc
grande pyramide entre deux
GALANT. 247
arcades , toute compoſee de
pointes d'épées qui faisoit un
eeffffeett furprenant,, parla beauté
de ſa ſtructure & par fon
éclat , & au deffus eſtoit l'Ecu
de Parme au champ d'or , qui
brilloit encore d'avantage ,
ayant des pointes de bayonnettes
qui luy formoient com
me autant de rayons ; avec
ces deux vers François :
Elle brille au plus baut ,&les
traits de l'envie ,
Ne font icy que blanchir
l'orner.
5
1
Xinj
248 MERCURE
Ce qu'on devoit regarder ,
comme une difpofition pro
chaine à fon triomphe.
!
t
On voyoit enſuite dans le
milieu de cette grande falle ,
un grand Piedeſtal à fix côtez
avec une grande figure audeſſus
repreſentant la Reine
comme une Minerve richement
veſtuë & de la maniere
qu'on la dépeint , ayant une
demy pique à la main droite ,
&au bras gauche un bouclier,
ou Parma , aux armes de Parme
, au lieu de celuy de Me
duſe avec un voile ſur la tête
qui luy couvroit tout le viſaGALANT.
249
ge : au- deſſus de cette figure
eſtoit un ſoleil magnifique
dont les rayons eſtoient formez
de pointes d'épées & de
hallebardes ,d'une grandeur
extraordinaire repreſentant
le Roy , & le tout enſemble
formoit un ſujet qui donnoit
lieu à fix differentes infcriptions
pour autant de differens
rapports , que cette diſpoſition
priſe tout enſemble ,
ou par parties pouvoit avoir
avec la Reine , & qui s'expliquoit
par les fix differentes
langues qu'Elle ſçait.
Celle qui ſe preſentoit
250 MERCURE
d'abord en face eftort Latine
& eſtoit exprimée par ces
mots:
Electa ut fol , terribilis ut caftrorum
acies ordinata .
Ce qui s'explique affez par
luy même , cette figure eftant
environnée d'armes placées
dans un grand ordre tous un
foleil repreſentant le Roy.
Pour en faire enfuite plus
particulierement l'allufion
avecla Reine , la ſeconde infcription
qui estoit en François
faiſoit voir que le titre d'Electa
GALANT. 251
ut fot , luy convenoit parfai
tement Par Ces deux vers :
Comme luy nous l'avons choiſie,
Pour estre icy l'objet de nos refpects.
Er pour faire voir que lá
comparaifon qu'on en faifoit
avec la crainte qu'infpire l'é
clat des armes d'une Armée
rangée en bataille luy convenoit
pareillement , ſuivant
l'idée qu'on doit avoir d'une
jeune Princeſſe qui dés ſes plus
tendres années fait ſon plus
grand plaiſir de la chaffe &
31
252 MERCURE
d'ettre à cheval , faute d'avoir
d'autres occaſions de ſignaler
fon courage , & de marquer
ſon inclination pour les armes,
l'Eſpagnol l'expliquoit pas
cette inſcription :
No Nacio
En el tiempo
De las Amazonas
Porque
Afu coraçon Varonil
Le era devido
Reinar fobre los hombres.
Ytales.
La quatrième infcription ,
& qui estoit en idiome Par
GALANT. 253
mezan , ou Plaiſantin farfoit
voir que les Etats de Parme
eſtant fituez ſur le Pô , autrefois
l'Eridan , où Phaëton fut
precipité ,on pouvoit dire que
ce Fleuve rendoit au Soleil ?
une fille ſage & prudente au
lieu d'un fils préſomptueux ,
temeraire ; la Reine devenant
la petite fille du Roy repreſenté
par le ſoleil, ce qui estoit
exprimé par ces mots:
In cambi
D'unfiol temerer
Al Po
Ghe rend
Una Fiola prudenta.
,
254 MERCURE
:
La cinquieme failoin voir
en Italien , que de cette maniere
on pouvoit dire auffi ,
que le Soleil avoit produit ,
de même que Jupiter une
Minerve ſortie de ſa tête ,
attendu que l'on ſçait que
c'eſt le Roy luy même qui
aprés avoir parcouru dans
fon idée toutes les Cours de
l'Europe pour examiner &
peſer qu'elle pouvoit eſtre la
Princefle qui conviendroit le
mieux au Roy ſon petit fils
avoit chouſi la Princeſſe de
Parme ; ce qui ſe voit par ces
د
mots:
GALANT. 255
Ecoſi ſi vede
Una nueva Minerva
Uscita
Dal capo del fole.
Et la fixieme inſcription
faifoit voir que fi Elle n'eſt
pas veritablement la Déeffe
Minerve que les Payens ont
adorée ,Elle en poſlede ſi parfaitement
les grandes qualitez
& les rares talens , qu'Elle
eſt la veritable & la plus parfaite
reſſemblance , tel qu'estoit
autrefois le Palladium venu
du Ciel , que les Troyens
gardoient foigneuſementdans
en
256 MERCURE
leur Tample ,parce que leurs
deſtins en dépendoient, & que
tant qu'ils l'auroient ils devoient
eſtre victorieux de
leurs ennemis & leur Ville
,
devoit toujours eître imprenable
; ce qui faisoit dire à
l'Allemand qui ſouhaitoit
paffionnement de l'avoir , &
qui ſçaitcequ'il perd.
Glugfelig ist
Spanien
Van ſe ſich
Erhalen Ran
in Seinem
Palladium.
Cc
GALANT. 265
qu'autre illumination qu'on
auron pû luy faire dans cette
falle.
M. Arnoul avoit eû ſoin
de prier M. le Chevalier de
Rancé , premier Chef d'Eſcadre
des Galeres,&quiles commande
à Marseille , de faire
faireun détachement d'autant
de ſoldats qu'il en falloit, pour
border les deux hayes , entre
leſquelles elle auroit à paffer ,
depuis le grand pavillon de
Thorloge de l'Arcenal juſques
à l'entrée de la cour , que la
Reine avoit à traverſer pour
aller à la ſalle d'armes ,& dans
Novembre 1714.. Z
1
266 MERCURE
cette cour ſe trouverent les
Gardes de l'Erendart , ayant
à leur tête M le Chevalier de
Rouffet qui les commande.Sa
Majesté ſçachant que cette
Compagnie eſt toute compoſéede
Gentilshommes , la
pluſpart Chevaliers de Malte
&tous en bon ordre , Elle fit
arrêter ſa chaiſe pour les confiderer
, & M. le Chevalier de
Rouffet la falua de l'Eſponton,
de même que les Officiers
de la Compagnie , comme
avoient fait auparavant , ceux
qui commandoient les Détachemens
des Troupes desGaGALANT.
267
t
Jeres; & M. le Chevalier de
Rouſſet ettost prêt à faire faire
l'exercice à la Compagnie ,
lorſqu'elle le fit appeller pour
luy dire qu'il eſtoit trop tard.
Elle vint mettre enſuite
pied àterre pour monter a la
Salle d'Armes , au bas de l'efcalier
où estoient M. le Chevalier
de Rancé à la tête de
Meffieurs les Officiers Generaux
, les Capitaines , & autres
Officiers desGaleres , qui n'avoient
pas eſté detachez , &
M. Arnoul y estoit pareille-
* ment , de même queMadame
Arnoul habillée & coiffée de
Zij
168 MERCURE
la maniere qui convenoit en
pareille occafion , avec une
grande partie des Dames les
plus-qualifiées du corps desGaléres
, & de la Ville pour recevoir
Sa Majeſté , la ſuivre ,
&luy faire leur cour.ini
Lorſque la Reine entra dans
la Salle d'Armes& lorſqu'elle
en ſortit,on luy tira deux cent
boëtes de l'Arcenal , & pendant
tout le temps qu'elle y
fût, les trompettes & les violons
qui avoient eſté poſtez
dans des lieux où ils pouvoient
eſtre entendus ſans incommoder
ne cefferent point de
joüer
GALANT. 269
31 Quand Sa Majefté eut veu
laSalled'Armes Elle paffa dans
la Maiſon du Roy par une
porte quiy communique , &
fe trouva d'abord dans un
grand appartement compoſé
de cinq pieces , toutes preparées
pour Elle , dans la plus
grande deſquelles , il y avoit
un magnifique canapée ſous
undais , pour qu'Elle pût s'y
repofer en cas qu'Elle ſe trouva
fatiguée avant que d'entrer
dans une grande ſalle qui eſt
jointe à cet appartement où
eſtoit de plus un grandTheâ
tre ,& un Orqueſte , le tout
蓄
Z iij
270 MERCURE
preparé pour luy donner le
divertinfoment de trois differentes
Pieces , ſçavoir lePrologue
de Phaëton , le Medecin
malgré luy de M. deMoliere
, & la Chaffe d'Enée &
Didon de M. Campra , qui
eſtoit chargé en partie da.
l'execution de cette fête.
Elle entra d'abord dans
cette falle fans s'arreſter dans
l'appartement , & Elle y trouva
dans le milieu ſur un marchepied
couvert d'un grand
tapis de Perſe , un fauteüil de
damas cramoiſi garny de
galons d'or , ſous un dais de
GALANT. 271
-
femblable damas & garni de
même de galons d'or & de
grandes crepines. Ce fauteüil
eſtoit couvert d'une grande
toilette de velours cramoiſi ,
garni de mêmes franges & de
galons d'or.
Sa Majefté eſtoit menée
par M. le Marquis de Los
Balbazés chargé par le Roy
d'Elpagne de laconduire dans
tout le voyage ,& Elle estoit
accompagnée de Madame la
Princeffe de Piombino , de
Madame la Princeffe Pio , de
Madame la Comteſſe de Somaglio
,& des autres Dames
Zij
272 MERCURE
?
de ſa Cour.
Quand Sa Majesté voulut
s'affeoir , on découvrit le fauteüil&
la toilette fut miſe devant
Elle ſur le tapis , au bas
d'un grand carreau de velours
cramoiſi garni de galons d'or
qui devoit eſtre ſous fes pieds.
Elle avoit à ſa droite Madame
la Princeſſe de Piombino ,&
Madame la Princeſſe Pio à ſa
gauche fur des tabourets poſez
ſur le tapis du marchepied;
&derriere ſur de pareils tabourets
pofez auffi fur le tapis
Madame la Comteffe de So-..
maglio , & M. le Marquis, de
GALANT 273
:
Los Balbazés , tout le reſtede
la falle eſtoit garni de petits
placets où Elle voulut bien
permettre queles Damesfuffent
aſſiſes pour le ſpectacle :
ecs placets eſtoient derriere
fon dais avec quelques uns
par les côtez ; mais éloignez.
On avoit preparé proche de
cette falle la collation de la
Reine , croyantqu'Elle fe feroit
ſervir dans le temps du
ſpectacle ; mais Elle voulut
attendre qu'il fut fini..
Sa Majesté repaffa enfuite
dans l'appartement qui luy
avoit eſté preparé ; & Elles'ar274
MERCURE
reſta dans la chambre où eſtoit
le dais avec le grand canapée
ou Elle s'afſfit pour faire collation.
• Cette collation estoit com.
poſée de 28.grandes corbeilles
de patiflerie ,de confitures
Léches,de fruits cruds ſans mê.
lange & de ſecs ,le tout en
piramide ; elle fur apportéc
par les Commiſſaires desGaleres
, qui de main en main less
remettoient à M. Arnoul , de
qui les Officiersde la Reine les.
recevoient, pour les preſenter
à Sa Majesté , & toutes les
corbeilles pafferent ainſi deGALANT.
275
-
vant Elle , enfuite aux Dames
de ſa Cour ,& ſucceſſivement
aux autres Dames , aux Gentilhommes
de ſa ſuite , &aux
Officiers & autresGentilhommes
de la Ville , dont toute la
chambre estoit remplie , &
peu de temps aprés SaMajefté
ſe retira.
de
Elle devoit aller en fortant
l'Intendance , à la Maiſon
de Ville , pour y voir l'illumination
desGaleres qu'elle avoit
agrée pour ce même foir ,&
elle en auroit vû tout l'effet
de la maniere que M. de Rancé
avoit fait ranger les Gale276
MERCURE
:
res ; mais comme il étoit tard
Elle aima mieux retourner
chez elle , & quant au Salut -
Royal qu'on luy devoir , M.
deRancé le luy avoit fait faire
le jour precedent. :
Pendant le temps que Sa
Majesté a reſté à Marseille ,
M. le Marquis de Los Balbazés
, M. le Duc de Caſte ſon
fils , Mle Marquis de Grille ,
&les autres Seigneurs les plus
qualifiz de fa Cour firent
Phonneur à M. Arnoul de dîner
chez luy le premier jour ,
le jour ſuivant ils dînerent
chezM. leChevalierdeRancé,
GALANT. 277
& le trofiéme chez M. le
Bailly de la Pailletric , & en
general chacun a fait tout ce
qu'il a pû pour marquer fon
reſpect & fon attachement
pour la Reine , de même que
la corſi ieration qui estoin ûë
à ces Seigneurs,avec beaucoup
d'empreſſement pour tâ her
d'être de quelqu'agrement
de quelque utilité à toutes les
perſonnes de ſa Maiſon.
cet
M. Arnoul auroit pluroſt
envoyé cette deſcription , fi
quand il a voulu mettre par
écrit ce qui regarde la Salle
d'Armes , il ri'eut trouvé que
ouvrage avoit beſoin
d'une liaiſon un peu plusreguliere
en quelques endroits ;
ce qui l'a mis dans l'obligation
d'y faire quelques additions
qui luyont paru neceſſaires
, & auſquelles il en auroit
joint peut-eſtre encore d'autres
, fi on neluy. Fait que
la Reine vouloit avoir cette
Novembre 1714%. S
210 MERCURE
deſcription avant qu'Elle cut
quitté la Provence : au lieu
que cela paroiſſoit beaucoup
moins neceſſaire lorſque l'ouvrage
eſtoit répandu ſur toute
l'étenduë de quatre grandes
falles ougalleries, en plufieurs
pieces détachées ; mais il eſpere
que Sa Majesté aura la bonté
d'agréer ce travail en l'état
qu'il eſt , comme venant du
coeur plutoſt que de l'eſprit
par l'extrême envie qu'il avoit
deluy marquer ſeulement par-
'àfon zele & fon profond
refpecie fe fire auffi
qu'Elle voudra bien confiderer
, qu'il n'a eu que fix jours
د
GALANT 211
de temps pour le compoſer
& l'executer.
DESCRIPTION
de la Feste que M. Arnoul ,
Intendant des Galeres & du
Commerce àMarseille, donna
àla Reine d'Eſpagne leLundy
2.9. Octobre 1714 à l'occaſion
de la Salle d' Armes de l'Arcenal
des Galeres , que Sa Ma-
1 jefté voulut bien aller voir ,
& d'une eſpece de Triomphe
quiy avoit eſté preparé pour
Elle.
SAMAJESTE ayant
pris la réſolution de venir à
Sij
212 MERCURE
Marſeille le 21. d Octobre:
& M. Arnoul l'ayant ſçeu
le 23. jugea bien qu'Elle pourroit
voir la Salle d'Armes des
Galeres , comme eſtant ce
qu'il y a de plus curieux &
qui marque le mieux la puifſance
du Roy ; il ſe mitauffitoſt
en état de la préparer , de
maniere qu'elle pût plaire à la
Reine , & faire partie des
honneurs qu'on devoit luy
rendre. Il chercha là - deſſus
un ſujet qui pût ſervir à fon,
deflein , & s'agiſſant d'une
Salle d'Armes il crût qu'il devoit
le tirer desArmes mêmes,
GALANT. 213
:
Il trouva que le mot Latin
Parma , qui ſignifie Targue ,
Bouclier , ou Ecu , en François
,faiſoit une heureufe allu.
fion au nom de la Reine , il
le choifit & tira de- là occaſion
de faire à Sa Majesté une
eſpece de triomphe , en élevant
le Bouclier , ou Parma
au - deſſus de toutes les autres
armes , non - ſeulement par
les places diftinguées qu'on
pouvoit luy donner partout ,
mais de plus par beaucoup
d'allegories , qui pouvoient
avoir rapport à la Reine ;
c'eſt ce qu'il a eſté queſtion
214 MERCURE
de mettre en execution , &
c'eſt auſſi ce qui s'est fait par
Beaucoup d'Inſcriptions , de
Deviles , ou d'Emblemes répanduës
fur toute l'étenduë
de la premiere Salle , & de
celle qui vers le bout la traverſe
en forme de Croix.
Pour donner d'abord une
idée de fon deſſein , il y avoit
au deſſus de la principale porte
, par où la Reine devoit entrer
, & d'où l'on découvre
toute l'étenduë de la premiere
Salle , un trophée d'armes ,
dont l'Ecu des Armes de Parme
tenoit le defſfas , &le mis
GALANT . 21
licu , avec ces deux mots :
Parma triumphans..
Pour fuivre ce deffein il y
avoit fur toute l'étenduë de
ces deux faltes au plus haut du
plancher ſur le milieu de chaque
poutre , une targue ou
écu des armes de Parme , accompagné
d'une autre targue
de chaque coſté où ſont des
Solcils avec la deviſe du Roy
tels que font ordinairement
tou es les targues des Galeres.
Entre toutes ces targues ou
écus de diſtance en distance
216 MERCURE
on en avoit mis d'autres plus
ornez ayant de même les armes
de Parme , & qui estoient
pareillement attachezau plancher
dans le milieu des poutres
, faiſant autant de deviſes
ou d'emblêmes differentes,
& la premiere qui ſe prefentoit
aprés qu'on eſtoit entré
dans la ſalle exprimée par ce
vers.
Parmarum , Regina , tibi labor
iſte dicatur.
Ce qui faiſoit proprement
en peu de mots l'Epître Dédicatoire
GALANT . 217
こ
dicatoire de tout l'ouvrage.
A quelques diſtancesenfuite
eſtoitun autre écu ou Parma ,
avec les mêmes armes ayant
au-deſſus ce vers .
Arma triumphanti cedant bie
catera Parma
ال
Comme un commande
ment qu'on faiſoit d'abord
aux autres armes de céder au
Boucher ou Parma qui devoit
triompher à l'occation de la
Reine .
L'inſcription ſuivante établiſſfoit
la raiſon pour laquelle
Novembre 1714. T
218 MERCURE
lebouclier devoit en effet être
au-deſſus des autres armes ,
par cet autre verse по лоэ
Illa agitant furie , Parmam
prudentia ducit.
Enſuite comme le bouclier
n'eſt fait que pour parer fans
offenſer , on a pretendu que
pour attirer plus d'honneur
au bouclier , il falloit ôter
de celuy de Minerve qui eft
regardécomme le plus ancien
&le premier de tous , la tête
de Meduſe pour y mettre à la
place les armes de la Reine ,
GALANT. 219
comme devant eſtre beaucoup
plus agreables à cette
Déeffe , qui toute belliqueuſe
qu'elle eſt , ne devoit rien
avoir qui pût empêcher qu'on
s'approchad'Elle , par rapport
aux Sciences & aux Arts dont
Elle eſtoit auſſi la Déeſſe, ce
qui ſe trouve marqué par ce
vers.
Dura medusa fugat , grata es ,
tu Parma Minerva.
On faifoit voir auffitoft
aprés les avantages , & les
merveilleux effets dece chan-
Tij
220 MERCURE
gement , en ce qu'au lieu que
cette tête de Meduſe eſtoit
fi affreuſe qu'Elle changeoit
en pierre ceux qui la regardoient
,,ce nouvel écu qui eſt
proprement le ſceau de la
douceur& de la bonté de la
Reine , marquée par le celefte
azur de ſes Lys , devoit faire
tomber les armes des mains ,
& gagner les coeurs fans violence
, en adouciflant & en attendriſſant
ceux - même que
l'autre auroit pû rendre auſſi
durs que des rochers , ce, qui
étoit expliqué par cet autre
vers:
1
(
GALANT. 221
1
Altera quos fecit lapides , emol
liet ista.
Onfeint enſuite que de pareilles
diſpoſitions ont d'abord
engagél'Amour,qui n'a
voit jamais oſé rien pretendre
fut Minerve , à qui l'on verra
dans la ſuite que la Reine eſt
comparée , & qui eſt auſſi par
tout reprefentée par le bouelier
ou Parma , non- ſeulement
à s'en approcher , mais
que de plus il a joint à la Parma
tous ſes traits , comme autant
de charmes qu'il a don
Tiij
222 MERCURE
nez à la Reine , pour faire la
conqueſte d'un coeur qui luy
convint , au lieu du ſeul bouclier
dont Elle ſe ſervoit contre
luy même , le tout repreſenté
par un Ecu , ou Parma ,
orné des traits , & de toutes
les armes de l'Amour, en forme
de trophée , avec un cartouche
audeſſus qui porte ce
vers :
1.
Huic amor antefugax ,fua tela
21.adjungit arcum,
On feint encore enſuite que
l'Amour continuant de s'inteGALANT
. 2230
reffer pour le bouclier ou Par
ma , qui eſt toûjours icy le
ſymbole , auſſi bien,que lo
ſceau de la Reine, chaſſe luy
même d'auprés d'elle la Hiss
bou de Minerve , qui eſt, toujours
un oiſeau de mauvais augure
, en quelqu'endroit qu'il
foit ,& qui pourroit éloigners
celuy dont Elle doit faire la
conquête avec ſes nouvelles
armes ; & pour marquer en
core plus fon empreſſement
pour Elle , on luy fait derober
à ſa mere un des oiſeaux
qui luy ſont conſacrez , pour
l'aſſocier au bouclier , ce qui
G
ว
Tiiij
224 MERCURE
peut ſe rapporter à tous les
coeurs de quelque caractere
qu'ils ſe trouvent , attachez au
char de la mere d'amour ; le
ンtout repreſenté par le bouclier
ou Parma , ayant toujours
toutes les armes de l'Amour
, comme en trophée
avec un pigeon à coſté , & ce
vers au-deffus :
Subreptam &matri ,Volucrem,
21:00 bubone fugato.
C'eſt ainſi qu'on pretend
que la Reine d'Eſpagne ayant
joint les armes de l'amour , à
GALANT. 225
la bonne odeur de les Lys ,
qui dénote parfaitement , ce
que la Renommée avoit déja
publié de fes vertus ,& de les
grandes qualitez , a fait la conquête
d'un coeur , qui ſeul
eftoit digne de la poffeder ; le
tout reprefenté par une targue
, ou Parma , répandant
une odeur agréable , ornée&
&environnée , comme deflus,
de toutes les armes de Fa
mour , placée dans un grand
coeur , comme dans un Trône,
porté ſur le dos de deux lions,
& appuyé contre deux tours ,
avec la colombe , ou pigeon
2
3
226 MERCURE
donné par l'amourvolti
geant au-deffus , & portant
en ſon bec une couronne de
laurier ,avec ceversad
1..1 1
Sic & odore ſuo , fic Parma
triumphat amore.
1
i
:
11 1001
On prétend enſuite qu'A-2
pollon aprés avoir chantéluymême
juſqu'icy les loüanges
de la targue , ou Parma , va
dans ce qui fuit declarer fest
heureux deſtins , par les ora.)
cles qu'il va rendre , & qui
doivent faire la plus glorieuſe
partie de ſon Triomphe , ce
A
GALANT. 227
i
qu'exprime le vers ſuivant
écrit en groffes Lettres ſur un
cartouche attaché à une poutre
du plancher comme tout
ce qui a precedé , pour preparer
les ſpectateurs à cette
feconde partie du Triomphe.
Cantavit Parmam , jam vatici
netur Apollo.
Ce qui fuit eſt en effetune
Prophette , s'agiſſant en partic
de l'avenir , & un Oracle en
ce qu'ony peut trouver plufieurs
ſens differens , comme
il arrivoit toûjours à ceux qui
228 MERCURE
1
confultoient les Oracles , ce
qui fe voit par le vers fuivant
fur une targue , ou Ecu de
Parme.
Hacse conjungunt Florentia li
lia Parma.
Ce qui veut dire que des
Lys floriffans fe joignent enſemble
par le moyen de la
targue , ou Parma, ou qu'elle
va ſe joindre elle même aux
Eys , ou que par elle, les Lys ,
Parme& Florence ſe joignent
enſemble , ce qui est fondé
fur ce qu'on prétend que la
GALANT. 229
Maiſon de Parme , c'eſt à-dire
la Reine , doit probablement
heriter duDuché deFlorence.
Outre cet avantage qu'Apollon
promet par l'Oracle
precedent qui paroiſt deſigner
le mariage du Roy d'Elpagne,
& de la Reine ; l'Oracle qui
fuit en promet trois autres ,
par une eſpece d'Enigme repreſentée
par unbouclier myparti
des Armes de Parme &
de GrandGonfalonier de l'Eglife
, couvrant en partietrois
tiges de Lys , avec ce versaudeffus
.
230 MERCURE
His erit Umbra , novum Tutamen
, Incrementum.
Parce que l'Umbrella ſignifie
que la Reine aura tousjours
fous fon ombre le Prince des
Afturies & les deux Infants ;
que de plus le bouclier par
luy même eſtant le ſymbole
de la précaution &de la ſeureté
, marque le ſoin qu'Elle
prendra de leur conſervation ,
&qu'Elle donnera de plus au
Roy d'autres enfans dénotez
par les fix Lys de fon écu ,
joints aux trois de celuy du
Roy.
:
GALANT. 231
-1. Cequi fuit elt encore une
Prophetie , un Oracle , & une
Enigme toute enſemble,repreſentée
par l'écu de Parme
Pou Parma , accolé avec celuy
de France ,& ce versaudeffus
.
Radici quàm pulchra dabunt tua
lilia juncta .
1.
-Par'où l'on doit entendre ,
que les Lys de la Maiſon de
France eſtant les premiers qui
ayent jamais parû , on doit les
regarder comme l'origine, le
tronc ou la racine de tous les
1
232 MERCURE
autres ;&que les Lys de Parme
eſtant ainſi rejoints , &
comme entez ſur leur premiere
louche ,ou racine, ne peuvent
manquer de produire
les plus beaux rejettons du
monde.
Er enfin cette premiere falle
eſtoit terminée dans le bout
par une armure dorée& damaſquinée
repreſentant le
Roy Philippes V. ſur un Picdeſtal
, accompagné de ſes
Gardes , avec un Manteau
Royal de velours cramoiſi
doublé d'hermines ayant un
Bâton de commandement
dans
GALANT. 233
dans la main droite , & un
Bouclier auxArmes de Parme,
paſſé dans le bras gauche ,
avec ces mots Eſpagnols :
En braços del Rey valera
Varones.
Ce qui eſt encore unOraele
, en ce que cela ſe peur
entendre en deux manieres ,
lapremiere fur ce qu'un Roy
auſſibrave qu'eſt le Roy d'Elpagne
, fe peut battre contre
pluſieurs , en ſe ſervant du
bouclier pour parer ; & l'autre
fait affez voir que la Reine
Novembre 1714. V
234 MERCURE
en doit avoir des Princes diftinguez
par leur merite &
par leur valeur.
Il faut icy faire remarquer
qu'avant que d'aller juſqu'à
cette figure qui repreſentoit
le Roy d'Eſpagne , il falloit
traverſer la ſeconde Salle qui
ſe croiſe avec la premiere,&
que dans le milicu on y avoit
preparé un marchepied couvert
d'un tapis de Perſe , aved
un fautcüil de damas cramoifi
, garni de grands galons
d'or , pour que la Reine s'y
puſt aſſeoir , en cas qu'elle fuſt
fatiguée ; qu'au deſſus de co
GALANT 235
fauteüil étoit un Soleil quire- :
preſentoit le Roy d'Eſpagne ,
dont les rayons eſtoient figu
rez par des Armes blanches ,
& qu'entre ce Soleil & le fauteüal
, il y avoit une Couronne
d'or fufpendue par des fi
lets inviſibles avec cette legen-
1
Veni de Eridano
Dion Koni coronaberistą ob wait
อา โว ก and softe iup &
Comme ſi le Roy du haut
de ſa gloire l'eût invitée luymême
à venir ſorepoler dans 2
cofauteil pour y eſtre cour
Vij
236 MERCURE
ronnéc , & la reponſe de la
Reine au Roy étoit marquée
par une autre legende au bas
du marchepied qui contenoit
ces mots :
Etàte quid voluifuper terram.
Aprés cet Epiſode que l'attention
qu'on devoit avoir
pour la Reine , avoit donné
licu de placer en cet endroit ,
& qui eſtoit même neceſſaire
par rapport àl'ouvrage pour
ne pas ennuyer , ou fatiguer
Sa Majesté,&ceux qui avoient
l'honneur de la ſuivre , parun
GALANT. 237
trop grand nombre de penſées
de la même eſpece , &
tousjours fur un même ſujet ;
Elle paffa dans la premiereallée
du bras de la Salle qui traverſe
à droite , ou du haut de
l'arcade qui formoit l'entrée
de cette alléependoit cette legende
:
Parma Fata dabit ,jam facta
reclufit Apollo.
En effet , les deux allées
qui partagent ce bras , contenoient
tout ce que les deſtinées
promettoient de glorieux
:
238 MERCURE
& d'avantageux à la targue
ou Parma ; repreſentant la
Reine par pluſieurs autresprédictions
, dont la premiere
étoit :
77
Herculeas ultra tu, Parmaferere
columnassis داد
obreg
Pour marquer que fa renommée
doit aller plus loin
que les travaux d'Hercule en
paſſant au- delà des colomnes
qui les ont borteza: Nana
Et d'autant que l'Amerique
doit eſtre ſous la domination
de la Reine , un autre Bouclier
C
GALANT. 239
aux Armes de Parme ſuivoit,
avec ces mots:
Mundus te nofcet & alter.
On voyoit enſuite dans le
fonds de cette allée , fous un
Soleil , dont les rayons font
formez par des épées , un aur
tre Ecu aux Armes de Parme ,
qui estoit entre deux lions ,
dont l'un fuit tout épouvanté
; & l'autre s'en approche en
ſe baiſſant comme pour en
lêcher le bord ;avec ces deux
vers François au deffus
240 MERCURE
Le Lion de la Flandre en fur
épouvanté,
Le Lion de l'Espagne en doit
eftre enchanté.
Cequi faiſoir alluſion d'un
coſté aux exploits d'Alexan
dre Farneze en Flandre , & de
L'autre aux empreſſements des
Eſpagnols que laReine va gagner
par ſes charmes & par
fes grandes qualitez .
En paſſant dans l'autrepartie
du premier bras de cette
Salle qui forme une ſeconde
allée , on voyoit auffi contre
1 la
:
GALANT. 241
la muraille , fous un autre Soleil
, un autre Ecu aux Armes
deParme poſe ſur deuxTours
ou Chafteaux , avec ce vers
au deſſus.
Castrum pro Castro tibi reddit
Iberia , duplex.
:
Ce qui fait alluſion au Duché
de Castro ,que la Maiſon
de Parme a tousjours touhaité
paſſionnement de r'avoir ,
& aux deux Tours ou Châ
teaux qu'elle retrouve en devenant
Reine d'Eſpagne.
Enſuite la gloire de la Rei-
Novembre 1714. X
242 MERCURE
ne ſembloit patler au delà de
l'étendue du monde entier ,&
monter juſques dans lesCieux,
par les idées qu'ont fourny
l'Ambaſſadeur de Perſe , & le
Chaoux de la Porte , qui font
venusà Marseille précilement
dans le temps que Sa Majeſté
y eſt arrivée , & dont le dernier
doit inceſſamment s'en
retourner à Conftantinople.
Par rapport à celuy cy on
a joint au Bouclier de Parme,,
ou Parma , repreſentant la
Reine , le vers ſuivant :
Jamque volat , Luna, de te
repleat orbem.
qui
GALANT. 243
)
Ce qui fait alluſion au
Croiffant des Ottomans , par
lequel ils ont pretendu mar.
quer qu'ils ne le prenoient
pour armes & pour deviſe
qu'en attendant , qu'eſtant
maiſtres du monde entier leur
Lune fût plaine : &par le vers
cy deſſus on fait voir , qu'elle
valêtre en effet bientôt, mais
que ce ſera de la grande idée
que cet Empire aura de la Reine
, par le recit que ceChaoux
en doit faire à ſon retour.
Quant à ce qui regarde
1
l'Ambaſſadeur de Perſe , ſon
entrée à Marseille a donné
Xij
244 MERCURE
lieu à la Deviſe ſuivante qui
fait la derniere des predictions
d'Apollon ſur les deſtinées du
Bouclier , ou Ecu de Parme ,
&qui eft repreſentée par l'Aurore
, ou Soleil levant , dont
unrayon venant reflechir fur
les Armes de Parme , dont le
champ eſt dor , en reçoit un
nouvel éclat , comme l'Ambaffadeur
en faliant la Reine
lorſqu'il paſſa ſous ſes fenêtres
, ce qui eſt exprimé par le
vers ſuivant :
Ex te luce nova Radius ſplendefcit
Eous .
GALANT. 245
La Reine paſſa enſuite dans
l'autre bras de la gallerie qui
traverſe la premiere , & qui
fait une feule Salle tres-belle
& tres large , où les alluſions
& les myſteres fe decouvroient
, & où devoit s'accomplir
le triomphe de laTargue,
ou Parma , dans toute fa
pompe.
Pour cet effet toutes les
Nations dont la Reine entend
les Langues , s'eſtoient empreſlées
de s'y trouver pour
huy ériger une ſtatuë ſous la
figure de Minerve , &luy don
ner chacune un éloge particu,
Xiij
246 MERCURE
lier ; & le Monde entier y
eſtoit , en ce qu'on y voyoit
les 4. Parties qui le compoſent
, placées chacune dans
fon rang,&qui s'exprimoient quis
par des ſentiments& des mouvements
tous differents , qui
tous augmentoient également
la gloire du triomphe ; & le
Soleil luy même y paroffoit
dans tout fon éclat pour autorifer
& donner lieu aux élo
ges des fix Langues ou Na
tions connues de la Reine.
On trouvoit d'abord dans
cette Salle en ſe tournant unc
grande pyramide entre deux
GALANT. 247
arcades , toute compoſee de
pointes d'épées qui faisoit un
eeffffeett furprenant,, parla beauté
de ſa ſtructure & par fon
éclat , & au deffus eſtoit l'Ecu
de Parme au champ d'or , qui
brilloit encore d'avantage ,
ayant des pointes de bayonnettes
qui luy formoient com
me autant de rayons ; avec
ces deux vers François :
Elle brille au plus baut ,&les
traits de l'envie ,
Ne font icy que blanchir
l'orner.
5
1
Xinj
248 MERCURE
Ce qu'on devoit regarder ,
comme une difpofition pro
chaine à fon triomphe.
!
t
On voyoit enſuite dans le
milieu de cette grande falle ,
un grand Piedeſtal à fix côtez
avec une grande figure audeſſus
repreſentant la Reine
comme une Minerve richement
veſtuë & de la maniere
qu'on la dépeint , ayant une
demy pique à la main droite ,
&au bras gauche un bouclier,
ou Parma , aux armes de Parme
, au lieu de celuy de Me
duſe avec un voile ſur la tête
qui luy couvroit tout le viſaGALANT.
249
ge : au- deſſus de cette figure
eſtoit un ſoleil magnifique
dont les rayons eſtoient formez
de pointes d'épées & de
hallebardes ,d'une grandeur
extraordinaire repreſentant
le Roy , & le tout enſemble
formoit un ſujet qui donnoit
lieu à fix differentes infcriptions
pour autant de differens
rapports , que cette diſpoſition
priſe tout enſemble ,
ou par parties pouvoit avoir
avec la Reine , & qui s'expliquoit
par les fix differentes
langues qu'Elle ſçait.
Celle qui ſe preſentoit
250 MERCURE
d'abord en face eftort Latine
& eſtoit exprimée par ces
mots:
Electa ut fol , terribilis ut caftrorum
acies ordinata .
Ce qui s'explique affez par
luy même , cette figure eftant
environnée d'armes placées
dans un grand ordre tous un
foleil repreſentant le Roy.
Pour en faire enfuite plus
particulierement l'allufion
avecla Reine , la ſeconde infcription
qui estoit en François
faiſoit voir que le titre d'Electa
GALANT. 251
ut fot , luy convenoit parfai
tement Par Ces deux vers :
Comme luy nous l'avons choiſie,
Pour estre icy l'objet de nos refpects.
Er pour faire voir que lá
comparaifon qu'on en faifoit
avec la crainte qu'infpire l'é
clat des armes d'une Armée
rangée en bataille luy convenoit
pareillement , ſuivant
l'idée qu'on doit avoir d'une
jeune Princeſſe qui dés ſes plus
tendres années fait ſon plus
grand plaiſir de la chaffe &
31
252 MERCURE
d'ettre à cheval , faute d'avoir
d'autres occaſions de ſignaler
fon courage , & de marquer
ſon inclination pour les armes,
l'Eſpagnol l'expliquoit pas
cette inſcription :
No Nacio
En el tiempo
De las Amazonas
Porque
Afu coraçon Varonil
Le era devido
Reinar fobre los hombres.
Ytales.
La quatrième infcription ,
& qui estoit en idiome Par
GALANT. 253
mezan , ou Plaiſantin farfoit
voir que les Etats de Parme
eſtant fituez ſur le Pô , autrefois
l'Eridan , où Phaëton fut
precipité ,on pouvoit dire que
ce Fleuve rendoit au Soleil ?
une fille ſage & prudente au
lieu d'un fils préſomptueux ,
temeraire ; la Reine devenant
la petite fille du Roy repreſenté
par le ſoleil, ce qui estoit
exprimé par ces mots:
In cambi
D'unfiol temerer
Al Po
Ghe rend
Una Fiola prudenta.
,
254 MERCURE
:
La cinquieme failoin voir
en Italien , que de cette maniere
on pouvoit dire auffi ,
que le Soleil avoit produit ,
de même que Jupiter une
Minerve ſortie de ſa tête ,
attendu que l'on ſçait que
c'eſt le Roy luy même qui
aprés avoir parcouru dans
fon idée toutes les Cours de
l'Europe pour examiner &
peſer qu'elle pouvoit eſtre la
Princefle qui conviendroit le
mieux au Roy ſon petit fils
avoit chouſi la Princeſſe de
Parme ; ce qui ſe voit par ces
د
mots:
GALANT. 255
Ecoſi ſi vede
Una nueva Minerva
Uscita
Dal capo del fole.
Et la fixieme inſcription
faifoit voir que fi Elle n'eſt
pas veritablement la Déeffe
Minerve que les Payens ont
adorée ,Elle en poſlede ſi parfaitement
les grandes qualitez
& les rares talens , qu'Elle
eſt la veritable & la plus parfaite
reſſemblance , tel qu'estoit
autrefois le Palladium venu
du Ciel , que les Troyens
gardoient foigneuſementdans
en
256 MERCURE
leur Tample ,parce que leurs
deſtins en dépendoient, & que
tant qu'ils l'auroient ils devoient
eſtre victorieux de
leurs ennemis & leur Ville
,
devoit toujours eître imprenable
; ce qui faisoit dire à
l'Allemand qui ſouhaitoit
paffionnement de l'avoir , &
qui ſçaitcequ'il perd.
Glugfelig ist
Spanien
Van ſe ſich
Erhalen Ran
in Seinem
Palladium.
Cc
GALANT. 265
qu'autre illumination qu'on
auron pû luy faire dans cette
falle.
M. Arnoul avoit eû ſoin
de prier M. le Chevalier de
Rancé , premier Chef d'Eſcadre
des Galeres,&quiles commande
à Marseille , de faire
faireun détachement d'autant
de ſoldats qu'il en falloit, pour
border les deux hayes , entre
leſquelles elle auroit à paffer ,
depuis le grand pavillon de
Thorloge de l'Arcenal juſques
à l'entrée de la cour , que la
Reine avoit à traverſer pour
aller à la ſalle d'armes ,& dans
Novembre 1714.. Z
1
266 MERCURE
cette cour ſe trouverent les
Gardes de l'Erendart , ayant
à leur tête M le Chevalier de
Rouffet qui les commande.Sa
Majesté ſçachant que cette
Compagnie eſt toute compoſéede
Gentilshommes , la
pluſpart Chevaliers de Malte
&tous en bon ordre , Elle fit
arrêter ſa chaiſe pour les confiderer
, & M. le Chevalier de
Rouffet la falua de l'Eſponton,
de même que les Officiers
de la Compagnie , comme
avoient fait auparavant , ceux
qui commandoient les Détachemens
des Troupes desGaGALANT.
267
t
Jeres; & M. le Chevalier de
Rouſſet ettost prêt à faire faire
l'exercice à la Compagnie ,
lorſqu'elle le fit appeller pour
luy dire qu'il eſtoit trop tard.
Elle vint mettre enſuite
pied àterre pour monter a la
Salle d'Armes , au bas de l'efcalier
où estoient M. le Chevalier
de Rancé à la tête de
Meffieurs les Officiers Generaux
, les Capitaines , & autres
Officiers desGaleres , qui n'avoient
pas eſté detachez , &
M. Arnoul y estoit pareille-
* ment , de même queMadame
Arnoul habillée & coiffée de
Zij
168 MERCURE
la maniere qui convenoit en
pareille occafion , avec une
grande partie des Dames les
plus-qualifiées du corps desGaléres
, & de la Ville pour recevoir
Sa Majeſté , la ſuivre ,
&luy faire leur cour.ini
Lorſque la Reine entra dans
la Salle d'Armes& lorſqu'elle
en ſortit,on luy tira deux cent
boëtes de l'Arcenal , & pendant
tout le temps qu'elle y
fût, les trompettes & les violons
qui avoient eſté poſtez
dans des lieux où ils pouvoient
eſtre entendus ſans incommoder
ne cefferent point de
joüer
GALANT. 269
31 Quand Sa Majefté eut veu
laSalled'Armes Elle paffa dans
la Maiſon du Roy par une
porte quiy communique , &
fe trouva d'abord dans un
grand appartement compoſé
de cinq pieces , toutes preparées
pour Elle , dans la plus
grande deſquelles , il y avoit
un magnifique canapée ſous
undais , pour qu'Elle pût s'y
repofer en cas qu'Elle ſe trouva
fatiguée avant que d'entrer
dans une grande ſalle qui eſt
jointe à cet appartement où
eſtoit de plus un grandTheâ
tre ,& un Orqueſte , le tout
蓄
Z iij
270 MERCURE
preparé pour luy donner le
divertinfoment de trois differentes
Pieces , ſçavoir lePrologue
de Phaëton , le Medecin
malgré luy de M. deMoliere
, & la Chaffe d'Enée &
Didon de M. Campra , qui
eſtoit chargé en partie da.
l'execution de cette fête.
Elle entra d'abord dans
cette falle fans s'arreſter dans
l'appartement , & Elle y trouva
dans le milieu ſur un marchepied
couvert d'un grand
tapis de Perſe , un fauteüil de
damas cramoiſi garny de
galons d'or , ſous un dais de
GALANT. 271
-
femblable damas & garni de
même de galons d'or & de
grandes crepines. Ce fauteüil
eſtoit couvert d'une grande
toilette de velours cramoiſi ,
garni de mêmes franges & de
galons d'or.
Sa Majefté eſtoit menée
par M. le Marquis de Los
Balbazés chargé par le Roy
d'Elpagne de laconduire dans
tout le voyage ,& Elle estoit
accompagnée de Madame la
Princeffe de Piombino , de
Madame la Princeffe Pio , de
Madame la Comteſſe de Somaglio
,& des autres Dames
Zij
272 MERCURE
?
de ſa Cour.
Quand Sa Majesté voulut
s'affeoir , on découvrit le fauteüil&
la toilette fut miſe devant
Elle ſur le tapis , au bas
d'un grand carreau de velours
cramoiſi garni de galons d'or
qui devoit eſtre ſous fes pieds.
Elle avoit à ſa droite Madame
la Princeſſe de Piombino ,&
Madame la Princeſſe Pio à ſa
gauche fur des tabourets poſez
ſur le tapis du marchepied;
&derriere ſur de pareils tabourets
pofez auffi fur le tapis
Madame la Comteffe de So-..
maglio , & M. le Marquis, de
GALANT 273
:
Los Balbazés , tout le reſtede
la falle eſtoit garni de petits
placets où Elle voulut bien
permettre queles Damesfuffent
aſſiſes pour le ſpectacle :
ecs placets eſtoient derriere
fon dais avec quelques uns
par les côtez ; mais éloignez.
On avoit preparé proche de
cette falle la collation de la
Reine , croyantqu'Elle fe feroit
ſervir dans le temps du
ſpectacle ; mais Elle voulut
attendre qu'il fut fini..
Sa Majesté repaffa enfuite
dans l'appartement qui luy
avoit eſté preparé ; & Elles'ar274
MERCURE
reſta dans la chambre où eſtoit
le dais avec le grand canapée
ou Elle s'afſfit pour faire collation.
• Cette collation estoit com.
poſée de 28.grandes corbeilles
de patiflerie ,de confitures
Léches,de fruits cruds ſans mê.
lange & de ſecs ,le tout en
piramide ; elle fur apportéc
par les Commiſſaires desGaleres
, qui de main en main less
remettoient à M. Arnoul , de
qui les Officiersde la Reine les.
recevoient, pour les preſenter
à Sa Majesté , & toutes les
corbeilles pafferent ainſi deGALANT.
275
-
vant Elle , enfuite aux Dames
de ſa Cour ,& ſucceſſivement
aux autres Dames , aux Gentilhommes
de ſa ſuite , &aux
Officiers & autresGentilhommes
de la Ville , dont toute la
chambre estoit remplie , &
peu de temps aprés SaMajefté
ſe retira.
de
Elle devoit aller en fortant
l'Intendance , à la Maiſon
de Ville , pour y voir l'illumination
desGaleres qu'elle avoit
agrée pour ce même foir ,&
elle en auroit vû tout l'effet
de la maniere que M. de Rancé
avoit fait ranger les Gale276
MERCURE
:
res ; mais comme il étoit tard
Elle aima mieux retourner
chez elle , & quant au Salut -
Royal qu'on luy devoir , M.
deRancé le luy avoit fait faire
le jour precedent. :
Pendant le temps que Sa
Majesté a reſté à Marseille ,
M. le Marquis de Los Balbazés
, M. le Duc de Caſte ſon
fils , Mle Marquis de Grille ,
&les autres Seigneurs les plus
qualifiz de fa Cour firent
Phonneur à M. Arnoul de dîner
chez luy le premier jour ,
le jour ſuivant ils dînerent
chezM. leChevalierdeRancé,
GALANT. 277
& le trofiéme chez M. le
Bailly de la Pailletric , & en
general chacun a fait tout ce
qu'il a pû pour marquer fon
reſpect & fon attachement
pour la Reine , de même que
la corſi ieration qui estoin ûë
à ces Seigneurs,avec beaucoup
d'empreſſement pour tâ her
d'être de quelqu'agrement
de quelque utilité à toutes les
perſonnes de ſa Maiſon.
Fermer
Résumé : AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
Le 29 octobre 1714, M. Arnoul, Intendant des Galères et du Commerce à Marseille, organisa une fête en l'honneur de la Reine d'Espagne lors de sa visite à la Salle d'Armes de l'Arsenal des Galères. Informé de cette visite le 21 octobre, M. Arnoul choisit le mot latin 'Parma' pour la décoration, en référence au nom de la Reine de Parme. La Salle d'Armes fut ornée de trophées d'armes, d'écus et d'inscriptions latines célébrant la Reine. Un trophée d'armes avec l'écu des armes de Parme était placé au-dessus de la porte principale, accompagné de l'inscription 'Parma triumphans'. Divers écus des armes de Parme étaient dispersés dans la salle, accompagnés de devises et d'emblèmes. Une inscription latine soulignait que le bouclier de la Reine devait triompher sur les autres armes. La tête de Méduse sur le bouclier de Minerve fut remplacée par les armes de la Reine, symbolisant sa douceur et sa bonté. Des représentations symboliques et allégoriques liées à la Reine d'Espagne et à la Maison de Parme furent également présentées. L'Amour, représenté par Cupidon, utilisait divers symboles pour conquérir le cœur de la Reine. Il remplaça le bouclier de Minerve par ses propres armes, symbolisant la victoire de l'amour sur la raison. L'Amour chassa le hibou de Minerve et vola un oiseau sacré à sa mère Vénus pour l'associer à son bouclier, symbolisant la conquête des cœurs. Ces éléments étaient représentés par un bouclier avec un pigeon et un vers latin. La Reine d'Espagne, en combinant les armes de l'amour avec la pureté des lys, conquit un cœur digne d'elle. Cette scène était illustrée par une targe de Parme, répandant une odeur agréable et ornée des armes de l'Amour, placée dans un grand cœur porté par deux lions et appuyée contre deux tours, avec une colombe tenant une couronne de laurier. Apollon annonça des destins heureux par des oracles, prédisant l'union des lys florissants par la targe de Parme, symbolisant l'héritage probable du Duché de Florence par la Maison de Parme. Un second oracle promit que la Reine aurait sous son ombre le Prince des Asturies et les deux Infants, et qu'elle donnerait au Roi d'autres enfants. Un troisième oracle prédit que les lys de Parme, joints à ceux de France, produiraient. Lors de sa visite à Marseille, la Reine d'Espagne fut accueillie dans la Salle d'Armes par plusieurs dignitaires, dont M. le Chevalier de Rancé et M.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
8
p. 277-278
« On vient d'apprendre dans la Relation precedente l'arrivée [...] »
Début :
On vient d'apprendre dans la Relation precedente l'arrivée [...]
Mots clefs :
Ambassadeur de Perse, Marseille, Sérail de Constantinople
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On vient d'apprendre dans la Relation precedente l'arrivée [...] »
On vient d'apprendre dans
la Relation precedente l'arrivée
d'un Chaoux du Grand-
Seigneur , & d'un Ambaffadeur
de Perſe à Marseille,dont
ou
278 MERCURE
l'un eft retourné à la Porte ,&
l'autre eſt ſur le point de ſe
rendre icy ; en attendant fa
perfonne ,&des nouvelles de
fon pays , jevais vous donner,
Meſſicurs , la plus fraiche &
la meilleuredeſcription qu'on
ait jamais receu du Serrail de
Conſtantinople.
la Relation precedente l'arrivée
d'un Chaoux du Grand-
Seigneur , & d'un Ambaffadeur
de Perſe à Marseille,dont
ou
278 MERCURE
l'un eft retourné à la Porte ,&
l'autre eſt ſur le point de ſe
rendre icy ; en attendant fa
perfonne ,&des nouvelles de
fon pays , jevais vous donner,
Meſſicurs , la plus fraiche &
la meilleuredeſcription qu'on
ait jamais receu du Serrail de
Conſtantinople.
Fermer
9
p. 72-75
De Marseille.
Début :
Une lettre de Marseille nous apprend, qu'aprés que [...]
Mots clefs :
Marseille, Grand vizir, Ambassadeur de France, Ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Marseille.
De Alarjeille.
Une lettre de Marseille
nous apprend, qu'après que
le Grand Visir eut reproché
au Bayle de Venise,
fous differens pretextesque
la République avoir contrevenu
à la bonne foy,il
le renvoya. Il fut sifflé&
insulté par le peuple de
Conltantinople, ôc mis enfuite
aux arrêts: mais le Secreraire
de l'ambassade, le
frere du Bayle, & un aucre
NobleappelleRiva,se sont
sauvez.,
sauvez, fous la protection
de l'Ambassadeur de France
; que les Turcs étoient
entrez dans la Morée: ce
qui cause une grande confternation
à Venile, & on
travaille avec toute ladiligence
possible à envoyée
des secours en Levant ôc
en Dalmatie. Les dernieres
lettres de Venise portent
qu'on y étoit fore inquiet
d'apprendre des nouvelles
du Chevalier Emo, Ambassadeur
de la République
à Constantinople. il y a des
avis qui portent qu'ila écc
mis dans les sept Tours, &:
d'autres qu'il s'est embarqué.
Les lettres de Napolie
de Romanie ne confîrment
pas que les Turcs ayent fait
une irruprion en Morée,
comme le bruit en a couru:
mais bien que le Seraskier
de Negrepont savançoic
vers risthme de Corinche
y
pour y entrer avec le corps
destroupes qu'il avoit af
semblées à Thebes,;que la
flote. Othomane s'ailembloit
à Castel-Rosle, ou. il
y avoic déjà 31. sultanes, II¡
galeasses & 8. brûlots
, &
qu'on y attendoit 10. navires
de Barbarie avec les galeres.
On doit faire parrir à
la Unde ce mois le grand
convoy qu'on prepare pour
le Levant, avec des troupes
,des vivre) de l'argent,
Ôc même desgeriieurs
que la Republique a pris à
sa solde. Onse flatoit encore
que le grand armement
des Turcsn'étoitdés
tinéni contre la lie'publique
, ni contre Malthe,
mais contre le Czar, qui
leuramanqué de parole.
Une lettre de Marseille
nous apprend, qu'après que
le Grand Visir eut reproché
au Bayle de Venise,
fous differens pretextesque
la République avoir contrevenu
à la bonne foy,il
le renvoya. Il fut sifflé&
insulté par le peuple de
Conltantinople, ôc mis enfuite
aux arrêts: mais le Secreraire
de l'ambassade, le
frere du Bayle, & un aucre
NobleappelleRiva,se sont
sauvez.,
sauvez, fous la protection
de l'Ambassadeur de France
; que les Turcs étoient
entrez dans la Morée: ce
qui cause une grande confternation
à Venile, & on
travaille avec toute ladiligence
possible à envoyée
des secours en Levant ôc
en Dalmatie. Les dernieres
lettres de Venise portent
qu'on y étoit fore inquiet
d'apprendre des nouvelles
du Chevalier Emo, Ambassadeur
de la République
à Constantinople. il y a des
avis qui portent qu'ila écc
mis dans les sept Tours, &:
d'autres qu'il s'est embarqué.
Les lettres de Napolie
de Romanie ne confîrment
pas que les Turcs ayent fait
une irruprion en Morée,
comme le bruit en a couru:
mais bien que le Seraskier
de Negrepont savançoic
vers risthme de Corinche
y
pour y entrer avec le corps
destroupes qu'il avoit af
semblées à Thebes,;que la
flote. Othomane s'ailembloit
à Castel-Rosle, ou. il
y avoic déjà 31. sultanes, II¡
galeasses & 8. brûlots
, &
qu'on y attendoit 10. navires
de Barbarie avec les galeres.
On doit faire parrir à
la Unde ce mois le grand
convoy qu'on prepare pour
le Levant, avec des troupes
,des vivre) de l'argent,
Ôc même desgeriieurs
que la Republique a pris à
sa solde. Onse flatoit encore
que le grand armement
des Turcsn'étoitdés
tinéni contre la lie'publique
, ni contre Malthe,
mais contre le Czar, qui
leuramanqué de parole.
Fermer
Résumé : De Marseille.
Le texte décrit des tensions diplomatiques et militaires entre la République de Venise et l'Empire ottoman. Le Grand Visir a accusé le bailli de Venise de mauvaise foi et l'a renvoyé. Ce dernier a été insulté par la population de Constantinople et placé aux arrêts, tandis que son frère et un noble, Riva, ont cherché refuge auprès de l'ambassadeur de France. Les Turcs ont envahi la Morée, suscitant une grande inquiétude à Venise, qui prépare des secours pour le Levant et la Dalmatie. L'ambassadeur vénitien à Constantinople, le Chevalier Emo, est porté disparu, peut-être emprisonné ou en fuite. Les rapports de Naples et de Roumanie ne confirment pas l'invasion de la Morée mais signalent des mouvements de troupes turques vers l'isthme de Corinthe. La flotte ottomane se rassemble à Castel-Rosso en attendant des renforts. Venise prépare un grand convoi pour le Levant, comprenant troupes, vivres, argent et mercenaires. Des rumeurs évoquent une possible attaque turque contre le tsar, accusé de trahison.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 182-191
INSTRUCTION pour le Sieur Paderi que j'ay chargé du soin de conduire en France l'Ambassadeur que le Sephi de Perse envoye au Roy.
Début :
Il s'embarquera à Constantinople sur la Barque appellée la [...]
Mots clefs :
Étienne Padery, Ambassadeur, Marseille, Lettres, Caravane, Alexandrette, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INSTRUCTION pour le Sieur Paderi que j'ay chargé du soin de conduire en France l'Ambassadeur que le Sephi de Perse envoye au Roy.
INSTRUCTION
pour le Sieur Paderi que j'ay
chargé duſoin de conduire en
France l'Ambaßadeur que le
Sephi de Perſe envoye auRoy.
Il s'embarquera à Conſtantinople
ſur la Barque appellée
la Vierge de Grace commandée
par le Capitaine Eſtienne
Decuges. A
Lors qu'il ſera arrivéà Payas
proche d'Alexandrette , il en
verra ou ira luy même trouHISTORIQUE.
183
:
ver le Vice-Conful d'Alexandrette
auquel il rendra la Lettre
que je luy écris , & ils confereront
enſemble ſur les
moyens les plus convenables
pour embarquer ledit Ambaſfadeur
avec ſa ſuite , & le
pourvoir de rafraichiſſemens
pour ſon voyage.
Le Sieur Paderi fera toute
la diligence poſſible pour ſe
rendre à Alexandrette avant
la Caravanne qui eſt partie de
Conſtantinople le 7. de ce
mois, & qui doit arriver à
Alexandrette 25, ou 26. jours
aprés fon départ.
A
184 JOURNAL
Ledit Paderi , ledit Vice
Conful ,&le Capitaine gar
deront un ſecretprofond pour
ôter aux Turcs de la Caravanne
, & àceux du lieu de l'embarquement
, la connoiſſance
de ce que l'Ambaſſadeur ſera
devenu , puiſqu'il ne faut pas
douter qu'on ne faſſe de grandes
perquiſitions quand on
s'appercevra qu'il s'eſt évadé ,
ainſi il faudra mettre à la voi
le auffitôt qu'il ſera embarqué.
Lorſque la Caravanne fera
arrivée au rendez-vous general
des Pelerins qui eſt aux environs
d'Alexandrette , l'Ambaſſadeur
7
HISTORIQUE. 185
baſſadeur ne manquera pas de
donner de ſes nouvelles au S
Paderi & fi c'eſt à Alexan
drette ou à Seyde qu'il pourra
s'embarquer ; mais en quelque
endroit que ce ſoit,il faut que
leBaſument mette à la voile ,
auffitôt que l'Ambaſſadeur
fera dédans .
Le Sieur Paderi envoira
auffi vers la Caravanne l'homme
que j'ay deſtiné pour la
fuivre , qui doit arriver quelques
jours avant elleàAlexandrette
, afin qu'il prenne de
juſtes mefures avec l'Ambaf.
fadeur , foit pour s'embarquer
Février 171.5.
1861 JOURNALH
à Payas , ou vers Damas , ou
Barut Si c'eſt en ce dernier
licu , il prendra de concert les
précautions neceffaires avec le
Sieur Poulard , Conſul de
• Seyde , auquel il remettra la
Lettre que je luy écris pour ce
ſujet , enſuite de quoy il fera
route pour Marſeille fans toucher
en aucun Port Turc , à
moins qu'une neceſſité indif
penſable n'y obligeât le Bâtiment.
Le Sieur Padery ſe remettra
fans ceffe devant les yeux que
la diligence , & le ſecret font
les principales choſes qu'ilfaut
HISTORIQUE. 187
obſerver pour parvenir au but
quel'on ſe propoſe.
Les Lettres de créance de
l'Ambaſſadeur , de même que
les Preſents du Sephi pour Sa
Majesté , ayant eſté envoyez
à M. Arnoul , Intendant des
Galeres , & du Commerce ,
par le Sieur de Fontenu,Con
ful à Smyrne , il ya apparence
que M Arnoul ſera chargé
des ordres de Sa Majefté au
fujer de cet Ambaffadeur ;
ainſi le premier ſoin du Sieur
Padery , quand il ſera arrivé à
Marseille,doit eſtre de donner
part de ſon arrivée à mondít
A
Qij
288 JOURNAUH
(
Sieur Arnoul , afin de fuivre
les ordres qu'il luy preferira
pour conduire l'Ambaſſadeur
àla Cour , où ledit Sieur Padery
remettra les Lettres dont
il eſt chargé pour les Miniſtres
de Sa Majefté.
Enfin fi l'Ambaſſadeur ne
pouvoit s'embarquer ny à
Payas , ny à Damas , le Sicur
Paderyprendrades Lettres des
Confuls d'Alexandrette & de
Seyde ,par leſquelles ils rendront
compte de l'impoffibilité
qu'il y aura eu de réülfir à
embarquer cet Ambaſſadeur ;
Iedit Sieur Padery ſo rendra
HISTORIQUE. 189
avec la Barque , & les fix ou
fept Domeſtiques de l'Ambaſfadeur
à Marseille , où il informera
M. Arnoul de co
qu'on aura fait ,&le priera de
faire payer la fomme detsoo.
écus au Capitaine Decuges, de
laquelle je ſuis convenu avec
luy pour le fret de fon Bâtiment.
225 Le Sieur Padery pourvoira
dans la route , autant qu'il luy
ſera poſſible , à faire avoir de
petits rafraîchiſiemens à l'Am .
bafladeur. +
Dans toutes les Echelles où
le Sicur Padery touchera , files
190 JOURNAL
Marchands François , ou autres
, luy demandent ce qu'il
va faire à Alexandrette, il faut
que luy,&le Capitaine diſent
qu'ils y vont pour faire un
chargement pour le compte
d'un Marchand de Conſtantinople
,&le porter à Marseille,
&quand il partira d'Alexandrette
, ils diront que n'ayant
pû faire ce chargement , ils
vont ailleurs pour tâcher de le
faire.
Il faut que le Baftiment
touche à Chipres pour y remettre
les Lettres qu'on adreſſo
au Confulde cette Iſle.
HISTORIQUE.
Le Sieur Paderi me donne
rade ſes nouvelles de toutes
les Echelles , & des autres
lieux où il paſſera s'il le peut
faire...
Fait au Palais de France à
Pera lez Conſtantinople le 10.
Aouſt 1714. Signé DESALLEURS
.
PIERRE DESALLEURS , &c .
pour le Sieur Paderi que j'ay
chargé duſoin de conduire en
France l'Ambaßadeur que le
Sephi de Perſe envoye auRoy.
Il s'embarquera à Conſtantinople
ſur la Barque appellée
la Vierge de Grace commandée
par le Capitaine Eſtienne
Decuges. A
Lors qu'il ſera arrivéà Payas
proche d'Alexandrette , il en
verra ou ira luy même trouHISTORIQUE.
183
:
ver le Vice-Conful d'Alexandrette
auquel il rendra la Lettre
que je luy écris , & ils confereront
enſemble ſur les
moyens les plus convenables
pour embarquer ledit Ambaſfadeur
avec ſa ſuite , & le
pourvoir de rafraichiſſemens
pour ſon voyage.
Le Sieur Paderi fera toute
la diligence poſſible pour ſe
rendre à Alexandrette avant
la Caravanne qui eſt partie de
Conſtantinople le 7. de ce
mois, & qui doit arriver à
Alexandrette 25, ou 26. jours
aprés fon départ.
A
184 JOURNAL
Ledit Paderi , ledit Vice
Conful ,&le Capitaine gar
deront un ſecretprofond pour
ôter aux Turcs de la Caravanne
, & àceux du lieu de l'embarquement
, la connoiſſance
de ce que l'Ambaſſadeur ſera
devenu , puiſqu'il ne faut pas
douter qu'on ne faſſe de grandes
perquiſitions quand on
s'appercevra qu'il s'eſt évadé ,
ainſi il faudra mettre à la voi
le auffitôt qu'il ſera embarqué.
Lorſque la Caravanne fera
arrivée au rendez-vous general
des Pelerins qui eſt aux environs
d'Alexandrette , l'Ambaſſadeur
7
HISTORIQUE. 185
baſſadeur ne manquera pas de
donner de ſes nouvelles au S
Paderi & fi c'eſt à Alexan
drette ou à Seyde qu'il pourra
s'embarquer ; mais en quelque
endroit que ce ſoit,il faut que
leBaſument mette à la voile ,
auffitôt que l'Ambaſſadeur
fera dédans .
Le Sieur Paderi envoira
auffi vers la Caravanne l'homme
que j'ay deſtiné pour la
fuivre , qui doit arriver quelques
jours avant elleàAlexandrette
, afin qu'il prenne de
juſtes mefures avec l'Ambaf.
fadeur , foit pour s'embarquer
Février 171.5.
1861 JOURNALH
à Payas , ou vers Damas , ou
Barut Si c'eſt en ce dernier
licu , il prendra de concert les
précautions neceffaires avec le
Sieur Poulard , Conſul de
• Seyde , auquel il remettra la
Lettre que je luy écris pour ce
ſujet , enſuite de quoy il fera
route pour Marſeille fans toucher
en aucun Port Turc , à
moins qu'une neceſſité indif
penſable n'y obligeât le Bâtiment.
Le Sieur Padery ſe remettra
fans ceffe devant les yeux que
la diligence , & le ſecret font
les principales choſes qu'ilfaut
HISTORIQUE. 187
obſerver pour parvenir au but
quel'on ſe propoſe.
Les Lettres de créance de
l'Ambaſſadeur , de même que
les Preſents du Sephi pour Sa
Majesté , ayant eſté envoyez
à M. Arnoul , Intendant des
Galeres , & du Commerce ,
par le Sieur de Fontenu,Con
ful à Smyrne , il ya apparence
que M Arnoul ſera chargé
des ordres de Sa Majefté au
fujer de cet Ambaffadeur ;
ainſi le premier ſoin du Sieur
Padery , quand il ſera arrivé à
Marseille,doit eſtre de donner
part de ſon arrivée à mondít
A
Qij
288 JOURNAUH
(
Sieur Arnoul , afin de fuivre
les ordres qu'il luy preferira
pour conduire l'Ambaſſadeur
àla Cour , où ledit Sieur Padery
remettra les Lettres dont
il eſt chargé pour les Miniſtres
de Sa Majefté.
Enfin fi l'Ambaſſadeur ne
pouvoit s'embarquer ny à
Payas , ny à Damas , le Sicur
Paderyprendrades Lettres des
Confuls d'Alexandrette & de
Seyde ,par leſquelles ils rendront
compte de l'impoffibilité
qu'il y aura eu de réülfir à
embarquer cet Ambaſſadeur ;
Iedit Sieur Padery ſo rendra
HISTORIQUE. 189
avec la Barque , & les fix ou
fept Domeſtiques de l'Ambaſfadeur
à Marseille , où il informera
M. Arnoul de co
qu'on aura fait ,&le priera de
faire payer la fomme detsoo.
écus au Capitaine Decuges, de
laquelle je ſuis convenu avec
luy pour le fret de fon Bâtiment.
225 Le Sieur Padery pourvoira
dans la route , autant qu'il luy
ſera poſſible , à faire avoir de
petits rafraîchiſiemens à l'Am .
bafladeur. +
Dans toutes les Echelles où
le Sicur Padery touchera , files
190 JOURNAL
Marchands François , ou autres
, luy demandent ce qu'il
va faire à Alexandrette, il faut
que luy,&le Capitaine diſent
qu'ils y vont pour faire un
chargement pour le compte
d'un Marchand de Conſtantinople
,&le porter à Marseille,
&quand il partira d'Alexandrette
, ils diront que n'ayant
pû faire ce chargement , ils
vont ailleurs pour tâcher de le
faire.
Il faut que le Baftiment
touche à Chipres pour y remettre
les Lettres qu'on adreſſo
au Confulde cette Iſle.
HISTORIQUE.
Le Sieur Paderi me donne
rade ſes nouvelles de toutes
les Echelles , & des autres
lieux où il paſſera s'il le peut
faire...
Fait au Palais de France à
Pera lez Conſtantinople le 10.
Aouſt 1714. Signé DESALLEURS
.
PIERRE DESALLEURS , &c .
Fermer
11
p. 241-279
« J'ay crû que la lecture de ces Lettres pouvoit contribuer [...] »
Début :
J'ay crû que la lecture de ces Lettres pouvoit contribuer [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Cheval, Roi, Chevaux, Maréchal de Matignon, Baron de Breteuil, Carrosse, Cour, Gardes, Duchesse, Princesse, Secrétaire, Lettres, Sa Majesté, Marseille, Roi de Perse, Seigneur, Honneurs, Empereur, Cérémonie, Trompettes, Dames, Valence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay crû que la lecture de ces Lettres pouvoit contribuer [...] »
Jay crû que la lecture de
ces Lettres pouvoit contribuer
à détruire une infinité
de mauvais difcours qu'on a
debité dans le monde , & certe
conſideration m'a determiné
à les donner telles à peu
prés que je les ay receuës.
J'aurois eſté quitte de ce ſoin
& j'aurois ſuivi ce Journal
ſimplement en Hiſtorien , ſi je
n'avois pas regardé ces Originaux
comme un für moyende
remettre du moins dans les efprits
prévenus , le ſens com.
Février 1715 . X
242 JOURNALH
mun qui doiry eftre. Je ſeray
contentde l'uſage que j'ay fait
de ces Lettres , fuellesfont le
ſuccés que j'en eſpere : en at
tendant je procederay, comme
je l'ay entrepris, à la conclu
fion de cette Hiftoire.
Quelques jours aprés que
l'Ambaſſadeur dePerſe fut en
trédans Marſeille ,M. Arnoul
Intendant des Galeres du
Roy ,& dont toute la Fran
ce connoît le merite , & Madame
l'Intendante fon Epouſe
accompagnez de toutes les
perſonnes de diftinction de la
Ville, furent le vifiter dans la
HISTORIQUE. 243
maiſon de M. deCartigny, Inf
pecteur General des Galeres ,
chez quiil a logé pendant ſon
féjour à Marseille. Il les re
ceut avec tant de politeſſe &
d'eſprit , que tout le monde
fut charmé de ſes difcours ,&
de ſes manieres , quoyque
fort differentes des noſtres.
Mais le François a commu
nément cela de particulier ,que
ce qui n'eſtpas àſa mode ,luy
paroît tout à fait extraordi
naire,&ce qu'il trouve extraor
dinaire luy paroiſt ridicule.
Curicux aujourd'huy à l'excés,
de ce qui le dégoûtera par-
Xij
244 JOURNAL
faitement demain , il croit
que la bigearrerie de ſon goût,
ſuffit pour autoriſer les caprices
de fon inconſtance. Tel
eſt le fort de toutes les nouveautez
en France , on ſe détrompe
cependant à la fin;
mais on n'y meriteles ſuffrages,
du Public , qu'aprés avoir
encouru toutes les diſgraces
de la cenfure.
Ce que je viens de dire a fon
application , mais il eſt inutile
d'en faire ici un détail que tout
lo monde ſçait ; & d'autres
Coins m'occupent upyo )
M. Intendant aprés avoir
4
HISTORIQUE . 243
1
1
A
donné tous les ordres qu'il
crût néceſſaires pour la commodité
de l'Ambaſſadeur de
Perfe ,& pour la ſeureté de
ſes Preſents , qu'il avoit confiez
à la garde du ſieur desMarais
Exempt de la Prevôté des
Galeres de Marseille , ne fongea
plus qu'à luy procurer des
plaiſirs qui puſſent le dédommager
des fatigues , & des pe.
rils de ſon voyage ; toutes les
Dames&tous les Officiers de
la Ville y contribuërent , par
tous les divertiſſements qu'on
pût imaginer. Les feftins , les
danſes , les promenades , les
Xiij
246 JOURNALH
ſpectacles & les aſſemblées ne
furent point épargnez; tour
enfin s'anima pour luy faire
des fêtes agreables .
Il y avoit alors à Marseille
unChaoux duGrand Seigneur,
qui fut témoin des honneurs
que recevoit tous les jours
l'Ambaſſadeur de Perfe. Il ſe
trouva juſtement logéàquatre
pas de fa maiſon. Il appric
qu'ildevoit retourner dans peu
de jours à Conftantinople , &
il ne voulut pas le laiſffer partic
fans le voir. Il l'envoya cher
cher par un de ſes Domeſtiques
qui le luy amena fur lo
champ.
HISTORIQUE. 247
Me donnois-tu bien , luy
ditil , dés qu'il le vit ? Non ,
Seigneur , loy répondit l'au
tre , mais j'ay oüy parler de
vous. Hé bien,teprit- il, puifque
tu ſçais que je fuis celuy
qu'on nommoit àConftanti .
nople Kadgi Mehemet , va din
rede mapart avecmalheureux,
àce fils de Peſcheur, à ce chien
deMehemerAga grandDoüanier
,que je n'étois ni Marchand
, ni Pelerin , qu'il eſt la
cauſe que j'ay perdu cent
bourſes; mais que fi Dicu me
fait la grace de retourner en
Cinquante mille éous.epis.
Xiiij
248 JOURNAL
۱
Perfe ,jeveux faire cloüer les
yeux à cinq cens devos Mar,
chands. Avons- nous laPaix ou
laGuerre avec vous ? Nous avons
laPaix , Seigneur , reprit
leChaoux en tremblant. Gela
érant , luy dit il , quel mal y
avoit il que je fuſſe Ambaſſa
deur icy ? m'y envoyoit-on
pour vous nuire ? j'y viens renouvellerune
ancienne amitié
qu'il y a entre l'Empereur de
France&le mien ,& vous vous
oppoſez àmon paſſage , vous
m'enfermez dans vos priſons ,
vous tourmentez mes Domeftiques
, & vous pillez mon
HISTORIQUE. 249
bien! Je vous reconnois mal
heureux , fils de Peſcheurs , à
ces marques d'infidelité! Je ſuis
lemaître de te trancher la tête;
mais cela ne feroit pas juſte.
Tu n'es pointdans nosEtats ,
&je ſuis fur les Terres de nos
amis , chez qui je ne voudrois
pas violer les droits de l'hof,
pitalitéqu'ils t'accordent. Scigneur,
lui dit lepauvreChaoux
bien effrayé , c'eſt le grand
Doüanier ,qui eſt ſeul cauſede
voſtre malheur , ne vous en
prenez pas à moy , je n'y ay
aucune part. Non non , re
prit-il , je ne m'en prends pas
250 JOURNALIH
à toy non plus , mais dis luy
feulementce quetu viensd'entendre.
Saluë de ma part le
Chaoux Bachy , c'eſt un fort
honnête homme , & l'Emir
Cheleby queje confidere fort.
Je tedonneraides Lettres pour
eux, reviens les chercher avane
de partie, auch and appr
Le Chaoux luy promit de
n'y pas manquer ; mais il ſe
gardabien d'en rien faire ,& il
ne fût pas plutôt hors de fa
maifon , qu'il jura de n'y ja
mais rentrer
M. de Beauvais , CommiffaireOrdonnateur,&
pluſieurs
HISTORIQUE. 251
Officiers de Marine furent té
moins de cette converſation ,
qui fut ſuivic aprés le diner ,
d'une Cavalcade à Mazargue.
M. l'Intendant avoit , dés
le commencement , cu foinde
luy faire donner des chevaux
qu'il fit harnacher à la Perfienne
, & qui luy ſervoient tous
lesjours à s'aller promener par
tout où il jugeoit à propos ;
tantôt dans la plaine de S.Michel
,&tantôt à Mazargue, où
il fut trois fois , & où il mit
tous les Païfans & toutes les
Païfanes en train dedanſer des
rigaudons & d'autres danſes
252 JOURNAL
!
du Païs. Ces feltes étoient tou .
jours ſuivies , ou de grands re .
pas , ou de collations magnifiques
, qui finifloient ordinairement
pardes Preſents de pieces
d'étoffe , ou d'argent même
qu'il donnoit de bonne
grace à ceux & à celles qui lui
plaifoient.
Sur ces entrefaites la Cour
envoïa M. de S. Olon à Marfeille,
pour lay faire de la pare
du Roy , les honneurs de la
France , & pour l'amener jufqu'à
Paris. Quelques jours
aprés fon arrivée , il regla l'ordre&
la ceremonie du voyage ;
L
HISTORIQUE. 253
& le vingt -trois Decembre mil
ſept cent quatorze il fortirde
Marſeille precedé d'un Déra
chement de Cavalerie du Regiment
de la Reine , ſuivi des
Gardes de M. le Comte de
Grignan. Les Gardes & le fieur
des Marais leur Exempt autour
du brancar où eſtoient les
Preſents qui estoient portez
par deux mules. Les Officiers ,
Maffiers , & autres gens de la
Maiſon de l'Ambaſſadeur devant
& autour de ſa perſonne.
La Marechauffée de Provence
s'eſtant avancée ſur le chemin
d'Aix à Marseille , ſe fit voit
234 3 TOURINTACE H
audit Ambaſladeur , à mefure
qu'il paſſoit , & marcha aprés
Il fut coucher à Aix & le
lendemain à Lambez , où Madame
de Simiane & tous les
principaux dela Ville furent le
voir. Il leur donna leCaffe &
les pria de danſer , ce que Mademoiselle
de Simiane fit de
bonne graces μα
De Lambez àOrgon.
D'Orgon à Avignon.
D'Avignon à Orange , où
il receut la viſite des Meſſieurs
&des Dames de la Ville , àqui
il donna le Thé& le Caffé ,&
**
HISTORIQUE. 255
qu'il pria de danſer , ce qu'ils
fitenre magne
DOrange àPierre Latte.
De Pierre Latre à Monte-
De Montelimar à Oriol
DOriol à Valence , où la
Garniſon ſe mit ſous les armes
& monta la garde chezluy
De Valence àS. Vallier...
De S. Vallier à Vienne , où
la Garniſon luy fit les mêmes
honneurs qu'à Valence ,& où
il receut les Dames & les Mefſieurs
à qui il donnale Thé &
loCaffe ,& qu'il pria de danſer
àl'ordinaire.
256 JOURNAL
De Vienne à Lyon où il
receut toutes fortes dhonneurs
, oùil fut viſiter Pegliſe
de faint Jean dont il fit fonner
la groſſe Cloche. Il demanda
aufli à voir la Maiſonde Ville ,
mais il vit une ſi grande affluence
de monde le jour qu'il
avoit choisi pour cette Cavalcade
, qu'il n'y voulut pas entrer.
Ily ſéjourna quatre jours.
Il eſtbonde remarquer , &de
dire en paſſant , qu'il faifoit des
preſents de pieces d'étoffe &
d'argent même dans tous les
lieux où on le recevoit à ſa
fantaifie.
De
HISTORIQUE. 257.
De Lyon à la Brefle.
De la Brefle à Tarare,
De Tarare à S. Syphorien.
De S. Syphorien à Roüane.
De Roüane à la Pacodiére.
De la Pacodiére à la Paliſſe .
De la Paliſſe à Varenne.
De Varenne à Moulins, où
il séjourna , & où il donna à
plus de quarante perſonnes de
diſtinction de la Ville un repas
magnifique à la Perfienne &
àla Françoiſe.
De Moulins à S. Pierre le
Mouſtier .
De S Pierre le Mouſtier à
Nevers.
Février 1715. Y
2 JOURNALH
داد
DeNevers à la Charitellus
De la Charité à Caunes .
DeCaunes à Neuvil
De Neuvil à Briart.
PAARA
De Briart à Montargis.
De Montargis à Nemours.
De Nemours à Melun.
De Melun à Charenton
où il arriva le vingt- fix Janvier
de la preſente année. Il y defcendit
dans la maiſon de M.
Dyonis , où on avoit eu ſoin
deluy preparer toutes les commoditez
imaginables .
A l'exception de quelques
circonſtances, tous lesLecteurs
font en cet endroit preſque
HISTORIQUE. 252
aufi- bien inſtruits que moy ,
du reſte des choses qui concernent
l'Amballadeur de
Perle ; & chacun ſçait qu'il
n'y a ni Curieux' , ni Curicuſes
à Paris qui n'ait été le voir à
Charenton ,& prendre ſa part
des feſtes , de la muſique,&des
liqueurs dont ily regaloit tout
le monde. Il y séjourna treize
jours ; & le furlendemain de
ſon arrivée , M. le Baron de
Breteüil , Introducteur des
Ambaſſadeurs& PrincesErrangers
, yalla luy faire unCompliment
de la part du Roy ;
honneur que Sa Majefté ne fait
१
Yij
60 BUJOURNALI
que tres rarement &dans des
occafions fingulieres, pub
Lo voicy mot pour moto
L'Empereurde France, mon
Maistre , le plus grand,o te
plus pieux des Empereurs. Chrétiens
, leplus magnifique des Rois
de l'Europe , le plus puiſſant en
guerre tant fur la Terre quefur
laMer , toûjours invincible ,l'a
mour deſes Peupleség le modele
parfait de toutes les vertus
Royales , m'envoye , Monfieur,
vous faire un Compliment de fa
part , ſe réjoir de vostre arrivée
auprés de Paris , la Capitale
de fon Empire , la plus ri
HISTORIQUE. 26t
che laplus fuperbe des Villes
de la partie du monde que nous
habitons. Ilfaitque l'Empereur
vostre Maistre , est le plus magnifique,&
le plus puißant Empereur
de l'Orient , & il est perfuadéqu'ayant
àſa Cour autant
de Perſonnages illustres qu'il en a,
il vous a choisi entr'eux comme
un Sujet d'un merite diftingué,
capable d'eftre le lien de l'union
de deuxfi Puißants Monarques
; il vous donnera ,Monfieur,
en toutes occafions des marques de
l'eftime ,&de la confideration
qu'il a pour un Ambaßadeu qui
vient de la part d'unfigrandEm
262 JOURNAL
pereur. Pour moy , Monfieur, je
regarde comme un bonheur d'eftre
le premier à qui il ait ordonnéde
vous venir complimenter de fa
part;j'iray au fortir de cette conference
luy rendre compte de l'execution
de ſes ordres , en
prendre de nouveaux pour vostre
entréeàParis, vostre audiance
à la magnifique Cour de Sa
Majesté Imperiale.
Le ſept de ce mois M. le
Marechal de Matignon &M.
le Baron de Breteül allerent
le prendre à Charenton dans
le Carroffe du Roy fuivi de
ceux des Princes & Princeſſes
<
HISTORIQUE. 263
de laMaifonRoyale ,&l'amerent
dans ce Carroffe , juſqu'à
l'entrée du Fauxbourg S. Antoine
, où ils deſcendirentdans
la maiton de M. Titon de
Villegenon qui les receut ,&
les regala avec toute la délicateſſe
, l'abondance & la magnificence
imaginables. Aprés
le diner , ils montérent tous
trois à cheval , & entrerent
dans Paris dans l'ordre qui
fuit.
La Compagnie des Inſpec .
teurs de Police à cheval uniformément
habillez , marchoit à
la teſte de tout.
264 JOURNALI
Ala distance do 30. ou 40.
pas le Carroffe du Baron de
Breteüil , & ceux du Maréchal
de Matignon.
Un Brancar porté par deux
mulets du Roy, fur lequel étoient
les Preſents que l'Ambaffadeur
apporte au Roy de
Ja part du Roy de Perfe : devant
& derriere ce Brancar
huit Trompettes de la Chambre
du Roy à cheval ,douze
chevaux de main des deux Ecuries
du Roy, magnifiquement
harnachez & menez par des
Palefreniers de la livrée de Sa
Majesté.
Quatre
HISTORIQUE. 265
Quatre chevaux de Sa Majeſté
avec des harnois à la Perfienne&
menez en main par
des Perfans.dridbigma
* Dix Perſans ou Armeniens
à Cheval portant haut de riches
fufils appuyez ſur la cuiffe.
Deux Armeniens chargez du
ſoin desPreſens duRoidePerſe.
Deux Pages de l'Ambaſſadeur
, ſon Maître des Ceremonie,&
fon Secretaire , l'Interprete.
L'Ambaſſadeur ſur un cheval
harnaché à la Perfienne
- avec le Maréchal de Matignon
à ſa droite , & le Baron de
Février 1715 . Z
1
266 JOURNAL
-:
Breteüil àta gauche marchant
tous trois de front.
Les Laquais Perfans & Armeniens
de l'Ambaſſadeur autour
de ſon cheval ; ceux du
Maréchal & du Baron de Breteüil
à coſté de leurs chevaux.
L'Ecuyer de l'Ambaſſadeur
portant l'Etendart du Roy de
Perſe , marchant immediatement
derriere luyavec un Page
qui portoit le ſabre de l'Ambaſſadeur
appuyé ſur ſa cuiffe.
Tous les chevaux qui ont fervi
à cette Entrée etaient des
Ecuries du Roy.
La marche étoit fermée par
HISTORIQUE. 267
le Carroffe du Roy , par ceux
deMadamela Ducheſſe deBerry
, de Madame , de M le Duc
d'Orleans , de Madame la Du
cheſſe d'Orleans , de Madame
la Princeſſe , de Madame la
Ducheffe Doüairiere , de M. le
Duc & de Madame la Ducheffe
, de Madame la Princeſſe de
Conty Doüairiere , de M. le
Prince , & de Madame la Princeſſe
de Conty , de M. le Duc
& de Madame la Ducheſſe du
Maine , de M. le Comte de
Toulouſe , de Madame la Ducheſſe
de Vandôme , & par celuy
de M. le Marquis de Tor
Zij
268 JOURNAL
cy , Miniftre & Secretaire d'Etat
pour les affaires eſtrangeres.
Le 19. de ce mois , M. le
Marêchal de Matignon & M.
le Baron de Breteüil , allerent
dans le Carroffe du Roy le
prendre à l'Hoſtel des Ambaffadeurs
, pour le conduire à
Verſailles . Toute ſa ſuite fut
montée ſur des chevaux de la
grande & de la petite Eſcurie ,
comme le jour de ſon entrée :
l'Eſtendart de Perſe marchoit
à coſté du Carroſſe : les douze
Fufilliers de l'Ambaſſadeur
auffi à cheval le fufil haut le
precedoient: lePrefentduRoy
HISTORIQUE. 269
de Perſe eſtoit porté dans un
autre Carroffe , par le ſicur
Agoubehant , Armenien , à
quí la clef en avoit eſté confiée
à Erivan : le Carrolle du Roy
s'arreſta dans l'avenuë de Verfailles,
chez le ſieur Bontemps ,
premier Valet deChambre du
Roy , &Gouverneur du Palais
des Thuilleries , qui avoit fait
preparer toutes fortes de rafraichiſſements
pour l'Ambaffadeur
& pour ſa ſuite: le
cheval que l'Ambaſladeur devoit
monter l'y attendoit,avec
des chevaux frais , pour toute
ſa ſuite , ainſi que les Trom
Zij
270 JOURNAL
pettes du Roy deſtinez pour
accompagner fa marche , qui
ſe fit en cet ordre , juſques au
Chaſteau . Le Carroffe du Baron
de Breteüil , precedé de
trois de ſes domeſtiques à cheval
: les deux Carroſſes du Marêchal
de Matignon , precedez
de même : douze chevaux de
main des deux Eſcuries du
Roy magnifiquement harnachez
& menez par des Palefreniers
de Sa Majeſté : quatre
chevaux du Roy avec des harnois
à la Perfienne , & menez
en main par des Perlans : les
douze Fufilliers à pied , por
HISTORIQUE. 271
tant haut leurs fufils :pluſieurs
domeſtiques de l'Ambaſladeur
à cheval : le Secretaire à la
conduite des Ambaſſadeurs :
le Moula de l'Ambaſſadeur ou
Docteur de ſa Loy : ſon Treforier
: le Page qui porte ſa
pipe : les huit Trompettes
de la Chambre du Roy:
Agoubehant auffi à cheval , &
portant fur fes deux mains le
Preſent & la Lettre du Roy de
Perſe enveloppez dans une
éroffe de ſoye à fleurs d'or : le
Maistre des Ceremonies de
l'Ambafladeur , & l'Interprete
à coſté de luy : l'Ambaſſadeur
Zij
272 JOURONTALH
fur un cheval du Roy harnaché
à la Perſienne : le Marêchal
de Matignon à la droite,
&leBaron deBreteüil à ſa gauche
, marchant tous trois de
front: les Valets de pied Perfans
& Armeniens de l'Ambaffadeur
, autour de fon cheval:
la livrée du Maréchal de
Matignon& celle du Baron
de Breteüil à coſté de leurs
chevaux : l'Eſcuyer de l'Ambaſſadeur
à cheval , portant
l'Eſtendart du Roy de Perſe ,
marchoit inmediatement derriereluy
, avec unPage qui portoit
le fabrede l'Ambaſſadeur,
HISTORIQUE. 273
appuyé ſur ſa cuiffe : le Carroſſe
du Roy fermoit la marche.
Les Fufiliers de l'Am
bafladeur laiſſferent leurs armes
à la grille de l'avant-court du
Chateau ,& continuerent de
marcher fans armes. L'Ambaffadeur
trouva dans l'avantcourt
les Gardes Françoiſes &
Suiffes , au nombre de deux
mille hommes ſous les armes ,
les tambours appellant : fon
Eſcuyer laiffa l Eſtendard de
Perſeen dehors de la portede
la cour du Roy, où l'Ambaſſadeur
trouva les Gardes de la
Porte&de la Prevoſté auſſi en
274 JOURNALI
haye& tous les armes : elle étoit
remplie d'une ſi grande
multitude de perſonnes,queles
Gardes eurent bien de la peine
à faire faire place pour la marche
qui ſe fit autour de cette
cour , à la veuë des feneftres
deSa Majesté, A onze heures ,
l'Ambaffadeur accompagné
du Maréchal de Matignon &
du Baron de Bretcül , traverſa
la cour à pied , pour aller à
l'Audience du Roy parte degré
, qui conduit au grand ap.
partement de Sa Majesté.
L'Ambffdeur avant que d'y
aller , mit ſon fabre à ſon
• HISTORIQUE. 275
coſté : il portoit outre celaun
grand poignard dans un étuy
d'or à ſa ceinture , qu'il n'eſt
permis qu'aux Seigneurs qui
font Officiers du Roy de Perſe
de porter. Le Secretaire à
la conduite , marchoit à la
teſte du cortege , & Agoubehant
portant fur ſes mains
le Preſent découvert & la Lettredu
Roy de Perſe , precedé
des huit Trompettes du Roy ,
marchoit immediatement devant
l'Ambaladeur : il fut receu
au bas de l'Escalier , par
le Marquis de Dreux , Grand
Maiſtre des Ceremonies,& par
276 JOURNALI
le ſieur des Granges , Maiſtre
des Ceremonies , les cent Suifſes
eſtant fur l'eſcalier en habit
de ceremonie , la hallebarde
à la main : à la porte de
la Salle des Gardes en dedans
il fut receu par le Duc de
Noailles , Capitaine de la pre.
miere Compagnie des Gardes
du Corps, qui estoient en haye
&ſous les armes : ce fut là que
l'Ambaffadeur prit la Lettre
des mains d'Agoubebant ,&
la porta juſqu'au Thône du
Roy: elle eſtoit dans un fac
de brocard d'or d'environ un
pied & demi de longueur. Le
HISTORIQUE . 277
Thrône de Sa Majesté élevé
de huit marches , eſtoit au
fond de la gallerie de fon
grand appartement , en forte
que l'Ambaſſadeur arrivant
par la porte qui eft à l'autre
bout de la gallerie , apperceut
en entrant Sa Majeſté aſſiſe ſur
fon Thrône , ayant auprés
d'elle Monſeigneur le Dauphin,&
tous les Princes de la
Maiſon Royale : Sa Majesté
•avoitunair fi grand ,& fi
jeſtueux , que l'Ambaffadeur
en fut beaucoup plus frappé ,
que de l'éclat des pierreriesde
laCouronne dontl'habit de Sa
ma278
JOURNAL
Majeſté eſtoit couvert : ce fut
là qu'il commença ſon premier
falut. Sa Majesté en mefme
temps ſe leva , & oſta ſon
chapeau : la foule des Courtiſans
eſtoit ſi grande , que malgré
la vaſte étenduë de cette
gallerie , l'Ambaſſadeur fut
long temps fans pouvoir approcher
du Thrône , & fit fon
dernier ſalut , en y abordant ,
& monta juſques ſur le haut
du Throne: le Maréchal de .
Matignon , le Duc de Noailles
, le Marquis de Torcy , &
le Baron de Breteüil y monterent
auffi. L'Ambaſſadeur
HISTORIQUE . 279
en approchant duRoy, remit
d'abord la Lettre du Roy de
Perſe entre les mains de Sa
Majesté , qui la remit auffi toft
entre les mains du Marquis de
Torcy. Sa Majesté le couvrit;
& aprés que l'Interprete luy
eut expliqué ce que l'Ambaffadeur
ditoit , & dont voicy
les propres termes :
ces Lettres pouvoit contribuer
à détruire une infinité
de mauvais difcours qu'on a
debité dans le monde , & certe
conſideration m'a determiné
à les donner telles à peu
prés que je les ay receuës.
J'aurois eſté quitte de ce ſoin
& j'aurois ſuivi ce Journal
ſimplement en Hiſtorien , ſi je
n'avois pas regardé ces Originaux
comme un für moyende
remettre du moins dans les efprits
prévenus , le ſens com.
Février 1715 . X
242 JOURNALH
mun qui doiry eftre. Je ſeray
contentde l'uſage que j'ay fait
de ces Lettres , fuellesfont le
ſuccés que j'en eſpere : en at
tendant je procederay, comme
je l'ay entrepris, à la conclu
fion de cette Hiftoire.
Quelques jours aprés que
l'Ambaſſadeur dePerſe fut en
trédans Marſeille ,M. Arnoul
Intendant des Galeres du
Roy ,& dont toute la Fran
ce connoît le merite , & Madame
l'Intendante fon Epouſe
accompagnez de toutes les
perſonnes de diftinction de la
Ville, furent le vifiter dans la
HISTORIQUE. 243
maiſon de M. deCartigny, Inf
pecteur General des Galeres ,
chez quiil a logé pendant ſon
féjour à Marseille. Il les re
ceut avec tant de politeſſe &
d'eſprit , que tout le monde
fut charmé de ſes difcours ,&
de ſes manieres , quoyque
fort differentes des noſtres.
Mais le François a commu
nément cela de particulier ,que
ce qui n'eſtpas àſa mode ,luy
paroît tout à fait extraordi
naire,&ce qu'il trouve extraor
dinaire luy paroiſt ridicule.
Curicux aujourd'huy à l'excés,
de ce qui le dégoûtera par-
Xij
244 JOURNAL
faitement demain , il croit
que la bigearrerie de ſon goût,
ſuffit pour autoriſer les caprices
de fon inconſtance. Tel
eſt le fort de toutes les nouveautez
en France , on ſe détrompe
cependant à la fin;
mais on n'y meriteles ſuffrages,
du Public , qu'aprés avoir
encouru toutes les diſgraces
de la cenfure.
Ce que je viens de dire a fon
application , mais il eſt inutile
d'en faire ici un détail que tout
lo monde ſçait ; & d'autres
Coins m'occupent upyo )
M. Intendant aprés avoir
4
HISTORIQUE . 243
1
1
A
donné tous les ordres qu'il
crût néceſſaires pour la commodité
de l'Ambaſſadeur de
Perfe ,& pour la ſeureté de
ſes Preſents , qu'il avoit confiez
à la garde du ſieur desMarais
Exempt de la Prevôté des
Galeres de Marseille , ne fongea
plus qu'à luy procurer des
plaiſirs qui puſſent le dédommager
des fatigues , & des pe.
rils de ſon voyage ; toutes les
Dames&tous les Officiers de
la Ville y contribuërent , par
tous les divertiſſements qu'on
pût imaginer. Les feftins , les
danſes , les promenades , les
Xiij
246 JOURNALH
ſpectacles & les aſſemblées ne
furent point épargnez; tour
enfin s'anima pour luy faire
des fêtes agreables .
Il y avoit alors à Marseille
unChaoux duGrand Seigneur,
qui fut témoin des honneurs
que recevoit tous les jours
l'Ambaſſadeur de Perfe. Il ſe
trouva juſtement logéàquatre
pas de fa maiſon. Il appric
qu'ildevoit retourner dans peu
de jours à Conftantinople , &
il ne voulut pas le laiſffer partic
fans le voir. Il l'envoya cher
cher par un de ſes Domeſtiques
qui le luy amena fur lo
champ.
HISTORIQUE. 247
Me donnois-tu bien , luy
ditil , dés qu'il le vit ? Non ,
Seigneur , loy répondit l'au
tre , mais j'ay oüy parler de
vous. Hé bien,teprit- il, puifque
tu ſçais que je fuis celuy
qu'on nommoit àConftanti .
nople Kadgi Mehemet , va din
rede mapart avecmalheureux,
àce fils de Peſcheur, à ce chien
deMehemerAga grandDoüanier
,que je n'étois ni Marchand
, ni Pelerin , qu'il eſt la
cauſe que j'ay perdu cent
bourſes; mais que fi Dicu me
fait la grace de retourner en
Cinquante mille éous.epis.
Xiiij
248 JOURNAL
۱
Perfe ,jeveux faire cloüer les
yeux à cinq cens devos Mar,
chands. Avons- nous laPaix ou
laGuerre avec vous ? Nous avons
laPaix , Seigneur , reprit
leChaoux en tremblant. Gela
érant , luy dit il , quel mal y
avoit il que je fuſſe Ambaſſa
deur icy ? m'y envoyoit-on
pour vous nuire ? j'y viens renouvellerune
ancienne amitié
qu'il y a entre l'Empereur de
France&le mien ,& vous vous
oppoſez àmon paſſage , vous
m'enfermez dans vos priſons ,
vous tourmentez mes Domeftiques
, & vous pillez mon
HISTORIQUE. 249
bien! Je vous reconnois mal
heureux , fils de Peſcheurs , à
ces marques d'infidelité! Je ſuis
lemaître de te trancher la tête;
mais cela ne feroit pas juſte.
Tu n'es pointdans nosEtats ,
&je ſuis fur les Terres de nos
amis , chez qui je ne voudrois
pas violer les droits de l'hof,
pitalitéqu'ils t'accordent. Scigneur,
lui dit lepauvreChaoux
bien effrayé , c'eſt le grand
Doüanier ,qui eſt ſeul cauſede
voſtre malheur , ne vous en
prenez pas à moy , je n'y ay
aucune part. Non non , re
prit-il , je ne m'en prends pas
250 JOURNALIH
à toy non plus , mais dis luy
feulementce quetu viensd'entendre.
Saluë de ma part le
Chaoux Bachy , c'eſt un fort
honnête homme , & l'Emir
Cheleby queje confidere fort.
Je tedonneraides Lettres pour
eux, reviens les chercher avane
de partie, auch and appr
Le Chaoux luy promit de
n'y pas manquer ; mais il ſe
gardabien d'en rien faire ,& il
ne fût pas plutôt hors de fa
maifon , qu'il jura de n'y ja
mais rentrer
M. de Beauvais , CommiffaireOrdonnateur,&
pluſieurs
HISTORIQUE. 251
Officiers de Marine furent té
moins de cette converſation ,
qui fut ſuivic aprés le diner ,
d'une Cavalcade à Mazargue.
M. l'Intendant avoit , dés
le commencement , cu foinde
luy faire donner des chevaux
qu'il fit harnacher à la Perfienne
, & qui luy ſervoient tous
lesjours à s'aller promener par
tout où il jugeoit à propos ;
tantôt dans la plaine de S.Michel
,&tantôt à Mazargue, où
il fut trois fois , & où il mit
tous les Païfans & toutes les
Païfanes en train dedanſer des
rigaudons & d'autres danſes
252 JOURNAL
!
du Païs. Ces feltes étoient tou .
jours ſuivies , ou de grands re .
pas , ou de collations magnifiques
, qui finifloient ordinairement
pardes Preſents de pieces
d'étoffe , ou d'argent même
qu'il donnoit de bonne
grace à ceux & à celles qui lui
plaifoient.
Sur ces entrefaites la Cour
envoïa M. de S. Olon à Marfeille,
pour lay faire de la pare
du Roy , les honneurs de la
France , & pour l'amener jufqu'à
Paris. Quelques jours
aprés fon arrivée , il regla l'ordre&
la ceremonie du voyage ;
L
HISTORIQUE. 253
& le vingt -trois Decembre mil
ſept cent quatorze il fortirde
Marſeille precedé d'un Déra
chement de Cavalerie du Regiment
de la Reine , ſuivi des
Gardes de M. le Comte de
Grignan. Les Gardes & le fieur
des Marais leur Exempt autour
du brancar où eſtoient les
Preſents qui estoient portez
par deux mules. Les Officiers ,
Maffiers , & autres gens de la
Maiſon de l'Ambaſſadeur devant
& autour de ſa perſonne.
La Marechauffée de Provence
s'eſtant avancée ſur le chemin
d'Aix à Marseille , ſe fit voit
234 3 TOURINTACE H
audit Ambaſladeur , à mefure
qu'il paſſoit , & marcha aprés
Il fut coucher à Aix & le
lendemain à Lambez , où Madame
de Simiane & tous les
principaux dela Ville furent le
voir. Il leur donna leCaffe &
les pria de danſer , ce que Mademoiselle
de Simiane fit de
bonne graces μα
De Lambez àOrgon.
D'Orgon à Avignon.
D'Avignon à Orange , où
il receut la viſite des Meſſieurs
&des Dames de la Ville , àqui
il donna le Thé& le Caffé ,&
**
HISTORIQUE. 255
qu'il pria de danſer , ce qu'ils
fitenre magne
DOrange àPierre Latte.
De Pierre Latre à Monte-
De Montelimar à Oriol
DOriol à Valence , où la
Garniſon ſe mit ſous les armes
& monta la garde chezluy
De Valence àS. Vallier...
De S. Vallier à Vienne , où
la Garniſon luy fit les mêmes
honneurs qu'à Valence ,& où
il receut les Dames & les Mefſieurs
à qui il donnale Thé &
loCaffe ,& qu'il pria de danſer
àl'ordinaire.
256 JOURNAL
De Vienne à Lyon où il
receut toutes fortes dhonneurs
, oùil fut viſiter Pegliſe
de faint Jean dont il fit fonner
la groſſe Cloche. Il demanda
aufli à voir la Maiſonde Ville ,
mais il vit une ſi grande affluence
de monde le jour qu'il
avoit choisi pour cette Cavalcade
, qu'il n'y voulut pas entrer.
Ily ſéjourna quatre jours.
Il eſtbonde remarquer , &de
dire en paſſant , qu'il faifoit des
preſents de pieces d'étoffe &
d'argent même dans tous les
lieux où on le recevoit à ſa
fantaifie.
De
HISTORIQUE. 257.
De Lyon à la Brefle.
De la Brefle à Tarare,
De Tarare à S. Syphorien.
De S. Syphorien à Roüane.
De Roüane à la Pacodiére.
De la Pacodiére à la Paliſſe .
De la Paliſſe à Varenne.
De Varenne à Moulins, où
il séjourna , & où il donna à
plus de quarante perſonnes de
diſtinction de la Ville un repas
magnifique à la Perfienne &
àla Françoiſe.
De Moulins à S. Pierre le
Mouſtier .
De S Pierre le Mouſtier à
Nevers.
Février 1715. Y
2 JOURNALH
داد
DeNevers à la Charitellus
De la Charité à Caunes .
DeCaunes à Neuvil
De Neuvil à Briart.
PAARA
De Briart à Montargis.
De Montargis à Nemours.
De Nemours à Melun.
De Melun à Charenton
où il arriva le vingt- fix Janvier
de la preſente année. Il y defcendit
dans la maiſon de M.
Dyonis , où on avoit eu ſoin
deluy preparer toutes les commoditez
imaginables .
A l'exception de quelques
circonſtances, tous lesLecteurs
font en cet endroit preſque
HISTORIQUE. 252
aufi- bien inſtruits que moy ,
du reſte des choses qui concernent
l'Amballadeur de
Perle ; & chacun ſçait qu'il
n'y a ni Curieux' , ni Curicuſes
à Paris qui n'ait été le voir à
Charenton ,& prendre ſa part
des feſtes , de la muſique,&des
liqueurs dont ily regaloit tout
le monde. Il y séjourna treize
jours ; & le furlendemain de
ſon arrivée , M. le Baron de
Breteüil , Introducteur des
Ambaſſadeurs& PrincesErrangers
, yalla luy faire unCompliment
de la part du Roy ;
honneur que Sa Majefté ne fait
१
Yij
60 BUJOURNALI
que tres rarement &dans des
occafions fingulieres, pub
Lo voicy mot pour moto
L'Empereurde France, mon
Maistre , le plus grand,o te
plus pieux des Empereurs. Chrétiens
, leplus magnifique des Rois
de l'Europe , le plus puiſſant en
guerre tant fur la Terre quefur
laMer , toûjours invincible ,l'a
mour deſes Peupleség le modele
parfait de toutes les vertus
Royales , m'envoye , Monfieur,
vous faire un Compliment de fa
part , ſe réjoir de vostre arrivée
auprés de Paris , la Capitale
de fon Empire , la plus ri
HISTORIQUE. 26t
che laplus fuperbe des Villes
de la partie du monde que nous
habitons. Ilfaitque l'Empereur
vostre Maistre , est le plus magnifique,&
le plus puißant Empereur
de l'Orient , & il est perfuadéqu'ayant
àſa Cour autant
de Perſonnages illustres qu'il en a,
il vous a choisi entr'eux comme
un Sujet d'un merite diftingué,
capable d'eftre le lien de l'union
de deuxfi Puißants Monarques
; il vous donnera ,Monfieur,
en toutes occafions des marques de
l'eftime ,&de la confideration
qu'il a pour un Ambaßadeu qui
vient de la part d'unfigrandEm
262 JOURNAL
pereur. Pour moy , Monfieur, je
regarde comme un bonheur d'eftre
le premier à qui il ait ordonnéde
vous venir complimenter de fa
part;j'iray au fortir de cette conference
luy rendre compte de l'execution
de ſes ordres , en
prendre de nouveaux pour vostre
entréeàParis, vostre audiance
à la magnifique Cour de Sa
Majesté Imperiale.
Le ſept de ce mois M. le
Marechal de Matignon &M.
le Baron de Breteül allerent
le prendre à Charenton dans
le Carroffe du Roy fuivi de
ceux des Princes & Princeſſes
<
HISTORIQUE. 263
de laMaifonRoyale ,&l'amerent
dans ce Carroffe , juſqu'à
l'entrée du Fauxbourg S. Antoine
, où ils deſcendirentdans
la maiton de M. Titon de
Villegenon qui les receut ,&
les regala avec toute la délicateſſe
, l'abondance & la magnificence
imaginables. Aprés
le diner , ils montérent tous
trois à cheval , & entrerent
dans Paris dans l'ordre qui
fuit.
La Compagnie des Inſpec .
teurs de Police à cheval uniformément
habillez , marchoit à
la teſte de tout.
264 JOURNALI
Ala distance do 30. ou 40.
pas le Carroffe du Baron de
Breteüil , & ceux du Maréchal
de Matignon.
Un Brancar porté par deux
mulets du Roy, fur lequel étoient
les Preſents que l'Ambaffadeur
apporte au Roy de
Ja part du Roy de Perfe : devant
& derriere ce Brancar
huit Trompettes de la Chambre
du Roy à cheval ,douze
chevaux de main des deux Ecuries
du Roy, magnifiquement
harnachez & menez par des
Palefreniers de la livrée de Sa
Majesté.
Quatre
HISTORIQUE. 265
Quatre chevaux de Sa Majeſté
avec des harnois à la Perfienne&
menez en main par
des Perfans.dridbigma
* Dix Perſans ou Armeniens
à Cheval portant haut de riches
fufils appuyez ſur la cuiffe.
Deux Armeniens chargez du
ſoin desPreſens duRoidePerſe.
Deux Pages de l'Ambaſſadeur
, ſon Maître des Ceremonie,&
fon Secretaire , l'Interprete.
L'Ambaſſadeur ſur un cheval
harnaché à la Perfienne
- avec le Maréchal de Matignon
à ſa droite , & le Baron de
Février 1715 . Z
1
266 JOURNAL
-:
Breteüil àta gauche marchant
tous trois de front.
Les Laquais Perfans & Armeniens
de l'Ambaſſadeur autour
de ſon cheval ; ceux du
Maréchal & du Baron de Breteüil
à coſté de leurs chevaux.
L'Ecuyer de l'Ambaſſadeur
portant l'Etendart du Roy de
Perſe , marchant immediatement
derriere luyavec un Page
qui portoit le ſabre de l'Ambaſſadeur
appuyé ſur ſa cuiffe.
Tous les chevaux qui ont fervi
à cette Entrée etaient des
Ecuries du Roy.
La marche étoit fermée par
HISTORIQUE. 267
le Carroffe du Roy , par ceux
deMadamela Ducheſſe deBerry
, de Madame , de M le Duc
d'Orleans , de Madame la Du
cheſſe d'Orleans , de Madame
la Princeſſe , de Madame la
Ducheffe Doüairiere , de M. le
Duc & de Madame la Ducheffe
, de Madame la Princeſſe de
Conty Doüairiere , de M. le
Prince , & de Madame la Princeſſe
de Conty , de M. le Duc
& de Madame la Ducheſſe du
Maine , de M. le Comte de
Toulouſe , de Madame la Ducheſſe
de Vandôme , & par celuy
de M. le Marquis de Tor
Zij
268 JOURNAL
cy , Miniftre & Secretaire d'Etat
pour les affaires eſtrangeres.
Le 19. de ce mois , M. le
Marêchal de Matignon & M.
le Baron de Breteüil , allerent
dans le Carroffe du Roy le
prendre à l'Hoſtel des Ambaffadeurs
, pour le conduire à
Verſailles . Toute ſa ſuite fut
montée ſur des chevaux de la
grande & de la petite Eſcurie ,
comme le jour de ſon entrée :
l'Eſtendart de Perſe marchoit
à coſté du Carroſſe : les douze
Fufilliers de l'Ambaſſadeur
auffi à cheval le fufil haut le
precedoient: lePrefentduRoy
HISTORIQUE. 269
de Perſe eſtoit porté dans un
autre Carroffe , par le ſicur
Agoubehant , Armenien , à
quí la clef en avoit eſté confiée
à Erivan : le Carrolle du Roy
s'arreſta dans l'avenuë de Verfailles,
chez le ſieur Bontemps ,
premier Valet deChambre du
Roy , &Gouverneur du Palais
des Thuilleries , qui avoit fait
preparer toutes fortes de rafraichiſſements
pour l'Ambaffadeur
& pour ſa ſuite: le
cheval que l'Ambaſladeur devoit
monter l'y attendoit,avec
des chevaux frais , pour toute
ſa ſuite , ainſi que les Trom
Zij
270 JOURNAL
pettes du Roy deſtinez pour
accompagner fa marche , qui
ſe fit en cet ordre , juſques au
Chaſteau . Le Carroffe du Baron
de Breteüil , precedé de
trois de ſes domeſtiques à cheval
: les deux Carroſſes du Marêchal
de Matignon , precedez
de même : douze chevaux de
main des deux Eſcuries du
Roy magnifiquement harnachez
& menez par des Palefreniers
de Sa Majeſté : quatre
chevaux du Roy avec des harnois
à la Perfienne , & menez
en main par des Perlans : les
douze Fufilliers à pied , por
HISTORIQUE. 271
tant haut leurs fufils :pluſieurs
domeſtiques de l'Ambaſladeur
à cheval : le Secretaire à la
conduite des Ambaſſadeurs :
le Moula de l'Ambaſſadeur ou
Docteur de ſa Loy : ſon Treforier
: le Page qui porte ſa
pipe : les huit Trompettes
de la Chambre du Roy:
Agoubehant auffi à cheval , &
portant fur fes deux mains le
Preſent & la Lettre du Roy de
Perſe enveloppez dans une
éroffe de ſoye à fleurs d'or : le
Maistre des Ceremonies de
l'Ambafladeur , & l'Interprete
à coſté de luy : l'Ambaſſadeur
Zij
272 JOURONTALH
fur un cheval du Roy harnaché
à la Perſienne : le Marêchal
de Matignon à la droite,
&leBaron deBreteüil à ſa gauche
, marchant tous trois de
front: les Valets de pied Perfans
& Armeniens de l'Ambaffadeur
, autour de fon cheval:
la livrée du Maréchal de
Matignon& celle du Baron
de Breteüil à coſté de leurs
chevaux : l'Eſcuyer de l'Ambaſſadeur
à cheval , portant
l'Eſtendart du Roy de Perſe ,
marchoit inmediatement derriereluy
, avec unPage qui portoit
le fabrede l'Ambaſſadeur,
HISTORIQUE. 273
appuyé ſur ſa cuiffe : le Carroſſe
du Roy fermoit la marche.
Les Fufiliers de l'Am
bafladeur laiſſferent leurs armes
à la grille de l'avant-court du
Chateau ,& continuerent de
marcher fans armes. L'Ambaffadeur
trouva dans l'avantcourt
les Gardes Françoiſes &
Suiffes , au nombre de deux
mille hommes ſous les armes ,
les tambours appellant : fon
Eſcuyer laiffa l Eſtendard de
Perſeen dehors de la portede
la cour du Roy, où l'Ambaſſadeur
trouva les Gardes de la
Porte&de la Prevoſté auſſi en
274 JOURNALI
haye& tous les armes : elle étoit
remplie d'une ſi grande
multitude de perſonnes,queles
Gardes eurent bien de la peine
à faire faire place pour la marche
qui ſe fit autour de cette
cour , à la veuë des feneftres
deSa Majesté, A onze heures ,
l'Ambaffadeur accompagné
du Maréchal de Matignon &
du Baron de Bretcül , traverſa
la cour à pied , pour aller à
l'Audience du Roy parte degré
, qui conduit au grand ap.
partement de Sa Majesté.
L'Ambffdeur avant que d'y
aller , mit ſon fabre à ſon
• HISTORIQUE. 275
coſté : il portoit outre celaun
grand poignard dans un étuy
d'or à ſa ceinture , qu'il n'eſt
permis qu'aux Seigneurs qui
font Officiers du Roy de Perſe
de porter. Le Secretaire à
la conduite , marchoit à la
teſte du cortege , & Agoubehant
portant fur ſes mains
le Preſent découvert & la Lettredu
Roy de Perſe , precedé
des huit Trompettes du Roy ,
marchoit immediatement devant
l'Ambaladeur : il fut receu
au bas de l'Escalier , par
le Marquis de Dreux , Grand
Maiſtre des Ceremonies,& par
276 JOURNALI
le ſieur des Granges , Maiſtre
des Ceremonies , les cent Suifſes
eſtant fur l'eſcalier en habit
de ceremonie , la hallebarde
à la main : à la porte de
la Salle des Gardes en dedans
il fut receu par le Duc de
Noailles , Capitaine de la pre.
miere Compagnie des Gardes
du Corps, qui estoient en haye
&ſous les armes : ce fut là que
l'Ambaffadeur prit la Lettre
des mains d'Agoubebant ,&
la porta juſqu'au Thône du
Roy: elle eſtoit dans un fac
de brocard d'or d'environ un
pied & demi de longueur. Le
HISTORIQUE . 277
Thrône de Sa Majesté élevé
de huit marches , eſtoit au
fond de la gallerie de fon
grand appartement , en forte
que l'Ambaſſadeur arrivant
par la porte qui eft à l'autre
bout de la gallerie , apperceut
en entrant Sa Majeſté aſſiſe ſur
fon Thrône , ayant auprés
d'elle Monſeigneur le Dauphin,&
tous les Princes de la
Maiſon Royale : Sa Majesté
•avoitunair fi grand ,& fi
jeſtueux , que l'Ambaffadeur
en fut beaucoup plus frappé ,
que de l'éclat des pierreriesde
laCouronne dontl'habit de Sa
ma278
JOURNAL
Majeſté eſtoit couvert : ce fut
là qu'il commença ſon premier
falut. Sa Majesté en mefme
temps ſe leva , & oſta ſon
chapeau : la foule des Courtiſans
eſtoit ſi grande , que malgré
la vaſte étenduë de cette
gallerie , l'Ambaſſadeur fut
long temps fans pouvoir approcher
du Thrône , & fit fon
dernier ſalut , en y abordant ,
& monta juſques ſur le haut
du Throne: le Maréchal de .
Matignon , le Duc de Noailles
, le Marquis de Torcy , &
le Baron de Breteüil y monterent
auffi. L'Ambaſſadeur
HISTORIQUE . 279
en approchant duRoy, remit
d'abord la Lettre du Roy de
Perſe entre les mains de Sa
Majesté , qui la remit auffi toft
entre les mains du Marquis de
Torcy. Sa Majesté le couvrit;
& aprés que l'Interprete luy
eut expliqué ce que l'Ambaffadeur
ditoit , & dont voicy
les propres termes :
Fermer
12
p. 74-90
CHAPITRE III. Comment Mehemet Riza Beg arriva à Marseille, & ses beaux dits & gestes en cette Ville.
Début :
Or est il que Mehemet Riza Beg arriva à Marseille, aprés [...]
Mots clefs :
Mehmet Riza Beg, Marseille, Ville, Dame, Maison, Temps, Ambassadeur, Tête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHAPITRE III. Comment Mehemet Riza Beg arriva à Marseille, & ses beaux dits & gestes en cette Ville.
CHAPITRE III
Comment Mehemet Riza Beg
arriva à Marseille, fes
beaux dits & geftes en cette
Ville.
00 2102
Or eſt il que Mehemet Riza
Begarriva à Marſeille, aprés
avoir cû grandement pour fur
la Mer , & y avoir fait enrager
pendant toutes la traverGALANT.
75
fée , Padery & le Capitaine de
Cujes. Dés qu'il fut entre le
Chaſteau d'If& la Ville àune
demie lieuë du Port , on envoya
le Chaloupe à terre , an
noncer l'arrivée de Son Excel.
lence , qui s'impatientoit depuis
longtemps du ſéjour qu'
elle faisoit dans ſa Barque.
Mais comme l'uſage eſt defaire
faire quarantaine àtous les
baſtimens qui reviennent du
Levant , de crainte que ces
mauditsLevantins n'apportene
la peſte en France , il eût tout
le loiſir de s'impatienter encore.
On luy fit cependant
Gij
76 MERCURE
grace de quelques jours , mais
avant ſon débarquement ,A
goubheanhonnête homme&
riche Marchand Armenien ,
qui eſt encore icy pour les
affaires du Commerce ,& qui
étoit arrivé à Marseille, deux
mois avant luy , par le moyen
du Navire dans lequel M. de
Fontenu luy avoit procuré fon
embarquement àSmyrne , fut
à bord de fon bateau pour
luy rendre une viſite ; à la vûë
Mehemet ſe courrouça , &
entra dans une ſi grande fureur
, parce qu'il avoit eu le
bonheur d'arriver plutôt que
GALANT. 77
lu'y, qu'ilvoulut ſur le champ
luy couper la tête. Pluſieurs
Matēlots François qui ſejetterent
ſurluy , luy firent rengatner
ſon cimeterre ; mais il jura
par Mahomet qu'il ne porteroit
pas ſa tête bien loin. Cependant
l'eſperance qu'on lui
donna de le faire bien-tôt coucher
à la Ville , & quelques
pieces d'étoffe &d'argentl'appaiferent......
A la fin on le débarqua
avec tout ſon monde. Ce fut
alors que parut avec éclat la
magnificencede ſon équipage.
Deux gros paquets de vieux
Giij
78 MERCURE
haillons liez avec des cordes ,
& gras comme des bonnets
d'eſclaves , enchaſſez dans des
tapis de Perſe ſemblables à de
vieilles couvertures de mulet ,
compofoient ſachambre , fon
lit & la toilette. Chacun de
ſes domeſtiques portoit fon
bagage ſur ſon épaule , avec
quelques uſtancils de la cuiſine
de I Ambaſſadeur, dont la feule
pipe étoit portée avec refpoet
, comme en triomphe ,au
milieu de ce pompeux cortege.
Voicy l'ordre de ſa marche.
Des qu'il fut hors de la
Chaloupe , il trouva le long
GALANT. 79
du Port du côté où ſont les
Galeres,unevingtaine deChe.
vaux pourluy& pour ſes gens.
Ilmonta fur celuy qui luy fut
preſenté ,& au milieu de ſes
-ferviteurs conduit par le ſieur
-Defmarais , Lieutenant de la
Maréchauffée de Marseille il
arriva à la Maiſon de M de
-Cartigny , Tuivi d'une foule
depetitsenfans qui ne cefferent
de crier aprés luy, il a ch... au
lit. Il demanda à ſon Interaprete
de que fignifioient ſes
acclamations , l'officicux Paderi
qui rempliſſoit dignement
cette charge ,Huyorépondit ,
Giiij
80 MERCURE
que le Peuple parces, eris ,le
combloit de loüanges & de
benedictions. La joyes'empara
de fon ame , & un mouvement
de generoſué ſuccedant
àla joye, il fit jester à cettepopulace
qui estoit aſſemblée autour
de fa maiſon , pluſieurs
pieces de menuë monnoye
qu'il emprunta. Paderi qui depuis
a grapillé ſur tout , commença
à grapiller fur cette
hboralité. R
25) MarAtnou, Intendant des
Galeres, de Marfeille que la
Cour avoit changé de luy faire
tousles bons traitemens ima
GALANT. 81
ginables , le combla d'honneurs&
del preſents ,qu'il re-
-ceut comme une detre. Illexagera
d'abord àl'infini les droits
&la dépenſe des Ambaſfadeurs
de fon païs chez les autres
Nations du monde , il parla
d'un fimple Perfan comme
d'un demi Dicuà nôtre égard,
&de fonMaître à praportion,
ils'étonna qu'on n'eût pas en-
-voyé une Armée pour le recevoir
ſur la frontiere de noſtre
Empite yib murmura de nos
façonsille plaignit) della
mediocrité de fa dépenſe dont
il exigea da valeur en eſpecès
182 MERCURE
P
fonnantes , enfin il menaça de
s'enretourner en Perfe , ſa on
-ne luy donnoit pas des équipages
proportionnez à la magnificence
de ſes idées. Acette
amenace , M. Ainouluy dit
qu'il étoit le maître , & qu'il
avoit à ſon ſervice unVaiſſeau
tout prêt à mettre à la voile.
Cette maniere de décider luy
déplût , & il en auroit temoigné
fon refentiment à M.Arnou
fi les charmes de ſon épouafe
n'avoient pasofarvi d'obſti
èle à ſa colere. Un feulregard
des yeux de Madame Arnou
2(qui eſtune des plus gracicut
GALANC. 83
ſes femmes de France ,) fuffit
pour appaiſer ſon courroux. Il
luy fit de trés - jolis compliments
, & luy promit l'honneur
de ſa protection auprés
du Roy. La Dame receut ſes
offres de ſervice avec de grandes
démonttrations de reconnoiſſance&
de joyc.
Sur ces entrefaites Mi de
S. Olon arriva à Marseille ,
chargé d'amples commiffions
de laCour ſur tout ce qui concernoit
le ceremonial & le dé
tail de la maiſon de ſon Excellence
, à qui il avoir , en partantde
Paris , pris la peine d'é
84 MERCURE
crire une tres-belle & tresobligeante
Lettre , qui avoit
été receuë à peu prés , comme
il le fut luy même ; mais ces
minuties ne font qu'allonger
cette Hiſtoire , dont le Lecteur
s'impatiente déja de lire
les merveilleux & valeureux
évenements.
Lot.Decembre , treiziéme
jour de ſon arrivée àMar
feille , on le meria à l'Opera , où
(comme je l'ay dit dans mon
Journal , ) on luy avoit prepare
au milieu de l' Amphitheatre une
place pour luyſeul ,avecdes couf
fins un matelas couverts d'un
GALANT
riche tapis . M. de S. Olon étoit
affis à côté de luy sur un banc,
Paderi Dipiſes Interpretes
affis de l'autre , pour luy exp
quer de temps en temps quelques
endroits de l'Opera d'Amadis de
Grece , qu'on representoit alors.
Pendant tout le temps que dura
ce ſpectacle , il fuma à fon ordinaire.
Il prit du Thé &du Caffé,
&en envoyaà Madame l'Inten
dante & aux Dames qui étoient
dansſa loge ; il dit qu'ilavoit été
Surpris de la beautédu ſpectacle,
des danſes, de la musique ,
qu'il étoit charmé de tout ce qu'il
venoit de voir ; mais il ne ſe
1
86 MERCURE
vanta pas le même jour de la
vive atteinte de tendreſſe que
venoient de porter à fon coeur
les doux attraits deMeſdemoiſelles
Catin & Cato : ces deux
incomparables filles avoient fi
biendanſé,& fait àl'envil'une
de l'autre , de ſi jolies mines à
ſa fantaiſie , que l'infidele Mehemet
extafie de leurs gamba
des , en oublia les beaux yeux ,
qui dans cetteVille avoient été
ſes premiers vainqueurs ; en
quoy il fit tres ſagement. Il
raiſonna fort bien ſans doute
alors , & il n'y a dans cet endroit
de ſon Hiſtoire , certai-
८
GALANT. 87
•
nement pas licu d'en douter.
Voicy autant qu'il peutm'en
ſouvenir , à peu prés le raiſonnement
qu'il ſe fit. La premiere
Dame qui m'a plû icy , est une
Dame diftinguée par fon rang ,
comme par sa beauté ,&plus
verineuse encore qu'elle n'a de
graces de dignité, tant pis pour
elle. Que m'importe à moy d'aimer
une bonneste femme ?jiray
me caffer la tête contre un rocher
&jeperdray mon temps ,mapei
ne & mes pas . Voila ,parMa
homet , un joly Perſonnage pour
un Ambaſſateur d'un si grand
Empereur. Non non il nefera pas
88 MERCURE
L
dit quejefois venu de filoin , que
j'aye couru tant deperils , &que
je l'aye tanı defois échapéfibelle,
pour m' attacher à une cruelle affez
ennemie d'elle-même pour dédaigner
lesfaveurs inestimables dont
voudroit l'honorer un Musulman
tel que moy. Venez charmantes
Baladines que je viens de
voir danſer le cotillon defi bonne
grace,vous avez vous- même
trouvé grace devant ma face.Jay
encore dans ma valise quelques
vieilles peaux de Renard échapées
à l'avarice des Turcs زا dontje
prétends que vous vous faffiez
des bonnetsſuperbes , pour en orner
GALANT. 89
ner deformais vôtre chef. Cette
belle réſolution prife , il fit appeller
cceess Demoiſelles ,&leur
donna à chacune le preſent ſi
bien medité : il accompagna
cette galanterie de quelques
-careſſes qui mirent tellement
le coeur au ventre de ces deux
pauvres filles , qu'elles briguerent
avec ſuccés la conqueſte
du fien.
Une melancolie tendre , &
l'amour de la retraite ſont
ordinairement les premiers
effets d'une grande paffion.
Ondevient trifte , morne , tout
ennuye hors l'objet aimé, com-
Decembre 1715. H
4
१० MERCURE
me il avint à noſtre Ambaſfadeur
, il ſe ſequeſtra du monde
, il ſe fit apporter ſon caffé ,
ſa pipe & fa gamele dans l'endroitle
plus fecret de fa maifon,
il s'y enferma , & les palmes
de l'amour firent dans cet
appartement de fon Palais ,
les délices de ſon ſéjour.
Comment Mehemet Riza Beg
arriva à Marseille, fes
beaux dits & geftes en cette
Ville.
00 2102
Or eſt il que Mehemet Riza
Begarriva à Marſeille, aprés
avoir cû grandement pour fur
la Mer , & y avoir fait enrager
pendant toutes la traverGALANT.
75
fée , Padery & le Capitaine de
Cujes. Dés qu'il fut entre le
Chaſteau d'If& la Ville àune
demie lieuë du Port , on envoya
le Chaloupe à terre , an
noncer l'arrivée de Son Excel.
lence , qui s'impatientoit depuis
longtemps du ſéjour qu'
elle faisoit dans ſa Barque.
Mais comme l'uſage eſt defaire
faire quarantaine àtous les
baſtimens qui reviennent du
Levant , de crainte que ces
mauditsLevantins n'apportene
la peſte en France , il eût tout
le loiſir de s'impatienter encore.
On luy fit cependant
Gij
76 MERCURE
grace de quelques jours , mais
avant ſon débarquement ,A
goubheanhonnête homme&
riche Marchand Armenien ,
qui eſt encore icy pour les
affaires du Commerce ,& qui
étoit arrivé à Marseille, deux
mois avant luy , par le moyen
du Navire dans lequel M. de
Fontenu luy avoit procuré fon
embarquement àSmyrne , fut
à bord de fon bateau pour
luy rendre une viſite ; à la vûë
Mehemet ſe courrouça , &
entra dans une ſi grande fureur
, parce qu'il avoit eu le
bonheur d'arriver plutôt que
GALANT. 77
lu'y, qu'ilvoulut ſur le champ
luy couper la tête. Pluſieurs
Matēlots François qui ſejetterent
ſurluy , luy firent rengatner
ſon cimeterre ; mais il jura
par Mahomet qu'il ne porteroit
pas ſa tête bien loin. Cependant
l'eſperance qu'on lui
donna de le faire bien-tôt coucher
à la Ville , & quelques
pieces d'étoffe &d'argentl'appaiferent......
A la fin on le débarqua
avec tout ſon monde. Ce fut
alors que parut avec éclat la
magnificencede ſon équipage.
Deux gros paquets de vieux
Giij
78 MERCURE
haillons liez avec des cordes ,
& gras comme des bonnets
d'eſclaves , enchaſſez dans des
tapis de Perſe ſemblables à de
vieilles couvertures de mulet ,
compofoient ſachambre , fon
lit & la toilette. Chacun de
ſes domeſtiques portoit fon
bagage ſur ſon épaule , avec
quelques uſtancils de la cuiſine
de I Ambaſſadeur, dont la feule
pipe étoit portée avec refpoet
, comme en triomphe ,au
milieu de ce pompeux cortege.
Voicy l'ordre de ſa marche.
Des qu'il fut hors de la
Chaloupe , il trouva le long
GALANT. 79
du Port du côté où ſont les
Galeres,unevingtaine deChe.
vaux pourluy& pour ſes gens.
Ilmonta fur celuy qui luy fut
preſenté ,& au milieu de ſes
-ferviteurs conduit par le ſieur
-Defmarais , Lieutenant de la
Maréchauffée de Marseille il
arriva à la Maiſon de M de
-Cartigny , Tuivi d'une foule
depetitsenfans qui ne cefferent
de crier aprés luy, il a ch... au
lit. Il demanda à ſon Interaprete
de que fignifioient ſes
acclamations , l'officicux Paderi
qui rempliſſoit dignement
cette charge ,Huyorépondit ,
Giiij
80 MERCURE
que le Peuple parces, eris ,le
combloit de loüanges & de
benedictions. La joyes'empara
de fon ame , & un mouvement
de generoſué ſuccedant
àla joye, il fit jester à cettepopulace
qui estoit aſſemblée autour
de fa maiſon , pluſieurs
pieces de menuë monnoye
qu'il emprunta. Paderi qui depuis
a grapillé ſur tout , commença
à grapiller fur cette
hboralité. R
25) MarAtnou, Intendant des
Galeres, de Marfeille que la
Cour avoit changé de luy faire
tousles bons traitemens ima
GALANT. 81
ginables , le combla d'honneurs&
del preſents ,qu'il re-
-ceut comme une detre. Illexagera
d'abord àl'infini les droits
&la dépenſe des Ambaſfadeurs
de fon païs chez les autres
Nations du monde , il parla
d'un fimple Perfan comme
d'un demi Dicuà nôtre égard,
&de fonMaître à praportion,
ils'étonna qu'on n'eût pas en-
-voyé une Armée pour le recevoir
ſur la frontiere de noſtre
Empite yib murmura de nos
façonsille plaignit) della
mediocrité de fa dépenſe dont
il exigea da valeur en eſpecès
182 MERCURE
P
fonnantes , enfin il menaça de
s'enretourner en Perfe , ſa on
-ne luy donnoit pas des équipages
proportionnez à la magnificence
de ſes idées. Acette
amenace , M. Ainouluy dit
qu'il étoit le maître , & qu'il
avoit à ſon ſervice unVaiſſeau
tout prêt à mettre à la voile.
Cette maniere de décider luy
déplût , & il en auroit temoigné
fon refentiment à M.Arnou
fi les charmes de ſon épouafe
n'avoient pasofarvi d'obſti
èle à ſa colere. Un feulregard
des yeux de Madame Arnou
2(qui eſtune des plus gracicut
GALANC. 83
ſes femmes de France ,) fuffit
pour appaiſer ſon courroux. Il
luy fit de trés - jolis compliments
, & luy promit l'honneur
de ſa protection auprés
du Roy. La Dame receut ſes
offres de ſervice avec de grandes
démonttrations de reconnoiſſance&
de joyc.
Sur ces entrefaites Mi de
S. Olon arriva à Marseille ,
chargé d'amples commiffions
de laCour ſur tout ce qui concernoit
le ceremonial & le dé
tail de la maiſon de ſon Excellence
, à qui il avoir , en partantde
Paris , pris la peine d'é
84 MERCURE
crire une tres-belle & tresobligeante
Lettre , qui avoit
été receuë à peu prés , comme
il le fut luy même ; mais ces
minuties ne font qu'allonger
cette Hiſtoire , dont le Lecteur
s'impatiente déja de lire
les merveilleux & valeureux
évenements.
Lot.Decembre , treiziéme
jour de ſon arrivée àMar
feille , on le meria à l'Opera , où
(comme je l'ay dit dans mon
Journal , ) on luy avoit prepare
au milieu de l' Amphitheatre une
place pour luyſeul ,avecdes couf
fins un matelas couverts d'un
GALANT
riche tapis . M. de S. Olon étoit
affis à côté de luy sur un banc,
Paderi Dipiſes Interpretes
affis de l'autre , pour luy exp
quer de temps en temps quelques
endroits de l'Opera d'Amadis de
Grece , qu'on representoit alors.
Pendant tout le temps que dura
ce ſpectacle , il fuma à fon ordinaire.
Il prit du Thé &du Caffé,
&en envoyaà Madame l'Inten
dante & aux Dames qui étoient
dansſa loge ; il dit qu'ilavoit été
Surpris de la beautédu ſpectacle,
des danſes, de la musique ,
qu'il étoit charmé de tout ce qu'il
venoit de voir ; mais il ne ſe
1
86 MERCURE
vanta pas le même jour de la
vive atteinte de tendreſſe que
venoient de porter à fon coeur
les doux attraits deMeſdemoiſelles
Catin & Cato : ces deux
incomparables filles avoient fi
biendanſé,& fait àl'envil'une
de l'autre , de ſi jolies mines à
ſa fantaiſie , que l'infidele Mehemet
extafie de leurs gamba
des , en oublia les beaux yeux ,
qui dans cetteVille avoient été
ſes premiers vainqueurs ; en
quoy il fit tres ſagement. Il
raiſonna fort bien ſans doute
alors , & il n'y a dans cet endroit
de ſon Hiſtoire , certai-
८
GALANT. 87
•
nement pas licu d'en douter.
Voicy autant qu'il peutm'en
ſouvenir , à peu prés le raiſonnement
qu'il ſe fit. La premiere
Dame qui m'a plû icy , est une
Dame diftinguée par fon rang ,
comme par sa beauté ,&plus
verineuse encore qu'elle n'a de
graces de dignité, tant pis pour
elle. Que m'importe à moy d'aimer
une bonneste femme ?jiray
me caffer la tête contre un rocher
&jeperdray mon temps ,mapei
ne & mes pas . Voila ,parMa
homet , un joly Perſonnage pour
un Ambaſſateur d'un si grand
Empereur. Non non il nefera pas
88 MERCURE
L
dit quejefois venu de filoin , que
j'aye couru tant deperils , &que
je l'aye tanı defois échapéfibelle,
pour m' attacher à une cruelle affez
ennemie d'elle-même pour dédaigner
lesfaveurs inestimables dont
voudroit l'honorer un Musulman
tel que moy. Venez charmantes
Baladines que je viens de
voir danſer le cotillon defi bonne
grace,vous avez vous- même
trouvé grace devant ma face.Jay
encore dans ma valise quelques
vieilles peaux de Renard échapées
à l'avarice des Turcs زا dontje
prétends que vous vous faffiez
des bonnetsſuperbes , pour en orner
GALANT. 89
ner deformais vôtre chef. Cette
belle réſolution prife , il fit appeller
cceess Demoiſelles ,&leur
donna à chacune le preſent ſi
bien medité : il accompagna
cette galanterie de quelques
-careſſes qui mirent tellement
le coeur au ventre de ces deux
pauvres filles , qu'elles briguerent
avec ſuccés la conqueſte
du fien.
Une melancolie tendre , &
l'amour de la retraite ſont
ordinairement les premiers
effets d'une grande paffion.
Ondevient trifte , morne , tout
ennuye hors l'objet aimé, com-
Decembre 1715. H
4
१० MERCURE
me il avint à noſtre Ambaſfadeur
, il ſe ſequeſtra du monde
, il ſe fit apporter ſon caffé ,
ſa pipe & fa gamele dans l'endroitle
plus fecret de fa maifon,
il s'y enferma , & les palmes
de l'amour firent dans cet
appartement de fon Palais ,
les délices de ſon ſéjour.
Fermer
13
p. 100-113
CHAPITRE V. Suite du Chapitre precedent, & de quantité d'autres belles choses que fit & dit Mehemet, jusqu'au jour qu'il sortit de Marseille.
Début :
Si tout ce qu'il y a d'écrivains négligents, semez comme [...]
Mots clefs :
Mehmet Riza Beg, Monde, Maître, Marseille, Empereur d'Orient, Roi de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHAPITRE V. Suite du Chapitre precedent, & de quantité d'autres belles choses que fit & dit Mehemet, jusqu'au jour qu'il sortit de Marseille.
CHAPITRE V.
t
Suite du Chapitre precedent ,
de quantité d'autres belles cho-
1. fes que fit & dit Mibemet,
jusqu'au jour qu'il fortit de
Marseille.
-30
जी
Si tout ce qu'il y a d'écrivains
négligents , ſemez.comme
vermine dans tous les Etats
du monde , imitoient mon
exactitude à conter juſqu'aux
moindres circonstances des
évenemens que j'expoſe aux
yeux du Public , l'excés du tra
GALANT. 101
vail les dégoûteroit , & nous
affranchiroit bien-toſt de l'en
nuy que nous cauſe leurs miferables
écrits. Pour moy qui
ne veux rien laiffer à defirer
au Lecteur,jeiluy apprends que
Mehemet de retour à la Ville,
aprés avoir coupé les jambes
du belier , & tué lon cochon ,
alla chez Midame l'Intendante
, où il trouvaluurn grand
nombre de belles Dames af
ſemblées,quiil ſedéchauſſa en
leur prefence,& fe careffa avec
ſes mains les doigts &la plante
des pieds . Ce tableau n'eſt pas
beau; mais ce n'eſt pas ma
Getableau
Iiij
102 MERCURE
faute,il eft indiſpentablement
attaché à la verité de cette
Hiſtoire. En même temps il
leur fit comprendre par grimace
& par Interprete , qu'il
venoit de faire les deux plus
beaux coups du monde. Alors
pour celebrer avec plus d'honneur
cette double victoire ,
Madame l'Intendante l'invita
àdiner le lendemain chez elle;
il topa à la propoſition , &
fut fe coucher en attendant.
Je ne ſçaymaintenantcommentme
tirer du mauvais pas
où je ſuis,j'ay bien peur que
le piedne me gliffe ;& tout ce
GALANT. 103
que je peux vous dire de plus
vray, c'eſt que c'eſt icy un des
chefs d'oeuvre de mon recit ...
deux mots néanmoins fuffiront
peutd'affaire
.
eſtre , pour me tirer
Pendant que Mehemet faifoit
ſa viſite , l'obligeant Padery
introduiſoit dans la
chambre de Son Excellence ,
la Payſane dont nous avons
parlé tantoſt , où il l'entretint
à ſon dam , juſqu'au retour
de fon Maiſtre. Vers les
quatre ou cinq heures du matin
, le Coq chanta , Mehemer
s'éveilla , & la belle s'en alla
I iiij
104 MERCURE
attendre le jour chez fon con
ducteur. Enfin aprés bien des
vetilles qui n'ont nul rapport
aux faits importants de cette
Hiſtoire , midy fonna. Alors
l'Ambaffadeur fit une douzaine
de nouvelles incartades
avant de ſe rendre à la maiſon
de Madame Arnou , que ſes
marmitons Muſulmans avoient
dés le matin eſté mettre
en defordre , pour préparer le
feftin de leur Maiſtre , qui ne
voulut jamais fouffrir,ni avant,
ni aprés , que les Chreſtiens
touch fient à ſes viandes.
Ala fin tous les convives fe
GALANT. 103
i
!
mirent à table ; Mehemet fut
ſeplanter commeun finge, au
milieu d'un Theatre qu'on
avoit dreffé dans l'endroit de
la falle où il convenoit qu'il
fut. Alors M. Arnou luy fit
le Salamalek , en luy portant
la ſanté du Roy , qu'il refuſa
longtemps de boire , diſant
pour ſes raiſons que c'eſtoir
à luy M. Arnou à boire le
premier à la fanté du Sophi
fon Maiſtre , qu'il ne pou
voit pas donner une moindre
marque de refſpect au plus
grand Seigneur du monde , &
qu'aprés qu'il luy auroitrendu
:
106 MERCURE
cethommage, il verroit cequ'il
auroit àfaire àl'égard du Roy
de France , qui n'entroit pas à
fon gré en comparaiſon , avec
le plus puffant Empereur de
l'Orient. La diſpute s'échauffa
fur ce point , &de telle façon,
que peu s'en fallut que tout le
feſtin ne fut troublé , que les
tables ne fuſſent culbutées , &
qu'enfin il ne s'en retournât
ſans boite. Ce qui ſeroit arrivé
fans miracle , fiun perſonnage
bien avifé , n'avoit criéà pleine
voix , Meſſeigneurs , Meffieurs.
Mesdames , pour rétablir icy
le calme &l'union qui doivent
GALANT. 107
estreparmy nous , &pour empêcher
que du reſte de ce jour, la
difcorde aux crins heriffeznetrouble
la tranquillité de cettefeste,
j'opine qu'il convientàla Majesté
des deux Empereurs qui donnent
lieu à cette altercation que
Monfieur Mehemet Riza Beg,
Monsieur Arnou boivent chacun
en même temps à lafanté des
Rois deurs Maistres.
Auffitoftdit, auſſi coſt fait,
les deux coupes furent remplies
de part & d'autre , l'une
de vin,& l'autre de forbet pour
le Mahometan. Hs bûrene
cofia chacun leur portion
108 MERCURE
Alors l'aſſemblée ſe mit à cries
vivent , vivent les deux Empereurs
, les boëtes à tirer , les
violons , tambours , fifres , &
haut bois à joüer, les tables à
ſe couvrir , & les convivés à
manger...
On m'a affûré maintes fois
que Mehemet, en mangeant
fon pileau , avoit dit dans le
repas quantité de belles chofes;
en voicyuneentreautres, c'eſt
une douceur dont il regala
MadameArnou. Vous estes, luy
dit il , Noble comme un Palmier,
vermeille comme une cerise, et
belle comme la Lune , &ficher
CALANT. 109
rie du S. Prophète , que ſi vow's
vouliez emb affer l'Alcoran , il
vous aimerott aprés vostre mort ,
plus que la mieux aimée de toutes
fes femmes ,& vous feriez enfemble
les bonneurs &les delices
defon Paradis.
La Dame le remercia fort
poliment de la magnificence
-dedecompliment,&la feſte ſe
paſſa en paix & en lieffe. Le
four on fit un grand lanſquenet
avec pluſieurs repriſes
d'hombre , où l'Ambaſſadeur
auroit cûle loiſir de s'ennuyer
longtemps f, i Madame Arnou
& quelques Dames n'a
110 MERCURE
voient pas cû l'honnêteté de
quitter le jeu pour aller s'en.
nuyer avecluy. Cefut encette
occaſion qu'il dit par reconnoiffance
à Madame Arnou
qu'elle étoit uneDame pleine
de merite & d'eſprit , qu'elle
ſçavoit fort bien vivre ,& qu'il
rendroit un bon témoignage
d'elle à la Cour & aux Minif
tres.
Cette converſation& tous
les plaiſirs de cette journée
finis , il retourna à ſa maiſon
avec fon cortege ordinaire
& le même ſoir il effuya une
furicuſe aubade de MademoiGALANT
هللا
felle Catin , qui avoit appris
avec douleur l'avanture de la
Payſane , & qui la luy avoit
reprochée avectant d'aigreur
qu'il ciût ne pouvoit mieux
faire , pour la ranger à fon
devoir , que luy caffer fur le
viſage ,un platde fayence qui
ſe trouva ſous ſa main. Cette
querelle n'eût pas de ſuite ,une
petite generofité &quelques
careffes réparérent tout ce
déſordre.
Le lendemain M. de S.
Olon , dont il avoit cent fois
mis la patience à bout , fut
luyfignifier qu'il falloit partir
112 MERCURE
de Martealle , & s'acheminer
pour la Capitale de ceRoyaume,
il luy remontra que la rigueur
de la ſaiſon , la fonte
des neiges , & le débordement
des rivieres , leur pourroient
ôter les moyens de fortir de
la Provence , s'il attendoit que
cesCinconveniens empêchaf
fent la fuite de ſon voyage ;
mais Mehemet ſe trouvoit
bien à Marseille ,& la crainte
d'entortir auſſi toſt queM. de
S. Olon' le prétendoit , le mit .
dans une ſigrande colere, qu'il
jura de tout tuër , ſi on ne le
laffoit en scpos. Onil'appaila
pourtant
GALANT
pourtant encore
& on fit fi
bien à force de bellesraiſons ,
que le vingt-deux Decembre
1714 on le ravit aux inconſolableshabitans
deMarſeille.
t
Suite du Chapitre precedent ,
de quantité d'autres belles cho-
1. fes que fit & dit Mibemet,
jusqu'au jour qu'il fortit de
Marseille.
-30
जी
Si tout ce qu'il y a d'écrivains
négligents , ſemez.comme
vermine dans tous les Etats
du monde , imitoient mon
exactitude à conter juſqu'aux
moindres circonstances des
évenemens que j'expoſe aux
yeux du Public , l'excés du tra
GALANT. 101
vail les dégoûteroit , & nous
affranchiroit bien-toſt de l'en
nuy que nous cauſe leurs miferables
écrits. Pour moy qui
ne veux rien laiffer à defirer
au Lecteur,jeiluy apprends que
Mehemet de retour à la Ville,
aprés avoir coupé les jambes
du belier , & tué lon cochon ,
alla chez Midame l'Intendante
, où il trouvaluurn grand
nombre de belles Dames af
ſemblées,quiil ſedéchauſſa en
leur prefence,& fe careffa avec
ſes mains les doigts &la plante
des pieds . Ce tableau n'eſt pas
beau; mais ce n'eſt pas ma
Getableau
Iiij
102 MERCURE
faute,il eft indiſpentablement
attaché à la verité de cette
Hiſtoire. En même temps il
leur fit comprendre par grimace
& par Interprete , qu'il
venoit de faire les deux plus
beaux coups du monde. Alors
pour celebrer avec plus d'honneur
cette double victoire ,
Madame l'Intendante l'invita
àdiner le lendemain chez elle;
il topa à la propoſition , &
fut fe coucher en attendant.
Je ne ſçaymaintenantcommentme
tirer du mauvais pas
où je ſuis,j'ay bien peur que
le piedne me gliffe ;& tout ce
GALANT. 103
que je peux vous dire de plus
vray, c'eſt que c'eſt icy un des
chefs d'oeuvre de mon recit ...
deux mots néanmoins fuffiront
peutd'affaire
.
eſtre , pour me tirer
Pendant que Mehemet faifoit
ſa viſite , l'obligeant Padery
introduiſoit dans la
chambre de Son Excellence ,
la Payſane dont nous avons
parlé tantoſt , où il l'entretint
à ſon dam , juſqu'au retour
de fon Maiſtre. Vers les
quatre ou cinq heures du matin
, le Coq chanta , Mehemer
s'éveilla , & la belle s'en alla
I iiij
104 MERCURE
attendre le jour chez fon con
ducteur. Enfin aprés bien des
vetilles qui n'ont nul rapport
aux faits importants de cette
Hiſtoire , midy fonna. Alors
l'Ambaffadeur fit une douzaine
de nouvelles incartades
avant de ſe rendre à la maiſon
de Madame Arnou , que ſes
marmitons Muſulmans avoient
dés le matin eſté mettre
en defordre , pour préparer le
feftin de leur Maiſtre , qui ne
voulut jamais fouffrir,ni avant,
ni aprés , que les Chreſtiens
touch fient à ſes viandes.
Ala fin tous les convives fe
GALANT. 103
i
!
mirent à table ; Mehemet fut
ſeplanter commeun finge, au
milieu d'un Theatre qu'on
avoit dreffé dans l'endroit de
la falle où il convenoit qu'il
fut. Alors M. Arnou luy fit
le Salamalek , en luy portant
la ſanté du Roy , qu'il refuſa
longtemps de boire , diſant
pour ſes raiſons que c'eſtoir
à luy M. Arnou à boire le
premier à la fanté du Sophi
fon Maiſtre , qu'il ne pou
voit pas donner une moindre
marque de refſpect au plus
grand Seigneur du monde , &
qu'aprés qu'il luy auroitrendu
:
106 MERCURE
cethommage, il verroit cequ'il
auroit àfaire àl'égard du Roy
de France , qui n'entroit pas à
fon gré en comparaiſon , avec
le plus puffant Empereur de
l'Orient. La diſpute s'échauffa
fur ce point , &de telle façon,
que peu s'en fallut que tout le
feſtin ne fut troublé , que les
tables ne fuſſent culbutées , &
qu'enfin il ne s'en retournât
ſans boite. Ce qui ſeroit arrivé
fans miracle , fiun perſonnage
bien avifé , n'avoit criéà pleine
voix , Meſſeigneurs , Meffieurs.
Mesdames , pour rétablir icy
le calme &l'union qui doivent
GALANT. 107
estreparmy nous , &pour empêcher
que du reſte de ce jour, la
difcorde aux crins heriffeznetrouble
la tranquillité de cettefeste,
j'opine qu'il convientàla Majesté
des deux Empereurs qui donnent
lieu à cette altercation que
Monfieur Mehemet Riza Beg,
Monsieur Arnou boivent chacun
en même temps à lafanté des
Rois deurs Maistres.
Auffitoftdit, auſſi coſt fait,
les deux coupes furent remplies
de part & d'autre , l'une
de vin,& l'autre de forbet pour
le Mahometan. Hs bûrene
cofia chacun leur portion
108 MERCURE
Alors l'aſſemblée ſe mit à cries
vivent , vivent les deux Empereurs
, les boëtes à tirer , les
violons , tambours , fifres , &
haut bois à joüer, les tables à
ſe couvrir , & les convivés à
manger...
On m'a affûré maintes fois
que Mehemet, en mangeant
fon pileau , avoit dit dans le
repas quantité de belles chofes;
en voicyuneentreautres, c'eſt
une douceur dont il regala
MadameArnou. Vous estes, luy
dit il , Noble comme un Palmier,
vermeille comme une cerise, et
belle comme la Lune , &ficher
CALANT. 109
rie du S. Prophète , que ſi vow's
vouliez emb affer l'Alcoran , il
vous aimerott aprés vostre mort ,
plus que la mieux aimée de toutes
fes femmes ,& vous feriez enfemble
les bonneurs &les delices
defon Paradis.
La Dame le remercia fort
poliment de la magnificence
-dedecompliment,&la feſte ſe
paſſa en paix & en lieffe. Le
four on fit un grand lanſquenet
avec pluſieurs repriſes
d'hombre , où l'Ambaſſadeur
auroit cûle loiſir de s'ennuyer
longtemps f, i Madame Arnou
& quelques Dames n'a
110 MERCURE
voient pas cû l'honnêteté de
quitter le jeu pour aller s'en.
nuyer avecluy. Cefut encette
occaſion qu'il dit par reconnoiffance
à Madame Arnou
qu'elle étoit uneDame pleine
de merite & d'eſprit , qu'elle
ſçavoit fort bien vivre ,& qu'il
rendroit un bon témoignage
d'elle à la Cour & aux Minif
tres.
Cette converſation& tous
les plaiſirs de cette journée
finis , il retourna à ſa maiſon
avec fon cortege ordinaire
& le même ſoir il effuya une
furicuſe aubade de MademoiGALANT
هللا
felle Catin , qui avoit appris
avec douleur l'avanture de la
Payſane , & qui la luy avoit
reprochée avectant d'aigreur
qu'il ciût ne pouvoit mieux
faire , pour la ranger à fon
devoir , que luy caffer fur le
viſage ,un platde fayence qui
ſe trouva ſous ſa main. Cette
querelle n'eût pas de ſuite ,une
petite generofité &quelques
careffes réparérent tout ce
déſordre.
Le lendemain M. de S.
Olon , dont il avoit cent fois
mis la patience à bout , fut
luyfignifier qu'il falloit partir
112 MERCURE
de Martealle , & s'acheminer
pour la Capitale de ceRoyaume,
il luy remontra que la rigueur
de la ſaiſon , la fonte
des neiges , & le débordement
des rivieres , leur pourroient
ôter les moyens de fortir de
la Provence , s'il attendoit que
cesCinconveniens empêchaf
fent la fuite de ſon voyage ;
mais Mehemet ſe trouvoit
bien à Marseille ,& la crainte
d'entortir auſſi toſt queM. de
S. Olon' le prétendoit , le mit .
dans une ſigrande colere, qu'il
jura de tout tuër , ſi on ne le
laffoit en scpos. Onil'appaila
pourtant
GALANT
pourtant encore
& on fit fi
bien à force de bellesraiſons ,
que le vingt-deux Decembre
1714 on le ravit aux inconſolableshabitans
deMarſeille.
Fermer
14
p. 113-129
CHAPITRE VI. DES AVANTURES, disgraces, & extravagances singulieres qui arriverent, pendant le voyage de Mehemet, depuis Marseille, jusqu'à Lyon.
Début :
Une des principales difficultez qui faisoient apprehender à [...]
Mots clefs :
Mehmet Riza Beg, Ambassadeur, Lyon, Marseille, Valence, Compliment, Paris, Officiers, Soldats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHAPITRE VI. DES AVANTURES, disgraces, & extravagances singulieres qui arriverent, pendant le voyage de Mehemet, depuis Marseille, jusqu'à Lyon.
CHAPITRE VI.
DES AVANTURES ,
disgraces , extravagances
fingulieres qui arriverent,pendant
le voyage de Mehemet د
depuis Marseille , jusqu'à
Lyon.
Une des principales difficultez
qui faifoient apprehender à
Decembre 1715 .. K
114 MERCURE
Mehemet fon départ de Marſeille
, c'eſt qu'après avoir em
prunté à toutes mains , il y
eſtoitredevable àtout lemonde
,&qu'il ne devoit fa braverie
en robes d'étoffes d'or &
d'argent pour couvrirſa mifeargent
pou
il eſt fort bien dit recomme il
dans l'Opera de Theonoe )
pout cacher fai bien que mal
la pauvreté des fiens ,& pour
caparaçonner les chevaux
qu'on cut l'indulgence de luy
prêter , qu'à la bonté de quelques
Marchands qui luy avancerent
à beaux deniers comptants,
le prix de ces dépenfes.
Il craignit le blame&les noms
GALANT. τις
odieux quenous donnons volontiers
à tous ceux qui nous
eſcroquent. Neanmoins il ſo
tira de ce mauvais pas ſous
caution , & monta enfin à
chevalle 22. du mois de Decembre
1714.
Il ſe lamenta à la porte de
cette belle Ville , de regret de
la quitter , & voyagea ainfi
juſqu'à Aix , d'où la mauvaiſe
humeur l'accompagna
tout le lendemain juſqu'à
Lambeze , & fi M. Honoré ,
Aſſeſſeur des Etats , à ladite
Ville, n'avoit étudié,compofé,
&prononcé enfin àMehemet
Kij
116 MERCURE
un tres beau&tres long compliment
où ſon Excellence
n'entendoit rien , ny les Interprêtes
non plus , peut eltre
que le reſte de l'auditoire , ſa
melancolie auroit pû avoir des
fuites tres fâcheuſes ; mais les
Dames vinrent heureuſement
àla queuë de ce compliment ,
l'Ambaſſadeur les trouva bellcs
,& les receut bien . I fuma,
ſoupa , fe coucha& dormit de
même.
Lelendemain il ſe levapour
aller à Orgon ; mais avant
d'arriver à cette Ville , il luy
fallut paffer la Durance , qui
GALANT. 117
eſt la plus capricieuſe riviere
de France , & qui ſe trouva
malheureuſement pour luy, le
même jour , d'auſſi méchante
humeurqu'il avoit eſté la veille
& la furveille. Cependant
aprés bien des peines & des
perils , il la traverſa à force
de bras , ſes Mariniers invoquant
d'un côté S. Nicolas ,&
luy& fsgens , Mahomet du
leur , ce qui fit , à ce que l'on
m'a afſcuré ,un conflit deJurif
diction qui penſa tout gâter.
Orgon eſt untrou où on ne
fot pa curieux de voir
où il ne s'ennuya qu'une nuit,
,&
118 MERCURE
guere
Delà il fut à Avignon
mais il n'y fut pas bien receu
parlaraiſon queles Orientaux,
quelques zelez Musulmans
qu'ils folent,ne trouvent
leurcompte dans les Etats du
S Pere Auſfi en déguerpit- il
le lendemain du grand matin,
pour aller coucher àOrange,
où il paffa une ſoirée fort
agreable. Les habitans de ce
canton ne font pas ſi ſcrupuleux
que leurs voiſins , & l'on
ne trouve pas aux portes de
leur Ville ( comme aux environs
)des ſoldats qui couchent
en joug les paffants, pour leur
GALANT. 119
faire dire leur Confiteor. Fy ay
dit le mien , moy qui vous parle,
j'ay eu bien peur, que la pour
ne me le fit oublier , auquel cas
j'étois tondu. A Orange , vous
dis-je,Mehemet fut charméde
la bonne compagnie , tout le
monde s'empreffaale divertir,
&par reconnoiffance il fit prefenter
du thé &du caffe àtout
le monde ; mais per fonne n'en
voulut. Il fit enfuite trois
triftes couchées; mais en revanche
il luy arriva à Valence
une avanture digne de
toute l'attention du Lecteur ,
&de tous les efforts de l'imagination
de l'Auteur.
120 MERCURE
Un empreſſe porteur de
mauvaiſes nouvelleseſtoit parti
la veille de Montelimar , &
&eſtoit venu àtoute bride annoncer
( comme choſe trés
importante ) aux Habitans ,
Echevins , Maire &Gouverneur
de Valence , que le len
demain l'Ambaſſadeur, de
Per ſe y devoit arriver avec tout
fon train. Alors les bonnes
gens s'imaginent que c'eſt tout
au moins le grand Mogol qui
va tomber chez eux , ils fonnent
la groſſe Cloche de la
Ville , les Magiſtrats s'affemblent
, le peuple fourmille
surp
CALANT. II
dansles ruës ,onamorçe les canons
des remparts, on prepare
des feux d'artifice , on dreſſe
tout l'appareil d'ungrandbanquet,&&
l'om ordonne àla gare
niſon de prendre les armes au
premier coup de tambour.
Tout ainſi diſpoſé ,on attend
Son Excellence , à bon
efcient. Elle arrive en effet
vers lestrois heures aprés midi,
alors chacun s'empreffe à re-
1 garder d'un oeil de pitié une
troupe deBohêmes , moüillez
juſqu'auxios , faits comme des
mouces& érintez comme des
foldats de recruë. Un brancart
Decembre 1715 .
22 MERCURE
porté pardes mules, fur deiquel
dit on, font les Preſents meſe
timables que le Grand Sophi
envoye au Roy ,8s douxipants
vres caleches crotécs. juſques
par deſſus l'imperial,dans lafa
quelles ſont ſagement , àdeur
aife , &incognito ,Models.
Olon , & deux ou trois autres
François que deuts commif
fions attachentàla fuite de ce
charmantEtrangerade role
Quandiphanoommencé
une fortiſe, on veut llachever,
celaeſtde l'uſage ,la dépense
de cellercy étoit faire ,&coles
entrepreneursde cette fottiſe
n'en voulurent pas avoir ledéGALANT
1
7
menti La voicytelle à peu prés
qu'on me l'a écrite.
Le Maire de Valence mal
informéapparemmentdesufa
ges& coûtumes de l'Alcoran
ſe rendit en robede ceremo
nic accompagné d'un bon
nombre deRobins , ſuivis chacun
de leurs domestiques au
logis de l'Ambaſſadeur , à qui
il fit un beau compliment,
en luy preſentant le vin de la
Ville. Mehemer impatient
d'apprendre ce que ſignifioit
ce nouveau ceremonial , demanda
ce qu'il y avoit dans
ces bouteilles. On luy dit que
4
Lij
4
124 MERCURE
C'étoit du vin.Alors le feu
luy montant au vifage , il dit ,
enmettant la main fur la poignée
de fon fabre , est- ce pour
on'infulter que cette canaille m'apporte
du vin, à moyqui n'en bois
pas? parMahomet, fi ces gens ne
fortent , fi on ne leurcaffe toutà
l'heure leurs bouteilles fur la
teste,je les vais tous exterminer.
On ne les fir pas languir pour
leur apprendre l'intention de
Monfieur Ambaladeur , ny
pour les hater de gagner l'ef
calier , d'où ils furent bien tốt
dans la rue, à fe regarder comne
des gens parfaitement ré
GALANT, 125
compenfez de leur ſotte civili
té. Cependant les, Interpretes,
& les Armeniens/quicſtoient
à ſon ſervice , s'accommode.
rent àbon compte du prefent
des Mflieurs de Ville , dont
ils bûrent le vin à bon mart
ché.
2 Le même foit il arriva une
autre avanture non moins fin,
guliere que celle cy , mais
d'une nature bien differente.
On avoit détaché des compa
gnies de lagarniſon, un certain
nombre de foldats pour mont
ter la garde à la maiſon de
Mehemet. Le ſieur des Marais,
Liij
126 MERCURE
Lieutenantde la Marechauffée
de Marseille , qui avoit ordre
de ſuivre l'Ambaſſadeur julqu'à
Paris,&d'eſcorter ſesPre
ſents avecquatre archers de ſa
brigade , regarda cette nouvel.
le garde comme une injure
qu'on luy faiſoit ,& prétendie
que l'Officier & les foldats
qu'on avoit envoyez pour
honorer d'avantage le Per
fan , n'avoient rien à faire , ny
de garde à monter où il eſtoir?
L'Officier commandé , voulut
de ſon cofté faire ſon devoir ,
& ſans écouter le verbiage du
Gout des Marais ,alloit faire
GALANT. 127
main baſſe ſurduy & fur fes
gans zadorſque l'Ambaffadeur
parut. Sa prefence appaifa ce
tumulte , & l'Officier fut congediende
son poste avec fes
foldatsios abaca da
ob Lerefte de cette nuit ſe paffarà
Vordinziic both al
Lelendemainil fut coucher
S Vallier , &de Vallier à
Vienne, où il reçût des hon
neurs plus fimples , & mieux
concertez qu'à Valence , &
dont ill fortit tres- content',
pour se rendre à Lyon , cù il
luy arriva des chofes firares,
que d'eſpace qu'elles occu-
Liiij
128 MERCURE
peroientacyyme déterminerà
renmedtrela urie autre fois à les
conter: Je diviſeray cate Hif
toire en quatreparties, fil'on
eft contentdecellequ'onvient
de lire ; la ſeconde contiendra
les Avantures deMehemetde.
puis la Ville de Lyon , où jede
laiſſe juſqu'au jour de fontEntrée
à Paris lastroiſiénič & la
quatriéme inſtruiront le Leereur
detoutes les circonstances
curieuſes de ſon Audience à
Verfailles ,&de ſon ſéjourlà
Paris, juſqu'au jour de fonembarquement
au Havrerne vul
-Plus nous irons en avant,
GALANT. 129
plus nous verrons le beau &
le merveilleux de cetre Hif
toire. Ainſt il eſtidevoſtreprudence
de m'encourager àvous
sseenniirruppaarroollee,, ſſiiivvoous eſtes cur
Tieux d'en ſçavoir la fina
DES AVANTURES ,
disgraces , extravagances
fingulieres qui arriverent,pendant
le voyage de Mehemet د
depuis Marseille , jusqu'à
Lyon.
Une des principales difficultez
qui faifoient apprehender à
Decembre 1715 .. K
114 MERCURE
Mehemet fon départ de Marſeille
, c'eſt qu'après avoir em
prunté à toutes mains , il y
eſtoitredevable àtout lemonde
,&qu'il ne devoit fa braverie
en robes d'étoffes d'or &
d'argent pour couvrirſa mifeargent
pou
il eſt fort bien dit recomme il
dans l'Opera de Theonoe )
pout cacher fai bien que mal
la pauvreté des fiens ,& pour
caparaçonner les chevaux
qu'on cut l'indulgence de luy
prêter , qu'à la bonté de quelques
Marchands qui luy avancerent
à beaux deniers comptants,
le prix de ces dépenfes.
Il craignit le blame&les noms
GALANT. τις
odieux quenous donnons volontiers
à tous ceux qui nous
eſcroquent. Neanmoins il ſo
tira de ce mauvais pas ſous
caution , & monta enfin à
chevalle 22. du mois de Decembre
1714.
Il ſe lamenta à la porte de
cette belle Ville , de regret de
la quitter , & voyagea ainfi
juſqu'à Aix , d'où la mauvaiſe
humeur l'accompagna
tout le lendemain juſqu'à
Lambeze , & fi M. Honoré ,
Aſſeſſeur des Etats , à ladite
Ville, n'avoit étudié,compofé,
&prononcé enfin àMehemet
Kij
116 MERCURE
un tres beau&tres long compliment
où ſon Excellence
n'entendoit rien , ny les Interprêtes
non plus , peut eltre
que le reſte de l'auditoire , ſa
melancolie auroit pû avoir des
fuites tres fâcheuſes ; mais les
Dames vinrent heureuſement
àla queuë de ce compliment ,
l'Ambaſſadeur les trouva bellcs
,& les receut bien . I fuma,
ſoupa , fe coucha& dormit de
même.
Lelendemain il ſe levapour
aller à Orgon ; mais avant
d'arriver à cette Ville , il luy
fallut paffer la Durance , qui
GALANT. 117
eſt la plus capricieuſe riviere
de France , & qui ſe trouva
malheureuſement pour luy, le
même jour , d'auſſi méchante
humeurqu'il avoit eſté la veille
& la furveille. Cependant
aprés bien des peines & des
perils , il la traverſa à force
de bras , ſes Mariniers invoquant
d'un côté S. Nicolas ,&
luy& fsgens , Mahomet du
leur , ce qui fit , à ce que l'on
m'a afſcuré ,un conflit deJurif
diction qui penſa tout gâter.
Orgon eſt untrou où on ne
fot pa curieux de voir
où il ne s'ennuya qu'une nuit,
,&
118 MERCURE
guere
Delà il fut à Avignon
mais il n'y fut pas bien receu
parlaraiſon queles Orientaux,
quelques zelez Musulmans
qu'ils folent,ne trouvent
leurcompte dans les Etats du
S Pere Auſfi en déguerpit- il
le lendemain du grand matin,
pour aller coucher àOrange,
où il paffa une ſoirée fort
agreable. Les habitans de ce
canton ne font pas ſi ſcrupuleux
que leurs voiſins , & l'on
ne trouve pas aux portes de
leur Ville ( comme aux environs
)des ſoldats qui couchent
en joug les paffants, pour leur
GALANT. 119
faire dire leur Confiteor. Fy ay
dit le mien , moy qui vous parle,
j'ay eu bien peur, que la pour
ne me le fit oublier , auquel cas
j'étois tondu. A Orange , vous
dis-je,Mehemet fut charméde
la bonne compagnie , tout le
monde s'empreffaale divertir,
&par reconnoiffance il fit prefenter
du thé &du caffe àtout
le monde ; mais per fonne n'en
voulut. Il fit enfuite trois
triftes couchées; mais en revanche
il luy arriva à Valence
une avanture digne de
toute l'attention du Lecteur ,
&de tous les efforts de l'imagination
de l'Auteur.
120 MERCURE
Un empreſſe porteur de
mauvaiſes nouvelleseſtoit parti
la veille de Montelimar , &
&eſtoit venu àtoute bride annoncer
( comme choſe trés
importante ) aux Habitans ,
Echevins , Maire &Gouverneur
de Valence , que le len
demain l'Ambaſſadeur, de
Per ſe y devoit arriver avec tout
fon train. Alors les bonnes
gens s'imaginent que c'eſt tout
au moins le grand Mogol qui
va tomber chez eux , ils fonnent
la groſſe Cloche de la
Ville , les Magiſtrats s'affemblent
, le peuple fourmille
surp
CALANT. II
dansles ruës ,onamorçe les canons
des remparts, on prepare
des feux d'artifice , on dreſſe
tout l'appareil d'ungrandbanquet,&&
l'om ordonne àla gare
niſon de prendre les armes au
premier coup de tambour.
Tout ainſi diſpoſé ,on attend
Son Excellence , à bon
efcient. Elle arrive en effet
vers lestrois heures aprés midi,
alors chacun s'empreffe à re-
1 garder d'un oeil de pitié une
troupe deBohêmes , moüillez
juſqu'auxios , faits comme des
mouces& érintez comme des
foldats de recruë. Un brancart
Decembre 1715 .
22 MERCURE
porté pardes mules, fur deiquel
dit on, font les Preſents meſe
timables que le Grand Sophi
envoye au Roy ,8s douxipants
vres caleches crotécs. juſques
par deſſus l'imperial,dans lafa
quelles ſont ſagement , àdeur
aife , &incognito ,Models.
Olon , & deux ou trois autres
François que deuts commif
fions attachentàla fuite de ce
charmantEtrangerade role
Quandiphanoommencé
une fortiſe, on veut llachever,
celaeſtde l'uſage ,la dépense
de cellercy étoit faire ,&coles
entrepreneursde cette fottiſe
n'en voulurent pas avoir ledéGALANT
1
7
menti La voicytelle à peu prés
qu'on me l'a écrite.
Le Maire de Valence mal
informéapparemmentdesufa
ges& coûtumes de l'Alcoran
ſe rendit en robede ceremo
nic accompagné d'un bon
nombre deRobins , ſuivis chacun
de leurs domestiques au
logis de l'Ambaſſadeur , à qui
il fit un beau compliment,
en luy preſentant le vin de la
Ville. Mehemer impatient
d'apprendre ce que ſignifioit
ce nouveau ceremonial , demanda
ce qu'il y avoit dans
ces bouteilles. On luy dit que
4
Lij
4
124 MERCURE
C'étoit du vin.Alors le feu
luy montant au vifage , il dit ,
enmettant la main fur la poignée
de fon fabre , est- ce pour
on'infulter que cette canaille m'apporte
du vin, à moyqui n'en bois
pas? parMahomet, fi ces gens ne
fortent , fi on ne leurcaffe toutà
l'heure leurs bouteilles fur la
teste,je les vais tous exterminer.
On ne les fir pas languir pour
leur apprendre l'intention de
Monfieur Ambaladeur , ny
pour les hater de gagner l'ef
calier , d'où ils furent bien tốt
dans la rue, à fe regarder comne
des gens parfaitement ré
GALANT, 125
compenfez de leur ſotte civili
té. Cependant les, Interpretes,
& les Armeniens/quicſtoient
à ſon ſervice , s'accommode.
rent àbon compte du prefent
des Mflieurs de Ville , dont
ils bûrent le vin à bon mart
ché.
2 Le même foit il arriva une
autre avanture non moins fin,
guliere que celle cy , mais
d'une nature bien differente.
On avoit détaché des compa
gnies de lagarniſon, un certain
nombre de foldats pour mont
ter la garde à la maiſon de
Mehemet. Le ſieur des Marais,
Liij
126 MERCURE
Lieutenantde la Marechauffée
de Marseille , qui avoit ordre
de ſuivre l'Ambaſſadeur julqu'à
Paris,&d'eſcorter ſesPre
ſents avecquatre archers de ſa
brigade , regarda cette nouvel.
le garde comme une injure
qu'on luy faiſoit ,& prétendie
que l'Officier & les foldats
qu'on avoit envoyez pour
honorer d'avantage le Per
fan , n'avoient rien à faire , ny
de garde à monter où il eſtoir?
L'Officier commandé , voulut
de ſon cofté faire ſon devoir ,
& ſans écouter le verbiage du
Gout des Marais ,alloit faire
GALANT. 127
main baſſe ſurduy & fur fes
gans zadorſque l'Ambaffadeur
parut. Sa prefence appaifa ce
tumulte , & l'Officier fut congediende
son poste avec fes
foldatsios abaca da
ob Lerefte de cette nuit ſe paffarà
Vordinziic both al
Lelendemainil fut coucher
S Vallier , &de Vallier à
Vienne, où il reçût des hon
neurs plus fimples , & mieux
concertez qu'à Valence , &
dont ill fortit tres- content',
pour se rendre à Lyon , cù il
luy arriva des chofes firares,
que d'eſpace qu'elles occu-
Liiij
128 MERCURE
peroientacyyme déterminerà
renmedtrela urie autre fois à les
conter: Je diviſeray cate Hif
toire en quatreparties, fil'on
eft contentdecellequ'onvient
de lire ; la ſeconde contiendra
les Avantures deMehemetde.
puis la Ville de Lyon , où jede
laiſſe juſqu'au jour de fontEntrée
à Paris lastroiſiénič & la
quatriéme inſtruiront le Leereur
detoutes les circonstances
curieuſes de ſon Audience à
Verfailles ,&de ſon ſéjourlà
Paris, juſqu'au jour de fonembarquement
au Havrerne vul
-Plus nous irons en avant,
GALANT. 129
plus nous verrons le beau &
le merveilleux de cetre Hif
toire. Ainſt il eſtidevoſtreprudence
de m'encourager àvous
sseenniirruppaarroollee,, ſſiiivvoous eſtes cur
Tieux d'en ſçavoir la fina
Fermer
15
p. 304-318
RÉJOUISSANCES de la Ville de Marseille.
Début :
Quoique Marseille, à l'imitation des plus considerables Villes du Royaume, ait [...]
Mots clefs :
Réjouissances, Marseille, Cathédrale, Peuple, Tambours, Naissance du Dauphin, Fête, Bal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉJOUISSANCES de la Ville de Marseille.
R E'J OV ISSANCE S de la Ville de
Marseille.
QUoique Marseille , à l'imîtatíon des plus
considérables Villes du Royaume > ait
íait de fort belles choses à l'occafion de la
Naissance du Dauphin , indépendemment de
ce qui s'est passé dans la même Ville de 1%
part des Citadelles , du Corps des Galères
& de Y Arcenal , dont nous avons rendu comp
te en son tens. Marseille, dis- je, n'a pas
imité ces Villes du premier Ordre dans le
foin qu'elles ont pris de nous envoyer des
Descriptions de leurs Fêtes , pour les. inférer1
dans un Livre qui contient l"Histoire Jour
nalière de la Nation , & qui est particulière
ment dessiné à conserver le dépôt de ces forte»
FEVR I Ë R. trtà. }o5
de momimens. C'est ce qui fait que nouj par*
Ions si tard de ce qui s'eit fait dans cette celebreVille,&
que nous ne pourrons le faire que
fore brièvement , par les circonstances úù\
nous nous trouvons. Nous ferions même tout
à fait hors d'état de rendre ce compte au
Public , fi le hazard ne s'en étoit enfin mêlé*
en faisant tomber entre nos mains , au moié
de Février . le Mémoire imprimé à Marseille
des Réjouissances qui ont été faites dans cette
Ville, en Septembre. Nous allons donner utl
Extrait de ce Mémoire;
Le i7. Septembre au soir , quatre Trom
pettes à cheval » précédez d'un Timballier ,
accompagnez de plusieurs Tambours & Fifres*
tous avec les couleurs de la Ville , publièrent
dans tontes les Places publiques ['Ordonnan
te des Echevins, portant qu'on fermeroit les
Boutiques pendant trois jours i qu'on illumineroit
toutes les Maisons , &t qu'on feroie
des feux devant les portes. Le bruit des trom-*
pettes , des tambours & de toutes lss clo
ches de la Ville qui sonnèrent en mime terni,
anima le Peuple déja disposé à la joye- Totíí
retentit de cris& d'acclamations réitérés.
Dès le matin du iS. les Galères qui celébroient
ce jour là leur derniere Fête , furent
ornées de leurs Etendarts &c. Plus de cent
Vaisseaux & autres Bâtimens qui étoient dans
le Port arborèrent leurs Pavillons, ce quí
fit une variété aussi agréable que surprenante»
Le Peuple dansoit cèpendant au son des tam
bours dans toutes les Places ; on avoit placé
devant l'Hôtel de Ville & au Cours quatrd
Fontaines de vin<
Le Marquis de Pilles , Gouverneur* Viguief
de Marseille, & les Echevins en Roberou
3 o-6 MERCURE DE' FRANCE,
ge , suivis d'un nombreux cortège > se rendîi
rent ce même matin à TEglise Cathédrale
pour assister à la Messe solëmnelle que M%
FEvêque célébra pontificalement ; elle succhantée
en Musique ; on tira à l'élevation n.
pieces de Canon que les Echevins avoiene
fait mettre fur la Plateforme qui regarde la
Mer près la Cathédrale.
Ce jour là M. l'£vêque donna à diner k
cent pauvres dans la Cour de l'Evêché , fie
distribuer des- aumônes à tous ceux qui se pré
sentèrent à la porte pendant ces trois jours de
Fête, & il n'oublia pas les pauvres honteux
auxquels ce Prélat fit des libéralisez par le
Canal des Curez. C'est ainsi que celui qui dans
des jours de deifíl & de désolation n'abandonna
jamais les pauvres , les a traitez dans ces
jours dejoye & de jubilation.
Sur les 4. heures du soir , les Officiers mu
nicipaux & les principaux Citoyens se ren
dirent à l'Hâtel de Ville pour accompagnes
les Magistrats au Te Deum ; une troupe de
plus de mille jeunes garçons portant des
Guidons & des Banderolies aux Armes da
Roi & de Monseigneur le Dauphin commençoient
la marche. Les trompettes & les tim
bales précedoient un Corps d'Infanterie tiré'
des Arts & Métiers , divisé en 4. Compagniesde
cent hommes chacune , avec leurs dîfferens
Drapeaux , & com mandé par les 4. Ca«-
pitaines de la Ville.
Ces nouveaux Soldats étoient proprement
habillez, & avoient des Cocardes > donc les
couleurs distinguoient les différentes Compatnies.
Leurs rangs étoient mêlez de Hautbois*
e Fifres & de Tambours. Une bande de Vio
lons suivoic Les Gardes de Police » la livré*
de
FEVRIER. 1730. 307
de la Ville , celle du Gouvernfur-Viguier Sa
les Halebardiers préeedoient les Echevins. Ler
Marquis de Piles éroit à la droite des deux
premiers , & les deux autres avoient à leur
gauche l'Orateur de la Ville. Une siiite nom
breuse de personnes distinguées fermoit cette,
marche ; un Peuple infini bordoit tous les .
passages. En arrivant à la Cathédrale on fit
une décharge de toute la Mousqueterie & de
aï. pieces de Canon. Les Echevins se pla
cèrent dans le Choeur , où les Officiers de la
Senechauffée s'étoient déja rendus. M. l'Evêque
officiant pontificalement entonna le
Te Deum,<\m fut chanté par la Musique au
bruit des Canons & de toute la Mousque<
terie.
, On, commença ensuite la Procession géné
rale , âlaquelle tout le Clergé séculier & ré
gulier aíîìíta í on y porta la Statue de la trèssainte
Vierge , les Châsses de Saint Lazare 8c
de Saint Cannât , & les Reliques de Saint Vie*
tor , Martyr de Marseille; M. l'Evêque err
habits pontificaux , le Gouverneur Viguier &
les Echevins y assistèrent avec toute leur
fuite. A mesure que les Reliques sortoient de
l'Eglise elles furent íaLuées du Canon & dà
la Mousqueterie , e'ies le furent de cent Boè
tes dans toutes les Places publiques . St on
fit le même salut en rentrant j M. l'Evêque'
donna la Bénédiction du Très- Saint Sacre
ment au bruit du Canon & de la Mousque
terie. v.
Au sortir de la Cathédrale , on marcha versr
la Place Neuve , où l'on avoit dressé lJ Appa
reil d'un grand Feu de joye , orné de Porti
ques, d'Emblèmes &c. Plus de cent flambcauxdfr
cire blanche écìairoient la marcha-
£ v routes
^oS MERCURE DE FRANCE;
toutes les Maisons" étoient illuminées , de*
feux brûloient devant les portes , la Cita
delle , le Fort Saint Jean , celui de Notre-
Dame de la Garde , l'Arfenal , les Tours de
l' Abbaye de Saint Victor > la Rive- Neuve »
les Galères, le Port> tout étoit éclairé ,8e
la Ville entière paroisloit être dans un em
brasement gênerai ; les quatre Compagnies
rangées autour de la Place firent une salve
de Mousqueteric , suivie de celle de itic.
Boëtes. Après que le Marquis de Pilles & le*
Echevins eurent allumé le feu de joye > on
tira en même tems une prodigieuse quantité
de Fusées.
Le Corps de Ville se rendir ensuite à l'Hôref
de Ville par le Quay du Port* alors les Ga
lères firent trois décharges de leurs Canons
Sc des Coursiers > l'Arccnal fit tirer des Biëtes
, les Vaisseaux du Port , la Citadelle , le
Fort Saint Jean , celui de Notre-Dame de la
Garde firent autant de décharges de toute
leur Artillerie , & des Gerbes de Fusées rem
plirent le Port d'une pluye de feu à trois
différentes reprises.
. La Façade de l'Hôtel de Vil'e , fi estimée des
Connoisseurs * si remarquable par ses riches
f*) Le Chevalier Bernin ayant vú à Rome
U dejfein. entier de l'Hôtel de Ville de Mar
seille de la main de Fugeft avoua qu'il navoit
encore rien vû en ce genre d'un plus grand
goût ì ér H admira fur tout la Fa f ad?. 11 y »
une belle description d- cette Façade dans un
M. rcure de l' année iéSi à VOccasion de l*
Herbe illumination qui y parut dins la Vètt
tu* donna Marseille pour célébrer la Naissance:
•iu Due de Bourgogne f père d» Roi. Cette F*.
etobeL
EE VRI ER. 1750. 309
I ímbèllissemens & par la beauté de son Ar-
* chitecture , sur tout par cet incomparable
j morceau de sculpture qui contient les Armes
du Roi , Chef-d'oeuvre du fameux Pierre
I Puget, Marseillois , qui a donné les desseins
de tout le Bâtiment 5 cette Façade , dis-je, at
tira cc four li l' admiration publique» Plus d'un
million de lumières arrangées avec cimétriei
cn fit voir non- seulement toutes lesbeautez,
mais en marqua encore les ornemens les plus
déliez des diflíercns ordres dont elle est com
posée , en les profilant.
Les Echevins se dépouillant , pour ainff
dire , de la qualité de Magistrats pour ren
trer dans celle de simples Citoyens , voulu
rent témoigner leur zele particulier &• personel
, & donneient en leur nom des Fêtes
qui se firent remarquer* M. Ravel , premier
Echevin , donna un souper à tout le Corps
de Ville ; la Maison étoit artistement illumi
née ; les Boëtes furent tirées à chaque santé
Royale. Au sortir de table » la Compagnie alla
au Bal que les Echevins donnoient dans la
Salle de la Loge ( c'est le lieu où* s'affemblenc
tous les Negocians ; cette Salle qui a 90,
pieds de longueur fur 4? de largeur étoit
richement ornée & éclairée par quantité de
lustres de cristal & par des flambeaux por
tez par des Bras » les Portraits du Roi & de
la Reine étoient placez fous un Dais de ve
lours Cramoisi , enrichi de galons , de crepifade
étoit alors dans toute fa beauté , & on
Ciseau du célèbre Puget , font un contraste de~
[agréable.
E vj
jio MERCURE DE FRANCE,
nés & de franges d'or. Les Violons étoîrtic:
placez fur des Amphithéâtres aux deux boucs,
de la Salle ; differens Buffets étoient remplis
de toute forte de Rafraîchissemens ; on pré
senta indifféremment â tout le monde & en
profusion des confitures , des liqueurs & des
eaux glacées de toute efpece. La Salle fut
aífez grande pour y danlèr en trois differens
endroits, Le Bal dura jusqu'à 7. heures du
matin.
Le second jour les Pauvres ressentirent les
effets de l'attention des Echevins. Sur les 9.
heures du matin une Compagnie de Bouchers
habillez en Gladiateurs , quynarchoient avec
des Tambours , escorta deux Boeufs qu'on
avoir égorgez & qui étoienc ornez de Guirlan
des ; ils furent portez chacun par quatre de
ces Gladiateurs à la Place Neuve où on les
rôtit tous entiers ; peu de gens fe refusèrent
à ce fpeótacle ; fur les 4. heures du soir ces
Boeufs furent portez devant l'Hôcel de Ville,
dépecez & distribuez. On y donna deux mille
pains, les Fontaines de vin coulant toujours»
outre cela on fit distribuer des charitez à un
grand nombre de personnes , qui fans ce
secours n'auroient pas participé a la joye pu
blique.
Sur le sòir, les quatre Compagnies dont on
a parlé , s'étant renduës devant l'Hôrel de Vil
le , & toute la Ville étant déja éclairée Comme
el le l'étoit le jour précédent ; le Marquis de
Pilles & les fc chevins , allèrent en Cc-rrmonie
a'iumer un Feu de ioye dressé â la Place de
Linche , au bruit réitéré de la Moufqueterie ,
des Boëtes , & de trois décharges que les Vais
seaux du Port firent de leurs Calons , on y tira.
ua grand nombre de fusée».. Le Corps.de TUfe
FEVRíER. 1730. 31*
alla ensuite chez M. Martin , second Echevin ,
1 qui à ion tour lui donnoit à souper ; sa Maison
tut éclairée avec distinction , les samez Royales
& de Monseigneur le Dauphin furent laluées
au bruit de toutes les Boëtes.
Cependant les Echevins avoient fait élever
un Arc de Triomphe au milieu. du Couis , en
tre les deux grands Bassins de marbre blanc ;
cet Edifice compoíé. de deux Ordres , avoic
depuis le Zocle jusqu'au Eronton qui le couronnort
5-4. piés de hauteur, fus jtf. de largeur.
Les deux principales Faces étoient tournées
l'une vers la Porte Royale > & l'autre vers la
Porte de Rome. II y avoit au milieu de chaque
Eace une grande ouverture ceintrée de 57. piés
de hauteur > fur 10. de largeur.
Le premier Ordre étoit posé fur un Zocle de
marbre brun de j. piés de hauteur , d'où s'éle-,
voient 4- Pilastres saillants d'un marbre jaspé ,
dont les Bases & les Chapiteaux étoient d'or
feint , portant une Corniche qui fer voit d'Im
poste à l'ouverture de l'Arc : les Pihsires les
plus proches dé cette ouverture formoient un',
Avant Corps ,. & des Piédestaux de marbre
blanc ornez de moulúresd'or qui s'élevo:ent
du Zocle y étoient adossés ^ I'entre-dr ux des;
Pilastres étoit rempli de Cartouches , dont les
bordures étoient d'or fur un fond de marbregris
dont tout f Edifice étoit bâti , & l'Entablement
étoit de marbreblanc, excepté laFrize
de lapis , enrichie de tous les orr.emens cpnvenables.
Les Cartouches portoient des Em
blèmes & des Devises.
Des Pilastres couplés & faillànts .. dont les
Bases & Chapiteaux étoient anifi d'or , for
moient le second Ordre qui étoit orné d'une:
Ceiniche de majbie blanc , d'oûí'élevoit un
Etontoite
i t £ MHÏICÛRÊ DÊ FRANCË. ^
Fronton triangulaire . dont le Timpan étoít de
rnarbre noir? les entre-deux de ces Pilastres
étoient remplis de Cartouches ausli remplis
íFEmblêmes & de Devises, & les Cartouches
étoient suspendus à des Festons, attachés à des
masques bronzés & aux volutes des Chapi
teaux.
Dans la Face opposée à la Porte Royale, orr
Voyoit dans le Frontispice les Atmes du Roy
soutenues par deux grands Génies ; & dans
• un riche Cartouche qui forrnoit la clef de
l'ArCjonlisoit cette Inscription en Lettres d'orí
Vublict IttitU Uonumentum tdajsilia civitas
fostiit , M. DCd XXIX.
Sur le sommet du Frontort qui cóuronnóît
tout l' Edifice, s'élevoit sur un Piédestal de
rnarbre une belle 8c grande Figure de Femme ,
Symbole de la Ville de Marseille , qui tenoie
le Portrait de Monseigneur le Dauphin , avec
ces mots qu'on li 1 oie dans un Cadre d'or fur
le Piédestal : Mitjftlia voti compts*
Sut deux autres Piédestaux , à côté de la Fi
gure de Marseille , on voyoit à droite la Re!i-<
gion habillée en Vestale , tenant un Vase d'or
qui exhaloit des Parfums , & à gauche la Justi
ce tenant la Balance d'une main & un Faisceau
d'armesde l'autre ; fur la Corniche de l' Arrierë-
Corps du premier Ordre , d'un côté on voyoit
- Apollon , & de l'autre Minerve , avec tous
leurs Attributs j & devant les Pilastres de
1" Avant Corps fur les Piédestaux qui s'éls-
Voient dt! 2ocle » orí voyoit d'un cô^é Mercure
Dieu du Commerce , tenant une Bourse rem
plie, & de l'autre Thetis tenant un Vaisseau ì
Voiles enflées , ayant à ses pieds des Coquil
lages , des Perles , du Corail , &c.
Tous les Cartouches étoient , comme on l'a
dit ,
fEVRTÊR; 1716;
dît ) remplis de Peintures symboliques , ceusí
des Pilastres supérieurs contenoient ces quatres
Emblèmes.
La première , un Aigle volant & un Aiglon
un peu mains élevé,avec ces mots : Superas docet
ire pir auras»
La seconde , Alcide dans le berceau étouf
fant deux Serpens: Nunc Alcides mox Her
cules,
La troisième , une Corne d'abondance t pré-*
sentant trois Roses & un Lys au-dessus beau
coup plus élevé: Vives jam copia Cornu.
La quatrième » un,Dauphin couronné sor
tant de la mer , environné d'une multitude
d'autres Poissons : Parriìs regnabit in undisj
Sur le Piédestal d'où s'élevoit la Figure de
Mercure, cn'avoit peint dans un Cadre d'or*
une Ancre où étoit entortillé un Dauphin avec
ees mots : Firmat & ornât ; & fur celui d'od;
s'élevoic Thttis on avoit peint la Planette de'
Jupiter & un de ses Satellites : Monsirat miner'
ignis iter.
Dans les Cartouches qui au-dessus de Mer
cure & de Thí cís rempliflòitnt les entre-deux
des Pilastres du premier Ordre , en voyois
ces deux autres Emblèmes.
Trois Homme» regardant un Arc en- Ciel'
& tournant le dos à un Soleil levant : Dat
signa & foedtra pacis Un Soleil naissant &
trois Etoiles qui commençoient à diíparoître í
Majora dabit Soi lum'ma terris^
Dans ta face de 1* Arc de Triomphe, tour-'
liée vers la Porte de Rome , on liíoit au fron
tispice qui étoit de marbre noir cette Infcrip-f
tion en lettres d'or : Serenijsime Galliar. Delfhino
natoprid, non. sept, conjf. N Joan.'B.n'velj
Francis. Martin, J*c, Remuant , Joa». Roman-.
M.DCC XXlXt
Sas
MERCURE DE FRANCE;
Sur la des de l" Arc , un riche Cartouche ,
contenoit ce Distique aussi en lectre d'or.
Expe&ate diò , per te Gens í rancie» neèìit*-
Perpétuas paci Utituque moras.
Sur le Timpan on voyoic s'élever trois gran
des Figures fur leurs Piédestaux, richementpeintes,;
celle du milieu qui paroiíToit fur le
sommet, reprefentoit la France, tenant d'une
màin les Armes de Monseigneur le Dauphin
& de l'autre des liens ou Guirlandes de fleurs.
avec lesquels elie tenoit comme enchaînées la
Paix & la Joye, représentées par les deux au
tres Figures qui étoient à fes côrëi. La Paixqui
étoic à droite avoit à ses pieds trois Gé
nies , dont un lui prefentoit un Rameau d'O--
livier , l'autre une Gorne d'abondance , 8c le
troisième paroilíoit occupé à briser des lances
& des flèches; la joye qui dtoir à gauche,
tenoit à la main un Caducée, & avnit à fespieds
des Feux d'artifice & toutes fortes d'ínstrumens
de Musique.
Sur les Piedestaux^qui s'éíevoierrt du Zocle,.
adossez, au Pilastre du premier ordre, on voyoic
de chaque côté une grande Figure. A droite
celle du Maréchal Duc de Viílars, Gouver
neur de Provence ,■ armé d'une Cuiralîe &-
d:un Bouclier, tenant à la main le Bâton de
commandcment-Un petit-Génie à ses pieds por
tait l'Ecu de les Aimes, 8í au dessous dansune
Bordure i'or on lisoit ces Vers fur le
piédestal de la Figure-
"La Guerre au plus haut point avait porté ma
gloire ,
C'est h mes foins qu'on dut la Faix i
Mais son plus fur garand & le plu: plein d'at~
traits x
FEVRIER. 1730. 31J
Man/jttoit à m» double victoire ,
XJ'ti Héros en naissant y met les derniers traits.
La Figure du côté gauche representoit en-'
core Marseille en Nymphe & dans une attitu^
de majestuejfe,regardant le Portrait deMonseifneur
le Dauphin que la France présentoir dit
auc du Timpan, auquel elle adressoic ces Vers*
Moi qui dans des teins s moins heureux ,
Met 1 ois ma gloire a n avoir point de Maître ,
Au bonheur d'obéir au Roi qui vous fit naître »•
Jt borne aujourd'hui tous mes voeux ,
Comme il est mon Héros vous devez, un jour Vêt rt;
Mais le plus tard fera le mieux.'
Deux grands Génies qu^ s'élevoíent fur Ia>
Corniche du premier ordre, tenoient chacur»
irn Cartouche; on avoit peint dans l'un une colomne
soutenant une partie d'un Edifice avec'
ces mots; Columenque decufque :8c dans l'au
tre des illuminations & des Feux d'artifice
a'vec ces mots.. Veiïora ardetitiùs.
Dans deux autres Cartouches placez audessous
dans les entre- colonnemens de-ce pre
mier ordre, on voyoit dans l'un des Oliviers
qui reçoivent les rayons du Soleil levant, avec
ces mots : Oleas foecundat ab ortu :' & dans
1 autre un Vaisseau , fur la poupe duquel paroissoit
Arion jouant de la Lyre , & fur l'eau,
un Dauphin avec ces mots : Cantu precibujque
VocatHs.
Les Cartouches placez des deux côte* dans
les entre- deux des Pilastres supérieurs contenoient
4. autres Emblèmes. La première des
deux qui écoienc fous la figure de la Joye,.
«ost
;i£ MËRCURË DE Ï*RANÍCE.
étoit un Soleil levant regardé par un Lyórí ,
tin Aigle & un Léopard : Unum fusficitmt omiies:
& l'autre étoit un Dauphin sur la íurface
de la Mer : Mole mìnìr fed Majejìate vcrendús.
La première de celles qui étoient placées de
l'autre côté fous la Figure de la Joye , vepre*
sentoit deux Bergers tendans lès mains vers
le Ciel, à la vue d'une pluye qui tombe , &
la Terre couverte de fleurs desséchées : Preci*
bus alcftia: l'autre faisoit voir trois'Etoiles*
deux ensemble & une plus éloignée j & toutes
trois touchées par les rayons du Soleil nais
sant : Pttlchrior exibit fí fr&eeffere minâtes.
Cet Arc de Triomphe , qui par la beauté du
dessein , la magnificence de sa structure & le
succès de l'execution , avoit déja attiré tous
les regards , les fixi entièrement lorsque le i<u
Septembre au soir il fut éclairé d'une multitude
infinie de Lampions», qui joints à s'illumina-,
tion de tòutes les maisons du Cours , qui font
toutes d'une même hauteur & Architecture,
avec des Balcons, dissipèrent entièrement les
ténèbres. Les 4. Compagnies entrèrent dans
íè Cours par l' Avenue qui est du côté de la
Porte Royale , passèrent fous l'Arc de Triom
phe , firent une salve devant ce Monument &
allèrent se ranger en bon ordre autour de la
Place S, Louis , où le Feu de joye étoit dressé.
Lorsque le Gouverneur- Viguier & les Eche
vins l' eurent allumé, il sortit des 8. Colomnes
posées autour des Portiques de l'Edifice du
Feu & des Caisses placées fur les Corniches
de l'Arc de Triomphe, un fi grand nombre de
fusées, que se croisant ensemble elles firenï
paroître comme une voute de feu , qui occupoit
ce qu'il y a d'espace entre la Place sainÉ
louis & celle de l'Arc de Triomphe. On en
tendit
FEVRÍÉR. T730. itfy
iendit alors une salve de toute la Mousquets
rie , celle de zoo. Boëces, te plus de 500. coups
de Canons que tirèrent les Vaisseaux. Ce bruie
joint à celui des Trompettes , des Timbales 8C
des Tambours > au son des Hautbois & des
Violons , & aux acclamations de tout un grand
Peuple; tout cela fit un effet surprenant.
Le Corps de Ville se rendit ensuite cheA
M. Ramusat , premier Echevin nouvean, qui
f avoit invité pour ce loir-là , sa Maison étoit
ingénieusement éclairée , il y eut y o- Boëtes ti
rées à chaque Santé Royale que l'on but.Aprèí
le Repâs on alla au Concert que les Echevins
donnèrent dans la Salle de la Loge > elle étoit
ornée comme on l'a dit. Le Concert étoit com
posé des meilleurs Instrumens & des p'us belles
voix de l'Academie de Musique & de l' Opérai
11 y eut une affluence infinie de monde. Au
Concert succéda le Bal qui dura jusqu'à neuf
heures du matin, & on diítribua des Confitures
& des Rafraîchissemens comme le premier iour«
M. Roman > Echevin , qui pendant ces trois
jours n'avoit pu donner fa Fête en particulier,
invita le Corps de Ville à souper le premier/
d'Octobre. La situation avantageuse de sa matson
fit encore plus remarquejr son illumina
tion. Les Boëtes se firent entendre . le Repas
fut suivi du Bal, & fa Fête fut cofhme une
extension des Réjouissances publiques. La pro
preté 5 la délicareflè & Tabondance régnèrent
dans tous les repas donnez par les Echevins.
Les Intendans de la Santé ont aussi marqué
leur joye par une Fête particulière;- ils prièrent
les Echevins d'assister au Te Deum qu'ils firent
chanter dans la Chapelle des Infirmeries.» on
alluma ensuite un Feu de joye qu'ils a voient
fait préparer hors des Enceintes ; on fie une
iiì MERCURE m FR ÂlSsCÉ.
décharge de cent cinquante Boëtes > & orir tirai
plusieurs Gerbes de Fusées , toute la façade du
Bureau de la Santé qu'on avoit ornée d'Em
blèmes, &c. étoit parfaitement illuminée, de
même 'que la Porte du grand Pavillon des In
firmeries & les Portes de la double enceinte.'
Ils se rendirent ensuite en un Pavillon voisin ,•
«û l'on servit un Ambigu, & on tira cinquante
Boëtes à chaque Santé Royale
Marseille.
QUoique Marseille , à l'imîtatíon des plus
considérables Villes du Royaume > ait
íait de fort belles choses à l'occafion de la
Naissance du Dauphin , indépendemment de
ce qui s'est passé dans la même Ville de 1%
part des Citadelles , du Corps des Galères
& de Y Arcenal , dont nous avons rendu comp
te en son tens. Marseille, dis- je, n'a pas
imité ces Villes du premier Ordre dans le
foin qu'elles ont pris de nous envoyer des
Descriptions de leurs Fêtes , pour les. inférer1
dans un Livre qui contient l"Histoire Jour
nalière de la Nation , & qui est particulière
ment dessiné à conserver le dépôt de ces forte»
FEVR I Ë R. trtà. }o5
de momimens. C'est ce qui fait que nouj par*
Ions si tard de ce qui s'eit fait dans cette celebreVille,&
que nous ne pourrons le faire que
fore brièvement , par les circonstances úù\
nous nous trouvons. Nous ferions même tout
à fait hors d'état de rendre ce compte au
Public , fi le hazard ne s'en étoit enfin mêlé*
en faisant tomber entre nos mains , au moié
de Février . le Mémoire imprimé à Marseille
des Réjouissances qui ont été faites dans cette
Ville, en Septembre. Nous allons donner utl
Extrait de ce Mémoire;
Le i7. Septembre au soir , quatre Trom
pettes à cheval » précédez d'un Timballier ,
accompagnez de plusieurs Tambours & Fifres*
tous avec les couleurs de la Ville , publièrent
dans tontes les Places publiques ['Ordonnan
te des Echevins, portant qu'on fermeroit les
Boutiques pendant trois jours i qu'on illumineroit
toutes les Maisons , &t qu'on feroie
des feux devant les portes. Le bruit des trom-*
pettes , des tambours & de toutes lss clo
ches de la Ville qui sonnèrent en mime terni,
anima le Peuple déja disposé à la joye- Totíí
retentit de cris& d'acclamations réitérés.
Dès le matin du iS. les Galères qui celébroient
ce jour là leur derniere Fête , furent
ornées de leurs Etendarts &c. Plus de cent
Vaisseaux & autres Bâtimens qui étoient dans
le Port arborèrent leurs Pavillons, ce quí
fit une variété aussi agréable que surprenante»
Le Peuple dansoit cèpendant au son des tam
bours dans toutes les Places ; on avoit placé
devant l'Hôtel de Ville & au Cours quatrd
Fontaines de vin<
Le Marquis de Pilles , Gouverneur* Viguief
de Marseille, & les Echevins en Roberou
3 o-6 MERCURE DE' FRANCE,
ge , suivis d'un nombreux cortège > se rendîi
rent ce même matin à TEglise Cathédrale
pour assister à la Messe solëmnelle que M%
FEvêque célébra pontificalement ; elle succhantée
en Musique ; on tira à l'élevation n.
pieces de Canon que les Echevins avoiene
fait mettre fur la Plateforme qui regarde la
Mer près la Cathédrale.
Ce jour là M. l'£vêque donna à diner k
cent pauvres dans la Cour de l'Evêché , fie
distribuer des- aumônes à tous ceux qui se pré
sentèrent à la porte pendant ces trois jours de
Fête, & il n'oublia pas les pauvres honteux
auxquels ce Prélat fit des libéralisez par le
Canal des Curez. C'est ainsi que celui qui dans
des jours de deifíl & de désolation n'abandonna
jamais les pauvres , les a traitez dans ces
jours dejoye & de jubilation.
Sur les 4. heures du soir , les Officiers mu
nicipaux & les principaux Citoyens se ren
dirent à l'Hâtel de Ville pour accompagnes
les Magistrats au Te Deum ; une troupe de
plus de mille jeunes garçons portant des
Guidons & des Banderolies aux Armes da
Roi & de Monseigneur le Dauphin commençoient
la marche. Les trompettes & les tim
bales précedoient un Corps d'Infanterie tiré'
des Arts & Métiers , divisé en 4. Compagniesde
cent hommes chacune , avec leurs dîfferens
Drapeaux , & com mandé par les 4. Ca«-
pitaines de la Ville.
Ces nouveaux Soldats étoient proprement
habillez, & avoient des Cocardes > donc les
couleurs distinguoient les différentes Compatnies.
Leurs rangs étoient mêlez de Hautbois*
e Fifres & de Tambours. Une bande de Vio
lons suivoic Les Gardes de Police » la livré*
de
FEVRIER. 1730. 307
de la Ville , celle du Gouvernfur-Viguier Sa
les Halebardiers préeedoient les Echevins. Ler
Marquis de Piles éroit à la droite des deux
premiers , & les deux autres avoient à leur
gauche l'Orateur de la Ville. Une siiite nom
breuse de personnes distinguées fermoit cette,
marche ; un Peuple infini bordoit tous les .
passages. En arrivant à la Cathédrale on fit
une décharge de toute la Mousqueterie & de
aï. pieces de Canon. Les Echevins se pla
cèrent dans le Choeur , où les Officiers de la
Senechauffée s'étoient déja rendus. M. l'Evêque
officiant pontificalement entonna le
Te Deum,<\m fut chanté par la Musique au
bruit des Canons & de toute la Mousque<
terie.
, On, commença ensuite la Procession géné
rale , âlaquelle tout le Clergé séculier & ré
gulier aíîìíta í on y porta la Statue de la trèssainte
Vierge , les Châsses de Saint Lazare 8c
de Saint Cannât , & les Reliques de Saint Vie*
tor , Martyr de Marseille; M. l'Evêque err
habits pontificaux , le Gouverneur Viguier &
les Echevins y assistèrent avec toute leur
fuite. A mesure que les Reliques sortoient de
l'Eglise elles furent íaLuées du Canon & dà
la Mousqueterie , e'ies le furent de cent Boè
tes dans toutes les Places publiques . St on
fit le même salut en rentrant j M. l'Evêque'
donna la Bénédiction du Très- Saint Sacre
ment au bruit du Canon & de la Mousque
terie. v.
Au sortir de la Cathédrale , on marcha versr
la Place Neuve , où l'on avoit dressé lJ Appa
reil d'un grand Feu de joye , orné de Porti
ques, d'Emblèmes &c. Plus de cent flambcauxdfr
cire blanche écìairoient la marcha-
£ v routes
^oS MERCURE DE FRANCE;
toutes les Maisons" étoient illuminées , de*
feux brûloient devant les portes , la Cita
delle , le Fort Saint Jean , celui de Notre-
Dame de la Garde , l'Arfenal , les Tours de
l' Abbaye de Saint Victor > la Rive- Neuve »
les Galères, le Port> tout étoit éclairé ,8e
la Ville entière paroisloit être dans un em
brasement gênerai ; les quatre Compagnies
rangées autour de la Place firent une salve
de Mousqueteric , suivie de celle de itic.
Boëtes. Après que le Marquis de Pilles & le*
Echevins eurent allumé le feu de joye > on
tira en même tems une prodigieuse quantité
de Fusées.
Le Corps de Ville se rendir ensuite à l'Hôref
de Ville par le Quay du Port* alors les Ga
lères firent trois décharges de leurs Canons
Sc des Coursiers > l'Arccnal fit tirer des Biëtes
, les Vaisseaux du Port , la Citadelle , le
Fort Saint Jean , celui de Notre-Dame de la
Garde firent autant de décharges de toute
leur Artillerie , & des Gerbes de Fusées rem
plirent le Port d'une pluye de feu à trois
différentes reprises.
. La Façade de l'Hôtel de Vil'e , fi estimée des
Connoisseurs * si remarquable par ses riches
f*) Le Chevalier Bernin ayant vú à Rome
U dejfein. entier de l'Hôtel de Ville de Mar
seille de la main de Fugeft avoua qu'il navoit
encore rien vû en ce genre d'un plus grand
goût ì ér H admira fur tout la Fa f ad?. 11 y »
une belle description d- cette Façade dans un
M. rcure de l' année iéSi à VOccasion de l*
Herbe illumination qui y parut dins la Vètt
tu* donna Marseille pour célébrer la Naissance:
•iu Due de Bourgogne f père d» Roi. Cette F*.
etobeL
EE VRI ER. 1750. 309
I ímbèllissemens & par la beauté de son Ar-
* chitecture , sur tout par cet incomparable
j morceau de sculpture qui contient les Armes
du Roi , Chef-d'oeuvre du fameux Pierre
I Puget, Marseillois , qui a donné les desseins
de tout le Bâtiment 5 cette Façade , dis-je, at
tira cc four li l' admiration publique» Plus d'un
million de lumières arrangées avec cimétriei
cn fit voir non- seulement toutes lesbeautez,
mais en marqua encore les ornemens les plus
déliez des diflíercns ordres dont elle est com
posée , en les profilant.
Les Echevins se dépouillant , pour ainff
dire , de la qualité de Magistrats pour ren
trer dans celle de simples Citoyens , voulu
rent témoigner leur zele particulier &• personel
, & donneient en leur nom des Fêtes
qui se firent remarquer* M. Ravel , premier
Echevin , donna un souper à tout le Corps
de Ville ; la Maison étoit artistement illumi
née ; les Boëtes furent tirées à chaque santé
Royale. Au sortir de table » la Compagnie alla
au Bal que les Echevins donnoient dans la
Salle de la Loge ( c'est le lieu où* s'affemblenc
tous les Negocians ; cette Salle qui a 90,
pieds de longueur fur 4? de largeur étoit
richement ornée & éclairée par quantité de
lustres de cristal & par des flambeaux por
tez par des Bras » les Portraits du Roi & de
la Reine étoient placez fous un Dais de ve
lours Cramoisi , enrichi de galons , de crepifade
étoit alors dans toute fa beauté , & on
Ciseau du célèbre Puget , font un contraste de~
[agréable.
E vj
jio MERCURE DE FRANCE,
nés & de franges d'or. Les Violons étoîrtic:
placez fur des Amphithéâtres aux deux boucs,
de la Salle ; differens Buffets étoient remplis
de toute forte de Rafraîchissemens ; on pré
senta indifféremment â tout le monde & en
profusion des confitures , des liqueurs & des
eaux glacées de toute efpece. La Salle fut
aífez grande pour y danlèr en trois differens
endroits, Le Bal dura jusqu'à 7. heures du
matin.
Le second jour les Pauvres ressentirent les
effets de l'attention des Echevins. Sur les 9.
heures du matin une Compagnie de Bouchers
habillez en Gladiateurs , quynarchoient avec
des Tambours , escorta deux Boeufs qu'on
avoir égorgez & qui étoienc ornez de Guirlan
des ; ils furent portez chacun par quatre de
ces Gladiateurs à la Place Neuve où on les
rôtit tous entiers ; peu de gens fe refusèrent
à ce fpeótacle ; fur les 4. heures du soir ces
Boeufs furent portez devant l'Hôcel de Ville,
dépecez & distribuez. On y donna deux mille
pains, les Fontaines de vin coulant toujours»
outre cela on fit distribuer des charitez à un
grand nombre de personnes , qui fans ce
secours n'auroient pas participé a la joye pu
blique.
Sur le sòir, les quatre Compagnies dont on
a parlé , s'étant renduës devant l'Hôrel de Vil
le , & toute la Ville étant déja éclairée Comme
el le l'étoit le jour précédent ; le Marquis de
Pilles & les fc chevins , allèrent en Cc-rrmonie
a'iumer un Feu de ioye dressé â la Place de
Linche , au bruit réitéré de la Moufqueterie ,
des Boëtes , & de trois décharges que les Vais
seaux du Port firent de leurs Calons , on y tira.
ua grand nombre de fusée».. Le Corps.de TUfe
FEVRíER. 1730. 31*
alla ensuite chez M. Martin , second Echevin ,
1 qui à ion tour lui donnoit à souper ; sa Maison
tut éclairée avec distinction , les samez Royales
& de Monseigneur le Dauphin furent laluées
au bruit de toutes les Boëtes.
Cependant les Echevins avoient fait élever
un Arc de Triomphe au milieu. du Couis , en
tre les deux grands Bassins de marbre blanc ;
cet Edifice compoíé. de deux Ordres , avoic
depuis le Zocle jusqu'au Eronton qui le couronnort
5-4. piés de hauteur, fus jtf. de largeur.
Les deux principales Faces étoient tournées
l'une vers la Porte Royale > & l'autre vers la
Porte de Rome. II y avoit au milieu de chaque
Eace une grande ouverture ceintrée de 57. piés
de hauteur > fur 10. de largeur.
Le premier Ordre étoit posé fur un Zocle de
marbre brun de j. piés de hauteur , d'où s'éle-,
voient 4- Pilastres saillants d'un marbre jaspé ,
dont les Bases & les Chapiteaux étoient d'or
feint , portant une Corniche qui fer voit d'Im
poste à l'ouverture de l'Arc : les Pihsires les
plus proches dé cette ouverture formoient un',
Avant Corps ,. & des Piédestaux de marbre
blanc ornez de moulúresd'or qui s'élevo:ent
du Zocle y étoient adossés ^ I'entre-dr ux des;
Pilastres étoit rempli de Cartouches , dont les
bordures étoient d'or fur un fond de marbregris
dont tout f Edifice étoit bâti , & l'Entablement
étoit de marbreblanc, excepté laFrize
de lapis , enrichie de tous les orr.emens cpnvenables.
Les Cartouches portoient des Em
blèmes & des Devises.
Des Pilastres couplés & faillànts .. dont les
Bases & Chapiteaux étoient anifi d'or , for
moient le second Ordre qui étoit orné d'une:
Ceiniche de majbie blanc , d'oûí'élevoit un
Etontoite
i t £ MHÏICÛRÊ DÊ FRANCË. ^
Fronton triangulaire . dont le Timpan étoít de
rnarbre noir? les entre-deux de ces Pilastres
étoient remplis de Cartouches ausli remplis
íFEmblêmes & de Devises, & les Cartouches
étoient suspendus à des Festons, attachés à des
masques bronzés & aux volutes des Chapi
teaux.
Dans la Face opposée à la Porte Royale, orr
Voyoit dans le Frontispice les Atmes du Roy
soutenues par deux grands Génies ; & dans
• un riche Cartouche qui forrnoit la clef de
l'ArCjonlisoit cette Inscription en Lettres d'orí
Vublict IttitU Uonumentum tdajsilia civitas
fostiit , M. DCd XXIX.
Sur le sommet du Frontort qui cóuronnóît
tout l' Edifice, s'élevoit sur un Piédestal de
rnarbre une belle 8c grande Figure de Femme ,
Symbole de la Ville de Marseille , qui tenoie
le Portrait de Monseigneur le Dauphin , avec
ces mots qu'on li 1 oie dans un Cadre d'or fur
le Piédestal : Mitjftlia voti compts*
Sut deux autres Piédestaux , à côté de la Fi
gure de Marseille , on voyoit à droite la Re!i-<
gion habillée en Vestale , tenant un Vase d'or
qui exhaloit des Parfums , & à gauche la Justi
ce tenant la Balance d'une main & un Faisceau
d'armesde l'autre ; fur la Corniche de l' Arrierë-
Corps du premier Ordre , d'un côté on voyoit
- Apollon , & de l'autre Minerve , avec tous
leurs Attributs j & devant les Pilastres de
1" Avant Corps fur les Piédestaux qui s'éls-
Voient dt! 2ocle » orí voyoit d'un cô^é Mercure
Dieu du Commerce , tenant une Bourse rem
plie, & de l'autre Thetis tenant un Vaisseau ì
Voiles enflées , ayant à ses pieds des Coquil
lages , des Perles , du Corail , &c.
Tous les Cartouches étoient , comme on l'a
dit ,
fEVRTÊR; 1716;
dît ) remplis de Peintures symboliques , ceusí
des Pilastres supérieurs contenoient ces quatres
Emblèmes.
La première , un Aigle volant & un Aiglon
un peu mains élevé,avec ces mots : Superas docet
ire pir auras»
La seconde , Alcide dans le berceau étouf
fant deux Serpens: Nunc Alcides mox Her
cules,
La troisième , une Corne d'abondance t pré-*
sentant trois Roses & un Lys au-dessus beau
coup plus élevé: Vives jam copia Cornu.
La quatrième » un,Dauphin couronné sor
tant de la mer , environné d'une multitude
d'autres Poissons : Parriìs regnabit in undisj
Sur le Piédestal d'où s'élevoit la Figure de
Mercure, cn'avoit peint dans un Cadre d'or*
une Ancre où étoit entortillé un Dauphin avec
ees mots : Firmat & ornât ; & fur celui d'od;
s'élevoic Thttis on avoit peint la Planette de'
Jupiter & un de ses Satellites : Monsirat miner'
ignis iter.
Dans les Cartouches qui au-dessus de Mer
cure & de Thí cís rempliflòitnt les entre-deux
des Pilastres du premier Ordre , en voyois
ces deux autres Emblèmes.
Trois Homme» regardant un Arc en- Ciel'
& tournant le dos à un Soleil levant : Dat
signa & foedtra pacis Un Soleil naissant &
trois Etoiles qui commençoient à diíparoître í
Majora dabit Soi lum'ma terris^
Dans ta face de 1* Arc de Triomphe, tour-'
liée vers la Porte de Rome , on liíoit au fron
tispice qui étoit de marbre noir cette Infcrip-f
tion en lettres d'or : Serenijsime Galliar. Delfhino
natoprid, non. sept, conjf. N Joan.'B.n'velj
Francis. Martin, J*c, Remuant , Joa». Roman-.
M.DCC XXlXt
Sas
MERCURE DE FRANCE;
Sur la des de l" Arc , un riche Cartouche ,
contenoit ce Distique aussi en lectre d'or.
Expe&ate diò , per te Gens í rancie» neèìit*-
Perpétuas paci Utituque moras.
Sur le Timpan on voyoic s'élever trois gran
des Figures fur leurs Piédestaux, richementpeintes,;
celle du milieu qui paroiíToit fur le
sommet, reprefentoit la France, tenant d'une
màin les Armes de Monseigneur le Dauphin
& de l'autre des liens ou Guirlandes de fleurs.
avec lesquels elie tenoit comme enchaînées la
Paix & la Joye, représentées par les deux au
tres Figures qui étoient à fes côrëi. La Paixqui
étoic à droite avoit à ses pieds trois Gé
nies , dont un lui prefentoit un Rameau d'O--
livier , l'autre une Gorne d'abondance , 8c le
troisième paroilíoit occupé à briser des lances
& des flèches; la joye qui dtoir à gauche,
tenoit à la main un Caducée, & avnit à fespieds
des Feux d'artifice & toutes fortes d'ínstrumens
de Musique.
Sur les Piedestaux^qui s'éíevoierrt du Zocle,.
adossez, au Pilastre du premier ordre, on voyoic
de chaque côté une grande Figure. A droite
celle du Maréchal Duc de Viílars, Gouver
neur de Provence ,■ armé d'une Cuiralîe &-
d:un Bouclier, tenant à la main le Bâton de
commandcment-Un petit-Génie à ses pieds por
tait l'Ecu de les Aimes, 8í au dessous dansune
Bordure i'or on lisoit ces Vers fur le
piédestal de la Figure-
"La Guerre au plus haut point avait porté ma
gloire ,
C'est h mes foins qu'on dut la Faix i
Mais son plus fur garand & le plu: plein d'at~
traits x
FEVRIER. 1730. 31J
Man/jttoit à m» double victoire ,
XJ'ti Héros en naissant y met les derniers traits.
La Figure du côté gauche representoit en-'
core Marseille en Nymphe & dans une attitu^
de majestuejfe,regardant le Portrait deMonseifneur
le Dauphin que la France présentoir dit
auc du Timpan, auquel elle adressoic ces Vers*
Moi qui dans des teins s moins heureux ,
Met 1 ois ma gloire a n avoir point de Maître ,
Au bonheur d'obéir au Roi qui vous fit naître »•
Jt borne aujourd'hui tous mes voeux ,
Comme il est mon Héros vous devez, un jour Vêt rt;
Mais le plus tard fera le mieux.'
Deux grands Génies qu^ s'élevoíent fur Ia>
Corniche du premier ordre, tenoient chacur»
irn Cartouche; on avoit peint dans l'un une colomne
soutenant une partie d'un Edifice avec'
ces mots; Columenque decufque :8c dans l'au
tre des illuminations & des Feux d'artifice
a'vec ces mots.. Veiïora ardetitiùs.
Dans deux autres Cartouches placez audessous
dans les entre- colonnemens de-ce pre
mier ordre, on voyoit dans l'un des Oliviers
qui reçoivent les rayons du Soleil levant, avec
ces mots : Oleas foecundat ab ortu :' & dans
1 autre un Vaisseau , fur la poupe duquel paroissoit
Arion jouant de la Lyre , & fur l'eau,
un Dauphin avec ces mots : Cantu precibujque
VocatHs.
Les Cartouches placez des deux côte* dans
les entre- deux des Pilastres supérieurs contenoient
4. autres Emblèmes. La première des
deux qui écoienc fous la figure de la Joye,.
«ost
;i£ MËRCURË DE Ï*RANÍCE.
étoit un Soleil levant regardé par un Lyórí ,
tin Aigle & un Léopard : Unum fusficitmt omiies:
& l'autre étoit un Dauphin sur la íurface
de la Mer : Mole mìnìr fed Majejìate vcrendús.
La première de celles qui étoient placées de
l'autre côté fous la Figure de la Joye , vepre*
sentoit deux Bergers tendans lès mains vers
le Ciel, à la vue d'une pluye qui tombe , &
la Terre couverte de fleurs desséchées : Preci*
bus alcftia: l'autre faisoit voir trois'Etoiles*
deux ensemble & une plus éloignée j & toutes
trois touchées par les rayons du Soleil nais
sant : Pttlchrior exibit fí fr&eeffere minâtes.
Cet Arc de Triomphe , qui par la beauté du
dessein , la magnificence de sa structure & le
succès de l'execution , avoit déja attiré tous
les regards , les fixi entièrement lorsque le i<u
Septembre au soir il fut éclairé d'une multitude
infinie de Lampions», qui joints à s'illumina-,
tion de tòutes les maisons du Cours , qui font
toutes d'une même hauteur & Architecture,
avec des Balcons, dissipèrent entièrement les
ténèbres. Les 4. Compagnies entrèrent dans
íè Cours par l' Avenue qui est du côté de la
Porte Royale , passèrent fous l'Arc de Triom
phe , firent une salve devant ce Monument &
allèrent se ranger en bon ordre autour de la
Place S, Louis , où le Feu de joye étoit dressé.
Lorsque le Gouverneur- Viguier & les Eche
vins l' eurent allumé, il sortit des 8. Colomnes
posées autour des Portiques de l'Edifice du
Feu & des Caisses placées fur les Corniches
de l'Arc de Triomphe, un fi grand nombre de
fusées, que se croisant ensemble elles firenï
paroître comme une voute de feu , qui occupoit
ce qu'il y a d'espace entre la Place sainÉ
louis & celle de l'Arc de Triomphe. On en
tendit
FEVRÍÉR. T730. itfy
iendit alors une salve de toute la Mousquets
rie , celle de zoo. Boëces, te plus de 500. coups
de Canons que tirèrent les Vaisseaux. Ce bruie
joint à celui des Trompettes , des Timbales 8C
des Tambours > au son des Hautbois & des
Violons , & aux acclamations de tout un grand
Peuple; tout cela fit un effet surprenant.
Le Corps de Ville se rendit ensuite cheA
M. Ramusat , premier Echevin nouvean, qui
f avoit invité pour ce loir-là , sa Maison étoit
ingénieusement éclairée , il y eut y o- Boëtes ti
rées à chaque Santé Royale que l'on but.Aprèí
le Repâs on alla au Concert que les Echevins
donnèrent dans la Salle de la Loge > elle étoit
ornée comme on l'a dit. Le Concert étoit com
posé des meilleurs Instrumens & des p'us belles
voix de l'Academie de Musique & de l' Opérai
11 y eut une affluence infinie de monde. Au
Concert succéda le Bal qui dura jusqu'à neuf
heures du matin, & on diítribua des Confitures
& des Rafraîchissemens comme le premier iour«
M. Roman > Echevin , qui pendant ces trois
jours n'avoit pu donner fa Fête en particulier,
invita le Corps de Ville à souper le premier/
d'Octobre. La situation avantageuse de sa matson
fit encore plus remarquejr son illumina
tion. Les Boëtes se firent entendre . le Repas
fut suivi du Bal, & fa Fête fut cofhme une
extension des Réjouissances publiques. La pro
preté 5 la délicareflè & Tabondance régnèrent
dans tous les repas donnez par les Echevins.
Les Intendans de la Santé ont aussi marqué
leur joye par une Fête particulière;- ils prièrent
les Echevins d'assister au Te Deum qu'ils firent
chanter dans la Chapelle des Infirmeries.» on
alluma ensuite un Feu de joye qu'ils a voient
fait préparer hors des Enceintes ; on fie une
iiì MERCURE m FR ÂlSsCÉ.
décharge de cent cinquante Boëtes > & orir tirai
plusieurs Gerbes de Fusées , toute la façade du
Bureau de la Santé qu'on avoit ornée d'Em
blèmes, &c. étoit parfaitement illuminée, de
même 'que la Porte du grand Pavillon des In
firmeries & les Portes de la double enceinte.'
Ils se rendirent ensuite en un Pavillon voisin ,•
«û l'on servit un Ambigu, & on tira cinquante
Boëtes à chaque Santé Royale
Fermer
Résumé : RÉJOUISSANCES de la Ville de Marseille.
En septembre, Marseille a célébré la naissance du Dauphin avec des festivités grandioses. Bien que la ville n'ait pas initialement fourni de descriptions pour un livre historique, un mémoire imprimé retrouvé en février 1730 a permis de rendre compte des événements. Les réjouissances ont débuté le 17 septembre avec des trompettes, tambours et cloches annonçant la fermeture des boutiques et l'illumination des maisons. Le 18 septembre, les galères et vaisseaux étaient ornés, et le peuple dansait dans les places publiques. Le Marquis de Pilles, gouverneur de Marseille, et les échevins ont assisté à une messe solennelle à la cathédrale, suivie d'un Te Deum et d'une procession générale avec des reliques. La ville était illuminée, et des feux de joie étaient allumés. Les échevins ont organisé des fêtes, des soupers et des bals, et ont distribué des aumônes aux pauvres. Un arc de triomphe décoré d'emblèmes et de devises a été érigé sur le Cours. Les festivités incluaient des feux d'artifice et des salves de mousqueterie. L'arc de triomphe présentait diverses figures allégoriques et emblèmes symboliques. Sur la corniche, une figure tenait une balance et un faisceau d'armes, flanquée d'Apollon et de Minerve. Devant les pilastres, Mercure, dieu du Commerce, tenait une bourse remplie, et Thétis tenait un vaisseau à voiles enflées, entourée de coquillages, de perles et de corail. Les cartouches étaient remplis de peintures symboliques. Les emblèmes incluaient un aigle et un aiglon avec l'inscription 'Superas docet ire piras', Alcide étouffant deux serpents avec 'Nunc Alcides mox Hercules', une corne d'abondance avec 'Vives jam copia Cornu', et un dauphin couronné sortant de la mer avec 'Parvis regnabit in undis'. Sur les piédestaux, des figures de Mercure et Thétis étaient accompagnées d'emblèmes supplémentaires comme des hommes regardant un arc-en-ciel et un soleil levant avec 'Dat signa & foedera pacis', et un soleil naissant avec 'Majora dabit Sol lumina terris'. L'arc de triomphe portait une inscription en lettres d'or dédiée au dauphin, avec des distiques en latin. Sur le tympan, la France était représentée tenant les armes du dauphin et des guirlandes de fleurs, enchaînant la Paix et la Joie. La Paix était accompagnée de génies offrant un rameau d'olivier et une corne d'abondance, tandis que la Joie tenait un caducée et des feux d'artifice. Des figures du maréchal Duc de Villars et de Marseille en nymphe étaient également présentes, avec des vers dédiés à leur gloire et à leur loyauté. Les festivités incluaient des concerts, des bals et des feux d'artifice, avec des réjouissances publiques et des fêtes privées organisées par les échevins et les intendants de la santé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16
p. 1503-1517
SUITE de l'Eloge de M. Baron, & c.
Début :
Il arriva aux Indes dans la même année 1671. après avoir essuyé les fatigues [...]
Mots clefs :
Indes, Directeur, Mort, Directeur général du commerce de la Compagnie des Indes orientales, Compagnie des Indes orientales, Venise, Marseille, Vaisseaux, Consul
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Eloge de M. Baron, & c.
SUITE de l'Eloge de M. Baron , &c
Ik
L arriva aux Indes dans la même an
née 1671. après avoir effuyé les fatigues
d'un long & penible voyage , d'abord
par terre en traverfant une partie
des Deferts d'Arabie & de la Perfe , pour
fe rendre à Ormus , dans le Golphe Perfique
, où il s'embarqua fur un Vaiffeau
du Roi qui le conduifit à Surate , Ville
Maritime de l'Indoftan ou des Etats du
Grand Magol.
J'écrirois un volume entier fi j'entreprenois
de fuivre pas à pas nôtre Directeur
, pendant les douze ou treize années
qu'a duré fon Adminiſtration , dans les
principales circonftances ou il a continué
Bij de
1504 MERCURE DE FRANCE
de faire paroître fon zele ardent pour la
Religion , fes égards pour les Miniftres
fa charité fans bornes , fon fidele attachement
au fervice du Roi , dont il a foutenu
hautement la gloire dans plufieurs occafions
,fon application au bien general du
Commerce , & aux interêts de la Compagnie
; je ne finirois point , dis-je , fi je
rapportois tous les faits publics ou particu
liers qui font venus à ma connoiffance par
des Perfonnes refpectables, qui en ont été
les Témoins, où que je trouve dans de fideles
Memoires, & qui font autant de traits
marqués de toutes les vertus qui font le
grand Homme & le parfait Chrétien.
Je me contenterai de rapporter ici ce
qu'il fit paroître de conduite , de courage
& de fermeté , dans une occafion importante
qui fe prefenta , & qu'il ne feroit
pas jufte de paffer fous filence. La Guerre
qui s'étoit allumée en Europe entre la
France & la Hollande dès l'année 1672 .
paffa jufques dans les Indes . Les Hollandois
, puiffans , comme l'on fçait , par leur
Commerce dans cette partie de l'Afie ,
entreprirent en 1674 , le Siege de la Ville
Maritime de S. Thomé , où les François
avoient un Etabliffement confiderable.
M. de la Haye quí y commandoit pour
Roi , & qui ne s'attendoit pas à cette
attaque , defefpera de pouvoir fauver une
le
Place ,
JUI N. 1730. 1505
..
Place , affez dépourvûe ; il demanda du
fecours à M. Baron , qui fit armer à ſes
dépens deux bons Vaiffeaux , chargés de
toutes fortes de Munitions ; fur lefquels
il s'embarqua lui - même & entra dans le
Port de S. Thomé , à la vûe des Ennemis,
dans l'intention de partager avec le Com
mandant la gloire & le peril de cette dés
fenſe .
و
Elle fut longue & vigoureuſe , on y fit ,
furtout du côté des Chefs , des prodiges
de conftance & de valeur. Mais les Ennemis
recevant tous les jours de nouveaux
Renforts les Affiegez fort diminuez
n'ayant prefque plus de Munitions &
toute efperance de ſecours étant d'ail
leurs perdue , on ne put s'empêcher de
capituler. La réputation de M. Baron , fa
prefence & fa fermeté , rendirent les conditions
fort honorables : Voici de quelle
maniere M. Baron y fut fpecialement
compris dans le XII. article du Traité.
J
la » M. Baron , Directeur General pour
» Compagnie Royale dans la Ville de faint
» Thomé, pourra avec tout fon bagage &
» tous fes Domeftiques s'en aller à Surate
» ſur les Vaiffeaux Hollandois qui iront à
» la premiere * Mouffon , & il fera traitté
* Mouffon , mot Arabe qui fignifie temps
préfix , & qu'on donne aux Vents alifex on
#eglez , qui regnent en certaines Saifons.
B iij
avce
1506 MERCURE DE FRANCE
avec toute l'honnêteté dûe à ſon caraċ-
>> rere ; fi mieux il n'aime y aller par terre,
» auquel cas on lui donnera les paffe ports
neceffaires , &c.
Ce Siege qui par l'état de la Place & l'éloignement
des fecours ne devoit pas durer
, fit du bruit dans l'Europe , toutes
les nouvelles publiques en parlerent & en
particulier la Gazette d'Hollande .
J'ai omis de marquer en for lieu , que
M. Baron n'acheva de fortir d'affaires avec
les Marchands du Caire , en les payant de
ce qu'il leur avoit emprunté pour la déli
vrance du Conful & des Marchands de
Venife, que la derniere année de fon Confulat
d'Alep , efperant toujours d'être
remboursé lui - même par le Commerce de
Venife , chargé d'acquitter les dettes de la
Nation , ce qui mit fes affaires particu
lieres en affez mauvais état.
Il lui vint dans l'efprit plufieurs expe
diens pour faire avancer ce rembourfe
ment , qui demandoit ou une preſence
actuelle ou une puiffante protection . Celle
du Pape Innocent X I. lui
parut d'abord
efficace ; il avoit déja l'honneur d'en être
connu par tout ce que j'ai rapporté de
fon zele pour les Prelats , & pour les Miffionnaires
Apoftoliques ; de plus il fe
trouvoit qu'un neveu du Pape , Sénateur
Milan , & fort aimé de S. S. avoit époulé
une
JUILLET . 1730. 1507
•
tine Demoiselle de la Famille des Barons
de Cofme, d'où l'Ayeul de M. Baron étoit
forti pour le retirer à Marſeille , enfuite
de quelques démêlés que cette Famille
avoit eûs avec des Gentilshommes de fes
Parens de l'Etat de Milan . Reut- être , die
M. Baron , dans une de fes Lettres , que
le Papeferoit quelque chofe pour moi ,fij'allois
à Rome avec la permiffion du Roi.
Il paroît cependant qu'il aima mieux
recourir à la protection de S. M. qui eut
la bonté d'écrire trois Lettres confecutives
à trois differens Miniftres , fes Ambaffadeurs
auprès de la République de Veniſe
pour faire rendre juftice à M. Baron : mais
les bontés du Roi n'eurent aucun effet par
les longueurs affectées , les incidens & les
differens prétextes , qui furent mis en
euvre de la part de ceux qui devoient
payer. Je ne rapporterai ici que
la pre
miere de ces Lettres , laquelle fut écrite à
M. l'Abbé d'Eftrades.
M. l'Abbé d'Eftrades , le fieur Baron ,
mon ſujet & Directeur general du Com
»merce de la Compagnie des Indes Orien
» tales établie en mon Royaume , m'a rea
» prefenté que s'étant trouvé au Caire en
»Egypte , en l'année 1657. lorfque le
* La Lettre qui apprend ces circonstancet
eft toute écrite de la main de M. Baron
fignée de lui , les autres ne font que des Copies
Biiij Pacha
4508 MERCURE DE FRANCE
»
» Pacha fit arrêter le Conful de la Repu-
» blique de Veniſe avec quelques autres
» Venitiens & les condamna à la mort ,
» pour avoir , difoit - il , des correfpon-
» dances avec la Ville de Candie , au préjudice
du fervice du Grand Seigneur ,
» ledit fieur Baron à la priere dudit Con-
» ful & de fes Compagnons , s'employa
auprès du Pacha pour leur fauver la vie ,
» & en obtint la grace moyennant la fom-
» me de 14901 liv . qu'il lui donna , partie
» de fes deniers & partie de ceux qu'il em-
» prunta de fes amis , dont il leur a payé
» les interêts plus de 10 ans durant à 24
» pour cent , fuivant l'ufage de la Tur-
» quie , enfuite de quoi le Conful & les
» autres Venitiens delivrez ainfi de la
» mort , promirent audit Sieur Baron de
» lui rendre fon argent dans un an avec
» les interêts, ainfi qu'il eft porté par une
» obligation du 3 Mai 1657. qu'il a entre
» fes mains ; que cependant ils n'y ont
» point fatisfait depuis plus de 20 ans
»fous prétexte de la guerre de Candie &
par l'abfence dudit fieur Baron , qui a
» toujours été employé depuis , tant en la
Charge de Conful d'Alep , qu'en celle de
>> Directeur General aux Indes Orientales ,
» qu'il exerce prefentement; enforte qu'ils
» refuſent de lui faire juftice , ledit fieur
Baron me demandant de lui accorder
•
»
ma
JUILLET. 1730. 1509
ma protection & comme j'eftime d'ailleurs
que non - feulement fa plainte eft
>> jufte , mais que la Republique a quel-
» que forte d'interêt que ceux de fes Su-
»jets , fauvés de la mort par l'affection
» que ledit fieur Baron a eûe pour eux ,
» fatifaffent à leur engagement , je vous
» écris cette Lettre pour vous dire , que
>> mon intention eft que vous faffiez toutes
» les inftances neceffaires auprès du Sénat,
» s'il eft neceffaire , ou aux Magiftrats pardevant
lefquels cette affaire doit fe traitter
, pour faire rendre juftice audit fieur
Baron ; outre que vous protegerez fon
bon droit,vous ferez encore une chofe
qui me fera très-agreable. Et la prefente
» n'étant à autre fin , je prie Dieu qu'il
» vous ait , M. l'Abbé d'Eftrades , en fa
» fainte garde. Ecrit à Fontainebleau ce
8 Septembre 1677. Signé LOUIS : Et
plus bas , Arnauld . Et au dos eft écrit , à
M. l'Abbé d'Eftrades , Confeiller en tous
mes Conſeils & mon Ambaſſadeur à Veniſe.
Deux autres Lettres du Roi écrites en
1679. & 1680. à Meffieurs de Varengeville
& de la Haye , fes Ambaffadeurs à
Venife , fur le mêmefujet , n'eurent , comme
on l'a déja dit , aucun fuccès .
2
Cependant peu de temps après l'expe-.
dition de S.Thomé & le retour de M. Ba-
Jon àSurate , qu'une de-fes Lettres fixe au
By 26
rsto MERCURE DE FRANCE
26 d'Août 1675. fa fanté commença d'être
alterée par une attaque de paralyfie; mais
elle ne diminua en rien la fermeté de fon
efprit , & la ferveur de fa pieté , qui alla
toujours en augmentant.
Il fit fon Teftament , dont j'ai une copie
, le 28 Juin 1680. il y donne de nouvelles
preuves de fa Religion, de fa juftice ,
& de fa charité. M. Simon Baron , fon
Frere , Prêtre de l'Oratoire , Prieur de
Beaumont , Diocèfe de Paris , y eft nommé
fon Légataire univerfel , & à fon dé
faut Jean Pierre Baron , fon Neveu , lequel
après l'avoir fuivi aux Indes , étoit
revenu en France , & fervoit dans la Marine.
M. Baron ne fit plus gueres que languir
depuis , & enfin étant tombé dans une
fievre lente fur la fin de l'année 1683. il
mourut le
30 Decembre de la même année
, laiffant tous ceux qui étoient auprès
de lui également touchez , & édifiez , &
tout le pays affligé de fa perte.
Je n'aurois prefque plus rien à vous
dire , Monfieur , fur notre pieux Directéur
, fi M. Darnaud , mon Coufin Germain
, & Parent au même degré que
moi de M. Baron , n'avoit fait depuis fon
décès le voyage de Surate , & rapporté
quelques faits particuliers que vous ne
ferez pas fâché de fçavoir. Voici un petit
Extrait
JUILLET. 1736. 1511
Extrait de deux Lettres que M. Darnaud,
devenu depuis Capitaine de Vaiffeau du
Roi , & commandant les Troupes de la
Marine à Quimper , m'a écrites fur ce fujet
de cette Ville là .
»
» Le feu Roi ayant ordonné en l'année
1700. de faire partir pour les grandes »
Indes deux Vaiffeaux de Guerre , com-
» mandés par le Marquis de Château - Mo-
» 'rant , je fus nommé premier Lieutenant
» pour fervir fur le Vaiffeau du Comman-
» dant , nommé l' Agreable. Nous allâmes
>> droit à Pondichery , où nous reftâmes
» fix femaines. De Pondichery nous allâ
>> 'mes à Goa , & de Goa à Surate , où nous
» arrivâmes la veille de Noel 1700. Nous
» y fejournâmes jufqu'au 20 Fevrier 1701 .
Les Vaiffeaux du Roi furent toujours
mouillez à Souailly " , c'eft une Rade
affurée à trois lieues de Surate. Pour
moi pendant que nos Vaiffeaux y refte-
>> rent je demeurai toujours en cetté Ville, '
» logé dans la maifon de la Compagnie
» & accablé d'honnetetés de la part de
» M. de Pilavoine qui avoit été nommé
» Directeur General , & de tous les autres
» Meffieurs , qui reprefentoient la Com
pagnie , lefquels avoient tous fervi ſous
nôtre Oncle , feu M. Baron . - n
» Ils m'affurerent qu'il eft mort comme
pun Saint après avoir vécu très - chré-
B vj tiennement
1512 MERCURE DE FRANCE
tiennement , & après avoir abſolument
tout donné fur fes derniers jours , juf-
» ques - là qu'un Capucin venant lui de-
» mander quelque chofe , & ne lui reftant
que fa vefte de deffous garnie de bou-
» tons d'or , il prit un canif fur fon Bu-`
" reau , les coupa tous & les lui donna .
» Tout cela m'a été confirmé par plufieurs
Anglois , Hollandois & Portugais qui
» l'avoient fort connu. Auffi fa mémoire
>> eft-elle en grande veneration dans tout
» le Pays , jufques-là que les Habitans na-
» turels du même Pays , quoique les uns
foient Gentils , les autres Mahometans ,
» vont faire des prieres fur fon Tombeau,
» ne pouvant oublier fes bienfaits & fa
» droiture . Ce Tombeau eft fort fimple, fi-
» tué dans le Cimetiere des Catholiques, à
>> un demi quart de lieue de la Ville ; mais
M. de Pilavoine a engagé la Compagnie
» de faire élever deffus un Monument
magnifique pour honorer fa memoire
» enforte qu'il n'attendoit plus que les
» derniers ordres pour y faire travailler
»ayant déja difpofé les chofes pour cela .
» Il me pria même de concourir à l'exe-
>> cution de ce deffein , en lui envoyant
» une Epitaphe qui répondit au fujet , me
» promettant dela faire graver fur le Mo-
≫nument qu'il méditoit. Permettés - moi ,
» mon très-cher Coufin , de me décharger
H
fur
JUILLET . 1730. 1513
>> fur vous de ce foin , j'eftime que vous
➡êtes en état de vous en acquitter , en fa-
>> veur d'un homme qui honore fi fort fa
» Patrie & toute fa Parenté. Je fuis , & c.
M. Baron étant mort fans avoir été
marié , il ne laiffa que des freres & des
neveux. Deux de fes freres font morts
Religieux de l'Obfervance S. François ,
le troifiéme après s'être diftingué dans la
Congrégation de l'Oratoire par fon érudition
& par fon éloquence , eft mort au
commencement de ce fiecle , dans le Prieuré-
Cure de S. Quentin de Boullié , Diocèle
de La Rochelle, que M. de la Vrilliere , Ar
chevêque de Bourges , lui avoit conferé
en qualité d'Abbé de l'Abbaye de Nieüil,
en Poitou . C'eſt le même dont il eft parlé
ci-devant en qualité de Legataire univerfel
du Directeur fon frere. On peut
dire que jamais qualité n'a été plus infructucufe
, malgré les foins qu'il a pris de
faire du moins acquiter la dette de Venife
, & de retirer d'autres effets auffi legitimement
dûs & auffi mal placés.
A l'égard de fes neveux , fils de Pierre
Baron , fon autre frere , mort à Alep , &
de Dame N. de Lieutaud , ils étoient au
nombre de cinq ; fçavoir : Jofeph Baron ,
mort dans fa jeuneffe en 1674. Jean Pierre
Baron , qui après avoir fait le voyage des
Indes étoit entré dans la Marine , mourut
1514 MERCURE DE FRANCE
rut auffi à Marfeille dans un âge peu
avancé en 1684. François Baron entra fort
jeune dans l'Ordre de Malthe ; il ne four
nit pas une longue carriere ; mais il fe fi-.
gnala en plufieurs occafions , entr'autres ›
Torfque la Religion envoya au fecours de
la Morée un Bataillon dont il fut fait Major
, & à la tête duquel il fut bleffé dan--
gereuſement. Le Grand-Maître Raimond
Perellos le confidera particulierement , &
le fit Capitaine d'une Galere . Il mourut à
Malte en l'année Jean Baron entra ^
de bonne heure dans la Congrégation de
l'Oratoire , puis fut Chanoine de l'Eglife.
Collegiale S. Martin de Marſeille , enfuiter
de la Cathedrale , & mourut en 1720.-
dans le tems de la derniere contágion . Et
Jean Baptifte Baron , qui après avoir embraffe
l'Etat Ecclefiaftique entra dans l'Or--
dre de Malte , & eft mort Religieux Prêtre
de cet Ordre , il avoit été pourvû fuccef--
fivement des Offices de Sacriftain de la
Commanderie de' S. Jean de Marſeille ,
& d'Infirmier du Grand Prieuré de Saint
Gilles , & enfin de la Commanderie d'Ef--
pagnac. C'eft , comme je l'ai dit au commencement
de ma Lettre, en marquant le
tems de fa mort , le dernier qui reftoit de
toute cette vertueufe & nombreuſe famille.
Je joins ici une copie de l'Epitaphe de
M.:
JUILLET. 1730. ISTS
M. Baron , qu'on n'a pû refufer à fa mé→
moire , & qui a été envoyée aux Indes .
dans l'intention que vous avez vû cideffus
. Il me refte à vous affurer
fuis veritablement
, Monfieur &c.
que je
A Paris le 10. Mars 1729.
D. O. M.
Sta Viator...
Hic in fpem Refurrectionis quiefcunt offa &
cineres infignis pietate viri D. D. FRANCISCI
BARON Maffilienfis ,
Qui
Poft emenfam Europam , Ægyptum , Paleftinam
, Syriam , ubi fupremum Gallia &
Batavia
Confulatum
Magnificè & fapientiffimè geffit :
In remotiores Afia fines à REGE CHRISTIANISSIMO
foederis cùm Indiarum
Regibus ineundi , ac rei Mercatoria reftanranda
, & providenda caufâ ,
Felicibus aufpiciis miffus.
SURATE maritima Indorum Metropoli
fedem fixit:
Ibi
Ingenii acie , cordis amplitudine , eloquii
Comitate
1516 MERCURE DE FRANCE
comitate , morum candore ; præfertim in miferas
continuâ , ac prodiga charitate apud
Indos indigenas & cæteras utriufque Orbis
Gentes.
Clariffimus evafit
Quijam variis avita virtutis fua monumentis
clarus erat & percelebris
Qui
Ubique Terratum
Religionis tuende , promovenda , ejufque
Miniftros fovendi , fublevandi , piâ femper
& indefeffa motus eft follicitudine.
Quique malè opprefforum præfens femper efficaxque
remedium , de ipfa Venetorum Republica
optimè meritus eft :
Ob Cives & Confulem
Jugifapientia , proprio aere , non reftituto
ab imminentis mortis periculo , durifque vinculis
à Pharaone altera in Egypto paratis,»
felici & infolenti beneficio
Servatos , redemptos , liberatos ,
ANNO M. DC. LVII.
Tandem poft diuturnam divina Legis obfer
vantiam , poft opes effufas , Domum , pios
Libros , ipfas veftes & omnia pauperibus
erogata.
Sufficiente fibi Deo omnia.-
Pie obdormivit in Domino Chriftianus &
calebs Philofophus. Anno Reparat. Salut
Han
JUILLET. 1730. 1517
Hum. M. DCC. LXXXIII. Die XXX .
Decembris
Abi Viator ,
, Et tanto motus Spectaculo Spretis Orientis
falfis opibus , pius imitator thefaurifa tibi
thefauros in coelo.
Hoc munificentia , pietatis , & grati animi
monimentum Illuftr. Gallicorum Indiarum
Negociatorum Coetus Regius Amantiſſ. Directori
fuo , Reftauratori , Patrono & Benefactori.
P. P.
Funebrem Epigraphem J. D. L. R. è forore
Pronepos , ex Oriente Redux , pro publico
& privato luctu.
Mæftiff. condebat Parifiis An. M. DCC .
IV.
Les Armes de M. Baron , telles qu'onles
voit à la Bibliotheque de S. Germain
des Prez , empreintes au bas des Profeffions
de Foi & autres Actes par lui legalifés ,
en qualité de Conful d'Alep font
Ecartelé au 1 & 4. de Sable à deux Chicots
paffes en Sautoir d'Argent ; au 2 & 3. Conpé
de Sable à 3. Canetes d'Argent , & d'Argent
au Cheval de Sable.
Ik
L arriva aux Indes dans la même an
née 1671. après avoir effuyé les fatigues
d'un long & penible voyage , d'abord
par terre en traverfant une partie
des Deferts d'Arabie & de la Perfe , pour
fe rendre à Ormus , dans le Golphe Perfique
, où il s'embarqua fur un Vaiffeau
du Roi qui le conduifit à Surate , Ville
Maritime de l'Indoftan ou des Etats du
Grand Magol.
J'écrirois un volume entier fi j'entreprenois
de fuivre pas à pas nôtre Directeur
, pendant les douze ou treize années
qu'a duré fon Adminiſtration , dans les
principales circonftances ou il a continué
Bij de
1504 MERCURE DE FRANCE
de faire paroître fon zele ardent pour la
Religion , fes égards pour les Miniftres
fa charité fans bornes , fon fidele attachement
au fervice du Roi , dont il a foutenu
hautement la gloire dans plufieurs occafions
,fon application au bien general du
Commerce , & aux interêts de la Compagnie
; je ne finirois point , dis-je , fi je
rapportois tous les faits publics ou particu
liers qui font venus à ma connoiffance par
des Perfonnes refpectables, qui en ont été
les Témoins, où que je trouve dans de fideles
Memoires, & qui font autant de traits
marqués de toutes les vertus qui font le
grand Homme & le parfait Chrétien.
Je me contenterai de rapporter ici ce
qu'il fit paroître de conduite , de courage
& de fermeté , dans une occafion importante
qui fe prefenta , & qu'il ne feroit
pas jufte de paffer fous filence. La Guerre
qui s'étoit allumée en Europe entre la
France & la Hollande dès l'année 1672 .
paffa jufques dans les Indes . Les Hollandois
, puiffans , comme l'on fçait , par leur
Commerce dans cette partie de l'Afie ,
entreprirent en 1674 , le Siege de la Ville
Maritime de S. Thomé , où les François
avoient un Etabliffement confiderable.
M. de la Haye quí y commandoit pour
Roi , & qui ne s'attendoit pas à cette
attaque , defefpera de pouvoir fauver une
le
Place ,
JUI N. 1730. 1505
..
Place , affez dépourvûe ; il demanda du
fecours à M. Baron , qui fit armer à ſes
dépens deux bons Vaiffeaux , chargés de
toutes fortes de Munitions ; fur lefquels
il s'embarqua lui - même & entra dans le
Port de S. Thomé , à la vûe des Ennemis,
dans l'intention de partager avec le Com
mandant la gloire & le peril de cette dés
fenſe .
و
Elle fut longue & vigoureuſe , on y fit ,
furtout du côté des Chefs , des prodiges
de conftance & de valeur. Mais les Ennemis
recevant tous les jours de nouveaux
Renforts les Affiegez fort diminuez
n'ayant prefque plus de Munitions &
toute efperance de ſecours étant d'ail
leurs perdue , on ne put s'empêcher de
capituler. La réputation de M. Baron , fa
prefence & fa fermeté , rendirent les conditions
fort honorables : Voici de quelle
maniere M. Baron y fut fpecialement
compris dans le XII. article du Traité.
J
la » M. Baron , Directeur General pour
» Compagnie Royale dans la Ville de faint
» Thomé, pourra avec tout fon bagage &
» tous fes Domeftiques s'en aller à Surate
» ſur les Vaiffeaux Hollandois qui iront à
» la premiere * Mouffon , & il fera traitté
* Mouffon , mot Arabe qui fignifie temps
préfix , & qu'on donne aux Vents alifex on
#eglez , qui regnent en certaines Saifons.
B iij
avce
1506 MERCURE DE FRANCE
avec toute l'honnêteté dûe à ſon caraċ-
>> rere ; fi mieux il n'aime y aller par terre,
» auquel cas on lui donnera les paffe ports
neceffaires , &c.
Ce Siege qui par l'état de la Place & l'éloignement
des fecours ne devoit pas durer
, fit du bruit dans l'Europe , toutes
les nouvelles publiques en parlerent & en
particulier la Gazette d'Hollande .
J'ai omis de marquer en for lieu , que
M. Baron n'acheva de fortir d'affaires avec
les Marchands du Caire , en les payant de
ce qu'il leur avoit emprunté pour la déli
vrance du Conful & des Marchands de
Venife, que la derniere année de fon Confulat
d'Alep , efperant toujours d'être
remboursé lui - même par le Commerce de
Venife , chargé d'acquitter les dettes de la
Nation , ce qui mit fes affaires particu
lieres en affez mauvais état.
Il lui vint dans l'efprit plufieurs expe
diens pour faire avancer ce rembourfe
ment , qui demandoit ou une preſence
actuelle ou une puiffante protection . Celle
du Pape Innocent X I. lui
parut d'abord
efficace ; il avoit déja l'honneur d'en être
connu par tout ce que j'ai rapporté de
fon zele pour les Prelats , & pour les Miffionnaires
Apoftoliques ; de plus il fe
trouvoit qu'un neveu du Pape , Sénateur
Milan , & fort aimé de S. S. avoit époulé
une
JUILLET . 1730. 1507
•
tine Demoiselle de la Famille des Barons
de Cofme, d'où l'Ayeul de M. Baron étoit
forti pour le retirer à Marſeille , enfuite
de quelques démêlés que cette Famille
avoit eûs avec des Gentilshommes de fes
Parens de l'Etat de Milan . Reut- être , die
M. Baron , dans une de fes Lettres , que
le Papeferoit quelque chofe pour moi ,fij'allois
à Rome avec la permiffion du Roi.
Il paroît cependant qu'il aima mieux
recourir à la protection de S. M. qui eut
la bonté d'écrire trois Lettres confecutives
à trois differens Miniftres , fes Ambaffadeurs
auprès de la République de Veniſe
pour faire rendre juftice à M. Baron : mais
les bontés du Roi n'eurent aucun effet par
les longueurs affectées , les incidens & les
differens prétextes , qui furent mis en
euvre de la part de ceux qui devoient
payer. Je ne rapporterai ici que
la pre
miere de ces Lettres , laquelle fut écrite à
M. l'Abbé d'Eftrades.
M. l'Abbé d'Eftrades , le fieur Baron ,
mon ſujet & Directeur general du Com
»merce de la Compagnie des Indes Orien
» tales établie en mon Royaume , m'a rea
» prefenté que s'étant trouvé au Caire en
»Egypte , en l'année 1657. lorfque le
* La Lettre qui apprend ces circonstancet
eft toute écrite de la main de M. Baron
fignée de lui , les autres ne font que des Copies
Biiij Pacha
4508 MERCURE DE FRANCE
»
» Pacha fit arrêter le Conful de la Repu-
» blique de Veniſe avec quelques autres
» Venitiens & les condamna à la mort ,
» pour avoir , difoit - il , des correfpon-
» dances avec la Ville de Candie , au préjudice
du fervice du Grand Seigneur ,
» ledit fieur Baron à la priere dudit Con-
» ful & de fes Compagnons , s'employa
auprès du Pacha pour leur fauver la vie ,
» & en obtint la grace moyennant la fom-
» me de 14901 liv . qu'il lui donna , partie
» de fes deniers & partie de ceux qu'il em-
» prunta de fes amis , dont il leur a payé
» les interêts plus de 10 ans durant à 24
» pour cent , fuivant l'ufage de la Tur-
» quie , enfuite de quoi le Conful & les
» autres Venitiens delivrez ainfi de la
» mort , promirent audit Sieur Baron de
» lui rendre fon argent dans un an avec
» les interêts, ainfi qu'il eft porté par une
» obligation du 3 Mai 1657. qu'il a entre
» fes mains ; que cependant ils n'y ont
» point fatisfait depuis plus de 20 ans
»fous prétexte de la guerre de Candie &
par l'abfence dudit fieur Baron , qui a
» toujours été employé depuis , tant en la
Charge de Conful d'Alep , qu'en celle de
>> Directeur General aux Indes Orientales ,
» qu'il exerce prefentement; enforte qu'ils
» refuſent de lui faire juftice , ledit fieur
Baron me demandant de lui accorder
•
»
ma
JUILLET. 1730. 1509
ma protection & comme j'eftime d'ailleurs
que non - feulement fa plainte eft
>> jufte , mais que la Republique a quel-
» que forte d'interêt que ceux de fes Su-
»jets , fauvés de la mort par l'affection
» que ledit fieur Baron a eûe pour eux ,
» fatifaffent à leur engagement , je vous
» écris cette Lettre pour vous dire , que
>> mon intention eft que vous faffiez toutes
» les inftances neceffaires auprès du Sénat,
» s'il eft neceffaire , ou aux Magiftrats pardevant
lefquels cette affaire doit fe traitter
, pour faire rendre juftice audit fieur
Baron ; outre que vous protegerez fon
bon droit,vous ferez encore une chofe
qui me fera très-agreable. Et la prefente
» n'étant à autre fin , je prie Dieu qu'il
» vous ait , M. l'Abbé d'Eftrades , en fa
» fainte garde. Ecrit à Fontainebleau ce
8 Septembre 1677. Signé LOUIS : Et
plus bas , Arnauld . Et au dos eft écrit , à
M. l'Abbé d'Eftrades , Confeiller en tous
mes Conſeils & mon Ambaſſadeur à Veniſe.
Deux autres Lettres du Roi écrites en
1679. & 1680. à Meffieurs de Varengeville
& de la Haye , fes Ambaffadeurs à
Venife , fur le mêmefujet , n'eurent , comme
on l'a déja dit , aucun fuccès .
2
Cependant peu de temps après l'expe-.
dition de S.Thomé & le retour de M. Ba-
Jon àSurate , qu'une de-fes Lettres fixe au
By 26
rsto MERCURE DE FRANCE
26 d'Août 1675. fa fanté commença d'être
alterée par une attaque de paralyfie; mais
elle ne diminua en rien la fermeté de fon
efprit , & la ferveur de fa pieté , qui alla
toujours en augmentant.
Il fit fon Teftament , dont j'ai une copie
, le 28 Juin 1680. il y donne de nouvelles
preuves de fa Religion, de fa juftice ,
& de fa charité. M. Simon Baron , fon
Frere , Prêtre de l'Oratoire , Prieur de
Beaumont , Diocèfe de Paris , y eft nommé
fon Légataire univerfel , & à fon dé
faut Jean Pierre Baron , fon Neveu , lequel
après l'avoir fuivi aux Indes , étoit
revenu en France , & fervoit dans la Marine.
M. Baron ne fit plus gueres que languir
depuis , & enfin étant tombé dans une
fievre lente fur la fin de l'année 1683. il
mourut le
30 Decembre de la même année
, laiffant tous ceux qui étoient auprès
de lui également touchez , & édifiez , &
tout le pays affligé de fa perte.
Je n'aurois prefque plus rien à vous
dire , Monfieur , fur notre pieux Directéur
, fi M. Darnaud , mon Coufin Germain
, & Parent au même degré que
moi de M. Baron , n'avoit fait depuis fon
décès le voyage de Surate , & rapporté
quelques faits particuliers que vous ne
ferez pas fâché de fçavoir. Voici un petit
Extrait
JUILLET. 1736. 1511
Extrait de deux Lettres que M. Darnaud,
devenu depuis Capitaine de Vaiffeau du
Roi , & commandant les Troupes de la
Marine à Quimper , m'a écrites fur ce fujet
de cette Ville là .
»
» Le feu Roi ayant ordonné en l'année
1700. de faire partir pour les grandes »
Indes deux Vaiffeaux de Guerre , com-
» mandés par le Marquis de Château - Mo-
» 'rant , je fus nommé premier Lieutenant
» pour fervir fur le Vaiffeau du Comman-
» dant , nommé l' Agreable. Nous allâmes
>> droit à Pondichery , où nous reftâmes
» fix femaines. De Pondichery nous allâ
>> 'mes à Goa , & de Goa à Surate , où nous
» arrivâmes la veille de Noel 1700. Nous
» y fejournâmes jufqu'au 20 Fevrier 1701 .
Les Vaiffeaux du Roi furent toujours
mouillez à Souailly " , c'eft une Rade
affurée à trois lieues de Surate. Pour
moi pendant que nos Vaiffeaux y refte-
>> rent je demeurai toujours en cetté Ville, '
» logé dans la maifon de la Compagnie
» & accablé d'honnetetés de la part de
» M. de Pilavoine qui avoit été nommé
» Directeur General , & de tous les autres
» Meffieurs , qui reprefentoient la Com
pagnie , lefquels avoient tous fervi ſous
nôtre Oncle , feu M. Baron . - n
» Ils m'affurerent qu'il eft mort comme
pun Saint après avoir vécu très - chré-
B vj tiennement
1512 MERCURE DE FRANCE
tiennement , & après avoir abſolument
tout donné fur fes derniers jours , juf-
» ques - là qu'un Capucin venant lui de-
» mander quelque chofe , & ne lui reftant
que fa vefte de deffous garnie de bou-
» tons d'or , il prit un canif fur fon Bu-`
" reau , les coupa tous & les lui donna .
» Tout cela m'a été confirmé par plufieurs
Anglois , Hollandois & Portugais qui
» l'avoient fort connu. Auffi fa mémoire
>> eft-elle en grande veneration dans tout
» le Pays , jufques-là que les Habitans na-
» turels du même Pays , quoique les uns
foient Gentils , les autres Mahometans ,
» vont faire des prieres fur fon Tombeau,
» ne pouvant oublier fes bienfaits & fa
» droiture . Ce Tombeau eft fort fimple, fi-
» tué dans le Cimetiere des Catholiques, à
>> un demi quart de lieue de la Ville ; mais
M. de Pilavoine a engagé la Compagnie
» de faire élever deffus un Monument
magnifique pour honorer fa memoire
» enforte qu'il n'attendoit plus que les
» derniers ordres pour y faire travailler
»ayant déja difpofé les chofes pour cela .
» Il me pria même de concourir à l'exe-
>> cution de ce deffein , en lui envoyant
» une Epitaphe qui répondit au fujet , me
» promettant dela faire graver fur le Mo-
≫nument qu'il méditoit. Permettés - moi ,
» mon très-cher Coufin , de me décharger
H
fur
JUILLET . 1730. 1513
>> fur vous de ce foin , j'eftime que vous
➡êtes en état de vous en acquitter , en fa-
>> veur d'un homme qui honore fi fort fa
» Patrie & toute fa Parenté. Je fuis , & c.
M. Baron étant mort fans avoir été
marié , il ne laiffa que des freres & des
neveux. Deux de fes freres font morts
Religieux de l'Obfervance S. François ,
le troifiéme après s'être diftingué dans la
Congrégation de l'Oratoire par fon érudition
& par fon éloquence , eft mort au
commencement de ce fiecle , dans le Prieuré-
Cure de S. Quentin de Boullié , Diocèle
de La Rochelle, que M. de la Vrilliere , Ar
chevêque de Bourges , lui avoit conferé
en qualité d'Abbé de l'Abbaye de Nieüil,
en Poitou . C'eſt le même dont il eft parlé
ci-devant en qualité de Legataire univerfel
du Directeur fon frere. On peut
dire que jamais qualité n'a été plus infructucufe
, malgré les foins qu'il a pris de
faire du moins acquiter la dette de Venife
, & de retirer d'autres effets auffi legitimement
dûs & auffi mal placés.
A l'égard de fes neveux , fils de Pierre
Baron , fon autre frere , mort à Alep , &
de Dame N. de Lieutaud , ils étoient au
nombre de cinq ; fçavoir : Jofeph Baron ,
mort dans fa jeuneffe en 1674. Jean Pierre
Baron , qui après avoir fait le voyage des
Indes étoit entré dans la Marine , mourut
1514 MERCURE DE FRANCE
rut auffi à Marfeille dans un âge peu
avancé en 1684. François Baron entra fort
jeune dans l'Ordre de Malthe ; il ne four
nit pas une longue carriere ; mais il fe fi-.
gnala en plufieurs occafions , entr'autres ›
Torfque la Religion envoya au fecours de
la Morée un Bataillon dont il fut fait Major
, & à la tête duquel il fut bleffé dan--
gereuſement. Le Grand-Maître Raimond
Perellos le confidera particulierement , &
le fit Capitaine d'une Galere . Il mourut à
Malte en l'année Jean Baron entra ^
de bonne heure dans la Congrégation de
l'Oratoire , puis fut Chanoine de l'Eglife.
Collegiale S. Martin de Marſeille , enfuiter
de la Cathedrale , & mourut en 1720.-
dans le tems de la derniere contágion . Et
Jean Baptifte Baron , qui après avoir embraffe
l'Etat Ecclefiaftique entra dans l'Or--
dre de Malte , & eft mort Religieux Prêtre
de cet Ordre , il avoit été pourvû fuccef--
fivement des Offices de Sacriftain de la
Commanderie de' S. Jean de Marſeille ,
& d'Infirmier du Grand Prieuré de Saint
Gilles , & enfin de la Commanderie d'Ef--
pagnac. C'eft , comme je l'ai dit au commencement
de ma Lettre, en marquant le
tems de fa mort , le dernier qui reftoit de
toute cette vertueufe & nombreuſe famille.
Je joins ici une copie de l'Epitaphe de
M.:
JUILLET. 1730. ISTS
M. Baron , qu'on n'a pû refufer à fa mé→
moire , & qui a été envoyée aux Indes .
dans l'intention que vous avez vû cideffus
. Il me refte à vous affurer
fuis veritablement
, Monfieur &c.
que je
A Paris le 10. Mars 1729.
D. O. M.
Sta Viator...
Hic in fpem Refurrectionis quiefcunt offa &
cineres infignis pietate viri D. D. FRANCISCI
BARON Maffilienfis ,
Qui
Poft emenfam Europam , Ægyptum , Paleftinam
, Syriam , ubi fupremum Gallia &
Batavia
Confulatum
Magnificè & fapientiffimè geffit :
In remotiores Afia fines à REGE CHRISTIANISSIMO
foederis cùm Indiarum
Regibus ineundi , ac rei Mercatoria reftanranda
, & providenda caufâ ,
Felicibus aufpiciis miffus.
SURATE maritima Indorum Metropoli
fedem fixit:
Ibi
Ingenii acie , cordis amplitudine , eloquii
Comitate
1516 MERCURE DE FRANCE
comitate , morum candore ; præfertim in miferas
continuâ , ac prodiga charitate apud
Indos indigenas & cæteras utriufque Orbis
Gentes.
Clariffimus evafit
Quijam variis avita virtutis fua monumentis
clarus erat & percelebris
Qui
Ubique Terratum
Religionis tuende , promovenda , ejufque
Miniftros fovendi , fublevandi , piâ femper
& indefeffa motus eft follicitudine.
Quique malè opprefforum præfens femper efficaxque
remedium , de ipfa Venetorum Republica
optimè meritus eft :
Ob Cives & Confulem
Jugifapientia , proprio aere , non reftituto
ab imminentis mortis periculo , durifque vinculis
à Pharaone altera in Egypto paratis,»
felici & infolenti beneficio
Servatos , redemptos , liberatos ,
ANNO M. DC. LVII.
Tandem poft diuturnam divina Legis obfer
vantiam , poft opes effufas , Domum , pios
Libros , ipfas veftes & omnia pauperibus
erogata.
Sufficiente fibi Deo omnia.-
Pie obdormivit in Domino Chriftianus &
calebs Philofophus. Anno Reparat. Salut
Han
JUILLET. 1730. 1517
Hum. M. DCC. LXXXIII. Die XXX .
Decembris
Abi Viator ,
, Et tanto motus Spectaculo Spretis Orientis
falfis opibus , pius imitator thefaurifa tibi
thefauros in coelo.
Hoc munificentia , pietatis , & grati animi
monimentum Illuftr. Gallicorum Indiarum
Negociatorum Coetus Regius Amantiſſ. Directori
fuo , Reftauratori , Patrono & Benefactori.
P. P.
Funebrem Epigraphem J. D. L. R. è forore
Pronepos , ex Oriente Redux , pro publico
& privato luctu.
Mæftiff. condebat Parifiis An. M. DCC .
IV.
Les Armes de M. Baron , telles qu'onles
voit à la Bibliotheque de S. Germain
des Prez , empreintes au bas des Profeffions
de Foi & autres Actes par lui legalifés ,
en qualité de Conful d'Alep font
Ecartelé au 1 & 4. de Sable à deux Chicots
paffes en Sautoir d'Argent ; au 2 & 3. Conpé
de Sable à 3. Canetes d'Argent , & d'Argent
au Cheval de Sable.
Fermer
Résumé : SUITE de l'Eloge de M. Baron, & c.
Simon Baron arriva aux Indes en 1671 après un long périple terrestre à travers les déserts d'Arabie et de Perse, puis par voie maritime jusqu'à Surate. Il y exerça la fonction de directeur général de la Compagnie des Indes Orientales pendant douze à treize ans, se distinguant par son zèle religieux, sa charité, son attachement au service du roi et son dévouement au commerce et aux intérêts de la Compagnie. En 1674, lors du siège de Saint-Thomé par les Hollandais, Baron arma deux vaisseaux à ses frais pour secourir la ville. Malgré une défense héroïque, Saint-Thomé dut capituler. Baron fut mentionné dans le traité de capitulation, lui permettant de quitter la ville avec ses effets et ses domestiques. Baron tenta également de recouvrer des dettes contractées au Caire pour sauver des Vénitiens condamnés à mort. Il sollicita l'aide du roi Louis XIV, qui écrivit à ses ambassadeurs à Venise pour obtenir justice, mais sans succès. En 1675, Baron fut frappé de paralysie, mais continua à montrer fermeté et piété. Il rédigea son testament en 1680, léguant ses biens à son frère et à son neveu. Il mourut le 30 décembre 1683, laissant une réputation de sainteté et de générosité. Sa mémoire fut honorée par les habitants de Surate, quels que soient leurs croyances. Un monument fut envisagé pour perpétuer son souvenir. Le texte mentionne également la famille de Simon Baron, notamment ses neveux. Joseph Baron mourut jeune en 1674. Jean-Pierre Baron, après un voyage aux Indes et une carrière dans la Marine, décéda à Marseille en 1684. François Baron, entré jeune dans l'Ordre de Malte, fut blessé en Morée et devint Capitaine d'une galère avant de mourir à Malte. Jean Baron fut Chanoine de l'Église Collégiale Saint-Martin de Marseille et de la Cathédrale, décédant en 1720. Jean-Baptiste Baron, après avoir embrassé l'État ecclésiastique et rejoint l'Ordre de Malte, occupa plusieurs offices avant de mourir en tant que Religieux Prêtre. Une épitaphe en latin dédiée à François Baron souligne ses mérites et ses actions, notamment en Égypte et en Asie, et son dévouement à la religion et à l'aide des opprimés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17
p. 370-371
Extrait d'une Lettre de Marseille, du 19 Février 1731. au sujet des Troubles de Constantinople.
Début :
Nos Bâtimens commencent à venir du Levant. Le Capitaine Antoine [...]
Mots clefs :
Marseille, Constantinople, Révolution, Capitaine, Sultan, Commerce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Marseille, du 19 Février 1731. au sujet des Troubles de Constantinople.
EXTRAIT d'une Lettre de Marseille
du 19 Février 1731. au fujet des Troubles
de Constantinople.
N
1
Os Bâtimens commencent à venir du Levant,
Le Capitaine Antoine Rolland arriva
le 16. en ce Port , chargé de 2700 charges de Ble
qu'il a pris au Volo , &c. Je l'ai questionné en
particulier sur la derniere révolution de Constan
tinople.
Notre Capitaine passa le fameux Janon- Coggia
Smirne,avec environ so personnes de sa suite , Er
en y arrivant , Coggia trouva des dépêches de
Constantinople où il étoit demandé, et où il s'est
rendu. Il a été fait de nouveau Capitan Pacha.
Quand il partit de Smirne , le Vaisseau du Capitaine
Rolland et tous les Bâtimens François le
saluerent de plusieurs coups de Canon , avec la
permission de M. le Consul, ce qui fit grand plai
sir au nouvel Amiral Turc,qui en témoigna sa reconnoissance
à notre Capitaine. Il fit distribuer
200 Piastres à l'Equipage.
Depuis , le même Capitaine ayant rencontré en
Mer , le Capitaine Fougasse de Cassis , commandant
un Pinque , lequel étoit parti de Constantinople
, le 13 Janvier. Il apprit de lui que Janon
Coggia avoit été reçu à Constantinople avec de
grandes acclamations , et que le nouveau Sultan`
avoit d'abord voulu le faire G. V. Il s'en étoit
excusé sur ce que la Marine étoit plus à sa bienseance
; qu'on avoit assemblé un grand Divan ,
dans lequel Ali Patrona , auteur de la Révolte
avoit eu l'audace de demander la femme du dernier
G. V , fille du Sultan détrôné ; surquoi Janon
Coggia lui avoit répondu avec mépris; qu'une telle
Dame n'étoit pas destinée à un homme de néant
tel
FEVRIER. 173 F. 370
tel que lui. Surquoi Patrona ayant tiré un Pistolet
de sa poche ; Coggia le prévint et lui fit sauter
la tête d'un coup de Sabre ; que peu de tems après
le même Coggia avoit fait étrangler 30 des principaux
Satellites du Révolté ; ce qui avoit fait
d'abord cesser le trouble , ajoûtant que le nouveau
Capitan Pacha continuoit de faire faire des exécutions
à l'égard de ceux qui ont été du parti des
Rebelles. Le G. S. ne fait rien que par le Conseil
de ce bon serviteur , en attendant l'arrivée de
Kupruli , Pacha du Caire , pour le faire G. V.
Ce qui fait esperer une entiere pacification et le
prompt rétablissement du commerce. Tout ce détail
a encore été confirmé au Capitaine Rolland
dans d'autres lieux où il a touché.
du 19 Février 1731. au fujet des Troubles
de Constantinople.
N
1
Os Bâtimens commencent à venir du Levant,
Le Capitaine Antoine Rolland arriva
le 16. en ce Port , chargé de 2700 charges de Ble
qu'il a pris au Volo , &c. Je l'ai questionné en
particulier sur la derniere révolution de Constan
tinople.
Notre Capitaine passa le fameux Janon- Coggia
Smirne,avec environ so personnes de sa suite , Er
en y arrivant , Coggia trouva des dépêches de
Constantinople où il étoit demandé, et où il s'est
rendu. Il a été fait de nouveau Capitan Pacha.
Quand il partit de Smirne , le Vaisseau du Capitaine
Rolland et tous les Bâtimens François le
saluerent de plusieurs coups de Canon , avec la
permission de M. le Consul, ce qui fit grand plai
sir au nouvel Amiral Turc,qui en témoigna sa reconnoissance
à notre Capitaine. Il fit distribuer
200 Piastres à l'Equipage.
Depuis , le même Capitaine ayant rencontré en
Mer , le Capitaine Fougasse de Cassis , commandant
un Pinque , lequel étoit parti de Constantinople
, le 13 Janvier. Il apprit de lui que Janon
Coggia avoit été reçu à Constantinople avec de
grandes acclamations , et que le nouveau Sultan`
avoit d'abord voulu le faire G. V. Il s'en étoit
excusé sur ce que la Marine étoit plus à sa bienseance
; qu'on avoit assemblé un grand Divan ,
dans lequel Ali Patrona , auteur de la Révolte
avoit eu l'audace de demander la femme du dernier
G. V , fille du Sultan détrôné ; surquoi Janon
Coggia lui avoit répondu avec mépris; qu'une telle
Dame n'étoit pas destinée à un homme de néant
tel
FEVRIER. 173 F. 370
tel que lui. Surquoi Patrona ayant tiré un Pistolet
de sa poche ; Coggia le prévint et lui fit sauter
la tête d'un coup de Sabre ; que peu de tems après
le même Coggia avoit fait étrangler 30 des principaux
Satellites du Révolté ; ce qui avoit fait
d'abord cesser le trouble , ajoûtant que le nouveau
Capitan Pacha continuoit de faire faire des exécutions
à l'égard de ceux qui ont été du parti des
Rebelles. Le G. S. ne fait rien que par le Conseil
de ce bon serviteur , en attendant l'arrivée de
Kupruli , Pacha du Caire , pour le faire G. V.
Ce qui fait esperer une entiere pacification et le
prompt rétablissement du commerce. Tout ce détail
a encore été confirmé au Capitaine Rolland
dans d'autres lieux où il a touché.
Fermer
Résumé : Extrait d'une Lettre de Marseille, du 19 Février 1731. au sujet des Troubles de Constantinople.
Le 16 février 1731, le capitaine Antoine Rolland arriva à Marseille avec 2700 charges de blé du Volo. Il rapporta des troubles récents à Constantinople. Janon Coggia, nommé Capitan Pacha, y fut accueilli favorablement. Le nouveau sultan souhaitait le nommer Grand Vizir, mais Coggia préféra se concentrer sur la marine. Lors d'un Divan, Ali Patrona, instigateur de la révolte, demanda la femme du dernier Grand Vizir, fille du sultan détrôné. Coggia refusa, provoquant une altercation où il tua Patrona. Il fit ensuite exécuter 30 partisans de Patrona, apaisant les troubles. Le sultan gouverne sous l'influence de Coggia, en attendant Kupruli, Pacha du Caire, pour le poste de Grand Vizir. Ces événements laissent espérer une pacification et la reprise du commerce. Ces informations furent confirmées au capitaine Rolland lors de ses escales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
18
p. 2196-2198
PROGRAME de l'Académie Royale des Belles Lettres, Sciences et Arts, établie à Bordeaux.
Début :
L'ACADÉMIE ayant été obligée de reserver le prix de cette année ; Elle en propose deux [...]
Mots clefs :
Académie royale des belles-lettres, sciences et arts, Bordeaux, Marseille, Dissertations , Paquets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROGRAME de l'Académie Royale des Belles Lettres, Sciences et Arts, établie à Bordeaux.
PROGRAME de l'Académie Royale
des Belles Lettres , Sciences et Aris , établie
à Bordeaux.
'ACADEMIE ayant été obligée de reserver
Lile prix de cette année Elle en propose
;
deux
aux Sçavans de l'Europe , qui seront distribucz
le vingt- cinq d'Août 1732 .
Elle destine un de ces Prix à celui qui expliquera
avec le plus de probabilité la question suiyante
; S'il y a un Magnetisme dans les Corps ,
quelle en est la cause , et quelles en sont les
Loix.
Elle destine l'autre à celui qui donnera l'explication
la plus protable du mouvement de la Seve
dans les Plantes , et les Loix de ce mouvement.
Il sera libre d'envoyer les Dissertations en
François ou en Latin : on demande qu'elles
soient écrites en caracteres lisibles ; elles ne se„
tont reçues pour le concours que jusqu'au premier
May prochain inclusivement.
An
SEPTEMBRE 1731. 2797
Au bas des Dissertations il y aura une Sentence
et l'Auteur mettra dans un Billet separé
et cacheté la même Sentence avec son nom
>
et son adresse .
>
Les Paquets seront affranchis , et adresser
à M. Sarray , Secretaire de l'Académie , ruë
de Gourgues , ou au Sieur Brun , Imprimeur
de l'Académie , ruë S. Jâmes.
s'est
On avertit les Sçavans , que l'Académie n'a pas
distribué le Prix cette année , parce que la Dissertation
à qui elle auroit pu l'adjuger
trouvée trop conforme à l'explication du Son
donnée par Mr. CROUSAS dans son Traité
du Beau.
›
A Bordeaux , ce 25. Août 1731J
Le sujet que l'Académie des Belles Lettres de
Marseille propose cette année pour le Prix , est
que Adversité n'abbat que ceux que la
Prosperité avoit aveuglés , selon ces paroles
de Seneque , consol . Ad Helv. Neminem adversa
fortuna comminuit nisi quem secunda décepit.
Il faut que l'Ouvrage soit en Prose , d'une demiheure
de lecture au plus , et d'un quart -d'heure
au moins on envoyera les Paquets à Mr. de
Chalamont de la Visclede , Secretaire perpetuel
de l'Académie , en les affranchissant , sans quoi
ils ne seront point retirez . On cachera le nom
de l'Auteur tant au Public " qu'au Sieur de la
Visclede , en lui envoyant les Ouvrages ; ils ne
seront reçûs que jusqu'au premier Decembre inclusivement.
Le prix sera adjugé à l'ordinaire ,
le premier Mercredy après la Quasimodo. Les
G iij Au-
>
2198 MERCURE DE FRANCE
Auteurs envoyeront , s'ils veulent , une adresse à
laquelle Mr. de la Visclede envoyera son récepissé
, et celui qui aura remporté le Prix , n'aura
qu'à envoyer le récepissé à quelqu'un qui reside
Marseille , auquel on remettra le Prix à la
vûë de ce récepissé .
des Belles Lettres , Sciences et Aris , établie
à Bordeaux.
'ACADEMIE ayant été obligée de reserver
Lile prix de cette année Elle en propose
;
deux
aux Sçavans de l'Europe , qui seront distribucz
le vingt- cinq d'Août 1732 .
Elle destine un de ces Prix à celui qui expliquera
avec le plus de probabilité la question suiyante
; S'il y a un Magnetisme dans les Corps ,
quelle en est la cause , et quelles en sont les
Loix.
Elle destine l'autre à celui qui donnera l'explication
la plus protable du mouvement de la Seve
dans les Plantes , et les Loix de ce mouvement.
Il sera libre d'envoyer les Dissertations en
François ou en Latin : on demande qu'elles
soient écrites en caracteres lisibles ; elles ne se„
tont reçues pour le concours que jusqu'au premier
May prochain inclusivement.
An
SEPTEMBRE 1731. 2797
Au bas des Dissertations il y aura une Sentence
et l'Auteur mettra dans un Billet separé
et cacheté la même Sentence avec son nom
>
et son adresse .
>
Les Paquets seront affranchis , et adresser
à M. Sarray , Secretaire de l'Académie , ruë
de Gourgues , ou au Sieur Brun , Imprimeur
de l'Académie , ruë S. Jâmes.
s'est
On avertit les Sçavans , que l'Académie n'a pas
distribué le Prix cette année , parce que la Dissertation
à qui elle auroit pu l'adjuger
trouvée trop conforme à l'explication du Son
donnée par Mr. CROUSAS dans son Traité
du Beau.
›
A Bordeaux , ce 25. Août 1731J
Le sujet que l'Académie des Belles Lettres de
Marseille propose cette année pour le Prix , est
que Adversité n'abbat que ceux que la
Prosperité avoit aveuglés , selon ces paroles
de Seneque , consol . Ad Helv. Neminem adversa
fortuna comminuit nisi quem secunda décepit.
Il faut que l'Ouvrage soit en Prose , d'une demiheure
de lecture au plus , et d'un quart -d'heure
au moins on envoyera les Paquets à Mr. de
Chalamont de la Visclede , Secretaire perpetuel
de l'Académie , en les affranchissant , sans quoi
ils ne seront point retirez . On cachera le nom
de l'Auteur tant au Public " qu'au Sieur de la
Visclede , en lui envoyant les Ouvrages ; ils ne
seront reçûs que jusqu'au premier Decembre inclusivement.
Le prix sera adjugé à l'ordinaire ,
le premier Mercredy après la Quasimodo. Les
G iij Au-
>
2198 MERCURE DE FRANCE
Auteurs envoyeront , s'ils veulent , une adresse à
laquelle Mr. de la Visclede envoyera son récepissé
, et celui qui aura remporté le Prix , n'aura
qu'à envoyer le récepissé à quelqu'un qui reside
Marseille , auquel on remettra le Prix à la
vûë de ce récepissé .
Fermer
Résumé : PROGRAME de l'Académie Royale des Belles Lettres, Sciences et Arts, établie à Bordeaux.
En 1732, l'Académie Royale des Belles Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux a annoncé deux prix. Le premier récompense l'explication du magnétisme dans les corps, sa cause et ses lois. Le second concerne le mouvement de la sève dans les plantes et ses lois. Les dissertations, en français ou en latin, doivent être soumises avant le 1er mai 1731. Les auteurs doivent inclure une sentence en bas de leur dissertation et envoyer cette même sentence avec leur nom et adresse dans un billet séparé et cacheté. Les paquets doivent être adressés à M. Sarray ou au Sieur Brun. L'Académie de Marseille propose également un prix pour une dissertation sur le thème 'Adversité n'abat que ceux que la Prosperité avait aveuglés' de Sénèque. L'ouvrage, en prose et d'une durée de lecture entre un quart d'heure et une demi-heure, doit être soumis avant le 1er décembre. Les paquets doivent être adressés à M. de Chalamont de la Visclede, secrétaire perpétuel de l'Académie, et doivent être affranchis. Les noms des auteurs doivent rester cachés. Le prix sera attribué le premier mercredi après la Quasimodo.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
19
p. 2256-2261
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le premier de ce mois, on célébra avec les cérémonies accoutumées, [...]
Mots clefs :
Abbaye royale de Saint-Denis, Chevalier, Duc, Rançon des Français, Royaume de Maroc, Marseille, Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
L
و oncélébraEpremierdecemois
avec les cérémonies accoutumées
dans l'Eglise de l'Abbaye Royale de S.
Denis , le Service solemnel qui s'y fair
tous les ans pour le repos de l'Ame du
feu Roi Louis XIV. L'Evêque de Lavaur
officia pontificalement : le Duc du Maine,
le Prince de Dombes , le Comte d'Eu et
le Comte de Toulouse y assisterent
ainsi que plusieurs Seigneurs de la Cour..
Le Roi a accordé au Duc de la Tremoille
, l'un des premiers Gentilhommes.
de la Chambre , l'agrément du Regiment
de Champagne , dont le Chevalier
de Tessé , qui en étoit Colonel , a donné
sa démission , et le Regiment d'Infanterie
qu'avoit le Duc de la Tremoille , a été
accordé au fils aîné du Comte de Tessé
premier Ecuyer de la Reine
Le
SEPTEMBRE. 1731. 2257
Le 27. du mois dernier , 34. Esclaves
François , rachetez à Constantinople par
les Peres Mathurins , de l'Ordre de la Ste.
Trinité , débarquerent à Marseille pour
se rendre à Paris , et de - là en leurs Pays,
Les autres députez du même Ordre
sont partis pour Cadix .. pour traiter
aussi de la rançon des François , détenus
au Royaume de Maroc.
>
On écrit de Marseille , qu'il y étoit arri
vé un accident bien triste . Il y avoit plus
dedeux ans que le Capitaine Grason en
étoit sorti avec son Vaisseau pour la côte
de Guinée et on étoit fort en peine sur
son sujet , lorsqu'on apprît enfin le 29.
Août qu'il venoit d'arriver aux Isles de
Marseille , fort content de son expédition
qui a eû tout le succès possible. C'est la
coûtume quand les Bâtimens entrent dans
la Baye , de saluer le Fort de Nôtre-
Dame de la Garde. En rendant ce salut
un des Canons creva , tua le Capitaine
avec deux hommes de son équipage , et
blessa le Capitaine en second. Une heure
après , le Vaisseau entra dans le Port.
Le 8 Sept. Fête de la Nat. de la Vierge,
il y eût Concert spirituel au Château des
Tuilleries. On y chanta le Motet Landa
Fe2258
MERCURE DE FRANCE
Jerusalem , de l'Abbé Gaveau , qui est un
excellent morceau de Musique. La Demoiselle
Petitpas chanta seule un petir
Motet nouveau du Sieur Le Maire , qui
fût très-goûté , de même qu'un autre à
deux voix chanté par les Demoiselles
Lenner , de la Musique du Roy , et Petitpas
et après plusieurs Pieces de simphonie
, éxecutées avec tout autant de
vivacité que de précision , le Concert fut
terminé par le Confitemini , Motet de M.
de Lalande.
Le Roy a accordé l'agrément de la
Charge de Président à Mortier , vacante
par la mort de Mr. de Maisons , à Mr.
Talon Avocat Général du Parlement ,
et Sa Majesté a donné la Charge d'Avo-
'cat General à Mr. Joly de Fleury , Fils
aîné du Procureur Général.
C
Le 16. le Duc de S. Aignan , Chevalier
des Ordres du Roy , et son Ambassadeur
à Rome , prit congé de Sa Majesté
pour s'y rendre. Il partira dans les
premiers jours d'Octobre par Marseille
où tes Galeres qui doivent le passer à
Civitavechia , sont prêtes..
-9
Le 19. après midy , le Roy fit auprès
de la grande avenue du Château de Versailles
:
SEPTEMBRE . 1731. 2259
sailles , la révûë du Regiment de Dragons
d'Orleans , à la tête duquel étoit le Duc
d'Orleans. Le Regiment défila et fit plusieurs
mouvemens devant Sa Majesté , qui
en parût très contente , et il vint ensuite
passer devant la Reine , qui étoit avec
Monseigneur le Dauphin sur le Balcon de
l'appartement des Princesses d'Orleans,
Le Roi Stanislas et la Reine son Epouse
, qui sont venus incognito passer quelques
jours à Versailles , avec la Reine
leur fille en partirent le 19. de ce mois
pour retourner à Chambord. Pendant
leur séjour à la Cour , le Roy les a vûs
plusieurs fois chez la Reine .
,
Le 25. la Lotterie de la Compagnie
des Indes , établie. pour le remboursé
ment des Actions fût tirée en la ma
niere accoûtumée à l'Hôtel de la Compagnie
. La liste des Numeros gagnans
des Actions et dixième d'Actions , qui
doivent être remboursées , faisant en tout
le nombre de 309. Actions et un dixième
d'Action. Il y a un Nota sur la liste de
ce mois , qui fait voir pourquoi on a été
obligé de tirer un dixième d'Action
de plus .
Au mois d'Août dernier , il y eût differents
2260 MERCURE DE FRANCE
ferents Concerts chez la Reine. M. de
Blamont , Sur- Intendant de la Músique
du Roy de Semestre , fit chanter à chaque
Concert un Acte seulement de l'Opera
de Bellerophon , à cause de la Promenade.
Les Demoiselles Courrasier , Barbier
et Roblin chanterent les principaux
Rôles , et les Sieurs Godonnerche , Dangerville
et Petillot , ceux du Roy , de
Bellerophon et d'Amisodar.
Le 3. Septembre , on chanta le Prolo
gue et le premier Acte d'Atys , le Sieur
d'Angerville fit le Rôle du Temps dans
le Prologue , et celui d'Idas dans la Piece.
Le Sr. Petillot chanta le Rôle d'Atyr
et la Dlle. Lenner celui de Sangaride.
Le 15 , on continua le même Opera
par le second et troisiéme Acte . La Dile
Antier chanta le Rôlle de Cybelle , et le
Sr. Chassé celui de Celenus et du Sommeil.
La Dlle. Antier ayant infiniment brillé
dans ce Rôle eût ensuite l'honneur
d'être présentée au Roy Stanislas , et à
la Reine son Epouse , qui la reçûrent
avec une bonté distinguée , et lui marquerent
leur satisfaction par les témoignages
les plus gracieux.
>
Le 25 , le Comte Maffey , Amdassadeur
Extr. du Roy de Sardaigne , eût
une
SEPTEMBRE 1731. 2261
,
une Audience particuliere du Roy , dans
laquelle il prit congé de S. M étant
conduit par le Chevalier de Sainctot
Introducteur des Ambassadeurs , qui le
conduisit ensuite à l'Audience de la Relne
et à celle de Monseigneur le Dauphin
, de Monseigneur le Duc d'Anjou
et de Mesdames de France. '
L
و oncélébraEpremierdecemois
avec les cérémonies accoutumées
dans l'Eglise de l'Abbaye Royale de S.
Denis , le Service solemnel qui s'y fair
tous les ans pour le repos de l'Ame du
feu Roi Louis XIV. L'Evêque de Lavaur
officia pontificalement : le Duc du Maine,
le Prince de Dombes , le Comte d'Eu et
le Comte de Toulouse y assisterent
ainsi que plusieurs Seigneurs de la Cour..
Le Roi a accordé au Duc de la Tremoille
, l'un des premiers Gentilhommes.
de la Chambre , l'agrément du Regiment
de Champagne , dont le Chevalier
de Tessé , qui en étoit Colonel , a donné
sa démission , et le Regiment d'Infanterie
qu'avoit le Duc de la Tremoille , a été
accordé au fils aîné du Comte de Tessé
premier Ecuyer de la Reine
Le
SEPTEMBRE. 1731. 2257
Le 27. du mois dernier , 34. Esclaves
François , rachetez à Constantinople par
les Peres Mathurins , de l'Ordre de la Ste.
Trinité , débarquerent à Marseille pour
se rendre à Paris , et de - là en leurs Pays,
Les autres députez du même Ordre
sont partis pour Cadix .. pour traiter
aussi de la rançon des François , détenus
au Royaume de Maroc.
>
On écrit de Marseille , qu'il y étoit arri
vé un accident bien triste . Il y avoit plus
dedeux ans que le Capitaine Grason en
étoit sorti avec son Vaisseau pour la côte
de Guinée et on étoit fort en peine sur
son sujet , lorsqu'on apprît enfin le 29.
Août qu'il venoit d'arriver aux Isles de
Marseille , fort content de son expédition
qui a eû tout le succès possible. C'est la
coûtume quand les Bâtimens entrent dans
la Baye , de saluer le Fort de Nôtre-
Dame de la Garde. En rendant ce salut
un des Canons creva , tua le Capitaine
avec deux hommes de son équipage , et
blessa le Capitaine en second. Une heure
après , le Vaisseau entra dans le Port.
Le 8 Sept. Fête de la Nat. de la Vierge,
il y eût Concert spirituel au Château des
Tuilleries. On y chanta le Motet Landa
Fe2258
MERCURE DE FRANCE
Jerusalem , de l'Abbé Gaveau , qui est un
excellent morceau de Musique. La Demoiselle
Petitpas chanta seule un petir
Motet nouveau du Sieur Le Maire , qui
fût très-goûté , de même qu'un autre à
deux voix chanté par les Demoiselles
Lenner , de la Musique du Roy , et Petitpas
et après plusieurs Pieces de simphonie
, éxecutées avec tout autant de
vivacité que de précision , le Concert fut
terminé par le Confitemini , Motet de M.
de Lalande.
Le Roy a accordé l'agrément de la
Charge de Président à Mortier , vacante
par la mort de Mr. de Maisons , à Mr.
Talon Avocat Général du Parlement ,
et Sa Majesté a donné la Charge d'Avo-
'cat General à Mr. Joly de Fleury , Fils
aîné du Procureur Général.
C
Le 16. le Duc de S. Aignan , Chevalier
des Ordres du Roy , et son Ambassadeur
à Rome , prit congé de Sa Majesté
pour s'y rendre. Il partira dans les
premiers jours d'Octobre par Marseille
où tes Galeres qui doivent le passer à
Civitavechia , sont prêtes..
-9
Le 19. après midy , le Roy fit auprès
de la grande avenue du Château de Versailles
:
SEPTEMBRE . 1731. 2259
sailles , la révûë du Regiment de Dragons
d'Orleans , à la tête duquel étoit le Duc
d'Orleans. Le Regiment défila et fit plusieurs
mouvemens devant Sa Majesté , qui
en parût très contente , et il vint ensuite
passer devant la Reine , qui étoit avec
Monseigneur le Dauphin sur le Balcon de
l'appartement des Princesses d'Orleans,
Le Roi Stanislas et la Reine son Epouse
, qui sont venus incognito passer quelques
jours à Versailles , avec la Reine
leur fille en partirent le 19. de ce mois
pour retourner à Chambord. Pendant
leur séjour à la Cour , le Roy les a vûs
plusieurs fois chez la Reine .
,
Le 25. la Lotterie de la Compagnie
des Indes , établie. pour le remboursé
ment des Actions fût tirée en la ma
niere accoûtumée à l'Hôtel de la Compagnie
. La liste des Numeros gagnans
des Actions et dixième d'Actions , qui
doivent être remboursées , faisant en tout
le nombre de 309. Actions et un dixième
d'Action. Il y a un Nota sur la liste de
ce mois , qui fait voir pourquoi on a été
obligé de tirer un dixième d'Action
de plus .
Au mois d'Août dernier , il y eût differents
2260 MERCURE DE FRANCE
ferents Concerts chez la Reine. M. de
Blamont , Sur- Intendant de la Músique
du Roy de Semestre , fit chanter à chaque
Concert un Acte seulement de l'Opera
de Bellerophon , à cause de la Promenade.
Les Demoiselles Courrasier , Barbier
et Roblin chanterent les principaux
Rôles , et les Sieurs Godonnerche , Dangerville
et Petillot , ceux du Roy , de
Bellerophon et d'Amisodar.
Le 3. Septembre , on chanta le Prolo
gue et le premier Acte d'Atys , le Sieur
d'Angerville fit le Rôle du Temps dans
le Prologue , et celui d'Idas dans la Piece.
Le Sr. Petillot chanta le Rôle d'Atyr
et la Dlle. Lenner celui de Sangaride.
Le 15 , on continua le même Opera
par le second et troisiéme Acte . La Dile
Antier chanta le Rôlle de Cybelle , et le
Sr. Chassé celui de Celenus et du Sommeil.
La Dlle. Antier ayant infiniment brillé
dans ce Rôle eût ensuite l'honneur
d'être présentée au Roy Stanislas , et à
la Reine son Epouse , qui la reçûrent
avec une bonté distinguée , et lui marquerent
leur satisfaction par les témoignages
les plus gracieux.
>
Le 25 , le Comte Maffey , Amdassadeur
Extr. du Roy de Sardaigne , eût
une
SEPTEMBRE 1731. 2261
,
une Audience particuliere du Roy , dans
laquelle il prit congé de S. M étant
conduit par le Chevalier de Sainctot
Introducteur des Ambassadeurs , qui le
conduisit ensuite à l'Audience de la Relne
et à celle de Monseigneur le Dauphin
, de Monseigneur le Duc d'Anjou
et de Mesdames de France. '
Fermer
Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En septembre 1731, plusieurs événements marquants ont eu lieu à la cour de France. Le 1er septembre, un service solennel en mémoire du roi Louis XIV a été célébré à l'Abbaye Royale de Saint-Denis, officié par l'évêque de Lavaur et en présence de dignitaires. Le roi a accordé au Duc de la Tremoille le régiment de Champagne et au fils aîné du Comte de Tessé un régiment d'infanterie. Le 27 août, 34 esclaves français, rachetés à Constantinople par les Pères Mathurins, ont débarqué à Marseille pour retourner en France. D'autres membres de l'Ordre de la Sainte-Trinité se sont rendus à Cadix pour négocier la rançon de Français détenus au Maroc. À Marseille, un accident tragique a eu lieu le 29 août : le capitaine Grason et deux membres de son équipage ont été tués par l'explosion d'un canon lors de l'entrée de leur vaisseau dans la baie. Le 8 septembre, un concert spirituel a été organisé au Château des Tuileries, incluant des motets de l'Abbé Gaveau et du Sieur Le Maire. Le roi a nommé M. Talon Président à Mortier et M. Joly de Fleury Avocat Général. Le Duc de Saint-Aignan, ambassadeur à Rome, a pris congé du roi pour partir à Rome via Marseille. Le 19 septembre, le roi a passé en revue le régiment de dragons d'Orléans à Versailles. Le roi Stanislas et la reine son épouse, incognito à Versailles avec la reine leur fille, sont repartis pour Chambord. Le 25 septembre, la lotterie de la Compagnie des Indes a été tirée pour rembourser les actions. En août, plusieurs concerts ont eu lieu chez la reine, incluant des extraits de l'opéra Bellerophon. Le 3 septembre, des extraits d'Atys ont été chantés, avec la participation de plusieurs chanteurs renommés. La demoiselle Antier, ayant brillé dans son rôle, a été présentée au roi Stanislas et à la reine. Le 25 septembre, le Comte Maffey, ambassadeur du roi de Sardaigne, a pris congé du roi et de la famille royale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
20
p. 2277-2295
LETTRE écrite par M. D. L. R. à M ...... de l'Abbaye S. Victor de Marseille au sujet de deux Medailles antiques.
Début :
MONSIEUR, La Médaille Romaine de grand Bronze que vous m'avez envoyée depuis peu, et [...]
Mots clefs :
Abbaye, Médailles, Impératrice Lucille, Argent, Tête de Jupiter, Prêtresse, Phocéens d'Ionie, Traducteurs latins, Marseille, Bronze
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M ...... de l'Abbaye S. Victor de Marseille au sujet de deux Medailles antiques.
LETTRE écrite par M. D. L. R. à
M ...... de l'Abbaye S. Victor de Marseille
au sujet de deux Medailles an
tiques .
>
MONSIE ONSIEUR ,
La Médaille Romaine de grand Bronze
que vous m'avez envoyée depuis peu , et
qui a été deterrée dans nôtre Vignoble
de S. Just , a bien son mérite . Si vous ne
l'avez pas reconnue d'abord pour ce qu'elle
est , je ne m'en étonne pas ; il auroit fallu
là nettoyer et en rétablir » pour
ain si dire
, la verité
,
la verité
, obscurcie
par les injures
du temps
, et par la qualité
du lieu
où ce monument
est resté
depuis
tant de
siécles
. Quoi
qu'il
en soit , j'ai aisément connu
, après
quelque
soin
, que c'est
une
Medaille
de l'Imperatrice
Lucille
fille du sage Marc
- Aurelle
, et de Faustine la jeune
, qui porta
en dot à son Epoux
l'Empire
Romain
, avec
une mediocre vertu
. Lucille
épousa
Luce
Vere
, associé
à l'Empire
avec son Beau-Pere.
Mais avant que de m'étendre davan-"
tage sur cette Médaille , je dois vous dire
A v que
2278 MERCURE DE FRANCE
>
que peu de jours avant que je l'eusse
reçûë , M. Vergile de la Bastide , Gentilhomme
de Languedoc , Languedoc , le même qui a
fait depuis peu la découverte d'un beau
reste de chemins des Romains entre
Beaucaire et Nismes , dont vous entendrez
parler bien- tôt dans un Memoire
que je me dispose à publier , m'ayant apporté
plusieurs Médailles qui ont été
trouvées depuis peu en ce Pays- là , je fûs
charmé de rencontrer dans ce nombre
une fort belle Médaille Grecque d'Argent
, qui regarde la Ville de Marseille
differente de toutes celles de cette ancienne
Ville , qui sont venues à ma connoissance
l'estime que j'en fais ainsi
que de la Médaille Romaine,qu'il vous a
plû de m'envoyer presqu'en même temps,
m'a engagé de faire graver l'une et l'autre
,
>
>
pour les exposer à vos yeux sur une
même Planche , et d'en faire le sujet de
cette Lettre. Par droit d'ancienneté , jet
commencerai par la Médaille Grecque ,
qui doit d'ailleurs nous interesser plus
particulierement.
Elle est , comme je l'ai déja dit , d'Argent
, et presque de la grandeur de la
gravure. On y voit d'un côté une très-
* Ce Memoire a depuis été imprimé dans le
Mercure d'Août 1731. p. 1894.
belle
OCTOBRE. 1731 . 2279
belle Tête d'Homme ,
une espece de Sautoir
et sur le revers
› avec ces deux
lettres M A commencement
du nom de
Marseille , ou de son Fondateur , qui se
trouve quelquefois tout entier , quelquefois
en diminutif , comme MAZZA , et
MA dans les Médailles qui nous restent
de cette Ville .
J'ay dit dans une Lettre imprimée
dans le Mercure de Septembre 1722 .
tout ce qu'on peut observer au sujet des
Médailles de Marseille , en fixant au
nombre de 22. celles qui étoient venuës
à ma connoissance , ou que je passedois
alors. J'ay même fait graver l'une des
plus belles de ces dernieres , et cette gravure
se trouve dans le Mercure d'Avril
1723. page 689. Ainsi point de répetition
sur les Médailles de Marseille en
general , contentons nous d'expliquer ,
s'il est possible , celle dont il s'agit ici
et qui est pour moy toute nouvelle.
La Tête d'Homme , parfaitement belle
et bien conservée , qui paroît d'un côté ,
doit faire le principal objet de notre attention
. Ce n'est ni la Tête de Jupiter ,
ni celle d'Apollon , Divinitez adorées
dans Marseille Payenne ; nul symbole
nul attribut qui les désigne comme
elles sont désignées dans d'autres Mé
A vj dailles
,
2280 MERCURE DE FRANCE
>
et
dailles de la même Ville. Ce n'est pas
celle d'Aristarcha Prêtresse de Diane ,
qui vint d'Ephese sur les côtes de la
Gaule Narbonnoise avec les Chefs des
Phocéens , Fondateurs de Marseille
qui cût beaucoup de part à cette Fondation
. On voit , si on en croit Goltzius
la Tête de cette Prêtresse , qui exerça
à Marseille les mêmes fonctions qu'à
Ephese , sur l'une des Medailles Marseilloises
rapportées dans son Recueil , c'est
la IX ; cette Tête a un certain air mâle
qui n'est pas ordinaire aux Têtes de Femmes
, et qui seule peut faire douter de la
verité de l'application de Goltzius. La
Tête au contraire , qui paroît sur nôtre
Medaille n'a rien d'ambigu ; les moins
éclairez la prendront dabord pour celle
d'un homme ; elle est d'ailleurs toute
differente de celles que Goltzius a gravées
lui - même d'après les Originaux
qu'il dit avoir vûs au nombre de dix .
و
Pour moi , après avoir examiné la chose
avec quelque attention , je crois ne
rien risquer
en pensant que c'est ici la
Tête d'un des Fondateurs de Marseille ,
Justin en nomme deux , Furius et Peranus
, qui n'ont pas les mêmes noms
dans Athenée ; plusieurs bons Auteurs
tiennent d'ailleurs que les Phocéens d'Ionie
OCTOBRE. 1731. 2281
nie ont fait deux voyages sur les côtes
du Pays des Saliens , où ils bâtirent enfin
la Ville dont nous parlons.
Selon Plutarque , dans la vie de Solon
le Chef de la premiere expedition , ou
pour me servir de ses termes ,
bien entendus
, le premier Fondateur de Marseille
avoit nom Maasaλías qui donna sans doute
son nom à la nouvelle Ville , et en
ce cas , toutes les autres étymologies qu'on
a données jusqu'ici du nom de Marseille ,
tombent d'elles- mêmes , elles paroissent
aussi pour la plus part bien forcées.
le
Je repete , Monsieur , que Plutarque
bien entendu , fait Mawanias le premier
Fondateur de Marseille ; car je n'ignore
pas que quelques Traducteurs Latins
suivis par Amiot , et par M. Dacier, font
de ce même nom celui de la Ville fondée .
M. de Ruffi le Pere s'est déclaré pour
sentiment contraire , qu'il appuye d'une
judicieuse Critique sur le Passage de
Plutarque , rapporté en entier dans la
premiere édition ( 1642. ) de son Histoire
de Marseille . Xilander , bon critique et
bon Traducteur , avoit pensé la même
chose en traduisant l'endroit en question
ὡς καὶ Μασσαλίας πρῶτος parut Massi
lias Massilia Autor ; à quoi je puis
ajoûter l'autorité d'Isidore de Seville >
qui
2282 MERCURE DE FRANCE
qui reconnoît que Marseille a pris son
nom de celui du General des Phocéens.
Г
C'est donc à ce premier Fondateur que
j'attribuerois volontiers nôtre Medaille
et toutes les raisons de convenance me
paroissent favoriser cette opinion . Quant
à Furius et à Peranus , qui après le témoignage
de Justin &c . peuvent aussi passer
pour Fondateurs de Marseille on ne
sçauroit guere , au sentiment des meilleurs
Critiques , les admettre en cette
qualité , que posterieurement et plus
d'un demi- siécle après la premiere fondation
, faite , selon le témoignage d'un
Auteur respectable , tel que Plutarque
par Μαγαλίας. Ces seconds Chefs ne peuvent
en ce cas être considerez que comme
les Ampliateurs du premier établissement
des Phocéens , qu'ils ont , sans doute, perfectionné
et fini.
Il est donc à croire que dans le temps
de Marseille Grecque et florissante , les
descendans des Phocéens qui l'avoient
bâtie , en frapant des Medailles avec les
Têtes de Jupiter , d'Apollon , de Diane,
&c. pour marquer leur pieté et leur culte
particulier en vers ces Divinitez , n'oublicrent
pas d'en fraper aussi pour immortaliser
la mémoire du Fondateur , qui avoit
donné son nom et la premiete forme à
une
OCTOBRE.
1731. 2283
une Ville , devenue depuis également
puissante et celebre.
,
Les lettres M A qui paroissent sur le
revers de la Medaille en question , peuvent
fort bien être le commencement du
nom de ce premier Fondateur et faire
ici un surcroît de preuves : elles peuvent
Erre aussi le diminutif de ΜΑΣΣΑΛΙΗΤΩΝ
qu'on
qu'on trouve ordinairement sur les Medailles
Marseilloises , ce qui est presque
la même chose . A l'égard de l'espece de
sautoir qui est sur nôtre revers , c'est un
mistere d'antiquité que personne n'est ,
selon moi , en état d'éclaircir aujourd'hui
; Caprice ou Marque du Monetaire,
et tout ce qu'il plaira d'imaginer là - dessus
paroîtra toujours hazardé aux per- ›
sonnes sensées.
C'est un autre mistere non moins impénetrable
, et qui semble exiger plus d'attention
, que parmi les grandes découvertes
qu'on a faites , et celles qu'on fait
tous les jours , en fait de Monumens Antiques
, et sur- tout de Medailles , on n'en
ait point encore trouvé de frappées en
cette Ville au nom de quelque Empereur
, depuis qu'elle tomba sous la puissance
des Romains comme on en voit
de presque toutes les Villes Grecques d'origine
qui comme Marseille fûrent
sou2284
MERCURE DE FRANCE
soumises à l'Empire Romain. M. de
Ruffy, copié là - dessus par le P. Guesnay ,
dans ses Annales Latines de Marseille
a prétendu le contraire ; mais il ne rapporte
ni Monuments
sorte de preuve.
,
>
>
ni aucune autre
Je laisse à ceux de nos sçavans Compatriotes
, qui , comme je l'apprens , ont
entrepris de travailler à une nouvelle
Histoire de Marseille , le soin d'éclaircir
ce point d'Antiquité , et de rapporter le
plus qu'il leur sera possible , de Medailles
de cette Ville en n'oubliant pas de les
faire mieux graver que ne le sont celles
que Mrs. de Ruffy ont empruntées de
Goltzius ou d'ailleurs , et en donnant de
ces Medailles des explications plus exactes
et plus étendues et ce n'est pas la seule
chose en quoi ces Messieurs seront obligez
de reformer , d'éclaircir , d'ajoûter
dans la nouvelle Histoire .
Pour ne point sortir de mon sujet , et
pour ny rien ômettre , il est bon que je
donne ici un avis , qui épargnera une
erreur de fait à ceux qui traiteront dans
la suite le même sujet , en prenant pour
une découverte une veritable méprise ou
l'effet de la préoccupation d'un Sçavant de
réputation , sçavoir , M. Baudelot de
Dairval , qui dans un petit livre de 96.
pages
OCTOBRE. 1731 2285
=
pages , imprimé à Paris en 1698. chez
Aubouin et Clousier , intitulé , Reponse
à M. G......... où l'on examine plusieurs
questions d'Antiquité & c.. nous donne à la
tête de son Ecrit plusieurs Medailles gravées
, dont la derniere de son cabinet a
été , selon lui , frappée à Marseille
l'Empereur Posthume.
pour
Cette Medaille est de grand Bronze ;
voit d'un côté une Tête d'Empe-
, reur couronnée de Laurier avec une
Inscription au tour , luë parM. Baudelot.
»
ΑΥΤΚΛΑΤΙ . Π . ETYMOCCEBACTEYCEB
Au revers est une Sirenne ou Figure de
Femme , dont le bas se termine en Poisson
pour Legende MACCAAIHTON
selon le même Antiquaire , avec cette
époque L QIZ. Anno 817. qu'il assure
aussi s'y trouver,quoique dit- il , elle n'ait
pas été découverte d'abord. Je dis que
c'est M. Baudelot qui asseure tout cela :
mais je puis assurer à mon tour , que tout
cela est très -gratuitement avancé et uniquement
fondé sur une imagination , séduite
par l'attrait de posseder une Medaille
unique et encore inconnue à tous
les Antiquaires , une Medaille , dis-je ,
frappée à Marseille au visage d'un Empereur
Romain. Mes Garands là - dessus sont
des Antiquaires du premier ordre qui
ont
2286 MERCURE DE FRANCE
ont vu avant moy cette Medaille , à la
tête desquels je dois mettre M. Galland ,
à qui M. Baudelot adresse sa lettre . Ces
connoisseurs ont tous jugé qu'il étoit d'abord
très incertain que la Medaille fût
de Posthume ; M. Galland la croyoit
d'Antonin Pie , et qu'au surplus de quel
que Empereur qu'elle soit , à moins d'une
prévention extraordinaire , on n'y voyoit
pas plus de caracteres Grecs que de caracteres
Romains , tant la Medaille étoit
fruste et méconnoissable aux yeux les
plus clair-voyans .
,
,
Ainsi encore une fois , tout ce que M.
B. a étalé d'érudition , ou employé de sagacité
pour soutenir son idée tout ce
que le sçavant P. Pezron , Abbé de la
Charmoye , qui n'avoit pas vû la Piece
a ajouté du sien dans une Lettre écrite
à notre Académicien où ce Pere s'efforce
de faire quadrer l'Epoque prétendue
L. Qiz , ou l'Année 817. d'une seconde
Fondation de Marseille , avec l'an
265 de J. C. temps auquel Posthume regnoit
dans les Gaules &c. tout cela , disje
, en y joignant encore si l'on veut ,
l'habileté du Graveur Ettinger , dont le
talent à faire revivre les Medailles , est ici
›
* Cette Lettre est Imprimée dans le méme
livre , p.77.
expeOCTOBRE.
1731. 2287
>
expressement vanté par M. de Dairval
n'operera jamais rien de certain en faveur
de celle dont il est ici question , à l'égard
de Marseille ; et il sera toujours vrai de
dire que jusqu'à present , malgré tant d'heureuses découvertes
faites depuis
près d'un siècle que la recherche et l'étude
des Medailles sont en si grande vogue
il ne s'est point encore trouvé de
Medaille frappée à Marseille pour un Empereur
Romain : il ne sera pas moins vrai
que nous ne devons rien admettre d'incertain
et de douteux pour illustrer nôtre
Histoire . Marseille se passera bien d'un
tel ornement. Il faut donc convenir que
M. B. s'est trompé , il n'avoit pas alors
toutes les lumieres qu'il a acquises depuis.
C'étoit long - temps avant son entrée à
l'Académie dont il a été un sujet des ,
plus distinguez .
Je laisse , comme je l'ay déja dit , à mes
illustres Compatriotes , Membres de la
nouvelle Académie , chargez de travailler
à l'Histoire de notre Ville , le soin
d'approfondir la singularité dont je viens
de parler , et d'en découvrir , s'il est possible
, la veritable cause ; ce soin est digne
de leurs recherches. Je les avertis
encore , en finissant , de ne point se laisser
éblouir sur ce sujet par l'autorité du
,
R
2288 MERCURE DE FRANCE
R. P. Hardouin , reclamée reclamée ici et alle-
2.
guée, en vain par M. B. pag. 75. de son
livre. Ce Pere , quelque habileté qu'il
cût d'ailleurs , a trop donné dans des
idées extraordinaires et manifestement
chimeriques sur le fait de plusieurs Medailles
, pour être crû dans celui dont il
s'agit ici.
>
?
Qui pourra , par exemple , se persuader
sur sa garantie que ces quatre lettres
DMKV qu'on trouve sur le revers
d'une Medaille par lui rapportée de Maximien
Hercule , marquent que cette
Medaille fû frappée à Marseille Il est
vrai que ce Prince , poursuivi par Constantin
, s'y réfugia ; le Héros Chrétien
dont votre Abbaye porte le nom , lui
doit la gloire de son martyre. Mais cette
retraite ne prouve rien ; au contraire ,
comme elle fût faite dans le temps de
l'entiere décadence des affaires de Maximien
, il y a tout lieu de présumer , contre
la pensée de M. B. qu'il ne s'occupa
point à y faire battre de la Monnoye , et
que les Marseillois ne songerent pas non
plus à frapper des Medailles en l'honneur
d'un Prince infortuné , qui pensa enveloper
Marseille dans son malheur , et qui
gueres , après la prise de la Ville
par Constantin , a finir tragiquement ses
ne tarda
jours.
OCTOBRE 1731. 2289
jours. Mais en voilà assès sur le sujet de
notre Medaille Grecque.
Venons à la Medaille Romaine que .
vous venez de m'envoyer , elle ne nous
occupera pas si long - temps ; je vous ay
déja dit qu'elle est de l'Imperatrice Lucille
, Fille de Marc- Antonin , et de Faustine
la jeune , laquelle , après une disgrace
éclatante , et un évenement extraordinaire
dont le recit est ici inutile ,
épousa l'Empereur Luce - Vere. On voit
d'un côté sa Tête avec cette Legende
LUCILLE AU G. ANTONINI AUG. F.
et sur le revers une figure de Femme assise
tenant d'une main une Fleur et
sur l'autre bras un petit enfant emmailloté
avec cette Inscription , JUNONI LUCINE.
A l'Exergue S. C.
,
و
C'est ce revers qui fait , selon moi , la
singularité de votre Médaille , car en general
, les Médailles de cette Imperatrice
ne sont pas rares. M. Vaillant n'en marque
que trois d'une grande rareté parmi
celles de grand Bronze , j'ai tout lieu de
croire qu'on peut joindre la nôtre à ce
petit nombre , et que ce fameux Antiquaire
avoit vû un revers tout semblable;
c'est celle dont il parle * p . 94. art . 2 .
* Numismata Imperat. Romanorum &c. vol.
4. Paris 1692.
Mais
2290 MERCURE DE FRANCE
Mais il falloit que la Médaille qu'il a vûë
fût bien fruste et bien usée par le temps ,
ce qui ne permettoit pas , sans doute ,
d'en bien fire l'inscription ; car au lieu
de JUNONI LUCILLE , M. Vaillant a imprimé
JUNONI REGINE. Il n'a pas non
plus distingué ce que la figure de Femme
portoit sur son bras. Au surplus c'est à
peu près la même chose : la Femme est
assise et tient une Fleur d'une main comme
sur notre revers.
و
En supposant même que je me trompe
dans ma conjectare , et qu'il n'y ait
point cû de méprise ou d'omission du
côté de M. Vaillant notre Medaille ,
par rapport à son revers , aura toûjours
sa rareté et son mérite. Lucille y est representée
simboliquement sous la figure
et le nom de JUNON LUCINE : excès de
flatterie de la part des Romains , qui doubloient
, pour ainsi dire , la Divinité dans
une même Personne , de quoy il y a plus
d'un exemple , et cela pour égaler leur
Imperatrice à la premiere des Déesses
et pour la considerer en même temps
comme une autre Lucine , Déesse de la
Fecondité &c. ce qui joint au Simbole de
l'Enfant emmailloté présageoit , sans
doute , que Lucille donneroit bien - tôt
un successeur à l'Empire. Il se peut faire
و
>
aussi
OCTOBRE. 1731. 2291
aussi , et je le croirois plus volontiers ,
que cette Imperatrice fût déja Mere lorsque
notre Medaille a été frappée , et en ce
cas c'étoit pour marquer cet heureux évevement
, et pour celebrer la fécondité de
Lucille ; la Fleur qu'elle tient à la main
désigneroit l'attente du Peuple Romain .
qui avoit lieu d'esperer encore d'autres
fruits de cette fécondité.
و
Ce que je viens de vous dire de la Fé- ´
condité , arrivée ou attenduë de Lucille ,
se confirme non - seulement par un Medaillon
de çerte Imperatrice , décrit ainsi
par Vaillant , p. 210. du même livre
d'un côté sa Tête avec la même Legende
que sur la notre et au revers Lucille
assise , tenant dans ses bras un petit Enfant
, mais encore par une Medaille d'Argent
, de Lucille , rapportée dans le 2 .
vol. du même Auteur , pag. 187. au revers
de laquelle est encore une figure de
Femme assise tenant entre ses bras un
petit Enfant , un autre Enfant est debout
devant elle et pour Legende FOECUNDITAS
AUGUSTE: C'est ainsi que les
Auteurs du revers de la Medaille , presentée
au Roy , le premier jour de cette année
1731. en ont usé très - à - propos pour
désigner la continuation de l'heureuse
fecondité de la Reine par la naissance du
>
Duc
2292 MERCURE DE FRANCE
Duc d'Anjou. La France assise et caracterisée
par ses Symboles , tient sur un
bras le Prince nouveau né enveloppé de
Langes , et le Dauphin de l'autre main
debout entre ses genoux , ce qui marque
le bon goût et la capacité de ces Auteurs.
Cette Medaille est gravée dans le Mercure
de Mars p. 5 74.
Je voudrois bien , au reste , pour la
rareté du fait , que parmi les Medailles
que vous m'annoncez , et que vous avez
reçûes depuis peu pour moy de Syrie , il
se trouvât la Medaille Grecque de Lucille
dont je vais parler : cela n'est pas impossible.
M. Baudelot a marqué dans son
Catalogue des Medailles Imperiales , que
les Medailles Grecques de cette Imperatrice
sont communes : ce qui n'est pas
tout-à-fait exact , puisqu'il y en a quelques-
unes de singulieres et de fort rares
en ce genre là : telle est , par exemple ,
celle qui est gravée dans le Selecta Numismata
antiqua de P. Seguin , Doyen
* Ce Catalogue est dans le a. T. de l'Utilitê
des Voyages , p. 345. derniere Edit. 1727 ,
faite après la mort de M. Baudelot , qui auroit
rendu un si bon Livre parfait en corrigeant
quelques méprises en petit nombre , et
en suppleant à plusieurs ômissions . On n'y verroit
pas non plus les fautes qui viennent des
Editeurs denuez de la capacité de M. B.
de
OCTOBRE. 1731 2293
de S. Germain de l'Auxerrois , p. 158.
Cette Medaille est d'Argent , on y
voit d'un côté la Têre de Lucille coëffée
plus galamment qu'ailleurs " avec cette
Legende AOTKIÄÄA CEBACTH . et sur
le revers la même Princesse assise et representée
sous la figure de Cerés , tenant
d'une main desEpis , et de l'autre un flambeau
, avec cette Inscription B CIAEYC
MANNOC ΦΙΛΟΡΩΜΑΙΟΣ qui indique et
qui confirme un point d'Histoire considerable.
C'est Mannus , Roy des Arabes,
qui a fait frapper cette Medaille. Il étoit
Fils ou Neveu et Successeur du Roy de
même nom , dont il est parlé dans Dion,
L. 68. qui regnoit sur les Arabes , Habitans
du Pays situé au -delà de l'Euphra
re , entre la grande Armenie et l'Osrhoëne
, lequel devint suspect à Trajan , dans
son expédition contre les Parthes , par
une manoeuvre marquée dans cette His-
Foire.
C'est le successeur de ce Prince , qui
plus avisé et plus politique que lui , nonseulement
se ménagea beaucoup avec les
Romains , mais qui affecta de les aimer
jusqu'à prendre le titre de ΦΙΛΟΡΩΜΑΙΟΣ
qui est expressement marqué dans cette
Medaille Grecque de Lucille. Elle fût
frappée par les ordres de ce Roy , vray➡
B sem2294
MERCURE DE FRANCE
,
semblablement dans le temps que Luce
Vere son epoux et elle séjournoient
à Antioche , Ville peu éloignée des
Etats du Monarque Arabe , et que l'Ar
mée Romaine , sous le commandement
de A. Cassius , agi soit contre les Parthes.
Que ce Prince eût le même nom de
Mannus , que celui qui regnoit sous
Trajan , l'usage constant de tous les Rois
voisins de la Syrie , qui portoient tous
un même nom , le prouve ,
le prouve , la Medaille
dont je viers de parler le confirme.
M. Seguin , en parlant de cette Medaille
a marqué par ces paroles le cas
qu'il en faisoit , Rarior mihi videtur bie
Nummus , tum quia Gracus tum quia Regis
Barbari nomen minus notum profitetur.
Ajoûtant que Savot , qui a écrit sur la rareté
des Medailles antiques , a mis au
nombre des plus rares les Medailles Imperiales
Grecques d'Argent. Ce que Seguin
dit avoir souvent éprouvé , sur-tout à
Pégard des Medailles d'Imperatrices.
M. Vaillant , qui n'a dit que quelques
mots sur la Medaille en question , ajoute,
après avoir renvoyé au livre de M. Se
guin , Hic Nummus eximia raritatis et elegantia
habetur. Et ce n'est point trop dire
Il croit, au reste , que c'est l'Empereur
L. Vere lui -même , qui , à la priere de
Mannus
OCTOBRE. 1731. 2295
Mannus , lui accorda ce titre d'Ami des
Romains , et que ce fût pour en marquer
sa reconnoissance , et pour faire sa Cour
à l'Empereur , que ce Prince Arabe fit
frapper une Medaille où ce titre est ex--
pressement marqué. 1105 0
Quoiqu'il en soit, ne vous lassez point,
Monsieur , de m'envoyer de pareils Monumens,
on en trouve tous les jours de singuliers
, et qui ont échapé à la recherche
de ceux qui nous ont précedé dans cette
trude , je vous rendrai bon compte de
tout ce qui me viendra de curieux de
vôtre part. Je suis ,
AParis , le 15. Mars 1731.
M ...... de l'Abbaye S. Victor de Marseille
au sujet de deux Medailles an
tiques .
>
MONSIE ONSIEUR ,
La Médaille Romaine de grand Bronze
que vous m'avez envoyée depuis peu , et
qui a été deterrée dans nôtre Vignoble
de S. Just , a bien son mérite . Si vous ne
l'avez pas reconnue d'abord pour ce qu'elle
est , je ne m'en étonne pas ; il auroit fallu
là nettoyer et en rétablir » pour
ain si dire
, la verité
,
la verité
, obscurcie
par les injures
du temps
, et par la qualité
du lieu
où ce monument
est resté
depuis
tant de
siécles
. Quoi
qu'il
en soit , j'ai aisément connu
, après
quelque
soin
, que c'est
une
Medaille
de l'Imperatrice
Lucille
fille du sage Marc
- Aurelle
, et de Faustine la jeune
, qui porta
en dot à son Epoux
l'Empire
Romain
, avec
une mediocre vertu
. Lucille
épousa
Luce
Vere
, associé
à l'Empire
avec son Beau-Pere.
Mais avant que de m'étendre davan-"
tage sur cette Médaille , je dois vous dire
A v que
2278 MERCURE DE FRANCE
>
que peu de jours avant que je l'eusse
reçûë , M. Vergile de la Bastide , Gentilhomme
de Languedoc , Languedoc , le même qui a
fait depuis peu la découverte d'un beau
reste de chemins des Romains entre
Beaucaire et Nismes , dont vous entendrez
parler bien- tôt dans un Memoire
que je me dispose à publier , m'ayant apporté
plusieurs Médailles qui ont été
trouvées depuis peu en ce Pays- là , je fûs
charmé de rencontrer dans ce nombre
une fort belle Médaille Grecque d'Argent
, qui regarde la Ville de Marseille
differente de toutes celles de cette ancienne
Ville , qui sont venues à ma connoissance
l'estime que j'en fais ainsi
que de la Médaille Romaine,qu'il vous a
plû de m'envoyer presqu'en même temps,
m'a engagé de faire graver l'une et l'autre
,
>
>
pour les exposer à vos yeux sur une
même Planche , et d'en faire le sujet de
cette Lettre. Par droit d'ancienneté , jet
commencerai par la Médaille Grecque ,
qui doit d'ailleurs nous interesser plus
particulierement.
Elle est , comme je l'ai déja dit , d'Argent
, et presque de la grandeur de la
gravure. On y voit d'un côté une très-
* Ce Memoire a depuis été imprimé dans le
Mercure d'Août 1731. p. 1894.
belle
OCTOBRE. 1731 . 2279
belle Tête d'Homme ,
une espece de Sautoir
et sur le revers
› avec ces deux
lettres M A commencement
du nom de
Marseille , ou de son Fondateur , qui se
trouve quelquefois tout entier , quelquefois
en diminutif , comme MAZZA , et
MA dans les Médailles qui nous restent
de cette Ville .
J'ay dit dans une Lettre imprimée
dans le Mercure de Septembre 1722 .
tout ce qu'on peut observer au sujet des
Médailles de Marseille , en fixant au
nombre de 22. celles qui étoient venuës
à ma connoissance , ou que je passedois
alors. J'ay même fait graver l'une des
plus belles de ces dernieres , et cette gravure
se trouve dans le Mercure d'Avril
1723. page 689. Ainsi point de répetition
sur les Médailles de Marseille en
general , contentons nous d'expliquer ,
s'il est possible , celle dont il s'agit ici
et qui est pour moy toute nouvelle.
La Tête d'Homme , parfaitement belle
et bien conservée , qui paroît d'un côté ,
doit faire le principal objet de notre attention
. Ce n'est ni la Tête de Jupiter ,
ni celle d'Apollon , Divinitez adorées
dans Marseille Payenne ; nul symbole
nul attribut qui les désigne comme
elles sont désignées dans d'autres Mé
A vj dailles
,
2280 MERCURE DE FRANCE
>
et
dailles de la même Ville. Ce n'est pas
celle d'Aristarcha Prêtresse de Diane ,
qui vint d'Ephese sur les côtes de la
Gaule Narbonnoise avec les Chefs des
Phocéens , Fondateurs de Marseille
qui cût beaucoup de part à cette Fondation
. On voit , si on en croit Goltzius
la Tête de cette Prêtresse , qui exerça
à Marseille les mêmes fonctions qu'à
Ephese , sur l'une des Medailles Marseilloises
rapportées dans son Recueil , c'est
la IX ; cette Tête a un certain air mâle
qui n'est pas ordinaire aux Têtes de Femmes
, et qui seule peut faire douter de la
verité de l'application de Goltzius. La
Tête au contraire , qui paroît sur nôtre
Medaille n'a rien d'ambigu ; les moins
éclairez la prendront dabord pour celle
d'un homme ; elle est d'ailleurs toute
differente de celles que Goltzius a gravées
lui - même d'après les Originaux
qu'il dit avoir vûs au nombre de dix .
و
Pour moi , après avoir examiné la chose
avec quelque attention , je crois ne
rien risquer
en pensant que c'est ici la
Tête d'un des Fondateurs de Marseille ,
Justin en nomme deux , Furius et Peranus
, qui n'ont pas les mêmes noms
dans Athenée ; plusieurs bons Auteurs
tiennent d'ailleurs que les Phocéens d'Ionie
OCTOBRE. 1731. 2281
nie ont fait deux voyages sur les côtes
du Pays des Saliens , où ils bâtirent enfin
la Ville dont nous parlons.
Selon Plutarque , dans la vie de Solon
le Chef de la premiere expedition , ou
pour me servir de ses termes ,
bien entendus
, le premier Fondateur de Marseille
avoit nom Maasaλías qui donna sans doute
son nom à la nouvelle Ville , et en
ce cas , toutes les autres étymologies qu'on
a données jusqu'ici du nom de Marseille ,
tombent d'elles- mêmes , elles paroissent
aussi pour la plus part bien forcées.
le
Je repete , Monsieur , que Plutarque
bien entendu , fait Mawanias le premier
Fondateur de Marseille ; car je n'ignore
pas que quelques Traducteurs Latins
suivis par Amiot , et par M. Dacier, font
de ce même nom celui de la Ville fondée .
M. de Ruffi le Pere s'est déclaré pour
sentiment contraire , qu'il appuye d'une
judicieuse Critique sur le Passage de
Plutarque , rapporté en entier dans la
premiere édition ( 1642. ) de son Histoire
de Marseille . Xilander , bon critique et
bon Traducteur , avoit pensé la même
chose en traduisant l'endroit en question
ὡς καὶ Μασσαλίας πρῶτος parut Massi
lias Massilia Autor ; à quoi je puis
ajoûter l'autorité d'Isidore de Seville >
qui
2282 MERCURE DE FRANCE
qui reconnoît que Marseille a pris son
nom de celui du General des Phocéens.
Г
C'est donc à ce premier Fondateur que
j'attribuerois volontiers nôtre Medaille
et toutes les raisons de convenance me
paroissent favoriser cette opinion . Quant
à Furius et à Peranus , qui après le témoignage
de Justin &c . peuvent aussi passer
pour Fondateurs de Marseille on ne
sçauroit guere , au sentiment des meilleurs
Critiques , les admettre en cette
qualité , que posterieurement et plus
d'un demi- siécle après la premiere fondation
, faite , selon le témoignage d'un
Auteur respectable , tel que Plutarque
par Μαγαλίας. Ces seconds Chefs ne peuvent
en ce cas être considerez que comme
les Ampliateurs du premier établissement
des Phocéens , qu'ils ont , sans doute, perfectionné
et fini.
Il est donc à croire que dans le temps
de Marseille Grecque et florissante , les
descendans des Phocéens qui l'avoient
bâtie , en frapant des Medailles avec les
Têtes de Jupiter , d'Apollon , de Diane,
&c. pour marquer leur pieté et leur culte
particulier en vers ces Divinitez , n'oublicrent
pas d'en fraper aussi pour immortaliser
la mémoire du Fondateur , qui avoit
donné son nom et la premiete forme à
une
OCTOBRE.
1731. 2283
une Ville , devenue depuis également
puissante et celebre.
,
Les lettres M A qui paroissent sur le
revers de la Medaille en question , peuvent
fort bien être le commencement du
nom de ce premier Fondateur et faire
ici un surcroît de preuves : elles peuvent
Erre aussi le diminutif de ΜΑΣΣΑΛΙΗΤΩΝ
qu'on
qu'on trouve ordinairement sur les Medailles
Marseilloises , ce qui est presque
la même chose . A l'égard de l'espece de
sautoir qui est sur nôtre revers , c'est un
mistere d'antiquité que personne n'est ,
selon moi , en état d'éclaircir aujourd'hui
; Caprice ou Marque du Monetaire,
et tout ce qu'il plaira d'imaginer là - dessus
paroîtra toujours hazardé aux per- ›
sonnes sensées.
C'est un autre mistere non moins impénetrable
, et qui semble exiger plus d'attention
, que parmi les grandes découvertes
qu'on a faites , et celles qu'on fait
tous les jours , en fait de Monumens Antiques
, et sur- tout de Medailles , on n'en
ait point encore trouvé de frappées en
cette Ville au nom de quelque Empereur
, depuis qu'elle tomba sous la puissance
des Romains comme on en voit
de presque toutes les Villes Grecques d'origine
qui comme Marseille fûrent
sou2284
MERCURE DE FRANCE
soumises à l'Empire Romain. M. de
Ruffy, copié là - dessus par le P. Guesnay ,
dans ses Annales Latines de Marseille
a prétendu le contraire ; mais il ne rapporte
ni Monuments
sorte de preuve.
,
>
>
ni aucune autre
Je laisse à ceux de nos sçavans Compatriotes
, qui , comme je l'apprens , ont
entrepris de travailler à une nouvelle
Histoire de Marseille , le soin d'éclaircir
ce point d'Antiquité , et de rapporter le
plus qu'il leur sera possible , de Medailles
de cette Ville en n'oubliant pas de les
faire mieux graver que ne le sont celles
que Mrs. de Ruffy ont empruntées de
Goltzius ou d'ailleurs , et en donnant de
ces Medailles des explications plus exactes
et plus étendues et ce n'est pas la seule
chose en quoi ces Messieurs seront obligez
de reformer , d'éclaircir , d'ajoûter
dans la nouvelle Histoire .
Pour ne point sortir de mon sujet , et
pour ny rien ômettre , il est bon que je
donne ici un avis , qui épargnera une
erreur de fait à ceux qui traiteront dans
la suite le même sujet , en prenant pour
une découverte une veritable méprise ou
l'effet de la préoccupation d'un Sçavant de
réputation , sçavoir , M. Baudelot de
Dairval , qui dans un petit livre de 96.
pages
OCTOBRE. 1731 2285
=
pages , imprimé à Paris en 1698. chez
Aubouin et Clousier , intitulé , Reponse
à M. G......... où l'on examine plusieurs
questions d'Antiquité & c.. nous donne à la
tête de son Ecrit plusieurs Medailles gravées
, dont la derniere de son cabinet a
été , selon lui , frappée à Marseille
l'Empereur Posthume.
pour
Cette Medaille est de grand Bronze ;
voit d'un côté une Tête d'Empe-
, reur couronnée de Laurier avec une
Inscription au tour , luë parM. Baudelot.
»
ΑΥΤΚΛΑΤΙ . Π . ETYMOCCEBACTEYCEB
Au revers est une Sirenne ou Figure de
Femme , dont le bas se termine en Poisson
pour Legende MACCAAIHTON
selon le même Antiquaire , avec cette
époque L QIZ. Anno 817. qu'il assure
aussi s'y trouver,quoique dit- il , elle n'ait
pas été découverte d'abord. Je dis que
c'est M. Baudelot qui asseure tout cela :
mais je puis assurer à mon tour , que tout
cela est très -gratuitement avancé et uniquement
fondé sur une imagination , séduite
par l'attrait de posseder une Medaille
unique et encore inconnue à tous
les Antiquaires , une Medaille , dis-je ,
frappée à Marseille au visage d'un Empereur
Romain. Mes Garands là - dessus sont
des Antiquaires du premier ordre qui
ont
2286 MERCURE DE FRANCE
ont vu avant moy cette Medaille , à la
tête desquels je dois mettre M. Galland ,
à qui M. Baudelot adresse sa lettre . Ces
connoisseurs ont tous jugé qu'il étoit d'abord
très incertain que la Medaille fût
de Posthume ; M. Galland la croyoit
d'Antonin Pie , et qu'au surplus de quel
que Empereur qu'elle soit , à moins d'une
prévention extraordinaire , on n'y voyoit
pas plus de caracteres Grecs que de caracteres
Romains , tant la Medaille étoit
fruste et méconnoissable aux yeux les
plus clair-voyans .
,
,
Ainsi encore une fois , tout ce que M.
B. a étalé d'érudition , ou employé de sagacité
pour soutenir son idée tout ce
que le sçavant P. Pezron , Abbé de la
Charmoye , qui n'avoit pas vû la Piece
a ajouté du sien dans une Lettre écrite
à notre Académicien où ce Pere s'efforce
de faire quadrer l'Epoque prétendue
L. Qiz , ou l'Année 817. d'une seconde
Fondation de Marseille , avec l'an
265 de J. C. temps auquel Posthume regnoit
dans les Gaules &c. tout cela , disje
, en y joignant encore si l'on veut ,
l'habileté du Graveur Ettinger , dont le
talent à faire revivre les Medailles , est ici
›
* Cette Lettre est Imprimée dans le méme
livre , p.77.
expeOCTOBRE.
1731. 2287
>
expressement vanté par M. de Dairval
n'operera jamais rien de certain en faveur
de celle dont il est ici question , à l'égard
de Marseille ; et il sera toujours vrai de
dire que jusqu'à present , malgré tant d'heureuses découvertes
faites depuis
près d'un siècle que la recherche et l'étude
des Medailles sont en si grande vogue
il ne s'est point encore trouvé de
Medaille frappée à Marseille pour un Empereur
Romain : il ne sera pas moins vrai
que nous ne devons rien admettre d'incertain
et de douteux pour illustrer nôtre
Histoire . Marseille se passera bien d'un
tel ornement. Il faut donc convenir que
M. B. s'est trompé , il n'avoit pas alors
toutes les lumieres qu'il a acquises depuis.
C'étoit long - temps avant son entrée à
l'Académie dont il a été un sujet des ,
plus distinguez .
Je laisse , comme je l'ay déja dit , à mes
illustres Compatriotes , Membres de la
nouvelle Académie , chargez de travailler
à l'Histoire de notre Ville , le soin
d'approfondir la singularité dont je viens
de parler , et d'en découvrir , s'il est possible
, la veritable cause ; ce soin est digne
de leurs recherches. Je les avertis
encore , en finissant , de ne point se laisser
éblouir sur ce sujet par l'autorité du
,
R
2288 MERCURE DE FRANCE
R. P. Hardouin , reclamée reclamée ici et alle-
2.
guée, en vain par M. B. pag. 75. de son
livre. Ce Pere , quelque habileté qu'il
cût d'ailleurs , a trop donné dans des
idées extraordinaires et manifestement
chimeriques sur le fait de plusieurs Medailles
, pour être crû dans celui dont il
s'agit ici.
>
?
Qui pourra , par exemple , se persuader
sur sa garantie que ces quatre lettres
DMKV qu'on trouve sur le revers
d'une Medaille par lui rapportée de Maximien
Hercule , marquent que cette
Medaille fû frappée à Marseille Il est
vrai que ce Prince , poursuivi par Constantin
, s'y réfugia ; le Héros Chrétien
dont votre Abbaye porte le nom , lui
doit la gloire de son martyre. Mais cette
retraite ne prouve rien ; au contraire ,
comme elle fût faite dans le temps de
l'entiere décadence des affaires de Maximien
, il y a tout lieu de présumer , contre
la pensée de M. B. qu'il ne s'occupa
point à y faire battre de la Monnoye , et
que les Marseillois ne songerent pas non
plus à frapper des Medailles en l'honneur
d'un Prince infortuné , qui pensa enveloper
Marseille dans son malheur , et qui
gueres , après la prise de la Ville
par Constantin , a finir tragiquement ses
ne tarda
jours.
OCTOBRE 1731. 2289
jours. Mais en voilà assès sur le sujet de
notre Medaille Grecque.
Venons à la Medaille Romaine que .
vous venez de m'envoyer , elle ne nous
occupera pas si long - temps ; je vous ay
déja dit qu'elle est de l'Imperatrice Lucille
, Fille de Marc- Antonin , et de Faustine
la jeune , laquelle , après une disgrace
éclatante , et un évenement extraordinaire
dont le recit est ici inutile ,
épousa l'Empereur Luce - Vere. On voit
d'un côté sa Tête avec cette Legende
LUCILLE AU G. ANTONINI AUG. F.
et sur le revers une figure de Femme assise
tenant d'une main une Fleur et
sur l'autre bras un petit enfant emmailloté
avec cette Inscription , JUNONI LUCINE.
A l'Exergue S. C.
,
و
C'est ce revers qui fait , selon moi , la
singularité de votre Médaille , car en general
, les Médailles de cette Imperatrice
ne sont pas rares. M. Vaillant n'en marque
que trois d'une grande rareté parmi
celles de grand Bronze , j'ai tout lieu de
croire qu'on peut joindre la nôtre à ce
petit nombre , et que ce fameux Antiquaire
avoit vû un revers tout semblable;
c'est celle dont il parle * p . 94. art . 2 .
* Numismata Imperat. Romanorum &c. vol.
4. Paris 1692.
Mais
2290 MERCURE DE FRANCE
Mais il falloit que la Médaille qu'il a vûë
fût bien fruste et bien usée par le temps ,
ce qui ne permettoit pas , sans doute ,
d'en bien fire l'inscription ; car au lieu
de JUNONI LUCILLE , M. Vaillant a imprimé
JUNONI REGINE. Il n'a pas non
plus distingué ce que la figure de Femme
portoit sur son bras. Au surplus c'est à
peu près la même chose : la Femme est
assise et tient une Fleur d'une main comme
sur notre revers.
و
En supposant même que je me trompe
dans ma conjectare , et qu'il n'y ait
point cû de méprise ou d'omission du
côté de M. Vaillant notre Medaille ,
par rapport à son revers , aura toûjours
sa rareté et son mérite. Lucille y est representée
simboliquement sous la figure
et le nom de JUNON LUCINE : excès de
flatterie de la part des Romains , qui doubloient
, pour ainsi dire , la Divinité dans
une même Personne , de quoy il y a plus
d'un exemple , et cela pour égaler leur
Imperatrice à la premiere des Déesses
et pour la considerer en même temps
comme une autre Lucine , Déesse de la
Fecondité &c. ce qui joint au Simbole de
l'Enfant emmailloté présageoit , sans
doute , que Lucille donneroit bien - tôt
un successeur à l'Empire. Il se peut faire
و
>
aussi
OCTOBRE. 1731. 2291
aussi , et je le croirois plus volontiers ,
que cette Imperatrice fût déja Mere lorsque
notre Medaille a été frappée , et en ce
cas c'étoit pour marquer cet heureux évevement
, et pour celebrer la fécondité de
Lucille ; la Fleur qu'elle tient à la main
désigneroit l'attente du Peuple Romain .
qui avoit lieu d'esperer encore d'autres
fruits de cette fécondité.
و
Ce que je viens de vous dire de la Fé- ´
condité , arrivée ou attenduë de Lucille ,
se confirme non - seulement par un Medaillon
de çerte Imperatrice , décrit ainsi
par Vaillant , p. 210. du même livre
d'un côté sa Tête avec la même Legende
que sur la notre et au revers Lucille
assise , tenant dans ses bras un petit Enfant
, mais encore par une Medaille d'Argent
, de Lucille , rapportée dans le 2 .
vol. du même Auteur , pag. 187. au revers
de laquelle est encore une figure de
Femme assise tenant entre ses bras un
petit Enfant , un autre Enfant est debout
devant elle et pour Legende FOECUNDITAS
AUGUSTE: C'est ainsi que les
Auteurs du revers de la Medaille , presentée
au Roy , le premier jour de cette année
1731. en ont usé très - à - propos pour
désigner la continuation de l'heureuse
fecondité de la Reine par la naissance du
>
Duc
2292 MERCURE DE FRANCE
Duc d'Anjou. La France assise et caracterisée
par ses Symboles , tient sur un
bras le Prince nouveau né enveloppé de
Langes , et le Dauphin de l'autre main
debout entre ses genoux , ce qui marque
le bon goût et la capacité de ces Auteurs.
Cette Medaille est gravée dans le Mercure
de Mars p. 5 74.
Je voudrois bien , au reste , pour la
rareté du fait , que parmi les Medailles
que vous m'annoncez , et que vous avez
reçûes depuis peu pour moy de Syrie , il
se trouvât la Medaille Grecque de Lucille
dont je vais parler : cela n'est pas impossible.
M. Baudelot a marqué dans son
Catalogue des Medailles Imperiales , que
les Medailles Grecques de cette Imperatrice
sont communes : ce qui n'est pas
tout-à-fait exact , puisqu'il y en a quelques-
unes de singulieres et de fort rares
en ce genre là : telle est , par exemple ,
celle qui est gravée dans le Selecta Numismata
antiqua de P. Seguin , Doyen
* Ce Catalogue est dans le a. T. de l'Utilitê
des Voyages , p. 345. derniere Edit. 1727 ,
faite après la mort de M. Baudelot , qui auroit
rendu un si bon Livre parfait en corrigeant
quelques méprises en petit nombre , et
en suppleant à plusieurs ômissions . On n'y verroit
pas non plus les fautes qui viennent des
Editeurs denuez de la capacité de M. B.
de
OCTOBRE. 1731 2293
de S. Germain de l'Auxerrois , p. 158.
Cette Medaille est d'Argent , on y
voit d'un côté la Têre de Lucille coëffée
plus galamment qu'ailleurs " avec cette
Legende AOTKIÄÄA CEBACTH . et sur
le revers la même Princesse assise et representée
sous la figure de Cerés , tenant
d'une main desEpis , et de l'autre un flambeau
, avec cette Inscription B CIAEYC
MANNOC ΦΙΛΟΡΩΜΑΙΟΣ qui indique et
qui confirme un point d'Histoire considerable.
C'est Mannus , Roy des Arabes,
qui a fait frapper cette Medaille. Il étoit
Fils ou Neveu et Successeur du Roy de
même nom , dont il est parlé dans Dion,
L. 68. qui regnoit sur les Arabes , Habitans
du Pays situé au -delà de l'Euphra
re , entre la grande Armenie et l'Osrhoëne
, lequel devint suspect à Trajan , dans
son expédition contre les Parthes , par
une manoeuvre marquée dans cette His-
Foire.
C'est le successeur de ce Prince , qui
plus avisé et plus politique que lui , nonseulement
se ménagea beaucoup avec les
Romains , mais qui affecta de les aimer
jusqu'à prendre le titre de ΦΙΛΟΡΩΜΑΙΟΣ
qui est expressement marqué dans cette
Medaille Grecque de Lucille. Elle fût
frappée par les ordres de ce Roy , vray➡
B sem2294
MERCURE DE FRANCE
,
semblablement dans le temps que Luce
Vere son epoux et elle séjournoient
à Antioche , Ville peu éloignée des
Etats du Monarque Arabe , et que l'Ar
mée Romaine , sous le commandement
de A. Cassius , agi soit contre les Parthes.
Que ce Prince eût le même nom de
Mannus , que celui qui regnoit sous
Trajan , l'usage constant de tous les Rois
voisins de la Syrie , qui portoient tous
un même nom , le prouve ,
le prouve , la Medaille
dont je viers de parler le confirme.
M. Seguin , en parlant de cette Medaille
a marqué par ces paroles le cas
qu'il en faisoit , Rarior mihi videtur bie
Nummus , tum quia Gracus tum quia Regis
Barbari nomen minus notum profitetur.
Ajoûtant que Savot , qui a écrit sur la rareté
des Medailles antiques , a mis au
nombre des plus rares les Medailles Imperiales
Grecques d'Argent. Ce que Seguin
dit avoir souvent éprouvé , sur-tout à
Pégard des Medailles d'Imperatrices.
M. Vaillant , qui n'a dit que quelques
mots sur la Medaille en question , ajoute,
après avoir renvoyé au livre de M. Se
guin , Hic Nummus eximia raritatis et elegantia
habetur. Et ce n'est point trop dire
Il croit, au reste , que c'est l'Empereur
L. Vere lui -même , qui , à la priere de
Mannus
OCTOBRE. 1731. 2295
Mannus , lui accorda ce titre d'Ami des
Romains , et que ce fût pour en marquer
sa reconnoissance , et pour faire sa Cour
à l'Empereur , que ce Prince Arabe fit
frapper une Medaille où ce titre est ex--
pressement marqué. 1105 0
Quoiqu'il en soit, ne vous lassez point,
Monsieur , de m'envoyer de pareils Monumens,
on en trouve tous les jours de singuliers
, et qui ont échapé à la recherche
de ceux qui nous ont précedé dans cette
trude , je vous rendrai bon compte de
tout ce qui me viendra de curieux de
vôtre part. Je suis ,
AParis , le 15. Mars 1731.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M ...... de l'Abbaye S. Victor de Marseille au sujet de deux Medailles antiques.
La lettre de M. D. L. R. à M...... de l'Abbaye Saint-Victor de Marseille discute de deux médailles antiques. La première est une médaille romaine en bronze découverte dans le vignoble de Saint-Just, attribuée à l'impératrice Lucille, fille de Marc-Aurèle et de Faustine la Jeune. Lucille avait épousé Lucius Verus, associé à l'Empire avec son beau-père. La seconde est une pièce grecque en argent trouvée dans le Languedoc par M. Vergile de la Bastide. Elle représente une tête d'homme et un sautoir, avec les lettres 'M A' au revers, probablement en référence à Marseille ou à son fondateur. L'auteur attribue cette médaille à Massalia, le premier fondateur de Marseille selon Plutarque, tout en mentionnant d'autres fondateurs potentiels comme Furius et Peranus, qu'il considère comme secondaires. Le texte aborde également une médaille attribuée à Maximien Hercule, portant les lettres DMKV sur son revers. Le Père Hardouin interprète ces lettres comme indiquant une frappe à Marseille, mais cette hypothèse est contestée car Maximien, poursuivi par Constantin, s'y réfugia durant une période de décadence, rendant improbable la frappe de monnaie en son honneur. La médaille romaine de Lucille présente sur son revers une figure féminine assise tenant une fleur et un enfant emmailloté, avec l'inscription JUNONI LUCINE. Cette représentation symbolise Lucille sous les traits de Junon Lucine, déesse de la fécondité, suggérant soit une fécondité future, soit une maternité déjà réalisée. Cette interprétation est confirmée par d'autres médailles et médaillons similaires décrits par Vaillant. Le texte mentionne aussi une médaille grecque de Lucille, frappée par le roi arabe Mannus, qui se présente comme ami des Romains. Cette médaille est rare et élégante, frappée durant le séjour de Lucius Verus et Lucille à Antioche. L'auteur encourage les savants de Marseille à approfondir ces découvertes et à publier des explications plus exactes et étendues dans la nouvelle histoire de la ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
21
p. 2796-2797
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis sujette au Roy de France ; [...]
Mots clefs :
Marseille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE..
E suis sujette au Roy de France ;
Les Grecs me donnerent naissance :
Neuf lettres composent mon nom ,
Desquelles la combinaison ;
Par un , cinq , trois , presente à la pensée ,
Auprès de quoi je suis placée.
Un , deux , trois , quatre , cût jadis des Autels :
Et rendit des noms immortels.
Deux , un et trois , donnent la viec ,
I.Vol.
Par
DECEMBRE 1731. 2797
Par leur absence elle est ravie.
Deux , un , six , éprouvé : c'est un present des
Cieux :
Cinq , six et sept , préside à tous les jeux.
Quatre , cinq avec sept , fait ce que la Mer jettë¸
Un , deux , trois avec six , ce que fille souhaitte.
Trois , six , un , neuf , enchaîne la raison.
Quatre , deux , et ma fin , se trouve en ta maison.
E suis sujette au Roy de France ;
Les Grecs me donnerent naissance :
Neuf lettres composent mon nom ,
Desquelles la combinaison ;
Par un , cinq , trois , presente à la pensée ,
Auprès de quoi je suis placée.
Un , deux , trois , quatre , cût jadis des Autels :
Et rendit des noms immortels.
Deux , un et trois , donnent la viec ,
I.Vol.
Par
DECEMBRE 1731. 2797
Par leur absence elle est ravie.
Deux , un , six , éprouvé : c'est un present des
Cieux :
Cinq , six et sept , préside à tous les jeux.
Quatre , cinq avec sept , fait ce que la Mer jettë¸
Un , deux , trois avec six , ce que fille souhaitte.
Trois , six , un , neuf , enchaîne la raison.
Quatre , deux , et ma fin , se trouve en ta maison.
Fermer
22
p. 3018-3024
Lettre Pastorale de l'Evêque de Marseille. [titre d'après la table]
Début :
LETTRE PASTORALE de M. l'Evêque de Marseille, au Clergé séculier et régulier [...]
Mots clefs :
Pallium, Marseille, Lettre, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre Pastorale de l'Evêque de Marseille. [titre d'après la table]
LETTRE PASTORALE de M. l'Evêque
de Marseille , au Clergé séculier et régulier
de son Diocèse , au sujet du PALLIUMque
N. S. Pere le Pape vient de lui ac-
11. Vol
corde
DECEMBRE 1731. 30191
corder par une grace particuliere. A Mar
seille , de l'Imprimerie de J.P.Brebion . Brochure
in 4. de 5 pages. M. DCC. XXXI.
L'Exposé de cette Lettre est également
pieux , instructif et digne du sujet. Nous
nous contenterons d'en rapporter un seul
trait , qui fera juger du reste.
Marseille Payenne , se glorifioit au-
>>trefois dans le pompeux, mais vain titre
de Soeur de Rome. Que Marseille chré-
>> tienne et toujours catholique se glorifie
>> bien plus dans son union intime et per-
» petuelle avec l'Eglise Romaine , et dans
»son humble er parfaite soumission à
» toutes ses décisions . C'est en cela que
consiste la veritable gloire d'un Chré
»tien , et c'est delà que dépend son éter
nelle félicité.
pour
La Lettre finit , en ordonnant des
Prieres N. S. Pere le Pape , et par
une Exhortation pathetique de ne point
oublier dans les mêmes Prieres , « le Pré-
» lat auquel S. S. vient d'accorder l'or-
» nement sacré, &c. afin que quand Dieu.
» trouvera à propos de l'appeller à lui , il
» l'unisse dans le ciel à cette multitude
» de saints Evêques , qui avant lui ont~ .
gouverné l'Eglise de Marseille.
Peu de temps après la publication de
cette Lettre , dattée du 18 Octobre 17,1 .
II. Vol .
Ej
M ..
3200 MERCURE DE FRANCE
M. l'Evêque de Marseille alla recevois
à Arles le Pallium , des mains de M. l'Archevêque
, son Métropolitain , avec les
ceremonies accoûtumées.
Nous aurions pû à l'occasion de cette
Ceremonie , ajoûter ici quelques Remarques
Historiques sur le Pallium , pour
instruire ceux de nos Lecteurs qui peuvent
en avoir besoin ; mais ce sujet , simple
en apparence , est d'une longue discussion
et nous auroit porté infailliblement
au - delà des bornes que nous sommes
obligez de nous prescrire. La seule
chose qui pouvoit nous convenir , étoit
de donner un précis de la Dissertation *
Latine de Dom Thierri Ruinart , le det
nier de tous les Auteurs qui ont écrit
sur le Pallium , et qu'on peut dire avoir
épuisé cette matiere , si nous n'avions
été prévenus par les Auteurs du Journal
de Trévoux , qui ont donné un fort
bel Extrait de cette Dissertation dans
leur Journal du mois de Novembre 1724.
page 1942. Nous renvoyons avec plaisir
les Lecteurs à cet Extrait qui les instruira.
agréablement , et nous nous contentons
d'employer ici les dernieres paroles de D.
Oeuvres posthumes de D. Jean Mabillon
et de D. T. Ruinart , T. II, P. 401. publiées
par D. Vincent Thuillier en 1724.
II. Vola Rui
DECEMBRE 1731. 302F
Ruinart en finissant sa Dissertation ; elles
sont remarquables et propres à donner la
grande idée que l'on doit avoir du Pallium.
» Pour moi , dit ce sçavant Benedictin ,
» je crois qu'il ne me reste plus qu'à congratuler
le Pallium, de s'être elevé d'ung
» origine assez obscure , à ce haut degré
» d'honneur et de gloire où nous venous
» de le voir dans notre Ecrit ; ensorte
» qu'entre tous les habits Ecclesiastiques
» il n'y a rien de plus grand et de plus .
illustre. On peut donc , à fort juste
»titre , appliquer à notre Pallium , ce que
» Tertullien a dit autrefois du Manteau
des Chrétiens , sur la fin de son Traité
» de Pallio. GAUDE PALLIUM , ET EXUL-
» TA : MELIOR JAM TE PHILOSOPHIA DI-
» GNATA EST , EX QUO CHRISTIANUM immo-
» Archiepiscopum et Episcopum VESTIRE ;
COEPISTI .
Nous avons parlé plus d'une fois du grand
Ouvrage intitulé : ORIENS Christianus et Affrica,
entrepris et assidûment continué par le R.P. le
Quien , Dominicain , Auteur d'une belle Editiondes
OEuvres de S. Jean de Damas , & c. Les Sçavans
nõus sçaurons gré , sans doute ,
de leur apprendre
que cet Ouvrage s'imprime actuellement
au Louvre avec beaucoup de soin et de diligence ,
La Direction de la Librairie , dont M. Chauyelin
de Beauséjour , Intendant d'Amiens , étoit
II. Vol,
chargé,
3022 MERCURE DE FRANCE
chargé , a été donnée à M. Roullier , Maître dess
Requêtes , Intendant du Commerce.
A l'occasion d'un Memoire anonyme qui nous
a été adressé , intitulé , Refléxions sur les moyens
d'avoir des Remedes Specifiques , &c. et que
nous n'imprimerons pas , par la raison qu'on va
voir ; nous avertissons les Personnes bien inten
tionnées pour le bien public , tel que nous paroît
être l'Auteur du Mémoire , et toutes celles qui
prétendent avoir des Remedes particuliers et specifiques
pour quelque maladie que ce soit , nous
les avertissons , dis -je , qu'il y a une Commission
déja toute établie , sous l'autorité du Roy ,
pour connoître des Remedes Specifiques , à laquelle
M. le Premier Medecin préside . Elle est
composée de six Medecins , de, deux Apotiquai--
res et de quatre Chirurgiens , et s'assemble au
Louvre en des temps marquez. Il paroît que le
Projet contenu dans le Memoire en question ,
tombe de lui-même , en quelque façon , par l'utile
établissement dont on vient d'instruire le-
Public.
L'Académie Royale de Peinture et de Sculp--
ture , connoissant le gout de M. le Comte de
Caylus , pour le Dessein et la Peinture , et l'estime
qu'il fait des habiles gens qui composent cette ce--
lebre Compagnie , elle lui a donné une Place d'Amateur
Honoraire ; et il prit séance dans l'Assem→→
blée le premier de ce mois.
On écrit de Russie , qu'on a tiré des Mines de
Siberie , pendant l'Eté dernier , une grande quantité
de fer et de cuivre , et environ 2000. onces
d'argent qui est très- fin..
11. Vel On
DECEMBR E. * 1731. 3023-
On apprend de Petersbourg , que les Décou
vertes que l'Académie des Sciences qui y est éta
blie a faites depuis trois ans sur la veritable situation
du passage par le Nord , qui donne entrée
dans la Mer de Tartarie , et les Relations de
quelques Voyageurs , qui depuis le même-temps .
ant franchi ce passage , ont déterminé la Czarine
à envoyer par terre sur la Côte de Tartarie , quel
ques Officiers de Marine experimentez ,
deux Académiciens de Petersbourg , pour faire
des Observations et prendre des hauteurs exactes
; on doit leur donner une escorte considera
ble et des vivres pour un an..
avec
On écrit de Rome , que des Ouvriers travail
lans depuis peu dans une Vigne de Grottarosa ,,
qui appartient au Chapitre de l'Eglise de S. Pierre
, y ont trouvé une grande . Urne de Marbre ,
auprès d'une petits Statue de femme pleurante ,
tenant une main appuyée sur un Piedestal d'ambre
très bien travaillé , et de l'autre un Vase,
rempli d'une liqueur Balsamique et couvert d'un
filagramme d'or. Le Cardinal Camerlingue a
demandé qu'on fit estimer cette Figure antique
qu'il veut acheter pour l'envoyer au Roy de Po
logne.
-
Le 9. de ce mois , vers les 5. heures du soir ,
on ressentit à Florence une legere secousse de
Tremblement de Terre , et deux autres pendant
la nuit suivante ; on apperçut le même jour un .
nuage lumineux poussé avec assez de violence du
Levant au Couchant , où il disparut près de l'horison.
Ce Phénomene étoit different en tout d'u……
ne Aurore Boreale,
11. Vol
On
3024 MERCURE
DE FRANCE
On écrit de Vienne , que l'Empereur a donné
ordre de faire acheter les meilleurs Livres et les
plus rares pour enrichir la Bibliotheque Imperiale
, et la rendre une des plus considerables de
l'Europe. S. M. I. a aussi ordonné de faire venir ,
à Vienne de France , d'Angleterre et d'Hollande,
des personnes sçavantes dans toutes sortes d'Arts
et de Sciences , qu'elle veut faire fleurir dans ses:
Etats , ayant résolu de ne rien épargner pour cela .
de Marseille , au Clergé séculier et régulier
de son Diocèse , au sujet du PALLIUMque
N. S. Pere le Pape vient de lui ac-
11. Vol
corde
DECEMBRE 1731. 30191
corder par une grace particuliere. A Mar
seille , de l'Imprimerie de J.P.Brebion . Brochure
in 4. de 5 pages. M. DCC. XXXI.
L'Exposé de cette Lettre est également
pieux , instructif et digne du sujet. Nous
nous contenterons d'en rapporter un seul
trait , qui fera juger du reste.
Marseille Payenne , se glorifioit au-
>>trefois dans le pompeux, mais vain titre
de Soeur de Rome. Que Marseille chré-
>> tienne et toujours catholique se glorifie
>> bien plus dans son union intime et per-
» petuelle avec l'Eglise Romaine , et dans
»son humble er parfaite soumission à
» toutes ses décisions . C'est en cela que
consiste la veritable gloire d'un Chré
»tien , et c'est delà que dépend son éter
nelle félicité.
pour
La Lettre finit , en ordonnant des
Prieres N. S. Pere le Pape , et par
une Exhortation pathetique de ne point
oublier dans les mêmes Prieres , « le Pré-
» lat auquel S. S. vient d'accorder l'or-
» nement sacré, &c. afin que quand Dieu.
» trouvera à propos de l'appeller à lui , il
» l'unisse dans le ciel à cette multitude
» de saints Evêques , qui avant lui ont~ .
gouverné l'Eglise de Marseille.
Peu de temps après la publication de
cette Lettre , dattée du 18 Octobre 17,1 .
II. Vol .
Ej
M ..
3200 MERCURE DE FRANCE
M. l'Evêque de Marseille alla recevois
à Arles le Pallium , des mains de M. l'Archevêque
, son Métropolitain , avec les
ceremonies accoûtumées.
Nous aurions pû à l'occasion de cette
Ceremonie , ajoûter ici quelques Remarques
Historiques sur le Pallium , pour
instruire ceux de nos Lecteurs qui peuvent
en avoir besoin ; mais ce sujet , simple
en apparence , est d'une longue discussion
et nous auroit porté infailliblement
au - delà des bornes que nous sommes
obligez de nous prescrire. La seule
chose qui pouvoit nous convenir , étoit
de donner un précis de la Dissertation *
Latine de Dom Thierri Ruinart , le det
nier de tous les Auteurs qui ont écrit
sur le Pallium , et qu'on peut dire avoir
épuisé cette matiere , si nous n'avions
été prévenus par les Auteurs du Journal
de Trévoux , qui ont donné un fort
bel Extrait de cette Dissertation dans
leur Journal du mois de Novembre 1724.
page 1942. Nous renvoyons avec plaisir
les Lecteurs à cet Extrait qui les instruira.
agréablement , et nous nous contentons
d'employer ici les dernieres paroles de D.
Oeuvres posthumes de D. Jean Mabillon
et de D. T. Ruinart , T. II, P. 401. publiées
par D. Vincent Thuillier en 1724.
II. Vola Rui
DECEMBRE 1731. 302F
Ruinart en finissant sa Dissertation ; elles
sont remarquables et propres à donner la
grande idée que l'on doit avoir du Pallium.
» Pour moi , dit ce sçavant Benedictin ,
» je crois qu'il ne me reste plus qu'à congratuler
le Pallium, de s'être elevé d'ung
» origine assez obscure , à ce haut degré
» d'honneur et de gloire où nous venous
» de le voir dans notre Ecrit ; ensorte
» qu'entre tous les habits Ecclesiastiques
» il n'y a rien de plus grand et de plus .
illustre. On peut donc , à fort juste
»titre , appliquer à notre Pallium , ce que
» Tertullien a dit autrefois du Manteau
des Chrétiens , sur la fin de son Traité
» de Pallio. GAUDE PALLIUM , ET EXUL-
» TA : MELIOR JAM TE PHILOSOPHIA DI-
» GNATA EST , EX QUO CHRISTIANUM immo-
» Archiepiscopum et Episcopum VESTIRE ;
COEPISTI .
Nous avons parlé plus d'une fois du grand
Ouvrage intitulé : ORIENS Christianus et Affrica,
entrepris et assidûment continué par le R.P. le
Quien , Dominicain , Auteur d'une belle Editiondes
OEuvres de S. Jean de Damas , & c. Les Sçavans
nõus sçaurons gré , sans doute ,
de leur apprendre
que cet Ouvrage s'imprime actuellement
au Louvre avec beaucoup de soin et de diligence ,
La Direction de la Librairie , dont M. Chauyelin
de Beauséjour , Intendant d'Amiens , étoit
II. Vol,
chargé,
3022 MERCURE DE FRANCE
chargé , a été donnée à M. Roullier , Maître dess
Requêtes , Intendant du Commerce.
A l'occasion d'un Memoire anonyme qui nous
a été adressé , intitulé , Refléxions sur les moyens
d'avoir des Remedes Specifiques , &c. et que
nous n'imprimerons pas , par la raison qu'on va
voir ; nous avertissons les Personnes bien inten
tionnées pour le bien public , tel que nous paroît
être l'Auteur du Mémoire , et toutes celles qui
prétendent avoir des Remedes particuliers et specifiques
pour quelque maladie que ce soit , nous
les avertissons , dis -je , qu'il y a une Commission
déja toute établie , sous l'autorité du Roy ,
pour connoître des Remedes Specifiques , à laquelle
M. le Premier Medecin préside . Elle est
composée de six Medecins , de, deux Apotiquai--
res et de quatre Chirurgiens , et s'assemble au
Louvre en des temps marquez. Il paroît que le
Projet contenu dans le Memoire en question ,
tombe de lui-même , en quelque façon , par l'utile
établissement dont on vient d'instruire le-
Public.
L'Académie Royale de Peinture et de Sculp--
ture , connoissant le gout de M. le Comte de
Caylus , pour le Dessein et la Peinture , et l'estime
qu'il fait des habiles gens qui composent cette ce--
lebre Compagnie , elle lui a donné une Place d'Amateur
Honoraire ; et il prit séance dans l'Assem→→
blée le premier de ce mois.
On écrit de Russie , qu'on a tiré des Mines de
Siberie , pendant l'Eté dernier , une grande quantité
de fer et de cuivre , et environ 2000. onces
d'argent qui est très- fin..
11. Vel On
DECEMBR E. * 1731. 3023-
On apprend de Petersbourg , que les Décou
vertes que l'Académie des Sciences qui y est éta
blie a faites depuis trois ans sur la veritable situation
du passage par le Nord , qui donne entrée
dans la Mer de Tartarie , et les Relations de
quelques Voyageurs , qui depuis le même-temps .
ant franchi ce passage , ont déterminé la Czarine
à envoyer par terre sur la Côte de Tartarie , quel
ques Officiers de Marine experimentez ,
deux Académiciens de Petersbourg , pour faire
des Observations et prendre des hauteurs exactes
; on doit leur donner une escorte considera
ble et des vivres pour un an..
avec
On écrit de Rome , que des Ouvriers travail
lans depuis peu dans une Vigne de Grottarosa ,,
qui appartient au Chapitre de l'Eglise de S. Pierre
, y ont trouvé une grande . Urne de Marbre ,
auprès d'une petits Statue de femme pleurante ,
tenant une main appuyée sur un Piedestal d'ambre
très bien travaillé , et de l'autre un Vase,
rempli d'une liqueur Balsamique et couvert d'un
filagramme d'or. Le Cardinal Camerlingue a
demandé qu'on fit estimer cette Figure antique
qu'il veut acheter pour l'envoyer au Roy de Po
logne.
-
Le 9. de ce mois , vers les 5. heures du soir ,
on ressentit à Florence une legere secousse de
Tremblement de Terre , et deux autres pendant
la nuit suivante ; on apperçut le même jour un .
nuage lumineux poussé avec assez de violence du
Levant au Couchant , où il disparut près de l'horison.
Ce Phénomene étoit different en tout d'u……
ne Aurore Boreale,
11. Vol
On
3024 MERCURE
DE FRANCE
On écrit de Vienne , que l'Empereur a donné
ordre de faire acheter les meilleurs Livres et les
plus rares pour enrichir la Bibliotheque Imperiale
, et la rendre une des plus considerables de
l'Europe. S. M. I. a aussi ordonné de faire venir ,
à Vienne de France , d'Angleterre et d'Hollande,
des personnes sçavantes dans toutes sortes d'Arts
et de Sciences , qu'elle veut faire fleurir dans ses:
Etats , ayant résolu de ne rien épargner pour cela .
Fermer
Résumé : Lettre Pastorale de l'Evêque de Marseille. [titre d'après la table]
En décembre 1731, l'évêque de Marseille publia une lettre pastorale destinée au clergé séculier et régulier de son diocèse. Cette lettre abordait le pallium, une distinction papale, et soulignait l'importance de l'union et de la soumission de Marseille à l'Église romaine, vue comme la véritable gloire chrétienne. La lettre se concluait par une exhortation à prier pour le pape et pour l'évêque, afin qu'il rejoigne les saints évêques de Marseille après sa mort. Par la suite, l'évêque se rendit à Arles pour recevoir le pallium des mains de l'archevêque, son métropolitain, selon les cérémonies habituelles. Le texte mentionne également une dissertation latine de Dom Thierry Ruinart sur le pallium, renvoyant les lecteurs à un extrait déjà publié dans le Journal de Trévoux. Ruinart y décrivait l'honneur et la gloire associés au pallium, le comparant au manteau des chrétiens décrit par Tertullien. Le texte évoque aussi divers sujets, tels que la publication de l'ouvrage 'Oriens Christianus et Africa' par le Père Quin, imprimé au Louvre, et la direction de la librairie confiée à M. Roullier. Il mentionne une commission royale pour examiner les remèdes spécifiques, ainsi que l'attribution d'une place d'amateur honoraire à M. le Comte de Caylus à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture. Des nouvelles de Russie, de Rome, de Florence et de Vienne complètent le texte, relatant des découvertes minières, des fouilles archéologiques, des phénomènes naturels et des initiatives impériales en matière de culture et de science.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
23
p. 99
Enigme, Logogryphes, [titre d'après la table]
Début :
Les mots de l'Enigme et des deux Logogryphes du premier Volume de Decembre [...]
Mots clefs :
Navire, Marseille, Rouen
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Enigme, Logogryphes, [titre d'après la table]
Les mots de l'Enigme et des deux Lo
gogryphes du premier Volume de De-.
cembre sont , Navire , Marseille , Rouen.
On a dû expliquer l'Enigme et les trois
Logogryphes du second Volume, par
Cartes , Feve , Foye , Corail..
gogryphes du premier Volume de De-.
cembre sont , Navire , Marseille , Rouen.
On a dû expliquer l'Enigme et les trois
Logogryphes du second Volume, par
Cartes , Feve , Foye , Corail..
Fermer
24
p. 2188-2192
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Provence au mois de Juillet dernier, au sujet d'une quantité d'ancienne Monnoye trouvée à Marseille.
Début :
Le 16. du mois passé des Massons travaillant à faire creuser une Cave [...]
Mots clefs :
Ancienne monnaie, Marseille, Maçons, Cave
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Provence au mois de Juillet dernier, au sujet d'une quantité d'ancienne Monnoye trouvée à Marseille.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Provence au mois de Juillet dernier, an
sujet d'une quantité d'ancienne Monnoye
trouvée à Marseille.
LaE 16. du mois passé des Massons
travaillant à faire creuser une Cavę
dans une Maison nouvellement alignée et
qu'on
OCTOBRE. 1732. 2189
qu'on rebâtit à Marseille dans la ruë de
Rome près de la Fontaine Longue , trouverent un vase de terre fait en forme de
bouteille à l'Angloise , et l'ayant cassé,
il en sortit de l'eau avec une quantité
de petite Monnoye d'argent , toute de
la même qualité en grandeur , qui est à
peu près comme celle de nos Liards. Sept
Ouvriers se partagerent entre eux ces Especes. Le sieur Fortoul Bourgeois et Proprietaire de la Maison , en fut averti et
prétendit se les faire restituer ; le Receveur du Domaine agit aussi de son côté
et établit des Gardes sur les Lieux , mais
ces Travailleurs , à ce qu'on assure , en
avoient déja vendu à des Changeurs pour
quatre ou 500. livres , et ce qui étoit
encore entre les mains de quelques- uns
fût déposé à la Police , le tout ensemble
pouvant valoir environ mille livres. On
a depuis continué à creuser au même endroit , où l'on prétend que les Templiers
avoient eu une Maison , ce qui d'abord
avoit fait présumer quelque trésor enfoui , &c. mais on n'a plus rien trouvé.
J'ai trouvé le moyen d'avoir de la
Monnoye quelques-unes de ces Pieces. On y voit d'un côté la tête d'un
Comte de Provence et pour Legende Co.
MES PROVINCIE, et de l'autre MASSIL
>
CI-
2190 MERCURE DE FRANCE
CIVITAS. en caracteres du temps >
c'est-à-dire fort gothiques. M. de Ruffy
le Pere a fait graver une pareille Monnoye dans le x. Liv. de son Histoire de
Marseille , page 444. publiée en 1642. ce
que son fils a obmis dans la seconde Edition. Cette Monnoye s'appelloit dans les
Titres Solidi minuti Massilienses , et vulgairement Menus Marseillois. Elle pese
suivant l'essai que j'en ai fait faire à la
Monnoye sur une Piece des plus entieres , un denier douze grains , et est au
titre de onze deniers de fin.
Comme le nom du Comte de Provence
n'y est pas exprimé , on ne peut pas sçavoir précisément à quel Prince on doit
la rapporter. Elle peut être de Charles
d'Anjou, frere de S. Louis, avant qu'il fut
Roy de Sicile ; mais aussi elle pourroit
bien être de quelqu'un des Berengers , ce
qui me paroît assez difficile à déterminer.
Il est parlé de cette Monnoye dans les
Chapitres de Paix , où le fameux Traité
fait en 1257. entre Charles d'Anjou et
la Ville de Marseille , lorsque cette Ville
se donna et se soumit à ce Prince.
Avant que d'avoir reçû la Lettre dont
on vient de lire l'Extrait , qui est d'une
Personne de consideration et fort intelligente , on nous avoit envoyé de Marseille
S.
OCTOBR E. 1732. 2191
,
5. ou 6. de ces mêmes Pieces ; nous n'aurions pas pû en faire une description plus
exacte , ni donner là-dessus des Remarques plus justes. Nous ajoûterons seulement ici que sur le côté de cette Monnoye où se lit Massil civitas, on voit comme le Frontispice d'un Bâtiment avec
une Croix au sommet. M. de Ruffy * le
fils , veut que ce soit la Ville même
ayant ses Clochers élevez , ce qui , en tout
cas , est fort grossierement représenté.
Nous observerons encore que les cinq
Pieces qui nous ont été envoyées sont
de differens coins , et ont été frappées
sous differens Princes. Deux même de
ces Têtes ont une Coëffure et un air de
femme , ce qui peut donner lieu à des
conjectures et à des recherches ' curieuses;
matiere que nous laissons volontiers à
éclaircir à M" de la nouvelle Académie
de Marseille , qui ont formé le dessein
d'en écrire l'Histoire. L'Article des Monnoyes frappées dans cette Ville , et de son
autorité , par un droit anciennement acquis et exercé pendant plusieurs siecles ,
ne sera pas le moins important , et il
mérite d'autant plus d'attention que ce
sujet paroît confusément traité par les
* Hist. de Marseille , Liv. XIII. pag. 324. 58-
CordeEdition 1696.
Ecrivains
2192 MERCURE DE FRANCE
Ecrivains qui ont précedé nos Académiciens.
Provence au mois de Juillet dernier, an
sujet d'une quantité d'ancienne Monnoye
trouvée à Marseille.
LaE 16. du mois passé des Massons
travaillant à faire creuser une Cavę
dans une Maison nouvellement alignée et
qu'on
OCTOBRE. 1732. 2189
qu'on rebâtit à Marseille dans la ruë de
Rome près de la Fontaine Longue , trouverent un vase de terre fait en forme de
bouteille à l'Angloise , et l'ayant cassé,
il en sortit de l'eau avec une quantité
de petite Monnoye d'argent , toute de
la même qualité en grandeur , qui est à
peu près comme celle de nos Liards. Sept
Ouvriers se partagerent entre eux ces Especes. Le sieur Fortoul Bourgeois et Proprietaire de la Maison , en fut averti et
prétendit se les faire restituer ; le Receveur du Domaine agit aussi de son côté
et établit des Gardes sur les Lieux , mais
ces Travailleurs , à ce qu'on assure , en
avoient déja vendu à des Changeurs pour
quatre ou 500. livres , et ce qui étoit
encore entre les mains de quelques- uns
fût déposé à la Police , le tout ensemble
pouvant valoir environ mille livres. On
a depuis continué à creuser au même endroit , où l'on prétend que les Templiers
avoient eu une Maison , ce qui d'abord
avoit fait présumer quelque trésor enfoui , &c. mais on n'a plus rien trouvé.
J'ai trouvé le moyen d'avoir de la
Monnoye quelques-unes de ces Pieces. On y voit d'un côté la tête d'un
Comte de Provence et pour Legende Co.
MES PROVINCIE, et de l'autre MASSIL
>
CI-
2190 MERCURE DE FRANCE
CIVITAS. en caracteres du temps >
c'est-à-dire fort gothiques. M. de Ruffy
le Pere a fait graver une pareille Monnoye dans le x. Liv. de son Histoire de
Marseille , page 444. publiée en 1642. ce
que son fils a obmis dans la seconde Edition. Cette Monnoye s'appelloit dans les
Titres Solidi minuti Massilienses , et vulgairement Menus Marseillois. Elle pese
suivant l'essai que j'en ai fait faire à la
Monnoye sur une Piece des plus entieres , un denier douze grains , et est au
titre de onze deniers de fin.
Comme le nom du Comte de Provence
n'y est pas exprimé , on ne peut pas sçavoir précisément à quel Prince on doit
la rapporter. Elle peut être de Charles
d'Anjou, frere de S. Louis, avant qu'il fut
Roy de Sicile ; mais aussi elle pourroit
bien être de quelqu'un des Berengers , ce
qui me paroît assez difficile à déterminer.
Il est parlé de cette Monnoye dans les
Chapitres de Paix , où le fameux Traité
fait en 1257. entre Charles d'Anjou et
la Ville de Marseille , lorsque cette Ville
se donna et se soumit à ce Prince.
Avant que d'avoir reçû la Lettre dont
on vient de lire l'Extrait , qui est d'une
Personne de consideration et fort intelligente , on nous avoit envoyé de Marseille
S.
OCTOBR E. 1732. 2191
,
5. ou 6. de ces mêmes Pieces ; nous n'aurions pas pû en faire une description plus
exacte , ni donner là-dessus des Remarques plus justes. Nous ajoûterons seulement ici que sur le côté de cette Monnoye où se lit Massil civitas, on voit comme le Frontispice d'un Bâtiment avec
une Croix au sommet. M. de Ruffy * le
fils , veut que ce soit la Ville même
ayant ses Clochers élevez , ce qui , en tout
cas , est fort grossierement représenté.
Nous observerons encore que les cinq
Pieces qui nous ont été envoyées sont
de differens coins , et ont été frappées
sous differens Princes. Deux même de
ces Têtes ont une Coëffure et un air de
femme , ce qui peut donner lieu à des
conjectures et à des recherches ' curieuses;
matiere que nous laissons volontiers à
éclaircir à M" de la nouvelle Académie
de Marseille , qui ont formé le dessein
d'en écrire l'Histoire. L'Article des Monnoyes frappées dans cette Ville , et de son
autorité , par un droit anciennement acquis et exercé pendant plusieurs siecles ,
ne sera pas le moins important , et il
mérite d'autant plus d'attention que ce
sujet paroît confusément traité par les
* Hist. de Marseille , Liv. XIII. pag. 324. 58-
CordeEdition 1696.
Ecrivains
2192 MERCURE DE FRANCE
Ecrivains qui ont précedé nos Académiciens.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Provence au mois de Juillet dernier, au sujet d'une quantité d'ancienne Monnoye trouvée à Marseille.
En juillet de l'année précédente, des maçons à Marseille ont découvert un vase contenant des pièces de monnaie ancienne en argent, similaires aux liards. Sept ouvriers se sont partagé les pièces, et certaines ont été vendues à des changeurs pour environ 400 à 500 livres. Le propriétaire de la maison et le receveur du domaine ont tenté de récupérer les pièces, mais une partie avait déjà été vendue. Les pièces restantes, d'une valeur totale d'environ mille livres, ont été déposées à la police. Cette monnaie, appelée 'Solidi minuti Massilienses' ou 'Menus Marseillois', porte l'effigie d'un comte de Provence et des inscriptions en caractères gothiques. L'analyse de son poids et de sa pureté a révélé un titre de onze deniers de fin. L'origine exacte de cette monnaie reste incertaine, pouvant appartenir à Charles d'Anjou ou à un membre de la famille des Bérengers. Des pièces similaires avaient été trouvées auparavant, confirmant les descriptions et les remarques faites. Les pièces proviennent de différents coins et princes, certaines montrant des traits féminins, ce qui ouvre des perspectives pour des recherches historiques. L'Académie de Marseille prévoit d'écrire l'histoire de cette monnaie, un sujet confusément traité par les écrivains précédents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
25
p. 113-115
Lettre de M. Bertrand, Medecin, [titre d'après la table]
Début :
LETTRE de M. Bertrand, Médecin, à M. Deidier, Conseiller Médecin du [...]
Mots clefs :
Médecin, Marseille, M. Bertrand, M. Deidier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. Bertrand, Medecin, [titre d'après la table]
L ETT Riz-de M. Betttand , Médecin ;
à M. Deidier, Conseiller Médecin du‘
Roygôcc. et premier Médecin des Ga
feres. A‘ Avignon, P47 la S ocieté , 1731..
Produire in 12v. de 3o. pages.
" Cette Lettre écrite à Marseille le 2 5.‘
Novembre 173zuroule sur une ancienne
querelle entre PAuteur et M. Deidicr ,1
l'un des Médecins envoyez à Marseille
par orälrei dan" Roy , en Pannée 1721p.
tem s e a etniere conta on; uere e 1
renditveliée par ce dernier ,g1et de (sliivieil
le date, que M. Betttand , ‘aussi bon Ju.‘
risconsulte ‘ue ‘bon Médecin ', ennemi
iäillleurs deq toute dispute outrée, ap
el c âison secours la L0 de la res
Ëtiption. y ‘ P
V »Vous le sçavez , Monsieur, lui dit-il,‘
Il. ar que ne. sgavez-vous pas? que les
‘u F il zaLoix
l
l
114. MERCURE nr FRANCE ‘
nLoiî ne donnent‘ qu’un an à ‘uneper-I i
" sonne oflnsée pour tirer raison de Pin
» jure qu’elle a reçûë. On a crû que» pout
99 le repos de la Société, il ‘falloir fixer
n un terme au ressentiment des injures
n pour ne pas perpétuer leshaines et les
nquerclles. Après ce temps-là la plainte
nn’est plus écoutée, et la personne offeng
nsée ne peut plus demander de réparaæ
u tion, HM 2min, dit J ustinien , dissi
n mulmione uboletur. De quel droit venez
» vous donc après douze ans. faire revivre
ï‘ une querelle déja éteinte, et dféchat-Ï
:2 ger route la vivacité de votre ressenti.
n ment sur une personne qui est sous
n la protection des Loix; etiqwune presg
acriprion légitime a mis à’ couvert de
arvos recherches? Les. disparesLitrerai-i‘
a; res auront-eleles plus de privilege que
n. les autres? ôte. - e
La Peste de Marseille, et urne Relation
Historique de cet Evenement, attribué: l
à M. Bettrand , font le suiet de la que- l
selle dans ilysïexgir ici._ La Relation est: i
attaquée par Deidiergnt M, Bertrand ‘
nepousse les attaques dqgson Adversaire,
qnrlquefois un peu vivement , à l'exem
ple e son Antagoniste. il y a cependant
tout lieude croire ‘que c’est ici la der
niere Piece de >ce.Pre5è-S «I-Îîîfilaairq, suif
' . . ‘i. e
J‘ A N V I E R.- 1733. n;
le Jugement quigppartient aux Lecteurs
intelligens et desinreressez. Qwiquïl en
soir, M. Bertrand proteste sur la fin de
sa Lettre ,que c'est pour la dz-rnierc Fois
qu’il mettra la main à la plume sur ce
sujet. Le Public y‘ gagnera par lïapplica
tion que cet habile Médecin continuera
de lui donner, et son silence pourra proa
duire le même effet à Fégardde M. Doi
dier , qui est en état de rendre de grands
services â la Médecine et à larChirure
gie, dans le poste qu’il occupe.
à M. Deidier, Conseiller Médecin du‘
Roygôcc. et premier Médecin des Ga
feres. A‘ Avignon, P47 la S ocieté , 1731..
Produire in 12v. de 3o. pages.
" Cette Lettre écrite à Marseille le 2 5.‘
Novembre 173zuroule sur une ancienne
querelle entre PAuteur et M. Deidicr ,1
l'un des Médecins envoyez à Marseille
par orälrei dan" Roy , en Pannée 1721p.
tem s e a etniere conta on; uere e 1
renditveliée par ce dernier ,g1et de (sliivieil
le date, que M. Betttand , ‘aussi bon Ju.‘
risconsulte ‘ue ‘bon Médecin ', ennemi
iäillleurs deq toute dispute outrée, ap
el c âison secours la L0 de la res
Ëtiption. y ‘ P
V »Vous le sçavez , Monsieur, lui dit-il,‘
Il. ar que ne. sgavez-vous pas? que les
‘u F il zaLoix
l
l
114. MERCURE nr FRANCE ‘
nLoiî ne donnent‘ qu’un an à ‘uneper-I i
" sonne oflnsée pour tirer raison de Pin
» jure qu’elle a reçûë. On a crû que» pout
99 le repos de la Société, il ‘falloir fixer
n un terme au ressentiment des injures
n pour ne pas perpétuer leshaines et les
nquerclles. Après ce temps-là la plainte
nn’est plus écoutée, et la personne offeng
nsée ne peut plus demander de réparaæ
u tion, HM 2min, dit J ustinien , dissi
n mulmione uboletur. De quel droit venez
» vous donc après douze ans. faire revivre
ï‘ une querelle déja éteinte, et dféchat-Ï
:2 ger route la vivacité de votre ressenti.
n ment sur une personne qui est sous
n la protection des Loix; etiqwune presg
acriprion légitime a mis à’ couvert de
arvos recherches? Les. disparesLitrerai-i‘
a; res auront-eleles plus de privilege que
n. les autres? ôte. - e
La Peste de Marseille, et urne Relation
Historique de cet Evenement, attribué: l
à M. Bettrand , font le suiet de la que- l
selle dans ilysïexgir ici._ La Relation est: i
attaquée par Deidiergnt M, Bertrand ‘
nepousse les attaques dqgson Adversaire,
qnrlquefois un peu vivement , à l'exem
ple e son Antagoniste. il y a cependant
tout lieude croire ‘que c’est ici la der
niere Piece de >ce.Pre5è-S «I-Îîîfilaairq, suif
' . . ‘i. e
J‘ A N V I E R.- 1733. n;
le Jugement quigppartient aux Lecteurs
intelligens et desinreressez. Qwiquïl en
soir, M. Bertrand proteste sur la fin de
sa Lettre ,que c'est pour la dz-rnierc Fois
qu’il mettra la main à la plume sur ce
sujet. Le Public y‘ gagnera par lïapplica
tion que cet habile Médecin continuera
de lui donner, et son silence pourra proa
duire le même effet à Fégardde M. Doi
dier , qui est en état de rendre de grands
services â la Médecine et à larChirure
gie, dans le poste qu’il occupe.
Fermer
Résumé : Lettre de M. Bertrand, Medecin, [titre d'après la table]
Le 25 novembre 1732, M. Bettrand, médecin, adresse une lettre à M. Deidier, conseiller médecin du roi et premier médecin des galères à Avignon. Cette lettre évoque une ancienne querelle relancée par M. Deidier après douze ans de silence. M. Bettrand s'étonne de cette résurgence, soulignant que les lois permettent un an pour réclamer justice après un tort subi. La dispute concerne la 'Peste de Marseille' et une relation historique de cet événement attribuée à M. Bettrand. M. Deidier a critiqué cette relation, et M. Bettrand a répliqué de manière vive. M. Bettrand conclut en affirmant qu'il ne reviendra plus sur ce sujet, espérant que son silence incitera M. Deidier à continuer ses contributions à la médecine et à la chirurgie. Le jugement sur cette querelle est laissé aux lecteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
26
p. 2419-24[2]6
Histoire Litteraire de la France, &c. [titre d'après la table]
Début :
HISTOIRE Litteraire de la France, où l'on traite de l'origine et du [...]
Mots clefs :
Histoire littéraire de la France, Villes, Savants, Marseille, Lettres, Auteurs, Langue, Historien, Ouvrage, Sujet, Connaissance , Éloquence, Philosophie, Poète, Gaules
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire Litteraire de la France, &c. [titre d'après la table]
ISTOIRE Litteraire de la France.
Hoù l'on traite de l'origine et du
progrès , de la décadence et du rétabiissea
2420 MERCURE DE FRANCE
sement des Sciences , parmi les Gaulo's et
parmi les François , &c. Par des Reli
gieux Benedictins , de la Congrégation
de S. Maur. A Paris , chez Chaubert
Gissey , Osmont , Huart Paîné , Clousier
Hourdel et David le jeune , Libraires . I.
vol . in 4. divisé en deux parties , & c.
Le seul titre de cette Histoire que nous
avons donné dans toute son étendue.
dans le dernier Mercure , pourroit suffire
pour en donner une grande idée . If
contient le précis de l'Entreprise la plus
vaste et la plus utile qu'on ait encore formée
pour la gloire de notre Nation . Diverses
Histoires particulieres des Sçavans
d'une Province , d'une Ville , d'une Université
, d'un Corps Académique de ce
Royaume , publiées en différens temps ,
et par differens Autheurs , n'ont fait que
mieux comprendre la nécessité d'une
Histoire Générale de la France sçavante
composée tout de suite , et par des Ecri
vains , chargez de ce seul travail . Ce no
ble dessein a enfin été conçu , et en partié
déja heureusement exécuté par de sçavans
Hommes, nez , pour ainsi dire , pour
l'avancement des Lettres , et pour les
plus grandes et les plus laborieuses Entreprises.
Le premier volume dont il s'agit icy ;
pourra
NOVEMBRE. 1733. 242
pourra faire juger du mérite et de l'importance
de tout l'ouvrage , et de l'ordre
de son exécution ; il comprend tous les
temps antérieurs à la naissance de J.C.et
encore l'Histoire des Lettres en France
durant les IV. premiers siècles de l'Eglise
. Entreprendre de donner un juste Extrait
de ce volume , qui contient en tout
près de neuf cent pages , ce seroit à nous
une espece de témerité. Extrait qui nous
jetteroit infailliblement au delà des bornes
de notre Journal , nous nous contenterons
donc de quelques traits qui paroissent
exiger de nous une attention
particuliere.
Nos sçavans Auteurs , après avoir décrit
l'Etat de laRépublique des Lettres dans les
Gaules, avant et durant le tems des Druïdes
, sous le nom desquels on comprenoit
tous les Gens de Lettres des Gaules , exposent
comment les Sciences des Grecs s'y
introduisirent par le canal des Marseillois,
Grecs , Photéens d'origine . Ils n'oublient
rien de tout ce qui se trouve épars dans
divers Auteurs anciens sur cette celebre
Colonie , dont il est aussi parlé amplement
dans deux de nos ( 1 ) Journaux ,
par rapport aux Sciences , aux exercices
( 1 ) Mercure de Decembre 1728. et de Janvier
Aca
1730p
2422 MERCURE DE FRANCE
Académiques , à la Politesse , et aux
Grands Hommes qui ont brillé dans
Marseille Sçavante , ce qui nous engage
d'abreger icy sur ce sujet.
, Son Gouvernement Politique non
moins admirable que son Académie, n'est
pas omis dans cette Histoire . On suivoit
à Marseille , disent nos Auteurs , les Loix
Ioniques exposées dans un lieu public ,
où chacun pouvoit les voir pour s'y conformer.
Le droit d'hospitalité y étoit
en une singuliere veneration ; on y maintenoit
la seureté publique , en ne permettant
à personne d'y entrer armé ; les
représentations licentieuses du Théatre
en étoient sévérement bannies , ainsi que
la molesse , la volupté, la fraude et le mensonge
, et on voyoit regner en la place
dans cette Ville , la bonne foy , la frugalité
et la modestie . Ciceron estimoit si
fort un tel Gouvernement , qu'il doutoit
si Marseille n'étoit pas préférable non
seulement à toute la Grece , mais encore
à toutes les Nations de l'Univers . Aussi
les Marseillois mériterent bientôt le
Titre et les Privileges d'Amis et d'Alliez
du Peuple Romain . Marseille fut appellée
la soeur de Rome.
Diverses Colonies de Marseillois bâtirent
dans les Gaules , selon nos Auteurs ,
les
NOVEMBRE . 1733. 2423
les Villes d'Agde , de Nice , d'Antibes ,
d'Olbic , de Taurence, et peut être celles
d'Arles et de Fréjus . Cette énumeration
pourroit être plus étendue , sans y comprendre
même plusieurs Villes fondéesou
policées par des Colonies Marscilloises,
hors des Gaules , en Espagne , en Italie ,
en-Affrique , et c'est ainsi que se répandit
dans les principales Villes Gauloises
et ailleurs le goût des Lettres ; ces Villes
firent succeder aux Ecoles des Druïdes
des Académies, où elles entretenoient
des Professeurs pour y enseigner , à l'exemple
de Marseille , toutes sortes de sciences.
Telles étoient les Villes de Narbonne
, d'Arles , de Vienne , de Toulouse ,
d'Autun , de Lyon , de Nismes , de Bourdeaux
, et en particulier les Villes qui
devoient leur origine , ou leur ampliation
et leurs moeurs à celle de Marseille.
Le détail de la Litterature et des divers
Sçavans qui ont illustré ces Villes , doit
être lû dans le Livre même , et il le mérite
par l'abondance et par la richesse de
la matiere.
En examinant les Révolutions qu'ont
eues dans les Gaules les diverses Langues
qu'on y a parlé successivement , nos Hisforiens
reviennent à Marseille , ne doutant
point que la Langue Grecque n'ait
été
2424 MERCURE DE FRANCE
été durant long- temps la Langue vulgaire
des Marseillois , tres connue . disentils
, dans toute la Narbonnoise , et à
Lyon même. C'est ce que quelques Sçavans
modernes paroissent avoir ignoré
et ce qui les a jettez dans de grandes méprises
; telle est , par exemple , celle de
M. de Valbonnais , qui n'avoit pas accoutumé
d'errer , et qui a été observée dans
le Mercure d'Août 1721. au sujet d'un
Marbre Antique , chargé d'une Inscription
Grecque, du Cabinet de M.Rigord .
Ce qu'ils disent ensuite de la Langue
Gauloise ou Celtique, est d'une érudition
peu commune , et demande une attention
particuliere . Ils finissent ce sujet-la par
ces mots. De cette Langue Gauloise, jointe
à la Grecque , à la Latine et à celle des
Francs , s'est formé notre Langue Françoise
, qui à l'aide de quelques accroissement
qu'elle a reçus des Langues de nos
voisins , a pris la consistance , où elle est
présentement.
Enfin nos Auteurs remarquent que les
Gaulois Lettrez , sçachant que le Barreau
étoit la Porte la plus ordinaire qui conduisoit
aux charges distinguées, et que l'Eloquence
étoit le moïen le plus certain d'y
briller, ils s'attacherent à cultiver en même-
tems l'Eloquence et la Jurisprudence,
NOVEMBRE . 1733. 2425
ce qui les fit exceller dans la connoissance
du Droit et dans l'art de bien parler.
Ainsi les Sçavans aimerent mieux servir
leur Patrie et le Public de vive voix , que
par écrit. Que si quelques- uns d'entr'eux
ont laissé des Ouvrages de leur façon , la
longueur et le malheur des temps en ont
privé la posterité. Ils nous ont même envié
non seulement la connoissance de
presque tous ces grands Hommes , mais
aussi jusqu'à leurs noms et au moindre.
trait de leur Histoire.
Cette Remarque étoit nécessaire à l'égard
de quelques Lecteurs qui pourroient
s'étonner du petit nombre de Gaulois sçavans
, dont il est fait mention dans cet
Ouvrage , pour les temps qui ont précédé
la naissance de J. C. On y trouve cependant
les Eloges de Pitheas , Philosophe
Astronome et Géographe; d'Euthymenes
Historien et Géographe ; d'Eratoshénes
Philosophe et Historien ; de Lucius Plotius
, Rhéteur ; de Marcus- Antonius Gnipho
, Professeur d'Eloquence et des Belles
Lettres ; de Valerius Cato , Poëte et
Grammairien ; de Roscius excellent
Comédien ; de Divitiac , Philosophe :
de C. Valerius - Procillus , Ambassadeur.
et Favori de Jules César ; de Telon et
Gyardes , Astronomes ; de Cornelius Gal-
E lus,
2446 MERCURE DE FRANCE
lus , Poëte ; de Publ. Terentius- Varo , Historien
et Poëte , de Trogue Pompée , Historien.
N'oublions pas de dire que nos Histo
riens sur la fin d'une Préface , qu'on ne
peut se dispenser
de lire , supplient
les
Sçavans de leur faire connoître
les fautes
qui ont pû leur échaper dans le cours
d'un si long Ouvrage , et de les aider en
leur communiquant
de nouvelles
lumieres
, et en leur faisant part des richesses
litteraires
qui leur manquent. Ils addressent
sur tout cette priere aux divers
Ordres Religieux
du Royaume
, fournis
déja presque tous des Bibliotheques
de
leurs Auteurs , et par là plus à portée
d'indiquer
les autres Ecrivains
qu'ils ont
eu depuis la publication
de ces mêmes
Bibliotheques
. Pour garans de leur re
connoissance
ils donnent les témoignages
publics qu'ils rendent icy des obligations
qu'ils ont à ceux dont le commerce
litteraire
leur a été de quelque secours
,
Nous rendrons compte sommairement
dans l'un de nos premiers Journaux de
la seconde Partie de cette Histoire , qui
comprend les quatre premiers siecles du
Christianisme.
Hoù l'on traite de l'origine et du
progrès , de la décadence et du rétabiissea
2420 MERCURE DE FRANCE
sement des Sciences , parmi les Gaulo's et
parmi les François , &c. Par des Reli
gieux Benedictins , de la Congrégation
de S. Maur. A Paris , chez Chaubert
Gissey , Osmont , Huart Paîné , Clousier
Hourdel et David le jeune , Libraires . I.
vol . in 4. divisé en deux parties , & c.
Le seul titre de cette Histoire que nous
avons donné dans toute son étendue.
dans le dernier Mercure , pourroit suffire
pour en donner une grande idée . If
contient le précis de l'Entreprise la plus
vaste et la plus utile qu'on ait encore formée
pour la gloire de notre Nation . Diverses
Histoires particulieres des Sçavans
d'une Province , d'une Ville , d'une Université
, d'un Corps Académique de ce
Royaume , publiées en différens temps ,
et par differens Autheurs , n'ont fait que
mieux comprendre la nécessité d'une
Histoire Générale de la France sçavante
composée tout de suite , et par des Ecri
vains , chargez de ce seul travail . Ce no
ble dessein a enfin été conçu , et en partié
déja heureusement exécuté par de sçavans
Hommes, nez , pour ainsi dire , pour
l'avancement des Lettres , et pour les
plus grandes et les plus laborieuses Entreprises.
Le premier volume dont il s'agit icy ;
pourra
NOVEMBRE. 1733. 242
pourra faire juger du mérite et de l'importance
de tout l'ouvrage , et de l'ordre
de son exécution ; il comprend tous les
temps antérieurs à la naissance de J.C.et
encore l'Histoire des Lettres en France
durant les IV. premiers siècles de l'Eglise
. Entreprendre de donner un juste Extrait
de ce volume , qui contient en tout
près de neuf cent pages , ce seroit à nous
une espece de témerité. Extrait qui nous
jetteroit infailliblement au delà des bornes
de notre Journal , nous nous contenterons
donc de quelques traits qui paroissent
exiger de nous une attention
particuliere.
Nos sçavans Auteurs , après avoir décrit
l'Etat de laRépublique des Lettres dans les
Gaules, avant et durant le tems des Druïdes
, sous le nom desquels on comprenoit
tous les Gens de Lettres des Gaules , exposent
comment les Sciences des Grecs s'y
introduisirent par le canal des Marseillois,
Grecs , Photéens d'origine . Ils n'oublient
rien de tout ce qui se trouve épars dans
divers Auteurs anciens sur cette celebre
Colonie , dont il est aussi parlé amplement
dans deux de nos ( 1 ) Journaux ,
par rapport aux Sciences , aux exercices
( 1 ) Mercure de Decembre 1728. et de Janvier
Aca
1730p
2422 MERCURE DE FRANCE
Académiques , à la Politesse , et aux
Grands Hommes qui ont brillé dans
Marseille Sçavante , ce qui nous engage
d'abreger icy sur ce sujet.
, Son Gouvernement Politique non
moins admirable que son Académie, n'est
pas omis dans cette Histoire . On suivoit
à Marseille , disent nos Auteurs , les Loix
Ioniques exposées dans un lieu public ,
où chacun pouvoit les voir pour s'y conformer.
Le droit d'hospitalité y étoit
en une singuliere veneration ; on y maintenoit
la seureté publique , en ne permettant
à personne d'y entrer armé ; les
représentations licentieuses du Théatre
en étoient sévérement bannies , ainsi que
la molesse , la volupté, la fraude et le mensonge
, et on voyoit regner en la place
dans cette Ville , la bonne foy , la frugalité
et la modestie . Ciceron estimoit si
fort un tel Gouvernement , qu'il doutoit
si Marseille n'étoit pas préférable non
seulement à toute la Grece , mais encore
à toutes les Nations de l'Univers . Aussi
les Marseillois mériterent bientôt le
Titre et les Privileges d'Amis et d'Alliez
du Peuple Romain . Marseille fut appellée
la soeur de Rome.
Diverses Colonies de Marseillois bâtirent
dans les Gaules , selon nos Auteurs ,
les
NOVEMBRE . 1733. 2423
les Villes d'Agde , de Nice , d'Antibes ,
d'Olbic , de Taurence, et peut être celles
d'Arles et de Fréjus . Cette énumeration
pourroit être plus étendue , sans y comprendre
même plusieurs Villes fondéesou
policées par des Colonies Marscilloises,
hors des Gaules , en Espagne , en Italie ,
en-Affrique , et c'est ainsi que se répandit
dans les principales Villes Gauloises
et ailleurs le goût des Lettres ; ces Villes
firent succeder aux Ecoles des Druïdes
des Académies, où elles entretenoient
des Professeurs pour y enseigner , à l'exemple
de Marseille , toutes sortes de sciences.
Telles étoient les Villes de Narbonne
, d'Arles , de Vienne , de Toulouse ,
d'Autun , de Lyon , de Nismes , de Bourdeaux
, et en particulier les Villes qui
devoient leur origine , ou leur ampliation
et leurs moeurs à celle de Marseille.
Le détail de la Litterature et des divers
Sçavans qui ont illustré ces Villes , doit
être lû dans le Livre même , et il le mérite
par l'abondance et par la richesse de
la matiere.
En examinant les Révolutions qu'ont
eues dans les Gaules les diverses Langues
qu'on y a parlé successivement , nos Hisforiens
reviennent à Marseille , ne doutant
point que la Langue Grecque n'ait
été
2424 MERCURE DE FRANCE
été durant long- temps la Langue vulgaire
des Marseillois , tres connue . disentils
, dans toute la Narbonnoise , et à
Lyon même. C'est ce que quelques Sçavans
modernes paroissent avoir ignoré
et ce qui les a jettez dans de grandes méprises
; telle est , par exemple , celle de
M. de Valbonnais , qui n'avoit pas accoutumé
d'errer , et qui a été observée dans
le Mercure d'Août 1721. au sujet d'un
Marbre Antique , chargé d'une Inscription
Grecque, du Cabinet de M.Rigord .
Ce qu'ils disent ensuite de la Langue
Gauloise ou Celtique, est d'une érudition
peu commune , et demande une attention
particuliere . Ils finissent ce sujet-la par
ces mots. De cette Langue Gauloise, jointe
à la Grecque , à la Latine et à celle des
Francs , s'est formé notre Langue Françoise
, qui à l'aide de quelques accroissement
qu'elle a reçus des Langues de nos
voisins , a pris la consistance , où elle est
présentement.
Enfin nos Auteurs remarquent que les
Gaulois Lettrez , sçachant que le Barreau
étoit la Porte la plus ordinaire qui conduisoit
aux charges distinguées, et que l'Eloquence
étoit le moïen le plus certain d'y
briller, ils s'attacherent à cultiver en même-
tems l'Eloquence et la Jurisprudence,
NOVEMBRE . 1733. 2425
ce qui les fit exceller dans la connoissance
du Droit et dans l'art de bien parler.
Ainsi les Sçavans aimerent mieux servir
leur Patrie et le Public de vive voix , que
par écrit. Que si quelques- uns d'entr'eux
ont laissé des Ouvrages de leur façon , la
longueur et le malheur des temps en ont
privé la posterité. Ils nous ont même envié
non seulement la connoissance de
presque tous ces grands Hommes , mais
aussi jusqu'à leurs noms et au moindre.
trait de leur Histoire.
Cette Remarque étoit nécessaire à l'égard
de quelques Lecteurs qui pourroient
s'étonner du petit nombre de Gaulois sçavans
, dont il est fait mention dans cet
Ouvrage , pour les temps qui ont précédé
la naissance de J. C. On y trouve cependant
les Eloges de Pitheas , Philosophe
Astronome et Géographe; d'Euthymenes
Historien et Géographe ; d'Eratoshénes
Philosophe et Historien ; de Lucius Plotius
, Rhéteur ; de Marcus- Antonius Gnipho
, Professeur d'Eloquence et des Belles
Lettres ; de Valerius Cato , Poëte et
Grammairien ; de Roscius excellent
Comédien ; de Divitiac , Philosophe :
de C. Valerius - Procillus , Ambassadeur.
et Favori de Jules César ; de Telon et
Gyardes , Astronomes ; de Cornelius Gal-
E lus,
2446 MERCURE DE FRANCE
lus , Poëte ; de Publ. Terentius- Varo , Historien
et Poëte , de Trogue Pompée , Historien.
N'oublions pas de dire que nos Histo
riens sur la fin d'une Préface , qu'on ne
peut se dispenser
de lire , supplient
les
Sçavans de leur faire connoître
les fautes
qui ont pû leur échaper dans le cours
d'un si long Ouvrage , et de les aider en
leur communiquant
de nouvelles
lumieres
, et en leur faisant part des richesses
litteraires
qui leur manquent. Ils addressent
sur tout cette priere aux divers
Ordres Religieux
du Royaume
, fournis
déja presque tous des Bibliotheques
de
leurs Auteurs , et par là plus à portée
d'indiquer
les autres Ecrivains
qu'ils ont
eu depuis la publication
de ces mêmes
Bibliotheques
. Pour garans de leur re
connoissance
ils donnent les témoignages
publics qu'ils rendent icy des obligations
qu'ils ont à ceux dont le commerce
litteraire
leur a été de quelque secours
,
Nous rendrons compte sommairement
dans l'un de nos premiers Journaux de
la seconde Partie de cette Histoire , qui
comprend les quatre premiers siecles du
Christianisme.
Fermer
Résumé : Histoire Litteraire de la France, &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Histoire Littéraire de la France' est rédigé par des religieux bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur et publié à Paris. Il explore l'origine, le progrès, la décadence et le rétablissement des sciences parmi les Gaulois et les Français. Le premier volume se concentre sur les périodes antérieures à la naissance de Jésus-Christ et les quatre premiers siècles de l'Église. Cet ouvrage est le fruit d'une entreprise ambitieuse visant à compiler une histoire générale des savants de France. Les auteurs décrivent l'état des lettres dans les Gaules avant et durant l'époque des druides, qui étaient les hommes de lettres gaulois. Ils expliquent comment les sciences grecques se sont introduites en Gaule grâce aux Marseillois, une colonie grecque. Marseille est particulièrement soulignée pour son gouvernement politique et son académie, qui servaient de modèle aux autres villes gauloises. Les Marseillois ont fondé plusieurs villes en Gaule et ailleurs, répandant ainsi le goût des lettres et établissant des académies. L'ouvrage examine également les révolutions linguistiques en Gaule, mettant en avant l'importance de la langue grecque à Marseille et dans d'autres régions. Les Gaulois lettrés cultivaient l'éloquence et la jurisprudence, préférant servir leur patrie de vive voix plutôt que par écrit. Plusieurs savants gaulois sont mentionnés, tels que Pitheas, Eratosthène, et Trogue Pompée. Les auteurs encouragent les savants à signaler les erreurs et à partager leurs connaissances pour enrichir l'ouvrage. Ils expriment leur gratitude envers ceux qui les ont aidés dans cette entreprise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
27
p. 804-810
RECEPTION de M. le Marquis de Villars à Marseille en qualité de Gouverneur de Provence. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 22 Mars 1734.
Début :
M. le Marquis de Villars arriva à Marseille le quinze de ce mois. La Noblesse [...]
Mots clefs :
Marquis de Villars, Gouverneur de Provence, Marquis de Pilles, Gardes, Noblesse, Marseille, Marche, Distinction, Musique, Souper
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RECEPTION de M. le Marquis de Villars à Marseille en qualité de Gouverneur de Provence. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 22 Mars 1734.
RECEPTION de M. le Marquis
de Villars à Marseille en qualité de Gouverneur
de Provence. Extrait d'une Lettre
écrite de cette Ville le 22 Mars 1734.
M. le Marquis de Villars arriva à
Marseille le quinze de ce mois. La Noblesse
étoit allée audevant de lui jusqu'aux
confins du Territoire , ayant à
sa tête le Marquis de Pilles , Gouverneur-
Vignier de Marseille , qui eût l'honneur
de présenter tous les Gentilshommes ,
qui l'avoient suivi , et qui furent reçus
de la maniere du monde la plus gracieuse .
Le Marquis de Villars monta ensuite
sur un très - beau Cheval du Marquis de
Pilles , superbement harnaché , suivi de
la
AVRIL. 1734. 805
la Noblesse , et précedé de la Compagnie
de ses Gardes . Il arriva ainsi au lieu de
la Viste , marqué pour la réception que
devoient lui faire les Echevins de Mar-
'seille. Ce Lieu est remarquable par sa
situation élevée et qui offre une veuë
toute charmante , par la multiplicité des
différents objets de Terre et de Mer , qui
font ensemble une Perspective enchantée.
C'est- là que le Marquis de Pilles s'étant
mis à la tête des Echevins et les ayant
présentez au Gouverneur , l'Orateur harangua
au nom de la Ville , on tira en
même tems quantité de Boëtes , et on fit
plusieurs Salves de Mousqueterie.
>
On se remit en marche au milieu
d'une foule innombrable de peuple , accouru
de toutes parts , et on arriva aux
Portes de la Ville . Le Marquis de Villars
précedé de sa Maison , de ses Gardes et
de la Noblesse , avoit à sa droite le Marquis
de Pilles , et le premier Echevin à
sa gauche les autres Echevins étoient
derriere lui avec son Capitaine des Gardes,
suivis duCorps de Ville et des PrincipauxBourgeois
et Négocians deMarseille.
C'est avec ce Cortége qu'il entra dans
la Ville par la Porte Royale, qu'on avoit
ornée d'un fort bel Arc de Triomphe
d'ordre Corinthien. Au milieu du Frontispi806
MERCURE DE FRANCE
tispice étoit l'Ecu des Armes du Marquis
de Villars , et au bas de l'Arc de Triomphe
couloient deux Fontaines de vin .
Le Marquis de Pilles lui présenta alors,
´en qualité de Gouverneur - Viguier , les
Clefs de la Ville. C'étoient les mêmes
Clef d'or que son Bisayeul avoit eû
l'honneur de présenter à Louis XIV , le
2 Mars de l'année 1660. et que ce grand
Prince lui rendit, en lui disant:M. de Pilles
gardez ces Clefs , elles sont bien entre vos
mains. Les Ech vins présenterent ensuite
le Dais que le Gouverneur refusa.
,
-
La marche fut continuée jusqu'à l'Eglise
Cathedrale au milieu d'une double haye,
formée par les quatre Compagnies Bourgeoises
de la Ville de cent hommes chacune
, bien armez et très
proprement
habillez . Durant la marche deux Officiers
du Marquis deVillars jettoient de l'argent
au Peuple , et les Trompertes , les Tambours
et les Hautbois ne cessérent de se
faire entendre.
M. l'Evêque de Marseille l'ayant reçu
et complimenté à la tête de son Chapi
tre , il le conduisit jusqu'au Prie- Dieu
qui lui avoit été preparé dans le Sanc-
* La seule Ville de Marseille présente des Clefs
d'or. Voyez la raison de cette distinction dans le
Mercure d'Avril 1723. p. 696.
tuaire .
AVRIL. 1734 807 .
.
tuaire. Le Te Deum fut ensuite solemnellement
chanté par la Musique de la
Cathédrale ; le Choeur et le reste de l'Eglise
étant magnifiquement ornez.
Au sortir de cette cérémonie le Marquis
de Villars ,suivi du même Cortége ,
se rendit à l'Hôtel Le M. Le Bret , Conseiller
d'Etat , Premier Président du Parlement
, Intendant de Justice et du Commerce
, et Commandant en Provence . Il
remercia là le Marquis de Pilles et toute
la Noblesse qui l'avoit suivi pour se reti
rer dans son Appartement , où il reçut
peu de tems après la visite de l'Evêque
de Marseille , et les complimens des différents
Corps et Jurisdictions de la Ville.
Peu de tems après il se rendit dans la
Sale de l'Académie de Musique pour entendre
le Concert . Il trouva un magnifique
Fauteuil avec un tapis de pied placé
dans la Galerie , qui regne autour de
cette Sale ; mais comme il y avoit beaucoup
de Dames, et qu'il n'y avoit que ce
seul Fauteuil , le Marquis de Villars ne
voulut point l'occuper , il se plaça au milieu
des Principales Dames de la Ville
dans le bas de la Sale .
Après le Concert il alla à pied , précedé
de ses Gardes et suivi de la Noblesse,
souper chez le Chevalier de Pilles, Capitaine
868 MERCURE DE FRANCE
taine de Galeres , et exerçant la Charge
de Gouverneur-Viguier pendant la minorité
du Marquis de Pilles son neveu .
Toute la Maison étoit extraordinairement
éclairée en dedans et en dehors : plus de
cent personnes de distinction y souperent.
La premiere table fut servie pour
le Marquis de Villars qui y fit placer
vingt-quatre Dames. Les autres Dames
souperent à deux autres Tables avec les
principaux Gentilhommes de la Ville et
de la Province ; tout fut servi avec la
délicatesse , le bon gout , et l'ordre qui
se rencontrent rarement avec la profusion
et le grand Monde . On admira sur tout
a magnificence du Fruit qui fut tout servi
en Porcelaines rares , et en cristaux .
Le souper fut suivi du Jeu et d'un Bal.
Le lendemain matin le Marquis de
Villars fut occupé à recevoir les Corps
des Communautez Religieuses , qui vin.
rent le complimenter , et qui furent
traitées avec toute la politesse et toute la
distinction possible . Il retourna diner
chez le Chevalier de Pilles . Ce diner répondit
parfaitement au soupé de la veille
et la joye y fut entiere. On y but plusieurs
fois avec les meilleurs vins de
France , la santé du Marêchal Duc de
Villars et la sienne..
Sur
AVRIL. 1734- 805
و
Sur la fin du Repas arriveren tles
Prudhommes du Quartier S. Jean , Cefs
et Juges du Corps des Pescheurs de la
Ville avec leurs habits de cérémonie à
l'Antiquité , l'épée nue sur l'épaule , appareil
assez singulier qui ne déplût pas
au Marquis de Villars il les reçût avec
beaucoup de bonté , loüa leur probité ,
leur exacte et briéve justice.
:
Il alla ensuite à la Comédie , dont il
vit la Représentation sur le Theatre , où
étoient aussi placées avec lui trente des
principales Dames de la Ville . Le Spectacle
étoit des plus brillants par les ornemens
extraordinaires et par le beau
Monde, La Sale étoit absolument touse
remplie.
Je ne finirois point s'il falloit ajouter
ici le détail du souper , que donna le
Biême jour au Marquis de Villars Monsieur
d'Hericourt , Intendant des Galeres ,
de celui que lui donna le lendemain M. de
S. Cannat , de la Fête et du Bal qu'il y
cut dans la Sale de l'Académie de Musique
, établie à Marseille sous la protection
particuliere du Gouverneur de la
Province. Tout fut magnifique et somptueux
par tout où il fut receu , et ce Seigneur
donna tout des marques
par tout de politesse
et de bonté , qui l'ont fait adorer
ence pays- cy.
810 MERCURE DE FRANCE .
I le quitta après avoir séjourné deux
jours et demi , témoignant autant d'empressement
d'y revenir que nous en avons
nous mêmes de le posseder un plus longtems.
Il partit hier pour Toulon suivi
du Marquis de Rognes , Premier Procureur
des Etats et Pays de Provence , du
Marquis de Pilles , qui l'accompagne en
Italie , pour servir en qualité d Ayde de
Camp du Maréchal de Villars , du Marquis
de Foresta , du Comte de Flotte et
de plusieurs autres Gentilhommes qualifiez
de la Province.
de Villars à Marseille en qualité de Gouverneur
de Provence. Extrait d'une Lettre
écrite de cette Ville le 22 Mars 1734.
M. le Marquis de Villars arriva à
Marseille le quinze de ce mois. La Noblesse
étoit allée audevant de lui jusqu'aux
confins du Territoire , ayant à
sa tête le Marquis de Pilles , Gouverneur-
Vignier de Marseille , qui eût l'honneur
de présenter tous les Gentilshommes ,
qui l'avoient suivi , et qui furent reçus
de la maniere du monde la plus gracieuse .
Le Marquis de Villars monta ensuite
sur un très - beau Cheval du Marquis de
Pilles , superbement harnaché , suivi de
la
AVRIL. 1734. 805
la Noblesse , et précedé de la Compagnie
de ses Gardes . Il arriva ainsi au lieu de
la Viste , marqué pour la réception que
devoient lui faire les Echevins de Mar-
'seille. Ce Lieu est remarquable par sa
situation élevée et qui offre une veuë
toute charmante , par la multiplicité des
différents objets de Terre et de Mer , qui
font ensemble une Perspective enchantée.
C'est- là que le Marquis de Pilles s'étant
mis à la tête des Echevins et les ayant
présentez au Gouverneur , l'Orateur harangua
au nom de la Ville , on tira en
même tems quantité de Boëtes , et on fit
plusieurs Salves de Mousqueterie.
>
On se remit en marche au milieu
d'une foule innombrable de peuple , accouru
de toutes parts , et on arriva aux
Portes de la Ville . Le Marquis de Villars
précedé de sa Maison , de ses Gardes et
de la Noblesse , avoit à sa droite le Marquis
de Pilles , et le premier Echevin à
sa gauche les autres Echevins étoient
derriere lui avec son Capitaine des Gardes,
suivis duCorps de Ville et des PrincipauxBourgeois
et Négocians deMarseille.
C'est avec ce Cortége qu'il entra dans
la Ville par la Porte Royale, qu'on avoit
ornée d'un fort bel Arc de Triomphe
d'ordre Corinthien. Au milieu du Frontispi806
MERCURE DE FRANCE
tispice étoit l'Ecu des Armes du Marquis
de Villars , et au bas de l'Arc de Triomphe
couloient deux Fontaines de vin .
Le Marquis de Pilles lui présenta alors,
´en qualité de Gouverneur - Viguier , les
Clefs de la Ville. C'étoient les mêmes
Clef d'or que son Bisayeul avoit eû
l'honneur de présenter à Louis XIV , le
2 Mars de l'année 1660. et que ce grand
Prince lui rendit, en lui disant:M. de Pilles
gardez ces Clefs , elles sont bien entre vos
mains. Les Ech vins présenterent ensuite
le Dais que le Gouverneur refusa.
,
-
La marche fut continuée jusqu'à l'Eglise
Cathedrale au milieu d'une double haye,
formée par les quatre Compagnies Bourgeoises
de la Ville de cent hommes chacune
, bien armez et très
proprement
habillez . Durant la marche deux Officiers
du Marquis deVillars jettoient de l'argent
au Peuple , et les Trompertes , les Tambours
et les Hautbois ne cessérent de se
faire entendre.
M. l'Evêque de Marseille l'ayant reçu
et complimenté à la tête de son Chapi
tre , il le conduisit jusqu'au Prie- Dieu
qui lui avoit été preparé dans le Sanc-
* La seule Ville de Marseille présente des Clefs
d'or. Voyez la raison de cette distinction dans le
Mercure d'Avril 1723. p. 696.
tuaire .
AVRIL. 1734 807 .
.
tuaire. Le Te Deum fut ensuite solemnellement
chanté par la Musique de la
Cathédrale ; le Choeur et le reste de l'Eglise
étant magnifiquement ornez.
Au sortir de cette cérémonie le Marquis
de Villars ,suivi du même Cortége ,
se rendit à l'Hôtel Le M. Le Bret , Conseiller
d'Etat , Premier Président du Parlement
, Intendant de Justice et du Commerce
, et Commandant en Provence . Il
remercia là le Marquis de Pilles et toute
la Noblesse qui l'avoit suivi pour se reti
rer dans son Appartement , où il reçut
peu de tems après la visite de l'Evêque
de Marseille , et les complimens des différents
Corps et Jurisdictions de la Ville.
Peu de tems après il se rendit dans la
Sale de l'Académie de Musique pour entendre
le Concert . Il trouva un magnifique
Fauteuil avec un tapis de pied placé
dans la Galerie , qui regne autour de
cette Sale ; mais comme il y avoit beaucoup
de Dames, et qu'il n'y avoit que ce
seul Fauteuil , le Marquis de Villars ne
voulut point l'occuper , il se plaça au milieu
des Principales Dames de la Ville
dans le bas de la Sale .
Après le Concert il alla à pied , précedé
de ses Gardes et suivi de la Noblesse,
souper chez le Chevalier de Pilles, Capitaine
868 MERCURE DE FRANCE
taine de Galeres , et exerçant la Charge
de Gouverneur-Viguier pendant la minorité
du Marquis de Pilles son neveu .
Toute la Maison étoit extraordinairement
éclairée en dedans et en dehors : plus de
cent personnes de distinction y souperent.
La premiere table fut servie pour
le Marquis de Villars qui y fit placer
vingt-quatre Dames. Les autres Dames
souperent à deux autres Tables avec les
principaux Gentilhommes de la Ville et
de la Province ; tout fut servi avec la
délicatesse , le bon gout , et l'ordre qui
se rencontrent rarement avec la profusion
et le grand Monde . On admira sur tout
a magnificence du Fruit qui fut tout servi
en Porcelaines rares , et en cristaux .
Le souper fut suivi du Jeu et d'un Bal.
Le lendemain matin le Marquis de
Villars fut occupé à recevoir les Corps
des Communautez Religieuses , qui vin.
rent le complimenter , et qui furent
traitées avec toute la politesse et toute la
distinction possible . Il retourna diner
chez le Chevalier de Pilles . Ce diner répondit
parfaitement au soupé de la veille
et la joye y fut entiere. On y but plusieurs
fois avec les meilleurs vins de
France , la santé du Marêchal Duc de
Villars et la sienne..
Sur
AVRIL. 1734- 805
و
Sur la fin du Repas arriveren tles
Prudhommes du Quartier S. Jean , Cefs
et Juges du Corps des Pescheurs de la
Ville avec leurs habits de cérémonie à
l'Antiquité , l'épée nue sur l'épaule , appareil
assez singulier qui ne déplût pas
au Marquis de Villars il les reçût avec
beaucoup de bonté , loüa leur probité ,
leur exacte et briéve justice.
:
Il alla ensuite à la Comédie , dont il
vit la Représentation sur le Theatre , où
étoient aussi placées avec lui trente des
principales Dames de la Ville . Le Spectacle
étoit des plus brillants par les ornemens
extraordinaires et par le beau
Monde, La Sale étoit absolument touse
remplie.
Je ne finirois point s'il falloit ajouter
ici le détail du souper , que donna le
Biême jour au Marquis de Villars Monsieur
d'Hericourt , Intendant des Galeres ,
de celui que lui donna le lendemain M. de
S. Cannat , de la Fête et du Bal qu'il y
cut dans la Sale de l'Académie de Musique
, établie à Marseille sous la protection
particuliere du Gouverneur de la
Province. Tout fut magnifique et somptueux
par tout où il fut receu , et ce Seigneur
donna tout des marques
par tout de politesse
et de bonté , qui l'ont fait adorer
ence pays- cy.
810 MERCURE DE FRANCE .
I le quitta après avoir séjourné deux
jours et demi , témoignant autant d'empressement
d'y revenir que nous en avons
nous mêmes de le posseder un plus longtems.
Il partit hier pour Toulon suivi
du Marquis de Rognes , Premier Procureur
des Etats et Pays de Provence , du
Marquis de Pilles , qui l'accompagne en
Italie , pour servir en qualité d Ayde de
Camp du Maréchal de Villars , du Marquis
de Foresta , du Comte de Flotte et
de plusieurs autres Gentilhommes qualifiez
de la Province.
Fermer
Résumé : RECEPTION de M. le Marquis de Villars à Marseille en qualité de Gouverneur de Provence. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 22 Mars 1734.
Le 15 mars 1734, le Marquis de Villars arriva à Marseille pour prendre ses fonctions de Gouverneur de Provence. Il fut accueilli par la noblesse, dirigée par le Marquis de Pilles, Gouverneur-Viguier de Marseille, aux confins du territoire. Le Marquis de Villars monta un cheval superbement harnaché fourni par le Marquis de Pilles et fut escorté jusqu'à un lieu de visite élevé offrant une vue charmante. Là, le Marquis de Pilles présenta les échevins au Gouverneur, qui fut harangué au nom de la ville, tandis que des salves de mousqueterie étaient tirées. La procession continua vers Marseille, accompagnée par une foule innombrable. Le Marquis de Villars entra dans la ville par la Porte Royale, ornée d'un arc de triomphe corinthien avec les armes du Marquis et deux fontaines de vin. Le Marquis de Pilles lui remit les clefs d'or de la ville, les mêmes que son aïeul avait présentées à Louis XIV en 1660. Les échevins offrirent ensuite un dais, que le Gouverneur refusa. La marche se poursuivit jusqu'à la cathédrale, flanquée de compagnies bourgeoises armées. Durant la marche, des officiers jetaient de l'argent au peuple et des musiciens jouaient. À la cathédrale, l'évêque de Marseille accueillit le Marquis de Villars, qui assista au Te Deum. Après la cérémonie, il se rendit à l'hôtel du Conseiller d'État Le Bret, où il remercia le Marquis de Pilles et la noblesse. Le Marquis de Villars se rendit ensuite à l'Académie de Musique, puis soupa chez le Chevalier de Pilles. Le lendemain, il reçut les corps des communautés religieuses et dina à nouveau chez le Chevalier de Pilles. Il assista également à une représentation théâtrale et à divers soupers et bals donnés en son honneur. Après un séjour de deux jours et demi, le Marquis de Villars quitta Marseille pour Toulon, accompagné de plusieurs gentilshommes de la province.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
29
p. 143-149
Dissertations sur la Fondation de Marseille, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
DISSERTATIONS sur la fondation de la Ville de Marseille, sur l'Histoire des Rois [...]
Mots clefs :
Ville, Marseille, Phocéens, Félix Cary, Fondation, Histoire, Médailles, Médaille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dissertations sur la Fondation de Marseille, Extrait, [titre d'après la table]
DISSERTATIONS ſur la fondation de la
Ville de Marſeille , ſur l'Hiſtoire des Rois
du Boſphore Cimmerien , & ſur Leſbonax
Philoſophe de Mytilene ; à Paris , chés Jac
ques Barrois , Quai des Auguſtins , à la
Ville de Nevers , in 12. 1744.
Ce Livre est dédié à feu M. l'Abbé de
Rothelin , qu'une vaſte érudition , un goût
délicat , & des moeurs auſſi douces que pures
rendoient ſi cher à la République des
Lettres qui l'a perdu trop tôt.
- L'Epitre dédicatoire nous apprend que
M. Cari eſt l'Auteur de ces Differtations ,
44 MERCURE DE FRANCE.
&dans celle dont l'époque de la fondation
de Marſeille eſt l'objet , il ne laiſſe pas ignorer
qu'il eſt natif de cette Ville ; ainſi c'eſt
l'amour de la Patrie qui lui a mis la plume
à la main. Il eſt certain que la matiere eſt
furtout intéreſſante pour les Marſeillois
quoiqu'elle ne ſoit pas indifferente pour le
reſte des lecteurs. Il étoit néceſſaire d'éclaircir
cette queſtion , ſi l'on veut avoir une
bonne Hiſtoire de Marſeille , travail que
P'Auteur regarde avec raiſon comme digne
de l'émulation de l'Académie de Marseille ;
cet Ouvrage eſt de la nature de ceux qui
peuvent& doivent même être faits en ſociété;
& Mrs de l'Académie de Marſeille
poſſedent tous les talens néceſſaires pour le
conduire à ſa perfection. Deux opinions
diviſent les Chronologiſtes au ſujet de la
fondation de cette Ville , l'une des plus anciennes
de la France ; les uns , & Ufferius
eſt de ce ſentiment , la placent la premiere
année de la quarante-cinquiéme Olimpiade,
l'an de Rome 154 , avant J. C. 599 .
L'Auteur est auli de ce ſentiment. Le P.
Petau a embraſfé l'opinion oppoſée , & renvoye
cette époque à la foixantiéme Olimpiade.
Les Auteurs anciens font auffi partagés
, & s'il ne falloit que compter les fuffrages
, peut- être s'en trouveroit-il plus en faveur
du P. Petau , mais un Critique éclairé
péfe
NOVEMBRE. 1744. 145
péſe les voix , & ne les compte pas ; c'eſt ce
qu'a fait M. Cari , & plufieurs des preuves
qu'il employe , prouvent invinciblement
fonopinion.
L'Hiſtoire de la Fondation de Marſeille
trouvoit ici néceſſairement ſa place. C'eſt le
premier Chapitre d'une Hiſtoire de cette
Ville , qui n'en ſeroit pas le moins intéreſfant.
Les Phocéens accoutumés à courir la
Mer vinrent juſqu'à l'embouchure du
Rhône ; frappés de la beauté du Pays , lorfqu'ils
furent de retour dans leur Patrie ,
ils engagerent pluſieurs de leurs Compatriotes
à venir avec eux , pour fonder une
Colonie dans le Pays qu'ils avoient découvert
; ils ſe mettent en Mer & au moment
qu'ils abordent au lieu déſiré , ils trouvent
un Pêcheur , à qui ils jettent une corde
pour attacher leur Navire. Cette circonftance
donna le nom à la Ville qu'ils fonderent
; elle fut appellée Maffilia du mot
Grec μάσσειν , qui fignifie lier , & de celui
de άλιους ; Pêcheur.
Les Phocéens penſerent à ſe mettre ſous
la protection du Peuple qui étoit le plus
voifin , & les Chefs allerent à la Cour de
Nannus , Roi des Segobrigiens ; on croit
que cette Cour étoit à Aix .
Le jour où ils arriverent , étoit le même
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
1
où ſuivant l'uſage des Segobrigiens , la fille
du Roi choiſiſſoit elle-même ſon époux ;
la cérémonie étoit fingulière ; les Seigneurs
étoient aſſemblés , la Princeſſe promenoit
ſes regards ſur eux , & lorſqu'elle avoit fait
fon choix , elle le déclaroit en allant préſenter
de l'eau à celui que ſon coeur ou ſes
yeux avoient choiſi. Les Phocéens furent
invités à cette Fête , & Protis , l'un de leurs
Chefs , fut le fortuné à qui la Princeſſe préſenta
la Coupe. Ainſi tout ſeconda l'établiſſement
des Phocéens,& ils bâtirent Marſeille
dans l'endroit même où cette Ville eſt
encore aujourd'hui. Soixante ans après , les
Phocéens épouvantés des progrèsde Cyrus ,
abandonnerent leur Pays , & firent ce ſerment
ſi fameux de n'y revenir que lorſqu'une
maſſe de fer qu'ils jetterent au fond de la
Mer furnageroit ; une partie alla chercher
un aſile chés les Marſeillois leurs anciens
Compatriotes , & c'eſt ce qui a donné lieu
àl'erreur ; on a pris cette fuite des Phocéens
vers Marſeille , pour la véritable époque
de la Fondation de cette Ville.
M. Cari a très bien démêlé le principe
de la mépriſe des Auteurs qu'il combat ; le
départ , dit- il , » des Phocéens qui vinrent
>>fonder Marſeille , n'avoit rien de fameux
>> ou de frappant , c'étoit des Ioniens que
• leur Ville ne pouvoit plus contenir , &
NOVEMBRE . 1744 147
qui cherchoient un lieu pour s'établir ,
>>événement ſimple & commun dans ce
>> tems là. Mais la fuite des Phocéens de-
>> vant Cyrus eſt une époque conſidérable;
>> elle arrive ſous un Prince fameux par ſes
>>>Conquêtes , & qui fixe les yeux del'Uni-
>>v>ers. La crainte de tomber entre les mains
>> des Perfes , fait prendre une réſolution
>> violente aux Phocéens ; ils embarquent
>> leurs femmes , leurs enfans , & tout ce
>> qu'ils poffédent. Ces evenemens & les
>>circonſtances qui les cauſerent , ſont bien
>> autrement frappantes que la ſimple Fon-
>> dation de Marſeille.
Il ſeroit bien avantageux pour les Lettres
que tout lemonde ſuivît la méthode de M.
Cari , & qu'en réfutant des Auteurs , on
cherchat ſoigneuſement par quelle route
ils ſe ſont égarés ; quelle utilité ne procureroient
pas ceux qui démêleroient ainſi le
labyrinthe ou ſe perd ſi ſouvent l'eſprithumain
? On leur devroit bien plus qu'à ces
Pilotes qui ont obſervé exactement les
écueils des Mers , & en ont dreſſé des Cartes
pour apprendre aux Navigateurs à les
éviter . Mais Hoc opus , hic labor est.
Deux Médailles , que M. Cari a décou
vertes , & qui avoient échapé juſqu'à ce
jour aux recherches des Antiquaires , ont
donné licu aux deux autres Differtations..
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Le Public verra avec plaiſir qu'un homme,
comme M. Cari , qui a de la ſagacité & de
la lecture , s'attache aux Médailles , Genre
que l'on commence à trop négliger .
La premiere des deux Médailles eſt celle
d'unTeiranes Roi du Boſphore , inconnu
juſqu'à préſent , que M. Cari place l'an de
Rome 833 , de JESUS - CHRIST 130 , entre
Rheſcuporis I. & Cotys II .
On voit d'un côté la tête de Teiranes
avec ces mots FACΙΛΕΩΣ TΕΙΡΑΝΟΥ & au
revers la tête d'un Empereur avec ces Lettres
re qui ſignifient 573. Cette Médaille
a fourni l'occaſion à M. Cari de donner
une ſuite Chronologique des Rois du Bofphore
, & de combattre pluſieurs fois le
ſentiment de M. Vaillant , qui a fait unbon
Livre ſur cette matiere .
La Médaille qui fait le ſujet de la troi.
fiéme Differtation , eſt une Médaille de
L'eſbonax Philoſophe célébre de Metylene ,
mais moins fameux que Potamon ſon fils ,
dont il eſt beaucoup plus queſtion que du
pere dans la Diſſertation de M. Cari . Ce
Potamon Aoriſſoit ſous Tibere & en
étoit fort aimé. Lorſqu'il retourna dans ſa
Patrie , comblé des bienfaits de ce Prince
il en reçut une eſpèce de paſſeport conçû
ences termes ſinguliers : Si quelqu'un ose
faire infulte àPotamonfils de Leſbonax , qu'il
د
NOVEMBRE. 1744. 149
confidere auparavant s'il eſt en état de me réfister.
La Médaille repréſente une tête avec ces
mots ΛΕΣΒΩΝΑΞ ΕΡΩΣ ΝΕΟΣ . On voit fur
le revers un homme couvert fimplement
d'un Manteau , tenant un bâton de la main
gauche , & de la droite quelque choſe qu'il
n'eſt pas aiſé de déterminer , avec l'inſcription
ΜΥΤΙΛΗΝΑΙΩΝ .
Ville de Marſeille , ſur l'Hiſtoire des Rois
du Boſphore Cimmerien , & ſur Leſbonax
Philoſophe de Mytilene ; à Paris , chés Jac
ques Barrois , Quai des Auguſtins , à la
Ville de Nevers , in 12. 1744.
Ce Livre est dédié à feu M. l'Abbé de
Rothelin , qu'une vaſte érudition , un goût
délicat , & des moeurs auſſi douces que pures
rendoient ſi cher à la République des
Lettres qui l'a perdu trop tôt.
- L'Epitre dédicatoire nous apprend que
M. Cari eſt l'Auteur de ces Differtations ,
44 MERCURE DE FRANCE.
&dans celle dont l'époque de la fondation
de Marſeille eſt l'objet , il ne laiſſe pas ignorer
qu'il eſt natif de cette Ville ; ainſi c'eſt
l'amour de la Patrie qui lui a mis la plume
à la main. Il eſt certain que la matiere eſt
furtout intéreſſante pour les Marſeillois
quoiqu'elle ne ſoit pas indifferente pour le
reſte des lecteurs. Il étoit néceſſaire d'éclaircir
cette queſtion , ſi l'on veut avoir une
bonne Hiſtoire de Marſeille , travail que
P'Auteur regarde avec raiſon comme digne
de l'émulation de l'Académie de Marseille ;
cet Ouvrage eſt de la nature de ceux qui
peuvent& doivent même être faits en ſociété;
& Mrs de l'Académie de Marſeille
poſſedent tous les talens néceſſaires pour le
conduire à ſa perfection. Deux opinions
diviſent les Chronologiſtes au ſujet de la
fondation de cette Ville , l'une des plus anciennes
de la France ; les uns , & Ufferius
eſt de ce ſentiment , la placent la premiere
année de la quarante-cinquiéme Olimpiade,
l'an de Rome 154 , avant J. C. 599 .
L'Auteur est auli de ce ſentiment. Le P.
Petau a embraſfé l'opinion oppoſée , & renvoye
cette époque à la foixantiéme Olimpiade.
Les Auteurs anciens font auffi partagés
, & s'il ne falloit que compter les fuffrages
, peut- être s'en trouveroit-il plus en faveur
du P. Petau , mais un Critique éclairé
péfe
NOVEMBRE. 1744. 145
péſe les voix , & ne les compte pas ; c'eſt ce
qu'a fait M. Cari , & plufieurs des preuves
qu'il employe , prouvent invinciblement
fonopinion.
L'Hiſtoire de la Fondation de Marſeille
trouvoit ici néceſſairement ſa place. C'eſt le
premier Chapitre d'une Hiſtoire de cette
Ville , qui n'en ſeroit pas le moins intéreſfant.
Les Phocéens accoutumés à courir la
Mer vinrent juſqu'à l'embouchure du
Rhône ; frappés de la beauté du Pays , lorfqu'ils
furent de retour dans leur Patrie ,
ils engagerent pluſieurs de leurs Compatriotes
à venir avec eux , pour fonder une
Colonie dans le Pays qu'ils avoient découvert
; ils ſe mettent en Mer & au moment
qu'ils abordent au lieu déſiré , ils trouvent
un Pêcheur , à qui ils jettent une corde
pour attacher leur Navire. Cette circonftance
donna le nom à la Ville qu'ils fonderent
; elle fut appellée Maffilia du mot
Grec μάσσειν , qui fignifie lier , & de celui
de άλιους ; Pêcheur.
Les Phocéens penſerent à ſe mettre ſous
la protection du Peuple qui étoit le plus
voifin , & les Chefs allerent à la Cour de
Nannus , Roi des Segobrigiens ; on croit
que cette Cour étoit à Aix .
Le jour où ils arriverent , étoit le même
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
1
où ſuivant l'uſage des Segobrigiens , la fille
du Roi choiſiſſoit elle-même ſon époux ;
la cérémonie étoit fingulière ; les Seigneurs
étoient aſſemblés , la Princeſſe promenoit
ſes regards ſur eux , & lorſqu'elle avoit fait
fon choix , elle le déclaroit en allant préſenter
de l'eau à celui que ſon coeur ou ſes
yeux avoient choiſi. Les Phocéens furent
invités à cette Fête , & Protis , l'un de leurs
Chefs , fut le fortuné à qui la Princeſſe préſenta
la Coupe. Ainſi tout ſeconda l'établiſſement
des Phocéens,& ils bâtirent Marſeille
dans l'endroit même où cette Ville eſt
encore aujourd'hui. Soixante ans après , les
Phocéens épouvantés des progrèsde Cyrus ,
abandonnerent leur Pays , & firent ce ſerment
ſi fameux de n'y revenir que lorſqu'une
maſſe de fer qu'ils jetterent au fond de la
Mer furnageroit ; une partie alla chercher
un aſile chés les Marſeillois leurs anciens
Compatriotes , & c'eſt ce qui a donné lieu
àl'erreur ; on a pris cette fuite des Phocéens
vers Marſeille , pour la véritable époque
de la Fondation de cette Ville.
M. Cari a très bien démêlé le principe
de la mépriſe des Auteurs qu'il combat ; le
départ , dit- il , » des Phocéens qui vinrent
>>fonder Marſeille , n'avoit rien de fameux
>> ou de frappant , c'étoit des Ioniens que
• leur Ville ne pouvoit plus contenir , &
NOVEMBRE . 1744 147
qui cherchoient un lieu pour s'établir ,
>>événement ſimple & commun dans ce
>> tems là. Mais la fuite des Phocéens de-
>> vant Cyrus eſt une époque conſidérable;
>> elle arrive ſous un Prince fameux par ſes
>>>Conquêtes , & qui fixe les yeux del'Uni-
>>v>ers. La crainte de tomber entre les mains
>> des Perfes , fait prendre une réſolution
>> violente aux Phocéens ; ils embarquent
>> leurs femmes , leurs enfans , & tout ce
>> qu'ils poffédent. Ces evenemens & les
>>circonſtances qui les cauſerent , ſont bien
>> autrement frappantes que la ſimple Fon-
>> dation de Marſeille.
Il ſeroit bien avantageux pour les Lettres
que tout lemonde ſuivît la méthode de M.
Cari , & qu'en réfutant des Auteurs , on
cherchat ſoigneuſement par quelle route
ils ſe ſont égarés ; quelle utilité ne procureroient
pas ceux qui démêleroient ainſi le
labyrinthe ou ſe perd ſi ſouvent l'eſprithumain
? On leur devroit bien plus qu'à ces
Pilotes qui ont obſervé exactement les
écueils des Mers , & en ont dreſſé des Cartes
pour apprendre aux Navigateurs à les
éviter . Mais Hoc opus , hic labor est.
Deux Médailles , que M. Cari a décou
vertes , & qui avoient échapé juſqu'à ce
jour aux recherches des Antiquaires , ont
donné licu aux deux autres Differtations..
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Le Public verra avec plaiſir qu'un homme,
comme M. Cari , qui a de la ſagacité & de
la lecture , s'attache aux Médailles , Genre
que l'on commence à trop négliger .
La premiere des deux Médailles eſt celle
d'unTeiranes Roi du Boſphore , inconnu
juſqu'à préſent , que M. Cari place l'an de
Rome 833 , de JESUS - CHRIST 130 , entre
Rheſcuporis I. & Cotys II .
On voit d'un côté la tête de Teiranes
avec ces mots FACΙΛΕΩΣ TΕΙΡΑΝΟΥ & au
revers la tête d'un Empereur avec ces Lettres
re qui ſignifient 573. Cette Médaille
a fourni l'occaſion à M. Cari de donner
une ſuite Chronologique des Rois du Bofphore
, & de combattre pluſieurs fois le
ſentiment de M. Vaillant , qui a fait unbon
Livre ſur cette matiere .
La Médaille qui fait le ſujet de la troi.
fiéme Differtation , eſt une Médaille de
L'eſbonax Philoſophe célébre de Metylene ,
mais moins fameux que Potamon ſon fils ,
dont il eſt beaucoup plus queſtion que du
pere dans la Diſſertation de M. Cari . Ce
Potamon Aoriſſoit ſous Tibere & en
étoit fort aimé. Lorſqu'il retourna dans ſa
Patrie , comblé des bienfaits de ce Prince
il en reçut une eſpèce de paſſeport conçû
ences termes ſinguliers : Si quelqu'un ose
faire infulte àPotamonfils de Leſbonax , qu'il
د
NOVEMBRE. 1744. 149
confidere auparavant s'il eſt en état de me réfister.
La Médaille repréſente une tête avec ces
mots ΛΕΣΒΩΝΑΞ ΕΡΩΣ ΝΕΟΣ . On voit fur
le revers un homme couvert fimplement
d'un Manteau , tenant un bâton de la main
gauche , & de la droite quelque choſe qu'il
n'eſt pas aiſé de déterminer , avec l'inſcription
ΜΥΤΙΛΗΝΑΙΩΝ .
Fermer
30
p. 154-155
ECLAIRCISSEMENT Sur le Mémoire de M. Maraldi, dont l'extrait se trouve dans le deuxiéme Mercure de Décembre.
Début :
Il semble qu'on a voulu jetter des doutes sur la longitude du Cap de Bonne-Espérance, [...]
Mots clefs :
Éclipse, Lune, Marseille, Nuages, Maraldi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ECLAIRCISSEMENT Sur le Mémoire de M. Maraldi, dont l'extrait se trouve dans le deuxiéme Mercure de Décembre.
ECLAIRCISSEMENT
Sur le Mémoire de M. Maraldi, dont l'extrait
se trouve dans le deuxiéme Mercure
de Décembre.
Il semble qu'on a voulu jetter des doutes
sur la longitude du Cap de Bonne-Espérance,
déterminée par le moyen de
l'éclipse de lune du 9 Juin au matin de
Pannée derniere 1751, observée au Cap
par M. l'Abbé de la Caille, & comparée
aux observations qui en ont été faites à
Marseille & à Turin, puisqu'on a avancé
dans le premier tome du Mercure du mois
de Décembre derniet, qu'il y a près de 4
minutes de difference dans le commencement de
l'é. lipse observe (en reduisant au méridien de
Paris) à Marseille & à Turin. Mais où a
t'on pris le commencement de cet te éclip-
se observée à Marseille? M. Maraldi qui
s'est servi de l'observation faite à Mat seille
par le Pere Pezenas Jésuite, n'en connoit
pas d'autre, & assure que ce Pere n'a pas
observé le commencement de cette éclipse,
parce que le Ciel étoit couyert de nuages,
il est en état de le prouver pat la relation
de cette observation envoyée à M. de l'Iste
by God
JANVIER. 1752.
155
& communiquée à l'Académie des Scien-
ces avant les vacances, & par une copie du
Journal des observations du Pere Pezenas,
écrite de sa main, & envoyée à M. Rou-
lier, Ministre & Secrétaite d'Etat. Voici
ce qu'on lit dans ce Journal.
8 Juin. Le soir, nuages.
9 Juin éclipse de lune. Elle ne paroissoit
pas commencée à 12 heures 26.
On voyoit cependant une espece
de pénombre, que l'on ne pouvoit
pas distinguer des nuages.
A I heure 16 minutes, plus de la moi-
tié de la lune parut éclipsée.
Sur le Mémoire de M. Maraldi, dont l'extrait
se trouve dans le deuxiéme Mercure
de Décembre.
Il semble qu'on a voulu jetter des doutes
sur la longitude du Cap de Bonne-Espérance,
déterminée par le moyen de
l'éclipse de lune du 9 Juin au matin de
Pannée derniere 1751, observée au Cap
par M. l'Abbé de la Caille, & comparée
aux observations qui en ont été faites à
Marseille & à Turin, puisqu'on a avancé
dans le premier tome du Mercure du mois
de Décembre derniet, qu'il y a près de 4
minutes de difference dans le commencement de
l'é. lipse observe (en reduisant au méridien de
Paris) à Marseille & à Turin. Mais où a
t'on pris le commencement de cet te éclip-
se observée à Marseille? M. Maraldi qui
s'est servi de l'observation faite à Mat seille
par le Pere Pezenas Jésuite, n'en connoit
pas d'autre, & assure que ce Pere n'a pas
observé le commencement de cette éclipse,
parce que le Ciel étoit couyert de nuages,
il est en état de le prouver pat la relation
de cette observation envoyée à M. de l'Iste
by God
JANVIER. 1752.
155
& communiquée à l'Académie des Scien-
ces avant les vacances, & par une copie du
Journal des observations du Pere Pezenas,
écrite de sa main, & envoyée à M. Rou-
lier, Ministre & Secrétaite d'Etat. Voici
ce qu'on lit dans ce Journal.
8 Juin. Le soir, nuages.
9 Juin éclipse de lune. Elle ne paroissoit
pas commencée à 12 heures 26.
On voyoit cependant une espece
de pénombre, que l'on ne pouvoit
pas distinguer des nuages.
A I heure 16 minutes, plus de la moi-
tié de la lune parut éclipsée.
Fermer
31
p. 144-149
EXTRAIT D'une Lettre écrite, par un Citoyen de Marseille, à un de ses amis à Paris, au sujet des rejouissances, faites par le Corps de la Marine, & les fêtes données par M. de Charron, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
M. le Chevalier de Piles, Chef d'Escadre, Commandant la Marine à Marseille, [...]
Mots clefs :
Marseille, Réjouissances, Corps de la marine, Monsieur de Charron, Chevalier de Piles, Toussaint de Fortia, Vaisseau, Amiral, Appartements, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT D'une Lettre écrite, par un Citoyen de Marseille, à un de ses amis à Paris, au sujet des rejouissances, faites par le Corps de la Marine, & les fêtes données par M. de Charron, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
EXTRAIT
D'une Lettre écrite, par un Citoyen de Marseille,
à un de ses amis à Paris, au sujet
des rejouissances, faites par le Corps de la
Marine, & les fêtes données par M. de
Charron, à l'occasion de la naissance de
Monseigneur le Duc de Bourgogne.
M. le Chevalier de Piles, Chef d'Escadre,
Commandant la Marine à Marseille,
& M. de Charron, Commissaire
Général Ordonnateur, avoient reçu des
ordres pour faire chanter le Te Deum sur
le Vaisseau portant Pavillon Amiral, &
faire des rejouissances publiques à l'occa-
sion de la naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
Le Samedi au soir 9 Octobre, après le
coucher du Soleil, le Vaisseau portant Pa-
villon
d by Goo
JANVIER. 1752.
145
villon Amiral, tira vingt- un coup de ca-
non, tout l'extérieur de l'Arsenal & les
portes des maisons, habitées par Messieurs
de Piles & de Charron, furent illumi-
nées.
Le lendemain Dimanche, M. le Che-
valier de Piles donna un grand diné à
tout le Corps de la Marine, après lequel
il se rendit au Vaisseau Amiral, où le Te
Deum fut chanté par les Musiciens du
Concert de la Ville: les troupes de la
Marine firent à la suite du Te Deum une
décharge de mousqueterie, le Vaisseau
Amiral tira vingt-un coup de candn, &
dix-huit Vaisseaux Marchands, rangés ex-
près au milieu du Port, firent feu de tou-
te leur artillerie, ces décharges furent ré-
petées trois fois; les illuminations de l'ex-
térieur de l'Arsenal furent les mêmes que
le jour précédent. M. de la Croix de
Marraguais, Major de la Marine, fit cou-
ler à ses frais une fontaine de vin à la por-
te des Casernes, on y lisoit cette inscrip-
tion: Quantos effundit in usus.
A dix heures du soir les fêtes données
par M. de Charron commencerent. Les
portes de l'Hôtel de l'Intendance de la
Marine qu'il occupe, furent ouvertes à,
six mille personnes qu'il avoit invitées par
billets: cette maison devint alors le palais
II. Vol,
ed by Goo
146 MERCUREDEERANCE.
de la joie & de la inagnificence; tous les
appartemens étoient destinés à des rejouis-
sances particulieres, le jardin somptueu-
sement illuminé, offroit le spectacle le
plus noble & le plus brillant du monde;
deux rangs de portiques, pratiqués de
chaque coté du jardin, dans l'intervalle
de deux allées de marroniers, taillés en
évantail, étoient garnis de lampions; au
centre de chaque portique étoit suspendu
un lustre en goblets de cristal, cette ar-
chitecture artificielle, répondoit à celle
de la façade des appartemens qui étoit
parfaitement bien éclairée. Le côté op-
posé étoit terminé par un temple de lu-
miere, dont l'architecture tracée par des
lampions répandus avec autant d'art que
de profusion, formoit l'aspect le plus sur-
prenant & le plus agréable; au faîte de ce
Temple paroissoit un Soleil couronné,
ayant deux étoiles à ses côtés, au dessous
on lisoit l'inscription suivante:
Fulgens & proprio sinul & splendore
paterno.
Les berceaux qui regnent tout autour
de ce vaste jardin, étoient aussi éclairés
en-dedans par deux cordons de lumiere
en lampions.
Ce. spectacle étoit animé pat les danses
JANVIER. 1752. 147
d'un peuple innom brable, qui au son de
plusieurs tambourins, distribués dans diffe-
rens endroits de ces nouveaux champs éli-
sées, témoignoient l'allégresse la plus vi-
ve. Des cors-de-chasse, placés aux senê-
tres des appartemens, se firent entendre
pendant toute la nuit. La variété des dé-
guisemens, dont les Habitans de Mar-
seille avoient pris soin de se parer, ajou-
toit un nouvel agrément à la fête; des
millions de fusées partirent aussi jusqu'au
jour, du milieu de ce jardin enchanté.
Les appartemens du rez de-chaussée
étoient destinés à réprésenter le théâtre de
la Fortune: cette Déesse partagea l'agré-
ment de la fête, & ne chercha qu'à amu-
ser ceux qui sacrifioient sur ses Autels sans
faire de mécontens.
Je devrois, cher ami, garder le silence sur
la somptuosité du bal, ce sont-là de ces
beautés inexprimables: imaginez- vous
tout ce que le Dieu Momus dirigé par le
bon goût & inspité par la décence, pour-
roit inventer de plus noble & de plus
amusant: voilà l'idée la plus juste que se
puisse vous donner de ce spectacle. La No-
plesse la plus qualifiée des deux sexes s'y
tronva réunie: car vous sçaurez que M. de
Charron, l'homme du monde le plus at-
tentif & le plus galant, avoit invité les
Gij
itized by Goo
148 MERCUREDE FRANCE.
Dames par des billets particuliers, les
Citoyens les plus distingués y parurent
sans être déguisés, & tous les Officiers de
la Marine en habit uniforme. L'heure de
la fête ne permit pas à M. le Chevalier
de Piles, leur Commandant, de s'y trou-
ver. Plusieurs corps nombreux de sym-
phonie étoient placés dans differentes
chambres. C'est au son de tous ces instru-
mens qu'une foule, aussi charmante que
joyeuse formoit mille Ballets agréables.
Tous les Dieux sembloient présider à cet-
te fête, Comus voulut en partager les
honneurs, il ordonna chez M. de Char-
ron un ambigu délicieux, tout ce que la
libéralité & la délicatesse pouvoit imagi-
ner d'agréable, y fut servi des mains de
l'Abondance; les vins, les liqueurs, les
glaces, les rafraîchissemens de toute es-
péce & des mets plus solides y furent
distribues jusqu'au jour avec profusion, &
sans distinction à tout le monde : on ne
vit jamais donner & recevoir de meilleur
coeur. Ce qui vous étonnera, cher ami,
c'est d'apprendre que le bon ordre prési-
doit particulierement à cette Fête: plu-
sieurs corps- de-garde & des sentinelles se-
mées avec intelligence prévinrent tout dé-
sordre, on eût dit que la sagesse & la dé-
gence marchoit partout avec la gayeté.
ed by Goo-
JANVIER. 1752.
149
Vous comprenez que l'intention de M. de
Charron n'étoit pas d'exclure des réjouis-
sances publiques les personnes ausquelles
il n'avoit pas envoyé de billets, aussi vit-il
avec un plaisir infini que plus de vingt
mille y assisterent, & tout le monde con-
vint que l'on n'avoit jamais vû une fête
plus belle, plus goûtée, & plus générale-
ment applaudie.
Quand le peuple rassasié de plaisir com-
mença à se retirer, M. de Charron rassem-
bla dans un salon séparé les Dames les plus
distinguées qui formerent alors un bal
dont l'arrangement & la parure presente-
rent un spectacle nouveau. Je ne vous rends
qu'imparfaitement le détail de ces réjouis-
sances qui furent terminées le Lundi par
l'illumination generale de l'Arsenal & par
des décharges de canon & de Mousquet-
terie, pareilles à celles qui avoient été fai-
tes la veille, &c.
D'une Lettre écrite, par un Citoyen de Marseille,
à un de ses amis à Paris, au sujet
des rejouissances, faites par le Corps de la
Marine, & les fêtes données par M. de
Charron, à l'occasion de la naissance de
Monseigneur le Duc de Bourgogne.
M. le Chevalier de Piles, Chef d'Escadre,
Commandant la Marine à Marseille,
& M. de Charron, Commissaire
Général Ordonnateur, avoient reçu des
ordres pour faire chanter le Te Deum sur
le Vaisseau portant Pavillon Amiral, &
faire des rejouissances publiques à l'occa-
sion de la naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
Le Samedi au soir 9 Octobre, après le
coucher du Soleil, le Vaisseau portant Pa-
villon
d by Goo
JANVIER. 1752.
145
villon Amiral, tira vingt- un coup de ca-
non, tout l'extérieur de l'Arsenal & les
portes des maisons, habitées par Messieurs
de Piles & de Charron, furent illumi-
nées.
Le lendemain Dimanche, M. le Che-
valier de Piles donna un grand diné à
tout le Corps de la Marine, après lequel
il se rendit au Vaisseau Amiral, où le Te
Deum fut chanté par les Musiciens du
Concert de la Ville: les troupes de la
Marine firent à la suite du Te Deum une
décharge de mousqueterie, le Vaisseau
Amiral tira vingt-un coup de candn, &
dix-huit Vaisseaux Marchands, rangés ex-
près au milieu du Port, firent feu de tou-
te leur artillerie, ces décharges furent ré-
petées trois fois; les illuminations de l'ex-
térieur de l'Arsenal furent les mêmes que
le jour précédent. M. de la Croix de
Marraguais, Major de la Marine, fit cou-
ler à ses frais une fontaine de vin à la por-
te des Casernes, on y lisoit cette inscrip-
tion: Quantos effundit in usus.
A dix heures du soir les fêtes données
par M. de Charron commencerent. Les
portes de l'Hôtel de l'Intendance de la
Marine qu'il occupe, furent ouvertes à,
six mille personnes qu'il avoit invitées par
billets: cette maison devint alors le palais
II. Vol,
ed by Goo
146 MERCUREDEERANCE.
de la joie & de la inagnificence; tous les
appartemens étoient destinés à des rejouis-
sances particulieres, le jardin somptueu-
sement illuminé, offroit le spectacle le
plus noble & le plus brillant du monde;
deux rangs de portiques, pratiqués de
chaque coté du jardin, dans l'intervalle
de deux allées de marroniers, taillés en
évantail, étoient garnis de lampions; au
centre de chaque portique étoit suspendu
un lustre en goblets de cristal, cette ar-
chitecture artificielle, répondoit à celle
de la façade des appartemens qui étoit
parfaitement bien éclairée. Le côté op-
posé étoit terminé par un temple de lu-
miere, dont l'architecture tracée par des
lampions répandus avec autant d'art que
de profusion, formoit l'aspect le plus sur-
prenant & le plus agréable; au faîte de ce
Temple paroissoit un Soleil couronné,
ayant deux étoiles à ses côtés, au dessous
on lisoit l'inscription suivante:
Fulgens & proprio sinul & splendore
paterno.
Les berceaux qui regnent tout autour
de ce vaste jardin, étoient aussi éclairés
en-dedans par deux cordons de lumiere
en lampions.
Ce. spectacle étoit animé pat les danses
JANVIER. 1752. 147
d'un peuple innom brable, qui au son de
plusieurs tambourins, distribués dans diffe-
rens endroits de ces nouveaux champs éli-
sées, témoignoient l'allégresse la plus vi-
ve. Des cors-de-chasse, placés aux senê-
tres des appartemens, se firent entendre
pendant toute la nuit. La variété des dé-
guisemens, dont les Habitans de Mar-
seille avoient pris soin de se parer, ajou-
toit un nouvel agrément à la fête; des
millions de fusées partirent aussi jusqu'au
jour, du milieu de ce jardin enchanté.
Les appartemens du rez de-chaussée
étoient destinés à réprésenter le théâtre de
la Fortune: cette Déesse partagea l'agré-
ment de la fête, & ne chercha qu'à amu-
ser ceux qui sacrifioient sur ses Autels sans
faire de mécontens.
Je devrois, cher ami, garder le silence sur
la somptuosité du bal, ce sont-là de ces
beautés inexprimables: imaginez- vous
tout ce que le Dieu Momus dirigé par le
bon goût & inspité par la décence, pour-
roit inventer de plus noble & de plus
amusant: voilà l'idée la plus juste que se
puisse vous donner de ce spectacle. La No-
plesse la plus qualifiée des deux sexes s'y
tronva réunie: car vous sçaurez que M. de
Charron, l'homme du monde le plus at-
tentif & le plus galant, avoit invité les
Gij
itized by Goo
148 MERCUREDE FRANCE.
Dames par des billets particuliers, les
Citoyens les plus distingués y parurent
sans être déguisés, & tous les Officiers de
la Marine en habit uniforme. L'heure de
la fête ne permit pas à M. le Chevalier
de Piles, leur Commandant, de s'y trou-
ver. Plusieurs corps nombreux de sym-
phonie étoient placés dans differentes
chambres. C'est au son de tous ces instru-
mens qu'une foule, aussi charmante que
joyeuse formoit mille Ballets agréables.
Tous les Dieux sembloient présider à cet-
te fête, Comus voulut en partager les
honneurs, il ordonna chez M. de Char-
ron un ambigu délicieux, tout ce que la
libéralité & la délicatesse pouvoit imagi-
ner d'agréable, y fut servi des mains de
l'Abondance; les vins, les liqueurs, les
glaces, les rafraîchissemens de toute es-
péce & des mets plus solides y furent
distribues jusqu'au jour avec profusion, &
sans distinction à tout le monde : on ne
vit jamais donner & recevoir de meilleur
coeur. Ce qui vous étonnera, cher ami,
c'est d'apprendre que le bon ordre prési-
doit particulierement à cette Fête: plu-
sieurs corps- de-garde & des sentinelles se-
mées avec intelligence prévinrent tout dé-
sordre, on eût dit que la sagesse & la dé-
gence marchoit partout avec la gayeté.
ed by Goo-
JANVIER. 1752.
149
Vous comprenez que l'intention de M. de
Charron n'étoit pas d'exclure des réjouis-
sances publiques les personnes ausquelles
il n'avoit pas envoyé de billets, aussi vit-il
avec un plaisir infini que plus de vingt
mille y assisterent, & tout le monde con-
vint que l'on n'avoit jamais vû une fête
plus belle, plus goûtée, & plus générale-
ment applaudie.
Quand le peuple rassasié de plaisir com-
mença à se retirer, M. de Charron rassem-
bla dans un salon séparé les Dames les plus
distinguées qui formerent alors un bal
dont l'arrangement & la parure presente-
rent un spectacle nouveau. Je ne vous rends
qu'imparfaitement le détail de ces réjouis-
sances qui furent terminées le Lundi par
l'illumination generale de l'Arsenal & par
des décharges de canon & de Mousquet-
terie, pareilles à celles qui avoient été fai-
tes la veille, &c.
Fermer
32
p. 176
EXTRAIT d'une Lettre écrite à l'Auteur du Mercure.
Début :
Dans votre Mercure, Monsieur, du mois de Janvier 1752, page 154. je trouve ce qui suit : [...]
Mots clefs :
Éclipse, Commencement, Marseille, Nuages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite à l'Auteur du Mercure.
EXTRAIT d'une Lettre écrite
à l'Auteur du Mercure.
Dans votre Mercure, Monsieur, du mois de
Janvier 1752, page 154. je trouve ce qui suit :
„On a avancé dans le premier tome du Mercure
»du mois de Décembre dernier, qu'il y a près de
»4 minutes de difference dans le commencement de
»l'éclipse observée (en reduisant au Meridien de
»Paris) a Marseille & à Turin. Mais où a t'on
„ pris le commencement de cette éclipse observée
» à Marseille ? M. Maraldi, qui s'est servi de l'ob-
»servation faite à Marseille par le Pere Pezenas
„Jesuite, n'en connoît pas d'autre, & assure que
»ce Pere n'a pas observé le commencement de
»cette Eclipse, parce que le Ciel étoit couvert
„de nuages: il est en état de le prouver par la
»Relation de cette observation envoyée, & c.
Voici ce qu'on lit dans le Journal.
»9 Juin, Eclipse de Lune. Elle ne paroissoit pas
»commancée à 11 heures 26 min. On voyoit ce-
»pendant une espéce de penombie, que l'on ne
» pouvoit pas distinguer des nuages.
à l'Auteur du Mercure.
Dans votre Mercure, Monsieur, du mois de
Janvier 1752, page 154. je trouve ce qui suit :
„On a avancé dans le premier tome du Mercure
»du mois de Décembre dernier, qu'il y a près de
»4 minutes de difference dans le commencement de
»l'éclipse observée (en reduisant au Meridien de
»Paris) a Marseille & à Turin. Mais où a t'on
„ pris le commencement de cette éclipse observée
» à Marseille ? M. Maraldi, qui s'est servi de l'ob-
»servation faite à Marseille par le Pere Pezenas
„Jesuite, n'en connoît pas d'autre, & assure que
»ce Pere n'a pas observé le commencement de
»cette Eclipse, parce que le Ciel étoit couvert
„de nuages: il est en état de le prouver par la
»Relation de cette observation envoyée, & c.
Voici ce qu'on lit dans le Journal.
»9 Juin, Eclipse de Lune. Elle ne paroissoit pas
»commancée à 11 heures 26 min. On voyoit ce-
»pendant une espéce de penombie, que l'on ne
» pouvoit pas distinguer des nuages.
Fermer
33
p. 177
RÉPONSE.
Début :
A 12 h. 26 min. à Marseille, on doit compter 12 h. 14 min. au Méridien de Paris : donc, si [...]
Mots clefs :
Éclipse, Marseille, Paris, Méridien, Calcul
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE.
RÉPONSE.
A 12 h. 26 min. à Marseille, on doit compter
12 h. 14 min. au Méridien de Paris : donc, si
Pobservation de Turin est exacte, & si le com-
mencement de l'Eclipse qu'on y observe est 12 h.
10 min. (en réduisant au Méridien de Paris) il
en faut conclure, qu'a 12 h. 26 min. à Marseille,
l'Eclipse de Lunc devoit être commencée, & qu'il
s'étoit déja écoulé 4 min. depuis le vrai commen-
cement de l'Eclipse.
L'observation de Marseille s'accorde d'ailleum
précisément à la même minute, avec le calcul fait
par un scavant Astronome, qui ayant adopté le
Saros Caldaique de M. Hallai, s'est servi d'une
Eclipse de Lune observée il y a dix-huit ans
pour prédire d'une maniere décisive (connoissant
l'erreur des Tables par cet artifice) le commence-
ment & la fin de cette Eclipse.
Car on trouve le calcul & la phase de l'Eclipse
de Lune, du mois de Juin dernier, chez M. Ju-
lien, qui vend les Cartes Célestes & Geographi-
ques, à l'Hôtel de Soubise, à Paris.
A 12 h. 26 min. à Marseille, on doit compter
12 h. 14 min. au Méridien de Paris : donc, si
Pobservation de Turin est exacte, & si le com-
mencement de l'Eclipse qu'on y observe est 12 h.
10 min. (en réduisant au Méridien de Paris) il
en faut conclure, qu'a 12 h. 26 min. à Marseille,
l'Eclipse de Lunc devoit être commencée, & qu'il
s'étoit déja écoulé 4 min. depuis le vrai commen-
cement de l'Eclipse.
L'observation de Marseille s'accorde d'ailleum
précisément à la même minute, avec le calcul fait
par un scavant Astronome, qui ayant adopté le
Saros Caldaique de M. Hallai, s'est servi d'une
Eclipse de Lune observée il y a dix-huit ans
pour prédire d'une maniere décisive (connoissant
l'erreur des Tables par cet artifice) le commence-
ment & la fin de cette Eclipse.
Car on trouve le calcul & la phase de l'Eclipse
de Lune, du mois de Juin dernier, chez M. Ju-
lien, qui vend les Cartes Célestes & Geographi-
ques, à l'Hôtel de Soubise, à Paris.
Fermer
34
p. 206-211
LETTRE de M. Naudinat, Administrateur des dragées, antivéneriennes, à Marseille, à M. Keyser, en date du 25 Septembre 1757.
Début :
Les bontés & la protection particuliere dont il a plu, Monsieur, à M. le Duc [...]
Mots clefs :
Dragées, Guérison, Malades, Succès, Symptômes, Douleurs, Maladies vénériennes, Certificats, Médecins, Marseille, Chirurgiens, Hôtel-Dieu, Échevins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Naudinat, Administrateur des dragées, antivéneriennes, à Marseille, à M. Keyser, en date du 25 Septembre 1757.
LETTRE de M. Naudinat, Administrateur des
dragées , antivéneriennes , à Marseille , à M.
Keyfer , en date du 25 Septembre 1757.
Les bontés & la protection particuliere dont il
a plu , Monfieur , à M. le Duc de Villars de
m'honorer , celles de MM . les Magiftrats &
Echevins de cette Ville , le zele & l'amour da
bien public , qui a animé MM . les Recteurs de
l'Hôtel - Dieu & de l'Hôpital , les bons offices
& l'impartialité de M. le Médecin de quartier , &
de M. le Chirurgien Gagnant maîtrife ; tout a
concouru ici , Monfieur , à faire mes épreuves
avec tout l'agrément & l'authenticité poffibles
Fo
ΣΟ
E
27
C
C
E
NOVEMBRE. 1757. 207
Point de brigue point de jaloufie aidé par
tout , & éclairé cependant , tous les fecours
m'ont été procurés. Les malades m'ont été donnés
: mes traitemens ont été fuivis , la vérité s'eft
montrée dans tout fon jour . Chacun a voulu voir,a
été fatisfait de mes épreuves , & c'eft avec le plus
grand empreffement qu'il m'a été donné , Monheur
, les certificats authentiques que j'ai l'honneur
de vous envoyer , avec le compte des dix
malades ci joints . Permettez moi de vous ajouter
en même temps , que plus ces temoignages font
flatteurs pour vous , pour votre remede & pour
moi , plus nous en devons rendre les hommages les
plus refpectueux aux illuftres protecteurs qui nous
honorent , & plus nous devons redoubler de
zele ; vous , pour m'aider de vos confeils , & me
fournir les moyens d'être de plus en plus utile à
l'humanité , & moi , pour en profiter , en confacrant
mes jours au fervice des pauvres & de tous
ceux qui auront befoin de mes fecours .
ETAT de dix malades traités à l'Hôtel- Dieu da
Marfeille , avec les dragées de M. Keyfer , fuivant
l'état conftaté par M. Montagnier , Medecin
de quartier , & M. Melicy , Chirurgien
dudit Hopital ygagnant maitrife.
1º. Jean Baptifte Neton , âgé de 10 ans , né
avec la maladie vénérienne , avoit un ulcere au
gofier , large d'environ un écu de trois livres ,
lequel avoit détruit une partie de la cloifon de la
luette & de la glande amygdale droite ; il avoit
plufieurs autres ulceres dans la bouche : cet enfant
a été parfaitement guéri .
2º. Jean Arge , âgé de 22 ans , outre plufieurs
fymptômes bien caractérisés , avoit des douleurs
4
208 MERCURE DE FRANCE.
nocturnes à prefque toutes les parties du corps,
& une entr'autres très- vive au bras droit , avec
un gonflement fur la partie latérale externe de l'avant
bras , qui empêchoit de faire aucune fonction
de fon bras depuis 3 mois. Vers le quinzieme
jour de fon traitement , ce malade fut attaqué de
la petite vérole , & il a été délivré de ces deux ma
ladies fans aucune incommodité.
3. Chriftophe Jourdan âgé de 20 ans , à la
fuite de graves fymptômes qui lui avoient paru il
y a7 à 8 mois , avoit des puftules feches au front,
une dureté confidérable & d'un pouce d'épaiffeur,
des douleurs de tête affreufes , & qui lui occafion.
noient des infomnies perpétuelles. Ce malade a été
parfaitement guéri .
4°. Catherine Canonge , âgée de 18 ans , ou
tre des fymptômes bien caractérités , avoit des
douleurs nocturnes aux extrêmités fupérieures
& inférieures : elle a été parfaitement guérie.
5. Marie Audibert , âgée de 22 ans , outre
des fymptômes bien caractérisés , avoit une ulcération
dans l'aîne , & une dureté confidérable à
une des glandes inguinales de la groffeur de
noix , elle avoit de plus des douleurs très-aigués à
la cuiffe droite. Elle a été parfaitement guérie.
6. Agnès Roche , âgée de 25 ans , avoit gagné
la maladie vénérienne , d'un enfant qu'elle
avoit nourri . Ses mammelles étoient à moitié rongées
par le virus , & elle y avoit deux chancres de
la largeur d'une piece de 24 fols chacun : elle avoit
de plus des douleurs fi aiguës , qu'elle ne pouvoit
dormir la nuit. Elle a été parfaitement guérie.
Les quatre malades qui fuivent , font encore
dans les remedes ; mais fur la fin de leurs traitemens
, & dans le meilleur état du monde.
7°. Honoré Mouton, âgé de 18 ans, eft atteint de
NOVEMBRE. 1757. 209
Tymptômes bien caractérisés à chaque côté des al
nes & autres. La fuppuration s'eft bien établie , &
fa guérifon eft très prochaine.
8. Marguerite Michel , âgée de 32 ans , à la
fuite d'un mal contidérable , fe trouve atteinte de
deux ulceres au gofier , un à chaque glande amygdale
, de la largeur d'une piece de 24 fols chacun.
Ces deux ulceres font prefque cicatrifes & fa guézifon
très - prochaine.
9. Marie Caftellant , âgée de 26 ans, étoit atreinte
d'une quantité de fymptômes bien caractérifés
, & entr'autres de dix à douze puftules fuppurées.
Tout eft féché, & fa guérifon très prochaine.
10°. Marie Rochet , eft auffi atteinte , d'une
quantité de fymptômes , & entr'autres de plufieurs
puftules durcies. Sa guérifon cit de même trèsprochaine.
J'aurai l'honneur de vous envoyer par le premier
Courier , la confirmation de ces quatres guérifons
, & j'ai celui d'être bien fincérement
Monfieur , votre & c. NAUDINAT
Certificat de M.le Médecin de quartier , de l'Hôtel-
Dieu de Marfeille.
En qualité de Médecin de quartier actuellement
de fervice , j'attefte que les fix premiers malades
ei - deffus , font fortis , qu'ils nous ont paru
bien guéris , & que les quatre autres font en voie
de guérifon. A Marseille , le 22 Septembre 1797-
Montagnier , Médecin .
Certificat de M. Mélicy , Chirurgiengagnant mak
trife à l'Hôtel-Dieu de Marfeille.
Je, fouffigné Chirurgien gagnant maîtriſe à l'Hô
el- Dieu de Marſeille attefte avoir vifité les mala
210 MERCURE DE FRANCE.
des denoncés dans cet état , & les avoir trouvé
tous atteints des fymptômes y mentionnés , &
qu'ayant fuivi le traitement du fieur Naudinat , je
déclare qu'il ne s'eft fervi que des dragées antivénériennes
de M. Keyfer , que les fix premiers malades
font fortis guéris , & que les quatre autres
font en voie d'une heureuſe guériſon , attendu
qu'il n'ont commencé à uſer du remede , que
quelque jours après les autres . A Marseille , le 22
Septembre 1757. Melicy.
Certificat de MM. les Directeurs de l'Hôtel - Dien
de Marſeille.
Nous , Directeurs dudit Hôtel- Dieu , certifions
le contenu des deux certificats ci- deffus , & atteftons
à tous qu'il appartiendra , que ceux qui les
ont fignés , font tels qu'ils fe qualifient . En foi de
quoi , nous avons figné le prefent , & à icelui fait
appofer le fceau des armes de cet Hôpital . Fait à
Marseille , le 22 Septembre 1757. Nouvil , Orry ,
Granier , Boiffon , Daller , Arnaud , Gouffet.
Certificat de MM. les Echevins de Marſeillle.
Nous , Echevins , Confeillers du Roi , Lieutenants
Généraux de police de cette ville de Marfeille
, certifions & atteftons à tous qu'il appartiendra
, que le fieur Naudinat , Chirurgien,
éleve de M. Keyfer pour adminiftrer les dragées
antivénériennes , s'eft préfenté à nous , & nous
a requis de lui indiquer des perfonnes pauvres de
l'un & de l'autre fexe , atteintes du mal vénérien ,
pour les traiter gratis , à quoi adhéraus , & informés
de l'efficacité de ce remede , nous lui avons
affigné les dix pauvres malades dénommés dans l'état
ci-deffus , dont fix ont été parfaitement guéris
fous nos yeux , & les quatre autres font en vois
NOVEMBRE: 1757. 211
de guériſon , conformément à ce qui nous eft
porté par les certificats des fieurs Directeurs de
Î'Hôtel- Dieu , du Médecin de quartier , & du
Chirurgien gagnant maîtrife . En foi de quoi nous
avons figné les préfentes , & à icelles ,
fait appofer
le fceau & armes de la Ville , pour fervir & valoir
ce que de raifon. Fait & donné , dans l'Hôtel
de Ville de Marfeille , le 24 Septembre 1757.
Mennicard , Ricaud , Couturier , la Force.
dragées , antivéneriennes , à Marseille , à M.
Keyfer , en date du 25 Septembre 1757.
Les bontés & la protection particuliere dont il
a plu , Monfieur , à M. le Duc de Villars de
m'honorer , celles de MM . les Magiftrats &
Echevins de cette Ville , le zele & l'amour da
bien public , qui a animé MM . les Recteurs de
l'Hôtel - Dieu & de l'Hôpital , les bons offices
& l'impartialité de M. le Médecin de quartier , &
de M. le Chirurgien Gagnant maîtrife ; tout a
concouru ici , Monfieur , à faire mes épreuves
avec tout l'agrément & l'authenticité poffibles
Fo
ΣΟ
E
27
C
C
E
NOVEMBRE. 1757. 207
Point de brigue point de jaloufie aidé par
tout , & éclairé cependant , tous les fecours
m'ont été procurés. Les malades m'ont été donnés
: mes traitemens ont été fuivis , la vérité s'eft
montrée dans tout fon jour . Chacun a voulu voir,a
été fatisfait de mes épreuves , & c'eft avec le plus
grand empreffement qu'il m'a été donné , Monheur
, les certificats authentiques que j'ai l'honneur
de vous envoyer , avec le compte des dix
malades ci joints . Permettez moi de vous ajouter
en même temps , que plus ces temoignages font
flatteurs pour vous , pour votre remede & pour
moi , plus nous en devons rendre les hommages les
plus refpectueux aux illuftres protecteurs qui nous
honorent , & plus nous devons redoubler de
zele ; vous , pour m'aider de vos confeils , & me
fournir les moyens d'être de plus en plus utile à
l'humanité , & moi , pour en profiter , en confacrant
mes jours au fervice des pauvres & de tous
ceux qui auront befoin de mes fecours .
ETAT de dix malades traités à l'Hôtel- Dieu da
Marfeille , avec les dragées de M. Keyfer , fuivant
l'état conftaté par M. Montagnier , Medecin
de quartier , & M. Melicy , Chirurgien
dudit Hopital ygagnant maitrife.
1º. Jean Baptifte Neton , âgé de 10 ans , né
avec la maladie vénérienne , avoit un ulcere au
gofier , large d'environ un écu de trois livres ,
lequel avoit détruit une partie de la cloifon de la
luette & de la glande amygdale droite ; il avoit
plufieurs autres ulceres dans la bouche : cet enfant
a été parfaitement guéri .
2º. Jean Arge , âgé de 22 ans , outre plufieurs
fymptômes bien caractérisés , avoit des douleurs
4
208 MERCURE DE FRANCE.
nocturnes à prefque toutes les parties du corps,
& une entr'autres très- vive au bras droit , avec
un gonflement fur la partie latérale externe de l'avant
bras , qui empêchoit de faire aucune fonction
de fon bras depuis 3 mois. Vers le quinzieme
jour de fon traitement , ce malade fut attaqué de
la petite vérole , & il a été délivré de ces deux ma
ladies fans aucune incommodité.
3. Chriftophe Jourdan âgé de 20 ans , à la
fuite de graves fymptômes qui lui avoient paru il
y a7 à 8 mois , avoit des puftules feches au front,
une dureté confidérable & d'un pouce d'épaiffeur,
des douleurs de tête affreufes , & qui lui occafion.
noient des infomnies perpétuelles. Ce malade a été
parfaitement guéri .
4°. Catherine Canonge , âgée de 18 ans , ou
tre des fymptômes bien caractérités , avoit des
douleurs nocturnes aux extrêmités fupérieures
& inférieures : elle a été parfaitement guérie.
5. Marie Audibert , âgée de 22 ans , outre
des fymptômes bien caractérisés , avoit une ulcération
dans l'aîne , & une dureté confidérable à
une des glandes inguinales de la groffeur de
noix , elle avoit de plus des douleurs très-aigués à
la cuiffe droite. Elle a été parfaitement guérie.
6. Agnès Roche , âgée de 25 ans , avoit gagné
la maladie vénérienne , d'un enfant qu'elle
avoit nourri . Ses mammelles étoient à moitié rongées
par le virus , & elle y avoit deux chancres de
la largeur d'une piece de 24 fols chacun : elle avoit
de plus des douleurs fi aiguës , qu'elle ne pouvoit
dormir la nuit. Elle a été parfaitement guérie.
Les quatre malades qui fuivent , font encore
dans les remedes ; mais fur la fin de leurs traitemens
, & dans le meilleur état du monde.
7°. Honoré Mouton, âgé de 18 ans, eft atteint de
NOVEMBRE. 1757. 209
Tymptômes bien caractérisés à chaque côté des al
nes & autres. La fuppuration s'eft bien établie , &
fa guérifon eft très prochaine.
8. Marguerite Michel , âgée de 32 ans , à la
fuite d'un mal contidérable , fe trouve atteinte de
deux ulceres au gofier , un à chaque glande amygdale
, de la largeur d'une piece de 24 fols chacun.
Ces deux ulceres font prefque cicatrifes & fa guézifon
très - prochaine.
9. Marie Caftellant , âgée de 26 ans, étoit atreinte
d'une quantité de fymptômes bien caractérifés
, & entr'autres de dix à douze puftules fuppurées.
Tout eft féché, & fa guérifon très prochaine.
10°. Marie Rochet , eft auffi atteinte , d'une
quantité de fymptômes , & entr'autres de plufieurs
puftules durcies. Sa guérifon cit de même trèsprochaine.
J'aurai l'honneur de vous envoyer par le premier
Courier , la confirmation de ces quatres guérifons
, & j'ai celui d'être bien fincérement
Monfieur , votre & c. NAUDINAT
Certificat de M.le Médecin de quartier , de l'Hôtel-
Dieu de Marfeille.
En qualité de Médecin de quartier actuellement
de fervice , j'attefte que les fix premiers malades
ei - deffus , font fortis , qu'ils nous ont paru
bien guéris , & que les quatre autres font en voie
de guérifon. A Marseille , le 22 Septembre 1797-
Montagnier , Médecin .
Certificat de M. Mélicy , Chirurgiengagnant mak
trife à l'Hôtel-Dieu de Marfeille.
Je, fouffigné Chirurgien gagnant maîtriſe à l'Hô
el- Dieu de Marſeille attefte avoir vifité les mala
210 MERCURE DE FRANCE.
des denoncés dans cet état , & les avoir trouvé
tous atteints des fymptômes y mentionnés , &
qu'ayant fuivi le traitement du fieur Naudinat , je
déclare qu'il ne s'eft fervi que des dragées antivénériennes
de M. Keyfer , que les fix premiers malades
font fortis guéris , & que les quatre autres
font en voie d'une heureuſe guériſon , attendu
qu'il n'ont commencé à uſer du remede , que
quelque jours après les autres . A Marseille , le 22
Septembre 1757. Melicy.
Certificat de MM. les Directeurs de l'Hôtel - Dien
de Marſeille.
Nous , Directeurs dudit Hôtel- Dieu , certifions
le contenu des deux certificats ci- deffus , & atteftons
à tous qu'il appartiendra , que ceux qui les
ont fignés , font tels qu'ils fe qualifient . En foi de
quoi , nous avons figné le prefent , & à icelui fait
appofer le fceau des armes de cet Hôpital . Fait à
Marseille , le 22 Septembre 1757. Nouvil , Orry ,
Granier , Boiffon , Daller , Arnaud , Gouffet.
Certificat de MM. les Echevins de Marſeillle.
Nous , Echevins , Confeillers du Roi , Lieutenants
Généraux de police de cette ville de Marfeille
, certifions & atteftons à tous qu'il appartiendra
, que le fieur Naudinat , Chirurgien,
éleve de M. Keyfer pour adminiftrer les dragées
antivénériennes , s'eft préfenté à nous , & nous
a requis de lui indiquer des perfonnes pauvres de
l'un & de l'autre fexe , atteintes du mal vénérien ,
pour les traiter gratis , à quoi adhéraus , & informés
de l'efficacité de ce remede , nous lui avons
affigné les dix pauvres malades dénommés dans l'état
ci-deffus , dont fix ont été parfaitement guéris
fous nos yeux , & les quatre autres font en vois
NOVEMBRE: 1757. 211
de guériſon , conformément à ce qui nous eft
porté par les certificats des fieurs Directeurs de
Î'Hôtel- Dieu , du Médecin de quartier , & du
Chirurgien gagnant maîtrife . En foi de quoi nous
avons figné les préfentes , & à icelles ,
fait appofer
le fceau & armes de la Ville , pour fervir & valoir
ce que de raifon. Fait & donné , dans l'Hôtel
de Ville de Marfeille , le 24 Septembre 1757.
Mennicard , Ricaud , Couturier , la Force.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Naudinat, Administrateur des dragées, antivéneriennes, à Marseille, à M. Keyser, en date du 25 Septembre 1757.
Dans une lettre datée du 25 septembre 1757, M. Naudinat, administrateur des dragées antivénériennes à Marseille, informe M. Keyfer des résultats positifs des traitements effectués sur des malades atteints de la maladie vénérienne. Naudinat exprime sa gratitude envers le Duc de Villars, les magistrats et échevins de Marseille, ainsi que les recteurs de l'Hôtel-Dieu et de l'hôpital, pour leur soutien et leur collaboration. Les traitements ont été suivis avec succès, conduisant à la guérison ou à une amélioration notable des patients. L'état des dix malades traités à l'Hôtel-Dieu de Marseille, établi par M. Montagnier, médecin de quartier, et M. Melicy, chirurgien, révèle que six malades ont été parfaitement guéris. Les quatre autres sont en voie de guérison. Parmi les cas notables, Jean Baptiste Neton, âgé de 10 ans, a été guéri d'un ulcère au goitre et d'autres ulcères dans la bouche. Jean Arge, âgé de 22 ans, a été délivré de douleurs nocturnes et d'un gonflement au bras droit, tout en surmontant la petite vérole. Catherine Canonge, âgée de 18 ans, et Marie Audibert, âgée de 22 ans, ont également été parfaitement guéries de leurs symptômes. Les certificats des directeurs de l'Hôtel-Dieu, du médecin de quartier, du chirurgien, et des échevins de Marseille confirment l'efficacité des dragées antivénériennes de M. Keyfer et la guérison des malades. Naudinat conclut en exprimant son désir de continuer à servir l'humanité et de redoubler de zèle pour aider les pauvres et ceux qui ont besoin de ses soins.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
35
p. 5-6
A M. LIEUTAUD.
Début :
Ainsi qu'au lever de l'aurore [...]
Mots clefs :
Aurore, Jour, Âge, Plaisir, Marseille, M. Lieutaud
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. LIEUTAUD.
A M. LIEUTAUD.
AINSI qu'au lever de l'aurore
L'aftre du jour forme & colore
Les Aeurs qui parent le printemps ,
Ainfi le Dieu de l'Harmonie
Sur l'aurore de notre vie
Verfe fes plus heureux préfens.
Souftrait au claffique esclavage
Qui captive votre loifir ,
Vous allez atteindre à cet âge
Ou tout nous appelle au plaifir.
、་ ༈ }
Bientôt dans un monde futile
Pourfuivant la félicité ,
Vous verrez le tableau mobile
Des travers de l'humanité.
Vous verrez la Vertu craintive
Se confiner dans les déferts , ´
Tandis que l'Opulence active
Fait tout mouvoir dans l'univers.
Vous verrez ce Sexe volage ,
Qui n'a de prix que par
fes moeurs
N'obtenir un léger hommage
Qu'en le payant de fes faveurs .
Vous verrez l'obſcure Satyre ,
Aiguifant les traits infultans ,
Faire du crime de médire ,
A iij
MERCURE
Un plaifir de tous les inftans.
Vous verrez la Haine & l'Envie
Verfer leur fiel empoisonneur,
Et trop fouvent la Perfidie
Sous le masque de la Candeur,
Vous verrez cette multitude
Que conduit un guide impofteur,,
Trouver l'Ennui , l'Inquiétude ,
En courant après le Bonheur.
Vous verrez ... Mais ! qu'allois - je faire ?
Quittons ces objets odieux ,
Ces traits de l'humaine misère
Ne doivent point frapper vos yeux..
Trop tôt d'une fi trifte image ,
Votre efprit feroit révolté.
Goûtez les plaifirs de votre âge ,
Et laiffons la moralité.
Dans votre Ville commerçante
Dont les habitans tour- à- tour ,
De la fortune & de l'amour ,
Courent la carrière gliffante ,
Cher Lieutaud , puiffiez-vous un jour,
Du Collège où l'on vous régente ,
Ne pas regretter le féjour !
* Marſeille,
AINSI qu'au lever de l'aurore
L'aftre du jour forme & colore
Les Aeurs qui parent le printemps ,
Ainfi le Dieu de l'Harmonie
Sur l'aurore de notre vie
Verfe fes plus heureux préfens.
Souftrait au claffique esclavage
Qui captive votre loifir ,
Vous allez atteindre à cet âge
Ou tout nous appelle au plaifir.
、་ ༈ }
Bientôt dans un monde futile
Pourfuivant la félicité ,
Vous verrez le tableau mobile
Des travers de l'humanité.
Vous verrez la Vertu craintive
Se confiner dans les déferts , ´
Tandis que l'Opulence active
Fait tout mouvoir dans l'univers.
Vous verrez ce Sexe volage ,
Qui n'a de prix que par
fes moeurs
N'obtenir un léger hommage
Qu'en le payant de fes faveurs .
Vous verrez l'obſcure Satyre ,
Aiguifant les traits infultans ,
Faire du crime de médire ,
A iij
MERCURE
Un plaifir de tous les inftans.
Vous verrez la Haine & l'Envie
Verfer leur fiel empoisonneur,
Et trop fouvent la Perfidie
Sous le masque de la Candeur,
Vous verrez cette multitude
Que conduit un guide impofteur,,
Trouver l'Ennui , l'Inquiétude ,
En courant après le Bonheur.
Vous verrez ... Mais ! qu'allois - je faire ?
Quittons ces objets odieux ,
Ces traits de l'humaine misère
Ne doivent point frapper vos yeux..
Trop tôt d'une fi trifte image ,
Votre efprit feroit révolté.
Goûtez les plaifirs de votre âge ,
Et laiffons la moralité.
Dans votre Ville commerçante
Dont les habitans tour- à- tour ,
De la fortune & de l'amour ,
Courent la carrière gliffante ,
Cher Lieutaud , puiffiez-vous un jour,
Du Collège où l'on vous régente ,
Ne pas regretter le féjour !
* Marſeille,
Fermer
Résumé : A M. LIEUTAUD.
L'auteur d'une lettre poétique s'adresse à M. Lieutaud, comparant l'harmonie à l'aurore bénéfique pour la jeunesse. Il prédit que Lieutaud, libéré des contraintes de son enfance, accédera bientôt à des plaisirs adultes. Cependant, il décrit les aspects négatifs de l'âge adulte, tels que la vertu cachée, l'opulence dominante, et les travers humains comme la médisance, la haine, l'envie et la perfidie. L'auteur met en garde contre ces visions sombres et conseille à Lieutaud de profiter pleinement de sa jeunesse sans se soucier de la moralité. Il espère que Lieutaud, après avoir quitté le collège, ne regrettera pas son passé et saura naviguer entre la fortune et l'amour dans sa ville natale de Marseille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
36
p. 129-139
De PARIS, le 17 Décembre.
Début :
Les bruits de paix prochaine se soutiennent & se fortifient encore par les expressions [...]
Mots clefs :
Paris, Bureau, Nouvelles, Ville, Pauvres, Roi, Général, Anglais, Écrit, Jean-Michel Moreau, Vent, Marseille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 17 Décembre.
De PARIS , le 17 Décembre.
LES bruits de paix prochaine fe foutiennent
& fe fortifient encore par les expreffions
du Roi d'Angleterre , dans fon difcours au
Parlement ; s'il ne donne pour certain &
pour arrêté que l'accommodement avec les
Etats- Unis , il fait efpérer que les autres négociations
auront une iffue prompte &
heureufe ; d'ailleurs , les conventions faites
avec l'Amérique ne doivent avoir leur effet
qu'après qu'on fera auffi convenu d'un
arrangement avec la France. Si les difpofi
tions du Parlement Anglois & de la Na-`
tion ont changé depuis le ravitaillement de
Gibraltar , elles peuvent revenir à l'état où
elles étoient lorfque les négociations ont
fs
( 130 )
commencé ; l'hiver peut affoiblir l'enthouſiafme
caufé par un évènement dont les fuites
paroîtront moins avantageufes , lorſqu'on
les confidérera de fang froid. Pendant l'intervalle
qui doit s'écouler , jufqu'à la campa
gne prochaine , on recevra fans doute des
nouvelles de l'Inde. Celles que les Anglois
ont publiées , ne parlent que des deux actions
des mois de Février & d'Avril , dont on
avoit déja reçu des avis , & dans lesquelles
l'avantage eft demeuré à M. de Suffren .
On apprendra vraisemblablement des nouvelles
poftérieures , qui peuvent influer fur
les arrangemens à prendre pour cette partie
du monde. En attendant , une lettre de
Bordeaux , en date du 19 du mois dernier ,
contient les détails fuivans , qui offrent
au moins des inductions très favorables
fur l'état de la guerre dans l'Inde .
-
Si la flotte de M. le Bailli de Suffren a paſſé l'hiver
aux Inles de France & de Bourbon , comme les Anglois
l'affurent , elle a pu au moment où j'écris
remettre en mer , le tems de la mouſſon ne régnant
plus. Quelques Négocians de notre Ville affurent
favoir , inftruits par leurs Correfpondans de Marfeille
, que M. le Comte de Buffy , arri ‹ é fur la côte
de Coromandel , s'eft mis auffi-tôt en route four
pénétrer dans l'intérieur de cette région , & aller
négocier avec les Nababs , Souba , & Raja de l'Indoltan.
On prétend qu'un des objets de fa miffion
eft de propofer une alliance à la Cour de Delhi :
nos Correfpondans Anglois fuppofent qu'elle doit
être préjudiciable au commerce de la Compagnie.
Suivant nos lettres de Marſeille , les 2500 hommes
aux ordres de M.Duchemin , qui eft actuellement au(
131 )
près d'Hyder. Aly- Kan , inquiètent beaucoup l'armée
Européenne de Sir Eyre Coote . Quelques- unes ajoutent
que Typoo Sahé a prié le Général François de
détacher 800 braves & intelligens foldats , pour enfeigner
à 10 régimens Indiens les détails de l'exercice
Européen. Nous attendons le retour de nos bâtimens
( expédiés en 1780 , ) vers la mi-Février. Ainfi il faut
renvoyer à cette époque le plaifir d'apprendre de
l'Inde des nouvelles authentiques . Les Anglois , pour
en recevoir , ayant des établiſſemens dans le Malabar,
à la pointe qui forme le cap Comorin , peuvent
aifément envoyer de petits floops à Ormus , & de-là
les dépêches leur font expédiées par terre : nous
n'avons pas cette facilité.
On a fu qu'une corvette du Roi avoit
mouillé dans un de nos ports , & que M.
du Chillau étoit en route pour se rendre
ici ; on a cru que c'étoit le Capitaine de
vaiffeau , & qu'il apportoit les nouvelles
des combats de l'Inde , qui font tant d'honneur
à M. de Suffren , mais ce M. du
Chilleau eft le Maréchal de - Camp , Gouverneur
de la Dominique.
La frégate marchande la Jofephine , du Havre ,
écrit-on de Nantes , vient d'arriver ici des Cayes ,
Saint-Louis , ifle Saint-Domingue , d'où elle eft partie
le 27 Septembre dernier , avec un bâtiment Impérial
& 3 de ce port ; ils ont relâché à la Havane , d'où
ils font partis le 22 Octobre ; il n'y a qu'un de
nos navires qui ait pu fuivre la Jofephi ne jufqu'à
la hauteur des Açores , où ils ont été chaflés par
une frégate Angloife : alors ils font convenus de
faire fauffe route pendant la nuit , & diffé rente l'une
de l'autre . Selon les nouvelles qu'apport ent la Joféphine
& 13 navires du convoi de Saint- Domingue ,
£ 6
( 132 )
mouillés dans cette rivière, dont 11 font de ce port
& 2 de celui de Marfeille , on faifoit au Cap tous
les préparatifs de quelque grande expédition qui
devoit avoir lieu à l'arrivée de M. de Vaudreuil
& des forces qu'on attendoit d'Europe . Il n'y avoit
à cette époque , à Saint Domingue , que 2 vaiffeaux
de ligne Efpagnols , le Scipion , de 74 canons ,
commandé par M. de Grimoard , 2 frégates & I
cutter ; & la Colonie étoit dans l'abondance de
toutes chofes «.
Il eft arrivé à St - Malo un bâtiment parlementaire
avec des prifonniers François ; il
eft arrivé de New-Yorck , & a fait la traverfée
en 28 jours. Il doit apporter des
nouvelles fraîches ; mais elles n'ont pas
encore tranfpiré. Sans doute qu'il ne s'eft
rien paffé d'intéreffant de ces côtés depuis
le départ de l'Amiral Pigot , qui en a dû
mettre à la voile pour retourner aux Ifles.
» Les dernières troupes , écrit- on de Breft , qui
devoient être embarquées , paffèrent en rade le 2
de ce mois dans l'après - midi , & le foir le coup
de partance fut tiré. Ce ne fut que le même jour
qu'arriva le Marquis de la Fayette , qui s'embarqua
fur-le- champ. Le vent ne permit pas à l'efcadre &
au convoi de partir le lendemain , comme on l'efpéroit.
Ce ne fut que le 4 à midi qu'ils appareillèrent
par un vent de S. E. Ils trouvèrent au- dehors
de la brame , du calme , & enfuite des vents de
S. O. , qui les obligèrent de venir mouiller à Berthaume
; & le même tems continuant , ils revinrent
en rade le 6. Le vent n'a changé qu'aujourd'hui 8 ,
qu'ils ont remis à la voile par un vent de N. O.
grand frais , qui nous les a bientôt fait perdre de
vue er.
Ce fut le 22 du mois dernier que M. le
Comte d'Eftaing arriva à Madrid ; le 24 il ſe
7
133
133
)
rendit à l'Efcurial , où il fut reçu par le Roi
& par toute la Cour avec les témoignages
de la plus haute eftime. Il favoit en quittant
Paris , que la paix pouvoit n'être pas
éloignée ; mais cela n'empêche pas que les
armemens ne fe continuent avec beaucoup
d'activité à Cadix , où , felon les dernières
lettres , on l'attendoit inceffamment , & où
il est peut être arrivé dans ce moment.
On dit ici , écrit- on de Dunkerque , que la
premier bâtiment qui partira pour la Delaware ;
fera chargé de porter au Sieur Gourgue , Officier
Auxiliaire de l'Aigle , qui a fait fi bonne contenance
aux deux chaloupes Angloifes , fur chacune
defquelles étoient ico réfugiés , la Croix de Saint-
Louis , & une gratification aux vingt braves qui
ont partagé fon acte de valeur. Un Officier da
même nom fit contre les Espagnols , dans la Caroline
, une expédition fanglante qui lui valut autant
de gloire , fous Henri IV , & par laquelle il
vengea la Colonie Proteftante envoyée dans l'Amérique
Septentrionale par l'Amiral Coligny, & cruellement
maffacrée par les Sujets de Philippe II «.
Parmi les mesures prifes par l'Adminiftra
tion de plufieurs Villes , pour prévenir l'indigence
& fupprimer par-là la mendicité ,
on doit diftinguer ce qui a été fait à Amiens
pour atteindre ce but.
» Cette Ville compte dass fes murs & fes fauxbourg
environ 40,000 ames . Avant 1778 , dans
ce nombre étoient compris 8000 pauvres , dont
500 mendians de profeffion. Ceux-ci infeftoient à
toute heure les églifes & les auberges. L'Evêque
l'Intendant , les Officiers Municipaux , les Curés ,
l'élite de tous les Ordres de citoyens , adoptèrent de
concert , à la fin de 1778 , un nouveau plan qui
( 134 )
.
leur étoit propofé , pour affifter tous les pauvres &
fupprimer la mendicité. On créa un Bureau général
& 15 Bureaux particuliers. Le Bureau général eft
compofé de l'élite des Citoyens , mais fans aucune
diftinction de rang : il exifte affez d'Adminiſtrateurs
dans chaque Bureau particulier pour qu'en deux heu
res tous les pauvres de la Ville foient vifités. On
fait le premier de chaque mois une quête dans les
maifons des Citoyens ; des Adminiftrateurs des Bureaux
particuliers y ajoutent le produit des quêtes
faites dans les églifes de leurs Paroiffes , des troncs ,
des fondations & legs faits en faveur des pauvres.
Le Député de chaque Bureau porte fon bordereau à
l'affemblée du Bureau général . On y fait une ſomme
totale de toutes les fommes particulières ; on y fixe
la fomme qui doit être diftribuée pendant le mois
par chaque Bureau particulier , & chaque Adminif
trateur porte de huit en huit jours , à chaque famille
pauvre , le fecours que le Bureau particulier lui
attribue. Si quelque Bureau particulier fe plaint de
la part qui lui eft accordée dans l'aumône générale ,
le Bureau général , par les Commiffaires qu'il nomme
, pour vérifier fait droit. Un tronc , placé
dans la Cathédrale , reçoit les requêtes des pauvres
qui fe plaignent de n'être point affiftés , ou de l'être
trop peu par les Bureaux. On rend de même juftice
par des Commiffaires . Les Bureaux prennent le foin
de procurer du travail aux mendians encore valides
& aux pauvres qui en manquent. On a auffi établi
une école de filature pour les petites filles ; & la Ville
dont la fubfittance dépend des Manufactures d'étoffes ,
acquiert peu à eu une branche d'induftrie qui lui
manquoit. On a détruit la plupart des prêts à la
petite femaine meurtriers pour les pauvres , en établiffant
en leur faveur , un prêt purement gratuitfur
gage. Le Bureau général rend compte tous les ans
au Public de fa recette ( qui en 1781 , montoit à:
11,546 liv. ) & de fa dépenfe par la voie de l'impreffion.
En conféquence de ces établiffemens & du
> y
( 135 )
bon ordre qui les foutient , on ne voit plus de mendians
, ni étrangers ni citoyens . La Police n'a prefque
rien à faire pour contenir les pauvres dans la
règle ; la religion & l'amour du travail reprennent
leurs droits fur leurs coeurs. Affujettis à une
vie plus uniforme & moins expofée aux excès d'une
intempérance crapuleufe , ils jouiffent d'une meilleure
fanté & font beaucoup moins mal-propres
dans leurs vêtemens & dans leurs demeures
On écrit de Marfeille , que le Capitaine
Michaelfon , commandant le brigantin
l'Anne - Marie , parti de Westerwich en
Suède , le 22 Septembre dernier , a dépofé
que fe trouvant le premier Octobre entre
Mayorque & Ivice , il a rencontré une
barque du Roi de Maroc de 16 à 18 canons
& de 100 hommes d'équipage environ
; que cette barque , qui étoit en courfe
l'a obligé de fe rendre à fon bord pour .
lui exhiber fes papiers.
» MM . les Maire , Echevins & Affeffeur de la
ville de Marseille , ayant déterminé daccorder la
fomme de 1200 livres , pour fervir de Prix à l'Ouvrage
, qui , au jugement de l'Académie des Belles-
Lettres , Sciences & Arts , préfentera le plan d'Ed -
cation le plus convenable à la conftitution de cette
Ville , l'Académie a accepté avec reconnoiffance
l'offre de MM . les Magiftrats Municipaux : & pour
concourir , autant qu'elle le peut , à des vues auffi
intéreffantes pour la patrie , elle a délibéré de joindre
au Prix propofé , la médaille d'or deftinée aux
auteurs qu'elle couronne. En conféquence , l'Académie
annonce que dans une féance publique qui
fera tenue , uniquement pour cet objet , dans le
mois de Novembre de l'année prochaine , elle adju
gera le Prix au meilleur ouvrage fur le plan d'Education
publique le plus convenable à Marseille ,
( 136 )
confidérée comme ville maritime & commerçantë.
Les ouvrages feront écrits en latin ou en françois ,
& adreffés , francs de port , an Secrétaire perpétuel
de l'Académie de Marſeille. Ils ne feront reçus que
jufqu'à la fin mois de Juillet prochain. Les auteurs
font avertis de ne pas le faire connoître , & de join--
dre , fuivant l'ufage , une devife & leur com cacheté
à leurs ouvrages «.
Le 7 Novembre , fur les 10 heures du
foir , on obferva à la Rochelle une auroreboréale
très-brillante ; elle formoit dans le
nord un arc lumineux , dont le centre étcit
fort obfcur. A 10 heures & demie , le phéno
mène difparut prefqu'entièrement , après
avoir lancé vers le Zénith des traits de lumière
qui s'étendirent à l'Oueft- nord- ouest.
Le ciel étoit affez clair une heure avant que
l'aurore boréale parût. Le ferein avoit été
très- abondant vers les 8 heures. On vit le
lendemain matin une très- forte gelée blanche
, & même de la glace de l'épaiffeur d'un
écu de fix livres ; elle fe conſerva à l'ombre
une grande partie du jour.
« Le vent de Nord-oueft , connu dans cette province
fous le nom de Miſtral , écrit-on de Salen
& de Crau en Provence , étoit fi renommé chez
les Romains par fa violence & par fa falubrité , que
l'empereur Augufte lui fit dreffer un autel. Dans le
courant de cette année il n'avoit pas régné , mais il
eft redevenu fréquent vers la fiu d'Octobre ; & un
Naturaliſte éclairé a mefuré fa violence le 30 du
mois dernier avec l'anémomètre , dont on trouve
la defcription dans le Journal de Phyfique de M.
Mongés, du mois de Janvier dernier. Le jour de l'expérience
, le vent fut fi violent , qu'il déracina des
arbres & qu'il emporta des toits . A trois heures
45 minutes de l'après - midi , dans l'inftant du plus
( 137 )
grand coup de vent , l'anémomètre démontra que
le vent frappant fur un pied quarré de furface , foulevoit
un poids de 13 livres & demie . Si cette violence
eût feulement continué quelques minutes , rien
n'auroit pa lui réfifter ; car une force dé 6 livres fuffit
, au rapport de M. Boucher , ( quand elle eft continuée
) pour arracher les arbres les plus enracinés.
Dans l'année 1779 le vent le plus fort n'a enlevé、
qu'un poids de 98 onces ; en 1780 il fut plus fort ,
mais on ne le mefura point avec l'anémomètre ; celui
du 30 Octobre dernier doit faire époque parmi les
météréologiftes : pendant qu'il fouffloit , le baromè
tre defcendit de trois lignes & demie au- deſſous de
fon état moyen « .
Nous nous empreffons d'annoncer ici
deux Gravures intéreffantes , d'après deux
tableaux de M. Moreau ; elles repréſentent 2
vues des environs de Paris , qui font pendant
; le burin qui en eft très -foigné , eſt
de Mademoiſelle Elife Saugrain , qui réunit
des talens précieux à tous les agrémens de
fon fexe ; élève de M. Moreau le jeune ,
Deffinateur & Graveur du Cabinet du Roi ,
de fon Académie de Peinture & de Sculp
ture , elle fait honneur à fon Maître ; elle
lui a fair hommage de fon premier ouvrage ,
& ces deux Eftampes lui font dédiées ( 1 ) .
» Edit du Roi , donné à Verfailles au mois de
Décembre 1782 , regiftré en Parlement le 10 du
même mois , portant création de Dix millions de
Rentes perpétuelles au denier 20˚ , fans retenue
rembourfables en 14 ans , à commencer au premier
Janvier 1784 , & dont les capitaux feront fournis ,
moitié en deniers comptans & moitié en contrats.
Le préambule de cet Edit eft de la teneur fuivante :
(1) Leur prix eft de 3 liv. ; elles fe trouvent chez M. Mo!
reau le jeune , rue du Coq St-Honoré , près le Louvre.
( 138 )
Notre intention étant de pourvoir avec la
même exactitude que par le paffé , au paiement de
toutes nos dépenfes ordinaires , de fubvenir à celles
que la guerre a rendues néceffaires , & de continuer
à remplir avec la même fidélité , les engagemens
que nous avons pris de rembourfer aux termes indiqués
, tous les Emprunts qui fost remboursables à
des époques déterminées , Nous n'avons pu nous
difpenfer d'impofer un troisième Vingtième , dont
nous avons modifié la perception & borné la durée
au tems que les circonftances l'ont permis. Nous ne
nous femmes pas diffimulé que le produit de cette
Impofition & celui des Sous pour livres dont nous
avons ordonné la levée jufqu'en 1790 , ne fuffiroient
pas aux dépenfes extraordinaires auxquelles
nous ne pourrons pas nous difpenfer de pourvoir.
Mais nous avons confidéré ces deux Impofitions
comme un accroiffement de gage , capable d'affermir
la confiance de ceux qui ont déja concouru &
qui voudront encore concourir à nous procurer les
moyens de foutenir les dépen es d'une guerre à laquelle
nous avons été forcés . C'est pour remplir
ce point de vue , & pour manifefter dès à- préfent
l'intention où nous fommes d'amortir fucceffivement
la plus grande partie des dettes de notre Etat ,
même celles coutractées avant l'époque de notre
Règne , qui ne font pas compriſes dans l'ordre des
rembourfemens , que nous nous fommes déterminés
à une création de rentes à cinq pour cent , fans rete.
nue, rembourfables , par la voie du fort , dans
laquelle nous admettrons jufqu'à concurrence de la
moitié feulement , & fur le pied du denier 25 , les
capitaux des rentes anciennes , dont les arrérages fe
payent au-deffous de cinq pour cent. Après avoir
réglé que le paiement des nouvelles rentes fera fait
à la caiffe des arrérages , nous avons déterminé les
époques du remboursement , qui fera fait fucceffivement
par la même caiffe , conformément à l'étar
annexé fous le contre-fcel de notre préfent Edit ; de
( 139 )
manière qu'en quatorze années , lefdits capitaux fe
ront entièrement amortis , fans qu'aux époques
auxquelles cefferont les Impofitions qui font le gage
principal de la préſente création , nous ayons befoin
de recourir à de nouveaux moyens , & de deftiner de
nouveaux fonds pour confommer lefdits rembourfemens
, à la libération defquels nos autres revenus
font également affectés & deftinés . Enfin four procurer
aux acquéreurs de ces nouvelles rentes , toutes
les facilités qu'ils pourront defirer., nous leur permettons
de les conftituer & de les tranfmettre par
la voie de la reconſtitution , ou de fe contenter des
quittances de finance qui lecr feront délivrées en
leur nom ou au porteur , à leur choix , lesquelles
participeront également au remboursement , & dont
les arrérages feront payés an fi qu'il fera ci- après
expliqué . Suivent is Articles , où les difpofitions
précédentes font développées « .
LES bruits de paix prochaine fe foutiennent
& fe fortifient encore par les expreffions
du Roi d'Angleterre , dans fon difcours au
Parlement ; s'il ne donne pour certain &
pour arrêté que l'accommodement avec les
Etats- Unis , il fait efpérer que les autres négociations
auront une iffue prompte &
heureufe ; d'ailleurs , les conventions faites
avec l'Amérique ne doivent avoir leur effet
qu'après qu'on fera auffi convenu d'un
arrangement avec la France. Si les difpofi
tions du Parlement Anglois & de la Na-`
tion ont changé depuis le ravitaillement de
Gibraltar , elles peuvent revenir à l'état où
elles étoient lorfque les négociations ont
fs
( 130 )
commencé ; l'hiver peut affoiblir l'enthouſiafme
caufé par un évènement dont les fuites
paroîtront moins avantageufes , lorſqu'on
les confidérera de fang froid. Pendant l'intervalle
qui doit s'écouler , jufqu'à la campa
gne prochaine , on recevra fans doute des
nouvelles de l'Inde. Celles que les Anglois
ont publiées , ne parlent que des deux actions
des mois de Février & d'Avril , dont on
avoit déja reçu des avis , & dans lesquelles
l'avantage eft demeuré à M. de Suffren .
On apprendra vraisemblablement des nouvelles
poftérieures , qui peuvent influer fur
les arrangemens à prendre pour cette partie
du monde. En attendant , une lettre de
Bordeaux , en date du 19 du mois dernier ,
contient les détails fuivans , qui offrent
au moins des inductions très favorables
fur l'état de la guerre dans l'Inde .
-
Si la flotte de M. le Bailli de Suffren a paſſé l'hiver
aux Inles de France & de Bourbon , comme les Anglois
l'affurent , elle a pu au moment où j'écris
remettre en mer , le tems de la mouſſon ne régnant
plus. Quelques Négocians de notre Ville affurent
favoir , inftruits par leurs Correfpondans de Marfeille
, que M. le Comte de Buffy , arri ‹ é fur la côte
de Coromandel , s'eft mis auffi-tôt en route four
pénétrer dans l'intérieur de cette région , & aller
négocier avec les Nababs , Souba , & Raja de l'Indoltan.
On prétend qu'un des objets de fa miffion
eft de propofer une alliance à la Cour de Delhi :
nos Correfpondans Anglois fuppofent qu'elle doit
être préjudiciable au commerce de la Compagnie.
Suivant nos lettres de Marſeille , les 2500 hommes
aux ordres de M.Duchemin , qui eft actuellement au(
131 )
près d'Hyder. Aly- Kan , inquiètent beaucoup l'armée
Européenne de Sir Eyre Coote . Quelques- unes ajoutent
que Typoo Sahé a prié le Général François de
détacher 800 braves & intelligens foldats , pour enfeigner
à 10 régimens Indiens les détails de l'exercice
Européen. Nous attendons le retour de nos bâtimens
( expédiés en 1780 , ) vers la mi-Février. Ainfi il faut
renvoyer à cette époque le plaifir d'apprendre de
l'Inde des nouvelles authentiques . Les Anglois , pour
en recevoir , ayant des établiſſemens dans le Malabar,
à la pointe qui forme le cap Comorin , peuvent
aifément envoyer de petits floops à Ormus , & de-là
les dépêches leur font expédiées par terre : nous
n'avons pas cette facilité.
On a fu qu'une corvette du Roi avoit
mouillé dans un de nos ports , & que M.
du Chillau étoit en route pour se rendre
ici ; on a cru que c'étoit le Capitaine de
vaiffeau , & qu'il apportoit les nouvelles
des combats de l'Inde , qui font tant d'honneur
à M. de Suffren , mais ce M. du
Chilleau eft le Maréchal de - Camp , Gouverneur
de la Dominique.
La frégate marchande la Jofephine , du Havre ,
écrit-on de Nantes , vient d'arriver ici des Cayes ,
Saint-Louis , ifle Saint-Domingue , d'où elle eft partie
le 27 Septembre dernier , avec un bâtiment Impérial
& 3 de ce port ; ils ont relâché à la Havane , d'où
ils font partis le 22 Octobre ; il n'y a qu'un de
nos navires qui ait pu fuivre la Jofephi ne jufqu'à
la hauteur des Açores , où ils ont été chaflés par
une frégate Angloife : alors ils font convenus de
faire fauffe route pendant la nuit , & diffé rente l'une
de l'autre . Selon les nouvelles qu'apport ent la Joféphine
& 13 navires du convoi de Saint- Domingue ,
£ 6
( 132 )
mouillés dans cette rivière, dont 11 font de ce port
& 2 de celui de Marfeille , on faifoit au Cap tous
les préparatifs de quelque grande expédition qui
devoit avoir lieu à l'arrivée de M. de Vaudreuil
& des forces qu'on attendoit d'Europe . Il n'y avoit
à cette époque , à Saint Domingue , que 2 vaiffeaux
de ligne Efpagnols , le Scipion , de 74 canons ,
commandé par M. de Grimoard , 2 frégates & I
cutter ; & la Colonie étoit dans l'abondance de
toutes chofes «.
Il eft arrivé à St - Malo un bâtiment parlementaire
avec des prifonniers François ; il
eft arrivé de New-Yorck , & a fait la traverfée
en 28 jours. Il doit apporter des
nouvelles fraîches ; mais elles n'ont pas
encore tranfpiré. Sans doute qu'il ne s'eft
rien paffé d'intéreffant de ces côtés depuis
le départ de l'Amiral Pigot , qui en a dû
mettre à la voile pour retourner aux Ifles.
» Les dernières troupes , écrit- on de Breft , qui
devoient être embarquées , paffèrent en rade le 2
de ce mois dans l'après - midi , & le foir le coup
de partance fut tiré. Ce ne fut que le même jour
qu'arriva le Marquis de la Fayette , qui s'embarqua
fur-le- champ. Le vent ne permit pas à l'efcadre &
au convoi de partir le lendemain , comme on l'efpéroit.
Ce ne fut que le 4 à midi qu'ils appareillèrent
par un vent de S. E. Ils trouvèrent au- dehors
de la brame , du calme , & enfuite des vents de
S. O. , qui les obligèrent de venir mouiller à Berthaume
; & le même tems continuant , ils revinrent
en rade le 6. Le vent n'a changé qu'aujourd'hui 8 ,
qu'ils ont remis à la voile par un vent de N. O.
grand frais , qui nous les a bientôt fait perdre de
vue er.
Ce fut le 22 du mois dernier que M. le
Comte d'Eftaing arriva à Madrid ; le 24 il ſe
7
133
133
)
rendit à l'Efcurial , où il fut reçu par le Roi
& par toute la Cour avec les témoignages
de la plus haute eftime. Il favoit en quittant
Paris , que la paix pouvoit n'être pas
éloignée ; mais cela n'empêche pas que les
armemens ne fe continuent avec beaucoup
d'activité à Cadix , où , felon les dernières
lettres , on l'attendoit inceffamment , & où
il est peut être arrivé dans ce moment.
On dit ici , écrit- on de Dunkerque , que la
premier bâtiment qui partira pour la Delaware ;
fera chargé de porter au Sieur Gourgue , Officier
Auxiliaire de l'Aigle , qui a fait fi bonne contenance
aux deux chaloupes Angloifes , fur chacune
defquelles étoient ico réfugiés , la Croix de Saint-
Louis , & une gratification aux vingt braves qui
ont partagé fon acte de valeur. Un Officier da
même nom fit contre les Espagnols , dans la Caroline
, une expédition fanglante qui lui valut autant
de gloire , fous Henri IV , & par laquelle il
vengea la Colonie Proteftante envoyée dans l'Amérique
Septentrionale par l'Amiral Coligny, & cruellement
maffacrée par les Sujets de Philippe II «.
Parmi les mesures prifes par l'Adminiftra
tion de plufieurs Villes , pour prévenir l'indigence
& fupprimer par-là la mendicité ,
on doit diftinguer ce qui a été fait à Amiens
pour atteindre ce but.
» Cette Ville compte dass fes murs & fes fauxbourg
environ 40,000 ames . Avant 1778 , dans
ce nombre étoient compris 8000 pauvres , dont
500 mendians de profeffion. Ceux-ci infeftoient à
toute heure les églifes & les auberges. L'Evêque
l'Intendant , les Officiers Municipaux , les Curés ,
l'élite de tous les Ordres de citoyens , adoptèrent de
concert , à la fin de 1778 , un nouveau plan qui
( 134 )
.
leur étoit propofé , pour affifter tous les pauvres &
fupprimer la mendicité. On créa un Bureau général
& 15 Bureaux particuliers. Le Bureau général eft
compofé de l'élite des Citoyens , mais fans aucune
diftinction de rang : il exifte affez d'Adminiſtrateurs
dans chaque Bureau particulier pour qu'en deux heu
res tous les pauvres de la Ville foient vifités. On
fait le premier de chaque mois une quête dans les
maifons des Citoyens ; des Adminiftrateurs des Bureaux
particuliers y ajoutent le produit des quêtes
faites dans les églifes de leurs Paroiffes , des troncs ,
des fondations & legs faits en faveur des pauvres.
Le Député de chaque Bureau porte fon bordereau à
l'affemblée du Bureau général . On y fait une ſomme
totale de toutes les fommes particulières ; on y fixe
la fomme qui doit être diftribuée pendant le mois
par chaque Bureau particulier , & chaque Adminif
trateur porte de huit en huit jours , à chaque famille
pauvre , le fecours que le Bureau particulier lui
attribue. Si quelque Bureau particulier fe plaint de
la part qui lui eft accordée dans l'aumône générale ,
le Bureau général , par les Commiffaires qu'il nomme
, pour vérifier fait droit. Un tronc , placé
dans la Cathédrale , reçoit les requêtes des pauvres
qui fe plaignent de n'être point affiftés , ou de l'être
trop peu par les Bureaux. On rend de même juftice
par des Commiffaires . Les Bureaux prennent le foin
de procurer du travail aux mendians encore valides
& aux pauvres qui en manquent. On a auffi établi
une école de filature pour les petites filles ; & la Ville
dont la fubfittance dépend des Manufactures d'étoffes ,
acquiert peu à eu une branche d'induftrie qui lui
manquoit. On a détruit la plupart des prêts à la
petite femaine meurtriers pour les pauvres , en établiffant
en leur faveur , un prêt purement gratuitfur
gage. Le Bureau général rend compte tous les ans
au Public de fa recette ( qui en 1781 , montoit à:
11,546 liv. ) & de fa dépenfe par la voie de l'impreffion.
En conféquence de ces établiffemens & du
> y
( 135 )
bon ordre qui les foutient , on ne voit plus de mendians
, ni étrangers ni citoyens . La Police n'a prefque
rien à faire pour contenir les pauvres dans la
règle ; la religion & l'amour du travail reprennent
leurs droits fur leurs coeurs. Affujettis à une
vie plus uniforme & moins expofée aux excès d'une
intempérance crapuleufe , ils jouiffent d'une meilleure
fanté & font beaucoup moins mal-propres
dans leurs vêtemens & dans leurs demeures
On écrit de Marfeille , que le Capitaine
Michaelfon , commandant le brigantin
l'Anne - Marie , parti de Westerwich en
Suède , le 22 Septembre dernier , a dépofé
que fe trouvant le premier Octobre entre
Mayorque & Ivice , il a rencontré une
barque du Roi de Maroc de 16 à 18 canons
& de 100 hommes d'équipage environ
; que cette barque , qui étoit en courfe
l'a obligé de fe rendre à fon bord pour .
lui exhiber fes papiers.
» MM . les Maire , Echevins & Affeffeur de la
ville de Marseille , ayant déterminé daccorder la
fomme de 1200 livres , pour fervir de Prix à l'Ouvrage
, qui , au jugement de l'Académie des Belles-
Lettres , Sciences & Arts , préfentera le plan d'Ed -
cation le plus convenable à la conftitution de cette
Ville , l'Académie a accepté avec reconnoiffance
l'offre de MM . les Magiftrats Municipaux : & pour
concourir , autant qu'elle le peut , à des vues auffi
intéreffantes pour la patrie , elle a délibéré de joindre
au Prix propofé , la médaille d'or deftinée aux
auteurs qu'elle couronne. En conféquence , l'Académie
annonce que dans une féance publique qui
fera tenue , uniquement pour cet objet , dans le
mois de Novembre de l'année prochaine , elle adju
gera le Prix au meilleur ouvrage fur le plan d'Education
publique le plus convenable à Marseille ,
( 136 )
confidérée comme ville maritime & commerçantë.
Les ouvrages feront écrits en latin ou en françois ,
& adreffés , francs de port , an Secrétaire perpétuel
de l'Académie de Marſeille. Ils ne feront reçus que
jufqu'à la fin mois de Juillet prochain. Les auteurs
font avertis de ne pas le faire connoître , & de join--
dre , fuivant l'ufage , une devife & leur com cacheté
à leurs ouvrages «.
Le 7 Novembre , fur les 10 heures du
foir , on obferva à la Rochelle une auroreboréale
très-brillante ; elle formoit dans le
nord un arc lumineux , dont le centre étcit
fort obfcur. A 10 heures & demie , le phéno
mène difparut prefqu'entièrement , après
avoir lancé vers le Zénith des traits de lumière
qui s'étendirent à l'Oueft- nord- ouest.
Le ciel étoit affez clair une heure avant que
l'aurore boréale parût. Le ferein avoit été
très- abondant vers les 8 heures. On vit le
lendemain matin une très- forte gelée blanche
, & même de la glace de l'épaiffeur d'un
écu de fix livres ; elle fe conſerva à l'ombre
une grande partie du jour.
« Le vent de Nord-oueft , connu dans cette province
fous le nom de Miſtral , écrit-on de Salen
& de Crau en Provence , étoit fi renommé chez
les Romains par fa violence & par fa falubrité , que
l'empereur Augufte lui fit dreffer un autel. Dans le
courant de cette année il n'avoit pas régné , mais il
eft redevenu fréquent vers la fiu d'Octobre ; & un
Naturaliſte éclairé a mefuré fa violence le 30 du
mois dernier avec l'anémomètre , dont on trouve
la defcription dans le Journal de Phyfique de M.
Mongés, du mois de Janvier dernier. Le jour de l'expérience
, le vent fut fi violent , qu'il déracina des
arbres & qu'il emporta des toits . A trois heures
45 minutes de l'après - midi , dans l'inftant du plus
( 137 )
grand coup de vent , l'anémomètre démontra que
le vent frappant fur un pied quarré de furface , foulevoit
un poids de 13 livres & demie . Si cette violence
eût feulement continué quelques minutes , rien
n'auroit pa lui réfifter ; car une force dé 6 livres fuffit
, au rapport de M. Boucher , ( quand elle eft continuée
) pour arracher les arbres les plus enracinés.
Dans l'année 1779 le vent le plus fort n'a enlevé、
qu'un poids de 98 onces ; en 1780 il fut plus fort ,
mais on ne le mefura point avec l'anémomètre ; celui
du 30 Octobre dernier doit faire époque parmi les
météréologiftes : pendant qu'il fouffloit , le baromè
tre defcendit de trois lignes & demie au- deſſous de
fon état moyen « .
Nous nous empreffons d'annoncer ici
deux Gravures intéreffantes , d'après deux
tableaux de M. Moreau ; elles repréſentent 2
vues des environs de Paris , qui font pendant
; le burin qui en eft très -foigné , eſt
de Mademoiſelle Elife Saugrain , qui réunit
des talens précieux à tous les agrémens de
fon fexe ; élève de M. Moreau le jeune ,
Deffinateur & Graveur du Cabinet du Roi ,
de fon Académie de Peinture & de Sculp
ture , elle fait honneur à fon Maître ; elle
lui a fair hommage de fon premier ouvrage ,
& ces deux Eftampes lui font dédiées ( 1 ) .
» Edit du Roi , donné à Verfailles au mois de
Décembre 1782 , regiftré en Parlement le 10 du
même mois , portant création de Dix millions de
Rentes perpétuelles au denier 20˚ , fans retenue
rembourfables en 14 ans , à commencer au premier
Janvier 1784 , & dont les capitaux feront fournis ,
moitié en deniers comptans & moitié en contrats.
Le préambule de cet Edit eft de la teneur fuivante :
(1) Leur prix eft de 3 liv. ; elles fe trouvent chez M. Mo!
reau le jeune , rue du Coq St-Honoré , près le Louvre.
( 138 )
Notre intention étant de pourvoir avec la
même exactitude que par le paffé , au paiement de
toutes nos dépenfes ordinaires , de fubvenir à celles
que la guerre a rendues néceffaires , & de continuer
à remplir avec la même fidélité , les engagemens
que nous avons pris de rembourfer aux termes indiqués
, tous les Emprunts qui fost remboursables à
des époques déterminées , Nous n'avons pu nous
difpenfer d'impofer un troisième Vingtième , dont
nous avons modifié la perception & borné la durée
au tems que les circonftances l'ont permis. Nous ne
nous femmes pas diffimulé que le produit de cette
Impofition & celui des Sous pour livres dont nous
avons ordonné la levée jufqu'en 1790 , ne fuffiroient
pas aux dépenfes extraordinaires auxquelles
nous ne pourrons pas nous difpenfer de pourvoir.
Mais nous avons confidéré ces deux Impofitions
comme un accroiffement de gage , capable d'affermir
la confiance de ceux qui ont déja concouru &
qui voudront encore concourir à nous procurer les
moyens de foutenir les dépen es d'une guerre à laquelle
nous avons été forcés . C'est pour remplir
ce point de vue , & pour manifefter dès à- préfent
l'intention où nous fommes d'amortir fucceffivement
la plus grande partie des dettes de notre Etat ,
même celles coutractées avant l'époque de notre
Règne , qui ne font pas compriſes dans l'ordre des
rembourfemens , que nous nous fommes déterminés
à une création de rentes à cinq pour cent , fans rete.
nue, rembourfables , par la voie du fort , dans
laquelle nous admettrons jufqu'à concurrence de la
moitié feulement , & fur le pied du denier 25 , les
capitaux des rentes anciennes , dont les arrérages fe
payent au-deffous de cinq pour cent. Après avoir
réglé que le paiement des nouvelles rentes fera fait
à la caiffe des arrérages , nous avons déterminé les
époques du remboursement , qui fera fait fucceffivement
par la même caiffe , conformément à l'étar
annexé fous le contre-fcel de notre préfent Edit ; de
( 139 )
manière qu'en quatorze années , lefdits capitaux fe
ront entièrement amortis , fans qu'aux époques
auxquelles cefferont les Impofitions qui font le gage
principal de la préſente création , nous ayons befoin
de recourir à de nouveaux moyens , & de deftiner de
nouveaux fonds pour confommer lefdits rembourfemens
, à la libération defquels nos autres revenus
font également affectés & deftinés . Enfin four procurer
aux acquéreurs de ces nouvelles rentes , toutes
les facilités qu'ils pourront defirer., nous leur permettons
de les conftituer & de les tranfmettre par
la voie de la reconſtitution , ou de fe contenter des
quittances de finance qui lecr feront délivrées en
leur nom ou au porteur , à leur choix , lesquelles
participeront également au remboursement , & dont
les arrérages feront payés an fi qu'il fera ci- après
expliqué . Suivent is Articles , où les difpofitions
précédentes font développées « .
Fermer
Résumé : De PARIS, le 17 Décembre.
Le document du 17 décembre à Paris mentionne des rumeurs de paix entre l'Angleterre et les États-Unis, confirmées par le roi d'Angleterre. Les négociations avec les États-Unis sont conditionnées par un accord préalable avec la France. En Inde, M. de Suffren semble avoir l'avantage. Sa flotte pourrait être en mer, tandis que le comte de Buffy est en mission de négociation. Les Anglais, grâce à leurs établissements dans le Malabar, reçoivent des nouvelles plus rapidement. Une corvette royale a accosté en France avec le maréchal de camp Du Chilleau, et la frégate La Joséphine rapporte des préparatifs pour une expédition au Cap. Un bâtiment parlementaire avec des prisonniers français est arrivé à Saint-Malo depuis New York. Les dernières troupes pour l'Amérique ont quitté Brest le 8 décembre, et le comte d'Estaing est arrivé à Madrid le 22 novembre. À Paris, on espère une paix prochaine, mais les préparatifs militaires continuent à Cadix. Un officier, Gourgue, a résisté aux chaloupes anglaises et doit recevoir la Croix de Saint-Louis. À Amiens, des mesures ont été prises pour lutter contre la mendicité, réduisant ainsi le nombre de mendiants. À Marseille, un prix est offert pour le meilleur plan d'éducation. Une aurore boréale a été observée à La Rochelle le 7 novembre. En Provence, le vent de Mistral a causé des dégâts en octobre. Un édit royal de décembre 1782 crée dix millions de rentes perpétuelles pour financer les dépenses de guerre. Le document détaille également les modalités de délivrance et de gestion des titres financiers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer