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Liste
51
s. p.
PRIVILEGE DU ROY.
Début :
LOUIS par la grace de Dieu, Roy de France & de Navarre : A nos amez [...]
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résumé
52
s. p.
PRIVILEGE DU ROY.
Début :
LOUIS par la grace de Dieu, Roy de France & de Navarre : A nos amez [...]
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texteReconnaissance textuelle : PRIVILEGE DU ROY.
PRIPILEGE. IJV. Rot.
L OUIS par la grace de Dieu, Roy de
France & de Navarre: A nos amefc
&fauxConseillers les gens tenants nos
Cours de Parlements
,
Maiffre des Requêtes ordinaires de nôtre Hôtel,Grand
Conseil, Prevost de Paris, Baillifs
,
Sénéchaux
,
leurs Lieutenant Civils & autres
nos Justiciers & Officiers qu'il appartiendra, SALUT. Ayant choisi nôtretrescher, & bien amé Chapes DU fRESNY,
Sieurde Rivière, NôtreValet de Chambre ordinaire ; pour continuer de faire le
Recueil de plusieursnouvelles, Relations
& Histoires; & le faire imprimer sous le
titre de Mercure Galant
;
ilnous a tres..
humblement fait supplier dit lui vouloir accorder nos Lettres de Privilege sur ce nécessaires.ACES CAUSESNous lui avons permis & permettons, par ces
Presentes
de faire imprimer le Livre intitulé LE
MIXCOM GALANT, Contenant
plusieurs Nouvelles, Relations, Histoires&
generalemejtttout ce qui dépend dudit Livre,
& qu'on a coutume d'y mettre depuis trente
ans,en telle forme, marge,caractere
,
&
lautadt de fois quebon lui semblera
,
par tel
Imprimeur & Libraire 'l1ol"U voudra ckoiûx
& de de le faire vendre & débiter par tout
nôtre Royanme
,
pendant le temps de trois
années consecutives à compter du jour de
la datte des Presentes; filifonsddLnCes à
toutes fortes de personnes de quelque qua- lité&condition qu'elles soient d'en introduire d'ImpressionsEtrangeresenaucunlieu
de nôtre obéissance,& à tous Imprimeurs,
Libraires &Colporteurs, & tous autres de faire imprimer, vendre, & débiter
,
&
contrefaire ledit Livre, ni graver aucunes Planches servant à l'ornement d'icelui,
ni même de le donner à lire pendant ledit
temps, fous quelque prerxteque ce soit,
sans la permissionexpresse, & par écrit
dudit Exposant, ou de ceu* qui auront
-
droit de lui à peine de confiscation des
;;,..
Exemplaires contrefaits
;
de fîi rnillivres
d'amende contre chacun descontrevenants, dont untiers à l'Hôtel Dieu de Paris, un
tiers au Denonciateur, & l'autre tiers audit
Exposant, & de tous dépens dommages 8c
interests à lachargeque cesPresentes serontenregistrées tout au long sur le RegHhl" de la Communauté des Imprimeurs
& Libraires de Paris, & ce dans trois mois du jour & dated'icelles
; que l'impression
dùdltlivre sera faite dans nô-te Royaume,
& non ailleurs, & ce conformément aux
ï(cgleraens de la librairie; & qu'avant de
k'cjtpofer envcûre,ii CA fcu misdfui
plaires dans nôtre Bibliotheque F'ubriqae-;'
un dans celle de nôtre Château du Louvre,
& un dans celle de nôtre tres cher & féal
ChevalierChancelier de France, le Sieur
PHELIPEAUX, Comte de Ponchar-
(
train, Commandeur de nos Ordres
,
le tout
à
peine de nullité desdittes p
esentes, du
contenu desquelles, Vous MANDONS, &
enjoignons
de
faire jouir & user ~lediisieur
Exposant, ou ses ayant causé, pleinement
& paisiblement sans souffrir qu'il leur soit
c,m(e aucun trouble, ouempêchement.
Voulons qu'à la Copie des presentes qui
fera imprimée au commencement ,ou à la
fin dudit Livre, soit tenue pour bien
,
&
duëment signifîée, & qu'aux Copies collationnées par l'un de nos amez & seaux
Conseillers & Secretaires foy soit ajoûtée
:
comme à l'original. Commandons au Pre-
:, mier nôtre Huissierou Sergent de fairepour
l'execution des Presentestous Actes requis,
& necessaires sans autres permissions nonobstant Clameur de Haro, Chartre Normande, & Lettres à ce contraires:~CAR
tel est nôtre plaisir. DONNE' à Versailc»'
le trente uniéme jour d'Aoust, l'an de
..c
grace mil sept cens dix, & denôtre Regne
t.
le
,
soixante huit, Par le Royen son Conseil.
DEVA loi0.1LiS.
JRegftré sur It nom -j. de lttY
CtmmHmutéde* Imprimeurs & Ltf,r.irH
de Paris, page 63 nUM,136.conformement
4IIUX Reflements, & notamment à l'Arrest du 13. Aoust 1703, A pris ce 2. septembre 1710. Signé P. de Launay, Sindic.
L OUIS par la grace de Dieu, Roy de
France & de Navarre: A nos amefc
&fauxConseillers les gens tenants nos
Cours de Parlements
,
Maiffre des Requêtes ordinaires de nôtre Hôtel,Grand
Conseil, Prevost de Paris, Baillifs
,
Sénéchaux
,
leurs Lieutenant Civils & autres
nos Justiciers & Officiers qu'il appartiendra, SALUT. Ayant choisi nôtretrescher, & bien amé Chapes DU fRESNY,
Sieurde Rivière, NôtreValet de Chambre ordinaire ; pour continuer de faire le
Recueil de plusieursnouvelles, Relations
& Histoires; & le faire imprimer sous le
titre de Mercure Galant
;
ilnous a tres..
humblement fait supplier dit lui vouloir accorder nos Lettres de Privilege sur ce nécessaires.ACES CAUSESNous lui avons permis & permettons, par ces
Presentes
de faire imprimer le Livre intitulé LE
MIXCOM GALANT, Contenant
plusieurs Nouvelles, Relations, Histoires&
generalemejtttout ce qui dépend dudit Livre,
& qu'on a coutume d'y mettre depuis trente
ans,en telle forme, marge,caractere
,
&
lautadt de fois quebon lui semblera
,
par tel
Imprimeur & Libraire 'l1ol"U voudra ckoiûx
& de de le faire vendre & débiter par tout
nôtre Royanme
,
pendant le temps de trois
années consecutives à compter du jour de
la datte des Presentes; filifonsddLnCes à
toutes fortes de personnes de quelque qua- lité&condition qu'elles soient d'en introduire d'ImpressionsEtrangeresenaucunlieu
de nôtre obéissance,& à tous Imprimeurs,
Libraires &Colporteurs, & tous autres de faire imprimer, vendre, & débiter
,
&
contrefaire ledit Livre, ni graver aucunes Planches servant à l'ornement d'icelui,
ni même de le donner à lire pendant ledit
temps, fous quelque prerxteque ce soit,
sans la permissionexpresse, & par écrit
dudit Exposant, ou de ceu* qui auront
-
droit de lui à peine de confiscation des
;;,..
Exemplaires contrefaits
;
de fîi rnillivres
d'amende contre chacun descontrevenants, dont untiers à l'Hôtel Dieu de Paris, un
tiers au Denonciateur, & l'autre tiers audit
Exposant, & de tous dépens dommages 8c
interests à lachargeque cesPresentes serontenregistrées tout au long sur le RegHhl" de la Communauté des Imprimeurs
& Libraires de Paris, & ce dans trois mois du jour & dated'icelles
; que l'impression
dùdltlivre sera faite dans nô-te Royaume,
& non ailleurs, & ce conformément aux
ï(cgleraens de la librairie; & qu'avant de
k'cjtpofer envcûre,ii CA fcu misdfui
plaires dans nôtre Bibliotheque F'ubriqae-;'
un dans celle de nôtre Château du Louvre,
& un dans celle de nôtre tres cher & féal
ChevalierChancelier de France, le Sieur
PHELIPEAUX, Comte de Ponchar-
(
train, Commandeur de nos Ordres
,
le tout
à
peine de nullité desdittes p
esentes, du
contenu desquelles, Vous MANDONS, &
enjoignons
de
faire jouir & user ~lediisieur
Exposant, ou ses ayant causé, pleinement
& paisiblement sans souffrir qu'il leur soit
c,m(e aucun trouble, ouempêchement.
Voulons qu'à la Copie des presentes qui
fera imprimée au commencement ,ou à la
fin dudit Livre, soit tenue pour bien
,
&
duëment signifîée, & qu'aux Copies collationnées par l'un de nos amez & seaux
Conseillers & Secretaires foy soit ajoûtée
:
comme à l'original. Commandons au Pre-
:, mier nôtre Huissierou Sergent de fairepour
l'execution des Presentestous Actes requis,
& necessaires sans autres permissions nonobstant Clameur de Haro, Chartre Normande, & Lettres à ce contraires:~CAR
tel est nôtre plaisir. DONNE' à Versailc»'
le trente uniéme jour d'Aoust, l'an de
..c
grace mil sept cens dix, & denôtre Regne
t.
le
,
soixante huit, Par le Royen son Conseil.
DEVA loi0.1LiS.
JRegftré sur It nom -j. de lttY
CtmmHmutéde* Imprimeurs & Ltf,r.irH
de Paris, page 63 nUM,136.conformement
4IIUX Reflements, & notamment à l'Arrest du 13. Aoust 1703, A pris ce 2. septembre 1710. Signé P. de Launay, Sindic.
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Résumé : PRIVILEGE DU ROY.
Le document est un privilège royal accordé par Louis, roi de France et de Navarre, à Jean Donneau de Visé, sieur de Fresny, valet de chambre ordinaire du roi. Ce privilège autorise de Visé à imprimer et vendre un livre intitulé 'Le Mercure Galant', contenant diverses nouvelles, relations et histoires, ainsi que tout ce qui est habituellement inclus dans ce type de publication depuis trente ans. Le privilège est valable pour trois années consécutives à partir de la date du document. L'impression et la vente du livre doivent se faire en France, et des exemplaires doivent être déposés dans les bibliothèques royales et celle du chancelier. Toute contrefaçon est interdite et sera punie par la confiscation des exemplaires, des amendes et des dommages-intérêts. Le privilège a été enregistré par la communauté des imprimeurs et libraires de Paris et a été donné à Versailles le 31 août 1710.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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53
s. p.
APPROBATION.
Début :
J'ay lû par ordre de Monseigneur le Chancelier le Mercure [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J Ay
lû par ordre de Monseigneur le Chancelier le Mercure Galant du present mois
de Mars. A Paris ce 26 Mars
1712.
CA P 0 N
J Ay
lû par ordre de Monseigneur le Chancelier le Mercure Galant du present mois
de Mars. A Paris ce 26 Mars
1712.
CA P 0 N
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54
p. 97-103
Patentes Espagnoles, [titre d'après la table]
Début :
Don Phelipe por la gracia de Dios, Rey de Castillo [...]
Mots clefs :
Lettres patentes, Servicios, Honores, Castille, Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Patentes Espagnoles, [titre d'après la table]
AParis le 17. Avril 1712.
Monfieur mon Confrere en
Apollon & enThalie...
Je vous envoye enfon original Espagnol la copie qui eft
tombée entre mes mains de la
Patente de Monfieur le Duc
deVendofme. Jefçay que trop
bienque tous les gens de Lettres
font interesez à la gloire de ce
Prince,pour douterun moment
du plaifir que vous avez d'en
bonorer voftreLivre.
banan sh
D'ailleurs par vous cette
May 1712. I
& MERCURE
grande avanture
Se répandra de toures
parts ;
Et qui pouvoit mieux que
Mercure
Publier la gloire de Mars.
Jeſuis Monfieur , voftre
· DON PHELIRE por la
gracia de Dios , Rey de
Caftilla , de Leon , Ara
gon , de las des Sicilias , de
Hierufalem , de Navarra ,
de Granada , de Toledo , de
Valencia , de Galicia , de
GALANT. 99
Acalorca , de Sevilla , da
Cerdeña , de Courdova
de Corzego , de Riuxcia ,
de Jaen , de las Alganves ,
de Algecira , de Gibraltar,
de las Iis de Canaria , de
las Indias Orientales , y Occi
cidentales , Illas , " Tierra
Firme dez Mar occeano
Archiduque de Archiduque
de Auftria, Duque de Bor
goña ,deBrabanteyMilan ,
Conde de Abfpourg , da
Flandes , Tiroky Barzelow
na, Señorde Vircaya, yide
Molina, &c. Queriendoma
nifeftar à noftro Primo &
I ij
100 MERCURE
Duque de Vendoline & reconocimento que tenemos
de los feñalados fervicios ,
que nos hà echo , deſde que
le nombramos Generaliffimo de nueftras Armas yque
las manda con elte caracter
en Eſpaña, Nemos jurgado
no poderle dar pruebas mas
evidentes de nueftra entera
fatisfaccion , fi noes concediendole en nueftros Reynos ,y Eltados una calidad,
y grado proporcionado à
todo lo quecon fu relebante , yacertada conducta hà
obrado para fu conſerba,
GALANT. ror
cion ,y aun que por fugran
Sangre, tenga mui baſtante
diftincion y pueda juſtifica
damente prerender todos
los honores , yprecedencias,
que le fon debidans , noobftante para comprobar aun
con demonftraciones de
mayor luftre la fingular eftimacion que Sacemos de fu
perfona, y de fus fervicios.
Le hemos concedido , Da
mos , y concedemos por la
prefente , los honores , y
tratamento de Principe
de nueftra Sangre , querien
do, que como tal, y como
,
I
iij
19: MERCURI
de efta Clafle fea reconoci
do en todos los Reynos , y
Tierras de nueftro obediencia, y que goce de todos la
honores , precedentias, pre
rogatibas , privilegios debi
dos , y pertenecientes à tan
eminente dignidad. Manda,
do , y ordenando à todos
los que eftàt debaſo de nuef
tra authoridad , le honren ,
y reconozcan en la referida
Calidad, por queaffies nucfera voluntad. Y la prefente
fe Loërà , publicarà , yregif
trarà en todos nuestros conceffos , y Jurifdiciones fupe-
GALANT. 10g
riores para que nadie pretexte caufa de ignorancia.
En cuyo teftimonio emos
mandado defpacharla preffente , Firmada de nueftra
mano, fcellada.con nuestro
Sello fecreto , ý refrendada
de nueftro infraéfcripto Se
cretario de Eltado. Dada en
Madrid â veinte , y tres de
Março de mil ferecientas , y
doce. Firmada: Yo EL REY.
Ymas âbafo : D. Manuel de
Vadillo , y Velafco.
Monfieur mon Confrere en
Apollon & enThalie...
Je vous envoye enfon original Espagnol la copie qui eft
tombée entre mes mains de la
Patente de Monfieur le Duc
deVendofme. Jefçay que trop
bienque tous les gens de Lettres
font interesez à la gloire de ce
Prince,pour douterun moment
du plaifir que vous avez d'en
bonorer voftreLivre.
banan sh
D'ailleurs par vous cette
May 1712. I
& MERCURE
grande avanture
Se répandra de toures
parts ;
Et qui pouvoit mieux que
Mercure
Publier la gloire de Mars.
Jeſuis Monfieur , voftre
· DON PHELIRE por la
gracia de Dios , Rey de
Caftilla , de Leon , Ara
gon , de las des Sicilias , de
Hierufalem , de Navarra ,
de Granada , de Toledo , de
Valencia , de Galicia , de
GALANT. 99
Acalorca , de Sevilla , da
Cerdeña , de Courdova
de Corzego , de Riuxcia ,
de Jaen , de las Alganves ,
de Algecira , de Gibraltar,
de las Iis de Canaria , de
las Indias Orientales , y Occi
cidentales , Illas , " Tierra
Firme dez Mar occeano
Archiduque de Archiduque
de Auftria, Duque de Bor
goña ,deBrabanteyMilan ,
Conde de Abfpourg , da
Flandes , Tiroky Barzelow
na, Señorde Vircaya, yide
Molina, &c. Queriendoma
nifeftar à noftro Primo &
I ij
100 MERCURE
Duque de Vendoline & reconocimento que tenemos
de los feñalados fervicios ,
que nos hà echo , deſde que
le nombramos Generaliffimo de nueftras Armas yque
las manda con elte caracter
en Eſpaña, Nemos jurgado
no poderle dar pruebas mas
evidentes de nueftra entera
fatisfaccion , fi noes concediendole en nueftros Reynos ,y Eltados una calidad,
y grado proporcionado à
todo lo quecon fu relebante , yacertada conducta hà
obrado para fu conſerba,
GALANT. ror
cion ,y aun que por fugran
Sangre, tenga mui baſtante
diftincion y pueda juſtifica
damente prerender todos
los honores , yprecedencias,
que le fon debidans , noobftante para comprobar aun
con demonftraciones de
mayor luftre la fingular eftimacion que Sacemos de fu
perfona, y de fus fervicios.
Le hemos concedido , Da
mos , y concedemos por la
prefente , los honores , y
tratamento de Principe
de nueftra Sangre , querien
do, que como tal, y como
,
I
iij
19: MERCURI
de efta Clafle fea reconoci
do en todos los Reynos , y
Tierras de nueftro obediencia, y que goce de todos la
honores , precedentias, pre
rogatibas , privilegios debi
dos , y pertenecientes à tan
eminente dignidad. Manda,
do , y ordenando à todos
los que eftàt debaſo de nuef
tra authoridad , le honren ,
y reconozcan en la referida
Calidad, por queaffies nucfera voluntad. Y la prefente
fe Loërà , publicarà , yregif
trarà en todos nuestros conceffos , y Jurifdiciones fupe-
GALANT. 10g
riores para que nadie pretexte caufa de ignorancia.
En cuyo teftimonio emos
mandado defpacharla preffente , Firmada de nueftra
mano, fcellada.con nuestro
Sello fecreto , ý refrendada
de nueftro infraéfcripto Se
cretario de Eltado. Dada en
Madrid â veinte , y tres de
Março de mil ferecientas , y
doce. Firmada: Yo EL REY.
Ymas âbafo : D. Manuel de
Vadillo , y Velafco.
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Résumé : Patentes Espagnoles, [titre d'après la table]
Le 17 avril 1712, à Paris, un individu envoie une copie d'une patente espagnole à un confrère. Cette patente concerne le Duc de Vendôme. L'expéditeur met en avant l'intérêt des gens de lettres pour la gloire de ce prince et le plaisir que son confrère aura à honorer ce livre. La patente est signée par Don Philippe, Roi d'Espagne, qui reconnaît les services du Duc de Vendôme en tant que Généralissime de ses armées en Espagne. En récompense, le roi lui accorde les honneurs et le traitement de Prince de son Sang. Cette dignité inclut tous les honneurs, prérogatives et privilèges associés à cette éminente position. La patente doit être publiée et enregistrée dans tous les royaumes et terres sous l'obéissance du roi pour éviter toute ignorance. Elle est datée du 23 mars 1712 et signée par le roi et son secrétaire d'État, Don Manuel de Vadillo.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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55
p. 277-291
Suspension d'Armes entre la France & l'Angleterre.
Début :
Comme il y a lieu d'esperer un heureux succés [...]
Mots clefs :
Suspension d'armes, France, Angleterre, Conférences d'Utrecht, Négociations de paix internationales, Guerre anglo-française, Armes, Traité de paix, Grande-Bretagne, Reine de Grande-Bretagne, Troupes, Espagne, Garnisons, Ratifications
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suspension d'Armes entre la France & l'Angleterre.
jpension d*Armes
entrelaFrance &
>
l'Angleterre. cOmme il y a
lieu d'esperer un heureux succés des Conférences établies
à Ucrecht par les foins de
leurs Majestez Très-Chrétienne & Britannique, pour
le rétablissement de la Paix
generale
,
& qu'elles ont
jugé necessaire de prévenir
tous les évenemens de guerre
,
capables de troubler
l'étatoù la négociation se
trouve presentement;leursdites Majestez, attentives
au bon heur de la Chrétienté, sont convenuës d'une
suspension d'armes, comme
du moyen le plus sur pour
parvenir au bien général
qu'Elles fc proposent. Et
quoy que jusqu'à present
Sa Majesté Britannique
,
nait pû persuader ses Alliez
d'entrer dans ces mêmes
sentimens
,
le refus qu'ils
font de les suivre n'estanc
pas une raisonsuffisante
pour empescher Sa Majesté
Très
-
Chrétienne de mar-
quer par des preuves cffectives, le desitqu'Elle a
de
rétablir au plutôt une parfaire amitié, & une sincere
correspondance entre Elle
& la Reine de la GrandeBretagne, les Royaumes,
Etats & Sujets de L L. MM.
Saditc Majesté Trés-Chrétienne après avoir confié
aux troupes Angloises la
garde des Ville, Citadelle,
!& Forts de Dunkerque,,
pour marque de sa bonne
foy, consent & promet,
comme la Reine de la Grande-Bretagne promet aussi
de sa part.
I
Qu'il y aura suspension
générale de routes entreprises & faits d'armes, & generalement de tous Actes
d'hostilitez entre les Armées,
Troupes, Flotes
,
Escadres
& Navires de leurs Majestez
Très-Chrétienne & Britannique, pendant le terme
de quatre mois, à commencer du vingt-deuxième du
present mois d'Aoust, jusqu'au vingt
-
deuxième du
mois de Décembre pro- -chain..)
II.
<
*
*
La même
V
suspension fera
établie entre les garnisons,
& gens de guerre, que leurs
Majestez tiennent pour la
deffense & garde de leurs
Places, dans tous les lieux
où leurs armes agissent, ou
peuventagir, tant par Terre
que par Mcr,o-U autres eaux:
en forte que s'il arrivoit quc pendant le temps de la suspension, on y contrevint
de part ou d'autre
,
par
la prise d'une ou plusieurs
Places, soit par attaque
,
surprise
,
ou intelligence se.
crette
,
en quelque endroit
du monde que ce fut,qu'on
fit des prisonniers ou quelques autres actes d'hostilité,
par quelque accident imprévû30 de. la nature de ceux
quon ne peut prévenir,
contraires àla presente cessation d'Armes;cette conavention se réparera de
part & d'autre, de bonne
soy, sans delay, ni difficulté,
restituant sans aucune diminution, ce qui aura esté pris,
& mettant les prisonniers
en liberté, sans demander
aucune chose pour leur ran
çon, ni pour leur dépense.
III.
Pour prévenir pareillement
tous sujets de plaintes, &
contestations quipourroient
naistre à l'occasion des Vaisseaux
,
Marchandises
,
ou
autres effets qui seroient pris
J. par Mer,pendant le temps
de la suspension, on est
convenu réciproquement
»
que lesdits Vaisseaux
,
Marl, chandifes & effets qui seroient pris dans laManche,
& dans les Mers du Nord,
après l'espace de douze
jours, à compter depuis la
signarure dela susditeSuspension
,
feront de part &
d'autres restituez réciproquement.
Que le terme fera de six
semaines pour les prises faites depuis la Manche, les
Mers Britanniques & les
Mers du Nord, jusqu'au
Cap Saint Vincent.
-
Et pareillement de six
semaines, depuis &au-delà
de ce Cap jusqu'à la Ligne,
fpiidana-,j}'Ocean) foit dans
la Mer Méditerranée.
Enfin de six mois au- delà de la Ligne, & dans tous
les autres endroits du mon
de, sans aucune exception
ny autre diflinâtoti plus
particulière de temps & de
lieu.
¿
IV.
Comme la même Suspension fera observée entre les
Royaumes déjà GrandeBretagne & d'Espagne
;
Sa
Majesté Britannique promet
qn'aucun de ses Navires de
guerre ou Marchands,Bar-
,
ques ou autres Bastiments
,
appartenans à Sa Majesté
Britannique ou à ses Sujets,
ne seront désormais employez à transporter, ou
convoyer en Portugal, en
Catalogne, ny dans aucun
des lieux où la guerre sesait
presentement,des Troupes,
Chevaux, Armes,Habits,
& en general toutes munitions de Guerre & de bouche.
V.
Toutesfois il fera libre à
Sa Majesté Britannique, de
faire transporter des Troupes,
des munitions de guerre & de bouche, & autres
provisions dans les Placesde
Gilbraltar, & de Port- Mahon,actuellement occupées
par ses Armes, & dont la
possession luy doit demeurer
par le Traité de Paix qui
interviendra, comme aussi
de retirer d'Espagne le?
troupes Angloises & generalement tous les effets qui
luy appartiennent dans ce
Royaume, soit pour les
faire passer dans l'Isle de
Minorque, soit pour lescon-
duire dans la Grande Bretagne
,
sans que lesdits transports soient fenfez contrairesà la su spension.
VI.
:
1
La Reine de la GrandeBretagne pourra pareillement sans y
contrevenir
prester ses Vaisseaux, pour
transporter en Portugalles
Troupes de cette Nation,
qui sont actuellement en
Catalogne
,
& pour transporter en Italie les Troupes j
Allemandes qui. sont aussi
dans
dans la même Province.
VII.
Immédiatement aprèsque
le present Traité de Suspension aura esté declaré en
Espagne, le Roy se fait sort
que le blocus de Gibraltar
fera levée, & que la garnison
Angloisesaussi bien que les
Marchands qui se trouveront dans cette Place, pourront en toute liberté vivre,
traiter & négocier avec les
Espagnols.
vm.
Les ratifications du prenne Traité se ront échangées de parer d'autre dans
je terme de quinze jours,
ou plustost si faire se peut.
ENFOYde quoy,&en
vertu de ces Ordres & pou.
voirs queNous soussignez
avons reçu du Roy TrèsChrétien & de la Reinede
la Grande-Bretagne
,
ryx
Maistre & Maistresse, avons
signé les presentes & y
avonsfait apposer les Sceaux
de nos Armes. Fait à Paris
le dixneuvième Aoust mil
;
sep cent douze.
(L. S.) COLBERT DETORCY.
! (L. S. ) BOLINGBROkE.
entrelaFrance &
>
l'Angleterre. cOmme il y a
lieu d'esperer un heureux succés des Conférences établies
à Ucrecht par les foins de
leurs Majestez Très-Chrétienne & Britannique, pour
le rétablissement de la Paix
generale
,
& qu'elles ont
jugé necessaire de prévenir
tous les évenemens de guerre
,
capables de troubler
l'étatoù la négociation se
trouve presentement;leursdites Majestez, attentives
au bon heur de la Chrétienté, sont convenuës d'une
suspension d'armes, comme
du moyen le plus sur pour
parvenir au bien général
qu'Elles fc proposent. Et
quoy que jusqu'à present
Sa Majesté Britannique
,
nait pû persuader ses Alliez
d'entrer dans ces mêmes
sentimens
,
le refus qu'ils
font de les suivre n'estanc
pas une raisonsuffisante
pour empescher Sa Majesté
Très
-
Chrétienne de mar-
quer par des preuves cffectives, le desitqu'Elle a
de
rétablir au plutôt une parfaire amitié, & une sincere
correspondance entre Elle
& la Reine de la GrandeBretagne, les Royaumes,
Etats & Sujets de L L. MM.
Saditc Majesté Trés-Chrétienne après avoir confié
aux troupes Angloises la
garde des Ville, Citadelle,
!& Forts de Dunkerque,,
pour marque de sa bonne
foy, consent & promet,
comme la Reine de la Grande-Bretagne promet aussi
de sa part.
I
Qu'il y aura suspension
générale de routes entreprises & faits d'armes, & generalement de tous Actes
d'hostilitez entre les Armées,
Troupes, Flotes
,
Escadres
& Navires de leurs Majestez
Très-Chrétienne & Britannique, pendant le terme
de quatre mois, à commencer du vingt-deuxième du
present mois d'Aoust, jusqu'au vingt
-
deuxième du
mois de Décembre pro- -chain..)
II.
<
*
*
La même
V
suspension fera
établie entre les garnisons,
& gens de guerre, que leurs
Majestez tiennent pour la
deffense & garde de leurs
Places, dans tous les lieux
où leurs armes agissent, ou
peuventagir, tant par Terre
que par Mcr,o-U autres eaux:
en forte que s'il arrivoit quc pendant le temps de la suspension, on y contrevint
de part ou d'autre
,
par
la prise d'une ou plusieurs
Places, soit par attaque
,
surprise
,
ou intelligence se.
crette
,
en quelque endroit
du monde que ce fut,qu'on
fit des prisonniers ou quelques autres actes d'hostilité,
par quelque accident imprévû30 de. la nature de ceux
quon ne peut prévenir,
contraires àla presente cessation d'Armes;cette conavention se réparera de
part & d'autre, de bonne
soy, sans delay, ni difficulté,
restituant sans aucune diminution, ce qui aura esté pris,
& mettant les prisonniers
en liberté, sans demander
aucune chose pour leur ran
çon, ni pour leur dépense.
III.
Pour prévenir pareillement
tous sujets de plaintes, &
contestations quipourroient
naistre à l'occasion des Vaisseaux
,
Marchandises
,
ou
autres effets qui seroient pris
J. par Mer,pendant le temps
de la suspension, on est
convenu réciproquement
»
que lesdits Vaisseaux
,
Marl, chandifes & effets qui seroient pris dans laManche,
& dans les Mers du Nord,
après l'espace de douze
jours, à compter depuis la
signarure dela susditeSuspension
,
feront de part &
d'autres restituez réciproquement.
Que le terme fera de six
semaines pour les prises faites depuis la Manche, les
Mers Britanniques & les
Mers du Nord, jusqu'au
Cap Saint Vincent.
-
Et pareillement de six
semaines, depuis &au-delà
de ce Cap jusqu'à la Ligne,
fpiidana-,j}'Ocean) foit dans
la Mer Méditerranée.
Enfin de six mois au- delà de la Ligne, & dans tous
les autres endroits du mon
de, sans aucune exception
ny autre diflinâtoti plus
particulière de temps & de
lieu.
¿
IV.
Comme la même Suspension fera observée entre les
Royaumes déjà GrandeBretagne & d'Espagne
;
Sa
Majesté Britannique promet
qn'aucun de ses Navires de
guerre ou Marchands,Bar-
,
ques ou autres Bastiments
,
appartenans à Sa Majesté
Britannique ou à ses Sujets,
ne seront désormais employez à transporter, ou
convoyer en Portugal, en
Catalogne, ny dans aucun
des lieux où la guerre sesait
presentement,des Troupes,
Chevaux, Armes,Habits,
& en general toutes munitions de Guerre & de bouche.
V.
Toutesfois il fera libre à
Sa Majesté Britannique, de
faire transporter des Troupes,
des munitions de guerre & de bouche, & autres
provisions dans les Placesde
Gilbraltar, & de Port- Mahon,actuellement occupées
par ses Armes, & dont la
possession luy doit demeurer
par le Traité de Paix qui
interviendra, comme aussi
de retirer d'Espagne le?
troupes Angloises & generalement tous les effets qui
luy appartiennent dans ce
Royaume, soit pour les
faire passer dans l'Isle de
Minorque, soit pour lescon-
duire dans la Grande Bretagne
,
sans que lesdits transports soient fenfez contrairesà la su spension.
VI.
:
1
La Reine de la GrandeBretagne pourra pareillement sans y
contrevenir
prester ses Vaisseaux, pour
transporter en Portugalles
Troupes de cette Nation,
qui sont actuellement en
Catalogne
,
& pour transporter en Italie les Troupes j
Allemandes qui. sont aussi
dans
dans la même Province.
VII.
Immédiatement aprèsque
le present Traité de Suspension aura esté declaré en
Espagne, le Roy se fait sort
que le blocus de Gibraltar
fera levée, & que la garnison
Angloisesaussi bien que les
Marchands qui se trouveront dans cette Place, pourront en toute liberté vivre,
traiter & négocier avec les
Espagnols.
vm.
Les ratifications du prenne Traité se ront échangées de parer d'autre dans
je terme de quinze jours,
ou plustost si faire se peut.
ENFOYde quoy,&en
vertu de ces Ordres & pou.
voirs queNous soussignez
avons reçu du Roy TrèsChrétien & de la Reinede
la Grande-Bretagne
,
ryx
Maistre & Maistresse, avons
signé les presentes & y
avonsfait apposer les Sceaux
de nos Armes. Fait à Paris
le dixneuvième Aoust mil
;
sep cent douze.
(L. S.) COLBERT DETORCY.
! (L. S. ) BOLINGBROkE.
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Résumé : Suspension d'Armes entre la France & l'Angleterre.
Le document est une convention de suspension d'armes entre la France et l'Angleterre, motivée par l'espoir d'un succès des conférences de paix à Utrecht et par le désir de prévenir les événements de guerre qui pourraient perturber les négociations. Les deux majestés, attentives au bien de la chrétienté, ont convenu de cette suspension comme moyen de parvenir à la paix générale. La suspension d'armes est effective pendant quatre mois, du 22 août au 22 décembre. Elle concerne toutes les hostilités entre les armées, troupes, flottes et navires des deux nations. En cas de violation, les parties doivent restituer ce qui a été pris et libérer les prisonniers sans rançon. Pour les prises en mer, les vaisseaux, marchandises et autres effets doivent être restitués réciproquement après des délais spécifiques selon les zones géographiques. La suspension est également observée entre la Grande-Bretagne et l'Espagne. La Grande-Bretagne s'engage à ne pas transporter des troupes ou des munitions de guerre vers les lieux où la guerre sévit actuellement, sauf pour Gibraltar, Minorque et Port-Mahon. Les ratifications du traité doivent être échangées dans un délai de quinze jours. Le document est signé à Paris le 19 août 1712 par Colbert de Torcy pour la France et Bolingbroke pour l'Angleterre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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56
p. 251-265
Traité de Suspension d'Armes entre la France & l'Angleterre.
Début :
Comme il y a lieu d'esperere un heureux succes [...]
Mots clefs :
Traite, Suspension d'armes, Actes d'hostilité, Garnisons, Gens de guerre, Vaisseaux, Marchandises, Reine de la grande Bretagne, Ratifications
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texteReconnaissance textuelle : Traité de Suspension d'Armes entre la France & l'Angleterre.
Traite de Suspensionà'Armes
entre i. France (p* l'Aiu
gleterre*
Ommc il ya
lieu d'er.
perere un heureux
succes des Conférences établies à Urechr par les soins
de leurs M. T.Chrétienne
& Britannique pour lerérablissement de la Paix generale
,
& quelles ont jugé
necessaire de prévenir tous
les évenemens de Guerre,capables de troubler l'état ou.
la Négociation le trouve
prefentemenc ;
- leurdités
Majestez,atrentives au bonheur de la Chrétienté, font
convenues d'une Suspension
d'armes, comme du moyen
le plus sûrpourparvenir au
bien général qu'Elles se pro..
posent. Et quoique jusqua
present Sa Majesté Britannique, n'ait pu persuader
ses Alliez d'entier dans ces
mêmes sentimens, le refus
qu'ils font de les suivre n'étant pas uneraisonsuffisante pour empêcher Sa Maje«
(té Trés-Chrétienne de mar-
quer par des preuves effecti-
,
ves, le désir qu'Elle a
de rétablir au plutôt une parfaite
amitié, & une sincere correspondance entre Elle &la
Reine de la Grande Bretagne, les Royaumes, Etats
&Sujetsdeleurs Majeftez.
Sadite-Majesté Trçs Chrétienne après avoir confié aux
Troupes Angloises la garde
des Ville,Citadelle&Forts
de Dunkerque
,
pour marque de sa bonne foy, consent & promet, comme la
Reine de la Grande BretaI
gne promet aussi de sa parc.
I.
Qu'il y aura uneSuspension generale de
- toutes eiv
treprises & faits d'Armes,
& generalement de tous
a£tes d'hostlitez entre les ,-
Armées, Troupes, FJotcs,
Escadres& Navires de leurs
Majestez Très-Chrétienne
& Britannique, pendant le
terme de quatre mois, à
commencer du vingt deuxième du present mois
d'Aoust, jusqu'au vingtdeuxiéme du mois de Decembre prochain.
IL
LamêmeSuspension fera
établie entre les garnisons&
Gens de Guerre,que leursM.
tiennent pour la défense &
garde de leurs Places, dans
tousles Lieux où leurs Armes agissent, ou peuvent
agir, tant par Terre que par
Mer, ou autres Eaux, en
forte que s'il arrivoit que
pendant le tems de la Suspension,on y
contrevint de
part ou d'autre, par la prise
d'une ou de plusieurs Places,
soit par attaque, surprise,
ou intelligence iccreie, en.
quelque endroit du monde
que ce fust, qu'on fist des
Prisonniers, ou quelques
autres Actesd'hostilité,par
quelque accident imprévû
dé la nature de ceuxqu'on
ne peut prévenir
,
contraires à la presenteCessation
d'armes, cette contravention se reparera de part &
d'autre, de bonne foy, sans
délay ni difficulté, icftituant sans aucune diminution, ce qui aura été pris, &
mettant les Prisonniers en
liberté,
liberté, sans demander aucune chose pour leur rançon, ni pourleur dépense.
III,
Pour prévenir pareillement tous sujets de plaintes
& contractionsqui pourroient naîstre à l'occasion
des' Vaisseaux, Marchandises,puautreseffets qui se-
,
, , stoient pris parMer, T pendant le tems de laSuspension voiv est convenu reciptoquehrerrr qtiè;: lefdite
"yài-ffcauxV Marchandises &£
effets qui seroient pris dans
la Manche, & dans les Mers
du Nord, après l'espace de
douze jours, a compter depuis la signature de la susdite Suspension,seront de part
& d'autre restituez réciproquement.
Que le terme fera desix
semaines pour les prisesfaites depuis la Manche, les
Mers Britanniques, & les
Mers du Nord, jusqu'au
CapSaint Vincent.
Et pareillement de six lèmaines,depuis & au- delà de
~c Capjusqu'àlaLigne
>
foie
dans l'Ocean, soit dans la
Mer Méditerranée.
Enfin, de six mois au<
delà de la Ligne, & dans
tous les auttes endroits du
monde, sansaucuneexception ni autre distinction
plus particulière de temps
& delieu.
IV.
Comme lamêmeSuspension fera observée entre
les Royaumes de la Grande
Bretagne & d'Espagne; Sa
MajestéBritanniquepromet
qu'aucun de ses Navires de
Guerre ou Marchands, Barques ou autres Bastimens appartenais à Sa Majesté Britannique ou àses Sujets, ne
feront desormais employez
à transporterou envoyer en
Portugal, en Catalogne, ni
dans aucun des lieux où la
Guerre se fait presentement
des Troupes, Chevaux, Armes, Habits, lX en general
routes munitions de guerre
:&de bouche.
.< V.
: ',',Toutefois il sera libre à
Sa Majesté Britannique, de
faire transporter des Troupes, des munitions de guerre & de bouche, & autres
provisions dans les Places de
Gibraltar, & dePort-Mahon, actuellement occupées par ses Armes,&donc
la possessionluidoitdemeurer par le Traitéde Paix qui
interviendra, comme aussi
de retirer d'Espagne les
Troupes Angloises
,
& gçneralement tous les
e
ffets
qui luy appartiennent dans
ce Royaume, soit pour les
faire passer dans ilflcde Mi-
norque, soit pour les conduire dans la Grande Bretagne, sans que lefdicsTransports soient censez contraires à la Suspension.
Vl.
La Reine de la Grande
Bretagne pourra pareillement sans y
contrevenir,
prêcer ses Vaisseaux pour
transporrer en Portugal les
Troupes de cette Nation
qui font actuellement en
Catalogne, & pour [rane.
porter en Italie les Troupes
Allemandes qui sont aussi
dansla même Province.
VIL
Immédiatement après que
le present Traire de Suspension aura été déclaré en
Espagne, le Roy se fait
fort que le blocus de Gibraltar fera levé, & que la Garnison Angloise aussi- bien
que les Marchandsqui Ce
trouveront dans cette Place,
pourront en toute liberté
vivre, traiter & négocier
fLYcc les Espagnols.
,
VIII.
Les Ratifications du present. Traité seront échangées de part& d'autre dans
le terme de quinze jours,
pq plûtôt si fairese peut.
Enfoydequoy, &en
vertu des Ordres & pouvoirs
que Nous soussignez avons reçûduRoyTrés-Ghréticn,
& delàl^èine delaGrande
Bretagne, nos1 Maître&
Presentes, Maîtresse, apposeslesavons &'Sc^aux^ yavons ligné détiefcles Armes,
stïc
Armes. Fait à Paris le dixneuviéme Aoust mil sept
cens douze.
(L.S.)COLBERT DE TORCY.
(L.S.) BOLINGBROKE
entre i. France (p* l'Aiu
gleterre*
Ommc il ya
lieu d'er.
perere un heureux
succes des Conférences établies à Urechr par les soins
de leurs M. T.Chrétienne
& Britannique pour lerérablissement de la Paix generale
,
& quelles ont jugé
necessaire de prévenir tous
les évenemens de Guerre,capables de troubler l'état ou.
la Négociation le trouve
prefentemenc ;
- leurdités
Majestez,atrentives au bonheur de la Chrétienté, font
convenues d'une Suspension
d'armes, comme du moyen
le plus sûrpourparvenir au
bien général qu'Elles se pro..
posent. Et quoique jusqua
present Sa Majesté Britannique, n'ait pu persuader
ses Alliez d'entier dans ces
mêmes sentimens, le refus
qu'ils font de les suivre n'étant pas uneraisonsuffisante pour empêcher Sa Maje«
(té Trés-Chrétienne de mar-
quer par des preuves effecti-
,
ves, le désir qu'Elle a
de rétablir au plutôt une parfaite
amitié, & une sincere correspondance entre Elle &la
Reine de la Grande Bretagne, les Royaumes, Etats
&Sujetsdeleurs Majeftez.
Sadite-Majesté Trçs Chrétienne après avoir confié aux
Troupes Angloises la garde
des Ville,Citadelle&Forts
de Dunkerque
,
pour marque de sa bonne foy, consent & promet, comme la
Reine de la Grande BretaI
gne promet aussi de sa parc.
I.
Qu'il y aura uneSuspension generale de
- toutes eiv
treprises & faits d'Armes,
& generalement de tous
a£tes d'hostlitez entre les ,-
Armées, Troupes, FJotcs,
Escadres& Navires de leurs
Majestez Très-Chrétienne
& Britannique, pendant le
terme de quatre mois, à
commencer du vingt deuxième du present mois
d'Aoust, jusqu'au vingtdeuxiéme du mois de Decembre prochain.
IL
LamêmeSuspension fera
établie entre les garnisons&
Gens de Guerre,que leursM.
tiennent pour la défense &
garde de leurs Places, dans
tousles Lieux où leurs Armes agissent, ou peuvent
agir, tant par Terre que par
Mer, ou autres Eaux, en
forte que s'il arrivoit que
pendant le tems de la Suspension,on y
contrevint de
part ou d'autre, par la prise
d'une ou de plusieurs Places,
soit par attaque, surprise,
ou intelligence iccreie, en.
quelque endroit du monde
que ce fust, qu'on fist des
Prisonniers, ou quelques
autres Actesd'hostilité,par
quelque accident imprévû
dé la nature de ceuxqu'on
ne peut prévenir
,
contraires à la presenteCessation
d'armes, cette contravention se reparera de part &
d'autre, de bonne foy, sans
délay ni difficulté, icftituant sans aucune diminution, ce qui aura été pris, &
mettant les Prisonniers en
liberté,
liberté, sans demander aucune chose pour leur rançon, ni pourleur dépense.
III,
Pour prévenir pareillement tous sujets de plaintes
& contractionsqui pourroient naîstre à l'occasion
des' Vaisseaux, Marchandises,puautreseffets qui se-
,
, , stoient pris parMer, T pendant le tems de laSuspension voiv est convenu reciptoquehrerrr qtiè;: lefdite
"yài-ffcauxV Marchandises &£
effets qui seroient pris dans
la Manche, & dans les Mers
du Nord, après l'espace de
douze jours, a compter depuis la signature de la susdite Suspension,seront de part
& d'autre restituez réciproquement.
Que le terme fera desix
semaines pour les prisesfaites depuis la Manche, les
Mers Britanniques, & les
Mers du Nord, jusqu'au
CapSaint Vincent.
Et pareillement de six lèmaines,depuis & au- delà de
~c Capjusqu'àlaLigne
>
foie
dans l'Ocean, soit dans la
Mer Méditerranée.
Enfin, de six mois au<
delà de la Ligne, & dans
tous les auttes endroits du
monde, sansaucuneexception ni autre distinction
plus particulière de temps
& delieu.
IV.
Comme lamêmeSuspension fera observée entre
les Royaumes de la Grande
Bretagne & d'Espagne; Sa
MajestéBritanniquepromet
qu'aucun de ses Navires de
Guerre ou Marchands, Barques ou autres Bastimens appartenais à Sa Majesté Britannique ou àses Sujets, ne
feront desormais employez
à transporterou envoyer en
Portugal, en Catalogne, ni
dans aucun des lieux où la
Guerre se fait presentement
des Troupes, Chevaux, Armes, Habits, lX en general
routes munitions de guerre
:&de bouche.
.< V.
: ',',Toutefois il sera libre à
Sa Majesté Britannique, de
faire transporter des Troupes, des munitions de guerre & de bouche, & autres
provisions dans les Places de
Gibraltar, & dePort-Mahon, actuellement occupées par ses Armes,&donc
la possessionluidoitdemeurer par le Traitéde Paix qui
interviendra, comme aussi
de retirer d'Espagne les
Troupes Angloises
,
& gçneralement tous les
e
ffets
qui luy appartiennent dans
ce Royaume, soit pour les
faire passer dans ilflcde Mi-
norque, soit pour les conduire dans la Grande Bretagne, sans que lefdicsTransports soient censez contraires à la Suspension.
Vl.
La Reine de la Grande
Bretagne pourra pareillement sans y
contrevenir,
prêcer ses Vaisseaux pour
transporrer en Portugal les
Troupes de cette Nation
qui font actuellement en
Catalogne, & pour [rane.
porter en Italie les Troupes
Allemandes qui sont aussi
dansla même Province.
VIL
Immédiatement après que
le present Traire de Suspension aura été déclaré en
Espagne, le Roy se fait
fort que le blocus de Gibraltar fera levé, & que la Garnison Angloise aussi- bien
que les Marchandsqui Ce
trouveront dans cette Place,
pourront en toute liberté
vivre, traiter & négocier
fLYcc les Espagnols.
,
VIII.
Les Ratifications du present. Traité seront échangées de part& d'autre dans
le terme de quinze jours,
pq plûtôt si fairese peut.
Enfoydequoy, &en
vertu des Ordres & pouvoirs
que Nous soussignez avons reçûduRoyTrés-Ghréticn,
& delàl^èine delaGrande
Bretagne, nos1 Maître&
Presentes, Maîtresse, apposeslesavons &'Sc^aux^ yavons ligné détiefcles Armes,
stïc
Armes. Fait à Paris le dixneuviéme Aoust mil sept
cens douze.
(L.S.)COLBERT DE TORCY.
(L.S.) BOLINGBROKE
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Résumé : Traité de Suspension d'Armes entre la France & l'Angleterre.
Le traité de suspension d'armes entre la France et la Grande-Bretagne, signé à Paris le 19 août 1712, a pour objectif de rétablir la paix générale après les conférences de Utrecht. Les monarques des deux nations, la Majesté Très-Chrétienne et la Reine de Grande-Bretagne, ont convenu de suspendre les hostilités pour faciliter les négociations en cours. Cette suspension d'armes est en vigueur du 22 août au 22 décembre 1712 et s'applique à toutes les actions militaires entre les armées, troupes, forts, escadres et navires des deux pays. En cas de violation de cet accord, les parties s'engagent à réparer les dommages de bonne foi, sans délai ni difficulté. Le traité stipule également la restitution des vaisseaux, marchandises et effets capturés en mer, avec des délais de restitution variant de douze jours à six mois, selon la localisation. De plus, la suspension d'armes est également observée entre la Grande-Bretagne et l'Espagne, avec des clauses spécifiques concernant le transport de troupes et de munitions. Les ratifications du traité doivent être échangées dans un délai de quinze jours. Le document est signé par Colbert de Torcy pour la France et Bolingbroke pour la Grande-Bretagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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57
p. 273-286
RENONCIATION de Monseigneur le Duc d'Orleans, à la Couronne d'Espagne.
Début :
Philippe petit fils de France, Duc d'Orleans, de Valois, de Chartres [...]
Mots clefs :
Neveu, Renonciation, Couronne, Philippe, Espagne, Catholique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RENONCIATION de Monseigneur le Duc d'Orleans, à la Couronne d'Espagne.
RENONCIATION
de Monseigneur le Duc
d'Orléans
3
à la Couronne
d'Espagne.
Philippepetit fils de
France, Duc d'Orléans,
de Valois, de Chartres &
de Nemours ; à tous Rois,
Princes, Republiques
,
Potentats,& Communautez,
Faisons sçavoir par
ces Presentes, que la
crainte de l'union desCouronnes
de France & d'Espagne
ayant cite le principal
motif de la guerre, &
les autres Puissances de
l'Europe ayant tousjours
apprehendé, ne fussent sur
une mesme teste, on a posé
pour fondement de la
Paix que l'on traitte presentement,&
qu'on espere
cimenter de plus en plus
pour le repos de tant d'Estats
qui se sont saçrifïez
comme autant de victimes
pour soppofer au péril
dont ils se croyoientmenacez
,
qu'il falloit establir
une espece d'égalité & d'équilibre
entre les Princes
qui estoient en dispute.
Que dans la veuë d'establir
cette égalité la Reine
de la Grande Bretagne a
proposé, & sur ses instancesil
aesté convenu par
le Roy nostre très honoré
Seigneur & oncle, & par
le Roy Catholique nostre
cher neveu, que pour éviter
en quelque temps que
ce soit l'union des Couronnes
Lfpao,,ne & de France,
il seroit fait des renonciations
reci proques
,
ravoir
par le Roy Catholique
Philippe V. nostre neveu
pour lui &pour tous ses de-fcendants
à la succession de
laCourone de France,commeaussipar
leDuc de Berri
nostre cher neveu,& par
nous pour tous nos descendants
à la Couronne
d'Espagne
,
à condition
auni que la Maison d'Austriche
ni aucun de ses deI:
cendants ne pourront facceder
à la Couronne d'Espagne
par cette maison
mesme qui sans l'union de
l'Empire seroit formidable
, si elle a joustoit une
nouvelle puissance à ses
anciens Domaines; pour
arriver à la fin qu'on
se propose
,
&: au moyen
de ce que sa Majesté Catholique
a de sa parc fait
par sa renonciation le J.
du présent lTIois, nous
consentons qu'au défaut
de Philippe V. nostre Neveu
&de ses descendants,
la Couronne d'Espagne
passe à la Maisondu Duc
de Savoye ; dont tous les
droits sont clairs & comme
d'autant qu'il descend
de l'Infante Catherine
Fillede Philippe II. & desirant
de nostrecosté concourir
à la glorieuse fin
qu'on se propose derestablir
la tranquillité publique,
à prévenir les craintes
que pourroient causer
les droits de nostre naissance
, ou tous autres qui
pourroient nous appartenir
, nous avons resolu de
faire ce desistement & cette
renonciation de tous
nos droits, pour nous&
pour nos successeurs ôc
descendants
, nous decla,.
rons & nous tenons dès
à present nous, nos enfans,
descendants pour exclus
& inhabilles absolument
& à jamais
,
de toute
action & tout droit à la
Couronne d'Espagne ;
nous voulons ôc consentons
pour nous & nos descendants,
que dés maintenant
& pour tousjours, on
nous tienne, nous & les
nostres pour exclus Be. inhabile
en quelque degré
que nous nous trouvions,
& de quelque maniéré
que la succession puisse arriver
à nostre ligne;nous,
ni nos déscendants ne devons
plus estre considerez
comme ayans aucun
fondement de representation
active ou passive, ou
faifanr une continuation
de ligne effective ou contentieuse
de substance
fang , ou qualité, ni tirer
droit de nostre descendance
de la Reine Anne
d'Austriche nostre très honorée
norée Dame& ayeule,ni
des glorieux Roys ses Ancestres
j au contraire, nous
ratifions la renonciation
que ladite Dame Reine
Anne a faite,& toutes les
clauses que les Rois Philippe
111. & Philippe IV.
ont inserées dans leurs testaments
; nous renonçons
pareillement à tous les
droits qui nous peuvent
appartenir, & ànos enfans
& descendants, &en vertu
de la déclaration faite à
Madridlevingt neuviéme
Octobre 1703. par Philippe
V. Roy d'Espagne nostre
neveu , & quelque
droic qui nous puisse appartenir
pour nous & nos
descendants
, nous nous
en desistons
, & y renonçons
pour nous & pour
eux, nous renonçons absolument
& en particulier
à la lesion évidente, énorme
& très énorme qui se
peut trouver en la renonciation
à lasuccession de
ladite Couronne d'Espagne,
& voulons qu'aucuns
desdits moyens ne nous
fervent ni puissent nous
valoir, & que tous ce prétexte
nous voulions nous
emparer dudit Royaume
d'Espagne à force d'armes,
la guerre que nous ferions
& exceuterions, foit tenue
pour injuste, illicite &induement
entreprise
,
ôc
qu'au contraire celle que
nous feroit celuy qui en
vertu de cette renonciation
auroit droit de succeder
à la Couronne d'Esagne
,
foit teuë pour permise
ôc juste ôcc.
Et pour plus grande sureté
de c que nous disons
& promettons au nom de
nos sccesseurs & descendants,
nous juronssolemnellement
sur les saints Evangiles
contenus en ce
Missel sur lequelnousmettonsla
main droite, que
nous le garderons , maintiendrons,&
accomplirons
en tout & par tout, & que
nous ne demanderons jamais
de nous en faire relever
-
: nous jurons & promettons
encore que nous
n'ayons fait niferons en
public ni en secret aucune
protestation nireclamation
contraire qui puisseenpescher
ce qui est contenu dans
ces presentes
, & pour plus
grande fureté, nous avons passé
& passons ce présent Acte
de renonciation d'abdication
& de désistement
,
pardevanc
Maistres Antoine le Moyne; & Alexandre le Fevre Conseillersdu
Roy, Notaires Gardes-
Nottes,&c. & Garde
Scels au Chastelet de Paris fouffignez ,
, en nostre Palais
RoyalàParis l'an 1712. le 19.
Novembre avant midi, & pour
faire insinuer ces prefentespar.
tout où il appartiendra, nous
avons constitué pour nostre
Procureur lePorteur
,
&avons
signécesPrésentés & leur Minute
demeurée en la possession
dudit le Fevre Notaire. Signé
PHILIPPE D'ORLEANS, le
Moine, le Fevre
3
& à costé
scelléledit jour.
de Monseigneur le Duc
d'Orléans
3
à la Couronne
d'Espagne.
Philippepetit fils de
France, Duc d'Orléans,
de Valois, de Chartres &
de Nemours ; à tous Rois,
Princes, Republiques
,
Potentats,& Communautez,
Faisons sçavoir par
ces Presentes, que la
crainte de l'union desCouronnes
de France & d'Espagne
ayant cite le principal
motif de la guerre, &
les autres Puissances de
l'Europe ayant tousjours
apprehendé, ne fussent sur
une mesme teste, on a posé
pour fondement de la
Paix que l'on traitte presentement,&
qu'on espere
cimenter de plus en plus
pour le repos de tant d'Estats
qui se sont saçrifïez
comme autant de victimes
pour soppofer au péril
dont ils se croyoientmenacez
,
qu'il falloit establir
une espece d'égalité & d'équilibre
entre les Princes
qui estoient en dispute.
Que dans la veuë d'establir
cette égalité la Reine
de la Grande Bretagne a
proposé, & sur ses instancesil
aesté convenu par
le Roy nostre très honoré
Seigneur & oncle, & par
le Roy Catholique nostre
cher neveu, que pour éviter
en quelque temps que
ce soit l'union des Couronnes
Lfpao,,ne & de France,
il seroit fait des renonciations
reci proques
,
ravoir
par le Roy Catholique
Philippe V. nostre neveu
pour lui &pour tous ses de-fcendants
à la succession de
laCourone de France,commeaussipar
leDuc de Berri
nostre cher neveu,& par
nous pour tous nos descendants
à la Couronne
d'Espagne
,
à condition
auni que la Maison d'Austriche
ni aucun de ses deI:
cendants ne pourront facceder
à la Couronne d'Espagne
par cette maison
mesme qui sans l'union de
l'Empire seroit formidable
, si elle a joustoit une
nouvelle puissance à ses
anciens Domaines; pour
arriver à la fin qu'on
se propose
,
&: au moyen
de ce que sa Majesté Catholique
a de sa parc fait
par sa renonciation le J.
du présent lTIois, nous
consentons qu'au défaut
de Philippe V. nostre Neveu
&de ses descendants,
la Couronne d'Espagne
passe à la Maisondu Duc
de Savoye ; dont tous les
droits sont clairs & comme
d'autant qu'il descend
de l'Infante Catherine
Fillede Philippe II. & desirant
de nostrecosté concourir
à la glorieuse fin
qu'on se propose derestablir
la tranquillité publique,
à prévenir les craintes
que pourroient causer
les droits de nostre naissance
, ou tous autres qui
pourroient nous appartenir
, nous avons resolu de
faire ce desistement & cette
renonciation de tous
nos droits, pour nous&
pour nos successeurs ôc
descendants
, nous decla,.
rons & nous tenons dès
à present nous, nos enfans,
descendants pour exclus
& inhabilles absolument
& à jamais
,
de toute
action & tout droit à la
Couronne d'Espagne ;
nous voulons ôc consentons
pour nous & nos descendants,
que dés maintenant
& pour tousjours, on
nous tienne, nous & les
nostres pour exclus Be. inhabile
en quelque degré
que nous nous trouvions,
& de quelque maniéré
que la succession puisse arriver
à nostre ligne;nous,
ni nos déscendants ne devons
plus estre considerez
comme ayans aucun
fondement de representation
active ou passive, ou
faifanr une continuation
de ligne effective ou contentieuse
de substance
fang , ou qualité, ni tirer
droit de nostre descendance
de la Reine Anne
d'Austriche nostre très honorée
norée Dame& ayeule,ni
des glorieux Roys ses Ancestres
j au contraire, nous
ratifions la renonciation
que ladite Dame Reine
Anne a faite,& toutes les
clauses que les Rois Philippe
111. & Philippe IV.
ont inserées dans leurs testaments
; nous renonçons
pareillement à tous les
droits qui nous peuvent
appartenir, & ànos enfans
& descendants, &en vertu
de la déclaration faite à
Madridlevingt neuviéme
Octobre 1703. par Philippe
V. Roy d'Espagne nostre
neveu , & quelque
droic qui nous puisse appartenir
pour nous & nos
descendants
, nous nous
en desistons
, & y renonçons
pour nous & pour
eux, nous renonçons absolument
& en particulier
à la lesion évidente, énorme
& très énorme qui se
peut trouver en la renonciation
à lasuccession de
ladite Couronne d'Espagne,
& voulons qu'aucuns
desdits moyens ne nous
fervent ni puissent nous
valoir, & que tous ce prétexte
nous voulions nous
emparer dudit Royaume
d'Espagne à force d'armes,
la guerre que nous ferions
& exceuterions, foit tenue
pour injuste, illicite &induement
entreprise
,
ôc
qu'au contraire celle que
nous feroit celuy qui en
vertu de cette renonciation
auroit droit de succeder
à la Couronne d'Esagne
,
foit teuë pour permise
ôc juste ôcc.
Et pour plus grande sureté
de c que nous disons
& promettons au nom de
nos sccesseurs & descendants,
nous juronssolemnellement
sur les saints Evangiles
contenus en ce
Missel sur lequelnousmettonsla
main droite, que
nous le garderons , maintiendrons,&
accomplirons
en tout & par tout, & que
nous ne demanderons jamais
de nous en faire relever
-
: nous jurons & promettons
encore que nous
n'ayons fait niferons en
public ni en secret aucune
protestation nireclamation
contraire qui puisseenpescher
ce qui est contenu dans
ces presentes
, & pour plus
grande fureté, nous avons passé
& passons ce présent Acte
de renonciation d'abdication
& de désistement
,
pardevanc
Maistres Antoine le Moyne; & Alexandre le Fevre Conseillersdu
Roy, Notaires Gardes-
Nottes,&c. & Garde
Scels au Chastelet de Paris fouffignez ,
, en nostre Palais
RoyalàParis l'an 1712. le 19.
Novembre avant midi, & pour
faire insinuer ces prefentespar.
tout où il appartiendra, nous
avons constitué pour nostre
Procureur lePorteur
,
&avons
signécesPrésentés & leur Minute
demeurée en la possession
dudit le Fevre Notaire. Signé
PHILIPPE D'ORLEANS, le
Moine, le Fevre
3
& à costé
scelléledit jour.
Fermer
Résumé : RENONCIATION de Monseigneur le Duc d'Orleans, à la Couronne d'Espagne.
Le document est une renonciation du Duc d'Orléans à la couronne d'Espagne. Philippe, petit-fils de France et Duc d'Orléans, explique que la crainte de l'union des couronnes de France et d'Espagne a été le principal motif de la guerre. Pour éviter cette union et établir un équilibre entre les princes en dispute, il a été convenu que des renonciations réciproques seraient faites. Philippe V, neveu du Duc d'Orléans, renonce à la succession de la couronne de France, ainsi que le Duc de Berry, autre neveu. En retour, le Duc d'Orléans renonce à la couronne d'Espagne pour lui et ses descendants. Cette renonciation vise à prévenir les craintes des autres puissances européennes et à établir la tranquillité publique. Le Duc d'Orléans jure solennellement de respecter cette renonciation et déclare qu'il ne revendiquera jamais ses droits sur la couronne d'Espagne. Le document est signé à Paris le 19 novembre 1712 en présence de notaires et scellé par le Duc d'Orléans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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58
p. 186-191
LETTRE A M. LE DUC DE *** A Versailles.
Début :
On vous a dit vray, Monseigneur, ceux qui se piquent [...]
Mots clefs :
La Motte, Iliade, Madame Dacier, Iliade française, Grec, Homère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. LE DUC DE *** A Versailles.
LETTRE
A M. LE DUC DE ***
jiVerfaMss.
On vous a ditvray
,
Monseigneur,
ceux qui se piquent
icy de sçavoir le Grec, trouvent
fort mauvais que M. de
la Motte, qui l'ignore
,
ce
foit mêlé de faire quelques
Observations sur un Ouvrage,
dont l'Original est Grec:
mais il y a une chose à dire
pour sa deffense, à laquelle je
ne vois point de replique. Il
ne se propose point d'examinerl'Iliade
Grecque d'Homerc,
qu'il n'entend point, mais
feulement l'Iliade Françoise
de Madame Dacier, que tout
le monde entend. Or peuton
trouver mauvais qu'il
se foit mêlédexaminer un
Poëme en Prose, écrit sur
un sujet interessant.
Si Madame Dacier a mal
traduit tous les endroits sur
lesquels il fonde sa Critique,
si elle y a fait dire à Homere
des choses abfurdcs & impertinentes,
M. de la Motte n'en
cft pas coupable: c'est à elle
à se justifier, c'està elle feule
à garentir la fidelité de sa traduction
: mais quand cette
traduction seroit infidelle précisément
dans tous ces endroits
, les Observations de
M. de la Motte ne porteroient
pas à faux pour cela,
puisqu'elles tomberoient au
moins sur l'Ouvrage François,
qui pour tous ceux qui,
comme nous, ne sçavent
point de Grec, peut avecraison
tenir lieu d'un Ouvrage
Original. Or diront-ils que
tel qu'il est,il n'est pas digne
d'estrecritiqué par des Connoisseurs
?
La feule choseque doit garantir
M. de la Motte, c'est
la verité & lajustesse de ses
Critiques : voilà ce qui (si de
son fait, voilà ce dont il doit
répondre, c'est le seul endroit
par où ses Advcrfaircs peuvent
l'attaquer, sinon avec
succés, du moins sans injustice.
Or il les attend de pied
ferme, & même de concert
avec les Spectateursde la Dispute,
illesdéfie.
Il eG vray que si les Obfervarions
sont raisonnables
contre l'Iliade Françoise, il
ne reste à ces Messieurs, pour
en garanrir l'Iliade Grecque,
qu'à soûtenir que les endroits
bien critiquez ne sont pas
bien traduits;mais c'est justement
ce côté quedeffend Madame
Dacier, & M. de la
Motte le croit si bien deffendu,
que pour l'honneur
d'Homere même ils n'oseront
jamais l'attaquer.
A Pariscezz.Janvier1714.
A M. LE DUC DE ***
jiVerfaMss.
On vous a ditvray
,
Monseigneur,
ceux qui se piquent
icy de sçavoir le Grec, trouvent
fort mauvais que M. de
la Motte, qui l'ignore
,
ce
foit mêlé de faire quelques
Observations sur un Ouvrage,
dont l'Original est Grec:
mais il y a une chose à dire
pour sa deffense, à laquelle je
ne vois point de replique. Il
ne se propose point d'examinerl'Iliade
Grecque d'Homerc,
qu'il n'entend point, mais
feulement l'Iliade Françoise
de Madame Dacier, que tout
le monde entend. Or peuton
trouver mauvais qu'il
se foit mêlédexaminer un
Poëme en Prose, écrit sur
un sujet interessant.
Si Madame Dacier a mal
traduit tous les endroits sur
lesquels il fonde sa Critique,
si elle y a fait dire à Homere
des choses abfurdcs & impertinentes,
M. de la Motte n'en
cft pas coupable: c'est à elle
à se justifier, c'està elle feule
à garentir la fidelité de sa traduction
: mais quand cette
traduction seroit infidelle précisément
dans tous ces endroits
, les Observations de
M. de la Motte ne porteroient
pas à faux pour cela,
puisqu'elles tomberoient au
moins sur l'Ouvrage François,
qui pour tous ceux qui,
comme nous, ne sçavent
point de Grec, peut avecraison
tenir lieu d'un Ouvrage
Original. Or diront-ils que
tel qu'il est,il n'est pas digne
d'estrecritiqué par des Connoisseurs
?
La feule choseque doit garantir
M. de la Motte, c'est
la verité & lajustesse de ses
Critiques : voilà ce qui (si de
son fait, voilà ce dont il doit
répondre, c'est le seul endroit
par où ses Advcrfaircs peuvent
l'attaquer, sinon avec
succés, du moins sans injustice.
Or il les attend de pied
ferme, & même de concert
avec les Spectateursde la Dispute,
illesdéfie.
Il eG vray que si les Obfervarions
sont raisonnables
contre l'Iliade Françoise, il
ne reste à ces Messieurs, pour
en garanrir l'Iliade Grecque,
qu'à soûtenir que les endroits
bien critiquez ne sont pas
bien traduits;mais c'est justement
ce côté quedeffend Madame
Dacier, & M. de la
Motte le croit si bien deffendu,
que pour l'honneur
d'Homere même ils n'oseront
jamais l'attaquer.
A Pariscezz.Janvier1714.
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Résumé : LETTRE A M. LE DUC DE *** A Versailles.
La lettre, datée du 22 janvier 1714, est adressée à un duc et aborde une controverse littéraire entre M. de la Motte et Madame Dacier. M. de la Motte est critiqué pour avoir commenté l'Iliade d'Homère sans connaître le grec. Il se défend en expliquant qu'il analyse la traduction française de Madame Dacier. Ses observations portent sur le poème en prose français, accessible à tous, et non sur l'original grec. La validité de ses critiques ne dépend pas de l'exactitude de la traduction. M. de la Motte affirme que ses critiques sont justes et défie ses adversaires de prouver le contraire. Si ses observations sont correctes concernant la version française, les défenseurs de l'Iliade grecque devront démontrer que les passages critiqués sont mal traduits, ce que Madame Dacier défend déjà. M. de la Motte est convaincu que ses adversaires n'oseront pas attaquer Homère sur ce point.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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59
p. 83-92
A Roüen ce 18. Janvier 1716. Lettre écrite par un Curieux de Roüen à Paris, à M Gal, Docteur en Medecine de l'Université de Boulogne.
Début :
Vous aimez, Monsieur, les choses curieuses & extraordinaires, en voicy [...]
Mots clefs :
Chirurgien, Jambe, Homme, Queue, Médecins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Roüen ce 18. Janvier 1716. Lettre écrite par un Curieux de Roüen à Paris, à M Gal, Docteur en Medecine de l'Université de Boulogne.
ARoüen ce 18.Janvier 1716.
Lettre écrite par un Curieux
de Roüen à Paris, àM.Gal ,
Docteur en Medecine de
l'Univerſité de Boulogne.
Vous aimez , Monfieur , les
choses curieuses& extraordinai-
Y
84 MERCURE
chien lon
naires , en voicy une ; un hom
me ,du Pays de Caux ,âgéd'environ
40. ans , grand ,bienfait,
fort robuste , à barbe& cheveux
noirs &épais , & qui a
une voix tonnante ,porte en deſſus
de l'anus une queuë de chien longuede
15. à 16. poulces , groffe
de ſept à huit àſa naiſſance ,
&qui va toûjours en diminuant
de groffeur, cette quenë eft cou
verte de poil noir qui se couche ;
cet homme ne sçauroit demeurer
affis ny couché ſurle dos ,faquenë
l'incommode beaucoup le jour&
lanuit , il la remuë de temps en
temps , ellese dreffe par des mouGALANT.
85
vemens involontaires qu'il ne
peut ni arrêter ni moderer ,
quand il eſtnud ,debout , & en
liberté,ſaqueuë comme celled'un
Lion luy bat leflanc malgréluy ,
quand cette quenë est renfermée
qu'elle entre dans les mouvemens
violens , il en fouffre terri
blement , ce qui l'embarraffe encore
davantage , c'est lors qu'ilva
àla felle , car quelquefois dans
ces mouvemens là ,sa queuë fe
refßerre avec une violence extraordinaire
contre l'anus ,le bridepour
ainſi dire comme cela arrive aux
chevaux quelquefois , quand on
weut preffer la croupiere de lafelle Ter la croupiere de la fell
1
86 MERCURE
fous leurqueue ; au reſte cet homme
a de l'esprit , il a il a faitses écudes
, il parle même quelquefois
enpublic ; mais il nepeutfe con-
Solerdeſe voir chargéd'unequeuë
fi incommode&fihonteuſe , il a
voulu lafaire couper ; mais cette
operation aparu mortelle auMedecin&
au Chirurgien.
; On dit qu'un Operateur trop
entreprenant vient de la luy couper,
e qu'il est mort 6. heures
aprés. Cette mortparoistd'autant
plusſurprenante ,que cette queue
n'étoitpas une partie utile à la vie
mais on remarque tres ſouvent
que le retranchement des choses
GALANT. 87
}
monstrueuses que nous apportons
en na:ſſant estpour l'ordinaire mortel.
Ily a plusieurs exemples qui
le prouvent. On a vû un jeune
homme né avec une troisieme
jambe
jambe attachée à la fefſe , il fe
fracaffa l'une des jambes naturelles,
la cangreneobligea lesChirurgiens
de la luy couper dans le
genoüil, ilfut gueri entres peude
temps ; un an ou deux aprés ilſe
bleſſa àla jambe que la nature
luyavoit donnée de trop , on la
il en mourut en 24. coupa ,
heures.
Pluſieurs qui ont apporté en
naiſſant des groffeurs à la tête
88 MERCURE
au visage&autres endroits , en
font morts , lors qu'on a voulu les
délivrer de ces difformitez, j'en
connois qui fuivant le confeildes
habiles Chirurgiens confervent
gardent soigneusement de
pareilles incommoditez dans la
crainte d'unſemblablefort.
Iln'en estpas de même des
excroiffances qui furviennent
dans le cours de la vie , lors qu'ellesſontcoupées
par un habile
dextre Chirurgien : j'ay appris
depuis peu que M. de Beaulieu ,
ControlleurdesRentes de laVille
deParis,avoit uneloupeplus grof-
Sequefatête, attachée àlagorge,
ن
GALANT. 89
ions qu
&qu'il portoit depuis 35. ans ,
parce que perſonnen'avoit ofé entreprendre
la cure à cause des
groffes veines , & des racines
qu'elle avoit ; s'étant adreffé à
M. Petit ChirurgienfuréàParis
, tres- expert & tres- celebre
tant dans les operations que dans
l'anatomie, il luy confeilla de ſe
la faire couper , en luy faisant.
voir le danger éminent dans
lequel il étoit , s'il differoit cette
operation ; la crainte de mourirle
détermina àſe livrer à luy avec
d'autant plus de confiance , que le
ſieur Robinot , Graveur dans la
PlaceDauphine,qui avoit euëune
Janvier 1716. H
१० MERCURE
pareille loupe , venoit de fortir
avec heureux fuccés , des mains
du même M. Petit : l'operation
dufieur de Beaulieufutfaitetres
promptement& toutes les arteres
furentfi bien liées qu'il ne perdit
pas unepalette deſang , il a esté
parfaitementgueri en peude temps
malgrélagrandeurde laplaye. Ce
fuccésfavorable &tres éclatant
dans un âge tres avancé afait
qu'un jeune bomme domestique de
M.de Soubiſe , réſolut deſe délivrer
d'une loupe oßeuse
verte de lapeauſeulement , qui
avoitquatre pouces de longueur,
recoufur
deux de diamettre , qu'ilpor-
1
L
GALANT.
toitdepuisſept ans ,fur le haut
de la tête : il s'en fu faire l'opera.
tion par M. Arnault , ancien
Chirurgien Furé tres celebre
dans l'anatomie & dans les operations
, qui aprés avoir coupé la
peau , trepana la loupe , pour reconnoître
ce qu'ily avoit dedans ;
trouvant qu'elle étoit toute
osseuse ,sans aucun vuide ni
moüelle , comme il s'en trouve naturellement
dans les os , il remitle
refte de l'operation au lendemain ;
mais il arriva de grands accidens
qui l'empêcherent de l'achever ,
le malade mouruten 3.jours ,
au grand étonnement de tout le
1
Hij
MERCURE
monde , & particulierement dudit
M. Arnauld , qui en fit l'ouverture
,&ne trouva dans cette
loupe aucune partie du cerveau ...
ni même de ſes membranes , comme
quelques- uns l'avoient cru.
Les Medecins, les Chirurgiens ,
même les Curieux ne manqueront
pas de faire leurs reflexionsfur
ces differents faits ,
d'en tirer des conſequences utiles
pour le progrés de la Medecine.
La copie de cette Lettre a
eſté envoyée , comme àmoy ,
à Meſſieurs de l'Académie des
Sciences , qui ont faitdebelles
diflertations ſur ce ſujet.
Lettre écrite par un Curieux
de Roüen à Paris, àM.Gal ,
Docteur en Medecine de
l'Univerſité de Boulogne.
Vous aimez , Monfieur , les
choses curieuses& extraordinai-
Y
84 MERCURE
chien lon
naires , en voicy une ; un hom
me ,du Pays de Caux ,âgéd'environ
40. ans , grand ,bienfait,
fort robuste , à barbe& cheveux
noirs &épais , & qui a
une voix tonnante ,porte en deſſus
de l'anus une queuë de chien longuede
15. à 16. poulces , groffe
de ſept à huit àſa naiſſance ,
&qui va toûjours en diminuant
de groffeur, cette quenë eft cou
verte de poil noir qui se couche ;
cet homme ne sçauroit demeurer
affis ny couché ſurle dos ,faquenë
l'incommode beaucoup le jour&
lanuit , il la remuë de temps en
temps , ellese dreffe par des mouGALANT.
85
vemens involontaires qu'il ne
peut ni arrêter ni moderer ,
quand il eſtnud ,debout , & en
liberté,ſaqueuë comme celled'un
Lion luy bat leflanc malgréluy ,
quand cette quenë est renfermée
qu'elle entre dans les mouvemens
violens , il en fouffre terri
blement , ce qui l'embarraffe encore
davantage , c'est lors qu'ilva
àla felle , car quelquefois dans
ces mouvemens là ,sa queuë fe
refßerre avec une violence extraordinaire
contre l'anus ,le bridepour
ainſi dire comme cela arrive aux
chevaux quelquefois , quand on
weut preffer la croupiere de lafelle Ter la croupiere de la fell
1
86 MERCURE
fous leurqueue ; au reſte cet homme
a de l'esprit , il a il a faitses écudes
, il parle même quelquefois
enpublic ; mais il nepeutfe con-
Solerdeſe voir chargéd'unequeuë
fi incommode&fihonteuſe , il a
voulu lafaire couper ; mais cette
operation aparu mortelle auMedecin&
au Chirurgien.
; On dit qu'un Operateur trop
entreprenant vient de la luy couper,
e qu'il est mort 6. heures
aprés. Cette mortparoistd'autant
plusſurprenante ,que cette queue
n'étoitpas une partie utile à la vie
mais on remarque tres ſouvent
que le retranchement des choses
GALANT. 87
}
monstrueuses que nous apportons
en na:ſſant estpour l'ordinaire mortel.
Ily a plusieurs exemples qui
le prouvent. On a vû un jeune
homme né avec une troisieme
jambe
jambe attachée à la fefſe , il fe
fracaffa l'une des jambes naturelles,
la cangreneobligea lesChirurgiens
de la luy couper dans le
genoüil, ilfut gueri entres peude
temps ; un an ou deux aprés ilſe
bleſſa àla jambe que la nature
luyavoit donnée de trop , on la
il en mourut en 24. coupa ,
heures.
Pluſieurs qui ont apporté en
naiſſant des groffeurs à la tête
88 MERCURE
au visage&autres endroits , en
font morts , lors qu'on a voulu les
délivrer de ces difformitez, j'en
connois qui fuivant le confeildes
habiles Chirurgiens confervent
gardent soigneusement de
pareilles incommoditez dans la
crainte d'unſemblablefort.
Iln'en estpas de même des
excroiffances qui furviennent
dans le cours de la vie , lors qu'ellesſontcoupées
par un habile
dextre Chirurgien : j'ay appris
depuis peu que M. de Beaulieu ,
ControlleurdesRentes de laVille
deParis,avoit uneloupeplus grof-
Sequefatête, attachée àlagorge,
ن
GALANT. 89
ions qu
&qu'il portoit depuis 35. ans ,
parce que perſonnen'avoit ofé entreprendre
la cure à cause des
groffes veines , & des racines
qu'elle avoit ; s'étant adreffé à
M. Petit ChirurgienfuréàParis
, tres- expert & tres- celebre
tant dans les operations que dans
l'anatomie, il luy confeilla de ſe
la faire couper , en luy faisant.
voir le danger éminent dans
lequel il étoit , s'il differoit cette
operation ; la crainte de mourirle
détermina àſe livrer à luy avec
d'autant plus de confiance , que le
ſieur Robinot , Graveur dans la
PlaceDauphine,qui avoit euëune
Janvier 1716. H
१० MERCURE
pareille loupe , venoit de fortir
avec heureux fuccés , des mains
du même M. Petit : l'operation
dufieur de Beaulieufutfaitetres
promptement& toutes les arteres
furentfi bien liées qu'il ne perdit
pas unepalette deſang , il a esté
parfaitementgueri en peude temps
malgrélagrandeurde laplaye. Ce
fuccésfavorable &tres éclatant
dans un âge tres avancé afait
qu'un jeune bomme domestique de
M.de Soubiſe , réſolut deſe délivrer
d'une loupe oßeuse
verte de lapeauſeulement , qui
avoitquatre pouces de longueur,
recoufur
deux de diamettre , qu'ilpor-
1
L
GALANT.
toitdepuisſept ans ,fur le haut
de la tête : il s'en fu faire l'opera.
tion par M. Arnault , ancien
Chirurgien Furé tres celebre
dans l'anatomie & dans les operations
, qui aprés avoir coupé la
peau , trepana la loupe , pour reconnoître
ce qu'ily avoit dedans ;
trouvant qu'elle étoit toute
osseuse ,sans aucun vuide ni
moüelle , comme il s'en trouve naturellement
dans les os , il remitle
refte de l'operation au lendemain ;
mais il arriva de grands accidens
qui l'empêcherent de l'achever ,
le malade mouruten 3.jours ,
au grand étonnement de tout le
1
Hij
MERCURE
monde , & particulierement dudit
M. Arnauld , qui en fit l'ouverture
,&ne trouva dans cette
loupe aucune partie du cerveau ...
ni même de ſes membranes , comme
quelques- uns l'avoient cru.
Les Medecins, les Chirurgiens ,
même les Curieux ne manqueront
pas de faire leurs reflexionsfur
ces differents faits ,
d'en tirer des conſequences utiles
pour le progrés de la Medecine.
La copie de cette Lettre a
eſté envoyée , comme àmoy ,
à Meſſieurs de l'Académie des
Sciences , qui ont faitdebelles
diflertations ſur ce ſujet.
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Résumé : A Roüen ce 18. Janvier 1716. Lettre écrite par un Curieux de Roüen à Paris, à M Gal, Docteur en Medecine de l'Université de Boulogne.
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60
p. 256-264
LETTRE Qui renferme plusieurs faits singuliers de M. Anel Docteur en Chirurgie, Chirurgien de Madame Royale de Saye, & Occuliste de France par Brevet du Roy. A son ancien Ami M George Policola Docteur en Medecine de l'Université de Rome, Comte Palatin, Chevalier de l'Epron d'or, & premier Medecin du Sultan Achmet V. Empereur des Trucs.
Début :
Monsieur, Nous sommes partis de Rome en même tems ; vous êtes à [...]
Mots clefs :
Maladies, Chirurgie, Découvertes, Nouvelles méthodes, Guérison, Maladies des yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE Qui renferme plusieurs faits singuliers de M. Anel Docteur en Chirurgie, Chirurgien de Madame Royale de Saye, & Occuliste de France par Brevet du Roy. A son ancien Ami M George Policola Docteur en Medecine de l'Université de Rome, Comte Palatin, Chevalier de l'Epron d'or, & premier Medecin du Sultan Achmet V. Empereur des Trucs.
LETTRE
Qui renferme plufieurs faits finguliers de M.
Anel Docteu en Chirurgie , Chirurgien de
Madame Roya e de Saye , & Occulifte de
France par Brevet du Roy.
A fon ancien Ami M. George Policola Docteur
en Medecine de l'Univerfité de Rome ,
Comte Palatin Chevalier de l'Epron d or,
premier Medecin du Sultan Achmet V.
Empereur des Tures.
M
Nous fommes partis de Rome en même
tems ; vous êtes à Conftantinople , & je
fuis à Paris Il vous fuffit de plaire à un
feul homme & arx Dames du Sérail , pour
être au gré de tous les autres ; mon diftric
n'eft pas fi borné. J'ai affaire avec la Cour,
jaVille, les Provinces & les Païs Etrangers,
avec des perfonnes de toute forte d'état
de condition. Quelques nouvelles découverMERCURE.
257
tes queje me fuis avifé de mettre au jour ,
m'ont mis dans cet engagement Vous fçavés
qu'àRome de votre tems , je me donnois
bien de l'occupation fans y penfer , pour
avoir fait avec fuccès l'Operation de la
Neuriſme à un Ecclefiaftique de l'Ordre de
S. François. Je m'en fuis donné bien plus
encore , pour avoir inventé du tems que
j'habitois encore à Gennes , une nouvelle
Méthode de guerir les Fiftules Lacrimales
fans le fer , le feu , lecauftique , ni aucune
operation violente Dés que Mde , Royale
de Savoye en fut informée , Elle me fit appeller
pour lui en guerir une ; ce qui me
réüffit le mieux du monde , & i'ea füs genereufement
recompenfé ; cet heureux fuc.
cès accompagné de plufieurs autres m'engagea
à donner differents Ouvrages au Public
touchant ma nouvelle découverte
laquelle fit bien: ôt du bruit à Paris aufli
bien qu'ailleurs ; ce qui détermina une
grande Dame qui creyeit en être attaquée
à me faire appeller en cette Ville , où il a
fallu rendre bon compte à chacun du fuccès
de mes novelles découvertes ; le Pu
blic en a été bientôt convaincu par expérience
; ce qui a déterminé le Roy , &
Monſeigneur le Duc d'Orleans , Régent du
258 LE NOUVEAU
Royaume à m'accorder un Privilége pourla
guerilon des maladies des Yeux dans toute
la France. J'ai fait il y a une année la nouvelle
découverte d'une maladie que je nom
me Hydropifie du conduit lacrimale , avec
la maniere de donner à boite par l'Oel. Je
vient depuis peu de trouver une Méthode ,
pour découvrir ce qui fe paffe de plus caché
dans dans le fonds du globe de 1 Ocil , au
moyen de plufieurs Veres ; ce qui me procure
une connoiffance très étendue des maladies
de cet organne : J'ai auffi inventé à
même tems une autre nouvelle Méthode ,
pour introduire différens Remedes dans les
Yeux , directement fur l'endroit ma'ade ,
fans irriter les parties faines au moyen
des petits poinçeaux dont la matiere , n'eft
ni plume , ni poil , ni foye , ni fi'aſſe , ni
lain , ni coton. Ces pinceaux font pourtaut
plus dorx que le velours , plu blancs
& plus luftrés que le fatin blanc. L'idée de
ces pinceaux m'eft venuë en voyant faire
le portrait d'une perfonne que j'eftime ,
& que j'aime beaucoup ; délicateffe avec
laquelle le Peintre manioit le painçeau
pour imiter la vivacité de fes yeux , me
donna l'envie de manier auffi le pinceau
à mon tour pour en faire un ufage bien
MERCURE. 259
different du fien ; mais dautant plus utile ;
queles avantages queje tirede ces Pinçcaux,
font des plus confiderables par leur moyen
j'épargne des grandes douleurs aux malades
, plufieurs Operations violentes , & tous
les fâchenx accidents qui pourroit les accompagner.
Je fuis le plus fouvent environné
des gens qui ne parviennent à me
voir que par les miracles de l'Art , toujours
occupé du foin de travailler à faire
des bons & beaux yeux de ceux là qui font
les plus mauvais & les plus contrefaits .
Ne vous imaginez pas pour cela, Monfieur,
que je fois encore arrivé au point de rendre
défert l'Hôpital des Quinze- Vingts ; j'en
ai propolé un projet imprimé , je ne (çai
fas fi Pon y fera attention ; mais il me
paroît que l'Art de guerir les maladies
des Yeux , eft encore fort éloigné de ſa
derniere perfection . Vous n'avés pas tant
affaire dans votre Cour les malades du
grand Serail vous occupent fans doute beaucoup
moins dans cette infirmerie il n'y a
que de beaux Yeux ; vous n'avés à craindre
que le mal qu'ils pourroient vous faire ;
mais vous êtes trop bon chrêtiea , & trop
bon Philofophe pour ne pas vous en garentir
; vous étiés le bon exemple de Rome ,
260
LENOUVEAU
vous en avés évité tous les écueils ; per
fonne ne s'y eft mieux diftingué que vous ,
& vous y avez fait un très bon employ
de votre tems . Voici la diftribution du
mien. Je me couche à minuit , je me léve
à cinq heures du matin pour travailler
dans mon Cabinet jufqu'à fepts depuis
huit jufqu'à une heure Je vifite mes malades
de la Ville , & j'employe l'aprés midy
jufqu'à cinq heures à donner audience
à ceux qui viennent chez moi Les pauvres
& les riches y font égallement bien reçus
. Je refors enfuite pour recormencer
ina tournée du foir , & je rentre a logis
, quand il plaît à Dieu. Les heures de
mes repas font toujours incertaines . Voilà
la vie qu'il faut mener à Paris dans notre
profeffion , lorfque l'on fe livre une fois au
Public. La reputation & le peu de bien
que nous gagnons , nous coutent bien cher,
puifqu'il faut l'acheter à un fi haut prix .
Tous ceux qui font employés à Paris,
n'en ont pas meilleur marché ; au refte
la Medecine & la Chirurgie devenant
ici tous les jours les plus célébres ; nos
Ecoles & nos Académies , triomphent de
plus en plus ily meurt pourtant bien du
monde ; mais certainement ce n'eft pas
MERCURE. 261
la faute des Medecins ni des Chirurgiens ;
ee font les maladies qui deviennent tous
les jours plus opinîatres & plus rebelles ,
leur malignité faiſant d'aulfi grands progrès
de fon côté , que la Medecine en peut
faire du fen ; fi cela n'eftoit pas ainfi ,
aprés les nouvelles connoiffances que l'on
a acquifes , & que l'on acquiert
les jours il ne mourroit plus per-
Ionnes
tous
que de vieilleffe ; cette penfée
n'ft point de moi , je la tiens de мr
Marquety de Padouë , Docteur de Medecine
& de Chirurgie dans cette célébre Univerfité
, il eft dans ce fiftême à l'égard
des maladies Venericanes ; & je crois qu'il
faut penfer de méme à l'égard de toutes les
autres
Il s'eft fait ici une opération qui a fait
grand bruit ; l'on a amputé un bras
dans l'articulation de l'épaule fuivant la
Methole que Mr de Remonjeau a inventée
il y a long tems ,
le malade en eft parfaitement
gueri Quelques mois aprés il
a été attaqué d'une autre maladie ,
il eft mott en Province .
dont
L'oa illuftre tous les jours la Médecine
& la Chirurgie ; les modes fe multiplient
à notre ordinaire , & les Arts s'enrichif
262 LE NOUVEAU
fent bien plus , que les artifans . Te ne
crois pas que je lois le feul qui faffe de
nouvelles découvertes en ce Pays . L'on
en a fait dans l'artillerie ; l'on en 2
fait encore pour la commodité de ceux
qui écrivent , même pour les preneurs de
tabac. Il a été prefenté au Roy ure coupe
plume , ou canif d'une nouvelle invention.
L'on a auffi trouvé une machine , pour
faire rouller les voitures tant de la ville
que de la campagne fervant à foulager
les Chevaux : L'on a inventé de plus , la
maniere de faire aller les chariots à la
voile. Un autre a imaginé le fecret de
faire venir les enfans au monde dans les
accouchemens laborieux , fans couteaux
fans crochets & fans tire tefte , par le
moyen d'une fronde. Cette derniete découverte
appartient à un maiftre Chirurgien
accoucheur. Toutes ces nouveautez
ne font pas les plus fingulieres que j'ay
à vous mander. La nature le dispute avec
l'art , elle entreprend de faire des enfans
fans femelie ; & l'ea pretend qu'elle y
réuffit à merveille . Un Boucher de la
rue des Boucheries , Fauxbourg S. Germain
, a trouvé dans un mouton qu'il avoit
egorgé en le vuidant , un fetus conteau
MERCURE. 263
dans une poche membraneufe , reffemblante
à la vellie Monfieur Tartanfon , celebre
maiftre Chirurgien de Paris , y fat
appellé , & s'empara d'abord de cette furprenante
production . Il confervc avec
grand foin ce fetus monstrueux dans un
vaifeau de verre plein d'eau - de vie . Les
cu ricux de Paris le vont voir tous les jours
ce fatus n'a que fix pouces de hauteur ,
fa groffeur eft proportionnée à la grandeur
; les quatre extremitez refemblent å
celles d'un finge, excepté que fes pattes font
affez femblables à celles d'un animal vorace
, étant armé de grifes : fes yeux font
bien formés fa langue reffemble à celle d'un
enfant humain . & toute fa figure du premier
coup d'oeil en a l'air. Il a deplus
une petite queue approchante de celle d'un
lapin .
Ce fait demande un examen rigoureux &
uneconfirmation très bien circonftantiée, en
attendant que je fois mieux isformé , jc
fufpends mon jugement & mon taifonnemert
, me bornant à rapporter ce que je
fçais de certain , aprés avoir vû & examiać
par deux divers fois cet enfant chez M.
Tartanfon où on le peut voir tel que je le
dépeins . Ce cas eft auffi fingulier que celui
264 LE NOUVEAU
de cet enfant , que l'on dit avoir été trouvé
ily a déja long temps dans la cuiffe d'un
Ecclefiaftique en lui ouvrant un abcés.
S'il s'eft jamais paffé quelque chofe
d'auffi fingulierdans l'Empire Otoman ; je
vons prie de me le co nmuniquer avec vos
nouvelles découvertes , quoique le plus
fouvent celles que l'on fait dans ce pays- là
ne roulent que far la vertu des remedes , je
ne les en eftimerai pas moins utilles , ni
moins importantes . Je fuis avec une trésparfaite
confideration .
MONSIEUR ,
Vêtre , &c, Anel.
A Paris ce 1. Janvier 1717 .
on adreffe rue du Four S. Euftache vis àvis
l'Hôtel de So fons,
Qui renferme plufieurs faits finguliers de M.
Anel Docteu en Chirurgie , Chirurgien de
Madame Roya e de Saye , & Occulifte de
France par Brevet du Roy.
A fon ancien Ami M. George Policola Docteur
en Medecine de l'Univerfité de Rome ,
Comte Palatin Chevalier de l'Epron d or,
premier Medecin du Sultan Achmet V.
Empereur des Tures.
M
Nous fommes partis de Rome en même
tems ; vous êtes à Conftantinople , & je
fuis à Paris Il vous fuffit de plaire à un
feul homme & arx Dames du Sérail , pour
être au gré de tous les autres ; mon diftric
n'eft pas fi borné. J'ai affaire avec la Cour,
jaVille, les Provinces & les Païs Etrangers,
avec des perfonnes de toute forte d'état
de condition. Quelques nouvelles découverMERCURE.
257
tes queje me fuis avifé de mettre au jour ,
m'ont mis dans cet engagement Vous fçavés
qu'àRome de votre tems , je me donnois
bien de l'occupation fans y penfer , pour
avoir fait avec fuccès l'Operation de la
Neuriſme à un Ecclefiaftique de l'Ordre de
S. François. Je m'en fuis donné bien plus
encore , pour avoir inventé du tems que
j'habitois encore à Gennes , une nouvelle
Méthode de guerir les Fiftules Lacrimales
fans le fer , le feu , lecauftique , ni aucune
operation violente Dés que Mde , Royale
de Savoye en fut informée , Elle me fit appeller
pour lui en guerir une ; ce qui me
réüffit le mieux du monde , & i'ea füs genereufement
recompenfé ; cet heureux fuc.
cès accompagné de plufieurs autres m'engagea
à donner differents Ouvrages au Public
touchant ma nouvelle découverte
laquelle fit bien: ôt du bruit à Paris aufli
bien qu'ailleurs ; ce qui détermina une
grande Dame qui creyeit en être attaquée
à me faire appeller en cette Ville , où il a
fallu rendre bon compte à chacun du fuccès
de mes novelles découvertes ; le Pu
blic en a été bientôt convaincu par expérience
; ce qui a déterminé le Roy , &
Monſeigneur le Duc d'Orleans , Régent du
258 LE NOUVEAU
Royaume à m'accorder un Privilége pourla
guerilon des maladies des Yeux dans toute
la France. J'ai fait il y a une année la nouvelle
découverte d'une maladie que je nom
me Hydropifie du conduit lacrimale , avec
la maniere de donner à boite par l'Oel. Je
vient depuis peu de trouver une Méthode ,
pour découvrir ce qui fe paffe de plus caché
dans dans le fonds du globe de 1 Ocil , au
moyen de plufieurs Veres ; ce qui me procure
une connoiffance très étendue des maladies
de cet organne : J'ai auffi inventé à
même tems une autre nouvelle Méthode ,
pour introduire différens Remedes dans les
Yeux , directement fur l'endroit ma'ade ,
fans irriter les parties faines au moyen
des petits poinçeaux dont la matiere , n'eft
ni plume , ni poil , ni foye , ni fi'aſſe , ni
lain , ni coton. Ces pinceaux font pourtaut
plus dorx que le velours , plu blancs
& plus luftrés que le fatin blanc. L'idée de
ces pinceaux m'eft venuë en voyant faire
le portrait d'une perfonne que j'eftime ,
& que j'aime beaucoup ; délicateffe avec
laquelle le Peintre manioit le painçeau
pour imiter la vivacité de fes yeux , me
donna l'envie de manier auffi le pinceau
à mon tour pour en faire un ufage bien
MERCURE. 259
different du fien ; mais dautant plus utile ;
queles avantages queje tirede ces Pinçcaux,
font des plus confiderables par leur moyen
j'épargne des grandes douleurs aux malades
, plufieurs Operations violentes , & tous
les fâchenx accidents qui pourroit les accompagner.
Je fuis le plus fouvent environné
des gens qui ne parviennent à me
voir que par les miracles de l'Art , toujours
occupé du foin de travailler à faire
des bons & beaux yeux de ceux là qui font
les plus mauvais & les plus contrefaits .
Ne vous imaginez pas pour cela, Monfieur,
que je fois encore arrivé au point de rendre
défert l'Hôpital des Quinze- Vingts ; j'en
ai propolé un projet imprimé , je ne (çai
fas fi Pon y fera attention ; mais il me
paroît que l'Art de guerir les maladies
des Yeux , eft encore fort éloigné de ſa
derniere perfection . Vous n'avés pas tant
affaire dans votre Cour les malades du
grand Serail vous occupent fans doute beaucoup
moins dans cette infirmerie il n'y a
que de beaux Yeux ; vous n'avés à craindre
que le mal qu'ils pourroient vous faire ;
mais vous êtes trop bon chrêtiea , & trop
bon Philofophe pour ne pas vous en garentir
; vous étiés le bon exemple de Rome ,
260
LENOUVEAU
vous en avés évité tous les écueils ; per
fonne ne s'y eft mieux diftingué que vous ,
& vous y avez fait un très bon employ
de votre tems . Voici la diftribution du
mien. Je me couche à minuit , je me léve
à cinq heures du matin pour travailler
dans mon Cabinet jufqu'à fepts depuis
huit jufqu'à une heure Je vifite mes malades
de la Ville , & j'employe l'aprés midy
jufqu'à cinq heures à donner audience
à ceux qui viennent chez moi Les pauvres
& les riches y font égallement bien reçus
. Je refors enfuite pour recormencer
ina tournée du foir , & je rentre a logis
, quand il plaît à Dieu. Les heures de
mes repas font toujours incertaines . Voilà
la vie qu'il faut mener à Paris dans notre
profeffion , lorfque l'on fe livre une fois au
Public. La reputation & le peu de bien
que nous gagnons , nous coutent bien cher,
puifqu'il faut l'acheter à un fi haut prix .
Tous ceux qui font employés à Paris,
n'en ont pas meilleur marché ; au refte
la Medecine & la Chirurgie devenant
ici tous les jours les plus célébres ; nos
Ecoles & nos Académies , triomphent de
plus en plus ily meurt pourtant bien du
monde ; mais certainement ce n'eft pas
MERCURE. 261
la faute des Medecins ni des Chirurgiens ;
ee font les maladies qui deviennent tous
les jours plus opinîatres & plus rebelles ,
leur malignité faiſant d'aulfi grands progrès
de fon côté , que la Medecine en peut
faire du fen ; fi cela n'eftoit pas ainfi ,
aprés les nouvelles connoiffances que l'on
a acquifes , & que l'on acquiert
les jours il ne mourroit plus per-
Ionnes
tous
que de vieilleffe ; cette penfée
n'ft point de moi , je la tiens de мr
Marquety de Padouë , Docteur de Medecine
& de Chirurgie dans cette célébre Univerfité
, il eft dans ce fiftême à l'égard
des maladies Venericanes ; & je crois qu'il
faut penfer de méme à l'égard de toutes les
autres
Il s'eft fait ici une opération qui a fait
grand bruit ; l'on a amputé un bras
dans l'articulation de l'épaule fuivant la
Methole que Mr de Remonjeau a inventée
il y a long tems ,
le malade en eft parfaitement
gueri Quelques mois aprés il
a été attaqué d'une autre maladie ,
il eft mott en Province .
dont
L'oa illuftre tous les jours la Médecine
& la Chirurgie ; les modes fe multiplient
à notre ordinaire , & les Arts s'enrichif
262 LE NOUVEAU
fent bien plus , que les artifans . Te ne
crois pas que je lois le feul qui faffe de
nouvelles découvertes en ce Pays . L'on
en a fait dans l'artillerie ; l'on en 2
fait encore pour la commodité de ceux
qui écrivent , même pour les preneurs de
tabac. Il a été prefenté au Roy ure coupe
plume , ou canif d'une nouvelle invention.
L'on a auffi trouvé une machine , pour
faire rouller les voitures tant de la ville
que de la campagne fervant à foulager
les Chevaux : L'on a inventé de plus , la
maniere de faire aller les chariots à la
voile. Un autre a imaginé le fecret de
faire venir les enfans au monde dans les
accouchemens laborieux , fans couteaux
fans crochets & fans tire tefte , par le
moyen d'une fronde. Cette derniete découverte
appartient à un maiftre Chirurgien
accoucheur. Toutes ces nouveautez
ne font pas les plus fingulieres que j'ay
à vous mander. La nature le dispute avec
l'art , elle entreprend de faire des enfans
fans femelie ; & l'ea pretend qu'elle y
réuffit à merveille . Un Boucher de la
rue des Boucheries , Fauxbourg S. Germain
, a trouvé dans un mouton qu'il avoit
egorgé en le vuidant , un fetus conteau
MERCURE. 263
dans une poche membraneufe , reffemblante
à la vellie Monfieur Tartanfon , celebre
maiftre Chirurgien de Paris , y fat
appellé , & s'empara d'abord de cette furprenante
production . Il confervc avec
grand foin ce fetus monstrueux dans un
vaifeau de verre plein d'eau - de vie . Les
cu ricux de Paris le vont voir tous les jours
ce fatus n'a que fix pouces de hauteur ,
fa groffeur eft proportionnée à la grandeur
; les quatre extremitez refemblent å
celles d'un finge, excepté que fes pattes font
affez femblables à celles d'un animal vorace
, étant armé de grifes : fes yeux font
bien formés fa langue reffemble à celle d'un
enfant humain . & toute fa figure du premier
coup d'oeil en a l'air. Il a deplus
une petite queue approchante de celle d'un
lapin .
Ce fait demande un examen rigoureux &
uneconfirmation très bien circonftantiée, en
attendant que je fois mieux isformé , jc
fufpends mon jugement & mon taifonnemert
, me bornant à rapporter ce que je
fçais de certain , aprés avoir vû & examiać
par deux divers fois cet enfant chez M.
Tartanfon où on le peut voir tel que je le
dépeins . Ce cas eft auffi fingulier que celui
264 LE NOUVEAU
de cet enfant , que l'on dit avoir été trouvé
ily a déja long temps dans la cuiffe d'un
Ecclefiaftique en lui ouvrant un abcés.
S'il s'eft jamais paffé quelque chofe
d'auffi fingulierdans l'Empire Otoman ; je
vons prie de me le co nmuniquer avec vos
nouvelles découvertes , quoique le plus
fouvent celles que l'on fait dans ce pays- là
ne roulent que far la vertu des remedes , je
ne les en eftimerai pas moins utilles , ni
moins importantes . Je fuis avec une trésparfaite
confideration .
MONSIEUR ,
Vêtre , &c, Anel.
A Paris ce 1. Janvier 1717 .
on adreffe rue du Four S. Euftache vis àvis
l'Hôtel de So fons,
Fermer
Résumé : LETTRE Qui renferme plusieurs faits singuliers de M. Anel Docteur en Chirurgie, Chirurgien de Madame Royale de Saye, & Occuliste de France par Brevet du Roy. A son ancien Ami M George Policola Docteur en Medecine de l'Université de Rome, Comte Palatin, Chevalier de l'Epron d'or, & premier Medecin du Sultan Achmet V. Empereur des Trucs.
Fermer
60
LETTRE Qui renferme plusieurs faits singuliers de M. Anel Docteur en Chirurgie, Chirurgien de Madame Royale de Saye, & Occuliste de France par Brevet du Roy. A son ancien Ami M George Policola Docteur en Medecine de l'Université de Rome, Comte Palatin, Chevalier de l'Epron d'or, & premier Medecin du Sultan Achmet V. Empereur des Trucs.
61
s. p.
APPROBATION.
Début :
J'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier le Nouveau Mercure [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J
'Ai lû par ordre de Monfeigneur le Chan.
celier le Nouveau Mercure de Janvier
1717. Le Public y verra fans doute avec
plaifir le premier effet que l'Auteur le propofe
de prendre pour remettre cette eſpece
d'Ouvrage dans fon ancienne reputation.
A Paris ce 28. Janvier 1717.
TERRASSON.
J
'Ai lû par ordre de Monfeigneur le Chan.
celier le Nouveau Mercure de Janvier
1717. Le Public y verra fans doute avec
plaifir le premier effet que l'Auteur le propofe
de prendre pour remettre cette eſpece
d'Ouvrage dans fon ancienne reputation.
A Paris ce 28. Janvier 1717.
TERRASSON.
Fermer
62
s. p.
PRIVILEGE DU ROY.
Début :
LOUIS par la grace de Dieu, Roy de France & de Navarre : [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIVILEGE DU ROY.
PRIVILEGE DU ROT.
OUIS par la grace de Dieu , Roy de
France & de Navarre : A nos amez
& feaux Confeillers , les Gens tenans nos
Cours de Parlement , Maîtres des Requétes
ordinaires de nôtre Hôtel , Grand Confeil
, Prevôt de Paris , Baillifs , Senechaux ,
lents Lieutenans Civils , & autres nos Jufticiers
qu'il appartiendra , Salut . Notre
bien Amé le Sr FRANCOIS BUCHET ,
Nous ayant fait remontrer qu'il fouhaite
roit faire imprimer , & donner au Public
un Ouvrege qui a pour titre Mercure Fran**
çois & Galant , s'il nous plaifoit lui accorder
nos Lettres de Privileges fur ce neceffaires
. A ces caufes , voulant favorablement
traiter ledit Sieur Expofant , nous
lui avons permis & permettons par ces Prefentes
, de faire imprimer ledit Livre .
en tels volumes , forine , marge , carac
tere , conjointement ou feparément , & autant
de fois que boa lui femblera , & dé le
faire vendte & debiter par tout nôtre Royaumé
pendant le temps de fix années confecutives
, à compter de la datte desdites
Prefentes ; à condition neanmoins que chaque
Volume porteta fon Approbation expreffe
de l'Examinateur qui aura été commis
à cet effet . Faifons deffenſes à toutes
fortes de perfonnes de quelque qualité , &
condition qu'elles foient d'en introduire
d'impreffion étrangere dans aucun lieu de
nêtre obéiffance ; comme auffi à tous Lia
braires , Imprimeurs , & au res , d'imprimer,
faire imprimer, vendre ,fairevendre, debiter,
ni contrefaireledit Mercure François &
Galant, en tout, ni en partie , ni d'en faire
aucuns Extraits fous quelque pretexte que
ce foit d'augmentation , correction , changement
de titre ou autrement . fans la pers
miffion expreffe , & par écrit dudit Sieu
Expofant ou de ceux qui auroient droit de
lui , à peine de confifcation des Exemplaires
contraifaits , de trois mille livres d'amende
contre chacun des Contrevenans
dont un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel-
Dieu de Paris, l'aurretiers audit fieur Expofant
, & de tous dépens , dommages & interefts,
à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long fur le Regiſtre de
la Communauté des Libraires & Imprimeurs
de Paris , & ce dans trois mois de la
datte d'icelles ; que l'impreffion dudit Livre
fera faite dans nôtre Royaume , & non
ailleurs , en bon papier , & en braux caracteres
, conformement aux Reglemens de la
Librairie ; & qu'avant que de l'expofer en
vente , il en fera mis deux Exemplaires
dans notre Bibliotheque publique , un dans
celle de notre Château du Louvre , & un
dans celle de Notre tres cher , & feal
Chevalier Chancelier de France le fieur
Voifin Commandeur de nos Ordtes ; le tout
à peine de nullité des prefentes . du contenu
de quels vous mandons & enjoignons
de faire jouir led . fieur Expofant ou fes
ayants caufes , pleinement & paifiblement
fans fouffrir qu'il lui foit fait aucuns troubles
ou empêchemens . Voulons que la co
pie defdites Préfentes , qui fera imprimée
au commencement ou à la fin dudit Livre,
foit tenue pout dûëment fignifiée , & qu'-
aux capies collationnées par l'un de nos
Amés & feaux Corfeilliers & Secretaires,
foi foit ajoûtée comme à l'original Commandons
au premier notre Huiffier ou Sergent
, de faire pour l'execution d'icelles
rous actes requis & neceffaires , fans demander
autre permiffion , nonobftant clameur
de Haro Chartre Normande & Lettres
à ce contraires. Car tel eft notre plai .
fir. Donné à Paris , le dix - neuvième jour
de Janvier , l'an de grace mil fept cent dix-
Lept & de notre Régne , le deuxième.
Par le Roy en fon Confeil .
›
FOUQUET.
Il eft ordonné par Edit de Sa Majesté ,
de 1686 , & Arrefts de fon Confeil , que les
Livres dont l'impreffion fe permet par chacun
des Privileges > ne feront vendus
par un Libraire eu Imprimeur.
que
Regiftréfur le Regiftre 4.de la Communauté,
des Libraires Imprimeurs de Paris pag
3. n 134.conformément aux Reglemens &
notamment à l'Arreft du Confeil du 13
Aout 1703. Paris ce 1 Février 1717 .
Signé DELAULNE , Syndic
OUIS par la grace de Dieu , Roy de
France & de Navarre : A nos amez
& feaux Confeillers , les Gens tenans nos
Cours de Parlement , Maîtres des Requétes
ordinaires de nôtre Hôtel , Grand Confeil
, Prevôt de Paris , Baillifs , Senechaux ,
lents Lieutenans Civils , & autres nos Jufticiers
qu'il appartiendra , Salut . Notre
bien Amé le Sr FRANCOIS BUCHET ,
Nous ayant fait remontrer qu'il fouhaite
roit faire imprimer , & donner au Public
un Ouvrege qui a pour titre Mercure Fran**
çois & Galant , s'il nous plaifoit lui accorder
nos Lettres de Privileges fur ce neceffaires
. A ces caufes , voulant favorablement
traiter ledit Sieur Expofant , nous
lui avons permis & permettons par ces Prefentes
, de faire imprimer ledit Livre .
en tels volumes , forine , marge , carac
tere , conjointement ou feparément , & autant
de fois que boa lui femblera , & dé le
faire vendte & debiter par tout nôtre Royaumé
pendant le temps de fix années confecutives
, à compter de la datte desdites
Prefentes ; à condition neanmoins que chaque
Volume porteta fon Approbation expreffe
de l'Examinateur qui aura été commis
à cet effet . Faifons deffenſes à toutes
fortes de perfonnes de quelque qualité , &
condition qu'elles foient d'en introduire
d'impreffion étrangere dans aucun lieu de
nêtre obéiffance ; comme auffi à tous Lia
braires , Imprimeurs , & au res , d'imprimer,
faire imprimer, vendre ,fairevendre, debiter,
ni contrefaireledit Mercure François &
Galant, en tout, ni en partie , ni d'en faire
aucuns Extraits fous quelque pretexte que
ce foit d'augmentation , correction , changement
de titre ou autrement . fans la pers
miffion expreffe , & par écrit dudit Sieu
Expofant ou de ceux qui auroient droit de
lui , à peine de confifcation des Exemplaires
contraifaits , de trois mille livres d'amende
contre chacun des Contrevenans
dont un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel-
Dieu de Paris, l'aurretiers audit fieur Expofant
, & de tous dépens , dommages & interefts,
à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long fur le Regiſtre de
la Communauté des Libraires & Imprimeurs
de Paris , & ce dans trois mois de la
datte d'icelles ; que l'impreffion dudit Livre
fera faite dans nôtre Royaume , & non
ailleurs , en bon papier , & en braux caracteres
, conformement aux Reglemens de la
Librairie ; & qu'avant que de l'expofer en
vente , il en fera mis deux Exemplaires
dans notre Bibliotheque publique , un dans
celle de notre Château du Louvre , & un
dans celle de Notre tres cher , & feal
Chevalier Chancelier de France le fieur
Voifin Commandeur de nos Ordtes ; le tout
à peine de nullité des prefentes . du contenu
de quels vous mandons & enjoignons
de faire jouir led . fieur Expofant ou fes
ayants caufes , pleinement & paifiblement
fans fouffrir qu'il lui foit fait aucuns troubles
ou empêchemens . Voulons que la co
pie defdites Préfentes , qui fera imprimée
au commencement ou à la fin dudit Livre,
foit tenue pout dûëment fignifiée , & qu'-
aux capies collationnées par l'un de nos
Amés & feaux Corfeilliers & Secretaires,
foi foit ajoûtée comme à l'original Commandons
au premier notre Huiffier ou Sergent
, de faire pour l'execution d'icelles
rous actes requis & neceffaires , fans demander
autre permiffion , nonobftant clameur
de Haro Chartre Normande & Lettres
à ce contraires. Car tel eft notre plai .
fir. Donné à Paris , le dix - neuvième jour
de Janvier , l'an de grace mil fept cent dix-
Lept & de notre Régne , le deuxième.
Par le Roy en fon Confeil .
›
FOUQUET.
Il eft ordonné par Edit de Sa Majesté ,
de 1686 , & Arrefts de fon Confeil , que les
Livres dont l'impreffion fe permet par chacun
des Privileges > ne feront vendus
par un Libraire eu Imprimeur.
que
Regiftréfur le Regiftre 4.de la Communauté,
des Libraires Imprimeurs de Paris pag
3. n 134.conformément aux Reglemens &
notamment à l'Arreft du Confeil du 13
Aout 1703. Paris ce 1 Février 1717 .
Signé DELAULNE , Syndic
Fermer
63
p. 112-118
A Paris ce 23 Février 1717.
Début :
Je satisfais volontiers, M. à la demande que vous avez bien [...]
Mots clefs :
Incendie, Feu, Marchand, Combustibles, Négligence, Secours, Sauvetage, Marchandises, Pompes à incendie, Danger, Maisons, Dommages, Reconstruction, Citoyens, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Paris ce 23 Février 1717.
A Paris ce 23 Février 1717 .
E fatisfais volontiers , M, à la demande
que vous avez bien voulu
me faire , que je vous informafle de
ce que j'ai vû , & de ce que je pou
rois apprendre de l'incendie arrivée
au quartier où je demeure : Je ne
vous l'envoye cependant que fur la
promeffe , que vous m'avez faite
d'ajoûterez , ou de retrancher ce que
vous jugerez à propos .
Le 16 de ce mois , le feu prit entre
deux & trois heures du matin.
dans une maison qui faifoit le coin
au midy des rues faint Martin & de
faint Merry , chez le fieur Ferand Epicier.
Comme le principal commerce de
ce Marchand eftoit la cire ; fa maifon
eftoit par confequent remplie de
poix -railines , mêches, & autres matieres
combustibles,
MERCURE. 113
Ce feu , qui par la negligence de
fes garçons , prit à une des chambres
du fecond étage , où ils s'endormirent
en travaillant,ne fut pas long
tems ,fans fe communiquer dans toutes
les parties du bâtiment , dont le
corps n'étoit que de bois ; il devint
des plus violents & des plus dangereux
, qu'on eut vû dépuis long- tems
à Paris ; puifque pendant plus de 4
heures , il poulla en l'air des charbons
& flammêches , dont le vent
qui eftoit au Sud- Ouest , en porta fur
des maifons à plus de cinq cent pas
de là ; il enflamma vis-à- vis , à travers
la rue neuve faint Mery , plufieurs
chaffis & croifées de la maifon
où demeure un Notaire ; enfin ce
quartier fe trouva dans un peril évident
pendant plus de fix heures, on en
fut delivré par les fecours qu'on y
apporta ; ce qui fut executé fous les
ordres , & en la prefence de Melfieurs,
les Prevost des Marchands & Eche.
vins , de Meffieurs les Lieutenant
Civil , & Procureur du Roy du
Châtelet.
Kiij
114 LE NOUVEAU
Les premiers fecours & les plus éfficaces
que l'on pût donner dans ces
premiers moments , furent de fauver
les marchandifes qui étoient dans la
boutique , & quelques effets du premier
étage , ce que l'on ne pût executer
fans beaucoup de difficulté , tant
à cauſe de la cire fonduë qui tomboit
à travers les planchers du fecond, que
parce que le feu gagna l'unique efcalier
qui eftoit dans cette maiſon ; ce
qui réduifit ceux qui fe trouverent
pour lors au premier étage , dans la
neceffité de defcendre par les fenêtres
, à la faveur des échelles qu'on y
pofa . Comme cette maiſon fe trouvoit
alors trop embrazée, pour l'em+
pêcher de brûler;que le feu commençoit
à gagner les maiſons voisines , le
principal objet devoit eftre d'en arrêter
le cours ,c'eft à quoi les uns s'occuperent
, en y portant de l'eau avec les
premiers feaux de la Ville qui fe
trouverent à la main , pendant que
les autres firent des baftards - d'eau,
pour que les pompes dont on efperoit
le plus , n'attendiffent point aprés
MERCURE .
105
l'eau , quand elles feroient placées ;
c'eft à quoy fervirent utilement plufieures
faignées que l'on fit à des
tuyaux qui paffent fous le pavé de ce
quartier.
Auffi-toft que les pompes furent
arrivées , le Sieur du Perier , & fes
gens ne furent pas long - tems à les
diftribuer & à les mettre en état
dans les endroits neceffaires ; Elles
commencerent àjouer à fix heures ,
& cotinuerent avec tant de fuccés,
qu'en moins de quatre heures , elles
firent celler le danger qui menaçoit
toute ce quartier , elles furent
fervies par les trente - deux hạm.
mes qui font deftinez à cet ufage :
Elles eftoient au nombre de huit , il
n'en falloit pas moins , à cauſe que
de tems en tems il s'en trouvoit
d'interrompuës pour n'être
point allez menagées , & pendant
qu'on les rétablifoit elles
eftoient remplacées par d'autres . Je
ne pourrois, fansfaire tort au Sieur
du Perier , taire ici les mouve-
9 :
" LE NOUVEAU
116
mens qu'il le donna dans cette occafion
; ils furent , tels que fes gens ,
& les autres ouvriers qui travailloient
à ce feu , n'en
n'en pouvants
faire
ceffer le danger,fans fe mettre en peril
de leur vie ; il y expofa plufieurs
fois la fienne pour les exciter par fon
exemple .
,
Sur les dix heures du matin , le plus
important travail eftant achevé , qui
avoit confifté à couper , & éteindre
le feu qui gagnoit a droite & à gauche
les maifons voifines; Il s'agilfoit
pour lors d'en étouffer un autre ,
qui menaçoit les caves de cette
maifon remplies d'un grand nombre
de tonneaux de cires & de
quelques autres marchandifes . Ces
caves avoient quelques illuës qu'on
n'avoit pû boucher , principalement
un petit efcalier dérobé , qui eftoit
au fond de la boutique ; il eftoit
tombé fur un endroit de la vout
deux poutres debout , qui auroient
pû la crever ; cette voute eftoit de
plus chargée des debris de l'incendie ;
comme le tout compofoit
enMERCU
RE.
117
&
core un feu épouventable , il fur
attaqué avec toutes les pompes, principalement
par les endroits de cette
cave que l'on crût ouverts
par un nombre infini de feaux
d'eau,dans les endroits où on les
pou
voit jetter. Ce qui fut continué juſqu'à
ce qu'on eut noyé & étouffé ce
feu ; on conçût pour lors l'efperance
de fauver pour plus de 30 mille livres
de marchandiſes , que l'on retrouva
deux jours aprés que l'on eut
achevé de dégager l'entrée defdites
caves,dans lefquelles il ne fut pas aifé
d'entrer pour les en tirer , à caufe de
la fumée de & l'eau dont elleseftoient
remplies..
Le dommage de ce feu confifte en
la aifon de l'Epicier , qui eft brû….
lée jufqu'au rez de chauffée de la Ruë ,
fes marchandifes qui eftoient dans
les chambres , la plupart de fes meubles,
quelques papiers & argent comtant
; à l'égard des petites maifons
attenantes , lefquelles font au nombe
de trois , dont deux dans la rue
faint Martin , & une, ruë, neuve S.
1 LE NOUVEAU
Mery;on aura de la peine à fe difpenfer
de rebâtir celle qui eft la plus proche
de la maiſon brûlée, du côté de la
rue S.Martin, dans laquelle demeuroit
un Boulanger , dont le comble eft
abbatu , & le murfeft un peu panché.
La curiofité amenoit à cet affreux
ſpectacle , des gens oififs , qui venoient
jouir , pour ainfi dire , de la
terreur & du peril des Citoyens fecourables,
les Archers faifilloient de
tems à autre ces badauds faineants, &
on les forçoit incivilement à jouer
un rôle utile dans cette tragedie.
E fatisfais volontiers , M, à la demande
que vous avez bien voulu
me faire , que je vous informafle de
ce que j'ai vû , & de ce que je pou
rois apprendre de l'incendie arrivée
au quartier où je demeure : Je ne
vous l'envoye cependant que fur la
promeffe , que vous m'avez faite
d'ajoûterez , ou de retrancher ce que
vous jugerez à propos .
Le 16 de ce mois , le feu prit entre
deux & trois heures du matin.
dans une maison qui faifoit le coin
au midy des rues faint Martin & de
faint Merry , chez le fieur Ferand Epicier.
Comme le principal commerce de
ce Marchand eftoit la cire ; fa maifon
eftoit par confequent remplie de
poix -railines , mêches, & autres matieres
combustibles,
MERCURE. 113
Ce feu , qui par la negligence de
fes garçons , prit à une des chambres
du fecond étage , où ils s'endormirent
en travaillant,ne fut pas long
tems ,fans fe communiquer dans toutes
les parties du bâtiment , dont le
corps n'étoit que de bois ; il devint
des plus violents & des plus dangereux
, qu'on eut vû dépuis long- tems
à Paris ; puifque pendant plus de 4
heures , il poulla en l'air des charbons
& flammêches , dont le vent
qui eftoit au Sud- Ouest , en porta fur
des maifons à plus de cinq cent pas
de là ; il enflamma vis-à- vis , à travers
la rue neuve faint Mery , plufieurs
chaffis & croifées de la maifon
où demeure un Notaire ; enfin ce
quartier fe trouva dans un peril évident
pendant plus de fix heures, on en
fut delivré par les fecours qu'on y
apporta ; ce qui fut executé fous les
ordres , & en la prefence de Melfieurs,
les Prevost des Marchands & Eche.
vins , de Meffieurs les Lieutenant
Civil , & Procureur du Roy du
Châtelet.
Kiij
114 LE NOUVEAU
Les premiers fecours & les plus éfficaces
que l'on pût donner dans ces
premiers moments , furent de fauver
les marchandifes qui étoient dans la
boutique , & quelques effets du premier
étage , ce que l'on ne pût executer
fans beaucoup de difficulté , tant
à cauſe de la cire fonduë qui tomboit
à travers les planchers du fecond, que
parce que le feu gagna l'unique efcalier
qui eftoit dans cette maiſon ; ce
qui réduifit ceux qui fe trouverent
pour lors au premier étage , dans la
neceffité de defcendre par les fenêtres
, à la faveur des échelles qu'on y
pofa . Comme cette maiſon fe trouvoit
alors trop embrazée, pour l'em+
pêcher de brûler;que le feu commençoit
à gagner les maiſons voisines , le
principal objet devoit eftre d'en arrêter
le cours ,c'eft à quoi les uns s'occuperent
, en y portant de l'eau avec les
premiers feaux de la Ville qui fe
trouverent à la main , pendant que
les autres firent des baftards - d'eau,
pour que les pompes dont on efperoit
le plus , n'attendiffent point aprés
MERCURE .
105
l'eau , quand elles feroient placées ;
c'eft à quoy fervirent utilement plufieures
faignées que l'on fit à des
tuyaux qui paffent fous le pavé de ce
quartier.
Auffi-toft que les pompes furent
arrivées , le Sieur du Perier , & fes
gens ne furent pas long - tems à les
diftribuer & à les mettre en état
dans les endroits neceffaires ; Elles
commencerent àjouer à fix heures ,
& cotinuerent avec tant de fuccés,
qu'en moins de quatre heures , elles
firent celler le danger qui menaçoit
toute ce quartier , elles furent
fervies par les trente - deux hạm.
mes qui font deftinez à cet ufage :
Elles eftoient au nombre de huit , il
n'en falloit pas moins , à cauſe que
de tems en tems il s'en trouvoit
d'interrompuës pour n'être
point allez menagées , & pendant
qu'on les rétablifoit elles
eftoient remplacées par d'autres . Je
ne pourrois, fansfaire tort au Sieur
du Perier , taire ici les mouve-
9 :
" LE NOUVEAU
116
mens qu'il le donna dans cette occafion
; ils furent , tels que fes gens ,
& les autres ouvriers qui travailloient
à ce feu , n'en
n'en pouvants
faire
ceffer le danger,fans fe mettre en peril
de leur vie ; il y expofa plufieurs
fois la fienne pour les exciter par fon
exemple .
,
Sur les dix heures du matin , le plus
important travail eftant achevé , qui
avoit confifté à couper , & éteindre
le feu qui gagnoit a droite & à gauche
les maifons voifines; Il s'agilfoit
pour lors d'en étouffer un autre ,
qui menaçoit les caves de cette
maifon remplies d'un grand nombre
de tonneaux de cires & de
quelques autres marchandifes . Ces
caves avoient quelques illuës qu'on
n'avoit pû boucher , principalement
un petit efcalier dérobé , qui eftoit
au fond de la boutique ; il eftoit
tombé fur un endroit de la vout
deux poutres debout , qui auroient
pû la crever ; cette voute eftoit de
plus chargée des debris de l'incendie ;
comme le tout compofoit
enMERCU
RE.
117
&
core un feu épouventable , il fur
attaqué avec toutes les pompes, principalement
par les endroits de cette
cave que l'on crût ouverts
par un nombre infini de feaux
d'eau,dans les endroits où on les
pou
voit jetter. Ce qui fut continué juſqu'à
ce qu'on eut noyé & étouffé ce
feu ; on conçût pour lors l'efperance
de fauver pour plus de 30 mille livres
de marchandiſes , que l'on retrouva
deux jours aprés que l'on eut
achevé de dégager l'entrée defdites
caves,dans lefquelles il ne fut pas aifé
d'entrer pour les en tirer , à caufe de
la fumée de & l'eau dont elleseftoient
remplies..
Le dommage de ce feu confifte en
la aifon de l'Epicier , qui eft brû….
lée jufqu'au rez de chauffée de la Ruë ,
fes marchandifes qui eftoient dans
les chambres , la plupart de fes meubles,
quelques papiers & argent comtant
; à l'égard des petites maifons
attenantes , lefquelles font au nombe
de trois , dont deux dans la rue
faint Martin , & une, ruë, neuve S.
1 LE NOUVEAU
Mery;on aura de la peine à fe difpenfer
de rebâtir celle qui eft la plus proche
de la maiſon brûlée, du côté de la
rue S.Martin, dans laquelle demeuroit
un Boulanger , dont le comble eft
abbatu , & le murfeft un peu panché.
La curiofité amenoit à cet affreux
ſpectacle , des gens oififs , qui venoient
jouir , pour ainfi dire , de la
terreur & du peril des Citoyens fecourables,
les Archers faifilloient de
tems à autre ces badauds faineants, &
on les forçoit incivilement à jouer
un rôle utile dans cette tragedie.
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Résumé : A Paris ce 23 Février 1717.
Fermer
64
p. 133-134
DECLARATION DU ROY. Donnée à Paris le 13 Février
Début :
Le Roy supprime par cette Declaration les quatre sols pour livres [...]
Mots clefs :
Déclarations, Marchandises, Taxes, Douanes, Droits, Impositions, Emprunt, Dettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DECLARATION DU ROY. Donnée à Paris le 13 Février
DECLARATION
DU ROY ,
Donnée à Paris le 13 Février
Lclaration les quatre fols pour li-
E Roy fupprime par cette Devres
, établis par les Declarations des
3 Mars 1705 , & 7 May 1715 , fur le
Sel , les Droits d'Entrée & de Sortie
qui fe levent fur les Marchandiſes &
Denrées , tant dans l'étendue des cinq
Grolles Fermes , qu'autres ; comme
auffi des Droits de la Doüane , tiers
fur Taux , & quarantéme de Lyon,
de la Doüane de Valence , des Droits
d'Abord , & de confommation du
poiffon , Marque & Controlle du papier
, Droits de fortie de Flandres &
de Haynault , Denier de S. André ,
Foraine Domaniale de Provence
Foraine Domaniale ou Patente de
Languedoc , Droits de Sortie &
Entrée , & Bouille de Rouffillon ,
Foraine d'Arzac, Coutume de Bayon
M
>
134
LE NOUVEAU
Convois , Comptablie & Courtage
de Bourdeaux , Traite de Charente
, Prevôté de Nantes , Droits
fur l'Etain ; enfemble fur les Droits
du Papier Timbré, du Controlle des
Exploits , & Greffes qui font unis à
la Ferme des Domaines , & fur les
Droits de la Table de Mer en Provence
, des deux pour cent d'Arles ,
du liard de Baroft & des Ports & Havres
de Bretagne.
1
Ces Impofitions avoient eſté faites
pour acquiter les rentes de la Caille
des Emprunts ; nonobftant leur fuppreffion
, on a pourvû d'ailleurs à
l'acquitement defdites dettes .
DU ROY ,
Donnée à Paris le 13 Février
Lclaration les quatre fols pour li-
E Roy fupprime par cette Devres
, établis par les Declarations des
3 Mars 1705 , & 7 May 1715 , fur le
Sel , les Droits d'Entrée & de Sortie
qui fe levent fur les Marchandiſes &
Denrées , tant dans l'étendue des cinq
Grolles Fermes , qu'autres ; comme
auffi des Droits de la Doüane , tiers
fur Taux , & quarantéme de Lyon,
de la Doüane de Valence , des Droits
d'Abord , & de confommation du
poiffon , Marque & Controlle du papier
, Droits de fortie de Flandres &
de Haynault , Denier de S. André ,
Foraine Domaniale de Provence
Foraine Domaniale ou Patente de
Languedoc , Droits de Sortie &
Entrée , & Bouille de Rouffillon ,
Foraine d'Arzac, Coutume de Bayon
M
>
134
LE NOUVEAU
Convois , Comptablie & Courtage
de Bourdeaux , Traite de Charente
, Prevôté de Nantes , Droits
fur l'Etain ; enfemble fur les Droits
du Papier Timbré, du Controlle des
Exploits , & Greffes qui font unis à
la Ferme des Domaines , & fur les
Droits de la Table de Mer en Provence
, des deux pour cent d'Arles ,
du liard de Baroft & des Ports & Havres
de Bretagne.
1
Ces Impofitions avoient eſté faites
pour acquiter les rentes de la Caille
des Emprunts ; nonobftant leur fuppreffion
, on a pourvû d'ailleurs à
l'acquitement defdites dettes .
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Résumé : DECLARATION DU ROY. Donnée à Paris le 13 Février
Fermer
65
s. p.
APPROBATION.
Début :
Nous avons lû par ordre de Monseigneur le Chancelier le Mercure [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION
.
Ous avons lû par ordre de Monfei •
Ngneur le Chancelier le
Mercure
de Février 1717 , & nous n'y avons
rien trouvé qui en puiffe empêcher l'impreffion.
Fait à Paris ce 28. Fevrier
1717 .
CAPON
.
TERRASSON
,
.
Ous avons lû par ordre de Monfei •
Ngneur le Chancelier le
Mercure
de Février 1717 , & nous n'y avons
rien trouvé qui en puiffe empêcher l'impreffion.
Fait à Paris ce 28. Fevrier
1717 .
CAPON
.
TERRASSON
,
Fermer
66
s. p.
PRIVILEGE DU ROY.
Début :
Louis par la grace de Dieu, Roy de France & de Navarre : [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIVILEGE DU ROY.
PRIVILEGE
DU ROr
UUIS par la grace de Dicu , Roy.de.
France & de Navarre : A nos amez
& feaux Confeillers , les Gens tenans Los
Cours de Parlement , Maîtres des Requétes
ordinaires de nôtre Hôtel , Grand Con
feil Prevôt de Paris , Baillifs , Senechaux,
leurs Lieutenans Civils , & autres nos Jafciers
qu'il appartiendra , Salut . Notre
bien Amé le Sr FRANCOIS BUCHET,
nous ayant fait remontrer qu'il foahaiteroit
faire imprimer , & donner au Public
un Ouvrage qui a pour titre Mercure Framgois
de Galant , s'il nous plaifoit lui accorder
nos Lettres de Privileges fur ce neceffaires.
A ces cauſes , voulant favorableshent
traiter ledit Sieur Expofant , nous
lui avons permis & permettons par ces Prefentes
, de faire imprimer ledit Livre
en tels volumes , forme , marge , caractere,
conjointement ou feparément , & autant
de foisque boa lui femblera , & de le
faire vendte & debiter par tout nêtre Royaumé
pendant le temps de fix années confecutives
, à compter de la datte defdites
Prefentes ; à condition neanmoins que chaque
Volume porteta fon Approbation expreffe
de l'Examinateur qui aura été commis
à cet effet. Faifons deffenfes à toutes
fortes de perfonnes de quelque qualité , &
condition qu'elles foient d'en introduire
d'impreffion étrangere dans aucun lieu de
notre obéïffance ; comme auffi à tous Libraires
, Imprimeurs , & aurres , d'imprimer,
faire imprimer, vendre,fairevendre, debiter,
ni contrefaireledit Mercure François &
Galant, en tout, ni en partie , ni d'en faire
aucuns Extraits fous quelque pretexte que
ce foit d'augmentation , correction , changement
de titre ou autrement . fans la per
miflion expreffe , & par écrit dudit ficur
Expofant ou de ceux qui auroient droit de
Jui , à peine de confifcation des Exemplai
res contraifaits , de trois mille livres d'amende
contre chacun des Contrevenans
dont un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel
Dieu deParis , l'autse tiers audit ficurExpo
fant , & de tous dépers , dommages & interefts,
à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long fur le Regiſtre de
la Communauté des Libraires & Imprimeurs
de Paris , & ce dans trois mois de la
datte d'icelles ; que l'impreffion dudit Livre
fera faite dans nôtre Royaume , & non
ailleurs , en bon papier , & en beaux caracteres
, conformement aux Reglemens de la
Librairie ; & qu'avant que de l'expofer en
vente , il en feia mis deux Exemplaires
dans notre Bibliotheque publique , un dans
celle de notre Château du Louvre , & un
dans celle de Notre tres cher & feal
Chevalier Chancelier de France le fieur
Voifin Commandeur de nos Ordtes ; le tour
à peine de nullité des pretentes , du contenu
defquels vous mandons & enjoignons
de faire jeu ir led . fieur Expofant ou fes
ayants caufes , plainement & paisiblement
fans fouffrir qu il lui foit fait aucun troubles
ou empêchemens. Voulons que la co
pie defdites Préfentes , qui fera imprimée
au commencement ou à la fin dudit Livre
foit tenue pout dûëment fignifiée , & qu'-
aux copies collationnées par l'un de nos
Amés & feaux Confeillers & Secretaires ,
foi foit ajoûtée comme à l'original Commandons
au premier notre Huiffier ou Sergent
, de faire pour l'execution d'icelles
tous actes requis & neceffaires , fans demander
autre permiflion
nonobftant clameur
de Haro Chartre Normande & Leteres
à ce contraires . Car tel eft note plaîfir
. Donné à Paris , le dix - neuvième jour
de Janvier , l'an de grace mil fept cent dixfept
, & de notre Régne , le deuxième .
Par le Roy en fon Confeil
FOUQUET.
Il eft ordonné par Edit de Sa Majesté ,
de 1686 , & Arrefts de fon Confeil , que les
Livies dost l'impreffioa fe permet par c'hacun
des Privileges , ne feront vendus que
par un Libraire ou Imprimeur.
Regiftré fur le Registre 4. de la Communauté
des Libraires & Imprimeurs
de Paris,pag. 3. n° . 134 , conformément
aux Reglemens , & notamment à l' Arreft
du Conseil du 13 Aouft 1703 , A
Paris , ce premier Fevrier 1717 .
Signé , DEL AULNE , Syndic.
DU ROr
UUIS par la grace de Dicu , Roy.de.
France & de Navarre : A nos amez
& feaux Confeillers , les Gens tenans Los
Cours de Parlement , Maîtres des Requétes
ordinaires de nôtre Hôtel , Grand Con
feil Prevôt de Paris , Baillifs , Senechaux,
leurs Lieutenans Civils , & autres nos Jafciers
qu'il appartiendra , Salut . Notre
bien Amé le Sr FRANCOIS BUCHET,
nous ayant fait remontrer qu'il foahaiteroit
faire imprimer , & donner au Public
un Ouvrage qui a pour titre Mercure Framgois
de Galant , s'il nous plaifoit lui accorder
nos Lettres de Privileges fur ce neceffaires.
A ces cauſes , voulant favorableshent
traiter ledit Sieur Expofant , nous
lui avons permis & permettons par ces Prefentes
, de faire imprimer ledit Livre
en tels volumes , forme , marge , caractere,
conjointement ou feparément , & autant
de foisque boa lui femblera , & de le
faire vendte & debiter par tout nêtre Royaumé
pendant le temps de fix années confecutives
, à compter de la datte defdites
Prefentes ; à condition neanmoins que chaque
Volume porteta fon Approbation expreffe
de l'Examinateur qui aura été commis
à cet effet. Faifons deffenfes à toutes
fortes de perfonnes de quelque qualité , &
condition qu'elles foient d'en introduire
d'impreffion étrangere dans aucun lieu de
notre obéïffance ; comme auffi à tous Libraires
, Imprimeurs , & aurres , d'imprimer,
faire imprimer, vendre,fairevendre, debiter,
ni contrefaireledit Mercure François &
Galant, en tout, ni en partie , ni d'en faire
aucuns Extraits fous quelque pretexte que
ce foit d'augmentation , correction , changement
de titre ou autrement . fans la per
miflion expreffe , & par écrit dudit ficur
Expofant ou de ceux qui auroient droit de
Jui , à peine de confifcation des Exemplai
res contraifaits , de trois mille livres d'amende
contre chacun des Contrevenans
dont un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel
Dieu deParis , l'autse tiers audit ficurExpo
fant , & de tous dépers , dommages & interefts,
à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long fur le Regiſtre de
la Communauté des Libraires & Imprimeurs
de Paris , & ce dans trois mois de la
datte d'icelles ; que l'impreffion dudit Livre
fera faite dans nôtre Royaume , & non
ailleurs , en bon papier , & en beaux caracteres
, conformement aux Reglemens de la
Librairie ; & qu'avant que de l'expofer en
vente , il en feia mis deux Exemplaires
dans notre Bibliotheque publique , un dans
celle de notre Château du Louvre , & un
dans celle de Notre tres cher & feal
Chevalier Chancelier de France le fieur
Voifin Commandeur de nos Ordtes ; le tour
à peine de nullité des pretentes , du contenu
defquels vous mandons & enjoignons
de faire jeu ir led . fieur Expofant ou fes
ayants caufes , plainement & paisiblement
fans fouffrir qu il lui foit fait aucun troubles
ou empêchemens. Voulons que la co
pie defdites Préfentes , qui fera imprimée
au commencement ou à la fin dudit Livre
foit tenue pout dûëment fignifiée , & qu'-
aux copies collationnées par l'un de nos
Amés & feaux Confeillers & Secretaires ,
foi foit ajoûtée comme à l'original Commandons
au premier notre Huiffier ou Sergent
, de faire pour l'execution d'icelles
tous actes requis & neceffaires , fans demander
autre permiflion
nonobftant clameur
de Haro Chartre Normande & Leteres
à ce contraires . Car tel eft note plaîfir
. Donné à Paris , le dix - neuvième jour
de Janvier , l'an de grace mil fept cent dixfept
, & de notre Régne , le deuxième .
Par le Roy en fon Confeil
FOUQUET.
Il eft ordonné par Edit de Sa Majesté ,
de 1686 , & Arrefts de fon Confeil , que les
Livies dost l'impreffioa fe permet par c'hacun
des Privileges , ne feront vendus que
par un Libraire ou Imprimeur.
Regiftré fur le Registre 4. de la Communauté
des Libraires & Imprimeurs
de Paris,pag. 3. n° . 134 , conformément
aux Reglemens , & notamment à l' Arreft
du Conseil du 13 Aouft 1703 , A
Paris , ce premier Fevrier 1717 .
Signé , DEL AULNE , Syndic.
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67
s. p.
APPROBATION.
Début :
J'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION .
J'ai lu par ordrede Monfeigneur le Chancelier, te MIRCULE de Mars 1717 , où je n'ay rien trouvé
qui ne m'ait paru mériter l'impreffion . Fait à Paris ,
28 Mars 1717. TERRASSON.
J'ai lu par ordrede Monfeigneur le Chancelier, te MIRCULE de Mars 1717 , où je n'ay rien trouvé
qui ne m'ait paru mériter l'impreffion . Fait à Paris ,
28 Mars 1717. TERRASSON.
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68
s. p.
APPROBATION.
Début :
J'ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure d'Avril [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'M
A lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier , le
MPNCURE d'Avril 1717 , dont il y a lien de
croire qe le Public fera fatisfait A Paris
Avril 1717. TERRASSON,
J'M
A lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier , le
MPNCURE d'Avril 1717 , dont il y a lien de
croire qe le Public fera fatisfait A Paris
Avril 1717. TERRASSON,
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69
p. 210
APPROBATION.
Début :
J'AY lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, cet Abregé Historique [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'AY lû par ordre de Monseigneur
le Chancelier, cet Abregé Historique
& cette Relation concernant
le Czar, & j'ai crû que la matiere
& le stile, les rendroient agréables
au Public. Fait à Paris, ce 31. May
1717.
TERRASSON
J'AY lû par ordre de Monseigneur
le Chancelier, cet Abregé Historique
& cette Relation concernant
le Czar, & j'ai crû que la matiere
& le stile, les rendroient agréables
au Public. Fait à Paris, ce 31. May
1717.
TERRASSON
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70
s. p.
APPROBATION.
Début :
J'ay lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monſeigneur
le Chancelier , le Mercure de
May 1717. dans lequel je n'ai rien
trouvé qui en puiffe empêcher
l'Impreffion, Fair à Paris ce 31 Mai
1717.
S
TERRASSON
'Ay lû par ordre de Monſeigneur
le Chancelier , le Mercure de
May 1717. dans lequel je n'ai rien
trouvé qui en puiffe empêcher
l'Impreffion, Fair à Paris ce 31 Mai
1717.
S
TERRASSON
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71
s. p.
APPROBATION.
Début :
J'ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
~JAi lû parordredeMonseigneur
le Chancelier, le Mercure de
Juin1717; je crois que le Publie
l'apercevra que cer Ouvrage se
perfectione de plus en plus. Fait à
Paris, ce$0. Juin 1717.
-- TERRAS SON;
~JAi lû parordredeMonseigneur
le Chancelier, le Mercure de
Juin1717; je crois que le Publie
l'apercevra que cer Ouvrage se
perfectione de plus en plus. Fait à
Paris, ce$0. Juin 1717.
-- TERRAS SON;
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72
s. p.
APPORBATION.
Début :
J'ai lû par Ordre de Monseigneur le Chancelier le Mercure de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPORBATION.
APPROBATION.
J'ai lu par Ordre de Monfeigneur
le Chancelier leMerowe
de Juillet 1717. où je n'ay rien
trouvé , qui en puiffe empêcher
l'impreſſion. Fait à Paris ce 29.
Juillet 1717.
TERRASSON,
J'ai lu par Ordre de Monfeigneur
le Chancelier leMerowe
de Juillet 1717. où je n'ay rien
trouvé , qui en puiffe empêcher
l'impreſſion. Fait à Paris ce 29.
Juillet 1717.
TERRASSON,
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73
p. 48-52
A Paris, le 16. Juillet 1717. REPONSE A LA LETTRE PRECEDENTE.
Début :
Nous avons par dévers nous, Monsieur, tant de marques redoublées [...]
Mots clefs :
Souvenir, Agrément, Plaisirs, Mérite, Attraits, Lois, Prudence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Paris, le 16. Juillet 1717. REPONSE A LA LETTRE PRECEDENTE.
A Paris , le 16. Juillet 1717.
REPONSE A LA LETTRE
PRECEDENTE .
Ous avons par dévers nous
doublées de vôtre ſouvenir ,que nous
commençons M² T. & moi , à devenir
tout- à-fait honteux, de n'y avoir point
encore répondu. Par rapport à ce qui
me regarde , je vous avouerai naturellement
, que dans l'envie de vous envoyer
quelque choſe qui ne fût pas
abſolument indigne , de tout ce que
vous nous avez écrit de charmant
j'attendois de jour à autre, quelque moment
d'inſpiration ; car je tiens que les
Vers doivent être inſpirez ; mais
comme
D'AQUST .
49
1
comme ce moment ne vient point ,
&que ma dette court toujours , j'aime
encore mieux l'acquitter mal , que
de ne le point faire du tout ; ainſi MTSτ
Tenés-vous pourdit par avance ,
Que je n'espére nullement ,
Atteindre à cette aimable aisance
Qui de vos Vers fait l'agrément :
Sans prétendre avec vous la moindre
Concurrence,
Je rime par reconnoissance ,
Et pour m'acquitterſeulement.
Vous vous faites , Mr, une idée trop
avantageuſe de nos plaiſirs : Ils ne
font pas à beaucoup près , ni ſi vifs,
ni ſi fréquens que vous les imaginés ;
mais vous avés ſongé à nous faire honneur
; il eſt juſte de vous tenir com
pre de vos Intentions.
Vous faites nôtre Lot partrop friand,
Beau Sire ,
Les Climénes enfont aussi :
Ce Point tout seul mérite un grandmercy
:
Mais quoy ! Venons aufait : Helas !
s'il faut le dire ,
1
Aoust 1717. E
50
LE MERCURE
Les Nôtres font à juſte prix ,
Et ne font pas de ces Climénes
Servans tout à la fois & Minerve &
Cypris
Telles qu'on les trouvoit au tems des la
Fontaines
Aimans fans interêt , Meſſieurs les
Beaux esprits ;
Et qui se contentoient du produit des
Domaines
Qu'au Farnaſſe ils avoient acquis .
On ne voit plus de ces Climénes;
La Race en est perdue : Il eſt , me dirés-
Vons ,
..... Il est pourtant une Uranie
D'acord: Qui leſçait mieux que nous?
Dans l'Empire d'Amour,Sa gloire eft
établie,
Comme dans celui d'Apollon ;
Mais ,fi l'un de ces Dieux est reçû chez,
la Belle ,
Qui vous dit que pour l'autre , il y
faffe aussi bon ?
Entre nous l'Amour se plaint
d'Elle
Il dit qu'elle lui prend ſes Charmes,
Ses Attraits ,
Et toujours à crédit ,ſans le payer ja
mais.
D'AOUS T. 53
J'oſe,comme vous voyés,loüer vôtre
Uranie , fans penſer que vous devés
avoir acquis un privilége exclufif
de la loüer,par la manière dont vous
l'avés fait juſqu'ici : C'eſt là un ſujet
tel qu'il vous le faut,au lieu de vous
amuſer à nous donner place dans vos
Vers...
Quand est de nôtre cher Voisin :
Depuis peu l'Ame de Chapelle
En guisedeDémon,a coulédansſonſein:
Bácus & Citherée y logent avec elle,
Et dés que fa Verve est entrain ,
De Rimes une Kirielle ,
Sansse faire chercher , ſe trouve ſous
Samain. ;
Je laiſſe à M.... le ſoin de vous entretenir
des Nouveautés de ce Païs- ci.
Ma Lettre ſe fait plus longue que de
raiſon ; il faut ymettre ordre. Un autrejour
je me hazarderai , ſi vous le
voulés , à vous mander auſſi des Nouvelles
, & de toutes les fortes.
:
Nous parlerons & des Dieux & des
Rois,
Sans déroger aux fages Loix ,
Qui fur ces grands Sujets nous impoо..
Sent filence
Eij
52 LE MERCURE
Car,fi dans nos difcours nous les mélons
par fois ,
Nous le ferons avec tant de prudence,
Que nous n'offenferons , ni les Dieux
ni les Rois.
REPONSE A LA LETTRE
PRECEDENTE .
Ous avons par dévers nous
doublées de vôtre ſouvenir ,que nous
commençons M² T. & moi , à devenir
tout- à-fait honteux, de n'y avoir point
encore répondu. Par rapport à ce qui
me regarde , je vous avouerai naturellement
, que dans l'envie de vous envoyer
quelque choſe qui ne fût pas
abſolument indigne , de tout ce que
vous nous avez écrit de charmant
j'attendois de jour à autre, quelque moment
d'inſpiration ; car je tiens que les
Vers doivent être inſpirez ; mais
comme
D'AQUST .
49
1
comme ce moment ne vient point ,
&que ma dette court toujours , j'aime
encore mieux l'acquitter mal , que
de ne le point faire du tout ; ainſi MTSτ
Tenés-vous pourdit par avance ,
Que je n'espére nullement ,
Atteindre à cette aimable aisance
Qui de vos Vers fait l'agrément :
Sans prétendre avec vous la moindre
Concurrence,
Je rime par reconnoissance ,
Et pour m'acquitterſeulement.
Vous vous faites , Mr, une idée trop
avantageuſe de nos plaiſirs : Ils ne
font pas à beaucoup près , ni ſi vifs,
ni ſi fréquens que vous les imaginés ;
mais vous avés ſongé à nous faire honneur
; il eſt juſte de vous tenir com
pre de vos Intentions.
Vous faites nôtre Lot partrop friand,
Beau Sire ,
Les Climénes enfont aussi :
Ce Point tout seul mérite un grandmercy
:
Mais quoy ! Venons aufait : Helas !
s'il faut le dire ,
1
Aoust 1717. E
50
LE MERCURE
Les Nôtres font à juſte prix ,
Et ne font pas de ces Climénes
Servans tout à la fois & Minerve &
Cypris
Telles qu'on les trouvoit au tems des la
Fontaines
Aimans fans interêt , Meſſieurs les
Beaux esprits ;
Et qui se contentoient du produit des
Domaines
Qu'au Farnaſſe ils avoient acquis .
On ne voit plus de ces Climénes;
La Race en est perdue : Il eſt , me dirés-
Vons ,
..... Il est pourtant une Uranie
D'acord: Qui leſçait mieux que nous?
Dans l'Empire d'Amour,Sa gloire eft
établie,
Comme dans celui d'Apollon ;
Mais ,fi l'un de ces Dieux est reçû chez,
la Belle ,
Qui vous dit que pour l'autre , il y
faffe aussi bon ?
Entre nous l'Amour se plaint
d'Elle
Il dit qu'elle lui prend ſes Charmes,
Ses Attraits ,
Et toujours à crédit ,ſans le payer ja
mais.
D'AOUS T. 53
J'oſe,comme vous voyés,loüer vôtre
Uranie , fans penſer que vous devés
avoir acquis un privilége exclufif
de la loüer,par la manière dont vous
l'avés fait juſqu'ici : C'eſt là un ſujet
tel qu'il vous le faut,au lieu de vous
amuſer à nous donner place dans vos
Vers...
Quand est de nôtre cher Voisin :
Depuis peu l'Ame de Chapelle
En guisedeDémon,a coulédansſonſein:
Bácus & Citherée y logent avec elle,
Et dés que fa Verve est entrain ,
De Rimes une Kirielle ,
Sansse faire chercher , ſe trouve ſous
Samain. ;
Je laiſſe à M.... le ſoin de vous entretenir
des Nouveautés de ce Païs- ci.
Ma Lettre ſe fait plus longue que de
raiſon ; il faut ymettre ordre. Un autrejour
je me hazarderai , ſi vous le
voulés , à vous mander auſſi des Nouvelles
, & de toutes les fortes.
:
Nous parlerons & des Dieux & des
Rois,
Sans déroger aux fages Loix ,
Qui fur ces grands Sujets nous impoо..
Sent filence
Eij
52 LE MERCURE
Car,fi dans nos difcours nous les mélons
par fois ,
Nous le ferons avec tant de prudence,
Que nous n'offenferons , ni les Dieux
ni les Rois.
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Résumé : A Paris, le 16. Juillet 1717. REPONSE A LA LETTRE PRECEDENTE.
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74
p. 191
APPROBATION.
Début :
J'ay lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure d'Aoust [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
JAAY lû par ordre de Monſeigneur
le Chancelier , le Mercure d'Ao: ft
1717. J'ay crû que la lecture de cer
Ouvrage continuëroit d'eſtre agreable
au Public. Fait à Paris ce 31 Aouſt
1717. TERRASSON.
JAAY lû par ordre de Monſeigneur
le Chancelier , le Mercure d'Ao: ft
1717. J'ay crû que la lecture de cer
Ouvrage continuëroit d'eſtre agreable
au Public. Fait à Paris ce 31 Aouſt
1717. TERRASSON.
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75
s. p.
EXTRAIT Des Régistres de l'Académie Royale des Sciences. Du 28. Aoust 1717.
Début :
Le P. Sebastien, Mrs Lémery & Geoffroy, qui avoient été nommé [...]
Mots clefs :
Machine, Invention , Médecin, Expérience, Certificat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT Des Régistres de l'Académie Royale des Sciences. Du 28. Aoust 1717.
EXTRAIT
Des Régistres de l'Académie Royale des
Sciences. Du 28. Aoust 1717.
Le P. Sebastien , Mrs Lémery &
Ceoffroy , qui avoient été nommé pour
examiner une Machine inventée par
M. Gautier Medecin de Nantes , pour
deſſaler l'Eau de la Mer ; en ayant fait
leur raport à la Compagnie , elle a
jugé que la Machine étoit nouvelle &
fort ingénieufe , & que la maniere dontla
fuperficie du Tambour & celle du
Chapiteau font augmentées , eſt trés
Bien pensée : Que cette Machine mexire
d'être exécutée & approuvée ſur
plufieurs Vaiſſeaux ; & qu'il n'y a que
l'expérience qui puiffe apprendre , fi
P'Eau de la Mer ainſi deſſalée , ſera affez
faine pendant un long uſage. E
foy de quoi j'ai figné le préſent Certificat.
A Paris , ce 6 Septembre 1717.
Fontenelle Secretaire perpetuel de l'A--
cadémie Royale des Sciences.
Des Régistres de l'Académie Royale des
Sciences. Du 28. Aoust 1717.
Le P. Sebastien , Mrs Lémery &
Ceoffroy , qui avoient été nommé pour
examiner une Machine inventée par
M. Gautier Medecin de Nantes , pour
deſſaler l'Eau de la Mer ; en ayant fait
leur raport à la Compagnie , elle a
jugé que la Machine étoit nouvelle &
fort ingénieufe , & que la maniere dontla
fuperficie du Tambour & celle du
Chapiteau font augmentées , eſt trés
Bien pensée : Que cette Machine mexire
d'être exécutée & approuvée ſur
plufieurs Vaiſſeaux ; & qu'il n'y a que
l'expérience qui puiffe apprendre , fi
P'Eau de la Mer ainſi deſſalée , ſera affez
faine pendant un long uſage. E
foy de quoi j'ai figné le préſent Certificat.
A Paris , ce 6 Septembre 1717.
Fontenelle Secretaire perpetuel de l'A--
cadémie Royale des Sciences.
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Résumé : EXTRAIT Des Régistres de l'Académie Royale des Sciences. Du 28. Aoust 1717.
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76
p. 119-120
DECLARATION DU ROY. Portant établissement d'une Loterie pour parvenir à l'extinction des Billets de l'Etat & de la Caisse commune des Recettes Générales. Données à Paris le 21 Aoust.
Début :
Par cette Déclaration, chaque Billet sera de 25 sols, & comme [...]
Mots clefs :
Loterie, Caisse commune, Déclaration, Billets, Rentes viagères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DECLARATION DU ROY. Portant établissement d'une Loterie pour parvenir à l'extinction des Billets de l'Etat & de la Caisse commune des Recettes Générales. Données à Paris le 21 Aoust.
DECLARATION DU ROY.
Portant établiſſement d'une Loterie
pour parvenir à l'extinction des Billets
de l'Etat&de la Caiſſe commune
des Recettes Générales. Donnée àParis
le 21 Aoust.
PAR
cette Déclaration , chaque Billet
ſera de 25 ſols; &comme cette
Loterie ſera tirée le 10 de chaque mois,
à commencer au mois d'Octobre pro
120 LE MERCURE
chain , en quelque état que la Recette
ſe trouve au dernier jour d'icelui ; il
y aura au moins 74 lots à chaque Loterie:
Legros lot ne pourra jamais eſtre
plus fort que de 30000 livres & les
moindres de 1000 livres chacun : Ceux
qui raporteront leſdits Billets auſquels
le ſort ſera échû , avec des Billets de
l'Etat ou de la Caiſſe commune desRecettes
Générales, pour une ſomme pareille
à la valeur de chacun deſdits
lots , joüiront encore, leur vie durant,
d'une rente viagére aux intereſts deſdits
Billets rembourſez , c'eſt à dire au denier
vingt- cinq. Les Actionaires pourront
partager leſdites rentes viagéres
enpluſieurs Contrats, au profit de telles
perſonnes qu'ils voudront choifir
&nommer; pourvû néanmoins que lefdites
rentes ne foient point audeſſous
de 40 livres de joüiſſance actuelle par
chacun an : Les arrérages deſdites rentes
viagères ne pourront eſtre ſaiſis pour
quelque cauſe que ce foit , même pour
les propres deniers & affaires du Roy.
Portant établiſſement d'une Loterie
pour parvenir à l'extinction des Billets
de l'Etat&de la Caiſſe commune
des Recettes Générales. Donnée àParis
le 21 Aoust.
PAR
cette Déclaration , chaque Billet
ſera de 25 ſols; &comme cette
Loterie ſera tirée le 10 de chaque mois,
à commencer au mois d'Octobre pro
120 LE MERCURE
chain , en quelque état que la Recette
ſe trouve au dernier jour d'icelui ; il
y aura au moins 74 lots à chaque Loterie:
Legros lot ne pourra jamais eſtre
plus fort que de 30000 livres & les
moindres de 1000 livres chacun : Ceux
qui raporteront leſdits Billets auſquels
le ſort ſera échû , avec des Billets de
l'Etat ou de la Caiſſe commune desRecettes
Générales, pour une ſomme pareille
à la valeur de chacun deſdits
lots , joüiront encore, leur vie durant,
d'une rente viagére aux intereſts deſdits
Billets rembourſez , c'eſt à dire au denier
vingt- cinq. Les Actionaires pourront
partager leſdites rentes viagéres
enpluſieurs Contrats, au profit de telles
perſonnes qu'ils voudront choifir
&nommer; pourvû néanmoins que lefdites
rentes ne foient point audeſſous
de 40 livres de joüiſſance actuelle par
chacun an : Les arrérages deſdites rentes
viagères ne pourront eſtre ſaiſis pour
quelque cauſe que ce foit , même pour
les propres deniers & affaires du Roy.
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Résumé : DECLARATION DU ROY. Portant établissement d'une Loterie pour parvenir à l'extinction des Billets de l'Etat & de la Caisse commune des Recettes Générales. Données à Paris le 21 Aoust.
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77
p. 121-122
EDIT DU ROY. Portant création de douze cent mille livres de rentes viagéres, pour retirer les Billets de l'Etat. Donné à Paris au mois d'Aoust 1717.
Début :
Par cet Edit, le Roy vend & aliéne la somme de douze cent [...]
Mots clefs :
Édit, Trésor royal, Billets, Recettes, Rentes viagères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EDIT DU ROY. Portant création de douze cent mille livres de rentes viagéres, pour retirer les Billets de l'Etat. Donné à Paris au mois d'Aoust 1717.
EDIT DUROY ,
Portant création de douze cent mille livres
de rentes viagéres , pour retirer
les Billets de l'Etat. Donné àParis
au mois d'Aoust 1717.
P
ARcet Edit,le Roy vend & aliéne
la ſomme de douzecent mille livres
de rentes viagéres , à raiſon du denier
ſeize du Capital , aflignées ſur le
produit des Fermes , des 3 ſols par conwolled'Exploits,
des Greffes réunis des
Cartes & des Suifs : Le Garde du Tréfor
Royal ne pourra recevoir pour l'acquiſition
deſdites rentes viagéres aucuns
autres effets que des Billets de l'Etat
ou des Billets de la Caifle commune
des Recettes Générales,non pas mê--
me aucun denier comprant en cédant
la ſomme de ſeize livres. Les Contracts
de Conſtitution ne feront pas
moindres de 30 livres de joüiſſance par
an ,& les arrerages ne pourront eſtre
ſaiſis pour quelque cauſe quece ſoit,
même pour les propres deniers & affaires
du Roy. Tous les Billets del'Etat
qui feront portez au Tréſor Royal, fe-
Septembre 1717. L
722 LE MERCURE
1
ront biffez dans l'inſtant qu'ils feront
reçûs,& brûlez à l'Hôtel de Ville . &c.
Portant création de douze cent mille livres
de rentes viagéres , pour retirer
les Billets de l'Etat. Donné àParis
au mois d'Aoust 1717.
P
ARcet Edit,le Roy vend & aliéne
la ſomme de douzecent mille livres
de rentes viagéres , à raiſon du denier
ſeize du Capital , aflignées ſur le
produit des Fermes , des 3 ſols par conwolled'Exploits,
des Greffes réunis des
Cartes & des Suifs : Le Garde du Tréfor
Royal ne pourra recevoir pour l'acquiſition
deſdites rentes viagéres aucuns
autres effets que des Billets de l'Etat
ou des Billets de la Caifle commune
des Recettes Générales,non pas mê--
me aucun denier comprant en cédant
la ſomme de ſeize livres. Les Contracts
de Conſtitution ne feront pas
moindres de 30 livres de joüiſſance par
an ,& les arrerages ne pourront eſtre
ſaiſis pour quelque cauſe quece ſoit,
même pour les propres deniers & affaires
du Roy. Tous les Billets del'Etat
qui feront portez au Tréſor Royal, fe-
Septembre 1717. L
722 LE MERCURE
1
ront biffez dans l'inſtant qu'ils feront
reçûs,& brûlez à l'Hôtel de Ville . &c.
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Résumé : EDIT DU ROY. Portant création de douze cent mille livres de rentes viagéres, pour retirer les Billets de l'Etat. Donné à Paris au mois d'Aoust 1717.
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78
p. 122-123
EDIT DU ROY, Pour la vente & engagement des petits Domaines.
Début :
Le Roy par cet Edit, vend & engage tous les petits Domaines, [...]
Mots clefs :
Édit, Domaines, Terrains, Places, Héritiers, Droit honorifique, Trésor royal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EDIT DU ROY, Pour la vente & engagement des petits Domaines.
EDIT DU ROY ,
Pour la vente & engagement des petits
LE
Domaines.
E Roy par cet Edit , vend & engage
tous les petits Domaines , Moulins
, Preſſoirs,Halles , Marchez , Boutiques
, Echopes , Places à étaler, Terres
vaines & vagues , communes , Landes
, Briéres , Garrigues , Pâtis , Paluds
, Marais , Etangs , Prez , les &
Iſlotes , Terres labourables , Bocquéteaux
ſéparez des Forers , Bacs, Ponts ,
Péages , Travers , Paſſages ,Droits de
Minaye , Meſurage , Aunage , Poids,
Controlle des Toiles & autres Ouvrages
, Tabellionages , Portions de Domaines
& générallement tous autres
Droits de pareille nature dépendans
des Domaines du Roy ; poureen joüir
par les Acquereurs , leurs Succeffeurs ,
héritierson ayant cauſe à Titre d'engagement
,& à faculté de rachat perpétuel
, avec tous les Droits honorifiques&
utiles en dépendans ; AcondiDE
SEPTEMBRE. 125
03
tion de payer ſur les quittances du
Tréſor Royal , le prix principal des.
adjudications qui leur auront été faites
en Billets d'Etat , ou de la Caiffe
commune des Recettes générales ;
pourvû toutefois , que le prix ne ſoit
au-deſſous du denier 30 du Revenu
de ce qui ſera adjugé. Donné à Paris ,
au mois d'Aouſt 1717 .
Pour la vente & engagement des petits
LE
Domaines.
E Roy par cet Edit , vend & engage
tous les petits Domaines , Moulins
, Preſſoirs,Halles , Marchez , Boutiques
, Echopes , Places à étaler, Terres
vaines & vagues , communes , Landes
, Briéres , Garrigues , Pâtis , Paluds
, Marais , Etangs , Prez , les &
Iſlotes , Terres labourables , Bocquéteaux
ſéparez des Forers , Bacs, Ponts ,
Péages , Travers , Paſſages ,Droits de
Minaye , Meſurage , Aunage , Poids,
Controlle des Toiles & autres Ouvrages
, Tabellionages , Portions de Domaines
& générallement tous autres
Droits de pareille nature dépendans
des Domaines du Roy ; poureen joüir
par les Acquereurs , leurs Succeffeurs ,
héritierson ayant cauſe à Titre d'engagement
,& à faculté de rachat perpétuel
, avec tous les Droits honorifiques&
utiles en dépendans ; AcondiDE
SEPTEMBRE. 125
03
tion de payer ſur les quittances du
Tréſor Royal , le prix principal des.
adjudications qui leur auront été faites
en Billets d'Etat , ou de la Caiffe
commune des Recettes générales ;
pourvû toutefois , que le prix ne ſoit
au-deſſous du denier 30 du Revenu
de ce qui ſera adjugé. Donné à Paris ,
au mois d'Aouſt 1717 .
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Résumé : EDIT DU ROY, Pour la vente & engagement des petits Domaines.
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79
s. p.
APPROBATION.
Début :
J'ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier le Mercure de Septembre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J
'Ar lû par ordrede Monteſgneur ie Chancellier le
Mercure de Sewembre 1717 & j'ai cru que la lecture de
cetOuvrageconcin čroit d'être agréable au Public.Fait à
Paris ce 30 Septen.bre 1717. TERRASSON.
J
'Ar lû par ordrede Monteſgneur ie Chancellier le
Mercure de Sewembre 1717 & j'ai cru que la lecture de
cetOuvrageconcin čroit d'être agréable au Public.Fait à
Paris ce 30 Septen.bre 1717. TERRASSON.
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80
p. 9-10
COPIE DE LA LETTRE DU CONSEIL DE MARINE, Ecrite de Paris à Monsieur de Lusançay, Commissaire de la Marine à Nantes, le 30 Decembre 1716.
Début :
Le Sieur Gautier Medecin de Nantes, prétend avoir trouvé un [...]
Mots clefs :
M. Gautier, Eau de mer, Eau potable, Conseil, Succès, Navigation, Voyage, Secret
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texteReconnaissance textuelle : COPIE DE LA LETTRE DU CONSEIL DE MARINE, Ecrite de Paris à Monsieur de Lusançay, Commissaire de la Marine à Nantes, le 30 Decembre 1716.
COPIE DE LA LETTRE
DU CONSEIL DE MARINE ,
Ecrite de Paris à Monfieur de Lufançay ,
Commiffaire de la Marine à Nantes ,
le 30 Decembre 1716.
E Sieur Gautier Medecin de
Nantes , prétend avoir trouvé
un fecret pour deffaler l'Eau de
la Mer , & a propofé au Confeil par une
Lettre du 8 de ce mois , d'en faire l'épreuve
. Comme le fuccés d'une pareille
Découverte feroit trés utile à la navigation,
vous pourrez dire au Sieur Gautier
de fe rendre à l'Orient , pour faire certe
épreuve en préfence du Commandant
10 LE MERCURE
& de l'Ordonnateur de ce Port : Que le
Confeil luy fera payer la dépenfe de fon
voyage , & qu'il luy fera donné une
gratification pour le dédommager du
tems qu'il aura employé , file fecret fe
trouve bon. Signés , Louis -Alexandre:
de Bourbon & le Maréchal d'Eftrées .
Pour Copie Lufançay.
A Paris , Le 30 Decembre 1716.
DU CONSEIL DE MARINE ,
Ecrite de Paris à Monfieur de Lufançay ,
Commiffaire de la Marine à Nantes ,
le 30 Decembre 1716.
E Sieur Gautier Medecin de
Nantes , prétend avoir trouvé
un fecret pour deffaler l'Eau de
la Mer , & a propofé au Confeil par une
Lettre du 8 de ce mois , d'en faire l'épreuve
. Comme le fuccés d'une pareille
Découverte feroit trés utile à la navigation,
vous pourrez dire au Sieur Gautier
de fe rendre à l'Orient , pour faire certe
épreuve en préfence du Commandant
10 LE MERCURE
& de l'Ordonnateur de ce Port : Que le
Confeil luy fera payer la dépenfe de fon
voyage , & qu'il luy fera donné une
gratification pour le dédommager du
tems qu'il aura employé , file fecret fe
trouve bon. Signés , Louis -Alexandre:
de Bourbon & le Maréchal d'Eftrées .
Pour Copie Lufançay.
A Paris , Le 30 Decembre 1716.
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Résumé : COPIE DE LA LETTRE DU CONSEIL DE MARINE, Ecrite de Paris à Monsieur de Lusançay, Commissaire de la Marine à Nantes, le 30 Decembre 1716.
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81
p. 17
A Paris le 7 Juin 1717. LETTRE Ecrite à Monsieur de Beauregard.
Début :
Le Conseil a reçû, Monsieur, vôtre Lettre du 28 du mois passé [...]
Mots clefs :
Conseil, Épreuve, Eau de la mer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Paris le 7 Juin 1717. LETTRE Ecrite à Monsieur de Beauregard.
A Paris le 7 Juin 1717..
LETTRE
Ecrite à Monfieur de Beauregard.
E Confeil a reçû , Monfieur , vôtre
LE
paflé ; il
trouve bon que le fieur Gautier retourne
à Nantes , fans attendre à l'Orient , la
réponſe du Procés verbal d'Epreuve
qui doit être faite du Sécret qu'il prétend
avoir inventé, pour deffäller l'Eau
de la Mer ; & vous pouvez l'en avertir.
Signés , L. A. de Bourbon & le .
Maréchal d'Eftrées..
LETTRE
Ecrite à Monfieur de Beauregard.
E Confeil a reçû , Monfieur , vôtre
LE
paflé ; il
trouve bon que le fieur Gautier retourne
à Nantes , fans attendre à l'Orient , la
réponſe du Procés verbal d'Epreuve
qui doit être faite du Sécret qu'il prétend
avoir inventé, pour deffäller l'Eau
de la Mer ; & vous pouvez l'en avertir.
Signés , L. A. de Bourbon & le .
Maréchal d'Eftrées..
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Résumé : A Paris le 7 Juin 1717. LETTRE Ecrite à Monsieur de Beauregard.
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82
p. 17-18
EXTRAIT De la Lettre du Conseil, écrite à M. de Clairambault. A Paris le 3 Juillet 1717.
Début :
Le Conseil a reçû la Lettre que vous lui avez écrite le 18 [...]
Mots clefs :
Conseil, Épreuve, Secret, Eau de mer, Expérience, Vaisseau
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT De la Lettre du Conseil, écrite à M. de Clairambault. A Paris le 3 Juillet 1717.
EXTRAIT
De la Lettre du Confeil , écrite à M. de
Clairambault.
A Paris le Juillet 1717.
E Confeil a reçu la Lettre que
vous lui avez écrite le 18 du paffé ,
avec les Procez verbaux de l'Epreuve
Octobre 1717. But
r8 LE MERCURE
qui a été faite du Sécret que le fieur
Gautier ainventé , pour deffaller l'Eau
de la Mer. Le Confeil en a rendu compte
à MB le Regent , & S. A. R. a été
bien aife d'apprendre qu'elle ait réüffi :
Il auroit été néceffaire, que le fieur
Gautier eut remis un Mémoire de ce
Sécret , & un deffein de la Machine ;
afin d'en faire l'Expérience à la Mer ,
fur le premier Vaiffeau qui ira au long
cours. Signés L. A. de Bourbon & le
Marêchal d'Eftrées. Pour Extrait. Clai-
Jambault.
De la Lettre du Confeil , écrite à M. de
Clairambault.
A Paris le Juillet 1717.
E Confeil a reçu la Lettre que
vous lui avez écrite le 18 du paffé ,
avec les Procez verbaux de l'Epreuve
Octobre 1717. But
r8 LE MERCURE
qui a été faite du Sécret que le fieur
Gautier ainventé , pour deffaller l'Eau
de la Mer. Le Confeil en a rendu compte
à MB le Regent , & S. A. R. a été
bien aife d'apprendre qu'elle ait réüffi :
Il auroit été néceffaire, que le fieur
Gautier eut remis un Mémoire de ce
Sécret , & un deffein de la Machine ;
afin d'en faire l'Expérience à la Mer ,
fur le premier Vaiffeau qui ira au long
cours. Signés L. A. de Bourbon & le
Marêchal d'Eftrées. Pour Extrait. Clai-
Jambault.
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Résumé : EXTRAIT De la Lettre du Conseil, écrite à M. de Clairambault. A Paris le 3 Juillet 1717.
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83
p. 222-224
De Paris, ce 14 Novembre 1717. REPONSE De M. Anel à la Lettre de M. le Chevalier de C*** fils de défunt M. le Premier Président du Turin.
Début :
Monsieur, La Renommée vous a informé des bienfaits que son Excellence [...]
Mots clefs :
Monseigneur, Fortune, Attachement , Princesse, Maladie, Remèdes
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texteReconnaissance textuelle : De Paris, ce 14 Novembre 1717. REPONSE De M. Anel à la Lettre de M. le Chevalier de C*** fils de défunt M. le Premier Président du Turin.
De Paris , ce 14 Novembre 1717.
REPONSE
De M. ANEL à la Lettre de M. le
Chevalier de C *** fils de défunt
M. le Premier Préfident du Turin.
MONSIEUR,
La Renommée vous ainfermé des bienfaits
que fon Excellence Monfeigneur le
Comte de Kinigsegg vient de me départirf
généreusement . Je fuis fûrque connoiffantfon
caractére, vous n'en estes pas
furpris : La fortune qui nous perfecute
en général , m'a favorisé de ce côté-là,
J'ai refpiré long-tems aprés l'arrivée de
S. E. en cette Cour, par la reconnoiffance
l'attachement que je lui dois , &
que je lui porte ; fans m'attendre d'ailleurs
, à un fi grand bien-fait de fapart,
ny an témoignage de confideration &
d'eftime » que vous aves M. la bonté de
me marquer aujourdhui à ſon occafion. I
n'êtoit pas befoin M. d'une nouvelle conDE
NOVEMBRE.
225
firmation ; -vous m'en aviés donné des
marques affés fenfibles par tant d'endroits
particulierement, en me procurant
l'avantage d'être utile au retabliffement
de la fanté de Madame Royalle ; ce que
vous fites de la maniere du monde la plus
généreuse : Souvenés- vous M. que vous
eftiés chez moi a Gênes , dans un lit
prefque agonifant ; dans le tems que vous
prites la plume à mon infçu , pour faire
part de ma nouvelle découverte à Madame
Royalle , & pour lui offrir monfecours
; fans l'informer de vôtre êtat , ny
du befoin que vous en aviés vous même :
Il arriva que cette Princeffe ignorant
vôtrefituationfâcheufe , ennuyée de la longueur
de fa maladie , & preffée de fa
guérifan , hâta mon départ pour me rondre
aupres defa Perfonne Royalle , &.
que vous vous déterminates à vous tranfporter
dans une Litiére de 'Gênes à Turin,
pour mefuivre au peril de vôtre vie,
crainte que l'occafion que vous m'aviés
procurée ne me manquat . Le zele que vous
portiés à cette Princeffe , & l'affection
que vous aviés deja congeuë pour moy´,
vous firentfaire une Action digne d'Alexandre
:Je vous traite auffi , commefr
vous aviez êté lui-mêm: ; & la Princeſſe
"
124
LE MERCURE
vous regala aprés votre parfaite conva»
Ifcence , d'un riche Diamant. Vous
m'cxbortés , Monfieur , à avoir toujours
fin des Pauvres infirmes ; c'est ce que
j'ai deßein de faire plus que jamais . J'e
continuerai de leur donner audiance
les après midi , depuis une heure , juf
qu'à cinq heures en Hiver ; & en E'té ,
jufqu'afix. Ils trouveront chezmoi , tous
les fecours que je fuis capable de leur donner;
Remédes , Panfemens , Operations ,
Confultations verbales & par êcrit , tant
pour la Ville que pour les Provinces ;
j'irai panfer chez eux , ceux qui ne
pourront pas venir chez moi . La Maifon
où je demeure , rue du Four proche
Saint Eustache , vis- à- vis l'avance de
l'Hôtel de Soiffons , nommé l'Hôtel du
Bien des Yeux , eft un Hôpital affûré
pour eux : Qrant à vous , Monfieur , je
Souhaite que vôtre fante fe maintienne
long- tems auffi parfaite , qu'elle l'eftoit
aprés la cure que je vous ai faite. Je fuis
&'c.
REPONSE
De M. ANEL à la Lettre de M. le
Chevalier de C *** fils de défunt
M. le Premier Préfident du Turin.
MONSIEUR,
La Renommée vous ainfermé des bienfaits
que fon Excellence Monfeigneur le
Comte de Kinigsegg vient de me départirf
généreusement . Je fuis fûrque connoiffantfon
caractére, vous n'en estes pas
furpris : La fortune qui nous perfecute
en général , m'a favorisé de ce côté-là,
J'ai refpiré long-tems aprés l'arrivée de
S. E. en cette Cour, par la reconnoiffance
l'attachement que je lui dois , &
que je lui porte ; fans m'attendre d'ailleurs
, à un fi grand bien-fait de fapart,
ny an témoignage de confideration &
d'eftime » que vous aves M. la bonté de
me marquer aujourdhui à ſon occafion. I
n'êtoit pas befoin M. d'une nouvelle conDE
NOVEMBRE.
225
firmation ; -vous m'en aviés donné des
marques affés fenfibles par tant d'endroits
particulierement, en me procurant
l'avantage d'être utile au retabliffement
de la fanté de Madame Royalle ; ce que
vous fites de la maniere du monde la plus
généreuse : Souvenés- vous M. que vous
eftiés chez moi a Gênes , dans un lit
prefque agonifant ; dans le tems que vous
prites la plume à mon infçu , pour faire
part de ma nouvelle découverte à Madame
Royalle , & pour lui offrir monfecours
; fans l'informer de vôtre êtat , ny
du befoin que vous en aviés vous même :
Il arriva que cette Princeffe ignorant
vôtrefituationfâcheufe , ennuyée de la longueur
de fa maladie , & preffée de fa
guérifan , hâta mon départ pour me rondre
aupres defa Perfonne Royalle , &.
que vous vous déterminates à vous tranfporter
dans une Litiére de 'Gênes à Turin,
pour mefuivre au peril de vôtre vie,
crainte que l'occafion que vous m'aviés
procurée ne me manquat . Le zele que vous
portiés à cette Princeffe , & l'affection
que vous aviés deja congeuë pour moy´,
vous firentfaire une Action digne d'Alexandre
:Je vous traite auffi , commefr
vous aviez êté lui-mêm: ; & la Princeſſe
"
124
LE MERCURE
vous regala aprés votre parfaite conva»
Ifcence , d'un riche Diamant. Vous
m'cxbortés , Monfieur , à avoir toujours
fin des Pauvres infirmes ; c'est ce que
j'ai deßein de faire plus que jamais . J'e
continuerai de leur donner audiance
les après midi , depuis une heure , juf
qu'à cinq heures en Hiver ; & en E'té ,
jufqu'afix. Ils trouveront chezmoi , tous
les fecours que je fuis capable de leur donner;
Remédes , Panfemens , Operations ,
Confultations verbales & par êcrit , tant
pour la Ville que pour les Provinces ;
j'irai panfer chez eux , ceux qui ne
pourront pas venir chez moi . La Maifon
où je demeure , rue du Four proche
Saint Eustache , vis- à- vis l'avance de
l'Hôtel de Soiffons , nommé l'Hôtel du
Bien des Yeux , eft un Hôpital affûré
pour eux : Qrant à vous , Monfieur , je
Souhaite que vôtre fante fe maintienne
long- tems auffi parfaite , qu'elle l'eftoit
aprés la cure que je vous ai faite. Je fuis
&'c.
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Résumé : De Paris, ce 14 Novembre 1717. REPONSE De M. Anel à la Lettre de M. le Chevalier de C*** fils de défunt M. le Premier Président du Turin.
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84
p. 227
APPROBATION.
Début :
J'ay lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de Novembre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur
le Chancelier , le Mercure de Novembre
1717 , & j'ai cru que la lecture
de cet Ouvrage continueroit d'être
agréable au Public. Fait à Paris , ce
29
Novembre 1717 .
TERRASSON.
Ay lû par ordre de Monfeigneur
le Chancelier , le Mercure de Novembre
1717 , & j'ai cru que la lecture
de cet Ouvrage continueroit d'être
agréable au Public. Fait à Paris , ce
29
Novembre 1717 .
TERRASSON.
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85
p. 299
APPROBATION.
Début :
J'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'Ai lû par ordre de Monfeigneur le
Chancelier, le Mercure de Décembre
1717, & j'ai crû que la lecture de cet
Ouvrage , continueroit d'eftre agréable
au Public . Fait à Paris , ce 31 Decembre
1717.
TERRASSON .
J'Ai lû par ordre de Monfeigneur le
Chancelier, le Mercure de Décembre
1717, & j'ai crû que la lecture de cet
Ouvrage , continueroit d'eftre agréable
au Public . Fait à Paris , ce 31 Decembre
1717.
TERRASSON .
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86
s. p.
AU ROY,
Début :
SIRE. Le Mercure de France, qui contient l'Histoire journaliere [...]
Mots clefs :
Mercure, Histoire journalière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY,
Le Mercure de France , qui contient
histoire journaliere <te la Nation , ne
ut paroître plus heureusement pour le
blic , . Se pour ses Auteurs , que fous
Ai) Se
les glorieux auspices de VOTRE MAr
JESTE' ; la bonté que vous avez, S I RE,
de nous Je permettre , & d'agréer que
nous venions tous les mois vous offrir.,
comme un juste tribut , le fruit de nôtre
travail , nous animera de plus en plus f
& nous engagera particulierement à ne
rien presenter à VQTRE MAJESTE*
qui jjie puisse lui plaire , ou s'amuíer
agréablement. C'est , SIRE , par ces dis
positions que nous nous flatons de pou
voir meriter la grace de vôtre Royale
Protection , & que nous osons nous dire
Avec le plus profond respect.
S I RE,
DE VOTRE MAJESTE',
Les plus humbles , les plus
obéiísans . &les plus fideles.
serviteurs & sujets ,
Les Auteurs du Mercure,
A Paris , U fremit*
l*nvier 17»^.
histoire journaliere <te la Nation , ne
ut paroître plus heureusement pour le
blic , . Se pour ses Auteurs , que fous
Ai) Se
les glorieux auspices de VOTRE MAr
JESTE' ; la bonté que vous avez, S I RE,
de nous Je permettre , & d'agréer que
nous venions tous les mois vous offrir.,
comme un juste tribut , le fruit de nôtre
travail , nous animera de plus en plus f
& nous engagera particulierement à ne
rien presenter à VQTRE MAJESTE*
qui jjie puisse lui plaire , ou s'amuíer
agréablement. C'est , SIRE , par ces dis
positions que nous nous flatons de pou
voir meriter la grace de vôtre Royale
Protection , & que nous osons nous dire
Avec le plus profond respect.
S I RE,
DE VOTRE MAJESTE',
Les plus humbles , les plus
obéiísans . &les plus fideles.
serviteurs & sujets ,
Les Auteurs du Mercure,
A Paris , U fremit*
l*nvier 17»^.
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Résumé : AU ROY,
Les auteurs du Mercure de France remercient leur souverain pour la permission de publier mensuellement. Ils s'engagent à offrir des contenus agréables au roi et à mériter sa protection. Ils se déclarent ses humbles et fidèles serviteurs. La lettre est datée de Paris, le premier janvier 17XX.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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87
p. 50-56
EXTRAIT d'une Lettre de l'Auteur du voyage de Syrie & du Mont-Liban, imprimé à Paris chez Cailleau, en l'année 1722. pour servir de réponse à l'Ecrit qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier, sous le nom du sieur Paul Lucas.
Début :
L'écrit dont vous me parlez, Monsieur, ne demande pas une grande [...]
Mots clefs :
Oronte, Syrie, Lucas, Laodicée, Mer, Voyageur, Ville, Rivière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de l'Auteur du voyage de Syrie & du Mont-Liban, imprimé à Paris chez Cailleau, en l'année 1722. pour servir de réponse à l'Ecrit qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier, sous le nom du sieur Paul Lucas.
EXTRAIT d'une Lettre de l'Auteur du
voyage de Syrie & du Mont-Liban ,
, imprimé a Paris chez. Cailleau , en
rannée T72Z. pour servir de réponse à
l'Ecrit qui a paru dam le Mercure du
mois de Novembre dernier , fous le nom
du Jïeur Paul Lucas. . ,
L'Ecrit dont vous me parlez , Mon~
sieur , ne demande pas une grande
attention ; on ne peut Je regarder que
comme un fruit dé la prévention & de
l'amour propre , mais il suffit que vous
daigniez vous y interesser , en faveur dé?
la verité, pour m'engager à rompre le
silence que j'avois résolu de garder. J'ai
donné dans le Mercure du mois de sep
tembre dernier une Dissertation íùr une.
Medaille de la Ville d'Apamée y dans la
quelle il est beaucoup prié du Fleuve
Oronte , lequel , comme je le prouve ,a
été un íùjet d'erreur à quelques Au
teurs distinguez dans la Republique des
Lettres , à commencer par Pline qui a
erré dès fa source. J'ai de plus fait connoître
en palTànt une erreur des Editeurs
- du Dictionnaire Historique dans la po
sition d' A pamée , & en finissant) 'ai pris
1»
TA Si V I £ R 1724. fi
la liberté de parler aussi d'une méprise
-de M. Paul Lucas , au íûjet du même
Fleuve , méprise deux fois repetée dans
ía Relation , & qu'on s'efforce neanmoins
de défendre , & de soutenir dans l'Hcric
inferé dans le Mercure.
Ce voyageur en décrivant les ruines
de Laodicée , aujourd'hui nommée Lataquie
Se son territoire , prétend qu'il y
paslè un bras de l'Oronte, qui arrose,.
dit-il , en .íerpentant une bonne partie.
de tout ce pays , &c en allant par terra
de Lataquie à Tripoli , c'est.à.dire , en/
s'éloignant toujours davantage de l'O
ronte , il le retrouve encore íiir íà rou
te. Quand nous eûmes marché environ
ïïne heure, dit l'Auteur , nous paffâmes
l'Oronte fur un très.beau pont. Voilà,
dis-je, ee qu'il prétend, & je prétends
précisément touc le contraire ; car je
soutiens que ce Fleuve ne se divise point,.
qu'il ne forme aucun bras , & qu'il pafle
au moins à quinze lieuës loin de la Ville,.
& des campagnes que M. Lucas lui fait
arroser. Je prétends aussi quepour-sça*
Voir qui de lui ou de moi íê trompe , il
n'est pas neceslaire de faire le voyage de
Syrie , & je vous prens . Moníieur , pour
}age de la contestation . & avec vous tou
tes les personnes d'un certain esprit qui
iïont ma lettre.
5* MERCURE DE FRANCE.
Voici d'abord à quoi se réduiíent les'
preuves de nôtre Voyageur. J'ay appris ,
dit. il, des habitans de Laodicée ,fue la
riviere en question étoit un bras de P Ci
ronte, 8c plus bas dans le même écrit. J'ai
traversé plusieurs fois cette partie de la
Syrie , j'ai été a. l'embouchure de cette ri
viere par mer en venant de- Tmrtoufe , je
Vai pafie fur un beau pont en allant par
terre a Tripoli. Je m'abstiens ici de réfle
xions fur la qualité de ces preuves , afin.
d'abreger , & pour laisler aux vôtres.
une plus grande liberté.
Mes preuves feront un peu plus éten
dues , quoique réduites à d'étroites bor
nes ; mais je me flatte que vous les trourerez
d'une autre eípece. Je n'aflure
lien íur des oiti-dire r. & si je me donne
moi-même pour témoin de ce que j'arance
, mon témoignage fera si solide
ment appuyé , que je crois que l'ignorance
íeule ,.Se l'entêtement , feront en
droit de ne pas s'y rendre.
Vous fçavez , Monsieur ,. mieux que
personne ce qui me donna lieu de par
courir l'Oronte depuis íâ source jusqu'à
la mer. J'en ai instruit le public dans
deux ditserens ouvrages , vous fçavez
de plus que j'ai fait cîtte course , Se dtefíè
la Carte en question. avec l'un des plus
habiles hommes du pays., &. des: plus
doctes
doctes parmi les Maronites , que le. Pa*
triarche Etienne , dont il étoit Secretaireì
rn'avoit bien voulu donner , pour m'accompagner
par tout où j'aurois des éclair*
eissemens à prendre, ÔC des memoires à
verifier fur le Liban, & fur la Syrie
Maritime. C'est le même que vous ayez
Vu à Paris en l'année 1 701* envoyé à làr
Gour par le Patriarche pour des affaires
importantes de fa nation , le même enfin
dont il est parlé fur la. fin dû second vo
lume de mon voyage. J'ose vous assu
rer que rien ne nous est éthapé fur le
fait dont il s'agit ici , & que nous n'avoní
point vû que l'Oronte íè diviíe dans au
cun endroit de son cours..
Et comment l'aurions.nous Vu ^ Mon
sieur, puisque de tous les Auteurs que
j'ai lus , Historiens , Geographes , Voya.*
geurs, &c. anciens & modernes , qui
ont parlé de ce Pleuve , & de la Ville de
Laodicée , aucun n'a observé la division
íoutenuë par M.. Lucas', Se le passage
prétendu d'un de íès bras par les lieux
marquez dans fa- Relation. Ils s'accor
dent au contraire. tous à conduire l'Oronte
fans division , & à le faire tomber
enfin dans la Mer presque en droite li^
gne au defïous díAntiôche.
Il seroit aussi ennuyeux qu'indisertt
de vous taire de longues; citations de ces
.y. An
f4 MERCURE DÉ FRANCE.
Auteurs , une feule autorité nous suffira,
Hiais elle est ici d'un merite particulier ;
e'est celle d'Abulfeda Prince ou Sultan
de Hamah en Syrie > Historien & Geographe
Arabe sort estimé. Il y a dans la
Bibliotheque du Roy un beau manuscrit
de sa Geographie &. jJai quelque obli
gation à M. Lucas de m'avoir engagé par
là contestation , à consulter cet Auteur
sur le cours de l'Oronte , & fur la Syrie
Maritime , qu'il de voit connoître mieux
qu'un autre 3 la Syrie , où il a regné ,
comme je viens de le dire étant son
propre pays. Auíïï entre.t'il là.deslus
dans un grand détail , mais il. ne dit
liulle part que l'Oronte à qui ii donne
trois diíFerens noms , se divise & forme'
quelque bras de riviere. il le fuit avec
exactitude depuis son origine jusqu'à la'
Mer , nommant tous les lieux qu'il arroíe
, décrivant tous ses contours ^ & fixant
enfin son embouchure au mime lieu oit
fous les Aufeurs, qui en ont parlé avant
& après lui , l'ònt reconnuë , c'est.à.dire,-
à Seleucie, dont il nous donne auffi ta
position Astronomique.
Le même Auteur parle auffi de Laòdi-.
eée, ou L.ìta^uie , Se de ses environs , en
parcourant la côte de la Mer de Syrie.
C'était , Monsieur , le lieu de reconnoître
& de aomnjer ce bias de l'Oronte
(pis
JANVIER 171* ff
«ruì , íêlon M. Lucas , arrose touc ce
pays. Cependant il n'en dit rien , il ne
ait pas même positivement qu'il y ait.
une riviere près de Laodicée , se conten
tant de remarquer qu'il y a des eaux aux
en virons , qui rendent le pays humide Sc
fertile , & certainement Abulfeda a raiiòn
; car qu'est.ce en effet que la rivieie
, méprisée & omise par plusieurs Geo- '
graphes , qui paíîe aux environs de cette
(Ville ? si ce n'est une eípece de Torrent,
«lui Tans avoir rien de commun avec PO.
lonte , prentì son origine dans cette par
tie de montagnes , marquée dans nôtre
Carte , Se qui par l'abondance des pluyess
la fonte des neiges , & la jonction de
quelques ruiíseaux , s'enfle , groísit & se
«écharge enfin dans la Mer de Syrie ,
comme toutes les rivieres , & les autres
torrens , qu'on trouve fur cette côte.
Ainsi , Monsieur, si dans nôtre Carte
nous nous sommes contentez de marquer.,
auprès de Laodicée , une riviere de cette
.qualité, fâns lui donner de nom , il ne
s'enfuit pas, comme le veut M. Lucas,
que ce soit un bras de l'Oronte , qui nous
a été inconnu , &c. U y a fur toute cette
côte une grande quantité de ces préten
dues rivieres, qui n'ont aucun nom , Se
comme parle un Voyageur * moderne des '
* Henry MaundreU , Voyageur Angles
«n ií96. PluS
j<í ftfeRCUKE DE FRANCE,
plus éclairez , qui les a toutes remarquées
avec foin. Ces rivieres des montagnes font
d'ordinaire très.peu considerables , mais
les grossis fluyes les enflent .tellement , Sec-
Enfin ce que dit M. Lucas de la riviere
d'Arquis , qui lui est inconnue' , de la
transpoíition prétendue de trois autres
rivieres dans nôtre description , & le reste
de sa critique ; tout cela , dis.je , n'est
pas mieux fondé que ce qu'il a prétendu
fur l'Orònte., Se vous en conviendrez ,
Monsieur , quand vous aurez lu ce que
je vous prepare là.delfus , Se qui entrera
naturellement dans la réponse que je
Vous dois, fur le Fleuve Sabbathique des
Juifs, qui vient auffi du Liban, Se íùr le
monument érigé par un Roy de Syrie s
fur|les bords du Fleuve Lycus. Cette Let
tre n'est déja que trop. longue ; je ren-.
voye tout ce qui me resteroit à dire fur
cette matiere au troisième volume de
mon voyage de Syrie & du Mont.Liban^
qui est déja bien avancé , Se à la Carte
generale du même pays , qui fera à la
tête de ce volume.
Je fuis y Monsieur , Sec
'A' Paris t ce 15. Decembre 1723.
voyage de Syrie & du Mont-Liban ,
, imprimé a Paris chez. Cailleau , en
rannée T72Z. pour servir de réponse à
l'Ecrit qui a paru dam le Mercure du
mois de Novembre dernier , fous le nom
du Jïeur Paul Lucas. . ,
L'Ecrit dont vous me parlez , Mon~
sieur , ne demande pas une grande
attention ; on ne peut Je regarder que
comme un fruit dé la prévention & de
l'amour propre , mais il suffit que vous
daigniez vous y interesser , en faveur dé?
la verité, pour m'engager à rompre le
silence que j'avois résolu de garder. J'ai
donné dans le Mercure du mois de sep
tembre dernier une Dissertation íùr une.
Medaille de la Ville d'Apamée y dans la
quelle il est beaucoup prié du Fleuve
Oronte , lequel , comme je le prouve ,a
été un íùjet d'erreur à quelques Au
teurs distinguez dans la Republique des
Lettres , à commencer par Pline qui a
erré dès fa source. J'ai de plus fait connoître
en palTànt une erreur des Editeurs
- du Dictionnaire Historique dans la po
sition d' A pamée , & en finissant) 'ai pris
1»
TA Si V I £ R 1724. fi
la liberté de parler aussi d'une méprise
-de M. Paul Lucas , au íûjet du même
Fleuve , méprise deux fois repetée dans
ía Relation , & qu'on s'efforce neanmoins
de défendre , & de soutenir dans l'Hcric
inferé dans le Mercure.
Ce voyageur en décrivant les ruines
de Laodicée , aujourd'hui nommée Lataquie
Se son territoire , prétend qu'il y
paslè un bras de l'Oronte, qui arrose,.
dit-il , en .íerpentant une bonne partie.
de tout ce pays , &c en allant par terra
de Lataquie à Tripoli , c'est.à.dire , en/
s'éloignant toujours davantage de l'O
ronte , il le retrouve encore íiir íà rou
te. Quand nous eûmes marché environ
ïïne heure, dit l'Auteur , nous paffâmes
l'Oronte fur un très.beau pont. Voilà,
dis-je, ee qu'il prétend, & je prétends
précisément touc le contraire ; car je
soutiens que ce Fleuve ne se divise point,.
qu'il ne forme aucun bras , & qu'il pafle
au moins à quinze lieuës loin de la Ville,.
& des campagnes que M. Lucas lui fait
arroser. Je prétends aussi quepour-sça*
Voir qui de lui ou de moi íê trompe , il
n'est pas neceslaire de faire le voyage de
Syrie , & je vous prens . Moníieur , pour
}age de la contestation . & avec vous tou
tes les personnes d'un certain esprit qui
iïont ma lettre.
5* MERCURE DE FRANCE.
Voici d'abord à quoi se réduiíent les'
preuves de nôtre Voyageur. J'ay appris ,
dit. il, des habitans de Laodicée ,fue la
riviere en question étoit un bras de P Ci
ronte, 8c plus bas dans le même écrit. J'ai
traversé plusieurs fois cette partie de la
Syrie , j'ai été a. l'embouchure de cette ri
viere par mer en venant de- Tmrtoufe , je
Vai pafie fur un beau pont en allant par
terre a Tripoli. Je m'abstiens ici de réfle
xions fur la qualité de ces preuves , afin.
d'abreger , & pour laisler aux vôtres.
une plus grande liberté.
Mes preuves feront un peu plus éten
dues , quoique réduites à d'étroites bor
nes ; mais je me flatte que vous les trourerez
d'une autre eípece. Je n'aflure
lien íur des oiti-dire r. & si je me donne
moi-même pour témoin de ce que j'arance
, mon témoignage fera si solide
ment appuyé , que je crois que l'ignorance
íeule ,.Se l'entêtement , feront en
droit de ne pas s'y rendre.
Vous fçavez , Monsieur ,. mieux que
personne ce qui me donna lieu de par
courir l'Oronte depuis íâ source jusqu'à
la mer. J'en ai instruit le public dans
deux ditserens ouvrages , vous fçavez
de plus que j'ai fait cîtte course , Se dtefíè
la Carte en question. avec l'un des plus
habiles hommes du pays., &. des: plus
doctes
doctes parmi les Maronites , que le. Pa*
triarche Etienne , dont il étoit Secretaireì
rn'avoit bien voulu donner , pour m'accompagner
par tout où j'aurois des éclair*
eissemens à prendre, ÔC des memoires à
verifier fur le Liban, & fur la Syrie
Maritime. C'est le même que vous ayez
Vu à Paris en l'année 1 701* envoyé à làr
Gour par le Patriarche pour des affaires
importantes de fa nation , le même enfin
dont il est parlé fur la. fin dû second vo
lume de mon voyage. J'ose vous assu
rer que rien ne nous est éthapé fur le
fait dont il s'agit ici , & que nous n'avoní
point vû que l'Oronte íè diviíe dans au
cun endroit de son cours..
Et comment l'aurions.nous Vu ^ Mon
sieur, puisque de tous les Auteurs que
j'ai lus , Historiens , Geographes , Voya.*
geurs, &c. anciens & modernes , qui
ont parlé de ce Pleuve , & de la Ville de
Laodicée , aucun n'a observé la division
íoutenuë par M.. Lucas', Se le passage
prétendu d'un de íès bras par les lieux
marquez dans fa- Relation. Ils s'accor
dent au contraire. tous à conduire l'Oronte
fans division , & à le faire tomber
enfin dans la Mer presque en droite li^
gne au defïous díAntiôche.
Il seroit aussi ennuyeux qu'indisertt
de vous taire de longues; citations de ces
.y. An
f4 MERCURE DÉ FRANCE.
Auteurs , une feule autorité nous suffira,
Hiais elle est ici d'un merite particulier ;
e'est celle d'Abulfeda Prince ou Sultan
de Hamah en Syrie > Historien & Geographe
Arabe sort estimé. Il y a dans la
Bibliotheque du Roy un beau manuscrit
de sa Geographie &. jJai quelque obli
gation à M. Lucas de m'avoir engagé par
là contestation , à consulter cet Auteur
sur le cours de l'Oronte , & fur la Syrie
Maritime , qu'il de voit connoître mieux
qu'un autre 3 la Syrie , où il a regné ,
comme je viens de le dire étant son
propre pays. Auíïï entre.t'il là.deslus
dans un grand détail , mais il. ne dit
liulle part que l'Oronte à qui ii donne
trois diíFerens noms , se divise & forme'
quelque bras de riviere. il le fuit avec
exactitude depuis son origine jusqu'à la'
Mer , nommant tous les lieux qu'il arroíe
, décrivant tous ses contours ^ & fixant
enfin son embouchure au mime lieu oit
fous les Aufeurs, qui en ont parlé avant
& après lui , l'ònt reconnuë , c'est.à.dire,-
à Seleucie, dont il nous donne auffi ta
position Astronomique.
Le même Auteur parle auffi de Laòdi-.
eée, ou L.ìta^uie , Se de ses environs , en
parcourant la côte de la Mer de Syrie.
C'était , Monsieur , le lieu de reconnoître
& de aomnjer ce bias de l'Oronte
(pis
JANVIER 171* ff
«ruì , íêlon M. Lucas , arrose touc ce
pays. Cependant il n'en dit rien , il ne
ait pas même positivement qu'il y ait.
une riviere près de Laodicée , se conten
tant de remarquer qu'il y a des eaux aux
en virons , qui rendent le pays humide Sc
fertile , & certainement Abulfeda a raiiòn
; car qu'est.ce en effet que la rivieie
, méprisée & omise par plusieurs Geo- '
graphes , qui paíîe aux environs de cette
(Ville ? si ce n'est une eípece de Torrent,
«lui Tans avoir rien de commun avec PO.
lonte , prentì son origine dans cette par
tie de montagnes , marquée dans nôtre
Carte , Se qui par l'abondance des pluyess
la fonte des neiges , & la jonction de
quelques ruiíseaux , s'enfle , groísit & se
«écharge enfin dans la Mer de Syrie ,
comme toutes les rivieres , & les autres
torrens , qu'on trouve fur cette côte.
Ainsi , Monsieur, si dans nôtre Carte
nous nous sommes contentez de marquer.,
auprès de Laodicée , une riviere de cette
.qualité, fâns lui donner de nom , il ne
s'enfuit pas, comme le veut M. Lucas,
que ce soit un bras de l'Oronte , qui nous
a été inconnu , &c. U y a fur toute cette
côte une grande quantité de ces préten
dues rivieres, qui n'ont aucun nom , Se
comme parle un Voyageur * moderne des '
* Henry MaundreU , Voyageur Angles
«n ií96. PluS
j<í ftfeRCUKE DE FRANCE,
plus éclairez , qui les a toutes remarquées
avec foin. Ces rivieres des montagnes font
d'ordinaire très.peu considerables , mais
les grossis fluyes les enflent .tellement , Sec-
Enfin ce que dit M. Lucas de la riviere
d'Arquis , qui lui est inconnue' , de la
transpoíition prétendue de trois autres
rivieres dans nôtre description , & le reste
de sa critique ; tout cela , dis.je , n'est
pas mieux fondé que ce qu'il a prétendu
fur l'Orònte., Se vous en conviendrez ,
Monsieur , quand vous aurez lu ce que
je vous prepare là.delfus , Se qui entrera
naturellement dans la réponse que je
Vous dois, fur le Fleuve Sabbathique des
Juifs, qui vient auffi du Liban, Se íùr le
monument érigé par un Roy de Syrie s
fur|les bords du Fleuve Lycus. Cette Let
tre n'est déja que trop. longue ; je ren-.
voye tout ce qui me resteroit à dire fur
cette matiere au troisième volume de
mon voyage de Syrie & du Mont.Liban^
qui est déja bien avancé , Se à la Carte
generale du même pays , qui fera à la
tête de ce volume.
Je fuis y Monsieur , Sec
'A' Paris t ce 15. Decembre 1723.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de l'Auteur du voyage de Syrie & du Mont-Liban, imprimé à Paris chez Cailleau, en l'année 1722. pour servir de réponse à l'Ecrit qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier, sous le nom du sieur Paul Lucas.
L'auteur réagit à une critique de Paul Lucas publiée dans le Mercure de novembre 1723, concernant une dissertation sur une médaille de la ville d'Apamée parue dans le Mercure de septembre 1723. L'auteur conteste les affirmations de Lucas sur le fleuve Oronte, notamment que ce dernier se divise en bras et passe près de Laodicée, aujourd'hui Lattaquié. Lucas avait décrit les ruines de Laodicée en mentionnant qu'un bras de l'Oronte arrose la région. L'auteur, appuyé par ses propres observations et celles d'Abulfeda, un historien et géographe arabe, soutient que l'Oronte ne se divise pas en bras. Il a parcouru le fleuve depuis sa source jusqu'à la mer en compagnie d'un guide maronite compétent et n'a jamais observé de division du fleuve. L'auteur critique les preuves de Lucas, jugées basées sur des ouï-dire et des observations superficielles. Il conclut en promettant de développer ses arguments dans le troisième volume de son voyage de Syrie et du Mont-Liban.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
87
88
p. 184
APPROBATION.
Début :
J'ay lû par ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux le Mercure de France du mois [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP P <ROB ATIO N.
'Ay lû par ordre de Monseigneur le Garde
des Sceaux le Mercure 1 4e Fr»nee du mois
de janvier , & j'ajr crû qu'on pouvoit en
permettre rimprcíupn. A Paris , le 10. dp
Fcvriet *7M.
' * . ; tHARDZO.M.
'Ay lû par ordre de Monseigneur le Garde
des Sceaux le Mercure 1 4e Fr»nee du mois
de janvier , & j'ajr crû qu'on pouvoit en
permettre rimprcíupn. A Paris , le 10. dp
Fcvriet *7M.
' * . ; tHARDZO.M.
Fermer
89
p. 2672
ENIGME.
Début :
Je suis un rien qui devient quelque chose, [...]
Mots clefs :
Point mathématique
90
p. 429-436
LETTRE écrite à l'Auteur du Mercure, au sujet de la Réponse à la Question proposée dans le Mercure de Juin, second volume, page 1359. laquelle Réponse est inserée dans le Mercure de Decembre, premier volume, page 2758.
Début :
On lût hier, Monsieur, dans une Compagne où j'étois, la Lettre que [...]
Mots clefs :
Haine, Mari, Femme, Vertueuse, Délicatesse, Coeur, Horreur, Passion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à l'Auteur du Mercure, au sujet de la Réponse à la Question proposée dans le Mercure de Juin, second volume, page 1359. laquelle Réponse est inserée dans le Mercure de Decembre, premier volume, page 2758.
LETTRE écrite à l'Auteur du Mercure
au fujet de la Réponse à la Question
propofée dans le Mercure de Juin , fecond
volume , page 1359. laquelle Ré
ponfe eft inferée dans le Mercure de Decembre
, premier volume , page 2758
IN lût hier , Monfieur , dans und
Compagne où j'étois , la Lettre que
vous avez mife au commencement de
votre Mercure du mois dernier , contenant
la Réponse à la Queftion propolée
dans le fecond volume de Juin ; fçavoir ,
Quelle est la femme la plus malheureuſe , ou
cellequi a un mari qu'elle bait, & dont elle eſt
aimée , ou celle qui a un mari qu'elle aime ,
dont elle est haie. La Compagnie étoit
nombreufe , on lût deux fois de fuite cette
Lettre toute entiere , & enfin il ne fe trouva
perfonne qui ne dît que l'Auteur avoit
rencontré jufte , chacun s'applaudit d'avoir
été de fon fentiment , & on anathéma
tifa d'une voix unanime tous ceux qui feroient
affez témeraires pour foutenir le
contraire. J'éprouvai en cette occaſion ,
comme j'avois fait en bien d'autres , avec
quelle facilité l'efprit François fe rend aux
apparences qui le frappent les premieres ,
A iiij
aycc
430 MERCURE DE FRANCE:
avec quelle impétuofité il s'y livre . Je
rêvois à cela, & jufqu'alors je n'avois rien
dit , tout le monde s'en apperçut à la fois, 2
& furpris de mon filence , on m'en demanda
la caufe . Quoi ! me dit une jeune
Dame qui a beaucoup de vivacité ; vous
balancez à vous déclarer pour nous ! feriez
- vous affez abftrait pour penſer autrement
, & ces raifonnemens ne vous
perfuadent- ils pas ? J'en admire comme
vous la délicateffe , lui répondis - je , mais
vous me permettrez , s'il vous plaît , de
n'en trouver bon rien de plus .
A ces mots je me vis fur les bras douze
ou treize perſonnes , & toutes auffi prevenuës
que je viens de vous le dire . On
m'accabla des repetitions de ce que contenoit
cette Lettre , & on me crut con
vaincu, parce qu'on ne me donnoit pas
le loifir de rien dire ; à la fin il me fut
permis de parler ; & lorfqu'on s'attendoit
à un aveu de ma défaite ; je vois bien ,
dis -je , que je tenterois en vain de vous
diffuader ici. Pour détruire vos préventions
il me faudroit plus que des raiſons ;
mais n'en parlons plus , Mercure vous
en donnera des nouvelles ; je fus pris au
mot & fifflé d'avance : c'eſt à vous , Monfieur
, à voir fi je le mérite , & en ce caslà
je vous crois affez de bonté pour ne
m'expofer point à l'être de nouveau .
Jc
MARS. 1730.
+37
}
Je dis donc que le malheur d'une femme
haïe d'un mari qu'elle aime , eft fans
comparaison plus grand que celui d'une
femme qui haït un mari dont elle eſt
aimée ; & voici en peu de mots ce qui me
le fait dire .
L'amour & la haine font deux extrêmes
auffi oppoſez dans leurs effets que dans
leurs principes ; mais les impreffions de
la premiere de ces paffions font bien plus
fenfibles que celles de la feconde . L'amour
eft enfant de la vertu , du mérite & des
appas ; la haine , fille du vice & des horreurs
celle- cy dans fon origine n'eft que
groffiereté ; l'origine de l'autre est toute
délicateffe ; la haine n'a dans les coeurs que
la place qu'elle y ufurpe , ils femblent
n'être faits que pour aimer ; dès- là une
ame s'abandonne bien plus naturellement
à des tranfpots de joye ou de douleur ,
qui ont pour principe une partie de fon
effence , qu'à des mouvemens dont elle
ne reçoit la caufe que malgré foi ;` delà ,
par une confequence neceffaire , elle goute
des douceurs bien plus grandes , en fatisfaifant
fon amour , que celles qu'elle
trouve , fi l'on peut parler ainfi , à fatisfaire
à fa haine.
Un coeur amoureux n'eft occupé que de
l'objet de fa tendreffe ; & comme l'amour
heureux l'eft infiniment , l'amour malheu
A v reux
432 MERCURE DE FRANCE:
•
reux l'eft fans mefure , formée à des fere
timens auffi vifs qu'ils font purs & nobles ,
une ame tendre & vertueufe goute &
reffent tout avec excès ; cette paffion , dans
un fexe qui en eft le plus fufceptible ,
porte plus loin encore les effets de fa délicateffe.
Un coeur au contraire que la haine tiranniſe
, loin de fe perpetuer l'image de
ce qu'il haft , ne voudroit s'en défaire
que pour ne plus le hair. J'avoue qu'il a
des momens d'horreur , mais cette horreur
groffiere ne fe fait pas fentir fi vivement
que les dépits d'un amour outragé;
a- t'il des intervalles,comme la cauſe de
fon mal lui eft étrangere , il s'en détache
plus facilement fans doute ; & d'ailleurs
dans fes temps les plus fâcheux , dans cette
horreur même , il trouve la funefte confolation
de penſer que bien-tôt peut- être
il les verra finir avec celui qui les caufe.
Quelle difference dans les chagrins amoureux
! ils ont des horreurs , mais d'autantplus
triftes , qu'elles font plus fubtiles &
penetrent plus avant , elles ne peuvent
fair qu'avec leur caufe ; & quand on s'abandonne
aux langueurs de cette paffion ,
on ne fe flatte pas que la caufe en puiffe
ceffer. Point de relâche, point d'efperance;
& quand on efpereroit , il eft conftant
que les feules impatiences feroient plus
fouffrir
MAR S.
433
1730 .
7
fouffrir que tout ce que la haine a de plus
affreux.
De-là je conclus que quand les chagrins
que donne la haine inveterée feroient actuellement
auffi vifs que ceux de l'amour
bleffé , il y auroit toûjours beaucoup de
difference , parce qu'on a la durée & la
continuité. Mais ce n'eft pas affez d'avoir
établi des principes , il faut les accommoder
à l'efpece dont il s'agit dans la
Queſtion propofée . Ce font deux femmes
également vertueuſes , qui éprouvent toutes
les deux les bizarreries d'un hymen
mal afforti . Cette qualité qu'on leur donne
, favorile extrémement ma theſe . La
haine de cette femme vertueufe ne pour
ta avoir pour principe qu'une antipathies
c'eft beaucoup , j'en conviens , mais
combien fon devoir & fa vertu ne lui
fourniront- ils pas de moyens d'en adoucir
les amertumes ? Elle n'aura rien à craindre
des tranfports qui portent aux extrémitez
funeftes ; le crime eft enfant du vice , &
le vice eft incompatible avec la vertu .
déja il faut retrancher, par rapport à elle,
bien des chofes que j'ai attribuées à la
haine , dans ce que j'en viens de dire . Je
veux que les complaifances de fon mari ,
fes empreffemens , fes careffes , lui donnent
quelque chofe de plus que des dégouts;
qu'il lui foit infupportable, elle ne
A vj poussa
434 MERCURE DE FRANCE:
pourra s'empêcher de convenir de l'in
juftice de fa haine , fa vertu lui fera faire
des efforts pour la furmonter , elle n'aura
à travailler que fur elle- même ; & fuppofé
qu'elle ne puiffe s'en rendre la maitreffe
, elle employera tout pour ne pas
penfer à fon mari , lorfqu'il ne lui fera
pas prefent ; & penfez- vous qu'il lui foit
impoffible d'avoir des momens tranquilles
? La focieté de fes amies qu'elle recherchera,
les amuſemens des Dames , tout
confpirera avec fa réfolution à diminuer
Les ennuis.
Je dis plus , enfin je fuppofe qu'elle
ne goûte aucun repos , qu'occupée de fon
deftin , elle s'en faffe une idée affreuſe ,
que fa vertu même & les efforts qu'elle
lui fait faire , lui foient à charge ( ce qui
ne peut être qu'une fuppofition dans l'hipotheſe
qui l'établit vertueufe ) du moins
la mort de fon mari n'aura pour elle rien
d'horrible , & elle pourra fe flatter d'y
voir terminer fes douleurs . Mais une femme
fage & vertueufe qui n'a à fe reprocher
que la haine injufte d'un mari qu'elle
adore , eft bien plus à plaindre ; elle fait
fon devoir en l'aimant , elle fatisfait à fa
vertu en n'aimant que lui , elle aime un
ingrat ; c'eft peu , il la méprife ; fi ce n'étoit
qu'indifference , elle efpereroit , mais
elle s'en flatteroit en yain : ces duretez
COD
MAR S. 17307 435
continuelles , ces infidelitez , ces avances
qui coutent tant au beau fexe , tant do
fois rejettées , ne lui en font que de trop fatales
& de trop certaines preuves. Point
d'apparence qu'elle ait un feul moment
de bien ; fa paffion qui fait une partie d'elle-
même ; la fuit par tout , elle tâcheroit
en vain de l'étouffer , elle veut , elle doit
la conferver. Elle fuit les converfations
à charge aux autres , elle eft infupportable
à foi - même , elle envie le fort de tout
ce qu'elle voit , jaloufe de tout , elle accufe
tout de fon malheur ; voit- elle fon
mari , c'eft alors que toute la cruauté de
fes mépris fe reprefente à fon coeur
elle eft dans une agitation mortelle ; l'amour,
la honte , le defefpoir la bourrellent
: quel état ! helas ! qui le croiroit que
ces momens fuffent les plus beaux de ceux
qu'elle paffe ! Cela n'eft que trop vrai , quel
ques tourmens qu'elle endure à la vûë de
fon mari , elle voudroit toûjours le voir; fi
elle ne le voit pas, mille reflexions affreuſes
lui donnent mille morts ; ingenieule à ſe
tourmenter, elle invente tous les jours quel
que fecret nouveau ; fes charmes diminuent
à mesure que le nombre augmente de fes
années , quel torrent de douleur ne puiſet'elle
pas dans cette cruelle penſée ? Si for
mari la detefte jeune , belle & vertueuſe
l'aimera -t'il dénuée d'attraits & avancée
CD
436 MERCURE DE FRANCE.
1
age ? Et puis quand il pourroit l'aimer
alors , comment accommoder cela avec
fa délicateffe ? que n'auroit- elle point à
fouffrir de fa fierté ! mais que deviendrat'elle
fi elle s'avife de fouiller dans l'avenir
? Elle croit découvrir dans chaque
inftant l'inftant fatal qui doit lui arracher
le cher objet de fes amours . Ici je laiſſe
à ceux qui aiment , le foin de fupléer à mes
expreffions ; tandis que les momens lui
paroiffent des ficcles , les années lui pa-
" roiffent des momens . Ses allarmes croiffent
tous les jours , elle n'y apperçoit
point de remede , elle ne ceffera d'être la
plus infortunée de toutes les femmes qu'ent
ceffant d'aimer , & elle ne ceffera d'aimer
qu'en ceffant de vivre. Telles font les re .
Alexions dont fon imagination bleffée fe
repaît ; Eft il un état qui approche de la
cruauté de celui-là ? Si on me prouve qu'il
puiffe y avoir une femme plus malheureufe
que celle qui eft haïe d'un mari qu'elle
aime , je confens volontiers que ce foit
celle qui eft aimée d'un mari qu'elle haït .
Il me feroit ailé de réfuter pied à pied tour
ce qu'on avance pour foutenir le fentiment
contraire , mais je ferois trop long ,
& d'ailleurs il eft bon de laiffer quelque
chofe à faire au difcernement des Lecteurs.
Je fuis , &c.
De Paris , ce 14. Janvier 1730.
au fujet de la Réponse à la Question
propofée dans le Mercure de Juin , fecond
volume , page 1359. laquelle Ré
ponfe eft inferée dans le Mercure de Decembre
, premier volume , page 2758
IN lût hier , Monfieur , dans und
Compagne où j'étois , la Lettre que
vous avez mife au commencement de
votre Mercure du mois dernier , contenant
la Réponse à la Queftion propolée
dans le fecond volume de Juin ; fçavoir ,
Quelle est la femme la plus malheureuſe , ou
cellequi a un mari qu'elle bait, & dont elle eſt
aimée , ou celle qui a un mari qu'elle aime ,
dont elle est haie. La Compagnie étoit
nombreufe , on lût deux fois de fuite cette
Lettre toute entiere , & enfin il ne fe trouva
perfonne qui ne dît que l'Auteur avoit
rencontré jufte , chacun s'applaudit d'avoir
été de fon fentiment , & on anathéma
tifa d'une voix unanime tous ceux qui feroient
affez témeraires pour foutenir le
contraire. J'éprouvai en cette occaſion ,
comme j'avois fait en bien d'autres , avec
quelle facilité l'efprit François fe rend aux
apparences qui le frappent les premieres ,
A iiij
aycc
430 MERCURE DE FRANCE:
avec quelle impétuofité il s'y livre . Je
rêvois à cela, & jufqu'alors je n'avois rien
dit , tout le monde s'en apperçut à la fois, 2
& furpris de mon filence , on m'en demanda
la caufe . Quoi ! me dit une jeune
Dame qui a beaucoup de vivacité ; vous
balancez à vous déclarer pour nous ! feriez
- vous affez abftrait pour penſer autrement
, & ces raifonnemens ne vous
perfuadent- ils pas ? J'en admire comme
vous la délicateffe , lui répondis - je , mais
vous me permettrez , s'il vous plaît , de
n'en trouver bon rien de plus .
A ces mots je me vis fur les bras douze
ou treize perſonnes , & toutes auffi prevenuës
que je viens de vous le dire . On
m'accabla des repetitions de ce que contenoit
cette Lettre , & on me crut con
vaincu, parce qu'on ne me donnoit pas
le loifir de rien dire ; à la fin il me fut
permis de parler ; & lorfqu'on s'attendoit
à un aveu de ma défaite ; je vois bien ,
dis -je , que je tenterois en vain de vous
diffuader ici. Pour détruire vos préventions
il me faudroit plus que des raiſons ;
mais n'en parlons plus , Mercure vous
en donnera des nouvelles ; je fus pris au
mot & fifflé d'avance : c'eſt à vous , Monfieur
, à voir fi je le mérite , & en ce caslà
je vous crois affez de bonté pour ne
m'expofer point à l'être de nouveau .
Jc
MARS. 1730.
+37
}
Je dis donc que le malheur d'une femme
haïe d'un mari qu'elle aime , eft fans
comparaison plus grand que celui d'une
femme qui haït un mari dont elle eſt
aimée ; & voici en peu de mots ce qui me
le fait dire .
L'amour & la haine font deux extrêmes
auffi oppoſez dans leurs effets que dans
leurs principes ; mais les impreffions de
la premiere de ces paffions font bien plus
fenfibles que celles de la feconde . L'amour
eft enfant de la vertu , du mérite & des
appas ; la haine , fille du vice & des horreurs
celle- cy dans fon origine n'eft que
groffiereté ; l'origine de l'autre est toute
délicateffe ; la haine n'a dans les coeurs que
la place qu'elle y ufurpe , ils femblent
n'être faits que pour aimer ; dès- là une
ame s'abandonne bien plus naturellement
à des tranfpots de joye ou de douleur ,
qui ont pour principe une partie de fon
effence , qu'à des mouvemens dont elle
ne reçoit la caufe que malgré foi ;` delà ,
par une confequence neceffaire , elle goute
des douceurs bien plus grandes , en fatisfaifant
fon amour , que celles qu'elle
trouve , fi l'on peut parler ainfi , à fatisfaire
à fa haine.
Un coeur amoureux n'eft occupé que de
l'objet de fa tendreffe ; & comme l'amour
heureux l'eft infiniment , l'amour malheu
A v reux
432 MERCURE DE FRANCE:
•
reux l'eft fans mefure , formée à des fere
timens auffi vifs qu'ils font purs & nobles ,
une ame tendre & vertueufe goute &
reffent tout avec excès ; cette paffion , dans
un fexe qui en eft le plus fufceptible ,
porte plus loin encore les effets de fa délicateffe.
Un coeur au contraire que la haine tiranniſe
, loin de fe perpetuer l'image de
ce qu'il haft , ne voudroit s'en défaire
que pour ne plus le hair. J'avoue qu'il a
des momens d'horreur , mais cette horreur
groffiere ne fe fait pas fentir fi vivement
que les dépits d'un amour outragé;
a- t'il des intervalles,comme la cauſe de
fon mal lui eft étrangere , il s'en détache
plus facilement fans doute ; & d'ailleurs
dans fes temps les plus fâcheux , dans cette
horreur même , il trouve la funefte confolation
de penſer que bien-tôt peut- être
il les verra finir avec celui qui les caufe.
Quelle difference dans les chagrins amoureux
! ils ont des horreurs , mais d'autantplus
triftes , qu'elles font plus fubtiles &
penetrent plus avant , elles ne peuvent
fair qu'avec leur caufe ; & quand on s'abandonne
aux langueurs de cette paffion ,
on ne fe flatte pas que la caufe en puiffe
ceffer. Point de relâche, point d'efperance;
& quand on efpereroit , il eft conftant
que les feules impatiences feroient plus
fouffrir
MAR S.
433
1730 .
7
fouffrir que tout ce que la haine a de plus
affreux.
De-là je conclus que quand les chagrins
que donne la haine inveterée feroient actuellement
auffi vifs que ceux de l'amour
bleffé , il y auroit toûjours beaucoup de
difference , parce qu'on a la durée & la
continuité. Mais ce n'eft pas affez d'avoir
établi des principes , il faut les accommoder
à l'efpece dont il s'agit dans la
Queſtion propofée . Ce font deux femmes
également vertueuſes , qui éprouvent toutes
les deux les bizarreries d'un hymen
mal afforti . Cette qualité qu'on leur donne
, favorile extrémement ma theſe . La
haine de cette femme vertueufe ne pour
ta avoir pour principe qu'une antipathies
c'eft beaucoup , j'en conviens , mais
combien fon devoir & fa vertu ne lui
fourniront- ils pas de moyens d'en adoucir
les amertumes ? Elle n'aura rien à craindre
des tranfports qui portent aux extrémitez
funeftes ; le crime eft enfant du vice , &
le vice eft incompatible avec la vertu .
déja il faut retrancher, par rapport à elle,
bien des chofes que j'ai attribuées à la
haine , dans ce que j'en viens de dire . Je
veux que les complaifances de fon mari ,
fes empreffemens , fes careffes , lui donnent
quelque chofe de plus que des dégouts;
qu'il lui foit infupportable, elle ne
A vj poussa
434 MERCURE DE FRANCE:
pourra s'empêcher de convenir de l'in
juftice de fa haine , fa vertu lui fera faire
des efforts pour la furmonter , elle n'aura
à travailler que fur elle- même ; & fuppofé
qu'elle ne puiffe s'en rendre la maitreffe
, elle employera tout pour ne pas
penfer à fon mari , lorfqu'il ne lui fera
pas prefent ; & penfez- vous qu'il lui foit
impoffible d'avoir des momens tranquilles
? La focieté de fes amies qu'elle recherchera,
les amuſemens des Dames , tout
confpirera avec fa réfolution à diminuer
Les ennuis.
Je dis plus , enfin je fuppofe qu'elle
ne goûte aucun repos , qu'occupée de fon
deftin , elle s'en faffe une idée affreuſe ,
que fa vertu même & les efforts qu'elle
lui fait faire , lui foient à charge ( ce qui
ne peut être qu'une fuppofition dans l'hipotheſe
qui l'établit vertueufe ) du moins
la mort de fon mari n'aura pour elle rien
d'horrible , & elle pourra fe flatter d'y
voir terminer fes douleurs . Mais une femme
fage & vertueufe qui n'a à fe reprocher
que la haine injufte d'un mari qu'elle
adore , eft bien plus à plaindre ; elle fait
fon devoir en l'aimant , elle fatisfait à fa
vertu en n'aimant que lui , elle aime un
ingrat ; c'eft peu , il la méprife ; fi ce n'étoit
qu'indifference , elle efpereroit , mais
elle s'en flatteroit en yain : ces duretez
COD
MAR S. 17307 435
continuelles , ces infidelitez , ces avances
qui coutent tant au beau fexe , tant do
fois rejettées , ne lui en font que de trop fatales
& de trop certaines preuves. Point
d'apparence qu'elle ait un feul moment
de bien ; fa paffion qui fait une partie d'elle-
même ; la fuit par tout , elle tâcheroit
en vain de l'étouffer , elle veut , elle doit
la conferver. Elle fuit les converfations
à charge aux autres , elle eft infupportable
à foi - même , elle envie le fort de tout
ce qu'elle voit , jaloufe de tout , elle accufe
tout de fon malheur ; voit- elle fon
mari , c'eft alors que toute la cruauté de
fes mépris fe reprefente à fon coeur
elle eft dans une agitation mortelle ; l'amour,
la honte , le defefpoir la bourrellent
: quel état ! helas ! qui le croiroit que
ces momens fuffent les plus beaux de ceux
qu'elle paffe ! Cela n'eft que trop vrai , quel
ques tourmens qu'elle endure à la vûë de
fon mari , elle voudroit toûjours le voir; fi
elle ne le voit pas, mille reflexions affreuſes
lui donnent mille morts ; ingenieule à ſe
tourmenter, elle invente tous les jours quel
que fecret nouveau ; fes charmes diminuent
à mesure que le nombre augmente de fes
années , quel torrent de douleur ne puiſet'elle
pas dans cette cruelle penſée ? Si for
mari la detefte jeune , belle & vertueuſe
l'aimera -t'il dénuée d'attraits & avancée
CD
436 MERCURE DE FRANCE.
1
age ? Et puis quand il pourroit l'aimer
alors , comment accommoder cela avec
fa délicateffe ? que n'auroit- elle point à
fouffrir de fa fierté ! mais que deviendrat'elle
fi elle s'avife de fouiller dans l'avenir
? Elle croit découvrir dans chaque
inftant l'inftant fatal qui doit lui arracher
le cher objet de fes amours . Ici je laiſſe
à ceux qui aiment , le foin de fupléer à mes
expreffions ; tandis que les momens lui
paroiffent des ficcles , les années lui pa-
" roiffent des momens . Ses allarmes croiffent
tous les jours , elle n'y apperçoit
point de remede , elle ne ceffera d'être la
plus infortunée de toutes les femmes qu'ent
ceffant d'aimer , & elle ne ceffera d'aimer
qu'en ceffant de vivre. Telles font les re .
Alexions dont fon imagination bleffée fe
repaît ; Eft il un état qui approche de la
cruauté de celui-là ? Si on me prouve qu'il
puiffe y avoir une femme plus malheureufe
que celle qui eft haïe d'un mari qu'elle
aime , je confens volontiers que ce foit
celle qui eft aimée d'un mari qu'elle haït .
Il me feroit ailé de réfuter pied à pied tour
ce qu'on avance pour foutenir le fentiment
contraire , mais je ferois trop long ,
& d'ailleurs il eft bon de laiffer quelque
chofe à faire au difcernement des Lecteurs.
Je fuis , &c.
De Paris , ce 14. Janvier 1730.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite à l'Auteur du Mercure, au sujet de la Réponse à la Question proposée dans le Mercure de Juin, second volume, page 1359. laquelle Réponse est inserée dans le Mercure de Decembre, premier volume, page 2758.
La lettre aborde une question posée dans le Mercure de Juin : 'Quelle est la femme la plus malheureuse, ou celle qui a un mari qu'elle hait et dont elle est aimée, ou celle qui a un mari qu'elle aime et dont elle est haïe ?' La réponse publiée dans le Mercure de Décembre conclut que la femme la plus malheureuse est celle qui aime un mari qui la hait. L'auteur de la lettre, ayant lu cette réponse en compagnie, observe que tout le monde approuve cette réponse. Interrogé sur son avis, il choisit d'abord de ne pas s'exprimer immédiatement, mais finit par déclarer que le malheur de la femme aimant un mari qui la hait est effectivement plus grand. Il explique que l'amour, étant une passion plus délicate et naturelle, cause des souffrances plus intenses et continues que la haine. Une femme vertueuse haïssant son mari peut trouver des moyens d'adoucir son malheur grâce à sa vertu, tandis qu'une femme aimant un mari ingrat souffre constamment, sans espoir de rédemption. La lettre se conclut par une réflexion sur l'état désespéré de cette dernière, dont les tourments sont incessants et sans remède apparent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
91
p. 474-487
LETTRE. DE M. L'ARCHEVESQUE DE PARIS. AU ROY.
Début :
SIRE, Je crois devoir à VOTRE MAJESTÉ un compte [...]
Mots clefs :
Archevêque de Paris, Curé, Sa Majesté, Constitution, Église, Doctrine de l'Église, Ecclésiastiques, Ordonnance, Ministres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE. DE M. L'ARCHEVESQUE DE PARIS. AU ROY.
LETTRE.
***
DE M. L'ARCHEVESQUE DE PARIS,
A U ROY
SIRE,
Je crois devoir à VOTRE MAJESTE' un compte
exact de la fituation où j'ai trouvé le Diocèle
de Paris , par rapport aux malheureuſes
conteftations qui affligent l'Eglife de France , de
la conduite que j'ai tenue jufqu'à prefent , pour
ramener les efprits & des mouvemens qui fe font
encore aujourd'hui pour empêcher le bien que
je cherche à y procurer . L'interêt de la Religion
étroitement lié avec celui de l'Etat , exige de l'Evêque
de la Capitale de votre Royaume , SIRE ,
qu'il vous inftruiſe de toutes fes démarches ; & à
qui d'ailleurs pourrois-je mieux expofer mes inquiétudes
& mes peines qu'à un Roi qui aime l'Eglife
, qui protege d'une maniere éclatante les
Miniftres de Jefus- Chrift , & qui en me faiſant
P'honneur de me nommer à la place importante
que j'occupe , m'a promis tous les fecours dont
j'aurois befoin.
Perfonne n'ignore que les Adverfaires de la
Conftitution Unigenitus , n'ont rien négligé pour
révolter les Fideles de la Ville de Paris contre ce
Jugement Apoftolique : on y a répandu des Libelles
fans nombre & de toutes efpeces pour rendre
odieuſe la puiffance dont la Bulle eft émanée,
& mêprifables ceux qui lui étoient foumis. Cet
attaMARS.
1720. 475
attachement fidele pour la Chaire de S. Pierre , ce
refpect filial pour le Vicaire de Jefus -Chrift fur
la terre , qui diftingue l'Eglife Catholique de toutes
les Sectes des Schifmatiques & des Heretiques,
s'eft infenfiblement affoibli ; le fecond Ordre s'eft .
nourri dans des principes contraires à la dépendance
& à la fubordination où il doit être ; de
fimples Fideles fe font accoûtumez à juger les
Juges de la Foi , & à oppofer leurs propres idées
aux décifions du Pape & des Evêques ; telle étoit
la difpofition d'un grand nombre de perfonnes
SIRE, lorfque je pris poffeffion de l'Archevêché
de Paris.
A la vue de ces defordres fi affligeants pour
ceux qui aiment la Religion , & dont le feul récit
coûte infiniment à mon coeur , j'ai été perſuadé ,
que la précipitation ne feroit qu'irriter le mal , &
que des préventions invéterées ne pouvoient être.
gueries que par la charité , par la patience & par,
P'inftruction
Dieu a beni mes premiers foins ; le Chapitre
de mon Eglife Métropolitaine s'eft uni d'abord à
moi , en adherant au Mandement de mon Prédeceffeur
pour l'acceptation de la Conftitution Unigenius
, ce qui me donna d'autant plus de confolation
, qu'il y avoit lieu d'efperer que l'exemple
du premier Corps Ecclefiaftique du Diocèfe
& d'un Corps eftimable par fes lumieres & par
fa capacité , infpireroit au refte du Clergé les
fentimens de foumiffion & de docilité que j'en
devois attendre ; quelques autres en effet ſuivirent
cet exemple , & je reçûs dès -lors de la part de
plufieurs Particuliers , des déclarations précifes
& formelles de leur obéiffance.
Dieu qui vouloit m'éprouver , n'a pas permis
que ma joye fut pleine & entiere , peu de jours
après la déclaration du Chapitre de mon Eglife
Ciij Mé176
MERCURE DE FRANCE.
Métropolitaine , cinq Curez de Paris mé préfens
terent une Lettre avec une Requête fignée d'eux
& de vingt de leurs Confreres , tant de la Ville
que de la Banlieue. Je remarquai d'abord dans cette
démarche une affociation d'Ecclefiaftiques qui ne
font point corps , & qui ne doivent s'affembler
qu'avec leur Archevêque & par fes ordres ; affociation
défenduë par d'anciens Arrêts
que Vo-
TRE MAJESTE' a renouvellez à l'occafion de pareils
mouvemens qui fe firent en 1728. mais
lorfque j'eus i la Lettre & la Requête , ma furprife
& mon étonnement redoublerent .
Je n'avois encore rien fait , SIRE , qui pût don
ner le moindre prétexte aux efprits inquiets d'allarmer
les Peuples ; mon Ordonnance pour l'acceptation
de la Bulle Unigenitus & mon Mandement
pour le renouvellement des Pouvoirs , n'avoient
pas même encore parû , cependant dans la
Lettre dont je viens de parler , ceux qui l'avoient
foufcrite me difoient : que fur des bruits qui fe
repandoient dans le Públic , ils craignoient que
livré aux fuggeftions importunes des personnes
prévenues, & qui ne refpirent que le trouble, je
ne retiraffe les pouvoirs de precher & de confeßer
à une multitude de dignes Miniftres qui travaillent
avec édification dans cette Ville , genera
lement estimez des Peuples qu'ils conduisent
dans la voye du Salut , & des Curez qu'ils foutagent
dans leurs fonctions .
Ils faifoient enfuite entendre quej'allois fubftituer
à ces Miniftres fideles de mauvais fujets
qui refuferoient les Sacremens aux plus faintes
ames , & qui les accorderoient aux pécheurs les
moins préparez que par cette conduite au lieu
du faint concert qui regnoit dans les Paroiffes ,
fallois y mettre le trouble & la divifion , allu
mer le feu du Schifme , & donner occafion aux
libertins
MAR S. 1730. 477
libertins & aux impies de s'affermir dans l'ir
religion.
Un Evêque , SIRE , qui feroit capable de faire
un uſage fi pernicieux de l'autorité qu'il a reçûë
de Jefus- Chrift , ne feroit pas un Paſteur , mais
un loup raviffant, qui, loin d'être occupé des befoins
de fon troupeau , ne penferoit qu'à le ravager.
Comment des Curez ont- ils pû concevoir
une idée fi defavantageufe de leur Archevêque ,
qui ne faifoit que d'entrer dans l'exercice de fon
miniftere , & que l'honneur qu'il avoit d'être
choiſi recemment par VOTRE MAJESTE' devoit
mettre à couvert de pareils foupçons ? Vouloientils
à quelque prix que ce fût, & fans vouloir gar
રે
der même les moindres bienfeances , me décre
diter , m'ôter l'eftime & la confiance des peuples
& me rendre odieux à tout mon Diocèfe ?
La Lettre des vingt-cinq Curez n'étoit pas feu
lement injurieufe à leur Archevêque , elle étoit
encore outrageante pour l'Eglife , par la maniere
dont elle s'expliquoit fur la Conftitution Unige
nitus : ils y reconnoiffoient que ces Miniftres
dont ils avoient fait l'éloge , refufent d'accepter
La Conftitution qui eft , difoient-ils , déferée &
l'Eglife ; & ils ajoûtoient : Sur ce point la canfe
de ces Ecclefiaftiques est la nôtre , ou plutôt
c'est la caufe de la Morale Chrétienne , de la
doctrine de l'Eglife , du langage des S S. Peres &
des Libertex de l'Eglife Gallicane.
Si la Conftitution eft le renversement de la
Morale Chrétienne , de la Doctrine de l'Eglife ,
du langage des Saints Peres & des Libertez de
l'Eglife Gallicane , comme le font entendre ces
vingt-cinq Curez, trois Papes confécutifs qui ont
fait éclater leur zèle pour l'obſervation de la Conftitution
; tous les Evêques de France qui à quatre
ou cinq près , l'ont unanimement acceptée ; ceux
C iiij
des
478 MERCURE DE FRANCE:
des autres Etats , qui fans en excepter un feuf,
y adherent , font donc des prévaricateurs qui
ont trahi & abandonné la verité pour embraffer
& pour foutenir un Decret favorable à l'erreur.
Dans quel état feroit l'Eglife de Jefus- Chrift fi
la verité détruite & ouvertement attaquée par le
Corps des Paſteurs unis à leur Chef , n'avoit plus
pour défenfeurs que quatre ou cinq Evêques ?
les promeffes de Jefus- Chrift , qui a fi pofitivement
déclaré qu'il feroit avec les Apôtres &
leurs fucceffeurs tous les jours jufquà la confommation
du fiecle , feroit fans effet ; les portes
de l'Enfer auroient prévalu contre l'Eglife ; l'autorité
infaillible de cette Epoufe de Jefus-Chrift ,
qui eft toute la fûreté & toute la confolation des
Fideles , fa perpetuelle vifibilité qui l'a fait reconnoître
entre les differentes Communions qui
s'en font féparées , feroient anéanties ; les premiers
Pafteurs ayant le Pape à leur tête ne feroient
plus des guides furs , il faudroit leur préferer fes
propres lumieres & fon efprit particulier ; les
peuples feroient enfin réduits à cette difcuffion
qui leur eft impoffible & qui a plongé les Proteftants
dans un grand nombre d'abſurditez &
d'égalements.
Quant à la Requête qui étoit jointe à la Lettre,
ces mêmes Curez cherchant à fe maintenir dans
la poffeffion qu'ils avoient prétendu ufurper depuis
quelques années de fervir de guides & de
conducteurs à leur Archevêque , excitoient mon
zele pour le fervice de VOTRE MAJESTE' , & me
traçoient avec hauteur la route que je devois
fuivre , avis d'autant plus mal placez que mon
zele n'aura jamais befoin d'être animé , quand il
s'agira de défendre vos droits , SIRE , & de l'indépendance
de votre Couronne ; remontrances qui
convenoient d'autant moins dans la bouche de
ceux
MAR S. 1730. 479.
ceux qui les faifoient , qu'ils contrevenoient formellement
à vos ordres , & qu'ils faifoient des
démarches expreffément condamnées par vos Déclarations
& par vos Arrêts , en même temps
qu'ils vouloient fe donner pour les défenfeurs de
votre autorité.
J'étois en droit , SIRE , de proceder juridi
quement contre ceux qui en avoient ufé avec
moi d'une maniere fi répréhenfible , fur tout
après que leur Lettre a été rendue publique ; je
pouvois regarder ce qu'ils avoient avancé contre la
Bulle comme une contravention manifefte à la Déclaration
du mois d'Août 1720. & les faire punir
fuivant la rigueur des Loix ; mais retenu par les
fentimens de modération & de charité qui font
gravez dans mon coeur , & qui font affez connus
de ceux avec lefquels j'ai vécu , je ne crus pas alors
devoir me fervir de l'autorité qui eft entre mes
mains , encore moins implorer celle de VOTRE
MAJESTE'.
Prêt à publier mon Inftruction Paſtorale fur la
Conftitution Unigenitus , pour diffiper , comme
mon Prédeceffeur l'avoit promis , les doutes &
les fcrupules de ceux qui avoient encore befoin
d'être éclairez fur une matiere fi importante ,
j'efperois que l'expofition que j'y devois faire de
la Doctrine de la Bulle , defabuferoit les efprits les
plus prévenus , & que les principes inconteftablesfur
l'autorité de la Conftitution qui y feroient
établis , détermineroient tous ceux qui refpectent
l'Eglife à fe foumettre au Decret Apoftolique.
Je me contentai donc de mander les cinq Curez
qui m'avoient apporté la Lettre & la Requête , je
leur réprefentai leur faute avec tout le ménagement
poffible; je leur fis les reproches qu'ils méritoient
fur leur affociation , contraire aux Loix de
l'Etat , & d'autant moins convenable , qu'ils fçavoient
C.v
480 MERCURE DE FRANCE :
voient que ma porte leur étoit toûjours ouverte ,
pour écouter ce que chacun d'eux en particulier
voudroit me repreſenter fur l'état de få Paroiffe ;
je leur fis fentir combien leur Lettre m'étoit injurieufe
& à l'Eglife même , je leur parlai de ma
niere à leur faire connoître que les maximes du
Royaume m'étoient auffi précieufes qu'elles le leur
pouvoient être ; je n'omis rien enfin pour les engager
à rentrer en eux-mêmes & à faire de férieufes
reflexions fur leurs fentimens & fur leur conduite.
Quelque temps après cet évenement , SIRE , jet
publiai mon Inftruction Paftorale fur la Conftitution
Unigenitus : j'eus la fatisfaction
que
plufieurs Ecclefiaftiques & differens Corps (a )
touchez & éclairez par cet ouvrage de paix & de
verité , ouvrirent les yeux & defabufez de leurspréventions,
vinrent me déclarer qu'ils obéiffoient.
avec docilité au Decret Apoftolique , quelquesuns
même des Curez , qui avoient figné la Lettre,,
ré racterent leur fignature en fe foumettant plei
nement à mon Ordonnance ; & j'ai été informé
que dans differens Diocèfes cette Inftruction avoit
eu le même fuccès.
A la fin du mois d'Octobre je donnai mon
Mandement pour le renouvellement des pouvoirs.
de prêcher & de confeffer ; je fixai le terme de:
quatre mois pour les Prêtres Séculiers & Reguliers
de la Ville & de la Banlieuë de Paris , pendant
lefquels tous les Confeffeurs feroient obligez
de fe préfenter devant les Examinateurs que je
choifis pour ce difcernement important ; & à l'égard
des Prêtres de la Campagne , afin de ne les
point obliger de venir à la Ville pendant la ri
(a) Les Dominicains, les Carmes , les Prémon
les Doctrinaires. trez
gueur
MARS . 1730. 481
gueur de l'Hyver , je remis cet examen au temps
de l'Eté. En publiant ce Mandement j'avois fuivi
ce que mon Prédeceffeur avoit fait à fon avenement
à l'Archevêché de Paris ; ce que j'avois fait
moi - même à Marſeille & à Aix , & ce que tout
Evêque obferve ordinairement pour connoître les
moeurs , les talens & la Doctrine de ceux à qui il
confie le miniftere le plus redoutable & le plus
faint que des hommes puiffent exercer ; je ne pouvois
d'ailleurs ignorer qu'il y avoit dans lesParoiffes
de Paris & dans celles de la Campagne , un certain
nombre de Prêtres étrangers renvoyez de
leurs Diocèfes, ou qui s'en étoient eux-mêmes
éloignez pour fe fouftraire à l'obéiffance qu'ils
dévoient à leur Evêque , nouveau motif qui m'obligeoit
à prendre des précautions dans le commencement
de mon Epifcopat , pour le choix de
ceux qui devoient travailler fous mes ordres.
Ces Ordonnances , quelques neceffaires , quelques
fages , quelques moderées qu'elles fuffent
n'étoient pas du gout des Adverfaires de la
Bulle : il n'en a pas fallu davantage pour qu'à
cette occafion il fe foit élevé un orage contre
moi ; on a répandu contre mon Inftruction dif
ferents libelles anonymes , dans lefquels on a attaqué
ma doctrine , & on s'eft attaché à repré→
fenter ma moderation même , comme un piege
dont il falloit fe garantir ; on s'eft appliqué à indifpofer
dans plufieurs Paroiffes & dans plufieurs
Communautez les Prédicateurs & les Confeffeurs,
on a répandu les bruits les plus faux fur la ma
niere dont fe paffoient les Examens de l'Archevêché
; on a détourné plufieurs Ecclefiaftiques d'y
venir , dans l'idée de faire manquer le Service des
Paroiffes , de m'en rendre refponfable, & de foulever
les peuples en leur perfuadant que je voulois
leur ôter les Miniftres aufquels ils avoient
Cvj con482
MERCURE DE FRANCE :
1
confiance ; & fur un fi grand nombre de Prêtres
aufquels on continuoit les pouvoirs , il s'en trouvoit
un ou deux que l'on refufàt par incapacité
ou par mauvaiſe doctrine , le bruit de ces
interdits
étoit auffi -tôt publié & exageré dans tout
Paris , les Examinateurs repréfentez comme des
hommes durs & fans lumieres , qui excluoient du
miniftere tous ceux qui étoient les plus capables
de l'exercer ; malignité d'autant plus grande,
que depuis que je fuis en place , SIRE , j'ai renouvellé
les pouvoirs à plus de mille quatre-vingt
Confeffeurs , & qu'il n'y en a que trente qui
foient interdits ; ( a ) de ces trente quelques-uns
ont fait des Sermons fi féditieux , que les Magiftrats
n'auroient pû s'empêcher de les punir , s'ils.
en avoient éû connoiffance ; il y en a d'autres
qui ne font venus aux Examens que pour y déclarer
avec arrogance , qu'ils refufoient d'obeïr à
la Conftitution & à mon Ordonnance , pour faire
eux-mêmes l'énumeration des actes de défobéïffance
qu'ils avoient fignez , & pour affurer qu'ils
y perfiftoient ; quelques autres font connus dans
le public comme des Chefs de parti , qui n'infpirent
que la défobéiffance à l'Eglife & le mépris.
des Puiffances. que Dieu a établies ; il s'en eft trouvé
enfin , qui par rapport à leur incapacité & à
leurs, moeurs ,. ne devoient pas être employez.
Si on n'avoit répandu que des Libelles anonymes
, qui par ce titre feul , portent un caractere
de réprobation , fi je n'avois eû à me plaindre
que de brigues fourdes , que de difcours vagues ,,
que de mouvements fecrets de gens fans aveu ,
j'aurois été bien éloigné d'en importuner VOTRE
(a) S'il y en a d'autres qui foient fans pou
voirs , c'est qu'ils ne fe font pas prefenté aux
Examens pour les faire renouveller.
MA
MARS. 17307 48.
MAJESTE'. Il y a trop long-temps que je fuis
dans le Miniftere Ecclefiaftique , pour ne pas fçavoir
qu'un Evêque doit méprifer ces fortes d'écarts
; mais ce que je ne vous puis cacher , SIRE ,
& ce qui m'attrifte profondément , c'eft que ces
mêmes Curez qui m'avoient écrit la Lettre dont
j'ai eu l'honneur de vous parler , & que j'avois efperé
de ramener par ma modération & par mes
exhortations charitables , n'ont pas craint de m'écrire
une feconde Lettre le 29. Décembre dernier
, & de m'envoyer un Memoire contre mon
Inftruction Paftorale.
Dans cette nouvelle Lettre on m'attaque encore
fur le nombre des Confeffeurs que j'ai interdits
on dit
que le Troupeau va être privé de tous
fes dignes Miniftres , & qu'il fera livré dé
formais à des guides aveugles & relâchez ; on
dépeint la Ville de Paris , cette Ville d'une rare
beauté & qui faifoit l'admiration de toute la
la terre, comme couverte d'afflictions & de ténebres
, & l'on fait entendre que les Peuples de
votre Capitale font dans une confternation generale.
Mais , SIRE , qu'il me foit permis de
répréfenter à VOTRE MAJESTE' quel eft le principe
de toute cette déclamation ? Il s'agit uniquement
, comme j'ai eu l'honneur de vous le faire
obferver de trente Confeffeurs interdits , encore:
même parmi les Curez qui s'en plaignent , il y
en a plufieurs qui n'y ont point d'interêts , les
uns font feuls dans leurs Paroiffes , ( a ) les autres
n'ont qu'un ou deux Ecclefiaftiques qui ne font
point du nombre de ceux aufquels on n'a pas jugé
à propos de renouveller les pouvoirs ; (b) où
( a ) Les Gurez de fainte Marine & de faint
Jean le Rond.
(b) Les Curez du Roule , de Montmartre , de
la Vilette , de la Chapelle & de Conflans.
voit484
MERCURE DE FRANCE .
Voit-on auffi cette prétendue confternation que
F'on fait tant valoir ? Elle ne fe trouve que dans
ceux qui la publient & qui cherchent à l'exciter
par des écrits & par des difcours remplis de calomnies
& d'artifices. *
En fut-il jamais un plus marqué , SIRE , que
l'attention avec laquelle les Auteurs de la Lettre
s'efforcent d'exciter la compaffion des riches en
faveur des Écclefiaftiques qui n'auront plus le
pouvoir de confeffer ? Ils les repréfentent comme
s'ils alloient être réduits à la mendicité ; le miniſtere
de la pénitence , ce miniſtere ſi faint , qui
doit être exercé avec des vûës fi pures & fi defintereffées
, peut-il donc jamais être une reffource
à l'indigence ? Mais ce qui eft de plus criminel
& ce qui pourroit devenir plus dangereux , c'eft
que dans cette même Lettre , dont les copies font
déja répanduës à Paris , & qui fera bientôt imprimée
comme la premiere , on cherche à intereffer
les pauvres en leur annonçant que
les aumônes
qui leur étoient deſtinées , vont être portées
aux Ecclefiaftiques privez de leurs fonctions;
à quoi peut tendre un pareil difcours , finon á
perfuader à ceux qui font dans le befoin , qu'ils
ne doivent plus s'attendre aux fecours qu'ils recevoient
, & que c'eft leur Archevêque qui fait:
tarir les fources fur lefquelles ils peuvent compter?
Le Memoire des Curez n'eft pas plus mefuré
leur Lettre , c'eſt une fatyre & une invective que
* Nota. Qu'avant la feconde Lettre des Curez
à M. l'Archevêque , il y avoit plusieurs
grandes Paroiffes où il n'y avoit aucun Prétre
d'interdit ,fçavoir , de S. Jean , de S. Gervais ,
de S. Roch , de S. Etienne du Mont , de S. Médard
fainte Marguerite ; à faint Germain
de l'Auxerrois un feul .
pleine
MARS. 1730. 485
pleine d'aigreur & de fauffetez contre la Conftitution
Unigenitus , contre mon Inftruction Paftorale
; je refpecte trop les momens de VOTRE
MAJESTE' , pour lui faire un long détail de cette
piece ; il me fuffit de lui remontrer qu'il n'y a
pas un article de mon Inftruction qui n'y foit
attaqué , foit par des ironies picquantes , foit par
des critiques témeraires ; toutes les expreflions de
mon Mandement pour le renouvellement des
pouvoirs , y font tournées avec malignité & condamnées
avec indécence ; les Curez ne s'y font
pas bornez à attaquer l'Ordonnance & le Mandement
que j'ai publiez depuis que je fuis Archevêque
de Paris , ils ont été rechercher une Cenfure
que je fus obligé de faire à Aix contre de
mauvaifes propofitions qu'un Profeffeur en Théologie
avoit avancées ; cenfure à laquelle le Profeffeur
fe foumit , qui ne fut contredite , ni dansle
Diocèfe d'Aix , ni dans l'Eglife de France , &
que les Curez tronquent & défigurent dans leur
Memoire pour la rendre odieufe.
Je ne crois pas, SIRE , qu'on ait jamais vu dans
P'Eglife un exemple d'une pareille révolte du fecond
ordre contre le premier , ni qu'on ait jamais
pouffé plus loin l'efprit d'indépendance & le
renversement de la fubordination la plus effentielle
..
Les Auteurs de la Lettre & du Memoire fe
déclarent mes cooperateurs dans le droit d'enſeigner
& de juger de la Doctrine ; pleins de ces
prétentions chimeriques , ils élevent autel contre
autel ; ils érigent un Tribunal fuperieur au mien ;
c'eft là où mon Ordonnance eft examinée ; ils ne
craignent point d'enſeigner ouvertement une doctrine
contraire à la mienne , & de profcrire celle que
j'ai crû devoir prefenter à mon Diocèfe ; d'autant
plus coupables que ce que j'ai dit dans mon Inf
truction
486 MERCURE DE FRANCE.
truction Paſtorale , je l'ai dit avec le Pape & avec
le Corps des Paſteurs.
Ils devroient cependant fçavoir qu'un Archevêque
en publiant dans fon Diocèſe une Décifion
de l'Eglife , remplit ce que fon Miniſtere exige
de lui ; c'eft aux Evêques à qui Jefus - Chrift a dit
en la perfonne des Apôtres : Allez, enſeignez
toutes les Nations , celui qui vous écoute m'écoute,
& celui qui vous méprise me mépriſe
moi même, c'est à eux que S.Paul dit , en parlant
à Thimothée , confervez le dépôt : les Prêtres
doivent être les premiers à donner l'exemple de
la foumiffion & de l'obéïſſance , & ils doivent
apprendre à tout le Troupeau à refpecter la voix
du premier Paſteur . ´
Après l'expofé que je viens de faire à VOTRE
MAJESTE', elle ne fçauroit douter que je ne connoiffe
toute l'énormité d'une pareille conduite ; je
prévois les fuites funeftes qu'elle peut avoir , je
fens qu'il eft dangereux de la diffimuler , je fçai
même qu'il eft quelquefois neceffaire de faire des
exemples qui puiffent , felon l'Apôtre S. Paul ,
inſpirer une terreur falutaire , je ne puis cependant
encore me réfoudre à punir les coupa→
bles ni à employer ces armes puiffantes quej'ai
en main pour renverser toute hauteur qui s'éleve
contre la fcience de Dieu ; je fupplie Vo-
TRE MAJESTE , de fufpendre les effets de fon
indignation , je veux épuifer les dernieres reffources
de la patience & de la charité ; il n'eſt
pas poffible que ces Ecclefiaftiques ne " reconnoiffent
enfin leur faute, & qu'ils ne réparent par leur
foumiffion le fcandale qu'ils ont donné : je me
flate qu'ils ouvriront les yeux à l'exemple d'un
grand nombre de leurs Confreres , qui blâmant
leur conduite , goutent dans une parfaite obéïffance
à la voix de l'Eglife , cette paix & cette confolation
MARS. 1730. 487
folation qui en font inféparables ; fi cependant
contre mon inclination & contre mon attente
ces Ecclefiaftiques me forcent d'agir en Juge ,
après leur avoir inutilement parlé en Pere , je
ferai mon devoir , SIRE , avec le zele & la fermeté
d'un Evêque , qui après avoir vieilli dane
l'Epiſcopat , n'eft pas venu dans votre Ville Capitale
pour trahir fon miniftere , ni pour le deshonorer
à la fin de fes jours , & j'aurai recours
alors avec confiance à la protection de VOTR
MAJESTE', afin que par un parfait concert des deux
Puiffances du Sacerdoce & de l'Empire , tout ce
qui trouble le bon ordre foit puni felon les voyce
Canoniques & Civiles. Je fuis avec le plus profond
reſpect ,
ȘIRE ,
DE VOTRE MAJESTE',
Le très-humble , très-obéiffant
& très-fidele ferviteur & fujet,
† CHARLES , Archevêque de Paris.
A Paris , le 8. Fevrier 1730.
***
DE M. L'ARCHEVESQUE DE PARIS,
A U ROY
SIRE,
Je crois devoir à VOTRE MAJESTE' un compte
exact de la fituation où j'ai trouvé le Diocèle
de Paris , par rapport aux malheureuſes
conteftations qui affligent l'Eglife de France , de
la conduite que j'ai tenue jufqu'à prefent , pour
ramener les efprits & des mouvemens qui fe font
encore aujourd'hui pour empêcher le bien que
je cherche à y procurer . L'interêt de la Religion
étroitement lié avec celui de l'Etat , exige de l'Evêque
de la Capitale de votre Royaume , SIRE ,
qu'il vous inftruiſe de toutes fes démarches ; & à
qui d'ailleurs pourrois-je mieux expofer mes inquiétudes
& mes peines qu'à un Roi qui aime l'Eglife
, qui protege d'une maniere éclatante les
Miniftres de Jefus- Chrift , & qui en me faiſant
P'honneur de me nommer à la place importante
que j'occupe , m'a promis tous les fecours dont
j'aurois befoin.
Perfonne n'ignore que les Adverfaires de la
Conftitution Unigenitus , n'ont rien négligé pour
révolter les Fideles de la Ville de Paris contre ce
Jugement Apoftolique : on y a répandu des Libelles
fans nombre & de toutes efpeces pour rendre
odieuſe la puiffance dont la Bulle eft émanée,
& mêprifables ceux qui lui étoient foumis. Cet
attaMARS.
1720. 475
attachement fidele pour la Chaire de S. Pierre , ce
refpect filial pour le Vicaire de Jefus -Chrift fur
la terre , qui diftingue l'Eglife Catholique de toutes
les Sectes des Schifmatiques & des Heretiques,
s'eft infenfiblement affoibli ; le fecond Ordre s'eft .
nourri dans des principes contraires à la dépendance
& à la fubordination où il doit être ; de
fimples Fideles fe font accoûtumez à juger les
Juges de la Foi , & à oppofer leurs propres idées
aux décifions du Pape & des Evêques ; telle étoit
la difpofition d'un grand nombre de perfonnes
SIRE, lorfque je pris poffeffion de l'Archevêché
de Paris.
A la vue de ces defordres fi affligeants pour
ceux qui aiment la Religion , & dont le feul récit
coûte infiniment à mon coeur , j'ai été perſuadé ,
que la précipitation ne feroit qu'irriter le mal , &
que des préventions invéterées ne pouvoient être.
gueries que par la charité , par la patience & par,
P'inftruction
Dieu a beni mes premiers foins ; le Chapitre
de mon Eglife Métropolitaine s'eft uni d'abord à
moi , en adherant au Mandement de mon Prédeceffeur
pour l'acceptation de la Conftitution Unigenius
, ce qui me donna d'autant plus de confolation
, qu'il y avoit lieu d'efperer que l'exemple
du premier Corps Ecclefiaftique du Diocèfe
& d'un Corps eftimable par fes lumieres & par
fa capacité , infpireroit au refte du Clergé les
fentimens de foumiffion & de docilité que j'en
devois attendre ; quelques autres en effet ſuivirent
cet exemple , & je reçûs dès -lors de la part de
plufieurs Particuliers , des déclarations précifes
& formelles de leur obéiffance.
Dieu qui vouloit m'éprouver , n'a pas permis
que ma joye fut pleine & entiere , peu de jours
après la déclaration du Chapitre de mon Eglife
Ciij Mé176
MERCURE DE FRANCE.
Métropolitaine , cinq Curez de Paris mé préfens
terent une Lettre avec une Requête fignée d'eux
& de vingt de leurs Confreres , tant de la Ville
que de la Banlieue. Je remarquai d'abord dans cette
démarche une affociation d'Ecclefiaftiques qui ne
font point corps , & qui ne doivent s'affembler
qu'avec leur Archevêque & par fes ordres ; affociation
défenduë par d'anciens Arrêts
que Vo-
TRE MAJESTE' a renouvellez à l'occafion de pareils
mouvemens qui fe firent en 1728. mais
lorfque j'eus i la Lettre & la Requête , ma furprife
& mon étonnement redoublerent .
Je n'avois encore rien fait , SIRE , qui pût don
ner le moindre prétexte aux efprits inquiets d'allarmer
les Peuples ; mon Ordonnance pour l'acceptation
de la Bulle Unigenitus & mon Mandement
pour le renouvellement des Pouvoirs , n'avoient
pas même encore parû , cependant dans la
Lettre dont je viens de parler , ceux qui l'avoient
foufcrite me difoient : que fur des bruits qui fe
repandoient dans le Públic , ils craignoient que
livré aux fuggeftions importunes des personnes
prévenues, & qui ne refpirent que le trouble, je
ne retiraffe les pouvoirs de precher & de confeßer
à une multitude de dignes Miniftres qui travaillent
avec édification dans cette Ville , genera
lement estimez des Peuples qu'ils conduisent
dans la voye du Salut , & des Curez qu'ils foutagent
dans leurs fonctions .
Ils faifoient enfuite entendre quej'allois fubftituer
à ces Miniftres fideles de mauvais fujets
qui refuferoient les Sacremens aux plus faintes
ames , & qui les accorderoient aux pécheurs les
moins préparez que par cette conduite au lieu
du faint concert qui regnoit dans les Paroiffes ,
fallois y mettre le trouble & la divifion , allu
mer le feu du Schifme , & donner occafion aux
libertins
MAR S. 1730. 477
libertins & aux impies de s'affermir dans l'ir
religion.
Un Evêque , SIRE , qui feroit capable de faire
un uſage fi pernicieux de l'autorité qu'il a reçûë
de Jefus- Chrift , ne feroit pas un Paſteur , mais
un loup raviffant, qui, loin d'être occupé des befoins
de fon troupeau , ne penferoit qu'à le ravager.
Comment des Curez ont- ils pû concevoir
une idée fi defavantageufe de leur Archevêque ,
qui ne faifoit que d'entrer dans l'exercice de fon
miniftere , & que l'honneur qu'il avoit d'être
choiſi recemment par VOTRE MAJESTE' devoit
mettre à couvert de pareils foupçons ? Vouloientils
à quelque prix que ce fût, & fans vouloir gar
રે
der même les moindres bienfeances , me décre
diter , m'ôter l'eftime & la confiance des peuples
& me rendre odieux à tout mon Diocèfe ?
La Lettre des vingt-cinq Curez n'étoit pas feu
lement injurieufe à leur Archevêque , elle étoit
encore outrageante pour l'Eglife , par la maniere
dont elle s'expliquoit fur la Conftitution Unige
nitus : ils y reconnoiffoient que ces Miniftres
dont ils avoient fait l'éloge , refufent d'accepter
La Conftitution qui eft , difoient-ils , déferée &
l'Eglife ; & ils ajoûtoient : Sur ce point la canfe
de ces Ecclefiaftiques est la nôtre , ou plutôt
c'est la caufe de la Morale Chrétienne , de la
doctrine de l'Eglife , du langage des S S. Peres &
des Libertex de l'Eglife Gallicane.
Si la Conftitution eft le renversement de la
Morale Chrétienne , de la Doctrine de l'Eglife ,
du langage des Saints Peres & des Libertez de
l'Eglife Gallicane , comme le font entendre ces
vingt-cinq Curez, trois Papes confécutifs qui ont
fait éclater leur zèle pour l'obſervation de la Conftitution
; tous les Evêques de France qui à quatre
ou cinq près , l'ont unanimement acceptée ; ceux
C iiij
des
478 MERCURE DE FRANCE:
des autres Etats , qui fans en excepter un feuf,
y adherent , font donc des prévaricateurs qui
ont trahi & abandonné la verité pour embraffer
& pour foutenir un Decret favorable à l'erreur.
Dans quel état feroit l'Eglife de Jefus- Chrift fi
la verité détruite & ouvertement attaquée par le
Corps des Paſteurs unis à leur Chef , n'avoit plus
pour défenfeurs que quatre ou cinq Evêques ?
les promeffes de Jefus- Chrift , qui a fi pofitivement
déclaré qu'il feroit avec les Apôtres &
leurs fucceffeurs tous les jours jufquà la confommation
du fiecle , feroit fans effet ; les portes
de l'Enfer auroient prévalu contre l'Eglife ; l'autorité
infaillible de cette Epoufe de Jefus-Chrift ,
qui eft toute la fûreté & toute la confolation des
Fideles , fa perpetuelle vifibilité qui l'a fait reconnoître
entre les differentes Communions qui
s'en font féparées , feroient anéanties ; les premiers
Pafteurs ayant le Pape à leur tête ne feroient
plus des guides furs , il faudroit leur préferer fes
propres lumieres & fon efprit particulier ; les
peuples feroient enfin réduits à cette difcuffion
qui leur eft impoffible & qui a plongé les Proteftants
dans un grand nombre d'abſurditez &
d'égalements.
Quant à la Requête qui étoit jointe à la Lettre,
ces mêmes Curez cherchant à fe maintenir dans
la poffeffion qu'ils avoient prétendu ufurper depuis
quelques années de fervir de guides & de
conducteurs à leur Archevêque , excitoient mon
zele pour le fervice de VOTRE MAJESTE' , & me
traçoient avec hauteur la route que je devois
fuivre , avis d'autant plus mal placez que mon
zele n'aura jamais befoin d'être animé , quand il
s'agira de défendre vos droits , SIRE , & de l'indépendance
de votre Couronne ; remontrances qui
convenoient d'autant moins dans la bouche de
ceux
MAR S. 1730. 479.
ceux qui les faifoient , qu'ils contrevenoient formellement
à vos ordres , & qu'ils faifoient des
démarches expreffément condamnées par vos Déclarations
& par vos Arrêts , en même temps
qu'ils vouloient fe donner pour les défenfeurs de
votre autorité.
J'étois en droit , SIRE , de proceder juridi
quement contre ceux qui en avoient ufé avec
moi d'une maniere fi répréhenfible , fur tout
après que leur Lettre a été rendue publique ; je
pouvois regarder ce qu'ils avoient avancé contre la
Bulle comme une contravention manifefte à la Déclaration
du mois d'Août 1720. & les faire punir
fuivant la rigueur des Loix ; mais retenu par les
fentimens de modération & de charité qui font
gravez dans mon coeur , & qui font affez connus
de ceux avec lefquels j'ai vécu , je ne crus pas alors
devoir me fervir de l'autorité qui eft entre mes
mains , encore moins implorer celle de VOTRE
MAJESTE'.
Prêt à publier mon Inftruction Paſtorale fur la
Conftitution Unigenitus , pour diffiper , comme
mon Prédeceffeur l'avoit promis , les doutes &
les fcrupules de ceux qui avoient encore befoin
d'être éclairez fur une matiere fi importante ,
j'efperois que l'expofition que j'y devois faire de
la Doctrine de la Bulle , defabuferoit les efprits les
plus prévenus , & que les principes inconteftablesfur
l'autorité de la Conftitution qui y feroient
établis , détermineroient tous ceux qui refpectent
l'Eglife à fe foumettre au Decret Apoftolique.
Je me contentai donc de mander les cinq Curez
qui m'avoient apporté la Lettre & la Requête , je
leur réprefentai leur faute avec tout le ménagement
poffible; je leur fis les reproches qu'ils méritoient
fur leur affociation , contraire aux Loix de
l'Etat , & d'autant moins convenable , qu'ils fçavoient
C.v
480 MERCURE DE FRANCE :
voient que ma porte leur étoit toûjours ouverte ,
pour écouter ce que chacun d'eux en particulier
voudroit me repreſenter fur l'état de få Paroiffe ;
je leur fis fentir combien leur Lettre m'étoit injurieufe
& à l'Eglife même , je leur parlai de ma
niere à leur faire connoître que les maximes du
Royaume m'étoient auffi précieufes qu'elles le leur
pouvoient être ; je n'omis rien enfin pour les engager
à rentrer en eux-mêmes & à faire de férieufes
reflexions fur leurs fentimens & fur leur conduite.
Quelque temps après cet évenement , SIRE , jet
publiai mon Inftruction Paftorale fur la Conftitution
Unigenitus : j'eus la fatisfaction
que
plufieurs Ecclefiaftiques & differens Corps (a )
touchez & éclairez par cet ouvrage de paix & de
verité , ouvrirent les yeux & defabufez de leurspréventions,
vinrent me déclarer qu'ils obéiffoient.
avec docilité au Decret Apoftolique , quelquesuns
même des Curez , qui avoient figné la Lettre,,
ré racterent leur fignature en fe foumettant plei
nement à mon Ordonnance ; & j'ai été informé
que dans differens Diocèfes cette Inftruction avoit
eu le même fuccès.
A la fin du mois d'Octobre je donnai mon
Mandement pour le renouvellement des pouvoirs.
de prêcher & de confeffer ; je fixai le terme de:
quatre mois pour les Prêtres Séculiers & Reguliers
de la Ville & de la Banlieuë de Paris , pendant
lefquels tous les Confeffeurs feroient obligez
de fe préfenter devant les Examinateurs que je
choifis pour ce difcernement important ; & à l'égard
des Prêtres de la Campagne , afin de ne les
point obliger de venir à la Ville pendant la ri
(a) Les Dominicains, les Carmes , les Prémon
les Doctrinaires. trez
gueur
MARS . 1730. 481
gueur de l'Hyver , je remis cet examen au temps
de l'Eté. En publiant ce Mandement j'avois fuivi
ce que mon Prédeceffeur avoit fait à fon avenement
à l'Archevêché de Paris ; ce que j'avois fait
moi - même à Marſeille & à Aix , & ce que tout
Evêque obferve ordinairement pour connoître les
moeurs , les talens & la Doctrine de ceux à qui il
confie le miniftere le plus redoutable & le plus
faint que des hommes puiffent exercer ; je ne pouvois
d'ailleurs ignorer qu'il y avoit dans lesParoiffes
de Paris & dans celles de la Campagne , un certain
nombre de Prêtres étrangers renvoyez de
leurs Diocèfes, ou qui s'en étoient eux-mêmes
éloignez pour fe fouftraire à l'obéiffance qu'ils
dévoient à leur Evêque , nouveau motif qui m'obligeoit
à prendre des précautions dans le commencement
de mon Epifcopat , pour le choix de
ceux qui devoient travailler fous mes ordres.
Ces Ordonnances , quelques neceffaires , quelques
fages , quelques moderées qu'elles fuffent
n'étoient pas du gout des Adverfaires de la
Bulle : il n'en a pas fallu davantage pour qu'à
cette occafion il fe foit élevé un orage contre
moi ; on a répandu contre mon Inftruction dif
ferents libelles anonymes , dans lefquels on a attaqué
ma doctrine , & on s'eft attaché à repré→
fenter ma moderation même , comme un piege
dont il falloit fe garantir ; on s'eft appliqué à indifpofer
dans plufieurs Paroiffes & dans plufieurs
Communautez les Prédicateurs & les Confeffeurs,
on a répandu les bruits les plus faux fur la ma
niere dont fe paffoient les Examens de l'Archevêché
; on a détourné plufieurs Ecclefiaftiques d'y
venir , dans l'idée de faire manquer le Service des
Paroiffes , de m'en rendre refponfable, & de foulever
les peuples en leur perfuadant que je voulois
leur ôter les Miniftres aufquels ils avoient
Cvj con482
MERCURE DE FRANCE :
1
confiance ; & fur un fi grand nombre de Prêtres
aufquels on continuoit les pouvoirs , il s'en trouvoit
un ou deux que l'on refufàt par incapacité
ou par mauvaiſe doctrine , le bruit de ces
interdits
étoit auffi -tôt publié & exageré dans tout
Paris , les Examinateurs repréfentez comme des
hommes durs & fans lumieres , qui excluoient du
miniftere tous ceux qui étoient les plus capables
de l'exercer ; malignité d'autant plus grande,
que depuis que je fuis en place , SIRE , j'ai renouvellé
les pouvoirs à plus de mille quatre-vingt
Confeffeurs , & qu'il n'y en a que trente qui
foient interdits ; ( a ) de ces trente quelques-uns
ont fait des Sermons fi féditieux , que les Magiftrats
n'auroient pû s'empêcher de les punir , s'ils.
en avoient éû connoiffance ; il y en a d'autres
qui ne font venus aux Examens que pour y déclarer
avec arrogance , qu'ils refufoient d'obeïr à
la Conftitution & à mon Ordonnance , pour faire
eux-mêmes l'énumeration des actes de défobéïffance
qu'ils avoient fignez , & pour affurer qu'ils
y perfiftoient ; quelques autres font connus dans
le public comme des Chefs de parti , qui n'infpirent
que la défobéiffance à l'Eglife & le mépris.
des Puiffances. que Dieu a établies ; il s'en eft trouvé
enfin , qui par rapport à leur incapacité & à
leurs, moeurs ,. ne devoient pas être employez.
Si on n'avoit répandu que des Libelles anonymes
, qui par ce titre feul , portent un caractere
de réprobation , fi je n'avois eû à me plaindre
que de brigues fourdes , que de difcours vagues ,,
que de mouvements fecrets de gens fans aveu ,
j'aurois été bien éloigné d'en importuner VOTRE
(a) S'il y en a d'autres qui foient fans pou
voirs , c'est qu'ils ne fe font pas prefenté aux
Examens pour les faire renouveller.
MA
MARS. 17307 48.
MAJESTE'. Il y a trop long-temps que je fuis
dans le Miniftere Ecclefiaftique , pour ne pas fçavoir
qu'un Evêque doit méprifer ces fortes d'écarts
; mais ce que je ne vous puis cacher , SIRE ,
& ce qui m'attrifte profondément , c'eft que ces
mêmes Curez qui m'avoient écrit la Lettre dont
j'ai eu l'honneur de vous parler , & que j'avois efperé
de ramener par ma modération & par mes
exhortations charitables , n'ont pas craint de m'écrire
une feconde Lettre le 29. Décembre dernier
, & de m'envoyer un Memoire contre mon
Inftruction Paftorale.
Dans cette nouvelle Lettre on m'attaque encore
fur le nombre des Confeffeurs que j'ai interdits
on dit
que le Troupeau va être privé de tous
fes dignes Miniftres , & qu'il fera livré dé
formais à des guides aveugles & relâchez ; on
dépeint la Ville de Paris , cette Ville d'une rare
beauté & qui faifoit l'admiration de toute la
la terre, comme couverte d'afflictions & de ténebres
, & l'on fait entendre que les Peuples de
votre Capitale font dans une confternation generale.
Mais , SIRE , qu'il me foit permis de
répréfenter à VOTRE MAJESTE' quel eft le principe
de toute cette déclamation ? Il s'agit uniquement
, comme j'ai eu l'honneur de vous le faire
obferver de trente Confeffeurs interdits , encore:
même parmi les Curez qui s'en plaignent , il y
en a plufieurs qui n'y ont point d'interêts , les
uns font feuls dans leurs Paroiffes , ( a ) les autres
n'ont qu'un ou deux Ecclefiaftiques qui ne font
point du nombre de ceux aufquels on n'a pas jugé
à propos de renouveller les pouvoirs ; (b) où
( a ) Les Gurez de fainte Marine & de faint
Jean le Rond.
(b) Les Curez du Roule , de Montmartre , de
la Vilette , de la Chapelle & de Conflans.
voit484
MERCURE DE FRANCE .
Voit-on auffi cette prétendue confternation que
F'on fait tant valoir ? Elle ne fe trouve que dans
ceux qui la publient & qui cherchent à l'exciter
par des écrits & par des difcours remplis de calomnies
& d'artifices. *
En fut-il jamais un plus marqué , SIRE , que
l'attention avec laquelle les Auteurs de la Lettre
s'efforcent d'exciter la compaffion des riches en
faveur des Écclefiaftiques qui n'auront plus le
pouvoir de confeffer ? Ils les repréfentent comme
s'ils alloient être réduits à la mendicité ; le miniſtere
de la pénitence , ce miniſtere ſi faint , qui
doit être exercé avec des vûës fi pures & fi defintereffées
, peut-il donc jamais être une reffource
à l'indigence ? Mais ce qui eft de plus criminel
& ce qui pourroit devenir plus dangereux , c'eft
que dans cette même Lettre , dont les copies font
déja répanduës à Paris , & qui fera bientôt imprimée
comme la premiere , on cherche à intereffer
les pauvres en leur annonçant que
les aumônes
qui leur étoient deſtinées , vont être portées
aux Ecclefiaftiques privez de leurs fonctions;
à quoi peut tendre un pareil difcours , finon á
perfuader à ceux qui font dans le befoin , qu'ils
ne doivent plus s'attendre aux fecours qu'ils recevoient
, & que c'eft leur Archevêque qui fait:
tarir les fources fur lefquelles ils peuvent compter?
Le Memoire des Curez n'eft pas plus mefuré
leur Lettre , c'eſt une fatyre & une invective que
* Nota. Qu'avant la feconde Lettre des Curez
à M. l'Archevêque , il y avoit plusieurs
grandes Paroiffes où il n'y avoit aucun Prétre
d'interdit ,fçavoir , de S. Jean , de S. Gervais ,
de S. Roch , de S. Etienne du Mont , de S. Médard
fainte Marguerite ; à faint Germain
de l'Auxerrois un feul .
pleine
MARS. 1730. 485
pleine d'aigreur & de fauffetez contre la Conftitution
Unigenitus , contre mon Inftruction Paftorale
; je refpecte trop les momens de VOTRE
MAJESTE' , pour lui faire un long détail de cette
piece ; il me fuffit de lui remontrer qu'il n'y a
pas un article de mon Inftruction qui n'y foit
attaqué , foit par des ironies picquantes , foit par
des critiques témeraires ; toutes les expreflions de
mon Mandement pour le renouvellement des
pouvoirs , y font tournées avec malignité & condamnées
avec indécence ; les Curez ne s'y font
pas bornez à attaquer l'Ordonnance & le Mandement
que j'ai publiez depuis que je fuis Archevêque
de Paris , ils ont été rechercher une Cenfure
que je fus obligé de faire à Aix contre de
mauvaifes propofitions qu'un Profeffeur en Théologie
avoit avancées ; cenfure à laquelle le Profeffeur
fe foumit , qui ne fut contredite , ni dansle
Diocèfe d'Aix , ni dans l'Eglife de France , &
que les Curez tronquent & défigurent dans leur
Memoire pour la rendre odieufe.
Je ne crois pas, SIRE , qu'on ait jamais vu dans
P'Eglife un exemple d'une pareille révolte du fecond
ordre contre le premier , ni qu'on ait jamais
pouffé plus loin l'efprit d'indépendance & le
renversement de la fubordination la plus effentielle
..
Les Auteurs de la Lettre & du Memoire fe
déclarent mes cooperateurs dans le droit d'enſeigner
& de juger de la Doctrine ; pleins de ces
prétentions chimeriques , ils élevent autel contre
autel ; ils érigent un Tribunal fuperieur au mien ;
c'eft là où mon Ordonnance eft examinée ; ils ne
craignent point d'enſeigner ouvertement une doctrine
contraire à la mienne , & de profcrire celle que
j'ai crû devoir prefenter à mon Diocèfe ; d'autant
plus coupables que ce que j'ai dit dans mon Inf
truction
486 MERCURE DE FRANCE.
truction Paſtorale , je l'ai dit avec le Pape & avec
le Corps des Paſteurs.
Ils devroient cependant fçavoir qu'un Archevêque
en publiant dans fon Diocèſe une Décifion
de l'Eglife , remplit ce que fon Miniſtere exige
de lui ; c'eft aux Evêques à qui Jefus - Chrift a dit
en la perfonne des Apôtres : Allez, enſeignez
toutes les Nations , celui qui vous écoute m'écoute,
& celui qui vous méprise me mépriſe
moi même, c'est à eux que S.Paul dit , en parlant
à Thimothée , confervez le dépôt : les Prêtres
doivent être les premiers à donner l'exemple de
la foumiffion & de l'obéïſſance , & ils doivent
apprendre à tout le Troupeau à refpecter la voix
du premier Paſteur . ´
Après l'expofé que je viens de faire à VOTRE
MAJESTE', elle ne fçauroit douter que je ne connoiffe
toute l'énormité d'une pareille conduite ; je
prévois les fuites funeftes qu'elle peut avoir , je
fens qu'il eft dangereux de la diffimuler , je fçai
même qu'il eft quelquefois neceffaire de faire des
exemples qui puiffent , felon l'Apôtre S. Paul ,
inſpirer une terreur falutaire , je ne puis cependant
encore me réfoudre à punir les coupa→
bles ni à employer ces armes puiffantes quej'ai
en main pour renverser toute hauteur qui s'éleve
contre la fcience de Dieu ; je fupplie Vo-
TRE MAJESTE , de fufpendre les effets de fon
indignation , je veux épuifer les dernieres reffources
de la patience & de la charité ; il n'eſt
pas poffible que ces Ecclefiaftiques ne " reconnoiffent
enfin leur faute, & qu'ils ne réparent par leur
foumiffion le fcandale qu'ils ont donné : je me
flate qu'ils ouvriront les yeux à l'exemple d'un
grand nombre de leurs Confreres , qui blâmant
leur conduite , goutent dans une parfaite obéïffance
à la voix de l'Eglife , cette paix & cette confolation
MARS. 1730. 487
folation qui en font inféparables ; fi cependant
contre mon inclination & contre mon attente
ces Ecclefiaftiques me forcent d'agir en Juge ,
après leur avoir inutilement parlé en Pere , je
ferai mon devoir , SIRE , avec le zele & la fermeté
d'un Evêque , qui après avoir vieilli dane
l'Epiſcopat , n'eft pas venu dans votre Ville Capitale
pour trahir fon miniftere , ni pour le deshonorer
à la fin de fes jours , & j'aurai recours
alors avec confiance à la protection de VOTR
MAJESTE', afin que par un parfait concert des deux
Puiffances du Sacerdoce & de l'Empire , tout ce
qui trouble le bon ordre foit puni felon les voyce
Canoniques & Civiles. Je fuis avec le plus profond
reſpect ,
ȘIRE ,
DE VOTRE MAJESTE',
Le très-humble , très-obéiffant
& très-fidele ferviteur & fujet,
† CHARLES , Archevêque de Paris.
A Paris , le 8. Fevrier 1730.
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Résumé : LETTRE. DE M. L'ARCHEVESQUE DE PARIS. AU ROY.
L'archevêque de Paris adresse une lettre au roi pour l'informer des tensions au sein du diocèse de Paris, liées à la Constitution Unigenitus. Il souligne l'importance de la Religion pour l'État et son devoir d'informer le roi de ses démarches. Les opposants à la Constitution Unigenitus ont diffusé des libelles pour discréditer la bulle papale et affaiblir l'autorité papale. À son arrivée, l'archevêque a trouvé un diocèse divisé, avec des fidèles et des ecclésiastiques opposés à la Constitution Unigenitus. Il a opté pour la patience et l'instruction pour apaiser les tensions. Le chapitre de son église métropolitaine a adhéré au mandement de son prédécesseur, et plusieurs particuliers ont déclaré leur obéissance. Cependant, cinq curés de Paris et vingt de leurs confrères ont critiqué les mesures de l'archevêque et exprimé des craintes infondées. L'archevêque a réagi avec modération, rappelant les curés à leurs devoirs et publiant une instruction pastorale sur la Constitution Unigenitus. Plusieurs ecclésiastiques et corps religieux ont alors accepté le décret apostolique. Il a également publié un mandement pour le renouvellement des pouvoirs de prêcher et de confesser, fixant un délai pour l'examen des prêtres. Malgré ces mesures, des libelles anonymes ont été diffusés contre son instruction. L'archevêque mentionne que sur plus de mille quatre-vingt confesseurs, seulement trente ont été interdits. Parmi ces interdits, certains ont prononcé des sermons séditieux, refusé d'obéir aux constitutions et aux ordonnances, ou sont connus pour inspirer la désobéissance et le mépris des autorités. Les curés ont exagéré ces interdictions, prétendant que Paris serait privé de ses ministres dignes et plongé dans l'affliction. L'archevêque souligne que cette opposition est motivée par des intérêts personnels et des calomnies. Il exprime son désir de résoudre ce conflit par la patience et la charité, espérant que les prêtres reconnaîtront leur faute et se soumettront. Cependant, il se tient prêt à agir en juge si nécessaire, avec le soutien du souverain pour maintenir l'ordre et la discipline dans l'Église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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92
p. 1134-1146
REMARQUES sur la Médaille de François Duc de Valois, Comte d'Angoulême &c. dont il est parlé dans le Mercure de Juin 1727. Vol. 2. page 1364. addressés à M. le Marquis de Pierrepont.
Début :
Je croyois, Monsieur, qu'il suffisoit que la Médaille de François I. encore [...]
Mots clefs :
Médaille, Devises, François I, Gouverneur, Symboles, Salamandre, Prince, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur la Médaille de François Duc de Valois, Comte d'Angoulême &c. dont il est parlé dans le Mercure de Juin 1727. Vol. 2. page 1364. addressés à M. le Marquis de Pierrepont.
REMARQUES fur la Médaille de
François Duc de Valois , Comte d'Angoulême
&c. dont il eft parlé dans le Mercure
de Juin 1727. Vol. 2. page 1364.
addreffées à M. le Marquis de Pierrepont..
J
5.
E croyois , Monfieur , qu'il fuffifoit
que la Médaille de François I. encore
Enfant , au revers de la Salamandre dont
je conferve l'original , & dont je vous
envoyai le deffein avec ma 2. Lettre fur
le Voyage de Baffe Normandie , eut parû
gravée dans le Mercure pour m'exemter
de faire là -deffus aucune recherche , perfuadé
que vous prendriez foin de nous expliquer
cette efpece d'Enigme , du moins
qu'elle reveilleroit l'attention de quelque
Homme de Lettres qui pourroit inftruire
le Public. Ennuyé de ne rien voir paroître
fur ce fujet , j'ai employé quelque petit
loifir pour l'examiner , & voici à quoi
fe réduit tout ce que j'ai trouvé qu'on
peut dire fur cette Médaille .
La prévention generale veut que la Salamandre
ne fût le fymbole ou la deviſe
de François I. que depuis que ce Prince
parvint à la Couronne de France ; on
I. Vol voit
JUIN. 1730. 1135
voit effectivement ce fymbole fur la plûpart
des grands Edifices conftruits par fes
ordres durant fon Regne , & fur plufieurs
de fes Médailles . Je ne me fouviens pas
de l'avoir vû employée fur aucun Monument
avant cette Epoque , à l'exception
de notre Médaille frappée en l'année
M. D. IV. qui étoit la ro. de la vie de
ce même Prince , nommé alors François,
Duc de Valois , Comte d'Angoulême.
Le premier Auteur que j'ai confulté
pour fçavoir fi cette prévention étoit bien
fondée , eft Mezeray , & j'ai trouvé qu'elle
ne peut pas fubfifter avec le témoignage
de cet Hiftorien.
» François I. n'étant encore que Duc
» de Valois , dit Mezeray , page 1042. du
» 2. T. le Roi Louis XII . lui donna Ar-
» tus de Gouffier pour fon Gouverneur.
» C'étoit le Seigneur le plus fage & le
>> plus Chrétien de toute la Cour , qui
>> reconnoiffant que le naturel de fon nou
» riffon étoit excellent , mais femblable
>> aux terres franches qui produifent bien-
>> tôt des orties & des chardons fi elles ne
» font cultivées , n'omit aucun foin pour
planter dans un fi bon fonds toutes les
» vertus que doit avoir un grand Prince.
» Or , pour lui faire connoître qu'il de-
» voit appliquer la vivacité de fon génie
aux bonnes chofes , non pas à la vanité,
I. Vol. D iiij
ni
1136 MERCURE DE FRANCE
>> ni à la violence , où elle eût pû ſe por-
» ter auffi bien qu'aux belles actions , il
» lui choifit la Devife de la Salamandre
» qui fe nourrit dans les flammes , mais
» qui tempere fa trop grande activité par
» fa froideur , comme le fignifient ces
» paroles qui l'accompagnent : NOTRISCO
EL BUONO STINGUO ET REO. Au
» refte , il n'eft pas vrai que la Salaman-
» dre cherche le feu pour s'en nourrir
> ni même qu'elle puiffe durer long- tems
dans un grand brafier ; mais il eft conf-
» tant qu'elle eft fi froide , qu'elle peut
éteindre un petit feu .
Mezeray ne fe contente pas de rappor
ter ce fait , il le prouve , & le rend certain
, en rapportant auffi à la fin du Regne
de François I. toutes les Médailles
frappées pour ce grand Prince , qui font
venues à fa connoiffance . Elles font au
nombre de XXVII. la premiere eft juſtement
celle dont il s'agit ici , au revers de
la Salamandre dans le feu , avec une pareille
Legende pour le fens car le graveur
a manqué d'exactitude dans quelques
Lettres , il s'eft beaucoup plus mé
pris dans l'année qui ne peut pas
être
M. CCCC. IIII . comme il le marque ,
mais M. CCCCC. IIII . Au furplus ,
*
* Notrifco e bueno fringe el reo ,M. CCCC.111 .
I. Vol MezeJUIN.
1730. 1137
Mezeray n'a point fait graver la tête du
Prince , alors Duc de Valois , & âgé feulement
de 10. ans , ce qui étoit le plus
curieux. Il n'avoit apparemment pas vû
la Médaille en original. Ainfi , Monfieur,
la mienne qui fert d'ailleurs à corriger
les fautes duGraveur,en devient plus confiderable;
& c'eft , comme vous voyez , la
premiere qui ait été frappée pour ce Prince
, avec le fymbole inventé ( felon Mezeray
) par le Seigneur de Gouffier , plus
de dix ans avant qu'il montât fur le Trône.
Ce n'eft donc pas en qualité de Roi de
France que ce fymbole a été donné d'abord
à François I. Il y a plus. * Paradin
veut qu'il ait appartenu auparavant à
Charles , Comte d'Angoulême fon pere ;
mais il n'en donne aucune preuve. Il me
fouvient , ajoûte- t'il , avoir vû une Médaille
en bronze dudit feu Roi François ,
peint en jeune Adoleſcent , au revers de
laquelle étoit cette Devife de la Salamandre
enflammée , avec ce mot Italien
Nodrifco il buono , & pengo il reo.
Voilà , Monfieur , encore notre Mé--
* La Salamandre avec des flammes de feu 97
étoit la Devise du feu noble & magnifique
Roi François , & auffi auparavant de Charles,
Comte d'Angoulême fon pere. JE NOURRIS ET
FTEINS. Paradin. Devifes Héroïques &c. Paris
1622. in- 8.
I..Vol. D v dáille,
1138 MERCURE
DE FRANCE
daille du jeune Duc de Valois , Comte
de
d'Angoulême , que Paradin ne cite que
mémoire , & dont il rapporte la Devife à
fa maniere. Cette Piéce , comme l'on voit,
étoit déja rare en 1622.tems de l'impreffion
du Livre de cet Auteur , qui cite auffi
une riche tapifferie de Fontainebleau
chargée du même fymbole de la Salamandre
, & accompagnée de ce Diſtique :
Urſus atrox , Aquilæque leves , & tortilis Anguis
Cefferunt flammæ jam , Salamandra , tuæ.
C'eſt une allufion aux expeditions glorieufes
de François I. en Suiffe , en Allemagne
& dans le Milanois. Au refte , Paradin
n'eft pas le feul qui fait remonter
ce fameux fymbole jufqu'au pere de
François I. Jean le Laboureur dans fes
Tombeaux illuftres , après avoir parlé de
la Cerémonie du tranfport du coeur de
ce Prince aux Celeftins de Paris , ajoûte
, le S' d'Hemery d'Amboife lui donne la
Salamandre pour devife , & dit que le Roi
François fon fils la porta après lui.
Le même , le Laboureur en rapportant
auffi ce qui fe paffa le 22. May
1547. lorfque le coeur de ce Monarque
fut pareillement porté aux Celeftins, ob-
* Charles de Valois , Duc d'Orleans , Comte
d'Angouléme.
I. Vol.
ferve
JUIN. 1730 . 1139
1
ferve que fa Devife fut une Salamandre
dans les flammes , avec ce mot , Nutrifco
& extinguo. Quelques - uns l'ont , dit- il ,
interprêté avoir été le fymbole de vertu &
generofité de ce Roi en quelque entreprise que
cefût ; d'autres , entre lesquels eft Paul Jove,
difent que ce fut une Devife amoureuse pour
montrer qu'il brûloit du feu d'amour ..
& qu'il fe nourriffoit du feu de cet amour.
Le même Auteur dit auffi qu'il y ajoûta ce
mot Italien , mi nutriſco .
Il y a lieu d'être furpris que le P. Daniel
qui a pû être inftruit de toutes ces
chofes , qui cite même Paradin fur ce fu-
>
jet , ait
écrit
fi
affirmativement
que
François
I. prit
pour
fymbole
une
Salamandre
avec
ces
mots
de
fon
invention
: NUTRISCO
ET
EXTINGU
O.
Deux
chofes
extrêmement
douteufes
, fçavoir
que
ce
Prince
ait
choifi
lui
- même
ce
fymbole
, &
qu'il
foit
auffi
l'inventeur
de
la
Devife
, comme
le veut
le
P.
Daniel
. La
Médaille
qui
donne
lieu
à mes
Remarques
détruit
abfolument
cette
idée
; elle
eft
frappée
pour
ce
même
Prince
, elle
contient
le
même
fymbole
mais
le
Prince
n'avoit
alors
.
comme
on
l'a
déja
dit
, que
10.
ans
;
il
n'étoit
pas
en
âge
de
fe
choifir
un
fymbole
, encore
moins
d'inventer
là- deffus
des
paroles
convenables
; la
Deviſe
eſt
d'ailleurs
differente
fur
ce
Monument
>
,
I. Vol. D vj
incon1140
MERCURE DE FRANCE
inconteftable de celle dont parle le Pere
Daniel.
Cet Auteur ajoûte qu'il a peine à penetrer
le fens & la finefle des deux mots
de la Devife en queſtion ; il croit cependant
que le Prince vouloit faire comprendre
que comme cet animal , ainſi qu'on le dit
vit au milieu du feu , de même il étoit à l'é
preuve des plus rudes revers de la Fortune..
Enfin le P. Daniel qui avoit vû dans Paradin
ce qui eft dit de la Médaille du jeu
ne Duc de Valois au revers de la Salamandre
, avec la Devife Italienne : No-
2.
DRISCO IL BUONO ET SPENGO IL
REO , explique ainfi cette autre Devife :
Par où il marquoit , dit- il , fa bonté & fon
équité qui le rendoient liberal envers les gens
de bien , & lui faifoient punir les mechans,
Ma ſurpriſe augmente à cette autre interpretation
, qui prouve au moins que
le P. Daniel n'a pas fait attention aux
paroles expreffes de l'Auteur qu'il cite ,
que j'ai rapportées cy-devant , & que je
fuis obligé de repeter ici : Il me fouvient
avoir vu une Médaille en bronze dudit
feu Roi François peint en jeune Adoleſcent,
au revers de laquelle & c. Je vous laiffe ,
Monfieur , juger fi ce jeune Adolefcent ,
dont je vous ai marqué l'âge précis par
ma Médaille , étoit en état de punir les
méchans & de marquer fa liberalité en-
I. Vol.
vers;
JUIN. 1730. 1140
vers les gens de bien . La même raifon veut
qu'il n'étoit pas plus capable alors de don--
ner à cet Emblême une Deviſe Italienne
qu'une Devife Latine . Car le P. Daniel
ajoûte que l'Ame Latine fut apparemment
faite d'après l'Italienne qui fut abbregée
par ce Prince même , ou par quelqu'autre
qui ne fçavoit pas mieux le Latin que lui ;
car le Nutrifco n'est pas un mot Latin.
C'eft , ce me femble , tout ce qu'on peut
accorder là- deffus ; Nutrifco n'eft pas un
mot Latin ; cela eft certain ; mais tout le refte
paroît un peu hazardé. Quoiqu'il en foit ,
il doit du moins refulter de ces Obferva
tions que ce n'eft point François I. foit
comme Duc de Valois , foit comme Roi
de France , qui a inventé le fymbole & la
Devife de la Salamandre , que ce fymbole
paroît pour la premiere fois fur une Médaille
de ce Prince , frappée dans fon bas
âge , & dix ou douze ans avant fon ave
nement à la Couronne & enfin qu'à
moins qu'on ne produife une Médaille
ou quelqu'autre Monument inconteſtablequi
porte le même fymbole , fait pour
Charles de Valois , Comte d'Angoulême ,
ce que Paradin , le Laboureur & Damboife
ont avancé la- deffus fe trouve dénué
* Il faut entendre celle dont parle Paul Jo--
ve , cité par Paradin.
I. vol.
de
1142 MERCURE DE FRANCE
de preuves , & avancé fans fondement.
Dans ces circonftances , je ne vois
Monfieur , aucun inconvenient de nous
en rapporter à Mezeray , Auteur plus
exact , & d'un plus grand poids que les
trois dont je viens de parler , & de donner
l'invention de ce fymbole & des paroles
qui l'accompagnent à Artus de Gouffier,
Gouverneur du Prince , dans l'intention
& par les raifons marquées dans l'Hif
toire. C'eft , fans doute , ce fage Gouverneur
qui a fait frapper la Médaille
je poſſede , dont l'Epoque & l'âge du
Prince démontrent que c'eft la premiere
qui ait été faite pour lui ; elle confirme auffi
mes Remarques fur ce fujet.
que
Il paroît par plufieurs autres Médailles
frappées depuis que ce Prince fut monté
fur le Trône , qu'il aima particulierement
ce fymbole qui lui venoit d'une perfonne
cherie & refpectable . J'en rapporterai
feulement quatre du nombre de celles
que j'ai déja dit avoir été gravées & expliquées
dans Mezeray , fçavoir la 6. fur
le revers de laquelle eft une Salamandre
couronnée dans les flammes , Nutrifco &
extinguo , je m'y nourris & je l'éteins. La
23. une F couronnée , la Salamandre au
pied de cette Lettre , & pour Devife : Opera
Domini magna , frappée par les Echevins
de Paris , en mémoire du Bâtiment
I. Vol. de
JUIN 1730. 1143
24.
de l'Hôtel de Ville. La la Salamandre
dans le feu , & couronnée ; le champ de la
Médaille eft femé de la lettre F & de feurs
de Lys , avec ces mots : Extinguo , nutrior.
Et la 25. la Salamandre couchée au milieu
des flammes , les diffipe ou les amortit
par fon haleine , tournant la tête vers
une Couronne qui eft au - deffus , pour
marquer la grandeur du courage du Roi;
Pour Legende ces deux Vers autour :
Diſcutit hæc flammam ; Francifcus robore men
tis
Omnia pervicit , rerum immerſabilis undis.
Ces quatre Médailles ont été frappées
en or , & fe trouvent encore en certains
Cabinets ; elles prouvent la variation qu'il
y a eu dans l'application du fymbole de
la Salamandre , & dans les paroles qui
Font accompagné , fuivant les tems & les
differentes vûës des perfonnes qui l'ont
employé depuis le premier Inventeur. Aut
furplus , ne faifons point de procès ou
de mauvaiſe chicane à ceux qui ont eftropié
quelque mot Italien, en gravant ou en
imprimant la Devife en queftion , comme
je l'ai remarqué au commencement ?
on n'étoit pas fi exact en ce tems là . Cela
ne fait rien au fond du fujet , & ne diminuë
en rien le mérite du monument
1. Vol. ori144
MERCURE DE FRANCE
original qui eft gravé dans le Mercure.
Peut être , Monfieur , ne ferez-vous pas
fâché qu'en finiffant j'ajoûte un mot en
faveur du perfonnage , à qui Mezeray en
attribue l'invention. Artus de Gouffier ,
Comte d'Estampes & de Caravas , Seigneur
de Boify, &c. étoit iffu d'une illuf
tre & ancienne Maifon de la Province de
Poitou , laquelle a été feconde en grands
Hommes. Il étoit fils de Guillaume de
Gouffier , Seigneur de Boify , Baron de
Roanés , de Maulevrier, de Bonnivet, &c .
Premier Chambellan du Roy , Gouverneur
de Languedoc & de Touraine , &o .
Gouverneur du Roy Charles VIII . & de
Philippe de Montmorency.
François I. dont il fut Gouverneur , lecombla
de biens & d'honneurs ; il lui donna
la Charge de Grand- Maître de France,
& le Gouvernement de Dauphiné , le fit
fon principal Miniftre , & l'honora de
plufieurs Ambaffades importantes , dont
la principale fût vers les Electeurs de
Empire , après la mort de l'Empereur
Maximilien , pour déterminer leurs fuffrages
en faveur du Roy fon Maître.
Quelque temps auparavant Charles V.
Roy d'Espagne , qui fût depuis Empereur
, ayant propofé un accommodement,
le Roy nomma de fa part , pour Chef de
la Negociation , Artus de Gouffier , & le
I. Vol.. Roi.
JUIN. 1730. 1145
Roy d'Eſpagne Antoine de Crouy , Seigneur
de Chierres , qui avoit auffi été ſon
Gouverneur. Ces Seigneurs s'affemblerent
à Noyon , & firent le Traité qui porte
ce nom dans l'Hiftoire , lequel fut ratifié
par les deux Rois . La France ne profita
pas long- temps du Miniftere d'un homme
fi fage , & Artus de Gouffier n'eut pas
le déplaifir de voir les difgraces de l'Etat.
Il mourut en l'année 1519. laiffant un fils
unique , Claude de Gouffier , qui fut
Duc de Roanés , Pair de France , par
érection de 1566. Comte de Caravas , &c.
Grand-Ecuyer de France , & dont la pofterité
a formé plufieurs branches , & c.
Deux Freres d'Artus de Gouffier ,
Adrien & Guillaume de Gouffier , furent
élevez à des Charges & à des Dignitez
confiderables ; le premier fut Evêque
d'Alby , puis Cardinal , Legat'en France ,
& Grand- Aumônier. Le fecond eft celebre
dans l'Hiftoire fous le nom d'Amiral
de Bonnivet , s'étant fort fignalé par mer
& par terre. Il fut auffi Gouverneur de
Dauphiné & de Guyenne.
Deux autres Freres furent diftinguez
dans l'Eglife , fçavoir Pierre de Gouf-
* Doublet , dit le nouvel Hiftorien de S. Denys,
nous a confervé l'Epitaphe de Pierre de Gouf
fier , mort en 1516. gravée sur une Tombe d'ar
doife , qui fe voyoit autrefois dans le Choeur de
I. Vola S
1146 MERCURE DE FRANCE
fier , Abbé de S. Denys , & de S. Pierre
fur Dive , & Aimar , qui fut Evêque de
Coutances , puis d'Alby , Abbé de Lagny
, & enfin fucceffeur de fon frere en
l'Abbaye de faint Denys .
Un cinquième Frere , Guillaume de
Gouffier , Seigneur de Bonnivet , puis de
Thois ,par fon fecond mariage fait la Branche
des Seigneurs & Marquis de Bonnivet.
Il fe diftingua dans les guerres d'Italie, &
fut tué à la journée de Pavie en 1524.
Je paffe les autres illuftrations & les
grandes alliances de cette Maifon , qui
fubfifte encore aujourd'huy dans les per
fonnes du Marquis de Thoy , pere du
Marquis de Gouffier , du Comte de Roanés
, & du Marquis de Bonniver. Je ne
diray rien non plus de fes differentes
Branches de Caravas , d'Efpagny , de Brazeux
, de Heilly , &c. me contentant de
remarquer que la Duché de Roanés eft
fortie de cette illuftre Maifon par le mariage
de Charlotte de Gouffier , Ducheffe
de Roanés , qui épouſa en 1667. François
d'Aubuffon de la Feuillade , Pair & Maréchal
de France , & c.
Je fuis , Monfieur , & c.
A Paris , le 2. Fanvier 1729.
8. Denys , avec fes Armes qui font d'or à trois
Jumelles de fable.
Le Marquis de Thoy eft depuis decedé le z
Bars 1729.
François Duc de Valois , Comte d'Angoulême
&c. dont il eft parlé dans le Mercure
de Juin 1727. Vol. 2. page 1364.
addreffées à M. le Marquis de Pierrepont..
J
5.
E croyois , Monfieur , qu'il fuffifoit
que la Médaille de François I. encore
Enfant , au revers de la Salamandre dont
je conferve l'original , & dont je vous
envoyai le deffein avec ma 2. Lettre fur
le Voyage de Baffe Normandie , eut parû
gravée dans le Mercure pour m'exemter
de faire là -deffus aucune recherche , perfuadé
que vous prendriez foin de nous expliquer
cette efpece d'Enigme , du moins
qu'elle reveilleroit l'attention de quelque
Homme de Lettres qui pourroit inftruire
le Public. Ennuyé de ne rien voir paroître
fur ce fujet , j'ai employé quelque petit
loifir pour l'examiner , & voici à quoi
fe réduit tout ce que j'ai trouvé qu'on
peut dire fur cette Médaille .
La prévention generale veut que la Salamandre
ne fût le fymbole ou la deviſe
de François I. que depuis que ce Prince
parvint à la Couronne de France ; on
I. Vol voit
JUIN. 1730. 1135
voit effectivement ce fymbole fur la plûpart
des grands Edifices conftruits par fes
ordres durant fon Regne , & fur plufieurs
de fes Médailles . Je ne me fouviens pas
de l'avoir vû employée fur aucun Monument
avant cette Epoque , à l'exception
de notre Médaille frappée en l'année
M. D. IV. qui étoit la ro. de la vie de
ce même Prince , nommé alors François,
Duc de Valois , Comte d'Angoulême.
Le premier Auteur que j'ai confulté
pour fçavoir fi cette prévention étoit bien
fondée , eft Mezeray , & j'ai trouvé qu'elle
ne peut pas fubfifter avec le témoignage
de cet Hiftorien.
» François I. n'étant encore que Duc
» de Valois , dit Mezeray , page 1042. du
» 2. T. le Roi Louis XII . lui donna Ar-
» tus de Gouffier pour fon Gouverneur.
» C'étoit le Seigneur le plus fage & le
>> plus Chrétien de toute la Cour , qui
>> reconnoiffant que le naturel de fon nou
» riffon étoit excellent , mais femblable
>> aux terres franches qui produifent bien-
>> tôt des orties & des chardons fi elles ne
» font cultivées , n'omit aucun foin pour
planter dans un fi bon fonds toutes les
» vertus que doit avoir un grand Prince.
» Or , pour lui faire connoître qu'il de-
» voit appliquer la vivacité de fon génie
aux bonnes chofes , non pas à la vanité,
I. Vol. D iiij
ni
1136 MERCURE DE FRANCE
>> ni à la violence , où elle eût pû ſe por-
» ter auffi bien qu'aux belles actions , il
» lui choifit la Devife de la Salamandre
» qui fe nourrit dans les flammes , mais
» qui tempere fa trop grande activité par
» fa froideur , comme le fignifient ces
» paroles qui l'accompagnent : NOTRISCO
EL BUONO STINGUO ET REO. Au
» refte , il n'eft pas vrai que la Salaman-
» dre cherche le feu pour s'en nourrir
> ni même qu'elle puiffe durer long- tems
dans un grand brafier ; mais il eft conf-
» tant qu'elle eft fi froide , qu'elle peut
éteindre un petit feu .
Mezeray ne fe contente pas de rappor
ter ce fait , il le prouve , & le rend certain
, en rapportant auffi à la fin du Regne
de François I. toutes les Médailles
frappées pour ce grand Prince , qui font
venues à fa connoiffance . Elles font au
nombre de XXVII. la premiere eft juſtement
celle dont il s'agit ici , au revers de
la Salamandre dans le feu , avec une pareille
Legende pour le fens car le graveur
a manqué d'exactitude dans quelques
Lettres , il s'eft beaucoup plus mé
pris dans l'année qui ne peut pas
être
M. CCCC. IIII . comme il le marque ,
mais M. CCCCC. IIII . Au furplus ,
*
* Notrifco e bueno fringe el reo ,M. CCCC.111 .
I. Vol MezeJUIN.
1730. 1137
Mezeray n'a point fait graver la tête du
Prince , alors Duc de Valois , & âgé feulement
de 10. ans , ce qui étoit le plus
curieux. Il n'avoit apparemment pas vû
la Médaille en original. Ainfi , Monfieur,
la mienne qui fert d'ailleurs à corriger
les fautes duGraveur,en devient plus confiderable;
& c'eft , comme vous voyez , la
premiere qui ait été frappée pour ce Prince
, avec le fymbole inventé ( felon Mezeray
) par le Seigneur de Gouffier , plus
de dix ans avant qu'il montât fur le Trône.
Ce n'eft donc pas en qualité de Roi de
France que ce fymbole a été donné d'abord
à François I. Il y a plus. * Paradin
veut qu'il ait appartenu auparavant à
Charles , Comte d'Angoulême fon pere ;
mais il n'en donne aucune preuve. Il me
fouvient , ajoûte- t'il , avoir vû une Médaille
en bronze dudit feu Roi François ,
peint en jeune Adoleſcent , au revers de
laquelle étoit cette Devife de la Salamandre
enflammée , avec ce mot Italien
Nodrifco il buono , & pengo il reo.
Voilà , Monfieur , encore notre Mé--
* La Salamandre avec des flammes de feu 97
étoit la Devise du feu noble & magnifique
Roi François , & auffi auparavant de Charles,
Comte d'Angoulême fon pere. JE NOURRIS ET
FTEINS. Paradin. Devifes Héroïques &c. Paris
1622. in- 8.
I..Vol. D v dáille,
1138 MERCURE
DE FRANCE
daille du jeune Duc de Valois , Comte
de
d'Angoulême , que Paradin ne cite que
mémoire , & dont il rapporte la Devife à
fa maniere. Cette Piéce , comme l'on voit,
étoit déja rare en 1622.tems de l'impreffion
du Livre de cet Auteur , qui cite auffi
une riche tapifferie de Fontainebleau
chargée du même fymbole de la Salamandre
, & accompagnée de ce Diſtique :
Urſus atrox , Aquilæque leves , & tortilis Anguis
Cefferunt flammæ jam , Salamandra , tuæ.
C'eſt une allufion aux expeditions glorieufes
de François I. en Suiffe , en Allemagne
& dans le Milanois. Au refte , Paradin
n'eft pas le feul qui fait remonter
ce fameux fymbole jufqu'au pere de
François I. Jean le Laboureur dans fes
Tombeaux illuftres , après avoir parlé de
la Cerémonie du tranfport du coeur de
ce Prince aux Celeftins de Paris , ajoûte
, le S' d'Hemery d'Amboife lui donne la
Salamandre pour devife , & dit que le Roi
François fon fils la porta après lui.
Le même , le Laboureur en rapportant
auffi ce qui fe paffa le 22. May
1547. lorfque le coeur de ce Monarque
fut pareillement porté aux Celeftins, ob-
* Charles de Valois , Duc d'Orleans , Comte
d'Angouléme.
I. Vol.
ferve
JUIN. 1730 . 1139
1
ferve que fa Devife fut une Salamandre
dans les flammes , avec ce mot , Nutrifco
& extinguo. Quelques - uns l'ont , dit- il ,
interprêté avoir été le fymbole de vertu &
generofité de ce Roi en quelque entreprise que
cefût ; d'autres , entre lesquels eft Paul Jove,
difent que ce fut une Devife amoureuse pour
montrer qu'il brûloit du feu d'amour ..
& qu'il fe nourriffoit du feu de cet amour.
Le même Auteur dit auffi qu'il y ajoûta ce
mot Italien , mi nutriſco .
Il y a lieu d'être furpris que le P. Daniel
qui a pû être inftruit de toutes ces
chofes , qui cite même Paradin fur ce fu-
>
jet , ait
écrit
fi
affirmativement
que
François
I. prit
pour
fymbole
une
Salamandre
avec
ces
mots
de
fon
invention
: NUTRISCO
ET
EXTINGU
O.
Deux
chofes
extrêmement
douteufes
, fçavoir
que
ce
Prince
ait
choifi
lui
- même
ce
fymbole
, &
qu'il
foit
auffi
l'inventeur
de
la
Devife
, comme
le veut
le
P.
Daniel
. La
Médaille
qui
donne
lieu
à mes
Remarques
détruit
abfolument
cette
idée
; elle
eft
frappée
pour
ce
même
Prince
, elle
contient
le
même
fymbole
mais
le
Prince
n'avoit
alors
.
comme
on
l'a
déja
dit
, que
10.
ans
;
il
n'étoit
pas
en
âge
de
fe
choifir
un
fymbole
, encore
moins
d'inventer
là- deffus
des
paroles
convenables
; la
Deviſe
eſt
d'ailleurs
differente
fur
ce
Monument
>
,
I. Vol. D vj
incon1140
MERCURE DE FRANCE
inconteftable de celle dont parle le Pere
Daniel.
Cet Auteur ajoûte qu'il a peine à penetrer
le fens & la finefle des deux mots
de la Devife en queſtion ; il croit cependant
que le Prince vouloit faire comprendre
que comme cet animal , ainſi qu'on le dit
vit au milieu du feu , de même il étoit à l'é
preuve des plus rudes revers de la Fortune..
Enfin le P. Daniel qui avoit vû dans Paradin
ce qui eft dit de la Médaille du jeu
ne Duc de Valois au revers de la Salamandre
, avec la Devife Italienne : No-
2.
DRISCO IL BUONO ET SPENGO IL
REO , explique ainfi cette autre Devife :
Par où il marquoit , dit- il , fa bonté & fon
équité qui le rendoient liberal envers les gens
de bien , & lui faifoient punir les mechans,
Ma ſurpriſe augmente à cette autre interpretation
, qui prouve au moins que
le P. Daniel n'a pas fait attention aux
paroles expreffes de l'Auteur qu'il cite ,
que j'ai rapportées cy-devant , & que je
fuis obligé de repeter ici : Il me fouvient
avoir vu une Médaille en bronze dudit
feu Roi François peint en jeune Adoleſcent,
au revers de laquelle & c. Je vous laiffe ,
Monfieur , juger fi ce jeune Adolefcent ,
dont je vous ai marqué l'âge précis par
ma Médaille , étoit en état de punir les
méchans & de marquer fa liberalité en-
I. Vol.
vers;
JUIN. 1730. 1140
vers les gens de bien . La même raifon veut
qu'il n'étoit pas plus capable alors de don--
ner à cet Emblême une Deviſe Italienne
qu'une Devife Latine . Car le P. Daniel
ajoûte que l'Ame Latine fut apparemment
faite d'après l'Italienne qui fut abbregée
par ce Prince même , ou par quelqu'autre
qui ne fçavoit pas mieux le Latin que lui ;
car le Nutrifco n'est pas un mot Latin.
C'eft , ce me femble , tout ce qu'on peut
accorder là- deffus ; Nutrifco n'eft pas un
mot Latin ; cela eft certain ; mais tout le refte
paroît un peu hazardé. Quoiqu'il en foit ,
il doit du moins refulter de ces Obferva
tions que ce n'eft point François I. foit
comme Duc de Valois , foit comme Roi
de France , qui a inventé le fymbole & la
Devife de la Salamandre , que ce fymbole
paroît pour la premiere fois fur une Médaille
de ce Prince , frappée dans fon bas
âge , & dix ou douze ans avant fon ave
nement à la Couronne & enfin qu'à
moins qu'on ne produife une Médaille
ou quelqu'autre Monument inconteſtablequi
porte le même fymbole , fait pour
Charles de Valois , Comte d'Angoulême ,
ce que Paradin , le Laboureur & Damboife
ont avancé la- deffus fe trouve dénué
* Il faut entendre celle dont parle Paul Jo--
ve , cité par Paradin.
I. vol.
de
1142 MERCURE DE FRANCE
de preuves , & avancé fans fondement.
Dans ces circonftances , je ne vois
Monfieur , aucun inconvenient de nous
en rapporter à Mezeray , Auteur plus
exact , & d'un plus grand poids que les
trois dont je viens de parler , & de donner
l'invention de ce fymbole & des paroles
qui l'accompagnent à Artus de Gouffier,
Gouverneur du Prince , dans l'intention
& par les raifons marquées dans l'Hif
toire. C'eft , fans doute , ce fage Gouverneur
qui a fait frapper la Médaille
je poſſede , dont l'Epoque & l'âge du
Prince démontrent que c'eft la premiere
qui ait été faite pour lui ; elle confirme auffi
mes Remarques fur ce fujet.
que
Il paroît par plufieurs autres Médailles
frappées depuis que ce Prince fut monté
fur le Trône , qu'il aima particulierement
ce fymbole qui lui venoit d'une perfonne
cherie & refpectable . J'en rapporterai
feulement quatre du nombre de celles
que j'ai déja dit avoir été gravées & expliquées
dans Mezeray , fçavoir la 6. fur
le revers de laquelle eft une Salamandre
couronnée dans les flammes , Nutrifco &
extinguo , je m'y nourris & je l'éteins. La
23. une F couronnée , la Salamandre au
pied de cette Lettre , & pour Devife : Opera
Domini magna , frappée par les Echevins
de Paris , en mémoire du Bâtiment
I. Vol. de
JUIN 1730. 1143
24.
de l'Hôtel de Ville. La la Salamandre
dans le feu , & couronnée ; le champ de la
Médaille eft femé de la lettre F & de feurs
de Lys , avec ces mots : Extinguo , nutrior.
Et la 25. la Salamandre couchée au milieu
des flammes , les diffipe ou les amortit
par fon haleine , tournant la tête vers
une Couronne qui eft au - deffus , pour
marquer la grandeur du courage du Roi;
Pour Legende ces deux Vers autour :
Diſcutit hæc flammam ; Francifcus robore men
tis
Omnia pervicit , rerum immerſabilis undis.
Ces quatre Médailles ont été frappées
en or , & fe trouvent encore en certains
Cabinets ; elles prouvent la variation qu'il
y a eu dans l'application du fymbole de
la Salamandre , & dans les paroles qui
Font accompagné , fuivant les tems & les
differentes vûës des perfonnes qui l'ont
employé depuis le premier Inventeur. Aut
furplus , ne faifons point de procès ou
de mauvaiſe chicane à ceux qui ont eftropié
quelque mot Italien, en gravant ou en
imprimant la Devife en queftion , comme
je l'ai remarqué au commencement ?
on n'étoit pas fi exact en ce tems là . Cela
ne fait rien au fond du fujet , & ne diminuë
en rien le mérite du monument
1. Vol. ori144
MERCURE DE FRANCE
original qui eft gravé dans le Mercure.
Peut être , Monfieur , ne ferez-vous pas
fâché qu'en finiffant j'ajoûte un mot en
faveur du perfonnage , à qui Mezeray en
attribue l'invention. Artus de Gouffier ,
Comte d'Estampes & de Caravas , Seigneur
de Boify, &c. étoit iffu d'une illuf
tre & ancienne Maifon de la Province de
Poitou , laquelle a été feconde en grands
Hommes. Il étoit fils de Guillaume de
Gouffier , Seigneur de Boify , Baron de
Roanés , de Maulevrier, de Bonnivet, &c .
Premier Chambellan du Roy , Gouverneur
de Languedoc & de Touraine , &o .
Gouverneur du Roy Charles VIII . & de
Philippe de Montmorency.
François I. dont il fut Gouverneur , lecombla
de biens & d'honneurs ; il lui donna
la Charge de Grand- Maître de France,
& le Gouvernement de Dauphiné , le fit
fon principal Miniftre , & l'honora de
plufieurs Ambaffades importantes , dont
la principale fût vers les Electeurs de
Empire , après la mort de l'Empereur
Maximilien , pour déterminer leurs fuffrages
en faveur du Roy fon Maître.
Quelque temps auparavant Charles V.
Roy d'Espagne , qui fût depuis Empereur
, ayant propofé un accommodement,
le Roy nomma de fa part , pour Chef de
la Negociation , Artus de Gouffier , & le
I. Vol.. Roi.
JUIN. 1730. 1145
Roy d'Eſpagne Antoine de Crouy , Seigneur
de Chierres , qui avoit auffi été ſon
Gouverneur. Ces Seigneurs s'affemblerent
à Noyon , & firent le Traité qui porte
ce nom dans l'Hiftoire , lequel fut ratifié
par les deux Rois . La France ne profita
pas long- temps du Miniftere d'un homme
fi fage , & Artus de Gouffier n'eut pas
le déplaifir de voir les difgraces de l'Etat.
Il mourut en l'année 1519. laiffant un fils
unique , Claude de Gouffier , qui fut
Duc de Roanés , Pair de France , par
érection de 1566. Comte de Caravas , &c.
Grand-Ecuyer de France , & dont la pofterité
a formé plufieurs branches , & c.
Deux Freres d'Artus de Gouffier ,
Adrien & Guillaume de Gouffier , furent
élevez à des Charges & à des Dignitez
confiderables ; le premier fut Evêque
d'Alby , puis Cardinal , Legat'en France ,
& Grand- Aumônier. Le fecond eft celebre
dans l'Hiftoire fous le nom d'Amiral
de Bonnivet , s'étant fort fignalé par mer
& par terre. Il fut auffi Gouverneur de
Dauphiné & de Guyenne.
Deux autres Freres furent diftinguez
dans l'Eglife , fçavoir Pierre de Gouf-
* Doublet , dit le nouvel Hiftorien de S. Denys,
nous a confervé l'Epitaphe de Pierre de Gouf
fier , mort en 1516. gravée sur une Tombe d'ar
doife , qui fe voyoit autrefois dans le Choeur de
I. Vola S
1146 MERCURE DE FRANCE
fier , Abbé de S. Denys , & de S. Pierre
fur Dive , & Aimar , qui fut Evêque de
Coutances , puis d'Alby , Abbé de Lagny
, & enfin fucceffeur de fon frere en
l'Abbaye de faint Denys .
Un cinquième Frere , Guillaume de
Gouffier , Seigneur de Bonnivet , puis de
Thois ,par fon fecond mariage fait la Branche
des Seigneurs & Marquis de Bonnivet.
Il fe diftingua dans les guerres d'Italie, &
fut tué à la journée de Pavie en 1524.
Je paffe les autres illuftrations & les
grandes alliances de cette Maifon , qui
fubfifte encore aujourd'huy dans les per
fonnes du Marquis de Thoy , pere du
Marquis de Gouffier , du Comte de Roanés
, & du Marquis de Bonniver. Je ne
diray rien non plus de fes differentes
Branches de Caravas , d'Efpagny , de Brazeux
, de Heilly , &c. me contentant de
remarquer que la Duché de Roanés eft
fortie de cette illuftre Maifon par le mariage
de Charlotte de Gouffier , Ducheffe
de Roanés , qui épouſa en 1667. François
d'Aubuffon de la Feuillade , Pair & Maréchal
de France , & c.
Je fuis , Monfieur , & c.
A Paris , le 2. Fanvier 1729.
8. Denys , avec fes Armes qui font d'or à trois
Jumelles de fable.
Le Marquis de Thoy eft depuis decedé le z
Bars 1729.
Fermer
Résumé : REMARQUES sur la Médaille de François Duc de Valois, Comte d'Angoulême &c. dont il est parlé dans le Mercure de Juin 1727. Vol. 2. page 1364. addressés à M. le Marquis de Pierrepont.
Le texte aborde la médaille de François I, alors Duc de Valois et Comte d'Angoulême, et son symbole de la salamandre. L'auteur, attendant sa publication dans le Mercure de Juin 1727, a décidé de l'examiner lui-même. Contrairement à la croyance générale, la salamandre était déjà le symbole de François avant son accession au trône, apparaissant sur une médaille frappée en 1504. L'historien Mezeray rapporte que ce symbole a été choisi par Artus de Gouffier, gouverneur de François, pour lui enseigner la modération et l'application de son génie aux bonnes causes. La devise associée, 'Nutrisco et extinguo' (Je nourris et j'éteins), confirme cette origine. Mezeray affirme que cette médaille est la première frappée pour François, avant son règne. D'autres auteurs comme Paradin mentionnent ce symbole, mais sans preuves solides. L'auteur conclut que le symbole et la devise ont été inventés par Gouffier et non par François lui-même, qui n'avait que 10 ans à l'époque. Plusieurs médailles ultérieures montrent des variations de ce symbole et de sa devise. L'auteur souligne l'importance de ne pas juger les erreurs mineures de gravure ou d'impression, car elles n'affectent pas la valeur historique du monument. Le texte traite également de la famille Gouffier et de ses membres influents sous le règne de François I. Artus de Gouffier, Gouverneur de François I, reçut de nombreux honneurs et charges, dont celle de Grand-Maître de France et le Gouvernement de Dauphiné. Il fut également principal ministre et ambassadeur auprès des Électeurs de l'Empire pour influencer leurs suffrages en faveur de François I. Charles V, futur Empereur, proposa un accommodement, et François I nomma Artus de Gouffier et Antoine de Crouy pour négocier le Traité de Noyon. Artus de Gouffier mourut en 1519, laissant un fils unique, Claude de Gouffier, Duc de Roanés et Pair de France. Deux frères d'Artus, Adrien et Guillaume, occupèrent des postes importants : Adrien devint Cardinal et Grand-Aumônier, tandis que Guillaume, connu sous le nom d'Amiral de Bonnivet, se distingua par ses exploits militaires. Deux autres frères, Pierre et Aimar, furent également notables dans l'Église. Guillaume de Gouffier, Seigneur de Bonnivet, fut tué à la bataille de Pavie en 1524. La famille Gouffier subsiste encore aujourd'hui à travers plusieurs branches, dont le Marquis de Thoy, le Comte de Roanés et le Marquis de Bonniver.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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93
p. 1690
APPROBATION.
Début :
J'ay lû par ordre de Monsieur le Gardes des Sceaux, le Mercure de France du Mois de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
"Ay lú par ordre de Monfieur le Gardes deo
J'Sceaux ,le Mercure de France du dess de
Juillet auquel je n'ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion. A Paris ce 9. Août 1730..
P
HARDION.
"Ay lú par ordre de Monfieur le Gardes deo
J'Sceaux ,le Mercure de France du dess de
Juillet auquel je n'ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion. A Paris ce 9. Août 1730..
P
HARDION.
Fermer
94
p. 1721-1730
RÉPONSE aux Reflexions sur une These soutenuë dans les Ecoles de Medecine de Paris, concernant la qualité de l'Eau de vie, inserées dans le Mercure de France du mois de May 1730. page 868.
Début :
Je vous avouë, Monsieur, que j'ai été extrêmement surpris de voir une personne [...]
Mots clefs :
Eau de vie, Écoles de Médecine de Paris, Esprit, Circulation, Vin, Liqueur, Mouvement, Thèse, Coeur, Sang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE aux Reflexions sur une These soutenuë dans les Ecoles de Medecine de Paris, concernant la qualité de l'Eau de vie, inserées dans le Mercure de France du mois de May 1730. page 868.
REPONSE aux Reflexions fur une
Thefe foutenue dans les Ecoles de Medecine
de Paris , concernant la qualité de
l'Eau de vie , inferées dans le Mercure
de France du mois de May 1730. page
868 .
J
E vous avouë , Monfieur , que j'ai été
extrêmement furpris de voir une perfonne
qui fait profeffion de la Medecine
fe déclarer contre M. le Hoc en faveur de
l'Eau de vie. Ce nom fpecieux n'en impofe
pas d'ordinaire , je ne dis pas aux
gens du métier , qui trouvent dans les
principes & dans les experiences dont leurs
livres font remplis des preuves des effets
funeftes de cette liqueur , mais même à
ceux qu'un jugement fain met en état de
profiter des évenemens qui ſe préſentent
tous les jours , & je me flatte que par des
raifonnemens fimples & àla portée de tout
le monde , je confirmerai dans leur fentiment
ceux qui ont la prudence de s'abftenir
de l'Eau de vie , & que je perfuaderai
du danger de cette liqueur ceux à qui elle
n'a pas encore alteré la raiſon .
Tout le monde fçait que l'Eau de vie
eft un extrait des parties fpiritueufes du
B. v vin
1722 MERCURE DE FRANCE
vin , d'où je conclus qu'elle en renferme
les qualités avec d'autant plus d'energie
que les principes font reunis fous un moindre
volume. Voyons donc les effets du
vin , & nous ferons à portée de connoître
ceux de l'Eau de vie.
Le vin , dit Fernel ( a ) rend le poulx
grand , fort , vîte & fréquent : à force de
s'en fervir fans ménagement , il le rend
inégal & dereglé; fa force (b)n'ayant pû être
domptée par le ventricule , fe répand par
tout le corps , il le fecoue tout entier
principalement le coeur & le cerveau ; il
attaque les nerfs ( c) & les membranes (d)
& devient une caufe de la goute ; enfin
il corrompt la maffe du fang , & cette
corruption fe communique au foye.
★
Le Critique aura de la peine à établir
fes experiences fur les débris de celles de
Fernel ; cependant jufqu'à ce qu'il l'ait fait,
je crois que celles de Fernel pafferont pour
conftantes ; mais comme dans les endroits
cités ce grand homme parle plus en Medecin
qu'en Philofophe , je vais tâcher de
rendre raifon de ce qu'il remarque.
Le vin étant compofé d'un foufre volatil
, & par conféquent capable d'une ex-
( a ) Pathol. Liv. 3. c. 4º
( b ) Ibid. Liv. I. c. 14.
( c ) Ibid. Liv , 6. c 18.
(d) Ibid. Liv. 6. c.41
panfion
A O UST. 1730. 1723
sanfion très confiderable , ne peut le mêler
au fang fans le rarefter très confiderablement
; donc le coeur en recevra une
plus grande quantité , donc le poulx de
viendra plus grand ; il deviendra plus
fort , puifque le fang fera plus d'effort
contre les parois de l'artere ; il fera vîte ,
parceque les fouffres du vin fe changent
facilement en efprits , & augmentent par
une fuite neceffaire le mouvement fiftaltique
des fibres ; il fera fréquent , parceque
la fréquence du poulx eft en raifon
compofée de la quantité du fang & des
efprits .
Sans décompofer les principes du vin ;
en voila plus qu'il n'en faut pour produire
les deux effets qu'apprehende M. Le Hoc,
fçavoir l'eretifme des fibres & l'épaiffiffe
ment des liqueurs .
Preuve de la premiere Propofition.
De ce que les ofcillations des fibres
augmentent à proportion de la viteffe de
la circulation , je concluerai qu'elles chaf--
feront de leurs pores ce mucilage limphatique
qui leur donne de la foupleffe ,
en même tems qu'il augmenté leur diamerre
; donc les fibres s'amaigriront , fe
fronceront , fe racorniront ; les bons effets
même de l'Eau de vie dans les fincopes ;
Bvj les
1724 MERCURE DE FRANCE
les affections foporeufes , les engourdiffe,
mens ne viennent- ils pas de l'irritation
des fibres , dont le reffort augmenté chaffe,
& rend à la circulation les humeurs qui
s'arrêtent dans les parties ? donc les fibres
fe crepent par l'ufage de l'Eau de vie. De
plus, que peut-on conclure des bons effets
de l'Eau de vie dans ces maladies , fi ce
n'eft qu'on peut s'en fervir comme d'un
remede ? & ne fçait- on pas que les remedes
n'agiffent qu'en faifant violence à la
nature ? delà vient qu'Hipocrate les appelle
des poifons , Pharmaca funt venena.
و
Preuve de la feconde Propofition .
Mais la circulation ne peut être plus
promte que les liqueurs ne foient plus
divifées ; donc la tranfpiration augmentera
, le fang fera dépouillé d'une partie
de fa ferofité , les globules qui le compofent
fe raprocheront ; donc il s'épaiffira .
. Combien de maladies ne produira pas
la compilation de ces deux caufes ? delà
le dereglement & l'inegalité du poulx
fuite neceffaire de l'inegalité du tiffu des
parties dont le fang eft compofé : delà cette
chaleur qui fe répand par tout le corps ,
ces fecouffes que reçoivent le coeur , les
nerfs , le cerveau ; en un mot , toutes les
fibres delà ces obftructions du foye qui y
caufent
:
AOUST. 1730. 1725
cauſent la corruption , & qui font fi fou
vent fuivies de l'hydropifie : delà l'interruption
de la circulation dans les glandes
finoviales , où la partie fibreuſe du fang ,
arrêtée , faute d'un vehicule füffifant , féjourne
, & s'épaiffiffant , forme ce tuf , ce
gipfe qui produit les nodofités & des
douleurs des gouteux : delà des engourdiffemens
, des ftupeurs , des affoupiffemens
, avantcoureurs de l'apoplexie : delà
cette hebetation de l'efprit qui rabaiſſe
l'homme à la condition des Quadrupedes.
Si nous penetrons à prefent dans le tiffu
-
des principes du vin , avec quel avantage
n'en établirons nous pas le danger le
fouffre volatil eft-il rien autre choſe qu'un
acide concentré avec un peu de terre &
de phlegme ? acide que la circulation ne
peut manquer de déveloper , & qui ne
peut que coaguler le fang.
Mais , dit le Critique , cette partie fpiritueufe
ne féjourne pas longtems dans les
vaiffeaux ; elle s'exhale promtement par
les pores de la peau .
C'eft ici que j'en appellerois fans crainte
à l'experience de tout le monde ; le con
traire n'arrive- t - il pas tous les jours ? la
foif, la bouche pâteufe , le gout defagréa
ble que l'on a le lendemain d'une débauche
, font- ce des preuves de la prompte
diffipation de ce poifon igné que l'on a
fait
126 MERCURE DE FRANCE
fait couler dans fes veines ? mais accordons
encore au Critique fa propofition ,
& qu'il ait la bonté de me fatisfaire fur
deux points. Je dis d'abord que fi le volatile
du vin féjourne peu dans les vaiſfeaux
, il ne peut produire qu'un effet peu
fenfible ; donc fi les vieillards & les gens
de travail veulent en tirer quelque utilité ,
il faut qu'ils en uſent fréquemment ; c'eft
ce queje ne crois pas que le Critique accorde.
En fecond lieu , je demande , ſuppofant
la verité de nos principes , s'il
voudroit le mettre dans le rifque d'ufer
d'un mauvais remede ou d'un aliment
dangereux fous prétexte qu'il n'agit que
peu fur le corps . S'il eft de cet avis , je crois
qu'il n'aura pas beaucoup de partifans.
Mais , continue-t- il , de ce que l'efprit
de vin coagule les liqueurs hors du corps,
s'enfuit- il , comme M. Le Hoc le préténd,
que pris interieurement il doive faire le
même effet ? l'agilité , la hardieffe , le courage
de ceux qui en ufent prouvent - elles
le ralentiffement , l'épaiffiffement des li ---
queurs .
Il feroit ridicule à M. Le Hoc de con--
clure tellement de l'un à l'autre , qu'il
voulut que tout fut égal dans deux cas
totalement differens. Les liqueurs tirées
des vaiffeaux n'ont plus de mouvement
progreffif , de mouvement de trituration ;
par
A O UST. 1730. 1727
par conféquent la force du poifon n'eft
plus contrebalancée , comme lorfqu'on le
fait prendre à un animal vivant. Tout ce
qu'on doit conclure des Obfervations de
M. Le Hoc , & ce qui fait merveilleuſement
pour lui , c'eft qu'il ne faut rien
moins qu'un mouvement continuel &
violent des liqueurs pour les garantir de la
promte coagulation qu'en font les fouffres
du vin.
L'agilité , la hardieffe & c. ne prouvent
certainement pas l'épaiffiffement des li
queurs ; mais quand elles font produites
par des fouffres volatils , n'en font- elles
pas fuivies c'eft ce que M. Le Hoc niera ,
& avec raifon , tant que nos principes fubfifteront.
L'Objection du Critique tirée de l'a
vantage qui revient de l'ufage de l'Eau de
vie aux vieillards & à ceux qui font un
violent exercice du corps , ne prouve pas
davantage contre M. Le Hoc . Je demanderai
d'abord fi ceux de ces Ouvriers qui
ne boivent que de l'eau ont moins de force
2 S'il oferoit affurer que l'ufage de l'Eau
de vie ne leur nuit pas à la longue. 3 °
Je dirai qu'il ne conclura rien d'une exception
à une regle generale. Il ne faut
pas donner à la propofition de M. Le Hoc
une extenfion qu'elle n'a Dire qu'il
n'y ait point de cas , point de perfonnes
pas.
1728 MERCURE DE FRANCE
qui un ufage moderé de l'Eau de vie
ne puiffe être avantageux , ce feroit avancer
une propofition auffi contraire à la
raifon & à l'experience , qu'il le feroit de
la permettre à tout le monde . On fçait
que dans la Flandre & dans tous les Pays
où l'on fe fert de biere pour boiffon or
dinaire , les perfonnes les plus fobres en
ufent avec utilité. Les fibres engourdies
par le mucilage épais de la biere ont be
foin d'être reveillées par quelque chofe
d'actif. Mais ce n'eft qu'à raison de cette
fobrieté qu'elles ne fe trouvent pas mal de
l'ufage de l'Eau de vie . Les vieillards font
dans un cas à peu près femblable ; ils
tranfpirent moins que les autres à caufe
de la roideur de leurs fibres qui commencent
à devenir cartilagineufes ; leur fang
eft moins divifé : delà les cattarhes , &c.
d'où il fuit que l'Eau de vie augmentant
le mouvement inteftin du fang , peut leur
être utile. Les gens de travail faifant une
grande diffipation d'efprits ont befoin
d'en reparer promtement la perte ; c'eſt ,
comme nous l'avons remarqué , ce que
fait l'Eau de vie , & ce qui peut leur en
rendre l'ufagé avantageux
.
Le Critique va chercher chicane à M.
Le Hoc fur ce qu'il allegue pour prouver
fon fentiment , que l'efprit de vin injecté
dans la jugulaire d'un chien le fait mounirs
A O UST . 1730. 1729.
rir ; il dit qu'il n'eft queftion que de l'Eau
de vie dans fa propofition ; mais fi l'efprit
de vin n'eft qu'une Eau de vie rectifiée ,
il n'y a pas de doute qu'elle ne doive produire
un effet femblable , quoique moins
promtement. De plus étant prife interieu
rement , elle ne paffe dans le fang que petit
à petit , & fon effet ne peut pas
nir auffi fenfible que par l'injection.
Il s'enfuivroit , ajoûte- t- il encore ,
dans
le fentiment de M. Le Hoc , qu'un homme
devroit mourir fubitement pour boire
de l'Eau de vie , comme les oifeaux en
buvant de l'efprit de vin . Ce raifonnement
ne vaut pas mieux que le précedent par la
même raiſon.
deve..
Je finitai par ces paroles de Sydenham ✈
qui ne s'accorderont pas avec le fentiment
du Critique : Plut à Dieu que l'on s'abftine
totalement de l'Eau de vie , ou qu'on ne s'en
Servit que pour reparerfes forces , & non pour
les éteindre , à moins qu'on ne trouvât plus à
propos d'en interdire entierement l'ufage interieur,
& de la laiffer aux Chirurgiens pour
le panfement des ulceres & des brulures. Dans
le premier cas même il ne veut pas qu'on
l'employe pure ; && ss''iill llee permet dans le
fecond , ce n'eft que pour garantir la partie
affligée de la putrefaction. Et fi , felon
* Cap. 6, fect. 6.
la
1730 MERCURE DE FRANCE
la remarque de Sennert les huiles diftil-
Fees & feches demandent à être mêlées
avec quelque matiere graffe , pour ne pas
durcir la matiere qu'on veut diffoudre ,
à combien plus forte raifon doit - on apprehender
les effets d'une liqueur auffi
fpiritueufe & auffi penetrante que l'Eaur
de vie.
je
Voilà , Monfieur , ce que j'avois à remarquer
fur les Reflexions de M. G. B. . '
n'ai pas crû pouvoir me difpenfer de
combattre fon fentiment qui m'a paru
trop dangereux dans la Pratique ; d'autant
plutôt que la Thefe de M. Le Hoc
ne fera pas vue d'autant de perfonnes que vûë
votre Journal. J'ai l'honneur d'être &c.
A Paris le 9. Juillet 1730. BRUHIER
D'ABLANCOURT , Docteur en Mede
cine.
* Prag. lib. x . part. 11, cap 27. p. 141.”
Thefe foutenue dans les Ecoles de Medecine
de Paris , concernant la qualité de
l'Eau de vie , inferées dans le Mercure
de France du mois de May 1730. page
868 .
J
E vous avouë , Monfieur , que j'ai été
extrêmement furpris de voir une perfonne
qui fait profeffion de la Medecine
fe déclarer contre M. le Hoc en faveur de
l'Eau de vie. Ce nom fpecieux n'en impofe
pas d'ordinaire , je ne dis pas aux
gens du métier , qui trouvent dans les
principes & dans les experiences dont leurs
livres font remplis des preuves des effets
funeftes de cette liqueur , mais même à
ceux qu'un jugement fain met en état de
profiter des évenemens qui ſe préſentent
tous les jours , & je me flatte que par des
raifonnemens fimples & àla portée de tout
le monde , je confirmerai dans leur fentiment
ceux qui ont la prudence de s'abftenir
de l'Eau de vie , & que je perfuaderai
du danger de cette liqueur ceux à qui elle
n'a pas encore alteré la raiſon .
Tout le monde fçait que l'Eau de vie
eft un extrait des parties fpiritueufes du
B. v vin
1722 MERCURE DE FRANCE
vin , d'où je conclus qu'elle en renferme
les qualités avec d'autant plus d'energie
que les principes font reunis fous un moindre
volume. Voyons donc les effets du
vin , & nous ferons à portée de connoître
ceux de l'Eau de vie.
Le vin , dit Fernel ( a ) rend le poulx
grand , fort , vîte & fréquent : à force de
s'en fervir fans ménagement , il le rend
inégal & dereglé; fa force (b)n'ayant pû être
domptée par le ventricule , fe répand par
tout le corps , il le fecoue tout entier
principalement le coeur & le cerveau ; il
attaque les nerfs ( c) & les membranes (d)
& devient une caufe de la goute ; enfin
il corrompt la maffe du fang , & cette
corruption fe communique au foye.
★
Le Critique aura de la peine à établir
fes experiences fur les débris de celles de
Fernel ; cependant jufqu'à ce qu'il l'ait fait,
je crois que celles de Fernel pafferont pour
conftantes ; mais comme dans les endroits
cités ce grand homme parle plus en Medecin
qu'en Philofophe , je vais tâcher de
rendre raifon de ce qu'il remarque.
Le vin étant compofé d'un foufre volatil
, & par conféquent capable d'une ex-
( a ) Pathol. Liv. 3. c. 4º
( b ) Ibid. Liv. I. c. 14.
( c ) Ibid. Liv , 6. c 18.
(d) Ibid. Liv. 6. c.41
panfion
A O UST. 1730. 1723
sanfion très confiderable , ne peut le mêler
au fang fans le rarefter très confiderablement
; donc le coeur en recevra une
plus grande quantité , donc le poulx de
viendra plus grand ; il deviendra plus
fort , puifque le fang fera plus d'effort
contre les parois de l'artere ; il fera vîte ,
parceque les fouffres du vin fe changent
facilement en efprits , & augmentent par
une fuite neceffaire le mouvement fiftaltique
des fibres ; il fera fréquent , parceque
la fréquence du poulx eft en raifon
compofée de la quantité du fang & des
efprits .
Sans décompofer les principes du vin ;
en voila plus qu'il n'en faut pour produire
les deux effets qu'apprehende M. Le Hoc,
fçavoir l'eretifme des fibres & l'épaiffiffe
ment des liqueurs .
Preuve de la premiere Propofition.
De ce que les ofcillations des fibres
augmentent à proportion de la viteffe de
la circulation , je concluerai qu'elles chaf--
feront de leurs pores ce mucilage limphatique
qui leur donne de la foupleffe ,
en même tems qu'il augmenté leur diamerre
; donc les fibres s'amaigriront , fe
fronceront , fe racorniront ; les bons effets
même de l'Eau de vie dans les fincopes ;
Bvj les
1724 MERCURE DE FRANCE
les affections foporeufes , les engourdiffe,
mens ne viennent- ils pas de l'irritation
des fibres , dont le reffort augmenté chaffe,
& rend à la circulation les humeurs qui
s'arrêtent dans les parties ? donc les fibres
fe crepent par l'ufage de l'Eau de vie. De
plus, que peut-on conclure des bons effets
de l'Eau de vie dans ces maladies , fi ce
n'eft qu'on peut s'en fervir comme d'un
remede ? & ne fçait- on pas que les remedes
n'agiffent qu'en faifant violence à la
nature ? delà vient qu'Hipocrate les appelle
des poifons , Pharmaca funt venena.
و
Preuve de la feconde Propofition .
Mais la circulation ne peut être plus
promte que les liqueurs ne foient plus
divifées ; donc la tranfpiration augmentera
, le fang fera dépouillé d'une partie
de fa ferofité , les globules qui le compofent
fe raprocheront ; donc il s'épaiffira .
. Combien de maladies ne produira pas
la compilation de ces deux caufes ? delà
le dereglement & l'inegalité du poulx
fuite neceffaire de l'inegalité du tiffu des
parties dont le fang eft compofé : delà cette
chaleur qui fe répand par tout le corps ,
ces fecouffes que reçoivent le coeur , les
nerfs , le cerveau ; en un mot , toutes les
fibres delà ces obftructions du foye qui y
caufent
:
AOUST. 1730. 1725
cauſent la corruption , & qui font fi fou
vent fuivies de l'hydropifie : delà l'interruption
de la circulation dans les glandes
finoviales , où la partie fibreuſe du fang ,
arrêtée , faute d'un vehicule füffifant , féjourne
, & s'épaiffiffant , forme ce tuf , ce
gipfe qui produit les nodofités & des
douleurs des gouteux : delà des engourdiffemens
, des ftupeurs , des affoupiffemens
, avantcoureurs de l'apoplexie : delà
cette hebetation de l'efprit qui rabaiſſe
l'homme à la condition des Quadrupedes.
Si nous penetrons à prefent dans le tiffu
-
des principes du vin , avec quel avantage
n'en établirons nous pas le danger le
fouffre volatil eft-il rien autre choſe qu'un
acide concentré avec un peu de terre &
de phlegme ? acide que la circulation ne
peut manquer de déveloper , & qui ne
peut que coaguler le fang.
Mais , dit le Critique , cette partie fpiritueufe
ne féjourne pas longtems dans les
vaiffeaux ; elle s'exhale promtement par
les pores de la peau .
C'eft ici que j'en appellerois fans crainte
à l'experience de tout le monde ; le con
traire n'arrive- t - il pas tous les jours ? la
foif, la bouche pâteufe , le gout defagréa
ble que l'on a le lendemain d'une débauche
, font- ce des preuves de la prompte
diffipation de ce poifon igné que l'on a
fait
126 MERCURE DE FRANCE
fait couler dans fes veines ? mais accordons
encore au Critique fa propofition ,
& qu'il ait la bonté de me fatisfaire fur
deux points. Je dis d'abord que fi le volatile
du vin féjourne peu dans les vaiſfeaux
, il ne peut produire qu'un effet peu
fenfible ; donc fi les vieillards & les gens
de travail veulent en tirer quelque utilité ,
il faut qu'ils en uſent fréquemment ; c'eft
ce queje ne crois pas que le Critique accorde.
En fecond lieu , je demande , ſuppofant
la verité de nos principes , s'il
voudroit le mettre dans le rifque d'ufer
d'un mauvais remede ou d'un aliment
dangereux fous prétexte qu'il n'agit que
peu fur le corps . S'il eft de cet avis , je crois
qu'il n'aura pas beaucoup de partifans.
Mais , continue-t- il , de ce que l'efprit
de vin coagule les liqueurs hors du corps,
s'enfuit- il , comme M. Le Hoc le préténd,
que pris interieurement il doive faire le
même effet ? l'agilité , la hardieffe , le courage
de ceux qui en ufent prouvent - elles
le ralentiffement , l'épaiffiffement des li ---
queurs .
Il feroit ridicule à M. Le Hoc de con--
clure tellement de l'un à l'autre , qu'il
voulut que tout fut égal dans deux cas
totalement differens. Les liqueurs tirées
des vaiffeaux n'ont plus de mouvement
progreffif , de mouvement de trituration ;
par
A O UST. 1730. 1727
par conféquent la force du poifon n'eft
plus contrebalancée , comme lorfqu'on le
fait prendre à un animal vivant. Tout ce
qu'on doit conclure des Obfervations de
M. Le Hoc , & ce qui fait merveilleuſement
pour lui , c'eft qu'il ne faut rien
moins qu'un mouvement continuel &
violent des liqueurs pour les garantir de la
promte coagulation qu'en font les fouffres
du vin.
L'agilité , la hardieffe & c. ne prouvent
certainement pas l'épaiffiffement des li
queurs ; mais quand elles font produites
par des fouffres volatils , n'en font- elles
pas fuivies c'eft ce que M. Le Hoc niera ,
& avec raifon , tant que nos principes fubfifteront.
L'Objection du Critique tirée de l'a
vantage qui revient de l'ufage de l'Eau de
vie aux vieillards & à ceux qui font un
violent exercice du corps , ne prouve pas
davantage contre M. Le Hoc . Je demanderai
d'abord fi ceux de ces Ouvriers qui
ne boivent que de l'eau ont moins de force
2 S'il oferoit affurer que l'ufage de l'Eau
de vie ne leur nuit pas à la longue. 3 °
Je dirai qu'il ne conclura rien d'une exception
à une regle generale. Il ne faut
pas donner à la propofition de M. Le Hoc
une extenfion qu'elle n'a Dire qu'il
n'y ait point de cas , point de perfonnes
pas.
1728 MERCURE DE FRANCE
qui un ufage moderé de l'Eau de vie
ne puiffe être avantageux , ce feroit avancer
une propofition auffi contraire à la
raifon & à l'experience , qu'il le feroit de
la permettre à tout le monde . On fçait
que dans la Flandre & dans tous les Pays
où l'on fe fert de biere pour boiffon or
dinaire , les perfonnes les plus fobres en
ufent avec utilité. Les fibres engourdies
par le mucilage épais de la biere ont be
foin d'être reveillées par quelque chofe
d'actif. Mais ce n'eft qu'à raison de cette
fobrieté qu'elles ne fe trouvent pas mal de
l'ufage de l'Eau de vie . Les vieillards font
dans un cas à peu près femblable ; ils
tranfpirent moins que les autres à caufe
de la roideur de leurs fibres qui commencent
à devenir cartilagineufes ; leur fang
eft moins divifé : delà les cattarhes , &c.
d'où il fuit que l'Eau de vie augmentant
le mouvement inteftin du fang , peut leur
être utile. Les gens de travail faifant une
grande diffipation d'efprits ont befoin
d'en reparer promtement la perte ; c'eſt ,
comme nous l'avons remarqué , ce que
fait l'Eau de vie , & ce qui peut leur en
rendre l'ufagé avantageux
.
Le Critique va chercher chicane à M.
Le Hoc fur ce qu'il allegue pour prouver
fon fentiment , que l'efprit de vin injecté
dans la jugulaire d'un chien le fait mounirs
A O UST . 1730. 1729.
rir ; il dit qu'il n'eft queftion que de l'Eau
de vie dans fa propofition ; mais fi l'efprit
de vin n'eft qu'une Eau de vie rectifiée ,
il n'y a pas de doute qu'elle ne doive produire
un effet femblable , quoique moins
promtement. De plus étant prife interieu
rement , elle ne paffe dans le fang que petit
à petit , & fon effet ne peut pas
nir auffi fenfible que par l'injection.
Il s'enfuivroit , ajoûte- t- il encore ,
dans
le fentiment de M. Le Hoc , qu'un homme
devroit mourir fubitement pour boire
de l'Eau de vie , comme les oifeaux en
buvant de l'efprit de vin . Ce raifonnement
ne vaut pas mieux que le précedent par la
même raiſon.
deve..
Je finitai par ces paroles de Sydenham ✈
qui ne s'accorderont pas avec le fentiment
du Critique : Plut à Dieu que l'on s'abftine
totalement de l'Eau de vie , ou qu'on ne s'en
Servit que pour reparerfes forces , & non pour
les éteindre , à moins qu'on ne trouvât plus à
propos d'en interdire entierement l'ufage interieur,
& de la laiffer aux Chirurgiens pour
le panfement des ulceres & des brulures. Dans
le premier cas même il ne veut pas qu'on
l'employe pure ; && ss''iill llee permet dans le
fecond , ce n'eft que pour garantir la partie
affligée de la putrefaction. Et fi , felon
* Cap. 6, fect. 6.
la
1730 MERCURE DE FRANCE
la remarque de Sennert les huiles diftil-
Fees & feches demandent à être mêlées
avec quelque matiere graffe , pour ne pas
durcir la matiere qu'on veut diffoudre ,
à combien plus forte raifon doit - on apprehender
les effets d'une liqueur auffi
fpiritueufe & auffi penetrante que l'Eaur
de vie.
je
Voilà , Monfieur , ce que j'avois à remarquer
fur les Reflexions de M. G. B. . '
n'ai pas crû pouvoir me difpenfer de
combattre fon fentiment qui m'a paru
trop dangereux dans la Pratique ; d'autant
plutôt que la Thefe de M. Le Hoc
ne fera pas vue d'autant de perfonnes que vûë
votre Journal. J'ai l'honneur d'être &c.
A Paris le 9. Juillet 1730. BRUHIER
D'ABLANCOURT , Docteur en Mede
cine.
* Prag. lib. x . part. 11, cap 27. p. 141.”
Fermer
Résumé : RÉPONSE aux Reflexions sur une These soutenuë dans les Ecoles de Medecine de Paris, concernant la qualité de l'Eau de vie, inserées dans le Mercure de France du mois de May 1730. page 868.
Le texte est une réponse aux réflexions publiées dans le Mercure de France de mai 1730 concernant la qualité de l'eau-de-vie. L'auteur exprime sa surprise face à un médecin qui défend l'eau-de-vie, une liqueur extraite des parties spirituelles du vin. Il souligne que l'eau-de-vie concentre les effets du vin, notamment sur le pouls et la circulation sanguine. Selon Fernel, le vin rend le pouls grand, fort, rapide et fréquent, mais à l'excès, il le dérègle et se répand dans le corps, affectant le cœur, le cerveau et les nerfs. L'auteur argue que l'eau-de-vie, en augmentant la circulation, irrite les fibres et épaissit les liquides, causant divers maux comme la goutte, des engourdissements et des troubles cérébraux. Il réfute les arguments en faveur de l'eau-de-vie pour les vieillards et les travailleurs, affirmant que son usage modéré peut être bénéfique dans certains cas spécifiques. L'auteur conclut en citant Sydenham, prônant l'abstinence totale de l'eau-de-vie ou son usage strictement médical.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
95
p. 1826-1829
LETTRE de M. Morand, Chirurgien, à M. Falconet le fils, Docteur en Medecine, de l'Académie des Belles-Lettres, &c.
Début :
MONSIEUR, Démontrer par le raisonnement qu'une découverte peut être bonne, c'est une façon de mettre [...]
Mots clefs :
Pierre, Opération, Malade, Guérison, Opération de la taille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Morand, Chirurgien, à M. Falconet le fils, Docteur en Medecine, de l'Académie des Belles-Lettres, &c.
LETTRE de M. Morand , Chirurgien , à
M. Falconet le fils , Docteur en Medecine
, de l'Académie des Belles - Lettres
, &c.
MONSIEUR ;
Démontrer par le raifonnement qu'une décou
verte peut être bonne , c'eſt une façon de mettre
les connoiffeurs en état de juger du merite de
la choſe , mais elle ne perfuade pas tout le monde.
Prouver par des Experiences que la pratique
en eft utile , c'eſt une façon sûre de convaincre
les incrédules , & de ruiner les préjugés:appuyer
enfin cette découverte fur le raifonnement &
Pexperience en même- tems , n'est- ce pas remplir
tout ce que l'on peut exiger de celui qui la
propofe
>
Je n'examine point ici , Monfieur,fi la Méthode
de tailler de la Pierre par l'appareil lateral
que quelques - uns ont nommé à l'Angloife , eft
une opération nouvelle ou non , cela fera difcuzé
ailleurs ; il me fuffit de la propofer comme
une opération excellente , à laquelle on peut appliquer
A O UST . 1730. 1827
pliquer ce que je viens de dire fur une découverte
en general.
>
Tout ce qui regarde la théorie de cette opération
a été parfaitement traité , Monfieur , dans
votre fçavante Thefe : An , educendo calculo ,
cateris anteferendus Apparatus lateralis . Une
érudition recherchée , une Logique judicieufe ,
un parallele exact de cette Méthode avec les
autres en établiffent le mérite , mais il falloit
des faits , & les plus pénetrés de la verité de la
Thefe fe difoient mutuellement , il ne manque
plus que de mettre l'opération en pratique. Permettez
donc , Monfieur , que je vous adreffe
l'Argument victorieux de votre Theſe , c'eft ainfi
que je nomme la Lifte vraye de ceux qui ont
été taillés à Paris par l'Appareil latéral. /
1. Claude Mony , âgé de 8 ans , taillé chez,
une garde , dans la rue Jacob , le 7 Septembre
1729. par M. Perchet , guéri.
2. M. l'Abbé Lambert ; Curé de Sercey , Diocèfe
de Langres , âgé de 61 ans , je l'ai taillé le 9
mai 1730. je lui ai tiré cinq pierres groffes comme
des maffepains , guéri.
3. Pierre la Chapelle , âgé de 9 ans , je l'ai
taillé le 9. Mai : je lui ai tiré deux petites pierres
, guéri.
4. Louis - Martin Caillau , âgé de 8 aus ; je
l'ai taillé le 9 May : je lui ai tiré une pierre
groffe comme un gros Abricot , guéri.
f . Louis Durié , âgé de 7 ans : je l'ai taillé le
13 May , je lui ai tiré une petite pierre , guéri.
6 Louis - Jofeph Coquo , âgé de 9 ans : je l'ai
taillé le 13 May , jè lui ai tiré une groffe pierre ,
guéri.
7. Nicolas Desjardins , âgé de 26 ans , je l'ai
taillé le 23 May : je lui ai tiré une pierre murale
, pleine d'afperités , mort.
8.
1828 MERCURE DE FRANCE
8. Claude Barbereau , âgé de 22 ans : Je l'ai
taillé le 23 May ; je lui ai tiré une très- groffe
pierre , chargée de trois pointes , guéri.
9. Pierre Goupy , âgé de cinq ans , taillé par
M. Perchet le 9 May : la pierre étoit petite ,
guéri.
10. Jean- Noël Sellier , âgé de 5 ans , taillé
par M. Perchet , le 9 May : il avoit deux petites
pierres , mort.
11. Edme Fievet , âgé de 6 ans , taillé pár
M. Perchet le 13 May : la pierre étoit petite ,
guéri.
12. Jacques Defroſiers , âgé de 7 ans , taillé
par M. Perchet le 13 May : il avoit deux petites
pierres , guéri.
13. Louis Moutier , âgé de 12 ans
taillé pár
M. Perchet le 24 May , la pierre étoit groffe
comme un petit oeuf, guéri.
14. M. l'Abbé Turcan , âgé de 40 ans , taillé
le 16 May par M. Perchet ; la pierre étoit petite ,
guéri.
15. M. Le Muet , Marchand de Troyes , âgé de
55 ans ; je l'ai taillé le 30 Juillet dernier , malgré
la chaleur , attendu qu'il étoit en danger par
les grandes douleurs qu'il fouffroit de la pierre ,
je lui en ai tiré une affez groffe.
Voilà , Monfieur , quinze Malades taillés par
l'Appareil latéral , dont deux font morts , douze
font gueris & le dernier le fera inceffamment
>
Vous imagineriez
des gens
-
>
vous bien , Monfieur
affez déraisonnables pour nier ces faits
dans desAffemblées refpectables , & vouloir affoiblir
des témoignages vivans que Mr de l'Académie
Royale des Sciences ont vus avec plaifir, & que
les Curieux & les bons Citoyens , ont épluchés
eux-mêmes,pour rendre hommage à la verité, Oui,
Monfieur, il y a de ces gens déraisonnables; mais
ce
A O UST . 1730. 1329
ce qu'il y a de monftrueux , c'eft qu'il s'en trouve
parmi mes Confreres . En verité , tel qui jouit
de la réputation de bon Chirurgien , devroit
bien fe menager celle de veridique . C'est au Public.
équitable à juger d'un procedé pareil ; pour
moi je ne fouhaite rien tant que l'examen
des faits que j'avance , les Regiftres de l'Hôpital
de la Charité en prouveront douze , & rien n'eſt
plus facile à verifier que les trois autres. J'ay
T'honneur d'être , & c.
7
A Paris , ce 24 Août 1730.
M. Falconet le fils , Docteur en Medecine
, de l'Académie des Belles - Lettres
, &c.
MONSIEUR ;
Démontrer par le raifonnement qu'une décou
verte peut être bonne , c'eſt une façon de mettre
les connoiffeurs en état de juger du merite de
la choſe , mais elle ne perfuade pas tout le monde.
Prouver par des Experiences que la pratique
en eft utile , c'eſt une façon sûre de convaincre
les incrédules , & de ruiner les préjugés:appuyer
enfin cette découverte fur le raifonnement &
Pexperience en même- tems , n'est- ce pas remplir
tout ce que l'on peut exiger de celui qui la
propofe
>
Je n'examine point ici , Monfieur,fi la Méthode
de tailler de la Pierre par l'appareil lateral
que quelques - uns ont nommé à l'Angloife , eft
une opération nouvelle ou non , cela fera difcuzé
ailleurs ; il me fuffit de la propofer comme
une opération excellente , à laquelle on peut appliquer
A O UST . 1730. 1827
pliquer ce que je viens de dire fur une découverte
en general.
>
Tout ce qui regarde la théorie de cette opération
a été parfaitement traité , Monfieur , dans
votre fçavante Thefe : An , educendo calculo ,
cateris anteferendus Apparatus lateralis . Une
érudition recherchée , une Logique judicieufe ,
un parallele exact de cette Méthode avec les
autres en établiffent le mérite , mais il falloit
des faits , & les plus pénetrés de la verité de la
Thefe fe difoient mutuellement , il ne manque
plus que de mettre l'opération en pratique. Permettez
donc , Monfieur , que je vous adreffe
l'Argument victorieux de votre Theſe , c'eft ainfi
que je nomme la Lifte vraye de ceux qui ont
été taillés à Paris par l'Appareil latéral. /
1. Claude Mony , âgé de 8 ans , taillé chez,
une garde , dans la rue Jacob , le 7 Septembre
1729. par M. Perchet , guéri.
2. M. l'Abbé Lambert ; Curé de Sercey , Diocèfe
de Langres , âgé de 61 ans , je l'ai taillé le 9
mai 1730. je lui ai tiré cinq pierres groffes comme
des maffepains , guéri.
3. Pierre la Chapelle , âgé de 9 ans , je l'ai
taillé le 9. Mai : je lui ai tiré deux petites pierres
, guéri.
4. Louis - Martin Caillau , âgé de 8 aus ; je
l'ai taillé le 9 May : je lui ai tiré une pierre
groffe comme un gros Abricot , guéri.
f . Louis Durié , âgé de 7 ans : je l'ai taillé le
13 May , je lui ai tiré une petite pierre , guéri.
6 Louis - Jofeph Coquo , âgé de 9 ans : je l'ai
taillé le 13 May , jè lui ai tiré une groffe pierre ,
guéri.
7. Nicolas Desjardins , âgé de 26 ans , je l'ai
taillé le 23 May : je lui ai tiré une pierre murale
, pleine d'afperités , mort.
8.
1828 MERCURE DE FRANCE
8. Claude Barbereau , âgé de 22 ans : Je l'ai
taillé le 23 May ; je lui ai tiré une très- groffe
pierre , chargée de trois pointes , guéri.
9. Pierre Goupy , âgé de cinq ans , taillé par
M. Perchet le 9 May : la pierre étoit petite ,
guéri.
10. Jean- Noël Sellier , âgé de 5 ans , taillé
par M. Perchet , le 9 May : il avoit deux petites
pierres , mort.
11. Edme Fievet , âgé de 6 ans , taillé pár
M. Perchet le 13 May : la pierre étoit petite ,
guéri.
12. Jacques Defroſiers , âgé de 7 ans , taillé
par M. Perchet le 13 May : il avoit deux petites
pierres , guéri.
13. Louis Moutier , âgé de 12 ans
taillé pár
M. Perchet le 24 May , la pierre étoit groffe
comme un petit oeuf, guéri.
14. M. l'Abbé Turcan , âgé de 40 ans , taillé
le 16 May par M. Perchet ; la pierre étoit petite ,
guéri.
15. M. Le Muet , Marchand de Troyes , âgé de
55 ans ; je l'ai taillé le 30 Juillet dernier , malgré
la chaleur , attendu qu'il étoit en danger par
les grandes douleurs qu'il fouffroit de la pierre ,
je lui en ai tiré une affez groffe.
Voilà , Monfieur , quinze Malades taillés par
l'Appareil latéral , dont deux font morts , douze
font gueris & le dernier le fera inceffamment
>
Vous imagineriez
des gens
-
>
vous bien , Monfieur
affez déraisonnables pour nier ces faits
dans desAffemblées refpectables , & vouloir affoiblir
des témoignages vivans que Mr de l'Académie
Royale des Sciences ont vus avec plaifir, & que
les Curieux & les bons Citoyens , ont épluchés
eux-mêmes,pour rendre hommage à la verité, Oui,
Monfieur, il y a de ces gens déraisonnables; mais
ce
A O UST . 1730. 1329
ce qu'il y a de monftrueux , c'eft qu'il s'en trouve
parmi mes Confreres . En verité , tel qui jouit
de la réputation de bon Chirurgien , devroit
bien fe menager celle de veridique . C'est au Public.
équitable à juger d'un procedé pareil ; pour
moi je ne fouhaite rien tant que l'examen
des faits que j'avance , les Regiftres de l'Hôpital
de la Charité en prouveront douze , & rien n'eſt
plus facile à verifier que les trois autres. J'ay
T'honneur d'être , & c.
7
A Paris , ce 24 Août 1730.
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Résumé : LETTRE de M. Morand, Chirurgien, à M. Falconet le fils, Docteur en Medecine, de l'Académie des Belles-Lettres, &c.
La lettre de M. Morand, Chirurgien, adressée à M. Falconet, Docteur en Médecine, traite de la méthode de taille de la pierre par l'appareil latéral, une technique chirurgicale. Morand insiste sur l'importance de démontrer la valeur d'une découverte par le raisonnement et l'expérience pour convaincre les sceptiques et ruiner les préjugés. Il présente cette méthode comme excellente, sans se prononcer sur son caractère novateur. La théorie de cette opération a été abordée dans la thèse de Falconet, mais des faits concrets sont nécessaires pour prouver son efficacité. Morand fournit une liste de quinze patients opérés avec succès par l'appareil latéral, dont douze guéris et deux décédés. Les cas incluent des personnes de différents âges et conditions, opérées par Morand ou M. Perchet. Morand défie ceux qui nient ces faits, notamment certains de ses confrères, et invite à examiner les registres de l'Hôpital de la Charité pour vérifier les résultats. Il exprime son souhait que les faits soient examinés et jugés équitablement par le public. La lettre se conclut par l'expression de son honneur et de sa disponibilité à fournir des preuves supplémentaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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96
p. 1902
APPROBATION.
Début :
J'ay lû par ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux, le Mercure de France du Mois [...]
Afficher :
résumé
97
p. 283-284
A M. le Marquis D ... Chevalier des Ordres du Roi.
Début :
Qu'il vous sied bien ce grand Manteau, [...]
Mots clefs :
Manteau, Parure, Hyménée , Héréditaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. le Marquis D ... Chevalier des Ordres du Roi.
A M. le Marquis D ...
des Ordres du Roi.
Q U'il vous sied bien ce grand Manteau
Seigneur , dont la riche parure
Aux dons que vous fit la nature
Ajoûte un ornement nouveau !
Que l'éclat dont vous environne
Un si pompeux habillement
S'accorde en tout parfaitement
Aux graces de votre personne.
Cependant de si beaux dehors ,
Par une grandeur apparente ,
Ne pourroient remplir notre attente
S'ils n'enfermoient d'autres trésors.
1
J'entends une ame bienfaisante ,
Un coeur droit , un fonds de bonté ,
Qui de la génerosité
Fait votre vertu dominante.
C'est par ces rares qualités
Que vous sçavez vous rendre aimable
Et que vous êtes respectable
Autant que par vos dignités ..
Puisse le glorieux salaire
D'une ancienne fidelité ,
Trois fois acquis et merité
Etre chez vous héreditaire.
Seigneur , songez y tout de bon ,
D vj Vous
284 MERCURE DE FRANCE.
Vous sçavez qu'en pareille affaire
Il est besoin d'un Rejetton ,
Et que
c'est à vous à le faire.
Pour mieux assurer vos plaisirs
Par une heureuse destinée ,
Aux douceurs d'un noble hymenée
Excitez vos justes desirs.
Qu'enfin au gré de votre envie
Le Ciel vous fasse un siecle d'or
Et que sur les ans de Nestor
Il regle ceux de votre vie.
Agréez ces voeux les plus doux.
Qu'une Muse reconnoissante ,
Sous le poias des ans chancelante ,
14
Du fond du coeur forme pour vous.
A Paris le 2. Fevrier 1731. A..
des Ordres du Roi.
Q U'il vous sied bien ce grand Manteau
Seigneur , dont la riche parure
Aux dons que vous fit la nature
Ajoûte un ornement nouveau !
Que l'éclat dont vous environne
Un si pompeux habillement
S'accorde en tout parfaitement
Aux graces de votre personne.
Cependant de si beaux dehors ,
Par une grandeur apparente ,
Ne pourroient remplir notre attente
S'ils n'enfermoient d'autres trésors.
1
J'entends une ame bienfaisante ,
Un coeur droit , un fonds de bonté ,
Qui de la génerosité
Fait votre vertu dominante.
C'est par ces rares qualités
Que vous sçavez vous rendre aimable
Et que vous êtes respectable
Autant que par vos dignités ..
Puisse le glorieux salaire
D'une ancienne fidelité ,
Trois fois acquis et merité
Etre chez vous héreditaire.
Seigneur , songez y tout de bon ,
D vj Vous
284 MERCURE DE FRANCE.
Vous sçavez qu'en pareille affaire
Il est besoin d'un Rejetton ,
Et que
c'est à vous à le faire.
Pour mieux assurer vos plaisirs
Par une heureuse destinée ,
Aux douceurs d'un noble hymenée
Excitez vos justes desirs.
Qu'enfin au gré de votre envie
Le Ciel vous fasse un siecle d'or
Et que sur les ans de Nestor
Il regle ceux de votre vie.
Agréez ces voeux les plus doux.
Qu'une Muse reconnoissante ,
Sous le poias des ans chancelante ,
14
Du fond du coeur forme pour vous.
A Paris le 2. Fevrier 1731. A..
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Résumé : A M. le Marquis D ... Chevalier des Ordres du Roi.
Le texte est une lettre poétique adressée à un marquis, mettant en avant ses qualités et ses mérites. L'auteur commence par louer l'apparence majestueuse du marquis, soulignant que ses vêtements somptueux complètent ses grâces naturelles. Cependant, il précise que ces qualités extérieures ne suffisent pas sans les vertus intérieures. Le marquis est décrit comme ayant une âme bienfaisante, un cœur droit et une bonté dominante, ce qui le rend aimable et respectable. L'auteur exprime le souhait que le marquis soit récompensé pour sa fidélité et encourage une union matrimoniale pour assurer ses plaisirs et sa destinée heureuse. Il formule des vœux pour une longue vie prospère, comparable à celle de Nestor. La lettre se conclut par des vœux affectueux et reconnaissants de la part de l'auteur. La lettre est datée du 2 février 1731 et signée par A..
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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98
p. 447-457
LETTRE sur les bruits Aëriens entendus près le Village d'Ansacq, écrite de Paris ce 15. Fevrier 1731.
Début :
Vous voulez que je vous dise ce que je pense, Monsieur, au sujet des [...]
Mots clefs :
Bruits aériens, Témoins, Explication, Illusion, Frayeur, Curé
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur les bruits Aëriens entendus près le Village d'Ansacq, écrite de Paris ce 15. Fevrier 1731.
LETTRE sur les bruits Aëriens entendus
près le Village d'Ansacq , écrite de Paris
ce 15. Fevrier 1731.
Ous . voulez
Viosense , Monsieur , au
que je vous dise ce que
je pense , Monsieur , au sujet des
bruits entendus en l'air près le Village
d'Ansacq , dont il est fait mention dans
le second volume du Mercure de Decembre
1730. Vous me demandez si je
crois le fait possible , si je le crois vrai ,
et supposé que je le croye , comment je
puis l'expliquer. Il faut vous satisfaire
je vais vous faire part de mes conjectures.
Le stile de la Relation faite par M. le
Curé d'Ansacq , qui paroît un homme
éclairé , le nombre des témoins dont il a
eu soin de recueillir les dépositions , les
précautions qu'il a prises pour s'assurer
de leur bonne foi , le nom de S. A. S.
Madame la Princesse de Conty , à laquelle
il adresse sa Relation , la multitude des
circonstances sur lesquelles les témoins
ne varient point , ne permettent pas de:
douter de la sincerité , non-seulement de
l'Auteur de la Relation , mais des differens
Particuliers qui ont déposé dans son
information ; ensorte qu'il est hors de
toute vrai-semblance de
"
penser que ni les
B vj uns
448 MERCURE DE FRANCE
uns ni les autres ayent eu desein d'en im
poser.
D'un autre côté le fait tel qu'il est rapporté
, paroît si extraordinaire et si ressemblant
dans son espece aux contes pueriles
du Sabbat , qu'un homme raisonnable
ne peut être tenté d'y ajoûter for.
Mais , dira-t'on , comment des témoins
de bonne foi peuvent- ils déposer d'un
fait visiblement faux ? Il faut donc qu'ils
soient dans l'erreur ; oui , sans doute ; et
quelle peut être la cause d'une erreur
qui roule sur des détails aussi circonstanciez
? sur lesquels les témoins s'accordent
parfaitement sans s'être concertez
? c'est ce qui reste à examiner.
que
S'il n'y avoit eu qu'un ou deux témoins,
il paroîtroit assez vrai-semblable de croire
que la frayeur leur eût fait prendre des cris
de bêtes , d'Oyes , de Canars sauvages ,
ou d'Oiseaux nocturnes pour ce qu'ils
ont crû entendre ; mais comme les témoins
sont en grand nombre et qu'ils ont
assuré M. le Curé qui les a questionnez
sur ce point , qu'ils connoissoient parfaitement
le cri de tous ces animaux et qu'ils
ne s'y étoient certainement pas trompez,
on ne peut s'arrêter à cette conjecture.
Le bruit qu'ils ont entendu sans voir
qui que se soit , ressembloit , disent- ils,
à des voix d'hommes , de femmes et
d'enfans
MARS. 1731. 449
d'enfans , à des éclats de rire et à des sons.
d'Instrumens; voyons s'il n'est pas possible
que sans qu'il y eut une multitude d'hommes
, de femmes, d'enfans ni d'Instrumens,
ils ayent entendu l'apparence de tous ces.
differens bruits par une voie toute simple.
et toute naturelle; c'est cette possibilité que
j'entreprens de
elle est telle que
prouver;
par le moyen que je propose , on peut
faire entendre partout où l'on voudra
les mêmes bruits qui ont été entendus à
Ansacq. Je crois , Monsieur , que vous .
n'en demandez pas davantage , vous de
vez être content de moi si je vous tiens .
parole ; je ne crains pas de vous en
manquer.
M. le Curé d'Ansacq , dans les Refle
xions qui suivent sa Relation , voudroit.
persuader que le sens de l'ouie est moins
sujet à erreur que celui de la vûë , mais
c'est gratuitement qu'il le suppose . Comme
la Sphere d'activité de la vie , pour.
me servir de ses termes , est beaucoup plus
étenduë que celle de l'ouie , il est bien vrai
que les erreurs de la vûë sont quelquefois
plus sensibles et aussi que nous avons
plus d'occasions de les appercevoir. Par .
la même raison il se pourroit encore que
nos yeux se trompassent réellement plus.
fréquemment que nos oreilles parce
que nous faisons plus souvent usage des.
yeux
3.
450 MERCURE DE FRANCE.
yeux , sans qu'on en pût conclure pour
cela que le sens de la vûë en lui- même
et par sa nature , fût plus sujet à l'illu ~
sion que celui de l'ouie ; on pourroit
même, avec autant de vrai -semblance ,
soutenir l'opinion contraire. En effet la
reflexion du son est souvent plus difficile
à reconnoître pour ce qu'elle est ,
que la reflexion de la lumiere. L'Echo
sera plus aisément pris pour une voix humaine
que la reflexion d'un Miroir pour
un objet réel. En general on juge d'ordinaire
beaucoup plus exactement de la
distance et de la situation d'un objet par
la vûë que par l'oüie. On reconnoît à
coup sur de quel côté est parti l'Eclair , et
on ne distingue pas toûjours bien de quel
côté vient le son d'une Cloche,
On se trompe si aisément en jugeant
d'où part le son quand les yeux n'aident
point au jugement qu'on en porte , qu'il
y a des gens que l'on nomme Ventriloques,
qui en se serrant le gosier et faisant une
certaine contraction dans les muscles du
bas ventre , articulent un son de voix
rauque et sourd , tel qu'à un ou deux pas
et même à côté d'eux , en prêtant l'oreil
le , on croit entendre une voix fort éloignée.
J'ai connu un Officier qui avoit ce
talent , j'y ai vû bien de gens trompez
en ma presence , et il m'a assuré qu'il
s'étoit
MARS. 1731. 45i
s'étoit quelquefois réjoui à l'armée aver
ses camarades , en leur donnant par ce
moyen de fausses allarmes.
Mais que le sens de l'oüie soit plus ou
moins trompeur que celui de la vûë , peu
importe à la question presente , pourvû
que l'on convienne ,comme on n'en peut
pas douter que l'un et l'autre sens est
susceptible d'illusion et très sujet à erreur.
C'est en suivant le parallele commencé
que nous pouvons trouver le dénouement
de la question proposée..
Si l'on agite rapidement en rond un
tison , ou un charbon allumé , l'oeil n'appercevra
qu'un cercle de feu non interrompu
; la raison en est sensible ; le char
bon parcourt successivement tous les
point du cercle; l'impression qu'il a faite
sur la vûë quand il étoit en haut , subsiste
encore quand il est en bas. La vîtesse
avec laquelle il est mû , fait que
l'oeil le voit à la fois dans tous les points
de la circonference , et n'apperçoit qu'un
cercle de feu continu. Differens sons qui
se succederoient rapidement les uns aux
autres , pourroient par la même raison
se faire entendre tout à la fois et en mê¬
me-temps. Une seule personne , si elle
pouvoit exprimer tous ces sons differens
et passer successivement, mais très-promp
tement d'un son à l'autre , pourroit donc
imite
452 MERCURE DE FRANCE
imiter le bruit confus et continu de differentes
voix , et par consequent ceux qui
l'entendroient sans voir l'Auteur du bruit,
eroiroient entendre à la fois toutes les
differentes voix qu'il contreferoit.
Mais pourquoi s'arrêter à prouver que
cela pourroit être ? Il y a des choses plus
réelles qu'elles ne semblent possibles. Telle
est celle dont il est question . Abandonnons
la preuve de la possibilité , et que
Pexperience du fait en décide . Il est constant
que bien des gens ont le talent dont
nous parlons. J'ai connu un jeune homme
qui derriere un Paravent imitoit d'une
façon surprenante un Choeur de voix
et d'Instrumens , le fameux Philbert, qui
a apporté en France la Flute Traversiere ;
avec une Poële , dès pincettes et sa voix ,
contrefaisoit , à s'y méprendre , le bruit
d'un ménage en rumeur, les cris du mari,
de la femme , des enfans , des chiens , des
Passans , du Guet et du Commissaire , et
faisoit accourir le voisinage. Depuis deux
ou trois ans la Cour et la Ville ont admiré
le même talent , peut être plus singulier
encore , dans le nommé Laillet ;
il alloit dans les maisons où il étoit mandé
, et sans sortir de la chambre où l'on
étoit , caché derriere uu Paravent ou un
rideau , il faisoit un bruit si varié et si
surprenant , en imitant un Concert , une
bagarre
MAR S. 1731 . 4532
bagarre , des éclats de rire , ou quelqu'au
tre bruit de cette espece , qu'on ne pouvoir
imaginer qu'il fût seul . Etant à souper
tête-à-tête avec un celebre Acteur
de l'Académie Royale de Musique , ona
assuré qu'ils ont fait monter dans la
chambre plus d'une fois le Guet , qui les .
trouvoit tranquillement assis à la table
vis-à-vis l'un de l'autre , et qui rappellé
par le même bruit , revenoit sur ses pasi
le moment d'après , avant que d'avoir
descendu le degré , et les retrouvoit aussi
tranquilles qu'il les avoit laissez.
Il est donc bien vrai et bien confirmé,
par l'experience , qu'un homme seul peut
imiter un bruit confus de voix et d'ins
trumens , assez parfaitement pour s'y mé
prendre. Or je dis qu'il est très possible:
qu'un homme placé derriere le mur audedans
du Parc d'Ansacq , où le bruit a
toûjours été entendu , se soit diverti à
joüer cetteComedie.Et il n'est pas necessaire
pour cela de lui supposer , à beaucoup
près , le talent d'un Philbert ou d'un.
Laillet , si ceux- ci ont pû tromper des
gens clairvoyans quelquefois préve→
nus et avertis , à combien plus forte raison
étoit- il aisé d'en imposer , par le même
moyen , au milieu de la nuit , à des
Paysans surpris , que les premiers sons
ent si fort effrayez , de leur aveu , que
l'un
454 MERCURE DE FRANCE
Fun d'eux ne voulut jamais permettre à
l'autre d'avancer pour chercher à reconnoître
d'où partoit le bruit . En lisant la
Relation dans cet esprit , on reconnoîtra
que tous les détails peuvent aisément s'ajuster
à cette Explication , sur tout si l'on
considere que la frayeur et la préocupa
tion peuvent avoir causé quelques éxagerations
et quelques erreurs même , dans
les circonstances du fait. Il n'est pas étonnant
, par exemple , que les Déposans
ayent jugé que la Scene se passoit en l'air,
puisqu'ils ne voyoient rien sur la terre
d'où ils pussent croire que le bruit partoit
; l'un d'eux dit , cependant , que
quelques-unes de ces voix ne lui avoit
paru qu'à la hauteur d'un homme ordinaire,
ce qui quadre fort à la supposition.
Il faut remarquer encore que c'est toujours
au- dedans du Parc que le bruit a commencé
à se faire entendre. Cette seconde voix
qui répondit sur le champ à la premiere du
fond d'une Gorge entre les deux Montagnes
( ce sont les termes du premier Déposant )
avant la confusion de voix qui se fit entendre
ensuite ; cette seconde voix , dis-je,
pouvoit être ou un Echo contrefait par la
premiere voix , ainsi que les bruits qui
ont suivi , ou peut -être un Echo veritable
qu'on sçait être beaucoup plus sensible la
nuit que le jour ; la refléxion de cet Echo
9
se
MARS. 1731. 455
se pouvoit faire sur la Côte opposée à celle
où se passoit le bruit , et c'est de cette
Côte oposée que l'ont entendu les deux
autres témoins qui alloient à Beauvais,
Il n'est pas étonnant qu'on ne distinguât
rien dans cette multitude de sons variés et
interrompus. Et quant au passage prérendu
de ce bruit le long de la rue et
devant la maison Presbiterale , il n'y a
qu'un ou deux témoins qui en déposent ,
et la frayeur dont ils avoüent qu'il étoient
saisis , pourroit bien leur avoir fait croire
ce bruit plus voisin qu'il n'étoit en effet ;
M. le Curé ne l'ayant pas entendu , quoiqu'il
soit dit qu'il passa devant sa porte.
On pouroit aussi supposer que l'Auteur
du bruit avoit pris ce chemin , ou que
sans sortir du Parc il en avoit suivi un à
peu près parallele à la rue du Village. La
situation du lieu et la connoissance du
Pays , pourroient en faire juger plus exactement.
Il est bien certain que dans ma suppo
sition les témoins auront crû entendre
tout ce qu'ils ont dit avoir entendu , et
qu'ils auront par consequent déposé comme
ils ont fait. M. le Curé d'Ansacq a
placé plusieurs des Habitans de sa Paroisse
, hommes , femmes et enfans , en differens
endroits pour chercher par leur
moyen à imiter les bruits entendus , et
速
456 MERCURE DE FRANCE.
il n'y a pas réussi. D'ailleurs il remarque.
qu'il n'est pas possible d'imaginer qu'il y
eût au milieu de la nuit un concours de
gens qui se fussent accordez pour donner
cette Scene.Nous avons prouvé qu'il n'en
falloit qu'un. C'est à M. le Curé d'Ansacq
à conjecturer qui ce peut être ; cela sera
du moins fort aisé , si la même chose
arrive encore. Quoiqu'il en soit , quelque
part où soient Loeillet ou ses Eleves ,
il est clair qu'ils ont de pareils Akousmates
à leur disposition.
Il n'est pas nécessaire de recourir à cet
te Explication pour chercher la cause de
la frayeur de ce Particulier de Clermont,
dont il est parlé dans l'Addition à la Relation
, lequel se jetta à bas de son che
val et à genoux il y a 15. ans , une nuit
en passant près du Village d'Ansacq, ayant
entendu ou crû entendre un grand bruit.
Je ne crois pas que vous ayez prétendu
me demander compte de toutes les ter
reurs paniques qui peuvent surprendre
un Voyageur ; je me suis seulement engagé
à expliquer comment une cause sim
ple et naturelle pouvoit avoir produit les
prétendus bruits aëriens dont il est parlé
dans la Relation , et je crois . y avoir satisfait:
Voilà , Monsieur , ce que je pense sur
les questions que vous m'avez proposécs
၂၄ ..
MARS. 1731. 457
je souhaite que ma Réponse puisse vous
Satisfaire , je ne vois que ce moyen de
concilier la vrai -semblance avec la bonne
foi des témoins , qui m'a paru ne devoir
Foint être suspecte. Je suis , & c.
près le Village d'Ansacq , écrite de Paris
ce 15. Fevrier 1731.
Ous . voulez
Viosense , Monsieur , au
que je vous dise ce que
je pense , Monsieur , au sujet des
bruits entendus en l'air près le Village
d'Ansacq , dont il est fait mention dans
le second volume du Mercure de Decembre
1730. Vous me demandez si je
crois le fait possible , si je le crois vrai ,
et supposé que je le croye , comment je
puis l'expliquer. Il faut vous satisfaire
je vais vous faire part de mes conjectures.
Le stile de la Relation faite par M. le
Curé d'Ansacq , qui paroît un homme
éclairé , le nombre des témoins dont il a
eu soin de recueillir les dépositions , les
précautions qu'il a prises pour s'assurer
de leur bonne foi , le nom de S. A. S.
Madame la Princesse de Conty , à laquelle
il adresse sa Relation , la multitude des
circonstances sur lesquelles les témoins
ne varient point , ne permettent pas de:
douter de la sincerité , non-seulement de
l'Auteur de la Relation , mais des differens
Particuliers qui ont déposé dans son
information ; ensorte qu'il est hors de
toute vrai-semblance de
"
penser que ni les
B vj uns
448 MERCURE DE FRANCE
uns ni les autres ayent eu desein d'en im
poser.
D'un autre côté le fait tel qu'il est rapporté
, paroît si extraordinaire et si ressemblant
dans son espece aux contes pueriles
du Sabbat , qu'un homme raisonnable
ne peut être tenté d'y ajoûter for.
Mais , dira-t'on , comment des témoins
de bonne foi peuvent- ils déposer d'un
fait visiblement faux ? Il faut donc qu'ils
soient dans l'erreur ; oui , sans doute ; et
quelle peut être la cause d'une erreur
qui roule sur des détails aussi circonstanciez
? sur lesquels les témoins s'accordent
parfaitement sans s'être concertez
? c'est ce qui reste à examiner.
que
S'il n'y avoit eu qu'un ou deux témoins,
il paroîtroit assez vrai-semblable de croire
que la frayeur leur eût fait prendre des cris
de bêtes , d'Oyes , de Canars sauvages ,
ou d'Oiseaux nocturnes pour ce qu'ils
ont crû entendre ; mais comme les témoins
sont en grand nombre et qu'ils ont
assuré M. le Curé qui les a questionnez
sur ce point , qu'ils connoissoient parfaitement
le cri de tous ces animaux et qu'ils
ne s'y étoient certainement pas trompez,
on ne peut s'arrêter à cette conjecture.
Le bruit qu'ils ont entendu sans voir
qui que se soit , ressembloit , disent- ils,
à des voix d'hommes , de femmes et
d'enfans
MARS. 1731. 449
d'enfans , à des éclats de rire et à des sons.
d'Instrumens; voyons s'il n'est pas possible
que sans qu'il y eut une multitude d'hommes
, de femmes, d'enfans ni d'Instrumens,
ils ayent entendu l'apparence de tous ces.
differens bruits par une voie toute simple.
et toute naturelle; c'est cette possibilité que
j'entreprens de
elle est telle que
prouver;
par le moyen que je propose , on peut
faire entendre partout où l'on voudra
les mêmes bruits qui ont été entendus à
Ansacq. Je crois , Monsieur , que vous .
n'en demandez pas davantage , vous de
vez être content de moi si je vous tiens .
parole ; je ne crains pas de vous en
manquer.
M. le Curé d'Ansacq , dans les Refle
xions qui suivent sa Relation , voudroit.
persuader que le sens de l'ouie est moins
sujet à erreur que celui de la vûë , mais
c'est gratuitement qu'il le suppose . Comme
la Sphere d'activité de la vie , pour.
me servir de ses termes , est beaucoup plus
étenduë que celle de l'ouie , il est bien vrai
que les erreurs de la vûë sont quelquefois
plus sensibles et aussi que nous avons
plus d'occasions de les appercevoir. Par .
la même raison il se pourroit encore que
nos yeux se trompassent réellement plus.
fréquemment que nos oreilles parce
que nous faisons plus souvent usage des.
yeux
3.
450 MERCURE DE FRANCE.
yeux , sans qu'on en pût conclure pour
cela que le sens de la vûë en lui- même
et par sa nature , fût plus sujet à l'illu ~
sion que celui de l'ouie ; on pourroit
même, avec autant de vrai -semblance ,
soutenir l'opinion contraire. En effet la
reflexion du son est souvent plus difficile
à reconnoître pour ce qu'elle est ,
que la reflexion de la lumiere. L'Echo
sera plus aisément pris pour une voix humaine
que la reflexion d'un Miroir pour
un objet réel. En general on juge d'ordinaire
beaucoup plus exactement de la
distance et de la situation d'un objet par
la vûë que par l'oüie. On reconnoît à
coup sur de quel côté est parti l'Eclair , et
on ne distingue pas toûjours bien de quel
côté vient le son d'une Cloche,
On se trompe si aisément en jugeant
d'où part le son quand les yeux n'aident
point au jugement qu'on en porte , qu'il
y a des gens que l'on nomme Ventriloques,
qui en se serrant le gosier et faisant une
certaine contraction dans les muscles du
bas ventre , articulent un son de voix
rauque et sourd , tel qu'à un ou deux pas
et même à côté d'eux , en prêtant l'oreil
le , on croit entendre une voix fort éloignée.
J'ai connu un Officier qui avoit ce
talent , j'y ai vû bien de gens trompez
en ma presence , et il m'a assuré qu'il
s'étoit
MARS. 1731. 45i
s'étoit quelquefois réjoui à l'armée aver
ses camarades , en leur donnant par ce
moyen de fausses allarmes.
Mais que le sens de l'oüie soit plus ou
moins trompeur que celui de la vûë , peu
importe à la question presente , pourvû
que l'on convienne ,comme on n'en peut
pas douter que l'un et l'autre sens est
susceptible d'illusion et très sujet à erreur.
C'est en suivant le parallele commencé
que nous pouvons trouver le dénouement
de la question proposée..
Si l'on agite rapidement en rond un
tison , ou un charbon allumé , l'oeil n'appercevra
qu'un cercle de feu non interrompu
; la raison en est sensible ; le char
bon parcourt successivement tous les
point du cercle; l'impression qu'il a faite
sur la vûë quand il étoit en haut , subsiste
encore quand il est en bas. La vîtesse
avec laquelle il est mû , fait que
l'oeil le voit à la fois dans tous les points
de la circonference , et n'apperçoit qu'un
cercle de feu continu. Differens sons qui
se succederoient rapidement les uns aux
autres , pourroient par la même raison
se faire entendre tout à la fois et en mê¬
me-temps. Une seule personne , si elle
pouvoit exprimer tous ces sons differens
et passer successivement, mais très-promp
tement d'un son à l'autre , pourroit donc
imite
452 MERCURE DE FRANCE
imiter le bruit confus et continu de differentes
voix , et par consequent ceux qui
l'entendroient sans voir l'Auteur du bruit,
eroiroient entendre à la fois toutes les
differentes voix qu'il contreferoit.
Mais pourquoi s'arrêter à prouver que
cela pourroit être ? Il y a des choses plus
réelles qu'elles ne semblent possibles. Telle
est celle dont il est question . Abandonnons
la preuve de la possibilité , et que
Pexperience du fait en décide . Il est constant
que bien des gens ont le talent dont
nous parlons. J'ai connu un jeune homme
qui derriere un Paravent imitoit d'une
façon surprenante un Choeur de voix
et d'Instrumens , le fameux Philbert, qui
a apporté en France la Flute Traversiere ;
avec une Poële , dès pincettes et sa voix ,
contrefaisoit , à s'y méprendre , le bruit
d'un ménage en rumeur, les cris du mari,
de la femme , des enfans , des chiens , des
Passans , du Guet et du Commissaire , et
faisoit accourir le voisinage. Depuis deux
ou trois ans la Cour et la Ville ont admiré
le même talent , peut être plus singulier
encore , dans le nommé Laillet ;
il alloit dans les maisons où il étoit mandé
, et sans sortir de la chambre où l'on
étoit , caché derriere uu Paravent ou un
rideau , il faisoit un bruit si varié et si
surprenant , en imitant un Concert , une
bagarre
MAR S. 1731 . 4532
bagarre , des éclats de rire , ou quelqu'au
tre bruit de cette espece , qu'on ne pouvoir
imaginer qu'il fût seul . Etant à souper
tête-à-tête avec un celebre Acteur
de l'Académie Royale de Musique , ona
assuré qu'ils ont fait monter dans la
chambre plus d'une fois le Guet , qui les .
trouvoit tranquillement assis à la table
vis-à-vis l'un de l'autre , et qui rappellé
par le même bruit , revenoit sur ses pasi
le moment d'après , avant que d'avoir
descendu le degré , et les retrouvoit aussi
tranquilles qu'il les avoit laissez.
Il est donc bien vrai et bien confirmé,
par l'experience , qu'un homme seul peut
imiter un bruit confus de voix et d'ins
trumens , assez parfaitement pour s'y mé
prendre. Or je dis qu'il est très possible:
qu'un homme placé derriere le mur audedans
du Parc d'Ansacq , où le bruit a
toûjours été entendu , se soit diverti à
joüer cetteComedie.Et il n'est pas necessaire
pour cela de lui supposer , à beaucoup
près , le talent d'un Philbert ou d'un.
Laillet , si ceux- ci ont pû tromper des
gens clairvoyans quelquefois préve→
nus et avertis , à combien plus forte raison
étoit- il aisé d'en imposer , par le même
moyen , au milieu de la nuit , à des
Paysans surpris , que les premiers sons
ent si fort effrayez , de leur aveu , que
l'un
454 MERCURE DE FRANCE
Fun d'eux ne voulut jamais permettre à
l'autre d'avancer pour chercher à reconnoître
d'où partoit le bruit . En lisant la
Relation dans cet esprit , on reconnoîtra
que tous les détails peuvent aisément s'ajuster
à cette Explication , sur tout si l'on
considere que la frayeur et la préocupa
tion peuvent avoir causé quelques éxagerations
et quelques erreurs même , dans
les circonstances du fait. Il n'est pas étonnant
, par exemple , que les Déposans
ayent jugé que la Scene se passoit en l'air,
puisqu'ils ne voyoient rien sur la terre
d'où ils pussent croire que le bruit partoit
; l'un d'eux dit , cependant , que
quelques-unes de ces voix ne lui avoit
paru qu'à la hauteur d'un homme ordinaire,
ce qui quadre fort à la supposition.
Il faut remarquer encore que c'est toujours
au- dedans du Parc que le bruit a commencé
à se faire entendre. Cette seconde voix
qui répondit sur le champ à la premiere du
fond d'une Gorge entre les deux Montagnes
( ce sont les termes du premier Déposant )
avant la confusion de voix qui se fit entendre
ensuite ; cette seconde voix , dis-je,
pouvoit être ou un Echo contrefait par la
premiere voix , ainsi que les bruits qui
ont suivi , ou peut -être un Echo veritable
qu'on sçait être beaucoup plus sensible la
nuit que le jour ; la refléxion de cet Echo
9
se
MARS. 1731. 455
se pouvoit faire sur la Côte opposée à celle
où se passoit le bruit , et c'est de cette
Côte oposée que l'ont entendu les deux
autres témoins qui alloient à Beauvais,
Il n'est pas étonnant qu'on ne distinguât
rien dans cette multitude de sons variés et
interrompus. Et quant au passage prérendu
de ce bruit le long de la rue et
devant la maison Presbiterale , il n'y a
qu'un ou deux témoins qui en déposent ,
et la frayeur dont ils avoüent qu'il étoient
saisis , pourroit bien leur avoir fait croire
ce bruit plus voisin qu'il n'étoit en effet ;
M. le Curé ne l'ayant pas entendu , quoiqu'il
soit dit qu'il passa devant sa porte.
On pouroit aussi supposer que l'Auteur
du bruit avoit pris ce chemin , ou que
sans sortir du Parc il en avoit suivi un à
peu près parallele à la rue du Village. La
situation du lieu et la connoissance du
Pays , pourroient en faire juger plus exactement.
Il est bien certain que dans ma suppo
sition les témoins auront crû entendre
tout ce qu'ils ont dit avoir entendu , et
qu'ils auront par consequent déposé comme
ils ont fait. M. le Curé d'Ansacq a
placé plusieurs des Habitans de sa Paroisse
, hommes , femmes et enfans , en differens
endroits pour chercher par leur
moyen à imiter les bruits entendus , et
速
456 MERCURE DE FRANCE.
il n'y a pas réussi. D'ailleurs il remarque.
qu'il n'est pas possible d'imaginer qu'il y
eût au milieu de la nuit un concours de
gens qui se fussent accordez pour donner
cette Scene.Nous avons prouvé qu'il n'en
falloit qu'un. C'est à M. le Curé d'Ansacq
à conjecturer qui ce peut être ; cela sera
du moins fort aisé , si la même chose
arrive encore. Quoiqu'il en soit , quelque
part où soient Loeillet ou ses Eleves ,
il est clair qu'ils ont de pareils Akousmates
à leur disposition.
Il n'est pas nécessaire de recourir à cet
te Explication pour chercher la cause de
la frayeur de ce Particulier de Clermont,
dont il est parlé dans l'Addition à la Relation
, lequel se jetta à bas de son che
val et à genoux il y a 15. ans , une nuit
en passant près du Village d'Ansacq, ayant
entendu ou crû entendre un grand bruit.
Je ne crois pas que vous ayez prétendu
me demander compte de toutes les ter
reurs paniques qui peuvent surprendre
un Voyageur ; je me suis seulement engagé
à expliquer comment une cause sim
ple et naturelle pouvoit avoir produit les
prétendus bruits aëriens dont il est parlé
dans la Relation , et je crois . y avoir satisfait:
Voilà , Monsieur , ce que je pense sur
les questions que vous m'avez proposécs
၂၄ ..
MARS. 1731. 457
je souhaite que ma Réponse puisse vous
Satisfaire , je ne vois que ce moyen de
concilier la vrai -semblance avec la bonne
foi des témoins , qui m'a paru ne devoir
Foint être suspecte. Je suis , & c.
Fermer
Résumé : LETTRE sur les bruits Aëriens entendus près le Village d'Ansacq, écrite de Paris ce 15. Fevrier 1731.
La lettre datée du 15 février 1731 aborde les bruits aériens entendus près du village d'Ansacq, mentionnés dans le Mercure de décembre 1730. L'auteur répond à une demande d'explication sur la possibilité et la véracité de ces bruits. Il souligne la crédibilité du curé d'Ansacq et des témoins, dont les dépositions sont cohérentes et recueillies avec soin. Cependant, le fait rapporté semble extraordinaire et comparable à des contes fantastiques. L'auteur explore la possibilité d'une erreur collective parmi les témoins. Il rejette l'idée que les bruits puissent être des cris d'animaux, les témoins ayant affirmé connaître ces sons. Il propose que les bruits entendus pourraient être des réflexions sonores ou des imitations par une seule personne, utilisant des techniques similaires à celles des ventriloques. La lettre mentionne des exemples de personnes capables d'imiter divers sons et bruits de manière convaincante. L'auteur suggère qu'un individu caché derrière le mur du parc d'Ansacq pourrait avoir produit ces bruits pour effrayer les paysans. Il explique que la frayeur et la précipitation des témoins pourraient avoir exacerbé leur perception des événements. L'auteur conclut en affirmant que sa théorie concilie la vraisemblance avec la bonne foi des témoins. Il n'entre pas dans les détails des terreurs paniques qui pourraient surprendre un voyageur, se concentrant uniquement sur l'explication des bruits aériens rapportés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
99
p. 682-688
LETTRE écrite à M. D.L. R. Par le R. P. Michel le Quien, Dominicain, Bibliothequaire du Convent de S. Honoré, au sujet du dernier Ouvrage du P. Le Courayer &c.
Début :
Il m'importe peu à présent, Monsieur, que le P. Le Courayer veüille encore, [...]
Mots clefs :
Ordinations, Épiscopat, Sacre, Anglicans, Vérification, Schisme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. D.L. R. Par le R. P. Michel le Quien, Dominicain, Bibliothequaire du Convent de S. Honoré, au sujet du dernier Ouvrage du P. Le Courayer &c.
LETTRE écrite à M. D. L. R. Par
le R. P. Michel le Quien , Dominicain
Bibliothequaire du Convent de S. Honoré,
au sujet du dernier Ouvrage du P. Le
Courayer&c.
L m'importe peu à présent , Monsieur,
que le P. Le Courayer veüille encore,
comme ses amis l'assurent , continuer
d'écrire pour ses Ordinations ; j'ai déclaré
que dorénavant je garderois le silence sur
ce sujet. Cependant , qu'il me réplique et
qu'il défende sa cause avec la solidité et
a sincerité que le sujet l'exige , je serai le
premier à lui applaudir ; je ne suis prévenu
en faveur de la mienne que parceque
j'en ai établi les preuves sur les principes
qu'il avoit lui-même posés . J'ai
de l'aveu même de ceux qu'il avoit éblouis
par sa défense , satisfait à tous les points
capitaux qu'il avoit exigé qu'on lui prouvât.
Il a demandé » qu'on lui citât des
» Historiens qui contredisent les Actes
» qu'il produisoit , ou qu'on rapportât
des
4
AVRIL: 1731. 683
» des Actes contraires aux siens , ou qu'on
fit voir qu'on ne peut concilier les Ac-
» tes avec des faits reconnus pour cer-
» tains. J'ai admis toutes ces disjonctives;
j'ai cité un bon nombre d'Auteurs contemporains
et oculaires qui contredisent
ouvertement la Relation qu'on a produite
du prétendu sacre de Mathieu Parker pour
l'Archevêché de Cantorberi. Le seul fait
du procès que l'Evêque de Londres Edmond
Bonner a soutenu contre le faux
Evêque de Winchester Robert Horn , suffisoit
pour ôter toute croyance à cette
Histoire , et la faire passer pour ce qu'elle
est , c'est-à-dire , pour un Roman.Le Prélat
Catholique y verifia contradictoirement
devant les Juges que les nouveaux
Evêques de la Reine Elizabeth avoient
envahi en cachete les Siéges d'Angleterre
sans avoir reçû l'imposition des mains
d'aucun Evêque , et tout haï qu'il étoit
des Protestans , le Parlement à qui l'affaire
avoit été déferée , le renvoya absous .
Quoi de plus C'est en lisant les Historiens
Anglicans que j'ai verifié
que le Registre
de Cranmer a été falsifié. Ces mêmes
Auteurs m'ont fourni des Actes autentiques
dans lesquels on trouve Mathieu
Parker reconnu pour Archevêque veritable
, anterieurement au tems auquel on
veut qu'il ait été ordonné ; j'en ai conclu
C vj
par
684 MERCURE DE FRANCE.
par une juste conséquence qu'il ne l'a
point été du tout; je ne me suis point
aheurté à soutenir son sacre dans une Auberge
; mais j'ai soutenu que si ce fait est
fabuleux , la Relation ne l'est pas moins.
me ,
J'ai verifié que le Registre qu'on vante
tant , est composé de feuilles détachées
qu'on n'a assemblées et reliées que longtems
après la mort de Parker , d'où j'ai
inferé qu'il a été aisé d'y mêler de faux
Actes. On a vû le refus que les Prélats
Anglicans ont fait à des Prêtres Catholiques
d'examiner ce Registre à loisir et à
tête reposée , dans le tems même qu'ils
ont commencé à l'annoncer . D'autres
personnes dignes de foi , mais qui ne ju
gent pas encore à propos qu'on les nomveulent
qu'on déclare au Public qu'étant
parties de France, et étant allées à Londres
depuis nos disputes contre le Docteur
d'Oxford pour avoir la satisfaction
de consulter les péces dont il est question,
elles s'en sont retournées sans l'avoir pû obtenir
de ceux qui en sont les Dépositaires.
Le Docteur d'Oxford a donc tort de se
vanter qu'étant à présent sur les lieux , it
est plus en état de justifier leur authenticité.
Je lui ai dit, et je le repéte , que sa
présence et son témoignage n'y servirone
de rien ; il n'est ni assez habile connoisseur
en anciennes Ecritures , ni assez
déAVRIL
1731. 685
désinteressé , ni peut- être assez sincere ,
pour qu'on doive déferer à son témoignage.
Enfin, quoiqu'il avance désormais
pour faire valoir ses prétendus Actes , tout
bien pe é dans une juste balance , tout ce
qu'il a allegué , ou qu'il pourra alleguer
dans la suite , ne l'emportera jamais sur les
preuves que je lui ai opposées , et cela me
suffit.
Quand même je lui passerois sa Relation
de Lambeth , outre les témoins que
j'ai cités contre l'Episcopat de Guillaume
Barlow , qu'il nous donne pour Consécrateur
de Parker , j'ai démontré clair
comme le jour, que puisque lui et les Anglois
sont obligés de convenir que ce Prélat
de la Réforme ne fut jamais sacré pour
le Siége de Saint Asaph , auquel il avoit
été nommé d'abord , il ne l'a point nonplus
été pour celui de Saint Davids où il
fut tran feré. Il est bon de repéter en
deux mots ma démonstration ; la voici :
Notre Docteur a lui-même publié les
Actes de la confirmation de ce faux Evêque
pour ce second Siége , avec le certificat
qu'en donna au Roi Henri VIII.
l'Archevêque Cranmer. Son grand Auteur
François Masson avoit auparavant
imprimé les Lettres Patentes de ce Prince,
par lesquelles , en vertu du certificat , il
fut mis en possession de l'Evêché , pour
jouir
686 MERCURE DE FRANCE
;
jouir du temporel et de tous les droits et
honneurs qui y étoient attachés ; le Brevet
de Henri qui ordonnoit à Cranmer
de faire à l'égard de Barlou , élû Evêque
de Saint Davids , tout ce qui étoit de
son office , omne quod tui officii est , c'està
dire , de le confirmer et de le sacrer ensuite
, s'il ne l'étoit pas , est du 21. Avril
.1536. les Actes de la confirmation sont
dattés du lendemain qui étoit un Vendredi
le Certificat est datté du même
jour 22. Avril ; enfin les Lettres Patentes
du Roi ont pour datte le 27. qui étoit
le Mercredi suivant . Cranmer auroit attendu
du moins au Dimanche 24. pour
donner son Certificat après l'avoir sacré,
s'il avoit eu envie d'en faire la cerémonie,
et attester par ce même Acte qu'il l'avoit
confirmé et sacré : il n'en a rien fait , il
n'a attesté que la confirmation , sans parler
de consécration , aussi ne l'auroit-il
pû faire un Vendredi. Le Roi lui même
dans ses Lettres Patentes données sur le
Certificat , ' ne fait aucune mention du Sacre
, mais seulement de la confirmation
ensorte qu'on ne peut plus supposer qu'il
y eut un Certificat de Sacre pour obtedans
ce
nir ces Lettres.
De tout cela j'ai conclu que
malheureux tems de schisme et de confusion
, Barlow Herétique , comme son
ArcheAVRIL
1731 687
pas-
Archevêque , de concert avec lui et avec
Thomas Cromwel , homme Seculier et
Vicaire General de Henri VIII. pour toutes
les affaires de l'Eglise , se sera fait
ser dans le monde pour veritable Evêque
sans avoir été sacré , et aura pris scéance
au Parlement sur les Lettres Patentes de
son Prince , en qualité de Pair et de Ba →
ron du Royaume. Voilà ce que je n'ai pas
craint d'appeller une démonstration contre
l'Episcopat de Guillaume Barlow ,
je me suis flatté que toutes les personnes
judicieuses en jugeront de même.
et
Ce que j'ai encore soutenu dans la se
conde Partie , de l'invalidité des formes.
d'Ordination , usitées par la Secte Anglicanne
depuis le Regne d'Edouard VI.
ne fait plus de difficulté , et il n'y a point
de Catholique qui ne convienne que leur
Episcopat Protestant est absolument nul
de ce côté- là. En vain leur Doffenseur
ose t il les comparer avec celui des Chrétiens
du Levant. J'en ai fait sentir la difference
en les comparant les unes avec les
autres et avec les Latines.Les Théologiens
Catholiques me sçauront sans doute gré
de leur avoir expliqué en quoi consiste
veritablement la forme de l'Ordination
dans toutes les Eglises d'Orient. La question
du Sacrifice n'est pas moins bien
éclaircie , et je doute que le Docteur d'Or
ford veüille encore y revenir.
388 MERCURE DE FRANCE
Il nous menace , dit on , de publier un
Ouvrage qui justifiera de Schisme , et les
Grecs et les Anglois. L'entreprise est digne
de son Auteur. Comme j'espere , avec
l'aide de Dieu , de publier l'Oriens Christianus
, il me sera aisé d'y trouver quelque
place pour réfuter ce Livre , et pour
redresser l'Auteur , qui ne peut gueres
manquer de s'égarer dans un Pays qu'il
ne connoît pas ; je finis , Monsieur , en
disant que la meilleure réponse qu'on
puisse opposer à ses déclamations , c'est
de les mépriser. La Satyre , les railleries ,
les insultes , sont ordinairement ses preuves
et ses argumens les plus forts , argumens
, je l'avouë , ausquels il est difficile
de répondre ; c'est à ces lieux communs
qu'ont d'ordinaire recours les Partisans
de l'erreur. Quia veritate non possunt , lacerant
conviciis , dit S. Jerôme.
Je suis , Monsieur , &c.
A Paris le 14. Fevrier
le R. P. Michel le Quien , Dominicain
Bibliothequaire du Convent de S. Honoré,
au sujet du dernier Ouvrage du P. Le
Courayer&c.
L m'importe peu à présent , Monsieur,
que le P. Le Courayer veüille encore,
comme ses amis l'assurent , continuer
d'écrire pour ses Ordinations ; j'ai déclaré
que dorénavant je garderois le silence sur
ce sujet. Cependant , qu'il me réplique et
qu'il défende sa cause avec la solidité et
a sincerité que le sujet l'exige , je serai le
premier à lui applaudir ; je ne suis prévenu
en faveur de la mienne que parceque
j'en ai établi les preuves sur les principes
qu'il avoit lui-même posés . J'ai
de l'aveu même de ceux qu'il avoit éblouis
par sa défense , satisfait à tous les points
capitaux qu'il avoit exigé qu'on lui prouvât.
Il a demandé » qu'on lui citât des
» Historiens qui contredisent les Actes
» qu'il produisoit , ou qu'on rapportât
des
4
AVRIL: 1731. 683
» des Actes contraires aux siens , ou qu'on
fit voir qu'on ne peut concilier les Ac-
» tes avec des faits reconnus pour cer-
» tains. J'ai admis toutes ces disjonctives;
j'ai cité un bon nombre d'Auteurs contemporains
et oculaires qui contredisent
ouvertement la Relation qu'on a produite
du prétendu sacre de Mathieu Parker pour
l'Archevêché de Cantorberi. Le seul fait
du procès que l'Evêque de Londres Edmond
Bonner a soutenu contre le faux
Evêque de Winchester Robert Horn , suffisoit
pour ôter toute croyance à cette
Histoire , et la faire passer pour ce qu'elle
est , c'est-à-dire , pour un Roman.Le Prélat
Catholique y verifia contradictoirement
devant les Juges que les nouveaux
Evêques de la Reine Elizabeth avoient
envahi en cachete les Siéges d'Angleterre
sans avoir reçû l'imposition des mains
d'aucun Evêque , et tout haï qu'il étoit
des Protestans , le Parlement à qui l'affaire
avoit été déferée , le renvoya absous .
Quoi de plus C'est en lisant les Historiens
Anglicans que j'ai verifié
que le Registre
de Cranmer a été falsifié. Ces mêmes
Auteurs m'ont fourni des Actes autentiques
dans lesquels on trouve Mathieu
Parker reconnu pour Archevêque veritable
, anterieurement au tems auquel on
veut qu'il ait été ordonné ; j'en ai conclu
C vj
par
684 MERCURE DE FRANCE.
par une juste conséquence qu'il ne l'a
point été du tout; je ne me suis point
aheurté à soutenir son sacre dans une Auberge
; mais j'ai soutenu que si ce fait est
fabuleux , la Relation ne l'est pas moins.
me ,
J'ai verifié que le Registre qu'on vante
tant , est composé de feuilles détachées
qu'on n'a assemblées et reliées que longtems
après la mort de Parker , d'où j'ai
inferé qu'il a été aisé d'y mêler de faux
Actes. On a vû le refus que les Prélats
Anglicans ont fait à des Prêtres Catholiques
d'examiner ce Registre à loisir et à
tête reposée , dans le tems même qu'ils
ont commencé à l'annoncer . D'autres
personnes dignes de foi , mais qui ne ju
gent pas encore à propos qu'on les nomveulent
qu'on déclare au Public qu'étant
parties de France, et étant allées à Londres
depuis nos disputes contre le Docteur
d'Oxford pour avoir la satisfaction
de consulter les péces dont il est question,
elles s'en sont retournées sans l'avoir pû obtenir
de ceux qui en sont les Dépositaires.
Le Docteur d'Oxford a donc tort de se
vanter qu'étant à présent sur les lieux , it
est plus en état de justifier leur authenticité.
Je lui ai dit, et je le repéte , que sa
présence et son témoignage n'y servirone
de rien ; il n'est ni assez habile connoisseur
en anciennes Ecritures , ni assez
déAVRIL
1731. 685
désinteressé , ni peut- être assez sincere ,
pour qu'on doive déferer à son témoignage.
Enfin, quoiqu'il avance désormais
pour faire valoir ses prétendus Actes , tout
bien pe é dans une juste balance , tout ce
qu'il a allegué , ou qu'il pourra alleguer
dans la suite , ne l'emportera jamais sur les
preuves que je lui ai opposées , et cela me
suffit.
Quand même je lui passerois sa Relation
de Lambeth , outre les témoins que
j'ai cités contre l'Episcopat de Guillaume
Barlow , qu'il nous donne pour Consécrateur
de Parker , j'ai démontré clair
comme le jour, que puisque lui et les Anglois
sont obligés de convenir que ce Prélat
de la Réforme ne fut jamais sacré pour
le Siége de Saint Asaph , auquel il avoit
été nommé d'abord , il ne l'a point nonplus
été pour celui de Saint Davids où il
fut tran feré. Il est bon de repéter en
deux mots ma démonstration ; la voici :
Notre Docteur a lui-même publié les
Actes de la confirmation de ce faux Evêque
pour ce second Siége , avec le certificat
qu'en donna au Roi Henri VIII.
l'Archevêque Cranmer. Son grand Auteur
François Masson avoit auparavant
imprimé les Lettres Patentes de ce Prince,
par lesquelles , en vertu du certificat , il
fut mis en possession de l'Evêché , pour
jouir
686 MERCURE DE FRANCE
;
jouir du temporel et de tous les droits et
honneurs qui y étoient attachés ; le Brevet
de Henri qui ordonnoit à Cranmer
de faire à l'égard de Barlou , élû Evêque
de Saint Davids , tout ce qui étoit de
son office , omne quod tui officii est , c'està
dire , de le confirmer et de le sacrer ensuite
, s'il ne l'étoit pas , est du 21. Avril
.1536. les Actes de la confirmation sont
dattés du lendemain qui étoit un Vendredi
le Certificat est datté du même
jour 22. Avril ; enfin les Lettres Patentes
du Roi ont pour datte le 27. qui étoit
le Mercredi suivant . Cranmer auroit attendu
du moins au Dimanche 24. pour
donner son Certificat après l'avoir sacré,
s'il avoit eu envie d'en faire la cerémonie,
et attester par ce même Acte qu'il l'avoit
confirmé et sacré : il n'en a rien fait , il
n'a attesté que la confirmation , sans parler
de consécration , aussi ne l'auroit-il
pû faire un Vendredi. Le Roi lui même
dans ses Lettres Patentes données sur le
Certificat , ' ne fait aucune mention du Sacre
, mais seulement de la confirmation
ensorte qu'on ne peut plus supposer qu'il
y eut un Certificat de Sacre pour obtedans
ce
nir ces Lettres.
De tout cela j'ai conclu que
malheureux tems de schisme et de confusion
, Barlow Herétique , comme son
ArcheAVRIL
1731 687
pas-
Archevêque , de concert avec lui et avec
Thomas Cromwel , homme Seculier et
Vicaire General de Henri VIII. pour toutes
les affaires de l'Eglise , se sera fait
ser dans le monde pour veritable Evêque
sans avoir été sacré , et aura pris scéance
au Parlement sur les Lettres Patentes de
son Prince , en qualité de Pair et de Ba →
ron du Royaume. Voilà ce que je n'ai pas
craint d'appeller une démonstration contre
l'Episcopat de Guillaume Barlow ,
je me suis flatté que toutes les personnes
judicieuses en jugeront de même.
et
Ce que j'ai encore soutenu dans la se
conde Partie , de l'invalidité des formes.
d'Ordination , usitées par la Secte Anglicanne
depuis le Regne d'Edouard VI.
ne fait plus de difficulté , et il n'y a point
de Catholique qui ne convienne que leur
Episcopat Protestant est absolument nul
de ce côté- là. En vain leur Doffenseur
ose t il les comparer avec celui des Chrétiens
du Levant. J'en ai fait sentir la difference
en les comparant les unes avec les
autres et avec les Latines.Les Théologiens
Catholiques me sçauront sans doute gré
de leur avoir expliqué en quoi consiste
veritablement la forme de l'Ordination
dans toutes les Eglises d'Orient. La question
du Sacrifice n'est pas moins bien
éclaircie , et je doute que le Docteur d'Or
ford veüille encore y revenir.
388 MERCURE DE FRANCE
Il nous menace , dit on , de publier un
Ouvrage qui justifiera de Schisme , et les
Grecs et les Anglois. L'entreprise est digne
de son Auteur. Comme j'espere , avec
l'aide de Dieu , de publier l'Oriens Christianus
, il me sera aisé d'y trouver quelque
place pour réfuter ce Livre , et pour
redresser l'Auteur , qui ne peut gueres
manquer de s'égarer dans un Pays qu'il
ne connoît pas ; je finis , Monsieur , en
disant que la meilleure réponse qu'on
puisse opposer à ses déclamations , c'est
de les mépriser. La Satyre , les railleries ,
les insultes , sont ordinairement ses preuves
et ses argumens les plus forts , argumens
, je l'avouë , ausquels il est difficile
de répondre ; c'est à ces lieux communs
qu'ont d'ordinaire recours les Partisans
de l'erreur. Quia veritate non possunt , lacerant
conviciis , dit S. Jerôme.
Je suis , Monsieur , &c.
A Paris le 14. Fevrier
Fermer
Résumé : LETTRE écrite à M. D.L. R. Par le R. P. Michel le Quien, Dominicain, Bibliothequaire du Convent de S. Honoré, au sujet du dernier Ouvrage du P. Le Courayer &c.
Le Père Michel Le Quien, dominicain et bibliothécaire du couvent de Saint-Honoré, adresse une lettre à M. D. L. R. concernant l'ouvrage du Père Le Courayer. Le Quien exprime son refus de débattre des ordinations, mais se déclare prêt à soutenir Le Courayer s'il défend sa cause avec sincérité. Il répond aux exigences de preuves de Le Courayer en citant des historiens contemporains et oculaires qui contredisent la relation du prétendu sacre de Mathieu Parker pour l'archevêché de Cantorbéry. Le Quien mentionne également le procès de l'évêque de Londres Edmond Bonner contre Robert Horn, démontrant que les nouveaux évêques de la reine Élisabeth ont pris possession des sièges épiscopaux sans imposition des mains. Le Quien affirme que le registre de Cranmer a été falsifié et que Mathieu Parker a été reconnu comme archevêque avant son prétendu sacre. Il souligne que ce registre est composé de feuilles détachées assemblées après la mort de Parker, facilitant l'ajout de faux actes. Les prélats anglicans ont refusé d'examiner ce registre aux prêtres catholiques, et des personnes dignes de foi n'ont pas pu consulter les pièces à Londres. Le Quien critique le Docteur d'Oxford, le jugeant ni suffisamment connaisseur en anciennes écritures, ni désintéressé, ni sincère pour justifier l'authenticité des actes. Il démontre que Guillaume Barlow, prétendu consécrateur de Parker, n'a jamais été sacré pour les sièges de Saint Asaph ou Saint Davids, malgré les actes de confirmation et les lettres patentes du roi Henri VIII. Selon Le Quien, Barlow s'est fait passer pour évêque sans être sacré, prenant place au Parlement grâce aux lettres patentes. Enfin, Le Quien aborde l'invalidité des formes d'ordination anglicanes depuis le règne d'Édouard VI, soulignant que l'épiscopat protestant est nul. Il mentionne un ouvrage que le Docteur d'Oxford menace de publier pour justifier le schisme des Grecs et des Anglois, et se prépare à le réfuter dans son propre ouvrage, l'Oriens Christianus. Le Quien conclut en recommandant de mépriser les déclamations et les insultes du Docteur d'Oxford, qui sont souvent ses preuves et arguments les plus forts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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100
p. 938-945
LETTRE écrite de Paris le 30 Avril 1731. au sujet de la Révolution de Constantinople, contenant quelques faits Anecdotes, et qui peut servir de récapitulation à laRelation de cet événement.
Début :
C'est avec quelque sorte de peine, Monsieur, que je me suis déterminé [...]
Mots clefs :
Révolution, Sédition, Sultan, Porte, Roi de Perse, Peuple, Sérail, Divans, Janissaire
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Paris le 30 Avril 1731. au sujet de la Révolution de Constantinople, contenant quelques faits Anecdotes, et qui peut servir de récapitulation à laRelation de cet événement.
LETTRE écrite de Paris le 30 Avril 1731..
au sujet de la Révolution de Constantinople
, contenant quelquesfaits Anecdotes
et qui peut servir de récapitulation à la
Relation de cet événement
C
و
" Est avec quelque sorte de peine ,
Monsieur , que je me suis déterminé
à rendre publique une Lettre que je reçois
de Constantinople. Les récits qu'on lit.
dans vos Mercures de la Révolution arrivée
en Turquie , semblent ne laisser rien
AVRIL. 17312 939
désirer pour constater un évenement
aussi extraordinaire ; cependant en les
comparant avec le détail que l'on m'en fait
dans cette Lettre ; j'y ai appris deux cir
constances essentielles , dont on n'a point
encore parlé. On y verra le motif de la sédition
, et les progrès insensibles d'un dessein
d'abord témeraire , mais apuyé sous
main par le Capitan- Bacha , et porté à un
succès inesperé , par l'inaction du Grand
Vizir et du Sultan. Ces nouvelles au
reste , ne sçauroient être révoquées en
doute ; celui dont je les tiens fait depuis
plusieurs années un séjour actuel à Constantinople
, y est connu et consideré des
plus grands Pachas de la Porte , et a lié
une amitié étroite avec un des premiers
Officiers du nouveau Sultan..
31
Le Prince Thamas s'étoit à peine affermi
sur le Thrône de ses Ancêtres , qu'il
s'êtoit pressé d'envoyer une Ambassade
célebre à la Porte , pour redemander la
restitution des Provinces et Places dont
les Turcs s'étoient emparez pendant la
Révolution.
Il avoit soutenu cette Ambassade d'une
grosse Armée , dont les progrès continuels
rendirent les Turcs plus traitables , et les
forcerent à écouter une proposition ,
qu'ils auroient rejettée avec hauteur dans
un autre tems. Il fut résolu dans un grand
Divan
740 MERCURE DE FRANCE.
Divan que l'on remettroit ces Provinces
au Roi de Perse.
Le Roi de Perse n'avoit pas oublié les
cruautez exercées par les Turcs durant la
Conquête de ces Provinces . Cette plaïe recente
saignoit encore , et les dégats que
son Armée avoit causés sur les Terres des
Turcs , ne l'en avoient pas assez pleinement
dédomagé ; aussi saisit- il l'occasion
d'assouvir la vengeance qu'il méditoit
et quelques Soldats restez à la garde des
Places , furent les malheureuses victimes
de sa colere.
+
Ils furent arrêtez , on leur coupa le nez
et les oreilles , et on les embarqua sur un
Bâtiment du païs au nombre de 300-
Le Grand Vizir en fut informé à propos
; il avoit été l'Auteur de la guerre
pendant la Révolution de Perse , il venoit
de conclure la paix malgré les oppositions
de tout le Divan : il craignit avec raison
qu'une execution de cette nature
n'eut des suites fâcheuses ; il dépêcha
des Courriers et des ordres précis aux
Gouverneurs des Places situées à l'embouchure
de la Mer Noire , de couler à
fond le premier Vaisseau qu'ils appercevroient.
le
Le succès répondit à son attente ,
Vaisseau fut englouti , et cette affaire n'auroit
point éclaté , si un nommé Patrona ,
1
qui
AVRIL. 1731. 941
qui avoit été témoin de l'éxecution en
Perse et qui (à ce que prétendent quelquesuns
you comme d'autres le veulent ) avoit
échappé au naufrage , n'eut découvert ce
qu'il importoit au Grand Vizir de tenir
caché.
Ce Patrona arrive à Constantinople ;
marche vers la grande Place , attache un
Drapeau au bout d'un bâton , dont il
étoit armé , ordonne à tous les vrais fideles
de se ranger autour de lui .
Le Peuple ne parut pas d'abord bien
disposé à la révolte ; on ne répondit à
Patrona que par un grand silence , et depuis
le matin jusqu'à midi , il n'avoit rassemblé
que 10 à 12 personnes. Il eut été
facile de dissiper ce petit nombre de factieuxs
mais la lenteur du Capitan Bacha
que l'on soupçonna depuis d'être d'intelligence
avec Patrona d'ailleurs ennemi-
déclaré du G. V. et les peintures vives
et affreuses que Patrona présentoit au peuple
des indignitez commises sur le petit
nombre des Soldats Turcs , entraîna enfin
le peuple. On ferme les Boutiques , on
s'atroupe , on court au quartier des Jánissaires
, et on tourne droit au Serrail
en criant justice et vengeance .
3
>
Le Sultan Achmet étoit enfermé avec le
Grand Vizir et le Capitan-Bacha , et ne
décidoit rien lorsque les cris de la popu-
Lace
942 MERCURE DE FRANCE
lace épouvanterent le Grand Vizir ; qui ,
désesperant de remedier à un mal si pressant
, accusa le Capitan - Bacha. C'est ce
chien , dit- il , au Grand Seigneur , qui est
cause de tout ce désordre . Le Grand Amiral
picqué , rendit compte à l'Empereur
des motifs secrets , qui avoient occasionné
la paix et la guerre avec la Perse.
Le Sultan pressé par le peuple qui lui
demandoit justice , et indigné de se voir
trompé par ses deux Ministres , les fit
étrangler sur le champ et livra leurs corps
à la Populace qui les mit en pieces. Cer
Acte de Justice auroit dû naturellement
appaiser les Mécontens . Mais l'avarice ,
Foisiveté et la molesse du G. S. avoient
fort indisposé les Peuples contre lui ; aussi
Pattaquerent-ils ensuite , le détrônerent
et éleverent sur le Trêne Sultan Mah .
moud , son neveu , confié depuis longtemps
à la Garde des Janissairés .
Patrona devint bien- tôt le maître ; rien
me se décidoit que par ses ordres ; ik assistoit
à tous les Divans ; son avis y étoit
le seul suivi , il alla même jusqu'à nommer
un Janissaire-Aga . Le Sultan nouvellement
élû supportoit impatiamment une
autorité égale à la sienne ; il chercha à
abbatre un Sujet si craint et si redouté.
Il y réussit par une voye qui sembloit
assurer à Patrona le pouvoir qu'il venoit
d'usurper.
AVRIL. 1731. 943
Le Selicktar , ou Porte- Enseigne du Sultan
déposé , avoit obtenu du Sultan Mahmoud
, la place de G. Visir , loind'être lié
d'interêt avec Patrona , il servoit d'obstacle
à ses desseins. Sa perte fut résoluë ;
il n'osa s'y prendre ouvertement et crut
qu'il en viendroit mieux à bout en cachant
son projet.
Il insinua donc au Sultan de rappeller
auprès de sa Personne un certain Dgianum
-Codgia , honoré déja de la place de
Capitan - Bacha , et exilé depuis long-temps
comme ennemi déclaré du G. V. massacré ;
homme de tête et propre pour un coup
d'état. Le G. S. y consentit ; il le décora
une seconde fois de la place de Grand-
Amiral. Il indiqua un Divan où les Bachas
de la Porte et les principaux Chefs
des Rebelles devoient assister , sous prétexte
qu'il étoit à propos de prendre des
mesures promptes et sures dans la guerre
que l'on alloit déclarer aux Moscovites .
C'est une ceremonie pratiquée journellement
chez les Turcs , de revétir avant
la tenne du Divan , le nouveau Grand-
* Amiral d'un Caftan , en presence du G. S.
le Ceremonial prescrit aussi qu'il en soit
revétu par le Janissaire - Aga.
I On avoit déterminé à ce moment la
punition des factieux , et le Janissaire-Aga'
devoit être la première victime. Tout
étant
944 MERCURE DE FRANCE
étant préparé, le Janissaire Aga s'approche
du Grand- Amiral , lui présenta la Veste.
Celui-cy lui porte un coup de Sabre qu'il
avoit caché sous sa Robbe , l'étend sur le
carreau ; on prétend qu'il tomba mort ,
d'autres veulent que blessé mortellement,
il se releva , tira son poignard , dont il atteignit
Dgianum- Codgia , qui muni d'u
ne armure , ne fut point blessé.
Au signal on se jette sur les factieux;
surpris et desesperez , ils se deffendent
vaillamment , mais ils succombent enfin
au nombre de 30. tandis que l'on massacre
ceux qui étoient restez au- dedans
du Serrail et dans les cours.
Le Peuple ne marqua par aucun
mouvement qu'il y prît part. On ne
s'en est point tenu à cette simple execution
; on poursuit vivement les séditieux,
leurs têtes sont mises à prix et on renouvelle
ces fameux tems des anciennes Proscriptions.
On prétend , au reste , que bien en å
pris au nouveau Sultan , d'avoir fait cet
exemple, et que le dessein de Patrona étoit
de remettre deux jours plus tard l'ancien
Sultan sur le Trône. On ignore quel en
pouvoit être le motif.
Les Révoltes sont assez ordinaires en
Turquie. La Canée n'en a pas été exempte;
un Impôt mis sur l'huile en a été
le
AVRIL. 1731 945
+
le prétexte. 300. hommes étoient déja
assemblez dans une Mosquée , et méditoient
de massacrer le Receveur ; mais
les soins du Bacha et du Janissaire Aga ,
ont arrêté ces premiers mouvemens , et
sous prétexte de presenter une Requête à
la Porte, ils les ont congédiez et renvoyez
chez eux .
Il seroit peu necessaire , Monsieur , de
faire remarquer ce qui differencie cette
Relation des autres données au Public ;
lui seul en doit juger. Je me flatte que
vous voudrez bien lui donner promptement
une place dans votre Mercure; dans
cette attente je suis , &c.
au sujet de la Révolution de Constantinople
, contenant quelquesfaits Anecdotes
et qui peut servir de récapitulation à la
Relation de cet événement
C
و
" Est avec quelque sorte de peine ,
Monsieur , que je me suis déterminé
à rendre publique une Lettre que je reçois
de Constantinople. Les récits qu'on lit.
dans vos Mercures de la Révolution arrivée
en Turquie , semblent ne laisser rien
AVRIL. 17312 939
désirer pour constater un évenement
aussi extraordinaire ; cependant en les
comparant avec le détail que l'on m'en fait
dans cette Lettre ; j'y ai appris deux cir
constances essentielles , dont on n'a point
encore parlé. On y verra le motif de la sédition
, et les progrès insensibles d'un dessein
d'abord témeraire , mais apuyé sous
main par le Capitan- Bacha , et porté à un
succès inesperé , par l'inaction du Grand
Vizir et du Sultan. Ces nouvelles au
reste , ne sçauroient être révoquées en
doute ; celui dont je les tiens fait depuis
plusieurs années un séjour actuel à Constantinople
, y est connu et consideré des
plus grands Pachas de la Porte , et a lié
une amitié étroite avec un des premiers
Officiers du nouveau Sultan..
31
Le Prince Thamas s'étoit à peine affermi
sur le Thrône de ses Ancêtres , qu'il
s'êtoit pressé d'envoyer une Ambassade
célebre à la Porte , pour redemander la
restitution des Provinces et Places dont
les Turcs s'étoient emparez pendant la
Révolution.
Il avoit soutenu cette Ambassade d'une
grosse Armée , dont les progrès continuels
rendirent les Turcs plus traitables , et les
forcerent à écouter une proposition ,
qu'ils auroient rejettée avec hauteur dans
un autre tems. Il fut résolu dans un grand
Divan
740 MERCURE DE FRANCE.
Divan que l'on remettroit ces Provinces
au Roi de Perse.
Le Roi de Perse n'avoit pas oublié les
cruautez exercées par les Turcs durant la
Conquête de ces Provinces . Cette plaïe recente
saignoit encore , et les dégats que
son Armée avoit causés sur les Terres des
Turcs , ne l'en avoient pas assez pleinement
dédomagé ; aussi saisit- il l'occasion
d'assouvir la vengeance qu'il méditoit
et quelques Soldats restez à la garde des
Places , furent les malheureuses victimes
de sa colere.
+
Ils furent arrêtez , on leur coupa le nez
et les oreilles , et on les embarqua sur un
Bâtiment du païs au nombre de 300-
Le Grand Vizir en fut informé à propos
; il avoit été l'Auteur de la guerre
pendant la Révolution de Perse , il venoit
de conclure la paix malgré les oppositions
de tout le Divan : il craignit avec raison
qu'une execution de cette nature
n'eut des suites fâcheuses ; il dépêcha
des Courriers et des ordres précis aux
Gouverneurs des Places situées à l'embouchure
de la Mer Noire , de couler à
fond le premier Vaisseau qu'ils appercevroient.
le
Le succès répondit à son attente ,
Vaisseau fut englouti , et cette affaire n'auroit
point éclaté , si un nommé Patrona ,
1
qui
AVRIL. 1731. 941
qui avoit été témoin de l'éxecution en
Perse et qui (à ce que prétendent quelquesuns
you comme d'autres le veulent ) avoit
échappé au naufrage , n'eut découvert ce
qu'il importoit au Grand Vizir de tenir
caché.
Ce Patrona arrive à Constantinople ;
marche vers la grande Place , attache un
Drapeau au bout d'un bâton , dont il
étoit armé , ordonne à tous les vrais fideles
de se ranger autour de lui .
Le Peuple ne parut pas d'abord bien
disposé à la révolte ; on ne répondit à
Patrona que par un grand silence , et depuis
le matin jusqu'à midi , il n'avoit rassemblé
que 10 à 12 personnes. Il eut été
facile de dissiper ce petit nombre de factieuxs
mais la lenteur du Capitan Bacha
que l'on soupçonna depuis d'être d'intelligence
avec Patrona d'ailleurs ennemi-
déclaré du G. V. et les peintures vives
et affreuses que Patrona présentoit au peuple
des indignitez commises sur le petit
nombre des Soldats Turcs , entraîna enfin
le peuple. On ferme les Boutiques , on
s'atroupe , on court au quartier des Jánissaires
, et on tourne droit au Serrail
en criant justice et vengeance .
3
>
Le Sultan Achmet étoit enfermé avec le
Grand Vizir et le Capitan-Bacha , et ne
décidoit rien lorsque les cris de la popu-
Lace
942 MERCURE DE FRANCE
lace épouvanterent le Grand Vizir ; qui ,
désesperant de remedier à un mal si pressant
, accusa le Capitan - Bacha. C'est ce
chien , dit- il , au Grand Seigneur , qui est
cause de tout ce désordre . Le Grand Amiral
picqué , rendit compte à l'Empereur
des motifs secrets , qui avoient occasionné
la paix et la guerre avec la Perse.
Le Sultan pressé par le peuple qui lui
demandoit justice , et indigné de se voir
trompé par ses deux Ministres , les fit
étrangler sur le champ et livra leurs corps
à la Populace qui les mit en pieces. Cer
Acte de Justice auroit dû naturellement
appaiser les Mécontens . Mais l'avarice ,
Foisiveté et la molesse du G. S. avoient
fort indisposé les Peuples contre lui ; aussi
Pattaquerent-ils ensuite , le détrônerent
et éleverent sur le Trêne Sultan Mah .
moud , son neveu , confié depuis longtemps
à la Garde des Janissairés .
Patrona devint bien- tôt le maître ; rien
me se décidoit que par ses ordres ; ik assistoit
à tous les Divans ; son avis y étoit
le seul suivi , il alla même jusqu'à nommer
un Janissaire-Aga . Le Sultan nouvellement
élû supportoit impatiamment une
autorité égale à la sienne ; il chercha à
abbatre un Sujet si craint et si redouté.
Il y réussit par une voye qui sembloit
assurer à Patrona le pouvoir qu'il venoit
d'usurper.
AVRIL. 1731. 943
Le Selicktar , ou Porte- Enseigne du Sultan
déposé , avoit obtenu du Sultan Mahmoud
, la place de G. Visir , loind'être lié
d'interêt avec Patrona , il servoit d'obstacle
à ses desseins. Sa perte fut résoluë ;
il n'osa s'y prendre ouvertement et crut
qu'il en viendroit mieux à bout en cachant
son projet.
Il insinua donc au Sultan de rappeller
auprès de sa Personne un certain Dgianum
-Codgia , honoré déja de la place de
Capitan - Bacha , et exilé depuis long-temps
comme ennemi déclaré du G. V. massacré ;
homme de tête et propre pour un coup
d'état. Le G. S. y consentit ; il le décora
une seconde fois de la place de Grand-
Amiral. Il indiqua un Divan où les Bachas
de la Porte et les principaux Chefs
des Rebelles devoient assister , sous prétexte
qu'il étoit à propos de prendre des
mesures promptes et sures dans la guerre
que l'on alloit déclarer aux Moscovites .
C'est une ceremonie pratiquée journellement
chez les Turcs , de revétir avant
la tenne du Divan , le nouveau Grand-
* Amiral d'un Caftan , en presence du G. S.
le Ceremonial prescrit aussi qu'il en soit
revétu par le Janissaire - Aga.
I On avoit déterminé à ce moment la
punition des factieux , et le Janissaire-Aga'
devoit être la première victime. Tout
étant
944 MERCURE DE FRANCE
étant préparé, le Janissaire Aga s'approche
du Grand- Amiral , lui présenta la Veste.
Celui-cy lui porte un coup de Sabre qu'il
avoit caché sous sa Robbe , l'étend sur le
carreau ; on prétend qu'il tomba mort ,
d'autres veulent que blessé mortellement,
il se releva , tira son poignard , dont il atteignit
Dgianum- Codgia , qui muni d'u
ne armure , ne fut point blessé.
Au signal on se jette sur les factieux;
surpris et desesperez , ils se deffendent
vaillamment , mais ils succombent enfin
au nombre de 30. tandis que l'on massacre
ceux qui étoient restez au- dedans
du Serrail et dans les cours.
Le Peuple ne marqua par aucun
mouvement qu'il y prît part. On ne
s'en est point tenu à cette simple execution
; on poursuit vivement les séditieux,
leurs têtes sont mises à prix et on renouvelle
ces fameux tems des anciennes Proscriptions.
On prétend , au reste , que bien en å
pris au nouveau Sultan , d'avoir fait cet
exemple, et que le dessein de Patrona étoit
de remettre deux jours plus tard l'ancien
Sultan sur le Trône. On ignore quel en
pouvoit être le motif.
Les Révoltes sont assez ordinaires en
Turquie. La Canée n'en a pas été exempte;
un Impôt mis sur l'huile en a été
le
AVRIL. 1731 945
+
le prétexte. 300. hommes étoient déja
assemblez dans une Mosquée , et méditoient
de massacrer le Receveur ; mais
les soins du Bacha et du Janissaire Aga ,
ont arrêté ces premiers mouvemens , et
sous prétexte de presenter une Requête à
la Porte, ils les ont congédiez et renvoyez
chez eux .
Il seroit peu necessaire , Monsieur , de
faire remarquer ce qui differencie cette
Relation des autres données au Public ;
lui seul en doit juger. Je me flatte que
vous voudrez bien lui donner promptement
une place dans votre Mercure; dans
cette attente je suis , &c.
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Résumé : LETTRE écrite de Paris le 30 Avril 1731. au sujet de la Révolution de Constantinople, contenant quelques faits Anecdotes, et qui peut servir de récapitulation à laRelation de cet événement.
La lettre du 30 avril 1731 relate la révolution à Constantinople, révélant des détails absents des journaux. Elle met en lumière deux éléments cruciaux : le motif de la sédition et l'évolution d'un plan audacieux soutenu par le Capitan-Bacha, favorisé par l'inaction du Grand Vizir et du Sultan. Le Prince Thamas, nouvellement installé sur le trône de Perse, avait envoyé une ambassade pour réclamer la restitution des provinces conquises par les Turcs. Soutenu par une armée puissante, il força les Turcs à accepter cette demande. En réponse aux cruautés turques, le roi de Perse ordonna des exécutions barbares sur les soldats turcs restés en Perse. Informé, le Grand Vizir ordonna de couler le vaisseau transportant ces soldats, mais un nommé Patrona, témoin des exécutions, révéla l'affaire à Constantinople. Patrona rallia le peuple en dénonçant les indignités commises, déclenchant une révolte. Acculé, le Grand Vizir accusa le Capitan-Bacha. Le Sultan, pressé par le peuple, fit étrangler les deux ministres et livra leurs corps à la populace. Cependant, l'avarice et la mollesse du Sultan indisposèrent les peuples, qui le détrônèrent et élevèrent son neveu, Sultan Mahmoud, au trône. Patrona devint le maître, mais le Sultan, avec l'aide du Selicktar, organisa un coup d'État. Lors d'un Divan, le nouveau Grand-Amiral tua le Janissaire-Aga, déclenchant une répression sanglante contre les séditieux. Le peuple resta passif, et les proscriptions se poursuivirent. Les motifs exacts de Patrona pour vouloir rétablir l'ancien Sultan restent inconnus. Des révoltes similaires survinrent ailleurs, comme à La Canée, où un impôt sur l'huile déclencha des mouvements séditieux rapidement réprimés. L'auteur espère que cette relation sera publiée promptement dans le Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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