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1
p. 186-191
LETTRE A M. LE DUC DE *** A Versailles.
Début :
On vous a dit vray, Monseigneur, ceux qui se piquent [...]
Mots clefs :
La Motte, Iliade, Madame Dacier, Iliade française, Grec, Homère
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. LE DUC DE *** A Versailles.
LETTRE
A M. LE DUC DE ***
jiVerfaMss.
On vous a ditvray
,
Monseigneur,
ceux qui se piquent
icy de sçavoir le Grec, trouvent
fort mauvais que M. de
la Motte, qui l'ignore
,
ce
foit mêlé de faire quelques
Observations sur un Ouvrage,
dont l'Original est Grec:
mais il y a une chose à dire
pour sa deffense, à laquelle je
ne vois point de replique. Il
ne se propose point d'examinerl'Iliade
Grecque d'Homerc,
qu'il n'entend point, mais
feulement l'Iliade Françoise
de Madame Dacier, que tout
le monde entend. Or peuton
trouver mauvais qu'il
se foit mêlédexaminer un
Poëme en Prose, écrit sur
un sujet interessant.
Si Madame Dacier a mal
traduit tous les endroits sur
lesquels il fonde sa Critique,
si elle y a fait dire à Homere
des choses abfurdcs & impertinentes,
M. de la Motte n'en
cft pas coupable: c'est à elle
à se justifier, c'està elle feule
à garentir la fidelité de sa traduction
: mais quand cette
traduction seroit infidelle précisément
dans tous ces endroits
, les Observations de
M. de la Motte ne porteroient
pas à faux pour cela,
puisqu'elles tomberoient au
moins sur l'Ouvrage François,
qui pour tous ceux qui,
comme nous, ne sçavent
point de Grec, peut avecraison
tenir lieu d'un Ouvrage
Original. Or diront-ils que
tel qu'il est,il n'est pas digne
d'estrecritiqué par des Connoisseurs
?
La feule choseque doit garantir
M. de la Motte, c'est
la verité & lajustesse de ses
Critiques : voilà ce qui (si de
son fait, voilà ce dont il doit
répondre, c'est le seul endroit
par où ses Advcrfaircs peuvent
l'attaquer, sinon avec
succés, du moins sans injustice.
Or il les attend de pied
ferme, & même de concert
avec les Spectateursde la Dispute,
illesdéfie.
Il eG vray que si les Obfervarions
sont raisonnables
contre l'Iliade Françoise, il
ne reste à ces Messieurs, pour
en garanrir l'Iliade Grecque,
qu'à soûtenir que les endroits
bien critiquez ne sont pas
bien traduits;mais c'est justement
ce côté quedeffend Madame
Dacier, & M. de la
Motte le croit si bien deffendu,
que pour l'honneur
d'Homere même ils n'oseront
jamais l'attaquer.
A Pariscezz.Janvier1714.
A M. LE DUC DE ***
jiVerfaMss.
On vous a ditvray
,
Monseigneur,
ceux qui se piquent
icy de sçavoir le Grec, trouvent
fort mauvais que M. de
la Motte, qui l'ignore
,
ce
foit mêlé de faire quelques
Observations sur un Ouvrage,
dont l'Original est Grec:
mais il y a une chose à dire
pour sa deffense, à laquelle je
ne vois point de replique. Il
ne se propose point d'examinerl'Iliade
Grecque d'Homerc,
qu'il n'entend point, mais
feulement l'Iliade Françoise
de Madame Dacier, que tout
le monde entend. Or peuton
trouver mauvais qu'il
se foit mêlédexaminer un
Poëme en Prose, écrit sur
un sujet interessant.
Si Madame Dacier a mal
traduit tous les endroits sur
lesquels il fonde sa Critique,
si elle y a fait dire à Homere
des choses abfurdcs & impertinentes,
M. de la Motte n'en
cft pas coupable: c'est à elle
à se justifier, c'està elle feule
à garentir la fidelité de sa traduction
: mais quand cette
traduction seroit infidelle précisément
dans tous ces endroits
, les Observations de
M. de la Motte ne porteroient
pas à faux pour cela,
puisqu'elles tomberoient au
moins sur l'Ouvrage François,
qui pour tous ceux qui,
comme nous, ne sçavent
point de Grec, peut avecraison
tenir lieu d'un Ouvrage
Original. Or diront-ils que
tel qu'il est,il n'est pas digne
d'estrecritiqué par des Connoisseurs
?
La feule choseque doit garantir
M. de la Motte, c'est
la verité & lajustesse de ses
Critiques : voilà ce qui (si de
son fait, voilà ce dont il doit
répondre, c'est le seul endroit
par où ses Advcrfaircs peuvent
l'attaquer, sinon avec
succés, du moins sans injustice.
Or il les attend de pied
ferme, & même de concert
avec les Spectateursde la Dispute,
illesdéfie.
Il eG vray que si les Obfervarions
sont raisonnables
contre l'Iliade Françoise, il
ne reste à ces Messieurs, pour
en garanrir l'Iliade Grecque,
qu'à soûtenir que les endroits
bien critiquez ne sont pas
bien traduits;mais c'est justement
ce côté quedeffend Madame
Dacier, & M. de la
Motte le croit si bien deffendu,
que pour l'honneur
d'Homere même ils n'oseront
jamais l'attaquer.
A Pariscezz.Janvier1714.
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Résumé : LETTRE A M. LE DUC DE *** A Versailles.
La lettre, datée du 22 janvier 1714, est adressée à un duc et aborde une controverse littéraire entre M. de la Motte et Madame Dacier. M. de la Motte est critiqué pour avoir commenté l'Iliade d'Homère sans connaître le grec. Il se défend en expliquant qu'il analyse la traduction française de Madame Dacier. Ses observations portent sur le poème en prose français, accessible à tous, et non sur l'original grec. La validité de ses critiques ne dépend pas de l'exactitude de la traduction. M. de la Motte affirme que ses critiques sont justes et défie ses adversaires de prouver le contraire. Si ses observations sont correctes concernant la version française, les défenseurs de l'Iliade grecque devront démontrer que les passages critiqués sont mal traduits, ce que Madame Dacier défend déjà. M. de la Motte est convaincu que ses adversaires n'oseront pas attaquer Homère sur ce point.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 145-166
SCENE D'ARLEQUIN, Deffenseur d'Homere.
Début :
Voicy la situation. Monsieur Grognardin, Bailly d'un Village de [...]
Mots clefs :
Arlequin, Homère, Anciens, Modernes, Grec, Cabinet, Iliade, Livre, Air, Aristote, Défenseur
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texteReconnaissance textuelle : SCENE D'ARLEQUIN, Deffenseur d'Homere.
SCENE D'ARLEQUIN ,
Deffenfeur d'Homere.
Voicy la ſituation. Monſieur
Grognardin , Bailly d'un
Village de Provence , voiſin
d'Italie , garde étroitement fa
fille Angelique. Leandre qui
en eſt amoureux a intereſſeArlequindans
ſes affaires,quid'intelligence
avec Scaramouche
a concerté cent fourberies
pour tromper le pere & favorifer
les deffeins de l'Amant.
EnfinArlequin deguifé en Sçavant,
introduit Leandreauprés
Aoust 1715 .
N
146 MERCURE
de l'objet de ſon amour , ainſi
qu'on le verra dans la Scene
qui fuit.
GROGNARDIN ,
furl'Air,Reveillez- vousBelle ..
Tandis que je n'ay rien à
faire
Je veux contenter mon courroux
....
Angelique Angelique.
Ellefera comme ſa mere,
J'en cûs helas pour mes verroux.
Angelique arrive,
Air , diray-je mon , &c .
C'a , reprenons noſtre procés
...
GALANT. 147
Mais quel Corbeau me confidere?
Il apperçoit Arlequin en Sçavant.
ARLEQUIN.
On me nomme Bouquinides
Je ſuis le ſoûteneur d'Homere.
Je ſuis ſçavant juſques aux
dents ,
Plus de vingt plats en font
garents.
GROGNARDIN.
Ala Cantonade ... Colin fermez
la cuiſine.
AArlequin ...... ch bien! qui
vous amene icy?
Nij
148 MERCURE
ARLEQUIN .
Air du Charivary.
A l'instar de Dom Qui.
chote
Je cours les champs.
Pour la beauté d'Ariftote
Je bats les gens.
Je fais dire aux paſſans ſufpects
Vivent les Grecs.
Arlequin faitchanter au Bailly
& à sa fille , vivent les
Grecs
Air,Nonje neferaypas cequ'on
veut que je faffe.
Le Parnaſſe eſt troublé par
des guerres cruelles ,
GALANT. 149
Dans le ſein des caffez , dans le
fonds des ruelles ,
Colets contre colets , rimeurs
contre rimeurs
Combattent follement pour le
choixdes Auteurs.
Air , oh ! oh ! tourelouribo.
On veut de ſes droits priver
Homere
Oh! oh! tourelouribo ...
GROGNARDIN.
Air , au Cap de bonne esperance.
Il faudroit fans plaidoirie
Accommoder ce Procés ...
ARLEQUIN.
Quel conſeil ! quelle infamie!
O tempora ! 6 mores !
Niij
150 MERCURE
Un Bailly proposer un accom.
modement !
GROGNARDIN.
Voſtre Homere at- il des
Titres?!
Que ne prend- ildes Arbitres ?
ARLEQUIN.
Comment ventrebleu ! mettre
Homere en arbitrage !
Apprenez que les Sçavans
Sont pis que des bas Normans.
Ils veulent estrefuges &Parties.
Taytay Parafitos , Gueullardez
, Tapemodernes
Apportez moy ma Bibliotheque
GALANTIS
Scaramouche ſuivi de trois
Fourbes deguiſez en Pedans ,
apportent deux cabinets,de
Livres , ornez de deux groffes
infcriptions. A l'un on lit
ANCIENS , & à l'autre
1 MODERNES. Les Fourbes
chantent en arrivant.
Faifons dire aux paſſans fufpects
vivent les Grecs.
ॐ
Arlequin fait repêter au
Bailly & à ſa fille en choeur
vivent les Grecs.
GROGNARDIN.
Air , Adieu panier.
Quoy toûjours ils font où
N iiij
152 MERCURE
vous eſtes ??
ARLEQUIN.
Je les porte par tous chemins.
Que deviendrois-je fans mes
livres?
Oſtez aux Sçavans leursbouquins
ADicu panier vendanges font
faites.
GROGNARDIN.
Mais pourquoy dans deux
cabinets
Mettre vos livres ?
ARLEQUIN...
Lebenais !
Là , nos Auteurs de baliver-
>
nes
! GALANT. 153
nes.
Ilmontre le cabinet desModer-
2
Sont à part.
GROGNARDIN.
Pourquoy cela ?
MARLEQUIN.
Bon!
Avec ces gredins de Modernes
Irois -je encanailler Platon ?
AAngelique , Air , Tu croyois
en aimant Colette.
Ouvrez cecy. J'ay là ma
chere
Un livre qui va vous tenter
Angelique ouvre le cabinet des
Modernes , &y trouve Leandre
154 MERCURE
qui luy donne un livrepourfein.
dre de lire.
Je ſuis bien sûr qu'il va vous
plate
Oh! que vous l'allez feüilleter !
GROGNARDIN.
Air, Flon Flon.
ARLEQUIN le retenant.
Laiſſez aux femmes
Ces ouvrages abjets .
Pour le plaifir des Dames
Ces Modernes font faits, Flon
Flon , &c.
Air, Vous m'entendez bien.
Tenez. Il mene leBailly au cabinet
desAnciens.
GALANT55
Flairez ce cabinet
Sentez vous le Grec ? quel fumet
!
Jay dans cette boutique
GROGNARDIN.
Eh ! bien ?
ARLEQUIN.
Deux muids de Sel Attique
Salez-vous y bien.
GROGNARDIN.
Air, L'autre jour ma Cloris.
Le Grec fait voſtre ébat...
ARLEQUIN.
Oüy, ma femme & ma fille ,
Oüy, tout juſqu'à mon chat
Chante dans ma famille ,
Charmant Grec , mes amours,
156 MERCURE
Je t'aimeray toûjours.
Allons, Chorus : Charmant
Grec ,&c..... Scaramouche
lesFourbes chantent en choeuravec
Arlequin , quise met à genoux ,
dit d'un air extafié ſur l'Air
Reveillez- vous.
Chers Anciens , voſtre lecture
Fait le charme de mes ennuis ;
Je vous aime autant , je le jure
Que ſi je vous avois traduits.
xde
Arlequin fait repeter vers à
vers ce Couplet au Bailly avec
mille jeux deTheatre , toûjoursà
genoux, ainsi que les quatrefaux
Sçavans. Il jette le chapeau du
Bailly , enlui diſant : Comment
GALANT. 157
Coquin, vous n'ôterez pas vôtre
chapeau quand on parle
des Anciens.
Air , Reveillez- vons.
De l'Iliade qu'on revere
Donnez le Livre merveilleux.....
Scaramouche tire du Cabinet
des Anciens une petite caffette
verniffée en rouge &dorée qu'il
apporte à genoux à Arlequin , qui
avec bien des ceremonies comiques
en tire un Homere couvert d'un
- vieux parchemin dechiré&gras
qu'il embraße tendrement en s'écriant
cent fois.
Quel plaifir d'embraffer Homere!
158 MERCURE
GROGNARDIN à part.
Je croy qu'il en eſt amoureux.
Arlequin fait baifer Homere à
Scaramouche &ensuite auBailly,
qui luy dit comme Henriette
des Femmes Sçavantes :
Excuſez-moy , Monfieur , je
ne ſçay pas leGrec.
Arlequinleperfecute encore
luy dit enfin : Allons , baiſez
Homere en godinetre.
GROGNARDIN.
Air de Joconde.
Quel Auteur l'attache ?
Regardant fa fille occupée àparler
bas avec Leandre.
ARLEQUIN le retenant.
GALANT . 159
Tout doux ,
Il n'eſt fait que pour elle ?
Ce Livre n'eſt pas bon pour
GROGNARDIN ricanant.
you's 100ЛО
C'eſt quelque bagatelle .
ARLEQUIN extafié.
Mais ?
GROGNARDIN.
Mais ?
ARLEQUIN.
Que Seneque eſt doux & mignon
Dans ſes Oeuvres galantes !
Les Oraiſons deCiceron
Sont bien édifiantes !
160 MERCURE
ANGELIQUE.
Air, Quand le peril eft agréable.
Helas !
GROGNARDIN.
Peſte!quel foupir tendre !
Ma filie lit quelque Roman...
ARLEQUIN.
Elle le prendra fûrement
Par où l'on doit le prendre.
Air, Mon mary està la taverne.
Voulez- vous apprendre les
cauſes
De la corruption du Goût ,
C'eſt que fans trop peſer les
dofes
On met de l'épice par tout ,
Sans ſel pourtant on ſçait
écrire
GALANT . 161
S
écrire ...
GROGNARDIN le confide-
د
rant.
Tala lerira , le drôle entre en
delire...
Arlequin entre inſenſiblement
en fureur; elle redouble Gil s'écrie
avec transport.
Sçavans courez aux armes.
Aux armes camarades
L'ennemy n'eſt pas loin
Il prend ſon Caffé ...
Voicy deux Abbez qui viennent
Allons , armons-nous ..
Aoust 1715.
162 MERCURE
GROGNARDIN effrayé.
Eit ce un mouvement de bile
Jean Gilles , Gilles joly Jean.
AARRLLEEQOUINfureux.
Toft le Bouclier d'Achille ,
JeanGilles , Gilles jolyGilles ,
Gilles joly Jean ,
Joly Jean , Jean Gilles , Gilles
joly Jean.
Air,Lere là, lere lanla.
Comment petit Outre cuide...
Ilſe jeste fur le Bailly .
✓ GROGNARDIN.
Ouf. Il me prend pour quelqu'Abbé..
ARLEQUIN.
Vous ofez marcher contr'-
GALANT. 163
,
Homere ...
Monfieur l'Abbé où allezvous
?
Vous allez vous caffer le cou...
Air , Robin turelure.
Quoy tu me fais un défi ?
C'a tentons en l'aventure ..
Eh ! bien dans un mois d'ici
turelure ,
Je t'attens dans le Mercure,
Robin turelure lure.
GROGNARDIN.
Air ,fe fuis Magdelon Friquet.
Qu'avez vous ? quelle vapeur ?
ARLEQUIN redoublantfon
enthousiame.
Quoy donc , contre Homere
O ij
164 MERCURE
on caquete ?
GROGNARDIN.
Moderez cette fureur .
ARLEQUIN.
J'aý l'accés d'un Commentateur.
Si je mets la plume à la main
Je perceray quelque Poëte....
GROGNARDIN à part.
Que ce Sçavant eſt mutin !.
AArlequin... Quoy c'eſt donc
*
un grand forfait
Quand contre Homere l'on
caquete.
ARLEQUIN effoufté.
Je ſuis .. Je tuis ..
Je fuis M gdelon Friquet ,
GALANT. 165
Et je me mocque du caquet.
GROGNARDIN regardant
fafille.
Air , Lanturlu.
Morbleu , ſa lecture
Dure trop longtemps ,
Elle a l'encolure
D'aimer les Romans.
Il approche malgré les efforts
d'Arlequin , Scaramouche ,
des autres Fourbes , &apperçoit
Leandre dans le Cabinet desModernes.
Que vois-je ? oh ! les foutbes !
ARLEQUIN s'enfuyant avec
les autres.
C'eſt un Livre deffendu
:
166 MERCURE
Lanturlu , lanturlu.
Deffenfeur d'Homere.
Voicy la ſituation. Monſieur
Grognardin , Bailly d'un
Village de Provence , voiſin
d'Italie , garde étroitement fa
fille Angelique. Leandre qui
en eſt amoureux a intereſſeArlequindans
ſes affaires,quid'intelligence
avec Scaramouche
a concerté cent fourberies
pour tromper le pere & favorifer
les deffeins de l'Amant.
EnfinArlequin deguifé en Sçavant,
introduit Leandreauprés
Aoust 1715 .
N
146 MERCURE
de l'objet de ſon amour , ainſi
qu'on le verra dans la Scene
qui fuit.
GROGNARDIN ,
furl'Air,Reveillez- vousBelle ..
Tandis que je n'ay rien à
faire
Je veux contenter mon courroux
....
Angelique Angelique.
Ellefera comme ſa mere,
J'en cûs helas pour mes verroux.
Angelique arrive,
Air , diray-je mon , &c .
C'a , reprenons noſtre procés
...
GALANT. 147
Mais quel Corbeau me confidere?
Il apperçoit Arlequin en Sçavant.
ARLEQUIN.
On me nomme Bouquinides
Je ſuis le ſoûteneur d'Homere.
Je ſuis ſçavant juſques aux
dents ,
Plus de vingt plats en font
garents.
GROGNARDIN.
Ala Cantonade ... Colin fermez
la cuiſine.
AArlequin ...... ch bien! qui
vous amene icy?
Nij
148 MERCURE
ARLEQUIN .
Air du Charivary.
A l'instar de Dom Qui.
chote
Je cours les champs.
Pour la beauté d'Ariftote
Je bats les gens.
Je fais dire aux paſſans ſufpects
Vivent les Grecs.
Arlequin faitchanter au Bailly
& à sa fille , vivent les
Grecs
Air,Nonje neferaypas cequ'on
veut que je faffe.
Le Parnaſſe eſt troublé par
des guerres cruelles ,
GALANT. 149
Dans le ſein des caffez , dans le
fonds des ruelles ,
Colets contre colets , rimeurs
contre rimeurs
Combattent follement pour le
choixdes Auteurs.
Air , oh ! oh ! tourelouribo.
On veut de ſes droits priver
Homere
Oh! oh! tourelouribo ...
GROGNARDIN.
Air , au Cap de bonne esperance.
Il faudroit fans plaidoirie
Accommoder ce Procés ...
ARLEQUIN.
Quel conſeil ! quelle infamie!
O tempora ! 6 mores !
Niij
150 MERCURE
Un Bailly proposer un accom.
modement !
GROGNARDIN.
Voſtre Homere at- il des
Titres?!
Que ne prend- ildes Arbitres ?
ARLEQUIN.
Comment ventrebleu ! mettre
Homere en arbitrage !
Apprenez que les Sçavans
Sont pis que des bas Normans.
Ils veulent estrefuges &Parties.
Taytay Parafitos , Gueullardez
, Tapemodernes
Apportez moy ma Bibliotheque
GALANTIS
Scaramouche ſuivi de trois
Fourbes deguiſez en Pedans ,
apportent deux cabinets,de
Livres , ornez de deux groffes
infcriptions. A l'un on lit
ANCIENS , & à l'autre
1 MODERNES. Les Fourbes
chantent en arrivant.
Faifons dire aux paſſans fufpects
vivent les Grecs.
ॐ
Arlequin fait repêter au
Bailly & à ſa fille en choeur
vivent les Grecs.
GROGNARDIN.
Air , Adieu panier.
Quoy toûjours ils font où
N iiij
152 MERCURE
vous eſtes ??
ARLEQUIN.
Je les porte par tous chemins.
Que deviendrois-je fans mes
livres?
Oſtez aux Sçavans leursbouquins
ADicu panier vendanges font
faites.
GROGNARDIN.
Mais pourquoy dans deux
cabinets
Mettre vos livres ?
ARLEQUIN...
Lebenais !
Là , nos Auteurs de baliver-
>
nes
! GALANT. 153
nes.
Ilmontre le cabinet desModer-
2
Sont à part.
GROGNARDIN.
Pourquoy cela ?
MARLEQUIN.
Bon!
Avec ces gredins de Modernes
Irois -je encanailler Platon ?
AAngelique , Air , Tu croyois
en aimant Colette.
Ouvrez cecy. J'ay là ma
chere
Un livre qui va vous tenter
Angelique ouvre le cabinet des
Modernes , &y trouve Leandre
154 MERCURE
qui luy donne un livrepourfein.
dre de lire.
Je ſuis bien sûr qu'il va vous
plate
Oh! que vous l'allez feüilleter !
GROGNARDIN.
Air, Flon Flon.
ARLEQUIN le retenant.
Laiſſez aux femmes
Ces ouvrages abjets .
Pour le plaifir des Dames
Ces Modernes font faits, Flon
Flon , &c.
Air, Vous m'entendez bien.
Tenez. Il mene leBailly au cabinet
desAnciens.
GALANT55
Flairez ce cabinet
Sentez vous le Grec ? quel fumet
!
Jay dans cette boutique
GROGNARDIN.
Eh ! bien ?
ARLEQUIN.
Deux muids de Sel Attique
Salez-vous y bien.
GROGNARDIN.
Air, L'autre jour ma Cloris.
Le Grec fait voſtre ébat...
ARLEQUIN.
Oüy, ma femme & ma fille ,
Oüy, tout juſqu'à mon chat
Chante dans ma famille ,
Charmant Grec , mes amours,
156 MERCURE
Je t'aimeray toûjours.
Allons, Chorus : Charmant
Grec ,&c..... Scaramouche
lesFourbes chantent en choeuravec
Arlequin , quise met à genoux ,
dit d'un air extafié ſur l'Air
Reveillez- vous.
Chers Anciens , voſtre lecture
Fait le charme de mes ennuis ;
Je vous aime autant , je le jure
Que ſi je vous avois traduits.
xde
Arlequin fait repeter vers à
vers ce Couplet au Bailly avec
mille jeux deTheatre , toûjoursà
genoux, ainsi que les quatrefaux
Sçavans. Il jette le chapeau du
Bailly , enlui diſant : Comment
GALANT. 157
Coquin, vous n'ôterez pas vôtre
chapeau quand on parle
des Anciens.
Air , Reveillez- vons.
De l'Iliade qu'on revere
Donnez le Livre merveilleux.....
Scaramouche tire du Cabinet
des Anciens une petite caffette
verniffée en rouge &dorée qu'il
apporte à genoux à Arlequin , qui
avec bien des ceremonies comiques
en tire un Homere couvert d'un
- vieux parchemin dechiré&gras
qu'il embraße tendrement en s'écriant
cent fois.
Quel plaifir d'embraffer Homere!
158 MERCURE
GROGNARDIN à part.
Je croy qu'il en eſt amoureux.
Arlequin fait baifer Homere à
Scaramouche &ensuite auBailly,
qui luy dit comme Henriette
des Femmes Sçavantes :
Excuſez-moy , Monfieur , je
ne ſçay pas leGrec.
Arlequinleperfecute encore
luy dit enfin : Allons , baiſez
Homere en godinetre.
GROGNARDIN.
Air de Joconde.
Quel Auteur l'attache ?
Regardant fa fille occupée àparler
bas avec Leandre.
ARLEQUIN le retenant.
GALANT . 159
Tout doux ,
Il n'eſt fait que pour elle ?
Ce Livre n'eſt pas bon pour
GROGNARDIN ricanant.
you's 100ЛО
C'eſt quelque bagatelle .
ARLEQUIN extafié.
Mais ?
GROGNARDIN.
Mais ?
ARLEQUIN.
Que Seneque eſt doux & mignon
Dans ſes Oeuvres galantes !
Les Oraiſons deCiceron
Sont bien édifiantes !
160 MERCURE
ANGELIQUE.
Air, Quand le peril eft agréable.
Helas !
GROGNARDIN.
Peſte!quel foupir tendre !
Ma filie lit quelque Roman...
ARLEQUIN.
Elle le prendra fûrement
Par où l'on doit le prendre.
Air, Mon mary està la taverne.
Voulez- vous apprendre les
cauſes
De la corruption du Goût ,
C'eſt que fans trop peſer les
dofes
On met de l'épice par tout ,
Sans ſel pourtant on ſçait
écrire
GALANT . 161
S
écrire ...
GROGNARDIN le confide-
د
rant.
Tala lerira , le drôle entre en
delire...
Arlequin entre inſenſiblement
en fureur; elle redouble Gil s'écrie
avec transport.
Sçavans courez aux armes.
Aux armes camarades
L'ennemy n'eſt pas loin
Il prend ſon Caffé ...
Voicy deux Abbez qui viennent
Allons , armons-nous ..
Aoust 1715.
162 MERCURE
GROGNARDIN effrayé.
Eit ce un mouvement de bile
Jean Gilles , Gilles joly Jean.
AARRLLEEQOUINfureux.
Toft le Bouclier d'Achille ,
JeanGilles , Gilles jolyGilles ,
Gilles joly Jean ,
Joly Jean , Jean Gilles , Gilles
joly Jean.
Air,Lere là, lere lanla.
Comment petit Outre cuide...
Ilſe jeste fur le Bailly .
✓ GROGNARDIN.
Ouf. Il me prend pour quelqu'Abbé..
ARLEQUIN.
Vous ofez marcher contr'-
GALANT. 163
,
Homere ...
Monfieur l'Abbé où allezvous
?
Vous allez vous caffer le cou...
Air , Robin turelure.
Quoy tu me fais un défi ?
C'a tentons en l'aventure ..
Eh ! bien dans un mois d'ici
turelure ,
Je t'attens dans le Mercure,
Robin turelure lure.
GROGNARDIN.
Air ,fe fuis Magdelon Friquet.
Qu'avez vous ? quelle vapeur ?
ARLEQUIN redoublantfon
enthousiame.
Quoy donc , contre Homere
O ij
164 MERCURE
on caquete ?
GROGNARDIN.
Moderez cette fureur .
ARLEQUIN.
J'aý l'accés d'un Commentateur.
Si je mets la plume à la main
Je perceray quelque Poëte....
GROGNARDIN à part.
Que ce Sçavant eſt mutin !.
AArlequin... Quoy c'eſt donc
*
un grand forfait
Quand contre Homere l'on
caquete.
ARLEQUIN effoufté.
Je ſuis .. Je tuis ..
Je fuis M gdelon Friquet ,
GALANT. 165
Et je me mocque du caquet.
GROGNARDIN regardant
fafille.
Air , Lanturlu.
Morbleu , ſa lecture
Dure trop longtemps ,
Elle a l'encolure
D'aimer les Romans.
Il approche malgré les efforts
d'Arlequin , Scaramouche ,
des autres Fourbes , &apperçoit
Leandre dans le Cabinet desModernes.
Que vois-je ? oh ! les foutbes !
ARLEQUIN s'enfuyant avec
les autres.
C'eſt un Livre deffendu
:
166 MERCURE
Lanturlu , lanturlu.
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3
p. 2206-2207
MEMOIRE sur l'Etude des Langues vivantes.
Début :
Dieu ayant châtié l'insolence de nos Peres, par la confusion des Langues à l'entreprise [...]
Mots clefs :
Science, Latin, Grec, Arts, Grammaire anglaise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE sur l'Etude des Langues vivantes.
MEMOIRE sur l'Etude des Langues;
vivantes.
D
Leu ayant: châtié l'insolence de nos Peres 2"
par la confusion des Langues à l'entreprise :
de Babel ; il n'y a pas de meilleur moyen pour
adoucir l'effet de cette punition , que d'apprendre
plusieurs Langues ; et l'on doit regarder
cette science comme la clef de la Sagesse des
differentes Nations.
La plus grande partie de notre jeunesse est .
occupée à apprendre le Latin et le Grec ; sur
quoi il faut observer , qu'on se fait par - là , à la
verité un bon fond , mais presque tous les
Auteurs Grecs ee Latins étant traduits en François
, il seroit sans doute , plus utile de s'ap
pliquer à l'étude des Langues de nos . Voisins.
>
L'on ne peut donc excuser l'ignorance de nos
Sçavans là-dessus ; car ne pas approfondir la
science des étrangers , est une présomption de
soi -même , et un mépris des autres qui n'est pas
pardonnable. Sur- tout si ceux que l'on méprise ,.
sont gens d'érudition ; c'est même une arrogance
insupportable de soutenir que les moindress
SEPTEMBRE 1731. 2207
Peuples ne puissent avoir quelque chose digne
de notre attention ..
Ainsi , à mon avis , aucun homme ne devroit
passer pour Sçavant parmi nous , s'il ignore
la Langue de ses voisins : et parmi ceux - cy , les..
Anglois semblent meriter notre premiere attention.
En effet , ce Peuple par une sagacité particuliere
, et par une application infatigable , travaille
beaucoup à l'avancement des Arts et des
Sciences et y fait tous les jours de grands
Progrès.
"
:
C'est sur quoi je trouve que c'est un malheur
que nous n'ayons pas une bonne Grammaire.
Angloise il y a presentement à Paris , Eaubourg
S. Jacques , près les Feuillantines , chez Monsieur
Wallon , un Gentilhomme Anglois , qui a
entrepris de faire une Grammaire Angloise , laquelle
donnera de grandes facilitez ; mais le peu
d'inclination qu'il reconnoît dans norre nation
pour l'étude aux Langues Etrangeres , le décourage
presque entierement d'éxecuter son Projet ;;
le zele pour notre Patrie également renommée
du côté des Sciences , des Arts et des Armes
devroit faire cesser cette plainte : car comme nos
voisins étudient assidument notre Langue si.
nous n'étudions pas la leur , ils seront bien- tôt
plus sçavans que nous ; et ceux que nous semblons
mépriser , auront lieu de nous mépriser à
leur tour.
vivantes.
D
Leu ayant: châtié l'insolence de nos Peres 2"
par la confusion des Langues à l'entreprise :
de Babel ; il n'y a pas de meilleur moyen pour
adoucir l'effet de cette punition , que d'apprendre
plusieurs Langues ; et l'on doit regarder
cette science comme la clef de la Sagesse des
differentes Nations.
La plus grande partie de notre jeunesse est .
occupée à apprendre le Latin et le Grec ; sur
quoi il faut observer , qu'on se fait par - là , à la
verité un bon fond , mais presque tous les
Auteurs Grecs ee Latins étant traduits en François
, il seroit sans doute , plus utile de s'ap
pliquer à l'étude des Langues de nos . Voisins.
>
L'on ne peut donc excuser l'ignorance de nos
Sçavans là-dessus ; car ne pas approfondir la
science des étrangers , est une présomption de
soi -même , et un mépris des autres qui n'est pas
pardonnable. Sur- tout si ceux que l'on méprise ,.
sont gens d'érudition ; c'est même une arrogance
insupportable de soutenir que les moindress
SEPTEMBRE 1731. 2207
Peuples ne puissent avoir quelque chose digne
de notre attention ..
Ainsi , à mon avis , aucun homme ne devroit
passer pour Sçavant parmi nous , s'il ignore
la Langue de ses voisins : et parmi ceux - cy , les..
Anglois semblent meriter notre premiere attention.
En effet , ce Peuple par une sagacité particuliere
, et par une application infatigable , travaille
beaucoup à l'avancement des Arts et des
Sciences et y fait tous les jours de grands
Progrès.
"
:
C'est sur quoi je trouve que c'est un malheur
que nous n'ayons pas une bonne Grammaire.
Angloise il y a presentement à Paris , Eaubourg
S. Jacques , près les Feuillantines , chez Monsieur
Wallon , un Gentilhomme Anglois , qui a
entrepris de faire une Grammaire Angloise , laquelle
donnera de grandes facilitez ; mais le peu
d'inclination qu'il reconnoît dans norre nation
pour l'étude aux Langues Etrangeres , le décourage
presque entierement d'éxecuter son Projet ;;
le zele pour notre Patrie également renommée
du côté des Sciences , des Arts et des Armes
devroit faire cesser cette plainte : car comme nos
voisins étudient assidument notre Langue si.
nous n'étudions pas la leur , ils seront bien- tôt
plus sçavans que nous ; et ceux que nous semblons
mépriser , auront lieu de nous mépriser à
leur tour.
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Résumé : MEMOIRE sur l'Etude des Langues vivantes.
Le texte 'MÉMOIRE sur l'Étude des Langues vivantes' met en avant l'importance d'apprendre plusieurs langues pour pallier la confusion des langues à Babel. L'auteur estime que la maîtrise des langues étrangères est cruciale pour accéder à la sagesse des différentes nations. Il critique l'accent mis sur le latin et le grec, arguant que la plupart des auteurs grecs et latins sont déjà traduits en français. Il recommande de se concentrer sur les langues des voisins, notamment l'anglais, en raison des avancées de ce peuple dans les arts et les sciences. L'auteur déplore l'ignorance des savants français concernant les langues étrangères, qualifiant cette attitude de présomptueuse et arrogante. Il propose que toute personne se prétendant savante en France devrait connaître la langue de ses voisins. Il souligne également l'absence d'une bonne grammaire anglaise à Paris et encourage son développement. Enfin, il met en garde contre le risque que les voisins, en étudiant le français, deviennent plus savants que les Français s'ils ne s'intéressent pas à leurs langues.
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4
p. 818
IDYLLE. Traduite du Grec de Bion.
Début :
Avec un zele extreme, au malin Dieu d'Amour [...]
Mots clefs :
Grec, Dieu d'amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IDYLLE. Traduite du Grec de Bion.
IDYLL E,
Traduite du Grec de Bion.
Τα Μοῖσαι τον Ερωτα ,
Vec un zele extreme, au malin Dieu d'Amour
Les Filles de Memoire en tous lieux font leur
cour.
Aussi , qu'un. Insensible ose s'approcher d'elles ,
Il les fait toutes fuir et les trouve rebelles ;
Mais dès que fléchissant sous le joug amoureux,
D'un air tendre il commence à soupirer sesfeux,
85°
Elles lui vont soudain offrir leur assistance.
On peut s'en rapporter à mon experience ;
Si je chante un Heros ou quelqu'autre des Dieux,
Les accens de ma voix n'ont rien de gracieux;
Mais quand je veux chanter ou l'Amour ou Silvie,
De ma bouche les Vers coulent pleins d'har monie,
Par M. CoCQUARD, Avocat an Par
lement de Dijon.
Traduite du Grec de Bion.
Τα Μοῖσαι τον Ερωτα ,
Vec un zele extreme, au malin Dieu d'Amour
Les Filles de Memoire en tous lieux font leur
cour.
Aussi , qu'un. Insensible ose s'approcher d'elles ,
Il les fait toutes fuir et les trouve rebelles ;
Mais dès que fléchissant sous le joug amoureux,
D'un air tendre il commence à soupirer sesfeux,
85°
Elles lui vont soudain offrir leur assistance.
On peut s'en rapporter à mon experience ;
Si je chante un Heros ou quelqu'autre des Dieux,
Les accens de ma voix n'ont rien de gracieux;
Mais quand je veux chanter ou l'Amour ou Silvie,
De ma bouche les Vers coulent pleins d'har monie,
Par M. CoCQUARD, Avocat an Par
lement de Dijon.
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Résumé : IDYLLE. Traduite du Grec de Bion.
Le poème 'IDYLL E' de Bion, traduit par M. CoCQUARD, décrit les Muses, sensibles à l'amour. Elles aident ceux qui aiment et fuient les autres. Le poète note que ses vers sont ordinaires sauf lorsqu'il chante l'amour ou Sylvie.
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5
p. 91-95
Glossaire en neuf Langues, &c. [titre d'après la table]
Début :
GLOSSARIUM Enneasticu, seu Dictionarium novum, &c. c'est-à-dire, Glossaire [...]
Mots clefs :
Langues, Latin, Dictionnaires, Dictionnaire, Programme, Français, Grec
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texteReconnaissance textuelle : Glossaire en neuf Langues, &c. [titre d'après la table]
GLOSSARIUM Enrzemticitm m4 Dictia-î
rmrium nez/nm , 0c. dest-à-dire , Glasmi
re- en neuf Langues, ou Dictionnaire nou
ycau pqur. lïntclligenceïde neuf Lan-f
. . _ E vj gues ,
9s.» MER CURE DE FRÂNCE
l
gucs , ÿçavoit : le Latin , le François , PIS‘;
talien , l’Anglois , ‘lilzspagnol , l’Allc——
mand , FHebreu , le Grec Littoral et le»
Grec Vulgaire , disposé suivant une Mé
thode qui forme pour ces neuf Langues
soixante et douze Dictionnaires complets
et. très-utiles , non-seulement aux gens
(le Lettres , mais aussi âceux «qui n’ont
aucune teinture de Latin , comme les
femmes et toutes les autres personnes qui
«par leur éducation et par leur état se
\
trouvent bornées a leur Langue mater
nelle : Ouvrage postume du R. P. Cas
sien , Capucin. . .
sCct Ouvrage est annoncé au Public. par
un Programme Latin et François , impri
’mé en 1731, qui ‘n’est venu que‘ depuis
à notre connaissance. lîsuraisons qui ont porté l’AOutneuyr àtrcooumve
poser cet Ouvrage; la maniere dontil a
eré distribué et dont il doit être imprimé ,‘
suivant l'étendue‘ et Perdre du Manuscrit
de l’Auteu-r. _
L’Auteur du Programme passe ensuite
au dessein et à la division de l’Ouvrage s
il fait remarquer jusquï‘: quel point ce
Dictionnaire se multiplie par le moyen du.
Latin , et quelle est son utilité. Il donne:
une idée generale des 72 Dictionnaires
que ces neuf Langues fournissent, et que
ce
4 4 k Ë
Î JA.N'V I E R.‘ 1733.‘ d 9g‘
ce Glossaire explique dans route leur‘
êtenduèäfll fait voir la difietence de cet’
Ouvrage d’avec les autres Dictionnaires
en plusieurs Langues : il donne ensuite le‘
Prospectus de POuvrage et de ses parties ;
après quoi il fait quelques remarques qui _
servent à entendre Pample détail qu’il‘
donne enouize de ces Dictionnaires , qui;
montent jusqu’â 144.. Il y a joint une‘
Méthode en faveur de ceux qui ne sça
vent pas le Latin , quoique le Latin soit
la clef de ce Dictionnaire , pour qu’ils
' puissent s’en servir utilement à apprendre
es Langues qu’ils veulent sçavoit. _
-» On y trouve enfin dans la Conclusion
du Programme un ex osé de la capacité
du Pere Cassien danslp
Eanguts, papacité que quelques Curieux
ont trouvee msques dans le nom de ce
Pere. Les Approbations terminent le Pro
gramme.
» Voilà, pour ainsi dire, une Esquisse du
Glossaire , disons quelque chose des ce
que le Programme rapporte en détail.
Nous y apprenons que le R. P. Cassien
plein d’un zele ‘tout-âfait loüable , réso
lut de donner en faveur de ‘ceux qui pot-i
tent parmi les Nations la prédication de
lOEvangile , un Dictionnaire qui pût leur
a connoissancc des
faciliter la cqnnoissance des Langues , qui.
SQÏXÎ
n
,4. MERCURE DE "FRANC!
sont les plus étenduës dans Plîurope.‘
Comme il les possedoit parfaitement , il
résolut d'abord de donner un Dictionnai
re en six Langues , sçavolt le Latin , le
François , l‘Italien , l’Anglois , le Grec
Littcral et le Grec Vulgaire. Ce Diction
naire devoir par le moyen du Latin Four
nir jusqifä trente Dictionnaires: en effet ,1
il le composa et en» fit même imprimer;
le Projet: il en ajoûta ensuite trois autres,‘
sçavoir l’Hebreu , l’vAllemand et l’Es a
gnol. Pour l’Allemand il en a acheve le
premierxDictiontiaitc , quiest de l’Alle
mand en François et en Latin ; mais pour
le second qui est celui du Latin en Fran
çois et en Allemand ,il ne pût Fachever,
prévenu par la mort.
M. de Vogel, à la sollicitation du Pere
Urse Capucin , a suppléé à cette perte ,
et c’est à ses travaux que le Public est re
devable de la perfection de ce Diction-q
mire. L’Ouvrage est divisé en deux par
tiez. : dans la premiereJes mots latins sont
expliquez dans les huit autres Langues g
dans la seconde , les huit Langues séparé
ment sont traduites en Latin. Or , en
multi liant les raports avec lacs Langues qu'ondeecxepslieqxupeli,caettiodnes
ces Langues les unes avec les autres , on.
montre que ce Dictionnaire qui fait envi...
. Ion
JANVIER} .1733." 9;‘
ron deux volumes In folio , tient lieu de
r44. Dictionnaires , dont l'acquisition se
roit impossible à bien des personnes. De—'__
là on apperçoit facilement l'utilité et tout
l'avantage de ce Glossaire. Il sufiira pour
faire connoîrre le mérite de cet Ouvrage
de faire remarquer que M. l’Abbî- Renau
a6: , qui ,' comme l’on sçait , avoir des
connoissances si profondes et si étenduës
sur les Langues , en fit Péloge dans Pap
probation qu'il donna àPAuteuren 171 r.
rapportée à lafin du Projet.
Nbublions pas d’avertir les Libraires
q-uo le Programme détaille en particulier,
la maniere dont ils doivent im rimer ce
Dictionnaire , et la forme qu’i s lui doi
vent donner _, eu égard au nombre et à la
grandeur des volumes dans lesquels ils le
distribueront. Le Programme se trouve
à Paris chez le sieur LangloisJm primeur,
ruë S. Etienne d’Egrès , au bon Pas:
tout.
rmrium nez/nm , 0c. dest-à-dire , Glasmi
re- en neuf Langues, ou Dictionnaire nou
ycau pqur. lïntclligenceïde neuf Lan-f
. . _ E vj gues ,
9s.» MER CURE DE FRÂNCE
l
gucs , ÿçavoit : le Latin , le François , PIS‘;
talien , l’Anglois , ‘lilzspagnol , l’Allc——
mand , FHebreu , le Grec Littoral et le»
Grec Vulgaire , disposé suivant une Mé
thode qui forme pour ces neuf Langues
soixante et douze Dictionnaires complets
et. très-utiles , non-seulement aux gens
(le Lettres , mais aussi âceux «qui n’ont
aucune teinture de Latin , comme les
femmes et toutes les autres personnes qui
«par leur éducation et par leur état se
\
trouvent bornées a leur Langue mater
nelle : Ouvrage postume du R. P. Cas
sien , Capucin. . .
sCct Ouvrage est annoncé au Public. par
un Programme Latin et François , impri
’mé en 1731, qui ‘n’est venu que‘ depuis
à notre connaissance. lîsuraisons qui ont porté l’AOutneuyr àtrcooumve
poser cet Ouvrage; la maniere dontil a
eré distribué et dont il doit être imprimé ,‘
suivant l'étendue‘ et Perdre du Manuscrit
de l’Auteu-r. _
L’Auteur du Programme passe ensuite
au dessein et à la division de l’Ouvrage s
il fait remarquer jusquï‘: quel point ce
Dictionnaire se multiplie par le moyen du.
Latin , et quelle est son utilité. Il donne:
une idée generale des 72 Dictionnaires
que ces neuf Langues fournissent, et que
ce
4 4 k Ë
Î JA.N'V I E R.‘ 1733.‘ d 9g‘
ce Glossaire explique dans route leur‘
êtenduèäfll fait voir la difietence de cet’
Ouvrage d’avec les autres Dictionnaires
en plusieurs Langues : il donne ensuite le‘
Prospectus de POuvrage et de ses parties ;
après quoi il fait quelques remarques qui _
servent à entendre Pample détail qu’il‘
donne enouize de ces Dictionnaires , qui;
montent jusqu’â 144.. Il y a joint une‘
Méthode en faveur de ceux qui ne sça
vent pas le Latin , quoique le Latin soit
la clef de ce Dictionnaire , pour qu’ils
' puissent s’en servir utilement à apprendre
es Langues qu’ils veulent sçavoit. _
-» On y trouve enfin dans la Conclusion
du Programme un ex osé de la capacité
du Pere Cassien danslp
Eanguts, papacité que quelques Curieux
ont trouvee msques dans le nom de ce
Pere. Les Approbations terminent le Pro
gramme.
» Voilà, pour ainsi dire, une Esquisse du
Glossaire , disons quelque chose des ce
que le Programme rapporte en détail.
Nous y apprenons que le R. P. Cassien
plein d’un zele ‘tout-âfait loüable , réso
lut de donner en faveur de ‘ceux qui pot-i
tent parmi les Nations la prédication de
lOEvangile , un Dictionnaire qui pût leur
a connoissancc des
faciliter la cqnnoissance des Langues , qui.
SQÏXÎ
n
,4. MERCURE DE "FRANC!
sont les plus étenduës dans Plîurope.‘
Comme il les possedoit parfaitement , il
résolut d'abord de donner un Dictionnai
re en six Langues , sçavolt le Latin , le
François , l‘Italien , l’Anglois , le Grec
Littcral et le Grec Vulgaire. Ce Diction
naire devoir par le moyen du Latin Four
nir jusqifä trente Dictionnaires: en effet ,1
il le composa et en» fit même imprimer;
le Projet: il en ajoûta ensuite trois autres,‘
sçavoir l’Hebreu , l’vAllemand et l’Es a
gnol. Pour l’Allemand il en a acheve le
premierxDictiontiaitc , quiest de l’Alle
mand en François et en Latin ; mais pour
le second qui est celui du Latin en Fran
çois et en Allemand ,il ne pût Fachever,
prévenu par la mort.
M. de Vogel, à la sollicitation du Pere
Urse Capucin , a suppléé à cette perte ,
et c’est à ses travaux que le Public est re
devable de la perfection de ce Diction-q
mire. L’Ouvrage est divisé en deux par
tiez. : dans la premiereJes mots latins sont
expliquez dans les huit autres Langues g
dans la seconde , les huit Langues séparé
ment sont traduites en Latin. Or , en
multi liant les raports avec lacs Langues qu'ondeecxepslieqxupeli,caettiodnes
ces Langues les unes avec les autres , on.
montre que ce Dictionnaire qui fait envi...
. Ion
JANVIER} .1733." 9;‘
ron deux volumes In folio , tient lieu de
r44. Dictionnaires , dont l'acquisition se
roit impossible à bien des personnes. De—'__
là on apperçoit facilement l'utilité et tout
l'avantage de ce Glossaire. Il sufiira pour
faire connoîrre le mérite de cet Ouvrage
de faire remarquer que M. l’Abbî- Renau
a6: , qui ,' comme l’on sçait , avoir des
connoissances si profondes et si étenduës
sur les Langues , en fit Péloge dans Pap
probation qu'il donna àPAuteuren 171 r.
rapportée à lafin du Projet.
Nbublions pas d’avertir les Libraires
q-uo le Programme détaille en particulier,
la maniere dont ils doivent im rimer ce
Dictionnaire , et la forme qu’i s lui doi
vent donner _, eu égard au nombre et à la
grandeur des volumes dans lesquels ils le
distribueront. Le Programme se trouve
à Paris chez le sieur LangloisJm primeur,
ruë S. Etienne d’Egrès , au bon Pas:
tout.
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Résumé : Glossaire en neuf Langues, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente un ouvrage intitulé 'Glossarium Enzementicum m4 Dictia-î', également connu sous le nom de 'Dictionnaire neuf Langues'. Cet ouvrage posthume du Père Cassien, capucin, vise à faciliter la connaissance des langues les plus répandues en Europe. Il inclut le latin, le français, l'italien, l'anglais, l'espagnol, l'allemand, l'hébreu, le grec littéral et le grec vulgaire. Structuré en soixante-douze dictionnaires complets, il est utile tant pour les lettrés que pour ceux n'ayant aucune connaissance de latin, comme les femmes et d'autres personnes limitées à leur langue maternelle. L'ouvrage a été annoncé par un programme latin et français imprimé en 1731. Le Père Cassien, motivé par le désir de faciliter la prédication de l'Évangile, avait initialement prévu un dictionnaire en six langues, mais en a finalement ajouté trois autres. M. de Vogel a complété l'œuvre après la mort du Père Cassien. Le dictionnaire est divisé en deux parties : la première explique les mots latins dans les huit autres langues, et la seconde traduit les huit langues en latin. Ainsi, il équivaut à cent quarante-quatre dictionnaires, rendant son acquisition plus accessible. Le programme détaille également la méthode d'impression et de distribution de l'ouvrage, disponible chez le sieur Langlois à Paris. L'Abbé Renaudot, connu pour ses profondes connaissances linguistiques, a approuvé l'ouvrage.
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6
p. 1068-1074
LETTRE du R. P. Tournemine à M. de la Roque.
Début :
Vous m'avez, Monsieur, donné un Adversaire redoutable ; mais j'ai [...]
Mots clefs :
Version, Saint Justin, Église, Exemplaires grecs, Grec, Manuscrits, Adversaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE du R. P. Tournemine à M. de la Roque.
LETTRE du R. P. Tournemine à M. de
la Roque.
Ous m'avez , Monsieur , donné un
Adversaire redoutable ; mais j'ai
depuis long- tems l'honneur d'être ami
du R. P. Dom Calmet , et nous ne combattrons
que de civilité.
Mon sçavant Adversaire m'accorde que
I. Vol. ces
JUIN. 1734 1069
ces deux mots à ligno étoient dans la Ver
sion Italique , aussi ancienne que l'Eglise
; que plusieurs Peres Latins en differentes
Contrées les ont lûs dans leurs Exemplaires
; que l'Eglise Latine les a retenuës
dans ses Offices , même après avoir admis
generalement la Vulgate , où ils ne
sont pas peut- on supposer que le Traducteur
qui a donné aux premiers Chrétiens
la premiere Version Latine , qu'on
appelle Italique , ne les lisoit pas dans les
Exemplaires Grecs qu'il traduisoit ? Peuton
supposer que dans cette multitude de
Papes , d'Evêques , qui ont recû et proposé
cette Version à leurs Peuples pen ?
dant plusieurs siecles , aucun n'ait con
sulté les Exemplaires Grecs , ou qu'on les
ait examinés sans s'appercevoir de l'infidelité
du Traducteur ? Le Critique le
plus outré n'accorderoit pas à cette conjecture
le moindre degré de vraisemblance.
Voilà donc plusieurs Exemplaires
Grecs très anciens répandus en divers
Pays , où ces deux mots se trouvoient ,
il falloit que leur nombre et que leur antiquité
fit une grande impression sur les
esprits , pour balancer l'autorité de saint
Jerôme. Cassiodore à qui on n'osesoit refuser
la qualité d'habile et judicieux Critique
, Cassiodore qui avoit pris tant de
1.Vol. B soin
·
1070 MERCURE DE FRANCE
soin pour rassembler les Exemplaires les
plus corrects des Saintes Ecritures , s'exprime
en termes et clairs et décisifs sur
notre question , le R. P. Dom Calmet
les a rapportés , je les repete , ils doivent
être d'un grand poids : A ligno alii quidem
non habent interpretes. sed nobis sufficit
quod septuaginta Interpretum, autoritate firmatum
est. » Ces deux mots à ligno ne sont
» pas dans d'autres Versions , mais pour
» nous l'autorité des Septante nous suffit¸«<
Soupçonnera- t on ? est- il permis de soupçonner
que Cassiodore parloit ainsi , sans
avoir sous les yeux des Exemplaires Grecs
où il lisoit ces deux mots ?
و
Mon Sçavant Adversaire convient en- ,
core que S. Justin assure qu'ils étoient
dans les Exemplaires Grecs , que les Juifs
les avoient ôtés de l'Hebreu . Il convient
que Triphon , Juif habile , qui dispute
avec Saint Justin , reconnoît que ces mots
sont dans les Exemplaires Grecs et se
retranche à justifier les Juifs de la prévarication
dont Saint Justin les accuse. Il
est vrai que le Docte Abbé de Senone ne
marque pas une grande estime pour Saint
Justin ; en ce point nous pensons fort differemment.
Saint Justin me paroît un
des plus Sçavans hommes de son siecle ,
également versé dans les Disciplines Sa-
I. Vol.
crées
JUIN. 1734 1071
crées et profanes . Nos Critiques pointilleux
lui font quelques reproches ; mais
si quelques- uns sont fondés , d'autres ne
sont que de mauvaises chicanes , et si
l'on réunissoit les voix des connoisseurs,
je doute que le Saint Docteur perdit sa
cause. Indépendamment de la science de
Saint Justin et de Triphon , à qui persuadera
t- on que de leur tems les deux
mots en question n'étoient pas dans les
Exemplaires Grecs ? Si on ne les lisoit pas
dans plusieurs Manuscrits , l'objection de
Saint Justin étoit pitoyable , et Triphon
en auroit fait sentir la foiblesse . Quoi !
eut-il dit , vous reprochez aux Juifs d'a -
voir rétranché de l'Hebreu deux mots
qui ne sont pas dans le Grec dont vous
vous servez. Voilà donc en Orient et en-
Occident des Manuscrits Grecs dans lesquels
on lisoit les deux mots.
Je conviens à mon tour que la citation
de Saint Ephrem peut être contestée.
Dans la Traduction Latine du Sermon
de la Croix on lit à ligno , ces deux
mots ne sont point dans le Grec imprimé
en Angleterre , je l'avoue. J'ai cependant
de la peine à croire que leTraducteur
Latin les eût mis dans sa Version , s'ils n'étoient
pás dans le Manuscrit Grec ; quel
interêt l'auroit obligé à cette falsification ,
J.Vola Bij dans
172 MERCURE DE FRANCE
--
dans un tems où la Vulgate en laquelle
ces deux mots ne sont point , étoit reçûë
par toute l'Eglise ? On m'objecte encore
que M.Assemanni *n'a point vû enOrient
de Manuscrit de cette Homelie ; cela démontre-
t-il qu'il n'y en a point ? Je sçais
que les Versions Syriaques imprimées ne
sont ni fort anciennes , ni fort autorisées:
j'ai n'ai parlé que de la Version Syriaque
dont se servoit S. Ephrem, et avec laquelle
avoit été formée l'Eglise de Syrie ; il est
aussi probable qu'on y lisoit àligno , qu'il
est improbable que le Traducteur Latin
les ait inserés dans sa Version sans les
avoir lûs dans le Grec , et que le Traduc
teur Grec ne les ait pas lûs dans le Syria
que.
Venons à la conjecture ingenieuse de
Salmeron et d'Agellius. La réputation de
ces Sçavans et judicieux Critiques lui donne
une grande force , mais je n'en ai pas
besoin mon sentiment ne porte point
sur des conjectures , il n'est fondé que
sur un fait . Ces deux mots à ligno se li
soient dans les Manuscrits des Septante .
sur lesquels a été faite la premiere Version
Latine , aussi ancienne que l'Eglise
* Sçavant Maronite , aujourd'hui Garde de la
Bibliotheque du Vatican
I. Vol. dans
JUIN. 1734. 1073
dans les Manuscrits de S.Justin et de Triphon,
dans les Manuscrits de Cassiodore.
Le sentiment de mon Illustre Adversaire
n'est appuyé que sur des conjectures
. Premiere conjecture. Ces mots ont
passé du Latin dans le Grec , je demande
par quelle machine s'est fait ce transport
? semble- t- il possible ? en citera - t on
un seul exemple ?
Seconde conjecture . C'est la pieuse
fraude de quelque Chrétien . Le respect
que les Chrétiens avoient pour l'Ecriture
me défend de le penser . Quoi ! n'auroit-
on pas reclamé en Orient et en Occident
contre cette falsification ?
Je dirai à l'occasion de ces pieuses fraudes
, qu'on a grand tort de les imputer
aux premiers Chrétiens. Les plus habiles
Critiques attribuent aux Juifs Alexandrins
et aux Heretiques ces Ecrits supposés.
On n'a aucune preuve qu'un seul
Catholique , pendant cinq siccles , se soit
rendu coupable de ces suppositions . Cette
manoeuvre indigne de la sincerité Chrétienne
ne convient qu'aux Heretiques ,
et ils en ont été convaincus dans tous les
siecles. Qu'on ne me dise pas qu'un Prêstre
Disciple de Saint Paul , étoit Auteur
des faux Actes de Sainte Tecle ; je n'ai
garde de mettre au rang des Catholiques
1.Vol. B iij
UE
1074 MERCURE DE FRANCE
un Ecrivain dont l'Ouvrage est rempli
d'erreurs grossieres, qui faisoit baptiset un
Lion . Au reste , Monsieur , je suis fort
éloigné d'accorder que la supposition du
fameux Passage de Joseph soit reconnuë
et avoüéè ; au contraire je suis prêt de
montrer que la raison et l'autorité prouvent
également qu'il est legitime.
Concluons : Ces mots à ligno ont été
certainement dans la Version des Septante.
Imitons donc la sage circonspection
de l'Eglise , qui même après avoir reçû
la Vulgate , les retient dans ses Offices .
La raison solide qui a déterminé l'Eglise ,
c'est que pendant les premiers et les plus
beaux siecles de la même Eglise , ils ont
fait une petite partie de l'Ecriture Sainte
qui étoit en usage. Je suis , Monsieur , & c.
A Paris le 6. Mai 1734.
la Roque.
Ous m'avez , Monsieur , donné un
Adversaire redoutable ; mais j'ai
depuis long- tems l'honneur d'être ami
du R. P. Dom Calmet , et nous ne combattrons
que de civilité.
Mon sçavant Adversaire m'accorde que
I. Vol. ces
JUIN. 1734 1069
ces deux mots à ligno étoient dans la Ver
sion Italique , aussi ancienne que l'Eglise
; que plusieurs Peres Latins en differentes
Contrées les ont lûs dans leurs Exemplaires
; que l'Eglise Latine les a retenuës
dans ses Offices , même après avoir admis
generalement la Vulgate , où ils ne
sont pas peut- on supposer que le Traducteur
qui a donné aux premiers Chrétiens
la premiere Version Latine , qu'on
appelle Italique , ne les lisoit pas dans les
Exemplaires Grecs qu'il traduisoit ? Peuton
supposer que dans cette multitude de
Papes , d'Evêques , qui ont recû et proposé
cette Version à leurs Peuples pen ?
dant plusieurs siecles , aucun n'ait con
sulté les Exemplaires Grecs , ou qu'on les
ait examinés sans s'appercevoir de l'infidelité
du Traducteur ? Le Critique le
plus outré n'accorderoit pas à cette conjecture
le moindre degré de vraisemblance.
Voilà donc plusieurs Exemplaires
Grecs très anciens répandus en divers
Pays , où ces deux mots se trouvoient ,
il falloit que leur nombre et que leur antiquité
fit une grande impression sur les
esprits , pour balancer l'autorité de saint
Jerôme. Cassiodore à qui on n'osesoit refuser
la qualité d'habile et judicieux Critique
, Cassiodore qui avoit pris tant de
1.Vol. B soin
·
1070 MERCURE DE FRANCE
soin pour rassembler les Exemplaires les
plus corrects des Saintes Ecritures , s'exprime
en termes et clairs et décisifs sur
notre question , le R. P. Dom Calmet
les a rapportés , je les repete , ils doivent
être d'un grand poids : A ligno alii quidem
non habent interpretes. sed nobis sufficit
quod septuaginta Interpretum, autoritate firmatum
est. » Ces deux mots à ligno ne sont
» pas dans d'autres Versions , mais pour
» nous l'autorité des Septante nous suffit¸«<
Soupçonnera- t on ? est- il permis de soupçonner
que Cassiodore parloit ainsi , sans
avoir sous les yeux des Exemplaires Grecs
où il lisoit ces deux mots ?
و
Mon Sçavant Adversaire convient en- ,
core que S. Justin assure qu'ils étoient
dans les Exemplaires Grecs , que les Juifs
les avoient ôtés de l'Hebreu . Il convient
que Triphon , Juif habile , qui dispute
avec Saint Justin , reconnoît que ces mots
sont dans les Exemplaires Grecs et se
retranche à justifier les Juifs de la prévarication
dont Saint Justin les accuse. Il
est vrai que le Docte Abbé de Senone ne
marque pas une grande estime pour Saint
Justin ; en ce point nous pensons fort differemment.
Saint Justin me paroît un
des plus Sçavans hommes de son siecle ,
également versé dans les Disciplines Sa-
I. Vol.
crées
JUIN. 1734 1071
crées et profanes . Nos Critiques pointilleux
lui font quelques reproches ; mais
si quelques- uns sont fondés , d'autres ne
sont que de mauvaises chicanes , et si
l'on réunissoit les voix des connoisseurs,
je doute que le Saint Docteur perdit sa
cause. Indépendamment de la science de
Saint Justin et de Triphon , à qui persuadera
t- on que de leur tems les deux
mots en question n'étoient pas dans les
Exemplaires Grecs ? Si on ne les lisoit pas
dans plusieurs Manuscrits , l'objection de
Saint Justin étoit pitoyable , et Triphon
en auroit fait sentir la foiblesse . Quoi !
eut-il dit , vous reprochez aux Juifs d'a -
voir rétranché de l'Hebreu deux mots
qui ne sont pas dans le Grec dont vous
vous servez. Voilà donc en Orient et en-
Occident des Manuscrits Grecs dans lesquels
on lisoit les deux mots.
Je conviens à mon tour que la citation
de Saint Ephrem peut être contestée.
Dans la Traduction Latine du Sermon
de la Croix on lit à ligno , ces deux
mots ne sont point dans le Grec imprimé
en Angleterre , je l'avoue. J'ai cependant
de la peine à croire que leTraducteur
Latin les eût mis dans sa Version , s'ils n'étoient
pás dans le Manuscrit Grec ; quel
interêt l'auroit obligé à cette falsification ,
J.Vola Bij dans
172 MERCURE DE FRANCE
--
dans un tems où la Vulgate en laquelle
ces deux mots ne sont point , étoit reçûë
par toute l'Eglise ? On m'objecte encore
que M.Assemanni *n'a point vû enOrient
de Manuscrit de cette Homelie ; cela démontre-
t-il qu'il n'y en a point ? Je sçais
que les Versions Syriaques imprimées ne
sont ni fort anciennes , ni fort autorisées:
j'ai n'ai parlé que de la Version Syriaque
dont se servoit S. Ephrem, et avec laquelle
avoit été formée l'Eglise de Syrie ; il est
aussi probable qu'on y lisoit àligno , qu'il
est improbable que le Traducteur Latin
les ait inserés dans sa Version sans les
avoir lûs dans le Grec , et que le Traduc
teur Grec ne les ait pas lûs dans le Syria
que.
Venons à la conjecture ingenieuse de
Salmeron et d'Agellius. La réputation de
ces Sçavans et judicieux Critiques lui donne
une grande force , mais je n'en ai pas
besoin mon sentiment ne porte point
sur des conjectures , il n'est fondé que
sur un fait . Ces deux mots à ligno se li
soient dans les Manuscrits des Septante .
sur lesquels a été faite la premiere Version
Latine , aussi ancienne que l'Eglise
* Sçavant Maronite , aujourd'hui Garde de la
Bibliotheque du Vatican
I. Vol. dans
JUIN. 1734. 1073
dans les Manuscrits de S.Justin et de Triphon,
dans les Manuscrits de Cassiodore.
Le sentiment de mon Illustre Adversaire
n'est appuyé que sur des conjectures
. Premiere conjecture. Ces mots ont
passé du Latin dans le Grec , je demande
par quelle machine s'est fait ce transport
? semble- t- il possible ? en citera - t on
un seul exemple ?
Seconde conjecture . C'est la pieuse
fraude de quelque Chrétien . Le respect
que les Chrétiens avoient pour l'Ecriture
me défend de le penser . Quoi ! n'auroit-
on pas reclamé en Orient et en Occident
contre cette falsification ?
Je dirai à l'occasion de ces pieuses fraudes
, qu'on a grand tort de les imputer
aux premiers Chrétiens. Les plus habiles
Critiques attribuent aux Juifs Alexandrins
et aux Heretiques ces Ecrits supposés.
On n'a aucune preuve qu'un seul
Catholique , pendant cinq siccles , se soit
rendu coupable de ces suppositions . Cette
manoeuvre indigne de la sincerité Chrétienne
ne convient qu'aux Heretiques ,
et ils en ont été convaincus dans tous les
siecles. Qu'on ne me dise pas qu'un Prêstre
Disciple de Saint Paul , étoit Auteur
des faux Actes de Sainte Tecle ; je n'ai
garde de mettre au rang des Catholiques
1.Vol. B iij
UE
1074 MERCURE DE FRANCE
un Ecrivain dont l'Ouvrage est rempli
d'erreurs grossieres, qui faisoit baptiset un
Lion . Au reste , Monsieur , je suis fort
éloigné d'accorder que la supposition du
fameux Passage de Joseph soit reconnuë
et avoüéè ; au contraire je suis prêt de
montrer que la raison et l'autorité prouvent
également qu'il est legitime.
Concluons : Ces mots à ligno ont été
certainement dans la Version des Septante.
Imitons donc la sage circonspection
de l'Eglise , qui même après avoir reçû
la Vulgate , les retient dans ses Offices .
La raison solide qui a déterminé l'Eglise ,
c'est que pendant les premiers et les plus
beaux siecles de la même Eglise , ils ont
fait une petite partie de l'Ecriture Sainte
qui étoit en usage. Je suis , Monsieur , & c.
A Paris le 6. Mai 1734.
Fermer
Résumé : LETTRE du R. P. Tournemine à M. de la Roque.
La lettre du R. P. Tournemine à M. de la Roque traite de la présence des mots 'à ligno' dans les versions anciennes des Écritures. Tournemine reconnaît l'antiquité et la diffusion de ces mots dans la Version Italique et d'autres exemplaires grecs, utilisés par plusieurs Pères de l'Église et consultés par de nombreux papes et évêques. Il souligne que Cassiodore, un critique respecté, mentionne ces mots dans les exemplaires grecs, ce qui renforce leur authenticité. Tournemine cite également Saint Justin et Triphon, qui attestent de la présence de ces mots dans les exemplaires grecs, et conteste les critiques portées contre Saint Justin. Il mentionne que la Version Syriaque utilisée par Saint Éphrem contenait probablement ces mots. Tournemine rejette les conjectures selon lesquelles ces mots auraient été ajoutés par des Chrétiens, affirmant que de telles falsifications auraient été contestées. Il conclut que les mots 'à ligno' étaient présents dans la Version des Septante et que l'Église les a retenus dans ses offices en raison de leur usage ancien et de leur authenticité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 2031
Lettera al Cardinale Quirini, [titre d'après la table]
Début :
LETTERA all' Eminentissimo e Reverendissimo Signor Cardinale Angelo Maria Quirini [...]
Mots clefs :
Angelo Maria Querini, Lettre, Grec, Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettera al Cardinale Quirini, [titre d'après la table]
LETTERA all' Eminentiffimo e Reverendiffimo
Signor Cardinale Angelo Maria Quirini
Bibliothecario della Santa Romana Chiefa,
Vefcovo di Brescia , intorno agli Italiani , che
de Secolo XI. infino verso la fine del XIV Seppero
di Greco. In Venezia , 1743 , in- 8 °.
Signor Cardinale Angelo Maria Quirini
Bibliothecario della Santa Romana Chiefa,
Vefcovo di Brescia , intorno agli Italiani , che
de Secolo XI. infino verso la fine del XIV Seppero
di Greco. In Venezia , 1743 , in- 8 °.
Fermer
8
p. 13-20
DIALOGUE ENTRE PERICLÉS, un GREC moderne & un RUSSE.
Début :
PERICLÉS. J'AI quelque envie de questionner un Grec moderne [...]
Mots clefs :
Grec, Russe, Athènes, Temps, Barbares, Moderne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE ENTRE PERICLÉS, un GREC moderne & un RUSSE.
DIALOGUE
ENTRE PERICLÉS , un GREC moderne
& un RUSSE.
PERICLÉ S.
J'AI quélque envie de queftionner un
Grec moderne , & Minos m'a dit qu'un
de nous deux l'étoit .
LE GRE C.
Minos a dit vrai , je fus le très -humbie
Efclave de la fublime Port
PERICLÉ S.
Qu'entends-je ? Efclave ! Un Grec
peut - il jamais l'être?
LE GRE C.
Un Grec peut- il être libre?
LE RUSSE .
Il a raifon : Grec & Efclave fignifient
aujourd'hui la même chofe.
PERICLÉ S.
Ah ciel ! que je plains mes malheureux
Compatriotes .
LE GRE C.
'C'est à tort. Je fus affez content de
mon état : je cultivois le coin de terre
que le Bacha de Romélie avoit la
**4 MERCURE DE FRANCE.
générofité de me laiffer ; je payois le
tribut à fa Hauteffe....
3
PERICLÉS .
Le tribut ? Quel mot dans la bouche
d'un Grec ! Mais parle ; en quoi confiftoit
cette humiliante preuve de fervitude?
LE GREC.
A donner une partie du fruit de mon
travail , l'aîné de mes fils & toutes mes
filles , quand elles étoient jolies.
PERICLÉS.
Quoi lâche ? Tu livrois toi - même
tes enfans à l'efclavage ? Eft- ce ainfi
qu'en ufoient les Contemporains de
Miltiade , d'Ariftide , de Themifto-
*cle...
LE GRE C.
Voilà des noms que je n'ai jamais
entendu citer. Ces gens - là étoient- ils
Boftangis , Capigi - Bachis , Bachas à
trois queües , ou Chefs des Eunuques ?
PERICLES ( au Ruffe. )
De quels noms barbares & ridicu
les cet homme ofe - t - il affliger mes
oreilles ? Je parle , fans doute , à quelque
ftupide Béotien , ou à quelque
ignorant Spartiate . ( Au Grec. ) Sans
doute que le nom de Periclès ne vous
eft pas mieux connu ?
JUILLET. 1763.
t
LE GREC.
Pericles ? ... Non ... Il me femble ,
pourtant , qu'un de nos plus célébres
Caloyers s'appelloit ainfi .
PERICL É S.
Qu'est-ce qu'un Caloyer? C'eft apparamment
, parmi vous , la premiere
perfonne de l'Etat.
LE GRE C.
Un Caloyer n'eft rien pour l'Etat ,
comme l'Etat n'eft rien pour lui.
PERICLES.
Eh par quels moyens celui-là s'eft- il
rendu fi célébre ? A-t-il comme moi
combattu & vaincu pour fa Patrie ?
L'a-t-il ornée de monumens confacrés
aux Dieux , aux beaux Arts , à l'utilité
publique , & jufqu'aux amuſemens des
Citoyens ? A-t-il encouragé les talens ,
protégé , enrichi les Artiftes & les Auteurs
, apprécié des Chefs- d'oeuvres ? ...
LE GRE C.
no
'Non , le Caloyer dont je parle , ne
fçavoit même pas lire , n'habitoit qu'u
ne Cabane , cultivoit lui- même fon
champ , fe froiffoit journellement les
épaules , ne vivoit que de racines , &
offroit au Ciel fes flagellations , fes
travaux , fon abftinence & fon ignorance.
To MERCURE DE FRANCE.
PERICLÉS.
Et la renommée de cet homme l'emporte_
fur la mienne ?
LE GRE C.
Affurément. Tous nos Grecs le révérent
, & tous vous ignorent.
PERICLÉ S.
O deftinée ! ... Mais , du moins , fuisje
toujours en vénération dans Athènes
, dans cette Ville , où j'introduifis
la magnificence & le goût des belles
chofes,
LE GRE C.
Je n'en fçais rien . Pour moi , j'habite
Sétine , bourg affez chétif , qui
l'étoit , dit-on , moins autrefois , & qui
le fera beaucoup plus encore par la
fuite.
PERICLÉS.
Quoi l'illuftre , l'opulente ville d'Athènes
vous feroit auffi peu connue
que Themistocle & Pericles ? Il faut
que vous ayez vécu enterré dans quelque
coin de la Grece ?
LE RUSSE.
Point du tout , il vivoit dans 'Athènes
même.
PERICLES .
Dans Athènes ! & il m'ignore ? & il
ignore jufqu'au nom de cette Ville fameufe
?
JUILLET. 1763. 17
LE RUSS E.
Bien d'autres que lui pourroient s'y
méprendre . Athènes , autrefois fi fuperbe
, n'eft plus aujourd'hui que le
chétif bourg de Sétine.
PERICLÉ S.
Ah ! que m'apprenez-vous ?
LE RUSSE .
Tel eft le fruit des ravages du temps ,
& des inondations de Barbares . , plus
deftructives que le temps même.
PERICLÉ S.
J'ai bien fçu que les fucceffeurs d'Alexandre
fubjuguerent la Grece ; mais
Rome ne lui rendit- elle pas la liberté ?
La crainte d'apprendre qu'elle l'eût de
nouveau perdue , m'interdit depuis toute
recherche à cet égard.
LE RUSSE.
Vous l'euffiez vu changer bien des
fois de Maître. Elle parut , néanmoins ,
durant quelque temps , partager l'Empire
du monde avec les Romains ; Empire
que nulle des deux Puiffances -ne
feut conferver. Mais pour ne parler ici
que de la Grece , vous l'euffiez vu , disje
, fubir le joug tantôt des François ,
tantôt des Vénitiens , tantôt des Turcs .
PERICLÉS.
Je n'ai jamais connu ces trois Nations
barbares.
18 MERCURE DE FRANCE.
LE RUSSE .
Pour moi , je reconnoîs un ancien
Grec à ce langage. Tout Peuple étranger
étoit barbare à vos yeux . Vous
n'en exceptiez pas même les Égypdé
tiens , à qui vous deviez le germe
toutes vos connoiffances
. J'avoue que
les Turcs n'ont guères connu autrefois
que l'Art de conquérir , & ne connoiffent
guères maintenant que l'Art de
bien garder leurs conquêtes. Mais les
Vénitiens , mais fur - tout les François
>ont égalé vos Grecs dans plus d'un genre
, & les ont furpaffé dans quelques
autres.
PERICLES
.
Voilà un beau Portrait ; mais je le
foupçonne un peu flaté. N'êtes - vous
pas né François ?
LE RUSS E.
Il s'en faut de beaucoup ; je fuis
Ruffe.
PERICLÉS
.
Ruffe ... Il faut que tous les Peuples
de la terre ayent changé de nom
depuis que j'habite l'Elifée. Je vous avoue
que je n'ai jamais entendu nommer les
Ruffes. Vos connoiffances
me font
cependant juger votre nation très-ancienne.
Seroit-elle un rejetton des EgypJUILLET.
1763. 19
tiens , dont vous preniez tout à l'heure
la défenſe ?
LE RUSS E.
Non. Je n'ai connu ces Peuples que
par vos Hiftoriens. Quant à ma Nation
, elle defcend des Scythes & des
Sarmutes.
PERICLÉ S.
Seroit-il bien poffible qu'un héritier
des Sarmates & des Scythes connût
mieux qu'un Grec moderne l'ancien
état de la Grece?
LE RUSSE.
Il y a,au plus, quarante ans que nous
ne connoillions ni les Egyptiens , ni
les Grecs , ni même les Sarmates , de
qui nous defcendons . Mais un de nos
Souverains nâquit avec du génie. Il
entreprit de profcrire l'ignorance de fes
Etats ; & bien -tôt on y vit éclore les
Arts , les Sciences , les Académies , les
Spectacles : nous apprîmes l'Hiftoire de
tous les Peuples , & nous méritâmes
que d'autres Peuples appriffent la nôtre
.
PERICLE S.
Il eft vrai que pour opérer ces fortes
de métamorphofes , un Prince n'a qu'à
vouloir ; mais il eft encore plus vrai
que j'ai perdu bien du temps : j'efpé20
MERCURE DE FRANCE.
rois m'immortalifer , & on m'ignore
jufques dans ma Patrie !
LE RUS SE.
En revanche , on vous connoît dans
a mienne ; ce que vous n'efpériez peutêtre
pas.
PERICLÉS.
Je l'avoue. Cependant , je regrette ,
malgré moi , qu'Athènes ait mis en oubli
ce que j'ai fait pour elle . Je vais m'en
confoler avec Ofiris , avec Minos , avec
Lycurgue , avec Solon , avec une foule
de Fondateurs d'Empires , & de Légiflateurs
, dont on a oublié les actions &
les préceptes. Les connoiffances humaines
font un Aftre qui ne peut éclairer
qu'une partie du Globe à la fois ,
& qui les éclaire toutes fucceffivement :
le jour commence chez telle Nation ,
lorfqu'il eft prêt à finir chez telle autre
.
ENTRE PERICLÉS , un GREC moderne
& un RUSSE.
PERICLÉ S.
J'AI quélque envie de queftionner un
Grec moderne , & Minos m'a dit qu'un
de nous deux l'étoit .
LE GRE C.
Minos a dit vrai , je fus le très -humbie
Efclave de la fublime Port
PERICLÉ S.
Qu'entends-je ? Efclave ! Un Grec
peut - il jamais l'être?
LE GRE C.
Un Grec peut- il être libre?
LE RUSSE .
Il a raifon : Grec & Efclave fignifient
aujourd'hui la même chofe.
PERICLÉ S.
Ah ciel ! que je plains mes malheureux
Compatriotes .
LE GRE C.
'C'est à tort. Je fus affez content de
mon état : je cultivois le coin de terre
que le Bacha de Romélie avoit la
**4 MERCURE DE FRANCE.
générofité de me laiffer ; je payois le
tribut à fa Hauteffe....
3
PERICLÉS .
Le tribut ? Quel mot dans la bouche
d'un Grec ! Mais parle ; en quoi confiftoit
cette humiliante preuve de fervitude?
LE GREC.
A donner une partie du fruit de mon
travail , l'aîné de mes fils & toutes mes
filles , quand elles étoient jolies.
PERICLÉS.
Quoi lâche ? Tu livrois toi - même
tes enfans à l'efclavage ? Eft- ce ainfi
qu'en ufoient les Contemporains de
Miltiade , d'Ariftide , de Themifto-
*cle...
LE GRE C.
Voilà des noms que je n'ai jamais
entendu citer. Ces gens - là étoient- ils
Boftangis , Capigi - Bachis , Bachas à
trois queües , ou Chefs des Eunuques ?
PERICLES ( au Ruffe. )
De quels noms barbares & ridicu
les cet homme ofe - t - il affliger mes
oreilles ? Je parle , fans doute , à quelque
ftupide Béotien , ou à quelque
ignorant Spartiate . ( Au Grec. ) Sans
doute que le nom de Periclès ne vous
eft pas mieux connu ?
JUILLET. 1763.
t
LE GREC.
Pericles ? ... Non ... Il me femble ,
pourtant , qu'un de nos plus célébres
Caloyers s'appelloit ainfi .
PERICL É S.
Qu'est-ce qu'un Caloyer? C'eft apparamment
, parmi vous , la premiere
perfonne de l'Etat.
LE GRE C.
Un Caloyer n'eft rien pour l'Etat ,
comme l'Etat n'eft rien pour lui.
PERICLES.
Eh par quels moyens celui-là s'eft- il
rendu fi célébre ? A-t-il comme moi
combattu & vaincu pour fa Patrie ?
L'a-t-il ornée de monumens confacrés
aux Dieux , aux beaux Arts , à l'utilité
publique , & jufqu'aux amuſemens des
Citoyens ? A-t-il encouragé les talens ,
protégé , enrichi les Artiftes & les Auteurs
, apprécié des Chefs- d'oeuvres ? ...
LE GRE C.
no
'Non , le Caloyer dont je parle , ne
fçavoit même pas lire , n'habitoit qu'u
ne Cabane , cultivoit lui- même fon
champ , fe froiffoit journellement les
épaules , ne vivoit que de racines , &
offroit au Ciel fes flagellations , fes
travaux , fon abftinence & fon ignorance.
To MERCURE DE FRANCE.
PERICLÉS.
Et la renommée de cet homme l'emporte_
fur la mienne ?
LE GRE C.
Affurément. Tous nos Grecs le révérent
, & tous vous ignorent.
PERICLÉ S.
O deftinée ! ... Mais , du moins , fuisje
toujours en vénération dans Athènes
, dans cette Ville , où j'introduifis
la magnificence & le goût des belles
chofes,
LE GRE C.
Je n'en fçais rien . Pour moi , j'habite
Sétine , bourg affez chétif , qui
l'étoit , dit-on , moins autrefois , & qui
le fera beaucoup plus encore par la
fuite.
PERICLÉS.
Quoi l'illuftre , l'opulente ville d'Athènes
vous feroit auffi peu connue
que Themistocle & Pericles ? Il faut
que vous ayez vécu enterré dans quelque
coin de la Grece ?
LE RUSSE.
Point du tout , il vivoit dans 'Athènes
même.
PERICLES .
Dans Athènes ! & il m'ignore ? & il
ignore jufqu'au nom de cette Ville fameufe
?
JUILLET. 1763. 17
LE RUSS E.
Bien d'autres que lui pourroient s'y
méprendre . Athènes , autrefois fi fuperbe
, n'eft plus aujourd'hui que le
chétif bourg de Sétine.
PERICLÉ S.
Ah ! que m'apprenez-vous ?
LE RUSSE .
Tel eft le fruit des ravages du temps ,
& des inondations de Barbares . , plus
deftructives que le temps même.
PERICLÉ S.
J'ai bien fçu que les fucceffeurs d'Alexandre
fubjuguerent la Grece ; mais
Rome ne lui rendit- elle pas la liberté ?
La crainte d'apprendre qu'elle l'eût de
nouveau perdue , m'interdit depuis toute
recherche à cet égard.
LE RUSSE.
Vous l'euffiez vu changer bien des
fois de Maître. Elle parut , néanmoins ,
durant quelque temps , partager l'Empire
du monde avec les Romains ; Empire
que nulle des deux Puiffances -ne
feut conferver. Mais pour ne parler ici
que de la Grece , vous l'euffiez vu , disje
, fubir le joug tantôt des François ,
tantôt des Vénitiens , tantôt des Turcs .
PERICLÉS.
Je n'ai jamais connu ces trois Nations
barbares.
18 MERCURE DE FRANCE.
LE RUSSE .
Pour moi , je reconnoîs un ancien
Grec à ce langage. Tout Peuple étranger
étoit barbare à vos yeux . Vous
n'en exceptiez pas même les Égypdé
tiens , à qui vous deviez le germe
toutes vos connoiffances
. J'avoue que
les Turcs n'ont guères connu autrefois
que l'Art de conquérir , & ne connoiffent
guères maintenant que l'Art de
bien garder leurs conquêtes. Mais les
Vénitiens , mais fur - tout les François
>ont égalé vos Grecs dans plus d'un genre
, & les ont furpaffé dans quelques
autres.
PERICLES
.
Voilà un beau Portrait ; mais je le
foupçonne un peu flaté. N'êtes - vous
pas né François ?
LE RUSS E.
Il s'en faut de beaucoup ; je fuis
Ruffe.
PERICLÉS
.
Ruffe ... Il faut que tous les Peuples
de la terre ayent changé de nom
depuis que j'habite l'Elifée. Je vous avoue
que je n'ai jamais entendu nommer les
Ruffes. Vos connoiffances
me font
cependant juger votre nation très-ancienne.
Seroit-elle un rejetton des EgypJUILLET.
1763. 19
tiens , dont vous preniez tout à l'heure
la défenſe ?
LE RUSS E.
Non. Je n'ai connu ces Peuples que
par vos Hiftoriens. Quant à ma Nation
, elle defcend des Scythes & des
Sarmutes.
PERICLÉ S.
Seroit-il bien poffible qu'un héritier
des Sarmates & des Scythes connût
mieux qu'un Grec moderne l'ancien
état de la Grece?
LE RUSSE.
Il y a,au plus, quarante ans que nous
ne connoillions ni les Egyptiens , ni
les Grecs , ni même les Sarmates , de
qui nous defcendons . Mais un de nos
Souverains nâquit avec du génie. Il
entreprit de profcrire l'ignorance de fes
Etats ; & bien -tôt on y vit éclore les
Arts , les Sciences , les Académies , les
Spectacles : nous apprîmes l'Hiftoire de
tous les Peuples , & nous méritâmes
que d'autres Peuples appriffent la nôtre
.
PERICLE S.
Il eft vrai que pour opérer ces fortes
de métamorphofes , un Prince n'a qu'à
vouloir ; mais il eft encore plus vrai
que j'ai perdu bien du temps : j'efpé20
MERCURE DE FRANCE.
rois m'immortalifer , & on m'ignore
jufques dans ma Patrie !
LE RUS SE.
En revanche , on vous connoît dans
a mienne ; ce que vous n'efpériez peutêtre
pas.
PERICLÉS.
Je l'avoue. Cependant , je regrette ,
malgré moi , qu'Athènes ait mis en oubli
ce que j'ai fait pour elle . Je vais m'en
confoler avec Ofiris , avec Minos , avec
Lycurgue , avec Solon , avec une foule
de Fondateurs d'Empires , & de Légiflateurs
, dont on a oublié les actions &
les préceptes. Les connoiffances humaines
font un Aftre qui ne peut éclairer
qu'une partie du Globe à la fois ,
& qui les éclaire toutes fucceffivement :
le jour commence chez telle Nation ,
lorfqu'il eft prêt à finir chez telle autre
.
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Résumé : DIALOGUE ENTRE PERICLÉS, un GREC moderne & un RUSSE.
Le dialogue présente trois personnages : Périclès, un Grec antique, un Grec moderne et un Russe. Périclès est surpris d'apprendre que le Grec moderne a été esclave sous la domination turque, cultivant une terre accordée par le Bacha de Romélie et payant un tribut qui pouvait inclure ses enfants. Le Grec moderne ignore les figures historiques grecques célèbres mentionnées par Périclès et révère davantage un caloyer. La conversation révèle qu'Athènes, autrefois illustre, est réduite à un bourg nommé Sétine, dévasté par le temps et les invasions barbares. Le Russe explique que la Grèce a changé de maîtres, passant sous la domination des Romains, des Français, des Vénitiens et des Turcs. Il ajoute que la Russie a récemment progressé dans les arts et les sciences grâce à un souverain éclairé. Dans un autre dialogue, Périclès discute avec un Roi de la reconnaissance de leurs actions. Périclès regrette que ses contributions à Athènes soient oubliées malgré ses efforts pour promouvoir les arts, les sciences et l'histoire. Il mentionne avoir fondé des académies et introduit des spectacles pour faire connaître l'histoire de divers peuples. Le Roi lui assure qu'il est reconnu dans sa propre patrie, ce que Périclès n'espérait plus. Périclès se console en pensant à d'autres grands législateurs et fondateurs d'empires également oubliés, comparant les connaissances humaines à un astre éclairant successivement différentes parties du globe.
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