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1
p. 112-118
A Paris ce 23 Février 1717.
Début :
Je satisfais volontiers, M. à la demande que vous avez bien [...]
Mots clefs :
Incendie, Feu, Marchand, Combustibles, Négligence, Secours, Sauvetage, Marchandises, Pompes à incendie, Danger, Maisons, Dommages, Reconstruction, Citoyens, Tragédie
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texteReconnaissance textuelle : A Paris ce 23 Février 1717.
A Paris ce 23 Février 1717 .
E fatisfais volontiers , M, à la demande
que vous avez bien voulu
me faire , que je vous informafle de
ce que j'ai vû , & de ce que je pou
rois apprendre de l'incendie arrivée
au quartier où je demeure : Je ne
vous l'envoye cependant que fur la
promeffe , que vous m'avez faite
d'ajoûterez , ou de retrancher ce que
vous jugerez à propos .
Le 16 de ce mois , le feu prit entre
deux & trois heures du matin.
dans une maison qui faifoit le coin
au midy des rues faint Martin & de
faint Merry , chez le fieur Ferand Epicier.
Comme le principal commerce de
ce Marchand eftoit la cire ; fa maifon
eftoit par confequent remplie de
poix -railines , mêches, & autres matieres
combustibles,
MERCURE. 113
Ce feu , qui par la negligence de
fes garçons , prit à une des chambres
du fecond étage , où ils s'endormirent
en travaillant,ne fut pas long
tems ,fans fe communiquer dans toutes
les parties du bâtiment , dont le
corps n'étoit que de bois ; il devint
des plus violents & des plus dangereux
, qu'on eut vû dépuis long- tems
à Paris ; puifque pendant plus de 4
heures , il poulla en l'air des charbons
& flammêches , dont le vent
qui eftoit au Sud- Ouest , en porta fur
des maifons à plus de cinq cent pas
de là ; il enflamma vis-à- vis , à travers
la rue neuve faint Mery , plufieurs
chaffis & croifées de la maifon
où demeure un Notaire ; enfin ce
quartier fe trouva dans un peril évident
pendant plus de fix heures, on en
fut delivré par les fecours qu'on y
apporta ; ce qui fut executé fous les
ordres , & en la prefence de Melfieurs,
les Prevost des Marchands & Eche.
vins , de Meffieurs les Lieutenant
Civil , & Procureur du Roy du
Châtelet.
Kiij
114 LE NOUVEAU
Les premiers fecours & les plus éfficaces
que l'on pût donner dans ces
premiers moments , furent de fauver
les marchandifes qui étoient dans la
boutique , & quelques effets du premier
étage , ce que l'on ne pût executer
fans beaucoup de difficulté , tant
à cauſe de la cire fonduë qui tomboit
à travers les planchers du fecond, que
parce que le feu gagna l'unique efcalier
qui eftoit dans cette maiſon ; ce
qui réduifit ceux qui fe trouverent
pour lors au premier étage , dans la
neceffité de defcendre par les fenêtres
, à la faveur des échelles qu'on y
pofa . Comme cette maiſon fe trouvoit
alors trop embrazée, pour l'em+
pêcher de brûler;que le feu commençoit
à gagner les maiſons voisines , le
principal objet devoit eftre d'en arrêter
le cours ,c'eft à quoi les uns s'occuperent
, en y portant de l'eau avec les
premiers feaux de la Ville qui fe
trouverent à la main , pendant que
les autres firent des baftards - d'eau,
pour que les pompes dont on efperoit
le plus , n'attendiffent point aprés
MERCURE .
105
l'eau , quand elles feroient placées ;
c'eft à quoy fervirent utilement plufieures
faignées que l'on fit à des
tuyaux qui paffent fous le pavé de ce
quartier.
Auffi-toft que les pompes furent
arrivées , le Sieur du Perier , & fes
gens ne furent pas long - tems à les
diftribuer & à les mettre en état
dans les endroits neceffaires ; Elles
commencerent àjouer à fix heures ,
& cotinuerent avec tant de fuccés,
qu'en moins de quatre heures , elles
firent celler le danger qui menaçoit
toute ce quartier , elles furent
fervies par les trente - deux hạm.
mes qui font deftinez à cet ufage :
Elles eftoient au nombre de huit , il
n'en falloit pas moins , à cauſe que
de tems en tems il s'en trouvoit
d'interrompuës pour n'être
point allez menagées , & pendant
qu'on les rétablifoit elles
eftoient remplacées par d'autres . Je
ne pourrois, fansfaire tort au Sieur
du Perier , taire ici les mouve-
9 :
" LE NOUVEAU
116
mens qu'il le donna dans cette occafion
; ils furent , tels que fes gens ,
& les autres ouvriers qui travailloient
à ce feu , n'en
n'en pouvants
faire
ceffer le danger,fans fe mettre en peril
de leur vie ; il y expofa plufieurs
fois la fienne pour les exciter par fon
exemple .
,
Sur les dix heures du matin , le plus
important travail eftant achevé , qui
avoit confifté à couper , & éteindre
le feu qui gagnoit a droite & à gauche
les maifons voifines; Il s'agilfoit
pour lors d'en étouffer un autre ,
qui menaçoit les caves de cette
maifon remplies d'un grand nombre
de tonneaux de cires & de
quelques autres marchandifes . Ces
caves avoient quelques illuës qu'on
n'avoit pû boucher , principalement
un petit efcalier dérobé , qui eftoit
au fond de la boutique ; il eftoit
tombé fur un endroit de la vout
deux poutres debout , qui auroient
pû la crever ; cette voute eftoit de
plus chargée des debris de l'incendie ;
comme le tout compofoit
enMERCU
RE.
117
&
core un feu épouventable , il fur
attaqué avec toutes les pompes, principalement
par les endroits de cette
cave que l'on crût ouverts
par un nombre infini de feaux
d'eau,dans les endroits où on les
pou
voit jetter. Ce qui fut continué juſqu'à
ce qu'on eut noyé & étouffé ce
feu ; on conçût pour lors l'efperance
de fauver pour plus de 30 mille livres
de marchandiſes , que l'on retrouva
deux jours aprés que l'on eut
achevé de dégager l'entrée defdites
caves,dans lefquelles il ne fut pas aifé
d'entrer pour les en tirer , à caufe de
la fumée de & l'eau dont elleseftoient
remplies..
Le dommage de ce feu confifte en
la aifon de l'Epicier , qui eft brû….
lée jufqu'au rez de chauffée de la Ruë ,
fes marchandifes qui eftoient dans
les chambres , la plupart de fes meubles,
quelques papiers & argent comtant
; à l'égard des petites maifons
attenantes , lefquelles font au nombe
de trois , dont deux dans la rue
faint Martin , & une, ruë, neuve S.
1 LE NOUVEAU
Mery;on aura de la peine à fe difpenfer
de rebâtir celle qui eft la plus proche
de la maiſon brûlée, du côté de la
rue S.Martin, dans laquelle demeuroit
un Boulanger , dont le comble eft
abbatu , & le murfeft un peu panché.
La curiofité amenoit à cet affreux
ſpectacle , des gens oififs , qui venoient
jouir , pour ainfi dire , de la
terreur & du peril des Citoyens fecourables,
les Archers faifilloient de
tems à autre ces badauds faineants, &
on les forçoit incivilement à jouer
un rôle utile dans cette tragedie.
E fatisfais volontiers , M, à la demande
que vous avez bien voulu
me faire , que je vous informafle de
ce que j'ai vû , & de ce que je pou
rois apprendre de l'incendie arrivée
au quartier où je demeure : Je ne
vous l'envoye cependant que fur la
promeffe , que vous m'avez faite
d'ajoûterez , ou de retrancher ce que
vous jugerez à propos .
Le 16 de ce mois , le feu prit entre
deux & trois heures du matin.
dans une maison qui faifoit le coin
au midy des rues faint Martin & de
faint Merry , chez le fieur Ferand Epicier.
Comme le principal commerce de
ce Marchand eftoit la cire ; fa maifon
eftoit par confequent remplie de
poix -railines , mêches, & autres matieres
combustibles,
MERCURE. 113
Ce feu , qui par la negligence de
fes garçons , prit à une des chambres
du fecond étage , où ils s'endormirent
en travaillant,ne fut pas long
tems ,fans fe communiquer dans toutes
les parties du bâtiment , dont le
corps n'étoit que de bois ; il devint
des plus violents & des plus dangereux
, qu'on eut vû dépuis long- tems
à Paris ; puifque pendant plus de 4
heures , il poulla en l'air des charbons
& flammêches , dont le vent
qui eftoit au Sud- Ouest , en porta fur
des maifons à plus de cinq cent pas
de là ; il enflamma vis-à- vis , à travers
la rue neuve faint Mery , plufieurs
chaffis & croifées de la maifon
où demeure un Notaire ; enfin ce
quartier fe trouva dans un peril évident
pendant plus de fix heures, on en
fut delivré par les fecours qu'on y
apporta ; ce qui fut executé fous les
ordres , & en la prefence de Melfieurs,
les Prevost des Marchands & Eche.
vins , de Meffieurs les Lieutenant
Civil , & Procureur du Roy du
Châtelet.
Kiij
114 LE NOUVEAU
Les premiers fecours & les plus éfficaces
que l'on pût donner dans ces
premiers moments , furent de fauver
les marchandifes qui étoient dans la
boutique , & quelques effets du premier
étage , ce que l'on ne pût executer
fans beaucoup de difficulté , tant
à cauſe de la cire fonduë qui tomboit
à travers les planchers du fecond, que
parce que le feu gagna l'unique efcalier
qui eftoit dans cette maiſon ; ce
qui réduifit ceux qui fe trouverent
pour lors au premier étage , dans la
neceffité de defcendre par les fenêtres
, à la faveur des échelles qu'on y
pofa . Comme cette maiſon fe trouvoit
alors trop embrazée, pour l'em+
pêcher de brûler;que le feu commençoit
à gagner les maiſons voisines , le
principal objet devoit eftre d'en arrêter
le cours ,c'eft à quoi les uns s'occuperent
, en y portant de l'eau avec les
premiers feaux de la Ville qui fe
trouverent à la main , pendant que
les autres firent des baftards - d'eau,
pour que les pompes dont on efperoit
le plus , n'attendiffent point aprés
MERCURE .
105
l'eau , quand elles feroient placées ;
c'eft à quoy fervirent utilement plufieures
faignées que l'on fit à des
tuyaux qui paffent fous le pavé de ce
quartier.
Auffi-toft que les pompes furent
arrivées , le Sieur du Perier , & fes
gens ne furent pas long - tems à les
diftribuer & à les mettre en état
dans les endroits neceffaires ; Elles
commencerent àjouer à fix heures ,
& cotinuerent avec tant de fuccés,
qu'en moins de quatre heures , elles
firent celler le danger qui menaçoit
toute ce quartier , elles furent
fervies par les trente - deux hạm.
mes qui font deftinez à cet ufage :
Elles eftoient au nombre de huit , il
n'en falloit pas moins , à cauſe que
de tems en tems il s'en trouvoit
d'interrompuës pour n'être
point allez menagées , & pendant
qu'on les rétablifoit elles
eftoient remplacées par d'autres . Je
ne pourrois, fansfaire tort au Sieur
du Perier , taire ici les mouve-
9 :
" LE NOUVEAU
116
mens qu'il le donna dans cette occafion
; ils furent , tels que fes gens ,
& les autres ouvriers qui travailloient
à ce feu , n'en
n'en pouvants
faire
ceffer le danger,fans fe mettre en peril
de leur vie ; il y expofa plufieurs
fois la fienne pour les exciter par fon
exemple .
,
Sur les dix heures du matin , le plus
important travail eftant achevé , qui
avoit confifté à couper , & éteindre
le feu qui gagnoit a droite & à gauche
les maifons voifines; Il s'agilfoit
pour lors d'en étouffer un autre ,
qui menaçoit les caves de cette
maifon remplies d'un grand nombre
de tonneaux de cires & de
quelques autres marchandifes . Ces
caves avoient quelques illuës qu'on
n'avoit pû boucher , principalement
un petit efcalier dérobé , qui eftoit
au fond de la boutique ; il eftoit
tombé fur un endroit de la vout
deux poutres debout , qui auroient
pû la crever ; cette voute eftoit de
plus chargée des debris de l'incendie ;
comme le tout compofoit
enMERCU
RE.
117
&
core un feu épouventable , il fur
attaqué avec toutes les pompes, principalement
par les endroits de cette
cave que l'on crût ouverts
par un nombre infini de feaux
d'eau,dans les endroits où on les
pou
voit jetter. Ce qui fut continué juſqu'à
ce qu'on eut noyé & étouffé ce
feu ; on conçût pour lors l'efperance
de fauver pour plus de 30 mille livres
de marchandiſes , que l'on retrouva
deux jours aprés que l'on eut
achevé de dégager l'entrée defdites
caves,dans lefquelles il ne fut pas aifé
d'entrer pour les en tirer , à caufe de
la fumée de & l'eau dont elleseftoient
remplies..
Le dommage de ce feu confifte en
la aifon de l'Epicier , qui eft brû….
lée jufqu'au rez de chauffée de la Ruë ,
fes marchandifes qui eftoient dans
les chambres , la plupart de fes meubles,
quelques papiers & argent comtant
; à l'égard des petites maifons
attenantes , lefquelles font au nombe
de trois , dont deux dans la rue
faint Martin , & une, ruë, neuve S.
1 LE NOUVEAU
Mery;on aura de la peine à fe difpenfer
de rebâtir celle qui eft la plus proche
de la maiſon brûlée, du côté de la
rue S.Martin, dans laquelle demeuroit
un Boulanger , dont le comble eft
abbatu , & le murfeft un peu panché.
La curiofité amenoit à cet affreux
ſpectacle , des gens oififs , qui venoient
jouir , pour ainfi dire , de la
terreur & du peril des Citoyens fecourables,
les Archers faifilloient de
tems à autre ces badauds faineants, &
on les forçoit incivilement à jouer
un rôle utile dans cette tragedie.
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Résumé : A Paris ce 23 Février 1717.
Le 16 février 1717, un incendie s'est déclaré à Paris dans une maison appartenant à un épicier nommé Ferand, située à l'angle des rues Saint-Martin et Saint-Merry. Cet incendie, causé par la négligence des employés, s'est rapidement propagé en raison de la présence de matières combustibles telles que la cire, la poix et les mèches. Le feu a duré plus de quatre heures, mettant en danger plusieurs maisons voisines. Les secours, dirigés par les Prévôts des Marchands et Échevins ainsi que des représentants du Châtelet, ont réussi à sauver les marchandises et les effets personnels situés au premier étage malgré les obstacles rencontrés. Les efforts se sont ensuite concentrés sur l'arrêt de la propagation du feu aux maisons voisines. Huit pompes à eau, dirigées par le Sieur du Perier, ont été utilisées simultanément pour éviter toute interruption. Le Sieur du Perier a motivé ses hommes, risquant sa vie pour maîtriser le feu principal vers dix heures du matin. Les interventions ont permis de sauver environ 30 000 livres de marchandises. Le bilan des dégâts est lourd : la maison de l'épicier a été détruite jusqu'au rez-de-chaussée, de nombreuses marchandises et meubles ont été perdus, et trois petites maisons attenantes ont subi des dommages, dont une nécessitant une reconstruction complète. La curiosité publique a attiré de nombreux spectateurs, obligeant les archers à intervenir pour les contraindre à participer aux secours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 1706-1708
EPITRE De M. d'Arnaud à Mademoiselle de B***
Début :
TU veux donc jeune, belle & sçavante Uranie, [...]
Mots clefs :
Esprit, Discours, Négligence, Désordre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE De M. d'Arnaud à Mademoiselle de B***
EPITRE
De M. d'Arnaud à Mademoifelle de B *
T
U veux donc jeune , belle & fçavante Uranie ,
Aux leçons de Reftaut foumettre ton efprit :
Quoi , n'eft- ce point affés que la Philofophie
De fon faux éclat l'ait féduit ?
Faut-il encor que ton génie ,
Ce géant qui parcourt l'univers à fon gré ,
Efclave de la fimétrie ,
Dans un cercle de mots languiffant , refferré ,
Ne foit plus qu'un enfant timide ,
Corps de l'efprit d'autrui fans ceffe pénétré ,
Qui de la main des yeux s'attachant à fon guide ;
Ne marche que d'un pas tremblant & meſure ?
Eaut
AOUST. 1743 . 1757
Faut - il , dis-je , que cette prude ,
Cette monotone Beauté ,
L'ennuyeufe grammaire , au maintien concerté
Penfant , parlant , faifant tout par étude ,
Ayant un grand défaut , la, régularité ,
Afervifle aux langueurs de l'uniformité ,
Aujoug des régles , joug fans doute le plus rude ¿
Ce défordre expreffif , cette vivacité ,
Qui naiffant de la liberté ,
Languit, meurt dans la fervitude ,
Et ne fe reproduit que par la nouveauté ?
Le moyen d'être aimable avec l'exactitude
Le grand art, l'art de plaire eft la variété ,
Et cet art eft à toi res yeux l'ont inventé ;
Crois-moi , de tes difcours bannis toute im pofture
Dois tu craindre la vérité ?
N'es -tu pas de ces traits l'image la plus pure
Avec la négligence , on aime la Nature .
L'heureux défaut c'eft la fimplicité ;
Les graces n'ont jamais recherché la parure ;
Emprunte leurs atours , elles ont la beauté ;
Ne point voiler la nudité ,
C'eſt expoſer toujours la même belle ;
Le fentiment fait place à la réfléxion ;
La laiffer deviner par un adroit foupçou ,
C'est la multiplier en la rendant nouvelle ,
Et réveiller le goût , plus sûr que la raiſon ;
Oma chere Uranie , imite ce modelle ;
вії.
3
Cache
1708 MERCURE DE FRANCE;
Cache à l'oeil curieux les fublimes refforts
Qui font de ton efprit mouvoir le vaſte corps.
Dans tes difcours fans fard que ton ame étincelle
Penfer , fentir , voilà l'étude digne d'elle ,
Ou fi tu veux apprendre un jargon enchanteur ,
Qui mieux que le François touche fon auditeur ?
Des froids Grammairiens laiſſe là les harangues ;
Dis feulement un j'aime avec ardeur ;
Sçache parler le langage du coeur
Et tu fçauras toutes les Langues,
De M. d'Arnaud à Mademoifelle de B *
T
U veux donc jeune , belle & fçavante Uranie ,
Aux leçons de Reftaut foumettre ton efprit :
Quoi , n'eft- ce point affés que la Philofophie
De fon faux éclat l'ait féduit ?
Faut-il encor que ton génie ,
Ce géant qui parcourt l'univers à fon gré ,
Efclave de la fimétrie ,
Dans un cercle de mots languiffant , refferré ,
Ne foit plus qu'un enfant timide ,
Corps de l'efprit d'autrui fans ceffe pénétré ,
Qui de la main des yeux s'attachant à fon guide ;
Ne marche que d'un pas tremblant & meſure ?
Eaut
AOUST. 1743 . 1757
Faut - il , dis-je , que cette prude ,
Cette monotone Beauté ,
L'ennuyeufe grammaire , au maintien concerté
Penfant , parlant , faifant tout par étude ,
Ayant un grand défaut , la, régularité ,
Afervifle aux langueurs de l'uniformité ,
Aujoug des régles , joug fans doute le plus rude ¿
Ce défordre expreffif , cette vivacité ,
Qui naiffant de la liberté ,
Languit, meurt dans la fervitude ,
Et ne fe reproduit que par la nouveauté ?
Le moyen d'être aimable avec l'exactitude
Le grand art, l'art de plaire eft la variété ,
Et cet art eft à toi res yeux l'ont inventé ;
Crois-moi , de tes difcours bannis toute im pofture
Dois tu craindre la vérité ?
N'es -tu pas de ces traits l'image la plus pure
Avec la négligence , on aime la Nature .
L'heureux défaut c'eft la fimplicité ;
Les graces n'ont jamais recherché la parure ;
Emprunte leurs atours , elles ont la beauté ;
Ne point voiler la nudité ,
C'eſt expoſer toujours la même belle ;
Le fentiment fait place à la réfléxion ;
La laiffer deviner par un adroit foupçou ,
C'est la multiplier en la rendant nouvelle ,
Et réveiller le goût , plus sûr que la raiſon ;
Oma chere Uranie , imite ce modelle ;
вії.
3
Cache
1708 MERCURE DE FRANCE;
Cache à l'oeil curieux les fublimes refforts
Qui font de ton efprit mouvoir le vaſte corps.
Dans tes difcours fans fard que ton ame étincelle
Penfer , fentir , voilà l'étude digne d'elle ,
Ou fi tu veux apprendre un jargon enchanteur ,
Qui mieux que le François touche fon auditeur ?
Des froids Grammairiens laiſſe là les harangues ;
Dis feulement un j'aime avec ardeur ;
Sçache parler le langage du coeur
Et tu fçauras toutes les Langues,
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Résumé : EPITRE De M. d'Arnaud à Mademoiselle de B***
Dans son épître à Mademoiselle de B*, M. d'Arnaud critique l'influence excessive de la philosophie et de la grammaire sur la créativité. Il s'adresse à Uranie, une jeune femme érudite, pour l'encourager à ne pas se soumettre aux contraintes rigides de ces disciplines, qui étouffent la spontanéité et la vivacité naturelle. L'auteur déplore que l'obligation de suivre des règles strictes empêche l'expression libre et authentique. Il valorise la simplicité et la nature, affirmant que les grâces ne nécessitent pas de parure artificielle. Il conseille à Uranie de laisser transparaître son âme dans ses discours, sans artifice, et de privilégier le sentiment et la réflexion. Il recommande également d'éviter les discours froids et techniques des grammairiens, préférant un langage du cœur qui touche véritablement l'auditeur.
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