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1
p. 175
OPERA.
Début :
L'Académie royale de Musique a donné le 19 Janvier la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique
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texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
,
L'Académie royale de Mufique a donné
le 19 Janvier la premiere repréfentation
de Daphnis & Alcimadure
Paftorale languedocienne , en trois actes ,
précédée d'un prologue , intitulé les Jeux
Floraux. Les paroles & la Mufique font de
M. de Mondonville , qui réunit les deux
talens. Cer Opéra n'a pas moins de fuccèsà
la ville qu'il en a eu à la Cour : je parle
d'après la voix publique. On le joue trois
fois la femaine ; le Vendredi , le Dimanche
& le Mardi . On continue les Elémens le
Jeudi. Comme le fecond Mercure de Décembre
a fait un extrait détaillé d'Alcimadure
, j'y renvoie ceux qui feront curieux
de le lire.
,
L'Académie royale de Mufique a donné
le 19 Janvier la premiere repréfentation
de Daphnis & Alcimadure
Paftorale languedocienne , en trois actes ,
précédée d'un prologue , intitulé les Jeux
Floraux. Les paroles & la Mufique font de
M. de Mondonville , qui réunit les deux
talens. Cer Opéra n'a pas moins de fuccèsà
la ville qu'il en a eu à la Cour : je parle
d'après la voix publique. On le joue trois
fois la femaine ; le Vendredi , le Dimanche
& le Mardi . On continue les Elémens le
Jeudi. Comme le fecond Mercure de Décembre
a fait un extrait détaillé d'Alcimadure
, j'y renvoie ceux qui feront curieux
de le lire.
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Résumé : OPERA.
L'Académie royale de Musique a présenté le 19 janvier 'Daphnis et Alcimadure', une pastorale languedocienne en trois actes de M. de Mondonville. L'œuvre, précédée d'un prologue, a connu un succès égal à la ville et à la cour. Elle est jouée trois fois par semaine. Les représentations des 'Éléments' continuent le jeudi. Des détails supplémentaires sont disponibles dans le second Mercure de décembre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 176-192
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Les Comédiens François ont donné le 13 de ce mois la dixiéme représentation [...]
Mots clefs :
Cicéron, Sextus, César, Comédiens-Français, Père, Mécène, Yeux, Pompée, Fille, Mourir, Dieux, Octave
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
Lis
Es Comédiens François ont donné le
13 de ce mois la dixiéme repréfentation
du Triumvirat. On peut dire qu'il a
eu ce fuccès d'estime que l'ouvrage &
l'auteur ont fi bien mérité , & qu'on refuſe
fouvent à des pieces plus heureufes , qui
comptent plus de repréfentations que de
fuffrages. Cette Tragédie eft imprimée
fous ce double titre : Le Triumvirat , ou la
mort de Ciceron , avec une épitre dédicatoire
à Mme Bignon , & une préface . Elle
fe vend chez Hochereau , quai de Conti , au
Phénix ; le prix eft de 30 f. en voici l'extrait .
EXTRAIT DU TRIUMVIRÁT.
Tullie , fille de Ciceron , ouvre feule
la fcene qui eft au Capitole , par un début
digne d'elle & du fujet. Elle s'écrie ,
Effroyable féjour des horreurs de la guerre ,
Lieux inondés du fang des maîtres de la terre ,
Lieux , dont le feul afpect fit trembler tant de
Rois ,
Palais où Ciceron triompha tant de fois ;
Deformais trop heureux de cacher ce grand homme
,
Sauvez le feul Romain qui foit encor dans Rome.
FEVRIER. 1755. 177
A
Elle ajoûte avec effroi , en jettant les
yeux fur le tableau des profcrits :
Que vois-je , à la lueur de ce cruel flambeau !
Ah ! que de noms facrés profcrits fur ce tableau !
Rome , il ne manque plus , pour combler ta mifere
,
Que d'y tracer le nom de mon malheureux pere.
Enfuite elle apoftrophe ainfi la ftatue de
Céfar.
Toi , qui fis en naiffant honneur à la nature ,
Sans avoir , des vertus , que l'heureufe impofture ,
Trop aimable tyran , illuftre ambitieux ,
Qui triomphas du fort , de Caton & des Dieux...
Sous un joug ennobli par l'éclat de tes armes ,
Nous refpirions du moins fans honte & fans allármes
:
Loin de rougir des fers qu'illuftroit ta valeur ,
On fe croyoit paré des lauriers du vainqueur.
Mais fous le joug honteux & d'Antoine & d'Octave
>
Rome , arbitre des Rois , va gémir en eſclave.
Se tournant après vers la ftatue de Pompée
, elle lui adreffe ces triftes paroles .
Ah ! Pompée , eft -ce là ce qui refte de toi
Miférables débris de la grandeur . humaine ,
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
Douloureux monument de vengeance & de haine !
6
Pour nous venger d'Octave ,, accours , vaillant
Sextus ,,
A ce nouveau Céfar , fois un nouveau. Brutus.
Ce monologue me paroît admirable ; il
égale , à mon gré , celui d'Electre , s'il ne
le furpaffe pas , & forme la plus belle expofition
. Il eft terminé par l'arrivée de
Sextus , qui fe cache même aux yeux de
Tullie qu'il aime , fous le nom de Clodomir
, chef des Gaulois . Il lui fait un récit
affreux des horreurs du Triumvirat dont il
vient d'être le témoin , & finit un fi noir
tableau par ces beaux vers , qu'on croiroit
d'un auteur de trente ans , à la force du
coloris.
Un fils , prefque à mes yeux , vient de livrer fon
Le
pere ;
J'ai vu ce même fils égorgé par fa mere :
On ne voit que des corps mutilés & fanglans ,
Des efclaves traîner leurs maîtres expirans ;
affouvi réchauffe le carnage ;
carnage
J'ai vu des furieux dont la haine & la rage
Se difputoient des cours encor tout palpitans:
On diroit à les voir l'un l'autre s'excitans ,
Déployer à l'envi leur fureur meurtrière ,
Que c'est le derniér jour de la nature entiere. {
FEVRIER. , 1755. 179
que
Dans ce péril preffant il offre à Tullie une
retraite dans Oftie pour fon pere & pour
elle . Elle la refufe ; il frémit du danger
Ciceron va courir , fi près de Fulvie
qui a juré fa perte. Il exprime en même
tems la douleur qu'il a de la perdre & de
la voir près d'être unie aux jours d'Octave
qui l'aime , ajoutant que fon fang fcellera
cet hymen. Tullie le raffure fur cette crain--
te , en lui difant :
Un tyran à
Ne craignez rien d'Octave' :
mes yeux ne vaut pas un esclave.
Un rival plus heureux va caufer vos allarmes ...
Le fils du grand Pompée . Hélas ! que n'est- ce vous !!
Que j'euffe avec plaifir accepté mon époux !
Ces deux amans font interrompus par
Lepide qui entre : Clodomir fe retire . Le
Triumvir fait entendre à Tullie , que ne
pouvant chaffer de Rome fes collegues impies
, il prend le parti de s'en exiler luimême
, & qu'il va chercher un afyle en
Efpagne pour y fauver fa vertu. Tullie l'interrompt
par cette noble réponſe , qui a
toujours été fi juftement applaudie :
Ah ! la vertu quifuit ne vaut pas le courage
Du crime audacieux qui fçait braver l'orage .
Que peut craindre un Romain des,caprices.du fort,
Tant qu'il lui refte un bras pour fe donner la mort
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
Avez-vous oublié que Rome eft votre mere
Demeurez , imitez l'exemple de mon pere ,
Et de votre vertu në nous vantez l'éclat
Qu'après une victoire , ou du moins un combat.
On n'encenfa jamais la vertu fugitive ,
Et celle d'un Romain doit être plus active.
On ne le reconnoît qu'à fon dernier foupir ;
Son honneur eft de vaincre , & vaincu de mourir.
ger
Elle fort.
Ciceron arrive. Lapide tâche de l'engaà
le fuivre pour fe dérober à la fureur
d'Antoine & de Fulvie , qui veulent le profcrire.
Ciceron rejette cette offre. Lepide le
quitte , en lui déclarant qu'il vient de rencontrer
Sextus , & qu'il l'a reconnu . Ce
Triumvir l'avertit d'en craindre la fuite ,
& de prendre garde à lui. Ciceron reſté
feul , dit qu'il eft tems qu'il apprenne
ce fecret à fa fille , que Clodomir devenu
le fils du grand Pompée , ne pourra l'en
blâmer , qu'il veut les unir & donner à Céfar
un rival , dont le nom feul pourra lui
devenir funefte.
Octave commence avec Mecene le fecond
acte. Après avoir d'abord tâché d'excufer
fes cruautés , il lui marque fon
amour pour Tullie , & fon eftime pour fon
pere , ajoûtant qu'il veut le fauver & fe
l'attacher. Mecene l'affermit dans ce defFEVRIER.
1755. 181
fein , & le laiffe avec Ciceron qui paroît ,
& qui lui témoigne ainfi fa furpriſe :
Céſar , en quel état vous offrez-vous à moi ?
Ah ! ce n'eft ni fon fils , ni Céfar que je vois.
O! Céfar , ce n'eft pas ton fang qui l'a fait naître :
Brutus qui l'a verfé , méritoit mieux d'en être.
Le meurtre des vaincus ne fouilloit point tes pas ;
Ta valeur fubjuguoit , mais ne profcrivoit pas.
Octave, pour fe juftifier , répond qu'il
pourfuit les meurtriers du grand Céfar , &
que fa vengeance eft légitime. Ciceron l'interrompt
pour lui reprocher l'abus affreux
qu'il fait de ce prétexte , & lui dit :
Rendre le glaive feul l'interprête des loix ,
Employer pour venger le meurtre de fon pere
Des flammes & du fer l'odieux miniftere ;
Donner à fes profcrits pour juges fes foldats ,
Du neveu de Céfar voilà les magiftrats.
Octave lui réplique que c'eft une néceffité
, que l'univers demande une forme
nouvelle , qu'il lui faut un Empereur , que
Ciceron doit le choifir , qu'ils doivent s'allier
pour mieux détruire Antoine ; il le
conjure enfin de l'aimer , & de devenir
fon
pere.
Abdique, je t'adopte , & ma fille eft à toi,
382 MERCURE DE FRANCE.
repart Ciceron. Des oreilles trop délicates
ont trouvé ce vers dur ; pour moi je ne le
trouve que fort ;je crois qu'un Romain ne
peut pas mieux répondre ni en moins de
mots . Tullie paroît , & fon pere fort eix
difant à Octave , qu'il la confulte ; & que
s'il l'aime , il la prenne pour modele .
Tullie traite Octave encore avec plus.
de fierté que n'a fait fon pere. Céfar , luis
dit-elle :
Regnez , fi vous l'ofez; mais croyez que Tullie
Sçaura bien ſe ſoustraire à votre tyrannie :
Si du fort des tyrans vous bravez les hazards
Il naîtra des Brutus autant que des Céfars.
Sur ce qu'il infifte , elle lui déclare fierement
qu'elle ne l'aime point , qu'elle eft
cependant prête à l'époufer , pourvû qu'il
renonce à l'Empire ; mais que s'il veut ufurper
l'autorité fuprême , il peut teindre le
diadême de fon fang. Cette hauteur romaine
oblige Octave de la quitter & de la
menacer de livrer fon pere à Fulvie. Sextus
, qu'elle reconnoît alors pour le fils de
Pompée , entre fur la fcéne , & demande à
Tullie le fujer de fa douleur. Elle l'inftruit
du danger preffant où font les jours de
fon pere , qui veut les unir avant fa mort.
Sextus finit le fecond acte , en la preffant
d'engager Ciceron à fuir fur fes vaiffeaux
FEVRIER. 1755. 183
-il eft honteux pour lui , ajoute-t- il , de fe
laiffer profcrire.
S'il veut m'accompagner je répons de fa vie,
El'amour couronné répondra de Tullie..
Il faut convenir que cet acte eft un peu
vuide d'action .
Ciceron , Tullie & Sextus ouvrent le troifieme.
Ciceron veut unir le fils de Pompée:
à fa fille ; mais elle s'y oppofe dans ce cruel
moment & le conjure de la fuivre en
Sicile avec Sextus il s'écrie ::
>-
Pour braver mes tyrans je veux mourir dáns Ro
me ;
En implorant les Dieux , c'eft moi fenl qu'elles
nomme:
Sextus lui parle alors en vrai fils de Pompée
, & lui dit :
Rome n'eft plus qu'un ſpectre , une ombre en Ita
lie ,
Dont le corps tout entier eft paffé dans l'Afie :
C'est là que noure honneur nous appelle aujour
d'hui ,
Rendons- nous à ſa voix , & marchons avec lui.
Ce n'eft pas le climat qui lui donna la vie;
C'eſt le coeur du Romain qui forme fa patrie.
184 MERCURE DE FRANCE.
2
Il vaut mieux fe flater d'un eſpoir téméraire
Que de céder au fort dès qu'il nous eft contraire.
Il faut du moins mourir les armes à la main ,
Le feul gente de mort digne d'un vrai Romain,
Mais mourir pour mourir n'eft qu'une folle
yvreffe ,
Trifte enfant de l'orgueil , que nourrit la pareffe.
où
Ciceron fort en leur difant qu'il ne
peut fe réfoudre à quitter l'Italie , mais
qu'il confent de fe rendre à Tufculum ,
il ira les joindre pour les unir enfemble ,
& qu'avant tout il veut revoir Mecene. A
peine eft- il parti qu'Octave entre ; & jaloux
de Sextus qu'il prend pour un chef
des Gaulois , il adreffe ainfi la parole à
Tullie .
Qu'il retourne en fon camp ,
C'eft parmi fes foldats qu'il trouvera fon rang,
Le faux Clodomir lui répond , avec une
fierté plus que Gauloife ,
Le fort de mes pareils ne dépend point de toi
Je ne releve ici que des Dieux & de moi.
Aux loix du grand Céfar nous rendîmes hommage
,
Mais ce ne fut jamais à titre d'efclavage.
Comme de la valeur il connoiffoit le prix ,
Il cftimoit en nous ce qui manque à ſon fils.
FEVRIER. 1755. 185
Octave à ces mots appelle les Licteurs ,
& il faut avouer que fon emportement
paroît fondé.
Tullie s'oppofe à fa rigueur , & prend
vivement la défenſe de Sextus . Le courroux
d'Octave en redouble ; il . lui répond
que ce Gaulois brave l'autorité des Triumvirs
, qu'il a fauvé plufieurs profcrits , &
qu'il mérite d'être puni comme un traître .
Sextus lui réplique :
Toi-même , applaudifſant à mes foins magnanimes
,
Tu devrois me louer de t'épargner des crimes ,
Et rougir , quand tu crois être au- deffus de moi ,
Qu'un Gaulois à tes yeux foit plus Romain que
toi,
Tullie lui demande fa vie. Octave forcé
par fon amour de la lui accorder , fe retire
en déguifant fon dépit. Sextus raffure Tullie
fur la crainte qu'elle a que fon rival
ne l'immole , & lui fait entendre qu'Octave
eft un tyran encore mal affermi, qu'il
le croit Gaulois , & qu'ayant beſoin du ſecours
de cette nation , il eft trop bon politique
pour ne la pas ménager. La frayeur
de Tullie s'accroît à l'afpect de Philippe ,
qu'elle prend pour un miniftre des vengeances
d'Octave. Philippe reconnoît Sex186
MERCURE DE FRANCE.
tus qu'il a élevé , & marque autant de
douleur que de furprife. Le fils de Pompée
reconnoît Philippe à fon tour , & lui
reproche d'avoir dégénéré de fa premiere
vertu. Cet affranchi fe jette à fes genoux ,
& lui dit qu'il ne les quittera pas qu'il n'ait
obtenu de lui la grace d'être écouté . Sextuş
le force de fe lever. Philippe lui raconte
qu'Octave inftruit de fa fidélité l'a pris
à fon fervice , mais qu'il n'a jamais trempé
dans fes forfaits. Il ajoute que ce Triumvir
ne croit plus que Sextus foit un Gaulois
, mais un ami de Brutus , & qu'il l'a
chargé du cruel emploi de l'affaffiner dans
la nuit . Il vient , continue- t-il , de paffer
chez Fulvie : je crains qu'il n'en coute la
vie à Ciceron .
Les momens nous font chers , & c'eſt fait de vos
jours ,
Și de ceux du tyran , je n'abrege le cours,
Choififfez du trépas de Célar , ou du vôtre ;-
Rien n'eft facré pour moi quand il s'agit de vous..
Sextus lui répond
L'affafinat , Philippe , eft indigne de nous
Avant que d'éclater il falloit l'entreprendre
Mais inftruit du projet je dois te le défendre .
Ce trait eft hiſtorique , & M. de Cré
FEVRIER. 1755. 187
billon s'en est heureufement fervi . Tullie
approuve Sextus , & termine l'acte en difant
:
Allons trouver mon pere , & remettons aux Dieux
Le foin de nous fauver de ces funeftes lieux.
Le quatrieme acte s'ouvre par un monologue
de Ciceron , qui jette les yeux fur
le tableau des profcriptions , & qui dit
avec tranſport , lorfqu'il y voir fon nom
Enfin je fuis profcrit , que mon ame eft ravie !
Je renais au moment qu'on m'arrache ma vie.
Mecene furvient , & le preffe de s'allier
à Céfar. Ciceron lui demande s'il lui fait
efperer que l'inftant de leur alliance fera la
fin de la profeription . Mecene lui répond
qu'Octave l'a fufpendue pour lui . Ciceron
pour réplique , lui montre fon nom écrit
fur le tableau.
Mecene fe récrie : ...
Dieux quelle trahison
S'il eft vrai que Céfar ait voulu vous proferire ,
Sur ce même tableau je vais me faire inferire.
Adieu : fi je ne puis vous fauver de fes coups ,
Vous me verrez combattre & mourir avec vous.
Octave paroît. Ciceron veut lui faire
189 MERCURE DE FRANCE.
de nouveaux reproches ; mais Octave lui
répond qu'il n'eft pas venu pour fe faire
juger , & qu'il lui demande Tullie pour
la derniere fois. Ciceron lui réplique que
c'eft moins fon amour que fa politique qui
lui fait fouhaiter la main de fa fille , &
qu'il veut par ce noeud les affocier à fes
fureurs. Octave offenfé , lui repart :
Ingrat , fi tu jouis de la clarté du jour ,
Apprens que tu ne dois ce bien qu'à mon amour .
Vois ton nom.
Ciceron lui dit avec un phlegme vraiment
Romain :
Je l'ai vû . Céfar , je t'en rends graces.
Octave alors fe dévoile tout entier , &
lui reproche qu'il protége Clodomir , &
qu'il veut l'unir à Tullie. Ciceron ne s'en
défend pas , & Céfar tranfporté de colere ,
fort en lui déclarant qu'il l'abandonne à
fon inimitié. Ciceron refté feul , dit qu'il
la préfere à une pitié qui deshonore celui
qu'elle épargne , & celui qui l'invoque. Il
eft inquiet fur le fort de fa fille & fur celui
de Sextus , mais il eft raffuré par leur
préfence ; il leur apprend qu'il eft profcrit.
Tous deux le conjurent de partir &
de profiter du moment qu'Octave lui laiſſe ;
FEVRIER. 1755.. 159
mais il s'obſtine à mourir . Philippe vient
avertir Sextus que fes amis font déja loin
des portes , & preffe Tullie de fuivre les
pas du fils de Pompée , en l'affurant qu'elle
n'a rien à craindre pour Ciceron , qu'il eft
chargé de veiller für fes jours , & qu'il va
le conduire à Tufculum. Ciceron quitte
Sextus & Tullie , en leur difant :
i
Adieu , triftes témoins de més voeux fuperflus.
Palais infortuné , je ne vous verrai plus.
Octave qui vient d'apprendre que le faux
Clodomir eft Sextus , fait éclater toute fa
colere , & jure d'immoler le fils de Pompée
, & Tullie même. Mecene entre tout
éploré. Octave effrayé , lui demande quel
eft le fujet de fa douleur. Mecene lui répond
, les yeux baignés de larmes :
Ingrat ! qu'avez-vous fait ?
Hélas ! hier encore il exiſtoit un homme
Qui fit par fes vertus les délices de Rome ;
Mémorable à jamais par fes talens divers ,
Dont le génie heureux éclairoit l'univers.
Il n'eft plus .... fon falut vous eût couvert de
gloire ,
Et de vos cruautés , effacé la mémoire.
Qu'ai -je beſoin encor de vous dire fon nom ?
Ahlaillez-moi vous fuir , & pleurer Ciceron.
190 MERCURE DE FRANCE.
Octave témoigne fa furprife , & rejette
ce crime fur Antoine. Mecene continue
ainfi :
L'intrepide Orateur a vu fans s'ébranler ,
Lever fur lui lebras qui l'alloit immoler :
C'eſt toi , Lena , dit-il ; que rien ne te retienne ;
J'ai défendu ta vie , atrache-moi la mienne.
Je ne me repens point d'avoir ſauvé tes jours ,
Puifque des miens , c'est toi qui dois trancher le
cours.
que
A ces mots , Ciceron lui préfente la tête ,
En s'écriant , Lena , frappe , la voilà prête.
Lena , tandis Pair retentiffoit de cris ,
L'abbat , court chez Fulvie en demander le prix.
Un objet fi touchant , loin d'attendrir ſon ame ,
N'a fait que redoubler le courroux qui l'enflam
me :
Les yeux étincelans de rage & de fureur ,
Elle embraffe Lena fans honte & fans pudeur ,
Saifit avec tranſport cette tête divine ,
Qui femble avec les Dieux difputer d'origine ,
En arrache . ... Epargnez à ma vive douleur
La fuite d'un récit qui vous feroit horreur.
Nous ne l'entendrons plus , du feu de fon génie ,
Répandre dans nos coeurs le charme & l'harmonie
:
Fulvie a déchiré de fes indignes mains
Cet objet précieux , l'oracle des humains.
Ce récit m'a paru trop beau pour en rien
FEVRIER. 1755. 191
retrancher. L'acteur * qui a joué le rolle de
Mecene , en a fenti tout le pathétique , &
l'a très-bien rendu. Tullie qui n'eft pas encore
inftruite de la mort de fon pere , vient
implorer pour lui la puiffance d'Octave ;
elle paroît un peu defcendre de fon caractere
, elle s'humilie même au point d'offrir ſa
main à Céfar, pourvû qu'elle foit le prix des
jours de Ciceron . Comme Octave ne peut
cacher fon embarras , & qu'il veut fortir ,
Tullie l'arrête ; & tournant fes regards
vers la tribune , elle s'écrie avec terreur :
Plus je l'ofe obferver , plus ma frayeur augmente.
Mecene ! la Tribune ... elle eſt toute fanglante.
Ce voile encor fumant cache quelque forfait.
N'importe , je veux voir. Dieux ! quel affreux
objet !
La tête de mon pere ! .. Ah! monftre impitoyable ,
A quels yeux offres- tu ce fpectacle effroyable ?
Elle fe tue , & tombe en expirant auprès
d'une tête fi chere.
Je n'ai point vû au théatre de dénoument
plus frappant ; je ne me laffe point
de le répéter . Ce tableau rendu par l'action
admirable de Mlle Clairon , infpire la terreur
la plus forte , & la pitié la plus tendre
. Ces deux fentimens réunis enfemble .
font la perfection du genre. La beauté du
M. de Bellecour
192 MERCURE DE FRANCE.
cinquiéme acte répond à celle du premier
& la catastrophe remplit tout ce que l'expofition
a promis ; elle a toute la force
Angloife , fans en avoir la licence. Pour
en convaincre le lecteur , je veux lui comparer
le dénouement de Philoclée , dont je
vais donner le programme , d'après l'extrait
inferé dans le Journal Etranger du
mois de Janvier.
Lis
Es Comédiens François ont donné le
13 de ce mois la dixiéme repréfentation
du Triumvirat. On peut dire qu'il a
eu ce fuccès d'estime que l'ouvrage &
l'auteur ont fi bien mérité , & qu'on refuſe
fouvent à des pieces plus heureufes , qui
comptent plus de repréfentations que de
fuffrages. Cette Tragédie eft imprimée
fous ce double titre : Le Triumvirat , ou la
mort de Ciceron , avec une épitre dédicatoire
à Mme Bignon , & une préface . Elle
fe vend chez Hochereau , quai de Conti , au
Phénix ; le prix eft de 30 f. en voici l'extrait .
EXTRAIT DU TRIUMVIRÁT.
Tullie , fille de Ciceron , ouvre feule
la fcene qui eft au Capitole , par un début
digne d'elle & du fujet. Elle s'écrie ,
Effroyable féjour des horreurs de la guerre ,
Lieux inondés du fang des maîtres de la terre ,
Lieux , dont le feul afpect fit trembler tant de
Rois ,
Palais où Ciceron triompha tant de fois ;
Deformais trop heureux de cacher ce grand homme
,
Sauvez le feul Romain qui foit encor dans Rome.
FEVRIER. 1755. 177
A
Elle ajoûte avec effroi , en jettant les
yeux fur le tableau des profcrits :
Que vois-je , à la lueur de ce cruel flambeau !
Ah ! que de noms facrés profcrits fur ce tableau !
Rome , il ne manque plus , pour combler ta mifere
,
Que d'y tracer le nom de mon malheureux pere.
Enfuite elle apoftrophe ainfi la ftatue de
Céfar.
Toi , qui fis en naiffant honneur à la nature ,
Sans avoir , des vertus , que l'heureufe impofture ,
Trop aimable tyran , illuftre ambitieux ,
Qui triomphas du fort , de Caton & des Dieux...
Sous un joug ennobli par l'éclat de tes armes ,
Nous refpirions du moins fans honte & fans allármes
:
Loin de rougir des fers qu'illuftroit ta valeur ,
On fe croyoit paré des lauriers du vainqueur.
Mais fous le joug honteux & d'Antoine & d'Octave
>
Rome , arbitre des Rois , va gémir en eſclave.
Se tournant après vers la ftatue de Pompée
, elle lui adreffe ces triftes paroles .
Ah ! Pompée , eft -ce là ce qui refte de toi
Miférables débris de la grandeur . humaine ,
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
Douloureux monument de vengeance & de haine !
6
Pour nous venger d'Octave ,, accours , vaillant
Sextus ,,
A ce nouveau Céfar , fois un nouveau. Brutus.
Ce monologue me paroît admirable ; il
égale , à mon gré , celui d'Electre , s'il ne
le furpaffe pas , & forme la plus belle expofition
. Il eft terminé par l'arrivée de
Sextus , qui fe cache même aux yeux de
Tullie qu'il aime , fous le nom de Clodomir
, chef des Gaulois . Il lui fait un récit
affreux des horreurs du Triumvirat dont il
vient d'être le témoin , & finit un fi noir
tableau par ces beaux vers , qu'on croiroit
d'un auteur de trente ans , à la force du
coloris.
Un fils , prefque à mes yeux , vient de livrer fon
Le
pere ;
J'ai vu ce même fils égorgé par fa mere :
On ne voit que des corps mutilés & fanglans ,
Des efclaves traîner leurs maîtres expirans ;
affouvi réchauffe le carnage ;
carnage
J'ai vu des furieux dont la haine & la rage
Se difputoient des cours encor tout palpitans:
On diroit à les voir l'un l'autre s'excitans ,
Déployer à l'envi leur fureur meurtrière ,
Que c'est le derniér jour de la nature entiere. {
FEVRIER. , 1755. 179
que
Dans ce péril preffant il offre à Tullie une
retraite dans Oftie pour fon pere & pour
elle . Elle la refufe ; il frémit du danger
Ciceron va courir , fi près de Fulvie
qui a juré fa perte. Il exprime en même
tems la douleur qu'il a de la perdre & de
la voir près d'être unie aux jours d'Octave
qui l'aime , ajoutant que fon fang fcellera
cet hymen. Tullie le raffure fur cette crain--
te , en lui difant :
Un tyran à
Ne craignez rien d'Octave' :
mes yeux ne vaut pas un esclave.
Un rival plus heureux va caufer vos allarmes ...
Le fils du grand Pompée . Hélas ! que n'est- ce vous !!
Que j'euffe avec plaifir accepté mon époux !
Ces deux amans font interrompus par
Lepide qui entre : Clodomir fe retire . Le
Triumvir fait entendre à Tullie , que ne
pouvant chaffer de Rome fes collegues impies
, il prend le parti de s'en exiler luimême
, & qu'il va chercher un afyle en
Efpagne pour y fauver fa vertu. Tullie l'interrompt
par cette noble réponſe , qui a
toujours été fi juftement applaudie :
Ah ! la vertu quifuit ne vaut pas le courage
Du crime audacieux qui fçait braver l'orage .
Que peut craindre un Romain des,caprices.du fort,
Tant qu'il lui refte un bras pour fe donner la mort
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
Avez-vous oublié que Rome eft votre mere
Demeurez , imitez l'exemple de mon pere ,
Et de votre vertu në nous vantez l'éclat
Qu'après une victoire , ou du moins un combat.
On n'encenfa jamais la vertu fugitive ,
Et celle d'un Romain doit être plus active.
On ne le reconnoît qu'à fon dernier foupir ;
Son honneur eft de vaincre , & vaincu de mourir.
ger
Elle fort.
Ciceron arrive. Lapide tâche de l'engaà
le fuivre pour fe dérober à la fureur
d'Antoine & de Fulvie , qui veulent le profcrire.
Ciceron rejette cette offre. Lepide le
quitte , en lui déclarant qu'il vient de rencontrer
Sextus , & qu'il l'a reconnu . Ce
Triumvir l'avertit d'en craindre la fuite ,
& de prendre garde à lui. Ciceron reſté
feul , dit qu'il eft tems qu'il apprenne
ce fecret à fa fille , que Clodomir devenu
le fils du grand Pompée , ne pourra l'en
blâmer , qu'il veut les unir & donner à Céfar
un rival , dont le nom feul pourra lui
devenir funefte.
Octave commence avec Mecene le fecond
acte. Après avoir d'abord tâché d'excufer
fes cruautés , il lui marque fon
amour pour Tullie , & fon eftime pour fon
pere , ajoûtant qu'il veut le fauver & fe
l'attacher. Mecene l'affermit dans ce defFEVRIER.
1755. 181
fein , & le laiffe avec Ciceron qui paroît ,
& qui lui témoigne ainfi fa furpriſe :
Céſar , en quel état vous offrez-vous à moi ?
Ah ! ce n'eft ni fon fils , ni Céfar que je vois.
O! Céfar , ce n'eft pas ton fang qui l'a fait naître :
Brutus qui l'a verfé , méritoit mieux d'en être.
Le meurtre des vaincus ne fouilloit point tes pas ;
Ta valeur fubjuguoit , mais ne profcrivoit pas.
Octave, pour fe juftifier , répond qu'il
pourfuit les meurtriers du grand Céfar , &
que fa vengeance eft légitime. Ciceron l'interrompt
pour lui reprocher l'abus affreux
qu'il fait de ce prétexte , & lui dit :
Rendre le glaive feul l'interprête des loix ,
Employer pour venger le meurtre de fon pere
Des flammes & du fer l'odieux miniftere ;
Donner à fes profcrits pour juges fes foldats ,
Du neveu de Céfar voilà les magiftrats.
Octave lui réplique que c'eft une néceffité
, que l'univers demande une forme
nouvelle , qu'il lui faut un Empereur , que
Ciceron doit le choifir , qu'ils doivent s'allier
pour mieux détruire Antoine ; il le
conjure enfin de l'aimer , & de devenir
fon
pere.
Abdique, je t'adopte , & ma fille eft à toi,
382 MERCURE DE FRANCE.
repart Ciceron. Des oreilles trop délicates
ont trouvé ce vers dur ; pour moi je ne le
trouve que fort ;je crois qu'un Romain ne
peut pas mieux répondre ni en moins de
mots . Tullie paroît , & fon pere fort eix
difant à Octave , qu'il la confulte ; & que
s'il l'aime , il la prenne pour modele .
Tullie traite Octave encore avec plus.
de fierté que n'a fait fon pere. Céfar , luis
dit-elle :
Regnez , fi vous l'ofez; mais croyez que Tullie
Sçaura bien ſe ſoustraire à votre tyrannie :
Si du fort des tyrans vous bravez les hazards
Il naîtra des Brutus autant que des Céfars.
Sur ce qu'il infifte , elle lui déclare fierement
qu'elle ne l'aime point , qu'elle eft
cependant prête à l'époufer , pourvû qu'il
renonce à l'Empire ; mais que s'il veut ufurper
l'autorité fuprême , il peut teindre le
diadême de fon fang. Cette hauteur romaine
oblige Octave de la quitter & de la
menacer de livrer fon pere à Fulvie. Sextus
, qu'elle reconnoît alors pour le fils de
Pompée , entre fur la fcéne , & demande à
Tullie le fujer de fa douleur. Elle l'inftruit
du danger preffant où font les jours de
fon pere , qui veut les unir avant fa mort.
Sextus finit le fecond acte , en la preffant
d'engager Ciceron à fuir fur fes vaiffeaux
FEVRIER. 1755. 183
-il eft honteux pour lui , ajoute-t- il , de fe
laiffer profcrire.
S'il veut m'accompagner je répons de fa vie,
El'amour couronné répondra de Tullie..
Il faut convenir que cet acte eft un peu
vuide d'action .
Ciceron , Tullie & Sextus ouvrent le troifieme.
Ciceron veut unir le fils de Pompée:
à fa fille ; mais elle s'y oppofe dans ce cruel
moment & le conjure de la fuivre en
Sicile avec Sextus il s'écrie ::
>-
Pour braver mes tyrans je veux mourir dáns Ro
me ;
En implorant les Dieux , c'eft moi fenl qu'elles
nomme:
Sextus lui parle alors en vrai fils de Pompée
, & lui dit :
Rome n'eft plus qu'un ſpectre , une ombre en Ita
lie ,
Dont le corps tout entier eft paffé dans l'Afie :
C'est là que noure honneur nous appelle aujour
d'hui ,
Rendons- nous à ſa voix , & marchons avec lui.
Ce n'eft pas le climat qui lui donna la vie;
C'eſt le coeur du Romain qui forme fa patrie.
184 MERCURE DE FRANCE.
2
Il vaut mieux fe flater d'un eſpoir téméraire
Que de céder au fort dès qu'il nous eft contraire.
Il faut du moins mourir les armes à la main ,
Le feul gente de mort digne d'un vrai Romain,
Mais mourir pour mourir n'eft qu'une folle
yvreffe ,
Trifte enfant de l'orgueil , que nourrit la pareffe.
où
Ciceron fort en leur difant qu'il ne
peut fe réfoudre à quitter l'Italie , mais
qu'il confent de fe rendre à Tufculum ,
il ira les joindre pour les unir enfemble ,
& qu'avant tout il veut revoir Mecene. A
peine eft- il parti qu'Octave entre ; & jaloux
de Sextus qu'il prend pour un chef
des Gaulois , il adreffe ainfi la parole à
Tullie .
Qu'il retourne en fon camp ,
C'eft parmi fes foldats qu'il trouvera fon rang,
Le faux Clodomir lui répond , avec une
fierté plus que Gauloife ,
Le fort de mes pareils ne dépend point de toi
Je ne releve ici que des Dieux & de moi.
Aux loix du grand Céfar nous rendîmes hommage
,
Mais ce ne fut jamais à titre d'efclavage.
Comme de la valeur il connoiffoit le prix ,
Il cftimoit en nous ce qui manque à ſon fils.
FEVRIER. 1755. 185
Octave à ces mots appelle les Licteurs ,
& il faut avouer que fon emportement
paroît fondé.
Tullie s'oppofe à fa rigueur , & prend
vivement la défenſe de Sextus . Le courroux
d'Octave en redouble ; il . lui répond
que ce Gaulois brave l'autorité des Triumvirs
, qu'il a fauvé plufieurs profcrits , &
qu'il mérite d'être puni comme un traître .
Sextus lui réplique :
Toi-même , applaudifſant à mes foins magnanimes
,
Tu devrois me louer de t'épargner des crimes ,
Et rougir , quand tu crois être au- deffus de moi ,
Qu'un Gaulois à tes yeux foit plus Romain que
toi,
Tullie lui demande fa vie. Octave forcé
par fon amour de la lui accorder , fe retire
en déguifant fon dépit. Sextus raffure Tullie
fur la crainte qu'elle a que fon rival
ne l'immole , & lui fait entendre qu'Octave
eft un tyran encore mal affermi, qu'il
le croit Gaulois , & qu'ayant beſoin du ſecours
de cette nation , il eft trop bon politique
pour ne la pas ménager. La frayeur
de Tullie s'accroît à l'afpect de Philippe ,
qu'elle prend pour un miniftre des vengeances
d'Octave. Philippe reconnoît Sex186
MERCURE DE FRANCE.
tus qu'il a élevé , & marque autant de
douleur que de furprife. Le fils de Pompée
reconnoît Philippe à fon tour , & lui
reproche d'avoir dégénéré de fa premiere
vertu. Cet affranchi fe jette à fes genoux ,
& lui dit qu'il ne les quittera pas qu'il n'ait
obtenu de lui la grace d'être écouté . Sextuş
le force de fe lever. Philippe lui raconte
qu'Octave inftruit de fa fidélité l'a pris
à fon fervice , mais qu'il n'a jamais trempé
dans fes forfaits. Il ajoute que ce Triumvir
ne croit plus que Sextus foit un Gaulois
, mais un ami de Brutus , & qu'il l'a
chargé du cruel emploi de l'affaffiner dans
la nuit . Il vient , continue- t-il , de paffer
chez Fulvie : je crains qu'il n'en coute la
vie à Ciceron .
Les momens nous font chers , & c'eſt fait de vos
jours ,
Și de ceux du tyran , je n'abrege le cours,
Choififfez du trépas de Célar , ou du vôtre ;-
Rien n'eft facré pour moi quand il s'agit de vous..
Sextus lui répond
L'affafinat , Philippe , eft indigne de nous
Avant que d'éclater il falloit l'entreprendre
Mais inftruit du projet je dois te le défendre .
Ce trait eft hiſtorique , & M. de Cré
FEVRIER. 1755. 187
billon s'en est heureufement fervi . Tullie
approuve Sextus , & termine l'acte en difant
:
Allons trouver mon pere , & remettons aux Dieux
Le foin de nous fauver de ces funeftes lieux.
Le quatrieme acte s'ouvre par un monologue
de Ciceron , qui jette les yeux fur
le tableau des profcriptions , & qui dit
avec tranſport , lorfqu'il y voir fon nom
Enfin je fuis profcrit , que mon ame eft ravie !
Je renais au moment qu'on m'arrache ma vie.
Mecene furvient , & le preffe de s'allier
à Céfar. Ciceron lui demande s'il lui fait
efperer que l'inftant de leur alliance fera la
fin de la profeription . Mecene lui répond
qu'Octave l'a fufpendue pour lui . Ciceron
pour réplique , lui montre fon nom écrit
fur le tableau.
Mecene fe récrie : ...
Dieux quelle trahison
S'il eft vrai que Céfar ait voulu vous proferire ,
Sur ce même tableau je vais me faire inferire.
Adieu : fi je ne puis vous fauver de fes coups ,
Vous me verrez combattre & mourir avec vous.
Octave paroît. Ciceron veut lui faire
189 MERCURE DE FRANCE.
de nouveaux reproches ; mais Octave lui
répond qu'il n'eft pas venu pour fe faire
juger , & qu'il lui demande Tullie pour
la derniere fois. Ciceron lui réplique que
c'eft moins fon amour que fa politique qui
lui fait fouhaiter la main de fa fille , &
qu'il veut par ce noeud les affocier à fes
fureurs. Octave offenfé , lui repart :
Ingrat , fi tu jouis de la clarté du jour ,
Apprens que tu ne dois ce bien qu'à mon amour .
Vois ton nom.
Ciceron lui dit avec un phlegme vraiment
Romain :
Je l'ai vû . Céfar , je t'en rends graces.
Octave alors fe dévoile tout entier , &
lui reproche qu'il protége Clodomir , &
qu'il veut l'unir à Tullie. Ciceron ne s'en
défend pas , & Céfar tranfporté de colere ,
fort en lui déclarant qu'il l'abandonne à
fon inimitié. Ciceron refté feul , dit qu'il
la préfere à une pitié qui deshonore celui
qu'elle épargne , & celui qui l'invoque. Il
eft inquiet fur le fort de fa fille & fur celui
de Sextus , mais il eft raffuré par leur
préfence ; il leur apprend qu'il eft profcrit.
Tous deux le conjurent de partir &
de profiter du moment qu'Octave lui laiſſe ;
FEVRIER. 1755.. 159
mais il s'obſtine à mourir . Philippe vient
avertir Sextus que fes amis font déja loin
des portes , & preffe Tullie de fuivre les
pas du fils de Pompée , en l'affurant qu'elle
n'a rien à craindre pour Ciceron , qu'il eft
chargé de veiller für fes jours , & qu'il va
le conduire à Tufculum. Ciceron quitte
Sextus & Tullie , en leur difant :
i
Adieu , triftes témoins de més voeux fuperflus.
Palais infortuné , je ne vous verrai plus.
Octave qui vient d'apprendre que le faux
Clodomir eft Sextus , fait éclater toute fa
colere , & jure d'immoler le fils de Pompée
, & Tullie même. Mecene entre tout
éploré. Octave effrayé , lui demande quel
eft le fujet de fa douleur. Mecene lui répond
, les yeux baignés de larmes :
Ingrat ! qu'avez-vous fait ?
Hélas ! hier encore il exiſtoit un homme
Qui fit par fes vertus les délices de Rome ;
Mémorable à jamais par fes talens divers ,
Dont le génie heureux éclairoit l'univers.
Il n'eft plus .... fon falut vous eût couvert de
gloire ,
Et de vos cruautés , effacé la mémoire.
Qu'ai -je beſoin encor de vous dire fon nom ?
Ahlaillez-moi vous fuir , & pleurer Ciceron.
190 MERCURE DE FRANCE.
Octave témoigne fa furprife , & rejette
ce crime fur Antoine. Mecene continue
ainfi :
L'intrepide Orateur a vu fans s'ébranler ,
Lever fur lui lebras qui l'alloit immoler :
C'eſt toi , Lena , dit-il ; que rien ne te retienne ;
J'ai défendu ta vie , atrache-moi la mienne.
Je ne me repens point d'avoir ſauvé tes jours ,
Puifque des miens , c'est toi qui dois trancher le
cours.
que
A ces mots , Ciceron lui préfente la tête ,
En s'écriant , Lena , frappe , la voilà prête.
Lena , tandis Pair retentiffoit de cris ,
L'abbat , court chez Fulvie en demander le prix.
Un objet fi touchant , loin d'attendrir ſon ame ,
N'a fait que redoubler le courroux qui l'enflam
me :
Les yeux étincelans de rage & de fureur ,
Elle embraffe Lena fans honte & fans pudeur ,
Saifit avec tranſport cette tête divine ,
Qui femble avec les Dieux difputer d'origine ,
En arrache . ... Epargnez à ma vive douleur
La fuite d'un récit qui vous feroit horreur.
Nous ne l'entendrons plus , du feu de fon génie ,
Répandre dans nos coeurs le charme & l'harmonie
:
Fulvie a déchiré de fes indignes mains
Cet objet précieux , l'oracle des humains.
Ce récit m'a paru trop beau pour en rien
FEVRIER. 1755. 191
retrancher. L'acteur * qui a joué le rolle de
Mecene , en a fenti tout le pathétique , &
l'a très-bien rendu. Tullie qui n'eft pas encore
inftruite de la mort de fon pere , vient
implorer pour lui la puiffance d'Octave ;
elle paroît un peu defcendre de fon caractere
, elle s'humilie même au point d'offrir ſa
main à Céfar, pourvû qu'elle foit le prix des
jours de Ciceron . Comme Octave ne peut
cacher fon embarras , & qu'il veut fortir ,
Tullie l'arrête ; & tournant fes regards
vers la tribune , elle s'écrie avec terreur :
Plus je l'ofe obferver , plus ma frayeur augmente.
Mecene ! la Tribune ... elle eſt toute fanglante.
Ce voile encor fumant cache quelque forfait.
N'importe , je veux voir. Dieux ! quel affreux
objet !
La tête de mon pere ! .. Ah! monftre impitoyable ,
A quels yeux offres- tu ce fpectacle effroyable ?
Elle fe tue , & tombe en expirant auprès
d'une tête fi chere.
Je n'ai point vû au théatre de dénoument
plus frappant ; je ne me laffe point
de le répéter . Ce tableau rendu par l'action
admirable de Mlle Clairon , infpire la terreur
la plus forte , & la pitié la plus tendre
. Ces deux fentimens réunis enfemble .
font la perfection du genre. La beauté du
M. de Bellecour
192 MERCURE DE FRANCE.
cinquiéme acte répond à celle du premier
& la catastrophe remplit tout ce que l'expofition
a promis ; elle a toute la force
Angloife , fans en avoir la licence. Pour
en convaincre le lecteur , je veux lui comparer
le dénouement de Philoclée , dont je
vais donner le programme , d'après l'extrait
inferé dans le Journal Etranger du
mois de Janvier.
Fermer
Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
Le texte critique la dixième représentation de la tragédie 'Le Triumvirat, ou la mort de Cicéron' par les Comédiens Français, qui a connu un succès mérité. La pièce, disponible chez Hochereau, raconte l'histoire de Tullie, fille de Cicéron, qui cherche à protéger son père des persécutions du Triumvirat. Tullie exprime son désespoir face aux horreurs de cette période et reproche à César et Pompée leurs actions. Elle révèle également la menace que représente Octave. Sextus, déguisé en Clodomir, propose une retraite à Tullie, mais elle refuse. Lepide suggère à Cicéron de s'exiler, mais Tullie l'encourage à rester et à affronter ses ennemis. Octave, accompagné de Mécène, tente de gagner la faveur de Cicéron en lui offrant de l'adopter et de protéger Tullie, mais ils rejettent ces propositions avec fierté. Sextus, reconnu comme le fils de Pompée, presse Cicéron de fuir. La pièce se poursuit avec des confrontations entre les personnages, chacun défendant ses valeurs et loyautés. Cicéron refuse de quitter Rome et exprime son désir de mourir en héros. Octave, jaloux de Sextus, menace de le punir, mais finit par lui accorder la vie. Philippe, un affranchi, révèle un complot contre Cicéron, et Sextus décide de le protéger. Tullie et Sextus se préparent à trouver Cicéron pour le sauver des dangers qui le menacent. La pièce se poursuit avec une confrontation dramatique entre Octave, Cicéron et d'autres personnages. Octave demande la main de Tullie, mais Cicéron refuse, accusant Octave de motivations politiques. Octave, offensé, rappelle à Cicéron qu'il lui doit la vie. Cicéron, imperturbable, avoue protéger Clodomir et vouloir l'unir à Tullie. Octave, furieux, déclare abandonner Cicéron à son inimitié. Cicéron, inquiet pour ses enfants, apprend qu'il est proscrit mais refuse de partir. Philippe avertit Sextus et Tullie de partir, assurant qu'il veillera sur Cicéron. Cicéron dit adieu à ses enfants et quitte le palais. Octave, apprenant que Sextus est le faux Clodomir, jure de les immoler. Mécène révèle à Octave la mort de Cicéron, tué par Lena sur ordre de Fulvie. Tullie, découvrant la tête de son père, meurt de chagrin. La pièce se conclut par un dénouement tragique, soulignant la terreur et la pitié inspirées par la mort de Cicéron.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 192-199
PROGRAMME PHILOCLÉE, Tragédie Angloise.
Début :
Le théatre représente une forêt. Bazile, Roi d'Arcadie, renonçant aux affaires, [...]
Mots clefs :
Tragédie, Théâtre, Yeux, Baiser, Comédie-Française, Princesses, Tragédie anglaise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROGRAMME PHILOCLÉE, Tragédie Angloise.
PROGRAMME DE PHILOCLÉE ,
Tragédie Angloife .
Lie ,Roi d'Arcadie , fenonçant aux af-
E théatre repréſente une forêt. Bazifaires
, s'eft retiré dans cette retraite avec
Ginecie fa feconde femme , & fes deux
filles , Philoclée & Pamela , qu'il a eues
d'un premier mariage. Il eſt défendu d'y
pénétrer fous peine de la vie , hors à des
bergers employés à leurs fervices . Il a déclaré
en même tems que ces deux Princeffes
ne feroient jamais mariées de fon
vivant , fans dévoiler le motif d'une rigueur
fi bizarre. Mais Mufidore , Prince
de Theffalie , a pénétré ce myftere . Le
Grand Prêtre de Delphes , gagné par fes
préfens , lui a révélé qu'on avoit prédit à
Bazile qu'il mourroit le jour même que
fes filles feroient mariées . Cet oracle eft
un
FEVRIER . 1755. 193
un vol qu'on a fait aux Danaïdes . Mufidore
, amoureux de Pamela , fe déguiſe en
berger pour s'introduire auprès d'elle ; &
Pyroclès fon ami , Prince de Macédoine ,
épris des charmes de Philoclée , vient d'arborer
auffi la houlette. Ils ont tous deux
formé le projet de déclarer leur amour à
ces Princeffes , & s'ils font écoutés , d'obtenir
leur aveu pour les enlever.
Pyroclès trouve le premier l'occafion favorable
: il voit dans un jardin Philoclée
endormie ; il exprime ainfi fon tranſport :
mes yeux ne me trompent point , c'eſt
» elle , couchée fur un lit de fleurs ... elle
» dort .... Son haleine eft plus douce que
» l'odeur qu'elles exhalent .... heureuſes
fleurs qui fervez d'oreiller à fes joues
» charmantes ! ah ! j'en vois une qui s'éleve
jufqu'à fa bouche vermeille ; elle
» s'efforce de la baifer. Embaumée de få
> refpiration , elle en reçoit plus de parfums
que Flore n'en a verfé fur toutes
» fes compagnes . Ah !
que ma main ja-
» louſe l'arrache de fa tige ! que je fuce
>> comme l'abeille cette précieufe rofée « .
Langage trop figuré pour une tragédie !
vers d'Idylle , & fituation d'opéra. Ce fommeil
paroît même copié d'après celui d'Iffé.
» Qui m'arrête ? ajoute- t-il , amant trop
timide , ne puis - je moi -même dérober
و ر
و د
...
I
194 MERCURE DE FRANCE.
"
» un baifer ? & ce tendre larcin diminuera-
t-il un tréfor où s'accumulent tant de
» charmes « réflexion fenfée qui le déter
mine à prendre un baifer. Cette liberté feroit
excufable dans une comédie ; mais le
tragique eft plus févere fur les bienséances.
Il permet , ou plutôt il adopte les plus
grands crimes , & ne pardonne pas les plus
petites familiarités. On peut empoifonner ,
& même poignarder aujourd'hui fur notre
théatre avec décence ; mais un baiſer
feroit fcandaleux , ou tout au moins ridi
cule dans une tragédie françoife. Le réveil
de Philoclée engage l'aveu que Pyroclès
lui fait de fa paffion & de fon rang ;
il est très-bien . reçu . Mufidore a le même
fuccès près de Pamela , à la faveur d'un
portrait & d'une médaille qui le repréfentent
, & qui occafionnent une déclara
tion . Petit moyen, accompagné d'autres incidens
, qui chargent la piece fans avancer
Faction. Je les fupprime pour arriver plu
tôt au point de comparaifon , c'eft-à -dire à
la fituation qui reffemble à la cataſtrophe
du Triumvirat. En conféquence , je paffe
à l'événement du troifiéme acte , qui doit
l'amener : c'eft où commence proprement
la tragédie comme l'a judicieuſement
remarqué M. l'Abbé P.
On apprend au Roi qu'Amphiale fon
FEVRIER. 1755. 195
neveu , qu'il n'a pas voulu accepter pour
gendre, vient d'enlever les deux Princefles ;
que Pyroclès a tué plufieurs des raviffeurs ,
mais qu'accablé fous le nombre , il a été
fait prifonnier. Le Roi fort de fa retraite
& court affiéger Amphiale dans un château
où il s'eft retiré avec fa proye. Ce Prince
foutient le fiége. Cecropie , fa mere , veut
qu'il époufe fur le champ , de force ou de
gré , l'une des deux Princeffes , ou qu'il les
faffe mourir. Comme toutes les deux refufent
fon fils , cette cruelle femme va trouver
Philoclée dans fon appartement , & lui
dit de choisir de cet hymen ou d'un prompt
fupplice. La Princeffe répond qu'elle préfere
la mort : eh bien , lui réplique Cecropie
, jette les yeux dans la cour , l'échafaud
eft dreffé ; vois dans le fort de ta foeur
celui qui t'attend. Elle donne le fignal , &
l'on fait voler une tête. A cette affreuſe
vûe , Philoclée s'évanouit. Un pareil fpectacle
me femble plus propre à repaître
les regards d'une populace cruelle , qu'à
étonner l'efprit , ou qu'à remuer le coeur
d'un public délicat .
Dans le cinquiéme acte un Officier vient
annoncer à Pyroclès , dans fa prifon , la
mort de Philoclée , & pour ne lui laiſſer
aucun doute , il lui dit de le fuivre . Le.
théatre change ; on voit au milieu d'une
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
fale tendue de noir , un corps expofé fut
un lit de parade : Pyroclès leve le drap qui
le couvre , & s'écrie : Dieux ! un tronc
fanglant ! quoi ! Philoclée ! ... Ah ! barbares
affaffins ! Il tombe faifi de douleur ,
& les fanglots lui coupent la parole . Cette
pofition et prefque la même que celle qui
termine le Triumvirat ; mais l'auteur Anglois
n'en demeure pas là . Dans le tems
que Pyroclès déplore la perte de la Princeffe
, elle paroît vêtue de blanc ; il la
prend pour fon ombre : elle le defabuſe ,
& lui apprend que ce corps mort eſt celui
d'une malheureufe confidente immolée à
la place , & fous les habits de Pamela ;
ftratagême imaginé par Cecropie , pour réfoudre
Philoclée à époufer fon fils , & plus
digne de figurer dans un tome de Caffandre
, d'où il a été pris , que d'être employé
dans une piéce dramatique. Pendant cet
éclairciffement on entend le bruit d'un
combat ; c'eft Mufidore qui vient de furprendre
le château , & de tuer Amphiale .
Les quatre amans fe trouvent réunis : on
leur apprend la mort de Cecropie , qui
s'eft précipitée du haut des murs , & celle
de Bazile , percé d'une fleche lancée au has
żard , au moment qu'il entroit dans la
place. C'eft ainfi que s'accomplit l'oracle ,
que finit la piece. Pour la Reine , on &
FEVRIER . 1755. 197
ne fçait , dit le Journaliſte , ce qu'elle eft
devenue. Les deux couples * fortunées ne
s'en embarraffent gueres , ni moi non plus ,
qui ai furprimé fon rôle.
Que l'on compare à préfent les deux cataftrophes
; l'une eft amenée à force d'incidens
romanefques , & compliquée audelà
de la vraisemblance ; l'autre eft prife
dans la nature , affortie à la vérite hiftorique
, & renfermée dans fa précifion : qu'on
juge en même tems les deux ouvrages.
On ne peut difconvenir qu'il n'y ait des
beautés fingulieres & des coups de force
dans le drame Anglois ; mais ils font frappés
fans deffein , & paroiffent ifolés ; c'eft
un pur roman , encore eſt-il mal tiffu , &
trop chargé. La piece françoife a des traits
qui n'ont pas moins d'audace , & qui fortent
mieux du fujet . C'eſt une vraie tragédie
; fi elle eft un peu foible d'action **,
elle eft forte de penſées , brillante par les
détails , & foutenue par les caracteres .
Pour tout dire , en un mot , Philoclée eft
* Je crois que ce mot couple eft maſculin dans
cette acception, & qu'on doit dire les deux couples
fortunés ; peut- être eft- ce une faute d'impreffion ?
** Le plus grand défaut du Triumvirat eft dans
le fujet, qui eft trop fimple ; la fuite de Ciceron en
fait tout le fond : partira-t-il ? ne partira-t-il
point ? voilà fur quoi roule toute l'action juſqu'au
dénouement.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
l'ouvrage du talent aux dépens de toutes
les regles ; le Triumvirat eft celui du génie
éclairé par l'art , & foumis aux bienféances.
M. l'Abbé P. nous apprend que cette
tragédie angloife eft le coup d'effai de M.
Machamara Morgan , jeune étudiant en
Droit ; il ajoute qu'on peut tout attendre
de lui , & qu'il s'empreffe d'en publier
l'augure ce préfage feroit plus flateur
pour nous , s'il nous annonçoit un digne
fucceffeur de M. de Crébillon & de M. de
Voltaire .
Le 19 , les Comédiens François ont remis
Efope à la Cour , comédie en cinq actes
& en vers , de Bourfault. Cette piece
eftimable
a reçu du public l'accueil favorable
qu'elle mérite. M. de Lanoue eft fupérieur
dans le rôle d'Efope ; on ne peut
pas le rendre avec plus d'efprit & de vérité.
Cette comédie eft intéreffante autant
que peut l'être une piéce épifodique. La
fcene de Rodope avec fa mere eft une des
plus touchantes qui foient au théatre , &
des mieux jouées par Mlle Gauffin & Mlle
Dumefnil. Après l'Andrienne voilà le premier
& le vrai modele du comique larmoyant
; il eft puifé dans la nature. Le
dénouement eft encore d'une grande beauré
, il laiffe pour l'auteur une forte imFEVRIER.
1755.. 199
preffion d'eftime. Je voudrois que Bourfault
n'eût pas bleffé le coftume en parlant
de Procureurs & de Greffiers , qui n'avoient
pas lieu heureuſement pour ce temslà.
Mes yeux font encore plus choqués que
les acteurs ne refpectent pas mieux ce même
coſtume , en habillant des Lydiens à la
Françoife : ils l'ont toujours fait ; mais un
abus de foixante dix ans n'eft pas moins
un abus ; ils ne font pas moins dans l'obligation
de s'en corriger.
Tragédie Angloife .
Lie ,Roi d'Arcadie , fenonçant aux af-
E théatre repréſente une forêt. Bazifaires
, s'eft retiré dans cette retraite avec
Ginecie fa feconde femme , & fes deux
filles , Philoclée & Pamela , qu'il a eues
d'un premier mariage. Il eſt défendu d'y
pénétrer fous peine de la vie , hors à des
bergers employés à leurs fervices . Il a déclaré
en même tems que ces deux Princeffes
ne feroient jamais mariées de fon
vivant , fans dévoiler le motif d'une rigueur
fi bizarre. Mais Mufidore , Prince
de Theffalie , a pénétré ce myftere . Le
Grand Prêtre de Delphes , gagné par fes
préfens , lui a révélé qu'on avoit prédit à
Bazile qu'il mourroit le jour même que
fes filles feroient mariées . Cet oracle eft
un
FEVRIER . 1755. 193
un vol qu'on a fait aux Danaïdes . Mufidore
, amoureux de Pamela , fe déguiſe en
berger pour s'introduire auprès d'elle ; &
Pyroclès fon ami , Prince de Macédoine ,
épris des charmes de Philoclée , vient d'arborer
auffi la houlette. Ils ont tous deux
formé le projet de déclarer leur amour à
ces Princeffes , & s'ils font écoutés , d'obtenir
leur aveu pour les enlever.
Pyroclès trouve le premier l'occafion favorable
: il voit dans un jardin Philoclée
endormie ; il exprime ainfi fon tranſport :
mes yeux ne me trompent point , c'eſt
» elle , couchée fur un lit de fleurs ... elle
» dort .... Son haleine eft plus douce que
» l'odeur qu'elles exhalent .... heureuſes
fleurs qui fervez d'oreiller à fes joues
» charmantes ! ah ! j'en vois une qui s'éleve
jufqu'à fa bouche vermeille ; elle
» s'efforce de la baifer. Embaumée de få
> refpiration , elle en reçoit plus de parfums
que Flore n'en a verfé fur toutes
» fes compagnes . Ah !
que ma main ja-
» louſe l'arrache de fa tige ! que je fuce
>> comme l'abeille cette précieufe rofée « .
Langage trop figuré pour une tragédie !
vers d'Idylle , & fituation d'opéra. Ce fommeil
paroît même copié d'après celui d'Iffé.
» Qui m'arrête ? ajoute- t-il , amant trop
timide , ne puis - je moi -même dérober
و ر
و د
...
I
194 MERCURE DE FRANCE.
"
» un baifer ? & ce tendre larcin diminuera-
t-il un tréfor où s'accumulent tant de
» charmes « réflexion fenfée qui le déter
mine à prendre un baifer. Cette liberté feroit
excufable dans une comédie ; mais le
tragique eft plus févere fur les bienséances.
Il permet , ou plutôt il adopte les plus
grands crimes , & ne pardonne pas les plus
petites familiarités. On peut empoifonner ,
& même poignarder aujourd'hui fur notre
théatre avec décence ; mais un baiſer
feroit fcandaleux , ou tout au moins ridi
cule dans une tragédie françoife. Le réveil
de Philoclée engage l'aveu que Pyroclès
lui fait de fa paffion & de fon rang ;
il est très-bien . reçu . Mufidore a le même
fuccès près de Pamela , à la faveur d'un
portrait & d'une médaille qui le repréfentent
, & qui occafionnent une déclara
tion . Petit moyen, accompagné d'autres incidens
, qui chargent la piece fans avancer
Faction. Je les fupprime pour arriver plu
tôt au point de comparaifon , c'eft-à -dire à
la fituation qui reffemble à la cataſtrophe
du Triumvirat. En conféquence , je paffe
à l'événement du troifiéme acte , qui doit
l'amener : c'eft où commence proprement
la tragédie comme l'a judicieuſement
remarqué M. l'Abbé P.
On apprend au Roi qu'Amphiale fon
FEVRIER. 1755. 195
neveu , qu'il n'a pas voulu accepter pour
gendre, vient d'enlever les deux Princefles ;
que Pyroclès a tué plufieurs des raviffeurs ,
mais qu'accablé fous le nombre , il a été
fait prifonnier. Le Roi fort de fa retraite
& court affiéger Amphiale dans un château
où il s'eft retiré avec fa proye. Ce Prince
foutient le fiége. Cecropie , fa mere , veut
qu'il époufe fur le champ , de force ou de
gré , l'une des deux Princeffes , ou qu'il les
faffe mourir. Comme toutes les deux refufent
fon fils , cette cruelle femme va trouver
Philoclée dans fon appartement , & lui
dit de choisir de cet hymen ou d'un prompt
fupplice. La Princeffe répond qu'elle préfere
la mort : eh bien , lui réplique Cecropie
, jette les yeux dans la cour , l'échafaud
eft dreffé ; vois dans le fort de ta foeur
celui qui t'attend. Elle donne le fignal , &
l'on fait voler une tête. A cette affreuſe
vûe , Philoclée s'évanouit. Un pareil fpectacle
me femble plus propre à repaître
les regards d'une populace cruelle , qu'à
étonner l'efprit , ou qu'à remuer le coeur
d'un public délicat .
Dans le cinquiéme acte un Officier vient
annoncer à Pyroclès , dans fa prifon , la
mort de Philoclée , & pour ne lui laiſſer
aucun doute , il lui dit de le fuivre . Le.
théatre change ; on voit au milieu d'une
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
fale tendue de noir , un corps expofé fut
un lit de parade : Pyroclès leve le drap qui
le couvre , & s'écrie : Dieux ! un tronc
fanglant ! quoi ! Philoclée ! ... Ah ! barbares
affaffins ! Il tombe faifi de douleur ,
& les fanglots lui coupent la parole . Cette
pofition et prefque la même que celle qui
termine le Triumvirat ; mais l'auteur Anglois
n'en demeure pas là . Dans le tems
que Pyroclès déplore la perte de la Princeffe
, elle paroît vêtue de blanc ; il la
prend pour fon ombre : elle le defabuſe ,
& lui apprend que ce corps mort eſt celui
d'une malheureufe confidente immolée à
la place , & fous les habits de Pamela ;
ftratagême imaginé par Cecropie , pour réfoudre
Philoclée à époufer fon fils , & plus
digne de figurer dans un tome de Caffandre
, d'où il a été pris , que d'être employé
dans une piéce dramatique. Pendant cet
éclairciffement on entend le bruit d'un
combat ; c'eft Mufidore qui vient de furprendre
le château , & de tuer Amphiale .
Les quatre amans fe trouvent réunis : on
leur apprend la mort de Cecropie , qui
s'eft précipitée du haut des murs , & celle
de Bazile , percé d'une fleche lancée au has
żard , au moment qu'il entroit dans la
place. C'eft ainfi que s'accomplit l'oracle ,
que finit la piece. Pour la Reine , on &
FEVRIER . 1755. 197
ne fçait , dit le Journaliſte , ce qu'elle eft
devenue. Les deux couples * fortunées ne
s'en embarraffent gueres , ni moi non plus ,
qui ai furprimé fon rôle.
Que l'on compare à préfent les deux cataftrophes
; l'une eft amenée à force d'incidens
romanefques , & compliquée audelà
de la vraisemblance ; l'autre eft prife
dans la nature , affortie à la vérite hiftorique
, & renfermée dans fa précifion : qu'on
juge en même tems les deux ouvrages.
On ne peut difconvenir qu'il n'y ait des
beautés fingulieres & des coups de force
dans le drame Anglois ; mais ils font frappés
fans deffein , & paroiffent ifolés ; c'eft
un pur roman , encore eſt-il mal tiffu , &
trop chargé. La piece françoife a des traits
qui n'ont pas moins d'audace , & qui fortent
mieux du fujet . C'eſt une vraie tragédie
; fi elle eft un peu foible d'action **,
elle eft forte de penſées , brillante par les
détails , & foutenue par les caracteres .
Pour tout dire , en un mot , Philoclée eft
* Je crois que ce mot couple eft maſculin dans
cette acception, & qu'on doit dire les deux couples
fortunés ; peut- être eft- ce une faute d'impreffion ?
** Le plus grand défaut du Triumvirat eft dans
le fujet, qui eft trop fimple ; la fuite de Ciceron en
fait tout le fond : partira-t-il ? ne partira-t-il
point ? voilà fur quoi roule toute l'action juſqu'au
dénouement.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
l'ouvrage du talent aux dépens de toutes
les regles ; le Triumvirat eft celui du génie
éclairé par l'art , & foumis aux bienféances.
M. l'Abbé P. nous apprend que cette
tragédie angloife eft le coup d'effai de M.
Machamara Morgan , jeune étudiant en
Droit ; il ajoute qu'on peut tout attendre
de lui , & qu'il s'empreffe d'en publier
l'augure ce préfage feroit plus flateur
pour nous , s'il nous annonçoit un digne
fucceffeur de M. de Crébillon & de M. de
Voltaire .
Le 19 , les Comédiens François ont remis
Efope à la Cour , comédie en cinq actes
& en vers , de Bourfault. Cette piece
eftimable
a reçu du public l'accueil favorable
qu'elle mérite. M. de Lanoue eft fupérieur
dans le rôle d'Efope ; on ne peut
pas le rendre avec plus d'efprit & de vérité.
Cette comédie eft intéreffante autant
que peut l'être une piéce épifodique. La
fcene de Rodope avec fa mere eft une des
plus touchantes qui foient au théatre , &
des mieux jouées par Mlle Gauffin & Mlle
Dumefnil. Après l'Andrienne voilà le premier
& le vrai modele du comique larmoyant
; il eft puifé dans la nature. Le
dénouement eft encore d'une grande beauré
, il laiffe pour l'auteur une forte imFEVRIER.
1755.. 199
preffion d'eftime. Je voudrois que Bourfault
n'eût pas bleffé le coftume en parlant
de Procureurs & de Greffiers , qui n'avoient
pas lieu heureuſement pour ce temslà.
Mes yeux font encore plus choqués que
les acteurs ne refpectent pas mieux ce même
coſtume , en habillant des Lydiens à la
Françoife : ils l'ont toujours fait ; mais un
abus de foixante dix ans n'eft pas moins
un abus ; ils ne font pas moins dans l'obligation
de s'en corriger.
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Résumé : PROGRAMME PHILOCLÉE, Tragédie Angloise.
Le texte présente une critique de la tragédie 'Programme de Philoclée' d'un auteur anglois. L'intrigue se déroule dans une forêt où Bazile, roi d'Arcadie, s'est retiré avec sa femme Ginécie et ses deux filles, Philoclée et Pamela. Bazile a interdit l'accès à cette retraite et déclaré que ses filles ne se marieraient pas de son vivant, craignant une prédiction selon laquelle il mourrait le jour du mariage de ses filles. Deux princes, Mufidore de Thessalie et Pyroclès de Macédoine, amoureux respectivement de Pamela et Philoclée, se déguisent en bergers pour approcher les princesses. Pyroclès trouve Philoclée endormie et exprime son amour, recevant une réponse favorable. Mufidore obtient également l'affection de Pamela grâce à un portrait et une médaille. Le roi Bazile apprend que son neveu Amphiale a enlevé les princesses et que Pyroclès a été fait prisonnier. Bazile assiège Amphiale, qui refuse de se rendre. Cecropie, la mère d'Amphiale, ordonne de tuer Philoclée si elle refuse d'épouser son fils. Philoclée préfère la mort et s'évanouit à la vue d'une exécution simulée. Pyroclès, informé de la mort de Philoclée, est dévasté mais découvre que la morte est une confidente sacrifiée à sa place. Mufidore surprend Amphiale et le tue. Les couples amoureux se retrouvent, et l'oracle se réalise avec la mort de Bazile. La pièce se termine sans mentionner le sort de la reine. La critique compare cette tragédie à une autre œuvre, le 'Triumvirat', en soulignant les différences dans la construction des intrigues et la vraisemblance des événements.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 199
COMEDIE ITALIENNE.
Début :
Les Comédiens Italiens ont donné le 25, la dix-huitiéme représentation de [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE.
COMEDIE ITALIENNE.
L
Es Comédiens Italiens ont donné le
25 , la dix-huitiéme repréſentation de
la Fête de l'Amour , toujours fuivie de la
Servante Maîtreſſe , & précédée fucceffivement
des Incas , & des Amans inquiers ,
parodies repriſes . Voici des vers adreffés
à Mme Favard , en attendant l'extrait de
fa piece , que le peu d'efpace qui me reſte
m'oblige encore à remettre au mois de
Mars.
L
Es Comédiens Italiens ont donné le
25 , la dix-huitiéme repréſentation de
la Fête de l'Amour , toujours fuivie de la
Servante Maîtreſſe , & précédée fucceffivement
des Incas , & des Amans inquiers ,
parodies repriſes . Voici des vers adreffés
à Mme Favard , en attendant l'extrait de
fa piece , que le peu d'efpace qui me reſte
m'oblige encore à remettre au mois de
Mars.
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5
p. 199-200
A Mme FAVARD.
Début :
Aimable Auteur, te falloit-il encore [...]
Mots clefs :
Actrice de l'opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mme FAVARD.
A Mme FA VAR D.
AImable Auteur , te falloit- il encore
Ce titre , pour charmer & la Ville & la Cour
Iiv
200 MERCURE DE FRANCE .
On trouve en toi Thalie & Terpfico re ,
Sous un maintien deffiné par l'Amour.
De ton art , la douce impoſture
Offre à mon efprit abuſe
Des images d'après nature ,
De maint caractere oppofé.
Mon coeur fe livre à chaque perſonnage
Qu'à mes yeux tu fais admirer ,
Et tu fçais le rendre volage ,
Sans qu'il cefle de t'adorer .
>
Cette penſée n'eft pas abfolument nouvelle
, mais elle eftrajeunie par l'expreffion.
On avoit donné autrefois la même
louange à une célébre actrice de l'Opera ;
mais je doute qu'elle l'eut mieux mérités
que Mme Favard.
AImable Auteur , te falloit- il encore
Ce titre , pour charmer & la Ville & la Cour
Iiv
200 MERCURE DE FRANCE .
On trouve en toi Thalie & Terpfico re ,
Sous un maintien deffiné par l'Amour.
De ton art , la douce impoſture
Offre à mon efprit abuſe
Des images d'après nature ,
De maint caractere oppofé.
Mon coeur fe livre à chaque perſonnage
Qu'à mes yeux tu fais admirer ,
Et tu fçais le rendre volage ,
Sans qu'il cefle de t'adorer .
>
Cette penſée n'eft pas abfolument nouvelle
, mais elle eftrajeunie par l'expreffion.
On avoit donné autrefois la même
louange à une célébre actrice de l'Opera ;
mais je doute qu'elle l'eut mieux mérités
que Mme Favard.
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Résumé : A Mme FAVARD.
L'auteur adresse une lettre à Mme Favard, actrice, pour louer ses talents. Il admire sa capacité à incarner divers personnages et à captiver le public. Son art crée des 'images d'après nature' et des 'caractères opposés'. L'auteur reconnaît avoir déjà exprimé cette pensée à une autre actrice célèbre de l'Opéra, mais estime que Mme Favard mérite davantage cette louange.
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