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p. 23-93
CONVERSATION ACADEMIQUE dans laquelle il est traité de l'Origine des Tombeaux, & des magnifiques Sepultures. A MADAME LA COMTESSE DE C. H. C.
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Quoy que vous ayez veu un Traité des Sepultures dans le dernier / La mort de la Reyne, de glorieuse & de pieuse [...]
Mots clefs :
Tombeau, Mort, Cendres, Sépulture, Chevalier, Épitaphes, Marquis, Honneur, Corps, Mémoire, Conversation, Vénération, Monument, Origine, Peuple, Vertus, Funérailles, Dieux
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texteReconnaissance textuelle : CONVERSATION ACADEMIQUE dans laquelle il est traité de l'Origine des Tombeaux, & des magnifiques Sepultures. A MADAME LA COMTESSE DE C. H. C.
Jgttdy que vous aJtz veu un
Traité dcs Sépultures dans le dernier
Extraordinaire
,• UOUÔ neferez,
pas finfihéc quen vais renouvelle
cette Matière,quand je vous aufay
appris que la ConverjctimJcadcmiquequiftit
,
efi de M. de la Fe-
? vrc/ie. Elle est diverfifée par tant
j
d*agreables chefes
}
6'-v par des re..
< marques sipropres 4 rendrel'esprit
> content, qu'enpeutdire que leseul
i nom de Tombeau,est ce quelle a de
lugubre.
CONVERSATION
A CADEMI QJJ E
dans laquelle il est traité
de l'Origine des Tombeaux
,ôc des magnifiques
Sepultures.
A MADAME
LA COMTESSEDE,C.H.C.
: LA mort de laReyne, de glorieuse
& de pieuse memoi-
-
re ,
puis qu'elle est en benediction
chez tous les Peuples, a
touché sensiblement toute la
France, mais particulierement
nostre IllustreAbbé. Outre qu'il.:
est bon sujet, & fidelle serviteur du
du Roy, vous savez, Madame,
qu'ilavoir encore d'autres raisons
d'en estre affligé. Ses Amis
prirent parc à sa douleur, mais sur
toutlapetite Troupe choisie, vint
mesler ses larmes avec les siennes.
Comme il estoit alors en
cette Province, elle tâcha de le
consoler par ses frequentes visites,
& elle n'oublia rien pour le
divertir, & pour chasser la mélancolie
que cette mort, & son
indisposition ordinaire luy causoient
dans ce tem ps-là.
Un jour qu'elle estoit venue à
ce dessein
,
& qu'elle commençoit
un Entretien un peu plus gay
qu'à l'ordinaire, elle fut interrompuë
par une Lettre que l'on
aporta à nostre Abbé, de la part
du Reverend Pere de Soria. Vous
sçavez encore, Madame
,
les liaifons
étroites qu'il avoir avec ce
digne Confesseur de la Reyne.
Il nous enfit la lecture, ce qui redoubla
nos regrets, & engagea
la Compagnie dans une Conversation
bien plus serieuse qu'elle
n'avoit crû. On y fit le Panegyrique
de cette Auguste Princesse
en diverses façons, & chacun
s'efforça de marquer le respect
& la veneration qu'il avoit pour
toutes ses vertus. On parla enfuite
de la Ceremonie qu'on devoit
faire pour elle, àNostre-Da
me, & à Saint Denys, & voila,
Madame,ce qui donna sujet, de
traiter dans cette Conversation
de l'Origine des Tombeaux, &
des magnifiques Sepultures.
Que cette matiere ne vous effraye
point, Madame. Toute lugubre
& triste qu'elle est
,
j'ose
vous asseurer qu'elle ne vous inspirera
rien de sombre & de mélancolique
; & mesme qu'elle
vous defennuyëra quelque temps,
comme elle fit nostre Illustre Abbé
qui y prit plaisir, &quiasouhaitéqueje
vousfille part de céc
Entrerien. Il n'y a point icy de
Spectres, & de Fantômes
,
de
Squelettes & de Cadavres rongez
des Vers. L'Or, le Marbre,
leJaspe
, &, le Porphire couvrent
tout cela; & l'Art par ses embellissemens,
donne icy l'Immortalité
à ceux que la Nature avoit
abandonnez à la corruption.
Aussi-tost que le premier Homme
eut peché
,
dit le Dodeur, il
fut condamné à la mort, & dés
ce moment il ne songea plus qu'à
mourir,&, à faire son Tombeau.
Il commença de s'ensevelir en
couvrant sa nudité, & il ne fit
qu'un pas du Paradis terrestre au
Sepulchre, maisdessçavoiroùfut
basti ce Sepulchre, c'est ce qu'on
ne peutdire. Ilesttoujourscertain
que ce ne fut point dans lisle
de Cylon aux Indes Orientales,
comme le croyent quelques Indiens
, auraport d'un Voyageur,
qui nous a faitmention du Tombeau
, & de l'Epitaphe de nostre
premier Pere. Une Epitaphe
d'Adam, s'écria le Chevalier!
Oüy,Monsieur, repartit le Docteur,
& une Epitaphe qui est
dans une Langue,qu'on peutapeller
justement la Langue matrice.
Le Public vous seroit fort obli.
gé, répliqua le Chevalier,si vous
vouliez l'expliquer, car personne
que je sçache, n'a encore pû en venir about. C'est un jeu d'esprit
de l'Auteur, dit le Marquis, qui
aplutost faitun Roman, qu'une
veritable Relation de ses Voyages.
Quoyqu'il en soit, reprit le
Docteur, l'usage desTombeaux
est très ancien, puis que nous
voyons, dans la Genese, que les
Hethéens, ausquels Abraham demanda
le droit de Sepulture pour
sa femme Sara, en avoient de
tres magnifiques. In electissepulchris-
nostris sepeli mortuum tuum,
repondit ce Peuple à Abraham.
Mais il me semble qu'on a mal
traduitelectis en nostre langne,
parbeaux&exquis. Car electis en
cet endroit, veut,dire choisis,,
comme si ce Peuple eustdit,Ensevelijftz,
ce Mort dans les Tombeaux,
que nous avons shoisis pour mus &
nostre famille. D'où vientque
nous disons ordinairement
, ild
thoifïsa. Sepulture en un tel lits.
Mais enfin Abrahamne voulut
pas accepter cette offre, & souhaitra
qu'on kuy vendist un
Champ de terre, & une Caverne
pour y bastir un Tombeau;non
seulement pour Sara& pour luy,
mais encore pour toute sa PoIle,,.
rité. D-iteinibijussepulchrivobif-
Cttm ,& confirmants est ager & antrum
quoderat in eobrabein pqfsessionem
mmumenti àfiliïshetb.
Voila donc un usage & un droit
de Sepulture,le plus ancien qui
soitau Monde, & ce fut suivant
ce droit, & cette coustume, que
Jacob voulut apres la mort en
Egypte
,
qu'on rapportait son
corps dans ce Tombeau d'Abraham.
Sepelite me, ditil à ses Ensans
, campatribus meis in spelunca
duplici (jujt est in agro Ephron, quant
emit Abrahaminpossessionem Sepulchri.
L'Origine des Tombeaux n'est
pas moins ancienne chez les
Pavens, puis que leur grand Dieu
Jupiter avoit son Sepulchre en
l'Islede Crete , &nos Voyageurs
asseurent qu'on voit encore aujourd'huy
cet antique Monument.
Oüy, mais interrompit le
Chevalier, un vieux Poëtea dit,
Les Crétins ont dressé,fowvtrain
Roy, ta Tombe,
Mais ton Efire divin à la mort ne
fuccombe*
Quoy qu'en dise nostre Poëte,
Jupiter estoit mortel
,
reprit le
Docteur. Mais sans nous arrester
là-dessus, c'est à la Grece qu'on
doit l'usage des Charniers, & des
Voutes souterraines, où l'on mertoit
les Corps & les cendres des
Défunts; car les Grecs estoient
fort curieux de la Sépulture des
Morts, en sorte mesme que l'on
croit que toutes ces Grotes qu'on
voit en Candie, n'estoient autre
chose que des Tombeaux. Mais
les Egyptiensont estésans doute
les premiers Inventeurs de ces
Magnifiques Sepultures, & les
premiers Peuples qui ont embaumé
les Corp s ;
fondez sur cette
opinion
, que l'ame estoit aurant
de temps immortelle,que le corps
demeuroir sans corruption. Il ne
faut donc pas s'éronner
,
s'ils
avoientun grand soindebastir à
leurs Morts, de superbes Tombeaux
pour y conserver leurs Momies
, puis que le Monument, se-
Ion qu'il estoit somptueux & magnifique
,rendoit la memoire du
défunt plusillustre& plusglorieu.
se. Qui a rendu immortels Semiramis
, & les Rois d'Egypte?
leurs Pyramides & leurs Tombeaux.
Leur mort a esté plus
éclatante que leur vie, & ils n'ont
esté celebres, &. n'ont survècu
jusqu'à laPosterité
, que par où
les autres Roys de la terre meurent
& ensevelissent toute leur
gloire dans un oubli éternel.
A propos de ces Momies
,
interrompit
le President
, un de
nos Voyageurs prétend que le
Bitume qui croist dans laMermorte,
servoit autrefois à embaumer
les Corps des Egyptiens,& que:
cette poix est un véritable
-
Baume,
pour conserver les Corps en
leur entier. Il estvray, dit Je Marquis
,que Villamont &, quelques
autres, ont avancé cela; mais je
ne fuis pas de leur avis. Lesveri-
-
tables Momies estoientembaumées
d'une miniere bien plusexquife,
& ce n'est que par l'excellence
des matières Aromatiquesqu'on
y employoit, qu'ellessont
pn^ieufes* propresàla gueri- l' son de tant de maladies,C5 Q!.JC;:
n'auroit pas la vertu du Bitule."
qui peur bien exempter un Corps
de pourriture, mais nonpas en
faire une veritable Momie;car
ce mot ne-veut pas dire fiinpléJ:
ment unCorpsentier & embaumé
; mais quelque chose de plus
excellent. Quoy qu'il en soit,
tout ce qu'on peut asseurer du
Bitume de la Mer morte, est que
c'estoit le Baume du vulgaire, &
du simple Peuple de ce Pays-là
car dansles Momies qu'on a découvertes
s on a trouvé qu'elles
font pleines de parfuns les plus
exquis. Cette maniere d'inhumer
les Morts estoit d'une grande dépense.
J'ay lû
,
dit le Chevalier
, une méthode d'enterrer les
Corps, & de leur bâtirdes Tombeaux
, qui efl bien plus facile, &
qui se fait à bien moins de frais.
Les Anciens la pratiquoient pour
tous ceux qui manquoientdeSepulture.
C'est de répeter par trois
fois le nom du Mort. Toute la
Compagnie se prit à rire, & le
Chevalier mesmeavoitde la peine
à s'en em pescher.Vous riez,
leur dit-il d'un air serieux
; c'est
pourtant de Daviry que je riens
cesecret, & jenetrouvepas qu'il
y ait tantà rire; lesPauvres qu'on
jettoit à Rome dans des Puys
apres leurmort,avoient besoin
d'un pareil Tombeau. On avoit
encore trouvé ce secret pour ensevelir
honorablement, & promptement
les Morts qu'on rencontroit
sans Scpulture par le chemin
;car ce devoir estoit si étroitementpratiqué
chez les Anciens
, que l'on se tenoit poilu si
on rencontroitun Mort, qui ne
fust pasenseveli, à moins que de
jetter dessus un peu de terre ou
de poussiere
, ou de répeter trois
fois son nom. Mais quand on ne
le sçavoit pas, ditle Marquis?
Mon Dieu, vous me faites toûjours
des affaires, reprit le Chevalier
, on jettoit de la terre dessus.
Mais que dites vous de Varron,
continua-t-il, pour se tirer
de l'embarras, où le Marquis l'a.
voitmis? Il voulut qu'on le mÍÍt
apres sa mort dans un grand Vaisseau
de terre cuite, avec des
feüillesdeMeurte, d'Olivier, &
de Pavot: tous Symboles de la
paix, du repos, & de la tranquilité
de l'Ame
,
si peut estre vous ne
trouvez finesses dans cette forte
d Inhumation, car Varron estoit
un Sçavant, qu'on peut soupçonner
de Science secrete & de cabale.
Quoy qu'il en soit, les Riches
de Rome estoient inhumez
dans leurs maisons
,
& nonobstans
la coustume de brusler les
Corps en ce temps-là, Popéefut
embaumée,&, portée au Tombeau
des Jules, ce qui me fait
croire, que le Bucher n'estoit pas
la Sepulture de toutes les personnes
de qualité, particulierement
- des femmes; mais seulement des
grands Hommes qu'on vouloit
mettre au rang des Dieux, comme
un moyen plus facile d'élever
leur ame au Ciel, & de faire leur
Apotheose. J'approuve vostre
conjecture, dit l'Abbé, car Néron
n'épargna rien pour les funérailles
de Popée, & il eust fait
brûler son corps, s'il eust creu
rendre par là, un plus grand hon. neuràladéfunte. Ilaimoitlefeu,
comme voussçavez,jusqu'à brûler
Rome, pour s'en faire un divertisement.
Cependanton brûloitde
ce temps,là les Corps des
Empereurs& des personnes considérables
,
dont on conservoit
fore soigneusement les cendres.
Vous me demanderez peut estre
de quelle maniere on recüeilloit
ces cendres ? car elles pouvoient
estre meslées avec celles du bois
qui confumoit le Corps. Pline
vous aprendra cela comme moy,
mais pour vous épargner la peine
de le consulter là dessus, voicy
ce qu'il en dit autant que je puis
m'en souvenir. On donnoit aux
Empereurs & aux personnes de
qualité qu'on devoir brûler,des
chemises faites d'un certain lin
des Indes qui est incombustible,
ce qui rendoit ce lin fort rare, &
tort précieux, ou bien on enfermoit
le Corps dans un coffre de
fer qui estoit percé, de façon que
l'humidité pouvoit s'exhaler,sàns
que la cendre sortist. On mectoit
après cela ces cendres dans
des Urnes d'argent, d'or, ou
d'agathe. On les arofoit de vin,
& d'eaux de senteurs, on les parfumoit,
& souvent on pofoit sur
ces Urnes des Couronnes précieuses
, ensuite dequoy on les
mettoit en dépost dans le Tombeau
de la famille
; & voila de
quelle forte on inhumoit les
Grands à Rome. si
Pour moy, dit le Président, je
croy que la vénération qu'on a
toujours euë pour les cendres des
Morts, vient de ce que la cendre
de chaque chose, contient sa forme
Se sa figure, comme l'experience
nous le fait voir dans la
cendredes Plantes.
Secret dont on comprend que quoy que
le corps meure,
La forme faitpourtantaux cendres
sa demeure.
a dit un grand homme
,
qui prétend
que les cendres des Trépassez
qu'on voitsouvent dans
les Cimetieres font naturelles,
puis qu'elles ont la forme & la
figure extérieure des Cor ps,
qu'on a enterrez en ces lieux; ôc
que ce ne font pas leurs ames, ou
des fantômes representez par les
Démos, comme le croit le simple
Peuple;Car enfin quoyque lecorps
foit réduit en poudre, la figure
ne se perd point. Mais cela se
voit encore mieux dans le champ
d'uneBataille nouvellement don- -
née; & voicy comme la chose feé
fait. Cesfiguresfontexcitées,&
élevées en partie parla chaleur
internede la terre, &, des Mourans,
& en partie parla chaleurs
externe du Soleil & du Canon
<]ui a échauffé l'air. Voila une?
plaisante opération de chimie, dit
Je Chevalier.Elleestnaturelle,
repond le Docteur
,
& c'ell: une
très-bellevision de quelques Rabins
Talmudistes, dont Monsieur
le Président a fait une fort heureuse
aplication, aux devoirs queai
nous rendons à la cendre des
morts, en leurdonnant desTombeaux
magnifiques. C'est [OÛ--J
jours une vision, reprit leChevalier
, mais Monsieur le Docteur, (,
continua-t-l,ditesnousun peus'il
xfy a point de différence entre
ces termes d'Ensevelir
, d'InhkmtY,
d'Enterrer, que nous confondons
si souvent? Il y a quelque différence
entre ces termes, répondit
le Docteur, mais elle n'est pas
grande, &. elle est plus propre à
un Grammairien qu'a un Philosophe,
car tout le monde entend
par-là,la mesme chose. Qui est
inhumé, est enterré, qui est l'un
& l'autre,est enfevely. Choisissez-
- lequel il vous plaira, Le Traducteur
de Pline s'est lourdement
trompé, en voulant faire cette
distinction; car il dit que les Latins
appelloient un homme enfevely,
dequelque maniere qu'il fust
enterré; & qu'il estoit inhumé,
lors qu'on mettoit son corpsen
terre. Je vous demande un peu la..
différence qu'il y a entre un corps
mis en terre, & un corps enterré ? Vous voyez bien que cela est ridicule.
Mais tout ce que je puis
vous direest que lemotd'ensevelir
,
se doit entendre principalement
des Corps qu'on embaume
,& qu'on met en déport dans
des caves, & inhumer de ceux
qu'on laisse pourrir dans la terre
& les uns & les aurres, ayant des
Tombeaux, & des sepultures,
on peut dire indifféremment inhumer
, & ensevelir les Morts.
Pline dans le Chapitre qui fuit ce.
luyque je vous ay cité, s'explique
de maniere qu'il entend toujours
par le mot d'enfevely, un
homme qui est inhumé, &qui
est dans leTombeau;ce quesignifie
conduits que son Traducteur a
mal rendu en nostre langue, par
enterré en quelqueforte que ce
foire
Mais pour ne pas nous éloigner
de nostre sujet, continua le
Docteur, Thevet dans sa Cosmographie
universelle
,
dit que
les Anciens, ôc sur tout les Romains,
firent faire des Tombeaux
& des Monumens publics, aussi
bien pour les pauvres que pour
les riches, voulant montrer parlà
,
dit cet Auteur., que l'h omme
capable deraison est préférable
aux bestes, & que nos corp s doivent
estre ensevelis, & enterrez
en memoire de la condition humaine.
LesentimentdeThevet
est raisonnable, dit l'Abbé, mais
nous y devons remarquer trois
choses. Premièrement les Romains
n'ont élevé des Monument
publics à la memoire des Morrs.
qu'en faveur de leur vercu;6c
alors il est vray , que les pauvres
en ont esté honorez aussi bien que:
les riches;mais avec quelque distinction.
Secondement on a éri.
gé à des bestes de superbes Tombeaux
, comme on le peut voir
dans l'Histoire;&cesTombeaux
les ont élevez au dessus de la condition
humaine; & en troisiéme
lieu le méprisdes honneurs funèbres
,& de nostre sepulture apres
la mort, a esté respecté
,
& approuvé
des plusSages. Lucien a
ditapres Homere, que celuy qui
a un superbeTombeau, est comme
celuyqui n'en a point, & que
chez les Morts on ne rend pas
plus d'honneur à Agamemnon,
qu'à son valet, à Achille, qu'à
Therfite.
De n'eflre enfevely ce n'cftpM grande
perte.
dit Virgile, ou comme a dit cét
autre.
Le Ciel couvre celuy qui na point de
Tombeau.
Seneque méprisa les honneurs
funébres apres sa mort, 6c l'ordonna
expres par son Testament,
cequi fit qu'on brûla son corps,
sans aucunes cérémonies. Il ne
faut point nous mesurer par l'inégalité
des Tombeaux, disoit-il
pendant sa vie. La cendre nous
égale tous. La naissance est inégale,
mais la mort estpareille. Il
raporte que Mécenas avoit de
coustume de dire
je n'ay point de soucy qu'un Sepulçbre
on me drtjfe.
r
Saint AugustinaprèsSeneque,
nous avertit de mépriser ces choses,
& nous asseure qu'elles regardent
plûtost la consolation
des Vivans, que le besoin des
Morts. Laissons doncce foin là,
à nos Parens & à nos Amis,ausquels
il est glorieux de s'en souvenir
& honteux de l'oublier;
Maiscommedit Moiitaecne111 y a
des gens qui pendant leur vie
veulent jouir de l'ordre, & de
l'honneur de leur sepulture, &
qui se plaisent devoir en Marbre
leur morte contenance. Tel est
mon bon homme de pere, dit le
Chevalier, dontje vous veux con- teruneloire surce sujet.
Il est, comme vous sçavez
,
de
bonne & de ferme constitution,
& la mort ne l'épouvante guere.
CepenCependant
il a fongé à faire lou
Tombeau,& il ya quelque temps,
qu'il commença de faire tirer les
pierres qu'il y veut employer;
mais parce que la Carriere luy
apartient, & qu'il ne prétend pas
qu'il soit achevé plûtost qu'en
l'annéequatrevingt seize de son
âge, ne comptant que soixante ôc
dixhuitaine presse point l'executiondetondessein,
& le Public
n'en seroit point informé
,
si des,
Chartiers passant à vuide prés de
cette Carriere
,
An avoient pris
quelques pierres déja taillées, ôc
qui leur semblerent propres 8c
commodes pour faire quelques
jambages de fenestresà leur maison
de village. CVft l'excuse qu'ils
en ont donnée avecoffres de les
payer au double, ou de les raporter
bien humblement à la Carriere.
Mais Mr le Conseillernes'en
contente pas, &ces pauvres Païsans
sont furieusement embarrasfez.
Il y a plainte contre eux, information
, & confrontation de
témoins. Je ne raille point, mon
Pere crie au voleur, & à l'assasin,
& ne prétend pas qu'ils soient
moins coupables que des Sacrileges,
qui auroient violé son Tombeau,
& troublé ses cendres. Son
beau fils, à qui l'un de ces Chartiers
appartiens, le folicite fort
pour sa grâce, mais il ne l'écoute
non plus qu'un Mort, & agittoujours
en Juge severe
,
& terrible
vivant. Le Procez de-ces Chartiers
, fera fait comme à des Voleurs
de grand chemin
,
& le
moins qui leur en puisse arriver,
je dis par grâce, 6c par accommodement
,
c'e st qu'i ls front
condamnez aux depens du Tombeau
toutentier. Ne voila t.il pas
des Chartiers bien redressez
,
ez
ne vaudroit - il pas mieux qu'ils
eussent versé vingt fois? Mais
n'cft-ce pas une bonne fortune
& une heureuse rencontre pour
Mr le Conseiller, d'épargner de
son vivant, la dépense de son
Tombeau. Celle néanmoins de
l'Epitaphen'y fera pas comprise,
&il a besoin de trouver d'autres
Orateurs pour faire son Oraison
funèbre. Dieu garde quelque
pauvre Poëte de tomber entre
ses mains, interrompit le Marquis,
il ne manqueroit pas de le
faire condamner à composer son
Epitaphe,afin d'avoir son Tombeau
complet, au dépens du public.
Mais ne pourroit - on point
direàvostrePere, ce qu'Horace
ditsi à propos aux Viellards
Tufecanda marmora j
Locassubipsumftwus, &ftpulchri.
Jmmtmer ferais domos.
Car il est grand batisseur
,
&
songe bien plus volontiers à sa
Bergerie, qu'à son Tombeau,
quoy qu'il sedispose si glorieusement
a vous laisser la place, 3e
qu'il dise souvent contre son gré.
rixi, & tjuem dederatcursumfortufla,
percgi.
Maisjeveux vous conter quelque
chose d'assez plaisant du Receveur
du Marquis de. Vous
sçavez que cét homme avoitesté
autrefois son Précepteur,& que
ce Marquis avoit beaucoup de
confiance en luy. Il voulut en
mourant reconnoistre ses services,&
il luy donna cinq ou six
mille livres par son Testament.
Comme il mourut en cette Province
, Madame sa femme laissa
a cét homme le foin du Tombeau
de son Mary, mais bien loin de
s'en acquiter d'une maniere proportionnée
à la qualité & aux
grandsbiens dudéfunt, pours'épargner
un Loüis d'or, que luy
Revoit couder une pierre pour
mettre sur le corps de son disciple
,
& de ion bienfaicteur; il remarqua
une vieilleTable d'Autel,
quiestoitabandonnée en un coin
lel'Eglise, où le Marquis estoit
nhumé;il la fit prendre aussi. tost
parun Maçon,sans autre formaité
,
& sans écourer les plaintes
du Curé, & des Marguilliers, &
en sir faire un Tombeau à ce pauvre
Marquis. Er sur ce que ses
Amis luy representoient, que cette
pierre estoit trop cherive
,
&
mesme trop petite, illeur répondoit
, qu'il s'en servoit pardignité
,à cause de l'usageauquel elle
avoirestéemployée, qu'elleestoit
plus noble, & plus précieuse que,
le Marbre & le Jaspe
,
& allé,
guoit sans cesse ce Vers de Virgile.
Condidimm terra moefkafque facravimusaras.
Il ajoûtoit encore que les
Tombeaux des Saines dans la
primitive Eglise
,
servoient dAu':'
tels pour offrir le Sacrifice; .&'
que les Tombeaux & les Autels,
estoient presquela-mesmechose,
lA l'égarddes Héros, dans les cecrémonies
qu'on faisoità leur memoire,
Eji vérité vous me surprenez
,
dir le President, je croyois que
cor Receveur estoit honneste
homme ,& il me sembloit qu'il
avoit de l'esprit. Mais qu'elle mesquinerie
, &quelleingratitude!
Voila comme on est trompé de
ceux en qui l'on se confiele plus.
N'en soyez pas surpris, Mrrepartit
le Marquis, si on ne garde pas
la foy aux vivans, comment voulez
vous qu'on la garde aux morts.
Nos femmes & nos enfans nous
sourbentmesme en ce temps-là.
Vous avez connu cette Dame qui
dans un petitcorps, avoit l'esprit
d'un grand homme;quand je dis,
d'ungrand homme,j'entens d'un
habille homme
5 car dans les Affait
es, elle auroit confondu Cujas
& Berthole, ou pour ne pas m'éloigner
des Loix de sa Province,
elle auroit commenté Beraut, &
corrigé Banage. Mais ce qui fait
àmon sujet, elle estoit sage &aimoit
son Mary, cependant elle
n'a fait faireson Tombeau,&n'a
execuré son Testament qu'en faisant
le fk-n. Et le Monument de
-
ce pieux Chevalier, estoit quatre
mille francs qu'il donnoit aux
pauvres, & à l'Eglise de sa Pa- -
roisse. Il ne falloit pointlà
,
de
Steficrate, ny de Æsyphon ; il
ne falloit qu'un Homme de bien
qui scût compter. On néglige
facilement les morts, pour peu -
de foin que l'on, prenne des vivans.
C'est pourquoy je conclus
Idettour ce que nous avons dit,,
oque c'est une chose frivole de
t'embarrasser pendant sa vie de
~on Tombeau, & desa Sepulrure.
Il y aura toujours quelque Coquin
de Charrier, qui interrompra
nostredessein, on quelque
Receveur qui fruftrera nostre attenté.
Scaliger, continua le Marquis,
sevantefort desTombeaux
deses Ancestres qui font à Verone,
& il s'étonne de ce qu'ils
n'ont pasestédémolis. Mais ilne
s'en soucie point, ditil, & (i ce
n'estoit la Résurrection
,
il ne se
mettroit pas en peine de si Sepulture.
Il ne m'importe où je seray
ensevely quand je feray
*
mort
Mon corps fera comme le corps
d'un Asne. Il y en a qui ne veulent
pas que d'autr(es soient mis
dans leurs Sepultures, mais dans
nostre Religion
, il n'en doit pas
estreainsi.
Voila, interrompit le Docteur,
les beaux sentimens que le Calvinisme
avoitinspirez à ce grand
homme : qui avoit la teste bien
meilleure que le coeur, & plus
d'esprit que de Religion ; beaucoup
de suffisance & peu de pieré.
J'avoue que quelques-uns ont
fait peu de cas des Honneurs sunébres,
& les ont défendus en
mourant ,
mais la pluspart l'ont
fait, pour paroistre après leur
port , ce qu'ils estoient pendant
leur vie, & peurestre ce qu'ils n'étoient
pas, c'est à dire,humbles,
sans orgueil, & sans vanité. Mais
ce n'est pas en cela que consîste
l'a-ff'dire. Un orgueilleux sans
Tombeau
,
&. sans honneurs funèbres
demeure toujours orgueilleux
Il y a mesmede la vanité
à mépriser
,
& à rejetter ces
~ortes de devoirs, autant qu'à les
pendier, & à les rechercher avec
frep de soin.Tela fait plus de
ruit sansTorches, & sans Ecufons
; que sion luy avoit fait les
unérailles d'un Empereur Romain.
Le Chancelier de Lhospitalmëprisa
cette pompe funèbre,
mais comme vous sçavez, plus Huguenot, en qu'en veritable Catholique;&
j-si ce que vous venez
dedire avoir liéu
,
il n'y a point
clé Calviniste qui ne remportai
en cela, sur tous les Philosophes
re la'Grcce sur tout les Marfrsdel'Eglise,
je me promenois un jour dans
leJardin d'une personne dela premiere
qualité,de la Religion Prétendue
Reformée. J'apperçeus au
bouc d'une Allée qu'on fréquentoit
peu; parce quelleestoit fort
négligée;j'apperçeus, dis-je, au
travers des brossailles, uneespece
de caverne toute ouverte ,
d'où
il me fcmbJa voir quelque figures
en bosse
, comme si ce lieu eust
esté autre fois une Chapelle, &
en effet ce caveau estoit au dessous
de l'ancienne Chapelle de la
maison. J'y entray donc par curiosité
,
& malgré la puanteur qui
en sortoit, j'y remarquay quatre
coffres de plôb, dont il yen avoic
deux rangez de leur hauteur contre
la muraille, & les deux autres
couchez à terre. Mais ce
qui estoit remarquable,& qui
causa masurprise, est que ces
Coffres estoient faits selon la forme
du Corps. Que je considéray
bien dans ce moment, le peu que
c'est des grands Hommes apres
leur mort! C'estoient les Corps
des quatre plus considérables
Heros de cette Illustre Famille,
qui estoient là gisans parmy les
Crapaux, dans un Cloaque d'ordures.
Voila quelle esthumilité
Huguenotte touchant les Tombeaux,
&. la Sépulture des Morts.
Il faut au reste n'estre guere persuadé
de la Resurrection des
Corps, pour en faire si peu de
cas, ç'a pourtant esté cette
creance, quia introduit l'usage
des Urnes & des Tombeaux
,
où
l'on conserve soigneusement
,
&
dans nos Eglises mesme, leurs
Cendres &: leurs Reliques.--
Detoutes les Religionsqui ont
esté au Monde, dit l'Abbé,iln'y
a que la Chrestienne, qui-ait permis
la Sépulture des Morts dans
les Temples:car ny chez lesJuifs,
ny chez les Payens,ny chez les
Mahometans, nul homme, non
pas mesme leurs Héros&.leurs
demy-Dieux n'a eu cér avantage.
Ilmesemble pourtant, dit le
Chevalier, que quelques-unsont
esté mis apres leurmort, dans les
Temples des Payens, -& je me
souviensd'avoir leu que les cendres
d'Hypocrare
,
furent mises
dans un Temple de Junon. IL est
vray ,
repartit l'Abbé
, que les
Payens ontaccordé cet honneur
aux cendres de quelques-uns de
leurs Héros, & de leurs demyDieux
,qui pouvoient eux mesmes
avoir un jour des Temples
& des Autels; mais je parle seulement
de la Sepulture
,
ôc il est
constans qu'elle n'a esté pratiquée
dans aucune autre Religion)
que la Chrestienne
,
&. la raison
est, que les Anciens craignoient
l'infection des Morts; ce qui les
obligeoit de les enterrer en des
lieux fort éloignez, ou de les
brusler,& de n'çn conserver que
les cendres. En effet, la putrefaction
des Corps peut nuire à la
santé, sur tout dans les Pays
chauds. Ainsi les Juifs, dont la
Famille des Prestres & des Sacrificateurs
demeuroit dans leur
Temple; ôcles Mahometans qui
vont cinq fois par jour àlapriere
dans leurs Mosquées, ont eu raiion
d'éloigner la Sépulture des
Morts. Mais outre cette raison,
continua l'Abbé, les Juifs estoient
respectueux jusqu'à la Superstition
, & adoroient un Dieu trop
pur, &. trop majestueux
, pour
souffrir rien de fale & de corronjpu
dans leurTemple. Quoy qu'ils
attendisssent le Messie qui dévoit
élever nostre Nature jusqu'à la
Divinité,ils ignoroientun culte
quiestrelatifàcetteNature, par
le moyen d'un Dieu fait Homme.
Il falloit que Dieu prist nostre
Chair, & fust devenu nostre Frere
, avant que nous eussîons parc
icy basà son Heritage. Et comme
cét Herirage,étoit un Champ
de terre, qui luy servit de Cimetiere
, & qui fut payé du prix de
tout son Sang, il a bien voulu que
'ufa
nous fumons ensevelis auprès de
luy
,
& que les Tombeaux des
Fidelles fussent nu pied de ses Autels.
Le Chrestien est trop uny
avec le Sauveur du Monde,pour
en estre separé après la mort. II
n'en est pas comme du Juif ôc du
Mahometan, qui n'ont eu qu'une
relation servile avec leurs Pro.
phetes. Le Sauveur s'est fait comme
un de nous. C'est un Dieu
quis'est abaissé jusqu'àestredela
maniere d'un Mort au Sacrement
de l'Autel, Se comme ensevely
fous les Especes. Nos Tabernacles
&nos Eglises fontde veritables
Tombeaux, qui renferment
son Corps; & comme le Tombeauest
un héritage commun à
toute la famille, il est juste que
nous sovonsinhumez avec lUYt,
puis qu'il est nostre Pere
,
& itre no- Frere aussï bien que nostre
Dieu. Ainsi le Chrestien a seul,
céravantaged'estreinhumé Jans
le Temple de son Dieu, dont il
est membre & partie. Pardonnez
moy, Meilleurs, si je vous parle
de la sorte, & devant un Docteur
; mais il est difficile de ne
laisser pas écha per quelques traits
du métier. Toute la Compagnie
qui avoit esté fort attentive à
tout ce que l'Abbé avoit dit, luy
marqua qu'elle en estoit tres satisfaire,
& le Docteur mesme,
ce qui l'obligea de continuer
ainsi.
Au commencement du Christianisme
les Fidelles s'assembloient
où Iton avoit inhumé les
Martyrs,car alors l'Eglise avoit
déja des Tombeaux,&n'avoit
pas encor de Temples. Or es
Tombeaux, quoy que souterrains&
cachez, estoient grands,
& fpaciux ; en sorte que les premiers
Chrestiens y faisoient leurs
Cérémonies, & offraient le Saint
Sacrifice sur les Corps des Martyrs
, dont le Tombeau servoit
d'Autel; d'où est encore venu
l'usage de dire la Messe pour les
Morts, & à l'honneur des Saints,
parce que le Prestre faisoit toujours
Commémoration du Défunt
sur le Tombeau duquel, il
célébroit le Sacrifice. Voila donc
é mon sens, ce quiaintroduit, êc.
autorisé la Coustume d'enterrer
les Morts dans nos Eglises
,
mais
enfin l'usage des Tombeaux est
aussi commun, qu'il est ancien
parmy toutes les Nations du
Monde. Ce qui est admirable,
c'est que l'usage de ces Tom.
beaux, qui ont presque toujours
esté embellis des Ornemens de
l'Architecture ait devancé l'Architecture
mesme. L'Ordre Corinthien
apris son Origine du
Tombeau Rustique, qu'une charitable
Nourriceavoit élevé félon
la Mode du Pays, à la Mé.
moire d'une jeune fillede Corinthe.
Et pour ce qui est des autres
Ordres d'Archicedure, il est certain
qu'ils font postérieurs aux
Sepulchres, & aux Tombeaux
qu'on a bastis pour les Morts;mais
il est certain aussi, que ces Monumens
n'ont paru avec éclat, Se
n'ont esté célébres, que depuis
que l'Architecture a esté dans sa
ferfcâion,comme c'est dans les
Tombeaux où elle a fait des chef
pdjoeuvres
,
& montré ce qu'elle
avoir de plus rare & de plus ex-
[ quis.
J'ay lu, interrompit le Chevalier,
dans les Relations des Indes
Orjen[ales, une.aÍfe-z plaisante
maniere deTombeaux
,
qu'on
:bârit pour le Vulgaire,dans lesquels
le Mary & la Femme sont
ensevelis. C'est un simple Mur
en rond ,ou en quarré
,
qui les
renferme tous deux,&qu'on éleve
de la hauteur d'un homme
taffis, car c'est ainsi qu'on enterre
4es Morts en ce pays-là. On en-
:terre la Femme vivante au genoux
de son Mary;&; on luy tord
le cou lors que la muraille est bâtic
àsahauteur. Apres quoy on
la couvre, & on termine ce Sepulchre.
Il n'y a pas là grande Architecture
, ny grande dépense,
mais aussi il y a moins d'orgueil,
& de vanité.Je me souviens à propos
de cela,dit le Marquis, que
dans le premier Voyage que je fis
en Flandre avec le Roy,j'estois
surpris de voir plusieurs monceaux
de pierre,qu'on appelle en
ce pays-là des Tombes. On me
dit que c'estoient les Tombeaux
de quelquesAnciens Capitaines,,
qui avoientesté tuez en ces lieuxlà,
où l'on avoir autrefois donné
Bataille. En eff t je n'en vis que
dans quelquesPlaines,qui étoient
propres pour combattre, &pour
ranger une Armée. Il va peu de
ces Sepulchres Rustiques qui
soient considérables. Il me fem
ble
,
Monsieur le Docteur
, que
j'ay leu quelque choie de pareil
dans l'Ecriture Sainte. Vous y
avez leu la mort d'Absalon
,
réponditle
Docteur, auquel on fit
un semblable Tombeau
,
d'un
grand nombre de pierres qu'on
j;¡rra sur safosse. Cependant ce
Prince tout jeune qu'il estoit,
avoit déjà fait construire son
Tombeau. Porro Absalon crexerat
sibi cum adhuc vivent,titulum qui
eft-invdleReçis. Or titulum veut
direicy la mesmechose que tumuluin.
Et on voit encore aujourd'huy
ce Tombeaud'Absalon,
presqueensonentier. Mais vous
remarquerez que cet amas de
pierres que l'on jettoit sur les
Morts, estoitsouvent une marque
de punition & d'infamie,
comme a l'égard d'Abialon dont
on ne combla la foÍfe de pierres,
que pour chastiment d'avoir esté
Rebelle, & pris les Armes contre
son Pere; ce que l'on pratique
aussi envers les Scelerats & les
Criminels. Cen'est pasàceux-là,
dit le Chevalier, qu'on doit souhaiter
que la terre leur foit légere.
Sit tibi terra levis
,
mollique tegaris
arena.
Les Tombeaux del'Antiquité,
& ceux mesme d'aprefent
,
sont
Ils legers pour les Morts?Je voudrois
bien, Monsieur le Docteur,
que vous m'eussiez expliqué ce
terra,levisde Marrial, dansl'Epitaphe
de Philenis. Martial n'est
pas le seul qui parle de cette sorte,
répondit le Docteur.C'estle
langage ordinaire des Poëres.
Ovide
Ovide fait dire à Procris mourante,
uinte dicm morior, fcd nnUâ yellict
Ufa.,
HQC faciet fofit* te mihi, terra,, le-
V(M.
Et tout cela ne veut dire autre
chose que les attaches & les affections
de la terre qui nous retiennent
icy-bas, & qui nous empeschenr
de nous éleverau Ciel. Les
Anciens, dont plusieursn'estoient
pas persuadez de la Resurrection
des Morts, l'estoientneanmoins
d'une certaine Transmigration
des Ameshors desTombeaux,qui
se communiquoient aux hommes,
& qui habicoient dans les Cimetieres.
Or ils croyoient que les
corps qui estoient privez de sepulture,
empeschoientlepassage des
Aines; 6c c'est pourquoy ils estoient
si soigneuxdeladonneraux
Morrs; mais aussi ils leur souhaitoient
une terre legere, afin que
leur Tombeau ne fust pas un obstacle
à cette communication.
Voilà laraison des Tombeaux légers,
Monsieur le Chevalier, &
pourquoy vous avez accordé si
obligeamment la Sepulture au fameux
Archytas. Vous voudrez
bien faire part à la Compagnie de
cette Ode d'Horace,que vous
avez si heureusement imitèe. A
quoy m'engagez-vous, Monsieur
le Docteur, répondit le Cheva.
lier? C'est l'amusement d'une aprés
dinée, quinevautpaslapeine
qu'on s'en souvienne. Cependant
pour ne pas nous faire acheter
si peu de chose, & augmenter
par là vostre curiosité, voicy ce
quec'est.
JZjtoy, la Terre e la Mer vous manquent,
Archytts
, Et vous estes sans Sepulture;
Vous qui cent & centfois d'un artisse
compas,
Avez, pris leur mestre ?
Bien loin que le bel art vous rendifi
immortel,
Vous payez, comme noué un tribut à
Nature
Jjhtand elle nous doit un Autel.
Il est vray jesaù mort ,
mais U
Geometrie
, Non plUJ que la Phitofophié
N'ontjamaisfaitdes Immirtds.
Connoijlre le Ciel & la Terre,
Nejùrer leur contour, & tout ce qu'il
enferre,
Merite des Autels;
Mais il n'exempte point de payer a
NAture
Ce tribut odieux,
Dont la loy rigoureuse & dure,
S'étendjusques aux demy. Dieux.
Tout le monde estfijtt à cette loysevere,
Le Fils meurt ainjî que le Pere;
Soit en courant les Mers, foit parmy
les Combats,
Par tout, la mort cruelle, inexorable
d-Jiere,
Leurfait, rencontrer le trépan.
PJlagore, Tyton, Radamante, Tantait,
Pour vivre en differens état>,
Ontpourtant unefn égale
A celle du pauvre Archytas.
Peur tftre tout-a-fait comme eux,
Cher Pafant,exîucemesvoeux,
En me donnant la Sepulture;
J'ayperysur la Merj mais d4nscette
avanture,
c!i¿ui peut avoir un fort piu* beau
.!l!..uc le mien, si tes mains- me dref-
-
fent un Tombeau?
Le Chevalier, pour ne pas donner
le temps à la Compagnie de
l'aplaudir sur cette Picce
,
conti.
nuadela sorte. Mon Dieu, dit-il,
que les Funerailles de Pompée
font belles dans Lucain! Voyezvous
ce Soldat officieux qui parcourt
le Nil,pour trouver le corps
desonMaistre?Et qui enfinl'ayant
trouvé, le brûle à un petit Bucher
qu'on avoit allumé pour le corps
d'tt1 pauvre Pescheur. Cela vaut
mieux chez lePoëte, que toutes
lesPompes funebresdesRomains;
& ce Monument simple & rustique,
semble braver icy l'orgueil
des Tombeaux & des Pyramides
des Rois d'Egypte. Son Epitaphe
est cavaliere, permettez - moy ce
mot,mais elle est digne d'un grand
Capitaine, &. je la préféré à tout
ce que les Grecs & les Latins ont
fait sur ce fbjer.
-
Jlgrave sur JI., roche, & dure à*
mal coulée;
Adoreicy ,
FaJJknt, Us cendres de
Pùmpée.
Les Epitaphes, dit le President,
sont desTombeaux spirituels, de
peu de dépense à la vérité,mais
qui honorent quelquefois davanrage,
que les plus superbes Mausolées.
Tous les Poëtes&les Gens
de lettres, qui ont dordinaire
plus de réputation que de richesses
, en ont élevé de semblables à
leur memoire, de leur propre façon
,
S: ont fait leur Epitaphe avant
leur mort. Voulant du moins
qu'on leust dans leurs Ecrits, ce
qu'on ne pourroit pas voir sur leur
Sepulrure. Ils en ont mesme ho..
noré leursAmis,croyant leur donner
par là, une glorieuse immortalité;&
en effet,tel à qui le temps
ou la fortune a renversé leTombeau,
& dissipé les cendres,trouve
encore tout entier, & son nom,
& sa memoire dans leursLivres.
Les Anciens, &. sur tout les Peuples
de Syrie,ont esté fort curieux
d'Epitaphes&d'Inscriptions pour
les Défunts. Il me semble qu'on
les néglige aujourd'huy, & qu'on
envoie peu deconsiderableshor
mis dans les Livres. On a fait plusieurs
Recüeils d'Epitaphes,où il
s'en trouve deplaisantes. Caron
en a fait de ridiculesaussi bien que
de funebres. Surquoy Marot fait
direàun certain Fou dans son Epitaphe.
- Jguand quelque fage homme
Viendra mon EpitApbe lire,
lyi oorr"d{o)nnnnee ss''-ilsee'fJr'{e'nnud à rire, A, il{oit rtri, des FousMaifire pall:
Faut-ilrire d'un Trêpassé?
Il avoit raison, dit le-Docteur,
il ne faut pas s'arrester à gloser sur
les Morts. Cela est indigne d'un
bonnette homme, &. sur tout d'un
Chrestien. On peut avec justice
crier dans nos Temples, à ces railleurs
curieux, hors d'icy, Propbanes.
Pour moy je ne puis souffrir dans
ces lieux-là, d'Epitaphes plaisantes-
Se ridicules, & j'admire jusqu'où
aesté l'impudence de quelques
Chrétiens, ou plurostleur
ignorance & leur simplicite
,
d'avoir
gravé leurs fades railleries
dans nos Eglises, & jusque dans
le Sanctuaire. Il y a mesme plusieurs
de ces Epiraphes impies, &
plusdignes d'unathée Sed'un Li-»
bertin, que d'un Chrestien& d'un
Fidele. Mais pour quitter cette
Morale, je veux vous dire que
c'est à Symonides qu'on doit cette
invention, d'honorer les Tombeaux
des Morts, d'Epitaphes
pleines de leurs louanges;&Ronsard
nous asseure que ces devoirs
& çes éloges agréent beaucoup
aux Manes des Defunts.
Tel bien memoratifallege leurfoucy,
Etse plaisènt de lire en sipetit espace
) 1
Leurs Noms & leurs Surnoms, leurs
Villes & leur Race..
Mais quel ressentimenten peut
avoir unChien ou unCheval,pour
qui on a fait des Tombeaux &. des
Epitaphes? Et quel honneur en
doivent attendre ceux qu'une lâche
complaisance abaisse à cette
ridicule flaterie?Vous retombez
toujours dans vostre Morale.,
Monueur le Docteur, dit le Marquis.
Pour y faire diversion, vous
me permettrez de vous dire, que
les Turcs sontfort curieux de leur
Sepulture, & qu'iln'y a si miferableparmy
eux,qui n'ait son Tombeau
&. son Epitaphe. Ceux qui
n'en peuvent pas avoir d'embellis
d'Architecture, prennent foin de
les orner tous les jours de fleurs.
C'est pourquoy ils les entourent
d'un parterre, où il yen a des plus
belles & des plus odoriferentes.
Ils s'inclinent devant ces Tombeaux,
& les ont en si grande
vénération, qu'aucun n'oseroit
parler à cheval dçvant un Sepulchre,
sans mettre pied à terre, ou
se resoudre à souffrir hl. bastonnade.
Cela fait que mefjne ils respechem
ceux des Fideles, & s'en servent
de la pluspart pour leurs
Mosquées,comme des
Tombeaux
des plus grands Prophetes, &de
quelques Rois deJudée, pour qui
ils ont de la vénération. La beauté
de ces Tombeaux,qui sontspacieux5cmagnifiques,
les obligeà
cela; mais ils le fontsuffi, pour la
reputation des personnes qui y
ont esté inhumées, afin que les
lieux où ils font leurs Prieres,
soient plus célébrés & plus dignes
de la grandeur de leur Prophere.
Ils font encore fort jaloux
de leurs Tombeaux,&conservent
cxachemenc en cela
,
l'honneur&
l'interest de leurs familles, ne permettant
pas qu'aucun Etranger y soitinhumé.lisontimitélesGrecs
& les Romains, quiestoientaussi
fort jaloux de leurs Sepultures.
Cependant leurs Tombeaux n'étoient
pas tellement reservez pour
Jes Familles, qu'on n'y enterraft
ses Amis, & ceux dont on honoroit
le mérité &la vertu. Ennuis
fut mis dans le Tombeau de Scipion
, parce que ce Poëte avoit,
écrit dans ses Vers, la seconde
Guerre Punique. Nous en usons
delalorte,& de nos jours, le brave
& judicieux Prince de Turenne
a elle inhumé à Saint Denys,
qui est le Tombeau & la Sepulture
de nos Rois , honneur qu'on
avoit fait autrefois au genereux
Connestable du Guesclin.
Ces Monumens publics qu'on
dresse à la memoire des Defunts,
produisent toujours de bons effets,
die le Doéteur. Ils avertiffent
les jeunes & les vieux, les
Grands & le Peuple, que nous
sommes tous mortels, &: que nous
ne ferons un jour que cendre &
que poussiere
; mais ils nous excitenten
mesme temps à pratiquer
les vertus qui ont rendu celebres
ces grands Hommes, dont nous
honorons si chèrement les cendres.
Eneffet,selon les Grammairiens
& les Etimologisteun Monument
est un ressouvenir 5c un
avertissement public, qui nous inspire
une parfaite resignation à la
mort, & un grand desir de mourir
en homme de bien, puis qu'on
n'accorde cet honneur qu'à ceux
qui ont eu du mérité &de la vertu.
Ceux qui se tuënr, perdent, selon
les Loix, l'honneur avec la vie;
car il n'appartient pas à tout le
monde de faire le Caton, ccuxlà,
dis.je,font privez de Sepulrure
& de Tombeau, parce que ce sont
des marques d'honneur qu'on
donne à la memoire du Defunr.
Mais ces magnifiques Tombeaux
font quelquefois toute la gloire
des Morts; & tel qui a mené une
viefortobscure, devient célébré
par ses funerailles, l'or & le marbre
quile couvrent, font la ma.
riere-aussi-bien que l'éloge de les
vertus. UnTombeau somptueux
nous donne une grande idée de la
personne qu'il renferme;& quoy
lIue nous sçachions qu'on peut
dater en Tombeaux,comme-en
Panégyriques,& qu'on peut cor- , rompre le ciseau des Architectes,
mauiti-bien que la langue des Orateurs,
on se laisse plus aisément
prévenir par ces forces de Monumens,
& on ne sçauroit croire que
les cendres d'un fat, soient conservées
dans une Urne de Jaspeou
d'Agathe. Il nous souvient de la
Fourmyembaumée dans de l'ambre,
dont parle Martial; vous me
permettrez bien de vous rapporter
icy cette jolie Epigramme, de
LaTraduccion de Marot. Elle ne
vous déplaira pas dans son vieux
fiile, qui pour n'estre pas fort juste
dans les rimes, l'est beaucoup
dans le sens.
DeJfeuAl'arbre oul'ambre dégoûte
La petite Fourmisalla :
Siur elle en tomba une goulet tout à coup se congela:
Dent la Fourmis demeura la
Au milieu de l'ambreenfermée. j
Ainsi la bejle déprisée
,
j
Et peu prisée quandvivoit,
Easinadsa mortfort eflimée si beau Sepulchre on lay
voit.
Il feroit aisé d'appliquer cette
Morale à plusieurs de ce fïecljj*
mais l'honnesteté m'empesche de
la pouffer plus loin. J'aime mieux
vous dire, que comme les Tom- *
beaux des Anciens estoientbâcisi
sur les grands chemins, de u uc
venuë la coutume de mettre'.ans
les Epitaphes,Staviator.0 1. ion
'.veut, on prouvera de cet-2 en -
tume, que les Tombeaux estoit c
bâtis aucrefois sur les grand s ch -
mins. Cette voye Appia, ouc? voye qu'Appius Ciaudiusnc faite
quiduroit depuis Rome juÍq;'iei
Brindes, c'est à dire six grandes
journées, n'estoit prefquc qu'on
Cimeriere remply deTombeaux., Ce fut là que l'on trouva sous le
Pontificat d'Alexandre VI. le'
corps de Tullia fille de Ciceron,
encor tout entier, après treize fiecles.
Et ce futdans son Tombeau
)où l'on trouva une de ces Lampes
imerveilleufes
,
dont les Anciens
1fe servoient pour éclairer leurs
iîSepulchres, parce qu'elles étoienc
inextinguibles, pourveu qu'elles
ne recceuseèntaucun air. Maisap..
prouvez-vous, dit le Chevalier, le
procedé de ce Pape, qui fit jetter
le corps de cette illustre Fille dans
leTibre? Pourmoy jeluy en veux
mal, &jefçay tjpngréau Conservateur
de Rome, qui la fit porter
au Capitole, comme une Relique
rare & precieuse5 c'estoit garder
le respect qui est deu aux Morts.
Mais ce Pape ne devoit pas ainti
violer les Tombeaux, & traiter de
la forte ce que l'aruigultéavoitde
plus venerable. Il devoit respecter
les Mânes de la fille de Ciceron,
ou du moins ne les pas diffamer.
Ce Pape,dit le Marquis, eftoic
cruel, & n'avoit aucun égard pour
personne.Maisremarquezje vous
prie, combien le foin de la Sepulture
eit inutile, queiqae precaution
qu'on puisse prendre pour
conservernoscendrcs. Jadmire
ces gens qui craignent de mourir
ailleurs que chez eux, parce qu'on
negligeroit leurs Obseques. Socrate
préféra la mortàl'exil, luy
qui le disoit Citoyen du Monde-,
parce qu'il craignoitde porter Tes
os ailleurs) & qu'il vouloirquele
lieude son Berceau, fust celuy de
son Sepulchre; c'est qu'il vouloic
mourir entre les brasdesa. Nourice,
dit le Chevalier. Quoyqu'il
en fait, reprit le Marquis;on die
qu'il n'avait jamais mis le pied
hors le territoire d'Afrique. Montagne
dit de Juy. mesme, que s'il
croyoit mourir en autre lieu que
celuy de sa naissance, il ne fortiroit
pas sans effrov hors de (a Paroisse.
Cependant il alfeure ailleurs,
que s'il suivoitsa volonté,
il voudrait mourir horsde sa maison
, & loin des Gens; m;is enfin
la nature est toûjours plus forte
que la raison, & nos inclinations
ne manquent jamais de s'opposer
ànos raisonnemens.Socrateaima
mieux mourir à Athenes, que de
vivreàSparte. Pour moy j'aimea
vivre par rour, &il m'importe peu
en quel lieu je dois mourir. AIna
ne croyez pas que j'ambitionne la
gloire d'avoir un Tombeau superbe
& magnifique. Mais il est
tard, &, nous abuions de la patience
de Monlieur 1.Abbé. A ces
mots il prit congé, & toute la
Compagnie se separa.
Jevous ay tenu parole, Madame,
vous n'avez rien trouvédans
ce Recit de terrible-& de lugubre.
Le serieux y est temperé d'un honneste
enjouement ; car les genies
qui habitent ces Tombeaux, sont
bons & agréables, & n'inspirent
que la joye & la consolation à
ceux qui les Frequentent. C'estce
qui me fair esperer, Madame, que
vous agréerez cette Conversation
,
& le soin que j'ay pris de
satisfaire vostre curiosite. Je fuis
vostre, &c. DE LA FEVRERlE.
Traité dcs Sépultures dans le dernier
Extraordinaire
,• UOUÔ neferez,
pas finfihéc quen vais renouvelle
cette Matière,quand je vous aufay
appris que la ConverjctimJcadcmiquequiftit
,
efi de M. de la Fe-
? vrc/ie. Elle est diverfifée par tant
j
d*agreables chefes
}
6'-v par des re..
< marques sipropres 4 rendrel'esprit
> content, qu'enpeutdire que leseul
i nom de Tombeau,est ce quelle a de
lugubre.
CONVERSATION
A CADEMI QJJ E
dans laquelle il est traité
de l'Origine des Tombeaux
,ôc des magnifiques
Sepultures.
A MADAME
LA COMTESSEDE,C.H.C.
: LA mort de laReyne, de glorieuse
& de pieuse memoi-
-
re ,
puis qu'elle est en benediction
chez tous les Peuples, a
touché sensiblement toute la
France, mais particulierement
nostre IllustreAbbé. Outre qu'il.:
est bon sujet, & fidelle serviteur du
du Roy, vous savez, Madame,
qu'ilavoir encore d'autres raisons
d'en estre affligé. Ses Amis
prirent parc à sa douleur, mais sur
toutlapetite Troupe choisie, vint
mesler ses larmes avec les siennes.
Comme il estoit alors en
cette Province, elle tâcha de le
consoler par ses frequentes visites,
& elle n'oublia rien pour le
divertir, & pour chasser la mélancolie
que cette mort, & son
indisposition ordinaire luy causoient
dans ce tem ps-là.
Un jour qu'elle estoit venue à
ce dessein
,
& qu'elle commençoit
un Entretien un peu plus gay
qu'à l'ordinaire, elle fut interrompuë
par une Lettre que l'on
aporta à nostre Abbé, de la part
du Reverend Pere de Soria. Vous
sçavez encore, Madame
,
les liaifons
étroites qu'il avoir avec ce
digne Confesseur de la Reyne.
Il nous enfit la lecture, ce qui redoubla
nos regrets, & engagea
la Compagnie dans une Conversation
bien plus serieuse qu'elle
n'avoit crû. On y fit le Panegyrique
de cette Auguste Princesse
en diverses façons, & chacun
s'efforça de marquer le respect
& la veneration qu'il avoit pour
toutes ses vertus. On parla enfuite
de la Ceremonie qu'on devoit
faire pour elle, àNostre-Da
me, & à Saint Denys, & voila,
Madame,ce qui donna sujet, de
traiter dans cette Conversation
de l'Origine des Tombeaux, &
des magnifiques Sepultures.
Que cette matiere ne vous effraye
point, Madame. Toute lugubre
& triste qu'elle est
,
j'ose
vous asseurer qu'elle ne vous inspirera
rien de sombre & de mélancolique
; & mesme qu'elle
vous defennuyëra quelque temps,
comme elle fit nostre Illustre Abbé
qui y prit plaisir, &quiasouhaitéqueje
vousfille part de céc
Entrerien. Il n'y a point icy de
Spectres, & de Fantômes
,
de
Squelettes & de Cadavres rongez
des Vers. L'Or, le Marbre,
leJaspe
, &, le Porphire couvrent
tout cela; & l'Art par ses embellissemens,
donne icy l'Immortalité
à ceux que la Nature avoit
abandonnez à la corruption.
Aussi-tost que le premier Homme
eut peché
,
dit le Dodeur, il
fut condamné à la mort, & dés
ce moment il ne songea plus qu'à
mourir,&, à faire son Tombeau.
Il commença de s'ensevelir en
couvrant sa nudité, & il ne fit
qu'un pas du Paradis terrestre au
Sepulchre, maisdessçavoiroùfut
basti ce Sepulchre, c'est ce qu'on
ne peutdire. Ilesttoujourscertain
que ce ne fut point dans lisle
de Cylon aux Indes Orientales,
comme le croyent quelques Indiens
, auraport d'un Voyageur,
qui nous a faitmention du Tombeau
, & de l'Epitaphe de nostre
premier Pere. Une Epitaphe
d'Adam, s'écria le Chevalier!
Oüy,Monsieur, repartit le Docteur,
& une Epitaphe qui est
dans une Langue,qu'on peutapeller
justement la Langue matrice.
Le Public vous seroit fort obli.
gé, répliqua le Chevalier,si vous
vouliez l'expliquer, car personne
que je sçache, n'a encore pû en venir about. C'est un jeu d'esprit
de l'Auteur, dit le Marquis, qui
aplutost faitun Roman, qu'une
veritable Relation de ses Voyages.
Quoyqu'il en soit, reprit le
Docteur, l'usage desTombeaux
est très ancien, puis que nous
voyons, dans la Genese, que les
Hethéens, ausquels Abraham demanda
le droit de Sepulture pour
sa femme Sara, en avoient de
tres magnifiques. In electissepulchris-
nostris sepeli mortuum tuum,
repondit ce Peuple à Abraham.
Mais il me semble qu'on a mal
traduitelectis en nostre langne,
parbeaux&exquis. Car electis en
cet endroit, veut,dire choisis,,
comme si ce Peuple eustdit,Ensevelijftz,
ce Mort dans les Tombeaux,
que nous avons shoisis pour mus &
nostre famille. D'où vientque
nous disons ordinairement
, ild
thoifïsa. Sepulture en un tel lits.
Mais enfin Abrahamne voulut
pas accepter cette offre, & souhaitra
qu'on kuy vendist un
Champ de terre, & une Caverne
pour y bastir un Tombeau;non
seulement pour Sara& pour luy,
mais encore pour toute sa PoIle,,.
rité. D-iteinibijussepulchrivobif-
Cttm ,& confirmants est ager & antrum
quoderat in eobrabein pqfsessionem
mmumenti àfiliïshetb.
Voila donc un usage & un droit
de Sepulture,le plus ancien qui
soitau Monde, & ce fut suivant
ce droit, & cette coustume, que
Jacob voulut apres la mort en
Egypte
,
qu'on rapportait son
corps dans ce Tombeau d'Abraham.
Sepelite me, ditil à ses Ensans
, campatribus meis in spelunca
duplici (jujt est in agro Ephron, quant
emit Abrahaminpossessionem Sepulchri.
L'Origine des Tombeaux n'est
pas moins ancienne chez les
Pavens, puis que leur grand Dieu
Jupiter avoit son Sepulchre en
l'Islede Crete , &nos Voyageurs
asseurent qu'on voit encore aujourd'huy
cet antique Monument.
Oüy, mais interrompit le
Chevalier, un vieux Poëtea dit,
Les Crétins ont dressé,fowvtrain
Roy, ta Tombe,
Mais ton Efire divin à la mort ne
fuccombe*
Quoy qu'en dise nostre Poëte,
Jupiter estoit mortel
,
reprit le
Docteur. Mais sans nous arrester
là-dessus, c'est à la Grece qu'on
doit l'usage des Charniers, & des
Voutes souterraines, où l'on mertoit
les Corps & les cendres des
Défunts; car les Grecs estoient
fort curieux de la Sépulture des
Morts, en sorte mesme que l'on
croit que toutes ces Grotes qu'on
voit en Candie, n'estoient autre
chose que des Tombeaux. Mais
les Egyptiensont estésans doute
les premiers Inventeurs de ces
Magnifiques Sepultures, & les
premiers Peuples qui ont embaumé
les Corp s ;
fondez sur cette
opinion
, que l'ame estoit aurant
de temps immortelle,que le corps
demeuroir sans corruption. Il ne
faut donc pas s'éronner
,
s'ils
avoientun grand soindebastir à
leurs Morts, de superbes Tombeaux
pour y conserver leurs Momies
, puis que le Monument, se-
Ion qu'il estoit somptueux & magnifique
,rendoit la memoire du
défunt plusillustre& plusglorieu.
se. Qui a rendu immortels Semiramis
, & les Rois d'Egypte?
leurs Pyramides & leurs Tombeaux.
Leur mort a esté plus
éclatante que leur vie, & ils n'ont
esté celebres, &. n'ont survècu
jusqu'à laPosterité
, que par où
les autres Roys de la terre meurent
& ensevelissent toute leur
gloire dans un oubli éternel.
A propos de ces Momies
,
interrompit
le President
, un de
nos Voyageurs prétend que le
Bitume qui croist dans laMermorte,
servoit autrefois à embaumer
les Corps des Egyptiens,& que:
cette poix est un véritable
-
Baume,
pour conserver les Corps en
leur entier. Il estvray, dit Je Marquis
,que Villamont &, quelques
autres, ont avancé cela; mais je
ne fuis pas de leur avis. Lesveri-
-
tables Momies estoientembaumées
d'une miniere bien plusexquife,
& ce n'est que par l'excellence
des matières Aromatiquesqu'on
y employoit, qu'ellessont
pn^ieufes* propresàla gueri- l' son de tant de maladies,C5 Q!.JC;:
n'auroit pas la vertu du Bitule."
qui peur bien exempter un Corps
de pourriture, mais nonpas en
faire une veritable Momie;car
ce mot ne-veut pas dire fiinpléJ:
ment unCorpsentier & embaumé
; mais quelque chose de plus
excellent. Quoy qu'il en soit,
tout ce qu'on peut asseurer du
Bitume de la Mer morte, est que
c'estoit le Baume du vulgaire, &
du simple Peuple de ce Pays-là
car dansles Momies qu'on a découvertes
s on a trouvé qu'elles
font pleines de parfuns les plus
exquis. Cette maniere d'inhumer
les Morts estoit d'une grande dépense.
J'ay lû
,
dit le Chevalier
, une méthode d'enterrer les
Corps, & de leur bâtirdes Tombeaux
, qui efl bien plus facile, &
qui se fait à bien moins de frais.
Les Anciens la pratiquoient pour
tous ceux qui manquoientdeSepulture.
C'est de répeter par trois
fois le nom du Mort. Toute la
Compagnie se prit à rire, & le
Chevalier mesmeavoitde la peine
à s'en em pescher.Vous riez,
leur dit-il d'un air serieux
; c'est
pourtant de Daviry que je riens
cesecret, & jenetrouvepas qu'il
y ait tantà rire; lesPauvres qu'on
jettoit à Rome dans des Puys
apres leurmort,avoient besoin
d'un pareil Tombeau. On avoit
encore trouvé ce secret pour ensevelir
honorablement, & promptement
les Morts qu'on rencontroit
sans Scpulture par le chemin
;car ce devoir estoit si étroitementpratiqué
chez les Anciens
, que l'on se tenoit poilu si
on rencontroitun Mort, qui ne
fust pasenseveli, à moins que de
jetter dessus un peu de terre ou
de poussiere
, ou de répeter trois
fois son nom. Mais quand on ne
le sçavoit pas, ditle Marquis?
Mon Dieu, vous me faites toûjours
des affaires, reprit le Chevalier
, on jettoit de la terre dessus.
Mais que dites vous de Varron,
continua-t-il, pour se tirer
de l'embarras, où le Marquis l'a.
voitmis? Il voulut qu'on le mÍÍt
apres sa mort dans un grand Vaisseau
de terre cuite, avec des
feüillesdeMeurte, d'Olivier, &
de Pavot: tous Symboles de la
paix, du repos, & de la tranquilité
de l'Ame
,
si peut estre vous ne
trouvez finesses dans cette forte
d Inhumation, car Varron estoit
un Sçavant, qu'on peut soupçonner
de Science secrete & de cabale.
Quoy qu'il en soit, les Riches
de Rome estoient inhumez
dans leurs maisons
,
& nonobstans
la coustume de brusler les
Corps en ce temps-là, Popéefut
embaumée,&, portée au Tombeau
des Jules, ce qui me fait
croire, que le Bucher n'estoit pas
la Sepulture de toutes les personnes
de qualité, particulierement
- des femmes; mais seulement des
grands Hommes qu'on vouloit
mettre au rang des Dieux, comme
un moyen plus facile d'élever
leur ame au Ciel, & de faire leur
Apotheose. J'approuve vostre
conjecture, dit l'Abbé, car Néron
n'épargna rien pour les funérailles
de Popée, & il eust fait
brûler son corps, s'il eust creu
rendre par là, un plus grand hon. neuràladéfunte. Ilaimoitlefeu,
comme voussçavez,jusqu'à brûler
Rome, pour s'en faire un divertisement.
Cependanton brûloitde
ce temps,là les Corps des
Empereurs& des personnes considérables
,
dont on conservoit
fore soigneusement les cendres.
Vous me demanderez peut estre
de quelle maniere on recüeilloit
ces cendres ? car elles pouvoient
estre meslées avec celles du bois
qui confumoit le Corps. Pline
vous aprendra cela comme moy,
mais pour vous épargner la peine
de le consulter là dessus, voicy
ce qu'il en dit autant que je puis
m'en souvenir. On donnoit aux
Empereurs & aux personnes de
qualité qu'on devoir brûler,des
chemises faites d'un certain lin
des Indes qui est incombustible,
ce qui rendoit ce lin fort rare, &
tort précieux, ou bien on enfermoit
le Corps dans un coffre de
fer qui estoit percé, de façon que
l'humidité pouvoit s'exhaler,sàns
que la cendre sortist. On mectoit
après cela ces cendres dans
des Urnes d'argent, d'or, ou
d'agathe. On les arofoit de vin,
& d'eaux de senteurs, on les parfumoit,
& souvent on pofoit sur
ces Urnes des Couronnes précieuses
, ensuite dequoy on les
mettoit en dépost dans le Tombeau
de la famille
; & voila de
quelle forte on inhumoit les
Grands à Rome. si
Pour moy, dit le Président, je
croy que la vénération qu'on a
toujours euë pour les cendres des
Morts, vient de ce que la cendre
de chaque chose, contient sa forme
Se sa figure, comme l'experience
nous le fait voir dans la
cendredes Plantes.
Secret dont on comprend que quoy que
le corps meure,
La forme faitpourtantaux cendres
sa demeure.
a dit un grand homme
,
qui prétend
que les cendres des Trépassez
qu'on voitsouvent dans
les Cimetieres font naturelles,
puis qu'elles ont la forme & la
figure extérieure des Cor ps,
qu'on a enterrez en ces lieux; ôc
que ce ne font pas leurs ames, ou
des fantômes representez par les
Démos, comme le croit le simple
Peuple;Car enfin quoyque lecorps
foit réduit en poudre, la figure
ne se perd point. Mais cela se
voit encore mieux dans le champ
d'uneBataille nouvellement don- -
née; & voicy comme la chose feé
fait. Cesfiguresfontexcitées,&
élevées en partie parla chaleur
internede la terre, &, des Mourans,
& en partie parla chaleurs
externe du Soleil & du Canon
<]ui a échauffé l'air. Voila une?
plaisante opération de chimie, dit
Je Chevalier.Elleestnaturelle,
repond le Docteur
,
& c'ell: une
très-bellevision de quelques Rabins
Talmudistes, dont Monsieur
le Président a fait une fort heureuse
aplication, aux devoirs queai
nous rendons à la cendre des
morts, en leurdonnant desTombeaux
magnifiques. C'est [OÛ--J
jours une vision, reprit leChevalier
, mais Monsieur le Docteur, (,
continua-t-l,ditesnousun peus'il
xfy a point de différence entre
ces termes d'Ensevelir
, d'InhkmtY,
d'Enterrer, que nous confondons
si souvent? Il y a quelque différence
entre ces termes, répondit
le Docteur, mais elle n'est pas
grande, &. elle est plus propre à
un Grammairien qu'a un Philosophe,
car tout le monde entend
par-là,la mesme chose. Qui est
inhumé, est enterré, qui est l'un
& l'autre,est enfevely. Choisissez-
- lequel il vous plaira, Le Traducteur
de Pline s'est lourdement
trompé, en voulant faire cette
distinction; car il dit que les Latins
appelloient un homme enfevely,
dequelque maniere qu'il fust
enterré; & qu'il estoit inhumé,
lors qu'on mettoit son corpsen
terre. Je vous demande un peu la..
différence qu'il y a entre un corps
mis en terre, & un corps enterré ? Vous voyez bien que cela est ridicule.
Mais tout ce que je puis
vous direest que lemotd'ensevelir
,
se doit entendre principalement
des Corps qu'on embaume
,& qu'on met en déport dans
des caves, & inhumer de ceux
qu'on laisse pourrir dans la terre
& les uns & les aurres, ayant des
Tombeaux, & des sepultures,
on peut dire indifféremment inhumer
, & ensevelir les Morts.
Pline dans le Chapitre qui fuit ce.
luyque je vous ay cité, s'explique
de maniere qu'il entend toujours
par le mot d'enfevely, un
homme qui est inhumé, &qui
est dans leTombeau;ce quesignifie
conduits que son Traducteur a
mal rendu en nostre langue, par
enterré en quelqueforte que ce
foire
Mais pour ne pas nous éloigner
de nostre sujet, continua le
Docteur, Thevet dans sa Cosmographie
universelle
,
dit que
les Anciens, ôc sur tout les Romains,
firent faire des Tombeaux
& des Monumens publics, aussi
bien pour les pauvres que pour
les riches, voulant montrer parlà
,
dit cet Auteur., que l'h omme
capable deraison est préférable
aux bestes, & que nos corp s doivent
estre ensevelis, & enterrez
en memoire de la condition humaine.
LesentimentdeThevet
est raisonnable, dit l'Abbé, mais
nous y devons remarquer trois
choses. Premièrement les Romains
n'ont élevé des Monument
publics à la memoire des Morrs.
qu'en faveur de leur vercu;6c
alors il est vray , que les pauvres
en ont esté honorez aussi bien que:
les riches;mais avec quelque distinction.
Secondement on a éri.
gé à des bestes de superbes Tombeaux
, comme on le peut voir
dans l'Histoire;&cesTombeaux
les ont élevez au dessus de la condition
humaine; & en troisiéme
lieu le méprisdes honneurs funèbres
,& de nostre sepulture apres
la mort, a esté respecté
,
& approuvé
des plusSages. Lucien a
ditapres Homere, que celuy qui
a un superbeTombeau, est comme
celuyqui n'en a point, & que
chez les Morts on ne rend pas
plus d'honneur à Agamemnon,
qu'à son valet, à Achille, qu'à
Therfite.
De n'eflre enfevely ce n'cftpM grande
perte.
dit Virgile, ou comme a dit cét
autre.
Le Ciel couvre celuy qui na point de
Tombeau.
Seneque méprisa les honneurs
funébres apres sa mort, 6c l'ordonna
expres par son Testament,
cequi fit qu'on brûla son corps,
sans aucunes cérémonies. Il ne
faut point nous mesurer par l'inégalité
des Tombeaux, disoit-il
pendant sa vie. La cendre nous
égale tous. La naissance est inégale,
mais la mort estpareille. Il
raporte que Mécenas avoit de
coustume de dire
je n'ay point de soucy qu'un Sepulçbre
on me drtjfe.
r
Saint AugustinaprèsSeneque,
nous avertit de mépriser ces choses,
& nous asseure qu'elles regardent
plûtost la consolation
des Vivans, que le besoin des
Morts. Laissons doncce foin là,
à nos Parens & à nos Amis,ausquels
il est glorieux de s'en souvenir
& honteux de l'oublier;
Maiscommedit Moiitaecne111 y a
des gens qui pendant leur vie
veulent jouir de l'ordre, & de
l'honneur de leur sepulture, &
qui se plaisent devoir en Marbre
leur morte contenance. Tel est
mon bon homme de pere, dit le
Chevalier, dontje vous veux con- teruneloire surce sujet.
Il est, comme vous sçavez
,
de
bonne & de ferme constitution,
& la mort ne l'épouvante guere.
CepenCependant
il a fongé à faire lou
Tombeau,& il ya quelque temps,
qu'il commença de faire tirer les
pierres qu'il y veut employer;
mais parce que la Carriere luy
apartient, & qu'il ne prétend pas
qu'il soit achevé plûtost qu'en
l'annéequatrevingt seize de son
âge, ne comptant que soixante ôc
dixhuitaine presse point l'executiondetondessein,
& le Public
n'en seroit point informé
,
si des,
Chartiers passant à vuide prés de
cette Carriere
,
An avoient pris
quelques pierres déja taillées, ôc
qui leur semblerent propres 8c
commodes pour faire quelques
jambages de fenestresà leur maison
de village. CVft l'excuse qu'ils
en ont donnée avecoffres de les
payer au double, ou de les raporter
bien humblement à la Carriere.
Mais Mr le Conseillernes'en
contente pas, &ces pauvres Païsans
sont furieusement embarrasfez.
Il y a plainte contre eux, information
, & confrontation de
témoins. Je ne raille point, mon
Pere crie au voleur, & à l'assasin,
& ne prétend pas qu'ils soient
moins coupables que des Sacrileges,
qui auroient violé son Tombeau,
& troublé ses cendres. Son
beau fils, à qui l'un de ces Chartiers
appartiens, le folicite fort
pour sa grâce, mais il ne l'écoute
non plus qu'un Mort, & agittoujours
en Juge severe
,
& terrible
vivant. Le Procez de-ces Chartiers
, fera fait comme à des Voleurs
de grand chemin
,
& le
moins qui leur en puisse arriver,
je dis par grâce, 6c par accommodement
,
c'e st qu'i ls front
condamnez aux depens du Tombeau
toutentier. Ne voila t.il pas
des Chartiers bien redressez
,
ez
ne vaudroit - il pas mieux qu'ils
eussent versé vingt fois? Mais
n'cft-ce pas une bonne fortune
& une heureuse rencontre pour
Mr le Conseiller, d'épargner de
son vivant, la dépense de son
Tombeau. Celle néanmoins de
l'Epitaphen'y fera pas comprise,
&il a besoin de trouver d'autres
Orateurs pour faire son Oraison
funèbre. Dieu garde quelque
pauvre Poëte de tomber entre
ses mains, interrompit le Marquis,
il ne manqueroit pas de le
faire condamner à composer son
Epitaphe,afin d'avoir son Tombeau
complet, au dépens du public.
Mais ne pourroit - on point
direàvostrePere, ce qu'Horace
ditsi à propos aux Viellards
Tufecanda marmora j
Locassubipsumftwus, &ftpulchri.
Jmmtmer ferais domos.
Car il est grand batisseur
,
&
songe bien plus volontiers à sa
Bergerie, qu'à son Tombeau,
quoy qu'il sedispose si glorieusement
a vous laisser la place, 3e
qu'il dise souvent contre son gré.
rixi, & tjuem dederatcursumfortufla,
percgi.
Maisjeveux vous conter quelque
chose d'assez plaisant du Receveur
du Marquis de. Vous
sçavez que cét homme avoitesté
autrefois son Précepteur,& que
ce Marquis avoit beaucoup de
confiance en luy. Il voulut en
mourant reconnoistre ses services,&
il luy donna cinq ou six
mille livres par son Testament.
Comme il mourut en cette Province
, Madame sa femme laissa
a cét homme le foin du Tombeau
de son Mary, mais bien loin de
s'en acquiter d'une maniere proportionnée
à la qualité & aux
grandsbiens dudéfunt, pours'épargner
un Loüis d'or, que luy
Revoit couder une pierre pour
mettre sur le corps de son disciple
,
& de ion bienfaicteur; il remarqua
une vieilleTable d'Autel,
quiestoitabandonnée en un coin
lel'Eglise, où le Marquis estoit
nhumé;il la fit prendre aussi. tost
parun Maçon,sans autre formaité
,
& sans écourer les plaintes
du Curé, & des Marguilliers, &
en sir faire un Tombeau à ce pauvre
Marquis. Er sur ce que ses
Amis luy representoient, que cette
pierre estoit trop cherive
,
&
mesme trop petite, illeur répondoit
, qu'il s'en servoit pardignité
,à cause de l'usageauquel elle
avoirestéemployée, qu'elleestoit
plus noble, & plus précieuse que,
le Marbre & le Jaspe
,
& allé,
guoit sans cesse ce Vers de Virgile.
Condidimm terra moefkafque facravimusaras.
Il ajoûtoit encore que les
Tombeaux des Saines dans la
primitive Eglise
,
servoient dAu':'
tels pour offrir le Sacrifice; .&'
que les Tombeaux & les Autels,
estoient presquela-mesmechose,
lA l'égarddes Héros, dans les cecrémonies
qu'on faisoità leur memoire,
Eji vérité vous me surprenez
,
dir le President, je croyois que
cor Receveur estoit honneste
homme ,& il me sembloit qu'il
avoit de l'esprit. Mais qu'elle mesquinerie
, &quelleingratitude!
Voila comme on est trompé de
ceux en qui l'on se confiele plus.
N'en soyez pas surpris, Mrrepartit
le Marquis, si on ne garde pas
la foy aux vivans, comment voulez
vous qu'on la garde aux morts.
Nos femmes & nos enfans nous
sourbentmesme en ce temps-là.
Vous avez connu cette Dame qui
dans un petitcorps, avoit l'esprit
d'un grand homme;quand je dis,
d'ungrand homme,j'entens d'un
habille homme
5 car dans les Affait
es, elle auroit confondu Cujas
& Berthole, ou pour ne pas m'éloigner
des Loix de sa Province,
elle auroit commenté Beraut, &
corrigé Banage. Mais ce qui fait
àmon sujet, elle estoit sage &aimoit
son Mary, cependant elle
n'a fait faireson Tombeau,&n'a
execuré son Testament qu'en faisant
le fk-n. Et le Monument de
-
ce pieux Chevalier, estoit quatre
mille francs qu'il donnoit aux
pauvres, & à l'Eglise de sa Pa- -
roisse. Il ne falloit pointlà
,
de
Steficrate, ny de Æsyphon ; il
ne falloit qu'un Homme de bien
qui scût compter. On néglige
facilement les morts, pour peu -
de foin que l'on, prenne des vivans.
C'est pourquoy je conclus
Idettour ce que nous avons dit,,
oque c'est une chose frivole de
t'embarrasser pendant sa vie de
~on Tombeau, & desa Sepulrure.
Il y aura toujours quelque Coquin
de Charrier, qui interrompra
nostredessein, on quelque
Receveur qui fruftrera nostre attenté.
Scaliger, continua le Marquis,
sevantefort desTombeaux
deses Ancestres qui font à Verone,
& il s'étonne de ce qu'ils
n'ont pasestédémolis. Mais ilne
s'en soucie point, ditil, & (i ce
n'estoit la Résurrection
,
il ne se
mettroit pas en peine de si Sepulture.
Il ne m'importe où je seray
ensevely quand je feray
*
mort
Mon corps fera comme le corps
d'un Asne. Il y en a qui ne veulent
pas que d'autr(es soient mis
dans leurs Sepultures, mais dans
nostre Religion
, il n'en doit pas
estreainsi.
Voila, interrompit le Docteur,
les beaux sentimens que le Calvinisme
avoitinspirez à ce grand
homme : qui avoit la teste bien
meilleure que le coeur, & plus
d'esprit que de Religion ; beaucoup
de suffisance & peu de pieré.
J'avoue que quelques-uns ont
fait peu de cas des Honneurs sunébres,
& les ont défendus en
mourant ,
mais la pluspart l'ont
fait, pour paroistre après leur
port , ce qu'ils estoient pendant
leur vie, & peurestre ce qu'ils n'étoient
pas, c'est à dire,humbles,
sans orgueil, & sans vanité. Mais
ce n'est pas en cela que consîste
l'a-ff'dire. Un orgueilleux sans
Tombeau
,
&. sans honneurs funèbres
demeure toujours orgueilleux
Il y a mesmede la vanité
à mépriser
,
& à rejetter ces
~ortes de devoirs, autant qu'à les
pendier, & à les rechercher avec
frep de soin.Tela fait plus de
ruit sansTorches, & sans Ecufons
; que sion luy avoit fait les
unérailles d'un Empereur Romain.
Le Chancelier de Lhospitalmëprisa
cette pompe funèbre,
mais comme vous sçavez, plus Huguenot, en qu'en veritable Catholique;&
j-si ce que vous venez
dedire avoir liéu
,
il n'y a point
clé Calviniste qui ne remportai
en cela, sur tous les Philosophes
re la'Grcce sur tout les Marfrsdel'Eglise,
je me promenois un jour dans
leJardin d'une personne dela premiere
qualité,de la Religion Prétendue
Reformée. J'apperçeus au
bouc d'une Allée qu'on fréquentoit
peu; parce quelleestoit fort
négligée;j'apperçeus, dis-je, au
travers des brossailles, uneespece
de caverne toute ouverte ,
d'où
il me fcmbJa voir quelque figures
en bosse
, comme si ce lieu eust
esté autre fois une Chapelle, &
en effet ce caveau estoit au dessous
de l'ancienne Chapelle de la
maison. J'y entray donc par curiosité
,
& malgré la puanteur qui
en sortoit, j'y remarquay quatre
coffres de plôb, dont il yen avoic
deux rangez de leur hauteur contre
la muraille, & les deux autres
couchez à terre. Mais ce
qui estoit remarquable,& qui
causa masurprise, est que ces
Coffres estoient faits selon la forme
du Corps. Que je considéray
bien dans ce moment, le peu que
c'est des grands Hommes apres
leur mort! C'estoient les Corps
des quatre plus considérables
Heros de cette Illustre Famille,
qui estoient là gisans parmy les
Crapaux, dans un Cloaque d'ordures.
Voila quelle esthumilité
Huguenotte touchant les Tombeaux,
&. la Sépulture des Morts.
Il faut au reste n'estre guere persuadé
de la Resurrection des
Corps, pour en faire si peu de
cas, ç'a pourtant esté cette
creance, quia introduit l'usage
des Urnes & des Tombeaux
,
où
l'on conserve soigneusement
,
&
dans nos Eglises mesme, leurs
Cendres &: leurs Reliques.--
Detoutes les Religionsqui ont
esté au Monde, dit l'Abbé,iln'y
a que la Chrestienne, qui-ait permis
la Sépulture des Morts dans
les Temples:car ny chez lesJuifs,
ny chez les Payens,ny chez les
Mahometans, nul homme, non
pas mesme leurs Héros&.leurs
demy-Dieux n'a eu cér avantage.
Ilmesemble pourtant, dit le
Chevalier, que quelques-unsont
esté mis apres leurmort, dans les
Temples des Payens, -& je me
souviensd'avoir leu que les cendres
d'Hypocrare
,
furent mises
dans un Temple de Junon. IL est
vray ,
repartit l'Abbé
, que les
Payens ontaccordé cet honneur
aux cendres de quelques-uns de
leurs Héros, & de leurs demyDieux
,qui pouvoient eux mesmes
avoir un jour des Temples
& des Autels; mais je parle seulement
de la Sepulture
,
ôc il est
constans qu'elle n'a esté pratiquée
dans aucune autre Religion)
que la Chrestienne
,
&. la raison
est, que les Anciens craignoient
l'infection des Morts; ce qui les
obligeoit de les enterrer en des
lieux fort éloignez, ou de les
brusler,& de n'çn conserver que
les cendres. En effet, la putrefaction
des Corps peut nuire à la
santé, sur tout dans les Pays
chauds. Ainsi les Juifs, dont la
Famille des Prestres & des Sacrificateurs
demeuroit dans leur
Temple; ôcles Mahometans qui
vont cinq fois par jour àlapriere
dans leurs Mosquées, ont eu raiion
d'éloigner la Sépulture des
Morts. Mais outre cette raison,
continua l'Abbé, les Juifs estoient
respectueux jusqu'à la Superstition
, & adoroient un Dieu trop
pur, &. trop majestueux
, pour
souffrir rien de fale & de corronjpu
dans leurTemple. Quoy qu'ils
attendisssent le Messie qui dévoit
élever nostre Nature jusqu'à la
Divinité,ils ignoroientun culte
quiestrelatifàcetteNature, par
le moyen d'un Dieu fait Homme.
Il falloit que Dieu prist nostre
Chair, & fust devenu nostre Frere
, avant que nous eussîons parc
icy basà son Heritage. Et comme
cét Herirage,étoit un Champ
de terre, qui luy servit de Cimetiere
, & qui fut payé du prix de
tout son Sang, il a bien voulu que
'ufa
nous fumons ensevelis auprès de
luy
,
& que les Tombeaux des
Fidelles fussent nu pied de ses Autels.
Le Chrestien est trop uny
avec le Sauveur du Monde,pour
en estre separé après la mort. II
n'en est pas comme du Juif ôc du
Mahometan, qui n'ont eu qu'une
relation servile avec leurs Pro.
phetes. Le Sauveur s'est fait comme
un de nous. C'est un Dieu
quis'est abaissé jusqu'àestredela
maniere d'un Mort au Sacrement
de l'Autel, Se comme ensevely
fous les Especes. Nos Tabernacles
&nos Eglises fontde veritables
Tombeaux, qui renferment
son Corps; & comme le Tombeauest
un héritage commun à
toute la famille, il est juste que
nous sovonsinhumez avec lUYt,
puis qu'il est nostre Pere
,
& itre no- Frere aussï bien que nostre
Dieu. Ainsi le Chrestien a seul,
céravantaged'estreinhumé Jans
le Temple de son Dieu, dont il
est membre & partie. Pardonnez
moy, Meilleurs, si je vous parle
de la sorte, & devant un Docteur
; mais il est difficile de ne
laisser pas écha per quelques traits
du métier. Toute la Compagnie
qui avoit esté fort attentive à
tout ce que l'Abbé avoit dit, luy
marqua qu'elle en estoit tres satisfaire,
& le Docteur mesme,
ce qui l'obligea de continuer
ainsi.
Au commencement du Christianisme
les Fidelles s'assembloient
où Iton avoit inhumé les
Martyrs,car alors l'Eglise avoit
déja des Tombeaux,&n'avoit
pas encor de Temples. Or es
Tombeaux, quoy que souterrains&
cachez, estoient grands,
& fpaciux ; en sorte que les premiers
Chrestiens y faisoient leurs
Cérémonies, & offraient le Saint
Sacrifice sur les Corps des Martyrs
, dont le Tombeau servoit
d'Autel; d'où est encore venu
l'usage de dire la Messe pour les
Morts, & à l'honneur des Saints,
parce que le Prestre faisoit toujours
Commémoration du Défunt
sur le Tombeau duquel, il
célébroit le Sacrifice. Voila donc
é mon sens, ce quiaintroduit, êc.
autorisé la Coustume d'enterrer
les Morts dans nos Eglises
,
mais
enfin l'usage des Tombeaux est
aussi commun, qu'il est ancien
parmy toutes les Nations du
Monde. Ce qui est admirable,
c'est que l'usage de ces Tom.
beaux, qui ont presque toujours
esté embellis des Ornemens de
l'Architecture ait devancé l'Architecture
mesme. L'Ordre Corinthien
apris son Origine du
Tombeau Rustique, qu'une charitable
Nourriceavoit élevé félon
la Mode du Pays, à la Mé.
moire d'une jeune fillede Corinthe.
Et pour ce qui est des autres
Ordres d'Archicedure, il est certain
qu'ils font postérieurs aux
Sepulchres, & aux Tombeaux
qu'on a bastis pour les Morts;mais
il est certain aussi, que ces Monumens
n'ont paru avec éclat, Se
n'ont esté célébres, que depuis
que l'Architecture a esté dans sa
ferfcâion,comme c'est dans les
Tombeaux où elle a fait des chef
pdjoeuvres
,
& montré ce qu'elle
avoir de plus rare & de plus ex-
[ quis.
J'ay lu, interrompit le Chevalier,
dans les Relations des Indes
Orjen[ales, une.aÍfe-z plaisante
maniere deTombeaux
,
qu'on
:bârit pour le Vulgaire,dans lesquels
le Mary & la Femme sont
ensevelis. C'est un simple Mur
en rond ,ou en quarré
,
qui les
renferme tous deux,&qu'on éleve
de la hauteur d'un homme
taffis, car c'est ainsi qu'on enterre
4es Morts en ce pays-là. On en-
:terre la Femme vivante au genoux
de son Mary;&; on luy tord
le cou lors que la muraille est bâtic
àsahauteur. Apres quoy on
la couvre, & on termine ce Sepulchre.
Il n'y a pas là grande Architecture
, ny grande dépense,
mais aussi il y a moins d'orgueil,
& de vanité.Je me souviens à propos
de cela,dit le Marquis, que
dans le premier Voyage que je fis
en Flandre avec le Roy,j'estois
surpris de voir plusieurs monceaux
de pierre,qu'on appelle en
ce pays-là des Tombes. On me
dit que c'estoient les Tombeaux
de quelquesAnciens Capitaines,,
qui avoientesté tuez en ces lieuxlà,
où l'on avoir autrefois donné
Bataille. En eff t je n'en vis que
dans quelquesPlaines,qui étoient
propres pour combattre, &pour
ranger une Armée. Il va peu de
ces Sepulchres Rustiques qui
soient considérables. Il me fem
ble
,
Monsieur le Docteur
, que
j'ay leu quelque choie de pareil
dans l'Ecriture Sainte. Vous y
avez leu la mort d'Absalon
,
réponditle
Docteur, auquel on fit
un semblable Tombeau
,
d'un
grand nombre de pierres qu'on
j;¡rra sur safosse. Cependant ce
Prince tout jeune qu'il estoit,
avoit déjà fait construire son
Tombeau. Porro Absalon crexerat
sibi cum adhuc vivent,titulum qui
eft-invdleReçis. Or titulum veut
direicy la mesmechose que tumuluin.
Et on voit encore aujourd'huy
ce Tombeaud'Absalon,
presqueensonentier. Mais vous
remarquerez que cet amas de
pierres que l'on jettoit sur les
Morts, estoitsouvent une marque
de punition & d'infamie,
comme a l'égard d'Abialon dont
on ne combla la foÍfe de pierres,
que pour chastiment d'avoir esté
Rebelle, & pris les Armes contre
son Pere; ce que l'on pratique
aussi envers les Scelerats & les
Criminels. Cen'est pasàceux-là,
dit le Chevalier, qu'on doit souhaiter
que la terre leur foit légere.
Sit tibi terra levis
,
mollique tegaris
arena.
Les Tombeaux del'Antiquité,
& ceux mesme d'aprefent
,
sont
Ils legers pour les Morts?Je voudrois
bien, Monsieur le Docteur,
que vous m'eussiez expliqué ce
terra,levisde Marrial, dansl'Epitaphe
de Philenis. Martial n'est
pas le seul qui parle de cette sorte,
répondit le Docteur.C'estle
langage ordinaire des Poëres.
Ovide
Ovide fait dire à Procris mourante,
uinte dicm morior, fcd nnUâ yellict
Ufa.,
HQC faciet fofit* te mihi, terra,, le-
V(M.
Et tout cela ne veut dire autre
chose que les attaches & les affections
de la terre qui nous retiennent
icy-bas, & qui nous empeschenr
de nous éleverau Ciel. Les
Anciens, dont plusieursn'estoient
pas persuadez de la Resurrection
des Morts, l'estoientneanmoins
d'une certaine Transmigration
des Ameshors desTombeaux,qui
se communiquoient aux hommes,
& qui habicoient dans les Cimetieres.
Or ils croyoient que les
corps qui estoient privez de sepulture,
empeschoientlepassage des
Aines; 6c c'est pourquoy ils estoient
si soigneuxdeladonneraux
Morrs; mais aussi ils leur souhaitoient
une terre legere, afin que
leur Tombeau ne fust pas un obstacle
à cette communication.
Voilà laraison des Tombeaux légers,
Monsieur le Chevalier, &
pourquoy vous avez accordé si
obligeamment la Sepulture au fameux
Archytas. Vous voudrez
bien faire part à la Compagnie de
cette Ode d'Horace,que vous
avez si heureusement imitèe. A
quoy m'engagez-vous, Monsieur
le Docteur, répondit le Cheva.
lier? C'est l'amusement d'une aprés
dinée, quinevautpaslapeine
qu'on s'en souvienne. Cependant
pour ne pas nous faire acheter
si peu de chose, & augmenter
par là vostre curiosité, voicy ce
quec'est.
JZjtoy, la Terre e la Mer vous manquent,
Archytts
, Et vous estes sans Sepulture;
Vous qui cent & centfois d'un artisse
compas,
Avez, pris leur mestre ?
Bien loin que le bel art vous rendifi
immortel,
Vous payez, comme noué un tribut à
Nature
Jjhtand elle nous doit un Autel.
Il est vray jesaù mort ,
mais U
Geometrie
, Non plUJ que la Phitofophié
N'ontjamaisfaitdes Immirtds.
Connoijlre le Ciel & la Terre,
Nejùrer leur contour, & tout ce qu'il
enferre,
Merite des Autels;
Mais il n'exempte point de payer a
NAture
Ce tribut odieux,
Dont la loy rigoureuse & dure,
S'étendjusques aux demy. Dieux.
Tout le monde estfijtt à cette loysevere,
Le Fils meurt ainjî que le Pere;
Soit en courant les Mers, foit parmy
les Combats,
Par tout, la mort cruelle, inexorable
d-Jiere,
Leurfait, rencontrer le trépan.
PJlagore, Tyton, Radamante, Tantait,
Pour vivre en differens état>,
Ontpourtant unefn égale
A celle du pauvre Archytas.
Peur tftre tout-a-fait comme eux,
Cher Pafant,exîucemesvoeux,
En me donnant la Sepulture;
J'ayperysur la Merj mais d4nscette
avanture,
c!i¿ui peut avoir un fort piu* beau
.!l!..uc le mien, si tes mains- me dref-
-
fent un Tombeau?
Le Chevalier, pour ne pas donner
le temps à la Compagnie de
l'aplaudir sur cette Picce
,
conti.
nuadela sorte. Mon Dieu, dit-il,
que les Funerailles de Pompée
font belles dans Lucain! Voyezvous
ce Soldat officieux qui parcourt
le Nil,pour trouver le corps
desonMaistre?Et qui enfinl'ayant
trouvé, le brûle à un petit Bucher
qu'on avoit allumé pour le corps
d'tt1 pauvre Pescheur. Cela vaut
mieux chez lePoëte, que toutes
lesPompes funebresdesRomains;
& ce Monument simple & rustique,
semble braver icy l'orgueil
des Tombeaux & des Pyramides
des Rois d'Egypte. Son Epitaphe
est cavaliere, permettez - moy ce
mot,mais elle est digne d'un grand
Capitaine, &. je la préféré à tout
ce que les Grecs & les Latins ont
fait sur ce fbjer.
-
Jlgrave sur JI., roche, & dure à*
mal coulée;
Adoreicy ,
FaJJknt, Us cendres de
Pùmpée.
Les Epitaphes, dit le President,
sont desTombeaux spirituels, de
peu de dépense à la vérité,mais
qui honorent quelquefois davanrage,
que les plus superbes Mausolées.
Tous les Poëtes&les Gens
de lettres, qui ont dordinaire
plus de réputation que de richesses
, en ont élevé de semblables à
leur memoire, de leur propre façon
,
S: ont fait leur Epitaphe avant
leur mort. Voulant du moins
qu'on leust dans leurs Ecrits, ce
qu'on ne pourroit pas voir sur leur
Sepulrure. Ils en ont mesme ho..
noré leursAmis,croyant leur donner
par là, une glorieuse immortalité;&
en effet,tel à qui le temps
ou la fortune a renversé leTombeau,
& dissipé les cendres,trouve
encore tout entier, & son nom,
& sa memoire dans leursLivres.
Les Anciens, &. sur tout les Peuples
de Syrie,ont esté fort curieux
d'Epitaphes&d'Inscriptions pour
les Défunts. Il me semble qu'on
les néglige aujourd'huy, & qu'on
envoie peu deconsiderableshor
mis dans les Livres. On a fait plusieurs
Recüeils d'Epitaphes,où il
s'en trouve deplaisantes. Caron
en a fait de ridiculesaussi bien que
de funebres. Surquoy Marot fait
direàun certain Fou dans son Epitaphe.
- Jguand quelque fage homme
Viendra mon EpitApbe lire,
lyi oorr"d{o)nnnnee ss''-ilsee'fJr'{e'nnud à rire, A, il{oit rtri, des FousMaifire pall:
Faut-ilrire d'un Trêpassé?
Il avoit raison, dit le-Docteur,
il ne faut pas s'arrester à gloser sur
les Morts. Cela est indigne d'un
bonnette homme, &. sur tout d'un
Chrestien. On peut avec justice
crier dans nos Temples, à ces railleurs
curieux, hors d'icy, Propbanes.
Pour moy je ne puis souffrir dans
ces lieux-là, d'Epitaphes plaisantes-
Se ridicules, & j'admire jusqu'où
aesté l'impudence de quelques
Chrétiens, ou plurostleur
ignorance & leur simplicite
,
d'avoir
gravé leurs fades railleries
dans nos Eglises, & jusque dans
le Sanctuaire. Il y a mesme plusieurs
de ces Epiraphes impies, &
plusdignes d'unathée Sed'un Li-»
bertin, que d'un Chrestien& d'un
Fidele. Mais pour quitter cette
Morale, je veux vous dire que
c'est à Symonides qu'on doit cette
invention, d'honorer les Tombeaux
des Morts, d'Epitaphes
pleines de leurs louanges;&Ronsard
nous asseure que ces devoirs
& çes éloges agréent beaucoup
aux Manes des Defunts.
Tel bien memoratifallege leurfoucy,
Etse plaisènt de lire en sipetit espace
) 1
Leurs Noms & leurs Surnoms, leurs
Villes & leur Race..
Mais quel ressentimenten peut
avoir unChien ou unCheval,pour
qui on a fait des Tombeaux &. des
Epitaphes? Et quel honneur en
doivent attendre ceux qu'une lâche
complaisance abaisse à cette
ridicule flaterie?Vous retombez
toujours dans vostre Morale.,
Monueur le Docteur, dit le Marquis.
Pour y faire diversion, vous
me permettrez de vous dire, que
les Turcs sontfort curieux de leur
Sepulture, & qu'iln'y a si miferableparmy
eux,qui n'ait son Tombeau
&. son Epitaphe. Ceux qui
n'en peuvent pas avoir d'embellis
d'Architecture, prennent foin de
les orner tous les jours de fleurs.
C'est pourquoy ils les entourent
d'un parterre, où il yen a des plus
belles & des plus odoriferentes.
Ils s'inclinent devant ces Tombeaux,
& les ont en si grande
vénération, qu'aucun n'oseroit
parler à cheval dçvant un Sepulchre,
sans mettre pied à terre, ou
se resoudre à souffrir hl. bastonnade.
Cela fait que mefjne ils respechem
ceux des Fideles, & s'en servent
de la pluspart pour leurs
Mosquées,comme des
Tombeaux
des plus grands Prophetes, &de
quelques Rois deJudée, pour qui
ils ont de la vénération. La beauté
de ces Tombeaux,qui sontspacieux5cmagnifiques,
les obligeà
cela; mais ils le fontsuffi, pour la
reputation des personnes qui y
ont esté inhumées, afin que les
lieux où ils font leurs Prieres,
soient plus célébrés & plus dignes
de la grandeur de leur Prophere.
Ils font encore fort jaloux
de leurs Tombeaux,&conservent
cxachemenc en cela
,
l'honneur&
l'interest de leurs familles, ne permettant
pas qu'aucun Etranger y soitinhumé.lisontimitélesGrecs
& les Romains, quiestoientaussi
fort jaloux de leurs Sepultures.
Cependant leurs Tombeaux n'étoient
pas tellement reservez pour
Jes Familles, qu'on n'y enterraft
ses Amis, & ceux dont on honoroit
le mérité &la vertu. Ennuis
fut mis dans le Tombeau de Scipion
, parce que ce Poëte avoit,
écrit dans ses Vers, la seconde
Guerre Punique. Nous en usons
delalorte,& de nos jours, le brave
& judicieux Prince de Turenne
a elle inhumé à Saint Denys,
qui est le Tombeau & la Sepulture
de nos Rois , honneur qu'on
avoit fait autrefois au genereux
Connestable du Guesclin.
Ces Monumens publics qu'on
dresse à la memoire des Defunts,
produisent toujours de bons effets,
die le Doéteur. Ils avertiffent
les jeunes & les vieux, les
Grands & le Peuple, que nous
sommes tous mortels, &: que nous
ne ferons un jour que cendre &
que poussiere
; mais ils nous excitenten
mesme temps à pratiquer
les vertus qui ont rendu celebres
ces grands Hommes, dont nous
honorons si chèrement les cendres.
Eneffet,selon les Grammairiens
& les Etimologisteun Monument
est un ressouvenir 5c un
avertissement public, qui nous inspire
une parfaite resignation à la
mort, & un grand desir de mourir
en homme de bien, puis qu'on
n'accorde cet honneur qu'à ceux
qui ont eu du mérité &de la vertu.
Ceux qui se tuënr, perdent, selon
les Loix, l'honneur avec la vie;
car il n'appartient pas à tout le
monde de faire le Caton, ccuxlà,
dis.je,font privez de Sepulrure
& de Tombeau, parce que ce sont
des marques d'honneur qu'on
donne à la memoire du Defunr.
Mais ces magnifiques Tombeaux
font quelquefois toute la gloire
des Morts; & tel qui a mené une
viefortobscure, devient célébré
par ses funerailles, l'or & le marbre
quile couvrent, font la ma.
riere-aussi-bien que l'éloge de les
vertus. UnTombeau somptueux
nous donne une grande idée de la
personne qu'il renferme;& quoy
lIue nous sçachions qu'on peut
dater en Tombeaux,comme-en
Panégyriques,& qu'on peut cor- , rompre le ciseau des Architectes,
mauiti-bien que la langue des Orateurs,
on se laisse plus aisément
prévenir par ces forces de Monumens,
& on ne sçauroit croire que
les cendres d'un fat, soient conservées
dans une Urne de Jaspeou
d'Agathe. Il nous souvient de la
Fourmyembaumée dans de l'ambre,
dont parle Martial; vous me
permettrez bien de vous rapporter
icy cette jolie Epigramme, de
LaTraduccion de Marot. Elle ne
vous déplaira pas dans son vieux
fiile, qui pour n'estre pas fort juste
dans les rimes, l'est beaucoup
dans le sens.
DeJfeuAl'arbre oul'ambre dégoûte
La petite Fourmisalla :
Siur elle en tomba une goulet tout à coup se congela:
Dent la Fourmis demeura la
Au milieu de l'ambreenfermée. j
Ainsi la bejle déprisée
,
j
Et peu prisée quandvivoit,
Easinadsa mortfort eflimée si beau Sepulchre on lay
voit.
Il feroit aisé d'appliquer cette
Morale à plusieurs de ce fïecljj*
mais l'honnesteté m'empesche de
la pouffer plus loin. J'aime mieux
vous dire, que comme les Tom- *
beaux des Anciens estoientbâcisi
sur les grands chemins, de u uc
venuë la coutume de mettre'.ans
les Epitaphes,Staviator.0 1. ion
'.veut, on prouvera de cet-2 en -
tume, que les Tombeaux estoit c
bâtis aucrefois sur les grand s ch -
mins. Cette voye Appia, ouc? voye qu'Appius Ciaudiusnc faite
quiduroit depuis Rome juÍq;'iei
Brindes, c'est à dire six grandes
journées, n'estoit prefquc qu'on
Cimeriere remply deTombeaux., Ce fut là que l'on trouva sous le
Pontificat d'Alexandre VI. le'
corps de Tullia fille de Ciceron,
encor tout entier, après treize fiecles.
Et ce futdans son Tombeau
)où l'on trouva une de ces Lampes
imerveilleufes
,
dont les Anciens
1fe servoient pour éclairer leurs
iîSepulchres, parce qu'elles étoienc
inextinguibles, pourveu qu'elles
ne recceuseèntaucun air. Maisap..
prouvez-vous, dit le Chevalier, le
procedé de ce Pape, qui fit jetter
le corps de cette illustre Fille dans
leTibre? Pourmoy jeluy en veux
mal, &jefçay tjpngréau Conservateur
de Rome, qui la fit porter
au Capitole, comme une Relique
rare & precieuse5 c'estoit garder
le respect qui est deu aux Morts.
Mais ce Pape ne devoit pas ainti
violer les Tombeaux, & traiter de
la forte ce que l'aruigultéavoitde
plus venerable. Il devoit respecter
les Mânes de la fille de Ciceron,
ou du moins ne les pas diffamer.
Ce Pape,dit le Marquis, eftoic
cruel, & n'avoit aucun égard pour
personne.Maisremarquezje vous
prie, combien le foin de la Sepulture
eit inutile, queiqae precaution
qu'on puisse prendre pour
conservernoscendrcs. Jadmire
ces gens qui craignent de mourir
ailleurs que chez eux, parce qu'on
negligeroit leurs Obseques. Socrate
préféra la mortàl'exil, luy
qui le disoit Citoyen du Monde-,
parce qu'il craignoitde porter Tes
os ailleurs) & qu'il vouloirquele
lieude son Berceau, fust celuy de
son Sepulchre; c'est qu'il vouloic
mourir entre les brasdesa. Nourice,
dit le Chevalier. Quoyqu'il
en fait, reprit le Marquis;on die
qu'il n'avait jamais mis le pied
hors le territoire d'Afrique. Montagne
dit de Juy. mesme, que s'il
croyoit mourir en autre lieu que
celuy de sa naissance, il ne fortiroit
pas sans effrov hors de (a Paroisse.
Cependant il alfeure ailleurs,
que s'il suivoitsa volonté,
il voudrait mourir horsde sa maison
, & loin des Gens; m;is enfin
la nature est toûjours plus forte
que la raison, & nos inclinations
ne manquent jamais de s'opposer
ànos raisonnemens.Socrateaima
mieux mourir à Athenes, que de
vivreàSparte. Pour moy j'aimea
vivre par rour, &il m'importe peu
en quel lieu je dois mourir. AIna
ne croyez pas que j'ambitionne la
gloire d'avoir un Tombeau superbe
& magnifique. Mais il est
tard, &, nous abuions de la patience
de Monlieur 1.Abbé. A ces
mots il prit congé, & toute la
Compagnie se separa.
Jevous ay tenu parole, Madame,
vous n'avez rien trouvédans
ce Recit de terrible-& de lugubre.
Le serieux y est temperé d'un honneste
enjouement ; car les genies
qui habitent ces Tombeaux, sont
bons & agréables, & n'inspirent
que la joye & la consolation à
ceux qui les Frequentent. C'estce
qui me fair esperer, Madame, que
vous agréerez cette Conversation
,
& le soin que j'ay pris de
satisfaire vostre curiosite. Je fuis
vostre, &c. DE LA FEVRERlE.
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Résumé : CONVERSATION ACADEMIQUE dans laquelle il est traité de l'Origine des Tombeaux, & des magnifiques Sepultures. A MADAME LA COMTESSE DE C. H. C.
Le texte décrit une conversation académique sur les origines et les pratiques des tombeaux et des sépultures, inspirée par la mort d'une reine. Les participants évoquent l'importance des sépultures pour la mémoire des défunts et les pratiques variées observées dans différentes cultures. Les Grecs et les Égyptiens sont mentionnés pour leurs méthodes élaborées, telles que l'embaumement et la construction de monuments somptueux. Les Égyptiens croyaient en l'immortalité de l'âme et conservaient les corps pour les rendre illustres. Les Romains, quant à eux, inhumaient souvent les riches dans leurs maisons et incinéraient les empereurs, vénérant ensuite leurs cendres. La discussion clarifie les termes 'ensevelir', 'inhumer' et 'enterrer', notant que les Anciens érigeaient des monuments pour tous, indépendamment du statut social. Des sages comme Sénèque et Saint Augustin critiquaient les honneurs funèbres, affirmant que la mort égalise tous les hommes. Deux anecdotes illustrent des conflits liés à la construction de tombeaux, révélant des comportements futiles. Le texte explore également les attitudes envers les honneurs funéraires et les sépultures à travers diverses religions. Les chrétiens permettent les sépultures dans les temples, contrairement aux Juifs, Païens et Mahométans. Les pratiques funéraires évoluent, et l'architecture des tombeaux précède souvent celle des bâtiments. Les épitaphes sont vues comme des tombeaux spirituels qui honorent les défunts mieux que les mausolées. Enfin, l'auteur d'une lettre assure à une dame qu'il a respecté sa promesse de traiter le sujet avec légèreté, présentant les esprits des tombeaux comme bons et agréables. Il espère que la dame appréciera cette conversation et le soin apporté à satisfaire sa curiosité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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p. 183-198
SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
Début :
D'où vient que plusieurs Maris, qui ont de tres-belles Femmes, [...]
Mots clefs :
Maris, Femmes, Laideur, Beauté, Aveuglement, Nature, Épouse, Enfer, Plaisir, Maîtresse, Volupté, Sincérité, Amour, Amant, Éternité, Orgues, Harmonie, Origine, Antiquité, Instruments, Enchantements, Fleurs, Saisons, Musique, Muse, Divinité, Église
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texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
SÊNTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU XXX.
EXTRAORDINAIRE.
D'oùvientque plusieurs Maris,
qui ont de tres -
belles Femmes
, en aiment souvent, non
feulement de beaucoup moins
belles, mais mesme de treslaides?
D'Où vient ce défaut£amitié?
D'm vient cette bijarrerie,
Depréferer une furie
Auxebarmes rawijfuns de sa chert Mtirtiê?
D'où vient qu'en ce temps IHnoUlfimes
On voitfouie, on voit nombre d'hommes
Quise IAffim injuflement
D'un bien honnefle & légitime
Que leur offre le Sacrement, *
Pour courir scandaleusement
Après la Uideur & le crime?
Ce déplorable aveuglement
A. qui le bon sensse dénie,
Vient d'un certain enteflement
Que l'on peut appeller manie,
- Fièvre de toutes les faisons
Que la Nature abhorre,
Que l'on ne peut filtffrir quaux petites
Maisons,
Et qu'ton ne peut guérir qu'avecque Hellebore.
Car outre que la Loy de Dieu,
Qui doit noue regler en tout lieu,
Défendce commence execrable,
Ûefi que quiconque en uze ainsi,
Se voit de honte tout noircy,
Et ne peut s"empefeber d'estre dértifonnable.
Ilfaut que ce lâche Mortel,
Accusé d'un desordretel,
Ait l'ame bien noire & brutale,
Tuifque pour flater fort defin
Ilse livre AU vilain plaiftr,
EtJe noyé dans de l'eau salle.
Ilpourrait éteindresesfeux
DAns lefein d'une cbafle Epouiei
Quifeule en vaut bien dix ou douze-
Et qui(Failleurs narien d'affreux;
Cependantl'injufle s'amuse
Par une tHufîon qu'inspire Lucifer"
A carresseruneMeduz^e
Qui ne mérité que tEnfer.
Est-ce un plalfiir,ejl-ce un honneur,
• D'aller prodiguer sa tenâreffe
Envers une indigne Maîflrefife
Quifait banqueroute a (honneury
Quin^Âquune conduiteinfame
Et d'odieuses qualités,
Quitraisne fori corps & Toname
1
Dans lafange des voluptez
,
Pendant qu'une Femme discrette,
Qui de bcautez a plus d'ungrain
> w DeVore en secret son chagrin,
Et garde unefainteretraite,
Employant envers Dieu tonsfes empreA
femens
Enfaveur deceluy quifait toussestouw.
mens.
er.i
Certes disons la verité
Parlons avecsïncerité,,
Pour faire une telle conqueste
Avec un choix si precieux
Ilfaut qu'un hommeaitmal aux yeux.'t.
Et plus mal encore a la tesse.
Nfent une extrême ailegreffe
!?!:!and on peut s'acquérir une fiereMat-- \*
tresse,
JQui regardaitCamour comme un frm'¡
défendu;
JMais bien plusfenfble efl la joye •
Quand on peut ratrapper sa proye, ,,
Etre\a<rner un coeur que lonavoitpcrdu*^
Si un Amant peut voircontinuellement
fà Maistresse sans 'en. nQuyer. Uelque belle quefoit une aimable
Personne,
Fufi-elle une Venu4
,
fuji-elle une Hermionne,
Ou celle à qui Parisfitsafunejiecour,
Si les yeux n'ont toujours à voir quejren
visage,
Enfin l'on sen dégOHtc, & l'on Je décourage
, Et lennuy prend-bien-tofi la place de l'a- -
mour.
Tour gâter un plaisîr3 il faut tfes-peu de
chose
Le changem3 ent nomplaifl, &'. nous IÍtnJf
lieu de don;
Ce qui d'abord paroissoit une roze
X>anslafuite du temps dégénéréen chafr'~
dom
Il n'en VA pas ainsi ds la cause premiere,
<.
Ce Soleil Eternel
, cette vive Lumiere,
DontCesprit & les sensreflerontenchan--
tez.
Sotteson Empire heureux, chacun rendra
les armes;
Voyant Dieu l'on verra mille & mille
beautez., ,
Sans que l'Eterniti suffi epuiser fei
charmes.
De l'Origine des Orgues. 1 L'Orlue efl une Machine antique,
Harmonieuse CT magniifque,
Qni par le mouvement des doigts.
JLt des pieds msfmequelquefois,
Entonne les justes lokanges
Dit Roy des Hommes & des Anges
Déterrons-en dans ce Traité
L'Origine. & CAntiquité,
.:Et rapportonsce que lHifloire
FtHt fournir à nostre memoire.
rn écrit que Tidal-Cam, Un des descendans de Cam,
Homme de coeur & de courAge,
Mit tout le premier en usage,
Corme en oeuvres a grandscoups de
main
QUO} , le Fer, la Bronze & l'Airain,
DontenfRite par tente terre
On fit des Infirumens de Guerre;
,7;,,ottes ,
Caj^ues,Bourguignottes, BBrraaSffâirrttss)
Hallecreti
,
Javelots, Cuijfarts,
Dards, Hallebardes, Bayonnettes,
SAbresJ Poigrardt, CllirafJèr, Brettes,
Flatnkerges de toutes saÇCMS,
Qui par des coupsd*EframasenJ
Derolent des fillis entiercs
Et piHplcnt , tant de Cimetières.
A ce Forgeron non taqun
DcJJom le grand nom de Vitlcain,
:>Mtèfotte & barbare
Par nn rvcuglement bicarré
, Comme a beaucoup d'autres izotels,
Offrit des ¡.roel!:C & des Autels.
Au reste, cet Homme heroiejue
Fllt l'Inventeur de la Musique,
Et des musicaux Inflrumens
Qui font let doux enchantemens,
Et les ravivantes merveilles
Des plus delïcatesoreillesi
Car des Motets bien inventez,
Bien conduits, bien executez t
Sur un Inflrument dharmonie,
Flattent doucement le génie,
Et s'attirent plus d'Auditeurs
Que le Printemps ne voit de fleurss
Quel'Automne ne voit de pommes,
Que l'air ne premene dUattomes
Que , tHyver ne voit de glaçons,
Que l'Esté ne voit demoissons.
Si la chose efl de cette forte
Comme on l'écrit, je men rapporte,
Dés le berceau de l'Univers
On parla Proze, on parla Vers,
Et l'on empUya des machines
A chanter les Grandeurs divines:
L'Orgue en efioit pareillement-
Selon mon petit fentiment*
Dt!vld, tornement des Prophètes,
L'honneur des RoisÔ" des Poètes,
Ce Chantre iiluflre & fortuné,
Ce couronné,
Ce Prince délite & de mise
Qui donne une Langue à ïEglife,
Qjii jo,,gnoit auson des
Hautbois
Ladouceur defit belle voix,
Dans Ion dernierPseaume conjure
Toute mortelle Creature
De rendre avec fidélité
Ses Voeuxà la Divinité,
Sans épargner la Castagnette,
L'Orgue,laHarpe, rEpinette,
Les Tymballes_&lesClairons,
BaJJes. de Yiaie & Violons,
Les Clavessins & rAngelique.
Et tout autre outil de Musique,
Car on ne peut trop eslimer
Celuy qu'on ne peut trop aimer.
Onécrit que l'Eglise Grecque,
Tlui Orthodoxe que la Meque,
FitAutrefois au grand Pepin,.
Slvant qu'ilfent.fl le lapin,
Et qu'il :;'dpprocha de la forguo Present , d'un riche buffet dOrgues,
En plujieurs membres départit
De mille tuyauxassorti,
Et fait d'une telle jlrutture
Quel'art y passant la Nature,
Rendoit par des traits inouis
Les fpeSlateurs tout ébl&uis.
Celle qui fit cette dépense
Ne manqua pas de récomptn/e;
Cette Histoire au refle an-iv%,
Nonfotu le regne de Nerva,
Maisfous celuy de Capronyme,
Prince qui vefeut sans esime
J Qui fouilla les Fonds lf"Aptifmaux,
>
PÓréfane infaillible des maux !2l(il firoit [s(oluuf!fF-iirr aà ¡' EE:g;,!>!ifree
Par (a rigueur ra (ot:ze : ù Par lajuoent les bons Erpr:ts
Quel Orguea bien descheveux gris.
0)
Platne le fameux Platine,
Hemtnc
Homme de profonde dotlrine,
Et de haute Irudition,
Faifant des Papes mention
Dit qu'un Pape , en vertm illuftre-,
Digne du Daiz. & du Balluftre,
Au Culte divin lattAchAnt,
Intreduifit l'Orgue & le Chant,
Relevantainsi la memoire
Du doiïe & zelé Saint Cregoire,
Qui se faisoit un doux plaisir
Dansjes beaux momens de loisir
D'apprendre quelquesaintCantique
A des Efleves de Musique.
Ce Pape efl Saint Vitalian,
Il me faudroit du moins un an
Pour bien portraire ce grand Homme
Quifut les delices de Rome,
Pour qui le Pais des Cesars
Eut de favorables égards.
On nom dépeint Sainte Cecile,
Qui portoittoujours CEvangile
Sur sson chaste & pudique ftin
Avec l'Orgue ou le CIAlItffi".
Joignant a sa belle harmonie
Vne agreablesymphonie;
Ce quifait croire avec.rai{on
Que COrgue estoit lors defaison.
Vn Orfani]Îe à grandfeuillage
Qui soutient bien son personnage,
Et qui réüJ!it dans son art
Par fcieuce & non par bazard
Efl digne , certes qu'on le lOlÛ,
Car sur une mesmeOrgue il joué,
Ce qui surprend les fptaateurs
Aussi-bien que les auditeurs,
La Yéelle, tEcho, la Mufttte,
La voix humaine, la Trompeltt.
Le Rossignol & le Cornet,
Le Cremorne & le Flageollet,
Sans que la baffe-continue
S'interrompe, discontinuë,
Etcesse pour un seul moment
De gronder agréablement;
Et cette aimable gronderie
Ne met point les gens en furie.
Au refle, ilfemblc en tant d'emploù
Qu'un homme ait vingt mains & cent
doigts.
Ajoutez.qu'en ce bel Ouvrage
Jamais le Souffleur ne partage
L'estime
,
lagloire & l'honneur,
Qm# ne font deus qu'au seulJoueur,
Comme eut la vanitédefaire
Un certain petit Necejptire,
Qu'autrement on nomme Laquais,
Spirituel à peu de frais.
Cet Avorton, ce Souffleur d'Orgue,
Digne que son orgueil on morgue,
AttribuAnt avec excez.
gue
De l'Orgue un fortuné succez,
Parlant un jour a [a Alaiflrejfe,
Et faisant valoir son adresse
Luy dit d'un , ton non enroüé:
Madame, a.t.on pas bien jiûé?
7e m'en rapporte à vosoreilles,
fc'Orgue a-t-elle
.@
PM.fait mervdlle
fItOC'Ï,styt . Pierrot,j'en reftay sans voix. mOJ, Madame, qui foufflois.
Ah Pierrot! ta fortune est faite
JI faut que le Begue en retraite.
Cherche a se cAch:r devant toyt
Ou qu'il renonce à fort employ.
Ah le [çItVAnt! ah l'habile homme!
Députa Lutece jufqua Rome
Voit-on rien de plus excellent
Que ton esprit & ton talent
Réponda ce vain Salmeaé*.
La Dame qui fait l'étonnée,
Voyant Pierrot se faire honneur
De la qualité de Soujfleur?
DesOrgues souvent l'on AhHft
Leur faisant dire
,
quelle rufe!
AH lieu d'Airs fierez. & divins,
Des Airs profanes & mondains,
Des Pont-retons, des Sarabandes,
Des Chacones, des Allemandes,
Des Gigues, & d'autres Chansons
Qu'onchantechez, les BrabAnçons,
Chez, les François, chez, les Druydesi
Chez, les Sarmates & Gepides,
Et chez, ceux qui d'un air ferAi"
Boivent la Moselle & le Rhin.
Certain Concile de Cologne,
.J..UDY que maint Organtfle en grogne par , tout Pays & Nations
Défend ces profanations.
En tffety de cette machine
Dont nous épluchons l'origine
e positif & le plein jeu :1 Ve doivent jouer , que pour Dieu,
semblables aux Troupes Celestes
lui nemployentleurs a tons modefies rendre dans l'Eternité
dommage a la Divinité.
eux qui nont pas l'oreille fine,
Prennent le son pour lafarine
a fable s pour la vérité,
1"oinbre pour la realité,
'our chants etEglise des Bourées • Adroitement élabourées,
"our des Pseaumes, des Menuetsy
uifont parler mille Muets,
ar les Tuyaux & les Pcdalle*
ue l'on na point sans Richedales,
appez d'un insensibleJon
'mblent parler , en leur façon.
ombre dEglises Calhedrltltl,
Fafiorales
,
Collégiales,
De grande réputation,
Se trouvent en possession
D'avoir des Orguesd'importance;
Mais dans un certain lieu de France,
Qui vaut bien plus d'un million,
C'efl dans l'Eglise de Lion,
Riche & superbe Basilique,
On est sans Orgue & sans Mus-ique,.
On se contente du Plain-chant
Melodieux, dévot, touchant,
Oui porte à Dieu sans artifice
Danscemagnifie/ne Edifice,
Les plus grands Princes d'icy-bas
Fontgloire d'y porter les draps.
- L. BOUCHET,
- ancien Curé deNogent le Roy
Je veut envoye quelques Explications
SUR LES QUESTIONS
DU XXX.
EXTRAORDINAIRE.
D'oùvientque plusieurs Maris,
qui ont de tres -
belles Femmes
, en aiment souvent, non
feulement de beaucoup moins
belles, mais mesme de treslaides?
D'Où vient ce défaut£amitié?
D'm vient cette bijarrerie,
Depréferer une furie
Auxebarmes rawijfuns de sa chert Mtirtiê?
D'où vient qu'en ce temps IHnoUlfimes
On voitfouie, on voit nombre d'hommes
Quise IAffim injuflement
D'un bien honnefle & légitime
Que leur offre le Sacrement, *
Pour courir scandaleusement
Après la Uideur & le crime?
Ce déplorable aveuglement
A. qui le bon sensse dénie,
Vient d'un certain enteflement
Que l'on peut appeller manie,
- Fièvre de toutes les faisons
Que la Nature abhorre,
Que l'on ne peut filtffrir quaux petites
Maisons,
Et qu'ton ne peut guérir qu'avecque Hellebore.
Car outre que la Loy de Dieu,
Qui doit noue regler en tout lieu,
Défendce commence execrable,
Ûefi que quiconque en uze ainsi,
Se voit de honte tout noircy,
Et ne peut s"empefeber d'estre dértifonnable.
Ilfaut que ce lâche Mortel,
Accusé d'un desordretel,
Ait l'ame bien noire & brutale,
Tuifque pour flater fort defin
Ilse livre AU vilain plaiftr,
EtJe noyé dans de l'eau salle.
Ilpourrait éteindresesfeux
DAns lefein d'une cbafle Epouiei
Quifeule en vaut bien dix ou douze-
Et qui(Failleurs narien d'affreux;
Cependantl'injufle s'amuse
Par une tHufîon qu'inspire Lucifer"
A carresseruneMeduz^e
Qui ne mérité que tEnfer.
Est-ce un plalfiir,ejl-ce un honneur,
• D'aller prodiguer sa tenâreffe
Envers une indigne Maîflrefife
Quifait banqueroute a (honneury
Quin^Âquune conduiteinfame
Et d'odieuses qualités,
Quitraisne fori corps & Toname
1
Dans lafange des voluptez
,
Pendant qu'une Femme discrette,
Qui de bcautez a plus d'ungrain
> w DeVore en secret son chagrin,
Et garde unefainteretraite,
Employant envers Dieu tonsfes empreA
femens
Enfaveur deceluy quifait toussestouw.
mens.
er.i
Certes disons la verité
Parlons avecsïncerité,,
Pour faire une telle conqueste
Avec un choix si precieux
Ilfaut qu'un hommeaitmal aux yeux.'t.
Et plus mal encore a la tesse.
Nfent une extrême ailegreffe
!?!:!and on peut s'acquérir une fiereMat-- \*
tresse,
JQui regardaitCamour comme un frm'¡
défendu;
JMais bien plusfenfble efl la joye •
Quand on peut ratrapper sa proye, ,,
Etre\a<rner un coeur que lonavoitpcrdu*^
Si un Amant peut voircontinuellement
fà Maistresse sans 'en. nQuyer. Uelque belle quefoit une aimable
Personne,
Fufi-elle une Venu4
,
fuji-elle une Hermionne,
Ou celle à qui Parisfitsafunejiecour,
Si les yeux n'ont toujours à voir quejren
visage,
Enfin l'on sen dégOHtc, & l'on Je décourage
, Et lennuy prend-bien-tofi la place de l'a- -
mour.
Tour gâter un plaisîr3 il faut tfes-peu de
chose
Le changem3 ent nomplaifl, &'. nous IÍtnJf
lieu de don;
Ce qui d'abord paroissoit une roze
X>anslafuite du temps dégénéréen chafr'~
dom
Il n'en VA pas ainsi ds la cause premiere,
<.
Ce Soleil Eternel
, cette vive Lumiere,
DontCesprit & les sensreflerontenchan--
tez.
Sotteson Empire heureux, chacun rendra
les armes;
Voyant Dieu l'on verra mille & mille
beautez., ,
Sans que l'Eterniti suffi epuiser fei
charmes.
De l'Origine des Orgues. 1 L'Orlue efl une Machine antique,
Harmonieuse CT magniifque,
Qni par le mouvement des doigts.
JLt des pieds msfmequelquefois,
Entonne les justes lokanges
Dit Roy des Hommes & des Anges
Déterrons-en dans ce Traité
L'Origine. & CAntiquité,
.:Et rapportonsce que lHifloire
FtHt fournir à nostre memoire.
rn écrit que Tidal-Cam, Un des descendans de Cam,
Homme de coeur & de courAge,
Mit tout le premier en usage,
Corme en oeuvres a grandscoups de
main
QUO} , le Fer, la Bronze & l'Airain,
DontenfRite par tente terre
On fit des Infirumens de Guerre;
,7;,,ottes ,
Caj^ues,Bourguignottes, BBrraaSffâirrttss)
Hallecreti
,
Javelots, Cuijfarts,
Dards, Hallebardes, Bayonnettes,
SAbresJ Poigrardt, CllirafJèr, Brettes,
Flatnkerges de toutes saÇCMS,
Qui par des coupsd*EframasenJ
Derolent des fillis entiercs
Et piHplcnt , tant de Cimetières.
A ce Forgeron non taqun
DcJJom le grand nom de Vitlcain,
:>Mtèfotte & barbare
Par nn rvcuglement bicarré
, Comme a beaucoup d'autres izotels,
Offrit des ¡.roel!:C & des Autels.
Au reste, cet Homme heroiejue
Fllt l'Inventeur de la Musique,
Et des musicaux Inflrumens
Qui font let doux enchantemens,
Et les ravivantes merveilles
Des plus delïcatesoreillesi
Car des Motets bien inventez,
Bien conduits, bien executez t
Sur un Inflrument dharmonie,
Flattent doucement le génie,
Et s'attirent plus d'Auditeurs
Que le Printemps ne voit de fleurss
Quel'Automne ne voit de pommes,
Que l'air ne premene dUattomes
Que , tHyver ne voit de glaçons,
Que l'Esté ne voit demoissons.
Si la chose efl de cette forte
Comme on l'écrit, je men rapporte,
Dés le berceau de l'Univers
On parla Proze, on parla Vers,
Et l'on empUya des machines
A chanter les Grandeurs divines:
L'Orgue en efioit pareillement-
Selon mon petit fentiment*
Dt!vld, tornement des Prophètes,
L'honneur des RoisÔ" des Poètes,
Ce Chantre iiluflre & fortuné,
Ce couronné,
Ce Prince délite & de mise
Qui donne une Langue à ïEglife,
Qjii jo,,gnoit auson des
Hautbois
Ladouceur defit belle voix,
Dans Ion dernierPseaume conjure
Toute mortelle Creature
De rendre avec fidélité
Ses Voeuxà la Divinité,
Sans épargner la Castagnette,
L'Orgue,laHarpe, rEpinette,
Les Tymballes_&lesClairons,
BaJJes. de Yiaie & Violons,
Les Clavessins & rAngelique.
Et tout autre outil de Musique,
Car on ne peut trop eslimer
Celuy qu'on ne peut trop aimer.
Onécrit que l'Eglise Grecque,
Tlui Orthodoxe que la Meque,
FitAutrefois au grand Pepin,.
Slvant qu'ilfent.fl le lapin,
Et qu'il :;'dpprocha de la forguo Present , d'un riche buffet dOrgues,
En plujieurs membres départit
De mille tuyauxassorti,
Et fait d'une telle jlrutture
Quel'art y passant la Nature,
Rendoit par des traits inouis
Les fpeSlateurs tout ébl&uis.
Celle qui fit cette dépense
Ne manqua pas de récomptn/e;
Cette Histoire au refle an-iv%,
Nonfotu le regne de Nerva,
Maisfous celuy de Capronyme,
Prince qui vefeut sans esime
J Qui fouilla les Fonds lf"Aptifmaux,
>
PÓréfane infaillible des maux !2l(il firoit [s(oluuf!fF-iirr aà ¡' EE:g;,!>!ifree
Par (a rigueur ra (ot:ze : ù Par lajuoent les bons Erpr:ts
Quel Orguea bien descheveux gris.
0)
Platne le fameux Platine,
Hemtnc
Homme de profonde dotlrine,
Et de haute Irudition,
Faifant des Papes mention
Dit qu'un Pape , en vertm illuftre-,
Digne du Daiz. & du Balluftre,
Au Culte divin lattAchAnt,
Intreduifit l'Orgue & le Chant,
Relevantainsi la memoire
Du doiïe & zelé Saint Cregoire,
Qui se faisoit un doux plaisir
Dansjes beaux momens de loisir
D'apprendre quelquesaintCantique
A des Efleves de Musique.
Ce Pape efl Saint Vitalian,
Il me faudroit du moins un an
Pour bien portraire ce grand Homme
Quifut les delices de Rome,
Pour qui le Pais des Cesars
Eut de favorables égards.
On nom dépeint Sainte Cecile,
Qui portoittoujours CEvangile
Sur sson chaste & pudique ftin
Avec l'Orgue ou le CIAlItffi".
Joignant a sa belle harmonie
Vne agreablesymphonie;
Ce quifait croire avec.rai{on
Que COrgue estoit lors defaison.
Vn Orfani]Îe à grandfeuillage
Qui soutient bien son personnage,
Et qui réüJ!it dans son art
Par fcieuce & non par bazard
Efl digne , certes qu'on le lOlÛ,
Car sur une mesmeOrgue il joué,
Ce qui surprend les fptaateurs
Aussi-bien que les auditeurs,
La Yéelle, tEcho, la Mufttte,
La voix humaine, la Trompeltt.
Le Rossignol & le Cornet,
Le Cremorne & le Flageollet,
Sans que la baffe-continue
S'interrompe, discontinuë,
Etcesse pour un seul moment
De gronder agréablement;
Et cette aimable gronderie
Ne met point les gens en furie.
Au refle, ilfemblc en tant d'emploù
Qu'un homme ait vingt mains & cent
doigts.
Ajoutez.qu'en ce bel Ouvrage
Jamais le Souffleur ne partage
L'estime
,
lagloire & l'honneur,
Qm# ne font deus qu'au seulJoueur,
Comme eut la vanitédefaire
Un certain petit Necejptire,
Qu'autrement on nomme Laquais,
Spirituel à peu de frais.
Cet Avorton, ce Souffleur d'Orgue,
Digne que son orgueil on morgue,
AttribuAnt avec excez.
gue
De l'Orgue un fortuné succez,
Parlant un jour a [a Alaiflrejfe,
Et faisant valoir son adresse
Luy dit d'un , ton non enroüé:
Madame, a.t.on pas bien jiûé?
7e m'en rapporte à vosoreilles,
fc'Orgue a-t-elle
.@
PM.fait mervdlle
fItOC'Ï,styt . Pierrot,j'en reftay sans voix. mOJ, Madame, qui foufflois.
Ah Pierrot! ta fortune est faite
JI faut que le Begue en retraite.
Cherche a se cAch:r devant toyt
Ou qu'il renonce à fort employ.
Ah le [çItVAnt! ah l'habile homme!
Députa Lutece jufqua Rome
Voit-on rien de plus excellent
Que ton esprit & ton talent
Réponda ce vain Salmeaé*.
La Dame qui fait l'étonnée,
Voyant Pierrot se faire honneur
De la qualité de Soujfleur?
DesOrgues souvent l'on AhHft
Leur faisant dire
,
quelle rufe!
AH lieu d'Airs fierez. & divins,
Des Airs profanes & mondains,
Des Pont-retons, des Sarabandes,
Des Chacones, des Allemandes,
Des Gigues, & d'autres Chansons
Qu'onchantechez, les BrabAnçons,
Chez, les François, chez, les Druydesi
Chez, les Sarmates & Gepides,
Et chez, ceux qui d'un air ferAi"
Boivent la Moselle & le Rhin.
Certain Concile de Cologne,
.J..UDY que maint Organtfle en grogne par , tout Pays & Nations
Défend ces profanations.
En tffety de cette machine
Dont nous épluchons l'origine
e positif & le plein jeu :1 Ve doivent jouer , que pour Dieu,
semblables aux Troupes Celestes
lui nemployentleurs a tons modefies rendre dans l'Eternité
dommage a la Divinité.
eux qui nont pas l'oreille fine,
Prennent le son pour lafarine
a fable s pour la vérité,
1"oinbre pour la realité,
'our chants etEglise des Bourées • Adroitement élabourées,
"our des Pseaumes, des Menuetsy
uifont parler mille Muets,
ar les Tuyaux & les Pcdalle*
ue l'on na point sans Richedales,
appez d'un insensibleJon
'mblent parler , en leur façon.
ombre dEglises Calhedrltltl,
Fafiorales
,
Collégiales,
De grande réputation,
Se trouvent en possession
D'avoir des Orguesd'importance;
Mais dans un certain lieu de France,
Qui vaut bien plus d'un million,
C'efl dans l'Eglise de Lion,
Riche & superbe Basilique,
On est sans Orgue & sans Mus-ique,.
On se contente du Plain-chant
Melodieux, dévot, touchant,
Oui porte à Dieu sans artifice
Danscemagnifie/ne Edifice,
Les plus grands Princes d'icy-bas
Fontgloire d'y porter les draps.
- L. BOUCHET,
- ancien Curé deNogent le Roy
Je veut envoye quelques Explications
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Résumé : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
Le texte explore deux sujets principaux : les comportements humains et l'origine des orgues. Il commence par critiquer certains hommes qui préfèrent des femmes laides à des femmes belles et honnêtes, qualifiant ce comportement de 'déplorable aveuglement' causé par une 'manie' ou une 'fièvre'. Ces hommes sont accusés de désordre moral et de se livrer à des plaisirs honteux et criminels, contrairement aux femmes discrètes et vertueuses qui prient pour leur mari. Le texte aborde ensuite l'origine des orgues, un instrument antique et harmonieux. Tubal-Caïn, descendant de Cam, est crédité de l'invention des instruments de guerre et de la musique. Les orgues étaient utilisées pour chanter les grandeurs divines et accompagner les prières. L'Église grecque offrit un riche buffet d'orgues au roi Pépin, et l'historien Platine mentionna cet instrument dans ses écrits. Le texte relate également l'introduction de l'orgue dans le culte divin. Le Pape Saint Vitalian, connu pour sa piété et son érudition, introduisit l'orgue et le chant dans les cérémonies religieuses, suivant l'exemple de Saint Grégoire. Sainte Cécile est associée à l'orgue, symbolisant l'harmonie divine. Un organiste capable de reproduire divers sons et instruments avec une seule orgue est mentionné, ainsi qu'un souffleur d'orgue vaniteux s'attribuant injustement le mérite du succès musical. Le texte critique l'utilisation profane de l'orgue pour jouer des airs mondains, une pratique interdite par certains conciles. Il souligne que certaines églises prestigieuses possèdent des orgues importantes, tandis que l'église de Lyon, malgré sa richesse, n'en possède pas et se contente du plain-chant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 331-332
QUESTIONS A DECIDER.
Début :
I. Lequel des deux Amans aime le plus, celuy qui souhaite [...]
Mots clefs :
Amants, Petite vérole, Maîtresse, Laideur, Amour, Mourir d'amour, Jalousie, Origine, Monstres
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texteReconnaissance textuelle : QUESTIONS A DECIDER.
RESTIONS A DECIDER.
I.
.i
Equel des deux Amans aime
le plus, celuy qui souhaité
petite Verol'e à la Maistresse.
pour luy faire voir que la laideur
seroit incapable de le faire changer;
ou celuyqui aime mieux qu 1
elle doute de son amour, que dd
luy voir arriver une pareille disgrace.
11.
Si l'on peut mourir d'amour. IIL
Si l'on peut aimer sans jaloufi
IV.
On demande l'Origine des Monstres.
I.
.i
Equel des deux Amans aime
le plus, celuy qui souhaité
petite Verol'e à la Maistresse.
pour luy faire voir que la laideur
seroit incapable de le faire changer;
ou celuyqui aime mieux qu 1
elle doute de son amour, que dd
luy voir arriver une pareille disgrace.
11.
Si l'on peut mourir d'amour. IIL
Si l'on peut aimer sans jaloufi
IV.
On demande l'Origine des Monstres.
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4
p. 49-97
Discours nouveau sur l'origine, la Genealogie, & la Maison de Montmorency.
Début :
Tout le monde est persuadé de l'antiquité de l'illustre [...]
Mots clefs :
Généalogie, Maison de Montmorency, Noces, Origine, Alliances, France, Angleterre, Duc, Comte, Roi, Femme, Duchesse, Empereur, Branches, Armes, Mémoire, Paris, Royaume, Europe, Occident, Église, Guerre, Honneur, Seigneurs de Montmorency
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours nouveau sur l'origine, la Genealogie, & la Maison de Montmorency.
Discours nouveausur ïoriginey
1-t Genealogie, &la mal4
son de Montmorency. -% Tout le monde est persuadédel'antiquité
de l'illustre
Maison de Montmorency,&
personne ne
doute qu'elle ne soit une
des plus anciennes du
Royaume , la qualité de
premiersBarons Chrétiens
en France, avec lecry de
Guerre (Dieu aide au premier
Chrestien ) en marque la
grande antiquité. Mais la
révolution des siecles passez
a fait perdre les vieux
Titres
,
la negligence des
Historiens en dérobent
la memoire, & il est mal
aisé de sçavoir la verité de
son origine.
Celuy auquel nous avons
obligation de la connoissance
de cette Maison est
le fameux André Duchesne
qui par ses soins nous a
laisse dans un gros volume
toute sa posterité depuis
Bouchard I. qui vivoit en jj -' 954. maisil ne s'est pas embarrassé
de rapporter ceux
qui l'ont precedé
,
n'en
:t
ayant point trouvé de
preuves certaines; il rapporte
feulement ce que
d'anciens Autheurs ont dit
des premiers Seigneursde
Montmorency.
Ildit qu'il se trouve dans lapartiedes Gaules qu'on
appelle France deux insignes
commencemens de
conversion ; la premiere
par saint Denis premier
Evesque de Paris, qui a1 procuré la conversion des Gauloisla seconde saint par Remy, Archevesque
de Paris, qui convertit les
François; ces deux conversions
sont cause de deux
opinions touchant l'Autheur
d'une si nobleextraétion.
La premiere
, que LisbiusChevalierdune
tresgrande
Noblesse & d'autorité
parmy les Parisiens
estoit Seigneur de Mont-,
morency proche de cette
Ville, & fut le premier des
Gaulois qui embrassa la
Religion Chrestienne à la
prédication de saint Denis
vers l'an centième de nostre
Redemption, supposé
que ce fut saint Denis
l'Areopagite qui avoir esté
converty par saint Paul
Apostre : mais si l'on fuie
le sentiment de Gregoire
de Tours qui rapporte l'arrivée
de saint Denis dans
les Gaules sousle Coniulac
de Decius & de Gratus, la
conversion de Lisbius ne
pourroit estre que vers l'an
tJ3*
La seconde opinion qui
est de Robert Cenal, Evesque
d'Avranches, au premier
Livre de ses Remarques
Gau loises, & de Claude
Fauchée, au second Livre
de ses AntiquitézFrançoisesdisent
i que ce luy
qui a donné origine à la
Maison de Montmorency
nefutpas lefameux Gaulois
Lisbius,maisun Grand
Baron François nomme
Lisoie (lequel quand Clovis
premier Roy Chrestien
de France, fut baptisé par
saint Remy à Rheims en
499. ) fut le premier des
Seigneurs de sa suite
,
qui
se jetta dans la Cuve des
Fonds après luy
, en memoire
dequoy ses descendansmasles
ontestéhonorez
du titre de premiers
Barons Chrestiens deFrance
,
& ont tousjours eu depuis
pour cry de Guerre ,
Dieu aide au premier Chressien.
Quoy qu'il en soit, on
ne peut douter que les
deux qualitez qui ont tousjours
esté dans cetts illustre
Maison
,
de premier
Chrestien
, & de premier
Baron Chrestien en France,
n'ayent une origine
tres ancienne, &tr.--s illustre,
qui marque que les
anciens Seigneurs de
Montmorency eftoienc
des plus puissants du Royaume
: mais comme la
succession depuis Lisbius,
ou de Lisoie,n'apû se conserver
jusques à nous ,
il
faut s'en tenir à ce que
nous avons de plus asseuré,
& suivre ce qu'en a efcric
Duchesne auquel je renvoye
le Lecteur, qui commence
l'histoire de cette
Maison à Bouchard premier
, comme j'ay dit cydevant,
& quinous a donné
la suite desa posterité,
qui est rapportée dans la
Carte Chronologique de
cette Maison
, par MonsieurChevillard
qui donne
à ce Bouchard premier
un pere , un ayeul,
& un bisayeul
, que Duchesne
ne rapporte pas
mais les ayant trouvez
dans un autheur
)
il les a
rapportez pour faire connoistre
les alliances illustres
qu'ils avoient contractées,
puisque Jean Seigneur
de Montmorency pere de
Bouchard premier, qui vivoit
en 940. avoit épousé
Jeanne fille de Berenger
Comte de Beauvais, fils
d'AdolpheComte de Vermandois
, Everard Sei- j
gneur de Montmorency,
qui vivoit en 892. pere de
Jean & ayeul de Bouchard
premier, épousa Brunelle
fille deGaultier Comte de
Namur, & Leuto ou Leutard
Seigneur de Montmorency
qui vivoit en 845.
avoir épousé Everarde fille
d'un Comte de Ponchieu,
ce Leuto estoit pere d'Everard
& bisayeul de Bouchard
premier, c'est à luyqu'il
commence cet arbre
genealogique, afin defaire
connoistre les trois divers
changements qu'il y
a eus dans les Armes de la
Maison de Montmorency.
Ceux de cette Maison
avoient pris d'abord pour
leurs Armes, comme premiers
Chrestiens, d'or à la
croix de gueules;Bouchard
premier la cantonna de
quatre aiglettes ou allerions
d'azur, pour conservet
la memoire de quatre
Enseignes Impériales prises
à la victoire qu'il remporta
sur l'armée de tEmpereur
Othon II. Matthieu
II. dit le Grand, augmenta
les quatre allerions
de douze autres, en mémoire
de douze autres Enfeignes
Imperiales qui furent
prises à la bataille de
Bouvines sur l'Empereur
OthonIV. en1214 Ainsi
depuis ce temps- là les Seigneurs
de Montmorency
ont tousjours porté d'or à
la croix de gueules, cantonnée
de seize allerions
d'azur; & comme cette
Maison a formé quantité
de branches, ils ont brifé
leurs Armes differemment,
comme on le voit dans la
Carte genealogique, mais
à present comme labranche
aisnéeest éteinteenla
personne de Philippe de
Moutmorency Seigneur
de Nivelle, ôc Comte de
Horne décapité en 1^8.
auquel la branche de Fosfeux
a succedéàl'aisnesse,
toutes les autres branches
des Seigneurs de certe
Maison ont quitté leurs
brisures, & ont retenu les
Armes pleinesqu'ils portent
presentement.
La Maison de Montmorency
s'est separée en
quantité de branches, il y
en a eu plusieurs anciennes
qui font éteintes, mais
elle a conservé son nom
jusqu'à aujourd'huy, par la
succession de la branche
aisnée,dans plusieurs branches
qui subsistent,& quoy
qu'il paroisse de grandes
branches sorties de Mathieu
II. dit le Grand, Seigneur
de Montmorency
il n'y , a eu que la posterité
de son filsaisné Bouc hard
VI. qui ait retenule nom
de Montmorency, parce
que ion fils cadet Guyde
Montmorency fut Seigneur
de Laval, qui comme
heritier desa mereEme
de Laval, sortie d'une tres
noble & tres illustre Maison,
en atransmis le nom
à ses Descendans qui le retiennent
encore aujourd'huy,
ayant retenu les Armes
de Montmorency
,
la
Croix chargée de cinq coquilles
d'argent pour brisure,
comme cadets de sa
Maison.
Quant aux honneurs de
cette Maison, on ne peut
disconvenir qu'elle est des
plus illustrées
, tant dans
les alliances qu'ils ont contractées,
que dans les charges
qu'ils ont possedées,
les honneursqu'ils onteus
par leurs alliances, les font
toucher de près à tout ce
qu'il y a eu de Testes couronnées
dans l'Europe, &
pour le faire connoistre il
faut distinguer ses alliances
en trois manieres. Premierement
,
dans son ancienneté
: Secondement,
depuis
depuis la separation de ses
deux Branches, les Alliances
que celle de la Branche
de Montmorency a contractées
:
Troisiémement,
celle que la Branche de Laval
aeuës. Premierement, les Alliances
qu'ils ont eues anciennement
sont trcs considerables
puisque la premiere
qui estrapportée par
Duchesneestl'épouse qu'il
donne à Bouchard I.Elle
se nommoit Hildegarde,
& estoit fille de Thibaud I.
Comte de Chartres & de
de Bipis,ôc de Ledegarde
de Vermandois. Elle avoit
pour frere Eudes I. Comte
de Chartres & de Blois,
pere de Eudes II. Comte
de Champagne, duquel
sont forcis tous les Comtes
de Champagne; & pour
soeur Emme,femme de
GuillaumeIII. Duc de
Guyenne
, mere de Guillaume
IV. Ducde Guyenne
,
élu Roy d'Italie
, &
Empereur des Romains
duquel sont desçendus les,
Ducs deGuyenne,&Agnés
femme de l'Empereur
Henry III.
-
Hildegarde avoit pour
alliances du costé de sa
mere Ledgarde de Vermandois,
qui estoit fille de
Herbert II. Comte de Vermandois,&
d'une soeur de
Hugues le Grand, Duc de
France
,
& Comte de Paris
, pere du Roy Hugues
Capet; & aussi soeur d'Emme
,
Reine de France,
femme de Raoul, Duc de
Bourgogne, & Roy de
France, si bien qu'elle estoit
cousine du second au
troisiéme degré du Roy
Hugues Capec
,
chef de la
n'oineme Race des Rois
de France qui subsiste aujourd'huy.
Mathieu I. Seigneur de
Montmorency, Connestable
de France, épousa Aline
,
fille de Henry I. Roy
d'Angleterre, &en fecondes
nôces il épousa Alix de
Savoye
, veuve du Roy
Loüis VI. dit le Gros, mere
duRoy Loüis le Jeune, si
bien qu'il avoit l'honneur
d'estre beaupere du Roy
pour lors regnant.
BouchardV.s'alliaavec
Laurence, fille de Baudoüin,
Comte deHainaut,
descendu par les Comtes
de Flandres, de l'Empereur
Charlemagne; elle
estoit tante de BaudoüinV.
Comte de Flandres
, &
Empereur de Constantinople
,
d'Isabeau de Hainaut
,
Epouse du Roy de
France Philippe-Auguste,
& d'Ioland de Hainaut
Impératrice de Constanti-,
nople, femme de Pierre
de Courtenay, auquel elle
porta la Couronne
@
Imperiale.
Matthieu II. avoit épouse
en premières noces Gertrude
de Néelle
,
fille de Thomas Chastelain de ,
Bruges en Flandres
, &
d'une soeur d'Yves, Comte
de Soissons
,
Seigneur de
Néelle.C'estde cetteDame
quetoute la Maison de
Montmorency d'aujourd'huy
descend, parce que
Matthieu II épousa en secondes
noces Emme de
Laval qui luy donna pour
fils Guy de Montmorency,
Seigneur de Laval, comme
jelediray cy-aprés ; cette
Dame estoit soeur aisnée
d'Isabeau de Laval, femme
de Bouchard VI.Seigneur
de Montmorency, fils aisné
du premier lit de Mathieu
IL ainsi l'on peut dire
que dans la separation des
deux branches de Montmorency,
& de Laval, ils
ont les mesmes alliances,
puisque par les mariages
de ces deux Dames de la
Maison de Laval,ils se
trouvoient alliez des Maisons
de France ,
d'Angleterre,
d'Ecosse, de Castille,
des Comtes deThoulouse,&
de quantité d'autres
Maisons tres- considerables.
Secondement
,
les alliances
que la Maison de
Montmorency a contractéesdepuis
sa separation
d'avec la branche de Laval,
sont celles que Mathieu
III. contracta avec
Jeanne de Brienne fille de
Jean Roy de Jerusalem,
qui estoit fille de Henry
Comte de Champagne
Roy de Jerusalem. Cette
alliance leur en donna de
nouvelles avec la Maison
de France,puisque Henry
Comte
Comte de Champagne
Roy de Jerusalem
,
avoit
pour mere Marie de France
fille du Roy Loüis le
Jeune, avec les Roys de
Navarre de la Maison de
Champagne
, & avec les
Roys de Jerusalem & de
Chypre, de la Maison de
Lefignen.
Mathieu IV.ditle Grand,
Seigneur de Montmorency
,
fils de Mathieu III.
s'allia avec Marie de
Dreux Princesse du sang
de France, fille de Robert
IV. Comte de Dreux,
qui avoit pour quatriéme
ayeul Robert de France
Comte de Dreux fils du
Roy Loiiis le Gros. D'ailleurs
elle estoit sa parente
par trois endroits,d'abord
au quatriéme degré du
costé maternel par laMaison
de Craon , parce que
Maurice Seigneur de
Craon fut pere de Havoise
de Craon,femme de Guy
VI. Seigneur de Laval, qui
estoit pere d'Isabeau de Laval
mar iée à Bouchard VI.
Seigneur de Montmorency
ayeul de MathieuIV.
Et d'Amaury de Craon,
pere de Jeanne de Craon
femme de Jean Comte de
Montfort ayeulle maternelle
de ladite Dame Marie
de Dreux, par la Maison
de Montfort. Elle estoit
sa parente du quatriéme
au cinquiémedegré,
& par celle de Coucy du
cinquiéme au sixiéme.
Ce ne seroit jamais fait
si on vouloit particularifcr
toutes les alliances les unes
aprés les autres, on se renferme
aux trois recentes; sa
premiereest celle queHenry
Duc de Montmorency
II. du nom,Pair, Marechal
& Amiral de France,
contractaavec Marie Felice
des Ursins en 1612 par
l'entremise du Roy Louis
XIII. & de la Reine Marie
de Medicis sa mere 3,
pour lorsRegente du Royaume
)
qui estoit sa parente
du deuxiéme au troisiéme
degré, puisque la
Reine avoir pour pere
François deMedicisGrand
Duc de Toscane
,
qui estoit
frere d'Elisabeth de
Medicis femme de Paul
des Ursins Duc de Bracciano,
ayeul de Madame la
Duchesse de Montmorency
: ainsil'on peut voir par
cette alliance, l'estime que
le Roy Louis XIII. d'heureuse
memoire,faifoic de
cetteMaison,puisqu'il faisoitépouserà
Monsieur le
Duc de Montmorency sa
parenteau troisiéme degré.
La féconde alliance des
trois ausquelles on s'est retranché
,
est celle de Charlote
Marguerite de Montmorency
,soeur & heritiere
de HenryII. Duc de
Montmorency mort sans
posterité
,
laquelle épousa
en 1609. Henry de Bourbon
II. du nom Prince de
Condé. Cette Princesse
aprés la , mort de son frere
, herita du Duché de
Montmorency, & de plusieurs
autres biens qui sont
entrez parcette alliance
dans laMaison de Condé.
La troisiéme alliance est
celle que fit François Henry
de Montmorency Duc
de Piney -
Luxembourg,
forti de la branche de Bouteville,
quiépousaen 1661.
Magdelaine- Charlotte-
Bonne-Therese de Clermont
Duchesse de Piney-
Luxembourg,fille de Charles-
Henry de C lermont-
Tonnerre, & de Marie de
Luxembourg Duchesse de
Piney
,
qui se défit de sa
Duché en mariant sa fille, àcondition que son époux
porteroit le nom & les Armes
de Luxembourg
,
luy
transmettant le droit de sa
Duché femelle, afin de
conserver le nom de cette
illustre Maison, qui a donné
plusieurs Empereurs
des Romains, des Roys de
Boheme, des Reines de
France, & à d'autres Couronnes
de l'Europe.
Ayant cy-dessus distingué
les alliances de la Maison
de Montmorency en
trois manieres. Premierement
, dans son commencement.
Secondement, depuis la separation de ses
deux grandes branches, &
en troisiéme lieu, en celle
que la branche de Laval a
euë depuis sa separation
d'avec celle de Montmorency.
J'en rapporte quatre
qui sont d'une tresgrande
îllustration. La premiereest
celle que Guy X.
Comte de Laval contracta
en 1347. avec Beatrix
fille d'Artus Duc de Bretagne
, &dont l'arriere petite
filleIsabeau de Laval
épousa Loüis de Bourbon
Comte de Vendôme. C'est
cette seconde alliance qui
doit aujourd'huy faire plus
de plaisir à la Maison de
Montmorency; puisque
c'est de cette Isabeau de
Laval que descend toute la
Maison Royalle de Bourbon,
estant la sixémeayeulle
paternelle de nostre
grand Monarque Loüis
XIV. à present regnant;
qui voit en cette presente
année 1711. son Throfne
affermi dans sa Maison
pour plusieursannées par
la naissance de ses arriere
petits fils Monseigneur le
Duc de Bretagne, &Monseigneur
le Duc d'Anjou,
&par cette alliance toutes
les Testes couronnées de
l'Europe qui regnent aujourd'huy
,
sont alliéesà la
Maison de Montmorency,
La troisiéme alliance
qui fait encore honneur à
cette Maison, c'estdevoir
René d'Anjou Roy de Na",
ples & de Jerusalem
,
qui
épousa Jeanne de Laval en
fecondes noces, mais cette
Reine n'en ayant point eu
d'enfans ,il n'est resté à sa
famille que le plaisir de
s'en souvenir.
La quatriéme & demiere
alliance est celle de
Charlotte d'Arragon fille
de Federic d'Arragon Roy
deNaples, qui fut femme
de Guy XVI. Comte de
Laval; ils eurent plusieurs
enfans, entre autres deux
filles, dont l'aisnée Catherine
de Laval épousa Claude
Sire de Rieux,qui porta
dans la Maison deColigny
le Comté de Laval,
qui a présl'excinction de
cette branche,est tombé
dans celle de sa soeur cadette
Anne de Laval qui
épousa François de la
Tremoille Vicomte de
Thouars,dont est descendu
Monsieur le Duc de la
Tremoille qui possedeaujourd'huy
le Comté de Laval,&
quiàcause de cette
alliance,faitses protcftations
à tous les Traitez de
Paix
,
où il envoye une
personne pour le reprefen"-
ccr , prétendant au Royaume
de Naples comme
heritier d'Anne de Laval
sa quatriéme ayeulle.
-
Sans s'attacher à toutes
les alliances souveraines
de cette illustre Maison,
je diray qu'il y en a quantité
d'autres tres conGderablesquiluy
sont alliées,
& le grand nombre de
Maisons qui y ont pris des
femmes, tient à honneur
d'en estre descendu
,
& se
font un plaisir d'arborer les;
Armes de Montmorency
dansleursalliances.
L'on voit parmy les 1
Grands Officiers du Royaume
de France plus de
Seigneurs de laMaison de
Montmorency que d'aucuneautreMaisons
l'on y
compte deux grands Senéchaux,
six Connestables,&
un Connestable d'Hibcrnie,
neufMaréchaux,quatre
Grands Amiraux, trois
Grands Maistres de la
Maison du Roy, trois
Grands Chambellans,deux
Grands Bouteillers ou Eschansons,
& deux Grands
Pannetiers.
Plusieurs Connestables,
& autres Grands Officiers
de France, sont sortis de
cette Maison tres illustre,
ouenontépousédesfilles,
outre que cette Maison a
aussi produit plusieursDucs
&DuchelTes.
Quoy que la vertu & la
Religion ayent tousjours
esté le partage des Seigneurs
de Montmorency
neanmoins l'on , en voit
tres peu qui ayent estérevestus
de Dignitez Ecclesiastiques;
l'on en voitcependant
un Archevesque
Duc de Reims, des Evesques
d'Orleans, & peu
d'autres.
ilsontencore l'honneur
d'avoir un Saint reconnu
par l'Eglise,donton revere
la memoire aux Vaux
de Cernay enBeauce,c'est
saint Thibaud de Mont-
-
morency Seigneur deMarly,
fils de Mathieu premier,
&
dAline d'Angleterre, lequel
se croisa en 1173. pour
le voyage de la Terre sainte.
A son retour il se fit
Religieux de l'Ordre de
Cisteaux, en l'Abbaye du
Val, puis ilfut Abbé des
Vaux de Cernay à quatre
lieuës de Versailles, entre
Chevreuse &: Ramboüillet,
où il mourut saintementvers
l'an 1189.
Enfin tant de grandeur
dans une Maisonfaitassez
connoistre que la valeur a
esté hereditaire dans l'âme
des Seigneurs de Montmorency,
& leur a tait meriter
tous ces honneurs,
pour avoir tousjours refpandu
leur fang pour la
deffensede leurs Roys, &
de leur patrie, s'estant tousjours
trouvez à la teste des
Armées qu'ils commandoient
en chef, où ils ont
fait paroistre leur courage
avec éclat au milieu des
plus grands perils.
Je n'en veux point un
plus grand exemple que
celuy d'Anne de Montmorency
Duc, Pair, Marechal
,
Connestable
, k,
Fi
Grand Maistre de France,
lequel aprèsavoirblanchi
fous le harnois militaire,
pour la deffenseduRoy,
& de la patrie, remporta
dans le tombeau la gloire
d'estre mort au lit d' honneur
,
puisque commandant
l'Armée Royalle à la
Bataille de saint Denis, il
y receut huit coups mortels
,
dont il mourut deux
jours aprés en son Hostel
de Montmorency à Paris,
estant âgé de prés de quatre
vingt ans, comblant
par ce moyen les derniers
jours de sa vie d'une fin
tres glorieuse, a prés avoir
servy cinq Roys, & après
avoir passé par tous les degrez
d'honneur, & s'estre
trouve à huitBatailles, en
ayant commandé quatre
en chef; aussi le Roy Charles
1X. voulant honorer la
memoire de ce grand Chef
de Guerre
,
ordonna que
sa Pompe funebre fust faite
en l'Eglise de Nostreme
de Paris,avec toute la
magnificencepossible, où
toutes les Cours souveraines
assisterent par ordre du
Roy. De là son corps fut
porté en l'Eglise de saint
Martin de Montmorency,
& son coeur en celle des
Celestins de Paris, où il
futmis dans un Caveau,
proche de celuy du Roy
HenryII. Il estoit bien
juste qu'un coeur quiavoit
esté aimé de son Prince,
& qui avoit eu part à ses
plus im portantes affaires,
fust après son trépas inhumé
proche de celuy qui
luy avoit fait tant d'honneur
durant sa vie,
Mr Chevillard vient de
mettre au jour une Carte
qui a pour Titre: Succession
Chronologique des Empereurs,
&des Impératrices d'Occident,
depuis Charlemagnejusqu'à
present.
On n'entreprend point
de rapporter dans cette
Carte les Empererus Romains,
ni les Empereurs
d'Orient, on s'est borné
à rapporter la Chronologie
des Empereurs, & des
Imperatrices d'Occident,
qui sont ceux qui ont regnéen
Europe depuis l'an
800. On commence par
Charlemagne que l'erreur
commune fait le restaurateur
de l'Empired'Occident
, quoyqu'il soit vray
qu'il estoitEmpereur avant
qu'il cust eHé reconnu tel
par les Romains estantEmpereur
par sa feule qualité
de Roy des François, l'Empire
d'Occident ou du
moins celuy des Gaules
ayant este cedé à Clovis en
508. & confirmé à ses petitsfils
par l'Empereur Justinien.
Il eftvrayque depuis
l'an875. on n'a reconnu
pour Empereurs que
ceux qui ont esté reconnus
tels par les Papes, que mesme
les Rois de Germanie;
& d'autres qui ont esté couronnezEmpereurs,
n'ayant
priscetitre, du moins jusqu'ausiecle
dernier, qu'après
ce couronnement, se
contentant, jusqu'à cette
ceremonie
,
de celuy de
Roy desR omains ou d'Empereurélu.
On met neanmoins
dans cette Carte
ceux que l'erreur publique
reconnoist pour Empereurs
ou qui ont ~estéélus
im Empereurs,
Empereurs
, par des partis,
pour les opposer à ceux
qui avoient esté légitimément
élûs,ilssont distinguez
par des Couronnes
differentes.
1-t Genealogie, &la mal4
son de Montmorency. -% Tout le monde est persuadédel'antiquité
de l'illustre
Maison de Montmorency,&
personne ne
doute qu'elle ne soit une
des plus anciennes du
Royaume , la qualité de
premiersBarons Chrétiens
en France, avec lecry de
Guerre (Dieu aide au premier
Chrestien ) en marque la
grande antiquité. Mais la
révolution des siecles passez
a fait perdre les vieux
Titres
,
la negligence des
Historiens en dérobent
la memoire, & il est mal
aisé de sçavoir la verité de
son origine.
Celuy auquel nous avons
obligation de la connoissance
de cette Maison est
le fameux André Duchesne
qui par ses soins nous a
laisse dans un gros volume
toute sa posterité depuis
Bouchard I. qui vivoit en jj -' 954. maisil ne s'est pas embarrassé
de rapporter ceux
qui l'ont precedé
,
n'en
:t
ayant point trouvé de
preuves certaines; il rapporte
feulement ce que
d'anciens Autheurs ont dit
des premiers Seigneursde
Montmorency.
Ildit qu'il se trouve dans lapartiedes Gaules qu'on
appelle France deux insignes
commencemens de
conversion ; la premiere
par saint Denis premier
Evesque de Paris, qui a1 procuré la conversion des Gauloisla seconde saint par Remy, Archevesque
de Paris, qui convertit les
François; ces deux conversions
sont cause de deux
opinions touchant l'Autheur
d'une si nobleextraétion.
La premiere
, que LisbiusChevalierdune
tresgrande
Noblesse & d'autorité
parmy les Parisiens
estoit Seigneur de Mont-,
morency proche de cette
Ville, & fut le premier des
Gaulois qui embrassa la
Religion Chrestienne à la
prédication de saint Denis
vers l'an centième de nostre
Redemption, supposé
que ce fut saint Denis
l'Areopagite qui avoir esté
converty par saint Paul
Apostre : mais si l'on fuie
le sentiment de Gregoire
de Tours qui rapporte l'arrivée
de saint Denis dans
les Gaules sousle Coniulac
de Decius & de Gratus, la
conversion de Lisbius ne
pourroit estre que vers l'an
tJ3*
La seconde opinion qui
est de Robert Cenal, Evesque
d'Avranches, au premier
Livre de ses Remarques
Gau loises, & de Claude
Fauchée, au second Livre
de ses AntiquitézFrançoisesdisent
i que ce luy
qui a donné origine à la
Maison de Montmorency
nefutpas lefameux Gaulois
Lisbius,maisun Grand
Baron François nomme
Lisoie (lequel quand Clovis
premier Roy Chrestien
de France, fut baptisé par
saint Remy à Rheims en
499. ) fut le premier des
Seigneurs de sa suite
,
qui
se jetta dans la Cuve des
Fonds après luy
, en memoire
dequoy ses descendansmasles
ontestéhonorez
du titre de premiers
Barons Chrestiens deFrance
,
& ont tousjours eu depuis
pour cry de Guerre ,
Dieu aide au premier Chressien.
Quoy qu'il en soit, on
ne peut douter que les
deux qualitez qui ont tousjours
esté dans cetts illustre
Maison
,
de premier
Chrestien
, & de premier
Baron Chrestien en France,
n'ayent une origine
tres ancienne, &tr.--s illustre,
qui marque que les
anciens Seigneurs de
Montmorency eftoienc
des plus puissants du Royaume
: mais comme la
succession depuis Lisbius,
ou de Lisoie,n'apû se conserver
jusques à nous ,
il
faut s'en tenir à ce que
nous avons de plus asseuré,
& suivre ce qu'en a efcric
Duchesne auquel je renvoye
le Lecteur, qui commence
l'histoire de cette
Maison à Bouchard premier
, comme j'ay dit cydevant,
& quinous a donné
la suite desa posterité,
qui est rapportée dans la
Carte Chronologique de
cette Maison
, par MonsieurChevillard
qui donne
à ce Bouchard premier
un pere , un ayeul,
& un bisayeul
, que Duchesne
ne rapporte pas
mais les ayant trouvez
dans un autheur
)
il les a
rapportez pour faire connoistre
les alliances illustres
qu'ils avoient contractées,
puisque Jean Seigneur
de Montmorency pere de
Bouchard premier, qui vivoit
en 940. avoit épousé
Jeanne fille de Berenger
Comte de Beauvais, fils
d'AdolpheComte de Vermandois
, Everard Sei- j
gneur de Montmorency,
qui vivoit en 892. pere de
Jean & ayeul de Bouchard
premier, épousa Brunelle
fille deGaultier Comte de
Namur, & Leuto ou Leutard
Seigneur de Montmorency
qui vivoit en 845.
avoir épousé Everarde fille
d'un Comte de Ponchieu,
ce Leuto estoit pere d'Everard
& bisayeul de Bouchard
premier, c'est à luyqu'il
commence cet arbre
genealogique, afin defaire
connoistre les trois divers
changements qu'il y
a eus dans les Armes de la
Maison de Montmorency.
Ceux de cette Maison
avoient pris d'abord pour
leurs Armes, comme premiers
Chrestiens, d'or à la
croix de gueules;Bouchard
premier la cantonna de
quatre aiglettes ou allerions
d'azur, pour conservet
la memoire de quatre
Enseignes Impériales prises
à la victoire qu'il remporta
sur l'armée de tEmpereur
Othon II. Matthieu
II. dit le Grand, augmenta
les quatre allerions
de douze autres, en mémoire
de douze autres Enfeignes
Imperiales qui furent
prises à la bataille de
Bouvines sur l'Empereur
OthonIV. en1214 Ainsi
depuis ce temps- là les Seigneurs
de Montmorency
ont tousjours porté d'or à
la croix de gueules, cantonnée
de seize allerions
d'azur; & comme cette
Maison a formé quantité
de branches, ils ont brifé
leurs Armes differemment,
comme on le voit dans la
Carte genealogique, mais
à present comme labranche
aisnéeest éteinteenla
personne de Philippe de
Moutmorency Seigneur
de Nivelle, ôc Comte de
Horne décapité en 1^8.
auquel la branche de Fosfeux
a succedéàl'aisnesse,
toutes les autres branches
des Seigneurs de certe
Maison ont quitté leurs
brisures, & ont retenu les
Armes pleinesqu'ils portent
presentement.
La Maison de Montmorency
s'est separée en
quantité de branches, il y
en a eu plusieurs anciennes
qui font éteintes, mais
elle a conservé son nom
jusqu'à aujourd'huy, par la
succession de la branche
aisnée,dans plusieurs branches
qui subsistent,& quoy
qu'il paroisse de grandes
branches sorties de Mathieu
II. dit le Grand, Seigneur
de Montmorency
il n'y , a eu que la posterité
de son filsaisné Bouc hard
VI. qui ait retenule nom
de Montmorency, parce
que ion fils cadet Guyde
Montmorency fut Seigneur
de Laval, qui comme
heritier desa mereEme
de Laval, sortie d'une tres
noble & tres illustre Maison,
en atransmis le nom
à ses Descendans qui le retiennent
encore aujourd'huy,
ayant retenu les Armes
de Montmorency
,
la
Croix chargée de cinq coquilles
d'argent pour brisure,
comme cadets de sa
Maison.
Quant aux honneurs de
cette Maison, on ne peut
disconvenir qu'elle est des
plus illustrées
, tant dans
les alliances qu'ils ont contractées,
que dans les charges
qu'ils ont possedées,
les honneursqu'ils onteus
par leurs alliances, les font
toucher de près à tout ce
qu'il y a eu de Testes couronnées
dans l'Europe, &
pour le faire connoistre il
faut distinguer ses alliances
en trois manieres. Premierement
,
dans son ancienneté
: Secondement,
depuis
depuis la separation de ses
deux Branches, les Alliances
que celle de la Branche
de Montmorency a contractées
:
Troisiémement,
celle que la Branche de Laval
aeuës. Premierement, les Alliances
qu'ils ont eues anciennement
sont trcs considerables
puisque la premiere
qui estrapportée par
Duchesneestl'épouse qu'il
donne à Bouchard I.Elle
se nommoit Hildegarde,
& estoit fille de Thibaud I.
Comte de Chartres & de
de Bipis,ôc de Ledegarde
de Vermandois. Elle avoit
pour frere Eudes I. Comte
de Chartres & de Blois,
pere de Eudes II. Comte
de Champagne, duquel
sont forcis tous les Comtes
de Champagne; & pour
soeur Emme,femme de
GuillaumeIII. Duc de
Guyenne
, mere de Guillaume
IV. Ducde Guyenne
,
élu Roy d'Italie
, &
Empereur des Romains
duquel sont desçendus les,
Ducs deGuyenne,&Agnés
femme de l'Empereur
Henry III.
-
Hildegarde avoit pour
alliances du costé de sa
mere Ledgarde de Vermandois,
qui estoit fille de
Herbert II. Comte de Vermandois,&
d'une soeur de
Hugues le Grand, Duc de
France
,
& Comte de Paris
, pere du Roy Hugues
Capet; & aussi soeur d'Emme
,
Reine de France,
femme de Raoul, Duc de
Bourgogne, & Roy de
France, si bien qu'elle estoit
cousine du second au
troisiéme degré du Roy
Hugues Capec
,
chef de la
n'oineme Race des Rois
de France qui subsiste aujourd'huy.
Mathieu I. Seigneur de
Montmorency, Connestable
de France, épousa Aline
,
fille de Henry I. Roy
d'Angleterre, &en fecondes
nôces il épousa Alix de
Savoye
, veuve du Roy
Loüis VI. dit le Gros, mere
duRoy Loüis le Jeune, si
bien qu'il avoit l'honneur
d'estre beaupere du Roy
pour lors regnant.
BouchardV.s'alliaavec
Laurence, fille de Baudoüin,
Comte deHainaut,
descendu par les Comtes
de Flandres, de l'Empereur
Charlemagne; elle
estoit tante de BaudoüinV.
Comte de Flandres
, &
Empereur de Constantinople
,
d'Isabeau de Hainaut
,
Epouse du Roy de
France Philippe-Auguste,
& d'Ioland de Hainaut
Impératrice de Constanti-,
nople, femme de Pierre
de Courtenay, auquel elle
porta la Couronne
@
Imperiale.
Matthieu II. avoit épouse
en premières noces Gertrude
de Néelle
,
fille de Thomas Chastelain de ,
Bruges en Flandres
, &
d'une soeur d'Yves, Comte
de Soissons
,
Seigneur de
Néelle.C'estde cetteDame
quetoute la Maison de
Montmorency d'aujourd'huy
descend, parce que
Matthieu II épousa en secondes
noces Emme de
Laval qui luy donna pour
fils Guy de Montmorency,
Seigneur de Laval, comme
jelediray cy-aprés ; cette
Dame estoit soeur aisnée
d'Isabeau de Laval, femme
de Bouchard VI.Seigneur
de Montmorency, fils aisné
du premier lit de Mathieu
IL ainsi l'on peut dire
que dans la separation des
deux branches de Montmorency,
& de Laval, ils
ont les mesmes alliances,
puisque par les mariages
de ces deux Dames de la
Maison de Laval,ils se
trouvoient alliez des Maisons
de France ,
d'Angleterre,
d'Ecosse, de Castille,
des Comtes deThoulouse,&
de quantité d'autres
Maisons tres- considerables.
Secondement
,
les alliances
que la Maison de
Montmorency a contractéesdepuis
sa separation
d'avec la branche de Laval,
sont celles que Mathieu
III. contracta avec
Jeanne de Brienne fille de
Jean Roy de Jerusalem,
qui estoit fille de Henry
Comte de Champagne
Roy de Jerusalem. Cette
alliance leur en donna de
nouvelles avec la Maison
de France,puisque Henry
Comte
Comte de Champagne
Roy de Jerusalem
,
avoit
pour mere Marie de France
fille du Roy Loüis le
Jeune, avec les Roys de
Navarre de la Maison de
Champagne
, & avec les
Roys de Jerusalem & de
Chypre, de la Maison de
Lefignen.
Mathieu IV.ditle Grand,
Seigneur de Montmorency
,
fils de Mathieu III.
s'allia avec Marie de
Dreux Princesse du sang
de France, fille de Robert
IV. Comte de Dreux,
qui avoit pour quatriéme
ayeul Robert de France
Comte de Dreux fils du
Roy Loiiis le Gros. D'ailleurs
elle estoit sa parente
par trois endroits,d'abord
au quatriéme degré du
costé maternel par laMaison
de Craon , parce que
Maurice Seigneur de
Craon fut pere de Havoise
de Craon,femme de Guy
VI. Seigneur de Laval, qui
estoit pere d'Isabeau de Laval
mar iée à Bouchard VI.
Seigneur de Montmorency
ayeul de MathieuIV.
Et d'Amaury de Craon,
pere de Jeanne de Craon
femme de Jean Comte de
Montfort ayeulle maternelle
de ladite Dame Marie
de Dreux, par la Maison
de Montfort. Elle estoit
sa parente du quatriéme
au cinquiémedegré,
& par celle de Coucy du
cinquiéme au sixiéme.
Ce ne seroit jamais fait
si on vouloit particularifcr
toutes les alliances les unes
aprés les autres, on se renferme
aux trois recentes; sa
premiereest celle queHenry
Duc de Montmorency
II. du nom,Pair, Marechal
& Amiral de France,
contractaavec Marie Felice
des Ursins en 1612 par
l'entremise du Roy Louis
XIII. & de la Reine Marie
de Medicis sa mere 3,
pour lorsRegente du Royaume
)
qui estoit sa parente
du deuxiéme au troisiéme
degré, puisque la
Reine avoir pour pere
François deMedicisGrand
Duc de Toscane
,
qui estoit
frere d'Elisabeth de
Medicis femme de Paul
des Ursins Duc de Bracciano,
ayeul de Madame la
Duchesse de Montmorency
: ainsil'on peut voir par
cette alliance, l'estime que
le Roy Louis XIII. d'heureuse
memoire,faifoic de
cetteMaison,puisqu'il faisoitépouserà
Monsieur le
Duc de Montmorency sa
parenteau troisiéme degré.
La féconde alliance des
trois ausquelles on s'est retranché
,
est celle de Charlote
Marguerite de Montmorency
,soeur & heritiere
de HenryII. Duc de
Montmorency mort sans
posterité
,
laquelle épousa
en 1609. Henry de Bourbon
II. du nom Prince de
Condé. Cette Princesse
aprés la , mort de son frere
, herita du Duché de
Montmorency, & de plusieurs
autres biens qui sont
entrez parcette alliance
dans laMaison de Condé.
La troisiéme alliance est
celle que fit François Henry
de Montmorency Duc
de Piney -
Luxembourg,
forti de la branche de Bouteville,
quiépousaen 1661.
Magdelaine- Charlotte-
Bonne-Therese de Clermont
Duchesse de Piney-
Luxembourg,fille de Charles-
Henry de C lermont-
Tonnerre, & de Marie de
Luxembourg Duchesse de
Piney
,
qui se défit de sa
Duché en mariant sa fille, àcondition que son époux
porteroit le nom & les Armes
de Luxembourg
,
luy
transmettant le droit de sa
Duché femelle, afin de
conserver le nom de cette
illustre Maison, qui a donné
plusieurs Empereurs
des Romains, des Roys de
Boheme, des Reines de
France, & à d'autres Couronnes
de l'Europe.
Ayant cy-dessus distingué
les alliances de la Maison
de Montmorency en
trois manieres. Premierement
, dans son commencement.
Secondement, depuis la separation de ses
deux grandes branches, &
en troisiéme lieu, en celle
que la branche de Laval a
euë depuis sa separation
d'avec celle de Montmorency.
J'en rapporte quatre
qui sont d'une tresgrande
îllustration. La premiereest
celle que Guy X.
Comte de Laval contracta
en 1347. avec Beatrix
fille d'Artus Duc de Bretagne
, &dont l'arriere petite
filleIsabeau de Laval
épousa Loüis de Bourbon
Comte de Vendôme. C'est
cette seconde alliance qui
doit aujourd'huy faire plus
de plaisir à la Maison de
Montmorency; puisque
c'est de cette Isabeau de
Laval que descend toute la
Maison Royalle de Bourbon,
estant la sixémeayeulle
paternelle de nostre
grand Monarque Loüis
XIV. à present regnant;
qui voit en cette presente
année 1711. son Throfne
affermi dans sa Maison
pour plusieursannées par
la naissance de ses arriere
petits fils Monseigneur le
Duc de Bretagne, &Monseigneur
le Duc d'Anjou,
&par cette alliance toutes
les Testes couronnées de
l'Europe qui regnent aujourd'huy
,
sont alliéesà la
Maison de Montmorency,
La troisiéme alliance
qui fait encore honneur à
cette Maison, c'estdevoir
René d'Anjou Roy de Na",
ples & de Jerusalem
,
qui
épousa Jeanne de Laval en
fecondes noces, mais cette
Reine n'en ayant point eu
d'enfans ,il n'est resté à sa
famille que le plaisir de
s'en souvenir.
La quatriéme & demiere
alliance est celle de
Charlotte d'Arragon fille
de Federic d'Arragon Roy
deNaples, qui fut femme
de Guy XVI. Comte de
Laval; ils eurent plusieurs
enfans, entre autres deux
filles, dont l'aisnée Catherine
de Laval épousa Claude
Sire de Rieux,qui porta
dans la Maison deColigny
le Comté de Laval,
qui a présl'excinction de
cette branche,est tombé
dans celle de sa soeur cadette
Anne de Laval qui
épousa François de la
Tremoille Vicomte de
Thouars,dont est descendu
Monsieur le Duc de la
Tremoille qui possedeaujourd'huy
le Comté de Laval,&
quiàcause de cette
alliance,faitses protcftations
à tous les Traitez de
Paix
,
où il envoye une
personne pour le reprefen"-
ccr , prétendant au Royaume
de Naples comme
heritier d'Anne de Laval
sa quatriéme ayeulle.
-
Sans s'attacher à toutes
les alliances souveraines
de cette illustre Maison,
je diray qu'il y en a quantité
d'autres tres conGderablesquiluy
sont alliées,
& le grand nombre de
Maisons qui y ont pris des
femmes, tient à honneur
d'en estre descendu
,
& se
font un plaisir d'arborer les;
Armes de Montmorency
dansleursalliances.
L'on voit parmy les 1
Grands Officiers du Royaume
de France plus de
Seigneurs de laMaison de
Montmorency que d'aucuneautreMaisons
l'on y
compte deux grands Senéchaux,
six Connestables,&
un Connestable d'Hibcrnie,
neufMaréchaux,quatre
Grands Amiraux, trois
Grands Maistres de la
Maison du Roy, trois
Grands Chambellans,deux
Grands Bouteillers ou Eschansons,
& deux Grands
Pannetiers.
Plusieurs Connestables,
& autres Grands Officiers
de France, sont sortis de
cette Maison tres illustre,
ouenontépousédesfilles,
outre que cette Maison a
aussi produit plusieursDucs
&DuchelTes.
Quoy que la vertu & la
Religion ayent tousjours
esté le partage des Seigneurs
de Montmorency
neanmoins l'on , en voit
tres peu qui ayent estérevestus
de Dignitez Ecclesiastiques;
l'on en voitcependant
un Archevesque
Duc de Reims, des Evesques
d'Orleans, & peu
d'autres.
ilsontencore l'honneur
d'avoir un Saint reconnu
par l'Eglise,donton revere
la memoire aux Vaux
de Cernay enBeauce,c'est
saint Thibaud de Mont-
-
morency Seigneur deMarly,
fils de Mathieu premier,
&
dAline d'Angleterre, lequel
se croisa en 1173. pour
le voyage de la Terre sainte.
A son retour il se fit
Religieux de l'Ordre de
Cisteaux, en l'Abbaye du
Val, puis ilfut Abbé des
Vaux de Cernay à quatre
lieuës de Versailles, entre
Chevreuse &: Ramboüillet,
où il mourut saintementvers
l'an 1189.
Enfin tant de grandeur
dans une Maisonfaitassez
connoistre que la valeur a
esté hereditaire dans l'âme
des Seigneurs de Montmorency,
& leur a tait meriter
tous ces honneurs,
pour avoir tousjours refpandu
leur fang pour la
deffensede leurs Roys, &
de leur patrie, s'estant tousjours
trouvez à la teste des
Armées qu'ils commandoient
en chef, où ils ont
fait paroistre leur courage
avec éclat au milieu des
plus grands perils.
Je n'en veux point un
plus grand exemple que
celuy d'Anne de Montmorency
Duc, Pair, Marechal
,
Connestable
, k,
Fi
Grand Maistre de France,
lequel aprèsavoirblanchi
fous le harnois militaire,
pour la deffenseduRoy,
& de la patrie, remporta
dans le tombeau la gloire
d'estre mort au lit d' honneur
,
puisque commandant
l'Armée Royalle à la
Bataille de saint Denis, il
y receut huit coups mortels
,
dont il mourut deux
jours aprés en son Hostel
de Montmorency à Paris,
estant âgé de prés de quatre
vingt ans, comblant
par ce moyen les derniers
jours de sa vie d'une fin
tres glorieuse, a prés avoir
servy cinq Roys, & après
avoir passé par tous les degrez
d'honneur, & s'estre
trouve à huitBatailles, en
ayant commandé quatre
en chef; aussi le Roy Charles
1X. voulant honorer la
memoire de ce grand Chef
de Guerre
,
ordonna que
sa Pompe funebre fust faite
en l'Eglise de Nostreme
de Paris,avec toute la
magnificencepossible, où
toutes les Cours souveraines
assisterent par ordre du
Roy. De là son corps fut
porté en l'Eglise de saint
Martin de Montmorency,
& son coeur en celle des
Celestins de Paris, où il
futmis dans un Caveau,
proche de celuy du Roy
HenryII. Il estoit bien
juste qu'un coeur quiavoit
esté aimé de son Prince,
& qui avoit eu part à ses
plus im portantes affaires,
fust après son trépas inhumé
proche de celuy qui
luy avoit fait tant d'honneur
durant sa vie,
Mr Chevillard vient de
mettre au jour une Carte
qui a pour Titre: Succession
Chronologique des Empereurs,
&des Impératrices d'Occident,
depuis Charlemagnejusqu'à
present.
On n'entreprend point
de rapporter dans cette
Carte les Empererus Romains,
ni les Empereurs
d'Orient, on s'est borné
à rapporter la Chronologie
des Empereurs, & des
Imperatrices d'Occident,
qui sont ceux qui ont regnéen
Europe depuis l'an
800. On commence par
Charlemagne que l'erreur
commune fait le restaurateur
de l'Empired'Occident
, quoyqu'il soit vray
qu'il estoitEmpereur avant
qu'il cust eHé reconnu tel
par les Romains estantEmpereur
par sa feule qualité
de Roy des François, l'Empire
d'Occident ou du
moins celuy des Gaules
ayant este cedé à Clovis en
508. & confirmé à ses petitsfils
par l'Empereur Justinien.
Il eftvrayque depuis
l'an875. on n'a reconnu
pour Empereurs que
ceux qui ont esté reconnus
tels par les Papes, que mesme
les Rois de Germanie;
& d'autres qui ont esté couronnezEmpereurs,
n'ayant
priscetitre, du moins jusqu'ausiecle
dernier, qu'après
ce couronnement, se
contentant, jusqu'à cette
ceremonie
,
de celuy de
Roy desR omains ou d'Empereurélu.
On met neanmoins
dans cette Carte
ceux que l'erreur publique
reconnoist pour Empereurs
ou qui ont ~estéélus
im Empereurs,
Empereurs
, par des partis,
pour les opposer à ceux
qui avoient esté légitimément
élûs,ilssont distinguez
par des Couronnes
differentes.
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Résumé : Discours nouveau sur l'origine, la Genealogie, & la Maison de Montmorency.
Le texte traite de la Maison de Montmorency, une des plus anciennes et illustres familles du Royaume de France, reconnue comme les premiers Barons Chrétiens avec le cri de guerre 'Dieu aide au premier Chrétien'. La révolution des siècles passés et la négligence des historiens ont obscurci les vieux titres et l'origine exacte de cette maison. André Duchesne est l'historien ayant le plus contribué à sa connaissance, retraçant sa postérité depuis Bouchard I, vivant en 954. Deux opinions principales existent sur son origine : la première attribue son origine à Lisbius, un noble gaulois converti par saint Denis, tandis que la seconde la rattache à Lisoie, un grand baron francique converti par saint Remy. La Maison de Montmorency a toujours revendiqué les qualités de premier Chrétien et de premier Baron Chrétien, marquant ainsi son ancienne et illustre origine. La succession depuis Lisbius ou Lisoie n'a pas pu être conservée jusqu'à nos jours. Duchesne commence l'histoire de cette Maison à Bouchard I, et Chevillard ajoute des ancêtres supplémentaires pour montrer les alliances illustres contractées par la famille. Les armes de la Maison de Montmorency ont évolué, passant d'une croix de gueules sur fond d'or à une croix cantonnée de seize aiglettes d'azur. La Maison s'est séparée en plusieurs branches, certaines éteintes, mais le nom de Montmorency a été conservé jusqu'à aujourd'hui. Les alliances de la Maison de Montmorency sont extrêmement prestigieuses, incluant des mariages avec des membres des familles royales de France, d'Angleterre, et d'autres maisons nobles. Les alliances plus récentes incluent des mariages avec des membres de la Maison de Condé et de la Maison de Luxembourg. La Maison de Montmorency compte de nombreux Grands Officiers du Royaume de France, tels que des Sénéchaux, Connétables, Maréchaux, Amiraux, Maîtres de la Maison du Roi, Chambellans, Bouteillers, et Pannetiers. Plusieurs membres ont également été Ducs et Duchesses. La famille a produit des dignitaires ecclésiastiques, dont un Archevêque Duc de Reims et des Évêques. Saint Thibaud de Montmorency, Seigneur de Marly, est un membre notable, ayant participé à la croisade et fondé l'abbaye des Vaux de Cernay. La valeur et le courage des Seigneurs de Montmorency sont soulignés, notamment à travers l'exemple d'Anne de Montmorency, Duc, Pair, Maréchal, Connétable et Grand Maître de France, qui mourut glorieusement après avoir commandé l'armée royale à la bataille de Saint-Denis. La mémoire de ce grand chef de guerre fut honorée par une pompe funèbre magnifiquement organisée par le roi Charles IX.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 416-421
LETTRE sur la Ville Capitale de Guyenne, s'il faut l'appeller Bordeaux ou Bourdeaux.
Début :
La question, Monsieur, dont il s'agit icy, me rappelle celle que fit autrefois [...]
Mots clefs :
Bordeaux, Ville, Nom, Burdigala, Diphtongue, Garonne, Origine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur la Ville Capitale de Guyenne, s'il faut l'appeller Bordeaux ou Bourdeaux.
LETTRE sur la Ville Capitale de
Guyenne , s'il faut l'appeller Bordeaux
ou Bourdeaux.
L
A question , Monsieur , dont il s'agit
icy , me rappelle telle que fit autrefois
Pompée aux Sçavans de son temps,
pour sçavoir s'il falloit mettre dans l'Inscription
de ses Titres , au Temple de la
Victoire , tertiò ou tertium Consul. Ciceron
se fit une occupation grave d'y penser
, pour e donner sérieusement son
avis , qui nous est rapporté par Aulügelle
, dans son bel Ouvrage , Noctes Attica..
Je ne me sens pas moins obligé que l'Ora
teur Romain , d'avoir de l'application
pour la Critique du nom d'une des principales
Villes du Royaume ; et qui par le
Testament de Charlemagne est qualifiée
une des Métropoles de son Empire .
Une personne qui seroit de la famille .
du deffunt Président de Bordeaux , qui fut
Ambassadeur en Angleterre , pourroit
prendre parti pour Bordeaux , afin d'avoir
un nom commun avee une grande
et b.lle Ville ; mais ni vous ni moi n'avons
pas cet interêt particulier , au préjudice
du bon cho.x qu'il faut faire.
Une
MAR S. 1733. 417
Une prétendue Etymologic a donné
lieu au doute . Il y a bien des gens qui lisent
et écrivent Bordeaux , sur l'imagination
qu'ils ont que le nom de cette Ville
lui vient du Bord des Eaux ; et qu'ainsi il
faut en conformité, lá nommer Bordeaux.
Cette origine n'est pas de distinction , et
de plus elle n'est pas raisonnable. Ce
n'est qu'une petite allusion qui vient d'abord
à la bouche , et qui n'étant pas véritable
, ne fait nulle conséquence pour la
dénomination de la Ville. A suivre le
cours des grandes Rivieres de France , et
de la Garonne en particulier , depuis la
source jusqu'à l'embouchure , il y a plu
sieurs Villes bâties sur le bas des Eaux
ce qui est si commun , n'est pas plus propre
à nommer cette Ville que les autres.
Il y a même quelque turpitude dans cette
origine , qu'il faut laisser à ces lieux
de débauche , qu'on dit en avoir été appellez
dans le vieux stile , Bordeaux , à
cause que ces Loges de prostitution ont
été autrefois sur le bord de l'eau . Ciceron
en fait mention : Ad partem littoris
positis tabernaculis castra luxuria collocaverat.
Après avoir fait dresser des Tentes
sur un endroit du Rivage , il y avoit placé
le Camp de la Luxure. Enfin Burdidala
, le mot Latin, étant plus ancien que
A v de
418 MERCURE DE FRANCE
le mot François , car on le trouve dans
Ausone , Burdigala est natale solum , & c.
Il n'y a aucune sillable qui donne la
moindre idée du bord de l'eau . Il n'en
est pas de même dans Aigues mortes , où
le Latin contient et exprime les eaux du
nom François , Aqua- mortua .
Il faut donc chercher l'origine du mot
François dans Burdigala latin . Elle se presente
en deux gros Ruisseaux , Bourdes
et Jalles , qui ne sont pas éloignez de la
Ville , et qui à l'endroit où ils entrent
dans la Garonne , qu'on dit être à present
sous l'Eglise de S. Pierre , ont marqué
celui où la Ville a été bâtie. Or on
voit dans ce premier Ruisseau , Bourdes ,
qu'il faut dire Bourdeaux , et non pas
Bordeaux. Le Fleuve de la Judée , qui de
deux Fontaines , Jor et Dan , à été nommé
en Latin Jordanis , est nommé en
François , Jourdain.
Le mot Burdigala , même sans l'Etymologie
, est favorable à Bourdeaux , parce
que lorsque le Latin souffre une conversion
de lettres au François , u se change
en la diphtongue ou ; exemples : Cubitus
, Coude ; Curvus , Courbes Dulcis ,
Doux Turma , Troupe , et non pas
Trope , qu'on trouve barbare dans Ronsard
, Nutrix , Nourrice , et non pas Norrice
›
MARS. 1733
419
rice , qu'on ne peut souffrir dans plusieurs
femmes de Paris ; de même Burdigala ,
fait Bourdeaux.
Il y a un double exemple où la Garonne
entre dans l'Ocean : Tumis Cor
duana , Tour de Cordouan. Les autres
Villes changent de même , u en' on . Turones
, Tours ; Bituriges , Bourges , & c. Le
Palais du Roy , Lupara , le Louvre , et
le nom même du Roy Ludovicus
LOUIS . Il ne faut pas ôter à Bourdeaux
la dignité d'être en communauté d'une
diphtongue douce , avec des Villes considérables
, et avec des noms Augustes.
>
Une nouvelle preuve paroît dans le
nom Grec de la Ville , rapporté par Strabon
, qui vivoit du temps d'Auguste. On
lit au 4 Livre de sa Géographie , Bourde
gala. Or le François ayant beaucoup d'affinité
avec le Grec , doit retenir la diphtongue
ou pour Bourdeaux. Les Latins
mêmes ont été jaloux de la douceur de
cette diphtongue dans les Grecs , et l'ont
quelquefois imitée trois fois dans un même
mot , prononçant Lucullus , contme
s'il y avoit Loucoullous. Notre Langue la
conserve dans ces grands Noms , Bourbon,
Bourgogne ; il faut pareillement la conserver
dans la grande Ville de Bourdeaux.
Il y a des Auteurs qui tiennent que ses
A vj habi420
MERCURE DE FRANCE
habitans ont été autrefois appellez Bitu
riges , patce que des familles de Bourges ,
en ont été les premiers Citoyens ; et que
de Bituriges on a substitué dans la basse
Latinité par contraction Bourga ou Bourgi.
Tout cela établit le nom de Bourdeaux .
On doit supposer que les habitans sçavent
le nom de leur Ville , comme un fils
sçait le nom de son Pere. Or il est constant
qu'ils disoient Bourden, dans le vieux
langage , et depuis ils disent Bourdeaux ,
comme il paroît dans la Chronique Bourdeloise
, et dans ses Archives de familles.
Elie Vinet , ce sçavant Homme , qui fit
honneur à l'Université de la Ville , présenta
à Charles IX . en 1564. les Antiquitez
de la Ville de Bourdeaux ; et au devant
de son Discours , on voit une Estampe
de la Ville , où il y a en haut Bourdeaux.
C'est l'affaire des Géographes de sçavoir
les noms des Villes , aussi bien des
que
Montagnes et des Rivieres . On lit dans les
Cartes de Samson de Duval et de de Fer,
Bourdeaux; et M' d'Audifret qui a donné,
avec de petites Cartes , la Géographie an
cienne , moderne et historique , a mis
dans son Discours , et fait graver dans sa
Carte , Bourdeaux.
Enfin pour achever de vuider entierement
MARS. 1733. 42
an- ment le partage qui depuis plusieurs
nées est dans le monde entre Bordeaux
et Bourdeaux , on peut alléguer , en faveur
du bel usage , trois Auteurs Illustres.
Mr le Maitre , fameux Avocat du
Parlement de Paris , dans son Plaidoyer
29. parle d'une Dame , qui fait , dit - il ,
compassion à tout Bourdeaux. Mr Pelisson
dans son Histoire de l'Académie Françoise
, à l'article de M' le Comte de Servien
, dont il rapporte les Titres , y met
celui de Premier President au Parlement de
Bourdeaux. Et le P. Bouhours , dont les
nouvelles Remarques sur la Langue Françoise
peuvent être jointes à celles de
Vaugelas , comme de la Broderie sur du
Velours , dit aussi Bourdeaux. C'est dans
son premier Entretien , qui est de la Mer:
Au contraire , à la côte de Bourdeaux It
Flux eft de sept heures. Il me semble que
voilà le nom de Bourdeaux au si - bien soutenu
, à l'exclusion de Bordeaux , que si
Mile Maitre en avoit fait un Plaidoyer 5
M' Pélisson , une Histoire ; et le P. Bouhours
, un Entretien . Je suis , &c.
Guyenne , s'il faut l'appeller Bordeaux
ou Bourdeaux.
L
A question , Monsieur , dont il s'agit
icy , me rappelle telle que fit autrefois
Pompée aux Sçavans de son temps,
pour sçavoir s'il falloit mettre dans l'Inscription
de ses Titres , au Temple de la
Victoire , tertiò ou tertium Consul. Ciceron
se fit une occupation grave d'y penser
, pour e donner sérieusement son
avis , qui nous est rapporté par Aulügelle
, dans son bel Ouvrage , Noctes Attica..
Je ne me sens pas moins obligé que l'Ora
teur Romain , d'avoir de l'application
pour la Critique du nom d'une des principales
Villes du Royaume ; et qui par le
Testament de Charlemagne est qualifiée
une des Métropoles de son Empire .
Une personne qui seroit de la famille .
du deffunt Président de Bordeaux , qui fut
Ambassadeur en Angleterre , pourroit
prendre parti pour Bordeaux , afin d'avoir
un nom commun avee une grande
et b.lle Ville ; mais ni vous ni moi n'avons
pas cet interêt particulier , au préjudice
du bon cho.x qu'il faut faire.
Une
MAR S. 1733. 417
Une prétendue Etymologic a donné
lieu au doute . Il y a bien des gens qui lisent
et écrivent Bordeaux , sur l'imagination
qu'ils ont que le nom de cette Ville
lui vient du Bord des Eaux ; et qu'ainsi il
faut en conformité, lá nommer Bordeaux.
Cette origine n'est pas de distinction , et
de plus elle n'est pas raisonnable. Ce
n'est qu'une petite allusion qui vient d'abord
à la bouche , et qui n'étant pas véritable
, ne fait nulle conséquence pour la
dénomination de la Ville. A suivre le
cours des grandes Rivieres de France , et
de la Garonne en particulier , depuis la
source jusqu'à l'embouchure , il y a plu
sieurs Villes bâties sur le bas des Eaux
ce qui est si commun , n'est pas plus propre
à nommer cette Ville que les autres.
Il y a même quelque turpitude dans cette
origine , qu'il faut laisser à ces lieux
de débauche , qu'on dit en avoir été appellez
dans le vieux stile , Bordeaux , à
cause que ces Loges de prostitution ont
été autrefois sur le bord de l'eau . Ciceron
en fait mention : Ad partem littoris
positis tabernaculis castra luxuria collocaverat.
Après avoir fait dresser des Tentes
sur un endroit du Rivage , il y avoit placé
le Camp de la Luxure. Enfin Burdidala
, le mot Latin, étant plus ancien que
A v de
418 MERCURE DE FRANCE
le mot François , car on le trouve dans
Ausone , Burdigala est natale solum , & c.
Il n'y a aucune sillable qui donne la
moindre idée du bord de l'eau . Il n'en
est pas de même dans Aigues mortes , où
le Latin contient et exprime les eaux du
nom François , Aqua- mortua .
Il faut donc chercher l'origine du mot
François dans Burdigala latin . Elle se presente
en deux gros Ruisseaux , Bourdes
et Jalles , qui ne sont pas éloignez de la
Ville , et qui à l'endroit où ils entrent
dans la Garonne , qu'on dit être à present
sous l'Eglise de S. Pierre , ont marqué
celui où la Ville a été bâtie. Or on
voit dans ce premier Ruisseau , Bourdes ,
qu'il faut dire Bourdeaux , et non pas
Bordeaux. Le Fleuve de la Judée , qui de
deux Fontaines , Jor et Dan , à été nommé
en Latin Jordanis , est nommé en
François , Jourdain.
Le mot Burdigala , même sans l'Etymologie
, est favorable à Bourdeaux , parce
que lorsque le Latin souffre une conversion
de lettres au François , u se change
en la diphtongue ou ; exemples : Cubitus
, Coude ; Curvus , Courbes Dulcis ,
Doux Turma , Troupe , et non pas
Trope , qu'on trouve barbare dans Ronsard
, Nutrix , Nourrice , et non pas Norrice
›
MARS. 1733
419
rice , qu'on ne peut souffrir dans plusieurs
femmes de Paris ; de même Burdigala ,
fait Bourdeaux.
Il y a un double exemple où la Garonne
entre dans l'Ocean : Tumis Cor
duana , Tour de Cordouan. Les autres
Villes changent de même , u en' on . Turones
, Tours ; Bituriges , Bourges , & c. Le
Palais du Roy , Lupara , le Louvre , et
le nom même du Roy Ludovicus
LOUIS . Il ne faut pas ôter à Bourdeaux
la dignité d'être en communauté d'une
diphtongue douce , avec des Villes considérables
, et avec des noms Augustes.
>
Une nouvelle preuve paroît dans le
nom Grec de la Ville , rapporté par Strabon
, qui vivoit du temps d'Auguste. On
lit au 4 Livre de sa Géographie , Bourde
gala. Or le François ayant beaucoup d'affinité
avec le Grec , doit retenir la diphtongue
ou pour Bourdeaux. Les Latins
mêmes ont été jaloux de la douceur de
cette diphtongue dans les Grecs , et l'ont
quelquefois imitée trois fois dans un même
mot , prononçant Lucullus , contme
s'il y avoit Loucoullous. Notre Langue la
conserve dans ces grands Noms , Bourbon,
Bourgogne ; il faut pareillement la conserver
dans la grande Ville de Bourdeaux.
Il y a des Auteurs qui tiennent que ses
A vj habi420
MERCURE DE FRANCE
habitans ont été autrefois appellez Bitu
riges , patce que des familles de Bourges ,
en ont été les premiers Citoyens ; et que
de Bituriges on a substitué dans la basse
Latinité par contraction Bourga ou Bourgi.
Tout cela établit le nom de Bourdeaux .
On doit supposer que les habitans sçavent
le nom de leur Ville , comme un fils
sçait le nom de son Pere. Or il est constant
qu'ils disoient Bourden, dans le vieux
langage , et depuis ils disent Bourdeaux ,
comme il paroît dans la Chronique Bourdeloise
, et dans ses Archives de familles.
Elie Vinet , ce sçavant Homme , qui fit
honneur à l'Université de la Ville , présenta
à Charles IX . en 1564. les Antiquitez
de la Ville de Bourdeaux ; et au devant
de son Discours , on voit une Estampe
de la Ville , où il y a en haut Bourdeaux.
C'est l'affaire des Géographes de sçavoir
les noms des Villes , aussi bien des
que
Montagnes et des Rivieres . On lit dans les
Cartes de Samson de Duval et de de Fer,
Bourdeaux; et M' d'Audifret qui a donné,
avec de petites Cartes , la Géographie an
cienne , moderne et historique , a mis
dans son Discours , et fait graver dans sa
Carte , Bourdeaux.
Enfin pour achever de vuider entierement
MARS. 1733. 42
an- ment le partage qui depuis plusieurs
nées est dans le monde entre Bordeaux
et Bourdeaux , on peut alléguer , en faveur
du bel usage , trois Auteurs Illustres.
Mr le Maitre , fameux Avocat du
Parlement de Paris , dans son Plaidoyer
29. parle d'une Dame , qui fait , dit - il ,
compassion à tout Bourdeaux. Mr Pelisson
dans son Histoire de l'Académie Françoise
, à l'article de M' le Comte de Servien
, dont il rapporte les Titres , y met
celui de Premier President au Parlement de
Bourdeaux. Et le P. Bouhours , dont les
nouvelles Remarques sur la Langue Françoise
peuvent être jointes à celles de
Vaugelas , comme de la Broderie sur du
Velours , dit aussi Bourdeaux. C'est dans
son premier Entretien , qui est de la Mer:
Au contraire , à la côte de Bourdeaux It
Flux eft de sept heures. Il me semble que
voilà le nom de Bourdeaux au si - bien soutenu
, à l'exclusion de Bordeaux , que si
Mile Maitre en avoit fait un Plaidoyer 5
M' Pélisson , une Histoire ; et le P. Bouhours
, un Entretien . Je suis , &c.
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Résumé : LETTRE sur la Ville Capitale de Guyenne, s'il faut l'appeller Bordeaux ou Bourdeaux.
La lettre traite de la dénomination correcte de la ville capitale de Guyenne, se demandant s'il faut l'appeler Bordeaux ou Bourdeaux. L'auteur compare cette question à celle posée par Pompée concernant l'inscription de ses titres. Il souligne que la ville est qualifiée de métropole dans le testament de Charlemagne. L'origine étymologique du nom est débattue : certains pensent que Bordeaux vient du bord des eaux, mais cette explication est jugée peu distinguée et incorrecte. L'auteur mentionne également une connotation négative liée à la prostitution. Le mot latin Burdigala, plus ancien que le mot français, ne contient aucune syllabe évoquant le bord de l'eau. L'auteur propose que le nom français dérive de Burdigala et des ruisseaux Bourdes et Jalles, situés près de la ville. Il argue que le latin u se transforme en ou en français, comme dans les exemples Cubitus (Coude) et Curvus (Courbes). Le nom grec de la ville, rapporté par Strabon, est également cité en faveur de Bourdeaux. Des auteurs et des cartes géographiques, comme celles de Samson, Duval, et de Fer, utilisent le nom Bourdeaux. Enfin, l'auteur cite trois auteurs illustres, M. le Maître, M. Pelisson, et le P. Bouhours, qui utilisent également le nom Bourdeaux dans leurs œuvres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 500-5[0]3
LETTRE de M. C. Avocat au Parlement de Normandie, écrite à M... au sujet de quelques Epithetes et Qualifications singulieres, &c.
Début :
L'Etude des Loix et le tumulte du Barreau, ne m'empêchent pas, Monsieur, [...]
Mots clefs :
Noms, Avocat, Qualifications, Histoire, Paris, Origine, Italie, Sociétés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. C. Avocat au Parlement de Normandie, écrite à M... au sujet de quelques Epithetes et Qualifications singulieres, &c.
LETTRE de M. C. Avocat au Parlement
de Normandie , écrite à M...
au sujet de quelques Epithetes et Qualifications
singulieres , & c.
'Etude des Loix et le tumulte du
Barreau , ne m'empêchent pas ,
Monsieur
, de donner toujours quelque tems
à une certaine Litterature agréable , qui
en instruisant , délasse des études sérieuses
qu'éxige notre Profession . Vous m'avze
envoyé un peu tard le Mercure * dans lequel,
à l'occasion d'un Extrait de la Bibliotheque
Italique , les Auteurs de ce Journal
ont donné un dénombrement des Académics
d'Italie , surtout de celles qui ont
pris des noms tout-à- fait bizares . Je vous
avoue que cette lecture m'a beaucoup
• Mercure de Janvier 17 32. page 123.
réjoui ,
MARS. 1733
Sor
réjoui , et que n'en déplaise à ces Messicurs
du Mercure , qui veulent qu'on
garde là- dessus le sérieux. Risum teneatis
Amici , j'aurai bien de la peine de ne
pas rire un peu des noms de Mrs les En- `
dormis , les Immobiles , les Fantasques , les
Etourdis , les Opiniâtres , les Insensez , les
Enchainez , les Absurdes , & c.
Il est vrai que la Lettre d'un habile
Italien , rapportée sur ce sujet dans le
même Livre , engage à suspendre son jugement
, et à présumer que les noms en
question n'auront pas été donnez au hazard
par des Iraliens , naturellement spirituels
et par des Italiens Gens de Lettres.
En attendant qu'il vienne là- dessus quelbonne
instruction de l'Italie même ,
que
comme il semble qu'on le fait esperer
dans le Mercure , j'ai pensé qu'il ne seroit
peut-être pas impossible de trouver
des exemples de pareilles ou d'approchantes
Qualifications hors de l'Italie ,
en France même , où je sçai qu'en certains
Cantons les Epithetes burlesques ct les
sobriquets ont été et sont peut- être encore
en vogue ; mais où chercher ces
preuves et ces autoritez je vous en laisse
le soin , Monsieur , yous qui êtes le maître
de tout votre temps et qui ne manquez
ni de curiosité ni de lumieres.
Je
502 MERCURE DE FRANCE
Je vous dirai cependant ce que j'ai
trouvé depuis peu là- dessus , sans le cherchet
et en feuilletant un Livre des plus
sérieux qui puissent tomber entre les
mains d'un Avocat ; cela justifiera d'ail
leurs ce que je viens de vous dire des
Sobriquets plaisants et des Qualifications
burlesques , usitées dans plusieurs endroits
du Royaume . Ce Livre est celui
dont voici le Titre : OBSERVATIONS et
Maximes sur les Matieres Criminelles ,
Avec des Remarques , & c . Par M. Antoine
Bruneau , Avocat au Farlement. 1 .
vol. in 4. Paris , chez Guill. Cavelier
fils , 1715.
Une Procedure Criminelle dont je
suis chargé , m'engagea de lire cet Auteur
, et je trouvai dans la I. Partie
T. XXIII . De la maniere de faire le Procès
aux Communautez des Villes , Bourgs
et Villages , Corps et Compagnies , ce qui
suit , page 215 .
» Je n'ai point prétendu parler de ces
Societez burlesques des Pertantineux à
» Paris , de ceux d'Orleans de la Poule
» à quatre oeufs , des Enfans de quatre
» heures à Amiens , des Goulifats à Mon-
» targis , des Mirandolins de Joigny , de
» la Gueuse à Boulogne - sur - Mer , et à
>> Montreuil des Enfans de la Lune , et
>> de
MARS. 1733 .
de la Messe de Minuit à Clermont en
593
» Auvergne ; à la fin de cette Liste réjouissante
, l'Auteur cite Jover , en sa
Bibliotheque , in verbo , Jeux de hazard ;
il cite aussi , mais je n'en vois pas bien
l'application , le III. L. des Instituts
Tit, 26. de Societate , quale de illicitis factionibus
timeri solet.
Si vous vous embarquez dans cette Recherche
, observez , s'il vous plaît , que
M. Bruneau s'appuye aussi un peu auparavant
, de l'autorité de Cujas , qu'il cite
de cette maniere , Sunt quarum usus , & c.
Recherches de la France et de celle de
Mezeray , dans l'Histoire de Clotaire I.
lesquels ont , dit il , parlé de l'origine de
notre Langue , et dans l'Histoire de Phi
lippe Auguste , de l'origine des Noms,
Vous verrez quel rapport tout cela peut
avoir au sujet en question ; car encore
une fois , je n'ai pas le temps
d'entrer
moi- même dans cette discussion , qui ne
consiste pas tant à rapporter
des cxemples
de pareilles dénominations , qu'à en
découvrir l'origine ou la cause , ce qui
peut fournir des Faits anecdotes et servir
même à l'Histoire generale et partiliere.
Je suis , Mousieur , & c.
A Paris le premier Février 1733 .
de Normandie , écrite à M...
au sujet de quelques Epithetes et Qualifications
singulieres , & c.
'Etude des Loix et le tumulte du
Barreau , ne m'empêchent pas ,
Monsieur
, de donner toujours quelque tems
à une certaine Litterature agréable , qui
en instruisant , délasse des études sérieuses
qu'éxige notre Profession . Vous m'avze
envoyé un peu tard le Mercure * dans lequel,
à l'occasion d'un Extrait de la Bibliotheque
Italique , les Auteurs de ce Journal
ont donné un dénombrement des Académics
d'Italie , surtout de celles qui ont
pris des noms tout-à- fait bizares . Je vous
avoue que cette lecture m'a beaucoup
• Mercure de Janvier 17 32. page 123.
réjoui ,
MARS. 1733
Sor
réjoui , et que n'en déplaise à ces Messicurs
du Mercure , qui veulent qu'on
garde là- dessus le sérieux. Risum teneatis
Amici , j'aurai bien de la peine de ne
pas rire un peu des noms de Mrs les En- `
dormis , les Immobiles , les Fantasques , les
Etourdis , les Opiniâtres , les Insensez , les
Enchainez , les Absurdes , & c.
Il est vrai que la Lettre d'un habile
Italien , rapportée sur ce sujet dans le
même Livre , engage à suspendre son jugement
, et à présumer que les noms en
question n'auront pas été donnez au hazard
par des Iraliens , naturellement spirituels
et par des Italiens Gens de Lettres.
En attendant qu'il vienne là- dessus quelbonne
instruction de l'Italie même ,
que
comme il semble qu'on le fait esperer
dans le Mercure , j'ai pensé qu'il ne seroit
peut-être pas impossible de trouver
des exemples de pareilles ou d'approchantes
Qualifications hors de l'Italie ,
en France même , où je sçai qu'en certains
Cantons les Epithetes burlesques ct les
sobriquets ont été et sont peut- être encore
en vogue ; mais où chercher ces
preuves et ces autoritez je vous en laisse
le soin , Monsieur , yous qui êtes le maître
de tout votre temps et qui ne manquez
ni de curiosité ni de lumieres.
Je
502 MERCURE DE FRANCE
Je vous dirai cependant ce que j'ai
trouvé depuis peu là- dessus , sans le cherchet
et en feuilletant un Livre des plus
sérieux qui puissent tomber entre les
mains d'un Avocat ; cela justifiera d'ail
leurs ce que je viens de vous dire des
Sobriquets plaisants et des Qualifications
burlesques , usitées dans plusieurs endroits
du Royaume . Ce Livre est celui
dont voici le Titre : OBSERVATIONS et
Maximes sur les Matieres Criminelles ,
Avec des Remarques , & c . Par M. Antoine
Bruneau , Avocat au Farlement. 1 .
vol. in 4. Paris , chez Guill. Cavelier
fils , 1715.
Une Procedure Criminelle dont je
suis chargé , m'engagea de lire cet Auteur
, et je trouvai dans la I. Partie
T. XXIII . De la maniere de faire le Procès
aux Communautez des Villes , Bourgs
et Villages , Corps et Compagnies , ce qui
suit , page 215 .
» Je n'ai point prétendu parler de ces
Societez burlesques des Pertantineux à
» Paris , de ceux d'Orleans de la Poule
» à quatre oeufs , des Enfans de quatre
» heures à Amiens , des Goulifats à Mon-
» targis , des Mirandolins de Joigny , de
» la Gueuse à Boulogne - sur - Mer , et à
>> Montreuil des Enfans de la Lune , et
>> de
MARS. 1733 .
de la Messe de Minuit à Clermont en
593
» Auvergne ; à la fin de cette Liste réjouissante
, l'Auteur cite Jover , en sa
Bibliotheque , in verbo , Jeux de hazard ;
il cite aussi , mais je n'en vois pas bien
l'application , le III. L. des Instituts
Tit, 26. de Societate , quale de illicitis factionibus
timeri solet.
Si vous vous embarquez dans cette Recherche
, observez , s'il vous plaît , que
M. Bruneau s'appuye aussi un peu auparavant
, de l'autorité de Cujas , qu'il cite
de cette maniere , Sunt quarum usus , & c.
Recherches de la France et de celle de
Mezeray , dans l'Histoire de Clotaire I.
lesquels ont , dit il , parlé de l'origine de
notre Langue , et dans l'Histoire de Phi
lippe Auguste , de l'origine des Noms,
Vous verrez quel rapport tout cela peut
avoir au sujet en question ; car encore
une fois , je n'ai pas le temps
d'entrer
moi- même dans cette discussion , qui ne
consiste pas tant à rapporter
des cxemples
de pareilles dénominations , qu'à en
découvrir l'origine ou la cause , ce qui
peut fournir des Faits anecdotes et servir
même à l'Histoire generale et partiliere.
Je suis , Mousieur , & c.
A Paris le premier Février 1733 .
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Résumé : LETTRE de M. C. Avocat au Parlement de Normandie, écrite à M... au sujet de quelques Epithetes et Qualifications singulieres, &c.
Dans une lettre datée du 1er février 1733, M. C., avocat au Parlement de Normandie, s'adresse à un destinataire pour discuter des épithètes et qualifications singulières mentionnées dans le Mercure de Janvier 1732. L'auteur exprime sa joie en découvrant les noms d'académies italiennes tels que 'les Endormis', 'les Immobiles' et 'les Fantasques', trouvant ces dénominations amusantes malgré le sérieux des auteurs du Mercure. Il mentionne une lettre d'un Italien qui suggère que ces noms n'ont pas été choisis au hasard. M. C. propose de chercher des exemples similaires en France, où les sobriquets burlesques sont également en vogue. Il cite un livre sérieux, 'Observations et Maximes sur les Matieres Criminelles' de M. Antoine Bruneau, qui mentionne des sociétés burlesques comme 'les Pertantineux' à Paris et 'les Enfans de la Lune' à Montreuil. L'auteur invite son destinataire à explorer l'origine de ces dénominations, ce qui pourrait enrichir l'histoire générale et particulière.
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7
p. 1594-1605
Abregé Chronologique et Historique de l'Origine et du Progrès des Troupes de France, &c. [titre d'après la table]
Début :
ABREGÉ CHRONOLOGIQUE ET HISTORIQUE de l'Origine, du Progrès et de l'état actuel de [...]
Mots clefs :
Corps, Gardes, Chronologie, Lieutenants, Histoire, Institution, Compagnie, Capitaines, Historique, Origine, Journal, Louis XIV, Officiers, Actions, Compagnie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Abregé Chronologique et Historique de l'Origine et du Progrès des Troupes de France, &c. [titre d'après la table]
ABREGE' CHRONOLOGIQUE ET HISTORIQUE
de l'Origine , du Progrès et de l'état actuel de
toutes les Troupes de France. Far M. le P. ***
N. ***. Ouvrage enrichi de Vignettes en Tailles
douces , Gravure de Paris qui représentent
tous les Siéges , Attaques et Combats particuliers
où ces Corps se sont trouvés , &c. Proposé
par souscription. C'est le titre d'un Prospectus.
nouvellement publié , dont la matiere nous a
paruë si curieuse et si interessante pour toute la
Nation , que nous croyons faire plaisir au plus
grand nombre de nos Lecteurs , de le rapporter
ici en son entier.
L'Etude , dit l'Auteur , a quelque chose de si
engageant , qu'il est presqu'impossible de ne pas
se laisser entraîner aux recherches les plus curieuses
et les plus utiles , pour peu qu'on ait de
délicatesse et de goût. Très- scrupuleux sur le
point d'honneur , et bien instruir qu'il faut des
talens
JUILLET. 1732. 1595
talens extraordinaires pour devenir Auteur , je
veux dire , Auteur estimé , je n'aurois jamais
pensé à me donner ce titre , si mes amis ne
m'y eussent forcé ; de sorte qu'une étude faite
par amusement devient aujourd'hui une affaire
très- sérieuse , ayant été, entraîné uniquement
par l'honnête complaisance que je dois à des personnes
du premier mérite , et à qui il a fallu
déferer.
Le Lecteur connoîtra aisément qu'un Ouvra
ge de la conséquence de celui-ci , n'a été mis au
jour qu'après de profondes lectures , de grands
travaux , beaucoup de corrections et de recherches
presqu'infinies : trop persuadé qu'il est dif
ficile de plaire à tout le monde , et de se garantir
de la juste censure des Sçavans du premier
ordre , je n'ai épargné ni peines , ni dépenses
pour m'attirer leur bienveillance,et meriter leur
approbation ..
L'entreprise est pénible , il est vrai , cependant
ayant fait de grandes découvertes , et tiré de
f'oubli un nombre de faits importans , j'espere
réussir dans un projet qui a été , je me flate
trop mûrement concerté pour ne pas produire
des effets très- utiles.
Aucun Auteur jusqu'à présent n'a osé entreprendre
de donner un Journal Historique de tous
les Régimens de France : un Sçavant très-estimé
et qui passe , avec justice , pour un homme consommé
dans la Litterature ( c'est le Pere Daniel Y
ne fait aucune difficulté d'avouer qu'il en a eu
le dessein , mais qu'il n'a pu l'entreprendre , va
le peu de clarté qu'il avoit trouvé dans l'Histoire
de tous les Corps , et le parfait oubli qu'on
avoit fait des Officiers qui les avoient commandés;
de sorte qu'on pouvoit à peine s'instruiré
1
SUE
1596 MERCURE DE FRANCE
sur ce qui s'étoit passé de leur tems ; ce qui l'avoit
entierement rebuté aussi se récrie - t- il , avec
justice , contre une négligence si blâmable , qui
ensevelit dans une éternelle obscurité tant de
faits Historiques , dont le souvenir leur devroit
être si cher et si précieux J'avoue que les plaintes
de ce Pere sur cette indolence ne sont pas
sans fondement et sans quelques raisons : mais
c'est justement ce cahos et ces difficultez qui ont
excité mon amour propre à ne rien négliger
pour venir à bout de débrouiller une matiere
qui a tant embarassé les Sçavans.
>
Tout- à- fait enveloppé dans mon étude , mes
recherches continuelles m'ont donné l'esperance
de parvenir à mes fins , malgré le peu d'éxactitude
d'un grand nombre d'Ecrivains , qui me
rendoient chaque jour cette matiere plus difficile
il a fallu pour m'éclaircir entierement
feuilleter de grandes Bibliotheques ; j'ai entrepris
dans ce dessein plusieurs voïages à Paris ,
où j'ai consulté avec un travail sans relâche les
plus célebres Ecrivains de l'Histoire , pour connoître
par moi- même tous les Mémoires du
tems : j'ai employé tout mon crédit pour
avoir de l'appui et un accès libre par tout ou
j'ai crû trouver de quoi m'instruire à fond ; j'ai
Jû tous les Registres des Extraordinaires des
Guerres dans la Chambre des Comptes , afin
de connoître parfaitement l'origine de tous les
Corps , ayant dessein de donner une Chronologie
et une filiation exacte de tous les Mestres
de Camp , Colonels Lieutenans Colo .
nels et Majors de chaque Régiment , prouvées
par un état des Capitaines d'année en année
jusqu'au tems qu'ils porterent le nom de Province.
,
.?
N on
JUILLET. 1733. 1597
Non - seulement plusieurs Manuscrits de la
Bibliotheque du Koi m'ont été communiqués ,
mais encore ceux des Particuliers qui me les ont
confiés genereusement. J'ai eu nombre de confêrences
avec les Officiers les plus sçavans dans
ce genre , qui s'interessent à mon Ouvrage , et
qui m'ont envoyé de bons et amples Mémoires :
enfin je n'ai épargné , je le répete , ni peines ,
ni dépenses pour satisfaire le Public ; et comme
cet Ouvrage comprend une matiere infinie , je
ferai toutes les diligences possibles pour ne pas
tomber en défaut , et tenir parole aux Souscripteurs.
Ce n'est point ici une Histoire remplie de
fastueux Evenemens, qui jettent un Lecteur dans
l'anthousiasme , ni hérissée d'épisodes empou
lées qui captivent l'oreille sans nourrir la Science
, et sans toucher le coeur.
C'est un Journal Historique et instructif de
tous les Corps Militaires ; ce sont des descriptions
sinceres des belles actions qu'ils ont faites
depuis leur origine jusqu'à présent ; c'est une
Liste Chronologique de tous les Officiers qui
les ' ont commandés , c'est un sujet nouveau et
varié des plus beaux faits de l'Histoire, Chaque
Officier s'y verra placé dans son rang avec ses
actions héroïques : toutes les familjes y trouveront
leurs Ancêtres avec des avantages qui leur
feront honneur ; ce qu'elles ont ignoré jusqu'à
présent.
Les plus remarquables Evenemens de l'Histoire
de France , depuis Charles IX . jusqu'à la
mort de Louis XIV . seront placez avec un ordre
et des circonstances qui feront d'autant plus
de plaisir , qu'on sçait qu'un habile Ecrivain ne
donne pour l'ordinaire qu'une idée génerale de
toute
1598 MERCURE DE FRANCE
toutes ces choses ; parce qu'un détail circónstancié
et profond , causeroit de la sécheresse à
son Histoire , et interromproit le fil de sa narration
: en effet , il arrive souvent qu'en lisant
les Historiens on n'acquiert qu'une connoissance
confuse ; c'est pourquoi un Lecteur curieux a
besoin , pour s'instruire à fond , qu'un Auteur
n'omette aucun des faits et des actions éclatantes
qui sont arrivées dans chaque tems ; c'est ce
qu'on trouvera dans cet Abregé Chronologique,
Historique , &c, que je promets ici , et qui va
paroître incessamment , puisqu'il renferme tous.
les faits qui regardent la Guerre depuis Charles
IX. les Batailles , les Sieges et les Combats.
particuliers que les Troupes du Roi ont soutenus
une origine de chaque Corps , qu'aucun Ecrivain
n'a pu débrouiller jusqu'à présent , et bien différente
de l'époque où plusieurs l'ont fixée ; enfin
une Chronologie des Mestres de Camp , Colonels
, Lieutenans-Colonels et Majors , depuis
l'Institution de leurs Regimens , avec des Mémoires
pour servir à leur Histoire , et éterniser
leurs noms.
Pour bien connoître cet Ouvrage , il est bon
d'en donner ' ici une idée distincte , afin que le
Public puisse voir par lui- même son utilité et
les fruits qu'il pourra produire.
Il sera divisé en trois parties , dont chacune
comprendra plusieurs volumes.
La premiere partie qui sera subdivisée en
trois Tomes in- quarto , d'environ 600 pages
chacun , renfermera toute la Maison du Roi.
1
La seconde partie , les six vieux Corps , les
petits vieux Corps , et tous les autres Regimens.
selon leur rang , reglé par Louis XI V. en
1666 .
La
SONJUILLET. 1733. 1599
La troisiéme partie , la Cavalerie et tous les
Corps de Dragons existans.
*
Le premier Tome, de la Maison du Roi, traitera
des quatre Compagnies des Gardes du Corps,
des Grenadiers à Cheval , et des Gendarmes de
la Garde
Le second , des Chevaux Legers de la Garde ,
des deux Compagnies des Mousquetaires du Roi,
ét de toute la Gendarmerie.
Le troisiéme , des Gardes Françoises et des
Gardes Suisses.
On verra dans le premier :
1. L'Origine et l'Institution des quatre Com
pagnies des Gardes du Corps , débrouillées et
Axées à une époque plus fidele que celle d'aucun
Ecrivain, appuyées de preaves certaines et palpa
bles , tirées de la Chambre des Comptes.
2
II. La Chronologie des Capitaines des Gardes
Ecossoises , des Lieutenans et Enseignes
avec la date de leurs Commissions , tirée de la
Chambre des Comptes , et accompagnée de
Mémoires pour servir à leur Histoire , excepté
qu'on ne parle des actions des Lieutenans et
Enseignes que depuis que Louis XIV . les cût mis
sur le pied de Compagnie d'Ordonnance.
III. La Chronologie des Capitaines , Lieutenans
et Enseignes de la premiere Compagnie
des Gardes du Corps Françoises , précedée de
son Institution.
IV. La Chronologie des Capitaines , Lieutenans
et Enseignes de la Compagnie de Bethune ,
nommée Graville à son origine , précedée de son
Institution.
V. La Chronologie des Capitaines , Lieutenans
et Enseignes de la Compagnie d'Harcourt,
appellée d'Etrée à son origine , précedée de son
Insti
1600 MERCURE DE FRANCE
Institution , le tout verifié à la Chambre des
Comptes.
Les Eloges que je donne à tous les Officiers ,
sont sinceres , sans flatterie , tantôt étendus , tantôt
courts , riches ou stériles , selon le mérite et
les actions de chacun , tels qu'ils sont parvenus
à ma connoissance.
VI . Un Journal Historique desdites quatre,
Compagnies des Gardes du Corps depuis qu'elles,
ont été établies en Compagnie d'Ordonnance par
Louis XIV . avec ce qu'elles ont fait , tant aux
Sieges qu'aux Batailles sous les Regnes de Louis
XI . Charles VIII. Louis XII . François I. Henry
IV. et Louis XIII.
VI L'Institution des Grenadiers à Cheval
un Journal Historique de leurs actions , une
Chronologie des Capitaines , avec des Memoires
pour servir à leur Histoire.
VIII. L'Origine et l'Institution de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde , leurs changemens
, leurs Privileges , &c . accompagnée d'un
Journal Historique depuis leur création , et d'une
Chronologie des Capitaines , Lieutenans , Enseignes
et Guidons avec des monumens pour
servir à l'Histoire de tous ces Officiers,
Ce premier Volume sera enrichi de dix - huit
Vignettes en Tailles- douces , gravûre de Paris ,
et de près de 800. Armes de la même gravûre .
La premiere qui sera à la tête de l'Institution
quatre Compagnies des Gardes du Corps ,
représentera leurs Attributs et leur devise qui est,
Nec pluribus impar.
des
La seconde , placée à la tête du Journal Histo
rique de ces Compagnies , fera voir leur passage
du Rhin en présence de Louis XIV .
La troisième , posé à la tête de la Chronologie
des
JUILLET. 1733. 1601
des Capitaines des Gardes Ecossoises , représen
tera la sortie des Liegeois de leur Ville par la
breche,pour attaquer la Maison de Louis XI . et
celle du Duc de Bourgogue , qui formoient le
Siege de Liege en 1468 .
La quatrième , posée à la tête de la Chronologie
de la premiere Compagnie des Gardes da
Corps Françoises , sera la Bataille de Fornoire
o Claude de la Châtre , Capitaine de ladite
Compagnie , assistoit Charles VIII . de ses conseils
et de sa valeur .
La cinquième, à la tête des Capitaines de la Compagnie
de Bethune , autrefois Graville , représentera
la Bataille de Ravenne , où cette Compagnie,
appellée pour lors de Crussol , combattit aves
beauconp de valeur en 1512. sous Gaston de Foix,
commandant l'Armée de Louis XII .
La sixième , à la tête de la Compagnie d'Harcour
, à son origine d'Etrées , la Marche du Roy
Charles IX. accompagné de ses Archers de la
Garde , dans le Bataillon quarré des Suisses , escortant
toute la Cour depuis Meaux jusqu'à Paris
, lorsque le Prince de Condé et l'Amiral de
Coligni vinrent attaquer ce Bataillon pour enle
ver le Roy.
Les autres Vignettes des Gardes du Corps , représenteront
toutes les Batailles et Sieges où ils
ont eu quelque part .
Il y aura deux Vignettes pour les Grenadiers
à Cheval.
La premiere, fera voir leurs attributs avec la devise
Undique Terror , undique lethum.
La seconde , l'Assaut donné au Pâté de Valeneiennes,
par où ils entrerent dans la Ville avec les
Mousquetaires du Roy.
Les cinq Vignettes pour les Gendarmes de la
Garde , seront :
1602 MERCURE DE FRANCE
La premiere , les attributs et la devise : Quojabet
iratus Jupiter : elle sera placée à la tête de leur
Institution .
La seconde , mise au commencement du Journal
Historique , sera l'Assaut qu'ils donnerent à
$. Antonin en 1622. pied à terre.
La troisiéme , le Combat de Veillane , et les
deux auttes , la défaite de quatre mille Chevaux
ennemis , dans la marche du Cardinal de la Valette
, de Mayence à Metz en 1635. et celle des
Parisiens au secours de S. Denis en 1652.
Le second Tome contiendra la Compagnie des
Chevaux- Legers de la Garde , les deux Compagnies
des Mousquetaires et la Gendarmerie .
I. Leur Institution , leurs changemens , Privileges
&c.
II. Un Journal Historique depuis leur origine
jusqu'à présent.
III. Une Chronologie de tous les Capitaines-
Lieutenans , Sous- Lieutenans , Enseignes et Cornettes
, avec des instructions pour servir à leur
Histoire , comme aux Gardes du Corps et Gendarmes
, &c. du premier Volume.
IV. L'Institution des Gendarmes Ecossois ,
Anglois , Bourguignons et Flamans.
V. Celle des Gendarmes et Chevaux . Legers
de la Reine , du Dauphin , de Bretagne , d'Anjou
, de Berri et d'Orleans.
Le second Tome sera pareillement enrichi de
17. Vignettes , qui représenteront les attributs ,
les devises de ces Corps et toutes les actions importantes
où ils se sont trouvez , et d'environ
300. Armes de même gravure qu'au premier
Tome .
Enfin le troisiéme renfermera les Gardes Françoises
et Suisses.
I.
JUILLET. 1733 . 1603
1. Le Journal Historique des Gardes Françoires
, précedé de leur Institution.
II. La Chronologie de tous les Mestres de
Camp , Colonels , Lieutenans- Colonels , Majors
et Capitaines parvenus aux dignitez de Maréchaux
de France , Lieutenans Generaux , Maréchaux
de Camp et Brigadiers , avec des remar
ques pour servir à l'Histoire de tous.
III. Une autre Chronologie de tous les Capitaines
qui ont succedé aux XXXIII . Compagnies
depuis leur origine , avec quelques instruc
tions pour servir à leur Histoire .
IV. Une Liste de tous les Officiers qui ont été
taez au service du Roy , accompagnée d'un état
de tous les Officiers du Régiment existans au premier
de Janvier 1732.
V. L'Institution du Régiment des Gardes Suisses,
&e son Journal Historique , avec une Chronologie
des Colonels et Lieutenans - Colonels ,
passant sous silence celle des Majors et des Capi-,
taines qui se sont succedez les uns aux autres depuis
leur création jusqu'aujourd'hui , n'en ayant,
point une connoissance assez exacte.
Ce Volume est encore enrichi de ncuf Vignettes
et de 120. Armes.
Les Armoiries des Officiers seront placées à la.
tête de leur Chronologie.
mes ,
Je ne donne point ici le détail des autres Volume
réservant à le faire sitôt que je sçaurai
que mes trois premiers Tomes auront été favorablement
reçûs du public.
La bonne opinion que j'ai de la Nation Fran-`
çoise , ne me permet pas de douter du succès de
ces trois premiers Tomes , qui renferment la
Maison du Roy ; et je me flate que les Officiers
qui commandent ces illustres Corps , se donneront
1601 MERCURE DE FRANCE
ront les mouvemens nécessaires pour que cer
Ouvrage , qui sera d'une très- grande dépense ,
mais d'une avantageuse utilité , puisse être porté
à sa perfection , en souscrivant pour le premier
Volume.
==
Conditions proposées aux Souscripteurs.
I. Le temps limité pour les Souscriptions , se
ra jusqu'au dernier de Juillet 1733 .
II. On tirera fort peu d'Exemplaires au - delà
du nombre des Souscriptions , ou peut- être point
du tout.
III. Les Souscripteurs payeront en souscrivant
cinq florins argent d'Hollande , A. 5.
Dont restera à payer cinq florins argent
de Hollande , en leur délivrant le
premier Volume , qui sera sans nut retard
, à la fin de cette présente année ,
Cinq florins argent d'Hollande, en leur
délivrant le second Volume ,
Et cinq forins argent d'Hollande , en
délivrant le troisiéme
A. S
A. 5.
A.
Total. A. 20.
Ceux qui n'auront pas souscrit , payeront 30.
forins de Hollande pour les trois Volumes , qui
seront de la même impression , du même caractere
, papier et format que le Programme .
On pourra souscrire : à Paris , chez Bauche , Libraire
du Roy de Portugal , sur le Quay des Augustins
, du côté du Pont- Neuf , à S. Jean le
Desert.
A Lisle, chez Maton, Libraire sur la petite Place.
A Liege, chez Evrand Kints , Libraire et Imprimeur
, en Souverain -Pont , à la nouvelle Imprimerie
A
JUILLET. 1733. 1605
A Amsterdam , chez Changuion, Libraire dans
la Calver - Straet.
A la Haye , chez Scheurleer , Libraire.
Et chez les principaux Libraires des Pays Etran
gers.
mais comme
Le temps limité pour les Souscriptions étoit , com
on voit , jusqu'au dernier de Juillet ;
le public n'a pu être informé de cette circonstance
aussi-tôt qu'on se l'étoit proposé, etpour ôter tout sujet
de plainte , on avertit qu'on a prorogé ce terme
d'un mois , et qu'on pourra souscrire jusqu'au dernier
d'Aoút.
de l'Origine , du Progrès et de l'état actuel de
toutes les Troupes de France. Far M. le P. ***
N. ***. Ouvrage enrichi de Vignettes en Tailles
douces , Gravure de Paris qui représentent
tous les Siéges , Attaques et Combats particuliers
où ces Corps se sont trouvés , &c. Proposé
par souscription. C'est le titre d'un Prospectus.
nouvellement publié , dont la matiere nous a
paruë si curieuse et si interessante pour toute la
Nation , que nous croyons faire plaisir au plus
grand nombre de nos Lecteurs , de le rapporter
ici en son entier.
L'Etude , dit l'Auteur , a quelque chose de si
engageant , qu'il est presqu'impossible de ne pas
se laisser entraîner aux recherches les plus curieuses
et les plus utiles , pour peu qu'on ait de
délicatesse et de goût. Très- scrupuleux sur le
point d'honneur , et bien instruir qu'il faut des
talens
JUILLET. 1732. 1595
talens extraordinaires pour devenir Auteur , je
veux dire , Auteur estimé , je n'aurois jamais
pensé à me donner ce titre , si mes amis ne
m'y eussent forcé ; de sorte qu'une étude faite
par amusement devient aujourd'hui une affaire
très- sérieuse , ayant été, entraîné uniquement
par l'honnête complaisance que je dois à des personnes
du premier mérite , et à qui il a fallu
déferer.
Le Lecteur connoîtra aisément qu'un Ouvra
ge de la conséquence de celui-ci , n'a été mis au
jour qu'après de profondes lectures , de grands
travaux , beaucoup de corrections et de recherches
presqu'infinies : trop persuadé qu'il est dif
ficile de plaire à tout le monde , et de se garantir
de la juste censure des Sçavans du premier
ordre , je n'ai épargné ni peines , ni dépenses
pour m'attirer leur bienveillance,et meriter leur
approbation ..
L'entreprise est pénible , il est vrai , cependant
ayant fait de grandes découvertes , et tiré de
f'oubli un nombre de faits importans , j'espere
réussir dans un projet qui a été , je me flate
trop mûrement concerté pour ne pas produire
des effets très- utiles.
Aucun Auteur jusqu'à présent n'a osé entreprendre
de donner un Journal Historique de tous
les Régimens de France : un Sçavant très-estimé
et qui passe , avec justice , pour un homme consommé
dans la Litterature ( c'est le Pere Daniel Y
ne fait aucune difficulté d'avouer qu'il en a eu
le dessein , mais qu'il n'a pu l'entreprendre , va
le peu de clarté qu'il avoit trouvé dans l'Histoire
de tous les Corps , et le parfait oubli qu'on
avoit fait des Officiers qui les avoient commandés;
de sorte qu'on pouvoit à peine s'instruiré
1
SUE
1596 MERCURE DE FRANCE
sur ce qui s'étoit passé de leur tems ; ce qui l'avoit
entierement rebuté aussi se récrie - t- il , avec
justice , contre une négligence si blâmable , qui
ensevelit dans une éternelle obscurité tant de
faits Historiques , dont le souvenir leur devroit
être si cher et si précieux J'avoue que les plaintes
de ce Pere sur cette indolence ne sont pas
sans fondement et sans quelques raisons : mais
c'est justement ce cahos et ces difficultez qui ont
excité mon amour propre à ne rien négliger
pour venir à bout de débrouiller une matiere
qui a tant embarassé les Sçavans.
>
Tout- à- fait enveloppé dans mon étude , mes
recherches continuelles m'ont donné l'esperance
de parvenir à mes fins , malgré le peu d'éxactitude
d'un grand nombre d'Ecrivains , qui me
rendoient chaque jour cette matiere plus difficile
il a fallu pour m'éclaircir entierement
feuilleter de grandes Bibliotheques ; j'ai entrepris
dans ce dessein plusieurs voïages à Paris ,
où j'ai consulté avec un travail sans relâche les
plus célebres Ecrivains de l'Histoire , pour connoître
par moi- même tous les Mémoires du
tems : j'ai employé tout mon crédit pour
avoir de l'appui et un accès libre par tout ou
j'ai crû trouver de quoi m'instruire à fond ; j'ai
Jû tous les Registres des Extraordinaires des
Guerres dans la Chambre des Comptes , afin
de connoître parfaitement l'origine de tous les
Corps , ayant dessein de donner une Chronologie
et une filiation exacte de tous les Mestres
de Camp , Colonels Lieutenans Colo .
nels et Majors de chaque Régiment , prouvées
par un état des Capitaines d'année en année
jusqu'au tems qu'ils porterent le nom de Province.
,
.?
N on
JUILLET. 1733. 1597
Non - seulement plusieurs Manuscrits de la
Bibliotheque du Koi m'ont été communiqués ,
mais encore ceux des Particuliers qui me les ont
confiés genereusement. J'ai eu nombre de confêrences
avec les Officiers les plus sçavans dans
ce genre , qui s'interessent à mon Ouvrage , et
qui m'ont envoyé de bons et amples Mémoires :
enfin je n'ai épargné , je le répete , ni peines ,
ni dépenses pour satisfaire le Public ; et comme
cet Ouvrage comprend une matiere infinie , je
ferai toutes les diligences possibles pour ne pas
tomber en défaut , et tenir parole aux Souscripteurs.
Ce n'est point ici une Histoire remplie de
fastueux Evenemens, qui jettent un Lecteur dans
l'anthousiasme , ni hérissée d'épisodes empou
lées qui captivent l'oreille sans nourrir la Science
, et sans toucher le coeur.
C'est un Journal Historique et instructif de
tous les Corps Militaires ; ce sont des descriptions
sinceres des belles actions qu'ils ont faites
depuis leur origine jusqu'à présent ; c'est une
Liste Chronologique de tous les Officiers qui
les ' ont commandés , c'est un sujet nouveau et
varié des plus beaux faits de l'Histoire, Chaque
Officier s'y verra placé dans son rang avec ses
actions héroïques : toutes les familjes y trouveront
leurs Ancêtres avec des avantages qui leur
feront honneur ; ce qu'elles ont ignoré jusqu'à
présent.
Les plus remarquables Evenemens de l'Histoire
de France , depuis Charles IX . jusqu'à la
mort de Louis XIV . seront placez avec un ordre
et des circonstances qui feront d'autant plus
de plaisir , qu'on sçait qu'un habile Ecrivain ne
donne pour l'ordinaire qu'une idée génerale de
toute
1598 MERCURE DE FRANCE
toutes ces choses ; parce qu'un détail circónstancié
et profond , causeroit de la sécheresse à
son Histoire , et interromproit le fil de sa narration
: en effet , il arrive souvent qu'en lisant
les Historiens on n'acquiert qu'une connoissance
confuse ; c'est pourquoi un Lecteur curieux a
besoin , pour s'instruire à fond , qu'un Auteur
n'omette aucun des faits et des actions éclatantes
qui sont arrivées dans chaque tems ; c'est ce
qu'on trouvera dans cet Abregé Chronologique,
Historique , &c, que je promets ici , et qui va
paroître incessamment , puisqu'il renferme tous.
les faits qui regardent la Guerre depuis Charles
IX. les Batailles , les Sieges et les Combats.
particuliers que les Troupes du Roi ont soutenus
une origine de chaque Corps , qu'aucun Ecrivain
n'a pu débrouiller jusqu'à présent , et bien différente
de l'époque où plusieurs l'ont fixée ; enfin
une Chronologie des Mestres de Camp , Colonels
, Lieutenans-Colonels et Majors , depuis
l'Institution de leurs Regimens , avec des Mémoires
pour servir à leur Histoire , et éterniser
leurs noms.
Pour bien connoître cet Ouvrage , il est bon
d'en donner ' ici une idée distincte , afin que le
Public puisse voir par lui- même son utilité et
les fruits qu'il pourra produire.
Il sera divisé en trois parties , dont chacune
comprendra plusieurs volumes.
La premiere partie qui sera subdivisée en
trois Tomes in- quarto , d'environ 600 pages
chacun , renfermera toute la Maison du Roi.
1
La seconde partie , les six vieux Corps , les
petits vieux Corps , et tous les autres Regimens.
selon leur rang , reglé par Louis XI V. en
1666 .
La
SONJUILLET. 1733. 1599
La troisiéme partie , la Cavalerie et tous les
Corps de Dragons existans.
*
Le premier Tome, de la Maison du Roi, traitera
des quatre Compagnies des Gardes du Corps,
des Grenadiers à Cheval , et des Gendarmes de
la Garde
Le second , des Chevaux Legers de la Garde ,
des deux Compagnies des Mousquetaires du Roi,
ét de toute la Gendarmerie.
Le troisiéme , des Gardes Françoises et des
Gardes Suisses.
On verra dans le premier :
1. L'Origine et l'Institution des quatre Com
pagnies des Gardes du Corps , débrouillées et
Axées à une époque plus fidele que celle d'aucun
Ecrivain, appuyées de preaves certaines et palpa
bles , tirées de la Chambre des Comptes.
2
II. La Chronologie des Capitaines des Gardes
Ecossoises , des Lieutenans et Enseignes
avec la date de leurs Commissions , tirée de la
Chambre des Comptes , et accompagnée de
Mémoires pour servir à leur Histoire , excepté
qu'on ne parle des actions des Lieutenans et
Enseignes que depuis que Louis XIV . les cût mis
sur le pied de Compagnie d'Ordonnance.
III. La Chronologie des Capitaines , Lieutenans
et Enseignes de la premiere Compagnie
des Gardes du Corps Françoises , précedée de
son Institution.
IV. La Chronologie des Capitaines , Lieutenans
et Enseignes de la Compagnie de Bethune ,
nommée Graville à son origine , précedée de son
Institution.
V. La Chronologie des Capitaines , Lieutenans
et Enseignes de la Compagnie d'Harcourt,
appellée d'Etrée à son origine , précedée de son
Insti
1600 MERCURE DE FRANCE
Institution , le tout verifié à la Chambre des
Comptes.
Les Eloges que je donne à tous les Officiers ,
sont sinceres , sans flatterie , tantôt étendus , tantôt
courts , riches ou stériles , selon le mérite et
les actions de chacun , tels qu'ils sont parvenus
à ma connoissance.
VI . Un Journal Historique desdites quatre,
Compagnies des Gardes du Corps depuis qu'elles,
ont été établies en Compagnie d'Ordonnance par
Louis XIV . avec ce qu'elles ont fait , tant aux
Sieges qu'aux Batailles sous les Regnes de Louis
XI . Charles VIII. Louis XII . François I. Henry
IV. et Louis XIII.
VI L'Institution des Grenadiers à Cheval
un Journal Historique de leurs actions , une
Chronologie des Capitaines , avec des Memoires
pour servir à leur Histoire.
VIII. L'Origine et l'Institution de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde , leurs changemens
, leurs Privileges , &c . accompagnée d'un
Journal Historique depuis leur création , et d'une
Chronologie des Capitaines , Lieutenans , Enseignes
et Guidons avec des monumens pour
servir à l'Histoire de tous ces Officiers,
Ce premier Volume sera enrichi de dix - huit
Vignettes en Tailles- douces , gravûre de Paris ,
et de près de 800. Armes de la même gravûre .
La premiere qui sera à la tête de l'Institution
quatre Compagnies des Gardes du Corps ,
représentera leurs Attributs et leur devise qui est,
Nec pluribus impar.
des
La seconde , placée à la tête du Journal Histo
rique de ces Compagnies , fera voir leur passage
du Rhin en présence de Louis XIV .
La troisième , posé à la tête de la Chronologie
des
JUILLET. 1733. 1601
des Capitaines des Gardes Ecossoises , représen
tera la sortie des Liegeois de leur Ville par la
breche,pour attaquer la Maison de Louis XI . et
celle du Duc de Bourgogue , qui formoient le
Siege de Liege en 1468 .
La quatrième , posée à la tête de la Chronologie
de la premiere Compagnie des Gardes da
Corps Françoises , sera la Bataille de Fornoire
o Claude de la Châtre , Capitaine de ladite
Compagnie , assistoit Charles VIII . de ses conseils
et de sa valeur .
La cinquième, à la tête des Capitaines de la Compagnie
de Bethune , autrefois Graville , représentera
la Bataille de Ravenne , où cette Compagnie,
appellée pour lors de Crussol , combattit aves
beauconp de valeur en 1512. sous Gaston de Foix,
commandant l'Armée de Louis XII .
La sixième , à la tête de la Compagnie d'Harcour
, à son origine d'Etrées , la Marche du Roy
Charles IX. accompagné de ses Archers de la
Garde , dans le Bataillon quarré des Suisses , escortant
toute la Cour depuis Meaux jusqu'à Paris
, lorsque le Prince de Condé et l'Amiral de
Coligni vinrent attaquer ce Bataillon pour enle
ver le Roy.
Les autres Vignettes des Gardes du Corps , représenteront
toutes les Batailles et Sieges où ils
ont eu quelque part .
Il y aura deux Vignettes pour les Grenadiers
à Cheval.
La premiere, fera voir leurs attributs avec la devise
Undique Terror , undique lethum.
La seconde , l'Assaut donné au Pâté de Valeneiennes,
par où ils entrerent dans la Ville avec les
Mousquetaires du Roy.
Les cinq Vignettes pour les Gendarmes de la
Garde , seront :
1602 MERCURE DE FRANCE
La premiere , les attributs et la devise : Quojabet
iratus Jupiter : elle sera placée à la tête de leur
Institution .
La seconde , mise au commencement du Journal
Historique , sera l'Assaut qu'ils donnerent à
$. Antonin en 1622. pied à terre.
La troisiéme , le Combat de Veillane , et les
deux auttes , la défaite de quatre mille Chevaux
ennemis , dans la marche du Cardinal de la Valette
, de Mayence à Metz en 1635. et celle des
Parisiens au secours de S. Denis en 1652.
Le second Tome contiendra la Compagnie des
Chevaux- Legers de la Garde , les deux Compagnies
des Mousquetaires et la Gendarmerie .
I. Leur Institution , leurs changemens , Privileges
&c.
II. Un Journal Historique depuis leur origine
jusqu'à présent.
III. Une Chronologie de tous les Capitaines-
Lieutenans , Sous- Lieutenans , Enseignes et Cornettes
, avec des instructions pour servir à leur
Histoire , comme aux Gardes du Corps et Gendarmes
, &c. du premier Volume.
IV. L'Institution des Gendarmes Ecossois ,
Anglois , Bourguignons et Flamans.
V. Celle des Gendarmes et Chevaux . Legers
de la Reine , du Dauphin , de Bretagne , d'Anjou
, de Berri et d'Orleans.
Le second Tome sera pareillement enrichi de
17. Vignettes , qui représenteront les attributs ,
les devises de ces Corps et toutes les actions importantes
où ils se sont trouvez , et d'environ
300. Armes de même gravure qu'au premier
Tome .
Enfin le troisiéme renfermera les Gardes Françoises
et Suisses.
I.
JUILLET. 1733 . 1603
1. Le Journal Historique des Gardes Françoires
, précedé de leur Institution.
II. La Chronologie de tous les Mestres de
Camp , Colonels , Lieutenans- Colonels , Majors
et Capitaines parvenus aux dignitez de Maréchaux
de France , Lieutenans Generaux , Maréchaux
de Camp et Brigadiers , avec des remar
ques pour servir à l'Histoire de tous.
III. Une autre Chronologie de tous les Capitaines
qui ont succedé aux XXXIII . Compagnies
depuis leur origine , avec quelques instruc
tions pour servir à leur Histoire .
IV. Une Liste de tous les Officiers qui ont été
taez au service du Roy , accompagnée d'un état
de tous les Officiers du Régiment existans au premier
de Janvier 1732.
V. L'Institution du Régiment des Gardes Suisses,
&e son Journal Historique , avec une Chronologie
des Colonels et Lieutenans - Colonels ,
passant sous silence celle des Majors et des Capi-,
taines qui se sont succedez les uns aux autres depuis
leur création jusqu'aujourd'hui , n'en ayant,
point une connoissance assez exacte.
Ce Volume est encore enrichi de ncuf Vignettes
et de 120. Armes.
Les Armoiries des Officiers seront placées à la.
tête de leur Chronologie.
mes ,
Je ne donne point ici le détail des autres Volume
réservant à le faire sitôt que je sçaurai
que mes trois premiers Tomes auront été favorablement
reçûs du public.
La bonne opinion que j'ai de la Nation Fran-`
çoise , ne me permet pas de douter du succès de
ces trois premiers Tomes , qui renferment la
Maison du Roy ; et je me flate que les Officiers
qui commandent ces illustres Corps , se donneront
1601 MERCURE DE FRANCE
ront les mouvemens nécessaires pour que cer
Ouvrage , qui sera d'une très- grande dépense ,
mais d'une avantageuse utilité , puisse être porté
à sa perfection , en souscrivant pour le premier
Volume.
==
Conditions proposées aux Souscripteurs.
I. Le temps limité pour les Souscriptions , se
ra jusqu'au dernier de Juillet 1733 .
II. On tirera fort peu d'Exemplaires au - delà
du nombre des Souscriptions , ou peut- être point
du tout.
III. Les Souscripteurs payeront en souscrivant
cinq florins argent d'Hollande , A. 5.
Dont restera à payer cinq florins argent
de Hollande , en leur délivrant le
premier Volume , qui sera sans nut retard
, à la fin de cette présente année ,
Cinq florins argent d'Hollande, en leur
délivrant le second Volume ,
Et cinq forins argent d'Hollande , en
délivrant le troisiéme
A. S
A. 5.
A.
Total. A. 20.
Ceux qui n'auront pas souscrit , payeront 30.
forins de Hollande pour les trois Volumes , qui
seront de la même impression , du même caractere
, papier et format que le Programme .
On pourra souscrire : à Paris , chez Bauche , Libraire
du Roy de Portugal , sur le Quay des Augustins
, du côté du Pont- Neuf , à S. Jean le
Desert.
A Lisle, chez Maton, Libraire sur la petite Place.
A Liege, chez Evrand Kints , Libraire et Imprimeur
, en Souverain -Pont , à la nouvelle Imprimerie
A
JUILLET. 1733. 1605
A Amsterdam , chez Changuion, Libraire dans
la Calver - Straet.
A la Haye , chez Scheurleer , Libraire.
Et chez les principaux Libraires des Pays Etran
gers.
mais comme
Le temps limité pour les Souscriptions étoit , com
on voit , jusqu'au dernier de Juillet ;
le public n'a pu être informé de cette circonstance
aussi-tôt qu'on se l'étoit proposé, etpour ôter tout sujet
de plainte , on avertit qu'on a prorogé ce terme
d'un mois , et qu'on pourra souscrire jusqu'au dernier
d'Aoút.
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Résumé : Abregé Chronologique et Historique de l'Origine et du Progrès des Troupes de France, &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Abrégé Chronologique et Historique de l'Origine, du Progrès et de l'état actuel de toutes les Troupes de France' est un prospectus publié en juillet 1732. L'auteur, encouragé par ses amis, a réalisé une recherche approfondie sur les troupes françaises, motivé par l'amour du détail et le désir de combler les lacunes historiques. Il reconnaît la difficulté de satisfaire toutes les critiques mais espère réussir grâce à ses découvertes et à la résolution des oublis historiques. L'auteur souligne que jusqu'alors, aucun historien n'avait compilé un journal historique complet des régiments français. Le Père Daniel, bien qu'ayant perçu l'importance de ce projet, n'avait pu le réaliser en raison du manque de clarté et de l'oubli des officiers. Stimulé par ces défis, l'auteur a entrepris des recherches exhaustives, consulté de nombreuses bibliothèques et archives, et recueilli des mémoires et des témoignages d'officiers savants. L'ouvrage est structuré en trois parties, chacune comprenant plusieurs volumes. La première partie traite de la Maison du Roi, la seconde des vieux corps et des régiments, et la troisième de la cavalerie et des dragons. Le premier tome de la Maison du Roi inclut des détails sur les Gardes du Corps, les Grenadiers à Cheval, et les Gendarmes de la Garde, avec des chronologies des officiers, des journaux historiques de leurs actions, et des vignettes illustrant leurs exploits. Le document présente également une série de volumes historiques dédiés aux différentes unités militaires françaises et étrangères au service du roi. Le premier tome traite des Gendarmes Ecossois, Anglois, Bourguignons et Flamans, ainsi que des Gendarmes et Chevaux Légers de la Reine, du Dauphin, de Bretagne, d'Anjou, de Berri et d'Orléans. Il inclut 17 vignettes représentant les attributs et devises de ces corps, ainsi que 300 armoiries. Le deuxième tome se concentrera sur les Gardes Françoises et Suisses. Le troisième tome contiendra des informations sur les Gardes Françoises et Suisses, avec des chronologies des officiers et des remarques historiques. Chaque volume est enrichi de vignettes et d'armoiries. Les souscriptions pour ces volumes sont ouvertes jusqu'au 31 août 1733, avec un coût total de 20 florins pour les trois tomes. Les souscripteurs peuvent payer en plusieurs fois, tandis que ceux qui n'auront pas souscrit paieront 30 florins. Les souscriptions peuvent être faites auprès de plusieurs libraires à Paris, Lille, Liège, Amsterdam et La Haye.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 314-317
EXTRAIT d'une Lettre de M. D. D. dans laquelle il est parlé d'un Ouvrage historique, nouveau.
Début :
Vous n'êtes pas bien informé au sujet de l'Ouvrage dont vous me parlez ; [...]
Mots clefs :
Histoire, Empires, Égypte, Grèce, Fable, Histoires, Siècle, Origine, Histoire sainte
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de M. D. D. dans laquelle il est parlé d'un Ouvrage historique, nouveau.
EXTRAIT d'une Lettre de M. D. D.
dans laquelle il est parlé d'un Ouvrage
Historique , nouveau.
V
Ous n'êtes pas bien informé au sujet
de l'Ouvrage dont vous me parlez ;
vous en jugerez par ma Réponse. Voici
d'abord le titre de quatre des premiers
volumes qui viennent de paroître.
HISTOIRE des Empires et des Republiques
, depuis le Déluge jusqu'à J. C. où
l'on voit dans celle d'Egypte et d'Asie , la
liaison de l'Histoire Sainte avec la , Profane
; et dans celle de la Grece , le rapport
de la Fable avec l'Histoire . A Paris, chez
Simart , au Dauphin , ruë S. Jacques ; et
surle Quai des Augustins, chez Jean Roüan,
à la Colonne d'Hercule.
L'Auteur déclare dans son Discours
Préliminaire que c'est l'Histoire ancienne
de M. Rollin, qui lui a fait naître la pensée
de l'Ouvrage qu'il donne au public ;
et il a cru que ce même empressement
avec lequel on a lû ce que ce judicieux
Ecrivain en a donné , feroit recevoir avec
plaisir ce sujet traité dans son entier ;
d'autant plus que c'est icy un Plan nouveau
; et voici les differences de l'une à
l'autre.
1° . L'Histoire ancienne ne commence à
E3-
FEVRIER 1731- 315
entrer dans quelque détail que vers le
cinq ou sixième siècle avant J. C. et celle
des Empires remonte jusqu'aux temps
voisins du Déluge , dans l'origine des
premieres peuplades.
2º. Celle - là mêle toutes les Histoires
ensemble ; traitant alternativement de
l'Egypte , de l'Asie , de la Grece , ou de
la Thrace ; et celle- cy prend chaque Histoire
en particulier , dont elle fait voir
par la suite d'un même discours , l'origine
, les progrès et la décadence.
3. On ne s'est point attaché à donner
dans la premiere une succession suivie
des Rois qui ont occupé les Thrônes de
l'Egypte et de la Grece . Dans la seconde
on trouve une suite des uns et des autres,
jusqu'au temps d'Abraham , avec l'Histoire
de leurs Regnes.
4. M. Rollin n'a point voulu donner
de Chronologie , sur l'antiquité. L'Auteur
de l'Histoire des Empires l'a recueillie
de Jules Affricain , d'Eusebe et de
Syncelle ; et il donne tant pour l'Egypte
que pour la Grece et l'Asie , les preuves
de son systême .
5. La liaison de l'Histoire Sainte avec
la Profane , lui fait encore un objet particulier.
L'Historique du Pentateuque
des Livres des Rois et des Prophetes ne
souf
316 MERCURE DE FRANCE
souffre de si grandes difficultez que
parce qu'on ne sçait pas les Histoires
Etrangeres , qui y ont rapport. Icy l'on
s'est appliqué à joindre l'un avec l'autre ;
et le second volume est tout entier pour
lever ces obscuritez .
6. Dans l'Histoire ancienne on a passé
tout ce qui regarde la Fable; et cette matiere
a paru importante et curieuse à l'Auteur
de l'Histoire des Empires. Il donne la
Fable pour ce qu'elle est ; c'est - à -dire ,
qu'il la laisse quelquefois Fable, quoique
le plus souvent et presque par tout il la
ramené à la verité de l'Histoire , faisant
voir que ce que les Poëtes en ont dit , se
trouve conforme aux plus anciens Monumens
de l'Antiquité ; et en particulier ,
aux Apologistes de la Religion chrétienne.
Il remonte jusqu'à l'origine de la Mytologie
; Acmon , Urane , Saturne , Jupiter
, dont il fixe les siècles , avant la vocation
d'Abraham , et montre qu'on ne
peut , sans une singularité téméraire , accuser
leurs Histoires de faits controuvez.
On peut dire que cet Ouvrage sert de
Préliminaire à la lecture de nos Livres
Saints , à celle des Apologistes , des Poëtes
, des anciens Historiens , et de l'Histoire
Ecclésiastique , où il finira , après
avoir
FEVRIER. 1734 317
avoir éclairci tous les siècles qui l'ont
précédée. On vend aussi avec le Livre ,
ou séparément , deux grandes Cartes
Chronologiques , qui montrent la concurrence
de toutes les Histoires , siécle
par siecle , depuis la création jusqu'à J.C.
dans laquelle il est parlé d'un Ouvrage
Historique , nouveau.
V
Ous n'êtes pas bien informé au sujet
de l'Ouvrage dont vous me parlez ;
vous en jugerez par ma Réponse. Voici
d'abord le titre de quatre des premiers
volumes qui viennent de paroître.
HISTOIRE des Empires et des Republiques
, depuis le Déluge jusqu'à J. C. où
l'on voit dans celle d'Egypte et d'Asie , la
liaison de l'Histoire Sainte avec la , Profane
; et dans celle de la Grece , le rapport
de la Fable avec l'Histoire . A Paris, chez
Simart , au Dauphin , ruë S. Jacques ; et
surle Quai des Augustins, chez Jean Roüan,
à la Colonne d'Hercule.
L'Auteur déclare dans son Discours
Préliminaire que c'est l'Histoire ancienne
de M. Rollin, qui lui a fait naître la pensée
de l'Ouvrage qu'il donne au public ;
et il a cru que ce même empressement
avec lequel on a lû ce que ce judicieux
Ecrivain en a donné , feroit recevoir avec
plaisir ce sujet traité dans son entier ;
d'autant plus que c'est icy un Plan nouveau
; et voici les differences de l'une à
l'autre.
1° . L'Histoire ancienne ne commence à
E3-
FEVRIER 1731- 315
entrer dans quelque détail que vers le
cinq ou sixième siècle avant J. C. et celle
des Empires remonte jusqu'aux temps
voisins du Déluge , dans l'origine des
premieres peuplades.
2º. Celle - là mêle toutes les Histoires
ensemble ; traitant alternativement de
l'Egypte , de l'Asie , de la Grece , ou de
la Thrace ; et celle- cy prend chaque Histoire
en particulier , dont elle fait voir
par la suite d'un même discours , l'origine
, les progrès et la décadence.
3. On ne s'est point attaché à donner
dans la premiere une succession suivie
des Rois qui ont occupé les Thrônes de
l'Egypte et de la Grece . Dans la seconde
on trouve une suite des uns et des autres,
jusqu'au temps d'Abraham , avec l'Histoire
de leurs Regnes.
4. M. Rollin n'a point voulu donner
de Chronologie , sur l'antiquité. L'Auteur
de l'Histoire des Empires l'a recueillie
de Jules Affricain , d'Eusebe et de
Syncelle ; et il donne tant pour l'Egypte
que pour la Grece et l'Asie , les preuves
de son systême .
5. La liaison de l'Histoire Sainte avec
la Profane , lui fait encore un objet particulier.
L'Historique du Pentateuque
des Livres des Rois et des Prophetes ne
souf
316 MERCURE DE FRANCE
souffre de si grandes difficultez que
parce qu'on ne sçait pas les Histoires
Etrangeres , qui y ont rapport. Icy l'on
s'est appliqué à joindre l'un avec l'autre ;
et le second volume est tout entier pour
lever ces obscuritez .
6. Dans l'Histoire ancienne on a passé
tout ce qui regarde la Fable; et cette matiere
a paru importante et curieuse à l'Auteur
de l'Histoire des Empires. Il donne la
Fable pour ce qu'elle est ; c'est - à -dire ,
qu'il la laisse quelquefois Fable, quoique
le plus souvent et presque par tout il la
ramené à la verité de l'Histoire , faisant
voir que ce que les Poëtes en ont dit , se
trouve conforme aux plus anciens Monumens
de l'Antiquité ; et en particulier ,
aux Apologistes de la Religion chrétienne.
Il remonte jusqu'à l'origine de la Mytologie
; Acmon , Urane , Saturne , Jupiter
, dont il fixe les siècles , avant la vocation
d'Abraham , et montre qu'on ne
peut , sans une singularité téméraire , accuser
leurs Histoires de faits controuvez.
On peut dire que cet Ouvrage sert de
Préliminaire à la lecture de nos Livres
Saints , à celle des Apologistes , des Poëtes
, des anciens Historiens , et de l'Histoire
Ecclésiastique , où il finira , après
avoir
FEVRIER. 1734 317
avoir éclairci tous les siècles qui l'ont
précédée. On vend aussi avec le Livre ,
ou séparément , deux grandes Cartes
Chronologiques , qui montrent la concurrence
de toutes les Histoires , siécle
par siecle , depuis la création jusqu'à J.C.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de M. D. D. dans laquelle il est parlé d'un Ouvrage historique, nouveau.
La lettre présente un nouvel ouvrage historique intitulé 'HISTOIRE des Empires et des Republiques, depuis le Déluge jusqu'à J. C.' Cet ouvrage explore les liens entre l'Histoire Sainte et l'Histoire Profane, notamment en Égypte et en Asie, ainsi que le rapport entre la Fable et l'Histoire en Grèce. Il est disponible à Paris chez Simart et Jean Roüan. L'auteur s'inspire de l'Histoire ancienne de M. Rollin, mais introduit six différences clés : son récit commence dès les temps voisins du Déluge, traite chaque histoire séparément, fournit une succession des rois en Égypte et en Grèce jusqu'à Abraham, inclut une chronologie basée sur Jules Africain, Eusèbe et Syncelle, lie l'Histoire Sainte à l'Histoire Profane, et intègre la Fable en la reliant aux monuments de l'Antiquité. L'ouvrage est conçu comme un préliminaire à la lecture des Livres Saints, des Apologistes, des Poètes, des anciens Historiens et de l'Histoire Ecclésiastique. Il est accompagné de deux grandes cartes chronologiques couvrant les siècles depuis la création jusqu'à J. C.
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9
p. 485-493
LETTRE du S. de l'Eglise d'Auxerre, à M.... Chanoine de l'Eglise de C. touchant les traditions populaires, au sujet de l'occurrence de la Fête de Pâques, au 25 Avril.
Début :
Vous êtes, sans doute, informé, Monsieur, des Traditions, qui courent [...]
Mots clefs :
Traditions populaires, Fête de Pâques, Dieu, Saint Jean, Tables, Intervalle, Fête-Dieu, Peuple, Litanies, Origine
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE du S. de l'Eglise d'Auxerre, à M.... Chanoine de l'Eglise de C. touchant les traditions populaires, au sujet de l'occurrence de la Fête de Pâques, au 25 Avril.
LETTRE du S. de l'Eglise d'Auxerre
à M.... Chanoine de l'Eglise de C.
touchant les traditions populaires, au sujet
de Poccurrence de la Fête de Pâques , an
25 Avril.
V
Ous êtes , sans doute , informé ;;
Monsieur , des Traditions , qui
courent parmi le Peuple , touchant les
années où la Fête de Pâques arrive le 25
Avril , telle que sera l'année prochaine
1734. Il résulte de cette occurrence qu'en
ces années là , la Fête- Dieu se trouve le
24 Juin jour de la Nativité de S. Jean-
D iij
Bap486
MERCURE DE FRANCE
Baptiste , et c'est par rapport à cette .
rencontre qu'il est né un certain Proverbe
touchant la fin du Monde. Pour
en faire voir l'illusion , il me semble qu'il
suffit d'en découvrir l'origine ou plutôt
la
nouveauté.Chacun sçait que la Solemnité
de la Fête Dieu n'a commencé qu'au
treizième siècle . A vant ce tems- là , Pâques
arrivoit quelquefois le 25 Avril, et laNativité
de S. Jean se célébroit le 24 Juin en
son véritable jour sans être transferée . Ce
n'est donc que depuis qu'on a prévû
qu'on seroit obligé de déplacer S. Jean
pour y mettre le Messie dont il a été le
Précurseur , qu'on peut avoir imaginé
une pareille opinion ; et probablement
elle ne s'est formée qu'à la fin du treiziéme
siécle ou durant le quatorziéme,; en effet
comme on fut près de deux cent- cinquante
ans sans voir arriver Pâques le 25
Avril , la rareté de l'éyenement aura pû
porter à inventer quelques dictons làdessus
. Et comme les Tables Pascales
n'étoient point entre les mains de tout
le monde , et qu'on se contentoit d'attacher
chaque année au Cierge Pascal la
Table des Fêtes mobiles de l'année seulement,
peu de personnes étoient en état
de prévoir quand Pâques arriveroit le 23
Avril , et le plus grand nombre ignoroit
comMARS
1734. 487
combien de fois cette Fête étoit arrivée
ce jour -là depuis l'établissement duChristianisme.
Pour mettre donc au fait le
Public de cette connoissance , qu'il étoit
difficile d'avoir communément avant l'origine
de l'Impression , il est bon de
jeter la vue sur les Tables Chronologiques
que nous ont données M. Robert
dans sa Gaule Chrétienne, et M.du Cange
dans son Glossaire de la basse Latinité. Je
les ai examinées, et principalement la nouvelle
Edition qui vient d'être publiée
par deux sçavans Benedictins. Quoiqu'il
y soit resté quelques fautes que l'Imprimeur
n'a pû apparemment éviter dans
une si grande multitude de chiffres et
de Lettres initiales , je ne laisserai
tabler dessus et de représenter combien
de fois la Fête de Pâques est arrivée le
25. Avril depuis l'origine de la Religion
que nous professons . Ces Tables nous
apprennent que cette rencontre s'est déja
trouvée treize fois , et les voicy.
L'an 45. de Jesus- Christ.
pas
de
L'an 140.
L'an 1014.
L'an 1109 .
L'an 387.
L'an 482.
L'an 1204.
L'an 1415.
L'an 577
L'an , 672 .
L'an 1546.
L'an 919. L'an 1666.
Dirij Vous
488 MERCURE DE FRANCE
Vous reconnoîtrez par la vérification
que vous en pouvez faire , que j'ai regardé
avec raison comme des fautes d'impression
dans la derniere Edition de ces
Tables , que Pâques ait été marqué pour
les années 137. et 1022. ans au 25. Avril ,
au lieudu 25. Mars ; c'est ce qui est rendu
sensible par la Lettre Dominicale qui
convient à ces mêmes années ; vous avouerez
aussi qu'à l'année 672. ces mêmes
Tables contiennent une faute toute contraire
, mettant cette Fête au 25. Mars
au licu du 25. Avril . Mais ceci soit dit
en passant. Revenons au fait et instruisons
le vulgaire. On fut depuis l'an 1204.
jusqu'à l'an 1451. sans voir celebrer la
Fête de Pâques le 25. Avril , c'est- àdire
à peu près deux siecles et demi. Environ
dans le tiers de cet intervalle la
Fête- Dieu fut établie dans les Eglises
d'Occident. Alors il n'y avoit personne
sur terre qui pût avoir vû l'an 1204. et
l'on ne prévoyoit point que de long-temps
l'occurrence pût arriver que cette nouvelle
Fête fit cesser celle de S. Jean ; le
Peuple en conclut aisément que ce ne
seroit qu'à la fin du Monde , et il fut
facile d'imaginer des mysticitez sur cette
rencontre, toute fortuite qu'elle est . Telle
est , selon ma pensée , l'origine de l'idée
роры-
MAR S. 1734. 489
populaire sur la concurrence des deux
Fêtes. Quoiqu'il ne soit pas tout- à - fait
si rare de voir arriver Pâques le 24 Avril ,
et parconséquent la Fête Dieu le 23 .
Juin , veille de la S. Jean , les Peuples
n'ont laissé d'inventer aussi un proverbe
à ce sujet , et de dire en ces sortes
de rencontres :
pas
·
Quand Jeanfait jeûner Dieu ,
La Paix regne en tout lieu.
Mais la fausseté de cet axiome vul
gaire a été si palpable de nos jours , qu'on
doit conclure que la Tradition n'est pas
mieux fondée d'un côté que d'un autre.
Qui, en effet, peut assurer qu'on jouissoit
d'une paix universelle l'an 1707. auquel
Jean fit jeûner Dieu , c'est à dire, que la
Fête de S. Jean étant arrivée le second
Vendredi d'après la Pentecôte , il fallut
observer le jeûne ( du moins en certains
Pays ) le jour précedent , qui étoit le
Jeudi de la grande Solemnité de la Fête-
Dieu ? Il est également faux de dire que
la paix regnât en tout lieu l'an 1639.
qui étoit dans le même cas. Et si l'on
vouloit prendre la peine de remonter à
toutes les années où se trouvent de telles
concurrences , pour une qu'on remarqueroit
avoir été paisible en France , on ers
D v trou-
*
490 MERCURE DE FRANCE
trouveroit trois autres qui auroient été
tumultueuses dans le Royaume , ou ailleurs.
Il en est de ces traditions comme
de celle qui courut sur la fin du dixiéme
siécle ; on croyoit alors que lorsque la
Fête de l'Annonciation arriveroit le Vendredy
Saint , le monde finiroit. Richard ,
Abbé de Saint- Benoît sur Loire , ordonna
à Abbon l'un de ses Religieux d'écrire
là - dessus , pour désabuser le Peuple qui
croyoit que dès que l'on compteroit l'an
mille , le Jugement viendroit . Ce fut en
992 que l'Annonciation arriva le Ven
dredy- Saint , et elle étoit déja arrivée le
mêmejour onze ans auparavant.
Si le peuple étoit capable d'entrer dans
des examens de Chronologie , il verroit
que tous les changemens annuels de la
solemnité Pascale sont appuyez sur certaines
révolutions reglées , et sont déterminés
par le cours des astres à un certain
intervalle que l'intervalle ordinaire
entre deux Pâques du 25 Avril est
de 95 ans mais qu'après que cet intervalle
a eu lieu trois fois , il en faut admettre
un de 247 ans , après quoi suit
encore à trois reprises d'intervalle de 95
ans , avant que celui de 247 ans revienne.
C'est ce qui paroît dans l'extrait des
Tables que je vous ai representé ci- dessus.
De
MARS 1734. 491
De l'année 45 de Jesus- Christ à l'année
140 , il y a 95 ans. De l'année 145 à
celle de 387 , il y a 247 ans. De 387 à
482 il y a 95 ans. De 482 à 577 il y a
95 ans, De 577 à 672 il y a pareillement
95 ans. Mais de 672 à 919 il y a 247 ans.
Après cela on compte comme on a déja
fait deux fois ; de 919 à 1014 , il y a 95
ans. De 1014 à 1109 aussi 95 ans ; et de
1109 à 1204 pareille quantité de 95 ans.
Suit le grand intervalle de 247 ans depuis
l'an 1204 jusqu'à l'an 1451. Et enfin
de 1451 à 1546 il y a 95 ans. On auroit
continué encore deux fois 95 ans sans
la réforme du Calendrier qui fût faite à
Rome en 1582 , par laquelle on retrancha
tout à coup dix jours du mois
d'Octobre de cette année- là ; c'est ce qui
fit
que la premiere Pâque du 25 Avril au
lieu de revenir l'an 1641 ar bout de 95
ans , n'est arrivée que 25 ns après ,
c'est-à- dire au bout de 120
is après la
précédente ; et la seconde Pâques du
même 25 Avril , au lieu d'être differée
jusqu'en 1736 au bout de 95 ans reïterez ,
a été fixée à l'an 1734. après lequel temis
je ne sçai en quelle année elle reviendra .
Vous avez dû apprendre par le Journal
des Scavans du présent mois de May à
l'article des Nouvelles Litteraires de
#
D vj
Flo-
༥
492 MERCURE DE FRANCE
Florence ; qu'un Curé du Diocèse de
Pistoye en Italie , ptétend démontrer
dans un nouveau Traité sur la Fête de
Pâques , que la Réformation Grégoriene
a besoin d'être reformée elle -même
à cause des erreurs qu'elle contient par
rapport à la Fête de Pâques . Attendons
que cet Ouvrage soit venu jusqu'à nous
pour juger de ces erreurs , et si le calcul
Grégorien des Clefs de la Fête de
Pâques est sujet à des inconvéniens prévus.
>
Il n'est pas à souhaitter pour la tranquillité
des Rubriquaires Ecclesiastiques
que la Fête de Pâques revienne souvent
le 25 Avril . Vous scavez que c'est un
jour qui a été chargé successivement de
deux différentes cérémonies , toutes les
deux incompatibles avec cette Fête : Premierement
on y établit à Rome une Procession
de pénitence qui a été reçûe dans
presque toutes les Eglises de l'Occident ;
et que depuis ce tems - là on y aussi attaché
la Fête de l'Evangeliste S. Marc. A
l'égard de la premiere , je croi que vous
ne doutez point , non plus. que moi ,
ce que je tiens de feu M. l'Abbé Chastelain
, Chanoine de N. D. de Paris , que
le
25 Avril avoit été consacré cbez les
Payens par des Processions pour les biens
de
de
MARS 1734: 497
de la Terre ; ce qu'ils appelloient les Robigales
ou les Ambarvales , ( circonstarce
ignorée par M. Baillet , ) et qu'en
mémoire de cela on éloigne encore à
Rome le moins qu'il est possible du 25.
Avril les Litanies Chrétiennes qui y ont
été substituées. Je ne puis vous entrete
nir cette fois- cy de la raison qui a fait
tourner l'annonce de cette Procession ,
de la maniere dont elle l'est dans les
Brefs d'Auxerre , que l'on a tâché depuis
quinze ans de rendre les plus curieux et
les plus instructifs de tout le Royaume .
En attendant que je m'étende là - dessus
dans un petit Traité sur les Processions
du Paganisme , observez , s'il vous plaît ,
que c'est avec prudence que , si l'on n'a
pas fixé les Litanies Romaines plus avant
dans l'année que le 25. Avril , c'a été
vrai - semblablement de crainte qu'elles ne
concourussent quelquefois avec les Litaniès
Gallicanes , appellées Rogations , qui
peuvent arriver le 27. 28. et 19. Avril
lorsque Pâques a été le 22. Mars ; et parce
que l'Eglise de Rome a été bien aise
que les Litanies fussent toujours célebrées
les premieres.
Ce 28. May 1733 .
à M.... Chanoine de l'Eglise de C.
touchant les traditions populaires, au sujet
de Poccurrence de la Fête de Pâques , an
25 Avril.
V
Ous êtes , sans doute , informé ;;
Monsieur , des Traditions , qui
courent parmi le Peuple , touchant les
années où la Fête de Pâques arrive le 25
Avril , telle que sera l'année prochaine
1734. Il résulte de cette occurrence qu'en
ces années là , la Fête- Dieu se trouve le
24 Juin jour de la Nativité de S. Jean-
D iij
Bap486
MERCURE DE FRANCE
Baptiste , et c'est par rapport à cette .
rencontre qu'il est né un certain Proverbe
touchant la fin du Monde. Pour
en faire voir l'illusion , il me semble qu'il
suffit d'en découvrir l'origine ou plutôt
la
nouveauté.Chacun sçait que la Solemnité
de la Fête Dieu n'a commencé qu'au
treizième siècle . A vant ce tems- là , Pâques
arrivoit quelquefois le 25 Avril, et laNativité
de S. Jean se célébroit le 24 Juin en
son véritable jour sans être transferée . Ce
n'est donc que depuis qu'on a prévû
qu'on seroit obligé de déplacer S. Jean
pour y mettre le Messie dont il a été le
Précurseur , qu'on peut avoir imaginé
une pareille opinion ; et probablement
elle ne s'est formée qu'à la fin du treiziéme
siécle ou durant le quatorziéme,; en effet
comme on fut près de deux cent- cinquante
ans sans voir arriver Pâques le 25
Avril , la rareté de l'éyenement aura pû
porter à inventer quelques dictons làdessus
. Et comme les Tables Pascales
n'étoient point entre les mains de tout
le monde , et qu'on se contentoit d'attacher
chaque année au Cierge Pascal la
Table des Fêtes mobiles de l'année seulement,
peu de personnes étoient en état
de prévoir quand Pâques arriveroit le 23
Avril , et le plus grand nombre ignoroit
comMARS
1734. 487
combien de fois cette Fête étoit arrivée
ce jour -là depuis l'établissement duChristianisme.
Pour mettre donc au fait le
Public de cette connoissance , qu'il étoit
difficile d'avoir communément avant l'origine
de l'Impression , il est bon de
jeter la vue sur les Tables Chronologiques
que nous ont données M. Robert
dans sa Gaule Chrétienne, et M.du Cange
dans son Glossaire de la basse Latinité. Je
les ai examinées, et principalement la nouvelle
Edition qui vient d'être publiée
par deux sçavans Benedictins. Quoiqu'il
y soit resté quelques fautes que l'Imprimeur
n'a pû apparemment éviter dans
une si grande multitude de chiffres et
de Lettres initiales , je ne laisserai
tabler dessus et de représenter combien
de fois la Fête de Pâques est arrivée le
25. Avril depuis l'origine de la Religion
que nous professons . Ces Tables nous
apprennent que cette rencontre s'est déja
trouvée treize fois , et les voicy.
L'an 45. de Jesus- Christ.
pas
de
L'an 140.
L'an 1014.
L'an 1109 .
L'an 387.
L'an 482.
L'an 1204.
L'an 1415.
L'an 577
L'an , 672 .
L'an 1546.
L'an 919. L'an 1666.
Dirij Vous
488 MERCURE DE FRANCE
Vous reconnoîtrez par la vérification
que vous en pouvez faire , que j'ai regardé
avec raison comme des fautes d'impression
dans la derniere Edition de ces
Tables , que Pâques ait été marqué pour
les années 137. et 1022. ans au 25. Avril ,
au lieudu 25. Mars ; c'est ce qui est rendu
sensible par la Lettre Dominicale qui
convient à ces mêmes années ; vous avouerez
aussi qu'à l'année 672. ces mêmes
Tables contiennent une faute toute contraire
, mettant cette Fête au 25. Mars
au licu du 25. Avril . Mais ceci soit dit
en passant. Revenons au fait et instruisons
le vulgaire. On fut depuis l'an 1204.
jusqu'à l'an 1451. sans voir celebrer la
Fête de Pâques le 25. Avril , c'est- àdire
à peu près deux siecles et demi. Environ
dans le tiers de cet intervalle la
Fête- Dieu fut établie dans les Eglises
d'Occident. Alors il n'y avoit personne
sur terre qui pût avoir vû l'an 1204. et
l'on ne prévoyoit point que de long-temps
l'occurrence pût arriver que cette nouvelle
Fête fit cesser celle de S. Jean ; le
Peuple en conclut aisément que ce ne
seroit qu'à la fin du Monde , et il fut
facile d'imaginer des mysticitez sur cette
rencontre, toute fortuite qu'elle est . Telle
est , selon ma pensée , l'origine de l'idée
роры-
MAR S. 1734. 489
populaire sur la concurrence des deux
Fêtes. Quoiqu'il ne soit pas tout- à - fait
si rare de voir arriver Pâques le 24 Avril ,
et parconséquent la Fête Dieu le 23 .
Juin , veille de la S. Jean , les Peuples
n'ont laissé d'inventer aussi un proverbe
à ce sujet , et de dire en ces sortes
de rencontres :
pas
·
Quand Jeanfait jeûner Dieu ,
La Paix regne en tout lieu.
Mais la fausseté de cet axiome vul
gaire a été si palpable de nos jours , qu'on
doit conclure que la Tradition n'est pas
mieux fondée d'un côté que d'un autre.
Qui, en effet, peut assurer qu'on jouissoit
d'une paix universelle l'an 1707. auquel
Jean fit jeûner Dieu , c'est à dire, que la
Fête de S. Jean étant arrivée le second
Vendredi d'après la Pentecôte , il fallut
observer le jeûne ( du moins en certains
Pays ) le jour précedent , qui étoit le
Jeudi de la grande Solemnité de la Fête-
Dieu ? Il est également faux de dire que
la paix regnât en tout lieu l'an 1639.
qui étoit dans le même cas. Et si l'on
vouloit prendre la peine de remonter à
toutes les années où se trouvent de telles
concurrences , pour une qu'on remarqueroit
avoir été paisible en France , on ers
D v trou-
*
490 MERCURE DE FRANCE
trouveroit trois autres qui auroient été
tumultueuses dans le Royaume , ou ailleurs.
Il en est de ces traditions comme
de celle qui courut sur la fin du dixiéme
siécle ; on croyoit alors que lorsque la
Fête de l'Annonciation arriveroit le Vendredy
Saint , le monde finiroit. Richard ,
Abbé de Saint- Benoît sur Loire , ordonna
à Abbon l'un de ses Religieux d'écrire
là - dessus , pour désabuser le Peuple qui
croyoit que dès que l'on compteroit l'an
mille , le Jugement viendroit . Ce fut en
992 que l'Annonciation arriva le Ven
dredy- Saint , et elle étoit déja arrivée le
mêmejour onze ans auparavant.
Si le peuple étoit capable d'entrer dans
des examens de Chronologie , il verroit
que tous les changemens annuels de la
solemnité Pascale sont appuyez sur certaines
révolutions reglées , et sont déterminés
par le cours des astres à un certain
intervalle que l'intervalle ordinaire
entre deux Pâques du 25 Avril est
de 95 ans mais qu'après que cet intervalle
a eu lieu trois fois , il en faut admettre
un de 247 ans , après quoi suit
encore à trois reprises d'intervalle de 95
ans , avant que celui de 247 ans revienne.
C'est ce qui paroît dans l'extrait des
Tables que je vous ai representé ci- dessus.
De
MARS 1734. 491
De l'année 45 de Jesus- Christ à l'année
140 , il y a 95 ans. De l'année 145 à
celle de 387 , il y a 247 ans. De 387 à
482 il y a 95 ans. De 482 à 577 il y a
95 ans, De 577 à 672 il y a pareillement
95 ans. Mais de 672 à 919 il y a 247 ans.
Après cela on compte comme on a déja
fait deux fois ; de 919 à 1014 , il y a 95
ans. De 1014 à 1109 aussi 95 ans ; et de
1109 à 1204 pareille quantité de 95 ans.
Suit le grand intervalle de 247 ans depuis
l'an 1204 jusqu'à l'an 1451. Et enfin
de 1451 à 1546 il y a 95 ans. On auroit
continué encore deux fois 95 ans sans
la réforme du Calendrier qui fût faite à
Rome en 1582 , par laquelle on retrancha
tout à coup dix jours du mois
d'Octobre de cette année- là ; c'est ce qui
fit
que la premiere Pâque du 25 Avril au
lieu de revenir l'an 1641 ar bout de 95
ans , n'est arrivée que 25 ns après ,
c'est-à- dire au bout de 120
is après la
précédente ; et la seconde Pâques du
même 25 Avril , au lieu d'être differée
jusqu'en 1736 au bout de 95 ans reïterez ,
a été fixée à l'an 1734. après lequel temis
je ne sçai en quelle année elle reviendra .
Vous avez dû apprendre par le Journal
des Scavans du présent mois de May à
l'article des Nouvelles Litteraires de
#
D vj
Flo-
༥
492 MERCURE DE FRANCE
Florence ; qu'un Curé du Diocèse de
Pistoye en Italie , ptétend démontrer
dans un nouveau Traité sur la Fête de
Pâques , que la Réformation Grégoriene
a besoin d'être reformée elle -même
à cause des erreurs qu'elle contient par
rapport à la Fête de Pâques . Attendons
que cet Ouvrage soit venu jusqu'à nous
pour juger de ces erreurs , et si le calcul
Grégorien des Clefs de la Fête de
Pâques est sujet à des inconvéniens prévus.
>
Il n'est pas à souhaitter pour la tranquillité
des Rubriquaires Ecclesiastiques
que la Fête de Pâques revienne souvent
le 25 Avril . Vous scavez que c'est un
jour qui a été chargé successivement de
deux différentes cérémonies , toutes les
deux incompatibles avec cette Fête : Premierement
on y établit à Rome une Procession
de pénitence qui a été reçûe dans
presque toutes les Eglises de l'Occident ;
et que depuis ce tems - là on y aussi attaché
la Fête de l'Evangeliste S. Marc. A
l'égard de la premiere , je croi que vous
ne doutez point , non plus. que moi ,
ce que je tiens de feu M. l'Abbé Chastelain
, Chanoine de N. D. de Paris , que
le
25 Avril avoit été consacré cbez les
Payens par des Processions pour les biens
de
de
MARS 1734: 497
de la Terre ; ce qu'ils appelloient les Robigales
ou les Ambarvales , ( circonstarce
ignorée par M. Baillet , ) et qu'en
mémoire de cela on éloigne encore à
Rome le moins qu'il est possible du 25.
Avril les Litanies Chrétiennes qui y ont
été substituées. Je ne puis vous entrete
nir cette fois- cy de la raison qui a fait
tourner l'annonce de cette Procession ,
de la maniere dont elle l'est dans les
Brefs d'Auxerre , que l'on a tâché depuis
quinze ans de rendre les plus curieux et
les plus instructifs de tout le Royaume .
En attendant que je m'étende là - dessus
dans un petit Traité sur les Processions
du Paganisme , observez , s'il vous plaît ,
que c'est avec prudence que , si l'on n'a
pas fixé les Litanies Romaines plus avant
dans l'année que le 25. Avril , c'a été
vrai - semblablement de crainte qu'elles ne
concourussent quelquefois avec les Litaniès
Gallicanes , appellées Rogations , qui
peuvent arriver le 27. 28. et 19. Avril
lorsque Pâques a été le 22. Mars ; et parce
que l'Eglise de Rome a été bien aise
que les Litanies fussent toujours célebrées
les premieres.
Ce 28. May 1733 .
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Résumé : LETTRE du S. de l'Eglise d'Auxerre, à M.... Chanoine de l'Eglise de C. touchant les traditions populaires, au sujet de l'occurrence de la Fête de Pâques, au 25 Avril.
La lettre du Seigneur de l'Église d'Auxerre, adressée à un chanoine de l'Église de C., traite des traditions populaires liées à la fête de Pâques tombant le 25 avril, comme ce sera le cas en 1734. Cette coïncidence fait que la Fête-Dieu se trouve le 24 juin, jour de la Nativité de Saint Jean-Baptiste, ce qui a donné lieu à un proverbe sur la fin du monde. L'auteur précise que cette croyance est récente, car la Fête-Dieu n'a été instituée qu'au treizième siècle. Avant cette période, Pâques pouvait tomber le 25 avril sans conflit avec la fête de Saint Jean-Baptiste. L'auteur examine les tables chronologiques pour montrer que cette coïncidence s'est produite treize fois depuis l'origine du christianisme. Il mentionne des erreurs dans les tables imprimées et corrige les dates. Il note également que la rareté de cette occurrence a pu encourager la création de dictons populaires. L'auteur souligne que la Fête-Dieu a été établie environ deux siècles et demi après la dernière occurrence de Pâques le 25 avril, ce qui a conduit à des interprétations mystiques. La lettre mentionne également un proverbe lié à la coïncidence entre la Fête-Dieu et la veille de la Saint Jean, mais elle conteste sa validité en citant des exemples de périodes tumultueuses. L'auteur conclut en expliquant les cycles réguliers des dates de Pâques, influencés par les révolutions astrales, et mentionne la réforme du calendrier grégorien qui a modifié ces cycles. Il exprime également son inquiétude concernant les cérémonies incompatibles avec Pâques tombant le 25 avril, comme les processions de pénitence et la fête de Saint Marc.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 16-23
RÉPONSE du R. P. M. Texte, D. à la Lettre anonyme, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juin 1744, sur l'origine de réciter trois fois l'Ave Maria, au son de la cloche.
Début :
Vous me demandez, Monsieur, si la Priere appellée communément l'Angelus, [...]
Mots clefs :
Ave Maria, Angélus, Cloche, Louis XI, Termes, Origine, Matin, Salutation angélique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE du R. P. M. Texte, D. à la Lettre anonyme, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juin 1744, sur l'origine de réciter trois fois l'Ave Maria, au son de la cloche.
EPPO'NSE duR.P.M.TexteyD.à
la Lettre anonyme y
inférée dans le premier
Volume du Mercure de Juin 1743. yfttr l'origine
derécitertrois fois l'Ave Maria, an
son de[a clocher vOus me demandez, MonfÍeur;G;
la Priere appellée communément
»Angelur, acommence sous-Louis VI.,&
» si Louis XI l'a ordonnée le matin & le
e soir
, comme à midi.
Je vous dirai, M.qu'à juger du premier
chef par ce qu'on en lit dans le Dictionnaire
de Trévoux,T. IV
, p. 1424,Edition
de 1721, C'est Louis VI, dit le Gros
* décédé en 1137, lequel a ordonné le premier
l'Angelus.. Voici les termes qui y font
inférés.
La Salutation Angélique efî une Prierr
qu'onfait à ta Viergejjuon nomme rAve Maria,
qui contient les mêmes paroles que l'Ange
lui dit; quand il lui annonça le Myflere de
YIncarnation, SalutatioÂngelicay ellea été
introduite par fOrdonnanoe de LouisVI. Ily Or
pofitiirtment Louis VI, sans derrata qui
ie corrigeycomme le dit Robert Gaguin dans
ses Chroniques. Elle ne se fit d'abordqu'a midi
»
mais depuis elle s'est faite aussiau son dt
la clPchc qu'on son-ne appoint du jour,& a
sept heures du soir,qu'on nomme le Couvre
feu, (f)" par corruptionCarfou ; ce terme depuis,
insinuëque les Auteurs duDiction
naireparlent de Louis VI,puisqu'il estconstant
que dès 13 aD,172 ans avant l'Ordonnance
de LouisXI,on disoiten France l'Angelus
au Couvre-feu,,comme je le prouverais
M. César de Rochefort, Docteur ès
Droits, Aggregé au Collège de la Sapience
de Rome,Auteur de plusieurs Onvrages
fondé également sur une aurorirey a mis
dans celui qui a pourtirre:DiélifJlInairegénéral
& curieux, contenant les principaux:
mots, &c. imprimé à Lyon en Ié>S5", que ce
fut Louis XI, qui en 1472, ordonna de
réciter l'Angelus aux heures qu'on le fait
aujourd'hui;on y lit p. 24.
Ave Maria, LouisXI ordonna dans fin
Royaume la Salutation Angélique,qui se dit
le matin,a midi &lefoir. Crfut le 1 Aiaï
1472j Mszeray, dans la vie de Charles
VIII. ]an XXII avoit de, a inflitué celte dévotion
à la Vierge; ce qu'il y a de plusimportant,
dit l'Auteur dans sa Préface, efl que les
Citations font fort réoulieres.
Un troisième sentiment sur l'origine de
l'Angelus à midi, de la découverteduquel
je vous suis, M. redevable, &: qui efface
les, deux premiers, me paroît pliis
solide; il estfondé sur le Texte de la Chronique
d'un Greffier de l'Hôtel de Ville de
Paris, contemporain deLouis XI
, & que
vous rapportez au lieu des termes de l'Ordonnance
de ce Roi,qui seroit sans réplique;
on lit dans cette Chronique: »> Et le-
» dit premier jour de Mai1472
, un Doc-
1) teur déclaira que le Roi exhortoit son bon
1) Populaire. que doresenavant à l'heure
» du midi chascun feust fléchi un genoüil en
» terre en disantAve Mann.
Vous me permettrez, M. de continuer
cette Réponse par des découvertesquej'ai
faitesdepuis sur le même sujet de l'Angelus.
il y a eu des Synodes en France avant le
Regne de Louis XI
,otlaété or- dné. Le sçavant Dom Martenne en rapporte
deux exemples dans ses Anecdotes
T. IV.
Le premier se liten ces termes,p. 9dz.
Ex flatittis Domini Stnsonis,(a) cjno/f.lam
EpiscopiNannetenfis.avz.V.de lZ1¡j'e<.io. Item
-,Ccipl*mits,ut ipsi(b) faci^nt boraconfiteta,
prlt¡:lri campmas 111
Eccleflts fuis
,
a1 ianitsguimG.
tlliceCouvrefeur&p<-£-iyiant
Parochianis adp:tlfat!onem hu;ufrnoM iicere
genibns jl:xis, ver/mm Saluiati'onls ab Ang:U
(a) L'année n'est pas marquée.
[?) LesCurés.
gloriofe,i'irgini Mariæ Ave Maria,&ex hoc
lucrantur decem dies Indulgentia.
Ce grand Prélat, si dévot à la Vierge,
méritebien d'être connîr; c'est Simon de Langres,
unique Evêque de Nantes de ce nom,
en 13 66, & ensuite de Vannes, selon leP.
Echard,& que Froissart,L.I.Ch.2 11,appelle
Homme d'Eglise d'une grande prudence.
Il fut le 11 Généralde l'Ordre de S. Dominique,&
un des deux Légats envoyésen
France par Innocent VI, & choisi, dit le sçavant
P. Daniel, dans (on Hiss.de t rance, T.
III,p.101) par Charles, Dauphin & Régent
du Royaume, pour travailler au Traité de
Efetignyy près de Chartres,Paroisse de Sours,
où j'ai parré.Mem. de la Chambre des Comptes
de Paris.
L'autre exemple ,tiré du même Livre de
Dom Martenne, p.1107, nous donne au sujet
de l'Angelus, une époque plus ancienne.
Satuta Synodalia EcclejtaTrecorenps (Treguier
) art. LXVIII. hem pracipitDominus
Episcopus omnibus CuratisDioccefisTrecoren-
,
~MO~ M~~<? p/< <
fis,lrlvlytute obedïenti<t,cjuod de cætrO puU
fttttr Carnrarta in Ecclesiis fuis
, ante ignitegirem
, CT cjuod fit inter duas pulfationes spatium
miusAve Maria.
L'année de ce Synode, & le nom de l'Evêque
, ne font pas marqués,mais comme
ensuite viennent StAlistiJ Synodalia Alani,
EpiscopiTrecorencis,postannumM.CCC.XXXIV,
édita, le Synode, qu'on vient de citer,
doit être nécessairement plus ancien.
Cette maniere de prier le soir fut plus
étenduë dans le Concile de la Province (a)
de Sens
, tenu à Paris, dans le Palais alors
Episcopal, situé sur le bord de laSeine,(b)
auquel présida Guillaume de Melun, Archevêque
de Sens; en voici les termes, Art,
XIII.Item authoritatedicti Conciliipr&cipimus
ut observeturinviolabiliter ordinatio faftd
per fanaitrnernorͣ foannem PapamXXII, de
dicendo ter Ave Maria, tempore ignitegii &c.
j4£lumin Palatio EpiscopaliParisiensi anno
millesimo trecentesimoquadragesimo sexto dit
XIV Martii.
Quelques Historiens disent que cette Bulle
de Jean XXII, donnéele13Octobre
I3 18
,
est Le commencement & l'origine de
la Priere que nous appellons l'Angelus; mais
outre qu'ils avouentavecReynal, qu'on
la pratiquoit déja en France,sçavoir à Xaintes.
Cum pius mos in Xantonenfi Ecclesia susceptusesset,
Pontifex decem dierum Indul-
(a) La Province Ecclesiastique de Sens étoit d'une
vaste étenduë, & contenoittout un grand l'ays
dont lePeu le Belliqueux étoit nommé IZmnanorum
terror. Voyez Baudrand.
(b Sequana, subst f. Fleuve en général m. Dic-t.
de Danet, mais non pas absolument m. le Critique
qui depuis peu l'a avancé s'est trompé.
gentiam concessit, Reyn. Annal. 1318. Outre
cela, dis-je, Bzovius, qui écrivoit à Rome
dans la Bibliothéque du Vatican
, par 1'0I:
dre de Paul V
,
& que personne n'a refuté,
a mis dans ses Annales
, T. XII1 , p.391,
ann. 12 5 9, quatre-vingt ans auparavaut
Jean XXII, que le Pape Grégoire IX, persécuté
par l'Empereur Fredéric Il,avoit ordonné
de réciter trois fois cette Priere à
genoux le matin & le soir. Interim cum
scriptis& armis Frederici GregoriusIX, eXilgitaretur
,
decrevit ut Salutatio Dei parentis
tum diluculo
, tum crepusculo, dato signo campana,
ab omnibusgenuflexo ter repleretur. Il
dit pas d'où il a tiré ce fait, comme il cite
Naucler à l'égardduSalveRegina
,
ordonné
par ce Pape,Priere * qu'il attribuë à Dom
Herman,Bénédictin, en 1060; mais ce témoignage
de Bzovius mériteroit quelque
attention.
Néanmoins, pour ne rien avancer que de
positif, je dis qu'on a d'abord recité l'Angelus.
au couvre-feu avant 1318, ensuite
fous Louis XI, à midi en 1472, & enfin
l'époque la plus ancienne que j'aye pû découvrir
pour trois fois par jour,est celle
de Léon X, élû en 1513 , ** lequel
t * La coûtume de chanter le Salveaprès Complies
vient des Dominiquains. vers 1237. Martene,T.
TI.P. 544vet.script. *-P. de Breul, Hist. de l'Abbaye S. Germain
à l'instance du Cardinal Briçonnet, Eveque
de Meaux , & Abbé deS. Germain des Prcz
à Paris, accorda des Indulgences à ceux de
ce Diocèse & du Fauxbourg S. Germain,
qui réciteroient àgenoux cette Priere le ma,.
tin, à midi & le soir. Denos jours, Benoît XIII, de fainte mémoire
aaccordé le 14 Septembre 1724cent
jours d'indulgence à tous ceux qui réciteroient
à genoux la mêmePriere, & il ajoûte
une Indulgence pleniere pour ceux qui pra-
-
tiqueroient cette dévotion, & communie-
< roient un jour de chaque mois,à leur choix.
Ballarium*Pradictuorum,T' VI.p. 539.
Ily au reste, M. uneremarque à faire sur
le Concile de Sens, dont je viensde parler;
l'Editeur du Spicilege de Dom Luc Dariche,
T. I. p. 148,où ceConcile est rapporté, a
mis dans le titre, qu'il fut tenu en 13
50,
anno M. ccc. L. & au bas de la page on lit:
Concilium hoc an. 1346
,
celebratum dicitur
infra,atque id venin arbitratus est Dacherius,
sed hoec deinde monuit Balusins
, anno
13 44. Guillelmus nondum erat Archiepiscopus
probabiliusergo est habitam fitijje
banc Synodum an 13 50. Il est en effet certain
que Guill. de Melun ne prit (a) possesúon
personnellement de fou Eglise de Sens
(a) Recueil de Remarques pour la Métropole
de-Scusi Minuterie de S. Germain des Prez.
qu'au mois d'Octobre 1350, fty le ancien, Se
il paroît de cette prise de possession qu'il
assembla son Concile au mois de Mars suivant,
sur la fin de 1350, plutôt qu'en 13 46;
de plus, l'Evêque de Paris s'y trouve signé
G. Parisiensis. comme d'Acheri & les PP.
Labbe & Hardoiiin l'ont mis dans leurs
Editions ;oren 1346 Foulques décédé en
1348étoit EvêquedeParis. Je ne fais
que proposer ici la difficulté, après l'Editeur
du Spicilege
,
dont je laisseàexaminer
le fond aux sçavans Bénédictins,Continuateurs
du Gallia Christiana
, ne doutant pas
qu'ils ne se déterminent en faveur de la
vérité; & que leur décision ne foit universellement
reçuë. La date Actum die 14
Martii. ann.1346 , me paroît d'un grand
poids; remarque importante, afin que ceux
qui citeront ce Concile évitent de le tromper.
Je suis, &c.
ui Paris le 30 jioîït 1744.
la Lettre anonyme y
inférée dans le premier
Volume du Mercure de Juin 1743. yfttr l'origine
derécitertrois fois l'Ave Maria, an
son de[a clocher vOus me demandez, MonfÍeur;G;
la Priere appellée communément
»Angelur, acommence sous-Louis VI.,&
» si Louis XI l'a ordonnée le matin & le
e soir
, comme à midi.
Je vous dirai, M.qu'à juger du premier
chef par ce qu'on en lit dans le Dictionnaire
de Trévoux,T. IV
, p. 1424,Edition
de 1721, C'est Louis VI, dit le Gros
* décédé en 1137, lequel a ordonné le premier
l'Angelus.. Voici les termes qui y font
inférés.
La Salutation Angélique efî une Prierr
qu'onfait à ta Viergejjuon nomme rAve Maria,
qui contient les mêmes paroles que l'Ange
lui dit; quand il lui annonça le Myflere de
YIncarnation, SalutatioÂngelicay ellea été
introduite par fOrdonnanoe de LouisVI. Ily Or
pofitiirtment Louis VI, sans derrata qui
ie corrigeycomme le dit Robert Gaguin dans
ses Chroniques. Elle ne se fit d'abordqu'a midi
»
mais depuis elle s'est faite aussiau son dt
la clPchc qu'on son-ne appoint du jour,& a
sept heures du soir,qu'on nomme le Couvre
feu, (f)" par corruptionCarfou ; ce terme depuis,
insinuëque les Auteurs duDiction
naireparlent de Louis VI,puisqu'il estconstant
que dès 13 aD,172 ans avant l'Ordonnance
de LouisXI,on disoiten France l'Angelus
au Couvre-feu,,comme je le prouverais
M. César de Rochefort, Docteur ès
Droits, Aggregé au Collège de la Sapience
de Rome,Auteur de plusieurs Onvrages
fondé également sur une aurorirey a mis
dans celui qui a pourtirre:DiélifJlInairegénéral
& curieux, contenant les principaux:
mots, &c. imprimé à Lyon en Ié>S5", que ce
fut Louis XI, qui en 1472, ordonna de
réciter l'Angelus aux heures qu'on le fait
aujourd'hui;on y lit p. 24.
Ave Maria, LouisXI ordonna dans fin
Royaume la Salutation Angélique,qui se dit
le matin,a midi &lefoir. Crfut le 1 Aiaï
1472j Mszeray, dans la vie de Charles
VIII. ]an XXII avoit de, a inflitué celte dévotion
à la Vierge; ce qu'il y a de plusimportant,
dit l'Auteur dans sa Préface, efl que les
Citations font fort réoulieres.
Un troisième sentiment sur l'origine de
l'Angelus à midi, de la découverteduquel
je vous suis, M. redevable, &: qui efface
les, deux premiers, me paroît pliis
solide; il estfondé sur le Texte de la Chronique
d'un Greffier de l'Hôtel de Ville de
Paris, contemporain deLouis XI
, & que
vous rapportez au lieu des termes de l'Ordonnance
de ce Roi,qui seroit sans réplique;
on lit dans cette Chronique: »> Et le-
» dit premier jour de Mai1472
, un Doc-
1) teur déclaira que le Roi exhortoit son bon
1) Populaire. que doresenavant à l'heure
» du midi chascun feust fléchi un genoüil en
» terre en disantAve Mann.
Vous me permettrez, M. de continuer
cette Réponse par des découvertesquej'ai
faitesdepuis sur le même sujet de l'Angelus.
il y a eu des Synodes en France avant le
Regne de Louis XI
,otlaété or- dné. Le sçavant Dom Martenne en rapporte
deux exemples dans ses Anecdotes
T. IV.
Le premier se liten ces termes,p. 9dz.
Ex flatittis Domini Stnsonis,(a) cjno/f.lam
EpiscopiNannetenfis.avz.V.de lZ1¡j'e<.io. Item
-,Ccipl*mits,ut ipsi(b) faci^nt boraconfiteta,
prlt¡:lri campmas 111
Eccleflts fuis
,
a1 ianitsguimG.
tlliceCouvrefeur&p<-£-iyiant
Parochianis adp:tlfat!onem hu;ufrnoM iicere
genibns jl:xis, ver/mm Saluiati'onls ab Ang:U
(a) L'année n'est pas marquée.
[?) LesCurés.
gloriofe,i'irgini Mariæ Ave Maria,&ex hoc
lucrantur decem dies Indulgentia.
Ce grand Prélat, si dévot à la Vierge,
méritebien d'être connîr; c'est Simon de Langres,
unique Evêque de Nantes de ce nom,
en 13 66, & ensuite de Vannes, selon leP.
Echard,& que Froissart,L.I.Ch.2 11,appelle
Homme d'Eglise d'une grande prudence.
Il fut le 11 Généralde l'Ordre de S. Dominique,&
un des deux Légats envoyésen
France par Innocent VI, & choisi, dit le sçavant
P. Daniel, dans (on Hiss.de t rance, T.
III,p.101) par Charles, Dauphin & Régent
du Royaume, pour travailler au Traité de
Efetignyy près de Chartres,Paroisse de Sours,
où j'ai parré.Mem. de la Chambre des Comptes
de Paris.
L'autre exemple ,tiré du même Livre de
Dom Martenne, p.1107, nous donne au sujet
de l'Angelus, une époque plus ancienne.
Satuta Synodalia EcclejtaTrecorenps (Treguier
) art. LXVIII. hem pracipitDominus
Episcopus omnibus CuratisDioccefisTrecoren-
,
~MO~ M~~<? p/< <
fis,lrlvlytute obedïenti<t,cjuod de cætrO puU
fttttr Carnrarta in Ecclesiis fuis
, ante ignitegirem
, CT cjuod fit inter duas pulfationes spatium
miusAve Maria.
L'année de ce Synode, & le nom de l'Evêque
, ne font pas marqués,mais comme
ensuite viennent StAlistiJ Synodalia Alani,
EpiscopiTrecorencis,postannumM.CCC.XXXIV,
édita, le Synode, qu'on vient de citer,
doit être nécessairement plus ancien.
Cette maniere de prier le soir fut plus
étenduë dans le Concile de la Province (a)
de Sens
, tenu à Paris, dans le Palais alors
Episcopal, situé sur le bord de laSeine,(b)
auquel présida Guillaume de Melun, Archevêque
de Sens; en voici les termes, Art,
XIII.Item authoritatedicti Conciliipr&cipimus
ut observeturinviolabiliter ordinatio faftd
per fanaitrnernorͣ foannem PapamXXII, de
dicendo ter Ave Maria, tempore ignitegii &c.
j4£lumin Palatio EpiscopaliParisiensi anno
millesimo trecentesimoquadragesimo sexto dit
XIV Martii.
Quelques Historiens disent que cette Bulle
de Jean XXII, donnéele13Octobre
I3 18
,
est Le commencement & l'origine de
la Priere que nous appellons l'Angelus; mais
outre qu'ils avouentavecReynal, qu'on
la pratiquoit déja en France,sçavoir à Xaintes.
Cum pius mos in Xantonenfi Ecclesia susceptusesset,
Pontifex decem dierum Indul-
(a) La Province Ecclesiastique de Sens étoit d'une
vaste étenduë, & contenoittout un grand l'ays
dont lePeu le Belliqueux étoit nommé IZmnanorum
terror. Voyez Baudrand.
(b Sequana, subst f. Fleuve en général m. Dic-t.
de Danet, mais non pas absolument m. le Critique
qui depuis peu l'a avancé s'est trompé.
gentiam concessit, Reyn. Annal. 1318. Outre
cela, dis-je, Bzovius, qui écrivoit à Rome
dans la Bibliothéque du Vatican
, par 1'0I:
dre de Paul V
,
& que personne n'a refuté,
a mis dans ses Annales
, T. XII1 , p.391,
ann. 12 5 9, quatre-vingt ans auparavaut
Jean XXII, que le Pape Grégoire IX, persécuté
par l'Empereur Fredéric Il,avoit ordonné
de réciter trois fois cette Priere à
genoux le matin & le soir. Interim cum
scriptis& armis Frederici GregoriusIX, eXilgitaretur
,
decrevit ut Salutatio Dei parentis
tum diluculo
, tum crepusculo, dato signo campana,
ab omnibusgenuflexo ter repleretur. Il
dit pas d'où il a tiré ce fait, comme il cite
Naucler à l'égardduSalveRegina
,
ordonné
par ce Pape,Priere * qu'il attribuë à Dom
Herman,Bénédictin, en 1060; mais ce témoignage
de Bzovius mériteroit quelque
attention.
Néanmoins, pour ne rien avancer que de
positif, je dis qu'on a d'abord recité l'Angelus.
au couvre-feu avant 1318, ensuite
fous Louis XI, à midi en 1472, & enfin
l'époque la plus ancienne que j'aye pû découvrir
pour trois fois par jour,est celle
de Léon X, élû en 1513 , ** lequel
t * La coûtume de chanter le Salveaprès Complies
vient des Dominiquains. vers 1237. Martene,T.
TI.P. 544vet.script. *-P. de Breul, Hist. de l'Abbaye S. Germain
à l'instance du Cardinal Briçonnet, Eveque
de Meaux , & Abbé deS. Germain des Prcz
à Paris, accorda des Indulgences à ceux de
ce Diocèse & du Fauxbourg S. Germain,
qui réciteroient àgenoux cette Priere le ma,.
tin, à midi & le soir. Denos jours, Benoît XIII, de fainte mémoire
aaccordé le 14 Septembre 1724cent
jours d'indulgence à tous ceux qui réciteroient
à genoux la mêmePriere, & il ajoûte
une Indulgence pleniere pour ceux qui pra-
-
tiqueroient cette dévotion, & communie-
< roient un jour de chaque mois,à leur choix.
Ballarium*Pradictuorum,T' VI.p. 539.
Ily au reste, M. uneremarque à faire sur
le Concile de Sens, dont je viensde parler;
l'Editeur du Spicilege de Dom Luc Dariche,
T. I. p. 148,où ceConcile est rapporté, a
mis dans le titre, qu'il fut tenu en 13
50,
anno M. ccc. L. & au bas de la page on lit:
Concilium hoc an. 1346
,
celebratum dicitur
infra,atque id venin arbitratus est Dacherius,
sed hoec deinde monuit Balusins
, anno
13 44. Guillelmus nondum erat Archiepiscopus
probabiliusergo est habitam fitijje
banc Synodum an 13 50. Il est en effet certain
que Guill. de Melun ne prit (a) possesúon
personnellement de fou Eglise de Sens
(a) Recueil de Remarques pour la Métropole
de-Scusi Minuterie de S. Germain des Prez.
qu'au mois d'Octobre 1350, fty le ancien, Se
il paroît de cette prise de possession qu'il
assembla son Concile au mois de Mars suivant,
sur la fin de 1350, plutôt qu'en 13 46;
de plus, l'Evêque de Paris s'y trouve signé
G. Parisiensis. comme d'Acheri & les PP.
Labbe & Hardoiiin l'ont mis dans leurs
Editions ;oren 1346 Foulques décédé en
1348étoit EvêquedeParis. Je ne fais
que proposer ici la difficulté, après l'Editeur
du Spicilege
,
dont je laisseàexaminer
le fond aux sçavans Bénédictins,Continuateurs
du Gallia Christiana
, ne doutant pas
qu'ils ne se déterminent en faveur de la
vérité; & que leur décision ne foit universellement
reçuë. La date Actum die 14
Martii. ann.1346 , me paroît d'un grand
poids; remarque importante, afin que ceux
qui citeront ce Concile évitent de le tromper.
Je suis, &c.
ui Paris le 30 jioîït 1744.
Fermer
11
p. 7-26
L'ORIGINE DES EVENTAILS, A MADEMOISELLE .....
Début :
J'ai cru long tems, avec vous, Mademoiselle, que les éventails n'étoient [...]
Mots clefs :
Éventail, Éventails, Amour, Flore, Dame, Déesse, Dieux, Homme, Bosquet, Nymphe, Origine, Zéphyr
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ORIGINE DES EVENTAILS, A MADEMOISELLE .....
L'ORIGINE
DES EVENTAILS
A MADEMOISELLE ....
•
J'ai cru long moiſelle , qu-teemlses, aévveenctaviolussn,'éMtaodieen-t
autre chofe que l'invention de quelque artifan
affez habile pour avoir fçu (paffez- moi
la métamorphofe ) renfermer des zéphirs
dans un morceau de papier ou de taffetas.
Je n'y vois point d'autre avantage
Pour les Dames , que l'agrément
D'avoir à leur commandement
Le fouffle que zéphir avoit feul en partage
Avant que l'on eut l'art de captiver le vent.
Vous penfiez la même chofe , Mademoifelle
, mais nous ne connoiffions gueres
, ni l'un ni l'autre , la véritable origine
& les magnifiques propriétés des éventails .
J'ai été tiré d'erreur par l'aventure dont je
vous ai promis la narration ; elle vous paroîtra
merveilleufe , mais fongez que la
vérité même a fes merveilles , & que cette
hiftoire peut être vraie , quoiqu'elle ne
paroiffe pas tout-à-fait vraisemblable .
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
J'aime mieux , après tout , une plaifante fable ,
Qui peut mener l'efprit à quelque vérité ,
Que quelque hiftoire véritable ,
Sans but & fans moralité.
y aura un an l'été prochain , qu'après
m'être promené feul dans le Luxembourg
pendant un affez long tems , je fus me repofer
dans un bofquet de cet agréable jardin
, l'un des ornemens de Paris , quoique
la nature feule en faffe les frais , & que
l'art ne fe mette point en peine de le cultiver.
Il étoit près de huit heures du foir ; je
ne m'apperçus point en entrant dans le
bofquet que je marchois fur quelque chofe
; une efpéce de cri me fit regarder à
terre : un éventail fort joli étoit à mes
pieds ; je le ramaffai ; je ne fçais quel mouvement
fecret me fit defirer alors de connoître
la perfonne à qui cet éventail appartenoit.
Peut-être alors mon coeur étoit- il entraîné
Par ce doux inſtinct qui nous guide ,
Quand , par le moindre objet , l'homme eft déter
miné
A voler d'une aîle rapide
Wers le fexe enchanteur pour lequel il eft né.
Quoiqu'il en foit , je m'écriai fur le
MARS.
champ , & fans y penfer : à qui l'éventail ?
perfonne ne m'ayant répondu , j'allois le
mettre dans ma poche , lorfqu'une voix
me cria ; ami , que ne daignes-tu me demander
à moi -même à qui j'appartiens ?
Vous jugez bien , Mademoifelle , que
cette voix me furprit étrangement. Je regardai
de tous côtés , je ne découvris perfonne
l'épouvante commença à fuccéder
à l'étonnement : étoit- ce un démon ? étoitce
un génie ? les uns & les autres habitent
les bofquets. Cette voix n'avoit point un
corps , ou ce corps étoit invifible : dans
cette étrange conjoncture , je me rappellai
le fens du difcours , & mon étonnement
redoubla ; il paroiffoit même que l'éventail
m'avoit apoftrophé : nouveau fujet d'inquiétude
.
» Je vois ta ſurpriſe ( continua la voix ) ;
» c'eſt une preuve de ton ignorance.
Ami , tulanguis , je le voi ,
Dans les préjugés du vulgaire ;
Ton efprit ne recherche & ne découvre en moi
Qu'un inftrument fort ordinaire.
Je fçais qu'un éventail , pour un eſprit borné ,
N'eft qu'un morceau d'ivoire , un taffetas orné
D'une peinture inanimée :
Tandis qu'aux Dames deſtiné
Ce bijou , d'un zéphif , tient l'ame renfermée.
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
Ainfi donc , ô mortels ! à l'écorce attachés ,
Vous voyez tout le refte avec indifférence ;
Etfous nombre d'objets fimples en apparence
Vous ne pénétrez pas quels tréfors font cachés .
La voix pourfuivit , affis -toi fur ce ga
zon , approches l'éventail de ton oreille
& redoubles d'attention .
L'éventail que tu tiens n'eft autre chofe
qu'un malheureux zéphir , à qui fon inconftance
a couté cher.
J'aimois Flore , & j'en étois aimé , lorfque
ma légereté naturelle me fit voler vers
Pomone ; je trouvai fon coeur occupé ,
Vertumne étoit heureux .
Après avoir parcouru les états de quelques
autres divinités , je revins à Flore ;
elle m'aimoit toujours , & elle me pardonna
ma petite infidélité.
En amour la défertion
Nous infpire fouvent une ferveur nouvelle
Pour le premier objet de notre paffion.
Ne craignons point l'impreffion
Qu'une infidelité fera fur une belle ,
Pourvû que le bon goût & la réflexion,
Sçache nous ramener à propos auprès d'elle :
De ne faire jamais qu'un choix ,
Belles, fi vos amans fe faifoient une affaire ;
MARS. II 1755.
Votre gloire y perdroit , c'eft une choſe claire ;
De quatre amans , foumis tour à tour à vos loix ,
Il faudroit en retrancher trois.
Il faut bien , pour vous fatisfaire ,
Que notre coeur ait quelquefois
Des facrifices à vous faire.
Suivant cette maxime , mon retour vers
La Déeffe ne me guérit point de l'inconftance
; on eût dit que j'étois né François .
Lorfque je revins à la cour de Flore , j'y
trouvai une jeune nymphe fort aimable ,
& que je n'avois pas encore vûe ; on la
nommoit Aglaé : la voir & l'aimer fut mon
premier mouvement ; le fecond fut de
chercher à lui plaire. Aglaé avoit un coeur
neuf : conquête flatteufe ! je n'épargnai
rien pour me la procurer ; mais ce n'étoit
pas fans précautions : mon humeur volage
avoit rendu Flore clairvoyante.
Ce n'étoit pas une merveille.
Un amour trop certain de fa félicité ,
S'affoupit dans les bras de la fécurité ;
Mais il s'agite & ſe réveille ,
Dès qu'il entend la voix de l'infidelité .
J'étois obfervé de fi près que je fus
bien huit jours entiers à brûler conftamment
fans pouvoir le déclarer à l'aimable
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Aglaé ; cependant au bout de ce long ter
me , Flore ayant été appellée au confeil
des Dieux , pour l'ornement d'une fête que
Jupiter vouloit donner , fon abſence me
laiffa la liberté d'entretenir mon adorable
nymphe : je ne fçais fi elle avoit deviné
que j'aurois à lui parler ; elle fe difpenfa ,
fur quelque prétexte , de fuivre la Déeffe.
Quant à moi je trouvai le fecret de m'échapper
de la falle du confeil olympique ,
& je volai vers Aglaé .
Elle fe promenoit dans les jardins del
Flore : eh quoi ! me dit- elle d'un air tout
charmant , vous n'êtes donc pas refté avec
la Déeffe ? croyez- vous , lui dis- je , ô mon
aimable Aglaé , qu'il y ait des fêtes pour
moi où vous n'êtes pas ? alors je me jettai
à fes genoux , & je lui déclarai avec tranfport
l'amour qu'elle m'avoit infpirée.
Que faites-vous ? s'écria-t elle , que deviendrois-
je fi Flore nous furprenoit enfemble
? Ne craignez rien , chere Aglaé ,
Flore eft retenue dans les cieux ; n'ayez
d'attention que pour un amant qui ne voit
que vous.
Ah ! par une crainte frivole
Pourquoi troublerons -nous ces momens fortunés ?
Déja cet heureux tems s'envole ,
Cruelle , & vous l'empoifonnez.
MARS. 1755 : 13
Hélas ! me répondit Aglaé , avec une
fimplicité trifte & naïve , je vous écoutois
il y a quelques jours parler à Flore , vous
fui juriez un amour éternel , & vous m'aimez
, dites-vous ? Oui , répliquai -je auffitôt
en prenant une de fes belles mains :
oui , belle Aglaé , je vous adore , & je
n'adore que vous feule ; êtes - vous déterminée
à m'ôter tout eſpoir , à moi , l'amant
le plus tendre & le plus fidele qui fut
jamais ?
Sur ces fermens , continua l'Eventail ,
en s'interrompant lui - même , vous me
croyez peut- être le plus traître de tous
les zéphirs , vous m'accufez de perfidie . t.
Mais ce feroit me faire injure ;
L'inconftance eft l'effet d'une invincible loi :
Et l'amant volage eſt parjure
Sans être de mauvaiſe foi.
Cependant le ceeur rempli de ma nouvelle
paffion , j'attendois aux pieds d'Aglaé
qu'elle daignât prononcer mon arrêt : Levez
-vous , me dit - elle , je tremble que
Flore ne furvienne . Eh ! quoi , lui répliquai-
je , toujours des craintes , & pas
le
moindre efpoir ! Que voulez- vous que je
vous dife , me répondit Aglaé , en tourmant
vers moi les plus beaux yeux du monde
? .... Ah ! Zephir , vous avez aimé
12 MERCURE DE FRANCE.
Aglaé ; cependant au bout de ce long ter
me , Flore ayant été appellée au confeil
des Dieux , pour l'ornement d'une fête que
Jupiter vouloit donner , fon abfence me
laiffa la liberté d'entretenir mon adorable
nymphe : je ne fçais fi elle avoit deviné
que j'aurois à lui parler ; elle fe difpenfa ,
fur quelque prétexte , de fuivre la Déeſſe.
Quant à moi je trouvai le fecret de m'échapper
de la falle du confeil olympique ,
& je volai vers Aglaé.
Élle ſe promenoit dans les jardins de
Flore : eh quoi ! me dit- elle d'un air tout
charmant , vous n'êtes donc pas refté avec
la Déeffe ? croyez- vous , lui dis- je , ô mon
aimable Aglaé , qu'il y ait des fêtes pour
moi où vous n'êtes pas ? alors je me jettai
à fes genoux , & je lui déclarai avec tranfport
l'amour qu'elle m'avoit infpirée.
Que faites-vous ? s'écria-t elle , que deviendrois-
je fi Flore nous furprenoit enfemble
? Ne craignez rien , chere Aglaé ,
Flore eft retenue dans les cieux ; n'ayez
d'attention que pour un amant qui ne voit
que vous.
Ah ! par une crainte frivole
Pourquoi troublerons-nous ces momens fortunés ?
Déja cet heureux tems s'envole ,
Cruelle , & vous l'empoifonnez.
MARS . 1755: 13
Hélas ! me répondit Aglaé , avec une
fimplicité trifte & naïve , je vous écoutois
il y a quelques jours parler à Flore , vous
fui
juriez un amour éternel , & vous m'aimez
, dites-vous ? Oui , répliquai-je auffitôt
en prenant une de fes belles mains
oui , belle Aglaé , je vous adore , & je
n'adore que vous feule ; êtes- vous déterminée
à m'ôter tout eſpoir , à moi , l'amant
le plus tendre & le plus fidele qui fut
jamais ?
Sur ces fermens , continua l'Eventail ,
en s'interrompant lui - même , vous me
croyez peut-être le plus traître de tous
les zéphirs , vous m'accufez de perfidie.
Mais ce feroit me faire injure ;
L'inconftance eft l'effet d'une invincible loi :
Et l'amant volage eft parjure
Sans être de mauvaiſe foi.
Cependant le ceeur rempli de ma nouvelle
paffion , j'attendois aux pieds d'Aglaé
qu'elle daignât prononcer mon arrêt : Levez
- vous , me dit - elle , je tremble que
Flore ne furvienne . Eh ! quoi , lui répliquai-
je , toujours des craintes , & pas
moindre efpoir ! Que voulez- vous que je
vous dife , me répondit Aglaé , en tourmant
vers moi les plus beaux yeux du monde
? .... Ah ! Zephir , vous avez aimé
le
14 MERCURE DE FRANCE.
1
Flore ..... que je ferois à plaindre fi vous
changiez une feconde fois ! A ces mots
elle difparut.
Depuis ce moment elle m'évitoit , elle
s'obfervoit elle - même , elle fembloit fe repentir
d'une indifcrétion ; enforte que je
fus quelques jours fans pouvoir m'affurer
plus pofitivement de fes difpofitions à mon
égard : peut-être , me répondrez - vous ,
qu'elle m'en avoit affez dit à
Mais quel eft l'aveu favorable
Qui foit , je ne dis pas égal , mais comparable
A ce je vous aime charmant
Que l'on trouve fi defirable ?
Ces trois mots échappés d'une bouche adorable ,
Peuvent feuls contenter la maîtreffe & l'amant .
L'attente d'un aveu fi cher m'avoit rendu
rêveur contre mon ordinaire . Ma rêverie
me conduifit un jour dans une allée
fombre où le promenoit Aglaé. Dès qu'elle
me vit , elle entra , pour m'éviter , dans un
cabinet de rofiers , voifin d'un bofquet de
myrtes , où Flore alloit quelquefois fe repofer.
La jeune Nymphe ne foupçonnoit
pas que je l'euffe apperçue : j'étois à fes
genoux avant qu'elle eût fongé à m'ordonner
de me retirer . Elle voulut fortir ; je
Parrêtai : Ne craignez rien , lui dis-je , belle
Aglaé !
MARS . 1755.
Que mon empreffement ne vous foit point fufpect
:
Ma tendreffe pour vous eft pure & légitime ;
Le véritable amour est fondé fur l'eftime ,
Et l'eftime eft fuivie en tout tems du reſpect.
- Elle parut fe raffurer : une défiance affectée
eft fouvent plus dangereufe dans ces
occafions qu'une noble confiance mêlée
d'une fierté qui en impoſe à l'amant le plus
empreffé.
Je me défierois d'une prude
Qui me quitteroit brufquement ,
Ou me chafferoit d'un air rude ;
La vertu bien fincere agit tout fimplement.
4
Nous nous mîmes à caufer tranquillement.
Aglaé continua de cueillir des rofes
pour s'en faire un bouquet. J'en avois apperçu
une , la plus belle du monde , dans
un coin du cabinet : j'allois la cueillir
lorfqu'une épine me piqua fi vivement
qu'il m'échappa une plainte que la tendre
Aglaé accompagna d'un cri,: tous deux
nous trahirent .
Hélas ! les rofes les plus belles ,
Et qui par leur éclat charment le plus nos yeux ,
Cachent aux regards curieux
Les épines les plus cruelles.
16 MERCURE DE FRANCE.
Le plus fage feroit de n'en point approcher.
Mais , quoi ! de tant d'attraits le ciel les a pour
vûes ,
Que du moment qu'on les a vûes
On rifque tout pour les toucher .
Flore dormoit dans le bofquet demyrte ;
le cri d'Aglaé la réveilla ; elle accourut dans
le cabinet des rofiers : Dieux ! quel fut fon
étonnement ! Aglaé étoit affife fur un banc
de gazon , j'étois à genoux devant elle ,
tandis qu'avec un mouchoir de mouffeline
, l'aimable Nymphe fe hâtoit d'étancher
le fang qui fortoit de la piquûre que
je m'étois faire : la bleffure en elle-même
étoit peu de chofe ; mais eft - il de légers
accidens en amour ? Aglaé découvroit dans
fon action cet empreffement mêlé de crainte
que l'on a dans ces fortes d'occafions
pour les perfonnes que l'on aime.
En amour , le péril eft la pierre de touche :
Alors , quoiqu'une belle ait formé le projet
De tenir en filence & fes yeux & fa bouche ;
Dans le moindre accident qui frappe un cher ob
jet ,
L'ame fe réunit à celle qui la touche , :
Et la beauté la plus farouche
De fes craintes bientôt découvre le fujet.
Cette entrevûe auffi fatale pour nous
MARS. 1755. 17
que pour la Déeffe , ne fit que juftifier des
foupçons qu'elle avoit déja conçus : elle
diffimula cependant , & parut même plus
tranquille fur mon compte ; mais elle méditoit
une vengeance qui devoir m'ôter
pour toujours le defir , ou , fi vous voulez
, le plaifir de changer .
Quelques jours après cet incident , Flore
fit avertir Aglaé de venir lui parler en
particulier la pauvre Nymphe obéit en
tremblant. Raffurez- vous , lui dit -elle , je
ne veux point vous faire de mal ; je fuis
charmée , puifque Zéphir m'abandonne
que ce foit du moins pour une perfonne
qui le mérite. Mais , Aglaé , quand vous
lui avez permis quelque efpérance , avez .
vous bien refléchi fur le caractere de votre
amant ? les fermens qu'il vous a faits fans
doute , ne me les avoit- il pas faits à moi
même ? que dis-je ? ne me les avoit- il pas
mille fois réitérés ? avez - vous plus d'em
pire fur lui que je crois en avoir ? & s'il
change encore quelle fera votre deftinée
?
>
Au commencement de ce difcours
Aglaé n'avoit reffenti que de la confufion :
ces derniers mots lui firent répandre des
larmes ; elles furent fa réponſe.
Je vous plains d'autant plus , continua
la Déeffe , que vous aimez de bonne foi
18 MERCURE DE FRANCE.
le plus volage de tous les amans ; il eft cependant
pour vous un moyen de prévenir
fon infidélité. On vient de me faire préfent
d'une petite baguette d'ivoire qui a
la vertu de fixer les inconftans : je vous
la donne , j'en aurois fait ufage pour moimême
, fi Zéphir ne m'eût point quittée
pour vous : il n'eft plus tems , & peut-être
même que demain il feroit trop tard pour
vous.
Incapable de trahisons ;
La fincere vertu l'eft auffi de foupçons.
Aglaé ne vit dans cette offre de Flore
qu'une marque de protection . Elle fortit
après avoir baifé la main de la Déeffe
avec le témoignage de la plus vive reconnoiſſance
. Hélas ! elle ne prévoyoit pas
combien ce préfent alloit nous être fatal
à tous les deux .
Elle accourut d'un air gai me faire part de
la prétendue clémence de Flore ; mais elle
ne me dit rien de la fatale baguette, dans la
crainte apparemment d'en empêcher l'effet .
Je ne me défiois de rien : la gaité d'Aglaé
me charmoit ; je me mis à folâtrer avec
elle : j'apperçus la petite baguette d'ivoire ,
je la trouvai jolie : je voulus la dérober ' ;
Aglaé la retint , elle m'en donna en badiMARS.
1755 . 19
nant de petits coups fur les ailes : funefte
badinage !
A peine cus-je été frappé du fatal préfent
de Flore , qu'il fe fit en moi une métamorphofe
auffi prompte que prodigieufe.
La baguette enchantée fe fendit en plu
fieurs petites languettes minces qui forment
les bâtons que vous tenez : mes aîles
s'étant réunies auffi - tôt , fe colerent fur
l'ivoire , & formerent ce que l'on appelle
vulgairement un éventail fuis toujours
Zéphir , quoique j'aie perdu mon ancienne
forme.
En fuis-je donc moins eftimable
N'ai- je pas confervé l'heureufe faculté
De répandre dans l'air cette fraîcheur aimable
Qui défend la beauté
Contre les chaleurs de l'été ?
En vain l'aftre du jour veut lui faire la guerre ,
J'ai l'art de l'en débarraffer.
Ce font toujours les fleurs que j'aime à careffer ;
Non celles qu'autrefois j'aimois dans un parterre ,
Mais celles que les Dieux ont pris foin de verfer
Sur le teint éclatant des Reines de la terre.
Mon changement en éventail fut pour
Aglaé le coup le plus terrible . J'ai fçu depuis
qu'elle n'avoit pû furvivre à mon
malheur , & j'ofe ajouter au fien . Pou
20 MERCURE DE FRANCE.
voit elle defirer de me fixer à ce prix ?
J'ai paffé en différentes mains depuis ma
métamorphofe ; les Dieux m'ont laiffé l'ufage
de la parole pour inftruire l'univers
de mon origine & de mes différentes propriétés.
Comment ( dis- je au Zéphir métamor
phofé ) , vous fervez donc à plus d'une
chofe ?
Que tu es novice , me répondit-il , Â
tu ignores en combien de manieres je puiš
être utile au beau fexe !
Vas , crois- moi , ce feroit trop peu pour
les Dames de n'avoir en moi qu'un zéphir
à leurs ordres , il eft des occafions où je
leur fuis d'une toute autre utilité.
Croirois-tu , par exemple , que j'ai bonne
part à certaines converfations ? Il y a
quelque tems que j'appartenois à une jeune
veuve , qui dans ces fortes de cas
fe fervoit de moi merveilleufement bien.
Comme elle a de la beauté , mais peu
d'efprit ,
S'entend-elle agacer par quelque compliment
Elle répond fuccintement ;
Mais elle fçait en récompenſe
Badiner fort éloquemment
Avec fon éventail , dont le jeu la difpenfe
De s'énoncer plus clairement :
MARS. 1755. 21
O! l'agréable truchement !
Sans faire plus grande dépenſe
Et d'efprit & de jugement ,
Dans un cercle , Cloris fe donne adroitement
L'air d'une perfonne qui penſe ;
Et l'évantail alors fert admirablement.
Elle le tient appuyé fur fes levres , à peu
près dans l'attitude du Dieu du filence repréfenté
tenant un cachet ou fon doigt fur
fa bouche. C'eft ainfi qu'une fotte rêverie
paffe pour une fpirituelle méditation .
Que de Dames fort eftimables d'ailleurs , à
qui il n'en a jamais coûté qu'une femblable
attitude , pour fe donner dans le monde
la réputation d'êtres penfans !
yeut-on de l'éventail faire quelqu'autre ufage ?
Que l'on me tienne déployé ,
Et qu'alors je fois employé
A cacher , de côté , la moitié du viſage :
Voilà dans un monde poli-,
Et le voile le plus modeſte ,
Et le mafque le plus joli
Pour en faire accroire de refte ,
Aux oncles , aux tuteurs , aux papas , aux ma
mans ,
Aux maris , & même aux amans, -
C'eft ainfi qu'à fa confidente ,
Ou bien à fon héros , une fille prudente
22 MERCURE DE FRANCE.
Parle à l'abri de l'éventail ;
Car on n'affiche plus l'amour à fon de trompe ,
Et ce n'eft plus en gros , meres , que l'on vous
trompe :
On aime à petit bruit , & l'on dupe en détail.
Cette façon de mafque eft encore à l'ufage
des Dames , qui fe difent à l'oreille
de jolis riens ; elles leur donnent par là
un air d'importance & de myftere. Autre
avantage que l'on retire de l'éventail,
Sur l'objet de fa paſſion ,
L'éloquence d'un homme aimable
Fait-elle quelque impreffion ?
On cache une rougeur ou fauffe ou véritable
Avec un éventail , dont on fçait ſe couvrir ;
Et quelquefois auffi c'eft un tour plein d'adrefle
Pour faire deviner des fignes de tendreffe
Que la bouche balance encore à découvrir.
Un jeune Cavalier , moins fage qu'amoureux ¿
Qu'un tendre aveu rend téméraire ,
Ofe-t-il hazarder quelque gefte contraire
A ce que la décence exige de fes feux
Mieux que par une réprimande ,
Par un coup d'éventail , le tendron irrité
En impofe au galant , qui s'étoit écarté
la raifon commande .
De ce que
Mais j'entends que l'on me demande
Si le coup d'éventail eft donné des plus lourds ;
MARS.
23 1755 .
Je réponds : des amans faifons la différence ,
On bat ceux que l'on voit avec indifférence
Mais on fait patte de velours
Sur le galant de préférence ,
Au furplus , cette partie de mon exer
cice eft celle qui demande le plus de précifion
l'amour eft un enfant bien malin ;
fouvent on l'agace en croyant le rebuter ;
c'eſt aux Dames à ne pas s'y méprendre .
:
Que vous dirai-je encore ? je connois
une vieille Marquife , dont la foibleſſe eſt
de vouloir être regardée : elle y réuffic
quelquefois par la fingularité de fon ajuſtement.
Il y a quelque tems qu'elle fe faufila
dans une compagnie de jeunes perfonnes
de l'un & de l'autre fexe ; elle quête
des regards , à peine y fait- on attention :
la pauvre
Marquife
étoit
ifolée
au milieu
de douze
perfonnes
. Pour
derniere
reffource
, elle laiſſe
tomber
fon éventail
;
un jeune
homme
le ramaffe
, le rend poliment
à la Marquife
, & fe tourne
de l'autre
côté. La formalité
remplie
, il ne fut
pas feulement
queſtion
d'un clin d'oeil
, il
fallut
fortir
fans avoir
eu le bonheur
de fe
faire
regarder.
Une jeune Agnès fe fert plus heureuſement
du même ſtratagême ; fon amant lui
écrit , elle fait une réponse ; l'embarras eft
24 MERCURE DE FRANCE.
de la donner fans que l'on s'en apperçoive
; on attend l'occafion que l'on foit à
côté l'un de l'autre : l'Agnès laiffe adroitement
tomber l'éventail , le jeune Cavalier
le ramaffe , le préfente à fa maîtreffe , qui
faifit l'inftant pour lui gliffer dans la main
le billet qu'elle tehoit tout prêt dans la
fienne .
Eh ! que d'autres beautés en uferoient
ainfi !
Quelquefois
il arrive auffi
Qu'avec un air diftrait & fimple en apparence ,
Mais au fond , avec un air fin ,
En fe mettant au jeu , l'on donne à ſon voiſin
L'éventail à garder : aimable préférence !
Enfuite on feint de l'oublier
Lorfqu'à s'expliquer on héfite ,
Et cet heureux oubli fournit au cavalier
Un pretexte innocent de premiere vifite..
En un mot , je n'aurois jamais fait fi je
voulois vous développer dans toutes fes
parties le fublime exercice de l'éventail :
il répond à ceux du chapeau , de la canne ,
& de la tabatiere ; c'eft tout dire.
Et je ne vous parle que de ce que je
fçais , fans compter les méthodes que je
puis ignorer , mes confreres les ayant imaginées
fans moi . Car il eft bon de vous
dire que plufieurs zéphirs ont été tentés ,
fur
MARS . 1755. 25
fur mon exemple d'être métamorphofés en
éventails ; quelques uns par malice , d'autres
pour réparer de bonne foi la réputation
de légereté qui les avoient perdus
auprès des Dames , par les fervices continuels
qu'ils leur rendent ; & les Dames ,
à leur tour , par un motif de reconnoiffance
ou d'intérêt , ne nous abandonnent
pas même dans la faifon où les zéphyrs
font de trop preuve remarquable de toutes
nos autres propriétés,
Que d'éventails grands & petits ,
Pourroient vous raconter la choſe ;
Si tous les inconftans étoient affujettis
A la même métamorphofe ?
On affure même , continua le zéphyr ,
que les Cavaliers François , & fur-tout les
petits-maîtres , ont imaginé depuis peu
de porter en été des éventails de poche .
Après avoir partagé avec les Dames les .
mouches , le rouge , & les ponpons , je ne
crois pas que ces Meffieurs rifquent de
paroître plus ridicules en partageant auffi
l'exercice de l'éventail.
A peine mon zéphyr hiftorien eut - il
achevé ces mots , que je fus abordé par
un grand jeune homme , qu'il me dit être
de robe : il me demanda fi dans ce même
endroit je n'avois pas trouvé par hazard
B
26 MERCURE DE FRANCE .
l'éventail qu'une Dame avoit égaré. Pendant
qu'il me faifoit une longue defcription
de l'éventail , le zéphyr me dit
à l'oreille : voilà le favori de ma maîtreffe ;
c'est une actrice fort aimable : ce jeune
Confeiller l'avoit accompagnée dans ce
bofquet ; mais dès qu'ils ont apperçu certain
plumet , concurrent redoutable pour
un homme de robe , ils fe font levés avec
tant de précipitation que l'éventail eft reſté
fur la place. Cela m'arrive fouvent dans les
tête-à-têtes. Adieu .
Je rendis au Confeiller l'éventail de fa
Déefle , & je me retirai plein de réflexions
qu'une matiere auffi intéreffante ne doit
pas manquer d'infpirer .
Voilà , Mademoiſelle , l'Origine des éventails.
Et voilà , foit dit entre nous •
Ce que je n'aurois point griffonné pour toute autre.
A propos d'éventail , fi l'Amour d'un air doux
Venoit fe mettre à vos genoux ,
Croyez-moi , fervez - vous du vôtre
Pour le repouffer loin de vous ;
Je le connois , le bon apôtre ,
Le plus fage fait bien des fous.
DES EVENTAILS
A MADEMOISELLE ....
•
J'ai cru long moiſelle , qu-teemlses, aévveenctaviolussn,'éMtaodieen-t
autre chofe que l'invention de quelque artifan
affez habile pour avoir fçu (paffez- moi
la métamorphofe ) renfermer des zéphirs
dans un morceau de papier ou de taffetas.
Je n'y vois point d'autre avantage
Pour les Dames , que l'agrément
D'avoir à leur commandement
Le fouffle que zéphir avoit feul en partage
Avant que l'on eut l'art de captiver le vent.
Vous penfiez la même chofe , Mademoifelle
, mais nous ne connoiffions gueres
, ni l'un ni l'autre , la véritable origine
& les magnifiques propriétés des éventails .
J'ai été tiré d'erreur par l'aventure dont je
vous ai promis la narration ; elle vous paroîtra
merveilleufe , mais fongez que la
vérité même a fes merveilles , & que cette
hiftoire peut être vraie , quoiqu'elle ne
paroiffe pas tout-à-fait vraisemblable .
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
J'aime mieux , après tout , une plaifante fable ,
Qui peut mener l'efprit à quelque vérité ,
Que quelque hiftoire véritable ,
Sans but & fans moralité.
y aura un an l'été prochain , qu'après
m'être promené feul dans le Luxembourg
pendant un affez long tems , je fus me repofer
dans un bofquet de cet agréable jardin
, l'un des ornemens de Paris , quoique
la nature feule en faffe les frais , & que
l'art ne fe mette point en peine de le cultiver.
Il étoit près de huit heures du foir ; je
ne m'apperçus point en entrant dans le
bofquet que je marchois fur quelque chofe
; une efpéce de cri me fit regarder à
terre : un éventail fort joli étoit à mes
pieds ; je le ramaffai ; je ne fçais quel mouvement
fecret me fit defirer alors de connoître
la perfonne à qui cet éventail appartenoit.
Peut-être alors mon coeur étoit- il entraîné
Par ce doux inſtinct qui nous guide ,
Quand , par le moindre objet , l'homme eft déter
miné
A voler d'une aîle rapide
Wers le fexe enchanteur pour lequel il eft né.
Quoiqu'il en foit , je m'écriai fur le
MARS.
champ , & fans y penfer : à qui l'éventail ?
perfonne ne m'ayant répondu , j'allois le
mettre dans ma poche , lorfqu'une voix
me cria ; ami , que ne daignes-tu me demander
à moi -même à qui j'appartiens ?
Vous jugez bien , Mademoifelle , que
cette voix me furprit étrangement. Je regardai
de tous côtés , je ne découvris perfonne
l'épouvante commença à fuccéder
à l'étonnement : étoit- ce un démon ? étoitce
un génie ? les uns & les autres habitent
les bofquets. Cette voix n'avoit point un
corps , ou ce corps étoit invifible : dans
cette étrange conjoncture , je me rappellai
le fens du difcours , & mon étonnement
redoubla ; il paroiffoit même que l'éventail
m'avoit apoftrophé : nouveau fujet d'inquiétude
.
» Je vois ta ſurpriſe ( continua la voix ) ;
» c'eſt une preuve de ton ignorance.
Ami , tulanguis , je le voi ,
Dans les préjugés du vulgaire ;
Ton efprit ne recherche & ne découvre en moi
Qu'un inftrument fort ordinaire.
Je fçais qu'un éventail , pour un eſprit borné ,
N'eft qu'un morceau d'ivoire , un taffetas orné
D'une peinture inanimée :
Tandis qu'aux Dames deſtiné
Ce bijou , d'un zéphif , tient l'ame renfermée.
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
Ainfi donc , ô mortels ! à l'écorce attachés ,
Vous voyez tout le refte avec indifférence ;
Etfous nombre d'objets fimples en apparence
Vous ne pénétrez pas quels tréfors font cachés .
La voix pourfuivit , affis -toi fur ce ga
zon , approches l'éventail de ton oreille
& redoubles d'attention .
L'éventail que tu tiens n'eft autre chofe
qu'un malheureux zéphir , à qui fon inconftance
a couté cher.
J'aimois Flore , & j'en étois aimé , lorfque
ma légereté naturelle me fit voler vers
Pomone ; je trouvai fon coeur occupé ,
Vertumne étoit heureux .
Après avoir parcouru les états de quelques
autres divinités , je revins à Flore ;
elle m'aimoit toujours , & elle me pardonna
ma petite infidélité.
En amour la défertion
Nous infpire fouvent une ferveur nouvelle
Pour le premier objet de notre paffion.
Ne craignons point l'impreffion
Qu'une infidelité fera fur une belle ,
Pourvû que le bon goût & la réflexion,
Sçache nous ramener à propos auprès d'elle :
De ne faire jamais qu'un choix ,
Belles, fi vos amans fe faifoient une affaire ;
MARS. II 1755.
Votre gloire y perdroit , c'eft une choſe claire ;
De quatre amans , foumis tour à tour à vos loix ,
Il faudroit en retrancher trois.
Il faut bien , pour vous fatisfaire ,
Que notre coeur ait quelquefois
Des facrifices à vous faire.
Suivant cette maxime , mon retour vers
La Déeffe ne me guérit point de l'inconftance
; on eût dit que j'étois né François .
Lorfque je revins à la cour de Flore , j'y
trouvai une jeune nymphe fort aimable ,
& que je n'avois pas encore vûe ; on la
nommoit Aglaé : la voir & l'aimer fut mon
premier mouvement ; le fecond fut de
chercher à lui plaire. Aglaé avoit un coeur
neuf : conquête flatteufe ! je n'épargnai
rien pour me la procurer ; mais ce n'étoit
pas fans précautions : mon humeur volage
avoit rendu Flore clairvoyante.
Ce n'étoit pas une merveille.
Un amour trop certain de fa félicité ,
S'affoupit dans les bras de la fécurité ;
Mais il s'agite & ſe réveille ,
Dès qu'il entend la voix de l'infidelité .
J'étois obfervé de fi près que je fus
bien huit jours entiers à brûler conftamment
fans pouvoir le déclarer à l'aimable
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Aglaé ; cependant au bout de ce long ter
me , Flore ayant été appellée au confeil
des Dieux , pour l'ornement d'une fête que
Jupiter vouloit donner , fon abſence me
laiffa la liberté d'entretenir mon adorable
nymphe : je ne fçais fi elle avoit deviné
que j'aurois à lui parler ; elle fe difpenfa ,
fur quelque prétexte , de fuivre la Déeffe.
Quant à moi je trouvai le fecret de m'échapper
de la falle du confeil olympique ,
& je volai vers Aglaé .
Elle fe promenoit dans les jardins del
Flore : eh quoi ! me dit- elle d'un air tout
charmant , vous n'êtes donc pas refté avec
la Déeffe ? croyez- vous , lui dis- je , ô mon
aimable Aglaé , qu'il y ait des fêtes pour
moi où vous n'êtes pas ? alors je me jettai
à fes genoux , & je lui déclarai avec tranfport
l'amour qu'elle m'avoit infpirée.
Que faites-vous ? s'écria-t elle , que deviendrois-
je fi Flore nous furprenoit enfemble
? Ne craignez rien , chere Aglaé ,
Flore eft retenue dans les cieux ; n'ayez
d'attention que pour un amant qui ne voit
que vous.
Ah ! par une crainte frivole
Pourquoi troublerons -nous ces momens fortunés ?
Déja cet heureux tems s'envole ,
Cruelle , & vous l'empoifonnez.
MARS. 1755 : 13
Hélas ! me répondit Aglaé , avec une
fimplicité trifte & naïve , je vous écoutois
il y a quelques jours parler à Flore , vous
fui juriez un amour éternel , & vous m'aimez
, dites-vous ? Oui , répliquai -je auffitôt
en prenant une de fes belles mains :
oui , belle Aglaé , je vous adore , & je
n'adore que vous feule ; êtes - vous déterminée
à m'ôter tout eſpoir , à moi , l'amant
le plus tendre & le plus fidele qui fut
jamais ?
Sur ces fermens , continua l'Eventail ,
en s'interrompant lui - même , vous me
croyez peut- être le plus traître de tous
les zéphirs , vous m'accufez de perfidie . t.
Mais ce feroit me faire injure ;
L'inconftance eft l'effet d'une invincible loi :
Et l'amant volage eſt parjure
Sans être de mauvaiſe foi.
Cependant le ceeur rempli de ma nouvelle
paffion , j'attendois aux pieds d'Aglaé
qu'elle daignât prononcer mon arrêt : Levez
-vous , me dit - elle , je tremble que
Flore ne furvienne . Eh ! quoi , lui répliquai-
je , toujours des craintes , & pas
le
moindre efpoir ! Que voulez- vous que je
vous dife , me répondit Aglaé , en tourmant
vers moi les plus beaux yeux du monde
? .... Ah ! Zephir , vous avez aimé
12 MERCURE DE FRANCE.
Aglaé ; cependant au bout de ce long ter
me , Flore ayant été appellée au confeil
des Dieux , pour l'ornement d'une fête que
Jupiter vouloit donner , fon abfence me
laiffa la liberté d'entretenir mon adorable
nymphe : je ne fçais fi elle avoit deviné
que j'aurois à lui parler ; elle fe difpenfa ,
fur quelque prétexte , de fuivre la Déeſſe.
Quant à moi je trouvai le fecret de m'échapper
de la falle du confeil olympique ,
& je volai vers Aglaé.
Élle ſe promenoit dans les jardins de
Flore : eh quoi ! me dit- elle d'un air tout
charmant , vous n'êtes donc pas refté avec
la Déeffe ? croyez- vous , lui dis- je , ô mon
aimable Aglaé , qu'il y ait des fêtes pour
moi où vous n'êtes pas ? alors je me jettai
à fes genoux , & je lui déclarai avec tranfport
l'amour qu'elle m'avoit infpirée.
Que faites-vous ? s'écria-t elle , que deviendrois-
je fi Flore nous furprenoit enfemble
? Ne craignez rien , chere Aglaé ,
Flore eft retenue dans les cieux ; n'ayez
d'attention que pour un amant qui ne voit
que vous.
Ah ! par une crainte frivole
Pourquoi troublerons-nous ces momens fortunés ?
Déja cet heureux tems s'envole ,
Cruelle , & vous l'empoifonnez.
MARS . 1755: 13
Hélas ! me répondit Aglaé , avec une
fimplicité trifte & naïve , je vous écoutois
il y a quelques jours parler à Flore , vous
fui
juriez un amour éternel , & vous m'aimez
, dites-vous ? Oui , répliquai-je auffitôt
en prenant une de fes belles mains
oui , belle Aglaé , je vous adore , & je
n'adore que vous feule ; êtes- vous déterminée
à m'ôter tout eſpoir , à moi , l'amant
le plus tendre & le plus fidele qui fut
jamais ?
Sur ces fermens , continua l'Eventail ,
en s'interrompant lui - même , vous me
croyez peut-être le plus traître de tous
les zéphirs , vous m'accufez de perfidie.
Mais ce feroit me faire injure ;
L'inconftance eft l'effet d'une invincible loi :
Et l'amant volage eft parjure
Sans être de mauvaiſe foi.
Cependant le ceeur rempli de ma nouvelle
paffion , j'attendois aux pieds d'Aglaé
qu'elle daignât prononcer mon arrêt : Levez
- vous , me dit - elle , je tremble que
Flore ne furvienne . Eh ! quoi , lui répliquai-
je , toujours des craintes , & pas
moindre efpoir ! Que voulez- vous que je
vous dife , me répondit Aglaé , en tourmant
vers moi les plus beaux yeux du monde
? .... Ah ! Zephir , vous avez aimé
le
14 MERCURE DE FRANCE.
1
Flore ..... que je ferois à plaindre fi vous
changiez une feconde fois ! A ces mots
elle difparut.
Depuis ce moment elle m'évitoit , elle
s'obfervoit elle - même , elle fembloit fe repentir
d'une indifcrétion ; enforte que je
fus quelques jours fans pouvoir m'affurer
plus pofitivement de fes difpofitions à mon
égard : peut-être , me répondrez - vous ,
qu'elle m'en avoit affez dit à
Mais quel eft l'aveu favorable
Qui foit , je ne dis pas égal , mais comparable
A ce je vous aime charmant
Que l'on trouve fi defirable ?
Ces trois mots échappés d'une bouche adorable ,
Peuvent feuls contenter la maîtreffe & l'amant .
L'attente d'un aveu fi cher m'avoit rendu
rêveur contre mon ordinaire . Ma rêverie
me conduifit un jour dans une allée
fombre où le promenoit Aglaé. Dès qu'elle
me vit , elle entra , pour m'éviter , dans un
cabinet de rofiers , voifin d'un bofquet de
myrtes , où Flore alloit quelquefois fe repofer.
La jeune Nymphe ne foupçonnoit
pas que je l'euffe apperçue : j'étois à fes
genoux avant qu'elle eût fongé à m'ordonner
de me retirer . Elle voulut fortir ; je
Parrêtai : Ne craignez rien , lui dis-je , belle
Aglaé !
MARS . 1755.
Que mon empreffement ne vous foit point fufpect
:
Ma tendreffe pour vous eft pure & légitime ;
Le véritable amour est fondé fur l'eftime ,
Et l'eftime eft fuivie en tout tems du reſpect.
- Elle parut fe raffurer : une défiance affectée
eft fouvent plus dangereufe dans ces
occafions qu'une noble confiance mêlée
d'une fierté qui en impoſe à l'amant le plus
empreffé.
Je me défierois d'une prude
Qui me quitteroit brufquement ,
Ou me chafferoit d'un air rude ;
La vertu bien fincere agit tout fimplement.
4
Nous nous mîmes à caufer tranquillement.
Aglaé continua de cueillir des rofes
pour s'en faire un bouquet. J'en avois apperçu
une , la plus belle du monde , dans
un coin du cabinet : j'allois la cueillir
lorfqu'une épine me piqua fi vivement
qu'il m'échappa une plainte que la tendre
Aglaé accompagna d'un cri,: tous deux
nous trahirent .
Hélas ! les rofes les plus belles ,
Et qui par leur éclat charment le plus nos yeux ,
Cachent aux regards curieux
Les épines les plus cruelles.
16 MERCURE DE FRANCE.
Le plus fage feroit de n'en point approcher.
Mais , quoi ! de tant d'attraits le ciel les a pour
vûes ,
Que du moment qu'on les a vûes
On rifque tout pour les toucher .
Flore dormoit dans le bofquet demyrte ;
le cri d'Aglaé la réveilla ; elle accourut dans
le cabinet des rofiers : Dieux ! quel fut fon
étonnement ! Aglaé étoit affife fur un banc
de gazon , j'étois à genoux devant elle ,
tandis qu'avec un mouchoir de mouffeline
, l'aimable Nymphe fe hâtoit d'étancher
le fang qui fortoit de la piquûre que
je m'étois faire : la bleffure en elle-même
étoit peu de chofe ; mais eft - il de légers
accidens en amour ? Aglaé découvroit dans
fon action cet empreffement mêlé de crainte
que l'on a dans ces fortes d'occafions
pour les perfonnes que l'on aime.
En amour , le péril eft la pierre de touche :
Alors , quoiqu'une belle ait formé le projet
De tenir en filence & fes yeux & fa bouche ;
Dans le moindre accident qui frappe un cher ob
jet ,
L'ame fe réunit à celle qui la touche , :
Et la beauté la plus farouche
De fes craintes bientôt découvre le fujet.
Cette entrevûe auffi fatale pour nous
MARS. 1755. 17
que pour la Déeffe , ne fit que juftifier des
foupçons qu'elle avoit déja conçus : elle
diffimula cependant , & parut même plus
tranquille fur mon compte ; mais elle méditoit
une vengeance qui devoir m'ôter
pour toujours le defir , ou , fi vous voulez
, le plaifir de changer .
Quelques jours après cet incident , Flore
fit avertir Aglaé de venir lui parler en
particulier la pauvre Nymphe obéit en
tremblant. Raffurez- vous , lui dit -elle , je
ne veux point vous faire de mal ; je fuis
charmée , puifque Zéphir m'abandonne
que ce foit du moins pour une perfonne
qui le mérite. Mais , Aglaé , quand vous
lui avez permis quelque efpérance , avez .
vous bien refléchi fur le caractere de votre
amant ? les fermens qu'il vous a faits fans
doute , ne me les avoit- il pas faits à moi
même ? que dis-je ? ne me les avoit- il pas
mille fois réitérés ? avez - vous plus d'em
pire fur lui que je crois en avoir ? & s'il
change encore quelle fera votre deftinée
?
>
Au commencement de ce difcours
Aglaé n'avoit reffenti que de la confufion :
ces derniers mots lui firent répandre des
larmes ; elles furent fa réponſe.
Je vous plains d'autant plus , continua
la Déeffe , que vous aimez de bonne foi
18 MERCURE DE FRANCE.
le plus volage de tous les amans ; il eft cependant
pour vous un moyen de prévenir
fon infidélité. On vient de me faire préfent
d'une petite baguette d'ivoire qui a
la vertu de fixer les inconftans : je vous
la donne , j'en aurois fait ufage pour moimême
, fi Zéphir ne m'eût point quittée
pour vous : il n'eft plus tems , & peut-être
même que demain il feroit trop tard pour
vous.
Incapable de trahisons ;
La fincere vertu l'eft auffi de foupçons.
Aglaé ne vit dans cette offre de Flore
qu'une marque de protection . Elle fortit
après avoir baifé la main de la Déeffe
avec le témoignage de la plus vive reconnoiſſance
. Hélas ! elle ne prévoyoit pas
combien ce préfent alloit nous être fatal
à tous les deux .
Elle accourut d'un air gai me faire part de
la prétendue clémence de Flore ; mais elle
ne me dit rien de la fatale baguette, dans la
crainte apparemment d'en empêcher l'effet .
Je ne me défiois de rien : la gaité d'Aglaé
me charmoit ; je me mis à folâtrer avec
elle : j'apperçus la petite baguette d'ivoire ,
je la trouvai jolie : je voulus la dérober ' ;
Aglaé la retint , elle m'en donna en badiMARS.
1755 . 19
nant de petits coups fur les ailes : funefte
badinage !
A peine cus-je été frappé du fatal préfent
de Flore , qu'il fe fit en moi une métamorphofe
auffi prompte que prodigieufe.
La baguette enchantée fe fendit en plu
fieurs petites languettes minces qui forment
les bâtons que vous tenez : mes aîles
s'étant réunies auffi - tôt , fe colerent fur
l'ivoire , & formerent ce que l'on appelle
vulgairement un éventail fuis toujours
Zéphir , quoique j'aie perdu mon ancienne
forme.
En fuis-je donc moins eftimable
N'ai- je pas confervé l'heureufe faculté
De répandre dans l'air cette fraîcheur aimable
Qui défend la beauté
Contre les chaleurs de l'été ?
En vain l'aftre du jour veut lui faire la guerre ,
J'ai l'art de l'en débarraffer.
Ce font toujours les fleurs que j'aime à careffer ;
Non celles qu'autrefois j'aimois dans un parterre ,
Mais celles que les Dieux ont pris foin de verfer
Sur le teint éclatant des Reines de la terre.
Mon changement en éventail fut pour
Aglaé le coup le plus terrible . J'ai fçu depuis
qu'elle n'avoit pû furvivre à mon
malheur , & j'ofe ajouter au fien . Pou
20 MERCURE DE FRANCE.
voit elle defirer de me fixer à ce prix ?
J'ai paffé en différentes mains depuis ma
métamorphofe ; les Dieux m'ont laiffé l'ufage
de la parole pour inftruire l'univers
de mon origine & de mes différentes propriétés.
Comment ( dis- je au Zéphir métamor
phofé ) , vous fervez donc à plus d'une
chofe ?
Que tu es novice , me répondit-il , Â
tu ignores en combien de manieres je puiš
être utile au beau fexe !
Vas , crois- moi , ce feroit trop peu pour
les Dames de n'avoir en moi qu'un zéphir
à leurs ordres , il eft des occafions où je
leur fuis d'une toute autre utilité.
Croirois-tu , par exemple , que j'ai bonne
part à certaines converfations ? Il y a
quelque tems que j'appartenois à une jeune
veuve , qui dans ces fortes de cas
fe fervoit de moi merveilleufement bien.
Comme elle a de la beauté , mais peu
d'efprit ,
S'entend-elle agacer par quelque compliment
Elle répond fuccintement ;
Mais elle fçait en récompenſe
Badiner fort éloquemment
Avec fon éventail , dont le jeu la difpenfe
De s'énoncer plus clairement :
MARS. 1755. 21
O! l'agréable truchement !
Sans faire plus grande dépenſe
Et d'efprit & de jugement ,
Dans un cercle , Cloris fe donne adroitement
L'air d'une perfonne qui penſe ;
Et l'évantail alors fert admirablement.
Elle le tient appuyé fur fes levres , à peu
près dans l'attitude du Dieu du filence repréfenté
tenant un cachet ou fon doigt fur
fa bouche. C'eft ainfi qu'une fotte rêverie
paffe pour une fpirituelle méditation .
Que de Dames fort eftimables d'ailleurs , à
qui il n'en a jamais coûté qu'une femblable
attitude , pour fe donner dans le monde
la réputation d'êtres penfans !
yeut-on de l'éventail faire quelqu'autre ufage ?
Que l'on me tienne déployé ,
Et qu'alors je fois employé
A cacher , de côté , la moitié du viſage :
Voilà dans un monde poli-,
Et le voile le plus modeſte ,
Et le mafque le plus joli
Pour en faire accroire de refte ,
Aux oncles , aux tuteurs , aux papas , aux ma
mans ,
Aux maris , & même aux amans, -
C'eft ainfi qu'à fa confidente ,
Ou bien à fon héros , une fille prudente
22 MERCURE DE FRANCE.
Parle à l'abri de l'éventail ;
Car on n'affiche plus l'amour à fon de trompe ,
Et ce n'eft plus en gros , meres , que l'on vous
trompe :
On aime à petit bruit , & l'on dupe en détail.
Cette façon de mafque eft encore à l'ufage
des Dames , qui fe difent à l'oreille
de jolis riens ; elles leur donnent par là
un air d'importance & de myftere. Autre
avantage que l'on retire de l'éventail,
Sur l'objet de fa paſſion ,
L'éloquence d'un homme aimable
Fait-elle quelque impreffion ?
On cache une rougeur ou fauffe ou véritable
Avec un éventail , dont on fçait ſe couvrir ;
Et quelquefois auffi c'eft un tour plein d'adrefle
Pour faire deviner des fignes de tendreffe
Que la bouche balance encore à découvrir.
Un jeune Cavalier , moins fage qu'amoureux ¿
Qu'un tendre aveu rend téméraire ,
Ofe-t-il hazarder quelque gefte contraire
A ce que la décence exige de fes feux
Mieux que par une réprimande ,
Par un coup d'éventail , le tendron irrité
En impofe au galant , qui s'étoit écarté
la raifon commande .
De ce que
Mais j'entends que l'on me demande
Si le coup d'éventail eft donné des plus lourds ;
MARS.
23 1755 .
Je réponds : des amans faifons la différence ,
On bat ceux que l'on voit avec indifférence
Mais on fait patte de velours
Sur le galant de préférence ,
Au furplus , cette partie de mon exer
cice eft celle qui demande le plus de précifion
l'amour eft un enfant bien malin ;
fouvent on l'agace en croyant le rebuter ;
c'eſt aux Dames à ne pas s'y méprendre .
:
Que vous dirai-je encore ? je connois
une vieille Marquife , dont la foibleſſe eſt
de vouloir être regardée : elle y réuffic
quelquefois par la fingularité de fon ajuſtement.
Il y a quelque tems qu'elle fe faufila
dans une compagnie de jeunes perfonnes
de l'un & de l'autre fexe ; elle quête
des regards , à peine y fait- on attention :
la pauvre
Marquife
étoit
ifolée
au milieu
de douze
perfonnes
. Pour
derniere
reffource
, elle laiſſe
tomber
fon éventail
;
un jeune
homme
le ramaffe
, le rend poliment
à la Marquife
, & fe tourne
de l'autre
côté. La formalité
remplie
, il ne fut
pas feulement
queſtion
d'un clin d'oeil
, il
fallut
fortir
fans avoir
eu le bonheur
de fe
faire
regarder.
Une jeune Agnès fe fert plus heureuſement
du même ſtratagême ; fon amant lui
écrit , elle fait une réponse ; l'embarras eft
24 MERCURE DE FRANCE.
de la donner fans que l'on s'en apperçoive
; on attend l'occafion que l'on foit à
côté l'un de l'autre : l'Agnès laiffe adroitement
tomber l'éventail , le jeune Cavalier
le ramaffe , le préfente à fa maîtreffe , qui
faifit l'inftant pour lui gliffer dans la main
le billet qu'elle tehoit tout prêt dans la
fienne .
Eh ! que d'autres beautés en uferoient
ainfi !
Quelquefois
il arrive auffi
Qu'avec un air diftrait & fimple en apparence ,
Mais au fond , avec un air fin ,
En fe mettant au jeu , l'on donne à ſon voiſin
L'éventail à garder : aimable préférence !
Enfuite on feint de l'oublier
Lorfqu'à s'expliquer on héfite ,
Et cet heureux oubli fournit au cavalier
Un pretexte innocent de premiere vifite..
En un mot , je n'aurois jamais fait fi je
voulois vous développer dans toutes fes
parties le fublime exercice de l'éventail :
il répond à ceux du chapeau , de la canne ,
& de la tabatiere ; c'eft tout dire.
Et je ne vous parle que de ce que je
fçais , fans compter les méthodes que je
puis ignorer , mes confreres les ayant imaginées
fans moi . Car il eft bon de vous
dire que plufieurs zéphirs ont été tentés ,
fur
MARS . 1755. 25
fur mon exemple d'être métamorphofés en
éventails ; quelques uns par malice , d'autres
pour réparer de bonne foi la réputation
de légereté qui les avoient perdus
auprès des Dames , par les fervices continuels
qu'ils leur rendent ; & les Dames ,
à leur tour , par un motif de reconnoiffance
ou d'intérêt , ne nous abandonnent
pas même dans la faifon où les zéphyrs
font de trop preuve remarquable de toutes
nos autres propriétés,
Que d'éventails grands & petits ,
Pourroient vous raconter la choſe ;
Si tous les inconftans étoient affujettis
A la même métamorphofe ?
On affure même , continua le zéphyr ,
que les Cavaliers François , & fur-tout les
petits-maîtres , ont imaginé depuis peu
de porter en été des éventails de poche .
Après avoir partagé avec les Dames les .
mouches , le rouge , & les ponpons , je ne
crois pas que ces Meffieurs rifquent de
paroître plus ridicules en partageant auffi
l'exercice de l'éventail.
A peine mon zéphyr hiftorien eut - il
achevé ces mots , que je fus abordé par
un grand jeune homme , qu'il me dit être
de robe : il me demanda fi dans ce même
endroit je n'avois pas trouvé par hazard
B
26 MERCURE DE FRANCE .
l'éventail qu'une Dame avoit égaré. Pendant
qu'il me faifoit une longue defcription
de l'éventail , le zéphyr me dit
à l'oreille : voilà le favori de ma maîtreffe ;
c'est une actrice fort aimable : ce jeune
Confeiller l'avoit accompagnée dans ce
bofquet ; mais dès qu'ils ont apperçu certain
plumet , concurrent redoutable pour
un homme de robe , ils fe font levés avec
tant de précipitation que l'éventail eft reſté
fur la place. Cela m'arrive fouvent dans les
tête-à-têtes. Adieu .
Je rendis au Confeiller l'éventail de fa
Déefle , & je me retirai plein de réflexions
qu'une matiere auffi intéreffante ne doit
pas manquer d'infpirer .
Voilà , Mademoiſelle , l'Origine des éventails.
Et voilà , foit dit entre nous •
Ce que je n'aurois point griffonné pour toute autre.
A propos d'éventail , fi l'Amour d'un air doux
Venoit fe mettre à vos genoux ,
Croyez-moi , fervez - vous du vôtre
Pour le repouffer loin de vous ;
Je le connois , le bon apôtre ,
Le plus fage fait bien des fous.
Fermer
Résumé : L'ORIGINE DES EVENTAILS, A MADEMOISELLE .....
Le texte narre l'origine des éventails, racontée par un homme à une demoiselle. Initialement, l'homme pensait que les éventails servaient uniquement à capturer le vent pour le plaisir des dames. Cependant, il découvre la véritable origine des éventails à travers une aventure merveilleuse mais vraisemblable. Un jour, l'homme trouve un éventail dans un bosquet du Luxembourg. Une voix invisible, celle de l'éventail lui-même, lui raconte son histoire. L'éventail était autrefois un zéphyr, un vent léger, qui aimait la déesse Flore. Par inconstance, il tomba amoureux de Pomone, mais revint ensuite à Flore. Plus tard, il s'éprit de la nymphe Aglaé, ce qui provoqua la jalousie de Flore. Lors d'une fête des dieux, le zéphyr déclara son amour à Aglaé, mais celle-ci, craignant la colère de Flore, hésita. Finalement, Aglaé disparut, laissant le zéphyr malheureux. Pour punir son inconstance, le zéphyr fut transformé en éventail, emprisonnant ainsi son esprit volage dans un objet. La déesse Flore, jalouse, découvrit la relation entre Aglaé et Zéphir. Pour se venger, elle offrit à Aglaé une baguette d'ivoire enchantée, censée fixer les inconstants. Aglaé, ignorante des intentions malveillantes de Flore, accepta le présent. Zéphir, attiré par la baguette, la toucha et se métamorphosa en éventail. Cette transformation fut fatale pour Aglaé, qui ne survécut pas à la perte de Zéphir. L'éventail, doté de la parole, explique ses multiples usages et utilités. Il sert à dissimuler des émotions, à communiquer discrètement, et à jouer divers rôles dans les interactions sociales. Les dames l'utilisent pour se protéger des regards indiscrets et pour envoyer des signaux subtils. Le texte se termine par une réflexion sur les éventails et leurs rôles dans la société, illustrée par des anecdotes et des observations sur leur usage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 101-108
Essai synthétique sur la formation des Langues, [titre d'après la table]
Début :
Essai synthétique sur la formation des langues. vol. in 8o. Prix, 5 liv. relié. A [...]
Mots clefs :
Langage, Auteur, Langues, Hommes, Question, Origine, Formation, Expérience, Sons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essai synthétique sur la formation des Langues, [titre d'après la table]
Effaifynthétique fur laformation des langues.
vol. in 8°. Prix , 5 liv . relié. A
Paris , chez Ruault , libraire , rue de
la Harpe.
La queftion de l'origine & de la formation
des Langues peut être envifagée
fous deux afpects ; ou comme une queftion
de fait , ou comme une queftion purement
hypothétique . L'origine des langues
, quant à la queftion de fait , ne
peut , nous dit l'auteur , avoir aucune difficulté.
Perfonne n'ignore qu'elle fe trouve
irrévocablement décidée par l'autorité
des livres de Moïfe. L'homme y eft par
раг
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
tout repréfenté comme ufant de la parole
ainsi que d'un bien qu'il a reçu avec
la vie. Plufieurs autres réflexions de l'auteur
tendent également à nous donner la
folution de la question de l'origine des
langues , fi on ne vouloit la confidérer
que comme une queſtion de fait. Mais
elle peut être auffi envifagée , ainfi qu'il
vient d'être obfervé , fous un point de
vue purement hypothétique . Car en admetant
que, dans le fait & dans fon principe
, le langage humain n'ait point été
inventé par les hommes , on fera toujours
en droit de demander fi , dans toute
hypothèfe , il eft impoffible qu'il le foit
par eux. L'auteur croit donc pouvoir examiner:
Si des hommes , par des moyens
purement naturels , fe formeroient une
langue , & quelle route pourroit les
>> conduire. »
وو
Y
La manière de réfoudre incontestablement
ce difficile problême , ce feroit de
prendre la voie de l'expérience , en mettant
un certain nombre d'hommes dans
telle pofition , que , s'ils ne parvenoient
point à fe former une langue , ce fût une
preuve que cette opération eft entièrement
au- deffus de nos facultés . Cette expérience
n'a jamais été faite ; elle ne le
JUI N. 1774. 103
fera peut-être jamais . L'auteur fe contente
donc d'indiquer comment elle devroit
sêtre dirigée , & de montrer les résultats
qu'on pourroit raisonnablement en attendre.
Ce tour donné à la queſtion paroît favorable
en ce qu'il prête moins aux écarts
de l'imagination , & qu'il met à portée
de réduire la difficulté aux moindres ter-
-mes , par la liberté qu'il procure de prendre
tous les avantages qu'on peut croire
-néceffaires au fuccès de la tentative . En
effet , comme en phyſique une expérience
ne réuffit que par le concours de toutes
les circonstances qui la favorifent , il faudroit
de même être affuré d'avoir parfaitement
bien conduit l'expérience propofée
, avant de conclure qu'il eft impoiiible
en foi , que des hommes inventent
d'eux - mêmes une langue.
L'auteur réunit donc les circonftances qu'il
juge les plus avantageufes . Il fuit , relativement
au langage, l'établiffement d'une
-colonie formée & dirigée fur une fiction,
où il fe donne la plus grande liberté , fans
cependant fortir de la vraisemblance , &
fans rien demander qu'on ne pût abfolument
exécuter. I tâche d'expliquer les
développemens du langage d'une telle co-
Jonie , en le conduifant des plus foibles
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
élémens , jufqu'au point où il pourroit approcher
de nos langues connues & cultivées.
Il voit que ce langage admettroit
d'abord les tons expreffifs des paffions qui
fe peindroient par des cris , des accens ,
&c. intelligibles à tout être fenfible : c'eft
ce premier langage qu'il nomme pathéti■
que.
L'homme n'ayant pas toujous des fentimens
ou paffionnés ou violens à exprimer
, & fe trouvant fans ceffe dans la néceffité
de faire comprendre l'impreffion
modérée que font fur lui les objets extérieurs
, défigne cette forte d'impreffion par
le gefte, l'action , le mouvement du corps ,
par différentes poftures & attitudes : de la
naît un fecond langage que l'auteur appelle
mimique.
La mobilité des organes de la voix &
de la parole qui porte l'homme à proférer
des fons lors même qu'il ne les entend
pas ; l'ufage continuel du fens de l'ouie ;
le goût de l'imitation qu'on eft forcé d'ad
mettre au nombre des facultés naturelles
de l'homme , ne peuvent manquer de lui
faire contracter l'habitude d'imiter, par les
fons de la voix , les différens bruits qui
l'intéreffent dans la Nature , & de peindre
un grand nombre d'objets , auffi bien que
JUI N. 1774. 105
les affections qu'ilsproduifent furfon ame,
par le genre de fon qui lui eft propre. Telles
font les fources d'un troisième langage
que l'auteur nomme imitatif,
1
L'extenfion dont le langage imitatif eft
fufceptible par voie d'approximation , de
fimilitude , d'affinité , &c. produit encore
une forte de langage que l'auteur défigne
par le nom d'analogique ; parce que
ce langage n'eft véritablement qu'une dérivation
du langage imitatif.
Jufques- là le fens de l'ouie a fuffi pour
guider les hommes dans la formation du
langage par fons ; & il eft conftant qu'avec
l'amélioration qu'auroit pu recevoit
fucceffivement le langage mimique, des
Sauvages auroient , en fait de langage , àpeu
près tout ce qui feroit néceffaire à
leurs befoins. Parvenu à ce point , l'édifice
des langues ne peut plus s'élever
qu'au moyen de la réflexion . Mais fi l'on
a droit d'en fuppofer capables les hommes
qu'on a en vue , il viendra infailli
blement un temps où , revenant fur leurs
pas ,
ils pourront
étudier la marche
qu'ils
auront fuivie , obferver
un fait palpable
dans leur propre langage , & voir que
les fons de la voix peuvent
être employés
pour exprimer
les idées ; dès- lors la dé
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
couverte des langues eft faite. Auffi tôt
naît un cinquième langage que l'auteur a
nommé conventionnel, qui feul conftitue
proprement une longue , & peut fuppléer
avantageulement à tous les autres langages
qui l'ont précédé. Il ne les abforbe cependant
que peu- à- peu ; parceque les développemens
s'en font infenfiblement , &
ne peuvent être que l'ouvrage du temps.
L'hiftoire de l'origine & des progrès du
langage couventionnel étant évidemment
la partie la plus intéreffante de la queſtion
que l'auteur s'eft propofé de difcuter , it
s'eft attaché à la traiter avec plus d'érendue
, en fuppofant feulement dans le peuple
de fon hypothèfe , les facultés les
plus ordinaires , & en ne les affujeriffant
qu'à une marche d'idées qui paroît néceffaire
à tous les êtres doués de raifon.
L'ouvrage eft terminé par des réponſes
de l'auteur aux difficultés qui , fuivanc
M. Rouffeau de Genève dans fon difcours
où il examine les fondemens de l'inégali
té parmi les hommes , empêchent qu'on
puiffe jamais éclaircir la queftion de
l'origine & de la formation des langues .
Plufieurs notes utiles accompagnent le
texte de l'ouvrage. Une de ces notes eft ,
à caufe de fon étendue , rejetée à la fin
JUI N. 1774. 107
du volume . L'auteur y fait un examen
critique & raiſonné de la première partie
de la grammaire générale de M. Beauzée .
On remarque dans toutes ces difcuffions
un efprit d'obfervation & de logique , &
une fagacité peu commune. Si l'examen
de la queftion de l'origine & de la formation
des langues paroît d'abord à quelques
lecteurs un peu chimérique , ces mêmes
lecteurs feront obligés de convenir , après
avoir lu l'ouvrage , que les réflexions de
l'auteur peuvent répandre un nouveau jour
fur la métaphyfique des langues , réfoudre
plufieurs doutes relatifs au langage le
plus propre à la mufique & éclairer les
inftituteurs fur les meilleurs procédés pour
apprendre à leurs élèves les premiers rudimens
du langage.
L'auteur , dans une de fes notes , propofe
une nouvelle méthode de lecture pour
les enfans . Nous ne doutons point, d'après
fes réflexions , que cette méthode ne foit
préférable à celle adoptée par le commun
des inftituteurs.On ne peut donc qu'exhorrer
l'auteur à faire imprimer la pratique
de cette méthode. Il la réduira , com
me il eft convenable , à un petit livret
qui aura deux parties . Dans l'une il donnera
de courtes inftructions pour les maî
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
tres ; dans l'autre , outre les tables élémentaires
pour le latin & le françois , on
trouvera des modèles de lecture adaptés à
ces mêmes tables .
vol. in 8°. Prix , 5 liv . relié. A
Paris , chez Ruault , libraire , rue de
la Harpe.
La queftion de l'origine & de la formation
des Langues peut être envifagée
fous deux afpects ; ou comme une queftion
de fait , ou comme une queftion purement
hypothétique . L'origine des langues
, quant à la queftion de fait , ne
peut , nous dit l'auteur , avoir aucune difficulté.
Perfonne n'ignore qu'elle fe trouve
irrévocablement décidée par l'autorité
des livres de Moïfe. L'homme y eft par
раг
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
tout repréfenté comme ufant de la parole
ainsi que d'un bien qu'il a reçu avec
la vie. Plufieurs autres réflexions de l'auteur
tendent également à nous donner la
folution de la question de l'origine des
langues , fi on ne vouloit la confidérer
que comme une queſtion de fait. Mais
elle peut être auffi envifagée , ainfi qu'il
vient d'être obfervé , fous un point de
vue purement hypothétique . Car en admetant
que, dans le fait & dans fon principe
, le langage humain n'ait point été
inventé par les hommes , on fera toujours
en droit de demander fi , dans toute
hypothèfe , il eft impoffible qu'il le foit
par eux. L'auteur croit donc pouvoir examiner:
Si des hommes , par des moyens
purement naturels , fe formeroient une
langue , & quelle route pourroit les
>> conduire. »
وو
Y
La manière de réfoudre incontestablement
ce difficile problême , ce feroit de
prendre la voie de l'expérience , en mettant
un certain nombre d'hommes dans
telle pofition , que , s'ils ne parvenoient
point à fe former une langue , ce fût une
preuve que cette opération eft entièrement
au- deffus de nos facultés . Cette expérience
n'a jamais été faite ; elle ne le
JUI N. 1774. 103
fera peut-être jamais . L'auteur fe contente
donc d'indiquer comment elle devroit
sêtre dirigée , & de montrer les résultats
qu'on pourroit raisonnablement en attendre.
Ce tour donné à la queſtion paroît favorable
en ce qu'il prête moins aux écarts
de l'imagination , & qu'il met à portée
de réduire la difficulté aux moindres ter-
-mes , par la liberté qu'il procure de prendre
tous les avantages qu'on peut croire
-néceffaires au fuccès de la tentative . En
effet , comme en phyſique une expérience
ne réuffit que par le concours de toutes
les circonstances qui la favorifent , il faudroit
de même être affuré d'avoir parfaitement
bien conduit l'expérience propofée
, avant de conclure qu'il eft impoiiible
en foi , que des hommes inventent
d'eux - mêmes une langue.
L'auteur réunit donc les circonftances qu'il
juge les plus avantageufes . Il fuit , relativement
au langage, l'établiffement d'une
-colonie formée & dirigée fur une fiction,
où il fe donne la plus grande liberté , fans
cependant fortir de la vraisemblance , &
fans rien demander qu'on ne pût abfolument
exécuter. I tâche d'expliquer les
développemens du langage d'une telle co-
Jonie , en le conduifant des plus foibles
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
élémens , jufqu'au point où il pourroit approcher
de nos langues connues & cultivées.
Il voit que ce langage admettroit
d'abord les tons expreffifs des paffions qui
fe peindroient par des cris , des accens ,
&c. intelligibles à tout être fenfible : c'eft
ce premier langage qu'il nomme pathéti■
que.
L'homme n'ayant pas toujous des fentimens
ou paffionnés ou violens à exprimer
, & fe trouvant fans ceffe dans la néceffité
de faire comprendre l'impreffion
modérée que font fur lui les objets extérieurs
, défigne cette forte d'impreffion par
le gefte, l'action , le mouvement du corps ,
par différentes poftures & attitudes : de la
naît un fecond langage que l'auteur appelle
mimique.
La mobilité des organes de la voix &
de la parole qui porte l'homme à proférer
des fons lors même qu'il ne les entend
pas ; l'ufage continuel du fens de l'ouie ;
le goût de l'imitation qu'on eft forcé d'ad
mettre au nombre des facultés naturelles
de l'homme , ne peuvent manquer de lui
faire contracter l'habitude d'imiter, par les
fons de la voix , les différens bruits qui
l'intéreffent dans la Nature , & de peindre
un grand nombre d'objets , auffi bien que
JUI N. 1774. 105
les affections qu'ilsproduifent furfon ame,
par le genre de fon qui lui eft propre. Telles
font les fources d'un troisième langage
que l'auteur nomme imitatif,
1
L'extenfion dont le langage imitatif eft
fufceptible par voie d'approximation , de
fimilitude , d'affinité , &c. produit encore
une forte de langage que l'auteur défigne
par le nom d'analogique ; parce que
ce langage n'eft véritablement qu'une dérivation
du langage imitatif.
Jufques- là le fens de l'ouie a fuffi pour
guider les hommes dans la formation du
langage par fons ; & il eft conftant qu'avec
l'amélioration qu'auroit pu recevoit
fucceffivement le langage mimique, des
Sauvages auroient , en fait de langage , àpeu
près tout ce qui feroit néceffaire à
leurs befoins. Parvenu à ce point , l'édifice
des langues ne peut plus s'élever
qu'au moyen de la réflexion . Mais fi l'on
a droit d'en fuppofer capables les hommes
qu'on a en vue , il viendra infailli
blement un temps où , revenant fur leurs
pas ,
ils pourront
étudier la marche
qu'ils
auront fuivie , obferver
un fait palpable
dans leur propre langage , & voir que
les fons de la voix peuvent
être employés
pour exprimer
les idées ; dès- lors la dé
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
couverte des langues eft faite. Auffi tôt
naît un cinquième langage que l'auteur a
nommé conventionnel, qui feul conftitue
proprement une longue , & peut fuppléer
avantageulement à tous les autres langages
qui l'ont précédé. Il ne les abforbe cependant
que peu- à- peu ; parceque les développemens
s'en font infenfiblement , &
ne peuvent être que l'ouvrage du temps.
L'hiftoire de l'origine & des progrès du
langage couventionnel étant évidemment
la partie la plus intéreffante de la queſtion
que l'auteur s'eft propofé de difcuter , it
s'eft attaché à la traiter avec plus d'érendue
, en fuppofant feulement dans le peuple
de fon hypothèfe , les facultés les
plus ordinaires , & en ne les affujeriffant
qu'à une marche d'idées qui paroît néceffaire
à tous les êtres doués de raifon.
L'ouvrage eft terminé par des réponſes
de l'auteur aux difficultés qui , fuivanc
M. Rouffeau de Genève dans fon difcours
où il examine les fondemens de l'inégali
té parmi les hommes , empêchent qu'on
puiffe jamais éclaircir la queftion de
l'origine & de la formation des langues .
Plufieurs notes utiles accompagnent le
texte de l'ouvrage. Une de ces notes eft ,
à caufe de fon étendue , rejetée à la fin
JUI N. 1774. 107
du volume . L'auteur y fait un examen
critique & raiſonné de la première partie
de la grammaire générale de M. Beauzée .
On remarque dans toutes ces difcuffions
un efprit d'obfervation & de logique , &
une fagacité peu commune. Si l'examen
de la queftion de l'origine & de la formation
des langues paroît d'abord à quelques
lecteurs un peu chimérique , ces mêmes
lecteurs feront obligés de convenir , après
avoir lu l'ouvrage , que les réflexions de
l'auteur peuvent répandre un nouveau jour
fur la métaphyfique des langues , réfoudre
plufieurs doutes relatifs au langage le
plus propre à la mufique & éclairer les
inftituteurs fur les meilleurs procédés pour
apprendre à leurs élèves les premiers rudimens
du langage.
L'auteur , dans une de fes notes , propofe
une nouvelle méthode de lecture pour
les enfans . Nous ne doutons point, d'après
fes réflexions , que cette méthode ne foit
préférable à celle adoptée par le commun
des inftituteurs.On ne peut donc qu'exhorrer
l'auteur à faire imprimer la pratique
de cette méthode. Il la réduira , com
me il eft convenable , à un petit livret
qui aura deux parties . Dans l'une il donnera
de courtes inftructions pour les maî
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
tres ; dans l'autre , outre les tables élémentaires
pour le latin & le françois , on
trouvera des modèles de lecture adaptés à
ces mêmes tables .
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