Résultats : 35 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 37-40
IMITATION DE LA GALATEE de Virgile.
Début :
Si nostre Amy dont vous me demandez des nouvelles ne / Mon Troupeau quelquefois, en paissant, me conduit [...]
Mots clefs :
Pomme, Berger, Virgile, Flamme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION DE LA GALATEE de Virgile.
Si noftre Amy dont vous me demandés des nouvelles ne s'eſtoit pas fait une Vertu d'aimer conftamment, il ſe ſeroit épar--
gné bien des chagrins , donten- fin il a eſté récompenfé. C'eſt une nouvelle à vous apprendre.
La Belle qui ſembloit avoir pour luy les froideurs dont il ſeplai- gnoit , n'affectoit cette fauſſe inſenſibilité, que pour l'engager àplus d'amour. Cela me fait fou- venir de la Galatée de Virgile dont je croy vous avoir parlé.
Elle fuyoit apres avoir jetté une Pomme à un Berger dont elle ſe connoiſſoit aymé , & fe laiſſoit voir en fuyant pour le faire courir apres elle. Cette penſée a eſté renduë fort agrea- blement
GALANT. 25
blement par ces Vers-dont on ne m'a point fait connoiſtre
l'Autheur.
IMITATION DE LA GALATEE
deVirgile.
M
On Troupeau quelquefois ,
paiſſant ,
me conduit
en
Surles bordsd'un Torrent dont lavague irritée ,
Dufrein qu'elle s'est fait d'une Roche emportée ,
Vientd'unflot bondiſſant l'affaillir, mais fansfruit.
Laragedeſe voir domptée La ramene cent fois , & cent fois ne produitd'écume&plusdebruit. Queplus Lareſvant l'ame triste , & la veue
arrestée ;
د
Ainsi,diſois-je un jour ,maflame re- butée
Envain jusqu'icy ma rédnit
Tome IV. B
26 LE MERCVRE
Ades ſoins obſtinezdeplaire à Ga latée ,
Quandfortant àpas lents d'une Rdche écartée
Cette Belleme jette une Pomme ,
s'enfuit D'une courſe précipitée.
Ie me détourne, &vois qu'elle se laiſſe choir
Sous un Saule où d'abord fafuite l'a
portée
Ah ! dis-jeeny courantreprenonsquel que espoir
Maflame en peut estre flatée,
Puisquepour mefaire sçavoir Que c'est elle par qui la Pominem'est jettée,
La Follette en tombant veut bien se
laiffervoir.
gné bien des chagrins , donten- fin il a eſté récompenfé. C'eſt une nouvelle à vous apprendre.
La Belle qui ſembloit avoir pour luy les froideurs dont il ſeplai- gnoit , n'affectoit cette fauſſe inſenſibilité, que pour l'engager àplus d'amour. Cela me fait fou- venir de la Galatée de Virgile dont je croy vous avoir parlé.
Elle fuyoit apres avoir jetté une Pomme à un Berger dont elle ſe connoiſſoit aymé , & fe laiſſoit voir en fuyant pour le faire courir apres elle. Cette penſée a eſté renduë fort agrea- blement
GALANT. 25
blement par ces Vers-dont on ne m'a point fait connoiſtre
l'Autheur.
IMITATION DE LA GALATEE
deVirgile.
M
On Troupeau quelquefois ,
paiſſant ,
me conduit
en
Surles bordsd'un Torrent dont lavague irritée ,
Dufrein qu'elle s'est fait d'une Roche emportée ,
Vientd'unflot bondiſſant l'affaillir, mais fansfruit.
Laragedeſe voir domptée La ramene cent fois , & cent fois ne produitd'écume&plusdebruit. Queplus Lareſvant l'ame triste , & la veue
arrestée ;
د
Ainsi,diſois-je un jour ,maflame re- butée
Envain jusqu'icy ma rédnit
Tome IV. B
26 LE MERCVRE
Ades ſoins obſtinezdeplaire à Ga latée ,
Quandfortant àpas lents d'une Rdche écartée
Cette Belleme jette une Pomme ,
s'enfuit D'une courſe précipitée.
Ie me détourne, &vois qu'elle se laiſſe choir
Sous un Saule où d'abord fafuite l'a
portée
Ah ! dis-jeeny courantreprenonsquel que espoir
Maflame en peut estre flatée,
Puisquepour mefaire sçavoir Que c'est elle par qui la Pominem'est jettée,
La Follette en tombant veut bien se
laiffervoir.
Fermer
Résumé : IMITATION DE LA GALATEE de Virgile.
Le texte raconte une histoire d'amour où un homme, nommé Amy, souffre de son amour constant pour une femme froide, surnommée 'La Belle'. Cette femme utilise une stratégie similaire à celle de Galatée dans la mythologie virgilienne, feignant l'insensibilité pour stimuler l'amour de son amant. Galatée, dans la mythologie, fuyait un berger après lui avoir jeté une pomme, se laissant voir pour qu'il la poursuive. Le texte inclut une imitation poétique de cet épisode. Le poème décrit un troupeau paissant près d'un torrent tumultueux, symbolisant les émotions conflictuelles de l'amant. La femme, comparée à Galatée, jette une pomme à l'amant et s'enfuit, se laissant voir pour l'inciter à la poursuivre. L'amant interprète ces gestes comme un signe d'espoir et de reconnaissance de son amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 93-111
LE PERROQUET ET LA GUENUCHE. FABLE. A MADEMOISELLE DE M**
Début :
Il nous arriva hier de Lisbonne une Barque chargée de [...]
Mots clefs :
Perroquet, Guenuche, Amour, Animaux, Galanterie, Berger, Conversation, Belle, Laide, Inconstance, Métamorphose, Portugal, Histoire, Morale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PERROQUET ET LA GUENUCHE. FABLE. A MADEMOISELLE DE M**
LE
PERROQUET
ET LA GUENUCHE.
7
FABLE.
A MADEMOISELLE DE M**
1
Lnous arriva hier de Lisbonneune
Barque chargéedeSinges &de Per- roquets. Vousjugezbien, Mademoiselle,
GALANT 61
que je n'ay pas perduune si belle occa- fion devous tenirparole. F'aychoisipar- my cegrand nombre un Perroquet d'un plumage tres particulier , &une Gue- nuche d'une petiteſſefort rare. Ce qu'il yade fâcheux , c'est que le Perroquet
neparle point François , que la Guenu- che ne sçait point danser , &que mesme elle est encore habillée à la Portugaise;
mais vous serez peut-estre bien aise d'estre leur Maiſtreſſe en toutes façons.
Vos Leçons leur apprendront la belle maniere. Tous les autres Perroquets ne Sçavent prononcerque des injures grof- fieres , & quand vous aurezinſtruit le voſtre , il sçaura dire des malices inge- nieuses. A voſtre Ecole la Guenuche
apprendra bien- toft la Bourrée & le
Menuët ; &fi vous avezſoin de l'ha biller à la mode & de voſtremain ,je
gage qu'on la trouvera plus propre &
demeilleur air que vostre petite laide Voisine. Cependant comme vous n'en- tendrez point d'abord le jargon ny de la Guenuche ny du Perroquet , je me crois obligé en vous les envoyant, d'estre aupres de vous leur Interprete. SansSça-
62 LE MERCVRE
voir la Langue de leur Pays, j'ay bien- toft compris leurs discours, parce qu'ils estoient tendres &amoureux..
Entendre àdemymotfut toûjoursmon
partage;
Si- toſt que l'on parle d'amour ,
Iln'eſt point pour moy de langage Qui ne foit clair comme le jour.
Pour vous ma , jeune Demoiselle,
Quand memes en François l'amour fertd'entretien ,
Malgré tout voſtre Eſprit , vous ne ré- pondez rien Et vousn'entendez pas la langue ma- ternelle;
Vous voila cependant dans la belle ſaiſon ,
Vous avez quatorze ans, à cet âge, ma Belle,
N'entendre pas l'Amour , mafoy cela s'appelle N'entendre pas raiſon.
Jeveux aujourd'huy tâcher devous rendre raisonnable , en vous faisant comprendre l'Histoire amoureuse de
GALAN T. 63 vostre Guenuche & de vostre Perroquet.
Aufſi- toft que ces deux petits Animauxfurent entre mes mains , ils parle- rent entr'eux certain jargon Moresque,
&j'entendis quele Perroquet reprochoit àla Guenucheſes ſingeries , & la Gue- nuche luy reprochoitſon caquet. Comme leursdiscours meſemblerent aſſez plai- Sans, j'entray dans leur conversation.
Ils enfurent d'abordsurpris , mais en- fin nous devinſmes familiers &fûmes bien toſt ſi grands Amis , que je les obligeay àme conter leurHistoire. Le Perroquet , comme le plus grand Cau- feur , voulut estre l'Historien ; &vo cy en François àpeu pres comme il pliqua en Moresque.. *
LYON
1893-
MaMere me donna le jour
Dans un Climat de la Guinée ,
Où le Soleil joint à l'Amour ,
Enflame tout toute l'année.
L'on n'y voit point de Cœur glacé,
N'yde Bergere indiferente;
Quand unBerger eſt empreſſé LaBergere ſe montre ardente.
64 LE MERCVRE
Là je vivois jadis enBerger fort coquet,
Aujourd'huyje ſuis Perroquet,
Car , helas ! ma Coqueterie ,
Queje nommois Galanterie ,
Choqua le cruel Cupidon ,
Qui ſans m'accorder de pardon ,
Fit de moy la Métamorphoſe ,
Queje vais vous conter en Profe.
Sur les bords du Fleuve Niger on ne fait pas l'amour ainſi que fur les bords de la Seine on du Rhône. On m'a dit
qu'icyla constance paſſe pour une vertu,
là elle paſſeroit pour un vice : En France un Amant bien reglé n'a beſoin que d'une Amante , &ſouvent en ayant une , il en a trop ; mais en Ethiopie les Galans ont beſoin de diverſes Maiſtref.
Ses , &nostre miserable Roy qui mourut ilyaquelque temps dans ce Royaume,
pourroit estre un témoin de cette verité.
Estant Berger je voyois ſuivant noftre coustume diverſesBergeres , &je témoi gnois à toutes beaucoup d'amour,mais àlaveritéje n'en reſſentois queres. Dans ma conversation, dans mes Chansons
GALANT. 65 dans mes Billets , je paroiſſois l' Amant du monde leplus ardent , &dans mon cœur ie mesentois fort tranquille; enfin tout mon amour n'estoit que du caquet.
Mais,helas ! depuis ce temps j'ay bien appris que Cupidon est un Dieu qui pu- nit cruellement le mensonge. Pour com.
mencer àse vanger demoy , il me fit devenir trop veritablement amoureux d'une petite Laide , plus volage &plus.
coquette que je n'estois , &c'est iuste.
ment Dame Guenuche que vous voyez là , qui a esté Bergere dans le temps que i'estois Berger. Apresavoir trompé tant de Perſonnes parmesfaux Sermens , ie ne pûs pas mesine perfuader mapetite Laide par des veritez tres- constantes.
Cependantpour mefaire mieux enrager,
au commencement elle fit mine de m'aimer, elle affecta toutes les petites ma- nieres d'une Perſonnefort paſſionnée, &
quand elle me vit bien ſenſiblement tou- ché , elle me fit cent malices & mequit- ta enfin pour un autre Bergerauffi laid qu'un vieux Singe.
Dieux ! qu'un Berger vivroit content
66 LE MERCVRE
Silchangeoit auffi-toft que changeſon Amante !
Mais,helas ! que de maux nous cauſe
une Inconftante,
Quandon ne peut être inconſtant !
L'amourque ieſentois pour mapetite Ingrate , & la haine que i'avois pour mon laid Rival , me mirent dans untel
deſeſpoir , que ie quitay mes Moutons,
&laſocietédes autres Bergers. Je m'en allay comme un furieux ,errant dans lesDeserts : ie déchiray mes habits , ie me couvris defeüilles d'arbres , &enfin
icdevins tout-à-fait infensé. L'Amour alors me voyantdans une Forest en estat demourir ,voulut meſauver la vie , &
ie nesçay si cefutparpitiéouparven- geance. Il changea mapeau &monha- bit en plumesde la couteur des feüilles
qui me couvroient , ma bouche en bec ,
mes bras en cuiſſes , &ainfi du reſte de
mon Corps. Voila comme ie me trouvay Perroquet , &ie vousiureque ien'en ay point confervé de regret.
Nehaïſſant plus monRival,
GALANT. 67 Etn'aimantplus mon Inconſtante Je ſens monAme plus contente ,
D'animer pour toûjours le Corps d'un Animal ,
Que celuy d'un Berger ,quand l'A- mour le tourmente.
Mapetite Laide ne demeura pas auſſiſans châtiment , parce qu'elle n'a- voit aiméqu'en apparence, & que toute fa tendreſſe n'avoit esté que fingerie ;
l'Amour n'ayant point esté trompépar ſes grimaces , voulut punirfonhipocri fie ,comme il avoit puny mon liberti- nage. Il la changea donc en Guenuche ; &comme c'estoit unepetite Berge- re fort laide &fort malicieuse , il n'eut
pas beaucoup depeine àfaire ce changement.
Depuis cette double Metamorphose nousavons vescu, maMaiſtreſſe &moy,
dans les Solitudes & dans les Forests.
Cependant nous n'eſtions pas tout -à-fait Sauvages , & cela est si vray que nous noussommes laislé prendre aux premiers Hommes qui ſeſont preſentez. D'abord onnous mena en Portugal , où l'humeur
68 LE MERCVRE
de la Nation ne nous plaiſoit gueres,
parcequele caquet &les fingeriesn'y ont pas tant de coursqu'en France , ou i'ap- prens que nous sommes auiourd'huy.
Nous nousyplaifons ſans doute ,parce que nous avons encoreconfervéquelque choſe de nostre premier caractere. Pour moy quipendantque i'estois Berger di- fois centfleurettesfans penser àce queie difois,iedis encore eftant Perroquet cent parolesfanssçavoir ce que ie dis. Pour ma Maistreffe , qui estant Bergerecon- trefaisoit l' Amante ſansſentird'amour,
&qui de plusfaisoit tous les jours mil- temalices , estant Guenuche elle enfait
encore, & contrefait mille choſesqu'elle voit faire.
Voila , me dit le Perroquet , noſtre Histoireiusques icy : c'est àvous, Mon- fieur, ànous apprendre le reſte. Dites- nous pourquoy nous sommes entre vos mains , &àquoy nousſommes deſtinez,
puis que vous nousfaitespartirpourun SecondVoyage. Acette question i'ay ré- pondude cettemaniere.
Allez trop heureux Animaux ,
GALAN T. 69
Voicy la fin de tous vos maux :
Aprenez que l'on vous deſtine Pour aller faire les plaiſirs D'une belle & jeune Blondine ,
Quidonne mille ardens defirs,
Etqui cauſe mille ſoûpirs Amille Amans qui n'oſent dire ,
Belle, c'est pour vous qu'on ſoûpire;
Vous, Peroquet , & nuit &jour ,
Vous luy pourrez parler d'amour ;
Vous pourrez dire , ie vous aime,
Sans vous attirer ſon courroux.
Que mon bonheur ſeroit extrême
Si j'ofois parler comme vous !
Vous Guenuche, VOS fingeries LYON
Loin de luy donnerdu chagrin,
La charmeront ſoir & matin ;
ODieux ! que'mes Galanteries N'ont-elles le meſmedeſtin !
C'est ainsi , Mademoiselle , que finit la conversation que i'ay cue avecvostre Perroquet & vostre Guenuche. L'ay crû que ie devois vous enfaire part,
quevousferiez bien aiſe deſçavoir leurs
Avantures, le pourrois bien tirer de cette Hiftoire une belle Morale en faveur de
70 LE MERCVRE l'Amour; mais belas ,je n'oferoisavec vous moraliſerſur cette matiere.
De Marſeille.
PERROQUET
ET LA GUENUCHE.
7
FABLE.
A MADEMOISELLE DE M**
1
Lnous arriva hier de Lisbonneune
Barque chargéedeSinges &de Per- roquets. Vousjugezbien, Mademoiselle,
GALANT 61
que je n'ay pas perduune si belle occa- fion devous tenirparole. F'aychoisipar- my cegrand nombre un Perroquet d'un plumage tres particulier , &une Gue- nuche d'une petiteſſefort rare. Ce qu'il yade fâcheux , c'est que le Perroquet
neparle point François , que la Guenu- che ne sçait point danser , &que mesme elle est encore habillée à la Portugaise;
mais vous serez peut-estre bien aise d'estre leur Maiſtreſſe en toutes façons.
Vos Leçons leur apprendront la belle maniere. Tous les autres Perroquets ne Sçavent prononcerque des injures grof- fieres , & quand vous aurezinſtruit le voſtre , il sçaura dire des malices inge- nieuses. A voſtre Ecole la Guenuche
apprendra bien- toft la Bourrée & le
Menuët ; &fi vous avezſoin de l'ha biller à la mode & de voſtremain ,je
gage qu'on la trouvera plus propre &
demeilleur air que vostre petite laide Voisine. Cependant comme vous n'en- tendrez point d'abord le jargon ny de la Guenuche ny du Perroquet , je me crois obligé en vous les envoyant, d'estre aupres de vous leur Interprete. SansSça-
62 LE MERCVRE
voir la Langue de leur Pays, j'ay bien- toft compris leurs discours, parce qu'ils estoient tendres &amoureux..
Entendre àdemymotfut toûjoursmon
partage;
Si- toſt que l'on parle d'amour ,
Iln'eſt point pour moy de langage Qui ne foit clair comme le jour.
Pour vous ma , jeune Demoiselle,
Quand memes en François l'amour fertd'entretien ,
Malgré tout voſtre Eſprit , vous ne ré- pondez rien Et vousn'entendez pas la langue ma- ternelle;
Vous voila cependant dans la belle ſaiſon ,
Vous avez quatorze ans, à cet âge, ma Belle,
N'entendre pas l'Amour , mafoy cela s'appelle N'entendre pas raiſon.
Jeveux aujourd'huy tâcher devous rendre raisonnable , en vous faisant comprendre l'Histoire amoureuse de
GALAN T. 63 vostre Guenuche & de vostre Perroquet.
Aufſi- toft que ces deux petits Animauxfurent entre mes mains , ils parle- rent entr'eux certain jargon Moresque,
&j'entendis quele Perroquet reprochoit àla Guenucheſes ſingeries , & la Gue- nuche luy reprochoitſon caquet. Comme leursdiscours meſemblerent aſſez plai- Sans, j'entray dans leur conversation.
Ils enfurent d'abordsurpris , mais en- fin nous devinſmes familiers &fûmes bien toſt ſi grands Amis , que je les obligeay àme conter leurHistoire. Le Perroquet , comme le plus grand Cau- feur , voulut estre l'Historien ; &vo cy en François àpeu pres comme il pliqua en Moresque.. *
LYON
1893-
MaMere me donna le jour
Dans un Climat de la Guinée ,
Où le Soleil joint à l'Amour ,
Enflame tout toute l'année.
L'on n'y voit point de Cœur glacé,
N'yde Bergere indiferente;
Quand unBerger eſt empreſſé LaBergere ſe montre ardente.
64 LE MERCVRE
Là je vivois jadis enBerger fort coquet,
Aujourd'huyje ſuis Perroquet,
Car , helas ! ma Coqueterie ,
Queje nommois Galanterie ,
Choqua le cruel Cupidon ,
Qui ſans m'accorder de pardon ,
Fit de moy la Métamorphoſe ,
Queje vais vous conter en Profe.
Sur les bords du Fleuve Niger on ne fait pas l'amour ainſi que fur les bords de la Seine on du Rhône. On m'a dit
qu'icyla constance paſſe pour une vertu,
là elle paſſeroit pour un vice : En France un Amant bien reglé n'a beſoin que d'une Amante , &ſouvent en ayant une , il en a trop ; mais en Ethiopie les Galans ont beſoin de diverſes Maiſtref.
Ses , &nostre miserable Roy qui mourut ilyaquelque temps dans ce Royaume,
pourroit estre un témoin de cette verité.
Estant Berger je voyois ſuivant noftre coustume diverſesBergeres , &je témoi gnois à toutes beaucoup d'amour,mais àlaveritéje n'en reſſentois queres. Dans ma conversation, dans mes Chansons
GALANT. 65 dans mes Billets , je paroiſſois l' Amant du monde leplus ardent , &dans mon cœur ie mesentois fort tranquille; enfin tout mon amour n'estoit que du caquet.
Mais,helas ! depuis ce temps j'ay bien appris que Cupidon est un Dieu qui pu- nit cruellement le mensonge. Pour com.
mencer àse vanger demoy , il me fit devenir trop veritablement amoureux d'une petite Laide , plus volage &plus.
coquette que je n'estois , &c'est iuste.
ment Dame Guenuche que vous voyez là , qui a esté Bergere dans le temps que i'estois Berger. Apresavoir trompé tant de Perſonnes parmesfaux Sermens , ie ne pûs pas mesine perfuader mapetite Laide par des veritez tres- constantes.
Cependantpour mefaire mieux enrager,
au commencement elle fit mine de m'aimer, elle affecta toutes les petites ma- nieres d'une Perſonnefort paſſionnée, &
quand elle me vit bien ſenſiblement tou- ché , elle me fit cent malices & mequit- ta enfin pour un autre Bergerauffi laid qu'un vieux Singe.
Dieux ! qu'un Berger vivroit content
66 LE MERCVRE
Silchangeoit auffi-toft que changeſon Amante !
Mais,helas ! que de maux nous cauſe
une Inconftante,
Quandon ne peut être inconſtant !
L'amourque ieſentois pour mapetite Ingrate , & la haine que i'avois pour mon laid Rival , me mirent dans untel
deſeſpoir , que ie quitay mes Moutons,
&laſocietédes autres Bergers. Je m'en allay comme un furieux ,errant dans lesDeserts : ie déchiray mes habits , ie me couvris defeüilles d'arbres , &enfin
icdevins tout-à-fait infensé. L'Amour alors me voyantdans une Forest en estat demourir ,voulut meſauver la vie , &
ie nesçay si cefutparpitiéouparven- geance. Il changea mapeau &monha- bit en plumesde la couteur des feüilles
qui me couvroient , ma bouche en bec ,
mes bras en cuiſſes , &ainfi du reſte de
mon Corps. Voila comme ie me trouvay Perroquet , &ie vousiureque ien'en ay point confervé de regret.
Nehaïſſant plus monRival,
GALANT. 67 Etn'aimantplus mon Inconſtante Je ſens monAme plus contente ,
D'animer pour toûjours le Corps d'un Animal ,
Que celuy d'un Berger ,quand l'A- mour le tourmente.
Mapetite Laide ne demeura pas auſſiſans châtiment , parce qu'elle n'a- voit aiméqu'en apparence, & que toute fa tendreſſe n'avoit esté que fingerie ;
l'Amour n'ayant point esté trompépar ſes grimaces , voulut punirfonhipocri fie ,comme il avoit puny mon liberti- nage. Il la changea donc en Guenuche ; &comme c'estoit unepetite Berge- re fort laide &fort malicieuse , il n'eut
pas beaucoup depeine àfaire ce changement.
Depuis cette double Metamorphose nousavons vescu, maMaiſtreſſe &moy,
dans les Solitudes & dans les Forests.
Cependant nous n'eſtions pas tout -à-fait Sauvages , & cela est si vray que nous noussommes laislé prendre aux premiers Hommes qui ſeſont preſentez. D'abord onnous mena en Portugal , où l'humeur
68 LE MERCVRE
de la Nation ne nous plaiſoit gueres,
parcequele caquet &les fingeriesn'y ont pas tant de coursqu'en France , ou i'ap- prens que nous sommes auiourd'huy.
Nous nousyplaifons ſans doute ,parce que nous avons encoreconfervéquelque choſe de nostre premier caractere. Pour moy quipendantque i'estois Berger di- fois centfleurettesfans penser àce queie difois,iedis encore eftant Perroquet cent parolesfanssçavoir ce que ie dis. Pour ma Maistreffe , qui estant Bergerecon- trefaisoit l' Amante ſansſentird'amour,
&qui de plusfaisoit tous les jours mil- temalices , estant Guenuche elle enfait
encore, & contrefait mille choſesqu'elle voit faire.
Voila , me dit le Perroquet , noſtre Histoireiusques icy : c'est àvous, Mon- fieur, ànous apprendre le reſte. Dites- nous pourquoy nous sommes entre vos mains , &àquoy nousſommes deſtinez,
puis que vous nousfaitespartirpourun SecondVoyage. Acette question i'ay ré- pondude cettemaniere.
Allez trop heureux Animaux ,
GALAN T. 69
Voicy la fin de tous vos maux :
Aprenez que l'on vous deſtine Pour aller faire les plaiſirs D'une belle & jeune Blondine ,
Quidonne mille ardens defirs,
Etqui cauſe mille ſoûpirs Amille Amans qui n'oſent dire ,
Belle, c'est pour vous qu'on ſoûpire;
Vous, Peroquet , & nuit &jour ,
Vous luy pourrez parler d'amour ;
Vous pourrez dire , ie vous aime,
Sans vous attirer ſon courroux.
Que mon bonheur ſeroit extrême
Si j'ofois parler comme vous !
Vous Guenuche, VOS fingeries LYON
Loin de luy donnerdu chagrin,
La charmeront ſoir & matin ;
ODieux ! que'mes Galanteries N'ont-elles le meſmedeſtin !
C'est ainsi , Mademoiselle , que finit la conversation que i'ay cue avecvostre Perroquet & vostre Guenuche. L'ay crû que ie devois vous enfaire part,
quevousferiez bien aiſe deſçavoir leurs
Avantures, le pourrois bien tirer de cette Hiftoire une belle Morale en faveur de
70 LE MERCVRE l'Amour; mais belas ,je n'oferoisavec vous moraliſerſur cette matiere.
De Marſeille.
Fermer
Résumé : LE PERROQUET ET LA GUENUCHE. FABLE. A MADEMOISELLE DE M**
La fable 'Le Perroquet et la Guenuche' est adressée à Mademoiselle de M**. L'auteur décrit l'arrivée d'une barque de Lisbonne transportant des singes et des perroquets. Parmi eux, il choisit un perroquet au plumage particulier et une guenuche de petite taille. Cependant, le perroquet ne parle pas français et la guenuche ne sait pas danser, étant encore vêtue à la portugaise. L'auteur espère que la demoiselle pourra leur apprendre les bonnes manières, la danse et les habits à la mode. L'auteur raconte ensuite l'histoire amoureuse du perroquet et de la guenuche. Originaires de Guinée, ils vivaient autrefois comme bergers. Le perroquet, coquet et galant, séduisait plusieurs bergères sans ressentir de véritable amour. Cupidon le punit en le rendant amoureux d'une laide et volage bergère, la guenuche. Après avoir été trompé, le perroquet tomba dans le désespoir et fut transformé en perroquet. La guenuche, punie pour son hypocrisie, fut transformée en guenuche. Les deux animaux vécurent ensuite dans les solitudes et les forêts avant d'être capturés et emmenés au Portugal, puis en France. L'auteur les destine à la demoiselle, espérant qu'ils pourront lui parler d'amour et la charmer par leurs danses et leurs grimaces.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 48-55
L'AMANT TROMPÉ
Début :
Apres ces tristes Nouvelles, voudrez-vous bien, / Degoûté pour toûjours des Beautez de la Cour, [...]
Mots clefs :
Amour, Cour, Retraite, Berger, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMANT TROMPÉ
Apres ces triſtes Nouvelles,
voudrez-vous bien, Madame,
écouter les Plaintes d'un Malheureux , que plus d'une infi- delité ſoufferte n'a pû guerir de la foibleſſe d'engager toûjours fon cœur ? Il les fait avec affez
d'eſprit pour meriter que vous perdiez un peu de temps à
l'entendre ; & quoy que vous vous ſoyez renduë inſenſible
aux maux de l'Amour , la maniere dont il exprime les fiens vous pourra toucher.
32 LE MERCVRE
L'AMANT
TROMP Ε΄ .
DEgoûté delapour Courtoujours , des Beautez
le pestois hautement contre leurincon- Stance ,
Et d'un Homine, ennemy declaré de l'Amour,
L'affectois en tous lieux l'heurense In- diference.
LaChaſſe meplaiſoit, &toûjoursdans
lesBois,
Pour mieux me garantir des ſurpriſes
desBelles,
L'évitois avec ſoinlepiegedes Ruellles,
Et la Retraite estoit mon dernier
choix ,
Si mes traits poursuivoient quelque Bestesauvage,
GALANT. 33 Ien'apprehendois point d'en eſtre mal- traité,
Et des Oyſeaux,
tendre ramage,
d'accord dans leur
L'enviois lafidelité
Deleur commerce heureux le tranquille
avantage,
Mefaisoitplaindre le malheur D'un Amant qui ſurpris d'une douce langueur,
Sur la foy d'unbel œil imprudemment
s'engage ۱
Ariſquer en aimant , le repos defon
cœur.
Le mienque les dehors d'une belle ap
parence As'en laiſſer duper avoient cent fois reduit ,
-En retiroit au moinscefruit
Qu'une affez longue experience Le mettoit en estat de n'estre plus Seduit.
Mais pour ne pas aimer quandlepan- chantypousse,
By
34 LE MERCVRE En vain nous employons nosfoins;
C'est une habitude fi douce ,
Qu'on la reprend lors qu'on le croit le
moins.
Vn jour affis fur la Fougere ,
Ie prenois des Zéphirs lefrais délicieux ,
Quand j'aperceus une jeune Bergere Dont l'éclat ébloüit mes yeux.
Bart ne luy prestoit rien ; sa beauté
naturelle
Brilloit avec tant d'agrément ,
Queplein d'un douxſaiſiſſement ,
Auperil de nefaire encor qu'une Infidelle
Ie courus rendre hommage à cet Objet
charmant.
Quel bonheurfut le mien ! nos cœurs
d'intelligence Se trouverent tous deux en mefmetemps charmez ;
Ilſembloit que l'Amour jaloux de fa
puissance ,
L'unpour l'autre les eust formez.
GALANT 35 Depuis ce temps , unis par lesplus bel- les chaînes ,
Nous ignorons l'usage des soupirs;
Et dans leur pureté ,fansmélange de
peines ,
Nous goustions lesplus douxplaiſirs.
Nosflames chaque jour devenoient plus ardentes ,
Tout nous rendoit heureux dans ce
charmantSéjour ;
Etdespaffions violentes ,
Nous n'ySentions que celle de l'Amour.
L'amepleinement satisfaite ,
Ien'enviois lefort ny des Rois, nydes Dieux,
Etje préferois la Houlette
AuDestin leplus glorienx.
Vn Habit de Berger m'en donnoit l'innocence,
Ie ne dédaignois point de garder des Troupeaux ,
Et d'accorder des Chalumeaux ,
Favorisé de l'Ombre &du Silence
Au doux murmure des Ruiſſeaux.
Bvj
36 LE MERCVRE
Tel Iupiterdeſcendu ſur laTerre ,
Quitta l'éclat pompeux de ſa Divi- nité,
Etfit hommagedu Tonnerre
Auxpieds d'une jeune Beauté.
L'Amourcaufa cette métamorphose D'Apollon il fit un Pasteur ,
Et fur ce grand Exemple il n'est rien que l'on n'ofe Pourse rendremaiſtre d'un cœur.
I'aurois plus fait encorpour toucherma
Bergere.
Falloit-il qu'un Rivalvinst corrompre Safoy Oudevoit-il affez luy plaire Pour partager des vœuxqui n'estoient deus qu'àmoy
L'Ingrate me trahit ; Dieux, qui l'au- roit pü croire ?
Monfeu se repoſoitſurſafimplicité;
Cent fermens m'aſſuroient elle enperd Lamémoire,
Et court àl'infidelité.
GALANT. 37
Pourmevangerde l'Inhumaine ,
En vain d'un vif dépit j'écoute le transport.
I'aybeaum'abandonner tout entier àla haine,
L'Amourest toûjours le plus fort.
Monfort a bien changé,iepers tout ce
que j'aime ,
Ladouceur d'eſtre aimé rempliſſoit mes
defirs;
Onme l'ofte , & le Ciel dans mon malheurextréme
Me condamne peut- eftre à d'eternels foupirs.
Amour,toy qui d'abord mefusfifavo
rable ,
Dans cette triſte extremité ,
Rens-moy cette belle Coupable,
Ou ma premiere liberté.
voudrez-vous bien, Madame,
écouter les Plaintes d'un Malheureux , que plus d'une infi- delité ſoufferte n'a pû guerir de la foibleſſe d'engager toûjours fon cœur ? Il les fait avec affez
d'eſprit pour meriter que vous perdiez un peu de temps à
l'entendre ; & quoy que vous vous ſoyez renduë inſenſible
aux maux de l'Amour , la maniere dont il exprime les fiens vous pourra toucher.
32 LE MERCVRE
L'AMANT
TROMP Ε΄ .
DEgoûté delapour Courtoujours , des Beautez
le pestois hautement contre leurincon- Stance ,
Et d'un Homine, ennemy declaré de l'Amour,
L'affectois en tous lieux l'heurense In- diference.
LaChaſſe meplaiſoit, &toûjoursdans
lesBois,
Pour mieux me garantir des ſurpriſes
desBelles,
L'évitois avec ſoinlepiegedes Ruellles,
Et la Retraite estoit mon dernier
choix ,
Si mes traits poursuivoient quelque Bestesauvage,
GALANT. 33 Ien'apprehendois point d'en eſtre mal- traité,
Et des Oyſeaux,
tendre ramage,
d'accord dans leur
L'enviois lafidelité
Deleur commerce heureux le tranquille
avantage,
Mefaisoitplaindre le malheur D'un Amant qui ſurpris d'une douce langueur,
Sur la foy d'unbel œil imprudemment
s'engage ۱
Ariſquer en aimant , le repos defon
cœur.
Le mienque les dehors d'une belle ap
parence As'en laiſſer duper avoient cent fois reduit ,
-En retiroit au moinscefruit
Qu'une affez longue experience Le mettoit en estat de n'estre plus Seduit.
Mais pour ne pas aimer quandlepan- chantypousse,
By
34 LE MERCVRE En vain nous employons nosfoins;
C'est une habitude fi douce ,
Qu'on la reprend lors qu'on le croit le
moins.
Vn jour affis fur la Fougere ,
Ie prenois des Zéphirs lefrais délicieux ,
Quand j'aperceus une jeune Bergere Dont l'éclat ébloüit mes yeux.
Bart ne luy prestoit rien ; sa beauté
naturelle
Brilloit avec tant d'agrément ,
Queplein d'un douxſaiſiſſement ,
Auperil de nefaire encor qu'une Infidelle
Ie courus rendre hommage à cet Objet
charmant.
Quel bonheurfut le mien ! nos cœurs
d'intelligence Se trouverent tous deux en mefmetemps charmez ;
Ilſembloit que l'Amour jaloux de fa
puissance ,
L'unpour l'autre les eust formez.
GALANT 35 Depuis ce temps , unis par lesplus bel- les chaînes ,
Nous ignorons l'usage des soupirs;
Et dans leur pureté ,fansmélange de
peines ,
Nous goustions lesplus douxplaiſirs.
Nosflames chaque jour devenoient plus ardentes ,
Tout nous rendoit heureux dans ce
charmantSéjour ;
Etdespaffions violentes ,
Nous n'ySentions que celle de l'Amour.
L'amepleinement satisfaite ,
Ien'enviois lefort ny des Rois, nydes Dieux,
Etje préferois la Houlette
AuDestin leplus glorienx.
Vn Habit de Berger m'en donnoit l'innocence,
Ie ne dédaignois point de garder des Troupeaux ,
Et d'accorder des Chalumeaux ,
Favorisé de l'Ombre &du Silence
Au doux murmure des Ruiſſeaux.
Bvj
36 LE MERCVRE
Tel Iupiterdeſcendu ſur laTerre ,
Quitta l'éclat pompeux de ſa Divi- nité,
Etfit hommagedu Tonnerre
Auxpieds d'une jeune Beauté.
L'Amourcaufa cette métamorphose D'Apollon il fit un Pasteur ,
Et fur ce grand Exemple il n'est rien que l'on n'ofe Pourse rendremaiſtre d'un cœur.
I'aurois plus fait encorpour toucherma
Bergere.
Falloit-il qu'un Rivalvinst corrompre Safoy Oudevoit-il affez luy plaire Pour partager des vœuxqui n'estoient deus qu'àmoy
L'Ingrate me trahit ; Dieux, qui l'au- roit pü croire ?
Monfeu se repoſoitſurſafimplicité;
Cent fermens m'aſſuroient elle enperd Lamémoire,
Et court àl'infidelité.
GALANT. 37
Pourmevangerde l'Inhumaine ,
En vain d'un vif dépit j'écoute le transport.
I'aybeaum'abandonner tout entier àla haine,
L'Amourest toûjours le plus fort.
Monfort a bien changé,iepers tout ce
que j'aime ,
Ladouceur d'eſtre aimé rempliſſoit mes
defirs;
Onme l'ofte , & le Ciel dans mon malheurextréme
Me condamne peut- eftre à d'eternels foupirs.
Amour,toy qui d'abord mefusfifavo
rable ,
Dans cette triſte extremité ,
Rens-moy cette belle Coupable,
Ou ma premiere liberté.
Fermer
Résumé : L'AMANT TROMPÉ
Un amant malheureux exprime son dégoût pour la cour et les beautés artificielles, préférant la solitude et la chasse. Il tombe amoureux d'une bergère dont la beauté naturelle l'éblouit. Leur amour est intense et heureux, mais cette idylle est brisée par l'infidélité de la bergère. Malgré sa colère et sa haine, l'amant reste prisonnier de son amour. Il exprime son désespoir et demande à l'amour de lui rendre soit la bergère infidèle, soit sa liberté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 226-229
AIR.
Début :
Je puis vous assurer, Madame, que tout est nouveau dans / Iris sur la Fougere, [...]
Mots clefs :
Mr de la Tour, Berger, Feux, Paroles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR.
Je puis vous affurer,
Madame , que tout eft
nouveau dans cet Air, &
que je ne vous envoyeray
rien de cette nature qui ait
efté veu dans le monde
avant que vous le receviez.
C'eft ce qui m'a empefché
de faire graver un fort bel
Air de M de la Tour, qui comme vous fçavez tient
rang parmy les premiers
Mailtres deMufique. J'ay
déja entendu parler de cet
Air enquelques endroits, &
je prétens que vous puiffiez
dire que vous aurez chanté
la premiere tout ce que
Vous trouverez noté dans
mes Lettres, fi ceux qui me
le donneront me tiennent
parole. Je ne veux pas cependant vous priver des
Paroles fur lesquelles M
de la Tour a travaillé. Elles
vous plairont beaucoup, fi
elles vous plaifent autant
qu'elles font icy ; mais
comment ne vous plairoient-elles pas, puis qu'el
les font de l'illuftre Perfonne qui ne nous donne
jamais rien que d'achevé ?
Elles ont un tour qui vous
feront connoiftre aisément
le merveilleux génie de
Madame des Houlieres.
AIR.
Rris furla Fougere,.
Dans un preffant danger,
Afon temeraire Berger
Difoit toute en colere;
Qu'eft devenu, Tirfis , cet air ref
pectueux,
Quid'unparfait Amant eft le vray
caractere?
Entrè deux cœurs , dit-il , brûlez
des mefmesfeux,
Il eft certains momensheureux
Où, ma Bergere,
Il ne faut eftre qu'amoureux.
Madame , que tout eft
nouveau dans cet Air, &
que je ne vous envoyeray
rien de cette nature qui ait
efté veu dans le monde
avant que vous le receviez.
C'eft ce qui m'a empefché
de faire graver un fort bel
Air de M de la Tour, qui comme vous fçavez tient
rang parmy les premiers
Mailtres deMufique. J'ay
déja entendu parler de cet
Air enquelques endroits, &
je prétens que vous puiffiez
dire que vous aurez chanté
la premiere tout ce que
Vous trouverez noté dans
mes Lettres, fi ceux qui me
le donneront me tiennent
parole. Je ne veux pas cependant vous priver des
Paroles fur lesquelles M
de la Tour a travaillé. Elles
vous plairont beaucoup, fi
elles vous plaifent autant
qu'elles font icy ; mais
comment ne vous plairoient-elles pas, puis qu'el
les font de l'illuftre Perfonne qui ne nous donne
jamais rien que d'achevé ?
Elles ont un tour qui vous
feront connoiftre aisément
le merveilleux génie de
Madame des Houlieres.
AIR.
Rris furla Fougere,.
Dans un preffant danger,
Afon temeraire Berger
Difoit toute en colere;
Qu'eft devenu, Tirfis , cet air ref
pectueux,
Quid'unparfait Amant eft le vray
caractere?
Entrè deux cœurs , dit-il , brûlez
des mefmesfeux,
Il eft certains momensheureux
Où, ma Bergere,
Il ne faut eftre qu'amoureux.
Fermer
Résumé : AIR.
L'auteur d'une lettre assure à une dame que tout ce qu'il lui envoie est inédit. Il mentionne un air composé par M. de la Tour, un maître de musique, qu'il n'a pas fait graver pour éviter qu'il ne soit connu avant de le lui envoyer. La destinataire sera la première à chanter cet air. L'auteur lui envoie également les paroles, écrites par Madame des Houlières, dont le génie est loué. Ces paroles décrivent un dialogue entre deux bergers, Tirsi et une bergère, sur l'amour et le danger. Tirsi exprime son désarroi face à l'attitude téméraire de la bergère et se demande où est passé son air respectueux. Il affirme que l'amour véritable doit brûler de la même flamme entre deux cœurs et qu'il existe des moments heureux où il faut être uniquement amoureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 65-72
ELEGIE.
Début :
Cette Devise ne vous doit pas estre inconnuë, puis que / Genéreux Licidas, Amy sage & fidelle [...]
Mots clefs :
Raison, Amour, Douceurs, Berger, Sagesse, Amants, Ennemis, Esprit, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELEGIE.
Cette Devise ne vous
doit pas estre inconnuë,
puis que je l'ay fait graver
parmy cellesquiont été faites
pour des Cachets, &qui
sont dans le sixiéme Extra-.-
ordinaire que je vous eiï^
voyayle 15. de ce Mois. Cependant
si vous voulez voir
de quelle maniere en doivent
user les aimables Fieres
qui cherchent à se défendre
d'aimer par raison,
vous n'avez qu'à lire l'E-:
legie qui fuit. Vous y trouverez
une peinture aussi
agréable que délicate, des
sentimens d'une Belle dont
le coeur pourroit devenir
sensible, si elle l'abandonnoit
à son panchant. Je ne
vous puis dire qui la fait
parler, mais je lçay bic4
que peu d'Ouvrages de
cette nature ont d'aussi
grandes beautez.
ELEG 1E.
GEnéreux LicidllJ, Amyfage
1 &fidelie,
Dont l'effrit cfisijufic, & dont
l'ame estsibelle,
Vous, de qui la Raison nefaitplus'
de fauxpas,
Ha,qu'ilvous est aiséde dire, n'aimezpas!
£)uand on connoiifl*Amour, j'es-,
- - caprices,sespeines,
Jguand onfiait comme vousce qti&
pesentseschaînes,
àagcparjes malheurs, on meprijt
aisément
Les douceurs dont ilflate un trop
crédule Amants
Mau quandon n'apointfaitla trifieexpérience
Desjalo/iflsfureurs,deschagrins
de l'absence,
£htepourfiiirefentirde redoutablesfeux
iIll ne ppaarrooii/?fusuinivjyy que ddeesr BRlwû* à*
desJeux,
JOttun coeur reftHe malàfinpou- voirréme!
Jt>ue defoins, que d'effortspour em
pefiherqu'iln'aime!
Jejfay ce qu'ilencou/le, (7ptllfefh&
jamais
JLyJmourn'acontre un coeurémoufi
tant de traits.
Jnfinfiblekl'honneur de fixerun
Volage,
On deforcerd'aimer.l'Ame la plus
sauvage.
Je n'ayjamdJU tombédans, ces vaines
erreurs,
Jj>uidonnent devrais mauxpour
desausses douceurs;
Mesfenssurma, raifin n'ontjamais
eu d'empire,
Et mon tranquille cættr ne feait.
comme onsoupire, Ill'ignore,Berger,mais nepréùnJumez,
pas tendre engagementfuflpour
luysansappas.
Ce coeur que le Cielfitdélicat &-
ftncére,
N'aimeroitquetrop bien,sije le
laissoisfaire?
Mais grace aux Immorteli, une
heureusefierté
Surunsidouxprancbantl'atoujours
anforle.
Sans cesse je me dis qu'une forte
tendrcffe
Bfimalgrétous nos foins l'écueit
de la SagejJè,
J>hfon s'y trompe toujours-, & qu'il:
faut s'allarmer
Des qu'unBerger paroisspropre i
sefaire aimer.
Comme unsubtilpoisonjeregarde
l'efiime,
Beje crains l'Amitié, quoy qu'elle
foitsans crime.
Fourfauver ma. vertu de ces égaremens,
Je ne veux point d'Amis quipbiffent
eflreAmans.
Jjhiandpar mon peu d'appas ma
raison eflféUuite,
Je cherche leurs défauts,j'impose à
leur mérite,
Rienpour les ménager ne meparoifi
permIS)
Et dans tous mes Amansjevois mes-
Ennemis
A l'abry d'une longue ¿""JètÎre indiférence,
De leurs tendres tranflorts je voir
la violence;
L'Ej;,itlibre defoins, & l'Ame
sans amour,
Dans lesacré Valon je passe tout
lejour, J) cueille avec flaifir cent& cent
fleurs nouvÍ."_,S
braverontdu tanps lesitteintet
cruellesi
Etfourfuivre unpanchant quej'ay
recetJ des Cieux,
Je consacre ces fleurs auplusgalant
des Dieux.
far unjufle retour on dit qu'ilffait
répandre
Sur toutce quej'écris un air toti?
chant & tendre;
je no/e allerplus loin, &sur lafoy
d'autruy
Je chante tous lesjours&pour, &
contre luys
Heureufcsiles maux dontjefeins'
d'eflre atteinter
Pour mon timide coeurfont toujours
une feinte.
doit pas estre inconnuë,
puis que je l'ay fait graver
parmy cellesquiont été faites
pour des Cachets, &qui
sont dans le sixiéme Extra-.-
ordinaire que je vous eiï^
voyayle 15. de ce Mois. Cependant
si vous voulez voir
de quelle maniere en doivent
user les aimables Fieres
qui cherchent à se défendre
d'aimer par raison,
vous n'avez qu'à lire l'E-:
legie qui fuit. Vous y trouverez
une peinture aussi
agréable que délicate, des
sentimens d'une Belle dont
le coeur pourroit devenir
sensible, si elle l'abandonnoit
à son panchant. Je ne
vous puis dire qui la fait
parler, mais je lçay bic4
que peu d'Ouvrages de
cette nature ont d'aussi
grandes beautez.
ELEG 1E.
GEnéreux LicidllJ, Amyfage
1 &fidelie,
Dont l'effrit cfisijufic, & dont
l'ame estsibelle,
Vous, de qui la Raison nefaitplus'
de fauxpas,
Ha,qu'ilvous est aiséde dire, n'aimezpas!
£)uand on connoiifl*Amour, j'es-,
- - caprices,sespeines,
Jguand onfiait comme vousce qti&
pesentseschaînes,
àagcparjes malheurs, on meprijt
aisément
Les douceurs dont ilflate un trop
crédule Amants
Mau quandon n'apointfaitla trifieexpérience
Desjalo/iflsfureurs,deschagrins
de l'absence,
£htepourfiiirefentirde redoutablesfeux
iIll ne ppaarrooii/?fusuinivjyy que ddeesr BRlwû* à*
desJeux,
JOttun coeur reftHe malàfinpou- voirréme!
Jt>ue defoins, que d'effortspour em
pefiherqu'iln'aime!
Jejfay ce qu'ilencou/le, (7ptllfefh&
jamais
JLyJmourn'acontre un coeurémoufi
tant de traits.
Jnfinfiblekl'honneur de fixerun
Volage,
On deforcerd'aimer.l'Ame la plus
sauvage.
Je n'ayjamdJU tombédans, ces vaines
erreurs,
Jj>uidonnent devrais mauxpour
desausses douceurs;
Mesfenssurma, raifin n'ontjamais
eu d'empire,
Et mon tranquille cættr ne feait.
comme onsoupire, Ill'ignore,Berger,mais nepréùnJumez,
pas tendre engagementfuflpour
luysansappas.
Ce coeur que le Cielfitdélicat &-
ftncére,
N'aimeroitquetrop bien,sije le
laissoisfaire?
Mais grace aux Immorteli, une
heureusefierté
Surunsidouxprancbantl'atoujours
anforle.
Sans cesse je me dis qu'une forte
tendrcffe
Bfimalgrétous nos foins l'écueit
de la SagejJè,
J>hfon s'y trompe toujours-, & qu'il:
faut s'allarmer
Des qu'unBerger paroisspropre i
sefaire aimer.
Comme unsubtilpoisonjeregarde
l'efiime,
Beje crains l'Amitié, quoy qu'elle
foitsans crime.
Fourfauver ma. vertu de ces égaremens,
Je ne veux point d'Amis quipbiffent
eflreAmans.
Jjhiandpar mon peu d'appas ma
raison eflféUuite,
Je cherche leurs défauts,j'impose à
leur mérite,
Rienpour les ménager ne meparoifi
permIS)
Et dans tous mes Amansjevois mes-
Ennemis
A l'abry d'une longue ¿""JètÎre indiférence,
De leurs tendres tranflorts je voir
la violence;
L'Ej;,itlibre defoins, & l'Ame
sans amour,
Dans lesacré Valon je passe tout
lejour, J) cueille avec flaifir cent& cent
fleurs nouvÍ."_,S
braverontdu tanps lesitteintet
cruellesi
Etfourfuivre unpanchant quej'ay
recetJ des Cieux,
Je consacre ces fleurs auplusgalant
des Dieux.
far unjufle retour on dit qu'ilffait
répandre
Sur toutce quej'écris un air toti?
chant & tendre;
je no/e allerplus loin, &sur lafoy
d'autruy
Je chante tous lesjours&pour, &
contre luys
Heureufcsiles maux dontjefeins'
d'eflre atteinter
Pour mon timide coeurfont toujours
une feinte.
Fermer
Résumé : ELEGIE.
Le texte présente une devise et une élégie. La devise est mentionnée dans un extra-ordinaire du 15 du mois. Pour comprendre comment les femmes fières cherchent à se défendre d'aimer par raison, il est suggéré de lire l'élégie intitulée 'l'Élégie qui fuit'. Cette élégie décrit les sentiments d'une belle dont le cœur pourrait devenir sensible si elle l'abandonnait à son penchant. L'auteur souligne que peu d'ouvrages de cette nature possèdent autant de beautés. L'élégie est adressée à un homme généreux, aimable et fidèle, doté d'un esprit judicieux et d'une belle âme. Elle évoque les caprices et les peines de l'amour, ainsi que la difficulté de résister à ses charmes. La narratrice affirme n'avoir pas succombé aux erreurs vaines de l'amour et que son cœur reste tranquille. Elle craint l'amitié, de peur qu'elle ne se transforme en amour, et préfère voir des ennemis dans ses amants. Elle passe ses journées dans un vallon, cueillant des fleurs pour braver le temps et les consacre au plus galant des dieux. Elle conclut en chantant les maux dont elle feint d'être atteinte, pour son cœur timide.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 134-137
PLAINTES D'UN AMANT.
Début :
Voicy d'autres paroles que vous trouverez fort agréables, & / Languissant & réveur aux bords d'une Fontaine, [...]
Mots clefs :
Rêveur, Fontaine, Argent, Ruisseaux, Murmures, Amour, Berger, Galant, Songe, Tendresse, Peine, Éternelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PLAINTES D'UN AMANT.
Voicy d'autres paroles que
vous trouverez fort agréables
, & tres - propres à eſtre
chantées.Elles ſont de Mademoiſelle
Caſtille.
GALANT. 135
PLAINTES D'UN AMANT.
Anguiffant &réveur aux
L bords d'une Fontaine,
Helas! dis-je cent foisfongeant à
Céliméne,
Ces petits flots d'argent
Vont d'un cours diligent
R'embellir l'émailde la Plaine.
Ces Ruiffeaux
Ontrepris leur doux murmures
CesCoftraux
Une nouvelle Verdures
Ces Ormeaux
Redonnent leurs frais ombragesz
Ces Oyseaux
Fontretentir ces Bocages
Demillechans nouveaux.
CeGazon,
CeValon
136 MERCURE
Refleurit,
Tout rit
Dans noftre Village,
Tout fait l'amour, touts'engage.
Tircis ce galant Berger
Qui nefaitque fonger
Aréjouir Irisſon aimable Bergere,
Vaméditant pour elle tout lejour
CentpetitsAirs nouveauxfurfa Fla
te legere,
EtSa Bergereàson tour
Nefongefans ceffe
Qu'àfoulagerson amour
D'unpeu de tendreſſe.
Enfin dans nos Hameaux , dans nos
Bois, dansnos Champs
Toutse prépare aux plaisirs innocens
Que ramene
Le Printemps.
L'on n'y verra plus d'inhumaine
GALANT. 137
Quemon ingrate Céliméne,
Qui ne promet à mes feux trop
conftans
Qu'une éternelle peine..
vous trouverez fort agréables
, & tres - propres à eſtre
chantées.Elles ſont de Mademoiſelle
Caſtille.
GALANT. 135
PLAINTES D'UN AMANT.
Anguiffant &réveur aux
L bords d'une Fontaine,
Helas! dis-je cent foisfongeant à
Céliméne,
Ces petits flots d'argent
Vont d'un cours diligent
R'embellir l'émailde la Plaine.
Ces Ruiffeaux
Ontrepris leur doux murmures
CesCoftraux
Une nouvelle Verdures
Ces Ormeaux
Redonnent leurs frais ombragesz
Ces Oyseaux
Fontretentir ces Bocages
Demillechans nouveaux.
CeGazon,
CeValon
136 MERCURE
Refleurit,
Tout rit
Dans noftre Village,
Tout fait l'amour, touts'engage.
Tircis ce galant Berger
Qui nefaitque fonger
Aréjouir Irisſon aimable Bergere,
Vaméditant pour elle tout lejour
CentpetitsAirs nouveauxfurfa Fla
te legere,
EtSa Bergereàson tour
Nefongefans ceffe
Qu'àfoulagerson amour
D'unpeu de tendreſſe.
Enfin dans nos Hameaux , dans nos
Bois, dansnos Champs
Toutse prépare aux plaisirs innocens
Que ramene
Le Printemps.
L'on n'y verra plus d'inhumaine
GALANT. 137
Quemon ingrate Céliméne,
Qui ne promet à mes feux trop
conftans
Qu'une éternelle peine..
Fermer
7
p. 194-195
LES NYMPHES de la Fontaine Saint Martin, au Berger de Bressoles.
Début :
Berger, ton soin est grand d'envoyer les Mercures [...]
Mots clefs :
Berger, Nymphes, Énigmes, Mercure galant, Quenouille, Écrevisse, Sens caché, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES NYMPHES de la Fontaine Saint Martin, au Berger de Bressoles.
LESNYMPHES
de la Fontaine Saint Martin, au
Berger de Bressoles.
BErger, tonfoinestgrandd'envoyer
les Mercures
ExABernentauxNymphes deces boisi
"¡')AÚ peux - tu. deviner les Enigmes obfcurcs,
Qaproposé, celuy du dernier moUt RE'PONSE.
Cenestp.u difficile chose
En tous les MercuïesGalans,
De trouver a;-iffl*'tofl lefcnS
Des Engmes qu'on y propose;
Et pourlapremiersd'Avrily ,
Je veux que l'on me chantepouiSe ,
Si l'on n'y parle d'un-outil
Sljfez.semblable a la Qjcnouille,
Ou le fit/eau tient Írttachi.
Lesens de l'autre efl plus caché.
(
Mais j'y fuis, & que je perisse
, SSii- ssoonnvvrraaymotfre'eîfïbcrçviffè :
Carffâchez, que [on nom de Cancer en
Latin,
Efl un nom en Grammaire appelle Masculin.
De plus Cancer efl un Signe celefle,
Etpcefel enscorluen m.atdangereuxcam^è
Nymphes,sij"ay bien deviné
Qnk voscharmans appasThonneuren
foit donnéEt ; quele doux foinde vonspU're
Soit toujours maplusgrandeaffaire.
Le Bergerde Bresolles.
de la Fontaine Saint Martin, au
Berger de Bressoles.
BErger, tonfoinestgrandd'envoyer
les Mercures
ExABernentauxNymphes deces boisi
"¡')AÚ peux - tu. deviner les Enigmes obfcurcs,
Qaproposé, celuy du dernier moUt RE'PONSE.
Cenestp.u difficile chose
En tous les MercuïesGalans,
De trouver a;-iffl*'tofl lefcnS
Des Engmes qu'on y propose;
Et pourlapremiersd'Avrily ,
Je veux que l'on me chantepouiSe ,
Si l'on n'y parle d'un-outil
Sljfez.semblable a la Qjcnouille,
Ou le fit/eau tient Írttachi.
Lesens de l'autre efl plus caché.
(
Mais j'y fuis, & que je perisse
, SSii- ssoonnvvrraaymotfre'eîfïbcrçviffè :
Carffâchez, que [on nom de Cancer en
Latin,
Efl un nom en Grammaire appelle Masculin.
De plus Cancer efl un Signe celefle,
Etpcefel enscorluen m.atdangereuxcam^è
Nymphes,sij"ay bien deviné
Qnk voscharmans appasThonneuren
foit donnéEt ; quele doux foinde vonspU're
Soit toujours maplusgrandeaffaire.
Le Bergerde Bresolles.
Fermer
8
p. 136-138
AIR NOUVEAU.
Début :
Je vous envoye un Air nouveau de la composition de / Dans ces lieux révons à loisir, [...]
Mots clefs :
Composition, Berger, Génie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
Je vousenvoyeun Air nouveau de la composition de
Mr Martin, quia donné depuis peuau Public des Airs
serieux & Bachiques à deux
..& àtrois parties, meslez dimphonies en Trio pour les
violons & pour les flutes que
debite le sieur Guerout. Les
Vers ne sçauroient manquer
de vous plaire, puis qu'il sont
d'une personne de vostre sexe
dont vous avez admiré plusieurs Ouvrages.C'est Mademoiselle des Houlieres qui
les a
faits. La beauté de son
genie cil: trop connuë pour
vous en rien dire davantage,
AIR NOUVEAU.
DAns ces lieux r
êvons à loisirj
Rien n'y peut troubler le plaisir
fiefenfer
au Bergerquej'aime.
Hélas! queceBerger charmant
Nepense t-il à moydemesme!
.:<.:!ilJ penseroit tendrement!
Mr Martin, quia donné depuis peuau Public des Airs
serieux & Bachiques à deux
..& àtrois parties, meslez dimphonies en Trio pour les
violons & pour les flutes que
debite le sieur Guerout. Les
Vers ne sçauroient manquer
de vous plaire, puis qu'il sont
d'une personne de vostre sexe
dont vous avez admiré plusieurs Ouvrages.C'est Mademoiselle des Houlieres qui
les a
faits. La beauté de son
genie cil: trop connuë pour
vous en rien dire davantage,
AIR NOUVEAU.
DAns ces lieux r
êvons à loisirj
Rien n'y peut troubler le plaisir
fiefenfer
au Bergerquej'aime.
Hélas! queceBerger charmant
Nepense t-il à moydemesme!
.:<.:!ilJ penseroit tendrement!
Fermer
Résumé : AIR NOUVEAU.
Monsieur Martin compose un nouvel air dont les vers sont écrits par Mademoiselle des Houlières. La chanson évoque un lieu propice aux rêves et regrette l'indifférence d'un berger aimé. Martin a publié des airs sérieux et bacchiques, ainsi que des impromptus pour violons et flûtes, disponibles chez le sieur Guerout.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9
p. 165-177
LES GRANDES EAUX. IDILLE.
Début :
La Sône, si tranquille autrefois dans sa course, [...]
Mots clefs :
Eaux , Âme, Temps, Amour, Saône, Berger, Fleuve, Cours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES GRANDES EAUX. IDILLE.
LES GRANDES EAUX.
14
IDILL E.
A Sône, fi tranquille autrefois
dans fa course ,
Répand avec fes eaux l'épouvante
&l'horreur.
Les Peuples voifins defa fource
Ont àfon cœurpaiſible inſpiré leur
fureur.
Son énorme étenduë excitant la terreur
Du Deluge à nosyeux réveille les
idées >
Et vomit àflots écumans
Surnos campagnes inondées
La colere des Allemans.
On voit enfewelir les herbes
166 MERCURE
Sous un obfcur limon de leur beauté
jaloux,
Et l'humble Flore aux Nayades
Superbes
Demande retraite à
genoux.
Zephir le doux Zephir , toujours
tendre &fidelle
Fait pour la fecourir un effort impuiſſant ;
Des cruels Aquilons le couroux fremiant
Luy livre uneguerre mortelle ,
Il fuccombe , & contraint d'abandonnerfa Belle >
Ilfe retire en gemiſſant .
S
Ces arbres , autrefois l'ornement de
la plaine ,
Quifur leur taille de Geant
Fondoient leur efperance vaine,
A nos yeux étonnez font reduits
au neant.
GALANT. 167
-Leur teftes d'écumefouillées
Aux Aftres pluvieux prefentent triftement ,
Au lieu de bras , leurs branches
dépouillées ,
Miferablejouet des ondes &du vent
Nes timides Bergers, dont l'ignorance
obfcure
Oppose un nuage à leurs yeux s
Prennent le cours de la nature
Pour une vangeance des Dieux,
Et fatiguant les airs par
vœux ,
d'inutiles
S'imaginent qu'au Ciel ils ont fait
quelque injure ,
Et qu'il leur fait l'honneur d'eftre
irrité contre eux.
Leur ame par l'effroy,Servilement contrainte ,
Aux emplois de l'amour n'ofe plus
s'exercer.
168 MERCURE
Apeine leur tremblante crainte
Laiffe échaperce nom fi doux à pro
noncer ;
Ou s'ils rifquent encor dans leur douleur profonde
D'invoquer ce Dieu reveré,
C'est pour le conjurer de préserver le
monde
Du Cabos dont il l'a tiré.
S
Pendant que tout ce qui refpire
Attend dans fa retraite un temps
plus adoucy ,
Achantefeul, preßé defon martire,
Anos rivages fourds va conter fon
foucy.
Le retour defiré de l'aimable Climene
Par ce ravage affreux ſo trouve retardé
Et le trifte Berger pour soulager fa
peine,
Par
GALANT. 169
•
Par fon feul defefpoirguidé ,
Sans crainte d'attirer fa haine,
Chaque jour la reproche au Fleuve
débordé.
S
-Va , dit-il, tn n'es plus cette paifiblesône
De qui les bords delicieux 2.
Meritoient de porter le Trône
Du plus agreable des Dieux.
Qu'eft devenue, helas , cette pudeur
modefte
Qui referroit tes eaux dans ton
étroit canal ?
D'où te vient le defirfunefte
D'affecter la grandeur qui te convientfi mal?
Voy de combien de mauxton orgueil
eft coupable,
Tu fais dans leur naiſſance avorter
nos Moiffons ,
Novembre 1690. P
170 MERCURE
< Tu couvres les herbes de fable ,
Au fommet des Ormeaux tuguindes
les Poiffons ,
Tu fais ceffer nos jeux , &nos tendres chansons ,
Tu bannis nos Tronpeaux de la fertile plaine ,
Tu dégarnis tes bords de leur plus
doux espoir,
Cesjeunes arbriffeaux que ton couroux entraine ,
3
Et pour te dire enfin ton crime le
plus noir,
Tu t'oppoles , cruelle , au retour de
Climene.
Oufçait affez lefujet de ta haine;
Il me fouvient du temps où fur tes
riches bords
Cette Eeauté dont mon ame eft
ravie ,
Etaloit fes brillans trefors
GALANT: 171
Qui te faifoient fecher d'envie.
On te voyoit alors au travers des
rofeaux
D'un œiljaloux, d'un airfauvage,
Examiner en vain les traits defon
vifaga,
Etcourir de honte & de rage
Te cacher dans le fond des eaux.
C'est l'offense qui i'a pouẞée.
Ace zerrible emportement ,
Et le chagrin d'eftre effacée
Ne fe pardonne point chez le sexe
charmant.
Ehbien ; pourfignaler cette illuftre
vangeance,
Porte , porte en tous lieux le ravage
&l'horreur,
Cours, & va dire à la Provence
Que tufurpasses en fureur
Le Drac, la Drome & la Durance,
Tandis qu'aux Echos d'alentour
Pij
172 MERCURE
A cris perçans ma trifte voix declare
Que tu peux difputer l'honneur
d'eftre barbare
Aux Fleuves fanspitié de l'infernal
Sejour.
Ecoute-moy , Cefar , s'il peut refter
aux Ombres
Des chofes de la terre un curieux
Soucy s
Ouy, fi l'on doute encor dans les
Royaumesfombres ,
D'un ancien embarras tu vas eftre
éclaircy.
Tu doutois où le cours de la Sône
l'entraine >
Lors que tu remarquois fi peu de
mouvement
Aux claires eaux qu'elle promene.
Helas ! tout eft changé , Cefar, pour
mon tourment
GALANT. 173
<
Elle court s'opposer à mon contentement,
Elle court empefcher le retour de
Climene.
Une vaine oftentation,
Ne fait point qu'à grands pas elle
quitte fa fource,
Pour montrer les tresors , amaffez
dans fa courſe ,
Au farouche mary qui l'attend à
Lyon.
Ce n'eftpoint pour s'unir d'une immortelle chaîne
Afon impetueux Amant ,
Qu'elle court fi rapidement ;
Elle court éloigner un bien-heureux
moment,
Elle court prolonger l'absence de Climene.
Tout ce que nous a raconté
La fabuleuse Antiquité ,
Piij
174 MERCURE
Des Dieux qui dans les Eaux exerçoient leur empire ,
N'eft qu'une purefiction,
Que controuva pour nousfeduire
La vaine fuperftition.
Qu'on ne mecite point le conte ridicule
D'Alphée à qui tant de detours,
Livrerent à la fin l'objet de fes
Amours ,
Non plus qu'Achelous écorné
Hercule.
Ah! d'aucune divinité
par
Lefonddes Eaux n'eft habité,
Ou s'il en eft parmi les ondes,
Jamais l'Amour, pour mon mal- heur,
Nefit dans leurs grottes profon- des ,
De fes feux bien-faifants penetrer
la chaleur?
GALANT. 175
2
ل
De cesfantafques Dieux la poitrine
glacée
L'inexorable cœur ( foit dit fans
blafphemer. )
L'ame de couroux herißée,
Sont un fujet peu propre à s'enflamer.
La Sone me le fait comprendre ,
Par l'outrageant excés de fes débordemens.
Helas ! quand on a le cœur tendre,
on eftfavorable aux Amans.
Rentrez dans votre lit, orgueilleufe
Riviere ,
Après tant defoupirs fi vainement
pouffez,
Climene reviendra fur vos bords
délaiffez
De fes beaux yeux répandre la
lumiere.
Piiij
176 MERCURE
Que vousaurez d'Autels, Divinité
trop fiere ,
Que d'encens fi vous nous rendez
Cette prefencefi cherie !
Le bizarre plaifir de noyer la Prairie
Vaut-il les biens que vous per
dez ?
Ainfi le malheureux Achante
Mêle aux plaintes qu'il fait mille
tendres foupirs.
Des larmes qu'il répand l'amas des
caux s'augmente ,
Luy-mefme innocemment retardefes
plaifirs.
L'Amour l'entend, le plaint , &
partage la nuë
D'un trait de fes feux éclatans,
Et la face des Cieux fe montrant
toute nuë,
GALANT. 177
S
·
Luy fait efperer du beau temps.
14
IDILL E.
A Sône, fi tranquille autrefois
dans fa course ,
Répand avec fes eaux l'épouvante
&l'horreur.
Les Peuples voifins defa fource
Ont àfon cœurpaiſible inſpiré leur
fureur.
Son énorme étenduë excitant la terreur
Du Deluge à nosyeux réveille les
idées >
Et vomit àflots écumans
Surnos campagnes inondées
La colere des Allemans.
On voit enfewelir les herbes
166 MERCURE
Sous un obfcur limon de leur beauté
jaloux,
Et l'humble Flore aux Nayades
Superbes
Demande retraite à
genoux.
Zephir le doux Zephir , toujours
tendre &fidelle
Fait pour la fecourir un effort impuiſſant ;
Des cruels Aquilons le couroux fremiant
Luy livre uneguerre mortelle ,
Il fuccombe , & contraint d'abandonnerfa Belle >
Ilfe retire en gemiſſant .
S
Ces arbres , autrefois l'ornement de
la plaine ,
Quifur leur taille de Geant
Fondoient leur efperance vaine,
A nos yeux étonnez font reduits
au neant.
GALANT. 167
-Leur teftes d'écumefouillées
Aux Aftres pluvieux prefentent triftement ,
Au lieu de bras , leurs branches
dépouillées ,
Miferablejouet des ondes &du vent
Nes timides Bergers, dont l'ignorance
obfcure
Oppose un nuage à leurs yeux s
Prennent le cours de la nature
Pour une vangeance des Dieux,
Et fatiguant les airs par
vœux ,
d'inutiles
S'imaginent qu'au Ciel ils ont fait
quelque injure ,
Et qu'il leur fait l'honneur d'eftre
irrité contre eux.
Leur ame par l'effroy,Servilement contrainte ,
Aux emplois de l'amour n'ofe plus
s'exercer.
168 MERCURE
Apeine leur tremblante crainte
Laiffe échaperce nom fi doux à pro
noncer ;
Ou s'ils rifquent encor dans leur douleur profonde
D'invoquer ce Dieu reveré,
C'est pour le conjurer de préserver le
monde
Du Cabos dont il l'a tiré.
S
Pendant que tout ce qui refpire
Attend dans fa retraite un temps
plus adoucy ,
Achantefeul, preßé defon martire,
Anos rivages fourds va conter fon
foucy.
Le retour defiré de l'aimable Climene
Par ce ravage affreux ſo trouve retardé
Et le trifte Berger pour soulager fa
peine,
Par
GALANT. 169
•
Par fon feul defefpoirguidé ,
Sans crainte d'attirer fa haine,
Chaque jour la reproche au Fleuve
débordé.
S
-Va , dit-il, tn n'es plus cette paifiblesône
De qui les bords delicieux 2.
Meritoient de porter le Trône
Du plus agreable des Dieux.
Qu'eft devenue, helas , cette pudeur
modefte
Qui referroit tes eaux dans ton
étroit canal ?
D'où te vient le defirfunefte
D'affecter la grandeur qui te convientfi mal?
Voy de combien de mauxton orgueil
eft coupable,
Tu fais dans leur naiſſance avorter
nos Moiffons ,
Novembre 1690. P
170 MERCURE
< Tu couvres les herbes de fable ,
Au fommet des Ormeaux tuguindes
les Poiffons ,
Tu fais ceffer nos jeux , &nos tendres chansons ,
Tu bannis nos Tronpeaux de la fertile plaine ,
Tu dégarnis tes bords de leur plus
doux espoir,
Cesjeunes arbriffeaux que ton couroux entraine ,
3
Et pour te dire enfin ton crime le
plus noir,
Tu t'oppoles , cruelle , au retour de
Climene.
Oufçait affez lefujet de ta haine;
Il me fouvient du temps où fur tes
riches bords
Cette Eeauté dont mon ame eft
ravie ,
Etaloit fes brillans trefors
GALANT: 171
Qui te faifoient fecher d'envie.
On te voyoit alors au travers des
rofeaux
D'un œiljaloux, d'un airfauvage,
Examiner en vain les traits defon
vifaga,
Etcourir de honte & de rage
Te cacher dans le fond des eaux.
C'est l'offense qui i'a pouẞée.
Ace zerrible emportement ,
Et le chagrin d'eftre effacée
Ne fe pardonne point chez le sexe
charmant.
Ehbien ; pourfignaler cette illuftre
vangeance,
Porte , porte en tous lieux le ravage
&l'horreur,
Cours, & va dire à la Provence
Que tufurpasses en fureur
Le Drac, la Drome & la Durance,
Tandis qu'aux Echos d'alentour
Pij
172 MERCURE
A cris perçans ma trifte voix declare
Que tu peux difputer l'honneur
d'eftre barbare
Aux Fleuves fanspitié de l'infernal
Sejour.
Ecoute-moy , Cefar , s'il peut refter
aux Ombres
Des chofes de la terre un curieux
Soucy s
Ouy, fi l'on doute encor dans les
Royaumesfombres ,
D'un ancien embarras tu vas eftre
éclaircy.
Tu doutois où le cours de la Sône
l'entraine >
Lors que tu remarquois fi peu de
mouvement
Aux claires eaux qu'elle promene.
Helas ! tout eft changé , Cefar, pour
mon tourment
GALANT. 173
<
Elle court s'opposer à mon contentement,
Elle court empefcher le retour de
Climene.
Une vaine oftentation,
Ne fait point qu'à grands pas elle
quitte fa fource,
Pour montrer les tresors , amaffez
dans fa courſe ,
Au farouche mary qui l'attend à
Lyon.
Ce n'eftpoint pour s'unir d'une immortelle chaîne
Afon impetueux Amant ,
Qu'elle court fi rapidement ;
Elle court éloigner un bien-heureux
moment,
Elle court prolonger l'absence de Climene.
Tout ce que nous a raconté
La fabuleuse Antiquité ,
Piij
174 MERCURE
Des Dieux qui dans les Eaux exerçoient leur empire ,
N'eft qu'une purefiction,
Que controuva pour nousfeduire
La vaine fuperftition.
Qu'on ne mecite point le conte ridicule
D'Alphée à qui tant de detours,
Livrerent à la fin l'objet de fes
Amours ,
Non plus qu'Achelous écorné
Hercule.
Ah! d'aucune divinité
par
Lefonddes Eaux n'eft habité,
Ou s'il en eft parmi les ondes,
Jamais l'Amour, pour mon mal- heur,
Nefit dans leurs grottes profon- des ,
De fes feux bien-faifants penetrer
la chaleur?
GALANT. 175
2
ل
De cesfantafques Dieux la poitrine
glacée
L'inexorable cœur ( foit dit fans
blafphemer. )
L'ame de couroux herißée,
Sont un fujet peu propre à s'enflamer.
La Sone me le fait comprendre ,
Par l'outrageant excés de fes débordemens.
Helas ! quand on a le cœur tendre,
on eftfavorable aux Amans.
Rentrez dans votre lit, orgueilleufe
Riviere ,
Après tant defoupirs fi vainement
pouffez,
Climene reviendra fur vos bords
délaiffez
De fes beaux yeux répandre la
lumiere.
Piiij
176 MERCURE
Que vousaurez d'Autels, Divinité
trop fiere ,
Que d'encens fi vous nous rendez
Cette prefencefi cherie !
Le bizarre plaifir de noyer la Prairie
Vaut-il les biens que vous per
dez ?
Ainfi le malheureux Achante
Mêle aux plaintes qu'il fait mille
tendres foupirs.
Des larmes qu'il répand l'amas des
caux s'augmente ,
Luy-mefme innocemment retardefes
plaifirs.
L'Amour l'entend, le plaint , &
partage la nuë
D'un trait de fes feux éclatans,
Et la face des Cieux fe montrant
toute nuë,
GALANT. 177
S
·
Luy fait efperer du beau temps.
Fermer
Résumé : LES GRANDES EAUX. IDILLE.
Le texte relate les conséquences désastreuses de la crue de la rivière Sône, autrefois tranquille. Les eaux en furie sèment la terreur et la colère parmi les populations voisines, rappelant le Déluge. La nature est sévèrement touchée : les herbes sont recouvertes de limon, la végétation est en détresse, et les arbres sont réduits à l'état de débris. Les bergers, effrayés, voient dans cette catastrophe une vengeance divine. Achante, un berger, déplore le retard du retour de Climène en raison des inondations. Il reproche à la rivière son comportement furieux et son orgueil. La Sône est comparée à d'autres fleuves dévastateurs tels que le Drac, la Drome et la Durance. Le texte critique les légendes antiques sur les dieux des eaux, affirmant que ces divinités n'existent pas et ne peuvent pas secourir les amants. Achante supplie la rivière de se calmer pour permettre le retour de Climène et espère que l'amour interviendra pour améliorer la situation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 49-66
EGLOGUE Par Mr ***
Début :
Deux jours s'estoient passez sans que le beau Thamire [...]
Mots clefs :
Esprit, Coeur, Berger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EGLOGUE Par Mr ***
EGLOGUE
E G L0G U E.
Par Mr ***
Deux jours lejl-oient
pajïezsans quele beau
Thamire
Eutni vûni cherché la
Bergere Delphire
Nonpas qu'anfond du
coeurjustement irrité
Ilpûtlasoupçonnerd'une
infidélité,
On eg dans nos Hamjiedauex
lilnesenysible *ou
Maisunjourqu'ilsembloit
moins empressé
pour elle,
Delphire épouventée à 1.4
moindrefroideur.
Voulut,enl'allarmant ralumerson
ardeur.
Atis , le jeune Atis,
Etranger au Village,
La terreur des Amants,
/ilefioitmoins volage,•
Entre tous nos Bergers
parut leseul objet
1
Qui luy putassurerlesucces
du projet.
Unjour doncqu'en nos
champs une vivejeunesse,
Offroit des jeux galants
à la tendreDéesse,
Nos deux Amants t.
toient l'un près de l'autre
assis,
Delphire prés desoysçut
attirer Atis.
Elle n'eut pas besoin
d'ungrand Artpour
luy plaire;
IIsuffit qu'ellefut moins
distraite&moinsfiere,
Atis, sur ce qu'il voit
croit à peinesesyeux,
Delphire l'entretient d'un
airplusgracieux.
Devenu moins timide il
offre àla Bergere,
Un bouquetqu'il venoit
de cueillirpour Glicere,
Thamire qui levoitn'en
estpoint irrité,
Le plaint &rit toutbas
desa temerité.
Mais quel prodige! o
Dieux! quel caprice bizarre,
Delphine luysourit,prend
lesfleurs& s'enpare
Il en faut moins encor
poursascherun Berger,
Thamire furieux croit
quon veut l'outrager,
Quitte les jeux & suit
l'ame d'horreursaisie,
Source de ses ennuis,
soeur de la jalousie
Délicatesse , enfant du
plus purdesAmours,
Pourquoy de ce Berger
troublois-tu les-beaux
jours.
Il cherche de nos bois les
plus épaisses ombres,
NosForestàson gréne
sontpas assezsombres,
Les oiseaux font de trop:
un Berger, amoureux,
N'estjamais lIlffiZflul
quand ilestmalheureux.
Enfintoujoursguidépar
son inquietude,
Et cherchant plus encor
l'ombre & lasolitude,
Son destin? ou plustost le
Dieude nos Hameaux,
Amour leconduisitle
bord de ces eaux.
Dont le paisible cours anrnfi
alUrmes;,y
Des malheureux qui
vont leur consier leurs
,.
larmes;
Mais quelle efi sa fùr..
prise,il voit d'un air
reveur,
La houlette àses pieds
> sans ruban ny sans
fleur,
Delphtre d'unemains'appuyantsur
la rive,
Contempler du Ruisseau
la coursefugitive:
En vainparcentbaisers
toujours si bien refUS
Son Chien veut l'amuser,
elle ne le voit
plus:
Que pensoit-elle ? helas!
son air estoit trop tendre,
Elle pensoit à luy, pouvoit-
ilsi méprendre?
Ilnescait s'ildoitfuirou
s'il doit l>y parler,
Il croit que U première
elle doit l'appeller:
Il s'avances il s'éloigne;
il la cherche ; il l'évite,
Son coeur au mêmeinstant
s'attendrit &
s'irrite,
Incertain ,
il voudroit
qu'on le vit le preffl,
mier,
Et que Delphire vint
poursejustifier:
Ilfaitcent cent foisU
tour de laprairie,
Ilcraintce qu'il voudroit
acheter desavie.
Delphine qui le voit* de
l'oeilsuittoussespas,
Feint de ne le point voir,
mais ne l'évite pas,
Enfinl'Amourtriomphe,
& le Bergers'appro- che,
Surses lèvresilsentexpirer
le reproche,
Doit-il seindre? doit-il
montrer tout son courroux?
Sa fierté luy deffend de
paroijbrejaloux ,
QuoyDelphine cft icy,
dit-il, je me retire
Je craindrois.où
fuis-tu cruel
,
reprit
Delphire,
Ah! Dieux !pour toy ma
morta-t-elle tant
d'appas3
Queservent ces détours
:l'
mon cherThamire
9 helas !
C'est feindre trop longtemps
pour mon coeur
levostre,
Vousae nem'aimer plus,
moy d'en aimer un
autre,
Pardonner à mon coeur
l'artifice innocent,
Dontj'ai cru ranimer
un Amantlanguissant,
D'uncrimesi leger, qu'-
elle affreuse vengeance,
Helas? ilm'acoustédeux
joursentiers d'abjence.
Vous feigniez, ditTha- mire. en avez**
vous douté,
Cruel, Suis-jefaite 0
l'infidélité?
Jefeignois c'est
là ce qui me desespere ,
De vostrefoibleAmour
cette preuveest trop
claire,
Dit-il,un coeur bienpris
n'estpas maistre de
JOy,
L'objet desonAmoureutilmanquédefoy,
Dût-il apprehenderqu'il
ne devint volage)
Iln'y sçait que d'aimer
une fois davantage,
Il ne ménage rien, il aime.
aveuglement,
Toutesttransport en luy,
tout est emportement.
Vousfeigniez dites-vous,
ingrate, est-ilpossible!
Grands Dieuxpourfein-
,'. dre ainsi,qu'il faut
estrepaisible!
Quoy vous pouviez,penser
qu'infidelle ases
feux,
Mon traistre coeur osoit
former de nouveaux
noeuds,
Et les premiers effets -d'un fifenfible outràgt,
N'ontpas ejié'£horreur9
le difèJPoir, la rage,
Vous v~ousf e~jijes' b~ocrr/n?ée à1,
feindrefeulemçnt,
Delphire estoit-ce là maimer
bien tendrement?
Car ne me dites pas que
cette heureuse adresse,
Asouvent d'un Amant
raniméla tendresse,
Quesouvent un Berger
trop seur de ses A~
mours,
o en lasseroit bien - TCJZ
sans cetheureuxsecours.
Jesçay que ce moyenest
quelquesfois utile,
Je sçay même, je sçay
qu'ons'ensert à la
Ville:
Mais un coeur pastoral,
un coeur bienenflmé,
Fuitjusqu'au moyensur
dese voirplusaimé.
Qand ce moyen n'espas
d'estrefidelle&tendre,
Ousuis-je, ditDelphire,
& que viens-je d'entendre!
Je triomphe,&messoins
ont unsuccés heureux,
Helas!plus que jamais
Thamire est amoureux:
Si des transportssidoux
sont toute la <veng,an+-
ce, MoncherThamirecraint
queje ne recommence.
Ils parloient, & tA:..
mour les entendit des
deux9
Quelssentimens ? dit-il ;
je n'aimerois pas jmieux
E G L0G U E.
Par Mr ***
Deux jours lejl-oient
pajïezsans quele beau
Thamire
Eutni vûni cherché la
Bergere Delphire
Nonpas qu'anfond du
coeurjustement irrité
Ilpûtlasoupçonnerd'une
infidélité,
On eg dans nos Hamjiedauex
lilnesenysible *ou
Maisunjourqu'ilsembloit
moins empressé
pour elle,
Delphire épouventée à 1.4
moindrefroideur.
Voulut,enl'allarmant ralumerson
ardeur.
Atis , le jeune Atis,
Etranger au Village,
La terreur des Amants,
/ilefioitmoins volage,•
Entre tous nos Bergers
parut leseul objet
1
Qui luy putassurerlesucces
du projet.
Unjour doncqu'en nos
champs une vivejeunesse,
Offroit des jeux galants
à la tendreDéesse,
Nos deux Amants t.
toient l'un près de l'autre
assis,
Delphire prés desoysçut
attirer Atis.
Elle n'eut pas besoin
d'ungrand Artpour
luy plaire;
IIsuffit qu'ellefut moins
distraite&moinsfiere,
Atis, sur ce qu'il voit
croit à peinesesyeux,
Delphire l'entretient d'un
airplusgracieux.
Devenu moins timide il
offre àla Bergere,
Un bouquetqu'il venoit
de cueillirpour Glicere,
Thamire qui levoitn'en
estpoint irrité,
Le plaint &rit toutbas
desa temerité.
Mais quel prodige! o
Dieux! quel caprice bizarre,
Delphine luysourit,prend
lesfleurs& s'enpare
Il en faut moins encor
poursascherun Berger,
Thamire furieux croit
quon veut l'outrager,
Quitte les jeux & suit
l'ame d'horreursaisie,
Source de ses ennuis,
soeur de la jalousie
Délicatesse , enfant du
plus purdesAmours,
Pourquoy de ce Berger
troublois-tu les-beaux
jours.
Il cherche de nos bois les
plus épaisses ombres,
NosForestàson gréne
sontpas assezsombres,
Les oiseaux font de trop:
un Berger, amoureux,
N'estjamais lIlffiZflul
quand ilestmalheureux.
Enfintoujoursguidépar
son inquietude,
Et cherchant plus encor
l'ombre & lasolitude,
Son destin? ou plustost le
Dieude nos Hameaux,
Amour leconduisitle
bord de ces eaux.
Dont le paisible cours anrnfi
alUrmes;,y
Des malheureux qui
vont leur consier leurs
,.
larmes;
Mais quelle efi sa fùr..
prise,il voit d'un air
reveur,
La houlette àses pieds
> sans ruban ny sans
fleur,
Delphtre d'unemains'appuyantsur
la rive,
Contempler du Ruisseau
la coursefugitive:
En vainparcentbaisers
toujours si bien refUS
Son Chien veut l'amuser,
elle ne le voit
plus:
Que pensoit-elle ? helas!
son air estoit trop tendre,
Elle pensoit à luy, pouvoit-
ilsi méprendre?
Ilnescait s'ildoitfuirou
s'il doit l>y parler,
Il croit que U première
elle doit l'appeller:
Il s'avances il s'éloigne;
il la cherche ; il l'évite,
Son coeur au mêmeinstant
s'attendrit &
s'irrite,
Incertain ,
il voudroit
qu'on le vit le preffl,
mier,
Et que Delphire vint
poursejustifier:
Ilfaitcent cent foisU
tour de laprairie,
Ilcraintce qu'il voudroit
acheter desavie.
Delphine qui le voit* de
l'oeilsuittoussespas,
Feint de ne le point voir,
mais ne l'évite pas,
Enfinl'Amourtriomphe,
& le Bergers'appro- che,
Surses lèvresilsentexpirer
le reproche,
Doit-il seindre? doit-il
montrer tout son courroux?
Sa fierté luy deffend de
paroijbrejaloux ,
QuoyDelphine cft icy,
dit-il, je me retire
Je craindrois.où
fuis-tu cruel
,
reprit
Delphire,
Ah! Dieux !pour toy ma
morta-t-elle tant
d'appas3
Queservent ces détours
:l'
mon cherThamire
9 helas !
C'est feindre trop longtemps
pour mon coeur
levostre,
Vousae nem'aimer plus,
moy d'en aimer un
autre,
Pardonner à mon coeur
l'artifice innocent,
Dontj'ai cru ranimer
un Amantlanguissant,
D'uncrimesi leger, qu'-
elle affreuse vengeance,
Helas? ilm'acoustédeux
joursentiers d'abjence.
Vous feigniez, ditTha- mire. en avez**
vous douté,
Cruel, Suis-jefaite 0
l'infidélité?
Jefeignois c'est
là ce qui me desespere ,
De vostrefoibleAmour
cette preuveest trop
claire,
Dit-il,un coeur bienpris
n'estpas maistre de
JOy,
L'objet desonAmoureutilmanquédefoy,
Dût-il apprehenderqu'il
ne devint volage)
Iln'y sçait que d'aimer
une fois davantage,
Il ne ménage rien, il aime.
aveuglement,
Toutesttransport en luy,
tout est emportement.
Vousfeigniez dites-vous,
ingrate, est-ilpossible!
Grands Dieuxpourfein-
,'. dre ainsi,qu'il faut
estrepaisible!
Quoy vous pouviez,penser
qu'infidelle ases
feux,
Mon traistre coeur osoit
former de nouveaux
noeuds,
Et les premiers effets -d'un fifenfible outràgt,
N'ontpas ejié'£horreur9
le difèJPoir, la rage,
Vous v~ousf e~jijes' b~ocrr/n?ée à1,
feindrefeulemçnt,
Delphire estoit-ce là maimer
bien tendrement?
Car ne me dites pas que
cette heureuse adresse,
Asouvent d'un Amant
raniméla tendresse,
Quesouvent un Berger
trop seur de ses A~
mours,
o en lasseroit bien - TCJZ
sans cetheureuxsecours.
Jesçay que ce moyenest
quelquesfois utile,
Je sçay même, je sçay
qu'ons'ensert à la
Ville:
Mais un coeur pastoral,
un coeur bienenflmé,
Fuitjusqu'au moyensur
dese voirplusaimé.
Qand ce moyen n'espas
d'estrefidelle&tendre,
Ousuis-je, ditDelphire,
& que viens-je d'entendre!
Je triomphe,&messoins
ont unsuccés heureux,
Helas!plus que jamais
Thamire est amoureux:
Si des transportssidoux
sont toute la <veng,an+-
ce, MoncherThamirecraint
queje ne recommence.
Ils parloient, & tA:..
mour les entendit des
deux9
Quelssentimens ? dit-il ;
je n'aimerois pas jmieux
Fermer
Résumé : EGLOGUE Par Mr ***
L'églogue relate l'histoire de Thamire, un berger épris de Delphire. Thamire est troublé par la récente froideur de Delphire et est consumé par la jalousie. Lors de jeux galants dans les champs, Delphire attire l'attention d'Atis, un étranger au village, en lui offrant un bouquet destiné à Glicere. Cet acte irrite Thamire. Pour ranimer l'ardeur de Thamire, Delphire feint de s'intéresser à Atis. Thamire, furieux, se retire et erre dans les bois, tourmenté par la jalousie. Il retrouve finalement Delphire au bord d'une rivière. Après des hésitations, Thamire s'approche d'elle. Delphire avoue avoir simulé son intérêt pour Atis afin de raviver l'amour de Thamire. Thamire, blessé, accuse Delphire d'infidélité. Delphire explique son stratagème, et Thamire, malgré sa douleur, reconnaît finalement la profondeur de son amour pour Delphire. Leur échange est entendu par un témoin anonyme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11
p. 1-16
PIECE NOUVELLE. DIALOGUE Entre un Chevalier errant, & un Berger.
Début :
Sur les bords du Lignon jadis si renommez, [...]
Mots clefs :
Chevalier, Berger, Amour, Amoureux, Heureux, Malheureux, Dame, Amants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PIECE NOUVELLE. DIALOGUE Entre un Chevalier errant, & un Berger.
PIECE NOUVELLE.
DIALOGUE
Entre un Chevaliererrant, &
un Berger. 1SUr les bords du Lignon
jadis sirenommez
,
Lieux où les descendans
d'Astrée,
De son tendre esprit
animez,
Renouvellant encor
l'heureux siécle de
Rée,
Eternisentdans leur
contrée
Le doux plaisir d'aimer
ô£ celui d'estre
aimez,
Un Chevalier errant,
1amc desesperée,
Poussant des fou p irs
enflammez,
Se plaignoit des ri-
--
gueurs de sa Dame
adorée,
Par les cris inacoûtamez,
De sa douleur immoderée
,
Les paisibles Bergers
furent tous allarmez,
Mais revenu de ses allarmes,
L'und'entr'eux le voyant
sans armes,
Et le prenant pour un
Berger,
Court à lui pour le
soulager,
Et lui demande ainsi
le sujetde ses
larmes
LEBERGER.
Dequoi vous plaignezvous,
malheureux
étranger,
Quivenez habiternos
plaines ?
Pouvez-vous ressentir
des peines?
Vous vivez en ces lieux
& vous êtes Berger.
LE CHEVALIER ER.
Je ne fuis point Berger,
je viens dans
cette plaine
Eaire un mêtier bien
different,
Un foin tranquille
vous y mene,
Moyles sombres chagrins
d'un Chevalier
errant.
LE BERGER..
La paix regne dans ces
retraites,
Laissez-nous goûter ses
douceurs,
Ce n'etquepour les
tendres coeurs
Que la nature les a
faites.
LE CHEVALIER ER.
S'ilfaut être bien amou- , reux
Pour mériter de vivre
en ces lieux solitaires,
Ah ! je jure par tous les
Dieux
D'en chasser les amants
vulgaires.
Autant que ma Dame
en beauté
Surpasse toutes vos Silvies,
Je parte en sensibilité
Les Tircis de vos Bergeries.
UnBerger est plus
amoureux
Des plaisirs que de sa
Bergere,""
Et s'il ne songe qu-a
luy plaire,
Il est assuré d'être hcur
reux. - Pour moy j'aime sans
esperance
D'êtrejamais récompensé,
Mais l'amour dont je
fuis blessé
N'en a pas moins de
violence ,
Et cet amour si malheureux,
Nourri de soupirs 6C
de larmes,
Me doit faire mille envieux,
Puiiqu'H a pour objet
des charmes
Dignes d'enflammer
tous les Dieux.
LE BERGER.
Vôtre amour malheureux
Ne me fait point d'envie,
Je fuis content de mes
plaisirs,
J'aimerai toûjours ma
Sylvie,
Et je verrai toute ma
vie
Remplir mes amoureux
desirs
Je croy qu'un autre
peut vous plaire,
Et qu'elle est digne de
vos soins,
Mais si vous voyiez ma
Bergere,
Vôtre Dame vous plairoit
moins.
LE CHEVALIER ER.
C'est*bien àvous,petite
espece
D'amants indignes d'être
heureux,
A vanter l'ardeur de
vos feux,
Et l'objet de vôtre tendresse;
1 Vous devez àl'oisiveté
Tous les plaisirsdevôtre
vie;
Vôtre [barte* simplicité
Fait toute lanaïveté
Qui charme tant vôtre
Sylvie,
Une molle tranquillité
Fait la tendre fidélité
Que vous gardez à vos
Bergeres;
Amants paresseux,imparfaits,
La peur d'en trouver
de severes
Fait que vous ne
changez jamais.
LE BERGER.
Vostre amour est une
chimere,
Et cette héroïque beauté
Qui connaîtvostre caradere
Affecte une faussefierte:)
Que nos Bergersvaincroient
avec moins
de mystere
Et bien plus de facilité.
Comme la seule vanité
Fait en amour vostre
constance,
Vous n'avezpas la récompense
Quenostre amour a
mérité;
Seigneur! voyez cette
Prairie,
Qu'arrosent les plus
clairs ruisseaux,
Toute vostre Chevalerie
Ne vaut pas le char-
-
mant repos
Que j'ygoûteavecma
-
Sylvie;
Un Berger qui doit
être heureux toute
sa vie,
Ne se changeroit pas
pour le plus grand
Héros.
LE CHEVALIER ER.
Malheureux, craignez
ma vengeance,
Et que désormais en
ces lieux
On garde sur l'amour
un éternelsilence,
Vous nemeritez pas
l'honneur d'être
amoureux.
DIALOGUE
Entre un Chevaliererrant, &
un Berger. 1SUr les bords du Lignon
jadis sirenommez
,
Lieux où les descendans
d'Astrée,
De son tendre esprit
animez,
Renouvellant encor
l'heureux siécle de
Rée,
Eternisentdans leur
contrée
Le doux plaisir d'aimer
ô£ celui d'estre
aimez,
Un Chevalier errant,
1amc desesperée,
Poussant des fou p irs
enflammez,
Se plaignoit des ri-
--
gueurs de sa Dame
adorée,
Par les cris inacoûtamez,
De sa douleur immoderée
,
Les paisibles Bergers
furent tous allarmez,
Mais revenu de ses allarmes,
L'und'entr'eux le voyant
sans armes,
Et le prenant pour un
Berger,
Court à lui pour le
soulager,
Et lui demande ainsi
le sujetde ses
larmes
LEBERGER.
Dequoi vous plaignezvous,
malheureux
étranger,
Quivenez habiternos
plaines ?
Pouvez-vous ressentir
des peines?
Vous vivez en ces lieux
& vous êtes Berger.
LE CHEVALIER ER.
Je ne fuis point Berger,
je viens dans
cette plaine
Eaire un mêtier bien
different,
Un foin tranquille
vous y mene,
Moyles sombres chagrins
d'un Chevalier
errant.
LE BERGER..
La paix regne dans ces
retraites,
Laissez-nous goûter ses
douceurs,
Ce n'etquepour les
tendres coeurs
Que la nature les a
faites.
LE CHEVALIER ER.
S'ilfaut être bien amou- , reux
Pour mériter de vivre
en ces lieux solitaires,
Ah ! je jure par tous les
Dieux
D'en chasser les amants
vulgaires.
Autant que ma Dame
en beauté
Surpasse toutes vos Silvies,
Je parte en sensibilité
Les Tircis de vos Bergeries.
UnBerger est plus
amoureux
Des plaisirs que de sa
Bergere,""
Et s'il ne songe qu-a
luy plaire,
Il est assuré d'être hcur
reux. - Pour moy j'aime sans
esperance
D'êtrejamais récompensé,
Mais l'amour dont je
fuis blessé
N'en a pas moins de
violence ,
Et cet amour si malheureux,
Nourri de soupirs 6C
de larmes,
Me doit faire mille envieux,
Puiiqu'H a pour objet
des charmes
Dignes d'enflammer
tous les Dieux.
LE BERGER.
Vôtre amour malheureux
Ne me fait point d'envie,
Je fuis content de mes
plaisirs,
J'aimerai toûjours ma
Sylvie,
Et je verrai toute ma
vie
Remplir mes amoureux
desirs
Je croy qu'un autre
peut vous plaire,
Et qu'elle est digne de
vos soins,
Mais si vous voyiez ma
Bergere,
Vôtre Dame vous plairoit
moins.
LE CHEVALIER ER.
C'est*bien àvous,petite
espece
D'amants indignes d'être
heureux,
A vanter l'ardeur de
vos feux,
Et l'objet de vôtre tendresse;
1 Vous devez àl'oisiveté
Tous les plaisirsdevôtre
vie;
Vôtre [barte* simplicité
Fait toute lanaïveté
Qui charme tant vôtre
Sylvie,
Une molle tranquillité
Fait la tendre fidélité
Que vous gardez à vos
Bergeres;
Amants paresseux,imparfaits,
La peur d'en trouver
de severes
Fait que vous ne
changez jamais.
LE BERGER.
Vostre amour est une
chimere,
Et cette héroïque beauté
Qui connaîtvostre caradere
Affecte une faussefierte:)
Que nos Bergersvaincroient
avec moins
de mystere
Et bien plus de facilité.
Comme la seule vanité
Fait en amour vostre
constance,
Vous n'avezpas la récompense
Quenostre amour a
mérité;
Seigneur! voyez cette
Prairie,
Qu'arrosent les plus
clairs ruisseaux,
Toute vostre Chevalerie
Ne vaut pas le char-
-
mant repos
Que j'ygoûteavecma
-
Sylvie;
Un Berger qui doit
être heureux toute
sa vie,
Ne se changeroit pas
pour le plus grand
Héros.
LE CHEVALIER ER.
Malheureux, craignez
ma vengeance,
Et que désormais en
ces lieux
On garde sur l'amour
un éternelsilence,
Vous nemeritez pas
l'honneur d'être
amoureux.
Fermer
Résumé : PIECE NOUVELLE. DIALOGUE Entre un Chevalier errant, & un Berger.
Le texte relate un dialogue entre un Chevalier errant et un Berger sur les bords du Lignon, une région connue pour ses habitants inspirés par l'esprit d'Astrée. Le Chevalier, désespéré, exprime sa douleur face aux rigueurs de sa Dame adorée. Le Berger, alarmé par ses cris, s'approche pour l'aider, croyant qu'il est l'un des leurs. Le Chevalier révèle qu'il est un Chevalier errant tourmenté par des chagrins sombres. Le Berger vante la paix et les douceurs de leur retraite, destinées aux cœurs tendres. Le Chevalier affirme que son amour est plus intense et plus noble que celui des Bergers. Le Berger, content de ses plaisirs avec sa Sylvie, suggère que le Chevalier pourrait trouver une autre compagne. Le Chevalier critique la simplicité et la paresse des Bergers, qui changent rarement de partenaire par peur de trouver des amours sévères. Le Berger rétorque que l'amour du Chevalier est une chimère et que sa Dame affecte une fausse rigueur. Il vante la simplicité et la constance de l'amour des Bergers, illustrée par le charmant repos qu'il partage avec Sylvie. Furieux, le Chevalier menace le Berger et exige un silence éternel sur l'amour dans ces lieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12
p. 184-201
PIECE NOUVELLE Dialogue entre un Berger & une Bergere, par M. D. A.
Début :
Philis, tous nos Bergers vous repetent sans cesse, [...]
Mots clefs :
Berger, Bergère, Dialogue, Amour, Philis, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PIECE NOUVELLE Dialogue entre un Berger & une Bergere, par M. D. A.
PIECE NOUVELLE
Dialogue entre un Berger & une
Bergere, parM. D. A.
*
LE BERGER.
PHilis,
tous nos Bergers
vous repetent sans
cesse,
Qu'ils sentent pour vous
de l'amour,
Je les voy gémir chaque
jour
D'un nouveau tourment,
qui les presse,
Je
Je ne puis comprendre
leurs maux,
Jevoy tous les jours leurs
troupeaux
Aussi gras que les mins,
bondir dans cette
plaine;
Les biens que le Printemps
amene
Sont communs à
tous les
Bergers,
Et pour tous, les Zephirs
legers
Rafraîchissentnos Champs
de leurs douces haleines.
Quelles peuvent être les
peines
Qu'ils vous racontent tous
les jours,
Belle Phifis,daignez milapprendre
Que peuvent être ces amours;
Qui font couler les pleurs
que je leur voy répandre.
LA BERGERE.
Vous le sçaurez à vôtre
tour,
Attendez sans impatience,
Berger,à connoître l'Amour,
Gardez vostre heureuse
ignorance •
Autant que ce Dieu le voudra,
Quand le fatal moment
viendra,
Pour acquérir cette science,
Malgré toute vôtre innocence,
yôtre cœur vous avertira,
J LE BERGER.
Suis-je le seul de ces Campagnes,
Qui ne connoisse pas l'amour?
LA BERGERE.
Berger,mes aimables compagnes
Vous le feront connoître
un jour.
LE BERGER.
Non, belle Philis, ce mystere
Dont les Bergers [e plaignent tous,
J'ayme mieux l'apprendre
de vous
Cent fois, que d'une autre Bergere
LA BERGERE.
Eh bien, sçachez donc
quel'amour ":
Se prend dans les yeux
d'une belle,
Le sensible Berger, qui la
,
voit chaque jour,
Luy trouve chaque jour
une grace nouvelle,
Ce feu s'augmente incessamment
Auprès de l'aimable Bergere, Ildevient enfin un tour-
'- ment
Si le Berger la trouve fiere.
LE BERGER.
Si vousnommez amour,
cefeu qui brûle en
nous,
i
Et dont onnepeutsedéfendre,
Ai-je btfoin de vous apprendre
Que je brûle d'amourpour
vous?
LA BERGERE.
Berger, iln'est pas temps,
je dois encor vous dire,
Qu'il est un amour impofleur,
Qui ne cherche qu'à se
produire, L.
Au lieu que la ifncereardeur ,.,"
Qu'un veritable amour inf
pire, t
Est un secret de nôtre
cœur,
Dont les yeux seuls doiventinstruire.
LE BERGER.
N'oubliez pas, Philis, f
vous faites un choix,
Que sans sçavoir le nom
du Dieu quifait qu'on
ayme
J'en ai rempli toutes les
loix,
Jugez de mon amour extrême,
Sans cesse je vous regardois,
Si c'etf ainsiqu'un cœur
soupire,
Ah! quand j'aurois connu
tout ce que je sentois
Aurois-je pû mieux vous
le dire?
LA
LA BERGERE.
Oüi
3
mais vous en dites
autant
A la bergere Floriselle,
Lors que d'un air vif &
content
On vous voit danser avec
elle.
Je içay qu'à louër ses appas
La fested'hier s'estpassée,
Vous suivîtes long-temps
ses pas,
Et même sa rigueur en parut offensée:
Sans ses refus enfin, vous
ne m'aimeriez pas.
LE BERGER.
Je trouvois du plaisiràvoir
cette bergere,
Je ne puis le désavouër,
J'aimois à l'entendre louër:
Mais expliquez-moy ce
mystere;
Ses appas me paroissoient
doux,
Florifelle sçavoit me plaire,
Et parmi ces plaisirs je ne
pensois qu'àvous,
Philis, ne se peut-il point
faire,
Qu'elle ait quelques-uns
de vos traits?
Les- bergers n'aiment-ils
jamais
Ce qui ressmbre à leur
bergere ?
LA BERGERE.
Laissons ces discours dangereux,
Rejoignons nostroupeaux,
retournons à la plaine,
j
Reservons tous nos soins
poureux,
Le reste donne trop de
(
peine.
LE BERGER.
Helas déja nous nous qüitçpns?
Craignez-ousque dans
ces prairies
Un loup enlevenos moutons?
Voicy les miens errans far
ces herbes fleuries,
Ils me furent bien chers:
mais je les donne tous,
Philis, pour être encore un
moment avec vous.
LA BERGERE.
Je vous ferois, berger,
lemême sacrifice,
Mes troupeaux ne sont pas
ce quej'aime lemieux £
Je consens même qu'à mes
1
yeux
Un loup cruel. me les ravisse y
Si contre un plus doux artifice
Je puis garder helas, un
-,
bien LEplus BERGER. .precièux»
Helas! si pour me fuir vous
allez dans ces plaines,
Quevais-je devenir tout le
reste du jour?
Je voulois connoîtrel'amour -
Je neconnoîtray que ses
peines.
LA BERGERE.
D'aujourd'hui tu visfous sa I°Y>
Et tu te plains de son empire
Surluij'aurai tantôt cent
choses à te dire
Tu ne le connois pas carsibienque pasen- en
car .,(
-LEBERGER.
Belle: Philis mon coeur
soupire,
De ne pas le connoître
mieux
Demeurez encore en ces
lieux
Pour achever de m'en ine.
truire.
Mais vous suyez, Philis,
nonnel'eiperez pas,
Sans vous je ne scaurois
plus vivre,
Tircis à force de la suivre
La fit revenir sur les pas,
Auprès d'elle coucher sur
la fraîche verdure,
Tircisluy dit en soupirant
Toutce que la simple na-
ture
Sçait dicter au plus ignorant,
Philis dont le coeur étoit
tendre
Ne put se lasser de l'entendre
Et connut trop tard le danger.
Pour une bergere amou.
reuse
L'ignorance d'un beau berger
Est mille fois plus dangereuse,
Que l'experience trompeuse
D'un berger sujet a
changer.
La nuit commença sa carrière
Trop tôt pour de telles
amours,
Il salut se quitter, & la jeune bergere
Finit par ce tendre discours :
Tu viens d'apprendre en ce
bocage,
Ce que c'est que l'amour
au comble des souhaits,
Puisse-tu n'apprendre jamais
Ce que c'est que l'amour
volage
Dialogue entre un Berger & une
Bergere, parM. D. A.
*
LE BERGER.
PHilis,
tous nos Bergers
vous repetent sans
cesse,
Qu'ils sentent pour vous
de l'amour,
Je les voy gémir chaque
jour
D'un nouveau tourment,
qui les presse,
Je
Je ne puis comprendre
leurs maux,
Jevoy tous les jours leurs
troupeaux
Aussi gras que les mins,
bondir dans cette
plaine;
Les biens que le Printemps
amene
Sont communs à
tous les
Bergers,
Et pour tous, les Zephirs
legers
Rafraîchissentnos Champs
de leurs douces haleines.
Quelles peuvent être les
peines
Qu'ils vous racontent tous
les jours,
Belle Phifis,daignez milapprendre
Que peuvent être ces amours;
Qui font couler les pleurs
que je leur voy répandre.
LA BERGERE.
Vous le sçaurez à vôtre
tour,
Attendez sans impatience,
Berger,à connoître l'Amour,
Gardez vostre heureuse
ignorance •
Autant que ce Dieu le voudra,
Quand le fatal moment
viendra,
Pour acquérir cette science,
Malgré toute vôtre innocence,
yôtre cœur vous avertira,
J LE BERGER.
Suis-je le seul de ces Campagnes,
Qui ne connoisse pas l'amour?
LA BERGERE.
Berger,mes aimables compagnes
Vous le feront connoître
un jour.
LE BERGER.
Non, belle Philis, ce mystere
Dont les Bergers [e plaignent tous,
J'ayme mieux l'apprendre
de vous
Cent fois, que d'une autre Bergere
LA BERGERE.
Eh bien, sçachez donc
quel'amour ":
Se prend dans les yeux
d'une belle,
Le sensible Berger, qui la
,
voit chaque jour,
Luy trouve chaque jour
une grace nouvelle,
Ce feu s'augmente incessamment
Auprès de l'aimable Bergere, Ildevient enfin un tour-
'- ment
Si le Berger la trouve fiere.
LE BERGER.
Si vousnommez amour,
cefeu qui brûle en
nous,
i
Et dont onnepeutsedéfendre,
Ai-je btfoin de vous apprendre
Que je brûle d'amourpour
vous?
LA BERGERE.
Berger, iln'est pas temps,
je dois encor vous dire,
Qu'il est un amour impofleur,
Qui ne cherche qu'à se
produire, L.
Au lieu que la ifncereardeur ,.,"
Qu'un veritable amour inf
pire, t
Est un secret de nôtre
cœur,
Dont les yeux seuls doiventinstruire.
LE BERGER.
N'oubliez pas, Philis, f
vous faites un choix,
Que sans sçavoir le nom
du Dieu quifait qu'on
ayme
J'en ai rempli toutes les
loix,
Jugez de mon amour extrême,
Sans cesse je vous regardois,
Si c'etf ainsiqu'un cœur
soupire,
Ah! quand j'aurois connu
tout ce que je sentois
Aurois-je pû mieux vous
le dire?
LA
LA BERGERE.
Oüi
3
mais vous en dites
autant
A la bergere Floriselle,
Lors que d'un air vif &
content
On vous voit danser avec
elle.
Je içay qu'à louër ses appas
La fested'hier s'estpassée,
Vous suivîtes long-temps
ses pas,
Et même sa rigueur en parut offensée:
Sans ses refus enfin, vous
ne m'aimeriez pas.
LE BERGER.
Je trouvois du plaisiràvoir
cette bergere,
Je ne puis le désavouër,
J'aimois à l'entendre louër:
Mais expliquez-moy ce
mystere;
Ses appas me paroissoient
doux,
Florifelle sçavoit me plaire,
Et parmi ces plaisirs je ne
pensois qu'àvous,
Philis, ne se peut-il point
faire,
Qu'elle ait quelques-uns
de vos traits?
Les- bergers n'aiment-ils
jamais
Ce qui ressmbre à leur
bergere ?
LA BERGERE.
Laissons ces discours dangereux,
Rejoignons nostroupeaux,
retournons à la plaine,
j
Reservons tous nos soins
poureux,
Le reste donne trop de
(
peine.
LE BERGER.
Helas déja nous nous qüitçpns?
Craignez-ousque dans
ces prairies
Un loup enlevenos moutons?
Voicy les miens errans far
ces herbes fleuries,
Ils me furent bien chers:
mais je les donne tous,
Philis, pour être encore un
moment avec vous.
LA BERGERE.
Je vous ferois, berger,
lemême sacrifice,
Mes troupeaux ne sont pas
ce quej'aime lemieux £
Je consens même qu'à mes
1
yeux
Un loup cruel. me les ravisse y
Si contre un plus doux artifice
Je puis garder helas, un
-,
bien LEplus BERGER. .precièux»
Helas! si pour me fuir vous
allez dans ces plaines,
Quevais-je devenir tout le
reste du jour?
Je voulois connoîtrel'amour -
Je neconnoîtray que ses
peines.
LA BERGERE.
D'aujourd'hui tu visfous sa I°Y>
Et tu te plains de son empire
Surluij'aurai tantôt cent
choses à te dire
Tu ne le connois pas carsibienque pasen- en
car .,(
-LEBERGER.
Belle: Philis mon coeur
soupire,
De ne pas le connoître
mieux
Demeurez encore en ces
lieux
Pour achever de m'en ine.
truire.
Mais vous suyez, Philis,
nonnel'eiperez pas,
Sans vous je ne scaurois
plus vivre,
Tircis à force de la suivre
La fit revenir sur les pas,
Auprès d'elle coucher sur
la fraîche verdure,
Tircisluy dit en soupirant
Toutce que la simple na-
ture
Sçait dicter au plus ignorant,
Philis dont le coeur étoit
tendre
Ne put se lasser de l'entendre
Et connut trop tard le danger.
Pour une bergere amou.
reuse
L'ignorance d'un beau berger
Est mille fois plus dangereuse,
Que l'experience trompeuse
D'un berger sujet a
changer.
La nuit commença sa carrière
Trop tôt pour de telles
amours,
Il salut se quitter, & la jeune bergere
Finit par ce tendre discours :
Tu viens d'apprendre en ce
bocage,
Ce que c'est que l'amour
au comble des souhaits,
Puisse-tu n'apprendre jamais
Ce que c'est que l'amour
volage
Fermer
Résumé : PIECE NOUVELLE Dialogue entre un Berger & une Bergere, par M. D. A.
Le texte relate un dialogue entre un berger et une bergère nommée Philis. Intrigué par les souffrances amoureuses de ses pairs, le berger interroge Philis sur la nature de l'amour. Philis lui répond qu'il comprendra l'amour lorsqu'il le vivra. Le berger avoue alors son amour pour Philis, mais elle lui parle des différentes formes d'amour, notamment l'amour impur qui cherche à se manifester et l'amour sincère qui reste secret. Philis reproche au berger de montrer de l'affection à une autre bergère, Floriselle. Le berger explique que ses sentiments pour Philis étaient présents même lorsqu'il appréciait Floriselle. Philis, inquiète, suggère de rejoindre leurs troupeaux, mais le berger exprime son désir de rester avec elle. Philis raconte ensuite l'histoire de Tircis et d'une bergère qui, par ignorance, a souffert de son amour. Finalement, Philis et le berger doivent se séparer à l'approche de la nuit, Philis lui souhaitant de ne jamais connaître l'amour volage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13
p. 285-290
PIECE NOUVELLE. LA VIOLETTE.
Début :
Je fus jadis une Nymphe assez belle [...]
Mots clefs :
Nymphe, Violette, Berger, Amour, Amant, Vertu, Séduire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PIECE NOUVELLE. LA VIOLETTE.
PIECE NOUVELLE
LA VIOLETTE.
JE. fus jadis une Nymphe
affez belle
Pour charmer Apollon &
n'attirer les vœux : ... ^.
Mais aux loix du devoir je
fus affez fidelle
Pourdemeurer toûjours infenfible aà fes feux..
Exilé du fejour celefte
Il paiffoit les troupeaux du
riche époux d'Alceſte.
Comme Berger , l'Amour
286 MERCURE
eut des droits fur fon
cœur;
Et comme Dieu , fon rang
& fa naiffance
Lui donnoient trop de confiance
Pour cacher long- temps
tofonardeur.
'Aux champs Theffaliens fi
j'allois chercher Flore,
Je n'y trouvois que lui :
Je le fuis dans les bois , Dia
ne que j'implore
Y devient mon appui.
Evitez , me dit-elle , évitez
·les montagnes ,
Evitez les vaftes campa
gnes,
GALANT. 287
Ces lieux font trop ouverts
aux regards d'Apollon.
A ces mots tremblante ,
certaine ,
inJe croyois me cacher au
bord d'une fontaine ,
Dans unbuiffon épais, dans
le creux d'un vallon ,
Afiles fûrs , s'il eût été pof
fible
D'en trouver contre un tel
Amant ,
De l'un de ſes tranſports
portant le châtiment ,
Periffent les attraits qui
l'ont rendu fenfible ,
M'écriai- je , Diane , exauce
288 MERCURE
mes fouhaits ,
Je quitte fans regret ma
blancheur éclatante ,
D'un voile prefque noir
j'obfcurcis mesattraits ,
Et modefte & rampante
Je tombe vers la terre , &
deviens une fleur.f
ADiane j'en fuis plus chere,,
Lavertu dont je garde en
cor le caractere
M'a confervé ma douce
odeur ::
C'eft à ce titre que j'efpere
Chez toy, fage Uranie, un
favorable accueil.
Simodefte aumilieu de tout
ces
GALANT. 289
ce qui peut faire
Le fujet du plus juſte orgüeil ,
Aux applaudiffemens ton
cœur fçait fe fouftraire ;
Sil'Amour te trouva moins.
fevere que moy,
C'eſt que la vertu même
en demandant ta foy,
Anima les ardeurs de qui
vouloit te plaire...!
Mais à tes côtez j'apperçoy
L'Amant qui cauſe ma colere :
Que dis-je ? ce n'eſt plus le
Berger temeraire ,
C'eft le Dieu tutelaire
May1712.
Bb
190 MERCURE
Des fages , des fçavans qu'il
range fous taloy.
Il ne cherche plus à feduire
Quiconque voudra l'écou
ter ;
S'il veut charmer, c'eft pour
inftruire ,
De tes fages leçons il a fçû
profiter.
LA VIOLETTE.
JE. fus jadis une Nymphe
affez belle
Pour charmer Apollon &
n'attirer les vœux : ... ^.
Mais aux loix du devoir je
fus affez fidelle
Pourdemeurer toûjours infenfible aà fes feux..
Exilé du fejour celefte
Il paiffoit les troupeaux du
riche époux d'Alceſte.
Comme Berger , l'Amour
286 MERCURE
eut des droits fur fon
cœur;
Et comme Dieu , fon rang
& fa naiffance
Lui donnoient trop de confiance
Pour cacher long- temps
tofonardeur.
'Aux champs Theffaliens fi
j'allois chercher Flore,
Je n'y trouvois que lui :
Je le fuis dans les bois , Dia
ne que j'implore
Y devient mon appui.
Evitez , me dit-elle , évitez
·les montagnes ,
Evitez les vaftes campa
gnes,
GALANT. 287
Ces lieux font trop ouverts
aux regards d'Apollon.
A ces mots tremblante ,
certaine ,
inJe croyois me cacher au
bord d'une fontaine ,
Dans unbuiffon épais, dans
le creux d'un vallon ,
Afiles fûrs , s'il eût été pof
fible
D'en trouver contre un tel
Amant ,
De l'un de ſes tranſports
portant le châtiment ,
Periffent les attraits qui
l'ont rendu fenfible ,
M'écriai- je , Diane , exauce
288 MERCURE
mes fouhaits ,
Je quitte fans regret ma
blancheur éclatante ,
D'un voile prefque noir
j'obfcurcis mesattraits ,
Et modefte & rampante
Je tombe vers la terre , &
deviens une fleur.f
ADiane j'en fuis plus chere,,
Lavertu dont je garde en
cor le caractere
M'a confervé ma douce
odeur ::
C'eft à ce titre que j'efpere
Chez toy, fage Uranie, un
favorable accueil.
Simodefte aumilieu de tout
ces
GALANT. 289
ce qui peut faire
Le fujet du plus juſte orgüeil ,
Aux applaudiffemens ton
cœur fçait fe fouftraire ;
Sil'Amour te trouva moins.
fevere que moy,
C'eſt que la vertu même
en demandant ta foy,
Anima les ardeurs de qui
vouloit te plaire...!
Mais à tes côtez j'apperçoy
L'Amant qui cauſe ma colere :
Que dis-je ? ce n'eſt plus le
Berger temeraire ,
C'eft le Dieu tutelaire
May1712.
Bb
190 MERCURE
Des fages , des fçavans qu'il
range fous taloy.
Il ne cherche plus à feduire
Quiconque voudra l'écou
ter ;
S'il veut charmer, c'eft pour
inftruire ,
De tes fages leçons il a fçû
profiter.
Fermer
Résumé : PIECE NOUVELLE. LA VIOLETTE.
La pièce 'La Violette' narre l'histoire d'une nymphe autrefois belle et aimée. Par fidélité à son devoir, elle repousse les avances d'Apollon et est exilée, devenant bergère. Elle rencontre l'Amour, qui la séduit. Pour échapper à l'Amour, elle se réfugie dans les bois et implore Diane. Diane lui conseille d'éviter les lieux ouverts aux regards d'Apollon. Désespérée, la nymphe souhaite perdre sa beauté. Diane exauce son vœu, et elle se transforme en violette, conservant une douce odeur. La violette espère l'accueil favorable de la sage Uranie, malgré la présence de l'Amour, désormais protecteur des sages et des savants, cherchant à instruire plutôt qu'à séduire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
14
p. 162-168
ADIEU D'IRIS à ses moutons, sur la mort de son Berger. EGLOGUE.
Début :
A Dieu, mes chers moutons, errez à l'avanture; [...]
Mots clefs :
Berger, Moutons, Iris, Mort, Pleurs, Adieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ADIEU D'IRIS à ses moutons, sur la mort de son Berger. EGLOGUE.
ADIEU D'IRIS
àfes moutons , fur la
mort de fon Berger,
EGLOGUE.
ADieu , mes chers moutons , errez àl'a
at vanture ; NO
Fai perdu mon Berger
j'abandonne mon
chien:
S'il plaît aux Dieux je
n'aimerai plus rien
GALANT.. 161
Quifoitfujet auxloix de
la nature.
23 424
Mon cœur,pourſe nourourirde fes cruels
ennuiss
Ne chercheplus que larestraites his
En vous congediant je
brife ma boulette ,
Je ne puis vous garder en
Létat oùjefuis. LL
Votre voix , chers moutons , n'est pas affez
O ij
164 MERCURE
Larisaplaintive ,
Pourflaserla langueur où
m'ont reduit mes
maux
Je vais mêler mes plours:
à cette onde attentive.
Partez LaiffeZ- moyfeule,
indolens animaux.
Mais non, vos bélemens
fonttriſtes , dites-vous,
Il n'importe partez ; je
vousplains , je vous
aime: **
Mais quand je ne puis
GALANT rất
men dans mes maux
O
apoursmoy- même,
Helas , que pourrois –je
·pourvous 2
Ne vous repofez plusfür
L'amitié fincere
Qu'ont toujours eu pour
moy les bergers d'awalentour;
Le mien étoit conftant , il
a perdu le jour,
Helas!il n'en estplus d'un
pareil caractere..
?
166 MERCURE
Puiffiez- vous, attentifs à
côtre sûreté, wolvi
Kous garantir des loups
&des orages ;
Puiffiez - vous en repos
dans degraspâturages
Trouverfans moy. vôtre
felicités
Mais puiffiez - vous plûStốt, 6 vous plaines
fertilesy
Trouverl'hiver dans tou
tes lesfaifons;
Je vois avec douleur vos
GALANT. 167
»fleurs &vos moiffons
Mon berger ne vit plus
que n'êtes -vous ſte
riles ?
Pardonnez , chers moutons , fi defon verd
charmant
Ma douleur voudroit
voir dépouiller la nature st
Qu'elleproduifefeulement
Ce qu'il faut pour votre
Pature..
168 MERCURE
Ainfi l'aimable Iris fur
lesbordsdunruiffeau
Livrée àfa douleur mortelle
Eloignoit à regrespourjamais d'auprés d'elle
Son trifle &fidele trou
peau..
àfes moutons , fur la
mort de fon Berger,
EGLOGUE.
ADieu , mes chers moutons , errez àl'a
at vanture ; NO
Fai perdu mon Berger
j'abandonne mon
chien:
S'il plaît aux Dieux je
n'aimerai plus rien
GALANT.. 161
Quifoitfujet auxloix de
la nature.
23 424
Mon cœur,pourſe nourourirde fes cruels
ennuiss
Ne chercheplus que larestraites his
En vous congediant je
brife ma boulette ,
Je ne puis vous garder en
Létat oùjefuis. LL
Votre voix , chers moutons , n'est pas affez
O ij
164 MERCURE
Larisaplaintive ,
Pourflaserla langueur où
m'ont reduit mes
maux
Je vais mêler mes plours:
à cette onde attentive.
Partez LaiffeZ- moyfeule,
indolens animaux.
Mais non, vos bélemens
fonttriſtes , dites-vous,
Il n'importe partez ; je
vousplains , je vous
aime: **
Mais quand je ne puis
GALANT rất
men dans mes maux
O
apoursmoy- même,
Helas , que pourrois –je
·pourvous 2
Ne vous repofez plusfür
L'amitié fincere
Qu'ont toujours eu pour
moy les bergers d'awalentour;
Le mien étoit conftant , il
a perdu le jour,
Helas!il n'en estplus d'un
pareil caractere..
?
166 MERCURE
Puiffiez- vous, attentifs à
côtre sûreté, wolvi
Kous garantir des loups
&des orages ;
Puiffiez - vous en repos
dans degraspâturages
Trouverfans moy. vôtre
felicités
Mais puiffiez - vous plûStốt, 6 vous plaines
fertilesy
Trouverl'hiver dans tou
tes lesfaifons;
Je vois avec douleur vos
GALANT. 167
»fleurs &vos moiffons
Mon berger ne vit plus
que n'êtes -vous ſte
riles ?
Pardonnez , chers moutons , fi defon verd
charmant
Ma douleur voudroit
voir dépouiller la nature st
Qu'elleproduifefeulement
Ce qu'il faut pour votre
Pature..
168 MERCURE
Ainfi l'aimable Iris fur
lesbordsdunruiffeau
Livrée àfa douleur mortelle
Eloignoit à regrespourjamais d'auprés d'elle
Son trifle &fidele trou
peau..
Fermer
Résumé : ADIEU D'IRIS à ses moutons, sur la mort de son Berger. EGLOGUE.
Le texte 'Adieu d'Iris' est une églogue qui relate la douleur d'Iris après la perte de son berger. Iris annonce à ses moutons qu'elle les quitte, incapable de supporter les cruels ennuis qui l'accablent. Elle souhaite se retirer dans la solitude et les congédie, bien qu'elle les aime et les plaigne. Iris regrette de ne plus pouvoir leur offrir l'amitié sincère qu'elle avait reçue des bergers voisins. Elle espère que ses moutons trouveront sécurité et bonheur malgré son absence. Iris observe avec tristesse les fleurs et les moissons, se demandant pourquoi les moutons ne sont pas stériles, souhaitant que la nature ne produise que ce qui est nécessaire à leur pâture. Enfin, Iris, submergée par sa douleur, s'éloigne à jamais de son trépied et de son troupeau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
15
p. 71-74
BALADE. Sur les sotes.
Début :
Lors qu'un berger fidele & tendre [...]
Mots clefs :
Berger, Aimer, Sottes, Chagrin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BALADE. Sur les sotes.
B A LAD E.
Sur les sotes.
L Orsqu'un berger fidèle
&rendre
Nous sert & s'attache à nos.
pas,
Pourquoy chercher à s'en.
défendre?
- Qu'on est sote de n'aimer
pas!
Mais pour peu que l'onaie àcraindre,
Qu'on puisse cesser de charmer,
Ou qu'un berger n'ait l'art
de feindre,
Ah que l'on estsote d'aimer i
Quand on peut former une
chaîne
Sans chagrin & sans embarras,
Que l'amour n'arien qui
nous gêne,
Qu'on est sote de n'aimer
pas!
Mais lors qu'on voit un infi.
dele, Qu'on
Qu'on, peut aisement enflâmer,
Qui voltige de belle en
belle,
Ah que l'on est sote d'aimer:
Lorsque pour nous touts'interesse
Pour nousfaire un sort plein
d'appas,
Que les jeux suivent la
tendresse,
Qu'on est sote de n'aimer
pas!
Quand un berger sans, la
confiance
Croit avoir droit de nous
charmer,
Qu'il faut payer ses soins
d'avance,
Ah que l'onest sote d'aimer !
Sur les sotes.
L Orsqu'un berger fidèle
&rendre
Nous sert & s'attache à nos.
pas,
Pourquoy chercher à s'en.
défendre?
- Qu'on est sote de n'aimer
pas!
Mais pour peu que l'onaie àcraindre,
Qu'on puisse cesser de charmer,
Ou qu'un berger n'ait l'art
de feindre,
Ah que l'on estsote d'aimer i
Quand on peut former une
chaîne
Sans chagrin & sans embarras,
Que l'amour n'arien qui
nous gêne,
Qu'on est sote de n'aimer
pas!
Mais lors qu'on voit un infi.
dele, Qu'on
Qu'on, peut aisement enflâmer,
Qui voltige de belle en
belle,
Ah que l'on est sote d'aimer:
Lorsque pour nous touts'interesse
Pour nousfaire un sort plein
d'appas,
Que les jeux suivent la
tendresse,
Qu'on est sote de n'aimer
pas!
Quand un berger sans, la
confiance
Croit avoir droit de nous
charmer,
Qu'il faut payer ses soins
d'avance,
Ah que l'onest sote d'aimer !
Fermer
Résumé : BALADE. Sur les sotes.
Le texte 'B A L A D E. Sur les sotes' examine les paradoxes de l'amour et de la sagesse. Il questionne la sagesse de repousser un berger fidèle et souligne la sottise de ne pas aimer sans chagrin. Cependant, il critique l'amour pour un berger infidèle ou sans confiance, qui exige des faveurs d'avance, rendant l'amour sot dans ces contextes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16
p. 169-176
EGLOGUE.
Début :
Bergers qui craignez la peine, [...]
Mots clefs :
Églogue, Berger, Languir, Plaisir, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EGLOGUE.
E G LOG U E.
BErgers qui craignez la
peine,
Les rigueurs, & les mes-
,
pris;
Gardez de porter la chais
ne
De la ifere Amarillis :
Que peut-on attendre
d'elle
Si pour la tendre Tirfis
Elle est tousjours si cruelle,
Qu'au plus fort de son tourment
Il n'ose à cette inhumaine
Faire connoistre sa peine
-
Par un souspir seulement?
Estime,respect,ccndresse,
Tout l'offense
, tout la
.b!esîe,
Tout ce qui vient à sa Cour
Sous l'Etendart de l'Armour
, Est receu d'unairsevere,
Et le Berger a beau faire,
Elle le verra mourir
Sans se laisser attendrir.
Une ardeur sans esperance
Doitsignaler sa confiance.
Le malheureux! il voit
bien
Ce qu'il faudra qu'il endure
,
Mais un Amour sans mesure
Ne s'épouvante de rien;
Qu'Amarillis soit contente,
Que tout refponde à ses
voeux, Cet Amant qu'elle tourmente
Se croira tousjours heureux.
Dansl'excès de sa tendresse
Nul autre foin ne le presse;
Il voudroit dans son transport,
Il voudroit pour la Cruelle
Souffrir cent fois une mort,
Qui ladeust rendre immortelle.
S'il falloit, pour couronner
Ce cher objet de ses peines,
S'aller mettre dans les
chaisnes:
Nuls supplices,nullesgesnes
Ne le pourroient estonner.
Cependant, est-il possible?
Amarillisinsensible
Voit ces difcrettes langueurs
,
Sans modérer ses rigueurs.
La crainte respectueuse
De ce fidelle Berger,
Sa tendresse ingenieuse
Qui ne cesse de songer
A ce qui peut l'obliger,
Rien ne la sçauroit changer.
Tousjours sierc, & serieuse
Elle prend foin d'éviter
De le voir, de l'écouter:
Elle jouë avec Acante,
t Et rit avec Licidas;
Mais siTirsis se presente,
Atoutautrecomplaisante,
,
Elle ne l'écoute pas.
! De cette injuste malice
Quand pour demander justice
Il cherche de toutes parts
A rencontrer ses régards ;
L'inhumaine prévenuë
Du dessein de cet Amant,
Mesnage si bien sa veuë,
Qu'il la cherche vainement.
Lorsqu'il vient sur saMusette,
1
La plus douce du Hameau)
Entonner un Air nouveau)
Affectantd'estre distraire,
Elle écoute avec Lysette
Quelque grossier Chalumeau.
-
Quand il danse à quelque,
Feste
Tout s'approche, , tout s'arreste;
Elle feule avec dédain ,.
- M
S'esloigne, tourne la teste,
Et le trouve trop badin.
Combien de Fleurs respanduës
A sa porte, sous ses pas,
Soins inutiles, helas!
Cene font que Fleurs perduës
L'ingrate ) ne les voit pas.
Dans cetterigueur extrême
Conserver pour ce qu'on
aime
Tousjours le mesme penchant,
Est-ilrien de si touchant?
Ce transportinconcevable
Dans un Siecle si gafil,
Est d'un prix inestimable,
Et cette fiere Beauté
N'en verra point de semblable.
Nous ne voyons plus d'Amants
A l'épreuve des tourments
, Le seul plaisir les engage,
& l'on blasme le Berger
Qui plustost que de changer,
Veut languir dans l'esclavage
, Et tel aujourd'huy charmé
Dés demain veut estre
, aimé.
BErgers qui craignez la
peine,
Les rigueurs, & les mes-
,
pris;
Gardez de porter la chais
ne
De la ifere Amarillis :
Que peut-on attendre
d'elle
Si pour la tendre Tirfis
Elle est tousjours si cruelle,
Qu'au plus fort de son tourment
Il n'ose à cette inhumaine
Faire connoistre sa peine
-
Par un souspir seulement?
Estime,respect,ccndresse,
Tout l'offense
, tout la
.b!esîe,
Tout ce qui vient à sa Cour
Sous l'Etendart de l'Armour
, Est receu d'unairsevere,
Et le Berger a beau faire,
Elle le verra mourir
Sans se laisser attendrir.
Une ardeur sans esperance
Doitsignaler sa confiance.
Le malheureux! il voit
bien
Ce qu'il faudra qu'il endure
,
Mais un Amour sans mesure
Ne s'épouvante de rien;
Qu'Amarillis soit contente,
Que tout refponde à ses
voeux, Cet Amant qu'elle tourmente
Se croira tousjours heureux.
Dansl'excès de sa tendresse
Nul autre foin ne le presse;
Il voudroit dans son transport,
Il voudroit pour la Cruelle
Souffrir cent fois une mort,
Qui ladeust rendre immortelle.
S'il falloit, pour couronner
Ce cher objet de ses peines,
S'aller mettre dans les
chaisnes:
Nuls supplices,nullesgesnes
Ne le pourroient estonner.
Cependant, est-il possible?
Amarillisinsensible
Voit ces difcrettes langueurs
,
Sans modérer ses rigueurs.
La crainte respectueuse
De ce fidelle Berger,
Sa tendresse ingenieuse
Qui ne cesse de songer
A ce qui peut l'obliger,
Rien ne la sçauroit changer.
Tousjours sierc, & serieuse
Elle prend foin d'éviter
De le voir, de l'écouter:
Elle jouë avec Acante,
t Et rit avec Licidas;
Mais siTirsis se presente,
Atoutautrecomplaisante,
,
Elle ne l'écoute pas.
! De cette injuste malice
Quand pour demander justice
Il cherche de toutes parts
A rencontrer ses régards ;
L'inhumaine prévenuë
Du dessein de cet Amant,
Mesnage si bien sa veuë,
Qu'il la cherche vainement.
Lorsqu'il vient sur saMusette,
1
La plus douce du Hameau)
Entonner un Air nouveau)
Affectantd'estre distraire,
Elle écoute avec Lysette
Quelque grossier Chalumeau.
-
Quand il danse à quelque,
Feste
Tout s'approche, , tout s'arreste;
Elle feule avec dédain ,.
- M
S'esloigne, tourne la teste,
Et le trouve trop badin.
Combien de Fleurs respanduës
A sa porte, sous ses pas,
Soins inutiles, helas!
Cene font que Fleurs perduës
L'ingrate ) ne les voit pas.
Dans cetterigueur extrême
Conserver pour ce qu'on
aime
Tousjours le mesme penchant,
Est-ilrien de si touchant?
Ce transportinconcevable
Dans un Siecle si gafil,
Est d'un prix inestimable,
Et cette fiere Beauté
N'en verra point de semblable.
Nous ne voyons plus d'Amants
A l'épreuve des tourments
, Le seul plaisir les engage,
& l'on blasme le Berger
Qui plustost que de changer,
Veut languir dans l'esclavage
, Et tel aujourd'huy charmé
Dés demain veut estre
, aimé.
Fermer
Résumé : EGLOGUE.
Le poème relate la souffrance de Tirsis, un berger épris d'Amarillis, une femme cruelle et insensible. Tirsis endure en silence ses tourments, incapable de révéler sa peine à Amarillis, qui reste sévère et indifférente à ses avances. Malgré les rigueurs et les mépris d'Amarillis, Tirsis continue d'espérer et de souffrir pour elle, prêt à endurer n'importe quelle épreuve pour la rendre heureuse. Amarillis, cependant, évite Tirsis, préférant la compagnie d'autres bergers comme Acante et Licidas. Elle ignore les marques d'affection de Tirsis, ne l'écoute pas et ne voit pas les fleurs qu'il lui offre. Le poème souligne la constance et la profondeur de l'amour de Tirsis, contrastant avec l'ingratitude et la dureté d'Amarillis. Il met en lumière la rareté des amours capables de résister aux tourments dans une époque où les sentiments sont souvent éphémères.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17
p. 266-271
NARCICE. FABLE.
Début :
Jadis vivoit au pied du Mont Parnasse [...]
Mots clefs :
Narcisse, Coeur, Nymphes, Berger, Beau, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NARCICE. FABLE.
NARCICE
FABLE.
Adis vivoit au pied du
Mont Parnaffe
Un Berger plus beau que
le jour ,
Qui préferoit le plaifir de
GALANT. 267
la
Chaffe
Aux tendres douceurs de
l'Amour.
C'eftoit en vain que Nymphes
& Bergeres
Abandonnoient le foin de
leurs affaires ,
Pour aller groffirfa Cours
Carplutoft avec un crible
On euft deffeché la Mer,
Que porté cet Infenfible ,
En charmant tout , à fe
Laiffercharmer.
a
C'eftoit enfin une chofe im
poffible ,
Z
ij
268 MERCURE
Temoin l'avanture d'Echo.
Cette Nymphe trop fufceptible
,
Avoit de
l'embonpoint , les
yeux vifs , le teint beau,
L'air enchanté , la taille
faite à peindre ,
A la voir on euft
aiſement
Juré qu'ellen'auroitjamais
lieu de fe plaindre
De la cruauté d'un Amant.
Cependant de fonfort admirezl'injustice,
GALANT . 269
Elle fecha furfespieds de
douleur
,
Devoirnoftre Berger
ciffe
Nar
Luy refufer l'empire defon
coeur .
Auffi ne tarda-t ilguére
D'enpayerlafolle encheres
Carunjourqu'ilrefvoitfur
les bords d'un Ruiffeau
Aux cruels effets de fes
charmes ,
Quiportant dans les coeurs.
de charmantes allarmes,
Mettoient pourtant les
Z iij
270 MERCURE
Nymphes au tombeau ,
Il apperceut fa figure dans
l'eau.
A cette veuë ilfentit dans
fon ame
Naître des mouvemens de
tendreffe de flame.
Ilfe méconnut & foudain
De la raifon ayant perdus
Pufage,
Dans les convulfions d'une
amoureuse rage
Ilplongea tout veftu (fans
doute dans fonfein ,
Amour, tu mis ce funefte
GALANT . 271
deffein )
Defirant de jouir par un
prompt Mariage
De fa froide & mouvante
Image.
C'est ainsi que noftre Blondin
Périt à la fleur de fon age,
Pour avoi, eu le coeur trop
libertin.
Quiconque l'imite eft peu
Jage ,
Et court rifque d'avoir un
Semblable deftin.
FABLE.
Adis vivoit au pied du
Mont Parnaffe
Un Berger plus beau que
le jour ,
Qui préferoit le plaifir de
GALANT. 267
la
Chaffe
Aux tendres douceurs de
l'Amour.
C'eftoit en vain que Nymphes
& Bergeres
Abandonnoient le foin de
leurs affaires ,
Pour aller groffirfa Cours
Carplutoft avec un crible
On euft deffeché la Mer,
Que porté cet Infenfible ,
En charmant tout , à fe
Laiffercharmer.
a
C'eftoit enfin une chofe im
poffible ,
Z
ij
268 MERCURE
Temoin l'avanture d'Echo.
Cette Nymphe trop fufceptible
,
Avoit de
l'embonpoint , les
yeux vifs , le teint beau,
L'air enchanté , la taille
faite à peindre ,
A la voir on euft
aiſement
Juré qu'ellen'auroitjamais
lieu de fe plaindre
De la cruauté d'un Amant.
Cependant de fonfort admirezl'injustice,
GALANT . 269
Elle fecha furfespieds de
douleur
,
Devoirnoftre Berger
ciffe
Nar
Luy refufer l'empire defon
coeur .
Auffi ne tarda-t ilguére
D'enpayerlafolle encheres
Carunjourqu'ilrefvoitfur
les bords d'un Ruiffeau
Aux cruels effets de fes
charmes ,
Quiportant dans les coeurs.
de charmantes allarmes,
Mettoient pourtant les
Z iij
270 MERCURE
Nymphes au tombeau ,
Il apperceut fa figure dans
l'eau.
A cette veuë ilfentit dans
fon ame
Naître des mouvemens de
tendreffe de flame.
Ilfe méconnut & foudain
De la raifon ayant perdus
Pufage,
Dans les convulfions d'une
amoureuse rage
Ilplongea tout veftu (fans
doute dans fonfein ,
Amour, tu mis ce funefte
GALANT . 271
deffein )
Defirant de jouir par un
prompt Mariage
De fa froide & mouvante
Image.
C'est ainsi que noftre Blondin
Périt à la fleur de fon age,
Pour avoi, eu le coeur trop
libertin.
Quiconque l'imite eft peu
Jage ,
Et court rifque d'avoir un
Semblable deftin.
Fermer
Résumé : NARCICE. FABLE.
Le texte présente la fable de 'Narcisse', un berger vivant au pied du Mont Parnasse, passionné par la chasse et indifférent aux charmes amoureux. Plusieurs nymphes et bergères tentèrent de capter son attention sans succès. La fable met en scène Écho, une nymphe séduisante, qui fut également rejetée par Narcisse. Un jour, en se penchant sur un ruisseau, Narcisse aperçut son reflet et en tomba amoureux, incapable de se reconnaître. Il plongea dans l'eau et se noya, désirant épouser son image. La fable conclut que quiconque imite Narcisse risque de subir un destin similaire en raison de son cœur libertin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
18
p. 250-252
L'INJUSTE SOUPÇON, CANTATE.
Début :
Sur ces steriles bords que parcourt la Durance, [...]
Mots clefs :
Coeur, Berger, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'INJUSTE SOUPÇON, CANTATE.
L'INJUSTE SOUPÇON.
CANTATE.
n3 rance ,
iEucharis attendoit le Berger Lidamantj
Lidamant > fobjet de mes feux ,
Ici m'a promis de se rendre ,
J'y fuis depuis long- tems ; helas ! j'ai beau
l'attendre ,
II ne vient point encor > quel tourment rigou
reux !
Dieux ! un fatal soupçon vient s'offrir à moa
ame;
L'ingrat ennuyé de mes fers ,
Çst touché des appas de quelqu'autre Bergère*
Et pour avoir trop fçû lui plaire ,
Pour l'avoir trop aimé > Juste Çiel ! je le pers.
Eucharis tu devois te montrer inhumaine ,
désister plus long-tems à ses preffans désirs »
Tu le favorisas , tu mis fin à fa peine ,
£t ce malheureux jour mit fin à ses plaisirs*
Surprise avec raison de son retardement ,
EHe exprimoit ainsi sa triste impatience.
Ornement
TEVR1ER. 1730. 15*
^Ornement de nos lieux, adorables Bergères»
Vous perdiez bientôt vos Amans»
.Si vous cessez d'être sévères ,
Si vous soulagez leurs tourment.
Venez , fierté , jalouse rage *
Venez éteindre mon ardeur ;
Rendons outrage pour outrage ,
Qhaiíons Lidamant de mon coeur.
Torrent impétueux . témoin de mes allirmes,
Daigne arrêter ton cours $
Sois sensible à mes larmes >
ït contre cet ingrat prête- moi ton secours.
S'il venoit fur tes bords déplorer un tour*
ment >
Que pourroit lui causer une flamme nouvelles
D u rance , tes eaux, à l'instant,
Doivent engloutir l'Iníidelle >
Mon coeur de ses transports ne peut être le
maître}
Le cruel n'a que trop mérité mon courroux...
Mais j'apperçois quelqu'un , Ciel : je le vois
paroí tre s
C'elè lui , je4n'abusois <i»ns mes soupçons ja
loux.
L'heureux íetger arrive ; helas .' excuse moi,
3« venois , lui dit.il> mais disgrâce imprévue !
C Belle
45î MERCURE DE FRANCE.
Beíle Eucharis , un Loup s'est offert à nu
vûë ,
Jl m'enlevoit l'Agneau , le gage de ta foi j
Je cours • à fa dent je m'expofe ;
Un Amant craint-il quelque chose ì
Enfin de ce combat je sors victorieux ;
Mais la plus grande gloire en est duë à tes
yeux.
Toi feule excitois mon courage }
Sans un espoir flatteur j'eusse en vain com?
battu ,
Bientôt victime de fa rage
L' animal m'auroir abbatu.
Beautés qui fjavez tout charmer ,
ïaut-il qu'à yos soupçons votre coeur s'a
bandonne;
Souvent l'Amant que l'on soupçonne
Est celui qui sçait mieux aimer*
: - f
l'impatience
Voit tromper ses désirs ;
La moindre absence
Arrache des soupirs j
Sï le retardement de ce berger fidelle
Donne de son amour une preuve nouvelle,
Quel excès de plaisirs ?
f*r M. V. d'Aix.
CANTATE.
n3 rance ,
iEucharis attendoit le Berger Lidamantj
Lidamant > fobjet de mes feux ,
Ici m'a promis de se rendre ,
J'y fuis depuis long- tems ; helas ! j'ai beau
l'attendre ,
II ne vient point encor > quel tourment rigou
reux !
Dieux ! un fatal soupçon vient s'offrir à moa
ame;
L'ingrat ennuyé de mes fers ,
Çst touché des appas de quelqu'autre Bergère*
Et pour avoir trop fçû lui plaire ,
Pour l'avoir trop aimé > Juste Çiel ! je le pers.
Eucharis tu devois te montrer inhumaine ,
désister plus long-tems à ses preffans désirs »
Tu le favorisas , tu mis fin à fa peine ,
£t ce malheureux jour mit fin à ses plaisirs*
Surprise avec raison de son retardement ,
EHe exprimoit ainsi sa triste impatience.
Ornement
TEVR1ER. 1730. 15*
^Ornement de nos lieux, adorables Bergères»
Vous perdiez bientôt vos Amans»
.Si vous cessez d'être sévères ,
Si vous soulagez leurs tourment.
Venez , fierté , jalouse rage *
Venez éteindre mon ardeur ;
Rendons outrage pour outrage ,
Qhaiíons Lidamant de mon coeur.
Torrent impétueux . témoin de mes allirmes,
Daigne arrêter ton cours $
Sois sensible à mes larmes >
ït contre cet ingrat prête- moi ton secours.
S'il venoit fur tes bords déplorer un tour*
ment >
Que pourroit lui causer une flamme nouvelles
D u rance , tes eaux, à l'instant,
Doivent engloutir l'Iníidelle >
Mon coeur de ses transports ne peut être le
maître}
Le cruel n'a que trop mérité mon courroux...
Mais j'apperçois quelqu'un , Ciel : je le vois
paroí tre s
C'elè lui , je4n'abusois <i»ns mes soupçons ja
loux.
L'heureux íetger arrive ; helas .' excuse moi,
3« venois , lui dit.il> mais disgrâce imprévue !
C Belle
45î MERCURE DE FRANCE.
Beíle Eucharis , un Loup s'est offert à nu
vûë ,
Jl m'enlevoit l'Agneau , le gage de ta foi j
Je cours • à fa dent je m'expofe ;
Un Amant craint-il quelque chose ì
Enfin de ce combat je sors victorieux ;
Mais la plus grande gloire en est duë à tes
yeux.
Toi feule excitois mon courage }
Sans un espoir flatteur j'eusse en vain com?
battu ,
Bientôt victime de fa rage
L' animal m'auroir abbatu.
Beautés qui fjavez tout charmer ,
ïaut-il qu'à yos soupçons votre coeur s'a
bandonne;
Souvent l'Amant que l'on soupçonne
Est celui qui sçait mieux aimer*
: - f
l'impatience
Voit tromper ses désirs ;
La moindre absence
Arrache des soupirs j
Sï le retardement de ce berger fidelle
Donne de son amour une preuve nouvelle,
Quel excès de plaisirs ?
f*r M. V. d'Aix.
Fermer
Résumé : L'INJUSTE SOUPÇON, CANTATE.
Dans la cantate 'L'injuste soupçon', Eucharis, une bergère, attend Lidamant, son amant. Elle exprime son tourment et son impatience face à son retard, suspectant qu'il pourrait être attiré par une autre bergère. Elle se reproche d'avoir trop cherché à lui plaire et d'avoir trop aimé. Eucharis imagine Lidamant lui reprochant son inhumanité et son refus prolongé de ses désirs. Elle exprime sa tristesse et sa colère, souhaitant que les eaux de la Durance engloutissent Lidamant s'il venait déplorer un nouveau tourment. Soudain, elle aperçoit quelqu'un et apprend que Lidamant a combattu un loup pour sauver un agneau, symbole de sa fidélité. Lidamant raconte son combat victorieux, attribuant sa victoire à l'espoir et au soutien d'Eucharis. Il met en garde contre les soupçons injustifiés, affirmant que l'amour véritable sait mieux aimer et que l'absence peut tromper les désirs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
19
p. 425-428
LE DESESPOIR AMOUREUX. CANTATE.
Début :
Tandis que nos Bergers rassemblez dans la Plaine, [...]
Mots clefs :
Bergère, Berger, Amoureux, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE DESESPOIR AMOUREUX. CANTATE.
LE DESESPOIR AMOUREUX ,
T
CANTATE.
Andis que nos Bergers raffemblez
dans la Plaine ,
Danfoient au fon des Chalumeaux
,
Sur un affreux Rocher le fils du vieux Silene ,
Tircis , le beau Tircis , l'honneur de nos Hameaux
,
Se plaignoit des rigueurs de l'ingrate Climene.
A ij II
426 MERCURE DE FRANCE ;
Il s'adreffoit , mais vainement ,
Aux Zéphirs , aux Echos , à l'Onde fugitive ,
Et d'une voix douce & plaintive ;
Il leur contoit ainfi fon amoureux tourment
Ruiffeaux , ceffez votre murmure ;
Ceffez de foupirer , Zéphirs ;
Laiffez aux peines que j'endure ,
L'ennui , les plaintes , les foupirs ;
Le doux penchant de la Nature ,
Vous mene au gré de vos defirs ;
Ces Champs , ces Fleurs , cette Verdure
Ne vous offrent que des plaifirs.
Ruiffeaux , ceffez votre murmure ,
Ceffez de foupirer , Zéphirs .
Laiffez , &c.
J'aime une Bergere inflexible ;
Mes maux ne peuvent la toucher ?
Son coeur paroît plus infenfible ,
Plus dur que le plus dur Rocher.
Le foin d'accroître mon martire ,
Eft pour elle un plaifir charmants
Plus je languis , plus je foupire ,
Plus elle rit de mon tourment.
Ruiffeaux , ceffez votre murmure
Ceffez de foupirer , Zéphirs ,
Laiffez , & c.
Non
MARS. 1730. 427
Accablé du poids de ma chaîne ,
Non,non, je ne vis point, je ne fais que languit.
Trop aimable Climene ,
Ou foulage ma peine ,
Ou laiffe-moi mourir .
Climene étoit alors dans le prochain Bocage 1
Elle vient au récit des peines du Berger ,
Et bien loin de les foulager ,
Par des fourirs mocqueurs les accroît davan
tage.
Pour ce Berger trop amoureux ,
Ah !quel chagrin ! quel tourment douloureux !
Il gémit , il fe meurt aux pieds de la Bergere ,
Dont la froideur le defefpere.
Son coeur , fon triſte coeur ,
De fi cruels mépris , de tant d'indifference ,
Ne peut plus fupporter la barbare rigueur.
Et fon ame livrée à fa vive douleur ,
Sent enfin fuccomber fa force & fa conſtance,
Ses maux étoient fi vifs & fi preffants ,
Qu'il en marqua la violence ,
Par ces triftes accents:
Defefpoir funefte ,
Viens à mon fecours ;
Acheve le reſte ,
De mes triſtes jours.
Climene détefte ,
Mes tendres amours;
A iij
Dea
428 MERCURE DE FRANCE.
Defefpoir funefte ,
Viens , & c.
Tout à coup agité d'un tranfport furieux ,
Il court au bord d'un affreux précipice ;
Y porte fes regards , puis les fixant aux Cieux ,
S'écrie: ah ! c'en eft fait ! paffons aux fombres
lieux ;
Caron , fois moi propice ;
Et toi , funefte Amour , reçois ce facrifice.
A ces mots , de la Roche il alloit ſe jetter s
Mais quand il vit que la Bergere ,
Ne venoit point l'arrêter ;
Il s'affit doucement fur la tendre fougeres
Non , lui dit-il , ne preffe point tes pas
Raffure-toi , Climene ,
Ta frayeur eſt vaine ;
Je renonces au Trepas .
On oublie en mourant fon amour & fa peine s
Et moi , je veux porter ta chaîne ;
Je veux vivre & fouffrir pour ne t'oublier pas
Raffure - toi , Climene ,
Ta frayeur eft vaine
Je renonce au trépas .
La Bergere fe mit à rire ,
Et le Berger auffi,
Le deſeſpoir dans l'amoureux Empire ,
Finit toûjours ainfi.
Par M. Palmary de Cabors.
T
CANTATE.
Andis que nos Bergers raffemblez
dans la Plaine ,
Danfoient au fon des Chalumeaux
,
Sur un affreux Rocher le fils du vieux Silene ,
Tircis , le beau Tircis , l'honneur de nos Hameaux
,
Se plaignoit des rigueurs de l'ingrate Climene.
A ij II
426 MERCURE DE FRANCE ;
Il s'adreffoit , mais vainement ,
Aux Zéphirs , aux Echos , à l'Onde fugitive ,
Et d'une voix douce & plaintive ;
Il leur contoit ainfi fon amoureux tourment
Ruiffeaux , ceffez votre murmure ;
Ceffez de foupirer , Zéphirs ;
Laiffez aux peines que j'endure ,
L'ennui , les plaintes , les foupirs ;
Le doux penchant de la Nature ,
Vous mene au gré de vos defirs ;
Ces Champs , ces Fleurs , cette Verdure
Ne vous offrent que des plaifirs.
Ruiffeaux , ceffez votre murmure ,
Ceffez de foupirer , Zéphirs .
Laiffez , &c.
J'aime une Bergere inflexible ;
Mes maux ne peuvent la toucher ?
Son coeur paroît plus infenfible ,
Plus dur que le plus dur Rocher.
Le foin d'accroître mon martire ,
Eft pour elle un plaifir charmants
Plus je languis , plus je foupire ,
Plus elle rit de mon tourment.
Ruiffeaux , ceffez votre murmure
Ceffez de foupirer , Zéphirs ,
Laiffez , & c.
Non
MARS. 1730. 427
Accablé du poids de ma chaîne ,
Non,non, je ne vis point, je ne fais que languit.
Trop aimable Climene ,
Ou foulage ma peine ,
Ou laiffe-moi mourir .
Climene étoit alors dans le prochain Bocage 1
Elle vient au récit des peines du Berger ,
Et bien loin de les foulager ,
Par des fourirs mocqueurs les accroît davan
tage.
Pour ce Berger trop amoureux ,
Ah !quel chagrin ! quel tourment douloureux !
Il gémit , il fe meurt aux pieds de la Bergere ,
Dont la froideur le defefpere.
Son coeur , fon triſte coeur ,
De fi cruels mépris , de tant d'indifference ,
Ne peut plus fupporter la barbare rigueur.
Et fon ame livrée à fa vive douleur ,
Sent enfin fuccomber fa force & fa conſtance,
Ses maux étoient fi vifs & fi preffants ,
Qu'il en marqua la violence ,
Par ces triftes accents:
Defefpoir funefte ,
Viens à mon fecours ;
Acheve le reſte ,
De mes triſtes jours.
Climene détefte ,
Mes tendres amours;
A iij
Dea
428 MERCURE DE FRANCE.
Defefpoir funefte ,
Viens , & c.
Tout à coup agité d'un tranfport furieux ,
Il court au bord d'un affreux précipice ;
Y porte fes regards , puis les fixant aux Cieux ,
S'écrie: ah ! c'en eft fait ! paffons aux fombres
lieux ;
Caron , fois moi propice ;
Et toi , funefte Amour , reçois ce facrifice.
A ces mots , de la Roche il alloit ſe jetter s
Mais quand il vit que la Bergere ,
Ne venoit point l'arrêter ;
Il s'affit doucement fur la tendre fougeres
Non , lui dit-il , ne preffe point tes pas
Raffure-toi , Climene ,
Ta frayeur eſt vaine ;
Je renonces au Trepas .
On oublie en mourant fon amour & fa peine s
Et moi , je veux porter ta chaîne ;
Je veux vivre & fouffrir pour ne t'oublier pas
Raffure - toi , Climene ,
Ta frayeur eft vaine
Je renonce au trépas .
La Bergere fe mit à rire ,
Et le Berger auffi,
Le deſeſpoir dans l'amoureux Empire ,
Finit toûjours ainfi.
Par M. Palmary de Cabors.
Fermer
Résumé : LE DESESPOIR AMOUREUX. CANTATE.
Le texte 'Le Désespoir Amoureux' est une cantate qui relate la souffrance du berger Tircis, fils de Silène, épris de la bergère Climène. Tircis exprime sa douleur aux éléments naturels, sans trouver de réconfort. Il se plaint de l'insensibilité de Climène, dont le cœur semble se réjouir de ses tourments. Accablé, Tircis implore Climène de soulager sa souffrance ou de le laisser mourir. Cependant, Climène, présente dans un bocage voisin, accentue ses tourments par des soupirs moqueurs. Désespéré, Tircis envisage de se jeter dans un précipice, mais change d'avis en constatant que Climène ne vient pas l'arrêter. Il décide de vivre pour continuer à souffrir et à se souvenir de son amour. La cantate se conclut par le rire de Climène et Tircis, soulignant que le désespoir amoureux finit toujours de manière similaire. L'auteur de cette cantate est M. Palmary de Cabors.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
20
p. 1790
AUTRE.
Début :
Amour, passant près d'un Bois tenebreux, [...]
Mots clefs :
Amour, Berger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
A Mour, paffant près d'un Bois tenebreux ,
>
Vit Coridon , les yeux baignés de larmes ;
Ami , dit-il , qui te rend malheureux ?
Ne puis-je pas diffiper tes allarmes ?
Helas ! répond ce Berger amoureux
J'aime Cephife ; elle est toujours cruelle ;
Pauvre Mortel , peux-tu donc plus que moi ?
Reprend le Dieu , je fuis vaincu par elle
Et quand Diane eſt ſoumiſe à ma loi ,
Je fuis foumis aux loix de cette Belle .
A Mour, paffant près d'un Bois tenebreux ,
>
Vit Coridon , les yeux baignés de larmes ;
Ami , dit-il , qui te rend malheureux ?
Ne puis-je pas diffiper tes allarmes ?
Helas ! répond ce Berger amoureux
J'aime Cephife ; elle est toujours cruelle ;
Pauvre Mortel , peux-tu donc plus que moi ?
Reprend le Dieu , je fuis vaincu par elle
Et quand Diane eſt ſoumiſe à ma loi ,
Je fuis foumis aux loix de cette Belle .
Fermer
21
p. 1784-1786
SUR LE RETOUR DU PRINTEMPS, COUPLETS, A Mademoiselle D.. L..
Début :
A l'ombre de ce Hêtre, [...]
Mots clefs :
Berger, Printemps, Cœurs, Amant, Candeur, Froideur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LE RETOUR DU PRINTEMPS, COUPLETS, A Mademoiselle D.. L..
SUR LE RETOUR
A
DU PRINTEMPS ,
COUPLETS ,
A Mademoiselle D.. L..
L'ombre de ce Hêtre ,
Un Berger d'alentour ,
Sur sa Flute champêtre ,
Fredonnoit l'autre jour ;
Doux Printemps , ta naissance ,
fait naître mille ardeurs ,
» Et ta seule présence ,
Ranime tous les coeurs..
La
Juille
Vivement.
* 2
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
ARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
JUILLET. 1731. 1785
La Chanson se répete ,
Belise enfin l'entend :
Elle accourt , et seulette ,
Vient trouver son Amant :
La Candeur , l'Innocence "
Accompagnent ses pas ;
Mais un air d'indolence ,
Relevé ses appas.
D'une subite flâme
Le Berger transporté ,
2.
Rappelle dans son ame ,
En vain la liberté :
Il se trouble , il chancelle
Il pousse des soupirs ;
Et les yeux de la Belle ,
Irritent ses desirs .
Bergere , qui t'amene ,
Lui dit-il , dans ces lieux ?
Viens- tu finir la peine ,
Que causent tes beaux yeux ?
Voi , dessous ton Empire ,
Ce que souffre mon coeur ;
Songe que mon Martire ,
Condamne ta froideur.
Depuis
1786 MERCURE DE FRANCE
Depuis maintes années ,
Je languis près de toi ,
Bornant mes destinées ,
A vivre sous ta loi ;
Mais toujours inhumaine ,
Et rebelle à mes feux.
Tu te ris de ma peine ,
Tu méprises mes voeux .
諾
A ce tendre reproche ,
Bélise se rendit ;
Son coeur toûjours de roche ,
En vain se deffendit ;
Ah ! c'en est trop , dit-elle ,
Amour est mon vainqueur ,
Reçoi , Berger fidele ,
Le prix de ton ardeur
Ε Ν Τ Ο Υ.
Imitons , Eulalie ,
Leur conduite en ce jour ;
Aimons , mais sans folie ;
Suivons le Dieu d'Amour.
L'amitié qui nous presse ,
A des charmes plus doux ;
C'est Vertu , c'est Sagesse ,
De ceder à ses coups .
Par M. N. C.
A
DU PRINTEMPS ,
COUPLETS ,
A Mademoiselle D.. L..
L'ombre de ce Hêtre ,
Un Berger d'alentour ,
Sur sa Flute champêtre ,
Fredonnoit l'autre jour ;
Doux Printemps , ta naissance ,
fait naître mille ardeurs ,
» Et ta seule présence ,
Ranime tous les coeurs..
La
Juille
Vivement.
* 2
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
ARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
JUILLET. 1731. 1785
La Chanson se répete ,
Belise enfin l'entend :
Elle accourt , et seulette ,
Vient trouver son Amant :
La Candeur , l'Innocence "
Accompagnent ses pas ;
Mais un air d'indolence ,
Relevé ses appas.
D'une subite flâme
Le Berger transporté ,
2.
Rappelle dans son ame ,
En vain la liberté :
Il se trouble , il chancelle
Il pousse des soupirs ;
Et les yeux de la Belle ,
Irritent ses desirs .
Bergere , qui t'amene ,
Lui dit-il , dans ces lieux ?
Viens- tu finir la peine ,
Que causent tes beaux yeux ?
Voi , dessous ton Empire ,
Ce que souffre mon coeur ;
Songe que mon Martire ,
Condamne ta froideur.
Depuis
1786 MERCURE DE FRANCE
Depuis maintes années ,
Je languis près de toi ,
Bornant mes destinées ,
A vivre sous ta loi ;
Mais toujours inhumaine ,
Et rebelle à mes feux.
Tu te ris de ma peine ,
Tu méprises mes voeux .
諾
A ce tendre reproche ,
Bélise se rendit ;
Son coeur toûjours de roche ,
En vain se deffendit ;
Ah ! c'en est trop , dit-elle ,
Amour est mon vainqueur ,
Reçoi , Berger fidele ,
Le prix de ton ardeur
Ε Ν Τ Ο Υ.
Imitons , Eulalie ,
Leur conduite en ce jour ;
Aimons , mais sans folie ;
Suivons le Dieu d'Amour.
L'amitié qui nous presse ,
A des charmes plus doux ;
C'est Vertu , c'est Sagesse ,
De ceder à ses coups .
Par M. N. C.
Fermer
Résumé : SUR LE RETOUR DU PRINTEMPS, COUPLETS, A Mademoiselle D.. L..
Le poème 'Sur le retour du printemps' est adressé à Mademoiselle D.. L.. Il décrit un berger jouant de la flûte sous un hêtre, célébrant le printemps et ses effets sur les cœurs. La jeune femme Belise, attirée par la musique, rejoint son amant. La présence de Belise trouble le berger, qui exprime sa passion et son martyre. Belise, d'abord résistante, finit par céder aux avances du berger. Le poème se conclut par une exhortation à imiter cet amour modéré et à privilégier l'amitié, présentée comme plus sage et vertueuse. Le texte est daté de juillet 1731 et mentionne des fondations de la New York Public Library ainsi que le Mercure de France en 1786.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
22
p. 1291-1294
LA FAUSSE INCONSTANCE, mise en Musique, par M. de Brie. CANTATE, à voix seule.
Début :
Le Berger Palemon en proïe à sa douleur, [...]
Mots clefs :
Tristes, Berger, Palemon, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FAUSSE INCONSTANCE, mise en Musique, par M. de Brie. CANTATE, à voix seule.
LA FAUSSE INCONSTANCE,
mise en Musique , par M. de Brie.
CANTATE, à voix seule.
LE Berger Palemon en proïe à sadouleur ,
Par ses Discours plaintifs , exprimoit son mal- heur.
Ovous à qui mes cris pourront se faire entendre ,
Apprenez , apprenez , trop crédules amantes
Que mes tristes regrets et mes gemissemens›
Sont les fruits d'un amour trop tendre
H. Vol. Bvj, Que
1292 MERCURE DE FRANCE
Que l'exemple d'un malheureux
Puisse vous garentir des tourmens amoureux !
Amants , amants, brisez vos chaînes ,
Eteignez de folles ardeurs ;
De l'amour les fausses douceurs ,
Causent de veritables peines,
粥
C'est pour enflammer nos cœurs
Qu'avec vous il badine ;
De lui n'attendez point de fleurs ,
Qui ne vous cachent quelque épine :
De lui n'attendez point de fleurs ,
Que vous n'arrosiez de vos pleurs.
M
Par son mérite et sa tendresse ,
La jeune Amarillis avoit sçu me charmer
Mais cette infidele maîtresse ,
S'est lassée enfin de m'aimer.
Depuis son changement , je languis , je m'af
flige ,
Et mon troupeau que je néglige
N'entend plus mes tendres Chansons :
Je dors bien moins que je ne veille ;
Et ma Musette à mon oreille ,
Ne rend plus que de tristes , sons..
II.Vol. No
JUIN. 1732. 1293
Ne vous plaignez plus que vos belles
Refusent de vous soulager ;
Ha ! ne vaut - il pas mieux les éprouver cruelles ,
Que de les voir changer.
Vous avez au moins l'esperance ,
De les attendrir quelque jour ;
Mais j'ai perdu toute assurance
De recouvrer jamais l'objet de mon amou
M
Tandis que par ces tristes plaintes ,
Le Berger Palemon aux Bergers d'alentour ,
Du Dieu que l'on appelle Amour
Inspire les plus vives craintes ,
Quel objet vient s'offrir à ses regards surpris
C'est la charmante Amarillis.
Il reconnoit cette Bergere ·
Qu'il accusoit d'être legere :
Mais elle n'avoit feint un si prompt changement ,
Que pour éprouver son amant,
De Palémon elle couronne
La rare fidelité.
Bien-tôt le Berger lui pardonne ,
Et consent d'oublier son infidelité.
C'est une galante industrie
11. Köl. Que
1294 MERCURE DE FRANCE
De sçavoir à propos irriter un Amant :
Une petite broüillerie ,
Procure le plaisir du racommodement.
P .... r.
mise en Musique , par M. de Brie.
CANTATE, à voix seule.
LE Berger Palemon en proïe à sadouleur ,
Par ses Discours plaintifs , exprimoit son mal- heur.
Ovous à qui mes cris pourront se faire entendre ,
Apprenez , apprenez , trop crédules amantes
Que mes tristes regrets et mes gemissemens›
Sont les fruits d'un amour trop tendre
H. Vol. Bvj, Que
1292 MERCURE DE FRANCE
Que l'exemple d'un malheureux
Puisse vous garentir des tourmens amoureux !
Amants , amants, brisez vos chaînes ,
Eteignez de folles ardeurs ;
De l'amour les fausses douceurs ,
Causent de veritables peines,
粥
C'est pour enflammer nos cœurs
Qu'avec vous il badine ;
De lui n'attendez point de fleurs ,
Qui ne vous cachent quelque épine :
De lui n'attendez point de fleurs ,
Que vous n'arrosiez de vos pleurs.
M
Par son mérite et sa tendresse ,
La jeune Amarillis avoit sçu me charmer
Mais cette infidele maîtresse ,
S'est lassée enfin de m'aimer.
Depuis son changement , je languis , je m'af
flige ,
Et mon troupeau que je néglige
N'entend plus mes tendres Chansons :
Je dors bien moins que je ne veille ;
Et ma Musette à mon oreille ,
Ne rend plus que de tristes , sons..
II.Vol. No
JUIN. 1732. 1293
Ne vous plaignez plus que vos belles
Refusent de vous soulager ;
Ha ! ne vaut - il pas mieux les éprouver cruelles ,
Que de les voir changer.
Vous avez au moins l'esperance ,
De les attendrir quelque jour ;
Mais j'ai perdu toute assurance
De recouvrer jamais l'objet de mon amou
M
Tandis que par ces tristes plaintes ,
Le Berger Palemon aux Bergers d'alentour ,
Du Dieu que l'on appelle Amour
Inspire les plus vives craintes ,
Quel objet vient s'offrir à ses regards surpris
C'est la charmante Amarillis.
Il reconnoit cette Bergere ·
Qu'il accusoit d'être legere :
Mais elle n'avoit feint un si prompt changement ,
Que pour éprouver son amant,
De Palémon elle couronne
La rare fidelité.
Bien-tôt le Berger lui pardonne ,
Et consent d'oublier son infidelité.
C'est une galante industrie
11. Köl. Que
1294 MERCURE DE FRANCE
De sçavoir à propos irriter un Amant :
Une petite broüillerie ,
Procure le plaisir du racommodement.
P .... r.
Fermer
Résumé : LA FAUSSE INCONSTANCE, mise en Musique, par M. de Brie. CANTATE, à voix seule.
La cantate 'La Fausse Inconstance' de M. de Brie narre l'histoire de Palémon, un berger qui exprime sa douleur et son malheur face à l'infidélité apparente de sa bien-aimée, Amarillis. Palémon met en garde contre les tourments de l'amour et exhorte les amantes crédules à briser leurs chaînes. Charmé par le mérite et la tendresse d'Amarillis, il souffre de son infidélité supposée, négligeant son troupeau et trouvant plus de réconfort dans sa musette. Il partage sa douleur avec les bergers alentour, inspirant la crainte de l'amour. Amarillis réapparaît et révèle qu'elle avait feint son infidélité pour tester la fidélité de Palémon. Reconnaissant sa fidélité, elle le couronne et lui pardonne. Palémon pardonne à son tour son infidélité. La cantate conclut que provoquer une petite brouille peut procurer le plaisir du raccommodement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
23
p. 1941-1953
IDYLLE. A M. de Fontenelle, de l'Academie Françoise, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
Début :
Corisque. Vous m'aimez, Ménalis, à quoy sert ce langage? [...]
Mots clefs :
Fontenelle, Corisque, Ménalis, Coeur, Berger, Haine, Tendresse, Sentiment, Jardins, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IDYLLE. A M. de Fontenelle, de l'Academie Françoise, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
IDYLL E.
A M. de Fontenelle , de l'Academie Françoise , par Me de Malcrais de la Vigne,
du Croisic en Bretagne.
Corisque.
Vous m'aimez, Ménalis ? à quoy sert ce langage ?
Ces mots étudiez , ces complimens polis ,
D'un esprit déguisé m'apportent le message ;
Mais le cœur s'adresse à Philis.
Finissons un discours dont la douceur m'outrage.'
Vos sermens dans les airs semez' ,
Je n'ai
Des Zephirs inconstans deviendront le partage ,
que trop d'égards pour un Berger volage;
Ce n'est pas moi que vous aimez.
Menalis.
Croyez-vous , après tout , puisque votre injustice
M'oblige à dévoiler les sentimens d'un cœur!
Qui s'exprime sans artifice ,
Vous figurez- vous que je puisse ,
Nepoint être sensible aux traits de votre humeur?
Vous m'aimez, je l'avoue , un instant par caprice;
Où pour me voir languir auprès de vos appas ,
Yous feignez de m'aimer, et vous ne m'aimez pss.
Cv Corisque
1942 MERCURE DE FRANCE
Corisque.
Hé bien, s'il est ainsi , sans se causer de peine ,
Ménalis , il vaut mieux pour toujours se quitter.
Ménalis.
Vous pensez m'allarmer > votre entreprise est
vaine ;
Je fuis , je pars , vos yeux me voudroient arrêter.
Corisque.
Mes yeux moi ? non.
· Ménalis.
Pourquoi rester donc la derniere a
Corisque.
Yous qui partez , pourquoi regarder par derriere?
Ménalis.
Adieu , Bergere , adieu , cœur ingrat et leger.
Corisque.
Adieu , perfide , adieu , témeraire Berger.
Ménalis.
Vous fuyez est- il vrai ? pouvez-vous ●● •
cruelle !
Me laisser si facilement !
Je ne m'éloignois seulement ,
• ah
Quepourvoir àquel point vous me seriez fidelle,
Revenez, cher objet que j'aime uniquement ;
Inflexible
SEPTEMBRE. 1732. 1943
Inflexible ! avec vous vous emportez mon ame.
Corisque.
Non, je n'emporte rien que mon cœur.
Ménalis.
Pour un autre Berger.
Tout en flamme
Corisque.
Non, trompeur , non , c'est toi ,
Qui m'ôtes lâchement le tribut de ta foi.
Ménalis.
Elle vole ; et le Fan timide ,
Par un bruit soudain effrayé ,
Fuit moins vîte où la peur le guide.
Zéphirs , opposez vous à sa course rapide ,
Vous, Ronces, qui bordez ce chemin peu frayé,
De grace enlassez - vous dans sa robbe flotante,
Afin de retenir ses pas ;
Mais prenez garde aussi qu'une pointe piquante ,
Ne blesse ses pieds délicats.
Devenez , s'il se peut , de coton sous sa trace.
Haliers , écartez -vous , moderez votre audace ,
Respectez son beau sang , ah cuels ! tout le mien
Seroit payé trop cher d'une goute du sien.
Je vous ai joint , enfin me voici hors d'haleine ;
UnEclair sur ses feux m'a porté jusqu'à vous ;
Cvj Adou
1944 MERCURE DE FRANCE
Adoucissez- vous , inhumaine ,
Calmez un injuste couroux.
Corisque.
Je te haïs , le dépit et les transports jaloux ,
Contre un Berger volage ónt allumé ma haine ;
Que ne puis-je à mon gré t'accabler sous ses coups!
Ménalis.
Vos funestes rigueurs rendent ma mort certaine
Du fer de ma houlette ouvrez , ouvrez mon sein;
Si sur lui vous daignez mettre un moment la
main,
Vous sentirez que ma tendresse ,
Vous porte tous ses sentimens ,
;
Et que mon cœur brulé dans ses chauds battemens ,
Repete Corisque sans cesse.
Ah! Corisque , Corisque , au moins apprenez-moi
Le forfait inconnu qui m'arrache à la vie.
Le coupable qui sçait pourquoi ,
Du plus affreux trépas , sa sentence est suivie ,
Par avance en lui-même obéït à la Loi.
Corisque.
2.
Mon ame en ta faveur , malgré moi s'est fléchie ,
Et monsecret échappe à ma langue affranchie ,
Mais après cet aveu , ne me parle jamais.
Te souvient-il de la journée ,
Où sous des Cerisiers épais
On celebroit d'Hilas l'agréable Hymenée !
On
SEPTEMBRE. 1732. 1945
Ménalis.
Quel brillant , ce jour-là , relevoit vos attraits !
L'Amour s'étoit peint dans VOS
Venus vous avoit amenée,
traits.
Les Roses et les Lys ....
Corisque.
Puisque tu m'interromps ;
Je me tais.
Ménalis.
Achevez ; les tourmens les plus prompts
Sont pour les malheureux la moitié de leur grace.
Corisque.
Le Soleil à la nuit , alloit ceder la place ;
Jusques-là sur le vert gazon ,
Tous les Amans colez auprès de leurs Amantes,
Les amusoient , assis en rond ,
Par des jeux differens et des farces galantes ;
Attendant à passer en cette âpre Saison ,
Du grand Astre enflammé qui jaunit la moisson,
La chaleur qui sembloit ce jour- là redoublée ;
Quand les tiedes Zéphirs soufflant dans les Ra- meaux ,
Le son joyeux des Chalumeaux ,
Sur le champ pour danser fit lever l'Assemblée.
Tu me donnas la main , et de l'autre aussi-tôt ,
Tu tiras Philis dans la Danse ,.
Tu lui parlois tout bas , et souvent ton silence ,
S'ex-
1946 MERCURE DE FRANCE
S'expliquoit plus qu'à demi mot ; *
Mais ce qui m'irrita , juste Ciel ! quand j'y
pense ....
Tu lui serras la main , et sans attention ,
Tu serras tant-soit- peu la mienne ,
Dirigeant autre part un œil plein d'action ;
Et tu te souviendrois qu'en cette occasion ,
Je fus prête à quitter la tienne ,
Si l'amoureuse émotion ,
T'avoit encor laissé quelque refléxion.
Ménalis.
Falloit-il que ma foi fût si - tôt soupçonnée ,
Que dis-je ? en un moment sans appel con- damnée ,
Si vous m'eussiez vraiment aimé ?
Vit-on une petite pluye ,
Quand le feu dans un Bois fut long- temps
allumé ,
Arrêter sur le champ le rapide incendie ?
Je parlois à Philis , et lui disois tout bas ,
Sans dessein lui pressant le bras ,
Et lui montrant Daphné , cette Etrangere ai
mable ,
Dont les Bergers font tant de cas ,
Regardez si Daphné , qu'enflent ses vains appas ,
Peut se croire à Corisque , à bon droit comparable ?
Corisque a dans un de ses yeux
Plus
SEPTEMBR E. 1732. 1947
Plus d'attraits que Daphné , dans sa personne
entiere.
Corisque.
Le parallele est glorieux ,
Tu m'honorois , Berger ; par son air , sa ma- niere ,
Daphné peut briller en tous lieux,
Ménalis à ton tour dis - moi sur quelle injure ,
Ton amour a fondé la nouvelle imposture ,
Des reproches que tu me fais ?
Ménalis.
Le souvenir en est trop frais ;
Mon doigt , en la touchant , aigriroit ma bles- sure ,
Et , peut - être , au surplus , que niant l'aven;
ture ,
Et , bravant mes justes douleurs ,
Vous vous offenseriez du sujet de mes pleurs.
Corisque.
Non , non , tu peux parler sans péril ; je t'assure
Que je rendrai injuſtice à ton sincere aveu ,
Tu devrois me connoître un peu ,
Et d'un cœur qui t'aimoit avoir meilleur augure.
Ménalis.
Avant-hier Mirtil conduisant son Troupeau ,
Cheminoit à pas lents sur la molle Prairie
Du
"
1948 MERCURE DE FRANCE
Du plus loin qu'il me vit , il montra son Cha- peau ,
Dont le Bouton s'ornoit de l'Œillet le plus beau ;
C'est , dit-il , de Corisque une galanterie ;
Ses faveurs ne sont pas pour moi du fruit nouveau.
Je Pen remerciai , je voulus le lui rendre ,
Mais son empressement me força de le prendre
Pour le dire en deux mots , Corisque et ses presens ,
Me sont assez indifferens.
Ace discours j'eus peine à cacher ma colere.
Cent fois agité dans l'esprit ,
Je fus prêts d'arracher cette fleur par dépit ;
Mais par respect pour vous , je m'abstins de le faire.
Corisque.
L'Efronté ce fut lui qui malgré moi la prit ;
J'en atteste Cloris , Célimene et Florise ,
Pour r'avoir cet Œillet , d'abord je l'attaquai
Par les moyens civils que l'usage authorise 3.
Sur son honneur je le piquai ,
>
Mais m'ayant mise à bout , alors je le brusquai ,
Comme on use à l'égard d'un Berger qu'on méprise.
J'éclatai , j'employai d'inutiles efforts ,
Dont le Scélérat osoit rire.
Que mesbras contre lui n'étoient-ils assez forts!
Dans
SEPTEMBRE. 1732. 1949
Dans les fougueux excès que la fureur inspire ,
Je lui dis , l'arrêtant , tout ce que je pus dire ;
Il m'échapa , le traitre , et quand il fut enfui ,.
Vainement , et très - loin , je courùs après-lui.
Cette fleur , dont les soins occupoient ma pensée ,
Avoit exprès pour toi la saison devancée ;-
Je l'allois visiter le matin et le soir ,
Et lui disois tout bas en tenant l'arrosoir ,
Croissez , aimable Eillet , et couronnant ma
peine ,
Pour le seul Ménalis réservez votre halcine.
Croissez , et que de mon Berger ,
Dont le cœur m'a promis de ne jamais changer
Puisse ainsi croître la tendresse !
Dès qu'ils seront épanouis...
Mos apas en un jour seront évanouis 2.
Mais son feu durera sans cesse.
Ménalis.
J'accusois donc à tort votre fidélité !
Mirtil par sa malignité ,
Me rendoit moi-même infidéle !
Que d'un vif repentir , je me sens tourmenté !
Vous en croirai- je ? O Dieux ! quoi mon cœur se rappelle ,
De ses premiers soupçons , l'allarme criminelle?
Aux Amans , par un sort contraire à leurs dê- sirs,
Dans
1950 MERCURE DE FRANCE
ļ
Dans le sein même des plaisirs ,
L'inquiétude est naturelle .
Permettez qu'à vos pieds , mes sanglots , mes
soupirs...
Corisque.
Léve- toi, Méñalis , que les Vents , et la Grêle
Puissent ravager , si je mens ;
L'esperance , hêlas ! rare , et frêle
De nos Jardins et de nos Champs.
Mais moi , dois-je , à tes assurances ,
Livrer de ses soupçons mon esprit revenu ?
M'offrirois- tu les apparences ,
D'un amour autre part , peut-être retenu ?
Ménalis.
Ciel ? que Pan courroucé , laisse ma Bergerie ,
En Proye, aux Loups impétueux !
Puissai-je sous mes pas , foulant l'herbe fleurie
Ne rencontrer qu'Aspics , qu'Animaux veni- meux. ..
Corisque.
Arrête , Berger , je te prie ,
C'en est trop; la bonté des Dieux ,
S'offenseroit de la furie ,
De tes sermens audacieux.
Je te crois; je vais même en coucher sur ta levre »
Le gage apétissant d'un baiser gracieux.
Ménalis:
SEPTEMBRE. 1732. 1951
Ménalis.
Le Miel du Mont Himette est moins délicieux.
Suis- je icy ? Me trompai- je ? Ah votre amou»
me sevre ,
Trop-tôt d'un bien précieux ,
Le baiser apprêté , dont la brillante Flore ,
Enivre son Zéphir de ses charmes épris ,
Celui dont la naissante Aurore ,
Régale l'Epoux de Procris ,
Les baisers de Diane , et tous ceux de Cypris ,
Au vôtre comparez sont languissans encore ,
Mais souffrez qu'au lieu d'un , je vous en rende deux.
Le Dieu , qui pour Psiché , jadis sentit éclore
Le germe impatient ? Des désirs amoureux ,
Se plaît en nombre impair , à seconder nos -jeux.
Corisque.
Ah ! dans mon cœur brulant , j'ai Paphos et Ci- there :
Berger , mon cher Berger , je ne suis plus à
moi ,
Mais que dis-je ! Est- il temps de garder du mys- tere ?
Tu me montres assez que je suis toute à toi.
Ainsi se réconcilierent ,
Corisque et Ménalis imprudemment fâchez ;
Et les chaînes qui les lierent ,
Re-
1952 MERCURE DE FRANCE
Retinrent à jamais leurs deux cœurs attachez ;
Les tendres Rossignols dans les Rameaux ca- chez ,
Jaloux des douceurs qu'ils goûterent ,
Les virent et les imiterent ,
Et leurs petits goziers , sans être interrompus ,
La nuit suivante repeterent
Et leurs propres plaisirs , et ceux. qu'ils avoient
vûs.
Fontenelle , la gloire et l'honneur de notre âge ,
Toi , qui par des talens divers ,
As fait voir de nos jours que la Prose , et les Vers' ,
Sur les siècles passez , remportent l'avantage ;
Suspens tes illustres emplois ,
Pour entendre un moment mon rustique Haut- bois ,
Je lis et je relis tes Eglogues sans cesse ,
Et les admire à chaque fois.
Tes Bergers par un tour de ta subtile adresse ,
Sont moins fardez , moins pointilleux,
Que ceux dont en ses Vers doux , faciles , heu- reux ,
Racan fit parler la tendresse ,
Quoique ceux de Ségrais soient galans , ingénus,
Ils sont trop copiez , et de Rome , et de Grèce ,
Leur style un peu rude me blesse ,
Et leurs discours par tout ne sont pas soutenus ,
Des
SEPTEMBRE. 1732. 1953
Des tiens je prise beaucoup plus ,
L'originale politesse .
N'ont-ils pas réüni tous les suffrages dûs
A leur douce délicatesse ?
Les miens dépourvûs d'agrément ,
N'entreront point en parallele ;
Il seront trop fiers seulement ,
S'ils attirent les yeux du Sçavant Fontenelle,
A M. de Fontenelle , de l'Academie Françoise , par Me de Malcrais de la Vigne,
du Croisic en Bretagne.
Corisque.
Vous m'aimez, Ménalis ? à quoy sert ce langage ?
Ces mots étudiez , ces complimens polis ,
D'un esprit déguisé m'apportent le message ;
Mais le cœur s'adresse à Philis.
Finissons un discours dont la douceur m'outrage.'
Vos sermens dans les airs semez' ,
Je n'ai
Des Zephirs inconstans deviendront le partage ,
que trop d'égards pour un Berger volage;
Ce n'est pas moi que vous aimez.
Menalis.
Croyez-vous , après tout , puisque votre injustice
M'oblige à dévoiler les sentimens d'un cœur!
Qui s'exprime sans artifice ,
Vous figurez- vous que je puisse ,
Nepoint être sensible aux traits de votre humeur?
Vous m'aimez, je l'avoue , un instant par caprice;
Où pour me voir languir auprès de vos appas ,
Yous feignez de m'aimer, et vous ne m'aimez pss.
Cv Corisque
1942 MERCURE DE FRANCE
Corisque.
Hé bien, s'il est ainsi , sans se causer de peine ,
Ménalis , il vaut mieux pour toujours se quitter.
Ménalis.
Vous pensez m'allarmer > votre entreprise est
vaine ;
Je fuis , je pars , vos yeux me voudroient arrêter.
Corisque.
Mes yeux moi ? non.
· Ménalis.
Pourquoi rester donc la derniere a
Corisque.
Yous qui partez , pourquoi regarder par derriere?
Ménalis.
Adieu , Bergere , adieu , cœur ingrat et leger.
Corisque.
Adieu , perfide , adieu , témeraire Berger.
Ménalis.
Vous fuyez est- il vrai ? pouvez-vous ●● •
cruelle !
Me laisser si facilement !
Je ne m'éloignois seulement ,
• ah
Quepourvoir àquel point vous me seriez fidelle,
Revenez, cher objet que j'aime uniquement ;
Inflexible
SEPTEMBRE. 1732. 1943
Inflexible ! avec vous vous emportez mon ame.
Corisque.
Non, je n'emporte rien que mon cœur.
Ménalis.
Pour un autre Berger.
Tout en flamme
Corisque.
Non, trompeur , non , c'est toi ,
Qui m'ôtes lâchement le tribut de ta foi.
Ménalis.
Elle vole ; et le Fan timide ,
Par un bruit soudain effrayé ,
Fuit moins vîte où la peur le guide.
Zéphirs , opposez vous à sa course rapide ,
Vous, Ronces, qui bordez ce chemin peu frayé,
De grace enlassez - vous dans sa robbe flotante,
Afin de retenir ses pas ;
Mais prenez garde aussi qu'une pointe piquante ,
Ne blesse ses pieds délicats.
Devenez , s'il se peut , de coton sous sa trace.
Haliers , écartez -vous , moderez votre audace ,
Respectez son beau sang , ah cuels ! tout le mien
Seroit payé trop cher d'une goute du sien.
Je vous ai joint , enfin me voici hors d'haleine ;
UnEclair sur ses feux m'a porté jusqu'à vous ;
Cvj Adou
1944 MERCURE DE FRANCE
Adoucissez- vous , inhumaine ,
Calmez un injuste couroux.
Corisque.
Je te haïs , le dépit et les transports jaloux ,
Contre un Berger volage ónt allumé ma haine ;
Que ne puis-je à mon gré t'accabler sous ses coups!
Ménalis.
Vos funestes rigueurs rendent ma mort certaine
Du fer de ma houlette ouvrez , ouvrez mon sein;
Si sur lui vous daignez mettre un moment la
main,
Vous sentirez que ma tendresse ,
Vous porte tous ses sentimens ,
;
Et que mon cœur brulé dans ses chauds battemens ,
Repete Corisque sans cesse.
Ah! Corisque , Corisque , au moins apprenez-moi
Le forfait inconnu qui m'arrache à la vie.
Le coupable qui sçait pourquoi ,
Du plus affreux trépas , sa sentence est suivie ,
Par avance en lui-même obéït à la Loi.
Corisque.
2.
Mon ame en ta faveur , malgré moi s'est fléchie ,
Et monsecret échappe à ma langue affranchie ,
Mais après cet aveu , ne me parle jamais.
Te souvient-il de la journée ,
Où sous des Cerisiers épais
On celebroit d'Hilas l'agréable Hymenée !
On
SEPTEMBRE. 1732. 1945
Ménalis.
Quel brillant , ce jour-là , relevoit vos attraits !
L'Amour s'étoit peint dans VOS
Venus vous avoit amenée,
traits.
Les Roses et les Lys ....
Corisque.
Puisque tu m'interromps ;
Je me tais.
Ménalis.
Achevez ; les tourmens les plus prompts
Sont pour les malheureux la moitié de leur grace.
Corisque.
Le Soleil à la nuit , alloit ceder la place ;
Jusques-là sur le vert gazon ,
Tous les Amans colez auprès de leurs Amantes,
Les amusoient , assis en rond ,
Par des jeux differens et des farces galantes ;
Attendant à passer en cette âpre Saison ,
Du grand Astre enflammé qui jaunit la moisson,
La chaleur qui sembloit ce jour- là redoublée ;
Quand les tiedes Zéphirs soufflant dans les Ra- meaux ,
Le son joyeux des Chalumeaux ,
Sur le champ pour danser fit lever l'Assemblée.
Tu me donnas la main , et de l'autre aussi-tôt ,
Tu tiras Philis dans la Danse ,.
Tu lui parlois tout bas , et souvent ton silence ,
S'ex-
1946 MERCURE DE FRANCE
S'expliquoit plus qu'à demi mot ; *
Mais ce qui m'irrita , juste Ciel ! quand j'y
pense ....
Tu lui serras la main , et sans attention ,
Tu serras tant-soit- peu la mienne ,
Dirigeant autre part un œil plein d'action ;
Et tu te souviendrois qu'en cette occasion ,
Je fus prête à quitter la tienne ,
Si l'amoureuse émotion ,
T'avoit encor laissé quelque refléxion.
Ménalis.
Falloit-il que ma foi fût si - tôt soupçonnée ,
Que dis-je ? en un moment sans appel con- damnée ,
Si vous m'eussiez vraiment aimé ?
Vit-on une petite pluye ,
Quand le feu dans un Bois fut long- temps
allumé ,
Arrêter sur le champ le rapide incendie ?
Je parlois à Philis , et lui disois tout bas ,
Sans dessein lui pressant le bras ,
Et lui montrant Daphné , cette Etrangere ai
mable ,
Dont les Bergers font tant de cas ,
Regardez si Daphné , qu'enflent ses vains appas ,
Peut se croire à Corisque , à bon droit comparable ?
Corisque a dans un de ses yeux
Plus
SEPTEMBR E. 1732. 1947
Plus d'attraits que Daphné , dans sa personne
entiere.
Corisque.
Le parallele est glorieux ,
Tu m'honorois , Berger ; par son air , sa ma- niere ,
Daphné peut briller en tous lieux,
Ménalis à ton tour dis - moi sur quelle injure ,
Ton amour a fondé la nouvelle imposture ,
Des reproches que tu me fais ?
Ménalis.
Le souvenir en est trop frais ;
Mon doigt , en la touchant , aigriroit ma bles- sure ,
Et , peut - être , au surplus , que niant l'aven;
ture ,
Et , bravant mes justes douleurs ,
Vous vous offenseriez du sujet de mes pleurs.
Corisque.
Non , non , tu peux parler sans péril ; je t'assure
Que je rendrai injuſtice à ton sincere aveu ,
Tu devrois me connoître un peu ,
Et d'un cœur qui t'aimoit avoir meilleur augure.
Ménalis.
Avant-hier Mirtil conduisant son Troupeau ,
Cheminoit à pas lents sur la molle Prairie
Du
"
1948 MERCURE DE FRANCE
Du plus loin qu'il me vit , il montra son Cha- peau ,
Dont le Bouton s'ornoit de l'Œillet le plus beau ;
C'est , dit-il , de Corisque une galanterie ;
Ses faveurs ne sont pas pour moi du fruit nouveau.
Je Pen remerciai , je voulus le lui rendre ,
Mais son empressement me força de le prendre
Pour le dire en deux mots , Corisque et ses presens ,
Me sont assez indifferens.
Ace discours j'eus peine à cacher ma colere.
Cent fois agité dans l'esprit ,
Je fus prêts d'arracher cette fleur par dépit ;
Mais par respect pour vous , je m'abstins de le faire.
Corisque.
L'Efronté ce fut lui qui malgré moi la prit ;
J'en atteste Cloris , Célimene et Florise ,
Pour r'avoir cet Œillet , d'abord je l'attaquai
Par les moyens civils que l'usage authorise 3.
Sur son honneur je le piquai ,
>
Mais m'ayant mise à bout , alors je le brusquai ,
Comme on use à l'égard d'un Berger qu'on méprise.
J'éclatai , j'employai d'inutiles efforts ,
Dont le Scélérat osoit rire.
Que mesbras contre lui n'étoient-ils assez forts!
Dans
SEPTEMBRE. 1732. 1949
Dans les fougueux excès que la fureur inspire ,
Je lui dis , l'arrêtant , tout ce que je pus dire ;
Il m'échapa , le traitre , et quand il fut enfui ,.
Vainement , et très - loin , je courùs après-lui.
Cette fleur , dont les soins occupoient ma pensée ,
Avoit exprès pour toi la saison devancée ;-
Je l'allois visiter le matin et le soir ,
Et lui disois tout bas en tenant l'arrosoir ,
Croissez , aimable Eillet , et couronnant ma
peine ,
Pour le seul Ménalis réservez votre halcine.
Croissez , et que de mon Berger ,
Dont le cœur m'a promis de ne jamais changer
Puisse ainsi croître la tendresse !
Dès qu'ils seront épanouis...
Mos apas en un jour seront évanouis 2.
Mais son feu durera sans cesse.
Ménalis.
J'accusois donc à tort votre fidélité !
Mirtil par sa malignité ,
Me rendoit moi-même infidéle !
Que d'un vif repentir , je me sens tourmenté !
Vous en croirai- je ? O Dieux ! quoi mon cœur se rappelle ,
De ses premiers soupçons , l'allarme criminelle?
Aux Amans , par un sort contraire à leurs dê- sirs,
Dans
1950 MERCURE DE FRANCE
ļ
Dans le sein même des plaisirs ,
L'inquiétude est naturelle .
Permettez qu'à vos pieds , mes sanglots , mes
soupirs...
Corisque.
Léve- toi, Méñalis , que les Vents , et la Grêle
Puissent ravager , si je mens ;
L'esperance , hêlas ! rare , et frêle
De nos Jardins et de nos Champs.
Mais moi , dois-je , à tes assurances ,
Livrer de ses soupçons mon esprit revenu ?
M'offrirois- tu les apparences ,
D'un amour autre part , peut-être retenu ?
Ménalis.
Ciel ? que Pan courroucé , laisse ma Bergerie ,
En Proye, aux Loups impétueux !
Puissai-je sous mes pas , foulant l'herbe fleurie
Ne rencontrer qu'Aspics , qu'Animaux veni- meux. ..
Corisque.
Arrête , Berger , je te prie ,
C'en est trop; la bonté des Dieux ,
S'offenseroit de la furie ,
De tes sermens audacieux.
Je te crois; je vais même en coucher sur ta levre »
Le gage apétissant d'un baiser gracieux.
Ménalis:
SEPTEMBRE. 1732. 1951
Ménalis.
Le Miel du Mont Himette est moins délicieux.
Suis- je icy ? Me trompai- je ? Ah votre amou»
me sevre ,
Trop-tôt d'un bien précieux ,
Le baiser apprêté , dont la brillante Flore ,
Enivre son Zéphir de ses charmes épris ,
Celui dont la naissante Aurore ,
Régale l'Epoux de Procris ,
Les baisers de Diane , et tous ceux de Cypris ,
Au vôtre comparez sont languissans encore ,
Mais souffrez qu'au lieu d'un , je vous en rende deux.
Le Dieu , qui pour Psiché , jadis sentit éclore
Le germe impatient ? Des désirs amoureux ,
Se plaît en nombre impair , à seconder nos -jeux.
Corisque.
Ah ! dans mon cœur brulant , j'ai Paphos et Ci- there :
Berger , mon cher Berger , je ne suis plus à
moi ,
Mais que dis-je ! Est- il temps de garder du mys- tere ?
Tu me montres assez que je suis toute à toi.
Ainsi se réconcilierent ,
Corisque et Ménalis imprudemment fâchez ;
Et les chaînes qui les lierent ,
Re-
1952 MERCURE DE FRANCE
Retinrent à jamais leurs deux cœurs attachez ;
Les tendres Rossignols dans les Rameaux ca- chez ,
Jaloux des douceurs qu'ils goûterent ,
Les virent et les imiterent ,
Et leurs petits goziers , sans être interrompus ,
La nuit suivante repeterent
Et leurs propres plaisirs , et ceux. qu'ils avoient
vûs.
Fontenelle , la gloire et l'honneur de notre âge ,
Toi , qui par des talens divers ,
As fait voir de nos jours que la Prose , et les Vers' ,
Sur les siècles passez , remportent l'avantage ;
Suspens tes illustres emplois ,
Pour entendre un moment mon rustique Haut- bois ,
Je lis et je relis tes Eglogues sans cesse ,
Et les admire à chaque fois.
Tes Bergers par un tour de ta subtile adresse ,
Sont moins fardez , moins pointilleux,
Que ceux dont en ses Vers doux , faciles , heu- reux ,
Racan fit parler la tendresse ,
Quoique ceux de Ségrais soient galans , ingénus,
Ils sont trop copiez , et de Rome , et de Grèce ,
Leur style un peu rude me blesse ,
Et leurs discours par tout ne sont pas soutenus ,
Des
SEPTEMBRE. 1732. 1953
Des tiens je prise beaucoup plus ,
L'originale politesse .
N'ont-ils pas réüni tous les suffrages dûs
A leur douce délicatesse ?
Les miens dépourvûs d'agrément ,
N'entreront point en parallele ;
Il seront trop fiers seulement ,
S'ils attirent les yeux du Sçavant Fontenelle,
Fermer
Résumé : IDYLLE. A M. de Fontenelle, de l'Academie Françoise, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
L'idylle 'Idyll E' de Me de Malcrais de la Vigne est dédiée à Bernard le Bouyer de Fontenelle. Elle narre une dispute amoureuse entre Corisque et Ménalis. Corisque accuse Ménalis d'infidélité après l'avoir vue danser avec Philis et interpréter un geste ambigu. Ménalis se défend en expliquant que ses paroles à Philis étaient innocentes et visaient à comparer Corisque favorablement à Daphné. Corisque révèle ensuite que Mirtil, un autre berger, a mal interprété un œillet qu'elle lui avait destiné pour Ménalis, ajoutant à la confusion. Après des échanges passionnés, Corisque et Ménalis se réconcilient. Leur amour est comparé à celui des rossignols, et ils se jurent une fidélité éternelle. Le texte se conclut par une louange à Fontenelle, dont les œuvres sont admirées pour leur subtilité et leur délicatesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
24
p. 2192
MADRIGAL. De Mlle de Malcrais de la Vigne, au Poëte des bords de la Marne, Auteur de l'Ode à sa louange, imprimée dans le Mercure de May 1732.
Début :
Berger, dont l'aimable Musette [...]
Mots clefs :
Berger, Coeur, Sons flatteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL. De Mlle de Malcrais de la Vigne, au Poëte des bords de la Marne, Auteur de l'Ode à sa louange, imprimée dans le Mercure de May 1732.
MADRIGAL.
De Me de Malcrais de la Vigne , au
Poëte des bords de la Marne , Auteur de
l'Ode à sa loйange , imprimée dans le
Mercure de May 1732.
Berger ,dont l'aimable Musette ,
Sçut raisonner pour moi sur un si joli ton ,
Que l'écho de mon cœur sans cesse le repete ;
De dites-moi votre nom.
grace ,
beau Berger ,
Mais non , non , taisez vous: Sur le riant gazon ,
Le hazard se plairoit à nous mener peut- être.
Un cœur n'est pas toûjours son maitre ;
Et vous chantez si tendrement ,
Vos sons flateurs entrent si doucement ,
Non , je ne veux pas vous connoître.
De Me de Malcrais de la Vigne , au
Poëte des bords de la Marne , Auteur de
l'Ode à sa loйange , imprimée dans le
Mercure de May 1732.
Berger ,dont l'aimable Musette ,
Sçut raisonner pour moi sur un si joli ton ,
Que l'écho de mon cœur sans cesse le repete ;
De dites-moi votre nom.
grace ,
beau Berger ,
Mais non , non , taisez vous: Sur le riant gazon ,
Le hazard se plairoit à nous mener peut- être.
Un cœur n'est pas toûjours son maitre ;
Et vous chantez si tendrement ,
Vos sons flateurs entrent si doucement ,
Non , je ne veux pas vous connoître.
Fermer
Résumé : MADRIGAL. De Mlle de Malcrais de la Vigne, au Poëte des bords de la Marne, Auteur de l'Ode à sa louange, imprimée dans le Mercure de May 1732.
Le madrigal célèbre un poète des bords de la Marne, auteur de l'Ode publiée en mai 1732. Le locuteur admire la mélodie d'un berger, dont la musique résonne dans son cœur. Il préfère ignorer le nom du berger, se laissant guider par le hasard, et savoure la douceur de sa musique sans connaître son identité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
25
p. 2570-2573
MISSIVE du Chevalier de Leucotece, à l'Infante de Malcrais, Princesse Armorique.
Début :
L'Enfant gâté de Melpomene, [...]
Mots clefs :
Berger, Esprit, Infante de Malcrais, Figure d'ange, Querelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MISSIVE du Chevalier de Leucotece, à l'Infante de Malcrais, Princesse Armorique.
MISSIVE du Chevalier de Leucotece,
à l'Infante de Malcrais , Princesse
Armorique.
L'Enfan 'Enfant gâté de Melpomene ,
Le Berger, habitant les Rives de la Seine ,
Et certain Rimeur Marseillois >
Ja de bon compte sont- ils trois ,
Auxquels aurai non pas petite affaire ,
Et seront par moi déconfits.
Non par mes très limez et délicats Ecrits.
Les deux premiers , en ce genre d'escrime ,
Sont trop ferrus pour moi, qui n'ai raison ni rime,
Comme il convient à tout Chevalier preux ,
Rien ne sçachant, sinon pourfendre en deux ,
Net et jus les arçons , tout Mortel témeraire ,
Osant en conter , ou déplaire ,
A l'objet de ses vœux.
1. Vol. Parquoi
DECEMBRE. 1732. 257%
Parquoi , Dame de mes pensées ,
Illustre et sublime Malcrais ,
De grace , ne trouvez mauvais ,
Si jambes et têtes cassées ,
Pour commencer ma déclaration ,
Je vous fais députation ,
Quelque matin , du dernier Personnage ;
Pour faire réparation ,
A vous, au Sexe qu'il outrage ;
C'est le devoir de ma Profession,
En tout honneur , bien et discrétion ,
Sommes tenus proteger les Infantes ,
Les faire déclarer charmantes ,
Non moins d'esprit comme de corps ,
En un mot , réparer les torts.
A donc ira le Rimeur de Marseille ,
Droit au Croisil , en l'état dessus dit ,
Illec verra qu'estes merveille ,
Non moins de corps comme d'esprit,
Confessera qu'il se dédit ,
D'avoir écrit que c'est un cas étrange
De trouver sous figure d'Ange ,
L'esprit sublime et le sçavoir profond.
Voilà pour un. A l'égard du second ,
De ce Berger à la douce Musette ,
Berger heureux dont demandez le nom
Que ce desir me picque , m'inquiete !
Ah ! s'il vous plaisoit moins , certain de sa défaite,
I. Vol. C
il iij
2572 MERCURE DE FRANCE
Il n'est baume de fier-à- bras ,
Qui le garantit du trépas.
Mais quoi ! ses chants ont pour vous des appas ,
L'Echo de votre cœur sans cesse les repete..
Sçachez du moins que sous l'air imposteur
De Berger, de Moutons , de Chien et de Houlette >
Il cache un malin Enchanteur ;
Un mortel ennemi de toute votre espece ,
De ceux qui détenoient une pauvre Princesse,
Pendant des deux et trois mille ans ,
Dans des Châteaux de Diamans ,
Gardez par Dragons et Geans.
Ors attendant que puisse le pourfendre ,
Lui faisant vuider les arçons ,
C'est à vous à vous bien deffendre ,
De ses charmes , de ses Chansons.
Je vous en avertis , ce sont Philtres magiques,
Ce sont appas qui cachent un poison,
Riant d'abord, ayant suites tragiques ,
Otant esprit , repos , raison ,
Poison dont le remede est seulement la fuite ,
Mais c'est assez ; vous voilà bien instruite.
Venons enfin à mon dernier Rival , *
Je conviens qu'il n'a point d'égal ,
Si ce n'est Apollon lui- même ;
Mais Preux ne cede ce qu'il aime
M. de Voltaire.
(
1. Vol.
Sans
DECEMBRE. 1732 2573.
Sans ferrailler , sans faire appel.
Suivant ces us , malgré votre gloire immortelle,
Malgré tous vos Lauriers , Rival que je querelle,
Avec crainte et respect , agréez mon Cartel.
Malcrais vaut bien qu'on ferraille pour elle,,
C'est la raison. Je vous laisse le choix ,
Des armes et du Champ , mais seriez discourtois,'
Vû vos forces et ma foiblesse ,
Si ne me permettiez d'excepter le Permesse.
à l'Infante de Malcrais , Princesse
Armorique.
L'Enfan 'Enfant gâté de Melpomene ,
Le Berger, habitant les Rives de la Seine ,
Et certain Rimeur Marseillois >
Ja de bon compte sont- ils trois ,
Auxquels aurai non pas petite affaire ,
Et seront par moi déconfits.
Non par mes très limez et délicats Ecrits.
Les deux premiers , en ce genre d'escrime ,
Sont trop ferrus pour moi, qui n'ai raison ni rime,
Comme il convient à tout Chevalier preux ,
Rien ne sçachant, sinon pourfendre en deux ,
Net et jus les arçons , tout Mortel témeraire ,
Osant en conter , ou déplaire ,
A l'objet de ses vœux.
1. Vol. Parquoi
DECEMBRE. 1732. 257%
Parquoi , Dame de mes pensées ,
Illustre et sublime Malcrais ,
De grace , ne trouvez mauvais ,
Si jambes et têtes cassées ,
Pour commencer ma déclaration ,
Je vous fais députation ,
Quelque matin , du dernier Personnage ;
Pour faire réparation ,
A vous, au Sexe qu'il outrage ;
C'est le devoir de ma Profession,
En tout honneur , bien et discrétion ,
Sommes tenus proteger les Infantes ,
Les faire déclarer charmantes ,
Non moins d'esprit comme de corps ,
En un mot , réparer les torts.
A donc ira le Rimeur de Marseille ,
Droit au Croisil , en l'état dessus dit ,
Illec verra qu'estes merveille ,
Non moins de corps comme d'esprit,
Confessera qu'il se dédit ,
D'avoir écrit que c'est un cas étrange
De trouver sous figure d'Ange ,
L'esprit sublime et le sçavoir profond.
Voilà pour un. A l'égard du second ,
De ce Berger à la douce Musette ,
Berger heureux dont demandez le nom
Que ce desir me picque , m'inquiete !
Ah ! s'il vous plaisoit moins , certain de sa défaite,
I. Vol. C
il iij
2572 MERCURE DE FRANCE
Il n'est baume de fier-à- bras ,
Qui le garantit du trépas.
Mais quoi ! ses chants ont pour vous des appas ,
L'Echo de votre cœur sans cesse les repete..
Sçachez du moins que sous l'air imposteur
De Berger, de Moutons , de Chien et de Houlette >
Il cache un malin Enchanteur ;
Un mortel ennemi de toute votre espece ,
De ceux qui détenoient une pauvre Princesse,
Pendant des deux et trois mille ans ,
Dans des Châteaux de Diamans ,
Gardez par Dragons et Geans.
Ors attendant que puisse le pourfendre ,
Lui faisant vuider les arçons ,
C'est à vous à vous bien deffendre ,
De ses charmes , de ses Chansons.
Je vous en avertis , ce sont Philtres magiques,
Ce sont appas qui cachent un poison,
Riant d'abord, ayant suites tragiques ,
Otant esprit , repos , raison ,
Poison dont le remede est seulement la fuite ,
Mais c'est assez ; vous voilà bien instruite.
Venons enfin à mon dernier Rival , *
Je conviens qu'il n'a point d'égal ,
Si ce n'est Apollon lui- même ;
Mais Preux ne cede ce qu'il aime
M. de Voltaire.
(
1. Vol.
Sans
DECEMBRE. 1732 2573.
Sans ferrailler , sans faire appel.
Suivant ces us , malgré votre gloire immortelle,
Malgré tous vos Lauriers , Rival que je querelle,
Avec crainte et respect , agréez mon Cartel.
Malcrais vaut bien qu'on ferraille pour elle,,
C'est la raison. Je vous laisse le choix ,
Des armes et du Champ , mais seriez discourtois,'
Vû vos forces et ma foiblesse ,
Si ne me permettiez d'excepter le Permesse.
Fermer
Résumé : MISSIVE du Chevalier de Leucotece, à l'Infante de Malcrais, Princesse Armorique.
Le Chevalier de Leucotece écrit à l'Infante de Malcrais pour annoncer sa volonté de défendre son honneur contre trois rivaux. Il ne compte pas utiliser ses écrits mais ses compétences de chevalier. Les rivaux sont l'Enfant gâté de Melpomène, le Berger habitant les rives de la Seine, et un Rimeur Marseillois. Le Chevalier prévoit d'envoyer un messager pour réparer les torts causés à l'Infante et au sexe féminin. Il défiera le Rimeur Marseillois au Croisil pour qu'il reconnaisse les qualités de l'Infante. Il met en garde l'Infante contre les chants enchanteurs du Berger, qu'il compare à des philtres magiques dangereux. Concernant le troisième rival, identifié comme M. de Voltaire, le Chevalier lui envoie un cartel, respectueusement, laissant le choix des armes et du champ de bataille, tout en excluant le Parnasse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
26
p. 173-174
MADRIGAL, Sur la Réponse de Mlle de Malcrais de la Vigne, au Berger des bords de la Marne.
Début :
D'un Berger qui vous loüe avec délicatesse [...]
Mots clefs :
Mlle de Malcrais de la Vigne, Berger, Sappho
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL, Sur la Réponse de Mlle de Malcrais de la Vigne, au Berger des bords de la Marne.
MADRIGAL ,
Sur la Réponse de Me de Malcrais de la
Vigne, au Berger des bords de la Marne,
D'Un Berger qui vous loue avec délicatesse
Sapho , vous redoutez le trop galant Ecrit ,
Yous
174 MERCURE DE FRANCE :
Vous tremblez , qu'à ses sons le coeur ne s'inte
resse ,
Que dans l'art d'aimer trop instruit ,
Et sur le vert gazon conduit ,
1 ne change bien- tôt son estime en tendresse ,
Adorable Sapho , que votre crainte cesse
Qui comme vous , est tout esprit ,
Des sens ne craint point la foiblesse.
Par M. DE SOMMEVES LI.
Sur la Réponse de Me de Malcrais de la
Vigne, au Berger des bords de la Marne,
D'Un Berger qui vous loue avec délicatesse
Sapho , vous redoutez le trop galant Ecrit ,
Yous
174 MERCURE DE FRANCE :
Vous tremblez , qu'à ses sons le coeur ne s'inte
resse ,
Que dans l'art d'aimer trop instruit ,
Et sur le vert gazon conduit ,
1 ne change bien- tôt son estime en tendresse ,
Adorable Sapho , que votre crainte cesse
Qui comme vous , est tout esprit ,
Des sens ne craint point la foiblesse.
Par M. DE SOMMEVES LI.
Fermer
Résumé : MADRIGAL, Sur la Réponse de Mlle de Malcrais de la Vigne, au Berger des bords de la Marne.
Le madrigal du XVIIe siècle, publié dans le Mercure de France, voit M. de Sommerves s'adresser à Sapho. Sapho craint qu'un écrit galant ne la rende trop sensible à l'amour. L'auteur la rassure, affirmant qu'il maîtrise ses sentiments et ne craint pas la faiblesse des sens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
27
p. 1322-1325
RÉPONSE à Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, à son Elegie, inserée dans le Mercure mois de Mars 1733. ELEGIE.
Début :
Dans un profond repos, fruit de beaucoup de peine, [...]
Mots clefs :
Malcrais, Amour, Coeur, Heureux, Sylvie, Berger, Cruelle, Amant, Accents, Soupirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, à son Elegie, inserée dans le Mercure mois de Mars 1733. ELEGIE.
REPONSE à Mlle de Malcrais de
la Vigne , du Croisic en Bretagne , à
son Elegie , inserée dans le Mercure du
mois de Mars 1733.
D
ELEGI E.
Ans un profond repos , fruit de beaucou
de peine ,
Je rêvois l'autre jour sur les bords de la Seine ,
Quand je vis un Berger dans un Bocage épais ,
Qu'il faisoit retentir de ses tristes
regrets.
Ma douleur , disoit-il , sera - t - elle éternelle ?
Heureux si je pouvois devenir infidelle !
Ton nom vole en tous lieux et tes Vers enchan
teurs ,
Docte et tendre Malcrais , séduisent tous les
coeurs ;
II. Vol.
JUIN.
1733 1323
Qui peut se refuser aux charmes de ta Lyre ?
Déja plus d'une Muse a pris soin de te dire ,
Que tu peux attendrir la cruelle Alecton ,
Arracher des soupirs au barbare Pluton ,
Comme un nouvel Orphée enchanter le Cerbere,
Endormir les Serpens de l'horrible Megere,
Rendre sensible enfin le séjour tenebieux ,
En déplorant le sort d'un Amant malheureux.
Mais ce n'est pas assez pour te combler de gloire;
Poursuis , chere Malcrais , tu n'as pas la victoire.
Rien n'a pû résister à tes divins accens ,
Que le coeur trop ingrat qui cause mes tourmens;
Reconnois ce Berger si fidele et și tendre ,
Dont la voix par hazard à toi se fit entendre ,
L'insensible Silvie a toujours les rigueurs ,
Que ton charmant Pinceau peignit avec mes
pleurs.
Et mon fidele coeur enchaîné par ses charmes ,
N'a point encor cessé de répandre des larmes ,
Si des mêmes couleurs dont tu peins mon tourment
,
Tu pouvois dégager un trop sensible Amant ;
Mais non , touche plutôt mon Amante cruelle,
He ! qui pourroit fléchir le coeur de cette belle !
Mes larmes mes soupirs et mes voeux sont
perdus ,
>
Tous tes charmans accens sont aussi superflus ;
Mes soins , mes tendres soins er ma flamme
constante ,
II. Vol. Sem1324
MERCURE DE FRANCE
Semblent rendre encor plus Sylvie indifférente.
Tu peux voir attentifs à tes divins concerts ,
Les Tygres , .les Rochers , même tout l'Univers;
Mais tu ne peux , Malcrais , attendrir la cruelle.
L'amour sourd à ma voix , et d'accord avec elle
Va bien-tôt me punir par un affreux trépas
Du soin que j'avois pris de vanter ses appas.
De même que l'on voit au Printemps la nature
Eraler à nos yeux sa riante parure ,
De diverses façons , briller de toutes parts ,
Sans le secours de l'art , enchanter nos regards ;
Telle s'offrit à moi la charmante Sylvie ,
De ses attraits d'abord mon ame fut ravie ,
Et frappé , j'admirai l'éclat de sa beauté.
Heureux ! si j'avois sçû prévoir sa cruauté.
Avec plaisir , Malcrais , je t'en fais confidence ,
Aussi- tôt ( car l'amour n'a guere de prudence }
Mon trop crédule coeur résolut en secret
De se rendre à Sylvie. Ha ! funête projet !
J'oubliai mes Moutons , mon Chien et ma Houlette
,•
Occupé du seul soin d'accorder ma Musette ,
J'importune bien-tôt les Echos d'alentour ,
Des appas de Sylvie et de mon tendre amour.
Momens délicieux ! un espoir téméraire ,
Malgré moi m'engageoit à chercher à lui plaire.
Que tes plaisirs , amour , ont des attraits mortels
!
II. Vol. Qu'on
JUIN. 1733. 1325
Qu'on a tort de vouloir t'élever des Autels !
Si tôt qu'elle apperçut le pouvoir de ses charines,
.
La cruelle se fit un tribut de mes larmes ;
Dans ses yeux dont moi seul je connois tout le
prix ,
Je ne lûs plus dèslors que de cruels mépris.
Son coeur à mes soupirs toujours inaccessible ,
A tes sons si touchants est encore insensible.
Tel est de mon destin l'implacable fureur ,
Que rien ne peut, Malciras,soulager ma douleur,
Ne cesse cependant de plaindre ma tendresse ,
Si tu ne peux fléchit mon ingrate Maîtresse ,
Tous les Bergers du moins apprendront quelque
jour ,
Par tes accens à fuir mon exemple en amour.
Il dit ; de sa douleur les mortelles atteintes ,
Finirent dans l'instant sa vie avec ses plaintes,
Ce malheureux Berger, descendu chez les morts,
Ne cesse de redire aux ombres tes accords ;
La Charmante Sapho , la trop tendre la Suse ,
Voyent revivre en toi les charmes de leur muse!
Heureux ! cent fois heureux ! un amant , dont
l'ardeur ,
Oseroit se flatter ... mais espoir séducteur !
Ton coeur fait pour l'amour , est engagé peutêtre
;
Le peindrois-tu si-bien , Malcrais , sans le connoître
?
Le Berger de Lutece.
la Vigne , du Croisic en Bretagne , à
son Elegie , inserée dans le Mercure du
mois de Mars 1733.
D
ELEGI E.
Ans un profond repos , fruit de beaucou
de peine ,
Je rêvois l'autre jour sur les bords de la Seine ,
Quand je vis un Berger dans un Bocage épais ,
Qu'il faisoit retentir de ses tristes
regrets.
Ma douleur , disoit-il , sera - t - elle éternelle ?
Heureux si je pouvois devenir infidelle !
Ton nom vole en tous lieux et tes Vers enchan
teurs ,
Docte et tendre Malcrais , séduisent tous les
coeurs ;
II. Vol.
JUIN.
1733 1323
Qui peut se refuser aux charmes de ta Lyre ?
Déja plus d'une Muse a pris soin de te dire ,
Que tu peux attendrir la cruelle Alecton ,
Arracher des soupirs au barbare Pluton ,
Comme un nouvel Orphée enchanter le Cerbere,
Endormir les Serpens de l'horrible Megere,
Rendre sensible enfin le séjour tenebieux ,
En déplorant le sort d'un Amant malheureux.
Mais ce n'est pas assez pour te combler de gloire;
Poursuis , chere Malcrais , tu n'as pas la victoire.
Rien n'a pû résister à tes divins accens ,
Que le coeur trop ingrat qui cause mes tourmens;
Reconnois ce Berger si fidele et și tendre ,
Dont la voix par hazard à toi se fit entendre ,
L'insensible Silvie a toujours les rigueurs ,
Que ton charmant Pinceau peignit avec mes
pleurs.
Et mon fidele coeur enchaîné par ses charmes ,
N'a point encor cessé de répandre des larmes ,
Si des mêmes couleurs dont tu peins mon tourment
,
Tu pouvois dégager un trop sensible Amant ;
Mais non , touche plutôt mon Amante cruelle,
He ! qui pourroit fléchir le coeur de cette belle !
Mes larmes mes soupirs et mes voeux sont
perdus ,
>
Tous tes charmans accens sont aussi superflus ;
Mes soins , mes tendres soins er ma flamme
constante ,
II. Vol. Sem1324
MERCURE DE FRANCE
Semblent rendre encor plus Sylvie indifférente.
Tu peux voir attentifs à tes divins concerts ,
Les Tygres , .les Rochers , même tout l'Univers;
Mais tu ne peux , Malcrais , attendrir la cruelle.
L'amour sourd à ma voix , et d'accord avec elle
Va bien-tôt me punir par un affreux trépas
Du soin que j'avois pris de vanter ses appas.
De même que l'on voit au Printemps la nature
Eraler à nos yeux sa riante parure ,
De diverses façons , briller de toutes parts ,
Sans le secours de l'art , enchanter nos regards ;
Telle s'offrit à moi la charmante Sylvie ,
De ses attraits d'abord mon ame fut ravie ,
Et frappé , j'admirai l'éclat de sa beauté.
Heureux ! si j'avois sçû prévoir sa cruauté.
Avec plaisir , Malcrais , je t'en fais confidence ,
Aussi- tôt ( car l'amour n'a guere de prudence }
Mon trop crédule coeur résolut en secret
De se rendre à Sylvie. Ha ! funête projet !
J'oubliai mes Moutons , mon Chien et ma Houlette
,•
Occupé du seul soin d'accorder ma Musette ,
J'importune bien-tôt les Echos d'alentour ,
Des appas de Sylvie et de mon tendre amour.
Momens délicieux ! un espoir téméraire ,
Malgré moi m'engageoit à chercher à lui plaire.
Que tes plaisirs , amour , ont des attraits mortels
!
II. Vol. Qu'on
JUIN. 1733. 1325
Qu'on a tort de vouloir t'élever des Autels !
Si tôt qu'elle apperçut le pouvoir de ses charines,
.
La cruelle se fit un tribut de mes larmes ;
Dans ses yeux dont moi seul je connois tout le
prix ,
Je ne lûs plus dèslors que de cruels mépris.
Son coeur à mes soupirs toujours inaccessible ,
A tes sons si touchants est encore insensible.
Tel est de mon destin l'implacable fureur ,
Que rien ne peut, Malciras,soulager ma douleur,
Ne cesse cependant de plaindre ma tendresse ,
Si tu ne peux fléchit mon ingrate Maîtresse ,
Tous les Bergers du moins apprendront quelque
jour ,
Par tes accens à fuir mon exemple en amour.
Il dit ; de sa douleur les mortelles atteintes ,
Finirent dans l'instant sa vie avec ses plaintes,
Ce malheureux Berger, descendu chez les morts,
Ne cesse de redire aux ombres tes accords ;
La Charmante Sapho , la trop tendre la Suse ,
Voyent revivre en toi les charmes de leur muse!
Heureux ! cent fois heureux ! un amant , dont
l'ardeur ,
Oseroit se flatter ... mais espoir séducteur !
Ton coeur fait pour l'amour , est engagé peutêtre
;
Le peindrois-tu si-bien , Malcrais , sans le connoître
?
Le Berger de Lutece.
Fermer
Résumé : RÉPONSE à Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, à son Elegie, inserée dans le Mercure mois de Mars 1733. ELEGIE.
Le texte est une réponse à une élégie de Mlle de Malcrais, publiée dans le Mercure de mars 1733. L'auteur, un berger, exprime sa douleur amoureuse en rêvant sur les bords de la Seine. Il admire les talents poétiques de Malcrais, capable d'attendrir même les créatures les plus dures. Cependant, malgré ses vers enchanteurs, elle ne peut adoucir le cœur ingrat de Sylvie, l'amante cruelle du berger. Ce dernier, malgré ses efforts et ses larmes, ne parvient pas à attendrir Sylvie, qui reste indifférente à ses souffrances. Le berger compare l'amour à une force destructrice et regrette de ne pas avoir prévu la cruauté de Sylvie. Il finit par mourir de douleur, continuant à chanter les accords de Malcrais même après sa mort. Le texte se termine par une réflexion sur l'amour et ses dangers, soulignant l'incapacité de Malcrais à changer le destin tragique du berger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
28
p. 2678-2692
L'Opéra d'Issé, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique a remis pour la quatriéme fois au Théatre [...]
Mots clefs :
Issé, Amour, Apollon, Hilas, Coeur, Philémon, Nymphe, Fête, Vers, Académie royale de musique, Théâtre, Gloire, Dragon, Pastorale, Berger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Opéra d'Issé, Extrait, [titre d'après la table]
'Académie Royale de Musique a res
mis pour la quatrième fois au Théatre
Issé , Pastorale Héroïque . Depuis l'année
1697. qu'elle parut pour la premiere
fois , on l'a reprise en 1708. et en 17194
et toujours avec plus de succès , cette
derniere reprise est des plus brillantes.
C'est le premier Ouvrage de deux jeunes
Auteurs , qui semblent se disputer
à qui entrera avec plus de vivacité dans
une carriere qu'ils ont depuis remplie
avec beaucoup d'éclat. M. de la Mothe
qui a fait le Poëme , qu'on croit antérieur
à celui de l'Europe Galante , n'y
dément pas le nom dejeune Homere , qu'il
se donne dans son Epitre Dédicatoire ,
où il choisit Monseigneur le Duc de
Bourgogne pour son Achille ; la gloire
qu'il s'est acquise depuis , a justifié son
ambition naissante ; on remarque que
son stile dans Issé n'est pas tout- à- fait
aussi correct qu'il l'a été dans beaucoup
d'autres Ouvrages qui lui ont assuré l'im
mortalité qu'il se proposoit pour prix
de ses travaux ; mais on en esr dédom
1. Vol
magt
DECEMBRE. 1733. 2679
magé par le plus beau feu qu'Apollon
puisse inspirer à un jeune Eleve.
M. Destouches , Auteur de la Musique ,
non moins avide de gloire , fait voir
dans cette Pastorale , qu'on peut dès
le premier pas faire douter si l'on pourra
se surpasser dans la suite ; son génie et
son goût s'y déployent tout entiers
rien de plus naturel que son chant , rien
de plus vif que ses peintures , sur tout
rien de plus flatteur que son récitatif.
Voilà le témoignage que la voix publique
nous excite à rendre , sur le mérite
des deux Auteurs de cette Pastorales
en voici l'Extrait .
La Fable du Jardin des Hesperides a
fourni à l'ingénieux Auteur de cette Pastorale
, le sujet d'un Prologue Allegorique.
La Paix que LOUIS LE GRAND
accorda à l'Europe , en est l'objet ; nous
ne pouvons donner une plus juste intelligence
de l'allégorie en question ,
qu'en nous servant des propres termes
de M. de, la Mothe . Les voicy.
Ce Prologue est une allégorie dont il est
aisé de découvrir les rapports. Le Jardin
des Hesperides représente l'Abondance ; le
Dragon qui en deffend l'entrée , y signifie
la Guerre , qui , suspendant le Commerce,
ferme aux Peuples qu'elle divise la voye
1. Vol.
do
2680 MERCURE DE FRANCE
de l'Abondance ; enfin Hercule , qui par
la
défaite du Dragon , rend ce Fardin accessible
à tout le monde , est l'image exacte du
Roy , qui n'a vaincu tant de fois que pour
pouvoir terminer la Guerre et rendre à ses
Peuples et à ses Voisrns , l'abondance qu'ils
souhaitoient.
Passons à l'action Théatrale.
Le Théatre représente le Jardin des Hesperides
; les Arbres sont chargez de fruits
d'or; et l'on découvre dans le fonds l'en
trée de ce Jardin deffendue par un Dragon
qui vomit incessamment des flammes.
La premiere Hesperide expose le sujet
par ces Vers :
Nous jouissons ici d'une douceur profonde ;
L'abondance en ces lieux regne de toutes parts;
Nos Bois et nos Vergers offrent à nos regards
Les seuls biens qu'adore le monde ;
Leurs fruits sont enviez du reste des Humains ;
Mais nous ne craignons rien du désir qui les
presse ;
Et ce Dragon veille sans cesse ,
Pour sauver nos trésors de leurs profanes mains.
Elle invite ses soeurs et tous les Habitans
de ce Jardin précieux à chanter le
bonheur dont ils jouissent. On entend
un bruit de guerre ; la premiere Hespeide
excite le Dragon à mettre en pieces
I. Vol. la
DECEMBRE . 1733. 268 i
téméraire Mortel qui vient chercher
La mort; Hercule combat le Dragon , et
en triomphe ; il rassure les Hesperides
par ces Vers :
Craignez-vous que mon bras vienne vous asservir,
Et faire de vos fruits un injuste pillage ?
Non ; je ne viens pas les ravir ;
Mais je veux que le monde avec vous les partage,
Jupiter vient confirmer la promesse
d'Hercule et lui parle ainsi :
Que ton bras se repose, ainsi que mon Tonnerre
Mon fils , termine tes travaux ;
Jouis toi- même du repos
Que ta valeur donne à la Terre.
Il rassemble les Peuples effrayez , qui
témoignent leur joye par ane Féte éclatante.
Jupiter termine ce charmant Pro
logue par ces Vers adressez à Hercule ,
c'est-à- dire au Héros de la France .
Alcide , ce grand jour marqué par la Victoire ,
Assure à l'Univers le sort le plus charmant ;
Plus d'un heureux évenement ,
En doit à l'avenir consacrer la memoire ,
Quand par un effort genereux ,
Ton bras vient aux Mortels rendre une Paix
profonde
5. Vol.
L'Hymenés
2682 MERCURE DE FRANCE
L'Hymenée et l'Amour joignant des plus beaux
noeuds ,
Deux coeurs formez pour le bonheur du monde.
De cette auguste Fête Apollon prend le soin ;
Viens avec tous les Dieux en être le témoin.
Tout le monde sent bien que Jupiter
annonce ici l'Hymen glorieux auquel
nous devons notre auguste Maître.
AU PREMIER ACTE , Apollon sous le
nom de Philemon , se plaint de l'Amour
qui ne l'a jamais blessé de ses Traits que
pour le rendre malheureux ; il se rappelle
la rigueur de Daphné et se reproche
de gémir encore sous de mêmes loix .
Pan , déguisé en Berger , lui conseille
de ne plus cacher sa Divinité aux yeux
d'Issé dont il est épris ; Apollon lui
répond qu'il ne veut devoir le coeur de
cette Nymphe qu'à son amour ; voyant
venir Issé , il se retire pour surprendre
son secret sans être apperçû . Issé , dans
un tendre Monologue , regrette la perte
de son heureuse indifference.
>
Doris soupçonne Issé d'aimer Hylas;
la Nymphe la laisse dans son erreur et
lui fait entendre la nouvelle situation
de son coeur par ces Vers :
Mes jours couloient dans les plaisirs ;
Je goûtois à la fois la paix et l'innocence ,
1. Vol et
DECEMBRE. 1733 2683
Et mon coeur satisfait de son indifference ,
Vivoit sans crainte et sans desirs ;
Mais depuis que l'Amour l'a rendu trop sensible,
Les plaisirs l'ont abandonné ;
Quel changement ! ô Ciel ! est- il possible ?
Non, ce n'est plus ce coeur si content , si paisible;
C'est un coeur tout nouveau que l'Amour m'a
donné.
On entend un bruit d'Instrumens s
Doris apprend à Issé que c'est une Fête
qu'Hilas a fair préparer pour elle.
La Suite d'Hilas représente les Néreïdes
et les Nymphes de Diane , conduites
par l'Amour et les Plaisirs, Hilas déclare
son amour à Issé par ces Vers :
L'Amour a tout soumis à ses loix souveraines ;
Il fait sentir ses feux dans l'humide séjour ;
Il blesse de ses traits , il charge de ses chaînes ,
La fiere Diane à son tour ;
Mais il n'est pas content de sa victoire ;
Le coeur d'Issé manque à sa gloire,
L'objet de cette Fête c'est d'inviter
Issé à aimer. Après la Fête la Nymphe
répond à Hilas :
Autant que je le puis , je résiste aux Amours ;
De leurs traits dangereux je redoute l'atteinte ;
Heureuse si ma crainte
2. Vol. M'an
2684 MERCURE DE FRANCE
M'en deffendoit toujours.
Cette réponse équivoque laisse un peu
d'esperance à Hilas .
Le Théatre représente au second Acte,
le Palais d'Issé et ses Jardins ; Issé se plaint
de l'Amour , et le prie de s'adresser à
d'autres coeurs qui se feroient un plaisir
de se rendre. Doris l'avertit que Philemon
s'avance.
Issé voudroit fuir la présence de Philemon
; mais ce Dieu , transformé en Berger,
Parrête. Cette Scene est très interessante
et très - bien dialoguée ; voici les
Vers qui la terminent.
Issé.
Cessez une ardeur si pressante ;
Je ne veux plus vous écouter .
Apollon.
'Arrêtez, Nymphe trop charmante,
Issé.
Non ; laissez - moi vous éviter.
Apollon.
Vous me fuyez et je vous aime !
Issé.
Je fuis l'Amour quand je vous fuis.
Apollon.
Dissipez le trouble où je suis,
I. Vol.
Issér
1
DECEMBRE. 1733. 2685
Issé.
N'augmentez pas celui qui m'agite moi- même.
Apollon.
Rendez-vous à mes feux.
Issé.
Ne tentez plus mon coeux,
Apollon.
Pourquoi craindre d'aimer.
Issé.
On doit craindre un
Vainqueur.
Apollon suit Issé , qui se retire. L'Acte
Eniroir ici , s'il n'y falloit une Fête ; l'Au
teur y supplée par un Episode ; Pan arrête
Doris , et lui parle d'amour , mais
sur un ton bien different de celui dont
Apellon vient d'en parler à Issé ; il sagit
d'un amour volage ; des Bergers , des
Bergeres et des Pâtres , viennent par
son ordre celebrer le plaisir d'être in ,
constans.
Au troisiéme Acte , Apollon dit à
Pan , que, tout aimé qu'il se croit de la
tendre Issé , il n'est pas encore parfaitement
heureux; il exprime ainsi ce qu'il
souhaite :
Je ne borne point mes desirs ,
A l'imparfait bonheur d'une flamme vulgaire ;
1. Vol.
G. Acheve
2686 MERCURE DE FRANCE
Acheve, acheve, Amour , de combler mes plaisirs;
Tu sçais ce qui te reste à faire,
Il dit à Pan, qui paroît surpris de voir
la celebre Forêt de Dodone , dont les
Arbres rendent des Oracles , qu'Issé doit
les consulter , et que par l'Oracle qu'ils
vont rendre , il sçaura si cette Nymphe
est digne de son amour. Il se retire avec
Pan à l'approche d'Hilas.
Hilas se plaint de l'Amour dont Issé
lui ; voici com- brûle pour un autre que
ment il s'exprime :
Sombres Déserts, témoins de mes tristes regrets;
Rien ne manque plus à ma peine.
Mes cris ont fait cent fois retentir ces Forêts ,
De la froideur d'une inhumaine ;
Hélas ! que n'est- ce encor le sujet qui m'amenę?
L'ingrate , de l'Amour ressent enfin les traits ;
Un perfide penchant l'entraîne.
Sombres Déserts , &c.
Issé qui vient consulter Dodone , veut
éviter la présence d'Hilas ; ce Berger l'arrête
pour se plaindre de l'amour qu'elle
sent pour un autre ; le Monologue et
le Dialogue font également honneur au
Poëte et au Musicien ; les plaintes d'Hilas
obligent Issé de se retirer , il la suit ,
Et le Théare resteroit vuide sans le se-
I. Vol. Cours
DECEMBRE. 1733. 2687
cours de l'Episode ; Pan et Doris se parlent
toujours sur le même ton ; ils conviennent
enfin de s'engager l'un à l'autre
le moins qu'ils pourront , ce qu'ils
font connoître par ce Duo :
Cédons à nos tendres désirs ;
Qu'un heureux penchant nous entraîne ;
Et que l'Amour laisse aux plaisirs
Le soin de serrer notre chaîne.
Leur convention étant faite, on reprend'
le fil de l'action principale ; les Prêtres
et les Prêtresses de Dodone viennent celebrer
leurs sacrez mysteres , et satisfaire le
desir curieux d'Issé , qui vient avec eux ,
et qui leur a déja fait entendre ce qu'el.e
souhaite. Rien n'est si beau que l'invccation
de Dodone ; le Poëte et le Musicien
s'y sont également surpassez ; " lcs
Rameaux mysterieux rendent enfin cet
Oracle :
3
Issé doit s'enflammer de l'ardeur la plus belle ;
Apollon veut être aimé d'elle.
Cet Oracle porte un coup fatal à l'a
mour que la Nymphe sent pour le faux
Philemon ; elle ne laisse pas d'assister à
la Fête qu'on celebre en l'honneur da
choix d'Apollon .
1. Vol. Gi
Le
1688 MERCURE DE FRANCE
Le Théatre représente au quatriéme
Acte une Grotte . Issé vient se plaindre
de la Loi fatale que l'Oracle de Dodone
vient de lui imposer ; ce Monologue.est
des plus touchants , tant par les paroles
que par la Musique ; il finit par cette
résolution d'Issé :
Vainement , Apollon , votre grandeur suprême
Fera luire à mes yeux ce qu'elle a de plus doux;
Je ne changerai pas pour vous ,
Le fidelle Berger que j'aime,
Le sommeil , accompagné des Songes ;
de Zephirs et de Nymphes , vient inviter
Issé au repos ; elle s'endort ; après
les danses , le Sommeil parle ainsi aux
Songes ;
Songes , pour Apollon , signalez votre zele ;
Il veut de cette Nymphe , éprouver tout l'amour,
Tracez à ses esprits une image fidelle
De la gloire du Dieu du jour,
Hilas vient déplorer son sort par un
Monologue , qui exprime tout l'amour
qu'il a pour Issé , qu'il trouve endormie ;
après ce récit , dont tous les Spectateurs
sont justement enchantez , Issé se reveil
le en sursaut , et dit ;
I.Vola
Qu'ai-je
DECEMBRE.
17332689
Qu'ai- je pensé quel songe est venu me séduire
?
J'ai cru voir Apollon quitter les cieux pour
moi ;
Je me trouvois sensible à l'ardeur qui l'inspire #
Un mutuel amour engageoit notre foy ,
Hélas ! cher Philemon , pour qui seul je sou
pire ,
Ne me reprochez point ces songes impuissans
Mon coeur n'a point de part à l'erreur de mes
sens.
Hilas frappé de la victoire que Philemon
remporte sur Apollon même dans
le coeur d'Issé , quitte cette Nymphe
pour jamais. Pan vient apprendre à İssé
que Philemon , instruit de l'Oracle de
Dodonne , se livre au désespoir ; Issé lui
demande où elle pourra le trouver pour
le rassurer ; Pan lui répond qu'il l'alaissé
dans le prochain Bocage . Issé part
sur le champ , pour aller secourir son
Amant, et finit ce bel Acte par ce Vers :
Vole , Amour , sui mes pas, et vien le rassurer.
Le Théatre représente au cinquième
'Acte , une Solitude. Doris commence
l'Acte , et Pan en remplit la seconde Scece
avec elle ; mais comme cela coupe l'action
dans l'endroit le plus interressant ,
nos Lecteurs ne trouveront pas mauvais
I.Vol. Giij que
2690 MERCURE DE FRANCE
que nous ne suivions pas exactement ce
Poëme ; nous passons donc à Appollon
et à Issé , pour qui tous les coeurs s'inté
ressent. Apollon jouit pleinement de la
victoire qu'il remporte sur lui - même ;
Issé n'oublie rien pour détruire les feintes
allarmes de son cher Philemon ; il
lui fait entendre ses frayeurs secrettes ,
par ces Vers :
Les noeuds
que l'Amour a formez ,
Vont être brisez par la gloire ;
Pardonnez mes transporss jaloux , &c.
La tendre Issé lui répond :
Je ne la connois point cette gloire fatale ;
Mon coeur ne reconnoit que vous ,
Ils se disent ensemble :
C'est moi qui vous aime ,
Le plus tendrement ;
Si vous m'aimiez de même ;
Mon sort seroit charmant.
&c.
On trouve que ce Duo étoit mieux
amené dans la premiere Edition ; il venoit
après ces Vers qu'Issé adressoit à son
cher Philemon :
Un vain espoir vous séduit et vous charme §
Et moi , je crains incessamment ,
I. Vol. Votre
DECEMBRE . 1733 2694
"
Votre amour espere aisément ,
Et le mien aisément s'allarme ,
Que nous aimons différemment !
C'est moi qui vous aime ,
Le plus tendrement.
Apollon fait enfin la derniere épreuve
du coeur d'Issé ; le Théatre change et représente
un Palais magnifique. On voit
les Heures qui descendent des Cieux sur
des nuages; Issé ne peut soûtenir ce spectacle
; elle tremble pour son Amant, elle
le presse de fuir avec elle , pour se dérober
à la fureur d'un Dieu jaloux ; Apollon
ne peut plus tenir contre des preuves
si éclatantes d'une fidelité inébranlable
; il se jette aux pieds d'Issé et lui
fait connoître que le Dieu qu'elle craint ',
et le Berger qu'elle aime , ne sont qu'une
même personne ; les Heures forment la
fête de ce dernier Acte , et cette aimable
Pastorale finit par un Choeur des plus
brillans.
On auroit souhaité qu'une action si interessante
ne fut pas coupée par un
Episode dont elle pourroit se passer absolument.
On doit même présumer que
M. de la Mothe s'est défié de lui- même,
quand il a appellé ce galant hors d'auvre
à son secours ; on croit même que s'il
1. Vol. Giiij avoit
2692 MERCURE DE FRANCE
avoit d'abord mis sa Pastorale en cinq
Actes , il l'auroit traitée plus séricusement
, et n'auroit pas rappellé hors de
saison ,une forme de Poëme Lyrique , dont
les Italiens sont les créateurs , que leur
premier imitateur avoit d'abord adoptée
; mais à laquelle il renonça après son
troisiéme Opera , parce qu'il s'apperçut
bien que les François ne s'en accommodoient
pas. Au reste cette Pastotale est
generalement approuvée ; et l'exécution
répond parfaitement à la bonté de l'Ouvrage.
La Dlle le Maure ne brille pas
moins dans le Rôle d'Issé , qu'elle avoit
fait dans celui d'Oriane , dans Amadis .
mis pour la quatrième fois au Théatre
Issé , Pastorale Héroïque . Depuis l'année
1697. qu'elle parut pour la premiere
fois , on l'a reprise en 1708. et en 17194
et toujours avec plus de succès , cette
derniere reprise est des plus brillantes.
C'est le premier Ouvrage de deux jeunes
Auteurs , qui semblent se disputer
à qui entrera avec plus de vivacité dans
une carriere qu'ils ont depuis remplie
avec beaucoup d'éclat. M. de la Mothe
qui a fait le Poëme , qu'on croit antérieur
à celui de l'Europe Galante , n'y
dément pas le nom dejeune Homere , qu'il
se donne dans son Epitre Dédicatoire ,
où il choisit Monseigneur le Duc de
Bourgogne pour son Achille ; la gloire
qu'il s'est acquise depuis , a justifié son
ambition naissante ; on remarque que
son stile dans Issé n'est pas tout- à- fait
aussi correct qu'il l'a été dans beaucoup
d'autres Ouvrages qui lui ont assuré l'im
mortalité qu'il se proposoit pour prix
de ses travaux ; mais on en esr dédom
1. Vol
magt
DECEMBRE. 1733. 2679
magé par le plus beau feu qu'Apollon
puisse inspirer à un jeune Eleve.
M. Destouches , Auteur de la Musique ,
non moins avide de gloire , fait voir
dans cette Pastorale , qu'on peut dès
le premier pas faire douter si l'on pourra
se surpasser dans la suite ; son génie et
son goût s'y déployent tout entiers
rien de plus naturel que son chant , rien
de plus vif que ses peintures , sur tout
rien de plus flatteur que son récitatif.
Voilà le témoignage que la voix publique
nous excite à rendre , sur le mérite
des deux Auteurs de cette Pastorales
en voici l'Extrait .
La Fable du Jardin des Hesperides a
fourni à l'ingénieux Auteur de cette Pastorale
, le sujet d'un Prologue Allegorique.
La Paix que LOUIS LE GRAND
accorda à l'Europe , en est l'objet ; nous
ne pouvons donner une plus juste intelligence
de l'allégorie en question ,
qu'en nous servant des propres termes
de M. de, la Mothe . Les voicy.
Ce Prologue est une allégorie dont il est
aisé de découvrir les rapports. Le Jardin
des Hesperides représente l'Abondance ; le
Dragon qui en deffend l'entrée , y signifie
la Guerre , qui , suspendant le Commerce,
ferme aux Peuples qu'elle divise la voye
1. Vol.
do
2680 MERCURE DE FRANCE
de l'Abondance ; enfin Hercule , qui par
la
défaite du Dragon , rend ce Fardin accessible
à tout le monde , est l'image exacte du
Roy , qui n'a vaincu tant de fois que pour
pouvoir terminer la Guerre et rendre à ses
Peuples et à ses Voisrns , l'abondance qu'ils
souhaitoient.
Passons à l'action Théatrale.
Le Théatre représente le Jardin des Hesperides
; les Arbres sont chargez de fruits
d'or; et l'on découvre dans le fonds l'en
trée de ce Jardin deffendue par un Dragon
qui vomit incessamment des flammes.
La premiere Hesperide expose le sujet
par ces Vers :
Nous jouissons ici d'une douceur profonde ;
L'abondance en ces lieux regne de toutes parts;
Nos Bois et nos Vergers offrent à nos regards
Les seuls biens qu'adore le monde ;
Leurs fruits sont enviez du reste des Humains ;
Mais nous ne craignons rien du désir qui les
presse ;
Et ce Dragon veille sans cesse ,
Pour sauver nos trésors de leurs profanes mains.
Elle invite ses soeurs et tous les Habitans
de ce Jardin précieux à chanter le
bonheur dont ils jouissent. On entend
un bruit de guerre ; la premiere Hespeide
excite le Dragon à mettre en pieces
I. Vol. la
DECEMBRE . 1733. 268 i
téméraire Mortel qui vient chercher
La mort; Hercule combat le Dragon , et
en triomphe ; il rassure les Hesperides
par ces Vers :
Craignez-vous que mon bras vienne vous asservir,
Et faire de vos fruits un injuste pillage ?
Non ; je ne viens pas les ravir ;
Mais je veux que le monde avec vous les partage,
Jupiter vient confirmer la promesse
d'Hercule et lui parle ainsi :
Que ton bras se repose, ainsi que mon Tonnerre
Mon fils , termine tes travaux ;
Jouis toi- même du repos
Que ta valeur donne à la Terre.
Il rassemble les Peuples effrayez , qui
témoignent leur joye par ane Féte éclatante.
Jupiter termine ce charmant Pro
logue par ces Vers adressez à Hercule ,
c'est-à- dire au Héros de la France .
Alcide , ce grand jour marqué par la Victoire ,
Assure à l'Univers le sort le plus charmant ;
Plus d'un heureux évenement ,
En doit à l'avenir consacrer la memoire ,
Quand par un effort genereux ,
Ton bras vient aux Mortels rendre une Paix
profonde
5. Vol.
L'Hymenés
2682 MERCURE DE FRANCE
L'Hymenée et l'Amour joignant des plus beaux
noeuds ,
Deux coeurs formez pour le bonheur du monde.
De cette auguste Fête Apollon prend le soin ;
Viens avec tous les Dieux en être le témoin.
Tout le monde sent bien que Jupiter
annonce ici l'Hymen glorieux auquel
nous devons notre auguste Maître.
AU PREMIER ACTE , Apollon sous le
nom de Philemon , se plaint de l'Amour
qui ne l'a jamais blessé de ses Traits que
pour le rendre malheureux ; il se rappelle
la rigueur de Daphné et se reproche
de gémir encore sous de mêmes loix .
Pan , déguisé en Berger , lui conseille
de ne plus cacher sa Divinité aux yeux
d'Issé dont il est épris ; Apollon lui
répond qu'il ne veut devoir le coeur de
cette Nymphe qu'à son amour ; voyant
venir Issé , il se retire pour surprendre
son secret sans être apperçû . Issé , dans
un tendre Monologue , regrette la perte
de son heureuse indifference.
>
Doris soupçonne Issé d'aimer Hylas;
la Nymphe la laisse dans son erreur et
lui fait entendre la nouvelle situation
de son coeur par ces Vers :
Mes jours couloient dans les plaisirs ;
Je goûtois à la fois la paix et l'innocence ,
1. Vol et
DECEMBRE. 1733 2683
Et mon coeur satisfait de son indifference ,
Vivoit sans crainte et sans desirs ;
Mais depuis que l'Amour l'a rendu trop sensible,
Les plaisirs l'ont abandonné ;
Quel changement ! ô Ciel ! est- il possible ?
Non, ce n'est plus ce coeur si content , si paisible;
C'est un coeur tout nouveau que l'Amour m'a
donné.
On entend un bruit d'Instrumens s
Doris apprend à Issé que c'est une Fête
qu'Hilas a fair préparer pour elle.
La Suite d'Hilas représente les Néreïdes
et les Nymphes de Diane , conduites
par l'Amour et les Plaisirs, Hilas déclare
son amour à Issé par ces Vers :
L'Amour a tout soumis à ses loix souveraines ;
Il fait sentir ses feux dans l'humide séjour ;
Il blesse de ses traits , il charge de ses chaînes ,
La fiere Diane à son tour ;
Mais il n'est pas content de sa victoire ;
Le coeur d'Issé manque à sa gloire,
L'objet de cette Fête c'est d'inviter
Issé à aimer. Après la Fête la Nymphe
répond à Hilas :
Autant que je le puis , je résiste aux Amours ;
De leurs traits dangereux je redoute l'atteinte ;
Heureuse si ma crainte
2. Vol. M'an
2684 MERCURE DE FRANCE
M'en deffendoit toujours.
Cette réponse équivoque laisse un peu
d'esperance à Hilas .
Le Théatre représente au second Acte,
le Palais d'Issé et ses Jardins ; Issé se plaint
de l'Amour , et le prie de s'adresser à
d'autres coeurs qui se feroient un plaisir
de se rendre. Doris l'avertit que Philemon
s'avance.
Issé voudroit fuir la présence de Philemon
; mais ce Dieu , transformé en Berger,
Parrête. Cette Scene est très interessante
et très - bien dialoguée ; voici les
Vers qui la terminent.
Issé.
Cessez une ardeur si pressante ;
Je ne veux plus vous écouter .
Apollon.
'Arrêtez, Nymphe trop charmante,
Issé.
Non ; laissez - moi vous éviter.
Apollon.
Vous me fuyez et je vous aime !
Issé.
Je fuis l'Amour quand je vous fuis.
Apollon.
Dissipez le trouble où je suis,
I. Vol.
Issér
1
DECEMBRE. 1733. 2685
Issé.
N'augmentez pas celui qui m'agite moi- même.
Apollon.
Rendez-vous à mes feux.
Issé.
Ne tentez plus mon coeux,
Apollon.
Pourquoi craindre d'aimer.
Issé.
On doit craindre un
Vainqueur.
Apollon suit Issé , qui se retire. L'Acte
Eniroir ici , s'il n'y falloit une Fête ; l'Au
teur y supplée par un Episode ; Pan arrête
Doris , et lui parle d'amour , mais
sur un ton bien different de celui dont
Apellon vient d'en parler à Issé ; il sagit
d'un amour volage ; des Bergers , des
Bergeres et des Pâtres , viennent par
son ordre celebrer le plaisir d'être in ,
constans.
Au troisiéme Acte , Apollon dit à
Pan , que, tout aimé qu'il se croit de la
tendre Issé , il n'est pas encore parfaitement
heureux; il exprime ainsi ce qu'il
souhaite :
Je ne borne point mes desirs ,
A l'imparfait bonheur d'une flamme vulgaire ;
1. Vol.
G. Acheve
2686 MERCURE DE FRANCE
Acheve, acheve, Amour , de combler mes plaisirs;
Tu sçais ce qui te reste à faire,
Il dit à Pan, qui paroît surpris de voir
la celebre Forêt de Dodone , dont les
Arbres rendent des Oracles , qu'Issé doit
les consulter , et que par l'Oracle qu'ils
vont rendre , il sçaura si cette Nymphe
est digne de son amour. Il se retire avec
Pan à l'approche d'Hilas.
Hilas se plaint de l'Amour dont Issé
lui ; voici com- brûle pour un autre que
ment il s'exprime :
Sombres Déserts, témoins de mes tristes regrets;
Rien ne manque plus à ma peine.
Mes cris ont fait cent fois retentir ces Forêts ,
De la froideur d'une inhumaine ;
Hélas ! que n'est- ce encor le sujet qui m'amenę?
L'ingrate , de l'Amour ressent enfin les traits ;
Un perfide penchant l'entraîne.
Sombres Déserts , &c.
Issé qui vient consulter Dodone , veut
éviter la présence d'Hilas ; ce Berger l'arrête
pour se plaindre de l'amour qu'elle
sent pour un autre ; le Monologue et
le Dialogue font également honneur au
Poëte et au Musicien ; les plaintes d'Hilas
obligent Issé de se retirer , il la suit ,
Et le Théare resteroit vuide sans le se-
I. Vol. Cours
DECEMBRE. 1733. 2687
cours de l'Episode ; Pan et Doris se parlent
toujours sur le même ton ; ils conviennent
enfin de s'engager l'un à l'autre
le moins qu'ils pourront , ce qu'ils
font connoître par ce Duo :
Cédons à nos tendres désirs ;
Qu'un heureux penchant nous entraîne ;
Et que l'Amour laisse aux plaisirs
Le soin de serrer notre chaîne.
Leur convention étant faite, on reprend'
le fil de l'action principale ; les Prêtres
et les Prêtresses de Dodone viennent celebrer
leurs sacrez mysteres , et satisfaire le
desir curieux d'Issé , qui vient avec eux ,
et qui leur a déja fait entendre ce qu'el.e
souhaite. Rien n'est si beau que l'invccation
de Dodone ; le Poëte et le Musicien
s'y sont également surpassez ; " lcs
Rameaux mysterieux rendent enfin cet
Oracle :
3
Issé doit s'enflammer de l'ardeur la plus belle ;
Apollon veut être aimé d'elle.
Cet Oracle porte un coup fatal à l'a
mour que la Nymphe sent pour le faux
Philemon ; elle ne laisse pas d'assister à
la Fête qu'on celebre en l'honneur da
choix d'Apollon .
1. Vol. Gi
Le
1688 MERCURE DE FRANCE
Le Théatre représente au quatriéme
Acte une Grotte . Issé vient se plaindre
de la Loi fatale que l'Oracle de Dodone
vient de lui imposer ; ce Monologue.est
des plus touchants , tant par les paroles
que par la Musique ; il finit par cette
résolution d'Issé :
Vainement , Apollon , votre grandeur suprême
Fera luire à mes yeux ce qu'elle a de plus doux;
Je ne changerai pas pour vous ,
Le fidelle Berger que j'aime,
Le sommeil , accompagné des Songes ;
de Zephirs et de Nymphes , vient inviter
Issé au repos ; elle s'endort ; après
les danses , le Sommeil parle ainsi aux
Songes ;
Songes , pour Apollon , signalez votre zele ;
Il veut de cette Nymphe , éprouver tout l'amour,
Tracez à ses esprits une image fidelle
De la gloire du Dieu du jour,
Hilas vient déplorer son sort par un
Monologue , qui exprime tout l'amour
qu'il a pour Issé , qu'il trouve endormie ;
après ce récit , dont tous les Spectateurs
sont justement enchantez , Issé se reveil
le en sursaut , et dit ;
I.Vola
Qu'ai-je
DECEMBRE.
17332689
Qu'ai- je pensé quel songe est venu me séduire
?
J'ai cru voir Apollon quitter les cieux pour
moi ;
Je me trouvois sensible à l'ardeur qui l'inspire #
Un mutuel amour engageoit notre foy ,
Hélas ! cher Philemon , pour qui seul je sou
pire ,
Ne me reprochez point ces songes impuissans
Mon coeur n'a point de part à l'erreur de mes
sens.
Hilas frappé de la victoire que Philemon
remporte sur Apollon même dans
le coeur d'Issé , quitte cette Nymphe
pour jamais. Pan vient apprendre à İssé
que Philemon , instruit de l'Oracle de
Dodonne , se livre au désespoir ; Issé lui
demande où elle pourra le trouver pour
le rassurer ; Pan lui répond qu'il l'alaissé
dans le prochain Bocage . Issé part
sur le champ , pour aller secourir son
Amant, et finit ce bel Acte par ce Vers :
Vole , Amour , sui mes pas, et vien le rassurer.
Le Théatre représente au cinquième
'Acte , une Solitude. Doris commence
l'Acte , et Pan en remplit la seconde Scece
avec elle ; mais comme cela coupe l'action
dans l'endroit le plus interressant ,
nos Lecteurs ne trouveront pas mauvais
I.Vol. Giij que
2690 MERCURE DE FRANCE
que nous ne suivions pas exactement ce
Poëme ; nous passons donc à Appollon
et à Issé , pour qui tous les coeurs s'inté
ressent. Apollon jouit pleinement de la
victoire qu'il remporte sur lui - même ;
Issé n'oublie rien pour détruire les feintes
allarmes de son cher Philemon ; il
lui fait entendre ses frayeurs secrettes ,
par ces Vers :
Les noeuds
que l'Amour a formez ,
Vont être brisez par la gloire ;
Pardonnez mes transporss jaloux , &c.
La tendre Issé lui répond :
Je ne la connois point cette gloire fatale ;
Mon coeur ne reconnoit que vous ,
Ils se disent ensemble :
C'est moi qui vous aime ,
Le plus tendrement ;
Si vous m'aimiez de même ;
Mon sort seroit charmant.
&c.
On trouve que ce Duo étoit mieux
amené dans la premiere Edition ; il venoit
après ces Vers qu'Issé adressoit à son
cher Philemon :
Un vain espoir vous séduit et vous charme §
Et moi , je crains incessamment ,
I. Vol. Votre
DECEMBRE . 1733 2694
"
Votre amour espere aisément ,
Et le mien aisément s'allarme ,
Que nous aimons différemment !
C'est moi qui vous aime ,
Le plus tendrement.
Apollon fait enfin la derniere épreuve
du coeur d'Issé ; le Théatre change et représente
un Palais magnifique. On voit
les Heures qui descendent des Cieux sur
des nuages; Issé ne peut soûtenir ce spectacle
; elle tremble pour son Amant, elle
le presse de fuir avec elle , pour se dérober
à la fureur d'un Dieu jaloux ; Apollon
ne peut plus tenir contre des preuves
si éclatantes d'une fidelité inébranlable
; il se jette aux pieds d'Issé et lui
fait connoître que le Dieu qu'elle craint ',
et le Berger qu'elle aime , ne sont qu'une
même personne ; les Heures forment la
fête de ce dernier Acte , et cette aimable
Pastorale finit par un Choeur des plus
brillans.
On auroit souhaité qu'une action si interessante
ne fut pas coupée par un
Episode dont elle pourroit se passer absolument.
On doit même présumer que
M. de la Mothe s'est défié de lui- même,
quand il a appellé ce galant hors d'auvre
à son secours ; on croit même que s'il
1. Vol. Giiij avoit
2692 MERCURE DE FRANCE
avoit d'abord mis sa Pastorale en cinq
Actes , il l'auroit traitée plus séricusement
, et n'auroit pas rappellé hors de
saison ,une forme de Poëme Lyrique , dont
les Italiens sont les créateurs , que leur
premier imitateur avoit d'abord adoptée
; mais à laquelle il renonça après son
troisiéme Opera , parce qu'il s'apperçut
bien que les François ne s'en accommodoient
pas. Au reste cette Pastotale est
generalement approuvée ; et l'exécution
répond parfaitement à la bonté de l'Ouvrage.
La Dlle le Maure ne brille pas
moins dans le Rôle d'Issé , qu'elle avoit
fait dans celui d'Oriane , dans Amadis .
Fermer
Résumé : L'Opéra d'Issé, Extrait, [titre d'après la table]
L'Académie Royale de Musique a représenté pour la quatrième fois l'œuvre 'Issé, Pastorale Héroïque' au Théâtre. Cette pastorale, créée en 1697, a été reprise en 1708 et 1719, chaque représentation rencontrant un succès croissant. La dernière reprise est particulièrement brillante. 'Issé' est le premier ouvrage de deux jeunes auteurs, M. de la Mothe et M. Destouches, qui ont tous deux brillamment entamé leur carrière. M. de la Mothe, auteur du poème, est comparé à un jeune Homère dans son épître dédicatoire à Monseigneur le Duc de Bourgogne. Son style dans 'Issé' n'est pas aussi correct que dans d'autres œuvres, mais il est marqué par un 'beau feu' inspiré par Apollon. M. Destouches, compositeur de la musique, démontre dès cette œuvre un génie et un goût remarquables, avec un chant naturel, des peintures vives et un récitatif flatteur. L'intrigue de 'Issé' s'inspire de la fable du Jardin des Hespérides, symbolisant l'abondance accordée par Louis le Grand à l'Europe après la paix. Le prologue allégorique représente le jardin défendu par un dragon (la guerre) et Hercule (le roi) qui vainc le dragon pour rendre l'abondance accessible. L'action se déroule dans le jardin des Hespérides, où les nymphes jouissent d'une abondance protégée par un dragon. Hercule combat et vainc le dragon, permettant à tous de partager les fruits du jardin. Jupiter confirme la promesse d'Hercule et annonce une fête pour célébrer la paix. Dans le premier acte, Apollon, sous le nom de Philemon, se plaint de l'amour qui le rend malheureux. Pan lui conseille de révéler son identité à Issé, dont il est épris. Issé, dans un monologue, regrette la perte de son indifférence. Doris, une amie, soupçonne Issé d'aimer Hylas. Hylas organise une fête pour déclarer son amour à Issé, mais elle résiste à ses avances. Le deuxième acte se déroule dans le palais d'Issé et ses jardins. Issé se plaint de l'amour et prie de ne pas être visée. Apollon, déguisé en berger, la retient et lui déclare son amour. Issé tente de fuir, mais Apollon la suit. Un épisode avec Pan et Doris interrompt la scène. Dans le troisième acte, Apollon exprime son désir de voir Issé partager son amour. Il consulte l'oracle de Dodone pour connaître les sentiments d'Issé. Hylas, désespéré, se plaint de l'amour non partagé d'Issé. L'oracle révèle qu'Issé doit aimer Apollon, ce qui la contrarie. Le quatrième acte montre Issé se plaindre de la loi imposée par l'oracle. Elle s'endort et rêve d'Apollon. À son réveil, elle trouve Hylas qui se lamente. Pan informe Issé du désespoir de Philemon, et elle part le rassurer. Le cinquième acte se déroule dans une solitude. Apollon et Issé expriment leurs sentiments. Issé rassure Philemon sur ses frayeurs secrètes, et ils se réconcilient. Dans la scène finale, Apollon teste la fidélité d'Issé. Un palais magnifique apparaît sur scène, avec les Heures descendant des cieux. Issé, inquiète pour son amant, le presse de fuir. Apollon, convaincu de sa fidélité, révèle qu'il est à la fois le dieu qu'elle craint et le berger qu'elle aime. Les Heures célèbrent cette révélation, et la pastorale se termine par un chœur brillant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
29
p. 482-485
CANTATE. L'AMOUR AMANT.
Début :
Le plus beau des Ruisseaux, l'Amant de nos prairies, [...]
Mots clefs :
Amour, Amant, Aimer, Berger, Roi, Sympathie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CANTATE. L'AMOUR AMANT.
CANTАТЕ.
L'AMOUR AMAN T.
E plus beau des Ruisseaux , l'Amant de nos
LE
Prairies ,
M'attira l'autre jour sur les bords enchantez,
Qui devroient être
respectez
D'un jeune coeur qui craint les douces réverie sz
Pour sa tranquillité le péril est certain ;
Je voulus l'éviter et le voulus envain;
On hésite longtems , et la peine est extrême,
Quand il faut quitter ce qu'on aime.
J'héritai trop l'Amour qui venoit en ces lieux
Me voit .. rit .. et s'approche , il étoit plein
de charmes >
Sans aîles , sans bandeau , sans armes
Hélas ! en cet état qui l'eut crû dangereux ?
Imprudente et foible jeunesse
Fuyez , jusqu'au nom de l'Amour ,
Il n'est point d'état ni de jour
Où le perfide Enfant ne blesse .
Ah ! Berger , me dit-il , je ne suis plus ce Dicu
Si
MARS 1734. 483
Si fier et si craint en tout lieu ;
J'ai fait des malheureux , et pour prix de mon
crime ,
Je souffre le même tourment ;
Le Sacrificateur est enfin la victime ;
J'étois Amour , je suis Amant ;
Baccus dans un repas l'autre jour me fit boire ;
Je pris trop de ce Jus divin ;
Le traître alors .. est - il de trahison plus noire
Choisit dans mon carquois , et me perce le sein .
Vous croyez qu'une douce yvresse
Ne fait qu'éclipser la raison ;
Mais quand d'une vive tendresse
On a gouté le doux poison ,
Son retour n'est qu'une Chanson.
Ensuite à mes regards cet enfant de Cythére ,
Offre le plus beau des Portraits,
Don't la grace et les moindres traits
Effaçoient tous ceux de sa Mere;
C'étoit celui de la Beauté ,
1
Qui captivoit le Dieu dont la douce puissance,
Me ravit à l'instant toute ma liberté
Par son amoureuse imprudence .
De mon trouble aussi-tôt devinant le sujet ,
Il sourit , me regarde , et s'échappe à ma vie
Depuis ce tems mon ame inquiéte, éperduë
Dij
Se
484 MERCURE DE FRANCE
Se remplit trop d'un même objet ;
Je désire la solitude ;
Le silence des bois , et le bruit des ruisseaux
Nourrissent mon inquiétude :
Et je n'ai de plaisir qu'en pensant à mes maux.
Digne et charmant objet de ma tendresse extrême
,
Je vis pour vous aimer et meurs en vous ai
mant ;
Un Berger vous peut - il aimer heureusement ?
Il n'est qu'un Dieu , c'est l'Amour même
Qui vous puisse aimer dignement ,
Se laisser aisément charmer
Est une dangereuse affaire ;
Ce n'est pas un plaisir d'aimer
Quand on n'a pas celui de plaire.
Se laisser aisément charmer
N'est pas une mauvaise affaire ;
Sachez seulement bien aimer ,
Vous s'çaurez bien - tôt l'air de plaire ,
N'allez pas
dans le doux mistére ,
Imprudemment
vous engager ;
Et souvenez-vous qu'un Berger
Ne doit aimer qu'une Bergere,
Allez et dans le doux mistére
CraiMARS
1734. 485
Craignez peu de vous engager ;
Reine peut aimer un Berger
Roy peut aimer une Bergere,
Quand une douce sympathie
Pour deux coeurs n'auroit qu'une Loy ;
De l'Amour toute l'industrie
D'un Berger feroit- il un Roy ?
Quand une douce sympathie
Donne à deux coeurs là même Loy ,
De l'Amour telle est l'industrie ,
Qu'il peut d'un Berger faire un Roy.
L'AMOUR AMAN T.
E plus beau des Ruisseaux , l'Amant de nos
LE
Prairies ,
M'attira l'autre jour sur les bords enchantez,
Qui devroient être
respectez
D'un jeune coeur qui craint les douces réverie sz
Pour sa tranquillité le péril est certain ;
Je voulus l'éviter et le voulus envain;
On hésite longtems , et la peine est extrême,
Quand il faut quitter ce qu'on aime.
J'héritai trop l'Amour qui venoit en ces lieux
Me voit .. rit .. et s'approche , il étoit plein
de charmes >
Sans aîles , sans bandeau , sans armes
Hélas ! en cet état qui l'eut crû dangereux ?
Imprudente et foible jeunesse
Fuyez , jusqu'au nom de l'Amour ,
Il n'est point d'état ni de jour
Où le perfide Enfant ne blesse .
Ah ! Berger , me dit-il , je ne suis plus ce Dicu
Si
MARS 1734. 483
Si fier et si craint en tout lieu ;
J'ai fait des malheureux , et pour prix de mon
crime ,
Je souffre le même tourment ;
Le Sacrificateur est enfin la victime ;
J'étois Amour , je suis Amant ;
Baccus dans un repas l'autre jour me fit boire ;
Je pris trop de ce Jus divin ;
Le traître alors .. est - il de trahison plus noire
Choisit dans mon carquois , et me perce le sein .
Vous croyez qu'une douce yvresse
Ne fait qu'éclipser la raison ;
Mais quand d'une vive tendresse
On a gouté le doux poison ,
Son retour n'est qu'une Chanson.
Ensuite à mes regards cet enfant de Cythére ,
Offre le plus beau des Portraits,
Don't la grace et les moindres traits
Effaçoient tous ceux de sa Mere;
C'étoit celui de la Beauté ,
1
Qui captivoit le Dieu dont la douce puissance,
Me ravit à l'instant toute ma liberté
Par son amoureuse imprudence .
De mon trouble aussi-tôt devinant le sujet ,
Il sourit , me regarde , et s'échappe à ma vie
Depuis ce tems mon ame inquiéte, éperduë
Dij
Se
484 MERCURE DE FRANCE
Se remplit trop d'un même objet ;
Je désire la solitude ;
Le silence des bois , et le bruit des ruisseaux
Nourrissent mon inquiétude :
Et je n'ai de plaisir qu'en pensant à mes maux.
Digne et charmant objet de ma tendresse extrême
,
Je vis pour vous aimer et meurs en vous ai
mant ;
Un Berger vous peut - il aimer heureusement ?
Il n'est qu'un Dieu , c'est l'Amour même
Qui vous puisse aimer dignement ,
Se laisser aisément charmer
Est une dangereuse affaire ;
Ce n'est pas un plaisir d'aimer
Quand on n'a pas celui de plaire.
Se laisser aisément charmer
N'est pas une mauvaise affaire ;
Sachez seulement bien aimer ,
Vous s'çaurez bien - tôt l'air de plaire ,
N'allez pas
dans le doux mistére ,
Imprudemment
vous engager ;
Et souvenez-vous qu'un Berger
Ne doit aimer qu'une Bergere,
Allez et dans le doux mistére
CraiMARS
1734. 485
Craignez peu de vous engager ;
Reine peut aimer un Berger
Roy peut aimer une Bergere,
Quand une douce sympathie
Pour deux coeurs n'auroit qu'une Loy ;
De l'Amour toute l'industrie
D'un Berger feroit- il un Roy ?
Quand une douce sympathie
Donne à deux coeurs là même Loy ,
De l'Amour telle est l'industrie ,
Qu'il peut d'un Berger faire un Roy.
Fermer
Résumé : CANTATE. L'AMOUR AMANT.
La cantate 'L'AMOUR AMANT', datée de mars 1734, raconte la rencontre d'un berger avec l'Amour. Attiré par un ruisseau, le berger découvre l'Amour sous une forme charmante mais dangereuse. L'Amour avoue ses souffrances et ses erreurs passées, expliquant avoir été blessé par une trahison après avoir bu un jus divin. Il montre ensuite au berger le portrait d'une beauté captivante, troublant profondément ce dernier. Depuis cette rencontre, le berger est tourmenté et ne trouve de plaisir qu'en pensant à ses maux. Il exprime son amour extrême pour un objet non nommé, se demandant s'il peut aimer heureusement. Le texte met en garde contre les dangers de l'amour et souligne l'importance de bien aimer pour plaire. Il conclut en affirmant que l'amour peut transcender les différences sociales, rendant un berger digne d'une bergère ou d'une reine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
30
p. 1128-1130
AU R P. GRESSET, de la Compagnie de Jesus, Professeur de Réthorique au College de Rouen, Auteur des Poësies qui paroissent sous le nom de M. G.
Début :
O Toi, dont la Musette tendre, [...]
Mots clefs :
Gresset, Berger, Couronne, Pouvoir, Heureux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU R P. GRESSET, de la Compagnie de Jesus, Professeur de Réthorique au College de Rouen, Auteur des Poësies qui paroissent sous le nom de M. G.
AVR P. GRESSET , de la Compagnie
de Jesus , Professeur de Réthorique au
· College de Rouen , Auteur des Poësies
qui paroissent sous le nom de M. G.
O
T
Toi , dont la Musette tendre ;
Se fait admirer sur ces bords ,
Heureux Berger , ne puis- je apprendre
Le doux pouvoir de tes accords ?
1. Vol Quel
·
JUI N.
1120
1734.
Quel charme , Dieux , quelle harmonie
Résulte de tes sons touchans !
Chez toi les Airs du Berger d'Italie
Trouvent encor de nouveaux agrémens
Venez , Déesses d'Hypocresne ,
Venez , que vos regards surpris
Trouvent aux Rives de la Seine ,
Théocrite et Virgile en un seul réunis.
Voyez un Berger plein de charmes ,
Entouré des Ris et des Jeux :
Voyez l'Amour verser des larmes
De ne pouvoir se mêler avec eux.
Mais quel est ce profond silence !
Tout est sensible à ses accens ;
Les arbres même en marquent la cadence
Par d'heureux mouvemens.
Fuyez ô stupide vulgaire ,
Fuyez et respectez ce B rger desormais
Ses sons pour vous sont un mystere
Que vous ne comprendrez jamais.
Fuyez. Que vois- je ? Euterpe et Polymnie
Ont déjà couronné son front ,
Et la Troupe sçavante à l'instant réunie ,
Part , disparoît , revole au double Mont,
I. Vol. Berges
1130 MERCURE DE FRANCE
Berger , jouis d'une Couronne
Que jamais la faveur ne nous fit remporter
Quand les neuf Soeurs , quand Phébus nous la
donne
En vain voudroit- on nous l'ôter.
Je sçai que contre toi milie sots du Parnasse ,
Se sont élevez dans ces Lieux ;
Mais après tout , qu'a produit cette audace ?
Leurs propres traits se sont tournez contre eux.
L'Abbé Debecdelievre, ,
son Ecolier.
de Jesus , Professeur de Réthorique au
· College de Rouen , Auteur des Poësies
qui paroissent sous le nom de M. G.
O
T
Toi , dont la Musette tendre ;
Se fait admirer sur ces bords ,
Heureux Berger , ne puis- je apprendre
Le doux pouvoir de tes accords ?
1. Vol Quel
·
JUI N.
1120
1734.
Quel charme , Dieux , quelle harmonie
Résulte de tes sons touchans !
Chez toi les Airs du Berger d'Italie
Trouvent encor de nouveaux agrémens
Venez , Déesses d'Hypocresne ,
Venez , que vos regards surpris
Trouvent aux Rives de la Seine ,
Théocrite et Virgile en un seul réunis.
Voyez un Berger plein de charmes ,
Entouré des Ris et des Jeux :
Voyez l'Amour verser des larmes
De ne pouvoir se mêler avec eux.
Mais quel est ce profond silence !
Tout est sensible à ses accens ;
Les arbres même en marquent la cadence
Par d'heureux mouvemens.
Fuyez ô stupide vulgaire ,
Fuyez et respectez ce B rger desormais
Ses sons pour vous sont un mystere
Que vous ne comprendrez jamais.
Fuyez. Que vois- je ? Euterpe et Polymnie
Ont déjà couronné son front ,
Et la Troupe sçavante à l'instant réunie ,
Part , disparoît , revole au double Mont,
I. Vol. Berges
1130 MERCURE DE FRANCE
Berger , jouis d'une Couronne
Que jamais la faveur ne nous fit remporter
Quand les neuf Soeurs , quand Phébus nous la
donne
En vain voudroit- on nous l'ôter.
Je sçai que contre toi milie sots du Parnasse ,
Se sont élevez dans ces Lieux ;
Mais après tout , qu'a produit cette audace ?
Leurs propres traits se sont tournez contre eux.
L'Abbé Debecdelievre, ,
son Ecolier.
Fermer
Résumé : AU R P. GRESSET, de la Compagnie de Jesus, Professeur de Réthorique au College de Rouen, Auteur des Poësies qui paroissent sous le nom de M. G.
Le texte décrit une œuvre poétique dédiée à un berger musicien, probablement un pseudonyme du Père Gresset, professeur de rhétorique au Collège de Rouen. La poésie vante les charmes et l'harmonie des mélodies du berger, comparées à celles des bergers italiens. Elle évoque les figures mythologiques de Théocrite et Virgile, et dépeint le berger entouré de joie et d'amour, ainsi que d'un silence respectueux, même les arbres suivant la cadence de sa musique. Le poème met en garde le 'vulgaire' contre l'incompréhension de cette musique, réservée aux initiés. Les muses Euterpe et Polymnie couronnent le berger, symbolisant la reconnaissance de son talent. Malgré les critiques des 'sots du Parnasse', le berger conserve sa couronne, offerte par les neuf sœurs et Phébus, et reste inébranlable face aux attaques. L'œuvre est dédiée à l'Abbé Debecdelievre, ancien élève de Gresset.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
31
p. 71-72
CHANSON.
Début :
Maman, vous me dites sans cesse [...]
Mots clefs :
Maman, Aimer, Berger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
M Aman , vous me dites fans ceffe
De ne point aimer de Berger ;
J'en connois affez le danger ,
Pour vaincre en moi cette foibleffe :
Mon coeur foupire près d'Hylas ;
Mais , Maman , je ne l'aime pas.
De fleurs il orne ma houlette
Moi j'en décore fon chapeau ;
Si j'ai quelque ruban nouveau ,
Je cours en parer fa mufette :
C'eft pour lui feul que j'en fais cas ;
Mais , Maman , je ne l'aime pás.
Où ce Berger ne peut pas être ,
J'ai l'air ou diftrait , ou rêveur ;
J'éprouve une douce langueur
Si -tôt que je le vois paroître.
Je veux fuir , il retient mes pas ;
Mais , Maman , je ne l'aime pas.
£1.
72 MERCURE DE FRANCE.
Pour vous obéir je l'évite ;
Mais lorsque malgré moi mon chien
Conduit mon troupeau vers le fien ,
Il rêve , je refte interdite :
Je rougis de notre embarras ;
Mais , Maman , je ne l'aime pas .
Il me prend la main , il foupire ;
Moi , pour fuivre en tout vos leçons ,
J'éloigne auffi-tôt mes moutons ;
Mais pendant que je me retire ,
Je regarde s'il fuit mes pas ;
Mais , Maman , je ne l'aime pas.
33
J'ai mille chofes à lui dire
Les jours que je ne le vois point ;
Et quand nous fommes fans témoin ,
Ma voix fur mes levres expire,
Dieux que ce filence a d'appas !
Mais , Maman , je ne l'aime pas.
O Life , quelle erreur extrême !
Vos yeux , votre air , tout vous dément ;
Et vous aimez aſſurément ....
Oui , fi c'est ainsi que l'on aime.
L'Amour me tenoit dans fes lacs ;
Mais , Maman , je n'y penfois pas.
Me ....
M Aman , vous me dites fans ceffe
De ne point aimer de Berger ;
J'en connois affez le danger ,
Pour vaincre en moi cette foibleffe :
Mon coeur foupire près d'Hylas ;
Mais , Maman , je ne l'aime pas.
De fleurs il orne ma houlette
Moi j'en décore fon chapeau ;
Si j'ai quelque ruban nouveau ,
Je cours en parer fa mufette :
C'eft pour lui feul que j'en fais cas ;
Mais , Maman , je ne l'aime pás.
Où ce Berger ne peut pas être ,
J'ai l'air ou diftrait , ou rêveur ;
J'éprouve une douce langueur
Si -tôt que je le vois paroître.
Je veux fuir , il retient mes pas ;
Mais , Maman , je ne l'aime pas.
£1.
72 MERCURE DE FRANCE.
Pour vous obéir je l'évite ;
Mais lorsque malgré moi mon chien
Conduit mon troupeau vers le fien ,
Il rêve , je refte interdite :
Je rougis de notre embarras ;
Mais , Maman , je ne l'aime pas .
Il me prend la main , il foupire ;
Moi , pour fuivre en tout vos leçons ,
J'éloigne auffi-tôt mes moutons ;
Mais pendant que je me retire ,
Je regarde s'il fuit mes pas ;
Mais , Maman , je ne l'aime pas.
33
J'ai mille chofes à lui dire
Les jours que je ne le vois point ;
Et quand nous fommes fans témoin ,
Ma voix fur mes levres expire,
Dieux que ce filence a d'appas !
Mais , Maman , je ne l'aime pas.
O Life , quelle erreur extrême !
Vos yeux , votre air , tout vous dément ;
Et vous aimez aſſurément ....
Oui , fi c'est ainsi que l'on aime.
L'Amour me tenoit dans fes lacs ;
Mais , Maman , je n'y penfois pas.
Me ....
Fermer
Résumé : CHANSON.
La chanson décrit les sentiments ambivalents d'une jeune fille envers un berger nommé Hylas. Elle affirme à sa mère qu'elle n'aime pas Hylas, mais ses actions et émotions révèlent le contraire. Elle décore son chapeau avec des fleurs et des rubans pour lui plaire, se sent distraite en son absence et éprouve une douce langueur en sa présence. Elle tente de fuir Hylas, mais ses pas la ramènent vers lui. Elle rougit lorsqu'il lui prend la main et observe s'il la suit lorsqu'elle s'éloigne. Elle a mille choses à lui dire lorsqu'elle ne le voit pas, mais admire son silence en sa présence. Finalement, elle admet que ses yeux et son air la trahissent, révélant qu'elle l'aime réellement, bien qu'elle n'y pense pas consciemment.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
32
p. 93-94
VAUDEVILLE De l'ordre de la Fidélité.
Début :
Parmi nous la simple nature [...]
Mots clefs :
Fidélité, Berger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VAUDEVILLE De l'ordre de la Fidélité.
VAUDEVILLE
De l'ordre de la Fidélité.
Parmi nous la fimple nature
Donne des loix , & nous unit.
On y méconnoit l'impofture ,
Et tout perfide en eft profcrit.
Fuyez , amants , dont le langage
N'exprime point la vérité,
Les coeurs , que chez nous on engage,
Sont faits pour la fidélité.
餾
Etre tendre , difcret , fincere ,
Toujours s'obliger , fe chérir ,
S'entredonner le nom de frere ,
Se voir fouvent avec plaifir ;
Chez nous , ces vertus admirables
S'uniffent à la volupté :
Et près de nos foeurs adorables ,
Nous goûtons la fidélité.
Tout frere fe fait un fyftême
D'aller toujours droit en amour ♦
Il faut , près de l'objet qu'il aime ,
Qu'il foit attentif nuit & jour.
Il ne faut jamais qu'il ſe vante
= Quand il veut en êtré écouté ,
Il eft un cas où ſon amante
Juge de fa fidélité.
94 MERCURE DE FRANCE.
Quand on entend la tourterelle
Gémir triftement dans les bois :
C'eft fon tourtereau qu'elle appelle ,
Et qui s'attendrit à ſa voix.
Près de fa plaintive maîtreffe
Il vole avec rapidité :
Mille preuves de fa tendreffe
Affurent fa fidélité .
Près du berger le chien timide.
Dans les dangers peut tout prévoir ;
L'inſtinct qui l'éclaire & le guide
Le rend efclave du devoir,
Sur fon exacte vigilance ,
Berger , dormez en fûreté .
On doit bannir la méfiance
Où veille la fidélité.
#
Vous qui faites couler nos larmes
En nous traitant avec rigueur ,
Belles , que vous fervent vos charmes,
S'ils ne caufent que la douleur.
Quand on plaît il faut être tendre ;
Et c'eft un bien que la beâuté.
Ah ! que ne pouvez-vous comprendre
Combien vaut la fidélité ?
La Mufique eft de M. Daveſne.
Les paroles de M. Demontrofy.
De l'ordre de la Fidélité.
Parmi nous la fimple nature
Donne des loix , & nous unit.
On y méconnoit l'impofture ,
Et tout perfide en eft profcrit.
Fuyez , amants , dont le langage
N'exprime point la vérité,
Les coeurs , que chez nous on engage,
Sont faits pour la fidélité.
餾
Etre tendre , difcret , fincere ,
Toujours s'obliger , fe chérir ,
S'entredonner le nom de frere ,
Se voir fouvent avec plaifir ;
Chez nous , ces vertus admirables
S'uniffent à la volupté :
Et près de nos foeurs adorables ,
Nous goûtons la fidélité.
Tout frere fe fait un fyftême
D'aller toujours droit en amour ♦
Il faut , près de l'objet qu'il aime ,
Qu'il foit attentif nuit & jour.
Il ne faut jamais qu'il ſe vante
= Quand il veut en êtré écouté ,
Il eft un cas où ſon amante
Juge de fa fidélité.
94 MERCURE DE FRANCE.
Quand on entend la tourterelle
Gémir triftement dans les bois :
C'eft fon tourtereau qu'elle appelle ,
Et qui s'attendrit à ſa voix.
Près de fa plaintive maîtreffe
Il vole avec rapidité :
Mille preuves de fa tendreffe
Affurent fa fidélité .
Près du berger le chien timide.
Dans les dangers peut tout prévoir ;
L'inſtinct qui l'éclaire & le guide
Le rend efclave du devoir,
Sur fon exacte vigilance ,
Berger , dormez en fûreté .
On doit bannir la méfiance
Où veille la fidélité.
#
Vous qui faites couler nos larmes
En nous traitant avec rigueur ,
Belles , que vous fervent vos charmes,
S'ils ne caufent que la douleur.
Quand on plaît il faut être tendre ;
Et c'eft un bien que la beâuté.
Ah ! que ne pouvez-vous comprendre
Combien vaut la fidélité ?
La Mufique eft de M. Daveſne.
Les paroles de M. Demontrofy.
Fermer
Résumé : VAUDEVILLE De l'ordre de la Fidélité.
Le vaudeville 'De l'ordre de la Fidélité' met en avant les valeurs de fidélité et de sincérité dans les relations amoureuses. Il souligne que la nature impose des lois qui unissent les individus et rejettent l'imposture et la perfidie. Les amants sont encouragés à être tendres, discrets, sincères et à s'engager mutuellement. Les vertus telles que la fidélité et l'amour sincère sont associées au plaisir et à la volupté. Le texte compare les amants fidèles à des animaux comme la tourterelle et le chien, qui montrent une fidélité et une dévotion constantes. La tourterelle appelle son tourtereau, qui accourt rapidement, et le chien protège le berger avec vigilance. Le vaudeville critique ceux qui causent de la douleur par leur rigueur, soulignant que la beauté doit être accompagnée de tendresse. Il conclut en valorisant la fidélité comme une qualité essentielle et précieuse. La musique est composée par M. Davesne et les paroles par M. Demontrofy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
33
p. 69-70
VAUDEVILLE.
Début :
Une timide Bergere, [...]
Mots clefs :
Berger, Bergère, Fillettes, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VAUDEVILLE.
VAUDEVILLE.
UNE
timide
Bergere,
Mais fenfible au jeu d'amour ,
Au fond d'un bois folitaire ,
Chantoit ainfi l'autre jour :
Quel plaifir pour les fillettes ;
Avec un tendre Berger ,
Si l'on pouvoit fans danger ,
Se laiffer , fe laiffer conter fleurettes .
Le jeune Colin s'exprime
D'un air qui flate mon coeur ;
Pourquoi du feu qui l'anime ,
N'ofai-je écouter l'ardeur ,
Quel plaifir pour les fillettes , & c.
70 MERCURE DE FRANCE.
Colin , fous un verd feuillage ,
Ecoutoit cette chanson ,
En entrant dans le bocage
Il répondit fur ce con :
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un prudent Berger
Elles peuvent fans danger ,
Se laiffer conter , & c .
Hélas ! lui dit Célimene ,
L'amour eſt ſouvent trompeuf.
Quand un aveugle nous méne ,
On doit toujours avoir peur.
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un tendre Berger ;
Mais pourrai-je fans danger ,
Me laiffer , me laiffer conter fleurettes.
La Bergere plus fenfible
Du Berger crut le ferment ;
Colin paroît moins terrible
En paroiffant plus charmant :
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un tendre Berger ;
On croit bientôt fans danger ,
Se laiffer , fe laiffer conter fleurettes.
UNE
timide
Bergere,
Mais fenfible au jeu d'amour ,
Au fond d'un bois folitaire ,
Chantoit ainfi l'autre jour :
Quel plaifir pour les fillettes ;
Avec un tendre Berger ,
Si l'on pouvoit fans danger ,
Se laiffer , fe laiffer conter fleurettes .
Le jeune Colin s'exprime
D'un air qui flate mon coeur ;
Pourquoi du feu qui l'anime ,
N'ofai-je écouter l'ardeur ,
Quel plaifir pour les fillettes , & c.
70 MERCURE DE FRANCE.
Colin , fous un verd feuillage ,
Ecoutoit cette chanson ,
En entrant dans le bocage
Il répondit fur ce con :
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un prudent Berger
Elles peuvent fans danger ,
Se laiffer conter , & c .
Hélas ! lui dit Célimene ,
L'amour eſt ſouvent trompeuf.
Quand un aveugle nous méne ,
On doit toujours avoir peur.
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un tendre Berger ;
Mais pourrai-je fans danger ,
Me laiffer , me laiffer conter fleurettes.
La Bergere plus fenfible
Du Berger crut le ferment ;
Colin paroît moins terrible
En paroiffant plus charmant :
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un tendre Berger ;
On croit bientôt fans danger ,
Se laiffer , fe laiffer conter fleurettes.
Fermer
Résumé : VAUDEVILLE.
Le texte décrit un vaudeville où une bergère timide, mais sensible aux jeux de l'amour, chante dans un bois solitaire sur le plaisir des fillettes de se laisser conter fleurettes par un berger tendre sans danger. Colin, un jeune homme, écoute cette chanson et y répond en exprimant son désir. Célimène, un autre personnage, met en garde contre les tromperies de l'amour. La bergère, séduite par les paroles charmantes de Colin, finit par le trouver moins effrayant et plus attirant. Le vaudeville se conclut sur l'idée que les fillettes peuvent se laisser conter fleurettes par un berger tendre sans danger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
34
p. 24-25
VERS sur le mariage de Mlle DE DROMESNIL, avec M. le Marquis DE BELSUNCE. Par M. TANEVOT.
Début :
Allez, Hymen, vous couronner de gloire, [...]
Mots clefs :
Hymen, Gloire, Berger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS sur le mariage de Mlle DE DROMESNIL, avec M. le Marquis DE BELSUNCE. Par M. TANEVOT.
VERS fur le mariage de Mlle DE
DROMESNIL , avec M. le
Marquis DE BELSUNCE.
Par M. TANEVOT.
vous couronner de
ALLEZ ,
Hymen ,
gloire ,
Allez jouir d'une double victoire ,
Et , dans un champ fertile en Myrthes ,
riers ,
Unir encor les Grâces aux Guerriers.
Ainfi les guirlandes d'Armide
en Laus
Enchaînoient de Renaud le courege intrépide;
Des feux plus purs , chaftes Epoux ,
Vous préfagent un fort plus doux.
Aimable Dromefnil , d'une Soeur fortunée ,
Goûtez la même deſtinée ;
L'on vous verra briller autant :
Telle , dans les Jardins de Flore >
Une Rofe qui vient d'éclore ,
D'une autre auffi vermeille eft fuivie à l'inftanti
S des trois Déeffes rivales ,
Quelqu'une avoit eu vos appas ,
Sur ce Mont * fameux , leurs débats ,
* Le Mont Ida.
De
MARS. 1763. 25
De tant de maux , ſources fatales ,
N'auroient pas occupé beaucoup
Ce beau Berger que l'on renomme:
La Diſcorde eût manqué fon coup,
On n'eût point diſputé la Pomme.
BELSUNCE , armé de tous les traits
Que l'on forge à Paphos , fubjugue vos attraits .
Tout applaudit dans cette fête ,
A fon bonheur , à la conquête.
Nouveau triomphe des Amours ,
Non des zéphirs , volages dans leurs cours.
*
O vous , donc , Nymphe enchantereſſe ,
Allez aux pieds d'une augufte Princeſſe ,
Cultiver des Vertus dont l'agréable odeur
Parfume votre jeune coeur :
C'est l'hommage qu'Elle defire ,
Et tout l'Encens qu'Elle refpire..
DROMESNIL , avec M. le
Marquis DE BELSUNCE.
Par M. TANEVOT.
vous couronner de
ALLEZ ,
Hymen ,
gloire ,
Allez jouir d'une double victoire ,
Et , dans un champ fertile en Myrthes ,
riers ,
Unir encor les Grâces aux Guerriers.
Ainfi les guirlandes d'Armide
en Laus
Enchaînoient de Renaud le courege intrépide;
Des feux plus purs , chaftes Epoux ,
Vous préfagent un fort plus doux.
Aimable Dromefnil , d'une Soeur fortunée ,
Goûtez la même deſtinée ;
L'on vous verra briller autant :
Telle , dans les Jardins de Flore >
Une Rofe qui vient d'éclore ,
D'une autre auffi vermeille eft fuivie à l'inftanti
S des trois Déeffes rivales ,
Quelqu'une avoit eu vos appas ,
Sur ce Mont * fameux , leurs débats ,
* Le Mont Ida.
De
MARS. 1763. 25
De tant de maux , ſources fatales ,
N'auroient pas occupé beaucoup
Ce beau Berger que l'on renomme:
La Diſcorde eût manqué fon coup,
On n'eût point diſputé la Pomme.
BELSUNCE , armé de tous les traits
Que l'on forge à Paphos , fubjugue vos attraits .
Tout applaudit dans cette fête ,
A fon bonheur , à la conquête.
Nouveau triomphe des Amours ,
Non des zéphirs , volages dans leurs cours.
*
O vous , donc , Nymphe enchantereſſe ,
Allez aux pieds d'une augufte Princeſſe ,
Cultiver des Vertus dont l'agréable odeur
Parfume votre jeune coeur :
C'est l'hommage qu'Elle defire ,
Et tout l'Encens qu'Elle refpire..
Fermer
Résumé : VERS sur le mariage de Mlle DE DROMESNIL, avec M. le Marquis DE BELSUNCE. Par M. TANEVOT.
Le poème célèbre le mariage de Mlle de Dromesnil avec le Marquis de Belsunce en mars 1763. L'auteur, M. Tanévot, invite les nouveaux époux à savourer leur bonheur et à unir les grâces aux qualités guerrières. Il compare la beauté de Mlle de Dromesnil à celle d'une rose nouvellement éclose, évoquant la rivalité des déesses sur le Mont Ida. Le Marquis de Belsunce est décrit comme ayant conquis son épouse grâce aux traits de l'amour. Le poème souligne le bonheur partagé par tous à l'occasion de cette union. Il exhorte la mariée à cultiver des vertus agréables, en hommage à une auguste princesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
35
p. 89
CHANSON.
Début :
LOIN du tendre Berger qu'on aime, [...]
Mots clefs :
Chanson, Berger, Malheur, Tourments, Appas, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
LOIN du tendre Berger qu'on aime ,
Eft- il , hélas ! de doux monens ?
Grands Dieux , dans ce malheur extrême ,
-On fouffre mille affreux tourmens !
L'on s'inquiette , l'on defire ,
La folitude a des appas ;
Au fein des plaifirs on foupire :
En eft-il pour moi , fans Lycas. ?
La Mufique eft de M. DOBERT , fils,
Organifte de Châteaudun.
LOIN du tendre Berger qu'on aime ,
Eft- il , hélas ! de doux monens ?
Grands Dieux , dans ce malheur extrême ,
-On fouffre mille affreux tourmens !
L'on s'inquiette , l'on defire ,
La folitude a des appas ;
Au fein des plaifirs on foupire :
En eft-il pour moi , fans Lycas. ?
La Mufique eft de M. DOBERT , fils,
Organifte de Châteaudun.
Fermer