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1
p. 37-40
IMITATION DE LA GALATEE de Virgile.
Début :
Si nostre Amy dont vous me demandez des nouvelles ne / Mon Troupeau quelquefois, en paissant, me conduit [...]
Mots clefs :
Pomme, Berger, Virgile, Flamme
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texteReconnaissance textuelle : IMITATION DE LA GALATEE de Virgile.
Si noftre Amy dont vous me demandés des nouvelles ne s'eſtoit pas fait une Vertu d'aimer conftamment, il ſe ſeroit épar--
gné bien des chagrins , donten- fin il a eſté récompenfé. C'eſt une nouvelle à vous apprendre.
La Belle qui ſembloit avoir pour luy les froideurs dont il ſeplai- gnoit , n'affectoit cette fauſſe inſenſibilité, que pour l'engager àplus d'amour. Cela me fait fou- venir de la Galatée de Virgile dont je croy vous avoir parlé.
Elle fuyoit apres avoir jetté une Pomme à un Berger dont elle ſe connoiſſoit aymé , & fe laiſſoit voir en fuyant pour le faire courir apres elle. Cette penſée a eſté renduë fort agrea- blement
GALANT. 25
blement par ces Vers-dont on ne m'a point fait connoiſtre
l'Autheur.
IMITATION DE LA GALATEE
deVirgile.
M
On Troupeau quelquefois ,
paiſſant ,
me conduit
en
Surles bordsd'un Torrent dont lavague irritée ,
Dufrein qu'elle s'est fait d'une Roche emportée ,
Vientd'unflot bondiſſant l'affaillir, mais fansfruit.
Laragedeſe voir domptée La ramene cent fois , & cent fois ne produitd'écume&plusdebruit. Queplus Lareſvant l'ame triste , & la veue
arrestée ;
د
Ainsi,diſois-je un jour ,maflame re- butée
Envain jusqu'icy ma rédnit
Tome IV. B
26 LE MERCVRE
Ades ſoins obſtinezdeplaire à Ga latée ,
Quandfortant àpas lents d'une Rdche écartée
Cette Belleme jette une Pomme ,
s'enfuit D'une courſe précipitée.
Ie me détourne, &vois qu'elle se laiſſe choir
Sous un Saule où d'abord fafuite l'a
portée
Ah ! dis-jeeny courantreprenonsquel que espoir
Maflame en peut estre flatée,
Puisquepour mefaire sçavoir Que c'est elle par qui la Pominem'est jettée,
La Follette en tombant veut bien se
laiffervoir.
gné bien des chagrins , donten- fin il a eſté récompenfé. C'eſt une nouvelle à vous apprendre.
La Belle qui ſembloit avoir pour luy les froideurs dont il ſeplai- gnoit , n'affectoit cette fauſſe inſenſibilité, que pour l'engager àplus d'amour. Cela me fait fou- venir de la Galatée de Virgile dont je croy vous avoir parlé.
Elle fuyoit apres avoir jetté une Pomme à un Berger dont elle ſe connoiſſoit aymé , & fe laiſſoit voir en fuyant pour le faire courir apres elle. Cette penſée a eſté renduë fort agrea- blement
GALANT. 25
blement par ces Vers-dont on ne m'a point fait connoiſtre
l'Autheur.
IMITATION DE LA GALATEE
deVirgile.
M
On Troupeau quelquefois ,
paiſſant ,
me conduit
en
Surles bordsd'un Torrent dont lavague irritée ,
Dufrein qu'elle s'est fait d'une Roche emportée ,
Vientd'unflot bondiſſant l'affaillir, mais fansfruit.
Laragedeſe voir domptée La ramene cent fois , & cent fois ne produitd'écume&plusdebruit. Queplus Lareſvant l'ame triste , & la veue
arrestée ;
د
Ainsi,diſois-je un jour ,maflame re- butée
Envain jusqu'icy ma rédnit
Tome IV. B
26 LE MERCVRE
Ades ſoins obſtinezdeplaire à Ga latée ,
Quandfortant àpas lents d'une Rdche écartée
Cette Belleme jette une Pomme ,
s'enfuit D'une courſe précipitée.
Ie me détourne, &vois qu'elle se laiſſe choir
Sous un Saule où d'abord fafuite l'a
portée
Ah ! dis-jeeny courantreprenonsquel que espoir
Maflame en peut estre flatée,
Puisquepour mefaire sçavoir Que c'est elle par qui la Pominem'est jettée,
La Follette en tombant veut bien se
laiffervoir.
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Résumé : IMITATION DE LA GALATEE de Virgile.
Le texte raconte une histoire d'amour où un homme, nommé Amy, souffre de son amour constant pour une femme froide, surnommée 'La Belle'. Cette femme utilise une stratégie similaire à celle de Galatée dans la mythologie virgilienne, feignant l'insensibilité pour stimuler l'amour de son amant. Galatée, dans la mythologie, fuyait un berger après lui avoir jeté une pomme, se laissant voir pour qu'il la poursuive. Le texte inclut une imitation poétique de cet épisode. Le poème décrit un troupeau paissant près d'un torrent tumultueux, symbolisant les émotions conflictuelles de l'amant. La femme, comparée à Galatée, jette une pomme à l'amant et s'enfuit, se laissant voir pour l'inciter à la poursuivre. L'amant interprète ces gestes comme un signe d'espoir et de reconnaissance de son amour.
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2
p. 93-111
LE PERROQUET ET LA GUENUCHE. FABLE. A MADEMOISELLE DE M**
Début :
Il nous arriva hier de Lisbonne une Barque chargée de [...]
Mots clefs :
Perroquet, Guenuche, Amour, Animaux, Galanterie, Berger, Conversation, Belle, Laide, Inconstance, Métamorphose, Portugal, Histoire, Morale
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texteReconnaissance textuelle : LE PERROQUET ET LA GUENUCHE. FABLE. A MADEMOISELLE DE M**
LE
PERROQUET
ET LA GUENUCHE.
7
FABLE.
A MADEMOISELLE DE M**
1
Lnous arriva hier de Lisbonneune
Barque chargéedeSinges &de Per- roquets. Vousjugezbien, Mademoiselle,
GALANT 61
que je n'ay pas perduune si belle occa- fion devous tenirparole. F'aychoisipar- my cegrand nombre un Perroquet d'un plumage tres particulier , &une Gue- nuche d'une petiteſſefort rare. Ce qu'il yade fâcheux , c'est que le Perroquet
neparle point François , que la Guenu- che ne sçait point danser , &que mesme elle est encore habillée à la Portugaise;
mais vous serez peut-estre bien aise d'estre leur Maiſtreſſe en toutes façons.
Vos Leçons leur apprendront la belle maniere. Tous les autres Perroquets ne Sçavent prononcerque des injures grof- fieres , & quand vous aurezinſtruit le voſtre , il sçaura dire des malices inge- nieuses. A voſtre Ecole la Guenuche
apprendra bien- toft la Bourrée & le
Menuët ; &fi vous avezſoin de l'ha biller à la mode & de voſtremain ,je
gage qu'on la trouvera plus propre &
demeilleur air que vostre petite laide Voisine. Cependant comme vous n'en- tendrez point d'abord le jargon ny de la Guenuche ny du Perroquet , je me crois obligé en vous les envoyant, d'estre aupres de vous leur Interprete. SansSça-
62 LE MERCVRE
voir la Langue de leur Pays, j'ay bien- toft compris leurs discours, parce qu'ils estoient tendres &amoureux..
Entendre àdemymotfut toûjoursmon
partage;
Si- toſt que l'on parle d'amour ,
Iln'eſt point pour moy de langage Qui ne foit clair comme le jour.
Pour vous ma , jeune Demoiselle,
Quand memes en François l'amour fertd'entretien ,
Malgré tout voſtre Eſprit , vous ne ré- pondez rien Et vousn'entendez pas la langue ma- ternelle;
Vous voila cependant dans la belle ſaiſon ,
Vous avez quatorze ans, à cet âge, ma Belle,
N'entendre pas l'Amour , mafoy cela s'appelle N'entendre pas raiſon.
Jeveux aujourd'huy tâcher devous rendre raisonnable , en vous faisant comprendre l'Histoire amoureuse de
GALAN T. 63 vostre Guenuche & de vostre Perroquet.
Aufſi- toft que ces deux petits Animauxfurent entre mes mains , ils parle- rent entr'eux certain jargon Moresque,
&j'entendis quele Perroquet reprochoit àla Guenucheſes ſingeries , & la Gue- nuche luy reprochoitſon caquet. Comme leursdiscours meſemblerent aſſez plai- Sans, j'entray dans leur conversation.
Ils enfurent d'abordsurpris , mais en- fin nous devinſmes familiers &fûmes bien toſt ſi grands Amis , que je les obligeay àme conter leurHistoire. Le Perroquet , comme le plus grand Cau- feur , voulut estre l'Historien ; &vo cy en François àpeu pres comme il pliqua en Moresque.. *
LYON
1893-
MaMere me donna le jour
Dans un Climat de la Guinée ,
Où le Soleil joint à l'Amour ,
Enflame tout toute l'année.
L'on n'y voit point de Cœur glacé,
N'yde Bergere indiferente;
Quand unBerger eſt empreſſé LaBergere ſe montre ardente.
64 LE MERCVRE
Là je vivois jadis enBerger fort coquet,
Aujourd'huyje ſuis Perroquet,
Car , helas ! ma Coqueterie ,
Queje nommois Galanterie ,
Choqua le cruel Cupidon ,
Qui ſans m'accorder de pardon ,
Fit de moy la Métamorphoſe ,
Queje vais vous conter en Profe.
Sur les bords du Fleuve Niger on ne fait pas l'amour ainſi que fur les bords de la Seine on du Rhône. On m'a dit
qu'icyla constance paſſe pour une vertu,
là elle paſſeroit pour un vice : En France un Amant bien reglé n'a beſoin que d'une Amante , &ſouvent en ayant une , il en a trop ; mais en Ethiopie les Galans ont beſoin de diverſes Maiſtref.
Ses , &nostre miserable Roy qui mourut ilyaquelque temps dans ce Royaume,
pourroit estre un témoin de cette verité.
Estant Berger je voyois ſuivant noftre coustume diverſesBergeres , &je témoi gnois à toutes beaucoup d'amour,mais àlaveritéje n'en reſſentois queres. Dans ma conversation, dans mes Chansons
GALANT. 65 dans mes Billets , je paroiſſois l' Amant du monde leplus ardent , &dans mon cœur ie mesentois fort tranquille; enfin tout mon amour n'estoit que du caquet.
Mais,helas ! depuis ce temps j'ay bien appris que Cupidon est un Dieu qui pu- nit cruellement le mensonge. Pour com.
mencer àse vanger demoy , il me fit devenir trop veritablement amoureux d'une petite Laide , plus volage &plus.
coquette que je n'estois , &c'est iuste.
ment Dame Guenuche que vous voyez là , qui a esté Bergere dans le temps que i'estois Berger. Apresavoir trompé tant de Perſonnes parmesfaux Sermens , ie ne pûs pas mesine perfuader mapetite Laide par des veritez tres- constantes.
Cependantpour mefaire mieux enrager,
au commencement elle fit mine de m'aimer, elle affecta toutes les petites ma- nieres d'une Perſonnefort paſſionnée, &
quand elle me vit bien ſenſiblement tou- ché , elle me fit cent malices & mequit- ta enfin pour un autre Bergerauffi laid qu'un vieux Singe.
Dieux ! qu'un Berger vivroit content
66 LE MERCVRE
Silchangeoit auffi-toft que changeſon Amante !
Mais,helas ! que de maux nous cauſe
une Inconftante,
Quandon ne peut être inconſtant !
L'amourque ieſentois pour mapetite Ingrate , & la haine que i'avois pour mon laid Rival , me mirent dans untel
deſeſpoir , que ie quitay mes Moutons,
&laſocietédes autres Bergers. Je m'en allay comme un furieux ,errant dans lesDeserts : ie déchiray mes habits , ie me couvris defeüilles d'arbres , &enfin
icdevins tout-à-fait infensé. L'Amour alors me voyantdans une Forest en estat demourir ,voulut meſauver la vie , &
ie nesçay si cefutparpitiéouparven- geance. Il changea mapeau &monha- bit en plumesde la couteur des feüilles
qui me couvroient , ma bouche en bec ,
mes bras en cuiſſes , &ainfi du reſte de
mon Corps. Voila comme ie me trouvay Perroquet , &ie vousiureque ien'en ay point confervé de regret.
Nehaïſſant plus monRival,
GALANT. 67 Etn'aimantplus mon Inconſtante Je ſens monAme plus contente ,
D'animer pour toûjours le Corps d'un Animal ,
Que celuy d'un Berger ,quand l'A- mour le tourmente.
Mapetite Laide ne demeura pas auſſiſans châtiment , parce qu'elle n'a- voit aiméqu'en apparence, & que toute fa tendreſſe n'avoit esté que fingerie ;
l'Amour n'ayant point esté trompépar ſes grimaces , voulut punirfonhipocri fie ,comme il avoit puny mon liberti- nage. Il la changea donc en Guenuche ; &comme c'estoit unepetite Berge- re fort laide &fort malicieuse , il n'eut
pas beaucoup depeine àfaire ce changement.
Depuis cette double Metamorphose nousavons vescu, maMaiſtreſſe &moy,
dans les Solitudes & dans les Forests.
Cependant nous n'eſtions pas tout -à-fait Sauvages , & cela est si vray que nous noussommes laislé prendre aux premiers Hommes qui ſeſont preſentez. D'abord onnous mena en Portugal , où l'humeur
68 LE MERCVRE
de la Nation ne nous plaiſoit gueres,
parcequele caquet &les fingeriesn'y ont pas tant de coursqu'en France , ou i'ap- prens que nous sommes auiourd'huy.
Nous nousyplaifons ſans doute ,parce que nous avons encoreconfervéquelque choſe de nostre premier caractere. Pour moy quipendantque i'estois Berger di- fois centfleurettesfans penser àce queie difois,iedis encore eftant Perroquet cent parolesfanssçavoir ce que ie dis. Pour ma Maistreffe , qui estant Bergerecon- trefaisoit l' Amante ſansſentird'amour,
&qui de plusfaisoit tous les jours mil- temalices , estant Guenuche elle enfait
encore, & contrefait mille choſesqu'elle voit faire.
Voila , me dit le Perroquet , noſtre Histoireiusques icy : c'est àvous, Mon- fieur, ànous apprendre le reſte. Dites- nous pourquoy nous sommes entre vos mains , &àquoy nousſommes deſtinez,
puis que vous nousfaitespartirpourun SecondVoyage. Acette question i'ay ré- pondude cettemaniere.
Allez trop heureux Animaux ,
GALAN T. 69
Voicy la fin de tous vos maux :
Aprenez que l'on vous deſtine Pour aller faire les plaiſirs D'une belle & jeune Blondine ,
Quidonne mille ardens defirs,
Etqui cauſe mille ſoûpirs Amille Amans qui n'oſent dire ,
Belle, c'est pour vous qu'on ſoûpire;
Vous, Peroquet , & nuit &jour ,
Vous luy pourrez parler d'amour ;
Vous pourrez dire , ie vous aime,
Sans vous attirer ſon courroux.
Que mon bonheur ſeroit extrême
Si j'ofois parler comme vous !
Vous Guenuche, VOS fingeries LYON
Loin de luy donnerdu chagrin,
La charmeront ſoir & matin ;
ODieux ! que'mes Galanteries N'ont-elles le meſmedeſtin !
C'est ainsi , Mademoiselle , que finit la conversation que i'ay cue avecvostre Perroquet & vostre Guenuche. L'ay crû que ie devois vous enfaire part,
quevousferiez bien aiſe deſçavoir leurs
Avantures, le pourrois bien tirer de cette Hiftoire une belle Morale en faveur de
70 LE MERCVRE l'Amour; mais belas ,je n'oferoisavec vous moraliſerſur cette matiere.
De Marſeille.
PERROQUET
ET LA GUENUCHE.
7
FABLE.
A MADEMOISELLE DE M**
1
Lnous arriva hier de Lisbonneune
Barque chargéedeSinges &de Per- roquets. Vousjugezbien, Mademoiselle,
GALANT 61
que je n'ay pas perduune si belle occa- fion devous tenirparole. F'aychoisipar- my cegrand nombre un Perroquet d'un plumage tres particulier , &une Gue- nuche d'une petiteſſefort rare. Ce qu'il yade fâcheux , c'est que le Perroquet
neparle point François , que la Guenu- che ne sçait point danser , &que mesme elle est encore habillée à la Portugaise;
mais vous serez peut-estre bien aise d'estre leur Maiſtreſſe en toutes façons.
Vos Leçons leur apprendront la belle maniere. Tous les autres Perroquets ne Sçavent prononcerque des injures grof- fieres , & quand vous aurezinſtruit le voſtre , il sçaura dire des malices inge- nieuses. A voſtre Ecole la Guenuche
apprendra bien- toft la Bourrée & le
Menuët ; &fi vous avezſoin de l'ha biller à la mode & de voſtremain ,je
gage qu'on la trouvera plus propre &
demeilleur air que vostre petite laide Voisine. Cependant comme vous n'en- tendrez point d'abord le jargon ny de la Guenuche ny du Perroquet , je me crois obligé en vous les envoyant, d'estre aupres de vous leur Interprete. SansSça-
62 LE MERCVRE
voir la Langue de leur Pays, j'ay bien- toft compris leurs discours, parce qu'ils estoient tendres &amoureux..
Entendre àdemymotfut toûjoursmon
partage;
Si- toſt que l'on parle d'amour ,
Iln'eſt point pour moy de langage Qui ne foit clair comme le jour.
Pour vous ma , jeune Demoiselle,
Quand memes en François l'amour fertd'entretien ,
Malgré tout voſtre Eſprit , vous ne ré- pondez rien Et vousn'entendez pas la langue ma- ternelle;
Vous voila cependant dans la belle ſaiſon ,
Vous avez quatorze ans, à cet âge, ma Belle,
N'entendre pas l'Amour , mafoy cela s'appelle N'entendre pas raiſon.
Jeveux aujourd'huy tâcher devous rendre raisonnable , en vous faisant comprendre l'Histoire amoureuse de
GALAN T. 63 vostre Guenuche & de vostre Perroquet.
Aufſi- toft que ces deux petits Animauxfurent entre mes mains , ils parle- rent entr'eux certain jargon Moresque,
&j'entendis quele Perroquet reprochoit àla Guenucheſes ſingeries , & la Gue- nuche luy reprochoitſon caquet. Comme leursdiscours meſemblerent aſſez plai- Sans, j'entray dans leur conversation.
Ils enfurent d'abordsurpris , mais en- fin nous devinſmes familiers &fûmes bien toſt ſi grands Amis , que je les obligeay àme conter leurHistoire. Le Perroquet , comme le plus grand Cau- feur , voulut estre l'Historien ; &vo cy en François àpeu pres comme il pliqua en Moresque.. *
LYON
1893-
MaMere me donna le jour
Dans un Climat de la Guinée ,
Où le Soleil joint à l'Amour ,
Enflame tout toute l'année.
L'on n'y voit point de Cœur glacé,
N'yde Bergere indiferente;
Quand unBerger eſt empreſſé LaBergere ſe montre ardente.
64 LE MERCVRE
Là je vivois jadis enBerger fort coquet,
Aujourd'huyje ſuis Perroquet,
Car , helas ! ma Coqueterie ,
Queje nommois Galanterie ,
Choqua le cruel Cupidon ,
Qui ſans m'accorder de pardon ,
Fit de moy la Métamorphoſe ,
Queje vais vous conter en Profe.
Sur les bords du Fleuve Niger on ne fait pas l'amour ainſi que fur les bords de la Seine on du Rhône. On m'a dit
qu'icyla constance paſſe pour une vertu,
là elle paſſeroit pour un vice : En France un Amant bien reglé n'a beſoin que d'une Amante , &ſouvent en ayant une , il en a trop ; mais en Ethiopie les Galans ont beſoin de diverſes Maiſtref.
Ses , &nostre miserable Roy qui mourut ilyaquelque temps dans ce Royaume,
pourroit estre un témoin de cette verité.
Estant Berger je voyois ſuivant noftre coustume diverſesBergeres , &je témoi gnois à toutes beaucoup d'amour,mais àlaveritéje n'en reſſentois queres. Dans ma conversation, dans mes Chansons
GALANT. 65 dans mes Billets , je paroiſſois l' Amant du monde leplus ardent , &dans mon cœur ie mesentois fort tranquille; enfin tout mon amour n'estoit que du caquet.
Mais,helas ! depuis ce temps j'ay bien appris que Cupidon est un Dieu qui pu- nit cruellement le mensonge. Pour com.
mencer àse vanger demoy , il me fit devenir trop veritablement amoureux d'une petite Laide , plus volage &plus.
coquette que je n'estois , &c'est iuste.
ment Dame Guenuche que vous voyez là , qui a esté Bergere dans le temps que i'estois Berger. Apresavoir trompé tant de Perſonnes parmesfaux Sermens , ie ne pûs pas mesine perfuader mapetite Laide par des veritez tres- constantes.
Cependantpour mefaire mieux enrager,
au commencement elle fit mine de m'aimer, elle affecta toutes les petites ma- nieres d'une Perſonnefort paſſionnée, &
quand elle me vit bien ſenſiblement tou- ché , elle me fit cent malices & mequit- ta enfin pour un autre Bergerauffi laid qu'un vieux Singe.
Dieux ! qu'un Berger vivroit content
66 LE MERCVRE
Silchangeoit auffi-toft que changeſon Amante !
Mais,helas ! que de maux nous cauſe
une Inconftante,
Quandon ne peut être inconſtant !
L'amourque ieſentois pour mapetite Ingrate , & la haine que i'avois pour mon laid Rival , me mirent dans untel
deſeſpoir , que ie quitay mes Moutons,
&laſocietédes autres Bergers. Je m'en allay comme un furieux ,errant dans lesDeserts : ie déchiray mes habits , ie me couvris defeüilles d'arbres , &enfin
icdevins tout-à-fait infensé. L'Amour alors me voyantdans une Forest en estat demourir ,voulut meſauver la vie , &
ie nesçay si cefutparpitiéouparven- geance. Il changea mapeau &monha- bit en plumesde la couteur des feüilles
qui me couvroient , ma bouche en bec ,
mes bras en cuiſſes , &ainfi du reſte de
mon Corps. Voila comme ie me trouvay Perroquet , &ie vousiureque ien'en ay point confervé de regret.
Nehaïſſant plus monRival,
GALANT. 67 Etn'aimantplus mon Inconſtante Je ſens monAme plus contente ,
D'animer pour toûjours le Corps d'un Animal ,
Que celuy d'un Berger ,quand l'A- mour le tourmente.
Mapetite Laide ne demeura pas auſſiſans châtiment , parce qu'elle n'a- voit aiméqu'en apparence, & que toute fa tendreſſe n'avoit esté que fingerie ;
l'Amour n'ayant point esté trompépar ſes grimaces , voulut punirfonhipocri fie ,comme il avoit puny mon liberti- nage. Il la changea donc en Guenuche ; &comme c'estoit unepetite Berge- re fort laide &fort malicieuse , il n'eut
pas beaucoup depeine àfaire ce changement.
Depuis cette double Metamorphose nousavons vescu, maMaiſtreſſe &moy,
dans les Solitudes & dans les Forests.
Cependant nous n'eſtions pas tout -à-fait Sauvages , & cela est si vray que nous noussommes laislé prendre aux premiers Hommes qui ſeſont preſentez. D'abord onnous mena en Portugal , où l'humeur
68 LE MERCVRE
de la Nation ne nous plaiſoit gueres,
parcequele caquet &les fingeriesn'y ont pas tant de coursqu'en France , ou i'ap- prens que nous sommes auiourd'huy.
Nous nousyplaifons ſans doute ,parce que nous avons encoreconfervéquelque choſe de nostre premier caractere. Pour moy quipendantque i'estois Berger di- fois centfleurettesfans penser àce queie difois,iedis encore eftant Perroquet cent parolesfanssçavoir ce que ie dis. Pour ma Maistreffe , qui estant Bergerecon- trefaisoit l' Amante ſansſentird'amour,
&qui de plusfaisoit tous les jours mil- temalices , estant Guenuche elle enfait
encore, & contrefait mille choſesqu'elle voit faire.
Voila , me dit le Perroquet , noſtre Histoireiusques icy : c'est àvous, Mon- fieur, ànous apprendre le reſte. Dites- nous pourquoy nous sommes entre vos mains , &àquoy nousſommes deſtinez,
puis que vous nousfaitespartirpourun SecondVoyage. Acette question i'ay ré- pondude cettemaniere.
Allez trop heureux Animaux ,
GALAN T. 69
Voicy la fin de tous vos maux :
Aprenez que l'on vous deſtine Pour aller faire les plaiſirs D'une belle & jeune Blondine ,
Quidonne mille ardens defirs,
Etqui cauſe mille ſoûpirs Amille Amans qui n'oſent dire ,
Belle, c'est pour vous qu'on ſoûpire;
Vous, Peroquet , & nuit &jour ,
Vous luy pourrez parler d'amour ;
Vous pourrez dire , ie vous aime,
Sans vous attirer ſon courroux.
Que mon bonheur ſeroit extrême
Si j'ofois parler comme vous !
Vous Guenuche, VOS fingeries LYON
Loin de luy donnerdu chagrin,
La charmeront ſoir & matin ;
ODieux ! que'mes Galanteries N'ont-elles le meſmedeſtin !
C'est ainsi , Mademoiselle , que finit la conversation que i'ay cue avecvostre Perroquet & vostre Guenuche. L'ay crû que ie devois vous enfaire part,
quevousferiez bien aiſe deſçavoir leurs
Avantures, le pourrois bien tirer de cette Hiftoire une belle Morale en faveur de
70 LE MERCVRE l'Amour; mais belas ,je n'oferoisavec vous moraliſerſur cette matiere.
De Marſeille.
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Résumé : LE PERROQUET ET LA GUENUCHE. FABLE. A MADEMOISELLE DE M**
La fable 'Le Perroquet et la Guenuche' est adressée à Mademoiselle de M**. L'auteur décrit l'arrivée d'une barque de Lisbonne transportant des singes et des perroquets. Parmi eux, il choisit un perroquet au plumage particulier et une guenuche de petite taille. Cependant, le perroquet ne parle pas français et la guenuche ne sait pas danser, étant encore vêtue à la portugaise. L'auteur espère que la demoiselle pourra leur apprendre les bonnes manières, la danse et les habits à la mode. L'auteur raconte ensuite l'histoire amoureuse du perroquet et de la guenuche. Originaires de Guinée, ils vivaient autrefois comme bergers. Le perroquet, coquet et galant, séduisait plusieurs bergères sans ressentir de véritable amour. Cupidon le punit en le rendant amoureux d'une laide et volage bergère, la guenuche. Après avoir été trompé, le perroquet tomba dans le désespoir et fut transformé en perroquet. La guenuche, punie pour son hypocrisie, fut transformée en guenuche. Les deux animaux vécurent ensuite dans les solitudes et les forêts avant d'être capturés et emmenés au Portugal, puis en France. L'auteur les destine à la demoiselle, espérant qu'ils pourront lui parler d'amour et la charmer par leurs danses et leurs grimaces.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 48-55
L'AMANT TROMPÉ
Début :
Apres ces tristes Nouvelles, voudrez-vous bien, / Degoûté pour toûjours des Beautez de la Cour, [...]
Mots clefs :
Amour, Cour, Retraite, Berger, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : L'AMANT TROMPÉ
Apres ces triſtes Nouvelles,
voudrez-vous bien, Madame,
écouter les Plaintes d'un Malheureux , que plus d'une infi- delité ſoufferte n'a pû guerir de la foibleſſe d'engager toûjours fon cœur ? Il les fait avec affez
d'eſprit pour meriter que vous perdiez un peu de temps à
l'entendre ; & quoy que vous vous ſoyez renduë inſenſible
aux maux de l'Amour , la maniere dont il exprime les fiens vous pourra toucher.
32 LE MERCVRE
L'AMANT
TROMP Ε΄ .
DEgoûté delapour Courtoujours , des Beautez
le pestois hautement contre leurincon- Stance ,
Et d'un Homine, ennemy declaré de l'Amour,
L'affectois en tous lieux l'heurense In- diference.
LaChaſſe meplaiſoit, &toûjoursdans
lesBois,
Pour mieux me garantir des ſurpriſes
desBelles,
L'évitois avec ſoinlepiegedes Ruellles,
Et la Retraite estoit mon dernier
choix ,
Si mes traits poursuivoient quelque Bestesauvage,
GALANT. 33 Ien'apprehendois point d'en eſtre mal- traité,
Et des Oyſeaux,
tendre ramage,
d'accord dans leur
L'enviois lafidelité
Deleur commerce heureux le tranquille
avantage,
Mefaisoitplaindre le malheur D'un Amant qui ſurpris d'une douce langueur,
Sur la foy d'unbel œil imprudemment
s'engage ۱
Ariſquer en aimant , le repos defon
cœur.
Le mienque les dehors d'une belle ap
parence As'en laiſſer duper avoient cent fois reduit ,
-En retiroit au moinscefruit
Qu'une affez longue experience Le mettoit en estat de n'estre plus Seduit.
Mais pour ne pas aimer quandlepan- chantypousse,
By
34 LE MERCVRE En vain nous employons nosfoins;
C'est une habitude fi douce ,
Qu'on la reprend lors qu'on le croit le
moins.
Vn jour affis fur la Fougere ,
Ie prenois des Zéphirs lefrais délicieux ,
Quand j'aperceus une jeune Bergere Dont l'éclat ébloüit mes yeux.
Bart ne luy prestoit rien ; sa beauté
naturelle
Brilloit avec tant d'agrément ,
Queplein d'un douxſaiſiſſement ,
Auperil de nefaire encor qu'une Infidelle
Ie courus rendre hommage à cet Objet
charmant.
Quel bonheurfut le mien ! nos cœurs
d'intelligence Se trouverent tous deux en mefmetemps charmez ;
Ilſembloit que l'Amour jaloux de fa
puissance ,
L'unpour l'autre les eust formez.
GALANT 35 Depuis ce temps , unis par lesplus bel- les chaînes ,
Nous ignorons l'usage des soupirs;
Et dans leur pureté ,fansmélange de
peines ,
Nous goustions lesplus douxplaiſirs.
Nosflames chaque jour devenoient plus ardentes ,
Tout nous rendoit heureux dans ce
charmantSéjour ;
Etdespaffions violentes ,
Nous n'ySentions que celle de l'Amour.
L'amepleinement satisfaite ,
Ien'enviois lefort ny des Rois, nydes Dieux,
Etje préferois la Houlette
AuDestin leplus glorienx.
Vn Habit de Berger m'en donnoit l'innocence,
Ie ne dédaignois point de garder des Troupeaux ,
Et d'accorder des Chalumeaux ,
Favorisé de l'Ombre &du Silence
Au doux murmure des Ruiſſeaux.
Bvj
36 LE MERCVRE
Tel Iupiterdeſcendu ſur laTerre ,
Quitta l'éclat pompeux de ſa Divi- nité,
Etfit hommagedu Tonnerre
Auxpieds d'une jeune Beauté.
L'Amourcaufa cette métamorphose D'Apollon il fit un Pasteur ,
Et fur ce grand Exemple il n'est rien que l'on n'ofe Pourse rendremaiſtre d'un cœur.
I'aurois plus fait encorpour toucherma
Bergere.
Falloit-il qu'un Rivalvinst corrompre Safoy Oudevoit-il affez luy plaire Pour partager des vœuxqui n'estoient deus qu'àmoy
L'Ingrate me trahit ; Dieux, qui l'au- roit pü croire ?
Monfeu se repoſoitſurſafimplicité;
Cent fermens m'aſſuroient elle enperd Lamémoire,
Et court àl'infidelité.
GALANT. 37
Pourmevangerde l'Inhumaine ,
En vain d'un vif dépit j'écoute le transport.
I'aybeaum'abandonner tout entier àla haine,
L'Amourest toûjours le plus fort.
Monfort a bien changé,iepers tout ce
que j'aime ,
Ladouceur d'eſtre aimé rempliſſoit mes
defirs;
Onme l'ofte , & le Ciel dans mon malheurextréme
Me condamne peut- eftre à d'eternels foupirs.
Amour,toy qui d'abord mefusfifavo
rable ,
Dans cette triſte extremité ,
Rens-moy cette belle Coupable,
Ou ma premiere liberté.
voudrez-vous bien, Madame,
écouter les Plaintes d'un Malheureux , que plus d'une infi- delité ſoufferte n'a pû guerir de la foibleſſe d'engager toûjours fon cœur ? Il les fait avec affez
d'eſprit pour meriter que vous perdiez un peu de temps à
l'entendre ; & quoy que vous vous ſoyez renduë inſenſible
aux maux de l'Amour , la maniere dont il exprime les fiens vous pourra toucher.
32 LE MERCVRE
L'AMANT
TROMP Ε΄ .
DEgoûté delapour Courtoujours , des Beautez
le pestois hautement contre leurincon- Stance ,
Et d'un Homine, ennemy declaré de l'Amour,
L'affectois en tous lieux l'heurense In- diference.
LaChaſſe meplaiſoit, &toûjoursdans
lesBois,
Pour mieux me garantir des ſurpriſes
desBelles,
L'évitois avec ſoinlepiegedes Ruellles,
Et la Retraite estoit mon dernier
choix ,
Si mes traits poursuivoient quelque Bestesauvage,
GALANT. 33 Ien'apprehendois point d'en eſtre mal- traité,
Et des Oyſeaux,
tendre ramage,
d'accord dans leur
L'enviois lafidelité
Deleur commerce heureux le tranquille
avantage,
Mefaisoitplaindre le malheur D'un Amant qui ſurpris d'une douce langueur,
Sur la foy d'unbel œil imprudemment
s'engage ۱
Ariſquer en aimant , le repos defon
cœur.
Le mienque les dehors d'une belle ap
parence As'en laiſſer duper avoient cent fois reduit ,
-En retiroit au moinscefruit
Qu'une affez longue experience Le mettoit en estat de n'estre plus Seduit.
Mais pour ne pas aimer quandlepan- chantypousse,
By
34 LE MERCVRE En vain nous employons nosfoins;
C'est une habitude fi douce ,
Qu'on la reprend lors qu'on le croit le
moins.
Vn jour affis fur la Fougere ,
Ie prenois des Zéphirs lefrais délicieux ,
Quand j'aperceus une jeune Bergere Dont l'éclat ébloüit mes yeux.
Bart ne luy prestoit rien ; sa beauté
naturelle
Brilloit avec tant d'agrément ,
Queplein d'un douxſaiſiſſement ,
Auperil de nefaire encor qu'une Infidelle
Ie courus rendre hommage à cet Objet
charmant.
Quel bonheurfut le mien ! nos cœurs
d'intelligence Se trouverent tous deux en mefmetemps charmez ;
Ilſembloit que l'Amour jaloux de fa
puissance ,
L'unpour l'autre les eust formez.
GALANT 35 Depuis ce temps , unis par lesplus bel- les chaînes ,
Nous ignorons l'usage des soupirs;
Et dans leur pureté ,fansmélange de
peines ,
Nous goustions lesplus douxplaiſirs.
Nosflames chaque jour devenoient plus ardentes ,
Tout nous rendoit heureux dans ce
charmantSéjour ;
Etdespaffions violentes ,
Nous n'ySentions que celle de l'Amour.
L'amepleinement satisfaite ,
Ien'enviois lefort ny des Rois, nydes Dieux,
Etje préferois la Houlette
AuDestin leplus glorienx.
Vn Habit de Berger m'en donnoit l'innocence,
Ie ne dédaignois point de garder des Troupeaux ,
Et d'accorder des Chalumeaux ,
Favorisé de l'Ombre &du Silence
Au doux murmure des Ruiſſeaux.
Bvj
36 LE MERCVRE
Tel Iupiterdeſcendu ſur laTerre ,
Quitta l'éclat pompeux de ſa Divi- nité,
Etfit hommagedu Tonnerre
Auxpieds d'une jeune Beauté.
L'Amourcaufa cette métamorphose D'Apollon il fit un Pasteur ,
Et fur ce grand Exemple il n'est rien que l'on n'ofe Pourse rendremaiſtre d'un cœur.
I'aurois plus fait encorpour toucherma
Bergere.
Falloit-il qu'un Rivalvinst corrompre Safoy Oudevoit-il affez luy plaire Pour partager des vœuxqui n'estoient deus qu'àmoy
L'Ingrate me trahit ; Dieux, qui l'au- roit pü croire ?
Monfeu se repoſoitſurſafimplicité;
Cent fermens m'aſſuroient elle enperd Lamémoire,
Et court àl'infidelité.
GALANT. 37
Pourmevangerde l'Inhumaine ,
En vain d'un vif dépit j'écoute le transport.
I'aybeaum'abandonner tout entier àla haine,
L'Amourest toûjours le plus fort.
Monfort a bien changé,iepers tout ce
que j'aime ,
Ladouceur d'eſtre aimé rempliſſoit mes
defirs;
Onme l'ofte , & le Ciel dans mon malheurextréme
Me condamne peut- eftre à d'eternels foupirs.
Amour,toy qui d'abord mefusfifavo
rable ,
Dans cette triſte extremité ,
Rens-moy cette belle Coupable,
Ou ma premiere liberté.
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Résumé : L'AMANT TROMPÉ
Un amant malheureux exprime son dégoût pour la cour et les beautés artificielles, préférant la solitude et la chasse. Il tombe amoureux d'une bergère dont la beauté naturelle l'éblouit. Leur amour est intense et heureux, mais cette idylle est brisée par l'infidélité de la bergère. Malgré sa colère et sa haine, l'amant reste prisonnier de son amour. Il exprime son désespoir et demande à l'amour de lui rendre soit la bergère infidèle, soit sa liberté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 226-229
AIR.
Début :
Je puis vous assurer, Madame, que tout est nouveau dans / Iris sur la Fougere, [...]
Mots clefs :
Mr de la Tour, Berger, Feux, Paroles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR.
Je puis vous affurer,
Madame , que tout eft
nouveau dans cet Air, &
que je ne vous envoyeray
rien de cette nature qui ait
efté veu dans le monde
avant que vous le receviez.
C'eft ce qui m'a empefché
de faire graver un fort bel
Air de M de la Tour, qui comme vous fçavez tient
rang parmy les premiers
Mailtres deMufique. J'ay
déja entendu parler de cet
Air enquelques endroits, &
je prétens que vous puiffiez
dire que vous aurez chanté
la premiere tout ce que
Vous trouverez noté dans
mes Lettres, fi ceux qui me
le donneront me tiennent
parole. Je ne veux pas cependant vous priver des
Paroles fur lesquelles M
de la Tour a travaillé. Elles
vous plairont beaucoup, fi
elles vous plaifent autant
qu'elles font icy ; mais
comment ne vous plairoient-elles pas, puis qu'el
les font de l'illuftre Perfonne qui ne nous donne
jamais rien que d'achevé ?
Elles ont un tour qui vous
feront connoiftre aisément
le merveilleux génie de
Madame des Houlieres.
AIR.
Rris furla Fougere,.
Dans un preffant danger,
Afon temeraire Berger
Difoit toute en colere;
Qu'eft devenu, Tirfis , cet air ref
pectueux,
Quid'unparfait Amant eft le vray
caractere?
Entrè deux cœurs , dit-il , brûlez
des mefmesfeux,
Il eft certains momensheureux
Où, ma Bergere,
Il ne faut eftre qu'amoureux.
Madame , que tout eft
nouveau dans cet Air, &
que je ne vous envoyeray
rien de cette nature qui ait
efté veu dans le monde
avant que vous le receviez.
C'eft ce qui m'a empefché
de faire graver un fort bel
Air de M de la Tour, qui comme vous fçavez tient
rang parmy les premiers
Mailtres deMufique. J'ay
déja entendu parler de cet
Air enquelques endroits, &
je prétens que vous puiffiez
dire que vous aurez chanté
la premiere tout ce que
Vous trouverez noté dans
mes Lettres, fi ceux qui me
le donneront me tiennent
parole. Je ne veux pas cependant vous priver des
Paroles fur lesquelles M
de la Tour a travaillé. Elles
vous plairont beaucoup, fi
elles vous plaifent autant
qu'elles font icy ; mais
comment ne vous plairoient-elles pas, puis qu'el
les font de l'illuftre Perfonne qui ne nous donne
jamais rien que d'achevé ?
Elles ont un tour qui vous
feront connoiftre aisément
le merveilleux génie de
Madame des Houlieres.
AIR.
Rris furla Fougere,.
Dans un preffant danger,
Afon temeraire Berger
Difoit toute en colere;
Qu'eft devenu, Tirfis , cet air ref
pectueux,
Quid'unparfait Amant eft le vray
caractere?
Entrè deux cœurs , dit-il , brûlez
des mefmesfeux,
Il eft certains momensheureux
Où, ma Bergere,
Il ne faut eftre qu'amoureux.
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Résumé : AIR.
L'auteur d'une lettre assure à une dame que tout ce qu'il lui envoie est inédit. Il mentionne un air composé par M. de la Tour, un maître de musique, qu'il n'a pas fait graver pour éviter qu'il ne soit connu avant de le lui envoyer. La destinataire sera la première à chanter cet air. L'auteur lui envoie également les paroles, écrites par Madame des Houlières, dont le génie est loué. Ces paroles décrivent un dialogue entre deux bergers, Tirsi et une bergère, sur l'amour et le danger. Tirsi exprime son désarroi face à l'attitude téméraire de la bergère et se demande où est passé son air respectueux. Il affirme que l'amour véritable doit brûler de la même flamme entre deux cœurs et qu'il existe des moments heureux où il faut être uniquement amoureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 65-72
ELEGIE.
Début :
Cette Devise ne vous doit pas estre inconnuë, puis que / Genéreux Licidas, Amy sage & fidelle [...]
Mots clefs :
Raison, Amour, Douceurs, Berger, Sagesse, Amants, Ennemis, Esprit, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELEGIE.
Cette Devise ne vous
doit pas estre inconnuë,
puis que je l'ay fait graver
parmy cellesquiont été faites
pour des Cachets, &qui
sont dans le sixiéme Extra-.-
ordinaire que je vous eiï^
voyayle 15. de ce Mois. Cependant
si vous voulez voir
de quelle maniere en doivent
user les aimables Fieres
qui cherchent à se défendre
d'aimer par raison,
vous n'avez qu'à lire l'E-:
legie qui fuit. Vous y trouverez
une peinture aussi
agréable que délicate, des
sentimens d'une Belle dont
le coeur pourroit devenir
sensible, si elle l'abandonnoit
à son panchant. Je ne
vous puis dire qui la fait
parler, mais je lçay bic4
que peu d'Ouvrages de
cette nature ont d'aussi
grandes beautez.
ELEG 1E.
GEnéreux LicidllJ, Amyfage
1 &fidelie,
Dont l'effrit cfisijufic, & dont
l'ame estsibelle,
Vous, de qui la Raison nefaitplus'
de fauxpas,
Ha,qu'ilvous est aiséde dire, n'aimezpas!
£)uand on connoiifl*Amour, j'es-,
- - caprices,sespeines,
Jguand onfiait comme vousce qti&
pesentseschaînes,
àagcparjes malheurs, on meprijt
aisément
Les douceurs dont ilflate un trop
crédule Amants
Mau quandon n'apointfaitla trifieexpérience
Desjalo/iflsfureurs,deschagrins
de l'absence,
£htepourfiiirefentirde redoutablesfeux
iIll ne ppaarrooii/?fusuinivjyy que ddeesr BRlwû* à*
desJeux,
JOttun coeur reftHe malàfinpou- voirréme!
Jt>ue defoins, que d'effortspour em
pefiherqu'iln'aime!
Jejfay ce qu'ilencou/le, (7ptllfefh&
jamais
JLyJmourn'acontre un coeurémoufi
tant de traits.
Jnfinfiblekl'honneur de fixerun
Volage,
On deforcerd'aimer.l'Ame la plus
sauvage.
Je n'ayjamdJU tombédans, ces vaines
erreurs,
Jj>uidonnent devrais mauxpour
desausses douceurs;
Mesfenssurma, raifin n'ontjamais
eu d'empire,
Et mon tranquille cættr ne feait.
comme onsoupire, Ill'ignore,Berger,mais nepréùnJumez,
pas tendre engagementfuflpour
luysansappas.
Ce coeur que le Cielfitdélicat &-
ftncére,
N'aimeroitquetrop bien,sije le
laissoisfaire?
Mais grace aux Immorteli, une
heureusefierté
Surunsidouxprancbantl'atoujours
anforle.
Sans cesse je me dis qu'une forte
tendrcffe
Bfimalgrétous nos foins l'écueit
de la SagejJè,
J>hfon s'y trompe toujours-, & qu'il:
faut s'allarmer
Des qu'unBerger paroisspropre i
sefaire aimer.
Comme unsubtilpoisonjeregarde
l'efiime,
Beje crains l'Amitié, quoy qu'elle
foitsans crime.
Fourfauver ma. vertu de ces égaremens,
Je ne veux point d'Amis quipbiffent
eflreAmans.
Jjhiandpar mon peu d'appas ma
raison eflféUuite,
Je cherche leurs défauts,j'impose à
leur mérite,
Rienpour les ménager ne meparoifi
permIS)
Et dans tous mes Amansjevois mes-
Ennemis
A l'abry d'une longue ¿""JètÎre indiférence,
De leurs tendres tranflorts je voir
la violence;
L'Ej;,itlibre defoins, & l'Ame
sans amour,
Dans lesacré Valon je passe tout
lejour, J) cueille avec flaifir cent& cent
fleurs nouvÍ."_,S
braverontdu tanps lesitteintet
cruellesi
Etfourfuivre unpanchant quej'ay
recetJ des Cieux,
Je consacre ces fleurs auplusgalant
des Dieux.
far unjufle retour on dit qu'ilffait
répandre
Sur toutce quej'écris un air toti?
chant & tendre;
je no/e allerplus loin, &sur lafoy
d'autruy
Je chante tous lesjours&pour, &
contre luys
Heureufcsiles maux dontjefeins'
d'eflre atteinter
Pour mon timide coeurfont toujours
une feinte.
doit pas estre inconnuë,
puis que je l'ay fait graver
parmy cellesquiont été faites
pour des Cachets, &qui
sont dans le sixiéme Extra-.-
ordinaire que je vous eiï^
voyayle 15. de ce Mois. Cependant
si vous voulez voir
de quelle maniere en doivent
user les aimables Fieres
qui cherchent à se défendre
d'aimer par raison,
vous n'avez qu'à lire l'E-:
legie qui fuit. Vous y trouverez
une peinture aussi
agréable que délicate, des
sentimens d'une Belle dont
le coeur pourroit devenir
sensible, si elle l'abandonnoit
à son panchant. Je ne
vous puis dire qui la fait
parler, mais je lçay bic4
que peu d'Ouvrages de
cette nature ont d'aussi
grandes beautez.
ELEG 1E.
GEnéreux LicidllJ, Amyfage
1 &fidelie,
Dont l'effrit cfisijufic, & dont
l'ame estsibelle,
Vous, de qui la Raison nefaitplus'
de fauxpas,
Ha,qu'ilvous est aiséde dire, n'aimezpas!
£)uand on connoiifl*Amour, j'es-,
- - caprices,sespeines,
Jguand onfiait comme vousce qti&
pesentseschaînes,
àagcparjes malheurs, on meprijt
aisément
Les douceurs dont ilflate un trop
crédule Amants
Mau quandon n'apointfaitla trifieexpérience
Desjalo/iflsfureurs,deschagrins
de l'absence,
£htepourfiiirefentirde redoutablesfeux
iIll ne ppaarrooii/?fusuinivjyy que ddeesr BRlwû* à*
desJeux,
JOttun coeur reftHe malàfinpou- voirréme!
Jt>ue defoins, que d'effortspour em
pefiherqu'iln'aime!
Jejfay ce qu'ilencou/le, (7ptllfefh&
jamais
JLyJmourn'acontre un coeurémoufi
tant de traits.
Jnfinfiblekl'honneur de fixerun
Volage,
On deforcerd'aimer.l'Ame la plus
sauvage.
Je n'ayjamdJU tombédans, ces vaines
erreurs,
Jj>uidonnent devrais mauxpour
desausses douceurs;
Mesfenssurma, raifin n'ontjamais
eu d'empire,
Et mon tranquille cættr ne feait.
comme onsoupire, Ill'ignore,Berger,mais nepréùnJumez,
pas tendre engagementfuflpour
luysansappas.
Ce coeur que le Cielfitdélicat &-
ftncére,
N'aimeroitquetrop bien,sije le
laissoisfaire?
Mais grace aux Immorteli, une
heureusefierté
Surunsidouxprancbantl'atoujours
anforle.
Sans cesse je me dis qu'une forte
tendrcffe
Bfimalgrétous nos foins l'écueit
de la SagejJè,
J>hfon s'y trompe toujours-, & qu'il:
faut s'allarmer
Des qu'unBerger paroisspropre i
sefaire aimer.
Comme unsubtilpoisonjeregarde
l'efiime,
Beje crains l'Amitié, quoy qu'elle
foitsans crime.
Fourfauver ma. vertu de ces égaremens,
Je ne veux point d'Amis quipbiffent
eflreAmans.
Jjhiandpar mon peu d'appas ma
raison eflféUuite,
Je cherche leurs défauts,j'impose à
leur mérite,
Rienpour les ménager ne meparoifi
permIS)
Et dans tous mes Amansjevois mes-
Ennemis
A l'abry d'une longue ¿""JètÎre indiférence,
De leurs tendres tranflorts je voir
la violence;
L'Ej;,itlibre defoins, & l'Ame
sans amour,
Dans lesacré Valon je passe tout
lejour, J) cueille avec flaifir cent& cent
fleurs nouvÍ."_,S
braverontdu tanps lesitteintet
cruellesi
Etfourfuivre unpanchant quej'ay
recetJ des Cieux,
Je consacre ces fleurs auplusgalant
des Dieux.
far unjufle retour on dit qu'ilffait
répandre
Sur toutce quej'écris un air toti?
chant & tendre;
je no/e allerplus loin, &sur lafoy
d'autruy
Je chante tous lesjours&pour, &
contre luys
Heureufcsiles maux dontjefeins'
d'eflre atteinter
Pour mon timide coeurfont toujours
une feinte.
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Résumé : ELEGIE.
Le texte présente une devise et une élégie. La devise est mentionnée dans un extra-ordinaire du 15 du mois. Pour comprendre comment les femmes fières cherchent à se défendre d'aimer par raison, il est suggéré de lire l'élégie intitulée 'l'Élégie qui fuit'. Cette élégie décrit les sentiments d'une belle dont le cœur pourrait devenir sensible si elle l'abandonnait à son penchant. L'auteur souligne que peu d'ouvrages de cette nature possèdent autant de beautés. L'élégie est adressée à un homme généreux, aimable et fidèle, doté d'un esprit judicieux et d'une belle âme. Elle évoque les caprices et les peines de l'amour, ainsi que la difficulté de résister à ses charmes. La narratrice affirme n'avoir pas succombé aux erreurs vaines de l'amour et que son cœur reste tranquille. Elle craint l'amitié, de peur qu'elle ne se transforme en amour, et préfère voir des ennemis dans ses amants. Elle passe ses journées dans un vallon, cueillant des fleurs pour braver le temps et les consacre au plus galant des dieux. Elle conclut en chantant les maux dont elle feint d'être atteinte, pour son cœur timide.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 134-137
PLAINTES D'UN AMANT.
Début :
Voicy d'autres paroles que vous trouverez fort agréables, & / Languissant & réveur aux bords d'une Fontaine, [...]
Mots clefs :
Rêveur, Fontaine, Argent, Ruisseaux, Murmures, Amour, Berger, Galant, Songe, Tendresse, Peine, Éternelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PLAINTES D'UN AMANT.
Voicy d'autres paroles que
vous trouverez fort agréables
, & tres - propres à eſtre
chantées.Elles ſont de Mademoiſelle
Caſtille.
GALANT. 135
PLAINTES D'UN AMANT.
Anguiffant &réveur aux
L bords d'une Fontaine,
Helas! dis-je cent foisfongeant à
Céliméne,
Ces petits flots d'argent
Vont d'un cours diligent
R'embellir l'émailde la Plaine.
Ces Ruiffeaux
Ontrepris leur doux murmures
CesCoftraux
Une nouvelle Verdures
Ces Ormeaux
Redonnent leurs frais ombragesz
Ces Oyseaux
Fontretentir ces Bocages
Demillechans nouveaux.
CeGazon,
CeValon
136 MERCURE
Refleurit,
Tout rit
Dans noftre Village,
Tout fait l'amour, touts'engage.
Tircis ce galant Berger
Qui nefaitque fonger
Aréjouir Irisſon aimable Bergere,
Vaméditant pour elle tout lejour
CentpetitsAirs nouveauxfurfa Fla
te legere,
EtSa Bergereàson tour
Nefongefans ceffe
Qu'àfoulagerson amour
D'unpeu de tendreſſe.
Enfin dans nos Hameaux , dans nos
Bois, dansnos Champs
Toutse prépare aux plaisirs innocens
Que ramene
Le Printemps.
L'on n'y verra plus d'inhumaine
GALANT. 137
Quemon ingrate Céliméne,
Qui ne promet à mes feux trop
conftans
Qu'une éternelle peine..
vous trouverez fort agréables
, & tres - propres à eſtre
chantées.Elles ſont de Mademoiſelle
Caſtille.
GALANT. 135
PLAINTES D'UN AMANT.
Anguiffant &réveur aux
L bords d'une Fontaine,
Helas! dis-je cent foisfongeant à
Céliméne,
Ces petits flots d'argent
Vont d'un cours diligent
R'embellir l'émailde la Plaine.
Ces Ruiffeaux
Ontrepris leur doux murmures
CesCoftraux
Une nouvelle Verdures
Ces Ormeaux
Redonnent leurs frais ombragesz
Ces Oyseaux
Fontretentir ces Bocages
Demillechans nouveaux.
CeGazon,
CeValon
136 MERCURE
Refleurit,
Tout rit
Dans noftre Village,
Tout fait l'amour, touts'engage.
Tircis ce galant Berger
Qui nefaitque fonger
Aréjouir Irisſon aimable Bergere,
Vaméditant pour elle tout lejour
CentpetitsAirs nouveauxfurfa Fla
te legere,
EtSa Bergereàson tour
Nefongefans ceffe
Qu'àfoulagerson amour
D'unpeu de tendreſſe.
Enfin dans nos Hameaux , dans nos
Bois, dansnos Champs
Toutse prépare aux plaisirs innocens
Que ramene
Le Printemps.
L'on n'y verra plus d'inhumaine
GALANT. 137
Quemon ingrate Céliméne,
Qui ne promet à mes feux trop
conftans
Qu'une éternelle peine..
Fermer
Résumé : PLAINTES D'UN AMANT.
Le poème 'Plaintes d'un Amant' de Mademoiselle Castille dépeint un paysage printanier où la nature renaît. Les fontaines, les ruisseaux, les arbres et les oiseaux embellissent la plaine et apportent joie et amour au village. Cependant, le narrateur souffre de l'indifférence de Célimène, une femme insensible à ses sentiments. Autour de lui, des signes de bonheur et d'amour sont visibles, comme l'affection partagée entre Tircis, un berger, et Irisson, une bergère. Le poème se conclut sur une note mélancolique, soulignant l'absence de réciprocité dans les sentiments du narrateur envers Célimène.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 194-195
LES NYMPHES de la Fontaine Saint Martin, au Berger de Bressoles.
Début :
Berger, ton soin est grand d'envoyer les Mercures [...]
Mots clefs :
Berger, Nymphes, Énigmes, Mercure galant, Quenouille, Écrevisse, Sens caché, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES NYMPHES de la Fontaine Saint Martin, au Berger de Bressoles.
LESNYMPHES
de la Fontaine Saint Martin, au
Berger de Bressoles.
BErger, tonfoinestgrandd'envoyer
les Mercures
ExABernentauxNymphes deces boisi
"¡')AÚ peux - tu. deviner les Enigmes obfcurcs,
Qaproposé, celuy du dernier moUt RE'PONSE.
Cenestp.u difficile chose
En tous les MercuïesGalans,
De trouver a;-iffl*'tofl lefcnS
Des Engmes qu'on y propose;
Et pourlapremiersd'Avrily ,
Je veux que l'on me chantepouiSe ,
Si l'on n'y parle d'un-outil
Sljfez.semblable a la Qjcnouille,
Ou le fit/eau tient Írttachi.
Lesens de l'autre efl plus caché.
(
Mais j'y fuis, & que je perisse
, SSii- ssoonnvvrraaymotfre'eîfïbcrçviffè :
Carffâchez, que [on nom de Cancer en
Latin,
Efl un nom en Grammaire appelle Masculin.
De plus Cancer efl un Signe celefle,
Etpcefel enscorluen m.atdangereuxcam^è
Nymphes,sij"ay bien deviné
Qnk voscharmans appasThonneuren
foit donnéEt ; quele doux foinde vonspU're
Soit toujours maplusgrandeaffaire.
Le Bergerde Bresolles.
de la Fontaine Saint Martin, au
Berger de Bressoles.
BErger, tonfoinestgrandd'envoyer
les Mercures
ExABernentauxNymphes deces boisi
"¡')AÚ peux - tu. deviner les Enigmes obfcurcs,
Qaproposé, celuy du dernier moUt RE'PONSE.
Cenestp.u difficile chose
En tous les MercuïesGalans,
De trouver a;-iffl*'tofl lefcnS
Des Engmes qu'on y propose;
Et pourlapremiersd'Avrily ,
Je veux que l'on me chantepouiSe ,
Si l'on n'y parle d'un-outil
Sljfez.semblable a la Qjcnouille,
Ou le fit/eau tient Írttachi.
Lesens de l'autre efl plus caché.
(
Mais j'y fuis, & que je perisse
, SSii- ssoonnvvrraaymotfre'eîfïbcrçviffè :
Carffâchez, que [on nom de Cancer en
Latin,
Efl un nom en Grammaire appelle Masculin.
De plus Cancer efl un Signe celefle,
Etpcefel enscorluen m.atdangereuxcam^è
Nymphes,sij"ay bien deviné
Qnk voscharmans appasThonneuren
foit donnéEt ; quele doux foinde vonspU're
Soit toujours maplusgrandeaffaire.
Le Bergerde Bresolles.
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Résumé : LES NYMPHES de la Fontaine Saint Martin, au Berger de Bressoles.
Le Berger de Bressoles défie les Nymphes de la Fontaine Saint-Martin de résoudre des énigmes des 'Mercures'. Il demande une poésie sans référence à la quenouille pour le 1er avril. Il évoque le mot 'Cancer', masculin en latin et signe astrologique dangereux. Il admire les charmes et la douceur des Nymphes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 313-314
I.
Début :
I, & la lettre V, estoient le vray mot de la premiere Enigme / Vrayment oüy, vous parlez à nous, [...]
Mots clefs :
Berger, Rimes, Sens, I, V, Voyelle, Consonnes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : I.
I, & lA lettre V, estoient le vray
'ot de la pretniere Enigme du mois
¿oNH
,
& le Souflet ccluy de la
etnde. En voicy flufieurs Explic4.
ions en Yers.
I. vRayment oüy
, vous pllrle a nota,
Açreable Berqer de Flore,
Vont quartefiime & qu'on honore) en puis répondre icy pour tout.
Aiai*ffavez-vou* que par vos rimes
Votu embarrAssèz. trop les gens?
Sur vos plus faciles Enigmes
7faut rêver huit jours pour en trouver
le sens. JJ leu cent fois vojlre nouvelle
Avant que dy rien remarquer; ïnfîn votre trtijîcme& cinquième voyelle,
roflre I, vojlre V.. pour me mieuxexpli.
quer1
Xfontpensé tourner la cervelle,
je ne fçaurais vous le nier,
Berger, quand vous voudrez dansi
Galant Mercure
Nous exercer sur quelque Enigme cio
fcure,
Yo," en sçavez. bien le métier,
Donnez-nous un mot tout entier,
Il nous mettra bien moinsl'ejprit à
i 1
torture.
DIlREVILL:
'ot de la pretniere Enigme du mois
¿oNH
,
& le Souflet ccluy de la
etnde. En voicy flufieurs Explic4.
ions en Yers.
I. vRayment oüy
, vous pllrle a nota,
Açreable Berqer de Flore,
Vont quartefiime & qu'on honore) en puis répondre icy pour tout.
Aiai*ffavez-vou* que par vos rimes
Votu embarrAssèz. trop les gens?
Sur vos plus faciles Enigmes
7faut rêver huit jours pour en trouver
le sens. JJ leu cent fois vojlre nouvelle
Avant que dy rien remarquer; ïnfîn votre trtijîcme& cinquième voyelle,
roflre I, vojlre V.. pour me mieuxexpli.
quer1
Xfontpensé tourner la cervelle,
je ne fçaurais vous le nier,
Berger, quand vous voudrez dansi
Galant Mercure
Nous exercer sur quelque Enigme cio
fcure,
Yo," en sçavez. bien le métier,
Donnez-nous un mot tout entier,
Il nous mettra bien moinsl'ejprit à
i 1
torture.
DIlREVILL:
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Résumé : I.
Le texte discute d'une énigme dont la solution repose sur les lettres 'I' et 'V'. L'auteur critique la complexité des énigmes du 'Berger de Flore' et admire son talent. Il mentionne avoir relu une nouvelle sans en comprendre le sens et demande un mot entier plus facile à déchiffrer. Le texte se conclut par le nom 'DIREVILL'.
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9
p. 107
AIR NOUVEAU.
Début :
Je ne doute point que vous ne soyez contente de l'Air / Vous aimez, jeune Iris, mes tendres Chansonnettes, [...]
Mots clefs :
Iris, Berger, Chansonnettes, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
Je ne doute point que vous
ne foyez contente de l'Air
nouveau que je vous envoye.
Il a efté eftimé par des gens
d'un fort bøn gouſt .
AIR NOUVEAU.
V >
Ous aimez , jeune Iris , mes
tendres Chanfonncties
Vous les écoutez chaque jour.
Que n'avez vous un peu d'amour
Four le Berger qui les a faites ?
ne foyez contente de l'Air
nouveau que je vous envoye.
Il a efté eftimé par des gens
d'un fort bøn gouſt .
AIR NOUVEAU.
V >
Ous aimez , jeune Iris , mes
tendres Chanfonncties
Vous les écoutez chaque jour.
Que n'avez vous un peu d'amour
Four le Berger qui les a faites ?
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10
p. 198-201
Madrigaux. [titre d'après la table]
Début :
La mort de ce Prince fit cesser tous les Divertissemens [...]
Mots clefs :
Berger, Divertissement, Marquis, Fontainebleau, Louanges, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Madrigaux. [titre d'après la table]
La mort de ce Prince fit
cefler tous les Divertiffemens
qu'on devoit continuer à
GALANT. 199
Fontainebleau , & celuy du
Balet du Temple de la Paix
fut du nombre. Je n'eus pas
le temps de vous dire le mois
paffé , que M' le Marquis de
la Vrilliere s'y eftant fait admirer
, les applaudiffemens
qu'il receut furent caufe que
Sa Majeſté trouva bon qu'il
dançaft une Entrée feul. Il y
réüffit d'une maniere fi avanrageufe
, que l'on entendit
en mefme temps toutes les
voix s'élever pour luy donner
des loüanges. Ce fut ce qui
donna lieu à un des Spectateurs
de faire les Vers fui-
R. iiij
200 MERCURE
vans , fur le Perſonnage de
Berger , qu'il repreſentoit
dans ce Balet.
"
Ergeres, craignez laſurpriſe,
Défiez - vous de ce nouveau BB
venu ,
C'est l'amour , qui n'ofaatfe faire voir
tout nu ,
Sous cet habit champestre fe de.
guife ;
Pour vous approcher de plus prés
Il paroift fans Arc &fans Fléches;
Mais il vient avec mille attraits ,
Qui nefont pas aux coeurs de moins
fenfibles bréches.
Pour leurfairefubirfa Loy,
La force n'eft pas neceſſaire ,
Il ne faut point tant d'attirail
plaire
pour
Quand on a les graces pour foy
GALANT. 201
f
Encor qu'il ait quitté fes armes
Vous n'eftes pas moins en danger,
Il est aisé , quand on a tant de
charmes
>
De trouver l'heure du Berger.
cefler tous les Divertiffemens
qu'on devoit continuer à
GALANT. 199
Fontainebleau , & celuy du
Balet du Temple de la Paix
fut du nombre. Je n'eus pas
le temps de vous dire le mois
paffé , que M' le Marquis de
la Vrilliere s'y eftant fait admirer
, les applaudiffemens
qu'il receut furent caufe que
Sa Majeſté trouva bon qu'il
dançaft une Entrée feul. Il y
réüffit d'une maniere fi avanrageufe
, que l'on entendit
en mefme temps toutes les
voix s'élever pour luy donner
des loüanges. Ce fut ce qui
donna lieu à un des Spectateurs
de faire les Vers fui-
R. iiij
200 MERCURE
vans , fur le Perſonnage de
Berger , qu'il repreſentoit
dans ce Balet.
"
Ergeres, craignez laſurpriſe,
Défiez - vous de ce nouveau BB
venu ,
C'est l'amour , qui n'ofaatfe faire voir
tout nu ,
Sous cet habit champestre fe de.
guife ;
Pour vous approcher de plus prés
Il paroift fans Arc &fans Fléches;
Mais il vient avec mille attraits ,
Qui nefont pas aux coeurs de moins
fenfibles bréches.
Pour leurfairefubirfa Loy,
La force n'eft pas neceſſaire ,
Il ne faut point tant d'attirail
plaire
pour
Quand on a les graces pour foy
GALANT. 201
f
Encor qu'il ait quitté fes armes
Vous n'eftes pas moins en danger,
Il est aisé , quand on a tant de
charmes
>
De trouver l'heure du Berger.
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Résumé : Madrigaux. [titre d'après la table]
Après la mort d'un prince, les divertissements à la cour de France ont été suspendus, entraînant l'annulation du ballet du Temple de la Paix à Fontainebleau. Cependant, lors d'une représentation antérieure, le Marquis de la Vrillière s'est distingué par ses talents de danseur, suscitant l'admiration du public. Sa performance dans un rôle de berger a inspiré un spectateur à écrire des vers. Ces vers mettent en garde contre les dangers de l'amour, décrit comme un adversaire subtil et séduisant, capable de captiver les cœurs sans armes apparentes mais avec des charmes irrésistibles.
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11
p. 201-202
Pour le mesme, sur le mesme sujet.
Début :
CE Berger si jeune & si beau [...]
Mots clefs :
Berger, Troupeau, Beauté, Printemps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Pour le mesme, sur le mesme sujet.
Pour le meſme , ſur le meſme
fujet.
CB petit cha-
E Bergerfijeune &fi beau
lumeau
Avec la plus douce mufette ;
Il entonne une Chanfonnette
D'un air furprenant & nouveau.
Quefi pour quelque fefte il dance
Sous l'Ormeau ,
Il le fait de fi bonne grace
Qu'il eft fortpeu de Bergers qu'il
n'efface ;
Il n'en eftpoint dans le Hameau,
202 MERCURE
Quipour conduire fon Troupeau
Soit plus vigilant &plus fage,
Bien qu'il ne foit qu'au Printemps
de fon âge ;
La nature chez luy n'a pas besoin de
l'art.
Si quelque jour , bondiſſant fur
l'herbette ,
Une brebis fe trouvoit à l'écart ,
Elle doit craindre fa Houlette.
fujet.
CB petit cha-
E Bergerfijeune &fi beau
lumeau
Avec la plus douce mufette ;
Il entonne une Chanfonnette
D'un air furprenant & nouveau.
Quefi pour quelque fefte il dance
Sous l'Ormeau ,
Il le fait de fi bonne grace
Qu'il eft fortpeu de Bergers qu'il
n'efface ;
Il n'en eftpoint dans le Hameau,
202 MERCURE
Quipour conduire fon Troupeau
Soit plus vigilant &plus fage,
Bien qu'il ne foit qu'au Printemps
de fon âge ;
La nature chez luy n'a pas besoin de
l'art.
Si quelque jour , bondiſſant fur
l'herbette ,
Une brebis fe trouvoit à l'écart ,
Elle doit craindre fa Houlette.
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Résumé : Pour le mesme, sur le mesme sujet.
Bergerfijeune, jeune berger charmant et gracieux, se distingue par ses talents de chanteur et de danseur. Lors des fêtes, il surpasse presque tous les autres bergers. Vigilant et sage, il conduit son troupeau avec autorité, corrigeant toute brebis égarée. Ses qualités naturelles sont remarquables.
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12
p. 136-138
AIR NOUVEAU.
Début :
Je vous envoye un Air nouveau de la composition de / Dans ces lieux révons à loisir, [...]
Mots clefs :
Composition, Berger, Génie
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texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
Je vousenvoyeun Air nouveau de la composition de
Mr Martin, quia donné depuis peuau Public des Airs
serieux & Bachiques à deux
..& àtrois parties, meslez dimphonies en Trio pour les
violons & pour les flutes que
debite le sieur Guerout. Les
Vers ne sçauroient manquer
de vous plaire, puis qu'il sont
d'une personne de vostre sexe
dont vous avez admiré plusieurs Ouvrages.C'est Mademoiselle des Houlieres qui
les a
faits. La beauté de son
genie cil: trop connuë pour
vous en rien dire davantage,
AIR NOUVEAU.
DAns ces lieux r
êvons à loisirj
Rien n'y peut troubler le plaisir
fiefenfer
au Bergerquej'aime.
Hélas! queceBerger charmant
Nepense t-il à moydemesme!
.:<.:!ilJ penseroit tendrement!
Mr Martin, quia donné depuis peuau Public des Airs
serieux & Bachiques à deux
..& àtrois parties, meslez dimphonies en Trio pour les
violons & pour les flutes que
debite le sieur Guerout. Les
Vers ne sçauroient manquer
de vous plaire, puis qu'il sont
d'une personne de vostre sexe
dont vous avez admiré plusieurs Ouvrages.C'est Mademoiselle des Houlieres qui
les a
faits. La beauté de son
genie cil: trop connuë pour
vous en rien dire davantage,
AIR NOUVEAU.
DAns ces lieux r
êvons à loisirj
Rien n'y peut troubler le plaisir
fiefenfer
au Bergerquej'aime.
Hélas! queceBerger charmant
Nepense t-il à moydemesme!
.:<.:!ilJ penseroit tendrement!
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Résumé : AIR NOUVEAU.
Monsieur Martin compose un nouvel air dont les vers sont écrits par Mademoiselle des Houlières. La chanson évoque un lieu propice aux rêves et regrette l'indifférence d'un berger aimé. Martin a publié des airs sérieux et bacchiques, ainsi que des impromptus pour violons et flûtes, disponibles chez le sieur Guerout.
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13
p. 165-177
LES GRANDES EAUX. IDILLE.
Début :
La Sône, si tranquille autrefois dans sa course, [...]
Mots clefs :
Eaux , Âme, Temps, Amour, Saône, Berger, Fleuve, Cours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES GRANDES EAUX. IDILLE.
LES GRANDES EAUX.
14
IDILL E.
A Sône, fi tranquille autrefois
dans fa course ,
Répand avec fes eaux l'épouvante
&l'horreur.
Les Peuples voifins defa fource
Ont àfon cœurpaiſible inſpiré leur
fureur.
Son énorme étenduë excitant la terreur
Du Deluge à nosyeux réveille les
idées >
Et vomit àflots écumans
Surnos campagnes inondées
La colere des Allemans.
On voit enfewelir les herbes
166 MERCURE
Sous un obfcur limon de leur beauté
jaloux,
Et l'humble Flore aux Nayades
Superbes
Demande retraite à
genoux.
Zephir le doux Zephir , toujours
tendre &fidelle
Fait pour la fecourir un effort impuiſſant ;
Des cruels Aquilons le couroux fremiant
Luy livre uneguerre mortelle ,
Il fuccombe , & contraint d'abandonnerfa Belle >
Ilfe retire en gemiſſant .
S
Ces arbres , autrefois l'ornement de
la plaine ,
Quifur leur taille de Geant
Fondoient leur efperance vaine,
A nos yeux étonnez font reduits
au neant.
GALANT. 167
-Leur teftes d'écumefouillées
Aux Aftres pluvieux prefentent triftement ,
Au lieu de bras , leurs branches
dépouillées ,
Miferablejouet des ondes &du vent
Nes timides Bergers, dont l'ignorance
obfcure
Oppose un nuage à leurs yeux s
Prennent le cours de la nature
Pour une vangeance des Dieux,
Et fatiguant les airs par
vœux ,
d'inutiles
S'imaginent qu'au Ciel ils ont fait
quelque injure ,
Et qu'il leur fait l'honneur d'eftre
irrité contre eux.
Leur ame par l'effroy,Servilement contrainte ,
Aux emplois de l'amour n'ofe plus
s'exercer.
168 MERCURE
Apeine leur tremblante crainte
Laiffe échaperce nom fi doux à pro
noncer ;
Ou s'ils rifquent encor dans leur douleur profonde
D'invoquer ce Dieu reveré,
C'est pour le conjurer de préserver le
monde
Du Cabos dont il l'a tiré.
S
Pendant que tout ce qui refpire
Attend dans fa retraite un temps
plus adoucy ,
Achantefeul, preßé defon martire,
Anos rivages fourds va conter fon
foucy.
Le retour defiré de l'aimable Climene
Par ce ravage affreux ſo trouve retardé
Et le trifte Berger pour soulager fa
peine,
Par
GALANT. 169
•
Par fon feul defefpoirguidé ,
Sans crainte d'attirer fa haine,
Chaque jour la reproche au Fleuve
débordé.
S
-Va , dit-il, tn n'es plus cette paifiblesône
De qui les bords delicieux 2.
Meritoient de porter le Trône
Du plus agreable des Dieux.
Qu'eft devenue, helas , cette pudeur
modefte
Qui referroit tes eaux dans ton
étroit canal ?
D'où te vient le defirfunefte
D'affecter la grandeur qui te convientfi mal?
Voy de combien de mauxton orgueil
eft coupable,
Tu fais dans leur naiſſance avorter
nos Moiffons ,
Novembre 1690. P
170 MERCURE
< Tu couvres les herbes de fable ,
Au fommet des Ormeaux tuguindes
les Poiffons ,
Tu fais ceffer nos jeux , &nos tendres chansons ,
Tu bannis nos Tronpeaux de la fertile plaine ,
Tu dégarnis tes bords de leur plus
doux espoir,
Cesjeunes arbriffeaux que ton couroux entraine ,
3
Et pour te dire enfin ton crime le
plus noir,
Tu t'oppoles , cruelle , au retour de
Climene.
Oufçait affez lefujet de ta haine;
Il me fouvient du temps où fur tes
riches bords
Cette Eeauté dont mon ame eft
ravie ,
Etaloit fes brillans trefors
GALANT: 171
Qui te faifoient fecher d'envie.
On te voyoit alors au travers des
rofeaux
D'un œiljaloux, d'un airfauvage,
Examiner en vain les traits defon
vifaga,
Etcourir de honte & de rage
Te cacher dans le fond des eaux.
C'est l'offense qui i'a pouẞée.
Ace zerrible emportement ,
Et le chagrin d'eftre effacée
Ne fe pardonne point chez le sexe
charmant.
Ehbien ; pourfignaler cette illuftre
vangeance,
Porte , porte en tous lieux le ravage
&l'horreur,
Cours, & va dire à la Provence
Que tufurpasses en fureur
Le Drac, la Drome & la Durance,
Tandis qu'aux Echos d'alentour
Pij
172 MERCURE
A cris perçans ma trifte voix declare
Que tu peux difputer l'honneur
d'eftre barbare
Aux Fleuves fanspitié de l'infernal
Sejour.
Ecoute-moy , Cefar , s'il peut refter
aux Ombres
Des chofes de la terre un curieux
Soucy s
Ouy, fi l'on doute encor dans les
Royaumesfombres ,
D'un ancien embarras tu vas eftre
éclaircy.
Tu doutois où le cours de la Sône
l'entraine >
Lors que tu remarquois fi peu de
mouvement
Aux claires eaux qu'elle promene.
Helas ! tout eft changé , Cefar, pour
mon tourment
GALANT. 173
<
Elle court s'opposer à mon contentement,
Elle court empefcher le retour de
Climene.
Une vaine oftentation,
Ne fait point qu'à grands pas elle
quitte fa fource,
Pour montrer les tresors , amaffez
dans fa courſe ,
Au farouche mary qui l'attend à
Lyon.
Ce n'eftpoint pour s'unir d'une immortelle chaîne
Afon impetueux Amant ,
Qu'elle court fi rapidement ;
Elle court éloigner un bien-heureux
moment,
Elle court prolonger l'absence de Climene.
Tout ce que nous a raconté
La fabuleuse Antiquité ,
Piij
174 MERCURE
Des Dieux qui dans les Eaux exerçoient leur empire ,
N'eft qu'une purefiction,
Que controuva pour nousfeduire
La vaine fuperftition.
Qu'on ne mecite point le conte ridicule
D'Alphée à qui tant de detours,
Livrerent à la fin l'objet de fes
Amours ,
Non plus qu'Achelous écorné
Hercule.
Ah! d'aucune divinité
par
Lefonddes Eaux n'eft habité,
Ou s'il en eft parmi les ondes,
Jamais l'Amour, pour mon mal- heur,
Nefit dans leurs grottes profon- des ,
De fes feux bien-faifants penetrer
la chaleur?
GALANT. 175
2
ل
De cesfantafques Dieux la poitrine
glacée
L'inexorable cœur ( foit dit fans
blafphemer. )
L'ame de couroux herißée,
Sont un fujet peu propre à s'enflamer.
La Sone me le fait comprendre ,
Par l'outrageant excés de fes débordemens.
Helas ! quand on a le cœur tendre,
on eftfavorable aux Amans.
Rentrez dans votre lit, orgueilleufe
Riviere ,
Après tant defoupirs fi vainement
pouffez,
Climene reviendra fur vos bords
délaiffez
De fes beaux yeux répandre la
lumiere.
Piiij
176 MERCURE
Que vousaurez d'Autels, Divinité
trop fiere ,
Que d'encens fi vous nous rendez
Cette prefencefi cherie !
Le bizarre plaifir de noyer la Prairie
Vaut-il les biens que vous per
dez ?
Ainfi le malheureux Achante
Mêle aux plaintes qu'il fait mille
tendres foupirs.
Des larmes qu'il répand l'amas des
caux s'augmente ,
Luy-mefme innocemment retardefes
plaifirs.
L'Amour l'entend, le plaint , &
partage la nuë
D'un trait de fes feux éclatans,
Et la face des Cieux fe montrant
toute nuë,
GALANT. 177
S
·
Luy fait efperer du beau temps.
14
IDILL E.
A Sône, fi tranquille autrefois
dans fa course ,
Répand avec fes eaux l'épouvante
&l'horreur.
Les Peuples voifins defa fource
Ont àfon cœurpaiſible inſpiré leur
fureur.
Son énorme étenduë excitant la terreur
Du Deluge à nosyeux réveille les
idées >
Et vomit àflots écumans
Surnos campagnes inondées
La colere des Allemans.
On voit enfewelir les herbes
166 MERCURE
Sous un obfcur limon de leur beauté
jaloux,
Et l'humble Flore aux Nayades
Superbes
Demande retraite à
genoux.
Zephir le doux Zephir , toujours
tendre &fidelle
Fait pour la fecourir un effort impuiſſant ;
Des cruels Aquilons le couroux fremiant
Luy livre uneguerre mortelle ,
Il fuccombe , & contraint d'abandonnerfa Belle >
Ilfe retire en gemiſſant .
S
Ces arbres , autrefois l'ornement de
la plaine ,
Quifur leur taille de Geant
Fondoient leur efperance vaine,
A nos yeux étonnez font reduits
au neant.
GALANT. 167
-Leur teftes d'écumefouillées
Aux Aftres pluvieux prefentent triftement ,
Au lieu de bras , leurs branches
dépouillées ,
Miferablejouet des ondes &du vent
Nes timides Bergers, dont l'ignorance
obfcure
Oppose un nuage à leurs yeux s
Prennent le cours de la nature
Pour une vangeance des Dieux,
Et fatiguant les airs par
vœux ,
d'inutiles
S'imaginent qu'au Ciel ils ont fait
quelque injure ,
Et qu'il leur fait l'honneur d'eftre
irrité contre eux.
Leur ame par l'effroy,Servilement contrainte ,
Aux emplois de l'amour n'ofe plus
s'exercer.
168 MERCURE
Apeine leur tremblante crainte
Laiffe échaperce nom fi doux à pro
noncer ;
Ou s'ils rifquent encor dans leur douleur profonde
D'invoquer ce Dieu reveré,
C'est pour le conjurer de préserver le
monde
Du Cabos dont il l'a tiré.
S
Pendant que tout ce qui refpire
Attend dans fa retraite un temps
plus adoucy ,
Achantefeul, preßé defon martire,
Anos rivages fourds va conter fon
foucy.
Le retour defiré de l'aimable Climene
Par ce ravage affreux ſo trouve retardé
Et le trifte Berger pour soulager fa
peine,
Par
GALANT. 169
•
Par fon feul defefpoirguidé ,
Sans crainte d'attirer fa haine,
Chaque jour la reproche au Fleuve
débordé.
S
-Va , dit-il, tn n'es plus cette paifiblesône
De qui les bords delicieux 2.
Meritoient de porter le Trône
Du plus agreable des Dieux.
Qu'eft devenue, helas , cette pudeur
modefte
Qui referroit tes eaux dans ton
étroit canal ?
D'où te vient le defirfunefte
D'affecter la grandeur qui te convientfi mal?
Voy de combien de mauxton orgueil
eft coupable,
Tu fais dans leur naiſſance avorter
nos Moiffons ,
Novembre 1690. P
170 MERCURE
< Tu couvres les herbes de fable ,
Au fommet des Ormeaux tuguindes
les Poiffons ,
Tu fais ceffer nos jeux , &nos tendres chansons ,
Tu bannis nos Tronpeaux de la fertile plaine ,
Tu dégarnis tes bords de leur plus
doux espoir,
Cesjeunes arbriffeaux que ton couroux entraine ,
3
Et pour te dire enfin ton crime le
plus noir,
Tu t'oppoles , cruelle , au retour de
Climene.
Oufçait affez lefujet de ta haine;
Il me fouvient du temps où fur tes
riches bords
Cette Eeauté dont mon ame eft
ravie ,
Etaloit fes brillans trefors
GALANT: 171
Qui te faifoient fecher d'envie.
On te voyoit alors au travers des
rofeaux
D'un œiljaloux, d'un airfauvage,
Examiner en vain les traits defon
vifaga,
Etcourir de honte & de rage
Te cacher dans le fond des eaux.
C'est l'offense qui i'a pouẞée.
Ace zerrible emportement ,
Et le chagrin d'eftre effacée
Ne fe pardonne point chez le sexe
charmant.
Ehbien ; pourfignaler cette illuftre
vangeance,
Porte , porte en tous lieux le ravage
&l'horreur,
Cours, & va dire à la Provence
Que tufurpasses en fureur
Le Drac, la Drome & la Durance,
Tandis qu'aux Echos d'alentour
Pij
172 MERCURE
A cris perçans ma trifte voix declare
Que tu peux difputer l'honneur
d'eftre barbare
Aux Fleuves fanspitié de l'infernal
Sejour.
Ecoute-moy , Cefar , s'il peut refter
aux Ombres
Des chofes de la terre un curieux
Soucy s
Ouy, fi l'on doute encor dans les
Royaumesfombres ,
D'un ancien embarras tu vas eftre
éclaircy.
Tu doutois où le cours de la Sône
l'entraine >
Lors que tu remarquois fi peu de
mouvement
Aux claires eaux qu'elle promene.
Helas ! tout eft changé , Cefar, pour
mon tourment
GALANT. 173
<
Elle court s'opposer à mon contentement,
Elle court empefcher le retour de
Climene.
Une vaine oftentation,
Ne fait point qu'à grands pas elle
quitte fa fource,
Pour montrer les tresors , amaffez
dans fa courſe ,
Au farouche mary qui l'attend à
Lyon.
Ce n'eftpoint pour s'unir d'une immortelle chaîne
Afon impetueux Amant ,
Qu'elle court fi rapidement ;
Elle court éloigner un bien-heureux
moment,
Elle court prolonger l'absence de Climene.
Tout ce que nous a raconté
La fabuleuse Antiquité ,
Piij
174 MERCURE
Des Dieux qui dans les Eaux exerçoient leur empire ,
N'eft qu'une purefiction,
Que controuva pour nousfeduire
La vaine fuperftition.
Qu'on ne mecite point le conte ridicule
D'Alphée à qui tant de detours,
Livrerent à la fin l'objet de fes
Amours ,
Non plus qu'Achelous écorné
Hercule.
Ah! d'aucune divinité
par
Lefonddes Eaux n'eft habité,
Ou s'il en eft parmi les ondes,
Jamais l'Amour, pour mon mal- heur,
Nefit dans leurs grottes profon- des ,
De fes feux bien-faifants penetrer
la chaleur?
GALANT. 175
2
ل
De cesfantafques Dieux la poitrine
glacée
L'inexorable cœur ( foit dit fans
blafphemer. )
L'ame de couroux herißée,
Sont un fujet peu propre à s'enflamer.
La Sone me le fait comprendre ,
Par l'outrageant excés de fes débordemens.
Helas ! quand on a le cœur tendre,
on eftfavorable aux Amans.
Rentrez dans votre lit, orgueilleufe
Riviere ,
Après tant defoupirs fi vainement
pouffez,
Climene reviendra fur vos bords
délaiffez
De fes beaux yeux répandre la
lumiere.
Piiij
176 MERCURE
Que vousaurez d'Autels, Divinité
trop fiere ,
Que d'encens fi vous nous rendez
Cette prefencefi cherie !
Le bizarre plaifir de noyer la Prairie
Vaut-il les biens que vous per
dez ?
Ainfi le malheureux Achante
Mêle aux plaintes qu'il fait mille
tendres foupirs.
Des larmes qu'il répand l'amas des
caux s'augmente ,
Luy-mefme innocemment retardefes
plaifirs.
L'Amour l'entend, le plaint , &
partage la nuë
D'un trait de fes feux éclatans,
Et la face des Cieux fe montrant
toute nuë,
GALANT. 177
S
·
Luy fait efperer du beau temps.
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Résumé : LES GRANDES EAUX. IDILLE.
Le texte relate les conséquences désastreuses de la crue de la rivière Sône, autrefois tranquille. Les eaux en furie sèment la terreur et la colère parmi les populations voisines, rappelant le Déluge. La nature est sévèrement touchée : les herbes sont recouvertes de limon, la végétation est en détresse, et les arbres sont réduits à l'état de débris. Les bergers, effrayés, voient dans cette catastrophe une vengeance divine. Achante, un berger, déplore le retard du retour de Climène en raison des inondations. Il reproche à la rivière son comportement furieux et son orgueil. La Sône est comparée à d'autres fleuves dévastateurs tels que le Drac, la Drome et la Durance. Le texte critique les légendes antiques sur les dieux des eaux, affirmant que ces divinités n'existent pas et ne peuvent pas secourir les amants. Achante supplie la rivière de se calmer pour permettre le retour de Climène et espère que l'amour interviendra pour améliorer la situation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 299
« Je reserve pour le mois prochain faute de place, ce qu'on a fait dire à [...] »
Début :
Je reserve pour le mois prochain faute de place, ce qu'on a fait dire à [...]
Mots clefs :
Berger, Prince de Piémont, Énigme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je reserve pour le mois prochain faute de place, ce qu'on a fait dire à [...] »
Je reſerve pour le mois prochain
faute de place , ce qu'on a fait dire à
un Berger des rives du Pô , fur la
naiffance de Mr le Prince de Piémont.
C'est par la même raifon que
j'ay choisi une nouvelle Enigme à
Vous envoyer , qui n'eſt que de quatre
Vers.
faute de place , ce qu'on a fait dire à
un Berger des rives du Pô , fur la
naiffance de Mr le Prince de Piémont.
C'est par la même raifon que
j'ay choisi une nouvelle Enigme à
Vous envoyer , qui n'eſt que de quatre
Vers.
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15
p. 49-66
EGLOGUE Par Mr ***
Début :
Deux jours s'estoient passez sans que le beau Thamire [...]
Mots clefs :
Esprit, Coeur, Berger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EGLOGUE Par Mr ***
EGLOGUE
E G L0G U E.
Par Mr ***
Deux jours lejl-oient
pajïezsans quele beau
Thamire
Eutni vûni cherché la
Bergere Delphire
Nonpas qu'anfond du
coeurjustement irrité
Ilpûtlasoupçonnerd'une
infidélité,
On eg dans nos Hamjiedauex
lilnesenysible *ou
Maisunjourqu'ilsembloit
moins empressé
pour elle,
Delphire épouventée à 1.4
moindrefroideur.
Voulut,enl'allarmant ralumerson
ardeur.
Atis , le jeune Atis,
Etranger au Village,
La terreur des Amants,
/ilefioitmoins volage,•
Entre tous nos Bergers
parut leseul objet
1
Qui luy putassurerlesucces
du projet.
Unjour doncqu'en nos
champs une vivejeunesse,
Offroit des jeux galants
à la tendreDéesse,
Nos deux Amants t.
toient l'un près de l'autre
assis,
Delphire prés desoysçut
attirer Atis.
Elle n'eut pas besoin
d'ungrand Artpour
luy plaire;
IIsuffit qu'ellefut moins
distraite&moinsfiere,
Atis, sur ce qu'il voit
croit à peinesesyeux,
Delphire l'entretient d'un
airplusgracieux.
Devenu moins timide il
offre àla Bergere,
Un bouquetqu'il venoit
de cueillirpour Glicere,
Thamire qui levoitn'en
estpoint irrité,
Le plaint &rit toutbas
desa temerité.
Mais quel prodige! o
Dieux! quel caprice bizarre,
Delphine luysourit,prend
lesfleurs& s'enpare
Il en faut moins encor
poursascherun Berger,
Thamire furieux croit
quon veut l'outrager,
Quitte les jeux & suit
l'ame d'horreursaisie,
Source de ses ennuis,
soeur de la jalousie
Délicatesse , enfant du
plus purdesAmours,
Pourquoy de ce Berger
troublois-tu les-beaux
jours.
Il cherche de nos bois les
plus épaisses ombres,
NosForestàson gréne
sontpas assezsombres,
Les oiseaux font de trop:
un Berger, amoureux,
N'estjamais lIlffiZflul
quand ilestmalheureux.
Enfintoujoursguidépar
son inquietude,
Et cherchant plus encor
l'ombre & lasolitude,
Son destin? ou plustost le
Dieude nos Hameaux,
Amour leconduisitle
bord de ces eaux.
Dont le paisible cours anrnfi
alUrmes;,y
Des malheureux qui
vont leur consier leurs
,.
larmes;
Mais quelle efi sa fùr..
prise,il voit d'un air
reveur,
La houlette àses pieds
> sans ruban ny sans
fleur,
Delphtre d'unemains'appuyantsur
la rive,
Contempler du Ruisseau
la coursefugitive:
En vainparcentbaisers
toujours si bien refUS
Son Chien veut l'amuser,
elle ne le voit
plus:
Que pensoit-elle ? helas!
son air estoit trop tendre,
Elle pensoit à luy, pouvoit-
ilsi méprendre?
Ilnescait s'ildoitfuirou
s'il doit l>y parler,
Il croit que U première
elle doit l'appeller:
Il s'avances il s'éloigne;
il la cherche ; il l'évite,
Son coeur au mêmeinstant
s'attendrit &
s'irrite,
Incertain ,
il voudroit
qu'on le vit le preffl,
mier,
Et que Delphire vint
poursejustifier:
Ilfaitcent cent foisU
tour de laprairie,
Ilcraintce qu'il voudroit
acheter desavie.
Delphine qui le voit* de
l'oeilsuittoussespas,
Feint de ne le point voir,
mais ne l'évite pas,
Enfinl'Amourtriomphe,
& le Bergers'appro- che,
Surses lèvresilsentexpirer
le reproche,
Doit-il seindre? doit-il
montrer tout son courroux?
Sa fierté luy deffend de
paroijbrejaloux ,
QuoyDelphine cft icy,
dit-il, je me retire
Je craindrois.où
fuis-tu cruel
,
reprit
Delphire,
Ah! Dieux !pour toy ma
morta-t-elle tant
d'appas3
Queservent ces détours
:l'
mon cherThamire
9 helas !
C'est feindre trop longtemps
pour mon coeur
levostre,
Vousae nem'aimer plus,
moy d'en aimer un
autre,
Pardonner à mon coeur
l'artifice innocent,
Dontj'ai cru ranimer
un Amantlanguissant,
D'uncrimesi leger, qu'-
elle affreuse vengeance,
Helas? ilm'acoustédeux
joursentiers d'abjence.
Vous feigniez, ditTha- mire. en avez**
vous douté,
Cruel, Suis-jefaite 0
l'infidélité?
Jefeignois c'est
là ce qui me desespere ,
De vostrefoibleAmour
cette preuveest trop
claire,
Dit-il,un coeur bienpris
n'estpas maistre de
JOy,
L'objet desonAmoureutilmanquédefoy,
Dût-il apprehenderqu'il
ne devint volage)
Iln'y sçait que d'aimer
une fois davantage,
Il ne ménage rien, il aime.
aveuglement,
Toutesttransport en luy,
tout est emportement.
Vousfeigniez dites-vous,
ingrate, est-ilpossible!
Grands Dieuxpourfein-
,'. dre ainsi,qu'il faut
estrepaisible!
Quoy vous pouviez,penser
qu'infidelle ases
feux,
Mon traistre coeur osoit
former de nouveaux
noeuds,
Et les premiers effets -d'un fifenfible outràgt,
N'ontpas ejié'£horreur9
le difèJPoir, la rage,
Vous v~ousf e~jijes' b~ocrr/n?ée à1,
feindrefeulemçnt,
Delphire estoit-ce là maimer
bien tendrement?
Car ne me dites pas que
cette heureuse adresse,
Asouvent d'un Amant
raniméla tendresse,
Quesouvent un Berger
trop seur de ses A~
mours,
o en lasseroit bien - TCJZ
sans cetheureuxsecours.
Jesçay que ce moyenest
quelquesfois utile,
Je sçay même, je sçay
qu'ons'ensert à la
Ville:
Mais un coeur pastoral,
un coeur bienenflmé,
Fuitjusqu'au moyensur
dese voirplusaimé.
Qand ce moyen n'espas
d'estrefidelle&tendre,
Ousuis-je, ditDelphire,
& que viens-je d'entendre!
Je triomphe,&messoins
ont unsuccés heureux,
Helas!plus que jamais
Thamire est amoureux:
Si des transportssidoux
sont toute la <veng,an+-
ce, MoncherThamirecraint
queje ne recommence.
Ils parloient, & tA:..
mour les entendit des
deux9
Quelssentimens ? dit-il ;
je n'aimerois pas jmieux
E G L0G U E.
Par Mr ***
Deux jours lejl-oient
pajïezsans quele beau
Thamire
Eutni vûni cherché la
Bergere Delphire
Nonpas qu'anfond du
coeurjustement irrité
Ilpûtlasoupçonnerd'une
infidélité,
On eg dans nos Hamjiedauex
lilnesenysible *ou
Maisunjourqu'ilsembloit
moins empressé
pour elle,
Delphire épouventée à 1.4
moindrefroideur.
Voulut,enl'allarmant ralumerson
ardeur.
Atis , le jeune Atis,
Etranger au Village,
La terreur des Amants,
/ilefioitmoins volage,•
Entre tous nos Bergers
parut leseul objet
1
Qui luy putassurerlesucces
du projet.
Unjour doncqu'en nos
champs une vivejeunesse,
Offroit des jeux galants
à la tendreDéesse,
Nos deux Amants t.
toient l'un près de l'autre
assis,
Delphire prés desoysçut
attirer Atis.
Elle n'eut pas besoin
d'ungrand Artpour
luy plaire;
IIsuffit qu'ellefut moins
distraite&moinsfiere,
Atis, sur ce qu'il voit
croit à peinesesyeux,
Delphire l'entretient d'un
airplusgracieux.
Devenu moins timide il
offre àla Bergere,
Un bouquetqu'il venoit
de cueillirpour Glicere,
Thamire qui levoitn'en
estpoint irrité,
Le plaint &rit toutbas
desa temerité.
Mais quel prodige! o
Dieux! quel caprice bizarre,
Delphine luysourit,prend
lesfleurs& s'enpare
Il en faut moins encor
poursascherun Berger,
Thamire furieux croit
quon veut l'outrager,
Quitte les jeux & suit
l'ame d'horreursaisie,
Source de ses ennuis,
soeur de la jalousie
Délicatesse , enfant du
plus purdesAmours,
Pourquoy de ce Berger
troublois-tu les-beaux
jours.
Il cherche de nos bois les
plus épaisses ombres,
NosForestàson gréne
sontpas assezsombres,
Les oiseaux font de trop:
un Berger, amoureux,
N'estjamais lIlffiZflul
quand ilestmalheureux.
Enfintoujoursguidépar
son inquietude,
Et cherchant plus encor
l'ombre & lasolitude,
Son destin? ou plustost le
Dieude nos Hameaux,
Amour leconduisitle
bord de ces eaux.
Dont le paisible cours anrnfi
alUrmes;,y
Des malheureux qui
vont leur consier leurs
,.
larmes;
Mais quelle efi sa fùr..
prise,il voit d'un air
reveur,
La houlette àses pieds
> sans ruban ny sans
fleur,
Delphtre d'unemains'appuyantsur
la rive,
Contempler du Ruisseau
la coursefugitive:
En vainparcentbaisers
toujours si bien refUS
Son Chien veut l'amuser,
elle ne le voit
plus:
Que pensoit-elle ? helas!
son air estoit trop tendre,
Elle pensoit à luy, pouvoit-
ilsi méprendre?
Ilnescait s'ildoitfuirou
s'il doit l>y parler,
Il croit que U première
elle doit l'appeller:
Il s'avances il s'éloigne;
il la cherche ; il l'évite,
Son coeur au mêmeinstant
s'attendrit &
s'irrite,
Incertain ,
il voudroit
qu'on le vit le preffl,
mier,
Et que Delphire vint
poursejustifier:
Ilfaitcent cent foisU
tour de laprairie,
Ilcraintce qu'il voudroit
acheter desavie.
Delphine qui le voit* de
l'oeilsuittoussespas,
Feint de ne le point voir,
mais ne l'évite pas,
Enfinl'Amourtriomphe,
& le Bergers'appro- che,
Surses lèvresilsentexpirer
le reproche,
Doit-il seindre? doit-il
montrer tout son courroux?
Sa fierté luy deffend de
paroijbrejaloux ,
QuoyDelphine cft icy,
dit-il, je me retire
Je craindrois.où
fuis-tu cruel
,
reprit
Delphire,
Ah! Dieux !pour toy ma
morta-t-elle tant
d'appas3
Queservent ces détours
:l'
mon cherThamire
9 helas !
C'est feindre trop longtemps
pour mon coeur
levostre,
Vousae nem'aimer plus,
moy d'en aimer un
autre,
Pardonner à mon coeur
l'artifice innocent,
Dontj'ai cru ranimer
un Amantlanguissant,
D'uncrimesi leger, qu'-
elle affreuse vengeance,
Helas? ilm'acoustédeux
joursentiers d'abjence.
Vous feigniez, ditTha- mire. en avez**
vous douté,
Cruel, Suis-jefaite 0
l'infidélité?
Jefeignois c'est
là ce qui me desespere ,
De vostrefoibleAmour
cette preuveest trop
claire,
Dit-il,un coeur bienpris
n'estpas maistre de
JOy,
L'objet desonAmoureutilmanquédefoy,
Dût-il apprehenderqu'il
ne devint volage)
Iln'y sçait que d'aimer
une fois davantage,
Il ne ménage rien, il aime.
aveuglement,
Toutesttransport en luy,
tout est emportement.
Vousfeigniez dites-vous,
ingrate, est-ilpossible!
Grands Dieuxpourfein-
,'. dre ainsi,qu'il faut
estrepaisible!
Quoy vous pouviez,penser
qu'infidelle ases
feux,
Mon traistre coeur osoit
former de nouveaux
noeuds,
Et les premiers effets -d'un fifenfible outràgt,
N'ontpas ejié'£horreur9
le difèJPoir, la rage,
Vous v~ousf e~jijes' b~ocrr/n?ée à1,
feindrefeulemçnt,
Delphire estoit-ce là maimer
bien tendrement?
Car ne me dites pas que
cette heureuse adresse,
Asouvent d'un Amant
raniméla tendresse,
Quesouvent un Berger
trop seur de ses A~
mours,
o en lasseroit bien - TCJZ
sans cetheureuxsecours.
Jesçay que ce moyenest
quelquesfois utile,
Je sçay même, je sçay
qu'ons'ensert à la
Ville:
Mais un coeur pastoral,
un coeur bienenflmé,
Fuitjusqu'au moyensur
dese voirplusaimé.
Qand ce moyen n'espas
d'estrefidelle&tendre,
Ousuis-je, ditDelphire,
& que viens-je d'entendre!
Je triomphe,&messoins
ont unsuccés heureux,
Helas!plus que jamais
Thamire est amoureux:
Si des transportssidoux
sont toute la <veng,an+-
ce, MoncherThamirecraint
queje ne recommence.
Ils parloient, & tA:..
mour les entendit des
deux9
Quelssentimens ? dit-il ;
je n'aimerois pas jmieux
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Résumé : EGLOGUE Par Mr ***
L'églogue relate l'histoire de Thamire, un berger épris de Delphire. Thamire est troublé par la récente froideur de Delphire et est consumé par la jalousie. Lors de jeux galants dans les champs, Delphire attire l'attention d'Atis, un étranger au village, en lui offrant un bouquet destiné à Glicere. Cet acte irrite Thamire. Pour ranimer l'ardeur de Thamire, Delphire feint de s'intéresser à Atis. Thamire, furieux, se retire et erre dans les bois, tourmenté par la jalousie. Il retrouve finalement Delphire au bord d'une rivière. Après des hésitations, Thamire s'approche d'elle. Delphire avoue avoir simulé son intérêt pour Atis afin de raviver l'amour de Thamire. Thamire, blessé, accuse Delphire d'infidélité. Delphire explique son stratagème, et Thamire, malgré sa douleur, reconnaît finalement la profondeur de son amour pour Delphire. Leur échange est entendu par un témoin anonyme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 1-16
PIECE NOUVELLE. DIALOGUE Entre un Chevalier errant, & un Berger.
Début :
Sur les bords du Lignon jadis si renommez, [...]
Mots clefs :
Chevalier, Berger, Amour, Amoureux, Heureux, Malheureux, Dame, Amants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PIECE NOUVELLE. DIALOGUE Entre un Chevalier errant, & un Berger.
PIECE NOUVELLE.
DIALOGUE
Entre un Chevaliererrant, &
un Berger. 1SUr les bords du Lignon
jadis sirenommez
,
Lieux où les descendans
d'Astrée,
De son tendre esprit
animez,
Renouvellant encor
l'heureux siécle de
Rée,
Eternisentdans leur
contrée
Le doux plaisir d'aimer
ô£ celui d'estre
aimez,
Un Chevalier errant,
1amc desesperée,
Poussant des fou p irs
enflammez,
Se plaignoit des ri-
--
gueurs de sa Dame
adorée,
Par les cris inacoûtamez,
De sa douleur immoderée
,
Les paisibles Bergers
furent tous allarmez,
Mais revenu de ses allarmes,
L'und'entr'eux le voyant
sans armes,
Et le prenant pour un
Berger,
Court à lui pour le
soulager,
Et lui demande ainsi
le sujetde ses
larmes
LEBERGER.
Dequoi vous plaignezvous,
malheureux
étranger,
Quivenez habiternos
plaines ?
Pouvez-vous ressentir
des peines?
Vous vivez en ces lieux
& vous êtes Berger.
LE CHEVALIER ER.
Je ne fuis point Berger,
je viens dans
cette plaine
Eaire un mêtier bien
different,
Un foin tranquille
vous y mene,
Moyles sombres chagrins
d'un Chevalier
errant.
LE BERGER..
La paix regne dans ces
retraites,
Laissez-nous goûter ses
douceurs,
Ce n'etquepour les
tendres coeurs
Que la nature les a
faites.
LE CHEVALIER ER.
S'ilfaut être bien amou- , reux
Pour mériter de vivre
en ces lieux solitaires,
Ah ! je jure par tous les
Dieux
D'en chasser les amants
vulgaires.
Autant que ma Dame
en beauté
Surpasse toutes vos Silvies,
Je parte en sensibilité
Les Tircis de vos Bergeries.
UnBerger est plus
amoureux
Des plaisirs que de sa
Bergere,""
Et s'il ne songe qu-a
luy plaire,
Il est assuré d'être hcur
reux. - Pour moy j'aime sans
esperance
D'êtrejamais récompensé,
Mais l'amour dont je
fuis blessé
N'en a pas moins de
violence ,
Et cet amour si malheureux,
Nourri de soupirs 6C
de larmes,
Me doit faire mille envieux,
Puiiqu'H a pour objet
des charmes
Dignes d'enflammer
tous les Dieux.
LE BERGER.
Vôtre amour malheureux
Ne me fait point d'envie,
Je fuis content de mes
plaisirs,
J'aimerai toûjours ma
Sylvie,
Et je verrai toute ma
vie
Remplir mes amoureux
desirs
Je croy qu'un autre
peut vous plaire,
Et qu'elle est digne de
vos soins,
Mais si vous voyiez ma
Bergere,
Vôtre Dame vous plairoit
moins.
LE CHEVALIER ER.
C'est*bien àvous,petite
espece
D'amants indignes d'être
heureux,
A vanter l'ardeur de
vos feux,
Et l'objet de vôtre tendresse;
1 Vous devez àl'oisiveté
Tous les plaisirsdevôtre
vie;
Vôtre [barte* simplicité
Fait toute lanaïveté
Qui charme tant vôtre
Sylvie,
Une molle tranquillité
Fait la tendre fidélité
Que vous gardez à vos
Bergeres;
Amants paresseux,imparfaits,
La peur d'en trouver
de severes
Fait que vous ne
changez jamais.
LE BERGER.
Vostre amour est une
chimere,
Et cette héroïque beauté
Qui connaîtvostre caradere
Affecte une faussefierte:)
Que nos Bergersvaincroient
avec moins
de mystere
Et bien plus de facilité.
Comme la seule vanité
Fait en amour vostre
constance,
Vous n'avezpas la récompense
Quenostre amour a
mérité;
Seigneur! voyez cette
Prairie,
Qu'arrosent les plus
clairs ruisseaux,
Toute vostre Chevalerie
Ne vaut pas le char-
-
mant repos
Que j'ygoûteavecma
-
Sylvie;
Un Berger qui doit
être heureux toute
sa vie,
Ne se changeroit pas
pour le plus grand
Héros.
LE CHEVALIER ER.
Malheureux, craignez
ma vengeance,
Et que désormais en
ces lieux
On garde sur l'amour
un éternelsilence,
Vous nemeritez pas
l'honneur d'être
amoureux.
DIALOGUE
Entre un Chevaliererrant, &
un Berger. 1SUr les bords du Lignon
jadis sirenommez
,
Lieux où les descendans
d'Astrée,
De son tendre esprit
animez,
Renouvellant encor
l'heureux siécle de
Rée,
Eternisentdans leur
contrée
Le doux plaisir d'aimer
ô£ celui d'estre
aimez,
Un Chevalier errant,
1amc desesperée,
Poussant des fou p irs
enflammez,
Se plaignoit des ri-
--
gueurs de sa Dame
adorée,
Par les cris inacoûtamez,
De sa douleur immoderée
,
Les paisibles Bergers
furent tous allarmez,
Mais revenu de ses allarmes,
L'und'entr'eux le voyant
sans armes,
Et le prenant pour un
Berger,
Court à lui pour le
soulager,
Et lui demande ainsi
le sujetde ses
larmes
LEBERGER.
Dequoi vous plaignezvous,
malheureux
étranger,
Quivenez habiternos
plaines ?
Pouvez-vous ressentir
des peines?
Vous vivez en ces lieux
& vous êtes Berger.
LE CHEVALIER ER.
Je ne fuis point Berger,
je viens dans
cette plaine
Eaire un mêtier bien
different,
Un foin tranquille
vous y mene,
Moyles sombres chagrins
d'un Chevalier
errant.
LE BERGER..
La paix regne dans ces
retraites,
Laissez-nous goûter ses
douceurs,
Ce n'etquepour les
tendres coeurs
Que la nature les a
faites.
LE CHEVALIER ER.
S'ilfaut être bien amou- , reux
Pour mériter de vivre
en ces lieux solitaires,
Ah ! je jure par tous les
Dieux
D'en chasser les amants
vulgaires.
Autant que ma Dame
en beauté
Surpasse toutes vos Silvies,
Je parte en sensibilité
Les Tircis de vos Bergeries.
UnBerger est plus
amoureux
Des plaisirs que de sa
Bergere,""
Et s'il ne songe qu-a
luy plaire,
Il est assuré d'être hcur
reux. - Pour moy j'aime sans
esperance
D'êtrejamais récompensé,
Mais l'amour dont je
fuis blessé
N'en a pas moins de
violence ,
Et cet amour si malheureux,
Nourri de soupirs 6C
de larmes,
Me doit faire mille envieux,
Puiiqu'H a pour objet
des charmes
Dignes d'enflammer
tous les Dieux.
LE BERGER.
Vôtre amour malheureux
Ne me fait point d'envie,
Je fuis content de mes
plaisirs,
J'aimerai toûjours ma
Sylvie,
Et je verrai toute ma
vie
Remplir mes amoureux
desirs
Je croy qu'un autre
peut vous plaire,
Et qu'elle est digne de
vos soins,
Mais si vous voyiez ma
Bergere,
Vôtre Dame vous plairoit
moins.
LE CHEVALIER ER.
C'est*bien àvous,petite
espece
D'amants indignes d'être
heureux,
A vanter l'ardeur de
vos feux,
Et l'objet de vôtre tendresse;
1 Vous devez àl'oisiveté
Tous les plaisirsdevôtre
vie;
Vôtre [barte* simplicité
Fait toute lanaïveté
Qui charme tant vôtre
Sylvie,
Une molle tranquillité
Fait la tendre fidélité
Que vous gardez à vos
Bergeres;
Amants paresseux,imparfaits,
La peur d'en trouver
de severes
Fait que vous ne
changez jamais.
LE BERGER.
Vostre amour est une
chimere,
Et cette héroïque beauté
Qui connaîtvostre caradere
Affecte une faussefierte:)
Que nos Bergersvaincroient
avec moins
de mystere
Et bien plus de facilité.
Comme la seule vanité
Fait en amour vostre
constance,
Vous n'avezpas la récompense
Quenostre amour a
mérité;
Seigneur! voyez cette
Prairie,
Qu'arrosent les plus
clairs ruisseaux,
Toute vostre Chevalerie
Ne vaut pas le char-
-
mant repos
Que j'ygoûteavecma
-
Sylvie;
Un Berger qui doit
être heureux toute
sa vie,
Ne se changeroit pas
pour le plus grand
Héros.
LE CHEVALIER ER.
Malheureux, craignez
ma vengeance,
Et que désormais en
ces lieux
On garde sur l'amour
un éternelsilence,
Vous nemeritez pas
l'honneur d'être
amoureux.
Fermer
Résumé : PIECE NOUVELLE. DIALOGUE Entre un Chevalier errant, & un Berger.
Le texte relate un dialogue entre un Chevalier errant et un Berger sur les bords du Lignon, une région connue pour ses habitants inspirés par l'esprit d'Astrée. Le Chevalier, désespéré, exprime sa douleur face aux rigueurs de sa Dame adorée. Le Berger, alarmé par ses cris, s'approche pour l'aider, croyant qu'il est l'un des leurs. Le Chevalier révèle qu'il est un Chevalier errant tourmenté par des chagrins sombres. Le Berger vante la paix et les douceurs de leur retraite, destinées aux cœurs tendres. Le Chevalier affirme que son amour est plus intense et plus noble que celui des Bergers. Le Berger, content de ses plaisirs avec sa Sylvie, suggère que le Chevalier pourrait trouver une autre compagne. Le Chevalier critique la simplicité et la paresse des Bergers, qui changent rarement de partenaire par peur de trouver des amours sévères. Le Berger rétorque que l'amour du Chevalier est une chimère et que sa Dame affecte une fausse rigueur. Il vante la simplicité et la constance de l'amour des Bergers, illustrée par le charmant repos qu'il partage avec Sylvie. Furieux, le Chevalier menace le Berger et exige un silence éternel sur l'amour dans ces lieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 184-201
PIECE NOUVELLE Dialogue entre un Berger & une Bergere, par M. D. A.
Début :
Philis, tous nos Bergers vous repetent sans cesse, [...]
Mots clefs :
Berger, Bergère, Dialogue, Amour, Philis, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : PIECE NOUVELLE Dialogue entre un Berger & une Bergere, par M. D. A.
PIECE NOUVELLE
Dialogue entre un Berger & une
Bergere, parM. D. A.
*
LE BERGER.
PHilis,
tous nos Bergers
vous repetent sans
cesse,
Qu'ils sentent pour vous
de l'amour,
Je les voy gémir chaque
jour
D'un nouveau tourment,
qui les presse,
Je
Je ne puis comprendre
leurs maux,
Jevoy tous les jours leurs
troupeaux
Aussi gras que les mins,
bondir dans cette
plaine;
Les biens que le Printemps
amene
Sont communs à
tous les
Bergers,
Et pour tous, les Zephirs
legers
Rafraîchissentnos Champs
de leurs douces haleines.
Quelles peuvent être les
peines
Qu'ils vous racontent tous
les jours,
Belle Phifis,daignez milapprendre
Que peuvent être ces amours;
Qui font couler les pleurs
que je leur voy répandre.
LA BERGERE.
Vous le sçaurez à vôtre
tour,
Attendez sans impatience,
Berger,à connoître l'Amour,
Gardez vostre heureuse
ignorance •
Autant que ce Dieu le voudra,
Quand le fatal moment
viendra,
Pour acquérir cette science,
Malgré toute vôtre innocence,
yôtre cœur vous avertira,
J LE BERGER.
Suis-je le seul de ces Campagnes,
Qui ne connoisse pas l'amour?
LA BERGERE.
Berger,mes aimables compagnes
Vous le feront connoître
un jour.
LE BERGER.
Non, belle Philis, ce mystere
Dont les Bergers [e plaignent tous,
J'ayme mieux l'apprendre
de vous
Cent fois, que d'une autre Bergere
LA BERGERE.
Eh bien, sçachez donc
quel'amour ":
Se prend dans les yeux
d'une belle,
Le sensible Berger, qui la
,
voit chaque jour,
Luy trouve chaque jour
une grace nouvelle,
Ce feu s'augmente incessamment
Auprès de l'aimable Bergere, Ildevient enfin un tour-
'- ment
Si le Berger la trouve fiere.
LE BERGER.
Si vousnommez amour,
cefeu qui brûle en
nous,
i
Et dont onnepeutsedéfendre,
Ai-je btfoin de vous apprendre
Que je brûle d'amourpour
vous?
LA BERGERE.
Berger, iln'est pas temps,
je dois encor vous dire,
Qu'il est un amour impofleur,
Qui ne cherche qu'à se
produire, L.
Au lieu que la ifncereardeur ,.,"
Qu'un veritable amour inf
pire, t
Est un secret de nôtre
cœur,
Dont les yeux seuls doiventinstruire.
LE BERGER.
N'oubliez pas, Philis, f
vous faites un choix,
Que sans sçavoir le nom
du Dieu quifait qu'on
ayme
J'en ai rempli toutes les
loix,
Jugez de mon amour extrême,
Sans cesse je vous regardois,
Si c'etf ainsiqu'un cœur
soupire,
Ah! quand j'aurois connu
tout ce que je sentois
Aurois-je pû mieux vous
le dire?
LA
LA BERGERE.
Oüi
3
mais vous en dites
autant
A la bergere Floriselle,
Lors que d'un air vif &
content
On vous voit danser avec
elle.
Je içay qu'à louër ses appas
La fested'hier s'estpassée,
Vous suivîtes long-temps
ses pas,
Et même sa rigueur en parut offensée:
Sans ses refus enfin, vous
ne m'aimeriez pas.
LE BERGER.
Je trouvois du plaisiràvoir
cette bergere,
Je ne puis le désavouër,
J'aimois à l'entendre louër:
Mais expliquez-moy ce
mystere;
Ses appas me paroissoient
doux,
Florifelle sçavoit me plaire,
Et parmi ces plaisirs je ne
pensois qu'àvous,
Philis, ne se peut-il point
faire,
Qu'elle ait quelques-uns
de vos traits?
Les- bergers n'aiment-ils
jamais
Ce qui ressmbre à leur
bergere ?
LA BERGERE.
Laissons ces discours dangereux,
Rejoignons nostroupeaux,
retournons à la plaine,
j
Reservons tous nos soins
poureux,
Le reste donne trop de
(
peine.
LE BERGER.
Helas déja nous nous qüitçpns?
Craignez-ousque dans
ces prairies
Un loup enlevenos moutons?
Voicy les miens errans far
ces herbes fleuries,
Ils me furent bien chers:
mais je les donne tous,
Philis, pour être encore un
moment avec vous.
LA BERGERE.
Je vous ferois, berger,
lemême sacrifice,
Mes troupeaux ne sont pas
ce quej'aime lemieux £
Je consens même qu'à mes
1
yeux
Un loup cruel. me les ravisse y
Si contre un plus doux artifice
Je puis garder helas, un
-,
bien LEplus BERGER. .precièux»
Helas! si pour me fuir vous
allez dans ces plaines,
Quevais-je devenir tout le
reste du jour?
Je voulois connoîtrel'amour -
Je neconnoîtray que ses
peines.
LA BERGERE.
D'aujourd'hui tu visfous sa I°Y>
Et tu te plains de son empire
Surluij'aurai tantôt cent
choses à te dire
Tu ne le connois pas carsibienque pasen- en
car .,(
-LEBERGER.
Belle: Philis mon coeur
soupire,
De ne pas le connoître
mieux
Demeurez encore en ces
lieux
Pour achever de m'en ine.
truire.
Mais vous suyez, Philis,
nonnel'eiperez pas,
Sans vous je ne scaurois
plus vivre,
Tircis à force de la suivre
La fit revenir sur les pas,
Auprès d'elle coucher sur
la fraîche verdure,
Tircisluy dit en soupirant
Toutce que la simple na-
ture
Sçait dicter au plus ignorant,
Philis dont le coeur étoit
tendre
Ne put se lasser de l'entendre
Et connut trop tard le danger.
Pour une bergere amou.
reuse
L'ignorance d'un beau berger
Est mille fois plus dangereuse,
Que l'experience trompeuse
D'un berger sujet a
changer.
La nuit commença sa carrière
Trop tôt pour de telles
amours,
Il salut se quitter, & la jeune bergere
Finit par ce tendre discours :
Tu viens d'apprendre en ce
bocage,
Ce que c'est que l'amour
au comble des souhaits,
Puisse-tu n'apprendre jamais
Ce que c'est que l'amour
volage
Dialogue entre un Berger & une
Bergere, parM. D. A.
*
LE BERGER.
PHilis,
tous nos Bergers
vous repetent sans
cesse,
Qu'ils sentent pour vous
de l'amour,
Je les voy gémir chaque
jour
D'un nouveau tourment,
qui les presse,
Je
Je ne puis comprendre
leurs maux,
Jevoy tous les jours leurs
troupeaux
Aussi gras que les mins,
bondir dans cette
plaine;
Les biens que le Printemps
amene
Sont communs à
tous les
Bergers,
Et pour tous, les Zephirs
legers
Rafraîchissentnos Champs
de leurs douces haleines.
Quelles peuvent être les
peines
Qu'ils vous racontent tous
les jours,
Belle Phifis,daignez milapprendre
Que peuvent être ces amours;
Qui font couler les pleurs
que je leur voy répandre.
LA BERGERE.
Vous le sçaurez à vôtre
tour,
Attendez sans impatience,
Berger,à connoître l'Amour,
Gardez vostre heureuse
ignorance •
Autant que ce Dieu le voudra,
Quand le fatal moment
viendra,
Pour acquérir cette science,
Malgré toute vôtre innocence,
yôtre cœur vous avertira,
J LE BERGER.
Suis-je le seul de ces Campagnes,
Qui ne connoisse pas l'amour?
LA BERGERE.
Berger,mes aimables compagnes
Vous le feront connoître
un jour.
LE BERGER.
Non, belle Philis, ce mystere
Dont les Bergers [e plaignent tous,
J'ayme mieux l'apprendre
de vous
Cent fois, que d'une autre Bergere
LA BERGERE.
Eh bien, sçachez donc
quel'amour ":
Se prend dans les yeux
d'une belle,
Le sensible Berger, qui la
,
voit chaque jour,
Luy trouve chaque jour
une grace nouvelle,
Ce feu s'augmente incessamment
Auprès de l'aimable Bergere, Ildevient enfin un tour-
'- ment
Si le Berger la trouve fiere.
LE BERGER.
Si vousnommez amour,
cefeu qui brûle en
nous,
i
Et dont onnepeutsedéfendre,
Ai-je btfoin de vous apprendre
Que je brûle d'amourpour
vous?
LA BERGERE.
Berger, iln'est pas temps,
je dois encor vous dire,
Qu'il est un amour impofleur,
Qui ne cherche qu'à se
produire, L.
Au lieu que la ifncereardeur ,.,"
Qu'un veritable amour inf
pire, t
Est un secret de nôtre
cœur,
Dont les yeux seuls doiventinstruire.
LE BERGER.
N'oubliez pas, Philis, f
vous faites un choix,
Que sans sçavoir le nom
du Dieu quifait qu'on
ayme
J'en ai rempli toutes les
loix,
Jugez de mon amour extrême,
Sans cesse je vous regardois,
Si c'etf ainsiqu'un cœur
soupire,
Ah! quand j'aurois connu
tout ce que je sentois
Aurois-je pû mieux vous
le dire?
LA
LA BERGERE.
Oüi
3
mais vous en dites
autant
A la bergere Floriselle,
Lors que d'un air vif &
content
On vous voit danser avec
elle.
Je içay qu'à louër ses appas
La fested'hier s'estpassée,
Vous suivîtes long-temps
ses pas,
Et même sa rigueur en parut offensée:
Sans ses refus enfin, vous
ne m'aimeriez pas.
LE BERGER.
Je trouvois du plaisiràvoir
cette bergere,
Je ne puis le désavouër,
J'aimois à l'entendre louër:
Mais expliquez-moy ce
mystere;
Ses appas me paroissoient
doux,
Florifelle sçavoit me plaire,
Et parmi ces plaisirs je ne
pensois qu'àvous,
Philis, ne se peut-il point
faire,
Qu'elle ait quelques-uns
de vos traits?
Les- bergers n'aiment-ils
jamais
Ce qui ressmbre à leur
bergere ?
LA BERGERE.
Laissons ces discours dangereux,
Rejoignons nostroupeaux,
retournons à la plaine,
j
Reservons tous nos soins
poureux,
Le reste donne trop de
(
peine.
LE BERGER.
Helas déja nous nous qüitçpns?
Craignez-ousque dans
ces prairies
Un loup enlevenos moutons?
Voicy les miens errans far
ces herbes fleuries,
Ils me furent bien chers:
mais je les donne tous,
Philis, pour être encore un
moment avec vous.
LA BERGERE.
Je vous ferois, berger,
lemême sacrifice,
Mes troupeaux ne sont pas
ce quej'aime lemieux £
Je consens même qu'à mes
1
yeux
Un loup cruel. me les ravisse y
Si contre un plus doux artifice
Je puis garder helas, un
-,
bien LEplus BERGER. .precièux»
Helas! si pour me fuir vous
allez dans ces plaines,
Quevais-je devenir tout le
reste du jour?
Je voulois connoîtrel'amour -
Je neconnoîtray que ses
peines.
LA BERGERE.
D'aujourd'hui tu visfous sa I°Y>
Et tu te plains de son empire
Surluij'aurai tantôt cent
choses à te dire
Tu ne le connois pas carsibienque pasen- en
car .,(
-LEBERGER.
Belle: Philis mon coeur
soupire,
De ne pas le connoître
mieux
Demeurez encore en ces
lieux
Pour achever de m'en ine.
truire.
Mais vous suyez, Philis,
nonnel'eiperez pas,
Sans vous je ne scaurois
plus vivre,
Tircis à force de la suivre
La fit revenir sur les pas,
Auprès d'elle coucher sur
la fraîche verdure,
Tircisluy dit en soupirant
Toutce que la simple na-
ture
Sçait dicter au plus ignorant,
Philis dont le coeur étoit
tendre
Ne put se lasser de l'entendre
Et connut trop tard le danger.
Pour une bergere amou.
reuse
L'ignorance d'un beau berger
Est mille fois plus dangereuse,
Que l'experience trompeuse
D'un berger sujet a
changer.
La nuit commença sa carrière
Trop tôt pour de telles
amours,
Il salut se quitter, & la jeune bergere
Finit par ce tendre discours :
Tu viens d'apprendre en ce
bocage,
Ce que c'est que l'amour
au comble des souhaits,
Puisse-tu n'apprendre jamais
Ce que c'est que l'amour
volage
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Résumé : PIECE NOUVELLE Dialogue entre un Berger & une Bergere, par M. D. A.
Le texte relate un dialogue entre un berger et une bergère nommée Philis. Intrigué par les souffrances amoureuses de ses pairs, le berger interroge Philis sur la nature de l'amour. Philis lui répond qu'il comprendra l'amour lorsqu'il le vivra. Le berger avoue alors son amour pour Philis, mais elle lui parle des différentes formes d'amour, notamment l'amour impur qui cherche à se manifester et l'amour sincère qui reste secret. Philis reproche au berger de montrer de l'affection à une autre bergère, Floriselle. Le berger explique que ses sentiments pour Philis étaient présents même lorsqu'il appréciait Floriselle. Philis, inquiète, suggère de rejoindre leurs troupeaux, mais le berger exprime son désir de rester avec elle. Philis raconte ensuite l'histoire de Tircis et d'une bergère qui, par ignorance, a souffert de son amour. Finalement, Philis et le berger doivent se séparer à l'approche de la nuit, Philis lui souhaitant de ne jamais connaître l'amour volage.
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18
p. 285-290
PIECE NOUVELLE. LA VIOLETTE.
Début :
Je fus jadis une Nymphe assez belle [...]
Mots clefs :
Nymphe, Violette, Berger, Amour, Amant, Vertu, Séduire
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texteReconnaissance textuelle : PIECE NOUVELLE. LA VIOLETTE.
PIECE NOUVELLE
LA VIOLETTE.
JE. fus jadis une Nymphe
affez belle
Pour charmer Apollon &
n'attirer les vœux : ... ^.
Mais aux loix du devoir je
fus affez fidelle
Pourdemeurer toûjours infenfible aà fes feux..
Exilé du fejour celefte
Il paiffoit les troupeaux du
riche époux d'Alceſte.
Comme Berger , l'Amour
286 MERCURE
eut des droits fur fon
cœur;
Et comme Dieu , fon rang
& fa naiffance
Lui donnoient trop de confiance
Pour cacher long- temps
tofonardeur.
'Aux champs Theffaliens fi
j'allois chercher Flore,
Je n'y trouvois que lui :
Je le fuis dans les bois , Dia
ne que j'implore
Y devient mon appui.
Evitez , me dit-elle , évitez
·les montagnes ,
Evitez les vaftes campa
gnes,
GALANT. 287
Ces lieux font trop ouverts
aux regards d'Apollon.
A ces mots tremblante ,
certaine ,
inJe croyois me cacher au
bord d'une fontaine ,
Dans unbuiffon épais, dans
le creux d'un vallon ,
Afiles fûrs , s'il eût été pof
fible
D'en trouver contre un tel
Amant ,
De l'un de ſes tranſports
portant le châtiment ,
Periffent les attraits qui
l'ont rendu fenfible ,
M'écriai- je , Diane , exauce
288 MERCURE
mes fouhaits ,
Je quitte fans regret ma
blancheur éclatante ,
D'un voile prefque noir
j'obfcurcis mesattraits ,
Et modefte & rampante
Je tombe vers la terre , &
deviens une fleur.f
ADiane j'en fuis plus chere,,
Lavertu dont je garde en
cor le caractere
M'a confervé ma douce
odeur ::
C'eft à ce titre que j'efpere
Chez toy, fage Uranie, un
favorable accueil.
Simodefte aumilieu de tout
ces
GALANT. 289
ce qui peut faire
Le fujet du plus juſte orgüeil ,
Aux applaudiffemens ton
cœur fçait fe fouftraire ;
Sil'Amour te trouva moins.
fevere que moy,
C'eſt que la vertu même
en demandant ta foy,
Anima les ardeurs de qui
vouloit te plaire...!
Mais à tes côtez j'apperçoy
L'Amant qui cauſe ma colere :
Que dis-je ? ce n'eſt plus le
Berger temeraire ,
C'eft le Dieu tutelaire
May1712.
Bb
190 MERCURE
Des fages , des fçavans qu'il
range fous taloy.
Il ne cherche plus à feduire
Quiconque voudra l'écou
ter ;
S'il veut charmer, c'eft pour
inftruire ,
De tes fages leçons il a fçû
profiter.
LA VIOLETTE.
JE. fus jadis une Nymphe
affez belle
Pour charmer Apollon &
n'attirer les vœux : ... ^.
Mais aux loix du devoir je
fus affez fidelle
Pourdemeurer toûjours infenfible aà fes feux..
Exilé du fejour celefte
Il paiffoit les troupeaux du
riche époux d'Alceſte.
Comme Berger , l'Amour
286 MERCURE
eut des droits fur fon
cœur;
Et comme Dieu , fon rang
& fa naiffance
Lui donnoient trop de confiance
Pour cacher long- temps
tofonardeur.
'Aux champs Theffaliens fi
j'allois chercher Flore,
Je n'y trouvois que lui :
Je le fuis dans les bois , Dia
ne que j'implore
Y devient mon appui.
Evitez , me dit-elle , évitez
·les montagnes ,
Evitez les vaftes campa
gnes,
GALANT. 287
Ces lieux font trop ouverts
aux regards d'Apollon.
A ces mots tremblante ,
certaine ,
inJe croyois me cacher au
bord d'une fontaine ,
Dans unbuiffon épais, dans
le creux d'un vallon ,
Afiles fûrs , s'il eût été pof
fible
D'en trouver contre un tel
Amant ,
De l'un de ſes tranſports
portant le châtiment ,
Periffent les attraits qui
l'ont rendu fenfible ,
M'écriai- je , Diane , exauce
288 MERCURE
mes fouhaits ,
Je quitte fans regret ma
blancheur éclatante ,
D'un voile prefque noir
j'obfcurcis mesattraits ,
Et modefte & rampante
Je tombe vers la terre , &
deviens une fleur.f
ADiane j'en fuis plus chere,,
Lavertu dont je garde en
cor le caractere
M'a confervé ma douce
odeur ::
C'eft à ce titre que j'efpere
Chez toy, fage Uranie, un
favorable accueil.
Simodefte aumilieu de tout
ces
GALANT. 289
ce qui peut faire
Le fujet du plus juſte orgüeil ,
Aux applaudiffemens ton
cœur fçait fe fouftraire ;
Sil'Amour te trouva moins.
fevere que moy,
C'eſt que la vertu même
en demandant ta foy,
Anima les ardeurs de qui
vouloit te plaire...!
Mais à tes côtez j'apperçoy
L'Amant qui cauſe ma colere :
Que dis-je ? ce n'eſt plus le
Berger temeraire ,
C'eft le Dieu tutelaire
May1712.
Bb
190 MERCURE
Des fages , des fçavans qu'il
range fous taloy.
Il ne cherche plus à feduire
Quiconque voudra l'écou
ter ;
S'il veut charmer, c'eft pour
inftruire ,
De tes fages leçons il a fçû
profiter.
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Résumé : PIECE NOUVELLE. LA VIOLETTE.
La pièce 'La Violette' narre l'histoire d'une nymphe autrefois belle et aimée. Par fidélité à son devoir, elle repousse les avances d'Apollon et est exilée, devenant bergère. Elle rencontre l'Amour, qui la séduit. Pour échapper à l'Amour, elle se réfugie dans les bois et implore Diane. Diane lui conseille d'éviter les lieux ouverts aux regards d'Apollon. Désespérée, la nymphe souhaite perdre sa beauté. Diane exauce son vœu, et elle se transforme en violette, conservant une douce odeur. La violette espère l'accueil favorable de la sage Uranie, malgré la présence de l'Amour, désormais protecteur des sages et des savants, cherchant à instruire plutôt qu'à séduire.
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19
p. 162-168
ADIEU D'IRIS à ses moutons, sur la mort de son Berger. EGLOGUE.
Début :
A Dieu, mes chers moutons, errez à l'avanture; [...]
Mots clefs :
Berger, Moutons, Iris, Mort, Pleurs, Adieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ADIEU D'IRIS à ses moutons, sur la mort de son Berger. EGLOGUE.
ADIEU D'IRIS
àfes moutons , fur la
mort de fon Berger,
EGLOGUE.
ADieu , mes chers moutons , errez àl'a
at vanture ; NO
Fai perdu mon Berger
j'abandonne mon
chien:
S'il plaît aux Dieux je
n'aimerai plus rien
GALANT.. 161
Quifoitfujet auxloix de
la nature.
23 424
Mon cœur,pourſe nourourirde fes cruels
ennuiss
Ne chercheplus que larestraites his
En vous congediant je
brife ma boulette ,
Je ne puis vous garder en
Létat oùjefuis. LL
Votre voix , chers moutons , n'est pas affez
O ij
164 MERCURE
Larisaplaintive ,
Pourflaserla langueur où
m'ont reduit mes
maux
Je vais mêler mes plours:
à cette onde attentive.
Partez LaiffeZ- moyfeule,
indolens animaux.
Mais non, vos bélemens
fonttriſtes , dites-vous,
Il n'importe partez ; je
vousplains , je vous
aime: **
Mais quand je ne puis
GALANT rất
men dans mes maux
O
apoursmoy- même,
Helas , que pourrois –je
·pourvous 2
Ne vous repofez plusfür
L'amitié fincere
Qu'ont toujours eu pour
moy les bergers d'awalentour;
Le mien étoit conftant , il
a perdu le jour,
Helas!il n'en estplus d'un
pareil caractere..
?
166 MERCURE
Puiffiez- vous, attentifs à
côtre sûreté, wolvi
Kous garantir des loups
&des orages ;
Puiffiez - vous en repos
dans degraspâturages
Trouverfans moy. vôtre
felicités
Mais puiffiez - vous plûStốt, 6 vous plaines
fertilesy
Trouverl'hiver dans tou
tes lesfaifons;
Je vois avec douleur vos
GALANT. 167
»fleurs &vos moiffons
Mon berger ne vit plus
que n'êtes -vous ſte
riles ?
Pardonnez , chers moutons , fi defon verd
charmant
Ma douleur voudroit
voir dépouiller la nature st
Qu'elleproduifefeulement
Ce qu'il faut pour votre
Pature..
168 MERCURE
Ainfi l'aimable Iris fur
lesbordsdunruiffeau
Livrée àfa douleur mortelle
Eloignoit à regrespourjamais d'auprés d'elle
Son trifle &fidele trou
peau..
àfes moutons , fur la
mort de fon Berger,
EGLOGUE.
ADieu , mes chers moutons , errez àl'a
at vanture ; NO
Fai perdu mon Berger
j'abandonne mon
chien:
S'il plaît aux Dieux je
n'aimerai plus rien
GALANT.. 161
Quifoitfujet auxloix de
la nature.
23 424
Mon cœur,pourſe nourourirde fes cruels
ennuiss
Ne chercheplus que larestraites his
En vous congediant je
brife ma boulette ,
Je ne puis vous garder en
Létat oùjefuis. LL
Votre voix , chers moutons , n'est pas affez
O ij
164 MERCURE
Larisaplaintive ,
Pourflaserla langueur où
m'ont reduit mes
maux
Je vais mêler mes plours:
à cette onde attentive.
Partez LaiffeZ- moyfeule,
indolens animaux.
Mais non, vos bélemens
fonttriſtes , dites-vous,
Il n'importe partez ; je
vousplains , je vous
aime: **
Mais quand je ne puis
GALANT rất
men dans mes maux
O
apoursmoy- même,
Helas , que pourrois –je
·pourvous 2
Ne vous repofez plusfür
L'amitié fincere
Qu'ont toujours eu pour
moy les bergers d'awalentour;
Le mien étoit conftant , il
a perdu le jour,
Helas!il n'en estplus d'un
pareil caractere..
?
166 MERCURE
Puiffiez- vous, attentifs à
côtre sûreté, wolvi
Kous garantir des loups
&des orages ;
Puiffiez - vous en repos
dans degraspâturages
Trouverfans moy. vôtre
felicités
Mais puiffiez - vous plûStốt, 6 vous plaines
fertilesy
Trouverl'hiver dans tou
tes lesfaifons;
Je vois avec douleur vos
GALANT. 167
»fleurs &vos moiffons
Mon berger ne vit plus
que n'êtes -vous ſte
riles ?
Pardonnez , chers moutons , fi defon verd
charmant
Ma douleur voudroit
voir dépouiller la nature st
Qu'elleproduifefeulement
Ce qu'il faut pour votre
Pature..
168 MERCURE
Ainfi l'aimable Iris fur
lesbordsdunruiffeau
Livrée àfa douleur mortelle
Eloignoit à regrespourjamais d'auprés d'elle
Son trifle &fidele trou
peau..
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Résumé : ADIEU D'IRIS à ses moutons, sur la mort de son Berger. EGLOGUE.
Le texte 'Adieu d'Iris' est une églogue qui relate la douleur d'Iris après la perte de son berger. Iris annonce à ses moutons qu'elle les quitte, incapable de supporter les cruels ennuis qui l'accablent. Elle souhaite se retirer dans la solitude et les congédie, bien qu'elle les aime et les plaigne. Iris regrette de ne plus pouvoir leur offrir l'amitié sincère qu'elle avait reçue des bergers voisins. Elle espère que ses moutons trouveront sécurité et bonheur malgré son absence. Iris observe avec tristesse les fleurs et les moissons, se demandant pourquoi les moutons ne sont pas stériles, souhaitant que la nature ne produise que ce qui est nécessaire à leur pâture. Enfin, Iris, submergée par sa douleur, s'éloigne à jamais de son trépied et de son troupeau.
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20
p. 71-74
BALADE. Sur les sotes.
Début :
Lors qu'un berger fidele & tendre [...]
Mots clefs :
Berger, Aimer, Sottes, Chagrin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BALADE. Sur les sotes.
B A LAD E.
Sur les sotes.
L Orsqu'un berger fidèle
&rendre
Nous sert & s'attache à nos.
pas,
Pourquoy chercher à s'en.
défendre?
- Qu'on est sote de n'aimer
pas!
Mais pour peu que l'onaie àcraindre,
Qu'on puisse cesser de charmer,
Ou qu'un berger n'ait l'art
de feindre,
Ah que l'on estsote d'aimer i
Quand on peut former une
chaîne
Sans chagrin & sans embarras,
Que l'amour n'arien qui
nous gêne,
Qu'on est sote de n'aimer
pas!
Mais lors qu'on voit un infi.
dele, Qu'on
Qu'on, peut aisement enflâmer,
Qui voltige de belle en
belle,
Ah que l'on est sote d'aimer:
Lorsque pour nous touts'interesse
Pour nousfaire un sort plein
d'appas,
Que les jeux suivent la
tendresse,
Qu'on est sote de n'aimer
pas!
Quand un berger sans, la
confiance
Croit avoir droit de nous
charmer,
Qu'il faut payer ses soins
d'avance,
Ah que l'onest sote d'aimer !
Sur les sotes.
L Orsqu'un berger fidèle
&rendre
Nous sert & s'attache à nos.
pas,
Pourquoy chercher à s'en.
défendre?
- Qu'on est sote de n'aimer
pas!
Mais pour peu que l'onaie àcraindre,
Qu'on puisse cesser de charmer,
Ou qu'un berger n'ait l'art
de feindre,
Ah que l'on estsote d'aimer i
Quand on peut former une
chaîne
Sans chagrin & sans embarras,
Que l'amour n'arien qui
nous gêne,
Qu'on est sote de n'aimer
pas!
Mais lors qu'on voit un infi.
dele, Qu'on
Qu'on, peut aisement enflâmer,
Qui voltige de belle en
belle,
Ah que l'on est sote d'aimer:
Lorsque pour nous touts'interesse
Pour nousfaire un sort plein
d'appas,
Que les jeux suivent la
tendresse,
Qu'on est sote de n'aimer
pas!
Quand un berger sans, la
confiance
Croit avoir droit de nous
charmer,
Qu'il faut payer ses soins
d'avance,
Ah que l'onest sote d'aimer !
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Résumé : BALADE. Sur les sotes.
Le texte 'B A L A D E. Sur les sotes' examine les paradoxes de l'amour et de la sagesse. Il questionne la sagesse de repousser un berger fidèle et souligne la sottise de ne pas aimer sans chagrin. Cependant, il critique l'amour pour un berger infidèle ou sans confiance, qui exige des faveurs d'avance, rendant l'amour sot dans ces contextes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 169-176
EGLOGUE.
Début :
Bergers qui craignez la peine, [...]
Mots clefs :
Églogue, Berger, Languir, Plaisir, Beauté
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texteReconnaissance textuelle : EGLOGUE.
E G LOG U E.
BErgers qui craignez la
peine,
Les rigueurs, & les mes-
,
pris;
Gardez de porter la chais
ne
De la ifere Amarillis :
Que peut-on attendre
d'elle
Si pour la tendre Tirfis
Elle est tousjours si cruelle,
Qu'au plus fort de son tourment
Il n'ose à cette inhumaine
Faire connoistre sa peine
-
Par un souspir seulement?
Estime,respect,ccndresse,
Tout l'offense
, tout la
.b!esîe,
Tout ce qui vient à sa Cour
Sous l'Etendart de l'Armour
, Est receu d'unairsevere,
Et le Berger a beau faire,
Elle le verra mourir
Sans se laisser attendrir.
Une ardeur sans esperance
Doitsignaler sa confiance.
Le malheureux! il voit
bien
Ce qu'il faudra qu'il endure
,
Mais un Amour sans mesure
Ne s'épouvante de rien;
Qu'Amarillis soit contente,
Que tout refponde à ses
voeux, Cet Amant qu'elle tourmente
Se croira tousjours heureux.
Dansl'excès de sa tendresse
Nul autre foin ne le presse;
Il voudroit dans son transport,
Il voudroit pour la Cruelle
Souffrir cent fois une mort,
Qui ladeust rendre immortelle.
S'il falloit, pour couronner
Ce cher objet de ses peines,
S'aller mettre dans les
chaisnes:
Nuls supplices,nullesgesnes
Ne le pourroient estonner.
Cependant, est-il possible?
Amarillisinsensible
Voit ces difcrettes langueurs
,
Sans modérer ses rigueurs.
La crainte respectueuse
De ce fidelle Berger,
Sa tendresse ingenieuse
Qui ne cesse de songer
A ce qui peut l'obliger,
Rien ne la sçauroit changer.
Tousjours sierc, & serieuse
Elle prend foin d'éviter
De le voir, de l'écouter:
Elle jouë avec Acante,
t Et rit avec Licidas;
Mais siTirsis se presente,
Atoutautrecomplaisante,
,
Elle ne l'écoute pas.
! De cette injuste malice
Quand pour demander justice
Il cherche de toutes parts
A rencontrer ses régards ;
L'inhumaine prévenuë
Du dessein de cet Amant,
Mesnage si bien sa veuë,
Qu'il la cherche vainement.
Lorsqu'il vient sur saMusette,
1
La plus douce du Hameau)
Entonner un Air nouveau)
Affectantd'estre distraire,
Elle écoute avec Lysette
Quelque grossier Chalumeau.
-
Quand il danse à quelque,
Feste
Tout s'approche, , tout s'arreste;
Elle feule avec dédain ,.
- M
S'esloigne, tourne la teste,
Et le trouve trop badin.
Combien de Fleurs respanduës
A sa porte, sous ses pas,
Soins inutiles, helas!
Cene font que Fleurs perduës
L'ingrate ) ne les voit pas.
Dans cetterigueur extrême
Conserver pour ce qu'on
aime
Tousjours le mesme penchant,
Est-ilrien de si touchant?
Ce transportinconcevable
Dans un Siecle si gafil,
Est d'un prix inestimable,
Et cette fiere Beauté
N'en verra point de semblable.
Nous ne voyons plus d'Amants
A l'épreuve des tourments
, Le seul plaisir les engage,
& l'on blasme le Berger
Qui plustost que de changer,
Veut languir dans l'esclavage
, Et tel aujourd'huy charmé
Dés demain veut estre
, aimé.
BErgers qui craignez la
peine,
Les rigueurs, & les mes-
,
pris;
Gardez de porter la chais
ne
De la ifere Amarillis :
Que peut-on attendre
d'elle
Si pour la tendre Tirfis
Elle est tousjours si cruelle,
Qu'au plus fort de son tourment
Il n'ose à cette inhumaine
Faire connoistre sa peine
-
Par un souspir seulement?
Estime,respect,ccndresse,
Tout l'offense
, tout la
.b!esîe,
Tout ce qui vient à sa Cour
Sous l'Etendart de l'Armour
, Est receu d'unairsevere,
Et le Berger a beau faire,
Elle le verra mourir
Sans se laisser attendrir.
Une ardeur sans esperance
Doitsignaler sa confiance.
Le malheureux! il voit
bien
Ce qu'il faudra qu'il endure
,
Mais un Amour sans mesure
Ne s'épouvante de rien;
Qu'Amarillis soit contente,
Que tout refponde à ses
voeux, Cet Amant qu'elle tourmente
Se croira tousjours heureux.
Dansl'excès de sa tendresse
Nul autre foin ne le presse;
Il voudroit dans son transport,
Il voudroit pour la Cruelle
Souffrir cent fois une mort,
Qui ladeust rendre immortelle.
S'il falloit, pour couronner
Ce cher objet de ses peines,
S'aller mettre dans les
chaisnes:
Nuls supplices,nullesgesnes
Ne le pourroient estonner.
Cependant, est-il possible?
Amarillisinsensible
Voit ces difcrettes langueurs
,
Sans modérer ses rigueurs.
La crainte respectueuse
De ce fidelle Berger,
Sa tendresse ingenieuse
Qui ne cesse de songer
A ce qui peut l'obliger,
Rien ne la sçauroit changer.
Tousjours sierc, & serieuse
Elle prend foin d'éviter
De le voir, de l'écouter:
Elle jouë avec Acante,
t Et rit avec Licidas;
Mais siTirsis se presente,
Atoutautrecomplaisante,
,
Elle ne l'écoute pas.
! De cette injuste malice
Quand pour demander justice
Il cherche de toutes parts
A rencontrer ses régards ;
L'inhumaine prévenuë
Du dessein de cet Amant,
Mesnage si bien sa veuë,
Qu'il la cherche vainement.
Lorsqu'il vient sur saMusette,
1
La plus douce du Hameau)
Entonner un Air nouveau)
Affectantd'estre distraire,
Elle écoute avec Lysette
Quelque grossier Chalumeau.
-
Quand il danse à quelque,
Feste
Tout s'approche, , tout s'arreste;
Elle feule avec dédain ,.
- M
S'esloigne, tourne la teste,
Et le trouve trop badin.
Combien de Fleurs respanduës
A sa porte, sous ses pas,
Soins inutiles, helas!
Cene font que Fleurs perduës
L'ingrate ) ne les voit pas.
Dans cetterigueur extrême
Conserver pour ce qu'on
aime
Tousjours le mesme penchant,
Est-ilrien de si touchant?
Ce transportinconcevable
Dans un Siecle si gafil,
Est d'un prix inestimable,
Et cette fiere Beauté
N'en verra point de semblable.
Nous ne voyons plus d'Amants
A l'épreuve des tourments
, Le seul plaisir les engage,
& l'on blasme le Berger
Qui plustost que de changer,
Veut languir dans l'esclavage
, Et tel aujourd'huy charmé
Dés demain veut estre
, aimé.
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Résumé : EGLOGUE.
Le poème relate la souffrance de Tirsis, un berger épris d'Amarillis, une femme cruelle et insensible. Tirsis endure en silence ses tourments, incapable de révéler sa peine à Amarillis, qui reste sévère et indifférente à ses avances. Malgré les rigueurs et les mépris d'Amarillis, Tirsis continue d'espérer et de souffrir pour elle, prêt à endurer n'importe quelle épreuve pour la rendre heureuse. Amarillis, cependant, évite Tirsis, préférant la compagnie d'autres bergers comme Acante et Licidas. Elle ignore les marques d'affection de Tirsis, ne l'écoute pas et ne voit pas les fleurs qu'il lui offre. Le poème souligne la constance et la profondeur de l'amour de Tirsis, contrastant avec l'ingratitude et la dureté d'Amarillis. Il met en lumière la rareté des amours capables de résister aux tourments dans une époque où les sentiments sont souvent éphémères.
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22
p. 266-271
NARCICE. FABLE.
Début :
Jadis vivoit au pied du Mont Parnasse [...]
Mots clefs :
Narcisse, Coeur, Nymphes, Berger, Beau, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NARCICE. FABLE.
NARCICE
FABLE.
Adis vivoit au pied du
Mont Parnaffe
Un Berger plus beau que
le jour ,
Qui préferoit le plaifir de
GALANT. 267
la
Chaffe
Aux tendres douceurs de
l'Amour.
C'eftoit en vain que Nymphes
& Bergeres
Abandonnoient le foin de
leurs affaires ,
Pour aller groffirfa Cours
Carplutoft avec un crible
On euft deffeché la Mer,
Que porté cet Infenfible ,
En charmant tout , à fe
Laiffercharmer.
a
C'eftoit enfin une chofe im
poffible ,
Z
ij
268 MERCURE
Temoin l'avanture d'Echo.
Cette Nymphe trop fufceptible
,
Avoit de
l'embonpoint , les
yeux vifs , le teint beau,
L'air enchanté , la taille
faite à peindre ,
A la voir on euft
aiſement
Juré qu'ellen'auroitjamais
lieu de fe plaindre
De la cruauté d'un Amant.
Cependant de fonfort admirezl'injustice,
GALANT . 269
Elle fecha furfespieds de
douleur
,
Devoirnoftre Berger
ciffe
Nar
Luy refufer l'empire defon
coeur .
Auffi ne tarda-t ilguére
D'enpayerlafolle encheres
Carunjourqu'ilrefvoitfur
les bords d'un Ruiffeau
Aux cruels effets de fes
charmes ,
Quiportant dans les coeurs.
de charmantes allarmes,
Mettoient pourtant les
Z iij
270 MERCURE
Nymphes au tombeau ,
Il apperceut fa figure dans
l'eau.
A cette veuë ilfentit dans
fon ame
Naître des mouvemens de
tendreffe de flame.
Ilfe méconnut & foudain
De la raifon ayant perdus
Pufage,
Dans les convulfions d'une
amoureuse rage
Ilplongea tout veftu (fans
doute dans fonfein ,
Amour, tu mis ce funefte
GALANT . 271
deffein )
Defirant de jouir par un
prompt Mariage
De fa froide & mouvante
Image.
C'est ainsi que noftre Blondin
Périt à la fleur de fon age,
Pour avoi, eu le coeur trop
libertin.
Quiconque l'imite eft peu
Jage ,
Et court rifque d'avoir un
Semblable deftin.
FABLE.
Adis vivoit au pied du
Mont Parnaffe
Un Berger plus beau que
le jour ,
Qui préferoit le plaifir de
GALANT. 267
la
Chaffe
Aux tendres douceurs de
l'Amour.
C'eftoit en vain que Nymphes
& Bergeres
Abandonnoient le foin de
leurs affaires ,
Pour aller groffirfa Cours
Carplutoft avec un crible
On euft deffeché la Mer,
Que porté cet Infenfible ,
En charmant tout , à fe
Laiffercharmer.
a
C'eftoit enfin une chofe im
poffible ,
Z
ij
268 MERCURE
Temoin l'avanture d'Echo.
Cette Nymphe trop fufceptible
,
Avoit de
l'embonpoint , les
yeux vifs , le teint beau,
L'air enchanté , la taille
faite à peindre ,
A la voir on euft
aiſement
Juré qu'ellen'auroitjamais
lieu de fe plaindre
De la cruauté d'un Amant.
Cependant de fonfort admirezl'injustice,
GALANT . 269
Elle fecha furfespieds de
douleur
,
Devoirnoftre Berger
ciffe
Nar
Luy refufer l'empire defon
coeur .
Auffi ne tarda-t ilguére
D'enpayerlafolle encheres
Carunjourqu'ilrefvoitfur
les bords d'un Ruiffeau
Aux cruels effets de fes
charmes ,
Quiportant dans les coeurs.
de charmantes allarmes,
Mettoient pourtant les
Z iij
270 MERCURE
Nymphes au tombeau ,
Il apperceut fa figure dans
l'eau.
A cette veuë ilfentit dans
fon ame
Naître des mouvemens de
tendreffe de flame.
Ilfe méconnut & foudain
De la raifon ayant perdus
Pufage,
Dans les convulfions d'une
amoureuse rage
Ilplongea tout veftu (fans
doute dans fonfein ,
Amour, tu mis ce funefte
GALANT . 271
deffein )
Defirant de jouir par un
prompt Mariage
De fa froide & mouvante
Image.
C'est ainsi que noftre Blondin
Périt à la fleur de fon age,
Pour avoi, eu le coeur trop
libertin.
Quiconque l'imite eft peu
Jage ,
Et court rifque d'avoir un
Semblable deftin.
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Résumé : NARCICE. FABLE.
Le texte présente la fable de 'Narcisse', un berger vivant au pied du Mont Parnasse, passionné par la chasse et indifférent aux charmes amoureux. Plusieurs nymphes et bergères tentèrent de capter son attention sans succès. La fable met en scène Écho, une nymphe séduisante, qui fut également rejetée par Narcisse. Un jour, en se penchant sur un ruisseau, Narcisse aperçut son reflet et en tomba amoureux, incapable de se reconnaître. Il plongea dans l'eau et se noya, désirant épouser son image. La fable conclut que quiconque imite Narcisse risque de subir un destin similaire en raison de son cœur libertin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 332-333
CHANSON.
Début :
L'Hyver a glacé nos Fontaines, [...]
Mots clefs :
Hiver, Printemps, Berger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
L'Hyver a glacénosFontaines>
On entend plus le murmure des
eaux,
Tont languit dans nos Bois, -éJ'
nos Prez&nos Plaines
N'ontplus de verdsgazons,ny
de^cou lans ruiseaux ;
Mais envain laSaison cruelle
M'empêche de garder mes moutons
dans les champs,
- Quandjevoy mon Bergerfide- lt
Je croytoûjours estre au Printemps.
L'Hyver a glacénosFontaines>
On entend plus le murmure des
eaux,
Tont languit dans nos Bois, -éJ'
nos Prez&nos Plaines
N'ontplus de verdsgazons,ny
de^cou lans ruiseaux ;
Mais envain laSaison cruelle
M'empêche de garder mes moutons
dans les champs,
- Quandjevoy mon Bergerfide- lt
Je croytoûjours estre au Printemps.
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24
p. 261-263
SONNET en bouts-rimez à Mademoiselle de S.
Début :
L'Auteur de celuy-cy est un jeune homme de vingt-deux / Sur la fin d'un beau jour Licas quittant la .. herse [...]
Mots clefs :
Amant, Berger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET en bouts-rimez à Mademoiselle de S.
L'Auteurde celuy cy eſt un
jeune homme de vingt- deux
ans, Auteur auffi d'ailleurs . Auteur
primo , de l'Histoire & des
Avantures galantesdu fameux
Maréchal de Boucicault , &depuis
peu de l'Histoire tragique
& veritable du Czar Demetrius
, qu'on aſſure être fort
intereſſante & fort curieuſe ;
j'en diray mon ſentiment ,ou
plutôt celuy de ceux qui l'auront
lûë , quand je l'auray lue
262 MERCURE
moy-même , en attendant
voicy leSonnet dont ilm'a fait
preſent. C'est un Sonnet.
SONNET
en bouts-rimez à Mademoifelle
de S.
t
Sur lafin d'un beau jour Licas
quittant la herfe
Rencontra fon Iris qui revenoit
du bain
Une tendre rougeur qui parut fur
fein fon
Promit à ce berger un bonheur
Sans traverſe
Ils étoient faits tout deux pour
L'amoureux commerce
GALANT. 4 263
Licas estoit de taille à desoler
Vulcain
Son Irisſembloit née en ce climat
lointain
QQuuiippeenuple les Serails de Turquie
de Perfe
Sur un gazon naiſſant & tondu
rafibus
Croyez vous qu'au mépris des
plaisirs de Venus
Ils pratiquoient alors les leçons
d'Origene
Pourquoy les Suivre seule
adorable Laïs
Vostre amant est plus beau que
Licas,que Paris
Serez vous plus cruelle &
qu' Iris . qu'Helene
jeune homme de vingt- deux
ans, Auteur auffi d'ailleurs . Auteur
primo , de l'Histoire & des
Avantures galantesdu fameux
Maréchal de Boucicault , &depuis
peu de l'Histoire tragique
& veritable du Czar Demetrius
, qu'on aſſure être fort
intereſſante & fort curieuſe ;
j'en diray mon ſentiment ,ou
plutôt celuy de ceux qui l'auront
lûë , quand je l'auray lue
262 MERCURE
moy-même , en attendant
voicy leSonnet dont ilm'a fait
preſent. C'est un Sonnet.
SONNET
en bouts-rimez à Mademoifelle
de S.
t
Sur lafin d'un beau jour Licas
quittant la herfe
Rencontra fon Iris qui revenoit
du bain
Une tendre rougeur qui parut fur
fein fon
Promit à ce berger un bonheur
Sans traverſe
Ils étoient faits tout deux pour
L'amoureux commerce
GALANT. 4 263
Licas estoit de taille à desoler
Vulcain
Son Irisſembloit née en ce climat
lointain
QQuuiippeenuple les Serails de Turquie
de Perfe
Sur un gazon naiſſant & tondu
rafibus
Croyez vous qu'au mépris des
plaisirs de Venus
Ils pratiquoient alors les leçons
d'Origene
Pourquoy les Suivre seule
adorable Laïs
Vostre amant est plus beau que
Licas,que Paris
Serez vous plus cruelle &
qu' Iris . qu'Helene
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25
p. 287-288
CHANSON.
Début :
Une timide Bergere [...]
Mots clefs :
Berger, Danger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
Une timide Bergere
Maisfenfible au jeu d'amour ,
Aufond d'un boisfolitaire
Chantoit ainſi l'autre jour :
Quelplaifirpour les fillettes ,
Avec un tendre Berger ,
Si l'on pouvoit fans danger
Selaißer , ſe laiſſer conterfleu-
Оüy,
rettes.
ॐ
mon coeur vous en affure
Colin commande aux amours
Par un baifer je vous jure
Qu'ils m'obéiſſent toûjours.
288 MERCURE
Quel plaifir pour lesfillettes
Avec un prudent Berger
Si l'on pouvoitfans danger
Se laißer , ſe laiffer conterfleurettes.
Une timide Bergere
Maisfenfible au jeu d'amour ,
Aufond d'un boisfolitaire
Chantoit ainſi l'autre jour :
Quelplaifirpour les fillettes ,
Avec un tendre Berger ,
Si l'on pouvoit fans danger
Selaißer , ſe laiſſer conterfleu-
Оüy,
rettes.
ॐ
mon coeur vous en affure
Colin commande aux amours
Par un baifer je vous jure
Qu'ils m'obéiſſent toûjours.
288 MERCURE
Quel plaifir pour lesfillettes
Avec un prudent Berger
Si l'on pouvoitfans danger
Se laißer , ſe laiffer conterfleurettes.
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26
p. 200
CHANSON.
Début :
Passez, beaux jours, passez, ceux qui doivent vous suivre [...]
Mots clefs :
Berger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
P~?~ beauxjours3pajje%jeux
qui doivent vou>Juivre
j4uront plus de charmes pour
moj 3 Mon Berger a --, de vivre,
,
c,
j
re L'/ryrvcr,/'affieux lry'Ver)que déjà
jfapperçoy,
Convientseul aux ennuis oùson
trépas me livre.
P~?~ beauxjours3pajje%jeux
qui doivent vou>Juivre
j4uront plus de charmes pour
moj 3 Mon Berger a --, de vivre,
,
c,
j
re L'/ryrvcr,/'affieux lry'Ver)que déjà
jfapperçoy,
Convientseul aux ennuis oùson
trépas me livre.
Fermer
27
p. 130-133
A MADEMOISELLE DE LU, Sur une Elogue qu'elle a faite. FABLE ALLEGORIQUE.
Début :
Je me flate que M. le Chevalier de Saint Jory ne / Un jour à la Table des Dieux, [...]
Mots clefs :
Muse, Parnasse, Berger, Amour, Apollon, Querelle, Lyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE DE LU, Sur une Elogue qu'elle a faite. FABLE ALLEGORIQUE.
Je me flate que M. le Chevalier
de Saint Jory ne trouvera pas mauvais
que je revéle ici , qu'il eſt
l'Auteur de la piece ſuivante :
Sa modestie en pourra ſouffrir,mais
je ſuis perfuadé que quand il s'agit.
de piquer le goût du Lecteur , un
Ecrivainpériodique doit prendre un
peu ſur ſon compte certaines hardieſſes
, ſans lesquelles un Livre
comme le mien, ne pourroit fubfifter
long-tems . Il ſeroit à ſouhaiter
qu'on me fournit ſouvent de pareils
ſujets d'excuſe , je me chargerois
volontiers des réproches , pourvû
qu'il en revint debonnes piéces au
au Public.
DE JUILLET 131
A MADEMOISELLE
DELU ,
Sur une Eglogue qu'elle a faite.
FABLE ALLEGORIQUE.
Un jour à la Table des Dieux,
Onlût des Vers d'une Muse nouvelle
.
Ils parurent fi beaux à la Troupe
Immortelle,
Qu'on jugea qu'au Parnasse on ne rimoitpas
mieux.
Trop heureux , diſoit- on , & trop
digne d'envie ,
Le Berger qu'en ces Vers daigne
chanter Silvie?
Mais d'un Ouvrageſi parfait ,
D'où vient que l'Auteur &
l'Objet ,
Sous des noms empruntez se
cachent?
Je veux bien,dit l'Amour, qu'ils
Scachent ,
132
LE MERCURE
Quel'Amour l'utsigné, fi l'Amour
l'avoit fait:
Pourles punir , perçons ce Mistere
agréable.
Alors les condesſur la Table..
Chacun à reflechir defon mieux,travailla.
C'est celui-cy , c'est celle-là :
Onprend parti de la Voix & du
Ladispute s'allume, on s'obstine, on
Gefte,
conteste ,
Tel qui vouloit dire oùi , malignementdit
non ,
De ce nombrefut Apollon .
Enfin , de Lu, l'Amour tout en
colere,
Demande à parierque les Versfont
deVous.
Apollonfoûtient le contraire ;
Tout Rimeur est un peu jaloux ,
Je n'en connois point defincere.
La Querelle s'échauffe , on éleve la
Voix ;
1
On gage , on met au jeu la Lyre &
le Carquois ,
L'Amourgagna, Clio vous les avoit
vú faire. On
DE JUILLET. 133
Onfçait que le Dien de Cythere
N'estpas un modeste Vainqueur:
Allez , dit-il , d'un son moqueur
,
Allez, bel Apollon, réprendre chez
Admete
La panetiere & la boulete ,
Vous voilàfans emploi dans lefacré
Valon.
J'y suis ce que j'étois , répondit Apollon
;
Quoique ma Lyre t'appartienne,
J'irai men train , de Lu me prétera
lafienne..
Mais fil'Amour perdoit fon Carquois
&Ses Traits,
Errant à l'avanture
deformais ,
il . vivroit
Etsans Amis, &ſans Empire.
L'Amour un peu surpris , lui dit
d'un ton plus doux ,
Jepourrois à de Lu recourir , comme
vous ,
Elle a desyeux qui valent bien
SaLyre.
de Saint Jory ne trouvera pas mauvais
que je revéle ici , qu'il eſt
l'Auteur de la piece ſuivante :
Sa modestie en pourra ſouffrir,mais
je ſuis perfuadé que quand il s'agit.
de piquer le goût du Lecteur , un
Ecrivainpériodique doit prendre un
peu ſur ſon compte certaines hardieſſes
, ſans lesquelles un Livre
comme le mien, ne pourroit fubfifter
long-tems . Il ſeroit à ſouhaiter
qu'on me fournit ſouvent de pareils
ſujets d'excuſe , je me chargerois
volontiers des réproches , pourvû
qu'il en revint debonnes piéces au
au Public.
DE JUILLET 131
A MADEMOISELLE
DELU ,
Sur une Eglogue qu'elle a faite.
FABLE ALLEGORIQUE.
Un jour à la Table des Dieux,
Onlût des Vers d'une Muse nouvelle
.
Ils parurent fi beaux à la Troupe
Immortelle,
Qu'on jugea qu'au Parnasse on ne rimoitpas
mieux.
Trop heureux , diſoit- on , & trop
digne d'envie ,
Le Berger qu'en ces Vers daigne
chanter Silvie?
Mais d'un Ouvrageſi parfait ,
D'où vient que l'Auteur &
l'Objet ,
Sous des noms empruntez se
cachent?
Je veux bien,dit l'Amour, qu'ils
Scachent ,
132
LE MERCURE
Quel'Amour l'utsigné, fi l'Amour
l'avoit fait:
Pourles punir , perçons ce Mistere
agréable.
Alors les condesſur la Table..
Chacun à reflechir defon mieux,travailla.
C'est celui-cy , c'est celle-là :
Onprend parti de la Voix & du
Ladispute s'allume, on s'obstine, on
Gefte,
conteste ,
Tel qui vouloit dire oùi , malignementdit
non ,
De ce nombrefut Apollon .
Enfin , de Lu, l'Amour tout en
colere,
Demande à parierque les Versfont
deVous.
Apollonfoûtient le contraire ;
Tout Rimeur est un peu jaloux ,
Je n'en connois point defincere.
La Querelle s'échauffe , on éleve la
Voix ;
1
On gage , on met au jeu la Lyre &
le Carquois ,
L'Amourgagna, Clio vous les avoit
vú faire. On
DE JUILLET. 133
Onfçait que le Dien de Cythere
N'estpas un modeste Vainqueur:
Allez , dit-il , d'un son moqueur
,
Allez, bel Apollon, réprendre chez
Admete
La panetiere & la boulete ,
Vous voilàfans emploi dans lefacré
Valon.
J'y suis ce que j'étois , répondit Apollon
;
Quoique ma Lyre t'appartienne,
J'irai men train , de Lu me prétera
lafienne..
Mais fil'Amour perdoit fon Carquois
&Ses Traits,
Errant à l'avanture
deformais ,
il . vivroit
Etsans Amis, &ſans Empire.
L'Amour un peu surpris , lui dit
d'un ton plus doux ,
Jepourrois à de Lu recourir , comme
vous ,
Elle a desyeux qui valent bien
SaLyre.
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28
p. 250-252
L'INJUSTE SOUPÇON, CANTATE.
Début :
Sur ces steriles bords que parcourt la Durance, [...]
Mots clefs :
Coeur, Berger, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'INJUSTE SOUPÇON, CANTATE.
L'INJUSTE SOUPÇON.
CANTATE.
n3 rance ,
iEucharis attendoit le Berger Lidamantj
Lidamant > fobjet de mes feux ,
Ici m'a promis de se rendre ,
J'y fuis depuis long- tems ; helas ! j'ai beau
l'attendre ,
II ne vient point encor > quel tourment rigou
reux !
Dieux ! un fatal soupçon vient s'offrir à moa
ame;
L'ingrat ennuyé de mes fers ,
Çst touché des appas de quelqu'autre Bergère*
Et pour avoir trop fçû lui plaire ,
Pour l'avoir trop aimé > Juste Çiel ! je le pers.
Eucharis tu devois te montrer inhumaine ,
désister plus long-tems à ses preffans désirs »
Tu le favorisas , tu mis fin à fa peine ,
£t ce malheureux jour mit fin à ses plaisirs*
Surprise avec raison de son retardement ,
EHe exprimoit ainsi sa triste impatience.
Ornement
TEVR1ER. 1730. 15*
^Ornement de nos lieux, adorables Bergères»
Vous perdiez bientôt vos Amans»
.Si vous cessez d'être sévères ,
Si vous soulagez leurs tourment.
Venez , fierté , jalouse rage *
Venez éteindre mon ardeur ;
Rendons outrage pour outrage ,
Qhaiíons Lidamant de mon coeur.
Torrent impétueux . témoin de mes allirmes,
Daigne arrêter ton cours $
Sois sensible à mes larmes >
ït contre cet ingrat prête- moi ton secours.
S'il venoit fur tes bords déplorer un tour*
ment >
Que pourroit lui causer une flamme nouvelles
D u rance , tes eaux, à l'instant,
Doivent engloutir l'Iníidelle >
Mon coeur de ses transports ne peut être le
maître}
Le cruel n'a que trop mérité mon courroux...
Mais j'apperçois quelqu'un , Ciel : je le vois
paroí tre s
C'elè lui , je4n'abusois <i»ns mes soupçons ja
loux.
L'heureux íetger arrive ; helas .' excuse moi,
3« venois , lui dit.il> mais disgrâce imprévue !
C Belle
45î MERCURE DE FRANCE.
Beíle Eucharis , un Loup s'est offert à nu
vûë ,
Jl m'enlevoit l'Agneau , le gage de ta foi j
Je cours • à fa dent je m'expofe ;
Un Amant craint-il quelque chose ì
Enfin de ce combat je sors victorieux ;
Mais la plus grande gloire en est duë à tes
yeux.
Toi feule excitois mon courage }
Sans un espoir flatteur j'eusse en vain com?
battu ,
Bientôt victime de fa rage
L' animal m'auroir abbatu.
Beautés qui fjavez tout charmer ,
ïaut-il qu'à yos soupçons votre coeur s'a
bandonne;
Souvent l'Amant que l'on soupçonne
Est celui qui sçait mieux aimer*
: - f
l'impatience
Voit tromper ses désirs ;
La moindre absence
Arrache des soupirs j
Sï le retardement de ce berger fidelle
Donne de son amour une preuve nouvelle,
Quel excès de plaisirs ?
f*r M. V. d'Aix.
CANTATE.
n3 rance ,
iEucharis attendoit le Berger Lidamantj
Lidamant > fobjet de mes feux ,
Ici m'a promis de se rendre ,
J'y fuis depuis long- tems ; helas ! j'ai beau
l'attendre ,
II ne vient point encor > quel tourment rigou
reux !
Dieux ! un fatal soupçon vient s'offrir à moa
ame;
L'ingrat ennuyé de mes fers ,
Çst touché des appas de quelqu'autre Bergère*
Et pour avoir trop fçû lui plaire ,
Pour l'avoir trop aimé > Juste Çiel ! je le pers.
Eucharis tu devois te montrer inhumaine ,
désister plus long-tems à ses preffans désirs »
Tu le favorisas , tu mis fin à fa peine ,
£t ce malheureux jour mit fin à ses plaisirs*
Surprise avec raison de son retardement ,
EHe exprimoit ainsi sa triste impatience.
Ornement
TEVR1ER. 1730. 15*
^Ornement de nos lieux, adorables Bergères»
Vous perdiez bientôt vos Amans»
.Si vous cessez d'être sévères ,
Si vous soulagez leurs tourment.
Venez , fierté , jalouse rage *
Venez éteindre mon ardeur ;
Rendons outrage pour outrage ,
Qhaiíons Lidamant de mon coeur.
Torrent impétueux . témoin de mes allirmes,
Daigne arrêter ton cours $
Sois sensible à mes larmes >
ït contre cet ingrat prête- moi ton secours.
S'il venoit fur tes bords déplorer un tour*
ment >
Que pourroit lui causer une flamme nouvelles
D u rance , tes eaux, à l'instant,
Doivent engloutir l'Iníidelle >
Mon coeur de ses transports ne peut être le
maître}
Le cruel n'a que trop mérité mon courroux...
Mais j'apperçois quelqu'un , Ciel : je le vois
paroí tre s
C'elè lui , je4n'abusois <i»ns mes soupçons ja
loux.
L'heureux íetger arrive ; helas .' excuse moi,
3« venois , lui dit.il> mais disgrâce imprévue !
C Belle
45î MERCURE DE FRANCE.
Beíle Eucharis , un Loup s'est offert à nu
vûë ,
Jl m'enlevoit l'Agneau , le gage de ta foi j
Je cours • à fa dent je m'expofe ;
Un Amant craint-il quelque chose ì
Enfin de ce combat je sors victorieux ;
Mais la plus grande gloire en est duë à tes
yeux.
Toi feule excitois mon courage }
Sans un espoir flatteur j'eusse en vain com?
battu ,
Bientôt victime de fa rage
L' animal m'auroir abbatu.
Beautés qui fjavez tout charmer ,
ïaut-il qu'à yos soupçons votre coeur s'a
bandonne;
Souvent l'Amant que l'on soupçonne
Est celui qui sçait mieux aimer*
: - f
l'impatience
Voit tromper ses désirs ;
La moindre absence
Arrache des soupirs j
Sï le retardement de ce berger fidelle
Donne de son amour une preuve nouvelle,
Quel excès de plaisirs ?
f*r M. V. d'Aix.
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Résumé : L'INJUSTE SOUPÇON, CANTATE.
Dans la cantate 'L'injuste soupçon', Eucharis, une bergère, attend Lidamant, son amant. Elle exprime son tourment et son impatience face à son retard, suspectant qu'il pourrait être attiré par une autre bergère. Elle se reproche d'avoir trop cherché à lui plaire et d'avoir trop aimé. Eucharis imagine Lidamant lui reprochant son inhumanité et son refus prolongé de ses désirs. Elle exprime sa tristesse et sa colère, souhaitant que les eaux de la Durance engloutissent Lidamant s'il venait déplorer un nouveau tourment. Soudain, elle aperçoit quelqu'un et apprend que Lidamant a combattu un loup pour sauver un agneau, symbole de sa fidélité. Lidamant raconte son combat victorieux, attribuant sa victoire à l'espoir et au soutien d'Eucharis. Il met en garde contre les soupçons injustifiés, affirmant que l'amour véritable sait mieux aimer et que l'absence peut tromper les désirs.
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29
p. 425-428
LE DESESPOIR AMOUREUX. CANTATE.
Début :
Tandis que nos Bergers rassemblez dans la Plaine, [...]
Mots clefs :
Bergère, Berger, Amoureux, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE DESESPOIR AMOUREUX. CANTATE.
LE DESESPOIR AMOUREUX ,
T
CANTATE.
Andis que nos Bergers raffemblez
dans la Plaine ,
Danfoient au fon des Chalumeaux
,
Sur un affreux Rocher le fils du vieux Silene ,
Tircis , le beau Tircis , l'honneur de nos Hameaux
,
Se plaignoit des rigueurs de l'ingrate Climene.
A ij II
426 MERCURE DE FRANCE ;
Il s'adreffoit , mais vainement ,
Aux Zéphirs , aux Echos , à l'Onde fugitive ,
Et d'une voix douce & plaintive ;
Il leur contoit ainfi fon amoureux tourment
Ruiffeaux , ceffez votre murmure ;
Ceffez de foupirer , Zéphirs ;
Laiffez aux peines que j'endure ,
L'ennui , les plaintes , les foupirs ;
Le doux penchant de la Nature ,
Vous mene au gré de vos defirs ;
Ces Champs , ces Fleurs , cette Verdure
Ne vous offrent que des plaifirs.
Ruiffeaux , ceffez votre murmure ,
Ceffez de foupirer , Zéphirs .
Laiffez , &c.
J'aime une Bergere inflexible ;
Mes maux ne peuvent la toucher ?
Son coeur paroît plus infenfible ,
Plus dur que le plus dur Rocher.
Le foin d'accroître mon martire ,
Eft pour elle un plaifir charmants
Plus je languis , plus je foupire ,
Plus elle rit de mon tourment.
Ruiffeaux , ceffez votre murmure
Ceffez de foupirer , Zéphirs ,
Laiffez , & c.
Non
MARS. 1730. 427
Accablé du poids de ma chaîne ,
Non,non, je ne vis point, je ne fais que languit.
Trop aimable Climene ,
Ou foulage ma peine ,
Ou laiffe-moi mourir .
Climene étoit alors dans le prochain Bocage 1
Elle vient au récit des peines du Berger ,
Et bien loin de les foulager ,
Par des fourirs mocqueurs les accroît davan
tage.
Pour ce Berger trop amoureux ,
Ah !quel chagrin ! quel tourment douloureux !
Il gémit , il fe meurt aux pieds de la Bergere ,
Dont la froideur le defefpere.
Son coeur , fon triſte coeur ,
De fi cruels mépris , de tant d'indifference ,
Ne peut plus fupporter la barbare rigueur.
Et fon ame livrée à fa vive douleur ,
Sent enfin fuccomber fa force & fa conſtance,
Ses maux étoient fi vifs & fi preffants ,
Qu'il en marqua la violence ,
Par ces triftes accents:
Defefpoir funefte ,
Viens à mon fecours ;
Acheve le reſte ,
De mes triſtes jours.
Climene détefte ,
Mes tendres amours;
A iij
Dea
428 MERCURE DE FRANCE.
Defefpoir funefte ,
Viens , & c.
Tout à coup agité d'un tranfport furieux ,
Il court au bord d'un affreux précipice ;
Y porte fes regards , puis les fixant aux Cieux ,
S'écrie: ah ! c'en eft fait ! paffons aux fombres
lieux ;
Caron , fois moi propice ;
Et toi , funefte Amour , reçois ce facrifice.
A ces mots , de la Roche il alloit ſe jetter s
Mais quand il vit que la Bergere ,
Ne venoit point l'arrêter ;
Il s'affit doucement fur la tendre fougeres
Non , lui dit-il , ne preffe point tes pas
Raffure-toi , Climene ,
Ta frayeur eſt vaine ;
Je renonces au Trepas .
On oublie en mourant fon amour & fa peine s
Et moi , je veux porter ta chaîne ;
Je veux vivre & fouffrir pour ne t'oublier pas
Raffure - toi , Climene ,
Ta frayeur eft vaine
Je renonce au trépas .
La Bergere fe mit à rire ,
Et le Berger auffi,
Le deſeſpoir dans l'amoureux Empire ,
Finit toûjours ainfi.
Par M. Palmary de Cabors.
T
CANTATE.
Andis que nos Bergers raffemblez
dans la Plaine ,
Danfoient au fon des Chalumeaux
,
Sur un affreux Rocher le fils du vieux Silene ,
Tircis , le beau Tircis , l'honneur de nos Hameaux
,
Se plaignoit des rigueurs de l'ingrate Climene.
A ij II
426 MERCURE DE FRANCE ;
Il s'adreffoit , mais vainement ,
Aux Zéphirs , aux Echos , à l'Onde fugitive ,
Et d'une voix douce & plaintive ;
Il leur contoit ainfi fon amoureux tourment
Ruiffeaux , ceffez votre murmure ;
Ceffez de foupirer , Zéphirs ;
Laiffez aux peines que j'endure ,
L'ennui , les plaintes , les foupirs ;
Le doux penchant de la Nature ,
Vous mene au gré de vos defirs ;
Ces Champs , ces Fleurs , cette Verdure
Ne vous offrent que des plaifirs.
Ruiffeaux , ceffez votre murmure ,
Ceffez de foupirer , Zéphirs .
Laiffez , &c.
J'aime une Bergere inflexible ;
Mes maux ne peuvent la toucher ?
Son coeur paroît plus infenfible ,
Plus dur que le plus dur Rocher.
Le foin d'accroître mon martire ,
Eft pour elle un plaifir charmants
Plus je languis , plus je foupire ,
Plus elle rit de mon tourment.
Ruiffeaux , ceffez votre murmure
Ceffez de foupirer , Zéphirs ,
Laiffez , & c.
Non
MARS. 1730. 427
Accablé du poids de ma chaîne ,
Non,non, je ne vis point, je ne fais que languit.
Trop aimable Climene ,
Ou foulage ma peine ,
Ou laiffe-moi mourir .
Climene étoit alors dans le prochain Bocage 1
Elle vient au récit des peines du Berger ,
Et bien loin de les foulager ,
Par des fourirs mocqueurs les accroît davan
tage.
Pour ce Berger trop amoureux ,
Ah !quel chagrin ! quel tourment douloureux !
Il gémit , il fe meurt aux pieds de la Bergere ,
Dont la froideur le defefpere.
Son coeur , fon triſte coeur ,
De fi cruels mépris , de tant d'indifference ,
Ne peut plus fupporter la barbare rigueur.
Et fon ame livrée à fa vive douleur ,
Sent enfin fuccomber fa force & fa conſtance,
Ses maux étoient fi vifs & fi preffants ,
Qu'il en marqua la violence ,
Par ces triftes accents:
Defefpoir funefte ,
Viens à mon fecours ;
Acheve le reſte ,
De mes triſtes jours.
Climene détefte ,
Mes tendres amours;
A iij
Dea
428 MERCURE DE FRANCE.
Defefpoir funefte ,
Viens , & c.
Tout à coup agité d'un tranfport furieux ,
Il court au bord d'un affreux précipice ;
Y porte fes regards , puis les fixant aux Cieux ,
S'écrie: ah ! c'en eft fait ! paffons aux fombres
lieux ;
Caron , fois moi propice ;
Et toi , funefte Amour , reçois ce facrifice.
A ces mots , de la Roche il alloit ſe jetter s
Mais quand il vit que la Bergere ,
Ne venoit point l'arrêter ;
Il s'affit doucement fur la tendre fougeres
Non , lui dit-il , ne preffe point tes pas
Raffure-toi , Climene ,
Ta frayeur eſt vaine ;
Je renonces au Trepas .
On oublie en mourant fon amour & fa peine s
Et moi , je veux porter ta chaîne ;
Je veux vivre & fouffrir pour ne t'oublier pas
Raffure - toi , Climene ,
Ta frayeur eft vaine
Je renonce au trépas .
La Bergere fe mit à rire ,
Et le Berger auffi,
Le deſeſpoir dans l'amoureux Empire ,
Finit toûjours ainfi.
Par M. Palmary de Cabors.
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Résumé : LE DESESPOIR AMOUREUX. CANTATE.
Le texte 'Le Désespoir Amoureux' est une cantate qui relate la souffrance du berger Tircis, fils de Silène, épris de la bergère Climène. Tircis exprime sa douleur aux éléments naturels, sans trouver de réconfort. Il se plaint de l'insensibilité de Climène, dont le cœur semble se réjouir de ses tourments. Accablé, Tircis implore Climène de soulager sa souffrance ou de le laisser mourir. Cependant, Climène, présente dans un bocage voisin, accentue ses tourments par des soupirs moqueurs. Désespéré, Tircis envisage de se jeter dans un précipice, mais change d'avis en constatant que Climène ne vient pas l'arrêter. Il décide de vivre pour continuer à souffrir et à se souvenir de son amour. La cantate se conclut par le rire de Climène et Tircis, soulignant que le désespoir amoureux finit toujours de manière similaire. L'auteur de cette cantate est M. Palmary de Cabors.
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30
p. 1790
AUTRE.
Début :
Amour, passant près d'un Bois tenebreux, [...]
Mots clefs :
Amour, Berger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
A Mour, paffant près d'un Bois tenebreux ,
>
Vit Coridon , les yeux baignés de larmes ;
Ami , dit-il , qui te rend malheureux ?
Ne puis-je pas diffiper tes allarmes ?
Helas ! répond ce Berger amoureux
J'aime Cephife ; elle est toujours cruelle ;
Pauvre Mortel , peux-tu donc plus que moi ?
Reprend le Dieu , je fuis vaincu par elle
Et quand Diane eſt ſoumiſe à ma loi ,
Je fuis foumis aux loix de cette Belle .
A Mour, paffant près d'un Bois tenebreux ,
>
Vit Coridon , les yeux baignés de larmes ;
Ami , dit-il , qui te rend malheureux ?
Ne puis-je pas diffiper tes allarmes ?
Helas ! répond ce Berger amoureux
J'aime Cephife ; elle est toujours cruelle ;
Pauvre Mortel , peux-tu donc plus que moi ?
Reprend le Dieu , je fuis vaincu par elle
Et quand Diane eſt ſoumiſe à ma loi ,
Je fuis foumis aux loix de cette Belle .
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31
p. 1784-1786
SUR LE RETOUR DU PRINTEMPS, COUPLETS, A Mademoiselle D.. L..
Début :
A l'ombre de ce Hêtre, [...]
Mots clefs :
Berger, Printemps, Cœurs, Amant, Candeur, Froideur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LE RETOUR DU PRINTEMPS, COUPLETS, A Mademoiselle D.. L..
SUR LE RETOUR
A
DU PRINTEMPS ,
COUPLETS ,
A Mademoiselle D.. L..
L'ombre de ce Hêtre ,
Un Berger d'alentour ,
Sur sa Flute champêtre ,
Fredonnoit l'autre jour ;
Doux Printemps , ta naissance ,
fait naître mille ardeurs ,
» Et ta seule présence ,
Ranime tous les coeurs..
La
Juille
Vivement.
* 2
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
ARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
JUILLET. 1731. 1785
La Chanson se répete ,
Belise enfin l'entend :
Elle accourt , et seulette ,
Vient trouver son Amant :
La Candeur , l'Innocence "
Accompagnent ses pas ;
Mais un air d'indolence ,
Relevé ses appas.
D'une subite flâme
Le Berger transporté ,
2.
Rappelle dans son ame ,
En vain la liberté :
Il se trouble , il chancelle
Il pousse des soupirs ;
Et les yeux de la Belle ,
Irritent ses desirs .
Bergere , qui t'amene ,
Lui dit-il , dans ces lieux ?
Viens- tu finir la peine ,
Que causent tes beaux yeux ?
Voi , dessous ton Empire ,
Ce que souffre mon coeur ;
Songe que mon Martire ,
Condamne ta froideur.
Depuis
1786 MERCURE DE FRANCE
Depuis maintes années ,
Je languis près de toi ,
Bornant mes destinées ,
A vivre sous ta loi ;
Mais toujours inhumaine ,
Et rebelle à mes feux.
Tu te ris de ma peine ,
Tu méprises mes voeux .
諾
A ce tendre reproche ,
Bélise se rendit ;
Son coeur toûjours de roche ,
En vain se deffendit ;
Ah ! c'en est trop , dit-elle ,
Amour est mon vainqueur ,
Reçoi , Berger fidele ,
Le prix de ton ardeur
Ε Ν Τ Ο Υ.
Imitons , Eulalie ,
Leur conduite en ce jour ;
Aimons , mais sans folie ;
Suivons le Dieu d'Amour.
L'amitié qui nous presse ,
A des charmes plus doux ;
C'est Vertu , c'est Sagesse ,
De ceder à ses coups .
Par M. N. C.
A
DU PRINTEMPS ,
COUPLETS ,
A Mademoiselle D.. L..
L'ombre de ce Hêtre ,
Un Berger d'alentour ,
Sur sa Flute champêtre ,
Fredonnoit l'autre jour ;
Doux Printemps , ta naissance ,
fait naître mille ardeurs ,
» Et ta seule présence ,
Ranime tous les coeurs..
La
Juille
Vivement.
* 2
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
ARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
JUILLET. 1731. 1785
La Chanson se répete ,
Belise enfin l'entend :
Elle accourt , et seulette ,
Vient trouver son Amant :
La Candeur , l'Innocence "
Accompagnent ses pas ;
Mais un air d'indolence ,
Relevé ses appas.
D'une subite flâme
Le Berger transporté ,
2.
Rappelle dans son ame ,
En vain la liberté :
Il se trouble , il chancelle
Il pousse des soupirs ;
Et les yeux de la Belle ,
Irritent ses desirs .
Bergere , qui t'amene ,
Lui dit-il , dans ces lieux ?
Viens- tu finir la peine ,
Que causent tes beaux yeux ?
Voi , dessous ton Empire ,
Ce que souffre mon coeur ;
Songe que mon Martire ,
Condamne ta froideur.
Depuis
1786 MERCURE DE FRANCE
Depuis maintes années ,
Je languis près de toi ,
Bornant mes destinées ,
A vivre sous ta loi ;
Mais toujours inhumaine ,
Et rebelle à mes feux.
Tu te ris de ma peine ,
Tu méprises mes voeux .
諾
A ce tendre reproche ,
Bélise se rendit ;
Son coeur toûjours de roche ,
En vain se deffendit ;
Ah ! c'en est trop , dit-elle ,
Amour est mon vainqueur ,
Reçoi , Berger fidele ,
Le prix de ton ardeur
Ε Ν Τ Ο Υ.
Imitons , Eulalie ,
Leur conduite en ce jour ;
Aimons , mais sans folie ;
Suivons le Dieu d'Amour.
L'amitié qui nous presse ,
A des charmes plus doux ;
C'est Vertu , c'est Sagesse ,
De ceder à ses coups .
Par M. N. C.
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Résumé : SUR LE RETOUR DU PRINTEMPS, COUPLETS, A Mademoiselle D.. L..
Le poème 'Sur le retour du printemps' est adressé à Mademoiselle D.. L.. Il décrit un berger jouant de la flûte sous un hêtre, célébrant le printemps et ses effets sur les cœurs. La jeune femme Belise, attirée par la musique, rejoint son amant. La présence de Belise trouble le berger, qui exprime sa passion et son martyre. Belise, d'abord résistante, finit par céder aux avances du berger. Le poème se conclut par une exhortation à imiter cet amour modéré et à privilégier l'amitié, présentée comme plus sage et vertueuse. Le texte est daté de juillet 1731 et mentionne des fondations de la New York Public Library ainsi que le Mercure de France en 1786.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 1291-1294
LA FAUSSE INCONSTANCE, mise en Musique, par M. de Brie. CANTATE, à voix seule.
Début :
Le Berger Palemon en proïe à sa douleur, [...]
Mots clefs :
Tristes, Berger, Palemon, Amour
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texteReconnaissance textuelle : LA FAUSSE INCONSTANCE, mise en Musique, par M. de Brie. CANTATE, à voix seule.
LA FAUSSE INCONSTANCE,
mise en Musique , par M. de Brie.
CANTATE, à voix seule.
LE Berger Palemon en proïe à sadouleur ,
Par ses Discours plaintifs , exprimoit son mal- heur.
Ovous à qui mes cris pourront se faire entendre ,
Apprenez , apprenez , trop crédules amantes
Que mes tristes regrets et mes gemissemens›
Sont les fruits d'un amour trop tendre
H. Vol. Bvj, Que
1292 MERCURE DE FRANCE
Que l'exemple d'un malheureux
Puisse vous garentir des tourmens amoureux !
Amants , amants, brisez vos chaînes ,
Eteignez de folles ardeurs ;
De l'amour les fausses douceurs ,
Causent de veritables peines,
粥
C'est pour enflammer nos cœurs
Qu'avec vous il badine ;
De lui n'attendez point de fleurs ,
Qui ne vous cachent quelque épine :
De lui n'attendez point de fleurs ,
Que vous n'arrosiez de vos pleurs.
M
Par son mérite et sa tendresse ,
La jeune Amarillis avoit sçu me charmer
Mais cette infidele maîtresse ,
S'est lassée enfin de m'aimer.
Depuis son changement , je languis , je m'af
flige ,
Et mon troupeau que je néglige
N'entend plus mes tendres Chansons :
Je dors bien moins que je ne veille ;
Et ma Musette à mon oreille ,
Ne rend plus que de tristes , sons..
II.Vol. No
JUIN. 1732. 1293
Ne vous plaignez plus que vos belles
Refusent de vous soulager ;
Ha ! ne vaut - il pas mieux les éprouver cruelles ,
Que de les voir changer.
Vous avez au moins l'esperance ,
De les attendrir quelque jour ;
Mais j'ai perdu toute assurance
De recouvrer jamais l'objet de mon amou
M
Tandis que par ces tristes plaintes ,
Le Berger Palemon aux Bergers d'alentour ,
Du Dieu que l'on appelle Amour
Inspire les plus vives craintes ,
Quel objet vient s'offrir à ses regards surpris
C'est la charmante Amarillis.
Il reconnoit cette Bergere ·
Qu'il accusoit d'être legere :
Mais elle n'avoit feint un si prompt changement ,
Que pour éprouver son amant,
De Palémon elle couronne
La rare fidelité.
Bien-tôt le Berger lui pardonne ,
Et consent d'oublier son infidelité.
C'est une galante industrie
11. Köl. Que
1294 MERCURE DE FRANCE
De sçavoir à propos irriter un Amant :
Une petite broüillerie ,
Procure le plaisir du racommodement.
P .... r.
mise en Musique , par M. de Brie.
CANTATE, à voix seule.
LE Berger Palemon en proïe à sadouleur ,
Par ses Discours plaintifs , exprimoit son mal- heur.
Ovous à qui mes cris pourront se faire entendre ,
Apprenez , apprenez , trop crédules amantes
Que mes tristes regrets et mes gemissemens›
Sont les fruits d'un amour trop tendre
H. Vol. Bvj, Que
1292 MERCURE DE FRANCE
Que l'exemple d'un malheureux
Puisse vous garentir des tourmens amoureux !
Amants , amants, brisez vos chaînes ,
Eteignez de folles ardeurs ;
De l'amour les fausses douceurs ,
Causent de veritables peines,
粥
C'est pour enflammer nos cœurs
Qu'avec vous il badine ;
De lui n'attendez point de fleurs ,
Qui ne vous cachent quelque épine :
De lui n'attendez point de fleurs ,
Que vous n'arrosiez de vos pleurs.
M
Par son mérite et sa tendresse ,
La jeune Amarillis avoit sçu me charmer
Mais cette infidele maîtresse ,
S'est lassée enfin de m'aimer.
Depuis son changement , je languis , je m'af
flige ,
Et mon troupeau que je néglige
N'entend plus mes tendres Chansons :
Je dors bien moins que je ne veille ;
Et ma Musette à mon oreille ,
Ne rend plus que de tristes , sons..
II.Vol. No
JUIN. 1732. 1293
Ne vous plaignez plus que vos belles
Refusent de vous soulager ;
Ha ! ne vaut - il pas mieux les éprouver cruelles ,
Que de les voir changer.
Vous avez au moins l'esperance ,
De les attendrir quelque jour ;
Mais j'ai perdu toute assurance
De recouvrer jamais l'objet de mon amou
M
Tandis que par ces tristes plaintes ,
Le Berger Palemon aux Bergers d'alentour ,
Du Dieu que l'on appelle Amour
Inspire les plus vives craintes ,
Quel objet vient s'offrir à ses regards surpris
C'est la charmante Amarillis.
Il reconnoit cette Bergere ·
Qu'il accusoit d'être legere :
Mais elle n'avoit feint un si prompt changement ,
Que pour éprouver son amant,
De Palémon elle couronne
La rare fidelité.
Bien-tôt le Berger lui pardonne ,
Et consent d'oublier son infidelité.
C'est une galante industrie
11. Köl. Que
1294 MERCURE DE FRANCE
De sçavoir à propos irriter un Amant :
Une petite broüillerie ,
Procure le plaisir du racommodement.
P .... r.
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Résumé : LA FAUSSE INCONSTANCE, mise en Musique, par M. de Brie. CANTATE, à voix seule.
La cantate 'La Fausse Inconstance' de M. de Brie narre l'histoire de Palémon, un berger qui exprime sa douleur et son malheur face à l'infidélité apparente de sa bien-aimée, Amarillis. Palémon met en garde contre les tourments de l'amour et exhorte les amantes crédules à briser leurs chaînes. Charmé par le mérite et la tendresse d'Amarillis, il souffre de son infidélité supposée, négligeant son troupeau et trouvant plus de réconfort dans sa musette. Il partage sa douleur avec les bergers alentour, inspirant la crainte de l'amour. Amarillis réapparaît et révèle qu'elle avait feint son infidélité pour tester la fidélité de Palémon. Reconnaissant sa fidélité, elle le couronne et lui pardonne. Palémon pardonne à son tour son infidélité. La cantate conclut que provoquer une petite brouille peut procurer le plaisir du raccommodement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 1941-1953
IDYLLE. A M. de Fontenelle, de l'Academie Françoise, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
Début :
Corisque. Vous m'aimez, Ménalis, à quoy sert ce langage? [...]
Mots clefs :
Fontenelle, Corisque, Ménalis, Coeur, Berger, Haine, Tendresse, Sentiment, Jardins, Gloire
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texteReconnaissance textuelle : IDYLLE. A M. de Fontenelle, de l'Academie Françoise, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
IDYLL E.
A M. de Fontenelle , de l'Academie Françoise , par Me de Malcrais de la Vigne,
du Croisic en Bretagne.
Corisque.
Vous m'aimez, Ménalis ? à quoy sert ce langage ?
Ces mots étudiez , ces complimens polis ,
D'un esprit déguisé m'apportent le message ;
Mais le cœur s'adresse à Philis.
Finissons un discours dont la douceur m'outrage.'
Vos sermens dans les airs semez' ,
Je n'ai
Des Zephirs inconstans deviendront le partage ,
que trop d'égards pour un Berger volage;
Ce n'est pas moi que vous aimez.
Menalis.
Croyez-vous , après tout , puisque votre injustice
M'oblige à dévoiler les sentimens d'un cœur!
Qui s'exprime sans artifice ,
Vous figurez- vous que je puisse ,
Nepoint être sensible aux traits de votre humeur?
Vous m'aimez, je l'avoue , un instant par caprice;
Où pour me voir languir auprès de vos appas ,
Yous feignez de m'aimer, et vous ne m'aimez pss.
Cv Corisque
1942 MERCURE DE FRANCE
Corisque.
Hé bien, s'il est ainsi , sans se causer de peine ,
Ménalis , il vaut mieux pour toujours se quitter.
Ménalis.
Vous pensez m'allarmer > votre entreprise est
vaine ;
Je fuis , je pars , vos yeux me voudroient arrêter.
Corisque.
Mes yeux moi ? non.
· Ménalis.
Pourquoi rester donc la derniere a
Corisque.
Yous qui partez , pourquoi regarder par derriere?
Ménalis.
Adieu , Bergere , adieu , cœur ingrat et leger.
Corisque.
Adieu , perfide , adieu , témeraire Berger.
Ménalis.
Vous fuyez est- il vrai ? pouvez-vous ●● •
cruelle !
Me laisser si facilement !
Je ne m'éloignois seulement ,
• ah
Quepourvoir àquel point vous me seriez fidelle,
Revenez, cher objet que j'aime uniquement ;
Inflexible
SEPTEMBRE. 1732. 1943
Inflexible ! avec vous vous emportez mon ame.
Corisque.
Non, je n'emporte rien que mon cœur.
Ménalis.
Pour un autre Berger.
Tout en flamme
Corisque.
Non, trompeur , non , c'est toi ,
Qui m'ôtes lâchement le tribut de ta foi.
Ménalis.
Elle vole ; et le Fan timide ,
Par un bruit soudain effrayé ,
Fuit moins vîte où la peur le guide.
Zéphirs , opposez vous à sa course rapide ,
Vous, Ronces, qui bordez ce chemin peu frayé,
De grace enlassez - vous dans sa robbe flotante,
Afin de retenir ses pas ;
Mais prenez garde aussi qu'une pointe piquante ,
Ne blesse ses pieds délicats.
Devenez , s'il se peut , de coton sous sa trace.
Haliers , écartez -vous , moderez votre audace ,
Respectez son beau sang , ah cuels ! tout le mien
Seroit payé trop cher d'une goute du sien.
Je vous ai joint , enfin me voici hors d'haleine ;
UnEclair sur ses feux m'a porté jusqu'à vous ;
Cvj Adou
1944 MERCURE DE FRANCE
Adoucissez- vous , inhumaine ,
Calmez un injuste couroux.
Corisque.
Je te haïs , le dépit et les transports jaloux ,
Contre un Berger volage ónt allumé ma haine ;
Que ne puis-je à mon gré t'accabler sous ses coups!
Ménalis.
Vos funestes rigueurs rendent ma mort certaine
Du fer de ma houlette ouvrez , ouvrez mon sein;
Si sur lui vous daignez mettre un moment la
main,
Vous sentirez que ma tendresse ,
Vous porte tous ses sentimens ,
;
Et que mon cœur brulé dans ses chauds battemens ,
Repete Corisque sans cesse.
Ah! Corisque , Corisque , au moins apprenez-moi
Le forfait inconnu qui m'arrache à la vie.
Le coupable qui sçait pourquoi ,
Du plus affreux trépas , sa sentence est suivie ,
Par avance en lui-même obéït à la Loi.
Corisque.
2.
Mon ame en ta faveur , malgré moi s'est fléchie ,
Et monsecret échappe à ma langue affranchie ,
Mais après cet aveu , ne me parle jamais.
Te souvient-il de la journée ,
Où sous des Cerisiers épais
On celebroit d'Hilas l'agréable Hymenée !
On
SEPTEMBRE. 1732. 1945
Ménalis.
Quel brillant , ce jour-là , relevoit vos attraits !
L'Amour s'étoit peint dans VOS
Venus vous avoit amenée,
traits.
Les Roses et les Lys ....
Corisque.
Puisque tu m'interromps ;
Je me tais.
Ménalis.
Achevez ; les tourmens les plus prompts
Sont pour les malheureux la moitié de leur grace.
Corisque.
Le Soleil à la nuit , alloit ceder la place ;
Jusques-là sur le vert gazon ,
Tous les Amans colez auprès de leurs Amantes,
Les amusoient , assis en rond ,
Par des jeux differens et des farces galantes ;
Attendant à passer en cette âpre Saison ,
Du grand Astre enflammé qui jaunit la moisson,
La chaleur qui sembloit ce jour- là redoublée ;
Quand les tiedes Zéphirs soufflant dans les Ra- meaux ,
Le son joyeux des Chalumeaux ,
Sur le champ pour danser fit lever l'Assemblée.
Tu me donnas la main , et de l'autre aussi-tôt ,
Tu tiras Philis dans la Danse ,.
Tu lui parlois tout bas , et souvent ton silence ,
S'ex-
1946 MERCURE DE FRANCE
S'expliquoit plus qu'à demi mot ; *
Mais ce qui m'irrita , juste Ciel ! quand j'y
pense ....
Tu lui serras la main , et sans attention ,
Tu serras tant-soit- peu la mienne ,
Dirigeant autre part un œil plein d'action ;
Et tu te souviendrois qu'en cette occasion ,
Je fus prête à quitter la tienne ,
Si l'amoureuse émotion ,
T'avoit encor laissé quelque refléxion.
Ménalis.
Falloit-il que ma foi fût si - tôt soupçonnée ,
Que dis-je ? en un moment sans appel con- damnée ,
Si vous m'eussiez vraiment aimé ?
Vit-on une petite pluye ,
Quand le feu dans un Bois fut long- temps
allumé ,
Arrêter sur le champ le rapide incendie ?
Je parlois à Philis , et lui disois tout bas ,
Sans dessein lui pressant le bras ,
Et lui montrant Daphné , cette Etrangere ai
mable ,
Dont les Bergers font tant de cas ,
Regardez si Daphné , qu'enflent ses vains appas ,
Peut se croire à Corisque , à bon droit comparable ?
Corisque a dans un de ses yeux
Plus
SEPTEMBR E. 1732. 1947
Plus d'attraits que Daphné , dans sa personne
entiere.
Corisque.
Le parallele est glorieux ,
Tu m'honorois , Berger ; par son air , sa ma- niere ,
Daphné peut briller en tous lieux,
Ménalis à ton tour dis - moi sur quelle injure ,
Ton amour a fondé la nouvelle imposture ,
Des reproches que tu me fais ?
Ménalis.
Le souvenir en est trop frais ;
Mon doigt , en la touchant , aigriroit ma bles- sure ,
Et , peut - être , au surplus , que niant l'aven;
ture ,
Et , bravant mes justes douleurs ,
Vous vous offenseriez du sujet de mes pleurs.
Corisque.
Non , non , tu peux parler sans péril ; je t'assure
Que je rendrai injuſtice à ton sincere aveu ,
Tu devrois me connoître un peu ,
Et d'un cœur qui t'aimoit avoir meilleur augure.
Ménalis.
Avant-hier Mirtil conduisant son Troupeau ,
Cheminoit à pas lents sur la molle Prairie
Du
"
1948 MERCURE DE FRANCE
Du plus loin qu'il me vit , il montra son Cha- peau ,
Dont le Bouton s'ornoit de l'Œillet le plus beau ;
C'est , dit-il , de Corisque une galanterie ;
Ses faveurs ne sont pas pour moi du fruit nouveau.
Je Pen remerciai , je voulus le lui rendre ,
Mais son empressement me força de le prendre
Pour le dire en deux mots , Corisque et ses presens ,
Me sont assez indifferens.
Ace discours j'eus peine à cacher ma colere.
Cent fois agité dans l'esprit ,
Je fus prêts d'arracher cette fleur par dépit ;
Mais par respect pour vous , je m'abstins de le faire.
Corisque.
L'Efronté ce fut lui qui malgré moi la prit ;
J'en atteste Cloris , Célimene et Florise ,
Pour r'avoir cet Œillet , d'abord je l'attaquai
Par les moyens civils que l'usage authorise 3.
Sur son honneur je le piquai ,
>
Mais m'ayant mise à bout , alors je le brusquai ,
Comme on use à l'égard d'un Berger qu'on méprise.
J'éclatai , j'employai d'inutiles efforts ,
Dont le Scélérat osoit rire.
Que mesbras contre lui n'étoient-ils assez forts!
Dans
SEPTEMBRE. 1732. 1949
Dans les fougueux excès que la fureur inspire ,
Je lui dis , l'arrêtant , tout ce que je pus dire ;
Il m'échapa , le traitre , et quand il fut enfui ,.
Vainement , et très - loin , je courùs après-lui.
Cette fleur , dont les soins occupoient ma pensée ,
Avoit exprès pour toi la saison devancée ;-
Je l'allois visiter le matin et le soir ,
Et lui disois tout bas en tenant l'arrosoir ,
Croissez , aimable Eillet , et couronnant ma
peine ,
Pour le seul Ménalis réservez votre halcine.
Croissez , et que de mon Berger ,
Dont le cœur m'a promis de ne jamais changer
Puisse ainsi croître la tendresse !
Dès qu'ils seront épanouis...
Mos apas en un jour seront évanouis 2.
Mais son feu durera sans cesse.
Ménalis.
J'accusois donc à tort votre fidélité !
Mirtil par sa malignité ,
Me rendoit moi-même infidéle !
Que d'un vif repentir , je me sens tourmenté !
Vous en croirai- je ? O Dieux ! quoi mon cœur se rappelle ,
De ses premiers soupçons , l'allarme criminelle?
Aux Amans , par un sort contraire à leurs dê- sirs,
Dans
1950 MERCURE DE FRANCE
ļ
Dans le sein même des plaisirs ,
L'inquiétude est naturelle .
Permettez qu'à vos pieds , mes sanglots , mes
soupirs...
Corisque.
Léve- toi, Méñalis , que les Vents , et la Grêle
Puissent ravager , si je mens ;
L'esperance , hêlas ! rare , et frêle
De nos Jardins et de nos Champs.
Mais moi , dois-je , à tes assurances ,
Livrer de ses soupçons mon esprit revenu ?
M'offrirois- tu les apparences ,
D'un amour autre part , peut-être retenu ?
Ménalis.
Ciel ? que Pan courroucé , laisse ma Bergerie ,
En Proye, aux Loups impétueux !
Puissai-je sous mes pas , foulant l'herbe fleurie
Ne rencontrer qu'Aspics , qu'Animaux veni- meux. ..
Corisque.
Arrête , Berger , je te prie ,
C'en est trop; la bonté des Dieux ,
S'offenseroit de la furie ,
De tes sermens audacieux.
Je te crois; je vais même en coucher sur ta levre »
Le gage apétissant d'un baiser gracieux.
Ménalis:
SEPTEMBRE. 1732. 1951
Ménalis.
Le Miel du Mont Himette est moins délicieux.
Suis- je icy ? Me trompai- je ? Ah votre amou»
me sevre ,
Trop-tôt d'un bien précieux ,
Le baiser apprêté , dont la brillante Flore ,
Enivre son Zéphir de ses charmes épris ,
Celui dont la naissante Aurore ,
Régale l'Epoux de Procris ,
Les baisers de Diane , et tous ceux de Cypris ,
Au vôtre comparez sont languissans encore ,
Mais souffrez qu'au lieu d'un , je vous en rende deux.
Le Dieu , qui pour Psiché , jadis sentit éclore
Le germe impatient ? Des désirs amoureux ,
Se plaît en nombre impair , à seconder nos -jeux.
Corisque.
Ah ! dans mon cœur brulant , j'ai Paphos et Ci- there :
Berger , mon cher Berger , je ne suis plus à
moi ,
Mais que dis-je ! Est- il temps de garder du mys- tere ?
Tu me montres assez que je suis toute à toi.
Ainsi se réconcilierent ,
Corisque et Ménalis imprudemment fâchez ;
Et les chaînes qui les lierent ,
Re-
1952 MERCURE DE FRANCE
Retinrent à jamais leurs deux cœurs attachez ;
Les tendres Rossignols dans les Rameaux ca- chez ,
Jaloux des douceurs qu'ils goûterent ,
Les virent et les imiterent ,
Et leurs petits goziers , sans être interrompus ,
La nuit suivante repeterent
Et leurs propres plaisirs , et ceux. qu'ils avoient
vûs.
Fontenelle , la gloire et l'honneur de notre âge ,
Toi , qui par des talens divers ,
As fait voir de nos jours que la Prose , et les Vers' ,
Sur les siècles passez , remportent l'avantage ;
Suspens tes illustres emplois ,
Pour entendre un moment mon rustique Haut- bois ,
Je lis et je relis tes Eglogues sans cesse ,
Et les admire à chaque fois.
Tes Bergers par un tour de ta subtile adresse ,
Sont moins fardez , moins pointilleux,
Que ceux dont en ses Vers doux , faciles , heu- reux ,
Racan fit parler la tendresse ,
Quoique ceux de Ségrais soient galans , ingénus,
Ils sont trop copiez , et de Rome , et de Grèce ,
Leur style un peu rude me blesse ,
Et leurs discours par tout ne sont pas soutenus ,
Des
SEPTEMBRE. 1732. 1953
Des tiens je prise beaucoup plus ,
L'originale politesse .
N'ont-ils pas réüni tous les suffrages dûs
A leur douce délicatesse ?
Les miens dépourvûs d'agrément ,
N'entreront point en parallele ;
Il seront trop fiers seulement ,
S'ils attirent les yeux du Sçavant Fontenelle,
A M. de Fontenelle , de l'Academie Françoise , par Me de Malcrais de la Vigne,
du Croisic en Bretagne.
Corisque.
Vous m'aimez, Ménalis ? à quoy sert ce langage ?
Ces mots étudiez , ces complimens polis ,
D'un esprit déguisé m'apportent le message ;
Mais le cœur s'adresse à Philis.
Finissons un discours dont la douceur m'outrage.'
Vos sermens dans les airs semez' ,
Je n'ai
Des Zephirs inconstans deviendront le partage ,
que trop d'égards pour un Berger volage;
Ce n'est pas moi que vous aimez.
Menalis.
Croyez-vous , après tout , puisque votre injustice
M'oblige à dévoiler les sentimens d'un cœur!
Qui s'exprime sans artifice ,
Vous figurez- vous que je puisse ,
Nepoint être sensible aux traits de votre humeur?
Vous m'aimez, je l'avoue , un instant par caprice;
Où pour me voir languir auprès de vos appas ,
Yous feignez de m'aimer, et vous ne m'aimez pss.
Cv Corisque
1942 MERCURE DE FRANCE
Corisque.
Hé bien, s'il est ainsi , sans se causer de peine ,
Ménalis , il vaut mieux pour toujours se quitter.
Ménalis.
Vous pensez m'allarmer > votre entreprise est
vaine ;
Je fuis , je pars , vos yeux me voudroient arrêter.
Corisque.
Mes yeux moi ? non.
· Ménalis.
Pourquoi rester donc la derniere a
Corisque.
Yous qui partez , pourquoi regarder par derriere?
Ménalis.
Adieu , Bergere , adieu , cœur ingrat et leger.
Corisque.
Adieu , perfide , adieu , témeraire Berger.
Ménalis.
Vous fuyez est- il vrai ? pouvez-vous ●● •
cruelle !
Me laisser si facilement !
Je ne m'éloignois seulement ,
• ah
Quepourvoir àquel point vous me seriez fidelle,
Revenez, cher objet que j'aime uniquement ;
Inflexible
SEPTEMBRE. 1732. 1943
Inflexible ! avec vous vous emportez mon ame.
Corisque.
Non, je n'emporte rien que mon cœur.
Ménalis.
Pour un autre Berger.
Tout en flamme
Corisque.
Non, trompeur , non , c'est toi ,
Qui m'ôtes lâchement le tribut de ta foi.
Ménalis.
Elle vole ; et le Fan timide ,
Par un bruit soudain effrayé ,
Fuit moins vîte où la peur le guide.
Zéphirs , opposez vous à sa course rapide ,
Vous, Ronces, qui bordez ce chemin peu frayé,
De grace enlassez - vous dans sa robbe flotante,
Afin de retenir ses pas ;
Mais prenez garde aussi qu'une pointe piquante ,
Ne blesse ses pieds délicats.
Devenez , s'il se peut , de coton sous sa trace.
Haliers , écartez -vous , moderez votre audace ,
Respectez son beau sang , ah cuels ! tout le mien
Seroit payé trop cher d'une goute du sien.
Je vous ai joint , enfin me voici hors d'haleine ;
UnEclair sur ses feux m'a porté jusqu'à vous ;
Cvj Adou
1944 MERCURE DE FRANCE
Adoucissez- vous , inhumaine ,
Calmez un injuste couroux.
Corisque.
Je te haïs , le dépit et les transports jaloux ,
Contre un Berger volage ónt allumé ma haine ;
Que ne puis-je à mon gré t'accabler sous ses coups!
Ménalis.
Vos funestes rigueurs rendent ma mort certaine
Du fer de ma houlette ouvrez , ouvrez mon sein;
Si sur lui vous daignez mettre un moment la
main,
Vous sentirez que ma tendresse ,
Vous porte tous ses sentimens ,
;
Et que mon cœur brulé dans ses chauds battemens ,
Repete Corisque sans cesse.
Ah! Corisque , Corisque , au moins apprenez-moi
Le forfait inconnu qui m'arrache à la vie.
Le coupable qui sçait pourquoi ,
Du plus affreux trépas , sa sentence est suivie ,
Par avance en lui-même obéït à la Loi.
Corisque.
2.
Mon ame en ta faveur , malgré moi s'est fléchie ,
Et monsecret échappe à ma langue affranchie ,
Mais après cet aveu , ne me parle jamais.
Te souvient-il de la journée ,
Où sous des Cerisiers épais
On celebroit d'Hilas l'agréable Hymenée !
On
SEPTEMBRE. 1732. 1945
Ménalis.
Quel brillant , ce jour-là , relevoit vos attraits !
L'Amour s'étoit peint dans VOS
Venus vous avoit amenée,
traits.
Les Roses et les Lys ....
Corisque.
Puisque tu m'interromps ;
Je me tais.
Ménalis.
Achevez ; les tourmens les plus prompts
Sont pour les malheureux la moitié de leur grace.
Corisque.
Le Soleil à la nuit , alloit ceder la place ;
Jusques-là sur le vert gazon ,
Tous les Amans colez auprès de leurs Amantes,
Les amusoient , assis en rond ,
Par des jeux differens et des farces galantes ;
Attendant à passer en cette âpre Saison ,
Du grand Astre enflammé qui jaunit la moisson,
La chaleur qui sembloit ce jour- là redoublée ;
Quand les tiedes Zéphirs soufflant dans les Ra- meaux ,
Le son joyeux des Chalumeaux ,
Sur le champ pour danser fit lever l'Assemblée.
Tu me donnas la main , et de l'autre aussi-tôt ,
Tu tiras Philis dans la Danse ,.
Tu lui parlois tout bas , et souvent ton silence ,
S'ex-
1946 MERCURE DE FRANCE
S'expliquoit plus qu'à demi mot ; *
Mais ce qui m'irrita , juste Ciel ! quand j'y
pense ....
Tu lui serras la main , et sans attention ,
Tu serras tant-soit- peu la mienne ,
Dirigeant autre part un œil plein d'action ;
Et tu te souviendrois qu'en cette occasion ,
Je fus prête à quitter la tienne ,
Si l'amoureuse émotion ,
T'avoit encor laissé quelque refléxion.
Ménalis.
Falloit-il que ma foi fût si - tôt soupçonnée ,
Que dis-je ? en un moment sans appel con- damnée ,
Si vous m'eussiez vraiment aimé ?
Vit-on une petite pluye ,
Quand le feu dans un Bois fut long- temps
allumé ,
Arrêter sur le champ le rapide incendie ?
Je parlois à Philis , et lui disois tout bas ,
Sans dessein lui pressant le bras ,
Et lui montrant Daphné , cette Etrangere ai
mable ,
Dont les Bergers font tant de cas ,
Regardez si Daphné , qu'enflent ses vains appas ,
Peut se croire à Corisque , à bon droit comparable ?
Corisque a dans un de ses yeux
Plus
SEPTEMBR E. 1732. 1947
Plus d'attraits que Daphné , dans sa personne
entiere.
Corisque.
Le parallele est glorieux ,
Tu m'honorois , Berger ; par son air , sa ma- niere ,
Daphné peut briller en tous lieux,
Ménalis à ton tour dis - moi sur quelle injure ,
Ton amour a fondé la nouvelle imposture ,
Des reproches que tu me fais ?
Ménalis.
Le souvenir en est trop frais ;
Mon doigt , en la touchant , aigriroit ma bles- sure ,
Et , peut - être , au surplus , que niant l'aven;
ture ,
Et , bravant mes justes douleurs ,
Vous vous offenseriez du sujet de mes pleurs.
Corisque.
Non , non , tu peux parler sans péril ; je t'assure
Que je rendrai injuſtice à ton sincere aveu ,
Tu devrois me connoître un peu ,
Et d'un cœur qui t'aimoit avoir meilleur augure.
Ménalis.
Avant-hier Mirtil conduisant son Troupeau ,
Cheminoit à pas lents sur la molle Prairie
Du
"
1948 MERCURE DE FRANCE
Du plus loin qu'il me vit , il montra son Cha- peau ,
Dont le Bouton s'ornoit de l'Œillet le plus beau ;
C'est , dit-il , de Corisque une galanterie ;
Ses faveurs ne sont pas pour moi du fruit nouveau.
Je Pen remerciai , je voulus le lui rendre ,
Mais son empressement me força de le prendre
Pour le dire en deux mots , Corisque et ses presens ,
Me sont assez indifferens.
Ace discours j'eus peine à cacher ma colere.
Cent fois agité dans l'esprit ,
Je fus prêts d'arracher cette fleur par dépit ;
Mais par respect pour vous , je m'abstins de le faire.
Corisque.
L'Efronté ce fut lui qui malgré moi la prit ;
J'en atteste Cloris , Célimene et Florise ,
Pour r'avoir cet Œillet , d'abord je l'attaquai
Par les moyens civils que l'usage authorise 3.
Sur son honneur je le piquai ,
>
Mais m'ayant mise à bout , alors je le brusquai ,
Comme on use à l'égard d'un Berger qu'on méprise.
J'éclatai , j'employai d'inutiles efforts ,
Dont le Scélérat osoit rire.
Que mesbras contre lui n'étoient-ils assez forts!
Dans
SEPTEMBRE. 1732. 1949
Dans les fougueux excès que la fureur inspire ,
Je lui dis , l'arrêtant , tout ce que je pus dire ;
Il m'échapa , le traitre , et quand il fut enfui ,.
Vainement , et très - loin , je courùs après-lui.
Cette fleur , dont les soins occupoient ma pensée ,
Avoit exprès pour toi la saison devancée ;-
Je l'allois visiter le matin et le soir ,
Et lui disois tout bas en tenant l'arrosoir ,
Croissez , aimable Eillet , et couronnant ma
peine ,
Pour le seul Ménalis réservez votre halcine.
Croissez , et que de mon Berger ,
Dont le cœur m'a promis de ne jamais changer
Puisse ainsi croître la tendresse !
Dès qu'ils seront épanouis...
Mos apas en un jour seront évanouis 2.
Mais son feu durera sans cesse.
Ménalis.
J'accusois donc à tort votre fidélité !
Mirtil par sa malignité ,
Me rendoit moi-même infidéle !
Que d'un vif repentir , je me sens tourmenté !
Vous en croirai- je ? O Dieux ! quoi mon cœur se rappelle ,
De ses premiers soupçons , l'allarme criminelle?
Aux Amans , par un sort contraire à leurs dê- sirs,
Dans
1950 MERCURE DE FRANCE
ļ
Dans le sein même des plaisirs ,
L'inquiétude est naturelle .
Permettez qu'à vos pieds , mes sanglots , mes
soupirs...
Corisque.
Léve- toi, Méñalis , que les Vents , et la Grêle
Puissent ravager , si je mens ;
L'esperance , hêlas ! rare , et frêle
De nos Jardins et de nos Champs.
Mais moi , dois-je , à tes assurances ,
Livrer de ses soupçons mon esprit revenu ?
M'offrirois- tu les apparences ,
D'un amour autre part , peut-être retenu ?
Ménalis.
Ciel ? que Pan courroucé , laisse ma Bergerie ,
En Proye, aux Loups impétueux !
Puissai-je sous mes pas , foulant l'herbe fleurie
Ne rencontrer qu'Aspics , qu'Animaux veni- meux. ..
Corisque.
Arrête , Berger , je te prie ,
C'en est trop; la bonté des Dieux ,
S'offenseroit de la furie ,
De tes sermens audacieux.
Je te crois; je vais même en coucher sur ta levre »
Le gage apétissant d'un baiser gracieux.
Ménalis:
SEPTEMBRE. 1732. 1951
Ménalis.
Le Miel du Mont Himette est moins délicieux.
Suis- je icy ? Me trompai- je ? Ah votre amou»
me sevre ,
Trop-tôt d'un bien précieux ,
Le baiser apprêté , dont la brillante Flore ,
Enivre son Zéphir de ses charmes épris ,
Celui dont la naissante Aurore ,
Régale l'Epoux de Procris ,
Les baisers de Diane , et tous ceux de Cypris ,
Au vôtre comparez sont languissans encore ,
Mais souffrez qu'au lieu d'un , je vous en rende deux.
Le Dieu , qui pour Psiché , jadis sentit éclore
Le germe impatient ? Des désirs amoureux ,
Se plaît en nombre impair , à seconder nos -jeux.
Corisque.
Ah ! dans mon cœur brulant , j'ai Paphos et Ci- there :
Berger , mon cher Berger , je ne suis plus à
moi ,
Mais que dis-je ! Est- il temps de garder du mys- tere ?
Tu me montres assez que je suis toute à toi.
Ainsi se réconcilierent ,
Corisque et Ménalis imprudemment fâchez ;
Et les chaînes qui les lierent ,
Re-
1952 MERCURE DE FRANCE
Retinrent à jamais leurs deux cœurs attachez ;
Les tendres Rossignols dans les Rameaux ca- chez ,
Jaloux des douceurs qu'ils goûterent ,
Les virent et les imiterent ,
Et leurs petits goziers , sans être interrompus ,
La nuit suivante repeterent
Et leurs propres plaisirs , et ceux. qu'ils avoient
vûs.
Fontenelle , la gloire et l'honneur de notre âge ,
Toi , qui par des talens divers ,
As fait voir de nos jours que la Prose , et les Vers' ,
Sur les siècles passez , remportent l'avantage ;
Suspens tes illustres emplois ,
Pour entendre un moment mon rustique Haut- bois ,
Je lis et je relis tes Eglogues sans cesse ,
Et les admire à chaque fois.
Tes Bergers par un tour de ta subtile adresse ,
Sont moins fardez , moins pointilleux,
Que ceux dont en ses Vers doux , faciles , heu- reux ,
Racan fit parler la tendresse ,
Quoique ceux de Ségrais soient galans , ingénus,
Ils sont trop copiez , et de Rome , et de Grèce ,
Leur style un peu rude me blesse ,
Et leurs discours par tout ne sont pas soutenus ,
Des
SEPTEMBRE. 1732. 1953
Des tiens je prise beaucoup plus ,
L'originale politesse .
N'ont-ils pas réüni tous les suffrages dûs
A leur douce délicatesse ?
Les miens dépourvûs d'agrément ,
N'entreront point en parallele ;
Il seront trop fiers seulement ,
S'ils attirent les yeux du Sçavant Fontenelle,
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Résumé : IDYLLE. A M. de Fontenelle, de l'Academie Françoise, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
L'idylle 'Idyll E' de Me de Malcrais de la Vigne est dédiée à Bernard le Bouyer de Fontenelle. Elle narre une dispute amoureuse entre Corisque et Ménalis. Corisque accuse Ménalis d'infidélité après l'avoir vue danser avec Philis et interpréter un geste ambigu. Ménalis se défend en expliquant que ses paroles à Philis étaient innocentes et visaient à comparer Corisque favorablement à Daphné. Corisque révèle ensuite que Mirtil, un autre berger, a mal interprété un œillet qu'elle lui avait destiné pour Ménalis, ajoutant à la confusion. Après des échanges passionnés, Corisque et Ménalis se réconcilient. Leur amour est comparé à celui des rossignols, et ils se jurent une fidélité éternelle. Le texte se conclut par une louange à Fontenelle, dont les œuvres sont admirées pour leur subtilité et leur délicatesse.
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34
p. 2192
MADRIGAL. De Mlle de Malcrais de la Vigne, au Poëte des bords de la Marne, Auteur de l'Ode à sa louange, imprimée dans le Mercure de May 1732.
Début :
Berger, dont l'aimable Musette [...]
Mots clefs :
Berger, Coeur, Sons flatteurs
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL. De Mlle de Malcrais de la Vigne, au Poëte des bords de la Marne, Auteur de l'Ode à sa louange, imprimée dans le Mercure de May 1732.
MADRIGAL.
De Me de Malcrais de la Vigne , au
Poëte des bords de la Marne , Auteur de
l'Ode à sa loйange , imprimée dans le
Mercure de May 1732.
Berger ,dont l'aimable Musette ,
Sçut raisonner pour moi sur un si joli ton ,
Que l'écho de mon cœur sans cesse le repete ;
De dites-moi votre nom.
grace ,
beau Berger ,
Mais non , non , taisez vous: Sur le riant gazon ,
Le hazard se plairoit à nous mener peut- être.
Un cœur n'est pas toûjours son maitre ;
Et vous chantez si tendrement ,
Vos sons flateurs entrent si doucement ,
Non , je ne veux pas vous connoître.
De Me de Malcrais de la Vigne , au
Poëte des bords de la Marne , Auteur de
l'Ode à sa loйange , imprimée dans le
Mercure de May 1732.
Berger ,dont l'aimable Musette ,
Sçut raisonner pour moi sur un si joli ton ,
Que l'écho de mon cœur sans cesse le repete ;
De dites-moi votre nom.
grace ,
beau Berger ,
Mais non , non , taisez vous: Sur le riant gazon ,
Le hazard se plairoit à nous mener peut- être.
Un cœur n'est pas toûjours son maitre ;
Et vous chantez si tendrement ,
Vos sons flateurs entrent si doucement ,
Non , je ne veux pas vous connoître.
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Résumé : MADRIGAL. De Mlle de Malcrais de la Vigne, au Poëte des bords de la Marne, Auteur de l'Ode à sa louange, imprimée dans le Mercure de May 1732.
Le madrigal célèbre un poète des bords de la Marne, auteur de l'Ode publiée en mai 1732. Le locuteur admire la mélodie d'un berger, dont la musique résonne dans son cœur. Il préfère ignorer le nom du berger, se laissant guider par le hasard, et savoure la douceur de sa musique sans connaître son identité.
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35
p. 2570-2573
MISSIVE du Chevalier de Leucotece, à l'Infante de Malcrais, Princesse Armorique.
Début :
L'Enfant gâté de Melpomene, [...]
Mots clefs :
Berger, Esprit, Infante de Malcrais, Figure d'ange, Querelle
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texteReconnaissance textuelle : MISSIVE du Chevalier de Leucotece, à l'Infante de Malcrais, Princesse Armorique.
MISSIVE du Chevalier de Leucotece,
à l'Infante de Malcrais , Princesse
Armorique.
L'Enfan 'Enfant gâté de Melpomene ,
Le Berger, habitant les Rives de la Seine ,
Et certain Rimeur Marseillois >
Ja de bon compte sont- ils trois ,
Auxquels aurai non pas petite affaire ,
Et seront par moi déconfits.
Non par mes très limez et délicats Ecrits.
Les deux premiers , en ce genre d'escrime ,
Sont trop ferrus pour moi, qui n'ai raison ni rime,
Comme il convient à tout Chevalier preux ,
Rien ne sçachant, sinon pourfendre en deux ,
Net et jus les arçons , tout Mortel témeraire ,
Osant en conter , ou déplaire ,
A l'objet de ses vœux.
1. Vol. Parquoi
DECEMBRE. 1732. 257%
Parquoi , Dame de mes pensées ,
Illustre et sublime Malcrais ,
De grace , ne trouvez mauvais ,
Si jambes et têtes cassées ,
Pour commencer ma déclaration ,
Je vous fais députation ,
Quelque matin , du dernier Personnage ;
Pour faire réparation ,
A vous, au Sexe qu'il outrage ;
C'est le devoir de ma Profession,
En tout honneur , bien et discrétion ,
Sommes tenus proteger les Infantes ,
Les faire déclarer charmantes ,
Non moins d'esprit comme de corps ,
En un mot , réparer les torts.
A donc ira le Rimeur de Marseille ,
Droit au Croisil , en l'état dessus dit ,
Illec verra qu'estes merveille ,
Non moins de corps comme d'esprit,
Confessera qu'il se dédit ,
D'avoir écrit que c'est un cas étrange
De trouver sous figure d'Ange ,
L'esprit sublime et le sçavoir profond.
Voilà pour un. A l'égard du second ,
De ce Berger à la douce Musette ,
Berger heureux dont demandez le nom
Que ce desir me picque , m'inquiete !
Ah ! s'il vous plaisoit moins , certain de sa défaite,
I. Vol. C
il iij
2572 MERCURE DE FRANCE
Il n'est baume de fier-à- bras ,
Qui le garantit du trépas.
Mais quoi ! ses chants ont pour vous des appas ,
L'Echo de votre cœur sans cesse les repete..
Sçachez du moins que sous l'air imposteur
De Berger, de Moutons , de Chien et de Houlette >
Il cache un malin Enchanteur ;
Un mortel ennemi de toute votre espece ,
De ceux qui détenoient une pauvre Princesse,
Pendant des deux et trois mille ans ,
Dans des Châteaux de Diamans ,
Gardez par Dragons et Geans.
Ors attendant que puisse le pourfendre ,
Lui faisant vuider les arçons ,
C'est à vous à vous bien deffendre ,
De ses charmes , de ses Chansons.
Je vous en avertis , ce sont Philtres magiques,
Ce sont appas qui cachent un poison,
Riant d'abord, ayant suites tragiques ,
Otant esprit , repos , raison ,
Poison dont le remede est seulement la fuite ,
Mais c'est assez ; vous voilà bien instruite.
Venons enfin à mon dernier Rival , *
Je conviens qu'il n'a point d'égal ,
Si ce n'est Apollon lui- même ;
Mais Preux ne cede ce qu'il aime
M. de Voltaire.
(
1. Vol.
Sans
DECEMBRE. 1732 2573.
Sans ferrailler , sans faire appel.
Suivant ces us , malgré votre gloire immortelle,
Malgré tous vos Lauriers , Rival que je querelle,
Avec crainte et respect , agréez mon Cartel.
Malcrais vaut bien qu'on ferraille pour elle,,
C'est la raison. Je vous laisse le choix ,
Des armes et du Champ , mais seriez discourtois,'
Vû vos forces et ma foiblesse ,
Si ne me permettiez d'excepter le Permesse.
à l'Infante de Malcrais , Princesse
Armorique.
L'Enfan 'Enfant gâté de Melpomene ,
Le Berger, habitant les Rives de la Seine ,
Et certain Rimeur Marseillois >
Ja de bon compte sont- ils trois ,
Auxquels aurai non pas petite affaire ,
Et seront par moi déconfits.
Non par mes très limez et délicats Ecrits.
Les deux premiers , en ce genre d'escrime ,
Sont trop ferrus pour moi, qui n'ai raison ni rime,
Comme il convient à tout Chevalier preux ,
Rien ne sçachant, sinon pourfendre en deux ,
Net et jus les arçons , tout Mortel témeraire ,
Osant en conter , ou déplaire ,
A l'objet de ses vœux.
1. Vol. Parquoi
DECEMBRE. 1732. 257%
Parquoi , Dame de mes pensées ,
Illustre et sublime Malcrais ,
De grace , ne trouvez mauvais ,
Si jambes et têtes cassées ,
Pour commencer ma déclaration ,
Je vous fais députation ,
Quelque matin , du dernier Personnage ;
Pour faire réparation ,
A vous, au Sexe qu'il outrage ;
C'est le devoir de ma Profession,
En tout honneur , bien et discrétion ,
Sommes tenus proteger les Infantes ,
Les faire déclarer charmantes ,
Non moins d'esprit comme de corps ,
En un mot , réparer les torts.
A donc ira le Rimeur de Marseille ,
Droit au Croisil , en l'état dessus dit ,
Illec verra qu'estes merveille ,
Non moins de corps comme d'esprit,
Confessera qu'il se dédit ,
D'avoir écrit que c'est un cas étrange
De trouver sous figure d'Ange ,
L'esprit sublime et le sçavoir profond.
Voilà pour un. A l'égard du second ,
De ce Berger à la douce Musette ,
Berger heureux dont demandez le nom
Que ce desir me picque , m'inquiete !
Ah ! s'il vous plaisoit moins , certain de sa défaite,
I. Vol. C
il iij
2572 MERCURE DE FRANCE
Il n'est baume de fier-à- bras ,
Qui le garantit du trépas.
Mais quoi ! ses chants ont pour vous des appas ,
L'Echo de votre cœur sans cesse les repete..
Sçachez du moins que sous l'air imposteur
De Berger, de Moutons , de Chien et de Houlette >
Il cache un malin Enchanteur ;
Un mortel ennemi de toute votre espece ,
De ceux qui détenoient une pauvre Princesse,
Pendant des deux et trois mille ans ,
Dans des Châteaux de Diamans ,
Gardez par Dragons et Geans.
Ors attendant que puisse le pourfendre ,
Lui faisant vuider les arçons ,
C'est à vous à vous bien deffendre ,
De ses charmes , de ses Chansons.
Je vous en avertis , ce sont Philtres magiques,
Ce sont appas qui cachent un poison,
Riant d'abord, ayant suites tragiques ,
Otant esprit , repos , raison ,
Poison dont le remede est seulement la fuite ,
Mais c'est assez ; vous voilà bien instruite.
Venons enfin à mon dernier Rival , *
Je conviens qu'il n'a point d'égal ,
Si ce n'est Apollon lui- même ;
Mais Preux ne cede ce qu'il aime
M. de Voltaire.
(
1. Vol.
Sans
DECEMBRE. 1732 2573.
Sans ferrailler , sans faire appel.
Suivant ces us , malgré votre gloire immortelle,
Malgré tous vos Lauriers , Rival que je querelle,
Avec crainte et respect , agréez mon Cartel.
Malcrais vaut bien qu'on ferraille pour elle,,
C'est la raison. Je vous laisse le choix ,
Des armes et du Champ , mais seriez discourtois,'
Vû vos forces et ma foiblesse ,
Si ne me permettiez d'excepter le Permesse.
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Résumé : MISSIVE du Chevalier de Leucotece, à l'Infante de Malcrais, Princesse Armorique.
Le Chevalier de Leucotece écrit à l'Infante de Malcrais pour annoncer sa volonté de défendre son honneur contre trois rivaux. Il ne compte pas utiliser ses écrits mais ses compétences de chevalier. Les rivaux sont l'Enfant gâté de Melpomène, le Berger habitant les rives de la Seine, et un Rimeur Marseillois. Le Chevalier prévoit d'envoyer un messager pour réparer les torts causés à l'Infante et au sexe féminin. Il défiera le Rimeur Marseillois au Croisil pour qu'il reconnaisse les qualités de l'Infante. Il met en garde l'Infante contre les chants enchanteurs du Berger, qu'il compare à des philtres magiques dangereux. Concernant le troisième rival, identifié comme M. de Voltaire, le Chevalier lui envoie un cartel, respectueusement, laissant le choix des armes et du champ de bataille, tout en excluant le Parnasse.
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36
p. 173-174
MADRIGAL, Sur la Réponse de Mlle de Malcrais de la Vigne, au Berger des bords de la Marne.
Début :
D'un Berger qui vous loüe avec délicatesse [...]
Mots clefs :
Mlle de Malcrais de la Vigne, Berger, Sappho
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL, Sur la Réponse de Mlle de Malcrais de la Vigne, au Berger des bords de la Marne.
MADRIGAL ,
Sur la Réponse de Me de Malcrais de la
Vigne, au Berger des bords de la Marne,
D'Un Berger qui vous loue avec délicatesse
Sapho , vous redoutez le trop galant Ecrit ,
Yous
174 MERCURE DE FRANCE :
Vous tremblez , qu'à ses sons le coeur ne s'inte
resse ,
Que dans l'art d'aimer trop instruit ,
Et sur le vert gazon conduit ,
1 ne change bien- tôt son estime en tendresse ,
Adorable Sapho , que votre crainte cesse
Qui comme vous , est tout esprit ,
Des sens ne craint point la foiblesse.
Par M. DE SOMMEVES LI.
Sur la Réponse de Me de Malcrais de la
Vigne, au Berger des bords de la Marne,
D'Un Berger qui vous loue avec délicatesse
Sapho , vous redoutez le trop galant Ecrit ,
Yous
174 MERCURE DE FRANCE :
Vous tremblez , qu'à ses sons le coeur ne s'inte
resse ,
Que dans l'art d'aimer trop instruit ,
Et sur le vert gazon conduit ,
1 ne change bien- tôt son estime en tendresse ,
Adorable Sapho , que votre crainte cesse
Qui comme vous , est tout esprit ,
Des sens ne craint point la foiblesse.
Par M. DE SOMMEVES LI.
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Résumé : MADRIGAL, Sur la Réponse de Mlle de Malcrais de la Vigne, au Berger des bords de la Marne.
Le madrigal du XVIIe siècle, publié dans le Mercure de France, voit M. de Sommerves s'adresser à Sapho. Sapho craint qu'un écrit galant ne la rende trop sensible à l'amour. L'auteur la rassure, affirmant qu'il maîtrise ses sentiments et ne craint pas la faiblesse des sens.
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37
p. 1322-1325
RÉPONSE à Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, à son Elegie, inserée dans le Mercure mois de Mars 1733. ELEGIE.
Début :
Dans un profond repos, fruit de beaucoup de peine, [...]
Mots clefs :
Malcrais, Amour, Coeur, Heureux, Sylvie, Berger, Cruelle, Amant, Accents, Soupirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, à son Elegie, inserée dans le Mercure mois de Mars 1733. ELEGIE.
REPONSE à Mlle de Malcrais de
la Vigne , du Croisic en Bretagne , à
son Elegie , inserée dans le Mercure du
mois de Mars 1733.
D
ELEGI E.
Ans un profond repos , fruit de beaucou
de peine ,
Je rêvois l'autre jour sur les bords de la Seine ,
Quand je vis un Berger dans un Bocage épais ,
Qu'il faisoit retentir de ses tristes
regrets.
Ma douleur , disoit-il , sera - t - elle éternelle ?
Heureux si je pouvois devenir infidelle !
Ton nom vole en tous lieux et tes Vers enchan
teurs ,
Docte et tendre Malcrais , séduisent tous les
coeurs ;
II. Vol.
JUIN.
1733 1323
Qui peut se refuser aux charmes de ta Lyre ?
Déja plus d'une Muse a pris soin de te dire ,
Que tu peux attendrir la cruelle Alecton ,
Arracher des soupirs au barbare Pluton ,
Comme un nouvel Orphée enchanter le Cerbere,
Endormir les Serpens de l'horrible Megere,
Rendre sensible enfin le séjour tenebieux ,
En déplorant le sort d'un Amant malheureux.
Mais ce n'est pas assez pour te combler de gloire;
Poursuis , chere Malcrais , tu n'as pas la victoire.
Rien n'a pû résister à tes divins accens ,
Que le coeur trop ingrat qui cause mes tourmens;
Reconnois ce Berger si fidele et și tendre ,
Dont la voix par hazard à toi se fit entendre ,
L'insensible Silvie a toujours les rigueurs ,
Que ton charmant Pinceau peignit avec mes
pleurs.
Et mon fidele coeur enchaîné par ses charmes ,
N'a point encor cessé de répandre des larmes ,
Si des mêmes couleurs dont tu peins mon tourment
,
Tu pouvois dégager un trop sensible Amant ;
Mais non , touche plutôt mon Amante cruelle,
He ! qui pourroit fléchir le coeur de cette belle !
Mes larmes mes soupirs et mes voeux sont
perdus ,
>
Tous tes charmans accens sont aussi superflus ;
Mes soins , mes tendres soins er ma flamme
constante ,
II. Vol. Sem1324
MERCURE DE FRANCE
Semblent rendre encor plus Sylvie indifférente.
Tu peux voir attentifs à tes divins concerts ,
Les Tygres , .les Rochers , même tout l'Univers;
Mais tu ne peux , Malcrais , attendrir la cruelle.
L'amour sourd à ma voix , et d'accord avec elle
Va bien-tôt me punir par un affreux trépas
Du soin que j'avois pris de vanter ses appas.
De même que l'on voit au Printemps la nature
Eraler à nos yeux sa riante parure ,
De diverses façons , briller de toutes parts ,
Sans le secours de l'art , enchanter nos regards ;
Telle s'offrit à moi la charmante Sylvie ,
De ses attraits d'abord mon ame fut ravie ,
Et frappé , j'admirai l'éclat de sa beauté.
Heureux ! si j'avois sçû prévoir sa cruauté.
Avec plaisir , Malcrais , je t'en fais confidence ,
Aussi- tôt ( car l'amour n'a guere de prudence }
Mon trop crédule coeur résolut en secret
De se rendre à Sylvie. Ha ! funête projet !
J'oubliai mes Moutons , mon Chien et ma Houlette
,•
Occupé du seul soin d'accorder ma Musette ,
J'importune bien-tôt les Echos d'alentour ,
Des appas de Sylvie et de mon tendre amour.
Momens délicieux ! un espoir téméraire ,
Malgré moi m'engageoit à chercher à lui plaire.
Que tes plaisirs , amour , ont des attraits mortels
!
II. Vol. Qu'on
JUIN. 1733. 1325
Qu'on a tort de vouloir t'élever des Autels !
Si tôt qu'elle apperçut le pouvoir de ses charines,
.
La cruelle se fit un tribut de mes larmes ;
Dans ses yeux dont moi seul je connois tout le
prix ,
Je ne lûs plus dèslors que de cruels mépris.
Son coeur à mes soupirs toujours inaccessible ,
A tes sons si touchants est encore insensible.
Tel est de mon destin l'implacable fureur ,
Que rien ne peut, Malciras,soulager ma douleur,
Ne cesse cependant de plaindre ma tendresse ,
Si tu ne peux fléchit mon ingrate Maîtresse ,
Tous les Bergers du moins apprendront quelque
jour ,
Par tes accens à fuir mon exemple en amour.
Il dit ; de sa douleur les mortelles atteintes ,
Finirent dans l'instant sa vie avec ses plaintes,
Ce malheureux Berger, descendu chez les morts,
Ne cesse de redire aux ombres tes accords ;
La Charmante Sapho , la trop tendre la Suse ,
Voyent revivre en toi les charmes de leur muse!
Heureux ! cent fois heureux ! un amant , dont
l'ardeur ,
Oseroit se flatter ... mais espoir séducteur !
Ton coeur fait pour l'amour , est engagé peutêtre
;
Le peindrois-tu si-bien , Malcrais , sans le connoître
?
Le Berger de Lutece.
la Vigne , du Croisic en Bretagne , à
son Elegie , inserée dans le Mercure du
mois de Mars 1733.
D
ELEGI E.
Ans un profond repos , fruit de beaucou
de peine ,
Je rêvois l'autre jour sur les bords de la Seine ,
Quand je vis un Berger dans un Bocage épais ,
Qu'il faisoit retentir de ses tristes
regrets.
Ma douleur , disoit-il , sera - t - elle éternelle ?
Heureux si je pouvois devenir infidelle !
Ton nom vole en tous lieux et tes Vers enchan
teurs ,
Docte et tendre Malcrais , séduisent tous les
coeurs ;
II. Vol.
JUIN.
1733 1323
Qui peut se refuser aux charmes de ta Lyre ?
Déja plus d'une Muse a pris soin de te dire ,
Que tu peux attendrir la cruelle Alecton ,
Arracher des soupirs au barbare Pluton ,
Comme un nouvel Orphée enchanter le Cerbere,
Endormir les Serpens de l'horrible Megere,
Rendre sensible enfin le séjour tenebieux ,
En déplorant le sort d'un Amant malheureux.
Mais ce n'est pas assez pour te combler de gloire;
Poursuis , chere Malcrais , tu n'as pas la victoire.
Rien n'a pû résister à tes divins accens ,
Que le coeur trop ingrat qui cause mes tourmens;
Reconnois ce Berger si fidele et și tendre ,
Dont la voix par hazard à toi se fit entendre ,
L'insensible Silvie a toujours les rigueurs ,
Que ton charmant Pinceau peignit avec mes
pleurs.
Et mon fidele coeur enchaîné par ses charmes ,
N'a point encor cessé de répandre des larmes ,
Si des mêmes couleurs dont tu peins mon tourment
,
Tu pouvois dégager un trop sensible Amant ;
Mais non , touche plutôt mon Amante cruelle,
He ! qui pourroit fléchir le coeur de cette belle !
Mes larmes mes soupirs et mes voeux sont
perdus ,
>
Tous tes charmans accens sont aussi superflus ;
Mes soins , mes tendres soins er ma flamme
constante ,
II. Vol. Sem1324
MERCURE DE FRANCE
Semblent rendre encor plus Sylvie indifférente.
Tu peux voir attentifs à tes divins concerts ,
Les Tygres , .les Rochers , même tout l'Univers;
Mais tu ne peux , Malcrais , attendrir la cruelle.
L'amour sourd à ma voix , et d'accord avec elle
Va bien-tôt me punir par un affreux trépas
Du soin que j'avois pris de vanter ses appas.
De même que l'on voit au Printemps la nature
Eraler à nos yeux sa riante parure ,
De diverses façons , briller de toutes parts ,
Sans le secours de l'art , enchanter nos regards ;
Telle s'offrit à moi la charmante Sylvie ,
De ses attraits d'abord mon ame fut ravie ,
Et frappé , j'admirai l'éclat de sa beauté.
Heureux ! si j'avois sçû prévoir sa cruauté.
Avec plaisir , Malcrais , je t'en fais confidence ,
Aussi- tôt ( car l'amour n'a guere de prudence }
Mon trop crédule coeur résolut en secret
De se rendre à Sylvie. Ha ! funête projet !
J'oubliai mes Moutons , mon Chien et ma Houlette
,•
Occupé du seul soin d'accorder ma Musette ,
J'importune bien-tôt les Echos d'alentour ,
Des appas de Sylvie et de mon tendre amour.
Momens délicieux ! un espoir téméraire ,
Malgré moi m'engageoit à chercher à lui plaire.
Que tes plaisirs , amour , ont des attraits mortels
!
II. Vol. Qu'on
JUIN. 1733. 1325
Qu'on a tort de vouloir t'élever des Autels !
Si tôt qu'elle apperçut le pouvoir de ses charines,
.
La cruelle se fit un tribut de mes larmes ;
Dans ses yeux dont moi seul je connois tout le
prix ,
Je ne lûs plus dèslors que de cruels mépris.
Son coeur à mes soupirs toujours inaccessible ,
A tes sons si touchants est encore insensible.
Tel est de mon destin l'implacable fureur ,
Que rien ne peut, Malciras,soulager ma douleur,
Ne cesse cependant de plaindre ma tendresse ,
Si tu ne peux fléchit mon ingrate Maîtresse ,
Tous les Bergers du moins apprendront quelque
jour ,
Par tes accens à fuir mon exemple en amour.
Il dit ; de sa douleur les mortelles atteintes ,
Finirent dans l'instant sa vie avec ses plaintes,
Ce malheureux Berger, descendu chez les morts,
Ne cesse de redire aux ombres tes accords ;
La Charmante Sapho , la trop tendre la Suse ,
Voyent revivre en toi les charmes de leur muse!
Heureux ! cent fois heureux ! un amant , dont
l'ardeur ,
Oseroit se flatter ... mais espoir séducteur !
Ton coeur fait pour l'amour , est engagé peutêtre
;
Le peindrois-tu si-bien , Malcrais , sans le connoître
?
Le Berger de Lutece.
Fermer
Résumé : RÉPONSE à Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, à son Elegie, inserée dans le Mercure mois de Mars 1733. ELEGIE.
Le texte est une réponse à une élégie de Mlle de Malcrais, publiée dans le Mercure de mars 1733. L'auteur, un berger, exprime sa douleur amoureuse en rêvant sur les bords de la Seine. Il admire les talents poétiques de Malcrais, capable d'attendrir même les créatures les plus dures. Cependant, malgré ses vers enchanteurs, elle ne peut adoucir le cœur ingrat de Sylvie, l'amante cruelle du berger. Ce dernier, malgré ses efforts et ses larmes, ne parvient pas à attendrir Sylvie, qui reste indifférente à ses souffrances. Le berger compare l'amour à une force destructrice et regrette de ne pas avoir prévu la cruauté de Sylvie. Il finit par mourir de douleur, continuant à chanter les accords de Malcrais même après sa mort. Le texte se termine par une réflexion sur l'amour et ses dangers, soulignant l'incapacité de Malcrais à changer le destin tragique du berger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
p. 2678-2692
L'Opéra d'Issé, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique a remis pour la quatriéme fois au Théatre [...]
Mots clefs :
Issé, Amour, Apollon, Hilas, Coeur, Philémon, Nymphe, Fête, Vers, Académie royale de musique, Théâtre, Gloire, Dragon, Pastorale, Berger
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texteReconnaissance textuelle : L'Opéra d'Issé, Extrait, [titre d'après la table]
'Académie Royale de Musique a res
mis pour la quatrième fois au Théatre
Issé , Pastorale Héroïque . Depuis l'année
1697. qu'elle parut pour la premiere
fois , on l'a reprise en 1708. et en 17194
et toujours avec plus de succès , cette
derniere reprise est des plus brillantes.
C'est le premier Ouvrage de deux jeunes
Auteurs , qui semblent se disputer
à qui entrera avec plus de vivacité dans
une carriere qu'ils ont depuis remplie
avec beaucoup d'éclat. M. de la Mothe
qui a fait le Poëme , qu'on croit antérieur
à celui de l'Europe Galante , n'y
dément pas le nom dejeune Homere , qu'il
se donne dans son Epitre Dédicatoire ,
où il choisit Monseigneur le Duc de
Bourgogne pour son Achille ; la gloire
qu'il s'est acquise depuis , a justifié son
ambition naissante ; on remarque que
son stile dans Issé n'est pas tout- à- fait
aussi correct qu'il l'a été dans beaucoup
d'autres Ouvrages qui lui ont assuré l'im
mortalité qu'il se proposoit pour prix
de ses travaux ; mais on en esr dédom
1. Vol
magt
DECEMBRE. 1733. 2679
magé par le plus beau feu qu'Apollon
puisse inspirer à un jeune Eleve.
M. Destouches , Auteur de la Musique ,
non moins avide de gloire , fait voir
dans cette Pastorale , qu'on peut dès
le premier pas faire douter si l'on pourra
se surpasser dans la suite ; son génie et
son goût s'y déployent tout entiers
rien de plus naturel que son chant , rien
de plus vif que ses peintures , sur tout
rien de plus flatteur que son récitatif.
Voilà le témoignage que la voix publique
nous excite à rendre , sur le mérite
des deux Auteurs de cette Pastorales
en voici l'Extrait .
La Fable du Jardin des Hesperides a
fourni à l'ingénieux Auteur de cette Pastorale
, le sujet d'un Prologue Allegorique.
La Paix que LOUIS LE GRAND
accorda à l'Europe , en est l'objet ; nous
ne pouvons donner une plus juste intelligence
de l'allégorie en question ,
qu'en nous servant des propres termes
de M. de, la Mothe . Les voicy.
Ce Prologue est une allégorie dont il est
aisé de découvrir les rapports. Le Jardin
des Hesperides représente l'Abondance ; le
Dragon qui en deffend l'entrée , y signifie
la Guerre , qui , suspendant le Commerce,
ferme aux Peuples qu'elle divise la voye
1. Vol.
do
2680 MERCURE DE FRANCE
de l'Abondance ; enfin Hercule , qui par
la
défaite du Dragon , rend ce Fardin accessible
à tout le monde , est l'image exacte du
Roy , qui n'a vaincu tant de fois que pour
pouvoir terminer la Guerre et rendre à ses
Peuples et à ses Voisrns , l'abondance qu'ils
souhaitoient.
Passons à l'action Théatrale.
Le Théatre représente le Jardin des Hesperides
; les Arbres sont chargez de fruits
d'or; et l'on découvre dans le fonds l'en
trée de ce Jardin deffendue par un Dragon
qui vomit incessamment des flammes.
La premiere Hesperide expose le sujet
par ces Vers :
Nous jouissons ici d'une douceur profonde ;
L'abondance en ces lieux regne de toutes parts;
Nos Bois et nos Vergers offrent à nos regards
Les seuls biens qu'adore le monde ;
Leurs fruits sont enviez du reste des Humains ;
Mais nous ne craignons rien du désir qui les
presse ;
Et ce Dragon veille sans cesse ,
Pour sauver nos trésors de leurs profanes mains.
Elle invite ses soeurs et tous les Habitans
de ce Jardin précieux à chanter le
bonheur dont ils jouissent. On entend
un bruit de guerre ; la premiere Hespeide
excite le Dragon à mettre en pieces
I. Vol. la
DECEMBRE . 1733. 268 i
téméraire Mortel qui vient chercher
La mort; Hercule combat le Dragon , et
en triomphe ; il rassure les Hesperides
par ces Vers :
Craignez-vous que mon bras vienne vous asservir,
Et faire de vos fruits un injuste pillage ?
Non ; je ne viens pas les ravir ;
Mais je veux que le monde avec vous les partage,
Jupiter vient confirmer la promesse
d'Hercule et lui parle ainsi :
Que ton bras se repose, ainsi que mon Tonnerre
Mon fils , termine tes travaux ;
Jouis toi- même du repos
Que ta valeur donne à la Terre.
Il rassemble les Peuples effrayez , qui
témoignent leur joye par ane Féte éclatante.
Jupiter termine ce charmant Pro
logue par ces Vers adressez à Hercule ,
c'est-à- dire au Héros de la France .
Alcide , ce grand jour marqué par la Victoire ,
Assure à l'Univers le sort le plus charmant ;
Plus d'un heureux évenement ,
En doit à l'avenir consacrer la memoire ,
Quand par un effort genereux ,
Ton bras vient aux Mortels rendre une Paix
profonde
5. Vol.
L'Hymenés
2682 MERCURE DE FRANCE
L'Hymenée et l'Amour joignant des plus beaux
noeuds ,
Deux coeurs formez pour le bonheur du monde.
De cette auguste Fête Apollon prend le soin ;
Viens avec tous les Dieux en être le témoin.
Tout le monde sent bien que Jupiter
annonce ici l'Hymen glorieux auquel
nous devons notre auguste Maître.
AU PREMIER ACTE , Apollon sous le
nom de Philemon , se plaint de l'Amour
qui ne l'a jamais blessé de ses Traits que
pour le rendre malheureux ; il se rappelle
la rigueur de Daphné et se reproche
de gémir encore sous de mêmes loix .
Pan , déguisé en Berger , lui conseille
de ne plus cacher sa Divinité aux yeux
d'Issé dont il est épris ; Apollon lui
répond qu'il ne veut devoir le coeur de
cette Nymphe qu'à son amour ; voyant
venir Issé , il se retire pour surprendre
son secret sans être apperçû . Issé , dans
un tendre Monologue , regrette la perte
de son heureuse indifference.
>
Doris soupçonne Issé d'aimer Hylas;
la Nymphe la laisse dans son erreur et
lui fait entendre la nouvelle situation
de son coeur par ces Vers :
Mes jours couloient dans les plaisirs ;
Je goûtois à la fois la paix et l'innocence ,
1. Vol et
DECEMBRE. 1733 2683
Et mon coeur satisfait de son indifference ,
Vivoit sans crainte et sans desirs ;
Mais depuis que l'Amour l'a rendu trop sensible,
Les plaisirs l'ont abandonné ;
Quel changement ! ô Ciel ! est- il possible ?
Non, ce n'est plus ce coeur si content , si paisible;
C'est un coeur tout nouveau que l'Amour m'a
donné.
On entend un bruit d'Instrumens s
Doris apprend à Issé que c'est une Fête
qu'Hilas a fair préparer pour elle.
La Suite d'Hilas représente les Néreïdes
et les Nymphes de Diane , conduites
par l'Amour et les Plaisirs, Hilas déclare
son amour à Issé par ces Vers :
L'Amour a tout soumis à ses loix souveraines ;
Il fait sentir ses feux dans l'humide séjour ;
Il blesse de ses traits , il charge de ses chaînes ,
La fiere Diane à son tour ;
Mais il n'est pas content de sa victoire ;
Le coeur d'Issé manque à sa gloire,
L'objet de cette Fête c'est d'inviter
Issé à aimer. Après la Fête la Nymphe
répond à Hilas :
Autant que je le puis , je résiste aux Amours ;
De leurs traits dangereux je redoute l'atteinte ;
Heureuse si ma crainte
2. Vol. M'an
2684 MERCURE DE FRANCE
M'en deffendoit toujours.
Cette réponse équivoque laisse un peu
d'esperance à Hilas .
Le Théatre représente au second Acte,
le Palais d'Issé et ses Jardins ; Issé se plaint
de l'Amour , et le prie de s'adresser à
d'autres coeurs qui se feroient un plaisir
de se rendre. Doris l'avertit que Philemon
s'avance.
Issé voudroit fuir la présence de Philemon
; mais ce Dieu , transformé en Berger,
Parrête. Cette Scene est très interessante
et très - bien dialoguée ; voici les
Vers qui la terminent.
Issé.
Cessez une ardeur si pressante ;
Je ne veux plus vous écouter .
Apollon.
'Arrêtez, Nymphe trop charmante,
Issé.
Non ; laissez - moi vous éviter.
Apollon.
Vous me fuyez et je vous aime !
Issé.
Je fuis l'Amour quand je vous fuis.
Apollon.
Dissipez le trouble où je suis,
I. Vol.
Issér
1
DECEMBRE. 1733. 2685
Issé.
N'augmentez pas celui qui m'agite moi- même.
Apollon.
Rendez-vous à mes feux.
Issé.
Ne tentez plus mon coeux,
Apollon.
Pourquoi craindre d'aimer.
Issé.
On doit craindre un
Vainqueur.
Apollon suit Issé , qui se retire. L'Acte
Eniroir ici , s'il n'y falloit une Fête ; l'Au
teur y supplée par un Episode ; Pan arrête
Doris , et lui parle d'amour , mais
sur un ton bien different de celui dont
Apellon vient d'en parler à Issé ; il sagit
d'un amour volage ; des Bergers , des
Bergeres et des Pâtres , viennent par
son ordre celebrer le plaisir d'être in ,
constans.
Au troisiéme Acte , Apollon dit à
Pan , que, tout aimé qu'il se croit de la
tendre Issé , il n'est pas encore parfaitement
heureux; il exprime ainsi ce qu'il
souhaite :
Je ne borne point mes desirs ,
A l'imparfait bonheur d'une flamme vulgaire ;
1. Vol.
G. Acheve
2686 MERCURE DE FRANCE
Acheve, acheve, Amour , de combler mes plaisirs;
Tu sçais ce qui te reste à faire,
Il dit à Pan, qui paroît surpris de voir
la celebre Forêt de Dodone , dont les
Arbres rendent des Oracles , qu'Issé doit
les consulter , et que par l'Oracle qu'ils
vont rendre , il sçaura si cette Nymphe
est digne de son amour. Il se retire avec
Pan à l'approche d'Hilas.
Hilas se plaint de l'Amour dont Issé
lui ; voici com- brûle pour un autre que
ment il s'exprime :
Sombres Déserts, témoins de mes tristes regrets;
Rien ne manque plus à ma peine.
Mes cris ont fait cent fois retentir ces Forêts ,
De la froideur d'une inhumaine ;
Hélas ! que n'est- ce encor le sujet qui m'amenę?
L'ingrate , de l'Amour ressent enfin les traits ;
Un perfide penchant l'entraîne.
Sombres Déserts , &c.
Issé qui vient consulter Dodone , veut
éviter la présence d'Hilas ; ce Berger l'arrête
pour se plaindre de l'amour qu'elle
sent pour un autre ; le Monologue et
le Dialogue font également honneur au
Poëte et au Musicien ; les plaintes d'Hilas
obligent Issé de se retirer , il la suit ,
Et le Théare resteroit vuide sans le se-
I. Vol. Cours
DECEMBRE. 1733. 2687
cours de l'Episode ; Pan et Doris se parlent
toujours sur le même ton ; ils conviennent
enfin de s'engager l'un à l'autre
le moins qu'ils pourront , ce qu'ils
font connoître par ce Duo :
Cédons à nos tendres désirs ;
Qu'un heureux penchant nous entraîne ;
Et que l'Amour laisse aux plaisirs
Le soin de serrer notre chaîne.
Leur convention étant faite, on reprend'
le fil de l'action principale ; les Prêtres
et les Prêtresses de Dodone viennent celebrer
leurs sacrez mysteres , et satisfaire le
desir curieux d'Issé , qui vient avec eux ,
et qui leur a déja fait entendre ce qu'el.e
souhaite. Rien n'est si beau que l'invccation
de Dodone ; le Poëte et le Musicien
s'y sont également surpassez ; " lcs
Rameaux mysterieux rendent enfin cet
Oracle :
3
Issé doit s'enflammer de l'ardeur la plus belle ;
Apollon veut être aimé d'elle.
Cet Oracle porte un coup fatal à l'a
mour que la Nymphe sent pour le faux
Philemon ; elle ne laisse pas d'assister à
la Fête qu'on celebre en l'honneur da
choix d'Apollon .
1. Vol. Gi
Le
1688 MERCURE DE FRANCE
Le Théatre représente au quatriéme
Acte une Grotte . Issé vient se plaindre
de la Loi fatale que l'Oracle de Dodone
vient de lui imposer ; ce Monologue.est
des plus touchants , tant par les paroles
que par la Musique ; il finit par cette
résolution d'Issé :
Vainement , Apollon , votre grandeur suprême
Fera luire à mes yeux ce qu'elle a de plus doux;
Je ne changerai pas pour vous ,
Le fidelle Berger que j'aime,
Le sommeil , accompagné des Songes ;
de Zephirs et de Nymphes , vient inviter
Issé au repos ; elle s'endort ; après
les danses , le Sommeil parle ainsi aux
Songes ;
Songes , pour Apollon , signalez votre zele ;
Il veut de cette Nymphe , éprouver tout l'amour,
Tracez à ses esprits une image fidelle
De la gloire du Dieu du jour,
Hilas vient déplorer son sort par un
Monologue , qui exprime tout l'amour
qu'il a pour Issé , qu'il trouve endormie ;
après ce récit , dont tous les Spectateurs
sont justement enchantez , Issé se reveil
le en sursaut , et dit ;
I.Vola
Qu'ai-je
DECEMBRE.
17332689
Qu'ai- je pensé quel songe est venu me séduire
?
J'ai cru voir Apollon quitter les cieux pour
moi ;
Je me trouvois sensible à l'ardeur qui l'inspire #
Un mutuel amour engageoit notre foy ,
Hélas ! cher Philemon , pour qui seul je sou
pire ,
Ne me reprochez point ces songes impuissans
Mon coeur n'a point de part à l'erreur de mes
sens.
Hilas frappé de la victoire que Philemon
remporte sur Apollon même dans
le coeur d'Issé , quitte cette Nymphe
pour jamais. Pan vient apprendre à İssé
que Philemon , instruit de l'Oracle de
Dodonne , se livre au désespoir ; Issé lui
demande où elle pourra le trouver pour
le rassurer ; Pan lui répond qu'il l'alaissé
dans le prochain Bocage . Issé part
sur le champ , pour aller secourir son
Amant, et finit ce bel Acte par ce Vers :
Vole , Amour , sui mes pas, et vien le rassurer.
Le Théatre représente au cinquième
'Acte , une Solitude. Doris commence
l'Acte , et Pan en remplit la seconde Scece
avec elle ; mais comme cela coupe l'action
dans l'endroit le plus interressant ,
nos Lecteurs ne trouveront pas mauvais
I.Vol. Giij que
2690 MERCURE DE FRANCE
que nous ne suivions pas exactement ce
Poëme ; nous passons donc à Appollon
et à Issé , pour qui tous les coeurs s'inté
ressent. Apollon jouit pleinement de la
victoire qu'il remporte sur lui - même ;
Issé n'oublie rien pour détruire les feintes
allarmes de son cher Philemon ; il
lui fait entendre ses frayeurs secrettes ,
par ces Vers :
Les noeuds
que l'Amour a formez ,
Vont être brisez par la gloire ;
Pardonnez mes transporss jaloux , &c.
La tendre Issé lui répond :
Je ne la connois point cette gloire fatale ;
Mon coeur ne reconnoit que vous ,
Ils se disent ensemble :
C'est moi qui vous aime ,
Le plus tendrement ;
Si vous m'aimiez de même ;
Mon sort seroit charmant.
&c.
On trouve que ce Duo étoit mieux
amené dans la premiere Edition ; il venoit
après ces Vers qu'Issé adressoit à son
cher Philemon :
Un vain espoir vous séduit et vous charme §
Et moi , je crains incessamment ,
I. Vol. Votre
DECEMBRE . 1733 2694
"
Votre amour espere aisément ,
Et le mien aisément s'allarme ,
Que nous aimons différemment !
C'est moi qui vous aime ,
Le plus tendrement.
Apollon fait enfin la derniere épreuve
du coeur d'Issé ; le Théatre change et représente
un Palais magnifique. On voit
les Heures qui descendent des Cieux sur
des nuages; Issé ne peut soûtenir ce spectacle
; elle tremble pour son Amant, elle
le presse de fuir avec elle , pour se dérober
à la fureur d'un Dieu jaloux ; Apollon
ne peut plus tenir contre des preuves
si éclatantes d'une fidelité inébranlable
; il se jette aux pieds d'Issé et lui
fait connoître que le Dieu qu'elle craint ',
et le Berger qu'elle aime , ne sont qu'une
même personne ; les Heures forment la
fête de ce dernier Acte , et cette aimable
Pastorale finit par un Choeur des plus
brillans.
On auroit souhaité qu'une action si interessante
ne fut pas coupée par un
Episode dont elle pourroit se passer absolument.
On doit même présumer que
M. de la Mothe s'est défié de lui- même,
quand il a appellé ce galant hors d'auvre
à son secours ; on croit même que s'il
1. Vol. Giiij avoit
2692 MERCURE DE FRANCE
avoit d'abord mis sa Pastorale en cinq
Actes , il l'auroit traitée plus séricusement
, et n'auroit pas rappellé hors de
saison ,une forme de Poëme Lyrique , dont
les Italiens sont les créateurs , que leur
premier imitateur avoit d'abord adoptée
; mais à laquelle il renonça après son
troisiéme Opera , parce qu'il s'apperçut
bien que les François ne s'en accommodoient
pas. Au reste cette Pastotale est
generalement approuvée ; et l'exécution
répond parfaitement à la bonté de l'Ouvrage.
La Dlle le Maure ne brille pas
moins dans le Rôle d'Issé , qu'elle avoit
fait dans celui d'Oriane , dans Amadis .
mis pour la quatrième fois au Théatre
Issé , Pastorale Héroïque . Depuis l'année
1697. qu'elle parut pour la premiere
fois , on l'a reprise en 1708. et en 17194
et toujours avec plus de succès , cette
derniere reprise est des plus brillantes.
C'est le premier Ouvrage de deux jeunes
Auteurs , qui semblent se disputer
à qui entrera avec plus de vivacité dans
une carriere qu'ils ont depuis remplie
avec beaucoup d'éclat. M. de la Mothe
qui a fait le Poëme , qu'on croit antérieur
à celui de l'Europe Galante , n'y
dément pas le nom dejeune Homere , qu'il
se donne dans son Epitre Dédicatoire ,
où il choisit Monseigneur le Duc de
Bourgogne pour son Achille ; la gloire
qu'il s'est acquise depuis , a justifié son
ambition naissante ; on remarque que
son stile dans Issé n'est pas tout- à- fait
aussi correct qu'il l'a été dans beaucoup
d'autres Ouvrages qui lui ont assuré l'im
mortalité qu'il se proposoit pour prix
de ses travaux ; mais on en esr dédom
1. Vol
magt
DECEMBRE. 1733. 2679
magé par le plus beau feu qu'Apollon
puisse inspirer à un jeune Eleve.
M. Destouches , Auteur de la Musique ,
non moins avide de gloire , fait voir
dans cette Pastorale , qu'on peut dès
le premier pas faire douter si l'on pourra
se surpasser dans la suite ; son génie et
son goût s'y déployent tout entiers
rien de plus naturel que son chant , rien
de plus vif que ses peintures , sur tout
rien de plus flatteur que son récitatif.
Voilà le témoignage que la voix publique
nous excite à rendre , sur le mérite
des deux Auteurs de cette Pastorales
en voici l'Extrait .
La Fable du Jardin des Hesperides a
fourni à l'ingénieux Auteur de cette Pastorale
, le sujet d'un Prologue Allegorique.
La Paix que LOUIS LE GRAND
accorda à l'Europe , en est l'objet ; nous
ne pouvons donner une plus juste intelligence
de l'allégorie en question ,
qu'en nous servant des propres termes
de M. de, la Mothe . Les voicy.
Ce Prologue est une allégorie dont il est
aisé de découvrir les rapports. Le Jardin
des Hesperides représente l'Abondance ; le
Dragon qui en deffend l'entrée , y signifie
la Guerre , qui , suspendant le Commerce,
ferme aux Peuples qu'elle divise la voye
1. Vol.
do
2680 MERCURE DE FRANCE
de l'Abondance ; enfin Hercule , qui par
la
défaite du Dragon , rend ce Fardin accessible
à tout le monde , est l'image exacte du
Roy , qui n'a vaincu tant de fois que pour
pouvoir terminer la Guerre et rendre à ses
Peuples et à ses Voisrns , l'abondance qu'ils
souhaitoient.
Passons à l'action Théatrale.
Le Théatre représente le Jardin des Hesperides
; les Arbres sont chargez de fruits
d'or; et l'on découvre dans le fonds l'en
trée de ce Jardin deffendue par un Dragon
qui vomit incessamment des flammes.
La premiere Hesperide expose le sujet
par ces Vers :
Nous jouissons ici d'une douceur profonde ;
L'abondance en ces lieux regne de toutes parts;
Nos Bois et nos Vergers offrent à nos regards
Les seuls biens qu'adore le monde ;
Leurs fruits sont enviez du reste des Humains ;
Mais nous ne craignons rien du désir qui les
presse ;
Et ce Dragon veille sans cesse ,
Pour sauver nos trésors de leurs profanes mains.
Elle invite ses soeurs et tous les Habitans
de ce Jardin précieux à chanter le
bonheur dont ils jouissent. On entend
un bruit de guerre ; la premiere Hespeide
excite le Dragon à mettre en pieces
I. Vol. la
DECEMBRE . 1733. 268 i
téméraire Mortel qui vient chercher
La mort; Hercule combat le Dragon , et
en triomphe ; il rassure les Hesperides
par ces Vers :
Craignez-vous que mon bras vienne vous asservir,
Et faire de vos fruits un injuste pillage ?
Non ; je ne viens pas les ravir ;
Mais je veux que le monde avec vous les partage,
Jupiter vient confirmer la promesse
d'Hercule et lui parle ainsi :
Que ton bras se repose, ainsi que mon Tonnerre
Mon fils , termine tes travaux ;
Jouis toi- même du repos
Que ta valeur donne à la Terre.
Il rassemble les Peuples effrayez , qui
témoignent leur joye par ane Féte éclatante.
Jupiter termine ce charmant Pro
logue par ces Vers adressez à Hercule ,
c'est-à- dire au Héros de la France .
Alcide , ce grand jour marqué par la Victoire ,
Assure à l'Univers le sort le plus charmant ;
Plus d'un heureux évenement ,
En doit à l'avenir consacrer la memoire ,
Quand par un effort genereux ,
Ton bras vient aux Mortels rendre une Paix
profonde
5. Vol.
L'Hymenés
2682 MERCURE DE FRANCE
L'Hymenée et l'Amour joignant des plus beaux
noeuds ,
Deux coeurs formez pour le bonheur du monde.
De cette auguste Fête Apollon prend le soin ;
Viens avec tous les Dieux en être le témoin.
Tout le monde sent bien que Jupiter
annonce ici l'Hymen glorieux auquel
nous devons notre auguste Maître.
AU PREMIER ACTE , Apollon sous le
nom de Philemon , se plaint de l'Amour
qui ne l'a jamais blessé de ses Traits que
pour le rendre malheureux ; il se rappelle
la rigueur de Daphné et se reproche
de gémir encore sous de mêmes loix .
Pan , déguisé en Berger , lui conseille
de ne plus cacher sa Divinité aux yeux
d'Issé dont il est épris ; Apollon lui
répond qu'il ne veut devoir le coeur de
cette Nymphe qu'à son amour ; voyant
venir Issé , il se retire pour surprendre
son secret sans être apperçû . Issé , dans
un tendre Monologue , regrette la perte
de son heureuse indifference.
>
Doris soupçonne Issé d'aimer Hylas;
la Nymphe la laisse dans son erreur et
lui fait entendre la nouvelle situation
de son coeur par ces Vers :
Mes jours couloient dans les plaisirs ;
Je goûtois à la fois la paix et l'innocence ,
1. Vol et
DECEMBRE. 1733 2683
Et mon coeur satisfait de son indifference ,
Vivoit sans crainte et sans desirs ;
Mais depuis que l'Amour l'a rendu trop sensible,
Les plaisirs l'ont abandonné ;
Quel changement ! ô Ciel ! est- il possible ?
Non, ce n'est plus ce coeur si content , si paisible;
C'est un coeur tout nouveau que l'Amour m'a
donné.
On entend un bruit d'Instrumens s
Doris apprend à Issé que c'est une Fête
qu'Hilas a fair préparer pour elle.
La Suite d'Hilas représente les Néreïdes
et les Nymphes de Diane , conduites
par l'Amour et les Plaisirs, Hilas déclare
son amour à Issé par ces Vers :
L'Amour a tout soumis à ses loix souveraines ;
Il fait sentir ses feux dans l'humide séjour ;
Il blesse de ses traits , il charge de ses chaînes ,
La fiere Diane à son tour ;
Mais il n'est pas content de sa victoire ;
Le coeur d'Issé manque à sa gloire,
L'objet de cette Fête c'est d'inviter
Issé à aimer. Après la Fête la Nymphe
répond à Hilas :
Autant que je le puis , je résiste aux Amours ;
De leurs traits dangereux je redoute l'atteinte ;
Heureuse si ma crainte
2. Vol. M'an
2684 MERCURE DE FRANCE
M'en deffendoit toujours.
Cette réponse équivoque laisse un peu
d'esperance à Hilas .
Le Théatre représente au second Acte,
le Palais d'Issé et ses Jardins ; Issé se plaint
de l'Amour , et le prie de s'adresser à
d'autres coeurs qui se feroient un plaisir
de se rendre. Doris l'avertit que Philemon
s'avance.
Issé voudroit fuir la présence de Philemon
; mais ce Dieu , transformé en Berger,
Parrête. Cette Scene est très interessante
et très - bien dialoguée ; voici les
Vers qui la terminent.
Issé.
Cessez une ardeur si pressante ;
Je ne veux plus vous écouter .
Apollon.
'Arrêtez, Nymphe trop charmante,
Issé.
Non ; laissez - moi vous éviter.
Apollon.
Vous me fuyez et je vous aime !
Issé.
Je fuis l'Amour quand je vous fuis.
Apollon.
Dissipez le trouble où je suis,
I. Vol.
Issér
1
DECEMBRE. 1733. 2685
Issé.
N'augmentez pas celui qui m'agite moi- même.
Apollon.
Rendez-vous à mes feux.
Issé.
Ne tentez plus mon coeux,
Apollon.
Pourquoi craindre d'aimer.
Issé.
On doit craindre un
Vainqueur.
Apollon suit Issé , qui se retire. L'Acte
Eniroir ici , s'il n'y falloit une Fête ; l'Au
teur y supplée par un Episode ; Pan arrête
Doris , et lui parle d'amour , mais
sur un ton bien different de celui dont
Apellon vient d'en parler à Issé ; il sagit
d'un amour volage ; des Bergers , des
Bergeres et des Pâtres , viennent par
son ordre celebrer le plaisir d'être in ,
constans.
Au troisiéme Acte , Apollon dit à
Pan , que, tout aimé qu'il se croit de la
tendre Issé , il n'est pas encore parfaitement
heureux; il exprime ainsi ce qu'il
souhaite :
Je ne borne point mes desirs ,
A l'imparfait bonheur d'une flamme vulgaire ;
1. Vol.
G. Acheve
2686 MERCURE DE FRANCE
Acheve, acheve, Amour , de combler mes plaisirs;
Tu sçais ce qui te reste à faire,
Il dit à Pan, qui paroît surpris de voir
la celebre Forêt de Dodone , dont les
Arbres rendent des Oracles , qu'Issé doit
les consulter , et que par l'Oracle qu'ils
vont rendre , il sçaura si cette Nymphe
est digne de son amour. Il se retire avec
Pan à l'approche d'Hilas.
Hilas se plaint de l'Amour dont Issé
lui ; voici com- brûle pour un autre que
ment il s'exprime :
Sombres Déserts, témoins de mes tristes regrets;
Rien ne manque plus à ma peine.
Mes cris ont fait cent fois retentir ces Forêts ,
De la froideur d'une inhumaine ;
Hélas ! que n'est- ce encor le sujet qui m'amenę?
L'ingrate , de l'Amour ressent enfin les traits ;
Un perfide penchant l'entraîne.
Sombres Déserts , &c.
Issé qui vient consulter Dodone , veut
éviter la présence d'Hilas ; ce Berger l'arrête
pour se plaindre de l'amour qu'elle
sent pour un autre ; le Monologue et
le Dialogue font également honneur au
Poëte et au Musicien ; les plaintes d'Hilas
obligent Issé de se retirer , il la suit ,
Et le Théare resteroit vuide sans le se-
I. Vol. Cours
DECEMBRE. 1733. 2687
cours de l'Episode ; Pan et Doris se parlent
toujours sur le même ton ; ils conviennent
enfin de s'engager l'un à l'autre
le moins qu'ils pourront , ce qu'ils
font connoître par ce Duo :
Cédons à nos tendres désirs ;
Qu'un heureux penchant nous entraîne ;
Et que l'Amour laisse aux plaisirs
Le soin de serrer notre chaîne.
Leur convention étant faite, on reprend'
le fil de l'action principale ; les Prêtres
et les Prêtresses de Dodone viennent celebrer
leurs sacrez mysteres , et satisfaire le
desir curieux d'Issé , qui vient avec eux ,
et qui leur a déja fait entendre ce qu'el.e
souhaite. Rien n'est si beau que l'invccation
de Dodone ; le Poëte et le Musicien
s'y sont également surpassez ; " lcs
Rameaux mysterieux rendent enfin cet
Oracle :
3
Issé doit s'enflammer de l'ardeur la plus belle ;
Apollon veut être aimé d'elle.
Cet Oracle porte un coup fatal à l'a
mour que la Nymphe sent pour le faux
Philemon ; elle ne laisse pas d'assister à
la Fête qu'on celebre en l'honneur da
choix d'Apollon .
1. Vol. Gi
Le
1688 MERCURE DE FRANCE
Le Théatre représente au quatriéme
Acte une Grotte . Issé vient se plaindre
de la Loi fatale que l'Oracle de Dodone
vient de lui imposer ; ce Monologue.est
des plus touchants , tant par les paroles
que par la Musique ; il finit par cette
résolution d'Issé :
Vainement , Apollon , votre grandeur suprême
Fera luire à mes yeux ce qu'elle a de plus doux;
Je ne changerai pas pour vous ,
Le fidelle Berger que j'aime,
Le sommeil , accompagné des Songes ;
de Zephirs et de Nymphes , vient inviter
Issé au repos ; elle s'endort ; après
les danses , le Sommeil parle ainsi aux
Songes ;
Songes , pour Apollon , signalez votre zele ;
Il veut de cette Nymphe , éprouver tout l'amour,
Tracez à ses esprits une image fidelle
De la gloire du Dieu du jour,
Hilas vient déplorer son sort par un
Monologue , qui exprime tout l'amour
qu'il a pour Issé , qu'il trouve endormie ;
après ce récit , dont tous les Spectateurs
sont justement enchantez , Issé se reveil
le en sursaut , et dit ;
I.Vola
Qu'ai-je
DECEMBRE.
17332689
Qu'ai- je pensé quel songe est venu me séduire
?
J'ai cru voir Apollon quitter les cieux pour
moi ;
Je me trouvois sensible à l'ardeur qui l'inspire #
Un mutuel amour engageoit notre foy ,
Hélas ! cher Philemon , pour qui seul je sou
pire ,
Ne me reprochez point ces songes impuissans
Mon coeur n'a point de part à l'erreur de mes
sens.
Hilas frappé de la victoire que Philemon
remporte sur Apollon même dans
le coeur d'Issé , quitte cette Nymphe
pour jamais. Pan vient apprendre à İssé
que Philemon , instruit de l'Oracle de
Dodonne , se livre au désespoir ; Issé lui
demande où elle pourra le trouver pour
le rassurer ; Pan lui répond qu'il l'alaissé
dans le prochain Bocage . Issé part
sur le champ , pour aller secourir son
Amant, et finit ce bel Acte par ce Vers :
Vole , Amour , sui mes pas, et vien le rassurer.
Le Théatre représente au cinquième
'Acte , une Solitude. Doris commence
l'Acte , et Pan en remplit la seconde Scece
avec elle ; mais comme cela coupe l'action
dans l'endroit le plus interressant ,
nos Lecteurs ne trouveront pas mauvais
I.Vol. Giij que
2690 MERCURE DE FRANCE
que nous ne suivions pas exactement ce
Poëme ; nous passons donc à Appollon
et à Issé , pour qui tous les coeurs s'inté
ressent. Apollon jouit pleinement de la
victoire qu'il remporte sur lui - même ;
Issé n'oublie rien pour détruire les feintes
allarmes de son cher Philemon ; il
lui fait entendre ses frayeurs secrettes ,
par ces Vers :
Les noeuds
que l'Amour a formez ,
Vont être brisez par la gloire ;
Pardonnez mes transporss jaloux , &c.
La tendre Issé lui répond :
Je ne la connois point cette gloire fatale ;
Mon coeur ne reconnoit que vous ,
Ils se disent ensemble :
C'est moi qui vous aime ,
Le plus tendrement ;
Si vous m'aimiez de même ;
Mon sort seroit charmant.
&c.
On trouve que ce Duo étoit mieux
amené dans la premiere Edition ; il venoit
après ces Vers qu'Issé adressoit à son
cher Philemon :
Un vain espoir vous séduit et vous charme §
Et moi , je crains incessamment ,
I. Vol. Votre
DECEMBRE . 1733 2694
"
Votre amour espere aisément ,
Et le mien aisément s'allarme ,
Que nous aimons différemment !
C'est moi qui vous aime ,
Le plus tendrement.
Apollon fait enfin la derniere épreuve
du coeur d'Issé ; le Théatre change et représente
un Palais magnifique. On voit
les Heures qui descendent des Cieux sur
des nuages; Issé ne peut soûtenir ce spectacle
; elle tremble pour son Amant, elle
le presse de fuir avec elle , pour se dérober
à la fureur d'un Dieu jaloux ; Apollon
ne peut plus tenir contre des preuves
si éclatantes d'une fidelité inébranlable
; il se jette aux pieds d'Issé et lui
fait connoître que le Dieu qu'elle craint ',
et le Berger qu'elle aime , ne sont qu'une
même personne ; les Heures forment la
fête de ce dernier Acte , et cette aimable
Pastorale finit par un Choeur des plus
brillans.
On auroit souhaité qu'une action si interessante
ne fut pas coupée par un
Episode dont elle pourroit se passer absolument.
On doit même présumer que
M. de la Mothe s'est défié de lui- même,
quand il a appellé ce galant hors d'auvre
à son secours ; on croit même que s'il
1. Vol. Giiij avoit
2692 MERCURE DE FRANCE
avoit d'abord mis sa Pastorale en cinq
Actes , il l'auroit traitée plus séricusement
, et n'auroit pas rappellé hors de
saison ,une forme de Poëme Lyrique , dont
les Italiens sont les créateurs , que leur
premier imitateur avoit d'abord adoptée
; mais à laquelle il renonça après son
troisiéme Opera , parce qu'il s'apperçut
bien que les François ne s'en accommodoient
pas. Au reste cette Pastotale est
generalement approuvée ; et l'exécution
répond parfaitement à la bonté de l'Ouvrage.
La Dlle le Maure ne brille pas
moins dans le Rôle d'Issé , qu'elle avoit
fait dans celui d'Oriane , dans Amadis .
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Résumé : L'Opéra d'Issé, Extrait, [titre d'après la table]
L'Académie Royale de Musique a représenté pour la quatrième fois l'œuvre 'Issé, Pastorale Héroïque' au Théâtre. Cette pastorale, créée en 1697, a été reprise en 1708 et 1719, chaque représentation rencontrant un succès croissant. La dernière reprise est particulièrement brillante. 'Issé' est le premier ouvrage de deux jeunes auteurs, M. de la Mothe et M. Destouches, qui ont tous deux brillamment entamé leur carrière. M. de la Mothe, auteur du poème, est comparé à un jeune Homère dans son épître dédicatoire à Monseigneur le Duc de Bourgogne. Son style dans 'Issé' n'est pas aussi correct que dans d'autres œuvres, mais il est marqué par un 'beau feu' inspiré par Apollon. M. Destouches, compositeur de la musique, démontre dès cette œuvre un génie et un goût remarquables, avec un chant naturel, des peintures vives et un récitatif flatteur. L'intrigue de 'Issé' s'inspire de la fable du Jardin des Hespérides, symbolisant l'abondance accordée par Louis le Grand à l'Europe après la paix. Le prologue allégorique représente le jardin défendu par un dragon (la guerre) et Hercule (le roi) qui vainc le dragon pour rendre l'abondance accessible. L'action se déroule dans le jardin des Hespérides, où les nymphes jouissent d'une abondance protégée par un dragon. Hercule combat et vainc le dragon, permettant à tous de partager les fruits du jardin. Jupiter confirme la promesse d'Hercule et annonce une fête pour célébrer la paix. Dans le premier acte, Apollon, sous le nom de Philemon, se plaint de l'amour qui le rend malheureux. Pan lui conseille de révéler son identité à Issé, dont il est épris. Issé, dans un monologue, regrette la perte de son indifférence. Doris, une amie, soupçonne Issé d'aimer Hylas. Hylas organise une fête pour déclarer son amour à Issé, mais elle résiste à ses avances. Le deuxième acte se déroule dans le palais d'Issé et ses jardins. Issé se plaint de l'amour et prie de ne pas être visée. Apollon, déguisé en berger, la retient et lui déclare son amour. Issé tente de fuir, mais Apollon la suit. Un épisode avec Pan et Doris interrompt la scène. Dans le troisième acte, Apollon exprime son désir de voir Issé partager son amour. Il consulte l'oracle de Dodone pour connaître les sentiments d'Issé. Hylas, désespéré, se plaint de l'amour non partagé d'Issé. L'oracle révèle qu'Issé doit aimer Apollon, ce qui la contrarie. Le quatrième acte montre Issé se plaindre de la loi imposée par l'oracle. Elle s'endort et rêve d'Apollon. À son réveil, elle trouve Hylas qui se lamente. Pan informe Issé du désespoir de Philemon, et elle part le rassurer. Le cinquième acte se déroule dans une solitude. Apollon et Issé expriment leurs sentiments. Issé rassure Philemon sur ses frayeurs secrètes, et ils se réconcilient. Dans la scène finale, Apollon teste la fidélité d'Issé. Un palais magnifique apparaît sur scène, avec les Heures descendant des cieux. Issé, inquiète pour son amant, le presse de fuir. Apollon, convaincu de sa fidélité, révèle qu'il est à la fois le dieu qu'elle craint et le berger qu'elle aime. Les Heures célèbrent cette révélation, et la pastorale se termine par un chœur brillant.
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39
p. 482-485
CANTATE. L'AMOUR AMANT.
Début :
Le plus beau des Ruisseaux, l'Amant de nos prairies, [...]
Mots clefs :
Amour, Amant, Aimer, Berger, Roi, Sympathie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CANTATE. L'AMOUR AMANT.
CANTАТЕ.
L'AMOUR AMAN T.
E plus beau des Ruisseaux , l'Amant de nos
LE
Prairies ,
M'attira l'autre jour sur les bords enchantez,
Qui devroient être
respectez
D'un jeune coeur qui craint les douces réverie sz
Pour sa tranquillité le péril est certain ;
Je voulus l'éviter et le voulus envain;
On hésite longtems , et la peine est extrême,
Quand il faut quitter ce qu'on aime.
J'héritai trop l'Amour qui venoit en ces lieux
Me voit .. rit .. et s'approche , il étoit plein
de charmes >
Sans aîles , sans bandeau , sans armes
Hélas ! en cet état qui l'eut crû dangereux ?
Imprudente et foible jeunesse
Fuyez , jusqu'au nom de l'Amour ,
Il n'est point d'état ni de jour
Où le perfide Enfant ne blesse .
Ah ! Berger , me dit-il , je ne suis plus ce Dicu
Si
MARS 1734. 483
Si fier et si craint en tout lieu ;
J'ai fait des malheureux , et pour prix de mon
crime ,
Je souffre le même tourment ;
Le Sacrificateur est enfin la victime ;
J'étois Amour , je suis Amant ;
Baccus dans un repas l'autre jour me fit boire ;
Je pris trop de ce Jus divin ;
Le traître alors .. est - il de trahison plus noire
Choisit dans mon carquois , et me perce le sein .
Vous croyez qu'une douce yvresse
Ne fait qu'éclipser la raison ;
Mais quand d'une vive tendresse
On a gouté le doux poison ,
Son retour n'est qu'une Chanson.
Ensuite à mes regards cet enfant de Cythére ,
Offre le plus beau des Portraits,
Don't la grace et les moindres traits
Effaçoient tous ceux de sa Mere;
C'étoit celui de la Beauté ,
1
Qui captivoit le Dieu dont la douce puissance,
Me ravit à l'instant toute ma liberté
Par son amoureuse imprudence .
De mon trouble aussi-tôt devinant le sujet ,
Il sourit , me regarde , et s'échappe à ma vie
Depuis ce tems mon ame inquiéte, éperduë
Dij
Se
484 MERCURE DE FRANCE
Se remplit trop d'un même objet ;
Je désire la solitude ;
Le silence des bois , et le bruit des ruisseaux
Nourrissent mon inquiétude :
Et je n'ai de plaisir qu'en pensant à mes maux.
Digne et charmant objet de ma tendresse extrême
,
Je vis pour vous aimer et meurs en vous ai
mant ;
Un Berger vous peut - il aimer heureusement ?
Il n'est qu'un Dieu , c'est l'Amour même
Qui vous puisse aimer dignement ,
Se laisser aisément charmer
Est une dangereuse affaire ;
Ce n'est pas un plaisir d'aimer
Quand on n'a pas celui de plaire.
Se laisser aisément charmer
N'est pas une mauvaise affaire ;
Sachez seulement bien aimer ,
Vous s'çaurez bien - tôt l'air de plaire ,
N'allez pas
dans le doux mistére ,
Imprudemment
vous engager ;
Et souvenez-vous qu'un Berger
Ne doit aimer qu'une Bergere,
Allez et dans le doux mistére
CraiMARS
1734. 485
Craignez peu de vous engager ;
Reine peut aimer un Berger
Roy peut aimer une Bergere,
Quand une douce sympathie
Pour deux coeurs n'auroit qu'une Loy ;
De l'Amour toute l'industrie
D'un Berger feroit- il un Roy ?
Quand une douce sympathie
Donne à deux coeurs là même Loy ,
De l'Amour telle est l'industrie ,
Qu'il peut d'un Berger faire un Roy.
L'AMOUR AMAN T.
E plus beau des Ruisseaux , l'Amant de nos
LE
Prairies ,
M'attira l'autre jour sur les bords enchantez,
Qui devroient être
respectez
D'un jeune coeur qui craint les douces réverie sz
Pour sa tranquillité le péril est certain ;
Je voulus l'éviter et le voulus envain;
On hésite longtems , et la peine est extrême,
Quand il faut quitter ce qu'on aime.
J'héritai trop l'Amour qui venoit en ces lieux
Me voit .. rit .. et s'approche , il étoit plein
de charmes >
Sans aîles , sans bandeau , sans armes
Hélas ! en cet état qui l'eut crû dangereux ?
Imprudente et foible jeunesse
Fuyez , jusqu'au nom de l'Amour ,
Il n'est point d'état ni de jour
Où le perfide Enfant ne blesse .
Ah ! Berger , me dit-il , je ne suis plus ce Dicu
Si
MARS 1734. 483
Si fier et si craint en tout lieu ;
J'ai fait des malheureux , et pour prix de mon
crime ,
Je souffre le même tourment ;
Le Sacrificateur est enfin la victime ;
J'étois Amour , je suis Amant ;
Baccus dans un repas l'autre jour me fit boire ;
Je pris trop de ce Jus divin ;
Le traître alors .. est - il de trahison plus noire
Choisit dans mon carquois , et me perce le sein .
Vous croyez qu'une douce yvresse
Ne fait qu'éclipser la raison ;
Mais quand d'une vive tendresse
On a gouté le doux poison ,
Son retour n'est qu'une Chanson.
Ensuite à mes regards cet enfant de Cythére ,
Offre le plus beau des Portraits,
Don't la grace et les moindres traits
Effaçoient tous ceux de sa Mere;
C'étoit celui de la Beauté ,
1
Qui captivoit le Dieu dont la douce puissance,
Me ravit à l'instant toute ma liberté
Par son amoureuse imprudence .
De mon trouble aussi-tôt devinant le sujet ,
Il sourit , me regarde , et s'échappe à ma vie
Depuis ce tems mon ame inquiéte, éperduë
Dij
Se
484 MERCURE DE FRANCE
Se remplit trop d'un même objet ;
Je désire la solitude ;
Le silence des bois , et le bruit des ruisseaux
Nourrissent mon inquiétude :
Et je n'ai de plaisir qu'en pensant à mes maux.
Digne et charmant objet de ma tendresse extrême
,
Je vis pour vous aimer et meurs en vous ai
mant ;
Un Berger vous peut - il aimer heureusement ?
Il n'est qu'un Dieu , c'est l'Amour même
Qui vous puisse aimer dignement ,
Se laisser aisément charmer
Est une dangereuse affaire ;
Ce n'est pas un plaisir d'aimer
Quand on n'a pas celui de plaire.
Se laisser aisément charmer
N'est pas une mauvaise affaire ;
Sachez seulement bien aimer ,
Vous s'çaurez bien - tôt l'air de plaire ,
N'allez pas
dans le doux mistére ,
Imprudemment
vous engager ;
Et souvenez-vous qu'un Berger
Ne doit aimer qu'une Bergere,
Allez et dans le doux mistére
CraiMARS
1734. 485
Craignez peu de vous engager ;
Reine peut aimer un Berger
Roy peut aimer une Bergere,
Quand une douce sympathie
Pour deux coeurs n'auroit qu'une Loy ;
De l'Amour toute l'industrie
D'un Berger feroit- il un Roy ?
Quand une douce sympathie
Donne à deux coeurs là même Loy ,
De l'Amour telle est l'industrie ,
Qu'il peut d'un Berger faire un Roy.
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Résumé : CANTATE. L'AMOUR AMANT.
La cantate 'L'AMOUR AMANT', datée de mars 1734, raconte la rencontre d'un berger avec l'Amour. Attiré par un ruisseau, le berger découvre l'Amour sous une forme charmante mais dangereuse. L'Amour avoue ses souffrances et ses erreurs passées, expliquant avoir été blessé par une trahison après avoir bu un jus divin. Il montre ensuite au berger le portrait d'une beauté captivante, troublant profondément ce dernier. Depuis cette rencontre, le berger est tourmenté et ne trouve de plaisir qu'en pensant à ses maux. Il exprime son amour extrême pour un objet non nommé, se demandant s'il peut aimer heureusement. Le texte met en garde contre les dangers de l'amour et souligne l'importance de bien aimer pour plaire. Il conclut en affirmant que l'amour peut transcender les différences sociales, rendant un berger digne d'une bergère ou d'une reine.
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40
p. 1128-1130
AU R P. GRESSET, de la Compagnie de Jesus, Professeur de Réthorique au College de Rouen, Auteur des Poësies qui paroissent sous le nom de M. G.
Début :
O Toi, dont la Musette tendre, [...]
Mots clefs :
Gresset, Berger, Couronne, Pouvoir, Heureux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU R P. GRESSET, de la Compagnie de Jesus, Professeur de Réthorique au College de Rouen, Auteur des Poësies qui paroissent sous le nom de M. G.
AVR P. GRESSET , de la Compagnie
de Jesus , Professeur de Réthorique au
· College de Rouen , Auteur des Poësies
qui paroissent sous le nom de M. G.
O
T
Toi , dont la Musette tendre ;
Se fait admirer sur ces bords ,
Heureux Berger , ne puis- je apprendre
Le doux pouvoir de tes accords ?
1. Vol Quel
·
JUI N.
1120
1734.
Quel charme , Dieux , quelle harmonie
Résulte de tes sons touchans !
Chez toi les Airs du Berger d'Italie
Trouvent encor de nouveaux agrémens
Venez , Déesses d'Hypocresne ,
Venez , que vos regards surpris
Trouvent aux Rives de la Seine ,
Théocrite et Virgile en un seul réunis.
Voyez un Berger plein de charmes ,
Entouré des Ris et des Jeux :
Voyez l'Amour verser des larmes
De ne pouvoir se mêler avec eux.
Mais quel est ce profond silence !
Tout est sensible à ses accens ;
Les arbres même en marquent la cadence
Par d'heureux mouvemens.
Fuyez ô stupide vulgaire ,
Fuyez et respectez ce B rger desormais
Ses sons pour vous sont un mystere
Que vous ne comprendrez jamais.
Fuyez. Que vois- je ? Euterpe et Polymnie
Ont déjà couronné son front ,
Et la Troupe sçavante à l'instant réunie ,
Part , disparoît , revole au double Mont,
I. Vol. Berges
1130 MERCURE DE FRANCE
Berger , jouis d'une Couronne
Que jamais la faveur ne nous fit remporter
Quand les neuf Soeurs , quand Phébus nous la
donne
En vain voudroit- on nous l'ôter.
Je sçai que contre toi milie sots du Parnasse ,
Se sont élevez dans ces Lieux ;
Mais après tout , qu'a produit cette audace ?
Leurs propres traits se sont tournez contre eux.
L'Abbé Debecdelievre, ,
son Ecolier.
de Jesus , Professeur de Réthorique au
· College de Rouen , Auteur des Poësies
qui paroissent sous le nom de M. G.
O
T
Toi , dont la Musette tendre ;
Se fait admirer sur ces bords ,
Heureux Berger , ne puis- je apprendre
Le doux pouvoir de tes accords ?
1. Vol Quel
·
JUI N.
1120
1734.
Quel charme , Dieux , quelle harmonie
Résulte de tes sons touchans !
Chez toi les Airs du Berger d'Italie
Trouvent encor de nouveaux agrémens
Venez , Déesses d'Hypocresne ,
Venez , que vos regards surpris
Trouvent aux Rives de la Seine ,
Théocrite et Virgile en un seul réunis.
Voyez un Berger plein de charmes ,
Entouré des Ris et des Jeux :
Voyez l'Amour verser des larmes
De ne pouvoir se mêler avec eux.
Mais quel est ce profond silence !
Tout est sensible à ses accens ;
Les arbres même en marquent la cadence
Par d'heureux mouvemens.
Fuyez ô stupide vulgaire ,
Fuyez et respectez ce B rger desormais
Ses sons pour vous sont un mystere
Que vous ne comprendrez jamais.
Fuyez. Que vois- je ? Euterpe et Polymnie
Ont déjà couronné son front ,
Et la Troupe sçavante à l'instant réunie ,
Part , disparoît , revole au double Mont,
I. Vol. Berges
1130 MERCURE DE FRANCE
Berger , jouis d'une Couronne
Que jamais la faveur ne nous fit remporter
Quand les neuf Soeurs , quand Phébus nous la
donne
En vain voudroit- on nous l'ôter.
Je sçai que contre toi milie sots du Parnasse ,
Se sont élevez dans ces Lieux ;
Mais après tout , qu'a produit cette audace ?
Leurs propres traits se sont tournez contre eux.
L'Abbé Debecdelievre, ,
son Ecolier.
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Résumé : AU R P. GRESSET, de la Compagnie de Jesus, Professeur de Réthorique au College de Rouen, Auteur des Poësies qui paroissent sous le nom de M. G.
Le texte décrit une œuvre poétique dédiée à un berger musicien, probablement un pseudonyme du Père Gresset, professeur de rhétorique au Collège de Rouen. La poésie vante les charmes et l'harmonie des mélodies du berger, comparées à celles des bergers italiens. Elle évoque les figures mythologiques de Théocrite et Virgile, et dépeint le berger entouré de joie et d'amour, ainsi que d'un silence respectueux, même les arbres suivant la cadence de sa musique. Le poème met en garde le 'vulgaire' contre l'incompréhension de cette musique, réservée aux initiés. Les muses Euterpe et Polymnie couronnent le berger, symbolisant la reconnaissance de son talent. Malgré les critiques des 'sots du Parnasse', le berger conserve sa couronne, offerte par les neuf sœurs et Phébus, et reste inébranlable face aux attaques. L'œuvre est dédiée à l'Abbé Debecdelievre, ancien élève de Gresset.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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41
p. 1751-1760
ESSAI d'une Traduction libre des Pastorales de Virgile, à l'usage des Personnes du Monde, par M. le Tort.
Début :
PREMIERE EGLOGUE. Tityre, Melibée. Melibée. Heureux Tityre ! assis à l'ombre [...]
Mots clefs :
Tityre, Mélibée, Dieu, Heureux, Dieux, Berger, Maux, Mers, Chalumeaux, Campagnes, Patrie, Troupeaux
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texteReconnaissance textuelle : ESSAI d'une Traduction libre des Pastorales de Virgile, à l'usage des Personnes du Monde, par M. le Tort.
ESSAI d'une Traduction libre des Paftorales
de Virgile , à l'usage des Perfonnes
du Monde , par M. le Tort.
H
PREMIERE EGLOGUE.
Tityre , Melibée.
Melibée
Eureux Tityre ! affis à l'ombre de ce
feuillage , vous effayez un Air champêtre
fur vos tendres Chalumeaux . Pour
nous , malheureux ! nous quittons notre féjour
natal ; nous abandonnons nos cheres
Campagnes nous fuyons notre Patrie ,
& vous , à l'abri de nos malheurs , feul
au frais délicieux de ce Hêtre , vous apprenez
aux Echos d'alentour a répeter le
doux nom de votre chere Amaryllis ..
Tityre.
Un Dieu , Melibée , dont la tendreffe
vient de s'étendre jufqu'à moi , un Dieu
a bien voulu accorder ce précieux loifir
aux jours de ma vieilleffe. Oui , j'honorerai
toujours ce Héros comme un Dieu ,
&
# 752 MERCURE DE FRANCE.
& fur l'Autel que mon coeur & ma main
lui ont dreffé; pour qu'il me foit à jamais
propice , j'ai fait vou de lui immoler fouvent
le plus tendre de mes Agneaux. Si mes
Troupeaux , commme vous voyez , paiffent
librement dans ces Pâturages, fi moi-même,
fimple Berger que je fuis , j'exécute encore
les Airs qui me plaiſent , c'eft un bienfait
de ce Dieu , c'eft à lui feul que je dois un
deltin fi favorable.
Melibée.
Certes, mon cher Tityre , je ne fuis point
jaloux de votre bonheur , mais que je fuis
étonné de trouver un heureux au milieu des
malheurs & des troubles , qui rempliffent
aujourd'hui nos Campagnes ! Se peut- il que
vous foyez le feul que la Fortune épargne ,
lorfqu'elle ravage tout dans notre malheu
reufe Patrie ! Pour moi , trifte & déplorable
victime des caprices du fort , je n'ai pûr fauver
du pillage & de la fureur d'un barbare
Soldat , que quelques Chévres languifſantes
; encore ai - je bien de la peine à les conduire
avec moi. Pour comble de maux , en
voici une qu'il faut que je porte.Elle vient de
mettre bas deux petits , qu'elle a laiffés fans
vie fur un Rocher efcarpé , dans une touffe
de Coudriers. Hélas ! avec ces deux Jumeaux
A O UST. 1744 1753
meaux je perds l'unique eſpoir qui me reftoit
, de voir un jour renaître mon Troupeau.
Déjà dans les tranfports de ma dou
feur j'ai brifé mes Chalumeaux . Pourquoi
te tiens-je encore en main, inutile Houlette?
Hélas ! je m'en fouviens à préfent. Le Ciel ....
infenfé que j'étois , à quoi penfai-je pour
fors ? Le Ciel , irrité contre nous , m'avoit
donné plus d'un préfage de ce malheur.
Tantôt la foudre étoit tombée à mes yeux
fur des Chênes , & les avoit réduits en cendres.
Tantôt une finiftre Corneille m'avoit
fait entendre fes cris funeftes du creux d'un
vieux Arbre. D'autres fignes auffi frappans,
m'auroient inftruit , fi je n'avois pas eu l'efprit
frappé d'aveuglement. Mais puifque
nos maux font fans remede , pourquoi en
rappeller les douloureux préfages ? Tityre, de
grace , apprenez-moi , quel eft le Dieu propice
pour qui vous fignalez votre reconnoiffance.
Tityre.
Simple Berger que j'étois ! il faut que j'a
voue mon ignorance ; il n'y a pas encore
long-tems que je me repréfentois Rome
comme une Ville , femblable à notre Mantouë,
où nous autres Bergers avons coûtume
de mener vendre les tendres Petits de nos
Trou1754
MERCURE DE FRANCE.
Troupeaux
. C'eft ainfi que confondant
les
petites chofes avec les grandes , je comparois
les pétits Chiens à leurs Peres & lesChevreaux
à leurs Meres . Mais quelle étoit mon
erreur ! Rome l'emporte autant fur les autres
Villes de l'Univers , que le plus fuperbe
Cyprès fur le plus humble Arbriſſeau de ces
Contrées .
Melibée.
Mais , qui vous infpira le défir d'aller
voir cette grande Ville ?
Tityre.
Celui d'y recouvrer la Liberté. Après un
long Efclavage, * au tems d'une languiffante
vieilleffe ,lorfque le Rafoir dans ma main
tremblante ne me faifoit plus tomber du
menton que de la barbe blanche , cette Divinité,
fenfible à mes maux , a daigné jetter
fur moi des regards propices. C'eft bien
tard , à la vérité , mais enfin j'ai éprouvé fes
faveurs , après que j'ai eu quitté l'ingrate
Galatée , pour me donner tout entier à la
belle Amaryllis. J'ofe le dire à ma confufion
, tant que j'ai été l'Amant de Galatée ,
* J'ai copié cet endroit du P. Catrou ; fije n'en
avertiffois pas de bonne foi , je ferois trahi par la beauté
& l'elegance du fiyle.
affervi
A OUST. 1744. 1753
affervi fans nul efpoir dans fes honteux liens,
je n'ai pris aucun foin de mes affaires ; cependant
pour
fournir des victimes aux Sacrifices
de l'ingrate , je dépeuplois mon Bercail
d'Agneaux , qui auroient pû être offerts
aux Dieux. Je lui portois affidûment des
fromages délicats, & pour prix de mon hommage
& de mes foins , je ne retournois jamais
plus riche en nos Hameaux.
Mélibée.
Voilà donc , trifte Galatée , voilà le ſujet
de vos douleurs & de votre abattement. Tityre
, votre Amante , au défefpoir de votre
départ , pouffoit vers le Ciel de continuels
foupirs ; négligente , elle laiffoit périr fes
fruits fur les Arbres. Je ne pénétrois point
la caufe de fes chagrins ; c'étoit , je le vois
bien, que vous n'étiez plus auprès d'elle, &
qu'elle n'avoit plus d'efpérance de vous revoir
, ni d'entendre vos tendres Chanſons.
Cependant ces Eaux , dont le crifſtal rece--
voit fi fouvent votre image , dont les bords
enchantés préfentoient le fommeil à vos
fens, ces Echos tant de fois ravis de vos Airs
tendres , ces Prés , ces Pins , ces Vergers, qui
partageoient fes mortels ennuis , vous rappelloient
auprès d'elle .
Tityre
$ 796 MERCURE DE FRANCE.
Tityre.
Qu'aurois - pû faire de mieux ? Comment
fortir autrement d'Efclavage ? Où
trouver ailleurs des Dieux auffi puiffans ?
Rome feule étoit mon unique recours , &
fes Dieux pouvoient feuls rompre mes fers ,
me rendre à moi- même , & me faire d'heureux
jours. Là j'ai vû , comme je vous vois,
ce jeune Dieu qu'adore mon coeur , & que
chante ma tendreffe , Oui , j'ai fait vou
d'offrir toutes les années , à douze jours differens
, des Victimes fur fes Autels ; là ce
Dieu , fi digne de nos fleurs & de notre
Encens , prévenant mon humble demande
par un foûrire gracieux , m'a fait entendre
cette réponſe favorable : » Berger , joiſſez
» en paix de l'héritage de vos Peres ; faites
> paître vos Troupeaux ; chantez , & culti-
» vez vos terres , comme auparavant .
Melibée
Heureux Vieillard ! vous voilà donc pour
toujours paifible poffeffeur de vos Champs ;
il font fuffifans pour votre ufage & celui
de votre chere famille , quoique environnés
d'un côté par des Rochers ftériles ; & de
l'autre par des Marais hériffés de Joncs ; vos
Brebis
A O UST. 1744. 1757
pas
Brebis qui feront pleines , ne fe fentiront
point du changement de pâturages , & le
voifinage d'un Troupeau mal fain ne mettra
pas la maladie parmi celles qui auront mis
bas . Encore une fois , heureux Vieillard
vous prendrez le frais fous ces Arbres qui
ombragent ces Rivieres , & le long de ces
Fontaines facrées. La haye qui fépare votre
Champ de celui de votre voifin , cette
haye , où des Abeilles , animées au travail
viennent au retour du matin fucer la fleur
de vos Saules , par leur murmure égal au
gazouillement d'un petit Ruiffeau , qui fe
joue à travers nos Prairies , vous invitera
fouvent à vous livrer aux douceurs du fommeil.
Vous continuerez auffi d'être agréablement
réjoui par la voix des Bucherons , qui quí
en émondant les Arbres de la Colline
prochaine
, feront retentir les Airs de leurs
naïves Chanfons , & les Ramiers , vos délices
, mêleront leurs tendres gémiſſemens
à ceux de la plaintive Tourterelle,
Tityre.
Puifque vous fentez le prix de mon bon
heur , jugez , mon cher Melibée , de la vivacité
de ma reconnoiffance. Oiii , l'on yerxa
les Cerfs paître dans les Mers , & les
Mers
1758 MERCURE DE FRANCE.
Mers deffechées , laiffer les Poiffons à fec
fur le fable ; on verra encore les Fleuves
abandonner leurs anciens rivages, & fertilifer
de nouveaux Climats ; la Saone dormante
éteindre la foif des Parthes , & le Tygre
rapide défaltérer les Germains , avant que
mon coeur , ingrat de tant de bienfaits, efface
de ma mémoire les moindres traits de ce
jeune Dieu , qui en eft l'Auteur.
Melibée.
Hélas ! Tityre , que notre fort eft different
du vôtre !Infortunés Citoyens que nous
fommes , toûjours livrés à des deftins contraires
, nous abandonnons notre chere Patrie
, & nous fuyons difperfés. Les uns vont
périr de langueur dans les fables brulans de
l'Afrique , les autres dans les glaces de la
Scythie, ou en Créte fur les bords de l'Oaxe,
ou dans ces Iſles féparées par les Mers du
refte du Monde. Hélas ! faut-il perdre l'efperance
de voir un jour finir nos maux
N'aurai-je point , après quelques années
paffées dans le plus rude efclavage,n'aurai-je
point l'heureux plaifir de revoir le féjour
de mes Ayeux? Ne pourrai-je point recréer
ma vûë
par le fpectacle agréable de mon petit
Patrimoine , où exempt d'ambition , je
>
vivois
A O UST. 1744
17595
ne ,
vivois fi content ? Quoi ! Dieux Puiffans
dont j'éprouve la colere , ma petite Cabancouverte
par mes mains de chaume &
de mouffe , mes Champs fi bien cultivés , &
couverts des plus belles gerbes , vont deve
nir la proye d'un Soldat inhumain ! Avide,
il recueillera ces belles moiffons , mon efpoir
& ma joye ! O cruelle Difcorde , voilà
à quelles fatales extrémités tu as réduit nos
malheureux Citoyens ! voilà ceux pour qui
nous avons enfemencé nos Terres ! Ah !
malheureufes Campagnes , que l'habitude
nous avoit rendu fi précieufes ; ah ! infortuné
Berger , prends plaifir , après tous ces défaftres
, à enter les Poiriers , à planter tes
Vignes , & les façonner avec foin ; mais
que dis-je ? pourquoi me confumer en d'inutiles
regrets ? Pourquoi faire des voeux fuperflus
? Partez , mes Chévres , partez , éloignez-
vous de ces Lieux ; vous fûtes autrefois
un Troupeau heureux , aujourd'hui votre
bonheur n'eft plus. Non , du fond de
ces Vallons , couchés fur l'herbe tendre , au
frais délicieux d'une Grotte tapiffée de verdure
, vous n'entendrez plus le doux fon
de mes Chalumeaux , je ne vous verrai plus,
comme fufpenduës fur ces Collines, tantôt
bondir dans la Prairie , tantôt broûter la
feuille du Cythife , ni la feüille du Saule.
Tityre
760 MERCURE DE FRANCE.
Tityre.
Cependant , Melibée , rien ne vous oblige
de tant précipiter votre départ. On ne
vous défend pas , du moins pour cette nuit,
de goûter avec moi les faveurs dont me
comblent les Dieux , ni d'attendre entre les
bras du repos le retour de la nouvelle Aurore.
Si vous penfez trouver auprès de moi
ces momens heureux , qui coulent ſi douce,
ment entre deux amis , regagnons le Ha- :
meau. Un tendre feüillage vous fervira de
lit dans mon humble Chaumiere . Vous
prendrez auparavant un repas frugal & fans
apprêts. Je vous fervirai du lait frais , des
Raifins vermeils , des Pommes douces , &
du Miel délicieux , que mes Abeilles ont
cueilli fur les fleurs de mon Verger . Il eft
trop tard pour aller plus loin. Déja la fumée
qui fort des toîts de nos Cabannes ,
déja l'ombre des Côteaux , qui s'étend dans
les Plaines , nous avertiffent que Phébus, au
bout de fa carriere , va fe repofer dans
l'Onde , & qu'il eft tems que nous rega
gnions la maiſon.
de Virgile , à l'usage des Perfonnes
du Monde , par M. le Tort.
H
PREMIERE EGLOGUE.
Tityre , Melibée.
Melibée
Eureux Tityre ! affis à l'ombre de ce
feuillage , vous effayez un Air champêtre
fur vos tendres Chalumeaux . Pour
nous , malheureux ! nous quittons notre féjour
natal ; nous abandonnons nos cheres
Campagnes nous fuyons notre Patrie ,
& vous , à l'abri de nos malheurs , feul
au frais délicieux de ce Hêtre , vous apprenez
aux Echos d'alentour a répeter le
doux nom de votre chere Amaryllis ..
Tityre.
Un Dieu , Melibée , dont la tendreffe
vient de s'étendre jufqu'à moi , un Dieu
a bien voulu accorder ce précieux loifir
aux jours de ma vieilleffe. Oui , j'honorerai
toujours ce Héros comme un Dieu ,
&
# 752 MERCURE DE FRANCE.
& fur l'Autel que mon coeur & ma main
lui ont dreffé; pour qu'il me foit à jamais
propice , j'ai fait vou de lui immoler fouvent
le plus tendre de mes Agneaux. Si mes
Troupeaux , commme vous voyez , paiffent
librement dans ces Pâturages, fi moi-même,
fimple Berger que je fuis , j'exécute encore
les Airs qui me plaiſent , c'eft un bienfait
de ce Dieu , c'eft à lui feul que je dois un
deltin fi favorable.
Melibée.
Certes, mon cher Tityre , je ne fuis point
jaloux de votre bonheur , mais que je fuis
étonné de trouver un heureux au milieu des
malheurs & des troubles , qui rempliffent
aujourd'hui nos Campagnes ! Se peut- il que
vous foyez le feul que la Fortune épargne ,
lorfqu'elle ravage tout dans notre malheu
reufe Patrie ! Pour moi , trifte & déplorable
victime des caprices du fort , je n'ai pûr fauver
du pillage & de la fureur d'un barbare
Soldat , que quelques Chévres languifſantes
; encore ai - je bien de la peine à les conduire
avec moi. Pour comble de maux , en
voici une qu'il faut que je porte.Elle vient de
mettre bas deux petits , qu'elle a laiffés fans
vie fur un Rocher efcarpé , dans une touffe
de Coudriers. Hélas ! avec ces deux Jumeaux
A O UST. 1744 1753
meaux je perds l'unique eſpoir qui me reftoit
, de voir un jour renaître mon Troupeau.
Déjà dans les tranfports de ma dou
feur j'ai brifé mes Chalumeaux . Pourquoi
te tiens-je encore en main, inutile Houlette?
Hélas ! je m'en fouviens à préfent. Le Ciel ....
infenfé que j'étois , à quoi penfai-je pour
fors ? Le Ciel , irrité contre nous , m'avoit
donné plus d'un préfage de ce malheur.
Tantôt la foudre étoit tombée à mes yeux
fur des Chênes , & les avoit réduits en cendres.
Tantôt une finiftre Corneille m'avoit
fait entendre fes cris funeftes du creux d'un
vieux Arbre. D'autres fignes auffi frappans,
m'auroient inftruit , fi je n'avois pas eu l'efprit
frappé d'aveuglement. Mais puifque
nos maux font fans remede , pourquoi en
rappeller les douloureux préfages ? Tityre, de
grace , apprenez-moi , quel eft le Dieu propice
pour qui vous fignalez votre reconnoiffance.
Tityre.
Simple Berger que j'étois ! il faut que j'a
voue mon ignorance ; il n'y a pas encore
long-tems que je me repréfentois Rome
comme une Ville , femblable à notre Mantouë,
où nous autres Bergers avons coûtume
de mener vendre les tendres Petits de nos
Trou1754
MERCURE DE FRANCE.
Troupeaux
. C'eft ainfi que confondant
les
petites chofes avec les grandes , je comparois
les pétits Chiens à leurs Peres & lesChevreaux
à leurs Meres . Mais quelle étoit mon
erreur ! Rome l'emporte autant fur les autres
Villes de l'Univers , que le plus fuperbe
Cyprès fur le plus humble Arbriſſeau de ces
Contrées .
Melibée.
Mais , qui vous infpira le défir d'aller
voir cette grande Ville ?
Tityre.
Celui d'y recouvrer la Liberté. Après un
long Efclavage, * au tems d'une languiffante
vieilleffe ,lorfque le Rafoir dans ma main
tremblante ne me faifoit plus tomber du
menton que de la barbe blanche , cette Divinité,
fenfible à mes maux , a daigné jetter
fur moi des regards propices. C'eft bien
tard , à la vérité , mais enfin j'ai éprouvé fes
faveurs , après que j'ai eu quitté l'ingrate
Galatée , pour me donner tout entier à la
belle Amaryllis. J'ofe le dire à ma confufion
, tant que j'ai été l'Amant de Galatée ,
* J'ai copié cet endroit du P. Catrou ; fije n'en
avertiffois pas de bonne foi , je ferois trahi par la beauté
& l'elegance du fiyle.
affervi
A OUST. 1744. 1753
affervi fans nul efpoir dans fes honteux liens,
je n'ai pris aucun foin de mes affaires ; cependant
pour
fournir des victimes aux Sacrifices
de l'ingrate , je dépeuplois mon Bercail
d'Agneaux , qui auroient pû être offerts
aux Dieux. Je lui portois affidûment des
fromages délicats, & pour prix de mon hommage
& de mes foins , je ne retournois jamais
plus riche en nos Hameaux.
Mélibée.
Voilà donc , trifte Galatée , voilà le ſujet
de vos douleurs & de votre abattement. Tityre
, votre Amante , au défefpoir de votre
départ , pouffoit vers le Ciel de continuels
foupirs ; négligente , elle laiffoit périr fes
fruits fur les Arbres. Je ne pénétrois point
la caufe de fes chagrins ; c'étoit , je le vois
bien, que vous n'étiez plus auprès d'elle, &
qu'elle n'avoit plus d'efpérance de vous revoir
, ni d'entendre vos tendres Chanſons.
Cependant ces Eaux , dont le crifſtal rece--
voit fi fouvent votre image , dont les bords
enchantés préfentoient le fommeil à vos
fens, ces Echos tant de fois ravis de vos Airs
tendres , ces Prés , ces Pins , ces Vergers, qui
partageoient fes mortels ennuis , vous rappelloient
auprès d'elle .
Tityre
$ 796 MERCURE DE FRANCE.
Tityre.
Qu'aurois - pû faire de mieux ? Comment
fortir autrement d'Efclavage ? Où
trouver ailleurs des Dieux auffi puiffans ?
Rome feule étoit mon unique recours , &
fes Dieux pouvoient feuls rompre mes fers ,
me rendre à moi- même , & me faire d'heureux
jours. Là j'ai vû , comme je vous vois,
ce jeune Dieu qu'adore mon coeur , & que
chante ma tendreffe , Oui , j'ai fait vou
d'offrir toutes les années , à douze jours differens
, des Victimes fur fes Autels ; là ce
Dieu , fi digne de nos fleurs & de notre
Encens , prévenant mon humble demande
par un foûrire gracieux , m'a fait entendre
cette réponſe favorable : » Berger , joiſſez
» en paix de l'héritage de vos Peres ; faites
> paître vos Troupeaux ; chantez , & culti-
» vez vos terres , comme auparavant .
Melibée
Heureux Vieillard ! vous voilà donc pour
toujours paifible poffeffeur de vos Champs ;
il font fuffifans pour votre ufage & celui
de votre chere famille , quoique environnés
d'un côté par des Rochers ftériles ; & de
l'autre par des Marais hériffés de Joncs ; vos
Brebis
A O UST. 1744. 1757
pas
Brebis qui feront pleines , ne fe fentiront
point du changement de pâturages , & le
voifinage d'un Troupeau mal fain ne mettra
pas la maladie parmi celles qui auront mis
bas . Encore une fois , heureux Vieillard
vous prendrez le frais fous ces Arbres qui
ombragent ces Rivieres , & le long de ces
Fontaines facrées. La haye qui fépare votre
Champ de celui de votre voifin , cette
haye , où des Abeilles , animées au travail
viennent au retour du matin fucer la fleur
de vos Saules , par leur murmure égal au
gazouillement d'un petit Ruiffeau , qui fe
joue à travers nos Prairies , vous invitera
fouvent à vous livrer aux douceurs du fommeil.
Vous continuerez auffi d'être agréablement
réjoui par la voix des Bucherons , qui quí
en émondant les Arbres de la Colline
prochaine
, feront retentir les Airs de leurs
naïves Chanfons , & les Ramiers , vos délices
, mêleront leurs tendres gémiſſemens
à ceux de la plaintive Tourterelle,
Tityre.
Puifque vous fentez le prix de mon bon
heur , jugez , mon cher Melibée , de la vivacité
de ma reconnoiffance. Oiii , l'on yerxa
les Cerfs paître dans les Mers , & les
Mers
1758 MERCURE DE FRANCE.
Mers deffechées , laiffer les Poiffons à fec
fur le fable ; on verra encore les Fleuves
abandonner leurs anciens rivages, & fertilifer
de nouveaux Climats ; la Saone dormante
éteindre la foif des Parthes , & le Tygre
rapide défaltérer les Germains , avant que
mon coeur , ingrat de tant de bienfaits, efface
de ma mémoire les moindres traits de ce
jeune Dieu , qui en eft l'Auteur.
Melibée.
Hélas ! Tityre , que notre fort eft different
du vôtre !Infortunés Citoyens que nous
fommes , toûjours livrés à des deftins contraires
, nous abandonnons notre chere Patrie
, & nous fuyons difperfés. Les uns vont
périr de langueur dans les fables brulans de
l'Afrique , les autres dans les glaces de la
Scythie, ou en Créte fur les bords de l'Oaxe,
ou dans ces Iſles féparées par les Mers du
refte du Monde. Hélas ! faut-il perdre l'efperance
de voir un jour finir nos maux
N'aurai-je point , après quelques années
paffées dans le plus rude efclavage,n'aurai-je
point l'heureux plaifir de revoir le féjour
de mes Ayeux? Ne pourrai-je point recréer
ma vûë
par le fpectacle agréable de mon petit
Patrimoine , où exempt d'ambition , je
>
vivois
A O UST. 1744
17595
ne ,
vivois fi content ? Quoi ! Dieux Puiffans
dont j'éprouve la colere , ma petite Cabancouverte
par mes mains de chaume &
de mouffe , mes Champs fi bien cultivés , &
couverts des plus belles gerbes , vont deve
nir la proye d'un Soldat inhumain ! Avide,
il recueillera ces belles moiffons , mon efpoir
& ma joye ! O cruelle Difcorde , voilà
à quelles fatales extrémités tu as réduit nos
malheureux Citoyens ! voilà ceux pour qui
nous avons enfemencé nos Terres ! Ah !
malheureufes Campagnes , que l'habitude
nous avoit rendu fi précieufes ; ah ! infortuné
Berger , prends plaifir , après tous ces défaftres
, à enter les Poiriers , à planter tes
Vignes , & les façonner avec foin ; mais
que dis-je ? pourquoi me confumer en d'inutiles
regrets ? Pourquoi faire des voeux fuperflus
? Partez , mes Chévres , partez , éloignez-
vous de ces Lieux ; vous fûtes autrefois
un Troupeau heureux , aujourd'hui votre
bonheur n'eft plus. Non , du fond de
ces Vallons , couchés fur l'herbe tendre , au
frais délicieux d'une Grotte tapiffée de verdure
, vous n'entendrez plus le doux fon
de mes Chalumeaux , je ne vous verrai plus,
comme fufpenduës fur ces Collines, tantôt
bondir dans la Prairie , tantôt broûter la
feuille du Cythife , ni la feüille du Saule.
Tityre
760 MERCURE DE FRANCE.
Tityre.
Cependant , Melibée , rien ne vous oblige
de tant précipiter votre départ. On ne
vous défend pas , du moins pour cette nuit,
de goûter avec moi les faveurs dont me
comblent les Dieux , ni d'attendre entre les
bras du repos le retour de la nouvelle Aurore.
Si vous penfez trouver auprès de moi
ces momens heureux , qui coulent ſi douce,
ment entre deux amis , regagnons le Ha- :
meau. Un tendre feüillage vous fervira de
lit dans mon humble Chaumiere . Vous
prendrez auparavant un repas frugal & fans
apprêts. Je vous fervirai du lait frais , des
Raifins vermeils , des Pommes douces , &
du Miel délicieux , que mes Abeilles ont
cueilli fur les fleurs de mon Verger . Il eft
trop tard pour aller plus loin. Déja la fumée
qui fort des toîts de nos Cabannes ,
déja l'ombre des Côteaux , qui s'étend dans
les Plaines , nous avertiffent que Phébus, au
bout de fa carriere , va fe repofer dans
l'Onde , & qu'il eft tems que nous rega
gnions la maiſon.
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p. 44-45
CH[A]NSON.
Début :
Dans cette retraite [...]
Mots clefs :
Amour, Berger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CH[A]NSON.
CHNSON.
Ans cette retraite
L'aimable Nanette
Ecoute mes voeux ;
Lesris& les jeux
Sont de cette fête ,
Etl'amour s'aprête
A me rendre heureux ,
Chers amis , comme eux
Chantez ma conquête ,
Célebrez mes feux.
Pour vous mieux entendre
Je vois ces ruiffeaux
Qui ſemblent ſuſpendre
Le bruitde Murs eaux.
Mille& mille oiſeaux
Tâchent de répandro
AOUST.
1745,
Pes accens fi beaux :
Pour les mieux apprendre
Liſe fait attendre
Deſſous ces ormeaux
Son berger Alcandre
Qui pour la ſurprendre ,
D'un air vif& tendre
Enfle ſes pipeaux,
Déja moins cruelle
Je vois cette belle
,
Aux plaiſirs nouveaux
Où l'amour l'apelle
Etre moins rébelle
Etde fon ardeur
?
Lavive étincelle
Comble le bonheur
Duberger fidéle.
!
Par le même.
Ans cette retraite
L'aimable Nanette
Ecoute mes voeux ;
Lesris& les jeux
Sont de cette fête ,
Etl'amour s'aprête
A me rendre heureux ,
Chers amis , comme eux
Chantez ma conquête ,
Célebrez mes feux.
Pour vous mieux entendre
Je vois ces ruiffeaux
Qui ſemblent ſuſpendre
Le bruitde Murs eaux.
Mille& mille oiſeaux
Tâchent de répandro
AOUST.
1745,
Pes accens fi beaux :
Pour les mieux apprendre
Liſe fait attendre
Deſſous ces ormeaux
Son berger Alcandre
Qui pour la ſurprendre ,
D'un air vif& tendre
Enfle ſes pipeaux,
Déja moins cruelle
Je vois cette belle
,
Aux plaiſirs nouveaux
Où l'amour l'apelle
Etre moins rébelle
Etde fon ardeur
?
Lavive étincelle
Comble le bonheur
Duberger fidéle.
!
Par le même.
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p. 178-182
LA VISITE DU JOUR DE L'AN. VAUDEVILLE Par M. MESLÉ.
Début :
Le Premier jour de l'an, Philinte [...]
Mots clefs :
Berger, Aminte, Visite, Philinte, Coeur, Tendre, Aimer
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texteReconnaissance textuelle : LA VISITE DU JOUR DE L'AN. VAUDEVILLE Par M. MESLÉ.
LA VISITE DU JOUR DE L'AN.
VAUDEVILLE
Par M. MESLÉ.
Le Premier jour de l'an, Philinte
Vint le matin trouver Aminte;
Mes voeux, dit-il, partent du cœur,
L'art n'en est point le Créateur::
Ils sont simples; je te souhaite
Une felicité parfaite.
Aminte répond tendre ment
Et moi, Berger, pateillement.
Des villes le frivole usage
Y masque tout: cœur, & langages.
On se visite, sans se voir,
On se cherche, sans se vouloir.
On se parle, sans se comprendre,
Et l'on s'aime, sans être tendre.
J'agis plus naturellement.
Et moi, Berger, pareillement.
000
N.
—
JANVIER. 1752.
Ex- ce s'aimer, quand pour le dire
Un jour, un seul jour peut suffire?
Dans ces climats, le sentiment
Comme un éclair meurt en naissant.
Ma flâme, Aminte, est moins bornée;
Comme elle luit toute l'année
Je te l'exprime à chaque instant.:
Et moi, Berger, pareillement.
On se hait avec politesse
It dans les voeux que l'on s'adresse,
Paré d'un éclat imposteur,
L'esprit prend la place du cœur.
Mes discours n'ont point d'apparente,
Mais ce que je dis, je le pense.
Je t'aime; c'est mon compliment...
Le mien, Berger, pareillement.
Je te crois, dit-il; mais, Bergere,
Sçais- tu ce que ma slâme opere t-
Je languis loin de tes appas,
Je te désire: mais helas !
Je te vois, je désire encore,
Un trouble inconnu me dévore:
Ma chere Aminte en me voyant
Le ressens tu pareiliment
Hvjj
179
180 MERCUREDE FRANCE
Aminte demeure interdite,
Elle veut parler, elle hesite
Mêmes désirs & même ardeur
Mais l'aveu reste au fond du cœut,
Silence vain! tout la décelle
Et ses yeux répondant pour elle,
Philinte y lut dans ce moment
Et moi, Berger, pareillement.
Il veut prositer de ce trouble,
Et sa témétité redouble:
Mais Aminte d'un air charmant,
Je veux, dit-elle, à son Amant,
Sauver ton cœur de l'inconstance,
Et laisser au mien l'esperance
Que tu pourras sans changement
M'aimer toujours pareillement.
Ecoutes? Tn vois sur la Rosc
Que si le Papillon repose,
Dès qu'il a sucé sa fraicheur,
Il vole sur une autre fleur.
Envain son teint chéri de Flore,
D'un nouvel éclat se colore;
Le Papillon reste inconstant.
Les Bergers font pareillement.
1752. 181
JANVIER.
Mais tu peux au moins, dit Philinte,
M'accorder un baiser sans crainte.
Faveur éttangere à l'amous!
C'est le privilége du jour.
La Bergere la plus sauvage
An nouvel an doune ce gage,
Tiens, dit Aminte en souriant
Et moi, Berger, pateillement.
Le baiser finit la visite.
Sans cérémonie on se quitte;
Mais l'amoureux couple est certain
De se revoir le lendemain.
Tous deux, ils se disent encore,
Je n'aime que toi, je t'adore.
Le Berger soupire en partant,
La Bergere pareillement.
Envoy à Madame le N...
Belle Le N... pour ton étrenne,
Reçois l'hommage de ma veine.
Au Berger de ceite chanson,
Je me compare avec raison.
Saus art auprès de sa Bergere,
Mais amoureux, tendre; sincere
Il donne tout au fentiment;
Et moi Le N... pareillement.
VAUDEVILLE
Par M. MESLÉ.
Le Premier jour de l'an, Philinte
Vint le matin trouver Aminte;
Mes voeux, dit-il, partent du cœur,
L'art n'en est point le Créateur::
Ils sont simples; je te souhaite
Une felicité parfaite.
Aminte répond tendre ment
Et moi, Berger, pateillement.
Des villes le frivole usage
Y masque tout: cœur, & langages.
On se visite, sans se voir,
On se cherche, sans se vouloir.
On se parle, sans se comprendre,
Et l'on s'aime, sans être tendre.
J'agis plus naturellement.
Et moi, Berger, pareillement.
000
N.
—
JANVIER. 1752.
Ex- ce s'aimer, quand pour le dire
Un jour, un seul jour peut suffire?
Dans ces climats, le sentiment
Comme un éclair meurt en naissant.
Ma flâme, Aminte, est moins bornée;
Comme elle luit toute l'année
Je te l'exprime à chaque instant.:
Et moi, Berger, pareillement.
On se hait avec politesse
It dans les voeux que l'on s'adresse,
Paré d'un éclat imposteur,
L'esprit prend la place du cœur.
Mes discours n'ont point d'apparente,
Mais ce que je dis, je le pense.
Je t'aime; c'est mon compliment...
Le mien, Berger, pareillement.
Je te crois, dit-il; mais, Bergere,
Sçais- tu ce que ma slâme opere t-
Je languis loin de tes appas,
Je te désire: mais helas !
Je te vois, je désire encore,
Un trouble inconnu me dévore:
Ma chere Aminte en me voyant
Le ressens tu pareiliment
Hvjj
179
180 MERCUREDE FRANCE
Aminte demeure interdite,
Elle veut parler, elle hesite
Mêmes désirs & même ardeur
Mais l'aveu reste au fond du cœut,
Silence vain! tout la décelle
Et ses yeux répondant pour elle,
Philinte y lut dans ce moment
Et moi, Berger, pareillement.
Il veut prositer de ce trouble,
Et sa témétité redouble:
Mais Aminte d'un air charmant,
Je veux, dit-elle, à son Amant,
Sauver ton cœur de l'inconstance,
Et laisser au mien l'esperance
Que tu pourras sans changement
M'aimer toujours pareillement.
Ecoutes? Tn vois sur la Rosc
Que si le Papillon repose,
Dès qu'il a sucé sa fraicheur,
Il vole sur une autre fleur.
Envain son teint chéri de Flore,
D'un nouvel éclat se colore;
Le Papillon reste inconstant.
Les Bergers font pareillement.
1752. 181
JANVIER.
Mais tu peux au moins, dit Philinte,
M'accorder un baiser sans crainte.
Faveur éttangere à l'amous!
C'est le privilége du jour.
La Bergere la plus sauvage
An nouvel an doune ce gage,
Tiens, dit Aminte en souriant
Et moi, Berger, pateillement.
Le baiser finit la visite.
Sans cérémonie on se quitte;
Mais l'amoureux couple est certain
De se revoir le lendemain.
Tous deux, ils se disent encore,
Je n'aime que toi, je t'adore.
Le Berger soupire en partant,
La Bergere pareillement.
Envoy à Madame le N...
Belle Le N... pour ton étrenne,
Reçois l'hommage de ma veine.
Au Berger de ceite chanson,
Je me compare avec raison.
Saus art auprès de sa Bergere,
Mais amoureux, tendre; sincere
Il donne tout au fentiment;
Et moi Le N... pareillement.
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44
p. 84-108
LES ALPES.
Début :
Nous ne connoissions jusqu'ici de Livres Allemans que ceux qui rouloient sur des / Cherchez, Mortels, à changer votre sort, profitez des inventions de [...]
Mots clefs :
Nature, Rochers, Berger, Doux, Heureux, Monde, Vie, Terre, Fleurs, Jours, Amour, Montagne, Montagnes, Plaisir, Lait, Vallons, Aimer, Peuple, Rayons, Ciel
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texteReconnaissance textuelle : LES ALPES.
Nous ne connoissions jusqu'ici de Livres
Allemans que ceux qui rouloient sur des
objets de scicnce au d'érudition. M. Grimm
nous a avertis dans ses Lettres ecrites tout- à
fait agréablement, & remplies d'une criti-
que très-délicate, que sa Nation avoit des
Ouvrages de gout & de genie. Vn autre
Allemand vient de nous en couvaincre par
la traduction des Poësies de M. Haller.
Les Lecteurs les plus difficiles y ont trouve
de l'élévation, de la force, des images,
de la Philosophie & assez souvent des gra-
ces. Comme le recueil que nous annonçons
est peu répandu, nous croyons devoir trans-
crire ici pour l'intérêt des Letires, celui
des Poemes de M. Hiller, qui a réuni un
plus grand nombre de suffrages.
LES ALPES.
Cherchez, Mortels, à changer votre
sort, profitez des inventions de
l'Art, & des bienfaits de la Nature;
animez par de superbes jets-d'eau vos
parterres, taillez des rochers suivant les
loix de Corinthe, couvrez vos marbres
de riches tapis 2 mangez dans l'or des
nids de Tonquin, buvez des perles dans
MARS. 1752.
85
des coupes d'émeraude; appellez le som-
meil par les accords les plus doux; re-
veillez-vous au bruit des trompettes; ap-
planissez des montagnes, changez en
pares des Domaines entiers, que le Des-
tin remplisse tous vos desirs, vous serez
pauvres dans l'abondance même, & la
misere vous suivra au milieu des ri-
chesses.
L'ame fait elle-même son bonheur, ce
qui est hors d'elle n' est que l'occasion du
plaisir & de la peine; une humeur égale
adoucit les chagrins les plus amers, pen-
dant qu'un esprit inquiet empoisonne
rous les plaisirs. Le Monarque ne posse-
de aucun bien qui manque au Berger,
il se dégoûte du sceptre, comme celui-ci
de la houlette. Malheur à lui si l'avarice
ou l'ambition le dévore, les Gardes qui
l'environnent, n'écartent pas les noirs
chagrins. Mais celui dont 1 ame est dans
une assiete tranquille, ne demande pas
des plumes de prix pour se procurer un
fommeil délicieux.
Heureux Siécle d'or, préfent de la
bonté suprême ! Pourquoi le Ciel a-t. il
borné ta durée ? Nous ne regrettons pas
le printems éternel de la jeunesse du
monde, où jamais un froid Aquilon
ne moissonna les fleurs, où le bled
86 MERCURE DE FRANCE.
couvroit les champs fertiles sans exiger
de culture, où les fleuves couloient de
miel & de lait, où le téméraire Lion
n'allarmoit pas les foibles troupeaux, &
où un agneau égaré dormoit tranquille-
ment au milieu des loups. Nous le re-
grettons, parce que l'homme ne cher-
choit pas encore son malheur dans le
superflu, parce qu'il trouvoit des ri-
chesses dans la simple nature, & que
l'or n allumoit pas encore des desirs in-
satiables.
Disciples de la Nature, vous connois-
sez encore cet âge d'or; non pas à la
vérité ce siécle pompeux imagine par les
Poctes. Peut-on desirer l'éclat extérieur
des brillantes vanités, quand la vertu
fait trouver le plaisir dans le travail, &
le bonheur dans la pauvreté ? Le ciel, il
est vrai, ne vous a pas fait naître dans
les vallées délicieuses de la Thessalie:
les nuages, qui vous couvrent, sont char-
gées de neiges & de foudre : un long
hyver abrege vos printems tardifs, & vos
froids vallons sont entourés d'une glace
éternelle; mais la pureté de vos moeurs
adoucit ces incommodités, la rigueur
même des Elémens augmente votre
bonheur.
Peuples heureux & contens, à qui le
1752.
MARS.
87
Destin favorable a refusé l'abondance
cette riche source de tous les vices. Celui
qui est satisfait de son état, trouve son
bonheur dans l'indigence même, pendant
que la pompe & le luxe sapent les fon-
demens des Etats. Dans le tems que Ro-
me comptoit ses victoires par ses com-
bats, le lait faisoit la nourriture des Hé-
ros, & ses Dieux habitoient des Tem-
ples de bois. Mais lorsque les richesses
devinrent immenses, l'ennemi le plus
foible confondit bientôt fon lâche or-
gueil. Garde-toi d'aspirer à quelque chose
de plus grand, ta prospérité durera aussi
long-tems que la fimplicité de tes moeurs.
La Nature, il est vrai, couvre de
pierres ton Pays raboteux, mais ta cha-
fue s'ouvre un passage, & tes grains
meurissent. Elle éleva les Alpes pour te
séparer du monde, parce que les hom-
mes procurent aux hommes les plus
grands malheurs. L'eau pure est ta bois-
fon, & le lait fait ta nourtiture, mais
l'appétit ptête du goût aux glands mê-
mes. Les mines profondes de tes mon-
tagnes ne te donnent qu'un fer grossier;
mais le Pérou t'envie ta pauvreté. Tou-
tes les peines sont légéres, où regne
la liberte, les rochers y portent des
88 MERCURE DEFRANCE.
fleurs, & Borée y radoucit son soufse
impétueux.
Heureux, qui est privé de ces avanta-
ges dangereux: les richesses nont aucun
bien qui égale votre indigence. Chez
vous l'union habite dans des ames paci-
fiques, parce que la vanité séduisante n'y
seme jamais des pommes de discorde. Ici
le plaisir n est accompagné d'aucune crain-
te inquiéte, on aime la vie sans hair la
mort. La raison y regne guidée par la Na-
ture, elle ne cherche que le nécessaire,
& regarde le superfsu comme une charge
pesante: on observe ici sans étude & sans
contrainte ce qu'Epictete pratiqua, &
ce que Seneque ne fit qu'enseigner.
Ici l'on ne connoît point ces distinctions
inventées par l'orgueil, qui assujettissent
la vertu, & qui annoblissent le vice;
l'oisiveté chagrine n'y fait pas craindre la
longueur des heures, le travail remplit le
jour, & le repos occupe la nuit: un esprit
sublime ne s'y laisse pas éblouir par l'am-
bition, les soins de l'avenir n'empoison-
nent point les plaisirs du présent. La liber-
té dispense d'une main impartiale, & avec
une mesure toujours égale, le contente-
ment, le repos & la peine. Aucun esprit
mécontent naccuse ici la fortune, on
oogle
red b
MARS. 1752.
89
mange, on dort, on aime, & l'on rend
grace à son Destin.
Le sçavoir n'étale point ici ses trésors
dans les livres; on ne mesure pas les
chemins de Rome & d'Athènes, on
ne soumet point la raison aux loix de
l'Ecole, & personne ne prescrit au Soleil
la route qu'il doit suivre. Mais qu'y per-
dez-vous ? Le Sage vit-il avec plus de
contentement? Il connoît la structure du
monde, mais il meurt sans se connoître
lui-même. Sans triompher de la volupté,
il s'en refuse les douceurs, & sa délicatesse
le dégoûte de son sort; c'est dans le coeur
des hommes, & non pas dans le cer-
veau que la Nature a gravé l'art de bien
vivre.
La fortune inconstante ne distingue
point chez vous les tems. Les larmes n'y
succedent pas à une joie passagere: la vie
s'écoule dans une paix inaltérable, le pré-
sent ressemble au passé, & l'avenir sera
comme le présent. Aucune disgrace ne
marque ici les jours d'une distinction fu-
neste, comme une fortune subite n'en
met point au nombre des fêtes. Les plai-
sirs & les peines de la vie se soutiennent
dans une balance égale, & il ny a point
d'époque entre la naissance & la mort.
A peine la gaieté arrache-t-elle quelques
30 MERCUREDEFRANCE.
momens à ce peuple, uniforme dans ses
devoirs.
Quand les tiédes zéphirs commencent
à faire sentir leurs haleines, & qu'un
sang plus vif ranime la jeunesse, tont un
village s'assemble sous l'ombre d'un grand
chêne, l'adresse & la beauté y vont mé-
riter l'applaudissement & l'amour: ici
deux jeunes combattans se saisissent, &
lutrent avec effort, le sérieux se mêle au
badinage. Là poussée d'une main vigoureu-
se, une pierre pesante vole au travers de
l'air au but marqué. Un berger, guidé par
une espérance plus relevée, s'avance vers
la troupe attrayante des jeunes Bergeres.
Ici le plomb past avec une vitesse pa-
reille à la foudre, l'éclair brille, & dans
le même instant l'ait & le but sont percés.
Là une boule roule en bondissant dans
une ligne prescrite, frappe au terme choi-
si. Ici une troupe bigarée foule l'herbe
naissante, en s'entrelaçant les mains &
en dansant au son de la musette; l'art ne
seur apprend pas à se tourner en caden-
ce, mais la gaieté leur prête des alles. Les
vieillards se reposent dans une autre
place; ils forment de longues lignes, &
le plaisir de leurs enfans ranime leur
cœeur.
Car ici où la nature seule donne des
MARS. 1752.
9
Joix, aucune contrainte ne borne l'agréa-
ble empire de l'amour; on aime sans hon-
to ce qui est aimable; le mérite rend
tout estimable, & l'amour rend tout égal.
La beauté est adorée même dans la pau-
vreté; l'on ne vend point les faveurs pour
les richesses; l'ambition ne sépare jamais
ce que le mérite & la tendresse ont uni;
la politique ne forme pas des liens mal-
heureux; l'amour brule sans gêne, & ne
cramt point d'orage; on aime pour soi-
même, & non pout des parens ambi-
tieux.
Dès qu'an jeune Berger éprouve cette
doute flamme, que les beaux yeux d'un
objet aimé allument dans un coeur sensible,
la crainte ne l'arrête point, un discours
sincere déclare son tourment; la Bergere
l'écoute, & si la flamme du Berger mérite
d'être couronnée, elle avoue ses senti-
mens, & répond à ses desirs. Les tendres
mouvemens ne deshonorent point les bel-
les, quand l'agrément les a produits, &
que la vertu les soutient. Refus d'une
fausse pudeur, singe de la véritable chas-
teté, l'orgueil ne vous a créé que pour
notre suplice.
Ici les désirs de deux Amans ne sont
point gênés par une vaine pompe, un
amour réciproque acheve le contrat; sou-
92 MERCUREDEFRANCE.
vent le contrat n est confirmé que par
la fidélité de deux Amans; de simples
promesses tiennent lieu de ferment, &
un baiser en est le sceau. Le tendre rossi-
gnol les salue d'une branche voisine; la
volupté leur prépare un lit sur la mousfe
mollement enflée, un arbre leur sert de
rideaux, la solitude est leur témoin, &
l'amour conduit l'épouse entre les bras de
son berger. Amans fortunés, dignes de
l'envie des Princes, la tendtesse embau-
me le gazon, & le dégoût regne sur
la soye.
Dans ces lieux charmans la foi con-
jugale n est jamais violée, elle n'a pas be-
soin de gardes, la pudeur & le bon sens
veillent sur elle; la curiosité ne porte
point aux plaisirs défendus, celle que
Ton aime est encore belle après la jouis-
sance. Le chaste amour répand des roses
sur les travaux. Le devoir a des charmes,
quand on travaille pour ce qu'on aime.
Si l'on napprend pas l'art d'aimer suivant
les regles, le langage le plus rustique est
doux, pourvû que ce soit le cœeur qui
parle. La complaisance & le badinage,
ai mables compagnes de l'union, animent
les baisers, & regnent dans les coeurs.
Eloignée de la vanité des occupations
pénibles & du tumulte des Villes, la
MARS. 1752.
95
tranquilité de l'ame habite dans ces
lieux. La vie active de ces peuples aug
mente la force de leurs corps robustes;
ils ne s'engraissent point d'une oisiveté
paresseuse, le travail les éveille, le même
travail tranquilise leurs esprits, le plaisir
& la santé adoucissent leurs peines. Un
sang pur coule dans leurs veines, aucun
poison héréditaire, fruit des déréglemens
d'un pere vicieux, ne s'y est glissé; il
n'est ni corrompu par le chagrin, ni en-
flâmé par des vins étrangers, ni gâté par
un venin lascif, ni aigri par des ragoûts
artificieux.
Dès que le rude aquilon a perdu
l'empire des airs, dès qu'une sêve animée
pénêtre les plantes, & que la terre s'orne
d'une nouvelle parure, qu'un doux zé-
phir lui apporte sur des aîles échauffées
dans des climats plus doux; aussi-tôt le
peuple fuit les vallons, dont la neige s'é-
coule en formant des ruisseaux d'une eau
trouble: il s'empresse à retrouver sur les
Alpes l'herbe printanniere, qui pousse à
peine à travers la glace. Le bétail qui qui-
te l'étable, salue avec joie la montagne,
ornée pour son usage par le printems &
par la Nature.
Aussi-tôt que les allouettes annoncent
la naissance du jour, & que la lumiete du
Digsinas vOO
94 MERCURE DEFRANCE.
monde nous jette ses premiors regards, le
berger s'arrache aux caresses de son épou-
sse, qui hait son départ, sans le retarder.
Les lents troupeaux de ses génisses mar-
chent pesamment devant lui avec un mu-
gissement joyeux, sur des sentiers cou-
verts de rosées, ils se promenent sans se
hâter dans les prairies, où fleurissent le
tresse & le sainfoin, en fauchant l'herbę
tendre avec des langues tranchantes. Le
Berger assis auprès d'une chûte d'eau, ap-
pelle du cor les échos des environs.
Lorsque les rayons obliques allongent
les ombres, & que le Soleil fatigué se
baisse pour rappeller un repos rafraîchis-
sant, le troupeau rassassié, regagne avec
un meuglement confus ses gîtes ordinai-
res, la Bergere salue son mary, qui la
revoit avec plaisir; là la troupe empressée
des enfans badine & se réjouit autour de
lui, & dès que l'écume du lait est tirée,
le couple fatigué va goûter un repas rus-
tique: l'appétit donne du goût à ce que
la simplicité a préparé, le sommeil & l'a-
mour les menent à leur couche paisible.
Quand la chaleur de l'été commence à
bruler la campagne, & que l'espoir des
peuples meurit dans la couleur blonde des
prés, le Berger industrieux vole dans les
vallons couverts de rosées, avant même
MARS.
1752.
95
qu elau rore ait doré le sommet des mon-
tagnes. Flore est chassée de son aimable
royaume, la parure de la terre tombe sous
les coups obliques de la faulx, une odeur
agréable composée de mille odeurs diffé-
rentes s'élève des rangs émaillés des her-
bes abattues. Les boeuts amenent d'un pas
pesant la provision de l'hyver, & leur
marche est accompagnée de chansons que
dicte la joie.
Quand la triste Automne fait tomber les
feuilles fanées, & que l'air plus frais
s'enveloppe danodes brouillards épais, le
sein de la terre se pare d'une décoration
nouvelle. Pauvre en éclat & en fleurs
elle est riche en production utile. L'agréa-
ble coup d'œeil du printemps cede à des
biens plus solides. Les fruits brillent à la
place des fleurs, des pommes d'or parse-
mées de rayes pourprées, font ployer la
branche étayée pour s'approcher de la
bouche, la poire parfumee, les prunes
aussi douces que le miel, invitent la main
du Maître & l'attendent sur l'arbre.
L'Automne ne couronne pas ici les cô-
teaux de ses vignes, on n'y presse point
des grapes foulées un jus qui fermente.
La terre ne présente à la soif que des fon-
taines; aucunes liqueurs artificielles ne
nous précipitent dans le tombeau. Ne
Niues VO
96 MERCUREDEFRANCE.
vous plaignez pas, Peuples heureux, vous
gagnez en paroissant perdre. Ce n est pas
d'un bien ni d'une boisson nécessaire,
c'est d'un poison que vous êtes privés. La
bienfaisante Nature a défendu le vin aux
bêtes, l'homme seul en boit, & devient
brute. Le Destin qui s'interesse pour vous
a caché à vos yeux le chemin qui vous
conduiroit à la ruine.
Votre Automne ne manque pas de trè-
sors que l'industrie & la vigilance vous
font trouver sur les montagnes les plus
élevées. Dès l'aube du jour, quand les
brouillards tombent, le Chasseur fait re-
tentir son cor, & appelle l'écho, l'enfant
des rochers. Là un daim timide à qui
la peur donne des aîles, franchit d'un
saut le vaste intervalle de deux rochers. Un
plomb rapide arrête la course d'un cha-
mois agile; un chevreuil léger fuit, chan-
celle, & va tomber. Les cris de la meu-
re, l'éclat mortel du métal raisonne dans
les vallons couronnés, & fait retentit
les bois.
Pour ne pas être surpris par l'hyver, le
peuple laborieux tire du lait le pain des
Alpes. Ici le lait s'épaissit sur la braise ar-
dente, il se condense, & se change en
huile figée. Une liqueur acide sépare l'eau
de la graisse. Ici l'on cuit la seconde prise
pour
MARS.
1752.
97
pour les Pauvres, & là le nouveau froma-
ge prend sa forme dans un cercle de bois.
Tout le ménage y prête la main; on au-
roit honte de ne pas s'occuper, il n'est
point d'esclavage plus pénible que l'oi-
liveté.
Lorsque la tetre est enterrée sous le
froid, que les vallons sont couverts de
glace, & les montagnes de neige, que les
champs épuisés se reposent pour une nou-
velle récolte, & qu'une digue de cristal
arrête le cours des eaux; le Berger se re-
tire dans sa cabane chargée de neige, la
fumée des pins résineux y noircit les pou-
tres desséchées; un doux repos le dédom-
mage de la peine qu'il a souffert, les
jours s'écoulent sans soucil au milieu des
jeux, & lorsque ses voisins s'assemblent au-
tour du foyer, leurs entretiens méritent
l'attention d'un Philosophe.
Un Berger apprend à la compagnie à
prévoir le tems que les nuages nous pré-
parent, il prédit la route des vents &
des tempêtes, & il voit de loin l'orage
qui s'approche. Il connoît l'influënce de
la lune, & l'effet de ses couleurs, il dis-
cingue les menaces d'un brouillard, qui
sort d'une montagne avec le jour. Il comp-
te dès le printems les gerbes d'une mois-
son éloignée, & pendant que tout le
98 MERCUREDEFRANCE.
monde est occupé à faucher, il s'arrête
pour éviter une pluie prochaine: il est
l'Oracle du hameau, sa décision inspire
de la confiance, & l'expérience lui tient
lieu de mille livres.
Un jeune Berger accorde sa lyre, &
l'accompagne d'une chanson nouvelle,
un doux transport l'anime, la nature &
l'amour lui inspirent une flâme sécrette
qui brule dans le coeur, & que l'att ne
scauroit imiter. L'étude n'a point de part à
les éclogues, son génie convient à son
état, & sa chanson dépeint son génie ;
les moutons sont l'objet de ses vers, & sa
muse parle comme sa Bergere, le coeur lui
dicte ce qu'il chante, sa belle est son
Appollon, c'est le sentiment qui fait la
Poësie, & non pas des sons mesurés.
Tantôt c'est un vieillard qui prend la
parole; des cheveux gris asbutent un nou-
veau poids à ses discours: nos Peres l'ont
déja vu, le fardeau d'un siécle n'a affoibli
que son corps, il a donné des forces à
son esprit. Exemple vivant de nos Ancê-
tres hétoiques qui, la foudre à la main,
avoient Dieu dans le coeur, il peint les
batailles, compte ses drapeaux conquis,
retrace les remparts des ennemis, & dé-
crit les victoites qu'il a aidé à remporter.
La jeunesse étonnée l'écoute attentive-
ad by Goog
MARS. 1752.
92
ment, elle marque dans ses gestes une no-
ble impatience de surpasser sa gloire.
Un autre vieillard également vénéra-
ble, est la loi vivante & la régle de son
peuple; il apprend à ses voisins comment
le monde entier s'est soumis lâchement au
joug, & comment le luxe des Princes
consume les forces des peuples. Il retrace
le courage audacieux de Tell, qui osa
briser ce joug pésant, sous lequel la moi-
tié de l'Europe gémit encore. Il fait sentit
la misere de nos voisins, qui gémissent
dans la pauvreté & dans les chaînes. L'Ita-
lie na que des Habitans indignes & mal-
heureux: l'union, la fidélite & le cou-
rage attachent les alles de la fortune à l'e-
tat le plus foible.
Un cercle d'Auditeurs s'assemblent an-
tour d'un vieillatd vigoureux, qui fonde
la nature, & qui en connoît toutes les
beantés. Ses recherches, ont épuisé les
vertus merveilleuses des plantes & leurs
formes variées; il jette des regards péné-
trans dans les voûtes souterraines; en vain
la. terre dérobe l'or à sa vue. Il perce l'air, &
voit ces vapeurs chargées de soufre, qui ren-
ferment dans leur sein humide un tonnerre
qui gronde avec fureur. Il connoît sa Pa-
trie, ses yeux y trouvent tous les jours
de nouveaux trésors.
E ij
190 MERCUREDEFRANCE.
Car ici, où le sommet de Golthard
perce les nues, où le Soleil éclaire de plus
près un monde ésevé, la Nature variée a
renfermé dans un petit Pays tout ce que la
terre peut produire de curieux. La Lybis
offre plus souvent de rares objets, & fes
déserts voyent tous les jours quelques
monstres nouveaux; mais le Ciel plus fa-
vorable à notre Patrie, lui fournit ses
dons secourables, & ne lui refuse que le
superflu & l'inutile. Ces glaces mêmes qui
s'amoncelent entre les montagnes, ces ro-
chers escarpes sont faits pour notre usage:
ils produisent les fleuves qui arrosent les
plaines fertiles.
Quand les premiers rayons du Soleil do-
rent les pointes des rochers, & qu'un de
ses regards dissipe les brouillards, on dé-
couvre du sommet d'une montagne avec
un plaisir toujours nouveau. Le spectacle
le plus superbe de la Nature, le théâtre
d'un monde entier s'y présente dans un
instant au travers des vapeurs transparen-
tes d'un nuage léger. Le séjour immense
de plusieurs peuples se découvre à la fois.
Une agréable confusion nous force à fer-
mer les yeux, trop foibles pour parcourir
un cercle sans bornes qui s'étend sous
nos pieds.
Un mélange agréable de montagnes,
101
MARS.
1752.
de lacs & de rochers, s'offre à la vue,
les couleurs s'en affoiblissent peu à peu;
mais, on y distingue mille objets. L'éloi-
gnement est terminé par des hauteurs, où
de sombres forêts étouffent les derniers
rayons. Une montagne peu éloignée pré-
sente des collines qui s'élevent insensible-
ment; le mugissement des troupeaux en fait
retentir les vallons. Un lac qui s'étend en-
tre les montagnes offre un mitoir immen-
se, une lumiere tremblante brille sur ses
flots unis. Là les vallons tapissés de verdure
souvrent à la vue, ils forment des replis-
qui se rétrécissent dans l'éloignement.
Une montagne chauve revet ses préci-
pices d'une glace éternelle, qui sembla-
ble au cristal., renvoye les rayons du So-
leil; la chaleur brûlante de la canicule
fait de vains efforts contr'elle. Une autre
montagne fertile se couvre de pâturages
abondans; sa pente insensible brille de
l'éclat des bleds qui meurissent, & ses co-
teaux sont couverts de cent troupeaux.
Des climats si opposés ne sont séparés que
par un vallon étroit qu'habite une ombre
toujours fraîche.
Là une montagne escarpée & taillée en
précipices aussi rapides que des murs; un
trrent passe avec fureur entre les rochers
H tombe par une ouverture, une chûte-
E iij.
102 MERCUREDEFRANCE.
suit l'autre, ses flots écumeun s'élancent
avec une force impétueuse au delà du roc.
L'eau dispersée par la vitesse de sa chûnte
profonde, forme une vapeur grise & mo-
bile, qui est suspendue dans un ait épais-
si: un arc-en-ciel brille au travers de ces
gouttes légéres, & la vallée éloignée s'ab-
breuve d'une rosée continuelle. L'Etranger
voit avec lurprise des rivieres couler dans
les airs, qui sortent des nues, & forment
elles mêmes des nuages.
L'œeil éclairé par l'art & par la science,
ne sçauroit s'arrêter ici sana trouver une
merveille qui l'arrête & qui l'étonne.
Portez le flambeau de la Physique jusques.
dans le sein de la terre, vous verrez l'ar-
gent végeter dans les mines, vous y dé-
couvriroz l'or qui enrichit nos rivieres:
parcourez l'aimable empire des plantes bi-
garées qu'un zéphir amoureux couronne le
matin des perles de la rosée, vous trouvo-
rez par tout des beautés toujours différen-
tes, & vous découvrirez tous les jours
des trésors sans les épuiser.
L'astre du jour perce les brouillards lé-
gers, il essuie du front de la terre les
iarmes que les nues y ont répandues :
voyez les plantes qui brillent d'un éclat
nouveau qui nage sur les feuilles, & qui
rafraîchit la Nature. L'air se remplit
«
MARS.
1752.
103
d'une odeur agréable; c'est un tribut que
les enfans de Flore payent aux doux zé-
phirs. Les fleurs panachées semblent se dis-
puter le rang, un vif azut combat l'or d'une
plante voisine; une montagne entiere pa-
roît un tapis de verdure brodée d'arcs-
en-ciel.
La noble gentiane élève sa tête altiero
au dessus de la foule rampante des plan-
tes plébéiennes, tout un peuple de fleuts
se range sous son étendart, son frere men-
me couvort d'un tapis bleu s'humilie de-
vant elle. L'or de ses fleurs est formé en
rayons; il embrasse sa tige, ses feuillles
rayées d'un verd foncé, brillent du feu
d'un diamanr humide. La Nature y suit la
plus juste des loin; elle unit la vertu
avec la beauté, un beau corps renferme
une ame encore plus be He.
Ici une plante rampante étale ses feuilles
cendrées, qui formées en pointes par la
Mature, sont rangées en croix, sa fleur
porte deun becs dorés, qui soutiennent
un oiseau d'Améthiste: là une herbe lui-
ante, dont les feuilles imitent des mains,
voit son image verte refléchie sur une
onde pure: là la tendre neige de ses fleurs
omnée d'une pourpre affoiblie, est envi-
ronnée de rayons blancs d'une étoile so-
lide. L'émeraude: & la roze fleurissent jus-
....
Eun
104 MERCURE DE FRANCE.
ques dans les bruyeres qu'on foule aub
pieds, & les rochers se couvrent d'un
tapis de pourpre.
Dans les lieux mêmes où le Soleil ne
jette jamais ses doux regards, une glace
éternelle prive le vallon désolé de l'hon-
neur de la verdure, le sein des rochers est
orné d'une parure, que le tems ne flétrit
jamais, & que l'hyver ne peut lui enle-
ver. Le limon humide forme des voutes
d'un cristal brillant & des grottes natu-
relles; un roc de diamant où se jouent
mille couleurs éclate à travers l'air téné-
breux, & l'éclaire de ses rayons. O ri-
chesses de la Nature! disparoissez foibles
productions de l'Italie; ici le diamant de
l'Europe porte des fleurs, il croît, & for-
fhera bientôt un rocher solide.
Vous voyez un vallon formé par des
glaces d'uue hauteur immense, le froid
aquilon y a élevé son trône glacé. Une
riche source en sort, son onde est brulan-
te, elle roule ses flots fumans à travers
l'herbe flétrie, & brûle tout ce qu'elle
touche. Son eau transparente est chargée
de métaux liquides: un fer salutaire dore
sa route, le sein de la terre l'échauffe,
& ses veines bouillonnent par le combat
intérieur des élémens: en vain les vents
& la neige conjurent contre ses flots, le
MARS. 1752. 105.
fou est leur essence, & ses ondes ressem-
blent aux flâmes:
Là où le rapide Avançon entraîne des
forêts dans les goufres écumeux de ses-
ondes, les montagnes voisines fournis-
sent des sources souterraines qui fondent
le sel des rochers: une colline creuse,
voûtée d'albâtre renferme cette mer dans.
des bassins profonds; mais ses eaux ron-
gent le ciment du marbre, pénétrent les:
fentes des rochers, & S'empressent à sor-
tir pour notre usage; l'assaisonnement de-
la Nature, le plus grand trésor d'un pays,
so présente de lui-même, il se hâte de
venir au devant de nos besoins.
La Fourche produit de ses cimes gla-
cées, les plus grands fleuves de l'Europe,.
& les eaux qu'elle verse, nourrissent les-
deux mers. L'Aure y prend sa source,
qui se précipite avec un bruit terrible,
& des chûtes rapides par des rochers cou-
verts d'écume: les riches mines Ves Alpes:
dorent sa course; elle mêle à ses ondes
cristallines le métal le plus précieux; le-
fleuve chargé d'or en jette sur, ses bords-
des grains solides, comme un sable gri-
sâtre. couvre les rivages ordinaires:: le-
Berger voit ses trésors: quel exemple-
pour le monde! Il les voit, il les laisse-
couler.!
Ew
106 MERCUREDE FRANCE.
Aveugles mortels, que l'avarice, l'am-
bition & la volupté amorcent par de
vains appas jusqu'au bord du tombeau,
vous qui empoisonnez les plaisirs bornés
d'une vie passagere, par des soins tou-
jours nouveaux, & par des peines inuti-
les: vous qui méprisez le tranquille bon-
heur de la médiocrité, qui demandez plus
au Destin que la Nature n'exige de vous,
& qui prenez pour des besoins, ce que
la folie vous fait souhaiter: croyez-moi,
une étoile rayonnante ne rend pas heu-
reux; un colier de perles nenrichit pas
le coeur: voyez ce peuple que vous mé-
prisez; il est content au milieu des tra-
vaux & de la pauvreté; apprenez de lui,
que la Nature suffit pour nous rendre
heureux.
Malheureux, ne vantez pas la fumée
de vos villes, où la malice & la trahison,
se parent du masque de la vertu. La pom-
pe qui vous environne, vous retient dans
des chaînes d'or, elle accable celui qu'el-
le couvre, & n'a du brillant que pour
des yeux étrangers. L'ambition entraîne
sos esclaves avant le lever du Soleil, aux
portes fermées des citoyens puissans. La
soif insatiable d'un profit inutile vous
ravit le repos de la nuit. Le feu céleste de
l'amitié ne sçauroit s'allumer dans vo-
Digsiened vOO
MARS.
1791.
16
ames, car l'envie & l'intérêt desunissent
les cœurs des freres.
C'est là qu'un tyran inhumain se Joue
de la vie de ses esclaves; sa pourpre est
teinte du sang de ses sujets: la calomnie,.
la haine & le mépris payent la vertu de
honte, & l'envie enflée de venin ronge
le bien de son voisin; la volupté abrége:
des jours qui s'échapent à nos plaisirs, &
le tonnerre éclate autour de son lit somé-
de roses: l'avarice couvre des trésors ra-
massés pour son suplice, & pour celui
des autres humains; des trésors dont per-
sonne ne jouit moins que celui qui les
possede: les desirs succedent aux cha-
grins, votre vie entiere n'est qu'un fon-
ge inquiet.
Peuple heureux, la noire engeance:
des vices ne s'empara jamais de vos coeurs,.
la Nature vous rassasie de ses biens, ils-
s'offrent d'eux mêmes, l'opinion ne les-
rend pas difficiles, & la jouissance ne les:
change pas en dégoûts; aucun ennemi
fecret ne ronge vos corurs, & la repen-
tance tardive ne paye point vos plaisira:
de larmes de sang; le torrent impétueuxt
des passions, à qui la raison des Philo-
sophes oppose de foibles barrieres, ne-
vous entraine jamais, rien ne vous abbais--
se, rien ne vous élexe, votre vie est tou-
Evj.
108 MERCURE DE FRANCE.
jours égale, & votre mort est aussi unie
que votre vie.
Heureux qui comme vous laboure son.
héritage avec des bœeufs qu'il a élevés lui-
même; qui couvert d'une laine pure, &
couronné de guilandes, se contente d'un
simple repas de lait doux, à qui lè soufse
agréable des zéphirs, & la frascheur des
cascades font goûter un sommeil tranquile
sur le tendre gazon; que jamais le bruit
des vagues furieuses n eveille sur les mers.
irritées, ni le son des trompettes fatales
sous des tentes voisines de la mort; con-
tent de son sort, il nen souhaite point
d'autre assurément, le Ciel ne peut rien.
ajoûter à son bonheur.
Allemans que ceux qui rouloient sur des
objets de scicnce au d'érudition. M. Grimm
nous a avertis dans ses Lettres ecrites tout- à
fait agréablement, & remplies d'une criti-
que très-délicate, que sa Nation avoit des
Ouvrages de gout & de genie. Vn autre
Allemand vient de nous en couvaincre par
la traduction des Poësies de M. Haller.
Les Lecteurs les plus difficiles y ont trouve
de l'élévation, de la force, des images,
de la Philosophie & assez souvent des gra-
ces. Comme le recueil que nous annonçons
est peu répandu, nous croyons devoir trans-
crire ici pour l'intérêt des Letires, celui
des Poemes de M. Hiller, qui a réuni un
plus grand nombre de suffrages.
LES ALPES.
Cherchez, Mortels, à changer votre
sort, profitez des inventions de
l'Art, & des bienfaits de la Nature;
animez par de superbes jets-d'eau vos
parterres, taillez des rochers suivant les
loix de Corinthe, couvrez vos marbres
de riches tapis 2 mangez dans l'or des
nids de Tonquin, buvez des perles dans
MARS. 1752.
85
des coupes d'émeraude; appellez le som-
meil par les accords les plus doux; re-
veillez-vous au bruit des trompettes; ap-
planissez des montagnes, changez en
pares des Domaines entiers, que le Des-
tin remplisse tous vos desirs, vous serez
pauvres dans l'abondance même, & la
misere vous suivra au milieu des ri-
chesses.
L'ame fait elle-même son bonheur, ce
qui est hors d'elle n' est que l'occasion du
plaisir & de la peine; une humeur égale
adoucit les chagrins les plus amers, pen-
dant qu'un esprit inquiet empoisonne
rous les plaisirs. Le Monarque ne posse-
de aucun bien qui manque au Berger,
il se dégoûte du sceptre, comme celui-ci
de la houlette. Malheur à lui si l'avarice
ou l'ambition le dévore, les Gardes qui
l'environnent, n'écartent pas les noirs
chagrins. Mais celui dont 1 ame est dans
une assiete tranquille, ne demande pas
des plumes de prix pour se procurer un
fommeil délicieux.
Heureux Siécle d'or, préfent de la
bonté suprême ! Pourquoi le Ciel a-t. il
borné ta durée ? Nous ne regrettons pas
le printems éternel de la jeunesse du
monde, où jamais un froid Aquilon
ne moissonna les fleurs, où le bled
86 MERCURE DE FRANCE.
couvroit les champs fertiles sans exiger
de culture, où les fleuves couloient de
miel & de lait, où le téméraire Lion
n'allarmoit pas les foibles troupeaux, &
où un agneau égaré dormoit tranquille-
ment au milieu des loups. Nous le re-
grettons, parce que l'homme ne cher-
choit pas encore son malheur dans le
superflu, parce qu'il trouvoit des ri-
chesses dans la simple nature, & que
l'or n allumoit pas encore des desirs in-
satiables.
Disciples de la Nature, vous connois-
sez encore cet âge d'or; non pas à la
vérité ce siécle pompeux imagine par les
Poctes. Peut-on desirer l'éclat extérieur
des brillantes vanités, quand la vertu
fait trouver le plaisir dans le travail, &
le bonheur dans la pauvreté ? Le ciel, il
est vrai, ne vous a pas fait naître dans
les vallées délicieuses de la Thessalie:
les nuages, qui vous couvrent, sont char-
gées de neiges & de foudre : un long
hyver abrege vos printems tardifs, & vos
froids vallons sont entourés d'une glace
éternelle; mais la pureté de vos moeurs
adoucit ces incommodités, la rigueur
même des Elémens augmente votre
bonheur.
Peuples heureux & contens, à qui le
1752.
MARS.
87
Destin favorable a refusé l'abondance
cette riche source de tous les vices. Celui
qui est satisfait de son état, trouve son
bonheur dans l'indigence même, pendant
que la pompe & le luxe sapent les fon-
demens des Etats. Dans le tems que Ro-
me comptoit ses victoires par ses com-
bats, le lait faisoit la nourriture des Hé-
ros, & ses Dieux habitoient des Tem-
ples de bois. Mais lorsque les richesses
devinrent immenses, l'ennemi le plus
foible confondit bientôt fon lâche or-
gueil. Garde-toi d'aspirer à quelque chose
de plus grand, ta prospérité durera aussi
long-tems que la fimplicité de tes moeurs.
La Nature, il est vrai, couvre de
pierres ton Pays raboteux, mais ta cha-
fue s'ouvre un passage, & tes grains
meurissent. Elle éleva les Alpes pour te
séparer du monde, parce que les hom-
mes procurent aux hommes les plus
grands malheurs. L'eau pure est ta bois-
fon, & le lait fait ta nourtiture, mais
l'appétit ptête du goût aux glands mê-
mes. Les mines profondes de tes mon-
tagnes ne te donnent qu'un fer grossier;
mais le Pérou t'envie ta pauvreté. Tou-
tes les peines sont légéres, où regne
la liberte, les rochers y portent des
88 MERCURE DEFRANCE.
fleurs, & Borée y radoucit son soufse
impétueux.
Heureux, qui est privé de ces avanta-
ges dangereux: les richesses nont aucun
bien qui égale votre indigence. Chez
vous l'union habite dans des ames paci-
fiques, parce que la vanité séduisante n'y
seme jamais des pommes de discorde. Ici
le plaisir n est accompagné d'aucune crain-
te inquiéte, on aime la vie sans hair la
mort. La raison y regne guidée par la Na-
ture, elle ne cherche que le nécessaire,
& regarde le superfsu comme une charge
pesante: on observe ici sans étude & sans
contrainte ce qu'Epictete pratiqua, &
ce que Seneque ne fit qu'enseigner.
Ici l'on ne connoît point ces distinctions
inventées par l'orgueil, qui assujettissent
la vertu, & qui annoblissent le vice;
l'oisiveté chagrine n'y fait pas craindre la
longueur des heures, le travail remplit le
jour, & le repos occupe la nuit: un esprit
sublime ne s'y laisse pas éblouir par l'am-
bition, les soins de l'avenir n'empoison-
nent point les plaisirs du présent. La liber-
té dispense d'une main impartiale, & avec
une mesure toujours égale, le contente-
ment, le repos & la peine. Aucun esprit
mécontent naccuse ici la fortune, on
oogle
red b
MARS. 1752.
89
mange, on dort, on aime, & l'on rend
grace à son Destin.
Le sçavoir n'étale point ici ses trésors
dans les livres; on ne mesure pas les
chemins de Rome & d'Athènes, on
ne soumet point la raison aux loix de
l'Ecole, & personne ne prescrit au Soleil
la route qu'il doit suivre. Mais qu'y per-
dez-vous ? Le Sage vit-il avec plus de
contentement? Il connoît la structure du
monde, mais il meurt sans se connoître
lui-même. Sans triompher de la volupté,
il s'en refuse les douceurs, & sa délicatesse
le dégoûte de son sort; c'est dans le coeur
des hommes, & non pas dans le cer-
veau que la Nature a gravé l'art de bien
vivre.
La fortune inconstante ne distingue
point chez vous les tems. Les larmes n'y
succedent pas à une joie passagere: la vie
s'écoule dans une paix inaltérable, le pré-
sent ressemble au passé, & l'avenir sera
comme le présent. Aucune disgrace ne
marque ici les jours d'une distinction fu-
neste, comme une fortune subite n'en
met point au nombre des fêtes. Les plai-
sirs & les peines de la vie se soutiennent
dans une balance égale, & il ny a point
d'époque entre la naissance & la mort.
A peine la gaieté arrache-t-elle quelques
30 MERCUREDEFRANCE.
momens à ce peuple, uniforme dans ses
devoirs.
Quand les tiédes zéphirs commencent
à faire sentir leurs haleines, & qu'un
sang plus vif ranime la jeunesse, tont un
village s'assemble sous l'ombre d'un grand
chêne, l'adresse & la beauté y vont mé-
riter l'applaudissement & l'amour: ici
deux jeunes combattans se saisissent, &
lutrent avec effort, le sérieux se mêle au
badinage. Là poussée d'une main vigoureu-
se, une pierre pesante vole au travers de
l'air au but marqué. Un berger, guidé par
une espérance plus relevée, s'avance vers
la troupe attrayante des jeunes Bergeres.
Ici le plomb past avec une vitesse pa-
reille à la foudre, l'éclair brille, & dans
le même instant l'ait & le but sont percés.
Là une boule roule en bondissant dans
une ligne prescrite, frappe au terme choi-
si. Ici une troupe bigarée foule l'herbe
naissante, en s'entrelaçant les mains &
en dansant au son de la musette; l'art ne
seur apprend pas à se tourner en caden-
ce, mais la gaieté leur prête des alles. Les
vieillards se reposent dans une autre
place; ils forment de longues lignes, &
le plaisir de leurs enfans ranime leur
cœeur.
Car ici où la nature seule donne des
MARS. 1752.
9
Joix, aucune contrainte ne borne l'agréa-
ble empire de l'amour; on aime sans hon-
to ce qui est aimable; le mérite rend
tout estimable, & l'amour rend tout égal.
La beauté est adorée même dans la pau-
vreté; l'on ne vend point les faveurs pour
les richesses; l'ambition ne sépare jamais
ce que le mérite & la tendresse ont uni;
la politique ne forme pas des liens mal-
heureux; l'amour brule sans gêne, & ne
cramt point d'orage; on aime pour soi-
même, & non pout des parens ambi-
tieux.
Dès qu'an jeune Berger éprouve cette
doute flamme, que les beaux yeux d'un
objet aimé allument dans un coeur sensible,
la crainte ne l'arrête point, un discours
sincere déclare son tourment; la Bergere
l'écoute, & si la flamme du Berger mérite
d'être couronnée, elle avoue ses senti-
mens, & répond à ses desirs. Les tendres
mouvemens ne deshonorent point les bel-
les, quand l'agrément les a produits, &
que la vertu les soutient. Refus d'une
fausse pudeur, singe de la véritable chas-
teté, l'orgueil ne vous a créé que pour
notre suplice.
Ici les désirs de deux Amans ne sont
point gênés par une vaine pompe, un
amour réciproque acheve le contrat; sou-
92 MERCUREDEFRANCE.
vent le contrat n est confirmé que par
la fidélité de deux Amans; de simples
promesses tiennent lieu de ferment, &
un baiser en est le sceau. Le tendre rossi-
gnol les salue d'une branche voisine; la
volupté leur prépare un lit sur la mousfe
mollement enflée, un arbre leur sert de
rideaux, la solitude est leur témoin, &
l'amour conduit l'épouse entre les bras de
son berger. Amans fortunés, dignes de
l'envie des Princes, la tendtesse embau-
me le gazon, & le dégoût regne sur
la soye.
Dans ces lieux charmans la foi con-
jugale n est jamais violée, elle n'a pas be-
soin de gardes, la pudeur & le bon sens
veillent sur elle; la curiosité ne porte
point aux plaisirs défendus, celle que
Ton aime est encore belle après la jouis-
sance. Le chaste amour répand des roses
sur les travaux. Le devoir a des charmes,
quand on travaille pour ce qu'on aime.
Si l'on napprend pas l'art d'aimer suivant
les regles, le langage le plus rustique est
doux, pourvû que ce soit le cœeur qui
parle. La complaisance & le badinage,
ai mables compagnes de l'union, animent
les baisers, & regnent dans les coeurs.
Eloignée de la vanité des occupations
pénibles & du tumulte des Villes, la
MARS. 1752.
95
tranquilité de l'ame habite dans ces
lieux. La vie active de ces peuples aug
mente la force de leurs corps robustes;
ils ne s'engraissent point d'une oisiveté
paresseuse, le travail les éveille, le même
travail tranquilise leurs esprits, le plaisir
& la santé adoucissent leurs peines. Un
sang pur coule dans leurs veines, aucun
poison héréditaire, fruit des déréglemens
d'un pere vicieux, ne s'y est glissé; il
n'est ni corrompu par le chagrin, ni en-
flâmé par des vins étrangers, ni gâté par
un venin lascif, ni aigri par des ragoûts
artificieux.
Dès que le rude aquilon a perdu
l'empire des airs, dès qu'une sêve animée
pénêtre les plantes, & que la terre s'orne
d'une nouvelle parure, qu'un doux zé-
phir lui apporte sur des aîles échauffées
dans des climats plus doux; aussi-tôt le
peuple fuit les vallons, dont la neige s'é-
coule en formant des ruisseaux d'une eau
trouble: il s'empresse à retrouver sur les
Alpes l'herbe printanniere, qui pousse à
peine à travers la glace. Le bétail qui qui-
te l'étable, salue avec joie la montagne,
ornée pour son usage par le printems &
par la Nature.
Aussi-tôt que les allouettes annoncent
la naissance du jour, & que la lumiete du
Digsinas vOO
94 MERCURE DEFRANCE.
monde nous jette ses premiors regards, le
berger s'arrache aux caresses de son épou-
sse, qui hait son départ, sans le retarder.
Les lents troupeaux de ses génisses mar-
chent pesamment devant lui avec un mu-
gissement joyeux, sur des sentiers cou-
verts de rosées, ils se promenent sans se
hâter dans les prairies, où fleurissent le
tresse & le sainfoin, en fauchant l'herbę
tendre avec des langues tranchantes. Le
Berger assis auprès d'une chûte d'eau, ap-
pelle du cor les échos des environs.
Lorsque les rayons obliques allongent
les ombres, & que le Soleil fatigué se
baisse pour rappeller un repos rafraîchis-
sant, le troupeau rassassié, regagne avec
un meuglement confus ses gîtes ordinai-
res, la Bergere salue son mary, qui la
revoit avec plaisir; là la troupe empressée
des enfans badine & se réjouit autour de
lui, & dès que l'écume du lait est tirée,
le couple fatigué va goûter un repas rus-
tique: l'appétit donne du goût à ce que
la simplicité a préparé, le sommeil & l'a-
mour les menent à leur couche paisible.
Quand la chaleur de l'été commence à
bruler la campagne, & que l'espoir des
peuples meurit dans la couleur blonde des
prés, le Berger industrieux vole dans les
vallons couverts de rosées, avant même
MARS.
1752.
95
qu elau rore ait doré le sommet des mon-
tagnes. Flore est chassée de son aimable
royaume, la parure de la terre tombe sous
les coups obliques de la faulx, une odeur
agréable composée de mille odeurs diffé-
rentes s'élève des rangs émaillés des her-
bes abattues. Les boeuts amenent d'un pas
pesant la provision de l'hyver, & leur
marche est accompagnée de chansons que
dicte la joie.
Quand la triste Automne fait tomber les
feuilles fanées, & que l'air plus frais
s'enveloppe danodes brouillards épais, le
sein de la terre se pare d'une décoration
nouvelle. Pauvre en éclat & en fleurs
elle est riche en production utile. L'agréa-
ble coup d'œeil du printemps cede à des
biens plus solides. Les fruits brillent à la
place des fleurs, des pommes d'or parse-
mées de rayes pourprées, font ployer la
branche étayée pour s'approcher de la
bouche, la poire parfumee, les prunes
aussi douces que le miel, invitent la main
du Maître & l'attendent sur l'arbre.
L'Automne ne couronne pas ici les cô-
teaux de ses vignes, on n'y presse point
des grapes foulées un jus qui fermente.
La terre ne présente à la soif que des fon-
taines; aucunes liqueurs artificielles ne
nous précipitent dans le tombeau. Ne
Niues VO
96 MERCUREDEFRANCE.
vous plaignez pas, Peuples heureux, vous
gagnez en paroissant perdre. Ce n est pas
d'un bien ni d'une boisson nécessaire,
c'est d'un poison que vous êtes privés. La
bienfaisante Nature a défendu le vin aux
bêtes, l'homme seul en boit, & devient
brute. Le Destin qui s'interesse pour vous
a caché à vos yeux le chemin qui vous
conduiroit à la ruine.
Votre Automne ne manque pas de trè-
sors que l'industrie & la vigilance vous
font trouver sur les montagnes les plus
élevées. Dès l'aube du jour, quand les
brouillards tombent, le Chasseur fait re-
tentir son cor, & appelle l'écho, l'enfant
des rochers. Là un daim timide à qui
la peur donne des aîles, franchit d'un
saut le vaste intervalle de deux rochers. Un
plomb rapide arrête la course d'un cha-
mois agile; un chevreuil léger fuit, chan-
celle, & va tomber. Les cris de la meu-
re, l'éclat mortel du métal raisonne dans
les vallons couronnés, & fait retentit
les bois.
Pour ne pas être surpris par l'hyver, le
peuple laborieux tire du lait le pain des
Alpes. Ici le lait s'épaissit sur la braise ar-
dente, il se condense, & se change en
huile figée. Une liqueur acide sépare l'eau
de la graisse. Ici l'on cuit la seconde prise
pour
MARS.
1752.
97
pour les Pauvres, & là le nouveau froma-
ge prend sa forme dans un cercle de bois.
Tout le ménage y prête la main; on au-
roit honte de ne pas s'occuper, il n'est
point d'esclavage plus pénible que l'oi-
liveté.
Lorsque la tetre est enterrée sous le
froid, que les vallons sont couverts de
glace, & les montagnes de neige, que les
champs épuisés se reposent pour une nou-
velle récolte, & qu'une digue de cristal
arrête le cours des eaux; le Berger se re-
tire dans sa cabane chargée de neige, la
fumée des pins résineux y noircit les pou-
tres desséchées; un doux repos le dédom-
mage de la peine qu'il a souffert, les
jours s'écoulent sans soucil au milieu des
jeux, & lorsque ses voisins s'assemblent au-
tour du foyer, leurs entretiens méritent
l'attention d'un Philosophe.
Un Berger apprend à la compagnie à
prévoir le tems que les nuages nous pré-
parent, il prédit la route des vents &
des tempêtes, & il voit de loin l'orage
qui s'approche. Il connoît l'influënce de
la lune, & l'effet de ses couleurs, il dis-
cingue les menaces d'un brouillard, qui
sort d'une montagne avec le jour. Il comp-
te dès le printems les gerbes d'une mois-
son éloignée, & pendant que tout le
98 MERCUREDEFRANCE.
monde est occupé à faucher, il s'arrête
pour éviter une pluie prochaine: il est
l'Oracle du hameau, sa décision inspire
de la confiance, & l'expérience lui tient
lieu de mille livres.
Un jeune Berger accorde sa lyre, &
l'accompagne d'une chanson nouvelle,
un doux transport l'anime, la nature &
l'amour lui inspirent une flâme sécrette
qui brule dans le coeur, & que l'att ne
scauroit imiter. L'étude n'a point de part à
les éclogues, son génie convient à son
état, & sa chanson dépeint son génie ;
les moutons sont l'objet de ses vers, & sa
muse parle comme sa Bergere, le coeur lui
dicte ce qu'il chante, sa belle est son
Appollon, c'est le sentiment qui fait la
Poësie, & non pas des sons mesurés.
Tantôt c'est un vieillard qui prend la
parole; des cheveux gris asbutent un nou-
veau poids à ses discours: nos Peres l'ont
déja vu, le fardeau d'un siécle n'a affoibli
que son corps, il a donné des forces à
son esprit. Exemple vivant de nos Ancê-
tres hétoiques qui, la foudre à la main,
avoient Dieu dans le coeur, il peint les
batailles, compte ses drapeaux conquis,
retrace les remparts des ennemis, & dé-
crit les victoites qu'il a aidé à remporter.
La jeunesse étonnée l'écoute attentive-
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MARS. 1752.
92
ment, elle marque dans ses gestes une no-
ble impatience de surpasser sa gloire.
Un autre vieillard également vénéra-
ble, est la loi vivante & la régle de son
peuple; il apprend à ses voisins comment
le monde entier s'est soumis lâchement au
joug, & comment le luxe des Princes
consume les forces des peuples. Il retrace
le courage audacieux de Tell, qui osa
briser ce joug pésant, sous lequel la moi-
tié de l'Europe gémit encore. Il fait sentit
la misere de nos voisins, qui gémissent
dans la pauvreté & dans les chaînes. L'Ita-
lie na que des Habitans indignes & mal-
heureux: l'union, la fidélite & le cou-
rage attachent les alles de la fortune à l'e-
tat le plus foible.
Un cercle d'Auditeurs s'assemblent an-
tour d'un vieillatd vigoureux, qui fonde
la nature, & qui en connoît toutes les
beantés. Ses recherches, ont épuisé les
vertus merveilleuses des plantes & leurs
formes variées; il jette des regards péné-
trans dans les voûtes souterraines; en vain
la. terre dérobe l'or à sa vue. Il perce l'air, &
voit ces vapeurs chargées de soufre, qui ren-
ferment dans leur sein humide un tonnerre
qui gronde avec fureur. Il connoît sa Pa-
trie, ses yeux y trouvent tous les jours
de nouveaux trésors.
E ij
190 MERCUREDEFRANCE.
Car ici, où le sommet de Golthard
perce les nues, où le Soleil éclaire de plus
près un monde ésevé, la Nature variée a
renfermé dans un petit Pays tout ce que la
terre peut produire de curieux. La Lybis
offre plus souvent de rares objets, & fes
déserts voyent tous les jours quelques
monstres nouveaux; mais le Ciel plus fa-
vorable à notre Patrie, lui fournit ses
dons secourables, & ne lui refuse que le
superflu & l'inutile. Ces glaces mêmes qui
s'amoncelent entre les montagnes, ces ro-
chers escarpes sont faits pour notre usage:
ils produisent les fleuves qui arrosent les
plaines fertiles.
Quand les premiers rayons du Soleil do-
rent les pointes des rochers, & qu'un de
ses regards dissipe les brouillards, on dé-
couvre du sommet d'une montagne avec
un plaisir toujours nouveau. Le spectacle
le plus superbe de la Nature, le théâtre
d'un monde entier s'y présente dans un
instant au travers des vapeurs transparen-
tes d'un nuage léger. Le séjour immense
de plusieurs peuples se découvre à la fois.
Une agréable confusion nous force à fer-
mer les yeux, trop foibles pour parcourir
un cercle sans bornes qui s'étend sous
nos pieds.
Un mélange agréable de montagnes,
101
MARS.
1752.
de lacs & de rochers, s'offre à la vue,
les couleurs s'en affoiblissent peu à peu;
mais, on y distingue mille objets. L'éloi-
gnement est terminé par des hauteurs, où
de sombres forêts étouffent les derniers
rayons. Une montagne peu éloignée pré-
sente des collines qui s'élevent insensible-
ment; le mugissement des troupeaux en fait
retentir les vallons. Un lac qui s'étend en-
tre les montagnes offre un mitoir immen-
se, une lumiere tremblante brille sur ses
flots unis. Là les vallons tapissés de verdure
souvrent à la vue, ils forment des replis-
qui se rétrécissent dans l'éloignement.
Une montagne chauve revet ses préci-
pices d'une glace éternelle, qui sembla-
ble au cristal., renvoye les rayons du So-
leil; la chaleur brûlante de la canicule
fait de vains efforts contr'elle. Une autre
montagne fertile se couvre de pâturages
abondans; sa pente insensible brille de
l'éclat des bleds qui meurissent, & ses co-
teaux sont couverts de cent troupeaux.
Des climats si opposés ne sont séparés que
par un vallon étroit qu'habite une ombre
toujours fraîche.
Là une montagne escarpée & taillée en
précipices aussi rapides que des murs; un
trrent passe avec fureur entre les rochers
H tombe par une ouverture, une chûte-
E iij.
102 MERCUREDEFRANCE.
suit l'autre, ses flots écumeun s'élancent
avec une force impétueuse au delà du roc.
L'eau dispersée par la vitesse de sa chûnte
profonde, forme une vapeur grise & mo-
bile, qui est suspendue dans un ait épais-
si: un arc-en-ciel brille au travers de ces
gouttes légéres, & la vallée éloignée s'ab-
breuve d'une rosée continuelle. L'Etranger
voit avec lurprise des rivieres couler dans
les airs, qui sortent des nues, & forment
elles mêmes des nuages.
L'œeil éclairé par l'art & par la science,
ne sçauroit s'arrêter ici sana trouver une
merveille qui l'arrête & qui l'étonne.
Portez le flambeau de la Physique jusques.
dans le sein de la terre, vous verrez l'ar-
gent végeter dans les mines, vous y dé-
couvriroz l'or qui enrichit nos rivieres:
parcourez l'aimable empire des plantes bi-
garées qu'un zéphir amoureux couronne le
matin des perles de la rosée, vous trouvo-
rez par tout des beautés toujours différen-
tes, & vous découvrirez tous les jours
des trésors sans les épuiser.
L'astre du jour perce les brouillards lé-
gers, il essuie du front de la terre les
iarmes que les nues y ont répandues :
voyez les plantes qui brillent d'un éclat
nouveau qui nage sur les feuilles, & qui
rafraîchit la Nature. L'air se remplit
«
MARS.
1752.
103
d'une odeur agréable; c'est un tribut que
les enfans de Flore payent aux doux zé-
phirs. Les fleurs panachées semblent se dis-
puter le rang, un vif azut combat l'or d'une
plante voisine; une montagne entiere pa-
roît un tapis de verdure brodée d'arcs-
en-ciel.
La noble gentiane élève sa tête altiero
au dessus de la foule rampante des plan-
tes plébéiennes, tout un peuple de fleuts
se range sous son étendart, son frere men-
me couvort d'un tapis bleu s'humilie de-
vant elle. L'or de ses fleurs est formé en
rayons; il embrasse sa tige, ses feuillles
rayées d'un verd foncé, brillent du feu
d'un diamanr humide. La Nature y suit la
plus juste des loin; elle unit la vertu
avec la beauté, un beau corps renferme
une ame encore plus be He.
Ici une plante rampante étale ses feuilles
cendrées, qui formées en pointes par la
Mature, sont rangées en croix, sa fleur
porte deun becs dorés, qui soutiennent
un oiseau d'Améthiste: là une herbe lui-
ante, dont les feuilles imitent des mains,
voit son image verte refléchie sur une
onde pure: là la tendre neige de ses fleurs
omnée d'une pourpre affoiblie, est envi-
ronnée de rayons blancs d'une étoile so-
lide. L'émeraude: & la roze fleurissent jus-
....
Eun
104 MERCURE DE FRANCE.
ques dans les bruyeres qu'on foule aub
pieds, & les rochers se couvrent d'un
tapis de pourpre.
Dans les lieux mêmes où le Soleil ne
jette jamais ses doux regards, une glace
éternelle prive le vallon désolé de l'hon-
neur de la verdure, le sein des rochers est
orné d'une parure, que le tems ne flétrit
jamais, & que l'hyver ne peut lui enle-
ver. Le limon humide forme des voutes
d'un cristal brillant & des grottes natu-
relles; un roc de diamant où se jouent
mille couleurs éclate à travers l'air téné-
breux, & l'éclaire de ses rayons. O ri-
chesses de la Nature! disparoissez foibles
productions de l'Italie; ici le diamant de
l'Europe porte des fleurs, il croît, & for-
fhera bientôt un rocher solide.
Vous voyez un vallon formé par des
glaces d'uue hauteur immense, le froid
aquilon y a élevé son trône glacé. Une
riche source en sort, son onde est brulan-
te, elle roule ses flots fumans à travers
l'herbe flétrie, & brûle tout ce qu'elle
touche. Son eau transparente est chargée
de métaux liquides: un fer salutaire dore
sa route, le sein de la terre l'échauffe,
& ses veines bouillonnent par le combat
intérieur des élémens: en vain les vents
& la neige conjurent contre ses flots, le
MARS. 1752. 105.
fou est leur essence, & ses ondes ressem-
blent aux flâmes:
Là où le rapide Avançon entraîne des
forêts dans les goufres écumeux de ses-
ondes, les montagnes voisines fournis-
sent des sources souterraines qui fondent
le sel des rochers: une colline creuse,
voûtée d'albâtre renferme cette mer dans.
des bassins profonds; mais ses eaux ron-
gent le ciment du marbre, pénétrent les:
fentes des rochers, & S'empressent à sor-
tir pour notre usage; l'assaisonnement de-
la Nature, le plus grand trésor d'un pays,
so présente de lui-même, il se hâte de
venir au devant de nos besoins.
La Fourche produit de ses cimes gla-
cées, les plus grands fleuves de l'Europe,.
& les eaux qu'elle verse, nourrissent les-
deux mers. L'Aure y prend sa source,
qui se précipite avec un bruit terrible,
& des chûtes rapides par des rochers cou-
verts d'écume: les riches mines Ves Alpes:
dorent sa course; elle mêle à ses ondes
cristallines le métal le plus précieux; le-
fleuve chargé d'or en jette sur, ses bords-
des grains solides, comme un sable gri-
sâtre. couvre les rivages ordinaires:: le-
Berger voit ses trésors: quel exemple-
pour le monde! Il les voit, il les laisse-
couler.!
Ew
106 MERCUREDE FRANCE.
Aveugles mortels, que l'avarice, l'am-
bition & la volupté amorcent par de
vains appas jusqu'au bord du tombeau,
vous qui empoisonnez les plaisirs bornés
d'une vie passagere, par des soins tou-
jours nouveaux, & par des peines inuti-
les: vous qui méprisez le tranquille bon-
heur de la médiocrité, qui demandez plus
au Destin que la Nature n'exige de vous,
& qui prenez pour des besoins, ce que
la folie vous fait souhaiter: croyez-moi,
une étoile rayonnante ne rend pas heu-
reux; un colier de perles nenrichit pas
le coeur: voyez ce peuple que vous mé-
prisez; il est content au milieu des tra-
vaux & de la pauvreté; apprenez de lui,
que la Nature suffit pour nous rendre
heureux.
Malheureux, ne vantez pas la fumée
de vos villes, où la malice & la trahison,
se parent du masque de la vertu. La pom-
pe qui vous environne, vous retient dans
des chaînes d'or, elle accable celui qu'el-
le couvre, & n'a du brillant que pour
des yeux étrangers. L'ambition entraîne
sos esclaves avant le lever du Soleil, aux
portes fermées des citoyens puissans. La
soif insatiable d'un profit inutile vous
ravit le repos de la nuit. Le feu céleste de
l'amitié ne sçauroit s'allumer dans vo-
Digsiened vOO
MARS.
1791.
16
ames, car l'envie & l'intérêt desunissent
les cœurs des freres.
C'est là qu'un tyran inhumain se Joue
de la vie de ses esclaves; sa pourpre est
teinte du sang de ses sujets: la calomnie,.
la haine & le mépris payent la vertu de
honte, & l'envie enflée de venin ronge
le bien de son voisin; la volupté abrége:
des jours qui s'échapent à nos plaisirs, &
le tonnerre éclate autour de son lit somé-
de roses: l'avarice couvre des trésors ra-
massés pour son suplice, & pour celui
des autres humains; des trésors dont per-
sonne ne jouit moins que celui qui les
possede: les desirs succedent aux cha-
grins, votre vie entiere n'est qu'un fon-
ge inquiet.
Peuple heureux, la noire engeance:
des vices ne s'empara jamais de vos coeurs,.
la Nature vous rassasie de ses biens, ils-
s'offrent d'eux mêmes, l'opinion ne les-
rend pas difficiles, & la jouissance ne les:
change pas en dégoûts; aucun ennemi
fecret ne ronge vos corurs, & la repen-
tance tardive ne paye point vos plaisira:
de larmes de sang; le torrent impétueuxt
des passions, à qui la raison des Philo-
sophes oppose de foibles barrieres, ne-
vous entraine jamais, rien ne vous abbais--
se, rien ne vous élexe, votre vie est tou-
Evj.
108 MERCURE DE FRANCE.
jours égale, & votre mort est aussi unie
que votre vie.
Heureux qui comme vous laboure son.
héritage avec des bœeufs qu'il a élevés lui-
même; qui couvert d'une laine pure, &
couronné de guilandes, se contente d'un
simple repas de lait doux, à qui lè soufse
agréable des zéphirs, & la frascheur des
cascades font goûter un sommeil tranquile
sur le tendre gazon; que jamais le bruit
des vagues furieuses n eveille sur les mers.
irritées, ni le son des trompettes fatales
sous des tentes voisines de la mort; con-
tent de son sort, il nen souhaite point
d'autre assurément, le Ciel ne peut rien.
ajoûter à son bonheur.
Fermer
45
p. 163-174
EXTRAIT DU DEVIN DE VILLAGE.
Début :
COLIN. M. Jeliotte. COLETTE. Mlle Fel. LE DEVIN. M. Cuvillier. [...]
Mots clefs :
Colin, Colette, Devin, Coeur, Amour, Bonheur, Divertissement, Berger, Musique, Intermède, Village, Aimer, Serviteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DU DEVIN DE VILLAGE.
EXTRAIT
DU DEVIN DE VILLAGE,
ACTEUR S.
COLIN.
COLETTE.
LE DEVIN.
M. Feliotte.
Mlle Fel.
M. Cuvillier.
Colette & avere la Scene par
Olette foupirant & s'effuyant les yeux
>
un Monologue qui peint fa naïveté , fa
tendreffe pour Colin , & la douleur qu'el
le reffent de fon infidelité .
J'ai perdu tout mon bonheur ,.
164 MERCURE DE FRANCE .
J'ai perdu mon ferviteur
Colin me délaifle ,
Hélas il a pû changer !
Je voudrois n'y plus fonger :
J'y fonge fans ceffe.
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur,
Colin me délaiffe.
Il m'aimoit autrefois , & ce fut mon malheur ;
Mais quelle eft donc celle qu'il me préfere ?
Elle est donc bien charmante ! Imprudente berge
re ,
Ne crains- tu point les maux que j'éprouve en ce
jour ?
Colin à pû changer, tu peux avoir ton tour.
Que me fert d'y rêver fans ceffe ,
Rien ne peut guérir mon amour
Et tout augmente ma triftefle :
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur ,
Colin me délaiffe.
Colette va trouver le Devin du canton
, pour fçavoir le fort de fon amour ,
& tandis que le Devin s'avance gravement ,
Colette compte dans fa main de la monoye
; puis elle la plie dans un papier &
la préfente au Devin , après avoir un peu
hélité à l'aborder.
AVRI L.
165
1753.
Colette d'un air timide.
Perdrai - je Colin fans retour ?
Dites-moi s'il faut que je meure.
Le Devin apprend à Colette que la Da
me du lieu , moins belle , mais plus adroite
qu'elle , a fçû par des préfens captiver
Colin , qui aime à fe parer. Il lui fait ef
perer en même tems qu'il le ramenera à fes
pieds.
Colette.
Si des galans de la Ville
J'euffe écouté les difcours ,
Ah qu'il m'eût été facile
De former d'autres amours !
Mife en riche Demoiselle
Je brillerois tous les jours ,
De rubans , & de dentelle
Je chargerois mes atours.
Pour l'amour de l'infidele ,
J'ai refuſé mon bonheur :
J'aimois mieux être moins belle ;
Et lui conferver mon coeur.
Le Devin.
Je vous rendrai le fien , ce fera mon ouvrage ;
Yous , àle mieux garder appliquez tous vos foins,
Pour vous faire aimer davantage ,
Feignez d'aimer un peu moins,
L'Amour croît s'il s'inquiette ,
166 MERCURE DE FRANCE
Il s'endort s'il eft content ,
La bergere un peu coquette
Rend le berger plus conftant.
Colette promet de s'abandonner aux
fages leçons du Devin , qui après fon départ
, fait connoître dans un Monologue
qu'il la trompe , & que toute la fcience n'eſt
fondée que fur ce qu'il a appris de Colin :
ce Berger vient le trouver & lui dire qu'il
quitte la Dame du lieu , & préfere Colette
à des biens fuperflus.
Le Devin.
Colin , il n'eft plus tems , & Colette t'oublie
Colin.
Elle m'oublie , & Ciel ! Colette a pû changer,
Le Devin
Elle eft femme , jeune & jolie
Manqueroit-elle à ſe venger ?
Colin.
Non , Colette n'eft point trompeufe ;
Elle m'a promis la foi ,
Peut-elle être l'amoureufe
D'un autre berger que moi ?
Le Devin lui annonce que ce n'eft point
un berger , mais un beau Monfieur de la
Ville que Colette lui préfere ; Colin demande
en grace au Devin de lui apprendre
AVRI L. 1753. 167
coup affreux qu'il re- le moyen d'éviter le
doute , le Devin lui ordonne de le laiffer
feul un moment confulter ; il tire enfuite
de fa poche un Livre de grimoire ,
un petit bâton de Jacob , avec lefquels il
fait un charme. De jeunes payſannes qui
venoient le confulter laiffent tomber leurs
préfens , & le fauvent toutes effrayées en
voyant fes contorfions . Il dit après à Colin
que le charme eft fait , & que Colette
va paroître.
Colin.
A l'appailer pourrai -je parvenir ?
Hélas ! voudra-t- elle m'entendre
Le Devin.
Avec un coeur fidele & tendre
On a droit de tout obtenir.
à part.
Sur ce qu'elle doit dire allons la prévenir.
Colin refté feul , fe livre à l'efperance
de pofféder Colette qu'il regarde comme
le fouverain bien.
Quand on ſçait aimer & plaire ,
A-t-on befoin d'autre bien ?
Rends-moi ton coeur , mabergere
Colin t'a renda le fien,
Mon chalumeau , ma boulette
168 MERCURE DE FRANCE.
Soyez mes feules grandeurs ,
Ma parure eft ma Colette ,
Mes trésors font fes faveurs.
Qué de Seigneurs d'importance
Voudroient bien avoir fa foi !
Malgré toute leur puiſſance
Ils font moins heureux que moi.
Colette arrive parée , Colin l'apperce→
vant ne fçait s'il doit fuir , ou lui parler ,
& après avoir bien héſité , il l'aborde d'un
ton radouci , & d'un air moitié riant , &
moitié embaraflé.
Ma Colette , êtes- vous fâchée ?
Je fuis Colin , daignez me regarder,
Colette.
Colin m'aimoit , Colin m'étoit fidele ,
Je vous regarde , & ne vois plus Colin.
Colin.
Mon coeur n'a point changé ; mon erreur trop
cruelle
Venoit d'un fort jetté par quelque efprit malin
Le Devin l'a détruit , je fuis malgré l'envie
Toujours Colin , toujours plus amoureux.
Colette.
Par un fort à mon tour , je me fens poursuivie
Le Devin n'y peut rien.
Colin.
Que je fuis malheureux!
Colette.
AVRIL.
169 1753.
- Colette.
D'un amant plus conftant ,
Colin.
Votre infidélité ,
Ah de ma mort fuivie ,
Colette .
Vos foins font fuperflus , ´
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
Ta foi ne m'eft point ravie :
Non , confulte mieux ton coeur ,
Toi-même en in'ôtant la vie ,
Tu perdrois tout ton bonheur .
Hélas !
Colette à part.
à Colin.
Non , vous m'avez trahie ,
Vos foins fout fuperflus ,
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
C'en eft donc fait , vous voulez que je meure ,
Et je vais pour jamais m'éloigner du hameau .
Colette rappellant Colin qui s'éloigne lentement
.
Colin
Colin.
Quoi?
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Colette.
Tu me fuis ?
Colin.
Faut -il que je demeure ,
Pour vous voir un amant nouveau ?
Colette,
Tant qu'à mon Colin j'ai fçû plaire ,
Mon fort combloit mes défirs .
Colin.
Quand je plaifois à ma bergete ,
Je vivois dans les plaifirs .
Colette.
Depuis que fon coeur me méprife ,
Un autre a gagné le mien .
Colin.
Après le doux noeud qu'elle briſe ,
Seroit- il un autre bien !
D'un ton penétré.
Ma Colette fe dégage.
Colette.
Je crains un amant volage .
Enſemble.
Je me dégage à mon tour ,
Mon coeur devenu paifitle ,
Oublira , s'il eft poffible ,
AVRI L. 1753.
171
cher
Que tu lui fus
un jour.
chere
Colin.
Quelque bonheur qu'on me promette
Dans les noeuds qui me font offerts ,
J'euffe encor préféré Colette
A tous les biens de l'univers .
Colette.
Quoiqu'un Seigneur jeune , aimable ,
Me parle aujourd'hui d'amour
Colin m'eût femblé préférable
A tout l'éclat de la Cour.
Colin tendrement.
Ah Colette !.
Colette avec unfoupir.
Ah berger volage !
Faut-il t'aimer , malgré moi !
Colin fe jette aux pieds de Colette , elle
lui fait remarquer à fon chapeau un ru
ban fort riche qu'il a reçu de la Dame.
Colin le jette avec dédain ; Colette lui en
donne un plus fimple dont elle étoit parée
, & qu'il reçoit avec tranfport.
A jamais Colin
Enfemble.
je t'engage ,
t'engage ,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Mon
Son
}
coeur &
{
ma
foi.
fa
Qu'un doux mariage
M'unifle avec toi :
Aimons toujours fans partage ,
Que l'amour foit notre loi .
Le Devin revient en leur difant qu'il
les a délivrés d'un cruel maléfice ; ils lui
offrent chacun un préfent , & le Devin
recevant des deux mains , leur répond galamment
qu'il eft affez payé s'ils font heurcux
.
Le Divertiffement commence par un
Choeur , & Colin chante cette Romance
au milieu du Divertiffement.
Dans ma cabane obfcure
Toujours loucis nouveaux ,
Vent , Soleil , ou froidure ,
Toujours peines & travaux :
Colette , ma bergere ,
Si tu viens l'habiter ,
Colin dans fa chaumiere
N'a rien à regretter.
Des champs , de la prairie
Retournant chaque foir ;
Chaque foir plus chérie
Je viendrai te revoir :
AVRIL.
1753. 173
Du Soleil dans nos plaines
Devançant le retour ,
Je charmerai mes peines ,
En chantant notre amour.
Les paroles du Jaloux corrigé font de M. Coler
& la Mufique de M. Blavet. Le Récitatif de cet
Intermede François , eft à peu près dans le goût
du récitatif Italien , autant du moins que la différence
des Langues a pú le permettre ; & malgré
la prévention prefque générale de notre Nation
contre le récitatit Italien , il n'a point paru que
les Spectateurs ayent été extrêmement choqués
de ce premier effai . Les Ariettes de l'Intermede
ne font autre chofe que des parodies des meilleures
Ariettes de la Serva Padrone , du Joueur , & du
Maitre de Musique ; & quoique tranfplantées ,
pour ainfi dire , elles ont été trouvées en général
agréables , entr'autres celle de l'Echo , celle
de Non , non , Madame Orgon , & celle du Due.
On a trouvé dans le Divertiffement , qui eft en
entier de M. Blavet , de bons airs de violon , & le
Vaudeville fur tout a très-bien réuffi .
Le Public a été aflez jufte pour ne pas trouver
mauvais que M. Manelli & Mile Tonelli , qui
jouoient , l'un le rôle de M. Orgon , & l'autre
celui de Suzon , & qui chantoient du François
pour la premiere fois de leur vie , euffent une
prononciation finguliere : leur jeu a été d'ailleurs
affez vif. Mlle Victoire chargée du rôle de Mad .
Orgon , y a mis beaucoup de fineffe , de naturel
d'efprit & de bonne plaifanterie. Cet effai a été
affez heureux pour qu'on puiffe efperer que la jeune
Actrice fera retirée de la danfe où elle eft peu
néceflaire , pour le chant où elle fera fort utile..
Les amateurs nous ont paru fouhaiter générale-
Hinj
174 MERCURE DE FRANCE.
ment ce changement . L'exécution du Divertiffement
qui eft fort gai , a répondu à celle du refte
de l'Intermede , & Mrs Hyacinthe & Laval s'y
font diftingués , ainfi que Mlle Raix & M. Beat .
Les Paroles & la Mufique du Devin du Village
, font de M. Rouleau de Genève , fi connu
par le Difcours de Dijon , & par les autres Ouvrages
qui en ont été la fuite . Cet Intermede qui
avoit été joué à Fontainebleau au mois d'Octobre
dernier avec un fuccès prefque inoui , à été
bien reçu à Paris. La multitude a trouvé les chants
de cet Intermede très agréables , & les gens d'efprit
ont remarqué de plus dans fa Mufique une
fineffe , une vérité , une naïveté d'expreffion fort
rares . Mile Fel & M. Jeliotte y ont fait aux (pectateurs
, le même plaifir qu'ils ont coutume de
faire dans les rôles dont ils font chargés , & on
a fort regretté qu'ils ayent été doublés fi - tôt . Dans
le Divertiffement on a fur tout goûté la Pantomime
, dont la Mufique a paru pleine de caractère
, & dont la danfe parfaitement bien adaptée à
la Mufique , a été très bien exécutée par Mlle
Raix & par Mrs Veftris & Lani.
Le Mardi 11 , on a retiré le Jaloux corrigé après
fix repréfentations , & on continue à donner le
Devin du Village , précédé de la Serva Padrona , &
fuivi du Maître de Musique , deux Intermedes Italiens
qui avoient beaucoup réuffi dans la nouveauté
, & qui continuent à réuffir beaucoup dans
la reprife. Le Divertiffement que M. Blavet avoit
fait pour le Jaloux corrigé , termine agréablement
le nouveau Spectacle. Mr Delatour & Mlle
Jaquet , jouent les roles de Colin & de Collete
dans le Devin du Village.
DU DEVIN DE VILLAGE,
ACTEUR S.
COLIN.
COLETTE.
LE DEVIN.
M. Feliotte.
Mlle Fel.
M. Cuvillier.
Colette & avere la Scene par
Olette foupirant & s'effuyant les yeux
>
un Monologue qui peint fa naïveté , fa
tendreffe pour Colin , & la douleur qu'el
le reffent de fon infidelité .
J'ai perdu tout mon bonheur ,.
164 MERCURE DE FRANCE .
J'ai perdu mon ferviteur
Colin me délaifle ,
Hélas il a pû changer !
Je voudrois n'y plus fonger :
J'y fonge fans ceffe.
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur,
Colin me délaiffe.
Il m'aimoit autrefois , & ce fut mon malheur ;
Mais quelle eft donc celle qu'il me préfere ?
Elle est donc bien charmante ! Imprudente berge
re ,
Ne crains- tu point les maux que j'éprouve en ce
jour ?
Colin à pû changer, tu peux avoir ton tour.
Que me fert d'y rêver fans ceffe ,
Rien ne peut guérir mon amour
Et tout augmente ma triftefle :
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur ,
Colin me délaiffe.
Colette va trouver le Devin du canton
, pour fçavoir le fort de fon amour ,
& tandis que le Devin s'avance gravement ,
Colette compte dans fa main de la monoye
; puis elle la plie dans un papier &
la préfente au Devin , après avoir un peu
hélité à l'aborder.
AVRI L.
165
1753.
Colette d'un air timide.
Perdrai - je Colin fans retour ?
Dites-moi s'il faut que je meure.
Le Devin apprend à Colette que la Da
me du lieu , moins belle , mais plus adroite
qu'elle , a fçû par des préfens captiver
Colin , qui aime à fe parer. Il lui fait ef
perer en même tems qu'il le ramenera à fes
pieds.
Colette.
Si des galans de la Ville
J'euffe écouté les difcours ,
Ah qu'il m'eût été facile
De former d'autres amours !
Mife en riche Demoiselle
Je brillerois tous les jours ,
De rubans , & de dentelle
Je chargerois mes atours.
Pour l'amour de l'infidele ,
J'ai refuſé mon bonheur :
J'aimois mieux être moins belle ;
Et lui conferver mon coeur.
Le Devin.
Je vous rendrai le fien , ce fera mon ouvrage ;
Yous , àle mieux garder appliquez tous vos foins,
Pour vous faire aimer davantage ,
Feignez d'aimer un peu moins,
L'Amour croît s'il s'inquiette ,
166 MERCURE DE FRANCE
Il s'endort s'il eft content ,
La bergere un peu coquette
Rend le berger plus conftant.
Colette promet de s'abandonner aux
fages leçons du Devin , qui après fon départ
, fait connoître dans un Monologue
qu'il la trompe , & que toute la fcience n'eſt
fondée que fur ce qu'il a appris de Colin :
ce Berger vient le trouver & lui dire qu'il
quitte la Dame du lieu , & préfere Colette
à des biens fuperflus.
Le Devin.
Colin , il n'eft plus tems , & Colette t'oublie
Colin.
Elle m'oublie , & Ciel ! Colette a pû changer,
Le Devin
Elle eft femme , jeune & jolie
Manqueroit-elle à ſe venger ?
Colin.
Non , Colette n'eft point trompeufe ;
Elle m'a promis la foi ,
Peut-elle être l'amoureufe
D'un autre berger que moi ?
Le Devin lui annonce que ce n'eft point
un berger , mais un beau Monfieur de la
Ville que Colette lui préfere ; Colin demande
en grace au Devin de lui apprendre
AVRI L. 1753. 167
coup affreux qu'il re- le moyen d'éviter le
doute , le Devin lui ordonne de le laiffer
feul un moment confulter ; il tire enfuite
de fa poche un Livre de grimoire ,
un petit bâton de Jacob , avec lefquels il
fait un charme. De jeunes payſannes qui
venoient le confulter laiffent tomber leurs
préfens , & le fauvent toutes effrayées en
voyant fes contorfions . Il dit après à Colin
que le charme eft fait , & que Colette
va paroître.
Colin.
A l'appailer pourrai -je parvenir ?
Hélas ! voudra-t- elle m'entendre
Le Devin.
Avec un coeur fidele & tendre
On a droit de tout obtenir.
à part.
Sur ce qu'elle doit dire allons la prévenir.
Colin refté feul , fe livre à l'efperance
de pofféder Colette qu'il regarde comme
le fouverain bien.
Quand on ſçait aimer & plaire ,
A-t-on befoin d'autre bien ?
Rends-moi ton coeur , mabergere
Colin t'a renda le fien,
Mon chalumeau , ma boulette
168 MERCURE DE FRANCE.
Soyez mes feules grandeurs ,
Ma parure eft ma Colette ,
Mes trésors font fes faveurs.
Qué de Seigneurs d'importance
Voudroient bien avoir fa foi !
Malgré toute leur puiſſance
Ils font moins heureux que moi.
Colette arrive parée , Colin l'apperce→
vant ne fçait s'il doit fuir , ou lui parler ,
& après avoir bien héſité , il l'aborde d'un
ton radouci , & d'un air moitié riant , &
moitié embaraflé.
Ma Colette , êtes- vous fâchée ?
Je fuis Colin , daignez me regarder,
Colette.
Colin m'aimoit , Colin m'étoit fidele ,
Je vous regarde , & ne vois plus Colin.
Colin.
Mon coeur n'a point changé ; mon erreur trop
cruelle
Venoit d'un fort jetté par quelque efprit malin
Le Devin l'a détruit , je fuis malgré l'envie
Toujours Colin , toujours plus amoureux.
Colette.
Par un fort à mon tour , je me fens poursuivie
Le Devin n'y peut rien.
Colin.
Que je fuis malheureux!
Colette.
AVRIL.
169 1753.
- Colette.
D'un amant plus conftant ,
Colin.
Votre infidélité ,
Ah de ma mort fuivie ,
Colette .
Vos foins font fuperflus , ´
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
Ta foi ne m'eft point ravie :
Non , confulte mieux ton coeur ,
Toi-même en in'ôtant la vie ,
Tu perdrois tout ton bonheur .
Hélas !
Colette à part.
à Colin.
Non , vous m'avez trahie ,
Vos foins fout fuperflus ,
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
C'en eft donc fait , vous voulez que je meure ,
Et je vais pour jamais m'éloigner du hameau .
Colette rappellant Colin qui s'éloigne lentement
.
Colin
Colin.
Quoi?
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Colette.
Tu me fuis ?
Colin.
Faut -il que je demeure ,
Pour vous voir un amant nouveau ?
Colette,
Tant qu'à mon Colin j'ai fçû plaire ,
Mon fort combloit mes défirs .
Colin.
Quand je plaifois à ma bergete ,
Je vivois dans les plaifirs .
Colette.
Depuis que fon coeur me méprife ,
Un autre a gagné le mien .
Colin.
Après le doux noeud qu'elle briſe ,
Seroit- il un autre bien !
D'un ton penétré.
Ma Colette fe dégage.
Colette.
Je crains un amant volage .
Enſemble.
Je me dégage à mon tour ,
Mon coeur devenu paifitle ,
Oublira , s'il eft poffible ,
AVRI L. 1753.
171
cher
Que tu lui fus
un jour.
chere
Colin.
Quelque bonheur qu'on me promette
Dans les noeuds qui me font offerts ,
J'euffe encor préféré Colette
A tous les biens de l'univers .
Colette.
Quoiqu'un Seigneur jeune , aimable ,
Me parle aujourd'hui d'amour
Colin m'eût femblé préférable
A tout l'éclat de la Cour.
Colin tendrement.
Ah Colette !.
Colette avec unfoupir.
Ah berger volage !
Faut-il t'aimer , malgré moi !
Colin fe jette aux pieds de Colette , elle
lui fait remarquer à fon chapeau un ru
ban fort riche qu'il a reçu de la Dame.
Colin le jette avec dédain ; Colette lui en
donne un plus fimple dont elle étoit parée
, & qu'il reçoit avec tranfport.
A jamais Colin
Enfemble.
je t'engage ,
t'engage ,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Mon
Son
}
coeur &
{
ma
foi.
fa
Qu'un doux mariage
M'unifle avec toi :
Aimons toujours fans partage ,
Que l'amour foit notre loi .
Le Devin revient en leur difant qu'il
les a délivrés d'un cruel maléfice ; ils lui
offrent chacun un préfent , & le Devin
recevant des deux mains , leur répond galamment
qu'il eft affez payé s'ils font heurcux
.
Le Divertiffement commence par un
Choeur , & Colin chante cette Romance
au milieu du Divertiffement.
Dans ma cabane obfcure
Toujours loucis nouveaux ,
Vent , Soleil , ou froidure ,
Toujours peines & travaux :
Colette , ma bergere ,
Si tu viens l'habiter ,
Colin dans fa chaumiere
N'a rien à regretter.
Des champs , de la prairie
Retournant chaque foir ;
Chaque foir plus chérie
Je viendrai te revoir :
AVRIL.
1753. 173
Du Soleil dans nos plaines
Devançant le retour ,
Je charmerai mes peines ,
En chantant notre amour.
Les paroles du Jaloux corrigé font de M. Coler
& la Mufique de M. Blavet. Le Récitatif de cet
Intermede François , eft à peu près dans le goût
du récitatif Italien , autant du moins que la différence
des Langues a pú le permettre ; & malgré
la prévention prefque générale de notre Nation
contre le récitatit Italien , il n'a point paru que
les Spectateurs ayent été extrêmement choqués
de ce premier effai . Les Ariettes de l'Intermede
ne font autre chofe que des parodies des meilleures
Ariettes de la Serva Padrone , du Joueur , & du
Maitre de Musique ; & quoique tranfplantées ,
pour ainfi dire , elles ont été trouvées en général
agréables , entr'autres celle de l'Echo , celle
de Non , non , Madame Orgon , & celle du Due.
On a trouvé dans le Divertiffement , qui eft en
entier de M. Blavet , de bons airs de violon , & le
Vaudeville fur tout a très-bien réuffi .
Le Public a été aflez jufte pour ne pas trouver
mauvais que M. Manelli & Mile Tonelli , qui
jouoient , l'un le rôle de M. Orgon , & l'autre
celui de Suzon , & qui chantoient du François
pour la premiere fois de leur vie , euffent une
prononciation finguliere : leur jeu a été d'ailleurs
affez vif. Mlle Victoire chargée du rôle de Mad .
Orgon , y a mis beaucoup de fineffe , de naturel
d'efprit & de bonne plaifanterie. Cet effai a été
affez heureux pour qu'on puiffe efperer que la jeune
Actrice fera retirée de la danfe où elle eft peu
néceflaire , pour le chant où elle fera fort utile..
Les amateurs nous ont paru fouhaiter générale-
Hinj
174 MERCURE DE FRANCE.
ment ce changement . L'exécution du Divertiffement
qui eft fort gai , a répondu à celle du refte
de l'Intermede , & Mrs Hyacinthe & Laval s'y
font diftingués , ainfi que Mlle Raix & M. Beat .
Les Paroles & la Mufique du Devin du Village
, font de M. Rouleau de Genève , fi connu
par le Difcours de Dijon , & par les autres Ouvrages
qui en ont été la fuite . Cet Intermede qui
avoit été joué à Fontainebleau au mois d'Octobre
dernier avec un fuccès prefque inoui , à été
bien reçu à Paris. La multitude a trouvé les chants
de cet Intermede très agréables , & les gens d'efprit
ont remarqué de plus dans fa Mufique une
fineffe , une vérité , une naïveté d'expreffion fort
rares . Mile Fel & M. Jeliotte y ont fait aux (pectateurs
, le même plaifir qu'ils ont coutume de
faire dans les rôles dont ils font chargés , & on
a fort regretté qu'ils ayent été doublés fi - tôt . Dans
le Divertiffement on a fur tout goûté la Pantomime
, dont la Mufique a paru pleine de caractère
, & dont la danfe parfaitement bien adaptée à
la Mufique , a été très bien exécutée par Mlle
Raix & par Mrs Veftris & Lani.
Le Mardi 11 , on a retiré le Jaloux corrigé après
fix repréfentations , & on continue à donner le
Devin du Village , précédé de la Serva Padrona , &
fuivi du Maître de Musique , deux Intermedes Italiens
qui avoient beaucoup réuffi dans la nouveauté
, & qui continuent à réuffir beaucoup dans
la reprife. Le Divertiffement que M. Blavet avoit
fait pour le Jaloux corrigé , termine agréablement
le nouveau Spectacle. Mr Delatour & Mlle
Jaquet , jouent les roles de Colin & de Collete
dans le Devin du Village.
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46
p. 71-72
CHANSON.
Début :
Maman, vous me dites sans cesse [...]
Mots clefs :
Maman, Aimer, Berger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
M Aman , vous me dites fans ceffe
De ne point aimer de Berger ;
J'en connois affez le danger ,
Pour vaincre en moi cette foibleffe :
Mon coeur foupire près d'Hylas ;
Mais , Maman , je ne l'aime pas.
De fleurs il orne ma houlette
Moi j'en décore fon chapeau ;
Si j'ai quelque ruban nouveau ,
Je cours en parer fa mufette :
C'eft pour lui feul que j'en fais cas ;
Mais , Maman , je ne l'aime pás.
Où ce Berger ne peut pas être ,
J'ai l'air ou diftrait , ou rêveur ;
J'éprouve une douce langueur
Si -tôt que je le vois paroître.
Je veux fuir , il retient mes pas ;
Mais , Maman , je ne l'aime pas.
£1.
72 MERCURE DE FRANCE.
Pour vous obéir je l'évite ;
Mais lorsque malgré moi mon chien
Conduit mon troupeau vers le fien ,
Il rêve , je refte interdite :
Je rougis de notre embarras ;
Mais , Maman , je ne l'aime pas .
Il me prend la main , il foupire ;
Moi , pour fuivre en tout vos leçons ,
J'éloigne auffi-tôt mes moutons ;
Mais pendant que je me retire ,
Je regarde s'il fuit mes pas ;
Mais , Maman , je ne l'aime pas.
33
J'ai mille chofes à lui dire
Les jours que je ne le vois point ;
Et quand nous fommes fans témoin ,
Ma voix fur mes levres expire,
Dieux que ce filence a d'appas !
Mais , Maman , je ne l'aime pas.
O Life , quelle erreur extrême !
Vos yeux , votre air , tout vous dément ;
Et vous aimez aſſurément ....
Oui , fi c'est ainsi que l'on aime.
L'Amour me tenoit dans fes lacs ;
Mais , Maman , je n'y penfois pas.
Me ....
M Aman , vous me dites fans ceffe
De ne point aimer de Berger ;
J'en connois affez le danger ,
Pour vaincre en moi cette foibleffe :
Mon coeur foupire près d'Hylas ;
Mais , Maman , je ne l'aime pas.
De fleurs il orne ma houlette
Moi j'en décore fon chapeau ;
Si j'ai quelque ruban nouveau ,
Je cours en parer fa mufette :
C'eft pour lui feul que j'en fais cas ;
Mais , Maman , je ne l'aime pás.
Où ce Berger ne peut pas être ,
J'ai l'air ou diftrait , ou rêveur ;
J'éprouve une douce langueur
Si -tôt que je le vois paroître.
Je veux fuir , il retient mes pas ;
Mais , Maman , je ne l'aime pas.
£1.
72 MERCURE DE FRANCE.
Pour vous obéir je l'évite ;
Mais lorsque malgré moi mon chien
Conduit mon troupeau vers le fien ,
Il rêve , je refte interdite :
Je rougis de notre embarras ;
Mais , Maman , je ne l'aime pas .
Il me prend la main , il foupire ;
Moi , pour fuivre en tout vos leçons ,
J'éloigne auffi-tôt mes moutons ;
Mais pendant que je me retire ,
Je regarde s'il fuit mes pas ;
Mais , Maman , je ne l'aime pas.
33
J'ai mille chofes à lui dire
Les jours que je ne le vois point ;
Et quand nous fommes fans témoin ,
Ma voix fur mes levres expire,
Dieux que ce filence a d'appas !
Mais , Maman , je ne l'aime pas.
O Life , quelle erreur extrême !
Vos yeux , votre air , tout vous dément ;
Et vous aimez aſſurément ....
Oui , fi c'est ainsi que l'on aime.
L'Amour me tenoit dans fes lacs ;
Mais , Maman , je n'y penfois pas.
Me ....
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Résumé : CHANSON.
La chanson décrit les sentiments ambivalents d'une jeune fille envers un berger nommé Hylas. Elle affirme à sa mère qu'elle n'aime pas Hylas, mais ses actions et émotions révèlent le contraire. Elle décore son chapeau avec des fleurs et des rubans pour lui plaire, se sent distraite en son absence et éprouve une douce langueur en sa présence. Elle tente de fuir Hylas, mais ses pas la ramènent vers lui. Elle rougit lorsqu'il lui prend la main et observe s'il la suit lorsqu'elle s'éloigne. Elle a mille choses à lui dire lorsqu'elle ne le voit pas, mais admire son silence en sa présence. Finalement, elle admet que ses yeux et son air la trahissent, révélant qu'elle l'aime réellement, bien qu'elle n'y pense pas consciemment.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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47
p. 93-94
VAUDEVILLE De l'ordre de la Fidélité.
Début :
Parmi nous la simple nature [...]
Mots clefs :
Fidélité, Berger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VAUDEVILLE De l'ordre de la Fidélité.
VAUDEVILLE
De l'ordre de la Fidélité.
Parmi nous la fimple nature
Donne des loix , & nous unit.
On y méconnoit l'impofture ,
Et tout perfide en eft profcrit.
Fuyez , amants , dont le langage
N'exprime point la vérité,
Les coeurs , que chez nous on engage,
Sont faits pour la fidélité.
餾
Etre tendre , difcret , fincere ,
Toujours s'obliger , fe chérir ,
S'entredonner le nom de frere ,
Se voir fouvent avec plaifir ;
Chez nous , ces vertus admirables
S'uniffent à la volupté :
Et près de nos foeurs adorables ,
Nous goûtons la fidélité.
Tout frere fe fait un fyftême
D'aller toujours droit en amour ♦
Il faut , près de l'objet qu'il aime ,
Qu'il foit attentif nuit & jour.
Il ne faut jamais qu'il ſe vante
= Quand il veut en êtré écouté ,
Il eft un cas où ſon amante
Juge de fa fidélité.
94 MERCURE DE FRANCE.
Quand on entend la tourterelle
Gémir triftement dans les bois :
C'eft fon tourtereau qu'elle appelle ,
Et qui s'attendrit à ſa voix.
Près de fa plaintive maîtreffe
Il vole avec rapidité :
Mille preuves de fa tendreffe
Affurent fa fidélité .
Près du berger le chien timide.
Dans les dangers peut tout prévoir ;
L'inſtinct qui l'éclaire & le guide
Le rend efclave du devoir,
Sur fon exacte vigilance ,
Berger , dormez en fûreté .
On doit bannir la méfiance
Où veille la fidélité.
#
Vous qui faites couler nos larmes
En nous traitant avec rigueur ,
Belles , que vous fervent vos charmes,
S'ils ne caufent que la douleur.
Quand on plaît il faut être tendre ;
Et c'eft un bien que la beâuté.
Ah ! que ne pouvez-vous comprendre
Combien vaut la fidélité ?
La Mufique eft de M. Daveſne.
Les paroles de M. Demontrofy.
De l'ordre de la Fidélité.
Parmi nous la fimple nature
Donne des loix , & nous unit.
On y méconnoit l'impofture ,
Et tout perfide en eft profcrit.
Fuyez , amants , dont le langage
N'exprime point la vérité,
Les coeurs , que chez nous on engage,
Sont faits pour la fidélité.
餾
Etre tendre , difcret , fincere ,
Toujours s'obliger , fe chérir ,
S'entredonner le nom de frere ,
Se voir fouvent avec plaifir ;
Chez nous , ces vertus admirables
S'uniffent à la volupté :
Et près de nos foeurs adorables ,
Nous goûtons la fidélité.
Tout frere fe fait un fyftême
D'aller toujours droit en amour ♦
Il faut , près de l'objet qu'il aime ,
Qu'il foit attentif nuit & jour.
Il ne faut jamais qu'il ſe vante
= Quand il veut en êtré écouté ,
Il eft un cas où ſon amante
Juge de fa fidélité.
94 MERCURE DE FRANCE.
Quand on entend la tourterelle
Gémir triftement dans les bois :
C'eft fon tourtereau qu'elle appelle ,
Et qui s'attendrit à ſa voix.
Près de fa plaintive maîtreffe
Il vole avec rapidité :
Mille preuves de fa tendreffe
Affurent fa fidélité .
Près du berger le chien timide.
Dans les dangers peut tout prévoir ;
L'inſtinct qui l'éclaire & le guide
Le rend efclave du devoir,
Sur fon exacte vigilance ,
Berger , dormez en fûreté .
On doit bannir la méfiance
Où veille la fidélité.
#
Vous qui faites couler nos larmes
En nous traitant avec rigueur ,
Belles , que vous fervent vos charmes,
S'ils ne caufent que la douleur.
Quand on plaît il faut être tendre ;
Et c'eft un bien que la beâuté.
Ah ! que ne pouvez-vous comprendre
Combien vaut la fidélité ?
La Mufique eft de M. Daveſne.
Les paroles de M. Demontrofy.
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Résumé : VAUDEVILLE De l'ordre de la Fidélité.
Le vaudeville 'De l'ordre de la Fidélité' met en avant les valeurs de fidélité et de sincérité dans les relations amoureuses. Il souligne que la nature impose des lois qui unissent les individus et rejettent l'imposture et la perfidie. Les amants sont encouragés à être tendres, discrets, sincères et à s'engager mutuellement. Les vertus telles que la fidélité et l'amour sincère sont associées au plaisir et à la volupté. Le texte compare les amants fidèles à des animaux comme la tourterelle et le chien, qui montrent une fidélité et une dévotion constantes. La tourterelle appelle son tourtereau, qui accourt rapidement, et le chien protège le berger avec vigilance. Le vaudeville critique ceux qui causent de la douleur par leur rigueur, soulignant que la beauté doit être accompagnée de tendresse. Il conclut en valorisant la fidélité comme une qualité essentielle et précieuse. La musique est composée par M. Davesne et les paroles par M. Demontrofy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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48
p. 69-70
VAUDEVILLE.
Début :
Une timide Bergere, [...]
Mots clefs :
Berger, Bergère, Fillettes, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VAUDEVILLE.
VAUDEVILLE.
UNE
timide
Bergere,
Mais fenfible au jeu d'amour ,
Au fond d'un bois folitaire ,
Chantoit ainfi l'autre jour :
Quel plaifir pour les fillettes ;
Avec un tendre Berger ,
Si l'on pouvoit fans danger ,
Se laiffer , fe laiffer conter fleurettes .
Le jeune Colin s'exprime
D'un air qui flate mon coeur ;
Pourquoi du feu qui l'anime ,
N'ofai-je écouter l'ardeur ,
Quel plaifir pour les fillettes , & c.
70 MERCURE DE FRANCE.
Colin , fous un verd feuillage ,
Ecoutoit cette chanson ,
En entrant dans le bocage
Il répondit fur ce con :
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un prudent Berger
Elles peuvent fans danger ,
Se laiffer conter , & c .
Hélas ! lui dit Célimene ,
L'amour eſt ſouvent trompeuf.
Quand un aveugle nous méne ,
On doit toujours avoir peur.
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un tendre Berger ;
Mais pourrai-je fans danger ,
Me laiffer , me laiffer conter fleurettes.
La Bergere plus fenfible
Du Berger crut le ferment ;
Colin paroît moins terrible
En paroiffant plus charmant :
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un tendre Berger ;
On croit bientôt fans danger ,
Se laiffer , fe laiffer conter fleurettes.
UNE
timide
Bergere,
Mais fenfible au jeu d'amour ,
Au fond d'un bois folitaire ,
Chantoit ainfi l'autre jour :
Quel plaifir pour les fillettes ;
Avec un tendre Berger ,
Si l'on pouvoit fans danger ,
Se laiffer , fe laiffer conter fleurettes .
Le jeune Colin s'exprime
D'un air qui flate mon coeur ;
Pourquoi du feu qui l'anime ,
N'ofai-je écouter l'ardeur ,
Quel plaifir pour les fillettes , & c.
70 MERCURE DE FRANCE.
Colin , fous un verd feuillage ,
Ecoutoit cette chanson ,
En entrant dans le bocage
Il répondit fur ce con :
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un prudent Berger
Elles peuvent fans danger ,
Se laiffer conter , & c .
Hélas ! lui dit Célimene ,
L'amour eſt ſouvent trompeuf.
Quand un aveugle nous méne ,
On doit toujours avoir peur.
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un tendre Berger ;
Mais pourrai-je fans danger ,
Me laiffer , me laiffer conter fleurettes.
La Bergere plus fenfible
Du Berger crut le ferment ;
Colin paroît moins terrible
En paroiffant plus charmant :
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un tendre Berger ;
On croit bientôt fans danger ,
Se laiffer , fe laiffer conter fleurettes.
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Résumé : VAUDEVILLE.
Le texte décrit un vaudeville où une bergère timide, mais sensible aux jeux de l'amour, chante dans un bois solitaire sur le plaisir des fillettes de se laisser conter fleurettes par un berger tendre sans danger. Colin, un jeune homme, écoute cette chanson et y répond en exprimant son désir. Célimène, un autre personnage, met en garde contre les tromperies de l'amour. La bergère, séduite par les paroles charmantes de Colin, finit par le trouver moins effrayant et plus attirant. Le vaudeville se conclut sur l'idée que les fillettes peuvent se laisser conter fleurettes par un berger tendre sans danger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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49
p. 24-25
VERS sur le mariage de Mlle DE DROMESNIL, avec M. le Marquis DE BELSUNCE. Par M. TANEVOT.
Début :
Allez, Hymen, vous couronner de gloire, [...]
Mots clefs :
Hymen, Gloire, Berger
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texteReconnaissance textuelle : VERS sur le mariage de Mlle DE DROMESNIL, avec M. le Marquis DE BELSUNCE. Par M. TANEVOT.
VERS fur le mariage de Mlle DE
DROMESNIL , avec M. le
Marquis DE BELSUNCE.
Par M. TANEVOT.
vous couronner de
ALLEZ ,
Hymen ,
gloire ,
Allez jouir d'une double victoire ,
Et , dans un champ fertile en Myrthes ,
riers ,
Unir encor les Grâces aux Guerriers.
Ainfi les guirlandes d'Armide
en Laus
Enchaînoient de Renaud le courege intrépide;
Des feux plus purs , chaftes Epoux ,
Vous préfagent un fort plus doux.
Aimable Dromefnil , d'une Soeur fortunée ,
Goûtez la même deſtinée ;
L'on vous verra briller autant :
Telle , dans les Jardins de Flore >
Une Rofe qui vient d'éclore ,
D'une autre auffi vermeille eft fuivie à l'inftanti
S des trois Déeffes rivales ,
Quelqu'une avoit eu vos appas ,
Sur ce Mont * fameux , leurs débats ,
* Le Mont Ida.
De
MARS. 1763. 25
De tant de maux , ſources fatales ,
N'auroient pas occupé beaucoup
Ce beau Berger que l'on renomme:
La Diſcorde eût manqué fon coup,
On n'eût point diſputé la Pomme.
BELSUNCE , armé de tous les traits
Que l'on forge à Paphos , fubjugue vos attraits .
Tout applaudit dans cette fête ,
A fon bonheur , à la conquête.
Nouveau triomphe des Amours ,
Non des zéphirs , volages dans leurs cours.
*
O vous , donc , Nymphe enchantereſſe ,
Allez aux pieds d'une augufte Princeſſe ,
Cultiver des Vertus dont l'agréable odeur
Parfume votre jeune coeur :
C'est l'hommage qu'Elle defire ,
Et tout l'Encens qu'Elle refpire..
DROMESNIL , avec M. le
Marquis DE BELSUNCE.
Par M. TANEVOT.
vous couronner de
ALLEZ ,
Hymen ,
gloire ,
Allez jouir d'une double victoire ,
Et , dans un champ fertile en Myrthes ,
riers ,
Unir encor les Grâces aux Guerriers.
Ainfi les guirlandes d'Armide
en Laus
Enchaînoient de Renaud le courege intrépide;
Des feux plus purs , chaftes Epoux ,
Vous préfagent un fort plus doux.
Aimable Dromefnil , d'une Soeur fortunée ,
Goûtez la même deſtinée ;
L'on vous verra briller autant :
Telle , dans les Jardins de Flore >
Une Rofe qui vient d'éclore ,
D'une autre auffi vermeille eft fuivie à l'inftanti
S des trois Déeffes rivales ,
Quelqu'une avoit eu vos appas ,
Sur ce Mont * fameux , leurs débats ,
* Le Mont Ida.
De
MARS. 1763. 25
De tant de maux , ſources fatales ,
N'auroient pas occupé beaucoup
Ce beau Berger que l'on renomme:
La Diſcorde eût manqué fon coup,
On n'eût point diſputé la Pomme.
BELSUNCE , armé de tous les traits
Que l'on forge à Paphos , fubjugue vos attraits .
Tout applaudit dans cette fête ,
A fon bonheur , à la conquête.
Nouveau triomphe des Amours ,
Non des zéphirs , volages dans leurs cours.
*
O vous , donc , Nymphe enchantereſſe ,
Allez aux pieds d'une augufte Princeſſe ,
Cultiver des Vertus dont l'agréable odeur
Parfume votre jeune coeur :
C'est l'hommage qu'Elle defire ,
Et tout l'Encens qu'Elle refpire..
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Résumé : VERS sur le mariage de Mlle DE DROMESNIL, avec M. le Marquis DE BELSUNCE. Par M. TANEVOT.
Le poème célèbre le mariage de Mlle de Dromesnil avec le Marquis de Belsunce en mars 1763. L'auteur, M. Tanévot, invite les nouveaux époux à savourer leur bonheur et à unir les grâces aux qualités guerrières. Il compare la beauté de Mlle de Dromesnil à celle d'une rose nouvellement éclose, évoquant la rivalité des déesses sur le Mont Ida. Le Marquis de Belsunce est décrit comme ayant conquis son épouse grâce aux traits de l'amour. Le poème souligne le bonheur partagé par tous à l'occasion de cette union. Il exhorte la mariée à cultiver des vertus agréables, en hommage à une auguste princesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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50
p. 89
CHANSON.
Début :
LOIN du tendre Berger qu'on aime, [...]
Mots clefs :
Chanson, Berger, Malheur, Tourments, Appas, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
LOIN du tendre Berger qu'on aime ,
Eft- il , hélas ! de doux monens ?
Grands Dieux , dans ce malheur extrême ,
-On fouffre mille affreux tourmens !
L'on s'inquiette , l'on defire ,
La folitude a des appas ;
Au fein des plaifirs on foupire :
En eft-il pour moi , fans Lycas. ?
La Mufique eft de M. DOBERT , fils,
Organifte de Châteaudun.
LOIN du tendre Berger qu'on aime ,
Eft- il , hélas ! de doux monens ?
Grands Dieux , dans ce malheur extrême ,
-On fouffre mille affreux tourmens !
L'on s'inquiette , l'on defire ,
La folitude a des appas ;
Au fein des plaifirs on foupire :
En eft-il pour moi , fans Lycas. ?
La Mufique eft de M. DOBERT , fils,
Organifte de Châteaudun.
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