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1
p. 143-144
SUR LA MORT DE MR DE CORNEILLE.
Début :
L'Apollon de nos jours, dont la fertile Veine, [...]
Mots clefs :
Apollon, Couleurs, Mouvement, Spectacles, Corneille, Poètes, Admirateur, Hommage, Gloire, Mémoire, Pierre Corneille
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA MORT DE MR DE CORNEILLE.
SUR LA MORT
DE M' DE CORNEILLE.
L'
'Apollon de nos jours , dont la
fertile Veine
Par fes vives couleurs , par fes raifonnemens
,
Marqua fi bien du coeur les divers
mouvemens ;
Le grand Corneille , hélas n'eft plus
qu'une Ombre vaine .
Que dis-je? Il vit toûjours dans nôtre
illuftre Scene ;
Toujours y regneront ces Spectacles
charmáns ,
Où l'esprit enchanté découvre à tous
momens
Mille nouveaux appas, dont la force
l'entraîne.
144
MERCURE
O vous, Hiftoriens, Poètes, Orateurs,
Ou jaloux de fon nom , ou fes admi .
rateurs ,
Rende luy voftre hommage , honorezSa
memoire.
vous Non; qui que vous soyeZtaisez vo
Ecrivains ;
Ses Ouvrages fans vous éternifent
Sa gloire ,
Et l'ont mis audeffus des Grecs &
des Romains.
DE M' DE CORNEILLE.
L'
'Apollon de nos jours , dont la
fertile Veine
Par fes vives couleurs , par fes raifonnemens
,
Marqua fi bien du coeur les divers
mouvemens ;
Le grand Corneille , hélas n'eft plus
qu'une Ombre vaine .
Que dis-je? Il vit toûjours dans nôtre
illuftre Scene ;
Toujours y regneront ces Spectacles
charmáns ,
Où l'esprit enchanté découvre à tous
momens
Mille nouveaux appas, dont la force
l'entraîne.
144
MERCURE
O vous, Hiftoriens, Poètes, Orateurs,
Ou jaloux de fon nom , ou fes admi .
rateurs ,
Rende luy voftre hommage , honorezSa
memoire.
vous Non; qui que vous soyeZtaisez vo
Ecrivains ;
Ses Ouvrages fans vous éternifent
Sa gloire ,
Et l'ont mis audeffus des Grecs &
des Romains.
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Résumé : SUR LA MORT DE MR DE CORNEILLE.
Le texte rend hommage à Pierre Corneille après sa mort, soulignant que son œuvre continue de captiver sur scène. Il appelle historiens, poètes et orateurs à honorer sa mémoire. Les écrits de Corneille assurent son immortalité, le plaçant au-dessus des auteurs grecs et romains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 145-165
REFLEXIONS sur les Observations du Flux & du Reflux de la Mer, faites à Dunkerque, & au Havre de Grace, avec quelques Regles pour determiner dans ces deux Ports les temps de la haute & pleine Mer.
Début :
Les Observations du Flux & du Reflux de la Mer [...]
Mots clefs :
Flux, Reflux, Marées, Lune, Pleine mer, Haute mer, Pleines lunes, Dunkerque, Le Havre, Mouvement, Ports
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS sur les Observations du Flux & du Reflux de la Mer, faites à Dunkerque, & au Havre de Grace, avec quelques Regles pour determiner dans ces deux Ports les temps de la haute & pleine Mer.
REFLEXIONS
sur lesObservations
duFlux e5duReflux
de la Mer,faites à
Dunkerque
,
f5 au
HavredeGrâce, avec
quelques Regles pour
determiner dans ces
deux Ports les temps
de la haute f5 pleine
Mer,
L
es Observations du
Flux & du Reflux de la
Mer estant d'une grande
importance pourla seureté
de la navigation, & pour
choisirlestemps les plus
propres pour entrer dans
les Ports de lOcéan, ou
pour en sortir; estantd'ailleurs
avantageuxpour la
Physique de connoistre si
les periodes du Flux & du
Reflux ont quelque liaison
avec le mouvement de la
Lune, Ôc si elles sont [uc.
ceptibles de quelques Regles
: Mr le Comte de Ponchartrain
donna ordre aux
Professeurs d'Hydrographie
d'observer pendant
quelque temps le Flux &le
Reflux de laMer.
Mrs Baert & du Bocageen
ont fait des observations
pendant plus d'une
année avectoute l'exactitude
possible
,
le premier
à Dunkerque, & le second
au Havre de Grace:ils en
ont dressé un Journal qu'ils
ont envoyé à l'Académie
des Sciences, qui, par l'examen
qu'elle en a faite, a
trouvé des regles plus exactes
que celles que l'on
avoit eu jusqu'à present
pour déterminer dans ces
deux Ports l'heure de la
- haute ou pleine Mer,& les
- jours des grandes ôc petites
Marées.
On sçait déja que la
Mer monte deux fois Ôc
descend deuxfois chaque
jour ; qu'il est haute Mer
ou pleine Mer lorsquela
Mer cesse de monter ,
ôç
qu'il est basse Mer, lorsqu'elle
cesse de descendre.
On appelle les grandes Marées
celles auxquelles la
Mer monte plus haut qu'à
Msaornéesocredlilneasiraeus,qu&ellpeestsitaes
hauteurest moinsconsîderable.
On suppose aussi com- -
munement qu'au jour des
nouvelles & pleines Lunes,
la- haute ou pleine Mer arrive
dans un mesme Port à
la mesme heure du jour;
& en divers Ports à diverses
heures du jour;
c'est ce que nous avons eu
occasiondeverifieràDun
kerque & au Havre de
Grace; & nous avons trouvé
que le jour des nouvel- ;
les & pleines Lunes, la
',1 pleine Mer arrivoit à Dunkerque
vers le midy,&aiî
Havre sur les neuf heures
& demi du matin. Le tems
dela pleine Mer dans ces
deux Ports n'arrive pas
pourtant toutes les nouvelles
&pleines Lunes précisément
àlamesmeheure
& minute du jour, mais
il anticipe ou retarde souvent
de plusieurs minutes
de sorte que nous avons
estéobligez d'establir un
temps moyen de la pleine
Mer au jour des nouvelles
& pleines Lunes qu'on a
déterminé à Dunkerque à
11.heures54. minutes, ôc
au Havre à 9. h. 1c. m, du
matin,
La variation du temps
des Marées aux jours des
nouvelles & pleines Lunes
paroist dépendre en partie
de la scituation & de la
force desVents,de la disposition
des costes ôc du lit
de la Mer , qui peuvent
contribuer à accclercr ou
retarder le mouvement de
la Mer &: à l'élever a une
hauteur plus grande que
celle qu'elle avoit naturellement
ou à faire comprimer
les eaux & les faire
descendre au dessous de
leur estat naturel
: mais entre
ces causes dont il seroit
difficile de donner des reglesexactes
, nous attribuons
cet effet,du moins
en partie, à l'heure de la
nouvelle ou pleine Lune
qui peut arriver le matin
ou lesoir.
Lorsque la pleine arrive
, par exemple à Dunkerque
vers le midy,alors
l'heure de la pleine Lune
concours avec l'heure de la
hauteMer déterminée cydessus
à
11. h. 54. m. &
par consequent le temps
moyen de la pleine Mer
ne doit point differer du
temps veritable. Mais lorfque
la pleine Lune arrive
dés lematin,alors la Lune
est déja endecours sur le
midy, & par consequent si
l'on suppose que le mouvement
de la Maréeaquelque
rapport avec la phase
de la Lune, il doit y avoir
ce jour là un retardement
dans l'heure de la haute
Mer. Aucontrairelorsque
la nouvelle Lune arrive sur
le foir, la Lune estoit en
croissant dans le temps de
la haute Mer, & par consequens
il doit y avoir par lamesmecauseune acceleration
dans le tems de la
Marée. En effet cette regle iD s'accorde aux observations
de forte qu'on les peut concilier
ensemble
,
& connoistre
le mouvement de
la haute Mer assez exa<5tement,
car nous avons remarqué
qu'il faut ajoûter
au tems moyen establi cydessus
deux minutes pour
chaque heure,que le temps
de la nouvelle ou pleine
Lune anticipe le temps
moyen de la pleine Mer ;
& retrancher au contraire
deux minutes pour chaque
heure pour le temps que la
nouvelle ou pleine Mer retarde
à l'égard du temps
moyen de la pleine Mer.
Non feulement la pleine
Mer arrive à la mesme
heure du jour dans les nouvelles
& pleines Lunes , mais nous avons remarqué
que la pleine Mer arrive
auOE le jour des Quadratures
à peu prés à la mesme
heure avec des variations
presque semblables
: de
forte que nous avonsaussi
establi pour le jour des
Quadratures le temps
moyen de la pleine Mer
que nous avons déterminé àDunkerque à 5. h. 6. m.
du soir, & au Havre de
Grace à 2. h. 40. m. du
foir. Nous avons employé
les mesmesregles que cydessus
pour trouver le vray
temps de la pleine Mer au
jour desQuadratures ayant
égard au temps que l'heure
des Quadratures antici.
ene ou retardent à l'égard
dutemps moyen de la
4einc Lune déterminée
cy-dessus par le jour des
Quadratures.
L'intervale qui est entre
le temps de la pleine
Mer au jourdesnouvelles
& pleines Lunes, & le
temps de la pleine Mer au
our des Quadratures est
de
5.
h. 12. m. à Dunkerque,&
de ,,,
h. 14. m. au
1"vre de Grace, c'est-àiire
environ5.h. un quart,
d'où l'on croit qu'il y a
dans ces deux Ports une
uniformité dans le retardement
des Marées. Mais
ce qu'il y a de plus remarquable
c'est que depuis
les Quadratures jusqu'aux
nouvelles & pleines Lunes,
le retardement de la Marée
d'un jourà l'autre est plus
grand que depuis les nouvelles
& pleines Lunes jusqu'aux
Quadratures
, ce
qui se fait par une espece
de progressionreglée
de sorte qu'on , a déterminé
le retardement journalier
à mesure qu'elles
s'éloignent des nouvelles
-& pleines Lunes,& des
Quadratures avec autant
d'exactitude qu'on pouvoit
l'esperer dansunematiere
physique sujetteà des
irregularitez. Cette progression
qui s'est dernierement
observée à Dunkerque
&au Havre de Grace
se trouve aussi uniforme
que les observations faites
:'
en 1679. &1680. par Mrs
de la Hir & Puard à Brest
& à Bayonne, de forte
qu'ily a apparence qu'il y
a à peu prés la mesme dans
tous les Ports de l'Ocean.
On peut attribuer la raison
de cette progression à
ce que les Maréesestant
plus petites vers les Quadratures
que vers les pleines
Lunes, la Mer qui augmente
de hauteur d'un jour
à l'autre à mesure qu'on
approche de la nouvelle ou
pleine Lune,employe plus
detemps pour surmonter
la hauteur du jour precedent
au lieu que depuis la
nouvelle & pleine Lune
jusqu'aux Quadratures, la
Merestant comprimée par
son propre poids descend
avec
avec plus de vitesse
, &
rend par consequent les
intervafes entre les Marées
plus grandes.
Divers Auteurs ont déja
remarqué que les grandes
Marées n'arrivoient
pas le jour desnouvelles &
pleines Lunes, mais pour
l'ordinaire deux jours aprés,
ce quiest vérifié par
les observations faites à
- Dunkerque & au Havre
où nous avons observé que
les petites Marées n'arrivoient
pas non plus le jour
des Quadratures, mais
pour l'ordinaire deux jours
aprés.
Pour ce qui est des plus
grandes Marées qui arrivent
dans une année, &
que la pluspart supposent
estrecelles qui suivent imme
diatement les Equinoxes
, & dont on s'est efforcé
de donner des raisons
nous n'avons rien trouvé
dans la comparaison de nos
observations qui puisse
conserver cette opinion, &
il paroist assezévident qu'-
elles ne suivent point cette
regle du moins àDunkerque
&au Havre de Grace.
Mais nous avons observé
que dans les grandes Ma-
~rées qui arrivent aprés les
nouvelles & les pleines
Lunes,la Mer monte plus
haut lorsque la Lune est
dans son Perigée que lorsqu'elle
est dans son Apogée.
On a aussi observé
que dans les petites Marées
qui sont aprés les Quadratures
,
la Mer monte
plus haut lorsque la Lune
est dans son Perigée que
lorsqu'elle est dans son Apogé1
evdd'ou,r'<1);n peutconjecturer
que la hauteur des
Marées dépend du moins
en partie dela diverse distance
de la Luneàla Terre.
Sur ces observations, on
a establi des regles pour
trouver dans ces deuxPorts
le temps de la pleine Mer
pour tous les jours de l'année
avec plus de précisionqu'on
n'avoit fait jusques
a present, & l'on a dressé
dans ce dessein une Table
qui fera inserée dans la
connoissance des tem ps, ôc
où l'on a marqué le retardement
desMarées de deux
heures en deux heures, tant
après la nouvelle & pleine
Lune, qu'après les Quadratures.
On pourra examiner, fl
les regles qui conviennent
à Dunkerque&au Havre
de Grâce,peuvent s'appliquer
aux autres Ports de
l'Océan, pourveu qu'on
sçache dans chacun de ces
Ports le temps moyen de
la pleine Mer au jour des
nouvelles & pleines Lunes.
& des Quadratures.
Lea par MrCassini le
sur lesObservations
duFlux e5duReflux
de la Mer,faites à
Dunkerque
,
f5 au
HavredeGrâce, avec
quelques Regles pour
determiner dans ces
deux Ports les temps
de la haute f5 pleine
Mer,
L
es Observations du
Flux & du Reflux de la
Mer estant d'une grande
importance pourla seureté
de la navigation, & pour
choisirlestemps les plus
propres pour entrer dans
les Ports de lOcéan, ou
pour en sortir; estantd'ailleurs
avantageuxpour la
Physique de connoistre si
les periodes du Flux & du
Reflux ont quelque liaison
avec le mouvement de la
Lune, Ôc si elles sont [uc.
ceptibles de quelques Regles
: Mr le Comte de Ponchartrain
donna ordre aux
Professeurs d'Hydrographie
d'observer pendant
quelque temps le Flux &le
Reflux de laMer.
Mrs Baert & du Bocageen
ont fait des observations
pendant plus d'une
année avectoute l'exactitude
possible
,
le premier
à Dunkerque, & le second
au Havre de Grace:ils en
ont dressé un Journal qu'ils
ont envoyé à l'Académie
des Sciences, qui, par l'examen
qu'elle en a faite, a
trouvé des regles plus exactes
que celles que l'on
avoit eu jusqu'à present
pour déterminer dans ces
deux Ports l'heure de la
- haute ou pleine Mer,& les
- jours des grandes ôc petites
Marées.
On sçait déja que la
Mer monte deux fois Ôc
descend deuxfois chaque
jour ; qu'il est haute Mer
ou pleine Mer lorsquela
Mer cesse de monter ,
ôç
qu'il est basse Mer, lorsqu'elle
cesse de descendre.
On appelle les grandes Marées
celles auxquelles la
Mer monte plus haut qu'à
Msaornéesocredlilneasiraeus,qu&ellpeestsitaes
hauteurest moinsconsîderable.
On suppose aussi com- -
munement qu'au jour des
nouvelles & pleines Lunes,
la- haute ou pleine Mer arrive
dans un mesme Port à
la mesme heure du jour;
& en divers Ports à diverses
heures du jour;
c'est ce que nous avons eu
occasiondeverifieràDun
kerque & au Havre de
Grace; & nous avons trouvé
que le jour des nouvel- ;
les & pleines Lunes, la
',1 pleine Mer arrivoit à Dunkerque
vers le midy,&aiî
Havre sur les neuf heures
& demi du matin. Le tems
dela pleine Mer dans ces
deux Ports n'arrive pas
pourtant toutes les nouvelles
&pleines Lunes précisément
àlamesmeheure
& minute du jour, mais
il anticipe ou retarde souvent
de plusieurs minutes
de sorte que nous avons
estéobligez d'establir un
temps moyen de la pleine
Mer au jour des nouvelles
& pleines Lunes qu'on a
déterminé à Dunkerque à
11.heures54. minutes, ôc
au Havre à 9. h. 1c. m, du
matin,
La variation du temps
des Marées aux jours des
nouvelles & pleines Lunes
paroist dépendre en partie
de la scituation & de la
force desVents,de la disposition
des costes ôc du lit
de la Mer , qui peuvent
contribuer à accclercr ou
retarder le mouvement de
la Mer &: à l'élever a une
hauteur plus grande que
celle qu'elle avoit naturellement
ou à faire comprimer
les eaux & les faire
descendre au dessous de
leur estat naturel
: mais entre
ces causes dont il seroit
difficile de donner des reglesexactes
, nous attribuons
cet effet,du moins
en partie, à l'heure de la
nouvelle ou pleine Lune
qui peut arriver le matin
ou lesoir.
Lorsque la pleine arrive
, par exemple à Dunkerque
vers le midy,alors
l'heure de la pleine Lune
concours avec l'heure de la
hauteMer déterminée cydessus
à
11. h. 54. m. &
par consequent le temps
moyen de la pleine Mer
ne doit point differer du
temps veritable. Mais lorfque
la pleine Lune arrive
dés lematin,alors la Lune
est déja endecours sur le
midy, & par consequent si
l'on suppose que le mouvement
de la Maréeaquelque
rapport avec la phase
de la Lune, il doit y avoir
ce jour là un retardement
dans l'heure de la haute
Mer. Aucontrairelorsque
la nouvelle Lune arrive sur
le foir, la Lune estoit en
croissant dans le temps de
la haute Mer, & par consequens
il doit y avoir par lamesmecauseune acceleration
dans le tems de la
Marée. En effet cette regle iD s'accorde aux observations
de forte qu'on les peut concilier
ensemble
,
& connoistre
le mouvement de
la haute Mer assez exa<5tement,
car nous avons remarqué
qu'il faut ajoûter
au tems moyen establi cydessus
deux minutes pour
chaque heure,que le temps
de la nouvelle ou pleine
Lune anticipe le temps
moyen de la pleine Mer ;
& retrancher au contraire
deux minutes pour chaque
heure pour le temps que la
nouvelle ou pleine Mer retarde
à l'égard du temps
moyen de la pleine Mer.
Non feulement la pleine
Mer arrive à la mesme
heure du jour dans les nouvelles
& pleines Lunes , mais nous avons remarqué
que la pleine Mer arrive
auOE le jour des Quadratures
à peu prés à la mesme
heure avec des variations
presque semblables
: de
forte que nous avonsaussi
establi pour le jour des
Quadratures le temps
moyen de la pleine Mer
que nous avons déterminé àDunkerque à 5. h. 6. m.
du soir, & au Havre de
Grace à 2. h. 40. m. du
foir. Nous avons employé
les mesmesregles que cydessus
pour trouver le vray
temps de la pleine Mer au
jour desQuadratures ayant
égard au temps que l'heure
des Quadratures antici.
ene ou retardent à l'égard
dutemps moyen de la
4einc Lune déterminée
cy-dessus par le jour des
Quadratures.
L'intervale qui est entre
le temps de la pleine
Mer au jourdesnouvelles
& pleines Lunes, & le
temps de la pleine Mer au
our des Quadratures est
de
5.
h. 12. m. à Dunkerque,&
de ,,,
h. 14. m. au
1"vre de Grace, c'est-àiire
environ5.h. un quart,
d'où l'on croit qu'il y a
dans ces deux Ports une
uniformité dans le retardement
des Marées. Mais
ce qu'il y a de plus remarquable
c'est que depuis
les Quadratures jusqu'aux
nouvelles & pleines Lunes,
le retardement de la Marée
d'un jourà l'autre est plus
grand que depuis les nouvelles
& pleines Lunes jusqu'aux
Quadratures
, ce
qui se fait par une espece
de progressionreglée
de sorte qu'on , a déterminé
le retardement journalier
à mesure qu'elles
s'éloignent des nouvelles
-& pleines Lunes,& des
Quadratures avec autant
d'exactitude qu'on pouvoit
l'esperer dansunematiere
physique sujetteà des
irregularitez. Cette progression
qui s'est dernierement
observée à Dunkerque
&au Havre de Grace
se trouve aussi uniforme
que les observations faites
:'
en 1679. &1680. par Mrs
de la Hir & Puard à Brest
& à Bayonne, de forte
qu'ily a apparence qu'il y
a à peu prés la mesme dans
tous les Ports de l'Ocean.
On peut attribuer la raison
de cette progression à
ce que les Maréesestant
plus petites vers les Quadratures
que vers les pleines
Lunes, la Mer qui augmente
de hauteur d'un jour
à l'autre à mesure qu'on
approche de la nouvelle ou
pleine Lune,employe plus
detemps pour surmonter
la hauteur du jour precedent
au lieu que depuis la
nouvelle & pleine Lune
jusqu'aux Quadratures, la
Merestant comprimée par
son propre poids descend
avec
avec plus de vitesse
, &
rend par consequent les
intervafes entre les Marées
plus grandes.
Divers Auteurs ont déja
remarqué que les grandes
Marées n'arrivoient
pas le jour desnouvelles &
pleines Lunes, mais pour
l'ordinaire deux jours aprés,
ce quiest vérifié par
les observations faites à
- Dunkerque & au Havre
où nous avons observé que
les petites Marées n'arrivoient
pas non plus le jour
des Quadratures, mais
pour l'ordinaire deux jours
aprés.
Pour ce qui est des plus
grandes Marées qui arrivent
dans une année, &
que la pluspart supposent
estrecelles qui suivent imme
diatement les Equinoxes
, & dont on s'est efforcé
de donner des raisons
nous n'avons rien trouvé
dans la comparaison de nos
observations qui puisse
conserver cette opinion, &
il paroist assezévident qu'-
elles ne suivent point cette
regle du moins àDunkerque
&au Havre de Grace.
Mais nous avons observé
que dans les grandes Ma-
~rées qui arrivent aprés les
nouvelles & les pleines
Lunes,la Mer monte plus
haut lorsque la Lune est
dans son Perigée que lorsqu'elle
est dans son Apogée.
On a aussi observé
que dans les petites Marées
qui sont aprés les Quadratures
,
la Mer monte
plus haut lorsque la Lune
est dans son Perigée que
lorsqu'elle est dans son Apogé1
evdd'ou,r'<1);n peutconjecturer
que la hauteur des
Marées dépend du moins
en partie dela diverse distance
de la Luneàla Terre.
Sur ces observations, on
a establi des regles pour
trouver dans ces deuxPorts
le temps de la pleine Mer
pour tous les jours de l'année
avec plus de précisionqu'on
n'avoit fait jusques
a present, & l'on a dressé
dans ce dessein une Table
qui fera inserée dans la
connoissance des tem ps, ôc
où l'on a marqué le retardement
desMarées de deux
heures en deux heures, tant
après la nouvelle & pleine
Lune, qu'après les Quadratures.
On pourra examiner, fl
les regles qui conviennent
à Dunkerque&au Havre
de Grâce,peuvent s'appliquer
aux autres Ports de
l'Océan, pourveu qu'on
sçache dans chacun de ces
Ports le temps moyen de
la pleine Mer au jour des
nouvelles & pleines Lunes.
& des Quadratures.
Lea par MrCassini le
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Résumé : REFLEXIONS sur les Observations du Flux & du Reflux de la Mer, faites à Dunkerque, & au Havre de Grace, avec quelques Regles pour determiner dans ces deux Ports les temps de la haute & pleine Mer.
Le texte 'Réflexions sur les Observations du Flux et du Reflux de la Mer' met en lumière l'importance des observations des marées pour la navigation et la physique. Sous l'ordre du Comte de Ponchartrain, les Professeurs d'Hydrographie ont observé le flux et le reflux de la mer à Dunkerque et au Havre de Grâce pendant plus d'une année. Les observations de Baert et du Bocage ont permis de dresser un journal envoyé à l'Académie des Sciences, qui a établi des règles plus exactes pour déterminer les heures de haute mer et les jours des grandes et petites marées dans ces ports. Les marées montent et descendent deux fois par jour. Les grandes marées se produisent lorsque la mer monte plus haut que d'habitude, tandis que les petites marées ont une hauteur moins considérable. Les observations ont montré que la haute mer arrive à Dunkerque vers midi et au Havre vers neuf heures et demie du matin lors des nouvelles et pleines lunes. Cependant, cette heure peut varier en fonction de divers facteurs, notamment la position et la force des vents, la disposition des côtes et le lit de la mer. Les variations des marées dépendent également de la phase de la lune. Par exemple, si la pleine lune arrive le matin, la haute mer est retardée, tandis que si elle arrive le soir, la haute mer est accélérée. Des règles ont été établies pour ajuster le temps moyen de la haute mer en fonction de l'heure de la nouvelle ou pleine lune. Les observations ont également révélé que la haute mer arrive à la même heure lors des quadratures, avec des variations similaires. Des temps moyens de la haute mer ont été établis pour les jours des quadratures à Dunkerque et au Havre. L'intervalle entre les temps de haute mer lors des nouvelles lunes et des quadratures est d'environ cinq heures et un quart, indiquant une uniformité dans le retardement des marées. Les auteurs ont noté que les grandes marées n'arrivent pas le jour des nouvelles et pleines lunes, mais généralement deux jours après. De même, les petites marées n'arrivent pas le jour des quadratures, mais deux jours après. Les observations ont également montré que la hauteur des marées dépend de la distance de la lune à la Terre, la mer montant plus haut lorsque la lune est dans son périgée. Enfin, des règles et une table ont été établies pour déterminer le temps de la haute mer pour tous les jours de l'année avec plus de précision, et il est suggéré que ces règles pourraient s'appliquer à d'autres ports de l'océan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 3-28
Livres nouveaux, [titre d'après la table]
Début :
Le Mercure est la base de toute perfection Philosophique, & [...]
Mots clefs :
Nature, Alchimistes, Pierre philosophale, Animaux, Mouvement, Nicolas Flamel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Livres nouveaux, [titre d'après la table]
LE Mercure est la
bafe de toute perfection
Philosophique,
& j'ay accompli en luy
l'oeuvre parfait j'ay
donné au Mercure cette
vertu ignorée par nos
plus grands Autheurs
cette vertu brillante&
solide
,
qui charme éga
lement les Philosophes
& le vulgaire.
Enfin parun heureux
travail je fuis devenu
maistre & possesseur de
l'esprit universel. J
Ce n'est pas moy qui
parle au moins,c'est Ile-J
mon-Lulle&ilne s'agit
pas icy du Mercure Galant;
il s'agit du Mercu
re des Alchymistes,&
<
je cite ce passage à propos
d'un petit Livre nouveau
que je vous annonce.
Ce Livre qui a pour ti
tre Examen des principesdes
Alchimistes sur
la Pierre Philosophale,
prouve par de bonnes
raisons que la Pierre Philosophale
est impossible
d'autres Livres prouveront
lecontraire par des
raisons qui seront peutestre
aussi bonnes; mais
tous ces Livres ensemble
ne prouveront jamaisparfaitement
que l'ignorance
de l'homme sur les
secrets de la nature,C'est
cette ignorance dont j'ay
ma bonne parc, quisuspend
mon jugement sur
la Pierre Philosophale. :
Je vous ex poserai seulement
quelques endroits
d'un manuscrit qui la dcfsend
: ce manuscritqu'on,
m'a envoyé n'estpasd'un
Scavant, mais cette ma-j
tiere est devenuë àla mode
par les nouvelles experiences
que nousen
! voyons, & il est permis
aux femmes mêmes de
parler du Magistere,
d'Hermes, de la Quintessence
harmonique du
MisteredesSages & du
grand Oeuvre. Voicy ce
que dit mon manuscrit.
On cherche depuis longtemps
le Mouvement perpétuel&
la PierrePhilosophale
,& on traite ég;¡-
lement de vifionnaircs ceux <
qui se vantent d'en avoir
fait ladécouverte; à l'égard
du mouvement perpetuel,
l'impossibilité en est démontrée
; il n'y a plus que les
ignorans qui le cherchent,
mais la demonstration n'a
pû mordre encore sur la
Pierre Philosophale
, nous
n'avons rien de clair ny pour
ny contre;ainsi ceux qui en
font entestezn'ont pas plus
de tort que ceux qui s'en
moquent.
Ecoutons à present l'Auteur
du Livre nouveau.
La perfection d'unechosese
connoistpar la cessation du mouvement
qui enfaisoit la nutrition
ou l'augmentation. Cela
paroist dans les végétaux ;
quand legrain de bledestmur,
le mouvement cesse de luyporter
la nourriture.
Tantquunechose estenmouvement
ellen'est que dans la
voye de sa perfection ; car le
mouvemeut est un moyen qui
conduit à une fin qui est te repos.
L'animal memearrivéaun
certaintemps ne passe pas outre,
sa grandeur saforce., é7
enfinsa vie sont bornées.
Quant il est parvenu à cet
estat de consistance
,
il l'si comme
en repos ;je veux dire que
la nature ne fairplusquerepa.
rer autant qu'elle peut les Pertes
qu'ilfait tousles jours.D'où
vient que l'Animal qui dans
l'état de consistance a tout ce
qu'il faut pourfaire une parfaite
digestion,c'està dire qui
estcapable de recevoirplus de
nourriture & d'accroissement
n'en reçoitqu'autant qu'il en
faut pour l'entretenir dans cet
estat,sans augm station ?C'est
le termeprescrit par l'Auteur
de la Nature, qui a voulu
borner nos jours; C'est, pour
parler avec les Alchimistes, la
fin du Cercle de la Nature.
Nous voyons donc que dans
les animaux &dans les végétaux
, la Nature borne C
fixe leur mouvement a un certain
estat deperf ctionau de-là
duquel ils ne vont point.
D'ou vient, donc que cette
nature, qu'on dit unique
en tour, ne garde pas la même
renO-Je dans les Métaux ? Voici un endroit du manuscrit
qui répond à peu
présàcettequestion.
Nous ne conoissons que
très-imparfaitement les regles
de la nature, s'il y en a
quelqu'une dont on puisse
estre sûr
,
c'est que la nature
est variée à l'infini,même
dans les Ouvrages qui
nous paroissent les plus semblablcs.
Toutesces propositions
,. la nature n'a qu'un bu. Elle
agittoûjours par les mêmes
voies. La nature est une ; ce
sont autant de Sophismes
que les Alchimistes & ceux
qui les combatcnt peuvent
expliquer chacun selon ion
sistême.
Les Animaux Grr' les Végétaux
(dit l'Auteur du Livre)
neproduisent que leursemblable
&c. Les graincs&les oeufs
contiennent en petit les plantes
& les Animaux qui doivent
estreengendrez&c.leur
productionn'est réellement que
l'extention de toutes les parties
de l'individu imperceptible par
l'action de l'esprit qui le penetre
,
le dilate &le dispose a
recevoirl'aliment proprequi si
change en la substance, & en
augmente toutes les parties
dans toutes lours dimensions.
Tout cela est vrai,l'Auteurconclut
de là qu'on
ne pourroit produire un
métal,queparlessemences
dece métal. Il a peutestre
raison
, .& que l'or
estantun tout homogene,
ne peut contenir desemences
propres àestre developées.
C'est ce que je ne
sçai point, mais mon manuscrit
dit que toute la
nature n'est composée
que de petites semences
propres à estre animées , quesçait-on si les Parties
qui composent le Mercurene
sont point autant
de petits Animaux,&si
cet esprit universel que
cherchent lesAlchimistes
n'est point composéd'autres
Animaux infiniment
petits, qui font propres
à accrocher ensemble,&
à fixer ceux dont le Mercure
est composé ; les
plus grands Philosophes
ont eu des opinions aussi
visionnaires que celles-là;
ils ont découvert aussi
de grandes veritez. Concluons
delà que toute la
Philosophie n'est qu'un
composé deveritez &de
visions;ainsije conseille à
ceux qui n'ont point d'argent
à risquer de croire la
PierrePhilosophaleimpossible,&
je conseille à ceux
qui peuvent mettre quelque
argent à leur plaisir,
de préférercelui-là à d'autrès,
puisqu'il peut estre
; utile en découvrant une
infinité de secrets
, que
ê: les Alchimistes trouvent
chemin faisant, &s'ils ne
l trouvent pas cette Quintessence
qui a fait vivre
Artesiusmilleannées. Ils
ont trouvé des essences
qui peuvent guerir des
Rhumatismes.
C'est en cherchant la
PierrePhilosophale qu'on
a trouvé les belles teintures,
& nous avons obligationauxAlchimistes
des mesl anges qui font les
plus belles couleurs pour
les. étoffes Se pour les
Dames.
J'ai eu plusieurs conversations
avce Mr le President
de S. Maurice,sur
cette matiere : il estoit
dans cette incertitude
censée,où l'on doitestreà
l'égard d'une science
obscure, quand on l'a
chargé de faire faire une
experience dans la Vallée
de Barcelonnette; il a eu
toutes les attentions possibles
pour n'estre point
surpris,&il a vû réellement
changer deux onces
de plomb en or,avecune
petite pincée de poudre;
on ne peut pas s'em pêcher
de faire attention à
cela, c'est toujours unsecret
curieux,il reste à sçavoir
s'ilserautile, &si les
frais de l'opérationn'excederont
pas le profit.
Puisque l'occasion s'en
presente, disons un mot
de Nicolas Flamel& de
son Livre Hieroglifïque,
dont on voit encore quelques
figures aux Charniers
S. Innocent ; tout le
monde sçait cela, mais il
faut bien grossirmon Livre
pour ceux qui veulent
de répaisseur.
Nicolas Flamel Ecrivain
& Habitant de Paris,
en 1599. demeurant
ruë des Ecrivains, prés
la ChapelleS. Jacques de
la Boucherie,acheta pour
deux florins à un Inventaire
un Livre doré fort
vieux,dont les feuillets é.
toient d'écorces d'arbres.
Il contenoit, dit Flamel,
•_
lui-même
, trois foissept
feuillets,leseptiéme desquels
estoit toujours sans
écriture, au lieu de laquelle
estoit peint au premierseptiéme
une Vierge
& des Serpents s'engloutißans,
au deuxième septiéme
une croix où estoit
ataché un Serpent, cr.
aux autres septieme JVtoientpeints
des deserts,
au milieu desquels couloient
desfontaines d'où
sortoient plusieursSerpents.
Au premier des feuillets
écrits efloit Abraham
Juif, Prince
,
Prestre
Levite, Astrologue &
Philofopbeala, Nation
des Juifs
, par l'ire de
Dieu dispersezaux Gaules
,
salut,D. apréscela
ilestoit plein de maledictions
aveccemotiiiaranatha
, contre tous ceux
qui le liroit, silrieflûiç
Sacrificateur; ou Scribe,
jecrois qu'il venoit des
Juifs quon avoitchassez,
deParis&c.
1 Au quatrièmefeuillet
estoit peint unjeunehomme
avec des aisles aux talons
, avec un Caducée
dont ilfrappoitun casque
qui lui couvroit la teste,
cestoit Mercure ; contre
lui venoit courant&volant
à asles ouvertes un
grand Vieillardqui avoit
sur sa teste une Horloge
attachée, & enses mains
unefaulx,dontilvouloit
trancher les pieds à Mer.
cure. A un autre feuilletétoit
sur lesommet d'une
Montagne,unePlanteà
tige bleue fleurs blanches
&rougesfeuilles luisantes
comme orfin,&des Dragons
& Griffons autour.
A un autrefeuillet un
Roy
Rozierfleuri appuyécontre
un Chênecreux &
une Fontaine d'eau blancheseprécipitant
dans des
abimes.
A cet autrefeuillet un
Royavecungrand coutelas,
quifaisoit tuerpar
ses Soldats, force petits
enfans
, & leurs meres
pleurant, & lesangdes
enfans estoit ramassêpar
d'autres Soldats, & mis
dans un grand Vaisseau
dans lequel le Soleil&lay
Lunesevenoient baigner.
Flamel,ditunautreHistorien
,
avoit une jeune
femme nomméePrenelle,
avec qui il s'afligeoitfort
de ne pouvoir trouver le
vrai sens des Figures du
Livre, qu'un Medecin
nomméMr Anseaume,
commença à lui débrouiller.
Flamelentrepritensuite
un pelerinage
,
Prunelle
fut tres-affligée de le voir
partir, mais illuipromit
de revenir avec le trésor
des trésors
, ce qui lui fit
suporterson absence patiament.
Sur laroutede
sonpelerinage , un Marcrand
de Boulogneluisit
connoistre un Medecin
Juif, nommê Canches,qui
acheva de l'instruire
, il
revint à Paris,oùsachere
Prenellefut tres-joyeuse
de lerevoir, &pourtant
sachée, ne le croyant pas
plus riche que quand il
il estoit parti; mais enfin
aprés quelques années de
travail il accomplit le
grand oeuvre le 17. Janvier
; l'an mil trois, cent
quatre-vingtdeux,enprésence
de Prenelle sa femme>
qui enpensa mourir
dejoye. -'
: Ce Livre se vend à Paris,
chez DANI EL JOLLET,
au bout du Pont S. Michel,
du costé du Marché Neuf,
au
Livre Royal.
bafe de toute perfection
Philosophique,
& j'ay accompli en luy
l'oeuvre parfait j'ay
donné au Mercure cette
vertu ignorée par nos
plus grands Autheurs
cette vertu brillante&
solide
,
qui charme éga
lement les Philosophes
& le vulgaire.
Enfin parun heureux
travail je fuis devenu
maistre & possesseur de
l'esprit universel. J
Ce n'est pas moy qui
parle au moins,c'est Ile-J
mon-Lulle&ilne s'agit
pas icy du Mercure Galant;
il s'agit du Mercu
re des Alchymistes,&
<
je cite ce passage à propos
d'un petit Livre nouveau
que je vous annonce.
Ce Livre qui a pour ti
tre Examen des principesdes
Alchimistes sur
la Pierre Philosophale,
prouve par de bonnes
raisons que la Pierre Philosophale
est impossible
d'autres Livres prouveront
lecontraire par des
raisons qui seront peutestre
aussi bonnes; mais
tous ces Livres ensemble
ne prouveront jamaisparfaitement
que l'ignorance
de l'homme sur les
secrets de la nature,C'est
cette ignorance dont j'ay
ma bonne parc, quisuspend
mon jugement sur
la Pierre Philosophale. :
Je vous ex poserai seulement
quelques endroits
d'un manuscrit qui la dcfsend
: ce manuscritqu'on,
m'a envoyé n'estpasd'un
Scavant, mais cette ma-j
tiere est devenuë àla mode
par les nouvelles experiences
que nousen
! voyons, & il est permis
aux femmes mêmes de
parler du Magistere,
d'Hermes, de la Quintessence
harmonique du
MisteredesSages & du
grand Oeuvre. Voicy ce
que dit mon manuscrit.
On cherche depuis longtemps
le Mouvement perpétuel&
la PierrePhilosophale
,& on traite ég;¡-
lement de vifionnaircs ceux <
qui se vantent d'en avoir
fait ladécouverte; à l'égard
du mouvement perpetuel,
l'impossibilité en est démontrée
; il n'y a plus que les
ignorans qui le cherchent,
mais la demonstration n'a
pû mordre encore sur la
Pierre Philosophale
, nous
n'avons rien de clair ny pour
ny contre;ainsi ceux qui en
font entestezn'ont pas plus
de tort que ceux qui s'en
moquent.
Ecoutons à present l'Auteur
du Livre nouveau.
La perfection d'unechosese
connoistpar la cessation du mouvement
qui enfaisoit la nutrition
ou l'augmentation. Cela
paroist dans les végétaux ;
quand legrain de bledestmur,
le mouvement cesse de luyporter
la nourriture.
Tantquunechose estenmouvement
ellen'est que dans la
voye de sa perfection ; car le
mouvemeut est un moyen qui
conduit à une fin qui est te repos.
L'animal memearrivéaun
certaintemps ne passe pas outre,
sa grandeur saforce., é7
enfinsa vie sont bornées.
Quant il est parvenu à cet
estat de consistance
,
il l'si comme
en repos ;je veux dire que
la nature ne fairplusquerepa.
rer autant qu'elle peut les Pertes
qu'ilfait tousles jours.D'où
vient que l'Animal qui dans
l'état de consistance a tout ce
qu'il faut pourfaire une parfaite
digestion,c'està dire qui
estcapable de recevoirplus de
nourriture & d'accroissement
n'en reçoitqu'autant qu'il en
faut pour l'entretenir dans cet
estat,sans augm station ?C'est
le termeprescrit par l'Auteur
de la Nature, qui a voulu
borner nos jours; C'est, pour
parler avec les Alchimistes, la
fin du Cercle de la Nature.
Nous voyons donc que dans
les animaux &dans les végétaux
, la Nature borne C
fixe leur mouvement a un certain
estat deperf ctionau de-là
duquel ils ne vont point.
D'ou vient, donc que cette
nature, qu'on dit unique
en tour, ne garde pas la même
renO-Je dans les Métaux ? Voici un endroit du manuscrit
qui répond à peu
présàcettequestion.
Nous ne conoissons que
très-imparfaitement les regles
de la nature, s'il y en a
quelqu'une dont on puisse
estre sûr
,
c'est que la nature
est variée à l'infini,même
dans les Ouvrages qui
nous paroissent les plus semblablcs.
Toutesces propositions
,. la nature n'a qu'un bu. Elle
agittoûjours par les mêmes
voies. La nature est une ; ce
sont autant de Sophismes
que les Alchimistes & ceux
qui les combatcnt peuvent
expliquer chacun selon ion
sistême.
Les Animaux Grr' les Végétaux
(dit l'Auteur du Livre)
neproduisent que leursemblable
&c. Les graincs&les oeufs
contiennent en petit les plantes
& les Animaux qui doivent
estreengendrez&c.leur
productionn'est réellement que
l'extention de toutes les parties
de l'individu imperceptible par
l'action de l'esprit qui le penetre
,
le dilate &le dispose a
recevoirl'aliment proprequi si
change en la substance, & en
augmente toutes les parties
dans toutes lours dimensions.
Tout cela est vrai,l'Auteurconclut
de là qu'on
ne pourroit produire un
métal,queparlessemences
dece métal. Il a peutestre
raison
, .& que l'or
estantun tout homogene,
ne peut contenir desemences
propres àestre developées.
C'est ce que je ne
sçai point, mais mon manuscrit
dit que toute la
nature n'est composée
que de petites semences
propres à estre animées , quesçait-on si les Parties
qui composent le Mercurene
sont point autant
de petits Animaux,&si
cet esprit universel que
cherchent lesAlchimistes
n'est point composéd'autres
Animaux infiniment
petits, qui font propres
à accrocher ensemble,&
à fixer ceux dont le Mercure
est composé ; les
plus grands Philosophes
ont eu des opinions aussi
visionnaires que celles-là;
ils ont découvert aussi
de grandes veritez. Concluons
delà que toute la
Philosophie n'est qu'un
composé deveritez &de
visions;ainsije conseille à
ceux qui n'ont point d'argent
à risquer de croire la
PierrePhilosophaleimpossible,&
je conseille à ceux
qui peuvent mettre quelque
argent à leur plaisir,
de préférercelui-là à d'autrès,
puisqu'il peut estre
; utile en découvrant une
infinité de secrets
, que
ê: les Alchimistes trouvent
chemin faisant, &s'ils ne
l trouvent pas cette Quintessence
qui a fait vivre
Artesiusmilleannées. Ils
ont trouvé des essences
qui peuvent guerir des
Rhumatismes.
C'est en cherchant la
PierrePhilosophale qu'on
a trouvé les belles teintures,
& nous avons obligationauxAlchimistes
des mesl anges qui font les
plus belles couleurs pour
les. étoffes Se pour les
Dames.
J'ai eu plusieurs conversations
avce Mr le President
de S. Maurice,sur
cette matiere : il estoit
dans cette incertitude
censée,où l'on doitestreà
l'égard d'une science
obscure, quand on l'a
chargé de faire faire une
experience dans la Vallée
de Barcelonnette; il a eu
toutes les attentions possibles
pour n'estre point
surpris,&il a vû réellement
changer deux onces
de plomb en or,avecune
petite pincée de poudre;
on ne peut pas s'em pêcher
de faire attention à
cela, c'est toujours unsecret
curieux,il reste à sçavoir
s'ilserautile, &si les
frais de l'opérationn'excederont
pas le profit.
Puisque l'occasion s'en
presente, disons un mot
de Nicolas Flamel& de
son Livre Hieroglifïque,
dont on voit encore quelques
figures aux Charniers
S. Innocent ; tout le
monde sçait cela, mais il
faut bien grossirmon Livre
pour ceux qui veulent
de répaisseur.
Nicolas Flamel Ecrivain
& Habitant de Paris,
en 1599. demeurant
ruë des Ecrivains, prés
la ChapelleS. Jacques de
la Boucherie,acheta pour
deux florins à un Inventaire
un Livre doré fort
vieux,dont les feuillets é.
toient d'écorces d'arbres.
Il contenoit, dit Flamel,
•_
lui-même
, trois foissept
feuillets,leseptiéme desquels
estoit toujours sans
écriture, au lieu de laquelle
estoit peint au premierseptiéme
une Vierge
& des Serpents s'engloutißans,
au deuxième septiéme
une croix où estoit
ataché un Serpent, cr.
aux autres septieme JVtoientpeints
des deserts,
au milieu desquels couloient
desfontaines d'où
sortoient plusieursSerpents.
Au premier des feuillets
écrits efloit Abraham
Juif, Prince
,
Prestre
Levite, Astrologue &
Philofopbeala, Nation
des Juifs
, par l'ire de
Dieu dispersezaux Gaules
,
salut,D. apréscela
ilestoit plein de maledictions
aveccemotiiiaranatha
, contre tous ceux
qui le liroit, silrieflûiç
Sacrificateur; ou Scribe,
jecrois qu'il venoit des
Juifs quon avoitchassez,
deParis&c.
1 Au quatrièmefeuillet
estoit peint unjeunehomme
avec des aisles aux talons
, avec un Caducée
dont ilfrappoitun casque
qui lui couvroit la teste,
cestoit Mercure ; contre
lui venoit courant&volant
à asles ouvertes un
grand Vieillardqui avoit
sur sa teste une Horloge
attachée, & enses mains
unefaulx,dontilvouloit
trancher les pieds à Mer.
cure. A un autre feuilletétoit
sur lesommet d'une
Montagne,unePlanteà
tige bleue fleurs blanches
&rougesfeuilles luisantes
comme orfin,&des Dragons
& Griffons autour.
A un autrefeuillet un
Roy
Rozierfleuri appuyécontre
un Chênecreux &
une Fontaine d'eau blancheseprécipitant
dans des
abimes.
A cet autrefeuillet un
Royavecungrand coutelas,
quifaisoit tuerpar
ses Soldats, force petits
enfans
, & leurs meres
pleurant, & lesangdes
enfans estoit ramassêpar
d'autres Soldats, & mis
dans un grand Vaisseau
dans lequel le Soleil&lay
Lunesevenoient baigner.
Flamel,ditunautreHistorien
,
avoit une jeune
femme nomméePrenelle,
avec qui il s'afligeoitfort
de ne pouvoir trouver le
vrai sens des Figures du
Livre, qu'un Medecin
nomméMr Anseaume,
commença à lui débrouiller.
Flamelentrepritensuite
un pelerinage
,
Prunelle
fut tres-affligée de le voir
partir, mais illuipromit
de revenir avec le trésor
des trésors
, ce qui lui fit
suporterson absence patiament.
Sur laroutede
sonpelerinage , un Marcrand
de Boulogneluisit
connoistre un Medecin
Juif, nommê Canches,qui
acheva de l'instruire
, il
revint à Paris,oùsachere
Prenellefut tres-joyeuse
de lerevoir, &pourtant
sachée, ne le croyant pas
plus riche que quand il
il estoit parti; mais enfin
aprés quelques années de
travail il accomplit le
grand oeuvre le 17. Janvier
; l'an mil trois, cent
quatre-vingtdeux,enprésence
de Prenelle sa femme>
qui enpensa mourir
dejoye. -'
: Ce Livre se vend à Paris,
chez DANI EL JOLLET,
au bout du Pont S. Michel,
du costé du Marché Neuf,
au
Livre Royal.
Fermer
Résumé : Livres nouveaux, [titre d'après la table]
Le texte aborde l'alchimie et la quête de la Pierre Philosophale, une substance légendaire capable de transformer les métaux en or et de conférer l'immortalité. L'auteur affirme avoir accompli une œuvre parfaite avec le Mercure, un élément clé en alchimie, et déclare être devenu maître de l'esprit universel. Il discute de la controverse entourant la Pierre Philosophale, notant que certains livres la déclarent impossible tandis que d'autres soutiennent le contraire. Le texte explore également les principes de la nature et de la perfection, illustrés par les cycles de vie des végétaux et des animaux. L'auteur cite un manuscrit qui défend l'existence de la Pierre Philosophale et discute de la variabilité de la nature. Il conclut que la philosophie est un mélange de vérités et de visions. Le texte mentionne des expériences alchimiques, comme la transformation de plomb en or, et rend hommage à Nicolas Flamel, un alchimiste célèbre, en décrivant son livre hiéroglyphique et ses aventures. L'auteur recommande de croire en l'impossibilité de la Pierre Philosophale pour ceux qui n'ont pas d'argent à risquer, tout en encourageant les autres à explorer cette quête pour découvrir des secrets utiles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 88-91
Parodie de l'Enigme, dont le mot est le Fleuve.
Début :
Un Fleuve dans son lit couche sans couverture ; [...]
Mots clefs :
Fleuve, Mouvement, Vin, Parodie, Bateau, Trésors, Inconstance, Baigneuse, Bras
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Parodie de l'Enigme, dont le mot est le Fleuve.
Parodie de l'Enigme,
dontle motest
le Fleuve.
UnFleuve dansson lit
couchesans couverturej
Ne dort que rarementi:
Sans estrevifil est toûjours
en mouvement:
Et n'aimant point le vin
en boit par avanture.
Malgré le Champenois
dontla lourde voiture
Met, pour parlerfigurement,
Le dosdu Fleuve à la
torture.
Le Fleuve, boit le vin
répandu par malheur,
Tel qui dans un Bateau
s'expose à la fureur:
A deux doits de la mort
subite
Sur toute autre-chose
medite,
En luy confiant ses
Tresors.
LeFleuvechangeantd'eau,
change vrayment de
, Corps;
Il estpourtant toûjours lemême.
A qlu'ealquiembaiegneuse qui
ilp:ère innocement ses
bras.
Bras de Fleuvese dit, ne
le critiquez pas.
Baigneuse, entrant dans
l'eau, le tein pâle &
l'oeilbas,
Voit le brillant du Fleuve
avec indifférence:
Et sans chagrin aussi soûfre
son inconstance.
Elle s'oppose à son penchant:
Il la fuit, il la cherche
& même en la cherchant
Usurpe les faveursmais
avec non-chalance:
Car honny foit qui mal
y pense.
dontle motest
le Fleuve.
UnFleuve dansson lit
couchesans couverturej
Ne dort que rarementi:
Sans estrevifil est toûjours
en mouvement:
Et n'aimant point le vin
en boit par avanture.
Malgré le Champenois
dontla lourde voiture
Met, pour parlerfigurement,
Le dosdu Fleuve à la
torture.
Le Fleuve, boit le vin
répandu par malheur,
Tel qui dans un Bateau
s'expose à la fureur:
A deux doits de la mort
subite
Sur toute autre-chose
medite,
En luy confiant ses
Tresors.
LeFleuvechangeantd'eau,
change vrayment de
, Corps;
Il estpourtant toûjours lemême.
A qlu'ealquiembaiegneuse qui
ilp:ère innocement ses
bras.
Bras de Fleuvese dit, ne
le critiquez pas.
Baigneuse, entrant dans
l'eau, le tein pâle &
l'oeilbas,
Voit le brillant du Fleuve
avec indifférence:
Et sans chagrin aussi soûfre
son inconstance.
Elle s'oppose à son penchant:
Il la fuit, il la cherche
& même en la cherchant
Usurpe les faveursmais
avec non-chalance:
Car honny foit qui mal
y pense.
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Résumé : Parodie de l'Enigme, dont le mot est le Fleuve.
Le texte est une parodie de l'énigme dont la solution est 'le Fleuve'. Il décrit les caractéristiques et les comportements du fleuve, qui coule sans interruption malgré les perturbations extérieures, comme une lourde voiture. Le fleuve absorbe le vin répandu accidentellement et expose les personnes dans un bateau à sa fureur. Il change d'eau mais reste le même. Le fleuve est comparé à une baigneuse inconstante qui l'observe avec indifférence. Leur relation est complexe : le fleuve la fuit et la cherche en même temps, usurpant ses faveurs avec nonchalance. Le texte se conclut par l'expression 'Car honny foit qui mal y pense'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 186-216
DISSERTATION philosophique sur les merveilles du principe d'action des bestes, & sur leur utilité pour arriver à la connoissance de l'Autheur de la Nature, & à celle des principaux fondemens de la Morale, contre les Carthesiens, les Athées, & les Esprits forts. Par M. P. Dei perfecta sunt opera, &omnes via ejus judicia. Deut. 23.
Début :
Un des grand Philosophes du Siecle précedent a osé écrire [...]
Mots clefs :
Philosophie, Bêtes, Machines, Esprit, Morale, Descartes, Nature, Mouvement, Principe spirituel, Automate, Prudence, Mémoire, Instinct, Compétences , Expérience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION philosophique sur les merveilles du principe d'action des bestes, & sur leur utilité pour arriver à la connoissance de l'Autheur de la Nature, & à celle des principaux fondemens de la Morale, contre les Carthesiens, les Athées, & les Esprits forts. Par M. P. Dei perfecta sunt opera, &omnes via ejus judicia. Deut. 23.
DISSERTATION
Philofopbicjue sur les merveilles
du principe dlaélio.»-,
des bef/es) csur leurutilitépourarriver
à U con..
noiffance de Autheur de
la Mature
, O* 4 celle des
principaux fondemens de [a.
Morale, contre les Cartheficns
,
les Athées.,e les
Esprits firts,
Par M. P.
Deiperfeclafunt opera , &
omnes vioe ejusjudicia. Deur.
23.
¡L; lT N des grands PhilosophesduSiecle
précedent a
osé écrire que les bestesestoient
de pures machines,
destituées de tout principe
spirituel, n'ayant pour eause
de leurs actions quelconques,
que lesLoixgenerales
du mouvement, que l'Auteur
de laNature a establies
en creant le monde, jointes
à la disposition presente de
leurs organes; à laquelle
disposition il veut bien s'accommoder,
& s'a sservir, &
par laquelle il est necessité
d'agir, comme le ressort
d'une Montre l'est par ses
rouës,à marquerregulierement
les heures, ( ciricjuiémc
partie de la MethodedeDescar-
- tes, &c ) Il est vra y que ce
Philosophenel'a pas pensé
le premier, & qu'iln'aformécesystemequ'aprésla
Pereira, Auteur Espagnol
quiena composéunTraité.
Mais ce sentiment tout frrone
qu'il est, n'a eu beaucoup
de vogue, qu'aprés
que M. Descartes s'en est
rendu partisan. Sa maniere
d'expliquer lese ffets dePhyfique
uniquement par le repos,
le mouvement,les figures,
& les organizations des
cor ps, ayant entraisnédans
son parti tous les Philosophesamis
dela clarté plusieurssesont
laissez éblouir
de la nouveauté de ce systeme,
qui semblerépandre
d'abord une lumiere
considerable dans l'obscurité
d'un sujet aussi interessant
; & j'avouë qu'aprés
avoir lû les fortes raisons
donc plusieurs Philosophes
appuyent ce sentiment, ôc
les foibles raisonnements
dont quelques autres, qui
en ont écrit depuis ont tenté
de le détruire,j'ay estés
moy mesme esbranlé
,
6c j'aihesitémesmeassezlong
tems, sans sçavoir quel parti
prendre.
Effectivement si l'on envisage
d'un costé les merveilles
que les bestes operent
dans de certaines circonstances,
& combien en
d'aurres elles paroissent
stupides & bornées, on j
m'avouëra qu'il n'est pas
-
aisé de se déterminer. Si de
plus on fait attention aux
mouvements que les hommes
sont capables de proHuire
par des machines;
jusques à leur faire marquer
tout le cours desCieux,
representer des Spectacles,
executer des concerts de
toutes sortes d'instrumens,
donner des mouvements
differents aux differentes
[parties d'un Tableau, faire
tmanger ,
avaler, digerer,
toc rendre desaliments à des
animaux factices ; en faire
i
chanter, crier, courir, &
volerd'autres,&tant d'autres
merveilles surprenantes
de l'Art: on estportéà
juger de-là, qu'il n'y a peutestre
pas d'effet si furprenant
que l'Auteur de la Nature
ne pût faire produire
à un automate de sa main
par son seul concours general.
Aussî faut-il convenir
qu'il se fait dans les animaux
, comme dans les
plantes, & dans les autres
creatures vivantes, quantité
d'opérations purement
mechanques , & qui ne:
demandent aucune cause
spirituelle, aucun principe
immateriel particulierpour
leur production.Telles sont
le mouvement, & la circuhcioîN
culation des humeurs, les
segregations, les coctions,
les transpirations, l'accroissement
& le décroissement,
les mouvements elastiques
de leurs differentes parties,
& quantité d'autres qui dépendent
uniquement des
Loix generales de l'univers;
& ces mouvements font
continuels.Mais il y en a
d'une autre espece qui font
produits à propos, pour seconder
ceux-cy, & dans
lesquels on remarque une
espece de raison & de jugement
,qu'ilne paroist pas
qu'on puisse tirer de la disposition
d'un sujet purement
matériel, & des feules
loix du mouvement.
comme on le fera voir cyaprés,
par un grand nombre
d'exemples pour la plûpart
incontestables.
Ce sont ces dernieres
qui nous obligent d'admettre
une cause spirituelle
dans les bestes
,
c'est-à dire
un principe immateriel,&
semblable en quelque sorte
à celuy que nous trouvons
en nous, qui produise en
elles tout ce qui nous donne
tant d'admiration. Mais
en mesme tems nous nous
jettons dans un nouvel embarras:
premièrement nous
abandonnons en quelque
façon les lumieres que l'on
espere tirer des méchaniques
dans le parti contraire;
carenfin il faut avouër
qu'un poids, un reÍfort.
des espritsen mouvement,
sont incomparablement
plus aisés à imaginer, qu'un
principe immatériel, & cependant
capable de mouvoir
les corps en une infinité
de manieres. Secondement
si l'on jette les
yeux sur certaines vertus
& operations des bestes,
sur leur prudence, leur sagacité
,
prévoyance,addresse,
vigilance, courage
, équité, fidélité
, complaisance,
reconnoissance,
honnesteté
,
pudeur, propreté
,
finesse
,
mémoire
J &c. sur leur instinct pour
deliberer,&choisir des
moyens propres à se conserver&
se nourrir, pour
connoistre les dangers &
les fuïr
, pour eslever des
petits,pour kfaueeuendre
;
sur les ouvrages qu'elles
executent ,
sur l'ordre
qui y regne ,
sur leurs societez,&
sur toute la regle
de leur vie, on se voit comme
forcé de reconnoistre
que cette cause est mesme
beaucoup plus parfaite,que
nostre ame ,
& par consequent
plus susceptible de
merire, & plus digne de
loüange. Quel parti prendre
dans une matiere aussi
embarrassée Je n'en vois
point d'autre ,que d'avoir
recours à la voye la plus
sûre en de semblables occassons
qui est l'experience
; c'est à elle pour ainsi
dire à decider,&àcouper
le neud Gordien. Or il me
semble en avoir suffisamment
ramassé pour terminer
la question, ou du
moins pour la mettre dans
son dernier point d'évidence
; & je crains d'autant
moins de les avancer, que
je fuis témoin oculaire de
la pluspart ; au moins celles
que je n'ay pas vûës de
mmeesspprroopprreessyyeeuuxx mm'oonntt estécommuniquées ou
confirmées par des amis
en qui j'ay beaucoup de
confiance,& quiont vû
par les leurs.
Premierement quand à
la sagacitéaddresse, courage,
finesse,& prudence
des belles pour chercher
leur nourriture, & conferver
leur estre, rien n'est
plus connu, & enmesme
tems plus admirable. Car
qu'y a-t-il de mieux inventé
}
& de plus artistement
travaillé que ces toiles dont
les Araignées se fervent
pour attrapper des Mouches
& s'en nourrir? Ne
semble-t il pas que ce soit
d'elles quenos Chasseurs,
nos Oiseleurs,&nosPescheurs
mêmes OIÎC appris
à prendre les bestes sauvages
, les Oiseaux, & les
Poissons au filet ? Qu'y at.
il de plus rusé que ces
infectes nommez Reculettes
, quiamassent des tas
de poussiere dans les trous
des murailles, au centre
desquels elles s'enterrent
ensuite, pour y enterrer à
leur tour, en se remuant,
tous les petits animaux qui
viennent à passer sur leur
trape > Quoy de plus fin
que les Renards? lorsque
deux chassent leur proye
dans un parc fermé de
murs, un d'eux demeure au
guet à une deschatieres
tandis , que l'autre a foin
par son glapissement de
l'avertir des tours & retours
que prend le gibier, afin
qu'ilsoittousjours sur (es
gardes. Qui est-ce qui n'a
pas vû les menées d'un
Chat qui veut courir sur
des Oiseaux dans un jardin
; les détours qu'il prend
pour s'en approcher jconu
me il s'applattit; comme il
rampe conrre terre, & se
traisne le long des bordures
,
de crainte d'estre ap£
perçu de sa proye ) avant
d'estre assez proche, pour
s'eslancer dessus. Il ne faut
qu'avoir elle Chasseur,pour
admirer l'instinct des
Chiens à poursuivre leur
gibier,tandis que les uns
le suivent en queuë, les autres
se détournent pourgagner
le Fort où il pourroit
se jetter, & pour le prévenir:
s'il a estéblessé
,
ils le
poursuivent quelque fatiguez
qu'ils soient, juiques
àce qu'ils l'ayentpris. L'Eté
dernier un de mes amis
ayant tué un Perdreau parmi
une bande, son Chien
le luy apporta, & courut
de luy mesme aussîtost à la
remise des autres, jusques
à un bon quart de lieuë,
pour en attrapper un autre,
qu'il connoissoitapparemment
avoir estéaussî
,
frappé, & qu'il apporta de
même. Lorsque deuxLoups
affamez ont entreprisd'attraper
un Chien dans un
Village, l'un vient gratter
à la porte, & s'enfuie dés
qu'il entend le Chien accouru
sur luy,tandis qu'un
autre qui demeure au guet
a costé de la chatiere
, ne
manque pas de se jetter
sur le Chien dés qu'il vient
à sortir, sur d'estre bientost
secondé par son compagnon.
Les Geays affamez
se jettent dans des
buissons, ou tailistouffus,
où ils crient de toute leur
force, & contrefont si
parfaitement la voix d'un
Chat, comme pouravertir
tous les petits Oiseaux des
environs
, que leur ennemy
est fous le buisson, &
lesexciterà le combattre;
que ceux-cy ne manquent
pas d'y accourrir en foule
de tous costez; & plusieurs
y trouvent effectivement
un ennemy qui ne les épargne
pas dans sa faim;
c'cft ce que j'ay vû quanticé
de fois avec plaisir &
admiration. On sçait aussi
que les Crocodiles & Caïmans
se cachent dans les
roseaux qui sont le long des
rivières où ils habitent,pour
y contrefaire la voix d'un
enfantquise plaint, &attirer
par ce moyen dans
leurembuscade, quelqu'un
touché de compassion.
Tous lesChasseursnesçavent-
ils pas la rufe dont les
Cerfs se fervent pour sauver
leurs compagnons fatiguez
de la poursuite des
Chiens, en se jettant à la
traverse des Meuttes ; &
que les bons Chiens encore
plus rufez qu'eux, ne donnent
pas dans ces panneaux,
mais poursuivent
leur proye infatigablement.
Quelles leçons l'instinct
des bestesnousdonne pour
exercer la charité envers
les opprimez, jusques à exposer
nostre vie pour les
sauver; & de perseverer
dans nos devoirs, quelque
penibles qu'ils soient, tant
que nous en ayons obtenu
la recompense.
Un de mes parens &
compagnons de Chasse
avoit deux Bassets qui alloient
d'eux-mêmes à la
chatte,quand il estoitquelque
cems sans les y mener.
Lorsqu'ils avoient fait lever
un Lievre
,
ils le pour-l
suivoient pendant deux ou
trois heures
,
jusques à ce
qu'ils l'eussent lassé &pris;
alors un se couchoit auprés
de sa proye pour la garder,
tandis que l'autre revenoit
à la maison tout fatigué
qu'ilestoit, pour querir
son maistre, & ne cesfoit
de le. caresser & de
l'importuner,jusques à ce
que le maistre l'eustfuivyï
au lieu où elle estoit. i
Dira-t-on donc que les
machines sont capables de
ruse, decompassion, de fidélite,
--
delité, d'agir par des détours,&
devoir ce que les
plus fins Chasseurs euxm
mes ne voyent pas? Les
machines au contraire ne
doivent- elles pas aller
, droit à ce qui les attire ;
fuïr ce qui les poursuit ; se
reposer quand elles font
lasses
, & s'approprier cç
qui leur convient.
3. Mais voyons jusques
,
où va la prévoyance, la
memoire,& la regle des
belles. Tout le monde sçait j
assez que les Fqurmis en- talTent tout l'Eté dans leurs
fourmillieres des grains de
bled & autres graines pour
se nourrir pendant l'Hyver
; & rien n'est plus admirable
que de voir leur
colomne d'infanterie qui
s'estend depuis la fourmilliere
jusques au lieu du butin
; comme cette colomne
se rejoint quand on l'a
rompuë; comme elle se
continuë jusques au haut
des maisons & des ar bres
les pluseslevez; comme elles
travaillent en societé à
bastir leursfourmillieres
ou granges souterraines ;
comme ellesont la précaution
de couper legerme de
leurs grains afin qu'ils ne
pouffenc pas; de les exposer
tous les jours de beau rems
au Soleil pour les sécher,de
crainte qu'ils ne se corrompent,&
mesme de les
poser dans leurs serres sur
une. poussiere bien seche,
& de les recouvrir avec
une pareille terre pour les
tenir secs;de faire sécher
l'une & l'autre poussiere au
Soleil en mesme tems que
leur grain; & enfinderesserrer
le tout avec diligence
dés qu'il survient la
moindre apparence de
pluye. Les Rars de campagne
entassent pareillement
du bled dans leurs
greniers souterrains durant
tout letemsde la moisson,
pour le nourrir pendant
l'Hyver
,
& ont la prévoyance
de lescreuserjusques
à plus de trois piés de
profondeur de terre, pour
n'estre pas incommodez
de la pluye & de la gelée;
&mesme qui croiroit que
pendant les famines les
Païsans se trouvent quelquefois
réduits à les aller
piller pour chercher à vivre
, comme il estarrivé
en1709. dans plusieursendroits
de la France.
Quelle honte pour des
hommes douez d'esprit &
de jugement, d'estre obligez
d'avoir recours à des
animaux que nous méprifons
si fort, & que nous
traittons de brutes & de
stupides, pour apprendre
d'eux les regles de la prévoyance,
que nous devrions
leur donner.
Diroit-on que les Ours,
tout stupides qu'ils nous
paroissent
, ont aussi leurs
tanières où ils setapissent,
& où ils accumulent force
écorce d'arbre pour [e
nourrir pendant tout l'Hyver?
ces tanieres sont recouvertes
de quantité de
branches d'arbres confusément
entassées
,
mais cependant
de forte que la
neige ne peut pas aisément
les penetrer:lànos brutes
passentun hyver insupportable
aumilieu desimmensesforêts
de la Moscovie,
en grande societé
,
bien
chaudement & faisant bonne
chere. En ferions-nous
davantage ? Nos Païsans
ne se font-ils pas un plaisir
au commencement de l'hiver
d'aller fourager les caches
des Corneilles, des
Chucas &des Pies, qu'ils
trouvent pleines de noix,
de chataignes
,
de noisettes,
& d'autres fruits champestres
que ces animaux
amassent pendant l'Automne
,soit dans les troncs
des arbres, foit fous des tas
d'échalas ou de fagots, &
ailleurs. Les jeunes Chiens
qui sont apparemment
doüez d'un plus vif appetit
que les autres, ont aussi de
coustume,lorsqu'ilsont du
pain dereste
,
de l'enterrer
pour la faim à venir, & de
retourner le chercher,
quand leur faim est revenuë.
-
j
i On donnera, lafuite de cette
Dissertation dans le Aiercare etQ£iobre\prochain
Philofopbicjue sur les merveilles
du principe dlaélio.»-,
des bef/es) csur leurutilitépourarriver
à U con..
noiffance de Autheur de
la Mature
, O* 4 celle des
principaux fondemens de [a.
Morale, contre les Cartheficns
,
les Athées.,e les
Esprits firts,
Par M. P.
Deiperfeclafunt opera , &
omnes vioe ejusjudicia. Deur.
23.
¡L; lT N des grands PhilosophesduSiecle
précedent a
osé écrire que les bestesestoient
de pures machines,
destituées de tout principe
spirituel, n'ayant pour eause
de leurs actions quelconques,
que lesLoixgenerales
du mouvement, que l'Auteur
de laNature a establies
en creant le monde, jointes
à la disposition presente de
leurs organes; à laquelle
disposition il veut bien s'accommoder,
& s'a sservir, &
par laquelle il est necessité
d'agir, comme le ressort
d'une Montre l'est par ses
rouës,à marquerregulierement
les heures, ( ciricjuiémc
partie de la MethodedeDescar-
- tes, &c ) Il est vra y que ce
Philosophenel'a pas pensé
le premier, & qu'iln'aformécesystemequ'aprésla
Pereira, Auteur Espagnol
quiena composéunTraité.
Mais ce sentiment tout frrone
qu'il est, n'a eu beaucoup
de vogue, qu'aprés
que M. Descartes s'en est
rendu partisan. Sa maniere
d'expliquer lese ffets dePhyfique
uniquement par le repos,
le mouvement,les figures,
& les organizations des
cor ps, ayant entraisnédans
son parti tous les Philosophesamis
dela clarté plusieurssesont
laissez éblouir
de la nouveauté de ce systeme,
qui semblerépandre
d'abord une lumiere
considerable dans l'obscurité
d'un sujet aussi interessant
; & j'avouë qu'aprés
avoir lû les fortes raisons
donc plusieurs Philosophes
appuyent ce sentiment, ôc
les foibles raisonnements
dont quelques autres, qui
en ont écrit depuis ont tenté
de le détruire,j'ay estés
moy mesme esbranlé
,
6c j'aihesitémesmeassezlong
tems, sans sçavoir quel parti
prendre.
Effectivement si l'on envisage
d'un costé les merveilles
que les bestes operent
dans de certaines circonstances,
& combien en
d'aurres elles paroissent
stupides & bornées, on j
m'avouëra qu'il n'est pas
-
aisé de se déterminer. Si de
plus on fait attention aux
mouvements que les hommes
sont capables de proHuire
par des machines;
jusques à leur faire marquer
tout le cours desCieux,
representer des Spectacles,
executer des concerts de
toutes sortes d'instrumens,
donner des mouvements
differents aux differentes
[parties d'un Tableau, faire
tmanger ,
avaler, digerer,
toc rendre desaliments à des
animaux factices ; en faire
i
chanter, crier, courir, &
volerd'autres,&tant d'autres
merveilles surprenantes
de l'Art: on estportéà
juger de-là, qu'il n'y a peutestre
pas d'effet si furprenant
que l'Auteur de la Nature
ne pût faire produire
à un automate de sa main
par son seul concours general.
Aussî faut-il convenir
qu'il se fait dans les animaux
, comme dans les
plantes, & dans les autres
creatures vivantes, quantité
d'opérations purement
mechanques , & qui ne:
demandent aucune cause
spirituelle, aucun principe
immateriel particulierpour
leur production.Telles sont
le mouvement, & la circuhcioîN
culation des humeurs, les
segregations, les coctions,
les transpirations, l'accroissement
& le décroissement,
les mouvements elastiques
de leurs differentes parties,
& quantité d'autres qui dépendent
uniquement des
Loix generales de l'univers;
& ces mouvements font
continuels.Mais il y en a
d'une autre espece qui font
produits à propos, pour seconder
ceux-cy, & dans
lesquels on remarque une
espece de raison & de jugement
,qu'ilne paroist pas
qu'on puisse tirer de la disposition
d'un sujet purement
matériel, & des feules
loix du mouvement.
comme on le fera voir cyaprés,
par un grand nombre
d'exemples pour la plûpart
incontestables.
Ce sont ces dernieres
qui nous obligent d'admettre
une cause spirituelle
dans les bestes
,
c'est-à dire
un principe immateriel,&
semblable en quelque sorte
à celuy que nous trouvons
en nous, qui produise en
elles tout ce qui nous donne
tant d'admiration. Mais
en mesme tems nous nous
jettons dans un nouvel embarras:
premièrement nous
abandonnons en quelque
façon les lumieres que l'on
espere tirer des méchaniques
dans le parti contraire;
carenfin il faut avouër
qu'un poids, un reÍfort.
des espritsen mouvement,
sont incomparablement
plus aisés à imaginer, qu'un
principe immatériel, & cependant
capable de mouvoir
les corps en une infinité
de manieres. Secondement
si l'on jette les
yeux sur certaines vertus
& operations des bestes,
sur leur prudence, leur sagacité
,
prévoyance,addresse,
vigilance, courage
, équité, fidélité
, complaisance,
reconnoissance,
honnesteté
,
pudeur, propreté
,
finesse
,
mémoire
J &c. sur leur instinct pour
deliberer,&choisir des
moyens propres à se conserver&
se nourrir, pour
connoistre les dangers &
les fuïr
, pour eslever des
petits,pour kfaueeuendre
;
sur les ouvrages qu'elles
executent ,
sur l'ordre
qui y regne ,
sur leurs societez,&
sur toute la regle
de leur vie, on se voit comme
forcé de reconnoistre
que cette cause est mesme
beaucoup plus parfaite,que
nostre ame ,
& par consequent
plus susceptible de
merire, & plus digne de
loüange. Quel parti prendre
dans une matiere aussi
embarrassée Je n'en vois
point d'autre ,que d'avoir
recours à la voye la plus
sûre en de semblables occassons
qui est l'experience
; c'est à elle pour ainsi
dire à decider,&àcouper
le neud Gordien. Or il me
semble en avoir suffisamment
ramassé pour terminer
la question, ou du
moins pour la mettre dans
son dernier point d'évidence
; & je crains d'autant
moins de les avancer, que
je fuis témoin oculaire de
la pluspart ; au moins celles
que je n'ay pas vûës de
mmeesspprroopprreessyyeeuuxx mm'oonntt estécommuniquées ou
confirmées par des amis
en qui j'ay beaucoup de
confiance,& quiont vû
par les leurs.
Premierement quand à
la sagacitéaddresse, courage,
finesse,& prudence
des belles pour chercher
leur nourriture, & conferver
leur estre, rien n'est
plus connu, & enmesme
tems plus admirable. Car
qu'y a-t-il de mieux inventé
}
& de plus artistement
travaillé que ces toiles dont
les Araignées se fervent
pour attrapper des Mouches
& s'en nourrir? Ne
semble-t il pas que ce soit
d'elles quenos Chasseurs,
nos Oiseleurs,&nosPescheurs
mêmes OIÎC appris
à prendre les bestes sauvages
, les Oiseaux, & les
Poissons au filet ? Qu'y at.
il de plus rusé que ces
infectes nommez Reculettes
, quiamassent des tas
de poussiere dans les trous
des murailles, au centre
desquels elles s'enterrent
ensuite, pour y enterrer à
leur tour, en se remuant,
tous les petits animaux qui
viennent à passer sur leur
trape > Quoy de plus fin
que les Renards? lorsque
deux chassent leur proye
dans un parc fermé de
murs, un d'eux demeure au
guet à une deschatieres
tandis , que l'autre a foin
par son glapissement de
l'avertir des tours & retours
que prend le gibier, afin
qu'ilsoittousjours sur (es
gardes. Qui est-ce qui n'a
pas vû les menées d'un
Chat qui veut courir sur
des Oiseaux dans un jardin
; les détours qu'il prend
pour s'en approcher jconu
me il s'applattit; comme il
rampe conrre terre, & se
traisne le long des bordures
,
de crainte d'estre ap£
perçu de sa proye ) avant
d'estre assez proche, pour
s'eslancer dessus. Il ne faut
qu'avoir elle Chasseur,pour
admirer l'instinct des
Chiens à poursuivre leur
gibier,tandis que les uns
le suivent en queuë, les autres
se détournent pourgagner
le Fort où il pourroit
se jetter, & pour le prévenir:
s'il a estéblessé
,
ils le
poursuivent quelque fatiguez
qu'ils soient, juiques
àce qu'ils l'ayentpris. L'Eté
dernier un de mes amis
ayant tué un Perdreau parmi
une bande, son Chien
le luy apporta, & courut
de luy mesme aussîtost à la
remise des autres, jusques
à un bon quart de lieuë,
pour en attrapper un autre,
qu'il connoissoitapparemment
avoir estéaussî
,
frappé, & qu'il apporta de
même. Lorsque deuxLoups
affamez ont entreprisd'attraper
un Chien dans un
Village, l'un vient gratter
à la porte, & s'enfuie dés
qu'il entend le Chien accouru
sur luy,tandis qu'un
autre qui demeure au guet
a costé de la chatiere
, ne
manque pas de se jetter
sur le Chien dés qu'il vient
à sortir, sur d'estre bientost
secondé par son compagnon.
Les Geays affamez
se jettent dans des
buissons, ou tailistouffus,
où ils crient de toute leur
force, & contrefont si
parfaitement la voix d'un
Chat, comme pouravertir
tous les petits Oiseaux des
environs
, que leur ennemy
est fous le buisson, &
lesexciterà le combattre;
que ceux-cy ne manquent
pas d'y accourrir en foule
de tous costez; & plusieurs
y trouvent effectivement
un ennemy qui ne les épargne
pas dans sa faim;
c'cft ce que j'ay vû quanticé
de fois avec plaisir &
admiration. On sçait aussi
que les Crocodiles & Caïmans
se cachent dans les
roseaux qui sont le long des
rivières où ils habitent,pour
y contrefaire la voix d'un
enfantquise plaint, &attirer
par ce moyen dans
leurembuscade, quelqu'un
touché de compassion.
Tous lesChasseursnesçavent-
ils pas la rufe dont les
Cerfs se fervent pour sauver
leurs compagnons fatiguez
de la poursuite des
Chiens, en se jettant à la
traverse des Meuttes ; &
que les bons Chiens encore
plus rufez qu'eux, ne donnent
pas dans ces panneaux,
mais poursuivent
leur proye infatigablement.
Quelles leçons l'instinct
des bestesnousdonne pour
exercer la charité envers
les opprimez, jusques à exposer
nostre vie pour les
sauver; & de perseverer
dans nos devoirs, quelque
penibles qu'ils soient, tant
que nous en ayons obtenu
la recompense.
Un de mes parens &
compagnons de Chasse
avoit deux Bassets qui alloient
d'eux-mêmes à la
chatte,quand il estoitquelque
cems sans les y mener.
Lorsqu'ils avoient fait lever
un Lievre
,
ils le pour-l
suivoient pendant deux ou
trois heures
,
jusques à ce
qu'ils l'eussent lassé &pris;
alors un se couchoit auprés
de sa proye pour la garder,
tandis que l'autre revenoit
à la maison tout fatigué
qu'ilestoit, pour querir
son maistre, & ne cesfoit
de le. caresser & de
l'importuner,jusques à ce
que le maistre l'eustfuivyï
au lieu où elle estoit. i
Dira-t-on donc que les
machines sont capables de
ruse, decompassion, de fidélite,
--
delité, d'agir par des détours,&
devoir ce que les
plus fins Chasseurs euxm
mes ne voyent pas? Les
machines au contraire ne
doivent- elles pas aller
, droit à ce qui les attire ;
fuïr ce qui les poursuit ; se
reposer quand elles font
lasses
, & s'approprier cç
qui leur convient.
3. Mais voyons jusques
,
où va la prévoyance, la
memoire,& la regle des
belles. Tout le monde sçait j
assez que les Fqurmis en- talTent tout l'Eté dans leurs
fourmillieres des grains de
bled & autres graines pour
se nourrir pendant l'Hyver
; & rien n'est plus admirable
que de voir leur
colomne d'infanterie qui
s'estend depuis la fourmilliere
jusques au lieu du butin
; comme cette colomne
se rejoint quand on l'a
rompuë; comme elle se
continuë jusques au haut
des maisons & des ar bres
les pluseslevez; comme elles
travaillent en societé à
bastir leursfourmillieres
ou granges souterraines ;
comme ellesont la précaution
de couper legerme de
leurs grains afin qu'ils ne
pouffenc pas; de les exposer
tous les jours de beau rems
au Soleil pour les sécher,de
crainte qu'ils ne se corrompent,&
mesme de les
poser dans leurs serres sur
une. poussiere bien seche,
& de les recouvrir avec
une pareille terre pour les
tenir secs;de faire sécher
l'une & l'autre poussiere au
Soleil en mesme tems que
leur grain; & enfinderesserrer
le tout avec diligence
dés qu'il survient la
moindre apparence de
pluye. Les Rars de campagne
entassent pareillement
du bled dans leurs
greniers souterrains durant
tout letemsde la moisson,
pour le nourrir pendant
l'Hyver
,
& ont la prévoyance
de lescreuserjusques
à plus de trois piés de
profondeur de terre, pour
n'estre pas incommodez
de la pluye & de la gelée;
&mesme qui croiroit que
pendant les famines les
Païsans se trouvent quelquefois
réduits à les aller
piller pour chercher à vivre
, comme il estarrivé
en1709. dans plusieursendroits
de la France.
Quelle honte pour des
hommes douez d'esprit &
de jugement, d'estre obligez
d'avoir recours à des
animaux que nous méprifons
si fort, & que nous
traittons de brutes & de
stupides, pour apprendre
d'eux les regles de la prévoyance,
que nous devrions
leur donner.
Diroit-on que les Ours,
tout stupides qu'ils nous
paroissent
, ont aussi leurs
tanières où ils setapissent,
& où ils accumulent force
écorce d'arbre pour [e
nourrir pendant tout l'Hyver?
ces tanieres sont recouvertes
de quantité de
branches d'arbres confusément
entassées
,
mais cependant
de forte que la
neige ne peut pas aisément
les penetrer:lànos brutes
passentun hyver insupportable
aumilieu desimmensesforêts
de la Moscovie,
en grande societé
,
bien
chaudement & faisant bonne
chere. En ferions-nous
davantage ? Nos Païsans
ne se font-ils pas un plaisir
au commencement de l'hiver
d'aller fourager les caches
des Corneilles, des
Chucas &des Pies, qu'ils
trouvent pleines de noix,
de chataignes
,
de noisettes,
& d'autres fruits champestres
que ces animaux
amassent pendant l'Automne
,soit dans les troncs
des arbres, foit fous des tas
d'échalas ou de fagots, &
ailleurs. Les jeunes Chiens
qui sont apparemment
doüez d'un plus vif appetit
que les autres, ont aussi de
coustume,lorsqu'ilsont du
pain dereste
,
de l'enterrer
pour la faim à venir, & de
retourner le chercher,
quand leur faim est revenuë.
-
j
i On donnera, lafuite de cette
Dissertation dans le Aiercare etQ£iobre\prochain
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Résumé : DISSERTATION philosophique sur les merveilles du principe d'action des bestes, & sur leur utilité pour arriver à la connoissance de l'Autheur de la Nature, & à celle des principaux fondemens de la Morale, contre les Carthesiens, les Athées, & les Esprits forts. Par M. P. Dei perfecta sunt opera, &omnes via ejus judicia. Deut. 23.
Le texte 'Dissertation Philosophique sur les merveilles du principe délalo' examine la controverse sur la nature des animaux, en particulier la question de savoir s'ils sont de simples machines ou dotés d'un principe spirituel. Descartes et d'autres philosophes, comme le Père Pereira, ont soutenu que les animaux sont des machines dépourvues de spiritualité, agissant uniquement selon les lois du mouvement et la disposition de leurs organes. Cette théorie a gagné en popularité grâce à Descartes. L'auteur reconnaît la complexité du sujet en notant que les animaux montrent des comportements tant mécaniques que rationnels. Par exemple, les mouvements des fluides corporels et les réactions élastiques des organes sont purement mécaniques, mais certains comportements, comme la prudence et la sagacité, semblent nécessiter une cause spirituelle. Le texte présente de nombreux exemples d'animaux manifestant des comportements intelligents et adaptatifs, tels que les araignées tissant des toiles, les renards chassant en groupe, et les fourmis stockant de la nourriture pour l'hiver. Ces comportements suggèrent une forme de raison et de jugement, difficilement explicable par des lois mécaniques seules. L'auteur conclut que l'expérience est la meilleure voie pour résoudre cette question. Il cite de nombreux exemples observés personnellement ou rapportés par des témoins fiables, illustrant la sagacité, la prudence et la prévoyance des animaux. Ces observations montrent que les animaux possèdent des qualités morales et des comportements complexes, souvent supérieurs à ceux des humains. Le texte décrit également les comportements alimentaires des chiens en hiver. Au début de la saison, les chiens prennent plaisir à fouiller les caches des corneilles, des choucas et des pies, qu'ils trouvent remplies de noix, de châtaignes, de noisettes et d'autres fruits des champs. Ces oiseaux amassent ces provisions pendant l'automne, soit dans les troncs des arbres, soit sous des tas de bûches ou de fagots, ou ailleurs. Les jeunes chiens, dotés d'un appétit plus vif, ont l'habitude d'enterrer du pain lorsqu'ils en ont en réserve, pour le retrouver lorsque la faim revient. Le texte mentionne également une suite à cette dissertation, prévue pour les mois de juillet et octobre prochains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
DISSERTATION philosophique sur les merveilles du principe d'action des bestes, & sur leur utilité pour arriver à la connoissance de l'Autheur de la Nature, & à celle des principaux fondemens de la Morale, contre les Carthesiens, les Athées, & les Esprits forts. Par M. P. Dei perfecta sunt opera, &omnes via ejus judicia. Deut. 23.
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p. 99-137
Explication physique & chymique des feux soûterrains, des tremblemens de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre.
Début :
Mon dessein est de donner, par le moyen d'une [...]
Mots clefs :
Soufre, Terre, Vitriol, Tonnerre, Ouragans, Matière, Mouvement, Opération, Feu, Fer, Mars, Limaille de fer, Chaleur, Nues, Vapeur, Fermentation, Souterrains, Tremblements de terre, Éclairs
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texteReconnaissance textuelle : Explication physique & chymique des feux soûterrains, des tremblemens de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre.
Explicationphyfique & chimique
àv$feuxJouterrams,
des tremblemens deterrey
des'ouragans, des éJairs&r
-du o tonmrre. -'
.(-' ,
1
Mon dessein est de donner,
par le moyen d'une
opération de Chymie, une
idée sensible de ce qui se
1
passe dans les nuës lors
qu'elles s'ouvrent en temps
detempête,pour produire
les éclairs ôc le tonnerre: mais avant que de faire
voir cette opération, il est
à propos de parler de la matiere
qui cause des effets si
violens, & d'examiner sa
nature & son origine.
On ne peut pas raisonnablement
douter que la
nature de l'éclair & du tonnerrene
soit un souffre en- amme, ôc élancé avec
beaucoup de rapidité. Nous
ne cannoissons rien d'inflammable
, ni de plus en
mouvement que le souffre,
ôc l'odeur du souffre que le
tonnerre laisse dans tous les
lieuxoù il a passé, prouve
assez sa nature. Il est donc
question de trouver l'origine
de ce souffre
: il n'est
pas vraisemblable qu'il Ce
soit formé dans les nuës, il
faut qu'il y ait étéporté en
vapeur.
Il me paroît que l'origine
de la matiere qui fait
le tonnerre est la même que
celle, des tremblemens de
terre, des ouragans, des
feux soûterrains. J'ai explique
la cause de ces grands
remuëmens dans un livre
de Chymie, à l'occasion
d'une préparation particuliere
sur le fer appeile safran
de Mars. Comme mon
explication a ététrouvée
assez juste, ôc que j'ai fait
encore plu sieurs autres experiences
qui servent à confirmer
ce que j'avois avancé,
je rapporterai en abrégé
les unes ôc les autres experiences.
Voici donc les
premieres.
On fait un mélange de
parties égales de limaille
de fer & de souffre pulverisé,
on reduit le mélange
en pâte avec del'eau, ôc on
le laisse en digestion sans
feu pendant deux ou trois
heures; il s'y fait une fermentation
& un gonflement
avec chaleur considerable
: cette fermentation
fait la pâte en plusieurs
endroits, & y fait des crevasses
par où il sort des vapeurs
qui sont simplement
chaudes,quand la matiere
n'est qu'en une mediocre
quantité:mais qui s'enflamment
lorsque , la matiere
d'où elles sont poussées fait.
une masse considerable,
comme de trente ou de
quarante livres.
La fermentation accompagnée
de chaleur, & même
de feu qui arrive dans
cette opération, procede
de la pénétration & du frotement
violent que les pointes
acides du souffre font
contre les parties du fer.
Cette experience feule
me paroîtréscapable d'expliquerdequelle
maniere
se fontdans les entrailles
de la terre les fermentations,
les remuëmcns &
les embrafemens
, comme
il arrive au mont Vesuve,
au mont Etna, & en plufleurs
autres lieux; car s'il
s'y rencontre du fer & du
souffre qui s'unissent & se
penetrent l'un l'autre, il
doit s'ensuivre une violente
fermentation, qui produira
du feu, comme dans nôtre
opération. Or il est aisé de
prouver que dans les monragnes
donc j'ai parlé il y a
du souffre & du fer; car aprés
que les flammes font
finies,on trouve beaucoup
de souffre sur la superficie
de la terre, & l'on découvre
danslescrevassesoùle
souffre a patTé, des matieres
semblables à celles qui se
separent du fer dans les
forges.
»
Voici les secondes experiences
que j'ai faites
)
qui
appuyeront les premières
& mon raisonnement. J'ai
mis du même mélangede
limaille de fer ôc de souffre,
en différentes quantitez,
dans des pots hauts & étroirs,
en sorte que la matiere
y a été plus comprimée
que dans les terrines;
il s'estfaitaussi desfermentations&
des embrasemens
plusforts, & la matieres'étant
élevée avec un peu de
violence,il en a rejailli une
partie autour des pots. J'ai
mis en été cinquante livres
du mêmemétla.n)ge dans un grand pot, j'ai placé le pot
dans un creux que j'avois
fait faire en terre à la campagne,
je l'ai couvert d'un
linge, ôc ensuirede terre à
la hauteur d'environ un
pied
}
j'ai apperçû huit ou
neuf heures après que la
-
terre se gonfloit,s'échauffoit
& se crevafToit
; puis il
en est forci des matières
foulfreufes & chaudes, ôc
ensuite quelques flammes
qui ont élargi les ouvertures,
& qui ont répandu autour
du lieu une poudre jaune
& noire. La terre a demeuré
long-tempschaude:
je l'ai levée aprèsqu'elle a
été refroidie, je n'ai trouvé
dans le pot qu'une poudre
noire & pesante, c'est la limaille
de fer dépouillée
d'une partie de son souffre.
On auroit pû mettre
davantage de terre sur le
pot: mais il y auroit eu à
craindre que la matiere
n'eût pû s'allumer faute
d'air. Cette opération rétiffit
mieux en été qu'en hyver,
à cause de la chaleur
du Soleil quiexcite un plus
grand mouvement aux parties
insensibles du fer 6c du
souffre. Il n'est donc pas
necessaire de chercher ailleurs
ce qui peut mettre les
souffres en mouvement
dans les mines & les enflammer,
leur jonction avec
le fer produira parfaitement
bien cet effet, demême
qu'elle a produit dans
nos opérations. Mais il se
presente ici une difecultéi,
c'etf que ces grandes fer
mentations & cesembraiemens
soûterrains nepeuventavoir
ete produitslans
air: or on ne comprend
pas bien par où il auroit pu
paffer de l'air si profonde-
-.ment. dans laterré.
On répond à cette obtjection
,
qu'il y a dans la
terre beaucoup de fentes
r& de conduits que nous ne
voyonspoint, & sur, tout
dans les pays chauds,où
ccsmouvemens soûterrains
.arrivent ordinairèment; car
la grande chaleur du Soleil
échauffant & calcinant, par
maniéré de dire, la terre
en plusieurs lieux, y fait
des crevasses profondes)
par où il se peut introduire
de l'air. Les tremblemens
de terre font apparemment
causez par une vapeur, qui
ayant été produite dans la
-
fermentation violente du
fer&du souffre,s'est con-
-
vertie en un vent sulfureux,
lequel se fait passage ic
roule par où il peut, en soûlevant
& branlant les terres
fous lesquelles il passe.
Si ce vent sulfureux se trou- ;
ve toujours renfermé, sans
pouvoir penetrer aucune issuë
pour s'échaper, il fait
durer le tremblement de
terre long-temps & avec
de grands efforts,jusqu'à
ce qu'il ait perdu son mouvement
: mais s'il trouve
quelques ouvertures pour
sortir, il s'élance avec grande
impetuosité,&c'est ce
qu'on appelle ouragan; il
écarce la
-
terre & fait des
abî»
abîmes, il deracine les arbres
& abat les maisons; &
les hommes même ne seroient
pas à l'abri de sa furie,
s'ils ne prenoient la
précaution de se jetter
promptement labouche&
le ventre contre terre, non
pas feulement pour s'empêcher
d'être enlevez, mais
pouréviter de respirer ce
ventlîitCureux &chaud qui
les [uffoqùoir.
Les feux foûtcçrains viennent
de la mêmeexhalaison
sulfureuse. LaNdifference
des effets qu'elle Prbduit
peut provenir de plusieurs
caules de ce que la
maticre a étéplus abondante
5
Se par. consequent.
la fermentation plusforte
de ce qu'il s'y est introduit
davantage d'air;de ce qu'il
s'est rencontré des fentes
ou des crevasses àla terre
assezgrandes, & disposées
pour laisser passer les flammes.
Cesflammesensélëvant
imperueusement ie
font bientôt un jour plus
grand, & elles donnent
lieu à toute la matiere du
fond de la terre de s'enflammer
& de pousser des
C-ux si abondas, qu'ils
couvrent & inondent cjueL
quefois de leurs cendres les
prochains villages.
Les feux folets &ceux
qui paroissent sur certaines
eaux dans les pays chauds,
tirent apparemment leur
origine de la même cause :
mais comme la vapeur fuifureufe
a été foible, &que
son plus grand mouvement
x été ralenti, en se filtrant
au travers des terres & en
passantpar leseaux,ilne
s'en est. élevéuqqwielflajïw
- me legere,spiritueuse,cr- *
rante ,
& qui n'est point entretenue
par une assez grande
quantité de matiere pour
être de durée. Il y a apparence
que les eaux minérales
chaudes, comme celles
de Bourbon, de Vichi, de
BaLrue, d'Aix,ont prisleur
chaleur des feux foûterrains,
ou des terres fulphureufes
& échauffées par où
elles ont passé; car quand
ces eaux sont en repos, il
s'enièpare des parties de
souffre aux côtez des baffînSrlifc
peut faire aussï
* que certaines eaux minérales
ayent tiré leur chaleur
d'une chaux naturelle,
quelles rencontrent en leur
chemin dans les entrailles
de la terremais cette chaux
n'est qu'une pierre calcinée
par des feux soûterrains.
Les colomnes d'eau qui
s'élevent quelquefois sur la
mer, & qui font aux matelots
les sinistres prcfages
d'un prompt naufrage,
viennent apparemment de
ces vents sulfureux pouffez
rapidement desterres de
dessous la mer) après des
fermentations pareilles à
celles dont il a été' parlé.
Les vents sulfureux, qui
font les ouragans,s'élèvent
avec tant de violence en
s'échapant de dessous la
terre,qu'il en monte une
partie jusqu'aux nues:c'estce
qui fait la matiere & la
cause du tonnerre ; car ce
vent qui contient un souffre
exalté s'embaraue dans les
nues, & y étant battu &
compriméfortement, il y
acquiertun mouvement assez
grand pour s'y enflammer
& y former l'éclair en
fendant la nuë, ôc s'élançantavec
une très- grande
rapidité. C'est CI furieux
mouvement qui cause le
bruit du tonnerre que nous
entendons; car ce vent
sulfureux sortant violemment
d'un lieu étroitoùil
étoit contraint
>
frape l'air
trés-rudement & y roule
d'une vîtesse extraordinaire,
de même que fait la
poudre qui fort d'un canon
où elle aété allumée.
On peut dire ici qu'un nitre
subtilqui est toûjours naturellement
répandu dans
l'air, se lie au souffre du tonnerre,
& augmente la force
de son mouvement &
de son action,demême
que quand oa mêlé du
salpêrre avec ousouffre
commun, il produitun efset
bien plus violent eh se
rarefiant, que quand il est
seul. Ce vent sulfureux du
tonnerre après avoir roulé
dans l'air quelque espace
de temps,se rallentit peu à
peu de son mouvement ; c'est pourquoy le tonnerre
est bien plus violent & plus
dangereux au moment qu'il
fort
fort de la nuë, que quand il
a déja fait dans l'air une
partie de ses rournoiemens
êc de ses virevoustes : mais
enfin après avoir fait tant
d'éclat, tant de bruit & tant
de fracas, il (e reduit à rien,
& il ne laisse dans les lieux -..
où il a passé qu'une odeur
de douffresemblable à celle
de l'ouragan.
Quant aux pierres de
foudre, dont le vulgaire
veut que le tonnerre foit
toûjours accompagné, leur
existence me paroît bien
douteuse, & j'ai assez de
pente à croire qu'il n'yen
a jamais eu de véritables.
Il n'est pourtant pas absolument
impossible que les
ouragans en montant rapidement
jusqu'aux nuës,
comme il a étédit, n'enlevent
quelquefois avec
eux des matieres pierreuses
& minerales, qui s'amollissant
& s'unissant par la
chaleur, forment ce qu'on
appelle pierre de tonnerre
: mais on ne trouve point
de ces pierres dans les lieux
où le tonnerre est tombé ;
ôc quand même on en auroit
trouvéquelqu'une
)
il
y auroit bien plus lieu de
croire qu'elle viendroir d'une
matiere minérale fondue
& formée par le souffre
enflammé du tonnerre
dans la terre même, que
de penser que cette pierre
eût étéformée dans l'air ou
dans les nuës, & élancée
avec le tonnerre.
Il reste une difficulté,
cess: de sçavoir comment
le vent sulfureux que j'ai
supposé être la matiere du
tonnerre , peut avoir été
allumé entre les nuës qui
sont composées d'eau, &.
y avoir été comprimé ians
s'éteindre; car il semble
que l'eau des nuës dévoit
avoir empêché que ce [ouf..
fren'allumât, ou du moins
elle devoit l'absorber étant
allumé.
Pour répondre à cette
difficulté,je dis que le souffre
étant une substance grasse,
n'est point si sujet à l'impression
de l'eau que les autres
substances, & qu'il
peut estre enflammé dans
l'eau & y brûler, de même
que le camphre 5c plusieurs
autres matieres sulfureuses
très
-
exaltées y brûlent. Il
doit néanmoins estre arrivé
qu'une partie de ce souffre
ait été plongée dans la
grande quantité d'eau qui
fait les nuës, & qu'elle se
soit éteinte avec une forte
detonnation, comme il arrive
quand on jette dans
de l'eauquelque matiere
solide rougie au feu. Cette
detonnation contribue
peut-être à faire le bruit du
tonnerre: mais l'autre partie
du souffre, qui étoit la
plus subtile ôc la plus disposée
au mouvement, a été
exprimée toute en feu. L'experience
que j'en ai faite
prouve mon raisonnement.
J'ai mis dans un matras
de moyenne capacité, &
dont le cou avoir été trempé,
trois onces de bon esprir
de vitriol, donze onces
..d'cati commune;j'ai fait
un peu chauffer le mélange
)
& j'y ai jetté à plusieurs
reprises une once, ou une
once & demie de limaille
de fer. Il s'est fait une ébulirion
& des vapeurs blanches
: j'ai presentéune bougie
allumée à l'embouchure
du matras; cette vapeur a
pris feu, & à même temps
a fait une fulmination violente
& éclatante. J'en ai
encore approchélabougie
allumée plusieurs fois; il
s'est fait des fulminations
semblables à la premiere,
pendant lesquelles le matras
s'est trouvé assez souvent
rempli d'une flamme
qui a penetré & circulé jusqu'au
fond de la liqueur,
ôc quelquefois la flamme a
duré une espace de temps;
considerable au cou du mettras.
Liiij
Il y a plusieurs circonstances
à remarquer dans
cette opération. La première
est que l'ébulition
qui arrive quand on a jette
la limaille de fer dans la liqueur
,
provient de la dissolution
qui se fait d'une
portion du fer par l'esprit de
vitriol: mais afin que l'ébulition
,
les fumées & la
dissolution soient plus fortes,
il est necessaire de mêler
de l'eau avec l'esprit de
virriol en la proportion qui
a été dite; car si cet esprit
étoit pur,& qu'il n'eût point
été dilayé & étendu par
l'eau, ses pointes à la vérité
s'atracheroient à la limaille
de fer: mais elles y seroient
ferrées & presséesl'une
contre l'autre, en forte qu'-
elles n'auroient point leur
mouvement libre pour agir
suffisamment, & il ne se feroit
point de fulmination.
La seconde est qu'on doit
un peu chaufferlaliqueur
pour exciter les pointes du
dissolvant à penetrer le fer
& y jetter des fumées:mais
il ne faut pas qu'elle soit
trop chaude, parce que ces
fumées fortiroient trop vite,
& quand on y mettroit
la bougie allumée,elle ne
seroit que s'enflammer au
cou dumatras sans faire de
futmination;car ce bruit
ne vient que de ce que le
souffre de la matiere étant
allumé jusques dans le fond
du matras, trouve de la resistance
à s'élever, Ôc il fait
grand effort pour fondre
l'eau & se debarasser. La
troisiéme est qu'il faut necessairement
que le souffre
qui s'exalte en vapeur &
quis'enflamme,vienne uniquement
de la limaille de
fer; car l'eau ni l'esprit de
vitriol, & principalement
le plus fort, comme celui
que j'ai employé,n'ont rien
de sulfureux ni d'inflammable
! mais le fercontient
beaucoup de souffre, comme
tout le monde le sçait.
Il faut donc que lesouffre
de la limaille de fer ayant
été rarefié & developé par
l'esprit de vitriol, se foit
exal té en une vapeur tréssusceptible
du feu. La quatriéme
est que les esprits
acides de sel, de souffre&
d'alun produisentdanscette
operation le même effet
que l'espritdevitriol:mais
l'esprit de nitre ni l'eau forte
n'y excitent point de fulmination.
Au reste,l'opération dont
je viens de parler n'a pas été
inventée seulement pour la
fulmination; elle fait le
commencement d'une préparation
nommée le sel ou
le vitriol de Mars,employée
& estimée dans la Medecine.
Si l'on veut donc profiter
de ce qui est resté dans
le matras aprèslafulmination,
il faut le faire bouillir
,
le filtrer, faire evaporer
sa liqueur filtre'e à diminution
des deux tiers ou
des trois quarts, & la laisser
crystaliser en un lieu
frais: on aura le vitriol de
Mars, qui ressemble beaucoup
en figure, en couleur
& en goût au vitriol d'Angleterre
: mais il est un peu
plus doux & il senc plus le
fer. C'est un fort bon apperitif
;la dose est depuis
six grains jusqua un
fcrupulc
: si l'on en donne une
plus grande dose, il est fut
jet à exciter quelques nausées,
mais non pas avec tant.
de force que fait le vitriol
ordinaire.
Le vitriol de Mars cft
proprement une revivisifeation
du vitriol naturel;
car l'espritacide du vitriol
qui avoit été sèparé de sa
terre par la diftilation
, entre
par cette operation dans
les pores de fer, le diflfout
& s'y corporifie. J'ajoûtc à
cela que le fer contient un
sel vitriolique tréscapablc
de contribuer à la formation
de ce vitriol de Mars.
J'ai mis dans unu cornuë
de grés huit onces de vitriol
de Mars, j'y ai adapté
un grand balon ou recipicnt,
& j'en ai fait la dif.
tilation.comme on aoûtume
de faire celle à
triol ordinaire; j'en ai retiré
cinq onces & cinq dra
gmes d'un esprit acide,
clair, ressemblant beaucoup
à Tefprit de vitriol
commun, mais laissant sur
la langue un goût un peu
plus astringent ou fiyptique.
Il est sorti du balon.
d'abord qu'il a été feparc de
la cornue, une forte odeur
de souffre. Cet cfprit est
bon pour les pertes de fang,
pour les cours de ventre.
J'ai trouve dans la cornuë
une maticre fort rarefie'e,
k -re ,
très
-
friable
, rouge>
se dilayant aifémenc
dans la bouche,d'un goût
astringent tirant un peu sur
le doux c'est un beau ôc
bon safran de Mars aperitif.
J'ai mis dans un creufct
sur le feu une autre portion
de vitriol de Mars cryfialife;
lajxuticrç$çftfondue,
il
il s'en est évapore beaucoup
de flegme,&ilestrelié du
vitriol blanc, comme il arrive
quand on calcine le
vitriol commun. J'ai poussé
par un grand feu ce vitriolblanc,
il est devenu rouge
comme du coleotar. On
peut donc conclure que le
vitriol de Mars ell en toutes
choses semblable au vitriol
naturel.
àv$feuxJouterrams,
des tremblemens deterrey
des'ouragans, des éJairs&r
-du o tonmrre. -'
.(-' ,
1
Mon dessein est de donner,
par le moyen d'une
opération de Chymie, une
idée sensible de ce qui se
1
passe dans les nuës lors
qu'elles s'ouvrent en temps
detempête,pour produire
les éclairs ôc le tonnerre: mais avant que de faire
voir cette opération, il est
à propos de parler de la matiere
qui cause des effets si
violens, & d'examiner sa
nature & son origine.
On ne peut pas raisonnablement
douter que la
nature de l'éclair & du tonnerrene
soit un souffre en- amme, ôc élancé avec
beaucoup de rapidité. Nous
ne cannoissons rien d'inflammable
, ni de plus en
mouvement que le souffre,
ôc l'odeur du souffre que le
tonnerre laisse dans tous les
lieuxoù il a passé, prouve
assez sa nature. Il est donc
question de trouver l'origine
de ce souffre
: il n'est
pas vraisemblable qu'il Ce
soit formé dans les nuës, il
faut qu'il y ait étéporté en
vapeur.
Il me paroît que l'origine
de la matiere qui fait
le tonnerre est la même que
celle, des tremblemens de
terre, des ouragans, des
feux soûterrains. J'ai explique
la cause de ces grands
remuëmens dans un livre
de Chymie, à l'occasion
d'une préparation particuliere
sur le fer appeile safran
de Mars. Comme mon
explication a ététrouvée
assez juste, ôc que j'ai fait
encore plu sieurs autres experiences
qui servent à confirmer
ce que j'avois avancé,
je rapporterai en abrégé
les unes ôc les autres experiences.
Voici donc les
premieres.
On fait un mélange de
parties égales de limaille
de fer & de souffre pulverisé,
on reduit le mélange
en pâte avec del'eau, ôc on
le laisse en digestion sans
feu pendant deux ou trois
heures; il s'y fait une fermentation
& un gonflement
avec chaleur considerable
: cette fermentation
fait la pâte en plusieurs
endroits, & y fait des crevasses
par où il sort des vapeurs
qui sont simplement
chaudes,quand la matiere
n'est qu'en une mediocre
quantité:mais qui s'enflamment
lorsque , la matiere
d'où elles sont poussées fait.
une masse considerable,
comme de trente ou de
quarante livres.
La fermentation accompagnée
de chaleur, & même
de feu qui arrive dans
cette opération, procede
de la pénétration & du frotement
violent que les pointes
acides du souffre font
contre les parties du fer.
Cette experience feule
me paroîtréscapable d'expliquerdequelle
maniere
se fontdans les entrailles
de la terre les fermentations,
les remuëmcns &
les embrafemens
, comme
il arrive au mont Vesuve,
au mont Etna, & en plufleurs
autres lieux; car s'il
s'y rencontre du fer & du
souffre qui s'unissent & se
penetrent l'un l'autre, il
doit s'ensuivre une violente
fermentation, qui produira
du feu, comme dans nôtre
opération. Or il est aisé de
prouver que dans les monragnes
donc j'ai parlé il y a
du souffre & du fer; car aprés
que les flammes font
finies,on trouve beaucoup
de souffre sur la superficie
de la terre, & l'on découvre
danslescrevassesoùle
souffre a patTé, des matieres
semblables à celles qui se
separent du fer dans les
forges.
»
Voici les secondes experiences
que j'ai faites
)
qui
appuyeront les premières
& mon raisonnement. J'ai
mis du même mélangede
limaille de fer ôc de souffre,
en différentes quantitez,
dans des pots hauts & étroirs,
en sorte que la matiere
y a été plus comprimée
que dans les terrines;
il s'estfaitaussi desfermentations&
des embrasemens
plusforts, & la matieres'étant
élevée avec un peu de
violence,il en a rejailli une
partie autour des pots. J'ai
mis en été cinquante livres
du mêmemétla.n)ge dans un grand pot, j'ai placé le pot
dans un creux que j'avois
fait faire en terre à la campagne,
je l'ai couvert d'un
linge, ôc ensuirede terre à
la hauteur d'environ un
pied
}
j'ai apperçû huit ou
neuf heures après que la
-
terre se gonfloit,s'échauffoit
& se crevafToit
; puis il
en est forci des matières
foulfreufes & chaudes, ôc
ensuite quelques flammes
qui ont élargi les ouvertures,
& qui ont répandu autour
du lieu une poudre jaune
& noire. La terre a demeuré
long-tempschaude:
je l'ai levée aprèsqu'elle a
été refroidie, je n'ai trouvé
dans le pot qu'une poudre
noire & pesante, c'est la limaille
de fer dépouillée
d'une partie de son souffre.
On auroit pû mettre
davantage de terre sur le
pot: mais il y auroit eu à
craindre que la matiere
n'eût pû s'allumer faute
d'air. Cette opération rétiffit
mieux en été qu'en hyver,
à cause de la chaleur
du Soleil quiexcite un plus
grand mouvement aux parties
insensibles du fer 6c du
souffre. Il n'est donc pas
necessaire de chercher ailleurs
ce qui peut mettre les
souffres en mouvement
dans les mines & les enflammer,
leur jonction avec
le fer produira parfaitement
bien cet effet, demême
qu'elle a produit dans
nos opérations. Mais il se
presente ici une difecultéi,
c'etf que ces grandes fer
mentations & cesembraiemens
soûterrains nepeuventavoir
ete produitslans
air: or on ne comprend
pas bien par où il auroit pu
paffer de l'air si profonde-
-.ment. dans laterré.
On répond à cette obtjection
,
qu'il y a dans la
terre beaucoup de fentes
r& de conduits que nous ne
voyonspoint, & sur, tout
dans les pays chauds,où
ccsmouvemens soûterrains
.arrivent ordinairèment; car
la grande chaleur du Soleil
échauffant & calcinant, par
maniéré de dire, la terre
en plusieurs lieux, y fait
des crevasses profondes)
par où il se peut introduire
de l'air. Les tremblemens
de terre font apparemment
causez par une vapeur, qui
ayant été produite dans la
-
fermentation violente du
fer&du souffre,s'est con-
-
vertie en un vent sulfureux,
lequel se fait passage ic
roule par où il peut, en soûlevant
& branlant les terres
fous lesquelles il passe.
Si ce vent sulfureux se trou- ;
ve toujours renfermé, sans
pouvoir penetrer aucune issuë
pour s'échaper, il fait
durer le tremblement de
terre long-temps & avec
de grands efforts,jusqu'à
ce qu'il ait perdu son mouvement
: mais s'il trouve
quelques ouvertures pour
sortir, il s'élance avec grande
impetuosité,&c'est ce
qu'on appelle ouragan; il
écarce la
-
terre & fait des
abî»
abîmes, il deracine les arbres
& abat les maisons; &
les hommes même ne seroient
pas à l'abri de sa furie,
s'ils ne prenoient la
précaution de se jetter
promptement labouche&
le ventre contre terre, non
pas feulement pour s'empêcher
d'être enlevez, mais
pouréviter de respirer ce
ventlîitCureux &chaud qui
les [uffoqùoir.
Les feux foûtcçrains viennent
de la mêmeexhalaison
sulfureuse. LaNdifference
des effets qu'elle Prbduit
peut provenir de plusieurs
caules de ce que la
maticre a étéplus abondante
5
Se par. consequent.
la fermentation plusforte
de ce qu'il s'y est introduit
davantage d'air;de ce qu'il
s'est rencontré des fentes
ou des crevasses àla terre
assezgrandes, & disposées
pour laisser passer les flammes.
Cesflammesensélëvant
imperueusement ie
font bientôt un jour plus
grand, & elles donnent
lieu à toute la matiere du
fond de la terre de s'enflammer
& de pousser des
C-ux si abondas, qu'ils
couvrent & inondent cjueL
quefois de leurs cendres les
prochains villages.
Les feux folets &ceux
qui paroissent sur certaines
eaux dans les pays chauds,
tirent apparemment leur
origine de la même cause :
mais comme la vapeur fuifureufe
a été foible, &que
son plus grand mouvement
x été ralenti, en se filtrant
au travers des terres & en
passantpar leseaux,ilne
s'en est. élevéuqqwielflajïw
- me legere,spiritueuse,cr- *
rante ,
& qui n'est point entretenue
par une assez grande
quantité de matiere pour
être de durée. Il y a apparence
que les eaux minérales
chaudes, comme celles
de Bourbon, de Vichi, de
BaLrue, d'Aix,ont prisleur
chaleur des feux foûterrains,
ou des terres fulphureufes
& échauffées par où
elles ont passé; car quand
ces eaux sont en repos, il
s'enièpare des parties de
souffre aux côtez des baffînSrlifc
peut faire aussï
* que certaines eaux minérales
ayent tiré leur chaleur
d'une chaux naturelle,
quelles rencontrent en leur
chemin dans les entrailles
de la terremais cette chaux
n'est qu'une pierre calcinée
par des feux soûterrains.
Les colomnes d'eau qui
s'élevent quelquefois sur la
mer, & qui font aux matelots
les sinistres prcfages
d'un prompt naufrage,
viennent apparemment de
ces vents sulfureux pouffez
rapidement desterres de
dessous la mer) après des
fermentations pareilles à
celles dont il a été' parlé.
Les vents sulfureux, qui
font les ouragans,s'élèvent
avec tant de violence en
s'échapant de dessous la
terre,qu'il en monte une
partie jusqu'aux nues:c'estce
qui fait la matiere & la
cause du tonnerre ; car ce
vent qui contient un souffre
exalté s'embaraue dans les
nues, & y étant battu &
compriméfortement, il y
acquiertun mouvement assez
grand pour s'y enflammer
& y former l'éclair en
fendant la nuë, ôc s'élançantavec
une très- grande
rapidité. C'est CI furieux
mouvement qui cause le
bruit du tonnerre que nous
entendons; car ce vent
sulfureux sortant violemment
d'un lieu étroitoùil
étoit contraint
>
frape l'air
trés-rudement & y roule
d'une vîtesse extraordinaire,
de même que fait la
poudre qui fort d'un canon
où elle aété allumée.
On peut dire ici qu'un nitre
subtilqui est toûjours naturellement
répandu dans
l'air, se lie au souffre du tonnerre,
& augmente la force
de son mouvement &
de son action,demême
que quand oa mêlé du
salpêrre avec ousouffre
commun, il produitun efset
bien plus violent eh se
rarefiant, que quand il est
seul. Ce vent sulfureux du
tonnerre après avoir roulé
dans l'air quelque espace
de temps,se rallentit peu à
peu de son mouvement ; c'est pourquoy le tonnerre
est bien plus violent & plus
dangereux au moment qu'il
fort
fort de la nuë, que quand il
a déja fait dans l'air une
partie de ses rournoiemens
êc de ses virevoustes : mais
enfin après avoir fait tant
d'éclat, tant de bruit & tant
de fracas, il (e reduit à rien,
& il ne laisse dans les lieux -..
où il a passé qu'une odeur
de douffresemblable à celle
de l'ouragan.
Quant aux pierres de
foudre, dont le vulgaire
veut que le tonnerre foit
toûjours accompagné, leur
existence me paroît bien
douteuse, & j'ai assez de
pente à croire qu'il n'yen
a jamais eu de véritables.
Il n'est pourtant pas absolument
impossible que les
ouragans en montant rapidement
jusqu'aux nuës,
comme il a étédit, n'enlevent
quelquefois avec
eux des matieres pierreuses
& minerales, qui s'amollissant
& s'unissant par la
chaleur, forment ce qu'on
appelle pierre de tonnerre
: mais on ne trouve point
de ces pierres dans les lieux
où le tonnerre est tombé ;
ôc quand même on en auroit
trouvéquelqu'une
)
il
y auroit bien plus lieu de
croire qu'elle viendroir d'une
matiere minérale fondue
& formée par le souffre
enflammé du tonnerre
dans la terre même, que
de penser que cette pierre
eût étéformée dans l'air ou
dans les nuës, & élancée
avec le tonnerre.
Il reste une difficulté,
cess: de sçavoir comment
le vent sulfureux que j'ai
supposé être la matiere du
tonnerre , peut avoir été
allumé entre les nuës qui
sont composées d'eau, &.
y avoir été comprimé ians
s'éteindre; car il semble
que l'eau des nuës dévoit
avoir empêché que ce [ouf..
fren'allumât, ou du moins
elle devoit l'absorber étant
allumé.
Pour répondre à cette
difficulté,je dis que le souffre
étant une substance grasse,
n'est point si sujet à l'impression
de l'eau que les autres
substances, & qu'il
peut estre enflammé dans
l'eau & y brûler, de même
que le camphre 5c plusieurs
autres matieres sulfureuses
très
-
exaltées y brûlent. Il
doit néanmoins estre arrivé
qu'une partie de ce souffre
ait été plongée dans la
grande quantité d'eau qui
fait les nuës, & qu'elle se
soit éteinte avec une forte
detonnation, comme il arrive
quand on jette dans
de l'eauquelque matiere
solide rougie au feu. Cette
detonnation contribue
peut-être à faire le bruit du
tonnerre: mais l'autre partie
du souffre, qui étoit la
plus subtile ôc la plus disposée
au mouvement, a été
exprimée toute en feu. L'experience
que j'en ai faite
prouve mon raisonnement.
J'ai mis dans un matras
de moyenne capacité, &
dont le cou avoir été trempé,
trois onces de bon esprir
de vitriol, donze onces
..d'cati commune;j'ai fait
un peu chauffer le mélange
)
& j'y ai jetté à plusieurs
reprises une once, ou une
once & demie de limaille
de fer. Il s'est fait une ébulirion
& des vapeurs blanches
: j'ai presentéune bougie
allumée à l'embouchure
du matras; cette vapeur a
pris feu, & à même temps
a fait une fulmination violente
& éclatante. J'en ai
encore approchélabougie
allumée plusieurs fois; il
s'est fait des fulminations
semblables à la premiere,
pendant lesquelles le matras
s'est trouvé assez souvent
rempli d'une flamme
qui a penetré & circulé jusqu'au
fond de la liqueur,
ôc quelquefois la flamme a
duré une espace de temps;
considerable au cou du mettras.
Liiij
Il y a plusieurs circonstances
à remarquer dans
cette opération. La première
est que l'ébulition
qui arrive quand on a jette
la limaille de fer dans la liqueur
,
provient de la dissolution
qui se fait d'une
portion du fer par l'esprit de
vitriol: mais afin que l'ébulition
,
les fumées & la
dissolution soient plus fortes,
il est necessaire de mêler
de l'eau avec l'esprit de
virriol en la proportion qui
a été dite; car si cet esprit
étoit pur,& qu'il n'eût point
été dilayé & étendu par
l'eau, ses pointes à la vérité
s'atracheroient à la limaille
de fer: mais elles y seroient
ferrées & presséesl'une
contre l'autre, en forte qu'-
elles n'auroient point leur
mouvement libre pour agir
suffisamment, & il ne se feroit
point de fulmination.
La seconde est qu'on doit
un peu chaufferlaliqueur
pour exciter les pointes du
dissolvant à penetrer le fer
& y jetter des fumées:mais
il ne faut pas qu'elle soit
trop chaude, parce que ces
fumées fortiroient trop vite,
& quand on y mettroit
la bougie allumée,elle ne
seroit que s'enflammer au
cou dumatras sans faire de
futmination;car ce bruit
ne vient que de ce que le
souffre de la matiere étant
allumé jusques dans le fond
du matras, trouve de la resistance
à s'élever, Ôc il fait
grand effort pour fondre
l'eau & se debarasser. La
troisiéme est qu'il faut necessairement
que le souffre
qui s'exalte en vapeur &
quis'enflamme,vienne uniquement
de la limaille de
fer; car l'eau ni l'esprit de
vitriol, & principalement
le plus fort, comme celui
que j'ai employé,n'ont rien
de sulfureux ni d'inflammable
! mais le fercontient
beaucoup de souffre, comme
tout le monde le sçait.
Il faut donc que lesouffre
de la limaille de fer ayant
été rarefié & developé par
l'esprit de vitriol, se foit
exal té en une vapeur tréssusceptible
du feu. La quatriéme
est que les esprits
acides de sel, de souffre&
d'alun produisentdanscette
operation le même effet
que l'espritdevitriol:mais
l'esprit de nitre ni l'eau forte
n'y excitent point de fulmination.
Au reste,l'opération dont
je viens de parler n'a pas été
inventée seulement pour la
fulmination; elle fait le
commencement d'une préparation
nommée le sel ou
le vitriol de Mars,employée
& estimée dans la Medecine.
Si l'on veut donc profiter
de ce qui est resté dans
le matras aprèslafulmination,
il faut le faire bouillir
,
le filtrer, faire evaporer
sa liqueur filtre'e à diminution
des deux tiers ou
des trois quarts, & la laisser
crystaliser en un lieu
frais: on aura le vitriol de
Mars, qui ressemble beaucoup
en figure, en couleur
& en goût au vitriol d'Angleterre
: mais il est un peu
plus doux & il senc plus le
fer. C'est un fort bon apperitif
;la dose est depuis
six grains jusqua un
fcrupulc
: si l'on en donne une
plus grande dose, il est fut
jet à exciter quelques nausées,
mais non pas avec tant.
de force que fait le vitriol
ordinaire.
Le vitriol de Mars cft
proprement une revivisifeation
du vitriol naturel;
car l'espritacide du vitriol
qui avoit été sèparé de sa
terre par la diftilation
, entre
par cette operation dans
les pores de fer, le diflfout
& s'y corporifie. J'ajoûtc à
cela que le fer contient un
sel vitriolique tréscapablc
de contribuer à la formation
de ce vitriol de Mars.
J'ai mis dans unu cornuë
de grés huit onces de vitriol
de Mars, j'y ai adapté
un grand balon ou recipicnt,
& j'en ai fait la dif.
tilation.comme on aoûtume
de faire celle à
triol ordinaire; j'en ai retiré
cinq onces & cinq dra
gmes d'un esprit acide,
clair, ressemblant beaucoup
à Tefprit de vitriol
commun, mais laissant sur
la langue un goût un peu
plus astringent ou fiyptique.
Il est sorti du balon.
d'abord qu'il a été feparc de
la cornue, une forte odeur
de souffre. Cet cfprit est
bon pour les pertes de fang,
pour les cours de ventre.
J'ai trouve dans la cornuë
une maticre fort rarefie'e,
k -re ,
très
-
friable
, rouge>
se dilayant aifémenc
dans la bouche,d'un goût
astringent tirant un peu sur
le doux c'est un beau ôc
bon safran de Mars aperitif.
J'ai mis dans un creufct
sur le feu une autre portion
de vitriol de Mars cryfialife;
lajxuticrç$çftfondue,
il
il s'en est évapore beaucoup
de flegme,&ilestrelié du
vitriol blanc, comme il arrive
quand on calcine le
vitriol commun. J'ai poussé
par un grand feu ce vitriolblanc,
il est devenu rouge
comme du coleotar. On
peut donc conclure que le
vitriol de Mars ell en toutes
choses semblable au vitriol
naturel.
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Résumé : Explication physique & chymique des feux soûterrains, des tremblemens de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre.
Le texte 'Explication physique & chimique des tremblements de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre' explore les phénomènes naturels violents à travers une opération chimique. L'auteur propose que les éclairs et le tonnerre sont causés par du soufre enflammé projeté rapidement. Ce soufre, porté en vapeur, ne se forme pas dans les nuages mais y est transporté. L'origine de cette matière est comparée à celle des tremblements de terre, ouragans et feux souterrains, déjà expliquée dans un précédent ouvrage sur la chimie. L'auteur décrit plusieurs expériences pour illustrer ses propos. La première expérience consiste à mélanger de la limaille de fer et du soufre pulvérisé, réduits en pâte avec de l'eau, et laissés sans feu. Cette mixture produit une fermentation avec chaleur et gonflement, libérant des vapeurs chaudes ou enflammées selon la quantité de matière. Cette expérience explique les fermentations et embrassements dans les entrailles de la terre, comme ceux observés au mont Vesuve et au mont Etna. Les secondes expériences impliquent de placer le mélange dans des pots étroits et comprimés, provoquant des fermentations et embrassements plus forts. La matière s'élève avec violence, libérant des matières soufrées et chaudes, et parfois des flammes. Ces opérations se réalisent mieux en été en raison de la chaleur du soleil. Le texte aborde également les difficultés liées à la présence d'air dans les profondeurs de la terre, expliquant que des fentes et conduits permettent l'introduction d'air. Les tremblements de terre et ouragans sont attribués à une vapeur sulfureuse produite par la fermentation du fer et du soufre, se transformant en vent sulfureux. Ce vent, s'il trouve des ouvertures, peut provoquer des ouragans destructeurs. Les feux souterrains, feux follets et colonnes d'eau sur la mer sont expliqués par des exhalaisons sulfureuses. Les eaux minérales chaudes tirent leur chaleur de ces feux souterrains ou de terres sulfureuses. Les pierres de foudre sont jugées douteuses, bien que des matières minérales puissent être enlevées et formées par la chaleur du soufre enflammé. Enfin, l'auteur répond à la difficulté de l'allumage du vent sulfureux dans les nuages en expliquant que le soufre, étant gras, peut brûler dans l'eau. Une expérience avec de l'esprit de vitriol, de l'acide commun et de la limaille de fer illustre cette proposition, montrant des fulminations violentes et éclatantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 217-261
MEMOIRE sur la circulation du sang des Poissons qui ont des oüies, & sur leur respiration.
Début :
Dans les divers Memoires qu'on a lûs à l'Academie, [...]
Mots clefs :
Eau, Sang, Ouïes, Poissons, Artères, Bouche, Corps, Lames, Poumon, Coeur, Veines, Couvercle, Animaux, Rameaux, Gorge, Capillaires, Carpe, Branches, Mouvement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE sur la circulation du sang des Poissons qui ont des oüies, & sur leur respiration.
MEMOIRE
sur la circulationdusang
des Poissons qui ont des
oùies, &sur leur refi.
piration.
I
~-
DAns les divers Memoires
qu'on a lûs à rA.
1 cademie, on a fait voir qu'elle
! étoit la structure du coeur des
Poissons, & celles de leurs
ouïes. Pour suivre >tierc, cette ma- il està propos de parler
: de leurs usages; Mais pour
les rendre intelligibles à tout
le monde; il est necessaire de
faire ici une brieve recapitulation
de ce que j'ay dit touchant
cette mêmestructure.
On remarquera donc qu'elle
cft differente dans les differentes
especes dePoissons où
l'on trouve ces parties. On a
fait voir à l'Academie des
Exemples de ces differences;
mais je m'arreste aujourd'huy
particulierement à la Carpe
que l'on trouve commodément
& sur laquelle on pourra
avec facilité verifier tout ce
que je vais dire.
Chacun sçait que le coeur
de tous les Poissons qui ne
respirent pas l'air n'a qu'une
cavité, & par consequent
qu'une oreillette à l'embouchure
du vaisseau qui y rapporte
le fang. Celle du coeur
de la Carpe est appliquée au
costé gauche.
La chair du coeur est fore
épaisse, par rapport à son volume,
& ses fibres font trescompactes:
Aussia-t'il bcfoin
d'une forte action pour la circulation
comme on le verra
,
dans la fuite.
: Il n'y a personne qui ne
sçache cc que c'est que des
ouïes; mais tout le monde
ne sçait pas que ce font ces
parties qui fervent de poumons
aux Poissons. Leur
charpente est composée de
quatre costes de chaque costé
qui se meuvent tant sur ellesmêmes
en s'ouvranr & se resserrant
qu'àl'égard de leurs
deux appuis superieur & inferieur
en s'écartant de l'une &
de l'autre, & en s'en raprochant.
Le costé convexe de
chaque coste est chargé sur
ses deux bords de deux especes
de feüillets, chacun desquels
est composé d'un rang
de lames, étroites & rangées
& ferrées l'une contre l'autre
qui forment comme autant
de barbes ou frangessemblables
à celles d'une plume à
écrire; & ce font ces franges
qu'on peut appeller proprement
le poumon desPoissons.
Voila une situation de parties
fortextraordnaire & fore
singuliere. La poitrine est
dans la bouche aussi- bien
que le poumon. Les costes
portent le poumon, & l'animal
respire l'eau-
Les extremitez de ces costes
qui regardent la gorge font
jointesensemble par plusieurs
petits os, qui forment une
cfpecc de sternon, en sorte
néanmoins que les costes ont
un jeu beaucoup plus libre
sur ce sternon & peuvent s'écarter
l'une de l'autre beaucoup
plus facilement que celles
de l'homme, & que ce sternon
peut-estre soulevé & a.
baissé. Les autres extremitez
qui regardent la base du
crane font aussi jointes par
quelques osselets qui s'articulent
avec cette même base &
qui peuvents'en éloigner, ou
s'enapprocher.
Chaque coftc est compofée
de deux pieces jointes par
un cartilage fort fouple, qui
est dans chacune de ces parties
ce que font les charnieres
dans les ouvrages des artisans.
La premiere piece cît
courbée en arc, & sa longueur
est environ la sixiéme portion
du cercle dont elle feroit la
partie.
La seconde décrit à peuprés
une fromaine majuscule.
- La partie convexe de chaque
coste est creusée en goutiere,
& c'est le long de ces
goutieres que coulent les vaisaseaupx
donrt iléferaspa.rléci- Chacune des lames dont
les feüillers font composez,
à la figure du fer d'une faux,
& à sa naissance elle a comme
un pied ou talon qui ne
pose que par son extremité sur
sur le bord de la coste.
Chacun de ces feüillets est
composé de cent trente-cinq
lames j-ainifles seize contiennent
huit mil six cens quarante
surfaces, que je compte icy
parce que les deux surfaces de
chaque lame font revêtuës
dans toute leur étenduë d'une
membrane tres fine, sur laquelle
se font les ramifications
presque innombrables des
vaisseaux capillaires de ces
fortes de poumons.
J'ay fait voir à la compagnie
qu'il y a quarante-six
muscles qui sont employez
aux mouvemens de ces costes;
il y en a huit qui en dilate l'intervale,
& seize qui le resserrent,
six qui élargissent le cintre
de chaque coste, douze
qui le retresissent, & qui en
même temps abaissent le sternon,
& quatre qui le soulevent.
Les ouïes ont une large ou.
verture, sur laquelle cftpaCé
un couvercle composé de
plusieurs pieces d'assemblage,
qui a le même usage que le
panneau d'un fouiller)& chaque
couvercle est formé avec
un tel artifice qu'en s'écartant
l'un de l'autre,ils se voutent
en dehors pour augmenter la
capacité de la bouche, tandis
qu'une de leurs pieces qui
jouë sur une espece de genou
tient fermées les ouvertures
des ouïes, & ne les ouvre que
pour donner passage à l'eau
que l'animal a respiré, ce qui
se fait dans le tems que le
couvercle s'abat & se referre.
I Il ya deux muscles qui servent
à soulever le couvercle,
& trois qui fervent à l'abatre
& à le reserrer.
! On vient de dire que l'assemblage
qui compose la
charpente des couvercles les
rend capables de sevouter en
dehors. On ajoûtera deux
autres circonstances. La premiere
est que la partie de ce
couvercle qui aide à former
le dessous de la gorge est
plié en éventail sur de petites
lames d'os pour fcrvir en se
deployant à la dilatation de la
gorge dans l'inspiration de
l'eau. La seconde que chaque
couvercle est revêtu par dehors
& par dedans d'une peau
qui
*
luy est fort adherente.
Cesdeux peaux s'unissent ensemble,
se prolongent audelà
de la circonference du
couvercle d'environ deux à
trois lignes, & vont toûjours
en diminuant d'épaisseur. Ce
prolongement est beaucoup
plus ample fous la gorge que
vers le haut de la teste. Il
estextrêmementsouple, pour
s'appliquer plus exactement à
l'ouverture sur laquelle il porte,
& pour la tenir ferméeau
premier moment de la dilatation
de la bouche pour la
rcfpiration.
Voila pour ce qui regarde
la structure desoüies ; passons
à present à la distribution de
leurs vaisseaux.
L'Artere qui fort du coeur
se dilate de telle maniere qu'elle , en couvre toute la base
: ensuite se retresissant peu
à peu elle forme une espece
de corne. A l'endroitoù elle
est ainsi dilatée
,
elle est garnie
en dedans de plusieurs
colonnes charnuës qu'on peut
considerer comme autant de
muscles qui font decetendroit
de l'aorte comme un
second coeur, ou du moins
comme nn second ventricule
lequel joignant sa compressîon
à celle du coeur, double
la force necessaire à la distribution
dufang pour la circulation.
Cette artere montant par
l'intervalle que les oüies laissententre-
elles, jette vis-à-vis
,
de chaque paire de côtes de
chaque côté une grosse branche
creusée sur la surface exterieure
de chaque côte& qui
s'étend le long de cette goutiere
d'une extremité à l'autre
du feüillet. Voila tout le corps
de l'Aorte dans ce genre d'animaux.
L'Aorte qui dans les
autres animaux porte le fang
du centre à la circonference
de tout le corps, ne parcoure
de chemin dans ceux- ci que
depuis lecoeurjusqu'à l'extremité
des oüies, où elle finir.
Cette branche fournit alitant
de rameaux qu'il y a de lames
surl'un ou furl'autre bord
de lacôte. La grosse branche
se termine à l'extremitéde la
côte
,
ainsi qu'il a esté dit, &
les rameaux finissent à l'extremité
des lames ausquelles
chacun d'eux se distribuë.
Pour peu que l'on soit instruit
de la circulation & des
Vaisseaux qui y servent, on
fera en peine de sçavoir par
quels autres vaisseaux on a
trouvéun expédient pour animer
& mouvoir tout le corps
depuis le bout d'en bas des
oiïies jusques à l'extremité de
la queuë. Cet expedient paroîtra
clairement dés qu'on
aura conduit le fang jusqu'à
l'extremitédesoüies. -
Chaque
Chaque rameau d'artere
monte le long du bord interieur
de chaque lame des
deux feüillets posez sur chaque
côte,c'est-à dire le long
des deux tranchans des lames
qui se regardent:ces deux rameaux
s'abouchentau milieu
de leur longueur; & continuant
leur route parviennent,
comme j'ay dit, à la pointe
de chaque lame. Là chaque
rameau de l'extremité de l'artere
trouve l'embouchure d'une
veine, & deux embouchures
appliquées l'une à l'autre
immediatement ne faisant
qu'un même canal malgré la
differente consistance des
deux vaisseaux
,
la veine s'abbat
sur le tranchant exterieur
de chaque lame, & parvenuë
au bas de la lame elle verse
son fang dans un gros vaisseau
veineux couché prés de
la branche d'artere danstoute
l'étenduë de la goutiere de
de la côte: mais ce n'est pas
feulement par cet abouchement
immediat des deux extrêmitez
de l'artere &de la
veine que l'arrere se décharge
dans la veine, c'est encore par
toute sa route.
Voici comment le rameau
d'artere dresse sur le tranchant
de chaque lame, jette dans
toute sa route sur le plat de
chaque lame de part & d'autre,
une multitude infinie de
vaisseaux, qui partant deux à
deux de ce rameau l'un d'un
côté de la lame, l'autre de
l'autre
-,
chacun de son côté
vadroit à laveine qui descend
sur le tranchant opposé de la
lame, & s'y abbouche par un
contact immédiat. C'est ainsi
que le fang passe dans ce genre
d'animaux,des arteres de
leur poumon dans leurs vrinés
d'un bout a l'aucre. Les
artères y font de vrayes arteres,
& par leurs corps & par
leur fonctions de recevoir le
fang. Les veines y font de
vrayes retines, & par leur
fonction de recevoir le fang
desarteres & par la delicatefseextrême
de leur consistan-
Ilnty ajusques-là rien qui
ne foie de l'oeconomie ordinaire
: mais ce qu'il y a de singulier
est premièrement l'abbboouucchheemmeennttimimmméeddiiaatt
des
arteres avec les veines, qui (c
trouve àlaverité dans les poumons
d'autres animaux, sur
1 tout dans ceux des grenouilles
&des torcuës: mais qui
n'est pas si manifestequedans
viesoiiies des poissons. 2° La
régularité de la distribution
:
qui rend cet abbouchement
plus vifiblc dans ce genre d'animaux
;car toutes les branchesdarteres
montant le
long des lames dressees sur les
côres
,
font aussi droites &
aussi également distances l'une
de
l'autre
que les lames: les
rameaux transversaux capillaires
qui partent de ces branches
à angles droits
,
font également
distansl'un de l'autre;
de forte que la direction & les
intervales de ces vaisseaux tant
montans que transversaux,
estantanssi réguliers que s'ils
avoient esté dressez à la règle
& espacez au compas ; on les
suit à l'oeil & au microscope.
On voit donc que lesarteres
transversales finissent immédiatement
au corps de la veine
descendante, & chacune
de ces veines descendante
ayant reçu le fang des artères
capillaires tranfverfalles
de part & d'autre de la lame,
s'abbouche à plomb avec le
tronc de la veine couchée
dans la gouttiere.
Il faut avouer que cette
, distribution est fort singuliere
: ce qui fuit l'est encore davantage.
On est en peine dela
distribution du fang pour la
nourriture & la vie des autres
parties du corps de ces animaux.
Nous avons conduit le
fang du coeur par les arteres
«
du poumon dans les veines
du poumon. Le coeur ne jette
point d'autres arteres que celles
du poumon. Que deviendront
les autres parties, le
cerveau, les organes des fensf
Ce qui fuit le fera voir.
Ces troncs de veines pleins
de fang arreriel fartant de
chaque côce par leur extrémité
qui regarde la bafe du
crâne, prennent la consistance
&l'épallfeur darteres & viennent
seréunir deux à deux de
chaque côcé. Celle de la première
côte, fournit avant sa
réunion des branches qui distribuënt
le fang aux organes
des sens, au cerveau & aux
parties voisines, & fait par ce
moyen les fonctions qui appartiennent
à l'aorte ascendante
dans les animaux à quatre
pieds :
ensuite elle fc rejoint
joint à celle de la fccondc
côte; & ces deux ensemblene
font plus qu'un tronc, lequel
coulant le long de la base du
crane reçoit encore de chaque
cote une autre branche formée
par la réunion des veines
de la troisième & quatrième
paires de côtes,& routesensemble
ne font plus qu'un
tronc.
Après cela ce tronc dont
toutes les racines estoient
veines dans le poumon,devenant
artere par sa tunique
& par son office, continue
son cours le long des vertebecs.,
& distribuant le fang
artérielà touteslesautres parties
, fait la fonction d'artère
desccendante&lesang arceuiel
estdistribué parce moyenégakment
à toutes les parties
pourles nourrir & des ani.
mer, &il r£neori«ropartout
des racinesquireprennent le
residu & le rapportant par
plusieurs troncsformezdel'unioh
de toutes q<!s¡acincs'au
reservoircommunquiledoit
rendreaucoeur;c'estainsi que
^achevcfk circulation dans
casiani<iaaux.-,;io r>,\~;x:
>V«oil'aScomîtefitylcs)Vcinri5
,
du potlHion de cegenredeviennent
arteres pour animer
& pour nourrir la teste & le
reste du corps.
Mais ce qui augmente la
singularité,c'est que ces mêmesveines
du poumon sortant
de la goutiere des côtes
par leur extremité qui regarde
la gorge, conservent la tu.
nique & la fonction de veines
en rapportant dans le reservoir
de tout le fang veinal
une portion du fang arteriel
qu'elles ont reçudes arteres
du poumon.
Comme le mouvement
des machines contribue aussi
a la respiration des Poissons,
il ne fera pas hors de propos
defaire remarquer que la fuperieurc
est mobile, qu'elle est
composée de pluficurs pieces
qui font naturellement engaggééeeslselessuunneessddaannssleless
aauu--
tres, de telle manière qu'elles
peuvent en se déployant
dilater & allonger la mâchoire
superieure.
Toutes les pieces qui servent
à la respiration de la
Carpe, montent à un nombre
si surprenant, qu'on ne
fera pas fâché d'en voir icy le
dénombrement.
Les pieces osseuses font au
nombre de quatre milletrois
cens quatre-vingt six
:
il y a
soixante-neufmuscles.
- Les arteres des ouics, outre
leurs huit branches principales,
jettent quatre mille trois
Cent vingt rameaux; & chaque
rameau jette de chaque
lame, une infinité d'arteres
capillaires transversales, donc
le nombre ne fera pas difficile,
& passera de beaucoup tous
ces nombres ensemble.
: Il y a autant de nerfs que
d'arteres
3
les ramifications
des premiers suivant exactement
celles des autres.
Les veines ainsi que les artères,
outre leurs huit branches
principales jettent quatre
mille trois cent vingt rameaux
,
qui font de simples
tuyaux,& qui à la différence
des rameaux des arteres na
jettent point de vaisseux capillaires
tranfver faux.
Le fang qui cft rapporté de
toutes les parties du corps des
poissons,entre du reservoir,
ou se dégorgent toutes les
veines
t
dans l'oreillette
, &
de là dans le cceur;qui par-sa
contraction le pouffe dans
l'aotte, & dans toutes les ramifications
quelle jette sur
les lames des oüies : & comme
à sa nainance elle cft garnie
de plusieurs colonnes charnuës,
fore épaisse, ce qui resserrent
immédiatement après, elle féconde
& fortifie par sa compression
l'action du coeur, qui
est de pousser avec beaucoup
de force le fang dans les rameaux
capillaires transversaux,
situez de part & d'autre,
sur toutes les lames des oüies.!
On a fait observer que cette
artere & ses branches, ne
parcouroient de chemin que
depuis le coeur',-- jusqu'à l'ex.
tremité des oüies, où elles finirent.
Ainsi à coup de piston
redoublé doit suffire, pour
pousser le fang avec irppetuosicé
dans ce nombre infini
d'arterioles si droites & si rcguliere,
où le fang ne trouve
d'autre obstacle que Je simple
contaft,&non le choc & les
reflexions, comme dans les
autres animaux où les arteres
se ramifient en mille manières
,
sur tout dans les demieres
subdivisions.
Voila pour ce qui concerne
le pacage du fang dans k
poumon. Voici comment s'en
fait la préparation.
:. Je suppose que les particules
d'air qui font dans l'eau,
comme l'eau est dans une éponge)
peuvent s'endégager
en plusieurs manières.
1 Par la chaleur ainsiqu'on
le voit dans l'eau qui bout
sur le feu. 2.Q. Par laffoiblisfement
duressors de l'air,qui
presse l'eau où ces particules
d'air sont engagées; comme
on le voit dans la machine du
vuide. 3°. Par le froissement
&l'extrême division del'eau,
sur tout quand elle a quelque
degré de chaleur.
On ne peut pas douter qu'-
il n'y ait beaucoup d'air dans
tout le corps des poissons,&
que cet air ne leur foit fort
ncceflaire. La machine du vui.
de fait voir l'un & l'autre..
J'aymis une Tanche fore
vive dans un vaisseau plein
d'eau que l'on a placé fous le
recipicnt;& aprèsavoir donné
cinq ou six coups de piston on
a remarqué que cette Tanche
était toute couverte d'une iiw
finité de petites bulles d'air qui
sortoient d'entre les écailles,
& que tout le corps paroissoit
perlé.
,
Il en sorcoit aussi un tresgrand
nombre par les oüies
beaucoup plus grosses que
celles de la surface du corps:
Enfinilen fortoir par la bou.
che,maisen moindre quantite.
En recommençant a pomper
tout de nouveau deux ou
trois fois de fuite ,ce qui fut
fait à plusieurs reprises, on
remarquoit que lepoisson s'agitoit
& se tourmentoit ex.
traordinairement,&qu'il reÊ
piroit plus fréquemment:
aprés avoir passé un gros quart
d'heure dans cetestat, il tom.
ba en langueur, toutlecorps
Vi
& même les oiïies n'ayant
bplleu.s aucun mouvement fcnfi-
Pour lots ayant tire le
vaisseau de dessous le recipient,
on jetta le poison dans
de l'eauordinaire, où il commença
à respirer & à nager,
mais foiblement, & il fut
longtemps à revenir à son
cfliatnaturel.
J'ayfait la mêmeexperience
sur une Carpe: jel'ay mise
dans la même machine, 3c
ayant pompel'air trois ou
quatre fois comme on l'avoir
fait à la Tanche, le poisson
- commença d'abord à s'agiter:
toute la surface du corps de-
,
vint, perlée; il sortit par la
bouche & par les oüies une
infinité de bulles d'air foïç
grottes,&larégion de la ves-
Sie d'air s'enfla beaucoup,quoique
cette Carpe fut plus gros-.
se que la Tanche,le battement
desoüies cessaplutost. *Lorsqu'onrecommençoità
pomper, les oüies recommençoient
aussi à battre mais
très-peu de temps,& fort foi.
blcment. Enfin elle demeura
sans aucun mouvement, &
la region de la vessie devint si
gonflée & si tenduë,que la
laittc forcoit en s'éfilant par
l'anus. Cela dura environ trois
quarts d'heure, au bout desquels
elle mourut,estant de*
venuë fortplatte.L'ayantouverte,
.on trouvalavessie: crel
1 i Vée.
On aaussi expetimenté
qu'un poisson mfs dansSit
teaupurgée d'air n'ypeut vivre
longtemps. Outre ces experiences
qu'on peut faire
dans la madonedu vuide,en
voici d'autres qui prouvent
aussi que l'air,qui est mê'Jé'
dans l'eau,alaprincipalepart
à la respiration despoissons
•v
Si vous enfermezdespoisfons
dans unvaisseau de verre
plein d'eau, ils y viventquelque
temps, pourvûquel'eau
ioitlenouveîléc :mais si vous
couvrez le vaisseau,&le'bouchez
en forte que l'air stfy
puificpointcnttet/ikîsjroîfsonsserontéroulfez.
".,Gôlg
prouve bien que j'eau aé fctc
àqlueu'erlfreesapirlataiolni,beqruteéu'tÛanct
peignerd'air.*-•]rV
Mettez lusieurs Lp9iffons
dans un vaisseau qui tic
Ion pas entièrement TciBd!i
ir'cauyfrvous,lefermes?
poissons qui auparavant nageoientenpleine
liberté, & segayoient, s'agiteront & se
presseront à qui prendra le
dessus poutrespirer la portion
de l'eau qui est la plus voisine
delair.
Onremarqueaussiquelorfquela
surface des Etangs cft
gelée, les poissons qui font
dedans, meurent plus ou
moins vite ,durant que l'E.,.
rang a plus ou moins d'étenduë
&de profondeur, & on
observe que quand on casse
la glace en quelque endroit)
les poissonss'y prefenrent
avec
avec empressement pour rcfpirer
cette eau imprégnée
d'un nouvel air. Ces experiences
prouvent manifestement
la necessité de l'air pour
la rcfpiration des poissons.
Voyons maintenant ce qui se
passe dans le temps de cette
rcfpiration-
La bouche, s'ouvre
,
les lèvres
s'avancent,parla la concavité
de la bouche est allongée,
la gorge s'enfle, les couvercles
des oüies
,
qui ont le
même mouvement que les
panneaux d'un souffet, s'écarrant
l'un de l'autre,se voûcent
en dehors parleur milieu
seulement, tandis qu'une de
leurs pieces qui joiic sur une
espece de gomme ,
tientfermées
les ouvertures des ouïes,
en se soulevant toutefois un
peu, sans permettrecependant
à l'eau d'entrer ; parce
que la petite peau qui borde
chaque couvercle, ferme exactement
l'ouverture des ouïes.
Tout cela augmente, &
élargit en tout sens la capacité
de la bouche, & détermine
l'eau à entrer dans &
cavité, de même que l'air entre
par la bouche & les nariDes
dans la crachée artere Se
les poumons , par la dilata,
tion de la poitrine. Dans ce
même temps les costes des
QÇÏÇS s'ouvrent en s'écartanr
lç5 unes des autres, leur cintreestélargi,
le sternon efl;
écarté en s'éloignant du palais
; ainsi tout conspire à faire
entrer l'eau en plus grande
quantité dans la bouche. C'es
ainsi que se fait l'ispiratioa
despoissons, Ensuite la bouche
se ferme, les lévres auparavant
allongées se racourcissent
, sur tout la superieure
qui se plic en éventail, la lévre
inférieure se cole: à la superieure
par le moyen d'une petite
peau en forme de croissant qui
s'abbat comme un rideau de
haut en bas & qui empêche
l'eau de sortir. Le couvercle
s'applatit sur la baye de l'ouverture
desoüies. Dans le même
temps les côtes se ferrent
les unes contre les autres, leur
cintre se retressit, & le sternon
s'abbat sur le Palais.
Tout cela contribuë &
comprime l'eau qui est entrée
par la bouche. Elle se presente
alors pour forrir par tous
les intervalles descôtes & par
ceux de leurs lames, & elle y
passe comme par autant desilieres
; & par ce mouvement la
bordure membraneuse des
couvercles cil: relevée,.& l'eau
pressees'échappe parcette ouverture,
C'est ainsi que fc
fait l'expiration dans les poissons.
On voit par là que l'eau
entre par la bouche, & sortant
par les oüies. Tout au contraire
de ce qui arrive dans les animaux
à quatre pieds dans lesquels
l'air entre & fort alternativemenr
par la trachée artere.
Voila tout ce qui concerne
les mouvemensdelarespiration
des poissons.
sur la circulationdusang
des Poissons qui ont des
oùies, &sur leur refi.
piration.
I
~-
DAns les divers Memoires
qu'on a lûs à rA.
1 cademie, on a fait voir qu'elle
! étoit la structure du coeur des
Poissons, & celles de leurs
ouïes. Pour suivre >tierc, cette ma- il està propos de parler
: de leurs usages; Mais pour
les rendre intelligibles à tout
le monde; il est necessaire de
faire ici une brieve recapitulation
de ce que j'ay dit touchant
cette mêmestructure.
On remarquera donc qu'elle
cft differente dans les differentes
especes dePoissons où
l'on trouve ces parties. On a
fait voir à l'Academie des
Exemples de ces differences;
mais je m'arreste aujourd'huy
particulierement à la Carpe
que l'on trouve commodément
& sur laquelle on pourra
avec facilité verifier tout ce
que je vais dire.
Chacun sçait que le coeur
de tous les Poissons qui ne
respirent pas l'air n'a qu'une
cavité, & par consequent
qu'une oreillette à l'embouchure
du vaisseau qui y rapporte
le fang. Celle du coeur
de la Carpe est appliquée au
costé gauche.
La chair du coeur est fore
épaisse, par rapport à son volume,
& ses fibres font trescompactes:
Aussia-t'il bcfoin
d'une forte action pour la circulation
comme on le verra
,
dans la fuite.
: Il n'y a personne qui ne
sçache cc que c'est que des
ouïes; mais tout le monde
ne sçait pas que ce font ces
parties qui fervent de poumons
aux Poissons. Leur
charpente est composée de
quatre costes de chaque costé
qui se meuvent tant sur ellesmêmes
en s'ouvranr & se resserrant
qu'àl'égard de leurs
deux appuis superieur & inferieur
en s'écartant de l'une &
de l'autre, & en s'en raprochant.
Le costé convexe de
chaque coste est chargé sur
ses deux bords de deux especes
de feüillets, chacun desquels
est composé d'un rang
de lames, étroites & rangées
& ferrées l'une contre l'autre
qui forment comme autant
de barbes ou frangessemblables
à celles d'une plume à
écrire; & ce font ces franges
qu'on peut appeller proprement
le poumon desPoissons.
Voila une situation de parties
fortextraordnaire & fore
singuliere. La poitrine est
dans la bouche aussi- bien
que le poumon. Les costes
portent le poumon, & l'animal
respire l'eau-
Les extremitez de ces costes
qui regardent la gorge font
jointesensemble par plusieurs
petits os, qui forment une
cfpecc de sternon, en sorte
néanmoins que les costes ont
un jeu beaucoup plus libre
sur ce sternon & peuvent s'écarter
l'une de l'autre beaucoup
plus facilement que celles
de l'homme, & que ce sternon
peut-estre soulevé & a.
baissé. Les autres extremitez
qui regardent la base du
crane font aussi jointes par
quelques osselets qui s'articulent
avec cette même base &
qui peuvents'en éloigner, ou
s'enapprocher.
Chaque coftc est compofée
de deux pieces jointes par
un cartilage fort fouple, qui
est dans chacune de ces parties
ce que font les charnieres
dans les ouvrages des artisans.
La premiere piece cît
courbée en arc, & sa longueur
est environ la sixiéme portion
du cercle dont elle feroit la
partie.
La seconde décrit à peuprés
une fromaine majuscule.
- La partie convexe de chaque
coste est creusée en goutiere,
& c'est le long de ces
goutieres que coulent les vaisaseaupx
donrt iléferaspa.rléci- Chacune des lames dont
les feüillers font composez,
à la figure du fer d'une faux,
& à sa naissance elle a comme
un pied ou talon qui ne
pose que par son extremité sur
sur le bord de la coste.
Chacun de ces feüillets est
composé de cent trente-cinq
lames j-ainifles seize contiennent
huit mil six cens quarante
surfaces, que je compte icy
parce que les deux surfaces de
chaque lame font revêtuës
dans toute leur étenduë d'une
membrane tres fine, sur laquelle
se font les ramifications
presque innombrables des
vaisseaux capillaires de ces
fortes de poumons.
J'ay fait voir à la compagnie
qu'il y a quarante-six
muscles qui sont employez
aux mouvemens de ces costes;
il y en a huit qui en dilate l'intervale,
& seize qui le resserrent,
six qui élargissent le cintre
de chaque coste, douze
qui le retresissent, & qui en
même temps abaissent le sternon,
& quatre qui le soulevent.
Les ouïes ont une large ou.
verture, sur laquelle cftpaCé
un couvercle composé de
plusieurs pieces d'assemblage,
qui a le même usage que le
panneau d'un fouiller)& chaque
couvercle est formé avec
un tel artifice qu'en s'écartant
l'un de l'autre,ils se voutent
en dehors pour augmenter la
capacité de la bouche, tandis
qu'une de leurs pieces qui
jouë sur une espece de genou
tient fermées les ouvertures
des ouïes, & ne les ouvre que
pour donner passage à l'eau
que l'animal a respiré, ce qui
se fait dans le tems que le
couvercle s'abat & se referre.
I Il ya deux muscles qui servent
à soulever le couvercle,
& trois qui fervent à l'abatre
& à le reserrer.
! On vient de dire que l'assemblage
qui compose la
charpente des couvercles les
rend capables de sevouter en
dehors. On ajoûtera deux
autres circonstances. La premiere
est que la partie de ce
couvercle qui aide à former
le dessous de la gorge est
plié en éventail sur de petites
lames d'os pour fcrvir en se
deployant à la dilatation de la
gorge dans l'inspiration de
l'eau. La seconde que chaque
couvercle est revêtu par dehors
& par dedans d'une peau
qui
*
luy est fort adherente.
Cesdeux peaux s'unissent ensemble,
se prolongent audelà
de la circonference du
couvercle d'environ deux à
trois lignes, & vont toûjours
en diminuant d'épaisseur. Ce
prolongement est beaucoup
plus ample fous la gorge que
vers le haut de la teste. Il
estextrêmementsouple, pour
s'appliquer plus exactement à
l'ouverture sur laquelle il porte,
& pour la tenir ferméeau
premier moment de la dilatation
de la bouche pour la
rcfpiration.
Voila pour ce qui regarde
la structure desoüies ; passons
à present à la distribution de
leurs vaisseaux.
L'Artere qui fort du coeur
se dilate de telle maniere qu'elle , en couvre toute la base
: ensuite se retresissant peu
à peu elle forme une espece
de corne. A l'endroitoù elle
est ainsi dilatée
,
elle est garnie
en dedans de plusieurs
colonnes charnuës qu'on peut
considerer comme autant de
muscles qui font decetendroit
de l'aorte comme un
second coeur, ou du moins
comme nn second ventricule
lequel joignant sa compressîon
à celle du coeur, double
la force necessaire à la distribution
dufang pour la circulation.
Cette artere montant par
l'intervalle que les oüies laissententre-
elles, jette vis-à-vis
,
de chaque paire de côtes de
chaque côté une grosse branche
creusée sur la surface exterieure
de chaque côte& qui
s'étend le long de cette goutiere
d'une extremité à l'autre
du feüillet. Voila tout le corps
de l'Aorte dans ce genre d'animaux.
L'Aorte qui dans les
autres animaux porte le fang
du centre à la circonference
de tout le corps, ne parcoure
de chemin dans ceux- ci que
depuis lecoeurjusqu'à l'extremité
des oüies, où elle finir.
Cette branche fournit alitant
de rameaux qu'il y a de lames
surl'un ou furl'autre bord
de lacôte. La grosse branche
se termine à l'extremitéde la
côte
,
ainsi qu'il a esté dit, &
les rameaux finissent à l'extremité
des lames ausquelles
chacun d'eux se distribuë.
Pour peu que l'on soit instruit
de la circulation & des
Vaisseaux qui y servent, on
fera en peine de sçavoir par
quels autres vaisseaux on a
trouvéun expédient pour animer
& mouvoir tout le corps
depuis le bout d'en bas des
oiïies jusques à l'extremité de
la queuë. Cet expedient paroîtra
clairement dés qu'on
aura conduit le fang jusqu'à
l'extremitédesoüies. -
Chaque
Chaque rameau d'artere
monte le long du bord interieur
de chaque lame des
deux feüillets posez sur chaque
côte,c'est-à dire le long
des deux tranchans des lames
qui se regardent:ces deux rameaux
s'abouchentau milieu
de leur longueur; & continuant
leur route parviennent,
comme j'ay dit, à la pointe
de chaque lame. Là chaque
rameau de l'extremité de l'artere
trouve l'embouchure d'une
veine, & deux embouchures
appliquées l'une à l'autre
immediatement ne faisant
qu'un même canal malgré la
differente consistance des
deux vaisseaux
,
la veine s'abbat
sur le tranchant exterieur
de chaque lame, & parvenuë
au bas de la lame elle verse
son fang dans un gros vaisseau
veineux couché prés de
la branche d'artere danstoute
l'étenduë de la goutiere de
de la côte: mais ce n'est pas
feulement par cet abouchement
immediat des deux extrêmitez
de l'artere &de la
veine que l'arrere se décharge
dans la veine, c'est encore par
toute sa route.
Voici comment le rameau
d'artere dresse sur le tranchant
de chaque lame, jette dans
toute sa route sur le plat de
chaque lame de part & d'autre,
une multitude infinie de
vaisseaux, qui partant deux à
deux de ce rameau l'un d'un
côté de la lame, l'autre de
l'autre
-,
chacun de son côté
vadroit à laveine qui descend
sur le tranchant opposé de la
lame, & s'y abbouche par un
contact immédiat. C'est ainsi
que le fang passe dans ce genre
d'animaux,des arteres de
leur poumon dans leurs vrinés
d'un bout a l'aucre. Les
artères y font de vrayes arteres,
& par leurs corps & par
leur fonctions de recevoir le
fang. Les veines y font de
vrayes retines, & par leur
fonction de recevoir le fang
desarteres & par la delicatefseextrême
de leur consistan-
Ilnty ajusques-là rien qui
ne foie de l'oeconomie ordinaire
: mais ce qu'il y a de singulier
est premièrement l'abbboouucchheemmeennttimimmméeddiiaatt
des
arteres avec les veines, qui (c
trouve àlaverité dans les poumons
d'autres animaux, sur
1 tout dans ceux des grenouilles
&des torcuës: mais qui
n'est pas si manifestequedans
viesoiiies des poissons. 2° La
régularité de la distribution
:
qui rend cet abbouchement
plus vifiblc dans ce genre d'animaux
;car toutes les branchesdarteres
montant le
long des lames dressees sur les
côres
,
font aussi droites &
aussi également distances l'une
de
l'autre
que les lames: les
rameaux transversaux capillaires
qui partent de ces branches
à angles droits
,
font également
distansl'un de l'autre;
de forte que la direction & les
intervales de ces vaisseaux tant
montans que transversaux,
estantanssi réguliers que s'ils
avoient esté dressez à la règle
& espacez au compas ; on les
suit à l'oeil & au microscope.
On voit donc que lesarteres
transversales finissent immédiatement
au corps de la veine
descendante, & chacune
de ces veines descendante
ayant reçu le fang des artères
capillaires tranfverfalles
de part & d'autre de la lame,
s'abbouche à plomb avec le
tronc de la veine couchée
dans la gouttiere.
Il faut avouer que cette
, distribution est fort singuliere
: ce qui fuit l'est encore davantage.
On est en peine dela
distribution du fang pour la
nourriture & la vie des autres
parties du corps de ces animaux.
Nous avons conduit le
fang du coeur par les arteres
«
du poumon dans les veines
du poumon. Le coeur ne jette
point d'autres arteres que celles
du poumon. Que deviendront
les autres parties, le
cerveau, les organes des fensf
Ce qui fuit le fera voir.
Ces troncs de veines pleins
de fang arreriel fartant de
chaque côce par leur extrémité
qui regarde la bafe du
crâne, prennent la consistance
&l'épallfeur darteres & viennent
seréunir deux à deux de
chaque côcé. Celle de la première
côte, fournit avant sa
réunion des branches qui distribuënt
le fang aux organes
des sens, au cerveau & aux
parties voisines, & fait par ce
moyen les fonctions qui appartiennent
à l'aorte ascendante
dans les animaux à quatre
pieds :
ensuite elle fc rejoint
joint à celle de la fccondc
côte; & ces deux ensemblene
font plus qu'un tronc, lequel
coulant le long de la base du
crane reçoit encore de chaque
cote une autre branche formée
par la réunion des veines
de la troisième & quatrième
paires de côtes,& routesensemble
ne font plus qu'un
tronc.
Après cela ce tronc dont
toutes les racines estoient
veines dans le poumon,devenant
artere par sa tunique
& par son office, continue
son cours le long des vertebecs.,
& distribuant le fang
artérielà touteslesautres parties
, fait la fonction d'artère
desccendante&lesang arceuiel
estdistribué parce moyenégakment
à toutes les parties
pourles nourrir & des ani.
mer, &il r£neori«ropartout
des racinesquireprennent le
residu & le rapportant par
plusieurs troncsformezdel'unioh
de toutes q<!s¡acincs'au
reservoircommunquiledoit
rendreaucoeur;c'estainsi que
^achevcfk circulation dans
casiani<iaaux.-,;io r>,\~;x:
>V«oil'aScomîtefitylcs)Vcinri5
,
du potlHion de cegenredeviennent
arteres pour animer
& pour nourrir la teste & le
reste du corps.
Mais ce qui augmente la
singularité,c'est que ces mêmesveines
du poumon sortant
de la goutiere des côtes
par leur extremité qui regarde
la gorge, conservent la tu.
nique & la fonction de veines
en rapportant dans le reservoir
de tout le fang veinal
une portion du fang arteriel
qu'elles ont reçudes arteres
du poumon.
Comme le mouvement
des machines contribue aussi
a la respiration des Poissons,
il ne fera pas hors de propos
defaire remarquer que la fuperieurc
est mobile, qu'elle est
composée de pluficurs pieces
qui font naturellement engaggééeeslselessuunneessddaannssleless
aauu--
tres, de telle manière qu'elles
peuvent en se déployant
dilater & allonger la mâchoire
superieure.
Toutes les pieces qui servent
à la respiration de la
Carpe, montent à un nombre
si surprenant, qu'on ne
fera pas fâché d'en voir icy le
dénombrement.
Les pieces osseuses font au
nombre de quatre milletrois
cens quatre-vingt six
:
il y a
soixante-neufmuscles.
- Les arteres des ouics, outre
leurs huit branches principales,
jettent quatre mille trois
Cent vingt rameaux; & chaque
rameau jette de chaque
lame, une infinité d'arteres
capillaires transversales, donc
le nombre ne fera pas difficile,
& passera de beaucoup tous
ces nombres ensemble.
: Il y a autant de nerfs que
d'arteres
3
les ramifications
des premiers suivant exactement
celles des autres.
Les veines ainsi que les artères,
outre leurs huit branches
principales jettent quatre
mille trois cent vingt rameaux
,
qui font de simples
tuyaux,& qui à la différence
des rameaux des arteres na
jettent point de vaisseux capillaires
tranfver faux.
Le fang qui cft rapporté de
toutes les parties du corps des
poissons,entre du reservoir,
ou se dégorgent toutes les
veines
t
dans l'oreillette
, &
de là dans le cceur;qui par-sa
contraction le pouffe dans
l'aotte, & dans toutes les ramifications
quelle jette sur
les lames des oüies : & comme
à sa nainance elle cft garnie
de plusieurs colonnes charnuës,
fore épaisse, ce qui resserrent
immédiatement après, elle féconde
& fortifie par sa compression
l'action du coeur, qui
est de pousser avec beaucoup
de force le fang dans les rameaux
capillaires transversaux,
situez de part & d'autre,
sur toutes les lames des oüies.!
On a fait observer que cette
artere & ses branches, ne
parcouroient de chemin que
depuis le coeur',-- jusqu'à l'ex.
tremité des oüies, où elles finirent.
Ainsi à coup de piston
redoublé doit suffire, pour
pousser le fang avec irppetuosicé
dans ce nombre infini
d'arterioles si droites & si rcguliere,
où le fang ne trouve
d'autre obstacle que Je simple
contaft,&non le choc & les
reflexions, comme dans les
autres animaux où les arteres
se ramifient en mille manières
,
sur tout dans les demieres
subdivisions.
Voila pour ce qui concerne
le pacage du fang dans k
poumon. Voici comment s'en
fait la préparation.
:. Je suppose que les particules
d'air qui font dans l'eau,
comme l'eau est dans une éponge)
peuvent s'endégager
en plusieurs manières.
1 Par la chaleur ainsiqu'on
le voit dans l'eau qui bout
sur le feu. 2.Q. Par laffoiblisfement
duressors de l'air,qui
presse l'eau où ces particules
d'air sont engagées; comme
on le voit dans la machine du
vuide. 3°. Par le froissement
&l'extrême division del'eau,
sur tout quand elle a quelque
degré de chaleur.
On ne peut pas douter qu'-
il n'y ait beaucoup d'air dans
tout le corps des poissons,&
que cet air ne leur foit fort
ncceflaire. La machine du vui.
de fait voir l'un & l'autre..
J'aymis une Tanche fore
vive dans un vaisseau plein
d'eau que l'on a placé fous le
recipicnt;& aprèsavoir donné
cinq ou six coups de piston on
a remarqué que cette Tanche
était toute couverte d'une iiw
finité de petites bulles d'air qui
sortoient d'entre les écailles,
& que tout le corps paroissoit
perlé.
,
Il en sorcoit aussi un tresgrand
nombre par les oüies
beaucoup plus grosses que
celles de la surface du corps:
Enfinilen fortoir par la bou.
che,maisen moindre quantite.
En recommençant a pomper
tout de nouveau deux ou
trois fois de fuite ,ce qui fut
fait à plusieurs reprises, on
remarquoit que lepoisson s'agitoit
& se tourmentoit ex.
traordinairement,&qu'il reÊ
piroit plus fréquemment:
aprés avoir passé un gros quart
d'heure dans cetestat, il tom.
ba en langueur, toutlecorps
Vi
& même les oiïies n'ayant
bplleu.s aucun mouvement fcnfi-
Pour lots ayant tire le
vaisseau de dessous le recipient,
on jetta le poison dans
de l'eauordinaire, où il commença
à respirer & à nager,
mais foiblement, & il fut
longtemps à revenir à son
cfliatnaturel.
J'ayfait la mêmeexperience
sur une Carpe: jel'ay mise
dans la même machine, 3c
ayant pompel'air trois ou
quatre fois comme on l'avoir
fait à la Tanche, le poisson
- commença d'abord à s'agiter:
toute la surface du corps de-
,
vint, perlée; il sortit par la
bouche & par les oüies une
infinité de bulles d'air foïç
grottes,&larégion de la ves-
Sie d'air s'enfla beaucoup,quoique
cette Carpe fut plus gros-.
se que la Tanche,le battement
desoüies cessaplutost. *Lorsqu'onrecommençoità
pomper, les oüies recommençoient
aussi à battre mais
très-peu de temps,& fort foi.
blcment. Enfin elle demeura
sans aucun mouvement, &
la region de la vessie devint si
gonflée & si tenduë,que la
laittc forcoit en s'éfilant par
l'anus. Cela dura environ trois
quarts d'heure, au bout desquels
elle mourut,estant de*
venuë fortplatte.L'ayantouverte,
.on trouvalavessie: crel
1 i Vée.
On aaussi expetimenté
qu'un poisson mfs dansSit
teaupurgée d'air n'ypeut vivre
longtemps. Outre ces experiences
qu'on peut faire
dans la madonedu vuide,en
voici d'autres qui prouvent
aussi que l'air,qui est mê'Jé'
dans l'eau,alaprincipalepart
à la respiration despoissons
•v
Si vous enfermezdespoisfons
dans unvaisseau de verre
plein d'eau, ils y viventquelque
temps, pourvûquel'eau
ioitlenouveîléc :mais si vous
couvrez le vaisseau,&le'bouchez
en forte que l'air stfy
puificpointcnttet/ikîsjroîfsonsserontéroulfez.
".,Gôlg
prouve bien que j'eau aé fctc
àqlueu'erlfreesapirlataiolni,beqruteéu'tÛanct
peignerd'air.*-•]rV
Mettez lusieurs Lp9iffons
dans un vaisseau qui tic
Ion pas entièrement TciBd!i
ir'cauyfrvous,lefermes?
poissons qui auparavant nageoientenpleine
liberté, & segayoient, s'agiteront & se
presseront à qui prendra le
dessus poutrespirer la portion
de l'eau qui est la plus voisine
delair.
Onremarqueaussiquelorfquela
surface des Etangs cft
gelée, les poissons qui font
dedans, meurent plus ou
moins vite ,durant que l'E.,.
rang a plus ou moins d'étenduë
&de profondeur, & on
observe que quand on casse
la glace en quelque endroit)
les poissonss'y prefenrent
avec
avec empressement pour rcfpirer
cette eau imprégnée
d'un nouvel air. Ces experiences
prouvent manifestement
la necessité de l'air pour
la rcfpiration des poissons.
Voyons maintenant ce qui se
passe dans le temps de cette
rcfpiration-
La bouche, s'ouvre
,
les lèvres
s'avancent,parla la concavité
de la bouche est allongée,
la gorge s'enfle, les couvercles
des oüies
,
qui ont le
même mouvement que les
panneaux d'un souffet, s'écarrant
l'un de l'autre,se voûcent
en dehors parleur milieu
seulement, tandis qu'une de
leurs pieces qui joiic sur une
espece de gomme ,
tientfermées
les ouvertures des ouïes,
en se soulevant toutefois un
peu, sans permettrecependant
à l'eau d'entrer ; parce
que la petite peau qui borde
chaque couvercle, ferme exactement
l'ouverture des ouïes.
Tout cela augmente, &
élargit en tout sens la capacité
de la bouche, & détermine
l'eau à entrer dans &
cavité, de même que l'air entre
par la bouche & les nariDes
dans la crachée artere Se
les poumons , par la dilata,
tion de la poitrine. Dans ce
même temps les costes des
QÇÏÇS s'ouvrent en s'écartanr
lç5 unes des autres, leur cintreestélargi,
le sternon efl;
écarté en s'éloignant du palais
; ainsi tout conspire à faire
entrer l'eau en plus grande
quantité dans la bouche. C'es
ainsi que se fait l'ispiratioa
despoissons, Ensuite la bouche
se ferme, les lévres auparavant
allongées se racourcissent
, sur tout la superieure
qui se plic en éventail, la lévre
inférieure se cole: à la superieure
par le moyen d'une petite
peau en forme de croissant qui
s'abbat comme un rideau de
haut en bas & qui empêche
l'eau de sortir. Le couvercle
s'applatit sur la baye de l'ouverture
desoüies. Dans le même
temps les côtes se ferrent
les unes contre les autres, leur
cintre se retressit, & le sternon
s'abbat sur le Palais.
Tout cela contribuë &
comprime l'eau qui est entrée
par la bouche. Elle se presente
alors pour forrir par tous
les intervalles descôtes & par
ceux de leurs lames, & elle y
passe comme par autant desilieres
; & par ce mouvement la
bordure membraneuse des
couvercles cil: relevée,.& l'eau
pressees'échappe parcette ouverture,
C'est ainsi que fc
fait l'expiration dans les poissons.
On voit par là que l'eau
entre par la bouche, & sortant
par les oüies. Tout au contraire
de ce qui arrive dans les animaux
à quatre pieds dans lesquels
l'air entre & fort alternativemenr
par la trachée artere.
Voila tout ce qui concerne
les mouvemensdelarespiration
des poissons.
Fermer
Résumé : MEMOIRE sur la circulation du sang des Poissons qui ont des oüies, & sur leur respiration.
Le mémoire traite de la circulation sanguine et de la respiration des poissons dotés d'ouïes, en se concentrant particulièrement sur la carpe. Le cœur des poissons, qui ne respirent pas l'air, possède une seule cavité et une seule oreillette. La structure du cœur est épaisse et compacte, nécessitant une forte action pour la circulation sanguine. Les ouïes des poissons servent de poumons et sont composées de quatre côtes de chaque côté, capables de mouvements complexes. Chaque côte est recouverte de feuillets formés de lames étroites et serrées, ressemblant à des barbes de plume, qui constituent le 'poumon' des poissons. Les muscles des ouïes sont nombreux et spécialisés, permettant des mouvements variés pour faciliter la respiration. Les ouïes sont protégées par des couvercles articulés qui s'ouvrent et se ferment pour permettre le passage de l'eau. L'aorte, qui part du cœur, se dilate à la base avant de se rétrécir et de former une corne. Elle est garnie de colonnes charnues agissant comme un second cœur ou ventricule, augmentant la force de la circulation sanguine. L'aorte se divise en branches qui irriguent les lames des ouïes, où se produit un échange gazeux. Les artères et les veines des ouïes sont intimement connectées, permettant au sang de passer des artères aux veines par des vaisseaux capillaires. Cette distribution régulière et ordonnée est unique chez les poissons. Les veines des ouïes deviennent des artères pour irriguer le reste du corps, y compris le cerveau et les organes sensoriels. Enfin, une partie du sang artériel est rapportée au cœur par les veines des ouïes, complétant ainsi la circulation sanguine chez les poissons. Le texte mentionne également la structure de la mâchoire supérieure des poissons, mobile et composée de plusieurs pièces permettant de dilater et allonger la mâchoire. La respiration de la carpe implique un nombre impressionnant de pièces osseuses (4 386) et de muscles (69). Les artères des ouïes, outre leurs huit branches principales, jettent 4 320 rameaux, chacun produisant une infinité de capillaires transversaux. Les veines, de manière similaire, ont des rameaux qui ne produisent pas de capillaires transversaux. Le sang circule du cœur vers les ouïes, où il est filtré et oxygéné avant de retourner au cœur. Des expériences montrent la nécessité de l'air pour la respiration des poissons. Par exemple, des poissons placés dans un récipient sous vide ou dans de l'eau privée d'air montrent des signes de détresse et finissent par mourir. Les poissons cherchent à se rapprocher de la surface de l'eau pour respirer l'air dissous. Les mouvements de respiration des poissons impliquent l'ouverture et la fermeture de la bouche et des ouïes, permettant à l'eau de passer à travers les branchies pour l'oxygénation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 293-304
EXTRAIT de l'Assemblée publique de la Societé Royale des Sciences, tenuë dans la Grand'Sale de l'Hôtel de Ville de Montpellier le 22. Decembre 1729. l'Archevêque d'Alby y présidant.
Début :
Ce Prélat qui fut nommé l'année derniere à la place d'Académicien Honoraire [...]
Mots clefs :
Société royale des sciences, Société royale des sciences de Montpellier, Montpellier, Mouvement, Tourbillon, Glace, Cuivre, Vent, Mouvement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de l'Assemblée publique de la Societé Royale des Sciences, tenuë dans la Grand'Sale de l'Hôtel de Ville de Montpellier le 22. Decembre 1729. l'Archevêque d'Alby y présidant.
EXT R AIT de f Assemblée publique
de la Société Royale des Sciences , tenue
dans la Grand'Sale de PHStcl de Fille
de Montpellier le 11. Décembre 17151.
^Archevêque d' Alby y présidant*
^^nierc à la place d'Académicien Honoraire
du feu Marquis de Castries , son
frère , & qui paroissoit pour la première
fois dans ['Assemblée de l' Académie,
ítoit au haut bout de la Table , avec M.-
l'Evêque de Montpellier & M. Bon ±
Premier Président de la Cour des Com
ptes , Aides & Finances de Montpellier,',
Académiciens Honoraires ; les Académi
ciens ordinaires y croient rangés suivant
la coutume , &c les Consuls de la Ville
y assilloient en Chaperon.
L' Archevêque d'Àlbi ouvrit la Séance
par un remerciement qu'il fit à la Com
pagnie au sujet de son élection , & ce
remerciement assaisonné de toutes les grâ
ces que ce Prélat ne manque jamais de
répandre dans tous ses discours & dan*
toutes ses actions , fir connoître à la Com
pagnie qu'elle trouveroit dan* cet Ho~
aoraire noa-seulement un véritable Me»
ce»ey
i|4 ' MERCURE DE FRÁNCË;
• cene , mais encore un Acade'micien zelé^'
& très-capable par lui-même de perfec
tionner les Sciences & les Beaux- Arts,
íì les devoirs indispensables de son Mi*
nistere pouvoient le lui permettre.
M. Marçot , Directeur de la Sociétés
lut ensuite un Discours préliminaire, dans
lequel après avoir remercié M. le Pré
sident de tout ce qu'il avoir dit d'obli-'
géant pour la Compagnie , donna une
idée générale des occupations de l'Académie
, & parcourut avec beaucoup dé
précision & de netteté toutes les Scien
ces qui font l'objet dé l'Etude des Aca-*
démiciens ; il parla des Observations
particulières qu'ils y avòient déja faires ,
de futilité que le Public en avoit retiré,
& de celles qu'un tems plus favorable
aux Sciences pourroit lui procurer dans
la fuite.
Après cé Préliminaire , M. Marcot lut
tine Observation d'un Anévrisme mixtet
qui fut heureusement guéri par ses foins
& fes attentions.
Cet Anévrisme parut après une piqueure
de l'artere du bras , qui est en
fermée dans une même gaine avec la vei
ne basilique. On crut d'abord avoir suffi
samment íemedié à cet accident par des
saignées copieuses & par des compresses
graduées , soutenues par un bon banda
ge }
FEVRIER. 1730. içj
te î mais malgré ces précautions , la piqueure
de l'artere ne fut point consoli
dée , & celle de la gaine , dans laquelle,
elle est enfermée , se rejoignit en peu de
tems > le sang que fournissoit la piqueure
de l'artere dilata bientôt cette tunique
vaginale , & fit une tumeur de la gros
seur d'une petite noix , qui avoit un mou
vement de sistole & de diastole.
Cependant , soit que les compresses
graduées & les bandages eussent arrêté le
cours ordinaire du sang , soit qu'il s'en
fut extravasé quelque portion avant que
l'ouverrure de la tunique vaginale se fut
cplée , il s'étoir fait au dessous de la,
première tumeur une seconde tumeur ,
qui étoit un véritable flegmon , 5c qui
rendoit la cure de l'anevrisme très-déli-?
çate & très -difficile.
M. Marçot prit le parti dans cettç
conjoncture d'attaquer le flegmon , de
le faire suppurer & de le mener à cica
trice , & ensuite ayant le champ libre
pour comprimer sans danger la tumeur
anevrifmale , il réduisit l'artere dans son
état naturel par le bandage de l'Abbé
IJourdelot , dont on voit tous les jours
des effets merveilleux dans des occasions
semblables.
Un tourbillon qui fit beaucoup de.
ravage aux environs de Montpellier ,
%96 MERCURE DE FRANCE.
fat le sujet d'un Mémoire que lut M.
.de Montferrier le fils , Sous-Directcuc
de l'Académie.
Ceux qui furent les témoins de la vio
lence de ce Météore lui donnèrent d'a
bord le nom d'Ouragan d'autres cru
rent qu'il a voit plus de rapport aux Trom
pes de Mer qui font quelquefois si fa
tales aux Navigateurs -, & d'autres plus
superstitieux que Philosophes , voulurent
>y trouver quelque chose de surnaturel ,
ôc se persuader que quelque Esprit folet
itoit la cause de cet Orage.
M. de Montferrier fit voir par la des
cription qu'il donna des véritables Ou
ragans §c des Trompes de Mer , que le
tourbillon qui étoit le sujet de son Mé
moire , n'avait aucun rapport avec les
Orages de P Amérique , ni avec ces co
lonnes de nuées qui s'élèvent ordinaire
ment fur la Mer > & fans s'arrêter aux
Esprits Folets qui ne peuvent être admis
que dans quelques Contes de Fées , il
appella le Météore en question un tour
billon de nuée & de vent , dénomination
qui n'est point arbitraire , puisqu'elle
«st prise de la nature même du- sujet dont
il s'agit.
En effet , M. de Montferrier fit remar
quer que les Vents de Sud & les Vents
d'Est fuient les seuls qui régnèrent pen
dant
FEVRIER. 173©. *97
dant les derniers jours du mois d'Octo
bre , que ces Vents toujours humides
avoient amoncelé beaucoup de nue'es
epaiffes fur l'Horison , 6V que le second
de Novembre une portion de ces nue'es
çtant poussée par un Vent de SudfEst
fort violent , fut forcée à fe mouvoir vers
le Nord , avec tin mouvement vortiqueux
, causé par les obstacles que l'asíemblage
des autres nuages quj l'environnojent
lui présentoic de toutes parts
hors le côté de la Terre où ce tourbillon
<e porta , y trouvant moins de résistance,
Ce Groupe de nuées qui étoit fort noie
& fort épais , ne patoissoit pas avoir plus
de trois toises de largeur fur une hau
teur indéterminée •> mais comme il étoit
pouffé par un Vent de Sud-Est très vio
lent , qu'il ayoit acquis un mouvement
de tourbillon très-rapide , & qu'il forçoit
l'Air qui l'environnoit à suivre le mê
me mouvement , le tout ensemble faisoit
un tourbillon d'environ cent toises de lar
geur , qui dans l'espace d'une demie lieue
renversa ou enleva tout ce quise ttouv»
sur son passage.
II y eut des personnes qui se trouvant
ì portée de voir cette nuée obscure qui
s'avançoit du Sud-Est au Nord avec un
bruit effroyable , crurent y avoir vû une
lumière rougeâtre comme la fumée ^ qui
«'élevs
fc98 MERCURE DE FRANCE.
s'élève d'un grand incendie , & d'autres
assurent avoir senti une odeur de souffre,
Selle à peu près que celle que l'on sent
jdans les lieux qui ont été frapés de la
foudre.
L'Académicien explique la première
apparence par le mouvement rapide , du
Météore qui poussoir avec violence la
matière étherée , & produisoit par là la
lumière , comme on le' voit arriver dans
le Phosphore du Baromètre , & plusieurs
autres expériences , dans toutes lesquelles
la lumière est une fuite d'un grand
mouvement ; ou par des rayons- du So
leil , qui passant dans les intervales des
nuées , soussroient des reflexions & des
réfractions qui les dirigeoient vers les
yeux du Spectateur. Pour l'odeur de sou
fre , il dit que le froissement des matiè
res que le tourbillon enlevoit pouvoient
bien en être la cause , en faisant dévelo?
per les particules sulfureuses qui y étoient
contenues ou qui étoient répandues dans
F Air , & les vapeurs qui enyironnoient
le tourbillon.
Cette explication paroît très-naturelle,
puisque s'il y avoit eu un feu actuel
dans le nuage , il auroit infailliblement
brûlé les diverses matières combustibles
qu'il enlevoit , & qu'il emportoit à plus
ic cenc t oises.
* ■
ÏEVRIER. 1730: 199
"ïnfin ce tourbillon finit à une demie
íieue de l'endroit où il avoit été apperçû
, parce qu'à force de s'étendre dans les
terres où il étoit moins exposé à l'impul-
{ïon du vent , & de communiquer de
son mouvement aux corps qu'il rencon
trait , il perdoit de Ion mouvement
propre , & que le groupe de nuée donc
il écoit composé venant à se íondre cr»
pluye , acheva de le dissiper.
M. Rivière fit part au Public dans ua
Mémoire qu'il lut ensuite , de l'Analyse
qu'il avoit faite de l'Ivraye , & de la
cause des mauvais effets que cette graine
produit quand elle est mêlée avec le
froment dont on fait le bon pain.
II commença par donner la descrip
tion Botanique de la Plante qui produíc
ce mauvais grain , afin qu'on ne puisse
pas k méconnoître quand rlle est en
herbe , & qu'on puisse l'arracher de bonne
heure quand elle est mêlée avec la plante
qui produit le bon bled.
Il fit voir par des expériences assu
rées , & par des raisonnemens très- so
lides , que les graines produisent toujours
des Plantes de leur espece , & que la
prétendue Métamorphose du froment en
Iyraye , & de l'Ivraye en froment , n'est
qu'une erreur populaire , fondée sur l'in-
%:tention de ceux quí sèment ces grai-
E nés.
joe> MERCURE DE FRANCE,
nés , & qui ne s'apperçoivent pas que
pour l'ordinaire elles font mélangées :
or jl est constant , comme l'a remarqué
M- Rivière , que l'ivraye demande pour
germer un tems fort humide & fort pluvieux
, & que le froment , au contraire,
n'a besoin que d'une humidité médiocre;
cnforte que quand on féme du froment
mêlé avec de l'ivraye , ou de l'ivraye
mêlée avec quelque grain de froment ,
c'est toujours la saison plus ou moins hu
mide qui fait que l'une de ces graines
fructifie, au préjudice de l'autre. Voilà
tout le misterc de cette prétendue Méta-p
morphofe , qui étant bien étendue n'a
tien que de fort naturel. .
M. Rivière passa ensuite à í'Analife
Chimique de l'ivraye, & chercha dans
la décomposition de cette graine les prin*
cipes qui peuvent être la cause des mau
vais effets qu'elle ptoduir. , ,
Il ne compte pas fur I'Analife qu'il en
a faite par la Cornue' , puisque par cette
voye toutes les plantes donnent , à peu
dé chose près , les mêmes substances qu;
ne font pour l'ordinaire que de produc
tions du feu ; mais il s'attache principa
lement aux principes que l'on en peut
tirer par la voye de la fermentation &
par la voye de l'extraction.
L'ivraye fens aucune addition & fans
feu,
FEVRIER. t7ja.
feu , bien preísée , humectée & couverte
d'un entonnoir garni d'une petite chape
d'alambic , lui a donné , quand eile a été
échauféc par la fermentation qui lui est
survenue , un esprit volatil urineux.
Par l'extraction qu'il a fait de la mê
me graine par l'Esprit de vin , il en a
sité une Résine fort acre & sort piquante.
Et de la lessive qu'il a faite du Resi-
-du , il en est sorti un Sel alkali un peu
.caustique. D'où il conclud qu'une graine
qui contient de tels principes peut eni
vrer , donner des vertiges & des maux
àe tête , des maux d'estomac & des votniflernens.
L'experience a .fait voir à M. Rivière
la justesse de ses raisonnemens , puisqu'il
a guéri des personnes attaquées de quel
ques-uns decesmauXjen leur faisant quitet
leur Boulanger, 5c leur faisant man
ger du pain dont on avoit séparé avec
foin toutes les mauvaises graines. C'est
te qu'on peut appeller guérir les mala
dies sûrement , promprement & sans de»
goûr , ce qui est l'intention de la bonne
Médecine.
Personne n'ignore que la fonte de lá
Glace ne soit un effet ordinaire de la
fhaleur , & cette cause est si manifeste
qu'on he s'est pas rais en peine d'en
chercher d'autres j il y en a une cepen
£. ij daia
)©i MERCURE DE FRANCE,
dant plus cachée, que M. Haguenot fe
propose de découvrir dans le Mémoire
dont nous allons donner un Abrégé. '
Quelques Sçavans de Paris firent sçavoir
à M. Haguenot que de deux pos
tions de Glace d'uri égal poids & d'un
égal volume, dont l'une est mise sur U
rriain d'un homme qui se porte bien , &
l'autre sur une asiìete d'argent , celle qui
est mise sur l'aíîìete d'argent fond plu«
vîte de quelques minutes que celle que
l'on met' fur la main. Cette Expérience
que M. Haguenot a repeté plusieurs foisj
a toujours réussi de même.
Pour trouver la cause d'un effet qui
paroît un paradoxe , M. Haguenot mit
des portions égales de glace fur plusieurs
Métaux , comme fur l'or , le cuivre , la
plomb , l'étain , l'aiman , le fer , l'acier,
& il trouva constamment que la Glace
fondoit plus vîte fur le cuivre que fuir
tous les autres Métaux , & fur un fer à
repasser plus vîte que fur du fer ordi
naire , Sc que fur l'acier & fur l'aimanr.
Il fait remarquer que dans toutes ces
Expériences il faut que la Glace touche
immédiatement le Métail , fans quoi la
fonte de la Glace n'est pas à beaucoup
près si prompte ; il a même observé que
lorsqu'on met la Glace sur un fer rabo
teux , la superficie, de la Glace , quoique -
Hie
FEVRIER. 17?»: jej \
polie auparavant , devient inégale , c'cstà-
dire , qu'elle fond plus vîte dans lespoints
où le Métal touche la Glace im
médiatement.
M. Haguenot , après avoir cherché las
cause d'un etfet si long-tems ignoré , &•
avoir abandonné la matière magnétique
qui paroissoit une Cause assez vrai-sem
blable , s'est porté à croire que toutes les
parties intégrantes des corps solides font
dans un trémoussement perpétuel , quoiqu'infensibles
;que ce trémoussement est
la cause que les corps les plus solides fe
détruisent comme d'eux-mêmes avec le
t«ms , & que c'est à ce rríême trémoussèment
qu'il faut attribuer la fonte de 1*
Glace qui arrive sur lés Métaux quand
elle leur est immédiatement appliquée j
8c si cette fonte se fait plus vîte fur le
cuivre que' fur le fer & fur Parier , c'est
apparemment, dit M. Haguenot, pareeque
les parties du fer & de l'acier étant
beaucoup plus ferrées que celles du cui
vre , elles n'ont pas un trémoussement
assez libre , & ne peuvent pas agir si vi
vement fur la glace.
Quoique l'hipotefe de M. Haguenot air;
quelque vrai-semblance , il ne la proposa
cependant que comme douteuse , fc ré
servant de faire encore plusieurs Expé
riences pour s'assurer de la vérité.
E iij Lçâ
$04 MERCURE DE FRANCE;
Les Récapitulations que fit M. te Pré
sident de tous ces Mémoires , en furenc
des Extraits plus courts , mais plus précis
Sc plus vifs que ceiix que l'on donne ici.
11 loua le travail & l'exactitude de ceux
qui a voient lû les Mémoires -, il exhorta
tous les Académiciens à continuer leurs
recherches qu'il dit être aussi utiles que
curieuses , & voulut bien leur faire espé
rer qu'il ne perdroit aucune occasion
d'assister à leurs Aslemblécs quand il se
trouveroit à portée de pouvoir en pro -
fiter.
de la Société Royale des Sciences , tenue
dans la Grand'Sale de PHStcl de Fille
de Montpellier le 11. Décembre 17151.
^Archevêque d' Alby y présidant*
^^nierc à la place d'Académicien Honoraire
du feu Marquis de Castries , son
frère , & qui paroissoit pour la première
fois dans ['Assemblée de l' Académie,
ítoit au haut bout de la Table , avec M.-
l'Evêque de Montpellier & M. Bon ±
Premier Président de la Cour des Com
ptes , Aides & Finances de Montpellier,',
Académiciens Honoraires ; les Académi
ciens ordinaires y croient rangés suivant
la coutume , &c les Consuls de la Ville
y assilloient en Chaperon.
L' Archevêque d'Àlbi ouvrit la Séance
par un remerciement qu'il fit à la Com
pagnie au sujet de son élection , & ce
remerciement assaisonné de toutes les grâ
ces que ce Prélat ne manque jamais de
répandre dans tous ses discours & dan*
toutes ses actions , fir connoître à la Com
pagnie qu'elle trouveroit dan* cet Ho~
aoraire noa-seulement un véritable Me»
ce»ey
i|4 ' MERCURE DE FRÁNCË;
• cene , mais encore un Acade'micien zelé^'
& très-capable par lui-même de perfec
tionner les Sciences & les Beaux- Arts,
íì les devoirs indispensables de son Mi*
nistere pouvoient le lui permettre.
M. Marçot , Directeur de la Sociétés
lut ensuite un Discours préliminaire, dans
lequel après avoir remercié M. le Pré
sident de tout ce qu'il avoir dit d'obli-'
géant pour la Compagnie , donna une
idée générale des occupations de l'Académie
, & parcourut avec beaucoup dé
précision & de netteté toutes les Scien
ces qui font l'objet dé l'Etude des Aca-*
démiciens ; il parla des Observations
particulières qu'ils y avòient déja faires ,
de futilité que le Public en avoit retiré,
& de celles qu'un tems plus favorable
aux Sciences pourroit lui procurer dans
la fuite.
Après cé Préliminaire , M. Marcot lut
tine Observation d'un Anévrisme mixtet
qui fut heureusement guéri par ses foins
& fes attentions.
Cet Anévrisme parut après une piqueure
de l'artere du bras , qui est en
fermée dans une même gaine avec la vei
ne basilique. On crut d'abord avoir suffi
samment íemedié à cet accident par des
saignées copieuses & par des compresses
graduées , soutenues par un bon banda
ge }
FEVRIER. 1730. içj
te î mais malgré ces précautions , la piqueure
de l'artere ne fut point consoli
dée , & celle de la gaine , dans laquelle,
elle est enfermée , se rejoignit en peu de
tems > le sang que fournissoit la piqueure
de l'artere dilata bientôt cette tunique
vaginale , & fit une tumeur de la gros
seur d'une petite noix , qui avoit un mou
vement de sistole & de diastole.
Cependant , soit que les compresses
graduées & les bandages eussent arrêté le
cours ordinaire du sang , soit qu'il s'en
fut extravasé quelque portion avant que
l'ouverrure de la tunique vaginale se fut
cplée , il s'étoir fait au dessous de la,
première tumeur une seconde tumeur ,
qui étoit un véritable flegmon , 5c qui
rendoit la cure de l'anevrisme très-déli-?
çate & très -difficile.
M. Marçot prit le parti dans cettç
conjoncture d'attaquer le flegmon , de
le faire suppurer & de le mener à cica
trice , & ensuite ayant le champ libre
pour comprimer sans danger la tumeur
anevrifmale , il réduisit l'artere dans son
état naturel par le bandage de l'Abbé
IJourdelot , dont on voit tous les jours
des effets merveilleux dans des occasions
semblables.
Un tourbillon qui fit beaucoup de.
ravage aux environs de Montpellier ,
%96 MERCURE DE FRANCE.
fat le sujet d'un Mémoire que lut M.
.de Montferrier le fils , Sous-Directcuc
de l'Académie.
Ceux qui furent les témoins de la vio
lence de ce Météore lui donnèrent d'a
bord le nom d'Ouragan d'autres cru
rent qu'il a voit plus de rapport aux Trom
pes de Mer qui font quelquefois si fa
tales aux Navigateurs -, & d'autres plus
superstitieux que Philosophes , voulurent
>y trouver quelque chose de surnaturel ,
ôc se persuader que quelque Esprit folet
itoit la cause de cet Orage.
M. de Montferrier fit voir par la des
cription qu'il donna des véritables Ou
ragans §c des Trompes de Mer , que le
tourbillon qui étoit le sujet de son Mé
moire , n'avait aucun rapport avec les
Orages de P Amérique , ni avec ces co
lonnes de nuées qui s'élèvent ordinaire
ment fur la Mer > & fans s'arrêter aux
Esprits Folets qui ne peuvent être admis
que dans quelques Contes de Fées , il
appella le Météore en question un tour
billon de nuée & de vent , dénomination
qui n'est point arbitraire , puisqu'elle
«st prise de la nature même du- sujet dont
il s'agit.
En effet , M. de Montferrier fit remar
quer que les Vents de Sud & les Vents
d'Est fuient les seuls qui régnèrent pen
dant
FEVRIER. 173©. *97
dant les derniers jours du mois d'Octo
bre , que ces Vents toujours humides
avoient amoncelé beaucoup de nue'es
epaiffes fur l'Horison , 6V que le second
de Novembre une portion de ces nue'es
çtant poussée par un Vent de SudfEst
fort violent , fut forcée à fe mouvoir vers
le Nord , avec tin mouvement vortiqueux
, causé par les obstacles que l'asíemblage
des autres nuages quj l'environnojent
lui présentoic de toutes parts
hors le côté de la Terre où ce tourbillon
<e porta , y trouvant moins de résistance,
Ce Groupe de nuées qui étoit fort noie
& fort épais , ne patoissoit pas avoir plus
de trois toises de largeur fur une hau
teur indéterminée •> mais comme il étoit
pouffé par un Vent de Sud-Est très vio
lent , qu'il ayoit acquis un mouvement
de tourbillon très-rapide , & qu'il forçoit
l'Air qui l'environnoit à suivre le mê
me mouvement , le tout ensemble faisoit
un tourbillon d'environ cent toises de lar
geur , qui dans l'espace d'une demie lieue
renversa ou enleva tout ce quise ttouv»
sur son passage.
II y eut des personnes qui se trouvant
ì portée de voir cette nuée obscure qui
s'avançoit du Sud-Est au Nord avec un
bruit effroyable , crurent y avoir vû une
lumière rougeâtre comme la fumée ^ qui
«'élevs
fc98 MERCURE DE FRANCE.
s'élève d'un grand incendie , & d'autres
assurent avoir senti une odeur de souffre,
Selle à peu près que celle que l'on sent
jdans les lieux qui ont été frapés de la
foudre.
L'Académicien explique la première
apparence par le mouvement rapide , du
Météore qui poussoir avec violence la
matière étherée , & produisoit par là la
lumière , comme on le' voit arriver dans
le Phosphore du Baromètre , & plusieurs
autres expériences , dans toutes lesquelles
la lumière est une fuite d'un grand
mouvement ; ou par des rayons- du So
leil , qui passant dans les intervales des
nuées , soussroient des reflexions & des
réfractions qui les dirigeoient vers les
yeux du Spectateur. Pour l'odeur de sou
fre , il dit que le froissement des matiè
res que le tourbillon enlevoit pouvoient
bien en être la cause , en faisant dévelo?
per les particules sulfureuses qui y étoient
contenues ou qui étoient répandues dans
F Air , & les vapeurs qui enyironnoient
le tourbillon.
Cette explication paroît très-naturelle,
puisque s'il y avoit eu un feu actuel
dans le nuage , il auroit infailliblement
brûlé les diverses matières combustibles
qu'il enlevoit , & qu'il emportoit à plus
ic cenc t oises.
* ■
ÏEVRIER. 1730: 199
"ïnfin ce tourbillon finit à une demie
íieue de l'endroit où il avoit été apperçû
, parce qu'à force de s'étendre dans les
terres où il étoit moins exposé à l'impul-
{ïon du vent , & de communiquer de
son mouvement aux corps qu'il rencon
trait , il perdoit de Ion mouvement
propre , & que le groupe de nuée donc
il écoit composé venant à se íondre cr»
pluye , acheva de le dissiper.
M. Rivière fit part au Public dans ua
Mémoire qu'il lut ensuite , de l'Analyse
qu'il avoit faite de l'Ivraye , & de la
cause des mauvais effets que cette graine
produit quand elle est mêlée avec le
froment dont on fait le bon pain.
II commença par donner la descrip
tion Botanique de la Plante qui produíc
ce mauvais grain , afin qu'on ne puisse
pas k méconnoître quand rlle est en
herbe , & qu'on puisse l'arracher de bonne
heure quand elle est mêlée avec la plante
qui produit le bon bled.
Il fit voir par des expériences assu
rées , & par des raisonnemens très- so
lides , que les graines produisent toujours
des Plantes de leur espece , & que la
prétendue Métamorphose du froment en
Iyraye , & de l'Ivraye en froment , n'est
qu'une erreur populaire , fondée sur l'in-
%:tention de ceux quí sèment ces grai-
E nés.
joe> MERCURE DE FRANCE,
nés , & qui ne s'apperçoivent pas que
pour l'ordinaire elles font mélangées :
or jl est constant , comme l'a remarqué
M- Rivière , que l'ivraye demande pour
germer un tems fort humide & fort pluvieux
, & que le froment , au contraire,
n'a besoin que d'une humidité médiocre;
cnforte que quand on féme du froment
mêlé avec de l'ivraye , ou de l'ivraye
mêlée avec quelque grain de froment ,
c'est toujours la saison plus ou moins hu
mide qui fait que l'une de ces graines
fructifie, au préjudice de l'autre. Voilà
tout le misterc de cette prétendue Méta-p
morphofe , qui étant bien étendue n'a
tien que de fort naturel. .
M. Rivière passa ensuite à í'Analife
Chimique de l'ivraye, & chercha dans
la décomposition de cette graine les prin*
cipes qui peuvent être la cause des mau
vais effets qu'elle ptoduir. , ,
Il ne compte pas fur I'Analife qu'il en
a faite par la Cornue' , puisque par cette
voye toutes les plantes donnent , à peu
dé chose près , les mêmes substances qu;
ne font pour l'ordinaire que de produc
tions du feu ; mais il s'attache principa
lement aux principes que l'on en peut
tirer par la voye de la fermentation &
par la voye de l'extraction.
L'ivraye fens aucune addition & fans
feu,
FEVRIER. t7ja.
feu , bien preísée , humectée & couverte
d'un entonnoir garni d'une petite chape
d'alambic , lui a donné , quand eile a été
échauféc par la fermentation qui lui est
survenue , un esprit volatil urineux.
Par l'extraction qu'il a fait de la mê
me graine par l'Esprit de vin , il en a
sité une Résine fort acre & sort piquante.
Et de la lessive qu'il a faite du Resi-
-du , il en est sorti un Sel alkali un peu
.caustique. D'où il conclud qu'une graine
qui contient de tels principes peut eni
vrer , donner des vertiges & des maux
àe tête , des maux d'estomac & des votniflernens.
L'experience a .fait voir à M. Rivière
la justesse de ses raisonnemens , puisqu'il
a guéri des personnes attaquées de quel
ques-uns decesmauXjen leur faisant quitet
leur Boulanger, 5c leur faisant man
ger du pain dont on avoit séparé avec
foin toutes les mauvaises graines. C'est
te qu'on peut appeller guérir les mala
dies sûrement , promprement & sans de»
goûr , ce qui est l'intention de la bonne
Médecine.
Personne n'ignore que la fonte de lá
Glace ne soit un effet ordinaire de la
fhaleur , & cette cause est si manifeste
qu'on he s'est pas rais en peine d'en
chercher d'autres j il y en a une cepen
£. ij daia
)©i MERCURE DE FRANCE,
dant plus cachée, que M. Haguenot fe
propose de découvrir dans le Mémoire
dont nous allons donner un Abrégé. '
Quelques Sçavans de Paris firent sçavoir
à M. Haguenot que de deux pos
tions de Glace d'uri égal poids & d'un
égal volume, dont l'une est mise sur U
rriain d'un homme qui se porte bien , &
l'autre sur une asiìete d'argent , celle qui
est mise sur l'aíîìete d'argent fond plu«
vîte de quelques minutes que celle que
l'on met' fur la main. Cette Expérience
que M. Haguenot a repeté plusieurs foisj
a toujours réussi de même.
Pour trouver la cause d'un effet qui
paroît un paradoxe , M. Haguenot mit
des portions égales de glace fur plusieurs
Métaux , comme fur l'or , le cuivre , la
plomb , l'étain , l'aiman , le fer , l'acier,
& il trouva constamment que la Glace
fondoit plus vîte fur le cuivre que fuir
tous les autres Métaux , & fur un fer à
repasser plus vîte que fur du fer ordi
naire , Sc que fur l'acier & fur l'aimanr.
Il fait remarquer que dans toutes ces
Expériences il faut que la Glace touche
immédiatement le Métail , fans quoi la
fonte de la Glace n'est pas à beaucoup
près si prompte ; il a même observé que
lorsqu'on met la Glace sur un fer rabo
teux , la superficie, de la Glace , quoique -
Hie
FEVRIER. 17?»: jej \
polie auparavant , devient inégale , c'cstà-
dire , qu'elle fond plus vîte dans lespoints
où le Métal touche la Glace im
médiatement.
M. Haguenot , après avoir cherché las
cause d'un etfet si long-tems ignoré , &•
avoir abandonné la matière magnétique
qui paroissoit une Cause assez vrai-sem
blable , s'est porté à croire que toutes les
parties intégrantes des corps solides font
dans un trémoussement perpétuel , quoiqu'infensibles
;que ce trémoussement est
la cause que les corps les plus solides fe
détruisent comme d'eux-mêmes avec le
t«ms , & que c'est à ce rríême trémoussèment
qu'il faut attribuer la fonte de 1*
Glace qui arrive sur lés Métaux quand
elle leur est immédiatement appliquée j
8c si cette fonte se fait plus vîte fur le
cuivre que' fur le fer & fur Parier , c'est
apparemment, dit M. Haguenot, pareeque
les parties du fer & de l'acier étant
beaucoup plus ferrées que celles du cui
vre , elles n'ont pas un trémoussement
assez libre , & ne peuvent pas agir si vi
vement fur la glace.
Quoique l'hipotefe de M. Haguenot air;
quelque vrai-semblance , il ne la proposa
cependant que comme douteuse , fc ré
servant de faire encore plusieurs Expé
riences pour s'assurer de la vérité.
E iij Lçâ
$04 MERCURE DE FRANCE;
Les Récapitulations que fit M. te Pré
sident de tous ces Mémoires , en furenc
des Extraits plus courts , mais plus précis
Sc plus vifs que ceiix que l'on donne ici.
11 loua le travail & l'exactitude de ceux
qui a voient lû les Mémoires -, il exhorta
tous les Académiciens à continuer leurs
recherches qu'il dit être aussi utiles que
curieuses , & voulut bien leur faire espé
rer qu'il ne perdroit aucune occasion
d'assister à leurs Aslemblécs quand il se
trouveroit à portée de pouvoir en pro -
fiter.
Fermer
Résumé : EXTRAIT de l'Assemblée publique de la Societé Royale des Sciences, tenuë dans la Grand'Sale de l'Hôtel de Ville de Montpellier le 22. Decembre 1729. l'Archevêque d'Alby y présidant.
Le 11 décembre 1715, une assemblée publique de la Société Royale des Sciences à Montpellier a eu lieu. L'archevêque d'Alby, présidant à la place du marquis de Castries, a remercié la compagnie pour son élection et a affirmé son soutien aux sciences et aux beaux-arts. M. Marçot, directeur de la Société, a lu un discours préliminaire sur les activités de l'Académie et les observations scientifiques réalisées. Il a également présenté une observation médicale sur la guérison d'un anévrisme complexe. M. de Montferrier, sous-directeur, a lu un mémoire sur un tourbillon ayant causé des ravages près de Montpellier. Il a décrit ce phénomène comme un tourbillon de nuages et de vent, expliquant ses effets destructeurs et corrigeant les perceptions erronées liées à des phénomènes surnaturels. M. Rivière a fait une analyse de l'ivraie, une mauvaise herbe nuisible au froment. Il a démystifié la prétendue métamorphose entre l'ivraie et le froment, expliquant que les conditions climatiques favorisent la germination de l'une ou de l'autre. Il a également analysé chimiquement l'ivraie, identifiant des substances nocives responsables de ses effets néfastes sur la santé. Enfin, M. Haguenot a présenté une étude sur la fonte de la glace, notant que celle-ci fond plus rapidement sur certains métaux comme le cuivre. Il a attribué ce phénomène à un trémoussement perpétuel des particules solides, plus libre dans certains métaux que dans d'autres. Le président de l'académie a résumé les mémoires en des extraits plus courts, précis et percutants. Il a loué le travail et l'exactitude des personnes ayant lu les mémoires et a encouragé les académiciens à poursuivre leurs recherches, qu'il juge utiles et intéressantes. Il a également exprimé son souhait de participer aux assemblées de l'académie lorsqu'il en aura l'opportunité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9
p. 1721-1730
RÉPONSE aux Reflexions sur une These soutenuë dans les Ecoles de Medecine de Paris, concernant la qualité de l'Eau de vie, inserées dans le Mercure de France du mois de May 1730. page 868.
Début :
Je vous avouë, Monsieur, que j'ai été extrêmement surpris de voir une personne [...]
Mots clefs :
Eau de vie, Écoles de Médecine de Paris, Esprit, Circulation, Vin, Liqueur, Mouvement, Thèse, Coeur, Sang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE aux Reflexions sur une These soutenuë dans les Ecoles de Medecine de Paris, concernant la qualité de l'Eau de vie, inserées dans le Mercure de France du mois de May 1730. page 868.
REPONSE aux Reflexions fur une
Thefe foutenue dans les Ecoles de Medecine
de Paris , concernant la qualité de
l'Eau de vie , inferées dans le Mercure
de France du mois de May 1730. page
868 .
J
E vous avouë , Monfieur , que j'ai été
extrêmement furpris de voir une perfonne
qui fait profeffion de la Medecine
fe déclarer contre M. le Hoc en faveur de
l'Eau de vie. Ce nom fpecieux n'en impofe
pas d'ordinaire , je ne dis pas aux
gens du métier , qui trouvent dans les
principes & dans les experiences dont leurs
livres font remplis des preuves des effets
funeftes de cette liqueur , mais même à
ceux qu'un jugement fain met en état de
profiter des évenemens qui ſe préſentent
tous les jours , & je me flatte que par des
raifonnemens fimples & àla portée de tout
le monde , je confirmerai dans leur fentiment
ceux qui ont la prudence de s'abftenir
de l'Eau de vie , & que je perfuaderai
du danger de cette liqueur ceux à qui elle
n'a pas encore alteré la raiſon .
Tout le monde fçait que l'Eau de vie
eft un extrait des parties fpiritueufes du
B. v vin
1722 MERCURE DE FRANCE
vin , d'où je conclus qu'elle en renferme
les qualités avec d'autant plus d'energie
que les principes font reunis fous un moindre
volume. Voyons donc les effets du
vin , & nous ferons à portée de connoître
ceux de l'Eau de vie.
Le vin , dit Fernel ( a ) rend le poulx
grand , fort , vîte & fréquent : à force de
s'en fervir fans ménagement , il le rend
inégal & dereglé; fa force (b)n'ayant pû être
domptée par le ventricule , fe répand par
tout le corps , il le fecoue tout entier
principalement le coeur & le cerveau ; il
attaque les nerfs ( c) & les membranes (d)
& devient une caufe de la goute ; enfin
il corrompt la maffe du fang , & cette
corruption fe communique au foye.
★
Le Critique aura de la peine à établir
fes experiences fur les débris de celles de
Fernel ; cependant jufqu'à ce qu'il l'ait fait,
je crois que celles de Fernel pafferont pour
conftantes ; mais comme dans les endroits
cités ce grand homme parle plus en Medecin
qu'en Philofophe , je vais tâcher de
rendre raifon de ce qu'il remarque.
Le vin étant compofé d'un foufre volatil
, & par conféquent capable d'une ex-
( a ) Pathol. Liv. 3. c. 4º
( b ) Ibid. Liv. I. c. 14.
( c ) Ibid. Liv , 6. c 18.
(d) Ibid. Liv. 6. c.41
panfion
A O UST. 1730. 1723
sanfion très confiderable , ne peut le mêler
au fang fans le rarefter très confiderablement
; donc le coeur en recevra une
plus grande quantité , donc le poulx de
viendra plus grand ; il deviendra plus
fort , puifque le fang fera plus d'effort
contre les parois de l'artere ; il fera vîte ,
parceque les fouffres du vin fe changent
facilement en efprits , & augmentent par
une fuite neceffaire le mouvement fiftaltique
des fibres ; il fera fréquent , parceque
la fréquence du poulx eft en raifon
compofée de la quantité du fang & des
efprits .
Sans décompofer les principes du vin ;
en voila plus qu'il n'en faut pour produire
les deux effets qu'apprehende M. Le Hoc,
fçavoir l'eretifme des fibres & l'épaiffiffe
ment des liqueurs .
Preuve de la premiere Propofition.
De ce que les ofcillations des fibres
augmentent à proportion de la viteffe de
la circulation , je concluerai qu'elles chaf--
feront de leurs pores ce mucilage limphatique
qui leur donne de la foupleffe ,
en même tems qu'il augmenté leur diamerre
; donc les fibres s'amaigriront , fe
fronceront , fe racorniront ; les bons effets
même de l'Eau de vie dans les fincopes ;
Bvj les
1724 MERCURE DE FRANCE
les affections foporeufes , les engourdiffe,
mens ne viennent- ils pas de l'irritation
des fibres , dont le reffort augmenté chaffe,
& rend à la circulation les humeurs qui
s'arrêtent dans les parties ? donc les fibres
fe crepent par l'ufage de l'Eau de vie. De
plus, que peut-on conclure des bons effets
de l'Eau de vie dans ces maladies , fi ce
n'eft qu'on peut s'en fervir comme d'un
remede ? & ne fçait- on pas que les remedes
n'agiffent qu'en faifant violence à la
nature ? delà vient qu'Hipocrate les appelle
des poifons , Pharmaca funt venena.
و
Preuve de la feconde Propofition .
Mais la circulation ne peut être plus
promte que les liqueurs ne foient plus
divifées ; donc la tranfpiration augmentera
, le fang fera dépouillé d'une partie
de fa ferofité , les globules qui le compofent
fe raprocheront ; donc il s'épaiffira .
. Combien de maladies ne produira pas
la compilation de ces deux caufes ? delà
le dereglement & l'inegalité du poulx
fuite neceffaire de l'inegalité du tiffu des
parties dont le fang eft compofé : delà cette
chaleur qui fe répand par tout le corps ,
ces fecouffes que reçoivent le coeur , les
nerfs , le cerveau ; en un mot , toutes les
fibres delà ces obftructions du foye qui y
caufent
:
AOUST. 1730. 1725
cauſent la corruption , & qui font fi fou
vent fuivies de l'hydropifie : delà l'interruption
de la circulation dans les glandes
finoviales , où la partie fibreuſe du fang ,
arrêtée , faute d'un vehicule füffifant , féjourne
, & s'épaiffiffant , forme ce tuf , ce
gipfe qui produit les nodofités & des
douleurs des gouteux : delà des engourdiffemens
, des ftupeurs , des affoupiffemens
, avantcoureurs de l'apoplexie : delà
cette hebetation de l'efprit qui rabaiſſe
l'homme à la condition des Quadrupedes.
Si nous penetrons à prefent dans le tiffu
-
des principes du vin , avec quel avantage
n'en établirons nous pas le danger le
fouffre volatil eft-il rien autre choſe qu'un
acide concentré avec un peu de terre &
de phlegme ? acide que la circulation ne
peut manquer de déveloper , & qui ne
peut que coaguler le fang.
Mais , dit le Critique , cette partie fpiritueufe
ne féjourne pas longtems dans les
vaiffeaux ; elle s'exhale promtement par
les pores de la peau .
C'eft ici que j'en appellerois fans crainte
à l'experience de tout le monde ; le con
traire n'arrive- t - il pas tous les jours ? la
foif, la bouche pâteufe , le gout defagréa
ble que l'on a le lendemain d'une débauche
, font- ce des preuves de la prompte
diffipation de ce poifon igné que l'on a
fait
126 MERCURE DE FRANCE
fait couler dans fes veines ? mais accordons
encore au Critique fa propofition ,
& qu'il ait la bonté de me fatisfaire fur
deux points. Je dis d'abord que fi le volatile
du vin féjourne peu dans les vaiſfeaux
, il ne peut produire qu'un effet peu
fenfible ; donc fi les vieillards & les gens
de travail veulent en tirer quelque utilité ,
il faut qu'ils en uſent fréquemment ; c'eft
ce queje ne crois pas que le Critique accorde.
En fecond lieu , je demande , ſuppofant
la verité de nos principes , s'il
voudroit le mettre dans le rifque d'ufer
d'un mauvais remede ou d'un aliment
dangereux fous prétexte qu'il n'agit que
peu fur le corps . S'il eft de cet avis , je crois
qu'il n'aura pas beaucoup de partifans.
Mais , continue-t- il , de ce que l'efprit
de vin coagule les liqueurs hors du corps,
s'enfuit- il , comme M. Le Hoc le préténd,
que pris interieurement il doive faire le
même effet ? l'agilité , la hardieffe , le courage
de ceux qui en ufent prouvent - elles
le ralentiffement , l'épaiffiffement des li ---
queurs .
Il feroit ridicule à M. Le Hoc de con--
clure tellement de l'un à l'autre , qu'il
voulut que tout fut égal dans deux cas
totalement differens. Les liqueurs tirées
des vaiffeaux n'ont plus de mouvement
progreffif , de mouvement de trituration ;
par
A O UST. 1730. 1727
par conféquent la force du poifon n'eft
plus contrebalancée , comme lorfqu'on le
fait prendre à un animal vivant. Tout ce
qu'on doit conclure des Obfervations de
M. Le Hoc , & ce qui fait merveilleuſement
pour lui , c'eft qu'il ne faut rien
moins qu'un mouvement continuel &
violent des liqueurs pour les garantir de la
promte coagulation qu'en font les fouffres
du vin.
L'agilité , la hardieffe & c. ne prouvent
certainement pas l'épaiffiffement des li
queurs ; mais quand elles font produites
par des fouffres volatils , n'en font- elles
pas fuivies c'eft ce que M. Le Hoc niera ,
& avec raifon , tant que nos principes fubfifteront.
L'Objection du Critique tirée de l'a
vantage qui revient de l'ufage de l'Eau de
vie aux vieillards & à ceux qui font un
violent exercice du corps , ne prouve pas
davantage contre M. Le Hoc . Je demanderai
d'abord fi ceux de ces Ouvriers qui
ne boivent que de l'eau ont moins de force
2 S'il oferoit affurer que l'ufage de l'Eau
de vie ne leur nuit pas à la longue. 3 °
Je dirai qu'il ne conclura rien d'une exception
à une regle generale. Il ne faut
pas donner à la propofition de M. Le Hoc
une extenfion qu'elle n'a Dire qu'il
n'y ait point de cas , point de perfonnes
pas.
1728 MERCURE DE FRANCE
qui un ufage moderé de l'Eau de vie
ne puiffe être avantageux , ce feroit avancer
une propofition auffi contraire à la
raifon & à l'experience , qu'il le feroit de
la permettre à tout le monde . On fçait
que dans la Flandre & dans tous les Pays
où l'on fe fert de biere pour boiffon or
dinaire , les perfonnes les plus fobres en
ufent avec utilité. Les fibres engourdies
par le mucilage épais de la biere ont be
foin d'être reveillées par quelque chofe
d'actif. Mais ce n'eft qu'à raison de cette
fobrieté qu'elles ne fe trouvent pas mal de
l'ufage de l'Eau de vie . Les vieillards font
dans un cas à peu près femblable ; ils
tranfpirent moins que les autres à caufe
de la roideur de leurs fibres qui commencent
à devenir cartilagineufes ; leur fang
eft moins divifé : delà les cattarhes , &c.
d'où il fuit que l'Eau de vie augmentant
le mouvement inteftin du fang , peut leur
être utile. Les gens de travail faifant une
grande diffipation d'efprits ont befoin
d'en reparer promtement la perte ; c'eſt ,
comme nous l'avons remarqué , ce que
fait l'Eau de vie , & ce qui peut leur en
rendre l'ufagé avantageux
.
Le Critique va chercher chicane à M.
Le Hoc fur ce qu'il allegue pour prouver
fon fentiment , que l'efprit de vin injecté
dans la jugulaire d'un chien le fait mounirs
A O UST . 1730. 1729.
rir ; il dit qu'il n'eft queftion que de l'Eau
de vie dans fa propofition ; mais fi l'efprit
de vin n'eft qu'une Eau de vie rectifiée ,
il n'y a pas de doute qu'elle ne doive produire
un effet femblable , quoique moins
promtement. De plus étant prife interieu
rement , elle ne paffe dans le fang que petit
à petit , & fon effet ne peut pas
nir auffi fenfible que par l'injection.
Il s'enfuivroit , ajoûte- t- il encore ,
dans
le fentiment de M. Le Hoc , qu'un homme
devroit mourir fubitement pour boire
de l'Eau de vie , comme les oifeaux en
buvant de l'efprit de vin . Ce raifonnement
ne vaut pas mieux que le précedent par la
même raiſon.
deve..
Je finitai par ces paroles de Sydenham ✈
qui ne s'accorderont pas avec le fentiment
du Critique : Plut à Dieu que l'on s'abftine
totalement de l'Eau de vie , ou qu'on ne s'en
Servit que pour reparerfes forces , & non pour
les éteindre , à moins qu'on ne trouvât plus à
propos d'en interdire entierement l'ufage interieur,
& de la laiffer aux Chirurgiens pour
le panfement des ulceres & des brulures. Dans
le premier cas même il ne veut pas qu'on
l'employe pure ; && ss''iill llee permet dans le
fecond , ce n'eft que pour garantir la partie
affligée de la putrefaction. Et fi , felon
* Cap. 6, fect. 6.
la
1730 MERCURE DE FRANCE
la remarque de Sennert les huiles diftil-
Fees & feches demandent à être mêlées
avec quelque matiere graffe , pour ne pas
durcir la matiere qu'on veut diffoudre ,
à combien plus forte raifon doit - on apprehender
les effets d'une liqueur auffi
fpiritueufe & auffi penetrante que l'Eaur
de vie.
je
Voilà , Monfieur , ce que j'avois à remarquer
fur les Reflexions de M. G. B. . '
n'ai pas crû pouvoir me difpenfer de
combattre fon fentiment qui m'a paru
trop dangereux dans la Pratique ; d'autant
plutôt que la Thefe de M. Le Hoc
ne fera pas vue d'autant de perfonnes que vûë
votre Journal. J'ai l'honneur d'être &c.
A Paris le 9. Juillet 1730. BRUHIER
D'ABLANCOURT , Docteur en Mede
cine.
* Prag. lib. x . part. 11, cap 27. p. 141.”
Thefe foutenue dans les Ecoles de Medecine
de Paris , concernant la qualité de
l'Eau de vie , inferées dans le Mercure
de France du mois de May 1730. page
868 .
J
E vous avouë , Monfieur , que j'ai été
extrêmement furpris de voir une perfonne
qui fait profeffion de la Medecine
fe déclarer contre M. le Hoc en faveur de
l'Eau de vie. Ce nom fpecieux n'en impofe
pas d'ordinaire , je ne dis pas aux
gens du métier , qui trouvent dans les
principes & dans les experiences dont leurs
livres font remplis des preuves des effets
funeftes de cette liqueur , mais même à
ceux qu'un jugement fain met en état de
profiter des évenemens qui ſe préſentent
tous les jours , & je me flatte que par des
raifonnemens fimples & àla portée de tout
le monde , je confirmerai dans leur fentiment
ceux qui ont la prudence de s'abftenir
de l'Eau de vie , & que je perfuaderai
du danger de cette liqueur ceux à qui elle
n'a pas encore alteré la raiſon .
Tout le monde fçait que l'Eau de vie
eft un extrait des parties fpiritueufes du
B. v vin
1722 MERCURE DE FRANCE
vin , d'où je conclus qu'elle en renferme
les qualités avec d'autant plus d'energie
que les principes font reunis fous un moindre
volume. Voyons donc les effets du
vin , & nous ferons à portée de connoître
ceux de l'Eau de vie.
Le vin , dit Fernel ( a ) rend le poulx
grand , fort , vîte & fréquent : à force de
s'en fervir fans ménagement , il le rend
inégal & dereglé; fa force (b)n'ayant pû être
domptée par le ventricule , fe répand par
tout le corps , il le fecoue tout entier
principalement le coeur & le cerveau ; il
attaque les nerfs ( c) & les membranes (d)
& devient une caufe de la goute ; enfin
il corrompt la maffe du fang , & cette
corruption fe communique au foye.
★
Le Critique aura de la peine à établir
fes experiences fur les débris de celles de
Fernel ; cependant jufqu'à ce qu'il l'ait fait,
je crois que celles de Fernel pafferont pour
conftantes ; mais comme dans les endroits
cités ce grand homme parle plus en Medecin
qu'en Philofophe , je vais tâcher de
rendre raifon de ce qu'il remarque.
Le vin étant compofé d'un foufre volatil
, & par conféquent capable d'une ex-
( a ) Pathol. Liv. 3. c. 4º
( b ) Ibid. Liv. I. c. 14.
( c ) Ibid. Liv , 6. c 18.
(d) Ibid. Liv. 6. c.41
panfion
A O UST. 1730. 1723
sanfion très confiderable , ne peut le mêler
au fang fans le rarefter très confiderablement
; donc le coeur en recevra une
plus grande quantité , donc le poulx de
viendra plus grand ; il deviendra plus
fort , puifque le fang fera plus d'effort
contre les parois de l'artere ; il fera vîte ,
parceque les fouffres du vin fe changent
facilement en efprits , & augmentent par
une fuite neceffaire le mouvement fiftaltique
des fibres ; il fera fréquent , parceque
la fréquence du poulx eft en raifon
compofée de la quantité du fang & des
efprits .
Sans décompofer les principes du vin ;
en voila plus qu'il n'en faut pour produire
les deux effets qu'apprehende M. Le Hoc,
fçavoir l'eretifme des fibres & l'épaiffiffe
ment des liqueurs .
Preuve de la premiere Propofition.
De ce que les ofcillations des fibres
augmentent à proportion de la viteffe de
la circulation , je concluerai qu'elles chaf--
feront de leurs pores ce mucilage limphatique
qui leur donne de la foupleffe ,
en même tems qu'il augmenté leur diamerre
; donc les fibres s'amaigriront , fe
fronceront , fe racorniront ; les bons effets
même de l'Eau de vie dans les fincopes ;
Bvj les
1724 MERCURE DE FRANCE
les affections foporeufes , les engourdiffe,
mens ne viennent- ils pas de l'irritation
des fibres , dont le reffort augmenté chaffe,
& rend à la circulation les humeurs qui
s'arrêtent dans les parties ? donc les fibres
fe crepent par l'ufage de l'Eau de vie. De
plus, que peut-on conclure des bons effets
de l'Eau de vie dans ces maladies , fi ce
n'eft qu'on peut s'en fervir comme d'un
remede ? & ne fçait- on pas que les remedes
n'agiffent qu'en faifant violence à la
nature ? delà vient qu'Hipocrate les appelle
des poifons , Pharmaca funt venena.
و
Preuve de la feconde Propofition .
Mais la circulation ne peut être plus
promte que les liqueurs ne foient plus
divifées ; donc la tranfpiration augmentera
, le fang fera dépouillé d'une partie
de fa ferofité , les globules qui le compofent
fe raprocheront ; donc il s'épaiffira .
. Combien de maladies ne produira pas
la compilation de ces deux caufes ? delà
le dereglement & l'inegalité du poulx
fuite neceffaire de l'inegalité du tiffu des
parties dont le fang eft compofé : delà cette
chaleur qui fe répand par tout le corps ,
ces fecouffes que reçoivent le coeur , les
nerfs , le cerveau ; en un mot , toutes les
fibres delà ces obftructions du foye qui y
caufent
:
AOUST. 1730. 1725
cauſent la corruption , & qui font fi fou
vent fuivies de l'hydropifie : delà l'interruption
de la circulation dans les glandes
finoviales , où la partie fibreuſe du fang ,
arrêtée , faute d'un vehicule füffifant , féjourne
, & s'épaiffiffant , forme ce tuf , ce
gipfe qui produit les nodofités & des
douleurs des gouteux : delà des engourdiffemens
, des ftupeurs , des affoupiffemens
, avantcoureurs de l'apoplexie : delà
cette hebetation de l'efprit qui rabaiſſe
l'homme à la condition des Quadrupedes.
Si nous penetrons à prefent dans le tiffu
-
des principes du vin , avec quel avantage
n'en établirons nous pas le danger le
fouffre volatil eft-il rien autre choſe qu'un
acide concentré avec un peu de terre &
de phlegme ? acide que la circulation ne
peut manquer de déveloper , & qui ne
peut que coaguler le fang.
Mais , dit le Critique , cette partie fpiritueufe
ne féjourne pas longtems dans les
vaiffeaux ; elle s'exhale promtement par
les pores de la peau .
C'eft ici que j'en appellerois fans crainte
à l'experience de tout le monde ; le con
traire n'arrive- t - il pas tous les jours ? la
foif, la bouche pâteufe , le gout defagréa
ble que l'on a le lendemain d'une débauche
, font- ce des preuves de la prompte
diffipation de ce poifon igné que l'on a
fait
126 MERCURE DE FRANCE
fait couler dans fes veines ? mais accordons
encore au Critique fa propofition ,
& qu'il ait la bonté de me fatisfaire fur
deux points. Je dis d'abord que fi le volatile
du vin féjourne peu dans les vaiſfeaux
, il ne peut produire qu'un effet peu
fenfible ; donc fi les vieillards & les gens
de travail veulent en tirer quelque utilité ,
il faut qu'ils en uſent fréquemment ; c'eft
ce queje ne crois pas que le Critique accorde.
En fecond lieu , je demande , ſuppofant
la verité de nos principes , s'il
voudroit le mettre dans le rifque d'ufer
d'un mauvais remede ou d'un aliment
dangereux fous prétexte qu'il n'agit que
peu fur le corps . S'il eft de cet avis , je crois
qu'il n'aura pas beaucoup de partifans.
Mais , continue-t- il , de ce que l'efprit
de vin coagule les liqueurs hors du corps,
s'enfuit- il , comme M. Le Hoc le préténd,
que pris interieurement il doive faire le
même effet ? l'agilité , la hardieffe , le courage
de ceux qui en ufent prouvent - elles
le ralentiffement , l'épaiffiffement des li ---
queurs .
Il feroit ridicule à M. Le Hoc de con--
clure tellement de l'un à l'autre , qu'il
voulut que tout fut égal dans deux cas
totalement differens. Les liqueurs tirées
des vaiffeaux n'ont plus de mouvement
progreffif , de mouvement de trituration ;
par
A O UST. 1730. 1727
par conféquent la force du poifon n'eft
plus contrebalancée , comme lorfqu'on le
fait prendre à un animal vivant. Tout ce
qu'on doit conclure des Obfervations de
M. Le Hoc , & ce qui fait merveilleuſement
pour lui , c'eft qu'il ne faut rien
moins qu'un mouvement continuel &
violent des liqueurs pour les garantir de la
promte coagulation qu'en font les fouffres
du vin.
L'agilité , la hardieffe & c. ne prouvent
certainement pas l'épaiffiffement des li
queurs ; mais quand elles font produites
par des fouffres volatils , n'en font- elles
pas fuivies c'eft ce que M. Le Hoc niera ,
& avec raifon , tant que nos principes fubfifteront.
L'Objection du Critique tirée de l'a
vantage qui revient de l'ufage de l'Eau de
vie aux vieillards & à ceux qui font un
violent exercice du corps , ne prouve pas
davantage contre M. Le Hoc . Je demanderai
d'abord fi ceux de ces Ouvriers qui
ne boivent que de l'eau ont moins de force
2 S'il oferoit affurer que l'ufage de l'Eau
de vie ne leur nuit pas à la longue. 3 °
Je dirai qu'il ne conclura rien d'une exception
à une regle generale. Il ne faut
pas donner à la propofition de M. Le Hoc
une extenfion qu'elle n'a Dire qu'il
n'y ait point de cas , point de perfonnes
pas.
1728 MERCURE DE FRANCE
qui un ufage moderé de l'Eau de vie
ne puiffe être avantageux , ce feroit avancer
une propofition auffi contraire à la
raifon & à l'experience , qu'il le feroit de
la permettre à tout le monde . On fçait
que dans la Flandre & dans tous les Pays
où l'on fe fert de biere pour boiffon or
dinaire , les perfonnes les plus fobres en
ufent avec utilité. Les fibres engourdies
par le mucilage épais de la biere ont be
foin d'être reveillées par quelque chofe
d'actif. Mais ce n'eft qu'à raison de cette
fobrieté qu'elles ne fe trouvent pas mal de
l'ufage de l'Eau de vie . Les vieillards font
dans un cas à peu près femblable ; ils
tranfpirent moins que les autres à caufe
de la roideur de leurs fibres qui commencent
à devenir cartilagineufes ; leur fang
eft moins divifé : delà les cattarhes , &c.
d'où il fuit que l'Eau de vie augmentant
le mouvement inteftin du fang , peut leur
être utile. Les gens de travail faifant une
grande diffipation d'efprits ont befoin
d'en reparer promtement la perte ; c'eſt ,
comme nous l'avons remarqué , ce que
fait l'Eau de vie , & ce qui peut leur en
rendre l'ufagé avantageux
.
Le Critique va chercher chicane à M.
Le Hoc fur ce qu'il allegue pour prouver
fon fentiment , que l'efprit de vin injecté
dans la jugulaire d'un chien le fait mounirs
A O UST . 1730. 1729.
rir ; il dit qu'il n'eft queftion que de l'Eau
de vie dans fa propofition ; mais fi l'efprit
de vin n'eft qu'une Eau de vie rectifiée ,
il n'y a pas de doute qu'elle ne doive produire
un effet femblable , quoique moins
promtement. De plus étant prife interieu
rement , elle ne paffe dans le fang que petit
à petit , & fon effet ne peut pas
nir auffi fenfible que par l'injection.
Il s'enfuivroit , ajoûte- t- il encore ,
dans
le fentiment de M. Le Hoc , qu'un homme
devroit mourir fubitement pour boire
de l'Eau de vie , comme les oifeaux en
buvant de l'efprit de vin . Ce raifonnement
ne vaut pas mieux que le précedent par la
même raiſon.
deve..
Je finitai par ces paroles de Sydenham ✈
qui ne s'accorderont pas avec le fentiment
du Critique : Plut à Dieu que l'on s'abftine
totalement de l'Eau de vie , ou qu'on ne s'en
Servit que pour reparerfes forces , & non pour
les éteindre , à moins qu'on ne trouvât plus à
propos d'en interdire entierement l'ufage interieur,
& de la laiffer aux Chirurgiens pour
le panfement des ulceres & des brulures. Dans
le premier cas même il ne veut pas qu'on
l'employe pure ; && ss''iill llee permet dans le
fecond , ce n'eft que pour garantir la partie
affligée de la putrefaction. Et fi , felon
* Cap. 6, fect. 6.
la
1730 MERCURE DE FRANCE
la remarque de Sennert les huiles diftil-
Fees & feches demandent à être mêlées
avec quelque matiere graffe , pour ne pas
durcir la matiere qu'on veut diffoudre ,
à combien plus forte raifon doit - on apprehender
les effets d'une liqueur auffi
fpiritueufe & auffi penetrante que l'Eaur
de vie.
je
Voilà , Monfieur , ce que j'avois à remarquer
fur les Reflexions de M. G. B. . '
n'ai pas crû pouvoir me difpenfer de
combattre fon fentiment qui m'a paru
trop dangereux dans la Pratique ; d'autant
plutôt que la Thefe de M. Le Hoc
ne fera pas vue d'autant de perfonnes que vûë
votre Journal. J'ai l'honneur d'être &c.
A Paris le 9. Juillet 1730. BRUHIER
D'ABLANCOURT , Docteur en Mede
cine.
* Prag. lib. x . part. 11, cap 27. p. 141.”
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Résumé : RÉPONSE aux Reflexions sur une These soutenuë dans les Ecoles de Medecine de Paris, concernant la qualité de l'Eau de vie, inserées dans le Mercure de France du mois de May 1730. page 868.
Le texte est une réponse aux réflexions publiées dans le Mercure de France de mai 1730 concernant la qualité de l'eau-de-vie. L'auteur exprime sa surprise face à un médecin qui défend l'eau-de-vie, une liqueur extraite des parties spirituelles du vin. Il souligne que l'eau-de-vie concentre les effets du vin, notamment sur le pouls et la circulation sanguine. Selon Fernel, le vin rend le pouls grand, fort, rapide et fréquent, mais à l'excès, il le dérègle et se répand dans le corps, affectant le cœur, le cerveau et les nerfs. L'auteur argue que l'eau-de-vie, en augmentant la circulation, irrite les fibres et épaissit les liquides, causant divers maux comme la goutte, des engourdissements et des troubles cérébraux. Il réfute les arguments en faveur de l'eau-de-vie pour les vieillards et les travailleurs, affirmant que son usage modéré peut être bénéfique dans certains cas spécifiques. L'auteur conclut en citant Sydenham, prônant l'abstinence totale de l'eau-de-vie ou son usage strictement médical.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 274-294
REPONSE de M. Meynier, Ingenieur du Roy pour la Marine, cy-devant Professeur Royal d'Hidrographie, sur ce que M. Bouguer, cy-devant Professeur d'Hidrographie au Croisic, à present Professeur Royal d'Hidrographie au Havre de Grace a dit au sujet du Demi-Cercle que M. Meynier a inventé pour observer sur Mer et à Terre, la hauteur du Soleil et des Etoiles, sans qu'il soit necessaire de voir l'horison; et au sujet du Quart de Cercle que M. Bouguer a donné pour être preferable au Demi-Cercle et à tous les autres Instrumens qui sont en usage sur Mer, pour le même sujet.
Début :
Comme des amis communs entre M. Bouguet et moi, m'avoient [...]
Mots clefs :
Hydrographie, Cercle, Hauteur, Mer, Terre, Demi-cercle, Professeur royal, Rayon, Instruments, Figure, Pinule, Mouvement, Observations, Astres, Marteau, Circonférence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE de M. Meynier, Ingenieur du Roy pour la Marine, cy-devant Professeur Royal d'Hidrographie, sur ce que M. Bouguer, cy-devant Professeur d'Hidrographie au Croisic, à present Professeur Royal d'Hidrographie au Havre de Grace a dit au sujet du Demi-Cercle que M. Meynier a inventé pour observer sur Mer et à Terre, la hauteur du Soleil et des Etoiles, sans qu'il soit necessaire de voir l'horison; et au sujet du Quart de Cercle que M. Bouguer a donné pour être preferable au Demi-Cercle et à tous les autres Instrumens qui sont en usage sur Mer, pour le même sujet.
REPONSE de M. Meynier , Ingenieur
du Roy pour la Marine , cy- devant Professeur Royal d'Hidrographie , sur ce que
M.Bouguer, cy- devant Professeur d'Hidrographie au Croisic , à present Professeur Royal d'Hidrographie au Havre de
Grace a dit au sujet du Demi- Cercle que
·M. Meynier a inventé pour observer sur
Meret à Terre , la hauteur du Soleil et
des Etoiles , sans qu'il soit necessaire de
voir l'horisons et au sujet du Quart de
Cercle que M. Bouguer a donné pour être
preferable au Demi Cercle et à tous les
autres Instrumens qui sont en usage sur
Mer, pour le même sujet.
C
Omme des amis communs entre
M. Bouguer et moi , m'avoient dit
lui avoir représenté le tort qu'il a eû de
parler de mon Demi- Cercle de la maniere qu'il en a parlé dans un Ouvrage
intitulé : De la Méthode d'observer exactement sur Merla hauteur des Astres , imprimé
FEVRIER 1732. 295
primé à Paris , chez Claude Jombert en
l'année 1729 , j'avois crû qu'il auroit pû
y faire attention et reparer sa faute dans
le Public ; mais bien loin qu'il en ait été
question , depuis plus de deux ans et demi que j'ai lieu de me plaindre de la
fausse idée qu'il en a donnée dans son Li
vre ; il m'a fait verbalement depuis peu
de jours une espece de défi d'y répondre ,
ce qui m'a indispensablement engagé à
mettre la main à la plume.
On voit dans l'Histoire de l'Académie
Royale des Sciences , de l'année 17 : 4.
page 93. où M. Bouguer a dit avoir lû
la description de mon demi Cerle , que
ces Mrs l'approuverent après l'avoir examiné et après en avoir fait plusieurs observations au Soleil. Il est extraordinaire
qu'après cela M. Bouguer , qui ne l'avoit
pas vû, en ait fait un portrait au Public
qui n'y a aucune ressemblance , et qu'en
même temps il l'ait condamné sur ce
portrait d'une façon fort singuliere , malgré l'Approbation de l'Académie Royale
des Sciences.
Pour prouver que M. Bouguer a condamné ce demi Cercle sans le connoître
je rapporte ici mot-à-mot ce qu'il en a
dit , où il ne paroît pas qu'il en ait connu
la construction , la suspension ni les usa
Diiij ges.
1
276 MERCURE DE FRANCE
1
ges. J'ai aussi copié exactement la figure
3. de la premiere Planche de son Livre,
qu'il a donnée pour celle de mon demi
Cercle ; je la représente ici notée du même
chiffre 3. et des mêmes lettres. Je donne
en même temps le Dessein de mon demi
Cercle , dans la figure 4. étant suspendu
dans la Caisse MRTV, qui le met à
couvert du vent , de la même maniere
et au même état qu'il étoit lorsque l'Académie Royale des Sciences l'a examiné:
Je l'ai encore en cèt état- là , dans la même Caisse , de maniere qu'on peut ve
rifier très-facilement ce que j'avance.
La Caisse de cet Instrument est noir*
cie en dedans , afin d'absorber les rayons
du Soleil , elle ne devroit être represen
tée ouverte que par dessus ; mais je l'ai
représentée aussi ouverte par devant , afin
de voir plus distinctement toute la figure du demi Cercle et de sa suspension/
Pendant toutes les observations qui ont
été faites avec cet Instrument , sa Caisse
étoit posée à terre ou sur une table , ou
sur quelque banc , de maniere que l'Observateur n'avoit point d'autre attention
que
du
celle de regarder sur la circonference
de l'Instrument , le degré que le rayon
Soleil y marquoit , qui étoit celui de sa
hauteur sur l'horison. On peut verifier
facilement
LYON
*
1893*
partie interieure de l'Arc , et fait connoi hauteur comine dans l'Aneau Astronomique
Instrument peut être aussi d'usage la nuit ,
observer la hauteur des Etoiles ; mais appai
ment qu'on le suspend dans un sens contraire
qu'on vise à l'Etoile par la Pinule du centre pår une autre Pinule située sur la circonferen
Nous ne connoissons ce demi Cercle que pour Dy avo
ou sur une table > our
sur quelque banc , de maniere que l'Observateur n'avoit point d'autre attention.
que celle de regarder sur la circonference
de l'Instrument , le degré que le rayon du
Soleil y marquoit , qui étoit celui de sa
hauteur sur l'horison. On peut verifier facilement
FEVRIER 1732. 377
facilement ce demi Cercle pour sçavoir
s'il est juste , exposant simplement sa
Caisse successivement des deux côtez
MR. aux rayons du Soleil vers l'heure de
midi , car pour lors si le rayon du Soleil
qui passeroit par le centre I. marquoit le
même degré sur les deux côtez du demi
Cercle , son diamétre AC. seroit horisontal ; et si par hazard il inclinoit de quelque côté, ce qui ne pourroit arriver que
par quelque accident extraordinaire , outre qu'on pourroit y remedier sur le
champ par le moyen du petit poids S.
en le faisant glisser le long du diamétre
AC. on pourroit s'en servir aussi quoiqu'incline , comme je l'ai démontré dans
mes Mémoires. Voici ce que M. Bouguer
en a dit.
On voit dans la figure 3. le demi Cercle de
M. Meynier , actuellement Professeur Royal
d'Hidrographie au Havre de Grace. Ce demi
Cercle se suspend par la Boucle A. fig. 3. et le
rayon du Soleil passant par la pinule C. qui répond au centre , vient se rendre en E dans la
partie interieure de l'Arc , et fait connoître la
hauteur comme dans l'Aneau Astronomique. Cet
Instrument peut être aussi d'usagé la nuit , pour
observer la hauteur des Etoiles ; mais apparemment qu'on le suspend dans un sens contraire , et
qu'on vise à l'Etoile par la Pinule du centre ,
pår une autre Pinule située sur la circonference.
Nous ne connoissons ce demi Cercle que pour en
D v avoir
et
278 MERCURE DE FRANCE
avoir vu une description très succinte dans l'Histoire de l'Académie Royale des Sciences de l'An- née 1724. page 93. mais nous ne doutons point
que son sçavant Auteur ne lui procure une situation constamment horisontale , malgré le poids
de la Pinule , qui est située sur la circonference ,
et qu'on est obligé de faire monter ou descendre,
selon que les hauteurs sont plus ou moins
grandes.
Article premier , M. Bouguer dit que
la figure 3. represente mon demi Cercle ;
qu'il est suspendu par la Boucle A. et qu'il
fait connoître la hauteur du Soleil , comme
dans l'Anneau Astronomique. Il suffit de
regarder la figure qu'il donne pour celle
de mon demi Cercle , et de la comparer
avec la figure 4. qui en est la veritable
figure , pour en voir d'abord la difference. Bien loin que mon demi Cercle fig.
4. soit suspendu par la Boucle A. de la
figure 3. il est suspendu sur les deux Pivots NB. dans la Caisse MRVT. qui le
garantit du vent , lesquels Pivots NB.
sont portez par une seconde suspension
XNBZ de même que les Boussoles de
Mer. Ce demi Cercle a un poids O. vers
son milieu , lequel poids ayant le centre
de son mouvement particulier en P.
vibrations particulieres tendent à détruire plutôt le mouvement que le vaisseau
imprime au demi Cercle ; car à mesure
ses
que
FEVRIER: 1732. 279
les vibrations du poids O. et celles du
demi Cercle ADC. ne se font pas en
temps égaux , elles se contrarient récipro
quement et se détruisent mutuellement
en beaucoup moins de temps. Il est évident que par cette suspension l'Instrument obéit beaucoup mieux au Roulis
et au Tangage du Vaisseau , qu'il n'y
obeïroit s'il étoit suspendu par une Boucle; car si la suspension de la Boucle va- loit mieux on s'en serviroit pour suspendre les Boussoles de Mer ; mais l'experience prouve le contraire. On voit par là combien cet Instrument est different
de l'Astrolabe , de même que ses usages ,
et que parconsequent la comparaison de
M. Bouguer , n'est pas juste.
Article II. Il a dit que pour dit que pour observer
la hauteur des Etoilles pendant la nuit , apparemment on suspend mon demi Cercle d'un
sens contraire, et qu'on vise à l'Etoile par
la Pinule du centre. Ce terme d'apparemmentfait voir qu'il ne croit pas lui- méme
connoître la construction de cet Instrument , non- plus que ses usages ; mais
bien loin qu'on soit obligé de le suspendre d'un sens contraire , on ne fait jamais aucun changement à sa suspension
dans aucun de ses usages , et la Pinule.
du centre ne sert jamais pour observer la
D vj hauteur
280 MERCURE DE FRANCE
prohauteur des Etoiles ; car on trouve leur
hauteur avec cet Instrument par la
prieté des Angles formez à là circonfe
rence du Cercle, qui ont un avantage con.
siderable sur ceux qui sont formez au centre du même Cercle , en ce que leurs degrez occupent un Arc double des autres,
comme il est démontré dans la 24. Proposition du troisiéme Livre d'Euclide ,
ce qui rend leurs divisions parconsequent
beaucoup plus distinctes. Comme , par
exemple , l'Angle F A C. qui est celui de
la hauteur de l'Etoile L , qui est formé au
point A. de la circonference , qui est égal
à l'Angle A F E. qui est aussi à la circonference , qui est mesuré par la moitié de
l'Arc AE , égal à l'Arc FC, et qui est indiqué par l'extrémité E. de l'alidade E F.
Article III. Il condamne ce demi Cer→
cle , en disant qu'il croit que je lui procurerai une situation constamment horisontale,
malgré le poids de la Pinule , qui est située
sur la circonference qu'on est obligé de faire
monter ou descendre , selon que les hauteurs
sont plus ou moins grandes. Comme il est
necessaire dans tous les usages de ce demi
Cercle , que son dismétre A C. prenne
de lui- même une situation horisontale ,
quoique l'Astre soit plus ou moins élevé
cola seroit impossible , si le poids de quel
que
FEVRIER. 1732 28
que pinule qui seroit située sur sa circon
ference étoit capable de faire incliner
l'Instrument à mesure qu'elle se trouveroit plus ou moins élevée autour du de
mi Cercle , parce que pour lors son poids
agiroit sur des lignes verticales qui se
roient differemment éloignées de la ligne
verticale qui passeroit par le centre de
gravité du demi Cercle , ce qui feroit
changer l'équilibre de l'Instrument à
mesure que la hauteur de la Pinule changeroit Apparemment que M. Bouguer a
pris delà occasion de vouloir persuader
au Public que mon demi Cercle ayant
une Pinule qu'on fait monter ou descendre plus ou moins , suivant les differentes
hauteurs des Astres , ne devoit pas conserver sa situation horisontale, à cause du
poids de cette même Pinule ; mais il au
roit dû faire attention que si cela eût eu
lieu, Mrs de l'Académie ne l'eussent point
approuvé , étant très- capables de s'en être
appercûs , et si ensuite il eût été convaincu de cette verité , il n'auroit pas avancé
la chose si hardiment ; d'ailleurs les principes des forces mouvantes nous apprennent que tout corps qui a un mouvement circulaire autour d'un Cercle ou
d'un demi Cercle , ou autour de quelque
point, peut conserver toûjours le même
équilibre
282 MERCURE DE FRANCE
équilibre sur le centre de son mouvement , par le moyen d'un autre poids
qui aura le même mouvement sur un
bras de Levier opposé ; c'est ce qu'on
voit aux Pinules des Astrolabes qui montent et descendent autour de sa circonference de l'Instrument sans en changer
l'équilibre.
Je ne crois pas non-plus qu'il eût parlé de même de ce demi Cercle, si auparavant il eût pris connoissance de sa cons-
"truction, de sa suspension et de ses usages ,
parce qu'il auroit vû que la Pinule A. qui
est la seule qui soit située à la circonfe
rence de cet Instrument , n'est pas mobile , mais qu'elle est toûjours fixe à l'extremité A du diamétre AC , et que par
cette raison la hauteur de l'œil qu'on place
en K du côté de cette même Pinule , ne
change pas lorsqu'on fait l'observation
quoique la hauteur de l'Astre change. II
auroit aussi vû que la Pinule A ayant été
mise d'équilibre , avec le demi Cercle
ADC , sur le centre commun I , elle ne
doit jamais changer la situation horisontale de l'Instrument qui se suspend continuellement de lui- même par la verticale
qui passe par son centre de mouvement
et par son centre de gravité ; et que pour
ce qui est de la seconde Pinule F , elle se
trouve
FEVRIER. 17327 28
trouve toujours plus ou moins élevée audessus du demi Cercle , suivant les dif
ferentes hauteurs des Etoiles sur l'horidans le temps de l'observation ;
et que le centre de mouvement er de
gravité de l'Alidade EF , qui la porte ,
étant au centre I du demi Cercle , elle:
ne doit non-plus rien changer à l'équili
bre de l'Instrument dans quelque situation qu'on la mette ; et s'il eût demandé
à l'Académie des Sciences une plus gran-.
de instruction sur mon demi Cercle, comme il en étoit correspondant , on lui auroit communiqué , sans doute, le desseinet le Memoire que j'y ai laissé à ce sujet ;
on auroit pû lui communiquer en mêmetemps un Certificat autentique qu'elle
avoit reçû touchant les experiences qui
furent faites avec ce demi Ĉercle dans la
Rade de Brest , sur le Vaisseau du Roy
l'Elisabeth, qui n'ont été écartez que d'environ une minute de la vraye latitude
du lieu où elles furent faites , quoique le
Vaisseau eût beaucoup de mouvement
puisque lors de la derniere observation
le vent nous fit faire près de deux lieuës
de chemin en une heure de temps dans
un gros Bateau qu'on nomme Bugalet,
qui n'avoit qu'une seule Voile. J'avois
fait faire ce demi Cercle entierement semblable
284 MERCURE DE FRANCE
blable à celui dont il est parlé dans l'His
toire de l'Académie des Sciences de l'année 1724. il avoit seulement été divisé:
avec plus de soin. Avantque de partir pour
Brest, Mrs. de Cassini et deMaraldi, comparerent en ma presence à l'Observatoire
Royal plusieurs Observations faites avec›
ce demi Cercle à celles qui furent faites
en même temps avec un quart de Cercle
d'environ trois pieds de rayon , elles furent toutes trouvées égales à celles du
quart de Cercle de l'Observatoire à une
ou deux minutes près ; mais sans doute
que dans ce temps-là l'Histoire de l'Académie étoit imprimée , sans quoi je suis
persuadé que ces Mrs. y auroient fait inserer ces dernieres Observations.
Article IV. Il dit Connoître cet Ins
trument pour en avoir vu une Description
très-succinte dans l'Histoire de l'Académie
Royale des Sciences de l'année 1724. pages
93. Je rapporte ici cette même Descrip
tion mot à- mot , afin de faire voir au Public qu'elle ne l'autorise en rien du tout
sur l'idée qu'il a voulu lui donner de mon
demi Cercle.
Description de l'Académie. Un Instrument de
M. Meynier , consistant en un demi Cercle dont le diamétré se met dans une situation horisontale
par la maniere dont il est suspendu. Il sert à apprendre sur Mer, sans qu'il soit necessaire des voir
FEVRIER. 1732. 28
voir l'horison , la distance du bord superieur der
Soleil au Zenith, par le moyen de l'ombre faite
par les rayons qui passent par une fente qui
répond au centre du demi Cercle et va se projetter sur une circonference graduée , il sert aussi.à observer la hauteur du Soleil et des Etoiles , depuis l'horison jusques à environ so degrez , par
le moyende deux Pinules , avec lesquelles on vise
l'Astre. On a fait avec cet Instrument plusieurs
Observations qui ont été le plus souvent à 8 ou
10. minutes près , les mêmes que celles qui
se faisoient en même- temps avec un quart de
Cercle de deux pieds de rayon. Cet Instrument
est ingenieux et commode à cause que pour les
Observations des Etoiles, l'œil est toujours placé
à la même hauteur , quoique l'Etoile soit diffe- remment élevée , et parce qu'on n'a pas besoin
de voir l'horison. On a crû qu'il seroit préferable sur Mer à la plupart des Instrumens qu'on y'
employe , s'il y donnoit les hauteurs avec la même précision que sur Terre , ce que l'experience seule peut décider.
Je conviens que cette description est
tres- succinte ; mais cependant on n'y
trouve point du tout que ce demi cerclesoit suspendu par une boule , ni qu'il
donne la hauteur des Astres , comme l'As
trolabe ; ony voit seulement qu'il se place
horisontalement par la maniere dont il est
suspendu , et qui fait assez entendre que
cette maniere de le suspendre n'est pas
par une boule, car il auroit été plus court
et plus naturel à Mrs de l'Academie de l
dire
286 MERCURE DE FRANCÈ
dire dans leur Description. On n'y trouve
non plus rien qui donne aucune idée
qu'il faille suspendre ce demi Cercle d'un
sens contraire pour observer la hauteur
des Etoiles ; n'y qu'on vise à l'Etoile par
la Pinule du centre , ni rien qui puisse
faire douter que le poids des Pinules qui
y sont, puisse faire changer la situation
horisontale de l'instrument , en observant
la hauteur des Etoiles.
Il est surprenant que M. Bouguer n'ait
compris que le mot de demi Cercle ,
dans la Description de l'Académie , au
sujet de cet instrument, qu'il en ait donné
une idée au public, entierement différente
tant au sujet de sa construction , que de
sa suspension et de ses usages , par une interprétation , qui n'y a aucune ressemblance; qu'il en ait même parlé d'une maniere à faire voir évidemment qu'il ne le
connoissoit du tout point ; et qu'ensuite
il l'ait condamné d'une façon tres- singu
liere , en disant qu'il croit queje lui procurerai une situation constamment horisontale
malgré le poids de la Pinule , qui est à la
circonference.
Je propose à M. Bouguer de faire avec
lui l'experience de son quart de Cercle
et en même temps celle ce mon demi
Cercle , et celle du quart de Cercle Anglois ,
FEVRIER. 1932. 287
glois , en présence des personnes qu'il jugera à propos , afin de voir par là si sort
quart de Cercle vaut mieux que ces autres instruments , à la mer et à terre même , lorsqu'il fait du vent , ou lorsque
le corps de l'Observateur est en mouvement; mais puisqu'il a condamné mon
demi Cercle sans aucuu fondement , il
ne doit pas trouver mauvais que je détaille au public les raisons qui condamnent avec fondement le quart de Cercle qu'il a donné dans le même ouvrage ,
que j'ai cité , comme un instrument préférable au quart de Cercle des Anglois, et
à tous les autres instrumens qu'on employe sur Mer , pour observer la hauteur des Astres.
La figure 5 , represente le quart de Cer
cle dont les Anglois se servent pour. ob
server la hauteur des Astres.
La figure 6 , représente exactement le
quart de Cercle de M. Bouguer , qui ne
differe du quart de Cercle des Anglais
que parce qu'il est formé d'un seul- Arc ,
É FD , de même que tous les quarts de
Cercle ordinaires que tous ses rayons
sont égaux au grand rayon du quart de
Cercle Anglois , c'est à dire d'environ 23
pouces de longueur ; et que celui des Anglois , figure 5 , est formé de deux differentes
288 MERCURE DE FRANCE
rentes portions de Cercle A BHD. dont
les rayons CCA.A. CH. sont inégaux , le
grand CH. est d'environ 23 pouces , il y
en a quelquefois qui ont quelques pouces de plus, mais je n'en ai point vû qui
en eussent moins ; l'Arc D H. que ce
rayon soutient , est d'environ 25 à 30 dégrez. On appuye contre l'épaule le côté
Dde cet Arc, lorsqu'on fait l'observa-.
tion ; le reste des dégrez de ce quart de
Cercle , est sur le petit Arc A'B , qui n'est
ordinairement que de à 10 pouces de
rayon. J'en ai cependant vu un qui avoit
ce même rayon , d'environ un pied.
Nous avons en France , depuis treslong- temps , beaucoup de Pilotes qui se
servent du quart de Cercle Anglois, figu
re 5. Plusieurs y mettent un verre lanticalaire au martcau A, qui réunit les rayons
du Soleil sur le Marteau C , qui est au
centre de l'instrument; beaucoup d'autres
né se servent que d'un petit trou rond au
même Marteau , en place de Verre , et
quelquesautres ne se servent que de l'ombre qui tombé du bord du même Marteau
A' , sur celui du centre C.
Il y a long-temps que j'ai entendu dire
à nos Pilotes de Brest , et à ceux de Tou-.
lon , que ce qui a obligé de reformer le
quart de Cercle ordinaire , formé par un
seul
FEVRIER 1732. 289
?
seul rayon , comme celui de la figure 6 , a
été , premierement , parce que le vent
avoit beaucoup plus de force sur la circonference E H,figure 5 , que sur la semblable circonférence A B. Secondement
parce que cette circonference E H, outre
qu'elle recevoit beaucoup plus de vent
étant plus grande , étoit ausst beaucoup
plus éloignée de la main de l'Observateur qui tenoit l'instrument en I , de
maniere que la force du vent agissoit sur
un Lévier beaucoup plus long , qui fatiguoit davantage l'Observateur, et qui causoit un plus grand mouvement à l'instru
ment ; de sorte que non-seulement l'Observateur ne pouvoit pas le tenir si ferme,
mais pas même si vertical , ni si horisontal , à cause du vent , ce qui rendoit l'observation d'autant plus douteuse que le
vent étoit plusfort. Troisiémement, parce
que le bord de l'ombre du Marteau E. figure 6 , en tombant sur le Marteau C, de
la distance E C , lorsqu'elle étoit d'environ 23 pouces, étoit beaucoup moins sensible sur ce même Marteau C , que lorsqu'il ne tombe que de la distance A C ,
figures , qui n'est ordinairement que
d'environ 9 pouces. Quatrièmement
parce que la distance EC , figure 5 et 6 ,
étant d'environ 23 pouces , le mouvement
>
290 MERCURE DE FRANCE
ment de l'ombre du bord du Marteau, ou
le mouvement du rayon du Soleil , qui
tomboit du Marteau E sur le Marteau C,
parcouroient un espace qui étoit plus de
deux fois et demi aussi grand , que l'espace qu'ils parcourent sur le même Marteau C , lorsque cette distance n'est que d'environ 9 pouces , telle que A C, figure
55 car quoique le mouvement des deux
instrumens , figure $ et 6 , fût le même,
le mouvement de l'ombre du Marteau E,
ou le mouvement du rayon du Soleil ,
qui tomberoit du même Marteau E , sur
celui du centre C, des figures 5 et 6 , seroit au mouvement de cette même ombre , ou rayon qui tomberoit du Marteau A, sur le Marteau C , de la figure
5 :: comme le rayon EC, des figures 5
et 6 , est au rayon A C de la figure 5 , ce
qui formoit une tres-grande difficulté ,
parce que pour lors on ne pouvoit estimer le milieu de ce mouvement que tresimparfaitement;car comme il falloit aussi
estimer en même temps le milieu des
rayons du Soleil sur le Marteau C ; ces
deux estimations qui doivent se faire dans
le même instant , étoient d'autant plus
difficiles et douteuses , que le mouvement
de ce rayon sur le Marteau du centre C
étoit plus grand. Cinquièmement , parce
-
que
FEVRIER. 1732. 291
pas
que lorsqu'on a voulu avoir le rayon du
Soleil sur le Marteau C , par le moyen
d'un trou au Marteau E , quelque petit
que fût ce trou , l'étendue du rayon de
Astre qui y passoit étoit fort grande sur
le Marteau C, et beaucoup moins distincte , principalement lorsque le Soleil n'est
bien brillant , comme cela arrive tressouvent à la Mer ; ce qui n'est pas de même lorsque la longueur du rayon de l'A
tre n'est que de 9 à re pouces. Sixièmement , parce que ces difficultez augmentoient encore davantage , lorsque le Soleil étoit fort élevé sur l'horison , ou près
du Zénith ; car pour lors l'étendue de son
rayon sur le Marteau C, prenoit une figure ovale , beaucoup plus grande,à cause de l'obliquité du plan du Marteau C,
avec le rayon de l'Astre. Septiémement ,
parce que lorsqu'on a voulu mettre un
verre lenticulaire au Marteau E, figure 6,
pour réunir les rayons du Soleil sur le
Marteau C, on a trouvé qu'un verre d'environ 23 pouces de foyer , ne donnoit pas
les rayons de l'Astre si bien réinis qu'un
verre d'environ 9 pouces de foyer , de
maniere qu'on n'en pouvoit pas estimer
le milieu si exactement ; d'ailleurs cette
lentille ne détruisoit pas l'augmentation
du mouvement des rayons du Soleil sur
le
292 MERCURE DE FRANCE
le Marteau C , ce qui est un tres- grand
obstacle , auquel on n'a pû remedier
qu'en racourcissant considerablement le
rayon à une partie du quart de Cercle ,
comme on le voit à la figure 5 .
Etant en Angleterre l'année derniere,
et scachant que tous les Anglois se servent sur Mer du quart de Cercle , de la
figures , je m'informai pourquoi ils ne
font pas ce quart de Cercle regulier, c'està-dire d'un seul arc de Cercle. On me répondit à peu près la même chose que ce
que j'en avois apris de nos Pilotes François. On y ajouta seulement,que ceux qui
voudroient se servir d'un quart de Cercle d'un seul Arc , pour observer la hauteur des Astres sur Mer, en seroient bientôt desabusez, puisqu'eux-mêmes ne se servent pas de l'Arc du grand rayon tout
seul pour observer la hauteur du Soleil, à
cause des raisons susdites , quoiqu'ils le
pussent toutes les fois que les dégrez de
la hauteur de l'Astre n'excedent pas les
dégrez de l'Arc du grand rayon de l'ins
trument.
Quand même nos Pilotes et les Anglois
n'auroient pas pour eux l'experience
comme ils l'ont , qui confirme leurs raisons , elles sont trop pour ne
pas s'y rendre ; et ils sont fondez à croire
évidentes
qu'ils
FEVRIER.
1732. 293
qu'ils ont eux - mêmes reformé le quart
de Cercle ordinaire , avec connoissance
de cause et avec fondement , pour leur
servir plus exactement et plus commodé
ment à observer la hauteur des Astres sur
Mer , en formant le quart de Cercle de
deux differens Arcs , comme celui de la
figure 5.
Les raisons que je viens de détailler
font voit que ce n'est pas le seul embarras
de l'instrument qui a occasionné la réforme que les Pilotes en ont faite , mais bien
la nécessité ; ce qui nous prouve que l'expérience sur cette matiere en a plus appris
aux Pilotes que la Théorie. Car il est assez
évident à ceux qui ignorent ces expériences , que le quart de Cercle qui auroit
deux pieds de rayon , devroit être plus
précis que celui qui n'en auroit que 9 ou
10pouces,parce que les divisions de ce premier seroient beaucoup plus grandes que
celles de l'autre , et par consequent plus
distinctes et plus exactes ; cela est incontestable à terre; mais le raisonnement doit
ceder à
l'expérience ,
principalement en
ce qui regarde la navigation.
Si M. Beguer , dont la Théorie est
profonde , avoit pratiqué la Mer ou fait seulement une campagne de long cours ,
pendant laquelle il se futservi de son quart
E de
294 MERCURE DE FRANCE
de Cercle, figure 5, pour observer la haureur du Soleil , je ne croi pas qu'il l'eut
proposé ensuite pour s'en servir à la Mer,
préférablement aux instrumens ordinai
res , parce qu'il en auroit senti lui-même
les difficultez mentionnées cy-dessus.
du Roy pour la Marine , cy- devant Professeur Royal d'Hidrographie , sur ce que
M.Bouguer, cy- devant Professeur d'Hidrographie au Croisic , à present Professeur Royal d'Hidrographie au Havre de
Grace a dit au sujet du Demi- Cercle que
·M. Meynier a inventé pour observer sur
Meret à Terre , la hauteur du Soleil et
des Etoiles , sans qu'il soit necessaire de
voir l'horisons et au sujet du Quart de
Cercle que M. Bouguer a donné pour être
preferable au Demi Cercle et à tous les
autres Instrumens qui sont en usage sur
Mer, pour le même sujet.
C
Omme des amis communs entre
M. Bouguer et moi , m'avoient dit
lui avoir représenté le tort qu'il a eû de
parler de mon Demi- Cercle de la maniere qu'il en a parlé dans un Ouvrage
intitulé : De la Méthode d'observer exactement sur Merla hauteur des Astres , imprimé
FEVRIER 1732. 295
primé à Paris , chez Claude Jombert en
l'année 1729 , j'avois crû qu'il auroit pû
y faire attention et reparer sa faute dans
le Public ; mais bien loin qu'il en ait été
question , depuis plus de deux ans et demi que j'ai lieu de me plaindre de la
fausse idée qu'il en a donnée dans son Li
vre ; il m'a fait verbalement depuis peu
de jours une espece de défi d'y répondre ,
ce qui m'a indispensablement engagé à
mettre la main à la plume.
On voit dans l'Histoire de l'Académie
Royale des Sciences , de l'année 17 : 4.
page 93. où M. Bouguer a dit avoir lû
la description de mon demi Cerle , que
ces Mrs l'approuverent après l'avoir examiné et après en avoir fait plusieurs observations au Soleil. Il est extraordinaire
qu'après cela M. Bouguer , qui ne l'avoit
pas vû, en ait fait un portrait au Public
qui n'y a aucune ressemblance , et qu'en
même temps il l'ait condamné sur ce
portrait d'une façon fort singuliere , malgré l'Approbation de l'Académie Royale
des Sciences.
Pour prouver que M. Bouguer a condamné ce demi Cercle sans le connoître
je rapporte ici mot-à-mot ce qu'il en a
dit , où il ne paroît pas qu'il en ait connu
la construction , la suspension ni les usa
Diiij ges.
1
276 MERCURE DE FRANCE
1
ges. J'ai aussi copié exactement la figure
3. de la premiere Planche de son Livre,
qu'il a donnée pour celle de mon demi
Cercle ; je la représente ici notée du même
chiffre 3. et des mêmes lettres. Je donne
en même temps le Dessein de mon demi
Cercle , dans la figure 4. étant suspendu
dans la Caisse MRTV, qui le met à
couvert du vent , de la même maniere
et au même état qu'il étoit lorsque l'Académie Royale des Sciences l'a examiné:
Je l'ai encore en cèt état- là , dans la même Caisse , de maniere qu'on peut ve
rifier très-facilement ce que j'avance.
La Caisse de cet Instrument est noir*
cie en dedans , afin d'absorber les rayons
du Soleil , elle ne devroit être represen
tée ouverte que par dessus ; mais je l'ai
représentée aussi ouverte par devant , afin
de voir plus distinctement toute la figure du demi Cercle et de sa suspension/
Pendant toutes les observations qui ont
été faites avec cet Instrument , sa Caisse
étoit posée à terre ou sur une table , ou
sur quelque banc , de maniere que l'Observateur n'avoit point d'autre attention
que
du
celle de regarder sur la circonference
de l'Instrument , le degré que le rayon
Soleil y marquoit , qui étoit celui de sa
hauteur sur l'horison. On peut verifier
facilement
LYON
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1893*
partie interieure de l'Arc , et fait connoi hauteur comine dans l'Aneau Astronomique
Instrument peut être aussi d'usage la nuit ,
observer la hauteur des Etoiles ; mais appai
ment qu'on le suspend dans un sens contraire
qu'on vise à l'Etoile par la Pinule du centre pår une autre Pinule située sur la circonferen
Nous ne connoissons ce demi Cercle que pour Dy avo
ou sur une table > our
sur quelque banc , de maniere que l'Observateur n'avoit point d'autre attention.
que celle de regarder sur la circonference
de l'Instrument , le degré que le rayon du
Soleil y marquoit , qui étoit celui de sa
hauteur sur l'horison. On peut verifier facilement
FEVRIER 1732. 377
facilement ce demi Cercle pour sçavoir
s'il est juste , exposant simplement sa
Caisse successivement des deux côtez
MR. aux rayons du Soleil vers l'heure de
midi , car pour lors si le rayon du Soleil
qui passeroit par le centre I. marquoit le
même degré sur les deux côtez du demi
Cercle , son diamétre AC. seroit horisontal ; et si par hazard il inclinoit de quelque côté, ce qui ne pourroit arriver que
par quelque accident extraordinaire , outre qu'on pourroit y remedier sur le
champ par le moyen du petit poids S.
en le faisant glisser le long du diamétre
AC. on pourroit s'en servir aussi quoiqu'incline , comme je l'ai démontré dans
mes Mémoires. Voici ce que M. Bouguer
en a dit.
On voit dans la figure 3. le demi Cercle de
M. Meynier , actuellement Professeur Royal
d'Hidrographie au Havre de Grace. Ce demi
Cercle se suspend par la Boucle A. fig. 3. et le
rayon du Soleil passant par la pinule C. qui répond au centre , vient se rendre en E dans la
partie interieure de l'Arc , et fait connoître la
hauteur comme dans l'Aneau Astronomique. Cet
Instrument peut être aussi d'usagé la nuit , pour
observer la hauteur des Etoiles ; mais apparemment qu'on le suspend dans un sens contraire , et
qu'on vise à l'Etoile par la Pinule du centre ,
pår une autre Pinule située sur la circonference.
Nous ne connoissons ce demi Cercle que pour en
D v avoir
et
278 MERCURE DE FRANCE
avoir vu une description très succinte dans l'Histoire de l'Académie Royale des Sciences de l'An- née 1724. page 93. mais nous ne doutons point
que son sçavant Auteur ne lui procure une situation constamment horisontale , malgré le poids
de la Pinule , qui est située sur la circonference ,
et qu'on est obligé de faire monter ou descendre,
selon que les hauteurs sont plus ou moins
grandes.
Article premier , M. Bouguer dit que
la figure 3. represente mon demi Cercle ;
qu'il est suspendu par la Boucle A. et qu'il
fait connoître la hauteur du Soleil , comme
dans l'Anneau Astronomique. Il suffit de
regarder la figure qu'il donne pour celle
de mon demi Cercle , et de la comparer
avec la figure 4. qui en est la veritable
figure , pour en voir d'abord la difference. Bien loin que mon demi Cercle fig.
4. soit suspendu par la Boucle A. de la
figure 3. il est suspendu sur les deux Pivots NB. dans la Caisse MRVT. qui le
garantit du vent , lesquels Pivots NB.
sont portez par une seconde suspension
XNBZ de même que les Boussoles de
Mer. Ce demi Cercle a un poids O. vers
son milieu , lequel poids ayant le centre
de son mouvement particulier en P.
vibrations particulieres tendent à détruire plutôt le mouvement que le vaisseau
imprime au demi Cercle ; car à mesure
ses
que
FEVRIER: 1732. 279
les vibrations du poids O. et celles du
demi Cercle ADC. ne se font pas en
temps égaux , elles se contrarient récipro
quement et se détruisent mutuellement
en beaucoup moins de temps. Il est évident que par cette suspension l'Instrument obéit beaucoup mieux au Roulis
et au Tangage du Vaisseau , qu'il n'y
obeïroit s'il étoit suspendu par une Boucle; car si la suspension de la Boucle va- loit mieux on s'en serviroit pour suspendre les Boussoles de Mer ; mais l'experience prouve le contraire. On voit par là combien cet Instrument est different
de l'Astrolabe , de même que ses usages ,
et que parconsequent la comparaison de
M. Bouguer , n'est pas juste.
Article II. Il a dit que pour dit que pour observer
la hauteur des Etoilles pendant la nuit , apparemment on suspend mon demi Cercle d'un
sens contraire, et qu'on vise à l'Etoile par
la Pinule du centre. Ce terme d'apparemmentfait voir qu'il ne croit pas lui- méme
connoître la construction de cet Instrument , non- plus que ses usages ; mais
bien loin qu'on soit obligé de le suspendre d'un sens contraire , on ne fait jamais aucun changement à sa suspension
dans aucun de ses usages , et la Pinule.
du centre ne sert jamais pour observer la
D vj hauteur
280 MERCURE DE FRANCE
prohauteur des Etoiles ; car on trouve leur
hauteur avec cet Instrument par la
prieté des Angles formez à là circonfe
rence du Cercle, qui ont un avantage con.
siderable sur ceux qui sont formez au centre du même Cercle , en ce que leurs degrez occupent un Arc double des autres,
comme il est démontré dans la 24. Proposition du troisiéme Livre d'Euclide ,
ce qui rend leurs divisions parconsequent
beaucoup plus distinctes. Comme , par
exemple , l'Angle F A C. qui est celui de
la hauteur de l'Etoile L , qui est formé au
point A. de la circonference , qui est égal
à l'Angle A F E. qui est aussi à la circonference , qui est mesuré par la moitié de
l'Arc AE , égal à l'Arc FC, et qui est indiqué par l'extrémité E. de l'alidade E F.
Article III. Il condamne ce demi Cer→
cle , en disant qu'il croit que je lui procurerai une situation constamment horisontale,
malgré le poids de la Pinule , qui est située
sur la circonference qu'on est obligé de faire
monter ou descendre , selon que les hauteurs
sont plus ou moins grandes. Comme il est
necessaire dans tous les usages de ce demi
Cercle , que son dismétre A C. prenne
de lui- même une situation horisontale ,
quoique l'Astre soit plus ou moins élevé
cola seroit impossible , si le poids de quel
que
FEVRIER. 1732 28
que pinule qui seroit située sur sa circon
ference étoit capable de faire incliner
l'Instrument à mesure qu'elle se trouveroit plus ou moins élevée autour du de
mi Cercle , parce que pour lors son poids
agiroit sur des lignes verticales qui se
roient differemment éloignées de la ligne
verticale qui passeroit par le centre de
gravité du demi Cercle , ce qui feroit
changer l'équilibre de l'Instrument à
mesure que la hauteur de la Pinule changeroit Apparemment que M. Bouguer a
pris delà occasion de vouloir persuader
au Public que mon demi Cercle ayant
une Pinule qu'on fait monter ou descendre plus ou moins , suivant les differentes
hauteurs des Astres , ne devoit pas conserver sa situation horisontale, à cause du
poids de cette même Pinule ; mais il au
roit dû faire attention que si cela eût eu
lieu, Mrs de l'Académie ne l'eussent point
approuvé , étant très- capables de s'en être
appercûs , et si ensuite il eût été convaincu de cette verité , il n'auroit pas avancé
la chose si hardiment ; d'ailleurs les principes des forces mouvantes nous apprennent que tout corps qui a un mouvement circulaire autour d'un Cercle ou
d'un demi Cercle , ou autour de quelque
point, peut conserver toûjours le même
équilibre
282 MERCURE DE FRANCE
équilibre sur le centre de son mouvement , par le moyen d'un autre poids
qui aura le même mouvement sur un
bras de Levier opposé ; c'est ce qu'on
voit aux Pinules des Astrolabes qui montent et descendent autour de sa circonference de l'Instrument sans en changer
l'équilibre.
Je ne crois pas non-plus qu'il eût parlé de même de ce demi Cercle, si auparavant il eût pris connoissance de sa cons-
"truction, de sa suspension et de ses usages ,
parce qu'il auroit vû que la Pinule A. qui
est la seule qui soit située à la circonfe
rence de cet Instrument , n'est pas mobile , mais qu'elle est toûjours fixe à l'extremité A du diamétre AC , et que par
cette raison la hauteur de l'œil qu'on place
en K du côté de cette même Pinule , ne
change pas lorsqu'on fait l'observation
quoique la hauteur de l'Astre change. II
auroit aussi vû que la Pinule A ayant été
mise d'équilibre , avec le demi Cercle
ADC , sur le centre commun I , elle ne
doit jamais changer la situation horisontale de l'Instrument qui se suspend continuellement de lui- même par la verticale
qui passe par son centre de mouvement
et par son centre de gravité ; et que pour
ce qui est de la seconde Pinule F , elle se
trouve
FEVRIER. 17327 28
trouve toujours plus ou moins élevée audessus du demi Cercle , suivant les dif
ferentes hauteurs des Etoiles sur l'horidans le temps de l'observation ;
et que le centre de mouvement er de
gravité de l'Alidade EF , qui la porte ,
étant au centre I du demi Cercle , elle:
ne doit non-plus rien changer à l'équili
bre de l'Instrument dans quelque situation qu'on la mette ; et s'il eût demandé
à l'Académie des Sciences une plus gran-.
de instruction sur mon demi Cercle, comme il en étoit correspondant , on lui auroit communiqué , sans doute, le desseinet le Memoire que j'y ai laissé à ce sujet ;
on auroit pû lui communiquer en mêmetemps un Certificat autentique qu'elle
avoit reçû touchant les experiences qui
furent faites avec ce demi Ĉercle dans la
Rade de Brest , sur le Vaisseau du Roy
l'Elisabeth, qui n'ont été écartez que d'environ une minute de la vraye latitude
du lieu où elles furent faites , quoique le
Vaisseau eût beaucoup de mouvement
puisque lors de la derniere observation
le vent nous fit faire près de deux lieuës
de chemin en une heure de temps dans
un gros Bateau qu'on nomme Bugalet,
qui n'avoit qu'une seule Voile. J'avois
fait faire ce demi Cercle entierement semblable
284 MERCURE DE FRANCE
blable à celui dont il est parlé dans l'His
toire de l'Académie des Sciences de l'année 1724. il avoit seulement été divisé:
avec plus de soin. Avantque de partir pour
Brest, Mrs. de Cassini et deMaraldi, comparerent en ma presence à l'Observatoire
Royal plusieurs Observations faites avec›
ce demi Cercle à celles qui furent faites
en même temps avec un quart de Cercle
d'environ trois pieds de rayon , elles furent toutes trouvées égales à celles du
quart de Cercle de l'Observatoire à une
ou deux minutes près ; mais sans doute
que dans ce temps-là l'Histoire de l'Académie étoit imprimée , sans quoi je suis
persuadé que ces Mrs. y auroient fait inserer ces dernieres Observations.
Article IV. Il dit Connoître cet Ins
trument pour en avoir vu une Description
très-succinte dans l'Histoire de l'Académie
Royale des Sciences de l'année 1724. pages
93. Je rapporte ici cette même Descrip
tion mot à- mot , afin de faire voir au Public qu'elle ne l'autorise en rien du tout
sur l'idée qu'il a voulu lui donner de mon
demi Cercle.
Description de l'Académie. Un Instrument de
M. Meynier , consistant en un demi Cercle dont le diamétré se met dans une situation horisontale
par la maniere dont il est suspendu. Il sert à apprendre sur Mer, sans qu'il soit necessaire des voir
FEVRIER. 1732. 28
voir l'horison , la distance du bord superieur der
Soleil au Zenith, par le moyen de l'ombre faite
par les rayons qui passent par une fente qui
répond au centre du demi Cercle et va se projetter sur une circonference graduée , il sert aussi.à observer la hauteur du Soleil et des Etoiles , depuis l'horison jusques à environ so degrez , par
le moyende deux Pinules , avec lesquelles on vise
l'Astre. On a fait avec cet Instrument plusieurs
Observations qui ont été le plus souvent à 8 ou
10. minutes près , les mêmes que celles qui
se faisoient en même- temps avec un quart de
Cercle de deux pieds de rayon. Cet Instrument
est ingenieux et commode à cause que pour les
Observations des Etoiles, l'œil est toujours placé
à la même hauteur , quoique l'Etoile soit diffe- remment élevée , et parce qu'on n'a pas besoin
de voir l'horison. On a crû qu'il seroit préferable sur Mer à la plupart des Instrumens qu'on y'
employe , s'il y donnoit les hauteurs avec la même précision que sur Terre , ce que l'experience seule peut décider.
Je conviens que cette description est
tres- succinte ; mais cependant on n'y
trouve point du tout que ce demi cerclesoit suspendu par une boule , ni qu'il
donne la hauteur des Astres , comme l'As
trolabe ; ony voit seulement qu'il se place
horisontalement par la maniere dont il est
suspendu , et qui fait assez entendre que
cette maniere de le suspendre n'est pas
par une boule, car il auroit été plus court
et plus naturel à Mrs de l'Academie de l
dire
286 MERCURE DE FRANCÈ
dire dans leur Description. On n'y trouve
non plus rien qui donne aucune idée
qu'il faille suspendre ce demi Cercle d'un
sens contraire pour observer la hauteur
des Etoiles ; n'y qu'on vise à l'Etoile par
la Pinule du centre , ni rien qui puisse
faire douter que le poids des Pinules qui
y sont, puisse faire changer la situation
horisontale de l'instrument , en observant
la hauteur des Etoiles.
Il est surprenant que M. Bouguer n'ait
compris que le mot de demi Cercle ,
dans la Description de l'Académie , au
sujet de cet instrument, qu'il en ait donné
une idée au public, entierement différente
tant au sujet de sa construction , que de
sa suspension et de ses usages , par une interprétation , qui n'y a aucune ressemblance; qu'il en ait même parlé d'une maniere à faire voir évidemment qu'il ne le
connoissoit du tout point ; et qu'ensuite
il l'ait condamné d'une façon tres- singu
liere , en disant qu'il croit queje lui procurerai une situation constamment horisontale
malgré le poids de la Pinule , qui est à la
circonference.
Je propose à M. Bouguer de faire avec
lui l'experience de son quart de Cercle
et en même temps celle ce mon demi
Cercle , et celle du quart de Cercle Anglois ,
FEVRIER. 1932. 287
glois , en présence des personnes qu'il jugera à propos , afin de voir par là si sort
quart de Cercle vaut mieux que ces autres instruments , à la mer et à terre même , lorsqu'il fait du vent , ou lorsque
le corps de l'Observateur est en mouvement; mais puisqu'il a condamné mon
demi Cercle sans aucuu fondement , il
ne doit pas trouver mauvais que je détaille au public les raisons qui condamnent avec fondement le quart de Cercle qu'il a donné dans le même ouvrage ,
que j'ai cité , comme un instrument préférable au quart de Cercle des Anglois, et
à tous les autres instrumens qu'on employe sur Mer , pour observer la hauteur des Astres.
La figure 5 , represente le quart de Cer
cle dont les Anglois se servent pour. ob
server la hauteur des Astres.
La figure 6 , représente exactement le
quart de Cercle de M. Bouguer , qui ne
differe du quart de Cercle des Anglais
que parce qu'il est formé d'un seul- Arc ,
É FD , de même que tous les quarts de
Cercle ordinaires que tous ses rayons
sont égaux au grand rayon du quart de
Cercle Anglois , c'est à dire d'environ 23
pouces de longueur ; et que celui des Anglois , figure 5 , est formé de deux differentes
288 MERCURE DE FRANCE
rentes portions de Cercle A BHD. dont
les rayons CCA.A. CH. sont inégaux , le
grand CH. est d'environ 23 pouces , il y
en a quelquefois qui ont quelques pouces de plus, mais je n'en ai point vû qui
en eussent moins ; l'Arc D H. que ce
rayon soutient , est d'environ 25 à 30 dégrez. On appuye contre l'épaule le côté
Dde cet Arc, lorsqu'on fait l'observa-.
tion ; le reste des dégrez de ce quart de
Cercle , est sur le petit Arc A'B , qui n'est
ordinairement que de à 10 pouces de
rayon. J'en ai cependant vu un qui avoit
ce même rayon , d'environ un pied.
Nous avons en France , depuis treslong- temps , beaucoup de Pilotes qui se
servent du quart de Cercle Anglois, figu
re 5. Plusieurs y mettent un verre lanticalaire au martcau A, qui réunit les rayons
du Soleil sur le Marteau C , qui est au
centre de l'instrument; beaucoup d'autres
né se servent que d'un petit trou rond au
même Marteau , en place de Verre , et
quelquesautres ne se servent que de l'ombre qui tombé du bord du même Marteau
A' , sur celui du centre C.
Il y a long-temps que j'ai entendu dire
à nos Pilotes de Brest , et à ceux de Tou-.
lon , que ce qui a obligé de reformer le
quart de Cercle ordinaire , formé par un
seul
FEVRIER 1732. 289
?
seul rayon , comme celui de la figure 6 , a
été , premierement , parce que le vent
avoit beaucoup plus de force sur la circonference E H,figure 5 , que sur la semblable circonférence A B. Secondement
parce que cette circonference E H, outre
qu'elle recevoit beaucoup plus de vent
étant plus grande , étoit ausst beaucoup
plus éloignée de la main de l'Observateur qui tenoit l'instrument en I , de
maniere que la force du vent agissoit sur
un Lévier beaucoup plus long , qui fatiguoit davantage l'Observateur, et qui causoit un plus grand mouvement à l'instru
ment ; de sorte que non-seulement l'Observateur ne pouvoit pas le tenir si ferme,
mais pas même si vertical , ni si horisontal , à cause du vent , ce qui rendoit l'observation d'autant plus douteuse que le
vent étoit plusfort. Troisiémement, parce
que le bord de l'ombre du Marteau E. figure 6 , en tombant sur le Marteau C, de
la distance E C , lorsqu'elle étoit d'environ 23 pouces, étoit beaucoup moins sensible sur ce même Marteau C , que lorsqu'il ne tombe que de la distance A C ,
figures , qui n'est ordinairement que
d'environ 9 pouces. Quatrièmement
parce que la distance EC , figure 5 et 6 ,
étant d'environ 23 pouces , le mouvement
>
290 MERCURE DE FRANCE
ment de l'ombre du bord du Marteau, ou
le mouvement du rayon du Soleil , qui
tomboit du Marteau E sur le Marteau C,
parcouroient un espace qui étoit plus de
deux fois et demi aussi grand , que l'espace qu'ils parcourent sur le même Marteau C , lorsque cette distance n'est que d'environ 9 pouces , telle que A C, figure
55 car quoique le mouvement des deux
instrumens , figure $ et 6 , fût le même,
le mouvement de l'ombre du Marteau E,
ou le mouvement du rayon du Soleil ,
qui tomberoit du même Marteau E , sur
celui du centre C, des figures 5 et 6 , seroit au mouvement de cette même ombre , ou rayon qui tomberoit du Marteau A, sur le Marteau C , de la figure
5 :: comme le rayon EC, des figures 5
et 6 , est au rayon A C de la figure 5 , ce
qui formoit une tres-grande difficulté ,
parce que pour lors on ne pouvoit estimer le milieu de ce mouvement que tresimparfaitement;car comme il falloit aussi
estimer en même temps le milieu des
rayons du Soleil sur le Marteau C ; ces
deux estimations qui doivent se faire dans
le même instant , étoient d'autant plus
difficiles et douteuses , que le mouvement
de ce rayon sur le Marteau du centre C
étoit plus grand. Cinquièmement , parce
-
que
FEVRIER. 1732. 291
pas
que lorsqu'on a voulu avoir le rayon du
Soleil sur le Marteau C , par le moyen
d'un trou au Marteau E , quelque petit
que fût ce trou , l'étendue du rayon de
Astre qui y passoit étoit fort grande sur
le Marteau C, et beaucoup moins distincte , principalement lorsque le Soleil n'est
bien brillant , comme cela arrive tressouvent à la Mer ; ce qui n'est pas de même lorsque la longueur du rayon de l'A
tre n'est que de 9 à re pouces. Sixièmement , parce que ces difficultez augmentoient encore davantage , lorsque le Soleil étoit fort élevé sur l'horison , ou près
du Zénith ; car pour lors l'étendue de son
rayon sur le Marteau C, prenoit une figure ovale , beaucoup plus grande,à cause de l'obliquité du plan du Marteau C,
avec le rayon de l'Astre. Septiémement ,
parce que lorsqu'on a voulu mettre un
verre lenticulaire au Marteau E, figure 6,
pour réunir les rayons du Soleil sur le
Marteau C, on a trouvé qu'un verre d'environ 23 pouces de foyer , ne donnoit pas
les rayons de l'Astre si bien réinis qu'un
verre d'environ 9 pouces de foyer , de
maniere qu'on n'en pouvoit pas estimer
le milieu si exactement ; d'ailleurs cette
lentille ne détruisoit pas l'augmentation
du mouvement des rayons du Soleil sur
le
292 MERCURE DE FRANCE
le Marteau C , ce qui est un tres- grand
obstacle , auquel on n'a pû remedier
qu'en racourcissant considerablement le
rayon à une partie du quart de Cercle ,
comme on le voit à la figure 5 .
Etant en Angleterre l'année derniere,
et scachant que tous les Anglois se servent sur Mer du quart de Cercle , de la
figures , je m'informai pourquoi ils ne
font pas ce quart de Cercle regulier, c'està-dire d'un seul arc de Cercle. On me répondit à peu près la même chose que ce
que j'en avois apris de nos Pilotes François. On y ajouta seulement,que ceux qui
voudroient se servir d'un quart de Cercle d'un seul Arc , pour observer la hauteur des Astres sur Mer, en seroient bientôt desabusez, puisqu'eux-mêmes ne se servent pas de l'Arc du grand rayon tout
seul pour observer la hauteur du Soleil, à
cause des raisons susdites , quoiqu'ils le
pussent toutes les fois que les dégrez de
la hauteur de l'Astre n'excedent pas les
dégrez de l'Arc du grand rayon de l'ins
trument.
Quand même nos Pilotes et les Anglois
n'auroient pas pour eux l'experience
comme ils l'ont , qui confirme leurs raisons , elles sont trop pour ne
pas s'y rendre ; et ils sont fondez à croire
évidentes
qu'ils
FEVRIER.
1732. 293
qu'ils ont eux - mêmes reformé le quart
de Cercle ordinaire , avec connoissance
de cause et avec fondement , pour leur
servir plus exactement et plus commodé
ment à observer la hauteur des Astres sur
Mer , en formant le quart de Cercle de
deux differens Arcs , comme celui de la
figure 5.
Les raisons que je viens de détailler
font voit que ce n'est pas le seul embarras
de l'instrument qui a occasionné la réforme que les Pilotes en ont faite , mais bien
la nécessité ; ce qui nous prouve que l'expérience sur cette matiere en a plus appris
aux Pilotes que la Théorie. Car il est assez
évident à ceux qui ignorent ces expériences , que le quart de Cercle qui auroit
deux pieds de rayon , devroit être plus
précis que celui qui n'en auroit que 9 ou
10pouces,parce que les divisions de ce premier seroient beaucoup plus grandes que
celles de l'autre , et par consequent plus
distinctes et plus exactes ; cela est incontestable à terre; mais le raisonnement doit
ceder à
l'expérience ,
principalement en
ce qui regarde la navigation.
Si M. Beguer , dont la Théorie est
profonde , avoit pratiqué la Mer ou fait seulement une campagne de long cours ,
pendant laquelle il se futservi de son quart
E de
294 MERCURE DE FRANCE
de Cercle, figure 5, pour observer la haureur du Soleil , je ne croi pas qu'il l'eut
proposé ensuite pour s'en servir à la Mer,
préférablement aux instrumens ordinai
res , parce qu'il en auroit senti lui-même
les difficultez mentionnées cy-dessus.
Fermer
Résumé : REPONSE de M. Meynier, Ingenieur du Roy pour la Marine, cy-devant Professeur Royal d'Hidrographie, sur ce que M. Bouguer, cy-devant Professeur d'Hidrographie au Croisic, à present Professeur Royal d'Hidrographie au Havre de Grace a dit au sujet du Demi-Cercle que M. Meynier a inventé pour observer sur Mer et à Terre, la hauteur du Soleil et des Etoiles, sans qu'il soit necessaire de voir l'horison; et au sujet du Quart de Cercle que M. Bouguer a donné pour être preferable au Demi-Cercle et à tous les autres Instrumens qui sont en usage sur Mer, pour le même sujet.
M. Meynier, ingénieur du Roy pour la Marine et ancien professeur royal d'hidrographie, répond à M. Bouguer, qui a critiqué son invention du demi-cercle pour observer la hauteur du Soleil et des étoiles sans voir l'horizon. Meynier conteste les affirmations de Bouguer, qui a préféré le quart de cercle à son demi-cercle dans un ouvrage publié en 1729. Meynier souligne que l'Académie Royale des Sciences avait approuvé son demi-cercle après l'avoir examiné et utilisé pour des observations solaires. Meynier reproche à Bouguer de ne pas avoir connu la construction, la suspension et les usages de son demi-cercle, et de l'avoir condamné sur la base d'une description incorrecte. Il présente des figures comparant la représentation erronée de Bouguer avec la véritable figure de son demi-cercle. Meynier explique que son instrument est suspendu dans une caisse qui le protège du vent et qu'il est conçu pour s'adapter au roulis et au tangage du vaisseau. Il détaille également les usages de son demi-cercle, tant pour les observations diurnes que nocturnes, et réfute les critiques de Bouguer sur la stabilité horizontale de l'instrument. Meynier affirme que les principes des forces mouvantes permettent à l'instrument de conserver son équilibre, et que l'Académie Royale des Sciences avait validé son fonctionnement par des expériences réussies. En 1724, des observations faites avec un demi-cercle ont été comparées à celles réalisées avec un quart de cercle de trois pieds de rayon, et les résultats ont été jugés égaux à une ou deux minutes près. Cependant, ces observations n'ont pas été incluses dans l'Histoire de l'Académie des Sciences, probablement parce qu'elle était déjà imprimée. Le texte mentionne également une description succincte d'un instrument de M. Meynier, consistant en un demi-cercle horizontal, utilisé pour mesurer la distance du Soleil au zénith et observer la hauteur des astres. Cet instrument a été jugé ingénieux et commode, bien que son utilité en mer reste à prouver. L'auteur critique M. Bouguer pour avoir mal interprété la description de l'instrument et propose de comparer les performances du quart de cercle de Bouguer avec celles du demi-cercle et du quart de cercle anglais en présence de témoins. Les pilotes ont réformé le quart de cercle ordinaire, formé d'un seul arc, en un instrument à deux arcs différents pour des raisons pratiques et d'expérience. Enfin, l'auteur souligne que la théorie doit céder à l'expérience, surtout en navigation, et critique M. Bouguer pour ne pas avoir suffisamment pratiqué en mer avant de proposer son instrument.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
REPONSE de M. Meynier, Ingenieur du Roy pour la Marine, cy-devant Professeur Royal d'Hidrographie, sur ce que M. Bouguer, cy-devant Professeur d'Hidrographie au Croisic, à present Professeur Royal d'Hidrographie au Havre de Grace a dit au sujet du Demi-Cercle que M. Meynier a inventé pour observer sur Mer et à Terre, la hauteur du Soleil et des Etoiles, sans qu'il soit necessaire de voir l'horison; et au sujet du Quart de Cercle que M. Bouguer a donné pour être preferable au Demi-Cercle et à tous les autres Instrumens qui sont en usage sur Mer, pour le même sujet.
11
p. 416-426
RÉPONSE aux Réflexions de M. Laloüat de Soulaines, Avocat au Parlement de Paris, sur l'Explication Physique que M. Capperon a donnée de l'Akousmate d'Ansacq, dans le Mercure de France, du mois de Novembre 1731.
Début :
Il faudroit être d'un génie bien singulier, si je [...]
Mots clefs :
Physique, Acousmate d'Ansacq, Liquide, Matière, Fermentation, Vapeurs, Mouvement, Corps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE aux Réflexions de M. Laloüat de Soulaines, Avocat au Parlement de Paris, sur l'Explication Physique que M. Capperon a donnée de l'Akousmate d'Ansacq, dans le Mercure de France, du mois de Novembre 1731.
REPONSE aux Réflexions de M.Lalonat de Sonlaines , Avocat au Parlement de Paris , sur l'Explication Physique que M. Capperon a donnée de l'Akousmate d'Ansacq , dans le Mercure de
France , du mois de Novembre 1731.
L faudroit être d'un génie bien singulier , si je me refusois à ce que M. Lalouat de Soulaines désire de moi ; sçavoir,
que je dissipe les doutes et les scrupules
Philosophiques, que mon explication de
l'Akousmate d'Ansacq a jettés dans son
esprit. Un concurrent qui en agit avec
tant d'honnêteté et de politesse , mérite
qu'on ne néglige rien pour le satisfaire.
,
J'aurai d'abord l'honneur de lui dire ,
par rapport à sa premiere observation
qu'il n'a pas lieu d'être embarassé sur ce
quej'ai dit qu'il y avoit des fermentations
froides
A
“
MARS. 1732 417
froides , s'il souhaite de s'en convaincre
il peut voir dans le Livre des Expériences Physiques , que M. Poliniere a donné
au public, la 77 Experience , où il rapporte , qu'en mettant dans l'Esprit de Vitriol du Sel armoniac , si l'on y plonge la
Boule d'un Thermométre , pendant que
ces deux choses fermentent , l'Esprit de
vin descend au même instant considérablement , ce qui est une preuve incontestable qu'il y a des Fermentations froides.
Le même Auteur en donne l'explication ,
et il dit peu après , qu'il y a long-temps
qu'on a remarqué ces Fermentations froides. On les a , ajoute- t-il , souvent regardées comme contraires à l'opinion commune, qui est , que la chaleur consiste
dans le mouvement.
Enfin, pour parler plus précisément ,
par rapport à mon systême , énoncé dans
mon Explication ; je dis , avec un Auteur
moderne , que je reconnois , ainsi que je
l'ai exposé , deux sortes de fermentations;
sçavoir , celles que j'appelle chaudes , et
qui se fontavec une chaleur sensible, telle
que celle qui me pensa autrefois brûler
les doigts , pour avoir jetté quelques
clouds de fer dans une Phiole de verre ou
j'avois mis de l'Eau-forte , et que je tenois
dans ma main & et d'autres fermentations
A iiij froides
418 MERCURE DE FRANCE
froides , c'est à-dire , qui se font sans cha
leur sensible , telle que celle du Vinaigre,
avec le Corail , les Coquillages et sembla
Bles Alcalis. C'est sur ces principes , que
j'ai attribué à la premiere sorte de fermentation, formée dans un nuage , la cause du Tonnerre ; et à la seconde , formée
aussi dans un nuage , la cause des bruits
qu'on entend quelquefois dans l'air.
En ce qui touche sa seconde Observation , j'ai dit, et je le dis encore, avec tous
les Physiciens de nos jours , que la matie
re subtile par son mouvement tourbillonant , agitant continuellement les parties
essentielles des liquides , et en mêmetemps celles qui s'y trouvent quelquefois
mélangées , quoiqu'éthérogenes , est la
seule cause de leur fluidité, et par occasion,
celle des fermentations qui se font dans
ces liquides, par le mélange de ces parties
hétérogenes qui peuvent s'y trouver. S'il
étoit vrai , comme le dit M. Laloüat de
Soulaines , que les parties des fluides fussent longues,contigues , couchées les unes
sur les autres , la matiere subtile n'ayant
qu'un libre passage entre chaque partie ,
et que ces parties n'eussent pointde pores,
comme il le veut; il s'ensuivroit , qu'à
raison de leur contiguité , étant d'ailleurs
couchées les unes sur les autres , loin de
former
MARS: 1732. 419
former des corps liquides par leur tours
billonement continuel , elles en forme
roient de solides , puisqu'elles seroient
dans le repos ; et faute d'avoir des pores ,
pour laisser passer librement la matiere
éthérée qui produit la lumiere , elles ren- droient tous les corps liquides opaques.
Je crois que M.Lalouat comprend bien
que quand j'ai parlé de la fermentation
froide du Vin et du Cidre , et que pour
l'expliquer j'ai dit , que la matiere subtile
fait seule la liquidité des fluides , et que
j'ai ajouté , qu'agitant continuellement
leurs parties grossieres et tartareuses , &c.
je n'entendois parler que du Vin et du
Cidre , desquels seuls j'expliquois la fer
mentation , et non des liquides en general , tels qu'ils peuvent être dans leur pureté essentielle. Il faut avouer qu'il s'est
glissé une faute de Copisté dans cet endroit , et qu'il devoit y avoir de ces finides , et non simplement des fluides ; mais
la chose se trouve réparée huit lignes
plus bas , où je conclus que c'est l'action
de ces parties fines contre les grossieres
qui cause la fermentation de ces liquides ,
sçavoir, du Vin et du Cidre , dont il étoit
uniquement question . -
9
Je suis surpris , que quand je dis que
les vapeurs emportent avec elles , dans
Av Pair
420 MERCURE DE FRANCE
:
Pair , quantité de parties simplementterestres , qui contiennent aussi de l'air , et
quantité d'autres , purement salines cela
ait jetté de la confusion à son égard , sur la
nature des vapeurs et de l'air car il expli
que lui- même dans sa troisième et derniere Reflexion , comment les vapeurs et
les exhalaisons s'élevent dans l'air , et je
ne crois pas qu'il ignore , qu'on entend
par vapeurs les parties aqueuses qui s'élevent dans l'air , et par les exhalaisons , les
parties terrestres qui s'y élevent de même,
soit qu'elles soient simplement terrestres
ou salines , ou sulphureuses. Je ne dis
donc que ce que tout le monde sçait , et
qu'il n'ignore pas lui- même ; car pour la
nature de l'air , j'en pense comme tous les
Physicions modernes, ainsi je ne vois pas ,
ce qui dans mes paroles , a pu jetter de la confusion , si ce n'est ce que je dis , que
les parties terrestres qui sont enlevées ,
avec les vapeurs , contiennent de l'air , et .
c'est surquoi je m'expliquerai , en répon- dant à sa troisiéme Reflexion.
Après ce que je viens d'exposer pour
servir de premier éclaircissement aux
doutes de M. Lalotat , je vais répondre
à sa premiere Refléxion , et je dis , que la
premiere consequence qu'il tire de l'idée
que je donne de la fermentation , n'est
pas
MARS. 1732. 421
pas juste ; car quoique je dise qu'il y a
des fermentations froides dans les liquides , comme je l'ai prouvé , je n'ai jamais
dit que cela arrivât quand ces liquides
étoient dans la pureté qui leur est essen❤
tielle , comme lorsque l'eau et l'air song
parfaitement purs ; mais bien quand il s'y
trouve des corps étrangers , qui mettent
obstacle au mouvement naturel et ordi
naire que la matiere subtile entretient
dans ces liquides , pour former leur li
quidité. Les liquides ne peuvent dond
pas fermenter toujours ni en toute saison;
puisqu'il n'y a pas toujours en eux des
corps qui mettent obstacle au libre mou
vement de la matiere subtile. Je n'ai garde de penser que la fermentation soit
occasionnée la matiere subtile , com- par
me il paroît me l'attribuer. Je sçai bien
que son mouvement est continuel ; j'ai
dit seulement que ce qui occasionnoit la
fermentation des liquides , tels que le vin
et le Cidre, c'étoient les parties grossieres
et tartareuses , qui, dans ces liquides ,
mettoient par occasion un obstacle au
mouvement de la matiere subtile.
Comment M. de Soulaines entend- il
que si dans les fermentations froides des
liquides , l'effet de la matiere subtile étoit
de pousser les parties les plus fines dans
A vj les
422 MERCURE DE FRANCE
les pores des plus grossieres , il s'en ensuivroit une condensation ou diminution
de volume ? Peut- il ignorer que la fe
mentation ne se fait que pourbriser , dissoudre , subtiliser et éloigner les parties
grossieres des liquides qui mettent obsta
cle au mouvement de la matiere subtile ?
Parconsequent , si les fines sont poussées
dans les pores des plus grossieres , ce n'est
pas pour y rester, mais pour les diviser
et les rompre , comme un coin qu'on enfonce violemment dans du bois l'ouvre
et le divise , la fermentation des liquides
n'y peut donc causer ni condensation
ni diminution de volume.
Pour répondre à la seconde Refléxion ,
je dis qu'elle me paroît fort inutile 3 premierement , parce que les trois inconveniens qu'il croyoit s'ensuivre de mon Systême , de la fermentation des liquides, ne
subsiste pas , comme je viens de le fairevoir. Secondement , parce que les trois
causes qu'il apporte de cette fermentation, n'ont rien de vrai-semblable qu'en
ce qui a quelque rapport à ce que j'en'
ai dit, conjointement avec tous les Physiciens modernes.
Car dans la fermentation ce n'est pas
la matiere subtile , comme il le prétend,
qui augmente son mouvement ,
il est
toujours
&
MAR S. 1732 423
toujours le même ; mais rencontrant des
obstacles dans son mouvement , c'est alors
qu'elle pousse , agite , brise , chasse ces
corps qui lui résistent , et voilà ce qui
cause le trouble qui se fait dans les li
quides pendant les fermentations. Pourquoi y chercher des parties grasses et enz trelassées ? Se trouve- til des parties gras
ses dans le vinaigre qui fermente avec le
Corail , les yeux d'Ecrevisses et sembla
bles Alcalis? Que signifie cette augmen
tation de force que prend la matiere sub
tile lorsqu'elle frappe les Globules du
second Element ? Selon tous les Cartésiens , n'est-elle pas elle- même composée du premier et du second Element ? (a)
Enfin, quel est ce corps étrangerqui pousse la matiere subtile , qu'on donne pour
troisiéme cause de la fermentation , et
qu'onsuppose plus puissant que cette mariere subtile ? J'avoue que je ne le con →
pas , et que tout cela n'est pas assez
clair et intelligible , pour me faire changer de sentiment.
nois
Je n'ai rien à dire sur la premiere Par
tic de la troisiéme Refléxion , puisqu'elle
ne sert qu'à justifier qu'il s'éleve dans
Fair des vapeurs et des exhalaisons dont
(a) Regis. Syst. de Philos. Tom. I. Part 2.
Chap. 9.
rout
424 MERCURE DE FRANCE
tout le monde convient , ce qui fait l'es
sentiel de mon Explication . Il s'agit seulement de répondre à la conclusion tirée de cette Refléxion ; sçavoir , que les
parties qui composent les vapeurs sont
trop fines pour être poreuses et pour pou,
voir parconsequent contenir de l'air. A
quoi je dirai d'abord , qu'elles ne sont
pas toûjours si fines qu'on se l'imagine ¿
puisque les parties terrestres qui s'élevent
avec les vapeurs , sont si sensibles , que
retombant avec la pluye , elles déposent
dans les Réservoirs un veritable limon
Chambon , dans ses Principes de Physique , dit qu'en Pologne on voit souvent,
pendant l'hyver le Nitre qui a été enlevé.
avec les vapeurs , tomber en forme de
nege. La même chose est aussi quelquefois arrivée à l'égard du Souffre. Wormius a donné la Relation d'une pluye
qui tomba à Copenhague le 16. May,
1646. laquelle outre l'odeur du Souffre
dont elle infectoit tout le monde , laissa..
sur la terre tant de poudre sulphureuse
qu'on la pouvoit aisément ramasser ; ce
qui démontre que les parties des corps
terrestres qui s'élevent dans l'air avec les
Vapeurs , ne sont pas toujours si fines
qu'on peut s'imaginer..
Enfin , si fines qu'elles puissent être
MARS. 17322 425
elles
pas
il faut néanmoins qu'elles soient toûjours
poreuses, car si elles ne l'étoient pas,
seroient alors exactement compactes et
solides; dans ce cas , selon les loix cons
tantes de la pesanteur respective des corps
solides et des liquides , leur petit volume
l'emporteroit de force , à raison de sa
grande solidité, sur un égal volume de l'air
qui est très- fluide ; ainsi l'air n'auroit
assez de force pour les enlever de la terre,
et beaucoup moins encore pour les soutenir su penduës dans sa masse ; comme
un morceau de bois très dur et très solide ne peut pas aisément s'élever dans
l'eau et y nâger , ainsi que fait sans peine
un morceau de liege très- poreux , quoi.
qu'il soit d'un volume égal à celui de ce
bois dur.
Or comme les particules terrestres qui '
s'élevent avec les vapeurs et qui retombent avec la pluye , ne sont pas si excessivement fines , puisqu'elles forment
un limon sensible , rien n'empêche que
leurs pores étant plus ouverts , ils ne
puissent contenir de l'air ; la facilité qu'elles ont à s'y élever et à s'y soutenir aussi
aisément qu'elles font , est une preuve,
non seulement qu'elles sont poreuses ,
mais que penetrées de l'air , il les soutient d'autant plus aisément , que son
poids
426 MERCURE DE FRANCE
poids est plus puissant que le leur.-
J'espere qu'après tous ces éclaircissemens , M. Laloüat de Soulaines sera satisfait , au moins doit-il demeurer persuadé que je n'ai rien négligé pour lui
donner des marques de ma bonne volonté à son égard; et que je suis et serai tou
jours plein d'estime pour sa capacité et
pour son mérite.
France , du mois de Novembre 1731.
L faudroit être d'un génie bien singulier , si je me refusois à ce que M. Lalouat de Soulaines désire de moi ; sçavoir,
que je dissipe les doutes et les scrupules
Philosophiques, que mon explication de
l'Akousmate d'Ansacq a jettés dans son
esprit. Un concurrent qui en agit avec
tant d'honnêteté et de politesse , mérite
qu'on ne néglige rien pour le satisfaire.
,
J'aurai d'abord l'honneur de lui dire ,
par rapport à sa premiere observation
qu'il n'a pas lieu d'être embarassé sur ce
quej'ai dit qu'il y avoit des fermentations
froides
A
“
MARS. 1732 417
froides , s'il souhaite de s'en convaincre
il peut voir dans le Livre des Expériences Physiques , que M. Poliniere a donné
au public, la 77 Experience , où il rapporte , qu'en mettant dans l'Esprit de Vitriol du Sel armoniac , si l'on y plonge la
Boule d'un Thermométre , pendant que
ces deux choses fermentent , l'Esprit de
vin descend au même instant considérablement , ce qui est une preuve incontestable qu'il y a des Fermentations froides.
Le même Auteur en donne l'explication ,
et il dit peu après , qu'il y a long-temps
qu'on a remarqué ces Fermentations froides. On les a , ajoute- t-il , souvent regardées comme contraires à l'opinion commune, qui est , que la chaleur consiste
dans le mouvement.
Enfin, pour parler plus précisément ,
par rapport à mon systême , énoncé dans
mon Explication ; je dis , avec un Auteur
moderne , que je reconnois , ainsi que je
l'ai exposé , deux sortes de fermentations;
sçavoir , celles que j'appelle chaudes , et
qui se fontavec une chaleur sensible, telle
que celle qui me pensa autrefois brûler
les doigts , pour avoir jetté quelques
clouds de fer dans une Phiole de verre ou
j'avois mis de l'Eau-forte , et que je tenois
dans ma main & et d'autres fermentations
A iiij froides
418 MERCURE DE FRANCE
froides , c'est à-dire , qui se font sans cha
leur sensible , telle que celle du Vinaigre,
avec le Corail , les Coquillages et sembla
Bles Alcalis. C'est sur ces principes , que
j'ai attribué à la premiere sorte de fermentation, formée dans un nuage , la cause du Tonnerre ; et à la seconde , formée
aussi dans un nuage , la cause des bruits
qu'on entend quelquefois dans l'air.
En ce qui touche sa seconde Observation , j'ai dit, et je le dis encore, avec tous
les Physiciens de nos jours , que la matie
re subtile par son mouvement tourbillonant , agitant continuellement les parties
essentielles des liquides , et en mêmetemps celles qui s'y trouvent quelquefois
mélangées , quoiqu'éthérogenes , est la
seule cause de leur fluidité, et par occasion,
celle des fermentations qui se font dans
ces liquides, par le mélange de ces parties
hétérogenes qui peuvent s'y trouver. S'il
étoit vrai , comme le dit M. Laloüat de
Soulaines , que les parties des fluides fussent longues,contigues , couchées les unes
sur les autres , la matiere subtile n'ayant
qu'un libre passage entre chaque partie ,
et que ces parties n'eussent pointde pores,
comme il le veut; il s'ensuivroit , qu'à
raison de leur contiguité , étant d'ailleurs
couchées les unes sur les autres , loin de
former
MARS: 1732. 419
former des corps liquides par leur tours
billonement continuel , elles en forme
roient de solides , puisqu'elles seroient
dans le repos ; et faute d'avoir des pores ,
pour laisser passer librement la matiere
éthérée qui produit la lumiere , elles ren- droient tous les corps liquides opaques.
Je crois que M.Lalouat comprend bien
que quand j'ai parlé de la fermentation
froide du Vin et du Cidre , et que pour
l'expliquer j'ai dit , que la matiere subtile
fait seule la liquidité des fluides , et que
j'ai ajouté , qu'agitant continuellement
leurs parties grossieres et tartareuses , &c.
je n'entendois parler que du Vin et du
Cidre , desquels seuls j'expliquois la fer
mentation , et non des liquides en general , tels qu'ils peuvent être dans leur pureté essentielle. Il faut avouer qu'il s'est
glissé une faute de Copisté dans cet endroit , et qu'il devoit y avoir de ces finides , et non simplement des fluides ; mais
la chose se trouve réparée huit lignes
plus bas , où je conclus que c'est l'action
de ces parties fines contre les grossieres
qui cause la fermentation de ces liquides ,
sçavoir, du Vin et du Cidre , dont il étoit
uniquement question . -
9
Je suis surpris , que quand je dis que
les vapeurs emportent avec elles , dans
Av Pair
420 MERCURE DE FRANCE
:
Pair , quantité de parties simplementterestres , qui contiennent aussi de l'air , et
quantité d'autres , purement salines cela
ait jetté de la confusion à son égard , sur la
nature des vapeurs et de l'air car il expli
que lui- même dans sa troisième et derniere Reflexion , comment les vapeurs et
les exhalaisons s'élevent dans l'air , et je
ne crois pas qu'il ignore , qu'on entend
par vapeurs les parties aqueuses qui s'élevent dans l'air , et par les exhalaisons , les
parties terrestres qui s'y élevent de même,
soit qu'elles soient simplement terrestres
ou salines , ou sulphureuses. Je ne dis
donc que ce que tout le monde sçait , et
qu'il n'ignore pas lui- même ; car pour la
nature de l'air , j'en pense comme tous les
Physicions modernes, ainsi je ne vois pas ,
ce qui dans mes paroles , a pu jetter de la confusion , si ce n'est ce que je dis , que
les parties terrestres qui sont enlevées ,
avec les vapeurs , contiennent de l'air , et .
c'est surquoi je m'expliquerai , en répon- dant à sa troisiéme Reflexion.
Après ce que je viens d'exposer pour
servir de premier éclaircissement aux
doutes de M. Lalotat , je vais répondre
à sa premiere Refléxion , et je dis , que la
premiere consequence qu'il tire de l'idée
que je donne de la fermentation , n'est
pas
MARS. 1732. 421
pas juste ; car quoique je dise qu'il y a
des fermentations froides dans les liquides , comme je l'ai prouvé , je n'ai jamais
dit que cela arrivât quand ces liquides
étoient dans la pureté qui leur est essen❤
tielle , comme lorsque l'eau et l'air song
parfaitement purs ; mais bien quand il s'y
trouve des corps étrangers , qui mettent
obstacle au mouvement naturel et ordi
naire que la matiere subtile entretient
dans ces liquides , pour former leur li
quidité. Les liquides ne peuvent dond
pas fermenter toujours ni en toute saison;
puisqu'il n'y a pas toujours en eux des
corps qui mettent obstacle au libre mou
vement de la matiere subtile. Je n'ai garde de penser que la fermentation soit
occasionnée la matiere subtile , com- par
me il paroît me l'attribuer. Je sçai bien
que son mouvement est continuel ; j'ai
dit seulement que ce qui occasionnoit la
fermentation des liquides , tels que le vin
et le Cidre, c'étoient les parties grossieres
et tartareuses , qui, dans ces liquides ,
mettoient par occasion un obstacle au
mouvement de la matiere subtile.
Comment M. de Soulaines entend- il
que si dans les fermentations froides des
liquides , l'effet de la matiere subtile étoit
de pousser les parties les plus fines dans
A vj les
422 MERCURE DE FRANCE
les pores des plus grossieres , il s'en ensuivroit une condensation ou diminution
de volume ? Peut- il ignorer que la fe
mentation ne se fait que pourbriser , dissoudre , subtiliser et éloigner les parties
grossieres des liquides qui mettent obsta
cle au mouvement de la matiere subtile ?
Parconsequent , si les fines sont poussées
dans les pores des plus grossieres , ce n'est
pas pour y rester, mais pour les diviser
et les rompre , comme un coin qu'on enfonce violemment dans du bois l'ouvre
et le divise , la fermentation des liquides
n'y peut donc causer ni condensation
ni diminution de volume.
Pour répondre à la seconde Refléxion ,
je dis qu'elle me paroît fort inutile 3 premierement , parce que les trois inconveniens qu'il croyoit s'ensuivre de mon Systême , de la fermentation des liquides, ne
subsiste pas , comme je viens de le fairevoir. Secondement , parce que les trois
causes qu'il apporte de cette fermentation, n'ont rien de vrai-semblable qu'en
ce qui a quelque rapport à ce que j'en'
ai dit, conjointement avec tous les Physiciens modernes.
Car dans la fermentation ce n'est pas
la matiere subtile , comme il le prétend,
qui augmente son mouvement ,
il est
toujours
&
MAR S. 1732 423
toujours le même ; mais rencontrant des
obstacles dans son mouvement , c'est alors
qu'elle pousse , agite , brise , chasse ces
corps qui lui résistent , et voilà ce qui
cause le trouble qui se fait dans les li
quides pendant les fermentations. Pourquoi y chercher des parties grasses et enz trelassées ? Se trouve- til des parties gras
ses dans le vinaigre qui fermente avec le
Corail , les yeux d'Ecrevisses et sembla
bles Alcalis? Que signifie cette augmen
tation de force que prend la matiere sub
tile lorsqu'elle frappe les Globules du
second Element ? Selon tous les Cartésiens , n'est-elle pas elle- même composée du premier et du second Element ? (a)
Enfin, quel est ce corps étrangerqui pousse la matiere subtile , qu'on donne pour
troisiéme cause de la fermentation , et
qu'onsuppose plus puissant que cette mariere subtile ? J'avoue que je ne le con →
pas , et que tout cela n'est pas assez
clair et intelligible , pour me faire changer de sentiment.
nois
Je n'ai rien à dire sur la premiere Par
tic de la troisiéme Refléxion , puisqu'elle
ne sert qu'à justifier qu'il s'éleve dans
Fair des vapeurs et des exhalaisons dont
(a) Regis. Syst. de Philos. Tom. I. Part 2.
Chap. 9.
rout
424 MERCURE DE FRANCE
tout le monde convient , ce qui fait l'es
sentiel de mon Explication . Il s'agit seulement de répondre à la conclusion tirée de cette Refléxion ; sçavoir , que les
parties qui composent les vapeurs sont
trop fines pour être poreuses et pour pou,
voir parconsequent contenir de l'air. A
quoi je dirai d'abord , qu'elles ne sont
pas toûjours si fines qu'on se l'imagine ¿
puisque les parties terrestres qui s'élevent
avec les vapeurs , sont si sensibles , que
retombant avec la pluye , elles déposent
dans les Réservoirs un veritable limon
Chambon , dans ses Principes de Physique , dit qu'en Pologne on voit souvent,
pendant l'hyver le Nitre qui a été enlevé.
avec les vapeurs , tomber en forme de
nege. La même chose est aussi quelquefois arrivée à l'égard du Souffre. Wormius a donné la Relation d'une pluye
qui tomba à Copenhague le 16. May,
1646. laquelle outre l'odeur du Souffre
dont elle infectoit tout le monde , laissa..
sur la terre tant de poudre sulphureuse
qu'on la pouvoit aisément ramasser ; ce
qui démontre que les parties des corps
terrestres qui s'élevent dans l'air avec les
Vapeurs , ne sont pas toujours si fines
qu'on peut s'imaginer..
Enfin , si fines qu'elles puissent être
MARS. 17322 425
elles
pas
il faut néanmoins qu'elles soient toûjours
poreuses, car si elles ne l'étoient pas,
seroient alors exactement compactes et
solides; dans ce cas , selon les loix cons
tantes de la pesanteur respective des corps
solides et des liquides , leur petit volume
l'emporteroit de force , à raison de sa
grande solidité, sur un égal volume de l'air
qui est très- fluide ; ainsi l'air n'auroit
assez de force pour les enlever de la terre,
et beaucoup moins encore pour les soutenir su penduës dans sa masse ; comme
un morceau de bois très dur et très solide ne peut pas aisément s'élever dans
l'eau et y nâger , ainsi que fait sans peine
un morceau de liege très- poreux , quoi.
qu'il soit d'un volume égal à celui de ce
bois dur.
Or comme les particules terrestres qui '
s'élevent avec les vapeurs et qui retombent avec la pluye , ne sont pas si excessivement fines , puisqu'elles forment
un limon sensible , rien n'empêche que
leurs pores étant plus ouverts , ils ne
puissent contenir de l'air ; la facilité qu'elles ont à s'y élever et à s'y soutenir aussi
aisément qu'elles font , est une preuve,
non seulement qu'elles sont poreuses ,
mais que penetrées de l'air , il les soutient d'autant plus aisément , que son
poids
426 MERCURE DE FRANCE
poids est plus puissant que le leur.-
J'espere qu'après tous ces éclaircissemens , M. Laloüat de Soulaines sera satisfait , au moins doit-il demeurer persuadé que je n'ai rien négligé pour lui
donner des marques de ma bonne volonté à son égard; et que je suis et serai tou
jours plein d'estime pour sa capacité et
pour son mérite.
Fermer
Résumé : RÉPONSE aux Réflexions de M. Laloüat de Soulaines, Avocat au Parlement de Paris, sur l'Explication Physique que M. Capperon a donnée de l'Akousmate d'Ansacq, dans le Mercure de France, du mois de Novembre 1731.
Le texte est une réponse de M. Capperon aux réflexions de M. Lalouat de Soulaines concernant l'explication physique de l'Akousmate d'Ansacq, publiée dans le Mercure de France en novembre 1731. Capperon reconnaît l'honnêteté et la politesse de Soulaines et accepte de dissiper les doutes philosophiques soulevés. Capperon commence par aborder la question des fermentations froides, qu'il justifie en se référant à des expériences décrites par M. Poliniere. Il distingue deux types de fermentations : les fermentations chaudes, accompagnées de chaleur sensible, et les fermentations froides, sans chaleur sensible, comme celles du vinaigre avec le corail ou les coquillages. Il attribue au premier type la cause du tonnerre et au second, les bruits dans l'air. Ensuite, Capperon discute de la matière subtile et son rôle dans la fluidité des liquides et les fermentations. Il réfute l'idée que les parties des fluides soient longues et contiguës, ce qui empêcherait leur fluidité et les rendrait opaques. Il précise que ses explications sur la fermentation du vin et du cidre ne concernent pas les liquides en général mais ces liquides spécifiques. Capperon s'étonne que Soulaines ait été confus par sa description des vapeurs et de l'air, soulignant que les vapeurs contiennent des parties terrestres et salines. Il explique que les particules terrestres, bien que fines, sont poreuses et peuvent contenir de l'air, ce qui leur permet de s'élever et de se maintenir dans l'atmosphère. Enfin, Capperon espère que ces éclaircissements satisferont Soulaines et réaffirme son estime pour sa capacité et son mérite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 661-671
EXPLICATION Physico-Mathematique du Principe des Machines. Par L.P.C.J.
Début :
Deux Corps égaux ou inégaux, suspendus aux deux extrémitez d'un [...]
Mots clefs :
Corps, Mouvement, Force, Sensible, Mécanismes, Principe des Machines, Géomètres, Physiciens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION Physico-Mathematique du Principe des Machines. Par L.P.C.J.
EXPLICATIONPhysico-Mathematique
du Principe des Machines. Par L.P.C.J.
Dpendus aux deux extrémitez d'un
Eux Corps égaux ou inégaux , susLevier , ou d'un Bâton ou d'une Barre de
fer , lequel Levier de fer ou de bois ap
puyé
-662 MERCURE DE FRANCE
puyé sur un Pivot aigu , fixe et inébranlable , qui partage sa longueur en raison
réciproque des deux poids ; ces deux Corps
sont en équilibre et restent en repos ; aucun des deux ne pouvant descendre
parce qu'aucun ne peut prévaloir à lautre , à cause de l'égalité absolue de leurs
forces relatives. Voilà le fait et tout l'état de la question présente.
Or cette égalité de forces relatives ,
fondée sur la réciprocité des Corps et de
leur distance du point fixe , Descartes et
les Cartesiens , l'établissent sur ce que ,
que?
si ces Corps venoient à se remuer , leurs
mouvemens seroient égaux , les espaces.
parcourus ou les vitesses compensant les
masses , parce que la disposition de la
Machine détermine à un mouvement circulaire, d'autant plus grand que le Rayon
est plus long
C'est là une raison mathématique, tout
à- fait géometrique et abstraite , et mềme de la plus basse espece , et de celles
qui convainquant l'esprit sans l'éclairer ,
sans même le persuader , s'appell nt des
Réductions à l'absurde. Car si vous alliez
prétendre que ces Corps. devroient se remuer , on calculeroit leur mouvement
et leur force , et les trouvant absolument
égaux, on concluroit qu'une force égale
à
AVRIL 1732. 603
2 donc prévalu à une force égale ; ce qui
est absurde.
Les Géometres peuvent donc s'en contenter comme d'une démonstration qui¨
constate le fait ; mais les Physiciens venlent et demandent depuis long-temps une
raison qui l'explique. Il est bien question en
effet de la force qu'auroient ces Corps s'ils
venoient à se remuer. Ils ne se remuënt
pas et sont pourtant en équilibre ; il s'agit
de la force qu'ils ont actuellement et à
tous les instans pour s'y maintenir.
Descartes n'avoit garde d'aller plus loin.
Il étoit naturel d'expliquer cet équilibre
par l'effort actuel que font à chaque instant ces deux Corps pour descendre et se
surmonter. Mais ce celebre Philosophe ne
connoissoit point d'effort au mouvement
qui fut un mouvement actuel ; lui pourtant, qui par tout ailleurs , expliquoit tout
parle mouvement. Il est vrai qu'ici même
il recouroitau mouvement, mais à un mou--
vement possible et sensible , comme si les
mouvemens primitifs de la Nature , et
tout ce qui s'appelle forces méchaniques
et efforts , ne consistoient pas essentiellement dans des mouvemens secrets et
très-insensibles.
Les yeux ne vont pas là ; mais la rai
son , ou du moins le raisonnement y va
et
664 MERCURE DE FRANCE
et nous apprend que tout Corps pesant
étant toujours pesant , soit qu'il tombe
soit qu'il soit arrêté , soit qu'il soit forcé
même de monter , tend toûjours et fait
toûjours effort pour tomber , et a par
consequent toûjours un mouvement secret qui le sollicite à la chute , un mouvement naissant et sans cesse renaissant
àcoups redoublez , qui ne demande qu'à
se développer et à se changer en un mouvement continu , et par là sensible vers
le centre.
J'ai démontré ce mouvement secret des
Corps pesans dans mon Traité de Physique, imprimé à Paris , chez Cailleau. Et
il m'a parû que cette Démonstration avoit
passé sans contradiction ; et que tous
ceux , au moins dont j'ai eu occasion de
connoître les sentimens , l'avoient adop
tée. Il est temps de porter cela un peu
plus loin.
On la confond trop , ce me semble ,
pesanteur avec la chute ; et l'idée des Aneiens qui croyoient les Elemens quittes.
er exempts de pesanteur dans ce qu'ils
appelloient leurs Spheres propres ; l'Eau ,
par exemple , dans la Mer , l'Air dans
l'Atmosphere ; cette idée ne me paroît
que trop regner encore dans les esprits.
Je dois donc remarquer que la pesanteur
AVRIL. 1732. 665
teur est la cause , et que la chute n'est
qu'un effet ; qu'un Corps tombe parce
qu'il est pesant; mais que lors même qu'il ne tombe pas , il est toûjours pesant , et
que dans aucun instant il ne cesse de l'ê
tre. C'est-là ce qu'il faut bien sentir.
En quelque temps que vous tâchiez à
soulever un Corps pesant , vous le trouvez pesant , il vous résiste de toute sa
force, et il vous faut toute la vôtre pour
en venir à bout. Portez- le quelque temps
entre vos bras ou sur vos épaules , peuà peu il vous devient tout à fait insupportable et vous force à lâcher prise. Si
vous le suspendez à un fil , à une corde,
dès le moment que vous tranchez le fil,
il tombe , il n'attend pas vos ordres pour
cela , il tire , il tiraille le fil ou la corde ,
et après en avoir surmonté peu à peu le
tissu et rompu en détail tous les fila
mens , il la rompt tout- à- fait et tombe lourdement.
S'il est posé sur la terre, avec le temps
il l'enfonce et s'y enterre ; et si tout d'un
coup vous sappez sous lui cette terre qui
le porte, tout du même coup il tombe
plus bas , et toûjours aussi bas qu'il le
peut. Si vous coupez cette terre en plan
incliné, de quelque côté que vous fassiez
la pente, il y roule et gagne l'endroit
le plus bas.
666 MERCURE DE FRANCE
L'Eau même la plus immobile et la
plus croupissante , va couler tout de suite
si vous lui ouvrez une rigole en pente
à côté de son Båssin. Toutes les Rivieres
coulent et la Mer même a des Courans
et des Goufres soûterrains qui l'appel
lent d'abîme en abîme vers le centre
de la terre. Il est vrai que les abîmes n'étant pas infinis , l'eau ne tombe toûjours
que parce qu'elle remonte aussi toûjours
par d'autres conduits soûterrains dans
les Sources d'où elle recommence à con
ler vers le centre. Mais c'est qu'il y a
dans le corps de la Terre , comme dans
nos corps,un Principe de circulation qui,
sans ôter à l'eau la pesanteur , l'entretient/
dans une perpetuelle mobilité. Tout cela
est établi dans le Traité déja cité.
L'Air même , qu'on ne s'y trompe pas,
ne demande qu'à couler et à tomber : à
mesure qu'on creuse dans la terre , il y
entre et remplit les plus petites excavations. Dès que l'eau ou tout autre corps
quitte une place, l'Air la prend aussi- tôt.
Nous sentons nous-mêmes assez le
poids des Corps toûjours subsistant , toû
jours agissant. Nos jambes se lassent de
nous porter. Notre col , nos épaules pliroient sous notre tête , si elle n'avoit ses
momens de repos. Et puis il faut bien- tôt
οὐ κ
1
AVRIL. -1732. 1 667
ou tard , que l'affaissement de nos membres devenant general , nous rentrions
dans la poussiere , d'où un soufle de vie
qui s'exhale , nous avoit fait sortir. Tout
le monde sçait tout cela , je le crois.
Tous les Corps font donc un effort et
ont une tendance continuelle vers le centre. Cette tendance étoit la qualité occulte de nos Anciens. Ils la concevoient
comme un appétit et presque comme une
volonté naturelle de se réunir à leur centre. Descartes a fort bien remarqué que
la matiere pure n'avoit point de ces
sortes d'appétits et de volontez. Mais cette
tendance et cet effort étant pourtant- quelque chose de réel et de toûjours subsistant , il auroit dû , en supprimant une
mauvaise façon de les expliquer , y sub2
stituer un mouvement secret et insensible , qui est la seule façon dont un Corps
peut tendre et faire effort. M. de Leibnis
y reconnoissoit uneforce morte.
Mais il n'y a point ici de mort , et l'effort que les Corps font pour regagner
leur centre , est toûjours , sinon vivant ,
du moins très- vif et très- animé , et mê
me très- sensible , au moins dans ses effats.
: J'ai expliqué cet effort méchanique
dans l'Ouvrage en question , et j'ai fair voir
68 MERCURE DE FRANCE
voir qu'il consistoit dans un mouvement
non continu , parce qu'il est empêché ;
mais continuel et sans cesse redoublé
de vibration , de battement , d'oscillation
qui est le vrai mouvement primigénie de
la pesanteur , et l'unique cause tout- àfait primitive de la chute des Corps qui ont la liberté de tomber.
Pour rendre même ce Principe plus
sensible , j'ai fait voir que c'étoit le Principe general de la Nature , l'agent primitif de tous les Méchanismes , et que.
tout se faisoit dans l'Univers par l'impression d'un mouvement secret de vibration , tous les Corps étant buttez les
uns contre les autres, et faisant des efforts
et des contr'efforts continuels , d'où résultoit l'équilibre general.
Descartes se bornoit trop à son Principe de simple impulsion , qui étoit pourtant un beau Principe ou un demi Principe. Car point d'impulsion sans Répulsion. A bien prendre même les choses ,
l'impulsion n'est qu'un Principe secondaire et un effet sensible , un Phénomene
de la Répulsion.
Cui , tout ce que j'appelle cause Physique , cffort méchanique , action naturelle , est dû à la répulsion , au repoussement , et consiste formellement dans.
8
un
AVRIL: 17320 669
peu
un mouvement de vibration, vif, prompt,
étendu et sans cesse redoublé.
Nous pouvons sans sortir de nous-mêmes , nous en appercevoir avec un peu
d'attention. Nous ne sçaurions rien pousser , non pas même notre corps , notre
bras , notre jambe en avant , si nous ne
repoussons en même-temps en arriere
quelque chose de fixe et d'immobile qui
nous repousse en avant.
Par exemple , en marchant , nous repoussons le terrain , et il faut que ce terrain soutienne le repoussement et nous
le rende pour que nous avancions. Un
sable mouvant qui nous cede en partie ,
une terre labourée nous épuisent bientôt. Un pavé glissant qui ne nous oppose aucune inégalité pour soutenir l'effort de nos pieds , nous laisse tomber.
Nous ne sçaurions marcher sur l'eau.
Je ne me lasse point d'inculquer ce
Principe , sans lequel je ne connois point
de vraye Physique. Un Oiseau qui vole
ne vole en avant qu'en repoussant l'Air
avec ses aîles en arriere. Celui qui nâge
repousse l'eau avec ses bras , la Rame re.
pousse aussi l'eau ou le terrain. Et le vent
qui fait voguer un Vaisseau , quoiqu'il
semble n'avoir qu'un simple mouvement
d'impulsion directe , doit dans son origine
670 MERCURE DE FRANCE
-
rigine , avoir un Principe de répulsion ,
un point d'appui fixe qui l'empêche de
rétrograder. Et c'est par là que je crois
être en état de démontrer que tous les
vents prennent leur origine dans l'interieur même de la Terre et dans la réaction même du centre , qui est comme un
ressort toûjours bandé qui se débande du
côté où il trouve le moins de résistance.
Cela soit dit en passant.
Voyez deux hommes d'égale force buttez l'un contre l'autre , et qui font effort.
pour se culbuter. On les voit , après s'ê→
tre roidis par les jambes contre le terrain , "
agitez de vibrations assez sensibles , se
pousser et se repousser , avancer et reculer , ceder et reprendre le dessus avec
une alternative , qui seule maintient l'équilibre.
Voilà l'état précis de deux Corps plaecz en équilibre aux deux extrémitez
d'un Levier , partagé par le point fixe
mitoyen , en raison réciproque de leurs
pesanteurs. Toûjours pesant , toûjours faiSant effort pour se surmonter ou pour
rompre le Levier qui les arrête , ils sont
agitez d'un mouvement actuel de batrement ou de vibration qui fait leur force
actuelle et leur équilibre actuel.
Car cette force est égale de part et
d'autre
AVRIL 1732 678
d'autre, parce que le mouvement est égal.
Or, il est égal , parce qu'il est proportionné à la longueur des Leviers , tout
comme le mouvement sensible auquel
les Cartésiens ont recours et auquel il est,
je pense , démontré désormais qu'on n'a
nul besoin de recourir.
Tous les équilibres de l'Univers se font
par là , et il n'y a nul autre Principe Physique de tous les Méchanismes , soit naturels , soit artificiels. Toute puissance
appliquée à un Levier ou à toute autre
Machine , agit par les efforts qu'elle fait
à chaque instant , et tout effort agit par
secousses et par vibrations. Qu'on se rende tant soit peu attentif à l'effet de ses
propres mains et de ses bras , lorsqu'on
en fait , on y sentira , on y verra ces secousses et une espece de tremoussement ,
d'ébranlement vif et redoublé. J'avertirai même, en finissant, que lorsqu'on voudra se donner dans ce cas un peu plus
de force , on n'a qu'à donner à son bras,
à ses pieds , à son corps un pareil tremblement encore plus sensible et plus
prompt , cela aide tout- à- fait , et c'est la
Nature même qui nous indique ce secret,
qui est son secret.
du Principe des Machines. Par L.P.C.J.
Dpendus aux deux extrémitez d'un
Eux Corps égaux ou inégaux , susLevier , ou d'un Bâton ou d'une Barre de
fer , lequel Levier de fer ou de bois ap
puyé
-662 MERCURE DE FRANCE
puyé sur un Pivot aigu , fixe et inébranlable , qui partage sa longueur en raison
réciproque des deux poids ; ces deux Corps
sont en équilibre et restent en repos ; aucun des deux ne pouvant descendre
parce qu'aucun ne peut prévaloir à lautre , à cause de l'égalité absolue de leurs
forces relatives. Voilà le fait et tout l'état de la question présente.
Or cette égalité de forces relatives ,
fondée sur la réciprocité des Corps et de
leur distance du point fixe , Descartes et
les Cartesiens , l'établissent sur ce que ,
que?
si ces Corps venoient à se remuer , leurs
mouvemens seroient égaux , les espaces.
parcourus ou les vitesses compensant les
masses , parce que la disposition de la
Machine détermine à un mouvement circulaire, d'autant plus grand que le Rayon
est plus long
C'est là une raison mathématique, tout
à- fait géometrique et abstraite , et mềme de la plus basse espece , et de celles
qui convainquant l'esprit sans l'éclairer ,
sans même le persuader , s'appell nt des
Réductions à l'absurde. Car si vous alliez
prétendre que ces Corps. devroient se remuer , on calculeroit leur mouvement
et leur force , et les trouvant absolument
égaux, on concluroit qu'une force égale
à
AVRIL 1732. 603
2 donc prévalu à une force égale ; ce qui
est absurde.
Les Géometres peuvent donc s'en contenter comme d'une démonstration qui¨
constate le fait ; mais les Physiciens venlent et demandent depuis long-temps une
raison qui l'explique. Il est bien question en
effet de la force qu'auroient ces Corps s'ils
venoient à se remuer. Ils ne se remuënt
pas et sont pourtant en équilibre ; il s'agit
de la force qu'ils ont actuellement et à
tous les instans pour s'y maintenir.
Descartes n'avoit garde d'aller plus loin.
Il étoit naturel d'expliquer cet équilibre
par l'effort actuel que font à chaque instant ces deux Corps pour descendre et se
surmonter. Mais ce celebre Philosophe ne
connoissoit point d'effort au mouvement
qui fut un mouvement actuel ; lui pourtant, qui par tout ailleurs , expliquoit tout
parle mouvement. Il est vrai qu'ici même
il recouroitau mouvement, mais à un mou--
vement possible et sensible , comme si les
mouvemens primitifs de la Nature , et
tout ce qui s'appelle forces méchaniques
et efforts , ne consistoient pas essentiellement dans des mouvemens secrets et
très-insensibles.
Les yeux ne vont pas là ; mais la rai
son , ou du moins le raisonnement y va
et
664 MERCURE DE FRANCE
et nous apprend que tout Corps pesant
étant toujours pesant , soit qu'il tombe
soit qu'il soit arrêté , soit qu'il soit forcé
même de monter , tend toûjours et fait
toûjours effort pour tomber , et a par
consequent toûjours un mouvement secret qui le sollicite à la chute , un mouvement naissant et sans cesse renaissant
àcoups redoublez , qui ne demande qu'à
se développer et à se changer en un mouvement continu , et par là sensible vers
le centre.
J'ai démontré ce mouvement secret des
Corps pesans dans mon Traité de Physique, imprimé à Paris , chez Cailleau. Et
il m'a parû que cette Démonstration avoit
passé sans contradiction ; et que tous
ceux , au moins dont j'ai eu occasion de
connoître les sentimens , l'avoient adop
tée. Il est temps de porter cela un peu
plus loin.
On la confond trop , ce me semble ,
pesanteur avec la chute ; et l'idée des Aneiens qui croyoient les Elemens quittes.
er exempts de pesanteur dans ce qu'ils
appelloient leurs Spheres propres ; l'Eau ,
par exemple , dans la Mer , l'Air dans
l'Atmosphere ; cette idée ne me paroît
que trop regner encore dans les esprits.
Je dois donc remarquer que la pesanteur
AVRIL. 1732. 665
teur est la cause , et que la chute n'est
qu'un effet ; qu'un Corps tombe parce
qu'il est pesant; mais que lors même qu'il ne tombe pas , il est toûjours pesant , et
que dans aucun instant il ne cesse de l'ê
tre. C'est-là ce qu'il faut bien sentir.
En quelque temps que vous tâchiez à
soulever un Corps pesant , vous le trouvez pesant , il vous résiste de toute sa
force, et il vous faut toute la vôtre pour
en venir à bout. Portez- le quelque temps
entre vos bras ou sur vos épaules , peuà peu il vous devient tout à fait insupportable et vous force à lâcher prise. Si
vous le suspendez à un fil , à une corde,
dès le moment que vous tranchez le fil,
il tombe , il n'attend pas vos ordres pour
cela , il tire , il tiraille le fil ou la corde ,
et après en avoir surmonté peu à peu le
tissu et rompu en détail tous les fila
mens , il la rompt tout- à- fait et tombe lourdement.
S'il est posé sur la terre, avec le temps
il l'enfonce et s'y enterre ; et si tout d'un
coup vous sappez sous lui cette terre qui
le porte, tout du même coup il tombe
plus bas , et toûjours aussi bas qu'il le
peut. Si vous coupez cette terre en plan
incliné, de quelque côté que vous fassiez
la pente, il y roule et gagne l'endroit
le plus bas.
666 MERCURE DE FRANCE
L'Eau même la plus immobile et la
plus croupissante , va couler tout de suite
si vous lui ouvrez une rigole en pente
à côté de son Båssin. Toutes les Rivieres
coulent et la Mer même a des Courans
et des Goufres soûterrains qui l'appel
lent d'abîme en abîme vers le centre
de la terre. Il est vrai que les abîmes n'étant pas infinis , l'eau ne tombe toûjours
que parce qu'elle remonte aussi toûjours
par d'autres conduits soûterrains dans
les Sources d'où elle recommence à con
ler vers le centre. Mais c'est qu'il y a
dans le corps de la Terre , comme dans
nos corps,un Principe de circulation qui,
sans ôter à l'eau la pesanteur , l'entretient/
dans une perpetuelle mobilité. Tout cela
est établi dans le Traité déja cité.
L'Air même , qu'on ne s'y trompe pas,
ne demande qu'à couler et à tomber : à
mesure qu'on creuse dans la terre , il y
entre et remplit les plus petites excavations. Dès que l'eau ou tout autre corps
quitte une place, l'Air la prend aussi- tôt.
Nous sentons nous-mêmes assez le
poids des Corps toûjours subsistant , toû
jours agissant. Nos jambes se lassent de
nous porter. Notre col , nos épaules pliroient sous notre tête , si elle n'avoit ses
momens de repos. Et puis il faut bien- tôt
οὐ κ
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AVRIL. -1732. 1 667
ou tard , que l'affaissement de nos membres devenant general , nous rentrions
dans la poussiere , d'où un soufle de vie
qui s'exhale , nous avoit fait sortir. Tout
le monde sçait tout cela , je le crois.
Tous les Corps font donc un effort et
ont une tendance continuelle vers le centre. Cette tendance étoit la qualité occulte de nos Anciens. Ils la concevoient
comme un appétit et presque comme une
volonté naturelle de se réunir à leur centre. Descartes a fort bien remarqué que
la matiere pure n'avoit point de ces
sortes d'appétits et de volontez. Mais cette
tendance et cet effort étant pourtant- quelque chose de réel et de toûjours subsistant , il auroit dû , en supprimant une
mauvaise façon de les expliquer , y sub2
stituer un mouvement secret et insensible , qui est la seule façon dont un Corps
peut tendre et faire effort. M. de Leibnis
y reconnoissoit uneforce morte.
Mais il n'y a point ici de mort , et l'effort que les Corps font pour regagner
leur centre , est toûjours , sinon vivant ,
du moins très- vif et très- animé , et mê
me très- sensible , au moins dans ses effats.
: J'ai expliqué cet effort méchanique
dans l'Ouvrage en question , et j'ai fair voir
68 MERCURE DE FRANCE
voir qu'il consistoit dans un mouvement
non continu , parce qu'il est empêché ;
mais continuel et sans cesse redoublé
de vibration , de battement , d'oscillation
qui est le vrai mouvement primigénie de
la pesanteur , et l'unique cause tout- àfait primitive de la chute des Corps qui ont la liberté de tomber.
Pour rendre même ce Principe plus
sensible , j'ai fait voir que c'étoit le Principe general de la Nature , l'agent primitif de tous les Méchanismes , et que.
tout se faisoit dans l'Univers par l'impression d'un mouvement secret de vibration , tous les Corps étant buttez les
uns contre les autres, et faisant des efforts
et des contr'efforts continuels , d'où résultoit l'équilibre general.
Descartes se bornoit trop à son Principe de simple impulsion , qui étoit pourtant un beau Principe ou un demi Principe. Car point d'impulsion sans Répulsion. A bien prendre même les choses ,
l'impulsion n'est qu'un Principe secondaire et un effet sensible , un Phénomene
de la Répulsion.
Cui , tout ce que j'appelle cause Physique , cffort méchanique , action naturelle , est dû à la répulsion , au repoussement , et consiste formellement dans.
8
un
AVRIL: 17320 669
peu
un mouvement de vibration, vif, prompt,
étendu et sans cesse redoublé.
Nous pouvons sans sortir de nous-mêmes , nous en appercevoir avec un peu
d'attention. Nous ne sçaurions rien pousser , non pas même notre corps , notre
bras , notre jambe en avant , si nous ne
repoussons en même-temps en arriere
quelque chose de fixe et d'immobile qui
nous repousse en avant.
Par exemple , en marchant , nous repoussons le terrain , et il faut que ce terrain soutienne le repoussement et nous
le rende pour que nous avancions. Un
sable mouvant qui nous cede en partie ,
une terre labourée nous épuisent bientôt. Un pavé glissant qui ne nous oppose aucune inégalité pour soutenir l'effort de nos pieds , nous laisse tomber.
Nous ne sçaurions marcher sur l'eau.
Je ne me lasse point d'inculquer ce
Principe , sans lequel je ne connois point
de vraye Physique. Un Oiseau qui vole
ne vole en avant qu'en repoussant l'Air
avec ses aîles en arriere. Celui qui nâge
repousse l'eau avec ses bras , la Rame re.
pousse aussi l'eau ou le terrain. Et le vent
qui fait voguer un Vaisseau , quoiqu'il
semble n'avoir qu'un simple mouvement
d'impulsion directe , doit dans son origine
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rigine , avoir un Principe de répulsion ,
un point d'appui fixe qui l'empêche de
rétrograder. Et c'est par là que je crois
être en état de démontrer que tous les
vents prennent leur origine dans l'interieur même de la Terre et dans la réaction même du centre , qui est comme un
ressort toûjours bandé qui se débande du
côté où il trouve le moins de résistance.
Cela soit dit en passant.
Voyez deux hommes d'égale force buttez l'un contre l'autre , et qui font effort.
pour se culbuter. On les voit , après s'ê→
tre roidis par les jambes contre le terrain , "
agitez de vibrations assez sensibles , se
pousser et se repousser , avancer et reculer , ceder et reprendre le dessus avec
une alternative , qui seule maintient l'équilibre.
Voilà l'état précis de deux Corps plaecz en équilibre aux deux extrémitez
d'un Levier , partagé par le point fixe
mitoyen , en raison réciproque de leurs
pesanteurs. Toûjours pesant , toûjours faiSant effort pour se surmonter ou pour
rompre le Levier qui les arrête , ils sont
agitez d'un mouvement actuel de batrement ou de vibration qui fait leur force
actuelle et leur équilibre actuel.
Car cette force est égale de part et
d'autre
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d'autre, parce que le mouvement est égal.
Or, il est égal , parce qu'il est proportionné à la longueur des Leviers , tout
comme le mouvement sensible auquel
les Cartésiens ont recours et auquel il est,
je pense , démontré désormais qu'on n'a
nul besoin de recourir.
Tous les équilibres de l'Univers se font
par là , et il n'y a nul autre Principe Physique de tous les Méchanismes , soit naturels , soit artificiels. Toute puissance
appliquée à un Levier ou à toute autre
Machine , agit par les efforts qu'elle fait
à chaque instant , et tout effort agit par
secousses et par vibrations. Qu'on se rende tant soit peu attentif à l'effet de ses
propres mains et de ses bras , lorsqu'on
en fait , on y sentira , on y verra ces secousses et une espece de tremoussement ,
d'ébranlement vif et redoublé. J'avertirai même, en finissant, que lorsqu'on voudra se donner dans ce cas un peu plus
de force , on n'a qu'à donner à son bras,
à ses pieds , à son corps un pareil tremblement encore plus sensible et plus
prompt , cela aide tout- à- fait , et c'est la
Nature même qui nous indique ce secret,
qui est son secret.
Fermer
Résumé : EXPLICATION Physico-Mathematique du Principe des Machines. Par L.P.C.J.
Le texte 'Explication Physico-Mathematique du Principe des Machines' traite du principe de l'équilibre des corps sur un levier. Lorsque deux corps, égaux ou inégaux, sont suspendus aux extrémités d'un levier appuyé sur un pivot fixe, ils sont en équilibre lorsque leurs forces relatives sont égales. Cette égalité repose sur la réciprocité des corps et de leur distance par rapport au point fixe. Les Cartésiens expliquent cet équilibre par des raisons mathématiques et géométriques, affirmant que si les corps se mettaient en mouvement, leurs mouvements seraient égaux, les espaces parcourus ou les vitesses compensant les masses. Cependant, les physiciens recherchent une explication plus profonde de la force actuelle des corps en équilibre. L'auteur critique Descartes pour ne pas avoir expliqué l'équilibre par l'effort actuel des corps. Il introduit l'idée d'un mouvement secret et insensible des corps pesants, qui tendent toujours à tomber, même lorsqu'ils sont arrêtés. Ce mouvement secret est décrit comme un effort continu et redoublé, essentiel pour maintenir l'équilibre. L'auteur distingue la pesanteur, cause de la chute, de la chute elle-même, qui en est l'effet. Il illustre cette tendance des corps à tomber par divers exemples, comme l'eau qui coule ou l'air qui remplit les espaces vides. Il conclut que tous les corps font un effort continu vers le centre, effort qui est la cause de l'équilibre. L'auteur critique également Descartes pour avoir négligé ce mouvement secret et insensible, et propose que l'impulsion est un effet secondaire de la répulsion. Il illustre ce principe par divers exemples, comme la marche, la nage ou le vol des oiseaux, montrant que tout mouvement implique une réaction de repoussement. Enfin, l'auteur affirme que l'équilibre des corps sur un levier est maintenu par des vibrations et des secousses, et que cette force est égale de part et d'autre car le mouvement est proportionné à la longueur des leviers. Il conclut que tous les équilibres de l'Univers se font par ces efforts continus et redoublés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13
p. 495-497
LETTRE de M. Renauld, Horloger, écrite de Châlons en Champagne, le 10 Février 1733. sur l'Horlogerie.
Début :
J'ai l'honneur de vous envoyer, Monsieur, un petit Memoire, concernant [...]
Mots clefs :
Répétition, Sonner, Réveil, Demie, Quarts, Heures, Mouvement, Frapper
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Renauld, Horloger, écrite de Châlons en Champagne, le 10 Février 1733. sur l'Horlogerie.
LETTRE de M. Renauld, Horloger ,
écrite de Châlons en Champagne , le so
Février 1733. sur l'Horlogerie.
J'A
'Ai l'honneur de vous envoyer , Mon
sieur , un petit Memoire , concernant
une abréviation dans des Ouvrages d'Horlogerie
, que je vous prie de faire inserer
dans le Mercure , qui est telle :
J'ai trouvé le moyen de faire faire l'ef
fet du Réveil à l'Angloise , à une Montre
à Répetition à doubles quarts , sans
aug496
MERCURE DE FRANCE
augmentation d'aucune Rouë ni Marteaux
; sinon d'un double Rocher , et
d'une Détente ; de sorte que le mouvement
ou ravage , et les Marteaux de la
Répétition servent pour le Reveil ; sans
neanmoins que l'effet de l'un puisse nuire
à l'autre , de façon que quand on auroit
disposé le Réveil le soir, pour sonner
le lendemain matin , on peut faire sonner
la Répetition la nuit , tant que l'on
veut.
Il se trouve plusieurs avantages dans
cette construction de Montre. Le premier
,eft que l'on a dans un même tems , la
Répetition et le Réveil , sans la rendre
plus pesante ; le second est que nonobstant
ces utilitez , la Machine n'en est pas
plus composée ; et qu'avec deux mouvemens
, qui sont celui qui fait marquer
les heures et celui de Répetition , on a
l'effet de trois.
Je fais aussi sonner à une Pendule , le
quart, la demie , les 3 et 4 quarts sur plusieurs
Timbres , et les heures ensuite sur
un autre ; le tout par le même mouvement
, en retranchant le troisiéme , que
l'on a coutume de mettre à celles qui
sonnent les quarts , au moïen de quoi je
diminue l'ouvrage presque d'un tiers.
Je fais , de plus , sonner la demie sur
deux
MARS. 1733. 497
deux Timbres , de même que la sonnent .
les Pendules à quarts , à celles qui ont
été construires pour ne frapper qu'un
coup; sans autre augmentation que d'une
levée d'un Marteau et d'un Timbre , qui
soit d'un ton plus haut que celui qui sert
pour les heures , sans que les coups de cette
demie puissent frapper en distance différente
, quand même on voudroit la
faire faire par l'Eguille.
Ceci est d'autant plus commode , que
lorsque l'on entend la nuit , frapper un
coup aux autres Pendules , on ne sçait si
c'est une heure après minuit , ou une
demie ; ce que l'on peut distinguer par
cette derniere façon.
Je ne crois pas que ces choses ayent jamais
paru , sur tout dans la maniere plus,
simple dont je les construis , n'en ayant
vû ,aucune de ce goût dans Paris ni ailleurs.
J'ai l'honneur d'être , &c .
Vous me ferez plaisir , Monsieur, de me
faire sçavoir le nom de la personne qui
cite sa demeure à Villeneuve- lez- Avignon
, dans le dernier Mercure , et qui
y a donné un Discours touchant l'impos
sibilité du Mouvement perpetuel , parce
que je lui communiquerai quelque
chose.
écrite de Châlons en Champagne , le so
Février 1733. sur l'Horlogerie.
J'A
'Ai l'honneur de vous envoyer , Mon
sieur , un petit Memoire , concernant
une abréviation dans des Ouvrages d'Horlogerie
, que je vous prie de faire inserer
dans le Mercure , qui est telle :
J'ai trouvé le moyen de faire faire l'ef
fet du Réveil à l'Angloise , à une Montre
à Répetition à doubles quarts , sans
aug496
MERCURE DE FRANCE
augmentation d'aucune Rouë ni Marteaux
; sinon d'un double Rocher , et
d'une Détente ; de sorte que le mouvement
ou ravage , et les Marteaux de la
Répétition servent pour le Reveil ; sans
neanmoins que l'effet de l'un puisse nuire
à l'autre , de façon que quand on auroit
disposé le Réveil le soir, pour sonner
le lendemain matin , on peut faire sonner
la Répetition la nuit , tant que l'on
veut.
Il se trouve plusieurs avantages dans
cette construction de Montre. Le premier
,eft que l'on a dans un même tems , la
Répetition et le Réveil , sans la rendre
plus pesante ; le second est que nonobstant
ces utilitez , la Machine n'en est pas
plus composée ; et qu'avec deux mouvemens
, qui sont celui qui fait marquer
les heures et celui de Répetition , on a
l'effet de trois.
Je fais aussi sonner à une Pendule , le
quart, la demie , les 3 et 4 quarts sur plusieurs
Timbres , et les heures ensuite sur
un autre ; le tout par le même mouvement
, en retranchant le troisiéme , que
l'on a coutume de mettre à celles qui
sonnent les quarts , au moïen de quoi je
diminue l'ouvrage presque d'un tiers.
Je fais , de plus , sonner la demie sur
deux
MARS. 1733. 497
deux Timbres , de même que la sonnent .
les Pendules à quarts , à celles qui ont
été construires pour ne frapper qu'un
coup; sans autre augmentation que d'une
levée d'un Marteau et d'un Timbre , qui
soit d'un ton plus haut que celui qui sert
pour les heures , sans que les coups de cette
demie puissent frapper en distance différente
, quand même on voudroit la
faire faire par l'Eguille.
Ceci est d'autant plus commode , que
lorsque l'on entend la nuit , frapper un
coup aux autres Pendules , on ne sçait si
c'est une heure après minuit , ou une
demie ; ce que l'on peut distinguer par
cette derniere façon.
Je ne crois pas que ces choses ayent jamais
paru , sur tout dans la maniere plus,
simple dont je les construis , n'en ayant
vû ,aucune de ce goût dans Paris ni ailleurs.
J'ai l'honneur d'être , &c .
Vous me ferez plaisir , Monsieur, de me
faire sçavoir le nom de la personne qui
cite sa demeure à Villeneuve- lez- Avignon
, dans le dernier Mercure , et qui
y a donné un Discours touchant l'impos
sibilité du Mouvement perpetuel , parce
que je lui communiquerai quelque
chose.
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Résumé : LETTRE de M. Renauld, Horloger, écrite de Châlons en Champagne, le 10 Février 1733. sur l'Horlogerie.
Dans une lettre du 5 février 1733, M. Renauld, horloger, décrit des innovations en horlogerie. Il présente une méthode pour intégrer le réveil à l'anglaise dans une montre à répétition à doubles quarts sans ajouter de roues ou de marteaux supplémentaires. Utilisant un double rochet et une détente, cette innovation permet d'utiliser les mêmes mécanismes pour la répétition et le réveil sans interférence, autorisant la programmation du réveil pour le matin sans empêcher l'utilisation de la répétition la nuit. Renauld souligne les avantages de cette construction, notamment la légèreté de la montre et l'efficacité de deux mouvements pour obtenir l'effet de trois. Il mentionne également ses améliorations sur les pendules, permettant de sonner les quarts, les demies, les trois quarts et les heures sur différents timbres avec le même mouvement, réduisant ainsi l'ouvrage d'environ un tiers. De plus, il modifie les pendules pour sonner la demie sur deux timbres, facilitant la distinction entre les heures et les demies la nuit. Renauld affirme que ces innovations n'ont jamais été vues auparavant, surtout dans la simplicité de leur construction. Il demande aussi des informations sur une personne ayant publié un discours sur l'impossibilité du mouvement perpétuel dans le dernier Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 1671-1674
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Clermont, en Auvergne, au sujet de l'Accident arrivé au mois de Juin dernier.
Début :
La Paroisse de Pardines, Election d'Yssoire, est située à une lieuë de la Ville d'Yssoire, [...]
Mots clefs :
Issoire, Terrain, Vallon, Terres, Terre, Coteau, Accident, Croûte, Maisons, Mouvement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Clermont, en Auvergne, au sujet de l'Accident arrivé au mois de Juin dernier.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Cler
mont , en Auvergne , au sujet de l'Acci-
.dent arrivé au mois de Juin dernier.
L
A Paroisse de Pardines , Election d'Yssoire ;
est située à une lieuë de la Ville d'Yssoire
sur le chemin de Clermont , presque au haut
dun Côteau rapide . Elle est séparée en deux
Villages ou Hameaux , éloignez l'un de l'autre
d'environ 200. pas , l'un qu'on appelle le Fort
dans lequel se trouve l'Eglise Paroissiale et une
partie des maisons des Habitans , situé sur le
Roc. On y voit les vestiges d'une ancienne Fortification
qui entouroit quelques maisons dans
le tems des Guerres. L'autre Village , que l'on
nomme proprement Pardines , cont noit la plus
grande partie des maisons aŭ nombre de 46. Le
Terrain , sur lequel le Village étoit bâti , qui
est le même que celui de tout le Côteau , est
d'une terre franche et légere , mêlée d'un peu
d'Argile ; il s'y trouve aussi des Pierres et quel
ques Rochers de médiocre gross ur le Tri
toire est fort bien cultivé et très abondant . I y
avoit des terres semées en grains , des Vergers,
et la plus grande partie étoit en Vignes Tout le
sol étoit couvert d'Arbres fruiti rs et sur tout
de Noyers. Cette terre se séchoit et se gersoit
facilement par la chaleur ; on s'appercevoit mê
me depuis long- tems qu'il s'y faisoit des fentes
d'une profondeur extraordinaire , et quelquefois
ces féniés s'élargissoient , et enfin formoient des
fondrieres.
>
Le 23 Juin dernier , sur les 9. heures du soir,
les habitans du Village de Pardines s'apperçûrent
que
1672 MERCURE DE FRANCE
que les murailles de leurs maisons s'ébranfoient
sensiblement , ils sortirent , et virent que
le Côteau s'enfonçoit à vue d'oeil , les terres des
endroits élevez tomboient dans le Vallon •
d'autres s'affaissoient tout- à - fait , la terre s'entrouvrant,
formoit de nouvelles fondrieres, celles
qui étoient déja faites devenoient plus grandes ,
le Terrain , qui s'écrouloit en trop grandes
piéces , s'arrêtoit et se bouleversoit l'un sur
l'autre , les Rochers qui se détachoient de ces
se précipitoient dans le Vallon , de sorte
que le chemin d'Yssoire à Clermont , voisin de
ce Côteau , est devenu impraticable.
terres ,
Tout cela ne s'est point fait par un mouvement
impétueux , mais assez lentement , et quelquefois
presqu'imperceptiblement. On s'apperçût
en premier lieu d'un mouvement assez sensible
, pendant l'espace de trois ou quatre jours ,
à differentes reprises ; le seul bruit qu'il y a eu
est celui qu'ont fait les Rochers en tombant dans
Vallon , et quelques grosses mottes de terre
qui se détachant des endroits escarpés , se précipitoient
rapidement..
Cet écroulement a emporté 26 Bâtimens, dont
les uns se sont affaissés avec le Terrain , et se
sont enfin écroulés par l'ébranlement des fondations.
Les vestiges des autres paroissent encore
sur la surface de la terre , ayant coulé
avec moins de rapidité dans le Vallon. Il y a eu
une maison qui n'est tombée que le 10. de
Juillet.
On compte que les terres qui se sont éboulées
, ou qui ont été enveloppées sous les décom
bres des autres , forment la quantité de 466 .
euvres de Vigne , 40 septerées de terres labourables
, et je oeuvres de Prés , ce qui peut en tout
compoJUILLET.
1733. 1673
Composer 150 arpens , mesure de Paris. Il est à
remarquer que dans cet espace il y avoit plusieurs
Vergers , et que tout ce terrain étoit couvert
d'Arbres , soit Noyers sur le Côteau , soit
Saules et Peupliers dans le Vallon : on en fait
monter le nombre à 4000. qui ont été culbutés.
>
Si l'on peut former quelques conjectures sur
un évenement si extraordinaire , on pense qu'il
peut venir de la situation du Sol , et de la nature
du Terrain ; la premiere superficie du Côreau
, de la hauteur de quatre à cinq pieds
étoit un terrain assez leger , et facile à se dessecher
par les ardeurs du Soleil. Sous ce premier
lit il y avoit un banc de terre glaise , que l'on
découvre aujourd'hui en plusieurs endroits , lequel
est extrêmement humide , et où l'on voit
même l'eau sourciller.
Les grandes pluyes qui sont tombées au
commencement du Printemps ont pu délaïer ce
banc de glaise , qui a reçû et retenu les eaux du
Côteau qui couloient entre deux terres ; les
chaleurs de l'Eté qui sont venues ensuite ont pâ
dessécher la premiere superficie , et en auront
fait une croûte solide ; or cette croûte s'étant
trouvée sur un terrain gras et humide , d'ailleurs
fort glissant , par sa pente vers le Vallon ,
cette superficie s'est détachée par masses , et a
coulé vers l'endroit de sa pente . Plusieurs parties
se sont affaissées presque insensiblement
soit parce que l'écroulement du terrain voisin a
fait détacher ce qui étoit le plus proche des
terres glaises , soit parce que les eaux ayant
séjourné entre cette croûte superficielle et le
banc de glaise , avoient miné le terrain , &c.
Il y a eu des Champs entiers qui ont coulé
dans
16 MERCURE DE FRANCE
dans le Vallon , et l'on y voit encore des Vi
gnes , avec leurs échalas , dans la même assiete
qu'elles étoient sur le Côteau. Enfin il y en a
qui se sont entierement bouleversées , parce
que la partie inférieure de cette croûte , ayant
touché au terrain solide s'est arrêtée , et le
mouvement l'a fait briser en morceaux qui se
sont séparez , et se sont culbutés les uns sur les
autres de différentes manieres.
Je dois ajoûter ici que cet Accident n'est pas
sans exemple dans la Province d'Auvergne ; à la.
verité , on n'en avoit jamais vû de si considérables
; il est souvent arrivé que des piéces de
terre d'un quartier , et d'un demi arpent , se
sont détachées des Côteaux , et ont coulé sensiblement
sur les héritages inferieurs.
Quelque considerable que soit cet Accident
pour les malheureux qui l'ont ressenti , il seroit
à souhaiter que ce fut le seul qui fut arrivé dans
notre Province , les inondations de l'Allier , des
Rivieres er des Ruisseaux , er depuis les grêles
qui sont tombées continuellement ont ruiné plus
de too. Paroisses , et les ont mis hors d'état de
recueillir ni Bled , ni Vin , ni Chanyre cette
année.
mont , en Auvergne , au sujet de l'Acci-
.dent arrivé au mois de Juin dernier.
L
A Paroisse de Pardines , Election d'Yssoire ;
est située à une lieuë de la Ville d'Yssoire
sur le chemin de Clermont , presque au haut
dun Côteau rapide . Elle est séparée en deux
Villages ou Hameaux , éloignez l'un de l'autre
d'environ 200. pas , l'un qu'on appelle le Fort
dans lequel se trouve l'Eglise Paroissiale et une
partie des maisons des Habitans , situé sur le
Roc. On y voit les vestiges d'une ancienne Fortification
qui entouroit quelques maisons dans
le tems des Guerres. L'autre Village , que l'on
nomme proprement Pardines , cont noit la plus
grande partie des maisons aŭ nombre de 46. Le
Terrain , sur lequel le Village étoit bâti , qui
est le même que celui de tout le Côteau , est
d'une terre franche et légere , mêlée d'un peu
d'Argile ; il s'y trouve aussi des Pierres et quel
ques Rochers de médiocre gross ur le Tri
toire est fort bien cultivé et très abondant . I y
avoit des terres semées en grains , des Vergers,
et la plus grande partie étoit en Vignes Tout le
sol étoit couvert d'Arbres fruiti rs et sur tout
de Noyers. Cette terre se séchoit et se gersoit
facilement par la chaleur ; on s'appercevoit mê
me depuis long- tems qu'il s'y faisoit des fentes
d'une profondeur extraordinaire , et quelquefois
ces féniés s'élargissoient , et enfin formoient des
fondrieres.
>
Le 23 Juin dernier , sur les 9. heures du soir,
les habitans du Village de Pardines s'apperçûrent
que
1672 MERCURE DE FRANCE
que les murailles de leurs maisons s'ébranfoient
sensiblement , ils sortirent , et virent que
le Côteau s'enfonçoit à vue d'oeil , les terres des
endroits élevez tomboient dans le Vallon •
d'autres s'affaissoient tout- à - fait , la terre s'entrouvrant,
formoit de nouvelles fondrieres, celles
qui étoient déja faites devenoient plus grandes ,
le Terrain , qui s'écrouloit en trop grandes
piéces , s'arrêtoit et se bouleversoit l'un sur
l'autre , les Rochers qui se détachoient de ces
se précipitoient dans le Vallon , de sorte
que le chemin d'Yssoire à Clermont , voisin de
ce Côteau , est devenu impraticable.
terres ,
Tout cela ne s'est point fait par un mouvement
impétueux , mais assez lentement , et quelquefois
presqu'imperceptiblement. On s'apperçût
en premier lieu d'un mouvement assez sensible
, pendant l'espace de trois ou quatre jours ,
à differentes reprises ; le seul bruit qu'il y a eu
est celui qu'ont fait les Rochers en tombant dans
Vallon , et quelques grosses mottes de terre
qui se détachant des endroits escarpés , se précipitoient
rapidement..
Cet écroulement a emporté 26 Bâtimens, dont
les uns se sont affaissés avec le Terrain , et se
sont enfin écroulés par l'ébranlement des fondations.
Les vestiges des autres paroissent encore
sur la surface de la terre , ayant coulé
avec moins de rapidité dans le Vallon. Il y a eu
une maison qui n'est tombée que le 10. de
Juillet.
On compte que les terres qui se sont éboulées
, ou qui ont été enveloppées sous les décom
bres des autres , forment la quantité de 466 .
euvres de Vigne , 40 septerées de terres labourables
, et je oeuvres de Prés , ce qui peut en tout
compoJUILLET.
1733. 1673
Composer 150 arpens , mesure de Paris. Il est à
remarquer que dans cet espace il y avoit plusieurs
Vergers , et que tout ce terrain étoit couvert
d'Arbres , soit Noyers sur le Côteau , soit
Saules et Peupliers dans le Vallon : on en fait
monter le nombre à 4000. qui ont été culbutés.
>
Si l'on peut former quelques conjectures sur
un évenement si extraordinaire , on pense qu'il
peut venir de la situation du Sol , et de la nature
du Terrain ; la premiere superficie du Côreau
, de la hauteur de quatre à cinq pieds
étoit un terrain assez leger , et facile à se dessecher
par les ardeurs du Soleil. Sous ce premier
lit il y avoit un banc de terre glaise , que l'on
découvre aujourd'hui en plusieurs endroits , lequel
est extrêmement humide , et où l'on voit
même l'eau sourciller.
Les grandes pluyes qui sont tombées au
commencement du Printemps ont pu délaïer ce
banc de glaise , qui a reçû et retenu les eaux du
Côteau qui couloient entre deux terres ; les
chaleurs de l'Eté qui sont venues ensuite ont pâ
dessécher la premiere superficie , et en auront
fait une croûte solide ; or cette croûte s'étant
trouvée sur un terrain gras et humide , d'ailleurs
fort glissant , par sa pente vers le Vallon ,
cette superficie s'est détachée par masses , et a
coulé vers l'endroit de sa pente . Plusieurs parties
se sont affaissées presque insensiblement
soit parce que l'écroulement du terrain voisin a
fait détacher ce qui étoit le plus proche des
terres glaises , soit parce que les eaux ayant
séjourné entre cette croûte superficielle et le
banc de glaise , avoient miné le terrain , &c.
Il y a eu des Champs entiers qui ont coulé
dans
16 MERCURE DE FRANCE
dans le Vallon , et l'on y voit encore des Vi
gnes , avec leurs échalas , dans la même assiete
qu'elles étoient sur le Côteau. Enfin il y en a
qui se sont entierement bouleversées , parce
que la partie inférieure de cette croûte , ayant
touché au terrain solide s'est arrêtée , et le
mouvement l'a fait briser en morceaux qui se
sont séparez , et se sont culbutés les uns sur les
autres de différentes manieres.
Je dois ajoûter ici que cet Accident n'est pas
sans exemple dans la Province d'Auvergne ; à la.
verité , on n'en avoit jamais vû de si considérables
; il est souvent arrivé que des piéces de
terre d'un quartier , et d'un demi arpent , se
sont détachées des Côteaux , et ont coulé sensiblement
sur les héritages inferieurs.
Quelque considerable que soit cet Accident
pour les malheureux qui l'ont ressenti , il seroit
à souhaiter que ce fut le seul qui fut arrivé dans
notre Province , les inondations de l'Allier , des
Rivieres er des Ruisseaux , er depuis les grêles
qui sont tombées continuellement ont ruiné plus
de too. Paroisses , et les ont mis hors d'état de
recueillir ni Bled , ni Vin , ni Chanyre cette
année.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Clermont, en Auvergne, au sujet de l'Accident arrivé au mois de Juin dernier.
En juin 1672, la paroisse de Pardines, située près de la ville d'Yssoire en Auvergne, a été le théâtre d'un événement majeur. La paroisse est composée de deux hameaux : le Fort, où se trouve l'église, et Pardines, qui compte 46 maisons. Le terrain, bien cultivé et fertile, est sujet à des fissures et des affaissements. Le 23 juin, les habitants ont observé des mouvements de terrain inquiétants. Les murs des maisons se sont ébranlés et le coteau s'est enfoncé progressivement. Cet écroulement, qui a duré plusieurs jours, a rendu le chemin entre Yssoire et Clermont impraticable. Il a détruit 26 bâtiments et affecté environ 150 arpents de terrain, incluant des vignes, des terres labourables et des prés. Environ 4000 arbres ont été renversés. Les causes de cet événement sont attribuées à la nature du sol et aux conditions météorologiques. Les pluies printanières ont délité un banc de terre glaise sous une couche superficielle légère. Cette couche s'est ensuite desséchée et fissurée sous l'effet de la chaleur estivale. La croûte superficielle a glissé vers le vallon, entraînant des affaissements de terrain. Cet accident n'est pas unique en Auvergne, mais il est particulièrement significatif. En outre, la province a également souffert d'inondations et de grêles, affectant de nombreuses paroisses et compromettant les récoltes de blé, de vin et de chanvre pour l'année.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 1731-1747
DÉFENSE du Cartésianisme, par M. le Gendre de S. Aubin ; contre les accusations des Docteurs Cudwort et Ray.
Début :
Un zèle indiscret est souvent l'occasion d'un scandale ; c'est l'idée qu'on [...]
Mots clefs :
Dieu, Cause, Sagesse, Mécanisme, Ray, Création, Physique, Mouvement, Nature, Lois, Corps, Causes, Principes, Cartésianisme, Descartes, Philosophie, Système, Phénomènes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉFENSE du Cartésianisme, par M. le Gendre de S. Aubin ; contre les accusations des Docteurs Cudwort et Ray.
DEFENSE du Cartesianisme, par M. le
Gendre de S. Aubin ; contre les accusations
des Docteurs Cudwort et Ray.
UN
N zéle indiscret est souvent l'occasion
d'un scandale;c'est l'idée qu'on
doit se former des accufations intentées
par les Docteurs Cudwort et Ray , contre
le Cartesianisme. Elles sont contenuës
dans un Livre Anglois , intitulé : L'Existenca
" 1732 MERCURE DE FRANCE
sence et la Sagesse de Dieu, manifestées dans
les Oeuvres de la Création ; par le sieur
Ray,Membre de la Société Royale. La Traduction
Françoise , imprimée à Utrecht,
en 1723. se débite depuis peu à Paris.
On est étonné qu'un Philosophe , qui
écrit uniquement en vûë de manifester la
Sagesse de Dieu dans la Création, débute,
page 5. par approuver un sentiment qu'il
atribue à des Philosophes judicieux ; sçavoir
, que plus les genres , ou les ordres
des Etres sont imparfaits , plus les especes
en sont nombreuses . Est- ce là un
préambule convenable à un Panégyriste
de la Sagesse de Dieu dans la Création ?
Ne devoit il pas plutôt dire que ce qui
paroît imparfait aux vues bornées de notre
entendement , a son utilité et sa destination
dans les Décrets éternels de la Providence
? Ce seroit là un beau champ
pour les Cartésiens qu'il attaque d'une
maniere outrageante ; ne pourroient- ils
pas le traiter de prévaricateur dans une
cause si évidente , et qu'il soutient si
mal ?
Pour faire éclater , dit il , page 12. la
grandeur et l'étendue infinie de l'esprit
de Dieu , il observe que rien ne marque
davantage la supériorité du génie , que
d'inventer des Machines differentes , qui
pros
AOU'ST. 1733. 1733
E
4
€
>
produisent le même effet , et soient destinées
aux mêmes fins . Mais suivant les notions
les plus saines et les plus communes ,
rien ne marque davantage la sagesse
de
l'ouvrier que le Méchanisme le plus simple
et le moins chargé de ressorts . C'est donc
sur une sorte de Méchanisme qu'il fonde
la sagesse de Dieu dans la Création, mais
sur un Mechanisme de détail , qu'il présente
à la pensée , d'une maniere aussi
basse , que celui des Cartésiens est sublime.
Quoique le sieur Ray tâche de décrier
le Cartesianisme sans ménagement, il établit
, pages 2 et 3. comme le sentiment le
plus universellement
reçu , tout ce que
cette Philosophie dans sa nouveauté parut
avoir de plus difficile à concilier avec la
Religion ; sçavoir, l Hypothèse des Tourbillons
, suivant laquelle chaque Etoile ,
pour me servir des propres termes du
Traducteur , est un Soleil ou un Corps
semblable à cet astre , environné de même
d'un Choeur de Planetes , qui tournent
autour de lui. Il avance de plus , qu'il
n'y a aucune de ces Planétes qui ne soit
remplie, selon toutes les apparences , d'une
grande variété de créatures corporelles ,
animées et inanimées . Personne n'ignore
que cette partie de la Physique nouvelle
fut
1734 MERCURE DE FRANCE
fut exposée à la censure , et allarma quelques
personnes pieuses , qui trouvoient
ce systême peu conforme à ce qui nous
cst enseigné sur la Création dans la Genése
; mais il a été reçu depuis comme
une hypothese , sur laquelle on écrit et
on dispute publiquement , et il y a longtemps
que tous les scrupules sont levez à
cet égard.
A la maniére dont le S Ray fait connoître
quels sont les principes de sa Phylosophie
, qui ne le prendroit pour un
Cartésien ? Sectateur de cette Physique ,
il va néanmoins lui imputer les intentions
les plus criminelles. » Il semble
» dit-il, pag. 28.qu'il soit necessaire d'exa-
>> miner un peu les principes d'une Secte
» de Déïstes de profession; j'entends celle
» de Descartes et de ses Disciples , qui
» ont pour but d'éluder et de détruire un
» argument qui a eu tant de force dans
» tous les siècles , pour prouver l'exis-
» tence d'un Dieu . Le premier grief d'une
accusation si grave , est que Descartes
exclud de la Physique toute la considération
des causes finales . Le Sr Ray cite ,
pages 29 et 30. les Passages des Méditations
Métaphysiques , des principes de
Philosophie , et de la quatrième Réponse
aux Objections de Gassendi , où Descartes
dit
AOUST. 1733 1735
1
dit
que toutes
les causes
qu'on
a accoutumé
de tirer
de la fin , ne sont
d'aucun
usage
dans
la Physique
,puisqu'on
ne sçauroit
se persuader
, sans
témérité
, qu'on
puisse
pénétrer
dans
les fins
que
Dieu
s'est proposées
. Il est facile
de répondre
à
cette
objection
, que
la raison
alléguée
par Descartes
, pour
ne pas expliquer
les effets
naturels
par
les fins que
Dieu s'est
proposées
, est trèspieuse
et trèsédifiante
, et qu'il
auro
t pû se contenter
d'établir
en général
, que la Physique
étant
une
recherche
des causes
naturelles
, ce
n'est
pas
parler
en Physicien
, que
de
donner
pour
cause
de la production
d'un Phénoméne
, que Dieu
a eu en vûë
de le
produire
. Car
c'est
ce que tout
Chrétien
sçait
, sans
étudier
la Physique
; cette
science
de tres
- bornée
qu'elle
est , deviendroit
infiniment
étenduë
, si l'on
recevoit
au nombre
des explications
Physiques
, qu'un
efft
naturel
arrive
, parce
qu'il
est conforme
à la fin que Dieu
s'est proposée
. Je suppose
que pour
expliquer
la construction
d'une
Montre
, on s'avisat
de dire
que
ce qui cause
les mouvemens
réglez
de cette
machine
, c'est
l'intention
de l'ouvrier
qui l'a faite
dans
le
dessein
de marquer
les heures
; cette
cause
finale
en Physique
ne seroit
comptée
G
pour
1736 MERCURE DE FRANCE
pour rien ; et on ne pourroit prouver
mieux que cette Montre est l'ouvrage
d'un Artiste , et non l'effet du hazard
qu'en faisant observer l'action du ressort,
le tirage de la chaîne , les engrainures des
rouës , et sur tout la proportion et le concours
des mouvemens. Quel est donc le
véritable objet de la Physique ,? C'est de
déduire les Phénoménes , des Loix géné
rales de la nature , établies par Dieu , et
rapportées au Créateur . Une pareille Philosophie
peut- elle donner lieu aux inveçtives
de l'Auteur Anglois » Les Carthé
» siens , dit- il , page 34. tâchent de dé-
» truire notre grand argument , en pré-
»tendant résoudre tous les Phénomènes
» de la nature , et rendre compte de la
» production et de la formation de l'Uni-
» vers , et de tous les Etres corporels qu'il
» contient , soit celestes ou terrestres ; ani-
» mez ou inanimcz , même sans en exclunre
les animaux , et cela par une foible
»hypothèse de la matiere divisée, et mise
» en mouvement de telle ct telle maniés
» re. . . . . De maniére que Dieu n'a eu
» autre chose à faire qu'à créer la matiére ,
»la diviser en partics , et la mettre en
»mouvement , suivant un petit nombre
de certaines Loix , et que cela ne pouvoit
manquer de produite de soi-même
...
12
AOUST. 1733 : 1737
le monde et toutes les créatures qui y
sont contenues. Pour la réfutation de
cette hypothése ,, continue cet Auteur ,
n'aurois qu'à renvoyer le Lecteur au
» systême du Docteur Cudwort ; mais
» pour lui épargner cette peine, je vais en
transcrire les paroles..... Dieuse con
tentant de regarder en spectateur in-
» différents ce Lusus Atomorum , ou cette
» danse agréable des Atômes , et les différents
effets qui en résultent. Non con-
» tens de cela , ces Déïstes méchaniques
» ont excédé et surpassé en ceci les Athées
» atomiques , par une extravagance plus
oursée que la leur ; car les Athées de
profession n'ont jamais osé affirmer que
» ce systéme régulier des choses fut le ré-
» sultat d'un mouvement fortuit d'Atomes
au commencement , avant d'avoir
produit pendant bien du temps des
combinaisons ineptes ou des assembla-
» ges de choses particulières , et des sys-
» têmes ridicules du tout. Ils supposoient
» même que la régularité des choses de ce
monde ne subsisteroit pas toujours , et
» que la confusion et le désordre s'y re-
> mettroient avec le temps ; qu'outre le
monde que nous habitons , il y en a encore
en ce moment un nombre inexprimable
d'autres irréguliers , dont il
Cij n'y
1738 MERCURE DE FRANCE
» n'y en a pas d'un entre mille et dix mil-
» le , qui ait une régularité pareille au
» nôtre ...... Mais nos Déïstes micha
» niques prétendent que leurs Atomes
» n'ont jamais bronché dans leurs mou-
» vemens, ni produit aucun systéme inep-
» te , ni aucunes formes impropres , et
» qu'ils se sont placez et rangez dès le
commencement avec tant d'ordre et de
» méthode , que la sagesse même n'auroit
» pû le faire mieux , ni avec plus d'exactitude.
C'est par cette raison que çes
» Déi tes re ettent absolument le grand
» a gument qui prouve l'Existence de
Dicu , tiré du Phénoméne de la nature
n artificielle des choses , sur lequel on a si
» fort insisé dans tous les siècles , et qui
» fait ordinairement le plus d'effet sur l'es-
» prit humain. Les Athées s'applaudissent
» cependant en secret , er triomphent de
>> voir la cause du Déïsme trahie de cette
» maniere par ses partisans et ses défen-
» seurs les plus zélez , et le grand argu-
» ment éludé pour favoriser leur cause.
Rien ne sçauroit marquer une plus gran
» de dépravation d'esprit , ni plus de folic
et de stupidité dans les Déïstes pré.en-
» dus , que de n'avoir aucun égard à la
forme régulière et artificielle des cho
ses , ni aux impressions de l'art et de
AOUST . 1733 . 1739
wla
sagesse divine , et de ne regarder
» le Monde et les productions de la Na-
» ture , qu'avec des yeux de boeuf ou de
» cheval.
Le sieur Ray , dans la fureur qui le
transporte , n'entend pas les termes dont
il se sert car qu'est- ce qu'un Déïste , suivant
la notion génerale ? C'est un impiet
qui ne suit aucune Religion particuliere ,
qui reconnoît , à la verité , l'existence de
Dieu mais qui refuse de croire les Mysteres
que Dieu a révelez. Or ces Deïstes qui refusent
de se rendre à l'évidence de la révé.
lation , ne sont pas ceux qui font le moins
valoir le grand argument de l'existence
de Dieu , tiré de sa sagesse dans la Création.
On ne sçait ce que le sieur Ray
veut dire par ces paroles : » Les Athées
» s'applaudissent cependant en secret , et
» triomphent de voir la cause du Déïsme
>>trahie de cette maniere par ses Parti-
» sans et ses Deffenseurs les plus zelez .
Il prend ici la cause du Déïsme pour une
bonne cause trahie , et il semble appli
quer aux Carthésiens les termes de Partis
sans et de Deffenseurs les plus zelez de
la bonne cause. Mais c'est bien plutôt
cet Auteur qui trahit la cause qu'il entreprend
de soutenir , par la foiblesse
avec laquelle il traite son sujet . S'il eût
Ciij fair
1740 MERCURE DE FRANCE
ა
fait remarquer , comme les Carthésiensces
Loix générales dont l'uniformité produit
un Monde si diversifié ; s'il se fût
élevé jusqu'à un méchanisme sublime
qui donnât une idée de la Création proportionnée
à ce que notre foible esprit
peut concevoir de plus grand et de plus
magnifique ; si en s'attachant à ce qu'il.
ya de plus merveilleux dans la Nature
il eût observé , comme ceux qu'il appelle-
Deistes , que cette multitude immense
de mouvemens des Corps Celestes , que
révolutions si constantes des Astres ,
que cette fécondité si riche et si brillan-.
te de l'Univers , que tous ces Phénomenes
si utiles à l'homme , et qui étalent
à ses yeux un spectacle digne du Créateur
, qu'enfin la beauté ravissante de
toutes les Oeuvres de Dieu , est un
témoignage continuel et invincible de sa
sagesse et de sa toute- puissance dans la
Création , par la simplicité et l'ordre des
ressorts qui y sont employez , il eût rem--
pli son sujet avec la dignité convenable ,
mais il ne s'arrête qu'à un petit détail ,
et ne présente par tout que des images.
basses et imparfaites d'un sujet qui surpasse
ses forces.
C'est favoriser l'athéïsme et le syste
me du hazard , que de rejetter le méchaA
O UST. 173′3 ; 1741
chanisme de la Nature , par lequel les
Carthésiens n'entendent autre chose que
les loix generales du mouvement établics
par le Créateur. Que chaque Philosophe
conçoive et suppose ces Loix
générales à son gré , que
differens Phisiciens
suivent des vues systématiquesfort
éloignées ; tous au moins doivent
convenir que ce n'est pas une pensée raisonnable
sur l'Etre suprême , de croire
que l'uniformité et la simplicité manquent
à ses Productions . Le principal but
de la Physique est donc de rapporter tous
les raisonnemens à ces principes. C'est à
quoi les Carthésiens ont beaucoup mieux
réussi qu'aucune autre Secte de Philosophes
, ayant mieux expliqué le méchanisme
general de la Nature; et ' on peut
dire que ceux qui tâchent d'étendre et
de pousser plus loin ce méchanisme , sont
ceux qui pensent et qui s'expliquent le
mieux au sujet de la sagesse et de la toùte-
puissance de Dieu dans la Création . A
la verité , le Philosophe rempli de pré
somption , se persuade qu'il peut concevoir
et faire entendre aux autres cet ordre
admirable établi dans les Ouvrages
de Dieu ; au lieu que le Physitien modeste
, qui connoît la foiblesse et l'incer
titude de ses lumieres , ne regarde tous
Ciij les
742 MERCURE DE FRANCE
les raisonnemens physiques que comme
des hypothéses.
>>
Continuons de rapporter la censure de
la Philosophie Carthésienne par l'Auteur
Anglois. Il se trouve , dit-il , pag. 35 .
» plusieurs Phénomenes dans la Ñature ,
» lesquels étant en partie au- dessus de la
»force et de la portée , et en partie con-
>> traires aux Loix du Méchanisme , ils
» ne sçauroient se résoudre sans avoir re-
>> cours aux causes finales et à quelques
» principes de vie ; par exemple , ce-
» lui de la gravité ou du penchant que
» les corps ont à descendre , le mouve-
» ment du diaphragme dans la respira-
» tion , la systole et la diastole du coeur ,
» qui n'est autre chose qu'une contraction
et un relâchement des muscles ,
» et par consequent ne sçauroit être un
» mouvement méchanique , mais un prin-
» cipe de vie. Nous pourrions encore
» ajoûter à cela entre plusieurs autres
» choses , l'intersection des plans de l'E-
» quateur et de l'Ecliptique ou du mou-
» vement diurne ou journalier de la Ter-
» re sur un axe qui n'est pas parallele à
celui de l'écliptique , ni perpendiculaire
à son plan ..... On ne sçauroit
» donc attribuer la continuation de ce
» double mouvement annuel et diurne
nde
23
A O UST. 17337 1748
de la Terre sur des axes non paralleles,
» à autre chose qu'à une cause finale ou
» mentale , ou rò fixTisov , parce qu'il
étoit à propos que cela fût ainsi , la
» varieté des saisons de l'année en dé
» pendant. Mais le plus considerable de
» tous les Phénoménes pir içuliers est la
»formation et l'organisation des corps
>> des animaux , remplis de tant de varietez
et de merveilles , que ces Philo-
» sophes méchaniques n'en pouvant faire
»la solution par le mouvement nécessaire
» de la matiere , sans qu'elle fût dirigée
par l'esprit à de certaines fins , ont pru-
» demment interrompu leur systéme en
» cet endroit , où ils devoient traiter des
» animaux , et n'en ont pas touché un
» seul mot.
23
On connoît clairement par cette critique
, que le sieur Ray est aussi peu
versé dans la Philosophie Carthésienne
qu'il est injuste dans l'accusation qu'il
intente contre elle. Nous avons vû plus
haut qu'il attribuë aux Carthésiens un
systéme d'Atomes , quoique les trois Elemens
de Descartes soient divisibles à l'infini
, et que par conséquent Descartes
rejette les Atomes , qui signifient des Elemens
indivisibles. Le sieur Ray ne se
trompe pas moins, en disant que dans les
C v Phé1744
MERCURE DE FRANCE
:
Phénomenes qu'il cite , il y a de la contrarieté
au Mechanisme de la Nature. Il
est vrai que les loix générales du mouvement
n'expliquent pas la construction
du corps des animaux , ni la forme de
ces organes merveilleux qui servent aux
differentes fonctions du principe qui les
anime. Le mouvement circulaire des
trois Elémens de Descartes ne peut faires
concevoir , par exemple, comment ont
été produits les instrumens de la faculté
visuelle ; mais les Carthésiens doivent :
seulement avouer que leur méchanisme ,
quoiqu'il n'y ait aucune contrarieté , est
insuffisant pour expliquer tous les Phé
noménes , et sur tout l'organisation admirable
des animaux ,, les corps animezz
et inanimez étant vrai- semblable--
ment produits suivant des loix differen--
tes, ou plutôt dont nous n'appercevons
pas la liaison. * Il ne s'ensuit pas de ce
que la Créature est incapable de conce
voir entierement le grand Ouvrage de :
la Création , qu'il lui soit defendu de rechercher
les causes physiques et naturel
+
La plupart même des Carthésiens estiment aun
aujet de l'organisation continuelle et toujours
cemblable , des Plantes et des Animaux , que tous :
res corps formez en même-temps par le Souve
fain Etre , dans les graines ou dans les oeufs , nesont
que se développer successivement,
leas
A O UST. 1733. 17455
les , suivant les principes les plus géné
caux et les plus simples , en les rappor
tánt à la sagesse et à la toute- puissance
du Créateur.
Les difficultez qui se trouveut sur la
pesanteur , ne peuvent se résoudre par
des principes de vie qui n'ont aucun rapport
avec elle , ou par des causes finales ,.
qui ne sont en aucune maniere des causes
physiques ; et si les explications que
Descartes a données de la pesanteur , ont
été attaquées par de fortes objections ,
tous les Philosophes se sont au moins
accordez à tirer ces Explications d'un '
méchanisme général de la Nature. Le
'steur Ray est si peu d'accord avec luid
même au sujet de la respiration et de la¹
systole et diastole du coeur, qu'après avoir
affirmé que ces mouvemens ne peuvent
être méchaniques , il regarde ailleurs com
me une question douteuse de sçavoir si
les bêtes sont des vrayes machines , ou
s'il convient de leur attribuer la vie et le
sentiment.
cliptiqueant
à l'intersection
de l'é-
1
de l'équateur , on en peut donner
plusieurs raisons qui n'ont rien de
contraire au systéme Carthésien . L'obli
quité de l'écliptique par rapport à l'équateur
, dont l'axe conserve toujours
son parallelisme est assurément la cause
av de
1746 MERCURE DE FRANCE
de la varieté des Saisons , mais cette cause
finale , encore une fois , ne peut passer
pour une cause phisique. L'Explication
naturelle de ce phénoméne peut se rapporter
, suivant les principes d'un Méchanisme
général , ou aux particules cannelées
, qui traversant les pores du G'obe
Terrestre d'un certain sens , déterminent
sa position , ou à la qualité du fluide qui
emporte la Terre par un mouvement
circulaire , ou à la pression des tourbillons
voisins , ou à la résistance que tout
corps solide apporte à l'impression du
mouvement qu'il reçoit , ou à toutes ces
causes réunis , ou aux differentes hypotheses
que la sagacité du Physicien lui
fera inventer. Dieu permet à l'homme
de faire quelques raisonnemens assez vraisemblables
sur les Corps Celestes , si prodigieusement
éloignez de nous ,
afin que
cette étude éleve notre esprit à la Majesté
de l'Etre suprême , en même - temps
que la présomption de l'homme est domptée
par la profonde ignorance où il est
de ce qui est au- dedans de lui - même et
de ce qui fait partie de sa propre substance.
C'est une calomnie insoutenable de
dire que les Carthésiens rejettent absolument
le grand argument qui prouve
» l'eA
O UST. 1733 1747
» l'éxistence de Dieu , tiré du phénoméne
de la forme artificielle des choses .
Nulle Philosophie au contraire ne donne
des idées aussi sublimes de la sagesse
de Dieu dans la Création ; nulle Physique
ne ramene davantage l'esprit au
Créateur , en rapportant tous les phénoménes
qu'elle peut expliquer à des loix
simples et génerales émanées nécessairement
de la Toute puissance divine . C'est
l'argument le plus invincible contre l'Athéïsme
, c'est l'exclusion la plus forte du
hazard , dont la régularité et l'uniformité
ne peuvent être les productions . Plus l'idée
d'un méchanisme est générale , constante
et uniforme , comme dans le Carthésianisme
, plus elle est inséparable des
idées de dessein et de sagesse. Ces Re-
Aléxions suffisent pour prouver des veritez
si évidentes, d'autant plus que pour
détruire l'Athéïsme par le raisonnement ,
il faudroit que quelque homme qui raisonne
fût capable d'Athéïsme , ce qui est
impossible. Il est donc certain que l'accusation
du Carthésianisme par les Docteurs
Cudwort et Ray , est au fond trèsfrivole
et très mal fondée , injurieuse à
plusieurs saints et sçavans personnages ,
qui ont soutenu cette Philosophie , et aux
Écoles qui l'enseignent publiquement.
Gendre de S. Aubin ; contre les accusations
des Docteurs Cudwort et Ray.
UN
N zéle indiscret est souvent l'occasion
d'un scandale;c'est l'idée qu'on
doit se former des accufations intentées
par les Docteurs Cudwort et Ray , contre
le Cartesianisme. Elles sont contenuës
dans un Livre Anglois , intitulé : L'Existenca
" 1732 MERCURE DE FRANCE
sence et la Sagesse de Dieu, manifestées dans
les Oeuvres de la Création ; par le sieur
Ray,Membre de la Société Royale. La Traduction
Françoise , imprimée à Utrecht,
en 1723. se débite depuis peu à Paris.
On est étonné qu'un Philosophe , qui
écrit uniquement en vûë de manifester la
Sagesse de Dieu dans la Création, débute,
page 5. par approuver un sentiment qu'il
atribue à des Philosophes judicieux ; sçavoir
, que plus les genres , ou les ordres
des Etres sont imparfaits , plus les especes
en sont nombreuses . Est- ce là un
préambule convenable à un Panégyriste
de la Sagesse de Dieu dans la Création ?
Ne devoit il pas plutôt dire que ce qui
paroît imparfait aux vues bornées de notre
entendement , a son utilité et sa destination
dans les Décrets éternels de la Providence
? Ce seroit là un beau champ
pour les Cartésiens qu'il attaque d'une
maniere outrageante ; ne pourroient- ils
pas le traiter de prévaricateur dans une
cause si évidente , et qu'il soutient si
mal ?
Pour faire éclater , dit il , page 12. la
grandeur et l'étendue infinie de l'esprit
de Dieu , il observe que rien ne marque
davantage la supériorité du génie , que
d'inventer des Machines differentes , qui
pros
AOU'ST. 1733. 1733
E
4
€
>
produisent le même effet , et soient destinées
aux mêmes fins . Mais suivant les notions
les plus saines et les plus communes ,
rien ne marque davantage la sagesse
de
l'ouvrier que le Méchanisme le plus simple
et le moins chargé de ressorts . C'est donc
sur une sorte de Méchanisme qu'il fonde
la sagesse de Dieu dans la Création, mais
sur un Mechanisme de détail , qu'il présente
à la pensée , d'une maniere aussi
basse , que celui des Cartésiens est sublime.
Quoique le sieur Ray tâche de décrier
le Cartesianisme sans ménagement, il établit
, pages 2 et 3. comme le sentiment le
plus universellement
reçu , tout ce que
cette Philosophie dans sa nouveauté parut
avoir de plus difficile à concilier avec la
Religion ; sçavoir, l Hypothèse des Tourbillons
, suivant laquelle chaque Etoile ,
pour me servir des propres termes du
Traducteur , est un Soleil ou un Corps
semblable à cet astre , environné de même
d'un Choeur de Planetes , qui tournent
autour de lui. Il avance de plus , qu'il
n'y a aucune de ces Planétes qui ne soit
remplie, selon toutes les apparences , d'une
grande variété de créatures corporelles ,
animées et inanimées . Personne n'ignore
que cette partie de la Physique nouvelle
fut
1734 MERCURE DE FRANCE
fut exposée à la censure , et allarma quelques
personnes pieuses , qui trouvoient
ce systême peu conforme à ce qui nous
cst enseigné sur la Création dans la Genése
; mais il a été reçu depuis comme
une hypothese , sur laquelle on écrit et
on dispute publiquement , et il y a longtemps
que tous les scrupules sont levez à
cet égard.
A la maniére dont le S Ray fait connoître
quels sont les principes de sa Phylosophie
, qui ne le prendroit pour un
Cartésien ? Sectateur de cette Physique ,
il va néanmoins lui imputer les intentions
les plus criminelles. » Il semble
» dit-il, pag. 28.qu'il soit necessaire d'exa-
>> miner un peu les principes d'une Secte
» de Déïstes de profession; j'entends celle
» de Descartes et de ses Disciples , qui
» ont pour but d'éluder et de détruire un
» argument qui a eu tant de force dans
» tous les siècles , pour prouver l'exis-
» tence d'un Dieu . Le premier grief d'une
accusation si grave , est que Descartes
exclud de la Physique toute la considération
des causes finales . Le Sr Ray cite ,
pages 29 et 30. les Passages des Méditations
Métaphysiques , des principes de
Philosophie , et de la quatrième Réponse
aux Objections de Gassendi , où Descartes
dit
AOUST. 1733 1735
1
dit
que toutes
les causes
qu'on
a accoutumé
de tirer
de la fin , ne sont
d'aucun
usage
dans
la Physique
,puisqu'on
ne sçauroit
se persuader
, sans
témérité
, qu'on
puisse
pénétrer
dans
les fins
que
Dieu
s'est proposées
. Il est facile
de répondre
à
cette
objection
, que
la raison
alléguée
par Descartes
, pour
ne pas expliquer
les effets
naturels
par
les fins que
Dieu s'est
proposées
, est trèspieuse
et trèsédifiante
, et qu'il
auro
t pû se contenter
d'établir
en général
, que la Physique
étant
une
recherche
des causes
naturelles
, ce
n'est
pas
parler
en Physicien
, que
de
donner
pour
cause
de la production
d'un Phénoméne
, que Dieu
a eu en vûë
de le
produire
. Car
c'est
ce que tout
Chrétien
sçait
, sans
étudier
la Physique
; cette
science
de tres
- bornée
qu'elle
est , deviendroit
infiniment
étenduë
, si l'on
recevoit
au nombre
des explications
Physiques
, qu'un
efft
naturel
arrive
, parce
qu'il
est conforme
à la fin que Dieu
s'est proposée
. Je suppose
que pour
expliquer
la construction
d'une
Montre
, on s'avisat
de dire
que
ce qui cause
les mouvemens
réglez
de cette
machine
, c'est
l'intention
de l'ouvrier
qui l'a faite
dans
le
dessein
de marquer
les heures
; cette
cause
finale
en Physique
ne seroit
comptée
G
pour
1736 MERCURE DE FRANCE
pour rien ; et on ne pourroit prouver
mieux que cette Montre est l'ouvrage
d'un Artiste , et non l'effet du hazard
qu'en faisant observer l'action du ressort,
le tirage de la chaîne , les engrainures des
rouës , et sur tout la proportion et le concours
des mouvemens. Quel est donc le
véritable objet de la Physique ,? C'est de
déduire les Phénoménes , des Loix géné
rales de la nature , établies par Dieu , et
rapportées au Créateur . Une pareille Philosophie
peut- elle donner lieu aux inveçtives
de l'Auteur Anglois » Les Carthé
» siens , dit- il , page 34. tâchent de dé-
» truire notre grand argument , en pré-
»tendant résoudre tous les Phénomènes
» de la nature , et rendre compte de la
» production et de la formation de l'Uni-
» vers , et de tous les Etres corporels qu'il
» contient , soit celestes ou terrestres ; ani-
» mez ou inanimcz , même sans en exclunre
les animaux , et cela par une foible
»hypothèse de la matiere divisée, et mise
» en mouvement de telle ct telle maniés
» re. . . . . De maniére que Dieu n'a eu
» autre chose à faire qu'à créer la matiére ,
»la diviser en partics , et la mettre en
»mouvement , suivant un petit nombre
de certaines Loix , et que cela ne pouvoit
manquer de produite de soi-même
...
12
AOUST. 1733 : 1737
le monde et toutes les créatures qui y
sont contenues. Pour la réfutation de
cette hypothése ,, continue cet Auteur ,
n'aurois qu'à renvoyer le Lecteur au
» systême du Docteur Cudwort ; mais
» pour lui épargner cette peine, je vais en
transcrire les paroles..... Dieuse con
tentant de regarder en spectateur in-
» différents ce Lusus Atomorum , ou cette
» danse agréable des Atômes , et les différents
effets qui en résultent. Non con-
» tens de cela , ces Déïstes méchaniques
» ont excédé et surpassé en ceci les Athées
» atomiques , par une extravagance plus
oursée que la leur ; car les Athées de
profession n'ont jamais osé affirmer que
» ce systéme régulier des choses fut le ré-
» sultat d'un mouvement fortuit d'Atomes
au commencement , avant d'avoir
produit pendant bien du temps des
combinaisons ineptes ou des assembla-
» ges de choses particulières , et des sys-
» têmes ridicules du tout. Ils supposoient
» même que la régularité des choses de ce
monde ne subsisteroit pas toujours , et
» que la confusion et le désordre s'y re-
> mettroient avec le temps ; qu'outre le
monde que nous habitons , il y en a encore
en ce moment un nombre inexprimable
d'autres irréguliers , dont il
Cij n'y
1738 MERCURE DE FRANCE
» n'y en a pas d'un entre mille et dix mil-
» le , qui ait une régularité pareille au
» nôtre ...... Mais nos Déïstes micha
» niques prétendent que leurs Atomes
» n'ont jamais bronché dans leurs mou-
» vemens, ni produit aucun systéme inep-
» te , ni aucunes formes impropres , et
» qu'ils se sont placez et rangez dès le
commencement avec tant d'ordre et de
» méthode , que la sagesse même n'auroit
» pû le faire mieux , ni avec plus d'exactitude.
C'est par cette raison que çes
» Déi tes re ettent absolument le grand
» a gument qui prouve l'Existence de
Dicu , tiré du Phénoméne de la nature
n artificielle des choses , sur lequel on a si
» fort insisé dans tous les siècles , et qui
» fait ordinairement le plus d'effet sur l'es-
» prit humain. Les Athées s'applaudissent
» cependant en secret , er triomphent de
>> voir la cause du Déïsme trahie de cette
» maniere par ses partisans et ses défen-
» seurs les plus zélez , et le grand argu-
» ment éludé pour favoriser leur cause.
Rien ne sçauroit marquer une plus gran
» de dépravation d'esprit , ni plus de folic
et de stupidité dans les Déïstes pré.en-
» dus , que de n'avoir aucun égard à la
forme régulière et artificielle des cho
ses , ni aux impressions de l'art et de
AOUST . 1733 . 1739
wla
sagesse divine , et de ne regarder
» le Monde et les productions de la Na-
» ture , qu'avec des yeux de boeuf ou de
» cheval.
Le sieur Ray , dans la fureur qui le
transporte , n'entend pas les termes dont
il se sert car qu'est- ce qu'un Déïste , suivant
la notion génerale ? C'est un impiet
qui ne suit aucune Religion particuliere ,
qui reconnoît , à la verité , l'existence de
Dieu mais qui refuse de croire les Mysteres
que Dieu a révelez. Or ces Deïstes qui refusent
de se rendre à l'évidence de la révé.
lation , ne sont pas ceux qui font le moins
valoir le grand argument de l'existence
de Dieu , tiré de sa sagesse dans la Création.
On ne sçait ce que le sieur Ray
veut dire par ces paroles : » Les Athées
» s'applaudissent cependant en secret , et
» triomphent de voir la cause du Déïsme
>>trahie de cette maniere par ses Parti-
» sans et ses Deffenseurs les plus zelez .
Il prend ici la cause du Déïsme pour une
bonne cause trahie , et il semble appli
quer aux Carthésiens les termes de Partis
sans et de Deffenseurs les plus zelez de
la bonne cause. Mais c'est bien plutôt
cet Auteur qui trahit la cause qu'il entreprend
de soutenir , par la foiblesse
avec laquelle il traite son sujet . S'il eût
Ciij fair
1740 MERCURE DE FRANCE
ა
fait remarquer , comme les Carthésiensces
Loix générales dont l'uniformité produit
un Monde si diversifié ; s'il se fût
élevé jusqu'à un méchanisme sublime
qui donnât une idée de la Création proportionnée
à ce que notre foible esprit
peut concevoir de plus grand et de plus
magnifique ; si en s'attachant à ce qu'il.
ya de plus merveilleux dans la Nature
il eût observé , comme ceux qu'il appelle-
Deistes , que cette multitude immense
de mouvemens des Corps Celestes , que
révolutions si constantes des Astres ,
que cette fécondité si riche et si brillan-.
te de l'Univers , que tous ces Phénomenes
si utiles à l'homme , et qui étalent
à ses yeux un spectacle digne du Créateur
, qu'enfin la beauté ravissante de
toutes les Oeuvres de Dieu , est un
témoignage continuel et invincible de sa
sagesse et de sa toute- puissance dans la
Création , par la simplicité et l'ordre des
ressorts qui y sont employez , il eût rem--
pli son sujet avec la dignité convenable ,
mais il ne s'arrête qu'à un petit détail ,
et ne présente par tout que des images.
basses et imparfaites d'un sujet qui surpasse
ses forces.
C'est favoriser l'athéïsme et le syste
me du hazard , que de rejetter le méchaA
O UST. 173′3 ; 1741
chanisme de la Nature , par lequel les
Carthésiens n'entendent autre chose que
les loix generales du mouvement établics
par le Créateur. Que chaque Philosophe
conçoive et suppose ces Loix
générales à son gré , que
differens Phisiciens
suivent des vues systématiquesfort
éloignées ; tous au moins doivent
convenir que ce n'est pas une pensée raisonnable
sur l'Etre suprême , de croire
que l'uniformité et la simplicité manquent
à ses Productions . Le principal but
de la Physique est donc de rapporter tous
les raisonnemens à ces principes. C'est à
quoi les Carthésiens ont beaucoup mieux
réussi qu'aucune autre Secte de Philosophes
, ayant mieux expliqué le méchanisme
general de la Nature; et ' on peut
dire que ceux qui tâchent d'étendre et
de pousser plus loin ce méchanisme , sont
ceux qui pensent et qui s'expliquent le
mieux au sujet de la sagesse et de la toùte-
puissance de Dieu dans la Création . A
la verité , le Philosophe rempli de pré
somption , se persuade qu'il peut concevoir
et faire entendre aux autres cet ordre
admirable établi dans les Ouvrages
de Dieu ; au lieu que le Physitien modeste
, qui connoît la foiblesse et l'incer
titude de ses lumieres , ne regarde tous
Ciij les
742 MERCURE DE FRANCE
les raisonnemens physiques que comme
des hypothéses.
>>
Continuons de rapporter la censure de
la Philosophie Carthésienne par l'Auteur
Anglois. Il se trouve , dit-il , pag. 35 .
» plusieurs Phénomenes dans la Ñature ,
» lesquels étant en partie au- dessus de la
»force et de la portée , et en partie con-
>> traires aux Loix du Méchanisme , ils
» ne sçauroient se résoudre sans avoir re-
>> cours aux causes finales et à quelques
» principes de vie ; par exemple , ce-
» lui de la gravité ou du penchant que
» les corps ont à descendre , le mouve-
» ment du diaphragme dans la respira-
» tion , la systole et la diastole du coeur ,
» qui n'est autre chose qu'une contraction
et un relâchement des muscles ,
» et par consequent ne sçauroit être un
» mouvement méchanique , mais un prin-
» cipe de vie. Nous pourrions encore
» ajoûter à cela entre plusieurs autres
» choses , l'intersection des plans de l'E-
» quateur et de l'Ecliptique ou du mou-
» vement diurne ou journalier de la Ter-
» re sur un axe qui n'est pas parallele à
celui de l'écliptique , ni perpendiculaire
à son plan ..... On ne sçauroit
» donc attribuer la continuation de ce
» double mouvement annuel et diurne
nde
23
A O UST. 17337 1748
de la Terre sur des axes non paralleles,
» à autre chose qu'à une cause finale ou
» mentale , ou rò fixTisov , parce qu'il
étoit à propos que cela fût ainsi , la
» varieté des saisons de l'année en dé
» pendant. Mais le plus considerable de
» tous les Phénoménes pir içuliers est la
»formation et l'organisation des corps
>> des animaux , remplis de tant de varietez
et de merveilles , que ces Philo-
» sophes méchaniques n'en pouvant faire
»la solution par le mouvement nécessaire
» de la matiere , sans qu'elle fût dirigée
par l'esprit à de certaines fins , ont pru-
» demment interrompu leur systéme en
» cet endroit , où ils devoient traiter des
» animaux , et n'en ont pas touché un
» seul mot.
23
On connoît clairement par cette critique
, que le sieur Ray est aussi peu
versé dans la Philosophie Carthésienne
qu'il est injuste dans l'accusation qu'il
intente contre elle. Nous avons vû plus
haut qu'il attribuë aux Carthésiens un
systéme d'Atomes , quoique les trois Elemens
de Descartes soient divisibles à l'infini
, et que par conséquent Descartes
rejette les Atomes , qui signifient des Elemens
indivisibles. Le sieur Ray ne se
trompe pas moins, en disant que dans les
C v Phé1744
MERCURE DE FRANCE
:
Phénomenes qu'il cite , il y a de la contrarieté
au Mechanisme de la Nature. Il
est vrai que les loix générales du mouvement
n'expliquent pas la construction
du corps des animaux , ni la forme de
ces organes merveilleux qui servent aux
differentes fonctions du principe qui les
anime. Le mouvement circulaire des
trois Elémens de Descartes ne peut faires
concevoir , par exemple, comment ont
été produits les instrumens de la faculté
visuelle ; mais les Carthésiens doivent :
seulement avouer que leur méchanisme ,
quoiqu'il n'y ait aucune contrarieté , est
insuffisant pour expliquer tous les Phé
noménes , et sur tout l'organisation admirable
des animaux ,, les corps animezz
et inanimez étant vrai- semblable--
ment produits suivant des loix differen--
tes, ou plutôt dont nous n'appercevons
pas la liaison. * Il ne s'ensuit pas de ce
que la Créature est incapable de conce
voir entierement le grand Ouvrage de :
la Création , qu'il lui soit defendu de rechercher
les causes physiques et naturel
+
La plupart même des Carthésiens estiment aun
aujet de l'organisation continuelle et toujours
cemblable , des Plantes et des Animaux , que tous :
res corps formez en même-temps par le Souve
fain Etre , dans les graines ou dans les oeufs , nesont
que se développer successivement,
leas
A O UST. 1733. 17455
les , suivant les principes les plus géné
caux et les plus simples , en les rappor
tánt à la sagesse et à la toute- puissance
du Créateur.
Les difficultez qui se trouveut sur la
pesanteur , ne peuvent se résoudre par
des principes de vie qui n'ont aucun rapport
avec elle , ou par des causes finales ,.
qui ne sont en aucune maniere des causes
physiques ; et si les explications que
Descartes a données de la pesanteur , ont
été attaquées par de fortes objections ,
tous les Philosophes se sont au moins
accordez à tirer ces Explications d'un '
méchanisme général de la Nature. Le
'steur Ray est si peu d'accord avec luid
même au sujet de la respiration et de la¹
systole et diastole du coeur, qu'après avoir
affirmé que ces mouvemens ne peuvent
être méchaniques , il regarde ailleurs com
me une question douteuse de sçavoir si
les bêtes sont des vrayes machines , ou
s'il convient de leur attribuer la vie et le
sentiment.
cliptiqueant
à l'intersection
de l'é-
1
de l'équateur , on en peut donner
plusieurs raisons qui n'ont rien de
contraire au systéme Carthésien . L'obli
quité de l'écliptique par rapport à l'équateur
, dont l'axe conserve toujours
son parallelisme est assurément la cause
av de
1746 MERCURE DE FRANCE
de la varieté des Saisons , mais cette cause
finale , encore une fois , ne peut passer
pour une cause phisique. L'Explication
naturelle de ce phénoméne peut se rapporter
, suivant les principes d'un Méchanisme
général , ou aux particules cannelées
, qui traversant les pores du G'obe
Terrestre d'un certain sens , déterminent
sa position , ou à la qualité du fluide qui
emporte la Terre par un mouvement
circulaire , ou à la pression des tourbillons
voisins , ou à la résistance que tout
corps solide apporte à l'impression du
mouvement qu'il reçoit , ou à toutes ces
causes réunis , ou aux differentes hypotheses
que la sagacité du Physicien lui
fera inventer. Dieu permet à l'homme
de faire quelques raisonnemens assez vraisemblables
sur les Corps Celestes , si prodigieusement
éloignez de nous ,
afin que
cette étude éleve notre esprit à la Majesté
de l'Etre suprême , en même - temps
que la présomption de l'homme est domptée
par la profonde ignorance où il est
de ce qui est au- dedans de lui - même et
de ce qui fait partie de sa propre substance.
C'est une calomnie insoutenable de
dire que les Carthésiens rejettent absolument
le grand argument qui prouve
» l'eA
O UST. 1733 1747
» l'éxistence de Dieu , tiré du phénoméne
de la forme artificielle des choses .
Nulle Philosophie au contraire ne donne
des idées aussi sublimes de la sagesse
de Dieu dans la Création ; nulle Physique
ne ramene davantage l'esprit au
Créateur , en rapportant tous les phénoménes
qu'elle peut expliquer à des loix
simples et génerales émanées nécessairement
de la Toute puissance divine . C'est
l'argument le plus invincible contre l'Athéïsme
, c'est l'exclusion la plus forte du
hazard , dont la régularité et l'uniformité
ne peuvent être les productions . Plus l'idée
d'un méchanisme est générale , constante
et uniforme , comme dans le Carthésianisme
, plus elle est inséparable des
idées de dessein et de sagesse. Ces Re-
Aléxions suffisent pour prouver des veritez
si évidentes, d'autant plus que pour
détruire l'Athéïsme par le raisonnement ,
il faudroit que quelque homme qui raisonne
fût capable d'Athéïsme , ce qui est
impossible. Il est donc certain que l'accusation
du Carthésianisme par les Docteurs
Cudwort et Ray , est au fond trèsfrivole
et très mal fondée , injurieuse à
plusieurs saints et sçavans personnages ,
qui ont soutenu cette Philosophie , et aux
Écoles qui l'enseignent publiquement.
Fermer
Résumé : DÉFENSE du Cartésianisme, par M. le Gendre de S. Aubin ; contre les accusations des Docteurs Cudwort et Ray.
Le texte est une défense du cartésianisme contre les critiques des docteurs Cudworth et Ray, exprimées dans leur ouvrage 'L'Existence et la Sagesse de Dieu, manifestées dans les Oeuvres de la Création'. Le défenseur du cartésianisme reproche à Ray d'avoir commencé son livre en approuvant l'idée que les êtres imparfaits sont plus nombreux que les parfaits, ce qui est jugé inapproprié pour un panégyriste de la sagesse divine. Ray est également critiqué pour avoir fondé la sagesse divine sur un mécanisme de détail, jugé bas et imparfait comparé au mécanisme sublime des cartésiens. Malgré ses attaques contre le cartésianisme, Ray reconnaît certaines hypothèses cartésiennes, comme celle des tourbillons et la diversité des créatures sur les planètes. Le défenseur du cartésianisme répond aux accusations de Ray en expliquant que Descartes exclut les causes finales de la physique pour se concentrer sur les causes naturelles. Il argue que cette approche est pieuse et édifiante, et que la physique doit déduire les phénomènes des lois générales de la nature établies par Dieu. Le texte critique Ray pour avoir accusé les cartésiens de détruire l'argument de l'existence de Dieu en réduisant la création à des lois mécaniques. Le défenseur du cartésianisme conclut que les cartésiens ont mieux expliqué le mécanisme général de la nature et la sagesse divine que toute autre secte philosophique. Le texte discute également de divers phénomènes naturels, comme la gravité, la respiration, les mouvements du cœur, et les mouvements de la Terre, qui semblent défier les lois du mécanisme et nécessitent l'intervention de causes finales ou de principes de vie. Il critique l'incapacité des philosophes mécanistes à expliquer l'organisation des corps animaux, soulignant que ces philosophes interrompent leur système lorsqu'ils abordent ce sujet. Les cartésiens reconnaissent l'insuffisance de leur mécanisme pour expliquer tous les phénomènes, notamment l'organisation des animaux, mais estiment que les corps animés et inanimés sont produits selon des lois différentes. Le texte aborde des difficultés spécifiques comme la pesanteur, la respiration, et les mouvements du cœur, soulignant que les explications cartésiennes, bien que critiquées, restent mécanistes. Il mentionne l'obliquité de l'écliptique par rapport à l'équateur et les diverses causes possibles de ce phénomène, tout en insistant sur le fait que les causes finales ne peuvent être des causes physiques. Enfin, le texte réfute l'accusation selon laquelle les cartésiens rejettent l'argument de la forme artificielle des choses pour prouver l'existence de Dieu. Il affirme que la philosophie cartésienne donne des idées sublimes de la sagesse divine et constitue un argument fort contre l'athéisme. Le texte conclut en dénonçant les accusations frivoles et mal fondées contre le cartésianisme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 1939-1948
PROBLÊME, Proposé aux Métaphysiciens Géometres, sur l'essence de la matiere.
Début :
On a beaucoup philosophé sur l'essence de la matiere ; par malheur [...]
Mots clefs :
Essence de la matière, Mouvement, Infini, Matière, Homme, Constantinople, Essence, Question, Étendue, Puissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROBLÊME, Proposé aux Métaphysiciens Géometres, sur l'essence de la matiere.
PROBLEME ,
Proposé aux Métaphysiciens Géometres ;
sur l'essence de la matiere.
O
Na beaucoup philosophé sur l'essence
de la matiere ; par malheur
nous n'en connoissons guéres que les accidens.
On convient assez que la pesanteur
et la légéreté , la chaleur et le froid ,
la sécheresse et l'humidité , la dureté et
la liquidité , la couleur et l'invisibilité , le
mouvement même et le repos , et bien
d'autres qualitez de la matiere ne lui sont
qu'accidentelles. De sorte que la question
se réduit communément parmi les Philosophes
à prendre son parti entre ces
trois ou quatre propriétez , et à décider
laquelle est la principale et comme la racine
ou la base des autres.
Le sentiment Cartésien a comme prévalu
, et l'étendue passe pour constituer
l'essence de la matiere. Il y a eu bien des
disputes à ce sujet parmi les Métaphysiciens
qui n'ont été que Métaphysiciens ;
comme l'étenduë est toute du ressort de
la Géométrie , qui n'a proprement point
d'autre objet , j'ai crû pouvoir l'employer
pour
1940 MERCURE DE FRANCE
pour décider la question ; ceux à qui je la
propose, jugeront si j'y ai réüssi : J'entre
en matiere :
Il est possible que le même corps , supposons
celui d'un homme ; il est possible
que cet homme se trouve la même année
à Paris et à Constantinople. Il est trespossible
même qu'il s'y trouve dans l'espace
de six mois , et même de trois et
peut-être de deux.
Le mouvement de sa nature est susceptible
de plus et ,de moins à l'infini .
La nature est pleine de mouvemens tresrapides
; témoin un Boulet de Canon ,
les Planétes , le son , la lumiere. Cette lumiere
en particulier peut parcourir des
milliers de lieuës en une minute , en une
seconde; et à cette égard Dieu peut transporter
le corps d'un homme en un clin
d'oeil , d'un bout du monde à l'autre ; le
plus ou le moins de mouvement n'a rien
qui passe sa toute - puissance , et la matiere
n'a rien qui s'y refuse.
Reprenons donc , et en supposant un
mouvement toujours croissant par le
pouvoir de Dieu; il est vrai de dire qu'on
peut voir le même homme à Constantinople
et à Paris ; non - seulement dans la
même année, et dans le même mois , mais
dans la même semaine , dans le même
jour,
SEPTEMBRE. 1733. 1941
jour , dans la même heure , dans la même
minute , dans la même seconde , tierce
quarte , sixte , dixième , centiéme ,
milliéme , millioniéme , billioniéme, trillioniéme
, &c. cela va loin , et rien ne
l'arrête,
Or un Charbon enflammé qu'on remue
tres- vîte , paroît occuper tout un
grand espace ; la plupart des choses même
dont nous jouissons , que nous voyons,
que nous sentons , que nous touchons ,
nous n'en jouissons que par un mouvement
semé de mille interruptions , pareilles
à celle que nous concevons dans
l'étenduë qu'occupe sensiblement ou que
paroît occuper ce Charbon .
La vûe des corps en particulier se fait
par un mouvement intercalaire de vibration
, qui nous dérobe et nous rend
alternativement les objets.Comme les rerours
des
rayons sont tres- promts et que
les impressions durent toujours un peu ,
nous croyons voir ces objets d'une vûë
continue , sans aucune interruption.
Suivant cela , et supposant que Dieu
transporte sans cesse notre homme de
Paris à Constantinople , et de Constanti
nople à Paris ; quelqu'un qui seroit à
Constantinople , pourroit écrire à quelqu'un
qui seroit à Paris ; j'ai vû un tel , je
le
1942 MERCURE DE FRANCE
·
le vois tous les jours , il séjourne icy , il
loge avec moi , je mange avec lui, &c . et
celui de Paris pourroit en même temps
écrire dans les mêmes termes à celui de
Constantinople. On peut imaginer le jo
li Roman qui naîtroit de- là : Tout ce que
j'en remarque pour mon sujet présent ,
c'est que la chose est possible à Dieu ; ce
qui dit quelque chose à quiconque entend
bien ; mais la Géométrie va plus
loin dans la recherche de la vérité.
·
Plus ce mouvement de transport augmentera
par la toute puissante volonté
de Dieu , plus il sera exactement vrai .
de dire que l'homme en question est à
Constantinople et à Paris dans un mêmetems
, indivisible et continu . Or selon
les Elemens de la Géométrie de l'infini ,
de l'ingénieux M. de Fontenelle ( page
36. sect. 2. ) les Propriétez qui vont toujours
croissant dans le fini doivent dans
l'infini recevoir tout l'accroissement dont
elles sont capables ; donc le mouvement
en question croissant à l'infini , l'homme
susdit se trouvera exactement au même
instant indivisible à Constantinople ,
à Paris, dans tout l'entre deux , et en mille
autres Villes et Lieux de l'Univers ,
dans l'Univers même , tout entier si on
veut ce qu'il falloit démontrer.
Maïs
SEPTEMBRE. 1733. 1943
Mais , quoique le mouvement puisse
augmenter à l'infini , on va me nier, malgré
la certitude incontestable de ma conclusion
, qu'on puisse jamais supposer ce
mouvement infini. Les Géometres infinitaires
ne le nieront point. Et j'ai encore
pour garant la même section du même
ingénieux ouvrage , page 29. où il est dit
que toute la grandeur capable d'augmentation
à l'infini peut - être supposée au-
_gmentée à l'infini .
Ce principe est fort , j'en conviens ,
mais il est vrai , et même vrai- semblable,
c'est à dire , tout- à- fait plausible par un
autre principe du P. Castel , qui fait voir
dans sa Mathématique Universelle , que
l'infini Géométrique n'a rien que de naturel
et de facile , étant infini dans un
point de vûë , et tres-fini dans un autre
point de vûë ; que la ligne infinie n'est
qu'une surface finie , que la surface infinie
, n'est qu'un corps fini, qu'un nombre
infini n'est qu'une étendue finie , et qu'en
un mot , le du fini à l'infini ne
passage
se fait pas , comme l'insinue M. de Fontenelle
, et comme le prétend tour ouvertement
M. Cheyne , Anglois , par une
addition d'unitez , mais par une espece
d'exaltation d'une nature inférieure à
une nature superieure , comme de la ligne
à la surface , &c. De
1944 MERCURE DE FRANCE
De sorte que le mouvement infini n'est
plus un mouvement , mais la perfection
du mouvement ; et comme la racine , le
principe , la puissance du mouvement , le
mouvement en puissance , et l'étenduë
même ou l'espace avec un repos parfait de
parties. En effet ME : T. et plus T,
diminuë plus M. augmente , sans que E ,
varie. De sorte que T , étant o , alors
M∞ , et E = MOR , confor
mément aux principes de la Mathématique
universelle citée.
Le passage en question du fini à l'infini
n'a icy rien de plus extraordinaire que
ce raisonnement , où il est incontestable.
Je prends un écu , puis un demi écu , puis
un quart , un demi quart , un demi de
mi quart , & c. cela fait un mouvement
croissant , et qui peut toujours croître à
l'infini , ou bien par un mouvement instantanée
et infini , je prends d'un seul
deux écus ; cela va au même ; et que
sçait on même si ce n'est pas plutôt le
premier, que le second de ces mouvemens
qui est infini, au moins le premier ne finit
pas , et le second finit aussi -tôt.
coup
Que Dieu porte notre homme de Paris
à Constantinople , et de Constantinople
à Paris par un mouvement qui croisse
toujours ; c'est celui-là qui ne finit pas :
que
SEPTEMBRE. 1733. 1945
que ce mouvement porté tout d'un coup
à sa perfection, place cet homme dans les
deux Villes au même instant , il n'y a là
qu'un mouvement fini.
Quoiqu'il en soit , il est donc faux que
l'étenduë de la matiere soit déterminée
et qu'elle en soit l'essence immuable ; or
ce raisonnement Géométrique va à tout,
et en particulier à prouver qu'un même
corps peut être en deux, et en mille lieux
différens , sans être dans l'entre - deux ,
qu'il peut passer d'une extrêmité à l'au-
Tre sans passer par le milieu , qu'il peut
être dans un état de pénétrabilité , dans
un état d'indivisibilité , et qu'ainsi son
essence n'est pas non plus d'avoir des
parties ; qu'il peut être tout dans le tout,
et tout dans chaque partie. Encore une
fois , cela va loin , er tres- loin.
Mais si je dépouille ainsi la matiere de
ses propriétez les plus inhérentes , quelle
sera donc son essence ? Ce n'est pas moi
qui le dirai ; j'avoue bonnement que je
n'en sçais rien ; et c'est- là le Problême
que je propose aux Métaphysiciens Géomêtres.
En attendant cependant leur réponse ;
je ne laisse pas au milieu de tout ce dépouillement
de propriétez , de m'attacher
à une , à laquelle on n'a pas fait assez
1948 MERCURE DE FRANCE
sez d'attention dans la question présente;
c'est que la matiere est une substance passive
et tout-à- fait inactive ; ce qui la distingue
tout d'un coup de l'esprit, qui est
une substance active et libre. J'applique
ici un distinction insinuée dans l'Ouvrage
cité du P. Castel , et je dis que la matiere
est une possibilité , et l'esprit une puissance
; puissance participée dans les créatures
, absoluë , indépendante , infinie
incréée dans le Créateur.
Proposé aux Métaphysiciens Géometres ;
sur l'essence de la matiere.
O
Na beaucoup philosophé sur l'essence
de la matiere ; par malheur
nous n'en connoissons guéres que les accidens.
On convient assez que la pesanteur
et la légéreté , la chaleur et le froid ,
la sécheresse et l'humidité , la dureté et
la liquidité , la couleur et l'invisibilité , le
mouvement même et le repos , et bien
d'autres qualitez de la matiere ne lui sont
qu'accidentelles. De sorte que la question
se réduit communément parmi les Philosophes
à prendre son parti entre ces
trois ou quatre propriétez , et à décider
laquelle est la principale et comme la racine
ou la base des autres.
Le sentiment Cartésien a comme prévalu
, et l'étendue passe pour constituer
l'essence de la matiere. Il y a eu bien des
disputes à ce sujet parmi les Métaphysiciens
qui n'ont été que Métaphysiciens ;
comme l'étenduë est toute du ressort de
la Géométrie , qui n'a proprement point
d'autre objet , j'ai crû pouvoir l'employer
pour
1940 MERCURE DE FRANCE
pour décider la question ; ceux à qui je la
propose, jugeront si j'y ai réüssi : J'entre
en matiere :
Il est possible que le même corps , supposons
celui d'un homme ; il est possible
que cet homme se trouve la même année
à Paris et à Constantinople. Il est trespossible
même qu'il s'y trouve dans l'espace
de six mois , et même de trois et
peut-être de deux.
Le mouvement de sa nature est susceptible
de plus et ,de moins à l'infini .
La nature est pleine de mouvemens tresrapides
; témoin un Boulet de Canon ,
les Planétes , le son , la lumiere. Cette lumiere
en particulier peut parcourir des
milliers de lieuës en une minute , en une
seconde; et à cette égard Dieu peut transporter
le corps d'un homme en un clin
d'oeil , d'un bout du monde à l'autre ; le
plus ou le moins de mouvement n'a rien
qui passe sa toute - puissance , et la matiere
n'a rien qui s'y refuse.
Reprenons donc , et en supposant un
mouvement toujours croissant par le
pouvoir de Dieu; il est vrai de dire qu'on
peut voir le même homme à Constantinople
et à Paris ; non - seulement dans la
même année, et dans le même mois , mais
dans la même semaine , dans le même
jour,
SEPTEMBRE. 1733. 1941
jour , dans la même heure , dans la même
minute , dans la même seconde , tierce
quarte , sixte , dixième , centiéme ,
milliéme , millioniéme , billioniéme, trillioniéme
, &c. cela va loin , et rien ne
l'arrête,
Or un Charbon enflammé qu'on remue
tres- vîte , paroît occuper tout un
grand espace ; la plupart des choses même
dont nous jouissons , que nous voyons,
que nous sentons , que nous touchons ,
nous n'en jouissons que par un mouvement
semé de mille interruptions , pareilles
à celle que nous concevons dans
l'étenduë qu'occupe sensiblement ou que
paroît occuper ce Charbon .
La vûe des corps en particulier se fait
par un mouvement intercalaire de vibration
, qui nous dérobe et nous rend
alternativement les objets.Comme les rerours
des
rayons sont tres- promts et que
les impressions durent toujours un peu ,
nous croyons voir ces objets d'une vûë
continue , sans aucune interruption.
Suivant cela , et supposant que Dieu
transporte sans cesse notre homme de
Paris à Constantinople , et de Constanti
nople à Paris ; quelqu'un qui seroit à
Constantinople , pourroit écrire à quelqu'un
qui seroit à Paris ; j'ai vû un tel , je
le
1942 MERCURE DE FRANCE
·
le vois tous les jours , il séjourne icy , il
loge avec moi , je mange avec lui, &c . et
celui de Paris pourroit en même temps
écrire dans les mêmes termes à celui de
Constantinople. On peut imaginer le jo
li Roman qui naîtroit de- là : Tout ce que
j'en remarque pour mon sujet présent ,
c'est que la chose est possible à Dieu ; ce
qui dit quelque chose à quiconque entend
bien ; mais la Géométrie va plus
loin dans la recherche de la vérité.
·
Plus ce mouvement de transport augmentera
par la toute puissante volonté
de Dieu , plus il sera exactement vrai .
de dire que l'homme en question est à
Constantinople et à Paris dans un mêmetems
, indivisible et continu . Or selon
les Elemens de la Géométrie de l'infini ,
de l'ingénieux M. de Fontenelle ( page
36. sect. 2. ) les Propriétez qui vont toujours
croissant dans le fini doivent dans
l'infini recevoir tout l'accroissement dont
elles sont capables ; donc le mouvement
en question croissant à l'infini , l'homme
susdit se trouvera exactement au même
instant indivisible à Constantinople ,
à Paris, dans tout l'entre deux , et en mille
autres Villes et Lieux de l'Univers ,
dans l'Univers même , tout entier si on
veut ce qu'il falloit démontrer.
Maïs
SEPTEMBRE. 1733. 1943
Mais , quoique le mouvement puisse
augmenter à l'infini , on va me nier, malgré
la certitude incontestable de ma conclusion
, qu'on puisse jamais supposer ce
mouvement infini. Les Géometres infinitaires
ne le nieront point. Et j'ai encore
pour garant la même section du même
ingénieux ouvrage , page 29. où il est dit
que toute la grandeur capable d'augmentation
à l'infini peut - être supposée au-
_gmentée à l'infini .
Ce principe est fort , j'en conviens ,
mais il est vrai , et même vrai- semblable,
c'est à dire , tout- à- fait plausible par un
autre principe du P. Castel , qui fait voir
dans sa Mathématique Universelle , que
l'infini Géométrique n'a rien que de naturel
et de facile , étant infini dans un
point de vûë , et tres-fini dans un autre
point de vûë ; que la ligne infinie n'est
qu'une surface finie , que la surface infinie
, n'est qu'un corps fini, qu'un nombre
infini n'est qu'une étendue finie , et qu'en
un mot , le du fini à l'infini ne
passage
se fait pas , comme l'insinue M. de Fontenelle
, et comme le prétend tour ouvertement
M. Cheyne , Anglois , par une
addition d'unitez , mais par une espece
d'exaltation d'une nature inférieure à
une nature superieure , comme de la ligne
à la surface , &c. De
1944 MERCURE DE FRANCE
De sorte que le mouvement infini n'est
plus un mouvement , mais la perfection
du mouvement ; et comme la racine , le
principe , la puissance du mouvement , le
mouvement en puissance , et l'étenduë
même ou l'espace avec un repos parfait de
parties. En effet ME : T. et plus T,
diminuë plus M. augmente , sans que E ,
varie. De sorte que T , étant o , alors
M∞ , et E = MOR , confor
mément aux principes de la Mathématique
universelle citée.
Le passage en question du fini à l'infini
n'a icy rien de plus extraordinaire que
ce raisonnement , où il est incontestable.
Je prends un écu , puis un demi écu , puis
un quart , un demi quart , un demi de
mi quart , & c. cela fait un mouvement
croissant , et qui peut toujours croître à
l'infini , ou bien par un mouvement instantanée
et infini , je prends d'un seul
deux écus ; cela va au même ; et que
sçait on même si ce n'est pas plutôt le
premier, que le second de ces mouvemens
qui est infini, au moins le premier ne finit
pas , et le second finit aussi -tôt.
coup
Que Dieu porte notre homme de Paris
à Constantinople , et de Constantinople
à Paris par un mouvement qui croisse
toujours ; c'est celui-là qui ne finit pas :
que
SEPTEMBRE. 1733. 1945
que ce mouvement porté tout d'un coup
à sa perfection, place cet homme dans les
deux Villes au même instant , il n'y a là
qu'un mouvement fini.
Quoiqu'il en soit , il est donc faux que
l'étenduë de la matiere soit déterminée
et qu'elle en soit l'essence immuable ; or
ce raisonnement Géométrique va à tout,
et en particulier à prouver qu'un même
corps peut être en deux, et en mille lieux
différens , sans être dans l'entre - deux ,
qu'il peut passer d'une extrêmité à l'au-
Tre sans passer par le milieu , qu'il peut
être dans un état de pénétrabilité , dans
un état d'indivisibilité , et qu'ainsi son
essence n'est pas non plus d'avoir des
parties ; qu'il peut être tout dans le tout,
et tout dans chaque partie. Encore une
fois , cela va loin , er tres- loin.
Mais si je dépouille ainsi la matiere de
ses propriétez les plus inhérentes , quelle
sera donc son essence ? Ce n'est pas moi
qui le dirai ; j'avoue bonnement que je
n'en sçais rien ; et c'est- là le Problême
que je propose aux Métaphysiciens Géomêtres.
En attendant cependant leur réponse ;
je ne laisse pas au milieu de tout ce dépouillement
de propriétez , de m'attacher
à une , à laquelle on n'a pas fait assez
1948 MERCURE DE FRANCE
sez d'attention dans la question présente;
c'est que la matiere est une substance passive
et tout-à- fait inactive ; ce qui la distingue
tout d'un coup de l'esprit, qui est
une substance active et libre. J'applique
ici un distinction insinuée dans l'Ouvrage
cité du P. Castel , et je dis que la matiere
est une possibilité , et l'esprit une puissance
; puissance participée dans les créatures
, absoluë , indépendante , infinie
incréée dans le Créateur.
Fermer
Résumé : PROBLÊME, Proposé aux Métaphysiciens Géometres, sur l'essence de la matiere.
Le texte aborde un problème philosophique concernant l'essence de la matière, en se concentrant sur les propriétés accidentelles telles que la pesanteur, la chaleur, la dureté et le mouvement. Les philosophes discutent de quelle propriété est la principale. La théorie cartésienne, qui considère l'étendue comme l'essence de la matière, a été dominante. L'auteur propose d'utiliser la géométrie pour résoudre cette question. Pour illustrer son argument, l'auteur imagine un homme se déplaçant rapidement entre Paris et Constantinople, démontrant que le mouvement peut augmenter à l'infini. Il soutient que, grâce à la toute-puissance de Dieu, un corps peut être simultanément en plusieurs lieux. En se basant sur les principes géométriques de l'infini, il conclut que la matière peut être en plusieurs endroits à la fois, remettant ainsi en question l'idée que l'étendue est l'essence immuable de la matière. L'auteur affirme que la matière peut être pénétrable, indivisible et présente partout à la fois. Il conclut en posant la question de l'essence de la matière, soulignant que la matière est une substance passive et inactive, contrairement à l'esprit, qui est actif et libre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 2393-2408
RÉPONSE de M. le Gendre de S. Aubin, au Problême qui a été proposé dans le Mercure du mois de Septembre dernier, aux Métaphysiciens Géométres, sur l'Essence de la Matiere.
Début :
C'est aujourd'hui le génie des Sciences de pousser à bout toutes les idées. N'est-ce [...]
Mots clefs :
Infini, Matière, Mouvement, Fini, Essence de la matière, Esprit humain, Homme, Propriétés, Infinis, Corps, Géométrie, Nature, Problème, Géomètres, Principe
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. le Gendre de S. Aubin, au Problême qui a été proposé dans le Mercure du mois de Septembre dernier, aux Métaphysiciens Géométres, sur l'Essence de la Matiere.
REPONSE de M. le Gendre de
S. Aubin , au Problême qui a été
proposé
dans le Mercure du mois de Septembre
dernier , aux Métaphysiciens Geométres
, sur l'Essence de la Matiere .
C'ES
'Est aujourd'hui le génie des Sciences de
pousser à bout toutes les idées. N'est-ce
point un effort pour parvenir à la gloire de la
nou
2394 MERCURE DE FRANCE
nouveauté , dans un siecle où le nouveau sem→
ble depuis long-temps épuisé ? L'esprit humain
se flatte de parvenir aux degrez les plus sublimes
des connoissances , par des suppositions sans
bornes ; mais cette voye l'écarte infiniment de la
verité, pour peu qu'il y ait d'erreur dans le principe
, ou que la conséquence manque de la plus
exacte précision.
Des Cartes a consideré la matiere et l'étenduë
comme une même chose. Les modernes , pour
la plupart , ne l'ont pas suivi jusques- là , ils ont
persisté à distinguer la matiere de l'étenduë ,
comme le sujet de son essence. On entend par
essence et par proprietez , des qualitez inséparables
naturellement d'une substance , au lieu que
les accidents varient. Il y a même quelque distinction
entre essence et proprietez . Cette distinction
consiste en ce que parmi les proprietes
il s'en trouve quelqu'une plus génerale , et de laquelle
les autres semblent émaner. Or cette essence
, cette proprieté primitive de la matiere , c'est
l'étendue et l'impénetrabilité , la divisibilité à
l'infini , l'unité du lieu , en sont des proprietez.
Aristote a écrit dans sa Métaphysique , que la matiere
n'est rien de tout ce qu'on peut répondre aux
questions qui regardent l'essence , la quantité , la.
qualité , et que ce n'est point un être déterminé.
L'opinion d'Aristote , de la façon dont il la pro
pose , réduit la matiere au néant.
Dans le Problême proposé aux Métaphysiciens
Géometres , sur l'essence de la matiere , on lui
enleve son essence et ses proprietez sans effort ;
il n'en coûte pour cela qu'une supposition , et
l'Auteur du Problême persuadé qu'il ne reste
à la matiere aucune de ses proprietez , invite
Les Métaphysiciens Géométres à lui en chercher
de
NOVEMBRE. 1733. 2395.
de nouvelles. Les conséquences qui résultent des
principes expliquez dans le Problême , sont , à
ce qu'on prétend , que la matiere n'est pas nécessairement
étendue , qu'elle n'a plus d'impéné
trabilité , qu'un corps peut être à la fois aux
deux bouts de l'Univers , aussi- bien que dans
tous les lieux qui remplissent cet intervalle . On
se fonde sur la Géométrie , qui a la certitude en
partage , pour dépouiller tout d'un coup la matiere
des proprietez les plus inhérentes , dont la
Physique l'avoit mise en possession. Comment
les Métaphysitiens Géométres pourront- ils réparer
tant de pertes ? Il y a plus ; la matiere est
réduite à une simple possibilité. Le Pere Castel ,
dit-on , l'insinue ainsi dans sa Mathématique,
Universelle. Je suis bien éloigné de croire que
ce puisse être le sentiment du Pere Castel , puisque
cet ingénieux Auteur établit pour princi
pe , que de la possibilité à l'existence , il y a aussi
loin que du néant à l'être. L'Auteur du Problême
ne prétend assurément pas que Dieu n'ait
créé que des esprits. Cependant si la matiere est
réduite à une pure possibilité , si toutes les proprietez
lui sont enlevées, elle est réduite au néant;
car ce qui n'a aucune proprieté est le néant , auquel
on ne refuse même pas les proprietez néga
tives. Ces conséquences vont loin et trop loin.
Si la matiere n'a aucune existence par ses proprietez
, elie en aura encore moins par une forme
déterminée ou par ses accidents. Il s'agit
même ici de la matière accompagnée de la forme
, puisqu'on prétend que l'unité de lieu n'est
pas une proprieté du corps d'un homme . Examinons
si les principes et les inductions qu'on
Tr. de Physiq. T. 1. Liv. s . Ch. 7.
2396 MERCURE DE FRANCE
en tire pour dépoüiller la matiere de toutes ses
proprietez , nous obligent indispensablement à
les abandonner.
"
"
Il est possible , dit-on , que le même corps
» se trouve la même année à Paris et à Constan-
»tinople , dans l'espace de six mois , de trois , et
» peut- être de deux . Le mouvement de sa nature
est susceptible de plus et de moins à l'infini
la nature est pleine de mouvemens très - rapides
, un boulet , les Planetes , le son , la lumiere.
La lumiere peut parcourir des miliers de
licües en une minute , en une seconde. Dieu
peut transporter le corps d'un homme en un
clin d'oeil d'un bout du Monde à l'autre. Le
plus ou moins de mouvement n'a rien qui
D passe sa toute- puissance , et la matiere n'a rien
qui s'y refuse . Supposons donc un mouvement
toujours croissant par le pouvoir de Dieu , il
» est vrai de dire qu'on peut voir le même hom
"me à Constantinople et à Paris , non - seulement
dans la même année et dans le même
mois , mais dans la même semaine , dans le
même jour , dans la même minute , seconde ,
tierce , quarte , sixte , dixième , centiéme , mil-
» liéme , millioniéme , billioniéme , trillioniéme,
&c . Cela va lóin, et rien ne l'arrête . » Enfin on
prétend conclure de ces principes que le mouvement
en question croissant à l'infini , l'homme
qui seroit porté et rapporté par ce mouvement
de Paris à Constantinople , se trouveroit exactement
au même instant indivisible à Paris et à
Constantinople , dans tout l'entredeux et en mille
autres lieux de l'Univers , dans l'Univers même
antier , si l'on veut.
Il faut d'abord se mettre bien au fait de la
question. Nous examinons quel pourroit être
l'effet
NOVEM BK E. 1733. 2397
T'effet d'un mouvement naturel , susceptible
d'augmentation de plus en plus . Cette question
est semblable à celles de l'asymptotisme infini de
quelques courbes . A la verité , dans l'hypothese
on parle de la puissance de Dieu , mais ce n'est
que pour mettre en oeuvre dans toute son étendue
ce qui est dans la nature , ce dont le mouvement
est capable de lui-même , et à quoi la
matiere n'a rien qui se refuse , dont on trouve
même des exemples assez semblables dans le
cours le plus ordinaire de la nature , comme la
vitesse très rapide de la lumiere . L'Auteur du Problême
entreprend de démontrer par le raisonnement
et par le calcul , que le mouvement étant
susceptible d'augmentation à l'infini , un corps
peut par la force du mouvement portée jusqu'où
elle est capable d'aller , être à la fois dans tout
les lieux de l'Univers, Si cette proposition pou
voit être vraye , nous serions forcez non - sculement
d'abandonner la Physique , dont il ne seroit
pas impossible de se passer , mais de renoncer
tout- à- fait à la faculté de raisonner . J'accorde
pour un moment à l'Auteur du Problême,
que le mouvement qui transporte notre homme
de Paris à Constantinople , fût infini , il n'en
résulteroit autre chose sinon que le temps seroit
divisé à l'infini avec la même réciprocité que le
mouvement de transport auroit été augmenté,
Ainsi , quoique vous vissiez cet homme continuellement
, qu'il ne cessat de vous parler , le
mouvement infini le porteroit et rapporteroit
dans des instants divisez à l'infini , sans que
vous vous apperçussiez de son transport . La division
à l'infini de l'instant , dans lequel ce
transport seroit réïteré , empêcheroit que le
même corps ne fût en même temps dans deux
endroits. Re
2398 MERCURE DE FRANCE
Reprenons l'hypothese des plus imaginaires de
notre homme transporté à Constantinople , c'est
tout au plus une présomption de la divisibilité
du temps à l'infini , qui a toujours été soutenuë
par le plus grand nombre des Philosophes , et
que tous les Infinitaires , à ce que je pense , admettent
aujourd'hui. Quoique vous eussiez continuellement
cet homme devant les yeux , quoique
la vitesse du mouvement vous rendit le
transport imperceptible , l'homme transporté ne
seroit pas davantage à Paris et à Constantinople
dans le même instant,qu'un charbon brûlant qui
tourne avec une vitesse assez médiocre , n'est en
même-temps dans tous les points du cercle qu'il
décrit , lorsque vous croyez voir un cercle de
feu , non parce que le charbon est à la fois dans
tous les points du cercle , mais parce qu'il fait
impression sur des parties de la rétine disposées
en rond, et que l'impression n'a pas cessé dans la
premiere partie ébranlée , quand le charbon agit
sur la derniere. De ce Phénomene on peut conclure
que ,quoique la vision se fasse en un instant fort
court de la présence de l'objet , le sentiment de
voir ne laisse pas de durer pendant un petit espace
de temps au--delà . Nous éprouvons à toute
heure des illusions de nos sens , qui nous font
paroître comme non interrompu , ce qui ne les
affecte que par des mouvemens semez de mille
interruptions. Mais portons nos vûës plus loin.
Un mouvement susceptible d'augmentation de
plus en plus peut- il être supposé infini ?
L'Auteur du Problême appelle le Sistême de
l'infini au secours de son hypothese, et il cite une
autorité qui a le plus de poids et de force ; c'est
celle de M. de Fontenelle, qui a dit , que la grandeur
capable d'augmentation à l'infini , peut être
supposée
NUVEM BK E. 1733. 2290
supposée augmentée à l'infini . C'est effectivement
un principe dont les plus sçavans Géométres se
sont servis depuis près d'un siecle . Mais en fait
de Géométrie , l'autorité est un motif d'examen
et non pas de conviction. Suivons donc de près
cette proposition ; elle présente d'abord une évidence
non suspecte , mais c'est sa contradictojte
qui est réellement évidente. La grandeur capable
d'augmentation à l'infini , ne peut être supposée
augmentée à l'infini , par cette raison même
qu'elle est capable d'augmentation à l'infini. Ainsi
ce qui est inépuisable ne peut être supposé
épuisé , ce qui est infini ne peut être supposé terminé
, ce qui est susceptible d'augmentation et
par conséquent fini , ne peut être supposé infini
Or c'est un principe employé par les Géométres
* et évident en soi- même , que toute ligne
soit méchanique , soit géometrique , ou rentre en
elle-même, ou s'étend à l'infini , puisqu'on peut toujours
en continuer la génération . Aucune ligne
soit méchanique , soit géométrique, ne peut donc
être supposée infinie.
La Géométrie transcendante m'a causé beaucoup
de perplexité. Je trouvois d'une part l'autorité
de plusieurs Sçavans , qui ont donné les plus
grandes preuves de force de génie , et je voyois
un enchaînement bien lié de conclusions et de
calculs . D'un autre côté , je sçavois que la verité
est une dans les objets diversifiez des Sciences ;
que , suivant ce principe , le calcul ne peut être
contraire au raisonnement , et que les veritez
d'un ordre purement naturel ne doivent être con-
* Le Marquis de l'Hôpital , Anal. des Infinim,
pet. § . 5. p. 100. Guinée , Applicat. de l'Algebr, à
la Géométr. §. 12.p.235.
sidéréo
2400 MERCURE DE FRANCE
siderées comme telles par l'esprit humain , qu'autant
qu'elles sont à sa portée et compréhensibles.
Je n'entens pas dire par là que toutes les véritez
naturelles soient à la portée de l'esprit humain,je
suis aussi persuadé qu'il y en a beaucoup de celles
qui sont à sa portée , qui ne sont pas encore
découvertes. Je me renferme à dire ( ce qui me
semble incontestable ) que l'esprit humain ne
peut mettre au nombre des veritez purement naturelles
, que ce qu'il a compris.
J'avoue encore que cette derniere refléxion
augmentoit ma défiance. Je soupçonne une vérité
, me disois -je à moi - même , que quelques
hommes celebres ont donnée pour démontrée
après un travail infatigable ; c'est parce que je
n'ai pas la force d'atteindre où ces hommes sçavans
sont parvenus. Mais enfin lorsque j'ai été
pleinement convaincu que non- seulement ces
prétendues véritez de la Géometrie de l'infini
étoient incompréhensibles pour moi , mais que
j'y découvrois une contradiction évidente
que ceux mêmes qui les soutenoient, reconnoissoient
en même temps qu'ils ne pouvoient les
concevoir , je n'ai plus balancé à chercher l'issuë
de ce labyrinthe de l'esprit humain , et j'ai été
assuré qu'il y en avoit une. J'ai trouvé le fondement
du calcul ruineux , aussi-bien que celui
du raisonnement. Je ne traiterai ici que de la
partie qui concerne le raisonnement , je ne l'acheverai
même pas , de de peur passer les bornes
convenables au Mercure , et je réserverai pour le
mois prochain ce qui restera de la partie du raisonnement
, et la partie entiere qui regarde le
calcul.
La Géométrie dans son état présent est remplie
de conclusions si yastes , qu'elles paroissent
surpasser
NOVEMBRE . 1733. 2401
surpasser infiniment les bornes de l'esprit humain.
Il n'y auroitrien d'étonnant si elle n'étoit
pas la production de l'esprit humain ; mais comme
elle ne se vante pas d'une autre source, et que
si elle étoit assez témeraire pour s'en vanter
il lui seroit impossible de la prouver , qui peut
inspirer à l'esprit humain tant de soumission
pour son propre Ouvrage ? La Géométrie qui
doit être une science de conviction , m'offre de
toutes parts des écueils de raisonnement . Des
infiniment grands , qui sont infiniment petits
par rapport à d'autres ordres ou degrez infinis
d'infinis ; des asymptotismes dont les espaces
sont plus qu'infinis ; des rectangles infinis égaux
à d'autres rectangles finis ; le fini et l'infini proportionnels
, en même-temps qu'on admet pour
principe que les infinis sont égaux entre eux 5
des espaces infinis , qui par leurs révolutions
autour de leurs axes , ne donnent que des produits
finis , appellez fuseaux hyperboliques ; enfin
le mouvement infini semblable au parfait repos
, et la matiere dépouillée de toutes ses proprietez
, suivant l'Auteur du Problême , car tout
cela ne me paroît pas plus solide l'un que l'autre.
Heureusement ces conclusions inconcevables tombent
d'elles-mêmes , par l'unique observation
que j'ai faite cy - dessus , que la grandeur capable
d'augmentation à l'infini , ne peut être supposée
infinie, Comme un moment connu et fini ne
peut être supposé une éternité , de même un
asymptotisme de l'hyperbole d'un degré quelconque
, ni les asymptotistes de la Conchoïde ,
de la Syssoïde ou autres courbes, ne peuvent être
supposez étendus à l'infini , puisque par leur essence
ils sont capables d'être augmentez de plus
en plus. Suivant le même principe , leur prolon
D gement
2402 MERCURE DE FRANCE
gement supposé infini ne pourroit être limite
par une derniere ordonnée , ni aucune figure ne
pourroit être circonscrite à leurs espaces suppo- sez infinis.
Une somme dont je suppose qu'on prend la
moitié , ensuite la moitié de cette moitié , et tou
jours la moitié de la précédente moitié , ne peut
être épuisée ni supposée épuisée, Il est fort aisé de
prendre deux écus dans un sac de mille francs, et
celui qui les tirede ce sac, n'a pas pour cela attrapé
une richesse infinie , mais en supposant qu'un
homme prenne un écu, la moitié d'un écu , la moitié
de cette moitié, et toujours la moitié de la précédente
moitié , ou une portion quelconque des
précédentes portions , sans qu'il soit nécessaire
que le même rapport regne dans la progression ,
je ne puis supposer que cet homme prenne jamais
deux écus ; car quoique j'aye l'idée de deux
écus , comme d'une somme finie , la progession
que je suppose continuée à l'infini , n'y arrivera
jamais , et ce seroit une contradiction manifeste
de supposer en même- temps que cet homme ne
s'écartât jamais de cette progression , et qu'il pût
parvenir à prendre la somme très - modique de
deux écus . Ainsi le fini le plus borné renferme
en soi ( pour me servir des termes très- énergiques
du Pere Castel ) un infini essentiellement
concentré dans son enveloppe , et inépuisable
dans sa mine , qu'aucun développement ne peut
jamais épuiser : c'est la seule espece d'infini géometrique
et physique , auquel tout ce qui peut
être imaginé par l'esprit humain , vient aboutig
comme à un centre commun ; ou plutôt il ne
peut y avoir d'infini en Géométrie et en Physi
que , et tout se réduit dans l'une et dans l'autre
ou fini extensible et divisible de plus en plus , ee
qui
NOVEMBRE . 1733. 2403
qui parconséquent ne peut devenir infini.
On découvre la contradiction d'une maniere
encore plus sensible dans le plus qu'infini . Quel
ques Géometres ont prétendu donner à des
quan .
sitez numériques la qualité de plus qu'infinis ;
nous en parlerons dans la seconde partie de cette
Réponse ; il s'agit maintenant d'expliquer l'Asymptotisme
plus qu'infini de Wallis , * rejetté
par Varignon. Pour cela il faut entendre que
suivant le systême de l'infini , la parabole ordinaire
est une ovale infiniment allongée, qui a ses
deux sommets à une distance infinie , et opposez
par leurs concavitez l'un à l'autre , au lieu que
T'hyperbole a ses deux sommets très - proches ,
mais renversez et opposez l'un à l'autre par leurs
convexitez , comme si après avoir coupé une ovale
en deux , vous retourniez les deux moitież , ou
comme si vous opposiez deux calottes l'une à
l'autre par le dessus . Cela est si clair , qu'il n'est
pas besoin de figures et une plus ample description
de ces deux courbes seroit inutile ici. L'hyperbole
donc partant d'un sommet, et allant de la
gauche à la droite, si l'on veut, aura à parcourir
un espace infini pour joindre son asymptote; elle
sera alors,suivant Wallis, plus qu'infiniment éloignée
de son autre sommet transposé de la droite à
gauche ; ensorte que si une parabole et une hyperbole
s'étendoient à l'infini , la premiere pour
joindre son sommet , la seconde pour atteindre
son asymptote , lorsque la parabole seroit parvenue
à son sommer par un prolongement infini,
Phyperbole arrivée à l'extrémité de son asymptote
auroit encore à parcounir en revenant le même
espace infini , et de plus , la distance qui est entre
ces deux sommets , pour joindre le sommet
✦Vvall. Arith. infin . Schol. propos. 101. et 104.
Dij ima
2454 MERCURE DE FRANCE
opposé à celui d'où elle est partie. On peut
imaginer l'asymptote comme une ligne droite
tirée à côté d'une courbe , dont cette courbe ap
proche toujours , mais par une progression géometrique
semblable à celle dont nous avons par
lé cy- dessus , son progrès n'étant jamais que
d'une partie du précedent espace , comme si l'aproximation
étoit d'un pouce , de la moitié d'un
pouce, de la moitié de cette moitié, & c . De même
que Wallis a appellé certains espaces asymp
rotiques plus qu'infinis , je pourrois dire que Paris
est plus qu'infiniment éloigné de Chaillot
car si je passe par Pekin pour aller de Paris
Chaillot , j'aurai non- seulement à traverser l'espace
que j'ai supposé infini depuis Pekin jusqu'à
Paris , mais il faudra que j'ajoûte à cet espace
le chemin de Paris à Chaillot. Voilà ce que
Wallis a appellé des espaces plus qu'infinis , er
ce que Varignon ( 1 ) a réduit auc omplément fini
d'un espace infini .
M. Chesne dit que le passage du fini à l'infini
se fait par une addition d'unités ; mais il est évident
qu'une addition d'unités , qui peut toujours,
suivant la supposition , être augmentée , ne change
rien à la nature d'une grandeur , et les Géometrès
conviennent que par rapport au fini , un
grain de sable et un Globe qui auroit la distance
de Sirius pour rajon , sont de même nature. Les
Géométres Anglois ( 2 ) considerent le fiai comme
étant en mouvement , ou suivant leur terme
en fluxion pour devenir infini ; or ce qui est en
Auxion pour devenir infini , ne peut être suppo-
(1) Memoires de l'Académie des Sciences , anmée
1706. page 13 .
(2 ) Elem. de la Géométrie de l'infini , part. 1 .
§. 3.2. 197. P. 65.
NOVEMBRE . 173. 2405
sé infini. L'Auteur du Problême prétend expli
quer le passage du fini à l'infini , par l'exaltation
d'une nature inférieure à une nature superieure ,
comme de la ligne à la surface , &c . Mais les
points , les lignes et les surfaces sont des idées.
et des abstractions sans réalité. L'entendement
peut examiner les trois dimensions d'un corps ,
longueur , largeur et profondeur séparément et
d'une maniere abstraite , quoiqu'il soit démontré
que ces trois dimensions ne peuvent être séparées.
La divisibilité à l'infini est fondée sur ce
principe , que la plus petite portion de matiere
ne cesse point d'être matiere elle - même , que
la portion d'un corps la plus divisée , est
toujours un corps qui a de l'étendue et par conséquent
des parties divisibles. Si le corps pouvoit
se résoudre en points , lignes et surfaces ,
on rencontreroit bien- tôt les Atômes d'Epicure
et de Gassendi ; mais ces Atômes ou points indivisibles
, n'ayant point de parties , ne pour
roient avoir ni figure ni étendue, et leur assembla
ge ne pourroit former un corps. La portion de
matiere la plus divisée qu'on puisse imaginer ,
étant mise sur un plan , le touchera toujours par
une de ses parties et ne le touchera pas par celle
qui est au-dessus. Il est donc démontré qu'on
ne peut admettre les points indivisibles et inégaux
soutenus par le Pere Castel , dans sa Mathématique
universelle , ausquels il donne le
nom d'être absorbe dans le néant. Dailleurs l'inégalité
de ces points suppose nécessairement des
parties inégales, une figure et une étendue inéga
les ; c'est une raison de plus pour qu'ils ne puissent
cesser d'être divisibles. Le Pere Castel * ems
Mathém, Univers. p. 5oz.
Diij ploye
9406 MERCURE DE FRANCE
ו כ
ploye ce raisonnement pour une démonstration.
de ces atômes inégaux . Plus l'intersection est
oblique , plus le point d'intersection est grand.
Cela a- t'il besoin d'une démonstration plus expresse
Elle saute aux yeux. Dans un quarré
qui a sa diagonale , les lignes qui coupent un
Coté parallelement à l'autre côté , coupent la
diagonale en autant de points ni plus ni moins;
» or la diagonale est plus grande que le côté ,
donc ses points d'intersection sont plus grands,
ce qu'il falloit démontrer. Les Infinitaires
n'ont pas de peine à répondre que les endroits
où se fait l'intersection , ne sont pas des points
indivisibles , et que si la diagonale est coupée par
le même nombre de sections que le côté plus
petit qu'elle , c'est que les intervalles des sections
sont plus grands dans cette diagonale que dans
ce côté.
Pour revenir à la question dont nous nous
sommes un peu écartez , l'exaltation d'une nature
inférieure à une nature superieure comme
du point à la ligne , de la ligne à la surface
de la surface au solide , ne peut expliquer la
passage du fini à l'infini. On ne peut donner
aucune explication de ce passage , parce qu'il est
impossible et imaginaire. Il ne peut y avoir
d'infini , que l'infini métaphysique de Dieu et de
PEternité. Ces infinis sont très- concevables ;
l'idée de l'infini est naturelle et proportionnée à
Pentendement humain , qui conçoit une chose
sans bornes , aussi aisément qu'une chose bornée.
Nous pensons même à une chose , avant que de
faire réflexion à ses limites . L'infini en Dieu et
dans l'éternité n'est susceptible d'aucune augmentation
; il n'y a d'infini que ce qui l'est par
son essence ; mais le passage du fini à l'infini et
10
NOVEMBRE. 1733 2407
fe retour sont inconcevables à l'esprit humain
et il n'y a en Geometrie et en Physique qu'une
seule espece de substance finie et divisible ou extensible
à l'infini .
C'est par le même principe que peut être décidée
la question de l'infinité du monde , ques
tion qui à si fort embarassé les Philosophes des
differens siccles. La proprieté de la matiere d'être
finie er divisible ou extensible à l'infini , fait
que le Monde entier , sans être infini et étant fini
au contraire , n'a cependant aucunes limites
absolues , en ce qu'elles peuvent être reculées de
plus en plus ; le Monde entier étant comme cha
que portion de matiere , fini mais divisible ou
extensible à l'infini . Si l'on objecte que le Monde
ne peut être limité , parce qu'il est impossible
d'imaginer ce qui seroit plus loin , et que l'Univers
, quelque forme qu'il cut , se dissiperoit
s'il n'y avoit rien au -delà pour le contenir ; il est
aisé de répondre que l'imagination ne pouvant se
représenter que ce qui y est entré par les sens ,
il n'est pas étonnant que nous ne puissions pas
imaginer ce qui est au - delà du Monde ; que c'est
à la Physique à nous accompagner jusqu'à ses
limites, mais que si nous entreprenons de les franchir,
la Physique ou la science du monde matériel
ne peut s'étendre au- delà de ce monde . C'est alors
à la Métaphysique à nous enseigner que l'immensité
de Dieu remplit tout , et que comme il seroit
insensé de ne pas rapporter la création de l'Univers
à la toute - puissance deDieu , il ne le seroit pas
moins de prétendre s'en passer pour sa conservation,
enfin que de vastes et innombrables tourbillons
peuvent être contenus dans leurs bornes
par la Providence divine aussi facilement , que
les Mers dans de petits espaces du Globe que
mous habitons.
D iiij Quel2408
MERCURE DE
FRANCE.
Quelque chemin que l'infini
il ne nous a conduits à rien
d'incompréhensible , nous ait fait faire,
il me semble au
contraire que l'esprit se trouve
affranchi de tout ce que la
Géometrie lui présentoit
d'inconcevable et de
contradictoire. Il suffit
d'être ferme sur ce
principe , que ce
principe, que ce qui est capable
d'augmentaion à l'infini , ne peut être supposé
infini. Ces veritez
deviendront de plus en
plus sensibles par la seconde partie de cette Réponse
. En
attendant , je crois que les
Métaphysiciens
Géométres
s'inquiéteront peu de
suppléer
à un
dépouillement
imaginaire des
propriete
de la matiere.
La suite dans le second volume de
Décemb.prochain.
S. Aubin , au Problême qui a été
proposé
dans le Mercure du mois de Septembre
dernier , aux Métaphysiciens Geométres
, sur l'Essence de la Matiere .
C'ES
'Est aujourd'hui le génie des Sciences de
pousser à bout toutes les idées. N'est-ce
point un effort pour parvenir à la gloire de la
nou
2394 MERCURE DE FRANCE
nouveauté , dans un siecle où le nouveau sem→
ble depuis long-temps épuisé ? L'esprit humain
se flatte de parvenir aux degrez les plus sublimes
des connoissances , par des suppositions sans
bornes ; mais cette voye l'écarte infiniment de la
verité, pour peu qu'il y ait d'erreur dans le principe
, ou que la conséquence manque de la plus
exacte précision.
Des Cartes a consideré la matiere et l'étenduë
comme une même chose. Les modernes , pour
la plupart , ne l'ont pas suivi jusques- là , ils ont
persisté à distinguer la matiere de l'étenduë ,
comme le sujet de son essence. On entend par
essence et par proprietez , des qualitez inséparables
naturellement d'une substance , au lieu que
les accidents varient. Il y a même quelque distinction
entre essence et proprietez . Cette distinction
consiste en ce que parmi les proprietes
il s'en trouve quelqu'une plus génerale , et de laquelle
les autres semblent émaner. Or cette essence
, cette proprieté primitive de la matiere , c'est
l'étendue et l'impénetrabilité , la divisibilité à
l'infini , l'unité du lieu , en sont des proprietez.
Aristote a écrit dans sa Métaphysique , que la matiere
n'est rien de tout ce qu'on peut répondre aux
questions qui regardent l'essence , la quantité , la.
qualité , et que ce n'est point un être déterminé.
L'opinion d'Aristote , de la façon dont il la pro
pose , réduit la matiere au néant.
Dans le Problême proposé aux Métaphysiciens
Géometres , sur l'essence de la matiere , on lui
enleve son essence et ses proprietez sans effort ;
il n'en coûte pour cela qu'une supposition , et
l'Auteur du Problême persuadé qu'il ne reste
à la matiere aucune de ses proprietez , invite
Les Métaphysiciens Géométres à lui en chercher
de
NOVEMBRE. 1733. 2395.
de nouvelles. Les conséquences qui résultent des
principes expliquez dans le Problême , sont , à
ce qu'on prétend , que la matiere n'est pas nécessairement
étendue , qu'elle n'a plus d'impéné
trabilité , qu'un corps peut être à la fois aux
deux bouts de l'Univers , aussi- bien que dans
tous les lieux qui remplissent cet intervalle . On
se fonde sur la Géométrie , qui a la certitude en
partage , pour dépouiller tout d'un coup la matiere
des proprietez les plus inhérentes , dont la
Physique l'avoit mise en possession. Comment
les Métaphysitiens Géométres pourront- ils réparer
tant de pertes ? Il y a plus ; la matiere est
réduite à une simple possibilité. Le Pere Castel ,
dit-on , l'insinue ainsi dans sa Mathématique,
Universelle. Je suis bien éloigné de croire que
ce puisse être le sentiment du Pere Castel , puisque
cet ingénieux Auteur établit pour princi
pe , que de la possibilité à l'existence , il y a aussi
loin que du néant à l'être. L'Auteur du Problême
ne prétend assurément pas que Dieu n'ait
créé que des esprits. Cependant si la matiere est
réduite à une pure possibilité , si toutes les proprietez
lui sont enlevées, elle est réduite au néant;
car ce qui n'a aucune proprieté est le néant , auquel
on ne refuse même pas les proprietez néga
tives. Ces conséquences vont loin et trop loin.
Si la matiere n'a aucune existence par ses proprietez
, elie en aura encore moins par une forme
déterminée ou par ses accidents. Il s'agit
même ici de la matière accompagnée de la forme
, puisqu'on prétend que l'unité de lieu n'est
pas une proprieté du corps d'un homme . Examinons
si les principes et les inductions qu'on
Tr. de Physiq. T. 1. Liv. s . Ch. 7.
2396 MERCURE DE FRANCE
en tire pour dépoüiller la matiere de toutes ses
proprietez , nous obligent indispensablement à
les abandonner.
"
"
Il est possible , dit-on , que le même corps
» se trouve la même année à Paris et à Constan-
»tinople , dans l'espace de six mois , de trois , et
» peut- être de deux . Le mouvement de sa nature
est susceptible de plus et de moins à l'infini
la nature est pleine de mouvemens très - rapides
, un boulet , les Planetes , le son , la lumiere.
La lumiere peut parcourir des miliers de
licües en une minute , en une seconde. Dieu
peut transporter le corps d'un homme en un
clin d'oeil d'un bout du Monde à l'autre. Le
plus ou moins de mouvement n'a rien qui
D passe sa toute- puissance , et la matiere n'a rien
qui s'y refuse . Supposons donc un mouvement
toujours croissant par le pouvoir de Dieu , il
» est vrai de dire qu'on peut voir le même hom
"me à Constantinople et à Paris , non - seulement
dans la même année et dans le même
mois , mais dans la même semaine , dans le
même jour , dans la même minute , seconde ,
tierce , quarte , sixte , dixième , centiéme , mil-
» liéme , millioniéme , billioniéme , trillioniéme,
&c . Cela va lóin, et rien ne l'arrête . » Enfin on
prétend conclure de ces principes que le mouvement
en question croissant à l'infini , l'homme
qui seroit porté et rapporté par ce mouvement
de Paris à Constantinople , se trouveroit exactement
au même instant indivisible à Paris et à
Constantinople , dans tout l'entredeux et en mille
autres lieux de l'Univers , dans l'Univers même
antier , si l'on veut.
Il faut d'abord se mettre bien au fait de la
question. Nous examinons quel pourroit être
l'effet
NOVEM BK E. 1733. 2397
T'effet d'un mouvement naturel , susceptible
d'augmentation de plus en plus . Cette question
est semblable à celles de l'asymptotisme infini de
quelques courbes . A la verité , dans l'hypothese
on parle de la puissance de Dieu , mais ce n'est
que pour mettre en oeuvre dans toute son étendue
ce qui est dans la nature , ce dont le mouvement
est capable de lui-même , et à quoi la
matiere n'a rien qui se refuse , dont on trouve
même des exemples assez semblables dans le
cours le plus ordinaire de la nature , comme la
vitesse très rapide de la lumiere . L'Auteur du Problême
entreprend de démontrer par le raisonnement
et par le calcul , que le mouvement étant
susceptible d'augmentation à l'infini , un corps
peut par la force du mouvement portée jusqu'où
elle est capable d'aller , être à la fois dans tout
les lieux de l'Univers, Si cette proposition pou
voit être vraye , nous serions forcez non - sculement
d'abandonner la Physique , dont il ne seroit
pas impossible de se passer , mais de renoncer
tout- à- fait à la faculté de raisonner . J'accorde
pour un moment à l'Auteur du Problême,
que le mouvement qui transporte notre homme
de Paris à Constantinople , fût infini , il n'en
résulteroit autre chose sinon que le temps seroit
divisé à l'infini avec la même réciprocité que le
mouvement de transport auroit été augmenté,
Ainsi , quoique vous vissiez cet homme continuellement
, qu'il ne cessat de vous parler , le
mouvement infini le porteroit et rapporteroit
dans des instants divisez à l'infini , sans que
vous vous apperçussiez de son transport . La division
à l'infini de l'instant , dans lequel ce
transport seroit réïteré , empêcheroit que le
même corps ne fût en même temps dans deux
endroits. Re
2398 MERCURE DE FRANCE
Reprenons l'hypothese des plus imaginaires de
notre homme transporté à Constantinople , c'est
tout au plus une présomption de la divisibilité
du temps à l'infini , qui a toujours été soutenuë
par le plus grand nombre des Philosophes , et
que tous les Infinitaires , à ce que je pense , admettent
aujourd'hui. Quoique vous eussiez continuellement
cet homme devant les yeux , quoique
la vitesse du mouvement vous rendit le
transport imperceptible , l'homme transporté ne
seroit pas davantage à Paris et à Constantinople
dans le même instant,qu'un charbon brûlant qui
tourne avec une vitesse assez médiocre , n'est en
même-temps dans tous les points du cercle qu'il
décrit , lorsque vous croyez voir un cercle de
feu , non parce que le charbon est à la fois dans
tous les points du cercle , mais parce qu'il fait
impression sur des parties de la rétine disposées
en rond, et que l'impression n'a pas cessé dans la
premiere partie ébranlée , quand le charbon agit
sur la derniere. De ce Phénomene on peut conclure
que ,quoique la vision se fasse en un instant fort
court de la présence de l'objet , le sentiment de
voir ne laisse pas de durer pendant un petit espace
de temps au--delà . Nous éprouvons à toute
heure des illusions de nos sens , qui nous font
paroître comme non interrompu , ce qui ne les
affecte que par des mouvemens semez de mille
interruptions. Mais portons nos vûës plus loin.
Un mouvement susceptible d'augmentation de
plus en plus peut- il être supposé infini ?
L'Auteur du Problême appelle le Sistême de
l'infini au secours de son hypothese, et il cite une
autorité qui a le plus de poids et de force ; c'est
celle de M. de Fontenelle, qui a dit , que la grandeur
capable d'augmentation à l'infini , peut être
supposée
NUVEM BK E. 1733. 2290
supposée augmentée à l'infini . C'est effectivement
un principe dont les plus sçavans Géométres se
sont servis depuis près d'un siecle . Mais en fait
de Géométrie , l'autorité est un motif d'examen
et non pas de conviction. Suivons donc de près
cette proposition ; elle présente d'abord une évidence
non suspecte , mais c'est sa contradictojte
qui est réellement évidente. La grandeur capable
d'augmentation à l'infini , ne peut être supposée
augmentée à l'infini , par cette raison même
qu'elle est capable d'augmentation à l'infini. Ainsi
ce qui est inépuisable ne peut être supposé
épuisé , ce qui est infini ne peut être supposé terminé
, ce qui est susceptible d'augmentation et
par conséquent fini , ne peut être supposé infini
Or c'est un principe employé par les Géométres
* et évident en soi- même , que toute ligne
soit méchanique , soit géometrique , ou rentre en
elle-même, ou s'étend à l'infini , puisqu'on peut toujours
en continuer la génération . Aucune ligne
soit méchanique , soit géométrique, ne peut donc
être supposée infinie.
La Géométrie transcendante m'a causé beaucoup
de perplexité. Je trouvois d'une part l'autorité
de plusieurs Sçavans , qui ont donné les plus
grandes preuves de force de génie , et je voyois
un enchaînement bien lié de conclusions et de
calculs . D'un autre côté , je sçavois que la verité
est une dans les objets diversifiez des Sciences ;
que , suivant ce principe , le calcul ne peut être
contraire au raisonnement , et que les veritez
d'un ordre purement naturel ne doivent être con-
* Le Marquis de l'Hôpital , Anal. des Infinim,
pet. § . 5. p. 100. Guinée , Applicat. de l'Algebr, à
la Géométr. §. 12.p.235.
sidéréo
2400 MERCURE DE FRANCE
siderées comme telles par l'esprit humain , qu'autant
qu'elles sont à sa portée et compréhensibles.
Je n'entens pas dire par là que toutes les véritez
naturelles soient à la portée de l'esprit humain,je
suis aussi persuadé qu'il y en a beaucoup de celles
qui sont à sa portée , qui ne sont pas encore
découvertes. Je me renferme à dire ( ce qui me
semble incontestable ) que l'esprit humain ne
peut mettre au nombre des veritez purement naturelles
, que ce qu'il a compris.
J'avoue encore que cette derniere refléxion
augmentoit ma défiance. Je soupçonne une vérité
, me disois -je à moi - même , que quelques
hommes celebres ont donnée pour démontrée
après un travail infatigable ; c'est parce que je
n'ai pas la force d'atteindre où ces hommes sçavans
sont parvenus. Mais enfin lorsque j'ai été
pleinement convaincu que non- seulement ces
prétendues véritez de la Géometrie de l'infini
étoient incompréhensibles pour moi , mais que
j'y découvrois une contradiction évidente
que ceux mêmes qui les soutenoient, reconnoissoient
en même temps qu'ils ne pouvoient les
concevoir , je n'ai plus balancé à chercher l'issuë
de ce labyrinthe de l'esprit humain , et j'ai été
assuré qu'il y en avoit une. J'ai trouvé le fondement
du calcul ruineux , aussi-bien que celui
du raisonnement. Je ne traiterai ici que de la
partie qui concerne le raisonnement , je ne l'acheverai
même pas , de de peur passer les bornes
convenables au Mercure , et je réserverai pour le
mois prochain ce qui restera de la partie du raisonnement
, et la partie entiere qui regarde le
calcul.
La Géométrie dans son état présent est remplie
de conclusions si yastes , qu'elles paroissent
surpasser
NOVEMBRE . 1733. 2401
surpasser infiniment les bornes de l'esprit humain.
Il n'y auroitrien d'étonnant si elle n'étoit
pas la production de l'esprit humain ; mais comme
elle ne se vante pas d'une autre source, et que
si elle étoit assez témeraire pour s'en vanter
il lui seroit impossible de la prouver , qui peut
inspirer à l'esprit humain tant de soumission
pour son propre Ouvrage ? La Géométrie qui
doit être une science de conviction , m'offre de
toutes parts des écueils de raisonnement . Des
infiniment grands , qui sont infiniment petits
par rapport à d'autres ordres ou degrez infinis
d'infinis ; des asymptotismes dont les espaces
sont plus qu'infinis ; des rectangles infinis égaux
à d'autres rectangles finis ; le fini et l'infini proportionnels
, en même-temps qu'on admet pour
principe que les infinis sont égaux entre eux 5
des espaces infinis , qui par leurs révolutions
autour de leurs axes , ne donnent que des produits
finis , appellez fuseaux hyperboliques ; enfin
le mouvement infini semblable au parfait repos
, et la matiere dépouillée de toutes ses proprietez
, suivant l'Auteur du Problême , car tout
cela ne me paroît pas plus solide l'un que l'autre.
Heureusement ces conclusions inconcevables tombent
d'elles-mêmes , par l'unique observation
que j'ai faite cy - dessus , que la grandeur capable
d'augmentation à l'infini , ne peut être supposée
infinie, Comme un moment connu et fini ne
peut être supposé une éternité , de même un
asymptotisme de l'hyperbole d'un degré quelconque
, ni les asymptotistes de la Conchoïde ,
de la Syssoïde ou autres courbes, ne peuvent être
supposez étendus à l'infini , puisque par leur essence
ils sont capables d'être augmentez de plus
en plus. Suivant le même principe , leur prolon
D gement
2402 MERCURE DE FRANCE
gement supposé infini ne pourroit être limite
par une derniere ordonnée , ni aucune figure ne
pourroit être circonscrite à leurs espaces suppo- sez infinis.
Une somme dont je suppose qu'on prend la
moitié , ensuite la moitié de cette moitié , et tou
jours la moitié de la précédente moitié , ne peut
être épuisée ni supposée épuisée, Il est fort aisé de
prendre deux écus dans un sac de mille francs, et
celui qui les tirede ce sac, n'a pas pour cela attrapé
une richesse infinie , mais en supposant qu'un
homme prenne un écu, la moitié d'un écu , la moitié
de cette moitié, et toujours la moitié de la précédente
moitié , ou une portion quelconque des
précédentes portions , sans qu'il soit nécessaire
que le même rapport regne dans la progression ,
je ne puis supposer que cet homme prenne jamais
deux écus ; car quoique j'aye l'idée de deux
écus , comme d'une somme finie , la progession
que je suppose continuée à l'infini , n'y arrivera
jamais , et ce seroit une contradiction manifeste
de supposer en même- temps que cet homme ne
s'écartât jamais de cette progression , et qu'il pût
parvenir à prendre la somme très - modique de
deux écus . Ainsi le fini le plus borné renferme
en soi ( pour me servir des termes très- énergiques
du Pere Castel ) un infini essentiellement
concentré dans son enveloppe , et inépuisable
dans sa mine , qu'aucun développement ne peut
jamais épuiser : c'est la seule espece d'infini géometrique
et physique , auquel tout ce qui peut
être imaginé par l'esprit humain , vient aboutig
comme à un centre commun ; ou plutôt il ne
peut y avoir d'infini en Géométrie et en Physi
que , et tout se réduit dans l'une et dans l'autre
ou fini extensible et divisible de plus en plus , ee
qui
NOVEMBRE . 1733. 2403
qui parconséquent ne peut devenir infini.
On découvre la contradiction d'une maniere
encore plus sensible dans le plus qu'infini . Quel
ques Géometres ont prétendu donner à des
quan .
sitez numériques la qualité de plus qu'infinis ;
nous en parlerons dans la seconde partie de cette
Réponse ; il s'agit maintenant d'expliquer l'Asymptotisme
plus qu'infini de Wallis , * rejetté
par Varignon. Pour cela il faut entendre que
suivant le systême de l'infini , la parabole ordinaire
est une ovale infiniment allongée, qui a ses
deux sommets à une distance infinie , et opposez
par leurs concavitez l'un à l'autre , au lieu que
T'hyperbole a ses deux sommets très - proches ,
mais renversez et opposez l'un à l'autre par leurs
convexitez , comme si après avoir coupé une ovale
en deux , vous retourniez les deux moitież , ou
comme si vous opposiez deux calottes l'une à
l'autre par le dessus . Cela est si clair , qu'il n'est
pas besoin de figures et une plus ample description
de ces deux courbes seroit inutile ici. L'hyperbole
donc partant d'un sommet, et allant de la
gauche à la droite, si l'on veut, aura à parcourir
un espace infini pour joindre son asymptote; elle
sera alors,suivant Wallis, plus qu'infiniment éloignée
de son autre sommet transposé de la droite à
gauche ; ensorte que si une parabole et une hyperbole
s'étendoient à l'infini , la premiere pour
joindre son sommet , la seconde pour atteindre
son asymptote , lorsque la parabole seroit parvenue
à son sommer par un prolongement infini,
Phyperbole arrivée à l'extrémité de son asymptote
auroit encore à parcounir en revenant le même
espace infini , et de plus , la distance qui est entre
ces deux sommets , pour joindre le sommet
✦Vvall. Arith. infin . Schol. propos. 101. et 104.
Dij ima
2454 MERCURE DE FRANCE
opposé à celui d'où elle est partie. On peut
imaginer l'asymptote comme une ligne droite
tirée à côté d'une courbe , dont cette courbe ap
proche toujours , mais par une progression géometrique
semblable à celle dont nous avons par
lé cy- dessus , son progrès n'étant jamais que
d'une partie du précedent espace , comme si l'aproximation
étoit d'un pouce , de la moitié d'un
pouce, de la moitié de cette moitié, & c . De même
que Wallis a appellé certains espaces asymp
rotiques plus qu'infinis , je pourrois dire que Paris
est plus qu'infiniment éloigné de Chaillot
car si je passe par Pekin pour aller de Paris
Chaillot , j'aurai non- seulement à traverser l'espace
que j'ai supposé infini depuis Pekin jusqu'à
Paris , mais il faudra que j'ajoûte à cet espace
le chemin de Paris à Chaillot. Voilà ce que
Wallis a appellé des espaces plus qu'infinis , er
ce que Varignon ( 1 ) a réduit auc omplément fini
d'un espace infini .
M. Chesne dit que le passage du fini à l'infini
se fait par une addition d'unités ; mais il est évident
qu'une addition d'unités , qui peut toujours,
suivant la supposition , être augmentée , ne change
rien à la nature d'une grandeur , et les Géometrès
conviennent que par rapport au fini , un
grain de sable et un Globe qui auroit la distance
de Sirius pour rajon , sont de même nature. Les
Géométres Anglois ( 2 ) considerent le fiai comme
étant en mouvement , ou suivant leur terme
en fluxion pour devenir infini ; or ce qui est en
Auxion pour devenir infini , ne peut être suppo-
(1) Memoires de l'Académie des Sciences , anmée
1706. page 13 .
(2 ) Elem. de la Géométrie de l'infini , part. 1 .
§. 3.2. 197. P. 65.
NOVEMBRE . 173. 2405
sé infini. L'Auteur du Problême prétend expli
quer le passage du fini à l'infini , par l'exaltation
d'une nature inférieure à une nature superieure ,
comme de la ligne à la surface , &c . Mais les
points , les lignes et les surfaces sont des idées.
et des abstractions sans réalité. L'entendement
peut examiner les trois dimensions d'un corps ,
longueur , largeur et profondeur séparément et
d'une maniere abstraite , quoiqu'il soit démontré
que ces trois dimensions ne peuvent être séparées.
La divisibilité à l'infini est fondée sur ce
principe , que la plus petite portion de matiere
ne cesse point d'être matiere elle - même , que
la portion d'un corps la plus divisée , est
toujours un corps qui a de l'étendue et par conséquent
des parties divisibles. Si le corps pouvoit
se résoudre en points , lignes et surfaces ,
on rencontreroit bien- tôt les Atômes d'Epicure
et de Gassendi ; mais ces Atômes ou points indivisibles
, n'ayant point de parties , ne pour
roient avoir ni figure ni étendue, et leur assembla
ge ne pourroit former un corps. La portion de
matiere la plus divisée qu'on puisse imaginer ,
étant mise sur un plan , le touchera toujours par
une de ses parties et ne le touchera pas par celle
qui est au-dessus. Il est donc démontré qu'on
ne peut admettre les points indivisibles et inégaux
soutenus par le Pere Castel , dans sa Mathématique
universelle , ausquels il donne le
nom d'être absorbe dans le néant. Dailleurs l'inégalité
de ces points suppose nécessairement des
parties inégales, une figure et une étendue inéga
les ; c'est une raison de plus pour qu'ils ne puissent
cesser d'être divisibles. Le Pere Castel * ems
Mathém, Univers. p. 5oz.
Diij ploye
9406 MERCURE DE FRANCE
ו כ
ploye ce raisonnement pour une démonstration.
de ces atômes inégaux . Plus l'intersection est
oblique , plus le point d'intersection est grand.
Cela a- t'il besoin d'une démonstration plus expresse
Elle saute aux yeux. Dans un quarré
qui a sa diagonale , les lignes qui coupent un
Coté parallelement à l'autre côté , coupent la
diagonale en autant de points ni plus ni moins;
» or la diagonale est plus grande que le côté ,
donc ses points d'intersection sont plus grands,
ce qu'il falloit démontrer. Les Infinitaires
n'ont pas de peine à répondre que les endroits
où se fait l'intersection , ne sont pas des points
indivisibles , et que si la diagonale est coupée par
le même nombre de sections que le côté plus
petit qu'elle , c'est que les intervalles des sections
sont plus grands dans cette diagonale que dans
ce côté.
Pour revenir à la question dont nous nous
sommes un peu écartez , l'exaltation d'une nature
inférieure à une nature superieure comme
du point à la ligne , de la ligne à la surface
de la surface au solide , ne peut expliquer la
passage du fini à l'infini. On ne peut donner
aucune explication de ce passage , parce qu'il est
impossible et imaginaire. Il ne peut y avoir
d'infini , que l'infini métaphysique de Dieu et de
PEternité. Ces infinis sont très- concevables ;
l'idée de l'infini est naturelle et proportionnée à
Pentendement humain , qui conçoit une chose
sans bornes , aussi aisément qu'une chose bornée.
Nous pensons même à une chose , avant que de
faire réflexion à ses limites . L'infini en Dieu et
dans l'éternité n'est susceptible d'aucune augmentation
; il n'y a d'infini que ce qui l'est par
son essence ; mais le passage du fini à l'infini et
10
NOVEMBRE. 1733 2407
fe retour sont inconcevables à l'esprit humain
et il n'y a en Geometrie et en Physique qu'une
seule espece de substance finie et divisible ou extensible
à l'infini .
C'est par le même principe que peut être décidée
la question de l'infinité du monde , ques
tion qui à si fort embarassé les Philosophes des
differens siccles. La proprieté de la matiere d'être
finie er divisible ou extensible à l'infini , fait
que le Monde entier , sans être infini et étant fini
au contraire , n'a cependant aucunes limites
absolues , en ce qu'elles peuvent être reculées de
plus en plus ; le Monde entier étant comme cha
que portion de matiere , fini mais divisible ou
extensible à l'infini . Si l'on objecte que le Monde
ne peut être limité , parce qu'il est impossible
d'imaginer ce qui seroit plus loin , et que l'Univers
, quelque forme qu'il cut , se dissiperoit
s'il n'y avoit rien au -delà pour le contenir ; il est
aisé de répondre que l'imagination ne pouvant se
représenter que ce qui y est entré par les sens ,
il n'est pas étonnant que nous ne puissions pas
imaginer ce qui est au - delà du Monde ; que c'est
à la Physique à nous accompagner jusqu'à ses
limites, mais que si nous entreprenons de les franchir,
la Physique ou la science du monde matériel
ne peut s'étendre au- delà de ce monde . C'est alors
à la Métaphysique à nous enseigner que l'immensité
de Dieu remplit tout , et que comme il seroit
insensé de ne pas rapporter la création de l'Univers
à la toute - puissance deDieu , il ne le seroit pas
moins de prétendre s'en passer pour sa conservation,
enfin que de vastes et innombrables tourbillons
peuvent être contenus dans leurs bornes
par la Providence divine aussi facilement , que
les Mers dans de petits espaces du Globe que
mous habitons.
D iiij Quel2408
MERCURE DE
FRANCE.
Quelque chemin que l'infini
il ne nous a conduits à rien
d'incompréhensible , nous ait fait faire,
il me semble au
contraire que l'esprit se trouve
affranchi de tout ce que la
Géometrie lui présentoit
d'inconcevable et de
contradictoire. Il suffit
d'être ferme sur ce
principe , que ce
principe, que ce qui est capable
d'augmentaion à l'infini , ne peut être supposé
infini. Ces veritez
deviendront de plus en
plus sensibles par la seconde partie de cette Réponse
. En
attendant , je crois que les
Métaphysiciens
Géométres
s'inquiéteront peu de
suppléer
à un
dépouillement
imaginaire des
propriete
de la matiere.
La suite dans le second volume de
Décemb.prochain.
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Résumé : RÉPONSE de M. le Gendre de S. Aubin, au Problême qui a été proposé dans le Mercure du mois de Septembre dernier, aux Métaphysiciens Géométres, sur l'Essence de la Matiere.
M. le Gendre de S. Aubin répond à un problème publié dans le Mercure de septembre précédent, concernant l'essence de la matière. Il critique les sciences qui, par des suppositions sans bornes, s'éloignent de la vérité. Il distingue la matière de l'étendue, considérant l'étendue, l'impénétrabilité, la divisibilité à l'infini et l'unité du lieu comme des propriétés essentielles de la matière. Le problème proposé aux métaphysiciens et géomètres suggère que la matière n'a pas nécessairement d'étendue ni d'impénétrabilité et peut être simultanément à plusieurs endroits. L'auteur conteste ces idées, affirmant que la matière réduite à une simple possibilité est réduite au néant. Il examine également la possibilité d'un mouvement infini, citant des exemples naturels comme la lumière, mais conclut que la matière ne peut être à plusieurs endroits en même temps. L'auteur critique la géométrie transcendante, trouvant des contradictions dans les principes de l'infini. Il affirme que l'esprit humain ne peut comprendre que ce qu'il a saisi et que les vérités naturelles doivent être compréhensibles. Il promet de traiter plus en détail les contradictions du raisonnement et du calcul dans un prochain numéro. Le texte discute également des concepts d'infini et de fini en mathématiques et en physique. L'auteur rejette les idées d'espaces infinis ou de mouvements infinis comme des réalités solides, affirmant que ces concepts tombent d'eux-mêmes en observant que ce qui est capable d'augmentation à l'infini ne peut être supposé infini. Il illustre cette idée avec des exemples géométriques et mathématiques, comme les asymptotes des courbes hyperboliques ou les divisions successives d'une somme. L'auteur rejette également l'idée d'un 'plus qu'infini' et explique que les géomètres anglais considèrent le fini comme étant en mouvement ou en fluxion pour devenir infini, ce qui est contradictoire. Il soutient que la divisibilité à l'infini est fondée sur le principe que la matière, même divisée, conserve son étendue et ses parties divisibles. Le texte aborde la question de l'infini métaphysique, affirmant qu'il n'y a d'infini que celui de Dieu et de l'éternité. Il conclut que le monde, bien que fini, est extensible à l'infini, et que les limites de l'univers sont reculables. L'auteur invite à se fier à la métaphysique pour comprendre ce qui dépasse le monde matériel.
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18
p. 477-482
DIFFICULTÉ sur le mouvement annuel du Flux et Reflux de la Mer.
Début :
Il est surprenant que les Philosophes qui se picquent d'une si grande exactitude [...]
Mots clefs :
Flux et reflux, Mer, Lune, Tropiques, Équateur, Nouvelles lunes, Pleines lunes, Lunes, Mouvement, Explication, Solstices, Annuel, Menstruel, Terre, Cercles
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texteReconnaissance textuelle : DIFFICULTÉ sur le mouvement annuel du Flux et Reflux de la Mer.
DIFFICULT E' sur le mouvement
annuel du Flux et Reflux de la Mer.
L est surprenant que les Philosophes
Iquise piequent d'une si grande prac
titude dans l'explication de tous les mouvemens
de la Mer , qu'ils défient de proposer
aucune difficulté contre leur sistême
, qu'ils ne dissipent aussi -tôt , n'en
ayent pas encore apperçu une qui saute
aux yeux dans l'explication qu'ils donnent
du mouvement annuel : c'est qu'elle
paroît fondée sur un principe dont tout
le monde convient, que l'Equateur est le
plus grand de tous les cercles de laTerre ,
et que les deux Tropiques lui sont considérablement
inférieurs , principe incontestable
, mais qui est mal appliqué dans
leur systême. Pour le démontrer , il ne
faut que l'examiner et l'application qu'ils
en font . Mais auparavant il est bon d'établir
l'état de la question.
478 MERCURE DE FRANCE
On distingue trois sortes de mouvements
différents dans les eaux de la Mer,
le Diurne , le Menstruel , et l'annuel.
Le Diurne est celui par lequel les eaux
de la Mer se débordent sur nos Rivages
et s'en retirent deux fois le jour , ensorte
toutefois que ces inondations arrivent
tous les jours près de 48 min. plus tard
que le jour précédent.
Le mouvement Menstruel est ainsi
appellé , parce que les Marées sont plus
fortes aux nouvelles et pleines Lunes de
chaque mois que dans les Quadratures.
Enfin le mouvement annuel est celui
par lequel les eaux de la Mer se gonflent
plus considérablement aux nouvelles et
pleines Lunes des Equinoxes, qu'aux nouvelles
et pleines Lunes des Solstices.
Il ne s'agit ici que du mouvement annuel
, et c'est précisément l'explication
qu'on en donne communément que je
me propose de refuter icy . Voici donc
comme on l'explique.
•
Dans les nouvelles et pleines Lunes des
Equinoxes, la Lune répond à l'Equateur
terrestre qui est le plus grand de tous
les cercles de la Terre. Dans les nouvelles
et pleines Lunes des Solstices elle répond
aux deux Tropiques qui sont de beaucoup
plus petits que l'Equateur ; par
conMARS.
1734 479
conséquent quand la Lune se trouve directement
sur l'Equateur , il y a une
plus grande convexité sur la terre par
rapport à la Lune , une bosse plus considérable
, que quand elle répond aux
Tropiques, ainsi la distance qui se trouve
depuis la circonférence de l'Equateur
jusqu'à la partie inférieure de la Lune ,
étant beaucoup moins grande que celle
qui se trouve entre les Tropiques et la
même partie inférieure de la Lune
lit se trouve plus retréci dans cet endroit
que
que si elle répondoit aux Tropiques ;
donc la matiere céleste a beaucoup plus
de peine à passer donc elle comprime
davantage les eaux , et par conséquent
les Marées doivent être plus grandes dans
les nouvelles et pleines Lunes des Equi
noxes que dans celles des Solstices.
و
, le
Cette explication seroit merveilleuse
si elle ne péchoit point , comme je l'ai
dit dans l'application du principe. Il est
bien vrai que l'Equateur est le plus grand
de tous les cercles de la terre que les
Tropiques lui cédent en grandeur , mais
il est faux d'en conclure que la Lune
répond à un moindre cercle quand elle
se trouve sur les Tropiques que quand
elle se trouve sur l'Equateur , et je soutiens
, de l'aveu même des Auteurs du
systême
480 MERCURE DE FRANCE.
systême , que dans l'un et l'autre cas
la Lune répond à des cercles égaux entr'eux.
Pour le prouver il ne faut
que considerer
la situation des Tropiques par
rapport à la Lune dans les nouvelles et
pleines Lunes des Solstices , et faire attention
que pour lors elle ne répond pas
précisément au centre des Tropiques , mais
à un cercle dont le centre est la terre ,
et que ce cercle se prend d'un Tropique
à l'autre , c'est - à - dire , d'un point , par
exemple,du Tropique du Cancer sur nô
tre horizon au point duCapricorne qui lui
est directement opposé chez nos Antipodes;
la raison en est qu'en quelqu'endroit
que se trouve la Lune , elle presse toujours
vers la partie qui lui est directement
opposée : or quand elle se trouve
sur un Tropique , le cercle que je viens
de décrire lui est directement opposé ; et
c'est dont ces Auteurs du systême conwiennent
eux -mêmes , et dont ils se servent
pour expliquer pourquoi nous
avons aussi -tôt la Marée , quand la Lune
se trouve au Tropique du Capicorne
sous nôtre horizon , que quand elle se
rencontre au Tropique du Cancer sur
nôtre horizon ; ils en conviennent donc
eux-mêmes : or le cercle que je viens de
déMARS
1734. 481
, que
décrire, etl'Equateur sont égaux entr'eux;
car ils coupent tous deux la terre
nous supposons avec eux ronde , en deux
parties égales : suivant les principes de
Geométrie deux cercles qui coupent un
même Globe en deux parties égales sont
égaux entr'eux ; donc de l'aveu méme de
nos adversaires , l'Equateur et le Cercle
que je viens de décrire et auquel ils
avotient que répond la Lune aux nouvelles
et pleines Lunes des Solstices , sont
égaux entr'eux ; donc il n'y a point de
plus grande convexité sur la surface de
la terre par rapport à la Lune dans l'un
que
dans l'autre cas ; d'où il s'ensuit
que
la matiere céleste ne se trouvant point
plus gênée , ne doit pas davantage comprimer
les eaux de la Mer ; et ainsi suivant
cette explication , les Marées ne
doivent pas être plus grandes dans les
nouvelles Lunes des Equinoxes que dans
celles des Solstices ; ce systême ne vaut
donc rien pour expliquer le mouvement
annuel . J'avoue qu'il peut arriver qu'on
donne une véritable et solide explication
de ce mouvement ; mais je soutiens que
celle que je viens de refuter est insoutenable
; et cependant elle est à la mode
chez tous les Philosophes , qui toujours
accoutumez à distinguer un Equateur et
D des
482 MERCURE DE FRANCE
des Tropiques ; ne font nulle attention
à la situation respective de ces cercles par
rapport
à la Lune.
annuel du Flux et Reflux de la Mer.
L est surprenant que les Philosophes
Iquise piequent d'une si grande prac
titude dans l'explication de tous les mouvemens
de la Mer , qu'ils défient de proposer
aucune difficulté contre leur sistême
, qu'ils ne dissipent aussi -tôt , n'en
ayent pas encore apperçu une qui saute
aux yeux dans l'explication qu'ils donnent
du mouvement annuel : c'est qu'elle
paroît fondée sur un principe dont tout
le monde convient, que l'Equateur est le
plus grand de tous les cercles de laTerre ,
et que les deux Tropiques lui sont considérablement
inférieurs , principe incontestable
, mais qui est mal appliqué dans
leur systême. Pour le démontrer , il ne
faut que l'examiner et l'application qu'ils
en font . Mais auparavant il est bon d'établir
l'état de la question.
478 MERCURE DE FRANCE
On distingue trois sortes de mouvements
différents dans les eaux de la Mer,
le Diurne , le Menstruel , et l'annuel.
Le Diurne est celui par lequel les eaux
de la Mer se débordent sur nos Rivages
et s'en retirent deux fois le jour , ensorte
toutefois que ces inondations arrivent
tous les jours près de 48 min. plus tard
que le jour précédent.
Le mouvement Menstruel est ainsi
appellé , parce que les Marées sont plus
fortes aux nouvelles et pleines Lunes de
chaque mois que dans les Quadratures.
Enfin le mouvement annuel est celui
par lequel les eaux de la Mer se gonflent
plus considérablement aux nouvelles et
pleines Lunes des Equinoxes, qu'aux nouvelles
et pleines Lunes des Solstices.
Il ne s'agit ici que du mouvement annuel
, et c'est précisément l'explication
qu'on en donne communément que je
me propose de refuter icy . Voici donc
comme on l'explique.
•
Dans les nouvelles et pleines Lunes des
Equinoxes, la Lune répond à l'Equateur
terrestre qui est le plus grand de tous
les cercles de la Terre. Dans les nouvelles
et pleines Lunes des Solstices elle répond
aux deux Tropiques qui sont de beaucoup
plus petits que l'Equateur ; par
conMARS.
1734 479
conséquent quand la Lune se trouve directement
sur l'Equateur , il y a une
plus grande convexité sur la terre par
rapport à la Lune , une bosse plus considérable
, que quand elle répond aux
Tropiques, ainsi la distance qui se trouve
depuis la circonférence de l'Equateur
jusqu'à la partie inférieure de la Lune ,
étant beaucoup moins grande que celle
qui se trouve entre les Tropiques et la
même partie inférieure de la Lune
lit se trouve plus retréci dans cet endroit
que
que si elle répondoit aux Tropiques ;
donc la matiere céleste a beaucoup plus
de peine à passer donc elle comprime
davantage les eaux , et par conséquent
les Marées doivent être plus grandes dans
les nouvelles et pleines Lunes des Equi
noxes que dans celles des Solstices.
و
, le
Cette explication seroit merveilleuse
si elle ne péchoit point , comme je l'ai
dit dans l'application du principe. Il est
bien vrai que l'Equateur est le plus grand
de tous les cercles de la terre que les
Tropiques lui cédent en grandeur , mais
il est faux d'en conclure que la Lune
répond à un moindre cercle quand elle
se trouve sur les Tropiques que quand
elle se trouve sur l'Equateur , et je soutiens
, de l'aveu même des Auteurs du
systême
480 MERCURE DE FRANCE.
systême , que dans l'un et l'autre cas
la Lune répond à des cercles égaux entr'eux.
Pour le prouver il ne faut
que considerer
la situation des Tropiques par
rapport à la Lune dans les nouvelles et
pleines Lunes des Solstices , et faire attention
que pour lors elle ne répond pas
précisément au centre des Tropiques , mais
à un cercle dont le centre est la terre ,
et que ce cercle se prend d'un Tropique
à l'autre , c'est - à - dire , d'un point , par
exemple,du Tropique du Cancer sur nô
tre horizon au point duCapricorne qui lui
est directement opposé chez nos Antipodes;
la raison en est qu'en quelqu'endroit
que se trouve la Lune , elle presse toujours
vers la partie qui lui est directement
opposée : or quand elle se trouve
sur un Tropique , le cercle que je viens
de décrire lui est directement opposé ; et
c'est dont ces Auteurs du systême conwiennent
eux -mêmes , et dont ils se servent
pour expliquer pourquoi nous
avons aussi -tôt la Marée , quand la Lune
se trouve au Tropique du Capicorne
sous nôtre horizon , que quand elle se
rencontre au Tropique du Cancer sur
nôtre horizon ; ils en conviennent donc
eux-mêmes : or le cercle que je viens de
déMARS
1734. 481
, que
décrire, etl'Equateur sont égaux entr'eux;
car ils coupent tous deux la terre
nous supposons avec eux ronde , en deux
parties égales : suivant les principes de
Geométrie deux cercles qui coupent un
même Globe en deux parties égales sont
égaux entr'eux ; donc de l'aveu méme de
nos adversaires , l'Equateur et le Cercle
que je viens de décrire et auquel ils
avotient que répond la Lune aux nouvelles
et pleines Lunes des Solstices , sont
égaux entr'eux ; donc il n'y a point de
plus grande convexité sur la surface de
la terre par rapport à la Lune dans l'un
que
dans l'autre cas ; d'où il s'ensuit
que
la matiere céleste ne se trouvant point
plus gênée , ne doit pas davantage comprimer
les eaux de la Mer ; et ainsi suivant
cette explication , les Marées ne
doivent pas être plus grandes dans les
nouvelles Lunes des Equinoxes que dans
celles des Solstices ; ce systême ne vaut
donc rien pour expliquer le mouvement
annuel . J'avoue qu'il peut arriver qu'on
donne une véritable et solide explication
de ce mouvement ; mais je soutiens que
celle que je viens de refuter est insoutenable
; et cependant elle est à la mode
chez tous les Philosophes , qui toujours
accoutumez à distinguer un Equateur et
D des
482 MERCURE DE FRANCE
des Tropiques ; ne font nulle attention
à la situation respective de ces cercles par
rapport
à la Lune.
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Résumé : DIFFICULTÉ sur le mouvement annuel du Flux et Reflux de la Mer.
Le texte traite des mouvements annuels des marées, soulignant une difficulté dans l'explication courante de ce phénomène. Les philosophes, bien qu'ils aient expliqué avec précision les mouvements diurnes et mensuels des eaux marines, n'ont pas résolu la question du mouvement annuel. Les trois types de mouvements des marées sont le mouvement diurne, le mouvement mensuel et le mouvement annuel. Le mouvement diurne se caractérise par des marées qui se produisent deux fois par jour, avec un décalage de 48 minutes chaque jour. Le mouvement mensuel est marqué par des marées plus fortes aux nouvelles et pleines lunes de chaque mois. Le mouvement annuel, quant à lui, se manifeste par des marées plus importantes aux équinoxes qu'aux solstices. L'explication traditionnelle du mouvement annuel repose sur le principe que l'équateur est le plus grand cercle de la Terre, tandis que les tropiques sont plus petits. Selon cette explication, la Lune, en se trouvant sur l'équateur aux équinoxes, crée une plus grande convexité terrestre, comprimant ainsi davantage les eaux et augmentant les marées. Cependant, le texte conteste cette explication en affirmant que la Lune répond à des cercles égaux, que ce soit sur l'équateur ou sur les tropiques. Ainsi, la différence de convexité et de compression des eaux ne peut expliquer les variations des marées entre les équinoxes et les solstices. Le texte conclut que cette explication est insoutenable et qu'une autre explication doit être trouvée pour le mouvement annuel des marées.
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19
p. 495-507
COMPARAISON des deux Philosophies de Descartes et de Newton, avec des Remarques sur l'une et sur l'autre.
Début :
La Philosophie Péripatéticienne avoit remporté une entiere victoire sur le Platonisme et [...]
Mots clefs :
Matière, Mouvement, Corps, Descartes, Newton, Élément, Force, Parties, Matière subtile, Terre, Philosophie, Tourbillon, Nature, Principe, Aimant, Lois, Mouvements
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texteReconnaissance textuelle : COMPARAISON des deux Philosophies de Descartes et de Newton, avec des Remarques sur l'une et sur l'autre.
COMPARAISON des deux
Philosophies de Descartes et de Newton,
avec des Remarques sur l'une et sur l'autre.
Lportéuns avoitsteer
A Philosophie Péripatéticienne avoit remsur
tous les autres Sectes de l'Antiquité .L'Empire
d'Aristote étoit despotique . Les raisons qui sont
les Loix de la Philosophie , n'étoient point écou
tées , des veritez nouvelles étoient traitées de séditieuses
, et cette Philosophie , après avoir été
long- temps proscrite par le concours des deux
autoritez , ( Launoi , de fortun . Aristot . ) avoit sçû
les engager si bien dans son parti , que ceux qui
prétendoient secouer le joug des préjugez, étoient
punis comme perturbateurs. Malgré tous ces obstacles
, il parut un homme qui joignit la fermeté
du courage à l'élevation du génie . Toutes ses
vûes ne tendoient qu'à la verité ; plein d'ardeur
pour la tirer d'esclavage , il osa établir pour
principe , ( Cartes. Méditat. 1. ) que le commencement
de la Philosophie est de rejetter toutes les
opinions reçues jusqu'alors , de remonter à un
Scepticisme general , non pour demeurer dans
cet état de Pyrrhonien , incompatible avec les
lumieres naturelles , mais pour n'admettre au
pombre des veritez , que celles qui sont fondées
sur
496 MERCURE DE FRANCE
sur des notions claires , certaines et évidentes.
René Descartes , par ce seul principe , porta le
coup mortel aux décisions philosophiques for
dées sur les préjugez ; par cette voye d'un doute
general , il s'éleva ( Cartes . Méditat. 2. 3. 6. )
aux veritez primitives , de sa propre existence
de l'existence de Dieu , de la distinction de l'ame
et du corps ; des veritez les plus simples il passa
aux plus composées , il entreprit de connoître et
de dévoiler même la Nature ; et développant
quelques germes obscurs , informes et peu connus
, qui étoient enfermez dans les Livres des
Anciens sans explication suffisante , il en forma
un Systême Physique ( Cartes , Princip . part. 3. )
si étendu et si brillant , qu'il surpasse de bien
loin tout ce qu'on avoit imaginé jusqu'à lui de la
magnificence de l'Univers. Descartes n'est pas
bien d'accord avec lui- même sur la réalité de
l'Edifice qu'il a construit. Tantôt reconnoissant
tout ce que ses idées ont d'incertain.et de vague, il
les traite de Fables ( Trait . de la Lum. ) et de Romans
; tantôt paroissant rempli de confiance pour
ses découvertes , il n'hésite point à dire , que
persuadé par des notions si claires et si distinctes ,
il ne croit pas ( Princip . part . 4. et Epist. t. z .
Epist. 37. ) que la plupart des choses qu'il a
écrites , puissent être autrement.
Toute la Physique de Descartes se rapporte
aux loix generales du mouvement, établies par Ie
souverain Etre , en même - temps qu'il a créé la
matiere. C'est conformément à ces Loix que la
Providence Divine a construit le Monde , et
qu'elle le conserve ; Descartes définit la Nature ;
(Méditat. 6. ) l'ordre et la disposition que Dieu
a donnez aux choses créées. Quelqu'un peut- il
nier que la Physique ne consiste dans la recherche
MARS. 1734
497
che et la connoissnce de ces loix prescrites à la
Nature par son Auteur ? L'harmonie et la régularité
de l'Univers sont des témoignages continuels
de la sagesse infinie , dont elles sont émanées .
Aucune étude ne ramene davantage l'esprit au
Créateur , que la contemplation de la Nature.
C'est en quoi le Cartésianisme excelle , et jamais
aucune Philosophie ne fut plus diamétralement
opposée auSpinosisme qui, par l'hypothèse de tou- ,
tes la plus absurde , ne reconnoît dans les effets'
naturels qu'une matiere aveugle , privée d'intelligence
et de sentiment, et coufond les substances
spirituelles et corporelles ; ou à la Philosophic
Epicurienne , qui donne pour principe general
, des accrochemens d'admes unis fortuitement
par un mouvement de déclinaison , dont
l'Antiquité s'est mocquée . C'est uniquement à la
gloire du Cartesianisine et à l'envie des autres
Sectes , qu'on doit attribuer les accusations si
dénuées de toute vraye - semblance au sujet des
liaisons supposées de cette Philosophie avec les
absurditez de Spinosa et d'Epicure ; il est même
impossible de lire les Ouvrages de Descartes sans
être autant édifié de sa picté , qu'on est charmé
de sa modestie .
Descartes pose pour principes trois regles de
mouvement ( Princip. part. 2. ) qu'il appelle génerales
; la premiere , que tout corps persiste naturellement
dans l'état où il se trouve de mouvement
ou de repos , et il fonde cet axiome sur
une pensée fort juste , que rien ne se porte de soimême
et par sa nature à son contraire ou à sa
destruction. La seconde regle est que le mouvement
est proportionnel à l'impression de la force
qui le produit , er que tout corps qui se meut ,
tend à continuer son mouvement en ligne droite.
La
298 MERCURE DE FRANCE
La troisiéme est que si un corps qui se meut ên
rencontre un autre auquel il ne communique
aucune partie de son mouvement, il rejaillit avec
une force égale , et que , s'il lui communique une
partie de son mouvement , il en perd autant qu'il
en communique. De cette . Loi generale , Descartes
déduit les loix particulieres des rencontres
des corps à proportion des differens degrez de
vitesse et de masse ; loix particulieres , qui ne
peuvent , suivant son aveu , avoir une application
entierement juste , qu'en supposant que les deuxcorps
qui se rencontrent , fussent parfaitement
durs , et tellement séparez de tous les autres
corps , qu'aucun ne pût contribuer ou nuire à
leur mouvement , et il remarque au même en
droit que cela est impossible. Nous aurons plusieurs
observations à faire sur cette troisiéme loi
de mouvement.
La matiere est une , suivant les Principes de
Descartes , et toutes ses differences ne consistent
que dans les divisions , figures , situations et
mouvemens de ses parties . Il soutient que comme
il est impossible que la matiere soit sans étenduë
, l'espace ou l'étenduë ne peuvent aussi être
sans matiere ; qu'il y a la même contradiction à
concevoir un lieu sans un corps qui le remplisse ,
qu'à imaginer la rondeur sans une matiere qui
soit ronde , la blancheur sans un sujet qui soit
blanc , ou une montagne sans vallée . Puisque
tout est plein dans l'Univers , un corps qui se
meut , ne peut avancer , que la matiere qui est à
ses côtez ne passe en arriere , poussée par celle de
devant , qui est obligée de refluer aux côtez , ce
qui arrive avec une extrême facilité , lorsque le
corps , qui fait effort pour se mouvoir , a plus de
force que la matiere qui se trouve au -devant de
lui
MARS. 1734. 499
lui , n'en a pour résister. Le mouvement direct ,
le plus simple et le plus naturel , est moins
commun dans la Nature, que le mouvement circulaire
produit par les obstacles de la mutuelle
action et réaction des corps , mais le mouvement
circulaire retient toujours de son origine , que
tout corps qui se meut en rond , tend à s'échapper
dès qu'il est libre , par un mouvement direct ;
ce que les Géometres expriment en disant , que
tout corps qui par son mouvement décrit un
cercle , s'efforce continuellement d'en parcourir
la tangente.
La pression et le mouvement brisent les parties
de la matiere , qui sont divisibles à l'infini ,
leur fragilité ou leur disposition à s'unir , rend
les Elemens toujours conversibles l'un dans l'autre.
Descartes en admet trois ; la matiere subtile
ou le premier Element composé des partiès les
plus atténuées par le froissement; la matiere globuleuse
ou le second élement dont les particules
ont été arrondies et ont conservé une figure sphérique
dans le froissement ; et la matiere compac
te ou le troisiéme élement dont les particules
branchuës et de figures irrégulieres , ont le mieux
résisté au froissement . Ces trois élemens sont
imperceptibles ; et pour imaginer avec plus de
facilité leur effet dans la composition de tous les
corps matériels , représentez - vous un amas de
fruits ayant des figures fort irregulieres , comme
grenades , poires , pommes, concombres , nêfles,
grappes de raisins ; voilà la matiere compacte
ou le troisième élement . Répandez sur ce monceau
de fruits , des coriandes ; toutes ces petites
boules rondes se répandront de côté et d'autre
pour remplir les interstices des figures irrégulie
ICS c'est la matiere globuleuse ou le second
élement
38618 )
300 MERCURE DE FRANCE
élement. Versez enfin de la poudre à canon sur
le tas de fruits , elle ira s'insinuer dans les interstices
les plus petits , échappez aux dragées , et
elle représentera ici la matiere subtile ou le premier
élement . Si cette poudre à canon domine
assez dans les interstices des fruits et qu'elle y
ait assez de force pour leur communiquer la rapidité
de son mouvement en chassant les dragées ,
et les repoussant de toutes parts , l'amas tout entier
devient enflammé et lumineux , et ce feu est
d'autant plus violent , que la solidité des parties
les plus grossieres du troisiéme élement y est
jointe à la rapidité du mouvement du premier ,
et que la force de masse , comme disent les Physiciens
, accompagne la force de vitesse. Si la matiere
compacte reçoit dans ses interstices les globules
du second élement qui y temperent l'extrême
mouvement du premier ou de la matiere
subtile , le corps est opaque et plus ou moins solide
, suivant la grossiereté des parties du troisiéme
élement. Si la matiere globuleuse trouve
les pores disposez à lui laisser un passage libre
pour traverser de part en part , le corps est transparent.
On ne peut donner des images trop sensibles
des principes qu'on explique , sur tout dans
un temps où il s'est introduit un usage presque
general , de ne traiter les Sciences que par quelques
caracteres Algebriques et d'une manière si
abstraite , qu'elle ne donne aucune prise à l'imagination.
Passons à l'application que Descartes a faite
de ses Principes . Les mouvemens directs de la
matiere ont été changez en mouvemens circulaires
par les obstacles de l'action et de la réaction
des corps. Des tourbillons de grandeur inégales
se sont formez , ils en ont aussi contenu d'autres,
comme
MARS. 1734.
501
•
comme on voit des torrens qui se traversent ,
être agitez circulairement et renfermer au-dedans
d'eux - mêmes des courants plus petits , qui
tournant sur leur propre centre , sont emportez
par le mouvement circulaire du plus grand. Le
froissement de la matiere l'ayant divisée en trois
élemens , Descartes suppose qu'il s'est fait au centre
du tourbillon un amas de matiere subtile ,
dont ce Philosophe a composé les Etoiles , qu'il
a regardées comme autant de Soleils . Le prodigieux
mouvement de la matiere subtile qui repousse
de toute part les globules du second éle
ment , rend les globes des étoiles enflammez et
lumineux par eux- mêmes. Mais il est arrivé â
quelques- uns de ces globes que leurs mouvemens
se sont , rallentis , que leurs interstices ont été
differemment disposez , et que le globe , d'enflammé
et de lumineux , est devenu dense et
opaque , qu'alors privé de la force et de l'activité
de son mouvement , il n'a pû deffendre
son tourbillon contre la pression des tourbillons .
voisins qui ont envahi son atmosphere ; et le
globe lui- même a passé dans un autre tourbillon,
au mouvement duquel il a été assujetti après s'y
être mis en équilibre. C'est l'origine que Descar
tes donne ( Cartes . Princip . part. 3. ) à la Terre
et aux autres Planétes , qui ont commencé , suivant
son Systême , par être des Soleils ou des
Etoiles. Il donne la même explication des Cométes
comme de Soleils récemment éteints et
encroûtez , qui traversent les espaces éthérées
jusqu'à ce qu'ils ayent rencontré dans quelque
tourbillon un fluide d'une épaisseur et d'un mouvement
proportionnez , et propres à les fixer en
équilibre.
La lumiere consiste dans l'impulsion des parties
582
MERCURE
DE FRANCE
ties globuleuses du second élement répandues de »
toutes parts , à peu près comme un grain de poudre
à canon en se développant , chasse de tout
côté les corps qu'il rencontre. La prodigieuse rapidité
de la lumiere est causée parce que tous les
globules du second élement sont contigus et que,
Pimpression qui agit sur le premier , se fait sentir
en même- temps sur tous les autres , comme
un bâton ne
ne peut être remué par un bout , que le
mouvement ne soit aussi - tôt communiqué à
l'autre extremité , quelque éloignée qu'elle soit.
Cette rapidité de la lumiere transmise par la continuité
des globules du second élement , est une
des preuves d'experience , qu'il n'y a point de
vuide dans la Nature
Le mouvement circulaire des tourbillons est
dans le Systême Cartésien , la cause de la pesanteur.
Ce qu'on appelle pesanteur est proprement
une moindre legereté . Les trois élemens ont dif
ferens degrez de, force centrifuge ; la matiere'
subtile du premier élement a plus d'action
( Cartes. Princip . part . 4 ) pour s'éloigner du
centre , que pareille quantité du second élement,
parce que la matiere subtile se meut plus vîte ; etpar
la même raison le second élement a plus de
force centrifuge que pareille quantité des parties
du troisième , et le corps qui à plus de force cen
trifuge , répercute et chasse vers le centre celui
qui en a moins ; ce qui cause la chute des corps
massifs et produit toutes les apparences auxquelles
on a donné le nom de legereté et de pesanteur.
Ainsi jettez de l'huille dans un vase qui est
vuide , ( Tr. de l'Opin Liv . 4. Ch. 2. ) c'est- àdire
, rempli seulement d'air , l'huile est forcée
de descendre au fond et de ceder au mouvement
plus agite de l'air ; sur l'huile versez de l'eau , les
parties
MARS. 1734. 503
les parties de l'huile plus déliées que celles de
l'eau et qui par consequent ont plus de force
pour s'éloigner du centre , s'élevent au- dessus de
l'ean ; si vous y jettez ensuite du sable , l'eau
chasse au- dessous d'elle les parties plus compactes
du sable , ce dernier a le même avantage sur
le vif- argent encore plus solide ; et enfin l'or
fondu , le plus massif de tous les corps , sera
précipité au - dessous de tous les autres .
Descartes a apperçû la contrarieté ( Trait. de
la Lum. Chap. 11. ) qui se rencontre ici dans le
méchanisme, sur lequel il a fondé son Systême ,
ayant dit plus haut que la matiere subtile s'est
amassée au centre pour y former le Soleil , au
lieu que pour expliquer la pesanteur , il donne
ici cette raison , que les corps massifs ayant
moins de mouvement , ont moins de force que
la matiere subtile n'en a pour s'élever à la circonference.
Cette objection qu'il s'est faite à
lui- même , ne l'a pas engagé à corriger la contradiction
de son méchanisme , et il s'est contenté
de répondre que lorsqu'il a placé les corps
solides à la circonference , est parce qu'il a
supposé que dès le commencement ils étoient
agitez du mouvement genefal du tourbillon , et
à l'égard de la pesanteur , il se restraint à soutenir
que les corps les plus massifs qui sortent
du repos et qui commencent à se mouvoir , ont
moins de force centrifuge , et doivent être renvoyez
vers le centre .
Descartes ( Princip . part. 4. ) attribuë le flux
et le reflux à la pression des eaux de la Mer par
le globe Lunaire , lorsque dans la révolution que
la Terre fait sur son axe en vingt - quatre heures,
les eaux de la Mer se trouvent directement sous
la Lune . Les Phénomenes quadrent à merveilles
To4 MERCURE DE FRANCE
à cette hypothese ; car la Lune décrivant
une ellipse autour de la Terre , c'est - à - dire
une orbite plus ovale que ronde , lorsqu'elle est
en conjonction ou en opposition avec le Soleil ,
elle se trouve en même-temps dans son perigée
ou dans sa plus grande proximité de la Terre
et dans le plus étroit de l'oval ; ainsi la Mer se
trouvant beaucoup plus pressés par les nouvelles.
et pleines Lunes , les marées doivent être alors
plus hautes , ce qui est conforme à l'Experience,
au lieu que les quadrats de la Lune se rencontrant
dans son apogée ou dans son plus grand
éloignement de la Terre et dans le plus large
de l'ellipse , la pression est moindre et les marées
plus basses ; et ce qui paroit encore d'une
justesse extrême , c'est que les marées retardent
tous les jours d'environ quarante- neuf minutes ,
comme le retour de la Lune au même méridien .
Les deux proprietez de l'Aiman d'attirer le fer
et de se tourner vers l'un des Poles , ont , suivant
Descartes , un même principe dans le tourbillon
magnétique , qui traverse et entoure la
Terre. Ce tourbillon doit être regardé comme
une file de matiere disposée en forme de visses qui
ne penetre que dans de petits écroux propres
la recevoir , n'entrant par cette raison que par
un des Poles de la Terre , et sortant toujours par
l'autre. Les poles de l'Aiman disposez de même ,
ne donnent entrée à cette matiere que d'un côté,
et son issue , comme dans le Globe Terrestre ,
est à l'opposite ; ce qui a fait dire que la Terre
est un grand Aiman , et qu'un Aiman sphérique
est une petite Terre . Si la matiere magnétique
sortant d'un Aiman , trouve du fer ou un autre
Aiman , qui ayent les mêmes dispositions à la
recevoir , elle s'y insinue avec vitesse , et chassant
MARS. 1734. 505
sant l'air intermediaire plus grossier et moins;
agité qu'elle , cet air , par la force de son ressort
, revient sur lui- même , et pressant les côrez
oposez de l'Aiman et du fer , les pousse
l'un contre l'autre . La matiere magnétique conservant
toujours sa direction vers le même pole ,
tourne du même côté l'aiguille aimantée , dans
laquelle elle s'insinuë.
Descartes explique d'une maniere qui n'est pas
moins ingenieuse , la formation.des corps particuliers
par leurs particules roides ou fléxibles ,
par leurs interstices plus ou moins ouverts, par
les differens degrez de leurs mouvemens ; mais
les bornes que nous nous sommes prescrites ne
nous permettent pas de le suivre dans ces differens
détails . Nous observerons seulement qu'il
fait consister la densité ou la rarefaction des
corps dans des particules plus ou moins déliées
et agitées , soutenant que la quantité de matiere
dépend uniquement de l'étendue , et que dans un
lingot d'or il n'y a pas plus de matiere que dans
une éponge d'un pareil volume . La difference des
couleurs , des odeurs , des saveurs , du chaud et
du froid , du sec et de l'humide , de la dureté et
de la mollesse , &c. n'est attribuée dans cette
Philosophie qu'aux situations , figures et mouvemens
des particules ; et les qualitez occultes ,
vertus sympathiques, formes substantielles et autres
expressions Péripatéticiennes , qui ne signifioient
rien et qu'on recevoit neanmoins pour
des explications , ont été proscrites par le Cartesianisme.
La Géometrie a fait plus d'honneur.
encore à Descartes que la Physique. Il est le premier
qui ait fait l'application de l'Algebre à la
Géometrie , et il a étendu fort loin les limites de
Fune et de Pautre.
I Cette
5c6 MERCURE DE FRANCE
'Cette Philosophie avoit à peine surmonté les
obstacles qui avoient traversé ses progrès , lorsqu'une
rivale , par des voyes entierement contraires
, a prétendu lui disputer la préference ;
et même l'emporter entierement sur elle. Descartes
se met à la portée des plus simples , conduisant
l'esprit des veritez primitives aux plus
composées ; Newton ne daigne parler qu'aux
plus sçavans Géometres et aux plus patiens Algebristes.
L'un descend des principes aux Phénomenes,
et des causes à leurs effets ; l'autre renfer
me toute sa théorie dans la liaison des Phéno
menes. Descartes vous engage par des idées
brillantes et des conjectures vrai- semblables ;
Newton prétend vous soumettre par des démonstrations
obscures et des calculs effrayants. L'un
tâche de vous faire connoître la Nature ; l'autre
connoît parfaitement l'esprit humain , toujours.
disposé à admirer ce qu'il ne comprend pas.
Descartes ne cherche qu'à éclairer l'esprit , Newton
mérite le surnom de Tenebreux, donné autrefois
à Héraclite. Descartes a paru dans un
temps où les nouveautez étoient haies et suspectes
; Newton a débité les siennes dans les circonstances
les plus favorables pour elles ,
lorsque
le génie des sciences étoit entierement tourné
du côté des nouveautez . Descartes se propose
davantage de découvrir pourquoi les choses sont
telles ; Newton paroît plus occupé d'examiner
comment elles sont . Le premier a tiré moins d'avantage
de la connoissance du Ciel , beaucoup
moins étendue de son temps ; le second plus aidé
par l'Astronomie , n'en a répandu dans sa Physique
que des nuages plus épais . Descartes établit
une hypothèse , il explique les Phénomenes ,
le plus qu'il lui est possible , par des loix generales
,
MARS. 1734. 507
sans
atrales , constantes et uniformes Newton
Nevvt. Princip . Mathem. in fin. Libr. 3 .
pag. 483. Edition 172.3 . ) déclare qu'il ne
forme aucune hypothese , il explique les Plénomenes
par la force de la gravité , et il attribue
cette gravité à quelque cause qui penetre
jusqu'aux centres du Soleil et des Planettes ,
diminution , et qui agit , non pas relativement
aux superficies des particules , comme les causes
méchaniques , mais à proportion de la matiere
solide, et dont l'action étendue jusqu'à des distances
immenses , va toujours décroissant en raison
doublée de ces distances. Tâchons de déve→
lopper ce qu'il nous a été possible de concevoir
de cette Philosophie Newtonienne , et en mê
me temps de réparer plusieurs deffectuositez justement
imputées au Systême Cartésien .
L
La suite pour le Mercure prochain.
Philosophies de Descartes et de Newton,
avec des Remarques sur l'une et sur l'autre.
Lportéuns avoitsteer
A Philosophie Péripatéticienne avoit remsur
tous les autres Sectes de l'Antiquité .L'Empire
d'Aristote étoit despotique . Les raisons qui sont
les Loix de la Philosophie , n'étoient point écou
tées , des veritez nouvelles étoient traitées de séditieuses
, et cette Philosophie , après avoir été
long- temps proscrite par le concours des deux
autoritez , ( Launoi , de fortun . Aristot . ) avoit sçû
les engager si bien dans son parti , que ceux qui
prétendoient secouer le joug des préjugez, étoient
punis comme perturbateurs. Malgré tous ces obstacles
, il parut un homme qui joignit la fermeté
du courage à l'élevation du génie . Toutes ses
vûes ne tendoient qu'à la verité ; plein d'ardeur
pour la tirer d'esclavage , il osa établir pour
principe , ( Cartes. Méditat. 1. ) que le commencement
de la Philosophie est de rejetter toutes les
opinions reçues jusqu'alors , de remonter à un
Scepticisme general , non pour demeurer dans
cet état de Pyrrhonien , incompatible avec les
lumieres naturelles , mais pour n'admettre au
pombre des veritez , que celles qui sont fondées
sur
496 MERCURE DE FRANCE
sur des notions claires , certaines et évidentes.
René Descartes , par ce seul principe , porta le
coup mortel aux décisions philosophiques for
dées sur les préjugez ; par cette voye d'un doute
general , il s'éleva ( Cartes . Méditat. 2. 3. 6. )
aux veritez primitives , de sa propre existence
de l'existence de Dieu , de la distinction de l'ame
et du corps ; des veritez les plus simples il passa
aux plus composées , il entreprit de connoître et
de dévoiler même la Nature ; et développant
quelques germes obscurs , informes et peu connus
, qui étoient enfermez dans les Livres des
Anciens sans explication suffisante , il en forma
un Systême Physique ( Cartes , Princip . part. 3. )
si étendu et si brillant , qu'il surpasse de bien
loin tout ce qu'on avoit imaginé jusqu'à lui de la
magnificence de l'Univers. Descartes n'est pas
bien d'accord avec lui- même sur la réalité de
l'Edifice qu'il a construit. Tantôt reconnoissant
tout ce que ses idées ont d'incertain.et de vague, il
les traite de Fables ( Trait . de la Lum. ) et de Romans
; tantôt paroissant rempli de confiance pour
ses découvertes , il n'hésite point à dire , que
persuadé par des notions si claires et si distinctes ,
il ne croit pas ( Princip . part . 4. et Epist. t. z .
Epist. 37. ) que la plupart des choses qu'il a
écrites , puissent être autrement.
Toute la Physique de Descartes se rapporte
aux loix generales du mouvement, établies par Ie
souverain Etre , en même - temps qu'il a créé la
matiere. C'est conformément à ces Loix que la
Providence Divine a construit le Monde , et
qu'elle le conserve ; Descartes définit la Nature ;
(Méditat. 6. ) l'ordre et la disposition que Dieu
a donnez aux choses créées. Quelqu'un peut- il
nier que la Physique ne consiste dans la recherche
MARS. 1734
497
che et la connoissnce de ces loix prescrites à la
Nature par son Auteur ? L'harmonie et la régularité
de l'Univers sont des témoignages continuels
de la sagesse infinie , dont elles sont émanées .
Aucune étude ne ramene davantage l'esprit au
Créateur , que la contemplation de la Nature.
C'est en quoi le Cartésianisme excelle , et jamais
aucune Philosophie ne fut plus diamétralement
opposée auSpinosisme qui, par l'hypothèse de tou- ,
tes la plus absurde , ne reconnoît dans les effets'
naturels qu'une matiere aveugle , privée d'intelligence
et de sentiment, et coufond les substances
spirituelles et corporelles ; ou à la Philosophic
Epicurienne , qui donne pour principe general
, des accrochemens d'admes unis fortuitement
par un mouvement de déclinaison , dont
l'Antiquité s'est mocquée . C'est uniquement à la
gloire du Cartesianisine et à l'envie des autres
Sectes , qu'on doit attribuer les accusations si
dénuées de toute vraye - semblance au sujet des
liaisons supposées de cette Philosophie avec les
absurditez de Spinosa et d'Epicure ; il est même
impossible de lire les Ouvrages de Descartes sans
être autant édifié de sa picté , qu'on est charmé
de sa modestie .
Descartes pose pour principes trois regles de
mouvement ( Princip. part. 2. ) qu'il appelle génerales
; la premiere , que tout corps persiste naturellement
dans l'état où il se trouve de mouvement
ou de repos , et il fonde cet axiome sur
une pensée fort juste , que rien ne se porte de soimême
et par sa nature à son contraire ou à sa
destruction. La seconde regle est que le mouvement
est proportionnel à l'impression de la force
qui le produit , er que tout corps qui se meut ,
tend à continuer son mouvement en ligne droite.
La
298 MERCURE DE FRANCE
La troisiéme est que si un corps qui se meut ên
rencontre un autre auquel il ne communique
aucune partie de son mouvement, il rejaillit avec
une force égale , et que , s'il lui communique une
partie de son mouvement , il en perd autant qu'il
en communique. De cette . Loi generale , Descartes
déduit les loix particulieres des rencontres
des corps à proportion des differens degrez de
vitesse et de masse ; loix particulieres , qui ne
peuvent , suivant son aveu , avoir une application
entierement juste , qu'en supposant que les deuxcorps
qui se rencontrent , fussent parfaitement
durs , et tellement séparez de tous les autres
corps , qu'aucun ne pût contribuer ou nuire à
leur mouvement , et il remarque au même en
droit que cela est impossible. Nous aurons plusieurs
observations à faire sur cette troisiéme loi
de mouvement.
La matiere est une , suivant les Principes de
Descartes , et toutes ses differences ne consistent
que dans les divisions , figures , situations et
mouvemens de ses parties . Il soutient que comme
il est impossible que la matiere soit sans étenduë
, l'espace ou l'étenduë ne peuvent aussi être
sans matiere ; qu'il y a la même contradiction à
concevoir un lieu sans un corps qui le remplisse ,
qu'à imaginer la rondeur sans une matiere qui
soit ronde , la blancheur sans un sujet qui soit
blanc , ou une montagne sans vallée . Puisque
tout est plein dans l'Univers , un corps qui se
meut , ne peut avancer , que la matiere qui est à
ses côtez ne passe en arriere , poussée par celle de
devant , qui est obligée de refluer aux côtez , ce
qui arrive avec une extrême facilité , lorsque le
corps , qui fait effort pour se mouvoir , a plus de
force que la matiere qui se trouve au -devant de
lui
MARS. 1734. 499
lui , n'en a pour résister. Le mouvement direct ,
le plus simple et le plus naturel , est moins
commun dans la Nature, que le mouvement circulaire
produit par les obstacles de la mutuelle
action et réaction des corps , mais le mouvement
circulaire retient toujours de son origine , que
tout corps qui se meut en rond , tend à s'échapper
dès qu'il est libre , par un mouvement direct ;
ce que les Géometres expriment en disant , que
tout corps qui par son mouvement décrit un
cercle , s'efforce continuellement d'en parcourir
la tangente.
La pression et le mouvement brisent les parties
de la matiere , qui sont divisibles à l'infini ,
leur fragilité ou leur disposition à s'unir , rend
les Elemens toujours conversibles l'un dans l'autre.
Descartes en admet trois ; la matiere subtile
ou le premier Element composé des partiès les
plus atténuées par le froissement; la matiere globuleuse
ou le second élement dont les particules
ont été arrondies et ont conservé une figure sphérique
dans le froissement ; et la matiere compac
te ou le troisiéme élement dont les particules
branchuës et de figures irrégulieres , ont le mieux
résisté au froissement . Ces trois élemens sont
imperceptibles ; et pour imaginer avec plus de
facilité leur effet dans la composition de tous les
corps matériels , représentez - vous un amas de
fruits ayant des figures fort irregulieres , comme
grenades , poires , pommes, concombres , nêfles,
grappes de raisins ; voilà la matiere compacte
ou le troisième élement . Répandez sur ce monceau
de fruits , des coriandes ; toutes ces petites
boules rondes se répandront de côté et d'autre
pour remplir les interstices des figures irrégulie
ICS c'est la matiere globuleuse ou le second
élement
38618 )
300 MERCURE DE FRANCE
élement. Versez enfin de la poudre à canon sur
le tas de fruits , elle ira s'insinuer dans les interstices
les plus petits , échappez aux dragées , et
elle représentera ici la matiere subtile ou le premier
élement . Si cette poudre à canon domine
assez dans les interstices des fruits et qu'elle y
ait assez de force pour leur communiquer la rapidité
de son mouvement en chassant les dragées ,
et les repoussant de toutes parts , l'amas tout entier
devient enflammé et lumineux , et ce feu est
d'autant plus violent , que la solidité des parties
les plus grossieres du troisiéme élement y est
jointe à la rapidité du mouvement du premier ,
et que la force de masse , comme disent les Physiciens
, accompagne la force de vitesse. Si la matiere
compacte reçoit dans ses interstices les globules
du second élement qui y temperent l'extrême
mouvement du premier ou de la matiere
subtile , le corps est opaque et plus ou moins solide
, suivant la grossiereté des parties du troisiéme
élement. Si la matiere globuleuse trouve
les pores disposez à lui laisser un passage libre
pour traverser de part en part , le corps est transparent.
On ne peut donner des images trop sensibles
des principes qu'on explique , sur tout dans
un temps où il s'est introduit un usage presque
general , de ne traiter les Sciences que par quelques
caracteres Algebriques et d'une manière si
abstraite , qu'elle ne donne aucune prise à l'imagination.
Passons à l'application que Descartes a faite
de ses Principes . Les mouvemens directs de la
matiere ont été changez en mouvemens circulaires
par les obstacles de l'action et de la réaction
des corps. Des tourbillons de grandeur inégales
se sont formez , ils en ont aussi contenu d'autres,
comme
MARS. 1734.
501
•
comme on voit des torrens qui se traversent ,
être agitez circulairement et renfermer au-dedans
d'eux - mêmes des courants plus petits , qui
tournant sur leur propre centre , sont emportez
par le mouvement circulaire du plus grand. Le
froissement de la matiere l'ayant divisée en trois
élemens , Descartes suppose qu'il s'est fait au centre
du tourbillon un amas de matiere subtile ,
dont ce Philosophe a composé les Etoiles , qu'il
a regardées comme autant de Soleils . Le prodigieux
mouvement de la matiere subtile qui repousse
de toute part les globules du second éle
ment , rend les globes des étoiles enflammez et
lumineux par eux- mêmes. Mais il est arrivé â
quelques- uns de ces globes que leurs mouvemens
se sont , rallentis , que leurs interstices ont été
differemment disposez , et que le globe , d'enflammé
et de lumineux , est devenu dense et
opaque , qu'alors privé de la force et de l'activité
de son mouvement , il n'a pû deffendre
son tourbillon contre la pression des tourbillons .
voisins qui ont envahi son atmosphere ; et le
globe lui- même a passé dans un autre tourbillon,
au mouvement duquel il a été assujetti après s'y
être mis en équilibre. C'est l'origine que Descar
tes donne ( Cartes . Princip . part. 3. ) à la Terre
et aux autres Planétes , qui ont commencé , suivant
son Systême , par être des Soleils ou des
Etoiles. Il donne la même explication des Cométes
comme de Soleils récemment éteints et
encroûtez , qui traversent les espaces éthérées
jusqu'à ce qu'ils ayent rencontré dans quelque
tourbillon un fluide d'une épaisseur et d'un mouvement
proportionnez , et propres à les fixer en
équilibre.
La lumiere consiste dans l'impulsion des parties
582
MERCURE
DE FRANCE
ties globuleuses du second élement répandues de »
toutes parts , à peu près comme un grain de poudre
à canon en se développant , chasse de tout
côté les corps qu'il rencontre. La prodigieuse rapidité
de la lumiere est causée parce que tous les
globules du second élement sont contigus et que,
Pimpression qui agit sur le premier , se fait sentir
en même- temps sur tous les autres , comme
un bâton ne
ne peut être remué par un bout , que le
mouvement ne soit aussi - tôt communiqué à
l'autre extremité , quelque éloignée qu'elle soit.
Cette rapidité de la lumiere transmise par la continuité
des globules du second élement , est une
des preuves d'experience , qu'il n'y a point de
vuide dans la Nature
Le mouvement circulaire des tourbillons est
dans le Systême Cartésien , la cause de la pesanteur.
Ce qu'on appelle pesanteur est proprement
une moindre legereté . Les trois élemens ont dif
ferens degrez de, force centrifuge ; la matiere'
subtile du premier élement a plus d'action
( Cartes. Princip . part . 4 ) pour s'éloigner du
centre , que pareille quantité du second élement,
parce que la matiere subtile se meut plus vîte ; etpar
la même raison le second élement a plus de
force centrifuge que pareille quantité des parties
du troisième , et le corps qui à plus de force cen
trifuge , répercute et chasse vers le centre celui
qui en a moins ; ce qui cause la chute des corps
massifs et produit toutes les apparences auxquelles
on a donné le nom de legereté et de pesanteur.
Ainsi jettez de l'huille dans un vase qui est
vuide , ( Tr. de l'Opin Liv . 4. Ch. 2. ) c'est- àdire
, rempli seulement d'air , l'huile est forcée
de descendre au fond et de ceder au mouvement
plus agite de l'air ; sur l'huile versez de l'eau , les
parties
MARS. 1734. 503
les parties de l'huile plus déliées que celles de
l'eau et qui par consequent ont plus de force
pour s'éloigner du centre , s'élevent au- dessus de
l'ean ; si vous y jettez ensuite du sable , l'eau
chasse au- dessous d'elle les parties plus compactes
du sable , ce dernier a le même avantage sur
le vif- argent encore plus solide ; et enfin l'or
fondu , le plus massif de tous les corps , sera
précipité au - dessous de tous les autres .
Descartes a apperçû la contrarieté ( Trait. de
la Lum. Chap. 11. ) qui se rencontre ici dans le
méchanisme, sur lequel il a fondé son Systême ,
ayant dit plus haut que la matiere subtile s'est
amassée au centre pour y former le Soleil , au
lieu que pour expliquer la pesanteur , il donne
ici cette raison , que les corps massifs ayant
moins de mouvement , ont moins de force que
la matiere subtile n'en a pour s'élever à la circonference.
Cette objection qu'il s'est faite à
lui- même , ne l'a pas engagé à corriger la contradiction
de son méchanisme , et il s'est contenté
de répondre que lorsqu'il a placé les corps
solides à la circonference , est parce qu'il a
supposé que dès le commencement ils étoient
agitez du mouvement genefal du tourbillon , et
à l'égard de la pesanteur , il se restraint à soutenir
que les corps les plus massifs qui sortent
du repos et qui commencent à se mouvoir , ont
moins de force centrifuge , et doivent être renvoyez
vers le centre .
Descartes ( Princip . part. 4. ) attribuë le flux
et le reflux à la pression des eaux de la Mer par
le globe Lunaire , lorsque dans la révolution que
la Terre fait sur son axe en vingt - quatre heures,
les eaux de la Mer se trouvent directement sous
la Lune . Les Phénomenes quadrent à merveilles
To4 MERCURE DE FRANCE
à cette hypothese ; car la Lune décrivant
une ellipse autour de la Terre , c'est - à - dire
une orbite plus ovale que ronde , lorsqu'elle est
en conjonction ou en opposition avec le Soleil ,
elle se trouve en même-temps dans son perigée
ou dans sa plus grande proximité de la Terre
et dans le plus étroit de l'oval ; ainsi la Mer se
trouvant beaucoup plus pressés par les nouvelles.
et pleines Lunes , les marées doivent être alors
plus hautes , ce qui est conforme à l'Experience,
au lieu que les quadrats de la Lune se rencontrant
dans son apogée ou dans son plus grand
éloignement de la Terre et dans le plus large
de l'ellipse , la pression est moindre et les marées
plus basses ; et ce qui paroit encore d'une
justesse extrême , c'est que les marées retardent
tous les jours d'environ quarante- neuf minutes ,
comme le retour de la Lune au même méridien .
Les deux proprietez de l'Aiman d'attirer le fer
et de se tourner vers l'un des Poles , ont , suivant
Descartes , un même principe dans le tourbillon
magnétique , qui traverse et entoure la
Terre. Ce tourbillon doit être regardé comme
une file de matiere disposée en forme de visses qui
ne penetre que dans de petits écroux propres
la recevoir , n'entrant par cette raison que par
un des Poles de la Terre , et sortant toujours par
l'autre. Les poles de l'Aiman disposez de même ,
ne donnent entrée à cette matiere que d'un côté,
et son issue , comme dans le Globe Terrestre ,
est à l'opposite ; ce qui a fait dire que la Terre
est un grand Aiman , et qu'un Aiman sphérique
est une petite Terre . Si la matiere magnétique
sortant d'un Aiman , trouve du fer ou un autre
Aiman , qui ayent les mêmes dispositions à la
recevoir , elle s'y insinue avec vitesse , et chassant
MARS. 1734. 505
sant l'air intermediaire plus grossier et moins;
agité qu'elle , cet air , par la force de son ressort
, revient sur lui- même , et pressant les côrez
oposez de l'Aiman et du fer , les pousse
l'un contre l'autre . La matiere magnétique conservant
toujours sa direction vers le même pole ,
tourne du même côté l'aiguille aimantée , dans
laquelle elle s'insinuë.
Descartes explique d'une maniere qui n'est pas
moins ingenieuse , la formation.des corps particuliers
par leurs particules roides ou fléxibles ,
par leurs interstices plus ou moins ouverts, par
les differens degrez de leurs mouvemens ; mais
les bornes que nous nous sommes prescrites ne
nous permettent pas de le suivre dans ces differens
détails . Nous observerons seulement qu'il
fait consister la densité ou la rarefaction des
corps dans des particules plus ou moins déliées
et agitées , soutenant que la quantité de matiere
dépend uniquement de l'étendue , et que dans un
lingot d'or il n'y a pas plus de matiere que dans
une éponge d'un pareil volume . La difference des
couleurs , des odeurs , des saveurs , du chaud et
du froid , du sec et de l'humide , de la dureté et
de la mollesse , &c. n'est attribuée dans cette
Philosophie qu'aux situations , figures et mouvemens
des particules ; et les qualitez occultes ,
vertus sympathiques, formes substantielles et autres
expressions Péripatéticiennes , qui ne signifioient
rien et qu'on recevoit neanmoins pour
des explications , ont été proscrites par le Cartesianisme.
La Géometrie a fait plus d'honneur.
encore à Descartes que la Physique. Il est le premier
qui ait fait l'application de l'Algebre à la
Géometrie , et il a étendu fort loin les limites de
Fune et de Pautre.
I Cette
5c6 MERCURE DE FRANCE
'Cette Philosophie avoit à peine surmonté les
obstacles qui avoient traversé ses progrès , lorsqu'une
rivale , par des voyes entierement contraires
, a prétendu lui disputer la préference ;
et même l'emporter entierement sur elle. Descartes
se met à la portée des plus simples , conduisant
l'esprit des veritez primitives aux plus
composées ; Newton ne daigne parler qu'aux
plus sçavans Géometres et aux plus patiens Algebristes.
L'un descend des principes aux Phénomenes,
et des causes à leurs effets ; l'autre renfer
me toute sa théorie dans la liaison des Phéno
menes. Descartes vous engage par des idées
brillantes et des conjectures vrai- semblables ;
Newton prétend vous soumettre par des démonstrations
obscures et des calculs effrayants. L'un
tâche de vous faire connoître la Nature ; l'autre
connoît parfaitement l'esprit humain , toujours.
disposé à admirer ce qu'il ne comprend pas.
Descartes ne cherche qu'à éclairer l'esprit , Newton
mérite le surnom de Tenebreux, donné autrefois
à Héraclite. Descartes a paru dans un
temps où les nouveautez étoient haies et suspectes
; Newton a débité les siennes dans les circonstances
les plus favorables pour elles ,
lorsque
le génie des sciences étoit entierement tourné
du côté des nouveautez . Descartes se propose
davantage de découvrir pourquoi les choses sont
telles ; Newton paroît plus occupé d'examiner
comment elles sont . Le premier a tiré moins d'avantage
de la connoissance du Ciel , beaucoup
moins étendue de son temps ; le second plus aidé
par l'Astronomie , n'en a répandu dans sa Physique
que des nuages plus épais . Descartes établit
une hypothèse , il explique les Phénomenes ,
le plus qu'il lui est possible , par des loix generales
,
MARS. 1734. 507
sans
atrales , constantes et uniformes Newton
Nevvt. Princip . Mathem. in fin. Libr. 3 .
pag. 483. Edition 172.3 . ) déclare qu'il ne
forme aucune hypothese , il explique les Plénomenes
par la force de la gravité , et il attribue
cette gravité à quelque cause qui penetre
jusqu'aux centres du Soleil et des Planettes ,
diminution , et qui agit , non pas relativement
aux superficies des particules , comme les causes
méchaniques , mais à proportion de la matiere
solide, et dont l'action étendue jusqu'à des distances
immenses , va toujours décroissant en raison
doublée de ces distances. Tâchons de déve→
lopper ce qu'il nous a été possible de concevoir
de cette Philosophie Newtonienne , et en mê
me temps de réparer plusieurs deffectuositez justement
imputées au Systême Cartésien .
L
La suite pour le Mercure prochain.
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Résumé : COMPARAISON des deux Philosophies de Descartes et de Newton, avec des Remarques sur l'une et sur l'autre.
Le texte compare les philosophies de Descartes et de Newton, en se concentrant sur la philosophie cartésienne. La philosophie péripatéticienne, dominée par Aristote, réprimait les nouvelles idées et punissait ceux qui remettaient en question les préjugés. René Descartes, avec une ferme détermination et un génie élevé, a proposé de rejeter toutes les opinions reçues pour adopter un scepticisme général, afin d'accepter uniquement les vérités fondées sur des notions claires et évidentes. Cette approche a permis à Descartes de découvrir des vérités primitives, telles que l'existence de Dieu et la distinction de l'âme et du corps, et de développer un système physique étendu et brillant. La physique de Descartes repose sur les lois générales du mouvement établies par Dieu lors de la création de la matière. Ces lois gouvernent l'ordre et la disposition des choses créées, témoignant de la sagesse infinie de Dieu. Descartes a formulé trois règles générales du mouvement : la persistance des corps dans leur état de mouvement ou de repos, la proportionnalité du mouvement à la force qui le produit, et la conservation du mouvement lors des rencontres entre corps. Il a également proposé que la matière est unique et que ses différences résident dans les divisions, figures, situations et mouvements de ses parties. Descartes a décrit trois éléments de la matière : la matière subtile, la matière globuleuse et la matière compacte. Il a expliqué les phénomènes naturels, comme la lumière et la pesanteur, par les interactions de ces éléments. La lumière est due à l'impulsion des particules globuleuses, tandis que la pesanteur résulte du mouvement circulaire des tourbillons. Descartes a également proposé une origine des planètes et des comètes, les décrivant comme des étoiles ou des soleils éteints et encroûtés. Descartes explique la chute des corps en fonction de leur masse et de leur mouvement. Il attribue le flux et le reflux des marées à la pression exercée par la Lune sur les eaux de la mer, en fonction de la position de la Lune par rapport à la Terre. Les propriétés de l'aimant sont expliquées par un tourbillon magnétique entourant la Terre. Descartes décrit la formation des corps en fonction de la densité et de la rarefaction des particules, rejetant les qualités occultes et les formes substantielles au profit d'une explication basée sur les mouvements et les figures des particules. Il est également reconnu pour avoir appliqué l'algèbre à la géométrie. En comparaison, Newton introduit la notion de gravité comme une force agissant proportionnellement à la masse et décroissant avec le carré de la distance. Descartes rend la science accessible en partant des principes fondamentaux pour expliquer les phénomènes, tandis que Newton s'adresse aux savants en se basant sur des démonstrations mathématiques complexes. Descartes cherche à comprendre pourquoi les choses sont telles qu'elles sont, tandis que Newton se concentre sur comment elles sont.
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20
p. 556-557
Nouvelles sur l'Horlogerie, [titre d'après la table]
Début :
Le Sr Mangeant, Horlogeur, gendre du Sr Balazard, aussi Horlogeur à Paris, ruë du Harlay, [...]
Mots clefs :
Cadrans, Sieur Mangeant, Horlogeur, Public, Distance, Molettes, Mouvement, Nouvelle façon
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles sur l'Horlogerie, [titre d'après la table]
Le Sr Mangeant , Horlogeur, gendre du Sr Ba
lazard, aussi Horlogeur à Paris, rue du Harlay,
vis-à- vis la Place Dauphine , donne avis au public
, qu'il est l'Inventeur d'une nouvelle façon
de Direction , pour parvenir à faire marcher ou
conduire les Eguilles sur un ou plusieurs Cadrans,
à telle distance que l'on juge être convenable
pour l'utilité ; sçavoir , dans un Palais , ou spacieux
Hôtel , de tous ceux qui l'occupent , et de
tout le public , aux quatre faces des Clochers
d'Eglises.
Il vient d'en faire une de cette nouvelle façon
à l'Hôtel de l'Es diguiere, chez M le Duc de Villeroy
, à la satisfaction de ce Seigneur , et de tous
eux qui ont eu la curiosité de l'y aller voir ,
Voici
MARS. 1734. 557
Voicy son opération : Elle fait marcher deux
Cadrans (parce qu'on n'en a pas désiré davantage
) sans renvois ni molettes , depuis le prin
cipe , qui est son mouvement , jusqu'au Cloché ,
où sont les Cadrans , distance dudit principe , de
seize à dix- ssept toises, où il ne se trouve autre
chose que deux détantes , lesquelles alternativement
font leurs fonctions de tirage pour concourir
à enlever onze pouces de tirage pour un
quart d'heure , lequel se repete régulierement à
tous les quarts ; le mouvement qui s'y fait circulairement
, est très-doux sans frottement ;
sauts , ni ressauts, et ayant moins de vuide dans
son cours, que n'ont ordinairement les conduites
à molettes , qui ont souvent des 5 à 6 minutes
, sans sentir la circulation du principe
motrice.
>
Ledit sieur Mangeant est un jeune homme de
37 ans , tres- expérimenté et inventif ; il se propose
de mettre incessamment au jour , plusieurs
autres Pieces extraordinaires concernant l'Horlogerie
, aussi utiles que curieuses.
lazard, aussi Horlogeur à Paris, rue du Harlay,
vis-à- vis la Place Dauphine , donne avis au public
, qu'il est l'Inventeur d'une nouvelle façon
de Direction , pour parvenir à faire marcher ou
conduire les Eguilles sur un ou plusieurs Cadrans,
à telle distance que l'on juge être convenable
pour l'utilité ; sçavoir , dans un Palais , ou spacieux
Hôtel , de tous ceux qui l'occupent , et de
tout le public , aux quatre faces des Clochers
d'Eglises.
Il vient d'en faire une de cette nouvelle façon
à l'Hôtel de l'Es diguiere, chez M le Duc de Villeroy
, à la satisfaction de ce Seigneur , et de tous
eux qui ont eu la curiosité de l'y aller voir ,
Voici
MARS. 1734. 557
Voicy son opération : Elle fait marcher deux
Cadrans (parce qu'on n'en a pas désiré davantage
) sans renvois ni molettes , depuis le prin
cipe , qui est son mouvement , jusqu'au Cloché ,
où sont les Cadrans , distance dudit principe , de
seize à dix- ssept toises, où il ne se trouve autre
chose que deux détantes , lesquelles alternativement
font leurs fonctions de tirage pour concourir
à enlever onze pouces de tirage pour un
quart d'heure , lequel se repete régulierement à
tous les quarts ; le mouvement qui s'y fait circulairement
, est très-doux sans frottement ;
sauts , ni ressauts, et ayant moins de vuide dans
son cours, que n'ont ordinairement les conduites
à molettes , qui ont souvent des 5 à 6 minutes
, sans sentir la circulation du principe
motrice.
>
Ledit sieur Mangeant est un jeune homme de
37 ans , tres- expérimenté et inventif ; il se propose
de mettre incessamment au jour , plusieurs
autres Pieces extraordinaires concernant l'Horlogerie
, aussi utiles que curieuses.
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Résumé : Nouvelles sur l'Horlogerie, [titre d'après la table]
Le Sr Mangeant, horlogeur et gendre du Sr Balazard, également horlogeur à Paris, rue du Harlay, face à la Place Dauphine, a inventé un nouveau système de direction pour aiguilles sur un ou plusieurs cadrans à distance. Ce système est idéal pour des lieux spacieux comme des palais, des hôtels ou les clochers d'églises. Mangeant a installé ce mécanisme à l'Hôtel de l'Escuillière, chez le Duc de Villeroy, avec succès. Le système fonctionne sans renvois ni molettes, sur une distance de seize à dix-sept toises, avec deux détentes alternant pour un tirage de onze pouces par quart d'heure. Il offre un mouvement doux, sans frottement ni sauts, et minimise les interruptions. Mangeant, âgé de 37 ans, est reconnu pour son expérience et son inventivité. Il prévoit de présenter d'autres innovations horlogères utiles et curieuses.
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21
p. 659-669
SECONDE Partie de la Comparaison de Descartes et de Newton.
Début :
Les Newtoniens s'efforcent d'abord d'élever leur Philosophie sur les ruines de celle de [...]
Mots clefs :
Descartes, Newton, Mouvement, Matière, Force, Corps, Espace, Comètes, Lieu, Rayons, Tourbillons, Principe, Pesanteur, Action, Attraction
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE Partie de la Comparaison de Descartes et de Newton.
SECONDE Partie de la Comparaison
de Descartes et de Newton .
•
Es Newtoniens s'efforcent d'abord d'élever
LeurPhilosophie sur les ruines de celle de
>
Descartes. Ils soutiennent que le vuide est nécessaire
dans la Nature , pour qu'il puisse y
avoir du mouvement. Si la matiere peut être
plus ou moins rarefiée dit Newton , f Prin
cip. Math. p. 368. Edit. 1723. ) rien n'empêche
qu'elle ne le soit à l'infini , et il conclut
de ce principe , que non- seulement il y a du
vuide dans les espaces éthérées , mais encore que
ces espaces sont ( Nevv. Optic. ) entierement vuides.
Newton avance comme des axiomes dont il
n'est pas permis de douter , qu'il y a des lieux
( Princip. Math. définit, 8. Schol . p. 7. ) absolus
et primitifs , qui sont tels par leur essence et
auxquels on ne peut attribuer le mouvement.
ΤΟΙ
660 MERCURE DE FRANCE
Tous ces Principes de Newton sont insoute
nables , suivant le plus grand nombre des Physiciens
qui rejettent le vuide. Il n'y a point de
lieux absolus et primitifs ; et l'opinion du vuide
l'une des fondamentales de la Philosophie Newtonienne
tombant en ruine , entraîne toute cette
Philosophie avec elle. Le lieu ne devient tel, que
par la matiere ou l'étenduë qu'il contient. S'il
est sans matiere , il est sans étenduë , il cesse
d'être ; car le néant ne peut être étendu , et des
espaces séparez par rien , sont des espaces non
séparez , ou qui se touchent immédiatement.
L'espace ne peut pas davantage exister sans matiere
, ( Cartes. princip . part. 2. ) qu'une Montagne
sans vallée . L'étendue et l'espace ont commencé
par la création de la matiere et ont les
mêmes limites qu'elle. Penser autrement , c'est
se laisser éblouir par une image superficielle tracée
dans l'imagination et par l'habitude que les
rapports des sens ont causée en elle , en nous réprésentant
certains espaces comme vuides , parce
qu'ils sont remplis d'air ou de quelque autre
matiere encore plus déliée et plus imperceptible .
Au- delà des bornes du Monde matériel il n'y a
ni lieu ni espace ; autrement le lieu et l'espace
seroient infinis et éternels , ce qui mene aux consequences
les plus absurdes. Je suppose que les
derniers tourbillons qui composent l'Univers ,
s'étendent ou se resserrent , comme il seroit trèspossible
à l'Etre Souverain de les étendre ou de
les resserrer , le lieu et l'espace seroient augmentez
ou diminuez à proportion ; ce qui n'étoit pas
lieu , deviendroit tel , ou ce qui étoit lieu cesseroit
de l'être. Il n'y a donc ni espace ni lieu absolus
et primitifs , qui existent indépendamment
ou séparément du corps qui les remplit. Le lieu
AVRIL. 1734. 661
et l'espace ne sont autre chose que le corps luimême
, ayant differentes relations aux corps qui
l'environnent. Ils ne sont pas plus réels que la
situation ou la relation du corps . Le mouvement
se fait sans obstacle dans le plein . Pour peu que
la matiere soit rarefiée , elle cede facilement à un
corps plus massif. Il faut seulement que la force
motrice surpasse la résistance du fluide. Alors
il est également certain par le raisonnement et
par les experiences , qu'un corps avançant dans
le plein , la matiere dont il prend la place , reflue
vers ses côtez , et qu'en même temps la matiere
des côtez passe en arriere ; ensorte qu'un
mouvement direct en produit plusieurs circulaires,
ce qui n'arriveroit pas dans le vuide . Suivant
Descartes , dans tout espace égal , il y a toujours
même quantité de matiere , soit rarefiée , soit
condensée ; la situation , la figure et le mouvement
des particules en font toute la difference .
Les Newtoniens ( Prafat. editor . in Nevvton. )
objectent à la Physique corpusculaire de Descartes
, que la licence d'imaginer à son gré les figures
et les mouvemens d'une matiere imperceptible
, de supposer l'arrangement et l'impulsion
de ses particules , suivant le besoin qu'on
en a , de feindre des corps si déliez et si subtils ,
qu'ils traversent et remplissent toutes sortes d'interstices
avec une rapidité et une force de mouvement
qui n'ont aucune vrai - semblance ,
renoncer à ce qu'il y a de réel dans la Physique
pour s'attacher à des entitez inconnues , que
c'est abandonner la vraie constitution des choses
, pour s'appuyer sur des conjectures chimeri-
.ques ; que les causes occultes ne sont pas celles
qui produisent des effets évidents , et certains
comme la gravité, mais plutôt celles qui depenc'est
dent
662 MERCURE DE FRANCE
,
dent d'hypothèses purement imaginaires , comme
une matiere subtile et des tourbillons. Qu'une
cause n'est point occulte pour être primitive
et très-simple , et qu'une pareille cause n'est point
susceptible d'explications méchaniques. Que
pour expliquer la constitution d'une Horloge
il ne s'agit pas d'une supposition vague de ressorts
inconnus , qu'il faut faire connoître quelle
est la proportion et l'action de toutes les machines
qui la composent , et quel est leur effet
sensible. Que Galilée , par exemple , ayant établi
cette regle conforme à l'experience ; que les
corps jettez décrivent une parabole , si un Philosophe
vient dire que le corps jetté décrit cette
courbe , parce qu'il y a dans l'air une matiere
subtile qui la décrit aussi , un pareil raisonnement
ne peut paroître ai solide ni utile. Que si
vous mêlez dans un vase plusieurs liqueurs d'une
pesanteur inégale , il n'y aura de mouvement
entr'elles que jusqu'à ce qu'elles se soient arrangées
aux differentes hauteurs proportionnées à
leur gravité , et que de même dans les tourbillons
Cartésiens le mouvement doit cesser , lorsque
les Elemens occupent la place qui convient à
leurs forces centrifuges.
Les Cartésiens répondent que ce seroit faire
grand tort au raisonnement , que de ne vouloir
pas qu'il pénetre plus loin que les yeux ;
que si l'on considere l'augmentation et diminution
des corps dont l'experience est continuelle,
si l'on fait attention aux découvertes surprenantes
qui ont été faites par les Microscopes , on
ne peut nier que les parties imperceptibles ne
soient aussi réelles dans la Nature que celles
qui donnent prise à nos sens . Que puisque nous
sommes assurez que chaque corps est composé
de
AVRIL. 1734. 663
de plusieurs autres corps si petits , que nous ne
pouvons en avoir qu'une connoissance intellectuelle
tout Philosophe doit avouer qu'il est
très - avantageux de juger des Phénomenes perceptibles
aux sens , par une méchanique supposée
avec beaucoup de vrai- semblance dans les
Elemens imperceptibles ; de rendre raison par ce
moyen de tout ce qui est en la Nature; et de substituer
des causes vraiment physiques à des termes
qui ne signifient rien, comme les formes substan
tielles des Péripatéticiens, ou à des qualitez dont
on suppose des effets , sans expliquer de quelle
maniere ces effets peuvent être produits , comme
dans le Sistême de l'attraction Newtonienne.
Que les liqueurs mêlées dans un vase , demeurent
en repos après s'être arrangées convenablement
à leur pesanteur, parce que la résistance que
leur mouvement est obligé de vaincre , anéantit
à la fin ce mouvement , mais que les tourbillons
n'éprouvent aucune résistance pareille.
Que ces mouvemens nécessaires à la conservation
de l'Univers sont entretenus par la même
Providence qui les a créez et établis. Et bien loin
que la matiere liquide dont les Cieux sont remplis
dans le Systême Cartésien , nuise au mouvement
rapide des corps Celestes , comme Newton
l'a prétendu, rien n'est plus capable d'aider le
mouvement d'un Globe qui circule , qu'un fluide
déterminé à se mouvoir vers le même côté avec
autant et plus de force que le Globe lui- même; et
ce véhicule paroît absolument nécessaire pour
imaginer les révolutions rapides des corps celestes .
L'objection contre le Systême Cartésien , sur
laquelle Neuwton paroît se fonder avec le plus
de confiance , est tirée des Cométes. Il est impossible
, dit- il , ( Nevut. Princip. Math . p.
481. )
664 MERCURE DE FRANCE
ton ,
481. ) que les tourbillons subsistent et puissent
être conciliez avec les mouvemens irréguliers des
Cométes qui les font errer dans toutes les parties
du Ciel. Cette objection se rétorque contre Newcar
les Cométes ne sont pas plus fideles
aux loix de l'attraction , à moins que quelque
Newtonien , à l'exemple du Maître , ne nous
donne dans un calcul précis le degré de pesanteur
réciproque de chaque Planette sur chaque
Cométe ; car la précision des calculs ne coute
rien à cette Philosophie. Dans le Systême Cartésien
il est aisé de répondre , touchant l'irrégularité
du cours des Cométes , que ces Phénomenes
passagers ne doivent pas suivre le mouvement
des Cieux des Planetes ; si les Cometes ne
sont autre chose que des amas de matiere , irréguliers
dans le temps de leur durée et dans leur
cours , la cause qui les produit est aussi celle qui
dirige leur mouvement ; comme les vents dans
notre atmosphere ont une égale violence en tout
sens , et ne sont point assujettis au cours uniforme
du fluide qui accompagne la révolution du
Globle Terrestre , ni aux loix de l'attraction
Newtonienne. Si les Cométes sont des Astres
dont le cours soit reglé et qui ne soient visibles
pour nous , que lorsque leurs révolutions périodiques
les ramenent aux confins de notre
tourbillon , les Cometes suivent le courant d'un
Auide étranger , qui n'a rien de commun avec
ceux de nos Planetes. Alors les Cométes sont à
peu près dans la Région de Saturne , et peut- être
même plus proches. Car les tourbillons remplis
à leurs extremitez d'une matiere fort déliée , cédent
facilement à la moindre impression ; et il
est assez vrai semblable que les courants d'un
tourbillon peuvent penetrer dans un tourbillon
voiAVRIL.
173 4. 565
voisin , à peu près comme les eaux de la
Mer entrent dans un Golphe, Ces fluides des
differents tourbillons ne se mêlent pas pour cela
et ne changent pas la direction de leur mouvement.
On remarque néanmoins que les Cométes
approchant du Soleil , reçoivent une impression
sensible de ses rayons ; car la queue ou plutôt
l'atmosphere de la Cométe , qui , suivant l'observation
de Képler , paroît toujours opposée au
Soleil, est rejettée en arriere par l'impulsion de ses
rayons , comme une chevelure exposée aux vents.
Newton a mieux traité le mouvement que
Descartes , mais ni l'un ni l'autre ne sont parvenus
à en donner une idée entierement juste .
Descartes entend par le mouvement les differentes
relations d'un corps. Il avoue ( Prin
cip. part. 2. ) que , suivant ses principes , on peut
dire qu'un corps se meut en même -temps et ne
se meut pas. Il soutient qu'il ne faut pas plus
d'action pour le mouvement que pour le repos .
D'où l'on peut conclure qu'une Statuë est dans
le même mouvement qu'un homme qui s'éloigne
d'elle. Il attribue le mouvement d'un corps
à la relation des corps qui le touchent immédiatement
; ce qui étant pris au pied de la lettre ,
signifie qu'un homme qui feroit à pied le tour
du Monde dans les mêmes habits , në se remuëroit
pas , et il s'ensuivroit cette conséquence .
qu'un corps seroit mû en même- temps dans des
sens contraires , comme un Plan sur lequel
deux corps seroient poussez l'un à droite ,
l'autre à gauche. Newton ( Princip . Math . définit,
8. Schol. p . 8. et 9. et axiom . p . 18. ) distingue
le mouvement vrai du mouvement relatif. Suivant
les explications qu'il donne , le mouvement
vrai consiste dans la force qui agity soit que
cette
€65 MERCURE DE FRANCE
le cette force soit dans le corps même , soit que
corps la reçoive d'ailleurs . Le mouvement relatif
ne dépend que des changemens de situation
des corps , les uns à l'égard des autres . Il suit de
ces principes , qu'il peut y avoir un mouvement
veritable avec plusieurs repos relatifs , comme
lorsqu'un corps avance et que plusieurs corps
qui l'environnent , avancent en même temps ; et
qu'il peut y avoir au contraire plusieurs mouvemens
relatifs sans aucun mouvement veritable ,
comme lorsqu'un homme est tranquille dans un
vaisseau dont le mouvement est égal et uniforme
; et qu'ainsi le mouvement véritable ne consiste
pas dans les relations .Mais quoique le mou
vement veritable ne consiste pas uniquement
dans les relations , il ne peut être neanmoins
sans quelque changement de rapports , sinon aux
objets prochains , du moins aux éloignez . La
force seule ne fait pas le mouvement ; car si elle
rencontre des obstacles plus puissants qu'elle , le
coips reste dans un veritable repos . En réunissant
donc ces principes , le mouvement peut être
défini , ce me semble , le changement de relations
d'un corps à des objets prochains ou éloignez
par l'action d'une force que ce corps a en luimême
ou qu'il a reçûë d'ailleurs .
Newton a penetré plus avant que Descartes
dans la théorie des couleurs . Suivant les principes
Cartésiens , si la superficie des corps ne laisse
aucun accès dans ses interstices aux globules
du second Element , les corps paroissent lumineux
ou sont au moins fort blancs , lorsqu'ils
ne sont pas enflammez , et les globules repoussez
ont une force qui éblouit. Si les pores fort
ouverts , comme un petit crible , reçoivent dans
toute leur surface les globules du second Element
AVRIL. 1734. 667
>
ment , ils absorbent les rayons de lumiere , et
leur couleur est très - noire . Si l'angle de reflexion
est tel , que les globules flattent l'organe visuel ,
la couleur est agréable , comme le verd . Newton
a suivi une route differente . Il établit une espece
de gamme des couleurs élementaires , et entreprenant
en quelque sorte l'anatomie de la lumiere
, il pose pour principes sept especes de
rayons , dont chacun porte sa couleur particuliere
; sçavoir , rouge , orangé , jaune , verd
bleu , indigo , violet ; en sorte que le rayon qui
porte une couleur , n'en porte jamais d'autre.
Exposez aux rayons du Soleil un prisme triangulaire
à une certaine distance d'un papier , qui
puisse renvoyer les rayons rompus et séparez ;
Vous voyez sur le papier sept couleurs bien distinctes
et disposées dans l'ordre qui vient d'être
rémarqué , de la couleur rouge , orangée , jaune
verte , bleue , indigo et violette. Newton a de
plus remarqué que les espaces occupés par les
couleurs sur le papier , sont en même proportion
que les chiffres qui expriment les intervales
des sept tons de Musique. Faites au papier une
petite ouverture , qui ne laisse passer qu'une espece
de rayon qui porte , par exemple , le rouge
ou le violet , rompez de nouveau le rayon avec
un second prisme , un troisiéme ; faites - les tourner
sur les axes ; le rayon differemment rompu,
refléchi differemment , présente toûjours la même
sorte de couleur. Dans cette hypothèse , le blanc
résulte du mêlange des sept couleurs principales,
et les corps paroissent differemment colorez ,
parce que la figure de leurs pores , la tissure et
la consistance de leurs parties refléchissent une
plus grande quantité de rayons d'une certaine
espece , tandis que les interstices de ces corps
trans668
MERCURE DE FRANCE
transmettent la plupart des autres rayons ou
qu'ils les absorbent.
Newton a été moins heureux dans les loix du
mouvement qu'il a établies ; il prétend que les
actions de deux corps sont toujours mutuelles
égales et opposées, ( Nevvt, Princip . Math. axiom.
leg. 3. p. 13. ) ensorte que la réaction est toujours
contraire et égale à l'action . Ce principe
dont il fait l'axiome fondamental ( Ib . Coroll. 3 .
p. 15, et seq. ) de ses démonstrations , détruit
toutes les loix de la statique et de l'équilibre ; car
si la réaction est toujours égale à l'action ,
les corps agiront avec des forces égales et tous
les contrepoids demeureront en suspens et sans
action. Le prétendu axiome , au lieu d'être un
principe de mouvement , seroit le principe d'une
immobilité generale , puisqu'il est certain
qu'un carosse et six chevaux demeureront immobiles
, si la réaction du carosse est égale et
opposée à l'action des six chevaux.
tous
Newton dit ailleurs que la pesanteur ou la gra
vité des corps ( Princip. Math. lib . 3. Propos.
7. Theor. 7.p.369 . ) est universelle et qu'elle est
proportionnée à la quantité de matiere qui est
en eux. Les calculs de la pesanteur des Planetes
roulent sur cet axiome contraire au sentiment du
plus grand nombre des Physiciens qui rejettent
le vuide , et suivant lesquels chaque espace égal
contient toujours une égale quantité de matiere.
Newton avance un autre principe fort opposé
aux idées naturelles, sçavoir , que moins un
corps qu'on jette ( Princip. Math definit . 5. p. 3. )
a de gravité , moins il s'écarte de la ligne droite
et plus il va loin. Suivant ce principe , un
Globe de liége . poussé avec beaucoup de force ,
devroit aller plus loin qu'un Globe de plomb ,
poussé
AVRIL. 1734. 669
poussé avec une force égale , le Globe de liege
ayant moins de gravité ; à moins qu'on ne regarde
le Globe de liege comme ayant plus de
gravité qu'un Globe de plomb , parce que le Globe
de liege est attiré plus promptement vers la
terre ; et alors celui qui auroit , suivant Newton,
le moins de matiere , auroit le plus de gravité.
Le fondement géneral du Systême Newtonien,
l'axe, pour ainsi- dire, sur lequel toute cette Philosophie
tourne , c'est l'attraction . Newton admet
aussi dans la matiere une hétérogénéïté ou diversité
de genres , qualité aussi occulte que l'attraction,
et qui n'a aucune signification Physique.Descartes
ne reconnoît dans la Nature qu'un mouvement
d'impulsion, et il rapporte le mouvement au
Créateur, comme à sa cause unique et immédiate
Newton regarde le mouvement comme l'effet de
Pattraction. Il y a donc entre ces deux Philosophes
une opposition de sentimens sur la cause
physique generale et primitive ; ce que l'un considére
comme la causé , l'autre lui donne la qualification
d'effet ; Descartes déduit la pesanteur
du mouvement , Newton déduit le mouvement
de la pesanteur ou de l'attraction .
La suite dans le Mercure prochain.
de Descartes et de Newton .
•
Es Newtoniens s'efforcent d'abord d'élever
LeurPhilosophie sur les ruines de celle de
>
Descartes. Ils soutiennent que le vuide est nécessaire
dans la Nature , pour qu'il puisse y
avoir du mouvement. Si la matiere peut être
plus ou moins rarefiée dit Newton , f Prin
cip. Math. p. 368. Edit. 1723. ) rien n'empêche
qu'elle ne le soit à l'infini , et il conclut
de ce principe , que non- seulement il y a du
vuide dans les espaces éthérées , mais encore que
ces espaces sont ( Nevv. Optic. ) entierement vuides.
Newton avance comme des axiomes dont il
n'est pas permis de douter , qu'il y a des lieux
( Princip. Math. définit, 8. Schol . p. 7. ) absolus
et primitifs , qui sont tels par leur essence et
auxquels on ne peut attribuer le mouvement.
ΤΟΙ
660 MERCURE DE FRANCE
Tous ces Principes de Newton sont insoute
nables , suivant le plus grand nombre des Physiciens
qui rejettent le vuide. Il n'y a point de
lieux absolus et primitifs ; et l'opinion du vuide
l'une des fondamentales de la Philosophie Newtonienne
tombant en ruine , entraîne toute cette
Philosophie avec elle. Le lieu ne devient tel, que
par la matiere ou l'étenduë qu'il contient. S'il
est sans matiere , il est sans étenduë , il cesse
d'être ; car le néant ne peut être étendu , et des
espaces séparez par rien , sont des espaces non
séparez , ou qui se touchent immédiatement.
L'espace ne peut pas davantage exister sans matiere
, ( Cartes. princip . part. 2. ) qu'une Montagne
sans vallée . L'étendue et l'espace ont commencé
par la création de la matiere et ont les
mêmes limites qu'elle. Penser autrement , c'est
se laisser éblouir par une image superficielle tracée
dans l'imagination et par l'habitude que les
rapports des sens ont causée en elle , en nous réprésentant
certains espaces comme vuides , parce
qu'ils sont remplis d'air ou de quelque autre
matiere encore plus déliée et plus imperceptible .
Au- delà des bornes du Monde matériel il n'y a
ni lieu ni espace ; autrement le lieu et l'espace
seroient infinis et éternels , ce qui mene aux consequences
les plus absurdes. Je suppose que les
derniers tourbillons qui composent l'Univers ,
s'étendent ou se resserrent , comme il seroit trèspossible
à l'Etre Souverain de les étendre ou de
les resserrer , le lieu et l'espace seroient augmentez
ou diminuez à proportion ; ce qui n'étoit pas
lieu , deviendroit tel , ou ce qui étoit lieu cesseroit
de l'être. Il n'y a donc ni espace ni lieu absolus
et primitifs , qui existent indépendamment
ou séparément du corps qui les remplit. Le lieu
AVRIL. 1734. 661
et l'espace ne sont autre chose que le corps luimême
, ayant differentes relations aux corps qui
l'environnent. Ils ne sont pas plus réels que la
situation ou la relation du corps . Le mouvement
se fait sans obstacle dans le plein . Pour peu que
la matiere soit rarefiée , elle cede facilement à un
corps plus massif. Il faut seulement que la force
motrice surpasse la résistance du fluide. Alors
il est également certain par le raisonnement et
par les experiences , qu'un corps avançant dans
le plein , la matiere dont il prend la place , reflue
vers ses côtez , et qu'en même temps la matiere
des côtez passe en arriere ; ensorte qu'un
mouvement direct en produit plusieurs circulaires,
ce qui n'arriveroit pas dans le vuide . Suivant
Descartes , dans tout espace égal , il y a toujours
même quantité de matiere , soit rarefiée , soit
condensée ; la situation , la figure et le mouvement
des particules en font toute la difference .
Les Newtoniens ( Prafat. editor . in Nevvton. )
objectent à la Physique corpusculaire de Descartes
, que la licence d'imaginer à son gré les figures
et les mouvemens d'une matiere imperceptible
, de supposer l'arrangement et l'impulsion
de ses particules , suivant le besoin qu'on
en a , de feindre des corps si déliez et si subtils ,
qu'ils traversent et remplissent toutes sortes d'interstices
avec une rapidité et une force de mouvement
qui n'ont aucune vrai - semblance ,
renoncer à ce qu'il y a de réel dans la Physique
pour s'attacher à des entitez inconnues , que
c'est abandonner la vraie constitution des choses
, pour s'appuyer sur des conjectures chimeri-
.ques ; que les causes occultes ne sont pas celles
qui produisent des effets évidents , et certains
comme la gravité, mais plutôt celles qui depenc'est
dent
662 MERCURE DE FRANCE
,
dent d'hypothèses purement imaginaires , comme
une matiere subtile et des tourbillons. Qu'une
cause n'est point occulte pour être primitive
et très-simple , et qu'une pareille cause n'est point
susceptible d'explications méchaniques. Que
pour expliquer la constitution d'une Horloge
il ne s'agit pas d'une supposition vague de ressorts
inconnus , qu'il faut faire connoître quelle
est la proportion et l'action de toutes les machines
qui la composent , et quel est leur effet
sensible. Que Galilée , par exemple , ayant établi
cette regle conforme à l'experience ; que les
corps jettez décrivent une parabole , si un Philosophe
vient dire que le corps jetté décrit cette
courbe , parce qu'il y a dans l'air une matiere
subtile qui la décrit aussi , un pareil raisonnement
ne peut paroître ai solide ni utile. Que si
vous mêlez dans un vase plusieurs liqueurs d'une
pesanteur inégale , il n'y aura de mouvement
entr'elles que jusqu'à ce qu'elles se soient arrangées
aux differentes hauteurs proportionnées à
leur gravité , et que de même dans les tourbillons
Cartésiens le mouvement doit cesser , lorsque
les Elemens occupent la place qui convient à
leurs forces centrifuges.
Les Cartésiens répondent que ce seroit faire
grand tort au raisonnement , que de ne vouloir
pas qu'il pénetre plus loin que les yeux ;
que si l'on considere l'augmentation et diminution
des corps dont l'experience est continuelle,
si l'on fait attention aux découvertes surprenantes
qui ont été faites par les Microscopes , on
ne peut nier que les parties imperceptibles ne
soient aussi réelles dans la Nature que celles
qui donnent prise à nos sens . Que puisque nous
sommes assurez que chaque corps est composé
de
AVRIL. 1734. 663
de plusieurs autres corps si petits , que nous ne
pouvons en avoir qu'une connoissance intellectuelle
tout Philosophe doit avouer qu'il est
très - avantageux de juger des Phénomenes perceptibles
aux sens , par une méchanique supposée
avec beaucoup de vrai- semblance dans les
Elemens imperceptibles ; de rendre raison par ce
moyen de tout ce qui est en la Nature; et de substituer
des causes vraiment physiques à des termes
qui ne signifient rien, comme les formes substan
tielles des Péripatéticiens, ou à des qualitez dont
on suppose des effets , sans expliquer de quelle
maniere ces effets peuvent être produits , comme
dans le Sistême de l'attraction Newtonienne.
Que les liqueurs mêlées dans un vase , demeurent
en repos après s'être arrangées convenablement
à leur pesanteur, parce que la résistance que
leur mouvement est obligé de vaincre , anéantit
à la fin ce mouvement , mais que les tourbillons
n'éprouvent aucune résistance pareille.
Que ces mouvemens nécessaires à la conservation
de l'Univers sont entretenus par la même
Providence qui les a créez et établis. Et bien loin
que la matiere liquide dont les Cieux sont remplis
dans le Systême Cartésien , nuise au mouvement
rapide des corps Celestes , comme Newton
l'a prétendu, rien n'est plus capable d'aider le
mouvement d'un Globe qui circule , qu'un fluide
déterminé à se mouvoir vers le même côté avec
autant et plus de force que le Globe lui- même; et
ce véhicule paroît absolument nécessaire pour
imaginer les révolutions rapides des corps celestes .
L'objection contre le Systême Cartésien , sur
laquelle Neuwton paroît se fonder avec le plus
de confiance , est tirée des Cométes. Il est impossible
, dit- il , ( Nevut. Princip. Math . p.
481. )
664 MERCURE DE FRANCE
ton ,
481. ) que les tourbillons subsistent et puissent
être conciliez avec les mouvemens irréguliers des
Cométes qui les font errer dans toutes les parties
du Ciel. Cette objection se rétorque contre Newcar
les Cométes ne sont pas plus fideles
aux loix de l'attraction , à moins que quelque
Newtonien , à l'exemple du Maître , ne nous
donne dans un calcul précis le degré de pesanteur
réciproque de chaque Planette sur chaque
Cométe ; car la précision des calculs ne coute
rien à cette Philosophie. Dans le Systême Cartésien
il est aisé de répondre , touchant l'irrégularité
du cours des Cométes , que ces Phénomenes
passagers ne doivent pas suivre le mouvement
des Cieux des Planetes ; si les Cometes ne
sont autre chose que des amas de matiere , irréguliers
dans le temps de leur durée et dans leur
cours , la cause qui les produit est aussi celle qui
dirige leur mouvement ; comme les vents dans
notre atmosphere ont une égale violence en tout
sens , et ne sont point assujettis au cours uniforme
du fluide qui accompagne la révolution du
Globle Terrestre , ni aux loix de l'attraction
Newtonienne. Si les Cométes sont des Astres
dont le cours soit reglé et qui ne soient visibles
pour nous , que lorsque leurs révolutions périodiques
les ramenent aux confins de notre
tourbillon , les Cometes suivent le courant d'un
Auide étranger , qui n'a rien de commun avec
ceux de nos Planetes. Alors les Cométes sont à
peu près dans la Région de Saturne , et peut- être
même plus proches. Car les tourbillons remplis
à leurs extremitez d'une matiere fort déliée , cédent
facilement à la moindre impression ; et il
est assez vrai semblable que les courants d'un
tourbillon peuvent penetrer dans un tourbillon
voiAVRIL.
173 4. 565
voisin , à peu près comme les eaux de la
Mer entrent dans un Golphe, Ces fluides des
differents tourbillons ne se mêlent pas pour cela
et ne changent pas la direction de leur mouvement.
On remarque néanmoins que les Cométes
approchant du Soleil , reçoivent une impression
sensible de ses rayons ; car la queue ou plutôt
l'atmosphere de la Cométe , qui , suivant l'observation
de Képler , paroît toujours opposée au
Soleil, est rejettée en arriere par l'impulsion de ses
rayons , comme une chevelure exposée aux vents.
Newton a mieux traité le mouvement que
Descartes , mais ni l'un ni l'autre ne sont parvenus
à en donner une idée entierement juste .
Descartes entend par le mouvement les differentes
relations d'un corps. Il avoue ( Prin
cip. part. 2. ) que , suivant ses principes , on peut
dire qu'un corps se meut en même -temps et ne
se meut pas. Il soutient qu'il ne faut pas plus
d'action pour le mouvement que pour le repos .
D'où l'on peut conclure qu'une Statuë est dans
le même mouvement qu'un homme qui s'éloigne
d'elle. Il attribue le mouvement d'un corps
à la relation des corps qui le touchent immédiatement
; ce qui étant pris au pied de la lettre ,
signifie qu'un homme qui feroit à pied le tour
du Monde dans les mêmes habits , në se remuëroit
pas , et il s'ensuivroit cette conséquence .
qu'un corps seroit mû en même- temps dans des
sens contraires , comme un Plan sur lequel
deux corps seroient poussez l'un à droite ,
l'autre à gauche. Newton ( Princip . Math . définit,
8. Schol. p . 8. et 9. et axiom . p . 18. ) distingue
le mouvement vrai du mouvement relatif. Suivant
les explications qu'il donne , le mouvement
vrai consiste dans la force qui agity soit que
cette
€65 MERCURE DE FRANCE
le cette force soit dans le corps même , soit que
corps la reçoive d'ailleurs . Le mouvement relatif
ne dépend que des changemens de situation
des corps , les uns à l'égard des autres . Il suit de
ces principes , qu'il peut y avoir un mouvement
veritable avec plusieurs repos relatifs , comme
lorsqu'un corps avance et que plusieurs corps
qui l'environnent , avancent en même temps ; et
qu'il peut y avoir au contraire plusieurs mouvemens
relatifs sans aucun mouvement veritable ,
comme lorsqu'un homme est tranquille dans un
vaisseau dont le mouvement est égal et uniforme
; et qu'ainsi le mouvement véritable ne consiste
pas dans les relations .Mais quoique le mou
vement veritable ne consiste pas uniquement
dans les relations , il ne peut être neanmoins
sans quelque changement de rapports , sinon aux
objets prochains , du moins aux éloignez . La
force seule ne fait pas le mouvement ; car si elle
rencontre des obstacles plus puissants qu'elle , le
coips reste dans un veritable repos . En réunissant
donc ces principes , le mouvement peut être
défini , ce me semble , le changement de relations
d'un corps à des objets prochains ou éloignez
par l'action d'une force que ce corps a en luimême
ou qu'il a reçûë d'ailleurs .
Newton a penetré plus avant que Descartes
dans la théorie des couleurs . Suivant les principes
Cartésiens , si la superficie des corps ne laisse
aucun accès dans ses interstices aux globules
du second Element , les corps paroissent lumineux
ou sont au moins fort blancs , lorsqu'ils
ne sont pas enflammez , et les globules repoussez
ont une force qui éblouit. Si les pores fort
ouverts , comme un petit crible , reçoivent dans
toute leur surface les globules du second Element
AVRIL. 1734. 667
>
ment , ils absorbent les rayons de lumiere , et
leur couleur est très - noire . Si l'angle de reflexion
est tel , que les globules flattent l'organe visuel ,
la couleur est agréable , comme le verd . Newton
a suivi une route differente . Il établit une espece
de gamme des couleurs élementaires , et entreprenant
en quelque sorte l'anatomie de la lumiere
, il pose pour principes sept especes de
rayons , dont chacun porte sa couleur particuliere
; sçavoir , rouge , orangé , jaune , verd
bleu , indigo , violet ; en sorte que le rayon qui
porte une couleur , n'en porte jamais d'autre.
Exposez aux rayons du Soleil un prisme triangulaire
à une certaine distance d'un papier , qui
puisse renvoyer les rayons rompus et séparez ;
Vous voyez sur le papier sept couleurs bien distinctes
et disposées dans l'ordre qui vient d'être
rémarqué , de la couleur rouge , orangée , jaune
verte , bleue , indigo et violette. Newton a de
plus remarqué que les espaces occupés par les
couleurs sur le papier , sont en même proportion
que les chiffres qui expriment les intervales
des sept tons de Musique. Faites au papier une
petite ouverture , qui ne laisse passer qu'une espece
de rayon qui porte , par exemple , le rouge
ou le violet , rompez de nouveau le rayon avec
un second prisme , un troisiéme ; faites - les tourner
sur les axes ; le rayon differemment rompu,
refléchi differemment , présente toûjours la même
sorte de couleur. Dans cette hypothèse , le blanc
résulte du mêlange des sept couleurs principales,
et les corps paroissent differemment colorez ,
parce que la figure de leurs pores , la tissure et
la consistance de leurs parties refléchissent une
plus grande quantité de rayons d'une certaine
espece , tandis que les interstices de ces corps
trans668
MERCURE DE FRANCE
transmettent la plupart des autres rayons ou
qu'ils les absorbent.
Newton a été moins heureux dans les loix du
mouvement qu'il a établies ; il prétend que les
actions de deux corps sont toujours mutuelles
égales et opposées, ( Nevvt, Princip . Math. axiom.
leg. 3. p. 13. ) ensorte que la réaction est toujours
contraire et égale à l'action . Ce principe
dont il fait l'axiome fondamental ( Ib . Coroll. 3 .
p. 15, et seq. ) de ses démonstrations , détruit
toutes les loix de la statique et de l'équilibre ; car
si la réaction est toujours égale à l'action ,
les corps agiront avec des forces égales et tous
les contrepoids demeureront en suspens et sans
action. Le prétendu axiome , au lieu d'être un
principe de mouvement , seroit le principe d'une
immobilité generale , puisqu'il est certain
qu'un carosse et six chevaux demeureront immobiles
, si la réaction du carosse est égale et
opposée à l'action des six chevaux.
tous
Newton dit ailleurs que la pesanteur ou la gra
vité des corps ( Princip. Math. lib . 3. Propos.
7. Theor. 7.p.369 . ) est universelle et qu'elle est
proportionnée à la quantité de matiere qui est
en eux. Les calculs de la pesanteur des Planetes
roulent sur cet axiome contraire au sentiment du
plus grand nombre des Physiciens qui rejettent
le vuide , et suivant lesquels chaque espace égal
contient toujours une égale quantité de matiere.
Newton avance un autre principe fort opposé
aux idées naturelles, sçavoir , que moins un
corps qu'on jette ( Princip. Math definit . 5. p. 3. )
a de gravité , moins il s'écarte de la ligne droite
et plus il va loin. Suivant ce principe , un
Globe de liége . poussé avec beaucoup de force ,
devroit aller plus loin qu'un Globe de plomb ,
poussé
AVRIL. 1734. 669
poussé avec une force égale , le Globe de liege
ayant moins de gravité ; à moins qu'on ne regarde
le Globe de liege comme ayant plus de
gravité qu'un Globe de plomb , parce que le Globe
de liege est attiré plus promptement vers la
terre ; et alors celui qui auroit , suivant Newton,
le moins de matiere , auroit le plus de gravité.
Le fondement géneral du Systême Newtonien,
l'axe, pour ainsi- dire, sur lequel toute cette Philosophie
tourne , c'est l'attraction . Newton admet
aussi dans la matiere une hétérogénéïté ou diversité
de genres , qualité aussi occulte que l'attraction,
et qui n'a aucune signification Physique.Descartes
ne reconnoît dans la Nature qu'un mouvement
d'impulsion, et il rapporte le mouvement au
Créateur, comme à sa cause unique et immédiate
Newton regarde le mouvement comme l'effet de
Pattraction. Il y a donc entre ces deux Philosophes
une opposition de sentimens sur la cause
physique generale et primitive ; ce que l'un considére
comme la causé , l'autre lui donne la qualification
d'effet ; Descartes déduit la pesanteur
du mouvement , Newton déduit le mouvement
de la pesanteur ou de l'attraction .
La suite dans le Mercure prochain.
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Résumé : SECONDE Partie de la Comparaison de Descartes et de Newton.
Le texte compare les philosophies de Descartes et de Newton, en soulignant les divergences entre les Newtoniens et les Cartésiens. Les Newtoniens affirment que le vide est nécessaire pour le mouvement et qu'il existe des lieux absolus et primitifs. Ils considèrent l'espace éthéré comme entièrement vide. En revanche, les Cartésiens rejettent l'idée de lieux absolus et de vide, estimant que l'espace est rempli de matière, même si elle est rarefiée. Ils pensent que l'espace et l'étendue commencent avec la création de la matière et sont limités par elle. Les Newtoniens critiquent la physique corpusculaire de Descartes, la jugeant trop spéculative et imaginative, tandis que les Cartésiens défendent l'idée que les phénomènes perceptibles peuvent être expliqués par des mécanismes imperceptibles. Le texte aborde également la question des comètes. Les Cartésiens expliquent leur mouvement par des courants de fluides, tandis que Newton utilise les comètes pour critiquer les tourbillons cartésiens. De plus, le texte compare les conceptions du mouvement chez Descartes et Newton. Newton distingue le mouvement vrai du mouvement relatif, contrairement à Descartes. Le texte traite également des théories de Newton sur la lumière et la gravité. Newton a établi une gamme de sept couleurs élémentaires : rouge, orangé, jaune, vert, bleu, indigo et violet. En exposant les rayons du Soleil à travers un prisme, ces couleurs apparaissent distinctement et dans un ordre spécifique. Newton a noté que les proportions des espaces occupés par ces couleurs sur un papier correspondent aux intervalles des tons musicaux. Il a démontré que chaque couleur reste inchangée même après être passée à travers plusieurs prismes. Selon Newton, le blanc résulte du mélange de ces sept couleurs principales, et les objets apparaissent colorés en fonction de la réflexion et de l'absorption des rayons lumineux par leurs pores et interstices. Le texte critique les lois du mouvement de Newton, notamment son principe selon lequel les actions de deux corps sont toujours mutuelles, égales et opposées. Ce principe est jugé destructeur des lois de la statique et de l'équilibre, car il conduirait à une immobilité générale. Newton a également affirmé que la gravité est universelle et proportionnelle à la quantité de matière dans un corps, une idée contraire à celle de nombreux physiciens de l'époque. Il a proposé que moins un corps a de gravité, plus il s'écarte de la ligne droite. Le fondement du système newtonien repose sur l'attraction, une qualité occulte selon le texte. Newton et Descartes ont des opinions opposées sur la cause physique générale et primitive : Descartes attribue le mouvement au Créateur, tandis que Newton le voit comme un effet de l'attraction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 851-860
LETTRE du R. P. Dom Jacques Alexandre, Benedictin de la Congrégation de S. Maur, au sujet de son Traité general des Horloges, imprimé à Paris, chez Hypolite-Loüis Guerin, rue S. Jacques, vol. in 8. 1734.
Début :
Il est vrai, Monsieur, que le Public souhaitoit depuis long tems d'avoir [...]
Mots clefs :
Horloges, Traité, Article, Planche, Chapitre, Mouvement, Roues, Montres, Heures, Jours, Soleil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE du R. P. Dom Jacques Alexandre, Benedictin de la Congrégation de S. Maur, au sujet de son Traité general des Horloges, imprimé à Paris, chez Hypolite-Loüis Guerin, rue S. Jacques, vol. in 8. 1734.
LETTRE du R. P. Dom Jacques
Alexandre , Benedictin de la Congrégation
de S. Maur , au sujet de son Traité
general des Horloges , imprimé à Paris
, chez Hypolite- Louis Guerin
rue S. Jacques , vol. in 8. 1734.
I
L est vrai , Monsieur , que le Public
souhaitoit depuis long tems d'avoir
un Ouvrage entier sur les Horloges . J'ai
tâché de satisfaire à ce désir ; vous jugerez
si j'ai réussi par l'exposé que je vais
yous faire de mon Livre. Je le commence
par deux Articles Préliminaires.
Le premier marque la maniere dont les
'Anciens distinguoient les Années , et les
partageoient en Mois , Jours et Heures ,
et fait voir par la Description du Déluge
que Moïse a faite dans la Genese , que
l'année étoit composée de douze Mois
comme elle l'est encore aujourd'hui.
Le second Article contient une Histoire
generale des Horloges , depuis leur
commencement jusqu'au temps présent..
La plus ancienne Horloge est le Cadran
d'Achaz. Anaximandre fit ensuite des
Cadrans dans la Grece , lesquels furent
aussi
$54 MERCURE DE FRANCE
>
par le moyen d'un tambour qui descendant
pendant 24 ou 3 h ures peut
marquer distinctement toutes le. heures;
c'est dequoi je donne une explication
dans ce Chapitre par le moyen de la
huitiéme Planche.
Dans le troisiéme Chapirre il est parlé
des Horloges à roues de gros volume ;
d'abord on donne un abregé des termes
les plus ordinaires qui sont en usage chez
les Horlogers , et une neuviéme Planche
est destinée à représenter les Piéces qui
sont marquées par ces termes. On donne
ensuite la Méthode pour avoir la longueur
d'un Pendule et des vibrations que
l'on souhaite ; et pour s'épargner la peine.
des opérations qu'i faudroit faire , on
donne aussi une Table particuliére depuis
une vibration par heure usqu'à cinq vibracions
par heure , dont la longueur du
Pendule est d'un pouces lignes & points,
. Comme le P /ndule peut avoir quelque
petite irrégularité par rapport à la diver
sité de la température de l'air , on donne
pour y remedier la maniere de faire un
Pendule Isocrone , dont les , vibrations
sont d'une parfaire égalité de durée jet
qui sert à faire des Horloges , qui peu
vent marquer le moyen mouvement du'
Soleil & c. La Planché o représente en-
8
suite
MAY 1734.
755
suite la construction d'une grosse Horloge
, et les Planches 11 ct 12 font voir
la figure des roües.
Le Chapitre IV. traite des Horloges à
mouvement apparent. Quelque perfection
qu'on ait pû donner aux Horloges
les plus achevées , ce n'a été que pour
leur faire suivre le mouvement moyen
du Soleil , mais je crois avoir été plus
loin ; car dès l'année 1698. je representai
à Mrs de l'Académie Royale des Sciences
un projet qui fut aprouvé , pour faire des
Horloges qui suivroient le mouvement
aparent et vrai du Soleil . L'explication
est dans ce même Chapitre IV . qui contient
sur ce sujet trois Planches entieres.
>
sa
Dans le Chapitre V. on parle du mouvement
des Planetes, On trouve dans le
premier Article un précis de ce qui regarde
chaque Planete en particulier , son
diamétre , le temps de sa révolution
distance du Soleil &c. et une seizième
Planche qui contient le systême des Planetes
selon Copernic . Le second article
est pour le Soleil en particulier , lequel
fait une révolution en 365 jours heures
49 m. Dans toutes les Horloges qu'on a
faites jusqu'à présent , on a mis une roue
qui fait un tour en un an on n'y a employé
qu'une role qui fait le tour en 365.
jours ,
3
856 MERCURE DE FRANCE
jours ; c'est un mouvement qui est trop
court environ de 6 heures , et on n'a vù
encore personne qui ait travaillé à faire
une roue qui fasse un tour en 365 jours
S heures 49 , minutes car cela est impossible
en ne mettant que des roues dont
le nombre des dents soit moindre que
100. Mais puisque cela n'est pas possible,
du moins devroit - on tâcher d'en aprocher
autant que cela se pouvoit . C'est ce
que j'ai fait , et je donne ici une roue qui
fait un tour en 365 jours 5 heures 48 m.
58 secondes , de secondes qui est le
mouvement le plus aprochant quon ait
pû trouver jusqu'à présent. En voici le
Roüage. La roue de Cadran fait un tour
en 12 heures. - 7.50 7.69. 8 .
83.
་
2
38
4
-
On trouve en même tems toutes les
opérations qu'il a fallu faire pour arriver
à cette précision. Viennent ensuite plusieurs
roues faisant un tour conforme aux
révolutions de chaque Planete &c. Le
Lecteur consultera pour tout ce détail
les Planches 17. 18. et 19. et les Mecanistes
auront lieu d'être satisfaits en particulier
d'une Aiguille qui montre le lieu de
la Planete dans le Zodiaque, aiguille dont
les mouvements son fort différents , et
qui tire cependant toutes ces inégalitez
d'un
MAY. 1734.
857
d'un mouvement circulaire et uniforme
de l'Horloge.
Le Chapitre VI. destiné aux Horloges
de moyen volume , est accompagné de
la Planche 21. qui représente une Horloge
de cette espece , où l'on voit l'arangement
et la disposition des roües avec
une seconde et troisiéme figure pour la
Montre ou Cadran et pour la Cycloide .
Le détail de tout ce qui appartient à ce
Chapitre est contenu dans neuf Articles
différens , et représenté en diverses figures
de la Planche vingtiéme .
點
Les Horloges de petit volume ou les
Montres font la matiere du VII. Chapitre.
L'instrument le plus nécessaire aux
Horlogeurs de petit volume, est la Plateforme
, qui sert à marquer sur les roiies
le nombre des dents qu'on leur veut
donner . On explique d'abord la construction
de cette Piéce. Dans l'article suivant
on explique pareillement l'usage du Balancier
qui modére le mouvement des
Montres. On n'avoit point autrefois d'autre
moyen pour regler les Montres , que
de faire ce Balancier moins ou plus pesant
mais depuis que l'Abbé de Hautefeüille
a trouvé le secret important de
modérer ce Balancier par un petit ressort
droit , qui dans la suite a été changé en
B ressort
858 MERCURE DE FRANCE
ressort spiral par M. Hugens , les Montres
ont acquis un tel point de perfection,
que celles où on a mis ce ressort ont pris
le nom de Montres à Fendules , à cause
de leur justesse. On trouve dans l'article
troisiéme une Table où sont les rouages
ordinaires que l'on employe pour les
Montres ; et la Planche 22. représente la
structure entiere d'une Montre. Un article
entier qui est le huitième contient de
bons avis pour le choix des Montres.
Le Chapitre VIII . est pour la répetition
, et pour l'instrument à fendre les
roües. Dans le premier article se trouve
la Planche 23 , où son : gravées les principales
Piéces de la répetition , le Limaçon
et la détente graduée , qui fait sonmer
autant de coups qu'il est descendu
de dents de cette détente. Dans l'article
second on traite de l'Instrument à diviser
et fendre les roües et Pignons avec autant
de facilité que de justesse , ce qui
fait gagner aux Ouvriers beaucoup de
tems. La Planche 23 représente cette
Machine, dont la Piéce fondamentale est
la Plateforme on verra dans le Livre
l'explication de cette Machine qui seroit
trop longue ici pour une Lettre.
On donne ensuite les Quadratures des
repétitions qu'on employe aux Pendules
MAY. 1734. 859
et aux Montres de poche. On a mis dans
la Planche 24. les Piéces pour une repétition
de Pendule , et dans la Planche 25.
sont figurées les Piéces d'une repétition
de Montre de poche. L'explication en
seroit ici inutile ; car la bien compourn
prendre il faut avoir devant soi les figures
gravées.
Le Chapitre IX. et dernier , contient
une Bibliographic ou un Catalogue des
Auteurs , qui ont écrit sur les Horloges ,
avec une Analise des principaux Ouvrages
qui sont venus à ma connoissance.
Le premier article de ce Chapitre est, pour
les Cadrans où je me contente de mettre
le titre des Livres , le nom de l'Auteur
et l'Edition ; l'article second est
pour les Horloges de Sable et d'Eau
Le troisiéme est destiné aux Horloges à
roües. On trouve dans cet article non
seulement le titre des Livres , mais en-t
core des Extraits très amples de ces mêmes
Livres , avec quelques Réfléxions qui
ont paru nécessaires , et qui ne peuvent
offenser personne. Enfin le quatriéme article
est des Auteurs qui sont citez dans
l'Ouvrage.
J'ai tâché, au reste, d'écrire avec simplicité,
avec ordre et briéveté , les Curieux
trouveront ce Livre bien imprimé , et les
Bij 27
860 MERCURE DE FRANCE
27 Planches qui y entrent fort proprement
gravées. Je suis , Monsieur , &c.
A Orleans le 24 Mars 1734
Alexandre , Benedictin de la Congrégation
de S. Maur , au sujet de son Traité
general des Horloges , imprimé à Paris
, chez Hypolite- Louis Guerin
rue S. Jacques , vol. in 8. 1734.
I
L est vrai , Monsieur , que le Public
souhaitoit depuis long tems d'avoir
un Ouvrage entier sur les Horloges . J'ai
tâché de satisfaire à ce désir ; vous jugerez
si j'ai réussi par l'exposé que je vais
yous faire de mon Livre. Je le commence
par deux Articles Préliminaires.
Le premier marque la maniere dont les
'Anciens distinguoient les Années , et les
partageoient en Mois , Jours et Heures ,
et fait voir par la Description du Déluge
que Moïse a faite dans la Genese , que
l'année étoit composée de douze Mois
comme elle l'est encore aujourd'hui.
Le second Article contient une Histoire
generale des Horloges , depuis leur
commencement jusqu'au temps présent..
La plus ancienne Horloge est le Cadran
d'Achaz. Anaximandre fit ensuite des
Cadrans dans la Grece , lesquels furent
aussi
$54 MERCURE DE FRANCE
>
par le moyen d'un tambour qui descendant
pendant 24 ou 3 h ures peut
marquer distinctement toutes le. heures;
c'est dequoi je donne une explication
dans ce Chapitre par le moyen de la
huitiéme Planche.
Dans le troisiéme Chapirre il est parlé
des Horloges à roues de gros volume ;
d'abord on donne un abregé des termes
les plus ordinaires qui sont en usage chez
les Horlogers , et une neuviéme Planche
est destinée à représenter les Piéces qui
sont marquées par ces termes. On donne
ensuite la Méthode pour avoir la longueur
d'un Pendule et des vibrations que
l'on souhaite ; et pour s'épargner la peine.
des opérations qu'i faudroit faire , on
donne aussi une Table particuliére depuis
une vibration par heure usqu'à cinq vibracions
par heure , dont la longueur du
Pendule est d'un pouces lignes & points,
. Comme le P /ndule peut avoir quelque
petite irrégularité par rapport à la diver
sité de la température de l'air , on donne
pour y remedier la maniere de faire un
Pendule Isocrone , dont les , vibrations
sont d'une parfaire égalité de durée jet
qui sert à faire des Horloges , qui peu
vent marquer le moyen mouvement du'
Soleil & c. La Planché o représente en-
8
suite
MAY 1734.
755
suite la construction d'une grosse Horloge
, et les Planches 11 ct 12 font voir
la figure des roües.
Le Chapitre IV. traite des Horloges à
mouvement apparent. Quelque perfection
qu'on ait pû donner aux Horloges
les plus achevées , ce n'a été que pour
leur faire suivre le mouvement moyen
du Soleil , mais je crois avoir été plus
loin ; car dès l'année 1698. je representai
à Mrs de l'Académie Royale des Sciences
un projet qui fut aprouvé , pour faire des
Horloges qui suivroient le mouvement
aparent et vrai du Soleil . L'explication
est dans ce même Chapitre IV . qui contient
sur ce sujet trois Planches entieres.
>
sa
Dans le Chapitre V. on parle du mouvement
des Planetes, On trouve dans le
premier Article un précis de ce qui regarde
chaque Planete en particulier , son
diamétre , le temps de sa révolution
distance du Soleil &c. et une seizième
Planche qui contient le systême des Planetes
selon Copernic . Le second article
est pour le Soleil en particulier , lequel
fait une révolution en 365 jours heures
49 m. Dans toutes les Horloges qu'on a
faites jusqu'à présent , on a mis une roue
qui fait un tour en un an on n'y a employé
qu'une role qui fait le tour en 365.
jours ,
3
856 MERCURE DE FRANCE
jours ; c'est un mouvement qui est trop
court environ de 6 heures , et on n'a vù
encore personne qui ait travaillé à faire
une roue qui fasse un tour en 365 jours
S heures 49 , minutes car cela est impossible
en ne mettant que des roues dont
le nombre des dents soit moindre que
100. Mais puisque cela n'est pas possible,
du moins devroit - on tâcher d'en aprocher
autant que cela se pouvoit . C'est ce
que j'ai fait , et je donne ici une roue qui
fait un tour en 365 jours 5 heures 48 m.
58 secondes , de secondes qui est le
mouvement le plus aprochant quon ait
pû trouver jusqu'à présent. En voici le
Roüage. La roue de Cadran fait un tour
en 12 heures. - 7.50 7.69. 8 .
83.
་
2
38
4
-
On trouve en même tems toutes les
opérations qu'il a fallu faire pour arriver
à cette précision. Viennent ensuite plusieurs
roues faisant un tour conforme aux
révolutions de chaque Planete &c. Le
Lecteur consultera pour tout ce détail
les Planches 17. 18. et 19. et les Mecanistes
auront lieu d'être satisfaits en particulier
d'une Aiguille qui montre le lieu de
la Planete dans le Zodiaque, aiguille dont
les mouvements son fort différents , et
qui tire cependant toutes ces inégalitez
d'un
MAY. 1734.
857
d'un mouvement circulaire et uniforme
de l'Horloge.
Le Chapitre VI. destiné aux Horloges
de moyen volume , est accompagné de
la Planche 21. qui représente une Horloge
de cette espece , où l'on voit l'arangement
et la disposition des roües avec
une seconde et troisiéme figure pour la
Montre ou Cadran et pour la Cycloide .
Le détail de tout ce qui appartient à ce
Chapitre est contenu dans neuf Articles
différens , et représenté en diverses figures
de la Planche vingtiéme .
點
Les Horloges de petit volume ou les
Montres font la matiere du VII. Chapitre.
L'instrument le plus nécessaire aux
Horlogeurs de petit volume, est la Plateforme
, qui sert à marquer sur les roiies
le nombre des dents qu'on leur veut
donner . On explique d'abord la construction
de cette Piéce. Dans l'article suivant
on explique pareillement l'usage du Balancier
qui modére le mouvement des
Montres. On n'avoit point autrefois d'autre
moyen pour regler les Montres , que
de faire ce Balancier moins ou plus pesant
mais depuis que l'Abbé de Hautefeüille
a trouvé le secret important de
modérer ce Balancier par un petit ressort
droit , qui dans la suite a été changé en
B ressort
858 MERCURE DE FRANCE
ressort spiral par M. Hugens , les Montres
ont acquis un tel point de perfection,
que celles où on a mis ce ressort ont pris
le nom de Montres à Fendules , à cause
de leur justesse. On trouve dans l'article
troisiéme une Table où sont les rouages
ordinaires que l'on employe pour les
Montres ; et la Planche 22. représente la
structure entiere d'une Montre. Un article
entier qui est le huitième contient de
bons avis pour le choix des Montres.
Le Chapitre VIII . est pour la répetition
, et pour l'instrument à fendre les
roües. Dans le premier article se trouve
la Planche 23 , où son : gravées les principales
Piéces de la répetition , le Limaçon
et la détente graduée , qui fait sonmer
autant de coups qu'il est descendu
de dents de cette détente. Dans l'article
second on traite de l'Instrument à diviser
et fendre les roües et Pignons avec autant
de facilité que de justesse , ce qui
fait gagner aux Ouvriers beaucoup de
tems. La Planche 23 représente cette
Machine, dont la Piéce fondamentale est
la Plateforme on verra dans le Livre
l'explication de cette Machine qui seroit
trop longue ici pour une Lettre.
On donne ensuite les Quadratures des
repétitions qu'on employe aux Pendules
MAY. 1734. 859
et aux Montres de poche. On a mis dans
la Planche 24. les Piéces pour une repétition
de Pendule , et dans la Planche 25.
sont figurées les Piéces d'une repétition
de Montre de poche. L'explication en
seroit ici inutile ; car la bien compourn
prendre il faut avoir devant soi les figures
gravées.
Le Chapitre IX. et dernier , contient
une Bibliographic ou un Catalogue des
Auteurs , qui ont écrit sur les Horloges ,
avec une Analise des principaux Ouvrages
qui sont venus à ma connoissance.
Le premier article de ce Chapitre est, pour
les Cadrans où je me contente de mettre
le titre des Livres , le nom de l'Auteur
et l'Edition ; l'article second est
pour les Horloges de Sable et d'Eau
Le troisiéme est destiné aux Horloges à
roües. On trouve dans cet article non
seulement le titre des Livres , mais en-t
core des Extraits très amples de ces mêmes
Livres , avec quelques Réfléxions qui
ont paru nécessaires , et qui ne peuvent
offenser personne. Enfin le quatriéme article
est des Auteurs qui sont citez dans
l'Ouvrage.
J'ai tâché, au reste, d'écrire avec simplicité,
avec ordre et briéveté , les Curieux
trouveront ce Livre bien imprimé , et les
Bij 27
860 MERCURE DE FRANCE
27 Planches qui y entrent fort proprement
gravées. Je suis , Monsieur , &c.
A Orleans le 24 Mars 1734
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Résumé : LETTRE du R. P. Dom Jacques Alexandre, Benedictin de la Congrégation de S. Maur, au sujet de son Traité general des Horloges, imprimé à Paris, chez Hypolite-Loüis Guerin, rue S. Jacques, vol. in 8. 1734.
Le document est une lettre du R. P. Dom Jacques Alexandre, un bénédictin de la Congrégation de S. Maur, présentant son ouvrage sur les horloges, imprimé à Paris en 1734. L'auteur répond à une demande publique d'un traité complet sur les horloges et structure son livre en plusieurs chapitres. Le premier chapitre préliminaire explique comment les Anciens divisaient les années et les mois, en se référant à la description du Déluge dans la Genèse. Le second chapitre préliminaire offre une histoire générale des horloges, depuis les cadrans anciens jusqu'aux horloges modernes. L'ouvrage détaille divers types d'horloges, y compris les cadrans solaires, les horloges à roues, et les horloges à mouvement apparent. Il inclut des explications techniques sur la longueur des pendules, les vibrations, et les corrections pour les variations de température. Le livre traite également des horloges de moyen et petit volume, ainsi que des montres, en fournissant des tables et des planches illustratives. Un chapitre est dédié à la répétition et aux instruments pour diviser les roues. Enfin, le dernier chapitre présente une bibliographie des auteurs ayant écrit sur les horloges, avec des analyses des principaux ouvrages. L'auteur souligne la simplicité, l'ordre et la brièveté de son écriture, ainsi que la qualité de l'impression et des gravures des 27 planches incluses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
23
p. 1104-1117
TROISIÈME PARTIE de la comparaison des Philosophies de Descartes et de Newton. Par M. de S. Aubin.
Début :
Les Newtoniens prétendent (Praefat. editor. in Nevvt.) que l'attraction peut être une qualité [...]
Mots clefs :
Descartes, Newton, Philosophies, Newtoniens, Attraction, Corps, Soleil, Lune, Terre, Planètes, Mouvement, Système, Force, Fluide, Raison
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texteReconnaissance textuelle : TROISIÈME PARTIE de la comparaison des Philosophies de Descartes et de Newton. Par M. de S. Aubin.
TROISIEME PARTIE de la
comparaison des Philosophies de Descartes
et de Newton. Par M. de S. Aubin .
L
Es Newtoniens prétendent ( Prafat. editor. in
Nevvt. ) que l'attraction peut être une qualité
de la matière aussi primitive que la mobilité.
Les Cartésiens répondent que la mobilité et les
I. Vol. autres
JUIN. 1734. 17057
autres qualités primitives de la matiere , comme
l'étendue , l'impénétrabilité , sont fort differentes
de l'attraction ; que ces proprietés sont trèssimples
, au lieu que l'attraction est une qualité
composée , qui consiste en l'action d'un corps
sur un autre corps. Que ce n'est pas parler en
Physicien , que de dire qu'une attraction pénétre.
tous les centres , sans sçavoir pourquoi , et qu'elle
fait tout dans la nature , sans dire comment.
L'attraction est même contraire à l'experience.
Qu'on suspende deux cubes d'acier d'un pouce
de diamétre chacun à deux fils , ( Harsoëk
rec. de piec. Phys . ) en sorte que les deux cubes se
touchent presque par un de leurs côtés , ils ne
s'approchent pas dans un lieu où l'air n'a aucune
agitation qui rompe son équilibre ; et l'attraction
n'agit pas davantage sur eux dans le vuide
pneumatique , quoique le moindre choc, la moindre
impulsion les fasse changer de place . Cepen--
dant si ces deux cubes ne faisoient qu'un seul
parallélepipéde d'un pouce d'épaiseur , une force
de plus de cent mille livres ne les sépareroit pas.
Suivant l'experience de Guericke faite à Magdebourg
, ( M. de Mairan , Tr. de l'Aur. Bor. )
deux plans polis de deux pouces trois quarts de
diametre , s'unissoient si bien ensemble , par la
juxta- position , et frotés seulement de quelque
matiere un peu grasse , qu'ils soutenoient , sans
attaché au
se separer , un poids de 80. livres ,
plan inferieur. Il faut donc qu'il y ait quelque
autre cause de cette forte union des parcelles d'un
corps , que la prétendue attraction mutuelle de
Newton , à moins qu'on n'y ajoûte la cohesion
et la juxta- position , autres qualités occultes : au
Heu qu'il est très - vrai - semblable , que
la cause
de cette forte union est la pression du plein , suiyant
l'hypothese des Cartesiens.
Mait .
TIC MERCURE DE FRANCE
Mais il y a plus. Ce qui est inconcevable ,
comme une cause naturelle , c'est une attraction
qui opere au-delà du vuide. Le P. Castel ( Tr. de
Phys. sur lapesant. ) est surpris , avec raison , que
Newton at allié le vuide avec le sys.ê.ne d'une
pesanteur universelle . Newton compare ( Princ.
Mith. p. 3. ) tout mouvement circulaire à celui
d'une pierre , que la force du bras fait tourner
dans une fronde. Y auroit - il quelque apparence
à supposer qu'il se feroit simplement une attrac
tion de la pierre par le bras , sans fronde et au
travers d'un milieu vuide ? La Physique ne peut
admettre ( Leibn. Théod. ) l'action immediate
d'un corps sur un autre corps éloigné : Il y a
même de la contradiction dans les termes.
Sur les fondemens ruineux de l'attraction et du
vuide , Newton éleve ses prétendues démonstrations
. Il ne place point le centre de l'Univers
dans un mobile actif , comme le Soleil , ni dans
aucune autre Planete , mais dans un espace vuide
, duquel il nous assure ( Princ. Math.p. 374 )
que le Soleil ne s'éloigne jamais beaucoup . II
donne donc au So eil , non - seulement un mouvement
de révolution sur son axe , mais encore
un mouvement de transport d'un heu à un autre
; et toutes les Ellipses des Planetes doivent varier
en même tems , puisqu'elles ont toujours le
Soleil à un de leurs foyers.
Newton allegue de mauvaises raisons pour détruire
les tourbilions . Les revo utions des Planetes
, dit-il , ( p.354 ) sont élipiques , et les aires
qu'elles décrivent par leurs mouvemens autour
du Soleil , sont proportionnelles aux tems : Il
suppose plusi urs Cercles excentriques - les uns
dans les autres et prétend que les loix Astronomiques
et les mécaniques ne peuvent se conci-
I. Vol.
lier
JUIN. 1107
י734
lier , en supposant un fluide de matiere étherée,
parce que dans le tems que l'aphélie demandera
un mouvement plus tardir, un passage plus étroit
demandera un mouvement plus prompt , ou au
contraire. Rien n'est plus foible que cette objection.
Quand il se trouve dans la nature que que
Concurience entre deux contraires , le plus fort
l'emporte , et les loix du mouvement ont bientôt
décidé entr'eux.
Il n'y a pas plus de solidité à l'objection , que
fluide , qui environne la terre , doit ête d'une
densité égale à celle du Globe. Voici en quoi
consiste cette objection . » Si le fluide dans lequel
» le Globe terrestre nage, dit Newton , ( p. 353. )
est plus ou moins dense , le Globe , au lieu de
» revenir au point d'où il est parti , décrira une
spirale dans sa révolution , en approchant du
» centre ou de la circonference . Si la densité est
égale , les parties lu so ide seront en équilibre
e avec les parties du fluide , et le Globe alors pour-
" ra occuper toutes les places du tourbillon , aussi
bien que le centre . Il est isé de répondre ; premierement
, qu'il ne faut pas considerer une lanete
, comme un mobile plongé dans un fluide ,
mais qu'on doit se représenter un fluide qui participe
aux mouvemens du Globe, comme une portion
de la matière étherée entraînée par lui , et qui
l'environne également de toute part . Le Globe
doit être en équilibre avec son ciel , avec la couche
du tourbillon Solaire où il fait sa révolution ,
mais il n'a pas besoin d'équilibre dans son tourbillon
paticulier , ille forme , et il y donne la loi.
Secondement il n'y a aucun inconvenient qu'un
Globe et le fluide où il nâge , soient d'une égale
densité. Le Globe ne cesse pas pour cela d'ê re solide
, et son atmosphere ne perd pas sa fluidité . Il
Реце
tro MERCURE DE FRANCE
peut y avoir une densité égale entre des particu
les , dont les unes sont accrochées entre elles , et
les autres ne le sont pas : de même qu'un morceau
de bois, qui est un solide , à une égale densité
et est en équilibre avec le volume d'eau qui
l'entraîne.
L'objection tirée du passage des Cométes en
tout sens au travers du tourbillon , a été refutée
dans la seconde partie de cette dissertation. Venons
aux effets de l'attraction universelle, New
ton suppose qu'un mouvement direct d'Occident
en Orient a été imprimé dès le commencement,
par le Créateur , à toutes les Planetes , et que l'attraction
des centres de leurs révolutions les détourne
continuellement de leur tendance à cemouvement
rectiligne , ce qui leur fait décrire
des ellipses. Il se fût épargné bien des calculs
, s'il eût dit tout d'un coup , que le Créateur
, dès le commencement a imprimé aux Planetes
des mouvemens elliptiques . C'est la gravitation
réciproque du Soleil et des Planetes , dit - il ,
( P.374. ) qui les fait tourner autour de leur centre
commun , à des distances plus ou moins éloignées ,
et dans des orbites elliptiques. Tout le systême
roule sur ces deux principes ; premierement , que
les forces de l'attraction mutuelle sont en raison
inverse des quarrés des distances ; c'est - à dire ,
que le corps étant deux fois plus éloigné , la
force centrale agit sur lui quatre fois plus foiblement
, que l'éloignement étant quatre fois plus
gran 1 , la force est seize fois plus foible , & c . Secondement
, que les corps s'attirent en raison directe
de leurs masses, ou de la quantité de leur matiere.
L'essai du systême se fait uniquement sur la
Lune Remontons aux principes . Quand deux
forces , l'une horizontale , l'autre perpendiculai
I.Vo!.
re
JUIN. 1734. 1109
re , poussent également un corps , il décrit la
diagonale d'un quarré . Newton , partant de cette
premiere conclusion , décompose , pour ainsi
dire , la courbe décrite par le mouvement de la
Luue.Connoissant les proportions de son orbite,
et les tems de sa révolution , il calcule les degrés
de la force directe et de la force centrale ,
qui agissant à la fois sur la Lune , produisent
son mouvement elliptique . Il trouve que si
la Lune venoit à perdre sa force directe , ensorte
qu'elle obéit uniquement à l'attraction centrale ,
elle tomberoit de quinze piés dans la premiere
minute. Newton prétend aussi que les corps ,
dont nous connoissons la chûte, avancent de cinquante
quatre mille piés en une minute que si
les corps commençoient à tomber de la hauteur
de la Lune , ou d'une hauteur de soixante demidiametres
de la terre , leur pesanteur diminuant
en raison inverse du quarré de cette distance , leur
chûte seroit de quinze piés dans la premiere minute
, comme la chute de la Lune ; et que la Lune
arrivant à la surface de la terre , décriroit dans
la derniere minute cinquante quatre mille piés ,
de même que les corps graves , près de la surface
de la terre , avancent en tombant de quinze
piés dans la premiere seconde , et de cinquante
quatre mille piés dans toute la minute. Le quarré
de soixante multiplié par quinze , donne cinquante
quatre mille , et Newton en conclut
qu'un même principe , une même force agit sur
la Lune et sur les corps dont nous connoissons
la chûte , suivant la loi qu'il a établie de la raison
inverse des quarrés des distances . Il attribuë,
en conséquence , une gravitation generale et mutuelle
à tous les corps Celestes , dans la même
proportion. Mais cette attraction , refutée déja
I. Vol.
са
TH10 MERCURE DE FRANCE
en qualité de cause , n'est pas plus soutenable
par ses effets.
Premierement , les expériences de la chûte
des corps , près de la surface de la terre , c'estâ
- dire , des hauteurs quelconques qui sont à
notre portée , comme Tours , Montagnes , &c .
ne peuvent se faire que sur des corps dont la
masse a un rapport très - inegal à la masse du
Globe lunaire ; en sorte que si l'attraction agit
avec une force égale sur des masses , dont la quanrité
de matiere est si disproportionnée , un des
fondemens du systême Newtonien tombe en ruine
, sçavoir que l'attraction agit en raison directe
des masses. Secondement , je soutiens que l'at
mosphere , qui environne la terre , étant fort
épaisse , au lieu que la région de la Lune est vuide,
suivant Newton , et la difference causée par l'épaisseur
d'un fluide étant telle encore suivant
Newton , que sans la résistance de l'air grossier,
le corps le plus poreux , comme une éponge , se
précipiteroit avec autant de vitesse qu'un Globe
de plomb , une des démontrations de Newton
étant même , qu'un mobile qui traverse un fluide
de pareille pesanteur spécifique , en quelque sens
que ce soit , et quelque soit la vitesse qu'on lui
donne d'abord , doit perdre la moitié de sa vîtesavant
que d'avoir parcouru trois de ses diametres
: il s'ensuit incontestablement de ses principes,
que si l'attraction centrale agit dans un milieu
vuide , à la hauteur de la Lune , en raison
inverse du quarré de la distance , par rapport à
une attraction qui agit dans un fluide fort dense,
auprès de la surface de la terre , ces deux attrac
tions ne peuvent être semblables .
se ,
Troisiémement il est certain que les masses
des Planetes ne changent point , et que leurs dis-
I. Vol. tanoes
JUIN. 1734 IIII
tances varient , d'où il résulte par une conséquence
invincible que les Planettes dans leurs
périhélies , bien plus puissamment attirées par
le Soleil , devroient tomber sur ce centre , comme
Aristote disoit , que s'il y avoit une autre
terre , elle tomberoit sur celle - ci . Car le moindre
dérangement dans l'équilibre entraîne tout - àfait
un corps , parce que l'excès qui a précedé ,
augmente continuellement l'excès qui suit . Or
tout Astronome convient des absides ou variations
des distances des Planetes . L'équilibre doit
alors être rompu par leur éloignement ou leur
proximité. Elles doivent s'attirer quelquefois
beaucoup plus fortement. La Lune , par exemple,
dans la conjonction , devroit abandonner la
Terre et aller se joindre au Soleil , sur tout la
Terre étant dans le périhélie ; il arriveroit encore
que les deux attractions du Soleil et de la
Terre sur la Lune agissant du même côté
dans l'opposition de la Lune , au lieu que dans
sa conjonction ces deux forces se combattent . la
Lune dans l'opposition tomberoit sur la Terre .
Il est impossible que deux attractions si inégales
et dans ces situations de la Lune si contraires ,
produisent le même effet de la retenir dans l'écliptique.
Il faut aussi dans les absides et conjonctions
des autres Planetes , non-seulement
supposer une qualité occulte , telle que l'attraction
, mais il faut la supposer variable et de maniere
qu'elle se proportionne toujours au besoin
qu'on a d'elle.
Lorsqu'une Planete dans le périhélie , s'est approchée
du centre , l'attraction centrale étant
augmentée , il est impossible , en suivant les loix
du Systême Newtonien , que cette Planete retourne
à sa distance moyenne , et à plus forte
I. Vol.
raison
1112 MERCURE DE FRANCE
raison à l'aphélie . On prétend que quand Jupiter
et Saturne sont dans leur plus grande
proximité, qui est de cent soixante cinq millions
de lieues , suivant les derniers Astronomes , leurs
mouvemens ne sont plus de la même régularité ,
ce que les Newtoniens attribuent à une attraction
plus forte. Puisque le cours de Saturne est dérangé
, il faut donc que l'attraction centrale, qui devroit
agir plus puissammene sur Saturne à une
moindre distance, vienne à se relâcher , sans cause
, pour rendre à Saturne sa régularité . Le Systê
me est autant dénué de causes physiques , qu'il
est abondant en calculs.
Dans les grandes conjonctions des Planetes ,
plusieurs forces centrales réunies dans une ligne
perpendiculaire , devroient agir beaucoup plus
puissamment. Jupiter est plus massif que Saturne
, car Jupiter a plus de densité , suivant New-
Fon ( p. 372. ) il est aussi plus gros suivant tous
les Astronomes , Saturne est donc fortement attiré
par Jupiter , et quand ils se trouvent en con
jonction , la force passagere de Jupiter jointe à
la gravitation continuelle du Soleil , et aturant
Saturne du même côté , doit l'obliger de sortir
de son orbite ; et comme nous l'avons observé ,
le Systême ne fournit aucun moyen de l'y faire
rentrer. Au contraire , l'attraction augmentant
toujours à mesure que la distance diminuera , Saturne
décrira une ligne spirale , puis parabolique
et enfin presque perpendiculaire ; et venant de la
Région la plus éloignée se réunir au Soleil , quels
désordres ne fera t'il point en traversant irrégu
lierement, avec ses satellites , tout ce Monde New.
tonien , où il y a autant de principes de destruction
, que de centres de gravité.
Si l'on répond que l'excès de la vitesse de la
·
I. Vol. Planetę
JUIN. 1734 TII
Planété la soutient contre un excès d'attraction ,
Le Systême Newtonien est donc défectueux , et
c'est une nécessité indispensable d'y ajoûter un
troisiéme principe de la vitesse , qui moderé et
concilie les deux autres . Mais les Géometres auroient
un beau champ pour démontrer par des
calculs réels , fondez sur la regle de Kepler, admise
par Newton , et sur les Observations Astronomiques,
que les rapports réciproques des distances ,
des masses et des vitesses n'étant pas les mêmes en
tout temps , toute la théorie Newtoniene ne peut
avoir aucune solidité , puisque l'équilibre venant
à être rompu dans quelque partie de l'Univers ,
par la moindre inégalité d'attraction d'une Planete
ou d'un Satellite dans les absides , l'équilibre
seroit rompu en même - temps par tout , et
l'Univers aussi - tôt détruit , tous les Globes tombant
les uns sur les autres ; le Soleil même
suivant Newton , s'écarteroit de son centre à
quelque distance et précipiteroit encore la chute
des Planetes dans leurs conjonctions , la force de
la gravitation étant telle dans ce Systême , que
lorsqu'une Planete s'approche du Soleil , elle oblige
le Soleil de s'avancer un peu vers elle , s'il n'est
retenu par une attraction contraire. Ainsi tout le
Systême , au lieu d'avoir un rapport précis avec
les Phénomenes ( qui est le seul moyen de le faire
valoir ) est perpétuellement en contradiction avec
les faits établis par l'Astronomie .
Newton dit qu'il ne fait point d'hypothese ;
cependant tirer mille conséquences du même
principe d'une attraction generale et mutuelle ,
établir que les forces de cette attraction sont en
raison directe des masses , et en raison inverse des
quarrez des distances ; que suivant cette proposition
constante , le Soleil attire les Planetes , et
Je Vol.
дис
11 MERCURE DE FRANCE
ter , que s'il étoit dans le Ciel de Jupiter , maïs
sans être entré dans son tourbillon , il tomberoit
sur le Soleil , à moins qu'il ne vint à rencontrer
pendant sa chute le tourbillon particulier de
quelque Planete. Ainsi il y a lieu de faire sur ce
bouler des conjectures fort differentes de celles
de Newton , qui d'ailleurs ne pourroit tirer de
cette comparaison aucun avantage , puisqu'en
supposant le mouvement elliptique du boulet autour
de la Terre , ce seroit toujours une explication
plus physique de l'attribuer à l'impulsion
du fluide , qu'à une attraction centrale .
Newton finit ( p . 484. ) par reconnoître
qu'une matiere imperceptible penetre tous les
corps , et qu'elle est le principe de leurs attractiens
à de moyennes distances ; comme si la
nécessité d'un mouvement d'impulsion n'étoit
pas encore plus indispensable à l'égard des disrances
éloignées . Le Systême Newtonien ne
seroit soutenable , qu'en supposant les Planetes
sans absides et tous les corps celestes , sans
aucune variation de distance ; ce qui est bien
éloigné de la théorie des Cieux ; et ce Systême ne
nous apprendroit toujours rien , puisqu'il roule
sur un principe inconnu à l'Auteur , de son
aveu, et qui n'a mené jusqu'ici à aucune découverte.
L'Optique de Newton , qui est restée imparfaite,
n'a pas procuré plus d'utilité . Cette invention
si vantée des couleurs élementaires peut paroître
un peu suspecte , plusieurs personnes ayant
tenté inutilement cette experience ; Mariotte, dont
la sagacité en ce genre étoit connue, n'a pû réüssir
à la trouver , et M. Rizzetti a conclu des experiences
qu'il a faites , que tous les rayons sont
également refrangibles .
A l'égard de la Géometrie de l'infini, Newton
I. Vol.
se
JUIN. 1734. 1117
se sert de la Méthode qu'il appelle p. 32. ) des
points naissants et évanouissants , Méthode qui
renferme les mêmes contradictions que celle des
infiniment petits , Il n'est pas besoin de se jetter
dans des discussions métaphysiques , pour con
noître avec la plus entiere certitude , que la divisibilité
à l'infini ne peut s'allier avec les indi-
I visibles. Examinons quelles sont les veritables
défectuositez du Systême Cartésien , et s'il est
possible d'y remedier.
La fin dans le second volume de Juin.
comparaison des Philosophies de Descartes
et de Newton. Par M. de S. Aubin .
L
Es Newtoniens prétendent ( Prafat. editor. in
Nevvt. ) que l'attraction peut être une qualité
de la matière aussi primitive que la mobilité.
Les Cartésiens répondent que la mobilité et les
I. Vol. autres
JUIN. 1734. 17057
autres qualités primitives de la matiere , comme
l'étendue , l'impénétrabilité , sont fort differentes
de l'attraction ; que ces proprietés sont trèssimples
, au lieu que l'attraction est une qualité
composée , qui consiste en l'action d'un corps
sur un autre corps. Que ce n'est pas parler en
Physicien , que de dire qu'une attraction pénétre.
tous les centres , sans sçavoir pourquoi , et qu'elle
fait tout dans la nature , sans dire comment.
L'attraction est même contraire à l'experience.
Qu'on suspende deux cubes d'acier d'un pouce
de diamétre chacun à deux fils , ( Harsoëk
rec. de piec. Phys . ) en sorte que les deux cubes se
touchent presque par un de leurs côtés , ils ne
s'approchent pas dans un lieu où l'air n'a aucune
agitation qui rompe son équilibre ; et l'attraction
n'agit pas davantage sur eux dans le vuide
pneumatique , quoique le moindre choc, la moindre
impulsion les fasse changer de place . Cepen--
dant si ces deux cubes ne faisoient qu'un seul
parallélepipéde d'un pouce d'épaiseur , une force
de plus de cent mille livres ne les sépareroit pas.
Suivant l'experience de Guericke faite à Magdebourg
, ( M. de Mairan , Tr. de l'Aur. Bor. )
deux plans polis de deux pouces trois quarts de
diametre , s'unissoient si bien ensemble , par la
juxta- position , et frotés seulement de quelque
matiere un peu grasse , qu'ils soutenoient , sans
attaché au
se separer , un poids de 80. livres ,
plan inferieur. Il faut donc qu'il y ait quelque
autre cause de cette forte union des parcelles d'un
corps , que la prétendue attraction mutuelle de
Newton , à moins qu'on n'y ajoûte la cohesion
et la juxta- position , autres qualités occultes : au
Heu qu'il est très - vrai - semblable , que
la cause
de cette forte union est la pression du plein , suiyant
l'hypothese des Cartesiens.
Mait .
TIC MERCURE DE FRANCE
Mais il y a plus. Ce qui est inconcevable ,
comme une cause naturelle , c'est une attraction
qui opere au-delà du vuide. Le P. Castel ( Tr. de
Phys. sur lapesant. ) est surpris , avec raison , que
Newton at allié le vuide avec le sys.ê.ne d'une
pesanteur universelle . Newton compare ( Princ.
Mith. p. 3. ) tout mouvement circulaire à celui
d'une pierre , que la force du bras fait tourner
dans une fronde. Y auroit - il quelque apparence
à supposer qu'il se feroit simplement une attrac
tion de la pierre par le bras , sans fronde et au
travers d'un milieu vuide ? La Physique ne peut
admettre ( Leibn. Théod. ) l'action immediate
d'un corps sur un autre corps éloigné : Il y a
même de la contradiction dans les termes.
Sur les fondemens ruineux de l'attraction et du
vuide , Newton éleve ses prétendues démonstrations
. Il ne place point le centre de l'Univers
dans un mobile actif , comme le Soleil , ni dans
aucune autre Planete , mais dans un espace vuide
, duquel il nous assure ( Princ. Math.p. 374 )
que le Soleil ne s'éloigne jamais beaucoup . II
donne donc au So eil , non - seulement un mouvement
de révolution sur son axe , mais encore
un mouvement de transport d'un heu à un autre
; et toutes les Ellipses des Planetes doivent varier
en même tems , puisqu'elles ont toujours le
Soleil à un de leurs foyers.
Newton allegue de mauvaises raisons pour détruire
les tourbilions . Les revo utions des Planetes
, dit-il , ( p.354 ) sont élipiques , et les aires
qu'elles décrivent par leurs mouvemens autour
du Soleil , sont proportionnelles aux tems : Il
suppose plusi urs Cercles excentriques - les uns
dans les autres et prétend que les loix Astronomiques
et les mécaniques ne peuvent se conci-
I. Vol.
lier
JUIN. 1107
י734
lier , en supposant un fluide de matiere étherée,
parce que dans le tems que l'aphélie demandera
un mouvement plus tardir, un passage plus étroit
demandera un mouvement plus prompt , ou au
contraire. Rien n'est plus foible que cette objection.
Quand il se trouve dans la nature que que
Concurience entre deux contraires , le plus fort
l'emporte , et les loix du mouvement ont bientôt
décidé entr'eux.
Il n'y a pas plus de solidité à l'objection , que
fluide , qui environne la terre , doit ête d'une
densité égale à celle du Globe. Voici en quoi
consiste cette objection . » Si le fluide dans lequel
» le Globe terrestre nage, dit Newton , ( p. 353. )
est plus ou moins dense , le Globe , au lieu de
» revenir au point d'où il est parti , décrira une
spirale dans sa révolution , en approchant du
» centre ou de la circonference . Si la densité est
égale , les parties lu so ide seront en équilibre
e avec les parties du fluide , et le Globe alors pour-
" ra occuper toutes les places du tourbillon , aussi
bien que le centre . Il est isé de répondre ; premierement
, qu'il ne faut pas considerer une lanete
, comme un mobile plongé dans un fluide ,
mais qu'on doit se représenter un fluide qui participe
aux mouvemens du Globe, comme une portion
de la matière étherée entraînée par lui , et qui
l'environne également de toute part . Le Globe
doit être en équilibre avec son ciel , avec la couche
du tourbillon Solaire où il fait sa révolution ,
mais il n'a pas besoin d'équilibre dans son tourbillon
paticulier , ille forme , et il y donne la loi.
Secondement il n'y a aucun inconvenient qu'un
Globe et le fluide où il nâge , soient d'une égale
densité. Le Globe ne cesse pas pour cela d'ê re solide
, et son atmosphere ne perd pas sa fluidité . Il
Реце
tro MERCURE DE FRANCE
peut y avoir une densité égale entre des particu
les , dont les unes sont accrochées entre elles , et
les autres ne le sont pas : de même qu'un morceau
de bois, qui est un solide , à une égale densité
et est en équilibre avec le volume d'eau qui
l'entraîne.
L'objection tirée du passage des Cométes en
tout sens au travers du tourbillon , a été refutée
dans la seconde partie de cette dissertation. Venons
aux effets de l'attraction universelle, New
ton suppose qu'un mouvement direct d'Occident
en Orient a été imprimé dès le commencement,
par le Créateur , à toutes les Planetes , et que l'attraction
des centres de leurs révolutions les détourne
continuellement de leur tendance à cemouvement
rectiligne , ce qui leur fait décrire
des ellipses. Il se fût épargné bien des calculs
, s'il eût dit tout d'un coup , que le Créateur
, dès le commencement a imprimé aux Planetes
des mouvemens elliptiques . C'est la gravitation
réciproque du Soleil et des Planetes , dit - il ,
( P.374. ) qui les fait tourner autour de leur centre
commun , à des distances plus ou moins éloignées ,
et dans des orbites elliptiques. Tout le systême
roule sur ces deux principes ; premierement , que
les forces de l'attraction mutuelle sont en raison
inverse des quarrés des distances ; c'est - à dire ,
que le corps étant deux fois plus éloigné , la
force centrale agit sur lui quatre fois plus foiblement
, que l'éloignement étant quatre fois plus
gran 1 , la force est seize fois plus foible , & c . Secondement
, que les corps s'attirent en raison directe
de leurs masses, ou de la quantité de leur matiere.
L'essai du systême se fait uniquement sur la
Lune Remontons aux principes . Quand deux
forces , l'une horizontale , l'autre perpendiculai
I.Vo!.
re
JUIN. 1734. 1109
re , poussent également un corps , il décrit la
diagonale d'un quarré . Newton , partant de cette
premiere conclusion , décompose , pour ainsi
dire , la courbe décrite par le mouvement de la
Luue.Connoissant les proportions de son orbite,
et les tems de sa révolution , il calcule les degrés
de la force directe et de la force centrale ,
qui agissant à la fois sur la Lune , produisent
son mouvement elliptique . Il trouve que si
la Lune venoit à perdre sa force directe , ensorte
qu'elle obéit uniquement à l'attraction centrale ,
elle tomberoit de quinze piés dans la premiere
minute. Newton prétend aussi que les corps ,
dont nous connoissons la chûte, avancent de cinquante
quatre mille piés en une minute que si
les corps commençoient à tomber de la hauteur
de la Lune , ou d'une hauteur de soixante demidiametres
de la terre , leur pesanteur diminuant
en raison inverse du quarré de cette distance , leur
chûte seroit de quinze piés dans la premiere minute
, comme la chute de la Lune ; et que la Lune
arrivant à la surface de la terre , décriroit dans
la derniere minute cinquante quatre mille piés ,
de même que les corps graves , près de la surface
de la terre , avancent en tombant de quinze
piés dans la premiere seconde , et de cinquante
quatre mille piés dans toute la minute. Le quarré
de soixante multiplié par quinze , donne cinquante
quatre mille , et Newton en conclut
qu'un même principe , une même force agit sur
la Lune et sur les corps dont nous connoissons
la chûte , suivant la loi qu'il a établie de la raison
inverse des quarrés des distances . Il attribuë,
en conséquence , une gravitation generale et mutuelle
à tous les corps Celestes , dans la même
proportion. Mais cette attraction , refutée déja
I. Vol.
са
TH10 MERCURE DE FRANCE
en qualité de cause , n'est pas plus soutenable
par ses effets.
Premierement , les expériences de la chûte
des corps , près de la surface de la terre , c'estâ
- dire , des hauteurs quelconques qui sont à
notre portée , comme Tours , Montagnes , &c .
ne peuvent se faire que sur des corps dont la
masse a un rapport très - inegal à la masse du
Globe lunaire ; en sorte que si l'attraction agit
avec une force égale sur des masses , dont la quanrité
de matiere est si disproportionnée , un des
fondemens du systême Newtonien tombe en ruine
, sçavoir que l'attraction agit en raison directe
des masses. Secondement , je soutiens que l'at
mosphere , qui environne la terre , étant fort
épaisse , au lieu que la région de la Lune est vuide,
suivant Newton , et la difference causée par l'épaisseur
d'un fluide étant telle encore suivant
Newton , que sans la résistance de l'air grossier,
le corps le plus poreux , comme une éponge , se
précipiteroit avec autant de vitesse qu'un Globe
de plomb , une des démontrations de Newton
étant même , qu'un mobile qui traverse un fluide
de pareille pesanteur spécifique , en quelque sens
que ce soit , et quelque soit la vitesse qu'on lui
donne d'abord , doit perdre la moitié de sa vîtesavant
que d'avoir parcouru trois de ses diametres
: il s'ensuit incontestablement de ses principes,
que si l'attraction centrale agit dans un milieu
vuide , à la hauteur de la Lune , en raison
inverse du quarré de la distance , par rapport à
une attraction qui agit dans un fluide fort dense,
auprès de la surface de la terre , ces deux attrac
tions ne peuvent être semblables .
se ,
Troisiémement il est certain que les masses
des Planetes ne changent point , et que leurs dis-
I. Vol. tanoes
JUIN. 1734 IIII
tances varient , d'où il résulte par une conséquence
invincible que les Planettes dans leurs
périhélies , bien plus puissamment attirées par
le Soleil , devroient tomber sur ce centre , comme
Aristote disoit , que s'il y avoit une autre
terre , elle tomberoit sur celle - ci . Car le moindre
dérangement dans l'équilibre entraîne tout - àfait
un corps , parce que l'excès qui a précedé ,
augmente continuellement l'excès qui suit . Or
tout Astronome convient des absides ou variations
des distances des Planetes . L'équilibre doit
alors être rompu par leur éloignement ou leur
proximité. Elles doivent s'attirer quelquefois
beaucoup plus fortement. La Lune , par exemple,
dans la conjonction , devroit abandonner la
Terre et aller se joindre au Soleil , sur tout la
Terre étant dans le périhélie ; il arriveroit encore
que les deux attractions du Soleil et de la
Terre sur la Lune agissant du même côté
dans l'opposition de la Lune , au lieu que dans
sa conjonction ces deux forces se combattent . la
Lune dans l'opposition tomberoit sur la Terre .
Il est impossible que deux attractions si inégales
et dans ces situations de la Lune si contraires ,
produisent le même effet de la retenir dans l'écliptique.
Il faut aussi dans les absides et conjonctions
des autres Planetes , non-seulement
supposer une qualité occulte , telle que l'attraction
, mais il faut la supposer variable et de maniere
qu'elle se proportionne toujours au besoin
qu'on a d'elle.
Lorsqu'une Planete dans le périhélie , s'est approchée
du centre , l'attraction centrale étant
augmentée , il est impossible , en suivant les loix
du Systême Newtonien , que cette Planete retourne
à sa distance moyenne , et à plus forte
I. Vol.
raison
1112 MERCURE DE FRANCE
raison à l'aphélie . On prétend que quand Jupiter
et Saturne sont dans leur plus grande
proximité, qui est de cent soixante cinq millions
de lieues , suivant les derniers Astronomes , leurs
mouvemens ne sont plus de la même régularité ,
ce que les Newtoniens attribuent à une attraction
plus forte. Puisque le cours de Saturne est dérangé
, il faut donc que l'attraction centrale, qui devroit
agir plus puissammene sur Saturne à une
moindre distance, vienne à se relâcher , sans cause
, pour rendre à Saturne sa régularité . Le Systê
me est autant dénué de causes physiques , qu'il
est abondant en calculs.
Dans les grandes conjonctions des Planetes ,
plusieurs forces centrales réunies dans une ligne
perpendiculaire , devroient agir beaucoup plus
puissamment. Jupiter est plus massif que Saturne
, car Jupiter a plus de densité , suivant New-
Fon ( p. 372. ) il est aussi plus gros suivant tous
les Astronomes , Saturne est donc fortement attiré
par Jupiter , et quand ils se trouvent en con
jonction , la force passagere de Jupiter jointe à
la gravitation continuelle du Soleil , et aturant
Saturne du même côté , doit l'obliger de sortir
de son orbite ; et comme nous l'avons observé ,
le Systême ne fournit aucun moyen de l'y faire
rentrer. Au contraire , l'attraction augmentant
toujours à mesure que la distance diminuera , Saturne
décrira une ligne spirale , puis parabolique
et enfin presque perpendiculaire ; et venant de la
Région la plus éloignée se réunir au Soleil , quels
désordres ne fera t'il point en traversant irrégu
lierement, avec ses satellites , tout ce Monde New.
tonien , où il y a autant de principes de destruction
, que de centres de gravité.
Si l'on répond que l'excès de la vitesse de la
·
I. Vol. Planetę
JUIN. 1734 TII
Planété la soutient contre un excès d'attraction ,
Le Systême Newtonien est donc défectueux , et
c'est une nécessité indispensable d'y ajoûter un
troisiéme principe de la vitesse , qui moderé et
concilie les deux autres . Mais les Géometres auroient
un beau champ pour démontrer par des
calculs réels , fondez sur la regle de Kepler, admise
par Newton , et sur les Observations Astronomiques,
que les rapports réciproques des distances ,
des masses et des vitesses n'étant pas les mêmes en
tout temps , toute la théorie Newtoniene ne peut
avoir aucune solidité , puisque l'équilibre venant
à être rompu dans quelque partie de l'Univers ,
par la moindre inégalité d'attraction d'une Planete
ou d'un Satellite dans les absides , l'équilibre
seroit rompu en même - temps par tout , et
l'Univers aussi - tôt détruit , tous les Globes tombant
les uns sur les autres ; le Soleil même
suivant Newton , s'écarteroit de son centre à
quelque distance et précipiteroit encore la chute
des Planetes dans leurs conjonctions , la force de
la gravitation étant telle dans ce Systême , que
lorsqu'une Planete s'approche du Soleil , elle oblige
le Soleil de s'avancer un peu vers elle , s'il n'est
retenu par une attraction contraire. Ainsi tout le
Systême , au lieu d'avoir un rapport précis avec
les Phénomenes ( qui est le seul moyen de le faire
valoir ) est perpétuellement en contradiction avec
les faits établis par l'Astronomie .
Newton dit qu'il ne fait point d'hypothese ;
cependant tirer mille conséquences du même
principe d'une attraction generale et mutuelle ,
établir que les forces de cette attraction sont en
raison directe des masses , et en raison inverse des
quarrez des distances ; que suivant cette proposition
constante , le Soleil attire les Planetes , et
Je Vol.
дис
11 MERCURE DE FRANCE
ter , que s'il étoit dans le Ciel de Jupiter , maïs
sans être entré dans son tourbillon , il tomberoit
sur le Soleil , à moins qu'il ne vint à rencontrer
pendant sa chute le tourbillon particulier de
quelque Planete. Ainsi il y a lieu de faire sur ce
bouler des conjectures fort differentes de celles
de Newton , qui d'ailleurs ne pourroit tirer de
cette comparaison aucun avantage , puisqu'en
supposant le mouvement elliptique du boulet autour
de la Terre , ce seroit toujours une explication
plus physique de l'attribuer à l'impulsion
du fluide , qu'à une attraction centrale .
Newton finit ( p . 484. ) par reconnoître
qu'une matiere imperceptible penetre tous les
corps , et qu'elle est le principe de leurs attractiens
à de moyennes distances ; comme si la
nécessité d'un mouvement d'impulsion n'étoit
pas encore plus indispensable à l'égard des disrances
éloignées . Le Systême Newtonien ne
seroit soutenable , qu'en supposant les Planetes
sans absides et tous les corps celestes , sans
aucune variation de distance ; ce qui est bien
éloigné de la théorie des Cieux ; et ce Systême ne
nous apprendroit toujours rien , puisqu'il roule
sur un principe inconnu à l'Auteur , de son
aveu, et qui n'a mené jusqu'ici à aucune découverte.
L'Optique de Newton , qui est restée imparfaite,
n'a pas procuré plus d'utilité . Cette invention
si vantée des couleurs élementaires peut paroître
un peu suspecte , plusieurs personnes ayant
tenté inutilement cette experience ; Mariotte, dont
la sagacité en ce genre étoit connue, n'a pû réüssir
à la trouver , et M. Rizzetti a conclu des experiences
qu'il a faites , que tous les rayons sont
également refrangibles .
A l'égard de la Géometrie de l'infini, Newton
I. Vol.
se
JUIN. 1734. 1117
se sert de la Méthode qu'il appelle p. 32. ) des
points naissants et évanouissants , Méthode qui
renferme les mêmes contradictions que celle des
infiniment petits , Il n'est pas besoin de se jetter
dans des discussions métaphysiques , pour con
noître avec la plus entiere certitude , que la divisibilité
à l'infini ne peut s'allier avec les indi-
I visibles. Examinons quelles sont les veritables
défectuositez du Systême Cartésien , et s'il est
possible d'y remedier.
La fin dans le second volume de Juin.
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Résumé : TROISIÈME PARTIE de la comparaison des Philosophies de Descartes et de Newton. Par M. de S. Aubin.
Le texte compare les philosophies de Descartes et de Newton, en se concentrant sur la notion d'attraction. Les Newtoniens considèrent l'attraction comme une qualité primitive de la matière, similaire à la mobilité. En revanche, les Cartésiens la voient comme une qualité composée et contraire à l'expérience, car elle n'est pas observable dans certaines conditions expérimentales, comme l'attraction entre deux cubes d'acier suspendus. Ils préfèrent expliquer l'union des particules d'un corps par la cohésion et la juxtaposition. Les Cartésiens critiquent également l'idée d'une attraction opérant à travers le vide, la comparant à une pierre tournant dans une fronde sans lien physique. Ils rejettent l'action immédiate d'un corps sur un autre à distance, la trouvant contradictoire. Newton, quant à lui, place le centre de l'Univers dans un espace vide et attribue au Soleil des mouvements complexes. Les Cartésiens réfutent les objections de Newton contre les tourbillons, affirmant que les lois du mouvement résolvent les concurrences entre forces opposées. Le texte examine ensuite les effets de l'attraction universelle. Newton suppose un mouvement initial imprimé par le Créateur et une attraction réciproque entre le Soleil et les planètes. Les Cartésiens critiquent ses calculs, estimant qu'il aurait pu simplement postuler des mouvements elliptiques initiaux. Ils contestent également la validité des expériences de Newton sur la chute des corps, arguant que les différences de milieu invalident les comparaisons. Ils soulignent les variations des distances des planètes, qui devraient entraîner des déséquilibres selon les lois newtoniennes. Le texte critique le système newtonien et ses implications sur le mouvement des planètes, notamment Saturne et Jupiter. Lors des grandes conjonctions planétaires, Jupiter attire fortement Saturne, le forçant à sortir de son orbite. Le système newtonien ne fournit aucun moyen pour que Saturne y retourne, ce qui pourrait entraîner des désordres. Il affirme que le système newtonien est défectueux et nécessite un troisième principe de vitesse pour concilier les forces en jeu. Les rapports réciproques des distances, des masses et des vitesses ne sont pas constants, ce qui pourrait rompre l'équilibre de l'univers et entraîner la destruction des planètes. Newton reconnaît l'existence d'une matière imperceptible pénétrant tous les corps, mais cela ne suffit pas à expliquer les mouvements à grandes distances. Le texte conclut que le système newtonien n'est pas soutenable et critique également l'optique de Newton, notamment sa théorie des couleurs élémentaires, ainsi que sa méthode en géométrie de l'infini, qui contient des contradictions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
24
p. 1262-1274
SUITE de la Lettre de M. P. le Roy, sur l'Horlogerie.
Début :
Mr. Thiout s'exprime en ces termes dans la Lettre sur l'échapement [...]
Mots clefs :
Horlogerie, M. Thiout, Pendule, Échappement, Temps, Cage, Pendules, Vibrations, Roue, Courbe, Équation, Palette, Action, Pignon, Mouvement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Lettre de M. P. le Roy, sur l'Horlogerie.
SUITE de la Lettre de M. P. le Roy
sur l'Horlogerie.
M
R. Thiout s'exprime en ces termes
dans la Lettre sur l'échapement
de ma Pendule .
La justesse des Pendules ne paroissant
pas assez sufisante avec échapement ordinaire
, M. le Roy dit avoir imaginé pour
augmenter cette justesse , un nouvel échapement
qui consiste en une seule palette et deux
Rochets , en arbres , sur ce même axe &c. ›
Je veux bien , à mon tour , rendre à
M. Thiout , la justice de croire qu'il ne
veut point en imposer. J'ai seulement
dit dans ma Lettre que j'avois imaginé
une autre maniere de faire les paletes de
la verge du balancier qui rend les frotemens
des dents de la roue de rencontre
sur ces palettes , beaucoup plus doux
et moins susceptibles de changement et
qui rend la justesse de l'échapement
beaucoup plus durable. Il n'est point
question dans ce que j'ai écrit , du nouvel
échapement , ni d'une seule palette
avec deux roues de rochets sur un même
arbre , mais bien d'un échapement
9
11. Vol.
ordinaire
JUIN. 1734: 1263
ordinaire avec des palettes nouvelles ,
par le soin que j'ai apporté pour rendre
les frotemens plus doux et l'échapement
plus durable.
Vous avez , sans soute , vû , Monsieur,
l'échapement à deux rochets et une
seule palette , dont parle M. Thiout ;
les experiences que nous en avons faites
me mettent en état de faire voir que le
jugement de M. Thiout ne sçauroit se
soutenir.
Bien loin que cet échapement ait un
défaut en ce que l'action du rouage ne
s'exerce qu'une fois sur la palette en
deux vibrations , vous reconnoîtrez sans
peine que c'est en cela même qu'il est
plus parfait , car la vibration qui se fait
sans l'action du rouage , est exempte des
inégalitez que la puissance motrice pourroit
lui communiquer , y donc avec
cet échapement , la moitié des vibrations
, dont rien ne trouble la justesse ,
par consequent la Pendule doit être une
fois plus juste.
La grandeur que M. Thiout reproche
à la palette , et qu'il dit que je suis obligé
de lui donner , pour reparer le défaut
d'action sur la moitié des vibrations ,
pourroit en imposer à ceux qui n'auroient
point vû cet échapement ; mais le
II. Vol. A iiij repro1234
MERCURE DE FRANCE
reproche tombera bien tôt , si l'on en
fait la comparaison , avec l'échapement à
deux verges dont les palettes sont presqu'aussi
longues.
Quoique le rouage n'exerce son action
sur la palette , ou pour mieux dire
sur le Pendule , qu'une fois en deux vibrations
, il lui communique cependant
autant d'action que dans les autres
échapemens ; car s'il ne l'exerce
qu'une fois en deux vibrations , il l'exerce
sur un espace double. De plus ,
comme de deux vivrations il n'y en a
qu'une où le rouage s'oppose au mouvement
qu'il a communiqué à ce Pendule ,
il ne peut lui retrancher que la moitié du
mouvement qu'il lui retranche dans les
échapemens ordinaires , et par consequent
il en reste davantage au Pendule.
La preuve s'en trouve tout naturellement,
en ce que l'on peut avec cet échapement
emplir les lentilles de plomb , pour les
rendre plus pesantes et moins susceptibles
du changement de resistance du milieu
, sans craindre que la Pendule s'arrête
, ce que l'on ne peut pas faire avec les
autres échapemens . De plus ; cet échapement
a moins de frotemens que les
échapemens ordinaires , parce que l'on
peut faire agir la dent du rochet sur la
I Vol.
palette,
JUIN. 1734. 1265
palette , sous les plus petits angles qu'il
est possible , et si on la fait un peu plus
longue , c'est seulement pour que le branle
du Pandule ne devienne pas trop grand.
Je passe donc à M. Thiout , que la palette
est un peu plus longue que celle des
autres échapemens ; mais examinons si
elle empêche la Pendule d'avoir toute la
regularité.
1
Chaque jour qu'on augmente la puis
sance motrice d'un Pendule , les vibrations
deviennent plus grandes , et lorsque
les grandes vibrations sont moins de
tems à se faire que les petites , l'on peut
dire que l'échapement est mauvais , puisqu'il
n'y a point d'autre maniere de rendre
les vibrations isochrones, qu'en changeant
quelque chose à l'échapement.
Lorsque les grandes vibrations sont
plus de tems à se faire que les petites , l'échapement
est toujours bon ; car c'est ainsi
que doivent être les vibrations libres , et
c'est une preuve que les inégalités de la
puissance ne trouble point la regularité
des vibrations : Ce seroit pourtant un défaut
si on ne pouvoit point les rendre
isochrones par une courbe appliquée à la
suspension du Pendule.
L'échapement que M. Thiout desaprouve
est dans le dernier cas , en supprimant
Ay la
I. Vol.
1266 MERCURE DE FRANCE
la courbe qui est à la suspension , lors.
que le ressort est au haut, la pendule retarde,
et elle avance, quand il est au bas. Enfin
les vibrations deviennent isochrones
quand on remet la courbe à sa place . Dans
tout ceci je ne vois rien qu'on ne doive
approuveret même qui n'oblige à donner
la préference à cet échapement. Vous
voyez donc clairement , Monsieur , que
le reproche que fait M.Thiout doit necessairement
tomber.
L'attention qu'il a faite pour reconnoître
la façon dont je m'y prends pour rendre
l'action des grands ressorts plus égala
, ne l'a pas mené au but , du moins
pour la construction ; car la maniere de
la faire , qu'il croit la seule après la fusée,
ne l'est point ; il y en a au moins une seconde.
Celle que soupçonne M. Thiout
a un inconvenient ; car si on fait passer la
roue d'arrêt entre la grande roiie moyenne
et le barillet , ce barillet en devient
plus bas , la puissance morrice diminuë ,
ce qui est toujours un défaut. Si la roue
d'arrêt ne passe point entre le barillet et
la grande roue moyenne , cette role
moyenne devient plus petite , et par
Consequent ses dents trop foibles . Si on
lui veut donner un nombre de dents convenable
pour agir sur un pignon de huit
II. Vol. Ou
J.UIN. 1734. 1267
ou de dix , ou si on veut conserver la force
des dents , on diminue le nombre des
aîles du pignon de longue tige , ce qui
fait un autre défaut. On ne peut pas non
plus noyer la roue d'arrêt dans la roue du
barillet , comme M. Thiout le dit , elle
est trop foible pour cela ; et si l'on vouloit
donner une épaisseur suffisante pour
noyer cette roüe , la force motrice diminueroit
également.
L'attention de M. Thiout a été plus
loin , et ju qu'à nous apprendre qu'en
faisant le premier pignon du mouvement
plus petit qu'à l'ordinaire , et en grossisant
les autres à proportion , on corrige
les inégalités d'action du grand ressort,
mais il n'a pas apparemment pris garde
qu'on ne peut changer que la grosseur
du premier et du second pignon , et que
ce changement n'a aucun rapport avec
l'action du grand ressort , quoiqu'il dise
que plusieurs Horlogers se servent de ce
moyen pour corriger les inégalités des
il me permettra de kur rendre
assez de justice pour ne les pas croire capables
de donner dans de pareilles erreurs .
ressorts ,
A l'égard du bouton dont je me sers
pour tourner le cercle d'équation sans ouvrir
la porte, il faut qu'il y ait long-temps
que je l'ai imaginé , puisque je l'avois
11. Vol. A v avant
128 MERCURE DE FRANCE
avant M. Thiout , et qu'il dit qu'il y a
six ou sept ans qu'il l'a mis en usage.
Quoique ma Lettre soit déja bien longue
, je ne puis la finir , M. sans quelques
reflexions sur les Ouvrages que
M. Thiout a donnés pour être de son invention
. En 1727. il répandit dans le public
un imprimé , qui commence par ces
termes. Thiout , Maître Horloger à Paris,
connu pour avoir imaginé trois differentes
Pendules d'équation , vient d'en finir une
pour le Roy de Portugal , & c.
De ces trois Pendules que M.Thiout dit
avoir imaginées, il n'en a executé qu'une,
et l'on a trouvé qu'il avoit agi sagement;
car les projets des deux autres , qui ne
different que par un petit retranchement,
sont trop embarassés pour pouvoir raisonnablement
en entreprendre l'execution.
Les descriptions de ces deux projets
que l'on trouvera , à ce que je crois ,
dans le R cueil que M. Gallon donne au
Public des machines approuvées par
I'Académie
de Sciences , seront des preuves
suffisances de ce que j'avance. A l'égard
de la troisième , sûr de la réussite , par
des raisons que je dirai ailleurs , il ne ba
lança pas à l'executer , et il a toujours continué
à faire ses Pendules d'équation sur
le principe de celle ci .
II. Vol. La
JUIN. 1734 12Gr
La Pendule de M. Thiout a 5. aiguilles
concentriques ; une pour les secondes,
deux ,
, pour le tems moyen , et deux pour
le tems vral. Comme toutes ces aiguilles
ont des queues pour les mettre en équilibre
, on voit dix rayons qui partent ,
tous du centre du Cadran , et qui font
demander , quelle heure est-il , à ceux
qui regardent cette Pendule.
M. Thiout met deux aiguilles pour le
temps vrai ; l'une , dit- il, pour les heures
vrayes , l'autre pour les minutes et secondes
vrayes : je ne crois pas que M. Thiout
demande que l'on croye que sa Pendule
marque les secondes du tems vrai , comme
nos Pendules à secondes marquent celles
du tems moyen ; il faut seulement entendre
par- là , qu'il a divisé chaque minute
de son Cadran en 6. 10. ou 12. parties ,
pour avoir le tems vrai de 10. en 1o. secondes
, où de 6. en 6. ou de 5. en 5. Ces
aiguilles , dit M. Thiout , retardent ou
avancent uniformement tous les jours de
l'année , d'autant de secondes que fait le
Soleil , suivant présisément l'équation.
M. Thiout ne nous donne pas là une grande
idée de la connoissance qu'il a du mouvement
uniforme ; car si ces aiguilles retardent
et avancent sur celles du tems
vrai , suivant l'équation , le retardement
II. Vol.
et
1170 MERCURE DE FRANCE
et l'avancement qui leur arrive ne se fait
pas uniformement.
Je ne comprends pas non plus que
vous , M. et c'est une question à faire à
M. Thiout , pourquoi il dit que les Pendules
de nouvelle invention , qui ont été
faites jusqu'à present , non point l'utilité
de la sienne ; car sans doute par ces mots,
toutes les Pendules , il comprend toutes les
Pendules à équation . Voici les raisons qui
me font douter qu'il soit convaincu de
ce qu'il dit. 1 ° . Dans toutes les Pendules
à équation , on voit distinctement les
heures et les minutes du tems vrai beaucoup
mieux que dans celle de M. Thiout,
car on ne sçauroit se méprendre aux aiguilles.
2° La Pendule de M. le Prieur de
S. Cernin , qui est faite avant celle de
M. Thiout , marque les heures et les minutes
du tems vrai et du tems moyen par
3. ou 4. aiguilles concentriques ; ainsi
voilà au moins une Pendule qui auroit dû
empêcher M. Thiout de s'avancer si har
diment. Il y a plus , c'est que la Pendule
de M. Thiout n'est qu'une copie de la
Pendule de M. le Prieur de S. Cernin ,
autrefois Vicaire de S. Cyr , comme vous
en allez être convaincu ,
L'équation se fait dans la Pendule du
Prieur de S. Cernin , et dans celle de
II. Vol. M.
JUIN. 1734
1271
M. Thiout , par le moyen d'une cage qui
tandis
tourne dans une heure sur un canon fixe
au centre de la platine. Au pied de ce canon
est un pignon fixe et aussi concentrique
, et ce pignon engraine dans une des
roues qui dépendent de la cage mobile
les nombres sont disposés pour que la
courbe d'équation fasse au dedans de cette
cage un tour ,
que la cage en fait
876. ensorte que la courbe fait 8761 .
tours en 365. jours. Il y a dans ces deux
Pendules un rateau dont le talon repose
toujours sur la courbe , et comme ce ra
teau se meut avec la cage dans laquelle il
est , et qu'il engraine dans la roue de minute
du tems vrai , il fait avancer et retarder
cette roue de minute suivant la
construction de la courbe.
Voilà , Monsieur , l'idée generale que
l'on doit avoir de ces deux Pendules ; comme
elles n'ont aucune difference dans le
principe de leur composition , je ne vois
pas comment M. Thiout peut se dire l'inventeur
de la sienne , à moins qu'il ne se
veuille faire un titre du changement qu'il
a fait dans le nombre des roues et des pignons
, comme de mettre quelques vis
sans fin qui ne sont que des pignons de 1 .
en la place de pignons plus nombrés , que
M. le Prieur a employés ; mais vous m'a-
II.Vol. VOR1172
MERCURE DE FRANCE
voüerez , M. que c'est là se dire Inventeur
à bon marché.
M. Thiout dit que voyant ces Pendules
bien reçûës , il s'est cru obligé , pour
en augmenter la nouveauté et l'utilité .
d'y ajouter les sonneries pour l'heure
vraye;mais M.Thiout n'a aucun merite en
cela , car en mettant la cheville qui doit
lever la détente sur la roue de minute du .
tems vrai , au lieu de la mettre sur celle
du tems moyen , la Pendule sonnera le
tems vrai. Il auroit pû se dispenser de
nous faire
part de cette addition prétenduë
, dont personne n'est l'Inventeur.
>
M. Thiout nous dit que sa Pendule est
plus conforme aux principes de la Phýsique
et de la mécanique qu'aucune autre
, en ce que toute la quadrature qui fait
le sujet de cetre nouvelle construction
ne fait qu'un corps très leger qui est en
équilibre et qui se meut sur un arbre fixe,
ce qui procure au mouvement beaucoup
plus de liberté que si la Pendule étoit simple.
Il n'est point question de Physique
dans la quadrature de M. Thiout ; mais
qui eût jamais cru qu'il eut entrepris de
nous persuader qu'une cage à faire tourner
toutes les heures , procure de la liberté
à une Pendule : Voilà un Paradoxe de
méchanique qui ne nous donne pas un pré-
II. Vol. jugé
JUIN. 9734. 1273
jugé avantageux des lumieres de l'Auteur,
et qui pourroit bien lui faire refuser la
confiance qu'il demande par son imprimé.
Cette cage , dit M. Thiout , est un corps
très- leger , mais c'est pourtant une cage
qui doit être assez solide pour être durable
pour contenir les roües , et une courbe
d'équation as cz épaisse . Cette cage avec
les roues , la courbe et le rateau dont
elle est chargée , ne sont donc pas si legers,
ou n'ontpoint de solidité . M. Thiout
met , dit il, tout en équilibre , c'est une
attention qu'il est obligé de donner à une
construction qui ne lui réussiroit point
sans cela ; ce n'est donc pas un merite dans
sa Pendule , c'est une necessité . Mais exaninons
un peu ce corps en équilibre.
1° . La cage de M. Thiout est rivée à
un canon qui tourne sur un autre canon ,
il faut du jeu pour ce mouvement , sa
cage est toujours poussée d'un côté plus
de l'autre , à cause de l'engrainage
dans le pignon fixe , et par consequent la
cage construite en équilibre n'y est plus
que
dans le mouvement.
2°. Le rateau change toujours de situation
en suivant la courbe avec son talon,
ainsi , à moins que le rateau ne soit luimêmê
en équilibre dans la petite cage
tournante ce qui n'est point , la cage
II. Vol.
›
1274 MERCURE DE FRANCE
ne sera pas toujours en équilibre. Je
suis , & c.
sur l'Horlogerie.
M
R. Thiout s'exprime en ces termes
dans la Lettre sur l'échapement
de ma Pendule .
La justesse des Pendules ne paroissant
pas assez sufisante avec échapement ordinaire
, M. le Roy dit avoir imaginé pour
augmenter cette justesse , un nouvel échapement
qui consiste en une seule palette et deux
Rochets , en arbres , sur ce même axe &c. ›
Je veux bien , à mon tour , rendre à
M. Thiout , la justice de croire qu'il ne
veut point en imposer. J'ai seulement
dit dans ma Lettre que j'avois imaginé
une autre maniere de faire les paletes de
la verge du balancier qui rend les frotemens
des dents de la roue de rencontre
sur ces palettes , beaucoup plus doux
et moins susceptibles de changement et
qui rend la justesse de l'échapement
beaucoup plus durable. Il n'est point
question dans ce que j'ai écrit , du nouvel
échapement , ni d'une seule palette
avec deux roues de rochets sur un même
arbre , mais bien d'un échapement
9
11. Vol.
ordinaire
JUIN. 1734: 1263
ordinaire avec des palettes nouvelles ,
par le soin que j'ai apporté pour rendre
les frotemens plus doux et l'échapement
plus durable.
Vous avez , sans soute , vû , Monsieur,
l'échapement à deux rochets et une
seule palette , dont parle M. Thiout ;
les experiences que nous en avons faites
me mettent en état de faire voir que le
jugement de M. Thiout ne sçauroit se
soutenir.
Bien loin que cet échapement ait un
défaut en ce que l'action du rouage ne
s'exerce qu'une fois sur la palette en
deux vibrations , vous reconnoîtrez sans
peine que c'est en cela même qu'il est
plus parfait , car la vibration qui se fait
sans l'action du rouage , est exempte des
inégalitez que la puissance motrice pourroit
lui communiquer , y donc avec
cet échapement , la moitié des vibrations
, dont rien ne trouble la justesse ,
par consequent la Pendule doit être une
fois plus juste.
La grandeur que M. Thiout reproche
à la palette , et qu'il dit que je suis obligé
de lui donner , pour reparer le défaut
d'action sur la moitié des vibrations ,
pourroit en imposer à ceux qui n'auroient
point vû cet échapement ; mais le
II. Vol. A iiij repro1234
MERCURE DE FRANCE
reproche tombera bien tôt , si l'on en
fait la comparaison , avec l'échapement à
deux verges dont les palettes sont presqu'aussi
longues.
Quoique le rouage n'exerce son action
sur la palette , ou pour mieux dire
sur le Pendule , qu'une fois en deux vibrations
, il lui communique cependant
autant d'action que dans les autres
échapemens ; car s'il ne l'exerce
qu'une fois en deux vibrations , il l'exerce
sur un espace double. De plus ,
comme de deux vivrations il n'y en a
qu'une où le rouage s'oppose au mouvement
qu'il a communiqué à ce Pendule ,
il ne peut lui retrancher que la moitié du
mouvement qu'il lui retranche dans les
échapemens ordinaires , et par consequent
il en reste davantage au Pendule.
La preuve s'en trouve tout naturellement,
en ce que l'on peut avec cet échapement
emplir les lentilles de plomb , pour les
rendre plus pesantes et moins susceptibles
du changement de resistance du milieu
, sans craindre que la Pendule s'arrête
, ce que l'on ne peut pas faire avec les
autres échapemens . De plus ; cet échapement
a moins de frotemens que les
échapemens ordinaires , parce que l'on
peut faire agir la dent du rochet sur la
I Vol.
palette,
JUIN. 1734. 1265
palette , sous les plus petits angles qu'il
est possible , et si on la fait un peu plus
longue , c'est seulement pour que le branle
du Pandule ne devienne pas trop grand.
Je passe donc à M. Thiout , que la palette
est un peu plus longue que celle des
autres échapemens ; mais examinons si
elle empêche la Pendule d'avoir toute la
regularité.
1
Chaque jour qu'on augmente la puis
sance motrice d'un Pendule , les vibrations
deviennent plus grandes , et lorsque
les grandes vibrations sont moins de
tems à se faire que les petites , l'on peut
dire que l'échapement est mauvais , puisqu'il
n'y a point d'autre maniere de rendre
les vibrations isochrones, qu'en changeant
quelque chose à l'échapement.
Lorsque les grandes vibrations sont
plus de tems à se faire que les petites , l'échapement
est toujours bon ; car c'est ainsi
que doivent être les vibrations libres , et
c'est une preuve que les inégalités de la
puissance ne trouble point la regularité
des vibrations : Ce seroit pourtant un défaut
si on ne pouvoit point les rendre
isochrones par une courbe appliquée à la
suspension du Pendule.
L'échapement que M. Thiout desaprouve
est dans le dernier cas , en supprimant
Ay la
I. Vol.
1266 MERCURE DE FRANCE
la courbe qui est à la suspension , lors.
que le ressort est au haut, la pendule retarde,
et elle avance, quand il est au bas. Enfin
les vibrations deviennent isochrones
quand on remet la courbe à sa place . Dans
tout ceci je ne vois rien qu'on ne doive
approuveret même qui n'oblige à donner
la préference à cet échapement. Vous
voyez donc clairement , Monsieur , que
le reproche que fait M.Thiout doit necessairement
tomber.
L'attention qu'il a faite pour reconnoître
la façon dont je m'y prends pour rendre
l'action des grands ressorts plus égala
, ne l'a pas mené au but , du moins
pour la construction ; car la maniere de
la faire , qu'il croit la seule après la fusée,
ne l'est point ; il y en a au moins une seconde.
Celle que soupçonne M. Thiout
a un inconvenient ; car si on fait passer la
roue d'arrêt entre la grande roiie moyenne
et le barillet , ce barillet en devient
plus bas , la puissance morrice diminuë ,
ce qui est toujours un défaut. Si la roue
d'arrêt ne passe point entre le barillet et
la grande roue moyenne , cette role
moyenne devient plus petite , et par
Consequent ses dents trop foibles . Si on
lui veut donner un nombre de dents convenable
pour agir sur un pignon de huit
II. Vol. Ou
J.UIN. 1734. 1267
ou de dix , ou si on veut conserver la force
des dents , on diminue le nombre des
aîles du pignon de longue tige , ce qui
fait un autre défaut. On ne peut pas non
plus noyer la roue d'arrêt dans la roue du
barillet , comme M. Thiout le dit , elle
est trop foible pour cela ; et si l'on vouloit
donner une épaisseur suffisante pour
noyer cette roüe , la force motrice diminueroit
également.
L'attention de M. Thiout a été plus
loin , et ju qu'à nous apprendre qu'en
faisant le premier pignon du mouvement
plus petit qu'à l'ordinaire , et en grossisant
les autres à proportion , on corrige
les inégalités d'action du grand ressort,
mais il n'a pas apparemment pris garde
qu'on ne peut changer que la grosseur
du premier et du second pignon , et que
ce changement n'a aucun rapport avec
l'action du grand ressort , quoiqu'il dise
que plusieurs Horlogers se servent de ce
moyen pour corriger les inégalités des
il me permettra de kur rendre
assez de justice pour ne les pas croire capables
de donner dans de pareilles erreurs .
ressorts ,
A l'égard du bouton dont je me sers
pour tourner le cercle d'équation sans ouvrir
la porte, il faut qu'il y ait long-temps
que je l'ai imaginé , puisque je l'avois
11. Vol. A v avant
128 MERCURE DE FRANCE
avant M. Thiout , et qu'il dit qu'il y a
six ou sept ans qu'il l'a mis en usage.
Quoique ma Lettre soit déja bien longue
, je ne puis la finir , M. sans quelques
reflexions sur les Ouvrages que
M. Thiout a donnés pour être de son invention
. En 1727. il répandit dans le public
un imprimé , qui commence par ces
termes. Thiout , Maître Horloger à Paris,
connu pour avoir imaginé trois differentes
Pendules d'équation , vient d'en finir une
pour le Roy de Portugal , & c.
De ces trois Pendules que M.Thiout dit
avoir imaginées, il n'en a executé qu'une,
et l'on a trouvé qu'il avoit agi sagement;
car les projets des deux autres , qui ne
different que par un petit retranchement,
sont trop embarassés pour pouvoir raisonnablement
en entreprendre l'execution.
Les descriptions de ces deux projets
que l'on trouvera , à ce que je crois ,
dans le R cueil que M. Gallon donne au
Public des machines approuvées par
I'Académie
de Sciences , seront des preuves
suffisances de ce que j'avance. A l'égard
de la troisième , sûr de la réussite , par
des raisons que je dirai ailleurs , il ne ba
lança pas à l'executer , et il a toujours continué
à faire ses Pendules d'équation sur
le principe de celle ci .
II. Vol. La
JUIN. 1734 12Gr
La Pendule de M. Thiout a 5. aiguilles
concentriques ; une pour les secondes,
deux ,
, pour le tems moyen , et deux pour
le tems vral. Comme toutes ces aiguilles
ont des queues pour les mettre en équilibre
, on voit dix rayons qui partent ,
tous du centre du Cadran , et qui font
demander , quelle heure est-il , à ceux
qui regardent cette Pendule.
M. Thiout met deux aiguilles pour le
temps vrai ; l'une , dit- il, pour les heures
vrayes , l'autre pour les minutes et secondes
vrayes : je ne crois pas que M. Thiout
demande que l'on croye que sa Pendule
marque les secondes du tems vrai , comme
nos Pendules à secondes marquent celles
du tems moyen ; il faut seulement entendre
par- là , qu'il a divisé chaque minute
de son Cadran en 6. 10. ou 12. parties ,
pour avoir le tems vrai de 10. en 1o. secondes
, où de 6. en 6. ou de 5. en 5. Ces
aiguilles , dit M. Thiout , retardent ou
avancent uniformement tous les jours de
l'année , d'autant de secondes que fait le
Soleil , suivant présisément l'équation.
M. Thiout ne nous donne pas là une grande
idée de la connoissance qu'il a du mouvement
uniforme ; car si ces aiguilles retardent
et avancent sur celles du tems
vrai , suivant l'équation , le retardement
II. Vol.
et
1170 MERCURE DE FRANCE
et l'avancement qui leur arrive ne se fait
pas uniformement.
Je ne comprends pas non plus que
vous , M. et c'est une question à faire à
M. Thiout , pourquoi il dit que les Pendules
de nouvelle invention , qui ont été
faites jusqu'à present , non point l'utilité
de la sienne ; car sans doute par ces mots,
toutes les Pendules , il comprend toutes les
Pendules à équation . Voici les raisons qui
me font douter qu'il soit convaincu de
ce qu'il dit. 1 ° . Dans toutes les Pendules
à équation , on voit distinctement les
heures et les minutes du tems vrai beaucoup
mieux que dans celle de M. Thiout,
car on ne sçauroit se méprendre aux aiguilles.
2° La Pendule de M. le Prieur de
S. Cernin , qui est faite avant celle de
M. Thiout , marque les heures et les minutes
du tems vrai et du tems moyen par
3. ou 4. aiguilles concentriques ; ainsi
voilà au moins une Pendule qui auroit dû
empêcher M. Thiout de s'avancer si har
diment. Il y a plus , c'est que la Pendule
de M. Thiout n'est qu'une copie de la
Pendule de M. le Prieur de S. Cernin ,
autrefois Vicaire de S. Cyr , comme vous
en allez être convaincu ,
L'équation se fait dans la Pendule du
Prieur de S. Cernin , et dans celle de
II. Vol. M.
JUIN. 1734
1271
M. Thiout , par le moyen d'une cage qui
tandis
tourne dans une heure sur un canon fixe
au centre de la platine. Au pied de ce canon
est un pignon fixe et aussi concentrique
, et ce pignon engraine dans une des
roues qui dépendent de la cage mobile
les nombres sont disposés pour que la
courbe d'équation fasse au dedans de cette
cage un tour ,
que la cage en fait
876. ensorte que la courbe fait 8761 .
tours en 365. jours. Il y a dans ces deux
Pendules un rateau dont le talon repose
toujours sur la courbe , et comme ce ra
teau se meut avec la cage dans laquelle il
est , et qu'il engraine dans la roue de minute
du tems vrai , il fait avancer et retarder
cette roue de minute suivant la
construction de la courbe.
Voilà , Monsieur , l'idée generale que
l'on doit avoir de ces deux Pendules ; comme
elles n'ont aucune difference dans le
principe de leur composition , je ne vois
pas comment M. Thiout peut se dire l'inventeur
de la sienne , à moins qu'il ne se
veuille faire un titre du changement qu'il
a fait dans le nombre des roues et des pignons
, comme de mettre quelques vis
sans fin qui ne sont que des pignons de 1 .
en la place de pignons plus nombrés , que
M. le Prieur a employés ; mais vous m'a-
II.Vol. VOR1172
MERCURE DE FRANCE
voüerez , M. que c'est là se dire Inventeur
à bon marché.
M. Thiout dit que voyant ces Pendules
bien reçûës , il s'est cru obligé , pour
en augmenter la nouveauté et l'utilité .
d'y ajouter les sonneries pour l'heure
vraye;mais M.Thiout n'a aucun merite en
cela , car en mettant la cheville qui doit
lever la détente sur la roue de minute du .
tems vrai , au lieu de la mettre sur celle
du tems moyen , la Pendule sonnera le
tems vrai. Il auroit pû se dispenser de
nous faire
part de cette addition prétenduë
, dont personne n'est l'Inventeur.
>
M. Thiout nous dit que sa Pendule est
plus conforme aux principes de la Phýsique
et de la mécanique qu'aucune autre
, en ce que toute la quadrature qui fait
le sujet de cetre nouvelle construction
ne fait qu'un corps très leger qui est en
équilibre et qui se meut sur un arbre fixe,
ce qui procure au mouvement beaucoup
plus de liberté que si la Pendule étoit simple.
Il n'est point question de Physique
dans la quadrature de M. Thiout ; mais
qui eût jamais cru qu'il eut entrepris de
nous persuader qu'une cage à faire tourner
toutes les heures , procure de la liberté
à une Pendule : Voilà un Paradoxe de
méchanique qui ne nous donne pas un pré-
II. Vol. jugé
JUIN. 9734. 1273
jugé avantageux des lumieres de l'Auteur,
et qui pourroit bien lui faire refuser la
confiance qu'il demande par son imprimé.
Cette cage , dit M. Thiout , est un corps
très- leger , mais c'est pourtant une cage
qui doit être assez solide pour être durable
pour contenir les roües , et une courbe
d'équation as cz épaisse . Cette cage avec
les roues , la courbe et le rateau dont
elle est chargée , ne sont donc pas si legers,
ou n'ontpoint de solidité . M. Thiout
met , dit il, tout en équilibre , c'est une
attention qu'il est obligé de donner à une
construction qui ne lui réussiroit point
sans cela ; ce n'est donc pas un merite dans
sa Pendule , c'est une necessité . Mais exaninons
un peu ce corps en équilibre.
1° . La cage de M. Thiout est rivée à
un canon qui tourne sur un autre canon ,
il faut du jeu pour ce mouvement , sa
cage est toujours poussée d'un côté plus
de l'autre , à cause de l'engrainage
dans le pignon fixe , et par consequent la
cage construite en équilibre n'y est plus
que
dans le mouvement.
2°. Le rateau change toujours de situation
en suivant la courbe avec son talon,
ainsi , à moins que le rateau ne soit luimêmê
en équilibre dans la petite cage
tournante ce qui n'est point , la cage
II. Vol.
›
1274 MERCURE DE FRANCE
ne sera pas toujours en équilibre. Je
suis , & c.
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Résumé : SUITE de la Lettre de M. P. le Roy, sur l'Horlogerie.
Le document présente une série de lettres échangées entre deux horlogers, M. le Roy et M. Thiout, portant sur des innovations dans le domaine de l'horlogerie, notamment les échappements de pendule. M. le Roy critique les affirmations de M. Thiout concernant un nouvel échappement à une seule palette et deux rochets. Il soutient que son propre échappement, amélioré par des palettes nouvelles, est plus durable et précis. M. le Roy conteste également les reproches de M. Thiout sur la taille de la palette, affirmant que son échappement permet une plus grande justesse des vibrations. M. le Roy explique que l'échappement de M. Thiout, bien que n'agissant qu'une fois sur deux vibrations, communique autant d'action au pendule en raison de l'espace double parcouru. Il souligne que cet échappement permet d'ajouter des lentilles de plomb sans risquer l'arrêt de la pendule et réduit les frottements. Le texte aborde également des critiques sur les pendules à équation de M. Thiout, les comparant à des modèles antérieurs et remettant en question leur originalité. M. le Roy conclut en affirmant que les innovations de M. Thiout ne sont pas aussi novatrices qu'il le prétend et que ses critiques ne sont pas fondées. Par ailleurs, le document discute d'une invention de M. Thiout, une pendule dont la cage est conçue pour tourner toutes les heures, prétendant ainsi offrir plus de liberté à la pendule. Cette affirmation est perçue comme un paradoxe mécanique et suscite des doutes sur les compétences de l'auteur. La cage, bien que légère, doit être solide pour contenir les rouages et une courbe d'équation spécifique. M. Thiout affirme avoir mis tous les éléments en équilibre, mais cela est présenté comme une nécessité plutôt qu'un mérite. Le texte critique ensuite la construction de la cage. Elle est rivée à un canon tournant sur un autre, nécessitant un jeu pour le mouvement, ce qui déséquilibre la cage. De plus, le rateau change constamment de position en suivant la courbe, ce qui empêche la cage de rester en équilibre. Le texte conclut que la cage n'est en équilibre que pendant le mouvement, remettant en question la validité de l'invention.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 1308-1318
DERNIÈRE PARTIE de la comparaison des Philosophies de Descartes et de Newton.
Début :
Je ne puis justifier deux excès (Cartes. Princip. part. 4.) de la Philosophie de Descartes ; [...]
Mots clefs :
Descartes, Philosophie, Newton, Mouvement, Matière, Corps, Force, Fluide, Centre, Soleil, Planètes, Tourbillon, Chute des corps, Système
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texteReconnaissance textuelle : DERNIÈRE PARTIE de la comparaison des Philosophies de Descartes et de Newton.
DERNIERE PARTIE de la
comparaison des Philosophies de Descartes
J
et de Newton .
E ne puis justifier deux excès ( Cartes . Prin
cip. part. 4. ) de la Philosophie de Descartes &
le premier , d'avoir poussé trop loin les effet de
ses corpuscules ; comme d'émouvoir l'imagination
de ceux qui dorment , ou même qui sont
éveillez , en excitant des pensées qui avertissent
des évenemens les pius éloignez , en faisant ressentir
les grandes afflictions, ou les joyes fort vives
d'un intime ami , les mauvais desseins d'un
ennemi , et autres choses semblables . Le second
d'avoir attribué à ses principes une certitude ,
non- seulement morale, comme celle de l'existence
d'une Ville de Rome mais une certitude métaphysique,
fondée sur ce que les notions claires et distinctes
ne peuvent nous tromper . Il est vrai que
j'ai des notions claires et distinctes du systême de
Descartes , mais comme d'une hypothese ingénieuse
et brillante , et non comme d'une réalité .
Descartes a mal raisonné ( Princip. part. 2. )
pour prouver l'infinité du Monde. En quelque
endroit, dit- il , que nous puissions supposer les li
mites de l'Univers , nous imaginons encore au-delà
II. Val des
JUIN. 174. 1309
des espaces , et par conséquent de la matiere , puis
que l'idée de l'étendue ou de l'espace renferme né
cessairement l'idée de la matiere . La réponse est
qu'au - delà des bornes du Monde materiel , il n'y
a ni espace , ni étenduë , ni matiere. A la verité,
nous ne pouvons pas connoître où sont placées
ces bornes de l'Univers , mais nous concevons
très-clairement que l'Univers ne peut être sans
limites ;et comme il est extensible de plus en plus
à l'infini , il ne peut être étendu actuellement à
l'infiai.
Cette regle de mouvement posée par Descartes
Princip. part. 2. ) qu'un corps perd autant de son
mouvement , qu'il en communique , me paroît
insoutenable. Le P. Daniel l'a réfutée ( Voyag. du
Monde de Descart. ) par l'exemple suivant. Une
balle de Mousquet perd peu de mouvement et en
communique beaucoup à l'aîle d'un mouliner
qu'elle frappe , si les autres aîles sont égales , et
Pessieu poli et bien proportionné , au lieu qu'elle
en communique peu et en perd beaucoup , si les
aîles du moulinet sont inégales et l'essieu rouillé
ou trop gros. Il me semble très - vrai semblable
et très-conforme aux experiences , d'établir pour
principe que le mouvement se communiqué suivant
la disposition des corps à se mouvoir à peu
près comme le feu , lequel étant très- foible, cause
de grands embrasemens dans une matiere fort
combustible , au lieu qu'un feu très - ardent ne
fait qu'une médiocre impression sur les matieres .
qui n'ont que très-peu de disposition à s'enflammer
et cette analogie du mouvement et du feu
est d'autant plus naturelle , que le feu consiste
dans le mouvement.
Je ne donne pas une grande confiance à cet autre
axiôme de Descartes ( Princip . part. 2. ) qu'il
II. Vol C iij
1310 MERCURE DE FRANCE
a dans le monde une quantité de mouvement
toujours égale . A la verité , il n'est pas impossi
ble que cela soit ainsi , mais la preuve quil en
apporte , n'a aucune force. Nous ne devons pas ,
dit - il , supposer de changement dans les Ouvrages
de Dieu , de peur de lui attribuer de l'inconstance.
Comme si la diversité admirable qui regne dans
la Nature , qui consiste , selon toutes les apparences
, dans l'augmentation ou dans la diminution
du mouvement , n'étoit pas l'effet d'une provi
dence toujours constante et uniforme , qui a vou
Ju orner la nature par cette varieté. La même
raison nous engageroit à dire qu'il y a toujours
dans le monde une égale quantité de rondeur ,
de couleur et de toutes les autres sortes de formes
et d'accidents ; ce qui n'a aucune vraisemblance.
L'analogie remarquée cy- dessus entre le
mouvement et le feu , est fort contraire à cer
axiome de Descartes ; car il n'est pas probable
que le feu doive diminuer dans une partie de la
matiere , pour augmenter dans une autre.
C'est encore une défectuosité dans le Systême
Cartésien , de supposer ( Princip . part 3. et 4. )
que la Terre , les autres Planetes , et même leurs
Satellites ont été dans leur origine , autant de
Soleils ou d'Etoiles ; mais que le mouvement s'étant
rallenti dans la matiere qui composoit ces
Globes , ils sont devenus opaques , de lumineux
qu'ils étoient ; que leur activité et leurs for,
ces ont été détruites , qu'ils se sont éteints et en
croutez , pour ainsi dire ; et que ne pouvant plus
défendre leurs tourbillons contre la pression des
tourbillons voisins , ils ont été assujettis à suivre
le mouvement de celui où ils sont entrez. Il est
plus digne de la magnificence de l'ouvrage , de
penser qu'il a été conservé tel , qu'il a été pro-
II. Vol. duit
JUIN. 1734: 1311
duit au commencement, qu'il s'est fait differents
amas de matiere compacte , et que ses particules
s'étant liées ensemble les Planetes en ont
été formées dans les régions où elles se sont
mises en équilibre avec les fluides de la matiere
étherée ; que ces Globes ont toujours été opaques
et propres seulement à refléchir la lumière,
parce que leur matiere a admis dans ses interstices
la matiere globuleuse du second élément ,
conjointement avec la matiere subtile du premier,
et que le mouvement rapide de l'une a été calmé
par l'autre , ce qui a empêché dès le commencement
que ces Globes n'ayent été enflammez er
lumineux par eux- mêmes , comme le Soleil.
Descartes , en suivant le même principe qui
lui a fait placer au centre la matiere subtile pour
en composer le Soleil ; ou plutôt en continuant
de s'écarter des principes de son mécanisme general
et des loix du mouvement , par lesquelles
il explique la pesanteur , dit que la matiere celeste
( Princip. part. 3. ) est plus déliée , à mesure
qu'elle approche du Soleil ou du centre , et que
les. Planetes les plus denses et les plus solides en
doivent être les plus éloignées . Il n'y a qu'à
prendre la contre- partie du Systême de Descartes
en ce point, pour lui rendre la régularité , la
justese et l'uniformité.
Il faut se représenter le Soleil comme le plus
vaste de tous les Globes , placé au centre du
tourbillon et composé de la matiere la plus compacte,
penetrée de la matiere subtile , qui remplissant
tous ses interstices , y domine avec assez
de force pour communiquer la rapidité de son
mouvement à toute la masse du Soleil . Ce qui
produit le feu le plus ardent , par la force de
masse jointe à la force de vitesse. Ce feu est en
› II. Vol. Ciiij même131
MERCURE DE FRANCE
même-temps le seul capable de porter le mou→
vement et la fécondité dans tout son tourbillon ,
et la lumiere beaucoup au delà , ainsi qu'il est nécessaire
pour qu'il puisse être apperçu des autres
tourbillons , sous la forme d'une Etoile.
De même que le fer rouge ou le charbon al→
lumé ne s'élancent pas dans l'air par un mouve
ment semblable à celui de la flamme , parce que
Pair qui les environne , conserve la force de sa
pression à l'égard de leurs parties , qui s'y prê–
tent d'autant plus , qu'elles ont plus de masse ou
de solidité , aussi la masse du Globe Solaire est
contenue dans ses limites par la répercussion de
son atmosphere qui le presse de toute part. Ce.
Globe suspendu dans un parfait équilibre , trèsdisposé
à tourner par le mouvement intrinséque
du troisiéme et du premier élement qui le composent
, est encore puissamment déterminé à
une révolution sur son axe , par la répercussion
qu'il éprouve dans toute sa superficie de la part
de son atmosphere, en même- temps qu'il chasse
de tous côtez la matiere globuleuse , et que ses
rayons sont transmis par elle. C'est cette activité
centrale qui fait tourner toutes les Planetes dans
des temps differens en suivant la route de l'écliptique
, du même sens et vers le même côté
que le Soleil tourne sur son axe . Chaque Planete
doit, suivant ce méchanisme , non - seulement décrire
autour du Soleil les orbites dont je viens de
parler , mais encore avoir une révolution sur son
axe , causée par le mouvement intrinseque des
trois élemens qui la composent , et par le mouvement
exterieur du fluide ou de l'atmosphere
qui l'emporte autour du centre commun.
Les taches du Soleil , par leurs divers aspects,
me laissent aucun doute qu'il ne tourne sur son
11. Vol.
axo.
JUIN. 1734 1313
axe. C'est donc ce premier mobile , qui par sa
révolution imprime à tout son tourbillon un
mouvement du même côté ; sçavoir , du Couchant
par le Midy vers l'Orient. Les taches que
les Astronomes observent sur les Planetes , font
conjecturer , avec beaucoup de vrai- semblance ,
que leurs superficies plus denses en certains endroits
et plus rares dans d'autres , sont , en consequence
de cette inégalité,differeminent affectées
de l'impulsion des rayons solaires ; ce qui peut
être regardé comine un principe très- physique
des aphélies et périhélies des Planetes , de l'apogée
et du périgée de la Lune , et de sa latitude
des deux côtez de ses nouds.
Le premier éleinent s'insinue par tout , mais il
ne subsiste point seul , et il se convertit en parties
globuleuses du second élement , ou en parties
branchues du troisiéme . Ainsi aucun des trois
élemens ne peut être épuisé , parce que leur conversibilité
mutuelle répare tout ce qui se dissipe.
L'uniformité de la Nature nous fait conjecturer
que ce qui nous est connu dans le tourbillon de
notre Soleil , est semblable par la construction ,
par le mouvement et par les Phénomenes , à ce
qui se passe dans les tourbillons des Etoiles ou
des autres Soleils garnis de leurs Planetes , comme
le nôtre .
Il nous reste à examiner les difficultez qui
concernent la pesanteur. Descartes l'explique par
l'impulsion du fluide ou de la matiere éthérée.
La chute des corps ne peut venir de ce que
Patmosphere terrestre ( M. Privat de Molieres ,
leçon 4. ) circule plus vite que la Terre . Huguens
a crá que cette atmosphere alloit dix sept fois
plus vite que le Globe , Si cet excès de vêtesse du
fluide circulaire étoit la cause de la pesanteur ,
la chute des corps seroit horizontale , au lieu
II. Vol. Cv d'être
1314 MERCURE DE FRANCE
d'être perpendiculaire. Dailleurs il est très- cer
tain qu'un mobile entraîné par le courant d'un
fluide , doit , à la longue , aller à peu près aussi
vite que le courant qui l'entraîne.
L'explication Cartesienne de la pesanteur a été
attaquée par cette objection très- forte , que les
cercles décrits par le fluide circulaire diminuant
toujours depuis l'équateur jusqu'aux poles , la
force centrifuge , rapportée au mouvement
circulaire du tourbillon , auroit des centres
differens dans les cercles inégaux , et que les
corps y seroient repoussez , non pas perpendicu
lairement au centre de la Terre , mais à des parties
de son axe plus ou moins éloignées du centre
; ce qui est contraire à l'experience , la chute
des corps se faisant toujours dans la ligne du
Zénit , à moins qu'il ne survienne quelque cause
étrangere. Descartes, qui a prévû cette objection ,
a répondu ( Princip. part. 4. ) que quoique le
fluide qui participe aux mouvemens journalier
et annuel de la Terre , ait en general un mouvement
circulaire , on doit neanmoins concevoir
que toutes les parties de ce fluide se balancent et
sont opposées l'une à l'autre , en telle sorte que
leur action s'étend vers tous les côtez et que la
résistance qu'elle éprouve de la part du Globe ,
donne parmi ces mouvemens en tous sens , une
principale direction aux parties du fluide , suivant
des lignes droites tirées du centre . Cette solution
de Descartes n'est pas claire , il ne dit
point de quelle maniere cette résistance de la
part du Globe peut faire tomber les corps massifs
perpendiculairement au centre. Voicy une bypothese
qui me paroît lever la difficulté.
Suivant les loix du mouvement , la matiere
globuleuse et la matiere subtile , qui ont beaucoup
plus de force centrifuge que le troisiéme
II. Vole élement
JUIN. 1734. -1315
Element , s'élancent en tout sens par des lignes
droites ; et au milieu du fluide , dont la révolu
tion en general est circulaire , une grande quantité
de matiere globuleuse et subtile , conserve
toujours un mouvement direct , autant que les
interstices du troisiéme élement peuvent le permettre;
car l'impenetrabilité est une propriété
de la matiere dans tous les Systêmes. La matiere
subtile traverse même les tourbillons par un
mouvement en ligne directe , avec encore plus de
facilité ( Act. erud. Lips. May 1690. P. 232. ) que
la matiere globaleuse qui passe necessairement
d'un tourbillon dans un autre, pour que les Etoiles
ou les Soleils des autres tourbillons puissent
être apperçus de celui où nous sommes . Ce sont
ces mouvemens en ligne droite des matieres globuleuse
et subtile , qui obligent les corps solides
de tomber à plomb et perpendiculairement au
centre de la Terre . Car ces élemens , qui ont
beaucoup plus de mobilité , venant à se traver .
ser et étant opposez en tout sens , ils obligent les
corps solides qu'ils rencontrent de se précipiter
par le côté le plus foible , qui est toujours perpendiculaire
au Clobe , parce que c'est le côté
par où il arrive une beaucoup moindre quantité
de ces matieres globuleuse et subtile . C'est ainsi
que tout l'effort de la poudre à canon se fait par
l'endroit qu'elle trouve le plus foible . Si les trois
élemens qui composent la matiere ethérée ont
differens mouvemens dans cette hypothese , cette
diversité procede des loix même du mouvement.
La pesanteur (M. Privat de Molieres, leçon 4. )
ne consiste qu'en ce que les corps pesants ont
un plus grand nombre de leurs parties en repos,
Le centre n'est point par lui - même une cause
physique . Le nom de force centrifuge ne laisse
pas d'être fort convenable à une plus grande mo-
II. Vol. C vi bilité
1316 MERCURE DE FRANCE
bilité ; car quoiqu'elle soit indépendante du cen
tre , la matiere la plus mobile repousse vers lui
les corps solides.
Bien loin que la force accélératrice doive être
moindre en raison inverse des quarrez des dis
tances , elle doit être plus grande dans les couches
voisines de la circonference , parce que ces
couches sont bien plus rarefiées et qu'une maticre
qui a beaucoup plus de mobilité , y abonde
davantage , tandis que les couches inferieures ou
voisines du centre sont beaucoup plus denses.
Suivant ces principes , l'atmosphere voisine du
Soleil doit etre ( Hartsoëk . rec . de piéc Physiq.
p. 37. ) un fluide plus épais que le vif argent , et
les autres couches du tourbillon à proportion.
Ainsi un corps doit se précipiter avec moins de
vîtesse dans les couches inferieures près du centre
, de même que les experiences journalieres
nous apprennent qu'il se précipite avec beaucoup
moins de vitesse dans l'air grossier que dans le
vuide pneumatique ; beaucoup moins vite dans
l'eau que dans un air grossier ; et si l'on suppose
des fluides extremement épais , comme le vif
argent ou l'or fondu , un corps a besoin d'une
très- grande force pour les traverser.
Quoiqu'un fluide plus dense diminue beaucoup
la force accelerative dans la chute des corps , les
Globes des Planetes doivent y circuler plus vîte ,
comme il arrive dans le périhélie , parce que plus
le fluide est épais , plus son mouvement circulaire
a de force, et que d'ailleurs les Globes des
Planetes , dans leurs périhélies , reçoivent une
impression plus active des rayons du Soleil .
On ne peut rien déterminer sur les forces acceleratives
, soit à cause de cette extrême cifference
des fluides, soit parce qu'il est très - incertain
( Elem. de la Géoné . de l'.nfin. part. 2. §. 8. ) si
II. Vol. ja
JUIN. 1734 1317
la force motrice ne s'applique au corps qui doit
être mû, qu'autant de temps précisement qu'il
en faut pour le choc , ou si cette force s'applique
continuellement au corps , le poursuit dans son
mouvement et renouvelle à chaque instant son
impression sur iui. Il paroît que dans le premier
instant , où la force motrice trouve le corps en
repos eului donne un coup , elle doit lui imprimer
une plus grande vitesse que dans le second
instant , où elle le trouve fuyant devant elle et se
dérobant à son action , C'est neanmoins sur les
principes d'une résistance toujours semblable du
Auide , et d'une acceleration du mouvement uniforme
et toujours proportionnée au temps , qu'est
appuyée la celebre démonstration de Galilée, que
les espaces parcourus sont comme les quarrez des
temps et que la chute des corps graves suit la progression
des nombres impairs , 1. 3. 5.7. 9. &c.
Comine on ne peut sçavoir rien de positif ni de la
qualité des fluides éloignez , ni de la maniere dons
la force motrice continue d'agir sur le corps dont
la chute est commencée , la prétendue démoustration
ne peut avoir de solidité .
J'avoue que plusieurs de ces hypothèses s'accordent
peu avec celles qui ont eu cours jusqu'icy
dans les differens Systêmes . Mais elles
sont vrai - semblables et satisfont à toutes les difficultez
par lesquelles on s'est efforcé de détruire
le Systême de Descartes , qui donne seul des causes
vraiment physiques de tous les Phénomenes ;
qui a l'avantage de présenter l'idée la plus magnifique
de la construction de l'univers , et dont
on peut dire , ce me semble , que non - seulement
il mérite la préférence sur toutes les autres Philosophies
, mais qu'aucune n'est à portée de la
lui disputer. Il y auroit plusieurs réfléxions à
II. Vol. faire
1318 MERCURE DE FRANCE
faire sur les autres parties de la Philosophie de
Descartes , sur sa Métaphysique , sur sa Morale
&c. Mais nous ne nous sommes proposez que
d'examiner son Systême de Physique , et dans la
vûë seulement de le comparer avec la Philosophie
Newtonienne ; car Descartes a encore cer
avantage sur Newton , d'avoir embrassé une Philosophie
generale , au lieu que Newton a borné
la sienne à une explication du Systême du Monde
par l'attraction , et à une Optique qui est res
tée imparfaite.
comparaison des Philosophies de Descartes
J
et de Newton .
E ne puis justifier deux excès ( Cartes . Prin
cip. part. 4. ) de la Philosophie de Descartes &
le premier , d'avoir poussé trop loin les effet de
ses corpuscules ; comme d'émouvoir l'imagination
de ceux qui dorment , ou même qui sont
éveillez , en excitant des pensées qui avertissent
des évenemens les pius éloignez , en faisant ressentir
les grandes afflictions, ou les joyes fort vives
d'un intime ami , les mauvais desseins d'un
ennemi , et autres choses semblables . Le second
d'avoir attribué à ses principes une certitude ,
non- seulement morale, comme celle de l'existence
d'une Ville de Rome mais une certitude métaphysique,
fondée sur ce que les notions claires et distinctes
ne peuvent nous tromper . Il est vrai que
j'ai des notions claires et distinctes du systême de
Descartes , mais comme d'une hypothese ingénieuse
et brillante , et non comme d'une réalité .
Descartes a mal raisonné ( Princip. part. 2. )
pour prouver l'infinité du Monde. En quelque
endroit, dit- il , que nous puissions supposer les li
mites de l'Univers , nous imaginons encore au-delà
II. Val des
JUIN. 174. 1309
des espaces , et par conséquent de la matiere , puis
que l'idée de l'étendue ou de l'espace renferme né
cessairement l'idée de la matiere . La réponse est
qu'au - delà des bornes du Monde materiel , il n'y
a ni espace , ni étenduë , ni matiere. A la verité,
nous ne pouvons pas connoître où sont placées
ces bornes de l'Univers , mais nous concevons
très-clairement que l'Univers ne peut être sans
limites ;et comme il est extensible de plus en plus
à l'infini , il ne peut être étendu actuellement à
l'infiai.
Cette regle de mouvement posée par Descartes
Princip. part. 2. ) qu'un corps perd autant de son
mouvement , qu'il en communique , me paroît
insoutenable. Le P. Daniel l'a réfutée ( Voyag. du
Monde de Descart. ) par l'exemple suivant. Une
balle de Mousquet perd peu de mouvement et en
communique beaucoup à l'aîle d'un mouliner
qu'elle frappe , si les autres aîles sont égales , et
Pessieu poli et bien proportionné , au lieu qu'elle
en communique peu et en perd beaucoup , si les
aîles du moulinet sont inégales et l'essieu rouillé
ou trop gros. Il me semble très - vrai semblable
et très-conforme aux experiences , d'établir pour
principe que le mouvement se communiqué suivant
la disposition des corps à se mouvoir à peu
près comme le feu , lequel étant très- foible, cause
de grands embrasemens dans une matiere fort
combustible , au lieu qu'un feu très - ardent ne
fait qu'une médiocre impression sur les matieres .
qui n'ont que très-peu de disposition à s'enflammer
et cette analogie du mouvement et du feu
est d'autant plus naturelle , que le feu consiste
dans le mouvement.
Je ne donne pas une grande confiance à cet autre
axiôme de Descartes ( Princip . part. 2. ) qu'il
II. Vol C iij
1310 MERCURE DE FRANCE
a dans le monde une quantité de mouvement
toujours égale . A la verité , il n'est pas impossi
ble que cela soit ainsi , mais la preuve quil en
apporte , n'a aucune force. Nous ne devons pas ,
dit - il , supposer de changement dans les Ouvrages
de Dieu , de peur de lui attribuer de l'inconstance.
Comme si la diversité admirable qui regne dans
la Nature , qui consiste , selon toutes les apparences
, dans l'augmentation ou dans la diminution
du mouvement , n'étoit pas l'effet d'une provi
dence toujours constante et uniforme , qui a vou
Ju orner la nature par cette varieté. La même
raison nous engageroit à dire qu'il y a toujours
dans le monde une égale quantité de rondeur ,
de couleur et de toutes les autres sortes de formes
et d'accidents ; ce qui n'a aucune vraisemblance.
L'analogie remarquée cy- dessus entre le
mouvement et le feu , est fort contraire à cer
axiome de Descartes ; car il n'est pas probable
que le feu doive diminuer dans une partie de la
matiere , pour augmenter dans une autre.
C'est encore une défectuosité dans le Systême
Cartésien , de supposer ( Princip . part 3. et 4. )
que la Terre , les autres Planetes , et même leurs
Satellites ont été dans leur origine , autant de
Soleils ou d'Etoiles ; mais que le mouvement s'étant
rallenti dans la matiere qui composoit ces
Globes , ils sont devenus opaques , de lumineux
qu'ils étoient ; que leur activité et leurs for,
ces ont été détruites , qu'ils se sont éteints et en
croutez , pour ainsi dire ; et que ne pouvant plus
défendre leurs tourbillons contre la pression des
tourbillons voisins , ils ont été assujettis à suivre
le mouvement de celui où ils sont entrez. Il est
plus digne de la magnificence de l'ouvrage , de
penser qu'il a été conservé tel , qu'il a été pro-
II. Vol. duit
JUIN. 1734: 1311
duit au commencement, qu'il s'est fait differents
amas de matiere compacte , et que ses particules
s'étant liées ensemble les Planetes en ont
été formées dans les régions où elles se sont
mises en équilibre avec les fluides de la matiere
étherée ; que ces Globes ont toujours été opaques
et propres seulement à refléchir la lumière,
parce que leur matiere a admis dans ses interstices
la matiere globuleuse du second élément ,
conjointement avec la matiere subtile du premier,
et que le mouvement rapide de l'une a été calmé
par l'autre , ce qui a empêché dès le commencement
que ces Globes n'ayent été enflammez er
lumineux par eux- mêmes , comme le Soleil.
Descartes , en suivant le même principe qui
lui a fait placer au centre la matiere subtile pour
en composer le Soleil ; ou plutôt en continuant
de s'écarter des principes de son mécanisme general
et des loix du mouvement , par lesquelles
il explique la pesanteur , dit que la matiere celeste
( Princip. part. 3. ) est plus déliée , à mesure
qu'elle approche du Soleil ou du centre , et que
les. Planetes les plus denses et les plus solides en
doivent être les plus éloignées . Il n'y a qu'à
prendre la contre- partie du Systême de Descartes
en ce point, pour lui rendre la régularité , la
justese et l'uniformité.
Il faut se représenter le Soleil comme le plus
vaste de tous les Globes , placé au centre du
tourbillon et composé de la matiere la plus compacte,
penetrée de la matiere subtile , qui remplissant
tous ses interstices , y domine avec assez
de force pour communiquer la rapidité de son
mouvement à toute la masse du Soleil . Ce qui
produit le feu le plus ardent , par la force de
masse jointe à la force de vitesse. Ce feu est en
› II. Vol. Ciiij même131
MERCURE DE FRANCE
même-temps le seul capable de porter le mou→
vement et la fécondité dans tout son tourbillon ,
et la lumiere beaucoup au delà , ainsi qu'il est nécessaire
pour qu'il puisse être apperçu des autres
tourbillons , sous la forme d'une Etoile.
De même que le fer rouge ou le charbon al→
lumé ne s'élancent pas dans l'air par un mouve
ment semblable à celui de la flamme , parce que
Pair qui les environne , conserve la force de sa
pression à l'égard de leurs parties , qui s'y prê–
tent d'autant plus , qu'elles ont plus de masse ou
de solidité , aussi la masse du Globe Solaire est
contenue dans ses limites par la répercussion de
son atmosphere qui le presse de toute part. Ce.
Globe suspendu dans un parfait équilibre , trèsdisposé
à tourner par le mouvement intrinséque
du troisiéme et du premier élement qui le composent
, est encore puissamment déterminé à
une révolution sur son axe , par la répercussion
qu'il éprouve dans toute sa superficie de la part
de son atmosphere, en même- temps qu'il chasse
de tous côtez la matiere globuleuse , et que ses
rayons sont transmis par elle. C'est cette activité
centrale qui fait tourner toutes les Planetes dans
des temps differens en suivant la route de l'écliptique
, du même sens et vers le même côté
que le Soleil tourne sur son axe . Chaque Planete
doit, suivant ce méchanisme , non - seulement décrire
autour du Soleil les orbites dont je viens de
parler , mais encore avoir une révolution sur son
axe , causée par le mouvement intrinseque des
trois élemens qui la composent , et par le mouvement
exterieur du fluide ou de l'atmosphere
qui l'emporte autour du centre commun.
Les taches du Soleil , par leurs divers aspects,
me laissent aucun doute qu'il ne tourne sur son
11. Vol.
axo.
JUIN. 1734 1313
axe. C'est donc ce premier mobile , qui par sa
révolution imprime à tout son tourbillon un
mouvement du même côté ; sçavoir , du Couchant
par le Midy vers l'Orient. Les taches que
les Astronomes observent sur les Planetes , font
conjecturer , avec beaucoup de vrai- semblance ,
que leurs superficies plus denses en certains endroits
et plus rares dans d'autres , sont , en consequence
de cette inégalité,differeminent affectées
de l'impulsion des rayons solaires ; ce qui peut
être regardé comine un principe très- physique
des aphélies et périhélies des Planetes , de l'apogée
et du périgée de la Lune , et de sa latitude
des deux côtez de ses nouds.
Le premier éleinent s'insinue par tout , mais il
ne subsiste point seul , et il se convertit en parties
globuleuses du second élement , ou en parties
branchues du troisiéme . Ainsi aucun des trois
élemens ne peut être épuisé , parce que leur conversibilité
mutuelle répare tout ce qui se dissipe.
L'uniformité de la Nature nous fait conjecturer
que ce qui nous est connu dans le tourbillon de
notre Soleil , est semblable par la construction ,
par le mouvement et par les Phénomenes , à ce
qui se passe dans les tourbillons des Etoiles ou
des autres Soleils garnis de leurs Planetes , comme
le nôtre .
Il nous reste à examiner les difficultez qui
concernent la pesanteur. Descartes l'explique par
l'impulsion du fluide ou de la matiere éthérée.
La chute des corps ne peut venir de ce que
Patmosphere terrestre ( M. Privat de Molieres ,
leçon 4. ) circule plus vite que la Terre . Huguens
a crá que cette atmosphere alloit dix sept fois
plus vite que le Globe , Si cet excès de vêtesse du
fluide circulaire étoit la cause de la pesanteur ,
la chute des corps seroit horizontale , au lieu
II. Vol. Cv d'être
1314 MERCURE DE FRANCE
d'être perpendiculaire. Dailleurs il est très- cer
tain qu'un mobile entraîné par le courant d'un
fluide , doit , à la longue , aller à peu près aussi
vite que le courant qui l'entraîne.
L'explication Cartesienne de la pesanteur a été
attaquée par cette objection très- forte , que les
cercles décrits par le fluide circulaire diminuant
toujours depuis l'équateur jusqu'aux poles , la
force centrifuge , rapportée au mouvement
circulaire du tourbillon , auroit des centres
differens dans les cercles inégaux , et que les
corps y seroient repoussez , non pas perpendicu
lairement au centre de la Terre , mais à des parties
de son axe plus ou moins éloignées du centre
; ce qui est contraire à l'experience , la chute
des corps se faisant toujours dans la ligne du
Zénit , à moins qu'il ne survienne quelque cause
étrangere. Descartes, qui a prévû cette objection ,
a répondu ( Princip. part. 4. ) que quoique le
fluide qui participe aux mouvemens journalier
et annuel de la Terre , ait en general un mouvement
circulaire , on doit neanmoins concevoir
que toutes les parties de ce fluide se balancent et
sont opposées l'une à l'autre , en telle sorte que
leur action s'étend vers tous les côtez et que la
résistance qu'elle éprouve de la part du Globe ,
donne parmi ces mouvemens en tous sens , une
principale direction aux parties du fluide , suivant
des lignes droites tirées du centre . Cette solution
de Descartes n'est pas claire , il ne dit
point de quelle maniere cette résistance de la
part du Globe peut faire tomber les corps massifs
perpendiculairement au centre. Voicy une bypothese
qui me paroît lever la difficulté.
Suivant les loix du mouvement , la matiere
globuleuse et la matiere subtile , qui ont beaucoup
plus de force centrifuge que le troisiéme
II. Vole élement
JUIN. 1734. -1315
Element , s'élancent en tout sens par des lignes
droites ; et au milieu du fluide , dont la révolu
tion en general est circulaire , une grande quantité
de matiere globuleuse et subtile , conserve
toujours un mouvement direct , autant que les
interstices du troisiéme élement peuvent le permettre;
car l'impenetrabilité est une propriété
de la matiere dans tous les Systêmes. La matiere
subtile traverse même les tourbillons par un
mouvement en ligne directe , avec encore plus de
facilité ( Act. erud. Lips. May 1690. P. 232. ) que
la matiere globaleuse qui passe necessairement
d'un tourbillon dans un autre, pour que les Etoiles
ou les Soleils des autres tourbillons puissent
être apperçus de celui où nous sommes . Ce sont
ces mouvemens en ligne droite des matieres globuleuse
et subtile , qui obligent les corps solides
de tomber à plomb et perpendiculairement au
centre de la Terre . Car ces élemens , qui ont
beaucoup plus de mobilité , venant à se traver .
ser et étant opposez en tout sens , ils obligent les
corps solides qu'ils rencontrent de se précipiter
par le côté le plus foible , qui est toujours perpendiculaire
au Clobe , parce que c'est le côté
par où il arrive une beaucoup moindre quantité
de ces matieres globuleuse et subtile . C'est ainsi
que tout l'effort de la poudre à canon se fait par
l'endroit qu'elle trouve le plus foible . Si les trois
élemens qui composent la matiere ethérée ont
differens mouvemens dans cette hypothese , cette
diversité procede des loix même du mouvement.
La pesanteur (M. Privat de Molieres, leçon 4. )
ne consiste qu'en ce que les corps pesants ont
un plus grand nombre de leurs parties en repos,
Le centre n'est point par lui - même une cause
physique . Le nom de force centrifuge ne laisse
pas d'être fort convenable à une plus grande mo-
II. Vol. C vi bilité
1316 MERCURE DE FRANCE
bilité ; car quoiqu'elle soit indépendante du cen
tre , la matiere la plus mobile repousse vers lui
les corps solides.
Bien loin que la force accélératrice doive être
moindre en raison inverse des quarrez des dis
tances , elle doit être plus grande dans les couches
voisines de la circonference , parce que ces
couches sont bien plus rarefiées et qu'une maticre
qui a beaucoup plus de mobilité , y abonde
davantage , tandis que les couches inferieures ou
voisines du centre sont beaucoup plus denses.
Suivant ces principes , l'atmosphere voisine du
Soleil doit etre ( Hartsoëk . rec . de piéc Physiq.
p. 37. ) un fluide plus épais que le vif argent , et
les autres couches du tourbillon à proportion.
Ainsi un corps doit se précipiter avec moins de
vîtesse dans les couches inferieures près du centre
, de même que les experiences journalieres
nous apprennent qu'il se précipite avec beaucoup
moins de vitesse dans l'air grossier que dans le
vuide pneumatique ; beaucoup moins vite dans
l'eau que dans un air grossier ; et si l'on suppose
des fluides extremement épais , comme le vif
argent ou l'or fondu , un corps a besoin d'une
très- grande force pour les traverser.
Quoiqu'un fluide plus dense diminue beaucoup
la force accelerative dans la chute des corps , les
Globes des Planetes doivent y circuler plus vîte ,
comme il arrive dans le périhélie , parce que plus
le fluide est épais , plus son mouvement circulaire
a de force, et que d'ailleurs les Globes des
Planetes , dans leurs périhélies , reçoivent une
impression plus active des rayons du Soleil .
On ne peut rien déterminer sur les forces acceleratives
, soit à cause de cette extrême cifference
des fluides, soit parce qu'il est très - incertain
( Elem. de la Géoné . de l'.nfin. part. 2. §. 8. ) si
II. Vol. ja
JUIN. 1734 1317
la force motrice ne s'applique au corps qui doit
être mû, qu'autant de temps précisement qu'il
en faut pour le choc , ou si cette force s'applique
continuellement au corps , le poursuit dans son
mouvement et renouvelle à chaque instant son
impression sur iui. Il paroît que dans le premier
instant , où la force motrice trouve le corps en
repos eului donne un coup , elle doit lui imprimer
une plus grande vitesse que dans le second
instant , où elle le trouve fuyant devant elle et se
dérobant à son action , C'est neanmoins sur les
principes d'une résistance toujours semblable du
Auide , et d'une acceleration du mouvement uniforme
et toujours proportionnée au temps , qu'est
appuyée la celebre démonstration de Galilée, que
les espaces parcourus sont comme les quarrez des
temps et que la chute des corps graves suit la progression
des nombres impairs , 1. 3. 5.7. 9. &c.
Comine on ne peut sçavoir rien de positif ni de la
qualité des fluides éloignez , ni de la maniere dons
la force motrice continue d'agir sur le corps dont
la chute est commencée , la prétendue démoustration
ne peut avoir de solidité .
J'avoue que plusieurs de ces hypothèses s'accordent
peu avec celles qui ont eu cours jusqu'icy
dans les differens Systêmes . Mais elles
sont vrai - semblables et satisfont à toutes les difficultez
par lesquelles on s'est efforcé de détruire
le Systême de Descartes , qui donne seul des causes
vraiment physiques de tous les Phénomenes ;
qui a l'avantage de présenter l'idée la plus magnifique
de la construction de l'univers , et dont
on peut dire , ce me semble , que non - seulement
il mérite la préférence sur toutes les autres Philosophies
, mais qu'aucune n'est à portée de la
lui disputer. Il y auroit plusieurs réfléxions à
II. Vol. faire
1318 MERCURE DE FRANCE
faire sur les autres parties de la Philosophie de
Descartes , sur sa Métaphysique , sur sa Morale
&c. Mais nous ne nous sommes proposez que
d'examiner son Systême de Physique , et dans la
vûë seulement de le comparer avec la Philosophie
Newtonienne ; car Descartes a encore cer
avantage sur Newton , d'avoir embrassé une Philosophie
generale , au lieu que Newton a borné
la sienne à une explication du Systême du Monde
par l'attraction , et à une Optique qui est res
tée imparfaite.
Fermer
Résumé : DERNIÈRE PARTIE de la comparaison des Philosophies de Descartes et de Newton.
Le texte compare les philosophies de Descartes et de Newton, en soulignant plusieurs critiques des théories de Descartes. L'auteur reproche à Descartes d'avoir exagéré les effets de ses corpuscules, comme l'influence sur l'imagination des rêves ou la perception des émotions à distance. Il critique également Descartes pour avoir attribué une certitude métaphysique à ses principes, basés sur les notions claires et distinctes, que l'auteur considère plutôt comme une hypothèse ingénieuse. L'auteur conteste la preuve de Descartes sur l'infini de l'univers, arguant que l'idée d'étendue implique nécessairement celle de matière, mais que l'univers ne peut être étendu à l'infini. Il réfute aussi la règle de Descartes selon laquelle un corps perd autant de mouvement qu'il en communique, en utilisant l'exemple d'une balle de mousquet frappant une aile de moulin. L'auteur remet en question l'axiome de Descartes selon lequel la quantité de mouvement dans le monde est toujours égale, trouvant cette idée peu probable et contraire à l'observation de la diversité naturelle. Il critique également la théorie cartésienne sur l'origine des planètes, qui seraient des soleils éteints, préférant une vision où les planètes ont toujours été opaques et réfléchissantes. Le texte propose une alternative au système cartésien, décrivant le Soleil comme un globe compact et lumineux au centre du tourbillon, capable de communiquer son mouvement à tout le système. Il explique la rotation des planètes et les taches solaires, ainsi que la conversion mutuelle des trois éléments (subtile, globuleuse et branchue) qui empêchent leur épuisement. Enfin, l'auteur examine la théorie cartésienne de la pesanteur, la trouvant insuffisante pour expliquer la chute perpendiculaire des corps. Il propose une hypothèse où la matière subtile et globuleuse, ayant plus de force centrifuge, traverse le fluide en ligne droite, obligeant les corps solides à tomber perpendiculairement au centre de la Terre. Le texte traite également de divers aspects de la physique, notamment la nature de la poudre à canon, la pesanteur et les mouvements des corps dans différents fluides. La poudre à canon agit sur le point le plus faible d'un obstacle. La pesanteur est expliquée par le repos des parties des corps pesants. Le centre n'est pas une cause physique en soi, mais la matière mobile repousse les corps solides vers lui. La force accélératrice est plus grande dans les couches rarefiées et mobiles, comme celles proches de la circonférence d'un tourbillon. L'atmosphère solaire est décrite comme un fluide dense, et les corps se déplacent plus lentement dans des fluides épais. Les planètes circulent plus vite dans les fluides denses, comme lors du périhélie, en raison de l'influence des rayons solaires. Le texte critique la démonstration de Galilée sur la chute des corps, estimant qu'elle repose sur des hypothèses incertaines concernant la résistance des fluides et l'action continue de la force motrice. Il conclut en défendant le système de Descartes, le jugeant supérieur aux autres philosophies, y compris celle de Newton, pour son explication physique des phénomènes et sa vision magnifiante de l'univers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 2014-2015
AUTRE.
Début :
Quoique dépourvû d'existence, [...]
Mots clefs :
Mouvement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Quoique dépourvá d'exiſtence ,
J'ai bien des attributs divers ;
Quand Dieu conftruifit l'Univers ,
Entre les mains je pris naiffance ;
Ici bas , comme dans les Airs ,.
Je fuis en tous lieux néceſſaire ;
Je
SEPTEMBRE . 1744 2015
Je fais des maux dans les Enfers ;
Je fais des heureux fur la Terre ;
Je fais la paix , je fais la guerre ,
Et je fais gronder le Tonnerre ;
Sans moi , fur leurs Trônes les Rois
N'auroient ni bonheur ni puiffance ;;
Toute la Nature aux abois ,
Se fentiroit de mon abſence ;
L'Univers s'anéantiroit ,
Que dis-je ? Rien ne finiroit ,
Et quand Dieu même le voudroit ,,
A peine en feroit- il le maître ;
Vous me voyez partout paroître ,
Mais trouvez mon nom feulement ;,
Ce qui définit mon Effence ,
N'eft point à votre connoiffance ;
On la recherche vainement..
Quoique dépourvá d'exiſtence ,
J'ai bien des attributs divers ;
Quand Dieu conftruifit l'Univers ,
Entre les mains je pris naiffance ;
Ici bas , comme dans les Airs ,.
Je fuis en tous lieux néceſſaire ;
Je
SEPTEMBRE . 1744 2015
Je fais des maux dans les Enfers ;
Je fais des heureux fur la Terre ;
Je fais la paix , je fais la guerre ,
Et je fais gronder le Tonnerre ;
Sans moi , fur leurs Trônes les Rois
N'auroient ni bonheur ni puiffance ;;
Toute la Nature aux abois ,
Se fentiroit de mon abſence ;
L'Univers s'anéantiroit ,
Que dis-je ? Rien ne finiroit ,
Et quand Dieu même le voudroit ,,
A peine en feroit- il le maître ;
Vous me voyez partout paroître ,
Mais trouvez mon nom feulement ;,
Ce qui définit mon Effence ,
N'eft point à votre connoiffance ;
On la recherche vainement..
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27
p. 2017-2023
Traité sur l'Aberration apparente des Etoiles, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Mr Fontaine des Crutes, vient de faire imprimer chés Quillau, Libraire, ruë [...]
Mots clefs :
Étoiles fixes, Aberration, Étoile, Lune, Mouvement, Ascension, Terre, Soleil, Éclipses, Parallaxe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité sur l'Aberration apparente des Etoiles, Extrait, [titre d'après la table]
MR Fontaine des Crutes , vient de faire
imprimer chés Quillau, Libraire, ruë
Galande , près la Place Maubert à Paris, un
Traité complet fur l'Aberration apparente
des Etoiles fixes, qu'il avoit annoncé dans le
fecondVolume duMercure & dans le Journal
de Trévoux du mois de Juin de l'année derniere
, à l'occafion de l'Occultation d'une
Etoile du Sagittaire par la Lune , arrivée le
2 Août , vers les dix heures & demie du
foir.
Cet Ouvrage , qui eft in 8 ° . imprimé ſur
de bon papier & en beaux Caractéres , eſt
orné de huit Planches , & diftribué en
quatre Parties , lefquelles font précédées
d'une Hiftoire Générale de l'Aftronomie
ancienne.
La premiere partie contient un Expofé du
Systême Général du Monde , felon les Principes
de la Philofophie ancienne & moderd'où
l'on déduit le mouvement annuel
de la Terre autour du Soleil , & fa rotation
en 24 heures autour de fon Axe.
ne ,
La
2018 MERCURE DE FRANCE.
La feconde Partie eft un Abregé de la
Sphère, où il eft feulement traité des principaux
Cercles , Lignes & Points les plus
néceffaires pour l'intelligence du refte de
P'Ouvrage on y traite auffi , en peu de
mots , des réfractions , de la parallaxe & de
leurs effets.
On trouve enfuite un Traité complet &
fort étendu fur l'Aberration des Etoiles fixes
, avec plufieurs Tables qui ont rapport
à cette matiere , ce qui fait le fujet de la
troifiéme Partie ; on y fait voir dans quel
tems , & qui ont été les Aftronomes , qui
les premiers , fe font apperçus de l'Aberration
; qui font ceux , qui , en conféquence
de cette heureufe découverte , ont fait des
Obfervations innombrables pour la confirmer
; enfin , après avoir été convaincu de
ces apparences , & avoir rejetté differentes
hypothéfes , qu'on auroit formées pour les
expliquer , on verra comment on fauve ces
apparences , & de quelle façon on vient à
bout de les expliquer , au moyen du mouvement
annuel de la Terre autour du Soleil
, comparé au mouvement fucceffif de
la lumiere.
On fçait de quelle importance font les
corrections que l'on fait ordinairement
dans les hauteurs des Aftres , par rapport
aux réfractions , & à la parallaxe , & que
l'effet
SEPTEMBRE. 1744. 2019
l'effet de celle- ci détruit toujours une partie
, très-petite à la vérité , de l'effet de
l'autre , parce qu'elles font en fens contraires
; mais enfin quoique la parallaxe produife
un effet d'autant plus petit , que l'AL
tre eft proche du Zénith , fi néanmoins il
faut y avoir égard , combien , à plus forte
raifon , doit- on tenir compte de l'Aberration
, qui influë , non-feulement fur la Latitude
d'un Aftre, comme les deux caufes précédentes
, mais encore fait varier fa Longitude
fon Afcenfion droite & fa Déclinaifon
?
,
Cela fait voir qu'on étoit très -éloigné
d'avoir la vraie fituation des Etoiles fixes ,
& qu'on auroit été perpétuellement dans
F'erreur , fans cette admirable découverte ;
en effet , fi la paral'axe ne caufe que quelques
fecondes d'erreur dans les hauteurs ,
Aberration a un effet bien plus confidérable
, & on voit fouvent qu'elle peut déran
ger en apparence , d'une certaine quantité ,
non - feulement de fecondes , mais même
de plufieurs minutes , certaines Etoiles
de leur vrai lieu . C'eft ainfi que dans l'E
toile Polaire fon Aberration annuelle en
Latitude eft de 36 fecondes & demie ; elle eſt
d'une minute 40 fecondes en Longitude ,
d'environ 40 fecondes pour la Déclinaifon,
& l'Afcenfion droite de cette Etoile eft prefde
17. minutes. Après que
2020 MERCURE DE FRANCE.
Après que l'Auteur de cet Ouvrage a démontré
dans le courant de cette Partie
toutes les regles & les formules qu'on doit
fuivre pour calculer les differentes Aberrations
d'une Etoile quelconque , après avoir
averti de l'ordre qu'il convient de fuivre , &
même avoir fait l'application des regles an
Calcul d'une Etoile , il a jugé à propos ,
afin que le Lecteur ne fût point embarrallé
dans la recherche de toutes ces regles , de
les récapituler dans un Chapitre particulier,
& de renfermer dans des Cartouches , les
formules qu'il a déduites de la Théorie .
44
Il a de plus calculé & donné dans l'Ouvrage
une Table des plus grandes Aberrations
des Etoiles en Latitude , felon leurs diftances
de l'Ecliptique , de 10 minutes en
10 minutes , & depuis o jufqu'à 90 degrés.
Il a auffi donné deux autres Tables , l'une
des Longitudes & des Latitudes , & l'antre
des Afcenfions droites & Déclinaifons
de 20 des principales Etoiles, telles qu'elles
étoient au commencement de l'année 1740,
& vis-à-vis de chaque Etoile , il a eu foin de
placer fon mouvement annuel , tant en Afcenfion
droite , qu'en Déclinaiſon , afin
qu'on puiffe faire les réductions convenables
pour d'autres années , foit précédentes
ou à venir.
Deux autres Tables fuccedent à celles
dont
SEPTEMBRE, 1744. 2021
que
dont on vient de parler ; la premiere contient
les Lieux où fe trouve le Soleil , lorfl'Aberration
des mêmes 20 Etoiles eft
nulle en Afcenfion droite , elle contient
encore leurs plus grandes variations en
Aberration , qu'on trouve pofées entre les
deux tems de l'année où elles arrivent ; la
Partie du Monde yers laquelle ces variations
fe font , eft indiquée par ces mots Or.
& Occ. , c'est- à-dire Orient & Occident,
La deuxième Table contient l'Aberration
en Déclinaison de ces 20 Etoiles ,avec le mê
me ordre qu'on vient de dire pour l'Afcenfion
droite.Toutes ces Tables font fuivies de
leurs ufages, c'eft- à- dire, de la maniere d'appliquer
l'Aberration ,foit par rapport auxCalculs
, ou par rapport aux Obfervations Aftronomiques
; avec des Remarques très-curieufes
touchant les proprietés de la lumiere
lancée par les Etoiles.
Enfin la quatriéme & derniere partie traite
de l'Occultation des Etoiles fixes par la Lune.
On a déja fait remarquer dans le Mercure
& dans le Journal dont on a parlé cidevant
, de combien ces fortes d'Occultations
étoient préférables aux Phaſes obfervées
dans une Eclipfe de Lune , & même
aux Eclipfes des Satellites de Jupiter dans la
détermination des Longitudes ; car dans les
premieres Obfervations , on eft au moins
une
2022 MERCURE DE FRANCE
une minute ou deux dans l'incertitude du
commencement ou de la fin d'une Phaſe , &'
dans les Eclipfes des Satellites , une demie
minute & plus ; joint à cela que pour obferver
ces fortes d'Eclipfes , il faut employer
des Lunettes depuis 7 ou 8 pieds jufqu'à 18
& 20 de longueur. Les Occultations , des
Etoiles par la Lune , ne font point fujettes
à tous ces inconvéniens, car à caufe de la rapidité
du mouvement de la Lune, lorfqu'el
le paffe au-deffous d'une Etoile , l'Eclipſe eſt
inſtantanée , c'eſt- à -dire , qu'elle ſe fair ſi lubitement
, qu'il n'eft pas poffible qu'un Obfervateur
foit une demie feconde de tems
dans l'incertitude, ce qui eft un grand avantage,
fans compter qu'une Lunette de deux
ou trois pieds fuffit pour l'obferver.
Toutes ces confidérations ont engagé
l'Auteur à donner une Methode courte &
aifée pour déterminer facilement ces fortes
d'Eclipfes , au moyen d'une projection ; il
conduit même fon Lecteur dans la conftruction
de cette figure , & lui en fait faire l'application
, en prenant pour exemple une
Etoile du Sagittaire dont l'Eclipfe eft arrivée
le 2 Août 1743 , & à l'occafion de laquelle
il lui en fait détermir er toutes les
Phaſes ; cependant malgré la fimplicité de
cette Méthode , elle deviendroit ſouvent
inutile, fi , avant que d'entreprendre le Calcul
,
SEPTEMBRE. 1744. 1023
cul , on ne pouvoit pas s'affûrer fi une conjonction
de la Lune avec une Etoile fera
Ecliptique & de plus , vifible fur l'Horifon ,
c'eft à quoi l'Auteur s'eft attaché , de façon
qu'il efpere que le Public n'aura plus rien
à défirer fur cette matiere.
L'Auteur avertit encore les Curieux qu'ils
vont avoir la plus belle occafion de s'exercer
avec utilité fur cette matiere , qu'on puiffe
fouhaiter; car la Lune pendant trois ou quacre
années de fuite , va rencontrer chaque
mois quelques unes des 72 Etoiles qui compofent
la Conſtellation des Pleïades ; peuton
rien trouver de plus favorable à la Géographie
, pour la rétablir & la porter au plus
haut degré de perfection ? En effet , fi l'on
obferve ces Occultations avec foin dans les
Villes principales & dans tous les Ports de
Mer,pour enfuite fe les communiquer , il eſt
hors de doute qu'on aura la fituation de tous
ces Lieux , les uns à l'égard des autres ,
dans la derniere exactitude ; c'eft ce qu'on
a lieu d'efperer dans la fuite , & ce qui a
été le but de l'Auteur.
On doit bien obferver que le Lecteur aura
la fatisfaction de voir comment on peut faire
application de l'Aberration dans de
reils Calculs.
imprimer chés Quillau, Libraire, ruë
Galande , près la Place Maubert à Paris, un
Traité complet fur l'Aberration apparente
des Etoiles fixes, qu'il avoit annoncé dans le
fecondVolume duMercure & dans le Journal
de Trévoux du mois de Juin de l'année derniere
, à l'occafion de l'Occultation d'une
Etoile du Sagittaire par la Lune , arrivée le
2 Août , vers les dix heures & demie du
foir.
Cet Ouvrage , qui eft in 8 ° . imprimé ſur
de bon papier & en beaux Caractéres , eſt
orné de huit Planches , & diftribué en
quatre Parties , lefquelles font précédées
d'une Hiftoire Générale de l'Aftronomie
ancienne.
La premiere partie contient un Expofé du
Systême Général du Monde , felon les Principes
de la Philofophie ancienne & moderd'où
l'on déduit le mouvement annuel
de la Terre autour du Soleil , & fa rotation
en 24 heures autour de fon Axe.
ne ,
La
2018 MERCURE DE FRANCE.
La feconde Partie eft un Abregé de la
Sphère, où il eft feulement traité des principaux
Cercles , Lignes & Points les plus
néceffaires pour l'intelligence du refte de
P'Ouvrage on y traite auffi , en peu de
mots , des réfractions , de la parallaxe & de
leurs effets.
On trouve enfuite un Traité complet &
fort étendu fur l'Aberration des Etoiles fixes
, avec plufieurs Tables qui ont rapport
à cette matiere , ce qui fait le fujet de la
troifiéme Partie ; on y fait voir dans quel
tems , & qui ont été les Aftronomes , qui
les premiers , fe font apperçus de l'Aberration
; qui font ceux , qui , en conféquence
de cette heureufe découverte , ont fait des
Obfervations innombrables pour la confirmer
; enfin , après avoir été convaincu de
ces apparences , & avoir rejetté differentes
hypothéfes , qu'on auroit formées pour les
expliquer , on verra comment on fauve ces
apparences , & de quelle façon on vient à
bout de les expliquer , au moyen du mouvement
annuel de la Terre autour du Soleil
, comparé au mouvement fucceffif de
la lumiere.
On fçait de quelle importance font les
corrections que l'on fait ordinairement
dans les hauteurs des Aftres , par rapport
aux réfractions , & à la parallaxe , & que
l'effet
SEPTEMBRE. 1744. 2019
l'effet de celle- ci détruit toujours une partie
, très-petite à la vérité , de l'effet de
l'autre , parce qu'elles font en fens contraires
; mais enfin quoique la parallaxe produife
un effet d'autant plus petit , que l'AL
tre eft proche du Zénith , fi néanmoins il
faut y avoir égard , combien , à plus forte
raifon , doit- on tenir compte de l'Aberration
, qui influë , non-feulement fur la Latitude
d'un Aftre, comme les deux caufes précédentes
, mais encore fait varier fa Longitude
fon Afcenfion droite & fa Déclinaifon
?
,
Cela fait voir qu'on étoit très -éloigné
d'avoir la vraie fituation des Etoiles fixes ,
& qu'on auroit été perpétuellement dans
F'erreur , fans cette admirable découverte ;
en effet , fi la paral'axe ne caufe que quelques
fecondes d'erreur dans les hauteurs ,
Aberration a un effet bien plus confidérable
, & on voit fouvent qu'elle peut déran
ger en apparence , d'une certaine quantité ,
non - feulement de fecondes , mais même
de plufieurs minutes , certaines Etoiles
de leur vrai lieu . C'eft ainfi que dans l'E
toile Polaire fon Aberration annuelle en
Latitude eft de 36 fecondes & demie ; elle eſt
d'une minute 40 fecondes en Longitude ,
d'environ 40 fecondes pour la Déclinaifon,
& l'Afcenfion droite de cette Etoile eft prefde
17. minutes. Après que
2020 MERCURE DE FRANCE.
Après que l'Auteur de cet Ouvrage a démontré
dans le courant de cette Partie
toutes les regles & les formules qu'on doit
fuivre pour calculer les differentes Aberrations
d'une Etoile quelconque , après avoir
averti de l'ordre qu'il convient de fuivre , &
même avoir fait l'application des regles an
Calcul d'une Etoile , il a jugé à propos ,
afin que le Lecteur ne fût point embarrallé
dans la recherche de toutes ces regles , de
les récapituler dans un Chapitre particulier,
& de renfermer dans des Cartouches , les
formules qu'il a déduites de la Théorie .
44
Il a de plus calculé & donné dans l'Ouvrage
une Table des plus grandes Aberrations
des Etoiles en Latitude , felon leurs diftances
de l'Ecliptique , de 10 minutes en
10 minutes , & depuis o jufqu'à 90 degrés.
Il a auffi donné deux autres Tables , l'une
des Longitudes & des Latitudes , & l'antre
des Afcenfions droites & Déclinaifons
de 20 des principales Etoiles, telles qu'elles
étoient au commencement de l'année 1740,
& vis-à-vis de chaque Etoile , il a eu foin de
placer fon mouvement annuel , tant en Afcenfion
droite , qu'en Déclinaiſon , afin
qu'on puiffe faire les réductions convenables
pour d'autres années , foit précédentes
ou à venir.
Deux autres Tables fuccedent à celles
dont
SEPTEMBRE, 1744. 2021
que
dont on vient de parler ; la premiere contient
les Lieux où fe trouve le Soleil , lorfl'Aberration
des mêmes 20 Etoiles eft
nulle en Afcenfion droite , elle contient
encore leurs plus grandes variations en
Aberration , qu'on trouve pofées entre les
deux tems de l'année où elles arrivent ; la
Partie du Monde yers laquelle ces variations
fe font , eft indiquée par ces mots Or.
& Occ. , c'est- à-dire Orient & Occident,
La deuxième Table contient l'Aberration
en Déclinaison de ces 20 Etoiles ,avec le mê
me ordre qu'on vient de dire pour l'Afcenfion
droite.Toutes ces Tables font fuivies de
leurs ufages, c'eft- à- dire, de la maniere d'appliquer
l'Aberration ,foit par rapport auxCalculs
, ou par rapport aux Obfervations Aftronomiques
; avec des Remarques très-curieufes
touchant les proprietés de la lumiere
lancée par les Etoiles.
Enfin la quatriéme & derniere partie traite
de l'Occultation des Etoiles fixes par la Lune.
On a déja fait remarquer dans le Mercure
& dans le Journal dont on a parlé cidevant
, de combien ces fortes d'Occultations
étoient préférables aux Phaſes obfervées
dans une Eclipfe de Lune , & même
aux Eclipfes des Satellites de Jupiter dans la
détermination des Longitudes ; car dans les
premieres Obfervations , on eft au moins
une
2022 MERCURE DE FRANCE
une minute ou deux dans l'incertitude du
commencement ou de la fin d'une Phaſe , &'
dans les Eclipfes des Satellites , une demie
minute & plus ; joint à cela que pour obferver
ces fortes d'Eclipfes , il faut employer
des Lunettes depuis 7 ou 8 pieds jufqu'à 18
& 20 de longueur. Les Occultations , des
Etoiles par la Lune , ne font point fujettes
à tous ces inconvéniens, car à caufe de la rapidité
du mouvement de la Lune, lorfqu'el
le paffe au-deffous d'une Etoile , l'Eclipſe eſt
inſtantanée , c'eſt- à -dire , qu'elle ſe fair ſi lubitement
, qu'il n'eft pas poffible qu'un Obfervateur
foit une demie feconde de tems
dans l'incertitude, ce qui eft un grand avantage,
fans compter qu'une Lunette de deux
ou trois pieds fuffit pour l'obferver.
Toutes ces confidérations ont engagé
l'Auteur à donner une Methode courte &
aifée pour déterminer facilement ces fortes
d'Eclipfes , au moyen d'une projection ; il
conduit même fon Lecteur dans la conftruction
de cette figure , & lui en fait faire l'application
, en prenant pour exemple une
Etoile du Sagittaire dont l'Eclipfe eft arrivée
le 2 Août 1743 , & à l'occafion de laquelle
il lui en fait détermir er toutes les
Phaſes ; cependant malgré la fimplicité de
cette Méthode , elle deviendroit ſouvent
inutile, fi , avant que d'entreprendre le Calcul
,
SEPTEMBRE. 1744. 1023
cul , on ne pouvoit pas s'affûrer fi une conjonction
de la Lune avec une Etoile fera
Ecliptique & de plus , vifible fur l'Horifon ,
c'eft à quoi l'Auteur s'eft attaché , de façon
qu'il efpere que le Public n'aura plus rien
à défirer fur cette matiere.
L'Auteur avertit encore les Curieux qu'ils
vont avoir la plus belle occafion de s'exercer
avec utilité fur cette matiere , qu'on puiffe
fouhaiter; car la Lune pendant trois ou quacre
années de fuite , va rencontrer chaque
mois quelques unes des 72 Etoiles qui compofent
la Conſtellation des Pleïades ; peuton
rien trouver de plus favorable à la Géographie
, pour la rétablir & la porter au plus
haut degré de perfection ? En effet , fi l'on
obferve ces Occultations avec foin dans les
Villes principales & dans tous les Ports de
Mer,pour enfuite fe les communiquer , il eſt
hors de doute qu'on aura la fituation de tous
ces Lieux , les uns à l'égard des autres ,
dans la derniere exactitude ; c'eft ce qu'on
a lieu d'efperer dans la fuite , & ce qui a
été le but de l'Auteur.
On doit bien obferver que le Lecteur aura
la fatisfaction de voir comment on peut faire
application de l'Aberration dans de
reils Calculs.
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28
p. 2239
« On a dû expliquer les Enigmes & le Logogryphe du Mercure de Septembre par les [...] »
Début :
On a dû expliquer les Enigmes & le Logogryphe du Mercure de Septembre par les [...]
Mots clefs :
Ongles, Mouvement, Courlande
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a dû expliquer les Enigmes & le Logogryphe du Mercure de Septembre par les [...] »
On a dû expliquer les Enigmes& le Lo
gogryphe du Mercure de Septembre par les
Ongles, le Mouvement , & la Courlande. On
trouve dans le Logogryphe Cruel , Ane ,
Vole , Lourd, Col, Lard , Lune, Rade, Corne,
&Nard.
gogryphe du Mercure de Septembre par les
Ongles, le Mouvement , & la Courlande. On
trouve dans le Logogryphe Cruel , Ane ,
Vole , Lourd, Col, Lard , Lune, Rade, Corne,
&Nard.
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29
p. 39-50
DISCOURS sur l'utilité des fluides.
Début :
LES Atomes d'Epicure, les parties rameuses, angulaires, ou les globules des Cartésiens [...]
Mots clefs :
Eau, Air, Corps, Fluide, Fluidité, Parties, Mouvement, Fluides, Ballons, Animaux, Poids, Terre, Force, Action, Pores
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS sur l'utilité des fluides.
DISCOURS fur l'utilité des fluides. "
L
EsAtomes d'Epicure , fes parties rameuſes
, angulaires , ou les globules des Cartéfiens
ne fuffifent pas pour nous donner
une idée nette & préciſe des fluides. L'expérience
nous apprend que les parcelles qui
entrent dans la compoſition de ces forresde
corps ſont défunies , qu'elles ont une certaine
activité , au moyen de laquelle elles ſe
preffent mutuellement , en tout ſens & avec
égale force. Il feroit bien difficile qu'un amas
de parties crochuës , entortillées les unes
dans les autres , put nous donner cette admirable
élafticité , cette preſſion en tout
fens , cette diviſibilité qu'on admire dans les
fluides.
Mallebranche a démontré qu'il étoit impoſſible
d'expliquer l'équilibre des liqueurs ,
àmoins que d'en concevoir les parties comme
autant de tourbillons qui exercent les
uns contre les autres une action mutuelle
qui tire ſon origine de la tendance qu'ils
ont à s'éloigner d'un centre commun autour
duquel ils roulent.
M. de Molieres dans ſes Leçons de Phyfique
appuya le ſentiment de Mallebranche
40 MERCURE DE FRANCE.
de démonstrations Mathématiques , de raiſonnements
fondés ſur l'expérience. Il têcha
méme de découvrir l'origine des fluides;
il crut avoir réuſſi en nous les repréſentant
comme un afſemblage de petits ballons ,
ayant une force centrale commune , & uns
autre particuliere , qui toutes deux croiffent
en raiſon réciproque du quarré des diſtances.
Cette double action des fluides qui eft
propre à quelques - uns comme à l'air , à
l'eau , &c. & empruntée dans d'autres , com
me dans les métaux que le feu liquefie , nous
fournit d'heureuſes explications dont ſe trouvent
dépourvus ceux qui ne font entrer dans
la compoſition des liquides que des parties
rondes fans aucun mouvement autour de leur
centre. En effet , un tas de pareils globes
n'auroit aucun reſſort , n'exerceroit aucune
action contre ceux qui l'environnent , puifque
les parties qui le compoſent n'ont aucunmouvement
particulier ; d'où il fuit , contre
le ſentiment de Borelli , que la fluidité
ne dépend pas ſeulement de la configura.
tion des parties , & que des parties rondes
miſes en mouvement conſervant entr'elles
leur union , peuvent bien n'avoir aucune
fluidité autrement on devroit donner le
nom de liquide à une livre de Cendrée renfermée
dans une boëte , & que l'on feroit
mouvoir dans une fronde ,
د
DECEMBRE. 1744. 4
Après avoir expoſé l'idée qu'on doit fe
former d'un corps liquide , nous allons en
trer dans un détail abregé , autant qu'il fera
poſſible,des principaux avantages que l'homme
retire de la fluidité. Le plus grand fans
doute eſt celui de vivre , primum vivere ,
deinde philofophari. Or après Dieu , c'eſt au
fluide qui nous environne que nous devons
le jour , puiſque c'eſt lui qui nous procure la
reſpiration.
Les poumons d'un foetus font affaiſſfés
d'où l'on conclud qu'il ne reſpire pas dans
la matrice. Il vit cependant, mais ce n'eſt qu'à
la circulation du ſang de celle qui le porte
en ſes entrailles , qu'il eſt alors redevable de
la vie.
A peine l'enfant eſt dégagé de ſes enve
loppes , que les ballons d'air qui font preffés
de tout côté entrent par les ouvertures dunés
qua data porta ruunt , le mouvement irrite
la membrane pituitaire (de là les enfants
éternuent en naiffant) , l'air qui trouve un
paſſage libre , deſcend par la trachée-artère
dans le poumon, qui eſt compoſé de véſi
cules qui ſe dilatent ; voilà le myſtere de
l'inspiration. La poitrine qui s'étoit ouverte ,
preſſée par le reffort du poumon , chaffe
l'air quiy étoit contenu ; c'eſt ce qu'on nomme
expiration. Tant que ce mouvement al
ternatif dure , le ſang circule ; s'il ceffe , l'a
42 MERCURE DE FRANCE .
nimal meurt. De- là , felon M. Arbuthnot
l'état flafque & la peſanteur des poumons
des animaux morts dans la machine du vuide,
démontrent que le ſang s'eſt arrêté dans les
vaiſſeaux poulmonaires;aucun animal ne peut
vivre ſans reſpiration ; quelques uns croyent
que ce ſont les ouïes qui la procurent aux
aquatiques.
L'élaſticité des liquides ne provient que
de leur fluidité , ainſi les parties fulphureuſes
qui diminuent la fluidité de l'air en le
furchargeant , lui otent une partie de ſa vertu
élaſtique , deforte qu'etant corrompu ,
il n'a pas aſſez de force pour faire agir les
poumons. De-là vient la ſuffocation des animaux
dans les mines; dans ce principe on
trouve auffi la raiſon de l'expérience de M.
Hales , qui prouve que 74 pouces cubes
d'air ſuffiſent à peine à l'homme pour refpirer
pendant une minute. Notre haleine pro.
pre infecte & corrompt l'air , deſorte que fi
on renfermoit un homme dans une chambre
où nos petits ballons ne trouvaſſent point
d'entrée , il tomberoit dans d'affreuſes convulfions
, & expireroit en peu de tems ,
ainſi les habits de laine font utiles à la ſanté ,
parce qu'ils abſorbent les exhalaiſons & les
mauvaiſes humeurs .
Non ſeulement la fluidité de l'air ſert au
mouvement alternatif des poumons & à no
DECEMBRE. 1744. 43
tre ſanguification , mais encore, ſelon l'expérience
du Docteur Walternecdham , faite à
Oxford , elle peut faire revivre des animaux.
Ce Docteur pend un chien , qu'il laiſſe
dans cet état jufqu'à ce que le mouvement
du coeur entiérement ceffat enfuite il
ouvre l'animal , lui ſouffle dans le canal du
pecquet , le ſang ſe remet en mouvement ,
le coeur bat , le chien reſpire.
M. D. F. dans ſa Lettre 442 ſur les Ecrits
des Modernes , rapporte la façon dont M.
Arbuthnot prouve la propoſition d'Hypocrate
, qui prétend que les tailles des hommes
dépendent des différentes conftitutions
de l'air. Voici ſes termes : La taille des
animaux eſt modifiée par l'air ; les fibres
d'un animal qui croît s'y étendant comme
dans un fluide , qui par une douce pref
fion réſiſte au mouvement du coeur dans
• la dilatation& l'allongement de ces mêmes
fibres ; l'atmosphere réſiſtant par ſa
>> preffion comme un doux moule où le
>> corps eft formé durant ſon accroiſſement.
Outre cettepreffion extérieure, l'air fe mêec
30 lant avec les fluides animaux , détermine
→ leur être quant à la raréfaction , la conden-
→ſantion , la viſcofité , la ténuité , &c .
La fluidité de l'air eſt donc néceſſaire à
thomme pour vivre ; nous allons démontrer
que la ſeule fluidité de l'eau ſuffit pour la
végétation.
44 MERCURE DE FRANCE.
Où l'expérience décide , le raiſonnement
doit ſe taire , furtout en matière de Phyfique.
On a obſervé par le moyen du Titlfimale
, que dans la végétation il ſe fait une
circulation du ſuc de la terre , comme il s'en
fait une du ſang dans le corps des animaux ,
mais la terre y contribue-t-elle de telle forte
, qu'elle perde de ſa ſubſtance ? c'eſt ce
que nous allons examiner.
Si on met une branche de baume dans
un vaſe rempli d'eau ſeulement , elle pouffs
des racines , des branches , acquiert méme
juſqu'à des feuilles; l'eau peut donc fuffire à
la végétation , & contribue principalement à
l'accroiſſement des plantes ; voyons ſi la
terrey opére quelque choſe.
Onprend de la terre ſéche que l'on péfe
, on l'enferme dans une terrine , on a foin
qu'il ne s'en perde aucune parcelle , on y
met un arbriſſeau dont on connoît le poids ,
après l'avoir arrofé , toutes les fois qu'il en
a beſoin , & lorſque la plante a pouffé , on
laiſſe ſécher la terre , on la péſede nouveau ,
elle a toujours fon même poids , cependant
l'arbre a cru , il ajetté des racines , des feuilles
, des branches; où a- t-il pris de la matiére
pour croître ? Ce n'est pas de la terre ,
puiſqu'elle est toujours aufi péſante . M.
Harris fait là-deſſus pluſieurs obſervations ;
il rapporte des expériences faites en Angle
DECEMBRE. 1744 . 45
terre, qui toutes favoriſent ce ſentiment. Ce
qui paroît difficile à comprendre , c'eſt que
l'eau en montant dans les plantes , n'entraîne
pas avec elle quelques parcelles de terre ;
du moins il réſulte du fait , qu'elle n'en enleve
pas une quantité conſidérable.
Ce n'eſt pas affez d'avoir prouvé que l'eau
contribue preſque ſeule à la végétation ; il
me reſte à démontrer que c'eſt à ſa fluidité
que les plantes font redevables de leur accroiſſement.
Il eſt à remarquer que l'eau ne marche
pas ſans huile dans le ſyſteme de M. de Moliere
, ou felon l'opinion la plus commune ,
fans un air beaucoup plus ſubtil que celui
que nous reſpirons ; elle doit même une partie
de ſa fluidité à cette matiére ſubtiliſée .
Les plantes ont des tuyaux vuides que Malpighi
a découverts à l'aide de fes microſcopes .
L'eau par ſa fluidité monte dans ces foupiraux
comme dans des tubes capillaires , où
elle ne trouve aucune réſiſtance . Le Printems
vient-il ? la chaleur augmente le mouvement
de l'eau , deſſére la matière contenue
dans ſes pores. L'eau agitée porte dans
laplante les ſels dont elle a beſoin , & que
cet Elément renferme toujours lui-même ,
comme M. de Woodwars l'a démontré dans
fon Traité de la Végétation .
Plus l'eau eft pure , plus elle eſt ſaine
46 MERCURE DE FRANCE.
par conféquent plus elle est fluide , plus elle
s'accommode avec notre eſtomac ; de-la vient
que le pain de Goneſſe eſt ſi eſtimé , parce
que les eaux y font toujours bonnes. En
effet, l'eau eſtd'autant meilleure , qu'elle est
plus légere. Or l'eau eft d'autant plus légere,
qu'elle eſt plus fluide , parce qu'alors elle
eſt moins furchargée ; c'eſt peut- être par
cette raiſon que M. Lemeri ne donne la préférence
à l'eau de riviére , que pourvû quơn
la laiſſe repoſer avant que d'en boire , &
qu'on laprenne au deſſus des grandes Villes ,
où il eſt à préſumer qu'elle contiendra moins
d'immondices . D'ailleurs on juge de la légereté
des eaux , non par leur différente péfanteur,
mais par leur fubtilité à deſcendre
dans l'eſtomac ; or plus l'eau eft fluide , plus
elle eft fubtile.
En un mot , il n'eſt point de corps grave
qui ne doive ſon exiſtence au fluide qui l'environne;
s'il eſt quelque différence entre les
corps ſolides la variété des fluides qui entrent
dans leur compofition , leurs diverſes forces
centrifuges en ſont les ſeules & véritables
cauſes. L'or par exemple eſt le plus lourd
de tous les métaux , parce qu'il eſt le moins
poreux , d'où je concluds que ſous un pareil
volume , il renferme plus de parties ſolides ,
ſes pores ſont ſi étroits , qu'ils ne peuvent
tre remplis que de la matière éthérée qui
DECEMBRE. 1744. 47
eſt répandue dans l'air ; voilà pourquoi le
feu liquefie les métaux , car les ballons renfermés
dans leurs pores ſont ſi fluides , que
l'action de la chaleur les dilate; étant plus
ferrés , parce qu'ils font les plus petits , leur
débandement eſt plus fort , & ne ſe peut
faire ſans qu'il oblige les parties métalliques
de tourner autour d'un même centre . Des
ſels plus ou moins purs dominent dans les
pierres plus ou moins précieuſes; voilà la
cauſe de leur fragilité ; voilà pourquoi le feu
les calcine. Si le marbre eſt plus léger que
le plomb , c'est qu'il renferme dans ſes pores
plus de petits tourbillons qui font en équilibre
avec l'air extérieur , le fluide par conſéquent
exerce moins ſa force centrale ſur
lapierre que ſur le métail.
•Dans la décompoſition des corps où l'air ,
la lumière , le feu , le ſel élémentaire trouvent
un libre paffage , la Chymie découvre
leurs principes; tous les ſolides renferment
de la boue & du ſable : l'or cependant eſt
excepté , un grain d'or eſt toujours le même ,
il peut ſe diviſer en parties métalliques ,
mais ce ſera toujours de l'or. La cauſe de
cette différence eſt bien ſenſible dans la plupart
des corps ; il eſt des pores plus ou moins
larges qui laiſſent au fluide un libre paſſage
dès que les premiers ont été détruits par
La collifion. Alors nos ballons s'infinuent
1
8 MERCURE DE FRANCE.
de telle forte , qu'ils changent la configura,
tion des parties internes , & felon leur différente
preffion ils laiffent des corps plus ou
moins lourds. L'Or au contraire ne renfermant
dans fes pores que les ballons les plus
ſubtils , ce dérangement n'a pas lieu.
C'eſt la fluidité de l'eau qui empéche que
les créatures qui vivent dans ces Eléments
ne foient accablées du poids énorme de
ces ballons. Comme leur action eſt égale
en tout ſens , il y a une certaine preffion
de bas en haut qui ſoutient les animaux qui
y vivent , les empêche d'enfoncer , & leur
facilite le libre exercice de leurs fonctions .
Telle eft la nature des fluides,qu'un corps
plus lourd qu'un pareil volume de liquide
va au fond , parce qu'il preſſe plus le fluide
qu'il n'en eſt preffé. Si le corps eſt plus léger,
il ſurnage la preſſion du fluide qui eft
de bas en haut , étant plus forte que la gravité
du ſolide. Enfin ſi le corps hétérogéne
eſt d'égale peſanteur qu'un pareil volume
de fluide , l'action de l'un & de l'autre eſt
égale ; le ſolide doit donc alors garder la
place qu'on lui donne dans le liquide , d'où
il fuit qu'un corps plongé dans un fluide
doit perdre autant de ſon poids que péſe
un pareil volume de liquide ; de-là , deux
corps de différents poids perdront d'autant
plus de leur force dans l'eau , que leur vo
lume
DECEMBRE. 1744. 49
lume eſt plus grand. Ainſi au moyen de l'Hydrométre
, on découvre les faux Louis d'avec
ceux qui font de poids ; voyez M. Rivard
dans fon Abregé d'Algébre, Traité des Equations
, Probl. 8. où connoiſſant le poids d'un
corps composé de deux Métaux d'Or & d'Argent
, il apprend à trouver la quantité de
Por, & celle de l'Argent mélés dans le corps..
Voyez auffi M. Trabau dans ſes principes
ſur le mouvement & l'équilibre , Liv. 5 .
De-là l'on explique le vol des Oiseaux ;
comment des maſſes métalliques peuvent
flotter ſur l'eau ; pourquoi tels Vaiſſeaux enfoncent
dans les Riviéres qui ſurnageoient
fur les Ondes de la Mer , qui étant chargées
de ſels , leur oppoſoient plus de réſiſtance.
De-là vient que nous ne ſommes point accablés
du Cilindre ou Colomne d'air qui eſt
au deſſus de notre tête ,& qui ſelon le calcul
de M. Pluche , péſe au moins 20000 liv.
De - là auſſi cette admirabie propriété de
l'eau de ſe mêler avec une infinité de choſes
auſquelles elle s'unit ſi étroitement , qu'elle
enprend la couleur , la force , & la vertu.
L'admirable propagation de la lumiére
qui ſe fait dans un inftant Phyſique ; l'extréme
activité du feu , le ſon dont l'air eſt le
véhicule , font autant d'avantages , dont la
fluidité eſt la cauſe. Je ſerois infini fij'entrois
dans le détail de toutes les utilités de
C
,
50 MERCURE DE FRANCE.
leau ſeulement. On peut conſulter là-deſſus
la Théologie de l'eau par M. Fabricius , Je
ne puis cependant taire que le fluide qui
nous environne eſt la cauſe de notre odorat.
Les cavités du nés font remplies de lames
offeuſes , couvertes d'une membrane femée
d'un grand nombre de nerfs. Plus les animaux
ont de ces fortes de lames , plus la
membrane eſt étendue. Cette membrane eft
l'organe de l'odorat; l'air par le mouvement
commun à tous les liquides , détaché des
particules des corps , il entre par les ouvertures
du nés pour aider la reſpiration.
Chargé des corpufcules des corps odorants
, il frappe cette membrane , qui felon
qu'elle eſt plus ou moins étendue , reffent
plus ou moins l'impreſſion que fait le fluide
en allant à la trachée-artère. Voilà pourquoi
les Chiens de Chaffe ont l'odorat plus
fin , c'eſt aufli pourquoi ceux qui ne refpirent
que par la bouche en font dépourvus.
Cette invention des petits ballons n'eft
pas récente; il eſt honorable à M. de Moliéres
de l'avoir perfectionnée , mais on voit
dans Lucrece , Liv. 2 de la Nature des choſes
, que les Anciens en avoient quelque idée.
Illa equidem debent ex laribus atque rotundis
Eſſe magis fluido que corpore liquida conftant
Nec retinentur enim inter se glomeramina quæque
Et procurſu item in proclive volubilis extat.
LACOSTEle Cadet , à Dijon.
L
EsAtomes d'Epicure , fes parties rameuſes
, angulaires , ou les globules des Cartéfiens
ne fuffifent pas pour nous donner
une idée nette & préciſe des fluides. L'expérience
nous apprend que les parcelles qui
entrent dans la compoſition de ces forresde
corps ſont défunies , qu'elles ont une certaine
activité , au moyen de laquelle elles ſe
preffent mutuellement , en tout ſens & avec
égale force. Il feroit bien difficile qu'un amas
de parties crochuës , entortillées les unes
dans les autres , put nous donner cette admirable
élafticité , cette preſſion en tout
fens , cette diviſibilité qu'on admire dans les
fluides.
Mallebranche a démontré qu'il étoit impoſſible
d'expliquer l'équilibre des liqueurs ,
àmoins que d'en concevoir les parties comme
autant de tourbillons qui exercent les
uns contre les autres une action mutuelle
qui tire ſon origine de la tendance qu'ils
ont à s'éloigner d'un centre commun autour
duquel ils roulent.
M. de Molieres dans ſes Leçons de Phyfique
appuya le ſentiment de Mallebranche
40 MERCURE DE FRANCE.
de démonstrations Mathématiques , de raiſonnements
fondés ſur l'expérience. Il têcha
méme de découvrir l'origine des fluides;
il crut avoir réuſſi en nous les repréſentant
comme un afſemblage de petits ballons ,
ayant une force centrale commune , & uns
autre particuliere , qui toutes deux croiffent
en raiſon réciproque du quarré des diſtances.
Cette double action des fluides qui eft
propre à quelques - uns comme à l'air , à
l'eau , &c. & empruntée dans d'autres , com
me dans les métaux que le feu liquefie , nous
fournit d'heureuſes explications dont ſe trouvent
dépourvus ceux qui ne font entrer dans
la compoſition des liquides que des parties
rondes fans aucun mouvement autour de leur
centre. En effet , un tas de pareils globes
n'auroit aucun reſſort , n'exerceroit aucune
action contre ceux qui l'environnent , puifque
les parties qui le compoſent n'ont aucunmouvement
particulier ; d'où il fuit , contre
le ſentiment de Borelli , que la fluidité
ne dépend pas ſeulement de la configura.
tion des parties , & que des parties rondes
miſes en mouvement conſervant entr'elles
leur union , peuvent bien n'avoir aucune
fluidité autrement on devroit donner le
nom de liquide à une livre de Cendrée renfermée
dans une boëte , & que l'on feroit
mouvoir dans une fronde ,
د
DECEMBRE. 1744. 4
Après avoir expoſé l'idée qu'on doit fe
former d'un corps liquide , nous allons en
trer dans un détail abregé , autant qu'il fera
poſſible,des principaux avantages que l'homme
retire de la fluidité. Le plus grand fans
doute eſt celui de vivre , primum vivere ,
deinde philofophari. Or après Dieu , c'eſt au
fluide qui nous environne que nous devons
le jour , puiſque c'eſt lui qui nous procure la
reſpiration.
Les poumons d'un foetus font affaiſſfés
d'où l'on conclud qu'il ne reſpire pas dans
la matrice. Il vit cependant, mais ce n'eſt qu'à
la circulation du ſang de celle qui le porte
en ſes entrailles , qu'il eſt alors redevable de
la vie.
A peine l'enfant eſt dégagé de ſes enve
loppes , que les ballons d'air qui font preffés
de tout côté entrent par les ouvertures dunés
qua data porta ruunt , le mouvement irrite
la membrane pituitaire (de là les enfants
éternuent en naiffant) , l'air qui trouve un
paſſage libre , deſcend par la trachée-artère
dans le poumon, qui eſt compoſé de véſi
cules qui ſe dilatent ; voilà le myſtere de
l'inspiration. La poitrine qui s'étoit ouverte ,
preſſée par le reffort du poumon , chaffe
l'air quiy étoit contenu ; c'eſt ce qu'on nomme
expiration. Tant que ce mouvement al
ternatif dure , le ſang circule ; s'il ceffe , l'a
42 MERCURE DE FRANCE .
nimal meurt. De- là , felon M. Arbuthnot
l'état flafque & la peſanteur des poumons
des animaux morts dans la machine du vuide,
démontrent que le ſang s'eſt arrêté dans les
vaiſſeaux poulmonaires;aucun animal ne peut
vivre ſans reſpiration ; quelques uns croyent
que ce ſont les ouïes qui la procurent aux
aquatiques.
L'élaſticité des liquides ne provient que
de leur fluidité , ainſi les parties fulphureuſes
qui diminuent la fluidité de l'air en le
furchargeant , lui otent une partie de ſa vertu
élaſtique , deforte qu'etant corrompu ,
il n'a pas aſſez de force pour faire agir les
poumons. De-là vient la ſuffocation des animaux
dans les mines; dans ce principe on
trouve auffi la raiſon de l'expérience de M.
Hales , qui prouve que 74 pouces cubes
d'air ſuffiſent à peine à l'homme pour refpirer
pendant une minute. Notre haleine pro.
pre infecte & corrompt l'air , deſorte que fi
on renfermoit un homme dans une chambre
où nos petits ballons ne trouvaſſent point
d'entrée , il tomberoit dans d'affreuſes convulfions
, & expireroit en peu de tems ,
ainſi les habits de laine font utiles à la ſanté ,
parce qu'ils abſorbent les exhalaiſons & les
mauvaiſes humeurs .
Non ſeulement la fluidité de l'air ſert au
mouvement alternatif des poumons & à no
DECEMBRE. 1744. 43
tre ſanguification , mais encore, ſelon l'expérience
du Docteur Walternecdham , faite à
Oxford , elle peut faire revivre des animaux.
Ce Docteur pend un chien , qu'il laiſſe
dans cet état jufqu'à ce que le mouvement
du coeur entiérement ceffat enfuite il
ouvre l'animal , lui ſouffle dans le canal du
pecquet , le ſang ſe remet en mouvement ,
le coeur bat , le chien reſpire.
M. D. F. dans ſa Lettre 442 ſur les Ecrits
des Modernes , rapporte la façon dont M.
Arbuthnot prouve la propoſition d'Hypocrate
, qui prétend que les tailles des hommes
dépendent des différentes conftitutions
de l'air. Voici ſes termes : La taille des
animaux eſt modifiée par l'air ; les fibres
d'un animal qui croît s'y étendant comme
dans un fluide , qui par une douce pref
fion réſiſte au mouvement du coeur dans
• la dilatation& l'allongement de ces mêmes
fibres ; l'atmosphere réſiſtant par ſa
>> preffion comme un doux moule où le
>> corps eft formé durant ſon accroiſſement.
Outre cettepreffion extérieure, l'air fe mêec
30 lant avec les fluides animaux , détermine
→ leur être quant à la raréfaction , la conden-
→ſantion , la viſcofité , la ténuité , &c .
La fluidité de l'air eſt donc néceſſaire à
thomme pour vivre ; nous allons démontrer
que la ſeule fluidité de l'eau ſuffit pour la
végétation.
44 MERCURE DE FRANCE.
Où l'expérience décide , le raiſonnement
doit ſe taire , furtout en matière de Phyfique.
On a obſervé par le moyen du Titlfimale
, que dans la végétation il ſe fait une
circulation du ſuc de la terre , comme il s'en
fait une du ſang dans le corps des animaux ,
mais la terre y contribue-t-elle de telle forte
, qu'elle perde de ſa ſubſtance ? c'eſt ce
que nous allons examiner.
Si on met une branche de baume dans
un vaſe rempli d'eau ſeulement , elle pouffs
des racines , des branches , acquiert méme
juſqu'à des feuilles; l'eau peut donc fuffire à
la végétation , & contribue principalement à
l'accroiſſement des plantes ; voyons ſi la
terrey opére quelque choſe.
Onprend de la terre ſéche que l'on péfe
, on l'enferme dans une terrine , on a foin
qu'il ne s'en perde aucune parcelle , on y
met un arbriſſeau dont on connoît le poids ,
après l'avoir arrofé , toutes les fois qu'il en
a beſoin , & lorſque la plante a pouffé , on
laiſſe ſécher la terre , on la péſede nouveau ,
elle a toujours fon même poids , cependant
l'arbre a cru , il ajetté des racines , des feuilles
, des branches; où a- t-il pris de la matiére
pour croître ? Ce n'est pas de la terre ,
puiſqu'elle est toujours aufi péſante . M.
Harris fait là-deſſus pluſieurs obſervations ;
il rapporte des expériences faites en Angle
DECEMBRE. 1744 . 45
terre, qui toutes favoriſent ce ſentiment. Ce
qui paroît difficile à comprendre , c'eſt que
l'eau en montant dans les plantes , n'entraîne
pas avec elle quelques parcelles de terre ;
du moins il réſulte du fait , qu'elle n'en enleve
pas une quantité conſidérable.
Ce n'eſt pas affez d'avoir prouvé que l'eau
contribue preſque ſeule à la végétation ; il
me reſte à démontrer que c'eſt à ſa fluidité
que les plantes font redevables de leur accroiſſement.
Il eſt à remarquer que l'eau ne marche
pas ſans huile dans le ſyſteme de M. de Moliere
, ou felon l'opinion la plus commune ,
fans un air beaucoup plus ſubtil que celui
que nous reſpirons ; elle doit même une partie
de ſa fluidité à cette matiére ſubtiliſée .
Les plantes ont des tuyaux vuides que Malpighi
a découverts à l'aide de fes microſcopes .
L'eau par ſa fluidité monte dans ces foupiraux
comme dans des tubes capillaires , où
elle ne trouve aucune réſiſtance . Le Printems
vient-il ? la chaleur augmente le mouvement
de l'eau , deſſére la matière contenue
dans ſes pores. L'eau agitée porte dans
laplante les ſels dont elle a beſoin , & que
cet Elément renferme toujours lui-même ,
comme M. de Woodwars l'a démontré dans
fon Traité de la Végétation .
Plus l'eau eft pure , plus elle eſt ſaine
46 MERCURE DE FRANCE.
par conféquent plus elle est fluide , plus elle
s'accommode avec notre eſtomac ; de-la vient
que le pain de Goneſſe eſt ſi eſtimé , parce
que les eaux y font toujours bonnes. En
effet, l'eau eſtd'autant meilleure , qu'elle est
plus légere. Or l'eau eft d'autant plus légere,
qu'elle eſt plus fluide , parce qu'alors elle
eſt moins furchargée ; c'eſt peut- être par
cette raiſon que M. Lemeri ne donne la préférence
à l'eau de riviére , que pourvû quơn
la laiſſe repoſer avant que d'en boire , &
qu'on laprenne au deſſus des grandes Villes ,
où il eſt à préſumer qu'elle contiendra moins
d'immondices . D'ailleurs on juge de la légereté
des eaux , non par leur différente péfanteur,
mais par leur fubtilité à deſcendre
dans l'eſtomac ; or plus l'eau eft fluide , plus
elle eft fubtile.
En un mot , il n'eſt point de corps grave
qui ne doive ſon exiſtence au fluide qui l'environne;
s'il eſt quelque différence entre les
corps ſolides la variété des fluides qui entrent
dans leur compofition , leurs diverſes forces
centrifuges en ſont les ſeules & véritables
cauſes. L'or par exemple eſt le plus lourd
de tous les métaux , parce qu'il eſt le moins
poreux , d'où je concluds que ſous un pareil
volume , il renferme plus de parties ſolides ,
ſes pores ſont ſi étroits , qu'ils ne peuvent
tre remplis que de la matière éthérée qui
DECEMBRE. 1744. 47
eſt répandue dans l'air ; voilà pourquoi le
feu liquefie les métaux , car les ballons renfermés
dans leurs pores ſont ſi fluides , que
l'action de la chaleur les dilate; étant plus
ferrés , parce qu'ils font les plus petits , leur
débandement eſt plus fort , & ne ſe peut
faire ſans qu'il oblige les parties métalliques
de tourner autour d'un même centre . Des
ſels plus ou moins purs dominent dans les
pierres plus ou moins précieuſes; voilà la
cauſe de leur fragilité ; voilà pourquoi le feu
les calcine. Si le marbre eſt plus léger que
le plomb , c'est qu'il renferme dans ſes pores
plus de petits tourbillons qui font en équilibre
avec l'air extérieur , le fluide par conſéquent
exerce moins ſa force centrale ſur
lapierre que ſur le métail.
•Dans la décompoſition des corps où l'air ,
la lumière , le feu , le ſel élémentaire trouvent
un libre paffage , la Chymie découvre
leurs principes; tous les ſolides renferment
de la boue & du ſable : l'or cependant eſt
excepté , un grain d'or eſt toujours le même ,
il peut ſe diviſer en parties métalliques ,
mais ce ſera toujours de l'or. La cauſe de
cette différence eſt bien ſenſible dans la plupart
des corps ; il eſt des pores plus ou moins
larges qui laiſſent au fluide un libre paſſage
dès que les premiers ont été détruits par
La collifion. Alors nos ballons s'infinuent
1
8 MERCURE DE FRANCE.
de telle forte , qu'ils changent la configura,
tion des parties internes , & felon leur différente
preffion ils laiffent des corps plus ou
moins lourds. L'Or au contraire ne renfermant
dans fes pores que les ballons les plus
ſubtils , ce dérangement n'a pas lieu.
C'eſt la fluidité de l'eau qui empéche que
les créatures qui vivent dans ces Eléments
ne foient accablées du poids énorme de
ces ballons. Comme leur action eſt égale
en tout ſens , il y a une certaine preffion
de bas en haut qui ſoutient les animaux qui
y vivent , les empêche d'enfoncer , & leur
facilite le libre exercice de leurs fonctions .
Telle eft la nature des fluides,qu'un corps
plus lourd qu'un pareil volume de liquide
va au fond , parce qu'il preſſe plus le fluide
qu'il n'en eſt preffé. Si le corps eſt plus léger,
il ſurnage la preſſion du fluide qui eft
de bas en haut , étant plus forte que la gravité
du ſolide. Enfin ſi le corps hétérogéne
eſt d'égale peſanteur qu'un pareil volume
de fluide , l'action de l'un & de l'autre eſt
égale ; le ſolide doit donc alors garder la
place qu'on lui donne dans le liquide , d'où
il fuit qu'un corps plongé dans un fluide
doit perdre autant de ſon poids que péſe
un pareil volume de liquide ; de-là , deux
corps de différents poids perdront d'autant
plus de leur force dans l'eau , que leur vo
lume
DECEMBRE. 1744. 49
lume eſt plus grand. Ainſi au moyen de l'Hydrométre
, on découvre les faux Louis d'avec
ceux qui font de poids ; voyez M. Rivard
dans fon Abregé d'Algébre, Traité des Equations
, Probl. 8. où connoiſſant le poids d'un
corps composé de deux Métaux d'Or & d'Argent
, il apprend à trouver la quantité de
Por, & celle de l'Argent mélés dans le corps..
Voyez auffi M. Trabau dans ſes principes
ſur le mouvement & l'équilibre , Liv. 5 .
De-là l'on explique le vol des Oiseaux ;
comment des maſſes métalliques peuvent
flotter ſur l'eau ; pourquoi tels Vaiſſeaux enfoncent
dans les Riviéres qui ſurnageoient
fur les Ondes de la Mer , qui étant chargées
de ſels , leur oppoſoient plus de réſiſtance.
De-là vient que nous ne ſommes point accablés
du Cilindre ou Colomne d'air qui eſt
au deſſus de notre tête ,& qui ſelon le calcul
de M. Pluche , péſe au moins 20000 liv.
De - là auſſi cette admirabie propriété de
l'eau de ſe mêler avec une infinité de choſes
auſquelles elle s'unit ſi étroitement , qu'elle
enprend la couleur , la force , & la vertu.
L'admirable propagation de la lumiére
qui ſe fait dans un inftant Phyſique ; l'extréme
activité du feu , le ſon dont l'air eſt le
véhicule , font autant d'avantages , dont la
fluidité eſt la cauſe. Je ſerois infini fij'entrois
dans le détail de toutes les utilités de
C
,
50 MERCURE DE FRANCE.
leau ſeulement. On peut conſulter là-deſſus
la Théologie de l'eau par M. Fabricius , Je
ne puis cependant taire que le fluide qui
nous environne eſt la cauſe de notre odorat.
Les cavités du nés font remplies de lames
offeuſes , couvertes d'une membrane femée
d'un grand nombre de nerfs. Plus les animaux
ont de ces fortes de lames , plus la
membrane eſt étendue. Cette membrane eft
l'organe de l'odorat; l'air par le mouvement
commun à tous les liquides , détaché des
particules des corps , il entre par les ouvertures
du nés pour aider la reſpiration.
Chargé des corpufcules des corps odorants
, il frappe cette membrane , qui felon
qu'elle eſt plus ou moins étendue , reffent
plus ou moins l'impreſſion que fait le fluide
en allant à la trachée-artère. Voilà pourquoi
les Chiens de Chaffe ont l'odorat plus
fin , c'eſt aufli pourquoi ceux qui ne refpirent
que par la bouche en font dépourvus.
Cette invention des petits ballons n'eft
pas récente; il eſt honorable à M. de Moliéres
de l'avoir perfectionnée , mais on voit
dans Lucrece , Liv. 2 de la Nature des choſes
, que les Anciens en avoient quelque idée.
Illa equidem debent ex laribus atque rotundis
Eſſe magis fluido que corpore liquida conftant
Nec retinentur enim inter se glomeramina quæque
Et procurſu item in proclive volubilis extat.
LACOSTEle Cadet , à Dijon.
Fermer
30
p. 60-86
SEANCE publique de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres le 13 Novembre 1744.
Début :
Nous avons promis de rendre compte à nos Lecteurs de la séance publique [...]
Mots clefs :
Anciens, Villes, Modernes, Peuple, Peuples, Nicolas Fréret, Terre, Charles d'Orléans de Rothelin, Hommes, Mouvement, Gaules, Gaule, Découvertes, Romains, Éloge, Histoire, Religion, Planètes, Soleil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE publique de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres le 13 Novembre 1744.
SE'AN CE publique de l'Académie Royale
des Inscriptions & Belles-Lettres le 13
Novembre 1744.
N
Ous avons promis de rendre compte
à nos Lecteurs de la féance publique
de l'Académie des Belles - Lettres du 13.
Novembre dernier. M. Freret Sécretaire
perpétuel de cette Académie lut d'abord
l'Eloge de M. l'Abbé de Rothelin , Académicien
honoraire de l'Académie des Belles-
Lettres, mort le 17 Juillet 1744 .
Nous allons en donner ici l'extrait.
au
CHARLES D'ORLEANS DE ROTHELIN
né à Paris le 5 Août 169 1 étoit le ſixiéme
des enfans de Henri d'Orléans Marquis de
Rothelin , tué le 18 Septembre ſuivant
combat de Leuze à la tête des Gendarmes,
& de Gabrielle - Eléonore de Montaut de
Navailles , ſeconde fille du Maréchal Duc
de Navailles mort dès l'année 1684,
Il ſe trouva dans une eſpece d'indépendance
à l'âge de 9 ans , ayant perdu fucceffivement
dans l'eſpace de deux années la
Marquiſe de Rothelin ſa mere & la Maréchale
de Navailles fon ayeule. Mais une foeur
DECEMBRE. 1744. 6
plus âgée que lui de 14 ans & reſpectable
dès-lors par fon mérite & ſa vertu lui tint
lieu de mere, & le jeune Abbé de Rothelin ,
né avec les plus heureuſes diſpoſitions pour
le coeur comme pour l'eſprit , ſe ſoumit
avec une joye pleine de reconnoiſſance à fon
autorité.
Il fut mis très-jeune en penfion auCollege
d'Harcourt. L'Auteur de l'Eloge fans
s'arrêter au détail de ſes premieres étudesqu'il
fit avec un ſuccès brillant , infifta particulierement
ſur la généroſité remarquable
avec laquelle n'ayant encore que 13 ans
1& cadet d'une Famille nombreuſe , il ſe
chargea ſecrettement de la ſubſiſtance d'un
Précepteur , homme de mérite , que des.
infirmités fâcheuſes avoient obligé d'ôter
d'auprès de lui. Il rendit compte enſuite de
ſes progrès rapides dans l'Etude de laThéologie
à laquelle il ſe livra tout entier , parce
qu'il regardoit cette Etude comme un devoir
* de fon état , & que quelque jeune qu'il ait
été , tout ce qui ſe préſenta à ſes yeux ſous la
forme de devoir fut toujours ſacré pour lui.
Il n'eſt pas poſſible de rappeller ici le
détail intéreſſant dans lequel eſt entré M.
Freret, ſur les ſervices importans que M.
l'Abbé de Rothelin rendit en 1717 à fa
Famille dont il fut l'arbitre dans des affaires
d'une longue & pénible diſcuſſion,fur fon
62 MERCURE DE FRANCE.
voyage & ſon ſéjour en Italie où il puiſa la
connoiffance & legout des Médailles , ſur le
magnifique Cabinet qu'il en forma en aflés
peu de tems , ſur les différentes ſuites qui
compoſent cette riche collection , l'une des
plus belles de l'Europe de l'aveu des Connoiffeurs
, enfin ſur la Bibliotheque qu'il
laiſſe , Bibliotheque nombreuſe formée
avec un gout infini , digne en un mot de
la réputation dont elle jouit , & qui eft
l'aſſemblage non ſeulement des meilleurs
Livres en tout genre , mais encore des plus
rares & des plus finguliers.
Après ces détails circonstanciés , M. Freret
rendit un compte exact de tout le travail
que M. l'Abbé de Rothelin avoit ertrepris
pour mettre le Poëme de l'Anti- Lucrece en
état de paroître. M. le Cardinal de Polignac
avec lequel il étoit lié depuis longtems
par l'amitié la plus intime , le lui avoit
remis en mourant , en lui laiſſant la liberté
de le donner au Public , ou de le ſupprimer.
Arbitre du fort de cet important Ouvrage
, il ne négligea rien pour répondre à
la confiance de ſon Auteur , & s'étant afſuré
par un grand nombre de lectures réfléchies ,
faites avec tous ceux qu'il a cru capables
d'en juger , qu'il méritoit d'être publié , il a
peu de tems avant ſa mort remis le manufcrit
dans l'état où il doit paroître , à un
DECEMBRE. 1744.. 63
homme de mérite qui s'eſt chargé du ſoin
de l'Edition . M. l'Abbé de Rothelin en avoir
commencé la Traduction , mais ſa ſanté ne
lui permettant pas de continuer ce travail ,
il s'eft borné au premier Livre , & a chargé
du reſte un jeune homme qu'il aimoit , &
dont le caractére & les talens méritoient:
cette marque de ſa confiance. La Tiaduction
faite fous ſes yeux ſera en état deparoî--
tre avec le Texte Latin.
* •Il eſt peu d'Auteurs que l'amour de leurs
productions eût pu foutenir dans un travail
auffi long , auſſi fatiguant , & méme auſſi
déſagréable que celui auquel M. l'Abbé de
Rothelin s'étoit engagé pour l'Ouvrage d'un
Ami mort. Auffi étoit-il animé par un motifbien
plus noble , dont on a cru devoir
rendre compte.
つか
» Les premiers momens de la perte d'un
Ami , difoit - il , ne font pas ceux où cette
>> perte eſt plus douloureuſe : on s'empreſſe.
alors de la partager avec nous , on mêle
ſes regrets avec les nôtres. Notre Ami
vit encore dans le ſouvenir de ceux qui
> nous en parlent , mais quand le tems a ef-
৩১
دد
သ
১১ facé fon nom de la mémoire des autres
>> hommes , quand on ne nous en parle plus ,
>> quand il ne vit plus que dans notre coeur,
22 c'eſt alors que nous reſſentons toute l'é-
5. tendue de notre perte. Le ſeul moyen
64 MERCURE DE FRANCE.
১১
ॐ
d'en adoucir l'amertume , ajoutoit- il,
c'eſt de faire revivre notre Ami dans la
mémoire des hommes , c'eſt de les forcer
>> en quelque ſorte de s'en occuper. L'eſpérancé
de rendre ce ſervice au Cardinal de
Polignac avoit foutenu M. l'Abbé de Rothelin.
Une délicateſſe de ſentimens ſi rare fufiroit
pour donner une idée de ſon caractére
; caractére aimable que l'Auteur de l'Eloge
s'eſt attaché principalement à développer ,
&dont il a réuni tous les traits dans un tableau
qui le peint au naturel. Il le repréſente
plein de ſenſibilité pour ſes Amis , extrêmement
attentif à remplir juſqu'aux moindres
devoirs de l'amitié , mais n'exigeant rien
d'eux , & recevant les témoignages de leur
attachement&de leur reconnoiffance , comme
un préſent de leur part. On le voit annonçant
ce qu'il étoit par un air de dignité
&'de décence répandu ſur toute ſa perfonne
, mais qu'une noble ſimplicité rendoit infiniment
aimable. Plein de douceur , mais fans
foibleſſe ; toujours vrai& même très-ferme,
lorſque la raifon , la vertu ou la fidélité à
fes Amis demandoient qu'il le fut : naturellement
ſérieux , mais portant dans le commerce
ordinaire une gayeté douce qui ſe
faiſoit ſentir dans ſes converſations les plus
folides . Enfin un dernier trait qui achevé de
DECEMBRE. 1744. 65
2
le caractériſer , & qui donne un prix réel à
ſes autres qualités , c'étoit un attachement
fincére pour ſa Religion. Une ame comme
la fienne , dont la vertu & la raiſon avoient
toujours réglé tous les mouvemens , étoit
faite , ſuivant la remarque de l'Auteur de l'Eloge
, pour être une ame religieuſe. Lorſque
l'occaſion de défendre la vérité de la Religion
ſe préſentoit , il le faifoit toujours avec
force , mais ſans que la vivacité de ſa
perfuafion altérât jamais la douceur de fon
caractére , il croyoit que c'eût été rendre un
mauvais ſervice à la vérité , que d'employer
pour la défendre le langage de la paffion.
Sa poitrine qui avoit toujours été très-délicate
, fut abfolument attaquée au commencement
de cette année : il prévit des premiers
les ſuites inévitables de ſa maladie :
mais dans le tems même qu'il étoit le plus
occupé des penſées que doit inſpirer la vue
d'une fin prochaine , il cherchoit encore à
épargner cette idée à ſes Amis , & à une Famille
à qui il étoit infiniment cher. Dans ces
fortes de maladies l'ame conferve juſqu'au
dernier moment toute fon activité. Rien ne
la diſtrait du ſpectacle d'une mort qui s'approche
à chaque inftant , & qui s'empare de
nous en détail . C'eſt alors que la patience
devient d'un uſage bien difficile , ſurtout cette
patience continue , tranquille , ſans appareil
& même sans effort, telle qu'a été celle de
M.l'Abbé de Rothelin pour qui l'expression
de posséder son ame en paix sembloit avoc
été faite suivant la reflexion de M. Freret:
M. l'Abbé de Rothelin est mort dans loI
sentimens de Religion dont il avoit toujours
été pénétré. Il conferva jusqu'au dernier info
tant l'usage de sa raison, & dit le dernie
adieu à chacun de ses Amis en particulier!
avec la même fermeté que s'il s'en sut sépar
pour un voyage.
Cet éloge
fut
suivi d'un Mémoir e lu pa.
M. Freret fous lé titre d'Observations Géné
raies sur l'étude de l'ancienne Philosophie.
Une reflexion générale commença ce Mê
moire & annonça le but de l'Auteur.
remarqua que dans le cours des disputes qui
la comparaison des Anciens & des Moden
nes fit naître vers la fin du siécle passé
,
le,
Partisans de l'Antiquité épris du mérite de
Anciens en Poësie & en Eloquence, parCl:
que ce genre de mérite étoit le seul qu'iH
fussent en état de bien sentir, les considés,
t
rerent uniquement commePoëtes ou commu
Orateurs, jamais comme Philosophes; qui
ce silence de leur part sur un point decettéimportance,
a été regardé comme un aveu
formel de la supériorité des Modernes dans
les matieres Philosophiques, & que c'est ;
cette cause qu'il faut principalement attri
.1.
uer le peu de cas que l'on fait aujourd'hui
b la Philosophie ancienne.
M. Freret entreprenoit de prouver comien
ce mépris qu'affectent la plûpart de
eux qui s'appliquent aux sciences exactes,
fl mal fondé; il le fit d'abord par une Obrvation
fort simple. Il leur demanda si ce
'est pas aux Anciens qu'ils doivent les Elemens
de ces Sciences, Elémens nécessaiès
& d'un usage indispensable; s'ils connoisent
dans la Géométrie, dans la Dialeéctilue,
dans l'Astronomie d'autre route que.
celle qui leur a été frayée par les Anciens.
A remarque que ces Elemens qui ne font autre
chose que les vérités primitives, les Principes
fondamentaux de nos connoissances,
ont été le résultat d'une longue fuite d'Observations
& de découvertes, fruit pénible
de Combinaisonsdifficiles, de Méditations
profondes & refléchies, dont des hommes
d'un génie supérieur étoient seuls capables.
D'où il fuit que si nous avons tiré de ces
Principes des conséquences inconnues à ceux
qui nous ont précédé, nous ne sommes pas
en droit de les mépriser, que nous devons
au contraire désirer de nous instruire du
chemin qui les a conduits à de pareilles
connoissances
,
étudeintéressante qui non
feulement apprendroit l'Histoire la plus inftruétive
& la plus agréable de toutes
68 MERCURE DE FRANCE .
celle de l'eſprit humain , mais qui pouroit
occafionner d'utiles découvertes. C'eſt ce
que M. Freret prouva par un exemple célebre
, par celui du ſçavant M. Halley qui
nous apprend lui-méme par un Mémoire
imprimé en 1691 , que c'eſt dans ce que
rapportent Geminus , Pline , Ptolemée , &
même Suidas , des propriétés attribuées par
les Chaldéens à leurs Sares Astronomiques
ou Périodes de 223. lunaiſons qu'il avoit
puiſé l'importante vuë à laquelle l'Aſtronomie
& la Navigation ſont redevables de
ſon travail , pour déterminer le mouvement
de la Lune. Combien de ſemblables découvertes
ne produiroit pas l'Hiſtoire des anciennes
opinions Philofophiques , étudiée
par des hommes du mérite de M. Halley !
C'eſt la conclufion que tira M. Freret , &
que tous ſes Lecteurs tireront avec lui. Il
ajoûte qu'à meſure que l'Hiſtoire naturelle
s'eſt perfectionnée , on a reconnu la vérité
de pluſieurs faits avancés par les Anciens &
traités de fables par les Modernes. Le hazard
ſeul a occaſionné la plupart de ces découvertes.
Un examen attentif qui ſçauroit
mettre à profit les fautes mêmes & les mépriſes
des Anciens , ne rendroit-il pas ces
hazards plns fréquents ? La découverte des
Satellites des Planettes , celle de cet amas
de petites Etoiles qui compoſent la voie
DECEMBRE هو 1744
lactée , font dûs au Teleſcope , préſent du
hazard , perfectionné par l'illuſtre Galilée .
Les Anciens privés de ce ſecours ne pouvoient
deviner les Satellites , mais ils ont
ſoupçonné l'exiſtence des Cometes ; la raiſon
que donnoient les Pythagoriciens de l'apparence
lumineuſe qui les accompagne ne
deshonoreroit pas la Phyſique Moderne ;
pour la voie lactée , le raiſonnement ſeul les
avoit convaincu de ce que le Teleſcope nous
a fait voir ; l'Iſochroniſme eſt une propriété
des vibrations du Pendule dont Galilée &
Riccioli ont les premiers fait uſage parmi les
Modernes , mais les Aſtronomes Arabes la
connoiffoient & l'appliquoient aux Obfervations
Aſtronomiques. Si on ne fit pas alors
ſervir cette découverte aux uſages ordinaires
de la vie , ce fût le défaut d'un certain concours
de circonstances , ſans la réunion defquelles
elle feroit une ſeconde- fois retombée
dans l'oubli dont on l'a préſervée en la faiſant
entrer dans la conſtruction des Horloges.
De tous ces exemples & d'une infinité
d'autres qu'une plus grande familiarité avec
les Anciens nous offriroit , l'Auteur conclud
qu'un grand nombre de découvertes Modernes
& de Siſtemes nouveaux ne ſont au
fond que des opinions anciennes , abandonnées
peut- être & repriſes déja pluſieurs fois ,
& qui ſe ſont préſentées de nouveau à des
70 MERCURE DE FRANCE
hommes qui s'en croyant les Auteurs , ont
mis tout en oeuvre pour les faire valoir. Telle
eſt entre autres le ſyſteme Neutonien qui
dépouillé de l'appareil de ſes calculs , ſe réduit
à celui d'Empédocle : les deux forces
en équilibre à l'action oppoſée deſquelles cet
ancien Philoſophe attribuoit la formation de
l'Univers ,& qu'il défignoit poëtiquement par
les termes figurés d'Amour & de Diſcorde ,
ne font autre choſe que l'attraction Neutoniene
, & le mouvement de tranflation . М.
Freret convient que la ſuite des tems & des
hazards heureux mis à profit ont augmenté
le nombre de nos connoiſſances particulieres
, mais il doute qu'ils ayent fourni de nouvelles
idées générales ; ils n'ont ſouvent fervi
qu'à faire revivre de vieilles opinions décriées
depuis long-tems , comme celle de l'Electricité
univerſelle de tous les corps , des amours
&de la différence du Sexe dans les Plantes ,
&c. Les forces de l'eſprit humain font fi
bornées & les objets de nos connoiffances
ſi peu variés , que le nombre des Combinaifons
poſſibles de nos idées a dû s'étre épuiſé
d'aflés bonne heure , peut-être ajouta-t-il ,
ne faiſons nous depuis affés long-tems que
les repeter.
La comparaiſon détaillée des différents
Syſtêmes , Métaphiſiques des Anciens , & de
leurs opinions ſur la Phyſique particuliere ,
DECEMBRE 1744 71
avec les hypotheſes Modernes , fourniroit
bien des preuves de cette propofition. Mais
M. Freret fans embraſſer cle projet dont les
bornes d'un Mémoire ne font pas fufceptibles
, ſe contenta de donner une idée générale
des trois Syſtêmes Aſtronomiques imaginés
par les Anciens.
Quelque générale que fut cette idée , on
peut dire avec fondement qu'elle renfermoit
un abrégé clair & précis de toute l'ancienne
Aſtronomie dont elle offrit l'Hiſtoire ſous un
point de vuë auſſi intéreſſant qu'il étoit nouveau.
Nous ne pouvons ſuivre l'Auteur dans
cette explication détaillée qu'il faudroit lire
dans l'Ouvrage méme. Nous nous contenterons
de donner en peu de mots l'idée de
chaque Hypothefe.
Premier Systême. La plus ancienne eſt celle
des Egyptiens adoptée par Thales, & par
preſque toutes les branches de la Secte Ionique;
dans ce Syſteme aujourd'huifort peu.
connu la Terre , comme dans celui de Ticobrahé
, occupe le centre du monde , mais elle
y eſtmobile au tour de fon axe & fait en
24heures fa révolution d'Occidenten Orient,
les Planettes placées à différentes diftances de
laTerre font auſſi leur révolution propre dans
le même ſens , mais dans des tems inégaux ,
ſuivant la différence de leur éloignement , les
hommes leur attribuant le mouvement de
72 MERCURE DE FRANCE.
la Terre ſuppoſent que tous les corps céleftes
ont un mouvement général d'Orient
en Occident & un autre mouvement particulier
d'Occident en Orient , autour de cette
Planette , par des raiſons que nous ne pouvons
expoſer ici.
Ce Siſtême ſimple ne ſe trouvant pas fu!.
fiſant pour rendre raiſon de tous les nouveaux
Phénomenes on y fit quelques additions
que M. Freret expoſa en infiftan
particulierement ſur celle de l'obliquité de
l'Ecliptique , & fur l'Hipotheſe des deux mouvemens
de Venus & de Mercure , l'un autour
du Soleil , l'autre autour du centre commun
avec le Soleil même dont ils ſont les Sateltites
, felon l'expreffion des Anciens , double
révolution imaginée pour expliquer les différentes
fituationsde ces deux Planettes , foit
entre elles , ſoit par raport au Soleil , foit par
raport à nous.
Secondſiſtême ; il pafla au ſecond Siftême
attribué vulgairement à Ptolemée , mais qui
étoit celuides Philoſophes Athéniens . Eudoxe
de Cnide l'avoit imaginé pour réfoudre
le Problême propoſé par Platon fon maître.
Dans cette Hypotheſe la Terre eſt immobile
au centre du monde , les Planettes tournent
autour d'elle d'Orient en Occident dans l'efpace
de 24 heures , & chacune eſt de plus
attachée à un cercle particulier qui l'emporte
en
• DECEMBRE 1744 . 73
en même tems dans un ſens contraire. Ce
Cercle lui-meme eſt emporté par un autre.
Enfin Mercure, Venus, Mars , Jupiter & Saturne
ont encore un quatrićme mouvement
qui eſt la cauſe de leur Station, accélération
& rétrogradation apparentes,
Ces Cercles ou ſpheres furent d'abord au
nombre de 26. Inſenſiblement de nouvelles
apparences qui ſe préſentoient à expliquer ,
augmenterent ce nombre d'abord juſqu'à 33 ,
enfuite juſqu'à 50. Enfin pour rendre raiſon
de l'Apogée & du Perigée des Pianettes ,
quelques-uns eurent recours aux Epicycles ,
mais comme cette nouvelle ſuppoſition rerdoit
les révolutions des corps céleftes excentriques
à la Terre, le mouvement concentrique
à la terre étant regardé comme un point
de Religion, pluſieurs la rejetterent; ils aimerent
mieux multiplier les Spheres. Fracaſtor
dans le fiecle paffé en imagina juſqu'à 79 différentes
.
:
Troifiéme Sistême ; Enfin un troifiéme Siftême
, dont M. Freret foupçonne les Chaldéens
d'étre les auteurs , & que ſuivoient
les Diſciples de Pythagore , faiſoit le Soleil
centre immobile de tous les mouvemens céleftes;
il eſt conforme en toutes les parties
àcelui de Copernic , & par confequent n'a
pas beſoin d'être détaillé.
Quelque abſurde que paroiſſe le ſecond
D
74 MERCURE DE FRANCE,
Siftême , il ſeroit injuſte de rejetter cette
abſurdité ſur ſes auteurs , & le mépris qu'on
enfait n'eſt fondé que fur ce qu'on le regarde
comme une Hypotheſe Phyſique , idée fauſſe
& que détruifirent abſolument les Obſervations
de M. Freret. Il prouva clairement &
par des textes formels que ce Sittême n'étoit
donné que pour une Hypotheſe Aftronomique,
uniquement imaginéepour afſujettir
les apparences au calcul , & que les Aſtronomes
Grecs en ſentoient comme nous les
abſurdités Phyſiques , mais qu'ils étoient obligés
de l'employer par la crainte d'irriter la
ſuperſtition populaire , qui avoit fait un dogme
Religieux de l'immobilité de la Terre
au centre du monde. Que c'étoit cette crain
te qui avoit empêché Platon de ſe déclarer
ouvertement pour l'Hypotheſe Pythagori.
cienne qu'il adoptoit fécretement ſuivant
Theophrafte ; qu'Ariſtarque qui avoit ofé la
foutenir s'étoit vû accuſé publiquement d'impiété
par un Stoicien pour avoir violé le
reſpect du à Vesta , c'eſt à dire à la Terre ,
ſuivant l'explication de Plutarque , & pour
avoir troublé ſon repos. Que réduits à chercher
un moyen de concilier les apparences
céleſtes avec les idées du Peuple qu'il étoit
dangereux d'attaquer, les Philoſophes avoient
preféré au fort de Socrate & d'Anaxagore
dont ils euſſent été menacés un , Siftême ab
furde en apparence , capable d'effrayer l'iDECEMBRE
1744 75
magination , de rebuter la patience , embarafſant
pour le calcul , mais qui au fond ne
les empêchoit point de faire des calculs juſtes
& exacts comme ſont les Tables Aſtronomiques
d'Hipparque copiées par Ptolemée &
le modele de toutes celles qu'on a dreſſéesdepuis
, enfin que les Epicycles ajoutés aux
Cercles , n'ont jamais été imaginés que pour
le calcul , comme le dit expreſſément le même
Ptolemée , que cependant ces Epicycles
fontpeut-être encore , ſuivant le célebre M.
Halley , ce qu'il y a de plus ſimple pour
calculer les mouvements irréguliers de la
Lune.
Après avoir cité le malheur du célebre
Galilée , contraint d'abjurer publiquement
l'opinion du mouvement de la Terre comme
une héréfie dangereuſe , évenement qui nous
montre qu'en vieilliſſant le monde n'eſt pas
devenu plus ſage , M. Freret rechercha quelle
étoit la cauſe de cet attachement opiniatre
des Atheniens pour l'immobilité de la
Terre : il en trouve la ſource dans l'idée qu'ils
s'étoient formée de l'Univers dans le tems de
leur barbarie. Incapables alors de concevoir
que la Terre put ſe ſoutenir d'elle-même
ſans un point d'appui , ils ſe l'étoient repréſentée
comme une grande montagne dont
les racines s'étendoient à l'infini dans l'immenſité
de l'eſpace , & dont le ſommet ar
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
rondi en forme de borne étoit la demeure
des hommes. Le reſte du Siſteme céleſte répondoit
à cette idée groſſiere , que par une
fingularité remarquable des voyageurs di.
gnes de foi ont retrouvée abſolument la
même chés les Talapoins de Siam .
Les Philoſophes Athéniens furent longtems
forcés de feindre un ſcrupuleux attachement
à cette opinion. Peuà peu on s'enhardit
& on oſa la combattre , mais ce ne fut
qu'avec de grands ménagemens. La Terre
recut ſucceſſivement diverſes figures qui s'éloignoient
plus oumoins de la premiere. Enfin
les Aftronomes lui donnerent la forme
d'un corps parfaitement Sphérique , les Phyficiens
en'firent un Sphéroïde , mais fans
s'accorder ſur ſa figure , les uns le ſuppoſant
allongé par les Poles , & les autres japplati.
Le premier de ces ſentimens eſt plus ancien
& fervoit à donner raiſon des pluyes & des
neiges des Régions Septentrionales , mais les
voyages des Grecs dans l'Afrique , & leurs
Navigations dans la mer des Indes dont les
conquêtes d'Alexandre leur avoient frayé la
route , occaſionnerent des découvertes qui
firent naître le ſecond Siſtème , celui de l'aplatiſſement
de la Terre vers les Poles ,& de
fon Elevation ſous l'Equateur. Il eſt ſingulier
que la figure de la Terre , qui a fait parmi
les Modernes une Queſtion fameuſe , main.
DECEMBRE 1744 71
tenant à la veille d'être décidée , ait auſſi partagé
les Anciens. Mais ce qui n'eſt pas moins
digne de remarque c'eſt que la Coſmogonie
Egyptienne que fuivoit l'Ecole de Thalés ,
employoit pour rendre ſenſible la raiſon
qu'elle donnoit à la permanence de laTerre
au centre du Tourbillon , une expérience
célebre parmi les Modernes , celle du fluide
mû circulairement autour du centre du vaſe
qui le contient. Platon qui n'oſoit , quoiqu'il
la connût , en faire uſage , parce qu'elle fuppoſoit
le mouvement de la Terre fur ellemême
, qu'il étoit dangereux de foutenir dans
Athenes , expliquoit cette ſituation conftante
de la Terre par un raiſonnement métaphyſique
qui eſt de la même eſpece que le principe
fondamental du,Leibniſianiſme , ou que
celui de la raiſonſuffisante dont les Diſciples
de Leibnitz font aujourd'hui une des baſes
de leur Syſtême.
M. Freret termina cet expoſé général de
quelques-unes des opinions Phi'ofophiques
des Anciens , par pluſieurs réflexions qui conduiſent
à la conféquence qu'on en doit tirer.
Il convient que pour ſe former une juſte
idée de l'ancienne Philoſophie , il faut recueillir
des lambeaux lépars çà & là dans
des Auteurs ſouvent peu inſtruits de ces
matieres , que privés aujourdhui des ouvrages
méme des Philoſophes , nous ignorons
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
quel plan ils avoient ſuivi dans la liaiſonde
leurs idées & de leurs Siftémes , qui font à
notre égard comme ces Statuës antiques
dont il ne nous reſte que des débris.
Nous devons ajouta-t-il , la même juſtice
aux anciens Philoſophes qu'aux anciens Sculpteurs
. Il faut juger des parties que nous
avons perdues par celles qui nous reſtent ,
penſer que leur aſſemblage formoit un tout
& non pas un monftre.
C'eſt tout ce qu'il demanda, Car il ſe déclara
bien éloigné de donner une préférence
abſolue aux Anciens ſur les Modernes , &
de ſe livrer à une prévention aveugle déterminée
à tout admirer. Il n'attaqua que le
mépris qu'on témoigne pour eux. Il fit ſentir
que la différence des fiécles n'enmetpoint
entre les hommes , qu'il faut mefurer leur capacité
& leurs talens moins par le terme
où ils ſont arrivés , que par le point d'où ils
font partis , & par les obſtacles qu'ils ont
eu àvaincre ; que ſi les Modernes ont quelque
avantage ſur les Anciens , c'eſt d'être
venus après eux , c'eſt de marcher fur leurs
traces , & d'être inſtruits , non ſeulement par
leurs découvertes , mais encore par leurs mépriſes,
& qu'ainſi ceux qui dédaignent fi fort
l'étude de l'Antiquité ſe privent de cet avantage
, que bornés à la Génération préſente ,
& ignorans le paffé , il n'est pas étonnant que
tout foit nouveau pour eux,
DECEMBRE. 1944;
De ces réflexions , & du détail intéreſ
ſant qui les précede , ne doit-on pas conclure
que fi une admiration ſans bornes
pour les Anciens eſt une ſuite de la pré
vention , le mépris aujourd'hui ſi commun
qu'on affecte pour eux , eſt de ſon côté
l'effet de l'ignorance , & qu'entre ces deux
excès ſi condamnables , il eſt un juſte milieu
? Mais le juſte milieu eſt un état ſi violent
pour la plupart des hommes , comme
le dit l'Auteur de ce Mémoire , qu'il fera
toujours bien difficile de les y amener.
Monfieur l'Abbé Belley lut enſuite un
Mémoire ſur l'ordre Politique des Gaules
qui a occaſionné le changement de nom
de pluſieurs Villes.
Meſſieurs de Valois & de Longueruë , &
d'autres Ecrivans , même Etrangers , ont
remarqué que pluſieurs Villes de la Gaule
avoient quitté leur nom ancien & s'étoient
approprié le nom du Peuple dont ces Villes
étoient les Capitales ; ainſi Lutetia fut nommée
Parifii ; Durocortorum , Remi ,Agedincum
, Senones , Avaricum , Bituriges , quarante-
cinq Villes dans l'étendue des Gaules
qui furent conquiſes par Jules-Cefar ont
admis ce changement ;il ſe reconnoît à peine
une fois dans la Province Narbonnoiſe . M.
L. B. a crû devoir rechercher la cauſe d'un
changement fi commun dans une partie de__
80 MERCURE DE FRANCE.
la Gaule , & preſque ſans exemple dans l'au
tre ; il s'agit de ſçavoir comment ſe ſont établis
les noms de Paris , de Reims , de Sens ,
de Bourges & de pluſieurs autres Villes de
France. La queſtion devient plus intéreſſante
, fi cette dénomination eſt ſondée ſur l'ancien
gouvernement établi dans ces Villes ,
& fi la différence d'uſage qu'on remarque
dans les parties de la Gaule , vient de la
différente condition des Peuples. La connoiſſance
de l'ancien état des Peuples & des
Villes eſt un des grands objets de l'Hiſtoire ;
les éclairciſſemens que donne M. L. B. répandent
un grand jour ſur le gouvernement
des Romains dans la Gaule , & par une
conféquence néceſſaire ſur les premiers tems
de la Monarchie Françoiſe. Nous ne pouvons
donner qu'un Extrait abregé de ce Mémoire.
Les Romains envoyerent dans la Gaule
pour la défenſe des Marſeillois leurs anciens
Alliés , des armées qui dans l'eſpace de s
ans conquirent le Pays , compris entre la
Mer Mediterranée , les Alpes , le Rhône ,
les Cevennes , la Garonne & les Pyrenées.
Cette guerre ſe fit de la part des Romains
avec animoſité. Domitius & Fabius Maximus
leurs Genéraux, pour perpétuer le ſouvenir
de leurs Victoires , firent élever des
Monumens & des Trophées , contre l'uſage
DECEMBRE 1744, 81
du Peuple Romain , qui ſuivant Florus ,
n'inſulta jamais à l'ennemi vaincu. Le Pays
conquis fut réduit en Province , & nommé
la Province Narbonnoiſe du nom de Narbonne
, ſa ville Metropole, ou ſimplement la
Province de la Gaule. Le Senat lui impoſa
des conditions très-dures ; ſes Peuples
furent dépouillés d'une partie de leurs Villes
& de leurs Terres ; on exigea d'eux des
tributs en argent , de groſſes contributions
de Vivres pour les armées Romaines ; plufieurs
Colonies furent établies ſur leurs Territoires
, & ſe multiplierent dans la ſuite
juſqu'au nombre de vingt. L'ancien habitant
, qui vivoit ſous la Jurisdiction de la
Colonie , avoit perdu ſes meilleures Terres ,
il déploroit la perte de ſa liberté , il n'avoit
plus ni Loix , ni Magiſtrat de ſa Nation.
La condition des Peuples de la Narbonnoiſe
étoit ſi déplorable que Critognate la
répreſente aux Gaulois affiégés dans Aliſe
comme le plus puiſſant motif pour défendre
leur liberté juſqu'à la derniere extrémité.
*
Refpicite finitimam Galliam , quæ in Provinciam
redacta , jure & legibus commutatis ,
Securibus subjecta , perpetua premitur fervitute
.
Les Gaules conquiſes par Jules-Ceſar re-
* De Bello Gall. L. VII.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
çurent un traitement bien différent ; ce Général
dans le cours de huit Campagnes afſujettit
à la domination Romaine la vaſte
étendue des Gaules depuis les frontieres de
la Province juſqu'au Rhin & à l'Ocean ,
& les réduifit en Province. Le Vainqueur
ne leur impoſa aucunes nouvelles charges ,
il ſe contenta d'un tribut de quarante millions
de ſeſterces ( quadringenties ) qui fercient
de notre monnoye au prix actuel du
marc d'argent, environ huit millions ſept cent
cinquante mille livres , ſomme modique , fi
l'on confidere l'étendue & la richeſſe du
Pays , ſur lequel elle fut impoſée ; & ce
tribut ſe leva ſous lenom le moins odieux ,
Stipendii nomine , pour l'entretien des troupes
deſtinées à maintenir la paix & la tranquillité
des Peuples .
Un autre avantage que cette partie des
Gaules conſerva en général au deſſus de la
Province , c'eſt que ſes Peuples ne furent
point troublés dans la poſſeſſion de leurs
Villes& de leurs Terres. Les Romains n'envoyerent
dans leur pays qu'un petit nombre
de Colonies ; on ne connoit que la Colonie
de Lyon dans la GauleCeltique ouLyonnoife
, qui étoit la troifiéme partie des Gaules
; trois Colonies dans le Pays des Helvetiens
, quatre dans la Belgique , une feule
dans toute l'Aquitaine ; ces établiſſemens
DECEMBRE 1744. 83
ne ſe firent point pour châtier ou pour contenir
les Naturels du Pays ; les Colonies
furent preſque toutes placées ſur le Rhin
pour affurer cette frontiere contre les courſes
des Nations Germaniques.
Les Romains enfin conſerverent ou retablirent
dans les Cités de la Gaule l'ancienne
forme de Gouvernement il étoit
Ariftocratique , un Senat compofé d'un certain
nombre de Perſonnes formoit le Confeil
commun de chaque Cité ou de chaque
Peuple ; les Commentaires de Cefar font
mention d'un Senat dans les Cités d'Autun
, de Sens , de Reims , de Beauvais , d'Evreux
, de Liſieux , de Vannes & des Nerviens
; c'étoit l'ordre politique généralement
établi. Cependant au tems de la Con--
quête , les Grands avoient ufurpé dans plufieurs
Cités la puiſſance Souveraine ; la Domination
Romaine chaffa ces Tyrans , & rendit
aux Peuples l'autorité de leurs Senats , cet
ordre fut maintenu par les Empereurs , comme
on le voit par pluſieurs Monumens du
haut & du bas Empire ; il a même ſubſiſté
ſous les premiers Rois de France , on en
trouve encore des veſtiges ſous la troiſieme
Race , preſque juſqu'à notre fiecle.
Ce Parallele fait affés connoître com.
bien la condition de la Narbonnoiſe fut differente
de l'état du reſte des Gaules : les
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Peuples des Gaules ayant conſervé ſous les
Romains l'autorité de leurs Senats , il eſt
facile de concevoir comment les Villes Capitales
auront perdu leurnom primitif, pour
prendre celui du Peuple.
Le Senat étoit le premier ordre du Peuple
, une aſſemblée repréſentative du Peuple,
ſouvent conſidérée comme le Peuple
même,au nom duquel elle agiſſoit ; le Senat
s'aſſembloit dans la Ville Capitale de chaque
Peuple ou Cité , M. L. B. le prouve par
pluſieurs Monumens. Cette Capitale prit ou
plutôt reçut le nom de la Cité & du Peuple.
Il eſt aſſés ordinaire de comprendre
ſous la même denomination les lieux & les
perſonnes : les noms de Senat , de Ville ,
de Province & pluſieurs autres ſont ſouvent
pris dans cette double acception.
Ainfi les Capitales des Peuples Parifii ,
Bellovaci Atrebates , Lemovices , Petrocorii
&c. furent nommées Civitas Parifiorum ,
Bellovacorum . Artrebatum , Lemovicum
Petrocoriorum , la Cité de Paris , de Beauvais
, d'Arras , de Limoges , de Perigueux ,
& l'ancien quartier de ces Villes porte encore
le nom de Cité, on leur donna auffi
fimplement le nom du Peuple , Parifii , Bellovaci
, Atrebates , Lemovices , Petrocorii ,
Paris , Beauvais , Arras , Limoges , Perigueux.
CE DECEMBRE 1744 84
۲۴
Fe
Dans la Narbonnoiſe les Peuples avoient
perdu une partie de leurs Villes , vingt Colonies
furent établies ſur leurs territoires ,
les Senats de ces Colonies n'étoient point
un ordre repréſentatif de l'ancien Peuple ,
&par conséquent l'aſſemblée ou la refidence
du Senat dans une Capitale , n'a pu
donner à cette Capitale le nom du Peuple,
ainſi les Villes de Narbonne , de Toulouſe
de Nimes , d'Arles , d'Avignon , d'Orange ,
de Valence , de Vienne & des autres Colonies
auront conſervé leur nom primitif.
7
M. L. B. examine dans quel tems les
Villes ont pris dans les Gaules le nom du
Peuple ; il trouve peu d'exemples de ce
changement ſous les premiers Empereurs ;
cet uſage eſt plus clairement établi dans
quelques Inſcriptions du troifiéme fiecle ; il
devint plus commun dans le quatriéme ;
on le remarque dans les Reſcrits des Empereurs
, fur des Medailles Imperiales , dans
les Itineraires : le changementne ſe fit que
par dégrés . Alors les Villes portoient deux
noms', l'ancien , & le moderne qui étoit
lenom du Peuple , pendant que les Romains
nommerent la Ville de Paris , Parifii , les
Gaulois lui donnoient encore le nom de
Lutetia ; mais à la fin du quatriéme ſiécle ,
le changement devint preſque général , nous
voyons dans la Notice des Provinces & des
86 MERCURE DE FRANCE.
Cités de la Gaule , qui fut redigée ſous l'Empire
d'Honorius , que quarante-cinq Villes
portoient le nom de leur Peuple. Cependant
les Villes de Rouen , de Bordeaux ,
de Besançon & pluſieurs autres ont confervé
leur ancien nom , M. L. B. examine
pourquoi elles ne ſuivirent pas l'uſage général.
La nouvelle Denomination a fubfifté fous
nos Rois , comme on le voit dans les Hiftoriens
, dans les Chartes , dans les Actes publics
, ſur les anciennes Monnoyes , &dans
les autres Monumens de l'Hiſtoire de France,
uſage qui s'eſt perpetué juſqu'aujourd'hui,
des Inscriptions & Belles-Lettres le 13
Novembre 1744.
N
Ous avons promis de rendre compte
à nos Lecteurs de la féance publique
de l'Académie des Belles - Lettres du 13.
Novembre dernier. M. Freret Sécretaire
perpétuel de cette Académie lut d'abord
l'Eloge de M. l'Abbé de Rothelin , Académicien
honoraire de l'Académie des Belles-
Lettres, mort le 17 Juillet 1744 .
Nous allons en donner ici l'extrait.
au
CHARLES D'ORLEANS DE ROTHELIN
né à Paris le 5 Août 169 1 étoit le ſixiéme
des enfans de Henri d'Orléans Marquis de
Rothelin , tué le 18 Septembre ſuivant
combat de Leuze à la tête des Gendarmes,
& de Gabrielle - Eléonore de Montaut de
Navailles , ſeconde fille du Maréchal Duc
de Navailles mort dès l'année 1684,
Il ſe trouva dans une eſpece d'indépendance
à l'âge de 9 ans , ayant perdu fucceffivement
dans l'eſpace de deux années la
Marquiſe de Rothelin ſa mere & la Maréchale
de Navailles fon ayeule. Mais une foeur
DECEMBRE. 1744. 6
plus âgée que lui de 14 ans & reſpectable
dès-lors par fon mérite & ſa vertu lui tint
lieu de mere, & le jeune Abbé de Rothelin ,
né avec les plus heureuſes diſpoſitions pour
le coeur comme pour l'eſprit , ſe ſoumit
avec une joye pleine de reconnoiſſance à fon
autorité.
Il fut mis très-jeune en penfion auCollege
d'Harcourt. L'Auteur de l'Eloge fans
s'arrêter au détail de ſes premieres étudesqu'il
fit avec un ſuccès brillant , infifta particulierement
ſur la généroſité remarquable
avec laquelle n'ayant encore que 13 ans
1& cadet d'une Famille nombreuſe , il ſe
chargea ſecrettement de la ſubſiſtance d'un
Précepteur , homme de mérite , que des.
infirmités fâcheuſes avoient obligé d'ôter
d'auprès de lui. Il rendit compte enſuite de
ſes progrès rapides dans l'Etude de laThéologie
à laquelle il ſe livra tout entier , parce
qu'il regardoit cette Etude comme un devoir
* de fon état , & que quelque jeune qu'il ait
été , tout ce qui ſe préſenta à ſes yeux ſous la
forme de devoir fut toujours ſacré pour lui.
Il n'eſt pas poſſible de rappeller ici le
détail intéreſſant dans lequel eſt entré M.
Freret, ſur les ſervices importans que M.
l'Abbé de Rothelin rendit en 1717 à fa
Famille dont il fut l'arbitre dans des affaires
d'une longue & pénible diſcuſſion,fur fon
62 MERCURE DE FRANCE.
voyage & ſon ſéjour en Italie où il puiſa la
connoiffance & legout des Médailles , ſur le
magnifique Cabinet qu'il en forma en aflés
peu de tems , ſur les différentes ſuites qui
compoſent cette riche collection , l'une des
plus belles de l'Europe de l'aveu des Connoiffeurs
, enfin ſur la Bibliotheque qu'il
laiſſe , Bibliotheque nombreuſe formée
avec un gout infini , digne en un mot de
la réputation dont elle jouit , & qui eft
l'aſſemblage non ſeulement des meilleurs
Livres en tout genre , mais encore des plus
rares & des plus finguliers.
Après ces détails circonstanciés , M. Freret
rendit un compte exact de tout le travail
que M. l'Abbé de Rothelin avoit ertrepris
pour mettre le Poëme de l'Anti- Lucrece en
état de paroître. M. le Cardinal de Polignac
avec lequel il étoit lié depuis longtems
par l'amitié la plus intime , le lui avoit
remis en mourant , en lui laiſſant la liberté
de le donner au Public , ou de le ſupprimer.
Arbitre du fort de cet important Ouvrage
, il ne négligea rien pour répondre à
la confiance de ſon Auteur , & s'étant afſuré
par un grand nombre de lectures réfléchies ,
faites avec tous ceux qu'il a cru capables
d'en juger , qu'il méritoit d'être publié , il a
peu de tems avant ſa mort remis le manufcrit
dans l'état où il doit paroître , à un
DECEMBRE. 1744.. 63
homme de mérite qui s'eſt chargé du ſoin
de l'Edition . M. l'Abbé de Rothelin en avoir
commencé la Traduction , mais ſa ſanté ne
lui permettant pas de continuer ce travail ,
il s'eft borné au premier Livre , & a chargé
du reſte un jeune homme qu'il aimoit , &
dont le caractére & les talens méritoient:
cette marque de ſa confiance. La Tiaduction
faite fous ſes yeux ſera en état deparoî--
tre avec le Texte Latin.
* •Il eſt peu d'Auteurs que l'amour de leurs
productions eût pu foutenir dans un travail
auffi long , auſſi fatiguant , & méme auſſi
déſagréable que celui auquel M. l'Abbé de
Rothelin s'étoit engagé pour l'Ouvrage d'un
Ami mort. Auffi étoit-il animé par un motifbien
plus noble , dont on a cru devoir
rendre compte.
つか
» Les premiers momens de la perte d'un
Ami , difoit - il , ne font pas ceux où cette
>> perte eſt plus douloureuſe : on s'empreſſe.
alors de la partager avec nous , on mêle
ſes regrets avec les nôtres. Notre Ami
vit encore dans le ſouvenir de ceux qui
> nous en parlent , mais quand le tems a ef-
৩১
دد
သ
১১ facé fon nom de la mémoire des autres
>> hommes , quand on ne nous en parle plus ,
>> quand il ne vit plus que dans notre coeur,
22 c'eſt alors que nous reſſentons toute l'é-
5. tendue de notre perte. Le ſeul moyen
64 MERCURE DE FRANCE.
১১
ॐ
d'en adoucir l'amertume , ajoutoit- il,
c'eſt de faire revivre notre Ami dans la
mémoire des hommes , c'eſt de les forcer
>> en quelque ſorte de s'en occuper. L'eſpérancé
de rendre ce ſervice au Cardinal de
Polignac avoit foutenu M. l'Abbé de Rothelin.
Une délicateſſe de ſentimens ſi rare fufiroit
pour donner une idée de ſon caractére
; caractére aimable que l'Auteur de l'Eloge
s'eſt attaché principalement à développer ,
&dont il a réuni tous les traits dans un tableau
qui le peint au naturel. Il le repréſente
plein de ſenſibilité pour ſes Amis , extrêmement
attentif à remplir juſqu'aux moindres
devoirs de l'amitié , mais n'exigeant rien
d'eux , & recevant les témoignages de leur
attachement&de leur reconnoiffance , comme
un préſent de leur part. On le voit annonçant
ce qu'il étoit par un air de dignité
&'de décence répandu ſur toute ſa perfonne
, mais qu'une noble ſimplicité rendoit infiniment
aimable. Plein de douceur , mais fans
foibleſſe ; toujours vrai& même très-ferme,
lorſque la raifon , la vertu ou la fidélité à
fes Amis demandoient qu'il le fut : naturellement
ſérieux , mais portant dans le commerce
ordinaire une gayeté douce qui ſe
faiſoit ſentir dans ſes converſations les plus
folides . Enfin un dernier trait qui achevé de
DECEMBRE. 1744. 65
2
le caractériſer , & qui donne un prix réel à
ſes autres qualités , c'étoit un attachement
fincére pour ſa Religion. Une ame comme
la fienne , dont la vertu & la raiſon avoient
toujours réglé tous les mouvemens , étoit
faite , ſuivant la remarque de l'Auteur de l'Eloge
, pour être une ame religieuſe. Lorſque
l'occaſion de défendre la vérité de la Religion
ſe préſentoit , il le faifoit toujours avec
force , mais ſans que la vivacité de ſa
perfuafion altérât jamais la douceur de fon
caractére , il croyoit que c'eût été rendre un
mauvais ſervice à la vérité , que d'employer
pour la défendre le langage de la paffion.
Sa poitrine qui avoit toujours été très-délicate
, fut abfolument attaquée au commencement
de cette année : il prévit des premiers
les ſuites inévitables de ſa maladie :
mais dans le tems même qu'il étoit le plus
occupé des penſées que doit inſpirer la vue
d'une fin prochaine , il cherchoit encore à
épargner cette idée à ſes Amis , & à une Famille
à qui il étoit infiniment cher. Dans ces
fortes de maladies l'ame conferve juſqu'au
dernier moment toute fon activité. Rien ne
la diſtrait du ſpectacle d'une mort qui s'approche
à chaque inftant , & qui s'empare de
nous en détail . C'eſt alors que la patience
devient d'un uſage bien difficile , ſurtout cette
patience continue , tranquille , ſans appareil
& même sans effort, telle qu'a été celle de
M.l'Abbé de Rothelin pour qui l'expression
de posséder son ame en paix sembloit avoc
été faite suivant la reflexion de M. Freret:
M. l'Abbé de Rothelin est mort dans loI
sentimens de Religion dont il avoit toujours
été pénétré. Il conferva jusqu'au dernier info
tant l'usage de sa raison, & dit le dernie
adieu à chacun de ses Amis en particulier!
avec la même fermeté que s'il s'en sut sépar
pour un voyage.
Cet éloge
fut
suivi d'un Mémoir e lu pa.
M. Freret fous lé titre d'Observations Géné
raies sur l'étude de l'ancienne Philosophie.
Une reflexion générale commença ce Mê
moire & annonça le but de l'Auteur.
remarqua que dans le cours des disputes qui
la comparaison des Anciens & des Moden
nes fit naître vers la fin du siécle passé
,
le,
Partisans de l'Antiquité épris du mérite de
Anciens en Poësie & en Eloquence, parCl:
que ce genre de mérite étoit le seul qu'iH
fussent en état de bien sentir, les considés,
t
rerent uniquement commePoëtes ou commu
Orateurs, jamais comme Philosophes; qui
ce silence de leur part sur un point decettéimportance,
a été regardé comme un aveu
formel de la supériorité des Modernes dans
les matieres Philosophiques, & que c'est ;
cette cause qu'il faut principalement attri
.1.
uer le peu de cas que l'on fait aujourd'hui
b la Philosophie ancienne.
M. Freret entreprenoit de prouver comien
ce mépris qu'affectent la plûpart de
eux qui s'appliquent aux sciences exactes,
fl mal fondé; il le fit d'abord par une Obrvation
fort simple. Il leur demanda si ce
'est pas aux Anciens qu'ils doivent les Elemens
de ces Sciences, Elémens nécessaiès
& d'un usage indispensable; s'ils connoisent
dans la Géométrie, dans la Dialeéctilue,
dans l'Astronomie d'autre route que.
celle qui leur a été frayée par les Anciens.
A remarque que ces Elemens qui ne font autre
chose que les vérités primitives, les Principes
fondamentaux de nos connoissances,
ont été le résultat d'une longue fuite d'Observations
& de découvertes, fruit pénible
de Combinaisonsdifficiles, de Méditations
profondes & refléchies, dont des hommes
d'un génie supérieur étoient seuls capables.
D'où il fuit que si nous avons tiré de ces
Principes des conséquences inconnues à ceux
qui nous ont précédé, nous ne sommes pas
en droit de les mépriser, que nous devons
au contraire désirer de nous instruire du
chemin qui les a conduits à de pareilles
connoissances
,
étudeintéressante qui non
feulement apprendroit l'Histoire la plus inftruétive
& la plus agréable de toutes
68 MERCURE DE FRANCE .
celle de l'eſprit humain , mais qui pouroit
occafionner d'utiles découvertes. C'eſt ce
que M. Freret prouva par un exemple célebre
, par celui du ſçavant M. Halley qui
nous apprend lui-méme par un Mémoire
imprimé en 1691 , que c'eſt dans ce que
rapportent Geminus , Pline , Ptolemée , &
même Suidas , des propriétés attribuées par
les Chaldéens à leurs Sares Astronomiques
ou Périodes de 223. lunaiſons qu'il avoit
puiſé l'importante vuë à laquelle l'Aſtronomie
& la Navigation ſont redevables de
ſon travail , pour déterminer le mouvement
de la Lune. Combien de ſemblables découvertes
ne produiroit pas l'Hiſtoire des anciennes
opinions Philofophiques , étudiée
par des hommes du mérite de M. Halley !
C'eſt la conclufion que tira M. Freret , &
que tous ſes Lecteurs tireront avec lui. Il
ajoûte qu'à meſure que l'Hiſtoire naturelle
s'eſt perfectionnée , on a reconnu la vérité
de pluſieurs faits avancés par les Anciens &
traités de fables par les Modernes. Le hazard
ſeul a occaſionné la plupart de ces découvertes.
Un examen attentif qui ſçauroit
mettre à profit les fautes mêmes & les mépriſes
des Anciens , ne rendroit-il pas ces
hazards plns fréquents ? La découverte des
Satellites des Planettes , celle de cet amas
de petites Etoiles qui compoſent la voie
DECEMBRE هو 1744
lactée , font dûs au Teleſcope , préſent du
hazard , perfectionné par l'illuſtre Galilée .
Les Anciens privés de ce ſecours ne pouvoient
deviner les Satellites , mais ils ont
ſoupçonné l'exiſtence des Cometes ; la raiſon
que donnoient les Pythagoriciens de l'apparence
lumineuſe qui les accompagne ne
deshonoreroit pas la Phyſique Moderne ;
pour la voie lactée , le raiſonnement ſeul les
avoit convaincu de ce que le Teleſcope nous
a fait voir ; l'Iſochroniſme eſt une propriété
des vibrations du Pendule dont Galilée &
Riccioli ont les premiers fait uſage parmi les
Modernes , mais les Aſtronomes Arabes la
connoiffoient & l'appliquoient aux Obfervations
Aſtronomiques. Si on ne fit pas alors
ſervir cette découverte aux uſages ordinaires
de la vie , ce fût le défaut d'un certain concours
de circonstances , ſans la réunion defquelles
elle feroit une ſeconde- fois retombée
dans l'oubli dont on l'a préſervée en la faiſant
entrer dans la conſtruction des Horloges.
De tous ces exemples & d'une infinité
d'autres qu'une plus grande familiarité avec
les Anciens nous offriroit , l'Auteur conclud
qu'un grand nombre de découvertes Modernes
& de Siſtemes nouveaux ne ſont au
fond que des opinions anciennes , abandonnées
peut- être & repriſes déja pluſieurs fois ,
& qui ſe ſont préſentées de nouveau à des
70 MERCURE DE FRANCE
hommes qui s'en croyant les Auteurs , ont
mis tout en oeuvre pour les faire valoir. Telle
eſt entre autres le ſyſteme Neutonien qui
dépouillé de l'appareil de ſes calculs , ſe réduit
à celui d'Empédocle : les deux forces
en équilibre à l'action oppoſée deſquelles cet
ancien Philoſophe attribuoit la formation de
l'Univers ,& qu'il défignoit poëtiquement par
les termes figurés d'Amour & de Diſcorde ,
ne font autre choſe que l'attraction Neutoniene
, & le mouvement de tranflation . М.
Freret convient que la ſuite des tems & des
hazards heureux mis à profit ont augmenté
le nombre de nos connoiſſances particulieres
, mais il doute qu'ils ayent fourni de nouvelles
idées générales ; ils n'ont ſouvent fervi
qu'à faire revivre de vieilles opinions décriées
depuis long-tems , comme celle de l'Electricité
univerſelle de tous les corps , des amours
&de la différence du Sexe dans les Plantes ,
&c. Les forces de l'eſprit humain font fi
bornées & les objets de nos connoiffances
ſi peu variés , que le nombre des Combinaifons
poſſibles de nos idées a dû s'étre épuiſé
d'aflés bonne heure , peut-être ajouta-t-il ,
ne faiſons nous depuis affés long-tems que
les repeter.
La comparaiſon détaillée des différents
Syſtêmes , Métaphiſiques des Anciens , & de
leurs opinions ſur la Phyſique particuliere ,
DECEMBRE 1744 71
avec les hypotheſes Modernes , fourniroit
bien des preuves de cette propofition. Mais
M. Freret fans embraſſer cle projet dont les
bornes d'un Mémoire ne font pas fufceptibles
, ſe contenta de donner une idée générale
des trois Syſtêmes Aſtronomiques imaginés
par les Anciens.
Quelque générale que fut cette idée , on
peut dire avec fondement qu'elle renfermoit
un abrégé clair & précis de toute l'ancienne
Aſtronomie dont elle offrit l'Hiſtoire ſous un
point de vuë auſſi intéreſſant qu'il étoit nouveau.
Nous ne pouvons ſuivre l'Auteur dans
cette explication détaillée qu'il faudroit lire
dans l'Ouvrage méme. Nous nous contenterons
de donner en peu de mots l'idée de
chaque Hypothefe.
Premier Systême. La plus ancienne eſt celle
des Egyptiens adoptée par Thales, & par
preſque toutes les branches de la Secte Ionique;
dans ce Syſteme aujourd'huifort peu.
connu la Terre , comme dans celui de Ticobrahé
, occupe le centre du monde , mais elle
y eſtmobile au tour de fon axe & fait en
24heures fa révolution d'Occidenten Orient,
les Planettes placées à différentes diftances de
laTerre font auſſi leur révolution propre dans
le même ſens , mais dans des tems inégaux ,
ſuivant la différence de leur éloignement , les
hommes leur attribuant le mouvement de
72 MERCURE DE FRANCE.
la Terre ſuppoſent que tous les corps céleftes
ont un mouvement général d'Orient
en Occident & un autre mouvement particulier
d'Occident en Orient , autour de cette
Planette , par des raiſons que nous ne pouvons
expoſer ici.
Ce Siſtême ſimple ne ſe trouvant pas fu!.
fiſant pour rendre raiſon de tous les nouveaux
Phénomenes on y fit quelques additions
que M. Freret expoſa en infiftan
particulierement ſur celle de l'obliquité de
l'Ecliptique , & fur l'Hipotheſe des deux mouvemens
de Venus & de Mercure , l'un autour
du Soleil , l'autre autour du centre commun
avec le Soleil même dont ils ſont les Sateltites
, felon l'expreffion des Anciens , double
révolution imaginée pour expliquer les différentes
fituationsde ces deux Planettes , foit
entre elles , ſoit par raport au Soleil , foit par
raport à nous.
Secondſiſtême ; il pafla au ſecond Siftême
attribué vulgairement à Ptolemée , mais qui
étoit celuides Philoſophes Athéniens . Eudoxe
de Cnide l'avoit imaginé pour réfoudre
le Problême propoſé par Platon fon maître.
Dans cette Hypotheſe la Terre eſt immobile
au centre du monde , les Planettes tournent
autour d'elle d'Orient en Occident dans l'efpace
de 24 heures , & chacune eſt de plus
attachée à un cercle particulier qui l'emporte
en
• DECEMBRE 1744 . 73
en même tems dans un ſens contraire. Ce
Cercle lui-meme eſt emporté par un autre.
Enfin Mercure, Venus, Mars , Jupiter & Saturne
ont encore un quatrićme mouvement
qui eſt la cauſe de leur Station, accélération
& rétrogradation apparentes,
Ces Cercles ou ſpheres furent d'abord au
nombre de 26. Inſenſiblement de nouvelles
apparences qui ſe préſentoient à expliquer ,
augmenterent ce nombre d'abord juſqu'à 33 ,
enfuite juſqu'à 50. Enfin pour rendre raiſon
de l'Apogée & du Perigée des Pianettes ,
quelques-uns eurent recours aux Epicycles ,
mais comme cette nouvelle ſuppoſition rerdoit
les révolutions des corps céleftes excentriques
à la Terre, le mouvement concentrique
à la terre étant regardé comme un point
de Religion, pluſieurs la rejetterent; ils aimerent
mieux multiplier les Spheres. Fracaſtor
dans le fiecle paffé en imagina juſqu'à 79 différentes
.
:
Troifiéme Sistême ; Enfin un troifiéme Siftême
, dont M. Freret foupçonne les Chaldéens
d'étre les auteurs , & que ſuivoient
les Diſciples de Pythagore , faiſoit le Soleil
centre immobile de tous les mouvemens céleftes;
il eſt conforme en toutes les parties
àcelui de Copernic , & par confequent n'a
pas beſoin d'être détaillé.
Quelque abſurde que paroiſſe le ſecond
D
74 MERCURE DE FRANCE,
Siftême , il ſeroit injuſte de rejetter cette
abſurdité ſur ſes auteurs , & le mépris qu'on
enfait n'eſt fondé que fur ce qu'on le regarde
comme une Hypotheſe Phyſique , idée fauſſe
& que détruifirent abſolument les Obſervations
de M. Freret. Il prouva clairement &
par des textes formels que ce Sittême n'étoit
donné que pour une Hypotheſe Aftronomique,
uniquement imaginéepour afſujettir
les apparences au calcul , & que les Aſtronomes
Grecs en ſentoient comme nous les
abſurdités Phyſiques , mais qu'ils étoient obligés
de l'employer par la crainte d'irriter la
ſuperſtition populaire , qui avoit fait un dogme
Religieux de l'immobilité de la Terre
au centre du monde. Que c'étoit cette crain
te qui avoit empêché Platon de ſe déclarer
ouvertement pour l'Hypotheſe Pythagori.
cienne qu'il adoptoit fécretement ſuivant
Theophrafte ; qu'Ariſtarque qui avoit ofé la
foutenir s'étoit vû accuſé publiquement d'impiété
par un Stoicien pour avoir violé le
reſpect du à Vesta , c'eſt à dire à la Terre ,
ſuivant l'explication de Plutarque , & pour
avoir troublé ſon repos. Que réduits à chercher
un moyen de concilier les apparences
céleſtes avec les idées du Peuple qu'il étoit
dangereux d'attaquer, les Philoſophes avoient
preféré au fort de Socrate & d'Anaxagore
dont ils euſſent été menacés un , Siftême ab
furde en apparence , capable d'effrayer l'iDECEMBRE
1744 75
magination , de rebuter la patience , embarafſant
pour le calcul , mais qui au fond ne
les empêchoit point de faire des calculs juſtes
& exacts comme ſont les Tables Aſtronomiques
d'Hipparque copiées par Ptolemée &
le modele de toutes celles qu'on a dreſſéesdepuis
, enfin que les Epicycles ajoutés aux
Cercles , n'ont jamais été imaginés que pour
le calcul , comme le dit expreſſément le même
Ptolemée , que cependant ces Epicycles
fontpeut-être encore , ſuivant le célebre M.
Halley , ce qu'il y a de plus ſimple pour
calculer les mouvements irréguliers de la
Lune.
Après avoir cité le malheur du célebre
Galilée , contraint d'abjurer publiquement
l'opinion du mouvement de la Terre comme
une héréfie dangereuſe , évenement qui nous
montre qu'en vieilliſſant le monde n'eſt pas
devenu plus ſage , M. Freret rechercha quelle
étoit la cauſe de cet attachement opiniatre
des Atheniens pour l'immobilité de la
Terre : il en trouve la ſource dans l'idée qu'ils
s'étoient formée de l'Univers dans le tems de
leur barbarie. Incapables alors de concevoir
que la Terre put ſe ſoutenir d'elle-même
ſans un point d'appui , ils ſe l'étoient repréſentée
comme une grande montagne dont
les racines s'étendoient à l'infini dans l'immenſité
de l'eſpace , & dont le ſommet ar
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
rondi en forme de borne étoit la demeure
des hommes. Le reſte du Siſteme céleſte répondoit
à cette idée groſſiere , que par une
fingularité remarquable des voyageurs di.
gnes de foi ont retrouvée abſolument la
même chés les Talapoins de Siam .
Les Philoſophes Athéniens furent longtems
forcés de feindre un ſcrupuleux attachement
à cette opinion. Peuà peu on s'enhardit
& on oſa la combattre , mais ce ne fut
qu'avec de grands ménagemens. La Terre
recut ſucceſſivement diverſes figures qui s'éloignoient
plus oumoins de la premiere. Enfin
les Aftronomes lui donnerent la forme
d'un corps parfaitement Sphérique , les Phyficiens
en'firent un Sphéroïde , mais fans
s'accorder ſur ſa figure , les uns le ſuppoſant
allongé par les Poles , & les autres japplati.
Le premier de ces ſentimens eſt plus ancien
& fervoit à donner raiſon des pluyes & des
neiges des Régions Septentrionales , mais les
voyages des Grecs dans l'Afrique , & leurs
Navigations dans la mer des Indes dont les
conquêtes d'Alexandre leur avoient frayé la
route , occaſionnerent des découvertes qui
firent naître le ſecond Siſtème , celui de l'aplatiſſement
de la Terre vers les Poles ,& de
fon Elevation ſous l'Equateur. Il eſt ſingulier
que la figure de la Terre , qui a fait parmi
les Modernes une Queſtion fameuſe , main.
DECEMBRE 1744 71
tenant à la veille d'être décidée , ait auſſi partagé
les Anciens. Mais ce qui n'eſt pas moins
digne de remarque c'eſt que la Coſmogonie
Egyptienne que fuivoit l'Ecole de Thalés ,
employoit pour rendre ſenſible la raiſon
qu'elle donnoit à la permanence de laTerre
au centre du Tourbillon , une expérience
célebre parmi les Modernes , celle du fluide
mû circulairement autour du centre du vaſe
qui le contient. Platon qui n'oſoit , quoiqu'il
la connût , en faire uſage , parce qu'elle fuppoſoit
le mouvement de la Terre fur ellemême
, qu'il étoit dangereux de foutenir dans
Athenes , expliquoit cette ſituation conftante
de la Terre par un raiſonnement métaphyſique
qui eſt de la même eſpece que le principe
fondamental du,Leibniſianiſme , ou que
celui de la raiſonſuffisante dont les Diſciples
de Leibnitz font aujourd'hui une des baſes
de leur Syſtême.
M. Freret termina cet expoſé général de
quelques-unes des opinions Phi'ofophiques
des Anciens , par pluſieurs réflexions qui conduiſent
à la conféquence qu'on en doit tirer.
Il convient que pour ſe former une juſte
idée de l'ancienne Philoſophie , il faut recueillir
des lambeaux lépars çà & là dans
des Auteurs ſouvent peu inſtruits de ces
matieres , que privés aujourdhui des ouvrages
méme des Philoſophes , nous ignorons
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
quel plan ils avoient ſuivi dans la liaiſonde
leurs idées & de leurs Siftémes , qui font à
notre égard comme ces Statuës antiques
dont il ne nous reſte que des débris.
Nous devons ajouta-t-il , la même juſtice
aux anciens Philoſophes qu'aux anciens Sculpteurs
. Il faut juger des parties que nous
avons perdues par celles qui nous reſtent ,
penſer que leur aſſemblage formoit un tout
& non pas un monftre.
C'eſt tout ce qu'il demanda, Car il ſe déclara
bien éloigné de donner une préférence
abſolue aux Anciens ſur les Modernes , &
de ſe livrer à une prévention aveugle déterminée
à tout admirer. Il n'attaqua que le
mépris qu'on témoigne pour eux. Il fit ſentir
que la différence des fiécles n'enmetpoint
entre les hommes , qu'il faut mefurer leur capacité
& leurs talens moins par le terme
où ils ſont arrivés , que par le point d'où ils
font partis , & par les obſtacles qu'ils ont
eu àvaincre ; que ſi les Modernes ont quelque
avantage ſur les Anciens , c'eſt d'être
venus après eux , c'eſt de marcher fur leurs
traces , & d'être inſtruits , non ſeulement par
leurs découvertes , mais encore par leurs mépriſes,
& qu'ainſi ceux qui dédaignent fi fort
l'étude de l'Antiquité ſe privent de cet avantage
, que bornés à la Génération préſente ,
& ignorans le paffé , il n'est pas étonnant que
tout foit nouveau pour eux,
DECEMBRE. 1944;
De ces réflexions , & du détail intéreſ
ſant qui les précede , ne doit-on pas conclure
que fi une admiration ſans bornes
pour les Anciens eſt une ſuite de la pré
vention , le mépris aujourd'hui ſi commun
qu'on affecte pour eux , eſt de ſon côté
l'effet de l'ignorance , & qu'entre ces deux
excès ſi condamnables , il eſt un juſte milieu
? Mais le juſte milieu eſt un état ſi violent
pour la plupart des hommes , comme
le dit l'Auteur de ce Mémoire , qu'il fera
toujours bien difficile de les y amener.
Monfieur l'Abbé Belley lut enſuite un
Mémoire ſur l'ordre Politique des Gaules
qui a occaſionné le changement de nom
de pluſieurs Villes.
Meſſieurs de Valois & de Longueruë , &
d'autres Ecrivans , même Etrangers , ont
remarqué que pluſieurs Villes de la Gaule
avoient quitté leur nom ancien & s'étoient
approprié le nom du Peuple dont ces Villes
étoient les Capitales ; ainſi Lutetia fut nommée
Parifii ; Durocortorum , Remi ,Agedincum
, Senones , Avaricum , Bituriges , quarante-
cinq Villes dans l'étendue des Gaules
qui furent conquiſes par Jules-Cefar ont
admis ce changement ;il ſe reconnoît à peine
une fois dans la Province Narbonnoiſe . M.
L. B. a crû devoir rechercher la cauſe d'un
changement fi commun dans une partie de__
80 MERCURE DE FRANCE.
la Gaule , & preſque ſans exemple dans l'au
tre ; il s'agit de ſçavoir comment ſe ſont établis
les noms de Paris , de Reims , de Sens ,
de Bourges & de pluſieurs autres Villes de
France. La queſtion devient plus intéreſſante
, fi cette dénomination eſt ſondée ſur l'ancien
gouvernement établi dans ces Villes ,
& fi la différence d'uſage qu'on remarque
dans les parties de la Gaule , vient de la
différente condition des Peuples. La connoiſſance
de l'ancien état des Peuples & des
Villes eſt un des grands objets de l'Hiſtoire ;
les éclairciſſemens que donne M. L. B. répandent
un grand jour ſur le gouvernement
des Romains dans la Gaule , & par une
conféquence néceſſaire ſur les premiers tems
de la Monarchie Françoiſe. Nous ne pouvons
donner qu'un Extrait abregé de ce Mémoire.
Les Romains envoyerent dans la Gaule
pour la défenſe des Marſeillois leurs anciens
Alliés , des armées qui dans l'eſpace de s
ans conquirent le Pays , compris entre la
Mer Mediterranée , les Alpes , le Rhône ,
les Cevennes , la Garonne & les Pyrenées.
Cette guerre ſe fit de la part des Romains
avec animoſité. Domitius & Fabius Maximus
leurs Genéraux, pour perpétuer le ſouvenir
de leurs Victoires , firent élever des
Monumens & des Trophées , contre l'uſage
DECEMBRE 1744, 81
du Peuple Romain , qui ſuivant Florus ,
n'inſulta jamais à l'ennemi vaincu. Le Pays
conquis fut réduit en Province , & nommé
la Province Narbonnoiſe du nom de Narbonne
, ſa ville Metropole, ou ſimplement la
Province de la Gaule. Le Senat lui impoſa
des conditions très-dures ; ſes Peuples
furent dépouillés d'une partie de leurs Villes
& de leurs Terres ; on exigea d'eux des
tributs en argent , de groſſes contributions
de Vivres pour les armées Romaines ; plufieurs
Colonies furent établies ſur leurs Territoires
, & ſe multiplierent dans la ſuite
juſqu'au nombre de vingt. L'ancien habitant
, qui vivoit ſous la Jurisdiction de la
Colonie , avoit perdu ſes meilleures Terres ,
il déploroit la perte de ſa liberté , il n'avoit
plus ni Loix , ni Magiſtrat de ſa Nation.
La condition des Peuples de la Narbonnoiſe
étoit ſi déplorable que Critognate la
répreſente aux Gaulois affiégés dans Aliſe
comme le plus puiſſant motif pour défendre
leur liberté juſqu'à la derniere extrémité.
*
Refpicite finitimam Galliam , quæ in Provinciam
redacta , jure & legibus commutatis ,
Securibus subjecta , perpetua premitur fervitute
.
Les Gaules conquiſes par Jules-Ceſar re-
* De Bello Gall. L. VII.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
çurent un traitement bien différent ; ce Général
dans le cours de huit Campagnes afſujettit
à la domination Romaine la vaſte
étendue des Gaules depuis les frontieres de
la Province juſqu'au Rhin & à l'Ocean ,
& les réduifit en Province. Le Vainqueur
ne leur impoſa aucunes nouvelles charges ,
il ſe contenta d'un tribut de quarante millions
de ſeſterces ( quadringenties ) qui fercient
de notre monnoye au prix actuel du
marc d'argent, environ huit millions ſept cent
cinquante mille livres , ſomme modique , fi
l'on confidere l'étendue & la richeſſe du
Pays , ſur lequel elle fut impoſée ; & ce
tribut ſe leva ſous lenom le moins odieux ,
Stipendii nomine , pour l'entretien des troupes
deſtinées à maintenir la paix & la tranquillité
des Peuples .
Un autre avantage que cette partie des
Gaules conſerva en général au deſſus de la
Province , c'eſt que ſes Peuples ne furent
point troublés dans la poſſeſſion de leurs
Villes& de leurs Terres. Les Romains n'envoyerent
dans leur pays qu'un petit nombre
de Colonies ; on ne connoit que la Colonie
de Lyon dans la GauleCeltique ouLyonnoife
, qui étoit la troifiéme partie des Gaules
; trois Colonies dans le Pays des Helvetiens
, quatre dans la Belgique , une feule
dans toute l'Aquitaine ; ces établiſſemens
DECEMBRE 1744. 83
ne ſe firent point pour châtier ou pour contenir
les Naturels du Pays ; les Colonies
furent preſque toutes placées ſur le Rhin
pour affurer cette frontiere contre les courſes
des Nations Germaniques.
Les Romains enfin conſerverent ou retablirent
dans les Cités de la Gaule l'ancienne
forme de Gouvernement il étoit
Ariftocratique , un Senat compofé d'un certain
nombre de Perſonnes formoit le Confeil
commun de chaque Cité ou de chaque
Peuple ; les Commentaires de Cefar font
mention d'un Senat dans les Cités d'Autun
, de Sens , de Reims , de Beauvais , d'Evreux
, de Liſieux , de Vannes & des Nerviens
; c'étoit l'ordre politique généralement
établi. Cependant au tems de la Con--
quête , les Grands avoient ufurpé dans plufieurs
Cités la puiſſance Souveraine ; la Domination
Romaine chaffa ces Tyrans , & rendit
aux Peuples l'autorité de leurs Senats , cet
ordre fut maintenu par les Empereurs , comme
on le voit par pluſieurs Monumens du
haut & du bas Empire ; il a même ſubſiſté
ſous les premiers Rois de France , on en
trouve encore des veſtiges ſous la troiſieme
Race , preſque juſqu'à notre fiecle.
Ce Parallele fait affés connoître com.
bien la condition de la Narbonnoiſe fut differente
de l'état du reſte des Gaules : les
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Peuples des Gaules ayant conſervé ſous les
Romains l'autorité de leurs Senats , il eſt
facile de concevoir comment les Villes Capitales
auront perdu leurnom primitif, pour
prendre celui du Peuple.
Le Senat étoit le premier ordre du Peuple
, une aſſemblée repréſentative du Peuple,
ſouvent conſidérée comme le Peuple
même,au nom duquel elle agiſſoit ; le Senat
s'aſſembloit dans la Ville Capitale de chaque
Peuple ou Cité , M. L. B. le prouve par
pluſieurs Monumens. Cette Capitale prit ou
plutôt reçut le nom de la Cité & du Peuple.
Il eſt aſſés ordinaire de comprendre
ſous la même denomination les lieux & les
perſonnes : les noms de Senat , de Ville ,
de Province & pluſieurs autres ſont ſouvent
pris dans cette double acception.
Ainfi les Capitales des Peuples Parifii ,
Bellovaci Atrebates , Lemovices , Petrocorii
&c. furent nommées Civitas Parifiorum ,
Bellovacorum . Artrebatum , Lemovicum
Petrocoriorum , la Cité de Paris , de Beauvais
, d'Arras , de Limoges , de Perigueux ,
& l'ancien quartier de ces Villes porte encore
le nom de Cité, on leur donna auffi
fimplement le nom du Peuple , Parifii , Bellovaci
, Atrebates , Lemovices , Petrocorii ,
Paris , Beauvais , Arras , Limoges , Perigueux.
CE DECEMBRE 1744 84
۲۴
Fe
Dans la Narbonnoiſe les Peuples avoient
perdu une partie de leurs Villes , vingt Colonies
furent établies ſur leurs territoires ,
les Senats de ces Colonies n'étoient point
un ordre repréſentatif de l'ancien Peuple ,
&par conséquent l'aſſemblée ou la refidence
du Senat dans une Capitale , n'a pu
donner à cette Capitale le nom du Peuple,
ainſi les Villes de Narbonne , de Toulouſe
de Nimes , d'Arles , d'Avignon , d'Orange ,
de Valence , de Vienne & des autres Colonies
auront conſervé leur nom primitif.
7
M. L. B. examine dans quel tems les
Villes ont pris dans les Gaules le nom du
Peuple ; il trouve peu d'exemples de ce
changement ſous les premiers Empereurs ;
cet uſage eſt plus clairement établi dans
quelques Inſcriptions du troifiéme fiecle ; il
devint plus commun dans le quatriéme ;
on le remarque dans les Reſcrits des Empereurs
, fur des Medailles Imperiales , dans
les Itineraires : le changementne ſe fit que
par dégrés . Alors les Villes portoient deux
noms', l'ancien , & le moderne qui étoit
lenom du Peuple , pendant que les Romains
nommerent la Ville de Paris , Parifii , les
Gaulois lui donnoient encore le nom de
Lutetia ; mais à la fin du quatriéme ſiécle ,
le changement devint preſque général , nous
voyons dans la Notice des Provinces & des
86 MERCURE DE FRANCE.
Cités de la Gaule , qui fut redigée ſous l'Empire
d'Honorius , que quarante-cinq Villes
portoient le nom de leur Peuple. Cependant
les Villes de Rouen , de Bordeaux ,
de Besançon & pluſieurs autres ont confervé
leur ancien nom , M. L. B. examine
pourquoi elles ne ſuivirent pas l'uſage général.
La nouvelle Denomination a fubfifté fous
nos Rois , comme on le voit dans les Hiftoriens
, dans les Chartes , dans les Actes publics
, ſur les anciennes Monnoyes , &dans
les autres Monumens de l'Hiſtoire de France,
uſage qui s'eſt perpetué juſqu'aujourd'hui,
Fermer
31
p. 99-126
MEMOIRE Sur les avantages & les inconvéniens de la fiévre, lû à l'Académie de Beziers, le 13 Novembre 1749, par M. Jean-Henri-Nicolas Bouillet, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier.
Début :
SI j'entreprenois de faire ici l'éloge de la fiévre, on croiroit sans doute, qu'à [...]
Mots clefs :
Fièvre, Nature, Cause, Maladie, Maladies, Humeurs, Matière, Sang, Causes, Corps, Mouvement, Effets, Remède, Chaleur, Fièvres, Médecins, Organes, Coeur, Matière morbifique, Vaisseaux, Symptôme, Santé, Dérangement, Évacuations, Dépravation
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE Sur les avantages & les inconvéniens de la fiévre, lû à l'Académie de Beziers, le 13 Novembre 1749, par M. Jean-Henri-Nicolas Bouillet, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier.
MEMOIR E
Sur les avantages & les inconvéniens de la
fiévre , lû à l'Académie de Beziers , le 13
Novembre 1749 , par M. Jean- Henri-
Nicolas Bouillet , Docteur en Médecine de
la Faculté de Montpellier.
Sliventreprenois
de faire ici l'éloge de la
fiévre , on croiroit fans doute , qu'à
l'exemple d'Erafme , qui a fait l'éloge de la
folie , & de quelques autres Ecrivains qui
ont loué ironiquement des chofes dont le
nom même eft odieux : on croiroit , dis-je,
que je voudrois amufer agréablement cette
illuftre affemblée , en préfentant fous -de
belles couleurs la chofe du monde la plus
hideufe , l'ennemi déclaré du genre humain
, le tyran de la vie des hommes.
Mais ce qu'on croiroit que je voudrois
faire ici d'une maniere ironique, de grands
Médecins l'ont exécuté férieuſement , en
exagérant dans certains cas les avantages
de la fiévre , en la repréfentant toujours
comme la feule reffource de la nature dans
le plus grand nombre des maladies , comme
le moyen le plus folemnel dont elle
faffe ufage pour leur guérifon ; en foûtenant
enfin dans des Théfes publiques , que
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
la fiévre eft bien moins fouvent une ma
ladie qu'un remède à nos maux. Il est vrai
que d'autres Médecins , non moins habiles
, ont penfé bien differemment , &
que loin de regarder la fiévre comme
quelque chofe d'avantageux , ils l'ont confidérée
comme la plus cruelle de toutes
les maladies , & comme la caufe la plus
ordinaire de la mort des hommes . Ces
deux fentimens ont encore leurs partifans,
& perfonne , que je fçache , ne s'eft avile
de difcuter à fond , lequel des deux doit
être préferé. Ce n'eft pourtant pas ici une
queftion purement ſpéculative , & dont la
décifion foit indifferente pourla pratique.
On en jugera par ce Mémoire , où je me
propofe d'examiner férieufement cette
matiere , après avoir rapporté ce qu'on a
dit jufqu'ici de plus frappant en faveur de
la fiévre,
1. Hippocrate , parmi les anciens , a été
le premier qui a relevé , ce femble , les
avantages de la fiévre , en faifant remarquer
qu'elle eft d'un bon augure dans certaines
maladies , & qu'elle en termine
heureuſement bien d'autres. Quelquesuns
de ceux quifont venus après lui , n'ont
pas manqué à cet égard de fe prévaloir de
fon autorité. Ils ont été même plus loin.
Afclepiade ofa bannir tous les remédes , &
MARS. 1750. 101
il ne craignit point d'avancer que la fiévre
étoit le principal reméde dont il fit ufage .
Enfin Celfe ne fe contenta pas de dire que
la fiévre elle- même étoit fouvent d'un
grand fecours ; il ajouta auffi , d'après Hip.
pocrate , qu'il étoit quelquefois de la prudence
du Médecin de la procurer aux
malades.
2. Parmi les modernes , Sydenham , l'un
des plus habiles Praticiens Anglois du dernier
fiécle , a regardé la fiévre comme l'u
nique moyen , dont la nature eût coûtume
de fe fervir pour chaffer hors du corps la
cauſe matérielle des maladies , mais celui
qui vers la fin du fiécle pallé , & au commencement
de celui-ci , s'eft déclaré le
plus ouvertemeift en faveur de la fièvre ,
a été le célébre M. Stahl , que la plûpart
des Médecins Allemands regardent comme
le reftaurateur de la Médecine . Cet Auteur
a même pouffé fa complaifance pour
la fiévre , jufqu'à taxer d'erreur Hippocrate
, lorfqu'après avoir fait l'énumeration
des maladies , que les anciens appelloient
aigues , ce Prince de la Médecine
ajoute * que c'eft la fièvre qui rend ordi-
,
nairement ces maladies mortelles .
Pour lui , il penfe qu'il eft plus clair
* DeVict, acutor.
E iij
102 MERCURE DEFRANCE.
que le jour , que ces mêmes maladies , ou
ce qui eft , dit-il , le même , les ftafes inflammatoires
du fang dans les vifcéres
abandonnées à elles-mêmes & fans l'intervention
de la fièvre , tuent néceffairement ,
& il ajoute que la nature par elle- même
ne peut prévenir autrement une pareille
cataſtrophe , qu'en diffipant à propos ces
fortes de ftafes , & qu'elle ne peut les diffiper
qu'en augmentant confidérablement ,
& pendant un tems fuffifant le mouvement
progreffif ou circulaire du fang , ce
qui emporte néceffairement une augmentation
de poulx , qui eft toujours fitivie
d'une augmentation de chaleur par tout
le corps , laquelle augmentation de chaleur
, à un certain degré & d'une certaine
durée , s'appelle fiévre . D'où il conclud
qu'on a grand tort de regarder la fièvre ,
comme la feule maladie & comme la cauſe
principale de la mort , tandis qu'elle eſt
au contraire l'unique fondement d'une
heureufe efpérance , & le feul inftrument
de la guérifon : ce qu'il tache de prouver
par la pefte , ce coryphée des maladies - aigues
, laquelle felon lui , n'étant point
proprement de fon effence une fiévre , ne
peut être traitée heureufement & avec fuccès
, qu'en lui oppofant une fiévre douce ,
égale & continue.
MARS. 1750. 103
3. Les Difciples de M. Stahl ne font
pas moins prévenus que lui en faveur de la
fiévre. Le fçavant funcker la définit un
effort falutaire de la nature , qui par des
mouvemens fecrétoires & excrétoires ,
portés au delà de leur degré naturel , mais
affez justement proportionnés à la quantité
& à la qualité de la caufe fébrile , fe
propofe , ou de corriger ou d'éloigner du
corps quelque matiere morbifique : & il
ajoute qu'en ce fens on peut fort bien déri-
Iver le mot Latin febris , de l'ancier verbe
februare , qui fignifie purifier ou expier , &
particulierement de ces cérémonies folemnelles
, de ces facrifices appellés februa ,
par lefquels on avoit en vue d'éloigner
des maifons les ombres errantes des morts,
& d'ôter les caufes des maladies. D'où il
- conclud que l'efter de la fièvre est toujours
falutaire , mais que fon évenement eft fouvent
irrégulier ou tout- à- fait funefte , non
par la faute effentielle de la fiévre , mais
par celle du fujet où la fièvre ne peut pas
librement faire fon cours , ou par d'autres
maladies qui s'y joignent , & qu'ainfi ce
n'eft pas par la fiévre , mais avec la fièvre
qu'on meurt. Il y a plus. Il prétend que
les fiévres , qui font librement leur cours ,
Haiffent après elles une fanté beaucoup
plus vigoureufe , que celle dont on jouif-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
foit avant la maladie . Nenter tient le même
langage.
4. Mais M. Stahl , & fes Difciples , ne
font pas les feuls qui parlent avantageufement
de la fiévre . M. Boerhaave prétend
auffi que la fiévre eft un heureux inftru
ment , par lequel la nature opére la guérifon
parfaite de bien des maladies aigues
& chroniques , d'ailleurs incurables :
qu'un Médecin qui fe fert de la fièvre que
la nature excite , & qui lui affocie des délayans
& de doux fondans , fait toujours
des merveilles , & qu'un Médecin qui
connoît la nature & qui l'imite , aide cette
même nature , trop foible pour furmonter
des maladies chroniques , en procurant par
des remédes une fièvre qu'elle n'a pas la
force d'exciter elle-même , & que par cette
fiévre bien ménagée on releve une nature
abbattue , & on furmonte les maladies
les plus rebelles.
5. M. Hoffman ( Frederic ) ne paroît
guéres moins prévenu en faveur de la fiévre.
D'abord il convient de bonne foi ,
que c'eft un mouvement contre nature du
fang & des humeurs , qui dérange & détruit
même les fonctions du corps & de
l'ame ; qui corrompt les fucs vitaux , épuife
les forces , difpofe aux maladies chroniques
, & donne fouvent la mort . Mais
MARS. 1750. 105
en même tems il ajoute que le mouvement
fébrile du fang , qui fe joint à beaucoup
de maladies aigues & chroniques ,
eft d'une telle nature & d'un tel caractére,
.qu'il contribue à furmonter & détruire lés
caufes des maladies , & par conféquent
qu'il eft plutôt avantageux & falutaire que
préjudiciable au corps humain . C'eft en
quoi , s'écrie- t'il , l'Auteur de la nature eft
d'autant plus admirable puifqu'il fait >
fervir la caufe même de la mort à la confervation
de la vie.
Cet Auteur n'attribue la fiévre qu'à des
effers purement méchaniques , qui ne font
point avantageux par eux-mêmes , mais
feulement par accident , en faifant fortig
les impuretés qui la caufent ; de même
que le vomiffement , quand l'eftomach eſt
chargé , & l'hémorragie dans la pléthore ,
quoiqu'ils foient des accidens maladifs ,
quelquefois mortels , opérent le rétabliſſement
de la fanté.
I
Quant à la fiévre , elle ne devient , ditil
, falutaire , que parce qu'elle accélére la
coction de la matiere morbifique , c'eſtà-
dire , qu'elle la rend propre à l'excrétion
, ce qui fe fait de deux manieres , en
divifant les matieres épaiffies , & en ouvrant
les vaiffeaux obftrués ou refferrés
par les fpafies. Or rien n'eft plus propre
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
que la chaleur de la fiévre pour produire
ces effets , car la vie confifte dans la chaleur
, n'eft- il pas naturel que fon augmen.
tation répare la langueur de fon principe.
D'où il conclud qu'il eft dangereux , fouvent
mortel , de faire tous fes efforts dans
le commencement des maladies , pour
anéantir tout-à- fait la fiévre , à moins
qu'elle ne foit entierement fymptomati
que. Il faut fe contenter , dit- il , de modé
rer les fiévres critiques , fi elles font trop
fortes , mais il faut les animer , fi elles ne
le font pas affez.
pour
6. Enfin à tous ces Panégyriftes de la
fiévre s'eft joint encore depuis peu un fçavant
Médecin de l'Ecole de Paris . D'abord
cet Auteur ne veut point qu'on appelle
maladie ce que fait la nature
corriger ou pour chaffer hors du corps la
caufe du mal , & pour rétablir une fanté
délabrée puis il ajoute que la maladie
n'étant qu'une difpofition contre nature ,
qui dérange immédiatement & par ellemême
les fonctions du corps vivant , tout
ce qui ne produit pas cet effet , ne doit pas
être mis au rang des maladies .
Au refte , dit-il , qu'on ne croye pas que
ce n'eft ici qu'une queftion de nom , car
on en tirera bien des conféquences trèsutiles
pour la pratique. En effet , s'il eft
1
MARS. 1750.
107
bien prouvé que la fiévre eft plutôt un reméde
qu'une maladie , il s'enfuivra qu'il
ne faut point l'emporter , mais ( nouveauté
étrange ! ) qu'il faut quelquefois l'allumer
; qu'il ne faut pas la diminuer , mais
l'augmenter ; qu'il ne faut pas l'éteindre
mais la conferver. Après cette digreffion ,
l'Auteur continue ainfi . Nous ne fommes
pas plutôt atteints de quelque indifpofition
, que la nature excite d'abord là fié …..
vre. Mais à quel deffein ? Eft.ce pour
ajouter un nouveau mal au premier ? Point
du tout . La nature ne travaille point à
nons détruire , elle veille au contraire à
notre confervation , & ne manque pas de
venir à notre fecours . C'eft donc envain
qu'on cherche la caufe de la fiévre ; il faut
chercher la caufe des differens maux qu'elle
accompagne, C'eft uniquement à cette
caufe qu'il faut remédier. Mais quelles
font les principales caufes des maladies ?
Des inflammations , des obftructions , des
matieres vifqueufes , gluantes , arrêtées en
differentes parties du corps . Or pour corfiger
ou pour détruire ces caufes , quel
reméde plus efficace que la fiévre ? Dans
la fiévre le mouvement & la chaleur du
fang font portés au - delà de leur dégré
naturel. C'eft le mouvement & la chaleur
qui nous font vivre. C'eft à ces agens qu'il
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
faut rapporter tout ce qui fe paffe dans
l'homme , & tant que les fonctions nefont
point lézées , ils fuffident l'un & l'autre
dans leur état naturel pour perpétuer la
vie : mais s'il le forme quelque embarras ,
alors la fièvre , par des mouvemens fecrétoires
& excrétoires , pouffés au -delà de
leur dégré naturel , brife , attenue la matiere
morbifique , & la ramène à fa température
naturelle , ou par le fecours de la
chaleur elle prépare cette matiere & la
chaffe au-dehors.
Enfin après une longue énumeration des
maladies , qu'il croit que la fiévre peut
guérir ; après avoir obfervé que ceux - là
fe trompent groffierement , qui par des
faignées & d'autres remédes tâchent de
l'appaifer , il conclud que la fièvre , loin
d'être une maladie , eft un reméde naturel ,
comme le vomiffement , l'éternuement ,.
la toux , les larmes , les déjections ; que
la meilleure fiévre eft celle qui eft proportionnée
à la caufe de la maladie & aux
forces de la nature , & que c'eſt celle - là
qui prépare & chaffe fûrement & promp
tement la matiere morbifique.
7. En voilà fans doute bien aſſez pour
prouver que de grands Médecins ont loué
férieufement la fiévre, & que loin de la re
garder comme une maladie , ils l'ont enMARS.
1750. 109
vifagée comme le plus grand reméde que la
nature puiffe apporter à nos maux. Maintenant
il ne me feroit pas difficile de faire
voir que bien d'autres Médecins , non
moins habiles , ont eu fur la fiévre des
idées tout-à- fait oppofées , & que nonfeulement
ils l'ont regardée comme une
maladie qui s'attaque généralement à tout
le corps , mais encore comme la plus fréquente
& la plus dangereufe de toutes les
maladies. Il n'y auroit qu'à rapporter ce
que le plus grand, nombre de Médecins
anciens & modernes nous ont laiffé fur ce
fujet. Mais pour ne pas trop groffir ce
Mémoire , nous nous contenterons d'examiner
la chofe en elle-même , & fans aucun
égard à l'autorité de ceux qui nous
ont précédés , & par ce moyen nous tâcherons
de découvrir fi la fiévre ' eft réellement
ou non une maladie , & s'il eft du
devoir du Médecin de la combattre ou de
la conferver , & de l'appeller même à ſom
fecours.
8. Pour garder quelque ordre dans cet
examen , nous confidérerons d'abord la
fiévre indépendamment de tout vice , foit.
humoral , fait organique : enfuite nous
examinerons celle qui dépend du vice des
humeurs , ou des organes , ou de l'enfemble
des uns & des autres : enfin nous rap116
MERCURE DE FRANCE.
porterons les principaux effets de ces differentes
fortes de fièvres , & on verra parlà
, fi on doit regarder la fièvre comme
une maladie ou comme un remède à nos
maux .
9. Que la fièvre s'éleve quelquefois indépendamment
de tout vice humoral ou
organique , c'est ce qu'ont reconnu Pitcarne
, Boerhaave & Vanfwieten , & c'est ce
que l'expérience nous montre affez fouvent.
En effet on voit la fièvre s'allumer
quelquefois dans les corps les plus fains
par la feule action des cauſes externes ou
procatharctiques , & l'on comprend aifé
ment que tout ce qui peut accélerer à un
certain point le mouvement du fang qui
revient au coeur par les veines , ou pouffer
conftamment vers le coeur une plus grande
quantité d'efprits animaux , peut exciter
la fiévre dans le corps le plus robufte & le
plus fain , avant qu'on puiffe foupçonner
d'autre vice dans les humeurs ou dans
les organes , que la feufe accéleration du
mouvement du fang ou des efprits animaux
, & le battement plus fréquent du
coeur & des artéres. C'eft du moins ainfi
que de grands & longs travaux , fürtout
dans une faifon fort chaude , de violentes
& longues paffions de l'ame , furtout des
excès de colére dans des gens jeunes &
MARS 1750. FIE
vigoureux , occafionnent fouvent la fiévre
.
10. Et qu'on ne dife point que cette
violente agitation du fang , que ces violens
& fréquens battemens du coeur & des
artéres , ne peuvent point , à proprement
parler , être appellés du nom de fievre ,
puifque tout cela difparoit quelquefois
promptement , dès que la caufe externe ou
occafionnelle ceffe d'agir. Car pourquoi
ne leur donneroit-on pas ce nom- là ? Une
fiévre d'un quart- d'heure eft-elle moins
fiévre , qu'une fiévre de vingt- quatre heures
ou de plufieurs jours ? D'ailleurs , fi
cette caufe occafionnelle conftamment appliquée
fur un corps , même très -fain , continue
d'agir pendant un certain tems , ne
s'enfuivra-t'il pas une fiévre continue , &
fouvent très-ardente ? Et le commence
ment de ce mal , avant qu'il fe foit développé
une matiere fébrile , fera-t'il moins
fiévre que la fuite de ce même mal , lorfqu'il
s'eft formé des embarras dans les vaiffcaux
, ou qu'il s'eft développé une mathere
fébrile ?
Il y a plus. On peut fi peu refufer le
nom de fiévre à ces fréquens battemens
du coeur & des artéres , & à cette violente
agitation du fang , caufée par des excès de
colere ou par de violens exercices , qu'il
#12 MERCURE DE FRANCE.
arrive quelquefois que les vaiffeaux capil
laires du cerveau , ou de quelqu'autre vifcére
, dont le calibre ou la capacité augmente
en raifon compofée de la directe
du volume & de la rapidité du fang , &
de l'inverfe de leurs réfiftances , crévent
promptement par la feule diftenfion de
leurs parois , & qu'il fe fait des extravafations
mortelles , avant que les humeurs
ayent eu le tems de fe dépraver , & que les
vaiffeaux ayent pû s'embarraffer.
fes
11. On dira peut-être que la fièvre ,
n'étant qu'an dérangement durable des
fonctions , & que les fonctions ne pouvant
être long-tems dérangées par une cauſe
externe , l'agitation du fang occafionnée
par une cauſe externe ne peut être qua
lifiée du nom de fiévre . Mais ne fuffit- it
pas que les fonctions du coeur foient dérangées
pendant un certain tems , que
battemens foient & plus forts & plus fréquens
que dans l'état naturel , pendant ce
même tems , pour que l'effet de cette caufe
externe foit appellée fiévre , avant même
que les humeurs foient dépravées ? Autrement
il ne faudroit pas non plus appeller
fiévre le dérangement caufé dans les fonctions
du coeur par le vice de quelque organe
, par la piquûre d'un nerf ou d'un
tendon , &c. & il faudroit entierement
MAR S. 1750. Its
bannir de la claffe des fiévres les fièvres
non-humorales , dont M. Fizes a le premier,
que je fçache , traité expreffément , ce qui
feroit ridicule , puifqu'il en résulte quelquefois
affez brufquement des accidens
terribles , des convallions , des délires ,
& c.
12. Il eft donc certain que la frévre peat
être excitée par une caufe externe , & indépendamment
de la dépravation des hu
meurs ou du dérangement des organes.
Voyons maintenant quels font les effets
de cette fiévre. Premierement , le fang
ne peut circuler avec beaucoup plus de rapidité
qu'à l'ordinaire , qu'il ne s'échauffe
davantage , & qu'il ne communique beau
coup plus de chaleur à tout le corps . 2. Il
doit diftendre outre mefure les parois des
vaiffeaux par où il paffe & les faire créver,
ou du moins les tirailler au point de caufer
des douleurs à la tête , àla région des
reins , & c. ou des délires , des convuk
fions , &c. 3. Les orifices des artéres lym
phatiques doivent fe dilater , & recevoir
dans leur cavité les globules rouges du
fang qui ne pouvoient y entrer aupara
vant , ce qui ne peut manquer de produire
des rougeurs & des inflammations. 4 .
Toutes les humeurs doivent s'épaiffir ,
foit par la chaleur qui fait évaporer ce
114 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles.contiennent d'aqueux , & qui fige
tout ce qu'elles ont d'analogue au blanc
d'oeuf , foit par les coups redoublés des
vaiffeaux qui les fouettent , les ferrent &
les condenfent. 5. Les fécrétions doivent
être interrompues , & les digeftions dérangées.
6. Les humeurs doivent contracter
une acrimonie , capable de ronger les
vaiffeaux où elles doivent fe putréfier &
fe diffoudre entierement. En un mot, il
doit fe former une ou plufieurs caufes internes,
capables d'entretenir la fiévre , lors
même que la caufe externe aura ceffé d'a
gir , & alors cette fiévre aura tous les effets
que doivent avoir les fiévres produites par
des caufes internes. Mais avant que d'aller
plus loin , examinons fi cette premiere efpéce
de fiévre doit être confidérée plutôt
que comme une malacomme
un reméde
die.
i 13. D'abord il eft vifible que cette fie
vre n'eft point un remède , puifqu'un reméde
fuppofe une maladie à laquelle il
doit être appliqué , & qu'an eft convenu
qu'il n'y avoit point ici de maladie , à la
quelle cette fiévre dût fervir de reméde. 2 °.
On fçait qu'un reméde doit tendre à réta
blir la fanté , & on vient de voir que cette
fiévre tend à la détruire , ou ce qui eft le
même , tend à produire des caufes de n
MARS. 1750. ris
que
ladie & de mort. Il eft vifible auffi
cette fiévre eft une véritable maladie
avant même la dépravation des humeurs
& le dérangement des organes , puifqu'el- .
le dérange notablement les fonctions du
coeur & du cerveau , & que fi on veut
qu'elle ne foit plus une maladie , mais un
fymptôme , lorfque les humeurs font dépravées
& les organes dérangés , il faudra
du moins qu'on convienne qu'elle eft une
caufe de cette dépravation des humeurs
ou de ce vice des organes , & qu'une cauſe
immédiate de maladie ne peut pas être
qualifiée du nom de reméde. D'où il fait
que la fiévre produite par une caufe externe,
loin d'être quelque chofe d'avantageux,
doit toujours être confidérée comme un
grand mal , ou du moins comme la caufe
de tous les mauvais effets que nous avons
rapportés ci-deffus , & qu'ainfi , loin de
conferver cette fiévre , il faut la détruire
au plutôt.
14. On conviendra fans doute que
cette févre n'eft point avantageufe , & on
ajoutera qu'elle doit être regardée comme
une erreur de la nature qui ſe tourmente
inutilement , pour éloigner du corps des
chofes qui n'y font point contenues , mais
qui font fur lui le même effet que les caufes
intérieures : qu'à la vérité la nature fe
,
116 MERCURE DE FRANCE.
trompe ici dans la fin qu'elle fe propofe ,
mais que le moyen dont elle fe fert , eft
bon en lui -même , & ne manque pas de
produire un bon effet , lorfqu'il eft bien
appliqué. Mais il eft aifé de voir que ce
n'eft ici qu'un vain fubterfuge , & que les
mêmes idées reftent fous des noms differèns.
Car qu'on donne à cette fiévre le
nom de maladie ou d'erreur de la nature ,
il n'en fera pas moins vrai de dire qu'il
faut ôter cette maladie ou corriger cette
erreur , & avoir recours à d'autres remé
des que la fièvre , pour remédier à cette
maladie , ou pour corriger cette erreur de
la nature
,
15. Il faut donc que l'on convienne que
cette tfpéce de fiévre eft un moyen mal
appliqué par la nature , puifqu'il n'y
point dans le corps d'autre maladie ou de
caufe de maladie , & que loin d'être avantageufe
& falutaire , cette fiévre ne peut
être que très pernicieufe , & même fu
nefte par les hémorragies ou les extravafations
qu'elle peut caufer , on par les inflammations
qu'elle peut occafionner , ou
par bien d'autres caufes des maladies
qu'elle peut faire développer. Il faudra
auffi par les mêmes raifons , que l'on convienne
que la fiévre non- humorale , ou purement
fymptomatique , la fièvre cauſée
MARS. 1750 . 117
par la piquûre d'un 'nerf ou d'un tendon
par un panaris , ou par une vive douleur
dans quelque partie à l'occafion d'une
caufe externe : il faudra , dis je , que l'on
convienne que cette fièvre ne fçauroit
être avantageufe , & que loin d'être un
reméde , elle eft fouvent une caufe de
mort. Il feroit fans doute inutile de
vouloir prouver une chofe auffi évidente
que celle- là. H ne nous refte qu'à voir fi
la fiévre produite par des caufes internes ,
ou par la dépravation des humeurs , eft
plus avantageufe que nuifible , & fi ·elle
doit être regardée plutôt comme un reméde
que comme une maladie . Car fi je
fais voir , comme je l'efpére , que la fièvre
caufée par la dépravation des humeurs
n'eft jamais falutaire , il s'enfuivra néceffairement
que la fiévre produite à la fois
par la dépravation des humeurs , & par le
vice de quelque organe , fera encore moins
avantageufe , & ne pourra jamais paffer
pour un reméde.
16: Les caufes internes des fièvres humorales
fe réduire à celles qui fe peuvent
forment , ou dans les premieres voies , ou
dans les voies de la circulation , ou hors
des voies de la circulation . Mais quelles
foient leurs caufes , il eft d'abord évident
que ces fièvres doivent être regar
IIS MERCURE DE FRANCE.
dées comme de funeftes effets de ces caufes
, des effets qui tendent à renverſer entierement
l'économie animale , & à trancher
le fil de la vie , & des effets par conféquent
aufquels on doit s'oppofer par
tous les moyens que l'Art a pu découvrir
jufqu'ici, foit en emportant tout à la fois la
caufe & l'effet , lorsque cela fe peut , foit
en diminuant promptement l'effet qui re
produit & augmente la caufe , foit en détruifant
peu à peu la caufe & l'effet . Et il
feroit inutile de dire que ce ne font point
ces caufes qui excitent la fièvre , que c'est
la nature qui l'appelle à fon fecours pour
s'opposer à ces caufes , car il en résulte
toujours que ce n'eft qu'à l'occafion de ces
caufes que la fièvre s'allume , & que fi
elle n'en eft pas l'effet immédiat , elle en
eſt du moins l'effet médiat , ce qui revient
ici au même.
17. Nous ne nous arrêterons point à
expliquer de quelle maniere la fiévre s'allume
à l'occafion des cauſes internes dont
on vient de parler ; ceux qui voudront s'en
inftruire , n'auront qu'à lire le Traité des
fiévres, que M. Fizes a donné en Latin , en
attendant que la Traduction que nous
avons entrepriſe de ce Traité foit en état
de paroître. Quant à préfent il nous fuffira
de faire remarquer que de quelque
MARS. 1750, 119
caufe , foit interne , foit externe , que
vienne la fiévre , c'est toujours un mouvement
déréglé des humeurs & des organes ,
& que les effets de ce mouvement contre
nature font toujours à peu près les mêmes ,
que ceux qui ont été rapportés ci -deſſus *
Il ne nous refte donc qu'à examiner , fi ces
effets font plus propres à détruire les caufes
internes qui produifent , ou occafionnent
la fiévre , qu'à les entretenir & à les
augmenter.
8. Si la caufe interne , ou la matiere
qui produit la fièvre, eft en petite quantité,
mobile , peu acide on peu âcre , peu vifqueufe
, & qu'elle foit contenue dans les
premieres voies , ou dans les voies de la
circulation , l'agitation du fang & l'ofcillation
des folides s'appaiferont bientôt par
l'expulfion de cette matiere , qui ne manquera
pas de le faire , ou par le vomillement
, ou par la fueur , ou par des déjections
, & la fiévre ceffera au bout de vingtquatre
heures , comme on le voit dans la
fiévre éphémère. CCaarr mmooiinnss iill y aura de
matiere morbifique, & cette matiere moins
vifqueule , moins acide ou moins âcre ;
moins il y aura de nourriture pour la fiévre
, moins de travail pour la nature , &
* V. n°. 12.
120 MERCURE DE FRANCE.
moins d'obſtacles à la guériſon. Mais eftce
à la fièvre qu'on eft redevable de cette
guérifon Point du tout, C'eft à la nature
& aux évacuations qu'elle procure,
Car dans l'état de maladie , comme en
fanté , la nature ou ce concours des cau-
Les qui agiffent continuellement pour l'entretien
& la confervation de notre machine
, ou , ce qui revient au même , ce
mouvement réciproque de nos parties fo
. lides & fluides, qui dure autant que la vie,
& en quoi confifte la vie du corps ; ce
mouvement, dis-je , ne ceffe jamais de procurer
des évacuations , foit par les urines,
foit par la tranfpiration cutanée , foit par
les fécrétions qui fe font dans l'eftomach
dans le foie , le pancréas , les inteſtins , &c.
Et c'est par ces évacuations que fort la ma
tiere fébrile , & que la fiévre fe diffipe,
Qu'on ne dife point que la fiévre , n'étant
que ce même mouvement dont nous
venons de parler , mais porté à un plus
haut dégré que dans l'état naturel , il s'enfuit
que c'eft la fiévre qui guérit ellemême
par les évacuations que ce mouyement
procure, Car , quoiqu'il foit vrai
que dans l'état de maladie la nature foit
obligée de redoubler les efforts pour vaincre
les réfiftances que lui oppofent les cau-
Les morbifiques , pour broyer & affiner
des
MARS. 121 1750.
des humeurs ordinairement plus groffieres
que dans l'état naturel , cependant ce n'eft
pas alors que fe fait la dépuration des humeurs
; au contraire pendant ce redoublement
d'efforts , & tant que la fièvre eft
dans fa vigueur , tout eft en confufion dans
le fang : il ne fe fait ,point , ou prefque
point de fécrétions , & ce n'eft que lorf
que ce mouvement contre nature vient à
fe rallentir , que les humeurs commencent
à fe dépurer , & que les évacuations arrivent
. D'où l'on voit que la fièvre eft plutôt
un obſtacle qu'un fecours , à ces évacua-
Lions.
19. Convenons toutefois , que quoique
ce ne foit point ici la fiévre qui fe guérit
elle-même , mais bien la nature , qui n'en
ayant pas été fort accablée , a pouffé audehors
la matiere morbifique par les mêmes
voies , par lesquelles elle fe décharge
en fanté des humeurs inutiles ou ſuperflues,
cependant on n'a pas eu dans cette occafion
fort à craindre des effets de cette
fiévre , l'altération qu'elle a produite dans
les humeurs & dans les organes , n'ayant
été que peu confidérable & de peu de durée.
Mais il n'en eft pas de même , lorfque
la caufe interne , ou la matiere qui caufe
la fiévre ,fe trouve en plus grande quantité,
moins mobile , plus acide ou plus âcre ,
F
122 MERCURE DEFRANCE.
plus vifqueufe & plus hétérogene dans fes
parties : alors l'expulfion de cettte matiere
devenant d'autant plus difficile , que fes
qualités s'éloignent plus de celles que nous
avons d'abord confidérées , les effets de la
fiévre feront d'autant plus à redouter , que
la fiévre durera plus long-tems , & ces effets
, loin de détruire la caufe qui produit
la fièvre , font beaucoup plus propres à
l'entretenir & à la rendre irrémédiable , ſi
l'Art ne vient au fecours de la Nature.
20. Il feroit trop long d'examiner ici
en détail tous les effets de la fièvre , que
nous avons rapportés ci - deffus. Pour ne
pas vous ennuyer , Meffieurs , je me bornerai
à ceux qu'elle produit fur les humeurs
, & qui font les feuls que les partifans
de la fièvre , regardent comme avantageux.
Car vous jugez bien que le dérangement
des digeftions , l'interruption des
fécrétions , l'engorgement des vaiffeaux
leur ruption ou leur érofion , les douleurs
aigues , les délires , les convulfions , & c.
n'ont jamais été regardés comme des effets
avantageux , quoiqu'ils foient des
fuites ordinaires de la fievre. Mais quel eft
cet effet avantageux que la fièvre peut produire
fur les humeurs ? C'eft , dit- on , de
cuire la matiere morbifique qui s'y eft mêlée
, & de la difpofer à l'excrétion .
MARS . 1750. 123
Il est vrai que la fiévre , lorfqu'elle n'eft
pas violente , aide quelquefois un peu la
coction de cette matiere , furtout lorfqu'elle
eft d'une nature à épaiffir le fang ,
mais outre que dans ce cas même le fecours
de la fiévre est toujours fufpect & fouvent
funefte , ainfi qu'on va le voir , elle ne
peut guéres favorifer la coction - de cette
matiere , lorfqu'elle eft d'une nature à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou
qu'elle eft compofée de telle façon , qu'elle
agiffe d'une maniere irréguliere fur lui , &
qu'elle en épaiffiffe certaines parties, tandis
qu'elle en liquefie d'autres , ou qu'elle eſt
enfin fi vifqueufe & fi adhérente aux humeurs
, avec lesquelles . elle s'eft mêlée ,
qu'elle n'en peut être détachée par tous les
efforts des fluides & des folides.
21. Comme dans l'état naturel le mouvement
réciproque de nos parties folides
& fluides procure la dépuration de nos
humeurs , en agitant doucement les fucs
qui s'y mêlent pour les réparer , en les
faffant , & les attenuant au point qu'il
convient , afin que les parties de ces fucs ,
qui ne doivent point fervir à la nourriture
, puiffent enfiler leurs couloirs & fe
porter au-dehors ; de même dans l'état
contre nature , dans la fièvre , ce mouvement
augmenté , mais feulement juſqu'à
F ij
124 MERCURE DE FRANCE .
un certain point , car lorfqu'il l'eft exceffivement
, il bouleverſe tout , & renverſe
entierement l'économie animale ; ce mouvement
, dis - je , attenue , brife , liquefie
la matiere fébrile , lorfqu'elle n'eft qu'épaiffiffante
, en un mot , la cuit , pour ainfi
parler , & la difpofe à l'excrétion . Mais
dans ce cas même , le fecours que procure
la fiévre , doit toujours être regardé comme
fort fufpect , car outre les autres effets
qui peuvent s'enfuivre de ce mouvement
déréglé , & que nous avons rapporté cideffus
, l'obfervation a fouvent appris aux
plus habiles Praticiens que j'ai confultés ,
foit de vive voix , foit dans leurs écrits ,
que ce mouvement abandonné à lui -même
étoit prefque toujours infuffifant pour
la
coction & l'excrétion totale de la matiere
fébrile , & qu'il étoit ordinairement fuivi,
ou d'une fièvre lente , ou de quelque abfcès
qui fe formoit , ou dans les articulations
, ou dans les glandes lymphatiques
conglobées de l'habitude du corps , ou dans
les chairs mufculeufes , ou , ce qui eft encore
pire , dans quelque vifcére , ce qu'il
feroit même aifé de prouver par théorie ,
fi cela ne menoit pas trop loin.
22. Mais fila matiere fébrile eſt d'une
autre nature , qu'elle foit propre à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou qu'elle
MARS. 1750.
125
foit fi vifqueufe & fi hétérogéne qu'elle
élude les efforts des folides & des fluides ,
alors tous les mouvemens fébriles , nonfeulement
fe feront en pure perte , mais
ils tendront encore à la deftruction de tout
le corps , & loin de contribuer à l'expulfion
ou à l'amandement de la caufe , ils en
fortifieront au contraire l'action , qui fera
fuivie de tous les funeftes effets rapportés
ci - deffus . Car on obferve conftamment
que plus l'action des folides & des fluides
augmente , plus l'action des matieres irritantes
, & capables de raréfier le fang ,
augmente auffi , ce qu'il feroit aifé de
prouver , s'il nous étoit permis d'entrer
dans un plus grand détail. Mais en voilà ,
je crois , affez pour faire comprendre que
c'eft fans aucun fondement que quelques
Médecins font des éloges fi magnifiques
de la fièvre ; que dans le fond on n'a aucun
avantage à attendre de cet inftrument
fi vanté , ou du moins que ces avantages
font très-fufpects , & fuivis d'inconvéniens
réels & fort à redouter , & qu'ainfi on ne
doit pas balancer à combattre la fiévre ,
dès qu'elle eft bien déclarée , par tous les
moyens que l'Art fuggére à des Médecins
éclairés & prudens .
23. Envain oppofera- t'on que la fiévre
n'eft qu'un fymptôme , & qu'il n'y a que
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
que
la caufe qui la produit , qui foit la maladie
qu'il faut combattre , car fi eela étoit , il
n'y auroit point non plus d'autres mala
dies , & il ne faudroit reconnoître pour
maladies les cauſes internes qui les
produifent , ou pour mieux dire , il faudroit
bannir de la Pathologie le mot de
maladie , & ne fe fervir que des noms de
caufes & de fymptômes ; ce qui feroit ridicule
, & fe réduiroit tout au plus à une
difpute de nom . Cependant comme une
cauſe interne produit un premier fymptôme,
& que ce fymptôme en améne d'autres
, il eft bien plus raifonnable de regar
der comme maladie le premier & le principal
fymptôme qui naît de la caufe , & de
ne donner le nom de fymptôme qu'aux
autres accidens qui s'y joignent & qui l'ac
compagnent. Mais que ce qui réfulte de
la caufe interne de la fiévre , foit appellé
maladie , ou effet , ou fymptôme , c'eſt de
quoi on s'eft peu embarraffé ici ; on a taché
d'examiner la chofe en elle- même , &
par un mûr examen on s'eft convaincu ,
que les avantages de la fiévre étoient imaginaires
, ou du moins très fufpects , & que
fes inconvéniens étoient toujours réels &
fort redoutables..
Sur les avantages & les inconvéniens de la
fiévre , lû à l'Académie de Beziers , le 13
Novembre 1749 , par M. Jean- Henri-
Nicolas Bouillet , Docteur en Médecine de
la Faculté de Montpellier.
Sliventreprenois
de faire ici l'éloge de la
fiévre , on croiroit fans doute , qu'à
l'exemple d'Erafme , qui a fait l'éloge de la
folie , & de quelques autres Ecrivains qui
ont loué ironiquement des chofes dont le
nom même eft odieux : on croiroit , dis-je,
que je voudrois amufer agréablement cette
illuftre affemblée , en préfentant fous -de
belles couleurs la chofe du monde la plus
hideufe , l'ennemi déclaré du genre humain
, le tyran de la vie des hommes.
Mais ce qu'on croiroit que je voudrois
faire ici d'une maniere ironique, de grands
Médecins l'ont exécuté férieuſement , en
exagérant dans certains cas les avantages
de la fiévre , en la repréfentant toujours
comme la feule reffource de la nature dans
le plus grand nombre des maladies , comme
le moyen le plus folemnel dont elle
faffe ufage pour leur guérifon ; en foûtenant
enfin dans des Théfes publiques , que
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
la fiévre eft bien moins fouvent une ma
ladie qu'un remède à nos maux. Il est vrai
que d'autres Médecins , non moins habiles
, ont penfé bien differemment , &
que loin de regarder la fiévre comme
quelque chofe d'avantageux , ils l'ont confidérée
comme la plus cruelle de toutes
les maladies , & comme la caufe la plus
ordinaire de la mort des hommes . Ces
deux fentimens ont encore leurs partifans,
& perfonne , que je fçache , ne s'eft avile
de difcuter à fond , lequel des deux doit
être préferé. Ce n'eft pourtant pas ici une
queftion purement ſpéculative , & dont la
décifion foit indifferente pourla pratique.
On en jugera par ce Mémoire , où je me
propofe d'examiner férieufement cette
matiere , après avoir rapporté ce qu'on a
dit jufqu'ici de plus frappant en faveur de
la fiévre,
1. Hippocrate , parmi les anciens , a été
le premier qui a relevé , ce femble , les
avantages de la fiévre , en faifant remarquer
qu'elle eft d'un bon augure dans certaines
maladies , & qu'elle en termine
heureuſement bien d'autres. Quelquesuns
de ceux quifont venus après lui , n'ont
pas manqué à cet égard de fe prévaloir de
fon autorité. Ils ont été même plus loin.
Afclepiade ofa bannir tous les remédes , &
MARS. 1750. 101
il ne craignit point d'avancer que la fiévre
étoit le principal reméde dont il fit ufage .
Enfin Celfe ne fe contenta pas de dire que
la fiévre elle- même étoit fouvent d'un
grand fecours ; il ajouta auffi , d'après Hip.
pocrate , qu'il étoit quelquefois de la prudence
du Médecin de la procurer aux
malades.
2. Parmi les modernes , Sydenham , l'un
des plus habiles Praticiens Anglois du dernier
fiécle , a regardé la fiévre comme l'u
nique moyen , dont la nature eût coûtume
de fe fervir pour chaffer hors du corps la
cauſe matérielle des maladies , mais celui
qui vers la fin du fiécle pallé , & au commencement
de celui-ci , s'eft déclaré le
plus ouvertemeift en faveur de la fièvre ,
a été le célébre M. Stahl , que la plûpart
des Médecins Allemands regardent comme
le reftaurateur de la Médecine . Cet Auteur
a même pouffé fa complaifance pour
la fiévre , jufqu'à taxer d'erreur Hippocrate
, lorfqu'après avoir fait l'énumeration
des maladies , que les anciens appelloient
aigues , ce Prince de la Médecine
ajoute * que c'eft la fièvre qui rend ordi-
,
nairement ces maladies mortelles .
Pour lui , il penfe qu'il eft plus clair
* DeVict, acutor.
E iij
102 MERCURE DEFRANCE.
que le jour , que ces mêmes maladies , ou
ce qui eft , dit-il , le même , les ftafes inflammatoires
du fang dans les vifcéres
abandonnées à elles-mêmes & fans l'intervention
de la fièvre , tuent néceffairement ,
& il ajoute que la nature par elle- même
ne peut prévenir autrement une pareille
cataſtrophe , qu'en diffipant à propos ces
fortes de ftafes , & qu'elle ne peut les diffiper
qu'en augmentant confidérablement ,
& pendant un tems fuffifant le mouvement
progreffif ou circulaire du fang , ce
qui emporte néceffairement une augmentation
de poulx , qui eft toujours fitivie
d'une augmentation de chaleur par tout
le corps , laquelle augmentation de chaleur
, à un certain degré & d'une certaine
durée , s'appelle fiévre . D'où il conclud
qu'on a grand tort de regarder la fièvre ,
comme la feule maladie & comme la cauſe
principale de la mort , tandis qu'elle eſt
au contraire l'unique fondement d'une
heureufe efpérance , & le feul inftrument
de la guérifon : ce qu'il tache de prouver
par la pefte , ce coryphée des maladies - aigues
, laquelle felon lui , n'étant point
proprement de fon effence une fiévre , ne
peut être traitée heureufement & avec fuccès
, qu'en lui oppofant une fiévre douce ,
égale & continue.
MARS. 1750. 103
3. Les Difciples de M. Stahl ne font
pas moins prévenus que lui en faveur de la
fiévre. Le fçavant funcker la définit un
effort falutaire de la nature , qui par des
mouvemens fecrétoires & excrétoires ,
portés au delà de leur degré naturel , mais
affez justement proportionnés à la quantité
& à la qualité de la caufe fébrile , fe
propofe , ou de corriger ou d'éloigner du
corps quelque matiere morbifique : & il
ajoute qu'en ce fens on peut fort bien déri-
Iver le mot Latin febris , de l'ancier verbe
februare , qui fignifie purifier ou expier , &
particulierement de ces cérémonies folemnelles
, de ces facrifices appellés februa ,
par lefquels on avoit en vue d'éloigner
des maifons les ombres errantes des morts,
& d'ôter les caufes des maladies. D'où il
- conclud que l'efter de la fièvre est toujours
falutaire , mais que fon évenement eft fouvent
irrégulier ou tout- à- fait funefte , non
par la faute effentielle de la fiévre , mais
par celle du fujet où la fièvre ne peut pas
librement faire fon cours , ou par d'autres
maladies qui s'y joignent , & qu'ainfi ce
n'eft pas par la fiévre , mais avec la fièvre
qu'on meurt. Il y a plus. Il prétend que
les fiévres , qui font librement leur cours ,
Haiffent après elles une fanté beaucoup
plus vigoureufe , que celle dont on jouif-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
foit avant la maladie . Nenter tient le même
langage.
4. Mais M. Stahl , & fes Difciples , ne
font pas les feuls qui parlent avantageufement
de la fiévre . M. Boerhaave prétend
auffi que la fiévre eft un heureux inftru
ment , par lequel la nature opére la guérifon
parfaite de bien des maladies aigues
& chroniques , d'ailleurs incurables :
qu'un Médecin qui fe fert de la fièvre que
la nature excite , & qui lui affocie des délayans
& de doux fondans , fait toujours
des merveilles , & qu'un Médecin qui
connoît la nature & qui l'imite , aide cette
même nature , trop foible pour furmonter
des maladies chroniques , en procurant par
des remédes une fièvre qu'elle n'a pas la
force d'exciter elle-même , & que par cette
fiévre bien ménagée on releve une nature
abbattue , & on furmonte les maladies
les plus rebelles.
5. M. Hoffman ( Frederic ) ne paroît
guéres moins prévenu en faveur de la fiévre.
D'abord il convient de bonne foi ,
que c'eft un mouvement contre nature du
fang & des humeurs , qui dérange & détruit
même les fonctions du corps & de
l'ame ; qui corrompt les fucs vitaux , épuife
les forces , difpofe aux maladies chroniques
, & donne fouvent la mort . Mais
MARS. 1750. 105
en même tems il ajoute que le mouvement
fébrile du fang , qui fe joint à beaucoup
de maladies aigues & chroniques ,
eft d'une telle nature & d'un tel caractére,
.qu'il contribue à furmonter & détruire lés
caufes des maladies , & par conféquent
qu'il eft plutôt avantageux & falutaire que
préjudiciable au corps humain . C'eft en
quoi , s'écrie- t'il , l'Auteur de la nature eft
d'autant plus admirable puifqu'il fait >
fervir la caufe même de la mort à la confervation
de la vie.
Cet Auteur n'attribue la fiévre qu'à des
effers purement méchaniques , qui ne font
point avantageux par eux-mêmes , mais
feulement par accident , en faifant fortig
les impuretés qui la caufent ; de même
que le vomiffement , quand l'eftomach eſt
chargé , & l'hémorragie dans la pléthore ,
quoiqu'ils foient des accidens maladifs ,
quelquefois mortels , opérent le rétabliſſement
de la fanté.
I
Quant à la fiévre , elle ne devient , ditil
, falutaire , que parce qu'elle accélére la
coction de la matiere morbifique , c'eſtà-
dire , qu'elle la rend propre à l'excrétion
, ce qui fe fait de deux manieres , en
divifant les matieres épaiffies , & en ouvrant
les vaiffeaux obftrués ou refferrés
par les fpafies. Or rien n'eft plus propre
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
que la chaleur de la fiévre pour produire
ces effets , car la vie confifte dans la chaleur
, n'eft- il pas naturel que fon augmen.
tation répare la langueur de fon principe.
D'où il conclud qu'il eft dangereux , fouvent
mortel , de faire tous fes efforts dans
le commencement des maladies , pour
anéantir tout-à- fait la fiévre , à moins
qu'elle ne foit entierement fymptomati
que. Il faut fe contenter , dit- il , de modé
rer les fiévres critiques , fi elles font trop
fortes , mais il faut les animer , fi elles ne
le font pas affez.
pour
6. Enfin à tous ces Panégyriftes de la
fiévre s'eft joint encore depuis peu un fçavant
Médecin de l'Ecole de Paris . D'abord
cet Auteur ne veut point qu'on appelle
maladie ce que fait la nature
corriger ou pour chaffer hors du corps la
caufe du mal , & pour rétablir une fanté
délabrée puis il ajoute que la maladie
n'étant qu'une difpofition contre nature ,
qui dérange immédiatement & par ellemême
les fonctions du corps vivant , tout
ce qui ne produit pas cet effet , ne doit pas
être mis au rang des maladies .
Au refte , dit-il , qu'on ne croye pas que
ce n'eft ici qu'une queftion de nom , car
on en tirera bien des conféquences trèsutiles
pour la pratique. En effet , s'il eft
1
MARS. 1750.
107
bien prouvé que la fiévre eft plutôt un reméde
qu'une maladie , il s'enfuivra qu'il
ne faut point l'emporter , mais ( nouveauté
étrange ! ) qu'il faut quelquefois l'allumer
; qu'il ne faut pas la diminuer , mais
l'augmenter ; qu'il ne faut pas l'éteindre
mais la conferver. Après cette digreffion ,
l'Auteur continue ainfi . Nous ne fommes
pas plutôt atteints de quelque indifpofition
, que la nature excite d'abord là fié …..
vre. Mais à quel deffein ? Eft.ce pour
ajouter un nouveau mal au premier ? Point
du tout . La nature ne travaille point à
nons détruire , elle veille au contraire à
notre confervation , & ne manque pas de
venir à notre fecours . C'eft donc envain
qu'on cherche la caufe de la fiévre ; il faut
chercher la caufe des differens maux qu'elle
accompagne, C'eft uniquement à cette
caufe qu'il faut remédier. Mais quelles
font les principales caufes des maladies ?
Des inflammations , des obftructions , des
matieres vifqueufes , gluantes , arrêtées en
differentes parties du corps . Or pour corfiger
ou pour détruire ces caufes , quel
reméde plus efficace que la fiévre ? Dans
la fiévre le mouvement & la chaleur du
fang font portés au - delà de leur dégré
naturel. C'eft le mouvement & la chaleur
qui nous font vivre. C'eft à ces agens qu'il
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
faut rapporter tout ce qui fe paffe dans
l'homme , & tant que les fonctions nefont
point lézées , ils fuffident l'un & l'autre
dans leur état naturel pour perpétuer la
vie : mais s'il le forme quelque embarras ,
alors la fièvre , par des mouvemens fecrétoires
& excrétoires , pouffés au -delà de
leur dégré naturel , brife , attenue la matiere
morbifique , & la ramène à fa température
naturelle , ou par le fecours de la
chaleur elle prépare cette matiere & la
chaffe au-dehors.
Enfin après une longue énumeration des
maladies , qu'il croit que la fiévre peut
guérir ; après avoir obfervé que ceux - là
fe trompent groffierement , qui par des
faignées & d'autres remédes tâchent de
l'appaifer , il conclud que la fièvre , loin
d'être une maladie , eft un reméde naturel ,
comme le vomiffement , l'éternuement ,.
la toux , les larmes , les déjections ; que
la meilleure fiévre eft celle qui eft proportionnée
à la caufe de la maladie & aux
forces de la nature , & que c'eſt celle - là
qui prépare & chaffe fûrement & promp
tement la matiere morbifique.
7. En voilà fans doute bien aſſez pour
prouver que de grands Médecins ont loué
férieufement la fiévre, & que loin de la re
garder comme une maladie , ils l'ont enMARS.
1750. 109
vifagée comme le plus grand reméde que la
nature puiffe apporter à nos maux. Maintenant
il ne me feroit pas difficile de faire
voir que bien d'autres Médecins , non
moins habiles , ont eu fur la fiévre des
idées tout-à- fait oppofées , & que nonfeulement
ils l'ont regardée comme une
maladie qui s'attaque généralement à tout
le corps , mais encore comme la plus fréquente
& la plus dangereufe de toutes les
maladies. Il n'y auroit qu'à rapporter ce
que le plus grand, nombre de Médecins
anciens & modernes nous ont laiffé fur ce
fujet. Mais pour ne pas trop groffir ce
Mémoire , nous nous contenterons d'examiner
la chofe en elle-même , & fans aucun
égard à l'autorité de ceux qui nous
ont précédés , & par ce moyen nous tâcherons
de découvrir fi la fiévre ' eft réellement
ou non une maladie , & s'il eft du
devoir du Médecin de la combattre ou de
la conferver , & de l'appeller même à ſom
fecours.
8. Pour garder quelque ordre dans cet
examen , nous confidérerons d'abord la
fiévre indépendamment de tout vice , foit.
humoral , fait organique : enfuite nous
examinerons celle qui dépend du vice des
humeurs , ou des organes , ou de l'enfemble
des uns & des autres : enfin nous rap116
MERCURE DE FRANCE.
porterons les principaux effets de ces differentes
fortes de fièvres , & on verra parlà
, fi on doit regarder la fièvre comme
une maladie ou comme un remède à nos
maux .
9. Que la fièvre s'éleve quelquefois indépendamment
de tout vice humoral ou
organique , c'est ce qu'ont reconnu Pitcarne
, Boerhaave & Vanfwieten , & c'est ce
que l'expérience nous montre affez fouvent.
En effet on voit la fièvre s'allumer
quelquefois dans les corps les plus fains
par la feule action des cauſes externes ou
procatharctiques , & l'on comprend aifé
ment que tout ce qui peut accélerer à un
certain point le mouvement du fang qui
revient au coeur par les veines , ou pouffer
conftamment vers le coeur une plus grande
quantité d'efprits animaux , peut exciter
la fiévre dans le corps le plus robufte & le
plus fain , avant qu'on puiffe foupçonner
d'autre vice dans les humeurs ou dans
les organes , que la feufe accéleration du
mouvement du fang ou des efprits animaux
, & le battement plus fréquent du
coeur & des artéres. C'eft du moins ainfi
que de grands & longs travaux , fürtout
dans une faifon fort chaude , de violentes
& longues paffions de l'ame , furtout des
excès de colére dans des gens jeunes &
MARS 1750. FIE
vigoureux , occafionnent fouvent la fiévre
.
10. Et qu'on ne dife point que cette
violente agitation du fang , que ces violens
& fréquens battemens du coeur & des
artéres , ne peuvent point , à proprement
parler , être appellés du nom de fievre ,
puifque tout cela difparoit quelquefois
promptement , dès que la caufe externe ou
occafionnelle ceffe d'agir. Car pourquoi
ne leur donneroit-on pas ce nom- là ? Une
fiévre d'un quart- d'heure eft-elle moins
fiévre , qu'une fiévre de vingt- quatre heures
ou de plufieurs jours ? D'ailleurs , fi
cette caufe occafionnelle conftamment appliquée
fur un corps , même très -fain , continue
d'agir pendant un certain tems , ne
s'enfuivra-t'il pas une fiévre continue , &
fouvent très-ardente ? Et le commence
ment de ce mal , avant qu'il fe foit développé
une matiere fébrile , fera-t'il moins
fiévre que la fuite de ce même mal , lorfqu'il
s'eft formé des embarras dans les vaiffcaux
, ou qu'il s'eft développé une mathere
fébrile ?
Il y a plus. On peut fi peu refufer le
nom de fiévre à ces fréquens battemens
du coeur & des artéres , & à cette violente
agitation du fang , caufée par des excès de
colere ou par de violens exercices , qu'il
#12 MERCURE DE FRANCE.
arrive quelquefois que les vaiffeaux capil
laires du cerveau , ou de quelqu'autre vifcére
, dont le calibre ou la capacité augmente
en raifon compofée de la directe
du volume & de la rapidité du fang , &
de l'inverfe de leurs réfiftances , crévent
promptement par la feule diftenfion de
leurs parois , & qu'il fe fait des extravafations
mortelles , avant que les humeurs
ayent eu le tems de fe dépraver , & que les
vaiffeaux ayent pû s'embarraffer.
fes
11. On dira peut-être que la fièvre ,
n'étant qu'an dérangement durable des
fonctions , & que les fonctions ne pouvant
être long-tems dérangées par une cauſe
externe , l'agitation du fang occafionnée
par une cauſe externe ne peut être qua
lifiée du nom de fiévre . Mais ne fuffit- it
pas que les fonctions du coeur foient dérangées
pendant un certain tems , que
battemens foient & plus forts & plus fréquens
que dans l'état naturel , pendant ce
même tems , pour que l'effet de cette caufe
externe foit appellée fiévre , avant même
que les humeurs foient dépravées ? Autrement
il ne faudroit pas non plus appeller
fiévre le dérangement caufé dans les fonctions
du coeur par le vice de quelque organe
, par la piquûre d'un nerf ou d'un
tendon , &c. & il faudroit entierement
MAR S. 1750. Its
bannir de la claffe des fiévres les fièvres
non-humorales , dont M. Fizes a le premier,
que je fçache , traité expreffément , ce qui
feroit ridicule , puifqu'il en résulte quelquefois
affez brufquement des accidens
terribles , des convallions , des délires ,
& c.
12. Il eft donc certain que la frévre peat
être excitée par une caufe externe , & indépendamment
de la dépravation des hu
meurs ou du dérangement des organes.
Voyons maintenant quels font les effets
de cette fiévre. Premierement , le fang
ne peut circuler avec beaucoup plus de rapidité
qu'à l'ordinaire , qu'il ne s'échauffe
davantage , & qu'il ne communique beau
coup plus de chaleur à tout le corps . 2. Il
doit diftendre outre mefure les parois des
vaiffeaux par où il paffe & les faire créver,
ou du moins les tirailler au point de caufer
des douleurs à la tête , àla région des
reins , & c. ou des délires , des convuk
fions , &c. 3. Les orifices des artéres lym
phatiques doivent fe dilater , & recevoir
dans leur cavité les globules rouges du
fang qui ne pouvoient y entrer aupara
vant , ce qui ne peut manquer de produire
des rougeurs & des inflammations. 4 .
Toutes les humeurs doivent s'épaiffir ,
foit par la chaleur qui fait évaporer ce
114 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles.contiennent d'aqueux , & qui fige
tout ce qu'elles ont d'analogue au blanc
d'oeuf , foit par les coups redoublés des
vaiffeaux qui les fouettent , les ferrent &
les condenfent. 5. Les fécrétions doivent
être interrompues , & les digeftions dérangées.
6. Les humeurs doivent contracter
une acrimonie , capable de ronger les
vaiffeaux où elles doivent fe putréfier &
fe diffoudre entierement. En un mot, il
doit fe former une ou plufieurs caufes internes,
capables d'entretenir la fiévre , lors
même que la caufe externe aura ceffé d'a
gir , & alors cette fiévre aura tous les effets
que doivent avoir les fiévres produites par
des caufes internes. Mais avant que d'aller
plus loin , examinons fi cette premiere efpéce
de fiévre doit être confidérée plutôt
que comme une malacomme
un reméde
die.
i 13. D'abord il eft vifible que cette fie
vre n'eft point un remède , puifqu'un reméde
fuppofe une maladie à laquelle il
doit être appliqué , & qu'an eft convenu
qu'il n'y avoit point ici de maladie , à la
quelle cette fiévre dût fervir de reméde. 2 °.
On fçait qu'un reméde doit tendre à réta
blir la fanté , & on vient de voir que cette
fiévre tend à la détruire , ou ce qui eft le
même , tend à produire des caufes de n
MARS. 1750. ris
que
ladie & de mort. Il eft vifible auffi
cette fiévre eft une véritable maladie
avant même la dépravation des humeurs
& le dérangement des organes , puifqu'el- .
le dérange notablement les fonctions du
coeur & du cerveau , & que fi on veut
qu'elle ne foit plus une maladie , mais un
fymptôme , lorfque les humeurs font dépravées
& les organes dérangés , il faudra
du moins qu'on convienne qu'elle eft une
caufe de cette dépravation des humeurs
ou de ce vice des organes , & qu'une cauſe
immédiate de maladie ne peut pas être
qualifiée du nom de reméde. D'où il fait
que la fiévre produite par une caufe externe,
loin d'être quelque chofe d'avantageux,
doit toujours être confidérée comme un
grand mal , ou du moins comme la caufe
de tous les mauvais effets que nous avons
rapportés ci-deffus , & qu'ainfi , loin de
conferver cette fiévre , il faut la détruire
au plutôt.
14. On conviendra fans doute que
cette févre n'eft point avantageufe , & on
ajoutera qu'elle doit être regardée comme
une erreur de la nature qui ſe tourmente
inutilement , pour éloigner du corps des
chofes qui n'y font point contenues , mais
qui font fur lui le même effet que les caufes
intérieures : qu'à la vérité la nature fe
,
116 MERCURE DE FRANCE.
trompe ici dans la fin qu'elle fe propofe ,
mais que le moyen dont elle fe fert , eft
bon en lui -même , & ne manque pas de
produire un bon effet , lorfqu'il eft bien
appliqué. Mais il eft aifé de voir que ce
n'eft ici qu'un vain fubterfuge , & que les
mêmes idées reftent fous des noms differèns.
Car qu'on donne à cette fiévre le
nom de maladie ou d'erreur de la nature ,
il n'en fera pas moins vrai de dire qu'il
faut ôter cette maladie ou corriger cette
erreur , & avoir recours à d'autres remé
des que la fièvre , pour remédier à cette
maladie , ou pour corriger cette erreur de
la nature
,
15. Il faut donc que l'on convienne que
cette tfpéce de fiévre eft un moyen mal
appliqué par la nature , puifqu'il n'y
point dans le corps d'autre maladie ou de
caufe de maladie , & que loin d'être avantageufe
& falutaire , cette fiévre ne peut
être que très pernicieufe , & même fu
nefte par les hémorragies ou les extravafations
qu'elle peut caufer , on par les inflammations
qu'elle peut occafionner , ou
par bien d'autres caufes des maladies
qu'elle peut faire développer. Il faudra
auffi par les mêmes raifons , que l'on convienne
que la fiévre non- humorale , ou purement
fymptomatique , la fièvre cauſée
MARS. 1750 . 117
par la piquûre d'un 'nerf ou d'un tendon
par un panaris , ou par une vive douleur
dans quelque partie à l'occafion d'une
caufe externe : il faudra , dis je , que l'on
convienne que cette fièvre ne fçauroit
être avantageufe , & que loin d'être un
reméde , elle eft fouvent une caufe de
mort. Il feroit fans doute inutile de
vouloir prouver une chofe auffi évidente
que celle- là. H ne nous refte qu'à voir fi
la fiévre produite par des caufes internes ,
ou par la dépravation des humeurs , eft
plus avantageufe que nuifible , & fi ·elle
doit être regardée plutôt comme un reméde
que comme une maladie . Car fi je
fais voir , comme je l'efpére , que la fièvre
caufée par la dépravation des humeurs
n'eft jamais falutaire , il s'enfuivra néceffairement
que la fiévre produite à la fois
par la dépravation des humeurs , & par le
vice de quelque organe , fera encore moins
avantageufe , & ne pourra jamais paffer
pour un reméde.
16: Les caufes internes des fièvres humorales
fe réduire à celles qui fe peuvent
forment , ou dans les premieres voies , ou
dans les voies de la circulation , ou hors
des voies de la circulation . Mais quelles
foient leurs caufes , il eft d'abord évident
que ces fièvres doivent être regar
IIS MERCURE DE FRANCE.
dées comme de funeftes effets de ces caufes
, des effets qui tendent à renverſer entierement
l'économie animale , & à trancher
le fil de la vie , & des effets par conféquent
aufquels on doit s'oppofer par
tous les moyens que l'Art a pu découvrir
jufqu'ici, foit en emportant tout à la fois la
caufe & l'effet , lorsque cela fe peut , foit
en diminuant promptement l'effet qui re
produit & augmente la caufe , foit en détruifant
peu à peu la caufe & l'effet . Et il
feroit inutile de dire que ce ne font point
ces caufes qui excitent la fièvre , que c'est
la nature qui l'appelle à fon fecours pour
s'opposer à ces caufes , car il en résulte
toujours que ce n'eft qu'à l'occafion de ces
caufes que la fièvre s'allume , & que fi
elle n'en eft pas l'effet immédiat , elle en
eſt du moins l'effet médiat , ce qui revient
ici au même.
17. Nous ne nous arrêterons point à
expliquer de quelle maniere la fiévre s'allume
à l'occafion des cauſes internes dont
on vient de parler ; ceux qui voudront s'en
inftruire , n'auront qu'à lire le Traité des
fiévres, que M. Fizes a donné en Latin , en
attendant que la Traduction que nous
avons entrepriſe de ce Traité foit en état
de paroître. Quant à préfent il nous fuffira
de faire remarquer que de quelque
MARS. 1750, 119
caufe , foit interne , foit externe , que
vienne la fiévre , c'est toujours un mouvement
déréglé des humeurs & des organes ,
& que les effets de ce mouvement contre
nature font toujours à peu près les mêmes ,
que ceux qui ont été rapportés ci -deſſus *
Il ne nous refte donc qu'à examiner , fi ces
effets font plus propres à détruire les caufes
internes qui produifent , ou occafionnent
la fiévre , qu'à les entretenir & à les
augmenter.
8. Si la caufe interne , ou la matiere
qui produit la fièvre, eft en petite quantité,
mobile , peu acide on peu âcre , peu vifqueufe
, & qu'elle foit contenue dans les
premieres voies , ou dans les voies de la
circulation , l'agitation du fang & l'ofcillation
des folides s'appaiferont bientôt par
l'expulfion de cette matiere , qui ne manquera
pas de le faire , ou par le vomillement
, ou par la fueur , ou par des déjections
, & la fiévre ceffera au bout de vingtquatre
heures , comme on le voit dans la
fiévre éphémère. CCaarr mmooiinnss iill y aura de
matiere morbifique, & cette matiere moins
vifqueule , moins acide ou moins âcre ;
moins il y aura de nourriture pour la fiévre
, moins de travail pour la nature , &
* V. n°. 12.
120 MERCURE DE FRANCE.
moins d'obſtacles à la guériſon. Mais eftce
à la fièvre qu'on eft redevable de cette
guérifon Point du tout, C'eft à la nature
& aux évacuations qu'elle procure,
Car dans l'état de maladie , comme en
fanté , la nature ou ce concours des cau-
Les qui agiffent continuellement pour l'entretien
& la confervation de notre machine
, ou , ce qui revient au même , ce
mouvement réciproque de nos parties fo
. lides & fluides, qui dure autant que la vie,
& en quoi confifte la vie du corps ; ce
mouvement, dis-je , ne ceffe jamais de procurer
des évacuations , foit par les urines,
foit par la tranfpiration cutanée , foit par
les fécrétions qui fe font dans l'eftomach
dans le foie , le pancréas , les inteſtins , &c.
Et c'est par ces évacuations que fort la ma
tiere fébrile , & que la fiévre fe diffipe,
Qu'on ne dife point que la fiévre , n'étant
que ce même mouvement dont nous
venons de parler , mais porté à un plus
haut dégré que dans l'état naturel , il s'enfuit
que c'eft la fiévre qui guérit ellemême
par les évacuations que ce mouyement
procure, Car , quoiqu'il foit vrai
que dans l'état de maladie la nature foit
obligée de redoubler les efforts pour vaincre
les réfiftances que lui oppofent les cau-
Les morbifiques , pour broyer & affiner
des
MARS. 121 1750.
des humeurs ordinairement plus groffieres
que dans l'état naturel , cependant ce n'eft
pas alors que fe fait la dépuration des humeurs
; au contraire pendant ce redoublement
d'efforts , & tant que la fièvre eft
dans fa vigueur , tout eft en confufion dans
le fang : il ne fe fait ,point , ou prefque
point de fécrétions , & ce n'eft que lorf
que ce mouvement contre nature vient à
fe rallentir , que les humeurs commencent
à fe dépurer , & que les évacuations arrivent
. D'où l'on voit que la fièvre eft plutôt
un obſtacle qu'un fecours , à ces évacua-
Lions.
19. Convenons toutefois , que quoique
ce ne foit point ici la fiévre qui fe guérit
elle-même , mais bien la nature , qui n'en
ayant pas été fort accablée , a pouffé audehors
la matiere morbifique par les mêmes
voies , par lesquelles elle fe décharge
en fanté des humeurs inutiles ou ſuperflues,
cependant on n'a pas eu dans cette occafion
fort à craindre des effets de cette
fiévre , l'altération qu'elle a produite dans
les humeurs & dans les organes , n'ayant
été que peu confidérable & de peu de durée.
Mais il n'en eft pas de même , lorfque
la caufe interne , ou la matiere qui caufe
la fiévre ,fe trouve en plus grande quantité,
moins mobile , plus acide ou plus âcre ,
F
122 MERCURE DEFRANCE.
plus vifqueufe & plus hétérogene dans fes
parties : alors l'expulfion de cettte matiere
devenant d'autant plus difficile , que fes
qualités s'éloignent plus de celles que nous
avons d'abord confidérées , les effets de la
fiévre feront d'autant plus à redouter , que
la fiévre durera plus long-tems , & ces effets
, loin de détruire la caufe qui produit
la fièvre , font beaucoup plus propres à
l'entretenir & à la rendre irrémédiable , ſi
l'Art ne vient au fecours de la Nature.
20. Il feroit trop long d'examiner ici
en détail tous les effets de la fièvre , que
nous avons rapportés ci - deffus. Pour ne
pas vous ennuyer , Meffieurs , je me bornerai
à ceux qu'elle produit fur les humeurs
, & qui font les feuls que les partifans
de la fièvre , regardent comme avantageux.
Car vous jugez bien que le dérangement
des digeftions , l'interruption des
fécrétions , l'engorgement des vaiffeaux
leur ruption ou leur érofion , les douleurs
aigues , les délires , les convulfions , & c.
n'ont jamais été regardés comme des effets
avantageux , quoiqu'ils foient des
fuites ordinaires de la fievre. Mais quel eft
cet effet avantageux que la fièvre peut produire
fur les humeurs ? C'eft , dit- on , de
cuire la matiere morbifique qui s'y eft mêlée
, & de la difpofer à l'excrétion .
MARS . 1750. 123
Il est vrai que la fiévre , lorfqu'elle n'eft
pas violente , aide quelquefois un peu la
coction de cette matiere , furtout lorfqu'elle
eft d'une nature à épaiffir le fang ,
mais outre que dans ce cas même le fecours
de la fiévre est toujours fufpect & fouvent
funefte , ainfi qu'on va le voir , elle ne
peut guéres favorifer la coction - de cette
matiere , lorfqu'elle eft d'une nature à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou
qu'elle eft compofée de telle façon , qu'elle
agiffe d'une maniere irréguliere fur lui , &
qu'elle en épaiffiffe certaines parties, tandis
qu'elle en liquefie d'autres , ou qu'elle eſt
enfin fi vifqueufe & fi adhérente aux humeurs
, avec lesquelles . elle s'eft mêlée ,
qu'elle n'en peut être détachée par tous les
efforts des fluides & des folides.
21. Comme dans l'état naturel le mouvement
réciproque de nos parties folides
& fluides procure la dépuration de nos
humeurs , en agitant doucement les fucs
qui s'y mêlent pour les réparer , en les
faffant , & les attenuant au point qu'il
convient , afin que les parties de ces fucs ,
qui ne doivent point fervir à la nourriture
, puiffent enfiler leurs couloirs & fe
porter au-dehors ; de même dans l'état
contre nature , dans la fièvre , ce mouvement
augmenté , mais feulement juſqu'à
F ij
124 MERCURE DE FRANCE .
un certain point , car lorfqu'il l'eft exceffivement
, il bouleverſe tout , & renverſe
entierement l'économie animale ; ce mouvement
, dis - je , attenue , brife , liquefie
la matiere fébrile , lorfqu'elle n'eft qu'épaiffiffante
, en un mot , la cuit , pour ainfi
parler , & la difpofe à l'excrétion . Mais
dans ce cas même , le fecours que procure
la fiévre , doit toujours être regardé comme
fort fufpect , car outre les autres effets
qui peuvent s'enfuivre de ce mouvement
déréglé , & que nous avons rapporté cideffus
, l'obfervation a fouvent appris aux
plus habiles Praticiens que j'ai confultés ,
foit de vive voix , foit dans leurs écrits ,
que ce mouvement abandonné à lui -même
étoit prefque toujours infuffifant pour
la
coction & l'excrétion totale de la matiere
fébrile , & qu'il étoit ordinairement fuivi,
ou d'une fièvre lente , ou de quelque abfcès
qui fe formoit , ou dans les articulations
, ou dans les glandes lymphatiques
conglobées de l'habitude du corps , ou dans
les chairs mufculeufes , ou , ce qui eft encore
pire , dans quelque vifcére , ce qu'il
feroit même aifé de prouver par théorie ,
fi cela ne menoit pas trop loin.
22. Mais fila matiere fébrile eſt d'une
autre nature , qu'elle foit propre à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou qu'elle
MARS. 1750.
125
foit fi vifqueufe & fi hétérogéne qu'elle
élude les efforts des folides & des fluides ,
alors tous les mouvemens fébriles , nonfeulement
fe feront en pure perte , mais
ils tendront encore à la deftruction de tout
le corps , & loin de contribuer à l'expulfion
ou à l'amandement de la caufe , ils en
fortifieront au contraire l'action , qui fera
fuivie de tous les funeftes effets rapportés
ci - deffus . Car on obferve conftamment
que plus l'action des folides & des fluides
augmente , plus l'action des matieres irritantes
, & capables de raréfier le fang ,
augmente auffi , ce qu'il feroit aifé de
prouver , s'il nous étoit permis d'entrer
dans un plus grand détail. Mais en voilà ,
je crois , affez pour faire comprendre que
c'eft fans aucun fondement que quelques
Médecins font des éloges fi magnifiques
de la fièvre ; que dans le fond on n'a aucun
avantage à attendre de cet inftrument
fi vanté , ou du moins que ces avantages
font très-fufpects , & fuivis d'inconvéniens
réels & fort à redouter , & qu'ainfi on ne
doit pas balancer à combattre la fiévre ,
dès qu'elle eft bien déclarée , par tous les
moyens que l'Art fuggére à des Médecins
éclairés & prudens .
23. Envain oppofera- t'on que la fiévre
n'eft qu'un fymptôme , & qu'il n'y a que
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
que
la caufe qui la produit , qui foit la maladie
qu'il faut combattre , car fi eela étoit , il
n'y auroit point non plus d'autres mala
dies , & il ne faudroit reconnoître pour
maladies les cauſes internes qui les
produifent , ou pour mieux dire , il faudroit
bannir de la Pathologie le mot de
maladie , & ne fe fervir que des noms de
caufes & de fymptômes ; ce qui feroit ridicule
, & fe réduiroit tout au plus à une
difpute de nom . Cependant comme une
cauſe interne produit un premier fymptôme,
& que ce fymptôme en améne d'autres
, il eft bien plus raifonnable de regar
der comme maladie le premier & le principal
fymptôme qui naît de la caufe , & de
ne donner le nom de fymptôme qu'aux
autres accidens qui s'y joignent & qui l'ac
compagnent. Mais que ce qui réfulte de
la caufe interne de la fiévre , foit appellé
maladie , ou effet , ou fymptôme , c'eſt de
quoi on s'eft peu embarraffé ici ; on a taché
d'examiner la chofe en elle- même , &
par un mûr examen on s'eft convaincu ,
que les avantages de la fiévre étoient imaginaires
, ou du moins très fufpects , & que
fes inconvéniens étoient toujours réels &
fort redoutables..
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p. 6-26
REFLEXIONS Sur la théorie de la résistance des fluides, lûes dans l'Assemblée publique de l'Académie des Sciences. Par M. d'Alembert.
Début :
Quoique la Physique des Anciens ne fût, ni aussi déraisonnable, ni aussi [...]
Mots clefs :
Fluides, Corps, Théorie, Résistance, Lois, Fluide, Principes, Nature, Particules, Matière, Mouvement, Calcul, Parties, Résistance des fluides, Difficile, Doute, Géométrie, Isaac Newton, Esprit, Académie des sciences
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS Sur la théorie de la résistance des fluides, lûes dans l'Assemblée publique de l'Académie des Sciences. Par M. d'Alembert.
REFLEXIONS
Sur la théorie de la résistance des fluides,
lûes dans l'Assemblée publique de l'Académie
des Sciences. Par M. d'Alembert.
Quoique la Physique des Anciens ne
fût, ni aussi déraisonnable, ni aussi
bornée que le pensent ou que le disent
quelques Philosophes modernes, il pa-
roît cependant qu'ils n'étoient pas fort
versés dans les Sciences, qu on appelle
Physico-Mathématiques, & qui consistent
dans l'application du calcul aux phenomé-
nes de la Nature. La question de la résis-
tance des fluides, est une de celles qu'ils
paroissent avoir le moins étudiées sous
ce point de vûe. Je dis sous ce point de vus;
cat la connoissance de la résistance des
fluides, étant d'une nécessité absolue pour
la construction des Navires qu'ils avoient
peut-être poussée plus loin que nous, il
est difficile de croire que cette connois-
sance leur ait manqué jusqu'à un certain
point: l'expérience leur avoit sans doute
fourni des régles pour déterminer le choc
& la pression des eaux; mais ces régles,
d'usage seulement & de pratique, & pour
Goo.
3
1752.
JANVIER.
ainsi dire, de pure tradition, ne sont
point parvenues jusqu'à nous.
A l'égard de la théorie de cette résis-
tance, il n est pas surprenant qu'ils l'ayent
ignorée. On doit même, s'il est permis
de patler ainsi, leur tenir compte de leur
ignorance, de n'avoir point voulu attein-
dre à ce qu'il leur étoit impossible de sça-
voit, & de n'avoir point cherché à faire
croite qu'ils y étoient parvenus. C'est à la
plus subtile Géométrie, qu'il est permis
de tenter cette théorie, & la Géométrie
des Anciens, d'ailleurs très-profonde &
très scavanre, ne pouvoit aller jusques-là.
Il est vraisemblable qu'ils l'avoient senti;
car leur méthode de philosopher étoit plus
sage que nous ne l'imaginons communé-
ment. Les Géomêtres modernes ont scu
se procurer à cet égard plus de secours,
non parce qu'ils ont été supérieurs aux
Anciens, mais parce qu'ils sont venus
depuis. L'invention des calculs., diffe-
rentiel & intégral, nous a mis en état de
suivre en quelque maniere le mouve-
ment des corps jusques dans leurs élemens
ou dernieres particules. C'est avec le se-
cours seul de ces calculs qu'il est permis
de pénétrer dans les fluides, & de décou-
vrir le jeu de leurs parties, l'action qu'e-
xercent les uns sur les autres, ces atômes
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
innombrables, dont un fluide est compo-
sé, & qui paroissent tout à la fois unis &
divisés, dépendans & indépendans les uns
des autres. Aussi le méchanisme intérieur
des fluides, si peu analogue à celui des
corps solides que nous touchons, & sujet
à des loix toutes differentes, devroit être
pour les Philosophes un objet particulier
d'admiration, si l'étude de la Nature, des
phenoménes les plus simples, des éle-
mens même de la matiere, ne les avoit
accoutumés à ne s'étonner de rien, ou
plutôt à s'étonner également de tour. Aussi-
peu éclairés que le peuple sur la nature
des objets qu'ils confidérent, ils n ont &
ne peuvent avoir d'avantage que dans sa
combinaison qu'ils font du peu de princi-
pes qui leur sont connus, & des consé-
quences qu'ils en tirent; & c'est dans cet-
te espéce d'analyse que les Mathémati-
ques leur sont utiles Cependant avec ce
secours même la recherche de la résistance
des fluides est encore si difficile, que les
efforts des plus grands hommes se sont
terminés jusqu'ici à nous en donner une
legere ébauche.
Après avoir réflechi long-tems sur une
matiere si importante, avec tonte l'atten-
tion dont je suis capable, il m'a paru que
le peu de progrès qu'on a fait jusqu'à pré-
JANVIER. 1752.
2
sent dans cette question, vient de ce
qu'on na pas encore saisi les vrais princi-
pes, d'après lesquels il faut la résoudre; j'ai
crum devoir mappliquer à chercher ces
principes, & la maniere d'y appliquer le
calcul, s'il est possible; car il ne faut point
confondre ces deux objets, & les Geomé-
tres modernes semblent n avoir pas été as-
sez attentifs sur ce point. C'est souvent le
desir de pouvoir faire usage du calcul qui
les détermine dans le choix des principes,
an lieu qu'ils devroient examiner d'abord
les principes en eux-mêmes, sans penser
d'avance à les plier de force au calcul.
La Géométrie, qui ne doit qu'obéir à la
Physique, quand elle se réunit avec elle,
lui commande quel quefois: s'il arrive que
la question qu'on veut examiner soit trop
compliquée, pour que tous les élemens
puissent entrer dans la comparaison analy-
tique quon veut en faire, on sépare les
plus incommodes, on leur en substitue
d'autres, moins génans, mais aussi moins
réels; & on est etonné d'arriver, malgré
un travail pénible, à un résultat contre-
dit par la Nature; comme si aptès l'avoir
déguisée, tronquée, ou alterée, une com-
binaison purement méchanique pouvoit
nous la rendre.
Je me suis proposé d'éviter cet inconvé-
AV
Dgisterad vodO
10 MERCURE DE FRANCE.
nient dans un ouvrage que je vais pu-
blier sur la résistance des fluides. J'ai cher-
ché les principes de cette résistance comme
sil'analyse ne devoit y entrer pour rien;
& ces principes une fois trouvés, j'ai es-
fayé d'y appliquer l'analyse. Mais avant
que de rendre compte de mon travail, &
du degré auquel je l'ai poussé, il ne sera
pas inutile d'exposer en peu de mots ce qui
a été fait jusqu'à présent sur cette ma-
tiere.
Ne wton, à qui la Physique & la Géomé-
trie sont si redevables, est le premier, que
je sçache, qui ait entrepris de déterminer,
par les principes de la méchanique, la
résistance qu'éprouve un corps mu dans
un fluide, & de confirmer sa théorie par
des expériences. Ce grand Philosophe,
pour arriver plus facilement à la solution
d'une question si épineuse, & peut-être
pour la présenter d'une manière plus géné-
rale, envisage un fluide sous deux points
de vüe differens. Il le regarde d'abord,
comme un amas de corpuscules élastiques,
qui tendent à s'écarter les uns des autres
par une force repulsive, & qui sont dis-
posés librement à des distances égales. Il
suppose outre cela, que cet amas de cor-
puscules, qui compose le milieu resistant,
ait fort peu de densité par rapport à colle
o0
JANVIER. 1752.
11
du corps, ensorte que les parties du fluide
poussées par le corps, puissent se mouvoir
librement, sans communiquer aux parties
voisines le mouvement qu'elles ont reçu;
d'après cette hypothése, M. Newton
trouve & démontre les loix de la résis-
tance d'un tel fluide; loix assez connues
pour que nous nous dispensions de les rap-
porter ici.
Le célebre Jean Bernoulli, dans son
ouviage qui a pour titre: Discours sur les
loix de la communication du mouvement, a
dé terminé dans la même supposition, la
té sistance des fluides; il represente cette
resistance par une formule assez simple,
qui a été démontrée & généraliséc depuis:
mais il faut avouer que cette formule est
insuffisante. Dans tous les fluides que nous
connoissons, les particules sont immédia-
tement contigues par quelques uns deleurs
points, on du moins agissent les uns sur
les autres, à peu près comme si elles l'é-
toient; ainsi tout corps mû dans un fluide
pousse nécessairement à la fois & au men-
me instand un grand nombre de particules
situées dans la même ligne, & dont cha-
cune reçoit une vitesse, & une direction
differente, eu égard à sa situation; il est
donc extrêmement difficile de déterminer
le mouvement communiqué à toutes ces
A vj
o
ed by
12 MERCURE DEFRANCE.
particules, & par conséquent le mouve-
ment que le corps perd à chaque instant.
Ces réflexions n'avoient pas échappé
à M. Newton: il reconnoît que sa théo-
rie de la résistance d'un fluide composé
de globules élastiques clair-semés, s'il est
permis de s'exprimer de la sorte, ne peut
s'appliquer, ni aux fluides denses & con-
tinus, dont les particules se touchent im-
médiatement, tels que l'eau, l'huile,
& le mercure; ni aux fluides, dont l'é-
lasticité vient d'une autre cause que de la
force repulsive de leurs parties, par exem-
ple de la compression & de l'expansion
de ces parties, tel que paroît être l'air
que nous respirons. Une confidération si
nécessaire, a laquelle M. Newton en
ajoute d'autres, non moins importantes,
doit nous faire conclure que cette pre-
miere partie de sa théorie, & celse de
M. Bernoulli, qui nen est proprement
que le commentaire, sont plutôt une re-
cherche de pure curiosité, qu'elles ne sont
applicables à la Nature.
Aussi l'illustre Philosophe Anglois n'a
pas crû devoir s'en tenir-là. Il considére
ies fluides dans l'état de continuité & de
compression où ils sont réellement, com-
posés de particules contignes les unes aux
autres; & c'est le second point de vûe,
soogle
JANVIEK.
1752.
13
fous lequel il les envisage.- La méthode
qu'il employe dans cette nouvelle hypo-
thése, pour résoudre le problême dont
il s'agit, est une espêce d'approximation
& de :âtonnement, dont il seroit difficile
de donner ici l'idée. Nous ne pourrions pas
non plus expliquer clairement dans une
fimple lecture publique la maniere ingé-
nieuse & fine dont M. Newton déduib
de sa théorie la résistance d'un cylindre &
d'un globe, on en général d'un sphéroide
dans un fluide indéfini; nous nous borne-
rons à dire, qu'après assez de combinai-
fons & de caculs, il parvient à cette con-
clusion, que dans un fluide dense & con-
tinu, la valeur absolue de la pistance, &
le rapport de la résistance de deux corps
sont tout autres que dans le fluide à glo-
bules élastiques de la premiere hypo-
théſe.
Mais cette seconde théorie de M.
Newton, quoique plus conforme à la na-
ture des fluides, est sujette encore à beau-
coup de difficultés. Nous ne les exposerons
point ici en détail, elles supposeroient pour
etre entendues qu'on eût une idée fort
présente de certe théorie, idée que nous
navons pu donner ici; mais l'on trou-
vera assez au long dans notre ouvrage, &
Pexpoiition de la théorie Newtonienne,
74 MERCURE DEFRANCE.
& les objections qu'on peut lui faire: c'est
l'objet particuliet d'une introduction qui
doit se trouver à la tête, & dont ces ré-
flexions ne sont qu'un extrait. Il nous suf--
sira d'observer ici que la théorie dont nous
parlons, manque sans doute de l'évi-
dence & de la précision nécessaire pout
convaincre l'esprit, puisqu elle a été atta-
quée plusieurs fois & avec succès par les
plus grands Géomêtres. Il n en faut pas
moins admirer les efforts & la sagacité
de ce grand Philosophe, qui après avoir
trouvé si heureusement la vérité dans un
grand nombre d'autres questions, a osé
entreprendre le premier la solution d'un
problême, que personne avant lui n avoit
tenté. Aussi cette solution, quoique peu
exacte, brille par tout de ce génie inven-
teur, de cet esprit fecond en ressources,
que personne n'a possedé dans un plus haut
degré que lui.
Aidés par les secours que la Géométrie
& la Méchanique nous fournissent aujour-
d'hui en plus grande abondance, est-il
surprenant que nous fassions quelque pas
de plus dans une carrière vaste & difficile
qu'il nous a ouverte? Les erreurs même
des grands hommes sont instructives, non-
seulement par les vûes qu'elles fournissent
pour l'ordinaire, mais par les pas inutiles
JANVIER.
1752.
15
qu'elles nous épargnent. Les méthodes
qui les ont égarés, assez seduisantes pour
les éblouir, nous auroient trompé comme
eux. Il étoit nécessaire qu'ils les tentas-
fent pour que nous en connussions les
écueils. La difficulté est de se frayer une
autre route, mais souvent cette difficulté
consiste plus à bien choisir celle qu'on
fuivra, qu'à la suivre quand elle est bien
choisie. Entre les differentes routes qui me-
nent à une vérité, les unes présentent une
entrée facile, ce sont celles où l'on se
jette d'abord; & si on ne rencontre des
obstacles, qu'après avoir parcouru un cer-
tain themin, alors, comme on ne consent
qu avec peine à avoir fait un travail inu-
tile, on vent du moins paroître avoir sur-
monté ces obstacles, & on ne fait quelque-
fois que les éluder. D'autres routes au
contraire ne présentent d'obstacles qu'à
leut entrée, l'abord en peut être pénible,
mais ces obstacles une fois franchis, le
reste du chemin est facile à parcourir.
Il faui convenir au reste, que les Géo-
mêtres qui ont artaqué M. Newton sur la
résistance des fluides, n'ont guere été plus
heureux que lui; les uns, après avoir
fondé sus le calcul une théorie assez va-
gue, & avoir même crû que l'expérience
acur ctoit favorable, semblent ensuite
26 MERCURE DE FRANCE.
avoir reconnu & l'insuffisance de leurs
expériences même, & le peu de solidité
de leur théorie, pour lui en substituer une
nouvelle aussi peu satisfaisante. Les au-
tres, reconnoissans de bonne foi, que
leur théorie manquoit par ses fondemens,
nous ont donné, au lieu des vrais princi-
pes, beaucoup de calculs.
Ces considérations m'ont engagé à
traiter cette matiere par une méthode en-
tierement nouvelle, & sans rien emprun-
ter de ceux qui m ont précédé dans le mê-
me travail.
La théorie que j'expose dans mon ou-
vrage, ou plutôt dont je donne l'gssai
a, ce me semble, l'avañtage de n'être ap-
puyée sur aucune supposition arbitraire. Je
suppose seulement, ce que personne ne
pent me contester, quun fluide est un
corps composé de particules très petites,
détachées, & capables de se mouvoir li-
brement.
La résistance qu'un corps éprouve
lorsqu'il en choque un autre, n'est à pro-
prement parler que la quantité de mouve-
ment qu'il perd. Lorsque le mouvement
d'un corps est altéré, on peut regarder ce
mouvement comme composé de celui que
le corps aura dans l'instant suivant, &
d'un autre qui est détruit. Il. n'est pas dif-
O
17
JANVIER. 1752.
ficile de conclure de-là, que toutes les
loix de la communication du mouvement
entre les corps, se réduisent aux loix de
l'équilibre. C'est aussi à ce principe que
j'ai réduit la solution de tous les problê-
mes de Dynamique dans le premier ou-
vrage que j ai publié en 1743. J'ai eu fré-
quemment l'occasion d'en montrer la fé-
condité & la simplicité dans les differens
Traités que j'ai mis au jour depuis; peut-
ette même ne seroit-il pas mutise pour
nous éclairer jusqu'à un certain point sur
la Métaphysique très- obscure de la percus-
sion des corps, & sur les loix ausquelles elle
est assujettie. Quoiqu'il en soit, ce princi-
pe s'applique naturellement à la résistan-
ce d'un corps dans un fluide; c'est aussi
aux loix de l'équilibre entre le fluide &
le corps, que je réduis la recherche de
cette résistance. Mais il ne faut pas s'ima-
giner que cette recherche, quoique très-
facilitée par ce moyen, soit aussi simple
que celle de la communication du mou-
ment entre deux corps solides. Supposons
en effet que nous eussions l'avantage dont
nous sommes privés, de connoître la figu-
re & la disposition mutuelle des parti-
cules qui composent les fluides; les loix
de leur résistance & de leur action, se ré-
duitoient sans doute aux loix connues
3009
18 MERCUREDEFRANCE.
du mouvement; car la recherhe du mou-
vement communique par un corps, à un
nombre quelconque de corpuscules qui
l'environnent, n'est qu'un problême de
Dynamique, pour la résolution duquel
on a tous les principes nécessaires. Cepen-
dant plus le nombre de corpuscules seroit
grand, plus le problême deviendroit com-
pliqué, & cette méthode par conséquent
ne seroit guères pratiquable dans la recher-
che de la résistance des fluides. Mais nous
sommes même bien éloignés d'avoir tou-
tes les données nécessaires, pour être à por-
tée de faire usage d'une pareille methode.
Non-seulement nous ignorons la figure
& l'arrangement des parties des fluides,
nous ignorons encore, comment ces par-
ties sont pressées par le corps, & com-
ment elles se meuvent entr elles. Il ya
d'ailleurs une si grande difference enrre
un fluide, & un amas de corpuscules soli-
des, que les loix de la pression & de l'é-
quilibre des solides sont très-differentes
des loix de la pression & de l'équilibre des
fluides; l'expérience seule a pu nous ins-
truire de ces dernieres loix, que la théo-
rie la plus subtile n'eût jamais pû nous
faire soupçonner: & aujourd'hui même
que l'observation nous les a fait connoî-
tre, on n'a pû trouver encore d'hypothése
JANVIER. 1752. 19
fatisfaisante pour les expliquer, & pous
les réduire aux principes connus de la
statique des solides.
Certe ignorance n'a cependant pas em-
peché que l'on n'ait fait de grands progrès
dans l'hydrostatique. Car les Philosophes
ne pouvant déduire immédiatement & di-
rectement de la nature des fluides les loin
de leur équilibre, ils les ont au moins
réduites à un seul principe d'expérience,
l'égalité de pression en tout sens; principe
qu'ils ont regardé (faute de mieux) com-
me la propriété fondamentale des fluides,
& celle dont il falloit déduire toutes les
autres. En effet, condamnés comme nous
se sommes, à ignorer les premieres pro-
priétés, & la contexture intérieure des
corps; la seule reflource qui reste à notre
sagacité, c'est de tâcher au moins, de sai-
fir dans chaque matiere l'analogie des
phenoménes, & de les rappeller tous à un
petit nombre de faits primitifs & fonda-
mentaux. La Nature est une machine im-
mense, dont les ressorts principaux nous
sont cachés: nous ne voyons même cetto
machine qu'à travers un voile qui nous
dérobe le jeu des parties les plus délicates.
Entre les parties les plus frappantes que
ce voile nous laisse appercevoir, il en est
quesques unes, qu'un même ressort met
Hras hO
LO MERCUREDEFRANCE.
en mouvement, & ce méchanisme est ce
que nous devons principaleuient cher-
cher à démeler.
Ne pouvant donc nous flatter de dé-
duire de la nature même des fluides la
théorie de leur résistance & de leurs ac-
tions, bornons-nous à la tirer, s'il est
possible des loix hydrostatiques, qui sont
depuis dong.tems bien constatées. La dé-
couverte purement expérimentale de ces
loix, supplée, en quelque sorte, à celle
de la figure & de la disposition des par-
ties des fluides, & peut-être rend le pro-
blême plus simple, que si pour le résoudra
nous étions bornés à cette derniere con-
noissance: il ne s'agit plus que de déve-
lopper par quel moyen les loix de la résis-
tance des fluides, peuvent se déduire des
loix de l'hydrostatique. Mais ce détail
demande une assez longue suite de propo-
fitions, dont je ne pourrois présenter ici
qu'une esquisse fort imparfaite; le public
verra bientôt mon ouvrage, & sera par
lui-même en état d'en juger. Je me con-
tenterai de dire, que voulant démontrer
tout en rigueur, jai trouvé dans les pro-
positions même les plus simples, plus de
difficultés qu on n auroit dû en soupçon-
ner, & que ce n'a pas été sans peine que
je suis parvenu à demontrer sur cette ma-
JANVIER. 1751.
tiere les vérités le plus généralenent con-
nues, & le moins rigoureusement prou-
vées jusqu'ici. Mais aptès avoir pout
ainsi dire, sacrifié à la sureté des principes
la facilite du calcul, je devois naturelle-
ment m'attendre que l'application dn cal-
cul à ces mêmes principes seroit fort pé-
nible, & c'est aussi ce qui m est arrivé; je
ne voudrois pas même assurer que du
moins en certains cas, la solution du pro-
blême dont il est question, ne se refusat
entierement à l'analyse. C'est aux Sçavans
à prononcer sur ce point; je croirois avoir
tra vaillé fort utilement, si j'étois parvenu
dans une matière si difficile, soit a fixer
moi même; soir à faire trouver à d'autres
jusqu'où peut aller la théorie, & les limi-
tes où elle est forcée de s'arrêter.
Quand je parle ici des bornes que la
théorie doit se prescrire, je ne l'envisage
qu'avec les secours actuels qu'elle peut se
procurer, non avec ceux dont elle pour-
ra s'aider dans la suite, & qui sont encore
à trouver. Car en quelque matiere que
ce soit, ou ne doit pas trop se hâter d'éle-
ver entre la Nature & l'esprit humain un
mur de séparation. Pour avoir appris à
nous mésiet de notre industrie, il ne faux
pai nous en méfier avec excès. Dans l'im,
puissance fréquente que nous éprouvons
igitized by Goc
2A MERCURE DEFRANCE.
de surmonter tant d'obstacles qui se pré-
sentent à nous, nous serions fans doute
trop heureux, si nous pouvions au moins
juger du premier coup d'oeil jusqu où nos
efforts peuvent atteindre. Mais tella est
tout à la fois la force & la foiblesse de no-
tre esprit, qu'il est souvent aussi dange-
reux de prononcer sur ce qu'il ne peut pas
que sur ce qu'il peut. Combien de décou-
vertes modernes, dont les anciens n'a-
voient pas même l'idée? combien de dé-
couvertes perdues, que nous conteste-
rions peut-etre trop legerement? & com-
bien d'autres que nous jugerions impossi-
bles, sont reservées pour notre posté-
rité ?
Voilà les vues qui m'ont guidé, & l'ob-
jet que je me suis proposé dans l'ouvrage
que je vais mettre au jour. Pour rendre mes
principes encore plus dignes de l'attention
des Physiciens & des Géomêtres, j'ai crû
devoit indiquer en peu de mots, comment
ils peuvents appliquer à differentes ques-
tions, qui ont un rapport plus au moins
immédiat à la matière que je traite, telles
que le mouvement d'un fluide qui coule
soit dans un vase, soit dans un canal quel-
conque, les oscillations d'un corps qui
flotte sur un fluide, & d'autres problêmes
de certe espéce.
Dnistres hd
JANVIER. 1752.
23
J'autois desiré pouvoit comparer ma
héorie de la résistance des fluides aux ex-
ériences que plusieurs Physiciens célé-
ires ont faites pour la déterminer. Mais
près avoir examiné ces expériences.
e les ai trouvées si peu d'accord entr'el-
es, qu'il n'y a, ce me semble, encore au-
un fait suffisamment constaté, sut co
oint. Ilnen faut pas davantage pour
nontrer combien ces expériences sont dé-
icates; aussi quelques personnes très- ver-
ées dans cet Art, ayant entrepris depuis
eu de les recommencer, ont presque
bandonné ce projet par les difficultés de
exécution. La multitude des forces, soit
ctives, soit passives, est ici compliquée à
un tel degré, qu'il paroît presque impos-
fible de déterminer sépatement l'effet de
chacune; de distinguer, pat exemple,
celui qui vient de la force d'inertie d'avec
celui qui tésulte de la tenacité, & ceux-
ci d'avec l'effet que peut produire la pé-
santeur & le frottement des particules;
d'ailleurs quand on auroit démelé dans un
seul cas les effets de chacune de ces forces,
& la loi qu'elles suivent, seroit-on bien
fondé à conclure, que dans un cas où les
particules agiroient tout autrement, tant
pat leur nombre, que par leur direction,
leut disposition & leur vitesse, la loi des
24 MERCURE DE FRANCE.
effe:s ne seroit pas toute differente? Cetto
matiere pourtoit bien être du nombre de
celles où les expériences faites en petit,
n ont presque aucune analogie avec les ex-
périences faites en grand, & les contre-
disent même quesquefois? où chaque cas
particulier demande presque une expé-
rience isolée, & où par conséquent les
résultats généraux sont toujours très-fau-
tifs & très-imparfaits.
Enfin, la difficulté fréquente d'appli-
quer le calcul à la theorie, pourra rendre
souvent presque impraticable la compa-
raison de la théorie & de l'expérience; je
me suis donc borné à faire voir l'accord
de mes principes avec les faits les plus con-
nus, & le plus généralement avoués. Sur
tout le reste je laisse encore beaucoup à
faire à ceux qui pourront travailler d'a-
près mes vices & mes calculs. On trou-
vera peut-être ma sincérité fort éloignée
de cet appareil, auquel on ne renonce
pas toujours, en rendant compte de ses
travaux; mais c'est à mon ouvrage seul à
se donner la place qu'il peut avoir. Je ne
me flatte pas d'avoir poussé à sa perfec-
tion une théorie que tant de grands hom-
mes ont à peine commençée. Le titre d'es-
sai que je donne à cet ouvrage, répond
cractement à l'idée que j'en ai: je crois
etre
rasbO
JANVIER. 1752.
2
Etre au moins dans la véritable route, &
sans oser apprécier le chemin que je puis
y avoir fait, j'applaudirai volontiers aux
efforts de ceux qui pourront allet plus
loin que moi, parce que dans la recher-
che de la vérite, le premier devoir est
d'être juste. Je crois au reste pouvoir
donner aux Geométres, qui dans la suite
s'appliqueront à cette matiere, un avis
que je prendrai le premier pour moi-
même; c est de ne pas ériger trop legere-
ment des formules d'algêbre en vérités
ou propositions physiques. L'esprit de cal-
cul qui a chassè l'esprit de systême, regne
pent-être un peu trop à son tour; car il
y a dans chaque siécle un goût de Philo-
sophie dominant. Ce goût entraîne pres-
que toujours quelques préjugés, & la
meilleute Philosophie est celle qui en a
se moins à sa suite. Il seroit mieux, sans
doute, qu elle ne fût jamais assujettie à
aucun ton particulier; les differentes con-
noissances acquises pat les Sçavans en au-
roient plus de facilité pour se rejoindre
& formet un tour. Mais c'est un avan-
tage que l'on ne peut guéres espérer. La
Philosophie prend, pour ainsi dire, la
teinture des esprits où elle se trouve.
Chez un Physicien, elle est ordinairement
toute systematique; chez un Geométre,
B
1. Vol.
26 MERCUREDEFRANCE.
elle est souvent toute de calcul. La mé-
thode du derniec, à patlet en général
est sans doute la plus sûre; mais il ne
faut pas en abuser, & croire que tout s'y
réduise; autrement nous ne ferions de
progrès dans la Geomentrię transcendante
que pour être à proportion plus bornés
sur les vérités de la Physique, & nous res-
semblerions à un homme qui auroit le sens
de la vue contraire à celui du toucher, ou
dans lequel un de ces sens ne se perfec-
tionneroit qu'aux dépens de l'autre. Plus
on peut tirer d'utilité de l'application de
la Geométrie à la Physique, plus on doit
être circonspect dans cette application.
C'est à la simplicité de son objet que la
Geométrie est redevable de sa certitude;
à mesure que l'objet devient plus compo-
sé, la certitude semble s'éloigner, Il faut
donc sçavoir s'arrênter sur ce qu on ignore,
ne pas croire que les mots de théorême &
de corollaire fassent par quelque vertu se-
crette l'essence d'une démonstration, &
qu'en écrivant à la fin d'une proposition
ce qu'il falloit demontrer, on rendra dé-
montré ce qui ne l'est pas.
Sur la théorie de la résistance des fluides,
lûes dans l'Assemblée publique de l'Académie
des Sciences. Par M. d'Alembert.
Quoique la Physique des Anciens ne
fût, ni aussi déraisonnable, ni aussi
bornée que le pensent ou que le disent
quelques Philosophes modernes, il pa-
roît cependant qu'ils n'étoient pas fort
versés dans les Sciences, qu on appelle
Physico-Mathématiques, & qui consistent
dans l'application du calcul aux phenomé-
nes de la Nature. La question de la résis-
tance des fluides, est une de celles qu'ils
paroissent avoir le moins étudiées sous
ce point de vûe. Je dis sous ce point de vus;
cat la connoissance de la résistance des
fluides, étant d'une nécessité absolue pour
la construction des Navires qu'ils avoient
peut-être poussée plus loin que nous, il
est difficile de croire que cette connois-
sance leur ait manqué jusqu'à un certain
point: l'expérience leur avoit sans doute
fourni des régles pour déterminer le choc
& la pression des eaux; mais ces régles,
d'usage seulement & de pratique, & pour
Goo.
3
1752.
JANVIER.
ainsi dire, de pure tradition, ne sont
point parvenues jusqu'à nous.
A l'égard de la théorie de cette résis-
tance, il n est pas surprenant qu'ils l'ayent
ignorée. On doit même, s'il est permis
de patler ainsi, leur tenir compte de leur
ignorance, de n'avoir point voulu attein-
dre à ce qu'il leur étoit impossible de sça-
voit, & de n'avoir point cherché à faire
croite qu'ils y étoient parvenus. C'est à la
plus subtile Géométrie, qu'il est permis
de tenter cette théorie, & la Géométrie
des Anciens, d'ailleurs très-profonde &
très scavanre, ne pouvoit aller jusques-là.
Il est vraisemblable qu'ils l'avoient senti;
car leur méthode de philosopher étoit plus
sage que nous ne l'imaginons communé-
ment. Les Géomêtres modernes ont scu
se procurer à cet égard plus de secours,
non parce qu'ils ont été supérieurs aux
Anciens, mais parce qu'ils sont venus
depuis. L'invention des calculs., diffe-
rentiel & intégral, nous a mis en état de
suivre en quelque maniere le mouve-
ment des corps jusques dans leurs élemens
ou dernieres particules. C'est avec le se-
cours seul de ces calculs qu'il est permis
de pénétrer dans les fluides, & de décou-
vrir le jeu de leurs parties, l'action qu'e-
xercent les uns sur les autres, ces atômes
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
innombrables, dont un fluide est compo-
sé, & qui paroissent tout à la fois unis &
divisés, dépendans & indépendans les uns
des autres. Aussi le méchanisme intérieur
des fluides, si peu analogue à celui des
corps solides que nous touchons, & sujet
à des loix toutes differentes, devroit être
pour les Philosophes un objet particulier
d'admiration, si l'étude de la Nature, des
phenoménes les plus simples, des éle-
mens même de la matiere, ne les avoit
accoutumés à ne s'étonner de rien, ou
plutôt à s'étonner également de tour. Aussi-
peu éclairés que le peuple sur la nature
des objets qu'ils confidérent, ils n ont &
ne peuvent avoir d'avantage que dans sa
combinaison qu'ils font du peu de princi-
pes qui leur sont connus, & des consé-
quences qu'ils en tirent; & c'est dans cet-
te espéce d'analyse que les Mathémati-
ques leur sont utiles Cependant avec ce
secours même la recherche de la résistance
des fluides est encore si difficile, que les
efforts des plus grands hommes se sont
terminés jusqu'ici à nous en donner une
legere ébauche.
Après avoir réflechi long-tems sur une
matiere si importante, avec tonte l'atten-
tion dont je suis capable, il m'a paru que
le peu de progrès qu'on a fait jusqu'à pré-
JANVIER. 1752.
2
sent dans cette question, vient de ce
qu'on na pas encore saisi les vrais princi-
pes, d'après lesquels il faut la résoudre; j'ai
crum devoir mappliquer à chercher ces
principes, & la maniere d'y appliquer le
calcul, s'il est possible; car il ne faut point
confondre ces deux objets, & les Geomé-
tres modernes semblent n avoir pas été as-
sez attentifs sur ce point. C'est souvent le
desir de pouvoir faire usage du calcul qui
les détermine dans le choix des principes,
an lieu qu'ils devroient examiner d'abord
les principes en eux-mêmes, sans penser
d'avance à les plier de force au calcul.
La Géométrie, qui ne doit qu'obéir à la
Physique, quand elle se réunit avec elle,
lui commande quel quefois: s'il arrive que
la question qu'on veut examiner soit trop
compliquée, pour que tous les élemens
puissent entrer dans la comparaison analy-
tique quon veut en faire, on sépare les
plus incommodes, on leur en substitue
d'autres, moins génans, mais aussi moins
réels; & on est etonné d'arriver, malgré
un travail pénible, à un résultat contre-
dit par la Nature; comme si aptès l'avoir
déguisée, tronquée, ou alterée, une com-
binaison purement méchanique pouvoit
nous la rendre.
Je me suis proposé d'éviter cet inconvé-
AV
Dgisterad vodO
10 MERCURE DE FRANCE.
nient dans un ouvrage que je vais pu-
blier sur la résistance des fluides. J'ai cher-
ché les principes de cette résistance comme
sil'analyse ne devoit y entrer pour rien;
& ces principes une fois trouvés, j'ai es-
fayé d'y appliquer l'analyse. Mais avant
que de rendre compte de mon travail, &
du degré auquel je l'ai poussé, il ne sera
pas inutile d'exposer en peu de mots ce qui
a été fait jusqu'à présent sur cette ma-
tiere.
Ne wton, à qui la Physique & la Géomé-
trie sont si redevables, est le premier, que
je sçache, qui ait entrepris de déterminer,
par les principes de la méchanique, la
résistance qu'éprouve un corps mu dans
un fluide, & de confirmer sa théorie par
des expériences. Ce grand Philosophe,
pour arriver plus facilement à la solution
d'une question si épineuse, & peut-être
pour la présenter d'une manière plus géné-
rale, envisage un fluide sous deux points
de vüe differens. Il le regarde d'abord,
comme un amas de corpuscules élastiques,
qui tendent à s'écarter les uns des autres
par une force repulsive, & qui sont dis-
posés librement à des distances égales. Il
suppose outre cela, que cet amas de cor-
puscules, qui compose le milieu resistant,
ait fort peu de densité par rapport à colle
o0
JANVIER. 1752.
11
du corps, ensorte que les parties du fluide
poussées par le corps, puissent se mouvoir
librement, sans communiquer aux parties
voisines le mouvement qu'elles ont reçu;
d'après cette hypothése, M. Newton
trouve & démontre les loix de la résis-
tance d'un tel fluide; loix assez connues
pour que nous nous dispensions de les rap-
porter ici.
Le célebre Jean Bernoulli, dans son
ouviage qui a pour titre: Discours sur les
loix de la communication du mouvement, a
dé terminé dans la même supposition, la
té sistance des fluides; il represente cette
resistance par une formule assez simple,
qui a été démontrée & généraliséc depuis:
mais il faut avouer que cette formule est
insuffisante. Dans tous les fluides que nous
connoissons, les particules sont immédia-
tement contigues par quelques uns deleurs
points, on du moins agissent les uns sur
les autres, à peu près comme si elles l'é-
toient; ainsi tout corps mû dans un fluide
pousse nécessairement à la fois & au men-
me instand un grand nombre de particules
situées dans la même ligne, & dont cha-
cune reçoit une vitesse, & une direction
differente, eu égard à sa situation; il est
donc extrêmement difficile de déterminer
le mouvement communiqué à toutes ces
A vj
o
ed by
12 MERCURE DEFRANCE.
particules, & par conséquent le mouve-
ment que le corps perd à chaque instant.
Ces réflexions n'avoient pas échappé
à M. Newton: il reconnoît que sa théo-
rie de la résistance d'un fluide composé
de globules élastiques clair-semés, s'il est
permis de s'exprimer de la sorte, ne peut
s'appliquer, ni aux fluides denses & con-
tinus, dont les particules se touchent im-
médiatement, tels que l'eau, l'huile,
& le mercure; ni aux fluides, dont l'é-
lasticité vient d'une autre cause que de la
force repulsive de leurs parties, par exem-
ple de la compression & de l'expansion
de ces parties, tel que paroît être l'air
que nous respirons. Une confidération si
nécessaire, a laquelle M. Newton en
ajoute d'autres, non moins importantes,
doit nous faire conclure que cette pre-
miere partie de sa théorie, & celse de
M. Bernoulli, qui nen est proprement
que le commentaire, sont plutôt une re-
cherche de pure curiosité, qu'elles ne sont
applicables à la Nature.
Aussi l'illustre Philosophe Anglois n'a
pas crû devoir s'en tenir-là. Il considére
ies fluides dans l'état de continuité & de
compression où ils sont réellement, com-
posés de particules contignes les unes aux
autres; & c'est le second point de vûe,
soogle
JANVIEK.
1752.
13
fous lequel il les envisage.- La méthode
qu'il employe dans cette nouvelle hypo-
thése, pour résoudre le problême dont
il s'agit, est une espêce d'approximation
& de :âtonnement, dont il seroit difficile
de donner ici l'idée. Nous ne pourrions pas
non plus expliquer clairement dans une
fimple lecture publique la maniere ingé-
nieuse & fine dont M. Newton déduib
de sa théorie la résistance d'un cylindre &
d'un globe, on en général d'un sphéroide
dans un fluide indéfini; nous nous borne-
rons à dire, qu'après assez de combinai-
fons & de caculs, il parvient à cette con-
clusion, que dans un fluide dense & con-
tinu, la valeur absolue de la pistance, &
le rapport de la résistance de deux corps
sont tout autres que dans le fluide à glo-
bules élastiques de la premiere hypo-
théſe.
Mais cette seconde théorie de M.
Newton, quoique plus conforme à la na-
ture des fluides, est sujette encore à beau-
coup de difficultés. Nous ne les exposerons
point ici en détail, elles supposeroient pour
etre entendues qu'on eût une idée fort
présente de certe théorie, idée que nous
navons pu donner ici; mais l'on trou-
vera assez au long dans notre ouvrage, &
Pexpoiition de la théorie Newtonienne,
74 MERCURE DEFRANCE.
& les objections qu'on peut lui faire: c'est
l'objet particuliet d'une introduction qui
doit se trouver à la tête, & dont ces ré-
flexions ne sont qu'un extrait. Il nous suf--
sira d'observer ici que la théorie dont nous
parlons, manque sans doute de l'évi-
dence & de la précision nécessaire pout
convaincre l'esprit, puisqu elle a été atta-
quée plusieurs fois & avec succès par les
plus grands Géomêtres. Il n en faut pas
moins admirer les efforts & la sagacité
de ce grand Philosophe, qui après avoir
trouvé si heureusement la vérité dans un
grand nombre d'autres questions, a osé
entreprendre le premier la solution d'un
problême, que personne avant lui n avoit
tenté. Aussi cette solution, quoique peu
exacte, brille par tout de ce génie inven-
teur, de cet esprit fecond en ressources,
que personne n'a possedé dans un plus haut
degré que lui.
Aidés par les secours que la Géométrie
& la Méchanique nous fournissent aujour-
d'hui en plus grande abondance, est-il
surprenant que nous fassions quelque pas
de plus dans une carrière vaste & difficile
qu'il nous a ouverte? Les erreurs même
des grands hommes sont instructives, non-
seulement par les vûes qu'elles fournissent
pour l'ordinaire, mais par les pas inutiles
JANVIER.
1752.
15
qu'elles nous épargnent. Les méthodes
qui les ont égarés, assez seduisantes pour
les éblouir, nous auroient trompé comme
eux. Il étoit nécessaire qu'ils les tentas-
fent pour que nous en connussions les
écueils. La difficulté est de se frayer une
autre route, mais souvent cette difficulté
consiste plus à bien choisir celle qu'on
fuivra, qu'à la suivre quand elle est bien
choisie. Entre les differentes routes qui me-
nent à une vérité, les unes présentent une
entrée facile, ce sont celles où l'on se
jette d'abord; & si on ne rencontre des
obstacles, qu'après avoir parcouru un cer-
tain themin, alors, comme on ne consent
qu avec peine à avoir fait un travail inu-
tile, on vent du moins paroître avoir sur-
monté ces obstacles, & on ne fait quelque-
fois que les éluder. D'autres routes au
contraire ne présentent d'obstacles qu'à
leut entrée, l'abord en peut être pénible,
mais ces obstacles une fois franchis, le
reste du chemin est facile à parcourir.
Il faui convenir au reste, que les Géo-
mêtres qui ont artaqué M. Newton sur la
résistance des fluides, n'ont guere été plus
heureux que lui; les uns, après avoir
fondé sus le calcul une théorie assez va-
gue, & avoir même crû que l'expérience
acur ctoit favorable, semblent ensuite
26 MERCURE DE FRANCE.
avoir reconnu & l'insuffisance de leurs
expériences même, & le peu de solidité
de leur théorie, pour lui en substituer une
nouvelle aussi peu satisfaisante. Les au-
tres, reconnoissans de bonne foi, que
leur théorie manquoit par ses fondemens,
nous ont donné, au lieu des vrais princi-
pes, beaucoup de calculs.
Ces considérations m'ont engagé à
traiter cette matiere par une méthode en-
tierement nouvelle, & sans rien emprun-
ter de ceux qui m ont précédé dans le mê-
me travail.
La théorie que j'expose dans mon ou-
vrage, ou plutôt dont je donne l'gssai
a, ce me semble, l'avañtage de n'être ap-
puyée sur aucune supposition arbitraire. Je
suppose seulement, ce que personne ne
pent me contester, quun fluide est un
corps composé de particules très petites,
détachées, & capables de se mouvoir li-
brement.
La résistance qu'un corps éprouve
lorsqu'il en choque un autre, n'est à pro-
prement parler que la quantité de mouve-
ment qu'il perd. Lorsque le mouvement
d'un corps est altéré, on peut regarder ce
mouvement comme composé de celui que
le corps aura dans l'instant suivant, &
d'un autre qui est détruit. Il. n'est pas dif-
O
17
JANVIER. 1752.
ficile de conclure de-là, que toutes les
loix de la communication du mouvement
entre les corps, se réduisent aux loix de
l'équilibre. C'est aussi à ce principe que
j'ai réduit la solution de tous les problê-
mes de Dynamique dans le premier ou-
vrage que j ai publié en 1743. J'ai eu fré-
quemment l'occasion d'en montrer la fé-
condité & la simplicité dans les differens
Traités que j'ai mis au jour depuis; peut-
ette même ne seroit-il pas mutise pour
nous éclairer jusqu'à un certain point sur
la Métaphysique très- obscure de la percus-
sion des corps, & sur les loix ausquelles elle
est assujettie. Quoiqu'il en soit, ce princi-
pe s'applique naturellement à la résistan-
ce d'un corps dans un fluide; c'est aussi
aux loix de l'équilibre entre le fluide &
le corps, que je réduis la recherche de
cette résistance. Mais il ne faut pas s'ima-
giner que cette recherche, quoique très-
facilitée par ce moyen, soit aussi simple
que celle de la communication du mou-
ment entre deux corps solides. Supposons
en effet que nous eussions l'avantage dont
nous sommes privés, de connoître la figu-
re & la disposition mutuelle des parti-
cules qui composent les fluides; les loix
de leur résistance & de leur action, se ré-
duitoient sans doute aux loix connues
3009
18 MERCUREDEFRANCE.
du mouvement; car la recherhe du mou-
vement communique par un corps, à un
nombre quelconque de corpuscules qui
l'environnent, n'est qu'un problême de
Dynamique, pour la résolution duquel
on a tous les principes nécessaires. Cepen-
dant plus le nombre de corpuscules seroit
grand, plus le problême deviendroit com-
pliqué, & cette méthode par conséquent
ne seroit guères pratiquable dans la recher-
che de la résistance des fluides. Mais nous
sommes même bien éloignés d'avoir tou-
tes les données nécessaires, pour être à por-
tée de faire usage d'une pareille methode.
Non-seulement nous ignorons la figure
& l'arrangement des parties des fluides,
nous ignorons encore, comment ces par-
ties sont pressées par le corps, & com-
ment elles se meuvent entr elles. Il ya
d'ailleurs une si grande difference enrre
un fluide, & un amas de corpuscules soli-
des, que les loix de la pression & de l'é-
quilibre des solides sont très-differentes
des loix de la pression & de l'équilibre des
fluides; l'expérience seule a pu nous ins-
truire de ces dernieres loix, que la théo-
rie la plus subtile n'eût jamais pû nous
faire soupçonner: & aujourd'hui même
que l'observation nous les a fait connoî-
tre, on n'a pû trouver encore d'hypothése
JANVIER. 1752. 19
fatisfaisante pour les expliquer, & pous
les réduire aux principes connus de la
statique des solides.
Certe ignorance n'a cependant pas em-
peché que l'on n'ait fait de grands progrès
dans l'hydrostatique. Car les Philosophes
ne pouvant déduire immédiatement & di-
rectement de la nature des fluides les loin
de leur équilibre, ils les ont au moins
réduites à un seul principe d'expérience,
l'égalité de pression en tout sens; principe
qu'ils ont regardé (faute de mieux) com-
me la propriété fondamentale des fluides,
& celle dont il falloit déduire toutes les
autres. En effet, condamnés comme nous
se sommes, à ignorer les premieres pro-
priétés, & la contexture intérieure des
corps; la seule reflource qui reste à notre
sagacité, c'est de tâcher au moins, de sai-
fir dans chaque matiere l'analogie des
phenoménes, & de les rappeller tous à un
petit nombre de faits primitifs & fonda-
mentaux. La Nature est une machine im-
mense, dont les ressorts principaux nous
sont cachés: nous ne voyons même cetto
machine qu'à travers un voile qui nous
dérobe le jeu des parties les plus délicates.
Entre les parties les plus frappantes que
ce voile nous laisse appercevoir, il en est
quesques unes, qu'un même ressort met
Hras hO
LO MERCUREDEFRANCE.
en mouvement, & ce méchanisme est ce
que nous devons principaleuient cher-
cher à démeler.
Ne pouvant donc nous flatter de dé-
duire de la nature même des fluides la
théorie de leur résistance & de leurs ac-
tions, bornons-nous à la tirer, s'il est
possible des loix hydrostatiques, qui sont
depuis dong.tems bien constatées. La dé-
couverte purement expérimentale de ces
loix, supplée, en quelque sorte, à celle
de la figure & de la disposition des par-
ties des fluides, & peut-être rend le pro-
blême plus simple, que si pour le résoudra
nous étions bornés à cette derniere con-
noissance: il ne s'agit plus que de déve-
lopper par quel moyen les loix de la résis-
tance des fluides, peuvent se déduire des
loix de l'hydrostatique. Mais ce détail
demande une assez longue suite de propo-
fitions, dont je ne pourrois présenter ici
qu'une esquisse fort imparfaite; le public
verra bientôt mon ouvrage, & sera par
lui-même en état d'en juger. Je me con-
tenterai de dire, que voulant démontrer
tout en rigueur, jai trouvé dans les pro-
positions même les plus simples, plus de
difficultés qu on n auroit dû en soupçon-
ner, & que ce n'a pas été sans peine que
je suis parvenu à demontrer sur cette ma-
JANVIER. 1751.
tiere les vérités le plus généralenent con-
nues, & le moins rigoureusement prou-
vées jusqu'ici. Mais aptès avoir pout
ainsi dire, sacrifié à la sureté des principes
la facilite du calcul, je devois naturelle-
ment m'attendre que l'application dn cal-
cul à ces mêmes principes seroit fort pé-
nible, & c'est aussi ce qui m est arrivé; je
ne voudrois pas même assurer que du
moins en certains cas, la solution du pro-
blême dont il est question, ne se refusat
entierement à l'analyse. C'est aux Sçavans
à prononcer sur ce point; je croirois avoir
tra vaillé fort utilement, si j'étois parvenu
dans une matière si difficile, soit a fixer
moi même; soir à faire trouver à d'autres
jusqu'où peut aller la théorie, & les limi-
tes où elle est forcée de s'arrêter.
Quand je parle ici des bornes que la
théorie doit se prescrire, je ne l'envisage
qu'avec les secours actuels qu'elle peut se
procurer, non avec ceux dont elle pour-
ra s'aider dans la suite, & qui sont encore
à trouver. Car en quelque matiere que
ce soit, ou ne doit pas trop se hâter d'éle-
ver entre la Nature & l'esprit humain un
mur de séparation. Pour avoir appris à
nous mésiet de notre industrie, il ne faux
pai nous en méfier avec excès. Dans l'im,
puissance fréquente que nous éprouvons
igitized by Goc
2A MERCURE DEFRANCE.
de surmonter tant d'obstacles qui se pré-
sentent à nous, nous serions fans doute
trop heureux, si nous pouvions au moins
juger du premier coup d'oeil jusqu où nos
efforts peuvent atteindre. Mais tella est
tout à la fois la force & la foiblesse de no-
tre esprit, qu'il est souvent aussi dange-
reux de prononcer sur ce qu'il ne peut pas
que sur ce qu'il peut. Combien de décou-
vertes modernes, dont les anciens n'a-
voient pas même l'idée? combien de dé-
couvertes perdues, que nous conteste-
rions peut-etre trop legerement? & com-
bien d'autres que nous jugerions impossi-
bles, sont reservées pour notre posté-
rité ?
Voilà les vues qui m'ont guidé, & l'ob-
jet que je me suis proposé dans l'ouvrage
que je vais mettre au jour. Pour rendre mes
principes encore plus dignes de l'attention
des Physiciens & des Géomêtres, j'ai crû
devoit indiquer en peu de mots, comment
ils peuvents appliquer à differentes ques-
tions, qui ont un rapport plus au moins
immédiat à la matière que je traite, telles
que le mouvement d'un fluide qui coule
soit dans un vase, soit dans un canal quel-
conque, les oscillations d'un corps qui
flotte sur un fluide, & d'autres problêmes
de certe espéce.
Dnistres hd
JANVIER. 1752.
23
J'autois desiré pouvoit comparer ma
héorie de la résistance des fluides aux ex-
ériences que plusieurs Physiciens célé-
ires ont faites pour la déterminer. Mais
près avoir examiné ces expériences.
e les ai trouvées si peu d'accord entr'el-
es, qu'il n'y a, ce me semble, encore au-
un fait suffisamment constaté, sut co
oint. Ilnen faut pas davantage pour
nontrer combien ces expériences sont dé-
icates; aussi quelques personnes très- ver-
ées dans cet Art, ayant entrepris depuis
eu de les recommencer, ont presque
bandonné ce projet par les difficultés de
exécution. La multitude des forces, soit
ctives, soit passives, est ici compliquée à
un tel degré, qu'il paroît presque impos-
fible de déterminer sépatement l'effet de
chacune; de distinguer, pat exemple,
celui qui vient de la force d'inertie d'avec
celui qui tésulte de la tenacité, & ceux-
ci d'avec l'effet que peut produire la pé-
santeur & le frottement des particules;
d'ailleurs quand on auroit démelé dans un
seul cas les effets de chacune de ces forces,
& la loi qu'elles suivent, seroit-on bien
fondé à conclure, que dans un cas où les
particules agiroient tout autrement, tant
pat leur nombre, que par leur direction,
leut disposition & leur vitesse, la loi des
24 MERCURE DE FRANCE.
effe:s ne seroit pas toute differente? Cetto
matiere pourtoit bien être du nombre de
celles où les expériences faites en petit,
n ont presque aucune analogie avec les ex-
périences faites en grand, & les contre-
disent même quesquefois? où chaque cas
particulier demande presque une expé-
rience isolée, & où par conséquent les
résultats généraux sont toujours très-fau-
tifs & très-imparfaits.
Enfin, la difficulté fréquente d'appli-
quer le calcul à la theorie, pourra rendre
souvent presque impraticable la compa-
raison de la théorie & de l'expérience; je
me suis donc borné à faire voir l'accord
de mes principes avec les faits les plus con-
nus, & le plus généralement avoués. Sur
tout le reste je laisse encore beaucoup à
faire à ceux qui pourront travailler d'a-
près mes vices & mes calculs. On trou-
vera peut-être ma sincérité fort éloignée
de cet appareil, auquel on ne renonce
pas toujours, en rendant compte de ses
travaux; mais c'est à mon ouvrage seul à
se donner la place qu'il peut avoir. Je ne
me flatte pas d'avoir poussé à sa perfec-
tion une théorie que tant de grands hom-
mes ont à peine commençée. Le titre d'es-
sai que je donne à cet ouvrage, répond
cractement à l'idée que j'en ai: je crois
etre
rasbO
JANVIER. 1752.
2
Etre au moins dans la véritable route, &
sans oser apprécier le chemin que je puis
y avoir fait, j'applaudirai volontiers aux
efforts de ceux qui pourront allet plus
loin que moi, parce que dans la recher-
che de la vérite, le premier devoir est
d'être juste. Je crois au reste pouvoir
donner aux Geométres, qui dans la suite
s'appliqueront à cette matiere, un avis
que je prendrai le premier pour moi-
même; c est de ne pas ériger trop legere-
ment des formules d'algêbre en vérités
ou propositions physiques. L'esprit de cal-
cul qui a chassè l'esprit de systême, regne
pent-être un peu trop à son tour; car il
y a dans chaque siécle un goût de Philo-
sophie dominant. Ce goût entraîne pres-
que toujours quelques préjugés, & la
meilleute Philosophie est celle qui en a
se moins à sa suite. Il seroit mieux, sans
doute, qu elle ne fût jamais assujettie à
aucun ton particulier; les differentes con-
noissances acquises pat les Sçavans en au-
roient plus de facilité pour se rejoindre
& formet un tour. Mais c'est un avan-
tage que l'on ne peut guéres espérer. La
Philosophie prend, pour ainsi dire, la
teinture des esprits où elle se trouve.
Chez un Physicien, elle est ordinairement
toute systematique; chez un Geométre,
B
1. Vol.
26 MERCUREDEFRANCE.
elle est souvent toute de calcul. La mé-
thode du derniec, à patlet en général
est sans doute la plus sûre; mais il ne
faut pas en abuser, & croire que tout s'y
réduise; autrement nous ne ferions de
progrès dans la Geomentrię transcendante
que pour être à proportion plus bornés
sur les vérités de la Physique, & nous res-
semblerions à un homme qui auroit le sens
de la vue contraire à celui du toucher, ou
dans lequel un de ces sens ne se perfec-
tionneroit qu'aux dépens de l'autre. Plus
on peut tirer d'utilité de l'application de
la Geométrie à la Physique, plus on doit
être circonspect dans cette application.
C'est à la simplicité de son objet que la
Geométrie est redevable de sa certitude;
à mesure que l'objet devient plus compo-
sé, la certitude semble s'éloigner, Il faut
donc sçavoir s'arrênter sur ce qu on ignore,
ne pas croire que les mots de théorême &
de corollaire fassent par quelque vertu se-
crette l'essence d'une démonstration, &
qu'en écrivant à la fin d'une proposition
ce qu'il falloit demontrer, on rendra dé-
montré ce qui ne l'est pas.
Fermer
33
p. 176-177
DESCRIPTION D'une nouvelle pendule inventée par Monsieur le Roi, l'aîné des fils de Monsieur Julien le Roy, Horloger du Roi.
Début :
Le mouvement de cette pendule n'a point de pignons, la Cage y est supprimée, il est [...]
Mots clefs :
Pendule, Mouvement, Roue, Moyen, Rateau, Oscillation, Frottements
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION D'une nouvelle pendule inventée par Monsieur le Roi, l'aîné des fils de Monsieur Julien le Roy, Horloger du Roi.
DESCRIPTION
D'une nouvelle pendule inventée par Monsieur
le Roi, l'aîné des fils de Monsieur Julien
le Roy, Horloger du Roi.
Le mouvement de cette pendule n'a point de
pignons, la Cage y est supprimée, il est
composé,
1°. D'une seule rouë de trente dents posées de
champ.
2. D'un échappement au moyen duquel cette
rouë pousse alternativement de dioite à gauche &
de gauche à droite, un rateau de 16 dents, fixé
sur la tige qui porte l'aiguille des secondes.
3°. De quatre espéces d'échelons fixés sur l'es-
fieu du Perdule, parallelement à ce même essieu,
lesquels lorsque le Pendule est en vibration, se
mouvant autour de son centre de mouvement,
JANVIER. 1752.
177
servent à susprendre le mouvement circulaire da
rateau, au moyen de quoi il ne s'en échappe qu'u-
te demi dent à la fois, c'est- à-dire, pour chaque
oscillation du Pendule.
Enfin de deux palettes attachées à ce Pendult,
par le moyen desquelles la roue restitue le mouve-
ment que le Pendule a pu perdre dans une minute,
effet qui s'opere lorsque la derniere dent du ra-
teau, parvenuë d'un côté, ou de l'autre au der-
nier échelon, échappée, & laisse par la la liberté
à la rouem de tourner en echappant de dessus les pa-
lettes de cet échapement. Il suit de là que le princi-
pal caractere de cette construction, est que la
roue ne restituë au Pendule, le mouvement qu'il
perd par les frottemens, & la résistapce de l'air
qu'après un, grand nombre de vibrations, au lien
que dans les constructions ordinaires, cette resti-
tution a licu à chaque vibration, d'où naît cet
avantage, qu'outre la grande liberté du régula-
teur par le peu d'action du rateau sur les échelona
on peut par cette construction diminuer considéra-
blement les êtres, les frottemens, & mille au-
tres inconvéniens qui en résultent, le moteur qui
dans les autres descend où se détend à chaque
oscillation, ne le faisant ici qu'après que le régu-
lateur en a fait un grand nombre.
D'une nouvelle pendule inventée par Monsieur
le Roi, l'aîné des fils de Monsieur Julien
le Roy, Horloger du Roi.
Le mouvement de cette pendule n'a point de
pignons, la Cage y est supprimée, il est
composé,
1°. D'une seule rouë de trente dents posées de
champ.
2. D'un échappement au moyen duquel cette
rouë pousse alternativement de dioite à gauche &
de gauche à droite, un rateau de 16 dents, fixé
sur la tige qui porte l'aiguille des secondes.
3°. De quatre espéces d'échelons fixés sur l'es-
fieu du Perdule, parallelement à ce même essieu,
lesquels lorsque le Pendule est en vibration, se
mouvant autour de son centre de mouvement,
JANVIER. 1752.
177
servent à susprendre le mouvement circulaire da
rateau, au moyen de quoi il ne s'en échappe qu'u-
te demi dent à la fois, c'est- à-dire, pour chaque
oscillation du Pendule.
Enfin de deux palettes attachées à ce Pendult,
par le moyen desquelles la roue restitue le mouve-
ment que le Pendule a pu perdre dans une minute,
effet qui s'opere lorsque la derniere dent du ra-
teau, parvenuë d'un côté, ou de l'autre au der-
nier échelon, échappée, & laisse par la la liberté
à la rouem de tourner en echappant de dessus les pa-
lettes de cet échapement. Il suit de là que le princi-
pal caractere de cette construction, est que la
roue ne restituë au Pendule, le mouvement qu'il
perd par les frottemens, & la résistapce de l'air
qu'après un, grand nombre de vibrations, au lien
que dans les constructions ordinaires, cette resti-
tution a licu à chaque vibration, d'où naît cet
avantage, qu'outre la grande liberté du régula-
teur par le peu d'action du rateau sur les échelona
on peut par cette construction diminuer considéra-
blement les êtres, les frottemens, & mille au-
tres inconvéniens qui en résultent, le moteur qui
dans les autres descend où se détend à chaque
oscillation, ne le faisant ici qu'après que le régu-
lateur en a fait un grand nombre.
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34
p. 158-176
EXTRAIT DES REGISTRES De l'Académie royale des Sciences, du 22 Mars 1755.
Début :
Nous avons examiné par ordre de l'Académie, une pendule du sieur le Mazurier [...]
Mots clefs :
Pendule, Le Mazurier, Mouvement, Roue, Sonnerie, Vibrations, Académie royale des sciences, Horloger, Détente, Chevilles
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DES REGISTRES De l'Académie royale des Sciences, du 22 Mars 1755.
EXTRAIT DES REGISTRES
De l'Académie royale des Sciences , du 22
Mars 1755.
Nous avons examiné par ordre de l'Académie
, une pendule du fieur le Mazurier
, Horloger , à fecondes , à fonnerie &
à remontoir , dont le mouvement n'a qu'une
feule roue , ainfi que la fonnerie
. Ces
deux parties
de la pendule
étant diftinctes
l'une de l'autre
, nous les décrirons
féparément
, afin d'en donner
une idée plus
nette , & de le faire d'une
maniere
plus
préciſe
; mais avant que d'en venir là , il eft
à propos de reprendre
les chofes
de plus
haut , & de faire quelques
réflexions
relativement
à la conftruction
des pendules
de
cette
espéce .
On fçait que les premiers régulateurs
des horloges , comme le balancier , n'agiffant
pour en régler le mouvement que
par leur inertie , n'avoient en eux , avant
l'application du reffort fpiral , aucun principe
de mouvement alternatif : pour que
le balancier fît des vibrations , il falloit
donc que la conftruction de l'échappement
fût telle que par fon moyen la roue de
rencontre ayant fait faire une excurfion à
ce régulateur , elle continuât d'agir fur lui
JUIN. 1755. 159
pour pouvoir le ramener & lui en faire
faire une autre en fens contraire : car fi
dans l'inftant où elle auroit fait faire la
premiere excurfion , elle avoit ceffé d'agir
de cette maniere fur le balancier , il n'auroit
point fait de vibration , puiſque par
fon inertie il ſe ſeroit mû , ou auroit tendu
à fe mouvoir dans la premiere direction
qui lui auroit été imprimée. Le premier
échappement qu'on employa dans les horloges
devoit donc par fa conftruction produire
l'effet dont nous venons de parler ;
auffi l'échappement à roue de rencontre &
à palettes , le plus ancien de tous , eft- il
très- bien conftruit pour cela. Mais l'application
du pendule aux horloges & du reffort
fpiral au balancier , fit bientôt connoître
que la difpofition de cet échappement ,
relativement à la production de cet effet ,
n'étoit pas abfolument néceffaire . En effet ,
le pendule & le balancier , aidés du reffort
fpiral , pouvant , lorfqu'ils font une fois
mis en mouvement , faire des vibrations
indépendamment de l'action de la force
motrice , la difpofition de l'échappement
par laquelle la roue de rencontre agiffoit
continuellement fur le régulateur pour le
faire vibrer , devenoit inutile , & pouvoit
même ne pas procurer à l'horloge toute la
juſteſſe dont elle étoit fufceptible ; car les
160 MERCURE DE FRANCE.
petites vibrations de ces deux régulateurs
étant ifochrones * , il fembloit que pour
en rendre le mouvement plus jufte , il
falloit laiffer autant qu'il étoit poffible
leurs vibrations libres ce fut vraisemblablement
cette confidération qui donna
lieu à l'invention des échappemens à repos.
On fçait que dans ces échappemens ,
lorfque la dent de la roue de rencontre a
écarté le régulateur , elle échappe , & elle ,
ou une autre de la même roue , va fe
repofer
fur une partie faifant corps avec l'axe
de ce même régulateur , conftruite de façon
que pendant que le régulateur acheve fon
excurfion , le mouvement de cette roue fe
trouve fufpendu ; qu'enfuite lorfqu'il revient
en arriere , il détend , fi cela fe peut
dire , le rouage , en laiffant paffer une dent
de la roue de rencontre qui agit de nouveau
fur lui , & ainfi de fuite. De là on
pourroit appeller encore ces échappemens ,
échappemens à détente ; mais cette dénomination
nous paroît mieux convenir à
ceux dont nous allons parler.
La fufpenfion du mouvement de la
roue de rencontre pourroit encore être
• Terme de phyfique & de mathématique , qui
fignifie qui fe fait en tems égaux : les vibrations
d'un pendule font toutes ifochrones , c'est-à - dire
qu'elles fe font toutes dans le même efpace de tems
JUIN. 1755. 161
produite d'une maniere différente de
celle que nous venons de décrire ; elle
pourroit fe faire au moyen d'une piéce
étrangere au régulateur ( comme un lévier ,
une bafcule ) , & immobile pendant toute
la vibration , dont une partie fe feroit engagée
entre les dents de cette roue & fe
feroit dégagée par le mouvement de ce
même régulateur ; & c'eft ainfi que cela
s'exécutoit dans un échappement que feu
M. du Tartre , habile Horloger , imagina
vers l'an 1730. Nous l'avons vu de même
dans un autre échappement , très différent
d'ailleurs , que l'aîné des fils de M. Julien
le Roi préfenta à cette Académie en 1748 .
Enfin la fufpenfion du mouvement de la
roue de rencontre fur le régulateur , eft
encore exécutée d'une maniere toute nouvelle
dans la pendule dont nous rendons
compte : ce font ces échappemens que nous
appellerons à l'avenir , échappemens à détente
, parce que ce nom nous paroît les
bien caractérifer , & leur convenir , comme
nous l'avons dit , beaucoup mieux qu'aux
précédens : en effet , le jeu de la piéce dont
une partie , en s'engageant dans les dents
de la roue de rencontre , ou s'en dégageant
, arrête cette roue , ou lui permet
de fe mouvoir , reffemble tout - à-fait à celui
d'une détente.
162 MERCURE DE FRANCE.
C'étoit avoir déja fait un certain chemin
que d'avoir inventé l'échappement à
repos , & il fembloit qu'avec un régulateur
tel que le pendule , il n'y avoit pas bien
loin de ce pas à un autre , par lequel on
auroit fimplifié les horloges où on l'emploie
; car ce régulateur pouvant faire les
vibrations par lui-même , & confervant
fon mouvement auffi long-tems qu'il le
conferve , il paroiffoit qu'on pouvoit conftruire
ces horloges de maniere que ce régulateur
fît non feulement une vibration
libre , mais encore dix , vingt , trente &
foixante , fans recevoir de nouveau mouvement
de la force motrice , c'est- à- dire
que la reſtitution au lieu de fe faire , par
exemple toutes les fecondes dans les
pendules à fecondes , ne fe fit que toutes
dix , vingt , trente ou foixante fecondes
; par là on pouvoit retrancher plufieurs
roues , & ainfi diminuer beaucoup les frottemens
, & en général fimplifier toute la
machine. Mais foit qu'un pareil changement
dans la conftruction de ces horloges
fût plus difficile à faire qu'il ne le paroît ,
foit par quelqu'autre caufe , ce ne fut que
long-tems après la découverte des échappemens
à repos qu'on fit des pendules fur
ce principe on les doit au fils de M. le
Roi dont nous avons déja parlé , qui les
JUIN. 2755% 163
inventa en 1751. Cependant un de nous
( M. le Camus ) ainfi que quelques Horlogers
de Paris , entr'autres M. Julien le Roi ,
ont vû chez feu M. l'Abbé d'Andeleau ,
vers l'an 1727 , non une pendule , mais
un échappement dans lequel la reftitution
ne fe faifoit qu'après plufieurs vibrations
du régulateur. Voici comment il étoit
conftruit.
Deux rochets d'inégale grandeur étoient
portés par un même arbre à quelque diftance
l'un de l'autre ; le plus grand étoit
divifé en trente dents , & l'autre en un
nombre plus petit aliquote du premier ,
comme quinze , dix , fix ou cinq : les dents
du premier fe repofoient alternativement
fur la circonférence convexe & concave
d'une efpéce de cylindre creux que portoit
l'axe du pendule ; lorfque plufieurs de ces
dents étoient paffées , une de celles du petit
rochet rencontroit une palette que portoit
le même axe du pendule , & lui reſtituoit
le mouvement qu'il avoit perdu dans
les vibrations précédentes. Mais on voit
par cette conftruction que cet échappement
étoit au plus auffi bon que les échappemens
ordinaires , où la reftitution fe fait
à toutes les vibrations , & que ce fçavant
Abbé n'avoit pas fenti les avantages que
l'on pouvoit obtenir , comme nous l'avons
164 MERCURE DE FRANCE .
dit , en ne faifant reftituer le mouvement
au pendule qu'après un certain nombre de
vibrations en effet , fon grand rochet
ayant trente dents , comme ceux des pendules
à fecondes ordinaires , & devant faire
comme eux une révolution par minute ,
il devoit néceffairement avoir la même
vîteffe , qui étoit auffi celle du petit rochet.
Il s'enfuit donc que les pendules où M.
l'Abbé d'Andeleau auroit employé cet
échappement , n'auroient pû en aucune
maniere avoir un rouage plus fimple que
celui des autres. }
Dans la pendule de M. le Mazurier , les
deux platines font réduites à deux piéces
de trois branches chacune en forme d'y ,
renverfées , très - évafées , & faites d'un
cuivre fort épais ; fur l'y ou platine de
devant on voit en dehors , ou du côté de la
cadrature , la roue qui porte l'aiguille des
fecondes ; elle a trente dents , & porte une
palette vers l'extrêmité de la tige , qui paffe
travers la platine dont nous venons de
parler , fon pivot étant porté par un pont :
cette roue ne reçoit point de mouvement
de la force motrice , mais uniquement du
pendule , de la maniere ſuivante.
Sur l'axe du pendule qui déborde un
peu la platine de devant , eft attachée perpendiculairement
& par le milieu
une
JUIN. 1755. 165
traverſe formant avec cet axe une figure
de T ; cette traverſe porte à chacune de fes
extrêmités une efpéce de béquille ; les
bouts des tiges de ces béquilles qui font
fort longues , vont s'engager du même côté
dans différens intervalles des dents de la
roue qui porte l'aiguille des fecondes ; par
cette difpofition on voit que ces béquilles
forment un lévier de La Garoufte , de forte
que deux vibrations du pendule font paffer
une dent de cette roue ; ainfi au bout
de foixante vibrations , elle a fait fon tour.
Voyons maintenant de quelle façon
Faction de la roue fur le pendule eft fufpendue
pour lui laiffer faire fes vibrations
en liberté , comment elle eft dégagée , &
comment elle agit fur le pendule pour lui
reftituer le mouvement qu'il pouvoit avoir
perdu pendant une minute .
Une piéce en forme d'équerre mobile
fur une cheville qui traverfe fa branche
horizontale , & porte fur fa branche verticale
& fupérieure un doigt , fur l'extrê
mité duquel viennent s'appuyer les chevilles
de la roue ; ce doigt eft mobile ſur
une cheville & taillé en bifeau par- deffous ,
afin qu'il ne puiffe heurter contre aucunes
chevilles , & qu'il ne manque jamais de
paffer entre deux chevilles : au haut de la
même branche verticale , eft placée une
166 MERCURE DE FRANCE.
cheville , par laquelle cette équerre peut
être prife pour être renversée par la piéce
qui fert à dégager la roue : une longue
piéce fufpendue par fon extrêmité fupérieure
par une cheville , autour de laquelle
elle peut fe mouvoir très- librement , porte
vers fon extrêmité inférieure la cheville
ou appui d'un lévier de la premiere efpéce.
L'extrêmité du petit bras de ce lévier eft
articulée avec une petite verge verticale ,
qui porte un petit talon , fur lequel la
palette de la tige de la roue qui porte l'aiguille
des fecondes vient s'appuyer à la fin
de chaque minute : au moyen de cette action
de la palette , le petit bras de ce lévier
s'abaiffe & le plus grand s'éleve , & par là
un talon qui eft à fon extrêmité , eft rencontré
par une pièce ou doigt qui tient à
la verge du pendule. Le pendule continuant
fa vibration , entraîne dans fon
mouvement le lévier & la longue piéce
pendante qui le porte.
Pendant que cette vibration ſe fait , un
fe
crochet dont le centre du mouvement eft
placé tout au bas de la piéce pendante qui
porte le lévier , accroche la cheville qui
eft tout au haut de la branche verticale de
l'équerre dont nous avons parlé , & retirant
cette branche de fa fituation verticale ,
dégage en même tems le doigt fur lequel
JUIN. 1755: 167
une cheville de la roue étoit appuyée ; alors
cette roue étant libre , une de fes chevilles
rencontre une palette d'agarhe fixée ſur la
verge du pendule , & lui reftitue pendant
une grande partie de cette vibration le
mouvement qu'il avoit perdu pendant une
minute . Comme le centre du mouvement
de l'équerre eft vers le milieu de fa branche
horizontale , la branche verticale s'abaiffe
en même tems qu'elle s'écarte de fa fituation
verticale , & la cheville placée à l'extrêmité
de cette branche , fe dégage du crochet
qui la renverfoit avant que la vibration
foit totalement firie ; enforte que
pendant que cette même vibration s'acheve
, l'équerre a la liberté de reprendre fa
premiere pofition , & le doigt qu'elle porte,
fa fituation , pour arrêter & foutenir la
cheville fuivante .
On connoît trop la conftruction ordinaire
des fonneries , pour qu'il foit néceffaire
de s'étendre fur ce fuiet. Nous ferons
remarquer feulement qu'elles font compofées
de plufieurs roues ( communément au
nombre de quatre ) & d'un volant , qui fervent
à moderer la vîteffe du rouage , pour
qu'il y ait un intervalle fuffifant entre chaque
coup de marteau : fi donc par quelque
moyen fimple on pouvoit empêcher que le
poids ou le reffort ne fe muffent avec
168 MERCURE DE FRANCE .
trop de rapidité , on trouveroit par là celui
de fe paffer de ces roues & de ce volant ;
c'eft ce que le fils de M. le Roi , déja cité , a
exécuté le premier , par le moyen du régulateur
du mouvement , dans une pendule
qu'il préfenta à l'Académie le 19 Avril
1752. Dans la defcription que l'on en
trouve dans le Mercure d'Août de la
même année , page 161 , on voit qu'il n'y
a dans cette fonnerie qu'une roue unique ,
fervant tout à la fois de roue , de cheville
& de chaperon , dont l'action eft ralentie &
reglée par le régulateur même , &c.
Dans la fonnerie du fieur le Mazurier ,
il n'y a auffi qu'une feule roue , portant le
poids & faifant la fonction de la roue de
chevilles & de chaperon , faifant fonner
les heures & tous les quarts . Le mouvement
de cette roue y eft auffi moderé
par celui
du régulateur ; mais cet effet s'y exécute ,
ainfi que les autres appartenant à la fonnerie
, d'une maniere bien fimple & bien
fûre , toute différente de ce qu'a fait M. le
Roi fils .
Pour s'en former une idée , fuppofons
qu'on regarde la pendule du côté du cadran
, on voit à droite la roue de fonnerie
,
, portant fur l'une de fes faces les chevilles
qui font fonner les quarts , & fur
l'autre celles qui font fonner les heures :
dans
JUIN. 1755.
169
dans les entailles qui font à la circonféren
ce , s'engage une détente lorfqu'elle doit
ceffer de tourner à la gauche de cette roue
& un peu au- deffus de fon diametre horizontal,
font placés fur un même axe parallele
à celui de la roue , les marteaux au
nombre de quatre ; chaque marteau à tout
près de l'axe un bec , que les chevilles de la
roue accrochent pour les lever ; & fur le
côté oppofé à ce bec , une queue de laiton.
recourbée , fort déliée & flexible. Enfin la
verge du pendule porte une efpéce de plan ,
fur lequel s'appuient ( la verge étant aux
environs de l'aplomb ) les bouts recourbés
des queues de ces marteaux , lorfqu'ils font
aux trois quarts lleevvééss ,, oouu àà peu près , &
prêts à échapper des chevilles du chaperon
pour frapper fur les timbres. Voici comment
s'exécute cette fonnerie . Sur la roue
des minutes , ou celle qui fait fon tour en
une heure , font placées quatre chevilles à
go dégrés l'une de l'autre une longué
piéce de cuivre qui part de la détente , &
qu'on en peut nommer la queue , s'étend
diagonalement en enbas de droite à gauche
, fe préfente par fon extrêmité à celle
de ces quatre chevilles qui fe trouve
perpendiculairement ou à peu près au-deffus
du centre de la roue ; cette cheville
pouffant légerement la détente , la fait
II.Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
lever , & par ce moyen dégage le chaperon.
La roue des minutes n'ayant de mouvement
qu'à la foixantieme feconde de chaque
minute , fait affez de chemin à la fin
de chaque minute pour que les chevilles
qui répondent à l'heure , au , à la ½ , &
aux , puiffent dégager la détente , & fe
dégager elles -mêmes de la queue de cette
piéce dans l'intervalle d'une feconde : ce
dégagement eft encore facilité par un petit
crochet articulé avec la queue de la détente
; le chaperon tournant , fes chevilles levent
fucceffivement les marteaux ; mais
leurs queues appuyant fur le plan porté par
la verge du pendule dont nous avons déja
parlé , le marteau ne peut achever de s'élever
que lorfque le pendule approche de
la fin de chaque vibration ; les queues recourbées
des marteaux échappant les unes
à droite , les autres à gauche du petit plan
que porte la verge du pendule , on ne doit
craindre que cette action des queues
des marteaux fur le petit plan altere le
mouvement du pendule , parce que les
queues de ces marteaux étant fort longues
& leurs levées fort courtes , la force avec
laquelle elles preffent fur le plan eft trèslégere
de plus , il eft limé en talut vers
fes bords , afin que lorfque les queues
échappent de deffus le plan , elles reftituent
pas
JUIN. 1755. 175
au pendule le peu de mouvement qu'il auroit
pû perdre par leur preffion.
Quant au remontoir de cette pendule
qui entre en action toutes les douze heures,
il est fort fimple : la corde fans fin qui
porte le poids & le contre-poids de la fonnerie
, paffe d'une part fur une poulie.
adaptée fur l'arbre de la roue de la fonnerie
, & de l'autre fur une poulie qui tient
au remontoir : à l'extrêmité de l'arbre de
cette roue , de l'autre côté de la platine de
derriere , il y a une levée ; cette levée
vient s'appuyer contre une efpéce de détente
, qui s'engageant dans une entaille
faite au remontoir , l'empêche de tourner ;
lorfque cette levée fait fon effet , elle dégage
la détente de l'entaille du remontoir ,
au moyen de quoi fon poids le faifant
tourner , celui de la fonnerie eft remonté
d'une hauteur égale à la demi- circonférence
de la poulie de ce remontoir , pendant
qu'il tourne une cheville qu'il porte , fait
baiffer une détente ou bafcule , & par là
dégage le remontoir du mouvement que
cette bafcule arrêtoit auparavant , lequel
étant libre , tourne & remonte le poids du
mouvement.
Enfin l'auteur a fçu tirer parti de ce
dernier remontoir pour faire mouvoir un
cercle annuel , fur lequel font marqués les
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
jours de chaque mois , & la quantité déquation
appartenante à chaque jour.
Après cette defcription , il eft à propos
de réfumer ce que nous avons dit fur cette
pendule. On voit que quant à l'idée générale
de faire une pendule à une feule
roue pour le mouvement , & à une feule
pour la fonnerie , elle n'eft pas nouvelle ,
puifque le fils de M. le Roi l'avoit exécutée
long - tems auparavant. Mais comme ¹en
méchanique les mêmes effets peuvent s'exé
cuter de différentes manieres , le fieur le
Mazurier a rendu fa pendule très- différente
de celle de M. le Roi ; les fecondes y font
marquées par une aiguille qui fait une
révolution entiere ( avantage qui n'eft pas
dans les premieres pendules à une roue ) ;
l'action de la roue fur le pendule eft ici
fufpendue pendant une minute entiere ,
& à la fin de chaque minute elle n'agit
que pendant une demi -feconde ou environ
, pour reftituer au pendule ce qu'il a
pû perdre de mouvement pendant la minute
; au lieu que dans celles que nous
venons de citer , l'action de la roue , out
celle d'un corps élevé par la roue , de demiminute
en demi-minute , agiffent continuellement.
Nous concluons de tout ceci que cette
pendule , qui eft d'ailleurs bien exécutée ,
JUI N. 1755. 173
eft nouvelle , quant à la maniere dont elle
eft conftruite pour produire les effets
qu'exigent des pendules del cette efpéce ,
& que ces effets s'y exécutent d'une façon
fure & capable de la faire aller avec beaecoup
de juſtelle : nous croyons donc qu'elle
mérite l'approbation de l'Académie , &
d'être inférée dans le recueil des machines.
Le fieur le Paute ayant écrit à M. de
Fouchy , le 18 Décembre 1754 , une lettre
où il dit , qu'il lui paroît que le fieur le Ma-
Kurier a employé les mêmes principes que
lui , foit pour les deux léviers , foit pour la
fonnerie fans rouage , il eft à propos de
difcuter ici fes prétentions .
Le fieur le Mazurier convient d'avoir
yû chez le fieur le Paute , par la face feulement
, une pendule où il y avoit deux
béquilles , faifant comme dans la fienne la
fonction de lávier de La Garoufte ,
fans avoir rien vû de l'intérieur de cette
pendule ; mais par les deux certificats
fuivans , fignés de perfonnes dignes de foi ,
il paroît quele feur de Mazurier avoit employé
dès le mois de Mai 1751 le même
moyen pour faire mouvoir une roue dans
une autre pendule de fon invention .
Voici comment ces certificats s'expri
ment of spillud ma nuolat
nem & .
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE .
» Vers le commencement de l'été de
»l'année 1751 , j'ai vû chez le fieur le
» Mazurier , Horloger , deux bras de lé-
>> vier attachés au deffus du coûteau d'un
pendule , & pendant à droite contre les
» dents d'une roue verticale en forme de
rochet : le bras droit pouffoit une dent
» dans une vibration du pendule , & le
bras gauche en pouffoit une autre dans
» la vibration fuivante : ce que je certifie
» véritable. A Paris , ce 15 Février 1755 .
Signé , Joly , Avocat , Confeiller au
" Confeil de M. le Duc d'Orléans , Lieu-
» nant général de la Capitainerie de Vincennes.
Je , fouffigné , Prieur du Collège de
Grammont , à Paris , attefte à tous qu'il
appartiendra avoir vû chez le fieur le
» Mazurier , Horloger , rue de la Harpe ,
»vers les fêtes de la Pentecôte de l'année
» 1751 , les mêmes léviers avec leurs
»mouvemens énoncés ci -deffus pour la
pendule de nouvelle invention , que j'ai
vû même commencer chez ledit fieur le
Mazurier dans les années antérieures. En
» foi de quoi j'ai figné le préfent certificat .
» A Paris , le 16 de Février 1755. Signé ,
» F. Vitecoq , Prieur du Collège de Grama
mont.
JUIN. 1755. 173
⚫On voit donc qu'à cet égard le fieur le
Mazurier n'a rien emprunté du fieur le
Paute.
Quant à l'idée de la fonnerie exécutée
en général par le moyen d'une feule roue ,
il eft clair par ce que nous avons rapporté ,
que le fieur le Paute n'eft nullement fondé
à la revendiquer ; car le fils de M. le Roi
avoit préfenté à l'Académie une pendule à
fonnerie conftruite fur ce principe au mois
d'Avril 1752 , c'eſt- à-dire plus de fix mois
avant qu'il eût parlé de la fienne dans le
Mercure d'Octobre de la même année , &
il en avoit donné la defcription générale
dans le Mercure d'Août , ou deux mois
avant l'annonce de celle du fieur le Paute.
Enfin en comparant la fonnerie du
fieur le Mazurier avec les deux deffeins
de fonnerie , dépofés à l'Académie le 22
Janvier 1754 , par le fieur le Paute , &
dont il a defiré que nous euffions communication
, on voit clairement que ces
deux Horlogers ne fe font pas rencontrés ,
le Geur le Paute ayant employé deux chaperons
, l'un pour faire fonner les heures ,
l'autre pour faire fonner les quarts , & le
fieur le Mazurier n'en ayant employé
qu'un pour produire les mêmes effets :
d'ailleurs on ne voit rien dans ces def
feins qui defigne de quelle maniere de
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
fieur le Paute fe propofoit d'exécuter les
autres effets appartenant à la fonnerie.
Ainfi il paroît que le fieur le Mazurier
n'a rien emprunté du fieur le Paute.
Signé , Camus , de Montigny , de Parcieux .
De l'Académie royale des Sciences , du 22
Mars 1755.
Nous avons examiné par ordre de l'Académie
, une pendule du fieur le Mazurier
, Horloger , à fecondes , à fonnerie &
à remontoir , dont le mouvement n'a qu'une
feule roue , ainfi que la fonnerie
. Ces
deux parties
de la pendule
étant diftinctes
l'une de l'autre
, nous les décrirons
féparément
, afin d'en donner
une idée plus
nette , & de le faire d'une
maniere
plus
préciſe
; mais avant que d'en venir là , il eft
à propos de reprendre
les chofes
de plus
haut , & de faire quelques
réflexions
relativement
à la conftruction
des pendules
de
cette
espéce .
On fçait que les premiers régulateurs
des horloges , comme le balancier , n'agiffant
pour en régler le mouvement que
par leur inertie , n'avoient en eux , avant
l'application du reffort fpiral , aucun principe
de mouvement alternatif : pour que
le balancier fît des vibrations , il falloit
donc que la conftruction de l'échappement
fût telle que par fon moyen la roue de
rencontre ayant fait faire une excurfion à
ce régulateur , elle continuât d'agir fur lui
JUIN. 1755. 159
pour pouvoir le ramener & lui en faire
faire une autre en fens contraire : car fi
dans l'inftant où elle auroit fait faire la
premiere excurfion , elle avoit ceffé d'agir
de cette maniere fur le balancier , il n'auroit
point fait de vibration , puiſque par
fon inertie il ſe ſeroit mû , ou auroit tendu
à fe mouvoir dans la premiere direction
qui lui auroit été imprimée. Le premier
échappement qu'on employa dans les horloges
devoit donc par fa conftruction produire
l'effet dont nous venons de parler ;
auffi l'échappement à roue de rencontre &
à palettes , le plus ancien de tous , eft- il
très- bien conftruit pour cela. Mais l'application
du pendule aux horloges & du reffort
fpiral au balancier , fit bientôt connoître
que la difpofition de cet échappement ,
relativement à la production de cet effet ,
n'étoit pas abfolument néceffaire . En effet ,
le pendule & le balancier , aidés du reffort
fpiral , pouvant , lorfqu'ils font une fois
mis en mouvement , faire des vibrations
indépendamment de l'action de la force
motrice , la difpofition de l'échappement
par laquelle la roue de rencontre agiffoit
continuellement fur le régulateur pour le
faire vibrer , devenoit inutile , & pouvoit
même ne pas procurer à l'horloge toute la
juſteſſe dont elle étoit fufceptible ; car les
160 MERCURE DE FRANCE.
petites vibrations de ces deux régulateurs
étant ifochrones * , il fembloit que pour
en rendre le mouvement plus jufte , il
falloit laiffer autant qu'il étoit poffible
leurs vibrations libres ce fut vraisemblablement
cette confidération qui donna
lieu à l'invention des échappemens à repos.
On fçait que dans ces échappemens ,
lorfque la dent de la roue de rencontre a
écarté le régulateur , elle échappe , & elle ,
ou une autre de la même roue , va fe
repofer
fur une partie faifant corps avec l'axe
de ce même régulateur , conftruite de façon
que pendant que le régulateur acheve fon
excurfion , le mouvement de cette roue fe
trouve fufpendu ; qu'enfuite lorfqu'il revient
en arriere , il détend , fi cela fe peut
dire , le rouage , en laiffant paffer une dent
de la roue de rencontre qui agit de nouveau
fur lui , & ainfi de fuite. De là on
pourroit appeller encore ces échappemens ,
échappemens à détente ; mais cette dénomination
nous paroît mieux convenir à
ceux dont nous allons parler.
La fufpenfion du mouvement de la
roue de rencontre pourroit encore être
• Terme de phyfique & de mathématique , qui
fignifie qui fe fait en tems égaux : les vibrations
d'un pendule font toutes ifochrones , c'est-à - dire
qu'elles fe font toutes dans le même efpace de tems
JUIN. 1755. 161
produite d'une maniere différente de
celle que nous venons de décrire ; elle
pourroit fe faire au moyen d'une piéce
étrangere au régulateur ( comme un lévier ,
une bafcule ) , & immobile pendant toute
la vibration , dont une partie fe feroit engagée
entre les dents de cette roue & fe
feroit dégagée par le mouvement de ce
même régulateur ; & c'eft ainfi que cela
s'exécutoit dans un échappement que feu
M. du Tartre , habile Horloger , imagina
vers l'an 1730. Nous l'avons vu de même
dans un autre échappement , très différent
d'ailleurs , que l'aîné des fils de M. Julien
le Roi préfenta à cette Académie en 1748 .
Enfin la fufpenfion du mouvement de la
roue de rencontre fur le régulateur , eft
encore exécutée d'une maniere toute nouvelle
dans la pendule dont nous rendons
compte : ce font ces échappemens que nous
appellerons à l'avenir , échappemens à détente
, parce que ce nom nous paroît les
bien caractérifer , & leur convenir , comme
nous l'avons dit , beaucoup mieux qu'aux
précédens : en effet , le jeu de la piéce dont
une partie , en s'engageant dans les dents
de la roue de rencontre , ou s'en dégageant
, arrête cette roue , ou lui permet
de fe mouvoir , reffemble tout - à-fait à celui
d'une détente.
162 MERCURE DE FRANCE.
C'étoit avoir déja fait un certain chemin
que d'avoir inventé l'échappement à
repos , & il fembloit qu'avec un régulateur
tel que le pendule , il n'y avoit pas bien
loin de ce pas à un autre , par lequel on
auroit fimplifié les horloges où on l'emploie
; car ce régulateur pouvant faire les
vibrations par lui-même , & confervant
fon mouvement auffi long-tems qu'il le
conferve , il paroiffoit qu'on pouvoit conftruire
ces horloges de maniere que ce régulateur
fît non feulement une vibration
libre , mais encore dix , vingt , trente &
foixante , fans recevoir de nouveau mouvement
de la force motrice , c'est- à- dire
que la reſtitution au lieu de fe faire , par
exemple toutes les fecondes dans les
pendules à fecondes , ne fe fit que toutes
dix , vingt , trente ou foixante fecondes
; par là on pouvoit retrancher plufieurs
roues , & ainfi diminuer beaucoup les frottemens
, & en général fimplifier toute la
machine. Mais foit qu'un pareil changement
dans la conftruction de ces horloges
fût plus difficile à faire qu'il ne le paroît ,
foit par quelqu'autre caufe , ce ne fut que
long-tems après la découverte des échappemens
à repos qu'on fit des pendules fur
ce principe on les doit au fils de M. le
Roi dont nous avons déja parlé , qui les
JUIN. 2755% 163
inventa en 1751. Cependant un de nous
( M. le Camus ) ainfi que quelques Horlogers
de Paris , entr'autres M. Julien le Roi ,
ont vû chez feu M. l'Abbé d'Andeleau ,
vers l'an 1727 , non une pendule , mais
un échappement dans lequel la reftitution
ne fe faifoit qu'après plufieurs vibrations
du régulateur. Voici comment il étoit
conftruit.
Deux rochets d'inégale grandeur étoient
portés par un même arbre à quelque diftance
l'un de l'autre ; le plus grand étoit
divifé en trente dents , & l'autre en un
nombre plus petit aliquote du premier ,
comme quinze , dix , fix ou cinq : les dents
du premier fe repofoient alternativement
fur la circonférence convexe & concave
d'une efpéce de cylindre creux que portoit
l'axe du pendule ; lorfque plufieurs de ces
dents étoient paffées , une de celles du petit
rochet rencontroit une palette que portoit
le même axe du pendule , & lui reſtituoit
le mouvement qu'il avoit perdu dans
les vibrations précédentes. Mais on voit
par cette conftruction que cet échappement
étoit au plus auffi bon que les échappemens
ordinaires , où la reftitution fe fait
à toutes les vibrations , & que ce fçavant
Abbé n'avoit pas fenti les avantages que
l'on pouvoit obtenir , comme nous l'avons
164 MERCURE DE FRANCE .
dit , en ne faifant reftituer le mouvement
au pendule qu'après un certain nombre de
vibrations en effet , fon grand rochet
ayant trente dents , comme ceux des pendules
à fecondes ordinaires , & devant faire
comme eux une révolution par minute ,
il devoit néceffairement avoir la même
vîteffe , qui étoit auffi celle du petit rochet.
Il s'enfuit donc que les pendules où M.
l'Abbé d'Andeleau auroit employé cet
échappement , n'auroient pû en aucune
maniere avoir un rouage plus fimple que
celui des autres. }
Dans la pendule de M. le Mazurier , les
deux platines font réduites à deux piéces
de trois branches chacune en forme d'y ,
renverfées , très - évafées , & faites d'un
cuivre fort épais ; fur l'y ou platine de
devant on voit en dehors , ou du côté de la
cadrature , la roue qui porte l'aiguille des
fecondes ; elle a trente dents , & porte une
palette vers l'extrêmité de la tige , qui paffe
travers la platine dont nous venons de
parler , fon pivot étant porté par un pont :
cette roue ne reçoit point de mouvement
de la force motrice , mais uniquement du
pendule , de la maniere ſuivante.
Sur l'axe du pendule qui déborde un
peu la platine de devant , eft attachée perpendiculairement
& par le milieu
une
JUIN. 1755. 165
traverſe formant avec cet axe une figure
de T ; cette traverſe porte à chacune de fes
extrêmités une efpéce de béquille ; les
bouts des tiges de ces béquilles qui font
fort longues , vont s'engager du même côté
dans différens intervalles des dents de la
roue qui porte l'aiguille des fecondes ; par
cette difpofition on voit que ces béquilles
forment un lévier de La Garoufte , de forte
que deux vibrations du pendule font paffer
une dent de cette roue ; ainfi au bout
de foixante vibrations , elle a fait fon tour.
Voyons maintenant de quelle façon
Faction de la roue fur le pendule eft fufpendue
pour lui laiffer faire fes vibrations
en liberté , comment elle eft dégagée , &
comment elle agit fur le pendule pour lui
reftituer le mouvement qu'il pouvoit avoir
perdu pendant une minute .
Une piéce en forme d'équerre mobile
fur une cheville qui traverfe fa branche
horizontale , & porte fur fa branche verticale
& fupérieure un doigt , fur l'extrê
mité duquel viennent s'appuyer les chevilles
de la roue ; ce doigt eft mobile ſur
une cheville & taillé en bifeau par- deffous ,
afin qu'il ne puiffe heurter contre aucunes
chevilles , & qu'il ne manque jamais de
paffer entre deux chevilles : au haut de la
même branche verticale , eft placée une
166 MERCURE DE FRANCE.
cheville , par laquelle cette équerre peut
être prife pour être renversée par la piéce
qui fert à dégager la roue : une longue
piéce fufpendue par fon extrêmité fupérieure
par une cheville , autour de laquelle
elle peut fe mouvoir très- librement , porte
vers fon extrêmité inférieure la cheville
ou appui d'un lévier de la premiere efpéce.
L'extrêmité du petit bras de ce lévier eft
articulée avec une petite verge verticale ,
qui porte un petit talon , fur lequel la
palette de la tige de la roue qui porte l'aiguille
des fecondes vient s'appuyer à la fin
de chaque minute : au moyen de cette action
de la palette , le petit bras de ce lévier
s'abaiffe & le plus grand s'éleve , & par là
un talon qui eft à fon extrêmité , eft rencontré
par une pièce ou doigt qui tient à
la verge du pendule. Le pendule continuant
fa vibration , entraîne dans fon
mouvement le lévier & la longue piéce
pendante qui le porte.
Pendant que cette vibration ſe fait , un
fe
crochet dont le centre du mouvement eft
placé tout au bas de la piéce pendante qui
porte le lévier , accroche la cheville qui
eft tout au haut de la branche verticale de
l'équerre dont nous avons parlé , & retirant
cette branche de fa fituation verticale ,
dégage en même tems le doigt fur lequel
JUIN. 1755: 167
une cheville de la roue étoit appuyée ; alors
cette roue étant libre , une de fes chevilles
rencontre une palette d'agarhe fixée ſur la
verge du pendule , & lui reftitue pendant
une grande partie de cette vibration le
mouvement qu'il avoit perdu pendant une
minute . Comme le centre du mouvement
de l'équerre eft vers le milieu de fa branche
horizontale , la branche verticale s'abaiffe
en même tems qu'elle s'écarte de fa fituation
verticale , & la cheville placée à l'extrêmité
de cette branche , fe dégage du crochet
qui la renverfoit avant que la vibration
foit totalement firie ; enforte que
pendant que cette même vibration s'acheve
, l'équerre a la liberté de reprendre fa
premiere pofition , & le doigt qu'elle porte,
fa fituation , pour arrêter & foutenir la
cheville fuivante .
On connoît trop la conftruction ordinaire
des fonneries , pour qu'il foit néceffaire
de s'étendre fur ce fuiet. Nous ferons
remarquer feulement qu'elles font compofées
de plufieurs roues ( communément au
nombre de quatre ) & d'un volant , qui fervent
à moderer la vîteffe du rouage , pour
qu'il y ait un intervalle fuffifant entre chaque
coup de marteau : fi donc par quelque
moyen fimple on pouvoit empêcher que le
poids ou le reffort ne fe muffent avec
168 MERCURE DE FRANCE .
trop de rapidité , on trouveroit par là celui
de fe paffer de ces roues & de ce volant ;
c'eft ce que le fils de M. le Roi , déja cité , a
exécuté le premier , par le moyen du régulateur
du mouvement , dans une pendule
qu'il préfenta à l'Académie le 19 Avril
1752. Dans la defcription que l'on en
trouve dans le Mercure d'Août de la
même année , page 161 , on voit qu'il n'y
a dans cette fonnerie qu'une roue unique ,
fervant tout à la fois de roue , de cheville
& de chaperon , dont l'action eft ralentie &
reglée par le régulateur même , &c.
Dans la fonnerie du fieur le Mazurier ,
il n'y a auffi qu'une feule roue , portant le
poids & faifant la fonction de la roue de
chevilles & de chaperon , faifant fonner
les heures & tous les quarts . Le mouvement
de cette roue y eft auffi moderé
par celui
du régulateur ; mais cet effet s'y exécute ,
ainfi que les autres appartenant à la fonnerie
, d'une maniere bien fimple & bien
fûre , toute différente de ce qu'a fait M. le
Roi fils .
Pour s'en former une idée , fuppofons
qu'on regarde la pendule du côté du cadran
, on voit à droite la roue de fonnerie
,
, portant fur l'une de fes faces les chevilles
qui font fonner les quarts , & fur
l'autre celles qui font fonner les heures :
dans
JUIN. 1755.
169
dans les entailles qui font à la circonféren
ce , s'engage une détente lorfqu'elle doit
ceffer de tourner à la gauche de cette roue
& un peu au- deffus de fon diametre horizontal,
font placés fur un même axe parallele
à celui de la roue , les marteaux au
nombre de quatre ; chaque marteau à tout
près de l'axe un bec , que les chevilles de la
roue accrochent pour les lever ; & fur le
côté oppofé à ce bec , une queue de laiton.
recourbée , fort déliée & flexible. Enfin la
verge du pendule porte une efpéce de plan ,
fur lequel s'appuient ( la verge étant aux
environs de l'aplomb ) les bouts recourbés
des queues de ces marteaux , lorfqu'ils font
aux trois quarts lleevvééss ,, oouu àà peu près , &
prêts à échapper des chevilles du chaperon
pour frapper fur les timbres. Voici comment
s'exécute cette fonnerie . Sur la roue
des minutes , ou celle qui fait fon tour en
une heure , font placées quatre chevilles à
go dégrés l'une de l'autre une longué
piéce de cuivre qui part de la détente , &
qu'on en peut nommer la queue , s'étend
diagonalement en enbas de droite à gauche
, fe préfente par fon extrêmité à celle
de ces quatre chevilles qui fe trouve
perpendiculairement ou à peu près au-deffus
du centre de la roue ; cette cheville
pouffant légerement la détente , la fait
II.Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
lever , & par ce moyen dégage le chaperon.
La roue des minutes n'ayant de mouvement
qu'à la foixantieme feconde de chaque
minute , fait affez de chemin à la fin
de chaque minute pour que les chevilles
qui répondent à l'heure , au , à la ½ , &
aux , puiffent dégager la détente , & fe
dégager elles -mêmes de la queue de cette
piéce dans l'intervalle d'une feconde : ce
dégagement eft encore facilité par un petit
crochet articulé avec la queue de la détente
; le chaperon tournant , fes chevilles levent
fucceffivement les marteaux ; mais
leurs queues appuyant fur le plan porté par
la verge du pendule dont nous avons déja
parlé , le marteau ne peut achever de s'élever
que lorfque le pendule approche de
la fin de chaque vibration ; les queues recourbées
des marteaux échappant les unes
à droite , les autres à gauche du petit plan
que porte la verge du pendule , on ne doit
craindre que cette action des queues
des marteaux fur le petit plan altere le
mouvement du pendule , parce que les
queues de ces marteaux étant fort longues
& leurs levées fort courtes , la force avec
laquelle elles preffent fur le plan eft trèslégere
de plus , il eft limé en talut vers
fes bords , afin que lorfque les queues
échappent de deffus le plan , elles reftituent
pas
JUIN. 1755. 175
au pendule le peu de mouvement qu'il auroit
pû perdre par leur preffion.
Quant au remontoir de cette pendule
qui entre en action toutes les douze heures,
il est fort fimple : la corde fans fin qui
porte le poids & le contre-poids de la fonnerie
, paffe d'une part fur une poulie.
adaptée fur l'arbre de la roue de la fonnerie
, & de l'autre fur une poulie qui tient
au remontoir : à l'extrêmité de l'arbre de
cette roue , de l'autre côté de la platine de
derriere , il y a une levée ; cette levée
vient s'appuyer contre une efpéce de détente
, qui s'engageant dans une entaille
faite au remontoir , l'empêche de tourner ;
lorfque cette levée fait fon effet , elle dégage
la détente de l'entaille du remontoir ,
au moyen de quoi fon poids le faifant
tourner , celui de la fonnerie eft remonté
d'une hauteur égale à la demi- circonférence
de la poulie de ce remontoir , pendant
qu'il tourne une cheville qu'il porte , fait
baiffer une détente ou bafcule , & par là
dégage le remontoir du mouvement que
cette bafcule arrêtoit auparavant , lequel
étant libre , tourne & remonte le poids du
mouvement.
Enfin l'auteur a fçu tirer parti de ce
dernier remontoir pour faire mouvoir un
cercle annuel , fur lequel font marqués les
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
jours de chaque mois , & la quantité déquation
appartenante à chaque jour.
Après cette defcription , il eft à propos
de réfumer ce que nous avons dit fur cette
pendule. On voit que quant à l'idée générale
de faire une pendule à une feule
roue pour le mouvement , & à une feule
pour la fonnerie , elle n'eft pas nouvelle ,
puifque le fils de M. le Roi l'avoit exécutée
long - tems auparavant. Mais comme ¹en
méchanique les mêmes effets peuvent s'exé
cuter de différentes manieres , le fieur le
Mazurier a rendu fa pendule très- différente
de celle de M. le Roi ; les fecondes y font
marquées par une aiguille qui fait une
révolution entiere ( avantage qui n'eft pas
dans les premieres pendules à une roue ) ;
l'action de la roue fur le pendule eft ici
fufpendue pendant une minute entiere ,
& à la fin de chaque minute elle n'agit
que pendant une demi -feconde ou environ
, pour reftituer au pendule ce qu'il a
pû perdre de mouvement pendant la minute
; au lieu que dans celles que nous
venons de citer , l'action de la roue , out
celle d'un corps élevé par la roue , de demiminute
en demi-minute , agiffent continuellement.
Nous concluons de tout ceci que cette
pendule , qui eft d'ailleurs bien exécutée ,
JUI N. 1755. 173
eft nouvelle , quant à la maniere dont elle
eft conftruite pour produire les effets
qu'exigent des pendules del cette efpéce ,
& que ces effets s'y exécutent d'une façon
fure & capable de la faire aller avec beaecoup
de juſtelle : nous croyons donc qu'elle
mérite l'approbation de l'Académie , &
d'être inférée dans le recueil des machines.
Le fieur le Paute ayant écrit à M. de
Fouchy , le 18 Décembre 1754 , une lettre
où il dit , qu'il lui paroît que le fieur le Ma-
Kurier a employé les mêmes principes que
lui , foit pour les deux léviers , foit pour la
fonnerie fans rouage , il eft à propos de
difcuter ici fes prétentions .
Le fieur le Mazurier convient d'avoir
yû chez le fieur le Paute , par la face feulement
, une pendule où il y avoit deux
béquilles , faifant comme dans la fienne la
fonction de lávier de La Garoufte ,
fans avoir rien vû de l'intérieur de cette
pendule ; mais par les deux certificats
fuivans , fignés de perfonnes dignes de foi ,
il paroît quele feur de Mazurier avoit employé
dès le mois de Mai 1751 le même
moyen pour faire mouvoir une roue dans
une autre pendule de fon invention .
Voici comment ces certificats s'expri
ment of spillud ma nuolat
nem & .
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE .
» Vers le commencement de l'été de
»l'année 1751 , j'ai vû chez le fieur le
» Mazurier , Horloger , deux bras de lé-
>> vier attachés au deffus du coûteau d'un
pendule , & pendant à droite contre les
» dents d'une roue verticale en forme de
rochet : le bras droit pouffoit une dent
» dans une vibration du pendule , & le
bras gauche en pouffoit une autre dans
» la vibration fuivante : ce que je certifie
» véritable. A Paris , ce 15 Février 1755 .
Signé , Joly , Avocat , Confeiller au
" Confeil de M. le Duc d'Orléans , Lieu-
» nant général de la Capitainerie de Vincennes.
Je , fouffigné , Prieur du Collège de
Grammont , à Paris , attefte à tous qu'il
appartiendra avoir vû chez le fieur le
» Mazurier , Horloger , rue de la Harpe ,
»vers les fêtes de la Pentecôte de l'année
» 1751 , les mêmes léviers avec leurs
»mouvemens énoncés ci -deffus pour la
pendule de nouvelle invention , que j'ai
vû même commencer chez ledit fieur le
Mazurier dans les années antérieures. En
» foi de quoi j'ai figné le préfent certificat .
» A Paris , le 16 de Février 1755. Signé ,
» F. Vitecoq , Prieur du Collège de Grama
mont.
JUIN. 1755. 173
⚫On voit donc qu'à cet égard le fieur le
Mazurier n'a rien emprunté du fieur le
Paute.
Quant à l'idée de la fonnerie exécutée
en général par le moyen d'une feule roue ,
il eft clair par ce que nous avons rapporté ,
que le fieur le Paute n'eft nullement fondé
à la revendiquer ; car le fils de M. le Roi
avoit préfenté à l'Académie une pendule à
fonnerie conftruite fur ce principe au mois
d'Avril 1752 , c'eſt- à-dire plus de fix mois
avant qu'il eût parlé de la fienne dans le
Mercure d'Octobre de la même année , &
il en avoit donné la defcription générale
dans le Mercure d'Août , ou deux mois
avant l'annonce de celle du fieur le Paute.
Enfin en comparant la fonnerie du
fieur le Mazurier avec les deux deffeins
de fonnerie , dépofés à l'Académie le 22
Janvier 1754 , par le fieur le Paute , &
dont il a defiré que nous euffions communication
, on voit clairement que ces
deux Horlogers ne fe font pas rencontrés ,
le Geur le Paute ayant employé deux chaperons
, l'un pour faire fonner les heures ,
l'autre pour faire fonner les quarts , & le
fieur le Mazurier n'en ayant employé
qu'un pour produire les mêmes effets :
d'ailleurs on ne voit rien dans ces def
feins qui defigne de quelle maniere de
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
fieur le Paute fe propofoit d'exécuter les
autres effets appartenant à la fonnerie.
Ainfi il paroît que le fieur le Mazurier
n'a rien emprunté du fieur le Paute.
Signé , Camus , de Montigny , de Parcieux .
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Résumé : EXTRAIT DES REGISTRES De l'Académie royale des Sciences, du 22 Mars 1755.
Le document, daté du 22 mars 1755, est un extrait des registres de l'Académie royale des Sciences décrivant une pendule innovante conçue par le horloger Le Mazurier. Cette pendule se distingue par un mécanisme unique utilisant une seule roue pour le mouvement et la sonnerie, simplifiant ainsi la structure traditionnelle des horloges. Les premiers régulateurs des horloges, comme le balancier, ne possédaient pas de mouvement alternatif avant l'introduction du ressort spiral. L'échappement à roue de rencontre et à palettes était le plus ancien et le plus efficace pour produire des vibrations. L'adoption du pendule et du ressort spiral a permis aux régulateurs de vibrer indépendamment de la force motrice, rendant certains échappements inutiles. Le texte mentionne l'invention des échappements à repos, permettant au régulateur de faire plusieurs vibrations libres avant de recevoir un nouveau mouvement. Cette innovation a conduit à la simplification des horloges en réduisant le nombre de roues et les frottements. La pendule de Le Mazurier utilise un mécanisme où deux vibrations du pendule font passer une dent de la roue des secondes, permettant ainsi à la roue de faire un tour complet en soixante vibrations. Le mouvement de la roue est suspendu pour laisser le pendule vibrer librement, puis il est restitué par une palette. Le remontoir de la pendule, actionné toutes les douze heures, est simple et efficace. Une corde sans fin porte le poids et le contre-poids, passant sur des poulies pour remonter le mécanisme. Le Mazurier a également intégré un cercle annuel pour marquer les jours de chaque mois et les équations correspondantes. Le texte souligne que, bien que l'idée d'une pendule à une seule roue ne soit pas nouvelle, la réalisation du sieur Le Mazurier diffère de celle du fils de M. le Roi. La pendule du sieur Le Mazurier est considérée comme nouvelle et bien exécutée, méritant l'approbation de l'Académie. Le sieur Le Paute avait affirmé que le sieur Le Mazurier avait emprunté ses principes, mais des certificats attestent que Le Mazurier utilisait déjà des mécanismes similaires dès 1751. De plus, le fils de M. le Roi avait présenté une pendule à sonnerie unique avant que Le Paute ne parle de la sienne. Ainsi, il est clair que Le Mazurier n'a rien emprunté à Le Paute.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 135-153
Mémoire sur le principe physique de la régénération des Etres, du mouvement, de la gravité, & de l'attraction.
Début :
I. Il vient de paroître un ouvrage, qui a pour titre Idée de l'homme physique & [...]
Mots clefs :
Gravité, Force, Fluide, Attraction, Électricité, Mouvement, Phénomènes, Mécanisme, Matière, Fluide éthérien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mémoire sur le principe physique de la régénération des Etres, du mouvement, de la gravité, & de l'attraction.
Mémoire fur le principe physique de la régénération
des Etres , du mouvement , de la
gravité , & de l'attraction .
I
I.
L vient de paroître un ouvrage , qui a
pour titre idée de l'homme physique &
moral. On y propofe , au fujet de la génération
, une conjecture appuyée fur de
grandes probabilités ; cette conjecture eft
que la fécondation de la liqueur féminale
des animaux pourroit bien n'être que l'efquiffe
active qui y eft imprimée par le fluide
éthérien refléchi de toutes les parties
du corps vers les organes de la génération ,
au moment même de l'excrétion de cette
liqueur , & par le même méchanifme qui
fert à déterminer cette excrétion , l'auteur
paroît defirer qu'on remarque avec une
particuliere attention que ces organes deviennent
en ce moment le centre de prefque
tout le mouvement & le fentiment du
136 MERCURE DEFRANCE.
corps , ce qui , felon lui , fournit de trèsgrandes
inductions pour la validité de ſa
conjecture .
Il a afluré d'avance que l'idée qui fubftitue
l'action du fluide éthérien à celle des
prétendus efprits animaux , eft prefque
unanimement reçue , & qu'en effet cette
idée s'accorde parfaitement avec tout ce
qu'il y a à obferver fur l'action des nerfs ,
même fur celle de la végétation , & avec
toutes les expériences faites jufqu'à préſent
fur le fluide qu'on nomme électrique ; au
lieu que l'idée qui fait admettre des efprits
animaux , eft non feulement dénuée de
preuves , mais encore de vraifemblance :
d'ailleurs il paroît porté à croire que la
théorie qu'il propofe fur la fécondation ,
eft applicable à tous les êtres qui fe régénerent
; & en effet , après la maniere dont
il rend raifon des phénomenes les plus remarquables
de la génération , de la plûpart
defquels à peine imaginoit - on de
pouvoir jamais acquerir quelqu'intelligence
, on ne fçauroit raiſonnablement fe
défendre d'adhérer à fon fentiment , au
moins jufqu'à ce qu'on foir parvenu à d'autres
connoiffances fur cette matiere.
L'objet de ce mémoire eft de fournir un
nouvel appui à cette théorie , & de juftifier
de nouveau l'étendue qu'elle paroît
NOVEMBRE. 1755. 137
avoir ; on fe propofe de remplir cet objet
en ramenant fimplement le méchanifme
de la fécondation , de la communication
du mouvement , de la gravité & de l'attraction
à une caufe commune , en montrant
autant qu'il eft poffible , les rapports
de ce méchanifme avec les propriétés reconnues
de cette caufe , & enfuite en les
généralifant l'un par l'autre au moyen des
applications qu'on en fera.
Mais avant que d'entrer en matiere , il
eft à propos de remarquer avec l'auteur de
l'idée de l'homme phyfique & moral que
toutes les expériences qu'on fait pour connoître
les phénomenes de l'électricité ,
dérangent néceffairement les loix naturelles
de l'action du fluide qui la produit ; &
qu'ainfi il reste à fe former des divers réfultats
de ces expériences un point de vue
fous lequel on puiffe confiderer plus généralement
l'ordre naturel de l'action de
ce fluide , & delà les plus effentielles de
fes loix & de fes propriétés.
Ce n'eft que par cette maniere de confiderer
la matiere électrique qu'on peut fe
flatter de la connoître autant qu'il nous
eft donné d'y réuffir ; & en effet c'eft par
là qu'on parvient à écarter les plus fpécieufes
difficultés qu'on puiffe oppofer à
la conjecture dont il s'agit ici ; on objec138
MERCURE DEFRANCE.
teroit , par exemple , que tous les corps ;
fans en excepter aucun , font doués de
gravité & d'attraction , & qu'il y en a qui
ne font pas fufceptibles de l'électricité ; il
eft aifé de répondre à cette objection par
remarque qu'on vient de faire ; qui eſt
que les phénomenes de l'électricité rendue
fenfible par les expériences ufitées ,
ne font que des modifications particulieres
du fluide éthérien , au méchanifme defla
quels certains corps réfiftent par leur conftitution
, c'eft à- dire par les loix que le
fluide qui agit fur ces corps eft contraint
de fuivre; ce qui n'empêche
pas que le mouvement
qu'ils reçoivent
par des moyens
plus effectifs ne foit fimplement
une révolution
arrivée à ce fluide éthérien qui
les pénétre & les environne
; il n'eft pas
difficile de trouver dans cette folution de
quoi répondre d'une maniere fatisfaiſante
à toutes les difficultés
qu'on pourroit faire
; delà on peut préfumer que ce fluide a
été improprement
nommé électrique
; & en effet il n'a été ainfi défigné que par une
de fes propriétés
qui encore n'étoit point
affez connue : ainfi en employant
les mots
d'électricité
ou de fluide électrique nous n'entendrons
que des modifications
particulieres
du fluide éthérien
, preſque toujours
contraires
aux loix générales de l'action de
ce fluide.
NOVEMBRE. 1755. 139
II.
On ne fçauroit nier que la régénération
des êtres , au moins quant à leur organifation
, ne foit produite par une caufe
phyfique , & que cette caufe ne doive
avoir un méchanifme propre à fes effets ;
il ne fera donc pas permis de méconnoître
cette caufe , fi elle fe préfente avec les
propriétés néceffaires pour opérer le méchanifme
que nous cherchons à découvrir,
fur- tout fi ces propriétés fe trouvent manquer
à toutes les autres caufes qu'il feroit
poffible de fe repréſenter.
Après avoir mûrement confideré les diverfes
conjectures qui ont été formées fur
la premiere caufe phyfique de la régénération
des êtres , de la communication du
mouvement , de la gravité & de l'attraction
, & après avoir pefé avec beaucoup
d'attention les difficultés qu'on a oppofées
à ces conjectures , nous avons cru pouvoir
inferer de cet examen que tous ces grands
phénomenes de la nature devoient dépendre
d'une même caufe , qui feroit néceffairement
un agent général , au moins dans
notre orbe planétaire , fi ce n'eft dans tout
l'univers.
Il s'agit d'examiner à préfent , fi le fluide
nommé électrique , tel que des expé140
MERCURE DE FRANCE.
riences certaines l'ont fait connoître , &
d'ailleurs admis prefqu'unanimement pour
la premiere caufe phyfique de l'action des
nerfs , ne pourroit pas paffer pour cet
agent général que nous cherchons à connoître
, & fi on ne lui trouveroit pas les
propriétés néceffaires pour en déduire les
phénomenes que nous croyons pouvoir
lui attribuer.
III.
Il n'eft guere permis de douter d'après
l'ouvrage que nous avons cité , que le
fluide éthérien ne foit le principe de toute
fécondation , & il n'eft pas difficile de
concevoir comment l'action conftante de
ce fluide fur tout corps quelconque, feroit,
felon les divers foyers où il trouve à fe
concentrer , & felon les diverfes maffes
qu'il rencontre , la caufe de la gravité &
de l'attraction , ainfi que de la différente
activité des corps , quels qu'ils foient ,
élémentaires ou compofés ; on verroit en
même tems comment ce même fluide dont
tout corps eft environné , & plus ou moins
pénétré felon fa nature , opéreroit par les
diverfes déterminations qui lui feroientdonnées
, la communication du mouvement
; il n'eſt pas néceffaire de faire appercevoir
que le mouvement communiqué
}
NOVEMBRE. 1755. 141
cefferoit , lors même qu'il ne rencontreroit
point d'autre obftacle ', à mesure que les
déterminations particulieres qui auroient
produit ce nouveau mouvement , viendroient
à fe perdre dans la détermination
générale du fluide environnant .
Mais , dira- t- on , n'eft-il pas plus fage
de fufpendre fon opinion fur des matieres
phyfiques , lorfque cette opinion ne peut
être folidement déterminée : nous fommes
bien éloignés de penfer qu'en général ce
ne foit là une maxime fage , mais on ne
fçauroit difconvenir qu'elle ne fouffre des
exceptions ; car il eft certain que cette
maxime obfervée trop rigoureufement ,
fur- tout dans la recherche des vérités auffi
importantes & auffi inconnues que celles
dont il eft ici queftion , borneroit exceffivement
les progrès qu'on peut efperer de
faire fur les plus grands objets des connoiffances
phyfiques .
D'ailleurs , nous avons en quelque maniere
l'exemple de Newton pour nous ;
on fçait que lorfqu'il trouva le moyen de
foumettre l'univers aux loix de la gravité
& de l'attraction , il n'eut pour baſe de
cette grande découverte qu'une fimple analogie
qui étoit , comme perfonne ne l'ignore
, la comparaifon qu'il fit de la caufe de
la chute d'un fruit qui tomba auprès de lui,
142 MERCURE DE FRANCE.
avec la caufe qu'il imagina dans ce moment
pouvoir entretenir l'harmonie ou
l'action réciproque du monde planétaire :
ayant fait le plan des principaux effets
que ces caufes devoient produire , il regarda
ces effets comme autant de réſultats
qu'il s'agiffoit de vérifier , & c'eft par une
profondeur de calculs , qui a immortalifé
ce grand homme , qu'il parvint à démontrer
la folidité des loix qu'il venoit de
trouver.
C'eſt en fuivant une pareille méthode ,
qui ici ne paroît guere fufceptible de calculs
, que nous allons chercher à établir le
fluide étherien , comme cauſe de la
gra
vité & de l'attraction. Newton moins inf
truit qu'on ne l'eft aujourd'hui fur l'exiftence
des loix & des proprietés du fluide
qu'on a appellé électrique , s'eft fagement
abftenu d'expliquer cette caufe , mais il
paroît qu'il avoit de la répugnance à laiffer
croire qu'il regardât ces proprietés comme
inherentes à la matiere , puifqu'il a
declaré à la fin de fon optique qu'il foupçonnoit
que l'attraction étoit l'effet de
l'action de quelque fluide très délié &
très-élaftique. Ce foupçon doit nous faire
préfumer que s'il eût été inftruit comme
on l'eft aujourd'hui fur l'existence , les
loix & les proprietés du fluide étherien ,
NOVEMBRE . 1755. 143
il ne feroit point resté dans cette incertitude
fur la caufe de ce grand phénomene.
Newton a fait voir auffi dans fon traité
d'optique , qu'il n'étoit pas poffible que les
rayons de lumiere fuffent immédiatement
réflechis de la furface des corps , & il a
prouvé en même tems que cette réflexion
étoit l'effet des proprietés & des loix de la
force de gravité & d'attraction qu'il paroiffoit
fuppofer être inhérente à tous les
corps . Or s'il n'eft pas permis de regarder
comme fufpectes les preuves alleguées
fur ce fait par Newton , & fi d'après les
folides connoiffances qu'on a acquifes fur
l'existence & les proprietés du fluide étherien
, il eft plus que probable que ce fluide
eft un agent univerfel , au moins dans
notre orbe planétaire , il nous paroît difficile
de former des difficultés raifonnables
contre l'idée de fubftituer fon action
à la fuppofition qui a fait regarder la gravité
& l'attraction comme des qualités
propres & inhérentes à tout corps.
Čela pofé , les phénomenes du mouvement
ne dépendroient que des diverfes déterminations
de l'action du fluide étherien,
& ces déterminations fe communiqueroient
par la voie du choc, de l'impulfion , de l'explofion
, de la fermentation , même du
plus leger contact comme on l'obferve
144 MERCURE DE FRANCE.
dans les experiences connues fur l'électricité
ainfi toute augmentation ou diminution
de mouvement ne feroit que des
changemens produits dans les loix naturelles
de l'action de ce fluide ; & par cèt
ordre on ne feroit plus en peine de fçavoir
comment un corps vivant , & même
les corps élastiques , peuvent donner de
l'action à des corps qui n'en ont point ,
ou augmenter celle qu'ils ont ; en un mot ,
on verroit que tous les phénomenes de la
nature ne font dans le fonds que les diverſes
manieres dont l'agent géneral , plus
ou moins concentré dans les différens
corps , ou raffemblé fur leurs furfaces ,
obéit aux loix qu'il doit fuivre , & aux diverfes
déterminations qu'il reçoit.
M. Franklin a prefque demontré que·
le tonnerre n'eft qu'un phénomene d'électricité
, & on en peut aifement conclureque
les trombes qui ne paroiffent être
qu'un prodigieux tourbillon d'air , d'eau´
& de fluide étherien devenu électrique.
par les caufes qui préparent ou excitent
l'orage , ne font en effet produites que
par la même revolution qui difpofe & détermine
les coups de tonnerre ; ce qui eft
affez prouvé par les trombes qu'on a quel-,
quefois vu fe former au mênie inftant de
ces coups de tonnerre : nous ne parlerons
pas
NOVEMBRE. 1755 145
pas d'une infinité d'autres obfervations
qu'on n'ignore point , & que perfonne
ne contefte. Or , s'il n'y a point de phénomenes
extraordinaires de la nature qui
paroiffent s'opérer par une plus grande
quantité & une plus grande vivacité d'action
que les coups de tonnerre & les trombes
, & s'il eft vrai qu'en fait de recherches
phyfiques on doive principalement
chercher à fimplifier tout , autant qu'on
le peut , fur tout les principes , il faut
donc bien loin de vouloir féparer l'idée de
la caufe & du méchanifme de l'électricité,
de celle d'une caufe générale du mouvement
, s'attacher plutôt à confiderer les
phénomenes de l'électricité , comme des
divers modes de cette caufe générale.
Alors on comprendroit , par exemple ,
que la force qui refte à un boulet de cadont
le mouvement paroît prêt à
s'éteindre , & qui a de fi funeftes effets
pour ceux qui entreprennent imprudemment
de le fixer , même de le toucher
avec le pied , n'eft que la prodigieufe
quantité de fluide étherien , dont il fe
trouve encore chargé au moyen du mouve
ment de rotation qui lui refte , & que la
force de l'explofion & ce mouvement de
rotation y avoient accumulé ; le méchaniſme
de ces funeftes effets fe préfente fenfible-
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ment par la prodigieufe difproportion qu'il
y a entre la quantité , la rapidité , & la
détermination du fluide raffemblé fur ce
boulet , & l'état ordinaire du fluide qui
entoure , & pénetre un corps vivant , &
notamment la partie de ce corps approchée
du boulet jufqu'au point de contact.
I V.
Il est reçu qu'en chargeant un corps
d'électricité , on ne fait que raffembler fur
fa furface plus de matiere électrique qu'il
n'y en a naturellement , augmenter à cette
proportion le degré d'activité de ce fluide,
& changer l'ordre naturel de fa détermination
; c'eft ainfi qu'eft produit un tor
rent de matiere électrique qui n'agit principalement
que fur la furface des corps
fur lefquels il eft formé , ou de ceux vers
lefquels il eft dirigé ; ce qui eft bien prou❤
vé par le petit éclat qui fe fait entendre au
moment de la communication de l'électricité
d'un corps à un autre ; car cet éclat
fuppofe néceffairement la rencontre de
deux forces qui font oppofées.
Il eft démontré que tous les corps font
naturellement doués d'une force d'attrac
tion , & il eft probable que l'intenfité de cette
force ne dépend que de la nature des parNOVEMBRE.
1755. 247
ties primitives dont ces corps font formés ,
& que la différence de ces parties élémentaires
ne confifte que dans le plus ou
moins de fluide éthérien qui a pu originairement
s'y concentrer . C'eft de-là , en effet,
qu'on peut le mieux déduire les propriétés
qui différencient effentiellement tous les
corps , même par rapport à leur état de
folidité ou de liquidité ; ce qui eft manifeftement
prouvé par l'obfervation des phénoménes
des congellations artificielles ,
furtout de celui qu'on a nommé le faut de la
congellation , qui eft la vive explofion qui
fe fait au moment que la liqueur va fe congeler
.
Il faut donc confidérer ces parties élémentaires
comme autant de petits foyers
fort acceffibles à l'action du fluide envi
ronnant , & c'eft ainfi que fe forment néceffairement
autour d'eux des petites fpheres
d'activité , qui s'animent & s'électrident
en quelque maniere par leur proximité
& leurs frottemens ; voilà donc une efpece
d'électricité à peu près déterminée
par les loix naturelles de l'action de ce
Aluide ; il eft probable que c'eſt- là le méchanifme
des premiers rapports que ces parties
primitives acquerent entr'elles , & en
même tems l'origine de leurs propriétés
Gij
148 MERCURE DE FRANCE:
générales & particulieres ; ces premiers
phenomenes d'attraction ne paroiffent
point affujettis aux loix d'électricité qu'on
conncît par les expériences faites fur des
maffes defquelles par conféquent on ne
fçauroit conclure aux loix de cette action
entre les parties élémentaires ; confidération
qu'il ne faut point perdre de vue , &
qui fixe la jufte valeur des connoiffances
acquifes fur les propriétés du fluide éthérien
par les expériences ufitées fur l'électricité.
On peut croire que c'eft de ces premieres
loix d'attraction que dépendent principalement
la conftitution & l'activité de toutes
les parties élémentaires ; ces parties
auroient donc entr'elles plus ou moins
d'affinité , felon qu'elles feroient propres
par leur nature à former des tourbillons
de matiere éthérée plus ou moins
égaux ; & par cet ordre celles qui fe trouveroient
être à peu près de même nature
auroient une maniere prefque égale d'obéir
à l'action du fluide environnant , bien
entendu qu'elles fullent également expofées
à l'action libre de ce fluide ; on voit
par là affez clairement comment tous les
corps doivent avoir naturellement plus ou
moins d'activité , & être plus ou moins
NOVEMBRE. 1755. 149
électriques , felon qu'ils font formés de
parties primitives plus ou moins chargées
de fluide éthérien , ou plus ou moins difpofées
à obéir à fon action.
V.
Cela pofé , le méchanifme des diverfes
efpeces de cryftallifation , & des diverfes
affinités chimiques , ne dépendroit-il pas
de certaines difpofitions conftantes de maffe
& de furface par lefquelles les parties
élémentaires de même genre obéiroient de
la même maniere aux loix naturelles de
l'action de ce fluide ; chacune de ces parties
feroit donc par fa nature un foyer
prefque égal pour l'activité de ce même
Auide , & cette activité produiroit dans
toutes ces parties , lorfqu'elle pourroit s'y
exercer librement , le même dégré & les
mêmes phénomenes d'attraction , ou du
moins il n'y auroit d'autre différence que
celle qui réfulteroit des torrens plus ou
moins confidérables qui fe feroient faits
fur ces foyers , felon qu'ils auroient été
plus ou moins expofés à l'action libre du
Auide environnant ; il arriveroit de cette
maniere que lorfque plufieurs de ces petits
foyers feroient livrés à l'action de ce fluide ,
il fe feroit des torrens plus confidérables
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fur ceux où cette action fe ferott exercée
plus librement , & par conféquent qu'il fe
feroit de moindres torrens fur les foyers
qui s'y trouveroient moins exposés.
Il réfulte de -là que l'action produite
dans les premiers foyers , feroit de beaucoup
fupérieure en force & en étendue à
celle des autres foyers , & que par cette
raiſon ceux - ci feroient , lorfqu'il n'y auroit
point d'obſtacles , entraînés plus ou
moins promtement vers les premiers , felon
la force & l'étendue de l'atmoſphere
de leur activité .
Cette explication prouveroit que les
petites atmoſpheres de fluide éthérien formées
dans les foyers les moins dévelop
pés , feroient néceffairement abforbées
par les atmoſpheres plus confidérables ,
lorfqu'elles en feroient affez près pour pouvoir
y être compriſes ; de maniere donc
que tout foyer qui ne fe trouveroit pas
affez voifin de celui qui attire plus puiffamment
, pour être compris dans fa fphere
d'activité , feroit lui-même un foyer central
propre à attirer les foyers voifins plus
foibles que lui.
Mais comme on obferve en plufieurs
criftallifations que les criftaux qui ont acquis
un certain volume , ne continuent
pas de s'accroître , il en faudroit conclure
NOVEMBRE . 1755. 131
que le premier foyer parvenu à fe charger
d'une certaine quantité de parties analogues
n'auroit plus les mêmes rapports avec
le fluide environnant , & que par conféquent
fon activité devroit s'affoiblir au
point de ne pouvoir plus entraîner de nouvelles
parties.
V I.
Ne feroit-ce pas dans cette théorie des
criftallifations qu'on pourroit trouver à fe
former une idée claire & fimple de l'ordre
d'action qui détermine & maintient les
orbes planétaires dans les efpaces qu'ils
parcourent le foleil feroit le foyer principal
, & les planettes , comme foyers beaucoup
moindres , feroient comprifes dans
fa fphere d'activité ; il en réfulteroit que
ces mafles planetaires obéiroient plus ou
moins au grand foyer felon qu'elles feroient
elles -mêmes un foyer plus ou moins
confidérable , & que par - là elles feroient
en état d'oppofer plus de réfiftance aux
déterminations produites par le grand
foyer.
On peut croire que ces planettes , qui
ont leur tourbillon particulier de matiere
éthérée , doivent en obéiffant à la fupériorité
de celui du grand foyer , s'électrifer
elles-mêmes de plus en plus , foit par
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
les frottemens continuels de leurs tourbillons
, foit par la vive action du grand
foyer qui les entraîne , & prendre ainfi ,
plus ou moins à proportion de leur conftitution
, fur la fupériorité de l'attraction
de ce grand foyer ; ce qui eft affez conforme
aux loix générales de l'attraction
connue par les expériences ufitées , ainfi
qu'aux obfervations faites fur l'électricité
; de cette maniere les planetes parviendroient
à ce point de diſtance du grand
foyer , & en même tems d'équilibre avec
fa fphere d'activité, dont elles ne pourroient
plus être approchées ni éloignées ; à ce
point- là elles prendroient donc néceffairement
une détermination nouvelle , qui
feroit la détermination de leur cours particulier
, c'est -à- dire , leur mouvement projectile
; & c'est à raifon de la conftitution
naturelle , dont nous avons parlé , qui fait
que certains corps font moins propres que
d'autres à un accroiffement d'électricité ,
ainſi qu'à raifon de leur maffe & de leur
volume , qu'elles fe trouveroient plus ou
moins capables de gravitation & d'attraction
, & c'est par là que leur cours ordinaire
feroit déterminé à de plus ou moins
grandes diftances du grand foyer.
les loix de cette
On'tpeur préfumer que
détermination particuliere ne feroient pas
NOVEMBRE . 1755. 153
conftantes au point que par la fuite du
tems les planetes ne puffent acquérir des
forces centrifuges ; on connoît les loix fuivant
lefquelles les corps font repouffés
après avoir été attirés pendant un certain
tems , ce qui n'arrive probablement que
parce que ces corps s'électrifent davantage
à proportion qu'ils font plus attirés , &
que par-là ils parviennent à un complément
d'électricité qui les rend fupérieurs
au moins acceffibles à l'activité du fover
principal ; c'eft par ces loix que les planetes
pouroient enfin échapper totalement
à la fphere d'activité du foleil , & par
devenir des cometes ; comme il pourroit
arriver auffi qu'il fe trouveroit des cometes
moins difpofées par leur nature à s'électrifer
, ou à contracter un certain dégré
d'activité , qui attirées à un certain point
vers le principal foyer , bien loin de tendre
alors à s'en éloigner , y feroient au
contraire rapidement précipitées.
là
Ce mémoire n'a été fait dans d'autre.
vue que d'exciter fur les fondemens de la
conjecture qu'on y propofe , l'attention
des perfonnes verfées dans ces connoillances
, & de mettre ces mêmes perfonnes à
portée de critiquer facilement certe conjeture
ou de l'appuier plus folidement.
des Etres , du mouvement , de la
gravité , & de l'attraction .
I
I.
L vient de paroître un ouvrage , qui a
pour titre idée de l'homme physique &
moral. On y propofe , au fujet de la génération
, une conjecture appuyée fur de
grandes probabilités ; cette conjecture eft
que la fécondation de la liqueur féminale
des animaux pourroit bien n'être que l'efquiffe
active qui y eft imprimée par le fluide
éthérien refléchi de toutes les parties
du corps vers les organes de la génération ,
au moment même de l'excrétion de cette
liqueur , & par le même méchanifme qui
fert à déterminer cette excrétion , l'auteur
paroît defirer qu'on remarque avec une
particuliere attention que ces organes deviennent
en ce moment le centre de prefque
tout le mouvement & le fentiment du
136 MERCURE DEFRANCE.
corps , ce qui , felon lui , fournit de trèsgrandes
inductions pour la validité de ſa
conjecture .
Il a afluré d'avance que l'idée qui fubftitue
l'action du fluide éthérien à celle des
prétendus efprits animaux , eft prefque
unanimement reçue , & qu'en effet cette
idée s'accorde parfaitement avec tout ce
qu'il y a à obferver fur l'action des nerfs ,
même fur celle de la végétation , & avec
toutes les expériences faites jufqu'à préſent
fur le fluide qu'on nomme électrique ; au
lieu que l'idée qui fait admettre des efprits
animaux , eft non feulement dénuée de
preuves , mais encore de vraifemblance :
d'ailleurs il paroît porté à croire que la
théorie qu'il propofe fur la fécondation ,
eft applicable à tous les êtres qui fe régénerent
; & en effet , après la maniere dont
il rend raifon des phénomenes les plus remarquables
de la génération , de la plûpart
defquels à peine imaginoit - on de
pouvoir jamais acquerir quelqu'intelligence
, on ne fçauroit raiſonnablement fe
défendre d'adhérer à fon fentiment , au
moins jufqu'à ce qu'on foir parvenu à d'autres
connoiffances fur cette matiere.
L'objet de ce mémoire eft de fournir un
nouvel appui à cette théorie , & de juftifier
de nouveau l'étendue qu'elle paroît
NOVEMBRE. 1755. 137
avoir ; on fe propofe de remplir cet objet
en ramenant fimplement le méchanifme
de la fécondation , de la communication
du mouvement , de la gravité & de l'attraction
à une caufe commune , en montrant
autant qu'il eft poffible , les rapports
de ce méchanifme avec les propriétés reconnues
de cette caufe , & enfuite en les
généralifant l'un par l'autre au moyen des
applications qu'on en fera.
Mais avant que d'entrer en matiere , il
eft à propos de remarquer avec l'auteur de
l'idée de l'homme phyfique & moral que
toutes les expériences qu'on fait pour connoître
les phénomenes de l'électricité ,
dérangent néceffairement les loix naturelles
de l'action du fluide qui la produit ; &
qu'ainfi il reste à fe former des divers réfultats
de ces expériences un point de vue
fous lequel on puiffe confiderer plus généralement
l'ordre naturel de l'action de
ce fluide , & delà les plus effentielles de
fes loix & de fes propriétés.
Ce n'eft que par cette maniere de confiderer
la matiere électrique qu'on peut fe
flatter de la connoître autant qu'il nous
eft donné d'y réuffir ; & en effet c'eft par
là qu'on parvient à écarter les plus fpécieufes
difficultés qu'on puiffe oppofer à
la conjecture dont il s'agit ici ; on objec138
MERCURE DEFRANCE.
teroit , par exemple , que tous les corps ;
fans en excepter aucun , font doués de
gravité & d'attraction , & qu'il y en a qui
ne font pas fufceptibles de l'électricité ; il
eft aifé de répondre à cette objection par
remarque qu'on vient de faire ; qui eſt
que les phénomenes de l'électricité rendue
fenfible par les expériences ufitées ,
ne font que des modifications particulieres
du fluide éthérien , au méchanifme defla
quels certains corps réfiftent par leur conftitution
, c'eft à- dire par les loix que le
fluide qui agit fur ces corps eft contraint
de fuivre; ce qui n'empêche
pas que le mouvement
qu'ils reçoivent
par des moyens
plus effectifs ne foit fimplement
une révolution
arrivée à ce fluide éthérien qui
les pénétre & les environne
; il n'eft pas
difficile de trouver dans cette folution de
quoi répondre d'une maniere fatisfaiſante
à toutes les difficultés
qu'on pourroit faire
; delà on peut préfumer que ce fluide a
été improprement
nommé électrique
; & en effet il n'a été ainfi défigné que par une
de fes propriétés
qui encore n'étoit point
affez connue : ainfi en employant
les mots
d'électricité
ou de fluide électrique nous n'entendrons
que des modifications
particulieres
du fluide éthérien
, preſque toujours
contraires
aux loix générales de l'action de
ce fluide.
NOVEMBRE. 1755. 139
II.
On ne fçauroit nier que la régénération
des êtres , au moins quant à leur organifation
, ne foit produite par une caufe
phyfique , & que cette caufe ne doive
avoir un méchanifme propre à fes effets ;
il ne fera donc pas permis de méconnoître
cette caufe , fi elle fe préfente avec les
propriétés néceffaires pour opérer le méchanifme
que nous cherchons à découvrir,
fur- tout fi ces propriétés fe trouvent manquer
à toutes les autres caufes qu'il feroit
poffible de fe repréſenter.
Après avoir mûrement confideré les diverfes
conjectures qui ont été formées fur
la premiere caufe phyfique de la régénération
des êtres , de la communication du
mouvement , de la gravité & de l'attraction
, & après avoir pefé avec beaucoup
d'attention les difficultés qu'on a oppofées
à ces conjectures , nous avons cru pouvoir
inferer de cet examen que tous ces grands
phénomenes de la nature devoient dépendre
d'une même caufe , qui feroit néceffairement
un agent général , au moins dans
notre orbe planétaire , fi ce n'eft dans tout
l'univers.
Il s'agit d'examiner à préfent , fi le fluide
nommé électrique , tel que des expé140
MERCURE DE FRANCE.
riences certaines l'ont fait connoître , &
d'ailleurs admis prefqu'unanimement pour
la premiere caufe phyfique de l'action des
nerfs , ne pourroit pas paffer pour cet
agent général que nous cherchons à connoître
, & fi on ne lui trouveroit pas les
propriétés néceffaires pour en déduire les
phénomenes que nous croyons pouvoir
lui attribuer.
III.
Il n'eft guere permis de douter d'après
l'ouvrage que nous avons cité , que le
fluide éthérien ne foit le principe de toute
fécondation , & il n'eft pas difficile de
concevoir comment l'action conftante de
ce fluide fur tout corps quelconque, feroit,
felon les divers foyers où il trouve à fe
concentrer , & felon les diverfes maffes
qu'il rencontre , la caufe de la gravité &
de l'attraction , ainfi que de la différente
activité des corps , quels qu'ils foient ,
élémentaires ou compofés ; on verroit en
même tems comment ce même fluide dont
tout corps eft environné , & plus ou moins
pénétré felon fa nature , opéreroit par les
diverfes déterminations qui lui feroientdonnées
, la communication du mouvement
; il n'eſt pas néceffaire de faire appercevoir
que le mouvement communiqué
}
NOVEMBRE. 1755. 141
cefferoit , lors même qu'il ne rencontreroit
point d'autre obftacle ', à mesure que les
déterminations particulieres qui auroient
produit ce nouveau mouvement , viendroient
à fe perdre dans la détermination
générale du fluide environnant .
Mais , dira- t- on , n'eft-il pas plus fage
de fufpendre fon opinion fur des matieres
phyfiques , lorfque cette opinion ne peut
être folidement déterminée : nous fommes
bien éloignés de penfer qu'en général ce
ne foit là une maxime fage , mais on ne
fçauroit difconvenir qu'elle ne fouffre des
exceptions ; car il eft certain que cette
maxime obfervée trop rigoureufement ,
fur- tout dans la recherche des vérités auffi
importantes & auffi inconnues que celles
dont il eft ici queftion , borneroit exceffivement
les progrès qu'on peut efperer de
faire fur les plus grands objets des connoiffances
phyfiques .
D'ailleurs , nous avons en quelque maniere
l'exemple de Newton pour nous ;
on fçait que lorfqu'il trouva le moyen de
foumettre l'univers aux loix de la gravité
& de l'attraction , il n'eut pour baſe de
cette grande découverte qu'une fimple analogie
qui étoit , comme perfonne ne l'ignore
, la comparaifon qu'il fit de la caufe de
la chute d'un fruit qui tomba auprès de lui,
142 MERCURE DE FRANCE.
avec la caufe qu'il imagina dans ce moment
pouvoir entretenir l'harmonie ou
l'action réciproque du monde planétaire :
ayant fait le plan des principaux effets
que ces caufes devoient produire , il regarda
ces effets comme autant de réſultats
qu'il s'agiffoit de vérifier , & c'eft par une
profondeur de calculs , qui a immortalifé
ce grand homme , qu'il parvint à démontrer
la folidité des loix qu'il venoit de
trouver.
C'eſt en fuivant une pareille méthode ,
qui ici ne paroît guere fufceptible de calculs
, que nous allons chercher à établir le
fluide étherien , comme cauſe de la
gra
vité & de l'attraction. Newton moins inf
truit qu'on ne l'eft aujourd'hui fur l'exiftence
des loix & des proprietés du fluide
qu'on a appellé électrique , s'eft fagement
abftenu d'expliquer cette caufe , mais il
paroît qu'il avoit de la répugnance à laiffer
croire qu'il regardât ces proprietés comme
inherentes à la matiere , puifqu'il a
declaré à la fin de fon optique qu'il foupçonnoit
que l'attraction étoit l'effet de
l'action de quelque fluide très délié &
très-élaftique. Ce foupçon doit nous faire
préfumer que s'il eût été inftruit comme
on l'eft aujourd'hui fur l'existence , les
loix & les proprietés du fluide étherien ,
NOVEMBRE . 1755. 143
il ne feroit point resté dans cette incertitude
fur la caufe de ce grand phénomene.
Newton a fait voir auffi dans fon traité
d'optique , qu'il n'étoit pas poffible que les
rayons de lumiere fuffent immédiatement
réflechis de la furface des corps , & il a
prouvé en même tems que cette réflexion
étoit l'effet des proprietés & des loix de la
force de gravité & d'attraction qu'il paroiffoit
fuppofer être inhérente à tous les
corps . Or s'il n'eft pas permis de regarder
comme fufpectes les preuves alleguées
fur ce fait par Newton , & fi d'après les
folides connoiffances qu'on a acquifes fur
l'existence & les proprietés du fluide étherien
, il eft plus que probable que ce fluide
eft un agent univerfel , au moins dans
notre orbe planétaire , il nous paroît difficile
de former des difficultés raifonnables
contre l'idée de fubftituer fon action
à la fuppofition qui a fait regarder la gravité
& l'attraction comme des qualités
propres & inhérentes à tout corps.
Čela pofé , les phénomenes du mouvement
ne dépendroient que des diverfes déterminations
de l'action du fluide étherien,
& ces déterminations fe communiqueroient
par la voie du choc, de l'impulfion , de l'explofion
, de la fermentation , même du
plus leger contact comme on l'obferve
144 MERCURE DE FRANCE.
dans les experiences connues fur l'électricité
ainfi toute augmentation ou diminution
de mouvement ne feroit que des
changemens produits dans les loix naturelles
de l'action de ce fluide ; & par cèt
ordre on ne feroit plus en peine de fçavoir
comment un corps vivant , & même
les corps élastiques , peuvent donner de
l'action à des corps qui n'en ont point ,
ou augmenter celle qu'ils ont ; en un mot ,
on verroit que tous les phénomenes de la
nature ne font dans le fonds que les diverſes
manieres dont l'agent géneral , plus
ou moins concentré dans les différens
corps , ou raffemblé fur leurs furfaces ,
obéit aux loix qu'il doit fuivre , & aux diverfes
déterminations qu'il reçoit.
M. Franklin a prefque demontré que·
le tonnerre n'eft qu'un phénomene d'électricité
, & on en peut aifement conclureque
les trombes qui ne paroiffent être
qu'un prodigieux tourbillon d'air , d'eau´
& de fluide étherien devenu électrique.
par les caufes qui préparent ou excitent
l'orage , ne font en effet produites que
par la même revolution qui difpofe & détermine
les coups de tonnerre ; ce qui eft
affez prouvé par les trombes qu'on a quel-,
quefois vu fe former au mênie inftant de
ces coups de tonnerre : nous ne parlerons
pas
NOVEMBRE. 1755 145
pas d'une infinité d'autres obfervations
qu'on n'ignore point , & que perfonne
ne contefte. Or , s'il n'y a point de phénomenes
extraordinaires de la nature qui
paroiffent s'opérer par une plus grande
quantité & une plus grande vivacité d'action
que les coups de tonnerre & les trombes
, & s'il eft vrai qu'en fait de recherches
phyfiques on doive principalement
chercher à fimplifier tout , autant qu'on
le peut , fur tout les principes , il faut
donc bien loin de vouloir féparer l'idée de
la caufe & du méchanifme de l'électricité,
de celle d'une caufe générale du mouvement
, s'attacher plutôt à confiderer les
phénomenes de l'électricité , comme des
divers modes de cette caufe générale.
Alors on comprendroit , par exemple ,
que la force qui refte à un boulet de cadont
le mouvement paroît prêt à
s'éteindre , & qui a de fi funeftes effets
pour ceux qui entreprennent imprudemment
de le fixer , même de le toucher
avec le pied , n'eft que la prodigieufe
quantité de fluide étherien , dont il fe
trouve encore chargé au moyen du mouve
ment de rotation qui lui refte , & que la
force de l'explofion & ce mouvement de
rotation y avoient accumulé ; le méchaniſme
de ces funeftes effets fe préfente fenfible-
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ment par la prodigieufe difproportion qu'il
y a entre la quantité , la rapidité , & la
détermination du fluide raffemblé fur ce
boulet , & l'état ordinaire du fluide qui
entoure , & pénetre un corps vivant , &
notamment la partie de ce corps approchée
du boulet jufqu'au point de contact.
I V.
Il est reçu qu'en chargeant un corps
d'électricité , on ne fait que raffembler fur
fa furface plus de matiere électrique qu'il
n'y en a naturellement , augmenter à cette
proportion le degré d'activité de ce fluide,
& changer l'ordre naturel de fa détermination
; c'eft ainfi qu'eft produit un tor
rent de matiere électrique qui n'agit principalement
que fur la furface des corps
fur lefquels il eft formé , ou de ceux vers
lefquels il eft dirigé ; ce qui eft bien prou❤
vé par le petit éclat qui fe fait entendre au
moment de la communication de l'électricité
d'un corps à un autre ; car cet éclat
fuppofe néceffairement la rencontre de
deux forces qui font oppofées.
Il eft démontré que tous les corps font
naturellement doués d'une force d'attrac
tion , & il eft probable que l'intenfité de cette
force ne dépend que de la nature des parNOVEMBRE.
1755. 247
ties primitives dont ces corps font formés ,
& que la différence de ces parties élémentaires
ne confifte que dans le plus ou
moins de fluide éthérien qui a pu originairement
s'y concentrer . C'eft de-là , en effet,
qu'on peut le mieux déduire les propriétés
qui différencient effentiellement tous les
corps , même par rapport à leur état de
folidité ou de liquidité ; ce qui eft manifeftement
prouvé par l'obfervation des phénoménes
des congellations artificielles ,
furtout de celui qu'on a nommé le faut de la
congellation , qui eft la vive explofion qui
fe fait au moment que la liqueur va fe congeler
.
Il faut donc confidérer ces parties élémentaires
comme autant de petits foyers
fort acceffibles à l'action du fluide envi
ronnant , & c'eft ainfi que fe forment néceffairement
autour d'eux des petites fpheres
d'activité , qui s'animent & s'électrident
en quelque maniere par leur proximité
& leurs frottemens ; voilà donc une efpece
d'électricité à peu près déterminée
par les loix naturelles de l'action de ce
Aluide ; il eft probable que c'eſt- là le méchanifme
des premiers rapports que ces parties
primitives acquerent entr'elles , & en
même tems l'origine de leurs propriétés
Gij
148 MERCURE DE FRANCE:
générales & particulieres ; ces premiers
phenomenes d'attraction ne paroiffent
point affujettis aux loix d'électricité qu'on
conncît par les expériences faites fur des
maffes defquelles par conféquent on ne
fçauroit conclure aux loix de cette action
entre les parties élémentaires ; confidération
qu'il ne faut point perdre de vue , &
qui fixe la jufte valeur des connoiffances
acquifes fur les propriétés du fluide éthérien
par les expériences ufitées fur l'électricité.
On peut croire que c'eft de ces premieres
loix d'attraction que dépendent principalement
la conftitution & l'activité de toutes
les parties élémentaires ; ces parties
auroient donc entr'elles plus ou moins
d'affinité , felon qu'elles feroient propres
par leur nature à former des tourbillons
de matiere éthérée plus ou moins
égaux ; & par cet ordre celles qui fe trouveroient
être à peu près de même nature
auroient une maniere prefque égale d'obéir
à l'action du fluide environnant , bien
entendu qu'elles fullent également expofées
à l'action libre de ce fluide ; on voit
par là affez clairement comment tous les
corps doivent avoir naturellement plus ou
moins d'activité , & être plus ou moins
NOVEMBRE. 1755. 149
électriques , felon qu'ils font formés de
parties primitives plus ou moins chargées
de fluide éthérien , ou plus ou moins difpofées
à obéir à fon action.
V.
Cela pofé , le méchanifme des diverfes
efpeces de cryftallifation , & des diverfes
affinités chimiques , ne dépendroit-il pas
de certaines difpofitions conftantes de maffe
& de furface par lefquelles les parties
élémentaires de même genre obéiroient de
la même maniere aux loix naturelles de
l'action de ce fluide ; chacune de ces parties
feroit donc par fa nature un foyer
prefque égal pour l'activité de ce même
Auide , & cette activité produiroit dans
toutes ces parties , lorfqu'elle pourroit s'y
exercer librement , le même dégré & les
mêmes phénomenes d'attraction , ou du
moins il n'y auroit d'autre différence que
celle qui réfulteroit des torrens plus ou
moins confidérables qui fe feroient faits
fur ces foyers , felon qu'ils auroient été
plus ou moins expofés à l'action libre du
Auide environnant ; il arriveroit de cette
maniere que lorfque plufieurs de ces petits
foyers feroient livrés à l'action de ce fluide ,
il fe feroit des torrens plus confidérables
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fur ceux où cette action fe ferott exercée
plus librement , & par conféquent qu'il fe
feroit de moindres torrens fur les foyers
qui s'y trouveroient moins exposés.
Il réfulte de -là que l'action produite
dans les premiers foyers , feroit de beaucoup
fupérieure en force & en étendue à
celle des autres foyers , & que par cette
raiſon ceux - ci feroient , lorfqu'il n'y auroit
point d'obſtacles , entraînés plus ou
moins promtement vers les premiers , felon
la force & l'étendue de l'atmoſphere
de leur activité .
Cette explication prouveroit que les
petites atmoſpheres de fluide éthérien formées
dans les foyers les moins dévelop
pés , feroient néceffairement abforbées
par les atmoſpheres plus confidérables ,
lorfqu'elles en feroient affez près pour pouvoir
y être compriſes ; de maniere donc
que tout foyer qui ne fe trouveroit pas
affez voifin de celui qui attire plus puiffamment
, pour être compris dans fa fphere
d'activité , feroit lui-même un foyer central
propre à attirer les foyers voifins plus
foibles que lui.
Mais comme on obferve en plufieurs
criftallifations que les criftaux qui ont acquis
un certain volume , ne continuent
pas de s'accroître , il en faudroit conclure
NOVEMBRE . 1755. 131
que le premier foyer parvenu à fe charger
d'une certaine quantité de parties analogues
n'auroit plus les mêmes rapports avec
le fluide environnant , & que par conféquent
fon activité devroit s'affoiblir au
point de ne pouvoir plus entraîner de nouvelles
parties.
V I.
Ne feroit-ce pas dans cette théorie des
criftallifations qu'on pourroit trouver à fe
former une idée claire & fimple de l'ordre
d'action qui détermine & maintient les
orbes planétaires dans les efpaces qu'ils
parcourent le foleil feroit le foyer principal
, & les planettes , comme foyers beaucoup
moindres , feroient comprifes dans
fa fphere d'activité ; il en réfulteroit que
ces mafles planetaires obéiroient plus ou
moins au grand foyer felon qu'elles feroient
elles -mêmes un foyer plus ou moins
confidérable , & que par - là elles feroient
en état d'oppofer plus de réfiftance aux
déterminations produites par le grand
foyer.
On peut croire que ces planettes , qui
ont leur tourbillon particulier de matiere
éthérée , doivent en obéiffant à la fupériorité
de celui du grand foyer , s'électrifer
elles-mêmes de plus en plus , foit par
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
les frottemens continuels de leurs tourbillons
, foit par la vive action du grand
foyer qui les entraîne , & prendre ainfi ,
plus ou moins à proportion de leur conftitution
, fur la fupériorité de l'attraction
de ce grand foyer ; ce qui eft affez conforme
aux loix générales de l'attraction
connue par les expériences ufitées , ainfi
qu'aux obfervations faites fur l'électricité
; de cette maniere les planetes parviendroient
à ce point de diſtance du grand
foyer , & en même tems d'équilibre avec
fa fphere d'activité, dont elles ne pourroient
plus être approchées ni éloignées ; à ce
point- là elles prendroient donc néceffairement
une détermination nouvelle , qui
feroit la détermination de leur cours particulier
, c'est -à- dire , leur mouvement projectile
; & c'est à raifon de la conftitution
naturelle , dont nous avons parlé , qui fait
que certains corps font moins propres que
d'autres à un accroiffement d'électricité ,
ainſi qu'à raifon de leur maffe & de leur
volume , qu'elles fe trouveroient plus ou
moins capables de gravitation & d'attraction
, & c'est par là que leur cours ordinaire
feroit déterminé à de plus ou moins
grandes diftances du grand foyer.
les loix de cette
On'tpeur préfumer que
détermination particuliere ne feroient pas
NOVEMBRE . 1755. 153
conftantes au point que par la fuite du
tems les planetes ne puffent acquérir des
forces centrifuges ; on connoît les loix fuivant
lefquelles les corps font repouffés
après avoir été attirés pendant un certain
tems , ce qui n'arrive probablement que
parce que ces corps s'électrifent davantage
à proportion qu'ils font plus attirés , &
que par-là ils parviennent à un complément
d'électricité qui les rend fupérieurs
au moins acceffibles à l'activité du fover
principal ; c'eft par ces loix que les planetes
pouroient enfin échapper totalement
à la fphere d'activité du foleil , & par
devenir des cometes ; comme il pourroit
arriver auffi qu'il fe trouveroit des cometes
moins difpofées par leur nature à s'électrifer
, ou à contracter un certain dégré
d'activité , qui attirées à un certain point
vers le principal foyer , bien loin de tendre
alors à s'en éloigner , y feroient au
contraire rapidement précipitées.
là
Ce mémoire n'a été fait dans d'autre.
vue que d'exciter fur les fondemens de la
conjecture qu'on y propofe , l'attention
des perfonnes verfées dans ces connoillances
, & de mettre ces mêmes perfonnes à
portée de critiquer facilement certe conjeture
ou de l'appuier plus folidement.
Fermer
Résumé : Mémoire sur le principe physique de la régénération des Etres, du mouvement, de la gravité, & de l'attraction.
Le texte 'Mémoire sur le principe physique de la régénération des êtres, du mouvement, de la gravité, & de l'attraction' présente une théorie sur la fécondation et les phénomènes naturels. L'auteur propose que la fécondation des animaux pourrait être due à un fluide éthérien actif, reflété vers les organes de la génération au moment de l'excrétion de la liqueur féminine. Ce fluide serait également responsable du mouvement, de la gravité et de l'attraction. L'auteur soutient que cette théorie est appuyée par des observations sur l'action des nerfs et des expériences sur le fluide électrique. Le mémoire vise à renforcer cette théorie en montrant que le mécanisme de la fécondation, du mouvement, de la gravité et de l'attraction peut être ramené à une cause commune : le fluide éthérien. L'auteur affirme que toutes les expériences sur l'électricité perturbent les lois naturelles de ce fluide, et qu'il est nécessaire de considérer ces expériences sous un angle général pour comprendre son action. Le texte souligne que la régénération des êtres, le mouvement, la gravité et l'attraction dépendent d'une même cause physique, un agent général. L'auteur suggère que le fluide électrique, admis comme cause de l'action des nerfs, pourrait être cet agent général. Il compare cette approche à la méthode de Newton, qui a découvert les lois de la gravité et de l'attraction par analogie. Le texte traite également des effets de l'électricité et de la force d'attraction sur divers phénomènes naturels. Il explique que la force de l'explosion et le mouvement de rotation d'un boulet accumulent un fluide électrique sur sa surface, créant une disproportion notable par rapport à l'état ordinaire du fluide entourant un corps vivant. Charger un corps d'électricité augmente la quantité de matière électrique sur sa surface, modifiant ainsi l'ordre naturel de sa détermination. Le texte explore la nature des corps, affirmant que tous les corps possèdent une force d'attraction dont l'intensité dépend de la nature des parties primitives qui les composent. Ces parties élémentaires agissent comme des foyers d'activité électrique, influencées par le fluide environnant. Cette interaction est à l'origine des propriétés générales et particulières des corps, et des phénomènes d'attraction observés. Le texte aborde les processus de cristallisation et les affinités chimiques, suggérant qu'ils dépendent des dispositions constantes de masse et de surface des parties élémentaires. Ces parties obéissent aux lois naturelles de l'action du fluide éthérien, créant des atmosphères d'activité qui peuvent s'absorber mutuellement. Enfin, le texte propose une théorie des mouvements planétaires, où le Soleil agit comme un foyer principal, et les planètes comme des foyers plus petits compris dans sa sphère d'activité. Les planètes s'électrifient en obéissant à l'attraction du Soleil, déterminant ainsi leur mouvement projectile et leur distance par rapport au Soleil. Le texte conclut en mentionnant que les lois de cette détermination particulière ne sont pas constantes, permettant aux planètes d'acquérir des forces centrifuges et de devenir des comètes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 203-207
ALLEMAGNE.
Début :
Le 9 de ce mois, le Général Lossewicz, à la tête d'un corps [...]
Mots clefs :
Corps de troupes, Bataillons, Prusse, Mouvement, Fortifications, Attaques, Prague, Dresde, Frontières, Roi de Prusse, Régiment de dragons, Prince, Saxe, Ratisbonne, Diète de l'Empire, Guerre, Traité de Westphalie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE PRAGUE, le 19 Mars.
Le 9 de ce mois , le Général Loffewicz , à la
tête d'un corps de troupes Pruffiennes , compoſe
de quatorze Bataillons , & de trois Régimens de
Cavalerie , s'avança fur deux colonnes vers Graf
fenftein & vers Grottau , tandis que le Prince de
Bevern, fe porta fur Friedland :avec fix mille
hommes des mêmes troupes. A la nouvelle du
mouvement des ennemis , les détachement de
Croates , qui étoit dans le dernier de ces trois
poftes , fe hâta de fe replier à Reichenberg. Les
Pruffiens fe font emparés de Graffenftein & de
Grottau , mais ils n'ont pu s'y maintenir.: Le
Prince de Bevern a demeuré pendant trois jours
à Friedland , & s'eft enfuite retiré , après avoir
fait démolir les fortifications du château. Le 12 ,
avant d'abandonner ce pofte , il envoya le Co
lonel Putkammer avec un bataillon de grenadiers
, cent dragons & trois cens huffards , pour
reconnoître le terrein entre ce pofte & celui de
Reichenberg. Ce détachement rencontra quatre
cens hommes des troupes Autrichiennes , dont
une partie étoit en bataille devant le village de
Bufch- Ullerdorf , & une autre partie étoit embufquée
derriere des haies . Le fieur Putkammer
les attaqua , & les pouffa à travers le village.
Ils ont eu cinquante hommes tués. On leur a
fait dix prifonniers , & on leur a enlevé trentetrois
chevaux.
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE.
DE DRESDE , le 6 Avril.
<
Un particulier , qui venoit de Boheme , ayant
été arrêté par les Pruffiens , on trouva fur lui
deux lettres adreffées , l'une à la Comteffe d'Ogilvy
, Dame d'Honneur de la Reine ; l'autre au
Baron de Keffel , Chambellan de cette Princeffe.
En conféquence , le Roi de Pruffe leur fit fignifier
les arrêts. Le lendemain , la Reine envoya
demander à ce Prince leur élargiffement , & il
l'accorda. Il fit prier en même temps la Reine ,
d'empêcher qu'à l'avenir aucune perfonne de fa
Cour n'entretînt des correfpondances avec les
Autrichiens.
+
Sa Majesté Pruffienne , frappée de la beauté
d'un tableau , qui eft dans la Galerie du Palais ,'
avoit ordonné qu'on en tirât une copie. Dès
que la Reine en fut informée , Elle fit préfenter
ce tableau à ce Monarque , qui s'eft excufé de
Faccepter , mais qui a témoigné être fort fenfible
à une telle marque d'attention .
En attendant que toutes les troupes foient en
campagne , les Pruffiens fortifient divers poftes
fur la frontiere. Ils ne négligent rien non plus
pour mettre cette ville à l'abri de toute ſurpriſe ,
& ils ont établi, une batterie devant le chemin
de Dippolfwalde , une près du moulin à poudre
, une du côté de l'Elbe , une dans les environs
de la Tuilerie , une dans le grand cimetiere
, une vis-à- vis le chemin de Pirna , une à
l'extrêmité des jardins de Maffinisky , & une fur
la hauteur de Sintzendorff Outre ces précautions ,
ils ont pratiqué des mines en plufieurs endroits .
Ces jours derniers , le Roi de Pruffe écrivit au
Lieutenant-Général Pirfch, Commandant de KoMA
I. 1757: 205
nigstein , la lettre fuivante. « Ayant appris de
» plufieurs endroits que les Autrichiens pen-
» foient à furprendre votre fortereffe , je n'ai
» point voulu différer de vous rappeller le con-
>> tenu de votre capitulation , & ce à quoi votre
» honneur & votre parole vous engagent. Ko-
» nigſtein étant une fortereffe qui ne peut crainqu'un
coup de main , j'ai dû d'autant plus
» vous donner avis du deffein des ennemis , que
s'ils entreprenoient de l'exécuter , je ne pour-
» rois m'empêcher de vous croire d'intelligence
D
» avec eux. >>>
Indépendamment d'un efcadron du Régiment
de dragons de Rutowski qui , fe trouvant dans
la haute Luface , près des frontieres de Boheme ,
a profité de la circonftance pour paffer du côté
des Autrichiens , le Régiment ci - devant du Prince
Frederic- Augufte de Saxe , & maintenant
Loën , a auffi déferté. Au lieu d'aller à Berlin ,
où on lui avoit affigné de nouveaux quartiers ,
il a pris la route de Pologne. On affure qu'il y
a été fuivi par un bataillon du Régiment de
Jeune Bevern , ci- devant du Prince Xavier. La
défertion de ces corps a déterminé Sa Majesté
Pruffienne à incorporer les Gardes du Corps
Saxons dans fes Gardes , ainfi que les cavaliers
& les dragons de la même nation dans les Régimens
de cavalerie & de dragons des troupes
Pruffiennes . A l'égard de l'infanterie , ce Prince"
ne laiffe que dix Saxons par compagnie. Les
autres font diftribués dans les Régimens Pruffiens
, dont on prend un pareil nombre de foldats
, pour remplacer les Saxons dans les corps ,
où ceux-ci fervoient. En même temps , on vient
de publier une Ordonnance , en vertu de laquelle
les biens ou effets des défertears des anciens
206 MERCURE DE FRANCE.
Régimens Saxons feront confifqués , & leurs pas
rens , tenus de bonifier l'uniforme & les armes.
Sa Majefté Pruffienne exige encore de cet Electorat
deux mille cinq cens hommes de nouvel,
les recrues , pour augmenter de vingt hommes
chaque compagnie de ces Régimens . Le Major
Général Rezow en a remis l'ordre par écrit ,
avec la répartition , aux Députés des Etats actuel
lement aflemblés en cette Capitale.
Ce même Major Général , le 31 du mois der
nier , fit fignifier à la Comteffe de Brulh , époufe
du Premier Miniftre , laquelle depuis cinq mois
logeoit au Palais , qu'elle eût à retourner àfon
Hôtel. Quelques momens après qu'elle y fut
arrivée , il s'y tranfporta pour lui annoncer les
arrêts de la part du Roi de Pruffe, Elle y eft gardée
par un Officier , un fergent , un caporal ,
& fix foldats. On croit qu'elle fera obligée de fe
retirer en Pologne , & qu'un détachement l'accompagnera
jufques fur la frontiere.
DE RATISBONNE , le 2 : Avril.
Il a été dicté le 30 Mars, à la Diere de l'Empire,
une Déclaration que les Miniftres de France & de
Suede avoient remife plufieurs jours auparavant aq
nom des Rois leurs Maîtres, en qualité de garans
de la paix de Weftphalie , Comme cette Déclara
tion , quoique remife féparément , eft la même ,
on n'inférera ici que la copie de celle qui a été faite
au nom de S. M.T. C. « Le Roi mon Maître n'a pu
» voir fans un extrême déplaifir, qu'il fe foit élevé
» en Allemagne une guerre , qui tient dans l'oppreffion
, la plus cruelle & la plus inouie , de
» puiffans Etats de l'Empire , en expofe d'autres
» au danger de fubir le même fort , & menace
MAI 1757. 207
» d'un renverſement total les Loix & Conftitu-
» tions Germaniques , les Traités de Weftphalie,
» & le Syſtême de l'Empire . Pour remédier aux
» maux préfens , & prévenir ceux qui pourroient
>> arriver dans la fuite , divers Etats des plus con-
» fidérables de l'Empire ont requis la France &
» la Suede d'exercer la Garantie qu'Elles ont
» donnée des Traités de Weftphalie ; & comme
» ces deux Puiffances fe font trouvé animées .
» du même zele pour la défenſe des Etats de
>> l'Empire , le maintien du Systême Germanique,
» & notamment pour la confervation des droits
» des trois Religions établies en Allemagne
» Elles ont réfolu , d'un commun accord , de
» prendre les mefures les plus promptes & les
plus efficaces , pour fatisfaire à leurs obliga-
» tions fur des objets auffi importans . En conféquence
le Roi déclare , conjointement avec
» le Roi de Suede , à tout l'Empire , que Leurs
» Majeſtés feront , comme Garantes des Traités
>> de Weftphalie , tous les efforts qui font en
>> leur pouvoir , pour contribuer , felon le voeu
» de l'Empire , à arrêter le cours des maux qui
» défolent l'Allemagne , en procurer la répara-
» tion , & maintenir nommément les droits des
» trois Religions établies dans l'Empire ; enfin
» pour affurer la liberté Germanique, fur les
» fondemens des Traités de Weftphalie , contre
» toutes les atteintes que quelque Puiffance que
>> ce foit aura entrepris , ou entreprendra d'y
» porter. Sa Majefté efpere , ainfi que Sa Majef
» té Suédoife , que l'Empire reconnoîtra toute la
» fincérité & l'étendue de leur zele pour le falut
» de l'Allemagne , & Elles ne doutent pas que les
Electeurs , Princes & Etats , ne fecondent de
» tout leur pouvoir une réfolution aufſi légitime,
» auffi falutaire & auffi généreuſe. ».
DE PRAGUE, le 19 Mars.
Le 9 de ce mois , le Général Loffewicz , à la
tête d'un corps de troupes Pruffiennes , compoſe
de quatorze Bataillons , & de trois Régimens de
Cavalerie , s'avança fur deux colonnes vers Graf
fenftein & vers Grottau , tandis que le Prince de
Bevern, fe porta fur Friedland :avec fix mille
hommes des mêmes troupes. A la nouvelle du
mouvement des ennemis , les détachement de
Croates , qui étoit dans le dernier de ces trois
poftes , fe hâta de fe replier à Reichenberg. Les
Pruffiens fe font emparés de Graffenftein & de
Grottau , mais ils n'ont pu s'y maintenir.: Le
Prince de Bevern a demeuré pendant trois jours
à Friedland , & s'eft enfuite retiré , après avoir
fait démolir les fortifications du château. Le 12 ,
avant d'abandonner ce pofte , il envoya le Co
lonel Putkammer avec un bataillon de grenadiers
, cent dragons & trois cens huffards , pour
reconnoître le terrein entre ce pofte & celui de
Reichenberg. Ce détachement rencontra quatre
cens hommes des troupes Autrichiennes , dont
une partie étoit en bataille devant le village de
Bufch- Ullerdorf , & une autre partie étoit embufquée
derriere des haies . Le fieur Putkammer
les attaqua , & les pouffa à travers le village.
Ils ont eu cinquante hommes tués. On leur a
fait dix prifonniers , & on leur a enlevé trentetrois
chevaux.
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE.
DE DRESDE , le 6 Avril.
<
Un particulier , qui venoit de Boheme , ayant
été arrêté par les Pruffiens , on trouva fur lui
deux lettres adreffées , l'une à la Comteffe d'Ogilvy
, Dame d'Honneur de la Reine ; l'autre au
Baron de Keffel , Chambellan de cette Princeffe.
En conféquence , le Roi de Pruffe leur fit fignifier
les arrêts. Le lendemain , la Reine envoya
demander à ce Prince leur élargiffement , & il
l'accorda. Il fit prier en même temps la Reine ,
d'empêcher qu'à l'avenir aucune perfonne de fa
Cour n'entretînt des correfpondances avec les
Autrichiens.
+
Sa Majesté Pruffienne , frappée de la beauté
d'un tableau , qui eft dans la Galerie du Palais ,'
avoit ordonné qu'on en tirât une copie. Dès
que la Reine en fut informée , Elle fit préfenter
ce tableau à ce Monarque , qui s'eft excufé de
Faccepter , mais qui a témoigné être fort fenfible
à une telle marque d'attention .
En attendant que toutes les troupes foient en
campagne , les Pruffiens fortifient divers poftes
fur la frontiere. Ils ne négligent rien non plus
pour mettre cette ville à l'abri de toute ſurpriſe ,
& ils ont établi, une batterie devant le chemin
de Dippolfwalde , une près du moulin à poudre
, une du côté de l'Elbe , une dans les environs
de la Tuilerie , une dans le grand cimetiere
, une vis-à- vis le chemin de Pirna , une à
l'extrêmité des jardins de Maffinisky , & une fur
la hauteur de Sintzendorff Outre ces précautions ,
ils ont pratiqué des mines en plufieurs endroits .
Ces jours derniers , le Roi de Pruffe écrivit au
Lieutenant-Général Pirfch, Commandant de KoMA
I. 1757: 205
nigstein , la lettre fuivante. « Ayant appris de
» plufieurs endroits que les Autrichiens pen-
» foient à furprendre votre fortereffe , je n'ai
» point voulu différer de vous rappeller le con-
>> tenu de votre capitulation , & ce à quoi votre
» honneur & votre parole vous engagent. Ko-
» nigſtein étant une fortereffe qui ne peut crainqu'un
coup de main , j'ai dû d'autant plus
» vous donner avis du deffein des ennemis , que
s'ils entreprenoient de l'exécuter , je ne pour-
» rois m'empêcher de vous croire d'intelligence
D
» avec eux. >>>
Indépendamment d'un efcadron du Régiment
de dragons de Rutowski qui , fe trouvant dans
la haute Luface , près des frontieres de Boheme ,
a profité de la circonftance pour paffer du côté
des Autrichiens , le Régiment ci - devant du Prince
Frederic- Augufte de Saxe , & maintenant
Loën , a auffi déferté. Au lieu d'aller à Berlin ,
où on lui avoit affigné de nouveaux quartiers ,
il a pris la route de Pologne. On affure qu'il y
a été fuivi par un bataillon du Régiment de
Jeune Bevern , ci- devant du Prince Xavier. La
défertion de ces corps a déterminé Sa Majesté
Pruffienne à incorporer les Gardes du Corps
Saxons dans fes Gardes , ainfi que les cavaliers
& les dragons de la même nation dans les Régimens
de cavalerie & de dragons des troupes
Pruffiennes . A l'égard de l'infanterie , ce Prince"
ne laiffe que dix Saxons par compagnie. Les
autres font diftribués dans les Régimens Pruffiens
, dont on prend un pareil nombre de foldats
, pour remplacer les Saxons dans les corps ,
où ceux-ci fervoient. En même temps , on vient
de publier une Ordonnance , en vertu de laquelle
les biens ou effets des défertears des anciens
206 MERCURE DE FRANCE.
Régimens Saxons feront confifqués , & leurs pas
rens , tenus de bonifier l'uniforme & les armes.
Sa Majefté Pruffienne exige encore de cet Electorat
deux mille cinq cens hommes de nouvel,
les recrues , pour augmenter de vingt hommes
chaque compagnie de ces Régimens . Le Major
Général Rezow en a remis l'ordre par écrit ,
avec la répartition , aux Députés des Etats actuel
lement aflemblés en cette Capitale.
Ce même Major Général , le 31 du mois der
nier , fit fignifier à la Comteffe de Brulh , époufe
du Premier Miniftre , laquelle depuis cinq mois
logeoit au Palais , qu'elle eût à retourner àfon
Hôtel. Quelques momens après qu'elle y fut
arrivée , il s'y tranfporta pour lui annoncer les
arrêts de la part du Roi de Pruffe, Elle y eft gardée
par un Officier , un fergent , un caporal ,
& fix foldats. On croit qu'elle fera obligée de fe
retirer en Pologne , & qu'un détachement l'accompagnera
jufques fur la frontiere.
DE RATISBONNE , le 2 : Avril.
Il a été dicté le 30 Mars, à la Diere de l'Empire,
une Déclaration que les Miniftres de France & de
Suede avoient remife plufieurs jours auparavant aq
nom des Rois leurs Maîtres, en qualité de garans
de la paix de Weftphalie , Comme cette Déclara
tion , quoique remife féparément , eft la même ,
on n'inférera ici que la copie de celle qui a été faite
au nom de S. M.T. C. « Le Roi mon Maître n'a pu
» voir fans un extrême déplaifir, qu'il fe foit élevé
» en Allemagne une guerre , qui tient dans l'oppreffion
, la plus cruelle & la plus inouie , de
» puiffans Etats de l'Empire , en expofe d'autres
» au danger de fubir le même fort , & menace
MAI 1757. 207
» d'un renverſement total les Loix & Conftitu-
» tions Germaniques , les Traités de Weftphalie,
» & le Syſtême de l'Empire . Pour remédier aux
» maux préfens , & prévenir ceux qui pourroient
>> arriver dans la fuite , divers Etats des plus con-
» fidérables de l'Empire ont requis la France &
» la Suede d'exercer la Garantie qu'Elles ont
» donnée des Traités de Weftphalie ; & comme
» ces deux Puiffances fe font trouvé animées .
» du même zele pour la défenſe des Etats de
>> l'Empire , le maintien du Systême Germanique,
» & notamment pour la confervation des droits
» des trois Religions établies en Allemagne
» Elles ont réfolu , d'un commun accord , de
» prendre les mefures les plus promptes & les
plus efficaces , pour fatisfaire à leurs obliga-
» tions fur des objets auffi importans . En conféquence
le Roi déclare , conjointement avec
» le Roi de Suede , à tout l'Empire , que Leurs
» Majeſtés feront , comme Garantes des Traités
>> de Weftphalie , tous les efforts qui font en
>> leur pouvoir , pour contribuer , felon le voeu
» de l'Empire , à arrêter le cours des maux qui
» défolent l'Allemagne , en procurer la répara-
» tion , & maintenir nommément les droits des
» trois Religions établies dans l'Empire ; enfin
» pour affurer la liberté Germanique, fur les
» fondemens des Traités de Weftphalie , contre
» toutes les atteintes que quelque Puiffance que
>> ce foit aura entrepris , ou entreprendra d'y
» porter. Sa Majefté efpere , ainfi que Sa Majef
» té Suédoife , que l'Empire reconnoîtra toute la
» fincérité & l'étendue de leur zele pour le falut
» de l'Allemagne , & Elles ne doutent pas que les
Electeurs , Princes & Etats , ne fecondent de
» tout leur pouvoir une réfolution aufſi légitime,
» auffi falutaire & auffi généreuſe. ».
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Résumé : ALLEMAGNE.
En mars 1757, les troupes prussiennes, sous les ordres du général Loffewicz et du prince de Bevern, lancèrent des offensives en Bohême. Loffewicz, à la tête de quatorze bataillons et trois régiments de cavalerie, captura Graffenstein et Grottau, mais ne put y maintenir sa position. Bevern, avec six mille hommes, occupa Friedland pendant trois jours avant de se retirer après avoir détruit les fortifications du château. Le 12 mars, le colonel Putkammer affronta des troupes autrichiennes près de Busch-Ullerdorf, les repoussant et capturant des prisonniers ainsi que des chevaux. À Dresde, un particulier arrêté par les Prussiens portait des lettres destinées à la comtesse d'Ogilvy et au baron de Keffel, ce qui entraîna leur arrestation. La reine demanda et obtint leur libération, et le roi de Prusse lui demanda de cesser toute correspondance avec les Autrichiens. Par ailleurs, le roi de Prusse, impressionné par un tableau de la galerie du palais, en demanda une copie, mais la reine lui offrit l'original. Les Prussiens renforcèrent les postes frontaliers et établirent des batteries autour de Dresde pour se protéger des surprises. Le roi de Prusse avertit le lieutenant-général Pirsch de la menace autrichienne sur la forteresse de Konigstein. Des désertions de régiments saxons, dont celui du prince Frédéric-Auguste de Saxe, furent signalées. En réponse, le roi de Prusse incorpora les Gardes du Corps saxons dans ses propres troupes et confisqua les biens des déserteurs. Il exigea également deux mille cinq cents nouvelles recrues de l'Électorat de Saxe. À Ratisbonne, une déclaration des ministres de France et de Suède, en qualité de garants de la paix de Westphalie, fut lue le 30 mars. Cette déclaration exprimait le déplaisir des rois face à la guerre en Allemagne et leur engagement à défendre les États de l'Empire et les droits des trois religions établies en Allemagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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37
p. 63-64
ENIGME.
Début :
De ma puissance on n'a que trop de preuves ; [...]
Mots clefs :
Mouvement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Dx ma puiffance on n'a que trop de preuvesà
MERCURE DE FRANCE.
Je tombe partout fous les fens.
Il n'eft fans moi ruiffeaux ni fleuves ,
Je fuis le vrai père des vents.
Les Rois , fans mon fecours , n'affemblent point
d'Armées ;
Je régle le cours des années ;
Je vais , je viens , & ne chomme jamais.
L'Art , vrai finge de la Nature ,
Voudroit m'atteindre en ceci : mais ,
En vain il met à la torture
Ses régles , fes jeux , les refforts ;
Il a fait jufqu'ici d'inutiles éfforts.
Dx ma puiffance on n'a que trop de preuvesà
MERCURE DE FRANCE.
Je tombe partout fous les fens.
Il n'eft fans moi ruiffeaux ni fleuves ,
Je fuis le vrai père des vents.
Les Rois , fans mon fecours , n'affemblent point
d'Armées ;
Je régle le cours des années ;
Je vais , je viens , & ne chomme jamais.
L'Art , vrai finge de la Nature ,
Voudroit m'atteindre en ceci : mais ,
En vain il met à la torture
Ses régles , fes jeux , les refforts ;
Il a fait jufqu'ici d'inutiles éfforts.
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38
p. 109-123
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
DICTIONNAIRE domestique portatif, contenant toutes les connoissances relatives à l'œconomie domestique [...]
Mots clefs :
Libraire, Académie, Ouvrage, Imprimeur, Édition, Dynamique, Mouvement, Volumes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
DICTIONNAIRE domeftique portatif
, contenant toutes les connoiffances
relatives à l'oeconomie domestique &
rurale ; où l'on détaille les différentes
110 MERCURE DE FRANCE.
branches de l'agriculture , la manière
de foigner les chevaux , celle de nourrir
& de conferver toute forte de beftiaux
, celle d'élever les abeilles , les
vers à foie ; & dans lequel on trouve
les inftructions néceffaires fur la Chaffe,
la Pêche , les Arts , le Commerce , la
Procédure , l'Office la Cuifine & c .
Ouvrage également utile à ceux qui vivent
de leurs rentes ou qui ont des terres
, comme aux Fermiers , aux Jardi
niers , aux Commerçans & aux Artiſtes.
Par une Société de gens de Lettres . In-
8° . Paris , 1763. Chez Vincent , Imprimeur-
Libraire , rue S. Severin .
,
Nous avons annoncé , l'année dernière
, la première partie du premier volume
de cet Ouvrage utile , contenant
les lettres A & B. Celle que nous annonçons
aujourd'hui , renferme la lettre
C.
LE GENTILHOMME CULTIVATEUR
, ou Corps complet d'Agriculture
, traduit de l'Anglois de M. Hall ,
& tiré des Auteurs qui ont le mieux
écrit fur cet Art. Par M. Dupuy d'Emportes
,
de l'Académie de Florence.
Tome 5. in-4°. Paris , 1763.. Chez
P. G. Simon , Imprimeur du Parlement,
AVRIL. 1763.
rue de la Harpe ; Durand , Libraire,
rue du Foin ; Bauche , Libraire , quai
des Auguftins ; & à Bordeaux , chez
Chapuis l'aîné.
din ,
HISTOIRE DE SALADIN , Sultan
d'Egypte & de Syrie ; avec une Introduction
, ou Hiftoire abrégée de la dynaftie
des Ayoubites fondée par Salades
notes critiques , hiftoriques ,
géographiques , & quelques piéces juftificatives.
Par M. Marin , de la Société
Royale des Sciences & Belles -Lettres
de Lorraine , de l'Académie de
Marſeille , & Cenfeur Royal.
Quis nefcit primam effe hiftoriæ legem , he
quid falfi dicere audeat , deinde ne quid
veri non audeat ?
Cic. de Orat. Lib . II,
Pont
2 volumes in- 12 . Paris , 1763. Chez
Grangé , Imprimeur- Libraire
Notre- Dame , près la Pompé , au Cabinet
de la Nouveauté ; Bauche , quai
des Auguftins ; & Dufour , quai de
Gêvres , à l'Ange Gardien ."
Le fuccès de la première Edition de
cet Ouvrage garantit celui de la feconde.
ESPRIT , Saillies & Singularités du
112 MERCURE DE FRANCE.
P. Caftel. In- 12 . Amfterdam , 1763. Et
fe trouve à Paris , chez Vincent , rue
S. Severin .
Nous rendrons compte avec plaifir
de cet Ouvrage rempli d'idées auffi fingulières
qu'amufantes.
MANDEMENT & Inftruction paſtorale
de Mgr l'Archevêque de Lyon ,
portant condamnation des trois parties
de l'hiftoire du Peuple de Dieu , compofée
par le F. Berruyer, de la Compagnie
de Jefus , des écrits imprimés
pour la défenſe de ladite hiftoire , & du
Commentaire latin du F. Hardouin , de
da même Compagnie , fur le Nouveau
Teftament. In- 12. Lyon , 1763. de
l'Imprimerie & chez Aimé de la Roche ,
Imprimeur de Mgr l'Archevêque & du
Clergé aux Halles de la Grenette ;
chez Claude Cizeron , Libraire , à la
defcente du pont de pierre , du côté de
S. Nizier. Et fe trouve à Paris , chez
Pankoucke , Libraire , rue & à côté de
la Comédie Françoife.
RECUEIL DE PIECES en Profe &
en Vers , lues dans les Affemblées publiques
de l'Académie Royale de la
Rochelle dédié à S. A. S. Mgr. leAVRIL.
1763. 113
Et
e
Prince de Conti , Protecteur de ladite
Académie . Tome 3. in- 8° . A La Rochel
le , 1763. Chez Jérôme Legier , Imprimeur
de l'Académie , au Canton des
Flamands ; & fe trouve à Paris , chez
Merigot Père , quai des Auguftins . Prix,
31. 10 f. broché , 4 1. 10 f. relié.
On trouve chez le même Libraire
l'Ordonnance de la Marine commentée
par M. Valier. In-4°. 2 vol . Prix ,
24 liv. relié.
LE LANGAGE DE LA RAISON ;
par l'Auteur de la jouillance de foimême.
Venitefilii , audite me ; timorem Domini
docebo vos.
Pf. 33. V. II .
Paris , 1763. Chez Nyon , Libraire ,
quai des Auguftins , à l'Occafion .
HISTOIRE Univerfelle , Sacrée &
Profane , compofée par ordre de Mefdames
de France. Tomes 15 & 16. in-
12. Paris , 1763. Chez Louis Cellot
Imprimeur - Libraire Grand'Salle du
Palais , à l'Ecu de France & rue Dauphine.
Ces deux nouveaux volumes ne font
•
114 MERCURE DE FRANCE.
que confirmer la réputation juftement
acquife de leur Auteur ( M. Hardion
de l'Académie Françoife ) dont l'Ouvrage
traduit en Italien fe trouve chez
le même Libraire .
VOYAGE Pittorefque des environs
de Paris , ou defcription des Maifons.
Royales , Châteaux , & autres lieux de
plaifance , fituées à quinze lieues aux
environs de cette Ville . Par M. D ***.
Nouvelle Edition , corrigée & augmentée.
In- 12. Paris , 1763. Chez Debure
Père , quai des Auguftins , à l'Image
S. Paul ; & Debure , fils aîné , même
quai , à la Bible d'or .
MELANGE de Maximes , de Réfléxions
& de Caractères. Par M. Durey
d'Harnoncourt , Licentié en Droit. On
y a joint une Traduction des Conclufioni
d'Amore de Scipion Maffei , avec
le Texte à côté. Nouv. Edition , revue
& corrigée par l'Auteur;in -8 °; Bruxelles,
1763 ; & fe vend à Paris , chez Valleyrefils
, Imprimeur-Libraire , rue de la
vieille Bouclerie , à l'Arbre de Jeffé.
L'Auteur dit , dans fa Préface , qu'il
s'eft propofé les deux grands modéles
qui font nos maîtres dans l'art de peinAVRIL.
1763. 115
dre les hommes , la Rochefoucault &
la Bruyere ; mais fans fe flatter de les
atteindre , & fans s'affujettir à leur manière
, c'est-à-dire à la précifion du premier
, & à la méthode de l'autre. On
trouvera ( dit - il ) ici , comme l'annonce
le titre , des maximes , des réfléxions
& des portraits ; mais ce ne font que
des découpures jettées fans ordre fur
le papier. On a cru que la diverfité qui
fait le prix de ces fortes d'Ouvrages
demandoit cette efpéce de négligence .
On peut comparer , ce me femble , les
écrits de ce caractère à ces bofquets
dont les arbres , plantés irréguliérement
par les feules mains de la Nature , donnent
à la vue un plaifir plus touchant ,
que ces jardins fomptueux , dont tous
les plans font alignés & tirés au cordeau
, & c.
Nous ne tarderons pas à rendre compte
de cet Ouvrage , qui fait honneur
à fon Auteur.
NOUVELLES Obfervations théoriques
& pratiques fur la Goutte , avec
le détail des plantes , &c , qui forment
le reméde fpécifique calmant la goutte ;
dédiées à M. le Marquis de Marigny
Commandeur des Ordres du Roi , Di116
MERCURE DE FRANCE.
recteur général de fes Bâtimens , &c.
Par M. Chavy de Mongerbet , Médecin
des Bâtimens du Roi. On a joint , à la
fin de ce Traité celui des hernies
avec le traitement de ces maladies &
de celles des relâchemens de matrice &
de fondement.
,
Hic non agitur de verbis , fed de rebus.
In-12. Paris , 1763. Chez Michel Lambert
, rue & à côté de la Comédie Françoife.
LA LOUISIADE , ou le Voyage de
la Terre-Sainte , Poëme héroïque . Par
M. Moline , Avocaten Parlement.
Dùmnumerat palmas , credidit eſſe ſenem. Mart.
in-8° . Paris , 1763. Chez Defaint , junior
, à la Bonne-foi.
CONTES MORAUX dans le goût de
ceux de M. Marmontel , tirés de divers
Auteurs , & publiés par Mlle Uncy ; tomes
III & IV , chez Vincent , rue S. Severin.
Nous rendrons compte à la fois de
ces deux nouveaux volumes, & des deux
qui les ont précédés.
ODE SUR LA PAIX , par M. Pioger,
Capitaine de Cavalerie. In -8 °, Paris
1763. Chez Cuiſſart , Libraire , Pont au
AVRIL. 1763. 117
1
1
1
Change , à la Harpe. Nous en rendrons
compte dans le Mercure prochain .
LE BUCHERON , ou les trois Souhaits
, Comédie en un Acte , mêlée d'ariettes
. Repréfentée pour la première
fois par les Comédiens Italiens ordinaires
du Roi , le Lundi 28 Février 1763 ,
in-8° . à Paris , chez Claude Hériffant,
Imprimeur-Libraire , rue Neuve Notre
- Dame , à la Croix d'or . Prix , 1 liv.
4 f. Mufique de M. Philidor. Voyez
L'Article des Spectacles,
NOUVEAUX Elémens de Dynamique
& de Méchanique , par M. Mathon
de la Cour , de l'Académie Royale
des Sciences & Belles - Lettres de
Lyon ; à Paris chez les Frères Periffe ;
& fe trouve à Paris , chez Rollin
rue S. Jacques , vol. in -8 ° de 130
pages avec figures. 2 liv. 10 f. broché,
Les Principes de la Méchanique & de
la Dynamique font abftraits difficiles
, même pour les Géométres ; les
plus habiles n'ont pas dédaigné de s'en
occuper de la manière , ce femble , la
plus élémentaire , & ils ne font pas
toujours d'accord fur les premières vérités
d'où il s'agit de partir.
118 MERCURE DE FRANCE.
L'ouvrage de M. Mathon eft traite
d'une manière nouvelle , & fa méthode
n'avoit point encore paru ; elle fe
réduit à l'équilibre ou à l'oppofition
qu'il y a dans les forces motrices ; jointe
à la réfiftance que l'Auteur fuppofe
dans la matière pour toute efpéce de
mouvement.
Les propriétés de l'équilibre font 1º.
l'égalité qu'il y a néceffairement entre
les fommes des forces oppofées, en quelque
fens que ce foit qu'on les décompofe.
2. L'égalité entre les fommes
des momens oppofés par rapport
à un point quelconque du plan dans
lequel font les directions des forces ,
ou par rapport à un axe quelconque
qu'on peut imaginer à volonté dans le
cas où les directions des forces ne feroient
pas toutes dans un même plan .
M. Mathon tire de ces deux propriétés
plufieurs équations algébriques qu'il
applique aux principaux problêmes de
la Dynamique ; ceux qui ont le plus de
rapport avec les grandes queftions qui
ont ététraitées par les Géométres; il s'agit
par exemple de trouver le mouvement
que recevra un fyftême de corps agité
par des forces quelconques ; de trouver
le mouvement que doivent prendre
L
AVRIL. 1763. 119
?
plufieurs corps frappés à la fois par
un autre ; la plupart des problêmes de
Dynamique viennent fe placer comme
de fimples corollaires des principes lumineux
que l'Auteur y établit tels
font les théories des centres d'ofcillations
des centres de rotations
des plans inclinés , des poulies , des
frottemens ; la charge que fupportent
ces points d'appui , ces léviers
& plufieurs autres queftions importantes
& délicates. Ce Traité quoique fort
court , ne laiffe pas de développer les
élémens de cette Science avec plus de
netteté qu'on ne l'a fait en même
temps qu'il s'éléve à des recherches
très-fçavantes ; on y voit l'efprit mathé
matique , c'eft-à-dire d'ordre, de fimplification
, de déduction , les nouveaux
théorêmes donnés par M. le Chevalier
d'Arcy , y font démontrés d'une ma
nière très-fimple. Et cet Ouvrage paroît
fort néceffaire à ceux qui voudroient
entreprendre de lire feuls ce
qu'ont écrit fur la Dynamique les Auteurs
illuftres qui s'en font occupés , tels
que MM. Bernoulli , Herman , Euler,
Clairaut , d'Alembert , &c .
,
CHARPENTIER , Libraire , quai des
120 MERCURE DE FRANCE
Auguftins , près le Pont S. Michel , à
S. Chryfoftome , a acheté de M. Prault,
petit-fils , les OEuvres de Nivelle de la
Chauffée , de l'Académie Françoiſe ,
nouvelle Edition , corrigée & augmentée
de plufieurs Piéces qui n'avoient
point encore paru . 1763.5 vol. in-12.
petit format. Cette Edition mérite à
toutes fortes d'égards d'être recherchée .
On la doit à un ami de l'Auteur,M . Sablier
, Affocié de l'Académie des Belles-
Lettres de Marfeille. Les OEuvres de
Deftouches , 10 vol . in- 12. petit format.
Les OEuvres de Théâtre de M. de Saint-
Foix , nouvelle Edition revue , corrigée
& augmentée de plufieurs Comédies
4 vol. in-12. 1762 . ,
AVIS AU PUBLIC,
SUR le Mémoire de M. DEPARCIEUX.
Nous avons dit dans notre dernier
Mercure, qu'on n'avoit tiré du Mémoire
de M. Deparcieux , fur le moyen
' d'amener la riviere d'Yvette à Paris ,
à la porte S. Michel , que le nombre
d'exemplaires qu'on vouloit donner ,
& cela étoit vrai ; mais on avoit eu
la précaution de ne pas rompre les
formes ; & voyant que bien des perfonnes
AVRIL. 1763.
121
fonnes le demandoient , on en a tiré
depuis quelques exemplaires qui fe
vendent chez M. Durand , Libraire ,
rue du Foin .
Quelques perfonnes,mais en petit nombre
, ont marqué de l'inquiétude fur le
goût de vafe ou de Marais , dont M.
Dep. parle dans fon Mémoire. Il a'oublié
de faire obferver que l'eau fur
laquelle ont été faites toutes les épreuves
, a été puifée dans le temps que les
feuilles des arbres achevoient de tomber
, encore toutes vertes & pleines de
fuc , qu'elles ne pouvoient manquer de
communiquer à l'eau , joint à ce qu'elle
doit néceffairement enlever des dépôts
qui font dans prèfque tout le cours de
cette rivière , qu'on ne cure jamais
ou que par parties , & de loin en loin
y ayant tels endroits que perfonne du
lieu n'a jamais vu curer ; goût qu'elle
ne prendra plus quand on fera obferver
le réglement pour le curage de la
rivière. Car il ne faut pas être grand
Phyficien pour fentir que l'eau ne peut
avoir ce goût en fortant de la terre &
après avoir été filtrée par un terrein qui
eft prèfque partout de fable vitrifiable
qu'elle lave depuis des Siétles ' ;
terrein de même nature que ceux des
I. Vol. F
>
122 MERCURE DE FRANCE.
hauts de S. Cloud , ville Davré , Ro
quencourt , Meudon , Vanvres Clamart
, Buc , & c. dont les eaux font
pourtant excellentes.
,
Pour ne laiffer aucun doute fur un
projet auffi important pour la Ville de
Paris , M. Dep. fe propofe de lever plus
expreffement toutes ces difficultés , quí
dans le fond ne peuvent guères faire
d'impreffion fur l'efprit des Magiſtrats
éclairés que cela regarde , qui s'en rapporteront
au jugement des perfonnes
capables d'examiner , qui affurent que
l'eau expofée à l'air libre , fans chaleur
& fans mouvement , a entièrement
perdu ce goût au bout de quelques
jours. On pourroit dire d'après cela ,
qu'importeroit-il qu'elle eût ce goût
en fortant de terre , puifqu'elle le perd ?
( fuppofition gratuite. ) Au furplus, c'eft
un goût qu'elle a de commun avec
l'eau de toutes les rivières plus ou
moins fort ; la Seine elle -même n'en
eft pas exempte quand elle eft baffe
en Automne ; on n'y fait pas attention
parce que perfonne n'en parle , &
cela parce que perfonne ne boit l'eau
de la Seine qu'après qu'elle a repofé
dans un réfervoir ou qu'elle a paffé par
une fontaine fablée ; il faudroit dans
AVRIL. 1763: 123
le's comparaifons mettre toujours toutes
chofes égales.
DICTIONNAIRE domeftique portatif
, contenant toutes les connoiffances
relatives à l'oeconomie domestique &
rurale ; où l'on détaille les différentes
110 MERCURE DE FRANCE.
branches de l'agriculture , la manière
de foigner les chevaux , celle de nourrir
& de conferver toute forte de beftiaux
, celle d'élever les abeilles , les
vers à foie ; & dans lequel on trouve
les inftructions néceffaires fur la Chaffe,
la Pêche , les Arts , le Commerce , la
Procédure , l'Office la Cuifine & c .
Ouvrage également utile à ceux qui vivent
de leurs rentes ou qui ont des terres
, comme aux Fermiers , aux Jardi
niers , aux Commerçans & aux Artiſtes.
Par une Société de gens de Lettres . In-
8° . Paris , 1763. Chez Vincent , Imprimeur-
Libraire , rue S. Severin .
,
Nous avons annoncé , l'année dernière
, la première partie du premier volume
de cet Ouvrage utile , contenant
les lettres A & B. Celle que nous annonçons
aujourd'hui , renferme la lettre
C.
LE GENTILHOMME CULTIVATEUR
, ou Corps complet d'Agriculture
, traduit de l'Anglois de M. Hall ,
& tiré des Auteurs qui ont le mieux
écrit fur cet Art. Par M. Dupuy d'Emportes
,
de l'Académie de Florence.
Tome 5. in-4°. Paris , 1763.. Chez
P. G. Simon , Imprimeur du Parlement,
AVRIL. 1763.
rue de la Harpe ; Durand , Libraire,
rue du Foin ; Bauche , Libraire , quai
des Auguftins ; & à Bordeaux , chez
Chapuis l'aîné.
din ,
HISTOIRE DE SALADIN , Sultan
d'Egypte & de Syrie ; avec une Introduction
, ou Hiftoire abrégée de la dynaftie
des Ayoubites fondée par Salades
notes critiques , hiftoriques ,
géographiques , & quelques piéces juftificatives.
Par M. Marin , de la Société
Royale des Sciences & Belles -Lettres
de Lorraine , de l'Académie de
Marſeille , & Cenfeur Royal.
Quis nefcit primam effe hiftoriæ legem , he
quid falfi dicere audeat , deinde ne quid
veri non audeat ?
Cic. de Orat. Lib . II,
Pont
2 volumes in- 12 . Paris , 1763. Chez
Grangé , Imprimeur- Libraire
Notre- Dame , près la Pompé , au Cabinet
de la Nouveauté ; Bauche , quai
des Auguftins ; & Dufour , quai de
Gêvres , à l'Ange Gardien ."
Le fuccès de la première Edition de
cet Ouvrage garantit celui de la feconde.
ESPRIT , Saillies & Singularités du
112 MERCURE DE FRANCE.
P. Caftel. In- 12 . Amfterdam , 1763. Et
fe trouve à Paris , chez Vincent , rue
S. Severin .
Nous rendrons compte avec plaifir
de cet Ouvrage rempli d'idées auffi fingulières
qu'amufantes.
MANDEMENT & Inftruction paſtorale
de Mgr l'Archevêque de Lyon ,
portant condamnation des trois parties
de l'hiftoire du Peuple de Dieu , compofée
par le F. Berruyer, de la Compagnie
de Jefus , des écrits imprimés
pour la défenſe de ladite hiftoire , & du
Commentaire latin du F. Hardouin , de
da même Compagnie , fur le Nouveau
Teftament. In- 12. Lyon , 1763. de
l'Imprimerie & chez Aimé de la Roche ,
Imprimeur de Mgr l'Archevêque & du
Clergé aux Halles de la Grenette ;
chez Claude Cizeron , Libraire , à la
defcente du pont de pierre , du côté de
S. Nizier. Et fe trouve à Paris , chez
Pankoucke , Libraire , rue & à côté de
la Comédie Françoife.
RECUEIL DE PIECES en Profe &
en Vers , lues dans les Affemblées publiques
de l'Académie Royale de la
Rochelle dédié à S. A. S. Mgr. leAVRIL.
1763. 113
Et
e
Prince de Conti , Protecteur de ladite
Académie . Tome 3. in- 8° . A La Rochel
le , 1763. Chez Jérôme Legier , Imprimeur
de l'Académie , au Canton des
Flamands ; & fe trouve à Paris , chez
Merigot Père , quai des Auguftins . Prix,
31. 10 f. broché , 4 1. 10 f. relié.
On trouve chez le même Libraire
l'Ordonnance de la Marine commentée
par M. Valier. In-4°. 2 vol . Prix ,
24 liv. relié.
LE LANGAGE DE LA RAISON ;
par l'Auteur de la jouillance de foimême.
Venitefilii , audite me ; timorem Domini
docebo vos.
Pf. 33. V. II .
Paris , 1763. Chez Nyon , Libraire ,
quai des Auguftins , à l'Occafion .
HISTOIRE Univerfelle , Sacrée &
Profane , compofée par ordre de Mefdames
de France. Tomes 15 & 16. in-
12. Paris , 1763. Chez Louis Cellot
Imprimeur - Libraire Grand'Salle du
Palais , à l'Ecu de France & rue Dauphine.
Ces deux nouveaux volumes ne font
•
114 MERCURE DE FRANCE.
que confirmer la réputation juftement
acquife de leur Auteur ( M. Hardion
de l'Académie Françoife ) dont l'Ouvrage
traduit en Italien fe trouve chez
le même Libraire .
VOYAGE Pittorefque des environs
de Paris , ou defcription des Maifons.
Royales , Châteaux , & autres lieux de
plaifance , fituées à quinze lieues aux
environs de cette Ville . Par M. D ***.
Nouvelle Edition , corrigée & augmentée.
In- 12. Paris , 1763. Chez Debure
Père , quai des Auguftins , à l'Image
S. Paul ; & Debure , fils aîné , même
quai , à la Bible d'or .
MELANGE de Maximes , de Réfléxions
& de Caractères. Par M. Durey
d'Harnoncourt , Licentié en Droit. On
y a joint une Traduction des Conclufioni
d'Amore de Scipion Maffei , avec
le Texte à côté. Nouv. Edition , revue
& corrigée par l'Auteur;in -8 °; Bruxelles,
1763 ; & fe vend à Paris , chez Valleyrefils
, Imprimeur-Libraire , rue de la
vieille Bouclerie , à l'Arbre de Jeffé.
L'Auteur dit , dans fa Préface , qu'il
s'eft propofé les deux grands modéles
qui font nos maîtres dans l'art de peinAVRIL.
1763. 115
dre les hommes , la Rochefoucault &
la Bruyere ; mais fans fe flatter de les
atteindre , & fans s'affujettir à leur manière
, c'est-à-dire à la précifion du premier
, & à la méthode de l'autre. On
trouvera ( dit - il ) ici , comme l'annonce
le titre , des maximes , des réfléxions
& des portraits ; mais ce ne font que
des découpures jettées fans ordre fur
le papier. On a cru que la diverfité qui
fait le prix de ces fortes d'Ouvrages
demandoit cette efpéce de négligence .
On peut comparer , ce me femble , les
écrits de ce caractère à ces bofquets
dont les arbres , plantés irréguliérement
par les feules mains de la Nature , donnent
à la vue un plaifir plus touchant ,
que ces jardins fomptueux , dont tous
les plans font alignés & tirés au cordeau
, & c.
Nous ne tarderons pas à rendre compte
de cet Ouvrage , qui fait honneur
à fon Auteur.
NOUVELLES Obfervations théoriques
& pratiques fur la Goutte , avec
le détail des plantes , &c , qui forment
le reméde fpécifique calmant la goutte ;
dédiées à M. le Marquis de Marigny
Commandeur des Ordres du Roi , Di116
MERCURE DE FRANCE.
recteur général de fes Bâtimens , &c.
Par M. Chavy de Mongerbet , Médecin
des Bâtimens du Roi. On a joint , à la
fin de ce Traité celui des hernies
avec le traitement de ces maladies &
de celles des relâchemens de matrice &
de fondement.
,
Hic non agitur de verbis , fed de rebus.
In-12. Paris , 1763. Chez Michel Lambert
, rue & à côté de la Comédie Françoife.
LA LOUISIADE , ou le Voyage de
la Terre-Sainte , Poëme héroïque . Par
M. Moline , Avocaten Parlement.
Dùmnumerat palmas , credidit eſſe ſenem. Mart.
in-8° . Paris , 1763. Chez Defaint , junior
, à la Bonne-foi.
CONTES MORAUX dans le goût de
ceux de M. Marmontel , tirés de divers
Auteurs , & publiés par Mlle Uncy ; tomes
III & IV , chez Vincent , rue S. Severin.
Nous rendrons compte à la fois de
ces deux nouveaux volumes, & des deux
qui les ont précédés.
ODE SUR LA PAIX , par M. Pioger,
Capitaine de Cavalerie. In -8 °, Paris
1763. Chez Cuiſſart , Libraire , Pont au
AVRIL. 1763. 117
1
1
1
Change , à la Harpe. Nous en rendrons
compte dans le Mercure prochain .
LE BUCHERON , ou les trois Souhaits
, Comédie en un Acte , mêlée d'ariettes
. Repréfentée pour la première
fois par les Comédiens Italiens ordinaires
du Roi , le Lundi 28 Février 1763 ,
in-8° . à Paris , chez Claude Hériffant,
Imprimeur-Libraire , rue Neuve Notre
- Dame , à la Croix d'or . Prix , 1 liv.
4 f. Mufique de M. Philidor. Voyez
L'Article des Spectacles,
NOUVEAUX Elémens de Dynamique
& de Méchanique , par M. Mathon
de la Cour , de l'Académie Royale
des Sciences & Belles - Lettres de
Lyon ; à Paris chez les Frères Periffe ;
& fe trouve à Paris , chez Rollin
rue S. Jacques , vol. in -8 ° de 130
pages avec figures. 2 liv. 10 f. broché,
Les Principes de la Méchanique & de
la Dynamique font abftraits difficiles
, même pour les Géométres ; les
plus habiles n'ont pas dédaigné de s'en
occuper de la manière , ce femble , la
plus élémentaire , & ils ne font pas
toujours d'accord fur les premières vérités
d'où il s'agit de partir.
118 MERCURE DE FRANCE.
L'ouvrage de M. Mathon eft traite
d'une manière nouvelle , & fa méthode
n'avoit point encore paru ; elle fe
réduit à l'équilibre ou à l'oppofition
qu'il y a dans les forces motrices ; jointe
à la réfiftance que l'Auteur fuppofe
dans la matière pour toute efpéce de
mouvement.
Les propriétés de l'équilibre font 1º.
l'égalité qu'il y a néceffairement entre
les fommes des forces oppofées, en quelque
fens que ce foit qu'on les décompofe.
2. L'égalité entre les fommes
des momens oppofés par rapport
à un point quelconque du plan dans
lequel font les directions des forces ,
ou par rapport à un axe quelconque
qu'on peut imaginer à volonté dans le
cas où les directions des forces ne feroient
pas toutes dans un même plan .
M. Mathon tire de ces deux propriétés
plufieurs équations algébriques qu'il
applique aux principaux problêmes de
la Dynamique ; ceux qui ont le plus de
rapport avec les grandes queftions qui
ont ététraitées par les Géométres; il s'agit
par exemple de trouver le mouvement
que recevra un fyftême de corps agité
par des forces quelconques ; de trouver
le mouvement que doivent prendre
L
AVRIL. 1763. 119
?
plufieurs corps frappés à la fois par
un autre ; la plupart des problêmes de
Dynamique viennent fe placer comme
de fimples corollaires des principes lumineux
que l'Auteur y établit tels
font les théories des centres d'ofcillations
des centres de rotations
des plans inclinés , des poulies , des
frottemens ; la charge que fupportent
ces points d'appui , ces léviers
& plufieurs autres queftions importantes
& délicates. Ce Traité quoique fort
court , ne laiffe pas de développer les
élémens de cette Science avec plus de
netteté qu'on ne l'a fait en même
temps qu'il s'éléve à des recherches
très-fçavantes ; on y voit l'efprit mathé
matique , c'eft-à-dire d'ordre, de fimplification
, de déduction , les nouveaux
théorêmes donnés par M. le Chevalier
d'Arcy , y font démontrés d'une ma
nière très-fimple. Et cet Ouvrage paroît
fort néceffaire à ceux qui voudroient
entreprendre de lire feuls ce
qu'ont écrit fur la Dynamique les Auteurs
illuftres qui s'en font occupés , tels
que MM. Bernoulli , Herman , Euler,
Clairaut , d'Alembert , &c .
,
CHARPENTIER , Libraire , quai des
120 MERCURE DE FRANCE
Auguftins , près le Pont S. Michel , à
S. Chryfoftome , a acheté de M. Prault,
petit-fils , les OEuvres de Nivelle de la
Chauffée , de l'Académie Françoiſe ,
nouvelle Edition , corrigée & augmentée
de plufieurs Piéces qui n'avoient
point encore paru . 1763.5 vol. in-12.
petit format. Cette Edition mérite à
toutes fortes d'égards d'être recherchée .
On la doit à un ami de l'Auteur,M . Sablier
, Affocié de l'Académie des Belles-
Lettres de Marfeille. Les OEuvres de
Deftouches , 10 vol . in- 12. petit format.
Les OEuvres de Théâtre de M. de Saint-
Foix , nouvelle Edition revue , corrigée
& augmentée de plufieurs Comédies
4 vol. in-12. 1762 . ,
AVIS AU PUBLIC,
SUR le Mémoire de M. DEPARCIEUX.
Nous avons dit dans notre dernier
Mercure, qu'on n'avoit tiré du Mémoire
de M. Deparcieux , fur le moyen
' d'amener la riviere d'Yvette à Paris ,
à la porte S. Michel , que le nombre
d'exemplaires qu'on vouloit donner ,
& cela étoit vrai ; mais on avoit eu
la précaution de ne pas rompre les
formes ; & voyant que bien des perfonnes
AVRIL. 1763.
121
fonnes le demandoient , on en a tiré
depuis quelques exemplaires qui fe
vendent chez M. Durand , Libraire ,
rue du Foin .
Quelques perfonnes,mais en petit nombre
, ont marqué de l'inquiétude fur le
goût de vafe ou de Marais , dont M.
Dep. parle dans fon Mémoire. Il a'oublié
de faire obferver que l'eau fur
laquelle ont été faites toutes les épreuves
, a été puifée dans le temps que les
feuilles des arbres achevoient de tomber
, encore toutes vertes & pleines de
fuc , qu'elles ne pouvoient manquer de
communiquer à l'eau , joint à ce qu'elle
doit néceffairement enlever des dépôts
qui font dans prèfque tout le cours de
cette rivière , qu'on ne cure jamais
ou que par parties , & de loin en loin
y ayant tels endroits que perfonne du
lieu n'a jamais vu curer ; goût qu'elle
ne prendra plus quand on fera obferver
le réglement pour le curage de la
rivière. Car il ne faut pas être grand
Phyficien pour fentir que l'eau ne peut
avoir ce goût en fortant de la terre &
après avoir été filtrée par un terrein qui
eft prèfque partout de fable vitrifiable
qu'elle lave depuis des Siétles ' ;
terrein de même nature que ceux des
I. Vol. F
>
122 MERCURE DE FRANCE.
hauts de S. Cloud , ville Davré , Ro
quencourt , Meudon , Vanvres Clamart
, Buc , & c. dont les eaux font
pourtant excellentes.
,
Pour ne laiffer aucun doute fur un
projet auffi important pour la Ville de
Paris , M. Dep. fe propofe de lever plus
expreffement toutes ces difficultés , quí
dans le fond ne peuvent guères faire
d'impreffion fur l'efprit des Magiſtrats
éclairés que cela regarde , qui s'en rapporteront
au jugement des perfonnes
capables d'examiner , qui affurent que
l'eau expofée à l'air libre , fans chaleur
& fans mouvement , a entièrement
perdu ce goût au bout de quelques
jours. On pourroit dire d'après cela ,
qu'importeroit-il qu'elle eût ce goût
en fortant de terre , puifqu'elle le perd ?
( fuppofition gratuite. ) Au furplus, c'eft
un goût qu'elle a de commun avec
l'eau de toutes les rivières plus ou
moins fort ; la Seine elle -même n'en
eft pas exempte quand elle eft baffe
en Automne ; on n'y fait pas attention
parce que perfonne n'en parle , &
cela parce que perfonne ne boit l'eau
de la Seine qu'après qu'elle a repofé
dans un réfervoir ou qu'elle a paffé par
une fontaine fablée ; il faudroit dans
AVRIL. 1763: 123
le's comparaifons mettre toujours toutes
chofes égales.
Fermer
Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
En avril 1763, le Mercure de France publie plusieurs annonces de livres. Parmi eux, un 'DICTIONNAIRE DOMESTIQUE PORTATIF' traite de divers aspects de l'économie domestique et rurale, édité par une société de gens de lettres. Le 'GENTILHOMME CULTIVATEUR', traduit de l'anglais par M. Dupuy d'Emportes, est annoncé dans son cinquième tome. L''HISTOIRE DE SALADIN' par M. Marin, membre de plusieurs académies, est publiée en deux volumes. D'autres ouvrages mentionnés incluent 'ESPRIT, Saillies & Singularités' de P. Castel, un 'MANDEMENT & INSTRUCTION PASTORALE' de l'Archevêque de Lyon condamnant certains écrits, et un 'RECUEIL DE PIECES' de l'Académie Royale de la Rochelle. Le texte évoque également des publications sur la dynamique, la médecine, la poésie, et des recueils de maximes. Plusieurs de ces ouvrages sont disponibles chez divers libraires à Paris et dans d'autres villes. Par ailleurs, le texte aborde les propriétés de l'eau et sa perception gustative. Il observe que l'eau exposée à l'air libre, sans chaleur ni mouvement, perd son goût au bout de quelques jours. Cette observation remet en question l'importance du goût de l'eau lorsqu'elle sort de terre, car elle le perd rapidement. Le texte considère cette idée comme une supposition gratuite. Il note également que ce goût est partagé par l'eau de toutes les rivières, plus ou moins fortement. Par exemple, la Seine peut avoir ce goût en automne lorsqu'elle est basse, mais cela passe inaperçu car les gens boivent l'eau après qu'elle a reposé dans un réservoir ou passé par une fontaine filtrée. Le texte insiste sur l'importance de comparer des conditions égales pour évaluer ces caractéristiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
39
p. 195-203
SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
Début :
Le premier volume divisé en deux Parties, renferme les principes physiques de l'Auteur ; [...]
Mots clefs :
Origines de l'univers, Savants, Matière, Mouvement, Cause, Effet, Forces, Physique, Astronomie, Astres, Espace, Terre, Minéraux, Métaux, Météorologie, Végétaux, Animaux, Insectes, Homme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
SUPPLÉMENT aux Nouv . Littéraires.
ANNONCE d'une Hiftoire Naturelle à
l'imitation de PLINE ; précédée d'un
nouveau fyftême de Phyfique ,fur les
Principes de la Nature , pour rendre
raifon des effets les plus curieux , &
les plus extraordinaires , qui fe trouvent
depuis la hauteur des Cieuxjufqu'au
centre de la Terre . Cet Ouvrage
formera fept volumes in-4°. ilfera
orné de planches & de figures concer➡
nant l'Hiftoire Naturelle.
Le premier volume divisé en deux Parties , rena E
ferme les principes phyfiques de l'Auteur ; & on
y expofe les divers fentimens des anciens Philofophes
fur l'origine de l'Univers ; le matérialiſme
y eft réfuté , ainfi que l'opinion de quelques Sçavans
modernes fur ce point. On entre enfuite
en matiere , & on explique de quelle maniere
les élémens fenfibles , qui ne font que trois
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
dans ce fyftême , l'air, l'eau & la terre , peuvent
être produits par la premiere mmaattiieerree , ou pro
prement dite matière-éthérée : 0
Les qualités élémentaires font l'objet d'un dé
tail particulier & très- étendu , on traite de leurs
effets , & de quelle maniere elles feré- peuvent
foudre & rentrer dans le fein de la premiere ſubftance
qui les produit continuellement.
On traite fucceffivement du feu & de la lumiere,
des fenfations & des Elprits animaux qui meuvent
les organes des fens ; & l'explication des principes
des Philofophes chymiftes , fait la conclufion ,
de cette premiere Partie.
La feconde renferme un traité complet fur le
mouvement , dont l'objet eft l'examen du principe
& de la caufe du mouvement , qu'allez volontiers
on confond avec le mouvement local ſenſible. On
fait connoître auffi diftinctement qu'il eft poffible,
que ce principe eft uni effentiellement , & inféparablement
à la matière , malgré l'opinion des
Cartefiens , qui veulent perfuader que ce mouvement
n'eft qu'un pur être de raifon c'eft- à-dire
un être entiérement détaché de la matière fubtile
, dont le monde felon eux eft, compofé , & qui
n'eft communiquable que par le feul contact.
Après avoir fait connoître la différence qu'il y
a dans le mouvement , entre la caufe & l'effet , on
paffe aux preuves de ce qu'on avance , & on rap
porte divers éxemples du mouvement local , ce
qui donne une parfaite conviction de la force de
la matière éthérée , en qui feule réfide le principe
du mouvement , & par le feul moyen de laquelle
les corps graves peuvent fe mouvoir.
On prouve clairement que les corps graves ne
peuvent être mûs que de deux manières. 1. Par
eux-mêmes , lorfqu'ils font en poffeffion de cette
JANVIER. 1764. 197
force motrice qui leur fait faire l'action du mouvement
local. 2. Lorsqu'ils n'ont pas en eux cette
puifance particulière ; & qu'il arrive néanmoins
qu'ils fe meuvent encore pendant quelque temps.
C'eft fur ce principe qu'un corps ne peut fe mouvoir
que par lui-même , ou par l'impulfion d'un
autre , qu'on paffe à l'explication du fyftême propolé.
On éxamine d'abord de quelle manière la continuation
du mouvement des corps graves , attribuée
par les Cartefiens à leur prétendue commu
nication du mouvement , peut fe faire par l'unique
moyen des impulfious de l'élément de l'eau ,
& on obferve auffi , comment ces mêmes corps
graves peuvent être mûs par les impulfions de l'air
feul , & de cet élément aidé par le feu.
Les mouvemens produits par les impulfions du
feu élémentaire , tels que font la foudre & les
autres météores enflammés , font l'objet d'un
Chapitre particulier. On explique après , quel eft
le mouvement des corps graves vers le centre d'e
ta terre qu'on appelle pefanteur , & on rend des
Taifons phyfiques de la caufe & de l'accélération de
ce mouvement.
L'ASTRONOMIE fait le fujet du fecond volume.
On y rapporte les obfervations les plus curieufes
qui ont été faites jufqu'à préfent dans le ciel . On
entre en matière fur ces différens fyltêmes aftronomiques
, & on fe détermine en faveur de celui
d'Archytas, Philofophe Pythagoricien , renouvellé
de nos jours par Copernic.
Après avoir éxaminé en général le tourbillon
du foleil , on entre dans un détail plus particuhier
, c'eft-à- dire par la confidération de cet Aftre
regardé aujourd'hui dans l'hypothèſe du monde ,
comme une fimple étoile fixe , qui brille de fa
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
propre lumière. Enfuite on recherche foigneufe
ment quelle peut être la nature & la compofition
de ce globe lumineux , ainfi que celle des
planettes qui tournent autour de lui , fans oublier
les fatellites ou lunes qui en accompagnent
une partie.
A la fuite de la defcription des aftres renfer
més dans le Tourbillon folaire , on donne un calcul
éxact de leurs diſtances du ſoleil , auffi bien
que celui de leurs mouvemens
foit fur euxmêmes
, foit autour de cet aftre qui eft leur cen
we commun.
>
*
On parle auffi des comettes connues ; on rap
porte à cet égard les différens fentimens des plus
grands Aftronomes fur la nature de ces espèces de
planettes errantes , & on hazarde là- deſſus fes
propres conjectures .
Les découvertes qui ont été faites dans les
cieux des étoiles fixes , engagent de rapporter hiſtoriquement
tout ce qu'on y a obſervé de plus nou
veau depuis près de deux fiécles .
On fait un récit intéreffant de ces eſpaces , ou
nuages lumineux , qui font très- fixes , qu'on a obfervé
parmi les étoiles , depuis l'invention des lu
nettes & des télescopes.
En un mot on entre dans un détail circonftan
cié fur tout ce qui concerne les corps céleftes
& on termine par l'éxamen de l'atmosphère de
la terre , connu auffi ſous le nom de la région des
vapeurs ; ce qui conduit infenfiblement a parler
des foudres , des météores , des iris ou arcs- enciel
, des aurores boréales , &c .
La Terre confidérée aujourd'hui dans le ſyſtême
folaire , comme une Planette particuliere , qui
roule dans les airs , devient l'objet du trojfiéme
volume.
JANVIER. 1764. Tog
On examine d'abord en général la compofi
tion de ce globe. On recherche avec foin juf
qu'où pouvoient aller les connoiffances géographiques
que nos Anciens en avoient. La décou
verte de l'Amérique , ainſi que de divers autres
endroits dont on n'avoit autre fois aucune notion
, donnent lieu à une narration auffi étendue
qu'intéreffante.
Les inégalités de la terre qu'on appelle montagnes
, leur origine , leur figure & les fingularités
que quelques- unes d'elles renferment dans leur
intérieur , donnent champ à une longue defcription.
Le récit hiftorique des plaines , des déferts
fabloneux & des forêts , forme un Chapitre particulier.
Après avoir parlé de ce qu'il y a de plus remar
quable fur la fuperficie du globe terreftre , on s'attache
à donner quelque connoiffance de fon inté →
rieur. On commence par les feux que la terre renferme
dans fon fein , & la deſcription qu'on fait
des plus terribles Volcans , engage à examiner
par quel moyen ces feux peuvent s'entretenir & fe
perpétuer contiuuellement , & on en rend phyfiquement
raifon conformément aux principes que
nous avons d'établis .
On donne une explication fur les caufes générales
des tremblemens de terre , & on rapporte
là- deffus , les différens fentimens des plus célébres
Philofophes de l'Antiquité.
Après avoir prouvé que la terre renferme dans
fon fein une grande quantité de feux , on démontre
avec clarté qu'elle eft également pénétrée de
fouffres , qui , en paffant auprès de ces fournaifes
ardentes , acquiérent une chaleur fenfible. Les fontaines
d'eau chaude minérales , qu'on trouve en
différens endroits , qui pour la plûpart ont des ver-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
as fpécifiques & fingulières , font l'objet d'une
relation fort circonftanciée .
En continuant d'examiner l'intérieur du Globe ,
on fait obferver évidemment que l'eau qui le pénétre
de toutes parts , l'emporte de beaucoup fur
le feu qu'il renferme , ce qui eft juſtifié par le dérail
qu'on fait des eaux d'un grand nombre de rivieres
, de lacs , & de différentes mers qui vont fe
perdre dans la terre pour reparoître après dans
des lieux fort éloignés.
Enfin , après quelques obfervations particulieres
fur les parties qui conftituent le globe terreſtre
on conclut par un traité fort curieux des
changemens qui y arrivent , ou qui y font arrivés.
L'Hiftoire Minérale & Métallique fait le fujet
du quatriéme volume. On propofe d'abord un fentiment
fur la génération du fel , après quoi on en
examine toutes les propriétés.
On fait mention de toutes les minieres qui nous
font connues , auffi bien que de tous les endroits
où l'on tire du fel.
La formation du fable , & les différences qui
s'y rencontrent , font l'objet d'un article curieux .
On paffe immédiatement à la compofition des
autres corps fecs , plus confidérables par leur
grandeur ; tels que font les pierres , tant opaques
que transparentes. Les premieres font d'abord le
fujet de nos recherches physiques , & on donne
des raifons fur leur production.
A la fuite de tous ces récits , on trouve un fyltême
tout- à- fait neuf, fur l'aiman , par le moyen
duquel on peut facilement rendre des raisons probables
de tous les phénomènes que produit cette
merveilleufe pierre.
On traite en particulier de la génération des
Métaux & des Minéraux , dont on explique la naJANVIER.
1764. 201
ure & la compofition , & on finit par l'hiftoire
exacte des pays & des mines où ils fe trouvent.
Le cinquième volume renferme une hypothèſe
nouvelle , touchant le flux & reflux de la mer , où
l'on raifonne d'une manière fenfible , d'un effet
auffi merveilleux ; effet dont on a peu pénétré jufqu'aujourd'hui
les véritables cauſes.
On s'attache enſuite à connoître ce qui peut
occafionner les tempêtes & les autres météores de
la mer les exemples qu'on rapporte là - deffus ,
prouvent non feulement la vérité de ce qui a été
avancé ; mais ils donnent encore de parfaites
connoiffances de ce qui peut produire les mouve
mens orageux de cet élément .
Après cet examen on explique de quelle maniere
fe forment les pluyes ordinaires , & on rend
raifon de celles qu'on ne confidere que comme
furnaturelles , qui font par exemple , les pluyes
de fang , de pierre , d'animaux , de cuivre , &c, ce
qui fait le fujet d'une defcription fort détaillée .
La matière conduit infenfiblement à parler de
l'origine des fources , des rivières , des lacs & des
fontaines. Ce qui fuit , préſente une relation trèsamufante
de tout ce qu'il y a de plus curieux dans
le genre des liquides , c'eſt-à-dire , des lacs , des
fontaines & des viviers qui ont quelque propriété
fingulière.
On fait une recherche phyfique des Végétaux ,
& on donne fur leur génération un ſyſtême particuliers
après quoi on en vient à un autre examen ,
fçavoir , fi les plantes peuvent avoir du fentiment ,
& quel peut être en lui- même ce fentiment : on
termine cette digreffion par un récit de toutes
celles qui peuvent évidemment le prouver.
L'hiftoire particuliere de ce qu'il y a fur la terre
de plus remarquable en ce genre ; la deſcription
1 v
202 MERCURE DE FRANCE.
des Coralloïdes , & de beaucoup d'autres plantes
marines , jointe à celle de quelques Végétaux qui
Le pétrifient , fait la conclufion de ce volume.
Dans le fixiéme on éclaircit d'abord une matière
très-obfcure en elle - même ; c'eft la génération des
animaux. On commence par examiner celle des
quadrupedes. Après avoir expofé le fentiment
de nos Modernes fur la génération , on faitvoir
évidemment , combien tous fe font écartés des lumieres
que le célébre Harvée avoit répandues far
un fujet auffi important.
En fuivant pas à pas ce grand Naturaliſte , on
continue de rechercher avec foin de quelle ma→
niere fe fait la production des volatilles , & o
prouve par des expériences réitérées , que l'animal
ne fe manifefte pas par le feul développe
ment de fes parties , quoiqu'infiniment petites &
très-exiftantes , comme on le foutient hautement
aujourd'hui ; mais qu'elles font toutes en général
formées & perfectionnées fucceffivement.
On traite auffi en particulier de la génération:
des reptiles , des poiffons , des huîtres , & de quelques
autres coquillages. L'hiftoire fuivie de tout
ce qu'il y a de plus curieux dans ces différens gen
res d'animaux , fait le fujet de plufieurs Chapitres
intéreffans .
Les Infectes connus , auffi bien que ceux qui ne
font vifibles que par le fecours du microſcope
deviennent à leur tour l'objet d'un Article particulier.
Après avoir examiné en quoi confifte l'inftinet
& le difcernement , on paffe aux preuves dufen
timent des Bétes ; c'eft dans cette digreffion fufceptible
de toute la curiofité d'un vrai Phyficien
qu'on prouve par un grand nombre d'exemples,
l'abfurdité du Cartéfianiſme fur ce point,
JANVIER . 1764. 203
Enfin on trouve dans ce feptiéme & dernier
volume , un ſyſtême nouveau fur la nature & l'origine
des vents en général , & on donne à la
fuite des obfervations particulières fur les vents
réguliers qui foufflent communément vers certains
endroits , dans certaines faifons de l'année
tels que font les alifées , les mouffons , &
plufieurs autres.
:
On termine par un Traité particulier , ou
on examine fcrupuleufement & dans le plus
grand détail quelles peuvent être les cauſes
de l'amitié & de l'inimitié qui régnent entre les
hommes.
On conclut cet Ouvrage par une differtation
particulière dont l'homme feul eft l'objet , où on
le confidère exactement dans toute l'étendue de
fa définition , c'eſt - â-dire comme animal & con
me raiſonnable.
Cet Ouvrage fera propofé par foufcriptions.
ANNONCE d'une Hiftoire Naturelle à
l'imitation de PLINE ; précédée d'un
nouveau fyftême de Phyfique ,fur les
Principes de la Nature , pour rendre
raifon des effets les plus curieux , &
les plus extraordinaires , qui fe trouvent
depuis la hauteur des Cieuxjufqu'au
centre de la Terre . Cet Ouvrage
formera fept volumes in-4°. ilfera
orné de planches & de figures concer➡
nant l'Hiftoire Naturelle.
Le premier volume divisé en deux Parties , rena E
ferme les principes phyfiques de l'Auteur ; & on
y expofe les divers fentimens des anciens Philofophes
fur l'origine de l'Univers ; le matérialiſme
y eft réfuté , ainfi que l'opinion de quelques Sçavans
modernes fur ce point. On entre enfuite
en matiere , & on explique de quelle maniere
les élémens fenfibles , qui ne font que trois
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
dans ce fyftême , l'air, l'eau & la terre , peuvent
être produits par la premiere mmaattiieerree , ou pro
prement dite matière-éthérée : 0
Les qualités élémentaires font l'objet d'un dé
tail particulier & très- étendu , on traite de leurs
effets , & de quelle maniere elles feré- peuvent
foudre & rentrer dans le fein de la premiere ſubftance
qui les produit continuellement.
On traite fucceffivement du feu & de la lumiere,
des fenfations & des Elprits animaux qui meuvent
les organes des fens ; & l'explication des principes
des Philofophes chymiftes , fait la conclufion ,
de cette premiere Partie.
La feconde renferme un traité complet fur le
mouvement , dont l'objet eft l'examen du principe
& de la caufe du mouvement , qu'allez volontiers
on confond avec le mouvement local ſenſible. On
fait connoître auffi diftinctement qu'il eft poffible,
que ce principe eft uni effentiellement , & inféparablement
à la matière , malgré l'opinion des
Cartefiens , qui veulent perfuader que ce mouvement
n'eft qu'un pur être de raifon c'eft- à-dire
un être entiérement détaché de la matière fubtile
, dont le monde felon eux eft, compofé , & qui
n'eft communiquable que par le feul contact.
Après avoir fait connoître la différence qu'il y
a dans le mouvement , entre la caufe & l'effet , on
paffe aux preuves de ce qu'on avance , & on rap
porte divers éxemples du mouvement local , ce
qui donne une parfaite conviction de la force de
la matière éthérée , en qui feule réfide le principe
du mouvement , & par le feul moyen de laquelle
les corps graves peuvent fe mouvoir.
On prouve clairement que les corps graves ne
peuvent être mûs que de deux manières. 1. Par
eux-mêmes , lorfqu'ils font en poffeffion de cette
JANVIER. 1764. 197
force motrice qui leur fait faire l'action du mouvement
local. 2. Lorsqu'ils n'ont pas en eux cette
puifance particulière ; & qu'il arrive néanmoins
qu'ils fe meuvent encore pendant quelque temps.
C'eft fur ce principe qu'un corps ne peut fe mouvoir
que par lui-même , ou par l'impulfion d'un
autre , qu'on paffe à l'explication du fyftême propolé.
On éxamine d'abord de quelle manière la continuation
du mouvement des corps graves , attribuée
par les Cartefiens à leur prétendue commu
nication du mouvement , peut fe faire par l'unique
moyen des impulfious de l'élément de l'eau ,
& on obferve auffi , comment ces mêmes corps
graves peuvent être mûs par les impulfions de l'air
feul , & de cet élément aidé par le feu.
Les mouvemens produits par les impulfions du
feu élémentaire , tels que font la foudre & les
autres météores enflammés , font l'objet d'un
Chapitre particulier. On explique après , quel eft
le mouvement des corps graves vers le centre d'e
ta terre qu'on appelle pefanteur , & on rend des
Taifons phyfiques de la caufe & de l'accélération de
ce mouvement.
L'ASTRONOMIE fait le fujet du fecond volume.
On y rapporte les obfervations les plus curieufes
qui ont été faites jufqu'à préfent dans le ciel . On
entre en matière fur ces différens fyltêmes aftronomiques
, & on fe détermine en faveur de celui
d'Archytas, Philofophe Pythagoricien , renouvellé
de nos jours par Copernic.
Après avoir éxaminé en général le tourbillon
du foleil , on entre dans un détail plus particuhier
, c'eft-à- dire par la confidération de cet Aftre
regardé aujourd'hui dans l'hypothèſe du monde ,
comme une fimple étoile fixe , qui brille de fa
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
propre lumière. Enfuite on recherche foigneufe
ment quelle peut être la nature & la compofition
de ce globe lumineux , ainfi que celle des
planettes qui tournent autour de lui , fans oublier
les fatellites ou lunes qui en accompagnent
une partie.
A la fuite de la defcription des aftres renfer
més dans le Tourbillon folaire , on donne un calcul
éxact de leurs diſtances du ſoleil , auffi bien
que celui de leurs mouvemens
foit fur euxmêmes
, foit autour de cet aftre qui eft leur cen
we commun.
>
*
On parle auffi des comettes connues ; on rap
porte à cet égard les différens fentimens des plus
grands Aftronomes fur la nature de ces espèces de
planettes errantes , & on hazarde là- deſſus fes
propres conjectures .
Les découvertes qui ont été faites dans les
cieux des étoiles fixes , engagent de rapporter hiſtoriquement
tout ce qu'on y a obſervé de plus nou
veau depuis près de deux fiécles .
On fait un récit intéreffant de ces eſpaces , ou
nuages lumineux , qui font très- fixes , qu'on a obfervé
parmi les étoiles , depuis l'invention des lu
nettes & des télescopes.
En un mot on entre dans un détail circonftan
cié fur tout ce qui concerne les corps céleftes
& on termine par l'éxamen de l'atmosphère de
la terre , connu auffi ſous le nom de la région des
vapeurs ; ce qui conduit infenfiblement a parler
des foudres , des météores , des iris ou arcs- enciel
, des aurores boréales , &c .
La Terre confidérée aujourd'hui dans le ſyſtême
folaire , comme une Planette particuliere , qui
roule dans les airs , devient l'objet du trojfiéme
volume.
JANVIER. 1764. Tog
On examine d'abord en général la compofi
tion de ce globe. On recherche avec foin juf
qu'où pouvoient aller les connoiffances géographiques
que nos Anciens en avoient. La décou
verte de l'Amérique , ainſi que de divers autres
endroits dont on n'avoit autre fois aucune notion
, donnent lieu à une narration auffi étendue
qu'intéreffante.
Les inégalités de la terre qu'on appelle montagnes
, leur origine , leur figure & les fingularités
que quelques- unes d'elles renferment dans leur
intérieur , donnent champ à une longue defcription.
Le récit hiftorique des plaines , des déferts
fabloneux & des forêts , forme un Chapitre particulier.
Après avoir parlé de ce qu'il y a de plus remar
quable fur la fuperficie du globe terreftre , on s'attache
à donner quelque connoiffance de fon inté →
rieur. On commence par les feux que la terre renferme
dans fon fein , & la deſcription qu'on fait
des plus terribles Volcans , engage à examiner
par quel moyen ces feux peuvent s'entretenir & fe
perpétuer contiuuellement , & on en rend phyfiquement
raifon conformément aux principes que
nous avons d'établis .
On donne une explication fur les caufes générales
des tremblemens de terre , & on rapporte
là- deffus , les différens fentimens des plus célébres
Philofophes de l'Antiquité.
Après avoir prouvé que la terre renferme dans
fon fein une grande quantité de feux , on démontre
avec clarté qu'elle eft également pénétrée de
fouffres , qui , en paffant auprès de ces fournaifes
ardentes , acquiérent une chaleur fenfible. Les fontaines
d'eau chaude minérales , qu'on trouve en
différens endroits , qui pour la plûpart ont des ver-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
as fpécifiques & fingulières , font l'objet d'une
relation fort circonftanciée .
En continuant d'examiner l'intérieur du Globe ,
on fait obferver évidemment que l'eau qui le pénétre
de toutes parts , l'emporte de beaucoup fur
le feu qu'il renferme , ce qui eft juſtifié par le dérail
qu'on fait des eaux d'un grand nombre de rivieres
, de lacs , & de différentes mers qui vont fe
perdre dans la terre pour reparoître après dans
des lieux fort éloignés.
Enfin , après quelques obfervations particulieres
fur les parties qui conftituent le globe terreſtre
on conclut par un traité fort curieux des
changemens qui y arrivent , ou qui y font arrivés.
L'Hiftoire Minérale & Métallique fait le fujet
du quatriéme volume. On propofe d'abord un fentiment
fur la génération du fel , après quoi on en
examine toutes les propriétés.
On fait mention de toutes les minieres qui nous
font connues , auffi bien que de tous les endroits
où l'on tire du fel.
La formation du fable , & les différences qui
s'y rencontrent , font l'objet d'un article curieux .
On paffe immédiatement à la compofition des
autres corps fecs , plus confidérables par leur
grandeur ; tels que font les pierres , tant opaques
que transparentes. Les premieres font d'abord le
fujet de nos recherches physiques , & on donne
des raifons fur leur production.
A la fuite de tous ces récits , on trouve un fyltême
tout- à- fait neuf, fur l'aiman , par le moyen
duquel on peut facilement rendre des raisons probables
de tous les phénomènes que produit cette
merveilleufe pierre.
On traite en particulier de la génération des
Métaux & des Minéraux , dont on explique la naJANVIER.
1764. 201
ure & la compofition , & on finit par l'hiftoire
exacte des pays & des mines où ils fe trouvent.
Le cinquième volume renferme une hypothèſe
nouvelle , touchant le flux & reflux de la mer , où
l'on raifonne d'une manière fenfible , d'un effet
auffi merveilleux ; effet dont on a peu pénétré jufqu'aujourd'hui
les véritables cauſes.
On s'attache enſuite à connoître ce qui peut
occafionner les tempêtes & les autres météores de
la mer les exemples qu'on rapporte là - deffus ,
prouvent non feulement la vérité de ce qui a été
avancé ; mais ils donnent encore de parfaites
connoiffances de ce qui peut produire les mouve
mens orageux de cet élément .
Après cet examen on explique de quelle maniere
fe forment les pluyes ordinaires , & on rend
raifon de celles qu'on ne confidere que comme
furnaturelles , qui font par exemple , les pluyes
de fang , de pierre , d'animaux , de cuivre , &c, ce
qui fait le fujet d'une defcription fort détaillée .
La matière conduit infenfiblement à parler de
l'origine des fources , des rivières , des lacs & des
fontaines. Ce qui fuit , préſente une relation trèsamufante
de tout ce qu'il y a de plus curieux dans
le genre des liquides , c'eſt-à-dire , des lacs , des
fontaines & des viviers qui ont quelque propriété
fingulière.
On fait une recherche phyfique des Végétaux ,
& on donne fur leur génération un ſyſtême particuliers
après quoi on en vient à un autre examen ,
fçavoir , fi les plantes peuvent avoir du fentiment ,
& quel peut être en lui- même ce fentiment : on
termine cette digreffion par un récit de toutes
celles qui peuvent évidemment le prouver.
L'hiftoire particuliere de ce qu'il y a fur la terre
de plus remarquable en ce genre ; la deſcription
1 v
202 MERCURE DE FRANCE.
des Coralloïdes , & de beaucoup d'autres plantes
marines , jointe à celle de quelques Végétaux qui
Le pétrifient , fait la conclufion de ce volume.
Dans le fixiéme on éclaircit d'abord une matière
très-obfcure en elle - même ; c'eft la génération des
animaux. On commence par examiner celle des
quadrupedes. Après avoir expofé le fentiment
de nos Modernes fur la génération , on faitvoir
évidemment , combien tous fe font écartés des lumieres
que le célébre Harvée avoit répandues far
un fujet auffi important.
En fuivant pas à pas ce grand Naturaliſte , on
continue de rechercher avec foin de quelle ma→
niere fe fait la production des volatilles , & o
prouve par des expériences réitérées , que l'animal
ne fe manifefte pas par le feul développe
ment de fes parties , quoiqu'infiniment petites &
très-exiftantes , comme on le foutient hautement
aujourd'hui ; mais qu'elles font toutes en général
formées & perfectionnées fucceffivement.
On traite auffi en particulier de la génération:
des reptiles , des poiffons , des huîtres , & de quelques
autres coquillages. L'hiftoire fuivie de tout
ce qu'il y a de plus curieux dans ces différens gen
res d'animaux , fait le fujet de plufieurs Chapitres
intéreffans .
Les Infectes connus , auffi bien que ceux qui ne
font vifibles que par le fecours du microſcope
deviennent à leur tour l'objet d'un Article particulier.
Après avoir examiné en quoi confifte l'inftinet
& le difcernement , on paffe aux preuves dufen
timent des Bétes ; c'eft dans cette digreffion fufceptible
de toute la curiofité d'un vrai Phyficien
qu'on prouve par un grand nombre d'exemples,
l'abfurdité du Cartéfianiſme fur ce point,
JANVIER . 1764. 203
Enfin on trouve dans ce feptiéme & dernier
volume , un ſyſtême nouveau fur la nature & l'origine
des vents en général , & on donne à la
fuite des obfervations particulières fur les vents
réguliers qui foufflent communément vers certains
endroits , dans certaines faifons de l'année
tels que font les alifées , les mouffons , &
plufieurs autres.
:
On termine par un Traité particulier , ou
on examine fcrupuleufement & dans le plus
grand détail quelles peuvent être les cauſes
de l'amitié & de l'inimitié qui régnent entre les
hommes.
On conclut cet Ouvrage par une differtation
particulière dont l'homme feul eft l'objet , où on
le confidère exactement dans toute l'étendue de
fa définition , c'eſt - â-dire comme animal & con
me raiſonnable.
Cet Ouvrage fera propofé par foufcriptions.
Fermer
Résumé : SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
Le document annonce une Histoire Naturelle en sept volumes, inspirée par Pline, précédée d'un nouveau système de physique expliquant les phénomènes naturels depuis les cieux jusqu'au centre de la Terre. Le premier volume, divisé en deux parties, expose les principes physiques de l'auteur et réfute le matérialisme ainsi que certaines opinions modernes. Il traite des éléments sensibles (air, eau, terre) produits par la matière éthérée, des qualités élémentaires, du feu, de la lumière, des sensations et des esprits animaux. La seconde partie examine le mouvement, son principe et sa cause, en opposition à l'opinion des Cartésiens, et prouve que les corps graves peuvent être mus par eux-mêmes ou par des impulsions extérieures. Le second volume aborde l'astronomie, rapportant les observations célestes et adoptant le système d'Archytas, renouvelé par Copernic. Il décrit le soleil, les planètes, les satellites, les comètes et les étoiles fixes, ainsi que les phénomènes atmosphériques comme les foudres et les aurores boréales. Le troisième volume traite de la Terre, considérée comme une planète dans le système solaire. Il explore la composition du globe terrestre, les montagnes, les plaines, les déserts, les forêts, et les phénomènes internes comme les volcans, les tremblements de terre et les sources d'eau chaude. Il conclut par un traité sur les changements géologiques. Le quatrième volume couvre l'histoire minérale et métallique, expliquant la génération du sel, des minéraux, des pierres et des métaux. Il propose un système nouveau sur l'aimant et décrit les mines et les propriétés des métaux. Le cinquième volume présente une hypothèse sur le flux et reflux de la mer, les tempêtes marines et les pluies naturelles ou surnaturelles. Il explore l'origine des sources, des rivières et des lacs. Le sixième volume traite de la génération des animaux, des quadrupèdes, des volatiles, des reptiles, des poissons et des insectes. Il examine également le sentiment et l'instinct des animaux, réfutant le cartésianisme. Le septième et dernier volume propose un système nouveau sur la nature et l'origine des vents, détaillant les vents réguliers comme les alizés et les moussons. Il se conclut par un traité sur les causes des vents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
39
SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
40
p. 210-211
« Le Sieur Nicolas Guibaut, Organiste & Claveciniste à Bunéville en Lorraine, [...] »
Début :
Le Sieur Nicolas Guibaut, Organiste & Claveciniste à Bunéville en Lorraine, [...]
Mots clefs :
Organiste, Clavecin, Invention , Machine, Mécanique, Orgue, Mouvement, Utilité, Satisfaction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur Nicolas Guibaut, Organiste & Claveciniste à Bunéville en Lorraine, [...] »
EE Sieur NIcoLAs GUIBAUT, Organiſte & Cla
veciniſte à Eunéville en Lorraine, a inventé une
Machine compoſée d'une Méchanique qui fait
mouvoir les Souffléts d'un Orgue, autant de temps
qne la ſituation, plus ou moins grande, de la
place qui ſe trouve à portée de l'Orgue peut per
mettre d'étendre ladite Machine.
Il peut en faire conſtruire une dont le mouve
ment donnera la liberté de toucher ſur un grand
Orgue pendant huit jours, pourvu qu'il ſe trouve
à portée dudit Orgue, une place aſſez étendue
pour le contenir. Fendant cet eſpace de temps,
on ne ſera pas obligé de remonter la Machine ;
l'Organiſte, avant de toucher, aura ſeulement
ſoin de tirer des Regiſtres, qui ſeront mis à l'Or
gue par augmentation, pour ne ſervir qu'à donner
le mouvement à ladite Machine, & de repouſſer
leſdits Regiſtres, quand il finira. Ce qu'il obſer--
vera chaque fois qu'il commencera & finira de
toucher. -
Cette Invention a ſon utilité, en ce que les
Soufflets ſe conſerveront plus long-temps, tant'par
le mouvement de cette Méchanique toujours égal,
que par celui d'un Souffleur qui les agite ordinai
rement avec plus ou moins de vîteſle : inégalité
qui préjudicie auxdits Soufflets , & fait tort à l'har
IIlOnie.
L'Auteur de cette Machine, encouragé par l'émulation
que donne STANISLAs LE BIENFAIsANr,
l
J U I N. 1764. - 2r 1
Roi de Pologne, Duc de Lorraine & de Bar, Pro
teéteur des Arts & des Sciences, voulant mériter
quelques regards favorables de cet auguſte Prince,-
a cherché différens effets du Mouvement. Enfin un
petit Orgue de † pieds , qu'il a fait faire
& poſer chez lui il y a quelques années, lui a fait
naître l'idée de l'Hnvention dont il s'agir. Et par le
moyen de cette Méchanique, il peut toucher une
heure & démie, durée qui eſt proportionnée à la
petiteſſe de l'Orgue & de la place qui eſt à portée
pour contenir la Machine.
-
Il en a démontré l'effet, à la ſatisfaction de tous
les Connoiſſeurs.
Cette Invention eſt également utile pour mou
voir les Soufflets des Forges qui manquent d'eau.
veciniſte à Eunéville en Lorraine, a inventé une
Machine compoſée d'une Méchanique qui fait
mouvoir les Souffléts d'un Orgue, autant de temps
qne la ſituation, plus ou moins grande, de la
place qui ſe trouve à portée de l'Orgue peut per
mettre d'étendre ladite Machine.
Il peut en faire conſtruire une dont le mouve
ment donnera la liberté de toucher ſur un grand
Orgue pendant huit jours, pourvu qu'il ſe trouve
à portée dudit Orgue, une place aſſez étendue
pour le contenir. Fendant cet eſpace de temps,
on ne ſera pas obligé de remonter la Machine ;
l'Organiſte, avant de toucher, aura ſeulement
ſoin de tirer des Regiſtres, qui ſeront mis à l'Or
gue par augmentation, pour ne ſervir qu'à donner
le mouvement à ladite Machine, & de repouſſer
leſdits Regiſtres, quand il finira. Ce qu'il obſer--
vera chaque fois qu'il commencera & finira de
toucher. -
Cette Invention a ſon utilité, en ce que les
Soufflets ſe conſerveront plus long-temps, tant'par
le mouvement de cette Méchanique toujours égal,
que par celui d'un Souffleur qui les agite ordinai
rement avec plus ou moins de vîteſle : inégalité
qui préjudicie auxdits Soufflets , & fait tort à l'har
IIlOnie.
L'Auteur de cette Machine, encouragé par l'émulation
que donne STANISLAs LE BIENFAIsANr,
l
J U I N. 1764. - 2r 1
Roi de Pologne, Duc de Lorraine & de Bar, Pro
teéteur des Arts & des Sciences, voulant mériter
quelques regards favorables de cet auguſte Prince,-
a cherché différens effets du Mouvement. Enfin un
petit Orgue de † pieds , qu'il a fait faire
& poſer chez lui il y a quelques années, lui a fait
naître l'idée de l'Hnvention dont il s'agir. Et par le
moyen de cette Méchanique, il peut toucher une
heure & démie, durée qui eſt proportionnée à la
petiteſſe de l'Orgue & de la place qui eſt à portée
pour contenir la Machine.
-
Il en a démontré l'effet, à la ſatisfaction de tous
les Connoiſſeurs.
Cette Invention eſt également utile pour mou
voir les Soufflets des Forges qui manquent d'eau.
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Résumé : « Le Sieur Nicolas Guibaut, Organiste & Claveciniste à Bunéville en Lorraine, [...] »
Nicolas Guibaut, organiste et claveciniste à Eunéville en Lorraine, a inventé une machine mécanique permettant de faire fonctionner les soufflets d'un orgue de manière continue. Cette machine est adaptable en fonction de l'espace disponible autour de l'orgue. Guibaut affirme pouvoir construire une version capable de fonctionner pendant huit jours sans intervention, à condition que l'espace soit suffisant. Pendant cette période, l'organiste doit simplement tirer et repousser des registres spécifiques pour activer et désactiver la machine. Cette invention prolonge la durée de vie des soufflets grâce à un mouvement mécanique constant, améliorant ainsi la qualité du son produit par l'orgue. Encouragé par Stanislas Leszczyński, Roi de Pologne et Duc de Lorraine et de Bar, protecteur des arts et des sciences, Guibaut a développé cette idée après avoir installé un petit orgue chez lui. Il a démontré l'efficacité de sa machine à la satisfaction des experts. Cette invention est également applicable pour actionner les soufflets des forges manquant d'eau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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