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p. 145-204
DISSERTATION astronomique.
Début :
Le sieur Touraine Prestre Curé Margency prés Montmorency, Diocese de [...]
Mots clefs :
Calendrier, Astronomique , Calendrier grégorien, Équinoxes, Calendrier julien , Cassini, Bissextile, Système, Réformation Grégorienne, Touraine
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texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION astronomique.
LEsieur Touraine Prestre
Curé de Margency prés
Montmorency, Diocese de
Paris, a donné au public
un Livre intitulé Instructions
du Calendrteruniversel &
perpetuel, imprimé à Paris
en1705.Il croit avoir montré
par ce Traité avec evidenceque
Meton avoit raison
,
& que les Astronomes
posterieurs, rant ceux
Ejui ont establi le Calendrier
de Jules Cesar, que
ceux qui Tent reformé en
1581* se sont egalement
trompez dans le jugement
dela correspondance qui
est entre les mouvemens
du Soleil & de la Lune. Son
zele pour les Regles de l'Eglise
luy a fait envisager
avec une douleur sensible
les effets de cette erreur
par rapport à la celebration
de la Pasque 8c dct
toutes les Festes mobiles,
mesme par ra pport du septiéme
jour; & il a penséque
pour faire profiter le talent
qui luya cfte confìéd'enhaut,
il ne devoit pas cesser,
malgré les contradictions
exposées au public & à ses
su perieurs
,
l'im portante
verité qu'il a découverte
dont , les consequences seroient
si avantageuses pour
l'exécution des intentions
de l'Eglise.
Entre les Sçavans quise
font opposez au systeme de
l'Auteur, lesunsonttraité
sa dotrine avec mépris,
les autres l'ont examinée
de bonne foy pour l'interest
de laverité. Entre plusieurs
de cette derniere espece
il est honorable pour
l' Auteur de compter Mr
Cassini, qui a bien voulu
luy proposer pour épreuve
de ce nouveau sisteme trois
Eclipses arrivées
,
l'une le
19. Mars de l'an Itl. avant
Jesus-Christ, l'autre le 9.
Janvier de l'an du saluts
753. & la troisieme le 22.
Juin 1694.
L'Auceur a si heureusement
déterminé par sa methode
le temps moyen de
ces Eclypses, quoi qu'arrivées
à une si grande die.
tance les unes des autres,
qu'il sembloit qu'on ne
pouvoit plus luy opposer
de legitimes contradic.
tions: mais la necessité du
calcul l'ayant engage de
montrer qu'outre la reformation
Gregorienne de
1582. il y a preuve qu'il s'en
eftoic fait une autre dans
quelqu'un des siecles précedens,
quoy qu'elle n'ait:
esté déterminée ny par les
Pa pes,ny par les Empereurs,
ny mesme qu'elle
ait esté remarquée paraucun
Historien, ensorte qu'-
il ne s'en trouve ny trace
ny memoire humaine. Cette
proposition luy a attire
une foule de nouveaux
contradicteurs
,
qui on
creu que l'honneur de Thit
toirc & de la chronologie
estoit interesse par l'Autheur,
& quiont pris dan
sa proposition mesme des
moyens pour asseurer \fi
calcul commun des Astronomes,
quidetermine que
235, mois lunaires defail-i
lent d'environ deux heures
de dix-neuf années (oaires,
au lieu que l'ancien
Meton & le nouveau fut
on principedémontrent
qu'ils sont parfaitementégaux,&
que les erreurs du
Calendrier Gregoríen ne
viennent que de l'inégalité
que les reformateurs y
ont voulu supposer.
Le sieur Curé de Margency
a montré dans son
ouvrage principal par les
propres paroles de Mr
Cassini que les Peres du
Concile de Nicée
,
& les
AstronomesEgyptiens qu'-
ils chargerent de la construction
d'un cicle Paschal,
estoient persuadez de cette
égalité
,
mais qu'ils ignoroient
encore la veritable
durée en jours narurels de
la periode solaire annuelle,
puisqu'ils supposoient qu'- j
en 400. ans Juliens elle
n'excedoit que d'un jour,
au lieu de quoyl'anticipation
des Equinoxes obligea I)
les Reformateus de i$8i.|
de décider que dans le mes- ji
me espace de 400. ans elle
excedoit de trois jours en- j
tiers; c'est une verité quir
nest pas contestée aujour- 1
d'huy : mais on en conteste I
la consequence la plusfen-1
sible, qui est que puisque
!e Calendrier Julien a commencé
45. ans avant l'Erc
du salut
,
& qu'il s'ensuit
qu'au temps de la reformationils'estoitpassé1627.
ans, c'est-à-dire plus de
quatre fois 400. ans ,
les -
Reformateurs devoient
pour restablir l'Equinoxe
au temps où il se trouvoit
l'an 45. avant Jesus-Christ
retrancher douze jours de
l'année. Cependant il est
notoire qu'ils n'enosterent
que dix. L'Auteur a donc
pû dire avec un legitime
fondement qu'avant cette
reformation il s'en efbtc'
fait une autre, & quelle a
esté supposee par les Astronomes
employez par GregoireXIII.
L'onauroit pû repliquer.
à l'Auteur que la reformation
Gregorienne n'a poineJ
eu pour objet le restablissement
des Equinoxes aux
jours où elles estoient fous
Jules Cesar, mais à celujr,
où elles estoient au temps
du Concile de Nicée 370.
ans aprés. Ce n'est pas cependant
le chemin que l'on
pris ; on a mieux aimé
uy objecter, que s'il estoit
ray qu'il y eust eu une
reformation ou un rerranchement
de quatre jours
dans la suite duCalendrier
Romain avant celle de
1583.ilfaudroit qu'il yeust
eu interruption de ettres quatre Dominicales,& que
cela est contraire à toutce
qu'il y a de chronologie.
Le sieur Curé de Margency
a entrepris de respondre
à cette objection
,
& il la saic d'autant plus
volotíers, qu'en la refutant
il esperedétruire sans
ressource routes cellesde
pareille nature qui luy
pourroient estre opposées.
Celle qui a esté marqué
cy-dessus qui n'apointesté
faite & qui pouvoitl'estre
plus raisonnablement qu'-
aucune autre,& enfin montrerincontestablement
par
les mesmes princi pes. I,
La caufc & l'origine de
erreurs du Calendrier Julien.
2. Les deux corrections
qui en ont esté -faitc
l'une par autorité pultIi
que & avoüée;l'autre méonnuë
,
mais certaine &
supposée. 3. Et enfin découvrir
nuëment l'erreur
le ces corrections, & ce
[u'll auroit fallu faire pour
es rendre bonnes & convenables
à la fin que l'on
e proposoit en les faisant.
il ne faut pour de (ì grands
effetsqu'establir les principes,
les plus particuliers
de l'Auteur,& ceux qui luy
one communs avec les
contestans, & en tirer ensuite
dlexattcs conclusions;
e public jugerasi celles de
cet écrit sont justes & necessaires.
Les Réformateurs qui
one dressé le Calendrier
Gregorien ont determine
la quantité de l'année fo
laire a trois cens zsoixantc
cinqjours cinq heurcs qua4
ranteneufminutes& doul
ze secondes. Personnen'ignore
ce fait, il n'est question
que desçavoir si cette
determinationest juste.
Ptolomée l'Astronome avoit
fixe la durée de l'année
solaire à 365. jours 5.
heures j" ii" & en cela il
avoit imité Hipparque Ie.
premier maistre de l'astrolomie.
Tout lemonde en
convient encore ; mais si
ladeterminatiori/des Reorm^
teurs est vraye ,
il
'ensuitque celle de Ptolobee
ne l'estoit pas; cepenlant
c'estoit la seule conque
au temps de Jules Cear
,
& au temps du Concie
de Nicée : mais il y a
plus, car loinque ies Aftrojioroes
posterieurs à la reformation
ayent estendu
[a quantité de l'annee, il
kft certain qu'ilsl'ont tous
resserrée. Mr de la Hire
dans ses nouvelles Tables
l'a reduite à 5. heur.49'o
les Astronomes dtAngle1
terre áS. heur. 49'4". Il iej
roit inutile de faire le detail
d'une infinite d'autresopinions,
le peu qui en est dit
icysuffit pour faire connoi-!
stre que la fixation faite pari
Hipparqueestoitfausse,&
qu'elle jectoit tous les hommesdans
l'erreur jusques a
ce que l'anticipationestonnante
des Equinoxes leur
ouvrist les yeux & leur fist
connoistre que quelques
minutes negligées formoient
trois jours entiers
en.
cn 400. ans;que les Astroiiomcs
modernes ayenc inicux reüssiàdécerminer
la quantité de l'année solaire
que les Reformateurs
de 1581. non feulement
Auteur ne le croit pas
mais il a démontréle traire, con- & ille fera de noueau
cy-apres. Contenons-
nous de remarquer a
present quedix-neuf anées
solaires de la quantié
déterminée par les Reormateurs
font ensemble
939. jours 14'48".
La revolution sinodique ,
de la O est selonl'Aureur
de2.9. jours 12.. heur. 43'
33'' 8'" & de la zj)e. partie
d'une minute 40" Cette sixation
n'est peut estre pas
tout-à- fait celle de Meton
l'Athenien
, mais elle revient
parfaitement à son
sisteme, puis qu'en135. periodes
elle compose la met
me durée que 19. années
solaires, c'està-dire 6939.
jours 14. heures 24 48'
Mr de la Hire au contraire
fixe la revolution lu—
naireà 19. jours 11. heuress
44 3' II; les Astronomes
d'Angleterre à 2.9. jours
`14. heures 44; 9JC 3i+e 2.6se
|x'7<c& 38". On pourroic
citer vingt autres opinions
differences sur ce sujet
mais il suffit , pour establir
celle de l'Auteur à leur préjudice
qu'ilait fait voir par
un calcul où son ne peuc ren reprendre
, que les
trois Eclypfes dont il a esle,
parle, conviennenr exactement
à sa methode,&
que distancereciproque se
trouve mesurée avec une
justesseinsigne dans une si
grande fuite de Cedes par
les temps qu'il a determinez
pour la quantité de
l'année solaire & la durée
des revolutions sinodiques
de la O, puisque s'il y avoit
lamoindre erreur dans rune
ou dans l'autre il seroit
impossible que les Eclipses
convinssentason calcul. Il
n'y a personne de bonne
foy qui n'en doive convenir
: cela pose
,
voicy les
principes communs.
Le Calendrier Julien a
Jcoemsmuensce,-4C5. hanrs iasvatn.t
L'ordre des biflextes jri
(si: observé de quatre en
quatre ans sans exception.
Le Calendrier Gregorien
a reformé le Julien en
1582. deJesus-Christ 162.7,
ans aprés son establissement,
la reformation a retranché
dix jours de cettc
année 1582. elle a fixé la
durée de l'année solaire à
365. jours 5. heures49' 12";
elle a déterminé qu'à l'avenir
toutes les centiémes années
ne seroient plus bissextiles
si ce n'est de 400,
en 400. ans;elle reconnut
le deffaut de correspondance
qui sercncontroit
dans le CalendrierJulienentre
les mouvement
du Soleil & de la Lune.
Hincfit, dit le Canon premier
, ut novilunia hoc lernpore
plusquam quatuor dies dise
tant ab aureo numero in ucteri'
Calendario Romano.
De ce petit nombre de
principes
,
voicy les conclusions
que l'Auteur croit
pouvoirtirer legitimement
& hors de toute contradiction
,
s'agissant dc faits &)j
de calculs arithmetiques,
où l'on ne sçauroiterrer.
L'ordre prescritpour l'avenir
par Gregoire XIII.
doit s'estendre au passé au
moins pour juger du fondement
de la reformation,
& il est certain que dans
cet ordre des seize centai-
D'S d'années écoulées entre
le premier an du Calendrier
Julien, & le 1582.
de Jesus-Christ il n'y en
avoit que quatre qui deussent
estre bissextilles, &
que toutes l'ont este4ce qui
fait que la quantité du
temps a este augmentée
d'autant de jours qu'il y a
eu de faux bissextes, c'està
dire de douze jours.
Si l'on dit que la reformation
n'a esté entreprise
que pour restablirl'Equinoxeau
21. de Mars, jour
auquel elles estoientfixées
au temps du Concile de
Nicée qui s'est tenu ran'
32.5. deJesus-Christ, iI est
certain que depuis cette
année jusques à 1582. il nc*
s'ejttpade que onzecentaines
années qui donnoient
seulement huit jours de
faux bissexte, pattant d'u-,
ne & d'afuotrerfmaçoan tlaiorenformation
que ron a faite
n'est pas juste, puisqu'il falloic
oster ou douze jours
pour restablir totalement
le Calendrier Julien, ou
seulement huit jours pour
le restablir au point d'erreur
où il estoit desja au
temps du Concile de Nicé,
c.
La mesme erreur se trouve
par rapport au nombre
d'or & à sa correspondance
avec les nouvelles Lu-
RCS. Les Reformateurs ne
reconnoissenten 1582 que
quatre jours de distance
entre celles-cy &celuy- la,
& il y en auroit deu avoir
autant que de faux bissextes
,
puisque les années
avoient eftc augmentées
mal à propos d'aucant de
jours.
Il faut donc reconnoistre
ou que les Reformateurs
ont ignore les consequences
de leurs propres princi
pes, & les notions les
plus simples & les plus
vraies que l'on puisse jamais
avoir en
pareillematiere,
ou qu'ilsont conneu
qu'il yavoit eu quelque reformationprécedente
de
quelque cause qu'elle ait
pû naistre, soit usage populaire,
soit loy publique,
& non transmise à la posterité,
soit toute autre chose
que l'on pourra imaginer
de plus probable;c.est
le seul expedient que rQn
puisse imaginer pour sauver
la gloire de leur sisteme,
mais on invente cela
gratuitement ,
les Tables
suivantes vont former une
invincible demonstration
de la verité qui consiste
manifestement en cecy.
Quil n'y avoit que huir
jours à retrancher de l'année
Julienne pour restablir
les Equinoxes au point ou
elles estoient du temps du
Concile de Nicée, ou qu'il
y en avoit douze pour les
remettre au point où elles
estoient au premier an Julien.
Et pareillement a legard
de la correspondance du
nombred'or avec lesnouvelles
Lunes qui n'a este
fixe pour l'usage des Chrestiens
qu'au temps du Conçue
de Nicée
,
il y auroit
cli huit nombres à restablir
au lieu de quatreque lesReformateuronttrouve
sion
n'avoit fait une premiere
correctionprecedente cellede1582,
de quelquemamere
quelle foitarrivée.
- Il est vrai
, car il ne faut
rien dissimulerque JcsRéformarcursn'ont
pasatcri*
bué le deffaut de corree:
pondance des nouvelles
Lunes avec lc nombre d'or
au desordre des faux bistextes,
mais qu'ils ont crea
qu'il avoic sa cause dans
l'inégalité naturelle qu'ils
supposoient entre 135. lu
naisons complettes &19.
années solaires qu'ils jugeoient
telles qu'en 311.
ans chaque lunaisondevoit
anticiper d'un jour, mais
c'est la precisement 1&
-
point de l'erreur d'avoir
supposé un deffaut qui n'et:
toit point, & de n'avoir pas
fait attention au veritable.
Chacun sçaítqu'au temps
dela reformation les nombres
d'or ne marquoient
plus les nouvelles Lunes&
que pour ks atrraper prefqu'au
hazard ilestoit d'usage
de compter les cinq syl
labes de ces mots. Neva
Luna hîc, en retrogradant
depuis Ie: nombred'or de
l'année jusqu'au nombre
oùtomboit le hic. Si i'Auteur
demandoit à ses contradiaeurs
de quelle autorice
cet usage stcfloif introduitcommcnc
il avoireste
invencé) par qui, & en quel
temps ,
ils refpondroienc
sans doute qu'il a esté uti
effet de la necessite que les
Ecclesiastiques obligez à
indiquer la Pasque & les
Festes mobiles au peuple,
n'ont pû se dispenser d'inventer
quelque chose qui
reétifiafi le Calendrier;
que l'on n'a pas dit d'abord
, nOVA Luna htc:J mais
seulementnova hic, & qu'-
on y a enfin adjouste les
deux syllabes du mot Luna
lorsqu'on a trouvé dans le
progresdessiecles que le
deffaut de correspondance
jesotoituaurgsme.nré de deuxa
Pourquoy ne veut-oni
pas permettre quel'Auteur.
*en dise autant de la reformationqu'il
soutient avoir
précedé celle dcijSi. puifqu'clle
n'a pas este moins
necessaire que la concefsìon
de nova Luna hic on
aura beau dire que Tamicipation
des Lunes ne pouvoit
estre que de 4. jours
en 1557. annees écoutées
enrre le Concile de Nicée
& le Pontificat de GregoireXIII.
des que l'onconvient
que les années ont
esle augmentees au moins
de huit jours pendant cet
intervalle. Il faut avoüer
que la correspondance du
nombre d'or avoit esloigné
d'autant
, autrement c'est
avaler le chameau & cri.
bler lc moucheron
,
c'est
adire se faire un monstre
d'uneerreur quin'estlie
& negliger celle qui efl
essentielle & plus palpabl
que les tenebres d'Egypte
Mais comment scft-clli
faite cette reformation
comment a t'on pu IDeerompre
l'ordre continu des
lettres Dominicales >
quel temps cela s'est-il fait
quelles en font les preuves
demonstratives les voicy.
L'Auteuravoic dit en
ïos dans sonTraite du Caendrier
univerdel qu'clle
I'eftoic pas faiteavantl'an
53. de Jesus-Christ, & sa
preuve consistoit en l'observation
d'une Eclypsede
ette anncc qui respon doic
parfaitement dans lc stile
Gregorien qu'il est aussi
icile destendre au passé par
supposition que de le coninuer
réellement dans la
venir, aTerreur commune
)rè<; du stile Julien qui consiste
en l'augmentation des
fauxbissextes
, comme il
a este tant de fois repeté.
De forte qu'en retranchan
de l'annee 752. les six, der
niers jours qui luy estoien
de trop , & qui estoieny le
six premiers de Janvier;pa
ce moyen le 9. de Janvie
,7fJ. se trouvoit estre le 15
- dans le aile Gregorienl
comme depuis le 1. oct]
bre ijSt, a estié declare es
tre le 15. du mesme mois
par laBulle de reforma
tion a cause du retranchement
de dix jours quiy sui
ordonné. Mais la contradiction
ayant oblige l'Au
teur d'approfondir davanage
cette matierc, il s'est
abord apperceu que les
uatre jours d'erreurqui se
rouvoient dans la correr.
ondance du nombre d'or
n 1581.. ne provenoient
lue des faux bissextes des
nnées LIOO. noo- 1300. &
500. lesquelles n'en deoient
point avoir felon la
correctionn Gregorienne.
k. qui en ony eu selon lorre
duCalendrier Julien.
-
11 sensuit done que la
eformation conrestce a
stefaiteavant l'année1100.
& posterieurement à ran
900car si le faux bissex
de cette derniere anne
n'avoit pas este oste
,
il
auroic eu cinq jours d'er
reur au lieu de quatre let
lement qui se trou voient e
158:t.
Reduisons ceci a des ter
mes exacts qui puisser
donner des notions préci
ses, quandl'auteur avane
&: soustientqui'il y a eu une
reformation avant l'anné
1000 & posterieurement
l'année 500. Il ne Tettenc
point a l'erreur provenant
de l'anticipation des Equi
oxes, illa borne pouraindire
a l'anticipation des
ouvelles Lunes qui abossoit
leur correspondance
aturelle avec le nombre
l'or ; car comme il est évilent
qu'il y a eu depuis l'an
iooo. de Jesus Christ jus.
jues a la reformation de
582.. quatre faux bissextes
jui avoient augmente la
omme des joursdequatre,
\c qui avoient decompte
l'autant de jours la correscondance
des nouvelles
nes & du nombre d'or.
n'est pas moins evident
que si depuis le Concilede
Nicée on navoit fait aucun
changement, à cet c-i
gard la. somme des jours
auroit encore este augmen
tée des faux bissextes des
annéesdeJesus Christ5oo^
600. 700. & 900. ce qui
auroit fait une discordaned
de huit jours au lieu de quatre.
Partant il faut necessai
reraent supposer une reformation
précedente, &
quelque objection quon?
puisse former par rapport:
aux moyens & a l'execution
ion dun fait si evident
,
iuIIc ne peut prévaloir à la
emonstration que quand
e huit unitez posées, &
lont lasoustraction estjugee
necessaire
,
il ne sen
rouve que quatre sans ress,
il faut dire que l'on en osiéprécedemment qua.
rc autres.
A l'égard de la reformaion
par rapport a l'anticiation
des Equinoxes il est
resdifficile de dire com.
nent les Reformateurs
prés , avoir determine la
luantire de l'ansolaire
comme elle est marqué
cy dessus, ont pu estimer
qu'il y avoicdix jours de
trop à l'anncc,fuppofanc
qu'ils ayent voulu larefta-j
blir au point ou die estoit]
lors du Concile de Nicée ,1
puisque constamment il nC!
s'en trouvoitquehuit. Cctj
te difficuhéavoit fait pen
fer à l'Auteur que la veue
des Reformateurs s'estoitc
portée jusqu'au restablissement
total du Calendrier
Julien; maisen ce cas il
trouvoit douze jours a os-j
ter, il jugea donc que cettej :
consequence estant tircc
de leurs principes, il n'eC.
toit pas possible qu'ils n'eussent
supposéune reformation
precedence,quoyqu'il
en soit,car de ces sortes de
faitsinterieurs,il fautconvenir
qu'il esttousjours temeraire
de nier ou d'affirmer
au dela de ce qui est
produit au dehors,la propositiondel'Auteurqu'il
y
a eu une reformation précedente
celle de I, 8 2. du
moins quant à la correspondance
des nouvelles
Luncs. avec le nombre
d'or; &nerestequ'a ache-v
ver sa demonstration
, en
montrant comment
quand, & par quels mo-i
yens l'ordre des lettres Dominicales
depuis le Concile
de Nicée a esté incerrompu
; ce que l'on a fair
pour le restablir, & ce qu'il
auroit fallu faire pour qu'il:
nty eust plus eu d'erreur. J
Premiere Table des lettres
Dominicales comme 1
elles auroienc dû estre sans erreur..I Seconde Table des lettres
Dominicales comme 1
elles auroient cftc dans
l'ordre du Calendrier Julien
sans la correction supposée.
TroisiemeTable des let-
:res Dominicales comme
elles ontesté effectivement
par erreur, & deux fausses
corrections.
Premiere Colonne des
lettres Dominicales des
H. années de chaque siecle
tirée de la troisieme
Table jusqu'àl'année 982.
avec la correction qui y estoit
a faire.
Seconde Colonne des
lettres Dominicales des 82.
années dechaque siecle tiréc
de la troisieme Table
avec la dernierecorrectioni
aussifausse que la premiere;
Troisième Colonne des
lettrcs Dominicales des 82.
années de chaque siecle
avec une juste corréction,
apres laquelle il ne faut
presque rien pour la faire
bonne & perpetuelle.
On peut voir ces trois;
Tables & ces trois Colonnes
dans la demonstration
de l' Auteur pag.
Les paroles ecrites au
dessus de chaque Colonne
des Tables,expliquent suffisamment
ce qu'ellescontiennent
sans qu'il foit besoin
de le repeter, Mais il
faut observer deux differences
entre les lettres de
la premiere & seconde Table.
La premiere est que centié,mes années n',ont
qu'une lettre, à l'exception
de celles qui font de quatriéme
centaine
,
lesquelles
en ont deux, parce qu'-
elles fonc bissextiles suivant
l'ordre du Calendrier
Gregorien ; & dans la fcr
condeTablc toutes les centaines
années ont deux lettres,
parce qu'elles ont esté
faites bissextiles felon l'ordre
du Calendrier Julien
,
que l'on f^aic avoir esté vicieux
par cet endroir pre-,
cisément. La feconde est
que le nombre total des lettres
des centaines années
dans la premiere Table ne
monte qu'a vingt, & dans
la feconde il est de trente
deux. 1
La premiere difference
découvre la cause du desordre
& de la confusion
de
de tout le CalendrierJulien
,
tels qu'ils font representez
dansla seconde Table,
parce que sans les faux
bissextes toutes les lettres
de la feconde Table ail*
soient esté semblables à
celle de la premiere. La
seconde difference montre aquantité de l'erreur, parce
que les douze lettres que
a seconde Table contient
le plus que la premiere denotent
autant de jours à
etrancher pour establir lc
Calendrier dans sa préciion.
On peut encore remarquer
que dans la premiere
Tabletoutes les années
ont les mesmes lettres Dominicales
de 400. en 400.
ans , au lieu que dans la
feconde elles ne les ont pareilles
que tous les 800. ans,
& que dans la troisieme
Table qui a esté celle d'usage,
on a fait une correc
tion qui ne se rapporte njl
à une ny a l'autre.
Enfin il faut remarquer
que la, lettre Dominicale
de la premiere des 82. années
des trois Tables est la
mesme
, parce qu'alors lc
Calendrier estoit sans er- leur sensible
,
n'y ayant
point encore eu de faux
bissexte. La mesme lettre
se retrouve de400.en 400.
ans dans la premiere Table
jusques à l'année de la
reformation 1582. mais en
la seconde c'est une autre
lettre
,
& en la troisieme
encore une autre, jusqu'à
ce que la reformation luy
a donne abusivement la
mesme lettre qu'en la seconde
Table,au lieu de
celle de la premiere,
.:';' L'année 63. avant Jesus-
Christ qui estoit la 82. de
la centaine qui a précedé
sa naissance
,
& la 158 2.
avant cettenaiflfance font
fort estoignées l'une de
Fautrc : maiselles se ref
pondent entre elles de 400
en400.ans; ainsi ellesautroient
deu avoir la mesme
lettre Dominicale dans
l'ordre Gregorien qui st
lenaturel, & qui partanta
! tousjoursdeu exister, ou
que l'on doit estendre par
supposition jusques au|
commencement des siedes,
aussi ce-tte correspondance
setrouve-telle dans
la premiere Table.
I- Pourquoy n'est-elle pas
dans la fecopcte, la raison
en est claire. G*eftlacquit
tiplication des faux bissextes
qui y sontcomptez, &
qui ont augmentela somme
des jours de 12. jours
& de 12. lettres. Pourquoy n'est elle - pas
dans la troisiéme, &pourquoy
cette troisiémediffe,
roit
-
elle encore de la feconde
avant la reformation
,
& qu'on l'y afait conformerdepuis?
C'estqu'on
avoit fait un changement
précedent, & quereconnoissant
ensuitel'erreur de
ce changement on la voulu
corriger sans sçavoir
appliquerla regle,ensorte
que Ton a fait une seconde
faute pire que la premiere,
du moins en ce que le
remede est plus difficile a
y apporter ,
aujourd'huy
que les esprits font prévenus
en faveur du travail
des Reformateurs.
Mais en quoy consiste
l'erreur de ces corrections
le voicy.
I. La premiere naoste
qu'une partie de l'erreur,
car au lieu d'osterquaere
jours de l'année, & de
changer la lettre Dominicale
de 9 82. de d en A,
comme on le voit en la
troisieme Table, il falloic
nettement retrancher huit
jours, & mettre e, pour Dominicale,
comme il est en
la premiere Table, puifc
qu'il y avoit effeCtivement
huit jours de trop de la
somme du Calendrier Julien.
';
2. Cerertranchementn'a
point apporte de remede
à l'erreur, dont le principeasubsistédepuiscomme
auparavant, en sorte que
dans les derniers siecles qui |
ont precede la seconde reformation
le desordre courant
avoit fait perdre l'idée
de la premiere correction,
laquelle quoyque
tres- évidence ne paroistroit
plus croyable aujourd'huy
,
si l'on ne sçavoit
avec certitude que la lettre
Dominicale couranre
en i;8i. estoit g, qui fut
changé en c par les Reformateurs.
La seconde correction a
eu aussi ses deffauts évidens,
& qui ne sçauroient
estre couverts par les
grands éloges qu'on luy a
donnez, & qui se font sentir
malgré la favorable dif
position où l'on est pour
es Reformateurs de 1582.
premierement de quelque
coste qu'ils ayent regardé
la soustraction qui estoit à
faire dans la somme des
jours ils ont erré, en ayant
retranche dix au lieu de
huit s'ilsnevouloient que
restablir le Calendrier au
point du Concile de Nicée,
ou au lieu de douze
,
s'ils
vouloient le remettre dans
sa premiere perfection
mais ces dix jours avec les
quatre de la premiere re.1
formation font quatorze ,1
ainsi quelqu'ait este leur
dessein ils ont tousjours
oste deux jours de trop.
Il en vray qu'ayant redonné
à l'année 1600. une
bissextile qui ne devoit pas
l'estre, ils ont remis un des
jours qu'ils avoienc ostez
4
nal à propos;mais ils sont
ombez à cet égard dans
n autre inconvenient qui
st d'avoir fait bissexte une
entiéme qui ne devoit pas
estre, en cela trompez par
terme de seize centaine.
Mais s'ils s'étoient doné
la peine de faire remoner
la regle & la supputaion
Gregorienne jusqu'a
in terme qui pust servir de
acine à tous les tem ps poserieurs
, comme ill'est
lans le sisteme de l' Aueur
,
l'an 4200. avant la
naissance de Jesus : Christ,
ou comme l'est le commen-i
cement de la periode Ju-1
lienne dans le sisteme hiCJ.
torique
,
ils auroient connu
que l'an1600 n sir pas
une centaine bissextile n'e£
{ tant pas quamcme centaine.
ma.is,seconde, & ils au- roient jugé que ce cdlcefff:iiuc
se devant communiquer à
toutes les quatriémes centaines
qui respondront à
1600. dans la suite des fieJ
cles il tiendra tousjours le
Calendrier deffectueux.
Curé de Margency prés
Montmorency, Diocese de
Paris, a donné au public
un Livre intitulé Instructions
du Calendrteruniversel &
perpetuel, imprimé à Paris
en1705.Il croit avoir montré
par ce Traité avec evidenceque
Meton avoit raison
,
& que les Astronomes
posterieurs, rant ceux
Ejui ont establi le Calendrier
de Jules Cesar, que
ceux qui Tent reformé en
1581* se sont egalement
trompez dans le jugement
dela correspondance qui
est entre les mouvemens
du Soleil & de la Lune. Son
zele pour les Regles de l'Eglise
luy a fait envisager
avec une douleur sensible
les effets de cette erreur
par rapport à la celebration
de la Pasque 8c dct
toutes les Festes mobiles,
mesme par ra pport du septiéme
jour; & il a penséque
pour faire profiter le talent
qui luya cfte confìéd'enhaut,
il ne devoit pas cesser,
malgré les contradictions
exposées au public & à ses
su perieurs
,
l'im portante
verité qu'il a découverte
dont , les consequences seroient
si avantageuses pour
l'exécution des intentions
de l'Eglise.
Entre les Sçavans quise
font opposez au systeme de
l'Auteur, lesunsonttraité
sa dotrine avec mépris,
les autres l'ont examinée
de bonne foy pour l'interest
de laverité. Entre plusieurs
de cette derniere espece
il est honorable pour
l' Auteur de compter Mr
Cassini, qui a bien voulu
luy proposer pour épreuve
de ce nouveau sisteme trois
Eclipses arrivées
,
l'une le
19. Mars de l'an Itl. avant
Jesus-Christ, l'autre le 9.
Janvier de l'an du saluts
753. & la troisieme le 22.
Juin 1694.
L'Auceur a si heureusement
déterminé par sa methode
le temps moyen de
ces Eclypses, quoi qu'arrivées
à une si grande die.
tance les unes des autres,
qu'il sembloit qu'on ne
pouvoit plus luy opposer
de legitimes contradic.
tions: mais la necessité du
calcul l'ayant engage de
montrer qu'outre la reformation
Gregorienne de
1582. il y a preuve qu'il s'en
eftoic fait une autre dans
quelqu'un des siecles précedens,
quoy qu'elle n'ait:
esté déterminée ny par les
Pa pes,ny par les Empereurs,
ny mesme qu'elle
ait esté remarquée paraucun
Historien, ensorte qu'-
il ne s'en trouve ny trace
ny memoire humaine. Cette
proposition luy a attire
une foule de nouveaux
contradicteurs
,
qui on
creu que l'honneur de Thit
toirc & de la chronologie
estoit interesse par l'Autheur,
& quiont pris dan
sa proposition mesme des
moyens pour asseurer \fi
calcul commun des Astronomes,
quidetermine que
235, mois lunaires defail-i
lent d'environ deux heures
de dix-neuf années (oaires,
au lieu que l'ancien
Meton & le nouveau fut
on principedémontrent
qu'ils sont parfaitementégaux,&
que les erreurs du
Calendrier Gregoríen ne
viennent que de l'inégalité
que les reformateurs y
ont voulu supposer.
Le sieur Curé de Margency
a montré dans son
ouvrage principal par les
propres paroles de Mr
Cassini que les Peres du
Concile de Nicée
,
& les
AstronomesEgyptiens qu'-
ils chargerent de la construction
d'un cicle Paschal,
estoient persuadez de cette
égalité
,
mais qu'ils ignoroient
encore la veritable
durée en jours narurels de
la periode solaire annuelle,
puisqu'ils supposoient qu'- j
en 400. ans Juliens elle
n'excedoit que d'un jour,
au lieu de quoyl'anticipation
des Equinoxes obligea I)
les Reformateus de i$8i.|
de décider que dans le mes- ji
me espace de 400. ans elle
excedoit de trois jours en- j
tiers; c'est une verité quir
nest pas contestée aujour- 1
d'huy : mais on en conteste I
la consequence la plusfen-1
sible, qui est que puisque
!e Calendrier Julien a commencé
45. ans avant l'Erc
du salut
,
& qu'il s'ensuit
qu'au temps de la reformationils'estoitpassé1627.
ans, c'est-à-dire plus de
quatre fois 400. ans ,
les -
Reformateurs devoient
pour restablir l'Equinoxe
au temps où il se trouvoit
l'an 45. avant Jesus-Christ
retrancher douze jours de
l'année. Cependant il est
notoire qu'ils n'enosterent
que dix. L'Auteur a donc
pû dire avec un legitime
fondement qu'avant cette
reformation il s'en efbtc'
fait une autre, & quelle a
esté supposee par les Astronomes
employez par GregoireXIII.
L'onauroit pû repliquer.
à l'Auteur que la reformation
Gregorienne n'a poineJ
eu pour objet le restablissement
des Equinoxes aux
jours où elles estoient fous
Jules Cesar, mais à celujr,
où elles estoient au temps
du Concile de Nicée 370.
ans aprés. Ce n'est pas cependant
le chemin que l'on
pris ; on a mieux aimé
uy objecter, que s'il estoit
ray qu'il y eust eu une
reformation ou un rerranchement
de quatre jours
dans la suite duCalendrier
Romain avant celle de
1583.ilfaudroit qu'il yeust
eu interruption de ettres quatre Dominicales,& que
cela est contraire à toutce
qu'il y a de chronologie.
Le sieur Curé de Margency
a entrepris de respondre
à cette objection
,
& il la saic d'autant plus
volotíers, qu'en la refutant
il esperedétruire sans
ressource routes cellesde
pareille nature qui luy
pourroient estre opposées.
Celle qui a esté marqué
cy-dessus qui n'apointesté
faite & qui pouvoitl'estre
plus raisonnablement qu'-
aucune autre,& enfin montrerincontestablement
par
les mesmes princi pes. I,
La caufc & l'origine de
erreurs du Calendrier Julien.
2. Les deux corrections
qui en ont esté -faitc
l'une par autorité pultIi
que & avoüée;l'autre méonnuë
,
mais certaine &
supposée. 3. Et enfin découvrir
nuëment l'erreur
le ces corrections, & ce
[u'll auroit fallu faire pour
es rendre bonnes & convenables
à la fin que l'on
e proposoit en les faisant.
il ne faut pour de (ì grands
effetsqu'establir les principes,
les plus particuliers
de l'Auteur,& ceux qui luy
one communs avec les
contestans, & en tirer ensuite
dlexattcs conclusions;
e public jugerasi celles de
cet écrit sont justes & necessaires.
Les Réformateurs qui
one dressé le Calendrier
Gregorien ont determine
la quantité de l'année fo
laire a trois cens zsoixantc
cinqjours cinq heurcs qua4
ranteneufminutes& doul
ze secondes. Personnen'ignore
ce fait, il n'est question
que desçavoir si cette
determinationest juste.
Ptolomée l'Astronome avoit
fixe la durée de l'année
solaire à 365. jours 5.
heures j" ii" & en cela il
avoit imité Hipparque Ie.
premier maistre de l'astrolomie.
Tout lemonde en
convient encore ; mais si
ladeterminatiori/des Reorm^
teurs est vraye ,
il
'ensuitque celle de Ptolobee
ne l'estoit pas; cepenlant
c'estoit la seule conque
au temps de Jules Cear
,
& au temps du Concie
de Nicée : mais il y a
plus, car loinque ies Aftrojioroes
posterieurs à la reformation
ayent estendu
[a quantité de l'annee, il
kft certain qu'ilsl'ont tous
resserrée. Mr de la Hire
dans ses nouvelles Tables
l'a reduite à 5. heur.49'o
les Astronomes dtAngle1
terre áS. heur. 49'4". Il iej
roit inutile de faire le detail
d'une infinite d'autresopinions,
le peu qui en est dit
icysuffit pour faire connoi-!
stre que la fixation faite pari
Hipparqueestoitfausse,&
qu'elle jectoit tous les hommesdans
l'erreur jusques a
ce que l'anticipationestonnante
des Equinoxes leur
ouvrist les yeux & leur fist
connoistre que quelques
minutes negligées formoient
trois jours entiers
en.
cn 400. ans;que les Astroiiomcs
modernes ayenc inicux reüssiàdécerminer
la quantité de l'année solaire
que les Reformateurs
de 1581. non feulement
Auteur ne le croit pas
mais il a démontréle traire, con- & ille fera de noueau
cy-apres. Contenons-
nous de remarquer a
present quedix-neuf anées
solaires de la quantié
déterminée par les Reormateurs
font ensemble
939. jours 14'48".
La revolution sinodique ,
de la O est selonl'Aureur
de2.9. jours 12.. heur. 43'
33'' 8'" & de la zj)e. partie
d'une minute 40" Cette sixation
n'est peut estre pas
tout-à- fait celle de Meton
l'Athenien
, mais elle revient
parfaitement à son
sisteme, puis qu'en135. periodes
elle compose la met
me durée que 19. années
solaires, c'està-dire 6939.
jours 14. heures 24 48'
Mr de la Hire au contraire
fixe la revolution lu—
naireà 19. jours 11. heuress
44 3' II; les Astronomes
d'Angleterre à 2.9. jours
`14. heures 44; 9JC 3i+e 2.6se
|x'7<c& 38". On pourroic
citer vingt autres opinions
differences sur ce sujet
mais il suffit , pour establir
celle de l'Auteur à leur préjudice
qu'ilait fait voir par
un calcul où son ne peuc ren reprendre
, que les
trois Eclypfes dont il a esle,
parle, conviennenr exactement
à sa methode,&
que distancereciproque se
trouve mesurée avec une
justesseinsigne dans une si
grande fuite de Cedes par
les temps qu'il a determinez
pour la quantité de
l'année solaire & la durée
des revolutions sinodiques
de la O, puisque s'il y avoit
lamoindre erreur dans rune
ou dans l'autre il seroit
impossible que les Eclipses
convinssentason calcul. Il
n'y a personne de bonne
foy qui n'en doive convenir
: cela pose
,
voicy les
principes communs.
Le Calendrier Julien a
Jcoemsmuensce,-4C5. hanrs iasvatn.t
L'ordre des biflextes jri
(si: observé de quatre en
quatre ans sans exception.
Le Calendrier Gregorien
a reformé le Julien en
1582. deJesus-Christ 162.7,
ans aprés son establissement,
la reformation a retranché
dix jours de cettc
année 1582. elle a fixé la
durée de l'année solaire à
365. jours 5. heures49' 12";
elle a déterminé qu'à l'avenir
toutes les centiémes années
ne seroient plus bissextiles
si ce n'est de 400,
en 400. ans;elle reconnut
le deffaut de correspondance
qui sercncontroit
dans le CalendrierJulienentre
les mouvement
du Soleil & de la Lune.
Hincfit, dit le Canon premier
, ut novilunia hoc lernpore
plusquam quatuor dies dise
tant ab aureo numero in ucteri'
Calendario Romano.
De ce petit nombre de
principes
,
voicy les conclusions
que l'Auteur croit
pouvoirtirer legitimement
& hors de toute contradiction
,
s'agissant dc faits &)j
de calculs arithmetiques,
où l'on ne sçauroiterrer.
L'ordre prescritpour l'avenir
par Gregoire XIII.
doit s'estendre au passé au
moins pour juger du fondement
de la reformation,
& il est certain que dans
cet ordre des seize centai-
D'S d'années écoulées entre
le premier an du Calendrier
Julien, & le 1582.
de Jesus-Christ il n'y en
avoit que quatre qui deussent
estre bissextilles, &
que toutes l'ont este4ce qui
fait que la quantité du
temps a este augmentée
d'autant de jours qu'il y a
eu de faux bissextes, c'està
dire de douze jours.
Si l'on dit que la reformation
n'a esté entreprise
que pour restablirl'Equinoxeau
21. de Mars, jour
auquel elles estoientfixées
au temps du Concile de
Nicée qui s'est tenu ran'
32.5. deJesus-Christ, iI est
certain que depuis cette
année jusques à 1582. il nc*
s'ejttpade que onzecentaines
années qui donnoient
seulement huit jours de
faux bissexte, pattant d'u-,
ne & d'afuotrerfmaçoan tlaiorenformation
que ron a faite
n'est pas juste, puisqu'il falloic
oster ou douze jours
pour restablir totalement
le Calendrier Julien, ou
seulement huit jours pour
le restablir au point d'erreur
où il estoit desja au
temps du Concile de Nicé,
c.
La mesme erreur se trouve
par rapport au nombre
d'or & à sa correspondance
avec les nouvelles Lu-
RCS. Les Reformateurs ne
reconnoissenten 1582 que
quatre jours de distance
entre celles-cy &celuy- la,
& il y en auroit deu avoir
autant que de faux bissextes
,
puisque les années
avoient eftc augmentées
mal à propos d'aucant de
jours.
Il faut donc reconnoistre
ou que les Reformateurs
ont ignore les consequences
de leurs propres princi
pes, & les notions les
plus simples & les plus
vraies que l'on puisse jamais
avoir en
pareillematiere,
ou qu'ilsont conneu
qu'il yavoit eu quelque reformationprécedente
de
quelque cause qu'elle ait
pû naistre, soit usage populaire,
soit loy publique,
& non transmise à la posterité,
soit toute autre chose
que l'on pourra imaginer
de plus probable;c.est
le seul expedient que rQn
puisse imaginer pour sauver
la gloire de leur sisteme,
mais on invente cela
gratuitement ,
les Tables
suivantes vont former une
invincible demonstration
de la verité qui consiste
manifestement en cecy.
Quil n'y avoit que huir
jours à retrancher de l'année
Julienne pour restablir
les Equinoxes au point ou
elles estoient du temps du
Concile de Nicée, ou qu'il
y en avoit douze pour les
remettre au point où elles
estoient au premier an Julien.
Et pareillement a legard
de la correspondance du
nombred'or avec lesnouvelles
Lunes qui n'a este
fixe pour l'usage des Chrestiens
qu'au temps du Conçue
de Nicée
,
il y auroit
cli huit nombres à restablir
au lieu de quatreque lesReformateuronttrouve
sion
n'avoit fait une premiere
correctionprecedente cellede1582,
de quelquemamere
quelle foitarrivée.
- Il est vrai
, car il ne faut
rien dissimulerque JcsRéformarcursn'ont
pasatcri*
bué le deffaut de corree:
pondance des nouvelles
Lunes avec lc nombre d'or
au desordre des faux bistextes,
mais qu'ils ont crea
qu'il avoic sa cause dans
l'inégalité naturelle qu'ils
supposoient entre 135. lu
naisons complettes &19.
années solaires qu'ils jugeoient
telles qu'en 311.
ans chaque lunaisondevoit
anticiper d'un jour, mais
c'est la precisement 1&
-
point de l'erreur d'avoir
supposé un deffaut qui n'et:
toit point, & de n'avoir pas
fait attention au veritable.
Chacun sçaítqu'au temps
dela reformation les nombres
d'or ne marquoient
plus les nouvelles Lunes&
que pour ks atrraper prefqu'au
hazard ilestoit d'usage
de compter les cinq syl
labes de ces mots. Neva
Luna hîc, en retrogradant
depuis Ie: nombred'or de
l'année jusqu'au nombre
oùtomboit le hic. Si i'Auteur
demandoit à ses contradiaeurs
de quelle autorice
cet usage stcfloif introduitcommcnc
il avoireste
invencé) par qui, & en quel
temps ,
ils refpondroienc
sans doute qu'il a esté uti
effet de la necessite que les
Ecclesiastiques obligez à
indiquer la Pasque & les
Festes mobiles au peuple,
n'ont pû se dispenser d'inventer
quelque chose qui
reétifiafi le Calendrier;
que l'on n'a pas dit d'abord
, nOVA Luna htc:J mais
seulementnova hic, & qu'-
on y a enfin adjouste les
deux syllabes du mot Luna
lorsqu'on a trouvé dans le
progresdessiecles que le
deffaut de correspondance
jesotoituaurgsme.nré de deuxa
Pourquoy ne veut-oni
pas permettre quel'Auteur.
*en dise autant de la reformationqu'il
soutient avoir
précedé celle dcijSi. puifqu'clle
n'a pas este moins
necessaire que la concefsìon
de nova Luna hic on
aura beau dire que Tamicipation
des Lunes ne pouvoit
estre que de 4. jours
en 1557. annees écoutées
enrre le Concile de Nicée
& le Pontificat de GregoireXIII.
des que l'onconvient
que les années ont
esle augmentees au moins
de huit jours pendant cet
intervalle. Il faut avoüer
que la correspondance du
nombre d'or avoit esloigné
d'autant
, autrement c'est
avaler le chameau & cri.
bler lc moucheron
,
c'est
adire se faire un monstre
d'uneerreur quin'estlie
& negliger celle qui efl
essentielle & plus palpabl
que les tenebres d'Egypte
Mais comment scft-clli
faite cette reformation
comment a t'on pu IDeerompre
l'ordre continu des
lettres Dominicales >
quel temps cela s'est-il fait
quelles en font les preuves
demonstratives les voicy.
L'Auteuravoic dit en
ïos dans sonTraite du Caendrier
univerdel qu'clle
I'eftoic pas faiteavantl'an
53. de Jesus-Christ, & sa
preuve consistoit en l'observation
d'une Eclypsede
ette anncc qui respon doic
parfaitement dans lc stile
Gregorien qu'il est aussi
icile destendre au passé par
supposition que de le coninuer
réellement dans la
venir, aTerreur commune
)rè<; du stile Julien qui consiste
en l'augmentation des
fauxbissextes
, comme il
a este tant de fois repeté.
De forte qu'en retranchan
de l'annee 752. les six, der
niers jours qui luy estoien
de trop , & qui estoieny le
six premiers de Janvier;pa
ce moyen le 9. de Janvie
,7fJ. se trouvoit estre le 15
- dans le aile Gregorienl
comme depuis le 1. oct]
bre ijSt, a estié declare es
tre le 15. du mesme mois
par laBulle de reforma
tion a cause du retranchement
de dix jours quiy sui
ordonné. Mais la contradiction
ayant oblige l'Au
teur d'approfondir davanage
cette matierc, il s'est
abord apperceu que les
uatre jours d'erreurqui se
rouvoient dans la correr.
ondance du nombre d'or
n 1581.. ne provenoient
lue des faux bissextes des
nnées LIOO. noo- 1300. &
500. lesquelles n'en deoient
point avoir felon la
correctionn Gregorienne.
k. qui en ony eu selon lorre
duCalendrier Julien.
-
11 sensuit done que la
eformation conrestce a
stefaiteavant l'année1100.
& posterieurement à ran
900car si le faux bissex
de cette derniere anne
n'avoit pas este oste
,
il
auroic eu cinq jours d'er
reur au lieu de quatre let
lement qui se trou voient e
158:t.
Reduisons ceci a des ter
mes exacts qui puisser
donner des notions préci
ses, quandl'auteur avane
&: soustientqui'il y a eu une
reformation avant l'anné
1000 & posterieurement
l'année 500. Il ne Tettenc
point a l'erreur provenant
de l'anticipation des Equi
oxes, illa borne pouraindire
a l'anticipation des
ouvelles Lunes qui abossoit
leur correspondance
aturelle avec le nombre
l'or ; car comme il est évilent
qu'il y a eu depuis l'an
iooo. de Jesus Christ jus.
jues a la reformation de
582.. quatre faux bissextes
jui avoient augmente la
omme des joursdequatre,
\c qui avoient decompte
l'autant de jours la correscondance
des nouvelles
nes & du nombre d'or.
n'est pas moins evident
que si depuis le Concilede
Nicée on navoit fait aucun
changement, à cet c-i
gard la. somme des jours
auroit encore este augmen
tée des faux bissextes des
annéesdeJesus Christ5oo^
600. 700. & 900. ce qui
auroit fait une discordaned
de huit jours au lieu de quatre.
Partant il faut necessai
reraent supposer une reformation
précedente, &
quelque objection quon?
puisse former par rapport:
aux moyens & a l'execution
ion dun fait si evident
,
iuIIc ne peut prévaloir à la
emonstration que quand
e huit unitez posées, &
lont lasoustraction estjugee
necessaire
,
il ne sen
rouve que quatre sans ress,
il faut dire que l'on en osiéprécedemment qua.
rc autres.
A l'égard de la reformaion
par rapport a l'anticiation
des Equinoxes il est
resdifficile de dire com.
nent les Reformateurs
prés , avoir determine la
luantire de l'ansolaire
comme elle est marqué
cy dessus, ont pu estimer
qu'il y avoicdix jours de
trop à l'anncc,fuppofanc
qu'ils ayent voulu larefta-j
blir au point ou die estoit]
lors du Concile de Nicée ,1
puisque constamment il nC!
s'en trouvoitquehuit. Cctj
te difficuhéavoit fait pen
fer à l'Auteur que la veue
des Reformateurs s'estoitc
portée jusqu'au restablissement
total du Calendrier
Julien; maisen ce cas il
trouvoit douze jours a os-j
ter, il jugea donc que cettej :
consequence estant tircc
de leurs principes, il n'eC.
toit pas possible qu'ils n'eussent
supposéune reformation
precedence,quoyqu'il
en soit,car de ces sortes de
faitsinterieurs,il fautconvenir
qu'il esttousjours temeraire
de nier ou d'affirmer
au dela de ce qui est
produit au dehors,la propositiondel'Auteurqu'il
y
a eu une reformation précedente
celle de I, 8 2. du
moins quant à la correspondance
des nouvelles
Luncs. avec le nombre
d'or; &nerestequ'a ache-v
ver sa demonstration
, en
montrant comment
quand, & par quels mo-i
yens l'ordre des lettres Dominicales
depuis le Concile
de Nicée a esté incerrompu
; ce que l'on a fair
pour le restablir, & ce qu'il
auroit fallu faire pour qu'il:
nty eust plus eu d'erreur. J
Premiere Table des lettres
Dominicales comme 1
elles auroienc dû estre sans erreur..I Seconde Table des lettres
Dominicales comme 1
elles auroient cftc dans
l'ordre du Calendrier Julien
sans la correction supposée.
TroisiemeTable des let-
:res Dominicales comme
elles ontesté effectivement
par erreur, & deux fausses
corrections.
Premiere Colonne des
lettres Dominicales des
H. années de chaque siecle
tirée de la troisieme
Table jusqu'àl'année 982.
avec la correction qui y estoit
a faire.
Seconde Colonne des
lettres Dominicales des 82.
années dechaque siecle tiréc
de la troisieme Table
avec la dernierecorrectioni
aussifausse que la premiere;
Troisième Colonne des
lettrcs Dominicales des 82.
années de chaque siecle
avec une juste corréction,
apres laquelle il ne faut
presque rien pour la faire
bonne & perpetuelle.
On peut voir ces trois;
Tables & ces trois Colonnes
dans la demonstration
de l' Auteur pag.
Les paroles ecrites au
dessus de chaque Colonne
des Tables,expliquent suffisamment
ce qu'ellescontiennent
sans qu'il foit besoin
de le repeter, Mais il
faut observer deux differences
entre les lettres de
la premiere & seconde Table.
La premiere est que centié,mes années n',ont
qu'une lettre, à l'exception
de celles qui font de quatriéme
centaine
,
lesquelles
en ont deux, parce qu'-
elles fonc bissextiles suivant
l'ordre du Calendrier
Gregorien ; & dans la fcr
condeTablc toutes les centaines
années ont deux lettres,
parce qu'elles ont esté
faites bissextiles felon l'ordre
du Calendrier Julien
,
que l'on f^aic avoir esté vicieux
par cet endroir pre-,
cisément. La feconde est
que le nombre total des lettres
des centaines années
dans la premiere Table ne
monte qu'a vingt, & dans
la feconde il est de trente
deux. 1
La premiere difference
découvre la cause du desordre
& de la confusion
de
de tout le CalendrierJulien
,
tels qu'ils font representez
dansla seconde Table,
parce que sans les faux
bissextes toutes les lettres
de la feconde Table ail*
soient esté semblables à
celle de la premiere. La
seconde difference montre aquantité de l'erreur, parce
que les douze lettres que
a seconde Table contient
le plus que la premiere denotent
autant de jours à
etrancher pour establir lc
Calendrier dans sa préciion.
On peut encore remarquer
que dans la premiere
Tabletoutes les années
ont les mesmes lettres Dominicales
de 400. en 400.
ans , au lieu que dans la
feconde elles ne les ont pareilles
que tous les 800. ans,
& que dans la troisieme
Table qui a esté celle d'usage,
on a fait une correc
tion qui ne se rapporte njl
à une ny a l'autre.
Enfin il faut remarquer
que la, lettre Dominicale
de la premiere des 82. années
des trois Tables est la
mesme
, parce qu'alors lc
Calendrier estoit sans er- leur sensible
,
n'y ayant
point encore eu de faux
bissexte. La mesme lettre
se retrouve de400.en 400.
ans dans la premiere Table
jusques à l'année de la
reformation 1582. mais en
la seconde c'est une autre
lettre
,
& en la troisieme
encore une autre, jusqu'à
ce que la reformation luy
a donne abusivement la
mesme lettre qu'en la seconde
Table,au lieu de
celle de la premiere,
.:';' L'année 63. avant Jesus-
Christ qui estoit la 82. de
la centaine qui a précedé
sa naissance
,
& la 158 2.
avant cettenaiflfance font
fort estoignées l'une de
Fautrc : maiselles se ref
pondent entre elles de 400
en400.ans; ainsi ellesautroient
deu avoir la mesme
lettre Dominicale dans
l'ordre Gregorien qui st
lenaturel, & qui partanta
! tousjoursdeu exister, ou
que l'on doit estendre par
supposition jusques au|
commencement des siedes,
aussi ce-tte correspondance
setrouve-telle dans
la premiere Table.
I- Pourquoy n'est-elle pas
dans la fecopcte, la raison
en est claire. G*eftlacquit
tiplication des faux bissextes
qui y sontcomptez, &
qui ont augmentela somme
des jours de 12. jours
& de 12. lettres. Pourquoy n'est elle - pas
dans la troisiéme, &pourquoy
cette troisiémediffe,
roit
-
elle encore de la feconde
avant la reformation
,
& qu'on l'y afait conformerdepuis?
C'estqu'on
avoit fait un changement
précedent, & quereconnoissant
ensuitel'erreur de
ce changement on la voulu
corriger sans sçavoir
appliquerla regle,ensorte
que Ton a fait une seconde
faute pire que la premiere,
du moins en ce que le
remede est plus difficile a
y apporter ,
aujourd'huy
que les esprits font prévenus
en faveur du travail
des Reformateurs.
Mais en quoy consiste
l'erreur de ces corrections
le voicy.
I. La premiere naoste
qu'une partie de l'erreur,
car au lieu d'osterquaere
jours de l'année, & de
changer la lettre Dominicale
de 9 82. de d en A,
comme on le voit en la
troisieme Table, il falloic
nettement retrancher huit
jours, & mettre e, pour Dominicale,
comme il est en
la premiere Table, puifc
qu'il y avoit effeCtivement
huit jours de trop de la
somme du Calendrier Julien.
';
2. Cerertranchementn'a
point apporte de remede
à l'erreur, dont le principeasubsistédepuiscomme
auparavant, en sorte que
dans les derniers siecles qui |
ont precede la seconde reformation
le desordre courant
avoit fait perdre l'idée
de la premiere correction,
laquelle quoyque
tres- évidence ne paroistroit
plus croyable aujourd'huy
,
si l'on ne sçavoit
avec certitude que la lettre
Dominicale couranre
en i;8i. estoit g, qui fut
changé en c par les Reformateurs.
La seconde correction a
eu aussi ses deffauts évidens,
& qui ne sçauroient
estre couverts par les
grands éloges qu'on luy a
donnez, & qui se font sentir
malgré la favorable dif
position où l'on est pour
es Reformateurs de 1582.
premierement de quelque
coste qu'ils ayent regardé
la soustraction qui estoit à
faire dans la somme des
jours ils ont erré, en ayant
retranche dix au lieu de
huit s'ilsnevouloient que
restablir le Calendrier au
point du Concile de Nicée,
ou au lieu de douze
,
s'ils
vouloient le remettre dans
sa premiere perfection
mais ces dix jours avec les
quatre de la premiere re.1
formation font quatorze ,1
ainsi quelqu'ait este leur
dessein ils ont tousjours
oste deux jours de trop.
Il en vray qu'ayant redonné
à l'année 1600. une
bissextile qui ne devoit pas
l'estre, ils ont remis un des
jours qu'ils avoienc ostez
4
nal à propos;mais ils sont
ombez à cet égard dans
n autre inconvenient qui
st d'avoir fait bissexte une
entiéme qui ne devoit pas
estre, en cela trompez par
terme de seize centaine.
Mais s'ils s'étoient doné
la peine de faire remoner
la regle & la supputaion
Gregorienne jusqu'a
in terme qui pust servir de
acine à tous les tem ps poserieurs
, comme ill'est
lans le sisteme de l' Aueur
,
l'an 4200. avant la
naissance de Jesus : Christ,
ou comme l'est le commen-i
cement de la periode Ju-1
lienne dans le sisteme hiCJ.
torique
,
ils auroient connu
que l'an1600 n sir pas
une centaine bissextile n'e£
{ tant pas quamcme centaine.
ma.is,seconde, & ils au- roient jugé que ce cdlcefff:iiuc
se devant communiquer à
toutes les quatriémes centaines
qui respondront à
1600. dans la suite des fieJ
cles il tiendra tousjours le
Calendrier deffectueux.
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Résumé : DISSERTATION astronomique.
Le texte présente les travaux du sieur Touraine Prestre, curé de Margency, qui a publié en 1705 un livre intitulé 'Instructions du Calendrier universel & perpétuel'. Dans cet ouvrage, l'auteur soutient que Méton avait raison concernant la correspondance entre les mouvements du Soleil et de la Lune, et que les astronomes postérieurs, y compris ceux qui ont établi le calendrier de Jules César et ceux qui l'ont réformé en 1581, se sont trompés. Le curé de Margency exprime sa douleur face aux erreurs du calendrier, qui affectent la célébration de la Pâque et des fêtes mobiles, ainsi que le calcul du septième jour. L'auteur a persévéré dans ses recherches malgré les contradictions, convaincu de l'importance de la vérité qu'il a découverte pour l'Église. Parmi les savants qui se sont opposés à son système, certains l'ont traité avec mépris, tandis que d'autres, comme Cassini, ont examiné sa doctrine de bonne foi. Cassini a proposé à l'auteur de vérifier son nouveau système en déterminant le temps moyen de trois éclipses survenues à des dates éloignées. L'auteur a réussi à déterminer avec précision le temps moyen de ces éclipses, mais la nécessité du calcul l'a conduit à affirmer qu'une autre réforme du calendrier avait eu lieu avant celle de Grégoire XIII en 1582, bien que cette réforme n'ait pas été officiellement reconnue. Cette proposition a suscité de nombreuses contradictions, certains savants estimant que l'honneur de l'histoire et de la chronologie était en jeu. Le curé de Margency a montré que les Pères du Concile de Nicée et les astronomes égyptiens étaient convaincus de l'égalité des périodes solaires et lunaires, mais ignoraient la durée exacte de la période solaire annuelle. Les réformateurs de 1581 ont décidé que, en 400 ans, cette période excédait de trois jours et un tiers, contrairement aux quatre jours et un quart supposés par les anciens. L'auteur soutient que les réformateurs auraient dû retrancher douze jours de l'année pour rétablir l'équinoxe au point où elle se trouvait en 45 avant Jésus-Christ, mais ils n'en ont retranché que dix. L'auteur a également répondu aux objections concernant l'interruption des lettres dominicales, affirmant qu'une réforme antérieure à celle de 1582 avait été supposée par les astronomes de Grégoire XIII. Il a entrepris de démontrer l'erreur des corrections du calendrier julien et les deux réformes qui en ont découlé, l'une officielle et l'autre supposée mais certaine. Il a fixé la durée de l'année solaire à 365 jours, 5 heures, 49 minutes et 12 secondes, contrairement à Ptolémée et Hipparque, et a montré que les astronomes modernes ont resserré cette durée. L'auteur a également déterminé la révolution synodique de la Lune et a affirmé que la réforme du calendrier n'avait pas eu lieu avant l'an 53 de Jésus-Christ. Il a conclu que la réforme supposée avait dû se produire entre les années 500 et 1000 pour corriger les erreurs des faux bissextes. Il a enfin proposé des tables des lettres dominicales pour illustrer les erreurs et les corrections du calendrier julien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 692-701
RÉPONSE d'un partisan de la nouvèle ortografe, et du bureau tipografique à la lètre d'un gramaìrien de Provance, datée de Véntabrén le 2. d'octobre 1730. et insérée dans le Mercure du mois de Janvier 1731.
Début :
Bièn des jans sansés, Monsieur, ont cru que votre critique étoìt une fixion [...]
Mots clefs :
Nouvelle orthographe, Bureau typographique, Critique, Méthode, Réponse, Expérience, Innovation, Système
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE d'un partisan de la nouvèle ortografe, et du bureau tipografique à la lètre d'un gramaìrien de Provance, datée de Véntabrén le 2. d'octobre 1730. et insérée dans le Mercure du mois de Janvier 1731.
REPONSE d'un partisan de la nouvèle
ortografe , et du bureau tipografique
à la letre d'un gramairien de Provance
, datée de Ventabrén le 2. d'octobre
1730. et insérée dans le Mercure du
mois de Janvier 1731 .
' èn des jins sansés , Monsieur , ont
Betcru que votre critique étoit une fixion
de l'auteur des lètres sur la bibliotèque
des anfans ; d'autres ont dit qu'elle
étoit sortie d'un fameus colège , et sans
aucun fondemant l'ont atribuée à un très
habile professeur , dont la vraie critique
n'a
AVRIL. 1731. 693
n'a paru que dans le mois de fevrier.
De quelque androit qu'elle viène , d'autres
l'aïant trouvée pitoyable , ont dit
que ce seroit lui faire trop d'honeur que
d'y répondre sérieusement : d'autres , et
c'est le vulgaire , ont cru que par cette
critique le bureau aloit ètre ranversé de
fond en conble. La réponse n'est donc
nécessaire que pour ceus qui donent toujours
l'avantage au dernier qui parle ; mais
meritent- ils cette atancion ? oui , il faut
écouter tout le monde , bien loin de rebuter
quelcun ; le nonbre des persones
prévenues contre les nouvèles métodes , et
des adversaires du bureau tipografique ,
n'est ancore que trop grand , il faut avoir
de la condesçandance mème pour les esprits
les plus foibles , c'est donc en leur
faveur que je done cette petite réponse
assés inutile pour les vrais lecteurs qui
lisent avec reflexion .
Les homes divisés presque sur tout ,
ne le sont pas moins sur la nature deş
critiques et sur celle des ouvrages critiqués
. Les uns croient que les meilleurs
t livres gagnent par les critiques , ils n'en
exceptent pas le Cid , et les autres pensent
qu'une critique augmante toujours
en quelque manière la prévansion de la
splupart des lecteurs , mème sur la Pucelle
, etc. il pouroit y avoir du vrai dans
ces
394 MERCURE DE FRANCE
ces deus jugemans , les combinaisons du
fisic et du moral ou des circonstances an
décident ordinairemant.
Quoiqu'il an soit , on étoit déja surpris
qu'il n'ût paru aucun adversaire contre
la métode du bureau tipografique , anoncée
et expliquée dans tous les Mercures de
France , depuis le segond volume de juîn
dernier car le préjujé pour mètre tout
à profit , tire d'abor avantage du silance
gardé sur la nouveauté de quelque métode
, et conclut de ce silance , qu'elle ne
merite pas d'être critiquée : et si au contraire
il paroit des critiques , les esprits
prévenus ne saisissent et n'adoptent gue
res de ces critiques , que les raisons specieuses
qui paroissent favorables à leur
prévansion ; aveuglés sur la suite des plus
forts raisonemans , ils s'acoutument à une
espece de voile au travers duquel ne peuvent
passer les rayons les plus lumineus .
Si l'on avoit done gardé un profond
silance sur la métode du bureau tipografique
, beaucoup de persones l'auroint
peut- être mise au rang des métodes avanturées
, dont la seule lecture a dégouté et
mal prévenu le public , c'est donc un
avantage pour le sistème tipografique de
trouver des adversaires , qui contre leur
insinuation , randent le bureau plus conu
et plus recherché , après la lecture des
critiques et des réponses.
AVRIL. 1731.
69.5
Pour revenir à votre lètre , j'aurai l'honeur
de vous dire , Monsieur , que la cour
et la vile en donant favorablement audiance
aus diferans invanteurs an fait
d'art et de sciance , prouvent le bon gour
du siecle et celui du ministre. Les plus
grans personages du royaume , santent la
foiblesse de l'esprit humain , ils voient
tous les jours les besoins où nous somes
de cantité de choses pour la comodité
du public , devez -vous donc ètre surpris
d'aprendre qu'ils écoutent tout ce qu'on
leur propose; qu'ils donent toujours du
courage , souvant des éloges et mème
quelquefois des récompanses aus homes
ingenieus et invantifs , cette généreuse
conduite de la part des grans et de la
cour , inspire de nobles sentimens d'émulation
et nous raproche peu à peu de
la perfection des arts. il n'y a rien là qui
ne fasse honeur aus protecteurs et aus persones
protegées. Les plaintes contre les
abus et l'imperfection des métodes vulgaires
sont des mieus fondées , le mal est
reconu du public qui en fait l'experiance,
cela vous regarde , Monsieur, et м vos confreres
, il s'agit de trouver du remede au
mal conu , et c'est la principale fin que
s'est proposée l'auteur du sistème tipogra
fique.
rs
Je n'antre point dans le détail des afi
ches
696 MERCURE DE FRANCE
ches qui promètent des miracles literaires
, et dont vous paroissés scandalisé ,
mais j'aurois du moins souhaité que vous
ussiés atandu d'ètre mieus instruit sur la
métode du bureau tipografique , que vous
ussiés un peu plus médité votre matiere,
ou un peu plus déferé au témoignage de
l'experiance , car c'est la meilleure des afiches.
Bien loin de vous contanter de simples
exclamacions et de lieus comuns qui
ne prouvent rien , vous auriés du ataquer
le fond du sistème tipografique , mais
coment ataquer ce qu'on ne comprant
pas ? tâchez donc de comprandre , je me
Alate que la lecture des neuf lètres sur la
bibliotèque des enfans vous donera tous
les éclaircissemans que vous demandés ; il
vous est licite et permis , au reste , d'ètre
dificile et peu crédule sur les ouvrages des
nouvèles métodes , mais vous me permetrés
, s'il vous plait , de vous dire que
vous ne devriés pas paroître si extasié des
vieilles métodes dont le decri est de notorieté
publique dans votre province et
peut ètre à Véntabrén mème .
Un critique , M. a beau vouloir faire
le plaisant , il n'est pas toujours sur d'avoir
les rieurs de son côté . voici ce qu'une
persone d'esprit, après avoir lu votre critique
, écrivit à l'auteur des lètres sur la
bibliotèque des enfans.
Je
AVRIL: 1731. 697
Je vous fais mon conpliment , monsieur , sur
la bèle satire que j'ai lue contre vous dans le mercure
de France du mois de janvier ; je ne saí si avec
votre bon esprit vous feriés mieus santir le faus
et le ridicule de ces critiques et de leurs métodes
que le fait cette lètre , quel domage si on l'avoit
suprimée ! il est pourtant vrai que c'est le conble
de l'extravagance.
Je vois avec regret que vous n'avés
pas bien conpris ce que l'auteur a dit sur
l'ortografe des sons ou de l'oreille , vous
avés cela de comun avec le plus grand
nonbre des maîtres de paris mème , come
vous , ils se scandalisent , ils s'anportent,
ils donent des sènes dignes du métier ,
plutôt que de rougir utilemant , et de
songer à s'instruire , du moins en secret ,
de ce qu'ils ignorent , la chose leur seroit
aisée , puisque des enfans en peu de
mois devienent docteurs sur l'article
des sons de la langue et de l'ortografe
de l'oreille qui doit préceder la pratique
de l'ortografe des ïeus et de
l'usage. ces maitres prévenus et obstinés
autant que vous pouriez l'ètre , bien loin
de dire au Seigneur , Domine ut videam ,
apèlent lumiere leurs propres tenèbres et
ne font que batre la campagne sans comprandre
, sans saisir , sans retenir et sans
Suivre le point essenciel du burau tipografique.
vous serés peut- être convaincu
de cette verité quand vous aurés lu les
derniers мercures. D Je
*
698 MERCURE DE FRANCE
Je ne saí quelle idée vous avés du mot
charlatan , mais je doute que vous vou-
Jussiés califier ainsi un home qui au lieu
d'aler chés lui ou dans votre voisinage
jouir de toutes les comodités de la vie
et de la douceur du climat , soufre patiament
le rude séjour de paris dans la
seule esperanse de faire gouter au public
l'ouvrage qu'il souhaite de lui ofrir ; un
home qui emploie ses épargnes à faire
copier , graver , imprimer bien des choses
qu'il distribue ansuite gratis aus rìches
come aus pauvres , aus enemis come
aus amis du burau tipografique , ainsi
qu'il l'a déja pratiqué à l'égard de la brochure
donée en 1711. sur la transposition
de la musique instrumentale ; un home
qui bien loin de demander ou d'accepter
le privilege exclusif pour la vante
des buraus et de leurs garnitures , ofre
de mettre tout le monde au fait de cet
ouvrage et de cette métode ; enfin un
home qui jusqu'ici n'a pas touché un sou
pour les buraus et qui au contraire les a
pretés à ceus qui an ont voulu faire l'experiance.
si vous disiés qu'un tel auteur
est frapé et entousiasme de son ouvrage
et de la chimere du bien public , votre
reflexion aus feus de bien des jans auroit
pour lors plus de fondemant ; mais c'est
une injustice de confondre sous le nomde
charAVRI
L.. 1731.
699
charlatan , ccus qui agissent de bone foi
et par gout pour le bien public.
Vous n'ètes pas plus heureus , M. dans
le comentaire sur la celebre Charmante
de la foire , que sur l'ortografe des sons
que vous ignorés come le plus grand nonbre
de м M. vos confreres. il apert donc
visiblement que vous ne vous ètes jamais
élevé au- dessus de la métode vulgaire et
que vous devriés la respecter cette métode
, mème dans la fameuse chiène , car
je doute qu'une bète dressée par un maitre
ordinaire , pût jamais operer selon le
sistème des sons aussi aisément que selon
le sistème des lètres ; mais remarqués ,
s'il vous plaît , que la métode d'inprimer
lètre à lètre et de ranger , par example ,
sèt cartes pour le mot ouaille , est propremant
la métode vulgaire , la métode
de la chiène lètrée , ou la vôtre qui est
la segonde et moindre des quatre classes
du burau tipografique ; c'est pourquoi
l'auteur conseille de la passer vite come
presque inutile et peu instructive , au lieu
qu'inprimant son à son , et selon la troisième
classe du burau , un enfant de trois
à quatre ans ne metra que trois cartes
pour les trois sons du mot ou- a- ille , lequel
exercice done d'abord la lecture ,
puisque nomer les trois sons ou - a- ille , oų
lire le mot ouaille , c'est la mème chose ,
D ij apa-
380106
700 MERCURE DE FRANCE
aparamant vous ne comprandrés pas ceci ,
et la posterité canine ne poura jamais antreprandre
de l'imiter, que quand ce sistèmedes
sons sera devenu vulgaire.
Je ne vous suis point , M..dans toutes
vos reflexions , elles ont été faites à paris
come à Véntabrén , il y a ici du préjugé,
de la prévention , ect. mais il y a aussi
du gout pour la verité , pour la justice
et pour le bien public , après tout je me
flate que la suite des Mercures et la critique
du savant professeur anonime de
l'université de Paris , vous auront réconcilié
avec le burau tipografique , suposé
que vous soyés bien intancioné et que
vous aimiés la verité , sur tout quand vous
aprandrés par le témoignage mème de
cet habile professeur , que des principaus
de mérite et des plus respectables de l'université
ont laissé introduire l'usage du
burau dans leurs colèges , si malgré cette
de fait et d'autorité , preuve assés
forte pour les maitres qui se piquent bien
plus de latinité et d'autorité que de justesse
de raisonement , si malgré votre
droiture et ce témoignage de la bouche
d'un critique home d'esprit et de merite,
vous regimbés contre l'aiguillon , s'il
vous reste quelque doute et que vous en
fassiés part au public , je tacheraí d'y répondre
de mon mieus , dans la vue de
preuve
conAVRIL.
1731. 701
concourir à la perfection du sistème tipografique
et de vous persuader combien
je suis , etc.
D'un Cabinet tipografique ce 26.Mars 1731
ortografe , et du bureau tipografique
à la letre d'un gramairien de Provance
, datée de Ventabrén le 2. d'octobre
1730. et insérée dans le Mercure du
mois de Janvier 1731 .
' èn des jins sansés , Monsieur , ont
Betcru que votre critique étoit une fixion
de l'auteur des lètres sur la bibliotèque
des anfans ; d'autres ont dit qu'elle
étoit sortie d'un fameus colège , et sans
aucun fondemant l'ont atribuée à un très
habile professeur , dont la vraie critique
n'a
AVRIL. 1731. 693
n'a paru que dans le mois de fevrier.
De quelque androit qu'elle viène , d'autres
l'aïant trouvée pitoyable , ont dit
que ce seroit lui faire trop d'honeur que
d'y répondre sérieusement : d'autres , et
c'est le vulgaire , ont cru que par cette
critique le bureau aloit ètre ranversé de
fond en conble. La réponse n'est donc
nécessaire que pour ceus qui donent toujours
l'avantage au dernier qui parle ; mais
meritent- ils cette atancion ? oui , il faut
écouter tout le monde , bien loin de rebuter
quelcun ; le nonbre des persones
prévenues contre les nouvèles métodes , et
des adversaires du bureau tipografique ,
n'est ancore que trop grand , il faut avoir
de la condesçandance mème pour les esprits
les plus foibles , c'est donc en leur
faveur que je done cette petite réponse
assés inutile pour les vrais lecteurs qui
lisent avec reflexion .
Les homes divisés presque sur tout ,
ne le sont pas moins sur la nature deş
critiques et sur celle des ouvrages critiqués
. Les uns croient que les meilleurs
t livres gagnent par les critiques , ils n'en
exceptent pas le Cid , et les autres pensent
qu'une critique augmante toujours
en quelque manière la prévansion de la
splupart des lecteurs , mème sur la Pucelle
, etc. il pouroit y avoir du vrai dans
ces
394 MERCURE DE FRANCE
ces deus jugemans , les combinaisons du
fisic et du moral ou des circonstances an
décident ordinairemant.
Quoiqu'il an soit , on étoit déja surpris
qu'il n'ût paru aucun adversaire contre
la métode du bureau tipografique , anoncée
et expliquée dans tous les Mercures de
France , depuis le segond volume de juîn
dernier car le préjujé pour mètre tout
à profit , tire d'abor avantage du silance
gardé sur la nouveauté de quelque métode
, et conclut de ce silance , qu'elle ne
merite pas d'être critiquée : et si au contraire
il paroit des critiques , les esprits
prévenus ne saisissent et n'adoptent gue
res de ces critiques , que les raisons specieuses
qui paroissent favorables à leur
prévansion ; aveuglés sur la suite des plus
forts raisonemans , ils s'acoutument à une
espece de voile au travers duquel ne peuvent
passer les rayons les plus lumineus .
Si l'on avoit done gardé un profond
silance sur la métode du bureau tipografique
, beaucoup de persones l'auroint
peut- être mise au rang des métodes avanturées
, dont la seule lecture a dégouté et
mal prévenu le public , c'est donc un
avantage pour le sistème tipografique de
trouver des adversaires , qui contre leur
insinuation , randent le bureau plus conu
et plus recherché , après la lecture des
critiques et des réponses.
AVRIL. 1731.
69.5
Pour revenir à votre lètre , j'aurai l'honeur
de vous dire , Monsieur , que la cour
et la vile en donant favorablement audiance
aus diferans invanteurs an fait
d'art et de sciance , prouvent le bon gour
du siecle et celui du ministre. Les plus
grans personages du royaume , santent la
foiblesse de l'esprit humain , ils voient
tous les jours les besoins où nous somes
de cantité de choses pour la comodité
du public , devez -vous donc ètre surpris
d'aprendre qu'ils écoutent tout ce qu'on
leur propose; qu'ils donent toujours du
courage , souvant des éloges et mème
quelquefois des récompanses aus homes
ingenieus et invantifs , cette généreuse
conduite de la part des grans et de la
cour , inspire de nobles sentimens d'émulation
et nous raproche peu à peu de
la perfection des arts. il n'y a rien là qui
ne fasse honeur aus protecteurs et aus persones
protegées. Les plaintes contre les
abus et l'imperfection des métodes vulgaires
sont des mieus fondées , le mal est
reconu du public qui en fait l'experiance,
cela vous regarde , Monsieur, et м vos confreres
, il s'agit de trouver du remede au
mal conu , et c'est la principale fin que
s'est proposée l'auteur du sistème tipogra
fique.
rs
Je n'antre point dans le détail des afi
ches
696 MERCURE DE FRANCE
ches qui promètent des miracles literaires
, et dont vous paroissés scandalisé ,
mais j'aurois du moins souhaité que vous
ussiés atandu d'ètre mieus instruit sur la
métode du bureau tipografique , que vous
ussiés un peu plus médité votre matiere,
ou un peu plus déferé au témoignage de
l'experiance , car c'est la meilleure des afiches.
Bien loin de vous contanter de simples
exclamacions et de lieus comuns qui
ne prouvent rien , vous auriés du ataquer
le fond du sistème tipografique , mais
coment ataquer ce qu'on ne comprant
pas ? tâchez donc de comprandre , je me
Alate que la lecture des neuf lètres sur la
bibliotèque des enfans vous donera tous
les éclaircissemans que vous demandés ; il
vous est licite et permis , au reste , d'ètre
dificile et peu crédule sur les ouvrages des
nouvèles métodes , mais vous me permetrés
, s'il vous plait , de vous dire que
vous ne devriés pas paroître si extasié des
vieilles métodes dont le decri est de notorieté
publique dans votre province et
peut ètre à Véntabrén mème .
Un critique , M. a beau vouloir faire
le plaisant , il n'est pas toujours sur d'avoir
les rieurs de son côté . voici ce qu'une
persone d'esprit, après avoir lu votre critique
, écrivit à l'auteur des lètres sur la
bibliotèque des enfans.
Je
AVRIL: 1731. 697
Je vous fais mon conpliment , monsieur , sur
la bèle satire que j'ai lue contre vous dans le mercure
de France du mois de janvier ; je ne saí si avec
votre bon esprit vous feriés mieus santir le faus
et le ridicule de ces critiques et de leurs métodes
que le fait cette lètre , quel domage si on l'avoit
suprimée ! il est pourtant vrai que c'est le conble
de l'extravagance.
Je vois avec regret que vous n'avés
pas bien conpris ce que l'auteur a dit sur
l'ortografe des sons ou de l'oreille , vous
avés cela de comun avec le plus grand
nonbre des maîtres de paris mème , come
vous , ils se scandalisent , ils s'anportent,
ils donent des sènes dignes du métier ,
plutôt que de rougir utilemant , et de
songer à s'instruire , du moins en secret ,
de ce qu'ils ignorent , la chose leur seroit
aisée , puisque des enfans en peu de
mois devienent docteurs sur l'article
des sons de la langue et de l'ortografe
de l'oreille qui doit préceder la pratique
de l'ortografe des ïeus et de
l'usage. ces maitres prévenus et obstinés
autant que vous pouriez l'ètre , bien loin
de dire au Seigneur , Domine ut videam ,
apèlent lumiere leurs propres tenèbres et
ne font que batre la campagne sans comprandre
, sans saisir , sans retenir et sans
Suivre le point essenciel du burau tipografique.
vous serés peut- être convaincu
de cette verité quand vous aurés lu les
derniers мercures. D Je
*
698 MERCURE DE FRANCE
Je ne saí quelle idée vous avés du mot
charlatan , mais je doute que vous vou-
Jussiés califier ainsi un home qui au lieu
d'aler chés lui ou dans votre voisinage
jouir de toutes les comodités de la vie
et de la douceur du climat , soufre patiament
le rude séjour de paris dans la
seule esperanse de faire gouter au public
l'ouvrage qu'il souhaite de lui ofrir ; un
home qui emploie ses épargnes à faire
copier , graver , imprimer bien des choses
qu'il distribue ansuite gratis aus rìches
come aus pauvres , aus enemis come
aus amis du burau tipografique , ainsi
qu'il l'a déja pratiqué à l'égard de la brochure
donée en 1711. sur la transposition
de la musique instrumentale ; un home
qui bien loin de demander ou d'accepter
le privilege exclusif pour la vante
des buraus et de leurs garnitures , ofre
de mettre tout le monde au fait de cet
ouvrage et de cette métode ; enfin un
home qui jusqu'ici n'a pas touché un sou
pour les buraus et qui au contraire les a
pretés à ceus qui an ont voulu faire l'experiance.
si vous disiés qu'un tel auteur
est frapé et entousiasme de son ouvrage
et de la chimere du bien public , votre
reflexion aus feus de bien des jans auroit
pour lors plus de fondemant ; mais c'est
une injustice de confondre sous le nomde
charAVRI
L.. 1731.
699
charlatan , ccus qui agissent de bone foi
et par gout pour le bien public.
Vous n'ètes pas plus heureus , M. dans
le comentaire sur la celebre Charmante
de la foire , que sur l'ortografe des sons
que vous ignorés come le plus grand nonbre
de м M. vos confreres. il apert donc
visiblement que vous ne vous ètes jamais
élevé au- dessus de la métode vulgaire et
que vous devriés la respecter cette métode
, mème dans la fameuse chiène , car
je doute qu'une bète dressée par un maitre
ordinaire , pût jamais operer selon le
sistème des sons aussi aisément que selon
le sistème des lètres ; mais remarqués ,
s'il vous plaît , que la métode d'inprimer
lètre à lètre et de ranger , par example ,
sèt cartes pour le mot ouaille , est propremant
la métode vulgaire , la métode
de la chiène lètrée , ou la vôtre qui est
la segonde et moindre des quatre classes
du burau tipografique ; c'est pourquoi
l'auteur conseille de la passer vite come
presque inutile et peu instructive , au lieu
qu'inprimant son à son , et selon la troisième
classe du burau , un enfant de trois
à quatre ans ne metra que trois cartes
pour les trois sons du mot ou- a- ille , lequel
exercice done d'abord la lecture ,
puisque nomer les trois sons ou - a- ille , oų
lire le mot ouaille , c'est la mème chose ,
D ij apa-
380106
700 MERCURE DE FRANCE
aparamant vous ne comprandrés pas ceci ,
et la posterité canine ne poura jamais antreprandre
de l'imiter, que quand ce sistèmedes
sons sera devenu vulgaire.
Je ne vous suis point , M..dans toutes
vos reflexions , elles ont été faites à paris
come à Véntabrén , il y a ici du préjugé,
de la prévention , ect. mais il y a aussi
du gout pour la verité , pour la justice
et pour le bien public , après tout je me
flate que la suite des Mercures et la critique
du savant professeur anonime de
l'université de Paris , vous auront réconcilié
avec le burau tipografique , suposé
que vous soyés bien intancioné et que
vous aimiés la verité , sur tout quand vous
aprandrés par le témoignage mème de
cet habile professeur , que des principaus
de mérite et des plus respectables de l'université
ont laissé introduire l'usage du
burau dans leurs colèges , si malgré cette
de fait et d'autorité , preuve assés
forte pour les maitres qui se piquent bien
plus de latinité et d'autorité que de justesse
de raisonement , si malgré votre
droiture et ce témoignage de la bouche
d'un critique home d'esprit et de merite,
vous regimbés contre l'aiguillon , s'il
vous reste quelque doute et que vous en
fassiés part au public , je tacheraí d'y répondre
de mon mieus , dans la vue de
preuve
conAVRIL.
1731. 701
concourir à la perfection du sistème tipografique
et de vous persuader combien
je suis , etc.
D'un Cabinet tipografique ce 26.Mars 1731
Fermer
Résumé : RÉPONSE d'un partisan de la nouvèle ortografe, et du bureau tipografique à la lètre d'un gramaìrien de Provance, datée de Véntabrén le 2. d'octobre 1730. et insérée dans le Mercure du mois de Janvier 1731.
Le texte est une réponse à une lettre critique adressée à un partisan de la nouvelle orthographe et du bureau typographique. La lettre critique, datée d'octobre 1730, a suscité diverses réactions, certaines attribuant la critique à des sources spécifiques, d'autres la jugeant pitoyable ou exagérée. L'auteur de la réponse décide d'y répondre pour apaiser les esprits prévenus contre les nouvelles méthodes et pour clarifier les malentendus. Les opinions sur les critiques et les ouvrages critiqués sont divisées. Certains pensent que les critiques améliorent les livres, tandis que d'autres estiment qu'elles augmentent les préventions des lecteurs. L'auteur note que le silence sur la méthode typographique pourrait la faire passer pour aventureuse, mais que les critiques, même négatives, augmentent sa notoriété. La réponse souligne également le soutien de la cour et des grands personnages du royaume aux innovations, soulignant la nécessité de trouver des remèdes aux imperfections des méthodes vulgaires. L'auteur regrette que le critique n'ait pas mieux compris la méthode typographique et l'invite à lire les lettres sur la bibliothèque des enfants pour s'éclairer. Le texte mentionne une personne d'esprit qui, après avoir lu la critique, écrit à l'auteur des lettres sur la bibliothèque des enfants pour souligner l'extravagance de la critique. Cette personne critique les maîtres de Paris qui, comme le critique, ne comprennent pas l'orthographe des sons et préfèrent se scandaliser plutôt que de s'instruire. L'auteur de la réponse défend le bureau typographique en soulignant les efforts et les sacrifices de son promoteur, qui distribue gratuitement ses ouvrages et offre de partager sa méthode sans demander de privilège exclusif. Il critique également le manque de compréhension du critique sur des sujets comme l'orthographe des sons et la méthode vulgaire d'impression lettre à lettre. Enfin, l'auteur exprime l'espoir que la suite des Mercures et la critique d'un professeur anonyme de l'Université de Paris réconcilieront le critique avec le bureau typographique, surtout si ce dernier est bien intentionné et aime la vérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 1294-1306
QUATORZIÈME LETTRE sur le Systeme du Bureau Typographique et sur le choix d'un Précepteur, pour la premiere éducation d'un Enfant.
Début :
VOICI, Monsieur, une objection que l'on ne m'auroit [...]
Mots clefs :
Bureau typographique, Bibliothèque des enfants, Éducation, Précepteur, Système, Méthode, A, Bé, Cé Typographique, Maîtres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUATORZIÈME LETTRE sur le Systeme du Bureau Typographique et sur le choix d'un Précepteur, pour la premiere éducation d'un Enfant.
QUATORZIEME LETTRE
sur le Systeme du Bureau Typographique
et sur le choix d'un Précepteur, pour la
premiere éducation d'un Enfant.
Oici , Monsieur , une objection que l'on ne
m'auroit peut- être pas faite , si l'on avoit
pris la peine de lire attentivement les dernieres
Lettres sur le Systême du Bureau Typographi
que , et si l'on avoit un peu parcouru la Brochure qui se vend chez Pierre Witte , ruë S. Jacques,
à l'Ange Gardien , intitulée : Réponse de M. Perquis , Maitre de Philosophie , d'Humanitez et de
Typographie, à la Lettre d'un Professeur anonime
de l'Université de Paris , inserée dans le Mercure
du mois de Février 1731.
Si ce Sisteme , m'a- t'on dit , étoit aussi utile que vous le publiez depuis près de deux ans , lès
Parens et les Maîtres se feroient un plaisir et mê- me un devoir de le suivre pour la premiere institution des enfans de trois à sept et à huit ans ,
cependant les Maîtres sont effrayez à la vûë de cette Machine , et l'on dit que du grand nombre de personnes qui ont lû vos Lettres , qui ont en--
tendu parler de ce Sisteme , ou qui ont vu des Bureaux et même l'exercice de cette Méthode , il
y en a peu qui ayent mis leurs enfans aux Clas- IT. Vol
JUIN. 1732. 1295
ses du Bureau Typographique , il faut donc conclure , a-t'on poursuivi , que ce nouveau Sistême
n'est point aussi utile que vous le prétendez , ni
au-dessus de la Méthode vulgaire.
Voilà , Monsieur , ce que nos Critiques appellent une Démonstration , car ce mot est devenu aujourd'hui si commun , qu'on l'employe
hardiment pour les matieres les plus probléma- tiques ; vous trouvez des Ecrivains de parti ,
acharnez les uns contre les autres qui se flattent
d'avoir procedé à la maniere des Géometres dans
toutes leurs disputes , et l'on peut dire qu'en supposant la verité de leurs principes contestez, bien
des Auteurs , comme Spinosa , ont effectivement suivi la Méthode des Géometres. Venons au fait.-
pour
être
être
Pour répondre à cette prétendue Démonstration , je dis , 1 °. que les Maîtres vulgaires s'opposeront toujours à toutes les Méthodes qui feront:
connoître au Public leur ignorance ou leur pré--
vention , et que leur opposition aveugle et témeraire augmentera toujours le mépris dû à leurs
vaines déclamations. 2°. Qu'un sistème peut
fort utile et meilleur qu'un autre , sans obtenir
néanmoins la préference , parce qu'il ne suffit pas
qu'une chose soit bonne en elle- même recherchée , il faut encore que l'on soit persuadé
de cette bonté , et ce deffaut de persuasion qui
vient d'une infinité de causes , ne diminuë en rien
la bonté réelle de cette même chose. Un exemple
sensible rendra ce raisonnement plus clair. Que
diroit-on à un Chinois qui feroit cette difficulté ,
si une telle Loi , une telle Coutume , et une telle.
Religion , étoient les meilleures du monde , les
Souverains et les Peuples de la Terre se feroient
un plaisir et même un devoir de les pratiquer dèsqu'on leur en parleroit , cependant ils ne le font
II. Vol pase;
1296 MERCURE DE FRANCE
pas ; donc cette Loi , cette Coûtume et cette Religion , ne sont point les meilleures du monde. Le
Lecteur sensé et judicieux , n'a pas besoin qu'on
lui fasse voir la fausseté et le sophisme dans un
pareil raisonnement.
3. Je dis qu'aucun Journal n'a encore parlé
du Bureau Typographique , parce que les Lettres.
insérées dans les Mercures , n'ont encore été ni
affichées , ni mises en vente chez des Libraires.
Je dis que peu de gens lisent les Journaux, la plûpart même des Lecteurs passent les matieres ou
Ies Pieces qu'ils n'entendent point, et qu'ils trouvent toûjours trop longues , de même que celles
où ils ne prennent aucune part. Ceux qui ont lu les Lettres sur le sistème du Bureau , ou qui em
ont entendu parler , ne sont pas tous dans le cas
d'avoir de petits enfans , et quand ce peu de Lecteurs auroit excité la curiosité des autres , ce premier empressement est bien - tôt ralenti par le torrent des embarras du siecle , ou par le flux et
reflux de mille affaires domestiques, Tel Pere
avoit voulu d'abord donner un Bureau à ses enfans , qui ensuite en a été détourné par la mere.
trop œconome ou trop allarmée en fait d'éducation ; tels parens ont proposé l'experience du Bureau, qui en ont été détournez par les Précep
teurs ; c'est ainsi que beaucoup de gens, d'ailleurs
pleins de mérite et bien intentionnez , se laissent
quelquefois mener en aveugles.
4°. Je dis que de tous ceux qui ont vu le Bu
reau , il n'y a personne qui , du moins exterieument et en apparence , n'en ait reconnu l'utilités.
je ne dois pas même en excepter notre Critique.
M. G. quelque mal qu'il ait crû avoir interêt d'en
dire ailleurs. Le Bureau peut se vanter d'avoir à la Cour , à la Ville et dans les Provinces , un grand
II.. Vol. nombre.
JUIN 1732. 1297
nombre d'illustres Partisans dont le témoignage
autentique fera toujours mépriser les mauvaises critiques , malgré le mérite de leurs Auteurs, -
5. Je dis que quand il n'y auroit encore qu'u ne trentaine d'enfans de l'un ou de l'autre sexe
exercez par le sistème du Bureau , ce seroit toûjours beaucoup qu'en si peu de temps , malgré le préjugé vulgaire , malgré les affiches et les vaines.
promesses de plusieurs Charlatans en menuë Litterature , qui dégoutent et indisposent le Public
malgré les Critiques anonimes et celle de M. G.
malgré les calomnies et les faux rapports des
Maîtres et des Précepteurs prévenus ou passion
nez contre le sistème Typographique , ce seroit,
dis-je , toûjours beaucoup d'avoir autant d'enfans connus , exercez et montrez selon cette nouvelle
maniere d'enseigner les premiers élemens des
Lettres..
6º.Je dis que le préjugé , l'ignorance , la paresse,
L'indifference , l'interêt , l'envie et la mauvaisefoi ,
peuvent arrêter pour quelque temps les progrès du
Bureau Typographique ; et afin que mes Critiques
ne blâment point l'emploi de pareils termes , je.
leur déclare que par le mot préjugé , j'entens le ju- les Maîtres por- gement vague et indéterminé que tent par tradition et sans examen en faveur de la
Méthode vulgaire contre toutes les nouvelles
Méthodes ; les trois quarts des Maîtres , pour le
moins , sont dans ce préjugé et presque tous les
parens. Par le mot ignorance , j'entens la privation des connoissances grammaticales necessaires
pour l'intelligence de la doctrine typographique
ou des sons de la Langue Françoise et de la vraye dénomination des Lettres , pour la prompte et fa
cile sillabisation ; nos Critiques et bien d'autres
sont dans cette ignorance. Par le mot paresse ,
II.. Vel j'entens
1298 MERCURE DE FRANCE
j'entens l'aversion et l'éloignement qu'un Maître
fait souvent paroître quand il s'agit de travailler
avec un enfant; cela regarde le plus grand nombre des Précepteurs. Par indifference , j'entens le
caractere de certains Maîtres mercenaires , plus -
occupez , de pane lucrando , que de puero instiuendo. Par interêt , j'entens le motif de certains
Auteurs qui craignent mal à propos que le systême du Bureau ne nuise à la vente de leurs perites Brochures. Par envie, j'entens les sentimens
jaloux de ceux qui ne voudroient jouir que de
leur propre gloire , et même aux dépens de ce lle
des autres. Par mauvaisefoy, j'entens le caractere et le sentiment de ceux qui persuadez de la
bonté et de l'utilité du systême , cachent ce sentiment et agissent contre la vérité connue, poussez par diverses passions, qu'ils n'oseroient avoüer
devant les hommes, et qu'ils ont la malice d'entretenir devant Dieu. Tous ces injustes motifs de
critique , peuvent se rencontrer dans la même
personne ; on pourroit même les désigner , à lamauvais foy près , dont Dieu seul est le juge.
7°. Je dis que l'ortographe passagere dont on
a fait l'essai et dont on a rendu compte dans la
neuvième Lettre sur le sistême du Bureau , je dis
que cette ortographe passagere d'épfant et des
sons ou de l'oreille , peut avoir éloigné bien des
gens , du systême Typographique , ce que n'auroit peut- être pas fait l'ortographe permanente
d'homme , des yeux et de l'usage. Quoiqu'on cut
facilement prévu que cela pourroit arriver ainsi ,
on a été cependant obligé de suivre son Plan
pour mettre le Lecteur bien intentionné , au fait
des sons de la Langue , et en état de mieux juger
du systême ; et cela au hazard de déplaire aux
Lecteurs prévenus qu'on pourroit un peu comII. Vol. parer
JUIN. 1299 1732.
parer à celui qui aima mieux perdre la valeur d'une Lettre de Change , que d'en faire usage ,
malgré l'ortographe singuliere de cette Lettre ,
ou au malade qui refusa tout soulagement , faute
de parfaite guérison.
9
8. J'ajouterai que la saison de l'hyver , propre à faire Recruë de Soldats, ne l'est guere pour
celle des enfans du Bureau. Le froid en fait differer l'exercice , le Printems en paroît la premiere
saison ; outre cela les objets frivoles qu'on donne ordinairement pour étrennes aux petits enfans
dans le commencement de l'année , les occupent
si fort , qu'il seroit pour lors assez inutile de leur
donner un Bureau. Les parens , les amis , les domestiques, tous à l'envi , présentent à l'enfant
bien des niaiseries, plus nuisibles que profitables.
Une Classe de Bureau pour étrennes amuseroit et
instruiroit l'enfant ; mais les parens en general
aiment mieux se prêter au torrent du préjugé
vulgaire,et ausystême ou au jeu des Marionettes,
dont ils font souvent eux-mêmes leur amusement.
9. Oserois- je dire que le prix d'un Bureau
arrête bien des gens riches , dans l'esprit desquels l'argent tient souvent la place de fils aîné
et quelquefois celle de fils unique , même à la
vue d'une nombreuse famille. Dix Pistoles pour
la suite des quatre Classes du Bureau peuvent pa-- roître une somme non seulement à de riches
Bourgeois , mais encore à certaines personnes qui
ne dépensent guere moins de cent francs par jour
pour leur table et pour leur écurie. C'est aux
parens à s'examiner là- dessus devant Dieu et devant les hommes.
,
10°. Il faut convenir que la disette des Maîtres qui veuillent s'asservir au systême du Buseau , en arrétera toûjours les progrès ; mais
II. Vol.
c'est
1300 MERCURE DE FRANCE
c'est faute d'entendre leur véritable interêt qu'ils
refusent d'apprendre et de pratiquer cette métho
de. Elle les feroit rechercher et préferer aux
Maîtres vulgaires ; enfin elle assureroit aux Maîtres externes un nombre de meilleures Maisons
et donneroit aux Précepteurs le choix des meilleurs Elèves. Je dois ajouter icy qu'un mois de
Leçons tipographiques , mettra facilement une
Gouvernante , un Domestique en état de montrer les premieres Classes du Bureau , en atten- dant que l'on donne à l'enfant un Précepteur, ou
bien un Maître -externe.
Q
11 Pour derniere réponse, je donnerai à mon
tour un argument qu'on pourra opposer à celui
de nos critiques. Le voici : Si les Professeurs , les
Régens , les Préfets , ni les Maîtres ne peuvent
pas détruire les preuves qui font voir les avan
tages du Bureau typographique sur la Méthode
vulgaire ; il faut conclure en faveur du Bureau.
Or est-il que ces MM) n'ont pu jusqu'icy prouver l'infériorité du Bureau , ni la supériorité de
la Méthode vulgaire ; donc en faveur de la verité , et pour le bien de la cause des enfans , on
peut, par provision et hardiment predire que les Maîtres ne viendront jamais à bout de prouver l'excellence de leur Méthode vulgaire, contre
celle du Bureau. On doit donc aussi conclure en
faveur du Bureau , contre les mauvaises critiques, C'est au Public à décider , en attendant le
jugement des Commissaires que l'Université de
Paris, et les Académies pourroient nommer dans
la suite , pour l'examen de ce systême.
Je conclus, après toutes ces réfléxions, que les
parens bien intentionnez et curieux de trouver un
bon Précepteur pour leurs petits enfans , ne sauroient mieux faire que de l'éprouver , par le
1. Vel. moyen
JUIN. 1732. 1301
moïen du Bureau tipographyque ; ce sera la
vraie Pierre de touche , en fait de Pédagogie , er l'on peut assurer , sans témérité, que tout Maître
qui refusera aux parens de suivre la Méthode du
Bureau , pour un enfant de trois à sept et à huit
ans , donnera contre lui des préjugez suffisans
pour le refuser lui- même ; et l'on voit par là
que l'épreuve du Maître par celle du Bureau, sera
toujours d'une grande utilité et d'un grand secours pour les parens capables ou incapables de
faire par eux-mêmes choix d'un bon Maître,
>
Les Précepteurs qui refuseront de suivre le systême du Bureau , aux parens qui le leur propos seront , seront obligez de dire pourquoi ? Or ces
Précepteurs , ou ils connoissent le Bureau , ou ils
ne le connoissent pas ; s'ils ne le connoissent
point , et que sans examen ils refusent d'en
faire usage , ils se rendront suspects de préjugé ,
ou d'ignorance , ou de paresse , ou d'indifference; qualitez suffisantes pour refuser ces Précepteurs , dans la plupart desquels on trouvera ordinairement un esprit vain , superficiel , aigre,
indocile , impatient ; un esprit mercenaire , qui
fuit la peine , qui craint le travail , et sur tout
qui redoute l'examen.
Si les Précepteurs au contraire , en refusant absolument de suivre la Méthode du Bureau tipographyque , disent que c'est par connoissance
de cause ; il est juste de les entendre et de répondie à leurs difficultez; ce sera là un des plus surs moyens pour juger de leur maniere de penser , de
parler , et de raisonner. Qualitez rares mais essentielles pour la bonne et la noble éducation.
Cette opposition , d'ailleurs soutenuë de bonne
foy et avec quelque apparence de fondement, ne
peut que faire honneur à l'adversaire , qui se dé11. Vol. clarera
302 MERCURE DE FRANCE
4
clarera contre le systême du Bureau , sans - renoncer à un plus grand examen de cette Methode , ni au dessein de la suivre ; supposé qu'elle se
trouvât la meilleure, L'Auteur , au reste offre
d'intervenir avec plaisir , dans le differend , lorsque les parens témoigneront le désirer , pour le bien de leurs enfans et de la cause publique.
›
Mais si le Maîrre, simple latiniste, plein de luimême, se trouve un esprit faux , incapable de
justesse dans le raisonnement , un esprit sans méthode , enfin un esprit qui ne voye que par les
yeux du préjugé vulgaire , et qui sans vouloir raisonner, soûtienne obstinément que le systême
du Bureau est frivole ; il sera aisé de s'appercevoir qu'un tel caractere n'est pas le meilleur que
l'on puisse désirer pour élever un enfant , et c'est
un grand avantage que de pouvoir s'en assurer
dès le premier jour , sans s'exposer si souvent
à essayer de nouveaux Précepteurs ; car ce frequent changement de Maître , est ordinairement
un obstacle à l'avancement de l'enfant , et le Bureau préviendra quelquefois cetinconvenient.
Les parens qui aiment à se déterminer par rai.
son plutôt que par coutume, remarqueront bientôt dans le monde que les partisans du Bureau
sont ordinairementou personnes d'ordre ou gens
d'esprit Philosophique , aimant le bien public ;
et qu'au contraire ceux qui se déclarent contre le
Bureau ne sont que de simples latinistes , tres- indifferens sur le bien et le mieux , et la plupart incapables d'analiser les idées et de suivre.
avec honneur , le moindre raisonnement. Or si
la chose est , comme j'ose le dire, et comme chacun peut s'en convaincre lui-même , avec les critiques qu'il trouvera dans son chemin ; n'est-ce
pas un grand avantage pour les dignes parens es
D
JUIN. 1732.
1303
pour le public d'avoir un moyen si simple et si
propre à développer l'intérieur des Maîtres les plus dissimulez , qui se présenteront pour la pre- miere institution de l'enfance.
Je ne prétens pas , au reste , conclure qu'un
Maître qui offre de se soumettre au systême du
Bureau devienne par-là et sur le champ un bon
Précepteur ; mais je veux seulement dire qu'entre deux hommes de Lettres , à peu près d'égale réputation , en fait de Pédagogie, on doit toujours préferer l'esprit doux , docile , bien intentionné,
méthodique, qui se prétera volontiers et sans répugnance à l'exercice du Bureau, et qui en hom- me d'honneur et de bien , par ses discours et par
sa complaisance litteraire,prouvera qu'il ne craint
pas le travail , et qu'il est capable d'affection et d'attachement pour l'enfant dont on veut bien
d'abord lui confier la premiere éducation,
5
On pourra aussi trouver des Maîtres d'ailleurs
tres-capables , qui pleins d'eux- mêmes et de la Méthode vulgaire , diront qu'il est possible que
le Bureau soit bon et utile , mais que leur répu- tation étant faite , ils n'ont pas besoin d'entrer
dans le détail de ce systême, et qu'ils s'en tiennent à leur maniere d'enseigner , sans vouloir
être remis à l'A , Bé, Cé Tipographyque. Or ne
peut-on pas encore dire , sans témérité , que ces Maîtres , quelque habiles qu'ils soient dans le
Grec et dans le Latin ; que ces Maîtres , dis-je ,
en craignant la peine et le travail , donnent parlà contr'eux, des préjugez suffisans pour leur refuser la préférence sur les autres Maîtres ? Car
c'est déja un grand préjugé contre un Précep- teur que de vouloir d'abord canoniser son indifference, sa paresse , et son peu de goût litteraire ,
en refusant de lire une Méthode qui fait quelque
11. Vol. bruit
1304 MERCURE DE FRANCE
bruit dans le monde , et qui , selon l'expression
d'un grand homme, annonce une révolution dans l'éducation des enfans.
Enfin il y a des Maîtres bien intentionnez , qui
feroient volontiers usage du Bureau s'ils en comprenoient le systême , mais ils s'en font d'abord une épouvantail et tâchent adroitement de
détourner les parens qui en voudroient faire l'expérience.
Je n'ai rien à dire contre la prudence de ces
Maîtres , si ce n'est qu'ils apprendroient facilement le systême , dès que sans prévention , et à
l'exemple des autres , ils en voudroient faire l'essai ; les enfans donneront aux Maîtres le temps
necessaire pour cette étude ; comme les Ecoliers
de certains Colleges , donnent aux Regens des
Basses classes, le temps de se rendre capables des
plus hautes. Le Maître apprendra le sistème Ty ,
pographique en le mostrant à l'enfant , après
avoir un peu raisonné et conferé avec quelque
Maître de Typographie , et après avoir vú travailler quelque Enfant sur la Table de son Bureau. Ce sera toujours un grand préjugé contre
un Précepteur s'il trouve pénible et difficile un
petit exercice d'enfant. Un Maître qui craint ce
petit travail , fait voir sans y prendre garde, qu'il
est occupé à chercher du pain , plutôt qu'à le
gagner.
On trouvera au surplus facilement de bons
Maîtres quand les parens connoîtront le prix de l'éducation , qu'ils ne regarderont pas un Precep
teur comme un simple domestique , indigne de manger à leur table , à propos de quoi il n'est
pas mal de rapporter ici ce que le Maréchal
de Villeroy dit autrefois à l'occasion d'un Prési- dent à Mortier, dont le fils ne mangeoit pomt
II. Vol. avec
JUIN 1732. 1305
avec son Précepteur : Je ne voudrois point , dit le
Maréchal , donner à mon fils un homme que je ne
croirois pas digne de manger à matable. Il est visible qu'un Maître , Précepteur , ou Gouverneur
qui ne mangera pas avec son Eleve , ei sera
bientôt méprisé. Enfin les parens trouveront un
bon Précepteur quand ils seront dans le dessein
de le dédommager du sacrifice qu'il aura fait de
sa liberté , de son tems , et de la meilleure partie de ses années.
D'où vient qu'on est si libéral à l'égard d'un
Cuisinier, envers un Maître de Musique et d'Ins- trument, à l'égard d'un Maître à Danser , même
avec un dresseur de Chiens , et qu'on leur donne
volontiers pour un seul mois la somme qu'on
marchande quelquefois pour six mois de simple
pédagogic
Doit- on être surpris après cela si les bons Précepteurs sont rares, et si l'on voit manquer tant
d'éducations. Je l'ai dit bien des fois , c'est souvent la faute des parens , des domestiques et des
Maîtres , plutôt que celle des enfans. Et c'est sur
cette matiere qu'on pourroit donner bien des gemissemens. Trop de gens pensent sur cet article commeM. G. Ce Regent suppose que le moindre
secours du plus petit Maître d'Ecole d'un Maître
d'unmédiocre sçavoir et d'une médiocre exaatitude;
que ce moindre secours suffit pour montrer
lire aux petits enfans.
כי Voici ce qu'on lit là- dessus , dans la Réponse,
du M. Perquis à un critique anonime. Jem'é3 tonne, M. que citant quelquefoisQuintilien quand
→ vous croyez qu'il vous estfavorable , vous n'ayez
» pas remarqué qu'il condamne ceux qui ne pren- nent d'abord que de petits Maîtres pour don-
"ner,disent-ils, les principes des sciences , au lieu
II.Vel C » de
1396 MERCURE DE FRANCE
3
9
??
de choisir les plus habiles , et d'imiter Philippe,
qui ne voulut pas permettre qu'un autre qu'Aristote montrat à lire à Alexandre , parce qu'il
étoit persuadé que la perfection dépendoit deces
» commencemens.Ne faut- il pas parler et raison-
» ner avec un petit enfant ? Or, pour me servir
de l'expression de M. le Févre , si le Maitre est
≫ unâne , que voulez-vous qu'un âne fasse , sinon
» un âne comme lui.S.Jérôme a fair la même remarque ,il pensoit autrement que vous , et le
moindre Lecteur s'appercevra que Philippe ,
Quintilien et S. Jérôme se seroient accommo
dez du Bureau Typographique , plutôt que de
so, voire A, Bé , Cé Vulgaire , et de votre Maitre
d'un médiocre sçavoir et d'une médiocre exactitude , ou enfin du moindre secours du plus petit- Maître d'Ecole.
"
33
Je repeterai encore ici que si on ne goute point
la Méthode du Bureau Typographique , je m'en
étonne , et que si on la goute , je m'en étonne de
même.
sur le Systeme du Bureau Typographique
et sur le choix d'un Précepteur, pour la
premiere éducation d'un Enfant.
Oici , Monsieur , une objection que l'on ne
m'auroit peut- être pas faite , si l'on avoit
pris la peine de lire attentivement les dernieres
Lettres sur le Systême du Bureau Typographi
que , et si l'on avoit un peu parcouru la Brochure qui se vend chez Pierre Witte , ruë S. Jacques,
à l'Ange Gardien , intitulée : Réponse de M. Perquis , Maitre de Philosophie , d'Humanitez et de
Typographie, à la Lettre d'un Professeur anonime
de l'Université de Paris , inserée dans le Mercure
du mois de Février 1731.
Si ce Sisteme , m'a- t'on dit , étoit aussi utile que vous le publiez depuis près de deux ans , lès
Parens et les Maîtres se feroient un plaisir et mê- me un devoir de le suivre pour la premiere institution des enfans de trois à sept et à huit ans ,
cependant les Maîtres sont effrayez à la vûë de cette Machine , et l'on dit que du grand nombre de personnes qui ont lû vos Lettres , qui ont en--
tendu parler de ce Sisteme , ou qui ont vu des Bureaux et même l'exercice de cette Méthode , il
y en a peu qui ayent mis leurs enfans aux Clas- IT. Vol
JUIN. 1732. 1295
ses du Bureau Typographique , il faut donc conclure , a-t'on poursuivi , que ce nouveau Sistême
n'est point aussi utile que vous le prétendez , ni
au-dessus de la Méthode vulgaire.
Voilà , Monsieur , ce que nos Critiques appellent une Démonstration , car ce mot est devenu aujourd'hui si commun , qu'on l'employe
hardiment pour les matieres les plus probléma- tiques ; vous trouvez des Ecrivains de parti ,
acharnez les uns contre les autres qui se flattent
d'avoir procedé à la maniere des Géometres dans
toutes leurs disputes , et l'on peut dire qu'en supposant la verité de leurs principes contestez, bien
des Auteurs , comme Spinosa , ont effectivement suivi la Méthode des Géometres. Venons au fait.-
pour
être
être
Pour répondre à cette prétendue Démonstration , je dis , 1 °. que les Maîtres vulgaires s'opposeront toujours à toutes les Méthodes qui feront:
connoître au Public leur ignorance ou leur pré--
vention , et que leur opposition aveugle et témeraire augmentera toujours le mépris dû à leurs
vaines déclamations. 2°. Qu'un sistème peut
fort utile et meilleur qu'un autre , sans obtenir
néanmoins la préference , parce qu'il ne suffit pas
qu'une chose soit bonne en elle- même recherchée , il faut encore que l'on soit persuadé
de cette bonté , et ce deffaut de persuasion qui
vient d'une infinité de causes , ne diminuë en rien
la bonté réelle de cette même chose. Un exemple
sensible rendra ce raisonnement plus clair. Que
diroit-on à un Chinois qui feroit cette difficulté ,
si une telle Loi , une telle Coutume , et une telle.
Religion , étoient les meilleures du monde , les
Souverains et les Peuples de la Terre se feroient
un plaisir et même un devoir de les pratiquer dèsqu'on leur en parleroit , cependant ils ne le font
II. Vol pase;
1296 MERCURE DE FRANCE
pas ; donc cette Loi , cette Coûtume et cette Religion , ne sont point les meilleures du monde. Le
Lecteur sensé et judicieux , n'a pas besoin qu'on
lui fasse voir la fausseté et le sophisme dans un
pareil raisonnement.
3. Je dis qu'aucun Journal n'a encore parlé
du Bureau Typographique , parce que les Lettres.
insérées dans les Mercures , n'ont encore été ni
affichées , ni mises en vente chez des Libraires.
Je dis que peu de gens lisent les Journaux, la plûpart même des Lecteurs passent les matieres ou
Ies Pieces qu'ils n'entendent point, et qu'ils trouvent toûjours trop longues , de même que celles
où ils ne prennent aucune part. Ceux qui ont lu les Lettres sur le sistème du Bureau , ou qui em
ont entendu parler , ne sont pas tous dans le cas
d'avoir de petits enfans , et quand ce peu de Lecteurs auroit excité la curiosité des autres , ce premier empressement est bien - tôt ralenti par le torrent des embarras du siecle , ou par le flux et
reflux de mille affaires domestiques, Tel Pere
avoit voulu d'abord donner un Bureau à ses enfans , qui ensuite en a été détourné par la mere.
trop œconome ou trop allarmée en fait d'éducation ; tels parens ont proposé l'experience du Bureau, qui en ont été détournez par les Précep
teurs ; c'est ainsi que beaucoup de gens, d'ailleurs
pleins de mérite et bien intentionnez , se laissent
quelquefois mener en aveugles.
4°. Je dis que de tous ceux qui ont vu le Bu
reau , il n'y a personne qui , du moins exterieument et en apparence , n'en ait reconnu l'utilités.
je ne dois pas même en excepter notre Critique.
M. G. quelque mal qu'il ait crû avoir interêt d'en
dire ailleurs. Le Bureau peut se vanter d'avoir à la Cour , à la Ville et dans les Provinces , un grand
II.. Vol. nombre.
JUIN 1732. 1297
nombre d'illustres Partisans dont le témoignage
autentique fera toujours mépriser les mauvaises critiques , malgré le mérite de leurs Auteurs, -
5. Je dis que quand il n'y auroit encore qu'u ne trentaine d'enfans de l'un ou de l'autre sexe
exercez par le sistème du Bureau , ce seroit toûjours beaucoup qu'en si peu de temps , malgré le préjugé vulgaire , malgré les affiches et les vaines.
promesses de plusieurs Charlatans en menuë Litterature , qui dégoutent et indisposent le Public
malgré les Critiques anonimes et celle de M. G.
malgré les calomnies et les faux rapports des
Maîtres et des Précepteurs prévenus ou passion
nez contre le sistème Typographique , ce seroit,
dis-je , toûjours beaucoup d'avoir autant d'enfans connus , exercez et montrez selon cette nouvelle
maniere d'enseigner les premiers élemens des
Lettres..
6º.Je dis que le préjugé , l'ignorance , la paresse,
L'indifference , l'interêt , l'envie et la mauvaisefoi ,
peuvent arrêter pour quelque temps les progrès du
Bureau Typographique ; et afin que mes Critiques
ne blâment point l'emploi de pareils termes , je.
leur déclare que par le mot préjugé , j'entens le ju- les Maîtres por- gement vague et indéterminé que tent par tradition et sans examen en faveur de la
Méthode vulgaire contre toutes les nouvelles
Méthodes ; les trois quarts des Maîtres , pour le
moins , sont dans ce préjugé et presque tous les
parens. Par le mot ignorance , j'entens la privation des connoissances grammaticales necessaires
pour l'intelligence de la doctrine typographique
ou des sons de la Langue Françoise et de la vraye dénomination des Lettres , pour la prompte et fa
cile sillabisation ; nos Critiques et bien d'autres
sont dans cette ignorance. Par le mot paresse ,
II.. Vel j'entens
1298 MERCURE DE FRANCE
j'entens l'aversion et l'éloignement qu'un Maître
fait souvent paroître quand il s'agit de travailler
avec un enfant; cela regarde le plus grand nombre des Précepteurs. Par indifference , j'entens le
caractere de certains Maîtres mercenaires , plus -
occupez , de pane lucrando , que de puero instiuendo. Par interêt , j'entens le motif de certains
Auteurs qui craignent mal à propos que le systême du Bureau ne nuise à la vente de leurs perites Brochures. Par envie, j'entens les sentimens
jaloux de ceux qui ne voudroient jouir que de
leur propre gloire , et même aux dépens de ce lle
des autres. Par mauvaisefoy, j'entens le caractere et le sentiment de ceux qui persuadez de la
bonté et de l'utilité du systême , cachent ce sentiment et agissent contre la vérité connue, poussez par diverses passions, qu'ils n'oseroient avoüer
devant les hommes, et qu'ils ont la malice d'entretenir devant Dieu. Tous ces injustes motifs de
critique , peuvent se rencontrer dans la même
personne ; on pourroit même les désigner , à lamauvais foy près , dont Dieu seul est le juge.
7°. Je dis que l'ortographe passagere dont on
a fait l'essai et dont on a rendu compte dans la
neuvième Lettre sur le sistême du Bureau , je dis
que cette ortographe passagere d'épfant et des
sons ou de l'oreille , peut avoir éloigné bien des
gens , du systême Typographique , ce que n'auroit peut- être pas fait l'ortographe permanente
d'homme , des yeux et de l'usage. Quoiqu'on cut
facilement prévu que cela pourroit arriver ainsi ,
on a été cependant obligé de suivre son Plan
pour mettre le Lecteur bien intentionné , au fait
des sons de la Langue , et en état de mieux juger
du systême ; et cela au hazard de déplaire aux
Lecteurs prévenus qu'on pourroit un peu comII. Vol. parer
JUIN. 1299 1732.
parer à celui qui aima mieux perdre la valeur d'une Lettre de Change , que d'en faire usage ,
malgré l'ortographe singuliere de cette Lettre ,
ou au malade qui refusa tout soulagement , faute
de parfaite guérison.
9
8. J'ajouterai que la saison de l'hyver , propre à faire Recruë de Soldats, ne l'est guere pour
celle des enfans du Bureau. Le froid en fait differer l'exercice , le Printems en paroît la premiere
saison ; outre cela les objets frivoles qu'on donne ordinairement pour étrennes aux petits enfans
dans le commencement de l'année , les occupent
si fort , qu'il seroit pour lors assez inutile de leur
donner un Bureau. Les parens , les amis , les domestiques, tous à l'envi , présentent à l'enfant
bien des niaiseries, plus nuisibles que profitables.
Une Classe de Bureau pour étrennes amuseroit et
instruiroit l'enfant ; mais les parens en general
aiment mieux se prêter au torrent du préjugé
vulgaire,et ausystême ou au jeu des Marionettes,
dont ils font souvent eux-mêmes leur amusement.
9. Oserois- je dire que le prix d'un Bureau
arrête bien des gens riches , dans l'esprit desquels l'argent tient souvent la place de fils aîné
et quelquefois celle de fils unique , même à la
vue d'une nombreuse famille. Dix Pistoles pour
la suite des quatre Classes du Bureau peuvent pa-- roître une somme non seulement à de riches
Bourgeois , mais encore à certaines personnes qui
ne dépensent guere moins de cent francs par jour
pour leur table et pour leur écurie. C'est aux
parens à s'examiner là- dessus devant Dieu et devant les hommes.
,
10°. Il faut convenir que la disette des Maîtres qui veuillent s'asservir au systême du Buseau , en arrétera toûjours les progrès ; mais
II. Vol.
c'est
1300 MERCURE DE FRANCE
c'est faute d'entendre leur véritable interêt qu'ils
refusent d'apprendre et de pratiquer cette métho
de. Elle les feroit rechercher et préferer aux
Maîtres vulgaires ; enfin elle assureroit aux Maîtres externes un nombre de meilleures Maisons
et donneroit aux Précepteurs le choix des meilleurs Elèves. Je dois ajouter icy qu'un mois de
Leçons tipographiques , mettra facilement une
Gouvernante , un Domestique en état de montrer les premieres Classes du Bureau , en atten- dant que l'on donne à l'enfant un Précepteur, ou
bien un Maître -externe.
Q
11 Pour derniere réponse, je donnerai à mon
tour un argument qu'on pourra opposer à celui
de nos critiques. Le voici : Si les Professeurs , les
Régens , les Préfets , ni les Maîtres ne peuvent
pas détruire les preuves qui font voir les avan
tages du Bureau typographique sur la Méthode
vulgaire ; il faut conclure en faveur du Bureau.
Or est-il que ces MM) n'ont pu jusqu'icy prouver l'infériorité du Bureau , ni la supériorité de
la Méthode vulgaire ; donc en faveur de la verité , et pour le bien de la cause des enfans , on
peut, par provision et hardiment predire que les Maîtres ne viendront jamais à bout de prouver l'excellence de leur Méthode vulgaire, contre
celle du Bureau. On doit donc aussi conclure en
faveur du Bureau , contre les mauvaises critiques, C'est au Public à décider , en attendant le
jugement des Commissaires que l'Université de
Paris, et les Académies pourroient nommer dans
la suite , pour l'examen de ce systême.
Je conclus, après toutes ces réfléxions, que les
parens bien intentionnez et curieux de trouver un
bon Précepteur pour leurs petits enfans , ne sauroient mieux faire que de l'éprouver , par le
1. Vel. moyen
JUIN. 1732. 1301
moïen du Bureau tipographyque ; ce sera la
vraie Pierre de touche , en fait de Pédagogie , er l'on peut assurer , sans témérité, que tout Maître
qui refusera aux parens de suivre la Méthode du
Bureau , pour un enfant de trois à sept et à huit
ans , donnera contre lui des préjugez suffisans
pour le refuser lui- même ; et l'on voit par là
que l'épreuve du Maître par celle du Bureau, sera
toujours d'une grande utilité et d'un grand secours pour les parens capables ou incapables de
faire par eux-mêmes choix d'un bon Maître,
>
Les Précepteurs qui refuseront de suivre le systême du Bureau , aux parens qui le leur propos seront , seront obligez de dire pourquoi ? Or ces
Précepteurs , ou ils connoissent le Bureau , ou ils
ne le connoissent pas ; s'ils ne le connoissent
point , et que sans examen ils refusent d'en
faire usage , ils se rendront suspects de préjugé ,
ou d'ignorance , ou de paresse , ou d'indifference; qualitez suffisantes pour refuser ces Précepteurs , dans la plupart desquels on trouvera ordinairement un esprit vain , superficiel , aigre,
indocile , impatient ; un esprit mercenaire , qui
fuit la peine , qui craint le travail , et sur tout
qui redoute l'examen.
Si les Précepteurs au contraire , en refusant absolument de suivre la Méthode du Bureau tipographyque , disent que c'est par connoissance
de cause ; il est juste de les entendre et de répondie à leurs difficultez; ce sera là un des plus surs moyens pour juger de leur maniere de penser , de
parler , et de raisonner. Qualitez rares mais essentielles pour la bonne et la noble éducation.
Cette opposition , d'ailleurs soutenuë de bonne
foy et avec quelque apparence de fondement, ne
peut que faire honneur à l'adversaire , qui se dé11. Vol. clarera
302 MERCURE DE FRANCE
4
clarera contre le systême du Bureau , sans - renoncer à un plus grand examen de cette Methode , ni au dessein de la suivre ; supposé qu'elle se
trouvât la meilleure, L'Auteur , au reste offre
d'intervenir avec plaisir , dans le differend , lorsque les parens témoigneront le désirer , pour le bien de leurs enfans et de la cause publique.
›
Mais si le Maîrre, simple latiniste, plein de luimême, se trouve un esprit faux , incapable de
justesse dans le raisonnement , un esprit sans méthode , enfin un esprit qui ne voye que par les
yeux du préjugé vulgaire , et qui sans vouloir raisonner, soûtienne obstinément que le systême
du Bureau est frivole ; il sera aisé de s'appercevoir qu'un tel caractere n'est pas le meilleur que
l'on puisse désirer pour élever un enfant , et c'est
un grand avantage que de pouvoir s'en assurer
dès le premier jour , sans s'exposer si souvent
à essayer de nouveaux Précepteurs ; car ce frequent changement de Maître , est ordinairement
un obstacle à l'avancement de l'enfant , et le Bureau préviendra quelquefois cetinconvenient.
Les parens qui aiment à se déterminer par rai.
son plutôt que par coutume, remarqueront bientôt dans le monde que les partisans du Bureau
sont ordinairementou personnes d'ordre ou gens
d'esprit Philosophique , aimant le bien public ;
et qu'au contraire ceux qui se déclarent contre le
Bureau ne sont que de simples latinistes , tres- indifferens sur le bien et le mieux , et la plupart incapables d'analiser les idées et de suivre.
avec honneur , le moindre raisonnement. Or si
la chose est , comme j'ose le dire, et comme chacun peut s'en convaincre lui-même , avec les critiques qu'il trouvera dans son chemin ; n'est-ce
pas un grand avantage pour les dignes parens es
D
JUIN. 1732.
1303
pour le public d'avoir un moyen si simple et si
propre à développer l'intérieur des Maîtres les plus dissimulez , qui se présenteront pour la pre- miere institution de l'enfance.
Je ne prétens pas , au reste , conclure qu'un
Maître qui offre de se soumettre au systême du
Bureau devienne par-là et sur le champ un bon
Précepteur ; mais je veux seulement dire qu'entre deux hommes de Lettres , à peu près d'égale réputation , en fait de Pédagogie, on doit toujours préferer l'esprit doux , docile , bien intentionné,
méthodique, qui se prétera volontiers et sans répugnance à l'exercice du Bureau, et qui en hom- me d'honneur et de bien , par ses discours et par
sa complaisance litteraire,prouvera qu'il ne craint
pas le travail , et qu'il est capable d'affection et d'attachement pour l'enfant dont on veut bien
d'abord lui confier la premiere éducation,
5
On pourra aussi trouver des Maîtres d'ailleurs
tres-capables , qui pleins d'eux- mêmes et de la Méthode vulgaire , diront qu'il est possible que
le Bureau soit bon et utile , mais que leur répu- tation étant faite , ils n'ont pas besoin d'entrer
dans le détail de ce systême, et qu'ils s'en tiennent à leur maniere d'enseigner , sans vouloir
être remis à l'A , Bé, Cé Tipographyque. Or ne
peut-on pas encore dire , sans témérité , que ces Maîtres , quelque habiles qu'ils soient dans le
Grec et dans le Latin ; que ces Maîtres , dis-je ,
en craignant la peine et le travail , donnent parlà contr'eux, des préjugez suffisans pour leur refuser la préférence sur les autres Maîtres ? Car
c'est déja un grand préjugé contre un Précep- teur que de vouloir d'abord canoniser son indifference, sa paresse , et son peu de goût litteraire ,
en refusant de lire une Méthode qui fait quelque
11. Vol. bruit
1304 MERCURE DE FRANCE
bruit dans le monde , et qui , selon l'expression
d'un grand homme, annonce une révolution dans l'éducation des enfans.
Enfin il y a des Maîtres bien intentionnez , qui
feroient volontiers usage du Bureau s'ils en comprenoient le systême , mais ils s'en font d'abord une épouvantail et tâchent adroitement de
détourner les parens qui en voudroient faire l'expérience.
Je n'ai rien à dire contre la prudence de ces
Maîtres , si ce n'est qu'ils apprendroient facilement le systême , dès que sans prévention , et à
l'exemple des autres , ils en voudroient faire l'essai ; les enfans donneront aux Maîtres le temps
necessaire pour cette étude ; comme les Ecoliers
de certains Colleges , donnent aux Regens des
Basses classes, le temps de se rendre capables des
plus hautes. Le Maître apprendra le sistème Ty ,
pographique en le mostrant à l'enfant , après
avoir un peu raisonné et conferé avec quelque
Maître de Typographie , et après avoir vú travailler quelque Enfant sur la Table de son Bureau. Ce sera toujours un grand préjugé contre
un Précepteur s'il trouve pénible et difficile un
petit exercice d'enfant. Un Maître qui craint ce
petit travail , fait voir sans y prendre garde, qu'il
est occupé à chercher du pain , plutôt qu'à le
gagner.
On trouvera au surplus facilement de bons
Maîtres quand les parens connoîtront le prix de l'éducation , qu'ils ne regarderont pas un Precep
teur comme un simple domestique , indigne de manger à leur table , à propos de quoi il n'est
pas mal de rapporter ici ce que le Maréchal
de Villeroy dit autrefois à l'occasion d'un Prési- dent à Mortier, dont le fils ne mangeoit pomt
II. Vol. avec
JUIN 1732. 1305
avec son Précepteur : Je ne voudrois point , dit le
Maréchal , donner à mon fils un homme que je ne
croirois pas digne de manger à matable. Il est visible qu'un Maître , Précepteur , ou Gouverneur
qui ne mangera pas avec son Eleve , ei sera
bientôt méprisé. Enfin les parens trouveront un
bon Précepteur quand ils seront dans le dessein
de le dédommager du sacrifice qu'il aura fait de
sa liberté , de son tems , et de la meilleure partie de ses années.
D'où vient qu'on est si libéral à l'égard d'un
Cuisinier, envers un Maître de Musique et d'Ins- trument, à l'égard d'un Maître à Danser , même
avec un dresseur de Chiens , et qu'on leur donne
volontiers pour un seul mois la somme qu'on
marchande quelquefois pour six mois de simple
pédagogic
Doit- on être surpris après cela si les bons Précepteurs sont rares, et si l'on voit manquer tant
d'éducations. Je l'ai dit bien des fois , c'est souvent la faute des parens , des domestiques et des
Maîtres , plutôt que celle des enfans. Et c'est sur
cette matiere qu'on pourroit donner bien des gemissemens. Trop de gens pensent sur cet article commeM. G. Ce Regent suppose que le moindre
secours du plus petit Maître d'Ecole d'un Maître
d'unmédiocre sçavoir et d'une médiocre exaatitude;
que ce moindre secours suffit pour montrer
lire aux petits enfans.
כי Voici ce qu'on lit là- dessus , dans la Réponse,
du M. Perquis à un critique anonime. Jem'é3 tonne, M. que citant quelquefoisQuintilien quand
→ vous croyez qu'il vous estfavorable , vous n'ayez
» pas remarqué qu'il condamne ceux qui ne pren- nent d'abord que de petits Maîtres pour don-
"ner,disent-ils, les principes des sciences , au lieu
II.Vel C » de
1396 MERCURE DE FRANCE
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de choisir les plus habiles , et d'imiter Philippe,
qui ne voulut pas permettre qu'un autre qu'Aristote montrat à lire à Alexandre , parce qu'il
étoit persuadé que la perfection dépendoit deces
» commencemens.Ne faut- il pas parler et raison-
» ner avec un petit enfant ? Or, pour me servir
de l'expression de M. le Févre , si le Maitre est
≫ unâne , que voulez-vous qu'un âne fasse , sinon
» un âne comme lui.S.Jérôme a fair la même remarque ,il pensoit autrement que vous , et le
moindre Lecteur s'appercevra que Philippe ,
Quintilien et S. Jérôme se seroient accommo
dez du Bureau Typographique , plutôt que de
so, voire A, Bé , Cé Vulgaire , et de votre Maitre
d'un médiocre sçavoir et d'une médiocre exactitude , ou enfin du moindre secours du plus petit- Maître d'Ecole.
"
33
Je repeterai encore ici que si on ne goute point
la Méthode du Bureau Typographique , je m'en
étonne , et que si on la goute , je m'en étonne de
même.
Fermer
Résumé : QUATORZIÈME LETTRE sur le Systeme du Bureau Typographique et sur le choix d'un Précepteur, pour la premiere éducation d'un Enfant.
La quatorzième lettre aborde le système du Bureau Typographique et le choix d'un précepteur pour l'éducation des jeunes enfants. L'auteur répond à une objection selon laquelle, si ce système était aussi utile que prétendu, plus de parents et de maîtres l'adopteraient. Il explique que les maîtres s'opposent souvent aux nouvelles méthodes par ignorance ou prévention. La bonté d'un système ne dépend pas seulement de sa qualité intrinsèque, mais aussi de la persuasion des gens quant à cette bonté. L'auteur mentionne que peu de journaux ont parlé du Bureau Typographique, car les lettres insérées dans les Mercures n'ont pas été largement diffusées. De plus, beaucoup de lecteurs ne lisent pas les journaux ou passent les sujets qu'ils ne comprennent pas. Ceux qui ont vu le Bureau en ont reconnu l'utilité, y compris les critiques. Cependant, des facteurs comme le préjugé, l'ignorance, la paresse, l'indifférence, l'intérêt, l'envie et la mauvaise foi peuvent freiner les progrès du système. L'auteur ajoute que l'orthographe passagère utilisée dans les lettres pourrait avoir éloigné certains lecteurs. Il note également que la saison hivernale n'est pas propice à l'enseignement avec le Bureau Typographique, et que le prix de ce dernier peut dissuader certains parents. La disette de maîtres formés à ce système en freine également l'adoption. Le texte distingue deux types de précepteurs : ceux qui refusent la méthode par connaissance de cause et ceux qui la rejettent par orgueil ou paresse. Les premiers méritent d'être entendus et peuvent contribuer à un débat constructif. Les seconds sont décrits comme des latinistes simples, incapables de raisonnement juste et méthodique, et leur caractère est jugé inapproprié pour l'éducation des enfants. Les parents sont encouragés à observer les partisans du Bureau, souvent des personnes d'ordre ou des philosophes, et à éviter ceux qui s'y opposent par indifférence ou incapacité. Il est souligné l'importance de choisir des précepteurs dociles, méthodiques et bien intentionnés, capables de s'adapter à la méthode du Bureau. Les maîtres réticents à adopter la méthode sont invités à l'étudier pour le bien des enfants. Le texte critique la sous-estimation des précepteurs par les parents, comparée à la générosité accordée à d'autres professionnels comme les cuisiniers ou les maîtres de danse. Enfin, il rappelle l'importance de choisir des précepteurs compétents dès le début de l'éducation, citant des autorités comme Quintilien, Philippe et Jérôme, qui prônaient l'excellence dès les premiers apprentissages.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 1731-1747
DÉFENSE du Cartésianisme, par M. le Gendre de S. Aubin ; contre les accusations des Docteurs Cudwort et Ray.
Début :
Un zèle indiscret est souvent l'occasion d'un scandale ; c'est l'idée qu'on [...]
Mots clefs :
Dieu, Cause, Sagesse, Mécanisme, Ray, Création, Physique, Mouvement, Nature, Lois, Corps, Causes, Principes, Cartésianisme, Descartes, Philosophie, Système, Phénomènes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉFENSE du Cartésianisme, par M. le Gendre de S. Aubin ; contre les accusations des Docteurs Cudwort et Ray.
DEFENSE du Cartesianisme, par M. le
Gendre de S. Aubin ; contre les accusations
des Docteurs Cudwort et Ray.
UN
N zéle indiscret est souvent l'occasion
d'un scandale;c'est l'idée qu'on
doit se former des accufations intentées
par les Docteurs Cudwort et Ray , contre
le Cartesianisme. Elles sont contenuës
dans un Livre Anglois , intitulé : L'Existenca
" 1732 MERCURE DE FRANCE
sence et la Sagesse de Dieu, manifestées dans
les Oeuvres de la Création ; par le sieur
Ray,Membre de la Société Royale. La Traduction
Françoise , imprimée à Utrecht,
en 1723. se débite depuis peu à Paris.
On est étonné qu'un Philosophe , qui
écrit uniquement en vûë de manifester la
Sagesse de Dieu dans la Création, débute,
page 5. par approuver un sentiment qu'il
atribue à des Philosophes judicieux ; sçavoir
, que plus les genres , ou les ordres
des Etres sont imparfaits , plus les especes
en sont nombreuses . Est- ce là un
préambule convenable à un Panégyriste
de la Sagesse de Dieu dans la Création ?
Ne devoit il pas plutôt dire que ce qui
paroît imparfait aux vues bornées de notre
entendement , a son utilité et sa destination
dans les Décrets éternels de la Providence
? Ce seroit là un beau champ
pour les Cartésiens qu'il attaque d'une
maniere outrageante ; ne pourroient- ils
pas le traiter de prévaricateur dans une
cause si évidente , et qu'il soutient si
mal ?
Pour faire éclater , dit il , page 12. la
grandeur et l'étendue infinie de l'esprit
de Dieu , il observe que rien ne marque
davantage la supériorité du génie , que
d'inventer des Machines differentes , qui
pros
AOU'ST. 1733. 1733
E
4
€
>
produisent le même effet , et soient destinées
aux mêmes fins . Mais suivant les notions
les plus saines et les plus communes ,
rien ne marque davantage la sagesse
de
l'ouvrier que le Méchanisme le plus simple
et le moins chargé de ressorts . C'est donc
sur une sorte de Méchanisme qu'il fonde
la sagesse de Dieu dans la Création, mais
sur un Mechanisme de détail , qu'il présente
à la pensée , d'une maniere aussi
basse , que celui des Cartésiens est sublime.
Quoique le sieur Ray tâche de décrier
le Cartesianisme sans ménagement, il établit
, pages 2 et 3. comme le sentiment le
plus universellement
reçu , tout ce que
cette Philosophie dans sa nouveauté parut
avoir de plus difficile à concilier avec la
Religion ; sçavoir, l Hypothèse des Tourbillons
, suivant laquelle chaque Etoile ,
pour me servir des propres termes du
Traducteur , est un Soleil ou un Corps
semblable à cet astre , environné de même
d'un Choeur de Planetes , qui tournent
autour de lui. Il avance de plus , qu'il
n'y a aucune de ces Planétes qui ne soit
remplie, selon toutes les apparences , d'une
grande variété de créatures corporelles ,
animées et inanimées . Personne n'ignore
que cette partie de la Physique nouvelle
fut
1734 MERCURE DE FRANCE
fut exposée à la censure , et allarma quelques
personnes pieuses , qui trouvoient
ce systême peu conforme à ce qui nous
cst enseigné sur la Création dans la Genése
; mais il a été reçu depuis comme
une hypothese , sur laquelle on écrit et
on dispute publiquement , et il y a longtemps
que tous les scrupules sont levez à
cet égard.
A la maniére dont le S Ray fait connoître
quels sont les principes de sa Phylosophie
, qui ne le prendroit pour un
Cartésien ? Sectateur de cette Physique ,
il va néanmoins lui imputer les intentions
les plus criminelles. » Il semble
» dit-il, pag. 28.qu'il soit necessaire d'exa-
>> miner un peu les principes d'une Secte
» de Déïstes de profession; j'entends celle
» de Descartes et de ses Disciples , qui
» ont pour but d'éluder et de détruire un
» argument qui a eu tant de force dans
» tous les siècles , pour prouver l'exis-
» tence d'un Dieu . Le premier grief d'une
accusation si grave , est que Descartes
exclud de la Physique toute la considération
des causes finales . Le Sr Ray cite ,
pages 29 et 30. les Passages des Méditations
Métaphysiques , des principes de
Philosophie , et de la quatrième Réponse
aux Objections de Gassendi , où Descartes
dit
AOUST. 1733 1735
1
dit
que toutes
les causes
qu'on
a accoutumé
de tirer
de la fin , ne sont
d'aucun
usage
dans
la Physique
,puisqu'on
ne sçauroit
se persuader
, sans
témérité
, qu'on
puisse
pénétrer
dans
les fins
que
Dieu
s'est proposées
. Il est facile
de répondre
à
cette
objection
, que
la raison
alléguée
par Descartes
, pour
ne pas expliquer
les effets
naturels
par
les fins que
Dieu s'est
proposées
, est trèspieuse
et trèsédifiante
, et qu'il
auro
t pû se contenter
d'établir
en général
, que la Physique
étant
une
recherche
des causes
naturelles
, ce
n'est
pas
parler
en Physicien
, que
de
donner
pour
cause
de la production
d'un Phénoméne
, que Dieu
a eu en vûë
de le
produire
. Car
c'est
ce que tout
Chrétien
sçait
, sans
étudier
la Physique
; cette
science
de tres
- bornée
qu'elle
est , deviendroit
infiniment
étenduë
, si l'on
recevoit
au nombre
des explications
Physiques
, qu'un
efft
naturel
arrive
, parce
qu'il
est conforme
à la fin que Dieu
s'est proposée
. Je suppose
que pour
expliquer
la construction
d'une
Montre
, on s'avisat
de dire
que
ce qui cause
les mouvemens
réglez
de cette
machine
, c'est
l'intention
de l'ouvrier
qui l'a faite
dans
le
dessein
de marquer
les heures
; cette
cause
finale
en Physique
ne seroit
comptée
G
pour
1736 MERCURE DE FRANCE
pour rien ; et on ne pourroit prouver
mieux que cette Montre est l'ouvrage
d'un Artiste , et non l'effet du hazard
qu'en faisant observer l'action du ressort,
le tirage de la chaîne , les engrainures des
rouës , et sur tout la proportion et le concours
des mouvemens. Quel est donc le
véritable objet de la Physique ,? C'est de
déduire les Phénoménes , des Loix géné
rales de la nature , établies par Dieu , et
rapportées au Créateur . Une pareille Philosophie
peut- elle donner lieu aux inveçtives
de l'Auteur Anglois » Les Carthé
» siens , dit- il , page 34. tâchent de dé-
» truire notre grand argument , en pré-
»tendant résoudre tous les Phénomènes
» de la nature , et rendre compte de la
» production et de la formation de l'Uni-
» vers , et de tous les Etres corporels qu'il
» contient , soit celestes ou terrestres ; ani-
» mez ou inanimcz , même sans en exclunre
les animaux , et cela par une foible
»hypothèse de la matiere divisée, et mise
» en mouvement de telle ct telle maniés
» re. . . . . De maniére que Dieu n'a eu
» autre chose à faire qu'à créer la matiére ,
»la diviser en partics , et la mettre en
»mouvement , suivant un petit nombre
de certaines Loix , et que cela ne pouvoit
manquer de produite de soi-même
...
12
AOUST. 1733 : 1737
le monde et toutes les créatures qui y
sont contenues. Pour la réfutation de
cette hypothése ,, continue cet Auteur ,
n'aurois qu'à renvoyer le Lecteur au
» systême du Docteur Cudwort ; mais
» pour lui épargner cette peine, je vais en
transcrire les paroles..... Dieuse con
tentant de regarder en spectateur in-
» différents ce Lusus Atomorum , ou cette
» danse agréable des Atômes , et les différents
effets qui en résultent. Non con-
» tens de cela , ces Déïstes méchaniques
» ont excédé et surpassé en ceci les Athées
» atomiques , par une extravagance plus
oursée que la leur ; car les Athées de
profession n'ont jamais osé affirmer que
» ce systéme régulier des choses fut le ré-
» sultat d'un mouvement fortuit d'Atomes
au commencement , avant d'avoir
produit pendant bien du temps des
combinaisons ineptes ou des assembla-
» ges de choses particulières , et des sys-
» têmes ridicules du tout. Ils supposoient
» même que la régularité des choses de ce
monde ne subsisteroit pas toujours , et
» que la confusion et le désordre s'y re-
> mettroient avec le temps ; qu'outre le
monde que nous habitons , il y en a encore
en ce moment un nombre inexprimable
d'autres irréguliers , dont il
Cij n'y
1738 MERCURE DE FRANCE
» n'y en a pas d'un entre mille et dix mil-
» le , qui ait une régularité pareille au
» nôtre ...... Mais nos Déïstes micha
» niques prétendent que leurs Atomes
» n'ont jamais bronché dans leurs mou-
» vemens, ni produit aucun systéme inep-
» te , ni aucunes formes impropres , et
» qu'ils se sont placez et rangez dès le
commencement avec tant d'ordre et de
» méthode , que la sagesse même n'auroit
» pû le faire mieux , ni avec plus d'exactitude.
C'est par cette raison que çes
» Déi tes re ettent absolument le grand
» a gument qui prouve l'Existence de
Dicu , tiré du Phénoméne de la nature
n artificielle des choses , sur lequel on a si
» fort insisé dans tous les siècles , et qui
» fait ordinairement le plus d'effet sur l'es-
» prit humain. Les Athées s'applaudissent
» cependant en secret , er triomphent de
>> voir la cause du Déïsme trahie de cette
» maniere par ses partisans et ses défen-
» seurs les plus zélez , et le grand argu-
» ment éludé pour favoriser leur cause.
Rien ne sçauroit marquer une plus gran
» de dépravation d'esprit , ni plus de folic
et de stupidité dans les Déïstes pré.en-
» dus , que de n'avoir aucun égard à la
forme régulière et artificielle des cho
ses , ni aux impressions de l'art et de
AOUST . 1733 . 1739
wla
sagesse divine , et de ne regarder
» le Monde et les productions de la Na-
» ture , qu'avec des yeux de boeuf ou de
» cheval.
Le sieur Ray , dans la fureur qui le
transporte , n'entend pas les termes dont
il se sert car qu'est- ce qu'un Déïste , suivant
la notion génerale ? C'est un impiet
qui ne suit aucune Religion particuliere ,
qui reconnoît , à la verité , l'existence de
Dieu mais qui refuse de croire les Mysteres
que Dieu a révelez. Or ces Deïstes qui refusent
de se rendre à l'évidence de la révé.
lation , ne sont pas ceux qui font le moins
valoir le grand argument de l'existence
de Dieu , tiré de sa sagesse dans la Création.
On ne sçait ce que le sieur Ray
veut dire par ces paroles : » Les Athées
» s'applaudissent cependant en secret , et
» triomphent de voir la cause du Déïsme
>>trahie de cette maniere par ses Parti-
» sans et ses Deffenseurs les plus zelez .
Il prend ici la cause du Déïsme pour une
bonne cause trahie , et il semble appli
quer aux Carthésiens les termes de Partis
sans et de Deffenseurs les plus zelez de
la bonne cause. Mais c'est bien plutôt
cet Auteur qui trahit la cause qu'il entreprend
de soutenir , par la foiblesse
avec laquelle il traite son sujet . S'il eût
Ciij fair
1740 MERCURE DE FRANCE
ა
fait remarquer , comme les Carthésiensces
Loix générales dont l'uniformité produit
un Monde si diversifié ; s'il se fût
élevé jusqu'à un méchanisme sublime
qui donnât une idée de la Création proportionnée
à ce que notre foible esprit
peut concevoir de plus grand et de plus
magnifique ; si en s'attachant à ce qu'il.
ya de plus merveilleux dans la Nature
il eût observé , comme ceux qu'il appelle-
Deistes , que cette multitude immense
de mouvemens des Corps Celestes , que
révolutions si constantes des Astres ,
que cette fécondité si riche et si brillan-.
te de l'Univers , que tous ces Phénomenes
si utiles à l'homme , et qui étalent
à ses yeux un spectacle digne du Créateur
, qu'enfin la beauté ravissante de
toutes les Oeuvres de Dieu , est un
témoignage continuel et invincible de sa
sagesse et de sa toute- puissance dans la
Création , par la simplicité et l'ordre des
ressorts qui y sont employez , il eût rem--
pli son sujet avec la dignité convenable ,
mais il ne s'arrête qu'à un petit détail ,
et ne présente par tout que des images.
basses et imparfaites d'un sujet qui surpasse
ses forces.
C'est favoriser l'athéïsme et le syste
me du hazard , que de rejetter le méchaA
O UST. 173′3 ; 1741
chanisme de la Nature , par lequel les
Carthésiens n'entendent autre chose que
les loix generales du mouvement établics
par le Créateur. Que chaque Philosophe
conçoive et suppose ces Loix
générales à son gré , que
differens Phisiciens
suivent des vues systématiquesfort
éloignées ; tous au moins doivent
convenir que ce n'est pas une pensée raisonnable
sur l'Etre suprême , de croire
que l'uniformité et la simplicité manquent
à ses Productions . Le principal but
de la Physique est donc de rapporter tous
les raisonnemens à ces principes. C'est à
quoi les Carthésiens ont beaucoup mieux
réussi qu'aucune autre Secte de Philosophes
, ayant mieux expliqué le méchanisme
general de la Nature; et ' on peut
dire que ceux qui tâchent d'étendre et
de pousser plus loin ce méchanisme , sont
ceux qui pensent et qui s'expliquent le
mieux au sujet de la sagesse et de la toùte-
puissance de Dieu dans la Création . A
la verité , le Philosophe rempli de pré
somption , se persuade qu'il peut concevoir
et faire entendre aux autres cet ordre
admirable établi dans les Ouvrages
de Dieu ; au lieu que le Physitien modeste
, qui connoît la foiblesse et l'incer
titude de ses lumieres , ne regarde tous
Ciij les
742 MERCURE DE FRANCE
les raisonnemens physiques que comme
des hypothéses.
>>
Continuons de rapporter la censure de
la Philosophie Carthésienne par l'Auteur
Anglois. Il se trouve , dit-il , pag. 35 .
» plusieurs Phénomenes dans la Ñature ,
» lesquels étant en partie au- dessus de la
»force et de la portée , et en partie con-
>> traires aux Loix du Méchanisme , ils
» ne sçauroient se résoudre sans avoir re-
>> cours aux causes finales et à quelques
» principes de vie ; par exemple , ce-
» lui de la gravité ou du penchant que
» les corps ont à descendre , le mouve-
» ment du diaphragme dans la respira-
» tion , la systole et la diastole du coeur ,
» qui n'est autre chose qu'une contraction
et un relâchement des muscles ,
» et par consequent ne sçauroit être un
» mouvement méchanique , mais un prin-
» cipe de vie. Nous pourrions encore
» ajoûter à cela entre plusieurs autres
» choses , l'intersection des plans de l'E-
» quateur et de l'Ecliptique ou du mou-
» vement diurne ou journalier de la Ter-
» re sur un axe qui n'est pas parallele à
celui de l'écliptique , ni perpendiculaire
à son plan ..... On ne sçauroit
» donc attribuer la continuation de ce
» double mouvement annuel et diurne
nde
23
A O UST. 17337 1748
de la Terre sur des axes non paralleles,
» à autre chose qu'à une cause finale ou
» mentale , ou rò fixTisov , parce qu'il
étoit à propos que cela fût ainsi , la
» varieté des saisons de l'année en dé
» pendant. Mais le plus considerable de
» tous les Phénoménes pir içuliers est la
»formation et l'organisation des corps
>> des animaux , remplis de tant de varietez
et de merveilles , que ces Philo-
» sophes méchaniques n'en pouvant faire
»la solution par le mouvement nécessaire
» de la matiere , sans qu'elle fût dirigée
par l'esprit à de certaines fins , ont pru-
» demment interrompu leur systéme en
» cet endroit , où ils devoient traiter des
» animaux , et n'en ont pas touché un
» seul mot.
23
On connoît clairement par cette critique
, que le sieur Ray est aussi peu
versé dans la Philosophie Carthésienne
qu'il est injuste dans l'accusation qu'il
intente contre elle. Nous avons vû plus
haut qu'il attribuë aux Carthésiens un
systéme d'Atomes , quoique les trois Elemens
de Descartes soient divisibles à l'infini
, et que par conséquent Descartes
rejette les Atomes , qui signifient des Elemens
indivisibles. Le sieur Ray ne se
trompe pas moins, en disant que dans les
C v Phé1744
MERCURE DE FRANCE
:
Phénomenes qu'il cite , il y a de la contrarieté
au Mechanisme de la Nature. Il
est vrai que les loix générales du mouvement
n'expliquent pas la construction
du corps des animaux , ni la forme de
ces organes merveilleux qui servent aux
differentes fonctions du principe qui les
anime. Le mouvement circulaire des
trois Elémens de Descartes ne peut faires
concevoir , par exemple, comment ont
été produits les instrumens de la faculté
visuelle ; mais les Carthésiens doivent :
seulement avouer que leur méchanisme ,
quoiqu'il n'y ait aucune contrarieté , est
insuffisant pour expliquer tous les Phé
noménes , et sur tout l'organisation admirable
des animaux ,, les corps animezz
et inanimez étant vrai- semblable--
ment produits suivant des loix differen--
tes, ou plutôt dont nous n'appercevons
pas la liaison. * Il ne s'ensuit pas de ce
que la Créature est incapable de conce
voir entierement le grand Ouvrage de :
la Création , qu'il lui soit defendu de rechercher
les causes physiques et naturel
+
La plupart même des Carthésiens estiment aun
aujet de l'organisation continuelle et toujours
cemblable , des Plantes et des Animaux , que tous :
res corps formez en même-temps par le Souve
fain Etre , dans les graines ou dans les oeufs , nesont
que se développer successivement,
leas
A O UST. 1733. 17455
les , suivant les principes les plus géné
caux et les plus simples , en les rappor
tánt à la sagesse et à la toute- puissance
du Créateur.
Les difficultez qui se trouveut sur la
pesanteur , ne peuvent se résoudre par
des principes de vie qui n'ont aucun rapport
avec elle , ou par des causes finales ,.
qui ne sont en aucune maniere des causes
physiques ; et si les explications que
Descartes a données de la pesanteur , ont
été attaquées par de fortes objections ,
tous les Philosophes se sont au moins
accordez à tirer ces Explications d'un '
méchanisme général de la Nature. Le
'steur Ray est si peu d'accord avec luid
même au sujet de la respiration et de la¹
systole et diastole du coeur, qu'après avoir
affirmé que ces mouvemens ne peuvent
être méchaniques , il regarde ailleurs com
me une question douteuse de sçavoir si
les bêtes sont des vrayes machines , ou
s'il convient de leur attribuer la vie et le
sentiment.
cliptiqueant
à l'intersection
de l'é-
1
de l'équateur , on en peut donner
plusieurs raisons qui n'ont rien de
contraire au systéme Carthésien . L'obli
quité de l'écliptique par rapport à l'équateur
, dont l'axe conserve toujours
son parallelisme est assurément la cause
av de
1746 MERCURE DE FRANCE
de la varieté des Saisons , mais cette cause
finale , encore une fois , ne peut passer
pour une cause phisique. L'Explication
naturelle de ce phénoméne peut se rapporter
, suivant les principes d'un Méchanisme
général , ou aux particules cannelées
, qui traversant les pores du G'obe
Terrestre d'un certain sens , déterminent
sa position , ou à la qualité du fluide qui
emporte la Terre par un mouvement
circulaire , ou à la pression des tourbillons
voisins , ou à la résistance que tout
corps solide apporte à l'impression du
mouvement qu'il reçoit , ou à toutes ces
causes réunis , ou aux differentes hypotheses
que la sagacité du Physicien lui
fera inventer. Dieu permet à l'homme
de faire quelques raisonnemens assez vraisemblables
sur les Corps Celestes , si prodigieusement
éloignez de nous ,
afin que
cette étude éleve notre esprit à la Majesté
de l'Etre suprême , en même - temps
que la présomption de l'homme est domptée
par la profonde ignorance où il est
de ce qui est au- dedans de lui - même et
de ce qui fait partie de sa propre substance.
C'est une calomnie insoutenable de
dire que les Carthésiens rejettent absolument
le grand argument qui prouve
» l'eA
O UST. 1733 1747
» l'éxistence de Dieu , tiré du phénoméne
de la forme artificielle des choses .
Nulle Philosophie au contraire ne donne
des idées aussi sublimes de la sagesse
de Dieu dans la Création ; nulle Physique
ne ramene davantage l'esprit au
Créateur , en rapportant tous les phénoménes
qu'elle peut expliquer à des loix
simples et génerales émanées nécessairement
de la Toute puissance divine . C'est
l'argument le plus invincible contre l'Athéïsme
, c'est l'exclusion la plus forte du
hazard , dont la régularité et l'uniformité
ne peuvent être les productions . Plus l'idée
d'un méchanisme est générale , constante
et uniforme , comme dans le Carthésianisme
, plus elle est inséparable des
idées de dessein et de sagesse. Ces Re-
Aléxions suffisent pour prouver des veritez
si évidentes, d'autant plus que pour
détruire l'Athéïsme par le raisonnement ,
il faudroit que quelque homme qui raisonne
fût capable d'Athéïsme , ce qui est
impossible. Il est donc certain que l'accusation
du Carthésianisme par les Docteurs
Cudwort et Ray , est au fond trèsfrivole
et très mal fondée , injurieuse à
plusieurs saints et sçavans personnages ,
qui ont soutenu cette Philosophie , et aux
Écoles qui l'enseignent publiquement.
Gendre de S. Aubin ; contre les accusations
des Docteurs Cudwort et Ray.
UN
N zéle indiscret est souvent l'occasion
d'un scandale;c'est l'idée qu'on
doit se former des accufations intentées
par les Docteurs Cudwort et Ray , contre
le Cartesianisme. Elles sont contenuës
dans un Livre Anglois , intitulé : L'Existenca
" 1732 MERCURE DE FRANCE
sence et la Sagesse de Dieu, manifestées dans
les Oeuvres de la Création ; par le sieur
Ray,Membre de la Société Royale. La Traduction
Françoise , imprimée à Utrecht,
en 1723. se débite depuis peu à Paris.
On est étonné qu'un Philosophe , qui
écrit uniquement en vûë de manifester la
Sagesse de Dieu dans la Création, débute,
page 5. par approuver un sentiment qu'il
atribue à des Philosophes judicieux ; sçavoir
, que plus les genres , ou les ordres
des Etres sont imparfaits , plus les especes
en sont nombreuses . Est- ce là un
préambule convenable à un Panégyriste
de la Sagesse de Dieu dans la Création ?
Ne devoit il pas plutôt dire que ce qui
paroît imparfait aux vues bornées de notre
entendement , a son utilité et sa destination
dans les Décrets éternels de la Providence
? Ce seroit là un beau champ
pour les Cartésiens qu'il attaque d'une
maniere outrageante ; ne pourroient- ils
pas le traiter de prévaricateur dans une
cause si évidente , et qu'il soutient si
mal ?
Pour faire éclater , dit il , page 12. la
grandeur et l'étendue infinie de l'esprit
de Dieu , il observe que rien ne marque
davantage la supériorité du génie , que
d'inventer des Machines differentes , qui
pros
AOU'ST. 1733. 1733
E
4
€
>
produisent le même effet , et soient destinées
aux mêmes fins . Mais suivant les notions
les plus saines et les plus communes ,
rien ne marque davantage la sagesse
de
l'ouvrier que le Méchanisme le plus simple
et le moins chargé de ressorts . C'est donc
sur une sorte de Méchanisme qu'il fonde
la sagesse de Dieu dans la Création, mais
sur un Mechanisme de détail , qu'il présente
à la pensée , d'une maniere aussi
basse , que celui des Cartésiens est sublime.
Quoique le sieur Ray tâche de décrier
le Cartesianisme sans ménagement, il établit
, pages 2 et 3. comme le sentiment le
plus universellement
reçu , tout ce que
cette Philosophie dans sa nouveauté parut
avoir de plus difficile à concilier avec la
Religion ; sçavoir, l Hypothèse des Tourbillons
, suivant laquelle chaque Etoile ,
pour me servir des propres termes du
Traducteur , est un Soleil ou un Corps
semblable à cet astre , environné de même
d'un Choeur de Planetes , qui tournent
autour de lui. Il avance de plus , qu'il
n'y a aucune de ces Planétes qui ne soit
remplie, selon toutes les apparences , d'une
grande variété de créatures corporelles ,
animées et inanimées . Personne n'ignore
que cette partie de la Physique nouvelle
fut
1734 MERCURE DE FRANCE
fut exposée à la censure , et allarma quelques
personnes pieuses , qui trouvoient
ce systême peu conforme à ce qui nous
cst enseigné sur la Création dans la Genése
; mais il a été reçu depuis comme
une hypothese , sur laquelle on écrit et
on dispute publiquement , et il y a longtemps
que tous les scrupules sont levez à
cet égard.
A la maniére dont le S Ray fait connoître
quels sont les principes de sa Phylosophie
, qui ne le prendroit pour un
Cartésien ? Sectateur de cette Physique ,
il va néanmoins lui imputer les intentions
les plus criminelles. » Il semble
» dit-il, pag. 28.qu'il soit necessaire d'exa-
>> miner un peu les principes d'une Secte
» de Déïstes de profession; j'entends celle
» de Descartes et de ses Disciples , qui
» ont pour but d'éluder et de détruire un
» argument qui a eu tant de force dans
» tous les siècles , pour prouver l'exis-
» tence d'un Dieu . Le premier grief d'une
accusation si grave , est que Descartes
exclud de la Physique toute la considération
des causes finales . Le Sr Ray cite ,
pages 29 et 30. les Passages des Méditations
Métaphysiques , des principes de
Philosophie , et de la quatrième Réponse
aux Objections de Gassendi , où Descartes
dit
AOUST. 1733 1735
1
dit
que toutes
les causes
qu'on
a accoutumé
de tirer
de la fin , ne sont
d'aucun
usage
dans
la Physique
,puisqu'on
ne sçauroit
se persuader
, sans
témérité
, qu'on
puisse
pénétrer
dans
les fins
que
Dieu
s'est proposées
. Il est facile
de répondre
à
cette
objection
, que
la raison
alléguée
par Descartes
, pour
ne pas expliquer
les effets
naturels
par
les fins que
Dieu s'est
proposées
, est trèspieuse
et trèsédifiante
, et qu'il
auro
t pû se contenter
d'établir
en général
, que la Physique
étant
une
recherche
des causes
naturelles
, ce
n'est
pas
parler
en Physicien
, que
de
donner
pour
cause
de la production
d'un Phénoméne
, que Dieu
a eu en vûë
de le
produire
. Car
c'est
ce que tout
Chrétien
sçait
, sans
étudier
la Physique
; cette
science
de tres
- bornée
qu'elle
est , deviendroit
infiniment
étenduë
, si l'on
recevoit
au nombre
des explications
Physiques
, qu'un
efft
naturel
arrive
, parce
qu'il
est conforme
à la fin que Dieu
s'est proposée
. Je suppose
que pour
expliquer
la construction
d'une
Montre
, on s'avisat
de dire
que
ce qui cause
les mouvemens
réglez
de cette
machine
, c'est
l'intention
de l'ouvrier
qui l'a faite
dans
le
dessein
de marquer
les heures
; cette
cause
finale
en Physique
ne seroit
comptée
G
pour
1736 MERCURE DE FRANCE
pour rien ; et on ne pourroit prouver
mieux que cette Montre est l'ouvrage
d'un Artiste , et non l'effet du hazard
qu'en faisant observer l'action du ressort,
le tirage de la chaîne , les engrainures des
rouës , et sur tout la proportion et le concours
des mouvemens. Quel est donc le
véritable objet de la Physique ,? C'est de
déduire les Phénoménes , des Loix géné
rales de la nature , établies par Dieu , et
rapportées au Créateur . Une pareille Philosophie
peut- elle donner lieu aux inveçtives
de l'Auteur Anglois » Les Carthé
» siens , dit- il , page 34. tâchent de dé-
» truire notre grand argument , en pré-
»tendant résoudre tous les Phénomènes
» de la nature , et rendre compte de la
» production et de la formation de l'Uni-
» vers , et de tous les Etres corporels qu'il
» contient , soit celestes ou terrestres ; ani-
» mez ou inanimcz , même sans en exclunre
les animaux , et cela par une foible
»hypothèse de la matiere divisée, et mise
» en mouvement de telle ct telle maniés
» re. . . . . De maniére que Dieu n'a eu
» autre chose à faire qu'à créer la matiére ,
»la diviser en partics , et la mettre en
»mouvement , suivant un petit nombre
de certaines Loix , et que cela ne pouvoit
manquer de produite de soi-même
...
12
AOUST. 1733 : 1737
le monde et toutes les créatures qui y
sont contenues. Pour la réfutation de
cette hypothése ,, continue cet Auteur ,
n'aurois qu'à renvoyer le Lecteur au
» systême du Docteur Cudwort ; mais
» pour lui épargner cette peine, je vais en
transcrire les paroles..... Dieuse con
tentant de regarder en spectateur in-
» différents ce Lusus Atomorum , ou cette
» danse agréable des Atômes , et les différents
effets qui en résultent. Non con-
» tens de cela , ces Déïstes méchaniques
» ont excédé et surpassé en ceci les Athées
» atomiques , par une extravagance plus
oursée que la leur ; car les Athées de
profession n'ont jamais osé affirmer que
» ce systéme régulier des choses fut le ré-
» sultat d'un mouvement fortuit d'Atomes
au commencement , avant d'avoir
produit pendant bien du temps des
combinaisons ineptes ou des assembla-
» ges de choses particulières , et des sys-
» têmes ridicules du tout. Ils supposoient
» même que la régularité des choses de ce
monde ne subsisteroit pas toujours , et
» que la confusion et le désordre s'y re-
> mettroient avec le temps ; qu'outre le
monde que nous habitons , il y en a encore
en ce moment un nombre inexprimable
d'autres irréguliers , dont il
Cij n'y
1738 MERCURE DE FRANCE
» n'y en a pas d'un entre mille et dix mil-
» le , qui ait une régularité pareille au
» nôtre ...... Mais nos Déïstes micha
» niques prétendent que leurs Atomes
» n'ont jamais bronché dans leurs mou-
» vemens, ni produit aucun systéme inep-
» te , ni aucunes formes impropres , et
» qu'ils se sont placez et rangez dès le
commencement avec tant d'ordre et de
» méthode , que la sagesse même n'auroit
» pû le faire mieux , ni avec plus d'exactitude.
C'est par cette raison que çes
» Déi tes re ettent absolument le grand
» a gument qui prouve l'Existence de
Dicu , tiré du Phénoméne de la nature
n artificielle des choses , sur lequel on a si
» fort insisé dans tous les siècles , et qui
» fait ordinairement le plus d'effet sur l'es-
» prit humain. Les Athées s'applaudissent
» cependant en secret , er triomphent de
>> voir la cause du Déïsme trahie de cette
» maniere par ses partisans et ses défen-
» seurs les plus zélez , et le grand argu-
» ment éludé pour favoriser leur cause.
Rien ne sçauroit marquer une plus gran
» de dépravation d'esprit , ni plus de folic
et de stupidité dans les Déïstes pré.en-
» dus , que de n'avoir aucun égard à la
forme régulière et artificielle des cho
ses , ni aux impressions de l'art et de
AOUST . 1733 . 1739
wla
sagesse divine , et de ne regarder
» le Monde et les productions de la Na-
» ture , qu'avec des yeux de boeuf ou de
» cheval.
Le sieur Ray , dans la fureur qui le
transporte , n'entend pas les termes dont
il se sert car qu'est- ce qu'un Déïste , suivant
la notion génerale ? C'est un impiet
qui ne suit aucune Religion particuliere ,
qui reconnoît , à la verité , l'existence de
Dieu mais qui refuse de croire les Mysteres
que Dieu a révelez. Or ces Deïstes qui refusent
de se rendre à l'évidence de la révé.
lation , ne sont pas ceux qui font le moins
valoir le grand argument de l'existence
de Dieu , tiré de sa sagesse dans la Création.
On ne sçait ce que le sieur Ray
veut dire par ces paroles : » Les Athées
» s'applaudissent cependant en secret , et
» triomphent de voir la cause du Déïsme
>>trahie de cette maniere par ses Parti-
» sans et ses Deffenseurs les plus zelez .
Il prend ici la cause du Déïsme pour une
bonne cause trahie , et il semble appli
quer aux Carthésiens les termes de Partis
sans et de Deffenseurs les plus zelez de
la bonne cause. Mais c'est bien plutôt
cet Auteur qui trahit la cause qu'il entreprend
de soutenir , par la foiblesse
avec laquelle il traite son sujet . S'il eût
Ciij fair
1740 MERCURE DE FRANCE
ა
fait remarquer , comme les Carthésiensces
Loix générales dont l'uniformité produit
un Monde si diversifié ; s'il se fût
élevé jusqu'à un méchanisme sublime
qui donnât une idée de la Création proportionnée
à ce que notre foible esprit
peut concevoir de plus grand et de plus
magnifique ; si en s'attachant à ce qu'il.
ya de plus merveilleux dans la Nature
il eût observé , comme ceux qu'il appelle-
Deistes , que cette multitude immense
de mouvemens des Corps Celestes , que
révolutions si constantes des Astres ,
que cette fécondité si riche et si brillan-.
te de l'Univers , que tous ces Phénomenes
si utiles à l'homme , et qui étalent
à ses yeux un spectacle digne du Créateur
, qu'enfin la beauté ravissante de
toutes les Oeuvres de Dieu , est un
témoignage continuel et invincible de sa
sagesse et de sa toute- puissance dans la
Création , par la simplicité et l'ordre des
ressorts qui y sont employez , il eût rem--
pli son sujet avec la dignité convenable ,
mais il ne s'arrête qu'à un petit détail ,
et ne présente par tout que des images.
basses et imparfaites d'un sujet qui surpasse
ses forces.
C'est favoriser l'athéïsme et le syste
me du hazard , que de rejetter le méchaA
O UST. 173′3 ; 1741
chanisme de la Nature , par lequel les
Carthésiens n'entendent autre chose que
les loix generales du mouvement établics
par le Créateur. Que chaque Philosophe
conçoive et suppose ces Loix
générales à son gré , que
differens Phisiciens
suivent des vues systématiquesfort
éloignées ; tous au moins doivent
convenir que ce n'est pas une pensée raisonnable
sur l'Etre suprême , de croire
que l'uniformité et la simplicité manquent
à ses Productions . Le principal but
de la Physique est donc de rapporter tous
les raisonnemens à ces principes. C'est à
quoi les Carthésiens ont beaucoup mieux
réussi qu'aucune autre Secte de Philosophes
, ayant mieux expliqué le méchanisme
general de la Nature; et ' on peut
dire que ceux qui tâchent d'étendre et
de pousser plus loin ce méchanisme , sont
ceux qui pensent et qui s'expliquent le
mieux au sujet de la sagesse et de la toùte-
puissance de Dieu dans la Création . A
la verité , le Philosophe rempli de pré
somption , se persuade qu'il peut concevoir
et faire entendre aux autres cet ordre
admirable établi dans les Ouvrages
de Dieu ; au lieu que le Physitien modeste
, qui connoît la foiblesse et l'incer
titude de ses lumieres , ne regarde tous
Ciij les
742 MERCURE DE FRANCE
les raisonnemens physiques que comme
des hypothéses.
>>
Continuons de rapporter la censure de
la Philosophie Carthésienne par l'Auteur
Anglois. Il se trouve , dit-il , pag. 35 .
» plusieurs Phénomenes dans la Ñature ,
» lesquels étant en partie au- dessus de la
»force et de la portée , et en partie con-
>> traires aux Loix du Méchanisme , ils
» ne sçauroient se résoudre sans avoir re-
>> cours aux causes finales et à quelques
» principes de vie ; par exemple , ce-
» lui de la gravité ou du penchant que
» les corps ont à descendre , le mouve-
» ment du diaphragme dans la respira-
» tion , la systole et la diastole du coeur ,
» qui n'est autre chose qu'une contraction
et un relâchement des muscles ,
» et par consequent ne sçauroit être un
» mouvement méchanique , mais un prin-
» cipe de vie. Nous pourrions encore
» ajoûter à cela entre plusieurs autres
» choses , l'intersection des plans de l'E-
» quateur et de l'Ecliptique ou du mou-
» vement diurne ou journalier de la Ter-
» re sur un axe qui n'est pas parallele à
celui de l'écliptique , ni perpendiculaire
à son plan ..... On ne sçauroit
» donc attribuer la continuation de ce
» double mouvement annuel et diurne
nde
23
A O UST. 17337 1748
de la Terre sur des axes non paralleles,
» à autre chose qu'à une cause finale ou
» mentale , ou rò fixTisov , parce qu'il
étoit à propos que cela fût ainsi , la
» varieté des saisons de l'année en dé
» pendant. Mais le plus considerable de
» tous les Phénoménes pir içuliers est la
»formation et l'organisation des corps
>> des animaux , remplis de tant de varietez
et de merveilles , que ces Philo-
» sophes méchaniques n'en pouvant faire
»la solution par le mouvement nécessaire
» de la matiere , sans qu'elle fût dirigée
par l'esprit à de certaines fins , ont pru-
» demment interrompu leur systéme en
» cet endroit , où ils devoient traiter des
» animaux , et n'en ont pas touché un
» seul mot.
23
On connoît clairement par cette critique
, que le sieur Ray est aussi peu
versé dans la Philosophie Carthésienne
qu'il est injuste dans l'accusation qu'il
intente contre elle. Nous avons vû plus
haut qu'il attribuë aux Carthésiens un
systéme d'Atomes , quoique les trois Elemens
de Descartes soient divisibles à l'infini
, et que par conséquent Descartes
rejette les Atomes , qui signifient des Elemens
indivisibles. Le sieur Ray ne se
trompe pas moins, en disant que dans les
C v Phé1744
MERCURE DE FRANCE
:
Phénomenes qu'il cite , il y a de la contrarieté
au Mechanisme de la Nature. Il
est vrai que les loix générales du mouvement
n'expliquent pas la construction
du corps des animaux , ni la forme de
ces organes merveilleux qui servent aux
differentes fonctions du principe qui les
anime. Le mouvement circulaire des
trois Elémens de Descartes ne peut faires
concevoir , par exemple, comment ont
été produits les instrumens de la faculté
visuelle ; mais les Carthésiens doivent :
seulement avouer que leur méchanisme ,
quoiqu'il n'y ait aucune contrarieté , est
insuffisant pour expliquer tous les Phé
noménes , et sur tout l'organisation admirable
des animaux ,, les corps animezz
et inanimez étant vrai- semblable--
ment produits suivant des loix differen--
tes, ou plutôt dont nous n'appercevons
pas la liaison. * Il ne s'ensuit pas de ce
que la Créature est incapable de conce
voir entierement le grand Ouvrage de :
la Création , qu'il lui soit defendu de rechercher
les causes physiques et naturel
+
La plupart même des Carthésiens estiment aun
aujet de l'organisation continuelle et toujours
cemblable , des Plantes et des Animaux , que tous :
res corps formez en même-temps par le Souve
fain Etre , dans les graines ou dans les oeufs , nesont
que se développer successivement,
leas
A O UST. 1733. 17455
les , suivant les principes les plus géné
caux et les plus simples , en les rappor
tánt à la sagesse et à la toute- puissance
du Créateur.
Les difficultez qui se trouveut sur la
pesanteur , ne peuvent se résoudre par
des principes de vie qui n'ont aucun rapport
avec elle , ou par des causes finales ,.
qui ne sont en aucune maniere des causes
physiques ; et si les explications que
Descartes a données de la pesanteur , ont
été attaquées par de fortes objections ,
tous les Philosophes se sont au moins
accordez à tirer ces Explications d'un '
méchanisme général de la Nature. Le
'steur Ray est si peu d'accord avec luid
même au sujet de la respiration et de la¹
systole et diastole du coeur, qu'après avoir
affirmé que ces mouvemens ne peuvent
être méchaniques , il regarde ailleurs com
me une question douteuse de sçavoir si
les bêtes sont des vrayes machines , ou
s'il convient de leur attribuer la vie et le
sentiment.
cliptiqueant
à l'intersection
de l'é-
1
de l'équateur , on en peut donner
plusieurs raisons qui n'ont rien de
contraire au systéme Carthésien . L'obli
quité de l'écliptique par rapport à l'équateur
, dont l'axe conserve toujours
son parallelisme est assurément la cause
av de
1746 MERCURE DE FRANCE
de la varieté des Saisons , mais cette cause
finale , encore une fois , ne peut passer
pour une cause phisique. L'Explication
naturelle de ce phénoméne peut se rapporter
, suivant les principes d'un Méchanisme
général , ou aux particules cannelées
, qui traversant les pores du G'obe
Terrestre d'un certain sens , déterminent
sa position , ou à la qualité du fluide qui
emporte la Terre par un mouvement
circulaire , ou à la pression des tourbillons
voisins , ou à la résistance que tout
corps solide apporte à l'impression du
mouvement qu'il reçoit , ou à toutes ces
causes réunis , ou aux differentes hypotheses
que la sagacité du Physicien lui
fera inventer. Dieu permet à l'homme
de faire quelques raisonnemens assez vraisemblables
sur les Corps Celestes , si prodigieusement
éloignez de nous ,
afin que
cette étude éleve notre esprit à la Majesté
de l'Etre suprême , en même - temps
que la présomption de l'homme est domptée
par la profonde ignorance où il est
de ce qui est au- dedans de lui - même et
de ce qui fait partie de sa propre substance.
C'est une calomnie insoutenable de
dire que les Carthésiens rejettent absolument
le grand argument qui prouve
» l'eA
O UST. 1733 1747
» l'éxistence de Dieu , tiré du phénoméne
de la forme artificielle des choses .
Nulle Philosophie au contraire ne donne
des idées aussi sublimes de la sagesse
de Dieu dans la Création ; nulle Physique
ne ramene davantage l'esprit au
Créateur , en rapportant tous les phénoménes
qu'elle peut expliquer à des loix
simples et génerales émanées nécessairement
de la Toute puissance divine . C'est
l'argument le plus invincible contre l'Athéïsme
, c'est l'exclusion la plus forte du
hazard , dont la régularité et l'uniformité
ne peuvent être les productions . Plus l'idée
d'un méchanisme est générale , constante
et uniforme , comme dans le Carthésianisme
, plus elle est inséparable des
idées de dessein et de sagesse. Ces Re-
Aléxions suffisent pour prouver des veritez
si évidentes, d'autant plus que pour
détruire l'Athéïsme par le raisonnement ,
il faudroit que quelque homme qui raisonne
fût capable d'Athéïsme , ce qui est
impossible. Il est donc certain que l'accusation
du Carthésianisme par les Docteurs
Cudwort et Ray , est au fond trèsfrivole
et très mal fondée , injurieuse à
plusieurs saints et sçavans personnages ,
qui ont soutenu cette Philosophie , et aux
Écoles qui l'enseignent publiquement.
Fermer
Résumé : DÉFENSE du Cartésianisme, par M. le Gendre de S. Aubin ; contre les accusations des Docteurs Cudwort et Ray.
Le texte est une défense du cartésianisme contre les critiques des docteurs Cudworth et Ray, exprimées dans leur ouvrage 'L'Existence et la Sagesse de Dieu, manifestées dans les Oeuvres de la Création'. Le défenseur du cartésianisme reproche à Ray d'avoir commencé son livre en approuvant l'idée que les êtres imparfaits sont plus nombreux que les parfaits, ce qui est jugé inapproprié pour un panégyriste de la sagesse divine. Ray est également critiqué pour avoir fondé la sagesse divine sur un mécanisme de détail, jugé bas et imparfait comparé au mécanisme sublime des cartésiens. Malgré ses attaques contre le cartésianisme, Ray reconnaît certaines hypothèses cartésiennes, comme celle des tourbillons et la diversité des créatures sur les planètes. Le défenseur du cartésianisme répond aux accusations de Ray en expliquant que Descartes exclut les causes finales de la physique pour se concentrer sur les causes naturelles. Il argue que cette approche est pieuse et édifiante, et que la physique doit déduire les phénomènes des lois générales de la nature établies par Dieu. Le texte critique Ray pour avoir accusé les cartésiens de détruire l'argument de l'existence de Dieu en réduisant la création à des lois mécaniques. Le défenseur du cartésianisme conclut que les cartésiens ont mieux expliqué le mécanisme général de la nature et la sagesse divine que toute autre secte philosophique. Le texte discute également de divers phénomènes naturels, comme la gravité, la respiration, les mouvements du cœur, et les mouvements de la Terre, qui semblent défier les lois du mécanisme et nécessitent l'intervention de causes finales ou de principes de vie. Il critique l'incapacité des philosophes mécanistes à expliquer l'organisation des corps animaux, soulignant que ces philosophes interrompent leur système lorsqu'ils abordent ce sujet. Les cartésiens reconnaissent l'insuffisance de leur mécanisme pour expliquer tous les phénomènes, notamment l'organisation des animaux, mais estiment que les corps animés et inanimés sont produits selon des lois différentes. Le texte aborde des difficultés spécifiques comme la pesanteur, la respiration, et les mouvements du cœur, soulignant que les explications cartésiennes, bien que critiquées, restent mécanistes. Il mentionne l'obliquité de l'écliptique par rapport à l'équateur et les diverses causes possibles de ce phénomène, tout en insistant sur le fait que les causes finales ne peuvent être des causes physiques. Enfin, le texte réfute l'accusation selon laquelle les cartésiens rejettent l'argument de la forme artificielle des choses pour prouver l'existence de Dieu. Il affirme que la philosophie cartésienne donne des idées sublimes de la sagesse divine et constitue un argument fort contre l'athéisme. Le texte conclut en dénonçant les accusations frivoles et mal fondées contre le cartésianisme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 2218-2220
LETTRE écrite de Brest, le premier Septembre 1733. sur le Bureau Tipographique.
Début :
Je crois, Monsieur, que le Mercure de France peut-être regardé dans la République des Lettres, [...]
Mots clefs :
Bureau typographique, Système, Auteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Brest, le premier Septembre 1733. sur le Bureau Tipographique.
LETTRE écrite de Brest, le premier
Septembre 1733. sur le Bureau Tipographique.
E crois , Monsieur , que le Mercure de France
peut- être regardé dans la République des Lettres
, comme une espece de Bureau d'adresse où
chacun peut avoir recours , soit pour faire part
au Public de ses propres Découvertes , soit
pour demander soi- même des instructions aux
autres. C'est dans cette pensée, Monsieur, que je
prens la liberté de vous écrire cette Lettre pour
avoir des nouvelles d'un certain Systême de lecture
imaginé depuis quelques années pour faciliter
OCTOBRE. 1737. 2219
liter aux enfans les premiers élemens des Lettres;
Şistême que vous avez annoncé plusieurs fois dans
vos Mercures , et qui semble être tombé dans
Poubli. Bien des gens et moi plus qu'un autre ,
avons été surpris.de votre silence ..
Comme j'avois fort goûté le plan de ce projet ,.
j'avois commencé de le mettre en pratique avec.
assez de succès , et mon exemple avoit fait naître
Penvie à plusieurs personnes d'en faire autant ;. .
mais comme ils n'étoient guére au fait du Syste
me et que je n'y étois pas trop moi - même , les,
choses en sont demeurées là , et je leur ai conseillé
d'attendre le Livre que l'Auteur a promis
il y a deux ou trois ans. On y trouvera sans doute
un entier développement de son Systeme , aussi
bien que la description exacte de ce qu'il appelle
Bureau Tipographique , avec le détail des opérations
et des lectures qui conviennent le plus à
P'institution de la premiere enfance .
On a vû par le Journal des Sçavans du mois
d'Avril , que la premiere partie de cet Ouvrage
est imprimée depuis plus d'un an sous le titre
d'Ab-cé latin, mais la suite qui paroît plus nécessaire,
ne vient point encore,et peut - être ne viendra-
t'elle jamais, Cependant un ami à qui l'on
avoit écrit à Paris pour en apprendre des nouvelles
, a fait réponse qu'on y travailloit depuis
plusieurs années et qu'elle n'étoit pas encore finie.
Mais en bonne foi , c'est - là ce qui m'étonne
le plus , on auroit imprimé depuis le temps.
nue collection des Conciles . Est - ce l'Auteur ou
FImprimeur qui retarde l'Ouvrage.
Quoiqu'il en soit , je vous supplie , Monsieur,
de vouloir bien inserer cette Lettre dans votre:
Mercure , afin d'inviter l'Auteur ou les Partisans .
du Systême Tipographique à donner quelque si-
Ej gus
2220 MERCURE DE FRANCE
gne de vie , si tant est que le projet soit en vogue
et qu'il soit approuvé par les Maîtres d'Ecole
de Paris , comme on me l'a fort assuré.
Au reste je crois que l'Auteur fera beaucoup
mieux d'instruire les personnes bien intentionnées
qui cherchent de bonne foi la verité , que
de s'amuser à répondre à de mauvaises Critiques .
Son Systême est solide , il ne s'agit que de le bien
posseder. Je suis , Monsieur , &c.
En attendant la réponse demandée , on ne sera
pas fâché de voir l'Extrait suivant.
Septembre 1733. sur le Bureau Tipographique.
E crois , Monsieur , que le Mercure de France
peut- être regardé dans la République des Lettres
, comme une espece de Bureau d'adresse où
chacun peut avoir recours , soit pour faire part
au Public de ses propres Découvertes , soit
pour demander soi- même des instructions aux
autres. C'est dans cette pensée, Monsieur, que je
prens la liberté de vous écrire cette Lettre pour
avoir des nouvelles d'un certain Systême de lecture
imaginé depuis quelques années pour faciliter
OCTOBRE. 1737. 2219
liter aux enfans les premiers élemens des Lettres;
Şistême que vous avez annoncé plusieurs fois dans
vos Mercures , et qui semble être tombé dans
Poubli. Bien des gens et moi plus qu'un autre ,
avons été surpris.de votre silence ..
Comme j'avois fort goûté le plan de ce projet ,.
j'avois commencé de le mettre en pratique avec.
assez de succès , et mon exemple avoit fait naître
Penvie à plusieurs personnes d'en faire autant ;. .
mais comme ils n'étoient guére au fait du Syste
me et que je n'y étois pas trop moi - même , les,
choses en sont demeurées là , et je leur ai conseillé
d'attendre le Livre que l'Auteur a promis
il y a deux ou trois ans. On y trouvera sans doute
un entier développement de son Systeme , aussi
bien que la description exacte de ce qu'il appelle
Bureau Tipographique , avec le détail des opérations
et des lectures qui conviennent le plus à
P'institution de la premiere enfance .
On a vû par le Journal des Sçavans du mois
d'Avril , que la premiere partie de cet Ouvrage
est imprimée depuis plus d'un an sous le titre
d'Ab-cé latin, mais la suite qui paroît plus nécessaire,
ne vient point encore,et peut - être ne viendra-
t'elle jamais, Cependant un ami à qui l'on
avoit écrit à Paris pour en apprendre des nouvelles
, a fait réponse qu'on y travailloit depuis
plusieurs années et qu'elle n'étoit pas encore finie.
Mais en bonne foi , c'est - là ce qui m'étonne
le plus , on auroit imprimé depuis le temps.
nue collection des Conciles . Est - ce l'Auteur ou
FImprimeur qui retarde l'Ouvrage.
Quoiqu'il en soit , je vous supplie , Monsieur,
de vouloir bien inserer cette Lettre dans votre:
Mercure , afin d'inviter l'Auteur ou les Partisans .
du Systême Tipographique à donner quelque si-
Ej gus
2220 MERCURE DE FRANCE
gne de vie , si tant est que le projet soit en vogue
et qu'il soit approuvé par les Maîtres d'Ecole
de Paris , comme on me l'a fort assuré.
Au reste je crois que l'Auteur fera beaucoup
mieux d'instruire les personnes bien intentionnées
qui cherchent de bonne foi la verité , que
de s'amuser à répondre à de mauvaises Critiques .
Son Systême est solide , il ne s'agit que de le bien
posseder. Je suis , Monsieur , &c.
En attendant la réponse demandée , on ne sera
pas fâché de voir l'Extrait suivant.
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Résumé : LETTRE écrite de Brest, le premier Septembre 1733. sur le Bureau Tipographique.
Le 1er septembre 1733, une lettre de Brest est adressée au rédacteur du Mercure de France. L'auteur y demande des nouvelles d'un système de lecture destiné à enseigner l'alphabet aux enfants, annoncé précédemment mais oublié. Il avait commencé à appliquer ce système avec succès, mais a rencontré des difficultés en raison d'un manque de détails. Plusieurs personnes avaient manifesté leur intérêt, mais attendaient la publication d'un livre promis par l'auteur. La première partie de cet ouvrage, intitulée 'Ab-cé latin', est imprimée depuis plus d'un an, mais la suite n'est toujours pas publiée. L'auteur exprime son étonnement face à ce retard et demande au rédacteur d'insérer cette lettre dans le Mercure pour inciter à la publication du livre. Il souligne que le système est solide et mérite d'être mieux connu. En attendant, un extrait sera publié.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 2220-2222
EXTRAIT des Actes qui sont en dépôt au Greffe de la Jurisdiction de M. le Chantre de l'Eglise de Paris. A M. le Grand-Chantre de l'Eglise de Paris.
Début :
Supplie humblement, &c[.] Soit communiqué à notre Promoteur, ce premier Septembre [...]
Mots clefs :
Paris, Enfants, Promoteur, Chantre, Système, Bureau typographique, Bibliothèque des enfants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT des Actes qui sont en dépôt au Greffe de la Jurisdiction de M. le Chantre de l'Eglise de Paris. A M. le Grand-Chantre de l'Eglise de Paris.
EXTRAIT des Actes qui sont en
dépôt an Greffe de la Jurisdiction de
M. le Chantre de l'Eglise de Paris.
P A M. le Grand Chantre de l'Eglise
de Paris ..
Supplie humblement , &c Soit communiqué.
à notre Promoteur , ce premier Septembre
1732. Signé , F. Vivant.
Vu l'utilité que le Public peut retirer d'une
Méthode qui passe pour abreger un temps considerable
que les Maîtres employent ordinairement
, pour apprendre à. la jeunesse confiée à
leurs soins , les premiers principes de la lecture ,
je n'empêche les fins de la présenté Requête . A
Paris , ce 2 Septembre 1732. Signé , Collin , Promoteur
, avec paraphe .
Vû la Requête de l'autre part et les Conclusions
de notre Promoteur nous nommons
pour Commissairrs les sieurs Ceullin , le Faux
et Chompré, lesquels conjointement avec notre
Promoteur et notre Greffier , examineront la
susdite Méthode et noùs en feront leur rapport
pour ordonner ce que nous jugerons le plus utile -
au
OCTOBRE . 1733 2227
au bien public et à l'instruction de la jeunesse.
A Paris, ce 2. Septembre 1732. Signé, F. Vivant
Vu par par Nous la Requête présentée à M. le
Chantre de l'Eglise de Paris , par le sieur Dumas,
Auteur du Systême du Bureau Tipographique et
de la Bibliotheque des Enfans , Livre qui contient
la maniere de se servir dudit Bureau et de la Méthode
pour montrer aux enfans les premiers élemens
des Lettres , en date du premier Septembre
1732. au bas de laquelle Requête sont les Conclusions
de M. le Promoteur en datte du 2. dudit
mois et an. Vû l'Ordonnance de M. le Chantre, du
même jour et an , par laquelle il a jugé à propos
de nous nommer Commissaires à l'effet d'éxaminer
le susdit Systême et la susdite Méthode
dont on fait actuellement usage pour Monseigneur
le Dauphin et pour les augustes Enfans
de France.
Nous , après avoir entendu l'Auteur, er vi des
enfans travailler audit Bureau ; ayant examiné
le tout avec exactitude , avons jugé ledit Systême
très- ingénieux , fort propre à avancer la jeunesse
sans la dégoûter , et très - capable d'ôter
les épines qui se trouvent , surtout en apprenant
aux enfans les premiers élémens ; c'est pourquoi
nous estimons et croyons que M. le Chantre
peut permettre la pratique de ce Systême, l'usage
de la Bibliotheque des Enfans,dans les Ecoles de sa
Jurisdiction , et exhorter les Maîtres qui le pourront
commodément, à les pratiquer , et l'exercice
du Bureau Tipographique;c'est le témoignage que
nous avons cru devoir rendre à la vérité en faveur
de l'utilité publique , en foi de quoi nous avons
signé ce 11. Novembre 1732 Signé, Collin , Promoteur,
le Faux , Ceullin , Chompré , Chanu,
Nous , François Vivant , Prêtre , Docteur en
Théo2222
MERCURE DE FRANCE
Théologie de la Maison et Societé de Sorbonne,
Grand- Vicaire de M. l'Archevêque de Paris ,
Chantre et Chanoine de l'Eglise Métropolitaine
de Paris , Collateur , Juge et Directeur des petites
Ecoles de la Ville , Cité , Université , Fauxbourgs.
etBanlieuë de Paris , après avoir oui notre Promoteur
, en notre Jurisdiction , et les Commissaires
par nous nommez pour l'examen du Livre intitulé
, la Bibliotheque des Enfans , ou les premiers
Elemens de Lettres , contenant le Systéme du Bureau.
Tipographique , à l'usage de Monseigneur le Dauphin
, et des augustes Enfans de France . Vû et lû
le rapport desdits Commissaites , permettons
d'introduire l'usage dudit Systême, Livre et Méthode
dans les Ecoles de notre Jurisdiction , et
exhortons les Maîtres , Maîtresses et autres , enseignant
sous notre autorité , qui le pourront
commodément , à les pratiquer , et.l'exercice du
Bureau Tipographique. Fait en notre Hôtel à
Paris , ce 24. Novembre 1732. Signé, F. Vivant.
Collationné à la minute originale , étant au
Greffe desdites Ecoles , par moi Greffier d'icelles ,
spussigné ce 1. Decembre 1732. Chanu , Greffier.
dépôt an Greffe de la Jurisdiction de
M. le Chantre de l'Eglise de Paris.
P A M. le Grand Chantre de l'Eglise
de Paris ..
Supplie humblement , &c Soit communiqué.
à notre Promoteur , ce premier Septembre
1732. Signé , F. Vivant.
Vu l'utilité que le Public peut retirer d'une
Méthode qui passe pour abreger un temps considerable
que les Maîtres employent ordinairement
, pour apprendre à. la jeunesse confiée à
leurs soins , les premiers principes de la lecture ,
je n'empêche les fins de la présenté Requête . A
Paris , ce 2 Septembre 1732. Signé , Collin , Promoteur
, avec paraphe .
Vû la Requête de l'autre part et les Conclusions
de notre Promoteur nous nommons
pour Commissairrs les sieurs Ceullin , le Faux
et Chompré, lesquels conjointement avec notre
Promoteur et notre Greffier , examineront la
susdite Méthode et noùs en feront leur rapport
pour ordonner ce que nous jugerons le plus utile -
au
OCTOBRE . 1733 2227
au bien public et à l'instruction de la jeunesse.
A Paris, ce 2. Septembre 1732. Signé, F. Vivant
Vu par par Nous la Requête présentée à M. le
Chantre de l'Eglise de Paris , par le sieur Dumas,
Auteur du Systême du Bureau Tipographique et
de la Bibliotheque des Enfans , Livre qui contient
la maniere de se servir dudit Bureau et de la Méthode
pour montrer aux enfans les premiers élemens
des Lettres , en date du premier Septembre
1732. au bas de laquelle Requête sont les Conclusions
de M. le Promoteur en datte du 2. dudit
mois et an. Vû l'Ordonnance de M. le Chantre, du
même jour et an , par laquelle il a jugé à propos
de nous nommer Commissaires à l'effet d'éxaminer
le susdit Systême et la susdite Méthode
dont on fait actuellement usage pour Monseigneur
le Dauphin et pour les augustes Enfans
de France.
Nous , après avoir entendu l'Auteur, er vi des
enfans travailler audit Bureau ; ayant examiné
le tout avec exactitude , avons jugé ledit Systême
très- ingénieux , fort propre à avancer la jeunesse
sans la dégoûter , et très - capable d'ôter
les épines qui se trouvent , surtout en apprenant
aux enfans les premiers élémens ; c'est pourquoi
nous estimons et croyons que M. le Chantre
peut permettre la pratique de ce Systême, l'usage
de la Bibliotheque des Enfans,dans les Ecoles de sa
Jurisdiction , et exhorter les Maîtres qui le pourront
commodément, à les pratiquer , et l'exercice
du Bureau Tipographique;c'est le témoignage que
nous avons cru devoir rendre à la vérité en faveur
de l'utilité publique , en foi de quoi nous avons
signé ce 11. Novembre 1732 Signé, Collin , Promoteur,
le Faux , Ceullin , Chompré , Chanu,
Nous , François Vivant , Prêtre , Docteur en
Théo2222
MERCURE DE FRANCE
Théologie de la Maison et Societé de Sorbonne,
Grand- Vicaire de M. l'Archevêque de Paris ,
Chantre et Chanoine de l'Eglise Métropolitaine
de Paris , Collateur , Juge et Directeur des petites
Ecoles de la Ville , Cité , Université , Fauxbourgs.
etBanlieuë de Paris , après avoir oui notre Promoteur
, en notre Jurisdiction , et les Commissaires
par nous nommez pour l'examen du Livre intitulé
, la Bibliotheque des Enfans , ou les premiers
Elemens de Lettres , contenant le Systéme du Bureau.
Tipographique , à l'usage de Monseigneur le Dauphin
, et des augustes Enfans de France . Vû et lû
le rapport desdits Commissaites , permettons
d'introduire l'usage dudit Systême, Livre et Méthode
dans les Ecoles de notre Jurisdiction , et
exhortons les Maîtres , Maîtresses et autres , enseignant
sous notre autorité , qui le pourront
commodément , à les pratiquer , et.l'exercice du
Bureau Tipographique. Fait en notre Hôtel à
Paris , ce 24. Novembre 1732. Signé, F. Vivant.
Collationné à la minute originale , étant au
Greffe desdites Ecoles , par moi Greffier d'icelles ,
spussigné ce 1. Decembre 1732. Chanu , Greffier.
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Résumé : EXTRAIT des Actes qui sont en dépôt au Greffe de la Jurisdiction de M. le Chantre de l'Eglise de Paris. A M. le Grand-Chantre de l'Eglise de Paris.
En septembre 1732, une requête fut soumise à M. le Grand Chantre de l'Église de Paris concernant une méthode d'enseignement de la lecture. Cette méthode visait à réduire le temps nécessaire pour apprendre les premiers principes de la lecture aux jeunes élèves. Le Promoteur, après examen, ne s'opposa pas à cette méthode et recommanda son étude par des commissaires. Ces derniers, après avoir observé des enfants utilisant la méthode et entendu son auteur, la jugèrent ingénieuse et efficace pour avancer l'instruction sans décourager les élèves. Ils recommandèrent son adoption dans les écoles sous la juridiction de M. le Chantre. Le 24 novembre 1732, M. le Grand Chantre autorisa l'introduction de cette méthode et encouragea les enseignants à l'adopter. Le document fut ensuite collationné et signé par le greffier le 1er décembre 1732.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 2873-2875
RÉPONSE à la Lettre de Périgueux, sur le Systême du Bureau Typographique, inséré dans le Mercure du mois de Novembre dernier.
Début :
Je vois Monsieur, par votre Lettre, que vous serez bien-tôt au fait du Systême Typografique, [...]
Mots clefs :
Bureau typographique, Enfants, Système, Enfant, Écriture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à la Lettre de Périgueux, sur le Systême du Bureau Typographique, inséré dans le Mercure du mois de Novembre dernier.
REPONSE à la Leure de Périgueux , sur
Le Systême du Bureau Typographique, inséré
dans le Mercure du mois de Novem
bre dernier.
J
E vois Monsieur, par votre Lettre , que vous
serez bien-tôt au fait du Systême Typogratique
, et que par le moyen de la troisiéine Clas- ,
se du Bureau que vous avez reçue il vous sera aisé
d'y faire ajouter les deux rangs de la quatrié-,
me Classe , sur tout lorsque vous aurez lû le
Tipografaire qui est dans Particle 9. du premier"
volume de la Biblioteque des enfans , page 68 .
vous trouverez , Monsieur , dans l'Ouvrage du
Systême Tipografique qu'un enfant de deux ans
nest point trop jeune pour être mis à la premiere
et à la seconde Classe du Bureau. Nous avons
II. Vol. F à
2074 MERCURE DE FRANCE
à Paris des enfans de vingt mois , amuzez utilement
par le jeu instructif des lettres , et des enfans
de deux ans qui les connoissent toutes.
Vous trouverez aussi dans le premier , dans le
second et dans le troisiéme volume les raisons
qui doivent obliger les Maîtres à faire commencer
les enfans par la lecture du latin, plutôt que
par celle du françois , et sur tout quand on ne
fait pas usage du Bureau ; car ce sistême met à
profit en même- remps l'exercice journalier en
P'une et en l'autre Langue ; Méthode heureusement
confirmée par l'expérience . Cette vérité est
démontrée dans plusieurs endroits où l'on réfute
les préjugez et la pratique erronnée de la Méthode
vulgaire , qui en garrotant , pour ainsi dire,
les enfans dans une chaise , et en leur mettant
aux mains un Livre et une Touche, pour ne pas
dire des Menottes , les menacent du fouet s'ils
détournent les yeux de dessus leur livre ; quelle
différence pour un enfant qu'on laisse marcher ,
eourir et sauter librement devant la Table de
son Bureau ?
Je croi avoir aussi démontré la bonne dénom .
mination des lettres , dans le premier volume ,
art. 10. page 77. §. 1. 2. 3. 4. 5. 6. un enfant
de 6 à 8 ans , au reste qui ne sçait pas lire , peut
et doit l'apprendre par le moyen de l'écriture ,
ainsi que je l'ai fait remarquer dans le troisiéme
volume , et il est inutile d'attendre qu'il sçathe
lire pour le mettre à l'écriture. A l'égard des
Elemens du Rudiment pratique de la Langue
latine , pourquoi ne pouira- t -on pas les mettre
sur des cartes et sur du bois , comme sur du papier
et sur du carton ? Si la matiere peut avoir
quelque préférence , le Bureau outre l'équivalent
des Livres a l'avanage de l'outil amusant et ins-
II. Vol.
tructif,
DECEMBK E. 1733. 2575
tructif , par un exercice agréable et varié que
ne peut jamais donner le livre le mieux fait . Je
vous prie , M.de vouloir bien parcourir les articles
5. 6. 7. 14. 15. du premier volume, et vous
y trouverez la réponse à toutes vos autres objec¬
tions . J'ai Phonneur d'être , &c.
AVIS. Les Personnes de Bourg en Bresse et
de Neuchatel en Suisse , qui ont fait demander
des Bureaux , pourront à présent les faire faire
chez eux à beaucoup meilleur matché qu'à Paris,
et épargner en même- temps les frais et les droite
de la voiture.
NOTA . Pour rendre plus utile au public les lettres
sur le sisteme du Bureau Tipografique , nous
nous avons jugé à propos de les communiquer a
l'Auteur, afin de les donner dans le même mois avec
·leurs réponses , plntôt que de les séparer dans deux
mois differens , lorsqu'elles seront courtes de part et
d'autre.
Le Systême du Bureau Typographique, inséré
dans le Mercure du mois de Novem
bre dernier.
J
E vois Monsieur, par votre Lettre , que vous
serez bien-tôt au fait du Systême Typogratique
, et que par le moyen de la troisiéine Clas- ,
se du Bureau que vous avez reçue il vous sera aisé
d'y faire ajouter les deux rangs de la quatrié-,
me Classe , sur tout lorsque vous aurez lû le
Tipografaire qui est dans Particle 9. du premier"
volume de la Biblioteque des enfans , page 68 .
vous trouverez , Monsieur , dans l'Ouvrage du
Systême Tipografique qu'un enfant de deux ans
nest point trop jeune pour être mis à la premiere
et à la seconde Classe du Bureau. Nous avons
II. Vol. F à
2074 MERCURE DE FRANCE
à Paris des enfans de vingt mois , amuzez utilement
par le jeu instructif des lettres , et des enfans
de deux ans qui les connoissent toutes.
Vous trouverez aussi dans le premier , dans le
second et dans le troisiéme volume les raisons
qui doivent obliger les Maîtres à faire commencer
les enfans par la lecture du latin, plutôt que
par celle du françois , et sur tout quand on ne
fait pas usage du Bureau ; car ce sistême met à
profit en même- remps l'exercice journalier en
P'une et en l'autre Langue ; Méthode heureusement
confirmée par l'expérience . Cette vérité est
démontrée dans plusieurs endroits où l'on réfute
les préjugez et la pratique erronnée de la Méthode
vulgaire , qui en garrotant , pour ainsi dire,
les enfans dans une chaise , et en leur mettant
aux mains un Livre et une Touche, pour ne pas
dire des Menottes , les menacent du fouet s'ils
détournent les yeux de dessus leur livre ; quelle
différence pour un enfant qu'on laisse marcher ,
eourir et sauter librement devant la Table de
son Bureau ?
Je croi avoir aussi démontré la bonne dénom .
mination des lettres , dans le premier volume ,
art. 10. page 77. §. 1. 2. 3. 4. 5. 6. un enfant
de 6 à 8 ans , au reste qui ne sçait pas lire , peut
et doit l'apprendre par le moyen de l'écriture ,
ainsi que je l'ai fait remarquer dans le troisiéme
volume , et il est inutile d'attendre qu'il sçathe
lire pour le mettre à l'écriture. A l'égard des
Elemens du Rudiment pratique de la Langue
latine , pourquoi ne pouira- t -on pas les mettre
sur des cartes et sur du bois , comme sur du papier
et sur du carton ? Si la matiere peut avoir
quelque préférence , le Bureau outre l'équivalent
des Livres a l'avanage de l'outil amusant et ins-
II. Vol.
tructif,
DECEMBK E. 1733. 2575
tructif , par un exercice agréable et varié que
ne peut jamais donner le livre le mieux fait . Je
vous prie , M.de vouloir bien parcourir les articles
5. 6. 7. 14. 15. du premier volume, et vous
y trouverez la réponse à toutes vos autres objec¬
tions . J'ai Phonneur d'être , &c.
AVIS. Les Personnes de Bourg en Bresse et
de Neuchatel en Suisse , qui ont fait demander
des Bureaux , pourront à présent les faire faire
chez eux à beaucoup meilleur matché qu'à Paris,
et épargner en même- temps les frais et les droite
de la voiture.
NOTA . Pour rendre plus utile au public les lettres
sur le sisteme du Bureau Tipografique , nous
nous avons jugé à propos de les communiquer a
l'Auteur, afin de les donner dans le même mois avec
·leurs réponses , plntôt que de les séparer dans deux
mois differens , lorsqu'elles seront courtes de part et
d'autre.
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Résumé : RÉPONSE à la Lettre de Périgueux, sur le Systême du Bureau Typographique, inséré dans le Mercure du mois de Novembre dernier.
L'auteur répond à une lettre de Périgueux concernant le système du Bureau Typographique, publié dans le Mercure de France de novembre. Il assure que le destinataire comprendra rapidement le système grâce à la troisième classe du Bureau Typographique et aux informations dans le 'Tipografaire' de la Bibliothèque des enfants. Il cite des exemples d'enfants de vingt mois et de deux ans apprenant les lettres grâce à ce système. L'auteur défend l'idée de commencer l'apprentissage de la lecture par le latin plutôt que par le français, surtout sans le Bureau Typographique, car ce système permet de pratiquer les deux langues simultanément. Cette méthode est appuyée par l'expérience et réfute les pratiques traditionnelles contraignantes pour les enfants. Il souligne l'importance de la bonne dénomination des lettres et suggère que les enfants de 6 à 8 ans peuvent apprendre à lire par l'écriture. L'auteur propose d'utiliser des cartes et du bois pour les éléments de la langue latine, mettant en avant les avantages du Bureau Typographique par rapport aux livres. Il invite le destinataire à consulter les articles spécifiques du premier volume pour des réponses à d'autres objections. Une note mentionne que les personnes de Bourg-en-Bresse et de Neuchâtel peuvent désormais fabriquer les Bureaux Typographiques localement pour économiser les frais de transport.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 698-706
LETTRE de ..... à M. Pilleret, Maître d'Ecole à Cousance en Barrois, au sujet du Systême Typographique.
Début :
Enfin, Monsieur, le Systême Typographique paroît en son entier ; il y a des Bureaux, [...]
Mots clefs :
Système typographique, Système, Enfant, Bureau, Maître, Livre, Jouer, Travailler, Enfants, Règles, Beau, Apprendre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de ..... à M. Pilleret, Maître d'Ecole à Cousance en Barrois, au sujet du Systême Typographique.
LETTRE de ..... à M. Pilleret
Maitre d'Ecole à Cousance en Barrois ,
au sujet du Systême Typographique .
Enfin,
Nfin , Monsieur , le Systême Typographique
paroît en son entier ; il y a des Bureaux ,
et nous avons le Livre dans lequel cette matiere
est amplement traitée . Tout préambule à part ,
je vous dirai librement ce que je pense et du Systême
et du Livre.
Un Sçavant du premier ordre dit qu'une des
premieres regles de critique , pour entrer dans l'esprit
d'un Auteur est d'examiner quel caractere il
soutient dans l'Ouvrage dont il est question . Ce
n'est , sans doute , qu'en partant de ce principe
et en s'y tenant fortement attaché , qu'on peut
éviter deux écueils également dangereux , ou de
tout approuver sans discernement , ou de tout
condamner sans réserve . Telle est cependant la
disposition des Partisans et des ennemis du nouveau
Systême , que les premiers suivent aveuglement
toutes les idées de l'Auteur et que les autres
ne veulent y reconnoître rien de bon.
Qu'on se donne donc la peine d'étudier le caractere
de M.D.M.soit dans son Systême , soit dans
ce qu'il en a écrit , on y découvrira par tout cet
esprit de franchise et d'amour pour la Patrie
qui doit toujours être l'ame de ce que nous entreprenons.
On y verra sans peine que c'est uniquement
pour le bien et l'avancement de notre
Jeunesse, qui , après s'être rendu habile dans les
Sciences les plus abstraites et les plus épineuses,
M.
AVRIL. 1734. 699
M. D. ne dédaigne pas de descendre jusqu'à
l'A. B. C. il se montre peu jaloux de l'encens
après lequel nous voyons courir tant de froids
Ecrivains , et que nous prodiguons sottement à
ceux qui pour faire parade d'une vaine érudition
plutôt que pour se rendre utiles au Public , composent
des Ouvrages dont il est vrai que souvent
la lecture est agréable ; mais qui ne contribuent
en rien ni à nous rendre meilleurs , ni à nous
faciliter les moyens de le devenir. Encore si nous
nous contentions de ceux-cy ; mais n'est - il pas
honteux que tant de conteurs de nouveaux riens
et de riens dangereux , enlevent notre estime et
notre approbation , que nous ne devons qu'au
vrai que nous négligeons , que nous méprisons
et que souvent nous combattons.
Nous faisons cas du beau , nous méprisons l'utile .
Voila le mal commun ; et si quelques génies
supérieurs se sont élevez au - dessus et nous en
ont fait voir le danger et le ridicule , nous les
admirons ; mais nous en demeurons-là , nous
persuadant facilement que nous ne sommes pas
dans le cas. Ce qui nous trompe en cela , c'est
que nous prenons le faux pour le vrai , le beau
pour l'utile , le brillant pour le veritable beau ;
que nous croyons veritablement tenir pour le
bon , et que ceux qui ne pensent pas comme
nous sont dans l'erreur . C'est aussi ce qui a suscité
tant d'adversaires aux nouvelles idées de
M. D. qui fait tout revenir dans son Systême ,
au point de vue que se doit proposer tout Auteur
désinteressé, c'est - à - dire , au vrai , à l'utile , au
veritable beau . Des intentions si droites , quand
elles ne se trouveroient pas exactement remplies,
devroient , sans doute , imposer silence à l'envie
D iiij
et
700 MERCURE DE + FRANCE
et à la mauvaise humeur de quelques petits esprits
pleins d'eux- mêmes ; mais dès-lors ils ne
seroient plus ce qu'ils sont,
-
L'usage du Bureau Typographique a de grands
avantages , il en faut convenir ; mais on les trouve
mêlez avec des inconveniens très considerables
qui en ralentiront peut - être encore
long-temps le succès . Je ne parle pas de la dépense
de la machine que tout le monde ne peut
pas faire , ni de la difficulté de trouver des Maîtres
instruits du Systême , ce qu'on a déja objecté
à l'Auteur ; mais il n'est pas facile de comprendre
comment un Maître d'Ecole pourroit
s'en servir utilement . J'ai vu travailler des Enfans
au Bureau , je les ai suivis , et s'il y a un profil réel
dans l'usage de cette Machine , je crois que ce ne
peut être que dans la pratique assidue, le Maître
toujours présent et attentifà ce que fait l'Enfant.
On ne peut faire travailler qu'un Enfant à la fois ;
s'ils sont deux ou trois , ils s'embarassent, ilsjouent
et perdent leur temps. De plus l'étude , pour lui
être utile, doit être d'une heure au moins le matin
et autant le soir. Où en seroit un Maître qui
auroit , je ne dis pas cent , mais seulement quinze
ou vingt Ecoliers ? Comment exercer chacun
d'eux en particulier ? Lui donner une heure le
matin et autant le soir ? Etre présent là pendant
qu'il opere ? Le guider , l'animer , et rire ? Car
tout cela est du Systême. Que feront tous les
autres pendant ce temps-là ? Leur donner des leçons
à apprendre ? Rien n'est plus ridicule selon
le nouveau Systême , c'est même une injustice.On
doit toujours travailler avec l'Enfant , aller au devant
de toutes les difficultez , et étudier avec lui.
Qu'on les oblige d'écouter et de voir celui qui
travaille , cela est , sans doute , impraticable . Il
faudra
AVRIL. 1734 .
701
faudra donc
que tous les autres demeurent oisifs,
tandis qu'un seul sera occupé. Il est vrai que
tous ces inconveniens se trouvent aussi liez avec
la Méthode ordinaire ; mais le nouveau Systême
n'y obviant pas , et ayant même ceci de plus qu'il
coûte et qu'il est d'un grand embarras , je ne
yois pas pourquoi on le préfereroit.
Ce qui fait le fort du Systême Typographi
que , c'est que l'Enfant passant continuellement
d'un objet à un autre , peut bien apprendre avec
plus d'agrément et peut- être avec plus de profit
pour le présent ; mais il y a tout lieu de Graindre
qu'il ne s'y forme un grand fond d'inconstance
et de legereté , ce qui n'est pas un petit défaut.
Je me trouvai un jour chez un des plus zelez
Typographistes , où , après avoir caressé un
Enfant qu'il instruisoit selon le Systême , je lui
témoignai l'envie que j'avois de le voir travailler
au Bureau.La personne qui le conduisoit, s'étant
approchée , m'avertit secrettement de ne point
me servir du mot travailler , mais de jouer ; et
en même-temps prenant la parole , eh bien , mon
fils , dit- il , voulez- vous jouer à present. Comment
un Enfant élevé de cette maniere , passera- t'il à
une étude sérieuse ? Comment en supportera- t'il
la peine et le travail , lui à qui on n'aura jamais
parlé que de jeu ? Comment enfin y apporterat'il
une application qu'on ne lui aura jamais demandée.
C'est pour entretenir dans l'Enfant cet
esprit de satisfaction que lui procure cette pensée
qu'il joue ; qu'il ne faut jamais le contraindre
; que s'il ne lui plaisoir pas de jouer , il
ne faudroit pas l'y forcer. Il faut attendre ses
momens et se conformer à ses petites volontez.
Ces caprices doivent servir de regles , et ce seroit
une injustice que de vouloir que les regles res-
DY traignissent
702 MERCURE DE FRANCE
traignissent ses fantaisies. Dira - t'on que tout
cela n'est rien ; que ce ne sont que préventions ,
que préjugez.
Ce que je crois de plus fort contre le nouveau
Systême , c'est que l'amour propre y est érigé en
premier Maître des Enfans , et que ce vice dangereux
s'y trouve l'ame et le grand mobile de
tout ce qu'on leur fait faire. Leur petite imagination
se repaît agréablement des loüanges qu'il
faut leur prodiguer , ce qui les remplit insensiblement
de sentimens d'estime pour eux - mêmes
et de mépris pour les autres. En voici un trait
que je tiens de personnes non suspectes. On faisoit
jouer un Enfant au Bureau , ou plutôt on
jouoit avec lui . Le pere voulut aussi s'en mêler ;
mais par malheur ayant mis une lettre pour une
autre , un j consone , à ce qu'on m'a dit , pour
un i voyele dans le mot jgnorant au lieu -d'ignorant
; l'enfant se retourna et dit tout bas à l'oreille
de son Maître , je crois que mon cher Pere
est un peu bête ; on l'entendit , mais on jugea à
propos de faire la sourde oreille. Que n'y a t'il
pas à craindre pour des Enfans élevez dans ces
principes ! Ajoutons à cela que la conviction du
Mérite qu'ils s'imaginent avoir , les remplit
de vanité , de hauteur et d'impatience . J'en ai vû
qui écoutoient d'un air dédaigneux et moqueur
d'autres Enfans qui n'avoient pas été élevez
comme eux , et qui railloient des personnes qu'ils
devoient respecter , parce qu'ils prononçoient leslettres
autrement qu'eux . Quand une fois ils ont
fait ce qu'on appelle leurs Thêmes , on n'oseroit
y toucher, c'est -à - dire , y déranger quelque cho
se , sans les irriter. Je fus un jour témoin oculaire
d'un soufflet très - sec qu'un Enfant élevé
selon le Systême , donna à un autre Enfant qui
Dai
AVRIL 1734. 703
lui avoit brouillé un mot qu'il venoit d'imprimer.
Voilà , Monsieur , ce qui a suspendu jusqu'ici
le jugement de plusieurs ; la difficulté ou
plutot l'impossibilité de se servir du Bureau dans
les Ecoles publiques ; la nécessité de la préfence
du Maître à tout ce que fait l'Enfant , si on veut
qu'il avance plus que par la Méthode ordinaire ;
celle de jouer , de badiner et de rire avec l'Enfant,
quand il opere , le danger qu'il y a que l'Enfant
ne retire de tout ce manége , qu'un esprit d'inconstance
et de legereté , et enfin celui de prendre
l'Enfant la vanité et de faire l'amour
par
propre l'ame et le grand mobile de son étude.
Mais venons au Livre.
Tout Livre de Grammaire porte avec soi quelque
chose d'aride , le titre même rebute et ne
rappelle point le Lecteur. Il faut donc , pour
vaincre ce dégoût , présenter cette sorte de matiere
avec quelque apprêt , sans quoi un Livrede.
cette espece ne sera jamais lû que par ceux qui en
ont unbesoin extrême . Beaucoup de gens croyent
en sçavoir assez , et il y en a peu qui en fassent
une étude sérieuse. Le Systême Typographique
a cela de particulier , qu'il ett susceptible d'une
infinité d'agrémens , malgré la secheiesse apparente
des instructions qu'il renferme, et l'Auteur,
par je ne sçai quelles idées , a répandu sur tout
son Ouvrage une mélancolie , une tristesse qui
rebutera bien des Lecteurs ; et par consequent
arrêtera dès le commencement , les progrès de
cette invention . On rencontre presque à chaque
page un M. G. Professeur de l'Université , qui
semble être l'unique objet de l'Auteur , pour qui
ce Régent est une source perpetuelle de chagrin
et de déclamations qui n'éclaircissent en rien le
fond du Systême. C'eût été répondre solidement
D vj
aux
704 MERCURE DE FRANCE.
aux frivoles objections de ce Professeur , que de
garder un silence profond à cet égard ; enfin ôtez
de tout le Livre ce qui regarde cete dispute particuliere
, les redites fréquentes des mêmes choses
, les citations trop réiterées de gens favorables
au Systême et d'Enfans qu'on instruit
par le Bureau , choses qui interessent fort peu lc
Lecteur avide d'être au fait ; voici à quoi se reduit
cet Ouvrage.
i
Il faut , suivant l'Auteur , nommer un C. lé ké;
PF. fé ; le Ph. fé ; le G. gné, guéné ; le H. hê ;
le J. je -ja ; le K. ka- ku ; le L. lé ; le M. mé ; le
Q. qu - ka ; le R. rê ; le S. lé- zé; le T. te-ci ; le
V. vé ; le X. ksé , quézé ; le Y. i- ié , le Z. zé- sé ;
le &t . cté- csi ; le ft. sté ; le &. et ; le æ. é ; le oe . é;
le è. ais ; le ê. ais ; le ch. ché- ké , &c. Il faut remarquer
que ces lettres ausquelles il a donné une
double valeur , comme au C. ne seront appelées
que d'une de ces valeurs , suivant le lieu où elles
se trouveront , par exemple , dans Ciconia , on
dira sé , i , ci : ké , o , co : cico , & c ainsi des
autres.
De-là on vient aux sons , découverte des plus
importantes qu'on ait jamais faites pour faciliter
la lecture et abreger le temps qu'on y employe
ordinairement ; il appelle donc par un seul son
toutes les lettres qui , unies ensemble , n'en font
qu'un. Par exemple , Caux , on l'appelle o simplement.
Les nazales an , en , in , on , un. Ensuite
les autres sons que vous pourrez voir dans son
A. B. C. comme oient , qu'il appelle ais ou ê.
Voilà pour la lecture.
A l'égard des premiers principes de la Langue
Latine ou de la Grecque , car ce seroit la même
chose , il faut donner un thême ou une version
interlineaire à l'Enfant , qu'il imprimera sur le
Bureau
AVRIL 1734 70s
Bureau. Donnons un exemble dans lequel on
peat voit tout le Systême , tant pour apprendre
à lire , que pour apprendre les principes de la
Langue Latine, ou de telle autre qu'on voudra enseigner
à l'Enfant . On pourroit faire un Thême
ou un Exemple dans lequel se trouveroit une
chose de chaque Logette du Bureau. Mais comme
cela nous meneroit trop loin , contentonsnous
de celui - cy : Mon Dieu , je vous aime bienè
Supposons qu'un Enfant connoît déja les lettres
simplement sans les sons , on lui fait ranger sur
le Bureau : m , o , n , D , i , c , u , j , e , v , o , u , s,
a , i , m , e , b e , n. S'il connoît les sons ,
en lui fait ranger de cette sorte ; m, on, D, i , eu,
j , e , v , ou , s , ai , m , e , b , i ,en.
S'il commence à lire , on lui fait ranger par
mots de cette maniere : mon , dans le pronom
possessif. Dieu , dans les noms substantifs . je,
dans le pronom de la premiere personne . vous
dans le pronom de la seconde personne. aime ,
dans les verbes François. bien , dans les indéclinables
François. Voilà pour la Langue Françoise,'
ainsi de même pour le Latin. Car les Logettes
pour le Latin sont aussi dans le Bureau . Il faut
donner le Thême tout fait à l'Enfant ; et en lui
faisant prendre mi dans la Logette des pronoms
possessifs , on lui fait remarquer que s'est le vocatif
: Deus , dans les noms substantifs Latins
&c. on doir en même- temps lui expliquer les
regles de la Sintaxe. Voilà à peu près à quoi se
réduit tout le Systême . L'Auteur ayant une fois
posé ses principes , pouvoit , par le moyen d'un
seul exemple , mettre le Lecteur au fait , et il se
seroit épargné la dépense d'un gros Livre , qui
dans l'état où il est , ne servira qu'à rebuter
ceux qui veulent sçavoir son Systême. J'ai l'hon
neur d'être , Monsieur , &c.
>
706 MERCURE DE FRANCE
Nota. Nous donnerons dans le mois prochain la
Réponse à cette Lettre , que la longueur ne nous
permet pas d'inserer ici . comme nous l'avions déja
promis sur cette matiere.
Maitre d'Ecole à Cousance en Barrois ,
au sujet du Systême Typographique .
Enfin,
Nfin , Monsieur , le Systême Typographique
paroît en son entier ; il y a des Bureaux ,
et nous avons le Livre dans lequel cette matiere
est amplement traitée . Tout préambule à part ,
je vous dirai librement ce que je pense et du Systême
et du Livre.
Un Sçavant du premier ordre dit qu'une des
premieres regles de critique , pour entrer dans l'esprit
d'un Auteur est d'examiner quel caractere il
soutient dans l'Ouvrage dont il est question . Ce
n'est , sans doute , qu'en partant de ce principe
et en s'y tenant fortement attaché , qu'on peut
éviter deux écueils également dangereux , ou de
tout approuver sans discernement , ou de tout
condamner sans réserve . Telle est cependant la
disposition des Partisans et des ennemis du nouveau
Systême , que les premiers suivent aveuglement
toutes les idées de l'Auteur et que les autres
ne veulent y reconnoître rien de bon.
Qu'on se donne donc la peine d'étudier le caractere
de M.D.M.soit dans son Systême , soit dans
ce qu'il en a écrit , on y découvrira par tout cet
esprit de franchise et d'amour pour la Patrie
qui doit toujours être l'ame de ce que nous entreprenons.
On y verra sans peine que c'est uniquement
pour le bien et l'avancement de notre
Jeunesse, qui , après s'être rendu habile dans les
Sciences les plus abstraites et les plus épineuses,
M.
AVRIL. 1734. 699
M. D. ne dédaigne pas de descendre jusqu'à
l'A. B. C. il se montre peu jaloux de l'encens
après lequel nous voyons courir tant de froids
Ecrivains , et que nous prodiguons sottement à
ceux qui pour faire parade d'une vaine érudition
plutôt que pour se rendre utiles au Public , composent
des Ouvrages dont il est vrai que souvent
la lecture est agréable ; mais qui ne contribuent
en rien ni à nous rendre meilleurs , ni à nous
faciliter les moyens de le devenir. Encore si nous
nous contentions de ceux-cy ; mais n'est - il pas
honteux que tant de conteurs de nouveaux riens
et de riens dangereux , enlevent notre estime et
notre approbation , que nous ne devons qu'au
vrai que nous négligeons , que nous méprisons
et que souvent nous combattons.
Nous faisons cas du beau , nous méprisons l'utile .
Voila le mal commun ; et si quelques génies
supérieurs se sont élevez au - dessus et nous en
ont fait voir le danger et le ridicule , nous les
admirons ; mais nous en demeurons-là , nous
persuadant facilement que nous ne sommes pas
dans le cas. Ce qui nous trompe en cela , c'est
que nous prenons le faux pour le vrai , le beau
pour l'utile , le brillant pour le veritable beau ;
que nous croyons veritablement tenir pour le
bon , et que ceux qui ne pensent pas comme
nous sont dans l'erreur . C'est aussi ce qui a suscité
tant d'adversaires aux nouvelles idées de
M. D. qui fait tout revenir dans son Systême ,
au point de vue que se doit proposer tout Auteur
désinteressé, c'est - à - dire , au vrai , à l'utile , au
veritable beau . Des intentions si droites , quand
elles ne se trouveroient pas exactement remplies,
devroient , sans doute , imposer silence à l'envie
D iiij
et
700 MERCURE DE + FRANCE
et à la mauvaise humeur de quelques petits esprits
pleins d'eux- mêmes ; mais dès-lors ils ne
seroient plus ce qu'ils sont,
-
L'usage du Bureau Typographique a de grands
avantages , il en faut convenir ; mais on les trouve
mêlez avec des inconveniens très considerables
qui en ralentiront peut - être encore
long-temps le succès . Je ne parle pas de la dépense
de la machine que tout le monde ne peut
pas faire , ni de la difficulté de trouver des Maîtres
instruits du Systême , ce qu'on a déja objecté
à l'Auteur ; mais il n'est pas facile de comprendre
comment un Maître d'Ecole pourroit
s'en servir utilement . J'ai vu travailler des Enfans
au Bureau , je les ai suivis , et s'il y a un profil réel
dans l'usage de cette Machine , je crois que ce ne
peut être que dans la pratique assidue, le Maître
toujours présent et attentifà ce que fait l'Enfant.
On ne peut faire travailler qu'un Enfant à la fois ;
s'ils sont deux ou trois , ils s'embarassent, ilsjouent
et perdent leur temps. De plus l'étude , pour lui
être utile, doit être d'une heure au moins le matin
et autant le soir. Où en seroit un Maître qui
auroit , je ne dis pas cent , mais seulement quinze
ou vingt Ecoliers ? Comment exercer chacun
d'eux en particulier ? Lui donner une heure le
matin et autant le soir ? Etre présent là pendant
qu'il opere ? Le guider , l'animer , et rire ? Car
tout cela est du Systême. Que feront tous les
autres pendant ce temps-là ? Leur donner des leçons
à apprendre ? Rien n'est plus ridicule selon
le nouveau Systême , c'est même une injustice.On
doit toujours travailler avec l'Enfant , aller au devant
de toutes les difficultez , et étudier avec lui.
Qu'on les oblige d'écouter et de voir celui qui
travaille , cela est , sans doute , impraticable . Il
faudra
AVRIL. 1734 .
701
faudra donc
que tous les autres demeurent oisifs,
tandis qu'un seul sera occupé. Il est vrai que
tous ces inconveniens se trouvent aussi liez avec
la Méthode ordinaire ; mais le nouveau Systême
n'y obviant pas , et ayant même ceci de plus qu'il
coûte et qu'il est d'un grand embarras , je ne
yois pas pourquoi on le préfereroit.
Ce qui fait le fort du Systême Typographi
que , c'est que l'Enfant passant continuellement
d'un objet à un autre , peut bien apprendre avec
plus d'agrément et peut- être avec plus de profit
pour le présent ; mais il y a tout lieu de Graindre
qu'il ne s'y forme un grand fond d'inconstance
et de legereté , ce qui n'est pas un petit défaut.
Je me trouvai un jour chez un des plus zelez
Typographistes , où , après avoir caressé un
Enfant qu'il instruisoit selon le Systême , je lui
témoignai l'envie que j'avois de le voir travailler
au Bureau.La personne qui le conduisoit, s'étant
approchée , m'avertit secrettement de ne point
me servir du mot travailler , mais de jouer ; et
en même-temps prenant la parole , eh bien , mon
fils , dit- il , voulez- vous jouer à present. Comment
un Enfant élevé de cette maniere , passera- t'il à
une étude sérieuse ? Comment en supportera- t'il
la peine et le travail , lui à qui on n'aura jamais
parlé que de jeu ? Comment enfin y apporterat'il
une application qu'on ne lui aura jamais demandée.
C'est pour entretenir dans l'Enfant cet
esprit de satisfaction que lui procure cette pensée
qu'il joue ; qu'il ne faut jamais le contraindre
; que s'il ne lui plaisoir pas de jouer , il
ne faudroit pas l'y forcer. Il faut attendre ses
momens et se conformer à ses petites volontez.
Ces caprices doivent servir de regles , et ce seroit
une injustice que de vouloir que les regles res-
DY traignissent
702 MERCURE DE FRANCE
traignissent ses fantaisies. Dira - t'on que tout
cela n'est rien ; que ce ne sont que préventions ,
que préjugez.
Ce que je crois de plus fort contre le nouveau
Systême , c'est que l'amour propre y est érigé en
premier Maître des Enfans , et que ce vice dangereux
s'y trouve l'ame et le grand mobile de
tout ce qu'on leur fait faire. Leur petite imagination
se repaît agréablement des loüanges qu'il
faut leur prodiguer , ce qui les remplit insensiblement
de sentimens d'estime pour eux - mêmes
et de mépris pour les autres. En voici un trait
que je tiens de personnes non suspectes. On faisoit
jouer un Enfant au Bureau , ou plutôt on
jouoit avec lui . Le pere voulut aussi s'en mêler ;
mais par malheur ayant mis une lettre pour une
autre , un j consone , à ce qu'on m'a dit , pour
un i voyele dans le mot jgnorant au lieu -d'ignorant
; l'enfant se retourna et dit tout bas à l'oreille
de son Maître , je crois que mon cher Pere
est un peu bête ; on l'entendit , mais on jugea à
propos de faire la sourde oreille. Que n'y a t'il
pas à craindre pour des Enfans élevez dans ces
principes ! Ajoutons à cela que la conviction du
Mérite qu'ils s'imaginent avoir , les remplit
de vanité , de hauteur et d'impatience . J'en ai vû
qui écoutoient d'un air dédaigneux et moqueur
d'autres Enfans qui n'avoient pas été élevez
comme eux , et qui railloient des personnes qu'ils
devoient respecter , parce qu'ils prononçoient leslettres
autrement qu'eux . Quand une fois ils ont
fait ce qu'on appelle leurs Thêmes , on n'oseroit
y toucher, c'est -à - dire , y déranger quelque cho
se , sans les irriter. Je fus un jour témoin oculaire
d'un soufflet très - sec qu'un Enfant élevé
selon le Systême , donna à un autre Enfant qui
Dai
AVRIL 1734. 703
lui avoit brouillé un mot qu'il venoit d'imprimer.
Voilà , Monsieur , ce qui a suspendu jusqu'ici
le jugement de plusieurs ; la difficulté ou
plutot l'impossibilité de se servir du Bureau dans
les Ecoles publiques ; la nécessité de la préfence
du Maître à tout ce que fait l'Enfant , si on veut
qu'il avance plus que par la Méthode ordinaire ;
celle de jouer , de badiner et de rire avec l'Enfant,
quand il opere , le danger qu'il y a que l'Enfant
ne retire de tout ce manége , qu'un esprit d'inconstance
et de legereté , et enfin celui de prendre
l'Enfant la vanité et de faire l'amour
par
propre l'ame et le grand mobile de son étude.
Mais venons au Livre.
Tout Livre de Grammaire porte avec soi quelque
chose d'aride , le titre même rebute et ne
rappelle point le Lecteur. Il faut donc , pour
vaincre ce dégoût , présenter cette sorte de matiere
avec quelque apprêt , sans quoi un Livrede.
cette espece ne sera jamais lû que par ceux qui en
ont unbesoin extrême . Beaucoup de gens croyent
en sçavoir assez , et il y en a peu qui en fassent
une étude sérieuse. Le Systême Typographique
a cela de particulier , qu'il ett susceptible d'une
infinité d'agrémens , malgré la secheiesse apparente
des instructions qu'il renferme, et l'Auteur,
par je ne sçai quelles idées , a répandu sur tout
son Ouvrage une mélancolie , une tristesse qui
rebutera bien des Lecteurs ; et par consequent
arrêtera dès le commencement , les progrès de
cette invention . On rencontre presque à chaque
page un M. G. Professeur de l'Université , qui
semble être l'unique objet de l'Auteur , pour qui
ce Régent est une source perpetuelle de chagrin
et de déclamations qui n'éclaircissent en rien le
fond du Systême. C'eût été répondre solidement
D vj
aux
704 MERCURE DE FRANCE.
aux frivoles objections de ce Professeur , que de
garder un silence profond à cet égard ; enfin ôtez
de tout le Livre ce qui regarde cete dispute particuliere
, les redites fréquentes des mêmes choses
, les citations trop réiterées de gens favorables
au Systême et d'Enfans qu'on instruit
par le Bureau , choses qui interessent fort peu lc
Lecteur avide d'être au fait ; voici à quoi se reduit
cet Ouvrage.
i
Il faut , suivant l'Auteur , nommer un C. lé ké;
PF. fé ; le Ph. fé ; le G. gné, guéné ; le H. hê ;
le J. je -ja ; le K. ka- ku ; le L. lé ; le M. mé ; le
Q. qu - ka ; le R. rê ; le S. lé- zé; le T. te-ci ; le
V. vé ; le X. ksé , quézé ; le Y. i- ié , le Z. zé- sé ;
le &t . cté- csi ; le ft. sté ; le &. et ; le æ. é ; le oe . é;
le è. ais ; le ê. ais ; le ch. ché- ké , &c. Il faut remarquer
que ces lettres ausquelles il a donné une
double valeur , comme au C. ne seront appelées
que d'une de ces valeurs , suivant le lieu où elles
se trouveront , par exemple , dans Ciconia , on
dira sé , i , ci : ké , o , co : cico , & c ainsi des
autres.
De-là on vient aux sons , découverte des plus
importantes qu'on ait jamais faites pour faciliter
la lecture et abreger le temps qu'on y employe
ordinairement ; il appelle donc par un seul son
toutes les lettres qui , unies ensemble , n'en font
qu'un. Par exemple , Caux , on l'appelle o simplement.
Les nazales an , en , in , on , un. Ensuite
les autres sons que vous pourrez voir dans son
A. B. C. comme oient , qu'il appelle ais ou ê.
Voilà pour la lecture.
A l'égard des premiers principes de la Langue
Latine ou de la Grecque , car ce seroit la même
chose , il faut donner un thême ou une version
interlineaire à l'Enfant , qu'il imprimera sur le
Bureau
AVRIL 1734 70s
Bureau. Donnons un exemble dans lequel on
peat voit tout le Systême , tant pour apprendre
à lire , que pour apprendre les principes de la
Langue Latine, ou de telle autre qu'on voudra enseigner
à l'Enfant . On pourroit faire un Thême
ou un Exemple dans lequel se trouveroit une
chose de chaque Logette du Bureau. Mais comme
cela nous meneroit trop loin , contentonsnous
de celui - cy : Mon Dieu , je vous aime bienè
Supposons qu'un Enfant connoît déja les lettres
simplement sans les sons , on lui fait ranger sur
le Bureau : m , o , n , D , i , c , u , j , e , v , o , u , s,
a , i , m , e , b e , n. S'il connoît les sons ,
en lui fait ranger de cette sorte ; m, on, D, i , eu,
j , e , v , ou , s , ai , m , e , b , i ,en.
S'il commence à lire , on lui fait ranger par
mots de cette maniere : mon , dans le pronom
possessif. Dieu , dans les noms substantifs . je,
dans le pronom de la premiere personne . vous
dans le pronom de la seconde personne. aime ,
dans les verbes François. bien , dans les indéclinables
François. Voilà pour la Langue Françoise,'
ainsi de même pour le Latin. Car les Logettes
pour le Latin sont aussi dans le Bureau . Il faut
donner le Thême tout fait à l'Enfant ; et en lui
faisant prendre mi dans la Logette des pronoms
possessifs , on lui fait remarquer que s'est le vocatif
: Deus , dans les noms substantifs Latins
&c. on doir en même- temps lui expliquer les
regles de la Sintaxe. Voilà à peu près à quoi se
réduit tout le Systême . L'Auteur ayant une fois
posé ses principes , pouvoit , par le moyen d'un
seul exemple , mettre le Lecteur au fait , et il se
seroit épargné la dépense d'un gros Livre , qui
dans l'état où il est , ne servira qu'à rebuter
ceux qui veulent sçavoir son Systême. J'ai l'hon
neur d'être , Monsieur , &c.
>
706 MERCURE DE FRANCE
Nota. Nous donnerons dans le mois prochain la
Réponse à cette Lettre , que la longueur ne nous
permet pas d'inserer ici . comme nous l'avions déja
promis sur cette matiere.
Fermer
Résumé : LETTRE de ..... à M. Pilleret, Maître d'Ecole à Cousance en Barrois, au sujet du Systême Typographique.
La lettre traite du Système Typographique, récemment publié dans un livre et disponible dans divers bureaux. L'auteur examine les critiques et les partisans du système, notant que les premiers approuvent sans discernement tandis que les seconds ne reconnaissent rien de bon. Il recommande d'évaluer le caractère de l'auteur, M. D. M., qui démontre un esprit de franchise et d'amour pour la patrie, visant à l'avancement de la jeunesse. L'auteur critique les écrivains qui cherchent la reconnaissance plutôt que l'utilité. Il souligne que, bien que le système typographique présente des avantages, il comporte des inconvénients majeurs, notamment la difficulté de son utilisation dans les écoles publiques. Ce système nécessite la présence constante du maître pour chaque élève, ce qui est impraticable avec un grand nombre d'élèves. Le texte mentionne également les dangers de l'inconstance et de la légèreté chez les enfants formés par ce système, ainsi que le risque de développer de la vanité et de l'amour-propre. Les enfants élevés selon ce système peuvent devenir impatients et moqueurs envers ceux qui ne suivent pas la même méthode. Concernant le livre, l'auteur note qu'il est aride et rebutant, malgré les efforts de l'auteur pour le rendre agréable. Le livre contient des disputes inutiles et des redites fréquentes, ce qui le rend peu attrayant pour les lecteurs. Le système typographique propose de nommer les lettres et les sons de manière spécifique pour faciliter la lecture et l'apprentissage des langues. Par exemple, les lettres comme le C peuvent avoir une double valeur selon leur position dans un mot. Le texte fournit un exemple pratique avec la phrase 'Mon Dieu, je vous aime bien' pour illustrer l'application du système. Le texte discute également d'une méthode pédagogique pour enseigner la grammaire latine. L'auteur suggère de présenter directement le thème à l'élève et de lui faire comprendre l'utilisation des pronoms possessifs et du vocatif dans les noms substantifs latins. Il insiste sur l'importance d'expliquer simultanément les règles de la syntaxe. Selon l'auteur, ce système pourrait être expliqué en un seul exemple, rendant ainsi inutile la publication d'un gros livre qui pourrait décourager les lecteurs intéressés par ce système. Le Mercure de France annonce qu'il publiera la réponse à cette lettre dans le mois suivant, en raison de la longueur qui ne permet pas son insertion immédiate.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9
p. 918-926
Histoire Naturelle de l'Univers, &c. [titre d'après la table]
Début :
HISTOIRE NATURELLE de l'Univers, dans laquelle on raporte des raisons [...]
Mots clefs :
Terre, Système, Mer, Génération, Effets, Nature, Globe, Figures, Observations, Pierres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire Naturelle de l'Univers, &c. [titre d'après la table]
HISTOIRE NATURELLE de l'Univers
, dans laquelle on raporte des raisons
Physiques des effets les plus extraordinaires
et les plus merveilleux de la
Nature. Enrichie de Figures en Tailledouce
. Par M. Colonne Gentilhomme
Romain , dédiée à M. le Duc de Richelieu.
A Paris , chez André Cailleau , Quay
des Augustins , à S. André 1734 .
,
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Paris
au sujet de ce Livre .
L'Ouvrage dont le titre seul a piqué
vôtre curiosité et que vous voulez que je
Vous
MAY. 1734. 919
vous fasse connoître particulierement
est divisé en deux volumes in 12. dont le
premier est de 404. pages , sans l'Epître
I'Avertissement et la Préface ; et le second
de 522 pages , chaque volume est subdivisé
en plusieurs Parties et les Parties
en Chapitres .
Dans la premiere Partie l'Auteur commence
par l'Histoire de ce qu'on a remarqué
jusques à présent de plus curieux
et de plus extraordinaire dans le Ciel ,
c'est- à dire la grandeur des Planetes, leurs
taches , leurs figures , leur éloignement
de la Terre, leurs mouvements différents ,
soit sur leur axe , soit autour du Soleil
et en combien de tems ces révolutions
arrivent . A tout cela est jointe une Table
d'observations , où l'on peut voir en un
coup d'oeil toutes celles qui ont été faites
par les plus habiles Astronomes de l'Europe
depuis près d'un siècle. On y parle
aussi des Etoiles fixes , et des changements
qui sont arrivez parmi ces Astres . On
traite dans le second Chapitre des Cometes
. Dans le troisiéme , des espaces lumineux
sans Etoiles. Dans le quatrième ,
´des Parelies , de l'Aurore Septentrionale,
et enfin dans cette premiere Partie , on
ajoute une Relation exacte de tout ce
qu'on a pû remarquer de plus curieux
dans le Ciel et dans l'Atmosphere .
920 MERCURE DE FRANCE
Seconde Partie. L'Auteur considere
d'abord le Globe de la Terre en general
les et sa composition . Il examine ce que
Anciens en connoissoient . S'ils avoient
quelque notion de l'Amerique, et si cette
nouvelle Partie du monde a quelque raport
à l'Isle Atlantique dont Platon a
parlé. Il fait ensuite la Description des
Pays nouvellement découverts , fixant le
temps de ces découvertes , et nommant .
les Personnes qui les ont faites. Il parle
dans le second Chapitre des Inégalitez de
la Terre ou des Montagnes : il examine
si elles ont été formées dès le commencement
du Monde , ou si elles croissent
par la végetation , comme son systême le
supose . C'est ce qu'il démontre par
expériences certaines , et sur des observations
que d'habiles Philosophes ont
faites avec toute l'exactitude possible . Il
fait encore historiquement la Description
des Montagnes les plus considerables
donnant la hauteur des plus élevées , et
parlant de la singularité de quelques - unes
par raport aux figures qu'elles représentent
, ou aux effets qu'elles produisent.
و
Dans le Chapitre 3. Il est parlé des
Plaines , et des Deserts sablonneux , ou
arides . Dans le Chapitre qui suit l'Auteur
fait voir qu'on ne peut pas connoître
CCBe
MA Y. 1734. 921
certains effets qui arrivent sur la superficie
de la terre , sans sçavoir auparavant
J'eau. Il
prouve que
son intérieur est rempli de feu et
d'eau . Il prouve que la Terre contient
beaucoup de feux dans ses entrailles , par
la quantité connuë de tous les Volcans
qui jettent du feu , dont il fait l'histoire .
Il ajoute à l'Historique , la cause et la
raison Physique de la continuation et de
la conservation de ces feux souterrains
et il prouve par des faits historiques
qu'ils sont la cause des Tremblements de
Terre.
>
>
Le Chapitre cinquiéme contient l'Histoire
des Eaux chaudes et leurs vertus.
La pénétration de l'Eau dans le sein de la
Terre , et la circulation de cet Element
font la matiere du Chapitre 6 , où il
prouve historiquement son systême par
fa quantité d'Eau qu'on trouve dans les
Mines les plus profondes , par les Lacs
les Fleuves et les Fontaines , qui se perdent
et qui reparoissent en d'autres endroits
dont il fait un dénombrement cu
rieux , auquel il ajoute la relation de plusieurs
Villes abimées par des Tremblements
de Terre , à la place desquelles
ont paru des Lacs très- considérables .
Dans le Chapitre 7 , il parle des differentes
Terres dont le Globe Terrestre est
com
22 MERCURE DE FRANCE
composé , et des propriétez singulieres
de quelques - unes. Le Chapitre 8. contient
différentes observations sur la fermentation
du Globe Terrestre , et particulierement
sur la Mer. Les changemens qui
arrivent ou qui sont arrivez au Globe de
la Terre , et de la Terre même avec les
Astres , fait le sujet du dernier Chapitre
de cette Partie.
La principale cause du changement qui
arrive dans les differentes Parties de ce
Globe , vient , selon l'Auteur , de ce que
les lieux secs deviennent insensiblement
l'eau oc- acqueux et que les endroits que
cupoit auparavant restent à sec ; ce qu'il
prouve par plusieurs endroits de la Terre,
où l'on voit visiblement aujourd'hui
que
l'eau de la Mer gagne peu à peu et en
même tems découvre , et laisse d'autres
Terres à sec , n'y ayant sur la Terre
qu'une certaine quantité d'eau pour couvrir
une certaine étenduë de Terre.
Troisiéme Partie. Avant que d'entrer
en matiere l'Auteur explique sommairement
la Fable Mystique de Jupiter
Neptune et Pluton , qui avoient divisé
entr'eux l'Empire de l'Univers . Il prétend
que les Anciens ont entendu par ces
trois Noms , le Regne Animal , où le
feu domine , le Regne Vegetal , où l'hu ♣
midité
MAY. 1734.
923
midité prédomine sur le feu ; et le Regne
Minéral , dans lequel le sel ou la Terrestreïté
l'emporte sur les autres Elements .
Suivant cette division il commence par
examiner le Royaume de Pluton , qui est
le Minéral , ou celui des corps qui ne
donnent aucun signe de vie , comme les
Pierres , les Métaux , & c.
>
Dans le premier Chapitre , où il a pour
objet le sel , soit de la Mer , soit de la
Terre , il parle d'abord de la maniere
qu'il se forme dans la Mer aussi bien
que tous les autres differents sels qui sont
produits par la nature en divers endroits.
Il parle ensuite de la génération du Nitre
ou Salpêtre. Il fait enfin une curieuse
Description des Mers , des Montagnes ,
des Terres et des Rivieres où les differents
sels se produisent.
Dans le Chapitre suivant il parle du
Sable. Il en examine la génération , et
après avoir fait la Description historique
de plusieurs sortes de Sables de couleurs
differentes , qui viennent en differents
lieux , il conclud par un examen
Physique de la maniere dont cela se peut
faire .
Chapitre 3. et 4. l'Auteur parle des
Pierres opaques et transparentes ; il fait
une narration curieuse des Pays et des
Mi924
MERCURE DE FRANCE
Mines d'où on les tire , et de quelle façon
les unes et les autres peuvent se produire.
Il raporte plusieurs particularitez
singulieres sur les Pierres opaques , telles
que sont les vertus attribuées à quelquesunes
pour la guerison de certaines Maladies
, ou pour produire certains effets &c.
L'Auteur fait aussi mention de certaines
Pierres , où la nature a peint des figures
d'Animaux , de Plantes &c. et il enseigne
comment on peut distinguer les naturelles
d'avec les artificielles , ou qui ont reçu
certaines empreintes par quelque accident.
Le Chapitre 5. renferme le systême de
l'Auteur sur l'Ayman ; ce systême a de
quoi satisfaire et doit engager à apuyer
ceux qui aiment la simplicité en matiere.
de systême. Il parle dans le Chapitre qui
suit du Magnetisme de plusieurs autres
Corps , qui produisent des effets extra
ordinaires.
La Génération avec l'histoire particu
liere des Metaux , finit cette troisiéme
Partie et le second volume . Non - seulement
l'Auteur fait voir de quelle maniere
ils se produisent et quels sont leurs principes
prochains avec la raison de leurs
differences; mais il raporte aussi des
ves de leur végetation , et beaucoup
proud'au
MAY.
17 34 925
d'autres particularitez curieuses qui regardent
le genre Métallique.
,
Comme le même Libraire donnera incessamment
la quatrième , cinquième
sixième et derniere Partie de cet Ouvrage
, en voici par avance un leger crayon.
Dans le quatrième , l'Auteur parle du
Flux et Reflux de la Mer en general , et
de celui de l'Euripe en particulier , il
parle aussi des Tempêtes , des Meteores
et des courants de la Mer , des Pluyes
ordinaires et extraordinaires ; on y trouve
aussi l'Histoire des Lacs , des Fontaines
et des Rivieres , qui ont quelque proprieté
extraordinaire , ce qui est suivi de
la génération des Vegetaux et de l'Histoire
des Plantes les plus rares et les plus curieuses
.
La cinquiéme Partie renferme la Génération
et l'Histoire des Animaux Qua--
drupedes, Volatiles et Aquatiques, l'Histoire
des Insectes et des petits Animaux
qui ne sont visibles que par le secours du
Microscope. Enfin après avoir parlé de
l'instinct , du discernement et du sentiment
des Animaux , cette cinquième
Partie finit par un Traité de l'Homme
consideré comme Animal et comme raisonnable.
Dans la sixième et derniere Partie
on
926 MERCURE DE FRANCE
و
on trouvera un systême general sur les
Vents,avec des observations particulieres
sur certains Vents tels
que sont ceux
qu'on nomme Alisez , Moussons, et autres.
qui souflent communément en certaines
Mers, et régulierement en certains .
Temps de l'Année.
·
Vous serez aussi bien aise de sçavoir
qu'on trouvera du même Auteur et chez
le même Libraire deux autres Livres curieux
, intitulés l'un les Principes de la
nature , suivant l'opinion des Anciens
Philosophes , avec un Abregé de leurs.
sentiments sur la composition des Corps,,
où l'on fait voir que toutes leurs opinions
sur ces Principes, peuvent se réduire aux
deux Sectes des Atomistes et des Académiciens
, deux volumes in 12. dont le
1 x est des livres , l'autre a pour titre
les Principes de la Nature , ou de la Génération
des Vegetaux , Animaux et Mineraux
un vol. in 12. 2 livres 10 sols ,
on peut y ajourer : Le nouveau Miroir de
la Fortune , ou Abregé de la Geomance ,
pour la récréation des personnes curieuses
de cette science , in 12. 1 liv . 4 sols.
, dans laquelle on raporte des raisons
Physiques des effets les plus extraordinaires
et les plus merveilleux de la
Nature. Enrichie de Figures en Tailledouce
. Par M. Colonne Gentilhomme
Romain , dédiée à M. le Duc de Richelieu.
A Paris , chez André Cailleau , Quay
des Augustins , à S. André 1734 .
,
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Paris
au sujet de ce Livre .
L'Ouvrage dont le titre seul a piqué
vôtre curiosité et que vous voulez que je
Vous
MAY. 1734. 919
vous fasse connoître particulierement
est divisé en deux volumes in 12. dont le
premier est de 404. pages , sans l'Epître
I'Avertissement et la Préface ; et le second
de 522 pages , chaque volume est subdivisé
en plusieurs Parties et les Parties
en Chapitres .
Dans la premiere Partie l'Auteur commence
par l'Histoire de ce qu'on a remarqué
jusques à présent de plus curieux
et de plus extraordinaire dans le Ciel ,
c'est- à dire la grandeur des Planetes, leurs
taches , leurs figures , leur éloignement
de la Terre, leurs mouvements différents ,
soit sur leur axe , soit autour du Soleil
et en combien de tems ces révolutions
arrivent . A tout cela est jointe une Table
d'observations , où l'on peut voir en un
coup d'oeil toutes celles qui ont été faites
par les plus habiles Astronomes de l'Europe
depuis près d'un siècle. On y parle
aussi des Etoiles fixes , et des changements
qui sont arrivez parmi ces Astres . On
traite dans le second Chapitre des Cometes
. Dans le troisiéme , des espaces lumineux
sans Etoiles. Dans le quatrième ,
´des Parelies , de l'Aurore Septentrionale,
et enfin dans cette premiere Partie , on
ajoute une Relation exacte de tout ce
qu'on a pû remarquer de plus curieux
dans le Ciel et dans l'Atmosphere .
920 MERCURE DE FRANCE
Seconde Partie. L'Auteur considere
d'abord le Globe de la Terre en general
les et sa composition . Il examine ce que
Anciens en connoissoient . S'ils avoient
quelque notion de l'Amerique, et si cette
nouvelle Partie du monde a quelque raport
à l'Isle Atlantique dont Platon a
parlé. Il fait ensuite la Description des
Pays nouvellement découverts , fixant le
temps de ces découvertes , et nommant .
les Personnes qui les ont faites. Il parle
dans le second Chapitre des Inégalitez de
la Terre ou des Montagnes : il examine
si elles ont été formées dès le commencement
du Monde , ou si elles croissent
par la végetation , comme son systême le
supose . C'est ce qu'il démontre par
expériences certaines , et sur des observations
que d'habiles Philosophes ont
faites avec toute l'exactitude possible . Il
fait encore historiquement la Description
des Montagnes les plus considerables
donnant la hauteur des plus élevées , et
parlant de la singularité de quelques - unes
par raport aux figures qu'elles représentent
, ou aux effets qu'elles produisent.
و
Dans le Chapitre 3. Il est parlé des
Plaines , et des Deserts sablonneux , ou
arides . Dans le Chapitre qui suit l'Auteur
fait voir qu'on ne peut pas connoître
CCBe
MA Y. 1734. 921
certains effets qui arrivent sur la superficie
de la terre , sans sçavoir auparavant
J'eau. Il
prouve que
son intérieur est rempli de feu et
d'eau . Il prouve que la Terre contient
beaucoup de feux dans ses entrailles , par
la quantité connuë de tous les Volcans
qui jettent du feu , dont il fait l'histoire .
Il ajoute à l'Historique , la cause et la
raison Physique de la continuation et de
la conservation de ces feux souterrains
et il prouve par des faits historiques
qu'ils sont la cause des Tremblements de
Terre.
>
>
Le Chapitre cinquiéme contient l'Histoire
des Eaux chaudes et leurs vertus.
La pénétration de l'Eau dans le sein de la
Terre , et la circulation de cet Element
font la matiere du Chapitre 6 , où il
prouve historiquement son systême par
fa quantité d'Eau qu'on trouve dans les
Mines les plus profondes , par les Lacs
les Fleuves et les Fontaines , qui se perdent
et qui reparoissent en d'autres endroits
dont il fait un dénombrement cu
rieux , auquel il ajoute la relation de plusieurs
Villes abimées par des Tremblements
de Terre , à la place desquelles
ont paru des Lacs très- considérables .
Dans le Chapitre 7 , il parle des differentes
Terres dont le Globe Terrestre est
com
22 MERCURE DE FRANCE
composé , et des propriétez singulieres
de quelques - unes. Le Chapitre 8. contient
différentes observations sur la fermentation
du Globe Terrestre , et particulierement
sur la Mer. Les changemens qui
arrivent ou qui sont arrivez au Globe de
la Terre , et de la Terre même avec les
Astres , fait le sujet du dernier Chapitre
de cette Partie.
La principale cause du changement qui
arrive dans les differentes Parties de ce
Globe , vient , selon l'Auteur , de ce que
les lieux secs deviennent insensiblement
l'eau oc- acqueux et que les endroits que
cupoit auparavant restent à sec ; ce qu'il
prouve par plusieurs endroits de la Terre,
où l'on voit visiblement aujourd'hui
que
l'eau de la Mer gagne peu à peu et en
même tems découvre , et laisse d'autres
Terres à sec , n'y ayant sur la Terre
qu'une certaine quantité d'eau pour couvrir
une certaine étenduë de Terre.
Troisiéme Partie. Avant que d'entrer
en matiere l'Auteur explique sommairement
la Fable Mystique de Jupiter
Neptune et Pluton , qui avoient divisé
entr'eux l'Empire de l'Univers . Il prétend
que les Anciens ont entendu par ces
trois Noms , le Regne Animal , où le
feu domine , le Regne Vegetal , où l'hu ♣
midité
MAY. 1734.
923
midité prédomine sur le feu ; et le Regne
Minéral , dans lequel le sel ou la Terrestreïté
l'emporte sur les autres Elements .
Suivant cette division il commence par
examiner le Royaume de Pluton , qui est
le Minéral , ou celui des corps qui ne
donnent aucun signe de vie , comme les
Pierres , les Métaux , & c.
>
Dans le premier Chapitre , où il a pour
objet le sel , soit de la Mer , soit de la
Terre , il parle d'abord de la maniere
qu'il se forme dans la Mer aussi bien
que tous les autres differents sels qui sont
produits par la nature en divers endroits.
Il parle ensuite de la génération du Nitre
ou Salpêtre. Il fait enfin une curieuse
Description des Mers , des Montagnes ,
des Terres et des Rivieres où les differents
sels se produisent.
Dans le Chapitre suivant il parle du
Sable. Il en examine la génération , et
après avoir fait la Description historique
de plusieurs sortes de Sables de couleurs
differentes , qui viennent en differents
lieux , il conclud par un examen
Physique de la maniere dont cela se peut
faire .
Chapitre 3. et 4. l'Auteur parle des
Pierres opaques et transparentes ; il fait
une narration curieuse des Pays et des
Mi924
MERCURE DE FRANCE
Mines d'où on les tire , et de quelle façon
les unes et les autres peuvent se produire.
Il raporte plusieurs particularitez
singulieres sur les Pierres opaques , telles
que sont les vertus attribuées à quelquesunes
pour la guerison de certaines Maladies
, ou pour produire certains effets &c.
L'Auteur fait aussi mention de certaines
Pierres , où la nature a peint des figures
d'Animaux , de Plantes &c. et il enseigne
comment on peut distinguer les naturelles
d'avec les artificielles , ou qui ont reçu
certaines empreintes par quelque accident.
Le Chapitre 5. renferme le systême de
l'Auteur sur l'Ayman ; ce systême a de
quoi satisfaire et doit engager à apuyer
ceux qui aiment la simplicité en matiere.
de systême. Il parle dans le Chapitre qui
suit du Magnetisme de plusieurs autres
Corps , qui produisent des effets extra
ordinaires.
La Génération avec l'histoire particu
liere des Metaux , finit cette troisiéme
Partie et le second volume . Non - seulement
l'Auteur fait voir de quelle maniere
ils se produisent et quels sont leurs principes
prochains avec la raison de leurs
differences; mais il raporte aussi des
ves de leur végetation , et beaucoup
proud'au
MAY.
17 34 925
d'autres particularitez curieuses qui regardent
le genre Métallique.
,
Comme le même Libraire donnera incessamment
la quatrième , cinquième
sixième et derniere Partie de cet Ouvrage
, en voici par avance un leger crayon.
Dans le quatrième , l'Auteur parle du
Flux et Reflux de la Mer en general , et
de celui de l'Euripe en particulier , il
parle aussi des Tempêtes , des Meteores
et des courants de la Mer , des Pluyes
ordinaires et extraordinaires ; on y trouve
aussi l'Histoire des Lacs , des Fontaines
et des Rivieres , qui ont quelque proprieté
extraordinaire , ce qui est suivi de
la génération des Vegetaux et de l'Histoire
des Plantes les plus rares et les plus curieuses
.
La cinquiéme Partie renferme la Génération
et l'Histoire des Animaux Qua--
drupedes, Volatiles et Aquatiques, l'Histoire
des Insectes et des petits Animaux
qui ne sont visibles que par le secours du
Microscope. Enfin après avoir parlé de
l'instinct , du discernement et du sentiment
des Animaux , cette cinquième
Partie finit par un Traité de l'Homme
consideré comme Animal et comme raisonnable.
Dans la sixième et derniere Partie
on
926 MERCURE DE FRANCE
و
on trouvera un systême general sur les
Vents,avec des observations particulieres
sur certains Vents tels
que sont ceux
qu'on nomme Alisez , Moussons, et autres.
qui souflent communément en certaines
Mers, et régulierement en certains .
Temps de l'Année.
·
Vous serez aussi bien aise de sçavoir
qu'on trouvera du même Auteur et chez
le même Libraire deux autres Livres curieux
, intitulés l'un les Principes de la
nature , suivant l'opinion des Anciens
Philosophes , avec un Abregé de leurs.
sentiments sur la composition des Corps,,
où l'on fait voir que toutes leurs opinions
sur ces Principes, peuvent se réduire aux
deux Sectes des Atomistes et des Académiciens
, deux volumes in 12. dont le
1 x est des livres , l'autre a pour titre
les Principes de la Nature , ou de la Génération
des Vegetaux , Animaux et Mineraux
un vol. in 12. 2 livres 10 sols ,
on peut y ajourer : Le nouveau Miroir de
la Fortune , ou Abregé de la Geomance ,
pour la récréation des personnes curieuses
de cette science , in 12. 1 liv . 4 sols.
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Résumé : Histoire Naturelle de l'Univers, &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Histoire Naturelle de l'Univers' de M. Colonne, dédié à M. le Duc de Richelieu, est publié en 1734 à Paris. Il se compose de deux volumes, le premier contenant 404 pages et le second 522 pages, chacun subdivisé en parties et chapitres. La première partie explore les phénomènes célestes, incluant la grandeur des planètes, leurs taches, leurs mouvements, et les observations des astronomes européens. Elle aborde également les comètes, les espaces lumineux sans étoiles, les parhélies, et l'aurore boréale. La deuxième partie examine le globe terrestre, sa composition, et les connaissances des Anciens sur l'Amérique. Elle décrit les pays nouvellement découverts, les montagnes, les plaines, et les déserts. L'auteur discute des feux souterrains, des volcans, et des tremblements de terre. Il explore aussi les eaux chaudes, la circulation de l'eau dans la Terre, et les changements géologiques. La troisième partie commence par une explication de la fable mystique de Jupiter, Neptune et Pluton, représentant respectivement les règnes animal, végétal et minéral. Elle détaille la génération des sels, du sable, des pierres, et des métaux, ainsi que leurs propriétés et usages. Les parties suivantes, à paraître, traiteront du flux et reflux de la mer, des tempêtes, des végétaux, des animaux, et des vents. L'auteur a également publié d'autres ouvrages sur les principes de la nature et la géomancie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 1104-1117
TROISIÈME PARTIE de la comparaison des Philosophies de Descartes et de Newton. Par M. de S. Aubin.
Début :
Les Newtoniens prétendent (Praefat. editor. in Nevvt.) que l'attraction peut être une qualité [...]
Mots clefs :
Descartes, Newton, Philosophies, Newtoniens, Attraction, Corps, Soleil, Lune, Terre, Planètes, Mouvement, Système, Force, Fluide, Raison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TROISIÈME PARTIE de la comparaison des Philosophies de Descartes et de Newton. Par M. de S. Aubin.
TROISIEME PARTIE de la
comparaison des Philosophies de Descartes
et de Newton. Par M. de S. Aubin .
L
Es Newtoniens prétendent ( Prafat. editor. in
Nevvt. ) que l'attraction peut être une qualité
de la matière aussi primitive que la mobilité.
Les Cartésiens répondent que la mobilité et les
I. Vol. autres
JUIN. 1734. 17057
autres qualités primitives de la matiere , comme
l'étendue , l'impénétrabilité , sont fort differentes
de l'attraction ; que ces proprietés sont trèssimples
, au lieu que l'attraction est une qualité
composée , qui consiste en l'action d'un corps
sur un autre corps. Que ce n'est pas parler en
Physicien , que de dire qu'une attraction pénétre.
tous les centres , sans sçavoir pourquoi , et qu'elle
fait tout dans la nature , sans dire comment.
L'attraction est même contraire à l'experience.
Qu'on suspende deux cubes d'acier d'un pouce
de diamétre chacun à deux fils , ( Harsoëk
rec. de piec. Phys . ) en sorte que les deux cubes se
touchent presque par un de leurs côtés , ils ne
s'approchent pas dans un lieu où l'air n'a aucune
agitation qui rompe son équilibre ; et l'attraction
n'agit pas davantage sur eux dans le vuide
pneumatique , quoique le moindre choc, la moindre
impulsion les fasse changer de place . Cepen--
dant si ces deux cubes ne faisoient qu'un seul
parallélepipéde d'un pouce d'épaiseur , une force
de plus de cent mille livres ne les sépareroit pas.
Suivant l'experience de Guericke faite à Magdebourg
, ( M. de Mairan , Tr. de l'Aur. Bor. )
deux plans polis de deux pouces trois quarts de
diametre , s'unissoient si bien ensemble , par la
juxta- position , et frotés seulement de quelque
matiere un peu grasse , qu'ils soutenoient , sans
attaché au
se separer , un poids de 80. livres ,
plan inferieur. Il faut donc qu'il y ait quelque
autre cause de cette forte union des parcelles d'un
corps , que la prétendue attraction mutuelle de
Newton , à moins qu'on n'y ajoûte la cohesion
et la juxta- position , autres qualités occultes : au
Heu qu'il est très - vrai - semblable , que
la cause
de cette forte union est la pression du plein , suiyant
l'hypothese des Cartesiens.
Mait .
TIC MERCURE DE FRANCE
Mais il y a plus. Ce qui est inconcevable ,
comme une cause naturelle , c'est une attraction
qui opere au-delà du vuide. Le P. Castel ( Tr. de
Phys. sur lapesant. ) est surpris , avec raison , que
Newton at allié le vuide avec le sys.ê.ne d'une
pesanteur universelle . Newton compare ( Princ.
Mith. p. 3. ) tout mouvement circulaire à celui
d'une pierre , que la force du bras fait tourner
dans une fronde. Y auroit - il quelque apparence
à supposer qu'il se feroit simplement une attrac
tion de la pierre par le bras , sans fronde et au
travers d'un milieu vuide ? La Physique ne peut
admettre ( Leibn. Théod. ) l'action immediate
d'un corps sur un autre corps éloigné : Il y a
même de la contradiction dans les termes.
Sur les fondemens ruineux de l'attraction et du
vuide , Newton éleve ses prétendues démonstrations
. Il ne place point le centre de l'Univers
dans un mobile actif , comme le Soleil , ni dans
aucune autre Planete , mais dans un espace vuide
, duquel il nous assure ( Princ. Math.p. 374 )
que le Soleil ne s'éloigne jamais beaucoup . II
donne donc au So eil , non - seulement un mouvement
de révolution sur son axe , mais encore
un mouvement de transport d'un heu à un autre
; et toutes les Ellipses des Planetes doivent varier
en même tems , puisqu'elles ont toujours le
Soleil à un de leurs foyers.
Newton allegue de mauvaises raisons pour détruire
les tourbilions . Les revo utions des Planetes
, dit-il , ( p.354 ) sont élipiques , et les aires
qu'elles décrivent par leurs mouvemens autour
du Soleil , sont proportionnelles aux tems : Il
suppose plusi urs Cercles excentriques - les uns
dans les autres et prétend que les loix Astronomiques
et les mécaniques ne peuvent se conci-
I. Vol.
lier
JUIN. 1107
י734
lier , en supposant un fluide de matiere étherée,
parce que dans le tems que l'aphélie demandera
un mouvement plus tardir, un passage plus étroit
demandera un mouvement plus prompt , ou au
contraire. Rien n'est plus foible que cette objection.
Quand il se trouve dans la nature que que
Concurience entre deux contraires , le plus fort
l'emporte , et les loix du mouvement ont bientôt
décidé entr'eux.
Il n'y a pas plus de solidité à l'objection , que
fluide , qui environne la terre , doit ête d'une
densité égale à celle du Globe. Voici en quoi
consiste cette objection . » Si le fluide dans lequel
» le Globe terrestre nage, dit Newton , ( p. 353. )
est plus ou moins dense , le Globe , au lieu de
» revenir au point d'où il est parti , décrira une
spirale dans sa révolution , en approchant du
» centre ou de la circonference . Si la densité est
égale , les parties lu so ide seront en équilibre
e avec les parties du fluide , et le Globe alors pour-
" ra occuper toutes les places du tourbillon , aussi
bien que le centre . Il est isé de répondre ; premierement
, qu'il ne faut pas considerer une lanete
, comme un mobile plongé dans un fluide ,
mais qu'on doit se représenter un fluide qui participe
aux mouvemens du Globe, comme une portion
de la matière étherée entraînée par lui , et qui
l'environne également de toute part . Le Globe
doit être en équilibre avec son ciel , avec la couche
du tourbillon Solaire où il fait sa révolution ,
mais il n'a pas besoin d'équilibre dans son tourbillon
paticulier , ille forme , et il y donne la loi.
Secondement il n'y a aucun inconvenient qu'un
Globe et le fluide où il nâge , soient d'une égale
densité. Le Globe ne cesse pas pour cela d'ê re solide
, et son atmosphere ne perd pas sa fluidité . Il
Реце
tro MERCURE DE FRANCE
peut y avoir une densité égale entre des particu
les , dont les unes sont accrochées entre elles , et
les autres ne le sont pas : de même qu'un morceau
de bois, qui est un solide , à une égale densité
et est en équilibre avec le volume d'eau qui
l'entraîne.
L'objection tirée du passage des Cométes en
tout sens au travers du tourbillon , a été refutée
dans la seconde partie de cette dissertation. Venons
aux effets de l'attraction universelle, New
ton suppose qu'un mouvement direct d'Occident
en Orient a été imprimé dès le commencement,
par le Créateur , à toutes les Planetes , et que l'attraction
des centres de leurs révolutions les détourne
continuellement de leur tendance à cemouvement
rectiligne , ce qui leur fait décrire
des ellipses. Il se fût épargné bien des calculs
, s'il eût dit tout d'un coup , que le Créateur
, dès le commencement a imprimé aux Planetes
des mouvemens elliptiques . C'est la gravitation
réciproque du Soleil et des Planetes , dit - il ,
( P.374. ) qui les fait tourner autour de leur centre
commun , à des distances plus ou moins éloignées ,
et dans des orbites elliptiques. Tout le systême
roule sur ces deux principes ; premierement , que
les forces de l'attraction mutuelle sont en raison
inverse des quarrés des distances ; c'est - à dire ,
que le corps étant deux fois plus éloigné , la
force centrale agit sur lui quatre fois plus foiblement
, que l'éloignement étant quatre fois plus
gran 1 , la force est seize fois plus foible , & c . Secondement
, que les corps s'attirent en raison directe
de leurs masses, ou de la quantité de leur matiere.
L'essai du systême se fait uniquement sur la
Lune Remontons aux principes . Quand deux
forces , l'une horizontale , l'autre perpendiculai
I.Vo!.
re
JUIN. 1734. 1109
re , poussent également un corps , il décrit la
diagonale d'un quarré . Newton , partant de cette
premiere conclusion , décompose , pour ainsi
dire , la courbe décrite par le mouvement de la
Luue.Connoissant les proportions de son orbite,
et les tems de sa révolution , il calcule les degrés
de la force directe et de la force centrale ,
qui agissant à la fois sur la Lune , produisent
son mouvement elliptique . Il trouve que si
la Lune venoit à perdre sa force directe , ensorte
qu'elle obéit uniquement à l'attraction centrale ,
elle tomberoit de quinze piés dans la premiere
minute. Newton prétend aussi que les corps ,
dont nous connoissons la chûte, avancent de cinquante
quatre mille piés en une minute que si
les corps commençoient à tomber de la hauteur
de la Lune , ou d'une hauteur de soixante demidiametres
de la terre , leur pesanteur diminuant
en raison inverse du quarré de cette distance , leur
chûte seroit de quinze piés dans la premiere minute
, comme la chute de la Lune ; et que la Lune
arrivant à la surface de la terre , décriroit dans
la derniere minute cinquante quatre mille piés ,
de même que les corps graves , près de la surface
de la terre , avancent en tombant de quinze
piés dans la premiere seconde , et de cinquante
quatre mille piés dans toute la minute. Le quarré
de soixante multiplié par quinze , donne cinquante
quatre mille , et Newton en conclut
qu'un même principe , une même force agit sur
la Lune et sur les corps dont nous connoissons
la chûte , suivant la loi qu'il a établie de la raison
inverse des quarrés des distances . Il attribuë,
en conséquence , une gravitation generale et mutuelle
à tous les corps Celestes , dans la même
proportion. Mais cette attraction , refutée déja
I. Vol.
са
TH10 MERCURE DE FRANCE
en qualité de cause , n'est pas plus soutenable
par ses effets.
Premierement , les expériences de la chûte
des corps , près de la surface de la terre , c'estâ
- dire , des hauteurs quelconques qui sont à
notre portée , comme Tours , Montagnes , &c .
ne peuvent se faire que sur des corps dont la
masse a un rapport très - inegal à la masse du
Globe lunaire ; en sorte que si l'attraction agit
avec une force égale sur des masses , dont la quanrité
de matiere est si disproportionnée , un des
fondemens du systême Newtonien tombe en ruine
, sçavoir que l'attraction agit en raison directe
des masses. Secondement , je soutiens que l'at
mosphere , qui environne la terre , étant fort
épaisse , au lieu que la région de la Lune est vuide,
suivant Newton , et la difference causée par l'épaisseur
d'un fluide étant telle encore suivant
Newton , que sans la résistance de l'air grossier,
le corps le plus poreux , comme une éponge , se
précipiteroit avec autant de vitesse qu'un Globe
de plomb , une des démontrations de Newton
étant même , qu'un mobile qui traverse un fluide
de pareille pesanteur spécifique , en quelque sens
que ce soit , et quelque soit la vitesse qu'on lui
donne d'abord , doit perdre la moitié de sa vîtesavant
que d'avoir parcouru trois de ses diametres
: il s'ensuit incontestablement de ses principes,
que si l'attraction centrale agit dans un milieu
vuide , à la hauteur de la Lune , en raison
inverse du quarré de la distance , par rapport à
une attraction qui agit dans un fluide fort dense,
auprès de la surface de la terre , ces deux attrac
tions ne peuvent être semblables .
se ,
Troisiémement il est certain que les masses
des Planetes ne changent point , et que leurs dis-
I. Vol. tanoes
JUIN. 1734 IIII
tances varient , d'où il résulte par une conséquence
invincible que les Planettes dans leurs
périhélies , bien plus puissamment attirées par
le Soleil , devroient tomber sur ce centre , comme
Aristote disoit , que s'il y avoit une autre
terre , elle tomberoit sur celle - ci . Car le moindre
dérangement dans l'équilibre entraîne tout - àfait
un corps , parce que l'excès qui a précedé ,
augmente continuellement l'excès qui suit . Or
tout Astronome convient des absides ou variations
des distances des Planetes . L'équilibre doit
alors être rompu par leur éloignement ou leur
proximité. Elles doivent s'attirer quelquefois
beaucoup plus fortement. La Lune , par exemple,
dans la conjonction , devroit abandonner la
Terre et aller se joindre au Soleil , sur tout la
Terre étant dans le périhélie ; il arriveroit encore
que les deux attractions du Soleil et de la
Terre sur la Lune agissant du même côté
dans l'opposition de la Lune , au lieu que dans
sa conjonction ces deux forces se combattent . la
Lune dans l'opposition tomberoit sur la Terre .
Il est impossible que deux attractions si inégales
et dans ces situations de la Lune si contraires ,
produisent le même effet de la retenir dans l'écliptique.
Il faut aussi dans les absides et conjonctions
des autres Planetes , non-seulement
supposer une qualité occulte , telle que l'attraction
, mais il faut la supposer variable et de maniere
qu'elle se proportionne toujours au besoin
qu'on a d'elle.
Lorsqu'une Planete dans le périhélie , s'est approchée
du centre , l'attraction centrale étant
augmentée , il est impossible , en suivant les loix
du Systême Newtonien , que cette Planete retourne
à sa distance moyenne , et à plus forte
I. Vol.
raison
1112 MERCURE DE FRANCE
raison à l'aphélie . On prétend que quand Jupiter
et Saturne sont dans leur plus grande
proximité, qui est de cent soixante cinq millions
de lieues , suivant les derniers Astronomes , leurs
mouvemens ne sont plus de la même régularité ,
ce que les Newtoniens attribuent à une attraction
plus forte. Puisque le cours de Saturne est dérangé
, il faut donc que l'attraction centrale, qui devroit
agir plus puissammene sur Saturne à une
moindre distance, vienne à se relâcher , sans cause
, pour rendre à Saturne sa régularité . Le Systê
me est autant dénué de causes physiques , qu'il
est abondant en calculs.
Dans les grandes conjonctions des Planetes ,
plusieurs forces centrales réunies dans une ligne
perpendiculaire , devroient agir beaucoup plus
puissamment. Jupiter est plus massif que Saturne
, car Jupiter a plus de densité , suivant New-
Fon ( p. 372. ) il est aussi plus gros suivant tous
les Astronomes , Saturne est donc fortement attiré
par Jupiter , et quand ils se trouvent en con
jonction , la force passagere de Jupiter jointe à
la gravitation continuelle du Soleil , et aturant
Saturne du même côté , doit l'obliger de sortir
de son orbite ; et comme nous l'avons observé ,
le Systême ne fournit aucun moyen de l'y faire
rentrer. Au contraire , l'attraction augmentant
toujours à mesure que la distance diminuera , Saturne
décrira une ligne spirale , puis parabolique
et enfin presque perpendiculaire ; et venant de la
Région la plus éloignée se réunir au Soleil , quels
désordres ne fera t'il point en traversant irrégu
lierement, avec ses satellites , tout ce Monde New.
tonien , où il y a autant de principes de destruction
, que de centres de gravité.
Si l'on répond que l'excès de la vitesse de la
·
I. Vol. Planetę
JUIN. 1734 TII
Planété la soutient contre un excès d'attraction ,
Le Systême Newtonien est donc défectueux , et
c'est une nécessité indispensable d'y ajoûter un
troisiéme principe de la vitesse , qui moderé et
concilie les deux autres . Mais les Géometres auroient
un beau champ pour démontrer par des
calculs réels , fondez sur la regle de Kepler, admise
par Newton , et sur les Observations Astronomiques,
que les rapports réciproques des distances ,
des masses et des vitesses n'étant pas les mêmes en
tout temps , toute la théorie Newtoniene ne peut
avoir aucune solidité , puisque l'équilibre venant
à être rompu dans quelque partie de l'Univers ,
par la moindre inégalité d'attraction d'une Planete
ou d'un Satellite dans les absides , l'équilibre
seroit rompu en même - temps par tout , et
l'Univers aussi - tôt détruit , tous les Globes tombant
les uns sur les autres ; le Soleil même
suivant Newton , s'écarteroit de son centre à
quelque distance et précipiteroit encore la chute
des Planetes dans leurs conjonctions , la force de
la gravitation étant telle dans ce Systême , que
lorsqu'une Planete s'approche du Soleil , elle oblige
le Soleil de s'avancer un peu vers elle , s'il n'est
retenu par une attraction contraire. Ainsi tout le
Systême , au lieu d'avoir un rapport précis avec
les Phénomenes ( qui est le seul moyen de le faire
valoir ) est perpétuellement en contradiction avec
les faits établis par l'Astronomie .
Newton dit qu'il ne fait point d'hypothese ;
cependant tirer mille conséquences du même
principe d'une attraction generale et mutuelle ,
établir que les forces de cette attraction sont en
raison directe des masses , et en raison inverse des
quarrez des distances ; que suivant cette proposition
constante , le Soleil attire les Planetes , et
Je Vol.
дис
11 MERCURE DE FRANCE
ter , que s'il étoit dans le Ciel de Jupiter , maïs
sans être entré dans son tourbillon , il tomberoit
sur le Soleil , à moins qu'il ne vint à rencontrer
pendant sa chute le tourbillon particulier de
quelque Planete. Ainsi il y a lieu de faire sur ce
bouler des conjectures fort differentes de celles
de Newton , qui d'ailleurs ne pourroit tirer de
cette comparaison aucun avantage , puisqu'en
supposant le mouvement elliptique du boulet autour
de la Terre , ce seroit toujours une explication
plus physique de l'attribuer à l'impulsion
du fluide , qu'à une attraction centrale .
Newton finit ( p . 484. ) par reconnoître
qu'une matiere imperceptible penetre tous les
corps , et qu'elle est le principe de leurs attractiens
à de moyennes distances ; comme si la
nécessité d'un mouvement d'impulsion n'étoit
pas encore plus indispensable à l'égard des disrances
éloignées . Le Systême Newtonien ne
seroit soutenable , qu'en supposant les Planetes
sans absides et tous les corps celestes , sans
aucune variation de distance ; ce qui est bien
éloigné de la théorie des Cieux ; et ce Systême ne
nous apprendroit toujours rien , puisqu'il roule
sur un principe inconnu à l'Auteur , de son
aveu, et qui n'a mené jusqu'ici à aucune découverte.
L'Optique de Newton , qui est restée imparfaite,
n'a pas procuré plus d'utilité . Cette invention
si vantée des couleurs élementaires peut paroître
un peu suspecte , plusieurs personnes ayant
tenté inutilement cette experience ; Mariotte, dont
la sagacité en ce genre étoit connue, n'a pû réüssir
à la trouver , et M. Rizzetti a conclu des experiences
qu'il a faites , que tous les rayons sont
également refrangibles .
A l'égard de la Géometrie de l'infini, Newton
I. Vol.
se
JUIN. 1734. 1117
se sert de la Méthode qu'il appelle p. 32. ) des
points naissants et évanouissants , Méthode qui
renferme les mêmes contradictions que celle des
infiniment petits , Il n'est pas besoin de se jetter
dans des discussions métaphysiques , pour con
noître avec la plus entiere certitude , que la divisibilité
à l'infini ne peut s'allier avec les indi-
I visibles. Examinons quelles sont les veritables
défectuositez du Systême Cartésien , et s'il est
possible d'y remedier.
La fin dans le second volume de Juin.
comparaison des Philosophies de Descartes
et de Newton. Par M. de S. Aubin .
L
Es Newtoniens prétendent ( Prafat. editor. in
Nevvt. ) que l'attraction peut être une qualité
de la matière aussi primitive que la mobilité.
Les Cartésiens répondent que la mobilité et les
I. Vol. autres
JUIN. 1734. 17057
autres qualités primitives de la matiere , comme
l'étendue , l'impénétrabilité , sont fort differentes
de l'attraction ; que ces proprietés sont trèssimples
, au lieu que l'attraction est une qualité
composée , qui consiste en l'action d'un corps
sur un autre corps. Que ce n'est pas parler en
Physicien , que de dire qu'une attraction pénétre.
tous les centres , sans sçavoir pourquoi , et qu'elle
fait tout dans la nature , sans dire comment.
L'attraction est même contraire à l'experience.
Qu'on suspende deux cubes d'acier d'un pouce
de diamétre chacun à deux fils , ( Harsoëk
rec. de piec. Phys . ) en sorte que les deux cubes se
touchent presque par un de leurs côtés , ils ne
s'approchent pas dans un lieu où l'air n'a aucune
agitation qui rompe son équilibre ; et l'attraction
n'agit pas davantage sur eux dans le vuide
pneumatique , quoique le moindre choc, la moindre
impulsion les fasse changer de place . Cepen--
dant si ces deux cubes ne faisoient qu'un seul
parallélepipéde d'un pouce d'épaiseur , une force
de plus de cent mille livres ne les sépareroit pas.
Suivant l'experience de Guericke faite à Magdebourg
, ( M. de Mairan , Tr. de l'Aur. Bor. )
deux plans polis de deux pouces trois quarts de
diametre , s'unissoient si bien ensemble , par la
juxta- position , et frotés seulement de quelque
matiere un peu grasse , qu'ils soutenoient , sans
attaché au
se separer , un poids de 80. livres ,
plan inferieur. Il faut donc qu'il y ait quelque
autre cause de cette forte union des parcelles d'un
corps , que la prétendue attraction mutuelle de
Newton , à moins qu'on n'y ajoûte la cohesion
et la juxta- position , autres qualités occultes : au
Heu qu'il est très - vrai - semblable , que
la cause
de cette forte union est la pression du plein , suiyant
l'hypothese des Cartesiens.
Mait .
TIC MERCURE DE FRANCE
Mais il y a plus. Ce qui est inconcevable ,
comme une cause naturelle , c'est une attraction
qui opere au-delà du vuide. Le P. Castel ( Tr. de
Phys. sur lapesant. ) est surpris , avec raison , que
Newton at allié le vuide avec le sys.ê.ne d'une
pesanteur universelle . Newton compare ( Princ.
Mith. p. 3. ) tout mouvement circulaire à celui
d'une pierre , que la force du bras fait tourner
dans une fronde. Y auroit - il quelque apparence
à supposer qu'il se feroit simplement une attrac
tion de la pierre par le bras , sans fronde et au
travers d'un milieu vuide ? La Physique ne peut
admettre ( Leibn. Théod. ) l'action immediate
d'un corps sur un autre corps éloigné : Il y a
même de la contradiction dans les termes.
Sur les fondemens ruineux de l'attraction et du
vuide , Newton éleve ses prétendues démonstrations
. Il ne place point le centre de l'Univers
dans un mobile actif , comme le Soleil , ni dans
aucune autre Planete , mais dans un espace vuide
, duquel il nous assure ( Princ. Math.p. 374 )
que le Soleil ne s'éloigne jamais beaucoup . II
donne donc au So eil , non - seulement un mouvement
de révolution sur son axe , mais encore
un mouvement de transport d'un heu à un autre
; et toutes les Ellipses des Planetes doivent varier
en même tems , puisqu'elles ont toujours le
Soleil à un de leurs foyers.
Newton allegue de mauvaises raisons pour détruire
les tourbilions . Les revo utions des Planetes
, dit-il , ( p.354 ) sont élipiques , et les aires
qu'elles décrivent par leurs mouvemens autour
du Soleil , sont proportionnelles aux tems : Il
suppose plusi urs Cercles excentriques - les uns
dans les autres et prétend que les loix Astronomiques
et les mécaniques ne peuvent se conci-
I. Vol.
lier
JUIN. 1107
י734
lier , en supposant un fluide de matiere étherée,
parce que dans le tems que l'aphélie demandera
un mouvement plus tardir, un passage plus étroit
demandera un mouvement plus prompt , ou au
contraire. Rien n'est plus foible que cette objection.
Quand il se trouve dans la nature que que
Concurience entre deux contraires , le plus fort
l'emporte , et les loix du mouvement ont bientôt
décidé entr'eux.
Il n'y a pas plus de solidité à l'objection , que
fluide , qui environne la terre , doit ête d'une
densité égale à celle du Globe. Voici en quoi
consiste cette objection . » Si le fluide dans lequel
» le Globe terrestre nage, dit Newton , ( p. 353. )
est plus ou moins dense , le Globe , au lieu de
» revenir au point d'où il est parti , décrira une
spirale dans sa révolution , en approchant du
» centre ou de la circonference . Si la densité est
égale , les parties lu so ide seront en équilibre
e avec les parties du fluide , et le Globe alors pour-
" ra occuper toutes les places du tourbillon , aussi
bien que le centre . Il est isé de répondre ; premierement
, qu'il ne faut pas considerer une lanete
, comme un mobile plongé dans un fluide ,
mais qu'on doit se représenter un fluide qui participe
aux mouvemens du Globe, comme une portion
de la matière étherée entraînée par lui , et qui
l'environne également de toute part . Le Globe
doit être en équilibre avec son ciel , avec la couche
du tourbillon Solaire où il fait sa révolution ,
mais il n'a pas besoin d'équilibre dans son tourbillon
paticulier , ille forme , et il y donne la loi.
Secondement il n'y a aucun inconvenient qu'un
Globe et le fluide où il nâge , soient d'une égale
densité. Le Globe ne cesse pas pour cela d'ê re solide
, et son atmosphere ne perd pas sa fluidité . Il
Реце
tro MERCURE DE FRANCE
peut y avoir une densité égale entre des particu
les , dont les unes sont accrochées entre elles , et
les autres ne le sont pas : de même qu'un morceau
de bois, qui est un solide , à une égale densité
et est en équilibre avec le volume d'eau qui
l'entraîne.
L'objection tirée du passage des Cométes en
tout sens au travers du tourbillon , a été refutée
dans la seconde partie de cette dissertation. Venons
aux effets de l'attraction universelle, New
ton suppose qu'un mouvement direct d'Occident
en Orient a été imprimé dès le commencement,
par le Créateur , à toutes les Planetes , et que l'attraction
des centres de leurs révolutions les détourne
continuellement de leur tendance à cemouvement
rectiligne , ce qui leur fait décrire
des ellipses. Il se fût épargné bien des calculs
, s'il eût dit tout d'un coup , que le Créateur
, dès le commencement a imprimé aux Planetes
des mouvemens elliptiques . C'est la gravitation
réciproque du Soleil et des Planetes , dit - il ,
( P.374. ) qui les fait tourner autour de leur centre
commun , à des distances plus ou moins éloignées ,
et dans des orbites elliptiques. Tout le systême
roule sur ces deux principes ; premierement , que
les forces de l'attraction mutuelle sont en raison
inverse des quarrés des distances ; c'est - à dire ,
que le corps étant deux fois plus éloigné , la
force centrale agit sur lui quatre fois plus foiblement
, que l'éloignement étant quatre fois plus
gran 1 , la force est seize fois plus foible , & c . Secondement
, que les corps s'attirent en raison directe
de leurs masses, ou de la quantité de leur matiere.
L'essai du systême se fait uniquement sur la
Lune Remontons aux principes . Quand deux
forces , l'une horizontale , l'autre perpendiculai
I.Vo!.
re
JUIN. 1734. 1109
re , poussent également un corps , il décrit la
diagonale d'un quarré . Newton , partant de cette
premiere conclusion , décompose , pour ainsi
dire , la courbe décrite par le mouvement de la
Luue.Connoissant les proportions de son orbite,
et les tems de sa révolution , il calcule les degrés
de la force directe et de la force centrale ,
qui agissant à la fois sur la Lune , produisent
son mouvement elliptique . Il trouve que si
la Lune venoit à perdre sa force directe , ensorte
qu'elle obéit uniquement à l'attraction centrale ,
elle tomberoit de quinze piés dans la premiere
minute. Newton prétend aussi que les corps ,
dont nous connoissons la chûte, avancent de cinquante
quatre mille piés en une minute que si
les corps commençoient à tomber de la hauteur
de la Lune , ou d'une hauteur de soixante demidiametres
de la terre , leur pesanteur diminuant
en raison inverse du quarré de cette distance , leur
chûte seroit de quinze piés dans la premiere minute
, comme la chute de la Lune ; et que la Lune
arrivant à la surface de la terre , décriroit dans
la derniere minute cinquante quatre mille piés ,
de même que les corps graves , près de la surface
de la terre , avancent en tombant de quinze
piés dans la premiere seconde , et de cinquante
quatre mille piés dans toute la minute. Le quarré
de soixante multiplié par quinze , donne cinquante
quatre mille , et Newton en conclut
qu'un même principe , une même force agit sur
la Lune et sur les corps dont nous connoissons
la chûte , suivant la loi qu'il a établie de la raison
inverse des quarrés des distances . Il attribuë,
en conséquence , une gravitation generale et mutuelle
à tous les corps Celestes , dans la même
proportion. Mais cette attraction , refutée déja
I. Vol.
са
TH10 MERCURE DE FRANCE
en qualité de cause , n'est pas plus soutenable
par ses effets.
Premierement , les expériences de la chûte
des corps , près de la surface de la terre , c'estâ
- dire , des hauteurs quelconques qui sont à
notre portée , comme Tours , Montagnes , &c .
ne peuvent se faire que sur des corps dont la
masse a un rapport très - inegal à la masse du
Globe lunaire ; en sorte que si l'attraction agit
avec une force égale sur des masses , dont la quanrité
de matiere est si disproportionnée , un des
fondemens du systême Newtonien tombe en ruine
, sçavoir que l'attraction agit en raison directe
des masses. Secondement , je soutiens que l'at
mosphere , qui environne la terre , étant fort
épaisse , au lieu que la région de la Lune est vuide,
suivant Newton , et la difference causée par l'épaisseur
d'un fluide étant telle encore suivant
Newton , que sans la résistance de l'air grossier,
le corps le plus poreux , comme une éponge , se
précipiteroit avec autant de vitesse qu'un Globe
de plomb , une des démontrations de Newton
étant même , qu'un mobile qui traverse un fluide
de pareille pesanteur spécifique , en quelque sens
que ce soit , et quelque soit la vitesse qu'on lui
donne d'abord , doit perdre la moitié de sa vîtesavant
que d'avoir parcouru trois de ses diametres
: il s'ensuit incontestablement de ses principes,
que si l'attraction centrale agit dans un milieu
vuide , à la hauteur de la Lune , en raison
inverse du quarré de la distance , par rapport à
une attraction qui agit dans un fluide fort dense,
auprès de la surface de la terre , ces deux attrac
tions ne peuvent être semblables .
se ,
Troisiémement il est certain que les masses
des Planetes ne changent point , et que leurs dis-
I. Vol. tanoes
JUIN. 1734 IIII
tances varient , d'où il résulte par une conséquence
invincible que les Planettes dans leurs
périhélies , bien plus puissamment attirées par
le Soleil , devroient tomber sur ce centre , comme
Aristote disoit , que s'il y avoit une autre
terre , elle tomberoit sur celle - ci . Car le moindre
dérangement dans l'équilibre entraîne tout - àfait
un corps , parce que l'excès qui a précedé ,
augmente continuellement l'excès qui suit . Or
tout Astronome convient des absides ou variations
des distances des Planetes . L'équilibre doit
alors être rompu par leur éloignement ou leur
proximité. Elles doivent s'attirer quelquefois
beaucoup plus fortement. La Lune , par exemple,
dans la conjonction , devroit abandonner la
Terre et aller se joindre au Soleil , sur tout la
Terre étant dans le périhélie ; il arriveroit encore
que les deux attractions du Soleil et de la
Terre sur la Lune agissant du même côté
dans l'opposition de la Lune , au lieu que dans
sa conjonction ces deux forces se combattent . la
Lune dans l'opposition tomberoit sur la Terre .
Il est impossible que deux attractions si inégales
et dans ces situations de la Lune si contraires ,
produisent le même effet de la retenir dans l'écliptique.
Il faut aussi dans les absides et conjonctions
des autres Planetes , non-seulement
supposer une qualité occulte , telle que l'attraction
, mais il faut la supposer variable et de maniere
qu'elle se proportionne toujours au besoin
qu'on a d'elle.
Lorsqu'une Planete dans le périhélie , s'est approchée
du centre , l'attraction centrale étant
augmentée , il est impossible , en suivant les loix
du Systême Newtonien , que cette Planete retourne
à sa distance moyenne , et à plus forte
I. Vol.
raison
1112 MERCURE DE FRANCE
raison à l'aphélie . On prétend que quand Jupiter
et Saturne sont dans leur plus grande
proximité, qui est de cent soixante cinq millions
de lieues , suivant les derniers Astronomes , leurs
mouvemens ne sont plus de la même régularité ,
ce que les Newtoniens attribuent à une attraction
plus forte. Puisque le cours de Saturne est dérangé
, il faut donc que l'attraction centrale, qui devroit
agir plus puissammene sur Saturne à une
moindre distance, vienne à se relâcher , sans cause
, pour rendre à Saturne sa régularité . Le Systê
me est autant dénué de causes physiques , qu'il
est abondant en calculs.
Dans les grandes conjonctions des Planetes ,
plusieurs forces centrales réunies dans une ligne
perpendiculaire , devroient agir beaucoup plus
puissamment. Jupiter est plus massif que Saturne
, car Jupiter a plus de densité , suivant New-
Fon ( p. 372. ) il est aussi plus gros suivant tous
les Astronomes , Saturne est donc fortement attiré
par Jupiter , et quand ils se trouvent en con
jonction , la force passagere de Jupiter jointe à
la gravitation continuelle du Soleil , et aturant
Saturne du même côté , doit l'obliger de sortir
de son orbite ; et comme nous l'avons observé ,
le Systême ne fournit aucun moyen de l'y faire
rentrer. Au contraire , l'attraction augmentant
toujours à mesure que la distance diminuera , Saturne
décrira une ligne spirale , puis parabolique
et enfin presque perpendiculaire ; et venant de la
Région la plus éloignée se réunir au Soleil , quels
désordres ne fera t'il point en traversant irrégu
lierement, avec ses satellites , tout ce Monde New.
tonien , où il y a autant de principes de destruction
, que de centres de gravité.
Si l'on répond que l'excès de la vitesse de la
·
I. Vol. Planetę
JUIN. 1734 TII
Planété la soutient contre un excès d'attraction ,
Le Systême Newtonien est donc défectueux , et
c'est une nécessité indispensable d'y ajoûter un
troisiéme principe de la vitesse , qui moderé et
concilie les deux autres . Mais les Géometres auroient
un beau champ pour démontrer par des
calculs réels , fondez sur la regle de Kepler, admise
par Newton , et sur les Observations Astronomiques,
que les rapports réciproques des distances ,
des masses et des vitesses n'étant pas les mêmes en
tout temps , toute la théorie Newtoniene ne peut
avoir aucune solidité , puisque l'équilibre venant
à être rompu dans quelque partie de l'Univers ,
par la moindre inégalité d'attraction d'une Planete
ou d'un Satellite dans les absides , l'équilibre
seroit rompu en même - temps par tout , et
l'Univers aussi - tôt détruit , tous les Globes tombant
les uns sur les autres ; le Soleil même
suivant Newton , s'écarteroit de son centre à
quelque distance et précipiteroit encore la chute
des Planetes dans leurs conjonctions , la force de
la gravitation étant telle dans ce Systême , que
lorsqu'une Planete s'approche du Soleil , elle oblige
le Soleil de s'avancer un peu vers elle , s'il n'est
retenu par une attraction contraire. Ainsi tout le
Systême , au lieu d'avoir un rapport précis avec
les Phénomenes ( qui est le seul moyen de le faire
valoir ) est perpétuellement en contradiction avec
les faits établis par l'Astronomie .
Newton dit qu'il ne fait point d'hypothese ;
cependant tirer mille conséquences du même
principe d'une attraction generale et mutuelle ,
établir que les forces de cette attraction sont en
raison directe des masses , et en raison inverse des
quarrez des distances ; que suivant cette proposition
constante , le Soleil attire les Planetes , et
Je Vol.
дис
11 MERCURE DE FRANCE
ter , que s'il étoit dans le Ciel de Jupiter , maïs
sans être entré dans son tourbillon , il tomberoit
sur le Soleil , à moins qu'il ne vint à rencontrer
pendant sa chute le tourbillon particulier de
quelque Planete. Ainsi il y a lieu de faire sur ce
bouler des conjectures fort differentes de celles
de Newton , qui d'ailleurs ne pourroit tirer de
cette comparaison aucun avantage , puisqu'en
supposant le mouvement elliptique du boulet autour
de la Terre , ce seroit toujours une explication
plus physique de l'attribuer à l'impulsion
du fluide , qu'à une attraction centrale .
Newton finit ( p . 484. ) par reconnoître
qu'une matiere imperceptible penetre tous les
corps , et qu'elle est le principe de leurs attractiens
à de moyennes distances ; comme si la
nécessité d'un mouvement d'impulsion n'étoit
pas encore plus indispensable à l'égard des disrances
éloignées . Le Systême Newtonien ne
seroit soutenable , qu'en supposant les Planetes
sans absides et tous les corps celestes , sans
aucune variation de distance ; ce qui est bien
éloigné de la théorie des Cieux ; et ce Systême ne
nous apprendroit toujours rien , puisqu'il roule
sur un principe inconnu à l'Auteur , de son
aveu, et qui n'a mené jusqu'ici à aucune découverte.
L'Optique de Newton , qui est restée imparfaite,
n'a pas procuré plus d'utilité . Cette invention
si vantée des couleurs élementaires peut paroître
un peu suspecte , plusieurs personnes ayant
tenté inutilement cette experience ; Mariotte, dont
la sagacité en ce genre étoit connue, n'a pû réüssir
à la trouver , et M. Rizzetti a conclu des experiences
qu'il a faites , que tous les rayons sont
également refrangibles .
A l'égard de la Géometrie de l'infini, Newton
I. Vol.
se
JUIN. 1734. 1117
se sert de la Méthode qu'il appelle p. 32. ) des
points naissants et évanouissants , Méthode qui
renferme les mêmes contradictions que celle des
infiniment petits , Il n'est pas besoin de se jetter
dans des discussions métaphysiques , pour con
noître avec la plus entiere certitude , que la divisibilité
à l'infini ne peut s'allier avec les indi-
I visibles. Examinons quelles sont les veritables
défectuositez du Systême Cartésien , et s'il est
possible d'y remedier.
La fin dans le second volume de Juin.
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Résumé : TROISIÈME PARTIE de la comparaison des Philosophies de Descartes et de Newton. Par M. de S. Aubin.
Le texte compare les philosophies de Descartes et de Newton, en se concentrant sur la notion d'attraction. Les Newtoniens considèrent l'attraction comme une qualité primitive de la matière, similaire à la mobilité. En revanche, les Cartésiens la voient comme une qualité composée et contraire à l'expérience, car elle n'est pas observable dans certaines conditions expérimentales, comme l'attraction entre deux cubes d'acier suspendus. Ils préfèrent expliquer l'union des particules d'un corps par la cohésion et la juxtaposition. Les Cartésiens critiquent également l'idée d'une attraction opérant à travers le vide, la comparant à une pierre tournant dans une fronde sans lien physique. Ils rejettent l'action immédiate d'un corps sur un autre à distance, la trouvant contradictoire. Newton, quant à lui, place le centre de l'Univers dans un espace vide et attribue au Soleil des mouvements complexes. Les Cartésiens réfutent les objections de Newton contre les tourbillons, affirmant que les lois du mouvement résolvent les concurrences entre forces opposées. Le texte examine ensuite les effets de l'attraction universelle. Newton suppose un mouvement initial imprimé par le Créateur et une attraction réciproque entre le Soleil et les planètes. Les Cartésiens critiquent ses calculs, estimant qu'il aurait pu simplement postuler des mouvements elliptiques initiaux. Ils contestent également la validité des expériences de Newton sur la chute des corps, arguant que les différences de milieu invalident les comparaisons. Ils soulignent les variations des distances des planètes, qui devraient entraîner des déséquilibres selon les lois newtoniennes. Le texte critique le système newtonien et ses implications sur le mouvement des planètes, notamment Saturne et Jupiter. Lors des grandes conjonctions planétaires, Jupiter attire fortement Saturne, le forçant à sortir de son orbite. Le système newtonien ne fournit aucun moyen pour que Saturne y retourne, ce qui pourrait entraîner des désordres. Il affirme que le système newtonien est défectueux et nécessite un troisième principe de vitesse pour concilier les forces en jeu. Les rapports réciproques des distances, des masses et des vitesses ne sont pas constants, ce qui pourrait rompre l'équilibre de l'univers et entraîner la destruction des planètes. Newton reconnaît l'existence d'une matière imperceptible pénétrant tous les corps, mais cela ne suffit pas à expliquer les mouvements à grandes distances. Le texte conclut que le système newtonien n'est pas soutenable et critique également l'optique de Newton, notamment sa théorie des couleurs élémentaires, ainsi que sa méthode en géométrie de l'infini, qui contient des contradictions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 1308-1318
DERNIÈRE PARTIE de la comparaison des Philosophies de Descartes et de Newton.
Début :
Je ne puis justifier deux excès (Cartes. Princip. part. 4.) de la Philosophie de Descartes ; [...]
Mots clefs :
Descartes, Philosophie, Newton, Mouvement, Matière, Corps, Force, Fluide, Centre, Soleil, Planètes, Tourbillon, Chute des corps, Système
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DERNIÈRE PARTIE de la comparaison des Philosophies de Descartes et de Newton.
DERNIERE PARTIE de la
comparaison des Philosophies de Descartes
J
et de Newton .
E ne puis justifier deux excès ( Cartes . Prin
cip. part. 4. ) de la Philosophie de Descartes &
le premier , d'avoir poussé trop loin les effet de
ses corpuscules ; comme d'émouvoir l'imagination
de ceux qui dorment , ou même qui sont
éveillez , en excitant des pensées qui avertissent
des évenemens les pius éloignez , en faisant ressentir
les grandes afflictions, ou les joyes fort vives
d'un intime ami , les mauvais desseins d'un
ennemi , et autres choses semblables . Le second
d'avoir attribué à ses principes une certitude ,
non- seulement morale, comme celle de l'existence
d'une Ville de Rome mais une certitude métaphysique,
fondée sur ce que les notions claires et distinctes
ne peuvent nous tromper . Il est vrai que
j'ai des notions claires et distinctes du systême de
Descartes , mais comme d'une hypothese ingénieuse
et brillante , et non comme d'une réalité .
Descartes a mal raisonné ( Princip. part. 2. )
pour prouver l'infinité du Monde. En quelque
endroit, dit- il , que nous puissions supposer les li
mites de l'Univers , nous imaginons encore au-delà
II. Val des
JUIN. 174. 1309
des espaces , et par conséquent de la matiere , puis
que l'idée de l'étendue ou de l'espace renferme né
cessairement l'idée de la matiere . La réponse est
qu'au - delà des bornes du Monde materiel , il n'y
a ni espace , ni étenduë , ni matiere. A la verité,
nous ne pouvons pas connoître où sont placées
ces bornes de l'Univers , mais nous concevons
très-clairement que l'Univers ne peut être sans
limites ;et comme il est extensible de plus en plus
à l'infini , il ne peut être étendu actuellement à
l'infiai.
Cette regle de mouvement posée par Descartes
Princip. part. 2. ) qu'un corps perd autant de son
mouvement , qu'il en communique , me paroît
insoutenable. Le P. Daniel l'a réfutée ( Voyag. du
Monde de Descart. ) par l'exemple suivant. Une
balle de Mousquet perd peu de mouvement et en
communique beaucoup à l'aîle d'un mouliner
qu'elle frappe , si les autres aîles sont égales , et
Pessieu poli et bien proportionné , au lieu qu'elle
en communique peu et en perd beaucoup , si les
aîles du moulinet sont inégales et l'essieu rouillé
ou trop gros. Il me semble très - vrai semblable
et très-conforme aux experiences , d'établir pour
principe que le mouvement se communiqué suivant
la disposition des corps à se mouvoir à peu
près comme le feu , lequel étant très- foible, cause
de grands embrasemens dans une matiere fort
combustible , au lieu qu'un feu très - ardent ne
fait qu'une médiocre impression sur les matieres .
qui n'ont que très-peu de disposition à s'enflammer
et cette analogie du mouvement et du feu
est d'autant plus naturelle , que le feu consiste
dans le mouvement.
Je ne donne pas une grande confiance à cet autre
axiôme de Descartes ( Princip . part. 2. ) qu'il
II. Vol C iij
1310 MERCURE DE FRANCE
a dans le monde une quantité de mouvement
toujours égale . A la verité , il n'est pas impossi
ble que cela soit ainsi , mais la preuve quil en
apporte , n'a aucune force. Nous ne devons pas ,
dit - il , supposer de changement dans les Ouvrages
de Dieu , de peur de lui attribuer de l'inconstance.
Comme si la diversité admirable qui regne dans
la Nature , qui consiste , selon toutes les apparences
, dans l'augmentation ou dans la diminution
du mouvement , n'étoit pas l'effet d'une provi
dence toujours constante et uniforme , qui a vou
Ju orner la nature par cette varieté. La même
raison nous engageroit à dire qu'il y a toujours
dans le monde une égale quantité de rondeur ,
de couleur et de toutes les autres sortes de formes
et d'accidents ; ce qui n'a aucune vraisemblance.
L'analogie remarquée cy- dessus entre le
mouvement et le feu , est fort contraire à cer
axiome de Descartes ; car il n'est pas probable
que le feu doive diminuer dans une partie de la
matiere , pour augmenter dans une autre.
C'est encore une défectuosité dans le Systême
Cartésien , de supposer ( Princip . part 3. et 4. )
que la Terre , les autres Planetes , et même leurs
Satellites ont été dans leur origine , autant de
Soleils ou d'Etoiles ; mais que le mouvement s'étant
rallenti dans la matiere qui composoit ces
Globes , ils sont devenus opaques , de lumineux
qu'ils étoient ; que leur activité et leurs for,
ces ont été détruites , qu'ils se sont éteints et en
croutez , pour ainsi dire ; et que ne pouvant plus
défendre leurs tourbillons contre la pression des
tourbillons voisins , ils ont été assujettis à suivre
le mouvement de celui où ils sont entrez. Il est
plus digne de la magnificence de l'ouvrage , de
penser qu'il a été conservé tel , qu'il a été pro-
II. Vol. duit
JUIN. 1734: 1311
duit au commencement, qu'il s'est fait differents
amas de matiere compacte , et que ses particules
s'étant liées ensemble les Planetes en ont
été formées dans les régions où elles se sont
mises en équilibre avec les fluides de la matiere
étherée ; que ces Globes ont toujours été opaques
et propres seulement à refléchir la lumière,
parce que leur matiere a admis dans ses interstices
la matiere globuleuse du second élément ,
conjointement avec la matiere subtile du premier,
et que le mouvement rapide de l'une a été calmé
par l'autre , ce qui a empêché dès le commencement
que ces Globes n'ayent été enflammez er
lumineux par eux- mêmes , comme le Soleil.
Descartes , en suivant le même principe qui
lui a fait placer au centre la matiere subtile pour
en composer le Soleil ; ou plutôt en continuant
de s'écarter des principes de son mécanisme general
et des loix du mouvement , par lesquelles
il explique la pesanteur , dit que la matiere celeste
( Princip. part. 3. ) est plus déliée , à mesure
qu'elle approche du Soleil ou du centre , et que
les. Planetes les plus denses et les plus solides en
doivent être les plus éloignées . Il n'y a qu'à
prendre la contre- partie du Systême de Descartes
en ce point, pour lui rendre la régularité , la
justese et l'uniformité.
Il faut se représenter le Soleil comme le plus
vaste de tous les Globes , placé au centre du
tourbillon et composé de la matiere la plus compacte,
penetrée de la matiere subtile , qui remplissant
tous ses interstices , y domine avec assez
de force pour communiquer la rapidité de son
mouvement à toute la masse du Soleil . Ce qui
produit le feu le plus ardent , par la force de
masse jointe à la force de vitesse. Ce feu est en
› II. Vol. Ciiij même131
MERCURE DE FRANCE
même-temps le seul capable de porter le mou→
vement et la fécondité dans tout son tourbillon ,
et la lumiere beaucoup au delà , ainsi qu'il est nécessaire
pour qu'il puisse être apperçu des autres
tourbillons , sous la forme d'une Etoile.
De même que le fer rouge ou le charbon al→
lumé ne s'élancent pas dans l'air par un mouve
ment semblable à celui de la flamme , parce que
Pair qui les environne , conserve la force de sa
pression à l'égard de leurs parties , qui s'y prê–
tent d'autant plus , qu'elles ont plus de masse ou
de solidité , aussi la masse du Globe Solaire est
contenue dans ses limites par la répercussion de
son atmosphere qui le presse de toute part. Ce.
Globe suspendu dans un parfait équilibre , trèsdisposé
à tourner par le mouvement intrinséque
du troisiéme et du premier élement qui le composent
, est encore puissamment déterminé à
une révolution sur son axe , par la répercussion
qu'il éprouve dans toute sa superficie de la part
de son atmosphere, en même- temps qu'il chasse
de tous côtez la matiere globuleuse , et que ses
rayons sont transmis par elle. C'est cette activité
centrale qui fait tourner toutes les Planetes dans
des temps differens en suivant la route de l'écliptique
, du même sens et vers le même côté
que le Soleil tourne sur son axe . Chaque Planete
doit, suivant ce méchanisme , non - seulement décrire
autour du Soleil les orbites dont je viens de
parler , mais encore avoir une révolution sur son
axe , causée par le mouvement intrinseque des
trois élemens qui la composent , et par le mouvement
exterieur du fluide ou de l'atmosphere
qui l'emporte autour du centre commun.
Les taches du Soleil , par leurs divers aspects,
me laissent aucun doute qu'il ne tourne sur son
11. Vol.
axo.
JUIN. 1734 1313
axe. C'est donc ce premier mobile , qui par sa
révolution imprime à tout son tourbillon un
mouvement du même côté ; sçavoir , du Couchant
par le Midy vers l'Orient. Les taches que
les Astronomes observent sur les Planetes , font
conjecturer , avec beaucoup de vrai- semblance ,
que leurs superficies plus denses en certains endroits
et plus rares dans d'autres , sont , en consequence
de cette inégalité,differeminent affectées
de l'impulsion des rayons solaires ; ce qui peut
être regardé comine un principe très- physique
des aphélies et périhélies des Planetes , de l'apogée
et du périgée de la Lune , et de sa latitude
des deux côtez de ses nouds.
Le premier éleinent s'insinue par tout , mais il
ne subsiste point seul , et il se convertit en parties
globuleuses du second élement , ou en parties
branchues du troisiéme . Ainsi aucun des trois
élemens ne peut être épuisé , parce que leur conversibilité
mutuelle répare tout ce qui se dissipe.
L'uniformité de la Nature nous fait conjecturer
que ce qui nous est connu dans le tourbillon de
notre Soleil , est semblable par la construction ,
par le mouvement et par les Phénomenes , à ce
qui se passe dans les tourbillons des Etoiles ou
des autres Soleils garnis de leurs Planetes , comme
le nôtre .
Il nous reste à examiner les difficultez qui
concernent la pesanteur. Descartes l'explique par
l'impulsion du fluide ou de la matiere éthérée.
La chute des corps ne peut venir de ce que
Patmosphere terrestre ( M. Privat de Molieres ,
leçon 4. ) circule plus vite que la Terre . Huguens
a crá que cette atmosphere alloit dix sept fois
plus vite que le Globe , Si cet excès de vêtesse du
fluide circulaire étoit la cause de la pesanteur ,
la chute des corps seroit horizontale , au lieu
II. Vol. Cv d'être
1314 MERCURE DE FRANCE
d'être perpendiculaire. Dailleurs il est très- cer
tain qu'un mobile entraîné par le courant d'un
fluide , doit , à la longue , aller à peu près aussi
vite que le courant qui l'entraîne.
L'explication Cartesienne de la pesanteur a été
attaquée par cette objection très- forte , que les
cercles décrits par le fluide circulaire diminuant
toujours depuis l'équateur jusqu'aux poles , la
force centrifuge , rapportée au mouvement
circulaire du tourbillon , auroit des centres
differens dans les cercles inégaux , et que les
corps y seroient repoussez , non pas perpendicu
lairement au centre de la Terre , mais à des parties
de son axe plus ou moins éloignées du centre
; ce qui est contraire à l'experience , la chute
des corps se faisant toujours dans la ligne du
Zénit , à moins qu'il ne survienne quelque cause
étrangere. Descartes, qui a prévû cette objection ,
a répondu ( Princip. part. 4. ) que quoique le
fluide qui participe aux mouvemens journalier
et annuel de la Terre , ait en general un mouvement
circulaire , on doit neanmoins concevoir
que toutes les parties de ce fluide se balancent et
sont opposées l'une à l'autre , en telle sorte que
leur action s'étend vers tous les côtez et que la
résistance qu'elle éprouve de la part du Globe ,
donne parmi ces mouvemens en tous sens , une
principale direction aux parties du fluide , suivant
des lignes droites tirées du centre . Cette solution
de Descartes n'est pas claire , il ne dit
point de quelle maniere cette résistance de la
part du Globe peut faire tomber les corps massifs
perpendiculairement au centre. Voicy une bypothese
qui me paroît lever la difficulté.
Suivant les loix du mouvement , la matiere
globuleuse et la matiere subtile , qui ont beaucoup
plus de force centrifuge que le troisiéme
II. Vole élement
JUIN. 1734. -1315
Element , s'élancent en tout sens par des lignes
droites ; et au milieu du fluide , dont la révolu
tion en general est circulaire , une grande quantité
de matiere globuleuse et subtile , conserve
toujours un mouvement direct , autant que les
interstices du troisiéme élement peuvent le permettre;
car l'impenetrabilité est une propriété
de la matiere dans tous les Systêmes. La matiere
subtile traverse même les tourbillons par un
mouvement en ligne directe , avec encore plus de
facilité ( Act. erud. Lips. May 1690. P. 232. ) que
la matiere globaleuse qui passe necessairement
d'un tourbillon dans un autre, pour que les Etoiles
ou les Soleils des autres tourbillons puissent
être apperçus de celui où nous sommes . Ce sont
ces mouvemens en ligne droite des matieres globuleuse
et subtile , qui obligent les corps solides
de tomber à plomb et perpendiculairement au
centre de la Terre . Car ces élemens , qui ont
beaucoup plus de mobilité , venant à se traver .
ser et étant opposez en tout sens , ils obligent les
corps solides qu'ils rencontrent de se précipiter
par le côté le plus foible , qui est toujours perpendiculaire
au Clobe , parce que c'est le côté
par où il arrive une beaucoup moindre quantité
de ces matieres globuleuse et subtile . C'est ainsi
que tout l'effort de la poudre à canon se fait par
l'endroit qu'elle trouve le plus foible . Si les trois
élemens qui composent la matiere ethérée ont
differens mouvemens dans cette hypothese , cette
diversité procede des loix même du mouvement.
La pesanteur (M. Privat de Molieres, leçon 4. )
ne consiste qu'en ce que les corps pesants ont
un plus grand nombre de leurs parties en repos,
Le centre n'est point par lui - même une cause
physique . Le nom de force centrifuge ne laisse
pas d'être fort convenable à une plus grande mo-
II. Vol. C vi bilité
1316 MERCURE DE FRANCE
bilité ; car quoiqu'elle soit indépendante du cen
tre , la matiere la plus mobile repousse vers lui
les corps solides.
Bien loin que la force accélératrice doive être
moindre en raison inverse des quarrez des dis
tances , elle doit être plus grande dans les couches
voisines de la circonference , parce que ces
couches sont bien plus rarefiées et qu'une maticre
qui a beaucoup plus de mobilité , y abonde
davantage , tandis que les couches inferieures ou
voisines du centre sont beaucoup plus denses.
Suivant ces principes , l'atmosphere voisine du
Soleil doit etre ( Hartsoëk . rec . de piéc Physiq.
p. 37. ) un fluide plus épais que le vif argent , et
les autres couches du tourbillon à proportion.
Ainsi un corps doit se précipiter avec moins de
vîtesse dans les couches inferieures près du centre
, de même que les experiences journalieres
nous apprennent qu'il se précipite avec beaucoup
moins de vitesse dans l'air grossier que dans le
vuide pneumatique ; beaucoup moins vite dans
l'eau que dans un air grossier ; et si l'on suppose
des fluides extremement épais , comme le vif
argent ou l'or fondu , un corps a besoin d'une
très- grande force pour les traverser.
Quoiqu'un fluide plus dense diminue beaucoup
la force accelerative dans la chute des corps , les
Globes des Planetes doivent y circuler plus vîte ,
comme il arrive dans le périhélie , parce que plus
le fluide est épais , plus son mouvement circulaire
a de force, et que d'ailleurs les Globes des
Planetes , dans leurs périhélies , reçoivent une
impression plus active des rayons du Soleil .
On ne peut rien déterminer sur les forces acceleratives
, soit à cause de cette extrême cifference
des fluides, soit parce qu'il est très - incertain
( Elem. de la Géoné . de l'.nfin. part. 2. §. 8. ) si
II. Vol. ja
JUIN. 1734 1317
la force motrice ne s'applique au corps qui doit
être mû, qu'autant de temps précisement qu'il
en faut pour le choc , ou si cette force s'applique
continuellement au corps , le poursuit dans son
mouvement et renouvelle à chaque instant son
impression sur iui. Il paroît que dans le premier
instant , où la force motrice trouve le corps en
repos eului donne un coup , elle doit lui imprimer
une plus grande vitesse que dans le second
instant , où elle le trouve fuyant devant elle et se
dérobant à son action , C'est neanmoins sur les
principes d'une résistance toujours semblable du
Auide , et d'une acceleration du mouvement uniforme
et toujours proportionnée au temps , qu'est
appuyée la celebre démonstration de Galilée, que
les espaces parcourus sont comme les quarrez des
temps et que la chute des corps graves suit la progression
des nombres impairs , 1. 3. 5.7. 9. &c.
Comine on ne peut sçavoir rien de positif ni de la
qualité des fluides éloignez , ni de la maniere dons
la force motrice continue d'agir sur le corps dont
la chute est commencée , la prétendue démoustration
ne peut avoir de solidité .
J'avoue que plusieurs de ces hypothèses s'accordent
peu avec celles qui ont eu cours jusqu'icy
dans les differens Systêmes . Mais elles
sont vrai - semblables et satisfont à toutes les difficultez
par lesquelles on s'est efforcé de détruire
le Systême de Descartes , qui donne seul des causes
vraiment physiques de tous les Phénomenes ;
qui a l'avantage de présenter l'idée la plus magnifique
de la construction de l'univers , et dont
on peut dire , ce me semble , que non - seulement
il mérite la préférence sur toutes les autres Philosophies
, mais qu'aucune n'est à portée de la
lui disputer. Il y auroit plusieurs réfléxions à
II. Vol. faire
1318 MERCURE DE FRANCE
faire sur les autres parties de la Philosophie de
Descartes , sur sa Métaphysique , sur sa Morale
&c. Mais nous ne nous sommes proposez que
d'examiner son Systême de Physique , et dans la
vûë seulement de le comparer avec la Philosophie
Newtonienne ; car Descartes a encore cer
avantage sur Newton , d'avoir embrassé une Philosophie
generale , au lieu que Newton a borné
la sienne à une explication du Systême du Monde
par l'attraction , et à une Optique qui est res
tée imparfaite.
comparaison des Philosophies de Descartes
J
et de Newton .
E ne puis justifier deux excès ( Cartes . Prin
cip. part. 4. ) de la Philosophie de Descartes &
le premier , d'avoir poussé trop loin les effet de
ses corpuscules ; comme d'émouvoir l'imagination
de ceux qui dorment , ou même qui sont
éveillez , en excitant des pensées qui avertissent
des évenemens les pius éloignez , en faisant ressentir
les grandes afflictions, ou les joyes fort vives
d'un intime ami , les mauvais desseins d'un
ennemi , et autres choses semblables . Le second
d'avoir attribué à ses principes une certitude ,
non- seulement morale, comme celle de l'existence
d'une Ville de Rome mais une certitude métaphysique,
fondée sur ce que les notions claires et distinctes
ne peuvent nous tromper . Il est vrai que
j'ai des notions claires et distinctes du systême de
Descartes , mais comme d'une hypothese ingénieuse
et brillante , et non comme d'une réalité .
Descartes a mal raisonné ( Princip. part. 2. )
pour prouver l'infinité du Monde. En quelque
endroit, dit- il , que nous puissions supposer les li
mites de l'Univers , nous imaginons encore au-delà
II. Val des
JUIN. 174. 1309
des espaces , et par conséquent de la matiere , puis
que l'idée de l'étendue ou de l'espace renferme né
cessairement l'idée de la matiere . La réponse est
qu'au - delà des bornes du Monde materiel , il n'y
a ni espace , ni étenduë , ni matiere. A la verité,
nous ne pouvons pas connoître où sont placées
ces bornes de l'Univers , mais nous concevons
très-clairement que l'Univers ne peut être sans
limites ;et comme il est extensible de plus en plus
à l'infini , il ne peut être étendu actuellement à
l'infiai.
Cette regle de mouvement posée par Descartes
Princip. part. 2. ) qu'un corps perd autant de son
mouvement , qu'il en communique , me paroît
insoutenable. Le P. Daniel l'a réfutée ( Voyag. du
Monde de Descart. ) par l'exemple suivant. Une
balle de Mousquet perd peu de mouvement et en
communique beaucoup à l'aîle d'un mouliner
qu'elle frappe , si les autres aîles sont égales , et
Pessieu poli et bien proportionné , au lieu qu'elle
en communique peu et en perd beaucoup , si les
aîles du moulinet sont inégales et l'essieu rouillé
ou trop gros. Il me semble très - vrai semblable
et très-conforme aux experiences , d'établir pour
principe que le mouvement se communiqué suivant
la disposition des corps à se mouvoir à peu
près comme le feu , lequel étant très- foible, cause
de grands embrasemens dans une matiere fort
combustible , au lieu qu'un feu très - ardent ne
fait qu'une médiocre impression sur les matieres .
qui n'ont que très-peu de disposition à s'enflammer
et cette analogie du mouvement et du feu
est d'autant plus naturelle , que le feu consiste
dans le mouvement.
Je ne donne pas une grande confiance à cet autre
axiôme de Descartes ( Princip . part. 2. ) qu'il
II. Vol C iij
1310 MERCURE DE FRANCE
a dans le monde une quantité de mouvement
toujours égale . A la verité , il n'est pas impossi
ble que cela soit ainsi , mais la preuve quil en
apporte , n'a aucune force. Nous ne devons pas ,
dit - il , supposer de changement dans les Ouvrages
de Dieu , de peur de lui attribuer de l'inconstance.
Comme si la diversité admirable qui regne dans
la Nature , qui consiste , selon toutes les apparences
, dans l'augmentation ou dans la diminution
du mouvement , n'étoit pas l'effet d'une provi
dence toujours constante et uniforme , qui a vou
Ju orner la nature par cette varieté. La même
raison nous engageroit à dire qu'il y a toujours
dans le monde une égale quantité de rondeur ,
de couleur et de toutes les autres sortes de formes
et d'accidents ; ce qui n'a aucune vraisemblance.
L'analogie remarquée cy- dessus entre le
mouvement et le feu , est fort contraire à cer
axiome de Descartes ; car il n'est pas probable
que le feu doive diminuer dans une partie de la
matiere , pour augmenter dans une autre.
C'est encore une défectuosité dans le Systême
Cartésien , de supposer ( Princip . part 3. et 4. )
que la Terre , les autres Planetes , et même leurs
Satellites ont été dans leur origine , autant de
Soleils ou d'Etoiles ; mais que le mouvement s'étant
rallenti dans la matiere qui composoit ces
Globes , ils sont devenus opaques , de lumineux
qu'ils étoient ; que leur activité et leurs for,
ces ont été détruites , qu'ils se sont éteints et en
croutez , pour ainsi dire ; et que ne pouvant plus
défendre leurs tourbillons contre la pression des
tourbillons voisins , ils ont été assujettis à suivre
le mouvement de celui où ils sont entrez. Il est
plus digne de la magnificence de l'ouvrage , de
penser qu'il a été conservé tel , qu'il a été pro-
II. Vol. duit
JUIN. 1734: 1311
duit au commencement, qu'il s'est fait differents
amas de matiere compacte , et que ses particules
s'étant liées ensemble les Planetes en ont
été formées dans les régions où elles se sont
mises en équilibre avec les fluides de la matiere
étherée ; que ces Globes ont toujours été opaques
et propres seulement à refléchir la lumière,
parce que leur matiere a admis dans ses interstices
la matiere globuleuse du second élément ,
conjointement avec la matiere subtile du premier,
et que le mouvement rapide de l'une a été calmé
par l'autre , ce qui a empêché dès le commencement
que ces Globes n'ayent été enflammez er
lumineux par eux- mêmes , comme le Soleil.
Descartes , en suivant le même principe qui
lui a fait placer au centre la matiere subtile pour
en composer le Soleil ; ou plutôt en continuant
de s'écarter des principes de son mécanisme general
et des loix du mouvement , par lesquelles
il explique la pesanteur , dit que la matiere celeste
( Princip. part. 3. ) est plus déliée , à mesure
qu'elle approche du Soleil ou du centre , et que
les. Planetes les plus denses et les plus solides en
doivent être les plus éloignées . Il n'y a qu'à
prendre la contre- partie du Systême de Descartes
en ce point, pour lui rendre la régularité , la
justese et l'uniformité.
Il faut se représenter le Soleil comme le plus
vaste de tous les Globes , placé au centre du
tourbillon et composé de la matiere la plus compacte,
penetrée de la matiere subtile , qui remplissant
tous ses interstices , y domine avec assez
de force pour communiquer la rapidité de son
mouvement à toute la masse du Soleil . Ce qui
produit le feu le plus ardent , par la force de
masse jointe à la force de vitesse. Ce feu est en
› II. Vol. Ciiij même131
MERCURE DE FRANCE
même-temps le seul capable de porter le mou→
vement et la fécondité dans tout son tourbillon ,
et la lumiere beaucoup au delà , ainsi qu'il est nécessaire
pour qu'il puisse être apperçu des autres
tourbillons , sous la forme d'une Etoile.
De même que le fer rouge ou le charbon al→
lumé ne s'élancent pas dans l'air par un mouve
ment semblable à celui de la flamme , parce que
Pair qui les environne , conserve la force de sa
pression à l'égard de leurs parties , qui s'y prê–
tent d'autant plus , qu'elles ont plus de masse ou
de solidité , aussi la masse du Globe Solaire est
contenue dans ses limites par la répercussion de
son atmosphere qui le presse de toute part. Ce.
Globe suspendu dans un parfait équilibre , trèsdisposé
à tourner par le mouvement intrinséque
du troisiéme et du premier élement qui le composent
, est encore puissamment déterminé à
une révolution sur son axe , par la répercussion
qu'il éprouve dans toute sa superficie de la part
de son atmosphere, en même- temps qu'il chasse
de tous côtez la matiere globuleuse , et que ses
rayons sont transmis par elle. C'est cette activité
centrale qui fait tourner toutes les Planetes dans
des temps differens en suivant la route de l'écliptique
, du même sens et vers le même côté
que le Soleil tourne sur son axe . Chaque Planete
doit, suivant ce méchanisme , non - seulement décrire
autour du Soleil les orbites dont je viens de
parler , mais encore avoir une révolution sur son
axe , causée par le mouvement intrinseque des
trois élemens qui la composent , et par le mouvement
exterieur du fluide ou de l'atmosphere
qui l'emporte autour du centre commun.
Les taches du Soleil , par leurs divers aspects,
me laissent aucun doute qu'il ne tourne sur son
11. Vol.
axo.
JUIN. 1734 1313
axe. C'est donc ce premier mobile , qui par sa
révolution imprime à tout son tourbillon un
mouvement du même côté ; sçavoir , du Couchant
par le Midy vers l'Orient. Les taches que
les Astronomes observent sur les Planetes , font
conjecturer , avec beaucoup de vrai- semblance ,
que leurs superficies plus denses en certains endroits
et plus rares dans d'autres , sont , en consequence
de cette inégalité,differeminent affectées
de l'impulsion des rayons solaires ; ce qui peut
être regardé comine un principe très- physique
des aphélies et périhélies des Planetes , de l'apogée
et du périgée de la Lune , et de sa latitude
des deux côtez de ses nouds.
Le premier éleinent s'insinue par tout , mais il
ne subsiste point seul , et il se convertit en parties
globuleuses du second élement , ou en parties
branchues du troisiéme . Ainsi aucun des trois
élemens ne peut être épuisé , parce que leur conversibilité
mutuelle répare tout ce qui se dissipe.
L'uniformité de la Nature nous fait conjecturer
que ce qui nous est connu dans le tourbillon de
notre Soleil , est semblable par la construction ,
par le mouvement et par les Phénomenes , à ce
qui se passe dans les tourbillons des Etoiles ou
des autres Soleils garnis de leurs Planetes , comme
le nôtre .
Il nous reste à examiner les difficultez qui
concernent la pesanteur. Descartes l'explique par
l'impulsion du fluide ou de la matiere éthérée.
La chute des corps ne peut venir de ce que
Patmosphere terrestre ( M. Privat de Molieres ,
leçon 4. ) circule plus vite que la Terre . Huguens
a crá que cette atmosphere alloit dix sept fois
plus vite que le Globe , Si cet excès de vêtesse du
fluide circulaire étoit la cause de la pesanteur ,
la chute des corps seroit horizontale , au lieu
II. Vol. Cv d'être
1314 MERCURE DE FRANCE
d'être perpendiculaire. Dailleurs il est très- cer
tain qu'un mobile entraîné par le courant d'un
fluide , doit , à la longue , aller à peu près aussi
vite que le courant qui l'entraîne.
L'explication Cartesienne de la pesanteur a été
attaquée par cette objection très- forte , que les
cercles décrits par le fluide circulaire diminuant
toujours depuis l'équateur jusqu'aux poles , la
force centrifuge , rapportée au mouvement
circulaire du tourbillon , auroit des centres
differens dans les cercles inégaux , et que les
corps y seroient repoussez , non pas perpendicu
lairement au centre de la Terre , mais à des parties
de son axe plus ou moins éloignées du centre
; ce qui est contraire à l'experience , la chute
des corps se faisant toujours dans la ligne du
Zénit , à moins qu'il ne survienne quelque cause
étrangere. Descartes, qui a prévû cette objection ,
a répondu ( Princip. part. 4. ) que quoique le
fluide qui participe aux mouvemens journalier
et annuel de la Terre , ait en general un mouvement
circulaire , on doit neanmoins concevoir
que toutes les parties de ce fluide se balancent et
sont opposées l'une à l'autre , en telle sorte que
leur action s'étend vers tous les côtez et que la
résistance qu'elle éprouve de la part du Globe ,
donne parmi ces mouvemens en tous sens , une
principale direction aux parties du fluide , suivant
des lignes droites tirées du centre . Cette solution
de Descartes n'est pas claire , il ne dit
point de quelle maniere cette résistance de la
part du Globe peut faire tomber les corps massifs
perpendiculairement au centre. Voicy une bypothese
qui me paroît lever la difficulté.
Suivant les loix du mouvement , la matiere
globuleuse et la matiere subtile , qui ont beaucoup
plus de force centrifuge que le troisiéme
II. Vole élement
JUIN. 1734. -1315
Element , s'élancent en tout sens par des lignes
droites ; et au milieu du fluide , dont la révolu
tion en general est circulaire , une grande quantité
de matiere globuleuse et subtile , conserve
toujours un mouvement direct , autant que les
interstices du troisiéme élement peuvent le permettre;
car l'impenetrabilité est une propriété
de la matiere dans tous les Systêmes. La matiere
subtile traverse même les tourbillons par un
mouvement en ligne directe , avec encore plus de
facilité ( Act. erud. Lips. May 1690. P. 232. ) que
la matiere globaleuse qui passe necessairement
d'un tourbillon dans un autre, pour que les Etoiles
ou les Soleils des autres tourbillons puissent
être apperçus de celui où nous sommes . Ce sont
ces mouvemens en ligne droite des matieres globuleuse
et subtile , qui obligent les corps solides
de tomber à plomb et perpendiculairement au
centre de la Terre . Car ces élemens , qui ont
beaucoup plus de mobilité , venant à se traver .
ser et étant opposez en tout sens , ils obligent les
corps solides qu'ils rencontrent de se précipiter
par le côté le plus foible , qui est toujours perpendiculaire
au Clobe , parce que c'est le côté
par où il arrive une beaucoup moindre quantité
de ces matieres globuleuse et subtile . C'est ainsi
que tout l'effort de la poudre à canon se fait par
l'endroit qu'elle trouve le plus foible . Si les trois
élemens qui composent la matiere ethérée ont
differens mouvemens dans cette hypothese , cette
diversité procede des loix même du mouvement.
La pesanteur (M. Privat de Molieres, leçon 4. )
ne consiste qu'en ce que les corps pesants ont
un plus grand nombre de leurs parties en repos,
Le centre n'est point par lui - même une cause
physique . Le nom de force centrifuge ne laisse
pas d'être fort convenable à une plus grande mo-
II. Vol. C vi bilité
1316 MERCURE DE FRANCE
bilité ; car quoiqu'elle soit indépendante du cen
tre , la matiere la plus mobile repousse vers lui
les corps solides.
Bien loin que la force accélératrice doive être
moindre en raison inverse des quarrez des dis
tances , elle doit être plus grande dans les couches
voisines de la circonference , parce que ces
couches sont bien plus rarefiées et qu'une maticre
qui a beaucoup plus de mobilité , y abonde
davantage , tandis que les couches inferieures ou
voisines du centre sont beaucoup plus denses.
Suivant ces principes , l'atmosphere voisine du
Soleil doit etre ( Hartsoëk . rec . de piéc Physiq.
p. 37. ) un fluide plus épais que le vif argent , et
les autres couches du tourbillon à proportion.
Ainsi un corps doit se précipiter avec moins de
vîtesse dans les couches inferieures près du centre
, de même que les experiences journalieres
nous apprennent qu'il se précipite avec beaucoup
moins de vitesse dans l'air grossier que dans le
vuide pneumatique ; beaucoup moins vite dans
l'eau que dans un air grossier ; et si l'on suppose
des fluides extremement épais , comme le vif
argent ou l'or fondu , un corps a besoin d'une
très- grande force pour les traverser.
Quoiqu'un fluide plus dense diminue beaucoup
la force accelerative dans la chute des corps , les
Globes des Planetes doivent y circuler plus vîte ,
comme il arrive dans le périhélie , parce que plus
le fluide est épais , plus son mouvement circulaire
a de force, et que d'ailleurs les Globes des
Planetes , dans leurs périhélies , reçoivent une
impression plus active des rayons du Soleil .
On ne peut rien déterminer sur les forces acceleratives
, soit à cause de cette extrême cifference
des fluides, soit parce qu'il est très - incertain
( Elem. de la Géoné . de l'.nfin. part. 2. §. 8. ) si
II. Vol. ja
JUIN. 1734 1317
la force motrice ne s'applique au corps qui doit
être mû, qu'autant de temps précisement qu'il
en faut pour le choc , ou si cette force s'applique
continuellement au corps , le poursuit dans son
mouvement et renouvelle à chaque instant son
impression sur iui. Il paroît que dans le premier
instant , où la force motrice trouve le corps en
repos eului donne un coup , elle doit lui imprimer
une plus grande vitesse que dans le second
instant , où elle le trouve fuyant devant elle et se
dérobant à son action , C'est neanmoins sur les
principes d'une résistance toujours semblable du
Auide , et d'une acceleration du mouvement uniforme
et toujours proportionnée au temps , qu'est
appuyée la celebre démonstration de Galilée, que
les espaces parcourus sont comme les quarrez des
temps et que la chute des corps graves suit la progression
des nombres impairs , 1. 3. 5.7. 9. &c.
Comine on ne peut sçavoir rien de positif ni de la
qualité des fluides éloignez , ni de la maniere dons
la force motrice continue d'agir sur le corps dont
la chute est commencée , la prétendue démoustration
ne peut avoir de solidité .
J'avoue que plusieurs de ces hypothèses s'accordent
peu avec celles qui ont eu cours jusqu'icy
dans les differens Systêmes . Mais elles
sont vrai - semblables et satisfont à toutes les difficultez
par lesquelles on s'est efforcé de détruire
le Systême de Descartes , qui donne seul des causes
vraiment physiques de tous les Phénomenes ;
qui a l'avantage de présenter l'idée la plus magnifique
de la construction de l'univers , et dont
on peut dire , ce me semble , que non - seulement
il mérite la préférence sur toutes les autres Philosophies
, mais qu'aucune n'est à portée de la
lui disputer. Il y auroit plusieurs réfléxions à
II. Vol. faire
1318 MERCURE DE FRANCE
faire sur les autres parties de la Philosophie de
Descartes , sur sa Métaphysique , sur sa Morale
&c. Mais nous ne nous sommes proposez que
d'examiner son Systême de Physique , et dans la
vûë seulement de le comparer avec la Philosophie
Newtonienne ; car Descartes a encore cer
avantage sur Newton , d'avoir embrassé une Philosophie
generale , au lieu que Newton a borné
la sienne à une explication du Systême du Monde
par l'attraction , et à une Optique qui est res
tée imparfaite.
Fermer
Résumé : DERNIÈRE PARTIE de la comparaison des Philosophies de Descartes et de Newton.
Le texte compare les philosophies de Descartes et de Newton, en soulignant plusieurs critiques des théories de Descartes. L'auteur reproche à Descartes d'avoir exagéré les effets de ses corpuscules, comme l'influence sur l'imagination des rêves ou la perception des émotions à distance. Il critique également Descartes pour avoir attribué une certitude métaphysique à ses principes, basés sur les notions claires et distinctes, que l'auteur considère plutôt comme une hypothèse ingénieuse. L'auteur conteste la preuve de Descartes sur l'infini de l'univers, arguant que l'idée d'étendue implique nécessairement celle de matière, mais que l'univers ne peut être étendu à l'infini. Il réfute aussi la règle de Descartes selon laquelle un corps perd autant de mouvement qu'il en communique, en utilisant l'exemple d'une balle de mousquet frappant une aile de moulin. L'auteur remet en question l'axiome de Descartes selon lequel la quantité de mouvement dans le monde est toujours égale, trouvant cette idée peu probable et contraire à l'observation de la diversité naturelle. Il critique également la théorie cartésienne sur l'origine des planètes, qui seraient des soleils éteints, préférant une vision où les planètes ont toujours été opaques et réfléchissantes. Le texte propose une alternative au système cartésien, décrivant le Soleil comme un globe compact et lumineux au centre du tourbillon, capable de communiquer son mouvement à tout le système. Il explique la rotation des planètes et les taches solaires, ainsi que la conversion mutuelle des trois éléments (subtile, globuleuse et branchue) qui empêchent leur épuisement. Enfin, l'auteur examine la théorie cartésienne de la pesanteur, la trouvant insuffisante pour expliquer la chute perpendiculaire des corps. Il propose une hypothèse où la matière subtile et globuleuse, ayant plus de force centrifuge, traverse le fluide en ligne droite, obligeant les corps solides à tomber perpendiculairement au centre de la Terre. Le texte traite également de divers aspects de la physique, notamment la nature de la poudre à canon, la pesanteur et les mouvements des corps dans différents fluides. La poudre à canon agit sur le point le plus faible d'un obstacle. La pesanteur est expliquée par le repos des parties des corps pesants. Le centre n'est pas une cause physique en soi, mais la matière mobile repousse les corps solides vers lui. La force accélératrice est plus grande dans les couches rarefiées et mobiles, comme celles proches de la circonférence d'un tourbillon. L'atmosphère solaire est décrite comme un fluide dense, et les corps se déplacent plus lentement dans des fluides épais. Les planètes circulent plus vite dans les fluides denses, comme lors du périhélie, en raison de l'influence des rayons solaires. Le texte critique la démonstration de Galilée sur la chute des corps, estimant qu'elle repose sur des hypothèses incertaines concernant la résistance des fluides et l'action continue de la force motrice. Il conclut en défendant le système de Descartes, le jugeant supérieur aux autres philosophies, y compris celle de Newton, pour son explication physique des phénomènes et sa vision magnifiante de l'univers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 321-333
LETTRE de M. Rousseau à M. D.
Début :
M. quand j'inventai de nouveaux caractéres pour entretenir plus commodément [...]
Mots clefs :
Musique, Temps, Notes, Note, Sons, Point, Méthode, Durée, Ouvrage, Chiffres, Naturel, Tonique, Système, Savoir, Rapports, Majeur, Chiffre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Rousseau à M. D.
LETTRE de M. Rouffeau à M. D.
M. quand j'inventai de nouveaux caracté
res pour entretenir plus commodément
notre commerce de Mufique , je n'imaginois
guére que la connoiffance de ce ſyſtême
pafferoit plus loin que chés vous & chés
moi : cependant je me vis bien - tôt dans le
cas d'en multiplier l'ufage , lorfqu'étant
venu à Paris , je fus follicité par mes amis
de Province de leur envoyer divers morceaux
de Mufique ; comme ces commiffious
revenoient fouvent , je pris le parti de leur
expliquer ma Méthode , ce qui me mit à
portée de fatisfaire leur curiofité plus facilement
, & fans augmenter le volume de mes
Lettres. Nous nous en fommes fi bien trouvés
, que nous continuons à nous envoyer
réci-
Fiij
322 MERCURE DE FRANCE
réciproquement en Italie & à Paris , ce qu'il
ya de plus curieux & de plus nouveau en
fait de Mufique , noté fuivant ma Méthode ,
Son extrême facilité comparée aux embarras
de la Mufique ordina re , m'engagea bien - tôt
d'en faire un parallèle , dans lequel la mienne
me fembloit gagner & mériter un examen
plus fericux . L'Académie Royale des Sciences
voulut bien m'accorder l'honneur de faire
čet examen. Elle en porta même un jugement
affés favorable , pour m'autorifer à
publier ma Méthode ; c'eft ce que je fais aujourd'hui
dans un petit Ouvrage intitulé
Differtation fur la Mufique Moderne , lequel
indépendamment de mon fyftême que j'y
explique , contient des réflexions fur l'Echelle
& les Notes ordinaires de la Mufique
, affés neuves , je crois , & affés intereffantes
pour mériter quelque attention . Je
vais , M. vous donner une idée de ce petit
Traité , en attendant que la lecture vous
mette en état de ne vous en rapporter qu'à
vous- même. Au refte , je ne vous cacherai
point que j'ai la foibleffe d'être du nombre
de ces Auteurs , qui s'imaginent que leurs
Ouvrages ne font point fufceptibles d'extrait
, & qu'il faut tout lire , pour en bien
juger.
›
Comme ma vûë n'eſt point d'anéantir les
Signes de la Mufique ordinaire , pour leur
fubftituer
FEVRIER 1743 325
fubftituer les miens , je devois être difpenfé
de répondre aux obiections qu'on fait ordinairement
, & même avec affés de raifon ;
contre toutes les entreprifes de ce genre :
cependant , je me fuis apperçû qu'on fe
plaifoit fi fort à répeter ces fortes d'objec
tions & avec tant de confiance , que j'ai
crû devoir montrer en détail combien peu
elles font appliquables à mon fyftême : mon
but n'eft que d'établir une Méthode plus
fimple & plus commode qui puiffe fervir
pour ainfi dire , d'aide & de fupplément à
l'ancienne . Il ne faut donc pas fe fatiguer à
prévoir ce que deviendra la Mufique déja
notée , fi la mienne a lieu , & il faut encore
moins m'oppofer la longueur du tems qu'il
faudroit perdre à apprendre la Mufique deux
fois , puifque , fondé fur l'extrême fimplicité
de ma Méthode , j'établis qu'on parviendroit
à les fçavoir toutes deux , en commençant
par la mienne , en moins de tems encore
qu'on n'en met à apprendre feule celle qui
eft en ufage. C'est ce que j'explique en
détail dans ma Préface : j'ai tâché d'y épuifer
ce qu'il y avoit de général à oppofer à
mon fyftême , & j'ofe croire qu'il faut aimer
à chicanner , pour renouveller les mêmes
objections , après l'avoir lûë.
L'Ouvrage commence par un examen des
Signes actuels de la Mufique , tels qu'ils ont
F iiij éré
324 MERCURE DE FRANCE
été fubftitués par Jean de Meurs ou par
Guy d'Arezzo aux chiffres de l'Arithmétique,
c'est -à - dire , aux lettres de l'Alphabet des
Grecs. Les motifs de cette fubftitution
m'ayant parû frivoles , j'explique le fondement
de mon opinion , & après avoir montré
que les chiffres peuvent conferver tous les
avantages des Notes , j'ajoûte que ces chiffres
étant l'expreffion qu'on a donnée aux
nombres , & les nombres eux- mêmes étant
les expofans de la géneration des fons , rien
n'eft fi naturel que l'expreffion des fons par
les chifres de l'Arithmétique,
La maniére d'employer ces chiffres ne
peut être relative qu'aux rapports des fons
ou à leurs intervalles , & il eft aifé de voir
que le fecond fens eft préferable pour la
pratique. Mais il s'agit de trouver un fon
fixe & fondamental auquel on puiffe rapporter
tous les autres & qui leur ferve de
terme commun de comparaifon. Il n'en eſt
poind de tel , proprement dit ; mais il en eſt
une infinité d'arbitraires , qui peuvent devenir
fondamentaux , chacun à fon tour : car
alors nuls des autres fons ne peuvent être
employés dans le Chant qu'en vertu de
certains rapports déterminés qu'ils ont avec
ce fon Tonique , & tous ceux qui n'ont pas
ces rapports - là , font pour lors exclus de la
modulation
Pr
FEVRIER. 1743. 325
Or , comme il n'y a que le mode majeur
qui nous foit indiqué par la Nature , je le
prends pour modéle dans ma nouvelle inftitution
, & j'établis le chiffre 1. pour la Bafe
& la Tonique de tous les Tons majeurs.
Nous avons dans le Clavier douze fons
principaux,fur chacun defquels on peut faire
rouler un Chant ; chacun de ces fons pourra
donc être exprimé par le chiffre 1 , & ce
fon particulier fera déterminé par fon nom
naturel qu'on écrira à la marge ; c'cft- àdire
, que fi l'on écrit ut nous ferons en ut
majeur , & l'ut fe marquera 1 ; fi l'on écrit
fol , nous ferons en fol majeur , & le fol
s'écrira 1 &c. Or , dès que le Ton ferą ainſi
déterminé , le chiffre ou la Tonique 1. s'appellera
toujours ut , fans égard pour fon nom
naturel ; la feconde Notte du Ton s'appellera
re & fe marquera 2 ; la troifiéme , mi
& fe marquera 3 &c. jufqu'à la feptiéme
qui s'appellera fi & fe marquera 7. Toutes
ces Nottes devront fe trouver entre elles &
avec la Tonique en mêmes rapports que
les Nottes de même nom dans la Gamme
naturelle entre elles & avec le C fol ut ; de
maniére qu'il y aura toujours un Ton entre
1 & 2 , un Ton entre 2 & 3 , un demi Ton
entre 3 & 4, &c. Ce qui retranche tout
d'un coup les Diézes & les Bémols des Clés,
& exprime toujours les mêmes intervalles ,
F Y tant
326 MERCURE DE FRANCE
tant majeurs que mineurs avec les mêmes
caractéres .
Ceci revient à peu près à cette Méthode
qu'on appelle tranfpofition dans la Mufique
vocale , & que les maîtres regardent ordinairement
comme une pratique d'ignorans ,
s'imaginant qu'il y a beaucoup plus de
fcience à chanter toujours au naturel; à plus
forte raifon ne l'adopteroient- ils pas dans la
pratique inftrumentale , puifque d'ailleurs
elle détruit ce rapport direct qu'ils fuppofent
toujours entre une telle pofition de Notte &
une telle touche de leur inftrument.
Mais ce rapport eft à chaque inſtant en
défaut , & doit plus fervir à induire en erreur
qu'à faciliter l'exécution , ce que j'explique
en détail , auffi bien que tout ce qui
concerne l'idée que l'on doit fe faire des
Nottes & des fons relatifs dans l'exécution
tant vocale qu'inftrumentale. S'il y a quel
que chofe de mal imaginé dans la Mufique ,
c'eft , fans contredit , la Méthode de chanter
& d'exécuter au naturel ; je crois l'avoir
démontré ; & s'il y a quelque chofe d'ingenieux
dans le Systême que je propoſe , c'eſt
l'expreffion des fons,toujours relative au Ton
dans lequel ils font employés. Vous jugerez,
M. de la folidité de mes preuves, en les examinant
dans l'ouvrage même.
Les paffages d'une Octave à l'autre ſe font
par
FEVRIER : 1743. 327
par des points placés au- deffus ou au- deffous
des Nottes , ou par des pofitions fur lignes ,
femblables
à celles de la Mufique ordinaire ,
avec cette difference,que l'éloignement
d'un
degré ne fait qu'un intervalle de feconde par cette Mufique , & qu'il n'en faut pas d'avantage
pour faire une Octave par la mienne ,
de forte qu'une feule ligne & fes deux eſpaces
contigus y fuffisent pour faire roûler une
partie dans l'étendue
de trois Octaves , pour
lefquelles il ne faudroit pas moins d'onze
lignes par la Méthode ordinaire.
,
A l'égard du mode mineur , comme le
rapport des fons , qui le conftituent , fe
trouve exactement dans l'Octave , compriſe .
entre deux la fur le Clavier naturel , cette
Octave en devient le modéle , & en appliquant
le chiffre 1 , & le nom d'ut à la
Médiante d'un ton mineur la Tonique .
s'appellera la & fe marquera par le chiffre 63
ainfi le nom écrit à la marge & qui indique
toujours la Note qui doit s'appeller ut
alors celui de la Médiante & non pas de la
Tonique c'eft ce qu'on connoît toujours
par un Signe ajoûté à ce mot , quand le Ton
eft mincur & cet arrangement a de plus.
l'avantage d'exprimer très- exactement l'analogie
qui fe trouve d'un côté, entre tout Ton
majeur & le mode mineur de fa fixiéme.
F vj Note
>
eft.
4
328 MERCURE DE FRANCE
Note , & de l'autre, entre tout Ton mineur
& le mode majeur de fa Médiante.
Le Dièfe accidentel s'indique par une
ligne oblique qui traverfe la Note , en montant
de gauche à droite, & le Bémol par une
autre femblable ligne qui la traverfe en defcendant
dans le même fens.
Voilà, M. une idée abrégée de la Méthode
dont je me fers pour l'expreffion de tous les
fons qui compofent le Clavier. Les avantages
que cette Méthode a pardeffus la Note
ordinaire , me paroiffent confidérables ; je
ne vous parlerai ici que des deux plus importans,
qui font , 1 °. L'identité d'idées toujours
confervée dans le même arrangement
de caractéres, ce qu'on ne trouve point dans
l'autre Mufique, où les mêmes pofitions de
Notes expriment à tout moment des fons &
des intervalles differens. 2°. La connoiffance
exacte des intervalles fimples & redoublés ,
tant par la difference des chiffres qui les expriment
, que par des renverfemens dont la
parfaite connoiffance dépend d'un quart
d'heure d'application.
L'examen de la manière dont on a déter
miné la durée des fons & la valeur des Notes
, occupe la feconde partie de l'Ouvrage.
Toutes ces differentes figures de Notes ;
relatives à la durée d'une ronde ou à celle
d'une mefure à quatre tems , n'ont rien de
dés
FEVRIER. 1743 329
déterminé quant à la durée , puifque rien
n'eft fi variable que le terme même auquel
on les compare . De -là naiffent mille défauts
nuifibles à la précifion des mouvemens.
D'ailleurs , pourquoi ce grand nombre de
mefures differentes , indiquées par tant de
chiffres bizarres , tandis que d'un autre côté
on n'a établi les rapports des Notes que par
une progreffion fous double , qui ne fait que
la moitié des combinaiſons ?
·
Je ne reconnois que deux mefures differentes
, fçavoir à deux & à trois tems , & je
reconnois de même deux divifions de tems
fçavoir , divifion fous double & divifion
fous-triple , auxquelles il faut néceffairement
avoir égard dans la diftribution des valeurs ,
faute dequoi , on tombe dans les exceptions
vicieufes dont je parle dans cet Ouvrage.
Comme nous n'avons point de fon fixe abfolu
, qui mérite par quelque proprieté par
ticuliére de fervir de fondement aux autres.
de même & par la même raiſon , nous n'avons
point de durée abfoluë qui doive ſervir
de mefure commune aux differentes valeurs
des Notes. Mais comme dans chaque Ton
j'établis pour fon fixe le fon fondamental de
ce Ton- là , dans chaque mefure differente
je prends auffi pour terme de comparaiſon
la durée même de la meſure dont il eft ques
tion ; j'en divife les tems par des virgules ;
chaque
330 MERCURE DE FRANCE
chaque tems comprend une Note , ou plu
fieurs ; s'il n'en comprend qu'une , cette
Note remplit tout ce tems & doit durer autant
que lui ; rien n'eft fi fimple : fi le tems
contient plufieurs Notes , divifez fa durée en
autant de parties égales qu'il y a de Notes ;
appliquez chacune de ces parties à chacune
de ces Notes , & paffez- les de forte que tous
les tems foient égaux.
Un tems eft- il divifé en parties inégales ?
Toutes les inégalités poffibles font déterminées
avec la plus exacte précifion , non par
une complication de figures bizarres , mais
par de fimples lignes horifontales ajoûtées
au- deffus ou au - deffous des Notes, pour lier
toutes celles qui ne font que des fubdivi
fions des parties égales , auxquelles par ce
moyen il eft aife de les comparer. Ces liaifons
font à peu près l'effet des croches , doubles-
croches & c . dans la Muſique ordinai
re , excepté qu'elles reviennent beaucoup
plus rarement & ne peuvent jamais être plus
de deux en nombre fur la même Note.
Je me fers du point , à peu près pour le
même ufage que dans la Mufique ordinaire
mais je lui donne un fens bien plus étendu ,
puifqu'il peut foutenir le fon de la Note qui
l'a précedé , non feulement pendant la moitié
de la durée de cette Note , ce qui ne fait
qu'un cas particulier , mais pendant toutes
Jes
FEVRIER 1743 331
les differentes durées dont la mesure où on
l'employe eft fufceptible ; le point, de même
que les Notes , n'ayant de valeur déterminée
que par la place qu'il occupe dans la meſure:
ou dans le tems où il eft.
Comme je n'ai pas befoin de diverfifier la
figure des Notes pour repréfenter leurs diffe
rentes valeurs , & que les mêmes régles font
appliquables à tous leurs filences relatifs , il
s'enfuit que le feul zéro fuffit avec les points
qui le peuvent fuivre , pour remplacer tous
ces foupirs,demi foupirs & autresSignes bizarres
qu'on eft contraint d'arranger à tout mo
ment à la file les uns des autres , faute d'avoir
voulu donner au point un ufage plus étendu .
Il n'eft pas néceffaire , M. de vous en
dire davantage , pour vous rappeller l'idée
d'une Méthode que vous avez cultivée avec
tant de plaifir. Vous m'avez fait l'honneur
de me dire autrefois que vous ne croyiez pas
qu'il fût poffible d'imaginer des Signes plus
fimples & plus expreffifs que les miens.
J'efpere, M. que fi le Public n'adopte pas en
tout un jugement auffi favorable , il les
trouvera , du moins , commodes & faciles ;
en quoi j'ofe me flatter d'avoir travaillé avec
un fuccès bien different de tous ceux qui ont
propofé jufqu'ici des projets en ce genre.
Au refte , il me paroît qu'on trouvera
dans ce fyftême bien des avantages de détail
qu'on
32 MERCURE DE FRANCE
qu'on fouhaite depuis long-tems. Il n'y a
peut-être pas un Amateur de la Mufique qui
n'ait cherché une fois en fa vie quelque
moyen plus commode de noter fous un plus
petit volume , & fans tout cet embarras de
lignes & de portées , foit pour porter fur foi
des Recueils , foit pour envoyer de la Mufique
en Province , foit enfin parce qu'on ne
trouve pas de papier reglé fous fa main , toutes
les fois qu'on a quelque air à noter.
Ce qu'il y a d'avantageux dans mon
fyftême , c'eft qu'il fuffit pour ceux qui fçavent
la Mufique de lire une fois mon Ouvrage
, pour pouvoir exécuter fur la mienne
avec lamême facilité que fur l'autre : à l'égard
de ceux qui ne la fçavent point, s'ils fe veulent
contenter de la mienne , ils doivent fçavoir
chanter à Livre ouvert tout au moins en huit
mois , & s'ils veulent outre cela fçavoir la Mufique
ordinaire , ils ne doivent pas employer
plus du double de ce tems-là pour toutes
deux, en commençant par la mienne , ce qui
n'arriveroit pas s'ils commençoient par l'autre;
car tout cet embarras de tranfpofitions, de
clefs , de valeurs , de pofitions , fait une confufion
qu'on ne doit développer à l'efprit
des Ecoliers , que quand leurs organes ont
acquis l'habitude de la mefure & de l'intonation,&
qu'ils commencent à entendre quelque
chofe à la théorie des tons & des modes.
Vous
FEVRIER 1743 935
Vous trouverez dans le Mercure prochain
un Air noté par mes caractéres ; je
n'ai point voulu le mettre dans celui - ci, parce
que cet Extrait ne fuffifant pas pour expliquer
mon Systéme , il falloit donner à mon
Livre le tems de fe répandre dans les Provinces
, afin que tout le monde fût en état de
déchiffrer. J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris ce 6. Janvier 1743 .
M. quand j'inventai de nouveaux caracté
res pour entretenir plus commodément
notre commerce de Mufique , je n'imaginois
guére que la connoiffance de ce ſyſtême
pafferoit plus loin que chés vous & chés
moi : cependant je me vis bien - tôt dans le
cas d'en multiplier l'ufage , lorfqu'étant
venu à Paris , je fus follicité par mes amis
de Province de leur envoyer divers morceaux
de Mufique ; comme ces commiffious
revenoient fouvent , je pris le parti de leur
expliquer ma Méthode , ce qui me mit à
portée de fatisfaire leur curiofité plus facilement
, & fans augmenter le volume de mes
Lettres. Nous nous en fommes fi bien trouvés
, que nous continuons à nous envoyer
réci-
Fiij
322 MERCURE DE FRANCE
réciproquement en Italie & à Paris , ce qu'il
ya de plus curieux & de plus nouveau en
fait de Mufique , noté fuivant ma Méthode ,
Son extrême facilité comparée aux embarras
de la Mufique ordina re , m'engagea bien - tôt
d'en faire un parallèle , dans lequel la mienne
me fembloit gagner & mériter un examen
plus fericux . L'Académie Royale des Sciences
voulut bien m'accorder l'honneur de faire
čet examen. Elle en porta même un jugement
affés favorable , pour m'autorifer à
publier ma Méthode ; c'eft ce que je fais aujourd'hui
dans un petit Ouvrage intitulé
Differtation fur la Mufique Moderne , lequel
indépendamment de mon fyftême que j'y
explique , contient des réflexions fur l'Echelle
& les Notes ordinaires de la Mufique
, affés neuves , je crois , & affés intereffantes
pour mériter quelque attention . Je
vais , M. vous donner une idée de ce petit
Traité , en attendant que la lecture vous
mette en état de ne vous en rapporter qu'à
vous- même. Au refte , je ne vous cacherai
point que j'ai la foibleffe d'être du nombre
de ces Auteurs , qui s'imaginent que leurs
Ouvrages ne font point fufceptibles d'extrait
, & qu'il faut tout lire , pour en bien
juger.
›
Comme ma vûë n'eſt point d'anéantir les
Signes de la Mufique ordinaire , pour leur
fubftituer
FEVRIER 1743 325
fubftituer les miens , je devois être difpenfé
de répondre aux obiections qu'on fait ordinairement
, & même avec affés de raifon ;
contre toutes les entreprifes de ce genre :
cependant , je me fuis apperçû qu'on fe
plaifoit fi fort à répeter ces fortes d'objec
tions & avec tant de confiance , que j'ai
crû devoir montrer en détail combien peu
elles font appliquables à mon fyftême : mon
but n'eft que d'établir une Méthode plus
fimple & plus commode qui puiffe fervir
pour ainfi dire , d'aide & de fupplément à
l'ancienne . Il ne faut donc pas fe fatiguer à
prévoir ce que deviendra la Mufique déja
notée , fi la mienne a lieu , & il faut encore
moins m'oppofer la longueur du tems qu'il
faudroit perdre à apprendre la Mufique deux
fois , puifque , fondé fur l'extrême fimplicité
de ma Méthode , j'établis qu'on parviendroit
à les fçavoir toutes deux , en commençant
par la mienne , en moins de tems encore
qu'on n'en met à apprendre feule celle qui
eft en ufage. C'est ce que j'explique en
détail dans ma Préface : j'ai tâché d'y épuifer
ce qu'il y avoit de général à oppofer à
mon fyftême , & j'ofe croire qu'il faut aimer
à chicanner , pour renouveller les mêmes
objections , après l'avoir lûë.
L'Ouvrage commence par un examen des
Signes actuels de la Mufique , tels qu'ils ont
F iiij éré
324 MERCURE DE FRANCE
été fubftitués par Jean de Meurs ou par
Guy d'Arezzo aux chiffres de l'Arithmétique,
c'est -à - dire , aux lettres de l'Alphabet des
Grecs. Les motifs de cette fubftitution
m'ayant parû frivoles , j'explique le fondement
de mon opinion , & après avoir montré
que les chiffres peuvent conferver tous les
avantages des Notes , j'ajoûte que ces chiffres
étant l'expreffion qu'on a donnée aux
nombres , & les nombres eux- mêmes étant
les expofans de la géneration des fons , rien
n'eft fi naturel que l'expreffion des fons par
les chifres de l'Arithmétique,
La maniére d'employer ces chiffres ne
peut être relative qu'aux rapports des fons
ou à leurs intervalles , & il eft aifé de voir
que le fecond fens eft préferable pour la
pratique. Mais il s'agit de trouver un fon
fixe & fondamental auquel on puiffe rapporter
tous les autres & qui leur ferve de
terme commun de comparaifon. Il n'en eſt
poind de tel , proprement dit ; mais il en eſt
une infinité d'arbitraires , qui peuvent devenir
fondamentaux , chacun à fon tour : car
alors nuls des autres fons ne peuvent être
employés dans le Chant qu'en vertu de
certains rapports déterminés qu'ils ont avec
ce fon Tonique , & tous ceux qui n'ont pas
ces rapports - là , font pour lors exclus de la
modulation
Pr
FEVRIER. 1743. 325
Or , comme il n'y a que le mode majeur
qui nous foit indiqué par la Nature , je le
prends pour modéle dans ma nouvelle inftitution
, & j'établis le chiffre 1. pour la Bafe
& la Tonique de tous les Tons majeurs.
Nous avons dans le Clavier douze fons
principaux,fur chacun defquels on peut faire
rouler un Chant ; chacun de ces fons pourra
donc être exprimé par le chiffre 1 , & ce
fon particulier fera déterminé par fon nom
naturel qu'on écrira à la marge ; c'cft- àdire
, que fi l'on écrit ut nous ferons en ut
majeur , & l'ut fe marquera 1 ; fi l'on écrit
fol , nous ferons en fol majeur , & le fol
s'écrira 1 &c. Or , dès que le Ton ferą ainſi
déterminé , le chiffre ou la Tonique 1. s'appellera
toujours ut , fans égard pour fon nom
naturel ; la feconde Notte du Ton s'appellera
re & fe marquera 2 ; la troifiéme , mi
& fe marquera 3 &c. jufqu'à la feptiéme
qui s'appellera fi & fe marquera 7. Toutes
ces Nottes devront fe trouver entre elles &
avec la Tonique en mêmes rapports que
les Nottes de même nom dans la Gamme
naturelle entre elles & avec le C fol ut ; de
maniére qu'il y aura toujours un Ton entre
1 & 2 , un Ton entre 2 & 3 , un demi Ton
entre 3 & 4, &c. Ce qui retranche tout
d'un coup les Diézes & les Bémols des Clés,
& exprime toujours les mêmes intervalles ,
F Y tant
326 MERCURE DE FRANCE
tant majeurs que mineurs avec les mêmes
caractéres .
Ceci revient à peu près à cette Méthode
qu'on appelle tranfpofition dans la Mufique
vocale , & que les maîtres regardent ordinairement
comme une pratique d'ignorans ,
s'imaginant qu'il y a beaucoup plus de
fcience à chanter toujours au naturel; à plus
forte raifon ne l'adopteroient- ils pas dans la
pratique inftrumentale , puifque d'ailleurs
elle détruit ce rapport direct qu'ils fuppofent
toujours entre une telle pofition de Notte &
une telle touche de leur inftrument.
Mais ce rapport eft à chaque inſtant en
défaut , & doit plus fervir à induire en erreur
qu'à faciliter l'exécution , ce que j'explique
en détail , auffi bien que tout ce qui
concerne l'idée que l'on doit fe faire des
Nottes & des fons relatifs dans l'exécution
tant vocale qu'inftrumentale. S'il y a quel
que chofe de mal imaginé dans la Mufique ,
c'eft , fans contredit , la Méthode de chanter
& d'exécuter au naturel ; je crois l'avoir
démontré ; & s'il y a quelque chofe d'ingenieux
dans le Systême que je propoſe , c'eſt
l'expreffion des fons,toujours relative au Ton
dans lequel ils font employés. Vous jugerez,
M. de la folidité de mes preuves, en les examinant
dans l'ouvrage même.
Les paffages d'une Octave à l'autre ſe font
par
FEVRIER : 1743. 327
par des points placés au- deffus ou au- deffous
des Nottes , ou par des pofitions fur lignes ,
femblables
à celles de la Mufique ordinaire ,
avec cette difference,que l'éloignement
d'un
degré ne fait qu'un intervalle de feconde par cette Mufique , & qu'il n'en faut pas d'avantage
pour faire une Octave par la mienne ,
de forte qu'une feule ligne & fes deux eſpaces
contigus y fuffisent pour faire roûler une
partie dans l'étendue
de trois Octaves , pour
lefquelles il ne faudroit pas moins d'onze
lignes par la Méthode ordinaire.
,
A l'égard du mode mineur , comme le
rapport des fons , qui le conftituent , fe
trouve exactement dans l'Octave , compriſe .
entre deux la fur le Clavier naturel , cette
Octave en devient le modéle , & en appliquant
le chiffre 1 , & le nom d'ut à la
Médiante d'un ton mineur la Tonique .
s'appellera la & fe marquera par le chiffre 63
ainfi le nom écrit à la marge & qui indique
toujours la Note qui doit s'appeller ut
alors celui de la Médiante & non pas de la
Tonique c'eft ce qu'on connoît toujours
par un Signe ajoûté à ce mot , quand le Ton
eft mincur & cet arrangement a de plus.
l'avantage d'exprimer très- exactement l'analogie
qui fe trouve d'un côté, entre tout Ton
majeur & le mode mineur de fa fixiéme.
F vj Note
>
eft.
4
328 MERCURE DE FRANCE
Note , & de l'autre, entre tout Ton mineur
& le mode majeur de fa Médiante.
Le Dièfe accidentel s'indique par une
ligne oblique qui traverfe la Note , en montant
de gauche à droite, & le Bémol par une
autre femblable ligne qui la traverfe en defcendant
dans le même fens.
Voilà, M. une idée abrégée de la Méthode
dont je me fers pour l'expreffion de tous les
fons qui compofent le Clavier. Les avantages
que cette Méthode a pardeffus la Note
ordinaire , me paroiffent confidérables ; je
ne vous parlerai ici que des deux plus importans,
qui font , 1 °. L'identité d'idées toujours
confervée dans le même arrangement
de caractéres, ce qu'on ne trouve point dans
l'autre Mufique, où les mêmes pofitions de
Notes expriment à tout moment des fons &
des intervalles differens. 2°. La connoiffance
exacte des intervalles fimples & redoublés ,
tant par la difference des chiffres qui les expriment
, que par des renverfemens dont la
parfaite connoiffance dépend d'un quart
d'heure d'application.
L'examen de la manière dont on a déter
miné la durée des fons & la valeur des Notes
, occupe la feconde partie de l'Ouvrage.
Toutes ces differentes figures de Notes ;
relatives à la durée d'une ronde ou à celle
d'une mefure à quatre tems , n'ont rien de
dés
FEVRIER. 1743 329
déterminé quant à la durée , puifque rien
n'eft fi variable que le terme même auquel
on les compare . De -là naiffent mille défauts
nuifibles à la précifion des mouvemens.
D'ailleurs , pourquoi ce grand nombre de
mefures differentes , indiquées par tant de
chiffres bizarres , tandis que d'un autre côté
on n'a établi les rapports des Notes que par
une progreffion fous double , qui ne fait que
la moitié des combinaiſons ?
·
Je ne reconnois que deux mefures differentes
, fçavoir à deux & à trois tems , & je
reconnois de même deux divifions de tems
fçavoir , divifion fous double & divifion
fous-triple , auxquelles il faut néceffairement
avoir égard dans la diftribution des valeurs ,
faute dequoi , on tombe dans les exceptions
vicieufes dont je parle dans cet Ouvrage.
Comme nous n'avons point de fon fixe abfolu
, qui mérite par quelque proprieté par
ticuliére de fervir de fondement aux autres.
de même & par la même raiſon , nous n'avons
point de durée abfoluë qui doive ſervir
de mefure commune aux differentes valeurs
des Notes. Mais comme dans chaque Ton
j'établis pour fon fixe le fon fondamental de
ce Ton- là , dans chaque mefure differente
je prends auffi pour terme de comparaiſon
la durée même de la meſure dont il eft ques
tion ; j'en divife les tems par des virgules ;
chaque
330 MERCURE DE FRANCE
chaque tems comprend une Note , ou plu
fieurs ; s'il n'en comprend qu'une , cette
Note remplit tout ce tems & doit durer autant
que lui ; rien n'eft fi fimple : fi le tems
contient plufieurs Notes , divifez fa durée en
autant de parties égales qu'il y a de Notes ;
appliquez chacune de ces parties à chacune
de ces Notes , & paffez- les de forte que tous
les tems foient égaux.
Un tems eft- il divifé en parties inégales ?
Toutes les inégalités poffibles font déterminées
avec la plus exacte précifion , non par
une complication de figures bizarres , mais
par de fimples lignes horifontales ajoûtées
au- deffus ou au - deffous des Notes, pour lier
toutes celles qui ne font que des fubdivi
fions des parties égales , auxquelles par ce
moyen il eft aife de les comparer. Ces liaifons
font à peu près l'effet des croches , doubles-
croches & c . dans la Muſique ordinai
re , excepté qu'elles reviennent beaucoup
plus rarement & ne peuvent jamais être plus
de deux en nombre fur la même Note.
Je me fers du point , à peu près pour le
même ufage que dans la Mufique ordinaire
mais je lui donne un fens bien plus étendu ,
puifqu'il peut foutenir le fon de la Note qui
l'a précedé , non feulement pendant la moitié
de la durée de cette Note , ce qui ne fait
qu'un cas particulier , mais pendant toutes
Jes
FEVRIER 1743 331
les differentes durées dont la mesure où on
l'employe eft fufceptible ; le point, de même
que les Notes , n'ayant de valeur déterminée
que par la place qu'il occupe dans la meſure:
ou dans le tems où il eft.
Comme je n'ai pas befoin de diverfifier la
figure des Notes pour repréfenter leurs diffe
rentes valeurs , & que les mêmes régles font
appliquables à tous leurs filences relatifs , il
s'enfuit que le feul zéro fuffit avec les points
qui le peuvent fuivre , pour remplacer tous
ces foupirs,demi foupirs & autresSignes bizarres
qu'on eft contraint d'arranger à tout mo
ment à la file les uns des autres , faute d'avoir
voulu donner au point un ufage plus étendu .
Il n'eft pas néceffaire , M. de vous en
dire davantage , pour vous rappeller l'idée
d'une Méthode que vous avez cultivée avec
tant de plaifir. Vous m'avez fait l'honneur
de me dire autrefois que vous ne croyiez pas
qu'il fût poffible d'imaginer des Signes plus
fimples & plus expreffifs que les miens.
J'efpere, M. que fi le Public n'adopte pas en
tout un jugement auffi favorable , il les
trouvera , du moins , commodes & faciles ;
en quoi j'ofe me flatter d'avoir travaillé avec
un fuccès bien different de tous ceux qui ont
propofé jufqu'ici des projets en ce genre.
Au refte , il me paroît qu'on trouvera
dans ce fyftême bien des avantages de détail
qu'on
32 MERCURE DE FRANCE
qu'on fouhaite depuis long-tems. Il n'y a
peut-être pas un Amateur de la Mufique qui
n'ait cherché une fois en fa vie quelque
moyen plus commode de noter fous un plus
petit volume , & fans tout cet embarras de
lignes & de portées , foit pour porter fur foi
des Recueils , foit pour envoyer de la Mufique
en Province , foit enfin parce qu'on ne
trouve pas de papier reglé fous fa main , toutes
les fois qu'on a quelque air à noter.
Ce qu'il y a d'avantageux dans mon
fyftême , c'eft qu'il fuffit pour ceux qui fçavent
la Mufique de lire une fois mon Ouvrage
, pour pouvoir exécuter fur la mienne
avec lamême facilité que fur l'autre : à l'égard
de ceux qui ne la fçavent point, s'ils fe veulent
contenter de la mienne , ils doivent fçavoir
chanter à Livre ouvert tout au moins en huit
mois , & s'ils veulent outre cela fçavoir la Mufique
ordinaire , ils ne doivent pas employer
plus du double de ce tems-là pour toutes
deux, en commençant par la mienne , ce qui
n'arriveroit pas s'ils commençoient par l'autre;
car tout cet embarras de tranfpofitions, de
clefs , de valeurs , de pofitions , fait une confufion
qu'on ne doit développer à l'efprit
des Ecoliers , que quand leurs organes ont
acquis l'habitude de la mefure & de l'intonation,&
qu'ils commencent à entendre quelque
chofe à la théorie des tons & des modes.
Vous
FEVRIER 1743 935
Vous trouverez dans le Mercure prochain
un Air noté par mes caractéres ; je
n'ai point voulu le mettre dans celui - ci, parce
que cet Extrait ne fuffifant pas pour expliquer
mon Systéme , il falloit donner à mon
Livre le tems de fe répandre dans les Provinces
, afin que tout le monde fût en état de
déchiffrer. J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris ce 6. Janvier 1743 .
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Rousseau à M. D.
M. Rouffeau adresse une lettre à M. D. pour présenter son invention de nouveaux caractères visant à simplifier la notation musicale. Initialement destiné à un usage personnel, ce système a été adopté par ses amis de province, ce qui l'a poussé à publier sa méthode dans un ouvrage intitulé 'Dissertation sur la Musique Moderne'. Rouffeau critique les signes musicaux actuels, qu'il trouve moins pratiques que l'utilisation des chiffres pour représenter les sons. Sa méthode repose sur le mode majeur, où le chiffre 1 représente la basse et la tonique de tous les tons majeurs. Les notes sont numérotées de 1 à 7, suivant les rapports de la gamme naturelle, ce qui élimine les dièses et les bémols. Rouffeau propose également de simplifier les mesures musicales en les réduisant à deux types (à deux et à trois temps) et deux divisions de temps (double et triple). Les durées des sons sont divisées en parties égales pour assurer l'égalité des temps, et les inégalités sont déterminées avec précision. La méthode utilise des lignes horizontales pour lier les subdivisions des parties égales, remplaçant ainsi divers signes complexes par un système plus simple basé sur le zéro et les points. L'auteur espère que cette méthode sera jugée commode et facile, offrant des avantages pratiques pour noter la musique de manière plus compacte et accessible. Le système est conçu pour être rapidement assimilable par ceux qui connaissent déjà la musique et accessible aux débutants en quelques mois. Un exemple d'air noté avec ce nouveau système sera publié dans le prochain Mercure pour illustrer la méthode.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13
p. 1992-2013
LE PLAN ou l'Idée générale d'un nouveau Systême du Monde, qui sera incessamment mis au jour par le Baron de Carbonnieres.
Début :
L'Auteur se défend depuis plusieurs années de rendre son Systême public, [...]
Mots clefs :
Flamme, Matière, Aimant, Pores, Fer, Fluide, Circulation, Phénomènes, Flamme ténébreuse, Cercles, Corps, Animal, Boîte céleste, Système, Eau, Élasticité, Inflammable
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PLAN ou l'Idée générale d'un nouveau Systême du Monde, qui sera incessamment mis au jour par le Baron de Carbonnieres.
LE PLANou l'Idée générale d'un nouveau
Systême du Monde , qui fera inceffamment
mis aujour par le Baron de Carbonnieres.
L'nées
' Auteur fe défend depuis plufieurs années
de rendre fon Systême public ,
mais les inftances réiterées de plufieurs
bons Phyficiens , & l'explication qui fe fait
par fes principes de tous les Phénomenes ,
qui fe préfentent journellement fous les
fens , l'ayant parfaitement convaincu ,
n'ayant rien trouvé d'ailleurs dans les Obfervations
& les Expériences anciennes &
modernes , qui combatte fon Syftême , &
qui au contraire ne lui ferve de preuve , il
s'eft enfin déterminé à le mettre au jour
par le feul motif, que pouvant être adopté
par quelque perfonne capable , il pourra
être perfectionné , au point de devenir utile
, foit pour la Chymie , la Médecine , la
Navigation, l'Agriculture , &c.
L'Auteur ne penfoit point à faire un
SylEMBRE.
1744. 1995
Systême, car il ne s'eft appliqué, depuis plus
de 12 ans , à la recherche de la Vérité , que
pour fa fatisfaction particuliere ; il étoit
d'ailleurs fi prévenu de certains faits que
la Philofophie Scholaftique a toujours regardés
comme indubitables, qu'il eut lui - même
pris pour une abfurdité de les révoquer
en doute.
En effet , lorfque fes fens & fa raiſon ſe
révoltoient contre l'opacité de la Lune ,
ainfi que fur plufieurs autres Phénomenes ,
que la Phyſique lui avoit expliqués, par des
preuves qui avoient été jufqu'ici univer-
Tellement reconnues pour indubitables , fes
préjugés décidoient fouverainement.
Cependant , à force de combattre , il parvint
à fufpendre la violence des préjugés ,
pour laiffer fes fens & fa raiſon agir en
pleine liberté.
Ce fut dans cette nouvelle fituation , que
fe trouvant comme régénéré dans un nouveau
Monde , il conçut le Systême dont il
s'agit ici , lequel fappe par le fondement tous
ceux qui ont parû juſqu'à préſent.
Deux motifs le déterminent d'en faire
inférer une idée générale dans les Journaux
publics ; le premier eft ,
eft , que comme il en a
conféré avec beaucoup de Philofophes , &
qu'il a même communiqué fes cahiers , il
ne feroit pas impoffible que quelqu'un ne
pûr
3
994 MERCURE DE FRANCE.
pût le l'adopter , & qu'il ne fût
figuré.
par
là dé-
Le fecond eft , qu'après que ce Systême
aura effuyé dans cet abbregé la Critique
publique , il aura plus de force pour pénétrer
au travers des préjugés , par ſon évidence
, dans la raifon du Public.
Voici donc l'Idée générale & fuperficielle
du nouveau Systême . Cet Ouvrage n'eft autre
chofe que l'Anatomie fimple & facile
du Monde , par laquelle l'efprit le plus borappercevra
diſtinctement , fans peine , ni
méditation ,
né
1. Que le Monde eft un feul Corps , renfermé
dans une boëtte , qui eſt le Ciel , qui
lui fert comme de peau ; que cette boëtteeft
immobile , que fa matiere peut être confiderée
comme une glace aqueufe , & d'une
épaiffeur prodigieufe & fans pores.
2. Que le Soleil , la Lune , les Etoiles &
tous les Aftres avec la Terre , qui eft immobile
au Centre , font les parties qui compo
fent ce Corps.
3. Qu'une flâme obfcure ou ténébreuſe ,
fluide & univerfelle , extrêmement compreffée
dans cette boëtte Célefte , ne pou
vant y laiffer aucun vuide , unit toutes les
parties de ce Corps , & le rend continu .
4. Que pour avoir une notion fenfible
de cette flâme ténébreuſe , on peut la confiderer
SEPTEMBRE. 1744. 1999
derer comme de la fumée extrêmement rarefiée.
5. Que de même que d'un Vin noir il
s'en fépare la fubftance la plus fubtile , &
qui eft clair à proportion de fa fubtilité ,
comme l'Eau-de- Vie , l'Efprit de Vin , &c.
ainfi s'exprime-t'il de la flâme ténébreuſe
une fubftance , d'autant plus ou moins fubtile
, que les pores où elle eft filtrée , font
plus ou moins ferrés.
6. Que la matiere exprimée de la flâme
ténébreufe , eft une flâme de même fubftance
, mais d'autant plus ou moins lumineufe
& ardente , qu'elle a été plus ou moins fubtilifée
, fuivant que les pores où elle a été
filtrée , font plus ou moins ferrés .
7. Que c'eft la compreffion extrême &
univerfelle où eft la flâme ténébreufe , qui
opere cette filtration.
8. Que c'eft de cette même compreffion
que dérive l'élafticité de la flâme fubtile ou
lumineufe , laquelle étant dégagée des
parties homogénes où elle étoit enfermée
par le brifement de ces mêmes parties , trouve
du vuide , pour s'étendre dans les pores
de la flâme ténébreufe , laquelle étant plus
groffiere , a fes pores affés grands , pour y
recevoir la flâme fubtile.
9. Que conféquemment l'élafticité eſt
proportionnée à la ſubtilité de la flâme lumineufe,
10.
1996 MERCURE DE FRANCE.
10. Que les Corps ne font inflâmables &
combuftibles , que parce qu'il s'eft filtré dans
leurs parties matérielles de la flâme fubtilifée
par cette filtration , & qui en reffort par
fon élasticité , à mefure que les particules
qui la contenoient , font brifées ; tels font
le Nitre , le Souffre , le Bithume , le Bois ,
l'Huile , e.
11. Que le Soleil , la Lune , les Etoiles ,
& généralement tous les Aftres , ne font
autre chofe que des flâmes lumineufes &
ardentes .
12. Que la matiere qui produit ces flâmes
, n'eft autre chofe que le Souffre , le
Nitre , le Bithume , l'Huile , &c . dont les
Cercles afpiraux fimples ou doublés que par
courent ces flâmes , font imbibés ou impregnés.
13. Que la difference de lumiere ou de
lueur & ardeur, qui fe trouve entre ces flâmes
, ne provient que de celle qu'il y a entre
les pores de la matiere qui les produit.
14. Qu'à mefure que la matiere
qui produit
ces flâmes eft réduite en combuftion
,
elle eft remplacée par de ſemblable maticre
, dont les Cercles s'imbibent de nouveau.
15. Que ce remplacement fe fait par une
circulation continuelle de la flâme ténébreuſe
, laquelle eft chaffée & pouffée par
l'élafticité de toutes ces flâmes lumineufes ,
lef
SEPTEMBRE. 1744. 1997
lefquelles ayant leurs cours parallele à la
Ligne Equinoctiale , font prendre fon cours
à la flâme ténébreufe vers les deux Poles
Céleftes ,
16. Que comme la boëtte Célefte eft faite
en façon d'un OEuf , n'étant pas abfolument
ronde , à mesure que la flâme ténébreuſe ,
remplit ou compreſſe les Poles Céleſtes , elle
ne peut prendre d'autre cours que par le
centre où eft la Terre ; & c'eft aux approches
de la Ligne Terreftre que ces cours
Polaires fe rencontrent
, enforte que ne
pouvant rétrograder , ils ne font plus qu'un
feul cours , qui ne peut être que vers les
Aftres,où ils reprennent de nouveau le cours
de chaque Pole , & ainfi fueceffivement il
s'enfuit une circulation continuelle.
17. Que comme la flâme lumineuse ou ardente
ne confomme rien , ne faiſant
que
brifer & divifer les parties de la matiere qui
eft réduite en combustion , & que rien de ce
qui eft contenu dans la boëtte Célefte , ne
fçauroit en fortir ni fe perdre , il s'enfuit
que la matiere inflâmable , dont les Cercles
s'imbibent continuellement de nouveau , ne
fçauroit rien diminuer du volume de matiere
dont le Monde eft rempli .
18. Qu'à mesure que la matiere combufrible
des Cercles eft réduite en cendres , en
poulliere , en fumée , &c , ces mêmes cendres
,
1998 MERCURE DE FRANCE.
drés , cette même pouffiere , & c. font rap- гар-
portées par la même circulation à la Terre ,
où elles remplacent la matiere inflâmable ,
qui en eft continuellement féparée , en s'imbibant
dans la flâme ténébreufe , qui y circule
toujours.
19. Car de même que la Terre morte qui
a été dépouillée de fon Nitre ou Salpêtre ,
étant miſe dehors , s'imprégne de nouveau
-Salpêtre que la flâme ténébreufe y dépofe ,
en la traverfant par la circulation , ainſi la
flâme ténébreufe s'imbibe , en paffant par la
Terre , d'autant de matiere inflâmable qu'elle
en avoit dépofé , & les Cercles qu'elle
traverſe par la même circulation , en font
de même , s'imbibant d'autant de matiere
inflâmable , dont ils ont été dépouillés , &
qu'ils font capables d'en contenir , laquelle
ils reçoivent de la flâme ténébreuſe.
20. De même que fi on met dans une
Cuvette de l'Eau , de l'Huile & autres Liqueurs
, & qu'on imprégne de petites piéces
de Drap de chacune de ces Liqueurs , chaque
morceau de Drap ne s'imbibera dans la
Cuvette que de la même Liqueur dont il
étoit imbibé , & dont la glutinofité étoit
conforme , auffi chaque Cercle ne s'imbibet'il
que de la même matiere dont il avoit
été imprégné , & dont la glutinofité ſe trouve
de même nature ou pareille.
21.
SEPTEMBRE. 1744. 1999
21. Comme l'eau dans laquelle on fait
diffoudre du fel , s'en imbibe d'autant qu'elle
eft capable d'en contenir , après quoi elle
n'en peut plus diffoudre , auffi la Åâme ténébreuſe
, ainfi que les Cercles s'imbibentils
continuellement par la circulation d'au
tant de matiere inflamable , dont ils avoient
été dépouillés & qu'ils en peuvent contenir.
22. La prodigieufe quantité de matiere
inflâmable qui eft réduite en combuſtion
par tant de differens Cercles enflâmés, n'empêche
pas qu'il ne s'en trouve toujours la
même quantité pour la remplacer , parce
que cette matiere , brifée , en paffant par la
circulation dans tant de differens Cercles,
dont la chaleur eft differente , elle y reçoit
une nouvelle trituration & concoction , qui
la difpofent à recevoir fa premiere figure
d'inflamable , en paffant par la Terre .
23. Il s'enfuit donc que toutes les parties.
du Corps du Monde s'entretiennent mutuellement
par la circulation , & que la matiere
qui leur fert de nourriture , reçoit la même
trituration concoction & digeftion , de
-même que s'entretient le corps de l'Animal
irraifonnable , qui eft le feul dont l'Auteur
entend parler dans fon Ouvrage , comme
de la Vie materielle d'une Plante ou autre
Végétal : car pour l'Animal raifonnable
qui
2000 MERCURE DE FRANCE.
qui eſt l'Homme , dont la Vie n'eft pas materielle
, mais pure , fpirituelle , & qui vient
immédiatement de Dieu , il n'a garde de
toucher à ce qui eft purement Métaphysi
que , & dont il fe reconnoît fi indigne d'ap
procher.
24. Ainfi le Monde eft un grand Animal ,
& l'Animal eft un petit Monde , ne differant
entr'eux que par la grandeur & la fenfibilité
, la Vie Végétative de l'un & de l'autre
s'entretenant par les régles d'un feul &
même Méchanifme , qui confifte uniquement
dans la compreffion , où Dieu a mis la
Hâme ténébreufe dans la boëtte Célefte , car
cette compreffion caufe l'élafticité , & celleci
produit la circulation , & conféquem
ment le mouvement , qui eft le fiége de la
Vie , ou plutôt la Vie même du Corps mondain
& du Corps animal , ainfi c'eft cette
compreffion univerfelle de la flâme ténébreufe
qui eft le grand reffort , qui fait agir
toute la Nature.
25. Comme la matiere inflâmable eſt l'humide
radical , ou le Chyle qui entretient
dans les vaiffeaux de l'Animal , qui repréfentent
les Cercles du Corps mondain , la
Alâme fubtile , qui par fon élasticité produit
la circulation & le mouvement qui vivifie
materiellement l'Animal , eft une matiere
dont les pores
font plus groffiers ou moins
ferSEPTEMBRE.
1744. 2001
ferrés que ceux du Nitre , du Souffre , &c.
elle produit auffi une flâme moins fubtile, &
conféquemment moins ardente , laquelle fe
trouve proportionnée au tempérament de
l'Animal , & n'en peut brûler ni alterer les
parties , de même que la flâme ,produite par
l'Eau-de- Vie, ne brûle pas le linge.
26. Mais s'il s'engendre parmi le liquide
du corps Animal d'autre matiere , qui ait fes
pores plus ferrés que celle du Chyle ou de
l'humide radical , & qu'elle vienne à s'en-
Alâmer, la flâme qu'elle produira , étant plus
fubtile , occafionnera une circulation plus
rapide & plus ardente , conféquemment
une pulfation du poulx plus vive ; c'eft ce
que l'on nomme la fiévre , laquelle durera
autant qu'il y aura de cette matiere étrangere
difpofée à s'enflâmer ; & comme il faut
enfuite du tems , pour qu'il fe forme de
femblable matiere , & qu'elle s'enflâme de
nouveau , c'eft ce tems qu'on appelle l'intervalle
des accès .
27. Lorsque cette matiere étrangere commence
à s'enflâmer peu à peu , elle bouche
par fon élasticité les conduits , & empêche
la flâme naturelle ou du Chyle d'avoir fon
cours libre ; c'est ce qui occafionne les friffons
au commencement de la fiévre , qui durent
jufqu'à ce qu'il y ait une fuffifante
quantité de cette matiere étrangere, qui foit
D en2002
MERCURE DE FRANCE.
enflâmée
rapide.
, pour produire une circulation
28. Si l'Animal avale d'autre matiere
dont les pores foient groffiers , elle produira
une flâme moins fubtile , laquelle étant
mêlée avec celle qui occafionne la fiévre ,
en temperera l'ardeur & l'activité &
pourra la rendre conforme à la flâme naturelle
, & guerir le Malade ; mais fi la matiere
étrangere , qui produit la fiévre, eft tropabondante
, elle pourra fuffoquer par fon élafticité
la flâme naturelle ; enforte que l'accès
finiffant défaut de matiere étrangere
l'Animal fe trouvera fans flâme , conféquemment
fans circulation , fans mouvement
& fans vie.
par
29. Comme la flâme ténébreuſe eft univerfellement
compreffée dans la boëtte Célefte
, elle ne sçauroit avoir d'élafticité , n'y
ayant aucun vuide pour s'étendre ; mais la
Alâme fubtile trouve moyen de s'étendre
dans les pores de la flâme ténébreuſe , lefquels
font affés grands pour la recevoir :
c'eft pourquoi fi l'on bouchoit un four allumé
, la flâme feroit fuffoquée , dès qu'elle
feroit privée de la flâme exterieure , qui eft
la ténébreufe , qui lui fournit des pores.
pour s'étendre , & de même, dès que la flâine
fubtile du corps Animal a bouché les
pores de la flâme ténébreufe , il repouffe en
dehors celle-ci pour en refpirer de nouvelle
SEPTEMBRE. 1744. 2003
velle à la place , fans quoi la flâme naturelle
feroit fans action , ne pouvant s'étendre , &
l'Animal mourroit.
de tou-
30. Toutes les fermentations , en général ,
font le pur effet d'une matiere qui s'enflâme ,
auffi voit - on que lorfque les particules
du levain commencent à s'enflâmer , l'élafticité
de leur flâme fait peu à peu gon
fler la pâte, jufqu'à ce que la matiere du levain
ayant fini , la pâte s'affaiffe & reprend
fa premiere fituation . Il en eft de même du
Mouft ou Vin nouveau , ainfi que
tes fortes de fermentations , qui font plus
ou moins grandes & violentes , que la matiere
, qui s'enflâme , a fes pores plus ou
moins ferrés, d'où peuvent s'enfuivre l'efferveſcence,
& une infinité de Phénomenes qui
arrivent par le mêlange de certaines Liqueurs
, lefquels font expliqués naturellement
par ce principe , fans avoir recours à
des acides & à des alkalis chimeriques.
de 31. Puifque rien n'eft fi naturel que
concevoir , que la compreffion extrême où
Dieu a mis le fluide ou flâme ténébreufe
dans la boëtte Célefte , doit néceffairement
operer une filtration de la fubftance la plus
rafinée dans les pores de la matiere , où la
Alâme ténébreufe eft trop groffiere pour s'y
filtrer , que cette flame rafinée doit néceffairement
, à cauſe de la compreffion géné-
Dij
ra2004
MERCURE DE FRANCE.
rale , être élastique , dès qu'elle trouve une
efpece de vuide pour s'étendre dans les pores
de la flâme ténébreuſe , à mesure qu'elle
eft dégagée de la matiere où elle s'étoit filtrée
, par le briſement de fes parties , que
>
cette élasticité met néceffairement la matiere
en action & en mouvement il est donc
abfurde d'admettre aucune vertu dans la
matiere , pour expliquer les Phénomenes
& pour démontrer la caufe du mouvement
des Aftres & autres , ni de donner au feu
qui eft une matiere , la vertu ou propriété
d'échauffer, puifqu'il eft ridicule, encore un
coup , d'admettre quelque vertu ou propriété
dans la matiere , rien n'étant fi facile
à démontrer que ce n'eft point par une propriété
que le feu produit la chaleur , mais
par un pur eeffffeett ddee ll''ééllaaffttiicciittéé , comme on
le trouvera démontré par le nouveau Syftême
.
32. Si les Anciens Philofophes euffent
compris ce qui eft démontré dans le nouveau
Systême ; fçavoir , que la Lune eft une
pure flame , quelle eft la caufe de fa variation
à notre afpect , quelle eft celle de fes
taches invariables , & celle de fon Eclipfe
par l'abſence des rayons du Soleil , ils n'euffent
pas abandonné la raifon , pour fe livrer
à une opacité Lunaire , auſſi impoſſible
qu'elle eft abfurde,
33. C'eſt cependant de cette erreur où
l'on
SEPTEMBRE . 1744. 2005
l'on a demeuré enfeveli jufqu'à préfent, que
fe font engendrés Systêmes fur Systêmes, tous
contraires au fens & à la raifon , & qui pis
eft , à la Religion , pour la plûpart ; mais
comme l'erreur ne fçauroit être ſtable , tous
ces Systêmes erronnés fe font fucceffivement
détruits , & fe détruifent journellement les
uns les autres .
34. La feule Académie Royale des Sciences
, invariable dans fes fublimes lumieres ,
n'en a encore adopté aucun , regardant jufqu'à
préfent la Phyfique , comme enfevelie
dans les ténébres , & comme étant du moins
encore au berceau , comme le dit un Sçavant
Auteur Moderne * ; c'eſt par cette raifon
qu'elle eft obligée de propofer annuellement
des Prix pour l'explication des Phénomenes
les plus fimples , & que le nouveau
Systême mettroit un Villageois , même
fans étude , en état de les expliquer fur le
champ , fans héfiter .
35. En effet , l'homme le plus borné verra
dans le nouveau Systême, d'un feul trait, que
l'élafticité des flâmes Céleftes , dont le cours
eft parallele à la Ligne Equinoctiale , doit
néceffairement produire un cours de fluide
d'un Pole à l'autre , que ce cours doit produire
un flux d'environ fix heures , & fuc-
* M. Rollin , dans fon Extrait de l'Hift . des Egypt.
Carthag. &c. Edit. 1735. Tom, x111 . p. 75.
Diij ceffi2006
MERCURE DE FRANCE.
ceffivement un reflux , que les Marées doivent
être plus grandes aux Equinoxes qu'aux
Solftices , qu'elles doivent auffi être plus
hautes aux nouvelles & pleines Lunes qu'aux
Quadratures , que le flux & le reflux doivent
être conformes au cours journalier de
la Lune , qu'ils devoient arriver à differentes
heures fur les Côtes , & que celles du
Midi devoient l'avoir avant celles duNord ,
que dans les mêmes Lieux & à la même
heure , où les Marées font les plus hautes
en nouvelle & pleine Lune , elles devoient
être les plus baffes dans les Quadratures ,
que fans le flux & le reflux , le Monde finiroit
néceffairement , qu'il doit Y avoir des
cours variables dans la Mer , que le flux &
le reflux de la Méditerranée ne peut être
fenfible que dans l'embouchure de l'Euripe,
qui eft à fon Levant ; il verra enfin que
tous ces effets font produits par une feule
cauſe.
36. De cette même caufe , il concevra la
fource des vents & celle des rivieres & fontaines
, & l'explication de tous les Phénomenes
de l'Aimant.
37. Enfin on verra par ce nouveau Syftême
, qu'on n'a pas befoin d'avoir recours.
à tous ces prétendus miracles Philofophiques
, pour appercevoir diftinctement la
propagation & la vivification de l'Animal ,
celSEPTEMBRE.
1744. 2007
celles du Végétal , & la formation du Mineral.
L'Auteur refutera exactement les Objections
qui lui feront faites par le même Journal
public. Il avoit même le deffein de commencer
l'attaque , en mettant en pleine évidence
l'impoffibilité de l'opacité & folidité
de la Lune , & en prouvant tout de fuite
fa lumiere , mais il differera cet article pour
placer celui de l'Aimant.
Cette préférence qu'il donne à l'Aimant
provient de l'émulation qu'il a euë ,
voyant dans la Gazette de France du 23 Mai
1744 , que depuis 1742 , l'Académie des
Sciences n'ait pû parvenir à avoir aucun
Mémoire fuffifant fur ce fujet,& qu'elle foit
obligée d'en renvoyer fa décifion jufqu'en
1746.
1
Il y a déja long-tems que l'Auteur auroit
envoyé un Traité à l'Académie des Sciences
fur ce fujet , s'il n'avoit crû que fon
Ouvrage eut été imparfait , s'il n'eut prouvé
la caufe du cours d'un fluide d'un Pole à
F'autre , & c'est ce qu'il ne pouvoit faire
qu'en mettant au jour tout fon Systême.
Mais comme d'un côté , il a donné ici une
idée , du moins fuperficielle , de la caufe de
ce cours de fluide Polaire, & que de l'autre,
ce cours eft reconnu & n'eft conteſté
›
perſonne , l'Auteur va fur ce principe ex-
Diiij pliquer
par
2008 MERCURE DE FRANCE.
pliquer en détail tous les Phénomenes de
l'Aimant ; il le rend public , afin que fon
fentiment ayant effuyé pendant deux ans la
Critique & les objections du Public, l'Académie
des Sciences foit mieux à portée de
donner fa décision en 1746.
L'Auteur foûtient en premier lieu , que
l'Aimant étant une matiere , elle ne fçauroit
avoir ni vertu ni proprieté attractive , ni
autre, non plus que le Fer ni le Pole, ni aucune
autre forte de matiere .
Il s'agit d'examiner fi , fans s'écarter de
ce principe indubitable , on peut expliquer
quelle eft la caufe de la direction de l'Aiguille
Aimantée vers le Nord , à la difference
de toute autre matiere , & celle de
l'attraction du Fer par l'Aimant , qui eſt
exclufive de toute autre matiere , & enfin
la caufe de tous les autres Phénoménes de
l'Aimant.
L'explication de ces Phénomenes n'eft cependant
pas la Pierre Philofophale , car il
n'y a rien de furprenant ni de merveilleux ,
rien au contraire n'eft fi fimple , ni plus à la
portée de tout le monde. Voici donc de
quoi il s'agit.
Tout le mystere confifte à fçavoir que le
Fer eft un compofé de petites lamilles ,
couchées les unes fur les autres , à la difference
des autres matieres qui ont leurs Poles
droits ;
SEPTEMBRE. 1744. 2009
droits ; l'Analyfe que les Chymiftes ont
faite du Fer , qui eft imprimée , & qui n'eft
conteſtée , rend ce fait certain . pas
L'Aimant eft une matiere dont les pores
font extraordinairement plus ferrés que
ceux de toute autre matiere enforte
que le fluide Polaire n'y fçauroit pénétrer.
L'Aimant , dont on frotte l'Aiguille de
Fer , s'infinuant entre les petites lamilles qui
le compofent , en bouchent étroitement
tous les pores , & de même que l'on voit un
bâton mis en façon d'Aiguille Aimantée fur
un pivot dans le courant rapide d'un Ruiffeau
, ce bâton tournera toujours tandis que
l'eau le frappera obliquement , & il n'aura
d'affiette ftable que lorfque fa pointe regardera
la fource , de même qu'un Coq qui fert
de girouette au haut d'un Clocher , n'a de
ftabilité que lorfque la pointe de fon bec
regarde la fource du vent.
C'eft ainfi que le cours rapide du fluide
Polaire , ne pouvant traverfer l'Aiguille de
Fer , parce que l'Aimant en bouche les pores
, cette Aiguille ne peut avoir d'affiette
fixe , tandis que ce fluide la frappe obliquement
, & ne devient ftable que lorfque fa
pointe regarde la fource du fluide, qui vient
directement du Nord.
Comme deux Ruiffeaux qui auroient leur
fource oppofée , recevroient néceffairement
Dy de
2010 MERCURE DE FRANCE.
8
de la variation dans leur cours , lors de leur
rencontre , ainfi les deux cours de fluide
Polaire étant directement oppofés , & venant
à fe rencontrer aux environs de la Ligne
Equinoxiale , leur cours reçoit néceffairement
de la variation à leur rencontre , &
conféquemment l'Aiguille Aimantée ; c'eſt
ce que l'on nomme déclinaifon & inclinaifon
de l'Aiguille Aimantée , qui arrive aux
environs de la Ligne , plus ou moins près ,
fuivant la fituation où fe trouve le Soleil ,
par la raison qui en eft expliquée par le
Systême.
A l'égard de l'attraction , nous voyons par
expérience que la matiere qui a fes pores
très -ferrés , comme la Cire d'Eſpagne , le
Corail , & c. ne pouvant recevoir que le
plus fubtil de la flâme ténebreuſe , fi l'on
frotte cette matiere , on agite par conféquent
cette flâme fubtile , qui la pénetre ,
laquelle fortant & fe trouvant très rarefiée ,
donne moyen à la flâme ténébreufe de s'étendre
pour remplir cette rarefaction , enforte
qu'elle enleve avec elle la paille , le
fétu , qui en étcient pénetrés.
L'Aimant ayant les pores encore plus
ferrés que ces matieres , n'eft traversé que
par une flâme encore plus fubtile , & dont
la rarefaction eft encore plus grande
mais elle ne l'eft cependant pas affés , pour
enlever
SEPTEMBRE. 1744 2011
enlever le Fer , à caufe de fa pefanteur , elle
n'enleveroit même pas la paille , parce que
fa flâme étant infiniment fubtile , elle fe
gliffe dans les pores de la flâme ténébreuſe ,
fans violence & fans lui caufer d'agitation ,
ainfi celle- ci n'en peut donner à la paille ,
qui en eft remplie .
Il faut donc chercher une rarefaction
plus grande que ne l'eft celle qui fe trouve
dans la flâme qui pénetre l'Aimant , & qui
augmente la force de l'attraction .
En voici une expérience bien facile ; prenez
un fufil , bouchez-en la lumiere , rempliffez-
le d'eau , pliez le bout de la baguette
à la groffeur du calibre avec de l'étoupe de
filaffe , enfoncez- là dans le fufil jufqu'à un
pied du fond , il en tombera de l'eau , parce
que le canon eft trop plein , mais il reftera
de l'eau au-deffus du bouchon de la baguette
; agitez la baguette , comme pour nettoyer
le canon , en la retirant d'environ un
pied , il fe forme entre l'eau du fond &
celle d'au- deffus du bouchon , une rarefaction
qui eft comme une efpece de vuide.
Comme la flâme , dont la baguette eft remplie
, trouve moyen de s'étendre dans cette
efpece de vuide ou de rarefaction , vous ſentirez
une attraction fi violente , qu'à peine
aurez-vous la force de tenir la baguette , &
fi vous la lâchez , elle s'enfoncera avec tant
D vj de
2012 MERCURE DE FRANCE.
de violence , qu'elle enleveroit un poids de
plus de 20 livres , qui feroit attaché à l'autre
bout , & elle heurte avec force & avec
grand bruit contre l'eau du fond.
De-même que dans le cours rapide d'un
Ruiffeau , y mettant un caillou ou autre
maffe, que l'eau ne puiffe pas penetrer , l'eau
rejaillira contre & laiffera un vuide derriere
cette maffe ; c'eſt ainfi que le cours du
fluide Polaire ne pouvant pénétrer la Pierre
d'Aimant , rejaillit contre , & laille à l'oppofite
une espece de vuide ou rarefaction ,
qui augmente celle de la flâme fubtile , qui
pénetre l'Aimant , réciproquement celleci
augmente la premiere par le choc qu'elle
lui donne en fortant de l'Aimant , & c'est
à la faveur de cette rarefaction que la flâme
ténebreuſe , dont le fer eft rempli , trouve
moyen de s'étendre , & comme elle ne peut
facilement fe débarraffer d'entre ces couches
de lamilles de Fer , elle entraîne le Fer
avec elle , & c'eft là l'attraction du Fer.
Comme ce fluide , qui venant du Nord ,
rejaillit contre l'Aimant , comme s'il rétrogradoit,
ce fluide Polaire repouffe en arriere
la limaille de Fer , ce qui a fait croire que
l'Aimant avoit deux vertus magnétiques ,
l'une attractive & l'autre expulfive.
,
Lorfque la Pierre d'Aimant eft armée
c'eft-à- dire , qu'elle eft bordée de Fer aux
deux
SEPTEMBRE. 1744. 2013
・ツ
deux côtés , l'attraction en eft plus grande ,
parce que le fluide fubtil qui pénétre l'Aimant
, ne pouvant facilement pénétrer ces
couches de lamilles de fer , gliffe entre le
Fer & l'Aimant, & fort avec plus d'abondance
par les deux bouts de la ferrure ; c'eſt
pour cela que c'eſt à ces deux bouts que le
Fer s'accroche , parce que la rarefaction y
eft plus grande.
>
Ce Sujet demanderoit un plus ample détail
, tel qu'il eft dans le Systême nouveau
mais l'Auteur fe flate qu'il y en a affés ici
pour exciter la Critique & les Objections ,
dont la réfutation éclairera la matiere , au
point de pouvoir être décidée
par l'Académie
des Sciences.
Systême du Monde , qui fera inceffamment
mis aujour par le Baron de Carbonnieres.
L'nées
' Auteur fe défend depuis plufieurs années
de rendre fon Systême public ,
mais les inftances réiterées de plufieurs
bons Phyficiens , & l'explication qui fe fait
par fes principes de tous les Phénomenes ,
qui fe préfentent journellement fous les
fens , l'ayant parfaitement convaincu ,
n'ayant rien trouvé d'ailleurs dans les Obfervations
& les Expériences anciennes &
modernes , qui combatte fon Syftême , &
qui au contraire ne lui ferve de preuve , il
s'eft enfin déterminé à le mettre au jour
par le feul motif, que pouvant être adopté
par quelque perfonne capable , il pourra
être perfectionné , au point de devenir utile
, foit pour la Chymie , la Médecine , la
Navigation, l'Agriculture , &c.
L'Auteur ne penfoit point à faire un
SylEMBRE.
1744. 1995
Systême, car il ne s'eft appliqué, depuis plus
de 12 ans , à la recherche de la Vérité , que
pour fa fatisfaction particuliere ; il étoit
d'ailleurs fi prévenu de certains faits que
la Philofophie Scholaftique a toujours regardés
comme indubitables, qu'il eut lui - même
pris pour une abfurdité de les révoquer
en doute.
En effet , lorfque fes fens & fa raiſon ſe
révoltoient contre l'opacité de la Lune ,
ainfi que fur plufieurs autres Phénomenes ,
que la Phyſique lui avoit expliqués, par des
preuves qui avoient été jufqu'ici univer-
Tellement reconnues pour indubitables , fes
préjugés décidoient fouverainement.
Cependant , à force de combattre , il parvint
à fufpendre la violence des préjugés ,
pour laiffer fes fens & fa raiſon agir en
pleine liberté.
Ce fut dans cette nouvelle fituation , que
fe trouvant comme régénéré dans un nouveau
Monde , il conçut le Systême dont il
s'agit ici , lequel fappe par le fondement tous
ceux qui ont parû juſqu'à préſent.
Deux motifs le déterminent d'en faire
inférer une idée générale dans les Journaux
publics ; le premier eft ,
eft , que comme il en a
conféré avec beaucoup de Philofophes , &
qu'il a même communiqué fes cahiers , il
ne feroit pas impoffible que quelqu'un ne
pûr
3
994 MERCURE DE FRANCE.
pût le l'adopter , & qu'il ne fût
figuré.
par
là dé-
Le fecond eft , qu'après que ce Systême
aura effuyé dans cet abbregé la Critique
publique , il aura plus de force pour pénétrer
au travers des préjugés , par ſon évidence
, dans la raifon du Public.
Voici donc l'Idée générale & fuperficielle
du nouveau Systême . Cet Ouvrage n'eft autre
chofe que l'Anatomie fimple & facile
du Monde , par laquelle l'efprit le plus borappercevra
diſtinctement , fans peine , ni
méditation ,
né
1. Que le Monde eft un feul Corps , renfermé
dans une boëtte , qui eſt le Ciel , qui
lui fert comme de peau ; que cette boëtteeft
immobile , que fa matiere peut être confiderée
comme une glace aqueufe , & d'une
épaiffeur prodigieufe & fans pores.
2. Que le Soleil , la Lune , les Etoiles &
tous les Aftres avec la Terre , qui eft immobile
au Centre , font les parties qui compo
fent ce Corps.
3. Qu'une flâme obfcure ou ténébreuſe ,
fluide & univerfelle , extrêmement compreffée
dans cette boëtte Célefte , ne pou
vant y laiffer aucun vuide , unit toutes les
parties de ce Corps , & le rend continu .
4. Que pour avoir une notion fenfible
de cette flâme ténébreuſe , on peut la confiderer
SEPTEMBRE. 1744. 1999
derer comme de la fumée extrêmement rarefiée.
5. Que de même que d'un Vin noir il
s'en fépare la fubftance la plus fubtile , &
qui eft clair à proportion de fa fubtilité ,
comme l'Eau-de- Vie , l'Efprit de Vin , &c.
ainfi s'exprime-t'il de la flâme ténébreuſe
une fubftance , d'autant plus ou moins fubtile
, que les pores où elle eft filtrée , font
plus ou moins ferrés.
6. Que la matiere exprimée de la flâme
ténébreufe , eft une flâme de même fubftance
, mais d'autant plus ou moins lumineufe
& ardente , qu'elle a été plus ou moins fubtilifée
, fuivant que les pores où elle a été
filtrée , font plus ou moins ferrés .
7. Que c'eft la compreffion extrême &
univerfelle où eft la flâme ténébreufe , qui
opere cette filtration.
8. Que c'eft de cette même compreffion
que dérive l'élafticité de la flâme fubtile ou
lumineufe , laquelle étant dégagée des
parties homogénes où elle étoit enfermée
par le brifement de ces mêmes parties , trouve
du vuide , pour s'étendre dans les pores
de la flâme ténébreufe , laquelle étant plus
groffiere , a fes pores affés grands , pour y
recevoir la flâme fubtile.
9. Que conféquemment l'élafticité eſt
proportionnée à la ſubtilité de la flâme lumineufe,
10.
1996 MERCURE DE FRANCE.
10. Que les Corps ne font inflâmables &
combuftibles , que parce qu'il s'eft filtré dans
leurs parties matérielles de la flâme fubtilifée
par cette filtration , & qui en reffort par
fon élasticité , à mefure que les particules
qui la contenoient , font brifées ; tels font
le Nitre , le Souffre , le Bithume , le Bois ,
l'Huile , e.
11. Que le Soleil , la Lune , les Etoiles ,
& généralement tous les Aftres , ne font
autre chofe que des flâmes lumineufes &
ardentes .
12. Que la matiere qui produit ces flâmes
, n'eft autre chofe que le Souffre , le
Nitre , le Bithume , l'Huile , &c . dont les
Cercles afpiraux fimples ou doublés que par
courent ces flâmes , font imbibés ou impregnés.
13. Que la difference de lumiere ou de
lueur & ardeur, qui fe trouve entre ces flâmes
, ne provient que de celle qu'il y a entre
les pores de la matiere qui les produit.
14. Qu'à mefure que la matiere
qui produit
ces flâmes eft réduite en combuftion
,
elle eft remplacée par de ſemblable maticre
, dont les Cercles s'imbibent de nouveau.
15. Que ce remplacement fe fait par une
circulation continuelle de la flâme ténébreuſe
, laquelle eft chaffée & pouffée par
l'élafticité de toutes ces flâmes lumineufes ,
lef
SEPTEMBRE. 1744. 1997
lefquelles ayant leurs cours parallele à la
Ligne Equinoctiale , font prendre fon cours
à la flâme ténébreufe vers les deux Poles
Céleftes ,
16. Que comme la boëtte Célefte eft faite
en façon d'un OEuf , n'étant pas abfolument
ronde , à mesure que la flâme ténébreuſe ,
remplit ou compreſſe les Poles Céleſtes , elle
ne peut prendre d'autre cours que par le
centre où eft la Terre ; & c'eft aux approches
de la Ligne Terreftre que ces cours
Polaires fe rencontrent
, enforte que ne
pouvant rétrograder , ils ne font plus qu'un
feul cours , qui ne peut être que vers les
Aftres,où ils reprennent de nouveau le cours
de chaque Pole , & ainfi fueceffivement il
s'enfuit une circulation continuelle.
17. Que comme la flâme lumineuse ou ardente
ne confomme rien , ne faiſant
que
brifer & divifer les parties de la matiere qui
eft réduite en combustion , & que rien de ce
qui eft contenu dans la boëtte Célefte , ne
fçauroit en fortir ni fe perdre , il s'enfuit
que la matiere inflâmable , dont les Cercles
s'imbibent continuellement de nouveau , ne
fçauroit rien diminuer du volume de matiere
dont le Monde eft rempli .
18. Qu'à mesure que la matiere combufrible
des Cercles eft réduite en cendres , en
poulliere , en fumée , &c , ces mêmes cendres
,
1998 MERCURE DE FRANCE.
drés , cette même pouffiere , & c. font rap- гар-
portées par la même circulation à la Terre ,
où elles remplacent la matiere inflâmable ,
qui en eft continuellement féparée , en s'imbibant
dans la flâme ténébreufe , qui y circule
toujours.
19. Car de même que la Terre morte qui
a été dépouillée de fon Nitre ou Salpêtre ,
étant miſe dehors , s'imprégne de nouveau
-Salpêtre que la flâme ténébreufe y dépofe ,
en la traverfant par la circulation , ainſi la
flâme ténébreufe s'imbibe , en paffant par la
Terre , d'autant de matiere inflâmable qu'elle
en avoit dépofé , & les Cercles qu'elle
traverſe par la même circulation , en font
de même , s'imbibant d'autant de matiere
inflâmable , dont ils ont été dépouillés , &
qu'ils font capables d'en contenir , laquelle
ils reçoivent de la flâme ténébreuſe.
20. De même que fi on met dans une
Cuvette de l'Eau , de l'Huile & autres Liqueurs
, & qu'on imprégne de petites piéces
de Drap de chacune de ces Liqueurs , chaque
morceau de Drap ne s'imbibera dans la
Cuvette que de la même Liqueur dont il
étoit imbibé , & dont la glutinofité étoit
conforme , auffi chaque Cercle ne s'imbibet'il
que de la même matiere dont il avoit
été imprégné , & dont la glutinofité ſe trouve
de même nature ou pareille.
21.
SEPTEMBRE. 1744. 1999
21. Comme l'eau dans laquelle on fait
diffoudre du fel , s'en imbibe d'autant qu'elle
eft capable d'en contenir , après quoi elle
n'en peut plus diffoudre , auffi la Åâme ténébreuſe
, ainfi que les Cercles s'imbibentils
continuellement par la circulation d'au
tant de matiere inflamable , dont ils avoient
été dépouillés & qu'ils en peuvent contenir.
22. La prodigieufe quantité de matiere
inflâmable qui eft réduite en combuſtion
par tant de differens Cercles enflâmés, n'empêche
pas qu'il ne s'en trouve toujours la
même quantité pour la remplacer , parce
que cette matiere , brifée , en paffant par la
circulation dans tant de differens Cercles,
dont la chaleur eft differente , elle y reçoit
une nouvelle trituration & concoction , qui
la difpofent à recevoir fa premiere figure
d'inflamable , en paffant par la Terre .
23. Il s'enfuit donc que toutes les parties.
du Corps du Monde s'entretiennent mutuellement
par la circulation , & que la matiere
qui leur fert de nourriture , reçoit la même
trituration concoction & digeftion , de
-même que s'entretient le corps de l'Animal
irraifonnable , qui eft le feul dont l'Auteur
entend parler dans fon Ouvrage , comme
de la Vie materielle d'une Plante ou autre
Végétal : car pour l'Animal raifonnable
qui
2000 MERCURE DE FRANCE.
qui eſt l'Homme , dont la Vie n'eft pas materielle
, mais pure , fpirituelle , & qui vient
immédiatement de Dieu , il n'a garde de
toucher à ce qui eft purement Métaphysi
que , & dont il fe reconnoît fi indigne d'ap
procher.
24. Ainfi le Monde eft un grand Animal ,
& l'Animal eft un petit Monde , ne differant
entr'eux que par la grandeur & la fenfibilité
, la Vie Végétative de l'un & de l'autre
s'entretenant par les régles d'un feul &
même Méchanifme , qui confifte uniquement
dans la compreffion , où Dieu a mis la
Hâme ténébreufe dans la boëtte Célefte , car
cette compreffion caufe l'élafticité , & celleci
produit la circulation , & conféquem
ment le mouvement , qui eft le fiége de la
Vie , ou plutôt la Vie même du Corps mondain
& du Corps animal , ainfi c'eft cette
compreffion univerfelle de la flâme ténébreufe
qui eft le grand reffort , qui fait agir
toute la Nature.
25. Comme la matiere inflâmable eſt l'humide
radical , ou le Chyle qui entretient
dans les vaiffeaux de l'Animal , qui repréfentent
les Cercles du Corps mondain , la
Alâme fubtile , qui par fon élasticité produit
la circulation & le mouvement qui vivifie
materiellement l'Animal , eft une matiere
dont les pores
font plus groffiers ou moins
ferSEPTEMBRE.
1744. 2001
ferrés que ceux du Nitre , du Souffre , &c.
elle produit auffi une flâme moins fubtile, &
conféquemment moins ardente , laquelle fe
trouve proportionnée au tempérament de
l'Animal , & n'en peut brûler ni alterer les
parties , de même que la flâme ,produite par
l'Eau-de- Vie, ne brûle pas le linge.
26. Mais s'il s'engendre parmi le liquide
du corps Animal d'autre matiere , qui ait fes
pores plus ferrés que celle du Chyle ou de
l'humide radical , & qu'elle vienne à s'en-
Alâmer, la flâme qu'elle produira , étant plus
fubtile , occafionnera une circulation plus
rapide & plus ardente , conféquemment
une pulfation du poulx plus vive ; c'eft ce
que l'on nomme la fiévre , laquelle durera
autant qu'il y aura de cette matiere étrangere
difpofée à s'enflâmer ; & comme il faut
enfuite du tems , pour qu'il fe forme de
femblable matiere , & qu'elle s'enflâme de
nouveau , c'eft ce tems qu'on appelle l'intervalle
des accès .
27. Lorsque cette matiere étrangere commence
à s'enflâmer peu à peu , elle bouche
par fon élasticité les conduits , & empêche
la flâme naturelle ou du Chyle d'avoir fon
cours libre ; c'est ce qui occafionne les friffons
au commencement de la fiévre , qui durent
jufqu'à ce qu'il y ait une fuffifante
quantité de cette matiere étrangere, qui foit
D en2002
MERCURE DE FRANCE.
enflâmée
rapide.
, pour produire une circulation
28. Si l'Animal avale d'autre matiere
dont les pores foient groffiers , elle produira
une flâme moins fubtile , laquelle étant
mêlée avec celle qui occafionne la fiévre ,
en temperera l'ardeur & l'activité &
pourra la rendre conforme à la flâme naturelle
, & guerir le Malade ; mais fi la matiere
étrangere , qui produit la fiévre, eft tropabondante
, elle pourra fuffoquer par fon élafticité
la flâme naturelle ; enforte que l'accès
finiffant défaut de matiere étrangere
l'Animal fe trouvera fans flâme , conféquemment
fans circulation , fans mouvement
& fans vie.
par
29. Comme la flâme ténébreuſe eft univerfellement
compreffée dans la boëtte Célefte
, elle ne sçauroit avoir d'élafticité , n'y
ayant aucun vuide pour s'étendre ; mais la
Alâme fubtile trouve moyen de s'étendre
dans les pores de la flâme ténébreuſe , lefquels
font affés grands pour la recevoir :
c'eft pourquoi fi l'on bouchoit un four allumé
, la flâme feroit fuffoquée , dès qu'elle
feroit privée de la flâme exterieure , qui eft
la ténébreufe , qui lui fournit des pores.
pour s'étendre , & de même, dès que la flâine
fubtile du corps Animal a bouché les
pores de la flâme ténébreufe , il repouffe en
dehors celle-ci pour en refpirer de nouvelle
SEPTEMBRE. 1744. 2003
velle à la place , fans quoi la flâme naturelle
feroit fans action , ne pouvant s'étendre , &
l'Animal mourroit.
de tou-
30. Toutes les fermentations , en général ,
font le pur effet d'une matiere qui s'enflâme ,
auffi voit - on que lorfque les particules
du levain commencent à s'enflâmer , l'élafticité
de leur flâme fait peu à peu gon
fler la pâte, jufqu'à ce que la matiere du levain
ayant fini , la pâte s'affaiffe & reprend
fa premiere fituation . Il en eft de même du
Mouft ou Vin nouveau , ainfi que
tes fortes de fermentations , qui font plus
ou moins grandes & violentes , que la matiere
, qui s'enflâme , a fes pores plus ou
moins ferrés, d'où peuvent s'enfuivre l'efferveſcence,
& une infinité de Phénomenes qui
arrivent par le mêlange de certaines Liqueurs
, lefquels font expliqués naturellement
par ce principe , fans avoir recours à
des acides & à des alkalis chimeriques.
de 31. Puifque rien n'eft fi naturel que
concevoir , que la compreffion extrême où
Dieu a mis le fluide ou flâme ténébreufe
dans la boëtte Célefte , doit néceffairement
operer une filtration de la fubftance la plus
rafinée dans les pores de la matiere , où la
Alâme ténébreufe eft trop groffiere pour s'y
filtrer , que cette flame rafinée doit néceffairement
, à cauſe de la compreffion géné-
Dij
ra2004
MERCURE DE FRANCE.
rale , être élastique , dès qu'elle trouve une
efpece de vuide pour s'étendre dans les pores
de la flâme ténébreuſe , à mesure qu'elle
eft dégagée de la matiere où elle s'étoit filtrée
, par le briſement de fes parties , que
>
cette élasticité met néceffairement la matiere
en action & en mouvement il est donc
abfurde d'admettre aucune vertu dans la
matiere , pour expliquer les Phénomenes
& pour démontrer la caufe du mouvement
des Aftres & autres , ni de donner au feu
qui eft une matiere , la vertu ou propriété
d'échauffer, puifqu'il eft ridicule, encore un
coup , d'admettre quelque vertu ou propriété
dans la matiere , rien n'étant fi facile
à démontrer que ce n'eft point par une propriété
que le feu produit la chaleur , mais
par un pur eeffffeett ddee ll''ééllaaffttiicciittéé , comme on
le trouvera démontré par le nouveau Syftême
.
32. Si les Anciens Philofophes euffent
compris ce qui eft démontré dans le nouveau
Systême ; fçavoir , que la Lune eft une
pure flame , quelle eft la caufe de fa variation
à notre afpect , quelle eft celle de fes
taches invariables , & celle de fon Eclipfe
par l'abſence des rayons du Soleil , ils n'euffent
pas abandonné la raifon , pour fe livrer
à une opacité Lunaire , auſſi impoſſible
qu'elle eft abfurde,
33. C'eſt cependant de cette erreur où
l'on
SEPTEMBRE . 1744. 2005
l'on a demeuré enfeveli jufqu'à préfent, que
fe font engendrés Systêmes fur Systêmes, tous
contraires au fens & à la raifon , & qui pis
eft , à la Religion , pour la plûpart ; mais
comme l'erreur ne fçauroit être ſtable , tous
ces Systêmes erronnés fe font fucceffivement
détruits , & fe détruifent journellement les
uns les autres .
34. La feule Académie Royale des Sciences
, invariable dans fes fublimes lumieres ,
n'en a encore adopté aucun , regardant jufqu'à
préfent la Phyfique , comme enfevelie
dans les ténébres , & comme étant du moins
encore au berceau , comme le dit un Sçavant
Auteur Moderne * ; c'eſt par cette raifon
qu'elle eft obligée de propofer annuellement
des Prix pour l'explication des Phénomenes
les plus fimples , & que le nouveau
Systême mettroit un Villageois , même
fans étude , en état de les expliquer fur le
champ , fans héfiter .
35. En effet , l'homme le plus borné verra
dans le nouveau Systême, d'un feul trait, que
l'élafticité des flâmes Céleftes , dont le cours
eft parallele à la Ligne Equinoctiale , doit
néceffairement produire un cours de fluide
d'un Pole à l'autre , que ce cours doit produire
un flux d'environ fix heures , & fuc-
* M. Rollin , dans fon Extrait de l'Hift . des Egypt.
Carthag. &c. Edit. 1735. Tom, x111 . p. 75.
Diij ceffi2006
MERCURE DE FRANCE.
ceffivement un reflux , que les Marées doivent
être plus grandes aux Equinoxes qu'aux
Solftices , qu'elles doivent auffi être plus
hautes aux nouvelles & pleines Lunes qu'aux
Quadratures , que le flux & le reflux doivent
être conformes au cours journalier de
la Lune , qu'ils devoient arriver à differentes
heures fur les Côtes , & que celles du
Midi devoient l'avoir avant celles duNord ,
que dans les mêmes Lieux & à la même
heure , où les Marées font les plus hautes
en nouvelle & pleine Lune , elles devoient
être les plus baffes dans les Quadratures ,
que fans le flux & le reflux , le Monde finiroit
néceffairement , qu'il doit Y avoir des
cours variables dans la Mer , que le flux &
le reflux de la Méditerranée ne peut être
fenfible que dans l'embouchure de l'Euripe,
qui eft à fon Levant ; il verra enfin que
tous ces effets font produits par une feule
cauſe.
36. De cette même caufe , il concevra la
fource des vents & celle des rivieres & fontaines
, & l'explication de tous les Phénomenes
de l'Aimant.
37. Enfin on verra par ce nouveau Syftême
, qu'on n'a pas befoin d'avoir recours.
à tous ces prétendus miracles Philofophiques
, pour appercevoir diftinctement la
propagation & la vivification de l'Animal ,
celSEPTEMBRE.
1744. 2007
celles du Végétal , & la formation du Mineral.
L'Auteur refutera exactement les Objections
qui lui feront faites par le même Journal
public. Il avoit même le deffein de commencer
l'attaque , en mettant en pleine évidence
l'impoffibilité de l'opacité & folidité
de la Lune , & en prouvant tout de fuite
fa lumiere , mais il differera cet article pour
placer celui de l'Aimant.
Cette préférence qu'il donne à l'Aimant
provient de l'émulation qu'il a euë ,
voyant dans la Gazette de France du 23 Mai
1744 , que depuis 1742 , l'Académie des
Sciences n'ait pû parvenir à avoir aucun
Mémoire fuffifant fur ce fujet,& qu'elle foit
obligée d'en renvoyer fa décifion jufqu'en
1746.
1
Il y a déja long-tems que l'Auteur auroit
envoyé un Traité à l'Académie des Sciences
fur ce fujet , s'il n'avoit crû que fon
Ouvrage eut été imparfait , s'il n'eut prouvé
la caufe du cours d'un fluide d'un Pole à
F'autre , & c'est ce qu'il ne pouvoit faire
qu'en mettant au jour tout fon Systême.
Mais comme d'un côté , il a donné ici une
idée , du moins fuperficielle , de la caufe de
ce cours de fluide Polaire, & que de l'autre,
ce cours eft reconnu & n'eft conteſté
›
perſonne , l'Auteur va fur ce principe ex-
Diiij pliquer
par
2008 MERCURE DE FRANCE.
pliquer en détail tous les Phénomenes de
l'Aimant ; il le rend public , afin que fon
fentiment ayant effuyé pendant deux ans la
Critique & les objections du Public, l'Académie
des Sciences foit mieux à portée de
donner fa décision en 1746.
L'Auteur foûtient en premier lieu , que
l'Aimant étant une matiere , elle ne fçauroit
avoir ni vertu ni proprieté attractive , ni
autre, non plus que le Fer ni le Pole, ni aucune
autre forte de matiere .
Il s'agit d'examiner fi , fans s'écarter de
ce principe indubitable , on peut expliquer
quelle eft la caufe de la direction de l'Aiguille
Aimantée vers le Nord , à la difference
de toute autre matiere , & celle de
l'attraction du Fer par l'Aimant , qui eſt
exclufive de toute autre matiere , & enfin
la caufe de tous les autres Phénoménes de
l'Aimant.
L'explication de ces Phénomenes n'eft cependant
pas la Pierre Philofophale , car il
n'y a rien de furprenant ni de merveilleux ,
rien au contraire n'eft fi fimple , ni plus à la
portée de tout le monde. Voici donc de
quoi il s'agit.
Tout le mystere confifte à fçavoir que le
Fer eft un compofé de petites lamilles ,
couchées les unes fur les autres , à la difference
des autres matieres qui ont leurs Poles
droits ;
SEPTEMBRE. 1744. 2009
droits ; l'Analyfe que les Chymiftes ont
faite du Fer , qui eft imprimée , & qui n'eft
conteſtée , rend ce fait certain . pas
L'Aimant eft une matiere dont les pores
font extraordinairement plus ferrés que
ceux de toute autre matiere enforte
que le fluide Polaire n'y fçauroit pénétrer.
L'Aimant , dont on frotte l'Aiguille de
Fer , s'infinuant entre les petites lamilles qui
le compofent , en bouchent étroitement
tous les pores , & de même que l'on voit un
bâton mis en façon d'Aiguille Aimantée fur
un pivot dans le courant rapide d'un Ruiffeau
, ce bâton tournera toujours tandis que
l'eau le frappera obliquement , & il n'aura
d'affiette ftable que lorfque fa pointe regardera
la fource , de même qu'un Coq qui fert
de girouette au haut d'un Clocher , n'a de
ftabilité que lorfque la pointe de fon bec
regarde la fource du vent.
C'eft ainfi que le cours rapide du fluide
Polaire , ne pouvant traverfer l'Aiguille de
Fer , parce que l'Aimant en bouche les pores
, cette Aiguille ne peut avoir d'affiette
fixe , tandis que ce fluide la frappe obliquement
, & ne devient ftable que lorfque fa
pointe regarde la fource du fluide, qui vient
directement du Nord.
Comme deux Ruiffeaux qui auroient leur
fource oppofée , recevroient néceffairement
Dy de
2010 MERCURE DE FRANCE.
8
de la variation dans leur cours , lors de leur
rencontre , ainfi les deux cours de fluide
Polaire étant directement oppofés , & venant
à fe rencontrer aux environs de la Ligne
Equinoxiale , leur cours reçoit néceffairement
de la variation à leur rencontre , &
conféquemment l'Aiguille Aimantée ; c'eſt
ce que l'on nomme déclinaifon & inclinaifon
de l'Aiguille Aimantée , qui arrive aux
environs de la Ligne , plus ou moins près ,
fuivant la fituation où fe trouve le Soleil ,
par la raison qui en eft expliquée par le
Systême.
A l'égard de l'attraction , nous voyons par
expérience que la matiere qui a fes pores
très -ferrés , comme la Cire d'Eſpagne , le
Corail , & c. ne pouvant recevoir que le
plus fubtil de la flâme ténebreuſe , fi l'on
frotte cette matiere , on agite par conféquent
cette flâme fubtile , qui la pénetre ,
laquelle fortant & fe trouvant très rarefiée ,
donne moyen à la flâme ténébreufe de s'étendre
pour remplir cette rarefaction , enforte
qu'elle enleve avec elle la paille , le
fétu , qui en étcient pénetrés.
L'Aimant ayant les pores encore plus
ferrés que ces matieres , n'eft traversé que
par une flâme encore plus fubtile , & dont
la rarefaction eft encore plus grande
mais elle ne l'eft cependant pas affés , pour
enlever
SEPTEMBRE. 1744 2011
enlever le Fer , à caufe de fa pefanteur , elle
n'enleveroit même pas la paille , parce que
fa flâme étant infiniment fubtile , elle fe
gliffe dans les pores de la flâme ténébreuſe ,
fans violence & fans lui caufer d'agitation ,
ainfi celle- ci n'en peut donner à la paille ,
qui en eft remplie .
Il faut donc chercher une rarefaction
plus grande que ne l'eft celle qui fe trouve
dans la flâme qui pénetre l'Aimant , & qui
augmente la force de l'attraction .
En voici une expérience bien facile ; prenez
un fufil , bouchez-en la lumiere , rempliffez-
le d'eau , pliez le bout de la baguette
à la groffeur du calibre avec de l'étoupe de
filaffe , enfoncez- là dans le fufil jufqu'à un
pied du fond , il en tombera de l'eau , parce
que le canon eft trop plein , mais il reftera
de l'eau au-deffus du bouchon de la baguette
; agitez la baguette , comme pour nettoyer
le canon , en la retirant d'environ un
pied , il fe forme entre l'eau du fond &
celle d'au- deffus du bouchon , une rarefaction
qui eft comme une efpece de vuide.
Comme la flâme , dont la baguette eft remplie
, trouve moyen de s'étendre dans cette
efpece de vuide ou de rarefaction , vous ſentirez
une attraction fi violente , qu'à peine
aurez-vous la force de tenir la baguette , &
fi vous la lâchez , elle s'enfoncera avec tant
D vj de
2012 MERCURE DE FRANCE.
de violence , qu'elle enleveroit un poids de
plus de 20 livres , qui feroit attaché à l'autre
bout , & elle heurte avec force & avec
grand bruit contre l'eau du fond.
De-même que dans le cours rapide d'un
Ruiffeau , y mettant un caillou ou autre
maffe, que l'eau ne puiffe pas penetrer , l'eau
rejaillira contre & laiffera un vuide derriere
cette maffe ; c'eſt ainfi que le cours du
fluide Polaire ne pouvant pénétrer la Pierre
d'Aimant , rejaillit contre , & laille à l'oppofite
une espece de vuide ou rarefaction ,
qui augmente celle de la flâme fubtile , qui
pénetre l'Aimant , réciproquement celleci
augmente la premiere par le choc qu'elle
lui donne en fortant de l'Aimant , & c'est
à la faveur de cette rarefaction que la flâme
ténebreuſe , dont le fer eft rempli , trouve
moyen de s'étendre , & comme elle ne peut
facilement fe débarraffer d'entre ces couches
de lamilles de Fer , elle entraîne le Fer
avec elle , & c'eft là l'attraction du Fer.
Comme ce fluide , qui venant du Nord ,
rejaillit contre l'Aimant , comme s'il rétrogradoit,
ce fluide Polaire repouffe en arriere
la limaille de Fer , ce qui a fait croire que
l'Aimant avoit deux vertus magnétiques ,
l'une attractive & l'autre expulfive.
,
Lorfque la Pierre d'Aimant eft armée
c'eft-à- dire , qu'elle eft bordée de Fer aux
deux
SEPTEMBRE. 1744. 2013
・ツ
deux côtés , l'attraction en eft plus grande ,
parce que le fluide fubtil qui pénétre l'Aimant
, ne pouvant facilement pénétrer ces
couches de lamilles de fer , gliffe entre le
Fer & l'Aimant, & fort avec plus d'abondance
par les deux bouts de la ferrure ; c'eſt
pour cela que c'eſt à ces deux bouts que le
Fer s'accroche , parce que la rarefaction y
eft plus grande.
>
Ce Sujet demanderoit un plus ample détail
, tel qu'il eft dans le Systême nouveau
mais l'Auteur fe flate qu'il y en a affés ici
pour exciter la Critique & les Objections ,
dont la réfutation éclairera la matiere , au
point de pouvoir être décidée
par l'Académie
des Sciences.
Fermer
14
p. 115-121
OEuvres Physiques & Géographiques, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
SIMON le jeune, Imprimeur, qui a du zéle & du talent, vient de mettre au jour [...]
Mots clefs :
Système, Recueil, Thalès, Dissertations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OEuvres Physiques & Géographiques, Extrait, [titre d'après la table]
SIMON le jeune, Imprimeur, qui a du
zélé & du talent, vient de mettre au jour.
les OEuvres Physïques & Géographiques du
M. Pierquin Bachelier en Theologie & Curé
de Chastel en Champagne avec la vie deFAH-*
teur 1vol. in 12.
On apprend par la vie de l'Auteur que M.
Pierquin étoits un Curé de Campagne qui
employoit à composer des dissertations Physiques,
le tems que lui laissoient les soins
de son ministere, il a joué jusqu'en1732
un grand rôle dans les Journaux deVerdun
& de Trévoux, & il a mêmefiguré
quelquefois avec distinction dans le Mercure
de France.
Le premier morceau de ce recueil porte
le titre d'Astronomie de Thalès.
M. Pierquin trouvant des difficultés insolubles
dans tous les sistêmesmodernes, a formé
le dessein de ressusciter celui de Thalés ;.
entreprisequi exigeoitun courage qu'on ne
peut allezlouer. Thalés est le premier des
Grecsqui ait connu l'Astronomie, il a,k
116 MERCURE DEFRANCE ,
premier predit les Eclipſes de Soleil , il a
montré aux hommes à diriger la Navigation
par les Etoiles , il eſt le Fondateur de
la ſecte Ionique , il a eu long-tems des Admirateurs
& des Sectaires ; mais comme enfin
tout paſſe de mode , ſon ſiſtème étoit
tombé depuis bien des fiécles dans un difcredit
dont il ne ſe ſeroit jamais relevé ſans
les efforts de M. Pierquin.
il ſuffit d'avoir lu Diogene - Laerce
pour ſçavoir que ſuivant le ſiſteme de ce
Philofophe l'eau eſt le principe de l'Univers.
M. Pierquin n'eſt point un Diſciple
enthouſiaſte , qui embratſe aveuglement
les opinions de fon Maître , & qui donne
pour raiſon Magiſter dixit , il a vu judicieufement
qu'il y avoit beaucoup de choſes à
corriger au ſiſteme de Thales ,& il y a
travaillé avec application,
30
Cependant il eſt des reformes que M.
Pierquin auroit défirées ardemment& qu'il
n'a pu faire , il ſeroit à ſouhaiter , dit-il ,
» que les parties du Ciel n'euſſent point été
fouillées par tant de noms profanes , &
>> qu'on pût avec ſuccès tracer ſur le globe
» céleste les Images des Saints du vieux &
» du nouveau Testament , mais leal eſt
ſans remede.
30
Le grand nombre de changemens que
M. Pierquin a fait au ſiſteme qu'il reffufcite
DECEMBRE. 1744. 11
peuvent l'en faire regarder à bondroit comme
le Créateur , c'eſt ſur-tout le talent de
l'invention qui brille chez M. Pierquin ; s'il
paroît avoir emprunté de Deſcartes l'idée
des tourbillons , on voit bientôt par l'uſage
qu'il en fait , qu'il n'eſt ni Plagiaire ni Copifte.
ود
ככ
Il ſuppoſe à la vérité untourbillon qu'il
appelle » general parce qu'il renferme la
matiere dont tous les corps doivent être
>> compoſés , & même les trois élemens & la
>> fource de tous les étres materiels ; c'eſt -
à - dire une poudre ſubtile , des boules
étherées & une multitude inombrable de
>> parties branchuës.
06
Voilà les trois Elemensde Deſcartes , mais
M. Pierquin ne doit qu'à lui - meme le tourbillon
general , les parties branchuës font
pouffées vers la circonférence du tourbillon
general& ellesy forment cette croute immen-
Se quise nomme Firmament , croute d'une epaifſeur
extrême , puiſque les montagnes celestes ,
s'y tiennent toutes par le pied , & que néanmoins
elles ſubſiſtent depuis tant de fiecles , fans
qu'elles foit effondrée en quelque endroit du
moins sensible.
Nous ne nous étendrons pas davantage
fur le ſiſteme de M. P. , on peut dire à la
louange que quoiqu'il ait été publié en 1937
par parties dans les Journaux de Verdun ,
18 MERCURE DE FRANCE.
cependant aucun des Neutoniens n'a oſé attaquer
M. Pierquin , qui eſt mort maître du
champ de battaille & fans avoir été
entamé par l'ennemi.
On trouve à la ſuite un abrégé de Géographie
très-fuccint& peut-être trop . Bien !
des Lecteurs ne ſe contenteront pas de ſçavoir
pour toute inſtruction , ſur l'Angleterre
par exemple , qu'on ne voit point de Loups
dans cette Ifle ; qu'il y a beaucoup de Chevaux
en Dannemark ; que Malthe produit
des Roſes d'une odeur raviffante , & que
la Candie donne des citrons gros comme la
tête d'un homme .
Pluſieurs Differtations inſerées dans ce Recueil
, repondent parfaitement à l'idée que
le Lecteur doit s'être forméede la capacité
de M. Pierquín.
L'aurore Boreale du 19 Octobre 1726
parut à notre Auteur un objet digne de ſes
recherches ; il enrichit au mois de Janvier
fuivant le Journal de Verdun d'une Differtation
ſur ce ſujet , mais on ne laiſſa pas
cette fois M. Pierquinjouir tranquillement
de ſa gloire : le P. Emanuel de Viviers Capucin
entra en lice , M. Pierquin ſe défendit
avec courage; cette querelle occafionna
trois Differtations de part & d'autre ,
-toutes les fix font imprimées dans ce recuei ,
DECEMBRE. 1744 . my
nous n'entreprendrons point de décider cette
importante queſtion , ni de juger de la conteſtation
que l'Auteur eut après avec M.
Capperon ancienDoyen de ſaint Maxent ,
ſur la formation des pierres precieuſes ,
camayeux & coquillages. Suivant la coutume
des Sçavans , les deux Adverſaires ſe traiterent
comme font les Heros d'Homere ,
&ornerent de doctes injures leurs raiſonnemens
profonds , & ténébreux.
?
Nous nous hâtons de paſſer à une des
plus curieuſes Differtations de ce Recueil ,
elle roule ſur l'évocation des Morts , l'Auteur
prouve très - bien que la Nécromantie eſt
un art déteſtable ; que le Diable n'a point
- le pouvoir de faire apparoître les Morts
& que c'eſt à des ſecrets pareils à celui de
la Lanterne magique qu'on doit attribuer
tous les tours de paſſe paſſe des Devins.
On trouve à ce propos une explication trèsbien
détaillée de cette Lanterne magique ,
c'étoit ici ſa vraie place , cette Differtation
eſt ſuivie d'une autre qui n'eſt pas moins intéreſſante
ſur les Lutins & les Farfadets,
M. Pierquin qui a examiné les faits avec
- attention , convient qu'il a paru des Fantômes
ſur la terre avant la venie de J. C,
mais il pretend qu'il n'en eſt plus queſtion
depuis la prédication de l'Evangile ; il prous
:
:
+
120 MERCURE DE FRANCE.
ve très-bien que les Contes que l'on fait au
ſujet des Eſprits folets , fantômes &c. doivent
être mis au rang des Fables.
ce
>>Notre imagination , dit-il , ne peut ſe
>> repreſenter toutes les douleurs que fouffrent
les Anges malheureux , cependant
>> des Diables qui font mille fingeries ne
donnent - ils pas à comprendre que la
>> vengeance du Seigneur ne les accable pas
toujours. Ainſi lesDemons ne peuvent s'é-
১১
>> riger en Efprits folets.
...
L'Auteur n'eſt pas plus credule ſur le Sabat
, nous apprenons de lui , qu'il n'y en a
point. >> Mais que certains Sorciers pour
20 courir avec plus de viteſſe ſans laffitude ,
» ſe frotent avec un onguent compoſée d'a-
>> xonge humaine , de Mandragore pulveri-
> ſée , de jus d'Ache , de Pavots , de Panets
>> ſauvages & de quelques autres herbes
>> ſemblables , mais que bien loin d'être en-
>> levés par la cheminée &de courir en l'air
ככ
,
fur un manche à balai , ils s'endorment. >>>
M. Pierquin ne croit pas non plus que les
Sorciers & les Magiciens puiſſent changer la
figure naturelle des autres hommes , cette
erreur eſt doctement & foigneufement refutée.
On trouve encore dans ce recueil , plufieurs
autres Diſſertations auſſi curieuſes.Telle
eſt celle où l'on explique pourquoi le cocq
chan
DECEMBRE. 1744. 121
chante le matin , nous exhortons les Lecteurs
à lire ces choſes dans le livre mente.
zélé & du talent, vient de mettre au jour.
les OEuvres Physïques & Géographiques du
M. Pierquin Bachelier en Theologie & Curé
de Chastel en Champagne avec la vie deFAH-*
teur 1vol. in 12.
On apprend par la vie de l'Auteur que M.
Pierquin étoits un Curé de Campagne qui
employoit à composer des dissertations Physiques,
le tems que lui laissoient les soins
de son ministere, il a joué jusqu'en1732
un grand rôle dans les Journaux deVerdun
& de Trévoux, & il a mêmefiguré
quelquefois avec distinction dans le Mercure
de France.
Le premier morceau de ce recueil porte
le titre d'Astronomie de Thalès.
M. Pierquin trouvant des difficultés insolubles
dans tous les sistêmesmodernes, a formé
le dessein de ressusciter celui de Thalés ;.
entreprisequi exigeoitun courage qu'on ne
peut allezlouer. Thalés est le premier des
Grecsqui ait connu l'Astronomie, il a,k
116 MERCURE DEFRANCE ,
premier predit les Eclipſes de Soleil , il a
montré aux hommes à diriger la Navigation
par les Etoiles , il eſt le Fondateur de
la ſecte Ionique , il a eu long-tems des Admirateurs
& des Sectaires ; mais comme enfin
tout paſſe de mode , ſon ſiſtème étoit
tombé depuis bien des fiécles dans un difcredit
dont il ne ſe ſeroit jamais relevé ſans
les efforts de M. Pierquin.
il ſuffit d'avoir lu Diogene - Laerce
pour ſçavoir que ſuivant le ſiſteme de ce
Philofophe l'eau eſt le principe de l'Univers.
M. Pierquin n'eſt point un Diſciple
enthouſiaſte , qui embratſe aveuglement
les opinions de fon Maître , & qui donne
pour raiſon Magiſter dixit , il a vu judicieufement
qu'il y avoit beaucoup de choſes à
corriger au ſiſteme de Thales ,& il y a
travaillé avec application,
30
Cependant il eſt des reformes que M.
Pierquin auroit défirées ardemment& qu'il
n'a pu faire , il ſeroit à ſouhaiter , dit-il ,
» que les parties du Ciel n'euſſent point été
fouillées par tant de noms profanes , &
>> qu'on pût avec ſuccès tracer ſur le globe
» céleste les Images des Saints du vieux &
» du nouveau Testament , mais leal eſt
ſans remede.
30
Le grand nombre de changemens que
M. Pierquin a fait au ſiſteme qu'il reffufcite
DECEMBRE. 1744. 11
peuvent l'en faire regarder à bondroit comme
le Créateur , c'eſt ſur-tout le talent de
l'invention qui brille chez M. Pierquin ; s'il
paroît avoir emprunté de Deſcartes l'idée
des tourbillons , on voit bientôt par l'uſage
qu'il en fait , qu'il n'eſt ni Plagiaire ni Copifte.
ود
ככ
Il ſuppoſe à la vérité untourbillon qu'il
appelle » general parce qu'il renferme la
matiere dont tous les corps doivent être
>> compoſés , & même les trois élemens & la
>> fource de tous les étres materiels ; c'eſt -
à - dire une poudre ſubtile , des boules
étherées & une multitude inombrable de
>> parties branchuës.
06
Voilà les trois Elemensde Deſcartes , mais
M. Pierquin ne doit qu'à lui - meme le tourbillon
general , les parties branchuës font
pouffées vers la circonférence du tourbillon
general& ellesy forment cette croute immen-
Se quise nomme Firmament , croute d'une epaifſeur
extrême , puiſque les montagnes celestes ,
s'y tiennent toutes par le pied , & que néanmoins
elles ſubſiſtent depuis tant de fiecles , fans
qu'elles foit effondrée en quelque endroit du
moins sensible.
Nous ne nous étendrons pas davantage
fur le ſiſteme de M. P. , on peut dire à la
louange que quoiqu'il ait été publié en 1937
par parties dans les Journaux de Verdun ,
18 MERCURE DE FRANCE.
cependant aucun des Neutoniens n'a oſé attaquer
M. Pierquin , qui eſt mort maître du
champ de battaille & fans avoir été
entamé par l'ennemi.
On trouve à la ſuite un abrégé de Géographie
très-fuccint& peut-être trop . Bien !
des Lecteurs ne ſe contenteront pas de ſçavoir
pour toute inſtruction , ſur l'Angleterre
par exemple , qu'on ne voit point de Loups
dans cette Ifle ; qu'il y a beaucoup de Chevaux
en Dannemark ; que Malthe produit
des Roſes d'une odeur raviffante , & que
la Candie donne des citrons gros comme la
tête d'un homme .
Pluſieurs Differtations inſerées dans ce Recueil
, repondent parfaitement à l'idée que
le Lecteur doit s'être forméede la capacité
de M. Pierquín.
L'aurore Boreale du 19 Octobre 1726
parut à notre Auteur un objet digne de ſes
recherches ; il enrichit au mois de Janvier
fuivant le Journal de Verdun d'une Differtation
ſur ce ſujet , mais on ne laiſſa pas
cette fois M. Pierquinjouir tranquillement
de ſa gloire : le P. Emanuel de Viviers Capucin
entra en lice , M. Pierquin ſe défendit
avec courage; cette querelle occafionna
trois Differtations de part & d'autre ,
-toutes les fix font imprimées dans ce recuei ,
DECEMBRE. 1744 . my
nous n'entreprendrons point de décider cette
importante queſtion , ni de juger de la conteſtation
que l'Auteur eut après avec M.
Capperon ancienDoyen de ſaint Maxent ,
ſur la formation des pierres precieuſes ,
camayeux & coquillages. Suivant la coutume
des Sçavans , les deux Adverſaires ſe traiterent
comme font les Heros d'Homere ,
&ornerent de doctes injures leurs raiſonnemens
profonds , & ténébreux.
?
Nous nous hâtons de paſſer à une des
plus curieuſes Differtations de ce Recueil ,
elle roule ſur l'évocation des Morts , l'Auteur
prouve très - bien que la Nécromantie eſt
un art déteſtable ; que le Diable n'a point
- le pouvoir de faire apparoître les Morts
& que c'eſt à des ſecrets pareils à celui de
la Lanterne magique qu'on doit attribuer
tous les tours de paſſe paſſe des Devins.
On trouve à ce propos une explication trèsbien
détaillée de cette Lanterne magique ,
c'étoit ici ſa vraie place , cette Differtation
eſt ſuivie d'une autre qui n'eſt pas moins intéreſſante
ſur les Lutins & les Farfadets,
M. Pierquin qui a examiné les faits avec
- attention , convient qu'il a paru des Fantômes
ſur la terre avant la venie de J. C,
mais il pretend qu'il n'en eſt plus queſtion
depuis la prédication de l'Evangile ; il prous
:
:
+
120 MERCURE DE FRANCE.
ve très-bien que les Contes que l'on fait au
ſujet des Eſprits folets , fantômes &c. doivent
être mis au rang des Fables.
ce
>>Notre imagination , dit-il , ne peut ſe
>> repreſenter toutes les douleurs que fouffrent
les Anges malheureux , cependant
>> des Diables qui font mille fingeries ne
donnent - ils pas à comprendre que la
>> vengeance du Seigneur ne les accable pas
toujours. Ainſi lesDemons ne peuvent s'é-
১১
>> riger en Efprits folets.
...
L'Auteur n'eſt pas plus credule ſur le Sabat
, nous apprenons de lui , qu'il n'y en a
point. >> Mais que certains Sorciers pour
20 courir avec plus de viteſſe ſans laffitude ,
» ſe frotent avec un onguent compoſée d'a-
>> xonge humaine , de Mandragore pulveri-
> ſée , de jus d'Ache , de Pavots , de Panets
>> ſauvages & de quelques autres herbes
>> ſemblables , mais que bien loin d'être en-
>> levés par la cheminée &de courir en l'air
ככ
,
fur un manche à balai , ils s'endorment. >>>
M. Pierquin ne croit pas non plus que les
Sorciers & les Magiciens puiſſent changer la
figure naturelle des autres hommes , cette
erreur eſt doctement & foigneufement refutée.
On trouve encore dans ce recueil , plufieurs
autres Diſſertations auſſi curieuſes.Telle
eſt celle où l'on explique pourquoi le cocq
chan
DECEMBRE. 1744. 121
chante le matin , nous exhortons les Lecteurs
à lire ces choſes dans le livre mente.
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15
p. 7-30
IDÉES DES PROGRÈS De la Philosophie en France.
Début :
La Philosophie est de toutes les sciences celle qui a fait les progrès les plus [...]
Mots clefs :
Philosophie, France, Progrès, Esprit, Système, Newton, Descartes, Physique, Nature, Philosophes, Géométrie, Découvertes, Observations
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texteReconnaissance textuelle : IDÉES DES PROGRÈS De la Philosophie en France.
IDÉE DES PROGRES
Les
De la Philofophie en France.
a
A Philofophie eft de toutes les fciences
celle qui a fait les progrès les plus
rapides de nos jours ; les autres connoif-
Lances n'ont pas été portées à un dégré de
perfection plus haut que dans les beaux
fécles de la Grece & de Rome. Les reffources
de l'art font bornées ; l'efprit humain
ne faifant que fe replier fur lui - même ,
a bientôt parcouru la petite fphere de fes
idées , & trouvé les limites que la main
éternelle a prefcrites à fon activité. Au
lieu que la nature eft un abyfme où l'oeil
du Philofophe fe perd fans en trouver jamais
le fond ; c'eft une carriere immenfe
& dont l'immenfité femble augmenter à
mefure qu'on y pénétre plus avant . Les
Philofophes modernes , qui femblent avoit
marché à pas de géans dans cette carriere
, & qui ont laiffé les anciens fi
loin derriere eux , n'ont fait que nous
montrer le but ; les nouvelles lumieres
qu'ils ont portées dans la nuit de la nature
n'ont pas été affez vives pour nous conduire
à la vérité , & n'ont guere fervi qu'à
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
nous éclairer fur l'intervalle énorme qui
nous en féparoit encore. Mais fi le méchanifme
de l'univers eft toujours un fecret
pour nous , du moins pouvons- nous
nous flatter d'être fur la bonne route pour
le découvrir ou pour fentir l'impoffibilité
d'y réuffir. Les François ne font pas ceux
qui ont eu le moins de part aux progrès
de la philofophie ; le grand Defcartes qui
a fi bien mérité d'en être appellé le pere ,
a ouvert le premier la carriere , & a fervi
de guide aux philofophes qui l'ont fuivi .
On fçait affez le defpotifme avec lequel
la philofophie d'Ariftote regnoit fur les
bancs de l'école ; le fanatifme pour fes décifions
étoit monté au plus haut point de
l'extravagance ; on ne cherchoit plus à
concilier fes principes avec les phénomenes
de la nature qui les contredifoient ,
c'étoit les phénomenes que l'on vouloit
adapter à ces principes. Quelques bons efprits
avoient connu les abfurdités du péripatetime
, & avoient fait de vains efforts
pour en réformer les abus : cette philofophie
qu'on avoit eu raifon d'admirer
dans des fiécles d'engourdiffement & de
barbarie de l'efprit humain , avoir été
confacrée par le tems , l'ignorance & le
pédantifme. Bacon parut ; ce grand homme
vit les entraves que cette fuperfti
DECEMBRE . 1754.
tion ridicule mettoit à la raifon ; il ofa
propofer de refondre le fyftême des connoillances
humaines , & démontra la néceffité
d'une nouvelle méthode pour étudier
la nature. Ce que l'illuftre Anglois
n'avoit fait qu'entrevoir , Defcartes l'exécuta
: il détruifit de fond en comble le péripatétifme
, & chercha à élever un nouveau
fyftême fur d'autres fondemens.
Il n'y avoit alors que l'aftronomie & les
mathématiques qui fuffent cultivées avec
fuccès , les autres parties de la philofophie
étoient prefque abandonnées ; d'ailleurs
elles étoient entierement détachées
les unes des autres , & traitées féparément :
un aſtronome n'étoit qu'aftronome , un
géometre n'étoit que geometre , un médecin
n'étoit que médecin , un métaphyficien
n'étoit rien . Defcartes apperçut les
rapports qui lioient ces différentes connoiffances
, & les fecours qu'elles devoient fe
prêter l'une à l'autre ; il rapprocha ces
membres épars , & n'en fit qu'un feul corps
de fcience.
Il appliqua l'algebre à la géométrie , &
la géométrie à la phyfique : c'est à cette
idée fublime , à ce coup de génie qu'il faut
rapporter les progrès étonnans qu'on a fait
dans les fciences phyfico-mathématiques.
On peut dire qu'il a créé la métaphysique ,
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
par la diftinction auffi fimple que lumineu
fe des deux fubſtances ; diſtinction qui
anéantit les difputes frivoles & ridicules
des métaphyficiens fcholaftiques fur la nature
de l'ame , & par fon admirable méthode
, à laquelle nous devons peut- être
cet efprit philofophique qui s'eſt développé
dans fon fiécle , & a fait des progrès fi
fenfibles dans le nôtre. Il a pris la géomé
trie où les anciens l'avoient laiffée , & en
a reculé bien loin les limites . Enfin il 2
répandu une nouvelle lumiere par- tout ;
mais elle n'a guere fervi qu'à ceux qui
font venus après lui , & ne l'a pas empêché
de s'égarer. Il auroit deviné la nature
fi elle avoit pû fe deviner ; mais il
falloit l'obferver , & il n'en a pas eu le
tems fes erreurs appartiennent à la foi
bieffe de l'humanité & à l'ignorance de fon
fiécle ; mais fes découvertes ne font qu'à
lui ainfi en abandonnant fes idées fauffes
, refpectons toujours fon génie , admi
rable même lorfqu'il s'eft trompé . L'hy
pothefe brillante des tourbillons , fi célé→
bre , fi combattue , & fi bien détruite par
les nouvelles obfervations , ne feroit fûrement
pas entrée dans la tête d'un hommemédiocre
; fon fyftême fur l'ame des bêtes ,
regardé communément comme une plaifanterie
, & ridicule aux yeux de bien des
DECEMBRE. 1754 .
gens , eft à mon avis une idée plus férieufe
, & qui s'étend plus loin qu'on ne penfe ,
lorfqu'on la confidere dans tous fes rapports
: demandez- le à Bayle , & au médecin
Lami.
Je me fuis beaucoup étendu fur Defcartes
, parce qu'on commence à oublier
tout ce qu'on lui doit. Comme la plupart
de fes ouvrages ne font plus d'une grande
utilité , parce qu'on a été plus loin que
lui , on ne fe fouvient plus que fans lui ,
peut-être on feroit encore dans les ténébres.
Lorfqu'il a paru , la philofophie étoit
une terre en friche : elle n'a pas produit
beaucoup de fruits fous fes mains ; mais il
en a arraché les ronces , il l'a préparée , &
a appris à là rendre féconde : en eft - ce trop
peu pour mériter notre reconnoiffance ?
Je ne peux m'empêcher de le regarder comme
un homme rare , qui fubjugué par l'impulfion
du génie , étoit né pour faire une
révolution , & dont les découvertes feront
une des plus brillantes époques de l'hiftoire
de l'efprit humain.
Gaffendi , contemporain de Descartes",
mérite auffi une place honorable dans l'hiftoire
de la philofophie , quoiqu'il n'ait pas'
travaillé avec beaucoup de fuccès pour elle.
Né avec un génie extrêmement méthodique
& une fagacité peu commune , il fue
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
révolté , comme Defcartes , des abfurdités
de la fcholaftique : il la combattit avec vivacité
, & voulut relever le fyftême d'Epicure
, pour l'établir fur les débris de celui
d'Ariftote . Il employa beaucoup d'adreffe
& de fubtilité pour expliquer la
formation & la confervation de l'univers
par le mouvement direct & la déclinaifon
des atômes . Il donna à cette hypotheſe un
vernis d'orthodoxie , & toute la probabi
lité dont elle étoit fufceptible ; mais cette
fecte des atomiftes modernes ne fut pas
nombreuſe ; chimere pour chimere , on
garda celle qui étoit déja établie , quoique
plus abfurde encore .
Le cartéfianifme n'eut pas le même fort ,
parce qu'il étoit mieux fondé ; il fit une
fortune étonnante dans toute l'Europe , il
eut les adverfaires & les fectateurs les plus
diftingués ; il fut profcrit en France , rétabli
enfuite , & adopté avec empreffement
dès qu'il fut mieux connu .
Mrs Rohault & Regis furent les premiers
qui le profefferent en France , & ils
le firent avec un fuccès & des applaudiffemens
finguliers. Mais le plus illuftre partifan
de Defcartes fut fans doute le P. Malebranche
, de l'Oratoire , phyficien , géometre
, & plus grand métaphyficien encore
; il ne prit que les principes de fon
2
I
a
DECEMBRE. 1754. 13
maître , & s'en fervit en homme de génie.
Il adopta fon fyftême des tourbillons ,
après y avoir reformé beaucoup de choſes ,
& le défendit avec vigueur. Dans la métaphyfique
il alla beaucoup plus loin que
Defcartes ; fes principes le conduifirent à
nier l'existence des corps , & s'il l'admit ,
ce fut parce que l'Ecriture Sainte le lui enfeignoit
: quelque finguliere que foit cette
conclufion , on ne peut prefque pas douter
qu'il n'ait été de la meilleure foi du monde .
Il prétendit démontrer que nous nepouvions
pas voir les objets hors de nous , encore
inoins dans nous , & que nous ne pouvions
les appercevoir que dans Dieu. Il étaya ces
idées abftraites de la métaphyfique la plus
fubtile, d'une élocution pleine de force & de
nobleffe , & de l'imagination la plus brillante
: mais malgré ces avantages , la profondeur
&l'obfcurité de fes idées garantirent de
la féduction. Il faut une grande contention
d'efprit & un grand goût de métaphyfique
pour le fuivre dans fes fpéculations ; ce
font des espéces de points indivisibles , dit M.
de Fontenelle : fi on ne les attrappe pas toutà-
fait jufie , on les manque tout - à -fait . Aufli
le P. Mallebranche fe plaignit-il beaucoup
de n'être pas compris par ceux qui le critiquoient.
On fçait que M. Arnaud attaqua
fon fyftême avec un acharnement des
14 MERCURE DE FRANCE.
moins philofophiques . M. Arnaud ne m'en.
tend pas , difoit Mallebranche : cb qui voulez
- vous donc qui vous entende ? lui répondit-
on .
Le mallebranchifme a fait naître la fecte
des immatérialistes , fort peu reçue en France
, mais qui a fait plus de progrès en Angleterre
; ces philofophes nient l'existence
de la matiere , telle que nous la concevons
, & même fa poflibilité ; les illufions
des fens font leur grand argument : ils
prouvent très-bien que les qualités que
nous regardons comme inhérentes aux
corps , telles que la couleur , l'étendue ,
&c. ne font que de pures idées de notre
ame, qui n'exiftent point hors d'elle , & qui
n'ont aucune analogie avec la nature des
objets qui les excitent en nous. Les dialogues
de Berkeley , ouvrage fingulier , où
Fon trouve une logique fubtile avec beaucoup
de fimplicité , font voir combien ce
fyftême eft féduifant, quelque abfurde qu'il
paroiffe au premier coup d'oeil , & combien
font preffans les argumens fur lef- ,
quels il est établi. Quelques-uns pouffent
encore ces idées plus loin , & prétendent
que chaque individu n'eft fûr que de fa
propre exiftence , & qu'il pourroit avoir
routes les idées & les fenfations dont il eft
affecté , fans qu'il y eût aucun autre être
DECEMBRE. 1754. 15
hors de lui ; c'eft la fecte des Egorftes : quel
que inacceffible qu'elle foit aux traits de
la métaphyfique , elle révolte trop les notions
les plus fimples pour trouver beaucoup
de fectateurs.
M. de Fontenelle a peut-être mieux mérité
de la philofophie que beaucoup de
ceux qui l'ont enrichie de découvertes. On
ne voit que des dévots qui dégoûtent de la dévotion
, dit un de nos moraliſtes. Avant
M. de Fontenelle on voyoit des philofophes
qui dégoûtoient de la philofophie ;
il fit voir que ce n'étoit pas la faute de la
philofophie : il la dépouilla de cet air fauvage
qui la rendoit fi peu trairable ; il l'embellit
des graces de fon imagination , & il
fit naître des fleurs où l'on ne foupçonnoit
que des épines : fon livre de la pluralité
des mondes eft un monument qui lui
fera autant d'honneur qu'à l'efprit de la
nation.
Qu'on me permette une digreffion à
laquelle je ne peux me refufer , & que
l'efprit de patriotifme m'arrache. Il y a
long- tems qu'on accufe les François d'être
legers & fuperficiels , & de ne faire qu'effleurer
les fciences : les Anglois , dit- on ,
font bien plus philofophes que nous : pourquoi
? parce qu'ils traitent la philofophie:
d'un air grave & ferieux. Et moi je crois
"
16 MERCURE DE FRANCE.
que nous le fommes pour le moins autant
qu'eux , précisément parce que nous la traitons
légèrement ; il faut polléder bien nettement
une matiere philofophique , pour la
dégager des termes barbares , des idées abtrules
, & des épines du calcul fous lef
quels d'autres font obligés de l'envelopper
, & pour la réduire à un raifonnement
fimple , à des images fenfibles , & aux expreflions
les plus communes , pour lui prêter
même des ornemens : c'est ce que M.
de Fontenelle , & d'autres après lui ont fait
avec fuccès. Il y a des gens qui croyent
que la féchereffe eft effentielle aux ouvra
ges fcientifiques , comme il y en a eu jadis
qui ne croyoient pas qu'on pût être philofophe
fans avoir une barbe fale & un
manteau déchiré. Cet efprit de fuperficie
qu'on nous reproche , n'eft que le vernis de
nos ouvrages qui ne nuit point à leur folidité.
La raifon toute nue a fouvent l'air
rebutant ; nos écrivains la rendent aimable
en la parant de fleurs : c'eft le vaſe dont
on frotte les bords de miel , pour faire ava
ler à un enfant un reméde falutaire : aux
yeux du philofophe , les hommes ordinaires
font- ils autre chofe que des enfans ?
Le cartéfianifme commençoit à être reçu
affez généralement , fur tout en France
lorfque le newtonianiſme parut , & vint
DECEMBRE. 1754. 17
partager les efprits. Comme les ouvrages
de Newton paroiffoient inacceffibles fans le
fecours de la plus fublime géométrie , fon
fyftême ne fut pas répandu d'abord , & refta
quelque tems entre les mains de quelques
adeptes. M. de Maupertuis a été le premier
qui en a donné quelques effais dans
notre langue ; mais il étoit réfervé à un
homme qui ne s'étoit fait qu'un jeu de la
phyfique & de la géométrie , de le produire
au grand jour c'eft M. de Voltaire . Il
donna fes Elémens de la philofophie de Newton
, ouvrage écrit avec la précifion , l'élégance
& la netteté qui lui font propres.
Ce livre fit une fenfation prodigieufe , &
par le nom de l'Auteur , & par les nouveautés
philofophiques qu'il mettoit fous
les yeux du public. D'abord les géometres
que M. de V. humilioit , & les beaux efprits
qu'il avoit humiliés dès long - tems ,
fe déchaînerent à l'uniflon contre lui ; il
paroiffoit inconcevable qu'un homme qui
avoit fait de beaux vers pût être géometre
& phyficien : on ne peut pas mieux
parler , difoit-on , de ce qu'on n'entend
pas ; comme fi l'efprit , en philofophie ,
pouvoit fuppléer aux lumieres. Pour apprécier
le mérite de cet ouvrage & la prévention
ridicule de certaines gens qui ne
font pas même en état de le lire , il faut
18 MERCURE DE FRANCE.
jetter les yeux fur les critiques qu'on en
fit dans le tems. Cette multitude de fautes
énormes qu'on devoit mettre au grand jour ,
fe réduisirent à des erreurs légeres , à quelques
mauvaifes épigrammes , à des ob
jections vagues , & dont la plupart tomboient
fur Newton , & non pas fur M. de
Voltaire . D'ailleurs quand il n'auroit pas
bien faifi Newton dans quelques détails ,
quel eft le phyficien qui puiffe fe flatter
de ne l'avoir jamais manqué : Le reproche
le mieux fondé qu'on ait fait à M. de Voltaire
, c'est peut-être fur la maniere peu
avantageufe dont il a parlé de Deſcartes :
je ne peux pas mieux faire que de rapporter
ici quelques reflexions du P. Caftel à
ce fujet ( Mem. de Trev . Octob. 1739. )..
» M. de Voltaire a fi fort honoré notre
» nation par fes propres talens , qu'elle
peut bien lui pardonner le peu d'hon .
neur qu'elle lui enleve en rabaiffant
» Defcartes. En faveur de M. de Voltaire
» poëte , on devroir juger moins rigoureu-
» fement M. de Voltaire philofophe ; &
»en prenant les chofes du bon côté , en-
>>core eft- ce une louable entrepriſe d'avoir
» ofé s'enfoncer i avant dans des matie-
» res fi épineufes , au mépris de toutes ces
» fleurs qu'il pouvoit s'amufer à cueillir fi
agréablement , & toujours prêtes à éclore
ود
DECEMBRE . 1754 IS
fous fa main ; & n'eft-ce rien que la célébrité
qu'il a donnée à la philofophie ,
» & par conféquent aux philofophes ; l'oc-
» cafion même qu'il donne aux cartéfiens
de triompher du grand Newton ?
Le Newtonianifme une fois mis au
grand jour , fit fur les efprits des impreffions
bien différentes ; il fut adopté des
ans & attaqué par d'autres avec une égale
vivacité. Comme il battoit en ruine le cartéfianifme
, les Carréfiens fe mirent fur la
défenfive . M. Privat de Molieres , bon géometre
& affez fubtil phyficien , fut celui
qui défendit les tourbillons avec le plus de
faccès : il fentit bien qu'ils étoient en défaut
dans beaucoup de phénomenes , & il les réforma
en habile homme ; il les adapta aux
nouvelles expériences avec adreffe , & ii
fit fervir à confirmer fon fyftême les mê
mes obfervations que les Newtoniens apportoient
pour le détruire. Malgré tous
fes efforts cependant , les tourbillons tom
berent dans un difcrédit total , & on peut
dire qu'ils ont pouffé les derniers foupirs
entre les mains de M. de Fontenelle , dont
la Théorie des tourbillons fera vraisemblablement
le dernier ouvrage qu'on fera en leur
faveur.
Quelque abfurdités métaphyfiques que
le Newtonianifme entraîne après lui , on
20 MERCURE DE FRANCE.
ne peut nier que ce fyftême ne foit bien
féduifant ; il ſemble n'être fondé que fur
des faits & des démonftrations. La facilité
admirable avec laquelle il explique les mouvemens
des corps céleftes & beaucoup de
phénomenes julques- là inacceffibles , la fineffe
& la mutitude des obfervations qui en
font la bafe , & un grand étalage de calcul ,
en ont impofé ; on n'a pas voulu voir l'illufion
de quelques expériences , & le peu
de liaifon de certains faits avec les inductions
que Newton en tire pour établir fes
principes ; enfin la ruine des tourbillons
& la néceffité d'un fyftême pour le vulgaire
des philofophes , tout cela a beaucoup favorifé
l'établiffement de la nouvelle phyfique.
Peu de tems après , Madame la Marquife
du Chaſtelet vint auffi fe mettre fur
les rangs , & oppofer Leibnitz à Newton.
Leibnitz , commenté par M. Wolf , avoit
fait beaucoup de fortune en Allemagne ;
quelques idées métaphyfiques , de fimples
projections éparfes dans fes ouvrages , fe
font étendues fous la main de M. Wolf,
& ont donné matiere à beaucoup de gros
volumes , dans lefquels il a remis en honneur
le goût des définitions , & les termes
barbares de l'école combinés avec une méthode
féchement géométrique. Leibnitz
DECEMBRE. 1754. 21
n'a pas été fi heureux en France , quoique
Madame du Chaſtelet lui eût donné un
air plus François dans fes Inftitutions de
physique. Cet ouvrage et écrit avec beaucoup
de méthode , de nobleffe & de précifion
; mais il ne fit pas beaucoup de profélites
, & on ne jugea pas à propos de
croire aux Monades fur la parole de Madame
du Chaftelet . Cette femme illuftre a
laiffé entre les mains de M. de Clairault
une traduction Françoife du grand ouvrage
de Newton , avec des commentaires
très -profonds fur ce que les mathématiques
ont de plus fublime : ce livre eft prêt
à paroître. Madame du Chaftelet & cette
célébre Mlle Agnefi, qui profeffe les mathé
matiques à Boulogne , & qui a donné il y
quelques années un excellent ouvrage d'analyfe
, font des phénomenes qui feront
honneur au beau fexe , à la géométrie &
notre fiécle.
Quoique Newton l'ait emporté fur Defcartes
& Leibnitz , il s'en faut cependant
bien qu'il ait fubjugué tous les efprits ; il a
encore enFrance des adverfaires bien redoutables.
Il y a trop de chofes dans fon ſyſ
tême qui font de la peine à la raifon , pour
ne pas révolter tous ceux qui croyent encore
que la méthode de Defcartes eft la
feule qui puiffe nous conduire à la vérité,
22 MERCURE DE FRANCE.
1
s'il nous eft donné d'y atteindre .
1 Toutes ces difputes philofophiques ont
éclairé les efprits , le goût des fyftêmes
s'eft perdu , & a fait place à un fcepticifme
raifonné & modéré , fort généralement
répandu , & d'autant mieux établi qu'il
n'eft ni l'effet de l'ignorance , ni une affectation
de fingularité ; c'eft peut- être auffi
ce qui nuira le plus aux progrès de la philofophie.
Il faut donner l'effor à l'imagi
nation pour aller loin : les plus grandes
découvertes de fpéculation ne font gueres
que des heureuſes témérités du génie ,
& les plus habiles philofophes ont été des
gens à fyftêmes : ce n'eft qu'à force de s'égarer
en effayant differentes routes , que
l'on rencontrera la bonne.
Il est vrai que la voye des expériences ,
quoique la plus lente , eft bien plus sûret
& plus commode ; c'eft auffi celle qu'a
prife l'Académie des Sciences : elle a déclaré
qu'elle n'adoptoit aucun fyftême. Le
tems d'en faire un n'eft pas encore arrivé ,
il faut attendre que l'on ait affez de matériaux
pour bâtir un fyftême général de l'univers
; ce n'eft qu'en amaffant des obfervations
& en établiffant des faits , que l'on
pourra y parvenir. On s'eft donc jetté principalement
du côté de la phyfique expéri
mentale , comme la partie de la philo
1
I
1
DECEMBRE. 1754. 23
fophie dont l'utilité eft plus fenfible.
Bacon , Galilée & Torricelli ont jetté les
fondemens de la phyfique expérimentale ;
le premier par des vues neuves & fublimes
; Galilée par fa théorie de l'accéléra
tion du mouvement dans la chûte des
corps ; & Torricelli par fes expériences fur
la pefanteur de l'air. Ces découvertes importantes
ont porté dans la phyfique une
nouvelle lumiere , que les Boyle , les Pafcal
, les Newton , &c . ont encore étendue
bien au-delà : ce font des veines heureuſes
qui ont conduit à des mines fécondes .
Le goût des expériences s'eft répandu
chez toutes les nations fçavantes , & il eft
cultivé aujourd'hui avec beaucoup de foin
& de fuccès. Parmi ceux qui peuvent être
cités dans ce genre , on s'attend bien à voir
le nom de M. de Reaumur , qui a fait des
recherches approfondies fur plufieurs parties
de la phyfique , & principalement fur
l'hiftoire naturelle. Obfervateur exact &
infatigable , les plus petits détails n'échap
perent pas à la fineffe & à la fagacité qu'it
porte dans tous fes procédés : fon Hiftoire
des infectes , avec beaucoup de longueurs ,
eft remplie de chofes neuves , utiles & délicates
. Zélé pour le bien public , il n'a pas
dédaigné de confacrer fes talens à des objets
, petits en apparence , mais qui tendent
14 MERCURE DE FRANCE.
à perfectionner les arts méchaniques , ou
prévenir quelques befoins de la fociété .
Les moyens de faire une nouvelle teintud'augmenter
la fécondité des terres ,
de garantir les étoffes des teignes , de conferver
des oeufs frais pendant trois à quatre
mois , voilà les objets de fa curiofité & de
fon travail. Des vues auffi fages & auffi
eſtimables devroient fervir d'exemple à
beaucoup de fçavans , qui croiroient s'avilir
par de femblables détails , & qui facrifient
à des recherches brillantes des recherches
plus utiles , mais obfcures . M. de Reaumur
ne trouve pas dans tous fes concitoyens
les mêmes difpofitions à rendre juſtice à
fes travaux , mais il les trouvera dans fa
nation ; & fa réputation ne peut être bleffée
par les petites épigrammes & le mépris
affecté de quelques perfonnes qui , ce
me femble , n'ont pas pris confeil de leurs
lumieres & de leur philofophie.
C'eft bien ici le lieu de rendre à un philofophe
citoyen l'hommage que méritent
fes talens & l'emploi refpectable qu'il en
fait ; je parle de M. Duhamel , de l'Académie
des Sciences , à qui nous devons
l'excellent Traité de la culture des terres ,
dont les principes font fi peu connus & mériteroient
tant de l'être. Il a réuni fes lumieres
& fes obfervations aux découvertes
des
DECEMBRE. 1754. 25
des Anglois , qui dans cette partie effentielle
font bien faits pour être nos maîtres
& nos modeles. Il a cherché les moyens de
conferver les grains dans les greniers ; il
a imaginé une charrue d'une conftruction
neuve & fort commode , qui abrege beaucoup
les travaux des laboureurs , cette portion
du peuple la plus néceffaire & la plus
miférable. Les principes de M. Duhamel
font fimples & évidens ; on lui a rendu
juftice : mais c'eſt peu d'être loué , il veut
être utile ; & ce ne feroit pas la premiere
fois qu'un philofophe auroit parlé , qu'on
auroit trouvé qu'il a raifon , & que fes
avis n'auroient été fuivis. Quoiqu'il
en foit , on ne doit pas fe laffer de travailler
à la perfection de l'agriculture , qui en
ouvrant dans l'Etat une nouvelle fource
de richeffes réelles & permanentes , donneroit
à notre commerce le plus grand
avantage , & prefque le feul qui lui manque
fur celui de nos voisins .
pas
Si quelqu'un a eu l'efprit de fyftême
dans notre fiécle , je crois que c'eft M. de
Buffon : une tête philofophe , des vûes
grandes , une imagination forte & lumineufe
, & l'art de faifir les analogies ; voilà
ce qu'il m'a femblé appercevoir dans l'Hiftoire
naturelle , & ce qui forme , fi je ne
me trompe , l'efprit de fyftême. M. de Buf-
II.Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
fon , qui par un ftyle riche , élégant , har
monieux , plein de nobleſſe & de poëfie ,
efface Platon & Mallebranche , & donne
à la philofophie un éclat qu'elle n'avoit
pas encore eu , n'a pas été plus heureux
que Deſcartes dans fes conjectures fur l'origine
du monde & la génération des animaux.
Mais fi l'hiftoire de notre globe par
M. de Buffon eft un roman , c'eft celui
d'un habile phyficien : fon hypotheſe fur
la génération marque les bornes de nos
lumieres dans cette matiere ténébreuſe , le
defefpoir de la phyfique : fes obfervations
microfcopiques fi délicates & fi fingulieres,
feront peut-être plus utiles , parce qu'il
eft toujours utile de détruire des erreurs.
Les anciens avoient cru , fur de fimples apparences
peu approfondies , que la corruption
pouvoit engendrer des animaux.
Lorfque le microfcope , qui a élargi l'univers
aux yeux des philofophes , eut découvert
à Hartzoeker & à Lewenhoek les animalcules
qui fe meuvent dans les liqueurs ,
on fe moqua beaucoup des anciens , & il
ne parut plus douteux que tous les êtres
vivans font déja organifés dans la femence
, & qu'ils ne font que fe développer &
augmenter de volume. Mais ce principe
reçu fans conteftation & avancé avec ce
ton de confiance que donne trop fouvent
DECEMBRE . 1754. 29
la chaleur des premieres découvertes , s'eſt
trouvé en défaut dans la reproduction merveilleufe
des polypes , & il eft anéanti
aujourd'hui par les expériences de MM. de
Buffon & de Needham ; la production des
petites anguilles qu'ils ont vû fe former
dans le bled niellé & dans d'autres infufions
, remet en honneur l'opinion des anciens
; nous avons cru voir une étincelle
de lumiere , & nous rentrons dans une nuit
plus fombre. Les animalcules fpermatiques
ne font plus que de petites machines or
ganifées & fans vie ; il eft vrai que les obfervations
microfcopiques font trop fuf
ceptibles d'illufion pour qu'on ne s'en dépas
: celles de Lewenhoek ont été détruites
par celles de M. de Buffon , cellesci
peuvent être détruites par d'autres ; dans
cette matiere obfcure on finit , comme dans
prefque toutes les autres , par douter.
fie
Les fectateurs de la philofophie corpufculaire
ne pardonneront pas aifément à
M. de Buffon d'avoir établi la poffibilité
de fes moules intérieurs fur la ruine du méchaniſme
univerfel , & d'avoir mieux ainé
expliquer la circulation du fang , le jeu des
muſcles , en général toute l'économie animale
par des qualités occultes femblables
aux caufes de la pefanteur , des attractions
magnétiques , &c. que par des principes
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
purement méchaniques ; cela pourroit faire
craindre , difent- ils , le retour du fiécle
d'Ariftote. Epicure créa la phyfique corpufculaire
; ne voyant dans la nature que
de la matiere & du mouvement , il ne
chercha pas d'autres caufes pour expliquer
tous les phénomenes ; mais n'ayant pas encore
affez de faits & d'obſervations , ce
principe lui manqua dans l'application ;
on crut pour lors que ce qu'on ne pouvoit
pas expliquer par les loix du méchanifme
ne s'opéroit pas par ces loix ; de là
l'horreur du vuide , de- là l'attraction , &c.
L'attraction , ce monftre métaphysique ,
dont on ne peut plus fe paffer dans la phy-.
fique célefte , s'eft introduite auffi dans la
chymie. Les affinités de M. Geoffroi ne
font que le même terme déguifé ; elles paroiffent
préfenter une idée plus fimple , &
n'en font pas moins inintelligibles . Nous
devons aux Anglois cet abus de l'attraction ,
auffi bien que celui du calcul : ils réduifent
tout en problêmes algébriques ; l'antique
fuperftition fur la fcience mystérieuse
des nombres femble renaître . Jean Craig
a ofé calculer les dégrés de probabilité
des principes du chriftianifme , & le décroiffement
de cette probabilité : felon fes
calculs , la religion ne peut plus durer que
1400 ans. L'eſtimable auteur de l'Hiftoire
DECEMBRE . 1754 29
critique de la philofophie a calculé auffi les
dégrés de force de la certitude morale . Le
Chevalier Petty , créateur de l'arithmétique
politique , a cru pouvoir foumettre à
l'algebre l'art même de gouverner les hommes.
Le résultat de quelques -uns de fes
calculs peut faire juger de leur folidité ;
il croit avoir démontré que le grand nombre
des impôts ne fçauroit être nuifible à
la fociété & au bien d'un Etat . Il a calculé
ce que valoit un homme en Angleterre ,
& il l'a évalué à 1300 livres environ de
notre monnoie. Un Philofophe fublime
qui connoît bien le prix des hommes , ajoute
qu'il y a des pays où un homme ne
vaut rien , & d'autres où il vaut moins
que rien ( a ) . La médecine n'a pas été à
l'abri des excurfions de la géométrie : aux
aphorifmes d'Hypocrate & de Boerhaave
on a fubftitué des formules algébriques ;
on a voulu évaluer le mouvement des fluides
dans le corps humain , la force des
nerfs & des mufcles confidérés comme des
cordes , des leviers d'un certain genre ,
des piftons , &c. Mais qu'avons nous gagné
à ces abus de la géométrie on l'a
détournée de fon véritable objet , & elle a
eu le fort de l'efprit de notre nation : elle
( a ) Efprit des loix , liv. XXIII . chap. XVII,
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
a perdu en profondeur ce qu'elle a gagné
en fuperficie , & je ne doute pas qu'elle
ne touche au moment de fa décadence ,
qui vient d'être prédite par un homme de
beaucoup d'efprit . Cette fcience qui n'étoit
qu'un inftrument entre les mains de Defcartes
& de Newton , & qui n'eft faite
que pour en fervir , étoit devenue une
fcience orgueilleufe qui s'étoit élevée fur
les débris des autres , fur ceux de la métaphyfique
fur tout , parce qu'il eft bien
plus facile d'apprendre à calculer qu'à raifonner.
Il est bien à fouhaiter que le goût
abufif du calcul ne fafle plus d'obſtacle au
retour de la métaphyfique , dont le flambeau
peut feul nous éclairer fur les nouvelles
erreurs que de faufles lumieres ont
introduites , & qui retardent fenfiblement
les progrès de la philofophie.
Les
De la Philofophie en France.
a
A Philofophie eft de toutes les fciences
celle qui a fait les progrès les plus
rapides de nos jours ; les autres connoif-
Lances n'ont pas été portées à un dégré de
perfection plus haut que dans les beaux
fécles de la Grece & de Rome. Les reffources
de l'art font bornées ; l'efprit humain
ne faifant que fe replier fur lui - même ,
a bientôt parcouru la petite fphere de fes
idées , & trouvé les limites que la main
éternelle a prefcrites à fon activité. Au
lieu que la nature eft un abyfme où l'oeil
du Philofophe fe perd fans en trouver jamais
le fond ; c'eft une carriere immenfe
& dont l'immenfité femble augmenter à
mefure qu'on y pénétre plus avant . Les
Philofophes modernes , qui femblent avoit
marché à pas de géans dans cette carriere
, & qui ont laiffé les anciens fi
loin derriere eux , n'ont fait que nous
montrer le but ; les nouvelles lumieres
qu'ils ont portées dans la nuit de la nature
n'ont pas été affez vives pour nous conduire
à la vérité , & n'ont guere fervi qu'à
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
nous éclairer fur l'intervalle énorme qui
nous en féparoit encore. Mais fi le méchanifme
de l'univers eft toujours un fecret
pour nous , du moins pouvons- nous
nous flatter d'être fur la bonne route pour
le découvrir ou pour fentir l'impoffibilité
d'y réuffir. Les François ne font pas ceux
qui ont eu le moins de part aux progrès
de la philofophie ; le grand Defcartes qui
a fi bien mérité d'en être appellé le pere ,
a ouvert le premier la carriere , & a fervi
de guide aux philofophes qui l'ont fuivi .
On fçait affez le defpotifme avec lequel
la philofophie d'Ariftote regnoit fur les
bancs de l'école ; le fanatifme pour fes décifions
étoit monté au plus haut point de
l'extravagance ; on ne cherchoit plus à
concilier fes principes avec les phénomenes
de la nature qui les contredifoient ,
c'étoit les phénomenes que l'on vouloit
adapter à ces principes. Quelques bons efprits
avoient connu les abfurdités du péripatetime
, & avoient fait de vains efforts
pour en réformer les abus : cette philofophie
qu'on avoit eu raifon d'admirer
dans des fiécles d'engourdiffement & de
barbarie de l'efprit humain , avoir été
confacrée par le tems , l'ignorance & le
pédantifme. Bacon parut ; ce grand homme
vit les entraves que cette fuperfti
DECEMBRE . 1754.
tion ridicule mettoit à la raifon ; il ofa
propofer de refondre le fyftême des connoillances
humaines , & démontra la néceffité
d'une nouvelle méthode pour étudier
la nature. Ce que l'illuftre Anglois
n'avoit fait qu'entrevoir , Defcartes l'exécuta
: il détruifit de fond en comble le péripatétifme
, & chercha à élever un nouveau
fyftême fur d'autres fondemens.
Il n'y avoit alors que l'aftronomie & les
mathématiques qui fuffent cultivées avec
fuccès , les autres parties de la philofophie
étoient prefque abandonnées ; d'ailleurs
elles étoient entierement détachées
les unes des autres , & traitées féparément :
un aſtronome n'étoit qu'aftronome , un
géometre n'étoit que geometre , un médecin
n'étoit que médecin , un métaphyficien
n'étoit rien . Defcartes apperçut les
rapports qui lioient ces différentes connoiffances
, & les fecours qu'elles devoient fe
prêter l'une à l'autre ; il rapprocha ces
membres épars , & n'en fit qu'un feul corps
de fcience.
Il appliqua l'algebre à la géométrie , &
la géométrie à la phyfique : c'est à cette
idée fublime , à ce coup de génie qu'il faut
rapporter les progrès étonnans qu'on a fait
dans les fciences phyfico-mathématiques.
On peut dire qu'il a créé la métaphysique ,
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
par la diftinction auffi fimple que lumineu
fe des deux fubſtances ; diſtinction qui
anéantit les difputes frivoles & ridicules
des métaphyficiens fcholaftiques fur la nature
de l'ame , & par fon admirable méthode
, à laquelle nous devons peut- être
cet efprit philofophique qui s'eſt développé
dans fon fiécle , & a fait des progrès fi
fenfibles dans le nôtre. Il a pris la géomé
trie où les anciens l'avoient laiffée , & en
a reculé bien loin les limites . Enfin il 2
répandu une nouvelle lumiere par- tout ;
mais elle n'a guere fervi qu'à ceux qui
font venus après lui , & ne l'a pas empêché
de s'égarer. Il auroit deviné la nature
fi elle avoit pû fe deviner ; mais il
falloit l'obferver , & il n'en a pas eu le
tems fes erreurs appartiennent à la foi
bieffe de l'humanité & à l'ignorance de fon
fiécle ; mais fes découvertes ne font qu'à
lui ainfi en abandonnant fes idées fauffes
, refpectons toujours fon génie , admi
rable même lorfqu'il s'eft trompé . L'hy
pothefe brillante des tourbillons , fi célé→
bre , fi combattue , & fi bien détruite par
les nouvelles obfervations , ne feroit fûrement
pas entrée dans la tête d'un hommemédiocre
; fon fyftême fur l'ame des bêtes ,
regardé communément comme une plaifanterie
, & ridicule aux yeux de bien des
DECEMBRE. 1754 .
gens , eft à mon avis une idée plus férieufe
, & qui s'étend plus loin qu'on ne penfe ,
lorfqu'on la confidere dans tous fes rapports
: demandez- le à Bayle , & au médecin
Lami.
Je me fuis beaucoup étendu fur Defcartes
, parce qu'on commence à oublier
tout ce qu'on lui doit. Comme la plupart
de fes ouvrages ne font plus d'une grande
utilité , parce qu'on a été plus loin que
lui , on ne fe fouvient plus que fans lui ,
peut-être on feroit encore dans les ténébres.
Lorfqu'il a paru , la philofophie étoit
une terre en friche : elle n'a pas produit
beaucoup de fruits fous fes mains ; mais il
en a arraché les ronces , il l'a préparée , &
a appris à là rendre féconde : en eft - ce trop
peu pour mériter notre reconnoiffance ?
Je ne peux m'empêcher de le regarder comme
un homme rare , qui fubjugué par l'impulfion
du génie , étoit né pour faire une
révolution , & dont les découvertes feront
une des plus brillantes époques de l'hiftoire
de l'efprit humain.
Gaffendi , contemporain de Descartes",
mérite auffi une place honorable dans l'hiftoire
de la philofophie , quoiqu'il n'ait pas'
travaillé avec beaucoup de fuccès pour elle.
Né avec un génie extrêmement méthodique
& une fagacité peu commune , il fue
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
révolté , comme Defcartes , des abfurdités
de la fcholaftique : il la combattit avec vivacité
, & voulut relever le fyftême d'Epicure
, pour l'établir fur les débris de celui
d'Ariftote . Il employa beaucoup d'adreffe
& de fubtilité pour expliquer la
formation & la confervation de l'univers
par le mouvement direct & la déclinaifon
des atômes . Il donna à cette hypotheſe un
vernis d'orthodoxie , & toute la probabi
lité dont elle étoit fufceptible ; mais cette
fecte des atomiftes modernes ne fut pas
nombreuſe ; chimere pour chimere , on
garda celle qui étoit déja établie , quoique
plus abfurde encore .
Le cartéfianifme n'eut pas le même fort ,
parce qu'il étoit mieux fondé ; il fit une
fortune étonnante dans toute l'Europe , il
eut les adverfaires & les fectateurs les plus
diftingués ; il fut profcrit en France , rétabli
enfuite , & adopté avec empreffement
dès qu'il fut mieux connu .
Mrs Rohault & Regis furent les premiers
qui le profefferent en France , & ils
le firent avec un fuccès & des applaudiffemens
finguliers. Mais le plus illuftre partifan
de Defcartes fut fans doute le P. Malebranche
, de l'Oratoire , phyficien , géometre
, & plus grand métaphyficien encore
; il ne prit que les principes de fon
2
I
a
DECEMBRE. 1754. 13
maître , & s'en fervit en homme de génie.
Il adopta fon fyftême des tourbillons ,
après y avoir reformé beaucoup de choſes ,
& le défendit avec vigueur. Dans la métaphyfique
il alla beaucoup plus loin que
Defcartes ; fes principes le conduifirent à
nier l'existence des corps , & s'il l'admit ,
ce fut parce que l'Ecriture Sainte le lui enfeignoit
: quelque finguliere que foit cette
conclufion , on ne peut prefque pas douter
qu'il n'ait été de la meilleure foi du monde .
Il prétendit démontrer que nous nepouvions
pas voir les objets hors de nous , encore
inoins dans nous , & que nous ne pouvions
les appercevoir que dans Dieu. Il étaya ces
idées abftraites de la métaphyfique la plus
fubtile, d'une élocution pleine de force & de
nobleffe , & de l'imagination la plus brillante
: mais malgré ces avantages , la profondeur
&l'obfcurité de fes idées garantirent de
la féduction. Il faut une grande contention
d'efprit & un grand goût de métaphyfique
pour le fuivre dans fes fpéculations ; ce
font des espéces de points indivisibles , dit M.
de Fontenelle : fi on ne les attrappe pas toutà-
fait jufie , on les manque tout - à -fait . Aufli
le P. Mallebranche fe plaignit-il beaucoup
de n'être pas compris par ceux qui le critiquoient.
On fçait que M. Arnaud attaqua
fon fyftême avec un acharnement des
14 MERCURE DE FRANCE.
moins philofophiques . M. Arnaud ne m'en.
tend pas , difoit Mallebranche : cb qui voulez
- vous donc qui vous entende ? lui répondit-
on .
Le mallebranchifme a fait naître la fecte
des immatérialistes , fort peu reçue en France
, mais qui a fait plus de progrès en Angleterre
; ces philofophes nient l'existence
de la matiere , telle que nous la concevons
, & même fa poflibilité ; les illufions
des fens font leur grand argument : ils
prouvent très-bien que les qualités que
nous regardons comme inhérentes aux
corps , telles que la couleur , l'étendue ,
&c. ne font que de pures idées de notre
ame, qui n'exiftent point hors d'elle , & qui
n'ont aucune analogie avec la nature des
objets qui les excitent en nous. Les dialogues
de Berkeley , ouvrage fingulier , où
Fon trouve une logique fubtile avec beaucoup
de fimplicité , font voir combien ce
fyftême eft féduifant, quelque abfurde qu'il
paroiffe au premier coup d'oeil , & combien
font preffans les argumens fur lef- ,
quels il est établi. Quelques-uns pouffent
encore ces idées plus loin , & prétendent
que chaque individu n'eft fûr que de fa
propre exiftence , & qu'il pourroit avoir
routes les idées & les fenfations dont il eft
affecté , fans qu'il y eût aucun autre être
DECEMBRE. 1754. 15
hors de lui ; c'eft la fecte des Egorftes : quel
que inacceffible qu'elle foit aux traits de
la métaphyfique , elle révolte trop les notions
les plus fimples pour trouver beaucoup
de fectateurs.
M. de Fontenelle a peut-être mieux mérité
de la philofophie que beaucoup de
ceux qui l'ont enrichie de découvertes. On
ne voit que des dévots qui dégoûtent de la dévotion
, dit un de nos moraliſtes. Avant
M. de Fontenelle on voyoit des philofophes
qui dégoûtoient de la philofophie ;
il fit voir que ce n'étoit pas la faute de la
philofophie : il la dépouilla de cet air fauvage
qui la rendoit fi peu trairable ; il l'embellit
des graces de fon imagination , & il
fit naître des fleurs où l'on ne foupçonnoit
que des épines : fon livre de la pluralité
des mondes eft un monument qui lui
fera autant d'honneur qu'à l'efprit de la
nation.
Qu'on me permette une digreffion à
laquelle je ne peux me refufer , & que
l'efprit de patriotifme m'arrache. Il y a
long- tems qu'on accufe les François d'être
legers & fuperficiels , & de ne faire qu'effleurer
les fciences : les Anglois , dit- on ,
font bien plus philofophes que nous : pourquoi
? parce qu'ils traitent la philofophie:
d'un air grave & ferieux. Et moi je crois
"
16 MERCURE DE FRANCE.
que nous le fommes pour le moins autant
qu'eux , précisément parce que nous la traitons
légèrement ; il faut polléder bien nettement
une matiere philofophique , pour la
dégager des termes barbares , des idées abtrules
, & des épines du calcul fous lef
quels d'autres font obligés de l'envelopper
, & pour la réduire à un raifonnement
fimple , à des images fenfibles , & aux expreflions
les plus communes , pour lui prêter
même des ornemens : c'est ce que M.
de Fontenelle , & d'autres après lui ont fait
avec fuccès. Il y a des gens qui croyent
que la féchereffe eft effentielle aux ouvra
ges fcientifiques , comme il y en a eu jadis
qui ne croyoient pas qu'on pût être philofophe
fans avoir une barbe fale & un
manteau déchiré. Cet efprit de fuperficie
qu'on nous reproche , n'eft que le vernis de
nos ouvrages qui ne nuit point à leur folidité.
La raifon toute nue a fouvent l'air
rebutant ; nos écrivains la rendent aimable
en la parant de fleurs : c'eft le vaſe dont
on frotte les bords de miel , pour faire ava
ler à un enfant un reméde falutaire : aux
yeux du philofophe , les hommes ordinaires
font- ils autre chofe que des enfans ?
Le cartéfianifme commençoit à être reçu
affez généralement , fur tout en France
lorfque le newtonianiſme parut , & vint
DECEMBRE. 1754. 17
partager les efprits. Comme les ouvrages
de Newton paroiffoient inacceffibles fans le
fecours de la plus fublime géométrie , fon
fyftême ne fut pas répandu d'abord , & refta
quelque tems entre les mains de quelques
adeptes. M. de Maupertuis a été le premier
qui en a donné quelques effais dans
notre langue ; mais il étoit réfervé à un
homme qui ne s'étoit fait qu'un jeu de la
phyfique & de la géométrie , de le produire
au grand jour c'eft M. de Voltaire . Il
donna fes Elémens de la philofophie de Newton
, ouvrage écrit avec la précifion , l'élégance
& la netteté qui lui font propres.
Ce livre fit une fenfation prodigieufe , &
par le nom de l'Auteur , & par les nouveautés
philofophiques qu'il mettoit fous
les yeux du public. D'abord les géometres
que M. de V. humilioit , & les beaux efprits
qu'il avoit humiliés dès long - tems ,
fe déchaînerent à l'uniflon contre lui ; il
paroiffoit inconcevable qu'un homme qui
avoit fait de beaux vers pût être géometre
& phyficien : on ne peut pas mieux
parler , difoit-on , de ce qu'on n'entend
pas ; comme fi l'efprit , en philofophie ,
pouvoit fuppléer aux lumieres. Pour apprécier
le mérite de cet ouvrage & la prévention
ridicule de certaines gens qui ne
font pas même en état de le lire , il faut
18 MERCURE DE FRANCE.
jetter les yeux fur les critiques qu'on en
fit dans le tems. Cette multitude de fautes
énormes qu'on devoit mettre au grand jour ,
fe réduisirent à des erreurs légeres , à quelques
mauvaifes épigrammes , à des ob
jections vagues , & dont la plupart tomboient
fur Newton , & non pas fur M. de
Voltaire . D'ailleurs quand il n'auroit pas
bien faifi Newton dans quelques détails ,
quel eft le phyficien qui puiffe fe flatter
de ne l'avoir jamais manqué : Le reproche
le mieux fondé qu'on ait fait à M. de Voltaire
, c'est peut-être fur la maniere peu
avantageufe dont il a parlé de Deſcartes :
je ne peux pas mieux faire que de rapporter
ici quelques reflexions du P. Caftel à
ce fujet ( Mem. de Trev . Octob. 1739. )..
» M. de Voltaire a fi fort honoré notre
» nation par fes propres talens , qu'elle
peut bien lui pardonner le peu d'hon .
neur qu'elle lui enleve en rabaiffant
» Defcartes. En faveur de M. de Voltaire
» poëte , on devroir juger moins rigoureu-
» fement M. de Voltaire philofophe ; &
»en prenant les chofes du bon côté , en-
>>core eft- ce une louable entrepriſe d'avoir
» ofé s'enfoncer i avant dans des matie-
» res fi épineufes , au mépris de toutes ces
» fleurs qu'il pouvoit s'amufer à cueillir fi
agréablement , & toujours prêtes à éclore
ود
DECEMBRE . 1754 IS
fous fa main ; & n'eft-ce rien que la célébrité
qu'il a donnée à la philofophie ,
» & par conféquent aux philofophes ; l'oc-
» cafion même qu'il donne aux cartéfiens
de triompher du grand Newton ?
Le Newtonianifme une fois mis au
grand jour , fit fur les efprits des impreffions
bien différentes ; il fut adopté des
ans & attaqué par d'autres avec une égale
vivacité. Comme il battoit en ruine le cartéfianifme
, les Carréfiens fe mirent fur la
défenfive . M. Privat de Molieres , bon géometre
& affez fubtil phyficien , fut celui
qui défendit les tourbillons avec le plus de
faccès : il fentit bien qu'ils étoient en défaut
dans beaucoup de phénomenes , & il les réforma
en habile homme ; il les adapta aux
nouvelles expériences avec adreffe , & ii
fit fervir à confirmer fon fyftême les mê
mes obfervations que les Newtoniens apportoient
pour le détruire. Malgré tous
fes efforts cependant , les tourbillons tom
berent dans un difcrédit total , & on peut
dire qu'ils ont pouffé les derniers foupirs
entre les mains de M. de Fontenelle , dont
la Théorie des tourbillons fera vraisemblablement
le dernier ouvrage qu'on fera en leur
faveur.
Quelque abfurdités métaphyfiques que
le Newtonianifme entraîne après lui , on
20 MERCURE DE FRANCE.
ne peut nier que ce fyftême ne foit bien
féduifant ; il ſemble n'être fondé que fur
des faits & des démonftrations. La facilité
admirable avec laquelle il explique les mouvemens
des corps céleftes & beaucoup de
phénomenes julques- là inacceffibles , la fineffe
& la mutitude des obfervations qui en
font la bafe , & un grand étalage de calcul ,
en ont impofé ; on n'a pas voulu voir l'illufion
de quelques expériences , & le peu
de liaifon de certains faits avec les inductions
que Newton en tire pour établir fes
principes ; enfin la ruine des tourbillons
& la néceffité d'un fyftême pour le vulgaire
des philofophes , tout cela a beaucoup favorifé
l'établiffement de la nouvelle phyfique.
Peu de tems après , Madame la Marquife
du Chaſtelet vint auffi fe mettre fur
les rangs , & oppofer Leibnitz à Newton.
Leibnitz , commenté par M. Wolf , avoit
fait beaucoup de fortune en Allemagne ;
quelques idées métaphyfiques , de fimples
projections éparfes dans fes ouvrages , fe
font étendues fous la main de M. Wolf,
& ont donné matiere à beaucoup de gros
volumes , dans lefquels il a remis en honneur
le goût des définitions , & les termes
barbares de l'école combinés avec une méthode
féchement géométrique. Leibnitz
DECEMBRE. 1754. 21
n'a pas été fi heureux en France , quoique
Madame du Chaſtelet lui eût donné un
air plus François dans fes Inftitutions de
physique. Cet ouvrage et écrit avec beaucoup
de méthode , de nobleffe & de précifion
; mais il ne fit pas beaucoup de profélites
, & on ne jugea pas à propos de
croire aux Monades fur la parole de Madame
du Chaftelet . Cette femme illuftre a
laiffé entre les mains de M. de Clairault
une traduction Françoife du grand ouvrage
de Newton , avec des commentaires
très -profonds fur ce que les mathématiques
ont de plus fublime : ce livre eft prêt
à paroître. Madame du Chaftelet & cette
célébre Mlle Agnefi, qui profeffe les mathé
matiques à Boulogne , & qui a donné il y
quelques années un excellent ouvrage d'analyfe
, font des phénomenes qui feront
honneur au beau fexe , à la géométrie &
notre fiécle.
Quoique Newton l'ait emporté fur Defcartes
& Leibnitz , il s'en faut cependant
bien qu'il ait fubjugué tous les efprits ; il a
encore enFrance des adverfaires bien redoutables.
Il y a trop de chofes dans fon ſyſ
tême qui font de la peine à la raifon , pour
ne pas révolter tous ceux qui croyent encore
que la méthode de Defcartes eft la
feule qui puiffe nous conduire à la vérité,
22 MERCURE DE FRANCE.
1
s'il nous eft donné d'y atteindre .
1 Toutes ces difputes philofophiques ont
éclairé les efprits , le goût des fyftêmes
s'eft perdu , & a fait place à un fcepticifme
raifonné & modéré , fort généralement
répandu , & d'autant mieux établi qu'il
n'eft ni l'effet de l'ignorance , ni une affectation
de fingularité ; c'eft peut- être auffi
ce qui nuira le plus aux progrès de la philofophie.
Il faut donner l'effor à l'imagi
nation pour aller loin : les plus grandes
découvertes de fpéculation ne font gueres
que des heureuſes témérités du génie ,
& les plus habiles philofophes ont été des
gens à fyftêmes : ce n'eft qu'à force de s'égarer
en effayant differentes routes , que
l'on rencontrera la bonne.
Il est vrai que la voye des expériences ,
quoique la plus lente , eft bien plus sûret
& plus commode ; c'eft auffi celle qu'a
prife l'Académie des Sciences : elle a déclaré
qu'elle n'adoptoit aucun fyftême. Le
tems d'en faire un n'eft pas encore arrivé ,
il faut attendre que l'on ait affez de matériaux
pour bâtir un fyftême général de l'univers
; ce n'eft qu'en amaffant des obfervations
& en établiffant des faits , que l'on
pourra y parvenir. On s'eft donc jetté principalement
du côté de la phyfique expéri
mentale , comme la partie de la philo
1
I
1
DECEMBRE. 1754. 23
fophie dont l'utilité eft plus fenfible.
Bacon , Galilée & Torricelli ont jetté les
fondemens de la phyfique expérimentale ;
le premier par des vues neuves & fublimes
; Galilée par fa théorie de l'accéléra
tion du mouvement dans la chûte des
corps ; & Torricelli par fes expériences fur
la pefanteur de l'air. Ces découvertes importantes
ont porté dans la phyfique une
nouvelle lumiere , que les Boyle , les Pafcal
, les Newton , &c . ont encore étendue
bien au-delà : ce font des veines heureuſes
qui ont conduit à des mines fécondes .
Le goût des expériences s'eft répandu
chez toutes les nations fçavantes , & il eft
cultivé aujourd'hui avec beaucoup de foin
& de fuccès. Parmi ceux qui peuvent être
cités dans ce genre , on s'attend bien à voir
le nom de M. de Reaumur , qui a fait des
recherches approfondies fur plufieurs parties
de la phyfique , & principalement fur
l'hiftoire naturelle. Obfervateur exact &
infatigable , les plus petits détails n'échap
perent pas à la fineffe & à la fagacité qu'it
porte dans tous fes procédés : fon Hiftoire
des infectes , avec beaucoup de longueurs ,
eft remplie de chofes neuves , utiles & délicates
. Zélé pour le bien public , il n'a pas
dédaigné de confacrer fes talens à des objets
, petits en apparence , mais qui tendent
14 MERCURE DE FRANCE.
à perfectionner les arts méchaniques , ou
prévenir quelques befoins de la fociété .
Les moyens de faire une nouvelle teintud'augmenter
la fécondité des terres ,
de garantir les étoffes des teignes , de conferver
des oeufs frais pendant trois à quatre
mois , voilà les objets de fa curiofité & de
fon travail. Des vues auffi fages & auffi
eſtimables devroient fervir d'exemple à
beaucoup de fçavans , qui croiroient s'avilir
par de femblables détails , & qui facrifient
à des recherches brillantes des recherches
plus utiles , mais obfcures . M. de Reaumur
ne trouve pas dans tous fes concitoyens
les mêmes difpofitions à rendre juſtice à
fes travaux , mais il les trouvera dans fa
nation ; & fa réputation ne peut être bleffée
par les petites épigrammes & le mépris
affecté de quelques perfonnes qui , ce
me femble , n'ont pas pris confeil de leurs
lumieres & de leur philofophie.
C'eft bien ici le lieu de rendre à un philofophe
citoyen l'hommage que méritent
fes talens & l'emploi refpectable qu'il en
fait ; je parle de M. Duhamel , de l'Académie
des Sciences , à qui nous devons
l'excellent Traité de la culture des terres ,
dont les principes font fi peu connus & mériteroient
tant de l'être. Il a réuni fes lumieres
& fes obfervations aux découvertes
des
DECEMBRE. 1754. 25
des Anglois , qui dans cette partie effentielle
font bien faits pour être nos maîtres
& nos modeles. Il a cherché les moyens de
conferver les grains dans les greniers ; il
a imaginé une charrue d'une conftruction
neuve & fort commode , qui abrege beaucoup
les travaux des laboureurs , cette portion
du peuple la plus néceffaire & la plus
miférable. Les principes de M. Duhamel
font fimples & évidens ; on lui a rendu
juftice : mais c'eſt peu d'être loué , il veut
être utile ; & ce ne feroit pas la premiere
fois qu'un philofophe auroit parlé , qu'on
auroit trouvé qu'il a raifon , & que fes
avis n'auroient été fuivis. Quoiqu'il
en foit , on ne doit pas fe laffer de travailler
à la perfection de l'agriculture , qui en
ouvrant dans l'Etat une nouvelle fource
de richeffes réelles & permanentes , donneroit
à notre commerce le plus grand
avantage , & prefque le feul qui lui manque
fur celui de nos voisins .
pas
Si quelqu'un a eu l'efprit de fyftême
dans notre fiécle , je crois que c'eft M. de
Buffon : une tête philofophe , des vûes
grandes , une imagination forte & lumineufe
, & l'art de faifir les analogies ; voilà
ce qu'il m'a femblé appercevoir dans l'Hiftoire
naturelle , & ce qui forme , fi je ne
me trompe , l'efprit de fyftême. M. de Buf-
II.Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
fon , qui par un ftyle riche , élégant , har
monieux , plein de nobleſſe & de poëfie ,
efface Platon & Mallebranche , & donne
à la philofophie un éclat qu'elle n'avoit
pas encore eu , n'a pas été plus heureux
que Deſcartes dans fes conjectures fur l'origine
du monde & la génération des animaux.
Mais fi l'hiftoire de notre globe par
M. de Buffon eft un roman , c'eft celui
d'un habile phyficien : fon hypotheſe fur
la génération marque les bornes de nos
lumieres dans cette matiere ténébreuſe , le
defefpoir de la phyfique : fes obfervations
microfcopiques fi délicates & fi fingulieres,
feront peut-être plus utiles , parce qu'il
eft toujours utile de détruire des erreurs.
Les anciens avoient cru , fur de fimples apparences
peu approfondies , que la corruption
pouvoit engendrer des animaux.
Lorfque le microfcope , qui a élargi l'univers
aux yeux des philofophes , eut découvert
à Hartzoeker & à Lewenhoek les animalcules
qui fe meuvent dans les liqueurs ,
on fe moqua beaucoup des anciens , & il
ne parut plus douteux que tous les êtres
vivans font déja organifés dans la femence
, & qu'ils ne font que fe développer &
augmenter de volume. Mais ce principe
reçu fans conteftation & avancé avec ce
ton de confiance que donne trop fouvent
DECEMBRE . 1754. 29
la chaleur des premieres découvertes , s'eſt
trouvé en défaut dans la reproduction merveilleufe
des polypes , & il eft anéanti
aujourd'hui par les expériences de MM. de
Buffon & de Needham ; la production des
petites anguilles qu'ils ont vû fe former
dans le bled niellé & dans d'autres infufions
, remet en honneur l'opinion des anciens
; nous avons cru voir une étincelle
de lumiere , & nous rentrons dans une nuit
plus fombre. Les animalcules fpermatiques
ne font plus que de petites machines or
ganifées & fans vie ; il eft vrai que les obfervations
microfcopiques font trop fuf
ceptibles d'illufion pour qu'on ne s'en dépas
: celles de Lewenhoek ont été détruites
par celles de M. de Buffon , cellesci
peuvent être détruites par d'autres ; dans
cette matiere obfcure on finit , comme dans
prefque toutes les autres , par douter.
fie
Les fectateurs de la philofophie corpufculaire
ne pardonneront pas aifément à
M. de Buffon d'avoir établi la poffibilité
de fes moules intérieurs fur la ruine du méchaniſme
univerfel , & d'avoir mieux ainé
expliquer la circulation du fang , le jeu des
muſcles , en général toute l'économie animale
par des qualités occultes femblables
aux caufes de la pefanteur , des attractions
magnétiques , &c. que par des principes
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
purement méchaniques ; cela pourroit faire
craindre , difent- ils , le retour du fiécle
d'Ariftote. Epicure créa la phyfique corpufculaire
; ne voyant dans la nature que
de la matiere & du mouvement , il ne
chercha pas d'autres caufes pour expliquer
tous les phénomenes ; mais n'ayant pas encore
affez de faits & d'obſervations , ce
principe lui manqua dans l'application ;
on crut pour lors que ce qu'on ne pouvoit
pas expliquer par les loix du méchanifme
ne s'opéroit pas par ces loix ; de là
l'horreur du vuide , de- là l'attraction , &c.
L'attraction , ce monftre métaphysique ,
dont on ne peut plus fe paffer dans la phy-.
fique célefte , s'eft introduite auffi dans la
chymie. Les affinités de M. Geoffroi ne
font que le même terme déguifé ; elles paroiffent
préfenter une idée plus fimple , &
n'en font pas moins inintelligibles . Nous
devons aux Anglois cet abus de l'attraction ,
auffi bien que celui du calcul : ils réduifent
tout en problêmes algébriques ; l'antique
fuperftition fur la fcience mystérieuse
des nombres femble renaître . Jean Craig
a ofé calculer les dégrés de probabilité
des principes du chriftianifme , & le décroiffement
de cette probabilité : felon fes
calculs , la religion ne peut plus durer que
1400 ans. L'eſtimable auteur de l'Hiftoire
DECEMBRE . 1754 29
critique de la philofophie a calculé auffi les
dégrés de force de la certitude morale . Le
Chevalier Petty , créateur de l'arithmétique
politique , a cru pouvoir foumettre à
l'algebre l'art même de gouverner les hommes.
Le résultat de quelques -uns de fes
calculs peut faire juger de leur folidité ;
il croit avoir démontré que le grand nombre
des impôts ne fçauroit être nuifible à
la fociété & au bien d'un Etat . Il a calculé
ce que valoit un homme en Angleterre ,
& il l'a évalué à 1300 livres environ de
notre monnoie. Un Philofophe fublime
qui connoît bien le prix des hommes , ajoute
qu'il y a des pays où un homme ne
vaut rien , & d'autres où il vaut moins
que rien ( a ) . La médecine n'a pas été à
l'abri des excurfions de la géométrie : aux
aphorifmes d'Hypocrate & de Boerhaave
on a fubftitué des formules algébriques ;
on a voulu évaluer le mouvement des fluides
dans le corps humain , la force des
nerfs & des mufcles confidérés comme des
cordes , des leviers d'un certain genre ,
des piftons , &c. Mais qu'avons nous gagné
à ces abus de la géométrie on l'a
détournée de fon véritable objet , & elle a
eu le fort de l'efprit de notre nation : elle
( a ) Efprit des loix , liv. XXIII . chap. XVII,
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
a perdu en profondeur ce qu'elle a gagné
en fuperficie , & je ne doute pas qu'elle
ne touche au moment de fa décadence ,
qui vient d'être prédite par un homme de
beaucoup d'efprit . Cette fcience qui n'étoit
qu'un inftrument entre les mains de Defcartes
& de Newton , & qui n'eft faite
que pour en fervir , étoit devenue une
fcience orgueilleufe qui s'étoit élevée fur
les débris des autres , fur ceux de la métaphyfique
fur tout , parce qu'il eft bien
plus facile d'apprendre à calculer qu'à raifonner.
Il est bien à fouhaiter que le goût
abufif du calcul ne fafle plus d'obſtacle au
retour de la métaphyfique , dont le flambeau
peut feul nous éclairer fur les nouvelles
erreurs que de faufles lumieres ont
introduites , & qui retardent fenfiblement
les progrès de la philofophie.
Fermer
Résumé : IDÉES DES PROGRÈS De la Philosophie en France.
Le texte discute des progrès rapides de la philosophie en France, notant que les autres sciences n'ont pas atteint le niveau de perfection des époques grecques et romaines. La philosophie moderne, bien que prometteuse, n'a pas encore révélé toutes les vérités de la nature. René Descartes, considéré comme le père de la philosophie moderne, a joué un rôle crucial en révolutionnant la pensée en détruisant l'aristotélisme et en proposant une nouvelle méthode pour étudier la nature. Il a uni différentes branches des sciences, comme l'astronomie, les mathématiques et la physique, et a appliqué l'algèbre à la géométrie et à la physique. Ses contributions ont marqué une époque brillante dans l'histoire de l'esprit humain. D'autres philosophes, comme Gassendi, ont combattu la scolastique et tenté de réformer la philosophie en s'inspirant d'Épicure. Le cartésianisme, bien que controversé, a gagné en popularité en Europe avec des partisans influents comme Rohault, Regis et Malebranche. Ce dernier a développé des idées métaphysiques complexes et a défendu le système des tourbillons de Descartes, donnant naissance à la secte des immatérialistes qui nient l'existence de la matière telle que nous la concevons. Fontenelle est loué pour avoir rendu la philosophie accessible et agréable, dépouillant ses aspects austères. Le texte compare les approches françaises et anglaises de la philosophie, soulignant que les Français traitent la philosophie de manière légère mais efficace, la rendant accessible et agréable. Le livre de Voltaire a suscité des réactions variées dans la communauté philosophique et scientifique. Les géomètres et les esprits éclairés, initialement humiliés, critiquèrent Voltaire, trouvant inconcevable qu'un poète puisse exceller en géométrie et en physique. Les critiques se réduisirent à des erreurs mineures et des épigrammes vagues, souvent dirigées contre Newton plutôt que contre Voltaire. Le Newtonianisme divisa les esprits, les cartésiens défendant les tourbillons avec acharnement, mais ces derniers tombèrent en disgrâce grâce aux efforts de M. de Fontenelle. Malgré certaines absurdités métaphysiques, le système newtonien fut adopté pour sa base factuelle et démonstrative, expliquant les mouvements des corps célestes et divers phénomènes. Madame du Châtelet soutint Leibnitz contre Newton, mais son ouvrage, bien que méthodique et précis, ne fit pas beaucoup de prosélytes. Elle laissa également une traduction de Newton avec des commentaires profonds. D'autres figures, comme Mlle Agnesi et M. de Reaumur, contribuèrent à la philosophie et à la physique expérimentale, cette dernière étant privilégiée par l'Académie des Sciences. Le texte critique l'approche de M. de Buffon, qui a proposé des explications pour la circulation du sang et l'économie animale en utilisant des qualités occultes similaires aux causes de la pesanteur et des attractions magnétiques, plutôt que des principes mécaniques. Cette méthode est comparée à celle d'Épicure, qui a créé la physique corpusculaire mais manquait de faits et d'observations pour l'appliquer correctement, menant à des concepts comme l'horreur du vide et l'attraction. Le texte dénonce également l'abus de l'attraction en chimie et l'influence des Anglais qui réduisent tout en problèmes algébriques. La médecine n'est pas épargnée, avec des formules algébriques remplaçant les aphorismes d'Hippocrate et de Boerhaave. Enfin, le texte déplore que la géométrie, autrefois un instrument au service de la philosophie, soit devenue une science orgueilleuse, détournée de son véritable objet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 68-84
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
Début :
Le but de votre Journal, Monsieur, étant d'annoncer les productions nouvelles [...]
Mots clefs :
Physique systématique, Abrégé, Solidité de la matière, Physique expérimentale, Opinion, Système, Révolutions célestes , Éclipses, Électricité, Attraction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
LETTRE A L'AUTEUR DU
MERCURE.
SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE
à l'usage des Ecoliers. Par M. DE
SAINTIGNON , de la Société Royale
des Sciences & Arts de Metz , &c.
Le but de votre Journal , Monfieur ,
étant d'annoncer les productions nouvelles
des Sciences & des Arts , & ce
qui n'eſt pas moins utile , de les préfenter
d'une manière qui puiſſe fixer le cas
que le Public en doit faire , j'eſpére que
vous voudrez bien inférer dans le MerJUIN.
1763 . 69
cure prochain l'Analyſe ſuivante d'une
partie du Traité abrégé de Physique à
l'usage des Ecoliers , par M. de Saintignon
, de la Congrégation de Notre Sauveur
, de la Société Royale des Sciences
& Arts de Metz , &c. Si cet Ouvrage
convient à ceux à qui M. de Saintignon
le deſtine , c'eſt un travail précieux
qu'on ne peut trop ſe hater de
faire connoître : dans le cas contraire il
eſt important de leur épargner la perte
d'un temps qu'ils peuvent employer plus
utilement , & de prévenir le tort que
peuvent faire à des têtes neuves, les traces
que laiſſe toujours après foi un
ouvrage élémentaire qui manque d'exa-
Ctitude. Dans l'un & l'autre cas , les remarques
que j'ai l'honneur de vous
adreſſer feront utiles , fi elles font bornées
à ce que renferme véritablement
le Livre de M. de Saintignon. Afin que
le Lecteur n'héſite point à m'accorder.
ſa confiance fur ce point, j'aurai ſoin
de tranfcrire l'ouvrage même le plus
ſouvent que je pourrai.
En lifant dans la Préface du Traité
abrégé de Phyfique la déclaration qu'y
fait M. de Saintignon , qu'il ne prétend
pas fe donner pour Auteur , il n'eſt aucun
Lecteur ſans doute qui ne ſe ſente
70 MERCURE DE FRANCE.
diſpoſé à lui accorder le mérite de la
modeſtie ; on ne ſuppoſe pas volontiers
que quelqu'un entreprenne d'écrire en
fix volumes un abrégé fur cette matière
fans avoir rien de nouveau à donner.
Nous accordons cependant à M. de
Saintignon la vérité de ſa déclaration
dans ce ſens qu'il a copié comme il
l'avoue lui-même , des Ouvrages de
ce genre que tout le monde a entre les
mains ; mais on verra par la ſuite , qu'il
y a hazardé de fon chef beaucoup de
choſes qu'il n'a trouvées nulle-part ,
mais qui auront peine à être reçues.
Parmi les Ouvrages que M. de Saintignona
incorporés dans ſon Livre , l'excellent
traité de Phyſique expérimentale
de M. l'Abbé Nollet eſt celui dont
il paroît avoir tiré plus que de tout autre.
Nous applaudirions à ce choix , fi M.
de Saintignon eût obſervé partout la
même marche qu'il a ſuivie dans un
très-grand nombre d'endroits , celle de
s'en tenir aux expreffions de l'Auteur ;
mais les changemens qu'il s'eſt permis
d'y faire en quelques occaſions ,ne nous
ont point paru avoir ni l'exactitude ni
la clarté qu'on eſt en droit d'éxiger
dans un Ouvrage élémentaire. Par exemple
, M. de Saintignon après avoir penJUIN.
1763 . 71
dant quelques lignes ſuivi M. l'Abbé
Nollet mot à mot ſur les idées qu'il
donne de la ſolidité , au lieu d'adopter
ces expreffions ſi claires & fi exactes
de l'Auteur qu'il copie... » Etre ſolide
>> eſt une propriété non ſeulement com-
» munee, mais même éſſentielle à tous
>>les corps ; c'eſt le ſigne le moins équi-
>>voque de leur éxiſtence , &c. M. de
Saintignon ,dis-je, y ſubſtitue les ſuivantes
, il paroît qu'on peut confondre la
folidité de la matière avec la matière
méme ... La ſolidité eſt une ſuite de l'étendue
folide.
L'uſage des Planches dans les Livres
foit de Mathématique, ſoit de Phyſique ,
eſt d'une utilité généralement reconnue.
Le ſeul motif qui puiſſe engager un
Auteur à s'en paſſer , eſt celui de diminuer
les frais. Mais ce motif eſt il--
luſoire lorſqu'on veut écrire ſur ces
matières pour des commençans. En effet
il eſt aiſéde ſe convaincre queles planches
véritablement néceſſaires n'augmententque
très-médiocrement le prix,
& que leur fuppreffion au contraire
rend le Livre abſolument inutile à ceux
à qui on le deſtine. M. de Saintignon
qui a pris ce dernier parti , a néanmoins
ſenti l'impoffibilité de ſe paſſer entière
72 MERCURE DE FRANCE.
ment de figures ; mais malheureuſement
outre qu'il n'en a employé qu'un trèspetit
nombre , elles manquent d'ailleurs
dans les endroits où elles étoient bien
plus néceſſaires , par exemple dans la
defcription des machines , ou dans l'expoſition
des Phénomènes un peu compofés.
,
M. de Saintignon a tâché de faire
marcher enfemble la Phyſique ſyſtématique
& la Phyſique expérimentale .
Sous ce dernier titre on s'attend à
trouver dans cet ouvrage des expériences
décrites avec netteté & avec
exactitude : elles n'y font cependant
qu'indiquées ou imparfaitement décrites
: nous dirions plutôt que c'eſt une
hiſtoire abrégée de la Phyfique expérimentale.
Quant à la partie fyſtématique,
on la trouve expoſée dans le premier
volume , ſous ce titre : Systéme de M.
de la Periere.
J'avoue que je ne connoiſſois pas le
ſyſtême de M. de la Periere ; ainfi je
ne fuis pas en état de juger fi ce dernier
a lieu d'être content de la manière
dont M. de Saintignon a rendu
ſes idées ; mais ce que je puis afſurer ,
c'eſt que , quoique je ne fois pas neuf
en cette matière , je n'ai pû juſqu'ici
parvenir
JUIN. 1763 . 73
parvenir à entendre ce ſyſtême , je veux
dire à le concilier avec les principes de
la faine méchanique. On en verra par la
fuite quelques échantillons ; obſervons
ſeulement que c'eſt de ce ſyſtême , que
M. de Saintignon entreprend de déduire
l'explication de différens Phénomènes
que la Phyſique conſidére .
C'eſt ſans doute par égard pour la
réputation de Newton , que M. de Saintignon
, après avoir expoſé les avantages
qu'il croit voir dans le ſyſtème de M.
de la Periere , accorde quelques pages
à la réfutation de ce qu'il appelle le
ſyſtême de Newton , qu'il paroît confondre
avec les inepties de quelquesuns
des Sectateurs de ce grand homme .
Nous ne raporterons pas ici cette réfutation
, parce qu'elle eſt longue , &
qu'elle ne plairoit pas même aux Anti-
Newtoniens ; car elle n'intéreſſe aucunement
l'opinion de Newton ; nous
rapporterons cependant la conclufion :
Enfin , dit M. de Saintignon , quand
tout auroit répondu à l'attente des calculateurs
, même pour l'explication des
phénomènes terrestres , on pourroit encore.
n'avoir pas deviné le vrai mechaniſme
du monde , puisqu'il eft incontestable
que le Créateur a été libre dans le choix
D
74 MERCURE DE FRANCE.
des moyens & dans l'exécution.
Si ces raiſons ſont concluantes , elles
le font indifféremment contre tout fyftême
; & M. de Saintignon n'a cependant
pas eu intention , je penſe ,
d'y comprendre celui qu'il adopte. Si
M. de Saintignon avoit moins de dégoût
pour le calcul & les Calculateurs ,
qu'il ne le témoigne dans ſon Livre ,
il auroit trouvé dans la Doctrine des
probabilités , qu'il y a infiniment plus
à parier pour un ſyſtême qui rempliroit
ces conditions , que pour tout autre.
Pour traiter les Newtoniens avec
cette ſévérité , il ne faudroit pas ſe permettre
d'avancer que la matière peut
être réfléchie par le néant. C'eſt cependant
la manière dont M. de Saintignon
ſe tire , dans ſon Ouvrage , de quelques
difficultés qui l'embarraſſent.
M. de Saintignon nous aſſure qu'on
va donner les derniers coups auSystéme
Newtonien , en démontrant que les révolutions
célestes nefont pas des éclipses.
Il ne nomme pas l'Auteur , & cela eft
fort fage , car l'expreſſion ne lui feroit
pas honneur. Mais en attendant que
cette redoutable menace , priſe dans le
ſens que M. de Saintignon avoit deffein
d'exprimer , arrive à l'exécution , paffons
JUIN. 1763 . 75
1
àd'autres choses ; car fans doute le Lecteur
ne nous ſçauroit pas gré de nous appeſantir
ſur toutes les inadvertances qui
échappentà M. de Sain tignon dans cette
prétendue réfutation. Ce feroit affez inutilement
, qu'en tranſcrivant M. de Saintignon
, nous rappellerions les vains efforts
qui ont été faits par ceux qui ont
mieux aimé entreprendre de réfuter
Newton, que de ſe mettre en état de l'entendre.
L'Électricité entre les mains de M.
l'Abbé Nollet , n'a pas un meilleur fort
chez M. de Saintignon que l'Attraction
entre celles de Newton : elle y eft attaquée
de la même manière , c'est-à- dire ,
par la répétition des objections faites par
d'autres. L'équité demandoit que l'on
fit ſuivre les réponſes quiy ont été faites.
Il ſemble qu'on n'a fait mention de ces
deux Sçavans , que pour avoir occafion
de ſubſtituer à leurs raisonnemens , les
idées de M. De la Périere.
J'ai paffé ſous filence les notions que
M. de Saintignon donne de la matière
& de ſes propriétés générales : cela va
quelquefois affez bien quand il tranſcrit;
mais quand il marche ſeul , alors , propriétés
& qualités font la même chose.....
les couleurs , les odeurs , & c , n'existent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
qu'en apparence.... On ne doit point rai-
Jonner contre l'expérience .... Laifferonsnousà
nos arrières - neveux la commiſſion
de raifonner ?..... Nous ne concluons cependant
pas que l'étendue foit effentielle
aux corps , &c.
On a penfé jufqu'ici en Phyſique que
le feu& la lumière étoient très-élaſtiques
; M. de Saintignon les croit trèscompreffibles
: fans doute , il veut dire
très -élastiques ; mais cette inattention
peut induire en erreur un Ecolier , qui
croit qu'on a ſoin d'employer les mots
felon leur fignification.
Perfonne aujourd'hui ne s'aviſeroit
de confondre l'inertie avec la pefanteur ;
l'expérience & le raiſonnement ont féparé
ces deux propriétés. Quoi qu'il en
foit , M. de Saintignon , nonobſtant le
principe qu'il a porté ci-deſſus , qu'on ne
doit point raifonner contre l'expérience ,
nous affure que l'inertie est la même cho-
Se que la pesanteur , & dans un autre
endroit , que les corps en mouvement
n'ont pas d'inertie. Ceci n'eſt cependant
pas une affaire d'opinions. Voyons quelques-
uns des raiſonnemens de M. de
Saintignon.
L'Attraction , dit M. de Saintignon ,
n'est pas la cause de la force d'inertie.
JUIN. 1763.. 77
On en convient , mais on ne conviendra
pas , je penſe , que le raiſonnement ,
que M. de Saintignon emploie pour le
prouver ,foit concluant ; car , continuet-
il , cette qualité merveilleuse qui agiroitfi
puiſſamment ſur les corps , devroit
empêcher toute évaporation , toute tranfpiration
des corpsſolides ou fluides ; elle
empêcheroit la lune d'attirer les eaux de
l'océan , ou elle ne l'empêcheroit pas d'attirerjusqu'à
elle tous les nuages de notre
Atmosphère.
Non-feulement ce raiſonnement ne
prouve rien de ce qui eft en queſtion ,
mais il paroît qu'en écrivant ceci , M.
de Saintignon a perdu de vue les principes
de la Méchanique. Comment ne
s'est- il pas rappellé , par exemple , qu'une
aiguille ſoumiſe à l'action de deux aimans
prend toujours une fituation telle
que les actions de cesdeuxaimans ſur elle,
ſe font mutuellement équilibre. Si M.
de Saintignon avoit eu moins de répugnance
pour le calcul & les calculateurs
, il auroit vu que la lune peut élever
les eaux de l'Océan , agir fur l'Atmofphère
, & cependant , en vertu de
cette action même , les chofes demeurer
en l'état où elles font actuellement ;
mais malheureuſement tout cela a été
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
prouvé par des Calculateurs , & ne peut
par conféquent contribuer en rien àdégoûter
M. de Saintignon de ces déclamations
, qui d'ailleurs font , ce me femble
, très-déplacées dans un Ouvrage
élémentaire.
La cauſe de la dureté des corps fait
depuis longtemps l'objetdes méditations
des Phyſiciens. M. de Saintignon ſe.
tire aifément de cette queſtion en y
appliquant le prétendu ſyſtême de M.
De la Périere : il est vrai que dans un
endroit , les élémens de la matière ont
une dureté radicale , & dans un autre
, ils ne font points durs par leur nature
, parce qu'ils font matière ; mais
à ces petites contradictions près , il n'y
aplus rien d'obfcur dans la cauſe de la
dureté des corps ; cela eſt évident , car
la cohésion des parties d'un corps eft occafionnéeparla
preſſion extérieure d'une
maſſe prodigieuse de fluides quelconques
plus déliés que l'air que nous ref.
pirons , qui environne tous les corps en
les preſſantplus ou moins perpendiculairement
à leursfurfaces dans la direction
de leur centre parfon reffort , que rien
ne gêne & ne dégrade au-dehors , tandis
que les portions des mémesfluides
*
en-
* Nous avons pris la liberté de mettre engaJUI
N. 1763 . 79
gagées dans les corps y font affoiblies
&plus ou moins dégradées par les chocs ,
les réfléctions, les réfractions que leur oc
fionnent le mélange & la fréquente rencontre
des parties non-élastiques de ces
corps dont il arrive , &c. Combien de
ſuppoſitions dans ce paſſage ? Combien
dedifcours il faudroit pour y répandre
la clarté ? On croira , peut-être , que ce
n'eſt qu'un énoncé dont l'explication &
ladémonstration viendront enſuite ; mais
M. de Saintignon ne les promet & ne
les donne point. Il ne feroit pas voir ,
par exemple , que les corps ſont preffés
tout à la fois perpendiculairement à leurs
furfaces & dans la direction de leurs
centres , ſurtout après avoir attribué aux
parties de la matière une forme non-ſphérique.
La cauſe de la fléxibilité , de la moleffe
, &c, n'eſt pas expliquée plus clairement
, & l'on peut àjuſte titre ſe plaindre
du défaut de méthode ſenſible à chaque
pas , foit dans la ſucceſſion des
matières, ſoit dans le choix des exemples,
gées , affoiblies , dégradées , &c , quoique dans le
Texte de M. de Saintignon tout cela ſoit au mafculin
; cependant comme nous ne nous flatons
pas d'entendre ce Paſſage , ſi M. de Saintignon
penſe que nous avons eu tort , nous conviendrons
que c'eſt pour n'y avoir rien entendu.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
foit enfin dans les définitions même qui
fort ſouvent n'arrivent qu'après qu'on a
fait longtemps uſage des expreffions
qu'elles doivent éclaircir. Il y auroit encore
beaucoup d'autres choſes à remarquer
fur tous ces objets ; tels ſeroient ,
par exemple , un grand nombre de pafſages
de la nature de celui-ci. Lafléxibilité
ne paroît différer de la molleſſe que
du plus au moins , elle peut s'allier avec
une grande dureté.
L'expoſition des loix de l'union de
l'âme & du corps , ainſi que plufieurs
autres queſtions de Métaphyfique ſur lef
quelles Mde Saintignon s'arrête trop ,
& qu'il eſt dangereux d'entreprendre
apres M. de Buffon , n'est pas dans l'Ouvrage
de M. de Saintignon , un tableau
intéreſſant pour les Lecteurs de bon
goût; & nous ne croyons pas qu'ils y
voyent avec plaifir que le cerveau ou le
fiége de l'âme , eft le bureau d'adreſſe où
doivent aboutir les dépêches du dehors.
Que l'âme ſoit là ou ailleurs , cela eſt
fort indifférent; mais nous ne penſons pas
que les dépéches qui arrivent à ce bureau
d'adreſſe de la part des corps odorans ,
s'y annoncent ſelon la raiſon inverſe du
quarré des diſtances. Avec beaucoup
d'abſtractions , cela est vrai , & fe déJUIN.
1763 . 81
montre même d'une manière beaucoup
plus courte que ne l'a fait M. de Saintignon.
Mais eu égard à tout , il n'en eft
pas ainfi , & il eût été bon d'en prévenir
les Ecoliers. Les odeurs & les faveurs
ont encore donné lieu à M. de Saintignon
de joindre à ſa Differtation un
difcours contre la cuiſine moderne que
bien des gens n'approuveront pas .
La plus grande partie de ce qui vient
enfuite fur les fons renferme encore un
grand nombre d'expreffions & d'affertions
de la nature des précédentes .....
La vitesse dufon dépend de la vitelſſfe des
parties founantes , &c. Ceci ſemble fuppofer
un déplacement ſenſible dans les
partiesfonnantes. Ce qu'on ne croit pas
communément en Phyfiques: cette propofition
eſt au moins mal fonnante . Il
en eft de même de cette autre-ci.... Une
pendule de trois pieds huit lignes & demie ,
éxécute une vibration à chaquefeconde
depuis la plus grandejusqu'à la plus petite.
On ne dit point dans le cas préfent
une pendule mais un pendule : & pour
parler plus clairement & plus exactement
, on doit dire un pendule de trois
pieds huit lignes & demie , acheve chacune
de ſes ofcillations en une ſeconde ,
foit que ees ofcillations foient ou ne
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
foient pas d'une égale érendue , pourvu
que cette étendue foit médiocre. Paffons
au mouvement.
Pour faire entendre clairement à ſes
Ecoliers * , que la quantité de mouvement
ſe meſure en multipliant la maffe
par la vîteſſe , M. de Saintignon choiſit
l'exemple ſuivant. Si un homme peut
faire une lieue en une heure , dix hommes
qui marcheroient dix fois moins víte ,
ne laiſſeroient pas de faire entr'eux
une lieue en une heure de temps , car
chacun d'eux feroit la dixième partie
d'une heure.
On voit bien que M. de Saintignon
a voulu dire la dixiéme partie d'une
lieue ; mais approuvera- t-on cette manière
de prouver la propoſition dont il
s'agit ? Pour moi il me semble qu'elle
ne prouve rien. Quand on voit un Auteur
expliquer ainſi les chofes les plus
élémentaires , on ſe ſent de la défiance
pour celles qui exigent de ſa part un
raiſonnement plus fuivi ; ne nous y arrêtons
pas , mais terminons cet Ecrit
par quelques Remarques fur la Pefanteur&
fur la Méchanique.
M. de Saintignon entreprend d'af-
*M. de Saintignon a été Profeſſeur de Philo-
Sophie.
JUI N. 1763 . 83
figner la cauſe de la peſanteur ; il regarde
d'abord avec lesAuteurs qu'il tranfcrit
, cette force comme appliquée à
chacune des parties de la matière ; mais
comme cette manière de conſidérer la
peſanteur ne cadre pas exactement avec
le ſyſtême qu'il a embraffe , quelques
pages après , M. de Saintignon ne la
regarde que comme appliquée à certaines
parties : on ſent bien à quelles conſéquences
cette marche conduit , ſans
compter l'inconféquence à laquelle M.
de Saintignon ſe laiſſe aller. Ce n'eſt
pas que M. de Saintignon ne ſente
bien que cela n'est pas régulier , mais
il répond .... Il n'y a pas de ſyſtême qui
n'aitses défauts , ce qui ne s'explique
pas aujourd'hui , s'expliquera peut- être .
par lafuite.
En parlant de l'Accélération dans la
chûte des graves M. de Saintignon dit ,
puisque la viteffe compenfe la masse , ur
corps d'une livre quitombe de vingtpieds
aura autant de mouvement qu'un corps
de cinq livres qui tomberoit de quatre
pieds feulement. Cette propofition eſt
contraire aux notions les plus communes
de laMéchanique. M. de Saintignon
appelle Phénomène la loi des eſpaces que
décrivent les corps graves. Paffons le
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
terme , mais c'eſt un Phénomène dont
M. de Saintignon n'étoit pas bien frappé
quand il avancé cette propoſition.
Terminons par une Remarque qui
nous diſpenſe évidemment d'aller plus
loin , & diſons que Mde Saintignon
confond à chaque inſtant le ſinus d'un
angle avec l'angle même, en employant
ce dernier au lieu du premier dans l'eſtimation
du rapport des puiſſances dans
l'équilibre .
Je ne puis croire que M. de Saintignon
, qui a profeſſé longtemps , à ce
qu'il dit , la Philofophie , ait fait avec
réfléxions les fautes que ſes expreffions
mettent en droit de lui repréſenter , & je
defire qu'on penſe avec moi , que ſes
inadvertances , ſon peu de méthode &
de clarté viennent du peu de loiſir qu'il
a eu & des affaires étrangères à la Phyfique
, dont il eſt occupé ; mais il n'en
eſt pas moins vrai que fon Livre a beſoin
de beaucoup de corrections avant que
d'être appliquable à l'uſage auquel il
l'a deſtiné.
J'ai l'honneur d'être , &c.
MERCURE.
SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE
à l'usage des Ecoliers. Par M. DE
SAINTIGNON , de la Société Royale
des Sciences & Arts de Metz , &c.
Le but de votre Journal , Monfieur ,
étant d'annoncer les productions nouvelles
des Sciences & des Arts , & ce
qui n'eſt pas moins utile , de les préfenter
d'une manière qui puiſſe fixer le cas
que le Public en doit faire , j'eſpére que
vous voudrez bien inférer dans le MerJUIN.
1763 . 69
cure prochain l'Analyſe ſuivante d'une
partie du Traité abrégé de Physique à
l'usage des Ecoliers , par M. de Saintignon
, de la Congrégation de Notre Sauveur
, de la Société Royale des Sciences
& Arts de Metz , &c. Si cet Ouvrage
convient à ceux à qui M. de Saintignon
le deſtine , c'eſt un travail précieux
qu'on ne peut trop ſe hater de
faire connoître : dans le cas contraire il
eſt important de leur épargner la perte
d'un temps qu'ils peuvent employer plus
utilement , & de prévenir le tort que
peuvent faire à des têtes neuves, les traces
que laiſſe toujours après foi un
ouvrage élémentaire qui manque d'exa-
Ctitude. Dans l'un & l'autre cas , les remarques
que j'ai l'honneur de vous
adreſſer feront utiles , fi elles font bornées
à ce que renferme véritablement
le Livre de M. de Saintignon. Afin que
le Lecteur n'héſite point à m'accorder.
ſa confiance fur ce point, j'aurai ſoin
de tranfcrire l'ouvrage même le plus
ſouvent que je pourrai.
En lifant dans la Préface du Traité
abrégé de Phyfique la déclaration qu'y
fait M. de Saintignon , qu'il ne prétend
pas fe donner pour Auteur , il n'eſt aucun
Lecteur ſans doute qui ne ſe ſente
70 MERCURE DE FRANCE.
diſpoſé à lui accorder le mérite de la
modeſtie ; on ne ſuppoſe pas volontiers
que quelqu'un entreprenne d'écrire en
fix volumes un abrégé fur cette matière
fans avoir rien de nouveau à donner.
Nous accordons cependant à M. de
Saintignon la vérité de ſa déclaration
dans ce ſens qu'il a copié comme il
l'avoue lui-même , des Ouvrages de
ce genre que tout le monde a entre les
mains ; mais on verra par la ſuite , qu'il
y a hazardé de fon chef beaucoup de
choſes qu'il n'a trouvées nulle-part ,
mais qui auront peine à être reçues.
Parmi les Ouvrages que M. de Saintignona
incorporés dans ſon Livre , l'excellent
traité de Phyſique expérimentale
de M. l'Abbé Nollet eſt celui dont
il paroît avoir tiré plus que de tout autre.
Nous applaudirions à ce choix , fi M.
de Saintignon eût obſervé partout la
même marche qu'il a ſuivie dans un
très-grand nombre d'endroits , celle de
s'en tenir aux expreffions de l'Auteur ;
mais les changemens qu'il s'eſt permis
d'y faire en quelques occaſions ,ne nous
ont point paru avoir ni l'exactitude ni
la clarté qu'on eſt en droit d'éxiger
dans un Ouvrage élémentaire. Par exemple
, M. de Saintignon après avoir penJUIN.
1763 . 71
dant quelques lignes ſuivi M. l'Abbé
Nollet mot à mot ſur les idées qu'il
donne de la ſolidité , au lieu d'adopter
ces expreffions ſi claires & fi exactes
de l'Auteur qu'il copie... » Etre ſolide
>> eſt une propriété non ſeulement com-
» munee, mais même éſſentielle à tous
>>les corps ; c'eſt le ſigne le moins équi-
>>voque de leur éxiſtence , &c. M. de
Saintignon ,dis-je, y ſubſtitue les ſuivantes
, il paroît qu'on peut confondre la
folidité de la matière avec la matière
méme ... La ſolidité eſt une ſuite de l'étendue
folide.
L'uſage des Planches dans les Livres
foit de Mathématique, ſoit de Phyſique ,
eſt d'une utilité généralement reconnue.
Le ſeul motif qui puiſſe engager un
Auteur à s'en paſſer , eſt celui de diminuer
les frais. Mais ce motif eſt il--
luſoire lorſqu'on veut écrire ſur ces
matières pour des commençans. En effet
il eſt aiſéde ſe convaincre queles planches
véritablement néceſſaires n'augmententque
très-médiocrement le prix,
& que leur fuppreffion au contraire
rend le Livre abſolument inutile à ceux
à qui on le deſtine. M. de Saintignon
qui a pris ce dernier parti , a néanmoins
ſenti l'impoffibilité de ſe paſſer entière
72 MERCURE DE FRANCE.
ment de figures ; mais malheureuſement
outre qu'il n'en a employé qu'un trèspetit
nombre , elles manquent d'ailleurs
dans les endroits où elles étoient bien
plus néceſſaires , par exemple dans la
defcription des machines , ou dans l'expoſition
des Phénomènes un peu compofés.
,
M. de Saintignon a tâché de faire
marcher enfemble la Phyſique ſyſtématique
& la Phyſique expérimentale .
Sous ce dernier titre on s'attend à
trouver dans cet ouvrage des expériences
décrites avec netteté & avec
exactitude : elles n'y font cependant
qu'indiquées ou imparfaitement décrites
: nous dirions plutôt que c'eſt une
hiſtoire abrégée de la Phyfique expérimentale.
Quant à la partie fyſtématique,
on la trouve expoſée dans le premier
volume , ſous ce titre : Systéme de M.
de la Periere.
J'avoue que je ne connoiſſois pas le
ſyſtême de M. de la Periere ; ainfi je
ne fuis pas en état de juger fi ce dernier
a lieu d'être content de la manière
dont M. de Saintignon a rendu
ſes idées ; mais ce que je puis afſurer ,
c'eſt que , quoique je ne fois pas neuf
en cette matière , je n'ai pû juſqu'ici
parvenir
JUIN. 1763 . 73
parvenir à entendre ce ſyſtême , je veux
dire à le concilier avec les principes de
la faine méchanique. On en verra par la
fuite quelques échantillons ; obſervons
ſeulement que c'eſt de ce ſyſtême , que
M. de Saintignon entreprend de déduire
l'explication de différens Phénomènes
que la Phyſique conſidére .
C'eſt ſans doute par égard pour la
réputation de Newton , que M. de Saintignon
, après avoir expoſé les avantages
qu'il croit voir dans le ſyſtème de M.
de la Periere , accorde quelques pages
à la réfutation de ce qu'il appelle le
ſyſtême de Newton , qu'il paroît confondre
avec les inepties de quelquesuns
des Sectateurs de ce grand homme .
Nous ne raporterons pas ici cette réfutation
, parce qu'elle eſt longue , &
qu'elle ne plairoit pas même aux Anti-
Newtoniens ; car elle n'intéreſſe aucunement
l'opinion de Newton ; nous
rapporterons cependant la conclufion :
Enfin , dit M. de Saintignon , quand
tout auroit répondu à l'attente des calculateurs
, même pour l'explication des
phénomènes terrestres , on pourroit encore.
n'avoir pas deviné le vrai mechaniſme
du monde , puisqu'il eft incontestable
que le Créateur a été libre dans le choix
D
74 MERCURE DE FRANCE.
des moyens & dans l'exécution.
Si ces raiſons ſont concluantes , elles
le font indifféremment contre tout fyftême
; & M. de Saintignon n'a cependant
pas eu intention , je penſe ,
d'y comprendre celui qu'il adopte. Si
M. de Saintignon avoit moins de dégoût
pour le calcul & les Calculateurs ,
qu'il ne le témoigne dans ſon Livre ,
il auroit trouvé dans la Doctrine des
probabilités , qu'il y a infiniment plus
à parier pour un ſyſtême qui rempliroit
ces conditions , que pour tout autre.
Pour traiter les Newtoniens avec
cette ſévérité , il ne faudroit pas ſe permettre
d'avancer que la matière peut
être réfléchie par le néant. C'eſt cependant
la manière dont M. de Saintignon
ſe tire , dans ſon Ouvrage , de quelques
difficultés qui l'embarraſſent.
M. de Saintignon nous aſſure qu'on
va donner les derniers coups auSystéme
Newtonien , en démontrant que les révolutions
célestes nefont pas des éclipses.
Il ne nomme pas l'Auteur , & cela eft
fort fage , car l'expreſſion ne lui feroit
pas honneur. Mais en attendant que
cette redoutable menace , priſe dans le
ſens que M. de Saintignon avoit deffein
d'exprimer , arrive à l'exécution , paffons
JUIN. 1763 . 75
1
àd'autres choses ; car fans doute le Lecteur
ne nous ſçauroit pas gré de nous appeſantir
ſur toutes les inadvertances qui
échappentà M. de Sain tignon dans cette
prétendue réfutation. Ce feroit affez inutilement
, qu'en tranſcrivant M. de Saintignon
, nous rappellerions les vains efforts
qui ont été faits par ceux qui ont
mieux aimé entreprendre de réfuter
Newton, que de ſe mettre en état de l'entendre.
L'Électricité entre les mains de M.
l'Abbé Nollet , n'a pas un meilleur fort
chez M. de Saintignon que l'Attraction
entre celles de Newton : elle y eft attaquée
de la même manière , c'est-à- dire ,
par la répétition des objections faites par
d'autres. L'équité demandoit que l'on
fit ſuivre les réponſes quiy ont été faites.
Il ſemble qu'on n'a fait mention de ces
deux Sçavans , que pour avoir occafion
de ſubſtituer à leurs raisonnemens , les
idées de M. De la Périere.
J'ai paffé ſous filence les notions que
M. de Saintignon donne de la matière
& de ſes propriétés générales : cela va
quelquefois affez bien quand il tranſcrit;
mais quand il marche ſeul , alors , propriétés
& qualités font la même chose.....
les couleurs , les odeurs , & c , n'existent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
qu'en apparence.... On ne doit point rai-
Jonner contre l'expérience .... Laifferonsnousà
nos arrières - neveux la commiſſion
de raifonner ?..... Nous ne concluons cependant
pas que l'étendue foit effentielle
aux corps , &c.
On a penfé jufqu'ici en Phyſique que
le feu& la lumière étoient très-élaſtiques
; M. de Saintignon les croit trèscompreffibles
: fans doute , il veut dire
très -élastiques ; mais cette inattention
peut induire en erreur un Ecolier , qui
croit qu'on a ſoin d'employer les mots
felon leur fignification.
Perfonne aujourd'hui ne s'aviſeroit
de confondre l'inertie avec la pefanteur ;
l'expérience & le raiſonnement ont féparé
ces deux propriétés. Quoi qu'il en
foit , M. de Saintignon , nonobſtant le
principe qu'il a porté ci-deſſus , qu'on ne
doit point raifonner contre l'expérience ,
nous affure que l'inertie est la même cho-
Se que la pesanteur , & dans un autre
endroit , que les corps en mouvement
n'ont pas d'inertie. Ceci n'eſt cependant
pas une affaire d'opinions. Voyons quelques-
uns des raiſonnemens de M. de
Saintignon.
L'Attraction , dit M. de Saintignon ,
n'est pas la cause de la force d'inertie.
JUIN. 1763.. 77
On en convient , mais on ne conviendra
pas , je penſe , que le raiſonnement ,
que M. de Saintignon emploie pour le
prouver ,foit concluant ; car , continuet-
il , cette qualité merveilleuse qui agiroitfi
puiſſamment ſur les corps , devroit
empêcher toute évaporation , toute tranfpiration
des corpsſolides ou fluides ; elle
empêcheroit la lune d'attirer les eaux de
l'océan , ou elle ne l'empêcheroit pas d'attirerjusqu'à
elle tous les nuages de notre
Atmosphère.
Non-feulement ce raiſonnement ne
prouve rien de ce qui eft en queſtion ,
mais il paroît qu'en écrivant ceci , M.
de Saintignon a perdu de vue les principes
de la Méchanique. Comment ne
s'est- il pas rappellé , par exemple , qu'une
aiguille ſoumiſe à l'action de deux aimans
prend toujours une fituation telle
que les actions de cesdeuxaimans ſur elle,
ſe font mutuellement équilibre. Si M.
de Saintignon avoit eu moins de répugnance
pour le calcul & les calculateurs
, il auroit vu que la lune peut élever
les eaux de l'Océan , agir fur l'Atmofphère
, & cependant , en vertu de
cette action même , les chofes demeurer
en l'état où elles font actuellement ;
mais malheureuſement tout cela a été
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
prouvé par des Calculateurs , & ne peut
par conféquent contribuer en rien àdégoûter
M. de Saintignon de ces déclamations
, qui d'ailleurs font , ce me femble
, très-déplacées dans un Ouvrage
élémentaire.
La cauſe de la dureté des corps fait
depuis longtemps l'objetdes méditations
des Phyſiciens. M. de Saintignon ſe.
tire aifément de cette queſtion en y
appliquant le prétendu ſyſtême de M.
De la Périere : il est vrai que dans un
endroit , les élémens de la matière ont
une dureté radicale , & dans un autre
, ils ne font points durs par leur nature
, parce qu'ils font matière ; mais
à ces petites contradictions près , il n'y
aplus rien d'obfcur dans la cauſe de la
dureté des corps ; cela eſt évident , car
la cohésion des parties d'un corps eft occafionnéeparla
preſſion extérieure d'une
maſſe prodigieuse de fluides quelconques
plus déliés que l'air que nous ref.
pirons , qui environne tous les corps en
les preſſantplus ou moins perpendiculairement
à leursfurfaces dans la direction
de leur centre parfon reffort , que rien
ne gêne & ne dégrade au-dehors , tandis
que les portions des mémesfluides
*
en-
* Nous avons pris la liberté de mettre engaJUI
N. 1763 . 79
gagées dans les corps y font affoiblies
&plus ou moins dégradées par les chocs ,
les réfléctions, les réfractions que leur oc
fionnent le mélange & la fréquente rencontre
des parties non-élastiques de ces
corps dont il arrive , &c. Combien de
ſuppoſitions dans ce paſſage ? Combien
dedifcours il faudroit pour y répandre
la clarté ? On croira , peut-être , que ce
n'eſt qu'un énoncé dont l'explication &
ladémonstration viendront enſuite ; mais
M. de Saintignon ne les promet & ne
les donne point. Il ne feroit pas voir ,
par exemple , que les corps ſont preffés
tout à la fois perpendiculairement à leurs
furfaces & dans la direction de leurs
centres , ſurtout après avoir attribué aux
parties de la matière une forme non-ſphérique.
La cauſe de la fléxibilité , de la moleffe
, &c, n'eſt pas expliquée plus clairement
, & l'on peut àjuſte titre ſe plaindre
du défaut de méthode ſenſible à chaque
pas , foit dans la ſucceſſion des
matières, ſoit dans le choix des exemples,
gées , affoiblies , dégradées , &c , quoique dans le
Texte de M. de Saintignon tout cela ſoit au mafculin
; cependant comme nous ne nous flatons
pas d'entendre ce Paſſage , ſi M. de Saintignon
penſe que nous avons eu tort , nous conviendrons
que c'eſt pour n'y avoir rien entendu.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
foit enfin dans les définitions même qui
fort ſouvent n'arrivent qu'après qu'on a
fait longtemps uſage des expreffions
qu'elles doivent éclaircir. Il y auroit encore
beaucoup d'autres choſes à remarquer
fur tous ces objets ; tels ſeroient ,
par exemple , un grand nombre de pafſages
de la nature de celui-ci. Lafléxibilité
ne paroît différer de la molleſſe que
du plus au moins , elle peut s'allier avec
une grande dureté.
L'expoſition des loix de l'union de
l'âme & du corps , ainſi que plufieurs
autres queſtions de Métaphyfique ſur lef
quelles Mde Saintignon s'arrête trop ,
& qu'il eſt dangereux d'entreprendre
apres M. de Buffon , n'est pas dans l'Ouvrage
de M. de Saintignon , un tableau
intéreſſant pour les Lecteurs de bon
goût; & nous ne croyons pas qu'ils y
voyent avec plaifir que le cerveau ou le
fiége de l'âme , eft le bureau d'adreſſe où
doivent aboutir les dépêches du dehors.
Que l'âme ſoit là ou ailleurs , cela eſt
fort indifférent; mais nous ne penſons pas
que les dépéches qui arrivent à ce bureau
d'adreſſe de la part des corps odorans ,
s'y annoncent ſelon la raiſon inverſe du
quarré des diſtances. Avec beaucoup
d'abſtractions , cela est vrai , & fe déJUIN.
1763 . 81
montre même d'une manière beaucoup
plus courte que ne l'a fait M. de Saintignon.
Mais eu égard à tout , il n'en eft
pas ainfi , & il eût été bon d'en prévenir
les Ecoliers. Les odeurs & les faveurs
ont encore donné lieu à M. de Saintignon
de joindre à ſa Differtation un
difcours contre la cuiſine moderne que
bien des gens n'approuveront pas .
La plus grande partie de ce qui vient
enfuite fur les fons renferme encore un
grand nombre d'expreffions & d'affertions
de la nature des précédentes .....
La vitesse dufon dépend de la vitelſſfe des
parties founantes , &c. Ceci ſemble fuppofer
un déplacement ſenſible dans les
partiesfonnantes. Ce qu'on ne croit pas
communément en Phyfiques: cette propofition
eſt au moins mal fonnante . Il
en eft de même de cette autre-ci.... Une
pendule de trois pieds huit lignes & demie ,
éxécute une vibration à chaquefeconde
depuis la plus grandejusqu'à la plus petite.
On ne dit point dans le cas préfent
une pendule mais un pendule : & pour
parler plus clairement & plus exactement
, on doit dire un pendule de trois
pieds huit lignes & demie , acheve chacune
de ſes ofcillations en une ſeconde ,
foit que ees ofcillations foient ou ne
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
foient pas d'une égale érendue , pourvu
que cette étendue foit médiocre. Paffons
au mouvement.
Pour faire entendre clairement à ſes
Ecoliers * , que la quantité de mouvement
ſe meſure en multipliant la maffe
par la vîteſſe , M. de Saintignon choiſit
l'exemple ſuivant. Si un homme peut
faire une lieue en une heure , dix hommes
qui marcheroient dix fois moins víte ,
ne laiſſeroient pas de faire entr'eux
une lieue en une heure de temps , car
chacun d'eux feroit la dixième partie
d'une heure.
On voit bien que M. de Saintignon
a voulu dire la dixiéme partie d'une
lieue ; mais approuvera- t-on cette manière
de prouver la propoſition dont il
s'agit ? Pour moi il me semble qu'elle
ne prouve rien. Quand on voit un Auteur
expliquer ainſi les chofes les plus
élémentaires , on ſe ſent de la défiance
pour celles qui exigent de ſa part un
raiſonnement plus fuivi ; ne nous y arrêtons
pas , mais terminons cet Ecrit
par quelques Remarques fur la Pefanteur&
fur la Méchanique.
M. de Saintignon entreprend d'af-
*M. de Saintignon a été Profeſſeur de Philo-
Sophie.
JUI N. 1763 . 83
figner la cauſe de la peſanteur ; il regarde
d'abord avec lesAuteurs qu'il tranfcrit
, cette force comme appliquée à
chacune des parties de la matière ; mais
comme cette manière de conſidérer la
peſanteur ne cadre pas exactement avec
le ſyſtême qu'il a embraffe , quelques
pages après , M. de Saintignon ne la
regarde que comme appliquée à certaines
parties : on ſent bien à quelles conſéquences
cette marche conduit , ſans
compter l'inconféquence à laquelle M.
de Saintignon ſe laiſſe aller. Ce n'eſt
pas que M. de Saintignon ne ſente
bien que cela n'est pas régulier , mais
il répond .... Il n'y a pas de ſyſtême qui
n'aitses défauts , ce qui ne s'explique
pas aujourd'hui , s'expliquera peut- être .
par lafuite.
En parlant de l'Accélération dans la
chûte des graves M. de Saintignon dit ,
puisque la viteffe compenfe la masse , ur
corps d'une livre quitombe de vingtpieds
aura autant de mouvement qu'un corps
de cinq livres qui tomberoit de quatre
pieds feulement. Cette propofition eſt
contraire aux notions les plus communes
de laMéchanique. M. de Saintignon
appelle Phénomène la loi des eſpaces que
décrivent les corps graves. Paffons le
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
terme , mais c'eſt un Phénomène dont
M. de Saintignon n'étoit pas bien frappé
quand il avancé cette propoſition.
Terminons par une Remarque qui
nous diſpenſe évidemment d'aller plus
loin , & diſons que Mde Saintignon
confond à chaque inſtant le ſinus d'un
angle avec l'angle même, en employant
ce dernier au lieu du premier dans l'eſtimation
du rapport des puiſſances dans
l'équilibre .
Je ne puis croire que M. de Saintignon
, qui a profeſſé longtemps , à ce
qu'il dit , la Philofophie , ait fait avec
réfléxions les fautes que ſes expreffions
mettent en droit de lui repréſenter , & je
defire qu'on penſe avec moi , que ſes
inadvertances , ſon peu de méthode &
de clarté viennent du peu de loiſir qu'il
a eu & des affaires étrangères à la Phyfique
, dont il eſt occupé ; mais il n'en
eſt pas moins vrai que fon Livre a beſoin
de beaucoup de corrections avant que
d'être appliquable à l'uſage auquel il
l'a deſtiné.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
La lettre critique le 'Traité abrégé de Physique à l'usage des Écoliers' de M. de Saintignon, membre de la Société Royale des Sciences et Arts de Metz. L'auteur évalue la qualité de cet ouvrage destiné aux élèves, en vérifiant s'il est précis et utile ou s'il risque de nuire aux étudiants par ses inexactitudes. L'auteur reconnaît que M. de Saintignon a principalement copié des œuvres existantes, notamment le traité de physique expérimentale de l'Abbé Nollet, mais critique les modifications apportées, jugées inexactes et peu claires. La lettre déplore l'absence de planches illustratives et note que les expériences sont mal décrites. Le traité combine la physique systématique et expérimentale, mais l'auteur trouve le système de M. de la Perière, utilisé par M. de Saintignon, difficile à comprendre et incompatible avec les principes de la mécanique. La lettre mentionne également une réfutation du système de Newton, jugée inintéressante et non pertinente. M. de Saintignon critique les théories de Newton sur le mécanisme du monde et les phénomènes célestes, affirmant que les calculs n'expliquent pas nécessairement le mécanisme exact du monde. Il attaque l'électricité et l'attraction sans proposer de solutions alternatives solides, répétant des objections déjà formulées. Le texte souligne l'incohérence de M. de Saintignon, qui commet des erreurs conceptuelles comme confondre inertie et pesanteur, et ignore les principes de la mécanique. L'ouvrage contient des explications obscures et mal démontrées sur la dureté des corps et des digressions sur des sujets comme les odeurs et la cuisine moderne. Les explications sur des concepts physiques élémentaires, comme la mesure de la quantité de mouvement et la pesanteur, sont jugées imprécises et incohérentes. L'auteur conclut que l'ouvrage nécessite de nombreuses corrections avant de pouvoir être utilisé de manière appropriée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 112-134
RÉPONSE à la Lettre anonyme insérée dans le Mercure de France contre la Physique de M. de SAINTIGNON.
Début :
UN écrit anonyme, Monsieur, de l'espèce de celui que vous avez inséré [...]
Mots clefs :
Anonyme, Physique, Système, Réponse, Matière, Expressions, Usage, Idées, Pesanteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à la Lettre anonyme insérée dans le Mercure de France contre la Physique de M. de SAINTIGNON.
RÉPONSE à la Lettre anonyme inférée
dans le Mercure de France contre
la Phyfique de M. de SAINTIGNON.
UNN écrit anonyme , Monfieur , de
l'eſpèce de celui que vous avez inſéré
dans votre Mercure du mois de Juin ,
devroit être abandonné au fort qu'il
mérite , & par lui - même & en fa qualité
d'Anonyme. Mais comme il n'eſt pas
difficile de deviner la fource d'où il
part , je ne crois pas devoir le laiffer
fans réponſe.
L'Auteur de cette Piéce a eu de
bonnes raifons pour n'y pas mettre fon
nom mais s'il vouloit garder l'incognito
, il devoit s'y prendre plus habilement.
Il devoit montrer plus de modeftie
, dérober aux yeux du Lecteurs
les traits de jaloufie & furtout d'intérêt
, qui le caractérisent depuis longtemps
, & foupçonner qu'on le reconnoîtroit
à fon début , à fon ftyle ,
à fon inexactitude & à plufieurs expreffions
qui lui font familières . Il eft
OCTOBRE. 1763. 113 .
aifé de voir que cet Anonyme n'a
qu'une connoiffance très- fuperficielle de
mon Ouvrage. Il avoue lui- même qu'il
n'entend point le fyftême général dont
j'ai fait ufage ; & je l'en crois fur fa
parole : il ne peut donc l'attaquer qu'en
aveugle & s'il a réuffi à quelque
chofe , c'eſt à montrer un grand defir de
trouver matière à fa critique.
Rien n'eft plus aifé qu'une déclamation
vague , dans laquelle on fe permet
de cenfurer des propofitions fan's
dire pourquoi , furtout quand on ne
cite pas les endroits qu'on attaque , &
quand on ne s'attache pas fcrupuleufement
à conferver les expreffions.
Une réfutation en régle de tout ce
que l'Anonyme avance dans fa lettre ,
formeroit , Monfieur , un volume trop
confidérable pour votre Mercure , &
m'emporteroit un temps que je deftine
à des chofes plus utiles . Je me bornerai
donc à parcourir cet écrit peu mefuré
, & à faire quelques remarques
fur les endroits qui me frapperont davantage
, en laiffant au Lecteur le plaifir
d'admirer le tour de fes phraſes &
fouvent d'en deviner le fens.
L'Anonyme oferoit- il dire pourquoi
il fe donne la liberté de changer le titre
114 MERCURE DE FRANCE.
de mon Ouvrage , en écrivant , » Traité
de Phyfique & c. à l'ufage des Ecoliers
? Il répéte fouvent cette expreffion
en lettres italiques : cette affec
tation annonce -t - elle la bonne foi & la
modération ? Il fouhaite cependant
» que le Lecteur n'héfite point à lui ac-
» corder fa confiance ; a - t-il cru que
pour la mériter il ne devoit point fe
nommer ? •
Il reléve l'aveu que j'ai fait de ne me
point donner pour Auteur. N'auroit-il
pas pu faire le même aveu avec plus de
raifon ? Selon lui » je n'avois rien de
» nouveau à donner , & cependant j'ai
» hazardé de mon chef beaucoup de
chofes queje n'ai trouvées nulle-part.
Il faudroit avoir fon efprit pour concilier
ces deux propofitions.
Mon Critique reléve encore avec
complaifance l'endroit de ma Préface
où je parle des fecours que j'ai tirés de
l'excellent Traité de Phyfique Expérimentale
de M. l'Abbé Nollet : y prendroit-
il quelque intérêt ? » Il applau
» diroit , dit- il , à mon choix , fi j'avois
» obfervé partout la même marche en
» m'en tenant aux expreffions de l'Au
» teur cité. Mais n'eft-ce pas alors qu'il
OCTOBRE 1763 . IIS
auroit pû faire valoir fon privilége contre
mon Imprimeur ?
L'Anonyme s'étonne que je me fois
permis de faire en quelques endroits
des changemens aux expreffions & aux
idées de l'Auteur : qu'à fes idées fi claires
, fi exactes , fur la folidiré , j'ofe
fubftituer les idées fuivantes : H paroît
qu'on peut confondre la folidité de la
matière avec la matière même... La Solidité
eft une fuite de l'étendue folide :
je l'étonnerai donc encore en lui difant
que je regarde ces propofitions comme
inconteftables.
Je conviens avec l'Anonyme que les
planches néceffaires n'augmentent que
très- médiocrement le prix d'un Ouvia
ge de Phyfique. J'ajoute qu'aucune raifon
ne doit engager à les retrancher ;
mais je ne conviens pas avec lui que je
fois dans le cas du reproche . L'ufage
m'a fait voir que ma Phyfique comme
elle eft paroît utile & intelligible à ceux
qui ne font pas intéreffés à la trouver autrement.
J'en ai retranché autant de
planches que j'ai pû pour la commodité
des perfonnes peu aifées , & je n'ai
livré gratis mon Manufcrit à l'Imprimeur
que fous la condition expreffè de
vendre ma Phyfique à 40 f. le volume.
116 MERCURE DE FRANCE.
Il qualifieroit , dit- il , volontiers mon
Ouvrage d'hiftoire abrégée de la Phyfique
Expérimentale : un Juge plus éclairé
que lui & plus équitable * , trouve
qu'on ne doit point annoncer comme
un Abrégé un Ouvrage en fix volumes .
Mon Critique avoue qu'il , ne connoiffoit
pas le fyftême de M. de la Per
riere , & qu'il n'eft pas en état, de ju
ger fi ce dernier a lieu d'être content
de la manière dont j'ai rendu fes idées :
il avoue donc par là qu'il eft juge incompétent
fur ces matières : il s'expofe
donc à fe faire des monftres pour les
combattre ; & céla lui arrive fouvent.
Au refte je ne ferai point défavoué par
l'Auteur , il peut fe tranquillifer à cet
égard.
Selon lui , je confonds le fyftême
» de Newton avec les inepties de quel-
" ques Secateurs de ce grand homme.
Vraiſemblablement j'ai plus étudié ce
fyftême que lui , & il ne le connoît pas
mieux que moi mais ce qui eft für ,
c'eft que je n'impute rien à ce grand
homme , & ce que j'attribue à fon
fyftême , vient de lui ou de fes plus zélés
défenfeurs .
:
Je dis que , " Quand même lefyfte
* Le Journal Encyclopédique de Mars 1763.
OCTOBRE. 1763. 117
me Newtonien s'appliqueroit heureu-
»fement à tout , il pourroit n'être pas
» la vraie clef du méchanifme du mon
» de , » mon Critique en conclut fça-
» vamment que ce raifonnement fait in-
» différemment contre tous les fyftêmes.
Et cependant ,dit-il, M. de S. n'a
» pas eu intention , je penfe , d'y com-
» prendre celui qu'il adopte ; il penfe
mal. Qu'il life ma Préface & ma dif-
» fertation fur les fyftèmes : il verra
que je ne me fuis pas diffimulé les difficultés
de celui de M. de la Perriere...
» queje ne le préfenteque comme unfyftê-
» me à approfondir... que je ne l'adopte
» que provifoirement... & que je n'en
» épouferai aucun, que quand j'y ferai
" déterminé par des raifons incontefta-
» bles. Qu'il prenne la peine de lire les
pages 71 & 72 du premier volume , il
trouvera plufieurs autres réfléxions fur
le même objet. " Il ne faudroit pas ,
» dit mon obligeant Cenfeur , fe per-
» mettre d'avancer que la matière peut
» être réfléchie par le néant : mais ai-je
jamais rien dit ou imaginé de femblable
? J'enfeigne formellement le contraire
, & cette propofition n'eft précifément
qu'une objection formée contre
le fyftême Newtonien ; eft- il par
"
118 MERCURE DE FRANCE.
donnable à un Critique de prendre une
objection pour une affertion ? Qu'il ne
fe permette donc plus » d'avancer que
» c'eft la manière dont je fçai me tirer
» de quelques difficultés embarraffantes,
eft- ce par ces traits de bonne - foi
» qu'il prétend mériter la confiance de
fon Lecteur ?
M. de Saintignon nous affure , dit-
" il, qu'on va donner les derniers coups
» au fyftême Newtonien , en démon-
» trant que les révolutions célestes ne
» font pas des ellipfes. Je fuis encore
obligé de dire que je n'ai aſſuré cela
nulle-part : je n'ai jamais dit qu'on alfoit
porter les derniers coups au fyftême
Newtonien. J'ai dit qu'on fe propofe de
démontrer que les révolutions célestes
ne font pas des ellipfes , & cela est vrai,
Je ne nomme par l'Auteur , c'eſt à lui
à fe nommer, && jjee ppeennfſee qu'il ne tardera
pas.
Sans doute , dit l'Anonyme , le Lecteur
ne nous fçauroit pas gré de » nous
appefantir fur toutes les inadvertan-
» ces qui échappent à M. de Sainti-
» gron dans cette prétendue réfutation »
cela peut être fort indifférent au Lecteur
: mais ne vous appefantiflez pas fur
des minuties , lifez avant de cenfurer ;
OCTOBRE. 1763 . 119
citez jufte: n'altérez pas mes expreffions,
ne laiffez pas éclater l'intérêt dans vos
obfervations , & moi - même je vous
fçaurai gré des foins que vous auriez
bien voulu prendre pour m'inftruire
ou me détromper , ou me donner lieu
de m'expliquer plus clairement. Le verbe
appefantir ne vous eft pas inconnu
ufez-en , mais tâchez de l'employer plus
heureufement. L'électricité , dites- vous,
entre les mains de M. l'Abbé Nollet, »
» n'a pas un meilleur fort chez M. de
» S. que l'attraction entre les mains de
» Newton.... Il femble qu'on n'a fait
» mention de ces deux Sçavans que
» pour avoir occafion de fubftituer à
❤ leurs raifonnemens , les idées de M,
» de la Perriere. » Ne craignez - vous
pas d'allarmer la modeftie de » M. l'Abbé
Nollet , par cette comparaifon ?
"
L'équité, dites- vous , demandoit que
» l'on fit fuivre les réponfes qui ont
» été faites , " je n'en ai jamais eu de
fatisfaifantes. Voici comme M. l'Abbé
Nollet termine la dernière de fes lettres
en date du 12 Janvier 1758. Je fuis
excédé de cette matière : ( l'Electricité )
je voudrois bien ne point paffer le refte
de ma vie à ces fortes de recherches :
j'en ai d'autres àfaire qui me plairoient
120 MERCURE DE FRANCE .
davantage , ne fût- ce que pour changer.
Je laifferai volontiers à d'autres le foin
de pouffer plus loin les progrès de l'Electricité.
J'ai l'honneur d'être , &c.
*
L'Anonyme dit , en parlant de moi ,
» cela va affez bien , quand il tranſcrit ,
» mais quand il marche feul ,
alors ,
»
propriétés & qualités font la même
chofe ... Les couleurs & les accens & c.
» n'éxiftent qu'en apparence ... On ne
» doit pas raifonner contre l'expé-
» rience.... Laifferons- nous à nos ar-
» rières-Neveux la commiffion de raiſon-
» ner... Nous ne concluons pas cepen-
» dant que l'étendue foit effentielle au
» corps , &c. La première propofition
eft très-vraie pour quiconque ne fe paie
pas de diftinctions frivoles : je confonds
ces deux termes pour la fignification , &
j'en fuis le maître dès que j'en ai averti .
La feconde eft rendue infidélement. Je
ne dis pas que les couleurs & c. n'éxiftent
qu'en apparence , mais qu'elles font
proprement en nous , &fuppofent feulement
dans les corps des qualités propres
à les exciter en nous . Tome I. p . 23.
Mon Critique veut- il dire qu'on peut
raifonner contre l'expérience ? Répondroit-
il affirmativement à la 4° ? Quant
à la 5° , faudroit-il , pour la rendre
vraie
OCTOBRE. 1763. - 121
vraie & intelligible , qu'elle eût été
tranfcrite mot-à-mot de l'excellente Phyfique
expérimentale de M. l'Abbe Nollet?
" On a penfé jufqu'aujourd'hui , dit
» l'Anonyme , que le feu & la lumière
» étoient très-élaftiques : M. de S. les
» croit très- compreffibles : fans doute
» il a voulu dire très-élaftiques . Je l'invite
encore à lire . Il verra que je mets
en vingt endroits l'électricité & la compreffibilité
au rang des qualités de ces
deux élémens & que jamais je n'ai
pris l'une pour l'autre.
,
» Perfonne aujourd'hui , dit il enco-
» re , ne s'aviferoit de confondre l'iner-
» tie avec la pefanteur. M. de S. nous
» affure que l'inertie eft la même chofe
» que la pefanteur. Eft-ce par des imputations
auffi dénuées de vérité que
Anonyme croit s'attirer la confiance
du Lecteur ? Qu'il ouvre les yeux , il
verra dans mon Traité que l'inertie eft
l'effet néceffaire de la pefanteur, & non
la même chofe que la pefanteur. Ignore-
t- il que la matière eft par fa nature
indifférente pour le mouvement ou le
repos , de même que pour toutes fortes
de directions ? Ceci n'eft point une affaire
d'opinion ; c'eft un principe incontef
II.Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE,
je
table . Si donc un corps a dans l'ordre
actuel une direction vers le centre de la
Terre , s'il oppofe de la réfiftance à ſon
déplacement , s'il montre de l'inertie ,
c'eft-à-dire une direction plutôt qu'une
autre , c'est l'effet d'une caufe étrangère:
je dis que cette caufe eft la pefanteur.
Si mon Critique penfe autrement,
je l'invite à produire fes preuves ,
&
lui promets de fournir les miennes..
L'Anonyme convient que l'attrac
tion n'eft pas la caufe de l'inertie . Mais
fera-t-il avoué par tous les Partifans de
l'attraction ? Il me fait enfuite raifonner
à fa façon , & je ne puis en être
flatté. L'exemple d'une aiguille aimantée
qu'il cite à ce propos , ne fert qu'à
montrer l'envie de couvrir par des allé
gations vagues le foible de la critique ,
car il n'a point de rapport à la queftion."
» Si M. de S. avoit eu moins de répu-
» gnance pour le calcul & les Calcula
» teurs il auroit vû & c . » Non , je ne l'au
rois pas vû , car j'ai lù attentivement
fans voir. Mais qui a dit à l'Anonyme
que j'ai de la répugnance pour le cal
cul & les Calculateurs ? Est- ce pour
mériter de la confiance qu'il me fuppofe
gratis une répugnance fi déraifon
nable ? Je ne blame que la trop fréOCTOBRE
. 1763. 123
quente application du calcul à des
chofes qui à la rigueur n'en font pas
fufceptibles. Et certainement je fuis rempli
d'eftime pour les Calculateurs. Mais
vraisemblablement
l'Anonyme n'eſt
pour rien dans les fentimens que j'ai
pour eux . L'Anonyme répéte ici , » le
prétendu fyftême de M. de la Periere, »
Une fuppofition qu'on fait pour expliquer
les Phénomènes de la Nature , n'eftelle
pas un vrai fyftême ? Pourquoi donc
l'appelle -t-il prétendu ? Quoique j'aie
combattu le fyftême de l'Electricité de
M. l'Abbé Nollet , je ne l'ai pas nommé
un prétendu fyftême.
Selon le clairvoyant Anonyme , je
dis que les élémens de la matière ont
une dureté radicalen & dans un autre
endroit , qu'ils ne font point durs
par leur nature , parce qu'ils font matière.
Il fe félicite , fans doute , de trouver
ici une contradiction : mais elle
n'éxifte que dans fon imagination . Qu'il
tâche d'entendre le fyftême que j'ai expofé
; il fçaura ce que j'entends par
dureté radicale & la différence que je
mets entre les premiers élémens de la
matière & les molécules originaires ou
primordiales qui en font compofées.
Alors en rendant mes expreffions avec
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
と
fidélité , il trouvera 1 ° . que les premiers
élémens ont une dureté abfolue . 2 °. Que
les atômes qui en font compofés , ne
font point durs par leur nature , mais
parce qu'il a plù au Créateur de leur
conferver une dureté que j'appelle radicale
& indeftructible dans l'ordre
phyfique , parce qu'il vouloit rendre
cet ordre invariable : & qu'en conféquence
il n'a mis dans la Nature aucun
agent capable de les décompofer.
Je dis que les portions des mêmes
fluides engagés dans les corps , y font
affoiblis ou moins dégradés ; le fçavant
Anonyme , fans doute excellent
Grammairien , obferve très-judicieufement
, qu'il a pris la liberté de mettre
au féminin les adjectifs , engagés , affoiblis
, dégradés : c'eft une temarque
de grande importance dans la critique
d'un cours de Phyfique ; mais je le prie
de laiffer le premier au mafculin , &
de croire que dans mon manuſcrit les
deux autres font au féminin .
» Combien de fuppofitions,dit- il, dans
» ce paffage ! ( C'eſt celui qui précéde
» immédiatement , par lequel j'expli-
» que la dureté des corps. ) Combien
de difcours pour y répandre de la
» clarté ! » Il fe trompe encore : il ne
OCTOBRE. 1763. 125
faut qu'avoir lû mon Ouvrage avec
un efprit philofophique & fans prévention
; mais il avoue qu'il ne l'entend
pas . Eft-ce ma faute ou la fienne ?
Ce Critique officieux ne comprend
pas que les corps puiffent être preffés
tout à la fois perpendiculairement à
leur furface & dans la direction de leur
centre , furtout après que j'ai attribué
aux parties de la matière une forme nonfphérique.
Où a - t- il vû que je refufe
la forme fphérique aux parties de la'
matière ? Mais quelque figure qu'avent
ces corps plongés dans le fein d'un fluide
immenfe , ces deux preffions font inconteftables
, & je ne pense pas qu'il
prouve le contraire .
» La cauſe de la fléxibilité, de la mol-
» leffe , &c , n'eft pas, dit - il , expliquée
» plus clairement ; je demande à l'Anonyme
ce que fignifie cet &c ? Sans doute
plufieurs autres propriétés qu'il ne
détaille pas , par ménagement pour
moi. Il n'entend pas mon.fyftême, com
ment en entendroit-il l'application ?
*
» L'expofition des loix de l'union de'
» l'âme & du corps , dit l'Anonyme
» ainfi que plufieurs autres queftions de
Métaphyfique , fur lefquelles M. de S.
» s'arrête trop , & qu'il eft dangereux
"
"
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
L
» d'entreprendre après M. de Buffon ,
» n'eft pas dans l'Ouvrage de M. de S..
» un tableau intéreffant pour les Lec-.
» teurs de bon goût , & c. Ces queftions.
peuvent être déplacées dans une Phyfique
fuperficielle & purement expérimen
tale ; mais le font-elles dans un Ouvrage
fait
pour
les
Profeffeurs
&
les
Collé- ges , dans une Phyfique qui eft en même-
temps expérimentale & fyftematique
? Il ne peut jamais être dangereux
d'emprunter les lumières & jufqu'aux
expreffions d'un vrai Sçavant , comme
M. de Buffon ; il n'eft dangereux que
d'aller fur les brifées d'un Ecrivain jaloux
, qui a plus d'un intérêt à ce qu'on
ne traite pas les mêmes matières que lui.
L'Anonyme auroit bien dû nous dire
ce qu'il entend par Lecteurs de bon
goût ; font- ce les perfonnes qui penſent
comme lui ?.
L'Anonyme prétend » qu'il eft fort
» indifférent que l'âme foit dans le
» cerveau ou ailleurs . Il eſt d'un fentiment
peu commun , mais ce fentiment
ne fera pas contagieux. Après avoir
dit que les Lecteurs ne verront pas
» avec plaifir ce que je dis fur le fiége
» de l'âme , il ajoûte plus bas avec beau-
» coup d'abftractions cela eft vrai , &
OCTOBRE. 1763. 127
fe démontre d'une manière beaucoup
plus courte que ne l'a fait M. de S.
» mais eu égard à tout , il n'en eft pas
» ainfi , & il eût été bon d'en prévenir
les Ecoliers. Ce Morceau fçavant méritoit
un Commentaire de la façon de
fon Auteur ; car il ne paroît rien moins
que clair. Quant à la manière plus courte
dont il affure qu'on peut démontrer
cette propofition , l'a-t-il effayée ? Auroit-
il compofé quelque Traité de Phyfique
qui lui auroit donné de la prévention
contre le mien ?
» Les odeurs & les faveurs , dit l'A-
» nonyme , ont encore donné lieu à
» M. de S. de joindre à fa differtation
» un difcours contre la cuifine moder-
» ne que bien des gens n'approuveront
pas. Que veut-il dire par là ? Défapprouve-
t- il ce difcours ? Qui font ceux
qui ne l'approuveront pas ? Sans doute
les cuifiniers & les voluptueux . J'ai entendu
quantité de perfonnes , qui fe
croyoient obligées à fuivre l'ufage général
, convenir du danger de la cuifine
moderne.
Je dis que la viteffe du fon dépend
» de la viteffe des parties fon nantes ,
» cela femble , dit mon judicieux Cri-
» tique , fuppofer un déplacement fen-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
•
» fible dans les parties fonnantes. A qui
» cela femble-t-il ainfi , puifque partout
j'enfeigne le contraire ?
y
» Une pendule de trois pieds huit li-
» gnes & demie &c. Mon fçavant Critique
me reléve ici & m'affure que dans
le cas préfent on ne dit pas une pendule,
mais un pendule . Qu'il life les pages 25,
40 , 41 du Tome II. il trouvera le
pendule mafculin au moins 40 fois , &
pas une feule au féminin où a-t-il trouvé
l'exemple qu'il cite ? Pourquoi me
le reproche-t- il plutôt qu'à mon Imprimeur
? Un Anonyme qui a autant de
prudence ou de bonne-foi , eft bien propre
à infpirer la confiance à fon Lecteur.
Peut-on dans une critique férieufe
relever de pareilles frivolités ?
» Chacun d'eux feroit la dixiéme par-
» tie d'une heure. On voit bien , dit l'Anonyme
, que M. de S. a voulu dire la
dixième partie d'une tierce ; fa remarque
eft donc d'autant plus déplacée ,
qu'elle eft peu intéreffante , & que la
faute n'eft pas dans mon Manufcrit . Il
fçait fûrement que mon Ouvrage a été
imprimé pendant mon abſence : qu'il
fçache encore que l'Imprimeur m'a fupplié
de borner aux fautes qui intéreſfoient
le fens , l'Errata que j'ai voulu
qu'il joignît à ma Phyfique , & que par
OCTOBRE. 1763. 129,
ménagement pour lui , j'y ai confenti .
» M. de S. entreprend , dit l'Anony-
» me , d'affigner la caufe de la pefan-
» teur ; il regarde d'abord avec les Auteurs
qu'il tranfcrit , cette force comme
» appliquée à chacune des parties de la
» matière ; mais comme cette manière
» de confidérer la pefanteur , ne cadre"
pas directement avec le fyftême qu'il
» a embraffé , quelques pages après
» M. de S. ne la regarde que comme
» appliquée à certaines parties : on fent
» à quelles conféquences cette marche
» conduit , fans compter l'inconfé-
» quence à laquelle M. de S. fe laiffe
» aller. J'aimerois beaucoup mieux me
laiffer aller à des inconféquences qu'à
des infidélités auffi fréquentes & auffi
marquées. La manière d'expliquer la
pefanteur dont il s'agit cadre très-exactement
avec le fyftême que j'ai embraffé
; elle y eft liée on ne peut pas
plus complettement . Je déclare que jamais
je n'ai regardé la force dont il eft
queftion , comme appliquée feulement
à quelques parties.
" Terminons , dit l'Anonyme , par
» une remarque qui nous difpenfe évimment
d'aller plus loin , & difons
» que M. de S. confond à chaque inf
ود
T
F v
130 MERCURE
DE FRANCE
.
>> tant le finus d'un angle avec l'angle
» même. Je fuis fùr qu'il croit terminer
par un coup de foudre . Je lui dirai bien
qu'à vue de pays , je connois autant
que lui la différence d'un angle à fon
finus , & qu'il a le talent de voir ce
qu'il cherche : mais me diroit - il bien
de quelle Logique il fait ufage dans ce
raifonnement ? M. de S. a écrit un Traité
de Phyfique en fix volumes , que
j'ai très-grande envie de critiquer & de
décrier , pour des raifons qui me font
connues ; je n'ai lû qu'un volume &
demi au plus , & très -fuperficiellement
:
en bonne régle , il faudroit avoir tout
lû , & avoir bien entendu le fyftême
qui fait la bâfe de fon Ouvrage ; mais
il confond le finus de l'angle avec l'angle
même: donc je fuis évidemment difpenfe
d'aller plus loin.
" Je ne puis croire , dit l'Anonyme,
» que M. de S. qui a profeffé long-
» tems à ce qu'il dit , la Philofophie ,
» ait fait avec réfléxion les fautes que
» fes expreffions mettent en droit de lui
» repréſenter ; & je defire qu'on penfe
» avec moi , que fes inadvertances
, fon
vien-
" peu de méthode & de clarté
» nent du peu de loifir qu'il a eu , &
des affaires étrangères à la Phyfique
2
OCTOBRE. 1763. 131
» dont il eft occupé mais il n'en eft
» pas moins vrai que fon livre a be-
» boin de beaucoup de corrections ,
» avant que d'être applicable à l'ufage
>> auquel il le deftine. Mon critique ne
s'expofe-t-il pas a faire foupçonner qu'il
a fait imprimer lui -même ; que le débit
de fon Ouvrage lui tient au coeur ;
& qu'il entre de la jaloufie de métier
dans fa conduite envers moi ? S'il eft
Auteur défintéreffé , comme moi , il
doit louer mes efforts : s'il eft Auteur
mercenaire , nous ne fommes pas faits
pour concourir. Je pourrois faire ici des
obfervations embarraffantes dont l'application
ne feroit pas difficile ; mais
je m'arrête en faveur de la bonté d'âme
avec laquelle l'Anonyme defire qu'on
penſe avec lui , que mes inadvertances
viennent du peu de loifir que j'ai eu & c.
Comme je me fuis toujours piqué
de reconnoiffance , je lui dédie les
obfervations fuivantes , qu'on devroit
toujours avoir devant les yeux , quand
on veut s'ériger en redreffeur des torts ,
& cenfurer les Quvrages qui paroiffent.
1°.L'équité & la prudence veulent qu'on
connoiffe l'ouvrage dont on veut faire
la critique. Sans cela , à combien de
bévues ne s'expofe -t-on pas ?
F vj
1
132 MERCURE DE FRANCE.
2 °. Il faut s'attacher fcrupuleufement
à citer jufte , & rendre les expreffions
littéralement. Un petit tour de main
fuffit pour défigurer une penfée , &
l'Auteur attaqué a droit de s'inscrire en
faux.
3°. Il faut exercer fa cenfure fur les
matières importantes , & ne pas s'appefantir
fur des minuties . Sans cela on
n'évite pas le foupçon d'aigreur & de
partialité.
4°. Il eft de toute honnêteté , quand
on veut cenfurer un Ouvrage , de lui
rendre juftice fur ce qu'il peut avoir
de bon & de fauver des torts à l'Auteur
, plutôt que lui en fuppofer. J'ai
quelquefois qualifié d'excellens , des
ouvrages qui auroient pû mériter ma
critique un Auteur défintéreſſé eſt
toujours louable , au moins pour fon
intention ; & ne rien trouver de bon
dans un grand Ouvrage , c'eft afficher
qu'on veut y trouver tout mauvais.
5 ° . Il faut éviter foigneufement de
fe faire foupçonner d'intérêt perfonnel
. Rien n'eft n'eft plus propre à dégrader
& avilir un homme de Lettres
Quelle obligation le Public auroit à un
Phyficien qui fe feroit payer chérement
fes fervices , & qui pour conferver fon
OCTOBRE . 1763. 133
bénéfice , s'éléveroit contre ceux qui
voudroient fervir le Public gratuitement?
6º. Il ne convient point à un honnête
homme d'attaquer fous le mafque :
fi on n'a que des vues louables. Si on
attaque avec politeffe & fans aigreur
pourquoi , fe cacher ? Eft-il honorable
de chercher à mordre au talon ? Mon
Anonyme par fa manière de m'attaquer ,
m'avoit mis en droit de mépriſer fa critique
: ne peut-il pas , à la faveur de
l'incognito , fe permettre toutes fortes
d'infidélités ? Je lui devois peut - être
beaucoup moins de ménagement. Mais
j'en aurois eu d'avantage pour lui , quel
qu'il foit , s'il s'étoit nommé.
*
7°. Un Critique doit y regarder à
deux fois quand il fe fent la deman
geaifon d'attaquer un Ouvrage dont tous
les Auteurs périodiques ont parlé avec
éloge. L'Anonyme devoit penfer , s'il a
un peu de modeftie , que le Public
feroit beaucoup moins de cas de fes
obfervations , que du jugement qui a
été porté fur ma Phyfique par vous ,
Monfieur , dans votre Mercure , ainfi
que par les Auteurs de l'Année Littéraire
, de l'Avantcoureur & du Journal
Encyclopédique.
J'attends de votre équité , Monfieur,
134 MERCURE DE FRANCE .
que vous inférerez cette réponſe dans
votre Mercure prochain . Une maladie
férieufe dont je fuis à peine débaraffé
ne m'a pas permis de vous la faire
paffer plutôt. Quand on me propofera
dans les régles convenables de bonnes
difficultés , je tâcherai d'y répondre. Si
on me prouve que je me fuis trompé ,
j'abandonnerai mes idées avec d'autant
plus de facilité & de reconnoiffance
même , que mon intention eft de ne
rien préfenter à la jeuneffe qui puiffe
l'induire en erreur.
J'ai l'honneur d'être , & c.
SAINTIGNON , Proc. Gen, des Chan . Reg.
de la Cong. de N. S.
dans le Mercure de France contre
la Phyfique de M. de SAINTIGNON.
UNN écrit anonyme , Monfieur , de
l'eſpèce de celui que vous avez inſéré
dans votre Mercure du mois de Juin ,
devroit être abandonné au fort qu'il
mérite , & par lui - même & en fa qualité
d'Anonyme. Mais comme il n'eſt pas
difficile de deviner la fource d'où il
part , je ne crois pas devoir le laiffer
fans réponſe.
L'Auteur de cette Piéce a eu de
bonnes raifons pour n'y pas mettre fon
nom mais s'il vouloit garder l'incognito
, il devoit s'y prendre plus habilement.
Il devoit montrer plus de modeftie
, dérober aux yeux du Lecteurs
les traits de jaloufie & furtout d'intérêt
, qui le caractérisent depuis longtemps
, & foupçonner qu'on le reconnoîtroit
à fon début , à fon ftyle ,
à fon inexactitude & à plufieurs expreffions
qui lui font familières . Il eft
OCTOBRE. 1763. 113 .
aifé de voir que cet Anonyme n'a
qu'une connoiffance très- fuperficielle de
mon Ouvrage. Il avoue lui- même qu'il
n'entend point le fyftême général dont
j'ai fait ufage ; & je l'en crois fur fa
parole : il ne peut donc l'attaquer qu'en
aveugle & s'il a réuffi à quelque
chofe , c'eſt à montrer un grand defir de
trouver matière à fa critique.
Rien n'eft plus aifé qu'une déclamation
vague , dans laquelle on fe permet
de cenfurer des propofitions fan's
dire pourquoi , furtout quand on ne
cite pas les endroits qu'on attaque , &
quand on ne s'attache pas fcrupuleufement
à conferver les expreffions.
Une réfutation en régle de tout ce
que l'Anonyme avance dans fa lettre ,
formeroit , Monfieur , un volume trop
confidérable pour votre Mercure , &
m'emporteroit un temps que je deftine
à des chofes plus utiles . Je me bornerai
donc à parcourir cet écrit peu mefuré
, & à faire quelques remarques
fur les endroits qui me frapperont davantage
, en laiffant au Lecteur le plaifir
d'admirer le tour de fes phraſes &
fouvent d'en deviner le fens.
L'Anonyme oferoit- il dire pourquoi
il fe donne la liberté de changer le titre
114 MERCURE DE FRANCE.
de mon Ouvrage , en écrivant , » Traité
de Phyfique & c. à l'ufage des Ecoliers
? Il répéte fouvent cette expreffion
en lettres italiques : cette affec
tation annonce -t - elle la bonne foi & la
modération ? Il fouhaite cependant
» que le Lecteur n'héfite point à lui ac-
» corder fa confiance ; a - t-il cru que
pour la mériter il ne devoit point fe
nommer ? •
Il reléve l'aveu que j'ai fait de ne me
point donner pour Auteur. N'auroit-il
pas pu faire le même aveu avec plus de
raifon ? Selon lui » je n'avois rien de
» nouveau à donner , & cependant j'ai
» hazardé de mon chef beaucoup de
chofes queje n'ai trouvées nulle-part.
Il faudroit avoir fon efprit pour concilier
ces deux propofitions.
Mon Critique reléve encore avec
complaifance l'endroit de ma Préface
où je parle des fecours que j'ai tirés de
l'excellent Traité de Phyfique Expérimentale
de M. l'Abbé Nollet : y prendroit-
il quelque intérêt ? » Il applau
» diroit , dit- il , à mon choix , fi j'avois
» obfervé partout la même marche en
» m'en tenant aux expreffions de l'Au
» teur cité. Mais n'eft-ce pas alors qu'il
OCTOBRE 1763 . IIS
auroit pû faire valoir fon privilége contre
mon Imprimeur ?
L'Anonyme s'étonne que je me fois
permis de faire en quelques endroits
des changemens aux expreffions & aux
idées de l'Auteur : qu'à fes idées fi claires
, fi exactes , fur la folidiré , j'ofe
fubftituer les idées fuivantes : H paroît
qu'on peut confondre la folidité de la
matière avec la matière même... La Solidité
eft une fuite de l'étendue folide :
je l'étonnerai donc encore en lui difant
que je regarde ces propofitions comme
inconteftables.
Je conviens avec l'Anonyme que les
planches néceffaires n'augmentent que
très- médiocrement le prix d'un Ouvia
ge de Phyfique. J'ajoute qu'aucune raifon
ne doit engager à les retrancher ;
mais je ne conviens pas avec lui que je
fois dans le cas du reproche . L'ufage
m'a fait voir que ma Phyfique comme
elle eft paroît utile & intelligible à ceux
qui ne font pas intéreffés à la trouver autrement.
J'en ai retranché autant de
planches que j'ai pû pour la commodité
des perfonnes peu aifées , & je n'ai
livré gratis mon Manufcrit à l'Imprimeur
que fous la condition expreffè de
vendre ma Phyfique à 40 f. le volume.
116 MERCURE DE FRANCE.
Il qualifieroit , dit- il , volontiers mon
Ouvrage d'hiftoire abrégée de la Phyfique
Expérimentale : un Juge plus éclairé
que lui & plus équitable * , trouve
qu'on ne doit point annoncer comme
un Abrégé un Ouvrage en fix volumes .
Mon Critique avoue qu'il , ne connoiffoit
pas le fyftême de M. de la Per
riere , & qu'il n'eft pas en état, de ju
ger fi ce dernier a lieu d'être content
de la manière dont j'ai rendu fes idées :
il avoue donc par là qu'il eft juge incompétent
fur ces matières : il s'expofe
donc à fe faire des monftres pour les
combattre ; & céla lui arrive fouvent.
Au refte je ne ferai point défavoué par
l'Auteur , il peut fe tranquillifer à cet
égard.
Selon lui , je confonds le fyftême
» de Newton avec les inepties de quel-
" ques Secateurs de ce grand homme.
Vraiſemblablement j'ai plus étudié ce
fyftême que lui , & il ne le connoît pas
mieux que moi mais ce qui eft für ,
c'eft que je n'impute rien à ce grand
homme , & ce que j'attribue à fon
fyftême , vient de lui ou de fes plus zélés
défenfeurs .
:
Je dis que , " Quand même lefyfte
* Le Journal Encyclopédique de Mars 1763.
OCTOBRE. 1763. 117
me Newtonien s'appliqueroit heureu-
»fement à tout , il pourroit n'être pas
» la vraie clef du méchanifme du mon
» de , » mon Critique en conclut fça-
» vamment que ce raifonnement fait in-
» différemment contre tous les fyftêmes.
Et cependant ,dit-il, M. de S. n'a
» pas eu intention , je penfe , d'y com-
» prendre celui qu'il adopte ; il penfe
mal. Qu'il life ma Préface & ma dif-
» fertation fur les fyftèmes : il verra
que je ne me fuis pas diffimulé les difficultés
de celui de M. de la Perriere...
» queje ne le préfenteque comme unfyftê-
» me à approfondir... que je ne l'adopte
» que provifoirement... & que je n'en
» épouferai aucun, que quand j'y ferai
" déterminé par des raifons incontefta-
» bles. Qu'il prenne la peine de lire les
pages 71 & 72 du premier volume , il
trouvera plufieurs autres réfléxions fur
le même objet. " Il ne faudroit pas ,
» dit mon obligeant Cenfeur , fe per-
» mettre d'avancer que la matière peut
» être réfléchie par le néant : mais ai-je
jamais rien dit ou imaginé de femblable
? J'enfeigne formellement le contraire
, & cette propofition n'eft précifément
qu'une objection formée contre
le fyftême Newtonien ; eft- il par
"
118 MERCURE DE FRANCE.
donnable à un Critique de prendre une
objection pour une affertion ? Qu'il ne
fe permette donc plus » d'avancer que
» c'eft la manière dont je fçai me tirer
» de quelques difficultés embarraffantes,
eft- ce par ces traits de bonne - foi
» qu'il prétend mériter la confiance de
fon Lecteur ?
M. de Saintignon nous affure , dit-
" il, qu'on va donner les derniers coups
» au fyftême Newtonien , en démon-
» trant que les révolutions célestes ne
» font pas des ellipfes. Je fuis encore
obligé de dire que je n'ai aſſuré cela
nulle-part : je n'ai jamais dit qu'on alfoit
porter les derniers coups au fyftême
Newtonien. J'ai dit qu'on fe propofe de
démontrer que les révolutions célestes
ne font pas des ellipfes , & cela est vrai,
Je ne nomme par l'Auteur , c'eſt à lui
à fe nommer, && jjee ppeennfſee qu'il ne tardera
pas.
Sans doute , dit l'Anonyme , le Lecteur
ne nous fçauroit pas gré de » nous
appefantir fur toutes les inadvertan-
» ces qui échappent à M. de Sainti-
» gron dans cette prétendue réfutation »
cela peut être fort indifférent au Lecteur
: mais ne vous appefantiflez pas fur
des minuties , lifez avant de cenfurer ;
OCTOBRE. 1763 . 119
citez jufte: n'altérez pas mes expreffions,
ne laiffez pas éclater l'intérêt dans vos
obfervations , & moi - même je vous
fçaurai gré des foins que vous auriez
bien voulu prendre pour m'inftruire
ou me détromper , ou me donner lieu
de m'expliquer plus clairement. Le verbe
appefantir ne vous eft pas inconnu
ufez-en , mais tâchez de l'employer plus
heureufement. L'électricité , dites- vous,
entre les mains de M. l'Abbé Nollet, »
» n'a pas un meilleur fort chez M. de
» S. que l'attraction entre les mains de
» Newton.... Il femble qu'on n'a fait
» mention de ces deux Sçavans que
» pour avoir occafion de fubftituer à
❤ leurs raifonnemens , les idées de M,
» de la Perriere. » Ne craignez - vous
pas d'allarmer la modeftie de » M. l'Abbé
Nollet , par cette comparaifon ?
"
L'équité, dites- vous , demandoit que
» l'on fit fuivre les réponfes qui ont
» été faites , " je n'en ai jamais eu de
fatisfaifantes. Voici comme M. l'Abbé
Nollet termine la dernière de fes lettres
en date du 12 Janvier 1758. Je fuis
excédé de cette matière : ( l'Electricité )
je voudrois bien ne point paffer le refte
de ma vie à ces fortes de recherches :
j'en ai d'autres àfaire qui me plairoient
120 MERCURE DE FRANCE .
davantage , ne fût- ce que pour changer.
Je laifferai volontiers à d'autres le foin
de pouffer plus loin les progrès de l'Electricité.
J'ai l'honneur d'être , &c.
*
L'Anonyme dit , en parlant de moi ,
» cela va affez bien , quand il tranſcrit ,
» mais quand il marche feul ,
alors ,
»
propriétés & qualités font la même
chofe ... Les couleurs & les accens & c.
» n'éxiftent qu'en apparence ... On ne
» doit pas raifonner contre l'expé-
» rience.... Laifferons- nous à nos ar-
» rières-Neveux la commiffion de raiſon-
» ner... Nous ne concluons pas cepen-
» dant que l'étendue foit effentielle au
» corps , &c. La première propofition
eft très-vraie pour quiconque ne fe paie
pas de diftinctions frivoles : je confonds
ces deux termes pour la fignification , &
j'en fuis le maître dès que j'en ai averti .
La feconde eft rendue infidélement. Je
ne dis pas que les couleurs & c. n'éxiftent
qu'en apparence , mais qu'elles font
proprement en nous , &fuppofent feulement
dans les corps des qualités propres
à les exciter en nous . Tome I. p . 23.
Mon Critique veut- il dire qu'on peut
raifonner contre l'expérience ? Répondroit-
il affirmativement à la 4° ? Quant
à la 5° , faudroit-il , pour la rendre
vraie
OCTOBRE. 1763. - 121
vraie & intelligible , qu'elle eût été
tranfcrite mot-à-mot de l'excellente Phyfique
expérimentale de M. l'Abbe Nollet?
" On a penfé jufqu'aujourd'hui , dit
» l'Anonyme , que le feu & la lumière
» étoient très-élaftiques : M. de S. les
» croit très- compreffibles : fans doute
» il a voulu dire très-élaftiques . Je l'invite
encore à lire . Il verra que je mets
en vingt endroits l'électricité & la compreffibilité
au rang des qualités de ces
deux élémens & que jamais je n'ai
pris l'une pour l'autre.
,
» Perfonne aujourd'hui , dit il enco-
» re , ne s'aviferoit de confondre l'iner-
» tie avec la pefanteur. M. de S. nous
» affure que l'inertie eft la même chofe
» que la pefanteur. Eft-ce par des imputations
auffi dénuées de vérité que
Anonyme croit s'attirer la confiance
du Lecteur ? Qu'il ouvre les yeux , il
verra dans mon Traité que l'inertie eft
l'effet néceffaire de la pefanteur, & non
la même chofe que la pefanteur. Ignore-
t- il que la matière eft par fa nature
indifférente pour le mouvement ou le
repos , de même que pour toutes fortes
de directions ? Ceci n'eft point une affaire
d'opinion ; c'eft un principe incontef
II.Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE,
je
table . Si donc un corps a dans l'ordre
actuel une direction vers le centre de la
Terre , s'il oppofe de la réfiftance à ſon
déplacement , s'il montre de l'inertie ,
c'eft-à-dire une direction plutôt qu'une
autre , c'est l'effet d'une caufe étrangère:
je dis que cette caufe eft la pefanteur.
Si mon Critique penfe autrement,
je l'invite à produire fes preuves ,
&
lui promets de fournir les miennes..
L'Anonyme convient que l'attrac
tion n'eft pas la caufe de l'inertie . Mais
fera-t-il avoué par tous les Partifans de
l'attraction ? Il me fait enfuite raifonner
à fa façon , & je ne puis en être
flatté. L'exemple d'une aiguille aimantée
qu'il cite à ce propos , ne fert qu'à
montrer l'envie de couvrir par des allé
gations vagues le foible de la critique ,
car il n'a point de rapport à la queftion."
» Si M. de S. avoit eu moins de répu-
» gnance pour le calcul & les Calcula
» teurs il auroit vû & c . » Non , je ne l'au
rois pas vû , car j'ai lù attentivement
fans voir. Mais qui a dit à l'Anonyme
que j'ai de la répugnance pour le cal
cul & les Calculateurs ? Est- ce pour
mériter de la confiance qu'il me fuppofe
gratis une répugnance fi déraifon
nable ? Je ne blame que la trop fréOCTOBRE
. 1763. 123
quente application du calcul à des
chofes qui à la rigueur n'en font pas
fufceptibles. Et certainement je fuis rempli
d'eftime pour les Calculateurs. Mais
vraisemblablement
l'Anonyme n'eſt
pour rien dans les fentimens que j'ai
pour eux . L'Anonyme répéte ici , » le
prétendu fyftême de M. de la Periere, »
Une fuppofition qu'on fait pour expliquer
les Phénomènes de la Nature , n'eftelle
pas un vrai fyftême ? Pourquoi donc
l'appelle -t-il prétendu ? Quoique j'aie
combattu le fyftême de l'Electricité de
M. l'Abbé Nollet , je ne l'ai pas nommé
un prétendu fyftême.
Selon le clairvoyant Anonyme , je
dis que les élémens de la matière ont
une dureté radicalen & dans un autre
endroit , qu'ils ne font point durs
par leur nature , parce qu'ils font matière.
Il fe félicite , fans doute , de trouver
ici une contradiction : mais elle
n'éxifte que dans fon imagination . Qu'il
tâche d'entendre le fyftême que j'ai expofé
; il fçaura ce que j'entends par
dureté radicale & la différence que je
mets entre les premiers élémens de la
matière & les molécules originaires ou
primordiales qui en font compofées.
Alors en rendant mes expreffions avec
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
と
fidélité , il trouvera 1 ° . que les premiers
élémens ont une dureté abfolue . 2 °. Que
les atômes qui en font compofés , ne
font point durs par leur nature , mais
parce qu'il a plù au Créateur de leur
conferver une dureté que j'appelle radicale
& indeftructible dans l'ordre
phyfique , parce qu'il vouloit rendre
cet ordre invariable : & qu'en conféquence
il n'a mis dans la Nature aucun
agent capable de les décompofer.
Je dis que les portions des mêmes
fluides engagés dans les corps , y font
affoiblis ou moins dégradés ; le fçavant
Anonyme , fans doute excellent
Grammairien , obferve très-judicieufement
, qu'il a pris la liberté de mettre
au féminin les adjectifs , engagés , affoiblis
, dégradés : c'eft une temarque
de grande importance dans la critique
d'un cours de Phyfique ; mais je le prie
de laiffer le premier au mafculin , &
de croire que dans mon manuſcrit les
deux autres font au féminin .
» Combien de fuppofitions,dit- il, dans
» ce paffage ! ( C'eſt celui qui précéde
» immédiatement , par lequel j'expli-
» que la dureté des corps. ) Combien
de difcours pour y répandre de la
» clarté ! » Il fe trompe encore : il ne
OCTOBRE. 1763. 125
faut qu'avoir lû mon Ouvrage avec
un efprit philofophique & fans prévention
; mais il avoue qu'il ne l'entend
pas . Eft-ce ma faute ou la fienne ?
Ce Critique officieux ne comprend
pas que les corps puiffent être preffés
tout à la fois perpendiculairement à
leur furface & dans la direction de leur
centre , furtout après que j'ai attribué
aux parties de la matière une forme nonfphérique.
Où a - t- il vû que je refufe
la forme fphérique aux parties de la'
matière ? Mais quelque figure qu'avent
ces corps plongés dans le fein d'un fluide
immenfe , ces deux preffions font inconteftables
, & je ne pense pas qu'il
prouve le contraire .
» La cauſe de la fléxibilité, de la mol-
» leffe , &c , n'eft pas, dit - il , expliquée
» plus clairement ; je demande à l'Anonyme
ce que fignifie cet &c ? Sans doute
plufieurs autres propriétés qu'il ne
détaille pas , par ménagement pour
moi. Il n'entend pas mon.fyftême, com
ment en entendroit-il l'application ?
*
» L'expofition des loix de l'union de'
» l'âme & du corps , dit l'Anonyme
» ainfi que plufieurs autres queftions de
Métaphyfique , fur lefquelles M. de S.
» s'arrête trop , & qu'il eft dangereux
"
"
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
L
» d'entreprendre après M. de Buffon ,
» n'eft pas dans l'Ouvrage de M. de S..
» un tableau intéreffant pour les Lec-.
» teurs de bon goût , & c. Ces queftions.
peuvent être déplacées dans une Phyfique
fuperficielle & purement expérimen
tale ; mais le font-elles dans un Ouvrage
fait
pour
les
Profeffeurs
&
les
Collé- ges , dans une Phyfique qui eft en même-
temps expérimentale & fyftematique
? Il ne peut jamais être dangereux
d'emprunter les lumières & jufqu'aux
expreffions d'un vrai Sçavant , comme
M. de Buffon ; il n'eft dangereux que
d'aller fur les brifées d'un Ecrivain jaloux
, qui a plus d'un intérêt à ce qu'on
ne traite pas les mêmes matières que lui.
L'Anonyme auroit bien dû nous dire
ce qu'il entend par Lecteurs de bon
goût ; font- ce les perfonnes qui penſent
comme lui ?.
L'Anonyme prétend » qu'il eft fort
» indifférent que l'âme foit dans le
» cerveau ou ailleurs . Il eſt d'un fentiment
peu commun , mais ce fentiment
ne fera pas contagieux. Après avoir
dit que les Lecteurs ne verront pas
» avec plaifir ce que je dis fur le fiége
» de l'âme , il ajoûte plus bas avec beau-
» coup d'abftractions cela eft vrai , &
OCTOBRE. 1763. 127
fe démontre d'une manière beaucoup
plus courte que ne l'a fait M. de S.
» mais eu égard à tout , il n'en eft pas
» ainfi , & il eût été bon d'en prévenir
les Ecoliers. Ce Morceau fçavant méritoit
un Commentaire de la façon de
fon Auteur ; car il ne paroît rien moins
que clair. Quant à la manière plus courte
dont il affure qu'on peut démontrer
cette propofition , l'a-t-il effayée ? Auroit-
il compofé quelque Traité de Phyfique
qui lui auroit donné de la prévention
contre le mien ?
» Les odeurs & les faveurs , dit l'A-
» nonyme , ont encore donné lieu à
» M. de S. de joindre à fa differtation
» un difcours contre la cuifine moder-
» ne que bien des gens n'approuveront
pas. Que veut-il dire par là ? Défapprouve-
t- il ce difcours ? Qui font ceux
qui ne l'approuveront pas ? Sans doute
les cuifiniers & les voluptueux . J'ai entendu
quantité de perfonnes , qui fe
croyoient obligées à fuivre l'ufage général
, convenir du danger de la cuifine
moderne.
Je dis que la viteffe du fon dépend
» de la viteffe des parties fon nantes ,
» cela femble , dit mon judicieux Cri-
» tique , fuppofer un déplacement fen-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
•
» fible dans les parties fonnantes. A qui
» cela femble-t-il ainfi , puifque partout
j'enfeigne le contraire ?
y
» Une pendule de trois pieds huit li-
» gnes & demie &c. Mon fçavant Critique
me reléve ici & m'affure que dans
le cas préfent on ne dit pas une pendule,
mais un pendule . Qu'il life les pages 25,
40 , 41 du Tome II. il trouvera le
pendule mafculin au moins 40 fois , &
pas une feule au féminin où a-t-il trouvé
l'exemple qu'il cite ? Pourquoi me
le reproche-t- il plutôt qu'à mon Imprimeur
? Un Anonyme qui a autant de
prudence ou de bonne-foi , eft bien propre
à infpirer la confiance à fon Lecteur.
Peut-on dans une critique férieufe
relever de pareilles frivolités ?
» Chacun d'eux feroit la dixiéme par-
» tie d'une heure. On voit bien , dit l'Anonyme
, que M. de S. a voulu dire la
dixième partie d'une tierce ; fa remarque
eft donc d'autant plus déplacée ,
qu'elle eft peu intéreffante , & que la
faute n'eft pas dans mon Manufcrit . Il
fçait fûrement que mon Ouvrage a été
imprimé pendant mon abſence : qu'il
fçache encore que l'Imprimeur m'a fupplié
de borner aux fautes qui intéreſfoient
le fens , l'Errata que j'ai voulu
qu'il joignît à ma Phyfique , & que par
OCTOBRE. 1763. 129,
ménagement pour lui , j'y ai confenti .
» M. de S. entreprend , dit l'Anony-
» me , d'affigner la caufe de la pefan-
» teur ; il regarde d'abord avec les Auteurs
qu'il tranfcrit , cette force comme
» appliquée à chacune des parties de la
» matière ; mais comme cette manière
» de confidérer la pefanteur , ne cadre"
pas directement avec le fyftême qu'il
» a embraffé , quelques pages après
» M. de S. ne la regarde que comme
» appliquée à certaines parties : on fent
» à quelles conféquences cette marche
» conduit , fans compter l'inconfé-
» quence à laquelle M. de S. fe laiffe
» aller. J'aimerois beaucoup mieux me
laiffer aller à des inconféquences qu'à
des infidélités auffi fréquentes & auffi
marquées. La manière d'expliquer la
pefanteur dont il s'agit cadre très-exactement
avec le fyftême que j'ai embraffé
; elle y eft liée on ne peut pas
plus complettement . Je déclare que jamais
je n'ai regardé la force dont il eft
queftion , comme appliquée feulement
à quelques parties.
" Terminons , dit l'Anonyme , par
» une remarque qui nous difpenfe évimment
d'aller plus loin , & difons
» que M. de S. confond à chaque inf
ود
T
F v
130 MERCURE
DE FRANCE
.
>> tant le finus d'un angle avec l'angle
» même. Je fuis fùr qu'il croit terminer
par un coup de foudre . Je lui dirai bien
qu'à vue de pays , je connois autant
que lui la différence d'un angle à fon
finus , & qu'il a le talent de voir ce
qu'il cherche : mais me diroit - il bien
de quelle Logique il fait ufage dans ce
raifonnement ? M. de S. a écrit un Traité
de Phyfique en fix volumes , que
j'ai très-grande envie de critiquer & de
décrier , pour des raifons qui me font
connues ; je n'ai lû qu'un volume &
demi au plus , & très -fuperficiellement
:
en bonne régle , il faudroit avoir tout
lû , & avoir bien entendu le fyftême
qui fait la bâfe de fon Ouvrage ; mais
il confond le finus de l'angle avec l'angle
même: donc je fuis évidemment difpenfe
d'aller plus loin.
" Je ne puis croire , dit l'Anonyme,
» que M. de S. qui a profeffé long-
» tems à ce qu'il dit , la Philofophie ,
» ait fait avec réfléxion les fautes que
» fes expreffions mettent en droit de lui
» repréſenter ; & je defire qu'on penfe
» avec moi , que fes inadvertances
, fon
vien-
" peu de méthode & de clarté
» nent du peu de loifir qu'il a eu , &
des affaires étrangères à la Phyfique
2
OCTOBRE. 1763. 131
» dont il eft occupé mais il n'en eft
» pas moins vrai que fon livre a be-
» boin de beaucoup de corrections ,
» avant que d'être applicable à l'ufage
>> auquel il le deftine. Mon critique ne
s'expofe-t-il pas a faire foupçonner qu'il
a fait imprimer lui -même ; que le débit
de fon Ouvrage lui tient au coeur ;
& qu'il entre de la jaloufie de métier
dans fa conduite envers moi ? S'il eft
Auteur défintéreffé , comme moi , il
doit louer mes efforts : s'il eft Auteur
mercenaire , nous ne fommes pas faits
pour concourir. Je pourrois faire ici des
obfervations embarraffantes dont l'application
ne feroit pas difficile ; mais
je m'arrête en faveur de la bonté d'âme
avec laquelle l'Anonyme defire qu'on
penſe avec lui , que mes inadvertances
viennent du peu de loifir que j'ai eu & c.
Comme je me fuis toujours piqué
de reconnoiffance , je lui dédie les
obfervations fuivantes , qu'on devroit
toujours avoir devant les yeux , quand
on veut s'ériger en redreffeur des torts ,
& cenfurer les Quvrages qui paroiffent.
1°.L'équité & la prudence veulent qu'on
connoiffe l'ouvrage dont on veut faire
la critique. Sans cela , à combien de
bévues ne s'expofe -t-on pas ?
F vj
1
132 MERCURE DE FRANCE.
2 °. Il faut s'attacher fcrupuleufement
à citer jufte , & rendre les expreffions
littéralement. Un petit tour de main
fuffit pour défigurer une penfée , &
l'Auteur attaqué a droit de s'inscrire en
faux.
3°. Il faut exercer fa cenfure fur les
matières importantes , & ne pas s'appefantir
fur des minuties . Sans cela on
n'évite pas le foupçon d'aigreur & de
partialité.
4°. Il eft de toute honnêteté , quand
on veut cenfurer un Ouvrage , de lui
rendre juftice fur ce qu'il peut avoir
de bon & de fauver des torts à l'Auteur
, plutôt que lui en fuppofer. J'ai
quelquefois qualifié d'excellens , des
ouvrages qui auroient pû mériter ma
critique un Auteur défintéreſſé eſt
toujours louable , au moins pour fon
intention ; & ne rien trouver de bon
dans un grand Ouvrage , c'eft afficher
qu'on veut y trouver tout mauvais.
5 ° . Il faut éviter foigneufement de
fe faire foupçonner d'intérêt perfonnel
. Rien n'eft n'eft plus propre à dégrader
& avilir un homme de Lettres
Quelle obligation le Public auroit à un
Phyficien qui fe feroit payer chérement
fes fervices , & qui pour conferver fon
OCTOBRE . 1763. 133
bénéfice , s'éléveroit contre ceux qui
voudroient fervir le Public gratuitement?
6º. Il ne convient point à un honnête
homme d'attaquer fous le mafque :
fi on n'a que des vues louables. Si on
attaque avec politeffe & fans aigreur
pourquoi , fe cacher ? Eft-il honorable
de chercher à mordre au talon ? Mon
Anonyme par fa manière de m'attaquer ,
m'avoit mis en droit de mépriſer fa critique
: ne peut-il pas , à la faveur de
l'incognito , fe permettre toutes fortes
d'infidélités ? Je lui devois peut - être
beaucoup moins de ménagement. Mais
j'en aurois eu d'avantage pour lui , quel
qu'il foit , s'il s'étoit nommé.
*
7°. Un Critique doit y regarder à
deux fois quand il fe fent la deman
geaifon d'attaquer un Ouvrage dont tous
les Auteurs périodiques ont parlé avec
éloge. L'Anonyme devoit penfer , s'il a
un peu de modeftie , que le Public
feroit beaucoup moins de cas de fes
obfervations , que du jugement qui a
été porté fur ma Phyfique par vous ,
Monfieur , dans votre Mercure , ainfi
que par les Auteurs de l'Année Littéraire
, de l'Avantcoureur & du Journal
Encyclopédique.
J'attends de votre équité , Monfieur,
134 MERCURE DE FRANCE .
que vous inférerez cette réponſe dans
votre Mercure prochain . Une maladie
férieufe dont je fuis à peine débaraffé
ne m'a pas permis de vous la faire
paffer plutôt. Quand on me propofera
dans les régles convenables de bonnes
difficultés , je tâcherai d'y répondre. Si
on me prouve que je me fuis trompé ,
j'abandonnerai mes idées avec d'autant
plus de facilité & de reconnoiffance
même , que mon intention eft de ne
rien préfenter à la jeuneffe qui puiffe
l'induire en erreur.
J'ai l'honneur d'être , & c.
SAINTIGNON , Proc. Gen, des Chan . Reg.
de la Cong. de N. S.
Fermer
18
p. 134-139
Observations sur un ouvrage intitulé le Systême de la Nature, [titre d'après la table]
Début :
Observations sur un Ouvrage intitulé : Le Systême de la Nature, divisées en 2 [...]
Mots clefs :
Nature, Humain, Hommes, Dieu, Auteur, Système, Genre, Vertu, Jean-Jacques Rousseau, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Observations sur un ouvrage intitulé le Systême de la Nature, [titre d'après la table]
Obfervationsfur un Ouvrage intitulé : Le
Systéme de la Nature , diviſées en 2
parties ; par M. de B.... A Paris,
OCTOBRE. 1776 . 139
chez Debure père , Lib. quai des Auguftins
.
:
Notre fiécle doit rougir plus qu'aucun
autre d'avoir enfanté un ſyſtème qui
dégrade la raiſon & l'eſprit humain.
L'athéïſme paroiſſoit ne devoir être que
le fruit de la ſtupidité & de l'ignorance ;
& cependant , qui l'auroit cru ! cette erreur
ſemble devenir l'opinion favorite
de certains hommes , à qui on ne peut
refuſer des lumières & du talent ; on ne
vit jamais un ſyſtême également abſurde
& impie , défendu avec plus d'obſtination
& d'enthouſiaſme. Spinofa & ſes Prédécefleurs
étoient lus de peu de gens , &
n'étoient entendus de perſonne. Les Modernes
, par un preſtige de ſtyle & par
une phyſique ſuperficielle & curieuſe
ont tâché d'inſinuer le venin dans les
eſprits foibles & les demi- Savans , dont
le nombre augmente malheureuſement
tous les jours. Du fond de leur corrupzion
s'élève une vapeur noire & maligne
qui , en les aveuglant ſur tous les témoignages
que l'Étre- Suprême a donnés de
ſa préſence & de ſa majesté , leur cache.
en même temps les maux effrayans qu'ils
préparent au genre humain, en répan
136 MERCURE DE FRANCE.
dant dans le public leurs déteſtables principes
. Quand même ces principes ſeroient
auſſi vrais qu'ils font faux & abfurdes ,
ils devroient les enfevelir dans un éternel
oubli , s'ils ſe piquoient de vertu &
de probité. Mais quand on a le malheur
d'être aveuglé , on ne connoît point les
fuites malheureuſes des ténèbres. En effet
il ſuffit de n'être pas tout-à fait frappé
d'aveuglement pour avouer avec l'Auteur
de laſage critique du ſyſtême de la nature,
que l'homme a beſoin d'un Maître qui
le faffe matcher d'un pas fûr dans le
chemin de la vertu , & que nulle ſociété
ne peut ſubſiſter avec cette liberté ſans
bornes qu'on oſe réclamer. L'intérêt pera
fonnel , le choc des paffions & la diverſité
des opinions , ajoute l'Auteur des
obſervations folides & intéreſſantes , font
une ſource intariſſable de guerres & de
difcordes , qui , ſi elles n'entraînoient
pas la ruine entière du genre humain ,
feroient au moins de la ſociété un vaſte
théâtre , où les mortels , ſemblables à des
lions féroces , feroient occupés ſans ceffe
à s'entre-déchirer & à ſe détruire. Il faut
donc à la malignité de la nature humaine
un frein capable d'en prévenir les fuites ;
& quel frein plus propre à en impofer
OCTOBRE. 1776. 137
aux hommes que celui d'une divinité
toujours préſente par tout, quoiqu'inviſible
, qui pourſuit les coupables juſques
dans la nuitdu tombeau , & qui les immole
pour jamais à ſa juſtice ? A quoi
ſert de multiplier des ſophifmes pour
ôter aux hommes la plus grande confolation
qu'ils peuvent deſirer au milieu
des maux intéparables de la vie ? Les
terreurs de l'avenir , que l'on prétend
diffiper , ne balancent pas ce déſeſpoir &
ce néant que tout le monde abhorre.
C'eſt envain qu'on fait l'éloge de la morale.
La règle des moeurs n'eſt point ime
muable ſi Dieu n'existe pas, « C'eſt lui ,
>>dit ſi bien l'éloquent Rouſſeau , qui
>donne un but à la justice , une baſe à
» la vertu , un prix à cette courte vie
» employée à lui plaire. C'eſt lui qui
> ne ceſſe de crier aux coupables que
» leurs crimes ſecrets ont été vus , & qui
>> fait dire au juſte oublié , tes vertus ont
>> un témoin ; c'eſt lui , c'eſt ſa ſubſtance
>> inaltérable qui eſt le vrai modèle des
> perfections dont nous portons une
» image en nous-mêmes. Nos paffions
>> ont beau la défigurer : tous ſes traits
>> liés à l'eſſence infinie , ſe repréſentent
>> toujours à la raiſon , & lui fervent à
138 MERCURE DE FRANCE.
>> rétablir ce que l'imposture & l'erreur
>> en ont altéré ». Voilà comme la ſaine
philofophie nous parle de lÊtre Suprême.
Son existence étant antérieure à la
révélation , l'Auteur a cru qu'il falloit
préférer les preuves indépendantes de
cette révélation , afin que ceux qui ont
le malheur de ne pas croire à la Religion
révélée , ne puiffent pas éluder la force
des argumens philoſophiques. Les Ecri
vains ſacrés ne nous aſſurent- ils pas euxmêmes
, qu'indépendamment de l'autorité
de la Religion , tous ceux qui nient
l'existence de la divinité ſont inexcufables
, puiſque Dieu s'eſt manifeſté aux
hommes par les merveilles de la nature ,
puiſque les cieux annoncent la gloire de
Dieu& publient hautement fa puiſſance?
« Je ne fais , dit M. de Voltaire , s'il y a
>> une preuve métaphysique plus frap-
>> pante & qui parle plus fortement à
>> l'homme que cet ordre admirable qui
> règne dans le monde , & fi jamais il y
a eu un plus bel argument que ce ver-
>>fet : Cæli enarrant gloriam Dei. Les
>> Phyſiciens ſont devenus les Hérauts
>> de la Providence ; un Cathéchiſte annonce
Dieu à des enfans , & un New
>> ton le démontre aux Sages2.
L'Auteur des obſervations également
folides & lumineuſes , ne ſe borne pas
à diſſiper tous les nuages que le fophifte
moderne a cherché à accumuler , pour
obfcurcir la vérité la plus confolante &
la plus utile au genre humain; mais il
prouve auſſi d'une manière claire & perſuafive
la ſpiritualité de l'ame & les conſéquences
qui en dérivent.
Systéme de la Nature , diviſées en 2
parties ; par M. de B.... A Paris,
OCTOBRE. 1776 . 139
chez Debure père , Lib. quai des Auguftins
.
:
Notre fiécle doit rougir plus qu'aucun
autre d'avoir enfanté un ſyſtème qui
dégrade la raiſon & l'eſprit humain.
L'athéïſme paroiſſoit ne devoir être que
le fruit de la ſtupidité & de l'ignorance ;
& cependant , qui l'auroit cru ! cette erreur
ſemble devenir l'opinion favorite
de certains hommes , à qui on ne peut
refuſer des lumières & du talent ; on ne
vit jamais un ſyſtême également abſurde
& impie , défendu avec plus d'obſtination
& d'enthouſiaſme. Spinofa & ſes Prédécefleurs
étoient lus de peu de gens , &
n'étoient entendus de perſonne. Les Modernes
, par un preſtige de ſtyle & par
une phyſique ſuperficielle & curieuſe
ont tâché d'inſinuer le venin dans les
eſprits foibles & les demi- Savans , dont
le nombre augmente malheureuſement
tous les jours. Du fond de leur corrupzion
s'élève une vapeur noire & maligne
qui , en les aveuglant ſur tous les témoignages
que l'Étre- Suprême a donnés de
ſa préſence & de ſa majesté , leur cache.
en même temps les maux effrayans qu'ils
préparent au genre humain, en répan
136 MERCURE DE FRANCE.
dant dans le public leurs déteſtables principes
. Quand même ces principes ſeroient
auſſi vrais qu'ils font faux & abfurdes ,
ils devroient les enfevelir dans un éternel
oubli , s'ils ſe piquoient de vertu &
de probité. Mais quand on a le malheur
d'être aveuglé , on ne connoît point les
fuites malheureuſes des ténèbres. En effet
il ſuffit de n'être pas tout-à fait frappé
d'aveuglement pour avouer avec l'Auteur
de laſage critique du ſyſtême de la nature,
que l'homme a beſoin d'un Maître qui
le faffe matcher d'un pas fûr dans le
chemin de la vertu , & que nulle ſociété
ne peut ſubſiſter avec cette liberté ſans
bornes qu'on oſe réclamer. L'intérêt pera
fonnel , le choc des paffions & la diverſité
des opinions , ajoute l'Auteur des
obſervations folides & intéreſſantes , font
une ſource intariſſable de guerres & de
difcordes , qui , ſi elles n'entraînoient
pas la ruine entière du genre humain ,
feroient au moins de la ſociété un vaſte
théâtre , où les mortels , ſemblables à des
lions féroces , feroient occupés ſans ceffe
à s'entre-déchirer & à ſe détruire. Il faut
donc à la malignité de la nature humaine
un frein capable d'en prévenir les fuites ;
& quel frein plus propre à en impofer
OCTOBRE. 1776. 137
aux hommes que celui d'une divinité
toujours préſente par tout, quoiqu'inviſible
, qui pourſuit les coupables juſques
dans la nuitdu tombeau , & qui les immole
pour jamais à ſa juſtice ? A quoi
ſert de multiplier des ſophifmes pour
ôter aux hommes la plus grande confolation
qu'ils peuvent deſirer au milieu
des maux intéparables de la vie ? Les
terreurs de l'avenir , que l'on prétend
diffiper , ne balancent pas ce déſeſpoir &
ce néant que tout le monde abhorre.
C'eſt envain qu'on fait l'éloge de la morale.
La règle des moeurs n'eſt point ime
muable ſi Dieu n'existe pas, « C'eſt lui ,
>>dit ſi bien l'éloquent Rouſſeau , qui
>donne un but à la justice , une baſe à
» la vertu , un prix à cette courte vie
» employée à lui plaire. C'eſt lui qui
> ne ceſſe de crier aux coupables que
» leurs crimes ſecrets ont été vus , & qui
>> fait dire au juſte oublié , tes vertus ont
>> un témoin ; c'eſt lui , c'eſt ſa ſubſtance
>> inaltérable qui eſt le vrai modèle des
> perfections dont nous portons une
» image en nous-mêmes. Nos paffions
>> ont beau la défigurer : tous ſes traits
>> liés à l'eſſence infinie , ſe repréſentent
>> toujours à la raiſon , & lui fervent à
138 MERCURE DE FRANCE.
>> rétablir ce que l'imposture & l'erreur
>> en ont altéré ». Voilà comme la ſaine
philofophie nous parle de lÊtre Suprême.
Son existence étant antérieure à la
révélation , l'Auteur a cru qu'il falloit
préférer les preuves indépendantes de
cette révélation , afin que ceux qui ont
le malheur de ne pas croire à la Religion
révélée , ne puiffent pas éluder la force
des argumens philoſophiques. Les Ecri
vains ſacrés ne nous aſſurent- ils pas euxmêmes
, qu'indépendamment de l'autorité
de la Religion , tous ceux qui nient
l'existence de la divinité ſont inexcufables
, puiſque Dieu s'eſt manifeſté aux
hommes par les merveilles de la nature ,
puiſque les cieux annoncent la gloire de
Dieu& publient hautement fa puiſſance?
« Je ne fais , dit M. de Voltaire , s'il y a
>> une preuve métaphysique plus frap-
>> pante & qui parle plus fortement à
>> l'homme que cet ordre admirable qui
> règne dans le monde , & fi jamais il y
a eu un plus bel argument que ce ver-
>>fet : Cæli enarrant gloriam Dei. Les
>> Phyſiciens ſont devenus les Hérauts
>> de la Providence ; un Cathéchiſte annonce
Dieu à des enfans , & un New
>> ton le démontre aux Sages2.
L'Auteur des obſervations également
folides & lumineuſes , ne ſe borne pas
à diſſiper tous les nuages que le fophifte
moderne a cherché à accumuler , pour
obfcurcir la vérité la plus confolante &
la plus utile au genre humain; mais il
prouve auſſi d'une manière claire & perſuafive
la ſpiritualité de l'ame & les conſéquences
qui en dérivent.
Fermer
Résumé : Observations sur un ouvrage intitulé le Systême de la Nature, [titre d'après la table]
Le texte 'Observations fur un Ouvrage intitulé: Le Système de la Nature' critique durement l'athéisme, le qualifiant d'erreur absurde et impie. Malgré les talents des défenseurs modernes de cette idéologie, leur style captivant et leur connaissance superficielle de la physique permettent de propager cette idée parmi les esprits faibles et les demi-savants. Cette diffusion est comparée à une vapeur maligne qui aveugle les individus sur la présence divine et les maux qu'ils préparent à l'humanité. Le texte insiste sur la nécessité d'un maître moral pour guider l'homme vers la vertu et éviter les conflits et les discordes. Il soutient que la moralité requiert l'existence de Dieu, qui sert de modèle de perfection et de garant de justice. L'auteur privilégie les preuves philosophiques indépendantes de la révélation pour convaincre même ceux qui ne croient pas en la religion révélée. Il cite Voltaire pour souligner l'ordre admirable de la nature comme preuve de l'existence divine. Enfin, le texte démontre la spiritualité de l'âme et ses conséquences, dissipant les obscurcissements apportés par les sophistes modernes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 262-275
L'Histoire de l'Amérique par Robertson, [titre d'après la table]
Début :
L'Histoire de l'Amérique, par M. Robertson, Principal de l'Université d'Edimbourg, [...]
Mots clefs :
Nouveau monde, Christophe Colomb, Hommes, Découverte, Homme, Histoire, Amérique, Ouvrage, Océan, Globe, Système, Navigation, Navigateurs, Habitants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Histoire de l'Amérique par Robertson, [titre d'après la table]
L'Hiftoire de l'Amérique , par M. Robertſon ,
Principal de l'Univertité d'Edimbourg ,
& Hiftoriographe de Sa Majefté Britannique
pour l'Ecoffe. A Paris , chez
Panckoucke , à l'Hôtel de Thou , rue
des Poitevins. 2 vol , in-4° . 24 liv.; ou
4 vol. in- 12, 12 liv.
-
COMMENT un homme a - t - il imaginé ,
vers la fin du quinzième ſiècle , qu'il exif
toit un monde au delà de cet Océan Atlantique
, que tousles peuples alors connus
prenoient pour la borne de la terre ?
Comment eft il allé chercher ce monde
en traverfant des Mers que des vaif
feaux n'avoient jamais touchées ? Quelle
a été la première entrevue des habitans
de deux hémisphères inconnus l'un à l'autre
? Se font- ils reconnus pour frères ? Se
·
DE FRANCE. 263
font-ils embraffés en fe rencontrant pour
la première fois fur ce globe ? Quel étoit
le génie & le deftin de l'homme dans ce
nouveau monde ? Etoit - il exempt des
erreurs , des vices & des maux qui affli,
gent l'humanité dans celui que nous habitons
? Plus ou moins éclairé , trouvoit - il
plus de repos & de bonheur dans fes lumières
ou dans fon ignorance ? Quels one
été pour les deux mondes les effets du plus
grand événement des annales du genre
humain ? L'homme eft il plus heureux
depuis qu'il connoît mieux fa demeure ?
Voilà ce que veut nous apprendre un
Auteur qui écrit l'Hiftoire de l'Amérique.
Tous les hommes un peu éclairés du fiècle
où elle fut découverte , fentirent tout
de fuite de quelle importance pouvoit être
cet événement pour l'accroiſſement des
lumières en tout genre . C'étoit le fujet de
tous leurs entretiens , & leurs lettres ne
parloient pas d'autre chofe. Il y avoit furtout
dans le fond du Périgord un homme
qui s'en occupa fingulièrement toute la vie :
on fe doute bien que cet homme étoit
Montaigne . On eft un peu furpris , non pas
de fa curiofité , mais de la conftance & de
la fuite de fes recherches pour connoître
l'Amérique & les Américains. Il avoit pris
chez lui un homme qui avoit paffé quel
ques années dans le nouveau monde ; il
l'avoit choifi fimple & groflier, parce que les
fines gens, dit il , qui remarquent bien plus
264 MERCURE
curieufement & plus de chofes , les glofent
& les inclinent & mafquent felon le vifage
qu'il leur ont vu.
Ce choix, & l'opinion fur laquelle il le fondoit
, font très - remarquables ; mais je crains
bien que Montaigne n'ait employé lui même
beaucoup de finelle à fe tromper. Les hom
mes les plus fimples , c'eſt- à - dire , ceux qui
ont le moins d'idée , font précifément ceux
qui inclinent , qui rapportent le plus tout ce
qu'ils voient de nouveau au petit nombre
d'idées qu'ils ont déjà. Le feul moyen de
n'être point affervi par fes idées , eft d'en
avoir en très-grand nombre. L'empire de
la raifon a befoin d'être étendu pour être
affermi. Des Philofophes feuls pouvoient
bien juger & nous faire bien connoître
l'Amérique.
Pendant près de trois fiècles les relations
& les hiftoires ſe font multipliées à l'infini
; mais les premiers Européens qui
parcoururent le nouveau Monde , n'étoient
pas bien propres à nous en donner de juftes
notions. Des hommes altérés d'or & de
fang , des dévaftateurs , ne pouvoient pas
être de bons obfervateurs. On a prodigué
les menfonges & les prodiges : il n'eût
tenu qu'à l'Europe de prendre l'hiſtoire du
nouveau Monde pour l'hiftoire d'une autre
planète .
Enfin quelques hommes vrais , & qui
avoient des lumières , ont vu auffi cette
partie du globe. Il reftoit encore des fan-
Vages
DE FRANCE: 255
vages , il les ont obfervés . Le tems n'avoit
pu détruire encore les débris des deux
Empires renversés par les Efpagnols : on
a lu fur ces débris l'hiftoire des Edifices
dont ils ont fait partie. Dès qu'on a eu
quelques faits bien conftatés , des Philofophes
ont écrit fur le nouveau Monde,
Les Recherches de M. Paw , fur les Américains
, ont paru d'abord ; il eft difficile de
répandre plus d'efprit & d'intérêt fur un
ouvrage de Philofophie . Les détails Topographiques
les plus arides , deviennent
attachans fous fa plume ; & prefque jamais
cependant il ne s'eft permis de les embellir
par ces couleurs brillantes que la nature
offre d'elle-même à ceux qui la décrivent ,
mais que des gens d'un goût févère veulent
bannir de tout ouvrage d'inftruction . L'Auteur
étoit fait pour juger également les
chofes & les hommes , mais il s'eft fait
un fyftême , & par-tout enfuite, il a vu fon
fyftême. Il a paru depuis un ouvrage célèbre
, dont l'utilité eft infiniment plus grande
; jamais ouvrage , peut-être , n'a eu à
fa naiffance des effets auffi étendus : à fa
lecture on a vu des particuliers aller chercher
le bonheur fous de nouveaux Cieux ;
des Négocians diriger fur de nouveaux
plans les opérations de leur commerce ;
des Puiffances changer à beaucoup d'égard
le fyftême politique de leur cabinet ; des
Empires naiffans , pofer fur fes principes les
25 Septembre 1778 . M
266 MERCURE
"
fondemens de leur liberté & de leur grandeur
future , & le citer avec honneur dans
leurs Aflemblées Législatives .
Mais fon plan , qui ne fe bornoit point
à l'Amérique , étoit trop vafte pour nous
donner fur le nouveau Monde tous les
détails que demande notre curiofité , &
qui font néceffaires à notre inftruction . On
avoit encore befoin de l'Hiftoire de M.
Robertfon .
Le plan feul de cet ouvrage , & la manière
dont les parties en font difpofées , en
annoncent le mérite. Le premier livre préfente
un tableau des progrès de la Navigation
chez les anciens & les modernes ,
jufqu'au moment ou Colomb forma le
projet de fa découverte . Le fecond & le
troisième contiennent l'Hiftoire de ce grand
événement jufqu'à la mort de Colomb ,
& jufqu'au moment de la découverte de
plufieurs parties du Continent. Le quatrième
offre le tableau phyſique du nouveau
Monde & le tableau de la vie
Sauvage. Le cinquième & le fixième reprennent
le récit des découvertes , & for
ment l'Histoire des Conquêtes du Mexique
& du Pérou. Le feptième , après avoir
établi quel étoit l'état de la Civilifation
chez ces deux Peuples , nous fait connoître
toutes les autres poffeffions Efpagnoles. Le
huitième enfin , développe le fyftême d'Adminiftration
que l'Efpagne a fuivi jufqu'à
nos jours dans fes Colonies.
DE FRANCE. 267
On voit que l'ouvrage n'eft pas encore
achevé , & qu'il y manque l'Hiftoire des
Etabliflemens Portugais , François , Hollandois
& Anglois . M. Robertfon s'eft arrêté
dans le cours de fon travail , pour attendre
l'événement qui terminera la guerre de la
Grande Bretagne avec les anciennes Colonies.
Un ouvrage auffi étendu , auſſi vaſte
ne peut
être bien connu par un extrait :
il faut le lire. Je tâcherai feulement de
raffenibler ici ou les faits ou les réfultats ,
qui peuvent offrir le plus d'intérêt & d'utilité.
En voyant dans le tableau des progrès
de la Navigation ce qu'elle a été chez les
anciens , on eft d'abord un peu furpris de
la voir prefque entièrement renfermée dans
la Méditerranée , & nous oppofons avec
orgueil à ces premiers Navigateurs , les
modernes qui traverfent en tous fens le
Globe , & font le tour du monde portés
fur l'Océan. Mais lorsqu'on voit enfuite
que , près d'un fiècle après la découverte
des propriétés de l'aiguille aimantée , les
Navigateurs modernes les plus intrépides
n'avoient pas ofé abandonner les côtes de
l'Océan , on eft moins porté à fe glorifier
des avantages que l'on a fur les anciens.
Beaucoup de favans même ont pensé que
des Phéniciens & des Egyptiens fortis de
la mer rouge par le détroit de Babelmandel
, étoient entrés dans la Méditerranée
par le détroir de Gibraltar , & que par
Mij
268 MERCURE
conféquent ils avoient doublé le Cap de
l'extrêmité de l'Afrique . M. Robertſon
paroît rejeter les faits fur léfquels eft fondée
cette opinion ; mais il me femble qu'ils
font affez bien établis dans l'Hiftoire de
la Navigation par le favant Huet , & dans
une differtation de M. Ameilhon , cou-
Ionnée à l'Académie des Belles - Lettres.
Au reste , ce n'eft plus pour nous qu'une
queftion de pure curiofité , & la philofophie
ne doit guère en agiter de femblables .
M. Robertfon fe plaint de l'obscurité
qui couvre encore le nom de ce bourgeois
d'Amalfi , de Flavio Gioia , qui , en dé
couvrant les propriétés de l'aiguille aimantée
a donné aux peuples modernes la
poffeffion de l'Océan & du Globe , & qui
devoit partager au moins la gloire de ceux
qui ont découvert & conquis le nouveau
Monde. Il ne faut en accufer , je crois , ni
l'ingratitude ni l'injuftice des hommes , ni
même leur négligence à honorer ce qui
leur eft utile. Lorfque Flavio Gioïa fir
cette découverte , on fut loin d'abord de
prévoir les avantages qu'on en retireroit.
Les Navigateurs , comme nous l'avons déjà
dit , ne changèrent prefque rien à leur
manière de voyager , & longèrent encore
les côtes pendant près d'un fiècle. Si fortant
des mains de Gioïa , l'aiguille aimantée eût
conduit les conquérans du nouveau Monde
à travers l'Océan Atlantique , le nom du 1
DE FRANCE. $259
bourgeois d'Amalfi feroit aujourd'hui dans
la bouche de tous les hommes avec les
noms de Cortés , de Colomb & de Pizarre.
On peut croire même que dans ces tems
d'ignorance , l'imagination eût vu comme
un prodige , cette découverte qui mettoit
dans la main des hommes un guide que
leurs regards étoient obligés de chercher
dans les Cieux . Mais Flavio Gioia fembla
être condamné à une éternelle obfcurité ,
par l'ufage obfcur & timide qu'on fit
d'abord de fa découverte . Il est même certain
que Colomb fut le premier qui s'abandonna
entièrement à la foi de l'aiguille
Polaire . Les Portugais touchoient au Cap
de Bonne- Efpérance , & n'avoient encore
perdu de vue les côtes de l'Afrique , que
lorfqu'ils avoient été emportés par les vents
& les tempêtes. C'eft à un orage très-violent
qu'ils furent redevables de la décou
verte de Porto- Santo & de Madère.
Toutes les circonftances de la vie de Colomb
, rendent fon hiftoire plus intéreffante
& fa gloire plus belle. Le hafard a fait la
plupart des grandes découvertes, & l'homme
dans ce genre eft réduit prefque toujours à
s'enorgueillir des faveurs du fort. La découverte
du nouveau Monde eft dûe toute
entière au génie de Colomb . Newton trouva
le vrai fyftême du Monde en le cherchant
toujours. C'est eny penfant toujours auffi que
Colomb fe démontra à lui- même , qu'en
traverfant à l'Oueſt l'Océan atlantique , il
M iij
(270 MERCURE
devoit parvenir néceffairement à une terre.
Cette idée feule prouve qu'il étoit phis
éclairé que tout fon fiécle dans l'Aftronomie.
Ce qu'il y a d'étonnant , c'est que le
hafard n'ait point enlevé cette gloire à fon
génie. Il y avoit un fiécle que les Portugais
fe promenoient entre l'Afrique & le
Bréfil. Une tempête pouvoit à chaque inftant
jeter le plus ignorant des Navigateurs
dans ce nouveau Monde dont Colomb
avoit deviné l'exiftence . Et en effet , fept
ans après fon premier voyage , Alvarès
Cabral fur jeté par une tempête fur les
Côtes du Bréfil Sept ans plus tard, Colomb
n'eût été rien , Cabral auroit eu la gloire de
Colomb.
Élevé au- deffus de tous les Navigateurs
par fes lumières , Colomb avoit auffi les
-vues d'un homme d'Etat . Il prévoyoit combien
la découverte qu'il alloit faire devoit
donner de puiffance à la Nation pour
Jaquelle il la feroit. Il cherche quel eft
Je Peuple que fon génie doit enrichir d'un
nouveau Monde . Il étoit éloigné de fa
Patrie depuis fon enfance ; elle n'avoit
rien fait pour lui. C'eft vers fa Patrie cependant
que les regards fe tournent en ce
moment; & le Sénat de Gènes , fi profondé
ment occupé à ne rien perdre de quelques
lieues de terrein , fe voit faire , par un
obfcur Citoyen , la propofition de porter
fa puiffance dans un nouvel Univers . Gènes
ne voit dans ce projet que le délire d'un
DE FRANCE. 271
ambitieux . Colemb l'offre alors au Portu
gal , qui étoit fa Patrie d'adoption . Les
Portugais lui refufent les moyens de l'exécuter
, & s'efforcent de le lui voler . 11 a
rempli les devoirs que lui dictoient les
fentimens de fon coeur. Son projet appartient
déformais à la Nation qui fera digne
de l'adopter ; & il le préfente à la fois à
l'Espagne & à l'Angleterre. Ifabelle &
Ferdinand confentent du moins à l'entendre.
C'est un fpectacle bien fingulier de
voir ce grand homme obligé de foumettre
fon projet , tantôt à des Médecins Juifs ,
tantôt à des Évêques , tantôt au Confeffeur
d'une Reine . Sa patience eft admirable
à expliquer fes idées à des gens qui
ne pouvoient les comprendre. On aime à
le voir fur-tout oppofer à tous les doutes
& à toutes les objections, une confiance que
la certitude feule pouvoit infpiter , &
agir & parler comme fi l'Amérique eût
été déjà découverte. Il demande le titre de
Vice- Roi pour des pays qui n'existent pas
encore ; il règle déjà ſa part & celle du
Trône de Caftille , dans des trésors auxquels
perfonne ne veut croire . Il eſt aifé
de juger combien il devoit paroître infenfé
fur-tout aux hommes qui fe piquoient le
plus de raifon . En effet , il s'eft confervé
en Eſpagne une tradition qui nous ap
prend , que lorfque Colomb palloit dans
les rues avec cet air rêveur que devoit lui
donner fon projet , les hommes qui avoient
Miv
272 MERCURE
Les
le plus de fens , portant le doigt au milieu
de leur front , & fecouant la tête , fe
difoient les uns aux autres , par ces fignes ,
que Colomb avoit perdu l'efprit.
détails de fon départ , de fa navigation
& de fa découverte , fe trouvent par- tout:
il feroit inutile de les rapporter dans cet
Extrait. Mais il eft un fait moins connu ,
& qui peint mieux , ce me femble , que
tous les autres , l'âme & le caractère de
ce grand homme. Il revenoit du Monde
qu'il avoit découvert , & affailli par une
tempête , il eft prêt à périr . Environné de
toutes les horreurs de la mort , il ne fonge
qu'à une feule chofe , il n'a qu'un feul regret
, c'est que le fruit de fa découverte
va être perdu pour les hommes. Il entre
dans fa chambre , écrit rapidement fur du
parchemin , au bruit de la tempête & des
cris de l'équipage , un Journal de fa navigation
& de fa découverte ; l'enveloppe
d'une toile cirée , le met enfuite dans un
gâteau de cire , & le jette dans la mer dans
un tonneau bien bouché , efpérant que le
Ciel confervera un dépôt fi précieux au
monde , & le fera parvenir aux hommes.
+
Quand on voit tant de courage infpiré
par un fi grand amour de l'humanité , on
trouve que la mémoire de Colomb n'eft
pas à beaucoup près affez révérée & aſſez
chérie des hommes. Les injuftices de fes
Contemporains , & les malheurs qui flétrirent
les dernières années de fa vie , deDE
FRANCE. 273
vroient cependant la confacrer encore. I
avoit découvert le continent de l'Amérique
, ainfi que les Ifles ; il avoit reconnu
l'Orénoque & la Baye . de Honduras . Un
Florentin , quelque tems après , accompagne
Ojeda dans un voyage où l'on fait fervi
lement la route tracée par Colomb : ce
Florentin à fon retour publie une Rela
tion de fon voyage , & fon nom d'Améric
devient celui du nouveau monde , qui
ne devoit porter que le nom de Colomb.
La calomnie l'attaque bientôt dans l'efprit
de Ferdinand & d'Ifabelle : il étoit trop
grand pour qu'il fût bien . difficile de le
faire paroître dangereux. Un Gouverneur
d'Hifpaniola le fait traîner dans un vaiffeau
, chargé de fers , & l'envoie dans cet
état devant les Tribunaux de la Caftille.
Alonzo de Vallejo , Capitaine du vaiffeau
qui le porte , n'est pas plutôt hors de la
vue de l'Ifle , qu'il s'approche de fon Prifonnier
avec refpect , & lui offre de lui
faire ôter les fers dont il eft fi injuſtement
chargé. Non , lui répond Colomb , je
porte ces fers par l'ordre du Roi & de la
Reine , j'obéirai à ce commandement comme
à tous ceux que j'ai reçus d'eux. Leur volonté
m'a dépouillé de ma liberté , leur vo
lonté feule peut me la rendre . Colomb
croyoit voir fans doute le pouvoir facté
des Loix dans la volonté des Souverains
qu'il avoit adoptés ; & ce trait peut rappeler
peut-être celui de Socrate , qui rejette l'offre
MY
274 MERCURE
de fes amis qui veulent faire ouvrir les
portes de fa prifon , & qui aime mieux
fubir une injufte mort , que de corrompte
les Exécuteurs des Loix , en faveur même
de la Juftice. Ferdinand & Ifabelle firent
femblant enfuite de vouloir adoucir le
fentiment profond de douleur
que Colomb
Feçut de cette injuftice ; mais ils ne firent
rien qui fut capable de la réparer , & ce
fentiment refta toujours gravé dans fon
âme. Il fe plut même à le nourrir. Il ne
fe fépara plus des fers qu'il avoit portés.
Dans fon indignation , il les montroit à
tout le monde. Ils étoient toujours fufpendus
aux murs de fa chambre; il les fit
enfermer avec lui dans fon tombeau. I}
fe vengeoit de l'ingratitude des Souverains
qu'il avoit fervis , en confervant les monumens
des injuftices qu'il avoit fouffertes :
peut être auffi que la vue de ces fers , en
nourrillant même fon indignation , lui
donnoit la feule confolation qu'il pût recevoir
; car il eft dans tous les grands hommes
un fentiment qui les porte à s'enorgueilliz
de leurs malheurs. Telle fut enfin l'injuf
tice de fon fécle, que Colomb fe repentit ,
en mourant , d'avoir créé , pour ainfi dire,
un nouveau monde aux hommes.
Un Ecrivain philofophe devoit nous faire
Hiftoire du Ciel & de la Terre du nouveau
Monde , comme celui de fes Habitans.
Les anciens Hiftoriens n'avoient guère
cette méthode , parce qu'on ne favoit pas
DE FRANCE.
275
encore combien les actions de l'homme
dépendent de l'air qu'il refpire , des alimens
dont il fe nourrit , de la terre qu'il
foule à fes pieds. C'eft dans les tems où
il fe connoît le moins , que l'homme croit
s'appartenir davantage. M. Robertſon nous
donne des détails très - étendus fur l'organifation
du nouveau Monde . Il a claffé ,
fur-tout avec beaucoup d'ordre , toutes les
caufes qui , en y rendant la chaleur moindre
de douze à quinze degrés que dans
les mêmes latitudes de l'ancien Monde ,
produifent des effets fi remarquables fur
les Habitans de l'Amérique.
Il cherche enfuite par quelle partie du
Globe les Habitans d'un Hémisphère ont
pu paffer dans l'autre . Cette recherche a
paru puérile à quelques Philofophes ; autant
vaudroit demander , a -t- on prétendu
par où les herbes & les plantes ont paffé
en Amérique ? Cette demande ne déconcerteroit
pas beaucoup ceux qui la trouveroient
auffi raifonnable que l'autre , &
qui font très fâchés de n'avoir pas de
bonnes Histoires des Colonies , & des plantes
& des herbes. M. Robertfon finit fes recherches
fur cet objet , par conclure que
l'Amérique a dû être peuplée , ou par le
Nord-Ouest de l'Europe , ou par le Nord
Eft de l'Afie. ( Cet Article eft de M. Garat),
·
La fuite au Mercure prochain .
Principal de l'Univertité d'Edimbourg ,
& Hiftoriographe de Sa Majefté Britannique
pour l'Ecoffe. A Paris , chez
Panckoucke , à l'Hôtel de Thou , rue
des Poitevins. 2 vol , in-4° . 24 liv.; ou
4 vol. in- 12, 12 liv.
-
COMMENT un homme a - t - il imaginé ,
vers la fin du quinzième ſiècle , qu'il exif
toit un monde au delà de cet Océan Atlantique
, que tousles peuples alors connus
prenoient pour la borne de la terre ?
Comment eft il allé chercher ce monde
en traverfant des Mers que des vaif
feaux n'avoient jamais touchées ? Quelle
a été la première entrevue des habitans
de deux hémisphères inconnus l'un à l'autre
? Se font- ils reconnus pour frères ? Se
·
DE FRANCE. 263
font-ils embraffés en fe rencontrant pour
la première fois fur ce globe ? Quel étoit
le génie & le deftin de l'homme dans ce
nouveau monde ? Etoit - il exempt des
erreurs , des vices & des maux qui affli,
gent l'humanité dans celui que nous habitons
? Plus ou moins éclairé , trouvoit - il
plus de repos & de bonheur dans fes lumières
ou dans fon ignorance ? Quels one
été pour les deux mondes les effets du plus
grand événement des annales du genre
humain ? L'homme eft il plus heureux
depuis qu'il connoît mieux fa demeure ?
Voilà ce que veut nous apprendre un
Auteur qui écrit l'Hiftoire de l'Amérique.
Tous les hommes un peu éclairés du fiècle
où elle fut découverte , fentirent tout
de fuite de quelle importance pouvoit être
cet événement pour l'accroiſſement des
lumières en tout genre . C'étoit le fujet de
tous leurs entretiens , & leurs lettres ne
parloient pas d'autre chofe. Il y avoit furtout
dans le fond du Périgord un homme
qui s'en occupa fingulièrement toute la vie :
on fe doute bien que cet homme étoit
Montaigne . On eft un peu furpris , non pas
de fa curiofité , mais de la conftance & de
la fuite de fes recherches pour connoître
l'Amérique & les Américains. Il avoit pris
chez lui un homme qui avoit paffé quel
ques années dans le nouveau monde ; il
l'avoit choifi fimple & groflier, parce que les
fines gens, dit il , qui remarquent bien plus
264 MERCURE
curieufement & plus de chofes , les glofent
& les inclinent & mafquent felon le vifage
qu'il leur ont vu.
Ce choix, & l'opinion fur laquelle il le fondoit
, font très - remarquables ; mais je crains
bien que Montaigne n'ait employé lui même
beaucoup de finelle à fe tromper. Les hom
mes les plus fimples , c'eſt- à - dire , ceux qui
ont le moins d'idée , font précifément ceux
qui inclinent , qui rapportent le plus tout ce
qu'ils voient de nouveau au petit nombre
d'idées qu'ils ont déjà. Le feul moyen de
n'être point affervi par fes idées , eft d'en
avoir en très-grand nombre. L'empire de
la raifon a befoin d'être étendu pour être
affermi. Des Philofophes feuls pouvoient
bien juger & nous faire bien connoître
l'Amérique.
Pendant près de trois fiècles les relations
& les hiftoires ſe font multipliées à l'infini
; mais les premiers Européens qui
parcoururent le nouveau Monde , n'étoient
pas bien propres à nous en donner de juftes
notions. Des hommes altérés d'or & de
fang , des dévaftateurs , ne pouvoient pas
être de bons obfervateurs. On a prodigué
les menfonges & les prodiges : il n'eût
tenu qu'à l'Europe de prendre l'hiſtoire du
nouveau Monde pour l'hiftoire d'une autre
planète .
Enfin quelques hommes vrais , & qui
avoient des lumières , ont vu auffi cette
partie du globe. Il reftoit encore des fan-
Vages
DE FRANCE: 255
vages , il les ont obfervés . Le tems n'avoit
pu détruire encore les débris des deux
Empires renversés par les Efpagnols : on
a lu fur ces débris l'hiftoire des Edifices
dont ils ont fait partie. Dès qu'on a eu
quelques faits bien conftatés , des Philofophes
ont écrit fur le nouveau Monde,
Les Recherches de M. Paw , fur les Américains
, ont paru d'abord ; il eft difficile de
répandre plus d'efprit & d'intérêt fur un
ouvrage de Philofophie . Les détails Topographiques
les plus arides , deviennent
attachans fous fa plume ; & prefque jamais
cependant il ne s'eft permis de les embellir
par ces couleurs brillantes que la nature
offre d'elle-même à ceux qui la décrivent ,
mais que des gens d'un goût févère veulent
bannir de tout ouvrage d'inftruction . L'Auteur
étoit fait pour juger également les
chofes & les hommes , mais il s'eft fait
un fyftême , & par-tout enfuite, il a vu fon
fyftême. Il a paru depuis un ouvrage célèbre
, dont l'utilité eft infiniment plus grande
; jamais ouvrage , peut-être , n'a eu à
fa naiffance des effets auffi étendus : à fa
lecture on a vu des particuliers aller chercher
le bonheur fous de nouveaux Cieux ;
des Négocians diriger fur de nouveaux
plans les opérations de leur commerce ;
des Puiffances changer à beaucoup d'égard
le fyftême politique de leur cabinet ; des
Empires naiffans , pofer fur fes principes les
25 Septembre 1778 . M
266 MERCURE
"
fondemens de leur liberté & de leur grandeur
future , & le citer avec honneur dans
leurs Aflemblées Législatives .
Mais fon plan , qui ne fe bornoit point
à l'Amérique , étoit trop vafte pour nous
donner fur le nouveau Monde tous les
détails que demande notre curiofité , &
qui font néceffaires à notre inftruction . On
avoit encore befoin de l'Hiftoire de M.
Robertfon .
Le plan feul de cet ouvrage , & la manière
dont les parties en font difpofées , en
annoncent le mérite. Le premier livre préfente
un tableau des progrès de la Navigation
chez les anciens & les modernes ,
jufqu'au moment ou Colomb forma le
projet de fa découverte . Le fecond & le
troisième contiennent l'Hiftoire de ce grand
événement jufqu'à la mort de Colomb ,
& jufqu'au moment de la découverte de
plufieurs parties du Continent. Le quatrième
offre le tableau phyſique du nouveau
Monde & le tableau de la vie
Sauvage. Le cinquième & le fixième reprennent
le récit des découvertes , & for
ment l'Histoire des Conquêtes du Mexique
& du Pérou. Le feptième , après avoir
établi quel étoit l'état de la Civilifation
chez ces deux Peuples , nous fait connoître
toutes les autres poffeffions Efpagnoles. Le
huitième enfin , développe le fyftême d'Adminiftration
que l'Efpagne a fuivi jufqu'à
nos jours dans fes Colonies.
DE FRANCE. 267
On voit que l'ouvrage n'eft pas encore
achevé , & qu'il y manque l'Hiftoire des
Etabliflemens Portugais , François , Hollandois
& Anglois . M. Robertfon s'eft arrêté
dans le cours de fon travail , pour attendre
l'événement qui terminera la guerre de la
Grande Bretagne avec les anciennes Colonies.
Un ouvrage auffi étendu , auſſi vaſte
ne peut
être bien connu par un extrait :
il faut le lire. Je tâcherai feulement de
raffenibler ici ou les faits ou les réfultats ,
qui peuvent offrir le plus d'intérêt & d'utilité.
En voyant dans le tableau des progrès
de la Navigation ce qu'elle a été chez les
anciens , on eft d'abord un peu furpris de
la voir prefque entièrement renfermée dans
la Méditerranée , & nous oppofons avec
orgueil à ces premiers Navigateurs , les
modernes qui traverfent en tous fens le
Globe , & font le tour du monde portés
fur l'Océan. Mais lorsqu'on voit enfuite
que , près d'un fiècle après la découverte
des propriétés de l'aiguille aimantée , les
Navigateurs modernes les plus intrépides
n'avoient pas ofé abandonner les côtes de
l'Océan , on eft moins porté à fe glorifier
des avantages que l'on a fur les anciens.
Beaucoup de favans même ont pensé que
des Phéniciens & des Egyptiens fortis de
la mer rouge par le détroit de Babelmandel
, étoient entrés dans la Méditerranée
par le détroir de Gibraltar , & que par
Mij
268 MERCURE
conféquent ils avoient doublé le Cap de
l'extrêmité de l'Afrique . M. Robertſon
paroît rejeter les faits fur léfquels eft fondée
cette opinion ; mais il me femble qu'ils
font affez bien établis dans l'Hiftoire de
la Navigation par le favant Huet , & dans
une differtation de M. Ameilhon , cou-
Ionnée à l'Académie des Belles - Lettres.
Au reste , ce n'eft plus pour nous qu'une
queftion de pure curiofité , & la philofophie
ne doit guère en agiter de femblables .
M. Robertfon fe plaint de l'obscurité
qui couvre encore le nom de ce bourgeois
d'Amalfi , de Flavio Gioia , qui , en dé
couvrant les propriétés de l'aiguille aimantée
a donné aux peuples modernes la
poffeffion de l'Océan & du Globe , & qui
devoit partager au moins la gloire de ceux
qui ont découvert & conquis le nouveau
Monde. Il ne faut en accufer , je crois , ni
l'ingratitude ni l'injuftice des hommes , ni
même leur négligence à honorer ce qui
leur eft utile. Lorfque Flavio Gioïa fir
cette découverte , on fut loin d'abord de
prévoir les avantages qu'on en retireroit.
Les Navigateurs , comme nous l'avons déjà
dit , ne changèrent prefque rien à leur
manière de voyager , & longèrent encore
les côtes pendant près d'un fiècle. Si fortant
des mains de Gioïa , l'aiguille aimantée eût
conduit les conquérans du nouveau Monde
à travers l'Océan Atlantique , le nom du 1
DE FRANCE. $259
bourgeois d'Amalfi feroit aujourd'hui dans
la bouche de tous les hommes avec les
noms de Cortés , de Colomb & de Pizarre.
On peut croire même que dans ces tems
d'ignorance , l'imagination eût vu comme
un prodige , cette découverte qui mettoit
dans la main des hommes un guide que
leurs regards étoient obligés de chercher
dans les Cieux . Mais Flavio Gioia fembla
être condamné à une éternelle obfcurité ,
par l'ufage obfcur & timide qu'on fit
d'abord de fa découverte . Il est même certain
que Colomb fut le premier qui s'abandonna
entièrement à la foi de l'aiguille
Polaire . Les Portugais touchoient au Cap
de Bonne- Efpérance , & n'avoient encore
perdu de vue les côtes de l'Afrique , que
lorfqu'ils avoient été emportés par les vents
& les tempêtes. C'eft à un orage très-violent
qu'ils furent redevables de la décou
verte de Porto- Santo & de Madère.
Toutes les circonftances de la vie de Colomb
, rendent fon hiftoire plus intéreffante
& fa gloire plus belle. Le hafard a fait la
plupart des grandes découvertes, & l'homme
dans ce genre eft réduit prefque toujours à
s'enorgueillir des faveurs du fort. La découverte
du nouveau Monde eft dûe toute
entière au génie de Colomb . Newton trouva
le vrai fyftême du Monde en le cherchant
toujours. C'est eny penfant toujours auffi que
Colomb fe démontra à lui- même , qu'en
traverfant à l'Oueſt l'Océan atlantique , il
M iij
(270 MERCURE
devoit parvenir néceffairement à une terre.
Cette idée feule prouve qu'il étoit phis
éclairé que tout fon fiécle dans l'Aftronomie.
Ce qu'il y a d'étonnant , c'est que le
hafard n'ait point enlevé cette gloire à fon
génie. Il y avoit un fiécle que les Portugais
fe promenoient entre l'Afrique & le
Bréfil. Une tempête pouvoit à chaque inftant
jeter le plus ignorant des Navigateurs
dans ce nouveau Monde dont Colomb
avoit deviné l'exiftence . Et en effet , fept
ans après fon premier voyage , Alvarès
Cabral fur jeté par une tempête fur les
Côtes du Bréfil Sept ans plus tard, Colomb
n'eût été rien , Cabral auroit eu la gloire de
Colomb.
Élevé au- deffus de tous les Navigateurs
par fes lumières , Colomb avoit auffi les
-vues d'un homme d'Etat . Il prévoyoit combien
la découverte qu'il alloit faire devoit
donner de puiffance à la Nation pour
Jaquelle il la feroit. Il cherche quel eft
Je Peuple que fon génie doit enrichir d'un
nouveau Monde . Il étoit éloigné de fa
Patrie depuis fon enfance ; elle n'avoit
rien fait pour lui. C'eft vers fa Patrie cependant
que les regards fe tournent en ce
moment; & le Sénat de Gènes , fi profondé
ment occupé à ne rien perdre de quelques
lieues de terrein , fe voit faire , par un
obfcur Citoyen , la propofition de porter
fa puiffance dans un nouvel Univers . Gènes
ne voit dans ce projet que le délire d'un
DE FRANCE. 271
ambitieux . Colemb l'offre alors au Portu
gal , qui étoit fa Patrie d'adoption . Les
Portugais lui refufent les moyens de l'exécuter
, & s'efforcent de le lui voler . 11 a
rempli les devoirs que lui dictoient les
fentimens de fon coeur. Son projet appartient
déformais à la Nation qui fera digne
de l'adopter ; & il le préfente à la fois à
l'Espagne & à l'Angleterre. Ifabelle &
Ferdinand confentent du moins à l'entendre.
C'est un fpectacle bien fingulier de
voir ce grand homme obligé de foumettre
fon projet , tantôt à des Médecins Juifs ,
tantôt à des Évêques , tantôt au Confeffeur
d'une Reine . Sa patience eft admirable
à expliquer fes idées à des gens qui
ne pouvoient les comprendre. On aime à
le voir fur-tout oppofer à tous les doutes
& à toutes les objections, une confiance que
la certitude feule pouvoit infpiter , &
agir & parler comme fi l'Amérique eût
été déjà découverte. Il demande le titre de
Vice- Roi pour des pays qui n'existent pas
encore ; il règle déjà ſa part & celle du
Trône de Caftille , dans des trésors auxquels
perfonne ne veut croire . Il eſt aifé
de juger combien il devoit paroître infenfé
fur-tout aux hommes qui fe piquoient le
plus de raifon . En effet , il s'eft confervé
en Eſpagne une tradition qui nous ap
prend , que lorfque Colomb palloit dans
les rues avec cet air rêveur que devoit lui
donner fon projet , les hommes qui avoient
Miv
272 MERCURE
Les
le plus de fens , portant le doigt au milieu
de leur front , & fecouant la tête , fe
difoient les uns aux autres , par ces fignes ,
que Colomb avoit perdu l'efprit.
détails de fon départ , de fa navigation
& de fa découverte , fe trouvent par- tout:
il feroit inutile de les rapporter dans cet
Extrait. Mais il eft un fait moins connu ,
& qui peint mieux , ce me femble , que
tous les autres , l'âme & le caractère de
ce grand homme. Il revenoit du Monde
qu'il avoit découvert , & affailli par une
tempête , il eft prêt à périr . Environné de
toutes les horreurs de la mort , il ne fonge
qu'à une feule chofe , il n'a qu'un feul regret
, c'est que le fruit de fa découverte
va être perdu pour les hommes. Il entre
dans fa chambre , écrit rapidement fur du
parchemin , au bruit de la tempête & des
cris de l'équipage , un Journal de fa navigation
& de fa découverte ; l'enveloppe
d'une toile cirée , le met enfuite dans un
gâteau de cire , & le jette dans la mer dans
un tonneau bien bouché , efpérant que le
Ciel confervera un dépôt fi précieux au
monde , & le fera parvenir aux hommes.
+
Quand on voit tant de courage infpiré
par un fi grand amour de l'humanité , on
trouve que la mémoire de Colomb n'eft
pas à beaucoup près affez révérée & aſſez
chérie des hommes. Les injuftices de fes
Contemporains , & les malheurs qui flétrirent
les dernières années de fa vie , deDE
FRANCE. 273
vroient cependant la confacrer encore. I
avoit découvert le continent de l'Amérique
, ainfi que les Ifles ; il avoit reconnu
l'Orénoque & la Baye . de Honduras . Un
Florentin , quelque tems après , accompagne
Ojeda dans un voyage où l'on fait fervi
lement la route tracée par Colomb : ce
Florentin à fon retour publie une Rela
tion de fon voyage , & fon nom d'Améric
devient celui du nouveau monde , qui
ne devoit porter que le nom de Colomb.
La calomnie l'attaque bientôt dans l'efprit
de Ferdinand & d'Ifabelle : il étoit trop
grand pour qu'il fût bien . difficile de le
faire paroître dangereux. Un Gouverneur
d'Hifpaniola le fait traîner dans un vaiffeau
, chargé de fers , & l'envoie dans cet
état devant les Tribunaux de la Caftille.
Alonzo de Vallejo , Capitaine du vaiffeau
qui le porte , n'est pas plutôt hors de la
vue de l'Ifle , qu'il s'approche de fon Prifonnier
avec refpect , & lui offre de lui
faire ôter les fers dont il eft fi injuſtement
chargé. Non , lui répond Colomb , je
porte ces fers par l'ordre du Roi & de la
Reine , j'obéirai à ce commandement comme
à tous ceux que j'ai reçus d'eux. Leur volonté
m'a dépouillé de ma liberté , leur vo
lonté feule peut me la rendre . Colomb
croyoit voir fans doute le pouvoir facté
des Loix dans la volonté des Souverains
qu'il avoit adoptés ; & ce trait peut rappeler
peut-être celui de Socrate , qui rejette l'offre
MY
274 MERCURE
de fes amis qui veulent faire ouvrir les
portes de fa prifon , & qui aime mieux
fubir une injufte mort , que de corrompte
les Exécuteurs des Loix , en faveur même
de la Juftice. Ferdinand & Ifabelle firent
femblant enfuite de vouloir adoucir le
fentiment profond de douleur
que Colomb
Feçut de cette injuftice ; mais ils ne firent
rien qui fut capable de la réparer , & ce
fentiment refta toujours gravé dans fon
âme. Il fe plut même à le nourrir. Il ne
fe fépara plus des fers qu'il avoit portés.
Dans fon indignation , il les montroit à
tout le monde. Ils étoient toujours fufpendus
aux murs de fa chambre; il les fit
enfermer avec lui dans fon tombeau. I}
fe vengeoit de l'ingratitude des Souverains
qu'il avoit fervis , en confervant les monumens
des injuftices qu'il avoit fouffertes :
peut être auffi que la vue de ces fers , en
nourrillant même fon indignation , lui
donnoit la feule confolation qu'il pût recevoir
; car il eft dans tous les grands hommes
un fentiment qui les porte à s'enorgueilliz
de leurs malheurs. Telle fut enfin l'injuf
tice de fon fécle, que Colomb fe repentit ,
en mourant , d'avoir créé , pour ainfi dire,
un nouveau monde aux hommes.
Un Ecrivain philofophe devoit nous faire
Hiftoire du Ciel & de la Terre du nouveau
Monde , comme celui de fes Habitans.
Les anciens Hiftoriens n'avoient guère
cette méthode , parce qu'on ne favoit pas
DE FRANCE.
275
encore combien les actions de l'homme
dépendent de l'air qu'il refpire , des alimens
dont il fe nourrit , de la terre qu'il
foule à fes pieds. C'eft dans les tems où
il fe connoît le moins , que l'homme croit
s'appartenir davantage. M. Robertſon nous
donne des détails très - étendus fur l'organifation
du nouveau Monde . Il a claffé ,
fur-tout avec beaucoup d'ordre , toutes les
caufes qui , en y rendant la chaleur moindre
de douze à quinze degrés que dans
les mêmes latitudes de l'ancien Monde ,
produifent des effets fi remarquables fur
les Habitans de l'Amérique.
Il cherche enfuite par quelle partie du
Globe les Habitans d'un Hémisphère ont
pu paffer dans l'autre . Cette recherche a
paru puérile à quelques Philofophes ; autant
vaudroit demander , a -t- on prétendu
par où les herbes & les plantes ont paffé
en Amérique ? Cette demande ne déconcerteroit
pas beaucoup ceux qui la trouveroient
auffi raifonnable que l'autre , &
qui font très fâchés de n'avoir pas de
bonnes Histoires des Colonies , & des plantes
& des herbes. M. Robertfon finit fes recherches
fur cet objet , par conclure que
l'Amérique a dû être peuplée , ou par le
Nord-Ouest de l'Europe , ou par le Nord
Eft de l'Afie. ( Cet Article eft de M. Garat),
·
La fuite au Mercure prochain .
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Résumé : L'Histoire de l'Amérique par Robertson, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'L'Histoire de l'Amérique' de William Robertson, principal de l'Université d'Édimbourg et historiographe de Sa Majesté Britannique, analyse la découverte et les conséquences de l'Amérique. Robertson étudie les premiers contacts entre les habitants des deux hémisphères et les erreurs, vices et maux observés dans ce nouveau monde. Michel de Montaigne, originaire du Périgord, s'est également intéressé à l'Amérique et à ses habitants, recueillant des informations auprès de personnes ayant vécu dans le Nouveau Monde. Les premières descriptions de l'Amérique étaient souvent inexactes, rédigées par des Européens motivés par l'or et la violence. Des récits plus fiables ont émergé avec l'arrivée de philosophes et d'observateurs éclairés. Le texte aborde également les avancées en navigation, comparant les navigateurs anciens et modernes, et mentionne la découverte de l'aiguille aimantée par Flavio Gioia. Il met en lumière le génie et la persévérance de Christophe Colomb, qui a anticipé l'existence d'un nouveau monde en traversant l'océan Atlantique. Colomb a cherché le soutien de plusieurs pays européens, dont la France, le Portugal, l'Espagne et l'Angleterre, mais a rencontré des scepticismes et des obstacles. Il a finalement découvert l'Amérique mais a été victime de calomnies et envoyé en Espagne enchaîné. Colomb est mort en regrettant d'avoir découvert un nouveau monde pour des hommes ingrats. Robertson explore aussi l'influence de l'environnement sur les actions humaines, soulignant que les comportements humains sont déterminés par des facteurs tels que l'air, l'alimentation et le sol. Il discute des voies possibles de migration des habitants d'un hémisphère à l'autre, concluant que l'Amérique a probablement été peuplée par le Nord-Ouest de l'Europe ou le Nord-Est de l'Asie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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