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1
p. 1977-1987
REPONSE de M. Godin, D. l'Ac. R. D. S. à un Article des Memoires de Trévoux, du mois de May 1730. page 910. & suivantes.
Début :
J'ai avancé dans ma Description de l'Aurore Boreale du 19. Octobre 1726. [...]
Mots clefs :
Aurore boréale, Observations, Phénomènes, Lumière, Journaliste, Académie royale des sciences, Mémoires de Trévoux
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE de M. Godin, D. l'Ac. R. D. S. à un Article des Memoires de Trévoux, du mois de May 1730. page 910. & suivantes.
REPONSE de M. Godin , D. l'Ac.
R. D. S. à un Article des Memoires de
Trévoux , du mois de May 1730. page
910. & fuivantes.
JA
' Ai avancé dans ma Defcription de
l'Aurore Boreale du 19. Octobre 1726 .
imprimée dans les Memoires de l'Acadé
mie Royale des Sciences de la même année,
que les PP. Kircher & Schott avoient
attribué les Aurores Boreales ou d'autres
Phénomenes Aeriens , relatifs , felon moi,
aux Aurores Boréales , à une Reflexion
de quelques objets terreftres fur la furface
des Nuées , capables par une certaine difpofition
, de produire l'effet d'un Miroir.
Cet Article a été relevé dans les Journaux
de Trévoux ; on y prétend :
1. Que j'attribue à ces deux fçavans
hommes un fentiment qu'ils n'ont jamais
eu , fentiment que le P. Schott combat
au contraire bien plus fortement que moi.
2. Que j'ai traduit le P. Schott , à l'endroit
même où il combat fi fortement ce
fentiment pour adopter fon explication du
du Phénomene fans lui en faire honneur.
D iij Je
1978 MERCURE DE FRANCE
Je conviens que lorfque je fis cette Defcription
de l'Aurore Boreale , je n'avois
ni le P. Kircher , ni Schott , & en leur
attribuant ce fentiment prétendu faux ,
j'ai fuivi le P. Zahn , qui leur attribuë
auffi ( Oeconom. Mund. Mirabil. Tome I.
pag. 420. ) & qui cite l'endroit de leurs
Ouvrages où il fe trouve. Si j'ai attribué
faux, Zahn l'a donc fait avant moi ; voyons
s'il s'eft trompé , reprenons les endroits
qu'il cite & de Kircher & de Schott.
Kircher , In Arte magnâ lucis & umbra;
lib. 10. part. 2. cap. I. Natura admirabili
quodam lucis temperamento veluti varia
colorum mifturâ , & temperamento in
aereisfpeculis tanta induftriâ diverfiffima rerum
fimulachra depingit , ut nulla ars bumana
, & c. Et plus bas ; Quod verò varias
animalium voces audiant , id per voces animalium
vicinorum in concavâ * Nube
•aut monte reflexas fieri poſſe nullum dubium
effe debet. Kircher conclut enfin : Patet
igitur aereum fpeculum à naturâ fieri in quo
rerum imagines multiplicata hominibus fe ,ceu
prodigia quadam exhibeant.
Voilà bien clairement des Phénomenes
relatifs aux Aurores Boreales expliquez
par la reflexion de quelques objets terreftres
fur des Nuées qui produifent l'effet
d'un Miroir.
* On trouve rupe dans Kircher ; Zahn lit nube.'
Le
SEPTEMBRE . 1730. 1979
Le P. Schott a dit la même chofe
( Magia natural. part. 1. lib . 4. cap. 1. )
je ne le tranfcris pas ici , mais quand je ne
pourrois pas le citer , on n'aura pas de peine
à le croire, à moins qu'on ignore qu'il
étoit le Difciple , le compagnon d'études,
le copiſte même des Ouvrages du P. Kircher
, des termes duquel il fe fert pendant
des Chapitres entiers .
Mais Schott, dit- on , parle so . ans avant
moi , il expoſe ce fentiment, le combat , &
dit qu'il eft ridicule & contraire à la faine
Philofophie ; j'ai dit la même chofe ;
j'ai donc traduit cet Auteur ; non , car
fans prétendre en être crû , quand j'affure
que je n'ai vu la Phyfique curieufe
du P. Schott , qu'à l'occafion de
cette Critique ; ce n'eft pas traduire un
Auteur , ni même adopter fon fentiment,
que de donner une explication détaillée
de quelque Phénomene dont il a dit un
mot. Belle confequence qu'on tireroit de
ce qu'on trouve en trois ou quatre pages
d'un Livre de Schott , une ou deux phrafes
femblables aux miennes.
Mais pour le fonds ; que prouve con
tre moi le Texte de fa Thefe que Non
funt res alibi in terris exiftentes . & in
aere velut in fpeculo apparentes , rien ,
fi - non que le fentiment du P. Kircher
que j'ai allegué , & que Schott a employé
D iiij
dans
1980 MERCURE DE FRANCE
dans fa Magie naturelle à l'endroit cité
n'eft pas foutenable ; je fuis en cela d'accord
avec Schott , il ne m'a donc manqué
que d'avoir lû fa Phyfique curieufe
pour m'appercevoir qu'il y avoit changé
de fentiment .
Quand je dis que Schott l'a employé
ailleurs , je le traduis ici , * Dicet aliquis
poffe ac folere variis in locis apparere varias
ac prodigiofas Paraftafes , feu reprafentationes
uti. Nos ipfi demonftravimus in
Magia noftra , part. 1. lib . 4. fintagm . 1 .
Exemplo mirabilis Morgana Rheginorum &
aliarum fimilium in aere vaporofo repræſentationum.
Le Critique ajoute enfin que Schott
rapporte , ainfi que moi , la caufe de ces
Phénomenes aux exhalaifons : Sunt vapores,
exhalationes , partes aeris addenfati , dit
cer Auteur dans les Memoires de Trévoux
, c'eft le texte de fa feconde Thefe ,
il y explique donc de quelle maniere ces
vapeurs , cet air condenfé , &c . peuvent
former ces fortes de Phénomenes ; point
du tout , Schott rapporté dans le Trévoux
eft different de Schott dans fes
propres
Livres ; voici fon Texte entier : Sunt vapores,
exhalationes partes aeris addenfati effigiata
in formam Equorum , Hominum fimi-
Phyfic, curiof. loc. cit.
lium
SEPTEMBRE . 1730. 1981
liumque spectrorum non cafu & naturâ , fed
bonorum Geniorum operâ ; autre fentiment
auffi peu fondé que le premier , & bien
different de celui que j'ai eu , & que le
Critique attribue à fon Phyficien .
Cette Réponſe me donne occafion de faire
deux ou trois Remarques fur quelques
Extraits des Memoires de l'Académie de
1726. qui fe trouvent dans le même mois.
des Journaux de Trévoux , page 879. &
fuivantes , & qui regardent plus particu
lierement le Metéore dont il s'agit ici ou
l'Aftronomie.
M. de Mairan , dans fa Defcription des
Aurores Boréales du 26. Septembre & 19.
Octobre 1726. avoit dit :
» La lumiere Septentrionale ou l'Aurore
» Boréale eft un Phénomene très ordi-
» naire dans les Pays Septentrionaux &
» vrai-femblablement auffi ancien que le
» Monde ; cependant les anciens Philoſo-
>> phes ne l'ont point connu , ou n'en ont
» parlé que fous l'idée generique de Phé.
» nomene de feu & de Lumiere celefte .
» M. Gaffendi eft un des premiers qui en
>> ait fait mention & qui l'ait rapporté au
» Nord comme à fon lieu propre & à fa
» veritable origine.
Le Journaliſte dont je ne prétends ici
cependant , auffi-bien que dans ce que
j'ai à dire dans la fuite , ni blâmer ni qua-
D v lifier
1982 MERCURE DE FRANCE
lifier les intentions , donne un fens tout
different à ce commencement du Memoire
de M. de Mairan , & il fait naître
dans l'efprit de fon Lecteur la même idée
qu'il paroît en avoir pris lui-même. » Gaffendi
, dit- il , n'eft pas le premier qui ait
» parlé de l'Aurore Boréale ; Cardan , bien
» d'autres l'ont connue & affez bien con-
» nue avant lui ; que Cardan & bien d'autres
que je pourrois citer , l'ayent connue
fous l'idée génerique de feu , de lumiere
celefte , &c. avant Gaffendi
l'accordera au Journaliſte , & M. de Mairan
l'a dit ; mais qu'ils l'ayent , comme
il ajoûte , affez bien connue avant lui, &
rapportée au Nord comme au veritable
licu de fon origine , c'eſt un fait ailé
à détruire , & que je m'étonne que
le Journaliſte ait avancé ; ce que M. de
Mairan a dit de Gaffendi , eft vrai à la
lettre, il n'a point dit ce que le Journaliſte
lui fait dire, & ce que celui- ci , avance,
il auroit bien de la peine à le prouver.
on
On pourroit croire auffi que le Journaliſte
a voulu préfenter fous un afpect
peu favorable, pour ne rien dire de plus,
f'exactitude de M. de Mairan dans l'Obfervation
& dans la Defcription de l'Aurore
Boréale du 26. Octobre ; comme fi
un Phénomene fi marqué , fi different à
plufieurs égards de ceux qu'on avoit vû
deSEPTEMBRE.
1730. 19831
1723 .
depuis long-temps dans ce genre & fi capable
d'influer fur les explications qu'on
en pourroit donner dans la ſuite , ne mériroit
pas une attention plus particuliere.
Le Journaliſte trouve mauvais que M.Maraldi
ait dit que les Obfervations des Aftronomes
Chinois fur la Comete de
ne font pas exactes ; qu'auroit fait le Journaliſte
lui- même , fi comparant les Obfervations
de cette Comete , faites à Pekin
par le P. Kegler Jefuite , à celles qui ont
été faites le même jour par les Chinois
commis pour veiller à la Tour Aftrono
mique , il avoit trouvé les Obfervations
de ces derniers differentes de celles du
P. Kegler de 6º 30 ' en longitude & de 12 '
en latitude , il auroit conclu , fans doute,
comme a fait M. Maraldi , que les Obfervations
des Chinois ne font pas exactes ;
neanmoins les Obfervations Chinoifes
font affez bien circonftanciées , on y marque
les paffages de la Comete par le Meridien
en heures & en minutes , le 11 &
le 12. Octobre avec la hauteur meridienne
, en degrez & minutes .
3
Celle du P.Kegler faite le 11. eft défectueufe
en ce qu'il ne marque point à quelle
minute précife la Comete paffa par le méridien;
il s'accorde avec les Chinois pour la
hauteur prife le 11. & pour l'Obfervation
du 12.à quelques minutes près dans la hau-
D vj teur
1984 MERCURE DE FRANCE
>
teur méridienne ; on peut donc jufqu'ici
fe fier aux Obfervations Chinoifes ; mais
par ces Obfervations comparées avec celle
que le P. Kegler fit par une Armille Zodiacale
on trouve une difference de
6 ° en longitude , & de 12 ' en latitude
; on pourroit donc conclure que l'Obfervation
du P. Kegler faite par l'Armille
Zodiacale n'eft pas exacte , puifqu'elle
differe de celle que ce même P. & les Obfervateurs
Chinois ont faites au méridien.
Qu'a donc fait M.Maraldi , plein d'égards
& de bonne opinion pour le P. Kegler
il a' conclu plutôt en fa faveur , en faifant
néanmoins remarquer le petit défaut
qui fe trouvoit dans fon Obfervation faite
le 11.
Le triomphe du Journaliſte eft donc
hors de faifon , lorfqu'il dit : » C'est pourtant
a de pareils Obfervateurs que L'AC
»tronomie & la Geographie doivent bien
» de grandes découvertes , & en particu-
» lier une plus grande exactitude ; avant
>> eux l'Afie &c.
Je ne connois aucune découverte en
Aftronomie qui foit due aux Obſervations
de la Chine ; nos Theories Phyſiques
ou Geometriques n'en font ni mieux établies
ni plus éclaircies ; nos Inftrumens
ne leur doivent point leur perfection ;
nos calculs n'en font devenus ni plus aifés
SEPTEMBRE. 1730. 1985.
fés ni plus furs . Il eft faux d'ailleurs que
ce foit aux Obfervateurs Chinois que l'on
doive la poſition précife de quelque Lieu
terreftre ; mais quand cela feroit , eft- ce
à leurs Obfervations mal faites & peu
exactes que font dues toutes ces prétendues
découvertes , & M. Maraldi auroitil
dû trouver bonnes des Obfervations fi
differentes entr'elles ? Si cet habile Aftronome
avoit ainfi décidé , le Journaliſte
l'auroit avec raiſon repris de trop de complaifance
ou de manque de difcernement.
M. Delifle avoit lu en 1723. à l'Académie
un Mémoire fur la longitude de l'embouchure
du Fleuve Miffiffipi ; il y établiffoit
par un grand nombre de raifons
& de comparaifons Geographiques la longitude
de ce point de la Terre, telle qu'il
l'avoit déterminée & placée dans fes deux
Cartes de l'Amerique & de la Louiſiane.
L'occafion de ce Mémoire fut la difference
entre cette pofition & celle qui refultoit
d'une Obfervation du 1. Satellite
de Jupiter , faite fur le Lieu même par le
P. Laval , difference de 11 ° ou de 200 .
lieuës. L'Académie pleine d'égards pour
le Jefuite , dont le mérite lui étoit connu ,
crut malgré les fortes raifons de M. Delifle
ne devoir pas fi tôt prononcer contre
une Obſervation immédiate ; elle jugea
à propos de differer l'impreffion de
ce
1986 MERCURE DE FRANCE
ce Mémoire jufqu'à celle du Livre du P.
Laval , afin que le Public vît en mêmetems
, & comparât les raifons des deux
Adverfaires. La Note miſe au bas du Mémoire
en fait foi . La voici :
» Ce Mémoire a été lû dès l'année 1723.
» mais on n'a pas crû qu'il convenoit de le
>>faire paroître avant que l'Obfervation
qu'il attaque eut été imprimée , & elle ne
»l'a été que depuis peu .
22
>
Ce n'eft donc pas ,comme le Journaliſte
femble l'infinuer en quelque maniere , que
l'Académie ait attendu la mort du P. Laval
pour publier le Mémoire de M. Delifle
; le Jefuite a eu le tems de
répondre aux raifons de l'Académicien
le Mémoire lui avoit été communiqué
par M. Delifle lui même , & quoique mis
dans le Volume de 1726. il n'a été imprimé
qu'en 1728. un an & plus avant la
mort du P. Laval ; la mort n'a donc pas
mis le celebre Aftronome hors d'état de
défendre fon Obfervation.
Il ne l'a point fait il ne la croyoit
donc pas fi bonne que le Journaliſte l'a
penfé ; au refte , cette queftion eft décidée ,
& il paroît que M. Delifle n'a ufé de
pas
tout le droit que lui donnoient fes recher
ches & fes grandes connoiffances en Geographie.
M. Baron envoyé par le Roi dans
l'Amérique Septentrionale pour y faire
des
des Observations Physiques & Mathématiques,
y observa à la Nouvelle Orleans
l'Eclipse de Lune du 8. Août 1729. &C
cette Observation comparée à
,
celle qui
fut faite à Paris donne 6 h 9' 7 pourla
différence des méridiens ou 92 v 16J45"
dont la nouvelle Orleans est plus occidentale
que Paris.
Voilà donc jusqu'ici la dispute entre M;
Delisle 5c le P. Laval décidée en faveur
du premier; sa position de l'embouchure
du Mississîpi est soutenuë & verifiée par
une autorité de même genre que celle du
P. Laval , & l'Observation de ce Pere en
devient pour nous d'autant moins bonne.
Je n'ai prétendu parler ici que de ce qui
regarde l'Aurore Boreale, l'Astronomie
& la Geographie, sans toucher aux autres
Extraits, sur la plupart desquels on
pourroit peut être faire de semblables remarques.
R. D. S. à un Article des Memoires de
Trévoux , du mois de May 1730. page
910. & fuivantes.
JA
' Ai avancé dans ma Defcription de
l'Aurore Boreale du 19. Octobre 1726 .
imprimée dans les Memoires de l'Acadé
mie Royale des Sciences de la même année,
que les PP. Kircher & Schott avoient
attribué les Aurores Boreales ou d'autres
Phénomenes Aeriens , relatifs , felon moi,
aux Aurores Boréales , à une Reflexion
de quelques objets terreftres fur la furface
des Nuées , capables par une certaine difpofition
, de produire l'effet d'un Miroir.
Cet Article a été relevé dans les Journaux
de Trévoux ; on y prétend :
1. Que j'attribue à ces deux fçavans
hommes un fentiment qu'ils n'ont jamais
eu , fentiment que le P. Schott combat
au contraire bien plus fortement que moi.
2. Que j'ai traduit le P. Schott , à l'endroit
même où il combat fi fortement ce
fentiment pour adopter fon explication du
du Phénomene fans lui en faire honneur.
D iij Je
1978 MERCURE DE FRANCE
Je conviens que lorfque je fis cette Defcription
de l'Aurore Boreale , je n'avois
ni le P. Kircher , ni Schott , & en leur
attribuant ce fentiment prétendu faux ,
j'ai fuivi le P. Zahn , qui leur attribuë
auffi ( Oeconom. Mund. Mirabil. Tome I.
pag. 420. ) & qui cite l'endroit de leurs
Ouvrages où il fe trouve. Si j'ai attribué
faux, Zahn l'a donc fait avant moi ; voyons
s'il s'eft trompé , reprenons les endroits
qu'il cite & de Kircher & de Schott.
Kircher , In Arte magnâ lucis & umbra;
lib. 10. part. 2. cap. I. Natura admirabili
quodam lucis temperamento veluti varia
colorum mifturâ , & temperamento in
aereisfpeculis tanta induftriâ diverfiffima rerum
fimulachra depingit , ut nulla ars bumana
, & c. Et plus bas ; Quod verò varias
animalium voces audiant , id per voces animalium
vicinorum in concavâ * Nube
•aut monte reflexas fieri poſſe nullum dubium
effe debet. Kircher conclut enfin : Patet
igitur aereum fpeculum à naturâ fieri in quo
rerum imagines multiplicata hominibus fe ,ceu
prodigia quadam exhibeant.
Voilà bien clairement des Phénomenes
relatifs aux Aurores Boreales expliquez
par la reflexion de quelques objets terreftres
fur des Nuées qui produifent l'effet
d'un Miroir.
* On trouve rupe dans Kircher ; Zahn lit nube.'
Le
SEPTEMBRE . 1730. 1979
Le P. Schott a dit la même chofe
( Magia natural. part. 1. lib . 4. cap. 1. )
je ne le tranfcris pas ici , mais quand je ne
pourrois pas le citer , on n'aura pas de peine
à le croire, à moins qu'on ignore qu'il
étoit le Difciple , le compagnon d'études,
le copiſte même des Ouvrages du P. Kircher
, des termes duquel il fe fert pendant
des Chapitres entiers .
Mais Schott, dit- on , parle so . ans avant
moi , il expoſe ce fentiment, le combat , &
dit qu'il eft ridicule & contraire à la faine
Philofophie ; j'ai dit la même chofe ;
j'ai donc traduit cet Auteur ; non , car
fans prétendre en être crû , quand j'affure
que je n'ai vu la Phyfique curieufe
du P. Schott , qu'à l'occafion de
cette Critique ; ce n'eft pas traduire un
Auteur , ni même adopter fon fentiment,
que de donner une explication détaillée
de quelque Phénomene dont il a dit un
mot. Belle confequence qu'on tireroit de
ce qu'on trouve en trois ou quatre pages
d'un Livre de Schott , une ou deux phrafes
femblables aux miennes.
Mais pour le fonds ; que prouve con
tre moi le Texte de fa Thefe que Non
funt res alibi in terris exiftentes . & in
aere velut in fpeculo apparentes , rien ,
fi - non que le fentiment du P. Kircher
que j'ai allegué , & que Schott a employé
D iiij
dans
1980 MERCURE DE FRANCE
dans fa Magie naturelle à l'endroit cité
n'eft pas foutenable ; je fuis en cela d'accord
avec Schott , il ne m'a donc manqué
que d'avoir lû fa Phyfique curieufe
pour m'appercevoir qu'il y avoit changé
de fentiment .
Quand je dis que Schott l'a employé
ailleurs , je le traduis ici , * Dicet aliquis
poffe ac folere variis in locis apparere varias
ac prodigiofas Paraftafes , feu reprafentationes
uti. Nos ipfi demonftravimus in
Magia noftra , part. 1. lib . 4. fintagm . 1 .
Exemplo mirabilis Morgana Rheginorum &
aliarum fimilium in aere vaporofo repræſentationum.
Le Critique ajoute enfin que Schott
rapporte , ainfi que moi , la caufe de ces
Phénomenes aux exhalaifons : Sunt vapores,
exhalationes , partes aeris addenfati , dit
cer Auteur dans les Memoires de Trévoux
, c'eft le texte de fa feconde Thefe ,
il y explique donc de quelle maniere ces
vapeurs , cet air condenfé , &c . peuvent
former ces fortes de Phénomenes ; point
du tout , Schott rapporté dans le Trévoux
eft different de Schott dans fes
propres
Livres ; voici fon Texte entier : Sunt vapores,
exhalationes partes aeris addenfati effigiata
in formam Equorum , Hominum fimi-
Phyfic, curiof. loc. cit.
lium
SEPTEMBRE . 1730. 1981
liumque spectrorum non cafu & naturâ , fed
bonorum Geniorum operâ ; autre fentiment
auffi peu fondé que le premier , & bien
different de celui que j'ai eu , & que le
Critique attribue à fon Phyficien .
Cette Réponſe me donne occafion de faire
deux ou trois Remarques fur quelques
Extraits des Memoires de l'Académie de
1726. qui fe trouvent dans le même mois.
des Journaux de Trévoux , page 879. &
fuivantes , & qui regardent plus particu
lierement le Metéore dont il s'agit ici ou
l'Aftronomie.
M. de Mairan , dans fa Defcription des
Aurores Boréales du 26. Septembre & 19.
Octobre 1726. avoit dit :
» La lumiere Septentrionale ou l'Aurore
» Boréale eft un Phénomene très ordi-
» naire dans les Pays Septentrionaux &
» vrai-femblablement auffi ancien que le
» Monde ; cependant les anciens Philoſo-
>> phes ne l'ont point connu , ou n'en ont
» parlé que fous l'idée generique de Phé.
» nomene de feu & de Lumiere celefte .
» M. Gaffendi eft un des premiers qui en
>> ait fait mention & qui l'ait rapporté au
» Nord comme à fon lieu propre & à fa
» veritable origine.
Le Journaliſte dont je ne prétends ici
cependant , auffi-bien que dans ce que
j'ai à dire dans la fuite , ni blâmer ni qua-
D v lifier
1982 MERCURE DE FRANCE
lifier les intentions , donne un fens tout
different à ce commencement du Memoire
de M. de Mairan , & il fait naître
dans l'efprit de fon Lecteur la même idée
qu'il paroît en avoir pris lui-même. » Gaffendi
, dit- il , n'eft pas le premier qui ait
» parlé de l'Aurore Boréale ; Cardan , bien
» d'autres l'ont connue & affez bien con-
» nue avant lui ; que Cardan & bien d'autres
que je pourrois citer , l'ayent connue
fous l'idée génerique de feu , de lumiere
celefte , &c. avant Gaffendi
l'accordera au Journaliſte , & M. de Mairan
l'a dit ; mais qu'ils l'ayent , comme
il ajoûte , affez bien connue avant lui, &
rapportée au Nord comme au veritable
licu de fon origine , c'eſt un fait ailé
à détruire , & que je m'étonne que
le Journaliſte ait avancé ; ce que M. de
Mairan a dit de Gaffendi , eft vrai à la
lettre, il n'a point dit ce que le Journaliſte
lui fait dire, & ce que celui- ci , avance,
il auroit bien de la peine à le prouver.
on
On pourroit croire auffi que le Journaliſte
a voulu préfenter fous un afpect
peu favorable, pour ne rien dire de plus,
f'exactitude de M. de Mairan dans l'Obfervation
& dans la Defcription de l'Aurore
Boréale du 26. Octobre ; comme fi
un Phénomene fi marqué , fi different à
plufieurs égards de ceux qu'on avoit vû
deSEPTEMBRE.
1730. 19831
1723 .
depuis long-temps dans ce genre & fi capable
d'influer fur les explications qu'on
en pourroit donner dans la ſuite , ne mériroit
pas une attention plus particuliere.
Le Journaliſte trouve mauvais que M.Maraldi
ait dit que les Obfervations des Aftronomes
Chinois fur la Comete de
ne font pas exactes ; qu'auroit fait le Journaliſte
lui- même , fi comparant les Obfervations
de cette Comete , faites à Pekin
par le P. Kegler Jefuite , à celles qui ont
été faites le même jour par les Chinois
commis pour veiller à la Tour Aftrono
mique , il avoit trouvé les Obfervations
de ces derniers differentes de celles du
P. Kegler de 6º 30 ' en longitude & de 12 '
en latitude , il auroit conclu , fans doute,
comme a fait M. Maraldi , que les Obfervations
des Chinois ne font pas exactes ;
neanmoins les Obfervations Chinoifes
font affez bien circonftanciées , on y marque
les paffages de la Comete par le Meridien
en heures & en minutes , le 11 &
le 12. Octobre avec la hauteur meridienne
, en degrez & minutes .
3
Celle du P.Kegler faite le 11. eft défectueufe
en ce qu'il ne marque point à quelle
minute précife la Comete paffa par le méridien;
il s'accorde avec les Chinois pour la
hauteur prife le 11. & pour l'Obfervation
du 12.à quelques minutes près dans la hau-
D vj teur
1984 MERCURE DE FRANCE
>
teur méridienne ; on peut donc jufqu'ici
fe fier aux Obfervations Chinoifes ; mais
par ces Obfervations comparées avec celle
que le P. Kegler fit par une Armille Zodiacale
on trouve une difference de
6 ° en longitude , & de 12 ' en latitude
; on pourroit donc conclure que l'Obfervation
du P. Kegler faite par l'Armille
Zodiacale n'eft pas exacte , puifqu'elle
differe de celle que ce même P. & les Obfervateurs
Chinois ont faites au méridien.
Qu'a donc fait M.Maraldi , plein d'égards
& de bonne opinion pour le P. Kegler
il a' conclu plutôt en fa faveur , en faifant
néanmoins remarquer le petit défaut
qui fe trouvoit dans fon Obfervation faite
le 11.
Le triomphe du Journaliſte eft donc
hors de faifon , lorfqu'il dit : » C'est pourtant
a de pareils Obfervateurs que L'AC
»tronomie & la Geographie doivent bien
» de grandes découvertes , & en particu-
» lier une plus grande exactitude ; avant
>> eux l'Afie &c.
Je ne connois aucune découverte en
Aftronomie qui foit due aux Obſervations
de la Chine ; nos Theories Phyſiques
ou Geometriques n'en font ni mieux établies
ni plus éclaircies ; nos Inftrumens
ne leur doivent point leur perfection ;
nos calculs n'en font devenus ni plus aifés
SEPTEMBRE. 1730. 1985.
fés ni plus furs . Il eft faux d'ailleurs que
ce foit aux Obfervateurs Chinois que l'on
doive la poſition précife de quelque Lieu
terreftre ; mais quand cela feroit , eft- ce
à leurs Obfervations mal faites & peu
exactes que font dues toutes ces prétendues
découvertes , & M. Maraldi auroitil
dû trouver bonnes des Obfervations fi
differentes entr'elles ? Si cet habile Aftronome
avoit ainfi décidé , le Journaliſte
l'auroit avec raiſon repris de trop de complaifance
ou de manque de difcernement.
M. Delifle avoit lu en 1723. à l'Académie
un Mémoire fur la longitude de l'embouchure
du Fleuve Miffiffipi ; il y établiffoit
par un grand nombre de raifons
& de comparaifons Geographiques la longitude
de ce point de la Terre, telle qu'il
l'avoit déterminée & placée dans fes deux
Cartes de l'Amerique & de la Louiſiane.
L'occafion de ce Mémoire fut la difference
entre cette pofition & celle qui refultoit
d'une Obfervation du 1. Satellite
de Jupiter , faite fur le Lieu même par le
P. Laval , difference de 11 ° ou de 200 .
lieuës. L'Académie pleine d'égards pour
le Jefuite , dont le mérite lui étoit connu ,
crut malgré les fortes raifons de M. Delifle
ne devoir pas fi tôt prononcer contre
une Obſervation immédiate ; elle jugea
à propos de differer l'impreffion de
ce
1986 MERCURE DE FRANCE
ce Mémoire jufqu'à celle du Livre du P.
Laval , afin que le Public vît en mêmetems
, & comparât les raifons des deux
Adverfaires. La Note miſe au bas du Mémoire
en fait foi . La voici :
» Ce Mémoire a été lû dès l'année 1723.
» mais on n'a pas crû qu'il convenoit de le
>>faire paroître avant que l'Obfervation
qu'il attaque eut été imprimée , & elle ne
»l'a été que depuis peu .
22
>
Ce n'eft donc pas ,comme le Journaliſte
femble l'infinuer en quelque maniere , que
l'Académie ait attendu la mort du P. Laval
pour publier le Mémoire de M. Delifle
; le Jefuite a eu le tems de
répondre aux raifons de l'Académicien
le Mémoire lui avoit été communiqué
par M. Delifle lui même , & quoique mis
dans le Volume de 1726. il n'a été imprimé
qu'en 1728. un an & plus avant la
mort du P. Laval ; la mort n'a donc pas
mis le celebre Aftronome hors d'état de
défendre fon Obfervation.
Il ne l'a point fait il ne la croyoit
donc pas fi bonne que le Journaliſte l'a
penfé ; au refte , cette queftion eft décidée ,
& il paroît que M. Delifle n'a ufé de
pas
tout le droit que lui donnoient fes recher
ches & fes grandes connoiffances en Geographie.
M. Baron envoyé par le Roi dans
l'Amérique Septentrionale pour y faire
des
des Observations Physiques & Mathématiques,
y observa à la Nouvelle Orleans
l'Eclipse de Lune du 8. Août 1729. &C
cette Observation comparée à
,
celle qui
fut faite à Paris donne 6 h 9' 7 pourla
différence des méridiens ou 92 v 16J45"
dont la nouvelle Orleans est plus occidentale
que Paris.
Voilà donc jusqu'ici la dispute entre M;
Delisle 5c le P. Laval décidée en faveur
du premier; sa position de l'embouchure
du Mississîpi est soutenuë & verifiée par
une autorité de même genre que celle du
P. Laval , & l'Observation de ce Pere en
devient pour nous d'autant moins bonne.
Je n'ai prétendu parler ici que de ce qui
regarde l'Aurore Boreale, l'Astronomie
& la Geographie, sans toucher aux autres
Extraits, sur la plupart desquels on
pourroit peut être faire de semblables remarques.
Fermer
Résumé : REPONSE de M. Godin, D. l'Ac. R. D. S. à un Article des Memoires de Trévoux, du mois de May 1730. page 910. & suivantes.
M. Godin, membre de l'Académie Royale des Sciences, réagit à un article des *Mémoires de Trévoux* de mai 1730 qui critique sa description de l'aurore boréale du 19 octobre 1726. Godin avait attribué aux pères Kircher et Schott l'idée que les aurores boréales étaient dues à la réflexion d'objets terrestres sur les nuages, agissant comme des miroirs. Les *Mémoires de Trévoux* accusent Godin d'avoir mal interprété les travaux de ces savants, notamment en omettant de mentionner que Schott rejetait cette explication. Godin admet avoir suivi les écrits du père Zahn, qui citait Kircher et Schott en soutien de cette théorie. Il cite des extraits des œuvres de Kircher et Schott pour démontrer que ces auteurs avaient effectivement évoqué des phénomènes aériens similaires aux aurores boréales, expliqués par la réflexion sur les nuages. Godin reconnaît que Schott avait changé d'avis par la suite, mais il maintient que sa propre description était basée sur des interprétations antérieures. Godin critique également les *Mémoires de Trévoux* pour avoir mal interprété les observations de M. de Mairan sur les aurores boréales et pour avoir contesté l'exactitude des observations astronomiques chinoises, notamment celles du père Kegler. Il défend la précision des observations de M. Maraldi et conteste l'idée que les découvertes astronomiques doivent beaucoup aux observations chinoises. Enfin, Godin aborde la controverse entre M. Delisle et le père Laval concernant la longitude de l'embouchure du fleuve Mississippi. Il souligne que l'Académie Royale des Sciences avait différé la publication du mémoire de Delisle pour permettre à Laval de répondre, et que la mort de Laval n'avait pas empêché cette réponse. Godin conclut que les observations de Delisle sont confirmées par celles de M. Baron, invalidant ainsi celles de Laval.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 2804-2833
LETTRE de M. Treüillot de Ptoncour, Curé d'Ansacq, à Madame la Princesse de Conty, troisiéme Doüairiere, & Relation d'un Phénomene très extraordinaire, &c.
Début :
MADAME, J'ay crû avoir remarqué dans mes deux Voyages de l'Isle-Adam, que VOTRE ALTESSE [...]
Mots clefs :
Ansacq, Sabbat, Relation, Prince de Conti, Princesse de Conti, Village, Esprit, Campagne, Vallons, Phénomène extraordinaire, Maison, Voix, Bruits, Merveilleux, Voix humaine, Bruit extraordinaire, Phénomènes, Laboureur, Témoins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Treüillot de Ptoncour, Curé d'Ansacq, à Madame la Princesse de Conty, troisiéme Doüairiere, & Relation d'un Phénomene très extraordinaire, &c.
LETTRE de M.Treüillot de Ptoncour,
Curé d'Anfacq , à Madame la Princeffe
de Conty , troifiéme Douairiere , &
Relation d'un Phénomene très extraordinaire
, &c.
MADAM ADAME ,
Fay cru avoir remarqué dans mes deux
Voyages de l'Ile-Adam , queVOTRE Altesse
SERENISSIME n'y venoit de tems en tems que
poury gouter les amusemens de la Campagne
; une Ménagerie , la Chaffe , la Pêche ,
les Promenades , les ouvrages de l'aiguille
ou de la Tapiffèrie , & fur tout d'agréables
lectures , font , ce me femble , tout ce qui peut
former l'aimable varieté de vos innocens plaifirs.
Que je ferois heureux , MADAME ,
fi je pouvois y contribuer en quelque³ maniere,
& augmenter cette varieté par la petite
Relation que je prens la liberté de vous
prefenter!
Tout y refpire l'air de la Campagne ; tout
ce qui y eft contenu s'eft paffé à la Campagnes
c'eft fur le témoignage de gens de la Campagne
que le fait dont il s'agit eft appuyé ;
II. Fol. c'eft
DECEMBRE . 1730. 2803
c'est enfin un Curé , mais le Curé de toutes
vos Campagnes , le plus fidele , le plus zelé ,
& le plus refpectueux , qui a l'honneur de
vous la communiquer.
Le fujet de cette Relation , toute effrayant
qu'il ait parn aux gens de la Campagne qui
difent, en avoir été témoins , devient naturellement
pour les efprits folides , & fur tout
pour celui de V. A. S. un vrai divertiffement
& une matiere agréable de recherches ,
de reflexions, fuppofe fa réalité.
Il s'agit d'un bruit extraordinaire dans
Fair, qui a toutes les apparences d'un Prodige
; prefque tous les habitans du lieu où
il s'eft fait, affurent , jurent & protestent l'avoir
bien entendu.
Ces Témoins , comme gens de la Campagne
, appellent cet évenement un Sabbat ; les
efpritsforts l'appelleront comme ils voudront,
pourront raifonner , ou plutôt badiner à
Leur aife.
> Aux
Pour moi , dans la Differtation que j'ay
mife à la fin , je lui donne le nom grec d'Akoulmate
, pour fignifier une chofe extraor
dinaire qui s'entend dans l'air , comme on
donne le nom grec de Phénomene
chofes qui paroiffent extraordinairement
dans
te même Element ; mais je me garde bien de
rien décider fur le fond ni fur les cauſes .
Quoiqu'il en soit , Efprits , Lutins , Sorciers
, Magiciens , Météores , Conflictions
II. Vol .
de
2806 MERCURE DE FRANCË
de vapeurs , Combats d'Elemens ; je laiffe
aux Curieux à choisir ou à trouver d'autres
caufes : ilme fuffit d'affurer V.A.S. que les
Témoins de ce prétendu Prodige , m'ont paru
de bonne foi , & que les ayant interroge
plufieurs fois , & leur ayant donné tout le
tems de fe contredire & d'oublier dans leurs
deux , trois & quatrième dépofitions , ce qu'ils
m'avoient dit dans la premiere , ils se font
néanmoins foutenus à merveilles , & n'ont
point varié dans la moindre circonftance.
C'en eft affez pour mon deffein , qui fe
termine uniquement au divertiffement de
V. A. S. elle a dans fa Cour & à la suite
de Monfeigneur le PRINCE DE CONTY,
des R R. Peres Jefuites , qui font ordinairement
des perfonnes trés-lettrées & trés- verfées
dans les fecrets de la Nature : fi vous voulez
, MADAME , leur communiquer cette
Relation , & qu'ils veuillent bien en dire
leur fentiment, je ferai charmé de profiter de
leurs lumieres, & je m'engagerai même à rendre
publique leur opinion , avec leur permiffion,
s'entend, je ne voudrois pour toute chofe
au monde , jamais rien faire qui pût leur
déplaire.
Au refte , V. A. S. doit prendre d'autant
plus de part à cet évenement , qu'il eft arrivé
dans une de fes Terres.
Si ce font des Efprits de l'Air, comme les
Perdrix & les autres Oifeaux qui habitent
II. Vol. Le
DECEMBRE. 1730. 2807
le même Element dans l'étenduë du Territoire
d'Amfacq , appartiennent de droit à
V. A. S. fans doute que ces Efprits , pourvn
qu'ils foient familiers & bienfaifants , doivent
vous appartenir par la même raifon ;
en tout cas mon unique but n'eft , encore un
coup , MADAME , que de vous diver
tir, auffi-bien que Monfeigneur LE PRINCE
DE CONTY ; faffe le Ciel quej'y aye réuſſi
aujourd'huy , en attendant que je puiffe donner
des marques plus ferieufes de l'attachement
infini & du refpect profond avec lequel
je fuis de V. A. S. MADAME , & c.
RELATION d'un bruit extraordinaire
comme de voix humaines , entendu dans
l'Airpar plufieurs Particuliers de la Paroiffe
d'Anfacq , Diocéfe de Beauvais
la nuit du 27. au 28. Janvier 1730 .
E Samedi 28. Janvier de la prefente
Lannée , le bruit le répandit dans la
Paroiffe d'Anfacq , près Clermont en
Beauvoifis , que la nuit précédente plufieurs
Particuliers des deux fexes , avoient
entendu dans l'Air une multitude prodigieufe
comme de voix humaines de
differens tons , groffeurs & éclats , de tout
âge , de tout fexe , parlant & criant toutes
enfemble , fans néanmoins que ces Par-
IIV ol.
ticu1808
MERCURE DE FRANCE
ticuliers ayent pu rien diftinguer de ce
que les voix articuloient ; que parmi cette
confufion de voix , on en avoit reconnu
& diftingué un nombre infini qui pouffoit
des cris lugubres & lamentables , comme
de perfonnes affligées , d'autres des cris de
joye & des ris éclatans , comme de perfonnes
qui fe divertiffent ; quelques- uns
ajoûtent qu'ils ont clairement diftingué
parmi ces voix humaines , ſoit- diſant , les
fons de differens inftrumens.
Cette nouvelle vint bientôt jufqu'à
moi , & comme je n'ajoûte pas foi
aifément à ces fortes de bruits populai
res , & que je fuis affez pyrrhonien à l'égard
de tous les contes nocturnes qui fe
débitent fi fouvent dans l'apparition des
Efprits , des Sabbats & de tant d'autres
bagatelles de cette efpece , je me contentai
d'abord de rire de celle-cy & de la regarder
comme un effet ordinaire d'une
Imagination frappée & bleffée de la frayeur
qu'inſpirent ordinairement les tenebres
de la nuit , fur tout à des efprits groffiers
& ignorans , comme ceux de la plupart
gens de la Campagne , qui font nour
ris & élevés par leurs parens dans cette
perfuafion qu'il y a des Sorciers & des
Sabbats , & qui ajoûtent plus de foi aux
contes ridicules qui s'en débitent parmi
eux , qu'aux veritez effentielles de l'Evangile
& de la Religion.
des
DECEMBRE 1730. 2800
Je badinai ainfi jufqu'au lendemain Dimanche
29. dudit mois , me divertiffant
toujours à entendre raconter la chofe par
tous ceux & celles qui difoient l'avoir entenduë.
Entre ceux- là , deux de mes Paroiffiens,
des premiers du lieu , bons Laboureurs ,
gens d'honneur & de probité , beaucoup
plus éclairez & moins crédules que ne
le font ordinairement les gens de la Campagne
, me vinrent faire l'un après l'autre
leur Relation , comme ayant entendu
de près tout ce qui s'étoit paffé .
Ils m'affurerent qu'alors ils étoient dans
un bons fens parfait, qu'ils revenoient de
Senlis , environ à deux heures après minuit
, & qu'ils étoient fùrs d'avoir bien
entendu & fans être trop effrayez , tour
ce qui eft rapporté au commencement de
cette Relation .
Après les avoir bien interrogez & tour.
nez de toutes fortes de manieres , je tâchai
de leur perfuader qu'ils s'étoient trompez,
& que la crainte & la préoccupation leur
avoient fait prendre quelques cris d'Oifeaux
nocturnes pour des voix humaines;
mais leurs réponſes ont toujours été les
mêmes , fans fe les être communiquées
& je n'ai pû y découvrir ni malice , ni
tromperies , ni contradictions .
J'ai eu beau leur faire à chacun en
-II. Vol.
par2810
MERCURE DE FRANCE
particulier toutes les objections qui me
vinrent alors dans l'imagination , ils ont
toujours perfifté& perfiftent encore à affu
rer que lorfqu'en revenant de Senlis ils
s'entretenoient tranquilement d'une affai
re pour laquelle ils avoient été obligez d'aller
en cette Ville ; ils avoient tout à coup
entendu près d'eux un cri horrible d'une
voix lamentable , à laquelle répondit à
fix cens pas delà une voix femblable &
par un même cri , que ces deux cris furent
comme le prélude d'une confuſion
d'autres voix d'hommes , de femmes , de
vieillards , de jeunes gens , d'enfans, qu'ils
entendirent clairement dans l'efpace renfermé
entre les deux premieres voix ,
& que parmi cette confufion ils avoient
diftinctement reconnu les fons de dif
ferens inftrumens comme Violons
Baffes , Trompettes , Flutes , Tambours ,
&c.
Quoique tout cela n'ait pû me tirer
encore de mon pyrrhonifme , je n'ofe
néanmoins traiter de vifionnaires un fi
grand nombre de perfonnes raifonnables ,
entre lefquelles il s'en trouve fur tout
fept ou huit qu'on peut appeller gens
de mérite & de probité pour laCampagne
qui dépofent toutes unanimement la même
chofe , fans fe démentir ni fe contredire
en la moindre circonftance , quoi-,
II. Vol.
qu'elle
DECEMBRE. 1730. 2811
qu'elles ne fe foient ni parlé ni commu❤
niqué , étant logées dans differens quartiers
du Village éloignez l'un de l'autre
& la plupart defunies par des difcusions
d'interêt qui rompent en quelque maniere
entre elles le commerce ordinaire de la
focieté ; enforte que je ne vois nulle apparence
qu'il puiffe s'être formé entre
elles un complot pour me tromper ou
pour fe tromper elles- mêmes.
C'est ce qui m'a déterminé , à tout hazard
, à prendre la dépofition de chaque
Particulier qui dit avoir entendu les bruits
en queſtion , & d'en faire une efpece de
procès verbal , pour le communiquer à
des perfonnes plus éclairées que moi ,
moi , afin
que fuppofé le fait veritable , elles puiffent
exercer leurs efprits & leurs penetrations
à chercher les caufes naturelles
ou furnaturelles d'un évenement fi extraordinaire.
Quoique j'euffe pris d'abord cette réfo
lution , j'avois pourtant négligé de l'executer
, & le procès verbal que j'avois commencé
dès les premiers jours de Fevrier ,
étoit demeuré imparfait. Mais cette efpece
de prodige étant encore arrivé la nuit du
9. au 10. du mois de May , & plufieurs
perfonnes raisonnables en ayant été témoins
, je me fuis enfin déterminé tout à
fait à continuer avec foin cette efpece
d'enquête,
DE2812
MERCURE DE FRANCE
DEPOSITIONS.
Cejourd'hui 17. May 1730. a comparu
pardevant nous, Prêtre, Docteur en Théologie
, Curé d'Anfacq , le nommé Charles
Defcoulleurs , Laboureur , âgé d'environ
48. ans , lequel interrogé par nous ,
s'il étoit vrai qu'il eût entendu le bruit
extraordinaire qu'on difoit s'être fait dans
l'Air la nuit du 27. au 28. Janvier dernier
, & fommé de nous dire la verité
fans détours & fans déguiſemens.
>
A répondu , que cette nuit là , revenant
avec fon frere François Defcoulleurs , de la
Ville de Senlis , & ayant paffé par Mello ,
où ils auroient eu quelques affaires ; ils auroient
été obligez d'y refterjufques bien avant
dans la nuit, mais que voulant neanmoins
revenir coucher chez eux , ils feroient arrivez
environ à deux heures après minuit audeffus
des murs du Parc d'Anfacq , du côté
du Septentrion , & que prêts à defcendre la
Côte par un fentier qui cottoye ces murs , &
conduit au Village , s'entretenant de leurs
affaires , ils auroient été tout à coup interrompus
par une voix terrible , qui leur parut
éloignée d'eux environ de vingt pas ;
qu'une autre voix femblable à la premiere
auroit répondu fur le champ du fond d'une
gorge entre deux Montagnes , à l'autre exremité
du Village , & qu'immédiatement
II. Vol.
aprés
DECEMBRE. 1730. 281 }
leaprés
, une confufion d'autres voix comme
humaines , fe feroient fait entendre dans
Pefpace contenu entre les deux premieres
articulant certain jargon clapiſſant , que
dit Charles Defconlleurs dit n'avoir pû com
prendre , mais qu'il avoit clairement diftinqué
des voix de vieillards , de jeunes hommes
, defemmes ou de filles & d'enfans, &
parmi tout cela les fons de differens Inftru
mens.
Interrogé. Si ce bruit lui avoit paru éloigné
de lui & de fon frere ? A répondu
de quinze on vingt pas. Interrogé , fi ces
voix paroiffoient bien élevées dans l'Air ?
A répondu. A peu près à la hauteur de
vingt ou trente pieds , les unes plus , les autres
moins, & qu'il leur avoit femblé même
que quelques-unes n'étoient qu'à la hauteur
d'un homme ordinaire , & d'autres comme
fi elles fuffent forties de terre.
Interrogé. S'il n'auroit pas pris les cris
de quelques bandes d'Oyes fauvages , de
Canards , de Hyboux , de Renards , ou
les hurlemens de Loups , pour des voix
humaines ? A répondu. Qu'il étoit aufait
de tous ces fortes de cris , & qu'il n'étoit pas
homme ſi aisé à fe frapper , ni fi fufceptible
de crainte, pour prendre ainfi le change .
Interrogé. S'il n'y auroit pas eu un peu
de vin qui lui eut troublé la raiſon , auffibien
qu'à fon frere ? A répondu . Qu'ils
II. Vol étoient
1814 MERCURE DE FRANCE
étoient l'un & l'autre dans leur bon fens
& que bien loin d'avoir trop bû , ils étoient
au contraire dans un besoin preſſant de boire
& de manger, & qu'après le bruit ceffé , il
s'étoit rendu dans la maifon de fon frere , &
là buvant un coup , ils s'étoient entreteaus
de ce qui venoit de fe paffer , fortant de
tems-en-tems dans la cour pour écouter s'ils
'entendroient plus rien.
que
Interrogé. Si le bruit étoit fi grand qu'il
pût s'entendre de bien loin ? A répondu.
Qu'il étoit tel , que fon frere & lui avoient
eu peine à s'entendre l'un & l'autre en parlant
trés-haut.
Interrogé. Combien cela avoit duré ?
A répondu. Environ une demie heure.
Interrogé. Si lui & fon frere s'étoient
arrêtez & n'avoient pas voulu approcher
pour s'éclaircir davantage ? A répondu.
Que fon frere François avoit bien en le def
fein d'avancer & d'examiner dans l'endroit
ce que ce pouvoit être , mais que lui¸ Charles
, l'en avoit empêché.
Interrogé.Comment cela s'étoit terminé ?
Répondu. Que tout avoit fini par des éclats
de rire fenfibles , comme s'il y eût en trois
ou quatre cens perfonnes qui ſe miſſent à rire
de toute leur force.
Ces Articles lûs & relûs audit Charles
Defcoulleurs , a dit iceux contenir tous
verité , que ce n'étoit même qu'une par-
II. Vol. tic
DECEMBRE . 1730. 2815
tie de ce qu'il auroit entendu , qu'il ne
trouvoit point de termes affez forts pour
s'exprimer , qu'il juroit n'avoir rien mis
de fon invention , & que fi fa dépofition
étoit défectueufe , c'étoit plutôt pour n'avoir
pas tout dit , que pour avoir amplifié,
Et a figné à l'Original.
Ce 18. May 1730. a comparu , &c.
François Defcoulleurs , Laboureur d'Anfacq
, âgé de 38. ans, lequel interrogé s'il
auroit entendu le bruit furprenant de la
nuit du 27. au 28. Janvier dernier , a
répondu à chaque demande que nous lui
avons faites , les mêmes chofes , mot pour
mot , que Charles Defcoulleurs fon frere ;
enforte que lui ayant fait la lecture de
tous les articles contenus dans la dépofition
dudit Charles , a dit les reconnoître
pour veritables , n'ayant rien à y ajouter,
finon qu'à la fin de ce tumulte il s'étoit
fait deux bandes. féparées , fe répondant
l'une à l'autre par des cris & des éclats de
rire , que ledit François Defcoulleurs a
imitez devant nous , exprimant les ris des
vieillards par a, a , a , a , a ; tels que font
les ris des perfonnes décrépites à qui les
dents manquent ; les autres ris des jeunes
kommes , femmes & enfans , par ho ,
bo , bo
ho , bo ; hi , hi , hi , hi ; & cela d'une maniere
fi éclatante & avec une fi grande
confufion , que deux hommes auroient eu
...II Vol
•
1
1-
C peine
2816 MERCURE DE FRANCE
peine à le faire entendre dans une converfation
ordinaire ; lecture lui a été faite
de cette dépofition , a dit contenir verité ,
y a perfifté , & l'a fignée , auffi- bien que
celle de fon frere Charles , qu'il a voulu
figner avec la fienne.
Ce 23. May 1730. ont comparu Louis
Duchemin , Marchand Gantier , âgé de
30, ans , & Patrice Toüilly , Maître Maçon
, âgé de 58. ans , demeurant l'un &
L'autre à Anfacq , lefquels interrogez , ont
répondu : Que la nuit du 27. au 28. Fanvier
dernier , ils feraient partis enſemble environ
à deux heures aprés minuit , afin de
Se rendre au point du jour à Beauvais
diftant d'Anfacq de fix lieues ; qu'étant audeffus
de la Côte oppofée à celle où Charles
François Defconlleurs étoient à la même
heure revenant de Senlis , la Vallée d'Anfacq
entre les uns les autres , ils auroient
entendu le même bruit, & en même temps que
lefdits Defcoulleurs qu'eux Louis Duchemin
& Patrice Touilly , fe feroient arrêtez
d'abord pour écouter avec plus d'attention ,
que faifis de crainte , ils auroient déliberé
entre eux de retourner fur leurs pas ;
que comme il auroit fallu paffer dans l'endroit
où ces voixfe faifoient entendre , ils fe
feroient déterminez à s'en éloigner en continuant
leur voyage , toujours en tremblant :
qu'ils auroient entendu le même bruit pendant
mais
II, Vel
-une
DECEMBRE . 1730. 2817
une demie lieuë de chemin , mais foiblement
à mesure qu'ils s'éloignoient. Et ont figné
à
l'Original.
Le même jour a comparu pardevant
nous le fieur Claude Defcoulleurs , ancien
Garde de la Porte , & Penfionnaire de feu
M. le Duc d'Orleans , âgé de 56. ans , lequel
interrogé , a répondu : Que non -feulement
il avoit bien entendu ce bruit du mois de
Janvier , mais encore celui de la nuit du 9.
au 10. du prefent mois de May ; que lors
du premier il étoit bien éveillé & avoit oui
diftinctement tout ce qui s'étoit paffé : que
comme alors il faifoit froid, il ne s'étoit pas
levé pour cette raisons mais que comme la
porte de fa chambre eft vis-à-vis fon lit &
tournée à peu près du côté du Parc d'Anfacq
, il avoit auffi bien entendu que s'il eût
été dans fa cour & dans le lieu même ; que
le bruit étoit fi grand & fi extraordinaire,
que quoiqu'il fut bien enfermé , il n'avoit
pas laiffé d'être effrayé , & de reffentir dans
toutes les parties de fon corps un certain frémiffements
enforte que fes cheveux s'étoient
hériffez. Qu'à la feconde fois étant endormi,
le même bruit l'ayant éveillé en furſaut , il
feroit levé fur le champ ; mais que tandis
qu'il s'habilloit,la Troupe Aërienne avoit en
Le
temps
de s'éloigner; enforte que quand il
fut dans fa cour , il ne l'avoit plus entendrë
que de loin & foiblement , que cependant
11. Vol.
il
Cij
2818 MERCURE DE FRANCE
il en avoit oui affez defon lit & de fa chambre,
pourjuger & reconnoîtrefenfiblement que
ce fecond évenement étoit femblable en toutes
manieres au premier & de même nature.
Interrogé , s'il ne pourroit pas nous
donner une idée plus claire de cet évenement
par la comparaifon de quelque chofe
à peu près femblable , & tirée de
l'ordre ordinaire de la Nature & du Commerce
du Monde ? A répondu de cette.
maniere.
Il n'eft pas , Monfieur , dit-il , que vous
nayez vu plufieurs fois des Foires oufrancs
Marchez vous avez , fans doute, remarqué
que dans ces fortes de lieux deux ou trois
mille perfonnes forment une espece de cabos
ou de confufion de voix d'hommes , de femmes
, de vieillards , de jeunes gens & d'enfans
, où celui qui l'entend d'un peu loin ne
peut abfolument rien comprendre , quoique
chaque Particulier qui fait partie de la confufion
, articule clairement & fe faffe entendre
à ceux avec lesquels il traite de fes affaires
& de fon Commerce . Imaginez- vous donc
être à la porte des Hales à Paris unjour de
grand Marché , ou dans les Sales du Palais
avant l'Audience ; ou enfin à la Foire faint
Germain fur le foir , lorsqu'elle eft remplie
d'un monde infini , n'entend-on pas dans
tous ces lieux, & principalement dans le dernier
un charivari épouvantable , ( ce font fes
II Vol. mêmes
DECEMBRE. 1730. 28 19
›
mêmes termes ) dans lequel on ne comprend
rien en general, quoique chacun en particulier
parle clairement & ſe faſſe diſtinctement entendre?
ajoûtez à tout cela lesfons des Violons ,
des Baffes , Hautbois , Trompettes , Flutes
Tambours & de tous les autres Inftrumens
dont on joue dans les Loges des Spectacles
& qui fe mêlent à cette confufion de voix ,
vous aurez une idée jufte & naturelle des
bruits que j'ai entendus & dans lesquels j'ai
remarqué diftinctement des voix humaines en
nombre prodigieux , auffi - bien que les fons
de differens Inftrumens . Après la lecture
de fa dépofition , a dit , juré & protesté
contenir verité & a figné à l'Original .
ans ,
Le même jour a comparu Alexis Allou ,
. Clerc de la Paroiffe d'Anfacq , âgé de 34.
lequel interrogé &c . a répondu :
...que la même nuit étant couché & endormi,
Sa femme qui ne dormoit pas auroit été frappée
d'un grand bruit , comme d'un nombre
-prodigieux de perfonnes de tout fexe , de tout
age ; que faifie de frayeur , elle auroit éveillé
ledit Allou , fon mari , & qu'alors le même
bruit continuant & augmentant toujours ,
ils auroient crû l'un & l'autre que le feu étoit
à quelque maifon de la Paroiffe , & que les
cris provenoient des habitans accourus an
Secours que lui Allou dans cette perſuaſion
fe feroit levé avec précipitation ; mais qu'étant
prêt à fortir , & avant d'ouvrir fa
II. Vol. Cij porte
2820 MERCURE DE FRANCÉ
porte il auroit entendu paſſer devant fa
maifon une multitude innombrable de perfonnes
, les unes pouffant des cris amers
( ce font fes termes ) les autres des cris de
joye , & parmi tout cela les fons de differens
inftrumens que cette multitude lui avoit femblé
fuivre le long de la rue jufqu'à l'Eglife ,
mais qu'alors unfriſſon l'ayant faifi , il n'auroit
pas ofé écouter plus long- tems , & auroit
étéfe recoucher auffi tôt pour fe raffurer auffi
bien que fa femme qui trembloit de frayeur
dans fon lit. Et a figné à l'original.
Ce 24. May 1730. a comparu Nicolas
de la Place , Laboureur , âgé d'environ
45. ans , demeurant audit Anfacq , lequel
a déclaré : que la nuit du 27 au 28. Janvier
n'étant point encore endormi , il auroit tout
à
coup entendu un bruit extraordinaire , é
que croyant qu'il feroit arrivé quelque accident
dans la Paroiffe , il fe ferait levé nud
en chemife , & qu'après avoir ouvert la porte
de fa chambre , il auroit oùi comme un nombre
prodigieux de perfonnes , de tout âge &
de toutfexe , qui paffoient devant fa maison,
fife proche l'Eglife , & au milieu du Village
, formant un bruit confus , mais éclatant,
de voix comme humaines , mêlées de differens
inftrumens ; qu'alors la crainte & le
froid l'auroient obligé de refermer promtement
fa porte & de fe remettre au lit , d'où
il auroit encore entendu le même bruit & les
II. Vol.
mêmes.
DECEMBRE. 1730. 2821
mêmes voix , comme fi elles euffent monté
la ruë , & paffé devant la Maifon Pres
biterale. Et a figné à l'original.
Le même jour ont comparu Nicolas
Portier , Laboureur , âgé de 25. ans , &
Antoine Le Roi , garçon Marchand Gantier
, âgé d'environ 34. ans , lefquels ont
déposé que ladite nuit & à la même heure
ils auroient entendu paffer le long de la ruë,
dite d'Enbaut , qui conduit à Clermont , &
entre notre Maiſon Presbiterale & la leur,
comme une foule de monde , de tout âge , de
tout fexe , dont une partie pouffoit des cris
affreux , les autres parlant tous ensemble ,
& articulant certain jargon inintelligible s
que le bruit étoit fi grand & fi affreux que
leurs chiens qui étoient couchés dans la
Cour pour lagarde de la maiſon, en avoient
été tellement effrayés , que fans pouffer un
feul aboyement ils s'étoient jettes à la porte
de la chambre de ladite maifon , la mordant
& la rongeant comme pour la forcer , l'ouvrir
& fe mettre à couvert , fuivant l'instinct
naturel de ces animaux. Et ont figné à l'original.
Ce z. Juin 1730. ont comparu Jean
Defcoulleurs , âgé de 40. ans , Jacques
Daim , Etienne Baudart , Chriſtophe Denis
Deftrés , Jean Beugnet , Paul le Roi ,
Jean Caron & un grand nombre d'autres
perfonnes des deux fexes , lefquels ont
II. Vol. Cilj tous
2822 MERCURE DE FRANCÉ
་
tous déclaré d'avoir bien entendu nonfeulement
le bruit aërien du 27 au 28.
Janvier , mais encore celui du 9 au 10.
dé May dernier , fe rapportant tous dans
les mêmes circonftances ; enforte qué
leur ayant fait lecture de toutes les dépofitions
ci-deffus , ont dit icelles contenir
verité , & ont figné l'Original , ceux
qui fçavent écrire , n'ayant pas jugé à
propos de prendre les marques de plus
de vingt perfonnes qui dépofent toutes
les mêmes chofes , mais qui ont declaré
ne fçavoir figner.
Nous fouffigné , Prêtre , Docteur en
Theologie , Curé de S. Lucien d'Anfacq',
Diocèfe de Beauvais , certifions que toutes
les dépofitions ci-deſſus fontfidelles , & telles
qu'on nous les a fournies ; qu'elles font fignées
enforme dans l'Original , & que cette
copie lui eft conforme en toutes fes parties ,
que nous n'avons ajouté ni rien changé dans
Fun & dans l'autre que l'arrangement &
la diction , ayant fcrupuleufement Suivi toutes
les circonftances qui nous ont été données.
Fait à Anfacq , ce 26. Octobre 1730. figné
TREUILLOT DE PTONCOURT , Curé
d'Anfacq.
›
REFLEXIONS.
Avant que de rendre publique cette Relation
, j'ai crû devoir la communiquer à
11. Vol. quelques
DECEMBRE. 1730. 2823
quelques perfonnes éclairées & d'érudition
de mes amis particuliers , leurs ſuffrages
m'ont paru néceffaires pour la rendre
plus autentique , s'agiffant fur tout
d'un évenement qui tient trop du merveilleux
, pour ne pas devenir le fujet
des railleries & du mépris des efprits
forts.
Je fuis bien aife d'avertir ces Meffieurs
que j'ai été jufqu'ici de leur nombre &
leur confrere fidele en ce genre feulement;
mais quoique je ne fois pas encore bien
réfolu de faire faux- bon à leur confrairie
, je les fupplie néanmoins de me permettre
de demeurer neutre entre leur
parti & celui des crédules , jufqu'à ce
que des gens de poids pour la fcience &
pour la pénetration ayent décidé du fait.
dont il s'agit , & m'ayent tiré de la perplexité
où je refterai jufqu'à leur jugement,
Les efprits forts ne peuvent me refuſer
qu'injuftement cette fufpenfion ; je ne
fçai pas bien s'il ne feroit pas auffi injufte
& auffi ridicule de traiter de vifionaires
tant de gens de probité , quoique de
la Campagne , qui conviennent tous du
même fait , que de croire legérement tout
ce que le vulgaire ignorant débite fi fouvent
des fabbats & des autres fottifes de
ce genre.
II. Vol. Cy Quoi
2824 MERCURE DE FRANCE
Quoiqu'il en foit , mes amis , bien loin
de me diffuader de donner au Public cette
relation , avec le procès verbal fait en
conféquence , m'ont prié , au contraire ,
non feulement de ne point héfiter à
le faire , mais d'y joindre encore une
deſcription Topographique du Village
d'Anfacq , afin de donner lieu à ceux
qui croirone pouvoir expliquer cet évenement
par des caufes naturelles d'exercer
toute leur Phyfique & leur Philofophie.
En effet , fi les Phénoménes extraor
dinaires qui ont paru dans l'air depuis
cinq ans ont tant exercé les beaux efprits
& ont fait la matiere de plufieurs affemblées
de Meffieurs de l'Académie des
Sciences , pourquoi un événement qui
tombe fous un autre fens , qui n'eft pas
moins réél , ni moins effentiel à l'homme
le fens de la vûë , ne meritera- t'if
que
pas autant l'attention & la curiofité des
mêmes Sçavans !
>
Tout le monde fçait que Phénoméne
eft un mot Grec, que l'on a francifé comme
beaucoup d'autres , parce qu'il ne fe
trouve point dans notre Langue de termes
d'une fignification affez énergique ,
pour exprimer feul & par lui -même les
objets qui paroiffent extraordinairement
dans l'air. Notre Langue ne nous fournit
II. Vol. pas
DECEMBRE. 1730. 2825
pas non plus d'expreffions pour défigner
fes bruits extraordinaires qui fe font , où
qui pourroient fe faire entendre. Mais.
comme ces derniers font bien moins communs
que les premiers , on ne s'eft point
encore avifé jufqu'ici de francifer un mot
Grec pour les exprimer.
; .
L'évenement dont il s'agit , ne pourroit
il donc pas m'autorifer à le faire moimême
? & de même qu'il a plû à nos
Anciens d'appeller , Phénoménes , les
objets extraordinaires qui paroiffent dans
l'air ne pourroit-on pas , par la même
raifon , défigner le bruit étonnant & prodigieux
qui vient de fe faire entendre par
ce mot , Akoufméne , ou pour parler plus
regulierement Grec en François , Akousmate
? Le premier fignifie une chofe qui
paroît extraordinairement ; le fecond fi
gnifiera une chofe qui fe fait entendre
extraordinairement
.
Ce principe établi , je prétens que fi les
Phénoménes font du reffort de la curio
fité des Sçavans , les Akoufmates , ne le
font pas moins , fuppofé leur réalité . Or,
on ne peut guere douter de celui - ci : trop
de gens
raifonnables en font le rapport ,
& s'accordent trop dans les mêmes circonftances
, pour n'y pas ajouter foi .
On me dira peut être ,qu'il y a une grande
difference pour l'autenticité entre les Phe-
II. Vol. Cavi no
2826 MERCURE DE FRANCE
noménes & mes prétendus Akoufmates :
que lorfque les premiers paroiffent , tous
les hommes qui ont le même horiſon naturel
& même rationel , peuvent les appercevoir;
au lieu que les feconds , fuppofé
leur réalité , ne peuvent être entendus
que de peu de perfonnes , & de celles feulement
qui en font à portée & qui demeurent
dans le même lieu où ces Akoufmates arrivent.
Que par confequent un Phénoméne
qui eft apperçu par tous les Sunorifontaux ,
emporte avec foi une autenticité bien
plus grande , qu'un Akoufmate qui ne peut
être entendu que par un petit nombre de
particuliers habitans d'un même lieu.
A cela je répons : que la Sphère d'activité
de la vûë étant bien plus étenduë
que celle de l'oüie , les Phénoménes & les
Akoufmates , ne requiérent pas le même
nombre de témoins pour les rendre autentiques
: que les premiers pouvant être apperçus
de tous les Sunorifontaux , il eſt
neceffaire que le plus grand nombre des
hommes qui habitent l'horifon fur lequel
un Phénoméne paroît , en rende témoignage
; au lieu que pour les feconds , il .
fuffit , ce me femble , qu'il ayent été entendus
par la plus grande & la plus faine
partie des habitans d'un même lieu , &
renfermés dans la Sphère d'activité de
l'oüie.
II. Vol.
Mais
DECEMBRE. 1730. 2827
le
Mais pour rendre le fait dont il s'agit
plus autentique encore , il fuffit de remarquer
que le fens de la vûë eft ordinairement
plus fujet à l'erreur & à l'illuſion ,
le fens de l'oüie . Il n'y a pour
que
prouver qu'à fe reffouvenir de toutes les
extravagances qui ſe débiterent à l'occafion
des derniers Phénoménes & fur tout
de celui du mois d'Octobre 1726.Combien
de gens cturent voir au milieu de l'efpece
de Dôme de feu qui parut alors , les uns
une Colombe ou S. Efprit , les autres un
Ange , un Autel , un Dragon , &c . toutes
chofes qui n'avoient de réalité que
dans leur imagination frappée , ou dans
leurs yeux fatigués & éblouis ?
Mais ici où il ne s'agit que du fens de
l'oiie , tant de gens raifonnables ont ils
pû fe tromper fi groffiérement , que de
s'imaginer entendre quelque chofe lorfqu'il
n'entendoient rien ? Un prétendu
bruit épouventable dans l'air qui n'auroit
confifté qu'en quelques hurlemens de
Loups fur la terre ? Une multitude infinie
de voix comme humaines mêlées de
differens fons d'inftrumens, qui n'auroient
été que des cris d'Oyes ou de Canards
Sauvages . Des perfonnes à dix pas du
lieu où fe paffoit ce charivari , des perfonnes
en voyages qui font arrêtées par
cet accident , & qui difent les avoir en-
II. Vol.
tendu
2828 MERCURE DE FRANCE
tendu finir par des éclats de rire de toute
efpece , tandis que d'autres pouffoient
des cris horribles ? Seroit-il poffible que
tant d'oreilles euffent été enchantées
pour ainfi dire , pour croire entendre ce
qu'elles n'entendoient pas ? C'eft ce que
je ne fçaurois jamais m'imaginer . Je ne
veux néanmoins m'attacher à aucun fentiment
, qu'autant qu'il fera celui de perfonnes
plus habiles que moi.
Defcription du Village.
ANacq cft fitué dans un Vallonformé par
deux Coteaux ou Montagnes , entre Clermont
en Bauvoifis au Nord - Eft , & le Bourg de
Mouy au Sud - Oueft. A peu près à la même diftance
de l'un & de l'autre; trois Gorges fort étroites
, l'une au Nord- Eft , celle du milieu au Nord,
& la troifiéme au Nord - Oueft , font comme les
racines du principal Vallon , forment une espéce
de patte d'Oye, & fe rapprochant, viennent le réünir
à un quart de lieuë d'Anfacq...
Sur la hauteur environ à fix cens pas communs
de la naiffance de ces Gorges ,, eft le commencement
de la Forêt de Haye , dite communément
la Forêt de la Neuville. La Seigneurie du
Pleffier Bilbault , de la Paroiffe d'Anfacq , eft fi
tuée proche la liziere de ladite Forêt , à 400. pas
ou environ de la naiffance de la Gorge du milieu
ou de celle du Nord..
Le Village commence du côté de Clermont
au Nord - Eft , par une rue affés longue , bâtie le
long de la côte Orientale , fur une douce pente,
& vient fe terminer à l'Eglife , dont le principal
II. Vol.
Portail
DECEMBRE . 1730. 2829'
Portail fait face du côté du Couchant , à une Pla
ce bordée de maiſons de part & d'autre , & terminée
par un petit ruiffeau , au delà duquel d'autres
maifons font face au Portail.
De l'Eglife , une autre rue conduit jufqu'aux
murs du Parc vers le Sud- Qüeft : & c'eft au bout
de cette rue , & en dedans du Parc , que les bruits
furprenans dont-il eft ici question , commencent
& le font entendre ordinairement. C'eft auffi audeffus
de l'extrémité de cette ruë , & vers les mêmes
murs , que Charles & François Defcoulleurs,
étoient placés , lorfqu'en revenant de Senlis , ils
furent obligés de s'arrêter , à caufe de ce bruit
étonnant.
>
On fe fouviendra encore de ce qui eft dit dans
la dépofition defdits Defcoulleurs , que deux cris
affreux furent comme le prélude de la confufion
qu'ils entendirent immédiatement après. Le premier
fe fit entendre du fond d'une des Gorges
qui fervent de racines au principal Vallon ,,
c'eft à dire , de la troifiéme qui eft vers le Nord-
Oueft , le fecond cris répondit au premier dans
le Parc , au bout de la rue même dont je viens
de parler , & à quinze ou viage pas de l'endroit
ou lefdits Defcoulleurs étoient. Le Vallon d'Anfacq
ainfi formé , comme je l'ai dit , par la jonc
tion des trois Gorges , continue à peu près de la
même largeur jufqu'au Parc & au Château , éloi
gné du Village environ de huit cent pas.
Le Parc qui peut contenir quatre cens arpens,.
eft un grand quarré long , dont la partie Orien
tale forme dans toute fa longueur du Nord au
Sad un Amphithéatre , ou deux grandes Terraffes
l'une far l'autre qui emportent environ la
moitié de fa largeur , & font ombragées par tout:
d'une petite fotaye de chênes , & en quelques ens
droits de buiffons épais & forts.
11. Vol.
Ꮮ e
2830 MERCURE DE FRANCE
Le Château d'un gout antique avec Tours &
Tourelles eft fitué à cent pas du pied de l'Amphithéatre
, entre deux Cours , dont celle d'entrée
& la principale , regarde le Couchant , l'autre
F'Orient , l'une & l'autre environnées de bâtimens
pour la commodité d'un Laboureur.
Prés du Château on trouve trois Jardins
entourés de Murs , lefquels coupant aflez bifarrement
l'endroit du Parc où ils font placés , forment
trois quarrés & differentes efpeces de chemins
couverts qui les féparent l'un de l'autre , &
conduifent à differentes portes , tant pour entrer
dans la principale Cour que pour ſortir du Parc ;
tout le refte confifte en pâturages , Aulnois ,
plans de faules & Arbres fruitiers.
>
De l'extrémité du Parc , du côté du Sud - Oueſt;
le Vallon continuë pendant une demie lieuë , &
va enfin fe rendre dans la grande Vallée de
Mouy. Il eft partagé dans toute fa longueur par
un petit Ruiffeau , formé par plufieurs fources
qui fortent du pied de la Montagne d'où naiffent
les trois Gorges. Ce Ruiffeau ombragé par
tout de bois aquatiques comme Saules , Peupliers
, Aulnes &c. vient paffer au- deffous des
Jardins de la rue de Clermont , bâtie , comme
je l'ai déja dit , fur la pente de la côte Orientale,
entre enfuite dans le Village par l'extrémité de
la Place qui fait face à l'Eglife , & continuant
fon cours vers le Sud - Oueft , il va fe rendre dans
le Parc ; delà toujours en ferpentant il va arrofer
le principal Jardin , d'où il tombe par une
efpece de petite Caſcade dans les foffez du Châ
teau qu'il parcourt fans les remplir , parceque
les digues en font rompues. Il fort enfuite des
foffez & de la grande Cour pour rentrer dans
l'autre partie du Parc , & cotoyant le pied de
PAmphithéatre il en reffort par le Sud- Ouest, &
II. Vol. va
DECEMBRE. 1730. 2831
a former à fix cens pas delà un petit étang
pour faire moudre un Moulin . En fortant du
Moulin , il fe recourbe un peu vers le Sud ou
Midi , & après une demie lieuë du refte de fon
cours il va fe rendre dans la grande Vallée , &
fe décharger dans la petite Riviere du Terrin ,
entre Mouy & Bury. Le Vallon d'Anfacq depuis
fes racines jufqu'à l'endroit où il fe rend
dans la grande Vallée peut avoir dans toute fa
longueur 3000. pas géometriques, ou une grande
lieuë de France.
༥༤ ་
Outre les trois Gorges dont j'ai parlé, il fe trouve
encore dans toute cette étendue pluſieurs cavées
ou chemins creux de part & d'autre qui
conduisent en differens endroits fur les deux coteaux
oppofés dont le Vallon eft formé.
Il faut obferver que dans toute la longueur da
Vallon il ne fe trouve point d'échos confiderables
qui fe renvoyant les fons les uns aux autres
puiffent fervir de fondement au fentiment de
ceux qui voudroient attribuer les bruits en queftion
à ces cauſes ordinaires & naturelles . C'eft
ce dont j'ai voulu moi - même faire l'experience
pendant une belle nuit & un tems calme , en fai
Tant marcher en même tems que moi plufieurs
perfonnes tant fur les côteaux que dans la Vallée,
& en les faifant crier de tems en tems. J'entêndis
bien les voix de plus de quinze perfonnes ,
hommes & petits garçons qui s'acquiterent parfaitement
de la commiffion que je leur avois donnée
, en criant quelquefois de toutes leurs forces ,
& en parlant de tems en tems , & tous enſemble
à voix haute ; mais cette experience ne produifit
rien qui pût m'éclaircir ; les principaux témoins
de notre prodige que j'avois avec moi , ne
convinrent jamais que ces voix en approchaffent,
& lui reffemblaffent en la moindre circonftance.
II Fol. Il
2832 MERCURE DE FRANCE
Il est vrai , me dirent -ils , que dans le Sabbat
que nous avons entendu , ( ce font leurs mêmes
termes ) il y avoit à peu près des voix ſemblables
mais en bien plus grand nombre , & qui formoient
une confufion horrible de cris lugubres ,
de cris de joye & de fons d'Inftrumens.Celles - cy,
continuoient- ils , font difperfées & à terre, aulieu
que les autres étoient toutes raffemblées , & la
plus grande partie dans l'Air ; nous entendons le
langage de ceux- cy , mais nous ne comprîmes
jamais rien dans le jargon des autres . Et d'ailleurs
quand ce que nous entendons actuellement approcheroit
en quelque forte de ce que nous avons
entendu;quelle apparence qu'un nombre fi prodigieux
de monde fe fût affemblé dans le Pare
d'Anfacq? Il auroit donc fallu pour cela que tous
les habitans , hommes , femmes , enfans & Menetriers
de tous les Villages à deux lieues à la
ronde , euffent formé ce complot ; & à quel ufa
ge : Les uns pour crier , chanter & rire ? Les autres
pour pleurer , fe plaindre & gémir ? Tel fue
le fruit de mon experience : une plus grande in→
certitude.
ADDITION
Le 31. Octobre dernier , veille de la Touffaint,
le même bruit fe fit entendre au- deffus du Parc
d'Anfacq , entre 9. & 10. heures du ſoir ; il fut fi
épouventable , que non- feulement une partie du
Village l'entendit , mais que des moutons parquez
auprés delà en furent fi effrayez , qu'ils forcerent
le Parc & fe répandirent par la Campagne , enforte
que le Berger fut obligé d'aller chercher
quelques Payfans des environs pour l'aider à raſfembler
fon Troupeau. La femme de ce même
Berger couchée avec lui dans fa Cabane , en fut
fépouventée qu'elle en eft tombée malade.
II. Vol. Comme
DECEMBRE. 1730. 283 3°
Comme j'avois ordonné qu'on m'avertit en
cas que ce même bruit fe fit entendre de nouveau,
on ne manqua pas de courir chez moi dans le
moment , mais ma maiſon étant un peu éloignée
du Parc d'Anfacq , quelque diligence que je puffe
faire pour me rendre fur le lieu , j'y arrivai trop
tard & ne puis rien entendre. J'ay chargé une
perfonne de veiller pendant tout l'hyver jufqu'à
minuit , afin de pouvoir être averti s'il arrivoit
que ce bruit fe fit encore entendre.
y
Ayant communiqué à plufieurs de mes amis ce
ce qui s'eft paffé dans ma Paroiffe ; un d'entre'
eux, homme de Lettres, & ayant une Charge dans
la Justice de Clermont en Beauvoifis , me dit qu'il
avoit quinze ans que paffant la nuit par le Village
d'Anfacq pour s'en retourner à Clermont
étant feul à cheval à quelque diftance dudit Vilge
, il entendit un bruit fi épouventable en l'Air
& fi prés de lui , qu'il en fut tranfi de frayeur . Il
fe jetta à bas de fon cheval & fe mit à genoux
en prieres jufques à ce que ce bruit fut paffé ,
aprés quoi il continua fon chemin. Arrivé chez
lui il eut honte de fa peur & n'oſa jamais ſe
vanter de ce qui lui étoit arrivé , de peur qu'on
ne le prêt pour un vifionaire , mais que puifque
cette avanture devenoit fi fréquente , il avoüoit
fans peine ce qu'il lui étoit arrivé.
Curé d'Anfacq , à Madame la Princeffe
de Conty , troifiéme Douairiere , &
Relation d'un Phénomene très extraordinaire
, &c.
MADAM ADAME ,
Fay cru avoir remarqué dans mes deux
Voyages de l'Ile-Adam , queVOTRE Altesse
SERENISSIME n'y venoit de tems en tems que
poury gouter les amusemens de la Campagne
; une Ménagerie , la Chaffe , la Pêche ,
les Promenades , les ouvrages de l'aiguille
ou de la Tapiffèrie , & fur tout d'agréables
lectures , font , ce me femble , tout ce qui peut
former l'aimable varieté de vos innocens plaifirs.
Que je ferois heureux , MADAME ,
fi je pouvois y contribuer en quelque³ maniere,
& augmenter cette varieté par la petite
Relation que je prens la liberté de vous
prefenter!
Tout y refpire l'air de la Campagne ; tout
ce qui y eft contenu s'eft paffé à la Campagnes
c'eft fur le témoignage de gens de la Campagne
que le fait dont il s'agit eft appuyé ;
II. Fol. c'eft
DECEMBRE . 1730. 2803
c'est enfin un Curé , mais le Curé de toutes
vos Campagnes , le plus fidele , le plus zelé ,
& le plus refpectueux , qui a l'honneur de
vous la communiquer.
Le fujet de cette Relation , toute effrayant
qu'il ait parn aux gens de la Campagne qui
difent, en avoir été témoins , devient naturellement
pour les efprits folides , & fur tout
pour celui de V. A. S. un vrai divertiffement
& une matiere agréable de recherches ,
de reflexions, fuppofe fa réalité.
Il s'agit d'un bruit extraordinaire dans
Fair, qui a toutes les apparences d'un Prodige
; prefque tous les habitans du lieu où
il s'eft fait, affurent , jurent & protestent l'avoir
bien entendu.
Ces Témoins , comme gens de la Campagne
, appellent cet évenement un Sabbat ; les
efpritsforts l'appelleront comme ils voudront,
pourront raifonner , ou plutôt badiner à
Leur aife.
> Aux
Pour moi , dans la Differtation que j'ay
mife à la fin , je lui donne le nom grec d'Akoulmate
, pour fignifier une chofe extraor
dinaire qui s'entend dans l'air , comme on
donne le nom grec de Phénomene
chofes qui paroiffent extraordinairement
dans
te même Element ; mais je me garde bien de
rien décider fur le fond ni fur les cauſes .
Quoiqu'il en soit , Efprits , Lutins , Sorciers
, Magiciens , Météores , Conflictions
II. Vol .
de
2806 MERCURE DE FRANCË
de vapeurs , Combats d'Elemens ; je laiffe
aux Curieux à choisir ou à trouver d'autres
caufes : ilme fuffit d'affurer V.A.S. que les
Témoins de ce prétendu Prodige , m'ont paru
de bonne foi , & que les ayant interroge
plufieurs fois , & leur ayant donné tout le
tems de fe contredire & d'oublier dans leurs
deux , trois & quatrième dépofitions , ce qu'ils
m'avoient dit dans la premiere , ils se font
néanmoins foutenus à merveilles , & n'ont
point varié dans la moindre circonftance.
C'en eft affez pour mon deffein , qui fe
termine uniquement au divertiffement de
V. A. S. elle a dans fa Cour & à la suite
de Monfeigneur le PRINCE DE CONTY,
des R R. Peres Jefuites , qui font ordinairement
des perfonnes trés-lettrées & trés- verfées
dans les fecrets de la Nature : fi vous voulez
, MADAME , leur communiquer cette
Relation , & qu'ils veuillent bien en dire
leur fentiment, je ferai charmé de profiter de
leurs lumieres, & je m'engagerai même à rendre
publique leur opinion , avec leur permiffion,
s'entend, je ne voudrois pour toute chofe
au monde , jamais rien faire qui pût leur
déplaire.
Au refte , V. A. S. doit prendre d'autant
plus de part à cet évenement , qu'il eft arrivé
dans une de fes Terres.
Si ce font des Efprits de l'Air, comme les
Perdrix & les autres Oifeaux qui habitent
II. Vol. Le
DECEMBRE. 1730. 2807
le même Element dans l'étenduë du Territoire
d'Amfacq , appartiennent de droit à
V. A. S. fans doute que ces Efprits , pourvn
qu'ils foient familiers & bienfaifants , doivent
vous appartenir par la même raifon ;
en tout cas mon unique but n'eft , encore un
coup , MADAME , que de vous diver
tir, auffi-bien que Monfeigneur LE PRINCE
DE CONTY ; faffe le Ciel quej'y aye réuſſi
aujourd'huy , en attendant que je puiffe donner
des marques plus ferieufes de l'attachement
infini & du refpect profond avec lequel
je fuis de V. A. S. MADAME , & c.
RELATION d'un bruit extraordinaire
comme de voix humaines , entendu dans
l'Airpar plufieurs Particuliers de la Paroiffe
d'Anfacq , Diocéfe de Beauvais
la nuit du 27. au 28. Janvier 1730 .
E Samedi 28. Janvier de la prefente
Lannée , le bruit le répandit dans la
Paroiffe d'Anfacq , près Clermont en
Beauvoifis , que la nuit précédente plufieurs
Particuliers des deux fexes , avoient
entendu dans l'Air une multitude prodigieufe
comme de voix humaines de
differens tons , groffeurs & éclats , de tout
âge , de tout fexe , parlant & criant toutes
enfemble , fans néanmoins que ces Par-
IIV ol.
ticu1808
MERCURE DE FRANCE
ticuliers ayent pu rien diftinguer de ce
que les voix articuloient ; que parmi cette
confufion de voix , on en avoit reconnu
& diftingué un nombre infini qui pouffoit
des cris lugubres & lamentables , comme
de perfonnes affligées , d'autres des cris de
joye & des ris éclatans , comme de perfonnes
qui fe divertiffent ; quelques- uns
ajoûtent qu'ils ont clairement diftingué
parmi ces voix humaines , ſoit- diſant , les
fons de differens inftrumens.
Cette nouvelle vint bientôt jufqu'à
moi , & comme je n'ajoûte pas foi
aifément à ces fortes de bruits populai
res , & que je fuis affez pyrrhonien à l'égard
de tous les contes nocturnes qui fe
débitent fi fouvent dans l'apparition des
Efprits , des Sabbats & de tant d'autres
bagatelles de cette efpece , je me contentai
d'abord de rire de celle-cy & de la regarder
comme un effet ordinaire d'une
Imagination frappée & bleffée de la frayeur
qu'inſpirent ordinairement les tenebres
de la nuit , fur tout à des efprits groffiers
& ignorans , comme ceux de la plupart
gens de la Campagne , qui font nour
ris & élevés par leurs parens dans cette
perfuafion qu'il y a des Sorciers & des
Sabbats , & qui ajoûtent plus de foi aux
contes ridicules qui s'en débitent parmi
eux , qu'aux veritez effentielles de l'Evangile
& de la Religion.
des
DECEMBRE 1730. 2800
Je badinai ainfi jufqu'au lendemain Dimanche
29. dudit mois , me divertiffant
toujours à entendre raconter la chofe par
tous ceux & celles qui difoient l'avoir entenduë.
Entre ceux- là , deux de mes Paroiffiens,
des premiers du lieu , bons Laboureurs ,
gens d'honneur & de probité , beaucoup
plus éclairez & moins crédules que ne
le font ordinairement les gens de la Campagne
, me vinrent faire l'un après l'autre
leur Relation , comme ayant entendu
de près tout ce qui s'étoit paffé .
Ils m'affurerent qu'alors ils étoient dans
un bons fens parfait, qu'ils revenoient de
Senlis , environ à deux heures après minuit
, & qu'ils étoient fùrs d'avoir bien
entendu & fans être trop effrayez , tour
ce qui eft rapporté au commencement de
cette Relation .
Après les avoir bien interrogez & tour.
nez de toutes fortes de manieres , je tâchai
de leur perfuader qu'ils s'étoient trompez,
& que la crainte & la préoccupation leur
avoient fait prendre quelques cris d'Oifeaux
nocturnes pour des voix humaines;
mais leurs réponſes ont toujours été les
mêmes , fans fe les être communiquées
& je n'ai pû y découvrir ni malice , ni
tromperies , ni contradictions .
J'ai eu beau leur faire à chacun en
-II. Vol.
par2810
MERCURE DE FRANCE
particulier toutes les objections qui me
vinrent alors dans l'imagination , ils ont
toujours perfifté& perfiftent encore à affu
rer que lorfqu'en revenant de Senlis ils
s'entretenoient tranquilement d'une affai
re pour laquelle ils avoient été obligez d'aller
en cette Ville ; ils avoient tout à coup
entendu près d'eux un cri horrible d'une
voix lamentable , à laquelle répondit à
fix cens pas delà une voix femblable &
par un même cri , que ces deux cris furent
comme le prélude d'une confuſion
d'autres voix d'hommes , de femmes , de
vieillards , de jeunes gens , d'enfans, qu'ils
entendirent clairement dans l'efpace renfermé
entre les deux premieres voix ,
& que parmi cette confufion ils avoient
diftinctement reconnu les fons de dif
ferens inftrumens comme Violons
Baffes , Trompettes , Flutes , Tambours ,
&c.
Quoique tout cela n'ait pû me tirer
encore de mon pyrrhonifme , je n'ofe
néanmoins traiter de vifionnaires un fi
grand nombre de perfonnes raifonnables ,
entre lefquelles il s'en trouve fur tout
fept ou huit qu'on peut appeller gens
de mérite & de probité pour laCampagne
qui dépofent toutes unanimement la même
chofe , fans fe démentir ni fe contredire
en la moindre circonftance , quoi-,
II. Vol.
qu'elle
DECEMBRE. 1730. 2811
qu'elles ne fe foient ni parlé ni commu❤
niqué , étant logées dans differens quartiers
du Village éloignez l'un de l'autre
& la plupart defunies par des difcusions
d'interêt qui rompent en quelque maniere
entre elles le commerce ordinaire de la
focieté ; enforte que je ne vois nulle apparence
qu'il puiffe s'être formé entre
elles un complot pour me tromper ou
pour fe tromper elles- mêmes.
C'est ce qui m'a déterminé , à tout hazard
, à prendre la dépofition de chaque
Particulier qui dit avoir entendu les bruits
en queſtion , & d'en faire une efpece de
procès verbal , pour le communiquer à
des perfonnes plus éclairées que moi ,
moi , afin
que fuppofé le fait veritable , elles puiffent
exercer leurs efprits & leurs penetrations
à chercher les caufes naturelles
ou furnaturelles d'un évenement fi extraordinaire.
Quoique j'euffe pris d'abord cette réfo
lution , j'avois pourtant négligé de l'executer
, & le procès verbal que j'avois commencé
dès les premiers jours de Fevrier ,
étoit demeuré imparfait. Mais cette efpece
de prodige étant encore arrivé la nuit du
9. au 10. du mois de May , & plufieurs
perfonnes raisonnables en ayant été témoins
, je me fuis enfin déterminé tout à
fait à continuer avec foin cette efpece
d'enquête,
DE2812
MERCURE DE FRANCE
DEPOSITIONS.
Cejourd'hui 17. May 1730. a comparu
pardevant nous, Prêtre, Docteur en Théologie
, Curé d'Anfacq , le nommé Charles
Defcoulleurs , Laboureur , âgé d'environ
48. ans , lequel interrogé par nous ,
s'il étoit vrai qu'il eût entendu le bruit
extraordinaire qu'on difoit s'être fait dans
l'Air la nuit du 27. au 28. Janvier dernier
, & fommé de nous dire la verité
fans détours & fans déguiſemens.
>
A répondu , que cette nuit là , revenant
avec fon frere François Defcoulleurs , de la
Ville de Senlis , & ayant paffé par Mello ,
où ils auroient eu quelques affaires ; ils auroient
été obligez d'y refterjufques bien avant
dans la nuit, mais que voulant neanmoins
revenir coucher chez eux , ils feroient arrivez
environ à deux heures après minuit audeffus
des murs du Parc d'Anfacq , du côté
du Septentrion , & que prêts à defcendre la
Côte par un fentier qui cottoye ces murs , &
conduit au Village , s'entretenant de leurs
affaires , ils auroient été tout à coup interrompus
par une voix terrible , qui leur parut
éloignée d'eux environ de vingt pas ;
qu'une autre voix femblable à la premiere
auroit répondu fur le champ du fond d'une
gorge entre deux Montagnes , à l'autre exremité
du Village , & qu'immédiatement
II. Vol.
aprés
DECEMBRE. 1730. 281 }
leaprés
, une confufion d'autres voix comme
humaines , fe feroient fait entendre dans
Pefpace contenu entre les deux premieres
articulant certain jargon clapiſſant , que
dit Charles Defconlleurs dit n'avoir pû com
prendre , mais qu'il avoit clairement diftinqué
des voix de vieillards , de jeunes hommes
, defemmes ou de filles & d'enfans, &
parmi tout cela les fons de differens Inftru
mens.
Interrogé. Si ce bruit lui avoit paru éloigné
de lui & de fon frere ? A répondu
de quinze on vingt pas. Interrogé , fi ces
voix paroiffoient bien élevées dans l'Air ?
A répondu. A peu près à la hauteur de
vingt ou trente pieds , les unes plus , les autres
moins, & qu'il leur avoit femblé même
que quelques-unes n'étoient qu'à la hauteur
d'un homme ordinaire , & d'autres comme
fi elles fuffent forties de terre.
Interrogé. S'il n'auroit pas pris les cris
de quelques bandes d'Oyes fauvages , de
Canards , de Hyboux , de Renards , ou
les hurlemens de Loups , pour des voix
humaines ? A répondu. Qu'il étoit aufait
de tous ces fortes de cris , & qu'il n'étoit pas
homme ſi aisé à fe frapper , ni fi fufceptible
de crainte, pour prendre ainfi le change .
Interrogé. S'il n'y auroit pas eu un peu
de vin qui lui eut troublé la raiſon , auffibien
qu'à fon frere ? A répondu . Qu'ils
II. Vol étoient
1814 MERCURE DE FRANCE
étoient l'un & l'autre dans leur bon fens
& que bien loin d'avoir trop bû , ils étoient
au contraire dans un besoin preſſant de boire
& de manger, & qu'après le bruit ceffé , il
s'étoit rendu dans la maifon de fon frere , &
là buvant un coup , ils s'étoient entreteaus
de ce qui venoit de fe paffer , fortant de
tems-en-tems dans la cour pour écouter s'ils
'entendroient plus rien.
que
Interrogé. Si le bruit étoit fi grand qu'il
pût s'entendre de bien loin ? A répondu.
Qu'il étoit tel , que fon frere & lui avoient
eu peine à s'entendre l'un & l'autre en parlant
trés-haut.
Interrogé. Combien cela avoit duré ?
A répondu. Environ une demie heure.
Interrogé. Si lui & fon frere s'étoient
arrêtez & n'avoient pas voulu approcher
pour s'éclaircir davantage ? A répondu.
Que fon frere François avoit bien en le def
fein d'avancer & d'examiner dans l'endroit
ce que ce pouvoit être , mais que lui¸ Charles
, l'en avoit empêché.
Interrogé.Comment cela s'étoit terminé ?
Répondu. Que tout avoit fini par des éclats
de rire fenfibles , comme s'il y eût en trois
ou quatre cens perfonnes qui ſe miſſent à rire
de toute leur force.
Ces Articles lûs & relûs audit Charles
Defcoulleurs , a dit iceux contenir tous
verité , que ce n'étoit même qu'une par-
II. Vol. tic
DECEMBRE . 1730. 2815
tie de ce qu'il auroit entendu , qu'il ne
trouvoit point de termes affez forts pour
s'exprimer , qu'il juroit n'avoir rien mis
de fon invention , & que fi fa dépofition
étoit défectueufe , c'étoit plutôt pour n'avoir
pas tout dit , que pour avoir amplifié,
Et a figné à l'Original.
Ce 18. May 1730. a comparu , &c.
François Defcoulleurs , Laboureur d'Anfacq
, âgé de 38. ans, lequel interrogé s'il
auroit entendu le bruit furprenant de la
nuit du 27. au 28. Janvier dernier , a
répondu à chaque demande que nous lui
avons faites , les mêmes chofes , mot pour
mot , que Charles Defcoulleurs fon frere ;
enforte que lui ayant fait la lecture de
tous les articles contenus dans la dépofition
dudit Charles , a dit les reconnoître
pour veritables , n'ayant rien à y ajouter,
finon qu'à la fin de ce tumulte il s'étoit
fait deux bandes. féparées , fe répondant
l'une à l'autre par des cris & des éclats de
rire , que ledit François Defcoulleurs a
imitez devant nous , exprimant les ris des
vieillards par a, a , a , a , a ; tels que font
les ris des perfonnes décrépites à qui les
dents manquent ; les autres ris des jeunes
kommes , femmes & enfans , par ho ,
bo , bo
ho , bo ; hi , hi , hi , hi ; & cela d'une maniere
fi éclatante & avec une fi grande
confufion , que deux hommes auroient eu
...II Vol
•
1
1-
C peine
2816 MERCURE DE FRANCE
peine à le faire entendre dans une converfation
ordinaire ; lecture lui a été faite
de cette dépofition , a dit contenir verité ,
y a perfifté , & l'a fignée , auffi- bien que
celle de fon frere Charles , qu'il a voulu
figner avec la fienne.
Ce 23. May 1730. ont comparu Louis
Duchemin , Marchand Gantier , âgé de
30, ans , & Patrice Toüilly , Maître Maçon
, âgé de 58. ans , demeurant l'un &
L'autre à Anfacq , lefquels interrogez , ont
répondu : Que la nuit du 27. au 28. Fanvier
dernier , ils feraient partis enſemble environ
à deux heures aprés minuit , afin de
Se rendre au point du jour à Beauvais
diftant d'Anfacq de fix lieues ; qu'étant audeffus
de la Côte oppofée à celle où Charles
François Defconlleurs étoient à la même
heure revenant de Senlis , la Vallée d'Anfacq
entre les uns les autres , ils auroient
entendu le même bruit, & en même temps que
lefdits Defcoulleurs qu'eux Louis Duchemin
& Patrice Touilly , fe feroient arrêtez
d'abord pour écouter avec plus d'attention ,
que faifis de crainte , ils auroient déliberé
entre eux de retourner fur leurs pas ;
que comme il auroit fallu paffer dans l'endroit
où ces voixfe faifoient entendre , ils fe
feroient déterminez à s'en éloigner en continuant
leur voyage , toujours en tremblant :
qu'ils auroient entendu le même bruit pendant
mais
II, Vel
-une
DECEMBRE . 1730. 2817
une demie lieuë de chemin , mais foiblement
à mesure qu'ils s'éloignoient. Et ont figné
à
l'Original.
Le même jour a comparu pardevant
nous le fieur Claude Defcoulleurs , ancien
Garde de la Porte , & Penfionnaire de feu
M. le Duc d'Orleans , âgé de 56. ans , lequel
interrogé , a répondu : Que non -feulement
il avoit bien entendu ce bruit du mois de
Janvier , mais encore celui de la nuit du 9.
au 10. du prefent mois de May ; que lors
du premier il étoit bien éveillé & avoit oui
diftinctement tout ce qui s'étoit paffé : que
comme alors il faifoit froid, il ne s'étoit pas
levé pour cette raisons mais que comme la
porte de fa chambre eft vis-à-vis fon lit &
tournée à peu près du côté du Parc d'Anfacq
, il avoit auffi bien entendu que s'il eût
été dans fa cour & dans le lieu même ; que
le bruit étoit fi grand & fi extraordinaire,
que quoiqu'il fut bien enfermé , il n'avoit
pas laiffé d'être effrayé , & de reffentir dans
toutes les parties de fon corps un certain frémiffements
enforte que fes cheveux s'étoient
hériffez. Qu'à la feconde fois étant endormi,
le même bruit l'ayant éveillé en furſaut , il
feroit levé fur le champ ; mais que tandis
qu'il s'habilloit,la Troupe Aërienne avoit en
Le
temps
de s'éloigner; enforte que quand il
fut dans fa cour , il ne l'avoit plus entendrë
que de loin & foiblement , que cependant
11. Vol.
il
Cij
2818 MERCURE DE FRANCE
il en avoit oui affez defon lit & de fa chambre,
pourjuger & reconnoîtrefenfiblement que
ce fecond évenement étoit femblable en toutes
manieres au premier & de même nature.
Interrogé , s'il ne pourroit pas nous
donner une idée plus claire de cet évenement
par la comparaifon de quelque chofe
à peu près femblable , & tirée de
l'ordre ordinaire de la Nature & du Commerce
du Monde ? A répondu de cette.
maniere.
Il n'eft pas , Monfieur , dit-il , que vous
nayez vu plufieurs fois des Foires oufrancs
Marchez vous avez , fans doute, remarqué
que dans ces fortes de lieux deux ou trois
mille perfonnes forment une espece de cabos
ou de confufion de voix d'hommes , de femmes
, de vieillards , de jeunes gens & d'enfans
, où celui qui l'entend d'un peu loin ne
peut abfolument rien comprendre , quoique
chaque Particulier qui fait partie de la confufion
, articule clairement & fe faffe entendre
à ceux avec lesquels il traite de fes affaires
& de fon Commerce . Imaginez- vous donc
être à la porte des Hales à Paris unjour de
grand Marché , ou dans les Sales du Palais
avant l'Audience ; ou enfin à la Foire faint
Germain fur le foir , lorsqu'elle eft remplie
d'un monde infini , n'entend-on pas dans
tous ces lieux, & principalement dans le dernier
un charivari épouvantable , ( ce font fes
II Vol. mêmes
DECEMBRE. 1730. 28 19
›
mêmes termes ) dans lequel on ne comprend
rien en general, quoique chacun en particulier
parle clairement & ſe faſſe diſtinctement entendre?
ajoûtez à tout cela lesfons des Violons ,
des Baffes , Hautbois , Trompettes , Flutes
Tambours & de tous les autres Inftrumens
dont on joue dans les Loges des Spectacles
& qui fe mêlent à cette confufion de voix ,
vous aurez une idée jufte & naturelle des
bruits que j'ai entendus & dans lesquels j'ai
remarqué diftinctement des voix humaines en
nombre prodigieux , auffi - bien que les fons
de differens Inftrumens . Après la lecture
de fa dépofition , a dit , juré & protesté
contenir verité & a figné à l'Original .
ans ,
Le même jour a comparu Alexis Allou ,
. Clerc de la Paroiffe d'Anfacq , âgé de 34.
lequel interrogé &c . a répondu :
...que la même nuit étant couché & endormi,
Sa femme qui ne dormoit pas auroit été frappée
d'un grand bruit , comme d'un nombre
-prodigieux de perfonnes de tout fexe , de tout
age ; que faifie de frayeur , elle auroit éveillé
ledit Allou , fon mari , & qu'alors le même
bruit continuant & augmentant toujours ,
ils auroient crû l'un & l'autre que le feu étoit
à quelque maifon de la Paroiffe , & que les
cris provenoient des habitans accourus an
Secours que lui Allou dans cette perſuaſion
fe feroit levé avec précipitation ; mais qu'étant
prêt à fortir , & avant d'ouvrir fa
II. Vol. Cij porte
2820 MERCURE DE FRANCÉ
porte il auroit entendu paſſer devant fa
maifon une multitude innombrable de perfonnes
, les unes pouffant des cris amers
( ce font fes termes ) les autres des cris de
joye , & parmi tout cela les fons de differens
inftrumens que cette multitude lui avoit femblé
fuivre le long de la rue jufqu'à l'Eglife ,
mais qu'alors unfriſſon l'ayant faifi , il n'auroit
pas ofé écouter plus long- tems , & auroit
étéfe recoucher auffi tôt pour fe raffurer auffi
bien que fa femme qui trembloit de frayeur
dans fon lit. Et a figné à l'original.
Ce 24. May 1730. a comparu Nicolas
de la Place , Laboureur , âgé d'environ
45. ans , demeurant audit Anfacq , lequel
a déclaré : que la nuit du 27 au 28. Janvier
n'étant point encore endormi , il auroit tout
à
coup entendu un bruit extraordinaire , é
que croyant qu'il feroit arrivé quelque accident
dans la Paroiffe , il fe ferait levé nud
en chemife , & qu'après avoir ouvert la porte
de fa chambre , il auroit oùi comme un nombre
prodigieux de perfonnes , de tout âge &
de toutfexe , qui paffoient devant fa maison,
fife proche l'Eglife , & au milieu du Village
, formant un bruit confus , mais éclatant,
de voix comme humaines , mêlées de differens
inftrumens ; qu'alors la crainte & le
froid l'auroient obligé de refermer promtement
fa porte & de fe remettre au lit , d'où
il auroit encore entendu le même bruit & les
II. Vol.
mêmes.
DECEMBRE. 1730. 2821
mêmes voix , comme fi elles euffent monté
la ruë , & paffé devant la Maifon Pres
biterale. Et a figné à l'original.
Le même jour ont comparu Nicolas
Portier , Laboureur , âgé de 25. ans , &
Antoine Le Roi , garçon Marchand Gantier
, âgé d'environ 34. ans , lefquels ont
déposé que ladite nuit & à la même heure
ils auroient entendu paffer le long de la ruë,
dite d'Enbaut , qui conduit à Clermont , &
entre notre Maiſon Presbiterale & la leur,
comme une foule de monde , de tout âge , de
tout fexe , dont une partie pouffoit des cris
affreux , les autres parlant tous ensemble ,
& articulant certain jargon inintelligible s
que le bruit étoit fi grand & fi affreux que
leurs chiens qui étoient couchés dans la
Cour pour lagarde de la maiſon, en avoient
été tellement effrayés , que fans pouffer un
feul aboyement ils s'étoient jettes à la porte
de la chambre de ladite maifon , la mordant
& la rongeant comme pour la forcer , l'ouvrir
& fe mettre à couvert , fuivant l'instinct
naturel de ces animaux. Et ont figné à l'original.
Ce z. Juin 1730. ont comparu Jean
Defcoulleurs , âgé de 40. ans , Jacques
Daim , Etienne Baudart , Chriſtophe Denis
Deftrés , Jean Beugnet , Paul le Roi ,
Jean Caron & un grand nombre d'autres
perfonnes des deux fexes , lefquels ont
II. Vol. Cilj tous
2822 MERCURE DE FRANCÉ
་
tous déclaré d'avoir bien entendu nonfeulement
le bruit aërien du 27 au 28.
Janvier , mais encore celui du 9 au 10.
dé May dernier , fe rapportant tous dans
les mêmes circonftances ; enforte qué
leur ayant fait lecture de toutes les dépofitions
ci-deffus , ont dit icelles contenir
verité , & ont figné l'Original , ceux
qui fçavent écrire , n'ayant pas jugé à
propos de prendre les marques de plus
de vingt perfonnes qui dépofent toutes
les mêmes chofes , mais qui ont declaré
ne fçavoir figner.
Nous fouffigné , Prêtre , Docteur en
Theologie , Curé de S. Lucien d'Anfacq',
Diocèfe de Beauvais , certifions que toutes
les dépofitions ci-deſſus fontfidelles , & telles
qu'on nous les a fournies ; qu'elles font fignées
enforme dans l'Original , & que cette
copie lui eft conforme en toutes fes parties ,
que nous n'avons ajouté ni rien changé dans
Fun & dans l'autre que l'arrangement &
la diction , ayant fcrupuleufement Suivi toutes
les circonftances qui nous ont été données.
Fait à Anfacq , ce 26. Octobre 1730. figné
TREUILLOT DE PTONCOURT , Curé
d'Anfacq.
›
REFLEXIONS.
Avant que de rendre publique cette Relation
, j'ai crû devoir la communiquer à
11. Vol. quelques
DECEMBRE. 1730. 2823
quelques perfonnes éclairées & d'érudition
de mes amis particuliers , leurs ſuffrages
m'ont paru néceffaires pour la rendre
plus autentique , s'agiffant fur tout
d'un évenement qui tient trop du merveilleux
, pour ne pas devenir le fujet
des railleries & du mépris des efprits
forts.
Je fuis bien aife d'avertir ces Meffieurs
que j'ai été jufqu'ici de leur nombre &
leur confrere fidele en ce genre feulement;
mais quoique je ne fois pas encore bien
réfolu de faire faux- bon à leur confrairie
, je les fupplie néanmoins de me permettre
de demeurer neutre entre leur
parti & celui des crédules , jufqu'à ce
que des gens de poids pour la fcience &
pour la pénetration ayent décidé du fait.
dont il s'agit , & m'ayent tiré de la perplexité
où je refterai jufqu'à leur jugement,
Les efprits forts ne peuvent me refuſer
qu'injuftement cette fufpenfion ; je ne
fçai pas bien s'il ne feroit pas auffi injufte
& auffi ridicule de traiter de vifionaires
tant de gens de probité , quoique de
la Campagne , qui conviennent tous du
même fait , que de croire legérement tout
ce que le vulgaire ignorant débite fi fouvent
des fabbats & des autres fottifes de
ce genre.
II. Vol. Cy Quoi
2824 MERCURE DE FRANCE
Quoiqu'il en foit , mes amis , bien loin
de me diffuader de donner au Public cette
relation , avec le procès verbal fait en
conféquence , m'ont prié , au contraire ,
non feulement de ne point héfiter à
le faire , mais d'y joindre encore une
deſcription Topographique du Village
d'Anfacq , afin de donner lieu à ceux
qui croirone pouvoir expliquer cet évenement
par des caufes naturelles d'exercer
toute leur Phyfique & leur Philofophie.
En effet , fi les Phénoménes extraor
dinaires qui ont paru dans l'air depuis
cinq ans ont tant exercé les beaux efprits
& ont fait la matiere de plufieurs affemblées
de Meffieurs de l'Académie des
Sciences , pourquoi un événement qui
tombe fous un autre fens , qui n'eft pas
moins réél , ni moins effentiel à l'homme
le fens de la vûë , ne meritera- t'if
que
pas autant l'attention & la curiofité des
mêmes Sçavans !
>
Tout le monde fçait que Phénoméne
eft un mot Grec, que l'on a francifé comme
beaucoup d'autres , parce qu'il ne fe
trouve point dans notre Langue de termes
d'une fignification affez énergique ,
pour exprimer feul & par lui -même les
objets qui paroiffent extraordinairement
dans l'air. Notre Langue ne nous fournit
II. Vol. pas
DECEMBRE. 1730. 2825
pas non plus d'expreffions pour défigner
fes bruits extraordinaires qui fe font , où
qui pourroient fe faire entendre. Mais.
comme ces derniers font bien moins communs
que les premiers , on ne s'eft point
encore avifé jufqu'ici de francifer un mot
Grec pour les exprimer.
; .
L'évenement dont il s'agit , ne pourroit
il donc pas m'autorifer à le faire moimême
? & de même qu'il a plû à nos
Anciens d'appeller , Phénoménes , les
objets extraordinaires qui paroiffent dans
l'air ne pourroit-on pas , par la même
raifon , défigner le bruit étonnant & prodigieux
qui vient de fe faire entendre par
ce mot , Akoufméne , ou pour parler plus
regulierement Grec en François , Akousmate
? Le premier fignifie une chofe qui
paroît extraordinairement ; le fecond fi
gnifiera une chofe qui fe fait entendre
extraordinairement
.
Ce principe établi , je prétens que fi les
Phénoménes font du reffort de la curio
fité des Sçavans , les Akoufmates , ne le
font pas moins , fuppofé leur réalité . Or,
on ne peut guere douter de celui - ci : trop
de gens
raifonnables en font le rapport ,
& s'accordent trop dans les mêmes circonftances
, pour n'y pas ajouter foi .
On me dira peut être ,qu'il y a une grande
difference pour l'autenticité entre les Phe-
II. Vol. Cavi no
2826 MERCURE DE FRANCE
noménes & mes prétendus Akoufmates :
que lorfque les premiers paroiffent , tous
les hommes qui ont le même horiſon naturel
& même rationel , peuvent les appercevoir;
au lieu que les feconds , fuppofé
leur réalité , ne peuvent être entendus
que de peu de perfonnes , & de celles feulement
qui en font à portée & qui demeurent
dans le même lieu où ces Akoufmates arrivent.
Que par confequent un Phénoméne
qui eft apperçu par tous les Sunorifontaux ,
emporte avec foi une autenticité bien
plus grande , qu'un Akoufmate qui ne peut
être entendu que par un petit nombre de
particuliers habitans d'un même lieu.
A cela je répons : que la Sphère d'activité
de la vûë étant bien plus étenduë
que celle de l'oüie , les Phénoménes & les
Akoufmates , ne requiérent pas le même
nombre de témoins pour les rendre autentiques
: que les premiers pouvant être apperçus
de tous les Sunorifontaux , il eſt
neceffaire que le plus grand nombre des
hommes qui habitent l'horifon fur lequel
un Phénoméne paroît , en rende témoignage
; au lieu que pour les feconds , il .
fuffit , ce me femble , qu'il ayent été entendus
par la plus grande & la plus faine
partie des habitans d'un même lieu , &
renfermés dans la Sphère d'activité de
l'oüie.
II. Vol.
Mais
DECEMBRE. 1730. 2827
le
Mais pour rendre le fait dont il s'agit
plus autentique encore , il fuffit de remarquer
que le fens de la vûë eft ordinairement
plus fujet à l'erreur & à l'illuſion ,
le fens de l'oüie . Il n'y a pour
que
prouver qu'à fe reffouvenir de toutes les
extravagances qui ſe débiterent à l'occafion
des derniers Phénoménes & fur tout
de celui du mois d'Octobre 1726.Combien
de gens cturent voir au milieu de l'efpece
de Dôme de feu qui parut alors , les uns
une Colombe ou S. Efprit , les autres un
Ange , un Autel , un Dragon , &c . toutes
chofes qui n'avoient de réalité que
dans leur imagination frappée , ou dans
leurs yeux fatigués & éblouis ?
Mais ici où il ne s'agit que du fens de
l'oiie , tant de gens raifonnables ont ils
pû fe tromper fi groffiérement , que de
s'imaginer entendre quelque chofe lorfqu'il
n'entendoient rien ? Un prétendu
bruit épouventable dans l'air qui n'auroit
confifté qu'en quelques hurlemens de
Loups fur la terre ? Une multitude infinie
de voix comme humaines mêlées de
differens fons d'inftrumens, qui n'auroient
été que des cris d'Oyes ou de Canards
Sauvages . Des perfonnes à dix pas du
lieu où fe paffoit ce charivari , des perfonnes
en voyages qui font arrêtées par
cet accident , & qui difent les avoir en-
II. Vol.
tendu
2828 MERCURE DE FRANCE
tendu finir par des éclats de rire de toute
efpece , tandis que d'autres pouffoient
des cris horribles ? Seroit-il poffible que
tant d'oreilles euffent été enchantées
pour ainfi dire , pour croire entendre ce
qu'elles n'entendoient pas ? C'eft ce que
je ne fçaurois jamais m'imaginer . Je ne
veux néanmoins m'attacher à aucun fentiment
, qu'autant qu'il fera celui de perfonnes
plus habiles que moi.
Defcription du Village.
ANacq cft fitué dans un Vallonformé par
deux Coteaux ou Montagnes , entre Clermont
en Bauvoifis au Nord - Eft , & le Bourg de
Mouy au Sud - Oueft. A peu près à la même diftance
de l'un & de l'autre; trois Gorges fort étroites
, l'une au Nord- Eft , celle du milieu au Nord,
& la troifiéme au Nord - Oueft , font comme les
racines du principal Vallon , forment une espéce
de patte d'Oye, & fe rapprochant, viennent le réünir
à un quart de lieuë d'Anfacq...
Sur la hauteur environ à fix cens pas communs
de la naiffance de ces Gorges ,, eft le commencement
de la Forêt de Haye , dite communément
la Forêt de la Neuville. La Seigneurie du
Pleffier Bilbault , de la Paroiffe d'Anfacq , eft fi
tuée proche la liziere de ladite Forêt , à 400. pas
ou environ de la naiffance de la Gorge du milieu
ou de celle du Nord..
Le Village commence du côté de Clermont
au Nord - Eft , par une rue affés longue , bâtie le
long de la côte Orientale , fur une douce pente,
& vient fe terminer à l'Eglife , dont le principal
II. Vol.
Portail
DECEMBRE . 1730. 2829'
Portail fait face du côté du Couchant , à une Pla
ce bordée de maiſons de part & d'autre , & terminée
par un petit ruiffeau , au delà duquel d'autres
maifons font face au Portail.
De l'Eglife , une autre rue conduit jufqu'aux
murs du Parc vers le Sud- Qüeft : & c'eft au bout
de cette rue , & en dedans du Parc , que les bruits
furprenans dont-il eft ici question , commencent
& le font entendre ordinairement. C'eft auffi audeffus
de l'extrémité de cette ruë , & vers les mêmes
murs , que Charles & François Defcoulleurs,
étoient placés , lorfqu'en revenant de Senlis , ils
furent obligés de s'arrêter , à caufe de ce bruit
étonnant.
>
On fe fouviendra encore de ce qui eft dit dans
la dépofition defdits Defcoulleurs , que deux cris
affreux furent comme le prélude de la confufion
qu'ils entendirent immédiatement après. Le premier
fe fit entendre du fond d'une des Gorges
qui fervent de racines au principal Vallon ,,
c'eft à dire , de la troifiéme qui eft vers le Nord-
Oueft , le fecond cris répondit au premier dans
le Parc , au bout de la rue même dont je viens
de parler , & à quinze ou viage pas de l'endroit
ou lefdits Defcoulleurs étoient. Le Vallon d'Anfacq
ainfi formé , comme je l'ai dit , par la jonc
tion des trois Gorges , continue à peu près de la
même largeur jufqu'au Parc & au Château , éloi
gné du Village environ de huit cent pas.
Le Parc qui peut contenir quatre cens arpens,.
eft un grand quarré long , dont la partie Orien
tale forme dans toute fa longueur du Nord au
Sad un Amphithéatre , ou deux grandes Terraffes
l'une far l'autre qui emportent environ la
moitié de fa largeur , & font ombragées par tout:
d'une petite fotaye de chênes , & en quelques ens
droits de buiffons épais & forts.
11. Vol.
Ꮮ e
2830 MERCURE DE FRANCE
Le Château d'un gout antique avec Tours &
Tourelles eft fitué à cent pas du pied de l'Amphithéatre
, entre deux Cours , dont celle d'entrée
& la principale , regarde le Couchant , l'autre
F'Orient , l'une & l'autre environnées de bâtimens
pour la commodité d'un Laboureur.
Prés du Château on trouve trois Jardins
entourés de Murs , lefquels coupant aflez bifarrement
l'endroit du Parc où ils font placés , forment
trois quarrés & differentes efpeces de chemins
couverts qui les féparent l'un de l'autre , &
conduifent à differentes portes , tant pour entrer
dans la principale Cour que pour ſortir du Parc ;
tout le refte confifte en pâturages , Aulnois ,
plans de faules & Arbres fruitiers.
>
De l'extrémité du Parc , du côté du Sud - Oueſt;
le Vallon continuë pendant une demie lieuë , &
va enfin fe rendre dans la grande Vallée de
Mouy. Il eft partagé dans toute fa longueur par
un petit Ruiffeau , formé par plufieurs fources
qui fortent du pied de la Montagne d'où naiffent
les trois Gorges. Ce Ruiffeau ombragé par
tout de bois aquatiques comme Saules , Peupliers
, Aulnes &c. vient paffer au- deffous des
Jardins de la rue de Clermont , bâtie , comme
je l'ai déja dit , fur la pente de la côte Orientale,
entre enfuite dans le Village par l'extrémité de
la Place qui fait face à l'Eglife , & continuant
fon cours vers le Sud - Oueft , il va fe rendre dans
le Parc ; delà toujours en ferpentant il va arrofer
le principal Jardin , d'où il tombe par une
efpece de petite Caſcade dans les foffez du Châ
teau qu'il parcourt fans les remplir , parceque
les digues en font rompues. Il fort enfuite des
foffez & de la grande Cour pour rentrer dans
l'autre partie du Parc , & cotoyant le pied de
PAmphithéatre il en reffort par le Sud- Ouest, &
II. Vol. va
DECEMBRE. 1730. 2831
a former à fix cens pas delà un petit étang
pour faire moudre un Moulin . En fortant du
Moulin , il fe recourbe un peu vers le Sud ou
Midi , & après une demie lieuë du refte de fon
cours il va fe rendre dans la grande Vallée , &
fe décharger dans la petite Riviere du Terrin ,
entre Mouy & Bury. Le Vallon d'Anfacq depuis
fes racines jufqu'à l'endroit où il fe rend
dans la grande Vallée peut avoir dans toute fa
longueur 3000. pas géometriques, ou une grande
lieuë de France.
༥༤ ་
Outre les trois Gorges dont j'ai parlé, il fe trouve
encore dans toute cette étendue pluſieurs cavées
ou chemins creux de part & d'autre qui
conduisent en differens endroits fur les deux coteaux
oppofés dont le Vallon eft formé.
Il faut obferver que dans toute la longueur da
Vallon il ne fe trouve point d'échos confiderables
qui fe renvoyant les fons les uns aux autres
puiffent fervir de fondement au fentiment de
ceux qui voudroient attribuer les bruits en queftion
à ces cauſes ordinaires & naturelles . C'eft
ce dont j'ai voulu moi - même faire l'experience
pendant une belle nuit & un tems calme , en fai
Tant marcher en même tems que moi plufieurs
perfonnes tant fur les côteaux que dans la Vallée,
& en les faifant crier de tems en tems. J'entêndis
bien les voix de plus de quinze perfonnes ,
hommes & petits garçons qui s'acquiterent parfaitement
de la commiffion que je leur avois donnée
, en criant quelquefois de toutes leurs forces ,
& en parlant de tems en tems , & tous enſemble
à voix haute ; mais cette experience ne produifit
rien qui pût m'éclaircir ; les principaux témoins
de notre prodige que j'avois avec moi , ne
convinrent jamais que ces voix en approchaffent,
& lui reffemblaffent en la moindre circonftance.
II Fol. Il
2832 MERCURE DE FRANCE
Il est vrai , me dirent -ils , que dans le Sabbat
que nous avons entendu , ( ce font leurs mêmes
termes ) il y avoit à peu près des voix ſemblables
mais en bien plus grand nombre , & qui formoient
une confufion horrible de cris lugubres ,
de cris de joye & de fons d'Inftrumens.Celles - cy,
continuoient- ils , font difperfées & à terre, aulieu
que les autres étoient toutes raffemblées , & la
plus grande partie dans l'Air ; nous entendons le
langage de ceux- cy , mais nous ne comprîmes
jamais rien dans le jargon des autres . Et d'ailleurs
quand ce que nous entendons actuellement approcheroit
en quelque forte de ce que nous avons
entendu;quelle apparence qu'un nombre fi prodigieux
de monde fe fût affemblé dans le Pare
d'Anfacq? Il auroit donc fallu pour cela que tous
les habitans , hommes , femmes , enfans & Menetriers
de tous les Villages à deux lieues à la
ronde , euffent formé ce complot ; & à quel ufa
ge : Les uns pour crier , chanter & rire ? Les autres
pour pleurer , fe plaindre & gémir ? Tel fue
le fruit de mon experience : une plus grande in→
certitude.
ADDITION
Le 31. Octobre dernier , veille de la Touffaint,
le même bruit fe fit entendre au- deffus du Parc
d'Anfacq , entre 9. & 10. heures du ſoir ; il fut fi
épouventable , que non- feulement une partie du
Village l'entendit , mais que des moutons parquez
auprés delà en furent fi effrayez , qu'ils forcerent
le Parc & fe répandirent par la Campagne , enforte
que le Berger fut obligé d'aller chercher
quelques Payfans des environs pour l'aider à raſfembler
fon Troupeau. La femme de ce même
Berger couchée avec lui dans fa Cabane , en fut
fépouventée qu'elle en eft tombée malade.
II. Vol. Comme
DECEMBRE. 1730. 283 3°
Comme j'avois ordonné qu'on m'avertit en
cas que ce même bruit fe fit entendre de nouveau,
on ne manqua pas de courir chez moi dans le
moment , mais ma maiſon étant un peu éloignée
du Parc d'Anfacq , quelque diligence que je puffe
faire pour me rendre fur le lieu , j'y arrivai trop
tard & ne puis rien entendre. J'ay chargé une
perfonne de veiller pendant tout l'hyver jufqu'à
minuit , afin de pouvoir être averti s'il arrivoit
que ce bruit fe fit encore entendre.
y
Ayant communiqué à plufieurs de mes amis ce
ce qui s'eft paffé dans ma Paroiffe ; un d'entre'
eux, homme de Lettres, & ayant une Charge dans
la Justice de Clermont en Beauvoifis , me dit qu'il
avoit quinze ans que paffant la nuit par le Village
d'Anfacq pour s'en retourner à Clermont
étant feul à cheval à quelque diftance dudit Vilge
, il entendit un bruit fi épouventable en l'Air
& fi prés de lui , qu'il en fut tranfi de frayeur . Il
fe jetta à bas de fon cheval & fe mit à genoux
en prieres jufques à ce que ce bruit fut paffé ,
aprés quoi il continua fon chemin. Arrivé chez
lui il eut honte de fa peur & n'oſa jamais ſe
vanter de ce qui lui étoit arrivé , de peur qu'on
ne le prêt pour un vifionaire , mais que puifque
cette avanture devenoit fi fréquente , il avoüoit
fans peine ce qu'il lui étoit arrivé.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Treüillot de Ptoncour, Curé d'Ansacq, à Madame la Princesse de Conty, troisiéme Doüairiere, & Relation d'un Phénomene très extraordinaire, &c.
En décembre 1730, le curé Treüillot de Ptoncour adresse une lettre à Madame la Princesse de Conty pour relater un phénomène extraordinaire survenu dans la paroisse d'Anfacq, près de Clermont-en-Beauvaisis. La nuit du 27 au 28 janvier 1730, plusieurs habitants ont entendu des voix humaines dans l'air, exprimant divers sentiments tels que la joie ou la tristesse. Le curé, initialement sceptique, a interrogé plusieurs témoins, dont deux laboureurs respectés, qui ont confirmé avoir entendu ces bruits. Les témoignages étaient cohérents et les témoins n'ont montré aucun signe de tromperie ou de contradiction. Le phénomène s'est répété la nuit du 9 au 10 mai 1730, incitant le curé à documenter les dépositions des témoins. Parmi les témoins, Charles Descouleurs et son frère François ont déclaré avoir entendu des éclats de rire provenant de centaines de personnes, imitant ceux des vieillards et des jeunes. Louis Duchemin et Patrice Touilly ont également entendu ces bruits en se rendant à Beauvais. Claude Descouleurs a mentionné avoir entendu des bruits similaires en janvier et en mai. Alexis Allou, Nicolas de la Place, Nicolas Portier et Antoine Le Roi ont tous décrit des bruits confus de voix humaines et d'instruments de musique. Le curé de Saint-Lucien d'Anfacq a certifié la fidélité des dépositions. Le texte discute également de la curiosité scientifique suscitée par les phénomènes aériens et propose d'étendre cette curiosité aux bruits extraordinaires, suggérant le terme 'Akoufmates' pour les désigner. L'auteur souligne que, bien que les phénomènes visuels soient plus facilement observables, les Akoufmates, bien que moins communs, méritent également l'attention des savants. Les témoignages sur ces bruits sont nombreux et concordants, rendant leur réalité difficile à nier. Le village d'Anfacq est situé dans un vallon formé par deux coteaux, entre Clermont et Mouy. Les bruits se manifestent principalement dans le parc et sont décrits comme une confusion de cris et de sons d'instruments. Une expérience personnelle visant à vérifier la présence d'échos naturels n'a pas abouti, renforçant ainsi le mystère des Akoufmates. Un incident récent rapporte que les bruits ont effrayé des moutons et une bergère, illustrant l'impact réel de ces phénomènes. L'auteur mentionne avoir entendu un bruit mystérieux près du Parc d'Anfacq et avoir chargé une personne de surveiller jusqu'à minuit durant l'hiver. Un ami, fonctionnaire à Clermont en Beauvoisis, révèle avoir entendu un bruit épouvantable quinze ans auparavant près du village d'Anfacq, alors qu'il passait à cheval. Terrifié, il tomba de son cheval et pria jusqu'à ce que le bruit cesse. Face à la fréquence croissante de tels événements, il avoue enfin ce qui lui est arrivé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 333-337
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Bourgogne à M. D. L. R. le 4. Fevrier 1731. contenant quelques Reflexions sur l'Akousmate d'Ansacq, dont il est parlé dans le second Volume du Mercure de Decembre dernier.
Début :
Les deux dernieres Lettres dont vous m'avez honoré contenoient [...]
Mots clefs :
Phénomènes, Musique diabolique, Acousmate, Ansacq, Miraculeux, Démons, Surnaturel, Prodige
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Bourgogne à M. D. L. R. le 4. Fevrier 1731. contenant quelques Reflexions sur l'Akousmate d'Ansacq, dont il est parlé dans le second Volume du Mercure de Decembre dernier.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Bourgogne
à M.D.L. R. le 4. Fevrier 1731 .
contenant quelquesReflexions sur l'Akousmate
d'Ansacq , dont il est parlé dans le
second Volume du Mercure de Décembre
dernier.
Es deux dernieres Lettres dont vous
LESm'avez honoré contenoient chacune
une preuve , que vous avez fait , des
diligences sur ce que je souhaitois sçavoir
touchant S. Pelerin. Votre ami de Caën a
fort bien pris la chose , aussi est- ce l'ordinaire
des Medecins de raisonner ainsi sur
les faits miraculeux , mais il est étonnant
que le nom reste à ce lieu , et que le culte du
Saint se trouve dans l'oubli , et son image
negligée ; le Curé de la Paroisse est bien
neuf dans l'Antiquité , il n'est peut- être
pas le seul dans ces Cantons là. Je voulois
seulement sçavoir si c'étoit S. Pelerin
premier Evêque d'Auxerre , qui avoit
donné le nom au lieu . Cela se trouve aine
si ; j'y aurai égard en tems et lieu.
Le Mercure de Decembre , second Volume
, est bien plein de Phénomenes ; ce
lui de l'ouie m'a parû tout à fait surpre
nant ; toute la nuit je n'ai fait rêver
que
là- dessus ; je croyois toujours être à Ansacq
, et que j'allois entendre cette diabolique
musique. Je crois avoir passé dans
ce
334 MERCURE DE FRANCE
ce Village en venant un jour de Clermont
à Senlis , ou en allant de Senlis à
Beauvais ; mais j'ignorois cette particularité
ch qui pouvoit la connoîcre
puisque le Curé même qui a dressé la
Relation n'en sçavoit rien ? Je ne me souviens
pas d'avoir rien lû de semblable
dans aucune Chronique. Il faudroit cependant
consulter les fragmens qu'on
peut avoir de la Chronique d'Helinand.
Moine de Froidmont ; j'ai quelque idée
d'avoir lû quelque chose d'étonnant et
d'effrayant dans un de ces fragmens ; mais
je ne saurois me ressouvenir en quel Livre.
Froidmont doit être , je pense , à deux
ou trois lieuës d'Ansacq ; si c'est un effet
Physique , cela ne doit pas être nouveau,
et doit être , au contraire , arrivé dans les
siecles précedens . Vous avez M. d'Auvergne
à Beauvais , qui pourroit rechercher
ces morceaux d'Helinand ; il en est tréscapable
, s'il veut bien s'en donner la
peine. Je vous avois aussi prié autrefois
de sçavoir par lui ce que c'est que Saint
Nerlin , Patron du Prieuré de la Tour du
Lay , en Beauvaisis , en quel jour on en
fait la Fête , et qui on croit qu'il étoit ;
je vous en rafraîchis la mémoire , afin
d'essayer de le sçavoir si on peut; M. Chastelain
n'a pas connu ce Saint. Pour moi ,
je crois que si le tintamare aërien s'est
fait
FEVRIER. 1731. 335
fait entendre autrefois , il faut en attribuer
la cause à quelques dispositions de
Fair qui sont particulieres en ce Pays là.
La Relation où le Procés verbal du Curé
est une Piéce très curieuse ...
Plus je refléchis sur cette histoire , plus
je la trouve extraordinaire. Un Religieuz
de S. Jean de Lone , en Bourgogne , m'a
dit qu'il y a 18. ou 19. ans qu'on entendit
dans les environs de cette Ville là un
mugissement pendant environ un quart
d'heure en Eté durant plusieurs jours ,
bien different de celui du tonnerre , ett
u'on crût ( le Peuple ) que c'étoit la fin
du monde .
Un jeune homme de 18. ans , Catho
lique , natif du Village d'Infergnac , au
Païs des Suisses , à trois lieuës de Grueres,
me dit hier que dans son Village , il y a
eu deux ans au mois d'Août dernier , on
entendit la nuit les mêmes choses qu'à
Ansacq , et aussi long tems , à la diffe
rence cependant que outre la confusion.
de voix de toute espece et d'instrumens
on y distingua fort bien des aboyemens
de chiens , et que la peur fut si grande
même parmi les animaux qui étoient en
Campagne , et qui fournissent le lait pour
les fromages de ces Païs là , qu'ils prirent
tous la fuite , de sorte que le lendemain
il fallut aller de tous côtés les chercher :
les
336 MERCURE DE FRANCE.
les gens du Païs appellerent cela le Sabat,
et crurent que c'étoit une bande de sorciers
voilà un préjugé dont il sera bien
difficile de les faire revenir . Pour moi
je croirois volontiers qu'il n'y a poinɛ
d'explication Physique à chercher en tout
cela , et je pense que comme S. Paul assure
que l'air est rempli de démons , ils
peuvent fort bien s'atrouper de tems en
tems pour faire ce carillon , sans qu'aucun
homme soit de leur bande. Je ne crois pas
tout ce qu'on dit des sorciers , ce sont
des imaginations et des rêves qu'on débite
ordinairement à leur sujet ; mais je
crois plutôt qu'il y a des diables dans l'air,
et comme l'Ecriture les appelle souvent
Princes de tenebres , voilà pourquoi de nos
jours leurs Concerts se trouvent encore arriver
la nuit. Dieu permet peut-être la réalité
du fait d'Ansacq pour obliger les Philosophes
de convenir qu'il y a des esprits
aëriens , conformément à ce qu'en dit l'Apôtre
, et à ne pas nier l'existence des démons,
comme il n'y a que trop de libertins
qui la combattent. J'attends une explication
Physique de ce prodige par quelqu'un
de ceux qui croyent difficilement les choses.
spirituelles ; elle sera curieuse , sans doute :
ne pourrions- nous pas l'attendre , et même
l'exiger de M. Capperon ? qui recherche
avec autant d'attention que de succès
tout
FEVRIER. 1731. 337
1
tout ce qui a rapport à une certaine Physique
un peu singuliere. Au reste , ce qui
me surprend , c'est que ces sortes de musiques
diaboliques ne s'entendent point
dans les Villes , il y auroit bien plus da
témoins pour les attester & c.
à M.D.L. R. le 4. Fevrier 1731 .
contenant quelquesReflexions sur l'Akousmate
d'Ansacq , dont il est parlé dans le
second Volume du Mercure de Décembre
dernier.
Es deux dernieres Lettres dont vous
LESm'avez honoré contenoient chacune
une preuve , que vous avez fait , des
diligences sur ce que je souhaitois sçavoir
touchant S. Pelerin. Votre ami de Caën a
fort bien pris la chose , aussi est- ce l'ordinaire
des Medecins de raisonner ainsi sur
les faits miraculeux , mais il est étonnant
que le nom reste à ce lieu , et que le culte du
Saint se trouve dans l'oubli , et son image
negligée ; le Curé de la Paroisse est bien
neuf dans l'Antiquité , il n'est peut- être
pas le seul dans ces Cantons là. Je voulois
seulement sçavoir si c'étoit S. Pelerin
premier Evêque d'Auxerre , qui avoit
donné le nom au lieu . Cela se trouve aine
si ; j'y aurai égard en tems et lieu.
Le Mercure de Decembre , second Volume
, est bien plein de Phénomenes ; ce
lui de l'ouie m'a parû tout à fait surpre
nant ; toute la nuit je n'ai fait rêver
que
là- dessus ; je croyois toujours être à Ansacq
, et que j'allois entendre cette diabolique
musique. Je crois avoir passé dans
ce
334 MERCURE DE FRANCE
ce Village en venant un jour de Clermont
à Senlis , ou en allant de Senlis à
Beauvais ; mais j'ignorois cette particularité
ch qui pouvoit la connoîcre
puisque le Curé même qui a dressé la
Relation n'en sçavoit rien ? Je ne me souviens
pas d'avoir rien lû de semblable
dans aucune Chronique. Il faudroit cependant
consulter les fragmens qu'on
peut avoir de la Chronique d'Helinand.
Moine de Froidmont ; j'ai quelque idée
d'avoir lû quelque chose d'étonnant et
d'effrayant dans un de ces fragmens ; mais
je ne saurois me ressouvenir en quel Livre.
Froidmont doit être , je pense , à deux
ou trois lieuës d'Ansacq ; si c'est un effet
Physique , cela ne doit pas être nouveau,
et doit être , au contraire , arrivé dans les
siecles précedens . Vous avez M. d'Auvergne
à Beauvais , qui pourroit rechercher
ces morceaux d'Helinand ; il en est tréscapable
, s'il veut bien s'en donner la
peine. Je vous avois aussi prié autrefois
de sçavoir par lui ce que c'est que Saint
Nerlin , Patron du Prieuré de la Tour du
Lay , en Beauvaisis , en quel jour on en
fait la Fête , et qui on croit qu'il étoit ;
je vous en rafraîchis la mémoire , afin
d'essayer de le sçavoir si on peut; M. Chastelain
n'a pas connu ce Saint. Pour moi ,
je crois que si le tintamare aërien s'est
fait
FEVRIER. 1731. 335
fait entendre autrefois , il faut en attribuer
la cause à quelques dispositions de
Fair qui sont particulieres en ce Pays là.
La Relation où le Procés verbal du Curé
est une Piéce très curieuse ...
Plus je refléchis sur cette histoire , plus
je la trouve extraordinaire. Un Religieuz
de S. Jean de Lone , en Bourgogne , m'a
dit qu'il y a 18. ou 19. ans qu'on entendit
dans les environs de cette Ville là un
mugissement pendant environ un quart
d'heure en Eté durant plusieurs jours ,
bien different de celui du tonnerre , ett
u'on crût ( le Peuple ) que c'étoit la fin
du monde .
Un jeune homme de 18. ans , Catho
lique , natif du Village d'Infergnac , au
Païs des Suisses , à trois lieuës de Grueres,
me dit hier que dans son Village , il y a
eu deux ans au mois d'Août dernier , on
entendit la nuit les mêmes choses qu'à
Ansacq , et aussi long tems , à la diffe
rence cependant que outre la confusion.
de voix de toute espece et d'instrumens
on y distingua fort bien des aboyemens
de chiens , et que la peur fut si grande
même parmi les animaux qui étoient en
Campagne , et qui fournissent le lait pour
les fromages de ces Païs là , qu'ils prirent
tous la fuite , de sorte que le lendemain
il fallut aller de tous côtés les chercher :
les
336 MERCURE DE FRANCE.
les gens du Païs appellerent cela le Sabat,
et crurent que c'étoit une bande de sorciers
voilà un préjugé dont il sera bien
difficile de les faire revenir . Pour moi
je croirois volontiers qu'il n'y a poinɛ
d'explication Physique à chercher en tout
cela , et je pense que comme S. Paul assure
que l'air est rempli de démons , ils
peuvent fort bien s'atrouper de tems en
tems pour faire ce carillon , sans qu'aucun
homme soit de leur bande. Je ne crois pas
tout ce qu'on dit des sorciers , ce sont
des imaginations et des rêves qu'on débite
ordinairement à leur sujet ; mais je
crois plutôt qu'il y a des diables dans l'air,
et comme l'Ecriture les appelle souvent
Princes de tenebres , voilà pourquoi de nos
jours leurs Concerts se trouvent encore arriver
la nuit. Dieu permet peut-être la réalité
du fait d'Ansacq pour obliger les Philosophes
de convenir qu'il y a des esprits
aëriens , conformément à ce qu'en dit l'Apôtre
, et à ne pas nier l'existence des démons,
comme il n'y a que trop de libertins
qui la combattent. J'attends une explication
Physique de ce prodige par quelqu'un
de ceux qui croyent difficilement les choses.
spirituelles ; elle sera curieuse , sans doute :
ne pourrions- nous pas l'attendre , et même
l'exiger de M. Capperon ? qui recherche
avec autant d'attention que de succès
tout
FEVRIER. 1731. 337
1
tout ce qui a rapport à une certaine Physique
un peu singuliere. Au reste , ce qui
me surprend , c'est que ces sortes de musiques
diaboliques ne s'entendent point
dans les Villes , il y auroit bien plus da
témoins pour les attester & c.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Bourgogne à M. D. L. R. le 4. Fevrier 1731. contenant quelques Reflexions sur l'Akousmate d'Ansacq, dont il est parlé dans le second Volume du Mercure de Decembre dernier.
Dans une lettre datée du 4 février 1731, l'auteur aborde l'Akousmate d'Ansacq, un phénomène décrit dans le second volume du Mercure de Décembre. Il exprime sa surprise face à l'oubli du culte de Saint Pelerin, malgré les efforts déployés pour recueillir des informations. L'auteur mentionne des phénomènes similaires observés en Bourgogne et en Suisse, où des bruits mystérieux ont été interprétés comme des signes surnaturels. L'auteur envisage plusieurs explications possibles pour ces phénomènes, notamment des 'dispositions de l'air' ou l'intervention de démons, en accord avec les croyances de l'époque. Il espère obtenir une explication physique de ces prodiges et suggère de consulter des sources historiques, telles que les fragments de la Chronique d'Helinand, pour mieux comprendre ces événements. Il cite également des figures locales, comme M. d'Auvergne à Beauvais, qui pourraient aider à rechercher ces informations. Enfin, l'auteur s'étonne que ces phénomènes ne se produisent pas dans les villes, où il y aurait davantage de témoins.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1731-1747
DÉFENSE du Cartésianisme, par M. le Gendre de S. Aubin ; contre les accusations des Docteurs Cudwort et Ray.
Début :
Un zèle indiscret est souvent l'occasion d'un scandale ; c'est l'idée qu'on [...]
Mots clefs :
Dieu, Cause, Sagesse, Mécanisme, Ray, Création, Physique, Mouvement, Nature, Lois, Corps, Causes, Principes, Cartésianisme, Descartes, Philosophie, Système, Phénomènes
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texteReconnaissance textuelle : DÉFENSE du Cartésianisme, par M. le Gendre de S. Aubin ; contre les accusations des Docteurs Cudwort et Ray.
DEFENSE du Cartesianisme, par M. le
Gendre de S. Aubin ; contre les accusations
des Docteurs Cudwort et Ray.
UN
N zéle indiscret est souvent l'occasion
d'un scandale;c'est l'idée qu'on
doit se former des accufations intentées
par les Docteurs Cudwort et Ray , contre
le Cartesianisme. Elles sont contenuës
dans un Livre Anglois , intitulé : L'Existenca
" 1732 MERCURE DE FRANCE
sence et la Sagesse de Dieu, manifestées dans
les Oeuvres de la Création ; par le sieur
Ray,Membre de la Société Royale. La Traduction
Françoise , imprimée à Utrecht,
en 1723. se débite depuis peu à Paris.
On est étonné qu'un Philosophe , qui
écrit uniquement en vûë de manifester la
Sagesse de Dieu dans la Création, débute,
page 5. par approuver un sentiment qu'il
atribue à des Philosophes judicieux ; sçavoir
, que plus les genres , ou les ordres
des Etres sont imparfaits , plus les especes
en sont nombreuses . Est- ce là un
préambule convenable à un Panégyriste
de la Sagesse de Dieu dans la Création ?
Ne devoit il pas plutôt dire que ce qui
paroît imparfait aux vues bornées de notre
entendement , a son utilité et sa destination
dans les Décrets éternels de la Providence
? Ce seroit là un beau champ
pour les Cartésiens qu'il attaque d'une
maniere outrageante ; ne pourroient- ils
pas le traiter de prévaricateur dans une
cause si évidente , et qu'il soutient si
mal ?
Pour faire éclater , dit il , page 12. la
grandeur et l'étendue infinie de l'esprit
de Dieu , il observe que rien ne marque
davantage la supériorité du génie , que
d'inventer des Machines differentes , qui
pros
AOU'ST. 1733. 1733
E
4
€
>
produisent le même effet , et soient destinées
aux mêmes fins . Mais suivant les notions
les plus saines et les plus communes ,
rien ne marque davantage la sagesse
de
l'ouvrier que le Méchanisme le plus simple
et le moins chargé de ressorts . C'est donc
sur une sorte de Méchanisme qu'il fonde
la sagesse de Dieu dans la Création, mais
sur un Mechanisme de détail , qu'il présente
à la pensée , d'une maniere aussi
basse , que celui des Cartésiens est sublime.
Quoique le sieur Ray tâche de décrier
le Cartesianisme sans ménagement, il établit
, pages 2 et 3. comme le sentiment le
plus universellement
reçu , tout ce que
cette Philosophie dans sa nouveauté parut
avoir de plus difficile à concilier avec la
Religion ; sçavoir, l Hypothèse des Tourbillons
, suivant laquelle chaque Etoile ,
pour me servir des propres termes du
Traducteur , est un Soleil ou un Corps
semblable à cet astre , environné de même
d'un Choeur de Planetes , qui tournent
autour de lui. Il avance de plus , qu'il
n'y a aucune de ces Planétes qui ne soit
remplie, selon toutes les apparences , d'une
grande variété de créatures corporelles ,
animées et inanimées . Personne n'ignore
que cette partie de la Physique nouvelle
fut
1734 MERCURE DE FRANCE
fut exposée à la censure , et allarma quelques
personnes pieuses , qui trouvoient
ce systême peu conforme à ce qui nous
cst enseigné sur la Création dans la Genése
; mais il a été reçu depuis comme
une hypothese , sur laquelle on écrit et
on dispute publiquement , et il y a longtemps
que tous les scrupules sont levez à
cet égard.
A la maniére dont le S Ray fait connoître
quels sont les principes de sa Phylosophie
, qui ne le prendroit pour un
Cartésien ? Sectateur de cette Physique ,
il va néanmoins lui imputer les intentions
les plus criminelles. » Il semble
» dit-il, pag. 28.qu'il soit necessaire d'exa-
>> miner un peu les principes d'une Secte
» de Déïstes de profession; j'entends celle
» de Descartes et de ses Disciples , qui
» ont pour but d'éluder et de détruire un
» argument qui a eu tant de force dans
» tous les siècles , pour prouver l'exis-
» tence d'un Dieu . Le premier grief d'une
accusation si grave , est que Descartes
exclud de la Physique toute la considération
des causes finales . Le Sr Ray cite ,
pages 29 et 30. les Passages des Méditations
Métaphysiques , des principes de
Philosophie , et de la quatrième Réponse
aux Objections de Gassendi , où Descartes
dit
AOUST. 1733 1735
1
dit
que toutes
les causes
qu'on
a accoutumé
de tirer
de la fin , ne sont
d'aucun
usage
dans
la Physique
,puisqu'on
ne sçauroit
se persuader
, sans
témérité
, qu'on
puisse
pénétrer
dans
les fins
que
Dieu
s'est proposées
. Il est facile
de répondre
à
cette
objection
, que
la raison
alléguée
par Descartes
, pour
ne pas expliquer
les effets
naturels
par
les fins que
Dieu s'est
proposées
, est trèspieuse
et trèsédifiante
, et qu'il
auro
t pû se contenter
d'établir
en général
, que la Physique
étant
une
recherche
des causes
naturelles
, ce
n'est
pas
parler
en Physicien
, que
de
donner
pour
cause
de la production
d'un Phénoméne
, que Dieu
a eu en vûë
de le
produire
. Car
c'est
ce que tout
Chrétien
sçait
, sans
étudier
la Physique
; cette
science
de tres
- bornée
qu'elle
est , deviendroit
infiniment
étenduë
, si l'on
recevoit
au nombre
des explications
Physiques
, qu'un
efft
naturel
arrive
, parce
qu'il
est conforme
à la fin que Dieu
s'est proposée
. Je suppose
que pour
expliquer
la construction
d'une
Montre
, on s'avisat
de dire
que
ce qui cause
les mouvemens
réglez
de cette
machine
, c'est
l'intention
de l'ouvrier
qui l'a faite
dans
le
dessein
de marquer
les heures
; cette
cause
finale
en Physique
ne seroit
comptée
G
pour
1736 MERCURE DE FRANCE
pour rien ; et on ne pourroit prouver
mieux que cette Montre est l'ouvrage
d'un Artiste , et non l'effet du hazard
qu'en faisant observer l'action du ressort,
le tirage de la chaîne , les engrainures des
rouës , et sur tout la proportion et le concours
des mouvemens. Quel est donc le
véritable objet de la Physique ,? C'est de
déduire les Phénoménes , des Loix géné
rales de la nature , établies par Dieu , et
rapportées au Créateur . Une pareille Philosophie
peut- elle donner lieu aux inveçtives
de l'Auteur Anglois » Les Carthé
» siens , dit- il , page 34. tâchent de dé-
» truire notre grand argument , en pré-
»tendant résoudre tous les Phénomènes
» de la nature , et rendre compte de la
» production et de la formation de l'Uni-
» vers , et de tous les Etres corporels qu'il
» contient , soit celestes ou terrestres ; ani-
» mez ou inanimcz , même sans en exclunre
les animaux , et cela par une foible
»hypothèse de la matiere divisée, et mise
» en mouvement de telle ct telle maniés
» re. . . . . De maniére que Dieu n'a eu
» autre chose à faire qu'à créer la matiére ,
»la diviser en partics , et la mettre en
»mouvement , suivant un petit nombre
de certaines Loix , et que cela ne pouvoit
manquer de produite de soi-même
...
12
AOUST. 1733 : 1737
le monde et toutes les créatures qui y
sont contenues. Pour la réfutation de
cette hypothése ,, continue cet Auteur ,
n'aurois qu'à renvoyer le Lecteur au
» systême du Docteur Cudwort ; mais
» pour lui épargner cette peine, je vais en
transcrire les paroles..... Dieuse con
tentant de regarder en spectateur in-
» différents ce Lusus Atomorum , ou cette
» danse agréable des Atômes , et les différents
effets qui en résultent. Non con-
» tens de cela , ces Déïstes méchaniques
» ont excédé et surpassé en ceci les Athées
» atomiques , par une extravagance plus
oursée que la leur ; car les Athées de
profession n'ont jamais osé affirmer que
» ce systéme régulier des choses fut le ré-
» sultat d'un mouvement fortuit d'Atomes
au commencement , avant d'avoir
produit pendant bien du temps des
combinaisons ineptes ou des assembla-
» ges de choses particulières , et des sys-
» têmes ridicules du tout. Ils supposoient
» même que la régularité des choses de ce
monde ne subsisteroit pas toujours , et
» que la confusion et le désordre s'y re-
> mettroient avec le temps ; qu'outre le
monde que nous habitons , il y en a encore
en ce moment un nombre inexprimable
d'autres irréguliers , dont il
Cij n'y
1738 MERCURE DE FRANCE
» n'y en a pas d'un entre mille et dix mil-
» le , qui ait une régularité pareille au
» nôtre ...... Mais nos Déïstes micha
» niques prétendent que leurs Atomes
» n'ont jamais bronché dans leurs mou-
» vemens, ni produit aucun systéme inep-
» te , ni aucunes formes impropres , et
» qu'ils se sont placez et rangez dès le
commencement avec tant d'ordre et de
» méthode , que la sagesse même n'auroit
» pû le faire mieux , ni avec plus d'exactitude.
C'est par cette raison que çes
» Déi tes re ettent absolument le grand
» a gument qui prouve l'Existence de
Dicu , tiré du Phénoméne de la nature
n artificielle des choses , sur lequel on a si
» fort insisé dans tous les siècles , et qui
» fait ordinairement le plus d'effet sur l'es-
» prit humain. Les Athées s'applaudissent
» cependant en secret , er triomphent de
>> voir la cause du Déïsme trahie de cette
» maniere par ses partisans et ses défen-
» seurs les plus zélez , et le grand argu-
» ment éludé pour favoriser leur cause.
Rien ne sçauroit marquer une plus gran
» de dépravation d'esprit , ni plus de folic
et de stupidité dans les Déïstes pré.en-
» dus , que de n'avoir aucun égard à la
forme régulière et artificielle des cho
ses , ni aux impressions de l'art et de
AOUST . 1733 . 1739
wla
sagesse divine , et de ne regarder
» le Monde et les productions de la Na-
» ture , qu'avec des yeux de boeuf ou de
» cheval.
Le sieur Ray , dans la fureur qui le
transporte , n'entend pas les termes dont
il se sert car qu'est- ce qu'un Déïste , suivant
la notion génerale ? C'est un impiet
qui ne suit aucune Religion particuliere ,
qui reconnoît , à la verité , l'existence de
Dieu mais qui refuse de croire les Mysteres
que Dieu a révelez. Or ces Deïstes qui refusent
de se rendre à l'évidence de la révé.
lation , ne sont pas ceux qui font le moins
valoir le grand argument de l'existence
de Dieu , tiré de sa sagesse dans la Création.
On ne sçait ce que le sieur Ray
veut dire par ces paroles : » Les Athées
» s'applaudissent cependant en secret , et
» triomphent de voir la cause du Déïsme
>>trahie de cette maniere par ses Parti-
» sans et ses Deffenseurs les plus zelez .
Il prend ici la cause du Déïsme pour une
bonne cause trahie , et il semble appli
quer aux Carthésiens les termes de Partis
sans et de Deffenseurs les plus zelez de
la bonne cause. Mais c'est bien plutôt
cet Auteur qui trahit la cause qu'il entreprend
de soutenir , par la foiblesse
avec laquelle il traite son sujet . S'il eût
Ciij fair
1740 MERCURE DE FRANCE
ა
fait remarquer , comme les Carthésiensces
Loix générales dont l'uniformité produit
un Monde si diversifié ; s'il se fût
élevé jusqu'à un méchanisme sublime
qui donnât une idée de la Création proportionnée
à ce que notre foible esprit
peut concevoir de plus grand et de plus
magnifique ; si en s'attachant à ce qu'il.
ya de plus merveilleux dans la Nature
il eût observé , comme ceux qu'il appelle-
Deistes , que cette multitude immense
de mouvemens des Corps Celestes , que
révolutions si constantes des Astres ,
que cette fécondité si riche et si brillan-.
te de l'Univers , que tous ces Phénomenes
si utiles à l'homme , et qui étalent
à ses yeux un spectacle digne du Créateur
, qu'enfin la beauté ravissante de
toutes les Oeuvres de Dieu , est un
témoignage continuel et invincible de sa
sagesse et de sa toute- puissance dans la
Création , par la simplicité et l'ordre des
ressorts qui y sont employez , il eût rem--
pli son sujet avec la dignité convenable ,
mais il ne s'arrête qu'à un petit détail ,
et ne présente par tout que des images.
basses et imparfaites d'un sujet qui surpasse
ses forces.
C'est favoriser l'athéïsme et le syste
me du hazard , que de rejetter le méchaA
O UST. 173′3 ; 1741
chanisme de la Nature , par lequel les
Carthésiens n'entendent autre chose que
les loix generales du mouvement établics
par le Créateur. Que chaque Philosophe
conçoive et suppose ces Loix
générales à son gré , que
differens Phisiciens
suivent des vues systématiquesfort
éloignées ; tous au moins doivent
convenir que ce n'est pas une pensée raisonnable
sur l'Etre suprême , de croire
que l'uniformité et la simplicité manquent
à ses Productions . Le principal but
de la Physique est donc de rapporter tous
les raisonnemens à ces principes. C'est à
quoi les Carthésiens ont beaucoup mieux
réussi qu'aucune autre Secte de Philosophes
, ayant mieux expliqué le méchanisme
general de la Nature; et ' on peut
dire que ceux qui tâchent d'étendre et
de pousser plus loin ce méchanisme , sont
ceux qui pensent et qui s'expliquent le
mieux au sujet de la sagesse et de la toùte-
puissance de Dieu dans la Création . A
la verité , le Philosophe rempli de pré
somption , se persuade qu'il peut concevoir
et faire entendre aux autres cet ordre
admirable établi dans les Ouvrages
de Dieu ; au lieu que le Physitien modeste
, qui connoît la foiblesse et l'incer
titude de ses lumieres , ne regarde tous
Ciij les
742 MERCURE DE FRANCE
les raisonnemens physiques que comme
des hypothéses.
>>
Continuons de rapporter la censure de
la Philosophie Carthésienne par l'Auteur
Anglois. Il se trouve , dit-il , pag. 35 .
» plusieurs Phénomenes dans la Ñature ,
» lesquels étant en partie au- dessus de la
»force et de la portée , et en partie con-
>> traires aux Loix du Méchanisme , ils
» ne sçauroient se résoudre sans avoir re-
>> cours aux causes finales et à quelques
» principes de vie ; par exemple , ce-
» lui de la gravité ou du penchant que
» les corps ont à descendre , le mouve-
» ment du diaphragme dans la respira-
» tion , la systole et la diastole du coeur ,
» qui n'est autre chose qu'une contraction
et un relâchement des muscles ,
» et par consequent ne sçauroit être un
» mouvement méchanique , mais un prin-
» cipe de vie. Nous pourrions encore
» ajoûter à cela entre plusieurs autres
» choses , l'intersection des plans de l'E-
» quateur et de l'Ecliptique ou du mou-
» vement diurne ou journalier de la Ter-
» re sur un axe qui n'est pas parallele à
celui de l'écliptique , ni perpendiculaire
à son plan ..... On ne sçauroit
» donc attribuer la continuation de ce
» double mouvement annuel et diurne
nde
23
A O UST. 17337 1748
de la Terre sur des axes non paralleles,
» à autre chose qu'à une cause finale ou
» mentale , ou rò fixTisov , parce qu'il
étoit à propos que cela fût ainsi , la
» varieté des saisons de l'année en dé
» pendant. Mais le plus considerable de
» tous les Phénoménes pir içuliers est la
»formation et l'organisation des corps
>> des animaux , remplis de tant de varietez
et de merveilles , que ces Philo-
» sophes méchaniques n'en pouvant faire
»la solution par le mouvement nécessaire
» de la matiere , sans qu'elle fût dirigée
par l'esprit à de certaines fins , ont pru-
» demment interrompu leur systéme en
» cet endroit , où ils devoient traiter des
» animaux , et n'en ont pas touché un
» seul mot.
23
On connoît clairement par cette critique
, que le sieur Ray est aussi peu
versé dans la Philosophie Carthésienne
qu'il est injuste dans l'accusation qu'il
intente contre elle. Nous avons vû plus
haut qu'il attribuë aux Carthésiens un
systéme d'Atomes , quoique les trois Elemens
de Descartes soient divisibles à l'infini
, et que par conséquent Descartes
rejette les Atomes , qui signifient des Elemens
indivisibles. Le sieur Ray ne se
trompe pas moins, en disant que dans les
C v Phé1744
MERCURE DE FRANCE
:
Phénomenes qu'il cite , il y a de la contrarieté
au Mechanisme de la Nature. Il
est vrai que les loix générales du mouvement
n'expliquent pas la construction
du corps des animaux , ni la forme de
ces organes merveilleux qui servent aux
differentes fonctions du principe qui les
anime. Le mouvement circulaire des
trois Elémens de Descartes ne peut faires
concevoir , par exemple, comment ont
été produits les instrumens de la faculté
visuelle ; mais les Carthésiens doivent :
seulement avouer que leur méchanisme ,
quoiqu'il n'y ait aucune contrarieté , est
insuffisant pour expliquer tous les Phé
noménes , et sur tout l'organisation admirable
des animaux ,, les corps animezz
et inanimez étant vrai- semblable--
ment produits suivant des loix differen--
tes, ou plutôt dont nous n'appercevons
pas la liaison. * Il ne s'ensuit pas de ce
que la Créature est incapable de conce
voir entierement le grand Ouvrage de :
la Création , qu'il lui soit defendu de rechercher
les causes physiques et naturel
+
La plupart même des Carthésiens estiment aun
aujet de l'organisation continuelle et toujours
cemblable , des Plantes et des Animaux , que tous :
res corps formez en même-temps par le Souve
fain Etre , dans les graines ou dans les oeufs , nesont
que se développer successivement,
leas
A O UST. 1733. 17455
les , suivant les principes les plus géné
caux et les plus simples , en les rappor
tánt à la sagesse et à la toute- puissance
du Créateur.
Les difficultez qui se trouveut sur la
pesanteur , ne peuvent se résoudre par
des principes de vie qui n'ont aucun rapport
avec elle , ou par des causes finales ,.
qui ne sont en aucune maniere des causes
physiques ; et si les explications que
Descartes a données de la pesanteur , ont
été attaquées par de fortes objections ,
tous les Philosophes se sont au moins
accordez à tirer ces Explications d'un '
méchanisme général de la Nature. Le
'steur Ray est si peu d'accord avec luid
même au sujet de la respiration et de la¹
systole et diastole du coeur, qu'après avoir
affirmé que ces mouvemens ne peuvent
être méchaniques , il regarde ailleurs com
me une question douteuse de sçavoir si
les bêtes sont des vrayes machines , ou
s'il convient de leur attribuer la vie et le
sentiment.
cliptiqueant
à l'intersection
de l'é-
1
de l'équateur , on en peut donner
plusieurs raisons qui n'ont rien de
contraire au systéme Carthésien . L'obli
quité de l'écliptique par rapport à l'équateur
, dont l'axe conserve toujours
son parallelisme est assurément la cause
av de
1746 MERCURE DE FRANCE
de la varieté des Saisons , mais cette cause
finale , encore une fois , ne peut passer
pour une cause phisique. L'Explication
naturelle de ce phénoméne peut se rapporter
, suivant les principes d'un Méchanisme
général , ou aux particules cannelées
, qui traversant les pores du G'obe
Terrestre d'un certain sens , déterminent
sa position , ou à la qualité du fluide qui
emporte la Terre par un mouvement
circulaire , ou à la pression des tourbillons
voisins , ou à la résistance que tout
corps solide apporte à l'impression du
mouvement qu'il reçoit , ou à toutes ces
causes réunis , ou aux differentes hypotheses
que la sagacité du Physicien lui
fera inventer. Dieu permet à l'homme
de faire quelques raisonnemens assez vraisemblables
sur les Corps Celestes , si prodigieusement
éloignez de nous ,
afin que
cette étude éleve notre esprit à la Majesté
de l'Etre suprême , en même - temps
que la présomption de l'homme est domptée
par la profonde ignorance où il est
de ce qui est au- dedans de lui - même et
de ce qui fait partie de sa propre substance.
C'est une calomnie insoutenable de
dire que les Carthésiens rejettent absolument
le grand argument qui prouve
» l'eA
O UST. 1733 1747
» l'éxistence de Dieu , tiré du phénoméne
de la forme artificielle des choses .
Nulle Philosophie au contraire ne donne
des idées aussi sublimes de la sagesse
de Dieu dans la Création ; nulle Physique
ne ramene davantage l'esprit au
Créateur , en rapportant tous les phénoménes
qu'elle peut expliquer à des loix
simples et génerales émanées nécessairement
de la Toute puissance divine . C'est
l'argument le plus invincible contre l'Athéïsme
, c'est l'exclusion la plus forte du
hazard , dont la régularité et l'uniformité
ne peuvent être les productions . Plus l'idée
d'un méchanisme est générale , constante
et uniforme , comme dans le Carthésianisme
, plus elle est inséparable des
idées de dessein et de sagesse. Ces Re-
Aléxions suffisent pour prouver des veritez
si évidentes, d'autant plus que pour
détruire l'Athéïsme par le raisonnement ,
il faudroit que quelque homme qui raisonne
fût capable d'Athéïsme , ce qui est
impossible. Il est donc certain que l'accusation
du Carthésianisme par les Docteurs
Cudwort et Ray , est au fond trèsfrivole
et très mal fondée , injurieuse à
plusieurs saints et sçavans personnages ,
qui ont soutenu cette Philosophie , et aux
Écoles qui l'enseignent publiquement.
Gendre de S. Aubin ; contre les accusations
des Docteurs Cudwort et Ray.
UN
N zéle indiscret est souvent l'occasion
d'un scandale;c'est l'idée qu'on
doit se former des accufations intentées
par les Docteurs Cudwort et Ray , contre
le Cartesianisme. Elles sont contenuës
dans un Livre Anglois , intitulé : L'Existenca
" 1732 MERCURE DE FRANCE
sence et la Sagesse de Dieu, manifestées dans
les Oeuvres de la Création ; par le sieur
Ray,Membre de la Société Royale. La Traduction
Françoise , imprimée à Utrecht,
en 1723. se débite depuis peu à Paris.
On est étonné qu'un Philosophe , qui
écrit uniquement en vûë de manifester la
Sagesse de Dieu dans la Création, débute,
page 5. par approuver un sentiment qu'il
atribue à des Philosophes judicieux ; sçavoir
, que plus les genres , ou les ordres
des Etres sont imparfaits , plus les especes
en sont nombreuses . Est- ce là un
préambule convenable à un Panégyriste
de la Sagesse de Dieu dans la Création ?
Ne devoit il pas plutôt dire que ce qui
paroît imparfait aux vues bornées de notre
entendement , a son utilité et sa destination
dans les Décrets éternels de la Providence
? Ce seroit là un beau champ
pour les Cartésiens qu'il attaque d'une
maniere outrageante ; ne pourroient- ils
pas le traiter de prévaricateur dans une
cause si évidente , et qu'il soutient si
mal ?
Pour faire éclater , dit il , page 12. la
grandeur et l'étendue infinie de l'esprit
de Dieu , il observe que rien ne marque
davantage la supériorité du génie , que
d'inventer des Machines differentes , qui
pros
AOU'ST. 1733. 1733
E
4
€
>
produisent le même effet , et soient destinées
aux mêmes fins . Mais suivant les notions
les plus saines et les plus communes ,
rien ne marque davantage la sagesse
de
l'ouvrier que le Méchanisme le plus simple
et le moins chargé de ressorts . C'est donc
sur une sorte de Méchanisme qu'il fonde
la sagesse de Dieu dans la Création, mais
sur un Mechanisme de détail , qu'il présente
à la pensée , d'une maniere aussi
basse , que celui des Cartésiens est sublime.
Quoique le sieur Ray tâche de décrier
le Cartesianisme sans ménagement, il établit
, pages 2 et 3. comme le sentiment le
plus universellement
reçu , tout ce que
cette Philosophie dans sa nouveauté parut
avoir de plus difficile à concilier avec la
Religion ; sçavoir, l Hypothèse des Tourbillons
, suivant laquelle chaque Etoile ,
pour me servir des propres termes du
Traducteur , est un Soleil ou un Corps
semblable à cet astre , environné de même
d'un Choeur de Planetes , qui tournent
autour de lui. Il avance de plus , qu'il
n'y a aucune de ces Planétes qui ne soit
remplie, selon toutes les apparences , d'une
grande variété de créatures corporelles ,
animées et inanimées . Personne n'ignore
que cette partie de la Physique nouvelle
fut
1734 MERCURE DE FRANCE
fut exposée à la censure , et allarma quelques
personnes pieuses , qui trouvoient
ce systême peu conforme à ce qui nous
cst enseigné sur la Création dans la Genése
; mais il a été reçu depuis comme
une hypothese , sur laquelle on écrit et
on dispute publiquement , et il y a longtemps
que tous les scrupules sont levez à
cet égard.
A la maniére dont le S Ray fait connoître
quels sont les principes de sa Phylosophie
, qui ne le prendroit pour un
Cartésien ? Sectateur de cette Physique ,
il va néanmoins lui imputer les intentions
les plus criminelles. » Il semble
» dit-il, pag. 28.qu'il soit necessaire d'exa-
>> miner un peu les principes d'une Secte
» de Déïstes de profession; j'entends celle
» de Descartes et de ses Disciples , qui
» ont pour but d'éluder et de détruire un
» argument qui a eu tant de force dans
» tous les siècles , pour prouver l'exis-
» tence d'un Dieu . Le premier grief d'une
accusation si grave , est que Descartes
exclud de la Physique toute la considération
des causes finales . Le Sr Ray cite ,
pages 29 et 30. les Passages des Méditations
Métaphysiques , des principes de
Philosophie , et de la quatrième Réponse
aux Objections de Gassendi , où Descartes
dit
AOUST. 1733 1735
1
dit
que toutes
les causes
qu'on
a accoutumé
de tirer
de la fin , ne sont
d'aucun
usage
dans
la Physique
,puisqu'on
ne sçauroit
se persuader
, sans
témérité
, qu'on
puisse
pénétrer
dans
les fins
que
Dieu
s'est proposées
. Il est facile
de répondre
à
cette
objection
, que
la raison
alléguée
par Descartes
, pour
ne pas expliquer
les effets
naturels
par
les fins que
Dieu s'est
proposées
, est trèspieuse
et trèsédifiante
, et qu'il
auro
t pû se contenter
d'établir
en général
, que la Physique
étant
une
recherche
des causes
naturelles
, ce
n'est
pas
parler
en Physicien
, que
de
donner
pour
cause
de la production
d'un Phénoméne
, que Dieu
a eu en vûë
de le
produire
. Car
c'est
ce que tout
Chrétien
sçait
, sans
étudier
la Physique
; cette
science
de tres
- bornée
qu'elle
est , deviendroit
infiniment
étenduë
, si l'on
recevoit
au nombre
des explications
Physiques
, qu'un
efft
naturel
arrive
, parce
qu'il
est conforme
à la fin que Dieu
s'est proposée
. Je suppose
que pour
expliquer
la construction
d'une
Montre
, on s'avisat
de dire
que
ce qui cause
les mouvemens
réglez
de cette
machine
, c'est
l'intention
de l'ouvrier
qui l'a faite
dans
le
dessein
de marquer
les heures
; cette
cause
finale
en Physique
ne seroit
comptée
G
pour
1736 MERCURE DE FRANCE
pour rien ; et on ne pourroit prouver
mieux que cette Montre est l'ouvrage
d'un Artiste , et non l'effet du hazard
qu'en faisant observer l'action du ressort,
le tirage de la chaîne , les engrainures des
rouës , et sur tout la proportion et le concours
des mouvemens. Quel est donc le
véritable objet de la Physique ,? C'est de
déduire les Phénoménes , des Loix géné
rales de la nature , établies par Dieu , et
rapportées au Créateur . Une pareille Philosophie
peut- elle donner lieu aux inveçtives
de l'Auteur Anglois » Les Carthé
» siens , dit- il , page 34. tâchent de dé-
» truire notre grand argument , en pré-
»tendant résoudre tous les Phénomènes
» de la nature , et rendre compte de la
» production et de la formation de l'Uni-
» vers , et de tous les Etres corporels qu'il
» contient , soit celestes ou terrestres ; ani-
» mez ou inanimcz , même sans en exclunre
les animaux , et cela par une foible
»hypothèse de la matiere divisée, et mise
» en mouvement de telle ct telle maniés
» re. . . . . De maniére que Dieu n'a eu
» autre chose à faire qu'à créer la matiére ,
»la diviser en partics , et la mettre en
»mouvement , suivant un petit nombre
de certaines Loix , et que cela ne pouvoit
manquer de produite de soi-même
...
12
AOUST. 1733 : 1737
le monde et toutes les créatures qui y
sont contenues. Pour la réfutation de
cette hypothése ,, continue cet Auteur ,
n'aurois qu'à renvoyer le Lecteur au
» systême du Docteur Cudwort ; mais
» pour lui épargner cette peine, je vais en
transcrire les paroles..... Dieuse con
tentant de regarder en spectateur in-
» différents ce Lusus Atomorum , ou cette
» danse agréable des Atômes , et les différents
effets qui en résultent. Non con-
» tens de cela , ces Déïstes méchaniques
» ont excédé et surpassé en ceci les Athées
» atomiques , par une extravagance plus
oursée que la leur ; car les Athées de
profession n'ont jamais osé affirmer que
» ce systéme régulier des choses fut le ré-
» sultat d'un mouvement fortuit d'Atomes
au commencement , avant d'avoir
produit pendant bien du temps des
combinaisons ineptes ou des assembla-
» ges de choses particulières , et des sys-
» têmes ridicules du tout. Ils supposoient
» même que la régularité des choses de ce
monde ne subsisteroit pas toujours , et
» que la confusion et le désordre s'y re-
> mettroient avec le temps ; qu'outre le
monde que nous habitons , il y en a encore
en ce moment un nombre inexprimable
d'autres irréguliers , dont il
Cij n'y
1738 MERCURE DE FRANCE
» n'y en a pas d'un entre mille et dix mil-
» le , qui ait une régularité pareille au
» nôtre ...... Mais nos Déïstes micha
» niques prétendent que leurs Atomes
» n'ont jamais bronché dans leurs mou-
» vemens, ni produit aucun systéme inep-
» te , ni aucunes formes impropres , et
» qu'ils se sont placez et rangez dès le
commencement avec tant d'ordre et de
» méthode , que la sagesse même n'auroit
» pû le faire mieux , ni avec plus d'exactitude.
C'est par cette raison que çes
» Déi tes re ettent absolument le grand
» a gument qui prouve l'Existence de
Dicu , tiré du Phénoméne de la nature
n artificielle des choses , sur lequel on a si
» fort insisé dans tous les siècles , et qui
» fait ordinairement le plus d'effet sur l'es-
» prit humain. Les Athées s'applaudissent
» cependant en secret , er triomphent de
>> voir la cause du Déïsme trahie de cette
» maniere par ses partisans et ses défen-
» seurs les plus zélez , et le grand argu-
» ment éludé pour favoriser leur cause.
Rien ne sçauroit marquer une plus gran
» de dépravation d'esprit , ni plus de folic
et de stupidité dans les Déïstes pré.en-
» dus , que de n'avoir aucun égard à la
forme régulière et artificielle des cho
ses , ni aux impressions de l'art et de
AOUST . 1733 . 1739
wla
sagesse divine , et de ne regarder
» le Monde et les productions de la Na-
» ture , qu'avec des yeux de boeuf ou de
» cheval.
Le sieur Ray , dans la fureur qui le
transporte , n'entend pas les termes dont
il se sert car qu'est- ce qu'un Déïste , suivant
la notion génerale ? C'est un impiet
qui ne suit aucune Religion particuliere ,
qui reconnoît , à la verité , l'existence de
Dieu mais qui refuse de croire les Mysteres
que Dieu a révelez. Or ces Deïstes qui refusent
de se rendre à l'évidence de la révé.
lation , ne sont pas ceux qui font le moins
valoir le grand argument de l'existence
de Dieu , tiré de sa sagesse dans la Création.
On ne sçait ce que le sieur Ray
veut dire par ces paroles : » Les Athées
» s'applaudissent cependant en secret , et
» triomphent de voir la cause du Déïsme
>>trahie de cette maniere par ses Parti-
» sans et ses Deffenseurs les plus zelez .
Il prend ici la cause du Déïsme pour une
bonne cause trahie , et il semble appli
quer aux Carthésiens les termes de Partis
sans et de Deffenseurs les plus zelez de
la bonne cause. Mais c'est bien plutôt
cet Auteur qui trahit la cause qu'il entreprend
de soutenir , par la foiblesse
avec laquelle il traite son sujet . S'il eût
Ciij fair
1740 MERCURE DE FRANCE
ა
fait remarquer , comme les Carthésiensces
Loix générales dont l'uniformité produit
un Monde si diversifié ; s'il se fût
élevé jusqu'à un méchanisme sublime
qui donnât une idée de la Création proportionnée
à ce que notre foible esprit
peut concevoir de plus grand et de plus
magnifique ; si en s'attachant à ce qu'il.
ya de plus merveilleux dans la Nature
il eût observé , comme ceux qu'il appelle-
Deistes , que cette multitude immense
de mouvemens des Corps Celestes , que
révolutions si constantes des Astres ,
que cette fécondité si riche et si brillan-.
te de l'Univers , que tous ces Phénomenes
si utiles à l'homme , et qui étalent
à ses yeux un spectacle digne du Créateur
, qu'enfin la beauté ravissante de
toutes les Oeuvres de Dieu , est un
témoignage continuel et invincible de sa
sagesse et de sa toute- puissance dans la
Création , par la simplicité et l'ordre des
ressorts qui y sont employez , il eût rem--
pli son sujet avec la dignité convenable ,
mais il ne s'arrête qu'à un petit détail ,
et ne présente par tout que des images.
basses et imparfaites d'un sujet qui surpasse
ses forces.
C'est favoriser l'athéïsme et le syste
me du hazard , que de rejetter le méchaA
O UST. 173′3 ; 1741
chanisme de la Nature , par lequel les
Carthésiens n'entendent autre chose que
les loix generales du mouvement établics
par le Créateur. Que chaque Philosophe
conçoive et suppose ces Loix
générales à son gré , que
differens Phisiciens
suivent des vues systématiquesfort
éloignées ; tous au moins doivent
convenir que ce n'est pas une pensée raisonnable
sur l'Etre suprême , de croire
que l'uniformité et la simplicité manquent
à ses Productions . Le principal but
de la Physique est donc de rapporter tous
les raisonnemens à ces principes. C'est à
quoi les Carthésiens ont beaucoup mieux
réussi qu'aucune autre Secte de Philosophes
, ayant mieux expliqué le méchanisme
general de la Nature; et ' on peut
dire que ceux qui tâchent d'étendre et
de pousser plus loin ce méchanisme , sont
ceux qui pensent et qui s'expliquent le
mieux au sujet de la sagesse et de la toùte-
puissance de Dieu dans la Création . A
la verité , le Philosophe rempli de pré
somption , se persuade qu'il peut concevoir
et faire entendre aux autres cet ordre
admirable établi dans les Ouvrages
de Dieu ; au lieu que le Physitien modeste
, qui connoît la foiblesse et l'incer
titude de ses lumieres , ne regarde tous
Ciij les
742 MERCURE DE FRANCE
les raisonnemens physiques que comme
des hypothéses.
>>
Continuons de rapporter la censure de
la Philosophie Carthésienne par l'Auteur
Anglois. Il se trouve , dit-il , pag. 35 .
» plusieurs Phénomenes dans la Ñature ,
» lesquels étant en partie au- dessus de la
»force et de la portée , et en partie con-
>> traires aux Loix du Méchanisme , ils
» ne sçauroient se résoudre sans avoir re-
>> cours aux causes finales et à quelques
» principes de vie ; par exemple , ce-
» lui de la gravité ou du penchant que
» les corps ont à descendre , le mouve-
» ment du diaphragme dans la respira-
» tion , la systole et la diastole du coeur ,
» qui n'est autre chose qu'une contraction
et un relâchement des muscles ,
» et par consequent ne sçauroit être un
» mouvement méchanique , mais un prin-
» cipe de vie. Nous pourrions encore
» ajoûter à cela entre plusieurs autres
» choses , l'intersection des plans de l'E-
» quateur et de l'Ecliptique ou du mou-
» vement diurne ou journalier de la Ter-
» re sur un axe qui n'est pas parallele à
celui de l'écliptique , ni perpendiculaire
à son plan ..... On ne sçauroit
» donc attribuer la continuation de ce
» double mouvement annuel et diurne
nde
23
A O UST. 17337 1748
de la Terre sur des axes non paralleles,
» à autre chose qu'à une cause finale ou
» mentale , ou rò fixTisov , parce qu'il
étoit à propos que cela fût ainsi , la
» varieté des saisons de l'année en dé
» pendant. Mais le plus considerable de
» tous les Phénoménes pir içuliers est la
»formation et l'organisation des corps
>> des animaux , remplis de tant de varietez
et de merveilles , que ces Philo-
» sophes méchaniques n'en pouvant faire
»la solution par le mouvement nécessaire
» de la matiere , sans qu'elle fût dirigée
par l'esprit à de certaines fins , ont pru-
» demment interrompu leur systéme en
» cet endroit , où ils devoient traiter des
» animaux , et n'en ont pas touché un
» seul mot.
23
On connoît clairement par cette critique
, que le sieur Ray est aussi peu
versé dans la Philosophie Carthésienne
qu'il est injuste dans l'accusation qu'il
intente contre elle. Nous avons vû plus
haut qu'il attribuë aux Carthésiens un
systéme d'Atomes , quoique les trois Elemens
de Descartes soient divisibles à l'infini
, et que par conséquent Descartes
rejette les Atomes , qui signifient des Elemens
indivisibles. Le sieur Ray ne se
trompe pas moins, en disant que dans les
C v Phé1744
MERCURE DE FRANCE
:
Phénomenes qu'il cite , il y a de la contrarieté
au Mechanisme de la Nature. Il
est vrai que les loix générales du mouvement
n'expliquent pas la construction
du corps des animaux , ni la forme de
ces organes merveilleux qui servent aux
differentes fonctions du principe qui les
anime. Le mouvement circulaire des
trois Elémens de Descartes ne peut faires
concevoir , par exemple, comment ont
été produits les instrumens de la faculté
visuelle ; mais les Carthésiens doivent :
seulement avouer que leur méchanisme ,
quoiqu'il n'y ait aucune contrarieté , est
insuffisant pour expliquer tous les Phé
noménes , et sur tout l'organisation admirable
des animaux ,, les corps animezz
et inanimez étant vrai- semblable--
ment produits suivant des loix differen--
tes, ou plutôt dont nous n'appercevons
pas la liaison. * Il ne s'ensuit pas de ce
que la Créature est incapable de conce
voir entierement le grand Ouvrage de :
la Création , qu'il lui soit defendu de rechercher
les causes physiques et naturel
+
La plupart même des Carthésiens estiment aun
aujet de l'organisation continuelle et toujours
cemblable , des Plantes et des Animaux , que tous :
res corps formez en même-temps par le Souve
fain Etre , dans les graines ou dans les oeufs , nesont
que se développer successivement,
leas
A O UST. 1733. 17455
les , suivant les principes les plus géné
caux et les plus simples , en les rappor
tánt à la sagesse et à la toute- puissance
du Créateur.
Les difficultez qui se trouveut sur la
pesanteur , ne peuvent se résoudre par
des principes de vie qui n'ont aucun rapport
avec elle , ou par des causes finales ,.
qui ne sont en aucune maniere des causes
physiques ; et si les explications que
Descartes a données de la pesanteur , ont
été attaquées par de fortes objections ,
tous les Philosophes se sont au moins
accordez à tirer ces Explications d'un '
méchanisme général de la Nature. Le
'steur Ray est si peu d'accord avec luid
même au sujet de la respiration et de la¹
systole et diastole du coeur, qu'après avoir
affirmé que ces mouvemens ne peuvent
être méchaniques , il regarde ailleurs com
me une question douteuse de sçavoir si
les bêtes sont des vrayes machines , ou
s'il convient de leur attribuer la vie et le
sentiment.
cliptiqueant
à l'intersection
de l'é-
1
de l'équateur , on en peut donner
plusieurs raisons qui n'ont rien de
contraire au systéme Carthésien . L'obli
quité de l'écliptique par rapport à l'équateur
, dont l'axe conserve toujours
son parallelisme est assurément la cause
av de
1746 MERCURE DE FRANCE
de la varieté des Saisons , mais cette cause
finale , encore une fois , ne peut passer
pour une cause phisique. L'Explication
naturelle de ce phénoméne peut se rapporter
, suivant les principes d'un Méchanisme
général , ou aux particules cannelées
, qui traversant les pores du G'obe
Terrestre d'un certain sens , déterminent
sa position , ou à la qualité du fluide qui
emporte la Terre par un mouvement
circulaire , ou à la pression des tourbillons
voisins , ou à la résistance que tout
corps solide apporte à l'impression du
mouvement qu'il reçoit , ou à toutes ces
causes réunis , ou aux differentes hypotheses
que la sagacité du Physicien lui
fera inventer. Dieu permet à l'homme
de faire quelques raisonnemens assez vraisemblables
sur les Corps Celestes , si prodigieusement
éloignez de nous ,
afin que
cette étude éleve notre esprit à la Majesté
de l'Etre suprême , en même - temps
que la présomption de l'homme est domptée
par la profonde ignorance où il est
de ce qui est au- dedans de lui - même et
de ce qui fait partie de sa propre substance.
C'est une calomnie insoutenable de
dire que les Carthésiens rejettent absolument
le grand argument qui prouve
» l'eA
O UST. 1733 1747
» l'éxistence de Dieu , tiré du phénoméne
de la forme artificielle des choses .
Nulle Philosophie au contraire ne donne
des idées aussi sublimes de la sagesse
de Dieu dans la Création ; nulle Physique
ne ramene davantage l'esprit au
Créateur , en rapportant tous les phénoménes
qu'elle peut expliquer à des loix
simples et génerales émanées nécessairement
de la Toute puissance divine . C'est
l'argument le plus invincible contre l'Athéïsme
, c'est l'exclusion la plus forte du
hazard , dont la régularité et l'uniformité
ne peuvent être les productions . Plus l'idée
d'un méchanisme est générale , constante
et uniforme , comme dans le Carthésianisme
, plus elle est inséparable des
idées de dessein et de sagesse. Ces Re-
Aléxions suffisent pour prouver des veritez
si évidentes, d'autant plus que pour
détruire l'Athéïsme par le raisonnement ,
il faudroit que quelque homme qui raisonne
fût capable d'Athéïsme , ce qui est
impossible. Il est donc certain que l'accusation
du Carthésianisme par les Docteurs
Cudwort et Ray , est au fond trèsfrivole
et très mal fondée , injurieuse à
plusieurs saints et sçavans personnages ,
qui ont soutenu cette Philosophie , et aux
Écoles qui l'enseignent publiquement.
Fermer
Résumé : DÉFENSE du Cartésianisme, par M. le Gendre de S. Aubin ; contre les accusations des Docteurs Cudwort et Ray.
Le texte est une défense du cartésianisme contre les critiques des docteurs Cudworth et Ray, exprimées dans leur ouvrage 'L'Existence et la Sagesse de Dieu, manifestées dans les Oeuvres de la Création'. Le défenseur du cartésianisme reproche à Ray d'avoir commencé son livre en approuvant l'idée que les êtres imparfaits sont plus nombreux que les parfaits, ce qui est jugé inapproprié pour un panégyriste de la sagesse divine. Ray est également critiqué pour avoir fondé la sagesse divine sur un mécanisme de détail, jugé bas et imparfait comparé au mécanisme sublime des cartésiens. Malgré ses attaques contre le cartésianisme, Ray reconnaît certaines hypothèses cartésiennes, comme celle des tourbillons et la diversité des créatures sur les planètes. Le défenseur du cartésianisme répond aux accusations de Ray en expliquant que Descartes exclut les causes finales de la physique pour se concentrer sur les causes naturelles. Il argue que cette approche est pieuse et édifiante, et que la physique doit déduire les phénomènes des lois générales de la nature établies par Dieu. Le texte critique Ray pour avoir accusé les cartésiens de détruire l'argument de l'existence de Dieu en réduisant la création à des lois mécaniques. Le défenseur du cartésianisme conclut que les cartésiens ont mieux expliqué le mécanisme général de la nature et la sagesse divine que toute autre secte philosophique. Le texte discute également de divers phénomènes naturels, comme la gravité, la respiration, les mouvements du cœur, et les mouvements de la Terre, qui semblent défier les lois du mécanisme et nécessitent l'intervention de causes finales ou de principes de vie. Il critique l'incapacité des philosophes mécanistes à expliquer l'organisation des corps animaux, soulignant que ces philosophes interrompent leur système lorsqu'ils abordent ce sujet. Les cartésiens reconnaissent l'insuffisance de leur mécanisme pour expliquer tous les phénomènes, notamment l'organisation des animaux, mais estiment que les corps animés et inanimés sont produits selon des lois différentes. Le texte aborde des difficultés spécifiques comme la pesanteur, la respiration, et les mouvements du cœur, soulignant que les explications cartésiennes, bien que critiquées, restent mécanistes. Il mentionne l'obliquité de l'écliptique par rapport à l'équateur et les diverses causes possibles de ce phénomène, tout en insistant sur le fait que les causes finales ne peuvent être des causes physiques. Enfin, le texte réfute l'accusation selon laquelle les cartésiens rejettent l'argument de la forme artificielle des choses pour prouver l'existence de Dieu. Il affirme que la philosophie cartésienne donne des idées sublimes de la sagesse divine et constitue un argument fort contre l'athéisme. Le texte conclut en dénonçant les accusations frivoles et mal fondées contre le cartésianisme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 147-163
« EXPERIENCES Physico-méchaniques de M. Hauksbée, traduites par feu M. de [...] »
Début :
EXPERIENCES Physico-méchaniques de M. Hauksbée, traduites par feu M. de [...]
Mots clefs :
Francis Hauksbee, Expériences, Remarques, Physiciens, Phénomènes, Observations, Liqueurs, Nicolas Desmarest
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « EXPERIENCES Physico-méchaniques de M. Hauksbée, traduites par feu M. de [...] »
EXPERIENCES Phyfico -mécaniques
de M. Hauksbée , traduites par feu M. de
Brémond , revûes & mifes au jour , avec
des remarques ; par M. Defmareft . A Paris
, chez la veuve Cavelier & fils , rue
Gij
148 MERCURE DE FRANCE
Saint Jacques , au Lys d'or.
Nous nous occuperons dans cet extrait
de la maniere dont les deux volumes de ces
expériences font exécutés. M. Defmareſt a
porté fon attention fur deux objets importans
la distribution méthodique des matieres
, & les remarques.
1 °. Comme M. Hauksbée , en compofant
fon recueil , ne s'étoit point aftreint à un
certain arrangement dépendant des matieres
, on s'eft appliqué à donner aux détails
des faits une forme plus méthodique.
Dans ces vûes on a raffemblé fous différentes
claffes générales , qui forment autant
de chapitres , les expériences qui concernent
un même fujet , comme la pefanteur
, l'air , l'électricité , les tubes capillaires
, &c. & l'on a diftingué par articles
chaque expérience particuliere . Par cette
difpofition , des détails , auparavant iſolés ,
font rapprochés heureufement & fe placent
en bon ordré dans l'efprit du lecteur.
2º. L'Editeur n'a pas borné fon attention
à ce feul objet. Les expériences de M.
Hauksbée ont été faites il y a près de
quarante ans. Depuis ce tems la Phyfique
expérimentale a acquis des connoiffances ,
ou plus fûres ou plus étendues . M. Defmareft
a rapproché les faits poftérieurs du récit
de M. Haaksbée , foit qu'ils ferviſſent
DECEMBRE 1754. 149
à le confirmer ( ce qui arrive le plus fouvent)
, foit qu'ils tendiffent à le détruire. Il
a même recueilli dans certaines remarques
l'hiftoire de ce qui a été écrit fur un même
fujet; & ces fortes d'hiftoires , outre
qu'elles plaifent naturellement, parce qu'el
les préfentent les différens efforts de l'efprit
humain , inftruiſent auffi par les vûes
qu'elles fourniffent.
" On ne fçauroit trop , dir M. Defmareft
, engager ceux qui veulent faire
quelque progrès dans la Phyfique , à com-
»parer les connoiffances tranfmifes par les
fçavans qui nous ont précédé , avec les
» recherches des Phyficiens de notre tems ,
» on apprécie par là le mérite des uns &
» des autres. C'eft aufli un moyen pour s'a-
» vancer à de nouvelles découvertes , que
de confiderer, comme le premier pas que
nous ayons à faire , celui où les grands
hommes qui nous ont précédé , ont terminé
leur courfe & leurs travaux. La
continuité de nos efforts joints avec les
leurs , forme cette union & cet accord
» qui doit regner entre les fçavans de tous
» les fiécles & de tous les pays , pour éten-
» dre les limites de nos connoiffances.
où
Telles font les raifons qui ont déterminé
M. Defmareft à donner des remarques ,
il combine les efforts des anciens avec ceux
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
dés obfervateurs de notre tems. Il a fuivi
auffi ce plan dans les deux dernieres fections
de fon difcours préliminaire , qui
comprend un extrait raisonné des deux volumes.
Nous l'allons fuivre dans le compte
que nous nous propofors de rendre du
recueil.
On voit à la tête de l'ouvrage , des
éclairciffemens de l'Editeur fur les thermométres
de M. Hauksbée , & lá defcription
de la machine pneumatique du Phy
ficien Anglois. On y a joint un précis hiftorique
des différentes réformes que cette
machine a éprouvées depuis Otto de Guericke
jufqu'à préfent.
Le chapitre premier a pour objet la pefanteur
des corps . M. Hauksbée examine
d'abord par quelle force les molecules des
corps folides , quoique d'une pefanteur
fpécifiquement plus confidérable que les
liqueurs qui les décompofent , y font fontenues
& y nâgent. Il combat les Phyficiens
qui avoient cru trouver le dénouement de
cette fufpenfion dans l'augmentation des
furfaces qu'acquierent les corpufcules diffous.
M. Defmareft difcute les vûes que
différens Phyficiens ont propofées fur cette
fingulariré hydroftatique , & rapporte ce
phénomène à la même caufe qui éleve les
liqueurs dans les tubes capillaires . Le fe
DECEMBRE . 1754. 151
cond article de ce chapitre préfente les
procédés & les réfultats des expériences
-faires pour déterminer les pefanteurs fpécifiques
de l'or , de l'argent , du cuivre ,
du plomb & du fer , & leur proportion
avec un égal volume d'eau : Î'Editeur expofe
les principes d'hydroftatique fur lefquels
font fondées ces déterminations. Les
deux articles fuivans offrent des obfervations
, par lesquelles M. Hauksbée évalue
la quantité de la réſiſtance que l'air oppofe
aux corps qui s'y meuvent , foit dans
leur chute , foit dans leur réflexion. On
trouve dans les remarques quelques principes
de la théorie de la réſiſtance des fluides
, & des méthodes pour l'évaluer à cháque
inftant de la chûte.
Dans le chapitre fuivant , on a renfermé
les obfervations fur l'air. Il eft queftion
d'abord d'une expérience , par laquelle
on s'affure de la quantité d'air produite
par une certaine dofe de poudre à canon ;
enfuite on voit un procédé très -fimple
pour déterminer le rapport du poids de
l'eau avec celui d'un pareil volume d'air .
que l'on dit être celui d'un à huit cens.
M. Hauksbée , en examinant & rappellant
à des réfultats précis les phénomenes
des hémispheres de Magdebourg , affure
tque ces effets à la preffion de l'atmoſphe-
Gi
152 MERCURE DE FRANCE.
re. Il combat autant les partifans actuels
de la matiere fubtile que les raifonnemens
antiques de ceux qui de fon tems foutenoient
encore le lien funiculaire des parties
erochues de l'air . C'étoit de ces imaginations
futiles , enfantées plutôt par le befoin
d'expliquer que par la conviction de l'expérience.
L'article quatrieme contient le détail
curieux d'une expérience intéreffante fur
la dilatation & la condenfation de l'air
comparées avec celles de l'efprit de vin.
Par ce procédé , M. H. a reconnu que l'expanfion
de l'air , depuis le terme de la glace
jufqu'au plus grand dégré de la chaleur
de l'été dans le climat d'Angleterre , eft
dans le rapport de fix à fept , & depuis le
plus grand froid jufqu'au plus grand chaud
du même climat , dans le rapport de Lept à
huit. M. D. rapproche de cet effai curieux
les expériences relatives de MM . Amontons
, Bernoulli , Muffchenbroeck , & les
autres obfervations de ce chapitre , concernent
le reffort de l'air , la maniere dont
certaines vapeurs rendent ce fluide funefte
& peu propre à la refpiration , le méchanifme
par lequel les courans rapides , l'air
dans les ouragans , ébranlent le mercure
des barometres & affectent l'économie animale
. Toutes ces expériences font appré
DECEMBRE. 1754 153
ciées dans les notes & dans le difcours
préliminaire. Le dernier article contient
le détail d'une expérience importante fur
la réfraction des rayons de lumiere , en paffant
obliquement de l'air ordinaire dans le
vuide de la machine pneumatique. M. Def
mareft a recueilli toutes les circonftances.
qui ont rendu cette expérience fameuſe ,
& les conféquences intéreffantes qu'on en
a tirées par rapport aux réfractions aftronomiques.
Le troisieme chapitre renferme en XVIII
articles les expériences de M. H. fur la lumiere
électrique. Il eſt le premier qui ait
examiné avec attention , & d'une maniere
fuivie , ces phénomenes. Dans tout ce travail
, qui prouve un Phyficien auffi infati
gable que plein de fagacité , il développe
les effets de la lumiere électrique par rap
port aux différens corps qui en font fuf
ceptibles , tels que la laine , l'ambre , fes
matieres graffes & réfineufes , & enfin le
perre. Je dis le verre , car c'est à M. Haukfbée
que nous fommes redevables de la
premiere application des globes , des cylin
dres & des tubes de verre aux expériences
électriques. Avant lui le verre étoit relé
gué parmi les corps dont la vertu électrique
étoit peu confidérable. Il faut voir
dans l'ouvrage même la maniere dont M,
G.v
154 MERCURE DE FRANCE.
Hauksbée diverfifie les appareils des expériences
afin de varier les phénomenes.
La lumiere électrique entre les mains du
Phyficien Anglois , produit des ramifications
, des jets variés ; elle augmente même
au point de devenir un feu réel , & de
s'annoncer par des pétillemens marqués ,
des étincelles brûlantes & phofphoriques.
Nous paffons au chapitre fuivant , où l'on
trouve les expériences qui concernent particulierement
l'électricité. On voit en parcourant
les articles de ce chapitre , que M.
Hauksbée a apperçu les attractions & les répulfions
des effluvia , leur plus grande force
dans certains tems favorables , & lorfque le
tube étoit plein d'air ou échauffé : il a remarqué
quels étoient les corps qui admettoient
les émanations électriques & ceux qui les
interceptoient ; que deux corps inabibés du
même fluide , fe fuyoient ; que les corps
qui flottoient dans l'atmofphere du tube
échauffé , en abandonnoient le tourbillon
pour s'attacher alternativement aux corps
extérieurs & y rentrer ; qu'enfin les couches
de l'atmoſphere que les corps flottans occupoient
, étoient d'autant plus éloignées
du corps électrique qui en étoit le centre ,
que ce corps avoit un dégré de l'électricité
plus marqué. Il s'eft affuré par des fils , que
les émanations électriques formoient des
DECEMBRE. 1754. 155
rayons divergens en fortant des globes &
des cylindres, & des rayons convergens dans
leur affluence ; enfin il a vu que les corps
réfineux , par la chaleur de la fufion ,
contractoient une vertu attractive trèsconfidérable
: il a obfervé les variétés
que le vuide apportoit aux effets des globes
& des tubes ; la permanence de l'électricité
dans les corps frottés , le bruiffement
, les piquures fenfibles , la fluctuation
des effluvia , & c. Toutes ces vérités
établies folidement , & tant d'autres chofes
qu'il a entrevûes , doivent être confidérées
comme lui étant propres , & comme des découvertes
qui font par rapport à lui des vûes
neuves & non des répétitions monotones
d'obfervations faites avant lui , ou des imitations
ferviles de procédés mis en ufage.
Il fuffit de jetter un coup d'oeil fur l'état
où étoit alors cette partie de la Phyfique ,
pour fentir jufqu'où la fagacité angloife a
conduit notre Phyficien , & le peu de fecours
qu'il a tiré des Phyficiens qui l'ont
précédé dans la carriere .
M. Dufay , dans fon travail fur l'électricité
, s'étoit attaché à répéter les expériences
de M. Hauksbée , pour fe mettre ,
comme il le déclare , fur la voye. Tous les
éclairciffemens que l'Editeur a pu trouver
dans les mémoires de l'Académicien Fran-
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
çois , font partie des Commentaires qu'il a
joints au texte , & ces éclairciffemens ont
un nouveau mérite d'être rapprochés des
détails de M. Hauksbée . M. Defmareft n'a
pas négligé de faire ufage des lumieres
que les Phyficiens Anglois , Allemands &
François ont répandues de nos jours fur
les queſtions qu'il s'eft propofé de traiter.
Le dernier chapitre du premier volume
renferme différentes expériences fur les
variétés de la lumiere des phofphores dans
le plein & dans le vuide. Nous ne nous
arrêterons pas fur ces questions , quelque
intéreffantes qu'elles foient.
Nous obferverons feulement avec M.
Defmareft , que les fyftêmes de certains
Cartéfiens , qui pour expliquer la lumiere
des barometres faifoient choquer le fecond
élément de Deſcartes contre le premier
dans les vibrations du mercure , n'ont que
trop d'analogie avec le choc de deux courans
, qui fait la bafe de quelques hypothè
fes que des modernes ont voulu accrédirer.
Ce font d'autres termes , mais le méchaniſme
eft le même. Tant il eft vrai que
l'efprit de fyftême n'a rien enfanté de nouveau
, & que les idées hypothétiques fe
font préſentées avec autant de développement
aux anciens qu'aux modernes. En cela
donc nous n'avons rien , nous n'aurons
DECEMBRE. 1754. 157
rien qu'ils n'ayent eu : nos avantages fur
eux font dans les faits & dans la maniere
de les combiner.
Jufqu'ici nous n'avons parlé que du premier
volume. Le chapitre premier du fecond
contient des expériences fur l'aſcenfion
des liqueurs dans des efpaces capillaires
, & fur les loix de cette fingularité hydroftatique.
Nous y voyons l'eau s'élever
dans des tubes capillaires de différens calibres
dans le vuide , comme à l'air libre , en
raifon inverfe des diametres donc l'air
ne contribue en rien à cet effet . M. D. difcute
dans une note quelques difficultés
fpécieufes de certains Phyficiens modernes
qui prétendoient que l'air y avoit part , &
fait difparoître toute influence de l'air . La
preflion fupérieure des colonnes collatérales
eft détruite de même. Les fyphons capillaires
font affujettis aux mêmes loix que
les tubes , comme on le fait voir dans une
remarque.
Les Phyficiens n'ont employé commumément
dans leurs expériences que des tubes
capillaires cylindriques : mais comme
la nature , malgré fa fimplicité , varie prefque
à l'infini fes opérations & la forme
des agens qui y concourent , & qu'elle préfente
des cavités capillaires de différentes
moulures , pour ainfi dire , il étoit impor158
MERCURE DE FRANCE.
tant qu'on eût des obfervations qui pulfent
offrir des caracteres d'analogie & de comparaifon.
C'eft dans ces vûes que M. Haukfbée
s'eft attaché à comparer les phénomenes
des tubes ou cavités cylindriques avec
ceux des efpaces prifmatiques , & il a reconnu
les mêmes loix . Nous voyons différentes
efpeces de liqueurs s'élever entre
deux lames de verre & de cuivre , entre
deux plans de marbre polis , à une hauteur
qui est toujours en raifon inverfe des diftances
des plans. M. H. a employé non feulement
des plans paralleles , mais des plans
qui s'écartant fous un angle quelconque ,
préfentoient à chaque point de nouvelles
diftances. Les liqueurs dans lefquelles il
les plongeoit , s'élevoient différemment ,
c'eft à-dire que la hauteur de chaque colonne
de liqueur étoit à chaque point en
raifon réciproque à la diftance des plans.
Toutes les colonnes réunies formoient par
leurs parties fupérieures une courbe hyperbolique,
une des afymptores étant la furface
du liquide, & l'autre la ligne de la réunion
des deux plans. M. H. varia encore
l'appareil fur une lame de verre placée horizontalement
; il laiffa tomber une goutte
d'huile , enfuite il y appliqua une autre
lame obliquement par une de fes extrêmiés
, la bailfant infenfiblement par l'autre
DECEMBRE . 1754 159
juſqu'à ce qu'elle touchât la goutte d'huile;
cette goutte pour lors fe porta vers le point
de réunion des plans avec un mouvement
qui s'accélera toujours . Newton a donné
ce phénomene comme une preuve de l'attraction
, c'est-à- dire d'une caufe dont on
a befoin de faire encore l'apologie auprès
de certains Phyficiens intolérans . M. D.
développe dans des remarques les vûes de
Newton , & fait voir de plus par le fecours
de la Géométrie , qu'en réuniffant les momens
qui agiffent dans deux directions , leur
fomme, ou la diagonale qui les repréfente ,
eft d'autant plus confidérable que l'angle
des directions de ces forces eft plus petit ;
par là il explique l'accélération du mouvement
de la goutte d'huile. Il montre auffi
par contrafte l'inutilité & le peu de fuccès
de l'impulfion appliquée à ces phénomenes.
A la fuite de tous ces articles viennent
les réflexions de M. H. fur la caufe de l'élévation
des liqueurs dans les tubes ; c'eſt
une hypothèſe où l'attraction figure comme
l'agent principal. M. Defmareft ajoute
à ces réflexions une hiftoire critique des
principales hypothèſes que l'on a formées
pour rendre raifon de ces phénomenes.
Cette hiftoire eft divifée en trois parties ,
qui comprennent autant de claffes de fyf160
MERCURE DE FRANCE.
têmes difcutés avec étendue , M. D.expoſe
à la fin de cette difcuflion le fyftême de M.
Veitbrecht , qui occupe le quart du volume.
En développant par propofitions ce ſyſtème
, M. D. n'a pas prétenda s'expofer au
reproche que l'on fait à certains difciples
de Newton , qui mettant l'attraction partout
fe croyent difpenfés d'expofer comment
elle agit.
Le fecond chapitre comprend les expériences
de M. H. fur le fon & fur fes diffé
rentes modifications, par rapport aux divers
milieux dans lefquels il fe propage : il en
évalue les augmentations & les diminu
tions , fuivant la denfité de l'air & l'éten
due de fa fphere de propagation. L'Editeur
examine dans des remarques quel eft le
concours du reffort de l'air & de fa denfité
par rapport à la force du fon. Il a placé à
la fin du chapitre quatre éclairciffemens
étendus ; le premier , fur les erreurs aufquelles
peut conduire la fuppofition du
mouvement d'ondulation dans l'air pour
expliquer les phénomenes du fon , & fur la
néceffité d'admettre le feul mouvement de
reffort dans ce fluide. Dans le fecond , on
examine quelle variation peut éprouver la
propagation du fon par le froid & le chaud
Un troifieme éclairciffement donne une
idée fuccinte des fyftêmes harmoniques des
1
DECEMBRE. 1754. 16r
fpheres. On s'inftruit de ces fçavantes chimeres
pour avoir le droit de les apprécier.
Tel eft le ton avec lequel M. Defmareft en
fait envifager l'utilité que nous en pouvons
retirer. Ces fyftêmes prétendus harmo-
» niques , dit- il , que nous regardons avec
»raifon comme des chimeres , & qui oc-
» cupoient les meilleures têtes du tems de
» leur fortune , doivent nous faire regarder
» prefque du même oeil , ou au moins avec
»défiance , ces hypothèfes féduifantes qui
» ne prouvent que la témérité de leurs au-
» teurs. Sommes-nous plus fages que les
» anciens l'hiftoire de leurs fautes de-
» vroit naturellement produire cet effet..
"
Nous ne nous étendrons pas fur les deux
chapitres fuivans. Dans le premier, on trouve
des expériences fur l'eau ,fur fon poids ,
fur les phénomenes de fa congélation , far
celle des liqueurs fpiritueufes , fur l'état
des poiffons dans l'eau , & fur la maniere
dont l'air y eft parfemé , &c. Toutes ces
queftions font éclaircies dans des notes . Le
dernier chapitre comprend des obfervations
fur la réfraction des rayons de lumiere
, en traverfant différens fluides gras.
On ajoute dans les remarques vingt - deux
autres fluides examinés par Newton , &
l'on y développe la théorie de ce grand
Géometre fur la réfraction. La feconde ob152
MERCURE DE FRANCE,
fervation concerne le mêlange de deux liqueurs
, dont les volumes fe confondent en
partie par la pénétration . L'Editeur y a
joint le détail raifonné des expériences de
M. de Reaumur , fur un femblable phénomene.
La maniere d'évaluer la force de
l'aimant à différentes diftances , eſt expliquée
dans le troifieme article. On a dans
les remarques un recueil de toutes les expériences
des Phyficiens Anglois & autres
fur cette queftion délicate ; enforte que
les efforts des fçavans s'y trouvent rapprochés
, ainfi que leurs contradictions. M.
Defmareft a ajouté deux articles qu'il a traduits.
Le premier , fur la réfiftance qu'op.
pofe l'air à la pouffiere de malt , qui y flotte;
& l'autre fur l'arrangement des différentes
couches d'une mine de charbon. Ce
dernier article donne lieu à des notes fur
les efpeces de charbons dont il eft parlé ,
& à l'examen de la maniere dont les empreintes
des végétaux fe font formées fur
·les pierres des minieres. On y trouve auffi
des réflexions fur la difpofition relative
des différentes fubftances , & enfin fur leur
parallélifme. M. Defmareft s'attache fur
ces points à des obfervations générales ,
aux faits réguliers & conftans. » Sans nous
» hazarder , dit - il , à former des hypothè
pfes , où l'imagination , en fuppléant ag
DECEMBRE . 1754 163
, vrai , le défigure toujours , nous nous
»bornons à ces obfervations générales , qui
» font peut- être les feuls fyftêmes permis.
de M. Hauksbée , traduites par feu M. de
Brémond , revûes & mifes au jour , avec
des remarques ; par M. Defmareft . A Paris
, chez la veuve Cavelier & fils , rue
Gij
148 MERCURE DE FRANCE
Saint Jacques , au Lys d'or.
Nous nous occuperons dans cet extrait
de la maniere dont les deux volumes de ces
expériences font exécutés. M. Defmareſt a
porté fon attention fur deux objets importans
la distribution méthodique des matieres
, & les remarques.
1 °. Comme M. Hauksbée , en compofant
fon recueil , ne s'étoit point aftreint à un
certain arrangement dépendant des matieres
, on s'eft appliqué à donner aux détails
des faits une forme plus méthodique.
Dans ces vûes on a raffemblé fous différentes
claffes générales , qui forment autant
de chapitres , les expériences qui concernent
un même fujet , comme la pefanteur
, l'air , l'électricité , les tubes capillaires
, &c. & l'on a diftingué par articles
chaque expérience particuliere . Par cette
difpofition , des détails , auparavant iſolés ,
font rapprochés heureufement & fe placent
en bon ordré dans l'efprit du lecteur.
2º. L'Editeur n'a pas borné fon attention
à ce feul objet. Les expériences de M.
Hauksbée ont été faites il y a près de
quarante ans. Depuis ce tems la Phyfique
expérimentale a acquis des connoiffances ,
ou plus fûres ou plus étendues . M. Defmareft
a rapproché les faits poftérieurs du récit
de M. Haaksbée , foit qu'ils ferviſſent
DECEMBRE 1754. 149
à le confirmer ( ce qui arrive le plus fouvent)
, foit qu'ils tendiffent à le détruire. Il
a même recueilli dans certaines remarques
l'hiftoire de ce qui a été écrit fur un même
fujet; & ces fortes d'hiftoires , outre
qu'elles plaifent naturellement, parce qu'el
les préfentent les différens efforts de l'efprit
humain , inftruiſent auffi par les vûes
qu'elles fourniffent.
" On ne fçauroit trop , dir M. Defmareft
, engager ceux qui veulent faire
quelque progrès dans la Phyfique , à com-
»parer les connoiffances tranfmifes par les
fçavans qui nous ont précédé , avec les
» recherches des Phyficiens de notre tems ,
» on apprécie par là le mérite des uns &
» des autres. C'eft aufli un moyen pour s'a-
» vancer à de nouvelles découvertes , que
de confiderer, comme le premier pas que
nous ayons à faire , celui où les grands
hommes qui nous ont précédé , ont terminé
leur courfe & leurs travaux. La
continuité de nos efforts joints avec les
leurs , forme cette union & cet accord
» qui doit regner entre les fçavans de tous
» les fiécles & de tous les pays , pour éten-
» dre les limites de nos connoiffances.
où
Telles font les raifons qui ont déterminé
M. Defmareft à donner des remarques ,
il combine les efforts des anciens avec ceux
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
dés obfervateurs de notre tems. Il a fuivi
auffi ce plan dans les deux dernieres fections
de fon difcours préliminaire , qui
comprend un extrait raisonné des deux volumes.
Nous l'allons fuivre dans le compte
que nous nous propofors de rendre du
recueil.
On voit à la tête de l'ouvrage , des
éclairciffemens de l'Editeur fur les thermométres
de M. Hauksbée , & lá defcription
de la machine pneumatique du Phy
ficien Anglois. On y a joint un précis hiftorique
des différentes réformes que cette
machine a éprouvées depuis Otto de Guericke
jufqu'à préfent.
Le chapitre premier a pour objet la pefanteur
des corps . M. Hauksbée examine
d'abord par quelle force les molecules des
corps folides , quoique d'une pefanteur
fpécifiquement plus confidérable que les
liqueurs qui les décompofent , y font fontenues
& y nâgent. Il combat les Phyficiens
qui avoient cru trouver le dénouement de
cette fufpenfion dans l'augmentation des
furfaces qu'acquierent les corpufcules diffous.
M. Defmareft difcute les vûes que
différens Phyficiens ont propofées fur cette
fingulariré hydroftatique , & rapporte ce
phénomène à la même caufe qui éleve les
liqueurs dans les tubes capillaires . Le fe
DECEMBRE . 1754. 151
cond article de ce chapitre préfente les
procédés & les réfultats des expériences
-faires pour déterminer les pefanteurs fpécifiques
de l'or , de l'argent , du cuivre ,
du plomb & du fer , & leur proportion
avec un égal volume d'eau : Î'Editeur expofe
les principes d'hydroftatique fur lefquels
font fondées ces déterminations. Les
deux articles fuivans offrent des obfervations
, par lesquelles M. Hauksbée évalue
la quantité de la réſiſtance que l'air oppofe
aux corps qui s'y meuvent , foit dans
leur chute , foit dans leur réflexion. On
trouve dans les remarques quelques principes
de la théorie de la réſiſtance des fluides
, & des méthodes pour l'évaluer à cháque
inftant de la chûte.
Dans le chapitre fuivant , on a renfermé
les obfervations fur l'air. Il eft queftion
d'abord d'une expérience , par laquelle
on s'affure de la quantité d'air produite
par une certaine dofe de poudre à canon ;
enfuite on voit un procédé très -fimple
pour déterminer le rapport du poids de
l'eau avec celui d'un pareil volume d'air .
que l'on dit être celui d'un à huit cens.
M. Hauksbée , en examinant & rappellant
à des réfultats précis les phénomenes
des hémispheres de Magdebourg , affure
tque ces effets à la preffion de l'atmoſphe-
Gi
152 MERCURE DE FRANCE.
re. Il combat autant les partifans actuels
de la matiere fubtile que les raifonnemens
antiques de ceux qui de fon tems foutenoient
encore le lien funiculaire des parties
erochues de l'air . C'étoit de ces imaginations
futiles , enfantées plutôt par le befoin
d'expliquer que par la conviction de l'expérience.
L'article quatrieme contient le détail
curieux d'une expérience intéreffante fur
la dilatation & la condenfation de l'air
comparées avec celles de l'efprit de vin.
Par ce procédé , M. H. a reconnu que l'expanfion
de l'air , depuis le terme de la glace
jufqu'au plus grand dégré de la chaleur
de l'été dans le climat d'Angleterre , eft
dans le rapport de fix à fept , & depuis le
plus grand froid jufqu'au plus grand chaud
du même climat , dans le rapport de Lept à
huit. M. D. rapproche de cet effai curieux
les expériences relatives de MM . Amontons
, Bernoulli , Muffchenbroeck , & les
autres obfervations de ce chapitre , concernent
le reffort de l'air , la maniere dont
certaines vapeurs rendent ce fluide funefte
& peu propre à la refpiration , le méchanifme
par lequel les courans rapides , l'air
dans les ouragans , ébranlent le mercure
des barometres & affectent l'économie animale
. Toutes ces expériences font appré
DECEMBRE. 1754 153
ciées dans les notes & dans le difcours
préliminaire. Le dernier article contient
le détail d'une expérience importante fur
la réfraction des rayons de lumiere , en paffant
obliquement de l'air ordinaire dans le
vuide de la machine pneumatique. M. Def
mareft a recueilli toutes les circonftances.
qui ont rendu cette expérience fameuſe ,
& les conféquences intéreffantes qu'on en
a tirées par rapport aux réfractions aftronomiques.
Le troisieme chapitre renferme en XVIII
articles les expériences de M. H. fur la lumiere
électrique. Il eſt le premier qui ait
examiné avec attention , & d'une maniere
fuivie , ces phénomenes. Dans tout ce travail
, qui prouve un Phyficien auffi infati
gable que plein de fagacité , il développe
les effets de la lumiere électrique par rap
port aux différens corps qui en font fuf
ceptibles , tels que la laine , l'ambre , fes
matieres graffes & réfineufes , & enfin le
perre. Je dis le verre , car c'est à M. Haukfbée
que nous fommes redevables de la
premiere application des globes , des cylin
dres & des tubes de verre aux expériences
électriques. Avant lui le verre étoit relé
gué parmi les corps dont la vertu électrique
étoit peu confidérable. Il faut voir
dans l'ouvrage même la maniere dont M,
G.v
154 MERCURE DE FRANCE.
Hauksbée diverfifie les appareils des expériences
afin de varier les phénomenes.
La lumiere électrique entre les mains du
Phyficien Anglois , produit des ramifications
, des jets variés ; elle augmente même
au point de devenir un feu réel , & de
s'annoncer par des pétillemens marqués ,
des étincelles brûlantes & phofphoriques.
Nous paffons au chapitre fuivant , où l'on
trouve les expériences qui concernent particulierement
l'électricité. On voit en parcourant
les articles de ce chapitre , que M.
Hauksbée a apperçu les attractions & les répulfions
des effluvia , leur plus grande force
dans certains tems favorables , & lorfque le
tube étoit plein d'air ou échauffé : il a remarqué
quels étoient les corps qui admettoient
les émanations électriques & ceux qui les
interceptoient ; que deux corps inabibés du
même fluide , fe fuyoient ; que les corps
qui flottoient dans l'atmofphere du tube
échauffé , en abandonnoient le tourbillon
pour s'attacher alternativement aux corps
extérieurs & y rentrer ; qu'enfin les couches
de l'atmoſphere que les corps flottans occupoient
, étoient d'autant plus éloignées
du corps électrique qui en étoit le centre ,
que ce corps avoit un dégré de l'électricité
plus marqué. Il s'eft affuré par des fils , que
les émanations électriques formoient des
DECEMBRE. 1754. 155
rayons divergens en fortant des globes &
des cylindres, & des rayons convergens dans
leur affluence ; enfin il a vu que les corps
réfineux , par la chaleur de la fufion ,
contractoient une vertu attractive trèsconfidérable
: il a obfervé les variétés
que le vuide apportoit aux effets des globes
& des tubes ; la permanence de l'électricité
dans les corps frottés , le bruiffement
, les piquures fenfibles , la fluctuation
des effluvia , & c. Toutes ces vérités
établies folidement , & tant d'autres chofes
qu'il a entrevûes , doivent être confidérées
comme lui étant propres , & comme des découvertes
qui font par rapport à lui des vûes
neuves & non des répétitions monotones
d'obfervations faites avant lui , ou des imitations
ferviles de procédés mis en ufage.
Il fuffit de jetter un coup d'oeil fur l'état
où étoit alors cette partie de la Phyfique ,
pour fentir jufqu'où la fagacité angloife a
conduit notre Phyficien , & le peu de fecours
qu'il a tiré des Phyficiens qui l'ont
précédé dans la carriere .
M. Dufay , dans fon travail fur l'électricité
, s'étoit attaché à répéter les expériences
de M. Hauksbée , pour fe mettre ,
comme il le déclare , fur la voye. Tous les
éclairciffemens que l'Editeur a pu trouver
dans les mémoires de l'Académicien Fran-
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
çois , font partie des Commentaires qu'il a
joints au texte , & ces éclairciffemens ont
un nouveau mérite d'être rapprochés des
détails de M. Hauksbée . M. Defmareft n'a
pas négligé de faire ufage des lumieres
que les Phyficiens Anglois , Allemands &
François ont répandues de nos jours fur
les queſtions qu'il s'eft propofé de traiter.
Le dernier chapitre du premier volume
renferme différentes expériences fur les
variétés de la lumiere des phofphores dans
le plein & dans le vuide. Nous ne nous
arrêterons pas fur ces questions , quelque
intéreffantes qu'elles foient.
Nous obferverons feulement avec M.
Defmareft , que les fyftêmes de certains
Cartéfiens , qui pour expliquer la lumiere
des barometres faifoient choquer le fecond
élément de Deſcartes contre le premier
dans les vibrations du mercure , n'ont que
trop d'analogie avec le choc de deux courans
, qui fait la bafe de quelques hypothè
fes que des modernes ont voulu accrédirer.
Ce font d'autres termes , mais le méchaniſme
eft le même. Tant il eft vrai que
l'efprit de fyftême n'a rien enfanté de nouveau
, & que les idées hypothétiques fe
font préſentées avec autant de développement
aux anciens qu'aux modernes. En cela
donc nous n'avons rien , nous n'aurons
DECEMBRE. 1754. 157
rien qu'ils n'ayent eu : nos avantages fur
eux font dans les faits & dans la maniere
de les combiner.
Jufqu'ici nous n'avons parlé que du premier
volume. Le chapitre premier du fecond
contient des expériences fur l'aſcenfion
des liqueurs dans des efpaces capillaires
, & fur les loix de cette fingularité hydroftatique.
Nous y voyons l'eau s'élever
dans des tubes capillaires de différens calibres
dans le vuide , comme à l'air libre , en
raifon inverfe des diametres donc l'air
ne contribue en rien à cet effet . M. D. difcute
dans une note quelques difficultés
fpécieufes de certains Phyficiens modernes
qui prétendoient que l'air y avoit part , &
fait difparoître toute influence de l'air . La
preflion fupérieure des colonnes collatérales
eft détruite de même. Les fyphons capillaires
font affujettis aux mêmes loix que
les tubes , comme on le fait voir dans une
remarque.
Les Phyficiens n'ont employé commumément
dans leurs expériences que des tubes
capillaires cylindriques : mais comme
la nature , malgré fa fimplicité , varie prefque
à l'infini fes opérations & la forme
des agens qui y concourent , & qu'elle préfente
des cavités capillaires de différentes
moulures , pour ainfi dire , il étoit impor158
MERCURE DE FRANCE.
tant qu'on eût des obfervations qui pulfent
offrir des caracteres d'analogie & de comparaifon.
C'eft dans ces vûes que M. Haukfbée
s'eft attaché à comparer les phénomenes
des tubes ou cavités cylindriques avec
ceux des efpaces prifmatiques , & il a reconnu
les mêmes loix . Nous voyons différentes
efpeces de liqueurs s'élever entre
deux lames de verre & de cuivre , entre
deux plans de marbre polis , à une hauteur
qui est toujours en raifon inverfe des diftances
des plans. M. H. a employé non feulement
des plans paralleles , mais des plans
qui s'écartant fous un angle quelconque ,
préfentoient à chaque point de nouvelles
diftances. Les liqueurs dans lefquelles il
les plongeoit , s'élevoient différemment ,
c'eft à-dire que la hauteur de chaque colonne
de liqueur étoit à chaque point en
raifon réciproque à la diftance des plans.
Toutes les colonnes réunies formoient par
leurs parties fupérieures une courbe hyperbolique,
une des afymptores étant la furface
du liquide, & l'autre la ligne de la réunion
des deux plans. M. H. varia encore
l'appareil fur une lame de verre placée horizontalement
; il laiffa tomber une goutte
d'huile , enfuite il y appliqua une autre
lame obliquement par une de fes extrêmiés
, la bailfant infenfiblement par l'autre
DECEMBRE . 1754 159
juſqu'à ce qu'elle touchât la goutte d'huile;
cette goutte pour lors fe porta vers le point
de réunion des plans avec un mouvement
qui s'accélera toujours . Newton a donné
ce phénomene comme une preuve de l'attraction
, c'est-à- dire d'une caufe dont on
a befoin de faire encore l'apologie auprès
de certains Phyficiens intolérans . M. D.
développe dans des remarques les vûes de
Newton , & fait voir de plus par le fecours
de la Géométrie , qu'en réuniffant les momens
qui agiffent dans deux directions , leur
fomme, ou la diagonale qui les repréfente ,
eft d'autant plus confidérable que l'angle
des directions de ces forces eft plus petit ;
par là il explique l'accélération du mouvement
de la goutte d'huile. Il montre auffi
par contrafte l'inutilité & le peu de fuccès
de l'impulfion appliquée à ces phénomenes.
A la fuite de tous ces articles viennent
les réflexions de M. H. fur la caufe de l'élévation
des liqueurs dans les tubes ; c'eſt
une hypothèſe où l'attraction figure comme
l'agent principal. M. Defmareft ajoute
à ces réflexions une hiftoire critique des
principales hypothèſes que l'on a formées
pour rendre raifon de ces phénomenes.
Cette hiftoire eft divifée en trois parties ,
qui comprennent autant de claffes de fyf160
MERCURE DE FRANCE.
têmes difcutés avec étendue , M. D.expoſe
à la fin de cette difcuflion le fyftême de M.
Veitbrecht , qui occupe le quart du volume.
En développant par propofitions ce ſyſtème
, M. D. n'a pas prétenda s'expofer au
reproche que l'on fait à certains difciples
de Newton , qui mettant l'attraction partout
fe croyent difpenfés d'expofer comment
elle agit.
Le fecond chapitre comprend les expériences
de M. H. fur le fon & fur fes diffé
rentes modifications, par rapport aux divers
milieux dans lefquels il fe propage : il en
évalue les augmentations & les diminu
tions , fuivant la denfité de l'air & l'éten
due de fa fphere de propagation. L'Editeur
examine dans des remarques quel eft le
concours du reffort de l'air & de fa denfité
par rapport à la force du fon. Il a placé à
la fin du chapitre quatre éclairciffemens
étendus ; le premier , fur les erreurs aufquelles
peut conduire la fuppofition du
mouvement d'ondulation dans l'air pour
expliquer les phénomenes du fon , & fur la
néceffité d'admettre le feul mouvement de
reffort dans ce fluide. Dans le fecond , on
examine quelle variation peut éprouver la
propagation du fon par le froid & le chaud
Un troifieme éclairciffement donne une
idée fuccinte des fyftêmes harmoniques des
1
DECEMBRE. 1754. 16r
fpheres. On s'inftruit de ces fçavantes chimeres
pour avoir le droit de les apprécier.
Tel eft le ton avec lequel M. Defmareft en
fait envifager l'utilité que nous en pouvons
retirer. Ces fyftêmes prétendus harmo-
» niques , dit- il , que nous regardons avec
»raifon comme des chimeres , & qui oc-
» cupoient les meilleures têtes du tems de
» leur fortune , doivent nous faire regarder
» prefque du même oeil , ou au moins avec
»défiance , ces hypothèfes féduifantes qui
» ne prouvent que la témérité de leurs au-
» teurs. Sommes-nous plus fages que les
» anciens l'hiftoire de leurs fautes de-
» vroit naturellement produire cet effet..
"
Nous ne nous étendrons pas fur les deux
chapitres fuivans. Dans le premier, on trouve
des expériences fur l'eau ,fur fon poids ,
fur les phénomenes de fa congélation , far
celle des liqueurs fpiritueufes , fur l'état
des poiffons dans l'eau , & fur la maniere
dont l'air y eft parfemé , &c. Toutes ces
queftions font éclaircies dans des notes . Le
dernier chapitre comprend des obfervations
fur la réfraction des rayons de lumiere
, en traverfant différens fluides gras.
On ajoute dans les remarques vingt - deux
autres fluides examinés par Newton , &
l'on y développe la théorie de ce grand
Géometre fur la réfraction. La feconde ob152
MERCURE DE FRANCE,
fervation concerne le mêlange de deux liqueurs
, dont les volumes fe confondent en
partie par la pénétration . L'Editeur y a
joint le détail raifonné des expériences de
M. de Reaumur , fur un femblable phénomene.
La maniere d'évaluer la force de
l'aimant à différentes diftances , eſt expliquée
dans le troifieme article. On a dans
les remarques un recueil de toutes les expériences
des Phyficiens Anglois & autres
fur cette queftion délicate ; enforte que
les efforts des fçavans s'y trouvent rapprochés
, ainfi que leurs contradictions. M.
Defmareft a ajouté deux articles qu'il a traduits.
Le premier , fur la réfiftance qu'op.
pofe l'air à la pouffiere de malt , qui y flotte;
& l'autre fur l'arrangement des différentes
couches d'une mine de charbon. Ce
dernier article donne lieu à des notes fur
les efpeces de charbons dont il eft parlé ,
& à l'examen de la maniere dont les empreintes
des végétaux fe font formées fur
·les pierres des minieres. On y trouve auffi
des réflexions fur la difpofition relative
des différentes fubftances , & enfin fur leur
parallélifme. M. Defmareft s'attache fur
ces points à des obfervations générales ,
aux faits réguliers & conftans. » Sans nous
» hazarder , dit - il , à former des hypothè
pfes , où l'imagination , en fuppléant ag
DECEMBRE . 1754 163
, vrai , le défigure toujours , nous nous
»bornons à ces obfervations générales , qui
» font peut- être les feuls fyftêmes permis.
Fermer
Résumé : « EXPERIENCES Physico-méchaniques de M. Hauksbée, traduites par feu M. de [...] »
Le texte présente les expériences physico-mécaniques de M. Hauksbée, traduites et révisées par M. Defmareft, structurées en deux volumes. L'ouvrage est organisé méthodiquement en chapitres thématiques tels que la pesanteur, l'air, l'électricité et les tubes capillaires, facilitant ainsi la compréhension du lecteur. M. Defmareft a mis à jour les expériences de M. Hauksbée, réalisées il y a près de quarante ans, en intégrant des connaissances plus récentes pour confirmer ou contredire les observations initiales. Il a également ajouté des remarques historiques sur les sujets traités. Le premier chapitre traite de la pesanteur des corps, examinant les forces qui maintiennent les molécules des solides dans les liquides. M. Defmareft discute des vues de divers physiciens sur ce phénomène et le rapporte à la même cause qui élève les liquides dans les tubes capillaires. Le deuxième chapitre aborde les observations sur l'air, incluant des expériences sur la quantité d'air produite par la poudre à canon et le rapport de poids entre l'eau et l'air. M. Hauksbée confirme les effets de la pression atmosphérique et combat les théories anciennes sur la matière subtile. Le troisième chapitre se concentre sur la lumière électrique, avec des expériences détaillées sur les effets de la lumière électrique sur différents corps. M. Hauksbée est crédité pour ses découvertes sur les propriétés électriques du verre. Le quatrième chapitre explore l'électricité, avec des observations sur les attractions et répulsions des effluves électriques, et les effets du vide sur les expériences électriques. Le texte mentionne également les contributions de M. Dufay, qui a répété les expériences de M. Hauksbée, et les éclaircissements apportés par M. Defmareft à partir des mémoires de l'Académie Française. Le deuxième volume traite de l'ascension des liquides dans des espaces capillaires, discutant des lois hydrostatiques et des observations sur différentes formes de cavités capillaires. M. Hauksbée a étudié l'élévation des liquides entre des plans parallèles ou inclinés, observant que la hauteur des colonnes de liquide est inversement proportionnelle à la distance entre les plans, formant une courbe hyperbolique. Il a également examiné le comportement d'une goutte d'huile entre deux lames de verre, phénomène expliqué par Newton comme une preuve de l'attraction. M. Defmarets a développé les vues de Newton en utilisant la géométrie pour expliquer l'accélération du mouvement de la goutte d'huile. Le texte mentionne également des réflexions de M. Hauksbée sur la cause de l'élévation des liquides dans les tubes, hypothèse où l'attraction joue un rôle principal. M. Desmarets ajoute une histoire critique des principales hypothèses formulées pour expliquer ces phénomènes, divisée en trois parties discutant différentes classes de systèmes. Un chapitre est dédié aux expériences de M. Hauksbée sur le son et ses modifications dans divers milieux, évaluant les augmentations et diminutions en fonction de la densité de l'air et de l'étendue de la sphère de propagation. L'éditeur examine le concours de la résistance de l'air et de sa densité par rapport à la force du son. Le texte aborde également des expériences sur l'eau, son poids, la congélation, les poissons dans l'eau, et la réfraction des rayons lumineux à travers différents fluides. Des observations sur la force de l'aimant à différentes distances sont également présentées, ainsi que des articles sur la résistance de l'air à la poussière de malt et l'arrangement des couches dans une mine de charbon. M. Desmarets se concentre sur des observations générales et des faits constants, évitant les hypothèses spéculatives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 135-153
Mémoire sur le principe physique de la régénération des Etres, du mouvement, de la gravité, & de l'attraction.
Début :
I. Il vient de paroître un ouvrage, qui a pour titre Idée de l'homme physique & [...]
Mots clefs :
Gravité, Force, Fluide, Attraction, Électricité, Mouvement, Phénomènes, Mécanisme, Matière, Fluide éthérien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mémoire sur le principe physique de la régénération des Etres, du mouvement, de la gravité, & de l'attraction.
Mémoire fur le principe physique de la régénération
des Etres , du mouvement , de la
gravité , & de l'attraction .
I
I.
L vient de paroître un ouvrage , qui a
pour titre idée de l'homme physique &
moral. On y propofe , au fujet de la génération
, une conjecture appuyée fur de
grandes probabilités ; cette conjecture eft
que la fécondation de la liqueur féminale
des animaux pourroit bien n'être que l'efquiffe
active qui y eft imprimée par le fluide
éthérien refléchi de toutes les parties
du corps vers les organes de la génération ,
au moment même de l'excrétion de cette
liqueur , & par le même méchanifme qui
fert à déterminer cette excrétion , l'auteur
paroît defirer qu'on remarque avec une
particuliere attention que ces organes deviennent
en ce moment le centre de prefque
tout le mouvement & le fentiment du
136 MERCURE DEFRANCE.
corps , ce qui , felon lui , fournit de trèsgrandes
inductions pour la validité de ſa
conjecture .
Il a afluré d'avance que l'idée qui fubftitue
l'action du fluide éthérien à celle des
prétendus efprits animaux , eft prefque
unanimement reçue , & qu'en effet cette
idée s'accorde parfaitement avec tout ce
qu'il y a à obferver fur l'action des nerfs ,
même fur celle de la végétation , & avec
toutes les expériences faites jufqu'à préſent
fur le fluide qu'on nomme électrique ; au
lieu que l'idée qui fait admettre des efprits
animaux , eft non feulement dénuée de
preuves , mais encore de vraifemblance :
d'ailleurs il paroît porté à croire que la
théorie qu'il propofe fur la fécondation ,
eft applicable à tous les êtres qui fe régénerent
; & en effet , après la maniere dont
il rend raifon des phénomenes les plus remarquables
de la génération , de la plûpart
defquels à peine imaginoit - on de
pouvoir jamais acquerir quelqu'intelligence
, on ne fçauroit raiſonnablement fe
défendre d'adhérer à fon fentiment , au
moins jufqu'à ce qu'on foir parvenu à d'autres
connoiffances fur cette matiere.
L'objet de ce mémoire eft de fournir un
nouvel appui à cette théorie , & de juftifier
de nouveau l'étendue qu'elle paroît
NOVEMBRE. 1755. 137
avoir ; on fe propofe de remplir cet objet
en ramenant fimplement le méchanifme
de la fécondation , de la communication
du mouvement , de la gravité & de l'attraction
à une caufe commune , en montrant
autant qu'il eft poffible , les rapports
de ce méchanifme avec les propriétés reconnues
de cette caufe , & enfuite en les
généralifant l'un par l'autre au moyen des
applications qu'on en fera.
Mais avant que d'entrer en matiere , il
eft à propos de remarquer avec l'auteur de
l'idée de l'homme phyfique & moral que
toutes les expériences qu'on fait pour connoître
les phénomenes de l'électricité ,
dérangent néceffairement les loix naturelles
de l'action du fluide qui la produit ; &
qu'ainfi il reste à fe former des divers réfultats
de ces expériences un point de vue
fous lequel on puiffe confiderer plus généralement
l'ordre naturel de l'action de
ce fluide , & delà les plus effentielles de
fes loix & de fes propriétés.
Ce n'eft que par cette maniere de confiderer
la matiere électrique qu'on peut fe
flatter de la connoître autant qu'il nous
eft donné d'y réuffir ; & en effet c'eft par
là qu'on parvient à écarter les plus fpécieufes
difficultés qu'on puiffe oppofer à
la conjecture dont il s'agit ici ; on objec138
MERCURE DEFRANCE.
teroit , par exemple , que tous les corps ;
fans en excepter aucun , font doués de
gravité & d'attraction , & qu'il y en a qui
ne font pas fufceptibles de l'électricité ; il
eft aifé de répondre à cette objection par
remarque qu'on vient de faire ; qui eſt
que les phénomenes de l'électricité rendue
fenfible par les expériences ufitées ,
ne font que des modifications particulieres
du fluide éthérien , au méchanifme defla
quels certains corps réfiftent par leur conftitution
, c'eft à- dire par les loix que le
fluide qui agit fur ces corps eft contraint
de fuivre; ce qui n'empêche
pas que le mouvement
qu'ils reçoivent
par des moyens
plus effectifs ne foit fimplement
une révolution
arrivée à ce fluide éthérien qui
les pénétre & les environne
; il n'eft pas
difficile de trouver dans cette folution de
quoi répondre d'une maniere fatisfaiſante
à toutes les difficultés
qu'on pourroit faire
; delà on peut préfumer que ce fluide a
été improprement
nommé électrique
; & en effet il n'a été ainfi défigné que par une
de fes propriétés
qui encore n'étoit point
affez connue : ainfi en employant
les mots
d'électricité
ou de fluide électrique nous n'entendrons
que des modifications
particulieres
du fluide éthérien
, preſque toujours
contraires
aux loix générales de l'action de
ce fluide.
NOVEMBRE. 1755. 139
II.
On ne fçauroit nier que la régénération
des êtres , au moins quant à leur organifation
, ne foit produite par une caufe
phyfique , & que cette caufe ne doive
avoir un méchanifme propre à fes effets ;
il ne fera donc pas permis de méconnoître
cette caufe , fi elle fe préfente avec les
propriétés néceffaires pour opérer le méchanifme
que nous cherchons à découvrir,
fur- tout fi ces propriétés fe trouvent manquer
à toutes les autres caufes qu'il feroit
poffible de fe repréſenter.
Après avoir mûrement confideré les diverfes
conjectures qui ont été formées fur
la premiere caufe phyfique de la régénération
des êtres , de la communication du
mouvement , de la gravité & de l'attraction
, & après avoir pefé avec beaucoup
d'attention les difficultés qu'on a oppofées
à ces conjectures , nous avons cru pouvoir
inferer de cet examen que tous ces grands
phénomenes de la nature devoient dépendre
d'une même caufe , qui feroit néceffairement
un agent général , au moins dans
notre orbe planétaire , fi ce n'eft dans tout
l'univers.
Il s'agit d'examiner à préfent , fi le fluide
nommé électrique , tel que des expé140
MERCURE DE FRANCE.
riences certaines l'ont fait connoître , &
d'ailleurs admis prefqu'unanimement pour
la premiere caufe phyfique de l'action des
nerfs , ne pourroit pas paffer pour cet
agent général que nous cherchons à connoître
, & fi on ne lui trouveroit pas les
propriétés néceffaires pour en déduire les
phénomenes que nous croyons pouvoir
lui attribuer.
III.
Il n'eft guere permis de douter d'après
l'ouvrage que nous avons cité , que le
fluide éthérien ne foit le principe de toute
fécondation , & il n'eft pas difficile de
concevoir comment l'action conftante de
ce fluide fur tout corps quelconque, feroit,
felon les divers foyers où il trouve à fe
concentrer , & felon les diverfes maffes
qu'il rencontre , la caufe de la gravité &
de l'attraction , ainfi que de la différente
activité des corps , quels qu'ils foient ,
élémentaires ou compofés ; on verroit en
même tems comment ce même fluide dont
tout corps eft environné , & plus ou moins
pénétré felon fa nature , opéreroit par les
diverfes déterminations qui lui feroientdonnées
, la communication du mouvement
; il n'eſt pas néceffaire de faire appercevoir
que le mouvement communiqué
}
NOVEMBRE. 1755. 141
cefferoit , lors même qu'il ne rencontreroit
point d'autre obftacle ', à mesure que les
déterminations particulieres qui auroient
produit ce nouveau mouvement , viendroient
à fe perdre dans la détermination
générale du fluide environnant .
Mais , dira- t- on , n'eft-il pas plus fage
de fufpendre fon opinion fur des matieres
phyfiques , lorfque cette opinion ne peut
être folidement déterminée : nous fommes
bien éloignés de penfer qu'en général ce
ne foit là une maxime fage , mais on ne
fçauroit difconvenir qu'elle ne fouffre des
exceptions ; car il eft certain que cette
maxime obfervée trop rigoureufement ,
fur- tout dans la recherche des vérités auffi
importantes & auffi inconnues que celles
dont il eft ici queftion , borneroit exceffivement
les progrès qu'on peut efperer de
faire fur les plus grands objets des connoiffances
phyfiques .
D'ailleurs , nous avons en quelque maniere
l'exemple de Newton pour nous ;
on fçait que lorfqu'il trouva le moyen de
foumettre l'univers aux loix de la gravité
& de l'attraction , il n'eut pour baſe de
cette grande découverte qu'une fimple analogie
qui étoit , comme perfonne ne l'ignore
, la comparaifon qu'il fit de la caufe de
la chute d'un fruit qui tomba auprès de lui,
142 MERCURE DE FRANCE.
avec la caufe qu'il imagina dans ce moment
pouvoir entretenir l'harmonie ou
l'action réciproque du monde planétaire :
ayant fait le plan des principaux effets
que ces caufes devoient produire , il regarda
ces effets comme autant de réſultats
qu'il s'agiffoit de vérifier , & c'eft par une
profondeur de calculs , qui a immortalifé
ce grand homme , qu'il parvint à démontrer
la folidité des loix qu'il venoit de
trouver.
C'eſt en fuivant une pareille méthode ,
qui ici ne paroît guere fufceptible de calculs
, que nous allons chercher à établir le
fluide étherien , comme cauſe de la
gra
vité & de l'attraction. Newton moins inf
truit qu'on ne l'eft aujourd'hui fur l'exiftence
des loix & des proprietés du fluide
qu'on a appellé électrique , s'eft fagement
abftenu d'expliquer cette caufe , mais il
paroît qu'il avoit de la répugnance à laiffer
croire qu'il regardât ces proprietés comme
inherentes à la matiere , puifqu'il a
declaré à la fin de fon optique qu'il foupçonnoit
que l'attraction étoit l'effet de
l'action de quelque fluide très délié &
très-élaftique. Ce foupçon doit nous faire
préfumer que s'il eût été inftruit comme
on l'eft aujourd'hui fur l'existence , les
loix & les proprietés du fluide étherien ,
NOVEMBRE . 1755. 143
il ne feroit point resté dans cette incertitude
fur la caufe de ce grand phénomene.
Newton a fait voir auffi dans fon traité
d'optique , qu'il n'étoit pas poffible que les
rayons de lumiere fuffent immédiatement
réflechis de la furface des corps , & il a
prouvé en même tems que cette réflexion
étoit l'effet des proprietés & des loix de la
force de gravité & d'attraction qu'il paroiffoit
fuppofer être inhérente à tous les
corps . Or s'il n'eft pas permis de regarder
comme fufpectes les preuves alleguées
fur ce fait par Newton , & fi d'après les
folides connoiffances qu'on a acquifes fur
l'existence & les proprietés du fluide étherien
, il eft plus que probable que ce fluide
eft un agent univerfel , au moins dans
notre orbe planétaire , il nous paroît difficile
de former des difficultés raifonnables
contre l'idée de fubftituer fon action
à la fuppofition qui a fait regarder la gravité
& l'attraction comme des qualités
propres & inhérentes à tout corps.
Čela pofé , les phénomenes du mouvement
ne dépendroient que des diverfes déterminations
de l'action du fluide étherien,
& ces déterminations fe communiqueroient
par la voie du choc, de l'impulfion , de l'explofion
, de la fermentation , même du
plus leger contact comme on l'obferve
144 MERCURE DE FRANCE.
dans les experiences connues fur l'électricité
ainfi toute augmentation ou diminution
de mouvement ne feroit que des
changemens produits dans les loix naturelles
de l'action de ce fluide ; & par cèt
ordre on ne feroit plus en peine de fçavoir
comment un corps vivant , & même
les corps élastiques , peuvent donner de
l'action à des corps qui n'en ont point ,
ou augmenter celle qu'ils ont ; en un mot ,
on verroit que tous les phénomenes de la
nature ne font dans le fonds que les diverſes
manieres dont l'agent géneral , plus
ou moins concentré dans les différens
corps , ou raffemblé fur leurs furfaces ,
obéit aux loix qu'il doit fuivre , & aux diverfes
déterminations qu'il reçoit.
M. Franklin a prefque demontré que·
le tonnerre n'eft qu'un phénomene d'électricité
, & on en peut aifement conclureque
les trombes qui ne paroiffent être
qu'un prodigieux tourbillon d'air , d'eau´
& de fluide étherien devenu électrique.
par les caufes qui préparent ou excitent
l'orage , ne font en effet produites que
par la même revolution qui difpofe & détermine
les coups de tonnerre ; ce qui eft
affez prouvé par les trombes qu'on a quel-,
quefois vu fe former au mênie inftant de
ces coups de tonnerre : nous ne parlerons
pas
NOVEMBRE. 1755 145
pas d'une infinité d'autres obfervations
qu'on n'ignore point , & que perfonne
ne contefte. Or , s'il n'y a point de phénomenes
extraordinaires de la nature qui
paroiffent s'opérer par une plus grande
quantité & une plus grande vivacité d'action
que les coups de tonnerre & les trombes
, & s'il eft vrai qu'en fait de recherches
phyfiques on doive principalement
chercher à fimplifier tout , autant qu'on
le peut , fur tout les principes , il faut
donc bien loin de vouloir féparer l'idée de
la caufe & du méchanifme de l'électricité,
de celle d'une caufe générale du mouvement
, s'attacher plutôt à confiderer les
phénomenes de l'électricité , comme des
divers modes de cette caufe générale.
Alors on comprendroit , par exemple ,
que la force qui refte à un boulet de cadont
le mouvement paroît prêt à
s'éteindre , & qui a de fi funeftes effets
pour ceux qui entreprennent imprudemment
de le fixer , même de le toucher
avec le pied , n'eft que la prodigieufe
quantité de fluide étherien , dont il fe
trouve encore chargé au moyen du mouve
ment de rotation qui lui refte , & que la
force de l'explofion & ce mouvement de
rotation y avoient accumulé ; le méchaniſme
de ces funeftes effets fe préfente fenfible-
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ment par la prodigieufe difproportion qu'il
y a entre la quantité , la rapidité , & la
détermination du fluide raffemblé fur ce
boulet , & l'état ordinaire du fluide qui
entoure , & pénetre un corps vivant , &
notamment la partie de ce corps approchée
du boulet jufqu'au point de contact.
I V.
Il est reçu qu'en chargeant un corps
d'électricité , on ne fait que raffembler fur
fa furface plus de matiere électrique qu'il
n'y en a naturellement , augmenter à cette
proportion le degré d'activité de ce fluide,
& changer l'ordre naturel de fa détermination
; c'eft ainfi qu'eft produit un tor
rent de matiere électrique qui n'agit principalement
que fur la furface des corps
fur lefquels il eft formé , ou de ceux vers
lefquels il eft dirigé ; ce qui eft bien prou❤
vé par le petit éclat qui fe fait entendre au
moment de la communication de l'électricité
d'un corps à un autre ; car cet éclat
fuppofe néceffairement la rencontre de
deux forces qui font oppofées.
Il eft démontré que tous les corps font
naturellement doués d'une force d'attrac
tion , & il eft probable que l'intenfité de cette
force ne dépend que de la nature des parNOVEMBRE.
1755. 247
ties primitives dont ces corps font formés ,
& que la différence de ces parties élémentaires
ne confifte que dans le plus ou
moins de fluide éthérien qui a pu originairement
s'y concentrer . C'eft de-là , en effet,
qu'on peut le mieux déduire les propriétés
qui différencient effentiellement tous les
corps , même par rapport à leur état de
folidité ou de liquidité ; ce qui eft manifeftement
prouvé par l'obfervation des phénoménes
des congellations artificielles ,
furtout de celui qu'on a nommé le faut de la
congellation , qui eft la vive explofion qui
fe fait au moment que la liqueur va fe congeler
.
Il faut donc confidérer ces parties élémentaires
comme autant de petits foyers
fort acceffibles à l'action du fluide envi
ronnant , & c'eft ainfi que fe forment néceffairement
autour d'eux des petites fpheres
d'activité , qui s'animent & s'électrident
en quelque maniere par leur proximité
& leurs frottemens ; voilà donc une efpece
d'électricité à peu près déterminée
par les loix naturelles de l'action de ce
Aluide ; il eft probable que c'eſt- là le méchanifme
des premiers rapports que ces parties
primitives acquerent entr'elles , & en
même tems l'origine de leurs propriétés
Gij
148 MERCURE DE FRANCE:
générales & particulieres ; ces premiers
phenomenes d'attraction ne paroiffent
point affujettis aux loix d'électricité qu'on
conncît par les expériences faites fur des
maffes defquelles par conféquent on ne
fçauroit conclure aux loix de cette action
entre les parties élémentaires ; confidération
qu'il ne faut point perdre de vue , &
qui fixe la jufte valeur des connoiffances
acquifes fur les propriétés du fluide éthérien
par les expériences ufitées fur l'électricité.
On peut croire que c'eft de ces premieres
loix d'attraction que dépendent principalement
la conftitution & l'activité de toutes
les parties élémentaires ; ces parties
auroient donc entr'elles plus ou moins
d'affinité , felon qu'elles feroient propres
par leur nature à former des tourbillons
de matiere éthérée plus ou moins
égaux ; & par cet ordre celles qui fe trouveroient
être à peu près de même nature
auroient une maniere prefque égale d'obéir
à l'action du fluide environnant , bien
entendu qu'elles fullent également expofées
à l'action libre de ce fluide ; on voit
par là affez clairement comment tous les
corps doivent avoir naturellement plus ou
moins d'activité , & être plus ou moins
NOVEMBRE. 1755. 149
électriques , felon qu'ils font formés de
parties primitives plus ou moins chargées
de fluide éthérien , ou plus ou moins difpofées
à obéir à fon action.
V.
Cela pofé , le méchanifme des diverfes
efpeces de cryftallifation , & des diverfes
affinités chimiques , ne dépendroit-il pas
de certaines difpofitions conftantes de maffe
& de furface par lefquelles les parties
élémentaires de même genre obéiroient de
la même maniere aux loix naturelles de
l'action de ce fluide ; chacune de ces parties
feroit donc par fa nature un foyer
prefque égal pour l'activité de ce même
Auide , & cette activité produiroit dans
toutes ces parties , lorfqu'elle pourroit s'y
exercer librement , le même dégré & les
mêmes phénomenes d'attraction , ou du
moins il n'y auroit d'autre différence que
celle qui réfulteroit des torrens plus ou
moins confidérables qui fe feroient faits
fur ces foyers , felon qu'ils auroient été
plus ou moins expofés à l'action libre du
Auide environnant ; il arriveroit de cette
maniere que lorfque plufieurs de ces petits
foyers feroient livrés à l'action de ce fluide ,
il fe feroit des torrens plus confidérables
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fur ceux où cette action fe ferott exercée
plus librement , & par conféquent qu'il fe
feroit de moindres torrens fur les foyers
qui s'y trouveroient moins exposés.
Il réfulte de -là que l'action produite
dans les premiers foyers , feroit de beaucoup
fupérieure en force & en étendue à
celle des autres foyers , & que par cette
raiſon ceux - ci feroient , lorfqu'il n'y auroit
point d'obſtacles , entraînés plus ou
moins promtement vers les premiers , felon
la force & l'étendue de l'atmoſphere
de leur activité .
Cette explication prouveroit que les
petites atmoſpheres de fluide éthérien formées
dans les foyers les moins dévelop
pés , feroient néceffairement abforbées
par les atmoſpheres plus confidérables ,
lorfqu'elles en feroient affez près pour pouvoir
y être compriſes ; de maniere donc
que tout foyer qui ne fe trouveroit pas
affez voifin de celui qui attire plus puiffamment
, pour être compris dans fa fphere
d'activité , feroit lui-même un foyer central
propre à attirer les foyers voifins plus
foibles que lui.
Mais comme on obferve en plufieurs
criftallifations que les criftaux qui ont acquis
un certain volume , ne continuent
pas de s'accroître , il en faudroit conclure
NOVEMBRE . 1755. 131
que le premier foyer parvenu à fe charger
d'une certaine quantité de parties analogues
n'auroit plus les mêmes rapports avec
le fluide environnant , & que par conféquent
fon activité devroit s'affoiblir au
point de ne pouvoir plus entraîner de nouvelles
parties.
V I.
Ne feroit-ce pas dans cette théorie des
criftallifations qu'on pourroit trouver à fe
former une idée claire & fimple de l'ordre
d'action qui détermine & maintient les
orbes planétaires dans les efpaces qu'ils
parcourent le foleil feroit le foyer principal
, & les planettes , comme foyers beaucoup
moindres , feroient comprifes dans
fa fphere d'activité ; il en réfulteroit que
ces mafles planetaires obéiroient plus ou
moins au grand foyer felon qu'elles feroient
elles -mêmes un foyer plus ou moins
confidérable , & que par - là elles feroient
en état d'oppofer plus de réfiftance aux
déterminations produites par le grand
foyer.
On peut croire que ces planettes , qui
ont leur tourbillon particulier de matiere
éthérée , doivent en obéiffant à la fupériorité
de celui du grand foyer , s'électrifer
elles-mêmes de plus en plus , foit par
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
les frottemens continuels de leurs tourbillons
, foit par la vive action du grand
foyer qui les entraîne , & prendre ainfi ,
plus ou moins à proportion de leur conftitution
, fur la fupériorité de l'attraction
de ce grand foyer ; ce qui eft affez conforme
aux loix générales de l'attraction
connue par les expériences ufitées , ainfi
qu'aux obfervations faites fur l'électricité
; de cette maniere les planetes parviendroient
à ce point de diſtance du grand
foyer , & en même tems d'équilibre avec
fa fphere d'activité, dont elles ne pourroient
plus être approchées ni éloignées ; à ce
point- là elles prendroient donc néceffairement
une détermination nouvelle , qui
feroit la détermination de leur cours particulier
, c'est -à- dire , leur mouvement projectile
; & c'est à raifon de la conftitution
naturelle , dont nous avons parlé , qui fait
que certains corps font moins propres que
d'autres à un accroiffement d'électricité ,
ainſi qu'à raifon de leur maffe & de leur
volume , qu'elles fe trouveroient plus ou
moins capables de gravitation & d'attraction
, & c'est par là que leur cours ordinaire
feroit déterminé à de plus ou moins
grandes diftances du grand foyer.
les loix de cette
On'tpeur préfumer que
détermination particuliere ne feroient pas
NOVEMBRE . 1755. 153
conftantes au point que par la fuite du
tems les planetes ne puffent acquérir des
forces centrifuges ; on connoît les loix fuivant
lefquelles les corps font repouffés
après avoir été attirés pendant un certain
tems , ce qui n'arrive probablement que
parce que ces corps s'électrifent davantage
à proportion qu'ils font plus attirés , &
que par-là ils parviennent à un complément
d'électricité qui les rend fupérieurs
au moins acceffibles à l'activité du fover
principal ; c'eft par ces loix que les planetes
pouroient enfin échapper totalement
à la fphere d'activité du foleil , & par
devenir des cometes ; comme il pourroit
arriver auffi qu'il fe trouveroit des cometes
moins difpofées par leur nature à s'électrifer
, ou à contracter un certain dégré
d'activité , qui attirées à un certain point
vers le principal foyer , bien loin de tendre
alors à s'en éloigner , y feroient au
contraire rapidement précipitées.
là
Ce mémoire n'a été fait dans d'autre.
vue que d'exciter fur les fondemens de la
conjecture qu'on y propofe , l'attention
des perfonnes verfées dans ces connoillances
, & de mettre ces mêmes perfonnes à
portée de critiquer facilement certe conjeture
ou de l'appuier plus folidement.
des Etres , du mouvement , de la
gravité , & de l'attraction .
I
I.
L vient de paroître un ouvrage , qui a
pour titre idée de l'homme physique &
moral. On y propofe , au fujet de la génération
, une conjecture appuyée fur de
grandes probabilités ; cette conjecture eft
que la fécondation de la liqueur féminale
des animaux pourroit bien n'être que l'efquiffe
active qui y eft imprimée par le fluide
éthérien refléchi de toutes les parties
du corps vers les organes de la génération ,
au moment même de l'excrétion de cette
liqueur , & par le même méchanifme qui
fert à déterminer cette excrétion , l'auteur
paroît defirer qu'on remarque avec une
particuliere attention que ces organes deviennent
en ce moment le centre de prefque
tout le mouvement & le fentiment du
136 MERCURE DEFRANCE.
corps , ce qui , felon lui , fournit de trèsgrandes
inductions pour la validité de ſa
conjecture .
Il a afluré d'avance que l'idée qui fubftitue
l'action du fluide éthérien à celle des
prétendus efprits animaux , eft prefque
unanimement reçue , & qu'en effet cette
idée s'accorde parfaitement avec tout ce
qu'il y a à obferver fur l'action des nerfs ,
même fur celle de la végétation , & avec
toutes les expériences faites jufqu'à préſent
fur le fluide qu'on nomme électrique ; au
lieu que l'idée qui fait admettre des efprits
animaux , eft non feulement dénuée de
preuves , mais encore de vraifemblance :
d'ailleurs il paroît porté à croire que la
théorie qu'il propofe fur la fécondation ,
eft applicable à tous les êtres qui fe régénerent
; & en effet , après la maniere dont
il rend raifon des phénomenes les plus remarquables
de la génération , de la plûpart
defquels à peine imaginoit - on de
pouvoir jamais acquerir quelqu'intelligence
, on ne fçauroit raiſonnablement fe
défendre d'adhérer à fon fentiment , au
moins jufqu'à ce qu'on foir parvenu à d'autres
connoiffances fur cette matiere.
L'objet de ce mémoire eft de fournir un
nouvel appui à cette théorie , & de juftifier
de nouveau l'étendue qu'elle paroît
NOVEMBRE. 1755. 137
avoir ; on fe propofe de remplir cet objet
en ramenant fimplement le méchanifme
de la fécondation , de la communication
du mouvement , de la gravité & de l'attraction
à une caufe commune , en montrant
autant qu'il eft poffible , les rapports
de ce méchanifme avec les propriétés reconnues
de cette caufe , & enfuite en les
généralifant l'un par l'autre au moyen des
applications qu'on en fera.
Mais avant que d'entrer en matiere , il
eft à propos de remarquer avec l'auteur de
l'idée de l'homme phyfique & moral que
toutes les expériences qu'on fait pour connoître
les phénomenes de l'électricité ,
dérangent néceffairement les loix naturelles
de l'action du fluide qui la produit ; &
qu'ainfi il reste à fe former des divers réfultats
de ces expériences un point de vue
fous lequel on puiffe confiderer plus généralement
l'ordre naturel de l'action de
ce fluide , & delà les plus effentielles de
fes loix & de fes propriétés.
Ce n'eft que par cette maniere de confiderer
la matiere électrique qu'on peut fe
flatter de la connoître autant qu'il nous
eft donné d'y réuffir ; & en effet c'eft par
là qu'on parvient à écarter les plus fpécieufes
difficultés qu'on puiffe oppofer à
la conjecture dont il s'agit ici ; on objec138
MERCURE DEFRANCE.
teroit , par exemple , que tous les corps ;
fans en excepter aucun , font doués de
gravité & d'attraction , & qu'il y en a qui
ne font pas fufceptibles de l'électricité ; il
eft aifé de répondre à cette objection par
remarque qu'on vient de faire ; qui eſt
que les phénomenes de l'électricité rendue
fenfible par les expériences ufitées ,
ne font que des modifications particulieres
du fluide éthérien , au méchanifme defla
quels certains corps réfiftent par leur conftitution
, c'eft à- dire par les loix que le
fluide qui agit fur ces corps eft contraint
de fuivre; ce qui n'empêche
pas que le mouvement
qu'ils reçoivent
par des moyens
plus effectifs ne foit fimplement
une révolution
arrivée à ce fluide éthérien qui
les pénétre & les environne
; il n'eft pas
difficile de trouver dans cette folution de
quoi répondre d'une maniere fatisfaiſante
à toutes les difficultés
qu'on pourroit faire
; delà on peut préfumer que ce fluide a
été improprement
nommé électrique
; & en effet il n'a été ainfi défigné que par une
de fes propriétés
qui encore n'étoit point
affez connue : ainfi en employant
les mots
d'électricité
ou de fluide électrique nous n'entendrons
que des modifications
particulieres
du fluide éthérien
, preſque toujours
contraires
aux loix générales de l'action de
ce fluide.
NOVEMBRE. 1755. 139
II.
On ne fçauroit nier que la régénération
des êtres , au moins quant à leur organifation
, ne foit produite par une caufe
phyfique , & que cette caufe ne doive
avoir un méchanifme propre à fes effets ;
il ne fera donc pas permis de méconnoître
cette caufe , fi elle fe préfente avec les
propriétés néceffaires pour opérer le méchanifme
que nous cherchons à découvrir,
fur- tout fi ces propriétés fe trouvent manquer
à toutes les autres caufes qu'il feroit
poffible de fe repréſenter.
Après avoir mûrement confideré les diverfes
conjectures qui ont été formées fur
la premiere caufe phyfique de la régénération
des êtres , de la communication du
mouvement , de la gravité & de l'attraction
, & après avoir pefé avec beaucoup
d'attention les difficultés qu'on a oppofées
à ces conjectures , nous avons cru pouvoir
inferer de cet examen que tous ces grands
phénomenes de la nature devoient dépendre
d'une même caufe , qui feroit néceffairement
un agent général , au moins dans
notre orbe planétaire , fi ce n'eft dans tout
l'univers.
Il s'agit d'examiner à préfent , fi le fluide
nommé électrique , tel que des expé140
MERCURE DE FRANCE.
riences certaines l'ont fait connoître , &
d'ailleurs admis prefqu'unanimement pour
la premiere caufe phyfique de l'action des
nerfs , ne pourroit pas paffer pour cet
agent général que nous cherchons à connoître
, & fi on ne lui trouveroit pas les
propriétés néceffaires pour en déduire les
phénomenes que nous croyons pouvoir
lui attribuer.
III.
Il n'eft guere permis de douter d'après
l'ouvrage que nous avons cité , que le
fluide éthérien ne foit le principe de toute
fécondation , & il n'eft pas difficile de
concevoir comment l'action conftante de
ce fluide fur tout corps quelconque, feroit,
felon les divers foyers où il trouve à fe
concentrer , & felon les diverfes maffes
qu'il rencontre , la caufe de la gravité &
de l'attraction , ainfi que de la différente
activité des corps , quels qu'ils foient ,
élémentaires ou compofés ; on verroit en
même tems comment ce même fluide dont
tout corps eft environné , & plus ou moins
pénétré felon fa nature , opéreroit par les
diverfes déterminations qui lui feroientdonnées
, la communication du mouvement
; il n'eſt pas néceffaire de faire appercevoir
que le mouvement communiqué
}
NOVEMBRE. 1755. 141
cefferoit , lors même qu'il ne rencontreroit
point d'autre obftacle ', à mesure que les
déterminations particulieres qui auroient
produit ce nouveau mouvement , viendroient
à fe perdre dans la détermination
générale du fluide environnant .
Mais , dira- t- on , n'eft-il pas plus fage
de fufpendre fon opinion fur des matieres
phyfiques , lorfque cette opinion ne peut
être folidement déterminée : nous fommes
bien éloignés de penfer qu'en général ce
ne foit là une maxime fage , mais on ne
fçauroit difconvenir qu'elle ne fouffre des
exceptions ; car il eft certain que cette
maxime obfervée trop rigoureufement ,
fur- tout dans la recherche des vérités auffi
importantes & auffi inconnues que celles
dont il eft ici queftion , borneroit exceffivement
les progrès qu'on peut efperer de
faire fur les plus grands objets des connoiffances
phyfiques .
D'ailleurs , nous avons en quelque maniere
l'exemple de Newton pour nous ;
on fçait que lorfqu'il trouva le moyen de
foumettre l'univers aux loix de la gravité
& de l'attraction , il n'eut pour baſe de
cette grande découverte qu'une fimple analogie
qui étoit , comme perfonne ne l'ignore
, la comparaifon qu'il fit de la caufe de
la chute d'un fruit qui tomba auprès de lui,
142 MERCURE DE FRANCE.
avec la caufe qu'il imagina dans ce moment
pouvoir entretenir l'harmonie ou
l'action réciproque du monde planétaire :
ayant fait le plan des principaux effets
que ces caufes devoient produire , il regarda
ces effets comme autant de réſultats
qu'il s'agiffoit de vérifier , & c'eft par une
profondeur de calculs , qui a immortalifé
ce grand homme , qu'il parvint à démontrer
la folidité des loix qu'il venoit de
trouver.
C'eſt en fuivant une pareille méthode ,
qui ici ne paroît guere fufceptible de calculs
, que nous allons chercher à établir le
fluide étherien , comme cauſe de la
gra
vité & de l'attraction. Newton moins inf
truit qu'on ne l'eft aujourd'hui fur l'exiftence
des loix & des proprietés du fluide
qu'on a appellé électrique , s'eft fagement
abftenu d'expliquer cette caufe , mais il
paroît qu'il avoit de la répugnance à laiffer
croire qu'il regardât ces proprietés comme
inherentes à la matiere , puifqu'il a
declaré à la fin de fon optique qu'il foupçonnoit
que l'attraction étoit l'effet de
l'action de quelque fluide très délié &
très-élaftique. Ce foupçon doit nous faire
préfumer que s'il eût été inftruit comme
on l'eft aujourd'hui fur l'existence , les
loix & les proprietés du fluide étherien ,
NOVEMBRE . 1755. 143
il ne feroit point resté dans cette incertitude
fur la caufe de ce grand phénomene.
Newton a fait voir auffi dans fon traité
d'optique , qu'il n'étoit pas poffible que les
rayons de lumiere fuffent immédiatement
réflechis de la furface des corps , & il a
prouvé en même tems que cette réflexion
étoit l'effet des proprietés & des loix de la
force de gravité & d'attraction qu'il paroiffoit
fuppofer être inhérente à tous les
corps . Or s'il n'eft pas permis de regarder
comme fufpectes les preuves alleguées
fur ce fait par Newton , & fi d'après les
folides connoiffances qu'on a acquifes fur
l'existence & les proprietés du fluide étherien
, il eft plus que probable que ce fluide
eft un agent univerfel , au moins dans
notre orbe planétaire , il nous paroît difficile
de former des difficultés raifonnables
contre l'idée de fubftituer fon action
à la fuppofition qui a fait regarder la gravité
& l'attraction comme des qualités
propres & inhérentes à tout corps.
Čela pofé , les phénomenes du mouvement
ne dépendroient que des diverfes déterminations
de l'action du fluide étherien,
& ces déterminations fe communiqueroient
par la voie du choc, de l'impulfion , de l'explofion
, de la fermentation , même du
plus leger contact comme on l'obferve
144 MERCURE DE FRANCE.
dans les experiences connues fur l'électricité
ainfi toute augmentation ou diminution
de mouvement ne feroit que des
changemens produits dans les loix naturelles
de l'action de ce fluide ; & par cèt
ordre on ne feroit plus en peine de fçavoir
comment un corps vivant , & même
les corps élastiques , peuvent donner de
l'action à des corps qui n'en ont point ,
ou augmenter celle qu'ils ont ; en un mot ,
on verroit que tous les phénomenes de la
nature ne font dans le fonds que les diverſes
manieres dont l'agent géneral , plus
ou moins concentré dans les différens
corps , ou raffemblé fur leurs furfaces ,
obéit aux loix qu'il doit fuivre , & aux diverfes
déterminations qu'il reçoit.
M. Franklin a prefque demontré que·
le tonnerre n'eft qu'un phénomene d'électricité
, & on en peut aifement conclureque
les trombes qui ne paroiffent être
qu'un prodigieux tourbillon d'air , d'eau´
& de fluide étherien devenu électrique.
par les caufes qui préparent ou excitent
l'orage , ne font en effet produites que
par la même revolution qui difpofe & détermine
les coups de tonnerre ; ce qui eft
affez prouvé par les trombes qu'on a quel-,
quefois vu fe former au mênie inftant de
ces coups de tonnerre : nous ne parlerons
pas
NOVEMBRE. 1755 145
pas d'une infinité d'autres obfervations
qu'on n'ignore point , & que perfonne
ne contefte. Or , s'il n'y a point de phénomenes
extraordinaires de la nature qui
paroiffent s'opérer par une plus grande
quantité & une plus grande vivacité d'action
que les coups de tonnerre & les trombes
, & s'il eft vrai qu'en fait de recherches
phyfiques on doive principalement
chercher à fimplifier tout , autant qu'on
le peut , fur tout les principes , il faut
donc bien loin de vouloir féparer l'idée de
la caufe & du méchanifme de l'électricité,
de celle d'une caufe générale du mouvement
, s'attacher plutôt à confiderer les
phénomenes de l'électricité , comme des
divers modes de cette caufe générale.
Alors on comprendroit , par exemple ,
que la force qui refte à un boulet de cadont
le mouvement paroît prêt à
s'éteindre , & qui a de fi funeftes effets
pour ceux qui entreprennent imprudemment
de le fixer , même de le toucher
avec le pied , n'eft que la prodigieufe
quantité de fluide étherien , dont il fe
trouve encore chargé au moyen du mouve
ment de rotation qui lui refte , & que la
force de l'explofion & ce mouvement de
rotation y avoient accumulé ; le méchaniſme
de ces funeftes effets fe préfente fenfible-
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ment par la prodigieufe difproportion qu'il
y a entre la quantité , la rapidité , & la
détermination du fluide raffemblé fur ce
boulet , & l'état ordinaire du fluide qui
entoure , & pénetre un corps vivant , &
notamment la partie de ce corps approchée
du boulet jufqu'au point de contact.
I V.
Il est reçu qu'en chargeant un corps
d'électricité , on ne fait que raffembler fur
fa furface plus de matiere électrique qu'il
n'y en a naturellement , augmenter à cette
proportion le degré d'activité de ce fluide,
& changer l'ordre naturel de fa détermination
; c'eft ainfi qu'eft produit un tor
rent de matiere électrique qui n'agit principalement
que fur la furface des corps
fur lefquels il eft formé , ou de ceux vers
lefquels il eft dirigé ; ce qui eft bien prou❤
vé par le petit éclat qui fe fait entendre au
moment de la communication de l'électricité
d'un corps à un autre ; car cet éclat
fuppofe néceffairement la rencontre de
deux forces qui font oppofées.
Il eft démontré que tous les corps font
naturellement doués d'une force d'attrac
tion , & il eft probable que l'intenfité de cette
force ne dépend que de la nature des parNOVEMBRE.
1755. 247
ties primitives dont ces corps font formés ,
& que la différence de ces parties élémentaires
ne confifte que dans le plus ou
moins de fluide éthérien qui a pu originairement
s'y concentrer . C'eft de-là , en effet,
qu'on peut le mieux déduire les propriétés
qui différencient effentiellement tous les
corps , même par rapport à leur état de
folidité ou de liquidité ; ce qui eft manifeftement
prouvé par l'obfervation des phénoménes
des congellations artificielles ,
furtout de celui qu'on a nommé le faut de la
congellation , qui eft la vive explofion qui
fe fait au moment que la liqueur va fe congeler
.
Il faut donc confidérer ces parties élémentaires
comme autant de petits foyers
fort acceffibles à l'action du fluide envi
ronnant , & c'eft ainfi que fe forment néceffairement
autour d'eux des petites fpheres
d'activité , qui s'animent & s'électrident
en quelque maniere par leur proximité
& leurs frottemens ; voilà donc une efpece
d'électricité à peu près déterminée
par les loix naturelles de l'action de ce
Aluide ; il eft probable que c'eſt- là le méchanifme
des premiers rapports que ces parties
primitives acquerent entr'elles , & en
même tems l'origine de leurs propriétés
Gij
148 MERCURE DE FRANCE:
générales & particulieres ; ces premiers
phenomenes d'attraction ne paroiffent
point affujettis aux loix d'électricité qu'on
conncît par les expériences faites fur des
maffes defquelles par conféquent on ne
fçauroit conclure aux loix de cette action
entre les parties élémentaires ; confidération
qu'il ne faut point perdre de vue , &
qui fixe la jufte valeur des connoiffances
acquifes fur les propriétés du fluide éthérien
par les expériences ufitées fur l'électricité.
On peut croire que c'eft de ces premieres
loix d'attraction que dépendent principalement
la conftitution & l'activité de toutes
les parties élémentaires ; ces parties
auroient donc entr'elles plus ou moins
d'affinité , felon qu'elles feroient propres
par leur nature à former des tourbillons
de matiere éthérée plus ou moins
égaux ; & par cet ordre celles qui fe trouveroient
être à peu près de même nature
auroient une maniere prefque égale d'obéir
à l'action du fluide environnant , bien
entendu qu'elles fullent également expofées
à l'action libre de ce fluide ; on voit
par là affez clairement comment tous les
corps doivent avoir naturellement plus ou
moins d'activité , & être plus ou moins
NOVEMBRE. 1755. 149
électriques , felon qu'ils font formés de
parties primitives plus ou moins chargées
de fluide éthérien , ou plus ou moins difpofées
à obéir à fon action.
V.
Cela pofé , le méchanifme des diverfes
efpeces de cryftallifation , & des diverfes
affinités chimiques , ne dépendroit-il pas
de certaines difpofitions conftantes de maffe
& de furface par lefquelles les parties
élémentaires de même genre obéiroient de
la même maniere aux loix naturelles de
l'action de ce fluide ; chacune de ces parties
feroit donc par fa nature un foyer
prefque égal pour l'activité de ce même
Auide , & cette activité produiroit dans
toutes ces parties , lorfqu'elle pourroit s'y
exercer librement , le même dégré & les
mêmes phénomenes d'attraction , ou du
moins il n'y auroit d'autre différence que
celle qui réfulteroit des torrens plus ou
moins confidérables qui fe feroient faits
fur ces foyers , felon qu'ils auroient été
plus ou moins expofés à l'action libre du
Auide environnant ; il arriveroit de cette
maniere que lorfque plufieurs de ces petits
foyers feroient livrés à l'action de ce fluide ,
il fe feroit des torrens plus confidérables
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fur ceux où cette action fe ferott exercée
plus librement , & par conféquent qu'il fe
feroit de moindres torrens fur les foyers
qui s'y trouveroient moins exposés.
Il réfulte de -là que l'action produite
dans les premiers foyers , feroit de beaucoup
fupérieure en force & en étendue à
celle des autres foyers , & que par cette
raiſon ceux - ci feroient , lorfqu'il n'y auroit
point d'obſtacles , entraînés plus ou
moins promtement vers les premiers , felon
la force & l'étendue de l'atmoſphere
de leur activité .
Cette explication prouveroit que les
petites atmoſpheres de fluide éthérien formées
dans les foyers les moins dévelop
pés , feroient néceffairement abforbées
par les atmoſpheres plus confidérables ,
lorfqu'elles en feroient affez près pour pouvoir
y être compriſes ; de maniere donc
que tout foyer qui ne fe trouveroit pas
affez voifin de celui qui attire plus puiffamment
, pour être compris dans fa fphere
d'activité , feroit lui-même un foyer central
propre à attirer les foyers voifins plus
foibles que lui.
Mais comme on obferve en plufieurs
criftallifations que les criftaux qui ont acquis
un certain volume , ne continuent
pas de s'accroître , il en faudroit conclure
NOVEMBRE . 1755. 131
que le premier foyer parvenu à fe charger
d'une certaine quantité de parties analogues
n'auroit plus les mêmes rapports avec
le fluide environnant , & que par conféquent
fon activité devroit s'affoiblir au
point de ne pouvoir plus entraîner de nouvelles
parties.
V I.
Ne feroit-ce pas dans cette théorie des
criftallifations qu'on pourroit trouver à fe
former une idée claire & fimple de l'ordre
d'action qui détermine & maintient les
orbes planétaires dans les efpaces qu'ils
parcourent le foleil feroit le foyer principal
, & les planettes , comme foyers beaucoup
moindres , feroient comprifes dans
fa fphere d'activité ; il en réfulteroit que
ces mafles planetaires obéiroient plus ou
moins au grand foyer felon qu'elles feroient
elles -mêmes un foyer plus ou moins
confidérable , & que par - là elles feroient
en état d'oppofer plus de réfiftance aux
déterminations produites par le grand
foyer.
On peut croire que ces planettes , qui
ont leur tourbillon particulier de matiere
éthérée , doivent en obéiffant à la fupériorité
de celui du grand foyer , s'électrifer
elles-mêmes de plus en plus , foit par
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
les frottemens continuels de leurs tourbillons
, foit par la vive action du grand
foyer qui les entraîne , & prendre ainfi ,
plus ou moins à proportion de leur conftitution
, fur la fupériorité de l'attraction
de ce grand foyer ; ce qui eft affez conforme
aux loix générales de l'attraction
connue par les expériences ufitées , ainfi
qu'aux obfervations faites fur l'électricité
; de cette maniere les planetes parviendroient
à ce point de diſtance du grand
foyer , & en même tems d'équilibre avec
fa fphere d'activité, dont elles ne pourroient
plus être approchées ni éloignées ; à ce
point- là elles prendroient donc néceffairement
une détermination nouvelle , qui
feroit la détermination de leur cours particulier
, c'est -à- dire , leur mouvement projectile
; & c'est à raifon de la conftitution
naturelle , dont nous avons parlé , qui fait
que certains corps font moins propres que
d'autres à un accroiffement d'électricité ,
ainſi qu'à raifon de leur maffe & de leur
volume , qu'elles fe trouveroient plus ou
moins capables de gravitation & d'attraction
, & c'est par là que leur cours ordinaire
feroit déterminé à de plus ou moins
grandes diftances du grand foyer.
les loix de cette
On'tpeur préfumer que
détermination particuliere ne feroient pas
NOVEMBRE . 1755. 153
conftantes au point que par la fuite du
tems les planetes ne puffent acquérir des
forces centrifuges ; on connoît les loix fuivant
lefquelles les corps font repouffés
après avoir été attirés pendant un certain
tems , ce qui n'arrive probablement que
parce que ces corps s'électrifent davantage
à proportion qu'ils font plus attirés , &
que par-là ils parviennent à un complément
d'électricité qui les rend fupérieurs
au moins acceffibles à l'activité du fover
principal ; c'eft par ces loix que les planetes
pouroient enfin échapper totalement
à la fphere d'activité du foleil , & par
devenir des cometes ; comme il pourroit
arriver auffi qu'il fe trouveroit des cometes
moins difpofées par leur nature à s'électrifer
, ou à contracter un certain dégré
d'activité , qui attirées à un certain point
vers le principal foyer , bien loin de tendre
alors à s'en éloigner , y feroient au
contraire rapidement précipitées.
là
Ce mémoire n'a été fait dans d'autre.
vue que d'exciter fur les fondemens de la
conjecture qu'on y propofe , l'attention
des perfonnes verfées dans ces connoillances
, & de mettre ces mêmes perfonnes à
portée de critiquer facilement certe conjeture
ou de l'appuier plus folidement.
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Résumé : Mémoire sur le principe physique de la régénération des Etres, du mouvement, de la gravité, & de l'attraction.
Le texte 'Mémoire sur le principe physique de la régénération des êtres, du mouvement, de la gravité, & de l'attraction' présente une théorie sur la fécondation et les phénomènes naturels. L'auteur propose que la fécondation des animaux pourrait être due à un fluide éthérien actif, reflété vers les organes de la génération au moment de l'excrétion de la liqueur féminine. Ce fluide serait également responsable du mouvement, de la gravité et de l'attraction. L'auteur soutient que cette théorie est appuyée par des observations sur l'action des nerfs et des expériences sur le fluide électrique. Le mémoire vise à renforcer cette théorie en montrant que le mécanisme de la fécondation, du mouvement, de la gravité et de l'attraction peut être ramené à une cause commune : le fluide éthérien. L'auteur affirme que toutes les expériences sur l'électricité perturbent les lois naturelles de ce fluide, et qu'il est nécessaire de considérer ces expériences sous un angle général pour comprendre son action. Le texte souligne que la régénération des êtres, le mouvement, la gravité et l'attraction dépendent d'une même cause physique, un agent général. L'auteur suggère que le fluide électrique, admis comme cause de l'action des nerfs, pourrait être cet agent général. Il compare cette approche à la méthode de Newton, qui a découvert les lois de la gravité et de l'attraction par analogie. Le texte traite également des effets de l'électricité et de la force d'attraction sur divers phénomènes naturels. Il explique que la force de l'explosion et le mouvement de rotation d'un boulet accumulent un fluide électrique sur sa surface, créant une disproportion notable par rapport à l'état ordinaire du fluide entourant un corps vivant. Charger un corps d'électricité augmente la quantité de matière électrique sur sa surface, modifiant ainsi l'ordre naturel de sa détermination. Le texte explore la nature des corps, affirmant que tous les corps possèdent une force d'attraction dont l'intensité dépend de la nature des parties primitives qui les composent. Ces parties élémentaires agissent comme des foyers d'activité électrique, influencées par le fluide environnant. Cette interaction est à l'origine des propriétés générales et particulières des corps, et des phénomènes d'attraction observés. Le texte aborde les processus de cristallisation et les affinités chimiques, suggérant qu'ils dépendent des dispositions constantes de masse et de surface des parties élémentaires. Ces parties obéissent aux lois naturelles de l'action du fluide éthérien, créant des atmosphères d'activité qui peuvent s'absorber mutuellement. Enfin, le texte propose une théorie des mouvements planétaires, où le Soleil agit comme un foyer principal, et les planètes comme des foyers plus petits compris dans sa sphère d'activité. Les planètes s'électrifient en obéissant à l'attraction du Soleil, déterminant ainsi leur mouvement projectile et leur distance par rapport au Soleil. Le texte conclut en mentionnant que les lois de cette détermination particulière ne sont pas constantes, permettant aux planètes d'acquérir des forces centrifuges et de devenir des comètes.
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