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p. 186-216
DISSERTATION philosophique sur les merveilles du principe d'action des bestes, & sur leur utilité pour arriver à la connoissance de l'Autheur de la Nature, & à celle des principaux fondemens de la Morale, contre les Carthesiens, les Athées, & les Esprits forts. Par M. P. Dei perfecta sunt opera, &omnes via ejus judicia. Deut. 23.
Début :
Un des grand Philosophes du Siecle précedent a osé écrire [...]
Mots clefs :
Philosophie, Bêtes, Machines, Esprit, Morale, Descartes, Nature, Mouvement, Principe spirituel, Automate, Prudence, Mémoire, Instinct, Compétences , Expérience
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texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION philosophique sur les merveilles du principe d'action des bestes, & sur leur utilité pour arriver à la connoissance de l'Autheur de la Nature, & à celle des principaux fondemens de la Morale, contre les Carthesiens, les Athées, & les Esprits forts. Par M. P. Dei perfecta sunt opera, &omnes via ejus judicia. Deut. 23.
DISSERTATION
Philofopbicjue sur les merveilles
du principe dlaélio.»-,
des bef/es) csur leurutilitépourarriver
à U con..
noiffance de Autheur de
la Mature
, O* 4 celle des
principaux fondemens de [a.
Morale, contre les Cartheficns
,
les Athées.,e les
Esprits firts,
Par M. P.
Deiperfeclafunt opera , &
omnes vioe ejusjudicia. Deur.
23.
¡L; lT N des grands PhilosophesduSiecle
précedent a
osé écrire que les bestesestoient
de pures machines,
destituées de tout principe
spirituel, n'ayant pour eause
de leurs actions quelconques,
que lesLoixgenerales
du mouvement, que l'Auteur
de laNature a establies
en creant le monde, jointes
à la disposition presente de
leurs organes; à laquelle
disposition il veut bien s'accommoder,
& s'a sservir, &
par laquelle il est necessité
d'agir, comme le ressort
d'une Montre l'est par ses
rouës,à marquerregulierement
les heures, ( ciricjuiémc
partie de la MethodedeDescar-
- tes, &c ) Il est vra y que ce
Philosophenel'a pas pensé
le premier, & qu'iln'aformécesystemequ'aprésla
Pereira, Auteur Espagnol
quiena composéunTraité.
Mais ce sentiment tout frrone
qu'il est, n'a eu beaucoup
de vogue, qu'aprés
que M. Descartes s'en est
rendu partisan. Sa maniere
d'expliquer lese ffets dePhyfique
uniquement par le repos,
le mouvement,les figures,
& les organizations des
cor ps, ayant entraisnédans
son parti tous les Philosophesamis
dela clarté plusieurssesont
laissez éblouir
de la nouveauté de ce systeme,
qui semblerépandre
d'abord une lumiere
considerable dans l'obscurité
d'un sujet aussi interessant
; & j'avouë qu'aprés
avoir lû les fortes raisons
donc plusieurs Philosophes
appuyent ce sentiment, ôc
les foibles raisonnements
dont quelques autres, qui
en ont écrit depuis ont tenté
de le détruire,j'ay estés
moy mesme esbranlé
,
6c j'aihesitémesmeassezlong
tems, sans sçavoir quel parti
prendre.
Effectivement si l'on envisage
d'un costé les merveilles
que les bestes operent
dans de certaines circonstances,
& combien en
d'aurres elles paroissent
stupides & bornées, on j
m'avouëra qu'il n'est pas
-
aisé de se déterminer. Si de
plus on fait attention aux
mouvements que les hommes
sont capables de proHuire
par des machines;
jusques à leur faire marquer
tout le cours desCieux,
representer des Spectacles,
executer des concerts de
toutes sortes d'instrumens,
donner des mouvements
differents aux differentes
[parties d'un Tableau, faire
tmanger ,
avaler, digerer,
toc rendre desaliments à des
animaux factices ; en faire
i
chanter, crier, courir, &
volerd'autres,&tant d'autres
merveilles surprenantes
de l'Art: on estportéà
juger de-là, qu'il n'y a peutestre
pas d'effet si furprenant
que l'Auteur de la Nature
ne pût faire produire
à un automate de sa main
par son seul concours general.
Aussî faut-il convenir
qu'il se fait dans les animaux
, comme dans les
plantes, & dans les autres
creatures vivantes, quantité
d'opérations purement
mechanques , & qui ne:
demandent aucune cause
spirituelle, aucun principe
immateriel particulierpour
leur production.Telles sont
le mouvement, & la circuhcioîN
culation des humeurs, les
segregations, les coctions,
les transpirations, l'accroissement
& le décroissement,
les mouvements elastiques
de leurs differentes parties,
& quantité d'autres qui dépendent
uniquement des
Loix generales de l'univers;
& ces mouvements font
continuels.Mais il y en a
d'une autre espece qui font
produits à propos, pour seconder
ceux-cy, & dans
lesquels on remarque une
espece de raison & de jugement
,qu'ilne paroist pas
qu'on puisse tirer de la disposition
d'un sujet purement
matériel, & des feules
loix du mouvement.
comme on le fera voir cyaprés,
par un grand nombre
d'exemples pour la plûpart
incontestables.
Ce sont ces dernieres
qui nous obligent d'admettre
une cause spirituelle
dans les bestes
,
c'est-à dire
un principe immateriel,&
semblable en quelque sorte
à celuy que nous trouvons
en nous, qui produise en
elles tout ce qui nous donne
tant d'admiration. Mais
en mesme tems nous nous
jettons dans un nouvel embarras:
premièrement nous
abandonnons en quelque
façon les lumieres que l'on
espere tirer des méchaniques
dans le parti contraire;
carenfin il faut avouër
qu'un poids, un reÍfort.
des espritsen mouvement,
sont incomparablement
plus aisés à imaginer, qu'un
principe immatériel, & cependant
capable de mouvoir
les corps en une infinité
de manieres. Secondement
si l'on jette les
yeux sur certaines vertus
& operations des bestes,
sur leur prudence, leur sagacité
,
prévoyance,addresse,
vigilance, courage
, équité, fidélité
, complaisance,
reconnoissance,
honnesteté
,
pudeur, propreté
,
finesse
,
mémoire
J &c. sur leur instinct pour
deliberer,&choisir des
moyens propres à se conserver&
se nourrir, pour
connoistre les dangers &
les fuïr
, pour eslever des
petits,pour kfaueeuendre
;
sur les ouvrages qu'elles
executent ,
sur l'ordre
qui y regne ,
sur leurs societez,&
sur toute la regle
de leur vie, on se voit comme
forcé de reconnoistre
que cette cause est mesme
beaucoup plus parfaite,que
nostre ame ,
& par consequent
plus susceptible de
merire, & plus digne de
loüange. Quel parti prendre
dans une matiere aussi
embarrassée Je n'en vois
point d'autre ,que d'avoir
recours à la voye la plus
sûre en de semblables occassons
qui est l'experience
; c'est à elle pour ainsi
dire à decider,&àcouper
le neud Gordien. Or il me
semble en avoir suffisamment
ramassé pour terminer
la question, ou du
moins pour la mettre dans
son dernier point d'évidence
; & je crains d'autant
moins de les avancer, que
je fuis témoin oculaire de
la pluspart ; au moins celles
que je n'ay pas vûës de
mmeesspprroopprreessyyeeuuxx mm'oonntt estécommuniquées ou
confirmées par des amis
en qui j'ay beaucoup de
confiance,& quiont vû
par les leurs.
Premierement quand à
la sagacitéaddresse, courage,
finesse,& prudence
des belles pour chercher
leur nourriture, & conferver
leur estre, rien n'est
plus connu, & enmesme
tems plus admirable. Car
qu'y a-t-il de mieux inventé
}
& de plus artistement
travaillé que ces toiles dont
les Araignées se fervent
pour attrapper des Mouches
& s'en nourrir? Ne
semble-t il pas que ce soit
d'elles quenos Chasseurs,
nos Oiseleurs,&nosPescheurs
mêmes OIÎC appris
à prendre les bestes sauvages
, les Oiseaux, & les
Poissons au filet ? Qu'y at.
il de plus rusé que ces
infectes nommez Reculettes
, quiamassent des tas
de poussiere dans les trous
des murailles, au centre
desquels elles s'enterrent
ensuite, pour y enterrer à
leur tour, en se remuant,
tous les petits animaux qui
viennent à passer sur leur
trape > Quoy de plus fin
que les Renards? lorsque
deux chassent leur proye
dans un parc fermé de
murs, un d'eux demeure au
guet à une deschatieres
tandis , que l'autre a foin
par son glapissement de
l'avertir des tours & retours
que prend le gibier, afin
qu'ilsoittousjours sur (es
gardes. Qui est-ce qui n'a
pas vû les menées d'un
Chat qui veut courir sur
des Oiseaux dans un jardin
; les détours qu'il prend
pour s'en approcher jconu
me il s'applattit; comme il
rampe conrre terre, & se
traisne le long des bordures
,
de crainte d'estre ap£
perçu de sa proye ) avant
d'estre assez proche, pour
s'eslancer dessus. Il ne faut
qu'avoir elle Chasseur,pour
admirer l'instinct des
Chiens à poursuivre leur
gibier,tandis que les uns
le suivent en queuë, les autres
se détournent pourgagner
le Fort où il pourroit
se jetter, & pour le prévenir:
s'il a estéblessé
,
ils le
poursuivent quelque fatiguez
qu'ils soient, juiques
àce qu'ils l'ayentpris. L'Eté
dernier un de mes amis
ayant tué un Perdreau parmi
une bande, son Chien
le luy apporta, & courut
de luy mesme aussîtost à la
remise des autres, jusques
à un bon quart de lieuë,
pour en attrapper un autre,
qu'il connoissoitapparemment
avoir estéaussî
,
frappé, & qu'il apporta de
même. Lorsque deuxLoups
affamez ont entreprisd'attraper
un Chien dans un
Village, l'un vient gratter
à la porte, & s'enfuie dés
qu'il entend le Chien accouru
sur luy,tandis qu'un
autre qui demeure au guet
a costé de la chatiere
, ne
manque pas de se jetter
sur le Chien dés qu'il vient
à sortir, sur d'estre bientost
secondé par son compagnon.
Les Geays affamez
se jettent dans des
buissons, ou tailistouffus,
où ils crient de toute leur
force, & contrefont si
parfaitement la voix d'un
Chat, comme pouravertir
tous les petits Oiseaux des
environs
, que leur ennemy
est fous le buisson, &
lesexciterà le combattre;
que ceux-cy ne manquent
pas d'y accourrir en foule
de tous costez; & plusieurs
y trouvent effectivement
un ennemy qui ne les épargne
pas dans sa faim;
c'cft ce que j'ay vû quanticé
de fois avec plaisir &
admiration. On sçait aussi
que les Crocodiles & Caïmans
se cachent dans les
roseaux qui sont le long des
rivières où ils habitent,pour
y contrefaire la voix d'un
enfantquise plaint, &attirer
par ce moyen dans
leurembuscade, quelqu'un
touché de compassion.
Tous lesChasseursnesçavent-
ils pas la rufe dont les
Cerfs se fervent pour sauver
leurs compagnons fatiguez
de la poursuite des
Chiens, en se jettant à la
traverse des Meuttes ; &
que les bons Chiens encore
plus rufez qu'eux, ne donnent
pas dans ces panneaux,
mais poursuivent
leur proye infatigablement.
Quelles leçons l'instinct
des bestesnousdonne pour
exercer la charité envers
les opprimez, jusques à exposer
nostre vie pour les
sauver; & de perseverer
dans nos devoirs, quelque
penibles qu'ils soient, tant
que nous en ayons obtenu
la recompense.
Un de mes parens &
compagnons de Chasse
avoit deux Bassets qui alloient
d'eux-mêmes à la
chatte,quand il estoitquelque
cems sans les y mener.
Lorsqu'ils avoient fait lever
un Lievre
,
ils le pour-l
suivoient pendant deux ou
trois heures
,
jusques à ce
qu'ils l'eussent lassé &pris;
alors un se couchoit auprés
de sa proye pour la garder,
tandis que l'autre revenoit
à la maison tout fatigué
qu'ilestoit, pour querir
son maistre, & ne cesfoit
de le. caresser & de
l'importuner,jusques à ce
que le maistre l'eustfuivyï
au lieu où elle estoit. i
Dira-t-on donc que les
machines sont capables de
ruse, decompassion, de fidélite,
--
delité, d'agir par des détours,&
devoir ce que les
plus fins Chasseurs euxm
mes ne voyent pas? Les
machines au contraire ne
doivent- elles pas aller
, droit à ce qui les attire ;
fuïr ce qui les poursuit ; se
reposer quand elles font
lasses
, & s'approprier cç
qui leur convient.
3. Mais voyons jusques
,
où va la prévoyance, la
memoire,& la regle des
belles. Tout le monde sçait j
assez que les Fqurmis en- talTent tout l'Eté dans leurs
fourmillieres des grains de
bled & autres graines pour
se nourrir pendant l'Hyver
; & rien n'est plus admirable
que de voir leur
colomne d'infanterie qui
s'estend depuis la fourmilliere
jusques au lieu du butin
; comme cette colomne
se rejoint quand on l'a
rompuë; comme elle se
continuë jusques au haut
des maisons & des ar bres
les pluseslevez; comme elles
travaillent en societé à
bastir leursfourmillieres
ou granges souterraines ;
comme ellesont la précaution
de couper legerme de
leurs grains afin qu'ils ne
pouffenc pas; de les exposer
tous les jours de beau rems
au Soleil pour les sécher,de
crainte qu'ils ne se corrompent,&
mesme de les
poser dans leurs serres sur
une. poussiere bien seche,
& de les recouvrir avec
une pareille terre pour les
tenir secs;de faire sécher
l'une & l'autre poussiere au
Soleil en mesme tems que
leur grain; & enfinderesserrer
le tout avec diligence
dés qu'il survient la
moindre apparence de
pluye. Les Rars de campagne
entassent pareillement
du bled dans leurs
greniers souterrains durant
tout letemsde la moisson,
pour le nourrir pendant
l'Hyver
,
& ont la prévoyance
de lescreuserjusques
à plus de trois piés de
profondeur de terre, pour
n'estre pas incommodez
de la pluye & de la gelée;
&mesme qui croiroit que
pendant les famines les
Païsans se trouvent quelquefois
réduits à les aller
piller pour chercher à vivre
, comme il estarrivé
en1709. dans plusieursendroits
de la France.
Quelle honte pour des
hommes douez d'esprit &
de jugement, d'estre obligez
d'avoir recours à des
animaux que nous méprifons
si fort, & que nous
traittons de brutes & de
stupides, pour apprendre
d'eux les regles de la prévoyance,
que nous devrions
leur donner.
Diroit-on que les Ours,
tout stupides qu'ils nous
paroissent
, ont aussi leurs
tanières où ils setapissent,
& où ils accumulent force
écorce d'arbre pour [e
nourrir pendant tout l'Hyver?
ces tanieres sont recouvertes
de quantité de
branches d'arbres confusément
entassées
,
mais cependant
de forte que la
neige ne peut pas aisément
les penetrer:lànos brutes
passentun hyver insupportable
aumilieu desimmensesforêts
de la Moscovie,
en grande societé
,
bien
chaudement & faisant bonne
chere. En ferions-nous
davantage ? Nos Païsans
ne se font-ils pas un plaisir
au commencement de l'hiver
d'aller fourager les caches
des Corneilles, des
Chucas &des Pies, qu'ils
trouvent pleines de noix,
de chataignes
,
de noisettes,
& d'autres fruits champestres
que ces animaux
amassent pendant l'Automne
,soit dans les troncs
des arbres, foit fous des tas
d'échalas ou de fagots, &
ailleurs. Les jeunes Chiens
qui sont apparemment
doüez d'un plus vif appetit
que les autres, ont aussi de
coustume,lorsqu'ilsont du
pain dereste
,
de l'enterrer
pour la faim à venir, & de
retourner le chercher,
quand leur faim est revenuë.
-
j
i On donnera, lafuite de cette
Dissertation dans le Aiercare etQ£iobre\prochain
Philofopbicjue sur les merveilles
du principe dlaélio.»-,
des bef/es) csur leurutilitépourarriver
à U con..
noiffance de Autheur de
la Mature
, O* 4 celle des
principaux fondemens de [a.
Morale, contre les Cartheficns
,
les Athées.,e les
Esprits firts,
Par M. P.
Deiperfeclafunt opera , &
omnes vioe ejusjudicia. Deur.
23.
¡L; lT N des grands PhilosophesduSiecle
précedent a
osé écrire que les bestesestoient
de pures machines,
destituées de tout principe
spirituel, n'ayant pour eause
de leurs actions quelconques,
que lesLoixgenerales
du mouvement, que l'Auteur
de laNature a establies
en creant le monde, jointes
à la disposition presente de
leurs organes; à laquelle
disposition il veut bien s'accommoder,
& s'a sservir, &
par laquelle il est necessité
d'agir, comme le ressort
d'une Montre l'est par ses
rouës,à marquerregulierement
les heures, ( ciricjuiémc
partie de la MethodedeDescar-
- tes, &c ) Il est vra y que ce
Philosophenel'a pas pensé
le premier, & qu'iln'aformécesystemequ'aprésla
Pereira, Auteur Espagnol
quiena composéunTraité.
Mais ce sentiment tout frrone
qu'il est, n'a eu beaucoup
de vogue, qu'aprés
que M. Descartes s'en est
rendu partisan. Sa maniere
d'expliquer lese ffets dePhyfique
uniquement par le repos,
le mouvement,les figures,
& les organizations des
cor ps, ayant entraisnédans
son parti tous les Philosophesamis
dela clarté plusieurssesont
laissez éblouir
de la nouveauté de ce systeme,
qui semblerépandre
d'abord une lumiere
considerable dans l'obscurité
d'un sujet aussi interessant
; & j'avouë qu'aprés
avoir lû les fortes raisons
donc plusieurs Philosophes
appuyent ce sentiment, ôc
les foibles raisonnements
dont quelques autres, qui
en ont écrit depuis ont tenté
de le détruire,j'ay estés
moy mesme esbranlé
,
6c j'aihesitémesmeassezlong
tems, sans sçavoir quel parti
prendre.
Effectivement si l'on envisage
d'un costé les merveilles
que les bestes operent
dans de certaines circonstances,
& combien en
d'aurres elles paroissent
stupides & bornées, on j
m'avouëra qu'il n'est pas
-
aisé de se déterminer. Si de
plus on fait attention aux
mouvements que les hommes
sont capables de proHuire
par des machines;
jusques à leur faire marquer
tout le cours desCieux,
representer des Spectacles,
executer des concerts de
toutes sortes d'instrumens,
donner des mouvements
differents aux differentes
[parties d'un Tableau, faire
tmanger ,
avaler, digerer,
toc rendre desaliments à des
animaux factices ; en faire
i
chanter, crier, courir, &
volerd'autres,&tant d'autres
merveilles surprenantes
de l'Art: on estportéà
juger de-là, qu'il n'y a peutestre
pas d'effet si furprenant
que l'Auteur de la Nature
ne pût faire produire
à un automate de sa main
par son seul concours general.
Aussî faut-il convenir
qu'il se fait dans les animaux
, comme dans les
plantes, & dans les autres
creatures vivantes, quantité
d'opérations purement
mechanques , & qui ne:
demandent aucune cause
spirituelle, aucun principe
immateriel particulierpour
leur production.Telles sont
le mouvement, & la circuhcioîN
culation des humeurs, les
segregations, les coctions,
les transpirations, l'accroissement
& le décroissement,
les mouvements elastiques
de leurs differentes parties,
& quantité d'autres qui dépendent
uniquement des
Loix generales de l'univers;
& ces mouvements font
continuels.Mais il y en a
d'une autre espece qui font
produits à propos, pour seconder
ceux-cy, & dans
lesquels on remarque une
espece de raison & de jugement
,qu'ilne paroist pas
qu'on puisse tirer de la disposition
d'un sujet purement
matériel, & des feules
loix du mouvement.
comme on le fera voir cyaprés,
par un grand nombre
d'exemples pour la plûpart
incontestables.
Ce sont ces dernieres
qui nous obligent d'admettre
une cause spirituelle
dans les bestes
,
c'est-à dire
un principe immateriel,&
semblable en quelque sorte
à celuy que nous trouvons
en nous, qui produise en
elles tout ce qui nous donne
tant d'admiration. Mais
en mesme tems nous nous
jettons dans un nouvel embarras:
premièrement nous
abandonnons en quelque
façon les lumieres que l'on
espere tirer des méchaniques
dans le parti contraire;
carenfin il faut avouër
qu'un poids, un reÍfort.
des espritsen mouvement,
sont incomparablement
plus aisés à imaginer, qu'un
principe immatériel, & cependant
capable de mouvoir
les corps en une infinité
de manieres. Secondement
si l'on jette les
yeux sur certaines vertus
& operations des bestes,
sur leur prudence, leur sagacité
,
prévoyance,addresse,
vigilance, courage
, équité, fidélité
, complaisance,
reconnoissance,
honnesteté
,
pudeur, propreté
,
finesse
,
mémoire
J &c. sur leur instinct pour
deliberer,&choisir des
moyens propres à se conserver&
se nourrir, pour
connoistre les dangers &
les fuïr
, pour eslever des
petits,pour kfaueeuendre
;
sur les ouvrages qu'elles
executent ,
sur l'ordre
qui y regne ,
sur leurs societez,&
sur toute la regle
de leur vie, on se voit comme
forcé de reconnoistre
que cette cause est mesme
beaucoup plus parfaite,que
nostre ame ,
& par consequent
plus susceptible de
merire, & plus digne de
loüange. Quel parti prendre
dans une matiere aussi
embarrassée Je n'en vois
point d'autre ,que d'avoir
recours à la voye la plus
sûre en de semblables occassons
qui est l'experience
; c'est à elle pour ainsi
dire à decider,&àcouper
le neud Gordien. Or il me
semble en avoir suffisamment
ramassé pour terminer
la question, ou du
moins pour la mettre dans
son dernier point d'évidence
; & je crains d'autant
moins de les avancer, que
je fuis témoin oculaire de
la pluspart ; au moins celles
que je n'ay pas vûës de
mmeesspprroopprreessyyeeuuxx mm'oonntt estécommuniquées ou
confirmées par des amis
en qui j'ay beaucoup de
confiance,& quiont vû
par les leurs.
Premierement quand à
la sagacitéaddresse, courage,
finesse,& prudence
des belles pour chercher
leur nourriture, & conferver
leur estre, rien n'est
plus connu, & enmesme
tems plus admirable. Car
qu'y a-t-il de mieux inventé
}
& de plus artistement
travaillé que ces toiles dont
les Araignées se fervent
pour attrapper des Mouches
& s'en nourrir? Ne
semble-t il pas que ce soit
d'elles quenos Chasseurs,
nos Oiseleurs,&nosPescheurs
mêmes OIÎC appris
à prendre les bestes sauvages
, les Oiseaux, & les
Poissons au filet ? Qu'y at.
il de plus rusé que ces
infectes nommez Reculettes
, quiamassent des tas
de poussiere dans les trous
des murailles, au centre
desquels elles s'enterrent
ensuite, pour y enterrer à
leur tour, en se remuant,
tous les petits animaux qui
viennent à passer sur leur
trape > Quoy de plus fin
que les Renards? lorsque
deux chassent leur proye
dans un parc fermé de
murs, un d'eux demeure au
guet à une deschatieres
tandis , que l'autre a foin
par son glapissement de
l'avertir des tours & retours
que prend le gibier, afin
qu'ilsoittousjours sur (es
gardes. Qui est-ce qui n'a
pas vû les menées d'un
Chat qui veut courir sur
des Oiseaux dans un jardin
; les détours qu'il prend
pour s'en approcher jconu
me il s'applattit; comme il
rampe conrre terre, & se
traisne le long des bordures
,
de crainte d'estre ap£
perçu de sa proye ) avant
d'estre assez proche, pour
s'eslancer dessus. Il ne faut
qu'avoir elle Chasseur,pour
admirer l'instinct des
Chiens à poursuivre leur
gibier,tandis que les uns
le suivent en queuë, les autres
se détournent pourgagner
le Fort où il pourroit
se jetter, & pour le prévenir:
s'il a estéblessé
,
ils le
poursuivent quelque fatiguez
qu'ils soient, juiques
àce qu'ils l'ayentpris. L'Eté
dernier un de mes amis
ayant tué un Perdreau parmi
une bande, son Chien
le luy apporta, & courut
de luy mesme aussîtost à la
remise des autres, jusques
à un bon quart de lieuë,
pour en attrapper un autre,
qu'il connoissoitapparemment
avoir estéaussî
,
frappé, & qu'il apporta de
même. Lorsque deuxLoups
affamez ont entreprisd'attraper
un Chien dans un
Village, l'un vient gratter
à la porte, & s'enfuie dés
qu'il entend le Chien accouru
sur luy,tandis qu'un
autre qui demeure au guet
a costé de la chatiere
, ne
manque pas de se jetter
sur le Chien dés qu'il vient
à sortir, sur d'estre bientost
secondé par son compagnon.
Les Geays affamez
se jettent dans des
buissons, ou tailistouffus,
où ils crient de toute leur
force, & contrefont si
parfaitement la voix d'un
Chat, comme pouravertir
tous les petits Oiseaux des
environs
, que leur ennemy
est fous le buisson, &
lesexciterà le combattre;
que ceux-cy ne manquent
pas d'y accourrir en foule
de tous costez; & plusieurs
y trouvent effectivement
un ennemy qui ne les épargne
pas dans sa faim;
c'cft ce que j'ay vû quanticé
de fois avec plaisir &
admiration. On sçait aussi
que les Crocodiles & Caïmans
se cachent dans les
roseaux qui sont le long des
rivières où ils habitent,pour
y contrefaire la voix d'un
enfantquise plaint, &attirer
par ce moyen dans
leurembuscade, quelqu'un
touché de compassion.
Tous lesChasseursnesçavent-
ils pas la rufe dont les
Cerfs se fervent pour sauver
leurs compagnons fatiguez
de la poursuite des
Chiens, en se jettant à la
traverse des Meuttes ; &
que les bons Chiens encore
plus rufez qu'eux, ne donnent
pas dans ces panneaux,
mais poursuivent
leur proye infatigablement.
Quelles leçons l'instinct
des bestesnousdonne pour
exercer la charité envers
les opprimez, jusques à exposer
nostre vie pour les
sauver; & de perseverer
dans nos devoirs, quelque
penibles qu'ils soient, tant
que nous en ayons obtenu
la recompense.
Un de mes parens &
compagnons de Chasse
avoit deux Bassets qui alloient
d'eux-mêmes à la
chatte,quand il estoitquelque
cems sans les y mener.
Lorsqu'ils avoient fait lever
un Lievre
,
ils le pour-l
suivoient pendant deux ou
trois heures
,
jusques à ce
qu'ils l'eussent lassé &pris;
alors un se couchoit auprés
de sa proye pour la garder,
tandis que l'autre revenoit
à la maison tout fatigué
qu'ilestoit, pour querir
son maistre, & ne cesfoit
de le. caresser & de
l'importuner,jusques à ce
que le maistre l'eustfuivyï
au lieu où elle estoit. i
Dira-t-on donc que les
machines sont capables de
ruse, decompassion, de fidélite,
--
delité, d'agir par des détours,&
devoir ce que les
plus fins Chasseurs euxm
mes ne voyent pas? Les
machines au contraire ne
doivent- elles pas aller
, droit à ce qui les attire ;
fuïr ce qui les poursuit ; se
reposer quand elles font
lasses
, & s'approprier cç
qui leur convient.
3. Mais voyons jusques
,
où va la prévoyance, la
memoire,& la regle des
belles. Tout le monde sçait j
assez que les Fqurmis en- talTent tout l'Eté dans leurs
fourmillieres des grains de
bled & autres graines pour
se nourrir pendant l'Hyver
; & rien n'est plus admirable
que de voir leur
colomne d'infanterie qui
s'estend depuis la fourmilliere
jusques au lieu du butin
; comme cette colomne
se rejoint quand on l'a
rompuë; comme elle se
continuë jusques au haut
des maisons & des ar bres
les pluseslevez; comme elles
travaillent en societé à
bastir leursfourmillieres
ou granges souterraines ;
comme ellesont la précaution
de couper legerme de
leurs grains afin qu'ils ne
pouffenc pas; de les exposer
tous les jours de beau rems
au Soleil pour les sécher,de
crainte qu'ils ne se corrompent,&
mesme de les
poser dans leurs serres sur
une. poussiere bien seche,
& de les recouvrir avec
une pareille terre pour les
tenir secs;de faire sécher
l'une & l'autre poussiere au
Soleil en mesme tems que
leur grain; & enfinderesserrer
le tout avec diligence
dés qu'il survient la
moindre apparence de
pluye. Les Rars de campagne
entassent pareillement
du bled dans leurs
greniers souterrains durant
tout letemsde la moisson,
pour le nourrir pendant
l'Hyver
,
& ont la prévoyance
de lescreuserjusques
à plus de trois piés de
profondeur de terre, pour
n'estre pas incommodez
de la pluye & de la gelée;
&mesme qui croiroit que
pendant les famines les
Païsans se trouvent quelquefois
réduits à les aller
piller pour chercher à vivre
, comme il estarrivé
en1709. dans plusieursendroits
de la France.
Quelle honte pour des
hommes douez d'esprit &
de jugement, d'estre obligez
d'avoir recours à des
animaux que nous méprifons
si fort, & que nous
traittons de brutes & de
stupides, pour apprendre
d'eux les regles de la prévoyance,
que nous devrions
leur donner.
Diroit-on que les Ours,
tout stupides qu'ils nous
paroissent
, ont aussi leurs
tanières où ils setapissent,
& où ils accumulent force
écorce d'arbre pour [e
nourrir pendant tout l'Hyver?
ces tanieres sont recouvertes
de quantité de
branches d'arbres confusément
entassées
,
mais cependant
de forte que la
neige ne peut pas aisément
les penetrer:lànos brutes
passentun hyver insupportable
aumilieu desimmensesforêts
de la Moscovie,
en grande societé
,
bien
chaudement & faisant bonne
chere. En ferions-nous
davantage ? Nos Païsans
ne se font-ils pas un plaisir
au commencement de l'hiver
d'aller fourager les caches
des Corneilles, des
Chucas &des Pies, qu'ils
trouvent pleines de noix,
de chataignes
,
de noisettes,
& d'autres fruits champestres
que ces animaux
amassent pendant l'Automne
,soit dans les troncs
des arbres, foit fous des tas
d'échalas ou de fagots, &
ailleurs. Les jeunes Chiens
qui sont apparemment
doüez d'un plus vif appetit
que les autres, ont aussi de
coustume,lorsqu'ilsont du
pain dereste
,
de l'enterrer
pour la faim à venir, & de
retourner le chercher,
quand leur faim est revenuë.
-
j
i On donnera, lafuite de cette
Dissertation dans le Aiercare etQ£iobre\prochain
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Résumé : DISSERTATION philosophique sur les merveilles du principe d'action des bestes, & sur leur utilité pour arriver à la connoissance de l'Autheur de la Nature, & à celle des principaux fondemens de la Morale, contre les Carthesiens, les Athées, & les Esprits forts. Par M. P. Dei perfecta sunt opera, &omnes via ejus judicia. Deut. 23.
Le texte 'Dissertation Philosophique sur les merveilles du principe délalo' examine la controverse sur la nature des animaux, en particulier la question de savoir s'ils sont de simples machines ou dotés d'un principe spirituel. Descartes et d'autres philosophes, comme le Père Pereira, ont soutenu que les animaux sont des machines dépourvues de spiritualité, agissant uniquement selon les lois du mouvement et la disposition de leurs organes. Cette théorie a gagné en popularité grâce à Descartes. L'auteur reconnaît la complexité du sujet en notant que les animaux montrent des comportements tant mécaniques que rationnels. Par exemple, les mouvements des fluides corporels et les réactions élastiques des organes sont purement mécaniques, mais certains comportements, comme la prudence et la sagacité, semblent nécessiter une cause spirituelle. Le texte présente de nombreux exemples d'animaux manifestant des comportements intelligents et adaptatifs, tels que les araignées tissant des toiles, les renards chassant en groupe, et les fourmis stockant de la nourriture pour l'hiver. Ces comportements suggèrent une forme de raison et de jugement, difficilement explicable par des lois mécaniques seules. L'auteur conclut que l'expérience est la meilleure voie pour résoudre cette question. Il cite de nombreux exemples observés personnellement ou rapportés par des témoins fiables, illustrant la sagacité, la prudence et la prévoyance des animaux. Ces observations montrent que les animaux possèdent des qualités morales et des comportements complexes, souvent supérieurs à ceux des humains. Le texte décrit également les comportements alimentaires des chiens en hiver. Au début de la saison, les chiens prennent plaisir à fouiller les caches des corneilles, des choucas et des pies, qu'ils trouvent remplies de noix, de châtaignes, de noisettes et d'autres fruits des champs. Ces oiseaux amassent ces provisions pendant l'automne, soit dans les troncs des arbres, soit sous des tas de bûches ou de fagots, ou ailleurs. Les jeunes chiens, dotés d'un appétit plus vif, ont l'habitude d'enterrer du pain lorsqu'ils en ont en réserve, pour le retrouver lorsque la faim revient. Le texte mentionne également une suite à cette dissertation, prévue pour les mois de juillet et octobre prochains.
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DISSERTATION philosophique sur les merveilles du principe d'action des bestes, & sur leur utilité pour arriver à la connoissance de l'Autheur de la Nature, & à celle des principaux fondemens de la Morale, contre les Carthesiens, les Athées, & les Esprits forts. Par M. P. Dei perfecta sunt opera, &omnes via ejus judicia. Deut. 23.