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1
p. 301-302
ENIGME.
Début :
Je vous envoye deux Enigmes nouvelles. La premiere est de / Inconnuë à beaucoup de gens [...]
Mots clefs :
Question
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye deux Enigmes
nouvelles. La premiere
eft de M' de la Prairie Cairon,
Profeffeur des Mathemati
ques à Caën,
302 MERCURE
ENIGME.
IN
Nconnue à beaucoup de gens
On dispute depuis long- temps ,
Sidans ma fonction jay des droits
legitimes,
Mais quoy
quoy qu'il en puiffe eftre ; il
eft
certain
, Lecteur ,
Queje mets aujour bien des crimes.
Quand on éprouve ma rigueur
Ileft bien fin qui fe peut taire ,
Le plus ferme fuccombe à mon cruel
efforts,
«Et fatale aux méchans » jefuis pour
Pardinaire
L'avant - courriere de leur mort.
nouvelles. La premiere
eft de M' de la Prairie Cairon,
Profeffeur des Mathemati
ques à Caën,
302 MERCURE
ENIGME.
IN
Nconnue à beaucoup de gens
On dispute depuis long- temps ,
Sidans ma fonction jay des droits
legitimes,
Mais quoy
quoy qu'il en puiffe eftre ; il
eft
certain
, Lecteur ,
Queje mets aujour bien des crimes.
Quand on éprouve ma rigueur
Ileft bien fin qui fe peut taire ,
Le plus ferme fuccombe à mon cruel
efforts,
«Et fatale aux méchans » jefuis pour
Pardinaire
L'avant - courriere de leur mort.
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2
p. 12-21
EXTRAIT d'un Procés qui se poursuit au Conseil.
Début :
Roman, Gondol, & Lati, tous trois Officiers Mariniers du Département [...]
Mots clefs :
Vaisseau, Armateur, Anglais, Droit, Question, Action, Prisonniers, Guerre
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'un Procés qui se poursuit au Conseil.
EXTRAIT
D'un Procésquisepoursuit
au Conjeil.
Roman,Gondol, & Lati,
tous trois Officiers Mariniers
du Département de
Toulon, s'embarquerent à
Marseille sur un Vaisseau
Marchand,
En saisant route vers le
Havre de Grace ils furent
attaquez & pris parunVaisseau
de
-
Guerre Anglois qui
lesconduisit à Baston; ils y
resterent ¡' quelque temps
gardez à vue.
Le 20. Décembre 1709,
on les embarqua dans un
autre vaisseau Marchand
qui partoit pour Londres,
ou bien il s'y embarquérent
de leur bon gré, car c'çft
là l'un des points que les
Avocats se disputent. Le fait
dont ils conviennent tous,
c'estqu'il y avoir sur le Vaisseau
dont il s'agit huit Anglois,
sçavoir leCapitaine,
un Capitaine passager, un
Pilote & cinq Matelots.
Nostrois prisonniers
conspirérent la mort des
deuxCapitaines & du Pilote,
chacun deux se
chargea detuersonhomme;
tous trois réunirent, & les
cinq Matelots voyantleurs
Chefs morts, se fourmirent
ànos troisFrançoisqui se
trouverent enfin maistres
du Vaisseau Anglois.
Avant que d'achever
le recit du fait on pouroit
faire une premiere question
curieuse sur l'action
de ces trois François :
Est-elle louable ou blâmable?
S'ils avoient esté prisonniers
sur leur parole,
leur action feroit sans
doute un crime énorme.
S'ils sont prisonniers
forcez & mal-traitez,
l'action change de nature
: celuy qui traite
cruellement un prisonnier
le met en droit de
tenter jusqu'aux voyes
cruelles pour se délivrer;
On leur allegue qu'ils
n'étoientpoint du tout
prisonniersen cette occasion,
s'estant engagez &
embarquezde bonne
volonté,&qu'étant à la
solde & même à la table
du Capitaine
,
leur
cntreprife a esté une trahison.
Ils prétendent que telles
circonstances peuvent
se rencontrer dans
pareille entreprise, quelle
ne seroitpas indigne
d'un Héros. La question
est donc de sçavoir si
l'action est heroïque ou
criminelle.
J'appuye beaucoup sur
cette premierequestion,
car ilme paroist que c'est
le principalfondement
de celle que je vais expliquer
en continuant le
recit du fait.
Ce fut le 10. de Janvier
1710, que ces trois François
se rendirent maîtresduVaisseau.
Ilsfaisoientroutevers
la France lors qu'ils rencontrerent
à la hauteur des Sorlingues
un Armateur de
Roscoff, Armateur François,
qui voyant un Vaisseau
de la Fabrique Angloise,
s'enréjouit comme
d'une capture qu'il pouvoit
faire.
Nos François de leur
costé se réjoüirent à Tafped:
duVaisseauFrançois, dont
ils esperoient du secours,&
se laissant aborder, se declarerenc
François & amis de
l'Armateur. Mais l'Armateur
voulut toujoûrsqu'ils
fussent-ennemis & Anglois
comme leur Vaisseau qu'il
vouloit gagner; en un mot
il s'en empara & jetta à terre
les François qui s'en étoient
emparez sur les Anglois.
La grande question c'est
de sçavoir à qui doit appartenir
ce Vaisseau. On a déja
jugé par provision qu'il
napparcenok a pas un
d'eux, parce que l'Armateur
n'ayant pas droit de conquerir
sur les François, sa
Commissiond'Armateur
est nulle à leur égard,& que
les François n'ayant point
du tout de Commission
n'ont pû le conquerir sur
les Anglois.
C'est pour revenir contre
ce Jugement de l'Amirauté
que les trois François ont
presenté Requeste, au Conseil.
Ils prétendent que le
Vaisseau leur apartienr par
le droit des gens comme le prix
d'une dEiion légitimé & glorieuse.
Ainsi, selon euxmesmes
la question se réduit
à sçavoir s'ils ont tué &
conquis de bonne guerre,
car mauvaise guerre ne peut
jamais établir qu'un mauvais
droit.
D'un Procésquisepoursuit
au Conjeil.
Roman,Gondol, & Lati,
tous trois Officiers Mariniers
du Département de
Toulon, s'embarquerent à
Marseille sur un Vaisseau
Marchand,
En saisant route vers le
Havre de Grace ils furent
attaquez & pris parunVaisseau
de
-
Guerre Anglois qui
lesconduisit à Baston; ils y
resterent ¡' quelque temps
gardez à vue.
Le 20. Décembre 1709,
on les embarqua dans un
autre vaisseau Marchand
qui partoit pour Londres,
ou bien il s'y embarquérent
de leur bon gré, car c'çft
là l'un des points que les
Avocats se disputent. Le fait
dont ils conviennent tous,
c'estqu'il y avoir sur le Vaisseau
dont il s'agit huit Anglois,
sçavoir leCapitaine,
un Capitaine passager, un
Pilote & cinq Matelots.
Nostrois prisonniers
conspirérent la mort des
deuxCapitaines & du Pilote,
chacun deux se
chargea detuersonhomme;
tous trois réunirent, & les
cinq Matelots voyantleurs
Chefs morts, se fourmirent
ànos troisFrançoisqui se
trouverent enfin maistres
du Vaisseau Anglois.
Avant que d'achever
le recit du fait on pouroit
faire une premiere question
curieuse sur l'action
de ces trois François :
Est-elle louable ou blâmable?
S'ils avoient esté prisonniers
sur leur parole,
leur action feroit sans
doute un crime énorme.
S'ils sont prisonniers
forcez & mal-traitez,
l'action change de nature
: celuy qui traite
cruellement un prisonnier
le met en droit de
tenter jusqu'aux voyes
cruelles pour se délivrer;
On leur allegue qu'ils
n'étoientpoint du tout
prisonniersen cette occasion,
s'estant engagez &
embarquezde bonne
volonté,&qu'étant à la
solde & même à la table
du Capitaine
,
leur
cntreprife a esté une trahison.
Ils prétendent que telles
circonstances peuvent
se rencontrer dans
pareille entreprise, quelle
ne seroitpas indigne
d'un Héros. La question
est donc de sçavoir si
l'action est heroïque ou
criminelle.
J'appuye beaucoup sur
cette premierequestion,
car ilme paroist que c'est
le principalfondement
de celle que je vais expliquer
en continuant le
recit du fait.
Ce fut le 10. de Janvier
1710, que ces trois François
se rendirent maîtresduVaisseau.
Ilsfaisoientroutevers
la France lors qu'ils rencontrerent
à la hauteur des Sorlingues
un Armateur de
Roscoff, Armateur François,
qui voyant un Vaisseau
de la Fabrique Angloise,
s'enréjouit comme
d'une capture qu'il pouvoit
faire.
Nos François de leur
costé se réjoüirent à Tafped:
duVaisseauFrançois, dont
ils esperoient du secours,&
se laissant aborder, se declarerenc
François & amis de
l'Armateur. Mais l'Armateur
voulut toujoûrsqu'ils
fussent-ennemis & Anglois
comme leur Vaisseau qu'il
vouloit gagner; en un mot
il s'en empara & jetta à terre
les François qui s'en étoient
emparez sur les Anglois.
La grande question c'est
de sçavoir à qui doit appartenir
ce Vaisseau. On a déja
jugé par provision qu'il
napparcenok a pas un
d'eux, parce que l'Armateur
n'ayant pas droit de conquerir
sur les François, sa
Commissiond'Armateur
est nulle à leur égard,& que
les François n'ayant point
du tout de Commission
n'ont pû le conquerir sur
les Anglois.
C'est pour revenir contre
ce Jugement de l'Amirauté
que les trois François ont
presenté Requeste, au Conseil.
Ils prétendent que le
Vaisseau leur apartienr par
le droit des gens comme le prix
d'une dEiion légitimé & glorieuse.
Ainsi, selon euxmesmes
la question se réduit
à sçavoir s'ils ont tué &
conquis de bonne guerre,
car mauvaise guerre ne peut
jamais établir qu'un mauvais
droit.
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Résumé : EXTRAIT d'un Procés qui se poursuit au Conseil.
Le texte narre l'histoire de trois officiers mariniers français, Roman, Gondol et Lati, originaires de Toulon, qui s'embarquèrent à Marseille sur un vaisseau marchand à destination du Havre de Grâce. Capturés par un vaisseau de guerre anglais, ils furent conduits à Boston puis transférés à Londres le 20 décembre 1709. À bord du nouveau vaisseau, ils conspirèrent pour tuer les capitaines et le pilote anglais, prenant ainsi le contrôle du navire le 10 janvier 1710. Ils rencontrèrent ensuite un armateur français près des Sorlingues, qui, croyant le vaisseau anglais, s'en empara et les jeta à terre. La principale question juridique concerne la propriété du vaisseau. Les Français contestent un jugement de l'Amirauté, affirmant que le vaisseau leur appartient par le droit des gens, en tant que prix d'une action légitime. La controverse porte sur la légitimité de leurs actions et la nature de leur capture.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 126-129
Questions, [titre d'après la table]
Début :
Cet Impromptu et sa réponse peuvent donner matière à une [...]
Mots clefs :
Impromptu, Réponse, Dissertation galante, Question, Amant, Jaloux, Raison, Mercure
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texteReconnaissance textuelle : Questions, [titre d'après la table]
Cet Impromptu & sa
reponse peuvent donner
marierc áune dissertation
galante, &C tenir
lieu d'une premiere question
pour le Mercure. j
f
Seconde question sur le
memesujet.
Vn amant peut-iletre
delicatsans etre jaloux ?
Troisiemequestion
morale.
Si le pauvre peut etre
1tuffi heureux que Le riche5
à vertu égale.
Quatrieme question.
Si la raison peut veritablement
etn maitreffln
de l'amour.
Onaenvoyécesquestions,
& on en redemande
par plusieurs lettres
anonimes. Voudroit-
on réveiller l'auteur
du Mercure? Cela
fera difficile, car il dort
volontairement. Il fan*
dra voir si la paix generalc
pourra lui donner
des correspondances &
des secours proportionnez
a son zel e ic a sa vanité
; car il est bien lasdc
voir courir fous son nom
des Mercures imparfaits
où il a si peu de part,
Jeprieceuxqui m'ont
donné ces questions de
m'envoyer promtement
les réponses; ils peuvent
les avoir toutes faites,& (
doivent être moins paresseux
que les autres , puis qu'ils aiment ces
fortes d'amusemens dans
le Mercure.
reponse peuvent donner
marierc áune dissertation
galante, &C tenir
lieu d'une premiere question
pour le Mercure. j
f
Seconde question sur le
memesujet.
Vn amant peut-iletre
delicatsans etre jaloux ?
Troisiemequestion
morale.
Si le pauvre peut etre
1tuffi heureux que Le riche5
à vertu égale.
Quatrieme question.
Si la raison peut veritablement
etn maitreffln
de l'amour.
Onaenvoyécesquestions,
& on en redemande
par plusieurs lettres
anonimes. Voudroit-
on réveiller l'auteur
du Mercure? Cela
fera difficile, car il dort
volontairement. Il fan*
dra voir si la paix generalc
pourra lui donner
des correspondances &
des secours proportionnez
a son zel e ic a sa vanité
; car il est bien lasdc
voir courir fous son nom
des Mercures imparfaits
où il a si peu de part,
Jeprieceuxqui m'ont
donné ces questions de
m'envoyer promtement
les réponses; ils peuvent
les avoir toutes faites,& (
doivent être moins paresseux
que les autres , puis qu'ils aiment ces
fortes d'amusemens dans
le Mercure.
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Résumé : Questions, [titre d'après la table]
Le texte présente une série de questions destinées à une dissertation galante et à une première question pour le Mercure. Ces questions explorent divers sujets, tels que la compatibilité entre délicatesse et jalousie chez un amant, la possibilité pour un pauvre d'être aussi heureux qu'un riche à vertu égale, et la capacité de la raison à maîtriser l'amour. Les questions ont été envoyées de manière anonyme, et l'auteur du Mercure est sollicité pour y répondre. Cependant, l'auteur exprime sa fatigue face aux publications imparfaites publiées sous son nom et doute de pouvoir obtenir des correspondances et des secours proportionnés à son zèle et à sa vanité. Il souhaite recevoir promptement les réponses aux questions posées et encourage les auteurs à les fournir rapidement.
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4
p. 2685
Question proposée.
Début :
On demande si l'on peut trouver du plaisir dans quelque chose qu'on n'entend [...]
Mots clefs :
Plaisir, Question
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texteReconnaissance textuelle : Question proposée.
Question proposée.
On demande fi l'on peut trouver dur
plaifir dans quelque chofe qu'on n'entend
pas , & pour l'intelligence de laquelle
on n'a pas les difpofitions néceffaires : Par
exemple , on voit des gens qui fans fçavo'r
aucune des regles de l'harmonie, affu
rent qu'ils ont beaucoup de plaifir à entendre
un beau Concert d'Inftrumens ;
onveut fçavoir fi c'eft de la Mufique qu'ils
ignorent , ou des fons dont leur oreille eft
frappée , que réfulte leur plaifir .
On aime à entendre chanter une perfonne
qui a une belle voix , quoiqu'on
ne s'y connoiffe point : eft- ce la Mufique
qui plaît à l'auditeur ignorant ou la
beauté de la voix ?
I. Vol On
2686 MERCURE DE FRANCE
On nous a demandé une déciſion fur
cela ; mais nous avons crû qu'il vaudroit
mieux que nous ne fuffions que les échos
des divers fentimens du public. De fi
agréables Differtations font tout-à- fait du
reffort du Mercure.
On demande fi l'on peut trouver dur
plaifir dans quelque chofe qu'on n'entend
pas , & pour l'intelligence de laquelle
on n'a pas les difpofitions néceffaires : Par
exemple , on voit des gens qui fans fçavo'r
aucune des regles de l'harmonie, affu
rent qu'ils ont beaucoup de plaifir à entendre
un beau Concert d'Inftrumens ;
onveut fçavoir fi c'eft de la Mufique qu'ils
ignorent , ou des fons dont leur oreille eft
frappée , que réfulte leur plaifir .
On aime à entendre chanter une perfonne
qui a une belle voix , quoiqu'on
ne s'y connoiffe point : eft- ce la Mufique
qui plaît à l'auditeur ignorant ou la
beauté de la voix ?
I. Vol On
2686 MERCURE DE FRANCE
On nous a demandé une déciſion fur
cela ; mais nous avons crû qu'il vaudroit
mieux que nous ne fuffions que les échos
des divers fentimens du public. De fi
agréables Differtations font tout-à- fait du
reffort du Mercure.
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Résumé : Question proposée.
Le texte explore si l'on peut apprécier la musique sans en comprendre les règles. Par exemple, des personnes ignorantes des règles de l'harmonie peuvent jouir d'un concert. La question est de savoir si le plaisir vient de la musique ou des sons perçus. Le texte encourage les discussions sur ce sujet, considérées comme bénéfiques.
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5
p. 549-550
QUESTION.
Début :
Pourquoi a-t-on plus de peine à pardonner à ceux qui prennent plaisir à voir [...]
Mots clefs :
Question, Demande, Droit, Pardonner, Calomnies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUESTION.
QUESTION.
Pourquoi a- t-on plus de peine à pardonner
à ceux qui prennent plaisir à voir
les personnes calomniées , qu'à ceux qui
sont Auteurs des calomnies ?
L'Auteur de la Question ajoûte ce qui
suit,pour faire mieux entendre sa pensée :
Cette demande , dit- il , suppose ce qui
n'est que trop constant , sçavoir , qu'il
est bien plus difficile de pardonner à ceux
qui approuvent les calomnies ou qui s'en
réjouissent , qu'à ceux mêmes qui en sont
les Auteurs. Cela supposé, il s'ensuit qu'il
faut garder une conduite différente à l'égard
550 MERCURE DE FRANCE
gard de ceux qui distinguent deux sortes
d'ennemis , les uns qui ne cherchent
qu'à faire du mal aux autres , et ceux
qui se réjouissent du mal qui est fait .
Comme le coeur de l'homme est impénetrable
, on souhaiteroit sçavoir ce
que les personnes occupées d'elles- mêmes
pensent sur un sujet de cette importance
, et comme dans cette demande
on peut distinguer question de fait et
question de droit , de droit , on est tout prêt
à satisfaire sur la premiere , ceux qui
voudront bien éclairer de leurs lumieres
sur la seconde.
Pourquoi a- t-on plus de peine à pardonner
à ceux qui prennent plaisir à voir
les personnes calomniées , qu'à ceux qui
sont Auteurs des calomnies ?
L'Auteur de la Question ajoûte ce qui
suit,pour faire mieux entendre sa pensée :
Cette demande , dit- il , suppose ce qui
n'est que trop constant , sçavoir , qu'il
est bien plus difficile de pardonner à ceux
qui approuvent les calomnies ou qui s'en
réjouissent , qu'à ceux mêmes qui en sont
les Auteurs. Cela supposé, il s'ensuit qu'il
faut garder une conduite différente à l'égard
550 MERCURE DE FRANCE
gard de ceux qui distinguent deux sortes
d'ennemis , les uns qui ne cherchent
qu'à faire du mal aux autres , et ceux
qui se réjouissent du mal qui est fait .
Comme le coeur de l'homme est impénetrable
, on souhaiteroit sçavoir ce
que les personnes occupées d'elles- mêmes
pensent sur un sujet de cette importance
, et comme dans cette demande
on peut distinguer question de fait et
question de droit , de droit , on est tout prêt
à satisfaire sur la premiere , ceux qui
voudront bien éclairer de leurs lumieres
sur la seconde.
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Résumé : QUESTION.
Le texte explore la difficulté de pardonner à ceux qui prennent plaisir à voir les personnes calomniées par rapport à ceux qui commettent les calomnies. L'auteur observe que pardonner à ceux qui approuvent ou se réjouissent des calomnies est plus ardu que pardonner à ceux qui les commettent. Il distingue deux types d'ennemis : ceux qui cherchent à nuire et ceux qui se réjouissent du mal causé. Le texte souligne la complexité du cœur humain et l'importance de comprendre les pensées des individus sur ce sujet. Il invite ceux qui le souhaitent à éclairer la question de droit, tout en se tenant prêt à répondre à la question de fait.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 907-915
RÉFLÉXIONS sur les termes d'Invention et de sentiment, par rapport aux Ouvrages d'esprit ; pour servir de réponse à la Question proposée sur ce sujet, dans le Mercure de Janvier 1733.
Début :
Les termes d'Invention et de Sentiment expriment avec exactitude ce [...]
Mots clefs :
Sentiment, Invention , Esprit, Coeur, Imagination, Sentiments, Ouvrages d'esprit, Question
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉFLÉXIONS sur les termes d'Invention et de sentiment, par rapport aux Ouvrages d'esprit ; pour servir de réponse à la Question proposée sur ce sujet, dans le Mercure de Janvier 1733.
REFLEXIONS sur les termes
d'Invention et de sentiment , par rapport
aux Ouvrages d'esprit ; pour servir de
réponse à la Question proposée sur ce
sujet , dans le Mercure de Janvier
1733.
LE
Es termes d'Invention et de Sentiment
expriment avec exactitude ce
qu'il y a de plus beau , de plus fin , de
plus délicat dans les Ouvrages d'esprit.
Le Nouveau qui plaît , et le Sensible qui
touche ; deux parties essentielles qui en
font tout le mérite et toute la perfection
.
En effet , un Ouvrage d'efprit n'est
estimable qu'autant qu'il flatte agréablement
l'imagination , qu'il a quelque choses
qui frappe , qui réveille , qui saisit
par sa nouveauté ; soit dans le choix du
sujet , soit dans l'ordonnance des parties,
ou dans la vivacité des pensées , la finesse
du tour , le feu et la surprenante
variété des expressions , c'est alors qu'il
D iij plaît
908 MERCURE DE FRANCE
plaît ; et voilà ce qu'on entend par l'Invention.
Il charme encore plus ; si outre l'Agréable
et le Nouveau , il touche par des
Images sensibles ; s'il peint naïvement
les passions , s'il s'insinuë adroitement
dans le coeur , et donne le mouvement
à ses ressorts secrets , avec tant de délicatesse
, de légéreté et de force en mêmetemps
, que personne ne puisse s'en deffendre
, et que chacun à la simple lecture
, se sente interieurement ému , ébranlé
, emporté par une douce violence C'est
ce qui s'appelle Sentiment , dans un Ouvrage
d'esprit.
L'Invention est distinguée du Sentiment
, en ce que l'une s'arrête à l'esprit
et à l'imagination , et que l'autre va droit
au coeur. L'Invention pourra convaincre,
mais il n'appartient qu'au Sentiment de
persuader , parce que pour persuader , il
faut emporter.le coeur , au lieu que pour
convaincre , il suffit d'éclaires P'efprit et
de lui plaire. Une personne sera forcée de
se rendre à l'évidence , mais il faut que le
sentiment la détermine à suivre volontiers
ses lumieres. L'Invention éblouit
par son brillant, le Sentiment échauffe et
anime par un feu d'autant plus vif qu'il
est plus couvert , et qu'on s'en donne
moins
MAY. 1733. 909
moins de garde . L'Invention ne montre
que des fleurs qui ont leur agrément , le
Sentiment produit des fruits que l'on
goûte avec délices.
>
Delà il est aisé de juger combien le
Sentiment l'emporte sur l'Invention .Celleci
quand elle est toute seule , a toujours ,
malgré ses charmes , quelque chose de
froid , de sec , d'insiple ; au lieu que
celui - la répand dans le fond de l'homme
une onction dont la douceur le ravit ,
l'anime , et se fait mieux sentir , qu'on ne
la peut exprimer.
Quand donc on dit qu'il y a de l'Invention
dans un Traité , dans un Discours
, dans un Poëme, c'est-à- dire, qu'il y
a du nouveau et du beau , soit dans le
choix de la matiere , soit dans l'arrangement
et la fécondité des preuves , soit
dans le tour et la vivacité des figures e
des expressions ; qu'on y admire des traits
brillans , d'heureuses saillies , en un mot,
tout ce qui peut flitter l'esprit et charmer
l'imagination.
Au contraire , un Ouvrage sans Invention
, n'a rien qui picque la curiosité et
qui attire l'attention ; rien que de commun
et de trivial. Un Discours , ou un
Poëme peut être régulier dans toutes ses
parties , châtié , exact , avoir même quel
Dij ques
910 MERCURE DE FRANCE
ques ornemens , sans qu'on y trouve de
Invention , lorsqu'il n'est pas assaisonné
d'un certain sel qui le releveroit , lorsqu'il
n'a pas cet air de nouveauté qui
plaît , lors qu'il n'enchérit pas sur ce
qu'on a pû voir ailleurs dans le même
genre.
Il ne faut pas cependant confondre
l'Invention avec l'affectation , toujours
déplaisante , sur tout dans un Ouvrage
d'esprit. L'Art y doit être tellement couvert
et si -bien ajusté , qu'il imite le plus
beau naturel, qu'il se fasse chercher avant
que d'être apperçu , et qu'il ne se montre
qu'autant qu'il faut pour se faire estimer.
Ainsi l'Invention telle que l'on doit l'entendre
icy , ne consiste pas dans les pointes
, dans les jeux de mots, dans certaines
petites fleurs qui n'ont qu'un faux éclat ,
ni dans une élevation à perte de vûë . Il
faut de vraies beautés , capables de satisfaire
l'Esprit , encore plus que de l'amuser
et le divertir.
Ces beautés de l'Invention qui contentent
l'Esprit , veulent être soutenuës
et animées par le Sentiment qui pénétre
le coeur. Il y a du Sentiment dans un
Ouvrage d'Efprit , lorsqu'il fait en nous
certaines impressions ausquelles on ne
peut se refuser , qu'il emporte la persuasion
,
MA Y. 1733 . 911
sion , et qu'il produit des mouvemens intérieurs
conformes à ceux qu'il represente
, ou qui en sont les effets naturels , de
sorte qu'on se sent touché , émû , attendri
, sans sçavoir comment , ni pouvoir
rendre raison de ce qui se passe dans le
coeur.
>
Ce terme de Sentiment parmi le beau
Monde , se prend encore dans une signi
fication plus étroite , pour la tendresse
que des personnes qui s'aiment expriment
mutuellement dans leurs Ecrits, ou
qui regne dans les Pieces composées exprès
pour l'exciter , mais je m'en tiens à
la signification generale qui renferme
celle cy.
Abondance de Sentiment ne gâte ja
mais un Ouvrage ; au contraire , le trop
d'Invention ou d'Esprit est un deffaut
sur tout dans les sujets passionnez , parce
qu'il n'y a rien qui garde moins d'ordre ,
de mesures , qui s'étudie moins que les
passions un peu violentes. Quide, dit- on ,
est trop ingénieux dans la douleur , il fait
voir de l'Esprit , quand vous n'attendez que
du Sentiment. On remarque dans de trèshabiles
Orateurs , comme dans l'Illustre
M. Fléchier , cet excès d'Invention ou
d'Esprit , des tours un peu trop recherchez
, des figures qui reviennent trop
Dv SOU
9t2 MERCURE DE FRANCE
Souvent, ou qui sont poussées au delà des
bornes . Mais on ne se plaindra jamais de
trouver dans un Auteur trop de Sentimens
, chacun en est insatiable . Plus une
Piéce est animée , touchante, pathétique ,
et plus on la dévore avec avidité.
·Dans une Lettre , dit une personne bien
capable d'en juger , il faut plus de Sentiment
que d'Esprit . En effet , le Sentiment
consiste dans une expression simple et
naturelle , mais en même- temps , noble ,
vive , pénétrante , qui ne donne à l'Espit
qu'autant qu'il faut pour gagner le
coeur , et c'est justement ce qui forme le
style de Lettre ..
Les compositions qui demandent da
sublime , veulent aussi plus d'Invention ;
mais elle doit être tellement ménagée ,
qu'elle n'étouff : pas le sentiment. Il faut
moins , il est vrai de celui cy dans
certains sujets où l'on se propose plus de
plaire et de divertir, que de toucher mais
len fur toujours , et on ne sçauroit jamais.
risquer d'en mettre autant que le
sujet en peut porter. Je ne pense pas
que dans une Piéce , de quelque étendue,
on doive ja nais s'arrêter à l'Esprit , sans
aller au coeur , il est même fort difficile
de plaire qu'on ne s'y insinue par quelque
endroit
L'InvenMAY.
1733. 913
L'Invention et le Sentiment se trouvent
admirablement unis et maniez avec
une adresse incomparable dans l'Enéïde ,
sur tout dans le second Livre , qui represente
les furieux transports de Didon ..
L'Esprit y brille sans affectation , et les
Sentimens y sont copiez d'après nature ;
il semble qu'on voit sous ses yeux le
Spectacle de cette Reine désesperée , au
départ du Héros qu'une genereuse résolution
éloigne à jamais de sa personne .
Il semble qu'on entend ses tendres reproches
, qu'on la voit monter sur le Bucher
, er s'enfoncer le Poignard dans le
sein ; on admire Enée , on plaint Didon ;
PEsprit est charmé , le coeur s'interesse ;:
différentes affections se succedent ; c'est
une espece de ravissement qu'on éprou
ve , à moins que d'être stupide et insensible..
L'Ectiture Sainte dans sa noble simplicité
, montre quelquefois de l'Invention
; on y trouve des figures , des couleurs
, des traits aussi frappans , qu'on en
puisse désirer. Peut- on rien de plus vif
et de plus brillant , par exemple , que la
Description du Cheval , dans le 39 ch ..
de Jobs Il y a certainement de quoi satis
faire l'esprit et l'imagination ..
Mais ces. Livres divins sont sur tout
D.vj
admi
914 MERCURE DE FRANCE
admirabl s par les Sentimens ; c'est en
quoi ils excellent ; les sujets y sont touchez
d'une maniere si naturelle , si insinuante
; les caracteres y sont si justes
les Portraits si parlans , qu'on ne peut se
deffendre d'en ressentir les secretes impressions.
3
Quoi de plus sensible et de plus touchant
que l'histoire de Joseph , r connu
par ses Freres , telle que nous la voyons
décrite dans la Genese ? Toutes les cir
constances y sont amenées avec tant de
justesse et placées dans un jour si favorable
, qu'elles saisissent le coeur et tirent
presque les larmes des yeux . On sent l'embarras
, l'inquietude , les agitations des
freres ; on p´netre le trouble et les remords
d une conscience qui se reveille
dans l'adversité , et qui les force de se reprocher
un crime dont ils reconnoissent
la juste punition . On entre naturellement
dans le coeur de Joseph ; on y découvre
la droiture , la piété , la tendre affection
des freres si dénaturez . On s'imagipour
ne entendre ces paroles qui sont pour
eux , comme un coup de foudre : Je suis
Joseph que vous avez vendu en Egypte.
on diroit que les voilà abbattus , prosternez
, n'osant lever les yeux, se jugeant
des victimes destinées à la mort , pouvant
MAY. 17337
915
vant à peine se rassurer par la douceur
et la bonté de celui dont ils redoutent
la vengeance. Voilà ce que c'est que les
Sentimens dans une narration , qui paroît
toute simple et sans art.
Tel est encore le jugement de Salomon .
La nature même y parle , et c'est la nature
qui produit le sentiment , ou plutôt
qui en est la source feconde ; c'est delà
qu'il se puise , et on ne le trouve point
ailleurs ; de sorte qu'une Piéce , qu'un
Livre où il n'y auroit point de naturek,
n'auroit aussi ni goût ni sentiment.
Voilà , ce me semble , l'idée qu'on attache
communément aux termes d'Invention
et de Sentiment , lorsqu'on parle
des Ouvrages d'Esprit ; c'est l'usage et
Fapplication qu'on voit les personnes
de mérite et éclairées en faire dans les
conversations ou dans leurs Ecrits.
S. L. SIMONNET , Prieur ,
Curé d'Heurgevilly.
Ce 21 Mars 1733 .
d'Invention et de sentiment , par rapport
aux Ouvrages d'esprit ; pour servir de
réponse à la Question proposée sur ce
sujet , dans le Mercure de Janvier
1733.
LE
Es termes d'Invention et de Sentiment
expriment avec exactitude ce
qu'il y a de plus beau , de plus fin , de
plus délicat dans les Ouvrages d'esprit.
Le Nouveau qui plaît , et le Sensible qui
touche ; deux parties essentielles qui en
font tout le mérite et toute la perfection
.
En effet , un Ouvrage d'efprit n'est
estimable qu'autant qu'il flatte agréablement
l'imagination , qu'il a quelque choses
qui frappe , qui réveille , qui saisit
par sa nouveauté ; soit dans le choix du
sujet , soit dans l'ordonnance des parties,
ou dans la vivacité des pensées , la finesse
du tour , le feu et la surprenante
variété des expressions , c'est alors qu'il
D iij plaît
908 MERCURE DE FRANCE
plaît ; et voilà ce qu'on entend par l'Invention.
Il charme encore plus ; si outre l'Agréable
et le Nouveau , il touche par des
Images sensibles ; s'il peint naïvement
les passions , s'il s'insinuë adroitement
dans le coeur , et donne le mouvement
à ses ressorts secrets , avec tant de délicatesse
, de légéreté et de force en mêmetemps
, que personne ne puisse s'en deffendre
, et que chacun à la simple lecture
, se sente interieurement ému , ébranlé
, emporté par une douce violence C'est
ce qui s'appelle Sentiment , dans un Ouvrage
d'esprit.
L'Invention est distinguée du Sentiment
, en ce que l'une s'arrête à l'esprit
et à l'imagination , et que l'autre va droit
au coeur. L'Invention pourra convaincre,
mais il n'appartient qu'au Sentiment de
persuader , parce que pour persuader , il
faut emporter.le coeur , au lieu que pour
convaincre , il suffit d'éclaires P'efprit et
de lui plaire. Une personne sera forcée de
se rendre à l'évidence , mais il faut que le
sentiment la détermine à suivre volontiers
ses lumieres. L'Invention éblouit
par son brillant, le Sentiment échauffe et
anime par un feu d'autant plus vif qu'il
est plus couvert , et qu'on s'en donne
moins
MAY. 1733. 909
moins de garde . L'Invention ne montre
que des fleurs qui ont leur agrément , le
Sentiment produit des fruits que l'on
goûte avec délices.
>
Delà il est aisé de juger combien le
Sentiment l'emporte sur l'Invention .Celleci
quand elle est toute seule , a toujours ,
malgré ses charmes , quelque chose de
froid , de sec , d'insiple ; au lieu que
celui - la répand dans le fond de l'homme
une onction dont la douceur le ravit ,
l'anime , et se fait mieux sentir , qu'on ne
la peut exprimer.
Quand donc on dit qu'il y a de l'Invention
dans un Traité , dans un Discours
, dans un Poëme, c'est-à- dire, qu'il y
a du nouveau et du beau , soit dans le
choix de la matiere , soit dans l'arrangement
et la fécondité des preuves , soit
dans le tour et la vivacité des figures e
des expressions ; qu'on y admire des traits
brillans , d'heureuses saillies , en un mot,
tout ce qui peut flitter l'esprit et charmer
l'imagination.
Au contraire , un Ouvrage sans Invention
, n'a rien qui picque la curiosité et
qui attire l'attention ; rien que de commun
et de trivial. Un Discours , ou un
Poëme peut être régulier dans toutes ses
parties , châtié , exact , avoir même quel
Dij ques
910 MERCURE DE FRANCE
ques ornemens , sans qu'on y trouve de
Invention , lorsqu'il n'est pas assaisonné
d'un certain sel qui le releveroit , lorsqu'il
n'a pas cet air de nouveauté qui
plaît , lors qu'il n'enchérit pas sur ce
qu'on a pû voir ailleurs dans le même
genre.
Il ne faut pas cependant confondre
l'Invention avec l'affectation , toujours
déplaisante , sur tout dans un Ouvrage
d'esprit. L'Art y doit être tellement couvert
et si -bien ajusté , qu'il imite le plus
beau naturel, qu'il se fasse chercher avant
que d'être apperçu , et qu'il ne se montre
qu'autant qu'il faut pour se faire estimer.
Ainsi l'Invention telle que l'on doit l'entendre
icy , ne consiste pas dans les pointes
, dans les jeux de mots, dans certaines
petites fleurs qui n'ont qu'un faux éclat ,
ni dans une élevation à perte de vûë . Il
faut de vraies beautés , capables de satisfaire
l'Esprit , encore plus que de l'amuser
et le divertir.
Ces beautés de l'Invention qui contentent
l'Esprit , veulent être soutenuës
et animées par le Sentiment qui pénétre
le coeur. Il y a du Sentiment dans un
Ouvrage d'Efprit , lorsqu'il fait en nous
certaines impressions ausquelles on ne
peut se refuser , qu'il emporte la persuasion
,
MA Y. 1733 . 911
sion , et qu'il produit des mouvemens intérieurs
conformes à ceux qu'il represente
, ou qui en sont les effets naturels , de
sorte qu'on se sent touché , émû , attendri
, sans sçavoir comment , ni pouvoir
rendre raison de ce qui se passe dans le
coeur.
>
Ce terme de Sentiment parmi le beau
Monde , se prend encore dans une signi
fication plus étroite , pour la tendresse
que des personnes qui s'aiment expriment
mutuellement dans leurs Ecrits, ou
qui regne dans les Pieces composées exprès
pour l'exciter , mais je m'en tiens à
la signification generale qui renferme
celle cy.
Abondance de Sentiment ne gâte ja
mais un Ouvrage ; au contraire , le trop
d'Invention ou d'Esprit est un deffaut
sur tout dans les sujets passionnez , parce
qu'il n'y a rien qui garde moins d'ordre ,
de mesures , qui s'étudie moins que les
passions un peu violentes. Quide, dit- on ,
est trop ingénieux dans la douleur , il fait
voir de l'Esprit , quand vous n'attendez que
du Sentiment. On remarque dans de trèshabiles
Orateurs , comme dans l'Illustre
M. Fléchier , cet excès d'Invention ou
d'Esprit , des tours un peu trop recherchez
, des figures qui reviennent trop
Dv SOU
9t2 MERCURE DE FRANCE
Souvent, ou qui sont poussées au delà des
bornes . Mais on ne se plaindra jamais de
trouver dans un Auteur trop de Sentimens
, chacun en est insatiable . Plus une
Piéce est animée , touchante, pathétique ,
et plus on la dévore avec avidité.
·Dans une Lettre , dit une personne bien
capable d'en juger , il faut plus de Sentiment
que d'Esprit . En effet , le Sentiment
consiste dans une expression simple et
naturelle , mais en même- temps , noble ,
vive , pénétrante , qui ne donne à l'Espit
qu'autant qu'il faut pour gagner le
coeur , et c'est justement ce qui forme le
style de Lettre ..
Les compositions qui demandent da
sublime , veulent aussi plus d'Invention ;
mais elle doit être tellement ménagée ,
qu'elle n'étouff : pas le sentiment. Il faut
moins , il est vrai de celui cy dans
certains sujets où l'on se propose plus de
plaire et de divertir, que de toucher mais
len fur toujours , et on ne sçauroit jamais.
risquer d'en mettre autant que le
sujet en peut porter. Je ne pense pas
que dans une Piéce , de quelque étendue,
on doive ja nais s'arrêter à l'Esprit , sans
aller au coeur , il est même fort difficile
de plaire qu'on ne s'y insinue par quelque
endroit
L'InvenMAY.
1733. 913
L'Invention et le Sentiment se trouvent
admirablement unis et maniez avec
une adresse incomparable dans l'Enéïde ,
sur tout dans le second Livre , qui represente
les furieux transports de Didon ..
L'Esprit y brille sans affectation , et les
Sentimens y sont copiez d'après nature ;
il semble qu'on voit sous ses yeux le
Spectacle de cette Reine désesperée , au
départ du Héros qu'une genereuse résolution
éloigne à jamais de sa personne .
Il semble qu'on entend ses tendres reproches
, qu'on la voit monter sur le Bucher
, er s'enfoncer le Poignard dans le
sein ; on admire Enée , on plaint Didon ;
PEsprit est charmé , le coeur s'interesse ;:
différentes affections se succedent ; c'est
une espece de ravissement qu'on éprou
ve , à moins que d'être stupide et insensible..
L'Ectiture Sainte dans sa noble simplicité
, montre quelquefois de l'Invention
; on y trouve des figures , des couleurs
, des traits aussi frappans , qu'on en
puisse désirer. Peut- on rien de plus vif
et de plus brillant , par exemple , que la
Description du Cheval , dans le 39 ch ..
de Jobs Il y a certainement de quoi satis
faire l'esprit et l'imagination ..
Mais ces. Livres divins sont sur tout
D.vj
admi
914 MERCURE DE FRANCE
admirabl s par les Sentimens ; c'est en
quoi ils excellent ; les sujets y sont touchez
d'une maniere si naturelle , si insinuante
; les caracteres y sont si justes
les Portraits si parlans , qu'on ne peut se
deffendre d'en ressentir les secretes impressions.
3
Quoi de plus sensible et de plus touchant
que l'histoire de Joseph , r connu
par ses Freres , telle que nous la voyons
décrite dans la Genese ? Toutes les cir
constances y sont amenées avec tant de
justesse et placées dans un jour si favorable
, qu'elles saisissent le coeur et tirent
presque les larmes des yeux . On sent l'embarras
, l'inquietude , les agitations des
freres ; on p´netre le trouble et les remords
d une conscience qui se reveille
dans l'adversité , et qui les force de se reprocher
un crime dont ils reconnoissent
la juste punition . On entre naturellement
dans le coeur de Joseph ; on y découvre
la droiture , la piété , la tendre affection
des freres si dénaturez . On s'imagipour
ne entendre ces paroles qui sont pour
eux , comme un coup de foudre : Je suis
Joseph que vous avez vendu en Egypte.
on diroit que les voilà abbattus , prosternez
, n'osant lever les yeux, se jugeant
des victimes destinées à la mort , pouvant
MAY. 17337
915
vant à peine se rassurer par la douceur
et la bonté de celui dont ils redoutent
la vengeance. Voilà ce que c'est que les
Sentimens dans une narration , qui paroît
toute simple et sans art.
Tel est encore le jugement de Salomon .
La nature même y parle , et c'est la nature
qui produit le sentiment , ou plutôt
qui en est la source feconde ; c'est delà
qu'il se puise , et on ne le trouve point
ailleurs ; de sorte qu'une Piéce , qu'un
Livre où il n'y auroit point de naturek,
n'auroit aussi ni goût ni sentiment.
Voilà , ce me semble , l'idée qu'on attache
communément aux termes d'Invention
et de Sentiment , lorsqu'on parle
des Ouvrages d'Esprit ; c'est l'usage et
Fapplication qu'on voit les personnes
de mérite et éclairées en faire dans les
conversations ou dans leurs Ecrits.
S. L. SIMONNET , Prieur ,
Curé d'Heurgevilly.
Ce 21 Mars 1733 .
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Résumé : RÉFLÉXIONS sur les termes d'Invention et de sentiment, par rapport aux Ouvrages d'esprit ; pour servir de réponse à la Question proposée sur ce sujet, dans le Mercure de Janvier 1733.
Le texte 'Réflexions sur les termes d'Invention et de sentiment, par rapport aux Ouvrages d'esprit' publié dans le Mercure de Janvier 1733 examine les concepts d'invention et de sentiment dans les œuvres littéraires. L'invention désigne un élément nouveau et agréable qui stimule l'imagination, tandis que le sentiment touche le cœur par des images sensibles et des passions représentées de manière naïve. L'invention convainc l'esprit, mais seul le sentiment persuade en emportant le cœur. Sans le sentiment, l'invention peut sembler froide et sèche, tandis que le sentiment ravive et anime profondément le lecteur. Un ouvrage sans invention manque de curiosité et d'attention, mais un excès d'invention peut être déplaisant, surtout dans les sujets passionnés. Le sentiment, en revanche, ne gâte jamais une œuvre. Le texte distingue l'invention de l'affectation, soulignant que l'art doit imiter le naturel. Les beautés de l'invention doivent être soutenues par le sentiment pour toucher le cœur. Le sentiment est particulièrement crucial dans les lettres et les compositions sublimes, bien que l'invention soit également nécessaire. L'Énéide de Virgile et l'Écriture Sainte sont cités comme exemples d'œuvres où l'invention et le sentiment sont admirablement unis. Le texte conclut en affirmant que le sentiment est essentiel pour donner du goût et de la profondeur à une œuvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 1136-1142
REFLEXIONS sur la Question proposée dans le Mercure de Mars dernier. Pourquoi a-t'on plus de peine à pardonner à ceux qui prennent plaisir à voir les personnes calomniées, qu'à ceux qui sont Auteurs de la calomnie.
Début :
Il est naturel de pérvoir que l'on pourroit douter du fait énoncé dans [...]
Mots clefs :
Calomnie, Question, Personnes, Mal, Pardonner, Vol, Imagination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS sur la Question proposée dans le Mercure de Mars dernier. Pourquoi a-t'on plus de peine à pardonner à ceux qui prennent plaisir à voir les personnes calomniées, qu'à ceux qui sont Auteurs de la calomnie.
REFLEXIONS sur la Question proposée
dans le Mercure de Mars dernier .
Pourquoi a- t'on plus de peine à pardonner
à ceux qui prennent plaisir à voir les
personnes calomniées , qu'à ceux qui sont
Auteurs de la calomnie.
Lest naturel de prévoir que l'on
pourroit douter du fait énoncé dans
cette Question ; il se trouvera peut- être
1. Vol. peu
JUIN. 1733
1137
peu de personnes qui le connoissent par
experience , et encore moins qui se le
persuadent sans en avoir des preuves. A
la premiere vûë on jugeroit que tout le
poids de l'animosité et de l'indignation
devroit tomber plutôt sur les Auteurs
de la calomnie . Le crime le plus énorme
paroîtroit moins pardonnable et parconsequent
plus difficile à oublier ; or on
ne peut douter que celui qui invente
une calomnie ne soit beaucoup plus criminel
que ceux qui l'approuvent ou qui
s'en réjouissent, puisqu'il est la cause premiere
et principale du dépérissement ou
de la ruine entiere de l'honneur. Coml'on
sup- ment donc accorder le fait que
pose avec la raison ?
Mais il ne faut pas toujours chercher
la raison dans la passion ; il est même assez
rare que celle- cy , quand elle est violente,
ne l'obscurcisse ou ne l'éteigne presqu'entierement.
La haine est une passion
des plus vives , des plus impétueuses
des plus difficiles à surmonter ; il ne faut
donc pas être surpris si dans ses furieux
accès elle n'écoute pas la raison , si elle
est capricieuse et qu'elle s'acharne sans
discernement sur le premier objet qui
la frappe et qui l'anime.
Cependant j'aurois peine à souscrire à
I. Vol.
la
1138 MERCURE DE FRANCE
la Question de fait dans toute sa géné
ralité. Je veux bien croire qu'il se trouve
des personnes qui ont plus de peine à
pardonner à ceux qui se font un plaisir
de les voir calomniées ; mais est - il
à présumer que cela arrive toujours , ou
même ordinairement , comme on le donne
à entendre dans la Question proposée
? Peut-on supposer comme un fait
constant que tout le monde prend le
même parti , a les mêthes interêts , les
mêmes vûës , la même difficulté dans la
comparaison des Auteurs et des Approbateurs
de la calomnie ? Ne seroit-il
point mieux de dire que cette détermination
dépend du génie , du caractere
des personnes et de la diversité des circonstances,
qui font que les uns sont plus
frappez de la malice des Calomniateurs ,
et d'autres plus touchez de l'indigne complaisance
de ceux qui les approuvent et
qui se réjouissent aux dépens d'une rêputation
décriée ?
Les Esprits sont si differens , les tours
d'imagination si diversifiez , les circonstances
si variées , qu'on ne peut rien statuer
de fixe sur quelques exemples que
l'on pourroit alleguer pour établir la généralité
du fait ; Ainsi le point juste de
la difficulté consiste à sçavoir pourquoi
1. Vol.
quelJUIN.
1733 1139
quelques- uns ont plus de peine à pardonner
à ceux qui prennent plaisir à
voir les personnes calomniées , qu'à ceux
qui sont auteursdes calomnies ? Čela peut
venir de differentes causes.
1º. Il n'est pas ordinaire qu'un homme
cherche de sang froid à nous faire du
mal , et qu'il ait l'ame assez noire pour
répandre contre nous de faux bruits , sans
qu'il se croye lui - même offensé ; qu'il
s'imagine avoir lieu de se plaindre de
nous , et que , de quelque maniere que ce
soit , imprudemment ou même innocemment
, notre conduite , nos manieres , nos
discours ayent donné lieu à son animosité.
Il n'en est pas de même de ceux qui
se plaisent à l'entendre , et qui se réjouissent
de nous voir déchirez par sa mauvaise
langue . Ils n'y ont le plus souvent
aucun interêt , ils ne sçauroient alleguer
aucun prétexte pour se déclarer nos ennemis
; on suppose que ce ne peut être
que pure malignité , et que la seule dépravation
du coeur les porte à se réjouir
du mal qu'on nous fait et à voir avec
plaisir les traits que la calomnie lance
contre nous. S'ils ne sont pas dans le
fond les plus coupables , ils peuvent cependant
le paroître à cet égard et dans
ce point de vûë qui frappera la personne
1
1. Vol. E offensée;
1140 MERCURE DE FRANCE
offensée ; et elle sera plus difficile à en
revenir.
2º. Si ceux qui se réjouissent de voir
une personne deshonorée par la calomnie
, sont de ses parens , de ses amis , et
semblent plus obligez que d'autres à
prendre sa deffense , on conçoit aisément
que cette personne pourra être plus outrée
de colere contre des parens si dénaturez
, contre des amis si infidelles
contre des gens si lâches et si traîtres
que contre le premier mobile des sinis.
tres impressions qui le décréditent dans
le monde , et qu'elle aura plus de peine
à se résoudre de leur pardonner.
,
3. Celui dont l'honneur est attaqué
fera peut- être attention que la calomnie
tomberoit d'elle- même, s'il ne se trouvoit
personne qui la reçût avec plaisir . Saisi
de cette pensée , il s'en prendra principalement
à ceux qu'il croira lui avoir
fait plus de tort , en donnant cours aux
mauvais bruits qui se repandent sur son
compte , et qu'il n'auroit tenu qu'à eux
d'arrêter par le mépris ou l'indignation
qu'ils eussent témoignée au calomniateur;
pendant qu'un autre dans la même situarion
, sera tout occupé de l'injustice criante
du détracteur qui l'a noirci d'un crime
supposé, qu'il ne regardera que lui , qu'il
L. Vol. en
JUIN. 1733. 1141
en fera l'unique ou le principal objet de
sa haine. Tout cela ne dépend que de
l'imagination et de la maniere dont on
conçoit une même chose qui a differentes
faces.
4°. La calomnie reçûë avec plaisir , se
divulgue de même, et prend de nouveaux
accroissemens en passant de bouche en
bouche. On enchérit sur ce que l'on a
entendu dire , on y ajoute de nouveaux
traits encore plus perçans et plus mortels
, ou du moins on l'autorise , on l'appuye
, on lui donne plus de force ; et
si le fourbe qui l'a inventée n'est pas
croyable par lui-même , il le devient par
l'aveu et l'approbation des personnes qui
se plaisent à l'entendre , et qui témoi
gnent ajoûter foi à ses discours impos
teurs. La calomnie ainsi soutenue et ac
créditée pourra faire de plus cruelles
blessures dans celui qu'elle attaque ;
il en aura le coeur plus ulceré contre les
personnes par la faute desquelles il s'apperçoit
que le mal devient presque irréparable.
Mais il faut qu'il s'en apperçoive
, qu'il y fasse attention , et qu'il en
soit plus touché que de la malice même
du premier auteur de la calomnie , ce
qui n'arrive qu'en certaines rencontres.
Enfin plusieurs ne remontent point à
1. Vel.
Eij l'origine
142 MERCURE DE FRANCE
l'origine du mal , et ne regardent que ce
qui les blesse immédiatement. Cet air de
joye et de satisfaction qu'ils remarquent
dans les personnes qui applaudissent à la
calomnie , les pénetre vivement , et leur
fait presque oublier la calomnie même
et son auteur ; ils s'imaginent que c'est.
les insulter dans leur malheur que d'y
prendre plaisir , et cette insulte leur est
plus sensible que le mal qu'on leur fait 3
Ils n'y voyent que malignité , que cruauté
, qu'inhumanité , mais c'est leur imagination
qui travaille et qui grossit les
objets. La plupart de ceux qui se plaisent
à écouter les médisances , le font plutôt
par legereté et par un penchant trop naturel
à l'homme , qui le porte à s'entretenir
volontiers des défauts de ses semblables,
et à se réjouir quand on les releve,
sans presque s'appercevoir de ce déreglement
et y faire réfléxion.
Je ne prétends pas par là excuser ces
sortes de personnes qui sont réellement
très-coupables , mon dessein est seulement
de faire sentir qu'elles ne le song
pas plus que les auteurs de la calomnie
et que c'est sans raison qu'on a quelque
fois plus de peine à leur pardonner.
S. L. SIMONNET , Prieur d'Heurgeville ,
dans le Mercure de Mars dernier .
Pourquoi a- t'on plus de peine à pardonner
à ceux qui prennent plaisir à voir les
personnes calomniées , qu'à ceux qui sont
Auteurs de la calomnie.
Lest naturel de prévoir que l'on
pourroit douter du fait énoncé dans
cette Question ; il se trouvera peut- être
1. Vol. peu
JUIN. 1733
1137
peu de personnes qui le connoissent par
experience , et encore moins qui se le
persuadent sans en avoir des preuves. A
la premiere vûë on jugeroit que tout le
poids de l'animosité et de l'indignation
devroit tomber plutôt sur les Auteurs
de la calomnie . Le crime le plus énorme
paroîtroit moins pardonnable et parconsequent
plus difficile à oublier ; or on
ne peut douter que celui qui invente
une calomnie ne soit beaucoup plus criminel
que ceux qui l'approuvent ou qui
s'en réjouissent, puisqu'il est la cause premiere
et principale du dépérissement ou
de la ruine entiere de l'honneur. Coml'on
sup- ment donc accorder le fait que
pose avec la raison ?
Mais il ne faut pas toujours chercher
la raison dans la passion ; il est même assez
rare que celle- cy , quand elle est violente,
ne l'obscurcisse ou ne l'éteigne presqu'entierement.
La haine est une passion
des plus vives , des plus impétueuses
des plus difficiles à surmonter ; il ne faut
donc pas être surpris si dans ses furieux
accès elle n'écoute pas la raison , si elle
est capricieuse et qu'elle s'acharne sans
discernement sur le premier objet qui
la frappe et qui l'anime.
Cependant j'aurois peine à souscrire à
I. Vol.
la
1138 MERCURE DE FRANCE
la Question de fait dans toute sa géné
ralité. Je veux bien croire qu'il se trouve
des personnes qui ont plus de peine à
pardonner à ceux qui se font un plaisir
de les voir calomniées ; mais est - il
à présumer que cela arrive toujours , ou
même ordinairement , comme on le donne
à entendre dans la Question proposée
? Peut-on supposer comme un fait
constant que tout le monde prend le
même parti , a les mêthes interêts , les
mêmes vûës , la même difficulté dans la
comparaison des Auteurs et des Approbateurs
de la calomnie ? Ne seroit-il
point mieux de dire que cette détermination
dépend du génie , du caractere
des personnes et de la diversité des circonstances,
qui font que les uns sont plus
frappez de la malice des Calomniateurs ,
et d'autres plus touchez de l'indigne complaisance
de ceux qui les approuvent et
qui se réjouissent aux dépens d'une rêputation
décriée ?
Les Esprits sont si differens , les tours
d'imagination si diversifiez , les circonstances
si variées , qu'on ne peut rien statuer
de fixe sur quelques exemples que
l'on pourroit alleguer pour établir la généralité
du fait ; Ainsi le point juste de
la difficulté consiste à sçavoir pourquoi
1. Vol.
quelJUIN.
1733 1139
quelques- uns ont plus de peine à pardonner
à ceux qui prennent plaisir à
voir les personnes calomniées , qu'à ceux
qui sont auteursdes calomnies ? Čela peut
venir de differentes causes.
1º. Il n'est pas ordinaire qu'un homme
cherche de sang froid à nous faire du
mal , et qu'il ait l'ame assez noire pour
répandre contre nous de faux bruits , sans
qu'il se croye lui - même offensé ; qu'il
s'imagine avoir lieu de se plaindre de
nous , et que , de quelque maniere que ce
soit , imprudemment ou même innocemment
, notre conduite , nos manieres , nos
discours ayent donné lieu à son animosité.
Il n'en est pas de même de ceux qui
se plaisent à l'entendre , et qui se réjouissent
de nous voir déchirez par sa mauvaise
langue . Ils n'y ont le plus souvent
aucun interêt , ils ne sçauroient alleguer
aucun prétexte pour se déclarer nos ennemis
; on suppose que ce ne peut être
que pure malignité , et que la seule dépravation
du coeur les porte à se réjouir
du mal qu'on nous fait et à voir avec
plaisir les traits que la calomnie lance
contre nous. S'ils ne sont pas dans le
fond les plus coupables , ils peuvent cependant
le paroître à cet égard et dans
ce point de vûë qui frappera la personne
1
1. Vol. E offensée;
1140 MERCURE DE FRANCE
offensée ; et elle sera plus difficile à en
revenir.
2º. Si ceux qui se réjouissent de voir
une personne deshonorée par la calomnie
, sont de ses parens , de ses amis , et
semblent plus obligez que d'autres à
prendre sa deffense , on conçoit aisément
que cette personne pourra être plus outrée
de colere contre des parens si dénaturez
, contre des amis si infidelles
contre des gens si lâches et si traîtres
que contre le premier mobile des sinis.
tres impressions qui le décréditent dans
le monde , et qu'elle aura plus de peine
à se résoudre de leur pardonner.
,
3. Celui dont l'honneur est attaqué
fera peut- être attention que la calomnie
tomberoit d'elle- même, s'il ne se trouvoit
personne qui la reçût avec plaisir . Saisi
de cette pensée , il s'en prendra principalement
à ceux qu'il croira lui avoir
fait plus de tort , en donnant cours aux
mauvais bruits qui se repandent sur son
compte , et qu'il n'auroit tenu qu'à eux
d'arrêter par le mépris ou l'indignation
qu'ils eussent témoignée au calomniateur;
pendant qu'un autre dans la même situarion
, sera tout occupé de l'injustice criante
du détracteur qui l'a noirci d'un crime
supposé, qu'il ne regardera que lui , qu'il
L. Vol. en
JUIN. 1733. 1141
en fera l'unique ou le principal objet de
sa haine. Tout cela ne dépend que de
l'imagination et de la maniere dont on
conçoit une même chose qui a differentes
faces.
4°. La calomnie reçûë avec plaisir , se
divulgue de même, et prend de nouveaux
accroissemens en passant de bouche en
bouche. On enchérit sur ce que l'on a
entendu dire , on y ajoute de nouveaux
traits encore plus perçans et plus mortels
, ou du moins on l'autorise , on l'appuye
, on lui donne plus de force ; et
si le fourbe qui l'a inventée n'est pas
croyable par lui-même , il le devient par
l'aveu et l'approbation des personnes qui
se plaisent à l'entendre , et qui témoi
gnent ajoûter foi à ses discours impos
teurs. La calomnie ainsi soutenue et ac
créditée pourra faire de plus cruelles
blessures dans celui qu'elle attaque ;
il en aura le coeur plus ulceré contre les
personnes par la faute desquelles il s'apperçoit
que le mal devient presque irréparable.
Mais il faut qu'il s'en apperçoive
, qu'il y fasse attention , et qu'il en
soit plus touché que de la malice même
du premier auteur de la calomnie , ce
qui n'arrive qu'en certaines rencontres.
Enfin plusieurs ne remontent point à
1. Vel.
Eij l'origine
142 MERCURE DE FRANCE
l'origine du mal , et ne regardent que ce
qui les blesse immédiatement. Cet air de
joye et de satisfaction qu'ils remarquent
dans les personnes qui applaudissent à la
calomnie , les pénetre vivement , et leur
fait presque oublier la calomnie même
et son auteur ; ils s'imaginent que c'est.
les insulter dans leur malheur que d'y
prendre plaisir , et cette insulte leur est
plus sensible que le mal qu'on leur fait 3
Ils n'y voyent que malignité , que cruauté
, qu'inhumanité , mais c'est leur imagination
qui travaille et qui grossit les
objets. La plupart de ceux qui se plaisent
à écouter les médisances , le font plutôt
par legereté et par un penchant trop naturel
à l'homme , qui le porte à s'entretenir
volontiers des défauts de ses semblables,
et à se réjouir quand on les releve,
sans presque s'appercevoir de ce déreglement
et y faire réfléxion.
Je ne prétends pas par là excuser ces
sortes de personnes qui sont réellement
très-coupables , mon dessein est seulement
de faire sentir qu'elles ne le song
pas plus que les auteurs de la calomnie
et que c'est sans raison qu'on a quelque
fois plus de peine à leur pardonner.
S. L. SIMONNET , Prieur d'Heurgeville ,
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Résumé : REFLEXIONS sur la Question proposée dans le Mercure de Mars dernier. Pourquoi a-t'on plus de peine à pardonner à ceux qui prennent plaisir à voir les personnes calomniées, qu'à ceux qui sont Auteurs de la calomnie.
Le texte publié dans le Mercure de France en juin 1733 aborde la difficulté de pardonner à ceux qui prennent plaisir à voir les personnes calomniées par rapport à ceux qui sont auteurs de la calomnie. Cette observation semble paradoxale, car la calomnie est un crime grave. Cependant, la haine, une passion violente, peut obscurcir la raison et rendre difficile le discernement. L'auteur ne généralise pas cette observation et suggère que la difficulté de pardonner dépend du caractère des personnes et des circonstances. Plusieurs raisons expliquent pourquoi certains trouvent plus difficile de pardonner à ceux qui se réjouissent des calomnies. Premièrement, les calomniateurs ont souvent un motif personnel, tandis que ceux qui se réjouissent des calomnies agissent par pure malignité. Deuxièmement, si les personnes qui se réjouissent des calomnies sont des parents ou des amis, la colère peut être plus intense. Troisièmement, la victime peut blâmer ceux qui donnent crédit aux calomnies, car cela permet à la calomnie de se propager. Enfin, la calomnie, une fois approuvée, se divulgue et s'amplifie, causant des blessures plus profondes. L'auteur conclut que la plupart des gens qui se réjouissent des médisances le font par légèreté et un penchant naturel à critiquer les autres, sans se rendre compte de leur déraison. Il ne cherche pas à excuser ces personnes, mais à expliquer pourquoi elles peuvent sembler aussi coupables que les auteurs de la calomnie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 1408-1412
QUESTION touchant l'autorité des Musiciens en matiere de Chant d'Eglise.
Début :
Un Ecclésiastique de Province qui a été consulté sur le Chant Ecclesiastique [...]
Mots clefs :
Chant, Église, Églises, Musiciens, Plain-chant, Juges, Question
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texteReconnaissance textuelle : QUESTION touchant l'autorité des Musiciens en matiere de Chant d'Eglise.
Un Ecclesiastique de Province qui a
été consulté sur le Chant Ecclesiastique
par
les Editeurs des nouveaux Bréviaires
de plusieurs Diocèses , où l'on s'interesse
à avoir un Chant exempt de fautes
cependant varié , nous a prié de publier
ce qui suit :
QUESTION touchant l'autorité des
Musiciens en matiere de Chant d'Eglise.
Il y a dans l'esprit de plusieurs per-
II. Vol. sonnes
JUIN. 1733. 1409
sonnes des préjugez si profondément enracinez
en faveur de ce qu'on appelle
aujourd'hui Musiciens d'Eglise , qu'on
des peines infinies à les en faire revenir.
Ces personnes se reposent tellement sur
la capacité de ces sujets , qu'elles n'osent
jamais parler de Chant d'Eglise , Chant
Grégorien , Plain Chant , que selon
-
ce qu'elles leur en entendent dire. Comme
c'est une illusion , qui , quoique nouvelle
, peut avoir de grandes suites , j'ai
cru qu'il étoit nécessaire de présenter Requête
à Mercure , et de me servir de
sa médiation pour notifier au Public la
chose sur laquelle je demande le jugement
des Doctes. Ce n'est pas , Messieurs
que je comprenne tous les Musiciens dans
une même classe . J'en ai trouvé d'assez
équitables pour se rendre aux remarques
que je leur ai fait faire , et qui ont déclaré
qu'ils ne croyoient pas que la maniere
dont on leur donne connoissance
du Plain-Chant dans les Maîtrises out
Ecoles de Psallette , pendant leur jeunesse,
fut suffisante pour les faire regarder dans
la suite comme des Juges compétants sur
ces sortes de matieres. Je me trouve lié
le commerce de la vie avec un certain
nombre de personnes , dans la plupart
desquelles il a fallu détruire le préjugé
par
11. Vol. en G vj
1410 MERCURE DE FRANCE
en question . Cela s'est fait aisément à
l'égard du grand nombre qui est de bonne
volonté ; mais il en reste encore d'autres
à convaincre dont je n'espere en gagner
qu'un certain nombre, parce qu'il y
en aura encore quelqu'un qui voudra absolument
rester dans son sentiment. J'avoie
qu'un si petit objet étoit de trop
peu de conséquence pour mettre aux
champs le Messager des Muses ; mais
comme ce qui est arrivé ici , peut arriver
ailleurs , j'ai cru qu'il étoit bon d'avoir
là - dessus le sentiment des Connoisscurs.
Voici donc précisément le sujet
de la Question .
Si les Musiciens peuvent et doivent être
écoutez et suivis dans les raisonnemens qu'ils
tiennent sur le Plain- Chant ou Chants d'Eglise
? S'ils sont en état de raisonner et d'être
crus sur les manieres dont il est varié
dans les Eglises differentes ; et s'ils en sont
Fuges tout- à-fait compétants et irrefragables ?
S'il n'y a pas deux extrémitez à éviter :
l'une de ne les croire juges en rien ; l'autre de
les croire juges en tout ; et en quoi donc ils
peuvent être consultez , et écoutez.
Vos Journaux , Messieurs , sont dépositaires
des Remarques Critiques que les
mauvais raisonnemens qui ont été faits
sur cette matiere , ont attirés à leurs Au-
II. Vol. teurs
JUIN. 1733. 1411
•
teurs. ( a) Il n'y a pas jusqu'à l'Ombre de
M. Thiers , qui , sortie de son tombeau
les a montrés au doigt , lorsqu'elle a parlé
de ceux qui précipitent l'Office divin ,
soit parce que leur infirmité et leur âge
le leur fait toujours trouver trop long.
soit à cause que desservant deux Eglises
, ( b ) ils ne peuvent se deffaire , lorsqu'ils
sont au service de la Mere , de la
mauvaise habitude qu'ils ont contractée
à celui de la Fille. Il n'y a pas un an ,
qu'un Anonyme se plaignit encore dans
vos Journaux (c) de ceux qui se donnent
pour Maîtres , sans jamais avoir été Disciples.
Il semble par ce qu'il dit du Lieu
où les Fideles s'assemblent et sur le .
Nosce teipsum , qu'il ait eu en vûë de réprimer.
ceux qui sans aucune étude , ni
même aucune teinture du Chant , entre .
prennent de juger de sa composition avec
une confiance qui va jusqu'à vouloir
tourner en ridicule les plus magnifiques
expressions qui s'y trouvent. Telles sont ,
par exemple , celles de l'excellent Antiphonier
usité dans l'Eglise de Paris depuis
l'Episcopat de M. de Harlay ; entre
,
(a) Merc. Juin 1726. 1. vol. pag. 1177. Mer.
Août 1726. pag. 1739. 1747. 1759 .
(b) Merc. Juin 1731. 2. vol. pag. 1443
(c) Merc. de May 1732. pag. 907. et 908.
&
II. Vol. autres
1412 MERCURE
DE FRANCE
autres celle du Saule , Saule, quid me per
sequeris ? de la Conversion de S. Paul . Si je
voulois ajoûter quelque chose à ces remarques
, je ferois observer que ce seroi !
une chose inouie , que dans des Eglise
nombreuses de Chanoines qui ont un
Clergé subsidiaire , on proposât de diminuer
la Table des Chants Psalmodi.
ques, pour la rendre aussi simple et stérile
que celle des Eglises Monastiques,
La Monotonie convient aux Solitaires ;
mais une Eglise Cathédrale ne doit pas
se laisser mettre de niveau avec celle d'un
Monastere. C'est à quoi ne font pas at
tention ceux qui ne cessent de déclamer
contre la varieté et la richesse des Tables
Psalmodiques
d'Eglises Séculieres , Cathé
drales ou Collegiales
; et il leur sied trèsmal
de proposer d'un côté pour modele
de
la penurie Monastique
, tandis que
l'autre ils distribuent
à pleines mains un
Ecrit qui établit la difference
totale qui
doit étre entre le Clergé Séculier et l'état
des Moines.
Ce 3. May 1733 .
été consulté sur le Chant Ecclesiastique
par
les Editeurs des nouveaux Bréviaires
de plusieurs Diocèses , où l'on s'interesse
à avoir un Chant exempt de fautes
cependant varié , nous a prié de publier
ce qui suit :
QUESTION touchant l'autorité des
Musiciens en matiere de Chant d'Eglise.
Il y a dans l'esprit de plusieurs per-
II. Vol. sonnes
JUIN. 1733. 1409
sonnes des préjugez si profondément enracinez
en faveur de ce qu'on appelle
aujourd'hui Musiciens d'Eglise , qu'on
des peines infinies à les en faire revenir.
Ces personnes se reposent tellement sur
la capacité de ces sujets , qu'elles n'osent
jamais parler de Chant d'Eglise , Chant
Grégorien , Plain Chant , que selon
-
ce qu'elles leur en entendent dire. Comme
c'est une illusion , qui , quoique nouvelle
, peut avoir de grandes suites , j'ai
cru qu'il étoit nécessaire de présenter Requête
à Mercure , et de me servir de
sa médiation pour notifier au Public la
chose sur laquelle je demande le jugement
des Doctes. Ce n'est pas , Messieurs
que je comprenne tous les Musiciens dans
une même classe . J'en ai trouvé d'assez
équitables pour se rendre aux remarques
que je leur ai fait faire , et qui ont déclaré
qu'ils ne croyoient pas que la maniere
dont on leur donne connoissance
du Plain-Chant dans les Maîtrises out
Ecoles de Psallette , pendant leur jeunesse,
fut suffisante pour les faire regarder dans
la suite comme des Juges compétants sur
ces sortes de matieres. Je me trouve lié
le commerce de la vie avec un certain
nombre de personnes , dans la plupart
desquelles il a fallu détruire le préjugé
par
11. Vol. en G vj
1410 MERCURE DE FRANCE
en question . Cela s'est fait aisément à
l'égard du grand nombre qui est de bonne
volonté ; mais il en reste encore d'autres
à convaincre dont je n'espere en gagner
qu'un certain nombre, parce qu'il y
en aura encore quelqu'un qui voudra absolument
rester dans son sentiment. J'avoie
qu'un si petit objet étoit de trop
peu de conséquence pour mettre aux
champs le Messager des Muses ; mais
comme ce qui est arrivé ici , peut arriver
ailleurs , j'ai cru qu'il étoit bon d'avoir
là - dessus le sentiment des Connoisscurs.
Voici donc précisément le sujet
de la Question .
Si les Musiciens peuvent et doivent être
écoutez et suivis dans les raisonnemens qu'ils
tiennent sur le Plain- Chant ou Chants d'Eglise
? S'ils sont en état de raisonner et d'être
crus sur les manieres dont il est varié
dans les Eglises differentes ; et s'ils en sont
Fuges tout- à-fait compétants et irrefragables ?
S'il n'y a pas deux extrémitez à éviter :
l'une de ne les croire juges en rien ; l'autre de
les croire juges en tout ; et en quoi donc ils
peuvent être consultez , et écoutez.
Vos Journaux , Messieurs , sont dépositaires
des Remarques Critiques que les
mauvais raisonnemens qui ont été faits
sur cette matiere , ont attirés à leurs Au-
II. Vol. teurs
JUIN. 1733. 1411
•
teurs. ( a) Il n'y a pas jusqu'à l'Ombre de
M. Thiers , qui , sortie de son tombeau
les a montrés au doigt , lorsqu'elle a parlé
de ceux qui précipitent l'Office divin ,
soit parce que leur infirmité et leur âge
le leur fait toujours trouver trop long.
soit à cause que desservant deux Eglises
, ( b ) ils ne peuvent se deffaire , lorsqu'ils
sont au service de la Mere , de la
mauvaise habitude qu'ils ont contractée
à celui de la Fille. Il n'y a pas un an ,
qu'un Anonyme se plaignit encore dans
vos Journaux (c) de ceux qui se donnent
pour Maîtres , sans jamais avoir été Disciples.
Il semble par ce qu'il dit du Lieu
où les Fideles s'assemblent et sur le .
Nosce teipsum , qu'il ait eu en vûë de réprimer.
ceux qui sans aucune étude , ni
même aucune teinture du Chant , entre .
prennent de juger de sa composition avec
une confiance qui va jusqu'à vouloir
tourner en ridicule les plus magnifiques
expressions qui s'y trouvent. Telles sont ,
par exemple , celles de l'excellent Antiphonier
usité dans l'Eglise de Paris depuis
l'Episcopat de M. de Harlay ; entre
,
(a) Merc. Juin 1726. 1. vol. pag. 1177. Mer.
Août 1726. pag. 1739. 1747. 1759 .
(b) Merc. Juin 1731. 2. vol. pag. 1443
(c) Merc. de May 1732. pag. 907. et 908.
&
II. Vol. autres
1412 MERCURE
DE FRANCE
autres celle du Saule , Saule, quid me per
sequeris ? de la Conversion de S. Paul . Si je
voulois ajoûter quelque chose à ces remarques
, je ferois observer que ce seroi !
une chose inouie , que dans des Eglise
nombreuses de Chanoines qui ont un
Clergé subsidiaire , on proposât de diminuer
la Table des Chants Psalmodi.
ques, pour la rendre aussi simple et stérile
que celle des Eglises Monastiques,
La Monotonie convient aux Solitaires ;
mais une Eglise Cathédrale ne doit pas
se laisser mettre de niveau avec celle d'un
Monastere. C'est à quoi ne font pas at
tention ceux qui ne cessent de déclamer
contre la varieté et la richesse des Tables
Psalmodiques
d'Eglises Séculieres , Cathé
drales ou Collegiales
; et il leur sied trèsmal
de proposer d'un côté pour modele
de
la penurie Monastique
, tandis que
l'autre ils distribuent
à pleines mains un
Ecrit qui établit la difference
totale qui
doit étre entre le Clergé Séculier et l'état
des Moines.
Ce 3. May 1733 .
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Résumé : QUESTION touchant l'autorité des Musiciens en matiere de Chant d'Eglise.
Un ecclésiastique de province, sollicité par les éditeurs des nouveaux bréviaires de plusieurs diocèses pour ses réflexions sur le chant ecclésiastique, a décidé de publier ses pensées. Il s'interroge sur l'autorité des musiciens d'église en matière de chant grégorien ou plain-chant. Il observe que certaines personnes ont des préjugés en faveur des musiciens d'église, les considérant comme des juges compétents sans discussion. L'ecclésiastique souligne que cette illusion est récente mais pourrait avoir des conséquences importantes. Il a donc décidé de présenter une requête pour solliciter l'avis des doctes sur la question suivante : les musiciens peuvent-ils et doivent-ils être écoutés et suivis dans leurs raisonnements sur le plain-chant ou les chants d'église ? Sont-ils compétents pour juger des variations du chant dans différentes églises ? L'ecclésiastique met en garde contre deux extrêmes : ne pas croire les musiciens en rien ou les croire en tout. Il mentionne également des critiques passées dans les journaux concernant les mauvais raisonnements sur cette matière, y compris des remarques sur ceux qui précipitent l'office divin ou se donnent pour maîtres sans avoir été disciples. Il conclut en soulignant l'importance de la variété et de la richesse des tables psalmodiques dans les églises cathédrales, contrairement à la monotonie des églises monastiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 1939-1948
PROBLÊME, Proposé aux Métaphysiciens Géometres, sur l'essence de la matiere.
Début :
On a beaucoup philosophé sur l'essence de la matiere ; par malheur [...]
Mots clefs :
Essence de la matière, Mouvement, Infini, Matière, Homme, Constantinople, Essence, Question, Étendue, Puissance
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texteReconnaissance textuelle : PROBLÊME, Proposé aux Métaphysiciens Géometres, sur l'essence de la matiere.
PROBLEME ,
Proposé aux Métaphysiciens Géometres ;
sur l'essence de la matiere.
O
Na beaucoup philosophé sur l'essence
de la matiere ; par malheur
nous n'en connoissons guéres que les accidens.
On convient assez que la pesanteur
et la légéreté , la chaleur et le froid ,
la sécheresse et l'humidité , la dureté et
la liquidité , la couleur et l'invisibilité , le
mouvement même et le repos , et bien
d'autres qualitez de la matiere ne lui sont
qu'accidentelles. De sorte que la question
se réduit communément parmi les Philosophes
à prendre son parti entre ces
trois ou quatre propriétez , et à décider
laquelle est la principale et comme la racine
ou la base des autres.
Le sentiment Cartésien a comme prévalu
, et l'étendue passe pour constituer
l'essence de la matiere. Il y a eu bien des
disputes à ce sujet parmi les Métaphysiciens
qui n'ont été que Métaphysiciens ;
comme l'étenduë est toute du ressort de
la Géométrie , qui n'a proprement point
d'autre objet , j'ai crû pouvoir l'employer
pour
1940 MERCURE DE FRANCE
pour décider la question ; ceux à qui je la
propose, jugeront si j'y ai réüssi : J'entre
en matiere :
Il est possible que le même corps , supposons
celui d'un homme ; il est possible
que cet homme se trouve la même année
à Paris et à Constantinople. Il est trespossible
même qu'il s'y trouve dans l'espace
de six mois , et même de trois et
peut-être de deux.
Le mouvement de sa nature est susceptible
de plus et ,de moins à l'infini .
La nature est pleine de mouvemens tresrapides
; témoin un Boulet de Canon ,
les Planétes , le son , la lumiere. Cette lumiere
en particulier peut parcourir des
milliers de lieuës en une minute , en une
seconde; et à cette égard Dieu peut transporter
le corps d'un homme en un clin
d'oeil , d'un bout du monde à l'autre ; le
plus ou le moins de mouvement n'a rien
qui passe sa toute - puissance , et la matiere
n'a rien qui s'y refuse.
Reprenons donc , et en supposant un
mouvement toujours croissant par le
pouvoir de Dieu; il est vrai de dire qu'on
peut voir le même homme à Constantinople
et à Paris ; non - seulement dans la
même année, et dans le même mois , mais
dans la même semaine , dans le même
jour,
SEPTEMBRE. 1733. 1941
jour , dans la même heure , dans la même
minute , dans la même seconde , tierce
quarte , sixte , dixième , centiéme ,
milliéme , millioniéme , billioniéme, trillioniéme
, &c. cela va loin , et rien ne
l'arrête,
Or un Charbon enflammé qu'on remue
tres- vîte , paroît occuper tout un
grand espace ; la plupart des choses même
dont nous jouissons , que nous voyons,
que nous sentons , que nous touchons ,
nous n'en jouissons que par un mouvement
semé de mille interruptions , pareilles
à celle que nous concevons dans
l'étenduë qu'occupe sensiblement ou que
paroît occuper ce Charbon .
La vûe des corps en particulier se fait
par un mouvement intercalaire de vibration
, qui nous dérobe et nous rend
alternativement les objets.Comme les rerours
des
rayons sont tres- promts et que
les impressions durent toujours un peu ,
nous croyons voir ces objets d'une vûë
continue , sans aucune interruption.
Suivant cela , et supposant que Dieu
transporte sans cesse notre homme de
Paris à Constantinople , et de Constanti
nople à Paris ; quelqu'un qui seroit à
Constantinople , pourroit écrire à quelqu'un
qui seroit à Paris ; j'ai vû un tel , je
le
1942 MERCURE DE FRANCE
·
le vois tous les jours , il séjourne icy , il
loge avec moi , je mange avec lui, &c . et
celui de Paris pourroit en même temps
écrire dans les mêmes termes à celui de
Constantinople. On peut imaginer le jo
li Roman qui naîtroit de- là : Tout ce que
j'en remarque pour mon sujet présent ,
c'est que la chose est possible à Dieu ; ce
qui dit quelque chose à quiconque entend
bien ; mais la Géométrie va plus
loin dans la recherche de la vérité.
·
Plus ce mouvement de transport augmentera
par la toute puissante volonté
de Dieu , plus il sera exactement vrai .
de dire que l'homme en question est à
Constantinople et à Paris dans un mêmetems
, indivisible et continu . Or selon
les Elemens de la Géométrie de l'infini ,
de l'ingénieux M. de Fontenelle ( page
36. sect. 2. ) les Propriétez qui vont toujours
croissant dans le fini doivent dans
l'infini recevoir tout l'accroissement dont
elles sont capables ; donc le mouvement
en question croissant à l'infini , l'homme
susdit se trouvera exactement au même
instant indivisible à Constantinople ,
à Paris, dans tout l'entre deux , et en mille
autres Villes et Lieux de l'Univers ,
dans l'Univers même , tout entier si on
veut ce qu'il falloit démontrer.
Maïs
SEPTEMBRE. 1733. 1943
Mais , quoique le mouvement puisse
augmenter à l'infini , on va me nier, malgré
la certitude incontestable de ma conclusion
, qu'on puisse jamais supposer ce
mouvement infini. Les Géometres infinitaires
ne le nieront point. Et j'ai encore
pour garant la même section du même
ingénieux ouvrage , page 29. où il est dit
que toute la grandeur capable d'augmentation
à l'infini peut - être supposée au-
_gmentée à l'infini .
Ce principe est fort , j'en conviens ,
mais il est vrai , et même vrai- semblable,
c'est à dire , tout- à- fait plausible par un
autre principe du P. Castel , qui fait voir
dans sa Mathématique Universelle , que
l'infini Géométrique n'a rien que de naturel
et de facile , étant infini dans un
point de vûë , et tres-fini dans un autre
point de vûë ; que la ligne infinie n'est
qu'une surface finie , que la surface infinie
, n'est qu'un corps fini, qu'un nombre
infini n'est qu'une étendue finie , et qu'en
un mot , le du fini à l'infini ne
passage
se fait pas , comme l'insinue M. de Fontenelle
, et comme le prétend tour ouvertement
M. Cheyne , Anglois , par une
addition d'unitez , mais par une espece
d'exaltation d'une nature inférieure à
une nature superieure , comme de la ligne
à la surface , &c. De
1944 MERCURE DE FRANCE
De sorte que le mouvement infini n'est
plus un mouvement , mais la perfection
du mouvement ; et comme la racine , le
principe , la puissance du mouvement , le
mouvement en puissance , et l'étenduë
même ou l'espace avec un repos parfait de
parties. En effet ME : T. et plus T,
diminuë plus M. augmente , sans que E ,
varie. De sorte que T , étant o , alors
M∞ , et E = MOR , confor
mément aux principes de la Mathématique
universelle citée.
Le passage en question du fini à l'infini
n'a icy rien de plus extraordinaire que
ce raisonnement , où il est incontestable.
Je prends un écu , puis un demi écu , puis
un quart , un demi quart , un demi de
mi quart , & c. cela fait un mouvement
croissant , et qui peut toujours croître à
l'infini , ou bien par un mouvement instantanée
et infini , je prends d'un seul
deux écus ; cela va au même ; et que
sçait on même si ce n'est pas plutôt le
premier, que le second de ces mouvemens
qui est infini, au moins le premier ne finit
pas , et le second finit aussi -tôt.
coup
Que Dieu porte notre homme de Paris
à Constantinople , et de Constantinople
à Paris par un mouvement qui croisse
toujours ; c'est celui-là qui ne finit pas :
que
SEPTEMBRE. 1733. 1945
que ce mouvement porté tout d'un coup
à sa perfection, place cet homme dans les
deux Villes au même instant , il n'y a là
qu'un mouvement fini.
Quoiqu'il en soit , il est donc faux que
l'étenduë de la matiere soit déterminée
et qu'elle en soit l'essence immuable ; or
ce raisonnement Géométrique va à tout,
et en particulier à prouver qu'un même
corps peut être en deux, et en mille lieux
différens , sans être dans l'entre - deux ,
qu'il peut passer d'une extrêmité à l'au-
Tre sans passer par le milieu , qu'il peut
être dans un état de pénétrabilité , dans
un état d'indivisibilité , et qu'ainsi son
essence n'est pas non plus d'avoir des
parties ; qu'il peut être tout dans le tout,
et tout dans chaque partie. Encore une
fois , cela va loin , er tres- loin.
Mais si je dépouille ainsi la matiere de
ses propriétez les plus inhérentes , quelle
sera donc son essence ? Ce n'est pas moi
qui le dirai ; j'avoue bonnement que je
n'en sçais rien ; et c'est- là le Problême
que je propose aux Métaphysiciens Géomêtres.
En attendant cependant leur réponse ;
je ne laisse pas au milieu de tout ce dépouillement
de propriétez , de m'attacher
à une , à laquelle on n'a pas fait assez
1948 MERCURE DE FRANCE
sez d'attention dans la question présente;
c'est que la matiere est une substance passive
et tout-à- fait inactive ; ce qui la distingue
tout d'un coup de l'esprit, qui est
une substance active et libre. J'applique
ici un distinction insinuée dans l'Ouvrage
cité du P. Castel , et je dis que la matiere
est une possibilité , et l'esprit une puissance
; puissance participée dans les créatures
, absoluë , indépendante , infinie
incréée dans le Créateur.
Proposé aux Métaphysiciens Géometres ;
sur l'essence de la matiere.
O
Na beaucoup philosophé sur l'essence
de la matiere ; par malheur
nous n'en connoissons guéres que les accidens.
On convient assez que la pesanteur
et la légéreté , la chaleur et le froid ,
la sécheresse et l'humidité , la dureté et
la liquidité , la couleur et l'invisibilité , le
mouvement même et le repos , et bien
d'autres qualitez de la matiere ne lui sont
qu'accidentelles. De sorte que la question
se réduit communément parmi les Philosophes
à prendre son parti entre ces
trois ou quatre propriétez , et à décider
laquelle est la principale et comme la racine
ou la base des autres.
Le sentiment Cartésien a comme prévalu
, et l'étendue passe pour constituer
l'essence de la matiere. Il y a eu bien des
disputes à ce sujet parmi les Métaphysiciens
qui n'ont été que Métaphysiciens ;
comme l'étenduë est toute du ressort de
la Géométrie , qui n'a proprement point
d'autre objet , j'ai crû pouvoir l'employer
pour
1940 MERCURE DE FRANCE
pour décider la question ; ceux à qui je la
propose, jugeront si j'y ai réüssi : J'entre
en matiere :
Il est possible que le même corps , supposons
celui d'un homme ; il est possible
que cet homme se trouve la même année
à Paris et à Constantinople. Il est trespossible
même qu'il s'y trouve dans l'espace
de six mois , et même de trois et
peut-être de deux.
Le mouvement de sa nature est susceptible
de plus et ,de moins à l'infini .
La nature est pleine de mouvemens tresrapides
; témoin un Boulet de Canon ,
les Planétes , le son , la lumiere. Cette lumiere
en particulier peut parcourir des
milliers de lieuës en une minute , en une
seconde; et à cette égard Dieu peut transporter
le corps d'un homme en un clin
d'oeil , d'un bout du monde à l'autre ; le
plus ou le moins de mouvement n'a rien
qui passe sa toute - puissance , et la matiere
n'a rien qui s'y refuse.
Reprenons donc , et en supposant un
mouvement toujours croissant par le
pouvoir de Dieu; il est vrai de dire qu'on
peut voir le même homme à Constantinople
et à Paris ; non - seulement dans la
même année, et dans le même mois , mais
dans la même semaine , dans le même
jour,
SEPTEMBRE. 1733. 1941
jour , dans la même heure , dans la même
minute , dans la même seconde , tierce
quarte , sixte , dixième , centiéme ,
milliéme , millioniéme , billioniéme, trillioniéme
, &c. cela va loin , et rien ne
l'arrête,
Or un Charbon enflammé qu'on remue
tres- vîte , paroît occuper tout un
grand espace ; la plupart des choses même
dont nous jouissons , que nous voyons,
que nous sentons , que nous touchons ,
nous n'en jouissons que par un mouvement
semé de mille interruptions , pareilles
à celle que nous concevons dans
l'étenduë qu'occupe sensiblement ou que
paroît occuper ce Charbon .
La vûe des corps en particulier se fait
par un mouvement intercalaire de vibration
, qui nous dérobe et nous rend
alternativement les objets.Comme les rerours
des
rayons sont tres- promts et que
les impressions durent toujours un peu ,
nous croyons voir ces objets d'une vûë
continue , sans aucune interruption.
Suivant cela , et supposant que Dieu
transporte sans cesse notre homme de
Paris à Constantinople , et de Constanti
nople à Paris ; quelqu'un qui seroit à
Constantinople , pourroit écrire à quelqu'un
qui seroit à Paris ; j'ai vû un tel , je
le
1942 MERCURE DE FRANCE
·
le vois tous les jours , il séjourne icy , il
loge avec moi , je mange avec lui, &c . et
celui de Paris pourroit en même temps
écrire dans les mêmes termes à celui de
Constantinople. On peut imaginer le jo
li Roman qui naîtroit de- là : Tout ce que
j'en remarque pour mon sujet présent ,
c'est que la chose est possible à Dieu ; ce
qui dit quelque chose à quiconque entend
bien ; mais la Géométrie va plus
loin dans la recherche de la vérité.
·
Plus ce mouvement de transport augmentera
par la toute puissante volonté
de Dieu , plus il sera exactement vrai .
de dire que l'homme en question est à
Constantinople et à Paris dans un mêmetems
, indivisible et continu . Or selon
les Elemens de la Géométrie de l'infini ,
de l'ingénieux M. de Fontenelle ( page
36. sect. 2. ) les Propriétez qui vont toujours
croissant dans le fini doivent dans
l'infini recevoir tout l'accroissement dont
elles sont capables ; donc le mouvement
en question croissant à l'infini , l'homme
susdit se trouvera exactement au même
instant indivisible à Constantinople ,
à Paris, dans tout l'entre deux , et en mille
autres Villes et Lieux de l'Univers ,
dans l'Univers même , tout entier si on
veut ce qu'il falloit démontrer.
Maïs
SEPTEMBRE. 1733. 1943
Mais , quoique le mouvement puisse
augmenter à l'infini , on va me nier, malgré
la certitude incontestable de ma conclusion
, qu'on puisse jamais supposer ce
mouvement infini. Les Géometres infinitaires
ne le nieront point. Et j'ai encore
pour garant la même section du même
ingénieux ouvrage , page 29. où il est dit
que toute la grandeur capable d'augmentation
à l'infini peut - être supposée au-
_gmentée à l'infini .
Ce principe est fort , j'en conviens ,
mais il est vrai , et même vrai- semblable,
c'est à dire , tout- à- fait plausible par un
autre principe du P. Castel , qui fait voir
dans sa Mathématique Universelle , que
l'infini Géométrique n'a rien que de naturel
et de facile , étant infini dans un
point de vûë , et tres-fini dans un autre
point de vûë ; que la ligne infinie n'est
qu'une surface finie , que la surface infinie
, n'est qu'un corps fini, qu'un nombre
infini n'est qu'une étendue finie , et qu'en
un mot , le du fini à l'infini ne
passage
se fait pas , comme l'insinue M. de Fontenelle
, et comme le prétend tour ouvertement
M. Cheyne , Anglois , par une
addition d'unitez , mais par une espece
d'exaltation d'une nature inférieure à
une nature superieure , comme de la ligne
à la surface , &c. De
1944 MERCURE DE FRANCE
De sorte que le mouvement infini n'est
plus un mouvement , mais la perfection
du mouvement ; et comme la racine , le
principe , la puissance du mouvement , le
mouvement en puissance , et l'étenduë
même ou l'espace avec un repos parfait de
parties. En effet ME : T. et plus T,
diminuë plus M. augmente , sans que E ,
varie. De sorte que T , étant o , alors
M∞ , et E = MOR , confor
mément aux principes de la Mathématique
universelle citée.
Le passage en question du fini à l'infini
n'a icy rien de plus extraordinaire que
ce raisonnement , où il est incontestable.
Je prends un écu , puis un demi écu , puis
un quart , un demi quart , un demi de
mi quart , & c. cela fait un mouvement
croissant , et qui peut toujours croître à
l'infini , ou bien par un mouvement instantanée
et infini , je prends d'un seul
deux écus ; cela va au même ; et que
sçait on même si ce n'est pas plutôt le
premier, que le second de ces mouvemens
qui est infini, au moins le premier ne finit
pas , et le second finit aussi -tôt.
coup
Que Dieu porte notre homme de Paris
à Constantinople , et de Constantinople
à Paris par un mouvement qui croisse
toujours ; c'est celui-là qui ne finit pas :
que
SEPTEMBRE. 1733. 1945
que ce mouvement porté tout d'un coup
à sa perfection, place cet homme dans les
deux Villes au même instant , il n'y a là
qu'un mouvement fini.
Quoiqu'il en soit , il est donc faux que
l'étenduë de la matiere soit déterminée
et qu'elle en soit l'essence immuable ; or
ce raisonnement Géométrique va à tout,
et en particulier à prouver qu'un même
corps peut être en deux, et en mille lieux
différens , sans être dans l'entre - deux ,
qu'il peut passer d'une extrêmité à l'au-
Tre sans passer par le milieu , qu'il peut
être dans un état de pénétrabilité , dans
un état d'indivisibilité , et qu'ainsi son
essence n'est pas non plus d'avoir des
parties ; qu'il peut être tout dans le tout,
et tout dans chaque partie. Encore une
fois , cela va loin , er tres- loin.
Mais si je dépouille ainsi la matiere de
ses propriétez les plus inhérentes , quelle
sera donc son essence ? Ce n'est pas moi
qui le dirai ; j'avoue bonnement que je
n'en sçais rien ; et c'est- là le Problême
que je propose aux Métaphysiciens Géomêtres.
En attendant cependant leur réponse ;
je ne laisse pas au milieu de tout ce dépouillement
de propriétez , de m'attacher
à une , à laquelle on n'a pas fait assez
1948 MERCURE DE FRANCE
sez d'attention dans la question présente;
c'est que la matiere est une substance passive
et tout-à- fait inactive ; ce qui la distingue
tout d'un coup de l'esprit, qui est
une substance active et libre. J'applique
ici un distinction insinuée dans l'Ouvrage
cité du P. Castel , et je dis que la matiere
est une possibilité , et l'esprit une puissance
; puissance participée dans les créatures
, absoluë , indépendante , infinie
incréée dans le Créateur.
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Résumé : PROBLÊME, Proposé aux Métaphysiciens Géometres, sur l'essence de la matiere.
Le texte aborde un problème philosophique concernant l'essence de la matière, en se concentrant sur les propriétés accidentelles telles que la pesanteur, la chaleur, la dureté et le mouvement. Les philosophes discutent de quelle propriété est la principale. La théorie cartésienne, qui considère l'étendue comme l'essence de la matière, a été dominante. L'auteur propose d'utiliser la géométrie pour résoudre cette question. Pour illustrer son argument, l'auteur imagine un homme se déplaçant rapidement entre Paris et Constantinople, démontrant que le mouvement peut augmenter à l'infini. Il soutient que, grâce à la toute-puissance de Dieu, un corps peut être simultanément en plusieurs lieux. En se basant sur les principes géométriques de l'infini, il conclut que la matière peut être en plusieurs endroits à la fois, remettant ainsi en question l'idée que l'étendue est l'essence immuable de la matière. L'auteur affirme que la matière peut être pénétrable, indivisible et présente partout à la fois. Il conclut en posant la question de l'essence de la matière, soulignant que la matière est une substance passive et inactive, contrairement à l'esprit, qui est actif et libre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 29-30
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, suivie d'un Memoire qui répond à la question proposée dans celui du mois de Juin dernier, au sujet du Plainchant &c.
Début :
Je vous prie d'agréer le Memoire que je vous addresse, fidelement transcrit [...]
Mots clefs :
Mémoire, Plain-chant, Question, Goût, Musique, Composition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, suivie d'un Memoire qui répond à la question proposée dans celui du mois de Juin dernier, au sujet du Plainchant &c.
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs
du Mercure , suivie d'un Memoire
qui répond à la question proposée dans
celui du mois de Juin dernier , au sujet
du Plainchant & c.
E vous prie d'agréer le Memoire que
je vous addresse vous , fidelement transcrit
sur l'original , qui me fut communiqué
l'année passée à Auxerre , où Mrs du
Clergé de Langres m'avoient envoyé
pour y déposer les Préjugez de la Musique
, et mettre en leur place le gout du
Plainchant , et la belle varieté qui doit
regner là - dessus dans une Eglise Cathedrale.
Il m'a parû que ce Memoire répond
décisivement au fond de la question
qui a été proposée , laquelle tend à prescrire
de justes limites aux Musiciens , et
à détromper le Public de la
trop bonne
opinion qu'il a d'eux. Je ne vous cellerai
point qu'avant mon voyage à Auxerre
, ( quoique Musicien et élevé dans
une célébre Maîtrise pendant plus de 12
ans , ) j'étois dans le Préjugé commun ,
mais
ཐབ MERCURE DE FRANCE
mais j'en suis entierement revenu , et je
reconnois aujourd'hui que le gout de la
Musique , et le gout du Plainchant sont
deux gouts bien differens ; que pour être
habile dans la composition de l'une on ne
l'est pas pour cela dans la composition
de l'autre , qu'il y a certains enchaînemens,
certaines manieres de traitter, certaine
tournure , en un mot une Mechanique
particuliere dans l'Art du Plainchant
, qui n'est reconnoissable que par
ceux qui ont étudié les Ecrits des anciens
Compilateurs comme de Guy
Aretin , ou par ceux qui ont conversé
quelque temps avec ceux qui les ont bien
lus ; laquelle mécanique n'est pas même
fort aisée à attraper après qu'on a reconnu
qu'elle existe.
Il est vrai que le Memoire cy joint ne
répond pas à tous les membres de la
question proposée dans le second volume
du Mercure de Juin 1733. parce qu'il y
a déja quatre ans qu'il est composé; mais
je ne doute pas que l'Auteur à qui on
renvoye l'affaire ne donne bientôt un
supplement , et ne rende aussi à chacun
ce qui lui appartient. Je suis &c.
du Mercure , suivie d'un Memoire
qui répond à la question proposée dans
celui du mois de Juin dernier , au sujet
du Plainchant & c.
E vous prie d'agréer le Memoire que
je vous addresse vous , fidelement transcrit
sur l'original , qui me fut communiqué
l'année passée à Auxerre , où Mrs du
Clergé de Langres m'avoient envoyé
pour y déposer les Préjugez de la Musique
, et mettre en leur place le gout du
Plainchant , et la belle varieté qui doit
regner là - dessus dans une Eglise Cathedrale.
Il m'a parû que ce Memoire répond
décisivement au fond de la question
qui a été proposée , laquelle tend à prescrire
de justes limites aux Musiciens , et
à détromper le Public de la
trop bonne
opinion qu'il a d'eux. Je ne vous cellerai
point qu'avant mon voyage à Auxerre
, ( quoique Musicien et élevé dans
une célébre Maîtrise pendant plus de 12
ans , ) j'étois dans le Préjugé commun ,
mais
ཐབ MERCURE DE FRANCE
mais j'en suis entierement revenu , et je
reconnois aujourd'hui que le gout de la
Musique , et le gout du Plainchant sont
deux gouts bien differens ; que pour être
habile dans la composition de l'une on ne
l'est pas pour cela dans la composition
de l'autre , qu'il y a certains enchaînemens,
certaines manieres de traitter, certaine
tournure , en un mot une Mechanique
particuliere dans l'Art du Plainchant
, qui n'est reconnoissable que par
ceux qui ont étudié les Ecrits des anciens
Compilateurs comme de Guy
Aretin , ou par ceux qui ont conversé
quelque temps avec ceux qui les ont bien
lus ; laquelle mécanique n'est pas même
fort aisée à attraper après qu'on a reconnu
qu'elle existe.
Il est vrai que le Memoire cy joint ne
répond pas à tous les membres de la
question proposée dans le second volume
du Mercure de Juin 1733. parce qu'il y
a déja quatre ans qu'il est composé; mais
je ne doute pas que l'Auteur à qui on
renvoye l'affaire ne donne bientôt un
supplement , et ne rende aussi à chacun
ce qui lui appartient. Je suis &c.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, suivie d'un Memoire qui répond à la question proposée dans celui du mois de Juin dernier, au sujet du Plainchant &c.
L'auteur transmet un mémoire aux rédacteurs du Mercure, reçu à Auxerre, rédigé par le clergé de Langres. Ce mémoire vise à remplacer les préjugés sur la musique par une appréciation du plain-chant et de sa variété dans une église cathédrale. Il répond à une question posée dans le Mercure de juin précédent, qui cherchait à définir les limites des musiciens et à corriger l'opinion publique à leur sujet. Avant son voyage à Auxerre, l'auteur, musicien formé pendant plus de douze ans dans une maîtrise célèbre, partageait les préjugés communs. Cependant, il a depuis changé d'avis, reconnaissant que le goût pour la musique et celui pour le plain-chant sont distincts. Il souligne que la composition du plain-chant nécessite une mécanique particulière, accessible seulement à ceux ayant étudié les anciens compilateurs comme Guy Aretin. Le mémoire ne répond pas entièrement à la question posée dans le Mercure de juin 1733, car il a été écrit quatre ans auparavant. L'auteur espère que l'auteur du mémoire fournira bientôt un supplément.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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