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1
p. 88-101
REQUESTE DE L'AMOUR AU ROY. Sur le bruit de son Départ pour l'Armée.
Début :
Rien n'ayant tant de charmes que la diversité, nous / Que me dit-on de tous costez ? [...]
Mots clefs :
Amants, Ardeur , Gloire, Amour, Roi, Départ pour l'armée, Mars, Exploits
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texteReconnaissance textuelle : REQUESTE DE L'AMOUR AU ROY. Sur le bruit de son Départ pour l'Armée.
Rien n ’ayant tant de
charmes que la diverfite,
nous devons pafTer d’une
matière aufli trille que
celle dont nous venons de
I
G A L A N T . 89
parler, à une plus diverciffante-, & je croy que nous
ne le pouvons faire plus
agréablement, que par la
Piece qui fuit, puis qu’il y a
de'ja quelque temps quelle
fait du bruit dans les plus
belles Ruelles de Paris.
W 1
RE Q U E S T E
DE L’AM OUR’
A U R O Y.
Sur le bruic de fon Départ
pour l’Armce.
Q
V e me d it-o n de tout
Ef-ce fournie faire querelle7
.
D e mille Amans qu'unit l'ardeur
la fins fidelle^
P a r mon ordre les vœux font p refis
d'efire acceptez^
E t fans attendre icy que la Saifon
nouvelle
— m x.
t
G A L A N T . pi
Dans îe Champ de Mars vous
Tout-à-coup y
GrandRoy^ vous
partez*.
une P lace,
i l riefl rien qui vous puijje arrefier
un moment,
E t que lors qu'aux Soldats vous
aÜez^fierement
P ar voftre exemple infpirer de
l a u d a c e »
Vous eftes dans voftre élément5
M ais qui fait tout trembler^ loifir
fe dèlaffe^
Et vous pouvez* devant envoyer la
> menace.*
Sans la fuivrefi promptement.
S” /. ,
» • W
■peine vos Guerriers dont M ____ _ H ii
9i LE MERCURE
Gloire difpofe
Sous la fa v e u r de voflre appuy,
( C aria Gloire (fix o n s aujourdi'huy
Ce ri eft plus qu'une me fine chofe)
ril peine auprès de moy cesGuerriers
de retour,
Commencent d'efperer la douceur
d'un beau jour,
Que l'ardeur de vous fiuivre à mes
foins les arrache.
E n va in en les flatant je tafihe
d'obtenir
Que l'am our du repos à moy fin i
les attache,
S i vous partc^auatn d'eux ne me
cache
Que rien ne les peut retenir.
&
A in fi voila par tout mon attonte
trompée^
G A L A N T . 9j
P ar tout mes deffeins avortez^
Pour réduire des Libertez^
M on adreffe en ces lieux a beau
s'eftre occupée, .
Chacun fe rend en foule aux Emplois de T Epée
E t dés qu'on peut aller combatre à
voscoftez^
De mes trais les plus vifs l *ame la
mieuxfrâpée,
F uit mes douces oyfivetez^
Cependant combien de tendreffes
P ar voftre éloignement des cœurs fe
vont bannir ?
Combien £ Amans à leurs M a ifirejjts ,
Ont fa it d'agréables PromeJJes^
Qu ils vont eftre par vous hors d'eftat de tenir ?
J.'un pour un bel Objet faiftant
I
9 4 LE MERCURE
gloire de vivre,
D es Patens oppofcz^devoit venir
abouti
Contre un cœur qui bientofi a céder
Je réjbut:
jJa u tre ayant commence s obfiinoit
à pourfuivrei
M a is vous partes^, & pour vous
Juivre
On fe croit dégage de tout.
JLe fins mortel chaqrin que reçoivent les B elles,
Q u i croyaient qu'un accord auffi
tendre que doux,
Æ endroit de leurs Amans les chaifnes éternelles,
C'eflde les voir courir aux coups
A v e c bien plus d'ardeur pour
vous,
Q ù i h n’en eurent jamais
elles.
»
G A LA N T. 95
p o u r obtenir q u ils ne s'eloi<£
nentpaty
Elles ont beau verferdes larmes *
Ces larmes ri ont que d'impuiffans
appas.
P ra v e r auprès de vous les plus ru •
des alarmes
y
. Chercher dans les périls l'honneur
d'un beau trépas,
C e font leursveritables charmes:
Si-tofl quevous prene^les armes
V iv e n t pour eux la Guerre & les
Combats.
L e m al eft que par tout ces Pelles
affligées
M e conjurent d'entrer dans leurs
reflentimens.
J e les rencontre à tous momens.
Q u i dans de vifs ennuis plongées
ê
96 LE MERCURE
M e viennent fatiguer de leurs gemifemens.
l'a y tort de les avoir fous mesLoix
E t je ne fuis qu'un D ieu de Chanfons, de Romans,
Si vous laijfant enlever leurs A -
mans,
z
,
J?fouffre que fa r vous elles foient
outragées.
En vain pour affaiblir Hardeur de
ces Guerriers,
le combats le panchant qui vers
vous les entraîne,
D u Cbamf de M ars dignes A '
vanturiers,
ils dédaignent pour vous ma grandeur fouveraine,
E t mes plus beaux Mirthes u
peine
Valent un
G A L A N T . i>7
le rouqisfiuisquilfaut avouer ma
D evoir que contre vous faifant ce
que je puis,
Ces Belles vainement implorent
mon adreffe^
ennuis^
le dis que c'efl a vous qu'il fa u t que
. Ion s'adrejfeî
M ais elles feavent trop par quels
fermes appuis *
pour la Gloire en tout temps vofre
cœur s*interejfeî
Elles fa v e n t que d efl vofre unique
M a i greffe.
98 LE MERCURE
Si-toÇi que la fervir efi un foin qui
vous greffe.
Pleines de vos Exploits^elles nianorent Pas
Que quittant les P la ifr s, C? liï
leu x & les Fejles^
M algré la glace & le s frim ât s,
On vous a veu déjà pour de nobles
ConqucfteS)
.Au milieu d'un H y v e r avancer a
grand pas.
Quel eft donc l’avantage où vofrc
eÇpoirfe fonde?
Ffl ce que vous voulez^ que l A~
rnour ne (bit rien?
ous vous nuifegy penffr y bien»
E t que vous fervira la fagejfe pw
GALANT. 99
Cette infiqne valeur qui ria fom t
Si ne pouvant des coeurs me rendre
un feurlien,
le laifle dépeupler le Monde?
&
P"oyez^com bien vous hasardez}
A vecm oy, qu'en cela vous fierez^
bien de croire-,
Si vous ne vous raccommodez,
le laifle rayfinir le M onde,& v offre
Gloire,
E t de vos. Actions la merveilleufe
"Mifioire
U ira pas aujjî loin que vous le
lepouroismefme parvangeace.
Pour vous ofler l'apuy de M ars,
Sur quelque autre Vénus arn
I
ioo LE MERCURE
E t l'empefcher par la d'avoir la
eomplaifance
Dém archer [bus vos EtendartsS
M a is qu en vain contre vous femVous averti oute fa Valliance
P our affronter fans luy les plus
mortels hasards,
E t vous le pa(fe\en prudence.
E e plus feurpeur vous retenir^
C'eft de de[cendre à la priere> >
yîccordc^un peu moins à cette ar~
deur querrier e3
Q u i de ces lieux fi-tofl s empreffe à
vous bannir,
jdttendezje Printemps qui senva
revenir 3
E t de v offre pouvoir, quoy que il on
fuijfe fa ire,
G A L A N T . iôi
Jamais vous ne verrez^ le mien fè
def-unir*
cœur tributaire,
Contre vous par mes foins rien ne
pourra tenir.
Cette offre ne vous touche Qqueres
M uie queff-ce auffi que f en
E t que peut’ elle m obtenir ?
Pour allumer des feu x qui ne p u if
fient finir,
Vousrfie(les bien plus neeeffiaire
Que je ne vous le fuie à les entretenir*)
A in fi c eftà moy de me taire,
Et d attendre à voffre retour
T out ce que vous voudre^ordonner
de r Am
charmes que la diverfite,
nous devons pafTer d’une
matière aufli trille que
celle dont nous venons de
I
G A L A N T . 89
parler, à une plus diverciffante-, & je croy que nous
ne le pouvons faire plus
agréablement, que par la
Piece qui fuit, puis qu’il y a
de'ja quelque temps quelle
fait du bruit dans les plus
belles Ruelles de Paris.
W 1
RE Q U E S T E
DE L’AM OUR’
A U R O Y.
Sur le bruic de fon Départ
pour l’Armce.
Q
V e me d it-o n de tout
Ef-ce fournie faire querelle7
.
D e mille Amans qu'unit l'ardeur
la fins fidelle^
P a r mon ordre les vœux font p refis
d'efire acceptez^
E t fans attendre icy que la Saifon
nouvelle
— m x.
t
G A L A N T . pi
Dans îe Champ de Mars vous
Tout-à-coup y
GrandRoy^ vous
partez*.
une P lace,
i l riefl rien qui vous puijje arrefier
un moment,
E t que lors qu'aux Soldats vous
aÜez^fierement
P ar voftre exemple infpirer de
l a u d a c e »
Vous eftes dans voftre élément5
M ais qui fait tout trembler^ loifir
fe dèlaffe^
Et vous pouvez* devant envoyer la
> menace.*
Sans la fuivrefi promptement.
S” /. ,
» • W
■peine vos Guerriers dont M ____ _ H ii
9i LE MERCURE
Gloire difpofe
Sous la fa v e u r de voflre appuy,
( C aria Gloire (fix o n s aujourdi'huy
Ce ri eft plus qu'une me fine chofe)
ril peine auprès de moy cesGuerriers
de retour,
Commencent d'efperer la douceur
d'un beau jour,
Que l'ardeur de vous fiuivre à mes
foins les arrache.
E n va in en les flatant je tafihe
d'obtenir
Que l'am our du repos à moy fin i
les attache,
S i vous partc^auatn d'eux ne me
cache
Que rien ne les peut retenir.
&
A in fi voila par tout mon attonte
trompée^
G A L A N T . 9j
P ar tout mes deffeins avortez^
Pour réduire des Libertez^
M on adreffe en ces lieux a beau
s'eftre occupée, .
Chacun fe rend en foule aux Emplois de T Epée
E t dés qu'on peut aller combatre à
voscoftez^
De mes trais les plus vifs l *ame la
mieuxfrâpée,
F uit mes douces oyfivetez^
Cependant combien de tendreffes
P ar voftre éloignement des cœurs fe
vont bannir ?
Combien £ Amans à leurs M a ifirejjts ,
Ont fa it d'agréables PromeJJes^
Qu ils vont eftre par vous hors d'eftat de tenir ?
J.'un pour un bel Objet faiftant
I
9 4 LE MERCURE
gloire de vivre,
D es Patens oppofcz^devoit venir
abouti
Contre un cœur qui bientofi a céder
Je réjbut:
jJa u tre ayant commence s obfiinoit
à pourfuivrei
M a is vous partes^, & pour vous
Juivre
On fe croit dégage de tout.
JLe fins mortel chaqrin que reçoivent les B elles,
Q u i croyaient qu'un accord auffi
tendre que doux,
Æ endroit de leurs Amans les chaifnes éternelles,
C'eflde les voir courir aux coups
A v e c bien plus d'ardeur pour
vous,
Q ù i h n’en eurent jamais
elles.
»
G A LA N T. 95
p o u r obtenir q u ils ne s'eloi<£
nentpaty
Elles ont beau verferdes larmes *
Ces larmes ri ont que d'impuiffans
appas.
P ra v e r auprès de vous les plus ru •
des alarmes
y
. Chercher dans les périls l'honneur
d'un beau trépas,
C e font leursveritables charmes:
Si-tofl quevous prene^les armes
V iv e n t pour eux la Guerre & les
Combats.
L e m al eft que par tout ces Pelles
affligées
M e conjurent d'entrer dans leurs
reflentimens.
J e les rencontre à tous momens.
Q u i dans de vifs ennuis plongées
ê
96 LE MERCURE
M e viennent fatiguer de leurs gemifemens.
l'a y tort de les avoir fous mesLoix
E t je ne fuis qu'un D ieu de Chanfons, de Romans,
Si vous laijfant enlever leurs A -
mans,
z
,
J?fouffre que fa r vous elles foient
outragées.
En vain pour affaiblir Hardeur de
ces Guerriers,
le combats le panchant qui vers
vous les entraîne,
D u Cbamf de M ars dignes A '
vanturiers,
ils dédaignent pour vous ma grandeur fouveraine,
E t mes plus beaux Mirthes u
peine
Valent un
G A L A N T . i>7
le rouqisfiuisquilfaut avouer ma
D evoir que contre vous faifant ce
que je puis,
Ces Belles vainement implorent
mon adreffe^
ennuis^
le dis que c'efl a vous qu'il fa u t que
. Ion s'adrejfeî
M ais elles feavent trop par quels
fermes appuis *
pour la Gloire en tout temps vofre
cœur s*interejfeî
Elles fa v e n t que d efl vofre unique
M a i greffe.
98 LE MERCURE
Si-toÇi que la fervir efi un foin qui
vous greffe.
Pleines de vos Exploits^elles nianorent Pas
Que quittant les P la ifr s, C? liï
leu x & les Fejles^
M algré la glace & le s frim ât s,
On vous a veu déjà pour de nobles
ConqucfteS)
.Au milieu d'un H y v e r avancer a
grand pas.
Quel eft donc l’avantage où vofrc
eÇpoirfe fonde?
Ffl ce que vous voulez^ que l A~
rnour ne (bit rien?
ous vous nuifegy penffr y bien»
E t que vous fervira la fagejfe pw
GALANT. 99
Cette infiqne valeur qui ria fom t
Si ne pouvant des coeurs me rendre
un feurlien,
le laifle dépeupler le Monde?
&
P"oyez^com bien vous hasardez}
A vecm oy, qu'en cela vous fierez^
bien de croire-,
Si vous ne vous raccommodez,
le laifle rayfinir le M onde,& v offre
Gloire,
E t de vos. Actions la merveilleufe
"Mifioire
U ira pas aujjî loin que vous le
lepouroismefme parvangeace.
Pour vous ofler l'apuy de M ars,
Sur quelque autre Vénus arn
I
ioo LE MERCURE
E t l'empefcher par la d'avoir la
eomplaifance
Dém archer [bus vos EtendartsS
M a is qu en vain contre vous femVous averti oute fa Valliance
P our affronter fans luy les plus
mortels hasards,
E t vous le pa(fe\en prudence.
E e plus feurpeur vous retenir^
C'eft de de[cendre à la priere> >
yîccordc^un peu moins à cette ar~
deur querrier e3
Q u i de ces lieux fi-tofl s empreffe à
vous bannir,
jdttendezje Printemps qui senva
revenir 3
E t de v offre pouvoir, quoy que il on
fuijfe fa ire,
G A L A N T . iôi
Jamais vous ne verrez^ le mien fè
def-unir*
cœur tributaire,
Contre vous par mes foins rien ne
pourra tenir.
Cette offre ne vous touche Qqueres
M uie queff-ce auffi que f en
E t que peut’ elle m obtenir ?
Pour allumer des feu x qui ne p u if
fient finir,
Vousrfie(les bien plus neeeffiaire
Que je ne vous le fuie à les entretenir*)
A in fi c eftà moy de me taire,
Et d attendre à voffre retour
T out ce que vous voudre^ordonner
de r Am
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Résumé : REQUESTE DE L'AMOUR AU ROY. Sur le bruit de son Départ pour l'Armée.
La pièce de théâtre 'Requête de l'Amour à Aurore' traite du départ d'un amant, Galant, pour l'armée. Galant exprime son désir ardent de partir pour le champ de Mars et de se battre. Il reconnaît que son départ causera de la tristesse parmi les amants et les belles, dont les promesses d'amour seront rompues. Les femmes, malgré leurs larmes et leurs supplications, ne peuvent retenir les guerriers attirés par la gloire et l'honneur des combats. Galant admet que son départ est inévitable et que même les prières des femmes affligées ne peuvent le retenir. Il affirme que son cœur est entièrement dédié à la gloire et aux exploits militaires, et qu'il ne peut être détourné de son chemin par les charmes de l'amour. Les femmes, admiratives de ses exploits, reconnaissent qu'il est prêt à affronter les périls pour l'honneur. Galant conclut en affirmant que son cœur est tributaire de ses devoirs militaires et qu'il ne peut être retenu par les offres d'amour. Il choisit de se taire et d'attendre son retour pour obéir aux ordres de l'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 1-85
EXPLICATION DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Début :
Je croy, Madame, que je ne puis mieux répondre à / L'Allégorie est la maniere la plus ancienne d'exprimer [...]
Mots clefs :
Roi, Louis XIV, Prince, Hollande, Guerre, France, Paix, Tableaux, Justice, Espagne, Main, Mars, Femme, Couronne, Fleurs, Sujet, Ovale, Trône, Côté, Minerve, Miroirs, Parois, Valeur, Force, Forme, Abondance, Ennemis, Flandre, Comte, Campagnes, Aigle, Lion, Épée, Hiver, État, Gloire, Finances, Commerce, Ambassadeur, Violence, Conquêtes, Allemagne, Soldats, Charles Le Brun, Galerie de Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
E croy, Madame, que je
ne puis mieux répondre
à ce que vous attendez du
premier Article de ma Letrre
sur les choses qui regardentla
gloire du Roy,qu'en vous envoyant
une Description de la
Galerie deVersailles,quim'est
tombée depuis peu de jours
entre lesmains,&que MrLorne
Peintre a faite avec une entiere
exattitude. Elle est belle,
succincte, fort intelligible, &
comprend toute la vie de nôtre
auguste Monarque, depuis
qu'ila commencé à gouverner
par luy-mesme. Vous
me l'aviez demadée il y a déjà
long temps de la part de vos « Amis,& jevoy par toutes les
Lettres que je reçois, qu'elle
est extrêmement souhaitée
dans les Païs Etrangers.Ainsi,
Madame, comme vous foufrez
que celles que je vous
adresse devinent publiques,
en vous faisant part de cette
Description, je puis dire que
je satisfais à la curiosité de
toute l'Europe.
EXPLICATION
DELAGALERIE
DEVERSAILLES. r.
LAllégorie estla maniere
1
la plus ancienned'expri
mer les pensées par des cara
toute l'Europe. 'Dln>171
,
cteres. Les lettres n'ont esté
en usage que logtemps après
que les Egyptiens eurent, par
des figures, laissé à la Posté
rité les Mistéres de leur Re
ligion
,& les Loix de leur
Etat. Les Poëtes depuis, sous
des sens allégoriques, dans
les Métamorphoses, & dans
les Fables
,nousont donné
les plus beaux préceptes, &
les leçons les plus utiles de la
Philosophie. Les ornemens
de ce fameuxTemple,a dont
Dieu luy-mesme donna le
dessein au plus sage des Mo
narques, estoientmistérieux
;
mais cette science a esté en
usage de tout temps, princi
palement parmy les Peintres
A Temple de Salomon
&les Sculpteurs, quin'ont
point d'autre langage pour se
faireentendre dans leurs ou
vrages. Jupiter est la Puis
sance
; Junon, l'Autorité
.,
;
Mars, la Valeur; Hercule, la
Force.. Une belle Femme
qui rient un Sceptre & une
Couronne d'Etoiles,estla
Gloire. Une autre avec des
aîles, qui tient un Sable &
un Eperon, accompagnée
:
r
d'un Coq, est la Vigilance.
Pour la Prévoyance
,ils font
¥
*
une Femme avec un Compas
& un Livre. La figurede la
Renommée est assez con
nuë. Ils expriment le Secret
par un jeune Homme tenant
un Cachet sur sa bouche, &
ayant ses cheveux attachez
à un Bandeau d'or, qui soû
tient une Sphinx. LaVictoire
estcouronnée de Laurier;
elle a des aîles, & porte un
Trophée. La Peur tient un
Lièvre.L'Envie est entourée
de Serpens. La Terreur em
bouche une Trompette, &
menace avec des Fouëts; sa
coëfure est une teste de Dra
gon en forme de Chimere.
L'Abondance tient la Corne
d'Amalthée,&la Tranquilité
couronnée de Fleurs, a dans
lamain une Grenade. Ils ont
encore quantité d'autres fi
gures,qu'il seroit inutile de
décrireicy, n'estant point ou
peu représèntées dans la Ga
lerie de Versailles, où Mrle
Brun a peint l'Histoire du
Roy,depuis la Paix des Py
renées jusqu'à celle de Ni
mégue.Pourexprimer les,
mégue. Pour exprimer les
diférens mouvemens qui ont
fait agir. ce Prince, & les En
nemis qui le font opposez à.
ses desseins, il ne s'est servy
que des Divinitez qui nous
sontles plus connues, & qu'il
a accompagnéesde toutes
les marques propres à les
distinguer. Les Royaumes,
comme les Provinces & les
Villes, sontreprésentez par
desFemmes vêtues à la mode
de leurs Peuples, & ayant
leurs Armoiries auprès d'el
les. Les Fleuves sous la fi
gure de vieux Hommes cou
ronnez de Roseaux, sont re
marquables par des Urnes,
d'où sort l'eau de leur source.
Enfin il a pris un si grand
soin de marquer tout cequi
peut rendre ses pensées intel
ligibles, que pour peu que
l'on sçache les Poëtes,on ex
plique sans peine les tujets*
& l'Allégorie. loin de les ob
fcurcir,les éclaircir & les en
richir, estanttraitée avec tout
l'art & toute la delicatesse
necessaire, pour faire com
prendre une infinité de cir
constances tres-importantes
au sujet,qu'il eust esté im
5
possible de faire concevoir,
sans ce moyen dont il s'est:
ingénieusement servy pour
les marquer.
L'Histoire commence par
un des Tableaux a qui estau
aJ!a^.opieds Je Ion?.
milieu de la Galerie, où le
Roy dans la fleur dela jeu
nesse, envisageant la Gloire,
prend après son Mariage le
Gouvernement de l'Etat, &
quitant pour la mériter les
heureux
plaisirs d'un Regne paisible,
médite de rendre ses Sujets
,
& d'humilier ses
Ennemis.
Dans douze Ovales,
voit le commencement de
a on
ses glorieuxdesseins exécuté.j
On y remarque l'ordre qu'il'
met dans les Finances; le
foin qu'il prend de faire ren
a.Ils ont 8 pieds de haut.
dre la Justice
; le rétablisse.
ment du commerce
,l'insti
tution des Académies, le se
cours qu'il donne à l'Empire
:ontre les Turcs; les Trou
pes qu'il envoyé en Hollande
contre l'Evesque de Munster;
la satisfaction que luy faitl'Es
pagne pour l'insulte que son
Ambassadeur avoit faire au
nôtre en laVille deLondres,la
Pyramide élevée dans Rome
pour réparation de la violence
faire par les Corses à nostre
tiaiiceavec
les Treize Cantons; l'arrivée
des Ambassadeurs des Na
i
tions les plus reculées ;
k
jondtiondes deux Mers &
des.
la construction des Invali
]
octogones,à feintsdeLapis
à
Dans les six Bas reliefs
fondd'or, onapeint laGuerre
de Flandre, pour les droits-1
de la Reyne ;
la Paix d'Aix
la Chapelle, qui finit cette
Guerre; la défentedesDuels
la distribution desBleds pen
dant la Famine la seûreté &:
la Police du dedans de la
Ville de Paris; &: l'acquisi
tion deDunquerque.
a Depareilleme/hre;
Laderniere Guerre est le
sujet des huit plus grands
Tableaux.
Dans l'un a on voit le Roy
méditer sur toutes les diffi
cultez qui se pourroient ren
contrer dans la Guerre qu'il
veut entreprendre contre les
Hollandois.
;5-j
Les Provisions qu'il fait
pour surmonter tous les ac
cidens qu'il a préveus com
posent
b
le second.
Dans
le troisiéme,ilpro
pose à ses Généraux le def.
sein qu'il à formé& de quelle
,3.4 2.0pieds. b lia15 pieds.c 55pieds..
maniéré il prétend l'exécu
ter.
Le quatrième a représente
lesCampagnes de Hollande.
Dans le cinquième b on
voit l'Empire & l'Espagne
s'unir avec la Hollande con
tre le Roy.
Le sixiéme c
fait voir la
Conqueste de la Franche
Comté.
Le septiéme donne une
idée de la Prisè de Gand
, &
des Campagnes de Flandre.
Et le huitième e
forme
a 35
pieds,b55pie.lsJœrgeHr10. c 25p.
d 3$p. e 55p.delargesurvingt.
l'image de la desunion des
trois Puissances par la Paix
de Hollande.
Tous ces Tableaux font
enfermez dans de riches
Compartimens, &: les Ovales
font accompagnez de Ther
mes peints couleur de bron
ze, rechaussez d'or, qui por
tent des Corniches, avec des
Frontons feints de marbre,
sur chacun desquels sont
deux Enfans de coloris, qui,
se joüent à des Festons de
Fleurs sortans d'une Cor
beille
, posée sur un Masque
coloré, qui est au milieu de
chaque Fronton. Deriches
Tapis de velours, où l'onvoit
les amusemens de l'Enfance
de ce Prince, decorenrl'es
pape d'entre les Bordures.
Aubas des Tableaux.,sur des
Cartouches deSculpture,
l'on a écrit des Inscriptions
sur chaque sujet.
Des Victoires semblent
retrousser le Tapis, en inten
tion d'y mettre 4 la place
d'autres Tapisseries d'Actions
plus sérieuses, & plus impor
tantes..
Voila engrosla distribu- j
tion& l'ordonnancede la j
Galerie
;mais comme l'Hit
toire y est traitée avectoutes
ses circonstances, ilfaut par
ticulariser un peu plus de
choses, pour tâcherde faire
mieux comprendre l'allégo
rie des Figures qui entrent
dans cegrand Ouvrage. Le
premierdesSujets est dans
leplusgrand des Tableaux,à
où l'on voit au milieu le Roy
dans la fleur de la jeunesse.
Son Habit est à la Romaine,
avec un Manteau Royal qui
couvre une partiedu Trône,
a-dumilieu de la Voutedont il tient
toute lalaraeitr.
Ó
'JL*
î
*'
f
sur lequel il est assis. Il tie
un Gouvernail,pour marq
qu'il commence à gouveri
son Etat; 8c les trois Grad
qui le couronnent, représent
tent celles que l'on voit bi
ler dans toute sa persons
L'Amour leur donne c
Fleurs; & la Tranquilité
reposant au bas du Trôr
marque celle que ce Prin
vient de donner à son Et
Des Enfans figurant les G
nies des Divertissemens, s'e
cupent à toutes forces de pl
fil s & de jeux au bas& da
l'un des costez duTableau.
Al'autre costé, la France
assise tous un Pavillon de
brocard d'or, tient unFaif
ceau Romain. Elle étouffe
la Discorde fous son Bou
clier. L'Hymen
àcostéd'elle,
porte la Corne d'abondance,,
&son Flambeau dont elle est
éclairée, parce que le Ma
riageduRoy estoit. la princi
:pale cause de son bonheur.
LaSeine, a couronnée de
s
marquent
Raisins, s'appuye sur forp.
Urne,d'oùsortentavec l'eau
des Fleurs & des Fruits, quii
sa source, & l'a
aRivieredont IdfourceeftenBourgognerr
bondance que son cours
porte dans laCapitale dui
Royaume.
i
A costé, &un peuaudes
sus du Roy, Minerve assise
sur unNuage,-luyprélente
j
d'une mainsonBouclier,al
luy montrant de lautre la
Gloire preste à le. couronner..
Mars en
quercecette Déesse qui l'at
l'air luy fait remat
tend. Le Prince la regarde
attentivement. La Déesseluy
présente la Couronne d'im
mortalité.LaVictoire & la
'-i
Renommée l'accopagnent;;
Le Temps leve un bout du
Pavillon sous lequel est le
Roy, pour marquerqu'il a
fait connoistre lesvertushe
roïques de ce Prince, auquel
|
il fait voir par le Sable
a qu'il
luy présente., que l'heure est
venued'entreprendre i
les
grandes Actions qu'il a mé
ditées, & de profiter des mo
mens qu'ilfaitcouler en sa
faveur. Les Dieux paroissent
dans le Ciel, luy offrant leur
assistance Pluton, sesriches
sesVulcain, sesarmesCe
1.
rés & Bacchus, des vivres
pourses Armées.
;Apollon
a. Horlogedu Temps.
précédé de l'Etoile de Vénus,
vient du plus haut des nues
pouréclairer ses grandes Ac
tions& Diane paroist pour
le guider dans les ombres de
laNuit. Jupiter offre son Fou
dre. Mercure traverse les airs
*
pour allerfaire connoistre ce
Prince à toute la Terre. Ju
non,Protectrice delaVanité,
se tourne de l'autre costé du,
ceintre ou regardant favo
rablement l'Allemagne, elle,
luy envoye une Niiée.,aaub
luy servant de Trône, mar
que la vaine supériorité quL
a fable riIxion.
elle prétend iur les autres
Royaumes. La Couronne
Impériale, & l'Aigle, la font
reconnoistre. Son attitude
estfiere, son habillement
pompeux. Elle tient le Bâton
decommandement
; &l'Es
pagne à costé, & un peu plus
bas, sembleobserver les mou
vemens. Elle s'appuye sur son
Lion, qui devore un Roy des
Indes renversé sur desTrésors
épars. Son ambition est re
présentée par une Femme
avec des aîles, qui a la teste
& les bras chargez de Cou
ronnes. Elle embrase d'un
Flambeau qu'elle tient dela
>
main droite, les Palais des
malheureux Princes qu'elle a
dépoüillez, &-, arrache de
l'autre la Couronne de l'un
de ces Infortunez, accablé
fous le Trône qu'elle a ren
versé. La Hollande à la gau
che de l'Allemagne,&plus
basencore que l'Espagne,est
assise surunLion quitientles
sept Fleches que les Provin
ces Unies ont prises pour
marque de leurconfédera
rion. Elle a le Trident à k
main, & tientThétis enchaî
née,prétendantavoir l'Em
pire
pire de la Mer par son Com
merce. Onvoit auprès d'elle
des Balots de Marchandises,
& des Vaisseaux prests à par
tir pour le Voyage de long
cours.
Ces trois Puissances pa
roissent avec toutes les mar
ques d'ambition & de fierté,
quipouvoient exciter le Roy
à vanger la France des inju
res qu'elle avoit souffertes
pendant sa Minorité, & la
leur rendre plus redoutable
qu'elles ne l'avoient trouvée
fous les Regnes précedens.
Pour remédier aux abus
qui lecommettoient dans les
Finances, le Roy suprima la
Charge de SurIntendant, &
s'en réserva le foin, pour estre
Luy-mesme l'Oeconome &
le Dispensateur de ses Tré
sors; ce qui le voit dans le
premier
ades quatre Ovales
qui entourent
le Tableau que
nous venons de décrire. La
France estaux pieds du Prin-*
ce, entre les mains duquel
elle a remis le Gouvernail.
La Fidélité a son Chien pres
d'elle. Elle tient une Clef
d'or, parce que cemétal in
£ DHCefiédesMiroirs.
corruptible marque que rien
ne la peut corrompre. Elle
accompagne Minerve,
chasse,l'Epée à la main
qui
o'
, des
Harpies, qui laissent tomber
en fuyant une partie de l'ar
gent qu'elles emportent; ce
qui signifie les comptes que
l'on fit rendre à ceux qui a
voient pillé les Finances dont
ils avoient eu le manîment.
Dans lesecond , aonre
connoist l'institution des A
cadémies.LeRoy estaccom
pagné de Minerve, qui tient
un Plan de l'Obesrvatoire.
a DHcofté des Fenefires.
L'Académie Françoise po
un Caducée
aà la main. E
est à la telle de ses Comp
gnes, pour lesquelles elle
~r
mercie le Prince de l'ho
neur de sa protection.
Pour rétablir le Commerc
que les Guerres avoienc ~bar
ny duRoyaume, Sa ~Majesté
établit deux Compagnies
pour les Indes Orientalesà
Occidentales, dona la ~chass
aux Pyrates, rendit la ~Me
libre pour tous sesSujets au
voudroientcommercer.~C'es
a Symboledel'Elquencc.
jb £«1664.
le troisiéme a Ovale, où le
Roy tient un Trident. Des
Corsaires sont enchaînezà
ses pieds; un Matelot porce
des Balors sur le Port qui pa
roist couvert de Vaisseaux;
& l'Abondance que l'on y
voit, exprime l' unticcdu
Commerce.
Le quatriéme b estl'image
de l'ordre remis dans la Jus
tice. Elle est pres du Roy,
qui donne le Code aux Ma
gistrats. La Chicane ,
sous
l'ap*parence d'une Femme
a Sfude/fus des Miroirs.
b Du cgjléduFenestres.
maigre & décharnée
, dont
le corps fè termine en viz sans
fin, pour signifier ses diférens
velles.
décours, est terrassée fous les
pieds du Prince, qui la vient
d'éroufcr par des Loix nou
Dans l'un des Basreliefs,a
la justice présente son Epée
an Roy.LaRenomméevole,
& publie un Manifeste qui
contient les raisons qui atti
rèrent la Guerre en Flandre
pour les droits de la Reyne,
que l'Espagne refusoit.
a îbfont£az.urafortesd\r, alaClef
dht Vo.-.'ît,ancoftéditTablc.1Hditmil:(u.
Dans l'autre
, a lEipagne
reçoit du Roy une Branche
d'Olivier,ensigne de laPaix
i;
qu'il vient de luy offrir àAix
la Chapelle, en rendant libé
ralement la Franche-Comté
qu'ilavoirconquiseenvingt
joursau milieu de l'Hyver.
Cette Provinceestàgenoux,
& entourée de Canons pour
laréjouissance dela Paix. La
Victoire couronne le Vain
queur.
)I! Les quatre Ovales b qui
a Acoftèdugrand TableaualaClefde
la Voute.
b Du coflédes Miroirs ,
prés des Cam-
fagnes deHollande.
font aux costez du Tableau
des Campagnes de Hollande,
représententdans l'un la Hol
lande quisuit;mais la France
qui vient à son secours, arra
che le Bouclier de Munster
qui la poursuivoit. Les Trou
pes du Roy sirent retirer l'E
vesque de Munster & l'o
bligerent de conclure la Paix
avec lesEtats.
Dans un autre,aune Fem
mevêtuëd'écarlate, 6c suivie
d'une Louve, signifieRome,
quivient reparer la violence
faire par les Corses à nostre
a D:.< cojîédes Fencftrcs.
Ambassadeur, & offrir pour
satisfaire à cet attentat, de
faire élever une Pyramide,
dontlaFrance,accompagnée
;
de la Force
Plan.
, luy montre le
Le troisiéme
a fait voir la
France l'Epée à la main ,
qui.
pouriuK des Turcs effrayez,
&renversez.L'Aigle de l'Em
pire chancelant, se raffermit
à l'ombre de son Epée
; ce
qui arriva à la Bataille de
S. Godart, où la valeur d'un
petit nombre de François
rassura l'Empireétonné
,&
a DUccftè-dssFcneftrcs.
contraignit une Armée for
midabled'Infidelles à faire
une Paix honteuse.
Le quatrième a nous mon
tre l'Espagne, accompagnée
de son Lion soûmis & ram
pant, parce qu'elle vient sa
tisfaire à L'insulteque son
Ambassadeur avoit faite au
nostre en laVille deLondres.
La France a prcs d'elle la
Force &
la Justice; elle re
çoit b la soûmission & la pro
testation publique faite par
l'Espagne de ne luy disputer
jamais le premier rang.
aDiscoftéde
tFenefîres. b En1661.
Dans un Basrelief, a la
:Justice sépare d'une main les
Combatans, qu'elle menace
de l'autre. Dans l'éloigne.
ment, des Archers en traî
nent un en prison, pour ex
primer avec quelle rigueur
le Roy fait observer la DCN
fente des Duels.
L'autre b fait ressouvenir
de sa bonté pendant la Fa
ine.,l1ne belle Femme avec
11'
une Flâmesur la teste, & une
Corne d'abondance fous le
a A
la Cléfde la F"o;t;e,prés les Cam
pagnesde H"
faride.
b AlaClefA? lufouts.
bras, nous designe sa pieté,
qui faitdistribuer a du Pain à
des Pauvres, qui semblent le
recevoir avec empressement.
Il Les quatre derniers Ova
les,b & les deux Bas reliefs;
font autour du Tableau des
Campagnes deFlandre. Dans
l'un des quatre Ovales, les
Ambassadeurs des Nations
les plus reculées, viennent
*
admirer la France, que les
glorieuses Actions du Roy
ont renduë redoutable jus
ques aux Lieux quivoyent
lever & coucher le Soleil.
a En1662. bAiidejfnidesFeneflres.
Dans un autre, a les Am
bassadeurs des Treize Can
tons viennent renouveler
l'Alliance avec elle.
Lajonction des Mers étant
d'une extrêmeutilité pour le
Commerce
, le Roy a fait
creuser ce fameux Canal de
Languedoc; ce qui se voit
dans le troisiéme, b où Ne
ptune qui est l'Océan, &';
Thétis la Méditerranée, se
joignent en figne de leur
communication.
Les Soldats, que les longs
a Aude(fusdes F'enejîres.
b sixdejfus des Miroirs.
services, ou les malheurs de
la Guerre, avoient rendus
inutiles, estoient contraints
de chercher dans la charité
des Peuples un soulagement
à leurs misères, l'extréme
nécessité estant presque la
feule récompense de leurs
travaux. Le Roy voulant
adoucir leur disgrace, & les
récompenser, a fait bâtir ce
fameux Hostelde Mars, où
sa magnificence les entre
tient. C'est le sujet du der
nier
a Ovale. LaPieté paroist
sur un Trône, donnant l'Or
a AudeJfusdel Miroirs.
dre de S. Lazare aux Offi
ciers, & distribuant de l'ar
gent aux Soldats. Minerve
luy présente le Plan de ce ma
gnifique Bâtiment, où ils
sont logez.
Dés que la nuit estoitve
nuë, les Voleurs se rendoient
maistres de Paris. On couroit
risque de la vie, si l'on estoit
contraint de sortir, & les
Maisons mesme n'estoient
pas un lieu de seûreté. Le
Roy, pour remédier à ces
désordres, ordonna des Com
pagnies d'Archers à pied &
à cheval dans la Ville,& sur
les grandsChemins; ce que
l'on a représentédans ce Bas
relief aoù la Justiceassise sur
sur son Tribunal, ordonne à
des Archers d'aller prendre
des Voleurs qui assassinent
les Passans au coin des Ruës.
La Seûreté reposent à l'om
bre de la Justice, tient une
Bourse ouverte.
Dans le dernier b Bas-re
lief, on a mis l'acquisition
de Dunquerque. C'estoit le
seul Port qui restoit aux E--
trangers sur nos Costes, &le
a AUClefdelaVm
te.
b A La Clefdl LA Voute.
refuse de tous lesCorfau'es.
Le Roy voyantà regret cette
Place de son Royaume sous
une domination opposée à
l'Eglifc Romaine, n'épargna
rien pour l'obtenir. Dun
querque présente ses Clefs à
la France, qui ordonne à Il
Pieté de répandre ses riches
ses que l'A ngleterre fait ser
rer. L'Herésie se retire.
P( Le Roy lassé de l'ingrati
tude des Hollandois, porte
la Guerre dans leurs États,
L'Allemagne & l'Espagne,
étonnées de la rapidité de ses
Conquestes, s'unissent à la
Hollande pour s'opposer aux
progrès de ses armes victo
rieuses; mais cette union leur
fut si funeste, qu'elles se vi
rent obligées de demander
la Paix, & de la recevoiraux
conditions qu'il plût au
Vainqueur de leur imposer.
Cette Guerre estle sujet des
huit Tableaux qui restent à
décrire. Dans le premier,le
Roy animé par sa, valeur à
une Conqueste juste, déli
bérant en luymesme s'il la
commencera ,
écoute sasa
•
gesse,poursurmonter par ses
conseils lesobstacles qu'elle
à
luy fait remarquer dans son
entreprise.
Il paroist
acouvert duMan
teau Royal, sur un Trône
magnifique,sousunPavillon
bleu semé de Fleurs de Lys,
attaché par des Cordons
d'or à des Colomnes d'un
superbe Ordre Ionique. La
Victoire &laRenommée l'at
tendent sur des nuages aux
costez d'un Chartraîné par
deux Chevaux dont l'adhcn
marque l'impatience. Mars
l'invited'y monter, en luy
a Audefus Feneftres.entre Jearanct}
Tablcatt & les Campagnes de Hollande,
faisant voir l'éclat de la Vic
toire
, dont le Char paroist
tout resplendissant, & l'ex
cite à une nouvelle Con
queste , par la veüe de ses
premiers Trophées a qu'il
luy montre; la Justice der
riere le Prince
, semble in
spirer un dessein si noble.
Toutl'invite à marcher
;mais.
Minerveassise au bas du Trô
ne, luy fait remarquer les
horreurs de la Guerre, qu'elle
a tissües dans une Tap1ÍTene,_.
où la Canicule en feu se voiH
a Ce font des Boucliers, oufont les noms
des Villespries en la premiere Gueye de
JFUadrts--
dansl'éloignement. Des Ma
ladesexpirans de peste & de
fièvres ardentes, sont les sui
tes de la contagion d'un air
enflâmé;L'EnvieaunAigle
en8~mé. L'Envie a un Aigle
& un Lion à les costez, pour
faire connoistre que les deux
Puissances qu'ils signifient,
devoient s'opposeraux des
feins du Roy. Un Fleuvequi
soûleve sesflots, entraînedes
Soldats, dont on ne revoit
qu'une partie du corps; ôc
l'avidité d'un Soldat man
geant de la terre & de l'her
be, marque la faim qui le
devoresur la pented'un Ro
cher glacé, fous la forme d'un
vieil Homme. L'Hyver presse.
entre ses bras unSoldat, que
l'excès du froid rend immo
bile. L'airestplein de vents
& de frimats.C'est par ces
imagesdediférens obstacles
capables de détruire ou de
retarder une entreprise,que
la Sagesselaissant agir la
Valeur, fait prévoir tous les
inconveniens qui peuvent
tromper une ardeur inconsi
dérée.
Jusques icy le Roy a paru
avec un Manteau Royal
;
mais dans les sept Tableaux
suivans il en a un de Brocard
d'or, comme les portoient
les Demy Dieux & les Hé
ros, pour montrer que les
premièresActions,toutes
justes & toutes grandes qu'
elles sont, n'aprochent point
des Prodigesquisontrepré
sentez en suite. <*nn npism
si Dans lesecond
aTableau;
ce Monarque prépare tout
pour la Guerre qu'il estprest
d'entreprendre, & fait les
provisionsnécessaires pour
remédier aux inconveniens
k
*
aAmde[Tu
1
sdes Fçnefîres, entre legrand.
Tableau & les Campagnes de Hollande
que la Sagesse luy a fait pré
voir. Les Dieux qui luy ont
promis leur assistance, luy
donnent leur secours. Sur
le devant, Neptune dans un
Char traîné par des Chevaux
marins, & suivy de Tritons,
présente son Trident au Roy
qui est debout,& qui avance
la main pour recevoir le Sce
ptre du liquide Empire.
Mars dans son Char for
tant d'une Tranchée, luy a
mene des Troupes dont les
Chefs baissent la Pique
, en
s'inclinant devant leur Gé
néral
Vulcain
Vulcain offredes Armes
portées par des Forgerons,
lx. c'est Mercure qui présen
te le Bouclier, parce que l'A
dresse & l'Eloquence four
nissent les raisons dont les
Roys font leurs premières
Armes. Aux pieds du Prin
ce on voit des Vases pleins
de richesses, que Pluton qui
estau haut du Tableau, luy
vient de donner. La Terrasse
estcouverte d'Instrumens &:
de Machines de guerre. Sur
desNuages au dessus duRoy,
Minerve soûtient un Casque
d'or qu'elle luy va mettre sur
la teste. dont le sens allégori
riqueest, que la Sagesse sor
tisse l'entendement, & em
pesche qu'il ne se corrompe. ;
La Prévoyance à costé de
Minerve , montre de son
Compas le Livre qu'elle
tient
, pour faire enten
dre qn'il a tout préveu
, &
mis ordreàtout. Cerésvient
offrir ses riches Moissons.
Son Char traîné par des Dra
gons est plus loin,& l'Abon
dance la suit.Del'autre costé
Apollon, A
semble y donner
a II bastit avec Neptnne les AlMrs de
Troye.
1
1
les ordres, & prendre le soin
des Bastions qu'on élève.
Dansl'éloignement on dé
couvre un Arsenal
construit avec diligence des
,oùl'on
Vaisseaux & des Galéres. La
Vigilance, comme l'âme de
cette action ,
est dans dans
le milieu
, &laplus élevéedu
Tableau.
Voila de quels moyens le
Roy s'estservy pour faire
reüssir les desseins qu'il avoit
méditez,& qu'il proposeà les
~«
Genéraux. Dans le Tableau
suivant , il y est debout
a Au drJtM des Miroirs entre le grand
T-abkau (5 les Campagnes deHollande.
appuyé sur un Bâton deCom
mandement.Monsieur,Mon
sieur le Prince,MrleVicomte
de Turenne, l'accopagnent.
Minerve déploye une Carte
des Pays-Bas, qu'un Amour
couronné de Laurier, repré
sentant l'amour de la gloire,
tient devant eux. Vésel, Bu
rich, Orfoy & Rhimberg,s'y
voyent en Lettres d'or
, &
d'un plus grand caradere,
parce que ce sont les Villes
que le Roy veut attaqueren
mesme temps , & qu'il or
donne aux Princes d'aller as
siéger
; &pour faire conce,
voir qu'il n'avoit encore com
muniqué ce desseinà person
ne, le Secret est derriere luy,
& porte son Casque. Prés du
Secret, on remarque laVigi
lance; &
laPrévoyance est z
cofté de Minerve. La Gloire
préside à l'entreprise qu'elle
a inspirée, & le Nuage épais
qui la soûtient, fert à expri
mer le filcnce, & le secret du
Conseilau milieu d'un Camp,
que l'on découvre derriere,
& dans lequel des Cavaliers
& des Soldats s'apprestent à
suivre le Dieu des Combats,
qui paroist en l'air portant
un Ecu armoiriéde France.
'La Victoire vole déja ,
d'au
tant qu'il y eut si peu d'inter
vale entre l'entrepirise , &: le
succés
,
que l'on sçût aussi
,
tost laprise des Villes , que
leurs Sièges.
Dans laa premiere Cam
pagne de Hollande,les Ar
mées du Roy ayant passé le
Rhin
, on prit plus de qua
rante Places ; on remporta
une grandevictoire sur Mer; Î
on battit les Ennemis par
tout. Les Etats effrayez ou
blierent leur ambition er- j
a En \Cf 2.
dirent presque leur libeney
&: les secours secrets de l'Es
pagne ne leur pouvans fuffirc,
ils furent contraints d'inon
der leur Pays pour en em
pescher l'entière perte. La
seconde a ne fut pas moins
heureuse. LeRoy emporta
Mastrich en treize jours ,
(es
Troupes prirentTréves ,
te
(esArméesNavalesga
gnerent deux grandes Ba
tailles. Ces deux Campa
gnes composent le quatriè
me Tableau
, où toutes ces
Conquestes & ces Vidboire^
a 1673.
font merveilleusementrepré
[entées.
Les plus vivescouleurs
font remarquer le Roy la
Foudre à la main ,
les Che
veux & son Manteau agitez
par les vents ,
son Char rapi
dement traîné par des Che
vaux fougueux. Minerve le
guide, la Gloire l'accompa
gne) Herculele fuit, &pous
le le Char par dessus lesflots
que le Rhin soûleve. Ce
Fleuve qui depuis ce fameux
Romain quis"'assujettitl'Em
pire de l'Univers ,
n'avoit
point souffert de Vainqueur,
paroilt plein de courroux 3c
de dépit
j de n'avoirpu par la
rapidité de son cours arrester
ce Monarque, & de se voir
obscurcir par une Victoire
qui vole au dessus de luy
,
&
porte un Etendart
critTolmk
, où est é
,nom du lieuoù
ce renommé partage se
fit.
L'Efp,l.çyt-ie tient un Mas
que , pour marquer les se
cours secrets qu'elle donnoit
aux Hollandois. Elle tâche
envain d'arrester le Char,
parce qu'au lieu de se jetter
aux Guides des Chevaux,el
le ne s'attache qu'aux traits,
ce qui sert à l'entraîner elle
mesme
5
& figure la guerre
qu'elle s'attira. Le Char passe
sur les premieres Villes con
quises, représentéespar des
Femmes terrassées.
L'ambition de Il Hollan
de mord la poussiere. Ses
aîles font rompuës ,
elle ne
peut plus s'élever
, comme
Cuc ÛvOlt âCCGiltUVnÇ
j ^4 un.
Homme renversé sur le dos
parmy des Balots & des Li
vres.de Compte,signifie le
desordre de son commerce.
La Libertédes ProvincesUL J
nies assise sur un Lion qui
tient les sept Fléches
,
tâche
de se défendre. Elle a l'Epée
dune main , & presentede
l'autre son Bouclier, où se lit
cette Inscription , qui pro
mettoit tant de forces, &
qui fut suivie de tant de foi
blesse. Les Peuples paroissent
dans une si grande conster
nation ,
qu'ils viennent de
loin presenter les Clefs de
leurs Places.LesRenommées
volent de tous costez. Un
groupe deVittoires qui se ca
chent &se succedentlesunes
aux autres,tiennent desPal
mes ôc des Lauriers, & for
ment en l'air un triomphe
autour du Vainqueur. Les
plus remarquables portent
quatre Couronnes murales
pour la prisedes quatre Villes
en un mesmejour.
De l'autre costé a du Ta
bleau
,
l'Europe regarde le
Roy avec surprise. SonChe
val épouvanté se cabre. Les
Fruits& Instrumens des Arts
qui marquentla fertilité
, &
le génie de ses Peuples, sont
à ses pieds. Plusieurs Victoi
res emportent les Armoiries
des Villes conquises. Celle
a AHdejfpu des Feneftres.
deMastrichse met seule en
défense, mais Mars arrache
en passant son Bouclier,
poursignifier le peu detemps
que dura cette Place
, que
l'on croyoit imprénable.
Dans un Angle duTableau,
deux Amériquainsadmirent
ce grand spectacle. Ils ont
place ence lieu, comme té
moins des Victoires que nos
Armées Navals ont rem
,
portées dans leurs isles les
plus reculées.
L'Allemagne & l'Espagne
se repentant de ne s'estre pas
plûtostopposéesaux Armes
du Roy, se liguérent avec la
Hollande, pour arrester s'il
le pouvoit, la rapiditédes ses
conquestes. L'Espagne leva
le masque, & se déclara ou
vertement. L'Empereura
,
assembla les Princes d'Alle
gne
, mitune Armée consi
dérable sur pied
,&: le Roy
resta seul
,
comme il l'avoit
préveu ,
& mesme desiré,
pour faire voir à ces Puissan
ces qui s'estoient toujours
flatées
,
que leur union feroit
fatale à la France; qu'elle
estoitpluspuissante
, quoy
a 1674.
que feule
, qu'elles ne l'e
toient toutes ensembles.C'est
cette union dont le cinquié
me Tableau a est composé,
qui donne une admirable
idée de la crainte & de l'en
vie qui obligerent ces Puis.
fances à s'unir, pour arrester
les progrés delagloire d'un
Prince, dont elles ne purent
retarder les prospéritez.
L'obscurité regne dans le
milieu, où fousun riche Pa
villon ces mesmes Puissances
se donnent la main. La Hol
a An deffiu de la Po?te du Salon dela
Guerre, iloccupe tout
tcfpacedepuis la
C-ornxhe jiifquala Voute.
lande vétuë à la mode de ses
Habitans, & par dessus or
née d'un riche Manteau, por
te sur son visage les marques
de sa desolation & de son de
sespoir.
Pour avoir du se
cours, elle s'attache d'une
main à lEfpagne qui leve
le masque
,
& fait voir le dé
pit sur son viiage. Elle tend
la mainà la Hollande;& l'Al
lemagne aŒlèau milieu, fem
ble les unir & le joindre avec
elles. Toute son action mar
que le repentir; & l'Aigle de
l'Empirepressefortement
avec une de ses serres une des
pattes du Lion de Hollande
que l'on voit dans une po
sturesouffrante
, pour faire
connoistre que les secours
qu'on luy donnoit luy coû
toient cher.Des Furies repre
sentent la peine, le dépit,&
la jalousie
,
dont ces Puissan
ces sontagitées
Dans le bas
èc dans l'un des costez du
Tableau, les Electeurs &:les
Princes d'Allemagne s'as
semblent. Onles reconnoist
à leurs Ecus, & à leurs Eten
darts.
Un Timbaliertâche
,
d'intéresser toute l'Europe:
dans leur querelle, ôc hs>
Troupes viennent de toutes
parts., Dans l'autre costé on
forge des Armes que l'on
emporte avec précipitation..
Les Forgerons refusent d'en
livrer une partie
, pour signi
fier le retardement que le
manque d'argent apportoic
aux armemens des Ennemis.
Des Renomméesparoissent
dansleCiel.Elles augmentent
le desordre &l'éprouvate par le
récit desnouvelles Victoires
qu'elles publient de toutes
leurs forces) & dans l'Eten
dart qu'une d'elles présente,
où se lit cette Fameuse Il-i--
i
scription, queCésar&leRoy
ont
seulsméritée,Veni
rvïàirs
La Campagne de la Fran
che Comté commence les
Conquestes de Flandre. Le
Roy partit pour cette expé
dition au mois de Févrierde
l'année 1674. Jamais il n'y
eut de fin d'Hyver plus fâ
cheufe
,
& la resistance des
Ennemis fut le moindredes
obstacles que les Troupes.)
eurent à combatre.
Le Roy paroist tranquille:
au milieu d'un grand mou
vement qui est exprime A
dans le Tableau. Le Doux b
saisi de frayeur étend les bras
pour s'opposer au passage.
Mars traîne avec violence
un grand nombre de Fem
mes de tout âge. Ce sont
toutes les Villes de la Pro
vince que le Roy dompta
comme en passant. On les
reconnoift à leurs Ecus char
gez de leurs Armoiries. La
Franche Comté est abattuë
aux pieds du Vainqueur.
Malgré le desespoir qui luy
a Entre le çrrartdTableau & les Cam"
pAonesdeFlandre au de(fui des Miroirs'- b PrincpalFleuvedela Province.
fait arracher les cheveux, on
ne laisse pas de remarquer la
beauté de son visage. Son.
habit est à la maniere de ses
Habitans.Toutes les passions
quiagissent sur l'esprit des
Vaincus
, sont merveilleuse
mentexprimées dans l'action
de ces Captives, oùla crain
te, l'espérance, & le dépit, se
remarquent en je ne sçay
combien de maniérés difé
rentes.
Sur la pente d'un
Rocher, Minerve présente sa
Pique,se couvre de son Bou.
clier. Hercule leve sa Massue
pour chasser l'Aigle , & le
Lion en fureur, quitâche
de défendre le sommes. Les
Signes des, trois mois que
dura cetee conqueste
, se
voyent parmy les Frimats, la.
Greste, la Neige ,
&laPluye
que l'Hyver jette à plei
nes mains en se retirant, &
que les Venrs poussent
avecimpétuosité
,mais toiis.
les obstacles de la saison
, ny
la resistance des Ennemis,,
ne peuvent rerarder la Force
conduire' par fa- Sagessequi
paroissént au haut du Ro
cher
, <%
ayant précipité uiïa
awC-estBesançon..
partie des- Soldats qui le dé
sendoient. L'Aigle cric de
dessus l Arbre où il est perché
au coin du Tableau De l'au
ne costé)les Troupes fuventv
& donnent une idée du trou
ble & de l'épouvante que
les Armes du Roy avoient
portée dans cette Province.
La Victoire attache des Bou
cliers des Places conquises à
un grand Palmier
, &pose
deux Couronnes sur le Tro
phée
, pour marquer que
c'est pour la seconde fois qu'
elles sont domptées; &
la Re
nommée embouche deux
Trompettes pour aller pu
blier cette double conquerte.
La Gloire paroist dans le Ciel;
son éclat rejallit sur le Heros,
&l'oppositiondecette lumie
re à l'obscurité des Frimats,
rend cét Ouvrage un des plus
brillants qui,sevoyent.
La Campagne de1675.fut
celebre par la prise de Cam
bray, deValenciennes
, de
SaintOrner,& par la Batail
le de Mont-Cassel. En 1676.
le Roy formaplusieurs Corps
d'Armées en Flandre
, insulta
quasi toutes les Places
, en
leva Gand par une conduite"
c,
fij
si admirable, que le Gouver
neur des Pays-Bas n'eut pas
L
plûtost les nouvelles du Sie- •
je que de la prise de la Vil
e. ».
le, Voila la matiere du Ta-,
bleau qui fait cimetrie aux
Campagnes de Hollande.
Au milieu du Ciel , le Roy
porte sur l'Aigle de Jupiter,
ance la foudre.Un gros nua
re d'où partent des tourbil
ons deNuées, des Tonner
cs & des Eclairs) quiinfpi
ent la frayeur aux Villes que
Ion voit dans la crainte
, font
'image des diférens Corps
d'Armées qui les investirent.
i
Le Secret & la Vigilance ac
compagnent ce Monarque, j
les Renommées le devan
cent,* la Gloire tient sur [a. !
teste la Couronne d'immor- 1
talité. Il ne regarde point les 1
Villes effrayées, & tient sa <
veüe attachée sur Mars qui
abatl'Hydre ,
& force
l'Envie à se cacher dans un
coin du Tableau
, parce qu'
en domptant toutes ces
Places, le Roy ne songeoit
qu'à vaincre l'opiniastreté de
ses Ennemis
, &ne se ren
doit redoutable que pour les
à
contraindre
a recevoir la
Paix qu'il leur veuloit don
ner. A l'autre coin Ypre est
tremblante. Elle écoute &
regarde avec frayeur la Ter
reur qui la menace , & dans
le milieu Minerve qui a déjà
enlevél'Etendart de la Ville
de Gand ,
luy arracheencore
les Clefs qu'elle tâche inuti
lement de retenir; cette Vil
le paroist dans une vive dou
leur. Une grande Jeunesse
& une extrême Beauté re
présentent bien ce Tître de
Pucelle que les Flamans luy
ont donné,avcc un Parc qui
l'environne, &unLion cou
ronné pour la garde. Il sem
ble qu'elle ait glisse de dessus
les genoux de la Flandre, sur
le sein de laquelle elle lre
croyoit en seureté. Cette
Province porte le Torquet
& la Mante noire comme
ses Peuples, & danssasurprise
elle étend les bras aux pieds
, sans scayoir àquoy
duLion
se resoudre. Valenciennes est
renversée sur un de ses Ca
nons qui la fait tomber, par
ce qu'on s'en servit pour s'en
rendre maistre.Cambray
est enchaînée à un Char ar
morie de France
, & charge
des dépouilles de cette Cam
pagne.
j
tk®
A l'autre cofté du Ta
bleau, la Politique, le Con
seil, & la Prévoyance d'Efpa
gne, paroissent déconcertées.
Au milieu le Conleil est ob
fcurcy d'un nuage qui le
couvre y & qui l'empesche
de penetrer dans les desseins
du Kov
; & pour marquer
son aveuglement
, on luy a
mislamain sur les yeux.
La Prévoyance trouve son
Compas court, & une de (es
branches rompuë. Elle tire
en vain la Politique par sa
robe
,elle ne la peutsecourir
ny en estre secouruë
,
la for
ce luy manque
, le Sceptre
luy tombe des mains
,& le
Lion quelle excice, recule,&:
1
ne veut point avancer. La
Ruse representée par le Ty
gre qui s'enfuir, luy devient
aussi inutile.L'Aigle crie
, il
fait ployer fous luy les co
lombes d'Hercule où l'on a
attaché l'Inscription, Plus ott
t;:e, que prit autrefois Char
les- Quint.
Les Troupes
fPyent; & leConsèil, la Pré
yoyance
,&la Politique, re-.
sfent sans recours, & hors
d'étatd'aOgir dans la fraveur
que leur cause
le bruit d'un
événement si extraordinaire,
ôc si peu attendu, qu'une
Renommée qui vole au def
fus de leur cette semble leur
annoncer.- La Paix de Hollande finit
la Galerie. C'clt la desunion
des trois Puissances que l'on
voit se lierenfemble dans le
Tableau qui luy est opposé.
L'Allemagne paroist tombée
sur'des marches de Marbre
aAudeJfn4de la Porte du Salon de la
>
Paix.
fous un grand Pavillon atta
chéàlavoûte. Les nuées qui
luy servoient deTrône/eper
de nt,&se dissipent. Ellere
garde la Paix avec étonne
ment, & paroist surprise de
la foudre, qui semble gron
der sur sa cette. Son Aigle en
est étonne, il tire la Hollan
de par sa robe pour tâcher de
la retenir. L'Etpagne tourne
la teste du oofté de l'Eclair
elle étend la main pour en
garantir son Lion qui en est
renversé sur le dos.* Les
Troupes en font épouvan
tées,& fuyenr. LesForgerons
emportent leurs Marteaux,
;
& laissent des Armes qui re
stent inutiles. Mercure en
l'air semble dissiper un nua
ge épais, qui empefehoit la
Hollande de recevoirla Paix,
dont illuy apportc pour si
gne une branche d'Olivier.
CetteDéesse viét du Ciel pour
se donner à elle.On larecon
t
noist à son airgracieux
,aux
[Caducées qu'elle tient,à la
Corne d'abondance
, à (a
Couronne d'Olivier, &aux
Enfans qui l'accompagnent,
& qui jettent des fleurs pour
marquer les douceurs qui la
L
Clivent partout. LaHollan
de s'élance,&tend les bras
pour larecevoir. Elle fendes
besoins qu'elle en a ;
Ton
Lion ne peut plus la {bûte
nir , & ployé fous Tes ge
noüils, ce quiluy faitmépri
fer les conseils de ses Voi
jfïns, ôclavanité d'unPrince,
représentéé par une Femme
accompagnée d'un Paon,
;
qui pour se laffujettir tâche
de la détourner de la Paix en ;
.la tirant par le bras
, &luy
montrantdes Troupes &des
Vaisseaux qu'elle amene à
<
son(ecours, mais elle ne veut.
plus de guerre, & ne s'appli
que qu'à recevoir la Paix.
Voila l'explication de la
Galerie. Elle a 40toises de'
long
, & 36
piedsdelarge.
Tour y est finy
& dans le
nombre prodigieux des Fi--
gures qui la composent, on
n'en remarque pas une qui
ne soit terminée avec le mes
me foin que si elle devoir
estre seule, & qui ne fasse
son effet.
Il est étonnantqueMr le
Brun ait pû en quatre an
nées l'achever, ayant voulu
Peindre le
tout luymesme,
&nesestant confié à.per
sonne , pour se faire soula-,
ger dans une si grande en
treprise,qu'il a heureufcment
terminée à la fitisfa&ion du
Roy, qui par des louanges
publiques & particulières a
témoigne qu'il n'avoit jamais
rien vû de si beau
; &toute
la Cour instruite des foins &
du tempsque demandent les
grandsOuvrages,& charmée
;
de celuy-cy, dit hautement
que Mr
le Brun méritoit plus
que pèrsonne du monde,de
travailler pour Sa Majefté3
& qu'il cull salu à tous au..
es plus de temps pour pen
r de si grandes choies, qu'il
luy en avoir fallu pour les
cecuter.
ne puis mieux répondre
à ce que vous attendez du
premier Article de ma Letrre
sur les choses qui regardentla
gloire du Roy,qu'en vous envoyant
une Description de la
Galerie deVersailles,quim'est
tombée depuis peu de jours
entre lesmains,&que MrLorne
Peintre a faite avec une entiere
exattitude. Elle est belle,
succincte, fort intelligible, &
comprend toute la vie de nôtre
auguste Monarque, depuis
qu'ila commencé à gouverner
par luy-mesme. Vous
me l'aviez demadée il y a déjà
long temps de la part de vos « Amis,& jevoy par toutes les
Lettres que je reçois, qu'elle
est extrêmement souhaitée
dans les Païs Etrangers.Ainsi,
Madame, comme vous foufrez
que celles que je vous
adresse devinent publiques,
en vous faisant part de cette
Description, je puis dire que
je satisfais à la curiosité de
toute l'Europe.
EXPLICATION
DELAGALERIE
DEVERSAILLES. r.
LAllégorie estla maniere
1
la plus ancienned'expri
mer les pensées par des cara
toute l'Europe. 'Dln>171
,
cteres. Les lettres n'ont esté
en usage que logtemps après
que les Egyptiens eurent, par
des figures, laissé à la Posté
rité les Mistéres de leur Re
ligion
,& les Loix de leur
Etat. Les Poëtes depuis, sous
des sens allégoriques, dans
les Métamorphoses, & dans
les Fables
,nousont donné
les plus beaux préceptes, &
les leçons les plus utiles de la
Philosophie. Les ornemens
de ce fameuxTemple,a dont
Dieu luy-mesme donna le
dessein au plus sage des Mo
narques, estoientmistérieux
;
mais cette science a esté en
usage de tout temps, princi
palement parmy les Peintres
A Temple de Salomon
&les Sculpteurs, quin'ont
point d'autre langage pour se
faireentendre dans leurs ou
vrages. Jupiter est la Puis
sance
; Junon, l'Autorité
.,
;
Mars, la Valeur; Hercule, la
Force.. Une belle Femme
qui rient un Sceptre & une
Couronne d'Etoiles,estla
Gloire. Une autre avec des
aîles, qui tient un Sable &
un Eperon, accompagnée
:
r
d'un Coq, est la Vigilance.
Pour la Prévoyance
,ils font
¥
*
une Femme avec un Compas
& un Livre. La figurede la
Renommée est assez con
nuë. Ils expriment le Secret
par un jeune Homme tenant
un Cachet sur sa bouche, &
ayant ses cheveux attachez
à un Bandeau d'or, qui soû
tient une Sphinx. LaVictoire
estcouronnée de Laurier;
elle a des aîles, & porte un
Trophée. La Peur tient un
Lièvre.L'Envie est entourée
de Serpens. La Terreur em
bouche une Trompette, &
menace avec des Fouëts; sa
coëfure est une teste de Dra
gon en forme de Chimere.
L'Abondance tient la Corne
d'Amalthée,&la Tranquilité
couronnée de Fleurs, a dans
lamain une Grenade. Ils ont
encore quantité d'autres fi
gures,qu'il seroit inutile de
décrireicy, n'estant point ou
peu représèntées dans la Ga
lerie de Versailles, où Mrle
Brun a peint l'Histoire du
Roy,depuis la Paix des Py
renées jusqu'à celle de Ni
mégue.Pourexprimer les,
mégue. Pour exprimer les
diférens mouvemens qui ont
fait agir. ce Prince, & les En
nemis qui le font opposez à.
ses desseins, il ne s'est servy
que des Divinitez qui nous
sontles plus connues, & qu'il
a accompagnéesde toutes
les marques propres à les
distinguer. Les Royaumes,
comme les Provinces & les
Villes, sontreprésentez par
desFemmes vêtues à la mode
de leurs Peuples, & ayant
leurs Armoiries auprès d'el
les. Les Fleuves sous la fi
gure de vieux Hommes cou
ronnez de Roseaux, sont re
marquables par des Urnes,
d'où sort l'eau de leur source.
Enfin il a pris un si grand
soin de marquer tout cequi
peut rendre ses pensées intel
ligibles, que pour peu que
l'on sçache les Poëtes,on ex
plique sans peine les tujets*
& l'Allégorie. loin de les ob
fcurcir,les éclaircir & les en
richir, estanttraitée avec tout
l'art & toute la delicatesse
necessaire, pour faire com
prendre une infinité de cir
constances tres-importantes
au sujet,qu'il eust esté im
5
possible de faire concevoir,
sans ce moyen dont il s'est:
ingénieusement servy pour
les marquer.
L'Histoire commence par
un des Tableaux a qui estau
aJ!a^.opieds Je Ion?.
milieu de la Galerie, où le
Roy dans la fleur dela jeu
nesse, envisageant la Gloire,
prend après son Mariage le
Gouvernement de l'Etat, &
quitant pour la mériter les
heureux
plaisirs d'un Regne paisible,
médite de rendre ses Sujets
,
& d'humilier ses
Ennemis.
Dans douze Ovales,
voit le commencement de
a on
ses glorieuxdesseins exécuté.j
On y remarque l'ordre qu'il'
met dans les Finances; le
foin qu'il prend de faire ren
a.Ils ont 8 pieds de haut.
dre la Justice
; le rétablisse.
ment du commerce
,l'insti
tution des Académies, le se
cours qu'il donne à l'Empire
:ontre les Turcs; les Trou
pes qu'il envoyé en Hollande
contre l'Evesque de Munster;
la satisfaction que luy faitl'Es
pagne pour l'insulte que son
Ambassadeur avoit faire au
nôtre en laVille deLondres,la
Pyramide élevée dans Rome
pour réparation de la violence
faire par les Corses à nostre
tiaiiceavec
les Treize Cantons; l'arrivée
des Ambassadeurs des Na
i
tions les plus reculées ;
k
jondtiondes deux Mers &
des.
la construction des Invali
]
octogones,à feintsdeLapis
à
Dans les six Bas reliefs
fondd'or, onapeint laGuerre
de Flandre, pour les droits-1
de la Reyne ;
la Paix d'Aix
la Chapelle, qui finit cette
Guerre; la défentedesDuels
la distribution desBleds pen
dant la Famine la seûreté &:
la Police du dedans de la
Ville de Paris; &: l'acquisi
tion deDunquerque.
a Depareilleme/hre;
Laderniere Guerre est le
sujet des huit plus grands
Tableaux.
Dans l'un a on voit le Roy
méditer sur toutes les diffi
cultez qui se pourroient ren
contrer dans la Guerre qu'il
veut entreprendre contre les
Hollandois.
;5-j
Les Provisions qu'il fait
pour surmonter tous les ac
cidens qu'il a préveus com
posent
b
le second.
Dans
le troisiéme,ilpro
pose à ses Généraux le def.
sein qu'il à formé& de quelle
,3.4 2.0pieds. b lia15 pieds.c 55pieds..
maniéré il prétend l'exécu
ter.
Le quatrième a représente
lesCampagnes de Hollande.
Dans le cinquième b on
voit l'Empire & l'Espagne
s'unir avec la Hollande con
tre le Roy.
Le sixiéme c
fait voir la
Conqueste de la Franche
Comté.
Le septiéme donne une
idée de la Prisè de Gand
, &
des Campagnes de Flandre.
Et le huitième e
forme
a 35
pieds,b55pie.lsJœrgeHr10. c 25p.
d 3$p. e 55p.delargesurvingt.
l'image de la desunion des
trois Puissances par la Paix
de Hollande.
Tous ces Tableaux font
enfermez dans de riches
Compartimens, &: les Ovales
font accompagnez de Ther
mes peints couleur de bron
ze, rechaussez d'or, qui por
tent des Corniches, avec des
Frontons feints de marbre,
sur chacun desquels sont
deux Enfans de coloris, qui,
se joüent à des Festons de
Fleurs sortans d'une Cor
beille
, posée sur un Masque
coloré, qui est au milieu de
chaque Fronton. Deriches
Tapis de velours, où l'onvoit
les amusemens de l'Enfance
de ce Prince, decorenrl'es
pape d'entre les Bordures.
Aubas des Tableaux.,sur des
Cartouches deSculpture,
l'on a écrit des Inscriptions
sur chaque sujet.
Des Victoires semblent
retrousser le Tapis, en inten
tion d'y mettre 4 la place
d'autres Tapisseries d'Actions
plus sérieuses, & plus impor
tantes..
Voila engrosla distribu- j
tion& l'ordonnancede la j
Galerie
;mais comme l'Hit
toire y est traitée avectoutes
ses circonstances, ilfaut par
ticulariser un peu plus de
choses, pour tâcherde faire
mieux comprendre l'allégo
rie des Figures qui entrent
dans cegrand Ouvrage. Le
premierdesSujets est dans
leplusgrand des Tableaux,à
où l'on voit au milieu le Roy
dans la fleur de la jeunesse.
Son Habit est à la Romaine,
avec un Manteau Royal qui
couvre une partiedu Trône,
a-dumilieu de la Voutedont il tient
toute lalaraeitr.
Ó
'JL*
î
*'
f
sur lequel il est assis. Il tie
un Gouvernail,pour marq
qu'il commence à gouveri
son Etat; 8c les trois Grad
qui le couronnent, représent
tent celles que l'on voit bi
ler dans toute sa persons
L'Amour leur donne c
Fleurs; & la Tranquilité
reposant au bas du Trôr
marque celle que ce Prin
vient de donner à son Et
Des Enfans figurant les G
nies des Divertissemens, s'e
cupent à toutes forces de pl
fil s & de jeux au bas& da
l'un des costez duTableau.
Al'autre costé, la France
assise tous un Pavillon de
brocard d'or, tient unFaif
ceau Romain. Elle étouffe
la Discorde fous son Bou
clier. L'Hymen
àcostéd'elle,
porte la Corne d'abondance,,
&son Flambeau dont elle est
éclairée, parce que le Ma
riageduRoy estoit. la princi
:pale cause de son bonheur.
LaSeine, a couronnée de
s
marquent
Raisins, s'appuye sur forp.
Urne,d'oùsortentavec l'eau
des Fleurs & des Fruits, quii
sa source, & l'a
aRivieredont IdfourceeftenBourgognerr
bondance que son cours
porte dans laCapitale dui
Royaume.
i
A costé, &un peuaudes
sus du Roy, Minerve assise
sur unNuage,-luyprélente
j
d'une mainsonBouclier,al
luy montrant de lautre la
Gloire preste à le. couronner..
Mars en
quercecette Déesse qui l'at
l'air luy fait remat
tend. Le Prince la regarde
attentivement. La Déesseluy
présente la Couronne d'im
mortalité.LaVictoire & la
'-i
Renommée l'accopagnent;;
Le Temps leve un bout du
Pavillon sous lequel est le
Roy, pour marquerqu'il a
fait connoistre lesvertushe
roïques de ce Prince, auquel
|
il fait voir par le Sable
a qu'il
luy présente., que l'heure est
venued'entreprendre i
les
grandes Actions qu'il a mé
ditées, & de profiter des mo
mens qu'ilfaitcouler en sa
faveur. Les Dieux paroissent
dans le Ciel, luy offrant leur
assistance Pluton, sesriches
sesVulcain, sesarmesCe
1.
rés & Bacchus, des vivres
pourses Armées.
;Apollon
a. Horlogedu Temps.
précédé de l'Etoile de Vénus,
vient du plus haut des nues
pouréclairer ses grandes Ac
tions& Diane paroist pour
le guider dans les ombres de
laNuit. Jupiter offre son Fou
dre. Mercure traverse les airs
*
pour allerfaire connoistre ce
Prince à toute la Terre. Ju
non,Protectrice delaVanité,
se tourne de l'autre costé du,
ceintre ou regardant favo
rablement l'Allemagne, elle,
luy envoye une Niiée.,aaub
luy servant de Trône, mar
que la vaine supériorité quL
a fable riIxion.
elle prétend iur les autres
Royaumes. La Couronne
Impériale, & l'Aigle, la font
reconnoistre. Son attitude
estfiere, son habillement
pompeux. Elle tient le Bâton
decommandement
; &l'Es
pagne à costé, & un peu plus
bas, sembleobserver les mou
vemens. Elle s'appuye sur son
Lion, qui devore un Roy des
Indes renversé sur desTrésors
épars. Son ambition est re
présentée par une Femme
avec des aîles, qui a la teste
& les bras chargez de Cou
ronnes. Elle embrase d'un
Flambeau qu'elle tient dela
>
main droite, les Palais des
malheureux Princes qu'elle a
dépoüillez, &-, arrache de
l'autre la Couronne de l'un
de ces Infortunez, accablé
fous le Trône qu'elle a ren
versé. La Hollande à la gau
che de l'Allemagne,&plus
basencore que l'Espagne,est
assise surunLion quitientles
sept Fleches que les Provin
ces Unies ont prises pour
marque de leurconfédera
rion. Elle a le Trident à k
main, & tientThétis enchaî
née,prétendantavoir l'Em
pire
pire de la Mer par son Com
merce. Onvoit auprès d'elle
des Balots de Marchandises,
& des Vaisseaux prests à par
tir pour le Voyage de long
cours.
Ces trois Puissances pa
roissent avec toutes les mar
ques d'ambition & de fierté,
quipouvoient exciter le Roy
à vanger la France des inju
res qu'elle avoit souffertes
pendant sa Minorité, & la
leur rendre plus redoutable
qu'elles ne l'avoient trouvée
fous les Regnes précedens.
Pour remédier aux abus
qui lecommettoient dans les
Finances, le Roy suprima la
Charge de SurIntendant, &
s'en réserva le foin, pour estre
Luy-mesme l'Oeconome &
le Dispensateur de ses Tré
sors; ce qui le voit dans le
premier
ades quatre Ovales
qui entourent
le Tableau que
nous venons de décrire. La
France estaux pieds du Prin-*
ce, entre les mains duquel
elle a remis le Gouvernail.
La Fidélité a son Chien pres
d'elle. Elle tient une Clef
d'or, parce que cemétal in
£ DHCefiédesMiroirs.
corruptible marque que rien
ne la peut corrompre. Elle
accompagne Minerve,
chasse,l'Epée à la main
qui
o'
, des
Harpies, qui laissent tomber
en fuyant une partie de l'ar
gent qu'elles emportent; ce
qui signifie les comptes que
l'on fit rendre à ceux qui a
voient pillé les Finances dont
ils avoient eu le manîment.
Dans lesecond , aonre
connoist l'institution des A
cadémies.LeRoy estaccom
pagné de Minerve, qui tient
un Plan de l'Obesrvatoire.
a DHcofté des Fenefires.
L'Académie Françoise po
un Caducée
aà la main. E
est à la telle de ses Comp
gnes, pour lesquelles elle
~r
mercie le Prince de l'ho
neur de sa protection.
Pour rétablir le Commerc
que les Guerres avoienc ~bar
ny duRoyaume, Sa ~Majesté
établit deux Compagnies
pour les Indes Orientalesà
Occidentales, dona la ~chass
aux Pyrates, rendit la ~Me
libre pour tous sesSujets au
voudroientcommercer.~C'es
a Symboledel'Elquencc.
jb £«1664.
le troisiéme a Ovale, où le
Roy tient un Trident. Des
Corsaires sont enchaînezà
ses pieds; un Matelot porce
des Balors sur le Port qui pa
roist couvert de Vaisseaux;
& l'Abondance que l'on y
voit, exprime l' unticcdu
Commerce.
Le quatriéme b estl'image
de l'ordre remis dans la Jus
tice. Elle est pres du Roy,
qui donne le Code aux Ma
gistrats. La Chicane ,
sous
l'ap*parence d'une Femme
a Sfude/fus des Miroirs.
b Du cgjléduFenestres.
maigre & décharnée
, dont
le corps fè termine en viz sans
fin, pour signifier ses diférens
velles.
décours, est terrassée fous les
pieds du Prince, qui la vient
d'éroufcr par des Loix nou
Dans l'un des Basreliefs,a
la justice présente son Epée
an Roy.LaRenomméevole,
& publie un Manifeste qui
contient les raisons qui atti
rèrent la Guerre en Flandre
pour les droits de la Reyne,
que l'Espagne refusoit.
a îbfont£az.urafortesd\r, alaClef
dht Vo.-.'ît,ancoftéditTablc.1Hditmil:(u.
Dans l'autre
, a lEipagne
reçoit du Roy une Branche
d'Olivier,ensigne de laPaix
i;
qu'il vient de luy offrir àAix
la Chapelle, en rendant libé
ralement la Franche-Comté
qu'ilavoirconquiseenvingt
joursau milieu de l'Hyver.
Cette Provinceestàgenoux,
& entourée de Canons pour
laréjouissance dela Paix. La
Victoire couronne le Vain
queur.
)I! Les quatre Ovales b qui
a Acoftèdugrand TableaualaClefde
la Voute.
b Du coflédes Miroirs ,
prés des Cam-
fagnes deHollande.
font aux costez du Tableau
des Campagnes de Hollande,
représententdans l'un la Hol
lande quisuit;mais la France
qui vient à son secours, arra
che le Bouclier de Munster
qui la poursuivoit. Les Trou
pes du Roy sirent retirer l'E
vesque de Munster & l'o
bligerent de conclure la Paix
avec lesEtats.
Dans un autre,aune Fem
mevêtuëd'écarlate, 6c suivie
d'une Louve, signifieRome,
quivient reparer la violence
faire par les Corses à nostre
a D:.< cojîédes Fencftrcs.
Ambassadeur, & offrir pour
satisfaire à cet attentat, de
faire élever une Pyramide,
dontlaFrance,accompagnée
;
de la Force
Plan.
, luy montre le
Le troisiéme
a fait voir la
France l'Epée à la main ,
qui.
pouriuK des Turcs effrayez,
&renversez.L'Aigle de l'Em
pire chancelant, se raffermit
à l'ombre de son Epée
; ce
qui arriva à la Bataille de
S. Godart, où la valeur d'un
petit nombre de François
rassura l'Empireétonné
,&
a DUccftè-dssFcneftrcs.
contraignit une Armée for
midabled'Infidelles à faire
une Paix honteuse.
Le quatrième a nous mon
tre l'Espagne, accompagnée
de son Lion soûmis & ram
pant, parce qu'elle vient sa
tisfaire à L'insulteque son
Ambassadeur avoit faite au
nostre en laVille deLondres.
La France a prcs d'elle la
Force &
la Justice; elle re
çoit b la soûmission & la pro
testation publique faite par
l'Espagne de ne luy disputer
jamais le premier rang.
aDiscoftéde
tFenefîres. b En1661.
Dans un Basrelief, a la
:Justice sépare d'une main les
Combatans, qu'elle menace
de l'autre. Dans l'éloigne.
ment, des Archers en traî
nent un en prison, pour ex
primer avec quelle rigueur
le Roy fait observer la DCN
fente des Duels.
L'autre b fait ressouvenir
de sa bonté pendant la Fa
ine.,l1ne belle Femme avec
11'
une Flâmesur la teste, & une
Corne d'abondance fous le
a A
la Cléfde la F"o;t;e,prés les Cam
pagnesde H"
faride.
b AlaClefA? lufouts.
bras, nous designe sa pieté,
qui faitdistribuer a du Pain à
des Pauvres, qui semblent le
recevoir avec empressement.
Il Les quatre derniers Ova
les,b & les deux Bas reliefs;
font autour du Tableau des
Campagnes deFlandre. Dans
l'un des quatre Ovales, les
Ambassadeurs des Nations
les plus reculées, viennent
*
admirer la France, que les
glorieuses Actions du Roy
ont renduë redoutable jus
ques aux Lieux quivoyent
lever & coucher le Soleil.
a En1662. bAiidejfnidesFeneflres.
Dans un autre, a les Am
bassadeurs des Treize Can
tons viennent renouveler
l'Alliance avec elle.
Lajonction des Mers étant
d'une extrêmeutilité pour le
Commerce
, le Roy a fait
creuser ce fameux Canal de
Languedoc; ce qui se voit
dans le troisiéme, b où Ne
ptune qui est l'Océan, &';
Thétis la Méditerranée, se
joignent en figne de leur
communication.
Les Soldats, que les longs
a Aude(fusdes F'enejîres.
b sixdejfus des Miroirs.
services, ou les malheurs de
la Guerre, avoient rendus
inutiles, estoient contraints
de chercher dans la charité
des Peuples un soulagement
à leurs misères, l'extréme
nécessité estant presque la
feule récompense de leurs
travaux. Le Roy voulant
adoucir leur disgrace, & les
récompenser, a fait bâtir ce
fameux Hostelde Mars, où
sa magnificence les entre
tient. C'est le sujet du der
nier
a Ovale. LaPieté paroist
sur un Trône, donnant l'Or
a AudeJfusdel Miroirs.
dre de S. Lazare aux Offi
ciers, & distribuant de l'ar
gent aux Soldats. Minerve
luy présente le Plan de ce ma
gnifique Bâtiment, où ils
sont logez.
Dés que la nuit estoitve
nuë, les Voleurs se rendoient
maistres de Paris. On couroit
risque de la vie, si l'on estoit
contraint de sortir, & les
Maisons mesme n'estoient
pas un lieu de seûreté. Le
Roy, pour remédier à ces
désordres, ordonna des Com
pagnies d'Archers à pied &
à cheval dans la Ville,& sur
les grandsChemins; ce que
l'on a représentédans ce Bas
relief aoù la Justiceassise sur
sur son Tribunal, ordonne à
des Archers d'aller prendre
des Voleurs qui assassinent
les Passans au coin des Ruës.
La Seûreté reposent à l'om
bre de la Justice, tient une
Bourse ouverte.
Dans le dernier b Bas-re
lief, on a mis l'acquisition
de Dunquerque. C'estoit le
seul Port qui restoit aux E--
trangers sur nos Costes, &le
a AUClefdelaVm
te.
b A La Clefdl LA Voute.
refuse de tous lesCorfau'es.
Le Roy voyantà regret cette
Place de son Royaume sous
une domination opposée à
l'Eglifc Romaine, n'épargna
rien pour l'obtenir. Dun
querque présente ses Clefs à
la France, qui ordonne à Il
Pieté de répandre ses riches
ses que l'A ngleterre fait ser
rer. L'Herésie se retire.
P( Le Roy lassé de l'ingrati
tude des Hollandois, porte
la Guerre dans leurs États,
L'Allemagne & l'Espagne,
étonnées de la rapidité de ses
Conquestes, s'unissent à la
Hollande pour s'opposer aux
progrès de ses armes victo
rieuses; mais cette union leur
fut si funeste, qu'elles se vi
rent obligées de demander
la Paix, & de la recevoiraux
conditions qu'il plût au
Vainqueur de leur imposer.
Cette Guerre estle sujet des
huit Tableaux qui restent à
décrire. Dans le premier,le
Roy animé par sa, valeur à
une Conqueste juste, déli
bérant en luymesme s'il la
commencera ,
écoute sasa
•
gesse,poursurmonter par ses
conseils lesobstacles qu'elle
à
luy fait remarquer dans son
entreprise.
Il paroist
acouvert duMan
teau Royal, sur un Trône
magnifique,sousunPavillon
bleu semé de Fleurs de Lys,
attaché par des Cordons
d'or à des Colomnes d'un
superbe Ordre Ionique. La
Victoire &laRenommée l'at
tendent sur des nuages aux
costez d'un Chartraîné par
deux Chevaux dont l'adhcn
marque l'impatience. Mars
l'invited'y monter, en luy
a Audefus Feneftres.entre Jearanct}
Tablcatt & les Campagnes de Hollande,
faisant voir l'éclat de la Vic
toire
, dont le Char paroist
tout resplendissant, & l'ex
cite à une nouvelle Con
queste , par la veüe de ses
premiers Trophées a qu'il
luy montre; la Justice der
riere le Prince
, semble in
spirer un dessein si noble.
Toutl'invite à marcher
;mais.
Minerveassise au bas du Trô
ne, luy fait remarquer les
horreurs de la Guerre, qu'elle
a tissües dans une Tap1ÍTene,_.
où la Canicule en feu se voiH
a Ce font des Boucliers, oufont les noms
des Villespries en la premiere Gueye de
JFUadrts--
dansl'éloignement. Des Ma
ladesexpirans de peste & de
fièvres ardentes, sont les sui
tes de la contagion d'un air
enflâmé;L'EnvieaunAigle
en8~mé. L'Envie a un Aigle
& un Lion à les costez, pour
faire connoistre que les deux
Puissances qu'ils signifient,
devoient s'opposeraux des
feins du Roy. Un Fleuvequi
soûleve sesflots, entraînedes
Soldats, dont on ne revoit
qu'une partie du corps; ôc
l'avidité d'un Soldat man
geant de la terre & de l'her
be, marque la faim qui le
devoresur la pented'un Ro
cher glacé, fous la forme d'un
vieil Homme. L'Hyver presse.
entre ses bras unSoldat, que
l'excès du froid rend immo
bile. L'airestplein de vents
& de frimats.C'est par ces
imagesdediférens obstacles
capables de détruire ou de
retarder une entreprise,que
la Sagesselaissant agir la
Valeur, fait prévoir tous les
inconveniens qui peuvent
tromper une ardeur inconsi
dérée.
Jusques icy le Roy a paru
avec un Manteau Royal
;
mais dans les sept Tableaux
suivans il en a un de Brocard
d'or, comme les portoient
les Demy Dieux & les Hé
ros, pour montrer que les
premièresActions,toutes
justes & toutes grandes qu'
elles sont, n'aprochent point
des Prodigesquisontrepré
sentez en suite. <*nn npism
si Dans lesecond
aTableau;
ce Monarque prépare tout
pour la Guerre qu'il estprest
d'entreprendre, & fait les
provisionsnécessaires pour
remédier aux inconveniens
k
*
aAmde[Tu
1
sdes Fçnefîres, entre legrand.
Tableau & les Campagnes de Hollande
que la Sagesse luy a fait pré
voir. Les Dieux qui luy ont
promis leur assistance, luy
donnent leur secours. Sur
le devant, Neptune dans un
Char traîné par des Chevaux
marins, & suivy de Tritons,
présente son Trident au Roy
qui est debout,& qui avance
la main pour recevoir le Sce
ptre du liquide Empire.
Mars dans son Char for
tant d'une Tranchée, luy a
mene des Troupes dont les
Chefs baissent la Pique
, en
s'inclinant devant leur Gé
néral
Vulcain
Vulcain offredes Armes
portées par des Forgerons,
lx. c'est Mercure qui présen
te le Bouclier, parce que l'A
dresse & l'Eloquence four
nissent les raisons dont les
Roys font leurs premières
Armes. Aux pieds du Prin
ce on voit des Vases pleins
de richesses, que Pluton qui
estau haut du Tableau, luy
vient de donner. La Terrasse
estcouverte d'Instrumens &:
de Machines de guerre. Sur
desNuages au dessus duRoy,
Minerve soûtient un Casque
d'or qu'elle luy va mettre sur
la teste. dont le sens allégori
riqueest, que la Sagesse sor
tisse l'entendement, & em
pesche qu'il ne se corrompe. ;
La Prévoyance à costé de
Minerve , montre de son
Compas le Livre qu'elle
tient
, pour faire enten
dre qn'il a tout préveu
, &
mis ordreàtout. Cerésvient
offrir ses riches Moissons.
Son Char traîné par des Dra
gons est plus loin,& l'Abon
dance la suit.Del'autre costé
Apollon, A
semble y donner
a II bastit avec Neptnne les AlMrs de
Troye.
1
1
les ordres, & prendre le soin
des Bastions qu'on élève.
Dansl'éloignement on dé
couvre un Arsenal
construit avec diligence des
,oùl'on
Vaisseaux & des Galéres. La
Vigilance, comme l'âme de
cette action ,
est dans dans
le milieu
, &laplus élevéedu
Tableau.
Voila de quels moyens le
Roy s'estservy pour faire
reüssir les desseins qu'il avoit
méditez,& qu'il proposeà les
~«
Genéraux. Dans le Tableau
suivant , il y est debout
a Au drJtM des Miroirs entre le grand
T-abkau (5 les Campagnes deHollande.
appuyé sur un Bâton deCom
mandement.Monsieur,Mon
sieur le Prince,MrleVicomte
de Turenne, l'accopagnent.
Minerve déploye une Carte
des Pays-Bas, qu'un Amour
couronné de Laurier, repré
sentant l'amour de la gloire,
tient devant eux. Vésel, Bu
rich, Orfoy & Rhimberg,s'y
voyent en Lettres d'or
, &
d'un plus grand caradere,
parce que ce sont les Villes
que le Roy veut attaqueren
mesme temps , & qu'il or
donne aux Princes d'aller as
siéger
; &pour faire conce,
voir qu'il n'avoit encore com
muniqué ce desseinà person
ne, le Secret est derriere luy,
& porte son Casque. Prés du
Secret, on remarque laVigi
lance; &
laPrévoyance est z
cofté de Minerve. La Gloire
préside à l'entreprise qu'elle
a inspirée, & le Nuage épais
qui la soûtient, fert à expri
mer le filcnce, & le secret du
Conseilau milieu d'un Camp,
que l'on découvre derriere,
& dans lequel des Cavaliers
& des Soldats s'apprestent à
suivre le Dieu des Combats,
qui paroist en l'air portant
un Ecu armoiriéde France.
'La Victoire vole déja ,
d'au
tant qu'il y eut si peu d'inter
vale entre l'entrepirise , &: le
succés
,
que l'on sçût aussi
,
tost laprise des Villes , que
leurs Sièges.
Dans laa premiere Cam
pagne de Hollande,les Ar
mées du Roy ayant passé le
Rhin
, on prit plus de qua
rante Places ; on remporta
une grandevictoire sur Mer; Î
on battit les Ennemis par
tout. Les Etats effrayez ou
blierent leur ambition er- j
a En \Cf 2.
dirent presque leur libeney
&: les secours secrets de l'Es
pagne ne leur pouvans fuffirc,
ils furent contraints d'inon
der leur Pays pour en em
pescher l'entière perte. La
seconde a ne fut pas moins
heureuse. LeRoy emporta
Mastrich en treize jours ,
(es
Troupes prirentTréves ,
te
(esArméesNavalesga
gnerent deux grandes Ba
tailles. Ces deux Campa
gnes composent le quatriè
me Tableau
, où toutes ces
Conquestes & ces Vidboire^
a 1673.
font merveilleusementrepré
[entées.
Les plus vivescouleurs
font remarquer le Roy la
Foudre à la main ,
les Che
veux & son Manteau agitez
par les vents ,
son Char rapi
dement traîné par des Che
vaux fougueux. Minerve le
guide, la Gloire l'accompa
gne) Herculele fuit, &pous
le le Char par dessus lesflots
que le Rhin soûleve. Ce
Fleuve qui depuis ce fameux
Romain quis"'assujettitl'Em
pire de l'Univers ,
n'avoit
point souffert de Vainqueur,
paroilt plein de courroux 3c
de dépit
j de n'avoirpu par la
rapidité de son cours arrester
ce Monarque, & de se voir
obscurcir par une Victoire
qui vole au dessus de luy
,
&
porte un Etendart
critTolmk
, où est é
,nom du lieuoù
ce renommé partage se
fit.
L'Efp,l.çyt-ie tient un Mas
que , pour marquer les se
cours secrets qu'elle donnoit
aux Hollandois. Elle tâche
envain d'arrester le Char,
parce qu'au lieu de se jetter
aux Guides des Chevaux,el
le ne s'attache qu'aux traits,
ce qui sert à l'entraîner elle
mesme
5
& figure la guerre
qu'elle s'attira. Le Char passe
sur les premieres Villes con
quises, représentéespar des
Femmes terrassées.
L'ambition de Il Hollan
de mord la poussiere. Ses
aîles font rompuës ,
elle ne
peut plus s'élever
, comme
Cuc ÛvOlt âCCGiltUVnÇ
j ^4 un.
Homme renversé sur le dos
parmy des Balots & des Li
vres.de Compte,signifie le
desordre de son commerce.
La Libertédes ProvincesUL J
nies assise sur un Lion qui
tient les sept Fléches
,
tâche
de se défendre. Elle a l'Epée
dune main , & presentede
l'autre son Bouclier, où se lit
cette Inscription , qui pro
mettoit tant de forces, &
qui fut suivie de tant de foi
blesse. Les Peuples paroissent
dans une si grande conster
nation ,
qu'ils viennent de
loin presenter les Clefs de
leurs Places.LesRenommées
volent de tous costez. Un
groupe deVittoires qui se ca
chent &se succedentlesunes
aux autres,tiennent desPal
mes ôc des Lauriers, & for
ment en l'air un triomphe
autour du Vainqueur. Les
plus remarquables portent
quatre Couronnes murales
pour la prisedes quatre Villes
en un mesmejour.
De l'autre costé a du Ta
bleau
,
l'Europe regarde le
Roy avec surprise. SonChe
val épouvanté se cabre. Les
Fruits& Instrumens des Arts
qui marquentla fertilité
, &
le génie de ses Peuples, sont
à ses pieds. Plusieurs Victoi
res emportent les Armoiries
des Villes conquises. Celle
a AHdejfpu des Feneftres.
deMastrichse met seule en
défense, mais Mars arrache
en passant son Bouclier,
poursignifier le peu detemps
que dura cette Place
, que
l'on croyoit imprénable.
Dans un Angle duTableau,
deux Amériquainsadmirent
ce grand spectacle. Ils ont
place ence lieu, comme té
moins des Victoires que nos
Armées Navals ont rem
,
portées dans leurs isles les
plus reculées.
L'Allemagne & l'Espagne
se repentant de ne s'estre pas
plûtostopposéesaux Armes
du Roy, se liguérent avec la
Hollande, pour arrester s'il
le pouvoit, la rapiditédes ses
conquestes. L'Espagne leva
le masque, & se déclara ou
vertement. L'Empereura
,
assembla les Princes d'Alle
gne
, mitune Armée consi
dérable sur pied
,&: le Roy
resta seul
,
comme il l'avoit
préveu ,
& mesme desiré,
pour faire voir à ces Puissan
ces qui s'estoient toujours
flatées
,
que leur union feroit
fatale à la France; qu'elle
estoitpluspuissante
, quoy
a 1674.
que feule
, qu'elles ne l'e
toient toutes ensembles.C'est
cette union dont le cinquié
me Tableau a est composé,
qui donne une admirable
idée de la crainte & de l'en
vie qui obligerent ces Puis.
fances à s'unir, pour arrester
les progrés delagloire d'un
Prince, dont elles ne purent
retarder les prospéritez.
L'obscurité regne dans le
milieu, où fousun riche Pa
villon ces mesmes Puissances
se donnent la main. La Hol
a An deffiu de la Po?te du Salon dela
Guerre, iloccupe tout
tcfpacedepuis la
C-ornxhe jiifquala Voute.
lande vétuë à la mode de ses
Habitans, & par dessus or
née d'un riche Manteau, por
te sur son visage les marques
de sa desolation & de son de
sespoir.
Pour avoir du se
cours, elle s'attache d'une
main à lEfpagne qui leve
le masque
,
& fait voir le dé
pit sur son viiage. Elle tend
la mainà la Hollande;& l'Al
lemagne aŒlèau milieu, fem
ble les unir & le joindre avec
elles. Toute son action mar
que le repentir; & l'Aigle de
l'Empirepressefortement
avec une de ses serres une des
pattes du Lion de Hollande
que l'on voit dans une po
sturesouffrante
, pour faire
connoistre que les secours
qu'on luy donnoit luy coû
toient cher.Des Furies repre
sentent la peine, le dépit,&
la jalousie
,
dont ces Puissan
ces sontagitées
Dans le bas
èc dans l'un des costez du
Tableau, les Electeurs &:les
Princes d'Allemagne s'as
semblent. Onles reconnoist
à leurs Ecus, & à leurs Eten
darts.
Un Timbaliertâche
,
d'intéresser toute l'Europe:
dans leur querelle, ôc hs>
Troupes viennent de toutes
parts., Dans l'autre costé on
forge des Armes que l'on
emporte avec précipitation..
Les Forgerons refusent d'en
livrer une partie
, pour signi
fier le retardement que le
manque d'argent apportoic
aux armemens des Ennemis.
Des Renomméesparoissent
dansleCiel.Elles augmentent
le desordre &l'éprouvate par le
récit desnouvelles Victoires
qu'elles publient de toutes
leurs forces) & dans l'Eten
dart qu'une d'elles présente,
où se lit cette Fameuse Il-i--
i
scription, queCésar&leRoy
ont
seulsméritée,Veni
rvïàirs
La Campagne de la Fran
che Comté commence les
Conquestes de Flandre. Le
Roy partit pour cette expé
dition au mois de Févrierde
l'année 1674. Jamais il n'y
eut de fin d'Hyver plus fâ
cheufe
,
& la resistance des
Ennemis fut le moindredes
obstacles que les Troupes.)
eurent à combatre.
Le Roy paroist tranquille:
au milieu d'un grand mou
vement qui est exprime A
dans le Tableau. Le Doux b
saisi de frayeur étend les bras
pour s'opposer au passage.
Mars traîne avec violence
un grand nombre de Fem
mes de tout âge. Ce sont
toutes les Villes de la Pro
vince que le Roy dompta
comme en passant. On les
reconnoift à leurs Ecus char
gez de leurs Armoiries. La
Franche Comté est abattuë
aux pieds du Vainqueur.
Malgré le desespoir qui luy
a Entre le çrrartdTableau & les Cam"
pAonesdeFlandre au de(fui des Miroirs'- b PrincpalFleuvedela Province.
fait arracher les cheveux, on
ne laisse pas de remarquer la
beauté de son visage. Son.
habit est à la maniere de ses
Habitans.Toutes les passions
quiagissent sur l'esprit des
Vaincus
, sont merveilleuse
mentexprimées dans l'action
de ces Captives, oùla crain
te, l'espérance, & le dépit, se
remarquent en je ne sçay
combien de maniérés difé
rentes.
Sur la pente d'un
Rocher, Minerve présente sa
Pique,se couvre de son Bou.
clier. Hercule leve sa Massue
pour chasser l'Aigle , & le
Lion en fureur, quitâche
de défendre le sommes. Les
Signes des, trois mois que
dura cetee conqueste
, se
voyent parmy les Frimats, la.
Greste, la Neige ,
&laPluye
que l'Hyver jette à plei
nes mains en se retirant, &
que les Venrs poussent
avecimpétuosité
,mais toiis.
les obstacles de la saison
, ny
la resistance des Ennemis,,
ne peuvent rerarder la Force
conduire' par fa- Sagessequi
paroissént au haut du Ro
cher
, <%
ayant précipité uiïa
awC-estBesançon..
partie des- Soldats qui le dé
sendoient. L'Aigle cric de
dessus l Arbre où il est perché
au coin du Tableau De l'au
ne costé)les Troupes fuventv
& donnent une idée du trou
ble & de l'épouvante que
les Armes du Roy avoient
portée dans cette Province.
La Victoire attache des Bou
cliers des Places conquises à
un grand Palmier
, &pose
deux Couronnes sur le Tro
phée
, pour marquer que
c'est pour la seconde fois qu'
elles sont domptées; &
la Re
nommée embouche deux
Trompettes pour aller pu
blier cette double conquerte.
La Gloire paroist dans le Ciel;
son éclat rejallit sur le Heros,
&l'oppositiondecette lumie
re à l'obscurité des Frimats,
rend cét Ouvrage un des plus
brillants qui,sevoyent.
La Campagne de1675.fut
celebre par la prise de Cam
bray, deValenciennes
, de
SaintOrner,& par la Batail
le de Mont-Cassel. En 1676.
le Roy formaplusieurs Corps
d'Armées en Flandre
, insulta
quasi toutes les Places
, en
leva Gand par une conduite"
c,
fij
si admirable, que le Gouver
neur des Pays-Bas n'eut pas
L
plûtost les nouvelles du Sie- •
je que de la prise de la Vil
e. ».
le, Voila la matiere du Ta-,
bleau qui fait cimetrie aux
Campagnes de Hollande.
Au milieu du Ciel , le Roy
porte sur l'Aigle de Jupiter,
ance la foudre.Un gros nua
re d'où partent des tourbil
ons deNuées, des Tonner
cs & des Eclairs) quiinfpi
ent la frayeur aux Villes que
Ion voit dans la crainte
, font
'image des diférens Corps
d'Armées qui les investirent.
i
Le Secret & la Vigilance ac
compagnent ce Monarque, j
les Renommées le devan
cent,* la Gloire tient sur [a. !
teste la Couronne d'immor- 1
talité. Il ne regarde point les 1
Villes effrayées, & tient sa <
veüe attachée sur Mars qui
abatl'Hydre ,
& force
l'Envie à se cacher dans un
coin du Tableau
, parce qu'
en domptant toutes ces
Places, le Roy ne songeoit
qu'à vaincre l'opiniastreté de
ses Ennemis
, &ne se ren
doit redoutable que pour les
à
contraindre
a recevoir la
Paix qu'il leur veuloit don
ner. A l'autre coin Ypre est
tremblante. Elle écoute &
regarde avec frayeur la Ter
reur qui la menace , & dans
le milieu Minerve qui a déjà
enlevél'Etendart de la Ville
de Gand ,
luy arracheencore
les Clefs qu'elle tâche inuti
lement de retenir; cette Vil
le paroist dans une vive dou
leur. Une grande Jeunesse
& une extrême Beauté re
présentent bien ce Tître de
Pucelle que les Flamans luy
ont donné,avcc un Parc qui
l'environne, &unLion cou
ronné pour la garde. Il sem
ble qu'elle ait glisse de dessus
les genoux de la Flandre, sur
le sein de laquelle elle lre
croyoit en seureté. Cette
Province porte le Torquet
& la Mante noire comme
ses Peuples, & danssasurprise
elle étend les bras aux pieds
, sans scayoir àquoy
duLion
se resoudre. Valenciennes est
renversée sur un de ses Ca
nons qui la fait tomber, par
ce qu'on s'en servit pour s'en
rendre maistre.Cambray
est enchaînée à un Char ar
morie de France
, & charge
des dépouilles de cette Cam
pagne.
j
tk®
A l'autre cofté du Ta
bleau, la Politique, le Con
seil, & la Prévoyance d'Efpa
gne, paroissent déconcertées.
Au milieu le Conleil est ob
fcurcy d'un nuage qui le
couvre y & qui l'empesche
de penetrer dans les desseins
du Kov
; & pour marquer
son aveuglement
, on luy a
mislamain sur les yeux.
La Prévoyance trouve son
Compas court, & une de (es
branches rompuë. Elle tire
en vain la Politique par sa
robe
,elle ne la peutsecourir
ny en estre secouruë
,
la for
ce luy manque
, le Sceptre
luy tombe des mains
,& le
Lion quelle excice, recule,&:
1
ne veut point avancer. La
Ruse representée par le Ty
gre qui s'enfuir, luy devient
aussi inutile.L'Aigle crie
, il
fait ployer fous luy les co
lombes d'Hercule où l'on a
attaché l'Inscription, Plus ott
t;:e, que prit autrefois Char
les- Quint.
Les Troupes
fPyent; & leConsèil, la Pré
yoyance
,&la Politique, re-.
sfent sans recours, & hors
d'étatd'aOgir dans la fraveur
que leur cause
le bruit d'un
événement si extraordinaire,
ôc si peu attendu, qu'une
Renommée qui vole au def
fus de leur cette semble leur
annoncer.- La Paix de Hollande finit
la Galerie. C'clt la desunion
des trois Puissances que l'on
voit se lierenfemble dans le
Tableau qui luy est opposé.
L'Allemagne paroist tombée
sur'des marches de Marbre
aAudeJfn4de la Porte du Salon de la
>
Paix.
fous un grand Pavillon atta
chéàlavoûte. Les nuées qui
luy servoient deTrône/eper
de nt,&se dissipent. Ellere
garde la Paix avec étonne
ment, & paroist surprise de
la foudre, qui semble gron
der sur sa cette. Son Aigle en
est étonne, il tire la Hollan
de par sa robe pour tâcher de
la retenir. L'Etpagne tourne
la teste du oofté de l'Eclair
elle étend la main pour en
garantir son Lion qui en est
renversé sur le dos.* Les
Troupes en font épouvan
tées,& fuyenr. LesForgerons
emportent leurs Marteaux,
;
& laissent des Armes qui re
stent inutiles. Mercure en
l'air semble dissiper un nua
ge épais, qui empefehoit la
Hollande de recevoirla Paix,
dont illuy apportc pour si
gne une branche d'Olivier.
CetteDéesse viét du Ciel pour
se donner à elle.On larecon
t
noist à son airgracieux
,aux
[Caducées qu'elle tient,à la
Corne d'abondance
, à (a
Couronne d'Olivier, &aux
Enfans qui l'accompagnent,
& qui jettent des fleurs pour
marquer les douceurs qui la
L
Clivent partout. LaHollan
de s'élance,&tend les bras
pour larecevoir. Elle fendes
besoins qu'elle en a ;
Ton
Lion ne peut plus la {bûte
nir , & ployé fous Tes ge
noüils, ce quiluy faitmépri
fer les conseils de ses Voi
jfïns, ôclavanité d'unPrince,
représentéé par une Femme
accompagnée d'un Paon,
;
qui pour se laffujettir tâche
de la détourner de la Paix en ;
.la tirant par le bras
, &luy
montrantdes Troupes &des
Vaisseaux qu'elle amene à
<
son(ecours, mais elle ne veut.
plus de guerre, & ne s'appli
que qu'à recevoir la Paix.
Voila l'explication de la
Galerie. Elle a 40toises de'
long
, & 36
piedsdelarge.
Tour y est finy
& dans le
nombre prodigieux des Fi--
gures qui la composent, on
n'en remarque pas une qui
ne soit terminée avec le mes
me foin que si elle devoir
estre seule, & qui ne fasse
son effet.
Il est étonnantqueMr le
Brun ait pû en quatre an
nées l'achever, ayant voulu
Peindre le
tout luymesme,
&nesestant confié à.per
sonne , pour se faire soula-,
ger dans une si grande en
treprise,qu'il a heureufcment
terminée à la fitisfa&ion du
Roy, qui par des louanges
publiques & particulières a
témoigne qu'il n'avoit jamais
rien vû de si beau
; &toute
la Cour instruite des foins &
du tempsque demandent les
grandsOuvrages,& charmée
;
de celuy-cy, dit hautement
que Mr
le Brun méritoit plus
que pèrsonne du monde,de
travailler pour Sa Majefté3
& qu'il cull salu à tous au..
es plus de temps pour pen
r de si grandes choies, qu'il
luy en avoir fallu pour les
cecuter.
Fermer
3
p. 202-203
XVIII.
Début :
Quoy ! dans le temps que le Dieu Mars [...]
Mots clefs :
Mars, Mercure, Dieux, Quenouille, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XVIII.
XVIII.
QVoy! dans le temps que le Dieu
Aiars
1M'-enrolle fousfes Etendars,
Pour me faire porter & la pique &
Cépée;
Mercure veut-ilminfulter,
Venant ce mois me presenter
Yne Quenouille encor couverte de poupée?
Qu'il la porte, s'ilveut, a quelqu'autre
qu'à moy Je , ne veux point de ce rsgale;
Et s'il trouve quelqr/ltn qui prenne cet
employ,
Ce doit eflre i'Am.fnt d'une nouvelle
Omphale.
ALCIDOR, du Havre,
QVoy! dans le temps que le Dieu
Aiars
1M'-enrolle fousfes Etendars,
Pour me faire porter & la pique &
Cépée;
Mercure veut-ilminfulter,
Venant ce mois me presenter
Yne Quenouille encor couverte de poupée?
Qu'il la porte, s'ilveut, a quelqu'autre
qu'à moy Je , ne veux point de ce rsgale;
Et s'il trouve quelqr/ltn qui prenne cet
employ,
Ce doit eflre i'Am.fnt d'une nouvelle
Omphale.
ALCIDOR, du Havre,
Fermer
4
p. 86-89
Theme celeste. [titre d'après la table]
Début :
Un celebre Mathematicien Anglois, ayant remarqué que trois heures [...]
Mots clefs :
Thème astral, Latin, Londres, Soleil, Jupiter, Saturne, Mars, Vénus, Signes astrologiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Theme celeste. [titre d'après la table]
Un celebre Mathematicien
Anglois , ayant remarqué
que trois heures fonnerent
au moment qu'on pofa
la Couronne fur la tefte de
Jacques II . Roy d'Angleterre
, à eu la curiofité de fuputer
les vrais lieux des Planetes
, & de dreſſer un Théme
celeſte pour cet inſtant . Il l'a
communiqué en Latin à un
François de fes Amis , qui en
a fait la traduction qui fuit
en noftre Langue.
L'an
1685. le
23.
d'Avril ,
Stile Julien , à trois heures
GALANT. 87
aprés midy temps égal , ou
à 2. heures 56. minutes 48. fecondes
aprés midy , temps
apparent à Londres. Latitude
51. degrez 32. minutes .
Sept. & longit. 17. degrez 57 .
minutes.
Sig. Deg. Mi. Sec.
I. 12. 6. 22. Moy.Long.du Soleil.
3. 7. 10. 43 .
813. 46. 29 .
1. 13. o . 28 .
2. 0. 22.
4 .
2. 29.
32. 46 .
Apogée .
Vray lieu du Soleil .
Moy . Long, de la Lune.
Apogée .
Tefte du Dragon.
la Lune en l'Ecliptique .
3. 31. 18 .. Latit. M.A. de la I une .
14. 42. 12 .
5. 9. 55. 58. Moy . Lieu de Saturne.
8. 27.43 . 55. Aphelie .
3.22. 40. 22 .
my 10. 43. 41 .
2. 4. 19 .
Naud Boreal .
Vray lieu de Saturne , Oc . R.
Lat . S.A. de Saturne.
88 MERCURE
Sig. Deg. Mi, Sec.
6.20 . 33. 53. Moy. Lieu de Jupiter.
6. 7. 58. 18. Aphelie .
3. S. 30. 53. Noeud Boreal .
•
14. 10. 13 Vray lieu de Jupiter.
I. 31. 31. Lat.S. D.deJupiter. Oc . Ret.
8. 5. I. 37. Moy . Lieu de Mars .
Aphelie . 5. 0. 33. 58 .
I. 17. 40. 24. Noud Boreal .
✈ 13 , 41. 8 .
O.. 34. 41 .
8.
Vray lieu de Mars, Ori . R.
Lat . M.D. de Mars .
22. 19. Moy. Lieu de Venus .
10. 3. 4. 1. Aphelie
.
2. 14. 6. 47. Noeud Boreal .
V 28. 47. 11 .
• I. 21. 22 .
2. 24. 16. II .
8. 14. 17. 5.
I. 14. 25. 6 .
8 23. 58. 57 .
·
Vray lieu de Vénus , Or. Dir.
Lat . M. A. de Vénus.
Moy. Lieu de Mercure ,
Aphelie .
Noeud Boreal.
VraylieudeMercure , Oc . Dir.
I. 13. o . Lat . S.A. de Mercure.
my 27. 45. 18. Vray lieu de la Fortune.
GALANT. 89
POINTES DES XII . MAISONS .
Deg. Min. Sec. Signes .
Lal.ou l'Afced.26.49 . 35. de Virgo .
La II. a
Là III. a
La IV . a
La V.
La VI.
a
La VII .
La VIII . a
La IX .
La X.
a •
C
19. 17. 32. de Libra .
8. 27. 13. de Scorpio.
25. 52. 17. de Sagitarius .
14. 12. 55. d'Aquarius .
4. 40. de Pifces. 4 .
26. 49. 35. de Pifces . a
19. 17 . 32. d'Aries.
a 8. 27 . 18. de Taurus .
à
25. 52 . 17.de Gemini .
1255: de Leo.
a 4 . 4. 40. de Virgo .
La XI .
La XII.
.
J'ay fait graver ce Theme
celefte , & je vous l'envoye .
Anglois , ayant remarqué
que trois heures fonnerent
au moment qu'on pofa
la Couronne fur la tefte de
Jacques II . Roy d'Angleterre
, à eu la curiofité de fuputer
les vrais lieux des Planetes
, & de dreſſer un Théme
celeſte pour cet inſtant . Il l'a
communiqué en Latin à un
François de fes Amis , qui en
a fait la traduction qui fuit
en noftre Langue.
L'an
1685. le
23.
d'Avril ,
Stile Julien , à trois heures
GALANT. 87
aprés midy temps égal , ou
à 2. heures 56. minutes 48. fecondes
aprés midy , temps
apparent à Londres. Latitude
51. degrez 32. minutes .
Sept. & longit. 17. degrez 57 .
minutes.
Sig. Deg. Mi. Sec.
I. 12. 6. 22. Moy.Long.du Soleil.
3. 7. 10. 43 .
813. 46. 29 .
1. 13. o . 28 .
2. 0. 22.
4 .
2. 29.
32. 46 .
Apogée .
Vray lieu du Soleil .
Moy . Long, de la Lune.
Apogée .
Tefte du Dragon.
la Lune en l'Ecliptique .
3. 31. 18 .. Latit. M.A. de la I une .
14. 42. 12 .
5. 9. 55. 58. Moy . Lieu de Saturne.
8. 27.43 . 55. Aphelie .
3.22. 40. 22 .
my 10. 43. 41 .
2. 4. 19 .
Naud Boreal .
Vray lieu de Saturne , Oc . R.
Lat . S.A. de Saturne.
88 MERCURE
Sig. Deg. Mi, Sec.
6.20 . 33. 53. Moy. Lieu de Jupiter.
6. 7. 58. 18. Aphelie .
3. S. 30. 53. Noeud Boreal .
•
14. 10. 13 Vray lieu de Jupiter.
I. 31. 31. Lat.S. D.deJupiter. Oc . Ret.
8. 5. I. 37. Moy . Lieu de Mars .
Aphelie . 5. 0. 33. 58 .
I. 17. 40. 24. Noud Boreal .
✈ 13 , 41. 8 .
O.. 34. 41 .
8.
Vray lieu de Mars, Ori . R.
Lat . M.D. de Mars .
22. 19. Moy. Lieu de Venus .
10. 3. 4. 1. Aphelie
.
2. 14. 6. 47. Noeud Boreal .
V 28. 47. 11 .
• I. 21. 22 .
2. 24. 16. II .
8. 14. 17. 5.
I. 14. 25. 6 .
8 23. 58. 57 .
·
Vray lieu de Vénus , Or. Dir.
Lat . M. A. de Vénus.
Moy. Lieu de Mercure ,
Aphelie .
Noeud Boreal.
VraylieudeMercure , Oc . Dir.
I. 13. o . Lat . S.A. de Mercure.
my 27. 45. 18. Vray lieu de la Fortune.
GALANT. 89
POINTES DES XII . MAISONS .
Deg. Min. Sec. Signes .
Lal.ou l'Afced.26.49 . 35. de Virgo .
La II. a
Là III. a
La IV . a
La V.
La VI.
a
La VII .
La VIII . a
La IX .
La X.
a •
C
19. 17. 32. de Libra .
8. 27. 13. de Scorpio.
25. 52. 17. de Sagitarius .
14. 12. 55. d'Aquarius .
4. 40. de Pifces. 4 .
26. 49. 35. de Pifces . a
19. 17 . 32. d'Aries.
a 8. 27 . 18. de Taurus .
à
25. 52 . 17.de Gemini .
1255: de Leo.
a 4 . 4. 40. de Virgo .
La XI .
La XII.
.
J'ay fait graver ce Theme
celefte , & je vous l'envoye .
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Résumé : Theme celeste. [titre d'après la table]
Un mathématicien anglais a noté que trois heures sonnèrent lors du couronnement de Jacques II, roi d'Angleterre, le 23 avril 1685 à 15h03min48s temps apparent à Londres, à une latitude de 51°32' et une longitude de 17°57'. Intrigué, il calcula les positions des planètes et établit un thème céleste pour cet instant. Le texte détaille les positions astronomiques du Soleil, de la Lune, de Saturne, de Jupiter, de Mars, de Vénus et de Mercure, incluant leurs longitudes moyennes, apogées, nœuds boréaux et latitudes. Les maisons astrologiques et leurs signes zodiacaux respectifs sont également mentionnées. Ce thème céleste a ensuite été gravé et envoyé à un ami français pour traduction en langue française.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 13-22
ELOGE en mots d'une syllabe, AU ROY.
Début :
Comme tous ceux qui ont du talent pour les Vers ou / Grand Roy, tout est grand dans toy, le coeur, l'air, [...]
Mots clefs :
Roi, Coeur, Mars, Bras, Oeil, Corps, Foi, Rhin, Voeux, Peur, Éloge, Monosyllabes, Siam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE en mots d'une syllabe, AU ROY.
Comme tous ceux qui
ont du talent pour les Vers
ou pour la Profe , s'empreffent
avec une égale ardeur
à donner au Roy les
louanges qu'il merite , on le
fait auffi de toutes manieres ,
14 MERCURE
& aprés l'exemple qu'on a
"
donné dans ma Lettre du
mois de Fevrier , d'un Dif
cours qui eft composé enticrement
de Monofillabes
vous ne devez pas eftre furprife
qu'on ait employé
ce genre d'écrire dans une
matiere fi relevée . M'Hongnant
eft celuy qui s'en eft
fervy pour faire l'Eloge de
Sa Majesté. On a trouvé cet
Eloge fort ingenieux , & je
fuis perfuadé que vous le
lirez avec plaifir.
ELOGE
En mots d'une fyllabe ,
AU ROY.
le
Rand Roy , tout eft
Jgrand dans toy
coeur , l'air , le port , le bras.
La Paix & Mars font dans tes
mains , & n'y font plus quand
il te plaiſt. Tout eft plein de
ton Nom ; tu fais ce que tu
veux , & tu veux tout ce qui
eft droit & faint . Ton joug
eft tres-doux ; nul ne te fert
16 MERCURE
qu'il n'ait le prix qui luy eft
dû. Tu fçais & fais le fin des
Arts ; ton oeil & tes foinst
vont fort loin ; fous toy le
pur fang de tes Lys a ne fort
plus du corps fur le pré pour
un point fort vain ; on ne
boit pas la mort b dans un
jus trop froid ou trop chaud;
& la Foy n'a que du bon
grain c dans fon champ. Ce
que tu fais n'eſt pas moins
grand que toy. Tu joins les
bords du Rhin fans pont ; les
bords du Mein & de la Lys
a Duels.
b
Poifons.
c Erreurs
abolies.
GALANT. 17
reints du fang de ceux qui
font en tout moins que toy,
font à ce jour pleins de tes
gens de coeur , & ceux à qui
le poids de ton bras da fait
un grand tort , font dans la
peur pour leurs Forts que ta
main a pris il y a prés de dix
ans. En vain ceux dont le
Turc eft las e font- ils un
grand feu vers le Rhin , un
feul de nous fouston oeil
plein du feu de Mars vaut
cent Turcs. Si tu es grand
dans ce qui fert à tes voeux
•
d Hollandois.
e Allemands.
Avril
1689 . B
18 MERCURE
tu ne l'es pas moins dans un
mal: f qui ne t'a pas fait des
loix. Ah dans ce temps
toursfut pour toy dans le
deuil , mais ton coeur plus
que l'art & le temps mit fin
à ce mal qui fut le mal de
tous par las part que l'on y
prit. Que de voeux ! que de
feux !que ddee rriiss!que dejeux
ne vit-on point ? Et l'on n'en
fit pas trop Je ne dis pas que
des Rois qui font loin de
nous , g nous ont fait voir par
XITOY 4
f Maladie du Roy.
& Ambaffade du Roy de Siam,
རྒྱུར་
GALANT. 19
des dons que leurs gens t'one
fait de leur part, & de droit
en quel haut rang tu es dans
leur coeur & dans leur Cour.
En ce temps là le fort d'un h
Chef d'un grand Corps , mais
trop vain fut le fort d'un
Ver. Quels fers i ne romps-
-tu pas ?Je vois la Mer & ceux
qui y font des vols / pour qui
tu mets leurs murs en feu
fous tes Loix. Ton Fils m en
qui tu ta vois peint, va fur
h Doge de Gennes
i Efclaves delivrez .
I Algeriens Bombardez
m Campagne de Monfeigneur le
Dauphin.
Bij
20 MERCURE
tes
pasoù ton coeur s'eft fait
voir . A fa voix les Forts font
pris tout d'un coup , & les
Tours font à bas. En moins
d'un mois è un grand & gras
Champ de Mars fe rend à
luy ; qui ne le fait ? N'a- t-il
pás eu tous les coeurs de
fes gens à foy ? Par ſa main
il rend doux les coups de
Mars ; à ce prix-là ils font
prefts de voir la mort fans
peur ; mais ces hauts faits
font moins grands que ce que
tu as fait pour un Roy , oà
A
n Palatinat du Rhin.
o Reception du Roy , de la Reine de
la Grande Bretagne, & du Prince de
Galles.
GALANT 21
qui des coeurs bas fans Loy &
fans Foy font un grand tort .
Tu luy tens les bras ; fon Fils
& le fein à qui il doit les jours
font fous tes foins , tu romps.
le cours de leurs vrais maux
par tant & tant de dons
que
tu leut fais tous les jours ; ils
ont chez toy leur Cour , leur
train , & tout ce qui eft du à
leur rang. Ce Roy qui t'eft
fi cher p part pour voir fi
les coeurs des Lords ne font:
plus fi durs , & par tes foins
il pleut de l'or fur cent mats
d Depart du Roy d'Angleterre pour
Irlande
•
22 MERCURE
qui vont au gré des vents.
Six-vingt Chefs que Mars
voit de bon oeil , & deux
grands Corps de gens à qui
le fer & le feu ne font point
de peur , font pour luy prés
de Breft. Fais luy voir , Grand
Royce qui fait fes voeux .
Tu le peux toy feul , fais ce
grand coup
& n'en fais
plus ; car je n'ay plus de mots
fi courts , & ils font tort à
ton grand nom . Je me tais .
ont du talent pour les Vers
ou pour la Profe , s'empreffent
avec une égale ardeur
à donner au Roy les
louanges qu'il merite , on le
fait auffi de toutes manieres ,
14 MERCURE
& aprés l'exemple qu'on a
"
donné dans ma Lettre du
mois de Fevrier , d'un Dif
cours qui eft composé enticrement
de Monofillabes
vous ne devez pas eftre furprife
qu'on ait employé
ce genre d'écrire dans une
matiere fi relevée . M'Hongnant
eft celuy qui s'en eft
fervy pour faire l'Eloge de
Sa Majesté. On a trouvé cet
Eloge fort ingenieux , & je
fuis perfuadé que vous le
lirez avec plaifir.
ELOGE
En mots d'une fyllabe ,
AU ROY.
le
Rand Roy , tout eft
Jgrand dans toy
coeur , l'air , le port , le bras.
La Paix & Mars font dans tes
mains , & n'y font plus quand
il te plaiſt. Tout eft plein de
ton Nom ; tu fais ce que tu
veux , & tu veux tout ce qui
eft droit & faint . Ton joug
eft tres-doux ; nul ne te fert
16 MERCURE
qu'il n'ait le prix qui luy eft
dû. Tu fçais & fais le fin des
Arts ; ton oeil & tes foinst
vont fort loin ; fous toy le
pur fang de tes Lys a ne fort
plus du corps fur le pré pour
un point fort vain ; on ne
boit pas la mort b dans un
jus trop froid ou trop chaud;
& la Foy n'a que du bon
grain c dans fon champ. Ce
que tu fais n'eſt pas moins
grand que toy. Tu joins les
bords du Rhin fans pont ; les
bords du Mein & de la Lys
a Duels.
b
Poifons.
c Erreurs
abolies.
GALANT. 17
reints du fang de ceux qui
font en tout moins que toy,
font à ce jour pleins de tes
gens de coeur , & ceux à qui
le poids de ton bras da fait
un grand tort , font dans la
peur pour leurs Forts que ta
main a pris il y a prés de dix
ans. En vain ceux dont le
Turc eft las e font- ils un
grand feu vers le Rhin , un
feul de nous fouston oeil
plein du feu de Mars vaut
cent Turcs. Si tu es grand
dans ce qui fert à tes voeux
•
d Hollandois.
e Allemands.
Avril
1689 . B
18 MERCURE
tu ne l'es pas moins dans un
mal: f qui ne t'a pas fait des
loix. Ah dans ce temps
toursfut pour toy dans le
deuil , mais ton coeur plus
que l'art & le temps mit fin
à ce mal qui fut le mal de
tous par las part que l'on y
prit. Que de voeux ! que de
feux !que ddee rriiss!que dejeux
ne vit-on point ? Et l'on n'en
fit pas trop Je ne dis pas que
des Rois qui font loin de
nous , g nous ont fait voir par
XITOY 4
f Maladie du Roy.
& Ambaffade du Roy de Siam,
རྒྱུར་
GALANT. 19
des dons que leurs gens t'one
fait de leur part, & de droit
en quel haut rang tu es dans
leur coeur & dans leur Cour.
En ce temps là le fort d'un h
Chef d'un grand Corps , mais
trop vain fut le fort d'un
Ver. Quels fers i ne romps-
-tu pas ?Je vois la Mer & ceux
qui y font des vols / pour qui
tu mets leurs murs en feu
fous tes Loix. Ton Fils m en
qui tu ta vois peint, va fur
h Doge de Gennes
i Efclaves delivrez .
I Algeriens Bombardez
m Campagne de Monfeigneur le
Dauphin.
Bij
20 MERCURE
tes
pasoù ton coeur s'eft fait
voir . A fa voix les Forts font
pris tout d'un coup , & les
Tours font à bas. En moins
d'un mois è un grand & gras
Champ de Mars fe rend à
luy ; qui ne le fait ? N'a- t-il
pás eu tous les coeurs de
fes gens à foy ? Par ſa main
il rend doux les coups de
Mars ; à ce prix-là ils font
prefts de voir la mort fans
peur ; mais ces hauts faits
font moins grands que ce que
tu as fait pour un Roy , oà
A
n Palatinat du Rhin.
o Reception du Roy , de la Reine de
la Grande Bretagne, & du Prince de
Galles.
GALANT 21
qui des coeurs bas fans Loy &
fans Foy font un grand tort .
Tu luy tens les bras ; fon Fils
& le fein à qui il doit les jours
font fous tes foins , tu romps.
le cours de leurs vrais maux
par tant & tant de dons
que
tu leut fais tous les jours ; ils
ont chez toy leur Cour , leur
train , & tout ce qui eft du à
leur rang. Ce Roy qui t'eft
fi cher p part pour voir fi
les coeurs des Lords ne font:
plus fi durs , & par tes foins
il pleut de l'or fur cent mats
d Depart du Roy d'Angleterre pour
Irlande
•
22 MERCURE
qui vont au gré des vents.
Six-vingt Chefs que Mars
voit de bon oeil , & deux
grands Corps de gens à qui
le fer & le feu ne font point
de peur , font pour luy prés
de Breft. Fais luy voir , Grand
Royce qui fait fes voeux .
Tu le peux toy feul , fais ce
grand coup
& n'en fais
plus ; car je n'ay plus de mots
fi courts , & ils font tort à
ton grand nom . Je me tais .
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Résumé : ELOGE en mots d'une syllabe, AU ROY.
Le texte est un éloge du roi de France, rédigé en vers monosyllabiques et publié dans le Mercure. L'auteur, M. Hongnant, exalte les qualités et les actions du roi. Le poème souligne la grandeur du souverain, sa justice, ainsi que son autorité sur la paix et la guerre. Il met en lumière les succès militaires du roi, tels que la prise de forteresses et la soumission des ennemis. Le texte aborde également la maladie du roi et les vœux de rétablissement exprimés par le peuple, ainsi que les hommages reçus de rois étrangers. Les exploits du fils du roi, notamment lors de campagnes militaires, sont également célébrés. Enfin, le poème se conclut par une référence aux préparatifs militaires en Bretagne et à l'attente des ordres du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 99-137
Explication physique & chymique des feux soûterrains, des tremblemens de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre.
Début :
Mon dessein est de donner, par le moyen d'une [...]
Mots clefs :
Soufre, Terre, Vitriol, Tonnerre, Ouragans, Matière, Mouvement, Opération, Feu, Fer, Mars, Limaille de fer, Chaleur, Nues, Vapeur, Fermentation, Souterrains, Tremblements de terre, Éclairs
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texteReconnaissance textuelle : Explication physique & chymique des feux soûterrains, des tremblemens de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre.
Explicationphyfique & chimique
àv$feuxJouterrams,
des tremblemens deterrey
des'ouragans, des éJairs&r
-du o tonmrre. -'
.(-' ,
1
Mon dessein est de donner,
par le moyen d'une
opération de Chymie, une
idée sensible de ce qui se
1
passe dans les nuës lors
qu'elles s'ouvrent en temps
detempête,pour produire
les éclairs ôc le tonnerre: mais avant que de faire
voir cette opération, il est
à propos de parler de la matiere
qui cause des effets si
violens, & d'examiner sa
nature & son origine.
On ne peut pas raisonnablement
douter que la
nature de l'éclair & du tonnerrene
soit un souffre en- amme, ôc élancé avec
beaucoup de rapidité. Nous
ne cannoissons rien d'inflammable
, ni de plus en
mouvement que le souffre,
ôc l'odeur du souffre que le
tonnerre laisse dans tous les
lieuxoù il a passé, prouve
assez sa nature. Il est donc
question de trouver l'origine
de ce souffre
: il n'est
pas vraisemblable qu'il Ce
soit formé dans les nuës, il
faut qu'il y ait étéporté en
vapeur.
Il me paroît que l'origine
de la matiere qui fait
le tonnerre est la même que
celle, des tremblemens de
terre, des ouragans, des
feux soûterrains. J'ai explique
la cause de ces grands
remuëmens dans un livre
de Chymie, à l'occasion
d'une préparation particuliere
sur le fer appeile safran
de Mars. Comme mon
explication a ététrouvée
assez juste, ôc que j'ai fait
encore plu sieurs autres experiences
qui servent à confirmer
ce que j'avois avancé,
je rapporterai en abrégé
les unes ôc les autres experiences.
Voici donc les
premieres.
On fait un mélange de
parties égales de limaille
de fer & de souffre pulverisé,
on reduit le mélange
en pâte avec del'eau, ôc on
le laisse en digestion sans
feu pendant deux ou trois
heures; il s'y fait une fermentation
& un gonflement
avec chaleur considerable
: cette fermentation
fait la pâte en plusieurs
endroits, & y fait des crevasses
par où il sort des vapeurs
qui sont simplement
chaudes,quand la matiere
n'est qu'en une mediocre
quantité:mais qui s'enflamment
lorsque , la matiere
d'où elles sont poussées fait.
une masse considerable,
comme de trente ou de
quarante livres.
La fermentation accompagnée
de chaleur, & même
de feu qui arrive dans
cette opération, procede
de la pénétration & du frotement
violent que les pointes
acides du souffre font
contre les parties du fer.
Cette experience feule
me paroîtréscapable d'expliquerdequelle
maniere
se fontdans les entrailles
de la terre les fermentations,
les remuëmcns &
les embrafemens
, comme
il arrive au mont Vesuve,
au mont Etna, & en plufleurs
autres lieux; car s'il
s'y rencontre du fer & du
souffre qui s'unissent & se
penetrent l'un l'autre, il
doit s'ensuivre une violente
fermentation, qui produira
du feu, comme dans nôtre
opération. Or il est aisé de
prouver que dans les monragnes
donc j'ai parlé il y a
du souffre & du fer; car aprés
que les flammes font
finies,on trouve beaucoup
de souffre sur la superficie
de la terre, & l'on découvre
danslescrevassesoùle
souffre a patTé, des matieres
semblables à celles qui se
separent du fer dans les
forges.
»
Voici les secondes experiences
que j'ai faites
)
qui
appuyeront les premières
& mon raisonnement. J'ai
mis du même mélangede
limaille de fer ôc de souffre,
en différentes quantitez,
dans des pots hauts & étroirs,
en sorte que la matiere
y a été plus comprimée
que dans les terrines;
il s'estfaitaussi desfermentations&
des embrasemens
plusforts, & la matieres'étant
élevée avec un peu de
violence,il en a rejailli une
partie autour des pots. J'ai
mis en été cinquante livres
du mêmemétla.n)ge dans un grand pot, j'ai placé le pot
dans un creux que j'avois
fait faire en terre à la campagne,
je l'ai couvert d'un
linge, ôc ensuirede terre à
la hauteur d'environ un
pied
}
j'ai apperçû huit ou
neuf heures après que la
-
terre se gonfloit,s'échauffoit
& se crevafToit
; puis il
en est forci des matières
foulfreufes & chaudes, ôc
ensuite quelques flammes
qui ont élargi les ouvertures,
& qui ont répandu autour
du lieu une poudre jaune
& noire. La terre a demeuré
long-tempschaude:
je l'ai levée aprèsqu'elle a
été refroidie, je n'ai trouvé
dans le pot qu'une poudre
noire & pesante, c'est la limaille
de fer dépouillée
d'une partie de son souffre.
On auroit pû mettre
davantage de terre sur le
pot: mais il y auroit eu à
craindre que la matiere
n'eût pû s'allumer faute
d'air. Cette opération rétiffit
mieux en été qu'en hyver,
à cause de la chaleur
du Soleil quiexcite un plus
grand mouvement aux parties
insensibles du fer 6c du
souffre. Il n'est donc pas
necessaire de chercher ailleurs
ce qui peut mettre les
souffres en mouvement
dans les mines & les enflammer,
leur jonction avec
le fer produira parfaitement
bien cet effet, demême
qu'elle a produit dans
nos opérations. Mais il se
presente ici une difecultéi,
c'etf que ces grandes fer
mentations & cesembraiemens
soûterrains nepeuventavoir
ete produitslans
air: or on ne comprend
pas bien par où il auroit pu
paffer de l'air si profonde-
-.ment. dans laterré.
On répond à cette obtjection
,
qu'il y a dans la
terre beaucoup de fentes
r& de conduits que nous ne
voyonspoint, & sur, tout
dans les pays chauds,où
ccsmouvemens soûterrains
.arrivent ordinairèment; car
la grande chaleur du Soleil
échauffant & calcinant, par
maniéré de dire, la terre
en plusieurs lieux, y fait
des crevasses profondes)
par où il se peut introduire
de l'air. Les tremblemens
de terre font apparemment
causez par une vapeur, qui
ayant été produite dans la
-
fermentation violente du
fer&du souffre,s'est con-
-
vertie en un vent sulfureux,
lequel se fait passage ic
roule par où il peut, en soûlevant
& branlant les terres
fous lesquelles il passe.
Si ce vent sulfureux se trou- ;
ve toujours renfermé, sans
pouvoir penetrer aucune issuë
pour s'échaper, il fait
durer le tremblement de
terre long-temps & avec
de grands efforts,jusqu'à
ce qu'il ait perdu son mouvement
: mais s'il trouve
quelques ouvertures pour
sortir, il s'élance avec grande
impetuosité,&c'est ce
qu'on appelle ouragan; il
écarce la
-
terre & fait des
abî»
abîmes, il deracine les arbres
& abat les maisons; &
les hommes même ne seroient
pas à l'abri de sa furie,
s'ils ne prenoient la
précaution de se jetter
promptement labouche&
le ventre contre terre, non
pas feulement pour s'empêcher
d'être enlevez, mais
pouréviter de respirer ce
ventlîitCureux &chaud qui
les [uffoqùoir.
Les feux foûtcçrains viennent
de la mêmeexhalaison
sulfureuse. LaNdifference
des effets qu'elle Prbduit
peut provenir de plusieurs
caules de ce que la
maticre a étéplus abondante
5
Se par. consequent.
la fermentation plusforte
de ce qu'il s'y est introduit
davantage d'air;de ce qu'il
s'est rencontré des fentes
ou des crevasses àla terre
assezgrandes, & disposées
pour laisser passer les flammes.
Cesflammesensélëvant
imperueusement ie
font bientôt un jour plus
grand, & elles donnent
lieu à toute la matiere du
fond de la terre de s'enflammer
& de pousser des
C-ux si abondas, qu'ils
couvrent & inondent cjueL
quefois de leurs cendres les
prochains villages.
Les feux folets &ceux
qui paroissent sur certaines
eaux dans les pays chauds,
tirent apparemment leur
origine de la même cause :
mais comme la vapeur fuifureufe
a été foible, &que
son plus grand mouvement
x été ralenti, en se filtrant
au travers des terres & en
passantpar leseaux,ilne
s'en est. élevéuqqwielflajïw
- me legere,spiritueuse,cr- *
rante ,
& qui n'est point entretenue
par une assez grande
quantité de matiere pour
être de durée. Il y a apparence
que les eaux minérales
chaudes, comme celles
de Bourbon, de Vichi, de
BaLrue, d'Aix,ont prisleur
chaleur des feux foûterrains,
ou des terres fulphureufes
& échauffées par où
elles ont passé; car quand
ces eaux sont en repos, il
s'enièpare des parties de
souffre aux côtez des baffînSrlifc
peut faire aussï
* que certaines eaux minérales
ayent tiré leur chaleur
d'une chaux naturelle,
quelles rencontrent en leur
chemin dans les entrailles
de la terremais cette chaux
n'est qu'une pierre calcinée
par des feux soûterrains.
Les colomnes d'eau qui
s'élevent quelquefois sur la
mer, & qui font aux matelots
les sinistres prcfages
d'un prompt naufrage,
viennent apparemment de
ces vents sulfureux pouffez
rapidement desterres de
dessous la mer) après des
fermentations pareilles à
celles dont il a été' parlé.
Les vents sulfureux, qui
font les ouragans,s'élèvent
avec tant de violence en
s'échapant de dessous la
terre,qu'il en monte une
partie jusqu'aux nues:c'estce
qui fait la matiere & la
cause du tonnerre ; car ce
vent qui contient un souffre
exalté s'embaraue dans les
nues, & y étant battu &
compriméfortement, il y
acquiertun mouvement assez
grand pour s'y enflammer
& y former l'éclair en
fendant la nuë, ôc s'élançantavec
une très- grande
rapidité. C'est CI furieux
mouvement qui cause le
bruit du tonnerre que nous
entendons; car ce vent
sulfureux sortant violemment
d'un lieu étroitoùil
étoit contraint
>
frape l'air
trés-rudement & y roule
d'une vîtesse extraordinaire,
de même que fait la
poudre qui fort d'un canon
où elle aété allumée.
On peut dire ici qu'un nitre
subtilqui est toûjours naturellement
répandu dans
l'air, se lie au souffre du tonnerre,
& augmente la force
de son mouvement &
de son action,demême
que quand oa mêlé du
salpêrre avec ousouffre
commun, il produitun efset
bien plus violent eh se
rarefiant, que quand il est
seul. Ce vent sulfureux du
tonnerre après avoir roulé
dans l'air quelque espace
de temps,se rallentit peu à
peu de son mouvement ; c'est pourquoy le tonnerre
est bien plus violent & plus
dangereux au moment qu'il
fort
fort de la nuë, que quand il
a déja fait dans l'air une
partie de ses rournoiemens
êc de ses virevoustes : mais
enfin après avoir fait tant
d'éclat, tant de bruit & tant
de fracas, il (e reduit à rien,
& il ne laisse dans les lieux -..
où il a passé qu'une odeur
de douffresemblable à celle
de l'ouragan.
Quant aux pierres de
foudre, dont le vulgaire
veut que le tonnerre foit
toûjours accompagné, leur
existence me paroît bien
douteuse, & j'ai assez de
pente à croire qu'il n'yen
a jamais eu de véritables.
Il n'est pourtant pas absolument
impossible que les
ouragans en montant rapidement
jusqu'aux nuës,
comme il a étédit, n'enlevent
quelquefois avec
eux des matieres pierreuses
& minerales, qui s'amollissant
& s'unissant par la
chaleur, forment ce qu'on
appelle pierre de tonnerre
: mais on ne trouve point
de ces pierres dans les lieux
où le tonnerre est tombé ;
ôc quand même on en auroit
trouvéquelqu'une
)
il
y auroit bien plus lieu de
croire qu'elle viendroir d'une
matiere minérale fondue
& formée par le souffre
enflammé du tonnerre
dans la terre même, que
de penser que cette pierre
eût étéformée dans l'air ou
dans les nuës, & élancée
avec le tonnerre.
Il reste une difficulté,
cess: de sçavoir comment
le vent sulfureux que j'ai
supposé être la matiere du
tonnerre , peut avoir été
allumé entre les nuës qui
sont composées d'eau, &.
y avoir été comprimé ians
s'éteindre; car il semble
que l'eau des nuës dévoit
avoir empêché que ce [ouf..
fren'allumât, ou du moins
elle devoit l'absorber étant
allumé.
Pour répondre à cette
difficulté,je dis que le souffre
étant une substance grasse,
n'est point si sujet à l'impression
de l'eau que les autres
substances, & qu'il
peut estre enflammé dans
l'eau & y brûler, de même
que le camphre 5c plusieurs
autres matieres sulfureuses
très
-
exaltées y brûlent. Il
doit néanmoins estre arrivé
qu'une partie de ce souffre
ait été plongée dans la
grande quantité d'eau qui
fait les nuës, & qu'elle se
soit éteinte avec une forte
detonnation, comme il arrive
quand on jette dans
de l'eauquelque matiere
solide rougie au feu. Cette
detonnation contribue
peut-être à faire le bruit du
tonnerre: mais l'autre partie
du souffre, qui étoit la
plus subtile ôc la plus disposée
au mouvement, a été
exprimée toute en feu. L'experience
que j'en ai faite
prouve mon raisonnement.
J'ai mis dans un matras
de moyenne capacité, &
dont le cou avoir été trempé,
trois onces de bon esprir
de vitriol, donze onces
..d'cati commune;j'ai fait
un peu chauffer le mélange
)
& j'y ai jetté à plusieurs
reprises une once, ou une
once & demie de limaille
de fer. Il s'est fait une ébulirion
& des vapeurs blanches
: j'ai presentéune bougie
allumée à l'embouchure
du matras; cette vapeur a
pris feu, & à même temps
a fait une fulmination violente
& éclatante. J'en ai
encore approchélabougie
allumée plusieurs fois; il
s'est fait des fulminations
semblables à la premiere,
pendant lesquelles le matras
s'est trouvé assez souvent
rempli d'une flamme
qui a penetré & circulé jusqu'au
fond de la liqueur,
ôc quelquefois la flamme a
duré une espace de temps;
considerable au cou du mettras.
Liiij
Il y a plusieurs circonstances
à remarquer dans
cette opération. La première
est que l'ébulition
qui arrive quand on a jette
la limaille de fer dans la liqueur
,
provient de la dissolution
qui se fait d'une
portion du fer par l'esprit de
vitriol: mais afin que l'ébulition
,
les fumées & la
dissolution soient plus fortes,
il est necessaire de mêler
de l'eau avec l'esprit de
virriol en la proportion qui
a été dite; car si cet esprit
étoit pur,& qu'il n'eût point
été dilayé & étendu par
l'eau, ses pointes à la vérité
s'atracheroient à la limaille
de fer: mais elles y seroient
ferrées & presséesl'une
contre l'autre, en forte qu'-
elles n'auroient point leur
mouvement libre pour agir
suffisamment, & il ne se feroit
point de fulmination.
La seconde est qu'on doit
un peu chaufferlaliqueur
pour exciter les pointes du
dissolvant à penetrer le fer
& y jetter des fumées:mais
il ne faut pas qu'elle soit
trop chaude, parce que ces
fumées fortiroient trop vite,
& quand on y mettroit
la bougie allumée,elle ne
seroit que s'enflammer au
cou dumatras sans faire de
futmination;car ce bruit
ne vient que de ce que le
souffre de la matiere étant
allumé jusques dans le fond
du matras, trouve de la resistance
à s'élever, Ôc il fait
grand effort pour fondre
l'eau & se debarasser. La
troisiéme est qu'il faut necessairement
que le souffre
qui s'exalte en vapeur &
quis'enflamme,vienne uniquement
de la limaille de
fer; car l'eau ni l'esprit de
vitriol, & principalement
le plus fort, comme celui
que j'ai employé,n'ont rien
de sulfureux ni d'inflammable
! mais le fercontient
beaucoup de souffre, comme
tout le monde le sçait.
Il faut donc que lesouffre
de la limaille de fer ayant
été rarefié & developé par
l'esprit de vitriol, se foit
exal té en une vapeur tréssusceptible
du feu. La quatriéme
est que les esprits
acides de sel, de souffre&
d'alun produisentdanscette
operation le même effet
que l'espritdevitriol:mais
l'esprit de nitre ni l'eau forte
n'y excitent point de fulmination.
Au reste,l'opération dont
je viens de parler n'a pas été
inventée seulement pour la
fulmination; elle fait le
commencement d'une préparation
nommée le sel ou
le vitriol de Mars,employée
& estimée dans la Medecine.
Si l'on veut donc profiter
de ce qui est resté dans
le matras aprèslafulmination,
il faut le faire bouillir
,
le filtrer, faire evaporer
sa liqueur filtre'e à diminution
des deux tiers ou
des trois quarts, & la laisser
crystaliser en un lieu
frais: on aura le vitriol de
Mars, qui ressemble beaucoup
en figure, en couleur
& en goût au vitriol d'Angleterre
: mais il est un peu
plus doux & il senc plus le
fer. C'est un fort bon apperitif
;la dose est depuis
six grains jusqua un
fcrupulc
: si l'on en donne une
plus grande dose, il est fut
jet à exciter quelques nausées,
mais non pas avec tant.
de force que fait le vitriol
ordinaire.
Le vitriol de Mars cft
proprement une revivisifeation
du vitriol naturel;
car l'espritacide du vitriol
qui avoit été sèparé de sa
terre par la diftilation
, entre
par cette operation dans
les pores de fer, le diflfout
& s'y corporifie. J'ajoûtc à
cela que le fer contient un
sel vitriolique tréscapablc
de contribuer à la formation
de ce vitriol de Mars.
J'ai mis dans unu cornuë
de grés huit onces de vitriol
de Mars, j'y ai adapté
un grand balon ou recipicnt,
& j'en ai fait la dif.
tilation.comme on aoûtume
de faire celle à
triol ordinaire; j'en ai retiré
cinq onces & cinq dra
gmes d'un esprit acide,
clair, ressemblant beaucoup
à Tefprit de vitriol
commun, mais laissant sur
la langue un goût un peu
plus astringent ou fiyptique.
Il est sorti du balon.
d'abord qu'il a été feparc de
la cornue, une forte odeur
de souffre. Cet cfprit est
bon pour les pertes de fang,
pour les cours de ventre.
J'ai trouve dans la cornuë
une maticre fort rarefie'e,
k -re ,
très
-
friable
, rouge>
se dilayant aifémenc
dans la bouche,d'un goût
astringent tirant un peu sur
le doux c'est un beau ôc
bon safran de Mars aperitif.
J'ai mis dans un creufct
sur le feu une autre portion
de vitriol de Mars cryfialife;
lajxuticrç$çftfondue,
il
il s'en est évapore beaucoup
de flegme,&ilestrelié du
vitriol blanc, comme il arrive
quand on calcine le
vitriol commun. J'ai poussé
par un grand feu ce vitriolblanc,
il est devenu rouge
comme du coleotar. On
peut donc conclure que le
vitriol de Mars ell en toutes
choses semblable au vitriol
naturel.
àv$feuxJouterrams,
des tremblemens deterrey
des'ouragans, des éJairs&r
-du o tonmrre. -'
.(-' ,
1
Mon dessein est de donner,
par le moyen d'une
opération de Chymie, une
idée sensible de ce qui se
1
passe dans les nuës lors
qu'elles s'ouvrent en temps
detempête,pour produire
les éclairs ôc le tonnerre: mais avant que de faire
voir cette opération, il est
à propos de parler de la matiere
qui cause des effets si
violens, & d'examiner sa
nature & son origine.
On ne peut pas raisonnablement
douter que la
nature de l'éclair & du tonnerrene
soit un souffre en- amme, ôc élancé avec
beaucoup de rapidité. Nous
ne cannoissons rien d'inflammable
, ni de plus en
mouvement que le souffre,
ôc l'odeur du souffre que le
tonnerre laisse dans tous les
lieuxoù il a passé, prouve
assez sa nature. Il est donc
question de trouver l'origine
de ce souffre
: il n'est
pas vraisemblable qu'il Ce
soit formé dans les nuës, il
faut qu'il y ait étéporté en
vapeur.
Il me paroît que l'origine
de la matiere qui fait
le tonnerre est la même que
celle, des tremblemens de
terre, des ouragans, des
feux soûterrains. J'ai explique
la cause de ces grands
remuëmens dans un livre
de Chymie, à l'occasion
d'une préparation particuliere
sur le fer appeile safran
de Mars. Comme mon
explication a ététrouvée
assez juste, ôc que j'ai fait
encore plu sieurs autres experiences
qui servent à confirmer
ce que j'avois avancé,
je rapporterai en abrégé
les unes ôc les autres experiences.
Voici donc les
premieres.
On fait un mélange de
parties égales de limaille
de fer & de souffre pulverisé,
on reduit le mélange
en pâte avec del'eau, ôc on
le laisse en digestion sans
feu pendant deux ou trois
heures; il s'y fait une fermentation
& un gonflement
avec chaleur considerable
: cette fermentation
fait la pâte en plusieurs
endroits, & y fait des crevasses
par où il sort des vapeurs
qui sont simplement
chaudes,quand la matiere
n'est qu'en une mediocre
quantité:mais qui s'enflamment
lorsque , la matiere
d'où elles sont poussées fait.
une masse considerable,
comme de trente ou de
quarante livres.
La fermentation accompagnée
de chaleur, & même
de feu qui arrive dans
cette opération, procede
de la pénétration & du frotement
violent que les pointes
acides du souffre font
contre les parties du fer.
Cette experience feule
me paroîtréscapable d'expliquerdequelle
maniere
se fontdans les entrailles
de la terre les fermentations,
les remuëmcns &
les embrafemens
, comme
il arrive au mont Vesuve,
au mont Etna, & en plufleurs
autres lieux; car s'il
s'y rencontre du fer & du
souffre qui s'unissent & se
penetrent l'un l'autre, il
doit s'ensuivre une violente
fermentation, qui produira
du feu, comme dans nôtre
opération. Or il est aisé de
prouver que dans les monragnes
donc j'ai parlé il y a
du souffre & du fer; car aprés
que les flammes font
finies,on trouve beaucoup
de souffre sur la superficie
de la terre, & l'on découvre
danslescrevassesoùle
souffre a patTé, des matieres
semblables à celles qui se
separent du fer dans les
forges.
»
Voici les secondes experiences
que j'ai faites
)
qui
appuyeront les premières
& mon raisonnement. J'ai
mis du même mélangede
limaille de fer ôc de souffre,
en différentes quantitez,
dans des pots hauts & étroirs,
en sorte que la matiere
y a été plus comprimée
que dans les terrines;
il s'estfaitaussi desfermentations&
des embrasemens
plusforts, & la matieres'étant
élevée avec un peu de
violence,il en a rejailli une
partie autour des pots. J'ai
mis en été cinquante livres
du mêmemétla.n)ge dans un grand pot, j'ai placé le pot
dans un creux que j'avois
fait faire en terre à la campagne,
je l'ai couvert d'un
linge, ôc ensuirede terre à
la hauteur d'environ un
pied
}
j'ai apperçû huit ou
neuf heures après que la
-
terre se gonfloit,s'échauffoit
& se crevafToit
; puis il
en est forci des matières
foulfreufes & chaudes, ôc
ensuite quelques flammes
qui ont élargi les ouvertures,
& qui ont répandu autour
du lieu une poudre jaune
& noire. La terre a demeuré
long-tempschaude:
je l'ai levée aprèsqu'elle a
été refroidie, je n'ai trouvé
dans le pot qu'une poudre
noire & pesante, c'est la limaille
de fer dépouillée
d'une partie de son souffre.
On auroit pû mettre
davantage de terre sur le
pot: mais il y auroit eu à
craindre que la matiere
n'eût pû s'allumer faute
d'air. Cette opération rétiffit
mieux en été qu'en hyver,
à cause de la chaleur
du Soleil quiexcite un plus
grand mouvement aux parties
insensibles du fer 6c du
souffre. Il n'est donc pas
necessaire de chercher ailleurs
ce qui peut mettre les
souffres en mouvement
dans les mines & les enflammer,
leur jonction avec
le fer produira parfaitement
bien cet effet, demême
qu'elle a produit dans
nos opérations. Mais il se
presente ici une difecultéi,
c'etf que ces grandes fer
mentations & cesembraiemens
soûterrains nepeuventavoir
ete produitslans
air: or on ne comprend
pas bien par où il auroit pu
paffer de l'air si profonde-
-.ment. dans laterré.
On répond à cette obtjection
,
qu'il y a dans la
terre beaucoup de fentes
r& de conduits que nous ne
voyonspoint, & sur, tout
dans les pays chauds,où
ccsmouvemens soûterrains
.arrivent ordinairèment; car
la grande chaleur du Soleil
échauffant & calcinant, par
maniéré de dire, la terre
en plusieurs lieux, y fait
des crevasses profondes)
par où il se peut introduire
de l'air. Les tremblemens
de terre font apparemment
causez par une vapeur, qui
ayant été produite dans la
-
fermentation violente du
fer&du souffre,s'est con-
-
vertie en un vent sulfureux,
lequel se fait passage ic
roule par où il peut, en soûlevant
& branlant les terres
fous lesquelles il passe.
Si ce vent sulfureux se trou- ;
ve toujours renfermé, sans
pouvoir penetrer aucune issuë
pour s'échaper, il fait
durer le tremblement de
terre long-temps & avec
de grands efforts,jusqu'à
ce qu'il ait perdu son mouvement
: mais s'il trouve
quelques ouvertures pour
sortir, il s'élance avec grande
impetuosité,&c'est ce
qu'on appelle ouragan; il
écarce la
-
terre & fait des
abî»
abîmes, il deracine les arbres
& abat les maisons; &
les hommes même ne seroient
pas à l'abri de sa furie,
s'ils ne prenoient la
précaution de se jetter
promptement labouche&
le ventre contre terre, non
pas feulement pour s'empêcher
d'être enlevez, mais
pouréviter de respirer ce
ventlîitCureux &chaud qui
les [uffoqùoir.
Les feux foûtcçrains viennent
de la mêmeexhalaison
sulfureuse. LaNdifference
des effets qu'elle Prbduit
peut provenir de plusieurs
caules de ce que la
maticre a étéplus abondante
5
Se par. consequent.
la fermentation plusforte
de ce qu'il s'y est introduit
davantage d'air;de ce qu'il
s'est rencontré des fentes
ou des crevasses àla terre
assezgrandes, & disposées
pour laisser passer les flammes.
Cesflammesensélëvant
imperueusement ie
font bientôt un jour plus
grand, & elles donnent
lieu à toute la matiere du
fond de la terre de s'enflammer
& de pousser des
C-ux si abondas, qu'ils
couvrent & inondent cjueL
quefois de leurs cendres les
prochains villages.
Les feux folets &ceux
qui paroissent sur certaines
eaux dans les pays chauds,
tirent apparemment leur
origine de la même cause :
mais comme la vapeur fuifureufe
a été foible, &que
son plus grand mouvement
x été ralenti, en se filtrant
au travers des terres & en
passantpar leseaux,ilne
s'en est. élevéuqqwielflajïw
- me legere,spiritueuse,cr- *
rante ,
& qui n'est point entretenue
par une assez grande
quantité de matiere pour
être de durée. Il y a apparence
que les eaux minérales
chaudes, comme celles
de Bourbon, de Vichi, de
BaLrue, d'Aix,ont prisleur
chaleur des feux foûterrains,
ou des terres fulphureufes
& échauffées par où
elles ont passé; car quand
ces eaux sont en repos, il
s'enièpare des parties de
souffre aux côtez des baffînSrlifc
peut faire aussï
* que certaines eaux minérales
ayent tiré leur chaleur
d'une chaux naturelle,
quelles rencontrent en leur
chemin dans les entrailles
de la terremais cette chaux
n'est qu'une pierre calcinée
par des feux soûterrains.
Les colomnes d'eau qui
s'élevent quelquefois sur la
mer, & qui font aux matelots
les sinistres prcfages
d'un prompt naufrage,
viennent apparemment de
ces vents sulfureux pouffez
rapidement desterres de
dessous la mer) après des
fermentations pareilles à
celles dont il a été' parlé.
Les vents sulfureux, qui
font les ouragans,s'élèvent
avec tant de violence en
s'échapant de dessous la
terre,qu'il en monte une
partie jusqu'aux nues:c'estce
qui fait la matiere & la
cause du tonnerre ; car ce
vent qui contient un souffre
exalté s'embaraue dans les
nues, & y étant battu &
compriméfortement, il y
acquiertun mouvement assez
grand pour s'y enflammer
& y former l'éclair en
fendant la nuë, ôc s'élançantavec
une très- grande
rapidité. C'est CI furieux
mouvement qui cause le
bruit du tonnerre que nous
entendons; car ce vent
sulfureux sortant violemment
d'un lieu étroitoùil
étoit contraint
>
frape l'air
trés-rudement & y roule
d'une vîtesse extraordinaire,
de même que fait la
poudre qui fort d'un canon
où elle aété allumée.
On peut dire ici qu'un nitre
subtilqui est toûjours naturellement
répandu dans
l'air, se lie au souffre du tonnerre,
& augmente la force
de son mouvement &
de son action,demême
que quand oa mêlé du
salpêrre avec ousouffre
commun, il produitun efset
bien plus violent eh se
rarefiant, que quand il est
seul. Ce vent sulfureux du
tonnerre après avoir roulé
dans l'air quelque espace
de temps,se rallentit peu à
peu de son mouvement ; c'est pourquoy le tonnerre
est bien plus violent & plus
dangereux au moment qu'il
fort
fort de la nuë, que quand il
a déja fait dans l'air une
partie de ses rournoiemens
êc de ses virevoustes : mais
enfin après avoir fait tant
d'éclat, tant de bruit & tant
de fracas, il (e reduit à rien,
& il ne laisse dans les lieux -..
où il a passé qu'une odeur
de douffresemblable à celle
de l'ouragan.
Quant aux pierres de
foudre, dont le vulgaire
veut que le tonnerre foit
toûjours accompagné, leur
existence me paroît bien
douteuse, & j'ai assez de
pente à croire qu'il n'yen
a jamais eu de véritables.
Il n'est pourtant pas absolument
impossible que les
ouragans en montant rapidement
jusqu'aux nuës,
comme il a étédit, n'enlevent
quelquefois avec
eux des matieres pierreuses
& minerales, qui s'amollissant
& s'unissant par la
chaleur, forment ce qu'on
appelle pierre de tonnerre
: mais on ne trouve point
de ces pierres dans les lieux
où le tonnerre est tombé ;
ôc quand même on en auroit
trouvéquelqu'une
)
il
y auroit bien plus lieu de
croire qu'elle viendroir d'une
matiere minérale fondue
& formée par le souffre
enflammé du tonnerre
dans la terre même, que
de penser que cette pierre
eût étéformée dans l'air ou
dans les nuës, & élancée
avec le tonnerre.
Il reste une difficulté,
cess: de sçavoir comment
le vent sulfureux que j'ai
supposé être la matiere du
tonnerre , peut avoir été
allumé entre les nuës qui
sont composées d'eau, &.
y avoir été comprimé ians
s'éteindre; car il semble
que l'eau des nuës dévoit
avoir empêché que ce [ouf..
fren'allumât, ou du moins
elle devoit l'absorber étant
allumé.
Pour répondre à cette
difficulté,je dis que le souffre
étant une substance grasse,
n'est point si sujet à l'impression
de l'eau que les autres
substances, & qu'il
peut estre enflammé dans
l'eau & y brûler, de même
que le camphre 5c plusieurs
autres matieres sulfureuses
très
-
exaltées y brûlent. Il
doit néanmoins estre arrivé
qu'une partie de ce souffre
ait été plongée dans la
grande quantité d'eau qui
fait les nuës, & qu'elle se
soit éteinte avec une forte
detonnation, comme il arrive
quand on jette dans
de l'eauquelque matiere
solide rougie au feu. Cette
detonnation contribue
peut-être à faire le bruit du
tonnerre: mais l'autre partie
du souffre, qui étoit la
plus subtile ôc la plus disposée
au mouvement, a été
exprimée toute en feu. L'experience
que j'en ai faite
prouve mon raisonnement.
J'ai mis dans un matras
de moyenne capacité, &
dont le cou avoir été trempé,
trois onces de bon esprir
de vitriol, donze onces
..d'cati commune;j'ai fait
un peu chauffer le mélange
)
& j'y ai jetté à plusieurs
reprises une once, ou une
once & demie de limaille
de fer. Il s'est fait une ébulirion
& des vapeurs blanches
: j'ai presentéune bougie
allumée à l'embouchure
du matras; cette vapeur a
pris feu, & à même temps
a fait une fulmination violente
& éclatante. J'en ai
encore approchélabougie
allumée plusieurs fois; il
s'est fait des fulminations
semblables à la premiere,
pendant lesquelles le matras
s'est trouvé assez souvent
rempli d'une flamme
qui a penetré & circulé jusqu'au
fond de la liqueur,
ôc quelquefois la flamme a
duré une espace de temps;
considerable au cou du mettras.
Liiij
Il y a plusieurs circonstances
à remarquer dans
cette opération. La première
est que l'ébulition
qui arrive quand on a jette
la limaille de fer dans la liqueur
,
provient de la dissolution
qui se fait d'une
portion du fer par l'esprit de
vitriol: mais afin que l'ébulition
,
les fumées & la
dissolution soient plus fortes,
il est necessaire de mêler
de l'eau avec l'esprit de
virriol en la proportion qui
a été dite; car si cet esprit
étoit pur,& qu'il n'eût point
été dilayé & étendu par
l'eau, ses pointes à la vérité
s'atracheroient à la limaille
de fer: mais elles y seroient
ferrées & presséesl'une
contre l'autre, en forte qu'-
elles n'auroient point leur
mouvement libre pour agir
suffisamment, & il ne se feroit
point de fulmination.
La seconde est qu'on doit
un peu chaufferlaliqueur
pour exciter les pointes du
dissolvant à penetrer le fer
& y jetter des fumées:mais
il ne faut pas qu'elle soit
trop chaude, parce que ces
fumées fortiroient trop vite,
& quand on y mettroit
la bougie allumée,elle ne
seroit que s'enflammer au
cou dumatras sans faire de
futmination;car ce bruit
ne vient que de ce que le
souffre de la matiere étant
allumé jusques dans le fond
du matras, trouve de la resistance
à s'élever, Ôc il fait
grand effort pour fondre
l'eau & se debarasser. La
troisiéme est qu'il faut necessairement
que le souffre
qui s'exalte en vapeur &
quis'enflamme,vienne uniquement
de la limaille de
fer; car l'eau ni l'esprit de
vitriol, & principalement
le plus fort, comme celui
que j'ai employé,n'ont rien
de sulfureux ni d'inflammable
! mais le fercontient
beaucoup de souffre, comme
tout le monde le sçait.
Il faut donc que lesouffre
de la limaille de fer ayant
été rarefié & developé par
l'esprit de vitriol, se foit
exal té en une vapeur tréssusceptible
du feu. La quatriéme
est que les esprits
acides de sel, de souffre&
d'alun produisentdanscette
operation le même effet
que l'espritdevitriol:mais
l'esprit de nitre ni l'eau forte
n'y excitent point de fulmination.
Au reste,l'opération dont
je viens de parler n'a pas été
inventée seulement pour la
fulmination; elle fait le
commencement d'une préparation
nommée le sel ou
le vitriol de Mars,employée
& estimée dans la Medecine.
Si l'on veut donc profiter
de ce qui est resté dans
le matras aprèslafulmination,
il faut le faire bouillir
,
le filtrer, faire evaporer
sa liqueur filtre'e à diminution
des deux tiers ou
des trois quarts, & la laisser
crystaliser en un lieu
frais: on aura le vitriol de
Mars, qui ressemble beaucoup
en figure, en couleur
& en goût au vitriol d'Angleterre
: mais il est un peu
plus doux & il senc plus le
fer. C'est un fort bon apperitif
;la dose est depuis
six grains jusqua un
fcrupulc
: si l'on en donne une
plus grande dose, il est fut
jet à exciter quelques nausées,
mais non pas avec tant.
de force que fait le vitriol
ordinaire.
Le vitriol de Mars cft
proprement une revivisifeation
du vitriol naturel;
car l'espritacide du vitriol
qui avoit été sèparé de sa
terre par la diftilation
, entre
par cette operation dans
les pores de fer, le diflfout
& s'y corporifie. J'ajoûtc à
cela que le fer contient un
sel vitriolique tréscapablc
de contribuer à la formation
de ce vitriol de Mars.
J'ai mis dans unu cornuë
de grés huit onces de vitriol
de Mars, j'y ai adapté
un grand balon ou recipicnt,
& j'en ai fait la dif.
tilation.comme on aoûtume
de faire celle à
triol ordinaire; j'en ai retiré
cinq onces & cinq dra
gmes d'un esprit acide,
clair, ressemblant beaucoup
à Tefprit de vitriol
commun, mais laissant sur
la langue un goût un peu
plus astringent ou fiyptique.
Il est sorti du balon.
d'abord qu'il a été feparc de
la cornue, une forte odeur
de souffre. Cet cfprit est
bon pour les pertes de fang,
pour les cours de ventre.
J'ai trouve dans la cornuë
une maticre fort rarefie'e,
k -re ,
très
-
friable
, rouge>
se dilayant aifémenc
dans la bouche,d'un goût
astringent tirant un peu sur
le doux c'est un beau ôc
bon safran de Mars aperitif.
J'ai mis dans un creufct
sur le feu une autre portion
de vitriol de Mars cryfialife;
lajxuticrç$çftfondue,
il
il s'en est évapore beaucoup
de flegme,&ilestrelié du
vitriol blanc, comme il arrive
quand on calcine le
vitriol commun. J'ai poussé
par un grand feu ce vitriolblanc,
il est devenu rouge
comme du coleotar. On
peut donc conclure que le
vitriol de Mars ell en toutes
choses semblable au vitriol
naturel.
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Résumé : Explication physique & chymique des feux soûterrains, des tremblemens de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre.
Le texte 'Explication physique & chimique des tremblements de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre' explore les phénomènes naturels violents à travers une opération chimique. L'auteur propose que les éclairs et le tonnerre sont causés par du soufre enflammé projeté rapidement. Ce soufre, porté en vapeur, ne se forme pas dans les nuages mais y est transporté. L'origine de cette matière est comparée à celle des tremblements de terre, ouragans et feux souterrains, déjà expliquée dans un précédent ouvrage sur la chimie. L'auteur décrit plusieurs expériences pour illustrer ses propos. La première expérience consiste à mélanger de la limaille de fer et du soufre pulvérisé, réduits en pâte avec de l'eau, et laissés sans feu. Cette mixture produit une fermentation avec chaleur et gonflement, libérant des vapeurs chaudes ou enflammées selon la quantité de matière. Cette expérience explique les fermentations et embrassements dans les entrailles de la terre, comme ceux observés au mont Vesuve et au mont Etna. Les secondes expériences impliquent de placer le mélange dans des pots étroits et comprimés, provoquant des fermentations et embrassements plus forts. La matière s'élève avec violence, libérant des matières soufrées et chaudes, et parfois des flammes. Ces opérations se réalisent mieux en été en raison de la chaleur du soleil. Le texte aborde également les difficultés liées à la présence d'air dans les profondeurs de la terre, expliquant que des fentes et conduits permettent l'introduction d'air. Les tremblements de terre et ouragans sont attribués à une vapeur sulfureuse produite par la fermentation du fer et du soufre, se transformant en vent sulfureux. Ce vent, s'il trouve des ouvertures, peut provoquer des ouragans destructeurs. Les feux souterrains, feux follets et colonnes d'eau sur la mer sont expliqués par des exhalaisons sulfureuses. Les eaux minérales chaudes tirent leur chaleur de ces feux souterrains ou de terres sulfureuses. Les pierres de foudre sont jugées douteuses, bien que des matières minérales puissent être enlevées et formées par la chaleur du soufre enflammé. Enfin, l'auteur répond à la difficulté de l'allumage du vent sulfureux dans les nuages en expliquant que le soufre, étant gras, peut brûler dans l'eau. Une expérience avec de l'esprit de vitriol, de l'acide commun et de la limaille de fer illustre cette proposition, montrant des fulminations violentes et éclatantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 16-53
DISSERTATION sur la Lune qui doit regler la Pasques.
Début :
On y fait une querelle à la Lune ; les uns veulent qu'elle / Dans l'opinion où l'on est que Pasques doit toûjours se [...]
Mots clefs :
Pâques, Lune, Mars, Équinoxe, Années, Célébration, Janvier, Grecs, Mois surnuméraire, Printemps, Fête, Mois solaire, Cycle, Dimanche, Jour, Lunes, Église, Concile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION sur la Lune qui doit regler la Pasques.
On y fait une querelle
à la Lune;les uns veulent qu'-
elle foit Lune de Mars, & les
autres la desfendent contre
cette usurpation avec les armes
du raisonnement qu'ils
employent,selon moy , avec
beaucoup de justesse,d'esprit,
& d'érudition, à l'usage
que vous allez lire. Cette piece *
est de M.l'Abbé Pothonnier,
Aumônier du Roy, de qui je
ne dirois rien de trop flatteur
, -
quand je le mettroisau dessus
des
des éloges que je pourrois luy
donner.
DISSERTATION
Jhr la Lune qui doit regler
laPasques.
Dans l'opinion où l'on est
que Pdfqucs doit toûjours se
rencontrer dans la Lune de
Mars,on est surpris de voir
cette feste tomber cetteannée
dans une Lune qui commence
le trois d'Avril. La difficulté
qu'il y a d'accorder ses prejugez
avec le temps de la ce-
>
lebration
de laPasques decette
année 171 5. a fait craindre
à plusieurs d'avoir esté jusques
icy dans l'erreur ; c'est ce qui
leur a donné occasion de s'é.
claircir sur ces deux points.
1°. Si Pasques doit toûjours se
celebrer le Dimanche qui suit
le 14. de la Lune de Mars?
•£°- Quel nom on doit donner
à la Lune qui a commencé
le six de Mars? la decision de
ces deux questions dépend de !
quelques remarques qu'ilest
bon de faire pour l'intelligence
du sujet. Ainsi avant derien
resoudre sur cette matière
voyons quel est le cours du j
Soleil &de laLune, quelestla
diversité de leur mouvement ,
quelles sont les regles que l'on
suit pour les faire revenir au
mêmepoint &rentrer dans le
même ordre. Cette connoissance
est necessaire. Sans la
Science de l'Astronomie on
ne sçauroitfixer le jour de Pâques
; le Concile de Nicée en
estoitsipersuadé qu'il vouloit
qu'on consultât pour le jour
de la celebration de la Pâques
les Evêqucs d'Alexandrie qui
estoient beaucoup plus habiles
dans l'Astronomiequetous
les autres Evêques du monde.
nL'aannée eist Srolairee ou L.u- L'annéeSolaire est de 365. -
jours 5. heures & 49. minutes.
L'année Lunaire est de 354.
jours 8. heures & 44. minutes
; ainsi d'onze jours ou environ
plus courte que la Solaire.
Decette difference d'années
vient la difference des mois
dont les uns font Lunaires&
les autres Solaires.
Le mois Solaire est de 30.
jours,10 heures & 29. minutes
;mais pour n'estre point
embarrassé dans le calcul que
l'on seroit des heures & des
minutes, on les a inégalement
partagez sur tous les mois de
l'année, de maniere que les
uns sont de30.&les autres de
31. jours;on a donné que 28.
jours au mois de Février, pour
y faire plus aisément l'intercalation
du jour que forment
en 4. ans à 44. minutes prés
les 5. heures 49. minutes qui
font l'excedant des 365. jours.
Ces 44. minutes quiestoient
de trop en quatre ans furent
cause du desordre qu'il y eut
dans le Calendrier du temps
de Gregoire XIII. on en fit la
reforme
,
& pour éviter un
semblabledérangementilfut
resolu de retrancher en 400
ans trois bissextes
,
de façon
que de 4.siecles en 4. siecles il
n'y auroic des premieres an..
nées de chaque siecle, que la
premiere de chaque quatriéme
sieclequi seroit bissextile.
Le mois Lunaire çfl de 29.
jours 12 heures & 44. minutes
; &afin dene point donner
pareillement dans la même -
confusion
, on les a fixez les
uns à 30. & les autres à, 2.2Je,s
premiers se nomment pleins
& les autres caves.
Comme les mois Lunaires
font plus courts que les Solaires,
&qu'il arrivetrès souvent
que deux Lunes commencent
ou sont dans leur plcin
,
ou finissent dans un même
mois, il auroit esté plus à propos
de se servir de nombres
pour distinguer les Lunes, &
de dire par exemple la premiere
Lune, la seconde Lune, la
troisiéme Lune
, que de leur
donner le nom des mois 50..
laires. Cet expedient auroit levé
tous les doutes ; car pour
dire le vray , on a de la peine à
s'accoutûmer à denommer
une Lune du nom d'un mois
qu'elle n'éclaire quelquefois
qu'un seul jour. -
Mais puisque le langage ordinaire
veut que l'on distingue
les Lunes les unes des autres en
les qualifiantdesmêmes noms
que les mois Solaires, & que
l'on dise la Lune de Mars ,
comme on dit le mois deMars;
il s'agit d'examiner de quel
mois la Lune doit emprunter
son nom, si c'estdeceluy où
elle commence , ou bien de
celuy où elle est dans son
- plein, ou enfinde celuy oùelle
finit. Les Lunes ne marchant
point
point d'un pas égal àceluydes
mois Solaires, il se rencontre
presque toûjours qu'elles ont
leur commencement dans un
mois, & qu'elles se terminent
dans un autre.
On auroit pû donner aux
Lunes le nom des mois où elles
commencent, d'habiles
Astronomes sont de cet avis;
il auroit même mieux valu leur
donner le nom des mois où
elles font dans leur plein; cela
auroit été beaucoup plus naturel
,
puisque les Lunes regnent
plus de jours dans ce
mois que dans tout autre; mais
l'usage qui est le maître des
noms comme des Langues,
veut qu'on les dénomme des
mois où elles se terminent;
c'est ainsi qu'en usent la plûpart
des compulistes selon cet
ancien vers:
In quo completurmensiLunatio
detur.
Les douze mois Lunaires
pris ensemble étant donc plus
courts d'onze jours ou environ
que les 12. mois Solaires
aussi prisensemble
,
il s'enfuit
qu'en trois ans il s'en faut trois
fois onze joursou trente-trois
jours que lesmoisLunairesnegalène
les Solaires; ainsi il y
aura trente- sept mois Lunaires
en trois ans, au lieu que
l'on ne comptera que trentesix
mois Solaires; il se trouvera
donc en trois années
un mois surnumeraire que les
Grecs nomment fmbolzJmi.. ~,c'c~.a dire, intercalaire.
Mais comme il y a trois
jours au delà du mois surnumeraire,
il nous faut chercher
un point dans le cours de plusieurs
années ou nous trouvions
au juste une quantité de
mois surnumeraires, sans qu'il
y ait aucun jour de moins ou
de plus. Ce point
--
se trouve
tous les dix neuf ans. Dans lc.,
- l cours de dix neuf années on a
au juste septmois ou septLunes
surnumeraires. Ce point
ou ce cycle se nomme nom-
-
brc d'or. Methon sçavant Astronome
de la Ville d'Athe-
- nes en est l'Auteur. Il fut approuvé
par les Atheniens &
écrit en lettres d'or. Aussi estil
d'une grande utilitépour les
équations,puisquedans la revolution
de ces dix neuf an- Í
néeste Soleil&laLune revien- j
nent presque au même point,
& se retrouvent à peu prés
dans les mêmesdispositions.
Ce cycle nous est encore plus
précieux par l'usagequ'enfit
autrefois l'Eglise pour fixer le
jour de la célébration de la
Pâques. S. Ambroise attribuë
rétablissement de cet usage à
une Assemblée qui setint,lors
du Concile de Nicée;S. Jerôme
& le venerableBede en font
honneur à Eusebe de Cesarée.
Ce mois où cette Lune surnuméraire
doit trouver quelque
place dans le cours de la
troisiémeannée;autrement il
arriveroit que lesLunes parcourcroienttoutesles
faisons,
de forte que la Lune de Mars
serencontreroit en Automne,
cette d'Octobre dans le Printemps,
celle du solstice d'Eté
dans le solstice d'Hyver, &
ainsi des autres. C'est à cet inconvenient
que s'exposent les
Turcs & les Arabes quicomptent
leurs années par les Lunes
, & qui négligent de faire
aucune intercalation.
Il est presentement question
de sçavoir de quel mois
de la troisiéme année les deux
Lunes doivent prendre le nom.
Pour trouver ce mois, il n'y a
qu'à se rappeller le principe
que nous avons étably, ou plûtôt
que l'usage a aucorifé,qui
est que la Lune prend le nom
du mois oùelle se termine;s'il
se rencontre donc unmoisoù
2. Lunes se terminent, je dis
que ce mois est bis lunaire,
c'est à-dire, qu'il donne son
nom à deux Lunes sçavoir à
la surnumeraire & à celle qui
la suit; & par confcquent c'est
dans ce mois qu'il faut placer
la Lune embolismique.
Or danslatroisiéme,fixié.
me, neuviéme,onzieme, quatorzième
,
dix septiéme
, &
dixneuvième annéedunombre
d'or,il se trouve en chacune
de ces années un mois ou
deux Lunes se terminent. Le
calcul en est facile
,
il ne faut
que repassersur les années prccedences,
L'année1710. étoit la premiere
du nombre d'or Le premier
du mois Solaire de Janvier
étoit aussi le premier de
la Lune de Janvier;mais l'année
Lunaire étant plus courte
d'onze jours, il fallut en 1711.
retrograder d'onze jours pour
trouver le premier de la Lune
de Janvier
, en forte que le
-
premier dela Lune de Janvier
tombât, non le premier du
, mois de Janvier comme Tannée
de devant, mais le 20. de
Décembre 1710. onze jours
plus tard. Par la même rétrogradation
en 1711. le premier
de la Lune de Janvier se rencontra
le 9. de Décembre 1711.
& toûjours par la même rétrogradation
ce prèmier de la
Lune de Janviereût été le 29.
de Novembre sans l'intercalation
qui se fit du mois surnumeraire
dans le mois dAoût
1712. troisiéme du nombre
d'or. Dans ce mois se trouva
la fin de deux Lunes, sçavoir
le 2. d'Août la fin de la Lune
d'Août furnumcraire, & le 31.
d'Août la fin de la Lune
d'Août ordinaire; il en est de
même de cette année1715,
qui est la sixiéme du nombre
d'or où se doit intercaler la
Lune surnumeraire,ils'y trouvera
un mois où deux Lunes
se termineront,scavoir le mois
de Juiillet. La Lune de Juillet
surnumeraire finira le premier
de Juillet,& laLunedeJuillet
ordinaire se terminera le 30.
du même mois de Juillet qui
donne ainsi son nom à deux
Lunes , à la surnumeraire& à
l'ordinaire. On peut dire la
même chose des neuvième
* onzième
,
quatorzième
,
dixfepcièmey6c
dix neuvième du
nombre d'or ; il est aisé d'en
faire le calcul. Il est doncévident
que dans le cours de dixneuf
années nous avons sept
mois où deux Lunes se terminent
, & par consequent sept
endroits pour placer les sept
Lunes surnuméraires qui se
trouvent dans ce Cycle de dixneuf
années.
En suivant cette methode
pour intercaler la Lune furnunacraire,
nousn'avons pasune
feule LUlle qui ne 101t au
moins quelques jours dans le
mois donc elle porte le nom;
au lieu que ceux qui mettent
la Lune fornumcraire dans la
troisiéme année immédiatement
après celle de Février, &
qui prennent pour premiere
Lune ou pour Lune de Mars
celle dont le plein tombe à l'équinoxe,
ou après l'équinoxe,
donnent souvent à cette Lune
le nom d'un mois dont elle
n'éclaire pas un feui jour;c'est
ce que nous éprouvons en
cette année 1715. car sil'on
donne le nom du mois de
Mars à la Lune donc le 14. est
à l'équinoxeou apresl'équi,
noxe , il en certain que cette
Lune aura le nom d'un mois
dans lequel elle ne rompra
pas un seul jour, puifou'cHc
commence le trois d'Avril.
Ces principes reconnus
pour incontestables, & donc
la connoissance écoit necessaire
pour resoudre les deux questions
propofécs ; je dis pour
répondre à la prem cre que la
Lune de Mus ne doit point
servir de règle pour fixer la
Pâques.
Sicette Lune regloitlaPâques
,
il arriveroit siuvent on celebreroit cette Feste
avant l'équinoxe du Printemps.
Or la Pâques ne doit
jamais se celebrer avant l'équinoxe
du Printemps ; donc
la Lune de Mars n'est nullement
la regle de la Pâques.
La preuve de ma premiere
proposition cil: facile; pour
l'avoir, il n'y a qu'à remonter
jusques aux années precedentes
En 1711 le 14. de la Lune
de Mars étoit le 5. de Mars;
en 1711. le 14. de la même
Lune étoit le 21.deFévrier,
Or le Dimanche qui luit immediatement
le 5. de Mars&
le ildeFévrier estavant l'équinoxe
que l'Eglise a fixé au
zi. de Mars pour rendre la
célébration de la Pâques cont
tante, uniforme& invariable
à perpétuité, autant que l'irregularité
des Cycles & l'inégalité
du mouvement apparent
des Astres le pouvoient permettre.
Donc si la Lune de
Mars étoit la règle de la Pâ-
-
ques,on verroit souvent cette
Fête avant l'équinoxe. Mais
,
cette Feste ne doit point se celebrcr
avant l'équinoxe du
Printemps ; en voicy les preuves.
1 Le mois de Nisan ou la
LunedeNisan(c'estla même
chosecar lesHebreux,lesEgyptienslesArabes
& lesGrecs le
servoient de mois lunaires,&
ils n'avoient qu'un même terme
pour exprinici&laLune &
lemois ; man ,
manach, fwfr,
ou¡.u{vJ?;d'où les Latins ont fait
mensis) étoir le premier mois
de l'annéeEcclesiastique des
Juifs, & le temps auquel ils
faisoient leur Pâques, & cest
sur ce mois que les Conciles &
les Peresont réglé celle des
Chrétiens ; or le mois de Nifan
écoit le mois dont le premier
mier jour commençoit avec
l'équinoxe,ou suivoit de prés
l'équinoxe. Donc la Pâques
des Chrétiens qui est déterminée
par celle des Juifs, & qui
ne differe de la leur qu',çn ce
que les uns la font precisément
le 14. du moisde Nisan,
& les autres le Dimanche qui
le fuit ne doit jamais se celebrer
avant l'équinoxe du Printemps.
Dés le second siecle il y eût
de grandes contestations au
sujet du jour de Pâques entre
les Asiatiques& les Occidentaux
, les Grecs & les Latins ;
chaque party s'appuyoït sur la
tradition de son Eglise. Pour
arrêter ces disputes,&rétablir
la paix
4
il fut resolu dans la
fuite de faire plusieursCycles
qui regleroient la Pâques: dans
plusieurs Concileson y décida
cette fameusequestion,&même
au rapport d'Eusebe donc
le témoignage, comme fau.
-
teur de l'Arianisme
,
n'est pas
d'un grand poids en cette matiere,
on n'assembla le Concile
de Nicée que pour terminer
l'affaire de la celebration de la
Pâques. Or tous les Cyclesqui
furent faits à cette occasion
fixent la Pâques après l'équinoxe.
On peut consulter le
Cycle de S. Hippolyte mis par
le Cardinal Marcel dans la Bibliothèque
du Vatican & donné
par Scaliger, Grutterus, le
Pere Gilles Bûcher
, & M.
Bianchini
*
celuy de S. Denis
d'Alexandrie, de Theophile
d'Alexandrie, de Viétorius
d'Aquilée, & enfin celuy de
Denis le Petit mis au jour par
le Pere Gilles Bûcher, & approuvé
dans plusieurs Conciles
de France & d'Angleterre
tenus contre les Irlandois &
Ecossois dont l'urage estoit
different des autres Eglises
pour le jour de la célébration
de la Pâques. Donc suivain la
decision du Concile de Nicée,
- l'autorité des Cycles quenous
avons rapportez & la pratique
desEglises de France &d'Angleterre,
on doit faire Pâques
dans la Lune dont le 14. se rencontre
ou le jour de lequinoxe
ou après l'équinoxe du Printemps.
,\ Les Cycles de Theophile
d'Alexandrie,& de Viétorius
d'Aquiléen'étants pointd'accord
au sujet du jour de Pâques,
causerent quelque division
dans l'Eglise vers le cinquiéme
& sixiéme siecle. Le
Pape S. Léon & les Latins rejettoient
celuy de Theophile
pour s'arracher entièrement à
celuy de Victorius ; au contraire
les Grecs s'en tenaientà
celuy de Theophile & defapprouvoientceluy
de Viétorius.
Or il n'y avoir de difference
entre ces deux Cycles
qu'en ceque celuy de Theophile
pour ne point faire Pâ-
,
ques le même jour que lesjuifs
plaçoit cette Feste le Dimanche
qui suivoit le 14. de la Lune
, & celuy de victorius la
marquoit le Dimanche qui Cc,
trouvoit & le 14. de la Lune
&le jourdel'équinoxecequiétoit
cause que les uns cele.
broient la Pâques huit jours
plûtôt que les autres. Le Cycle
de Denis le Petit dans le fixié.
me siecle mit fin à toutes ces
disputes;les Grecs & les Latins
le suivirent ; & afin qu'il n'y
eût plus de variation ni de division
pour la celebration de
la Pâques, on convint alors
d'annoncer tous les ans à la
FestedesRoisle jour de cette
Felle. Ainsi la Lune Pascale est
celle dont le14, estàl'equinoxe
ou après l'équinoxe
,
& le
jour de la Pâques est le Dimanche
aprèsle14. de cette Lune.
Ceux qui veulent être instruits
à fond sur cette matière, doivent
lire l'excellent Livre du
sçavant Pere Petau de Doélrina
Temporum, les Traitezdu Pere
Lamy;du Pere Bonjour,&de
M. Bianchini.
Dés que c'est l'équinoxe du
Printemps qui règle la Lune
Pascale, c'eit à-dire celle où
doit se celebrer la Pâques) il
est aisé de connoistre en quel
mois &en quel quantième du
mois on doit faire Pâques.
La Lune Pascale ne peut
commencer qu'entre le 8de
Mars & le 5. d'Avrilinclusivement,
le 14. de la Lune Pascalene
peut estre plutost que
le 11. de Mars nyplus tard
que le 18. d'Avril, doùil
s'enfuit qu'on ne peut jamais -
celebrerla Pâques avantle2.1.
de Mars ny plus tard que le 2 5.
d'Avril. Ce font là les deux
points fixes entre lesquels
roule la célébration de la
Pâques.
Si tostque nous avons un
point fixe qui réglé la Pâques,
nous devons peu nous mettre
en
en peine du nom de la Lune
Pascale. Que ce foit la Lune
de Mars, d'Avril, de May,
que nous importe.Toutes
ces questions nefont que des
disputes de nom.
S'ilest vray cependant que
c'est le mois Solaire où se termine
la Lune qui donne à la
Lune sa dénomination, & si
l'intercalation se fait du mois
surnumeraire de la maniéré
dont nous l'avons marqué cydessus,
je diray pour répondre
à la fécondé question que la
Lune quiacommencé le 6. de
Mars est la Lune d'Avril , -
puisqu'elle finit le y. d'Avril;
ainsi la Pasques se celebrera
cette année aprèsle14. de la
Lune de May, & on intercalera
le mois surnumeraire dans
celuy de Juillet; donc c'est un
faux préjuge de croire quec'est
la Lune de Mars qui réglé la
Pasques.
Je ne doute pas qu'on ne
foit surpris d'entendre dire
que Pasques est dans la Lune
de May. Quelque étrange
que paroisse ce langage, il faut
parler ainsi si l'on veut suivre
nôtre systême qui n'est tel que
pour se conformer au vulgaire
& s'accommodet à l'usage ou
l'on cil de donner aux Lunes
le nom des mois où elles font;
si l'oreille pouvoit se faire à
entendre appeller Lune de
Mars celle donc aucun point
ne tombe en Mars, nous
,
pourrions dire que la Lune de
Mars est toûjours celle dont
le14. se rend ontre dans l'équinoxe
; alors nous ne ferions
point contraires à l'opinion
où l'on est que Pasques est
toujours dans laLune de Mars.
selon ce dernier sentiment la
Lune quia commencé le 6. de
Marsferoit la Lune surnumeraite
qui se mettroit tous les
trois ans immédiatement après
le mois de Février) ensorte
que cette troisiéme année feroit
de 384. jours. C'estoit à
peu prés ainsi que les Grecs
faisoient l'intercalation de
leur moisembolismique.Tous
les 4. ans à chaque Olympiade
,
dont l'époque est si fameure)
ils inferoient leur Luneembolismique,
de manière
que leur 4e. année estoit de
398. jours. jÊfq
De tout ceci on doit co
dure qu'il n'y a que trois cho-"
ses dont le concours foit abfoi
lument necessaire pour déterminer
la célébration de la Pasques.
1°. L'equinoxe du Printemps
qui est fixé au 21. de
Mars. 2°. La Lune qui est
celle dont le 14. tombe au 21.
de Mars ou aprèsle21. de
Mars. 3°. Le jour, qui cil le
Dimanche qui fuit le 4. de
cette Lune;de façonque si ce
14. se rencontroit le Dimanche,
on remettroit la Pasques
au Dimanche suivant. Ainsi
,
lorsqu'on connoît ces trois
points, on ne sçauroit se tromper
pour le jour de lacélébration
de la Pasques.
à la Lune;les uns veulent qu'-
elle foit Lune de Mars, & les
autres la desfendent contre
cette usurpation avec les armes
du raisonnement qu'ils
employent,selon moy , avec
beaucoup de justesse,d'esprit,
& d'érudition, à l'usage
que vous allez lire. Cette piece *
est de M.l'Abbé Pothonnier,
Aumônier du Roy, de qui je
ne dirois rien de trop flatteur
, -
quand je le mettroisau dessus
des
des éloges que je pourrois luy
donner.
DISSERTATION
Jhr la Lune qui doit regler
laPasques.
Dans l'opinion où l'on est
que Pdfqucs doit toûjours se
rencontrer dans la Lune de
Mars,on est surpris de voir
cette feste tomber cetteannée
dans une Lune qui commence
le trois d'Avril. La difficulté
qu'il y a d'accorder ses prejugez
avec le temps de la ce-
>
lebration
de laPasques decette
année 171 5. a fait craindre
à plusieurs d'avoir esté jusques
icy dans l'erreur ; c'est ce qui
leur a donné occasion de s'é.
claircir sur ces deux points.
1°. Si Pasques doit toûjours se
celebrer le Dimanche qui suit
le 14. de la Lune de Mars?
•£°- Quel nom on doit donner
à la Lune qui a commencé
le six de Mars? la decision de
ces deux questions dépend de !
quelques remarques qu'ilest
bon de faire pour l'intelligence
du sujet. Ainsi avant derien
resoudre sur cette matière
voyons quel est le cours du j
Soleil &de laLune, quelestla
diversité de leur mouvement ,
quelles sont les regles que l'on
suit pour les faire revenir au
mêmepoint &rentrer dans le
même ordre. Cette connoissance
est necessaire. Sans la
Science de l'Astronomie on
ne sçauroitfixer le jour de Pâques
; le Concile de Nicée en
estoitsipersuadé qu'il vouloit
qu'on consultât pour le jour
de la celebration de la Pâques
les Evêqucs d'Alexandrie qui
estoient beaucoup plus habiles
dans l'Astronomiequetous
les autres Evêques du monde.
nL'aannée eist Srolairee ou L.u- L'annéeSolaire est de 365. -
jours 5. heures & 49. minutes.
L'année Lunaire est de 354.
jours 8. heures & 44. minutes
; ainsi d'onze jours ou environ
plus courte que la Solaire.
Decette difference d'années
vient la difference des mois
dont les uns font Lunaires&
les autres Solaires.
Le mois Solaire est de 30.
jours,10 heures & 29. minutes
;mais pour n'estre point
embarrassé dans le calcul que
l'on seroit des heures & des
minutes, on les a inégalement
partagez sur tous les mois de
l'année, de maniere que les
uns sont de30.&les autres de
31. jours;on a donné que 28.
jours au mois de Février, pour
y faire plus aisément l'intercalation
du jour que forment
en 4. ans à 44. minutes prés
les 5. heures 49. minutes qui
font l'excedant des 365. jours.
Ces 44. minutes quiestoient
de trop en quatre ans furent
cause du desordre qu'il y eut
dans le Calendrier du temps
de Gregoire XIII. on en fit la
reforme
,
& pour éviter un
semblabledérangementilfut
resolu de retrancher en 400
ans trois bissextes
,
de façon
que de 4.siecles en 4. siecles il
n'y auroic des premieres an..
nées de chaque siecle, que la
premiere de chaque quatriéme
sieclequi seroit bissextile.
Le mois Lunaire çfl de 29.
jours 12 heures & 44. minutes
; &afin dene point donner
pareillement dans la même -
confusion
, on les a fixez les
uns à 30. & les autres à, 2.2Je,s
premiers se nomment pleins
& les autres caves.
Comme les mois Lunaires
font plus courts que les Solaires,
&qu'il arrivetrès souvent
que deux Lunes commencent
ou sont dans leur plcin
,
ou finissent dans un même
mois, il auroit esté plus à propos
de se servir de nombres
pour distinguer les Lunes, &
de dire par exemple la premiere
Lune, la seconde Lune, la
troisiéme Lune
, que de leur
donner le nom des mois 50..
laires. Cet expedient auroit levé
tous les doutes ; car pour
dire le vray , on a de la peine à
s'accoutûmer à denommer
une Lune du nom d'un mois
qu'elle n'éclaire quelquefois
qu'un seul jour. -
Mais puisque le langage ordinaire
veut que l'on distingue
les Lunes les unes des autres en
les qualifiantdesmêmes noms
que les mois Solaires, & que
l'on dise la Lune de Mars ,
comme on dit le mois deMars;
il s'agit d'examiner de quel
mois la Lune doit emprunter
son nom, si c'estdeceluy où
elle commence , ou bien de
celuy où elle est dans son
- plein, ou enfinde celuy oùelle
finit. Les Lunes ne marchant
point
point d'un pas égal àceluydes
mois Solaires, il se rencontre
presque toûjours qu'elles ont
leur commencement dans un
mois, & qu'elles se terminent
dans un autre.
On auroit pû donner aux
Lunes le nom des mois où elles
commencent, d'habiles
Astronomes sont de cet avis;
il auroit même mieux valu leur
donner le nom des mois où
elles font dans leur plein; cela
auroit été beaucoup plus naturel
,
puisque les Lunes regnent
plus de jours dans ce
mois que dans tout autre; mais
l'usage qui est le maître des
noms comme des Langues,
veut qu'on les dénomme des
mois où elles se terminent;
c'est ainsi qu'en usent la plûpart
des compulistes selon cet
ancien vers:
In quo completurmensiLunatio
detur.
Les douze mois Lunaires
pris ensemble étant donc plus
courts d'onze jours ou environ
que les 12. mois Solaires
aussi prisensemble
,
il s'enfuit
qu'en trois ans il s'en faut trois
fois onze joursou trente-trois
jours que lesmoisLunairesnegalène
les Solaires; ainsi il y
aura trente- sept mois Lunaires
en trois ans, au lieu que
l'on ne comptera que trentesix
mois Solaires; il se trouvera
donc en trois années
un mois surnumeraire que les
Grecs nomment fmbolzJmi.. ~,c'c~.a dire, intercalaire.
Mais comme il y a trois
jours au delà du mois surnumeraire,
il nous faut chercher
un point dans le cours de plusieurs
années ou nous trouvions
au juste une quantité de
mois surnumeraires, sans qu'il
y ait aucun jour de moins ou
de plus. Ce point
--
se trouve
tous les dix neuf ans. Dans lc.,
- l cours de dix neuf années on a
au juste septmois ou septLunes
surnumeraires. Ce point
ou ce cycle se nomme nom-
-
brc d'or. Methon sçavant Astronome
de la Ville d'Athe-
- nes en est l'Auteur. Il fut approuvé
par les Atheniens &
écrit en lettres d'or. Aussi estil
d'une grande utilitépour les
équations,puisquedans la revolution
de ces dix neuf an- Í
néeste Soleil&laLune revien- j
nent presque au même point,
& se retrouvent à peu prés
dans les mêmesdispositions.
Ce cycle nous est encore plus
précieux par l'usagequ'enfit
autrefois l'Eglise pour fixer le
jour de la célébration de la
Pâques. S. Ambroise attribuë
rétablissement de cet usage à
une Assemblée qui setint,lors
du Concile de Nicée;S. Jerôme
& le venerableBede en font
honneur à Eusebe de Cesarée.
Ce mois où cette Lune surnuméraire
doit trouver quelque
place dans le cours de la
troisiémeannée;autrement il
arriveroit que lesLunes parcourcroienttoutesles
faisons,
de forte que la Lune de Mars
serencontreroit en Automne,
cette d'Octobre dans le Printemps,
celle du solstice d'Eté
dans le solstice d'Hyver, &
ainsi des autres. C'est à cet inconvenient
que s'exposent les
Turcs & les Arabes quicomptent
leurs années par les Lunes
, & qui négligent de faire
aucune intercalation.
Il est presentement question
de sçavoir de quel mois
de la troisiéme année les deux
Lunes doivent prendre le nom.
Pour trouver ce mois, il n'y a
qu'à se rappeller le principe
que nous avons étably, ou plûtôt
que l'usage a aucorifé,qui
est que la Lune prend le nom
du mois oùelle se termine;s'il
se rencontre donc unmoisoù
2. Lunes se terminent, je dis
que ce mois est bis lunaire,
c'est à-dire, qu'il donne son
nom à deux Lunes sçavoir à
la surnumeraire & à celle qui
la suit; & par confcquent c'est
dans ce mois qu'il faut placer
la Lune embolismique.
Or danslatroisiéme,fixié.
me, neuviéme,onzieme, quatorzième
,
dix septiéme
, &
dixneuvième annéedunombre
d'or,il se trouve en chacune
de ces années un mois ou
deux Lunes se terminent. Le
calcul en est facile
,
il ne faut
que repassersur les années prccedences,
L'année1710. étoit la premiere
du nombre d'or Le premier
du mois Solaire de Janvier
étoit aussi le premier de
la Lune de Janvier;mais l'année
Lunaire étant plus courte
d'onze jours, il fallut en 1711.
retrograder d'onze jours pour
trouver le premier de la Lune
de Janvier
, en forte que le
-
premier dela Lune de Janvier
tombât, non le premier du
, mois de Janvier comme Tannée
de devant, mais le 20. de
Décembre 1710. onze jours
plus tard. Par la même rétrogradation
en 1711. le premier
de la Lune de Janvier se rencontra
le 9. de Décembre 1711.
& toûjours par la même rétrogradation
ce prèmier de la
Lune de Janviereût été le 29.
de Novembre sans l'intercalation
qui se fit du mois surnumeraire
dans le mois dAoût
1712. troisiéme du nombre
d'or. Dans ce mois se trouva
la fin de deux Lunes, sçavoir
le 2. d'Août la fin de la Lune
d'Août furnumcraire, & le 31.
d'Août la fin de la Lune
d'Août ordinaire; il en est de
même de cette année1715,
qui est la sixiéme du nombre
d'or où se doit intercaler la
Lune surnumeraire,ils'y trouvera
un mois où deux Lunes
se termineront,scavoir le mois
de Juiillet. La Lune de Juillet
surnumeraire finira le premier
de Juillet,& laLunedeJuillet
ordinaire se terminera le 30.
du même mois de Juillet qui
donne ainsi son nom à deux
Lunes , à la surnumeraire& à
l'ordinaire. On peut dire la
même chose des neuvième
* onzième
,
quatorzième
,
dixfepcièmey6c
dix neuvième du
nombre d'or ; il est aisé d'en
faire le calcul. Il est doncévident
que dans le cours de dixneuf
années nous avons sept
mois où deux Lunes se terminent
, & par consequent sept
endroits pour placer les sept
Lunes surnuméraires qui se
trouvent dans ce Cycle de dixneuf
années.
En suivant cette methode
pour intercaler la Lune furnunacraire,
nousn'avons pasune
feule LUlle qui ne 101t au
moins quelques jours dans le
mois donc elle porte le nom;
au lieu que ceux qui mettent
la Lune fornumcraire dans la
troisiéme année immédiatement
après celle de Février, &
qui prennent pour premiere
Lune ou pour Lune de Mars
celle dont le plein tombe à l'équinoxe,
ou après l'équinoxe,
donnent souvent à cette Lune
le nom d'un mois dont elle
n'éclaire pas un feui jour;c'est
ce que nous éprouvons en
cette année 1715. car sil'on
donne le nom du mois de
Mars à la Lune donc le 14. est
à l'équinoxeou apresl'équi,
noxe , il en certain que cette
Lune aura le nom d'un mois
dans lequel elle ne rompra
pas un seul jour, puifou'cHc
commence le trois d'Avril.
Ces principes reconnus
pour incontestables, & donc
la connoissance écoit necessaire
pour resoudre les deux questions
propofécs ; je dis pour
répondre à la prem cre que la
Lune de Mus ne doit point
servir de règle pour fixer la
Pâques.
Sicette Lune regloitlaPâques
,
il arriveroit siuvent on celebreroit cette Feste
avant l'équinoxe du Printemps.
Or la Pâques ne doit
jamais se celebrer avant l'équinoxe
du Printemps ; donc
la Lune de Mars n'est nullement
la regle de la Pâques.
La preuve de ma premiere
proposition cil: facile; pour
l'avoir, il n'y a qu'à remonter
jusques aux années precedentes
En 1711 le 14. de la Lune
de Mars étoit le 5. de Mars;
en 1711. le 14. de la même
Lune étoit le 21.deFévrier,
Or le Dimanche qui luit immediatement
le 5. de Mars&
le ildeFévrier estavant l'équinoxe
que l'Eglise a fixé au
zi. de Mars pour rendre la
célébration de la Pâques cont
tante, uniforme& invariable
à perpétuité, autant que l'irregularité
des Cycles & l'inégalité
du mouvement apparent
des Astres le pouvoient permettre.
Donc si la Lune de
Mars étoit la règle de la Pâ-
-
ques,on verroit souvent cette
Fête avant l'équinoxe. Mais
,
cette Feste ne doit point se celebrcr
avant l'équinoxe du
Printemps ; en voicy les preuves.
1 Le mois de Nisan ou la
LunedeNisan(c'estla même
chosecar lesHebreux,lesEgyptienslesArabes
& lesGrecs le
servoient de mois lunaires,&
ils n'avoient qu'un même terme
pour exprinici&laLune &
lemois ; man ,
manach, fwfr,
ou¡.u{vJ?;d'où les Latins ont fait
mensis) étoir le premier mois
de l'annéeEcclesiastique des
Juifs, & le temps auquel ils
faisoient leur Pâques, & cest
sur ce mois que les Conciles &
les Peresont réglé celle des
Chrétiens ; or le mois de Nifan
écoit le mois dont le premier
mier jour commençoit avec
l'équinoxe,ou suivoit de prés
l'équinoxe. Donc la Pâques
des Chrétiens qui est déterminée
par celle des Juifs, & qui
ne differe de la leur qu',çn ce
que les uns la font precisément
le 14. du moisde Nisan,
& les autres le Dimanche qui
le fuit ne doit jamais se celebrer
avant l'équinoxe du Printemps.
Dés le second siecle il y eût
de grandes contestations au
sujet du jour de Pâques entre
les Asiatiques& les Occidentaux
, les Grecs & les Latins ;
chaque party s'appuyoït sur la
tradition de son Eglise. Pour
arrêter ces disputes,&rétablir
la paix
4
il fut resolu dans la
fuite de faire plusieursCycles
qui regleroient la Pâques: dans
plusieurs Concileson y décida
cette fameusequestion,&même
au rapport d'Eusebe donc
le témoignage, comme fau.
-
teur de l'Arianisme
,
n'est pas
d'un grand poids en cette matiere,
on n'assembla le Concile
de Nicée que pour terminer
l'affaire de la celebration de la
Pâques. Or tous les Cyclesqui
furent faits à cette occasion
fixent la Pâques après l'équinoxe.
On peut consulter le
Cycle de S. Hippolyte mis par
le Cardinal Marcel dans la Bibliothèque
du Vatican & donné
par Scaliger, Grutterus, le
Pere Gilles Bûcher
, & M.
Bianchini
*
celuy de S. Denis
d'Alexandrie, de Theophile
d'Alexandrie, de Viétorius
d'Aquilée, & enfin celuy de
Denis le Petit mis au jour par
le Pere Gilles Bûcher, & approuvé
dans plusieurs Conciles
de France & d'Angleterre
tenus contre les Irlandois &
Ecossois dont l'urage estoit
different des autres Eglises
pour le jour de la célébration
de la Pâques. Donc suivain la
decision du Concile de Nicée,
- l'autorité des Cycles quenous
avons rapportez & la pratique
desEglises de France &d'Angleterre,
on doit faire Pâques
dans la Lune dont le 14. se rencontre
ou le jour de lequinoxe
ou après l'équinoxe du Printemps.
,\ Les Cycles de Theophile
d'Alexandrie,& de Viétorius
d'Aquiléen'étants pointd'accord
au sujet du jour de Pâques,
causerent quelque division
dans l'Eglise vers le cinquiéme
& sixiéme siecle. Le
Pape S. Léon & les Latins rejettoient
celuy de Theophile
pour s'arracher entièrement à
celuy de Victorius ; au contraire
les Grecs s'en tenaientà
celuy de Theophile & defapprouvoientceluy
de Viétorius.
Or il n'y avoir de difference
entre ces deux Cycles
qu'en ceque celuy de Theophile
pour ne point faire Pâ-
,
ques le même jour que lesjuifs
plaçoit cette Feste le Dimanche
qui suivoit le 14. de la Lune
, & celuy de victorius la
marquoit le Dimanche qui Cc,
trouvoit & le 14. de la Lune
&le jourdel'équinoxecequiétoit
cause que les uns cele.
broient la Pâques huit jours
plûtôt que les autres. Le Cycle
de Denis le Petit dans le fixié.
me siecle mit fin à toutes ces
disputes;les Grecs & les Latins
le suivirent ; & afin qu'il n'y
eût plus de variation ni de division
pour la celebration de
la Pâques, on convint alors
d'annoncer tous les ans à la
FestedesRoisle jour de cette
Felle. Ainsi la Lune Pascale est
celle dont le14, estàl'equinoxe
ou après l'équinoxe
,
& le
jour de la Pâques est le Dimanche
aprèsle14. de cette Lune.
Ceux qui veulent être instruits
à fond sur cette matière, doivent
lire l'excellent Livre du
sçavant Pere Petau de Doélrina
Temporum, les Traitezdu Pere
Lamy;du Pere Bonjour,&de
M. Bianchini.
Dés que c'est l'équinoxe du
Printemps qui règle la Lune
Pascale, c'eit à-dire celle où
doit se celebrer la Pâques) il
est aisé de connoistre en quel
mois &en quel quantième du
mois on doit faire Pâques.
La Lune Pascale ne peut
commencer qu'entre le 8de
Mars & le 5. d'Avrilinclusivement,
le 14. de la Lune Pascalene
peut estre plutost que
le 11. de Mars nyplus tard
que le 18. d'Avril, doùil
s'enfuit qu'on ne peut jamais -
celebrerla Pâques avantle2.1.
de Mars ny plus tard que le 2 5.
d'Avril. Ce font là les deux
points fixes entre lesquels
roule la célébration de la
Pâques.
Si tostque nous avons un
point fixe qui réglé la Pâques,
nous devons peu nous mettre
en
en peine du nom de la Lune
Pascale. Que ce foit la Lune
de Mars, d'Avril, de May,
que nous importe.Toutes
ces questions nefont que des
disputes de nom.
S'ilest vray cependant que
c'est le mois Solaire où se termine
la Lune qui donne à la
Lune sa dénomination, & si
l'intercalation se fait du mois
surnumeraire de la maniéré
dont nous l'avons marqué cydessus,
je diray pour répondre
à la fécondé question que la
Lune quiacommencé le 6. de
Mars est la Lune d'Avril , -
puisqu'elle finit le y. d'Avril;
ainsi la Pasques se celebrera
cette année aprèsle14. de la
Lune de May, & on intercalera
le mois surnumeraire dans
celuy de Juillet; donc c'est un
faux préjuge de croire quec'est
la Lune de Mars qui réglé la
Pasques.
Je ne doute pas qu'on ne
foit surpris d'entendre dire
que Pasques est dans la Lune
de May. Quelque étrange
que paroisse ce langage, il faut
parler ainsi si l'on veut suivre
nôtre systême qui n'est tel que
pour se conformer au vulgaire
& s'accommodet à l'usage ou
l'on cil de donner aux Lunes
le nom des mois où elles font;
si l'oreille pouvoit se faire à
entendre appeller Lune de
Mars celle donc aucun point
ne tombe en Mars, nous
,
pourrions dire que la Lune de
Mars est toûjours celle dont
le14. se rend ontre dans l'équinoxe
; alors nous ne ferions
point contraires à l'opinion
où l'on est que Pasques est
toujours dans laLune de Mars.
selon ce dernier sentiment la
Lune quia commencé le 6. de
Marsferoit la Lune surnumeraite
qui se mettroit tous les
trois ans immédiatement après
le mois de Février) ensorte
que cette troisiéme année feroit
de 384. jours. C'estoit à
peu prés ainsi que les Grecs
faisoient l'intercalation de
leur moisembolismique.Tous
les 4. ans à chaque Olympiade
,
dont l'époque est si fameure)
ils inferoient leur Luneembolismique,
de manière
que leur 4e. année estoit de
398. jours. jÊfq
De tout ceci on doit co
dure qu'il n'y a que trois cho-"
ses dont le concours foit abfoi
lument necessaire pour déterminer
la célébration de la Pasques.
1°. L'equinoxe du Printemps
qui est fixé au 21. de
Mars. 2°. La Lune qui est
celle dont le 14. tombe au 21.
de Mars ou aprèsle21. de
Mars. 3°. Le jour, qui cil le
Dimanche qui fuit le 4. de
cette Lune;de façonque si ce
14. se rencontroit le Dimanche,
on remettroit la Pasques
au Dimanche suivant. Ainsi
,
lorsqu'on connoît ces trois
points, on ne sçauroit se tromper
pour le jour de lacélébration
de la Pasques.
Fermer
8
p. 90-91
AUTRE.
Début :
Jamais ô grand Monarque, avec toy Mars ne . cloche, [...]
Mots clefs :
Mars, Monarque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Jamais ô grand Monarque , avec
toyMars ne cloche,
Il veut que tes laurierssurpasent
le sapin,
'g*Us triomphent par tout , en dépitdu vilain;
Avec Itty tu petts tout, tul'as toujours
en poche.
r.fllte d'arme aux combats, Nico.
lasprendsa , broche,
Et firrs se soucier de larder fin
Lapin,
Il emmene avecluyson Marmiton
Martin,
L'un & l'autre pour toy ,
surmontent
toute accroche.
Le François du combat revient toûjours
fanglanr,
Ilne cede jamais , c'estsonmoindre
talenr,
Ton nom,Louis
,
inspireunechaleur
divine.
Jamaissous tes drapeaux on nefut
malheureux
Tu charmes le Dieu Mars, tu le rends amoureux,
Et Bellone en t'aimant, ness point
une , coquine,
Jamais ô grand Monarque , avec
toyMars ne cloche,
Il veut que tes laurierssurpasent
le sapin,
'g*Us triomphent par tout , en dépitdu vilain;
Avec Itty tu petts tout, tul'as toujours
en poche.
r.fllte d'arme aux combats, Nico.
lasprendsa , broche,
Et firrs se soucier de larder fin
Lapin,
Il emmene avecluyson Marmiton
Martin,
L'un & l'autre pour toy ,
surmontent
toute accroche.
Le François du combat revient toûjours
fanglanr,
Ilne cede jamais , c'estsonmoindre
talenr,
Ton nom,Louis
,
inspireunechaleur
divine.
Jamaissous tes drapeaux on nefut
malheureux
Tu charmes le Dieu Mars, tu le rends amoureux,
Et Bellone en t'aimant, ness point
une , coquine,
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9
p. 69-80
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Jean Frederic Guib, Docteur ès Droits, à M. le Marquis de ... sur l'origine & les Antiquitez de la Ville d'Orange.
Début :
C'est une tradition dans ce Pays qu'Orange a été fondée en même temps [...]
Mots clefs :
Orange, Colonie, Mars, Empereur, Romains, Médaille, Hercule, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Jean Frederic Guib, Docteur ès Droits, à M. le Marquis de ... sur l'origine & les Antiquitez de la Ville d'Orange.
EXTRAIT esune Lettre écrite par
M. Jean Frederic Guib , DoEleur h
Droits i a M. le Marquis de .. . fur
l'origine & les Antie/uiteT^dc la Pille
d'Orange.
C'Est une tradition dans ce Pays qù'O.
' range a été- fondée en même temps
qu'Avignon , 8c que ces deux Villes doi
vent leur origine aux Phocéens ou Grecs
Asiatiques ; mais c'est une chose bien dif
ficile , pour ne pas dire impossible , que
de vouloir aujourd'hui marquer précisé
ment letemps auquel elles ont été fon
dées. Pline le Naturaliste , livre j. chap.
5'. en parlant des Villes de l'Italie qui lui
D iij de
70 MERCURE DE FRANCË.
de voit être un païs très.connu, puisque'
c' étoit la pártie'du monde la plus polie 8e
la plus éclairée, & danslaquelle même if
étoit né , avojie néanmoins qu'il lui sera;
très.difficile de fixer la situation des Vil
les d'Italie sic de marquer leur origine y.
Nec Jitus origine/que persequi facile esi..
Si un Ecrivain de cette importance con-'
feslè une telle chose à l'égard des Villes
de l'Italie, comment sera.t-il poslible au-'
jourd'hui qu'il s'est écoulé ún si grand
nombre de siecles, de pouvoir désigner le
tems de la fondation de la plupart des an
ciennes Villes- de ces Provinces habitées
par des Peuples qui n'a voient aucun soiiv
d'écrire les évenemens dignes d'être tranCrriìs
à la posterité.
Tout ce donc qu'on peut dire rest qu'en.
l'année (a ) six cens avant la nailîàncer
de notre Seigneur Jeíùs.Çhrist , des Habitans
de Phocée , ville de l'Ionie dans l'A
sie Mineure , étant sortis de leur Patrie,
vinrent fonder la ville de Marseille, &
que dans la fuite d'autres Phocéens étant
également venus à Marseille , ils sorti
rent de cette Ville , qui étoit déja extrê
mement peuplée & fonderent les Villes
de Nice, d'Antibes , d'Agde, & peutêtre
même la Ville d'Orange , &c. Mais
( a ) Cette année concourt avec la premiere
année de la 4j- Oiimpiade.
y A N V I E R tin. f t 7t
fòit que ces Phocéens en ayent été les
fondateurs ou qu'ils y ayent seulement en
voyé Une Colonie , on peut aíîurer qu'O
range n'a commencée d'être opulente Se
renommée que depuis qu'elle fut assu
jettie à la domination Romaine > car envi
ron ans avant l'Ere vulgaire , cet
te Ville n'étoit encore qu'un Bourg. Je
me fonde íurce que Tite.Live parlant du
pais que nous habitons a écrit dans le Li
vre li. chap. 28. que dans ce tems-là les
Gaulois de la Rite gauche du Rhône ,
habitoient dans les Bourgs. La Ville d'O
range qui par fa situation ne se trouve
éloignée du Rhône que d'une lieùë , ne
pou voit pas être , íuivant les apparences ,
ni plus puissante , ni d'une plus vaste
étendue que les habitations des peuples
du voisinage.
Environ cent vingt.quatre ans avant la
riaiíïànce de notre Sauveur , les Romains
étant sollicitez par les Marfeillois de leur
envoyer des Troupes pour les secourir ,
ils profiterent habilement de cette occa
sion , & ayant eu le bonheur. de battre les
ennemis dans deux grandes 8c celebres
batailles , la conquête de la^rovence , du
Languedoc , de la Savoye & du Dauphiné,
fût à peu . près le fruit de leurs vic
toires. Le Territoire de cette Ville ayant
été le Théatre fur lequel ces mémorables
* biii) se
7i MERCURE DÉ FRANCE'.
& glorieuses actions s'étoient paslées , lô$
Romains pour éterniser des faits si con
siderables y firent construire notre Arc de
Triomphe , comme je l'ai prouvé dans la
Diísertation qui a été inserée dans le Mer
cure de Paris du- mois de Decembre 17 1 iJ.
page 1 8c fui v. Voilà l'origine de cette
particuliere prédilection & de ce tendre
attachement que ces- superbes Vainqueurs
ont toujours depuis ce tems-là cherement
conservé pour cette Ville.
Elle est devenue Colonie Romaine en1.
viron 4 5. ans avant k naissance de Jesus1.
Christ par le ministere de Tibere Neron
Pere de l'Empereur Tibere ; car ce fut
fous les auspices de ce grand Homme
que des soldats de la seconde legion
vinrent dans cette Ville , de lui' procure'.
lent par.là le nom à'Araitfio Secunda^
normn:
L'an (Í4.0U environ de l'Ere vulgaire
les Romains auraient envoyé une seconde
Colonie dansicette Ville, si ce que Goltzius
a écrit étoit veritable. Cet antiquaire
assure dans son Trésor des Medailles qu'if
y a une Medaille de l'Empereur Neron
sûr laquelle op lit ces paroles íuivantes .•
Colonia 'Araufìo Secnndanornm cohortis
55. viluntariomm.. Ce qui signifierait
que sous le regne de cet Empereur on
envoya dans cette Ville une Colonie pri*
J A NV 1ER 1724.. 73
se des soldats de la cohorte }}. de la ( a )
íeconde legion. Mais comme Pillustre
M. de Peirescn'a jamais pu deterrer une
semblable Medaille , quelques recherches
qu'il ait faites , au rapport de Gaiîèndi in
vita Peiresk.it, f*g. 4.5. il y a lieu de
soupçonner que Goltzius ne s'est pas ex
primé avec l'exactitude convenable. Ce
pendant je ne voudrois pas assurer que
cette Medaille n'ait jamais existé, il peut
bien être que M. de Peireíc arec toutes
ses recherches , n'aura pas trouvé ce qu'un
heureux hazard pouîroit procurer à un;
Curieux de Medailles. Geui qui ont cette
paflìon doivent ^enflammer d'une nou
velle ardeur pour tâcher de découvrir'
une piece d'une si grande rareté , Se ilsr
seroient bien pavez de leurs peines &de
leurs foins par le plaisir de posseder une
Medaille qui auroit été inconnue à une
personne d'un merite auísi distingué que
M. dePeirefo
Quoiqu'il en soit les Romains ayant ho
noré cette Ville d'une Colonie Militaire,
ils lui accorderent les privileges & les'
prérogatives qui y étoient attachez. Au-'
lu.gelíe,au livre 1 6. chap. ij. de Ces
Nuits Attiques , a judicieusement remar
qué que les Colonies étoient en petit une
( a ) La Legion n'étoh ordinairement divi
sée qu'en dix cohortes.
D v image
74 MERCURE DE FRANCE.
image & une representation de la. ma
jesté & de l'opulence dela ville de Rome^
Amplimdinem, Majestatemque Populi Ro
mani Colonie quasi effigies parva ,
jìmulacraque ejfe qu&iam "jidentur. Pair
consequent Orange avoit des Pontifes
ponr regler toutes les affaires concer
nant la Religion , des AugureS qui observoient
le tems favorable pour com
mencer quelque affaire > íoit par le vol ,
chant , ou le manger des oiíeaux , des
Aruspices pour predire l'avenir en re
gardant les entrailles des Victimes, dejf
Ceníeurs , pour regler les moeurs , re
trancher les abus , faite le dénombre
ment des Citoyens & leur assigner un
rang à proportion de leur revenu y des
Quêteurs ou Trésoriers pour exiger Se
avoir foin des deniers publics > des Ediles
pour veiller à la conservation des Edifices
publics tant Saints que Profanes , pour
avoir l'oeil à l'entretien des grands che
mins , des Ponts , des Bains publics, des
Aqueducs , &c pour taxer les Denrées
qui íè vendoient dans les places publi
ques , pour punir ceux qui usoient de.
faux poids & de faussés meíùres , &c.
Les Romains en relevant de cette ma
nière la gloire de cette Ville par la créa
tion de ses dignitez , n'oublierent pas auffi
de l'embellir par un grand nombre de
íôm
/ Â tftf ï' É R 1724. 7 f
íomptueux Bâtimens , des Temples dé
diez à Mars (a) , Diane , Hercule , &c.
furent des preuves de leur zele pour le
culte de ces fausses Divinitez ; des sbains
publics & particuliers , des pavez à la
Mosaïque , des Arenes , un Capitole, urt
Champ de Mars , un Théatre & des
Aqueducs , furent des marques de leur
luxe ou de leur magnificence. Ce qui
nous reste aujourd'hui de ces ouvrages ,
ne nous fait pas moins admirer la somp
tuosité du Bâtiment que l'excellent genie
de ceux qui précedoient à la construction
de ces travaux si utiles 8c si necessaires
aux peuples qui étoient soumis à leur
domination.'
Je passerois de beaucoup les bornes
que je me fuis prescrites dans cet abregé,
íî je parlois avec l'étenduë necessaire de
tous ces divers Edifices ; cependant je ne
fìjaurois m'empêcher d'en dire quelque
chose , quand ce ne seroit que pour indi
ques l'état dans lequel on les voit pré
sentement.
Les Temples de Mars , de Diane &
d'Hercule sont àpreíènt entierement dé
truits. Les Uns assurent que le Temple
de Diane étoit situé à l'endroit où est au-
(a) Il y a des gens qui croyent que les Tem
ples de Mars , & d'Hercule furent bâtis avant
qu'Orange devint Colonie Romaine. .
76. MERCURE DE FRANCE.
jourd'hui l'Eglise Cathedrale ; les autres
disent qu'il étoit fur le derriere du logis
des trois Oranges ; mais d'autres préten
dent qu'en ce dernier endroit l'on voyoit
les Temples de Mars , & d'Hercule , 8c
que dehors la Ville , à la plaine appellée
Martignan , il y a voit un autre Temple
coníàcré au Dieu Mars.
Les Bains publics se trouvent mainte
nant éloignez d'environ 250. pas de la
Porte de Tourre. Ce n'est presque plus
des mazures r nommées vulgairement la
Tour. Ronde.
Les Arenes iônt entierement détruites;.
elles étoient placées dans une Terre à eni
viron 460. pas de la Porte de Saint Mar
tin. C'ëtoit là que les Gladiateurs se battoient
avant. la construction de notre
Theatre. .
Le Capitole , qui étoit ainsi appelle ,
parce qu'il étoit situé dans un lieu le
plus. élevé de la Ville , étoit placé íùr
notre Montagne , ca r Orange étoit four
lors située partie fur la Montagne & par
tie dans la plaine. C'est dáns cet endroit
que deux Magistrats appeliez' Diiumvirs
rendoient la Justice ; oh les éliïòit ctu
corps des Decurions qui étoient à peu
près ce que font à present nos Coníeil
lers politiques. If qui non fit Deciino
JDmmviraut , vd aliis honoribus fungl
non.
JANVIER 17*4. 77.
non potest. liv, 7. $. 2. íF. de Dccurion. SS
filiis eorum. Decuriones , dit le Jurifcon-.
fuite Pomponius au §. 5. de la loi 239^
du Titre du Digeste de verbor. fignif..
Quidam diílos aiunt ex eo , quod initio ^
cum coloni» deduceretur , decima part
eorum , qui' dncerenturconfilii' publici gra-'
ri* y conscribi solita fit.
Le Champ de Mars étoit situé dans l'en-'
droit où est aujourd'hui le Couvent des
Religieux Capucins -, qui étroit autrefois'
le Fau xbourg Saint Florent, & aupara
vant le Bourg de la Clastre. C'étoitdans'
ce champ qu'on s'éxerçoit à la course, à'
la lutte, à tirer de l'arc 3 &c. qu'on bruloit
les corps y Sec.
Notre Théatre appelle communément'
le Cirque servait pour les courses des'
chariots , les combats des Gladiateurs &
des bêtes feroces , & poiír donner les'
naumachies pr ie moyen de l'eau que:
l'on' y faiíòit venir en abondance , toutes'
l«s fois qu'on le fouhaittoit , erî ouvrant
des conduits destinez à cet usage. lia 108.' .
pieds de hauteur & 124. de largeur. Je
dirai ailleurs qu'il a été bâti sous le re
gne de l'Empereur Adrien , environ 121,
ans après la naissance de notre di via
Sauveur.
L'Aqueduc avort son origine à quel
ques lieues de cette Ville dans le Terxoir
f* MERCURE DE FRANCE.
roir de Malauslenne , petite Ville dit
Gomtat. Il íerroit à conduire l'eau qui
étoit nécessaire pour les bains 8c pour les
naumachíes , &c. Oh en voit encore des
débris assez considerables.
Si à tous ces' precieux restes ont joint
les bas.reliefs., les pavez à la Moíàïque ,
Sec. qui se voient chez diyers particu
liers, on'J conviendra facilement qu'O
range devoit être une Ville bien magni
fique & bien opulente. Quelle perte
n'est.ce pas pour la" Republique des Let
tres , n quelque Auteur ancien avoit
entrepris une Deícription exacte & fi
dele de cette Ville dans le tems qu'elle
étoit dans íà íplendeur , qu'un tel Ou
vrage ne soit pas parvenu juíqu'à nous ?
Combien de Coutumes & de ceremonies,
tant íàcrées que prophaites , qui étoient
usitées parmi les Romains , & qui nous
sont à present inconnues , n'apprendrions-.
rtous pas par' la lecture d'un semblable
Ouvrage? Plus l'Auteur auroit été judi
cieux ,& plus nous y découvririons des
faits curieux & interessons, La perle de'
Cleopatre qui fut mise aux oreilles de
la Statue de la Déesse Venus, ou la cassette
ornée de pierreries dans laquelle Alexan
dre le Grand mettoit les Ouvrages d'Homere
, ne seroient pas capable de payer
an tel Livre. Si on étoit assez heureux
.:u* pour
JANVÍER ^724. ff
jjoíseder une semblable production , on
auroic le plaisir de voir d'une maniere
claire & convaincante que les Sorligers ,
les Saumajflès , les Menage, les Spon ,
les Voíïïus les Spanheim , les Dacier ,
& en un mot, que la plupart de ceux
qui se sont attachez à expliquer les Antiquitez
Romaines , ont heureuíement ren
contre la verité , & nous ne serions plus
dans l'incertitude s'ils se sont quelque.,
fois trompez dans leurs raisonnemens,
ou dans leurs conjectures..
Les autres Anciens qui ont parlé d'O
range l'ont fait d!une maniere si succinte,
que cela ne donne pas de grands éclaireiflèmens
à ceux qui font une étude par
ticuliere de l'Histoire ancienne de cette
Ville. On en powrra juger , si on lit ce
que les Auteurs suivans en ont dit.
Strabon , celebre Geographe , qui vi-
Voit sous les regnes des Empereurs Au
guste & Tibere , est le plus ancien Au
teur qui ait fait mention d'Orange.
Pomponius Mela qui vivoit.íôus le
regne de l'empereur Claude a aussi par.r
lé de cette Ville.
Pline le Naturaliste en a également
parlé. Il vivoit fous le regne de l'Empe
reur Vespaíîen.
Pcolemée , le Prince des Astronomes
qui fleurissoit sous le regne de l'Empe
reur
U MERCURE- DE FRANCE.
reur Adrien a pareillement sait mention
de cette Ville , de même que l'Itinéraire
que l'on attribuè' à l'Empereur Anto.,
nin , &c.
Peut.être ne íèroit-if pas inutile avant
que de finir de donner l'étimologie du
nomà'Orange. Je le ferois avec plaisir,
íì je ne croyois qu'il y a trop d'incertitu
de dans cette science , pour pouvoir s'y
arrêter avec quelque fondement. Une
rencontre , un rien sont quelquefois les
motifs du nom que l'on donne à une.
Ville ; qu'on aille après cela donner une
raison de ce qui est un pur effet du hazard.
Ainsi ,. Monsieur , j'aime mieux
employer le peu d'espace qui me reste à
vous supplier très.humblement de me
pardonner la liberté que j'ai priíê de
mettre vôtre illustre nom à la tête de
cet Écrit,. &c. ;
A Orange >.cé r. Septembre. ìjì jì
M. Jean Frederic Guib , DoEleur h
Droits i a M. le Marquis de .. . fur
l'origine & les Antie/uiteT^dc la Pille
d'Orange.
C'Est une tradition dans ce Pays qù'O.
' range a été- fondée en même temps
qu'Avignon , 8c que ces deux Villes doi
vent leur origine aux Phocéens ou Grecs
Asiatiques ; mais c'est une chose bien dif
ficile , pour ne pas dire impossible , que
de vouloir aujourd'hui marquer précisé
ment letemps auquel elles ont été fon
dées. Pline le Naturaliste , livre j. chap.
5'. en parlant des Villes de l'Italie qui lui
D iij de
70 MERCURE DE FRANCË.
de voit être un païs très.connu, puisque'
c' étoit la pártie'du monde la plus polie 8e
la plus éclairée, & danslaquelle même if
étoit né , avojie néanmoins qu'il lui sera;
très.difficile de fixer la situation des Vil
les d'Italie sic de marquer leur origine y.
Nec Jitus origine/que persequi facile esi..
Si un Ecrivain de cette importance con-'
feslè une telle chose à l'égard des Villes
de l'Italie, comment sera.t-il poslible au-'
jourd'hui qu'il s'est écoulé ún si grand
nombre de siecles, de pouvoir désigner le
tems de la fondation de la plupart des an
ciennes Villes- de ces Provinces habitées
par des Peuples qui n'a voient aucun soiiv
d'écrire les évenemens dignes d'être tranCrriìs
à la posterité.
Tout ce donc qu'on peut dire rest qu'en.
l'année (a ) six cens avant la nailîàncer
de notre Seigneur Jeíùs.Çhrist , des Habitans
de Phocée , ville de l'Ionie dans l'A
sie Mineure , étant sortis de leur Patrie,
vinrent fonder la ville de Marseille, &
que dans la fuite d'autres Phocéens étant
également venus à Marseille , ils sorti
rent de cette Ville , qui étoit déja extrê
mement peuplée & fonderent les Villes
de Nice, d'Antibes , d'Agde, & peutêtre
même la Ville d'Orange , &c. Mais
( a ) Cette année concourt avec la premiere
année de la 4j- Oiimpiade.
y A N V I E R tin. f t 7t
fòit que ces Phocéens en ayent été les
fondateurs ou qu'ils y ayent seulement en
voyé Une Colonie , on peut aíîurer qu'O
range n'a commencée d'être opulente Se
renommée que depuis qu'elle fut assu
jettie à la domination Romaine > car envi
ron ans avant l'Ere vulgaire , cet
te Ville n'étoit encore qu'un Bourg. Je
me fonde íurce que Tite.Live parlant du
pais que nous habitons a écrit dans le Li
vre li. chap. 28. que dans ce tems-là les
Gaulois de la Rite gauche du Rhône ,
habitoient dans les Bourgs. La Ville d'O
range qui par fa situation ne se trouve
éloignée du Rhône que d'une lieùë , ne
pou voit pas être , íuivant les apparences ,
ni plus puissante , ni d'une plus vaste
étendue que les habitations des peuples
du voisinage.
Environ cent vingt.quatre ans avant la
riaiíïànce de notre Sauveur , les Romains
étant sollicitez par les Marfeillois de leur
envoyer des Troupes pour les secourir ,
ils profiterent habilement de cette occa
sion , & ayant eu le bonheur. de battre les
ennemis dans deux grandes 8c celebres
batailles , la conquête de la^rovence , du
Languedoc , de la Savoye & du Dauphiné,
fût à peu . près le fruit de leurs vic
toires. Le Territoire de cette Ville ayant
été le Théatre fur lequel ces mémorables
* biii) se
7i MERCURE DÉ FRANCE'.
& glorieuses actions s'étoient paslées , lô$
Romains pour éterniser des faits si con
siderables y firent construire notre Arc de
Triomphe , comme je l'ai prouvé dans la
Diísertation qui a été inserée dans le Mer
cure de Paris du- mois de Decembre 17 1 iJ.
page 1 8c fui v. Voilà l'origine de cette
particuliere prédilection & de ce tendre
attachement que ces- superbes Vainqueurs
ont toujours depuis ce tems-là cherement
conservé pour cette Ville.
Elle est devenue Colonie Romaine en1.
viron 4 5. ans avant k naissance de Jesus1.
Christ par le ministere de Tibere Neron
Pere de l'Empereur Tibere ; car ce fut
fous les auspices de ce grand Homme
que des soldats de la seconde legion
vinrent dans cette Ville , de lui' procure'.
lent par.là le nom à'Araitfio Secunda^
normn:
L'an (Í4.0U environ de l'Ere vulgaire
les Romains auraient envoyé une seconde
Colonie dansicette Ville, si ce que Goltzius
a écrit étoit veritable. Cet antiquaire
assure dans son Trésor des Medailles qu'if
y a une Medaille de l'Empereur Neron
sûr laquelle op lit ces paroles íuivantes .•
Colonia 'Araufìo Secnndanornm cohortis
55. viluntariomm.. Ce qui signifierait
que sous le regne de cet Empereur on
envoya dans cette Ville une Colonie pri*
J A NV 1ER 1724.. 73
se des soldats de la cohorte }}. de la ( a )
íeconde legion. Mais comme Pillustre
M. de Peirescn'a jamais pu deterrer une
semblable Medaille , quelques recherches
qu'il ait faites , au rapport de Gaiîèndi in
vita Peiresk.it, f*g. 4.5. il y a lieu de
soupçonner que Goltzius ne s'est pas ex
primé avec l'exactitude convenable. Ce
pendant je ne voudrois pas assurer que
cette Medaille n'ait jamais existé, il peut
bien être que M. de Peireíc arec toutes
ses recherches , n'aura pas trouvé ce qu'un
heureux hazard pouîroit procurer à un;
Curieux de Medailles. Geui qui ont cette
paflìon doivent ^enflammer d'une nou
velle ardeur pour tâcher de découvrir'
une piece d'une si grande rareté , Se ilsr
seroient bien pavez de leurs peines &de
leurs foins par le plaisir de posseder une
Medaille qui auroit été inconnue à une
personne d'un merite auísi distingué que
M. dePeirefo
Quoiqu'il en soit les Romains ayant ho
noré cette Ville d'une Colonie Militaire,
ils lui accorderent les privileges & les'
prérogatives qui y étoient attachez. Au-'
lu.gelíe,au livre 1 6. chap. ij. de Ces
Nuits Attiques , a judicieusement remar
qué que les Colonies étoient en petit une
( a ) La Legion n'étoh ordinairement divi
sée qu'en dix cohortes.
D v image
74 MERCURE DE FRANCE.
image & une representation de la. ma
jesté & de l'opulence dela ville de Rome^
Amplimdinem, Majestatemque Populi Ro
mani Colonie quasi effigies parva ,
jìmulacraque ejfe qu&iam "jidentur. Pair
consequent Orange avoit des Pontifes
ponr regler toutes les affaires concer
nant la Religion , des AugureS qui observoient
le tems favorable pour com
mencer quelque affaire > íoit par le vol ,
chant , ou le manger des oiíeaux , des
Aruspices pour predire l'avenir en re
gardant les entrailles des Victimes, dejf
Ceníeurs , pour regler les moeurs , re
trancher les abus , faite le dénombre
ment des Citoyens & leur assigner un
rang à proportion de leur revenu y des
Quêteurs ou Trésoriers pour exiger Se
avoir foin des deniers publics > des Ediles
pour veiller à la conservation des Edifices
publics tant Saints que Profanes , pour
avoir l'oeil à l'entretien des grands che
mins , des Ponts , des Bains publics, des
Aqueducs , &c pour taxer les Denrées
qui íè vendoient dans les places publi
ques , pour punir ceux qui usoient de.
faux poids & de faussés meíùres , &c.
Les Romains en relevant de cette ma
nière la gloire de cette Ville par la créa
tion de ses dignitez , n'oublierent pas auffi
de l'embellir par un grand nombre de
íôm
/ Â tftf ï' É R 1724. 7 f
íomptueux Bâtimens , des Temples dé
diez à Mars (a) , Diane , Hercule , &c.
furent des preuves de leur zele pour le
culte de ces fausses Divinitez ; des sbains
publics & particuliers , des pavez à la
Mosaïque , des Arenes , un Capitole, urt
Champ de Mars , un Théatre & des
Aqueducs , furent des marques de leur
luxe ou de leur magnificence. Ce qui
nous reste aujourd'hui de ces ouvrages ,
ne nous fait pas moins admirer la somp
tuosité du Bâtiment que l'excellent genie
de ceux qui précedoient à la construction
de ces travaux si utiles 8c si necessaires
aux peuples qui étoient soumis à leur
domination.'
Je passerois de beaucoup les bornes
que je me fuis prescrites dans cet abregé,
íî je parlois avec l'étenduë necessaire de
tous ces divers Edifices ; cependant je ne
fìjaurois m'empêcher d'en dire quelque
chose , quand ce ne seroit que pour indi
ques l'état dans lequel on les voit pré
sentement.
Les Temples de Mars , de Diane &
d'Hercule sont àpreíènt entierement dé
truits. Les Uns assurent que le Temple
de Diane étoit situé à l'endroit où est au-
(a) Il y a des gens qui croyent que les Tem
ples de Mars , & d'Hercule furent bâtis avant
qu'Orange devint Colonie Romaine. .
76. MERCURE DE FRANCE.
jourd'hui l'Eglise Cathedrale ; les autres
disent qu'il étoit fur le derriere du logis
des trois Oranges ; mais d'autres préten
dent qu'en ce dernier endroit l'on voyoit
les Temples de Mars , & d'Hercule , 8c
que dehors la Ville , à la plaine appellée
Martignan , il y a voit un autre Temple
coníàcré au Dieu Mars.
Les Bains publics se trouvent mainte
nant éloignez d'environ 250. pas de la
Porte de Tourre. Ce n'est presque plus
des mazures r nommées vulgairement la
Tour. Ronde.
Les Arenes iônt entierement détruites;.
elles étoient placées dans une Terre à eni
viron 460. pas de la Porte de Saint Mar
tin. C'ëtoit là que les Gladiateurs se battoient
avant. la construction de notre
Theatre. .
Le Capitole , qui étoit ainsi appelle ,
parce qu'il étoit situé dans un lieu le
plus. élevé de la Ville , étoit placé íùr
notre Montagne , ca r Orange étoit four
lors située partie fur la Montagne & par
tie dans la plaine. C'est dáns cet endroit
que deux Magistrats appeliez' Diiumvirs
rendoient la Justice ; oh les éliïòit ctu
corps des Decurions qui étoient à peu
près ce que font à present nos Coníeil
lers politiques. If qui non fit Deciino
JDmmviraut , vd aliis honoribus fungl
non.
JANVIER 17*4. 77.
non potest. liv, 7. $. 2. íF. de Dccurion. SS
filiis eorum. Decuriones , dit le Jurifcon-.
fuite Pomponius au §. 5. de la loi 239^
du Titre du Digeste de verbor. fignif..
Quidam diílos aiunt ex eo , quod initio ^
cum coloni» deduceretur , decima part
eorum , qui' dncerenturconfilii' publici gra-'
ri* y conscribi solita fit.
Le Champ de Mars étoit situé dans l'en-'
droit où est aujourd'hui le Couvent des
Religieux Capucins -, qui étroit autrefois'
le Fau xbourg Saint Florent, & aupara
vant le Bourg de la Clastre. C'étoitdans'
ce champ qu'on s'éxerçoit à la course, à'
la lutte, à tirer de l'arc 3 &c. qu'on bruloit
les corps y Sec.
Notre Théatre appelle communément'
le Cirque servait pour les courses des'
chariots , les combats des Gladiateurs &
des bêtes feroces , & poiír donner les'
naumachies pr ie moyen de l'eau que:
l'on' y faiíòit venir en abondance , toutes'
l«s fois qu'on le fouhaittoit , erî ouvrant
des conduits destinez à cet usage. lia 108.' .
pieds de hauteur & 124. de largeur. Je
dirai ailleurs qu'il a été bâti sous le re
gne de l'Empereur Adrien , environ 121,
ans après la naissance de notre di via
Sauveur.
L'Aqueduc avort son origine à quel
ques lieues de cette Ville dans le Terxoir
f* MERCURE DE FRANCE.
roir de Malauslenne , petite Ville dit
Gomtat. Il íerroit à conduire l'eau qui
étoit nécessaire pour les bains 8c pour les
naumachíes , &c. Oh en voit encore des
débris assez considerables.
Si à tous ces' precieux restes ont joint
les bas.reliefs., les pavez à la Moíàïque ,
Sec. qui se voient chez diyers particu
liers, on'J conviendra facilement qu'O
range devoit être une Ville bien magni
fique & bien opulente. Quelle perte
n'est.ce pas pour la" Republique des Let
tres , n quelque Auteur ancien avoit
entrepris une Deícription exacte & fi
dele de cette Ville dans le tems qu'elle
étoit dans íà íplendeur , qu'un tel Ou
vrage ne soit pas parvenu juíqu'à nous ?
Combien de Coutumes & de ceremonies,
tant íàcrées que prophaites , qui étoient
usitées parmi les Romains , & qui nous
sont à present inconnues , n'apprendrions-.
rtous pas par' la lecture d'un semblable
Ouvrage? Plus l'Auteur auroit été judi
cieux ,& plus nous y découvririons des
faits curieux & interessons, La perle de'
Cleopatre qui fut mise aux oreilles de
la Statue de la Déesse Venus, ou la cassette
ornée de pierreries dans laquelle Alexan
dre le Grand mettoit les Ouvrages d'Homere
, ne seroient pas capable de payer
an tel Livre. Si on étoit assez heureux
.:u* pour
JANVÍER ^724. ff
jjoíseder une semblable production , on
auroic le plaisir de voir d'une maniere
claire & convaincante que les Sorligers ,
les Saumajflès , les Menage, les Spon ,
les Voíïïus les Spanheim , les Dacier ,
& en un mot, que la plupart de ceux
qui se sont attachez à expliquer les Antiquitez
Romaines , ont heureuíement ren
contre la verité , & nous ne serions plus
dans l'incertitude s'ils se sont quelque.,
fois trompez dans leurs raisonnemens,
ou dans leurs conjectures..
Les autres Anciens qui ont parlé d'O
range l'ont fait d!une maniere si succinte,
que cela ne donne pas de grands éclaireiflèmens
à ceux qui font une étude par
ticuliere de l'Histoire ancienne de cette
Ville. On en powrra juger , si on lit ce
que les Auteurs suivans en ont dit.
Strabon , celebre Geographe , qui vi-
Voit sous les regnes des Empereurs Au
guste & Tibere , est le plus ancien Au
teur qui ait fait mention d'Orange.
Pomponius Mela qui vivoit.íôus le
regne de l'empereur Claude a aussi par.r
lé de cette Ville.
Pline le Naturaliste en a également
parlé. Il vivoit fous le regne de l'Empe
reur Vespaíîen.
Pcolemée , le Prince des Astronomes
qui fleurissoit sous le regne de l'Empe
reur
U MERCURE- DE FRANCE.
reur Adrien a pareillement sait mention
de cette Ville , de même que l'Itinéraire
que l'on attribuè' à l'Empereur Anto.,
nin , &c.
Peut.être ne íèroit-if pas inutile avant
que de finir de donner l'étimologie du
nomà'Orange. Je le ferois avec plaisir,
íì je ne croyois qu'il y a trop d'incertitu
de dans cette science , pour pouvoir s'y
arrêter avec quelque fondement. Une
rencontre , un rien sont quelquefois les
motifs du nom que l'on donne à une.
Ville ; qu'on aille après cela donner une
raison de ce qui est un pur effet du hazard.
Ainsi ,. Monsieur , j'aime mieux
employer le peu d'espace qui me reste à
vous supplier très.humblement de me
pardonner la liberté que j'ai priíê de
mettre vôtre illustre nom à la tête de
cet Écrit,. &c. ;
A Orange >.cé r. Septembre. ìjì jì
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Jean Frederic Guib, Docteur ès Droits, à M. le Marquis de ... sur l'origine & les Antiquitez de la Ville d'Orange.
La lettre de M. Jean Frédéric Guib explore l'origine et les antécédents de la ville d'Orange. Selon une tradition locale, Orange et Avignon auraient été fondées simultanément par les Phocéens, des Grecs asiatiques. Cependant, la date exacte de leur fondation reste incertaine. Pline le Naturaliste, bien que familier avec l'Italie, reconnaissait la difficulté de déterminer l'origine des villes italiennes, rendant la datation des villes provençales encore plus complexe. En 600 avant J.-C., des habitants de Phocée fondèrent Marseille, et d'autres Phocéens établirent ensuite Nice, Antibes, Agde, et peut-être Orange. Orange ne devint prospère et renommée qu'après être passée sous domination romaine. Environ 124 ans avant J.-C., les Romains, sollicités par les Marseillais, battirent les ennemis et conquirent la Provence, le Languedoc, la Savoie et le Dauphiné. Orange, située près du Rhône, était alors un simple bourg. Les Romains construisirent un arc de triomphe à Orange pour commémorer leurs victoires. La ville devint une colonie romaine environ 45 ans avant J.-C., sous le règne de Tibère Néron. Les Romains y envoyèrent des soldats de la seconde légion, lui donnant le nom de Colonia Arausio Secunda. Une médaille de Néron mentionnerait une seconde colonie, mais son authenticité est douteuse. Orange bénéficia de privilèges et de dignités romaines, incluant des pontifes, augures, aruspices, censeurs, questeurs, et édiles. Les Romains embellirent la ville avec des temples, des bains, des arènes, un théâtre, et des aqueducs. Aujourd'hui, plusieurs de ces structures sont détruites ou en ruine, mais des vestiges subsistent, témoignant de la grandeur passée d'Orange. Les auteurs anciens comme Strabon, Pomponius Mela, et Pline le Naturaliste ont mentionné Orange, mais leurs descriptions sont succinctes et ne fournissent que peu d'éclairages sur l'histoire ancienne de la ville. Le texte mentionne également Ptolémée, décrit comme le 'Prince des Astronomes' vivant sous le règne d'un empereur non nommé, ainsi qu'Adrien et un itinéraire attribué à l'empereur Antonin. L'auteur exprime son intention de donner l'étymologie du nom 'Orange', mais il hésite en raison des incertitudes dans cette science. Il conclut en s'excusant pour la liberté prise de mentionner le nom illustre d'une personne à la tête de son écrit. Le texte est daté du 21 septembre et provient d'Orange.
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10
p. 2219-2221
CHANSON.
Début :
Amis, bénissons le lien, [...]
Mots clefs :
Amour, Dieux, Plaisirs, Bonheur, Camp de Tomery, Mars
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
Amis , bénissons le lien ,
Qui joint votre sort et le mien ,
Des Dieux unis à notre bien ,
C'est l'harmonie.
Je sens leur douce sympathie ,
Des Graces j'entens l'entretien ;
Je vois Iris ; mon verre est plein ;
L'aimable vie !
Nous rassemblons ici les Jeux ,
Les Ris , les transports amoureux ,
Le Nectar , la Table , les Dieux
Et la Folie..
L'Amour , sous le nom de Sylvie ,
Nous consume de ses beaux yeux ,
Mais Bacchus par ses divins feux
Nous rend la vie.
Nous ne poussons point de soupirs ;
La jouissance des plaisirs ,
Nous ôte le soin des désirs ,
Et de l'envie,
Fij Qu'à
2220 MERCURE DE FRANCE
Qu'à jamais mon ame ravie ,
Goûte un aussi charmant loisir ,
Je n'aspire point à joüir
D'une autre vie.
Que ce Nectar a de saveur !
Que ce bel œil est enchanteur !
'Aisément à leurs coups mon cœur
Se sacrific,
Par cette douce sympathie,
Des Dieux j'égale le bonheur ;
Fixer Iris , être bûveur ,
L'aimable vie !
Couplets sur le Camp de Tomery.
Belles , venez sur la Seine ,
Pour y camper avec nous ;
Sous un jeune Capitaine ,
Vous irez sans peur aux coups,
Un cœur s'enrôle sans peine ,
Quand l'exercice est si doux.
M
Sous les loix que Mars enseigne,
Jamais l'Amour n'a tremblé ,
Mars et l'Amour n'ont qu'un régne ,
L'un
OCTOBRE. 1732 2221
L'un par l'autre est enrôlé ;
Venus a porté l'Enseigne
Pendant que Mars a filé.
Amis , bénissons le lien ,
Qui joint votre sort et le mien ,
Des Dieux unis à notre bien ,
C'est l'harmonie.
Je sens leur douce sympathie ,
Des Graces j'entens l'entretien ;
Je vois Iris ; mon verre est plein ;
L'aimable vie !
Nous rassemblons ici les Jeux ,
Les Ris , les transports amoureux ,
Le Nectar , la Table , les Dieux
Et la Folie..
L'Amour , sous le nom de Sylvie ,
Nous consume de ses beaux yeux ,
Mais Bacchus par ses divins feux
Nous rend la vie.
Nous ne poussons point de soupirs ;
La jouissance des plaisirs ,
Nous ôte le soin des désirs ,
Et de l'envie,
Fij Qu'à
2220 MERCURE DE FRANCE
Qu'à jamais mon ame ravie ,
Goûte un aussi charmant loisir ,
Je n'aspire point à joüir
D'une autre vie.
Que ce Nectar a de saveur !
Que ce bel œil est enchanteur !
'Aisément à leurs coups mon cœur
Se sacrific,
Par cette douce sympathie,
Des Dieux j'égale le bonheur ;
Fixer Iris , être bûveur ,
L'aimable vie !
Couplets sur le Camp de Tomery.
Belles , venez sur la Seine ,
Pour y camper avec nous ;
Sous un jeune Capitaine ,
Vous irez sans peur aux coups,
Un cœur s'enrôle sans peine ,
Quand l'exercice est si doux.
M
Sous les loix que Mars enseigne,
Jamais l'Amour n'a tremblé ,
Mars et l'Amour n'ont qu'un régne ,
L'un
OCTOBRE. 1732 2221
L'un par l'autre est enrôlé ;
Venus a porté l'Enseigne
Pendant que Mars a filé.
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Résumé : CHANSON.
La chanson célèbre l'harmonie et la sympathie divine, évoquant une vie pleine de plaisirs et de joie. Elle met en avant l'union des dieux avec les humains, symbolisée par l'harmonie et la sympathie divine. Les plaisirs mentionnés incluent les jeux, les rires, les transports amoureux, le nectar, la table, les dieux et la folie. L'amour, personnifié par Sylvie, consume les cœurs, tandis que Bacchus offre une vie pleine de feux divins. Les plaisirs ôtent les soucis et les désirs, permettant de goûter un loisir charmant sans aspirer à une autre vie. Le cœur se sacrifie aisément aux coups de l'amour et de la sympathie divine, égalant ainsi le bonheur des dieux. La chanson se termine par un appel aux belles de venir camper sur la Seine, soulignant que l'amour ne tremble jamais sous les lois de Mars, et que Mars et l'amour sont enrôlés l'un par l'autre, avec Vénus portant l'enseigne et Mars filant.
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11
p. 2237-2238
EXPLICATION d'une Pierre Antique, représentant L'IDÉE DU HEROS, gravée en relief.
Début :
Cette Pierre représente Mars, Apollon & les Graces. Ces Déesses lient le redoutable [...]
Mots clefs :
Pierre, Grâces, Mars, Apollon, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION d'une Pierre Antique, représentant L'IDÉE DU HEROS, gravée en relief.
EXPLICATION d'une Pierre Antique,
représentant L'IDE'E DU HEROS ,
gravée en relief.
CExt
Ette Pierre repréſente Mars , Apollon
& les Graces. Ces Déelles lient le redoutable
Dieu de la Guerre avec des Guirlandes
de fleurs ,&le préſentent au Dieu de
l'Eſprit. Mars donne une main à Apollon ,
&il lui montre de l'autre le Templede la
Gloire, ſitué ſur un rocher eſcarpé. Ce Dieu
paroît convenir par ce geſte , qu'il a beſoin
d'Apollon, c'est- à-dire, pour expliquer cette
allégorie , que la grandeur du courage ne
ſuffit pas pour s'ouvrir l'entrée du Temple
de la Gloire , s'il n'eſt foutenu par les dons
de l'eſprit , par les graces du génie ,& par
l'amour
1
2238 MERCURE DE FRANCE.
:
l'Amour des Sciences & des beaux Arts ,
amour , qui est caracteriſé par le Bouclier
de Minerve , qu'on voit à côté de Mars.
On lit cette Inſcription Grecque dans
l'Exergue :
ΑΙ, ΚΑΡΙΤΕΣ, ΔΗΣΑΣΑΙ . ΑΔΕΛΦΟΥΣ .
ΘΕΙΟΥΣ . Ce qui ſignifie litteralement , que
les Graces enchaînent & réuniſſent ces deux divins
Freres.
On voit dans le Champ de la Pierre , audeſſous
des Graces , ces Lettres FIP.. qui
font croire que cette belle Gravûre eſt de
Pirgoteles ( fameux Graveur , ſi cher à Alexandre
le Grand , que ce Prince deffendit
fous peine de la vie à tout autre que lui , de
graver ſon Portrait ſur les Pierres précieuſes
, ) ces trois Lettres étant les premieres de
fonNom.
On laiſſe aux Sçavans à juger de cette
Explication. Quant à la Pierre gravée Antique
, qui a fervi de modéle , elle eſt inconnuë
juſqu'à préſent. On n'en connoît que le
Deſſein,qui appartient au Duc de Nivernois
de l'Académie Françoiſe. Ce Seigneur l'a acquis
d'un Curieux , qui deſſine & qui a du
goût pour ce genre d'Antiquité.
représentant L'IDE'E DU HEROS ,
gravée en relief.
CExt
Ette Pierre repréſente Mars , Apollon
& les Graces. Ces Déelles lient le redoutable
Dieu de la Guerre avec des Guirlandes
de fleurs ,&le préſentent au Dieu de
l'Eſprit. Mars donne une main à Apollon ,
&il lui montre de l'autre le Templede la
Gloire, ſitué ſur un rocher eſcarpé. Ce Dieu
paroît convenir par ce geſte , qu'il a beſoin
d'Apollon, c'est- à-dire, pour expliquer cette
allégorie , que la grandeur du courage ne
ſuffit pas pour s'ouvrir l'entrée du Temple
de la Gloire , s'il n'eſt foutenu par les dons
de l'eſprit , par les graces du génie ,& par
l'amour
1
2238 MERCURE DE FRANCE.
:
l'Amour des Sciences & des beaux Arts ,
amour , qui est caracteriſé par le Bouclier
de Minerve , qu'on voit à côté de Mars.
On lit cette Inſcription Grecque dans
l'Exergue :
ΑΙ, ΚΑΡΙΤΕΣ, ΔΗΣΑΣΑΙ . ΑΔΕΛΦΟΥΣ .
ΘΕΙΟΥΣ . Ce qui ſignifie litteralement , que
les Graces enchaînent & réuniſſent ces deux divins
Freres.
On voit dans le Champ de la Pierre , audeſſous
des Graces , ces Lettres FIP.. qui
font croire que cette belle Gravûre eſt de
Pirgoteles ( fameux Graveur , ſi cher à Alexandre
le Grand , que ce Prince deffendit
fous peine de la vie à tout autre que lui , de
graver ſon Portrait ſur les Pierres précieuſes
, ) ces trois Lettres étant les premieres de
fonNom.
On laiſſe aux Sçavans à juger de cette
Explication. Quant à la Pierre gravée Antique
, qui a fervi de modéle , elle eſt inconnuë
juſqu'à préſent. On n'en connoît que le
Deſſein,qui appartient au Duc de Nivernois
de l'Académie Françoiſe. Ce Seigneur l'a acquis
d'un Curieux , qui deſſine & qui a du
goût pour ce genre d'Antiquité.
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12
p. 2352-2353
ALLEGORIE.
Début :
UN jour la Reine de Cithére [...]
Mots clefs :
Dieu, Figure, Mars, Beau, Belle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEGORIE.
ALLEGORIE.
U
N jour la Reine de Cithére
Se plaignantdu Dieu de la Guerre ,
Applaudiffoit d'autant à ſes appas :
Il fuit , dit elle; il me néglige ;
Trop de bonté fait des ingrats ;
Ellayons par quelque preſtige
OCTOBRE. 1744. 2353
Achâtier ſes mépris ſcélérats ;
Je veux auprès de moi que ſans ceſſe il voltige ,
Et ne me reconnoiffe pas :
Transformons-nous ; je vais être vengée ,
Elle dit , & déja ſa figure eft changée.
Ce n'eſt plus ce majestueux ,
:
Ce beau complet , fait pour les yeux ;
Ce beau , qui n'offre rien à dire ,
Qu'après un tems, en baillant , on admire ,
C'eſt du piquant, de l'agaçant, du fin ,
Du gracieux , du fripon , du lutin ;
:
1
১
}
Pour l'exprimer il n'eſt point de langage,
C'eſt l'amour, en un mot& tout ſon appanage ;
Ce Dieu ſoûrit ; Mars vient enfin :
Quel Amant'a jamais méconnu ſon Amante ?
Ah ! vous n'étiez que belle,& vous voila charmante,
S'écria- t'il , tombant à ſes genoux ;
De graces quel amas fertile !
Vous n'en aviez que trois , & vous en avez mille ,
Qui vont éternifer mes tranſports les plus doux.
Mars eft abfent , aimable Dangeville ;
Cet amas d'agrémens devenoit inutile
A la Déeffe des Amours ;
Contente de n'être que belle
Elle vous a cedé ſa figure nouvelle;
Poſſedez la ; plaiſez toujours ;
On la reſpecte , on l'admire ſous l'autre ,
Mais on l'adore , on l'aime ſous la vôtre.
U
N jour la Reine de Cithére
Se plaignantdu Dieu de la Guerre ,
Applaudiffoit d'autant à ſes appas :
Il fuit , dit elle; il me néglige ;
Trop de bonté fait des ingrats ;
Ellayons par quelque preſtige
OCTOBRE. 1744. 2353
Achâtier ſes mépris ſcélérats ;
Je veux auprès de moi que ſans ceſſe il voltige ,
Et ne me reconnoiffe pas :
Transformons-nous ; je vais être vengée ,
Elle dit , & déja ſa figure eft changée.
Ce n'eſt plus ce majestueux ,
:
Ce beau complet , fait pour les yeux ;
Ce beau , qui n'offre rien à dire ,
Qu'après un tems, en baillant , on admire ,
C'eſt du piquant, de l'agaçant, du fin ,
Du gracieux , du fripon , du lutin ;
:
1
১
}
Pour l'exprimer il n'eſt point de langage,
C'eſt l'amour, en un mot& tout ſon appanage ;
Ce Dieu ſoûrit ; Mars vient enfin :
Quel Amant'a jamais méconnu ſon Amante ?
Ah ! vous n'étiez que belle,& vous voila charmante,
S'écria- t'il , tombant à ſes genoux ;
De graces quel amas fertile !
Vous n'en aviez que trois , & vous en avez mille ,
Qui vont éternifer mes tranſports les plus doux.
Mars eft abfent , aimable Dangeville ;
Cet amas d'agrémens devenoit inutile
A la Déeffe des Amours ;
Contente de n'être que belle
Elle vous a cedé ſa figure nouvelle;
Poſſedez la ; plaiſez toujours ;
On la reſpecte , on l'admire ſous l'autre ,
Mais on l'adore , on l'aime ſous la vôtre.
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13
p. 130-131
SECONDE Piéce de Vers, présentée au Roi, le Jeudi 26 Novembre 1744, par le même.
Début :
Dieu des Rimeurs, crois-moi, point de querelle, [...]
Mots clefs :
Louis, Roi, Chanter, Mars, Minerve, Tragédie, Moi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE Piéce de Vers, présentée au Roi, le Jeudi 26 Novembre 1744, par le même.
SECONDE Piéce de Vers , préſentée au
Roi , leJeudi 26 Novembre 1744 ,
D
par le même.
Ieu des Rimeurs , crois-moi , point de que
relle ,
Ou foûtiens mieux tes airs de Protecteur .
Qui , mieux que moi , ton ancien ſerviteur
Dût eſpérer une grace nouvelle ?
Mais, qu'as-tu fait de ce jour le plus beau ,
Le plus brillant , le plus doux de ma vie ?
Je l'avouerai ; j'ai manqué de génie.
Mais nous pouvons faire un effort nouveau.
Chanter ſon Roi , c'eſt chanter ſa Maîtreſſe ;
Il faut toujours la louer bien ou mal ;
C'eſt , d'un ſeul trait , ſignaler ſa tendreſſe ;
Et déſoler celle de ſon Rival .
,
Nommer LOUIS , eſt un préliminaire ,
Qui va d'abord gagner tous les François :
Ce nom ſi cher vaut lui ſeul l'art de plaire ;
Ainſi chantons , je réponds du ſuccès.
D'autres que nous dans la même carriere
Euſſent été filés ſans la matiere .
Tous cependant ont trouvé des Lecteurs ,
Tant le ſujet intéreſſoit les coeurs.
Diſons que Mars d'accord avec Minerve ....
Le beau début ! O la fublime verve !
NOVEMBRE. 1744. 131
1
Laiſſe- moi dire , écoute juſqu'au bout :
Amour nous aide , & Louis ſur le tout.
A ſes conſeils la Justice préſide ,
Et la Sageſſe y recueille les voix :
Mars exécute & Minerve décide ;
Mais c'eſt LOUIS qui leur dicte ſes loix ;
Qui , tour à tour , tient le glaive & l'Egide ,
Pere , Soldat & Monarque à la fois.
Diſons qu'il fait honneur à notre eſpéce;
Grand ſans orgueil , redoutable & charmant....
Eſt-ce là tout ? pauvre Dieu du Permeſſe ,
Sans tes leçons j'en dirois bien autant.
Va , laiſſe-moi , je te tiens quitte
De l'avenir & du préſent ;
Tu m'as donné pour tout mérite ,
Le cruel & morne talent
Dehurler dans la Tragédie;
Tu diras de plus que c'eſt toi
Quim'as mis à l'Académie ;
Moi, je t'ai fait parler auRoi.
Roi , leJeudi 26 Novembre 1744 ,
D
par le même.
Ieu des Rimeurs , crois-moi , point de que
relle ,
Ou foûtiens mieux tes airs de Protecteur .
Qui , mieux que moi , ton ancien ſerviteur
Dût eſpérer une grace nouvelle ?
Mais, qu'as-tu fait de ce jour le plus beau ,
Le plus brillant , le plus doux de ma vie ?
Je l'avouerai ; j'ai manqué de génie.
Mais nous pouvons faire un effort nouveau.
Chanter ſon Roi , c'eſt chanter ſa Maîtreſſe ;
Il faut toujours la louer bien ou mal ;
C'eſt , d'un ſeul trait , ſignaler ſa tendreſſe ;
Et déſoler celle de ſon Rival .
,
Nommer LOUIS , eſt un préliminaire ,
Qui va d'abord gagner tous les François :
Ce nom ſi cher vaut lui ſeul l'art de plaire ;
Ainſi chantons , je réponds du ſuccès.
D'autres que nous dans la même carriere
Euſſent été filés ſans la matiere .
Tous cependant ont trouvé des Lecteurs ,
Tant le ſujet intéreſſoit les coeurs.
Diſons que Mars d'accord avec Minerve ....
Le beau début ! O la fublime verve !
NOVEMBRE. 1744. 131
1
Laiſſe- moi dire , écoute juſqu'au bout :
Amour nous aide , & Louis ſur le tout.
A ſes conſeils la Justice préſide ,
Et la Sageſſe y recueille les voix :
Mars exécute & Minerve décide ;
Mais c'eſt LOUIS qui leur dicte ſes loix ;
Qui , tour à tour , tient le glaive & l'Egide ,
Pere , Soldat & Monarque à la fois.
Diſons qu'il fait honneur à notre eſpéce;
Grand ſans orgueil , redoutable & charmant....
Eſt-ce là tout ? pauvre Dieu du Permeſſe ,
Sans tes leçons j'en dirois bien autant.
Va , laiſſe-moi , je te tiens quitte
De l'avenir & du préſent ;
Tu m'as donné pour tout mérite ,
Le cruel & morne talent
Dehurler dans la Tragédie;
Tu diras de plus que c'eſt toi
Quim'as mis à l'Académie ;
Moi, je t'ai fait parler auRoi.
Fermer
14
p. 71-74
LE QUARTIER D'HYVER. ODE.
Début :
Loin d'ici l'affreuse Bellonne ; [...]
Mots clefs :
Concerts, Bellone, Louis, Mars
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE QUARTIER D'HYVER. ODE.
LE QUARTIER D'HIVER.
O D E.
Loin d'ici l'affreufe Bellonne ;
Que Mars abondonne nos champs ;
Le Ciel aujourd'hui nous ordonne
De ceffer les combats fanglans,
Loin de fes demeures chéries
Le Faune vient dans nos prairies
Raffembler les plus belles fleurs ,
Et les Nimphes font leurs offrandes
72 MERCURE DE FRANCE.
Des plus magnifiques guirlandes
Et des plus flatteuſes odeurs .
Le ruiffeau fous un doux murmure
Voit rouler fes flots argentés ; {
La Nymphe dans ſon onde pure
Contemple à loifir ſes beautés ;
Les Zéphirs à la douce haleine
D'un foufle léger dans la plaine
Pouffent des innocens foupirs ,
Et le jeune enfant de Cythere
S'arrache des bras de fa mere
Pour avoir part à leurs plaiſirs.
La jeune & timide Bergére
D'un efcarpin blanc & léger
Va fouler la tendre fougére ,
Tenant la main de fon Berger.
Non loin d'eux fur la marjolaine
Des yvrognes à taffes pleine
Célébrent le divin Bacchus ;
Tous applaudiffent à ſes charmes ,
Et le Guerrier quitte fes armes
Pour fe noyer dans fon doux jus .
Charmé de ce brillant ſpectacle
Apollon déferte les Cieux ;
De
DECEMBRE 1745 .
73
De Délos il change l'Oracle
Pour le tranſporter en ces lieux :
Les chaftes Nymphes du Permeſſe
Par mille concerts d'allegreffe
Viennent chanter fon nouveau choix ;
Pan quitte fes fombres bocages ,
Et fa flute fur ces rivages
Annonce les plus douces loix ,
9
A peine de la blanche Aurore
Voit-on paroître le retour ,
Qu'auffi-tôt l'Olympe fe dors
Des éclatans rayons du jour
Et les Etoiles courroucées ,
Dans l'obſcurité repouffées ,
Perdent leur brillante lueur .
Un aftre plus vif les efface ,
Et le monde , de leur difgrace
Tire un avantage flateur ,
Ainfi dans les plaines fameufes
Que l'Escaut baigne de ſes eaux ,
LOUIS des brigues orageuſes
Diffipa les concerts nouveaux ;
En vain les orgueilleux nuages
S'uniffent avec les orages
Pour ternir l'éclat du Soleil ,
Auffi -tôt leurs forces tariffent ,
11, Fel.
1
74 MERCURE DE FRANCE,
430#
Leurs Efcadrons fe défuniffent ;
L'aftre reprend fon appareil.
Qu'un trop frivole orgueil fe flate
De foumettre tous les humains ,
Que la bombe menace , éclate ,
La foudre même eft en nos mains
Le feul effet d'un avis fage
Abbat un aveugle courage ,
Bellone tombe , & s'étourdit.
En vain la Ligue fe raffemble ,
LOUIS paroît , l'ennemi tremble ,
Et dans les airs Mars applaudit .
L'Hyver déformais agréable
Malgré la neige & les glaçons ,
Paroît feul être favorable
Aux peuples que nous terraffons,
Inftrumens d'une paix profonde
Les froids en ravageant le monde
Vont mettre la difcorde aux fers
Leurs fureurs feront nos délices ,
Et les vents feront les indices
Du calme de tout l'Univers,
O D E.
Loin d'ici l'affreufe Bellonne ;
Que Mars abondonne nos champs ;
Le Ciel aujourd'hui nous ordonne
De ceffer les combats fanglans,
Loin de fes demeures chéries
Le Faune vient dans nos prairies
Raffembler les plus belles fleurs ,
Et les Nimphes font leurs offrandes
72 MERCURE DE FRANCE.
Des plus magnifiques guirlandes
Et des plus flatteuſes odeurs .
Le ruiffeau fous un doux murmure
Voit rouler fes flots argentés ; {
La Nymphe dans ſon onde pure
Contemple à loifir ſes beautés ;
Les Zéphirs à la douce haleine
D'un foufle léger dans la plaine
Pouffent des innocens foupirs ,
Et le jeune enfant de Cythere
S'arrache des bras de fa mere
Pour avoir part à leurs plaiſirs.
La jeune & timide Bergére
D'un efcarpin blanc & léger
Va fouler la tendre fougére ,
Tenant la main de fon Berger.
Non loin d'eux fur la marjolaine
Des yvrognes à taffes pleine
Célébrent le divin Bacchus ;
Tous applaudiffent à ſes charmes ,
Et le Guerrier quitte fes armes
Pour fe noyer dans fon doux jus .
Charmé de ce brillant ſpectacle
Apollon déferte les Cieux ;
De
DECEMBRE 1745 .
73
De Délos il change l'Oracle
Pour le tranſporter en ces lieux :
Les chaftes Nymphes du Permeſſe
Par mille concerts d'allegreffe
Viennent chanter fon nouveau choix ;
Pan quitte fes fombres bocages ,
Et fa flute fur ces rivages
Annonce les plus douces loix ,
9
A peine de la blanche Aurore
Voit-on paroître le retour ,
Qu'auffi-tôt l'Olympe fe dors
Des éclatans rayons du jour
Et les Etoiles courroucées ,
Dans l'obſcurité repouffées ,
Perdent leur brillante lueur .
Un aftre plus vif les efface ,
Et le monde , de leur difgrace
Tire un avantage flateur ,
Ainfi dans les plaines fameufes
Que l'Escaut baigne de ſes eaux ,
LOUIS des brigues orageuſes
Diffipa les concerts nouveaux ;
En vain les orgueilleux nuages
S'uniffent avec les orages
Pour ternir l'éclat du Soleil ,
Auffi -tôt leurs forces tariffent ,
11, Fel.
1
74 MERCURE DE FRANCE,
430#
Leurs Efcadrons fe défuniffent ;
L'aftre reprend fon appareil.
Qu'un trop frivole orgueil fe flate
De foumettre tous les humains ,
Que la bombe menace , éclate ,
La foudre même eft en nos mains
Le feul effet d'un avis fage
Abbat un aveugle courage ,
Bellone tombe , & s'étourdit.
En vain la Ligue fe raffemble ,
LOUIS paroît , l'ennemi tremble ,
Et dans les airs Mars applaudit .
L'Hyver déformais agréable
Malgré la neige & les glaçons ,
Paroît feul être favorable
Aux peuples que nous terraffons,
Inftrumens d'une paix profonde
Les froids en ravageant le monde
Vont mettre la difcorde aux fers
Leurs fureurs feront nos délices ,
Et les vents feront les indices
Du calme de tout l'Univers,
Fermer
15
s. p.
ODE SUR LA PAIX.
Début :
UN léger Tourbillon, prémices des orages, A peine de Cérès fait courber les épis, [...]
Mots clefs :
Paix, Europe, Humanité, Mars, Guerre, Mercure, Glaive, Mort, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA PAIX.
ODE SUR LA PAIX .
UN léger Tourbillon , prémices des orages ,
A peine de Cérès fait courber les épis ,
Qu'il vole fur les mers éveiller les naufrages
Et les flots affoupis.
C'eft ainfi que voilant fa funefte origine ,
La Guèrre , qui dans l'ombre alluma fes fambeaux
,
II. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Vint changer tout-à- coup nos Palais en ruine ,
Et la Tèrre en tombeaux.
J'aivuMars, jeཏུ མl'ai vû, des fommets du Rodope ,
Précipiter fon char & les courfiers fougueux ;
Je t'ai vue , ô Bellone ! épouvanter l'Europe
Detes cris belliqueux .
Ah ! périffe le jour où la Sprée infultante ,
Pareille à ces torrens échappés de l'Etna ,
Vint choquer fa rivale , éperdue & tremblante ,
Aux rochers de Pyrna . *
*
Depuis ce jour fanglant , ô que de jours funeftes
Ont épuifé fur nous leurs tragiques horreurs ,
Les crimes , les revers , les vengeances céleſtes ,
Et nos propres fureurs.
Organe de la Mort , la trompette éffrayante
Appelloit aux combats & la Tèrre & les Mers ;
Et l'Amérique a vû l'Europe foudroyante
Tonner dans les déferts.
Alors furent changés en glaives homicides
Le foc de Triptolème & la faulx de Cérès :
Aux yeux du Laboureur le char des Euménides
Sillonna les guérêts.
Sept fois l'Eté brûlant , fept ois l'humide
tomne ,
* Invafion en Saxe.
JANVIER. 1763. 7
Sept fois le fombre Hyver entouré de glaçons ,
Vit l'affreufe Atropos faire aux champs de Bellone
D'éffroyablesmoillons.
Eh ! pourquoi de la Mort précipiter les aîles ?
La tombe eſt-elle encor trop loin de nos berceaux ?
Malheureux ! eft- ce à nous que les Parques cruelles
Ont remis leurs ciſeaux ?
Mortel , que veut ce glaive en tes mains fanguinaires
?
Menace-t-il le fein des Tigres dévorans ?
Quoi ! l'Homme égorge l'Homme , affaffins mercenaires
Vendus aux Conquérans !
O fainte Humanité ! quel fpectacle fauvage
Offre à tes yeux en pleurs ce Globe malheureux ,
Tous ces fleuves de fang , ces plaines de carnage,
Et ces piéges de feux !
Sans doute Néméfis , en fes profondes nues ,
Accumulant fur nous les orages du Sort ,
Lança de toutes parts ces fléches inconnues
Au carquois de la Mort.
Affez & trop long- temps ont roulé fur nos têtes
Tous ces globes de fer qui brifent les remparts ;
Trop long- temps ont regné les homicides fêtes ,
Les jeux fanglans de Mars.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Que ces Bouches de feux ouvertes au carnage ,
Que ces Monftres d'airain fe taifent pour jamais ;
Ou grondent fans fureur , expiant leur ravage ,
Aux fêtes de la Paix .
Telle après les éclats d'un horrible tonnèrre ,
Sur les reftes grondans d'un nuage enflammé ,
La bienfaiſante Iris vient apprendre à la Tèrre
Que l'Olympe eft calmé.
Rois , enfans des Dieux , imitez leur clémence !
Un thrône bienfaiſant eft rival des autels :
Etouffez des combats la fatale femence ,
Epargnez les Mortels.
Paſteurs des Nations que le Ciel vous confie ,
Quittez ce titre augufte , ou rendez-nous heureux ;
Mais l'orgueil des Héros fouvent nous facrifie
A fes coupables voeux.
Zh !qui peut envier une palme fragile ,
S'il faut , pour la cueillir , enfanglanter fes mains ?
LOUIS , ton coeur préfére à fon éclat ſtérile
Le bonheur des Humains.
Ton Miniftre fidéle , & que Minerve inſpire ,
Va réparer de Mars les finiftres revers ;
Le moment qui rendra la Paix à ton Empire,
La rend à l'Univers .
JANVIER. 1763 . 9
Quel Mécène nouveau , jaloux de ſa mémoire ,
Raffermira des Arts les autels chancelans ?
CHOISEUL , ce fera toi ; tout Amant de la Gloire
Eft Ami des Talens.
O PAIX , divine Paix fi long-temps implorée ,
Prends du haut de l'Olympe un favorable éffor !
Et fur le front fanglant de l'Europe éplorée ,
Fixe tes aîles d'or !
Tes mains de l'Océan nous ouvrent les barrières ;
Ces Pins navigateurs , amis des Matelots ,
Vont deſcendre à ta voix de leurs forêts altières ,
Pour traverser les flots.
Par les noeuds du Commerce embraſſe les deux
Mondes ;
Et des climats de l'Inde aux rives du Boetis ,
Guide nos pavillons fur les vagues profondes
De l'immenfe Thétis.
Tes regards ont calmé l'orageuſe Angleterre ;
Les Peuples du Soleil , enfans des vaſtes Eaux ,
Ne verront plus fortir & la foudre & la guèrre
Des flancs de ſes vaiffeaux.
Aux deux Mondes rivaux donne un juſte équilibre,
Rends les Peuples heureux & les Rois citoyens :
Exile tous les maux ; le bonheur d'être libce
Eft le premier des biens.
1
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Eh ! peux-tu , fans pitié voir un or tyrannique
De l'Africain fervile acheter les malheurs?
L'Humanité qu'outrage un abus politique
Te préfente fes pleurs.
Des enfans du Niger affranchis le rivage ;
De la Nature entin ofe venger les droits :
Fais que l'Humanité , briſant leur esclavage ,
Signe aux Traités des Rois .
L'Univers te rappelle , aimable Fugitive ;
Enchaîne la Difcorde aux Autels dé Janus :
Brife les noirs Cyprès , & joins ta douce olive
Aux myrthes de Vénus .
De pampres & de fleurs tu couronnes la Tèrre ;
Les Bergers conduiront leurs paifibles troupeaux ,
Où Mars tendit fes camps , où grondoit fon tonnèrre
,
Où flottoient fes drapeaux.
O que
de fils rendus à leurs mères tremblantes !
Que d'époufes en pleurs reverront leurs époux ,
* M. de Montefquieu , ce Légiflateur de l'Humanité
, dit au fujet de la Traite des Négres :
» Ne viendrait il pas dans la tête des Princes
» d'Europe qui font entr'eux tant de conven-
> tions , d'en faire une générale en faveur de la
>> miféricorde & de la pitié ? Liv . 15. chap . 5. de
"Efprit des Loix.
JANVIER. 1763 . II
Et ne pâliront plus aux nouvelles fanglantes
De Bellone en courroux !
Ta fouris & de Mars domptant la fière audace
Tu vois fuir les combats devant tes yeux fereins
Ton afpect fait tomber la guèrre & la menace
Du front des Souverains.
Ainfi , quand les Zéphyrs , fur leur aile fleurie ,
Raménent l'Alcyon , doux efpoir des Nochers ,
Le flot grondant s'appaife , & roule fans furie
Du fommet des rochers.
UN léger Tourbillon , prémices des orages ,
A peine de Cérès fait courber les épis ,
Qu'il vole fur les mers éveiller les naufrages
Et les flots affoupis.
C'eft ainfi que voilant fa funefte origine ,
La Guèrre , qui dans l'ombre alluma fes fambeaux
,
II. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Vint changer tout-à- coup nos Palais en ruine ,
Et la Tèrre en tombeaux.
J'aivuMars, jeཏུ མl'ai vû, des fommets du Rodope ,
Précipiter fon char & les courfiers fougueux ;
Je t'ai vue , ô Bellone ! épouvanter l'Europe
Detes cris belliqueux .
Ah ! périffe le jour où la Sprée infultante ,
Pareille à ces torrens échappés de l'Etna ,
Vint choquer fa rivale , éperdue & tremblante ,
Aux rochers de Pyrna . *
*
Depuis ce jour fanglant , ô que de jours funeftes
Ont épuifé fur nous leurs tragiques horreurs ,
Les crimes , les revers , les vengeances céleſtes ,
Et nos propres fureurs.
Organe de la Mort , la trompette éffrayante
Appelloit aux combats & la Tèrre & les Mers ;
Et l'Amérique a vû l'Europe foudroyante
Tonner dans les déferts.
Alors furent changés en glaives homicides
Le foc de Triptolème & la faulx de Cérès :
Aux yeux du Laboureur le char des Euménides
Sillonna les guérêts.
Sept fois l'Eté brûlant , fept ois l'humide
tomne ,
* Invafion en Saxe.
JANVIER. 1763. 7
Sept fois le fombre Hyver entouré de glaçons ,
Vit l'affreufe Atropos faire aux champs de Bellone
D'éffroyablesmoillons.
Eh ! pourquoi de la Mort précipiter les aîles ?
La tombe eſt-elle encor trop loin de nos berceaux ?
Malheureux ! eft- ce à nous que les Parques cruelles
Ont remis leurs ciſeaux ?
Mortel , que veut ce glaive en tes mains fanguinaires
?
Menace-t-il le fein des Tigres dévorans ?
Quoi ! l'Homme égorge l'Homme , affaffins mercenaires
Vendus aux Conquérans !
O fainte Humanité ! quel fpectacle fauvage
Offre à tes yeux en pleurs ce Globe malheureux ,
Tous ces fleuves de fang , ces plaines de carnage,
Et ces piéges de feux !
Sans doute Néméfis , en fes profondes nues ,
Accumulant fur nous les orages du Sort ,
Lança de toutes parts ces fléches inconnues
Au carquois de la Mort.
Affez & trop long- temps ont roulé fur nos têtes
Tous ces globes de fer qui brifent les remparts ;
Trop long- temps ont regné les homicides fêtes ,
Les jeux fanglans de Mars.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Que ces Bouches de feux ouvertes au carnage ,
Que ces Monftres d'airain fe taifent pour jamais ;
Ou grondent fans fureur , expiant leur ravage ,
Aux fêtes de la Paix .
Telle après les éclats d'un horrible tonnèrre ,
Sur les reftes grondans d'un nuage enflammé ,
La bienfaiſante Iris vient apprendre à la Tèrre
Que l'Olympe eft calmé.
Rois , enfans des Dieux , imitez leur clémence !
Un thrône bienfaiſant eft rival des autels :
Etouffez des combats la fatale femence ,
Epargnez les Mortels.
Paſteurs des Nations que le Ciel vous confie ,
Quittez ce titre augufte , ou rendez-nous heureux ;
Mais l'orgueil des Héros fouvent nous facrifie
A fes coupables voeux.
Zh !qui peut envier une palme fragile ,
S'il faut , pour la cueillir , enfanglanter fes mains ?
LOUIS , ton coeur préfére à fon éclat ſtérile
Le bonheur des Humains.
Ton Miniftre fidéle , & que Minerve inſpire ,
Va réparer de Mars les finiftres revers ;
Le moment qui rendra la Paix à ton Empire,
La rend à l'Univers .
JANVIER. 1763 . 9
Quel Mécène nouveau , jaloux de ſa mémoire ,
Raffermira des Arts les autels chancelans ?
CHOISEUL , ce fera toi ; tout Amant de la Gloire
Eft Ami des Talens.
O PAIX , divine Paix fi long-temps implorée ,
Prends du haut de l'Olympe un favorable éffor !
Et fur le front fanglant de l'Europe éplorée ,
Fixe tes aîles d'or !
Tes mains de l'Océan nous ouvrent les barrières ;
Ces Pins navigateurs , amis des Matelots ,
Vont deſcendre à ta voix de leurs forêts altières ,
Pour traverser les flots.
Par les noeuds du Commerce embraſſe les deux
Mondes ;
Et des climats de l'Inde aux rives du Boetis ,
Guide nos pavillons fur les vagues profondes
De l'immenfe Thétis.
Tes regards ont calmé l'orageuſe Angleterre ;
Les Peuples du Soleil , enfans des vaſtes Eaux ,
Ne verront plus fortir & la foudre & la guèrre
Des flancs de ſes vaiffeaux.
Aux deux Mondes rivaux donne un juſte équilibre,
Rends les Peuples heureux & les Rois citoyens :
Exile tous les maux ; le bonheur d'être libce
Eft le premier des biens.
1
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Eh ! peux-tu , fans pitié voir un or tyrannique
De l'Africain fervile acheter les malheurs?
L'Humanité qu'outrage un abus politique
Te préfente fes pleurs.
Des enfans du Niger affranchis le rivage ;
De la Nature entin ofe venger les droits :
Fais que l'Humanité , briſant leur esclavage ,
Signe aux Traités des Rois .
L'Univers te rappelle , aimable Fugitive ;
Enchaîne la Difcorde aux Autels dé Janus :
Brife les noirs Cyprès , & joins ta douce olive
Aux myrthes de Vénus .
De pampres & de fleurs tu couronnes la Tèrre ;
Les Bergers conduiront leurs paifibles troupeaux ,
Où Mars tendit fes camps , où grondoit fon tonnèrre
,
Où flottoient fes drapeaux.
O que
de fils rendus à leurs mères tremblantes !
Que d'époufes en pleurs reverront leurs époux ,
* M. de Montefquieu , ce Légiflateur de l'Humanité
, dit au fujet de la Traite des Négres :
» Ne viendrait il pas dans la tête des Princes
» d'Europe qui font entr'eux tant de conven-
> tions , d'en faire une générale en faveur de la
>> miféricorde & de la pitié ? Liv . 15. chap . 5. de
"Efprit des Loix.
JANVIER. 1763 . II
Et ne pâliront plus aux nouvelles fanglantes
De Bellone en courroux !
Ta fouris & de Mars domptant la fière audace
Tu vois fuir les combats devant tes yeux fereins
Ton afpect fait tomber la guèrre & la menace
Du front des Souverains.
Ainfi , quand les Zéphyrs , fur leur aile fleurie ,
Raménent l'Alcyon , doux efpoir des Nochers ,
Le flot grondant s'appaife , & roule fans furie
Du fommet des rochers.
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Résumé : ODE SUR LA PAIX.
L'ode 'Sur la Paix' décrit les ravages de la guerre et appelle à la paix. Elle commence par comparer les prémices des orages et leurs dangers à la guerre, qui détruit tout sur son passage. L'auteur évoque Mars et Bellone, déesses de la guerre, semant la terreur en Europe. Il rappelle un jour funeste où la Sprée, en crue, a causé des ravages, symbolisant les conflits destructeurs. Depuis ce jour, de nombreux jours funestes ont épuisé leurs horreurs sur l'humanité, avec des crimes, des revers, des vengeances célestes et des fureurs humaines. La trompette de la mort appelait aux combats sur terre et sur mer, et l'Amérique a vu l'Europe foudroyante tonner dans les déserts. Les outils de paix, comme le soc de Triptolème et la faucille de Cérès, ont été transformés en armes meurtrières. Pendant sept étés, sept automnes et sept hivers, la guerre a ravagé les champs de bataille. L'auteur dénonce les hommes qui s'entretuent, devenus des mercenaires au service des conquérants. L'humanité est présentée comme un spectacle sauvage, avec des fleuves de sang et des plaines de carnage. Némésis, déesse de la vengeance, a accumulé les malheurs sur l'humanité. Les armes de guerre, comme les bouches à feu et les monstres d'airain, doivent se taire pour toujours ou expié leur ravage lors des fêtes de la paix. L'auteur appelle les rois à imiter la clémence des dieux et à étouffer la semence des combats. Il loue le roi Louis et son ministre Choiseul pour leurs efforts en faveur de la paix. La paix est comparée à Iris, qui annonce la fin de l'orage après un tonnerre. L'ode se termine par un appel à la paix, qui doit ouvrir les barrières de l'Océan et embrasser les deux mondes par les nœuds du commerce. La paix doit calmer les conflits, rendre les peuples heureux et les rois citoyens, et exiler tous les maux. L'auteur dénonce également l'esclavage et appelle à l'affranchissement des peuples opprimés. La paix doit enchaîner la discorde et couronner la terre de pampres et de fleurs, permettant aux bergers de conduire leurs troupeaux en paix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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