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1
p. 1348-1353
MEMOIRE sur l'Electricité, lû à la derniere Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, par M. Dufey, Extrait.
Début :
L'Académicien commence par donner la définition de l'Electricité, et fait [...]
Mots clefs :
Corps, Électricité, Expériences, Globe, Matière, Dufey, Électrique, Fils, Académie royale des sciences
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE sur l'Electricité, lû à la derniere Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, par M. Dufey, Extrait.
MEMOIR E sur l'Electricité, lû à la
derniere Assemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences , par M. Dufey,
Extrait.
'Académicien commence par donner
la définition de l'Electricité , et fait
ensuite l'Histoire abregée des progrès
qui ont été faits sur cette matiere depuis
que cette propriété a été reconnue dans
quelques Corps. Après cette exposition
il donne une idée du plan qu'il se propose
de suivre , et après avoir rapporté
plusieurs experiences qu'il a faites sur ce
sujet ; la fin de l'Assemblée ne lui a pas
II. Vol. permis
JUIN. 1733 1349 .
permis d'achever le premier article qu'il
s'étoit proposé de lire.
L'Electricité est la proprieté qu'ont
certaines matieres d'attirer la paille et
tous les corps legers ; l'Ambre , le Jayet,
la Cire d'Espagne , sont connus depuis
long-temps pour avoir cette vertu ; M.D.
donne un Extrait de ce qu'ont rapporté
sur cette matiere les Auteurs qui l'ont
traitée avec le plus de soin . Gilbert a
beaucoup augmenté le nombre des corps.
Electriques , la plupart des Pierres précieuses
le sont devenues entre ses mains ;
Ottodeguerike rapporte dans le Livre
des Experiences de Magdebourg plu
sieurs faits très - singuliers sur l'Electricité
d'une boule de souffre , on y trouve
même l'origine et la base des Experiences
qui ont été faites en Angleterre depuis
plusieurs années. Boyle a . encore beaucoup
augmenté les connoissances que l'on
avoit sur cette matiere ; il a rendu élec
triques plusieurs corps qui n'avoient pû
le devenir jusques - là ; ces recherches parurent
ensuite abandonnées pendant trèslong-
temps , et jusques à ce que M.Hauk
bée imagina plusieurs Experiences dont
nous allons rapporter en peu de mots
quelques-unes , des plus singulieres.
Un tuyau de verre blanc , gros d'un
II. Vol.
pouce
1350 MERCURE DE FRANCE
pouce ou environ , et frotté avec la main
du papier , de la laine , ou toute autre
matiere semblable , attire et repousse tous
les corps legers , et cela à la distance d'un
pied et plus , cette Experience se voit
mieux avec les feuilles de métail qu'avec
toute autre chose , on les voit s'élever
et s'abaisser avec rapidité et faire divers
mouvemens très singuliers.
M. Hauksbée a fait d'autres Experiences
très- extraordinaires avec un Globe
de verre tournant sur son axe avec rapidité
, on tient la main sur ce Globe
pendant qu'il tourne , afin de le frotter
et d'exciter son électricité , on voit alors
des fils que l'on avoit précédemment attachez
à un cercle de fer distant de ce
Globe d'environ un pied ; on voit, dis- je,
ces fils se diriger en rayons vers le centre
du Globe ; et si l'on a introduit dans le
Globe de pareils fils par le moyen d'un
axe , ils prennent une direction contraire
et se disposent en forme de Soleil , en
tendant du centre à la circonférence , on
dérange l'ordre des fils du dehors en mettant
le doigt ou quelqu'autre corps au
dedans du Globe , et ceux du dedans en
mettant le doigt en dehors.
Si l'on fait dans l'obscurité ces Experiences
, tant du Globe , que du Tuyau ,
II. Vol. elles
JUIN. 1733. 1351
elles sont accompagnées d'une lumiere
très- vive , qui prend des formes différentes
, suivant qu'elles sont faites dans le
vuide ou dans le plein. Il y a plus de
vingt ans que ces Expériences ont été
publiées , et elles ont encore cessé d'être
suivies jusquà M. Gray , qui en a fait
de prodigieuses , et qui sont rapportées
dans les Transactions Philosophiques.
Pour nous en tenir à ce qu'il y a de plus
surprenant , nous dirons seulement qu'il
a étendu une corde de 850. pieds de long,
qu'il a attaché à l'un des bouts une
boule d'yvoire ou tel autre corps que
ce soit , et qu'approchant de l'autre
bout de cette corde le tuyau rendu électrique
, la vertu se continuoit tout le
long de la corde , et la boule d'yvoire
qui en étoit placée à une si grande distance
, attiroit et repoussoit les feuilles
de métail qu'on en approchoit. Le visage
d'un enfant suspendu sur deux cordes ,
devenoit électrique lorsqu'on approchoit
le Tuyau de ses pieds ; nous ne rappor
tons que ces deux exemples de l'Extrait
M. D. donne de cet Ouvrage , mais que
il exhorte de le lire en entier , et il avertit
qu'on y trouvera une infinité de choses
des plus curieuses et des plus singu
lieres.
11. Vol.
E * Après
1352 MERCURE DE FRANCE
Après avoir fait cette histoire abregée
des progrès des découvertes faites sur
l'Electricité , M. Dufey donne une idée
du plan qu'il se propose de suivre , il le
divise en cinq parties , dont voici à peu
près l'énoncé .
1º. Si tous les corps sont susceptibles
de l'Electricité par eux- mêmes, et si cette
proprieté n'est point commune à toute
la matiere. 2 ° . Si tous les corps le peuvent
devenir par communication , c'està-
dire , par l'attouchement ou la seule
approche du corps électrique . 3 ° . Quels
sont les corps qui peuvent favoriser ou
interrompre la transmission des écoule
mens électriques ? 4. Quels sont les
changemens que peuvent apporter à l'E
lectricité la tempérance de l'air , le plein
ou le vuide et les autres circonstances
phisiques ? 5. Enfin quel rapport il y
a entre l'Electricité et la vertu qu'ont
la plupart des corps électriques , de rendre
de la lumiere dans l'obscurité.
M. Dufey n'a pû lire que la premiere
partie de cette division , et il a rapporté
que tous les cops qui jusques à present
n'avoient pû devenir électriques , l'étoient
devenus entre ses mains ; tous les marbres
, par exemple , les agathes , les jaspes
, les pierres les plus communes , les
11. Vol.
JUIN. 1733: 1353
os , l'yvoite , l'écaille , les coquilles , les
sels , les bois de toute espece , enfin tout,
à la réserve des métaux , a été rendu électrique
il ne faut pour y parvenir que
chauffer plus ou moins ces différens corps
et les frotter ensuite ; il ne dit pas pour
cela que les métaux ne puissent pas le devenir,
mais il n'y est point encore parvenu ;
il compare cette géneralisation de l'Electricité
à celle qu'il découvrit il y a quelques
années sur les Phosphores ; il trouva
que tous les corps étoient aussi propres
à le devenir que la Pierre de Boulogne ;
aujourd'hui ils sont tous susceptibles d'électricité
, peut- être y a- t'il dans la matiere
une infinité de proprietez aussi générales,
que les temps et les expériences
nous découvriront un jour. M. Dufey
promet de donner incessamment la suite
de cet Ouvrage , suivant le plan que
nous venons de rapporter.
derniere Assemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences , par M. Dufey,
Extrait.
'Académicien commence par donner
la définition de l'Electricité , et fait
ensuite l'Histoire abregée des progrès
qui ont été faits sur cette matiere depuis
que cette propriété a été reconnue dans
quelques Corps. Après cette exposition
il donne une idée du plan qu'il se propose
de suivre , et après avoir rapporté
plusieurs experiences qu'il a faites sur ce
sujet ; la fin de l'Assemblée ne lui a pas
II. Vol. permis
JUIN. 1733 1349 .
permis d'achever le premier article qu'il
s'étoit proposé de lire.
L'Electricité est la proprieté qu'ont
certaines matieres d'attirer la paille et
tous les corps legers ; l'Ambre , le Jayet,
la Cire d'Espagne , sont connus depuis
long-temps pour avoir cette vertu ; M.D.
donne un Extrait de ce qu'ont rapporté
sur cette matiere les Auteurs qui l'ont
traitée avec le plus de soin . Gilbert a
beaucoup augmenté le nombre des corps.
Electriques , la plupart des Pierres précieuses
le sont devenues entre ses mains ;
Ottodeguerike rapporte dans le Livre
des Experiences de Magdebourg plu
sieurs faits très - singuliers sur l'Electricité
d'une boule de souffre , on y trouve
même l'origine et la base des Experiences
qui ont été faites en Angleterre depuis
plusieurs années. Boyle a . encore beaucoup
augmenté les connoissances que l'on
avoit sur cette matiere ; il a rendu élec
triques plusieurs corps qui n'avoient pû
le devenir jusques - là ; ces recherches parurent
ensuite abandonnées pendant trèslong-
temps , et jusques à ce que M.Hauk
bée imagina plusieurs Experiences dont
nous allons rapporter en peu de mots
quelques-unes , des plus singulieres.
Un tuyau de verre blanc , gros d'un
II. Vol.
pouce
1350 MERCURE DE FRANCE
pouce ou environ , et frotté avec la main
du papier , de la laine , ou toute autre
matiere semblable , attire et repousse tous
les corps legers , et cela à la distance d'un
pied et plus , cette Experience se voit
mieux avec les feuilles de métail qu'avec
toute autre chose , on les voit s'élever
et s'abaisser avec rapidité et faire divers
mouvemens très singuliers.
M. Hauksbée a fait d'autres Experiences
très- extraordinaires avec un Globe
de verre tournant sur son axe avec rapidité
, on tient la main sur ce Globe
pendant qu'il tourne , afin de le frotter
et d'exciter son électricité , on voit alors
des fils que l'on avoit précédemment attachez
à un cercle de fer distant de ce
Globe d'environ un pied ; on voit, dis- je,
ces fils se diriger en rayons vers le centre
du Globe ; et si l'on a introduit dans le
Globe de pareils fils par le moyen d'un
axe , ils prennent une direction contraire
et se disposent en forme de Soleil , en
tendant du centre à la circonférence , on
dérange l'ordre des fils du dehors en mettant
le doigt ou quelqu'autre corps au
dedans du Globe , et ceux du dedans en
mettant le doigt en dehors.
Si l'on fait dans l'obscurité ces Experiences
, tant du Globe , que du Tuyau ,
II. Vol. elles
JUIN. 1733. 1351
elles sont accompagnées d'une lumiere
très- vive , qui prend des formes différentes
, suivant qu'elles sont faites dans le
vuide ou dans le plein. Il y a plus de
vingt ans que ces Expériences ont été
publiées , et elles ont encore cessé d'être
suivies jusquà M. Gray , qui en a fait
de prodigieuses , et qui sont rapportées
dans les Transactions Philosophiques.
Pour nous en tenir à ce qu'il y a de plus
surprenant , nous dirons seulement qu'il
a étendu une corde de 850. pieds de long,
qu'il a attaché à l'un des bouts une
boule d'yvoire ou tel autre corps que
ce soit , et qu'approchant de l'autre
bout de cette corde le tuyau rendu électrique
, la vertu se continuoit tout le
long de la corde , et la boule d'yvoire
qui en étoit placée à une si grande distance
, attiroit et repoussoit les feuilles
de métail qu'on en approchoit. Le visage
d'un enfant suspendu sur deux cordes ,
devenoit électrique lorsqu'on approchoit
le Tuyau de ses pieds ; nous ne rappor
tons que ces deux exemples de l'Extrait
M. D. donne de cet Ouvrage , mais que
il exhorte de le lire en entier , et il avertit
qu'on y trouvera une infinité de choses
des plus curieuses et des plus singu
lieres.
11. Vol.
E * Après
1352 MERCURE DE FRANCE
Après avoir fait cette histoire abregée
des progrès des découvertes faites sur
l'Electricité , M. Dufey donne une idée
du plan qu'il se propose de suivre , il le
divise en cinq parties , dont voici à peu
près l'énoncé .
1º. Si tous les corps sont susceptibles
de l'Electricité par eux- mêmes, et si cette
proprieté n'est point commune à toute
la matiere. 2 ° . Si tous les corps le peuvent
devenir par communication , c'està-
dire , par l'attouchement ou la seule
approche du corps électrique . 3 ° . Quels
sont les corps qui peuvent favoriser ou
interrompre la transmission des écoule
mens électriques ? 4. Quels sont les
changemens que peuvent apporter à l'E
lectricité la tempérance de l'air , le plein
ou le vuide et les autres circonstances
phisiques ? 5. Enfin quel rapport il y
a entre l'Electricité et la vertu qu'ont
la plupart des corps électriques , de rendre
de la lumiere dans l'obscurité.
M. Dufey n'a pû lire que la premiere
partie de cette division , et il a rapporté
que tous les cops qui jusques à present
n'avoient pû devenir électriques , l'étoient
devenus entre ses mains ; tous les marbres
, par exemple , les agathes , les jaspes
, les pierres les plus communes , les
11. Vol.
JUIN. 1733: 1353
os , l'yvoite , l'écaille , les coquilles , les
sels , les bois de toute espece , enfin tout,
à la réserve des métaux , a été rendu électrique
il ne faut pour y parvenir que
chauffer plus ou moins ces différens corps
et les frotter ensuite ; il ne dit pas pour
cela que les métaux ne puissent pas le devenir,
mais il n'y est point encore parvenu ;
il compare cette géneralisation de l'Electricité
à celle qu'il découvrit il y a quelques
années sur les Phosphores ; il trouva
que tous les corps étoient aussi propres
à le devenir que la Pierre de Boulogne ;
aujourd'hui ils sont tous susceptibles d'électricité
, peut- être y a- t'il dans la matiere
une infinité de proprietez aussi générales,
que les temps et les expériences
nous découvriront un jour. M. Dufey
promet de donner incessamment la suite
de cet Ouvrage , suivant le plan que
nous venons de rapporter.
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Résumé : MEMOIRE sur l'Electricité, lû à la derniere Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, par M. Dufey, Extrait.
Le mémoire de M. Dufey, présenté à l'Académie Royale des Sciences, traite de l'électricité, définie comme la propriété de certaines matières d'attirer des corps légers. Des exemples incluent l'ambre, le jais et la cire d'Espagne. L'auteur retrace brièvement l'histoire des progrès réalisés dans ce domaine, citant des contributions notables de Gilbert, Ottodeguerike et Boyle. Après une période de stagnation, M. Hauksbée a mené des expériences marquantes avec des tubes et des globes de verre, observant des phénomènes électriques et lumineux. M. Dufey mentionne également les travaux de M. Gray, qui a démontré la transmission de l'électricité sur une corde de 850 pieds. Il expose ensuite son plan pour un ouvrage en cinq parties, couvrant la susceptibilité des corps à l'électricité, la transmission des écoulements électriques, et les effets de diverses circonstances physiques. Lors de cette assemblée, M. Dufey a rapporté que tous les corps, à l'exception des métaux, peuvent devenir électriques par chauffage et frottement. Il compare cette découverte à ses précédentes recherches sur les phosphores et promet de publier la suite de son ouvrage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 2615-[2]621
MEMOIRE sur l'Electricité, lû à la derniere Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences.
Début :
Mr Dufay termina la Séance par un Mémoire sur l'Electricité ; il [...]
Mots clefs :
Corps électriques, Électricité, Pieds, Corde, Couleurs, M. Dufay, Planche, Tube, Enfant, Mémoire, Feuilles, Académie royale des sciences
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE sur l'Electricité, lû à la derniere Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences.
MEMOIRE sur l'Electricité , lû à la
derniere Assemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences.
MR
par
R Dufay termina la Séance
un Mémoire sur l'Electricité ; il
rappelle d'abord que dans le premier il a
donné l'Histoire des Découvertes , qui
avoient été faites jusqu'à présent sur PElectricité
; et que dans le second il a fait
voir par un grand nombre d'Expériences
que cette propriété merveilleuse , qu'on
avoit crue jusqu'à ce jour particuliere à
un petit nombre de corps , étoit commune
à toutes les matieres que leur solidité
met en état d'être frottez assez vivement,
à l'exception néanmoins des Métaux qu'il
n'a jamais pû rendre électriques par euxmêmes
, mais.qui le deviennent par communication
, de même que les fluides , et
tous les autres corps , de quelque nature
qu'ils soient.
Dans ce troisiéme Mémoire M. Dufay
examine quels sont les corps qui sont le
plus vivement attirez par les matieres
électriques , et quels sont ceux qui transmettent
le plus facilement et le plus abondamment
les Ecoulemens électriques.
1. Vol, Dij M.
2616 MERCURE DE FRANC
M. Gray avoit dit dans les Transactions
Philosophiques, que les corps devenoient
plus ou moins électriques relativement
à leur couleur ; cette idée a engagé M. D.
à teindre des Rubans de diverses couleurs
et à les présenter au Tube rendu
électriques il a attiré d'abord le noir,
ensuite le blanc , et le rouge a été le dernier
de tous. M. D. teignit ensuite des
Gazes de mêmes couleurs que les Rubans
, et les ayant montées sur de petits
chassis , il s'en servit pour intercepter les
écoulemens électriques , et il s'apperçut
que la Gaze noire et la Gaze blanche, soutenues
au dessus des feuilles d'or , empêchoient
qu'elles ne fussent attirées par le
Tube , et que la Gaze rouge au contraire
et les autres Gazes de couleurs laissoient
passer les Ecoulemens électriques, ensorte
que les feuilles d'or étoient enlevées , et se
venoient appliquer aux Gazes ; ces expériences
le persuaderent d'abord que les
couleurs avoient quelque rapport avee
l'Electricité et que le noir , par exemple ,
s'abbrevoit plus facilement que le rouge,
de la matiére électrique ; ensorte que le
Ruban noir par cette raison étoit attiré
de plus loin que les autres, et que la Gaze
noire arrêtoit cette matiere , et l'empêchoit
de passer jusques aux feuilles d'or ,
I.Vol.
qui
DECEMBRE. 1733 2614°
qui étoient au- delà. M D. avoue que ces
raisons lui avoient paru vrai- semblables
assez long-temps ; mais ayant remarqué
des variétez dans ces Expériences , suivant
la température de l'air , et d'autres
circonstances , il commença à douter de
cet effet des couleurs , comme couleurs ;
enfin il reconnut , à n'en pouvoir douter,
qu'elles n'entroient pour rien dans ces
Phénoménes ; il fit pour cet effet plusieurs
Expériences sur les couleurs des
Corps naturels , sur celles de la lumiere
par le moyen du Prisme ; il fit chauffer
les Gazes et les Rubans de differentes
couleurs , il les mouilla , et il résulta de
cet examen que ces variétez ne venoient
point de la couleur , mais des ingrédiens
qui avoient servi à colorer. Nous ne le
suivrons point dans ce détail , et nous allons
dire un mot de la transmission de la
vertu électrique le long d'une corde , ce
qui est le second objet de ce Mémoire.
M. Gray avoit porté la distance à la--
quelle se peut transmettre l'Electricité par
le moyen
d'une corde jusques à la distance
de 886 pieds Anglois. M. Dufay après
avoir essayé sur une distance de 25 pieds ,
quelles étoient les circonstances nécessaires
pour réussir dans cette Expérience,
le mieux qu'il étoit possible , à trouvé
a
I. Vol.
que Di
2818 MERCURE DE FRANCE
que
l'Electricité étoit encore tres- sensible
à la distance de 1256 pieds , et il ne dou
te point qu'elle ne puisse aller encore
beaucoup plus loin. Voicy la maniere
dont il s'y est pris . Il a tendu des soyes
de 20 pieds en 20 pieds , en les attachano
transversalement d'un Arbre à l'autre ,
dans une allée ; il a posé sur ces soyes
une corde de la grosseur d'un tuyau de
plume ; ayant attaché un bout de corde
à la premiere soye , il a fait revenir la
corde du bout de l'allée sur les mêmes
soyes , l'ayant fait passer dans des boucles
aussi de soye , attachées au bout de
l'allée. Il a fait faire ensuite à la corde le
même chemin dans une autre allée , parallele
à la premietejet ayant ramené dans
une chambre le second bout de cette mê
me corde , à laquelle étoit soutenuë une
Boule de bois , l'Electricité parut tressensible
dans cette Boule , lorsqu'après
avoir frotté le Tube on l'approchoit du
premier bout de la corde qui étoit distant
du second de 1256 pieds il a remarqué
que pour réussir encore plus parfaitement
il falloit moüiller la corde avec
des Eponges , et bien prendre garde de
moüiller les soyes qui la soutiennent ; il
y a encore plusieurs autres circonstances
à observer , mais il ne nous est pas pos
sible d'entter dans ce détail.
DECEMBRE . 1733. 2619
M.Dufay rapporte ensuite ce qui lui est
árrivé , en faisant une Expérience qui se
trouve dans le Mémoire de M. Gray, qui
consiste à rendre électrique le visage d'un
enfant suspendu sur des cordes en approchant
le Tube des pieds de cet enfants
Voici de quelle maniere s'y est pris
M. Dufay ; il a attaché au Plancher deux
cordons de soye par les deux bouts , et
ayant posé une planche sur ces deux especes
de Boucles , il a placé un enfant de
8 à 9 ans sur cette planche, et l'a fait coucher
de son long , en approchant des
pieds de l'enfant le Tube , après l'avoir
bien frotté le visage et les mains de l'enfant
deviennent fort éléctriques , et attirent
de tres- loin les feuilles d'or. La même
chose arrive aux pieds de l'enfant lorsqu'on
approche le Tube de sa tête .
M. Dufay s'est mis ensuite lui - même
sur la planche à la place de l'enfant , et
cela lui a donné lieu de faire plusieurs
découvertes tres- singulieres , entr'autres
il prit à sa main un carton sur lequel
étoient des feuilles d'or , son autre main,
ni son visage ne les attiroient point alors ,
mais si quelque autre personne qui s'étoit
tenuë éloignée , venoit à présenter la main ,
ou un bâton au dessus de ces feuilles , elles
y voloient sur le champ.Un autre fait
1. Vol. D iiij enco2620
MERCURE DE FRANCE
•
encore plus singulier est que tandis qu'il`
étoit assis , ou couché sur la planche , et
que l'on avoit approché le Tube de ses
jambes , ou de l'une de ses mains ; si quelqu'un
venoit à passer la main auprès de
ses bras , de ses jambes , de son visage, ou
de tout son corps , on entendoit sur le
champ un petit bruit , semblable à un pétillement,
qui sortoit de son bras , ou de
sa jambe , et qui venoit frapper la main
de celui qui l'avoit approchée, ce qui causoit
même , tant à lui qu'à la personne
qui avoit approché la main , une petite
douleur semblable à la piqueure d'une
épingle faite brusquement , ou à la brulure
d'une étincelle.Ces pétillemens étoient
en effet de véritables étincelles , lorsque
l'Expérience se faisoit dans l'obscurité , et
elles arrivoient toujours lorsque c'étoit
un homme ou un animal vivant qui étoit
sur la planche ; mais il ne s'en formoit
point lorsque c'étoit un animal mort, ou
quelque autre corps inanimé, comme une
planche , un fagot , une botte de paille ,
&c. quoique ces corps contractassent
l'Electricité à peu près aussi facilement
que les corps animez.
M. Dufay ajoute encore plusieurs autres
faits curicux , indépendemment de
ceux qu'il dit avoir réservez pour les as-
1. Kol.
бел
1
DECEMBRE . 1733. 4621
semblées particulieres , et il finit par annoncer
la découverte de deux principes
nouveaux et tres- simples , qui servent à
expliquer une grande partie de tous ces
faits. Le premier est que les corps Electriques
attirent tous ceux qui ne le sont
point , et les repoussent lorsqu'ils le sont
devenus par communication; et le second
qu'il y a deuxElectricitez distinctes et tresdifférentes
l'une de l'autre , qui font des
effets entierement opposez , et qui sont la
cause des varietez , et des contrariétez apparentes
qui se trouvent dans la plupart
des Expériences de l'Electricité ; mais la
preuve et le détail de ces principes font le
sujet d'un quatriéme Mémoire , qu'il doit
lire incessamment à l'Académie.
derniere Assemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences.
MR
par
R Dufay termina la Séance
un Mémoire sur l'Electricité ; il
rappelle d'abord que dans le premier il a
donné l'Histoire des Découvertes , qui
avoient été faites jusqu'à présent sur PElectricité
; et que dans le second il a fait
voir par un grand nombre d'Expériences
que cette propriété merveilleuse , qu'on
avoit crue jusqu'à ce jour particuliere à
un petit nombre de corps , étoit commune
à toutes les matieres que leur solidité
met en état d'être frottez assez vivement,
à l'exception néanmoins des Métaux qu'il
n'a jamais pû rendre électriques par euxmêmes
, mais.qui le deviennent par communication
, de même que les fluides , et
tous les autres corps , de quelque nature
qu'ils soient.
Dans ce troisiéme Mémoire M. Dufay
examine quels sont les corps qui sont le
plus vivement attirez par les matieres
électriques , et quels sont ceux qui transmettent
le plus facilement et le plus abondamment
les Ecoulemens électriques.
1. Vol, Dij M.
2616 MERCURE DE FRANC
M. Gray avoit dit dans les Transactions
Philosophiques, que les corps devenoient
plus ou moins électriques relativement
à leur couleur ; cette idée a engagé M. D.
à teindre des Rubans de diverses couleurs
et à les présenter au Tube rendu
électriques il a attiré d'abord le noir,
ensuite le blanc , et le rouge a été le dernier
de tous. M. D. teignit ensuite des
Gazes de mêmes couleurs que les Rubans
, et les ayant montées sur de petits
chassis , il s'en servit pour intercepter les
écoulemens électriques , et il s'apperçut
que la Gaze noire et la Gaze blanche, soutenues
au dessus des feuilles d'or , empêchoient
qu'elles ne fussent attirées par le
Tube , et que la Gaze rouge au contraire
et les autres Gazes de couleurs laissoient
passer les Ecoulemens électriques, ensorte
que les feuilles d'or étoient enlevées , et se
venoient appliquer aux Gazes ; ces expériences
le persuaderent d'abord que les
couleurs avoient quelque rapport avee
l'Electricité et que le noir , par exemple ,
s'abbrevoit plus facilement que le rouge,
de la matiére électrique ; ensorte que le
Ruban noir par cette raison étoit attiré
de plus loin que les autres, et que la Gaze
noire arrêtoit cette matiere , et l'empêchoit
de passer jusques aux feuilles d'or ,
I.Vol.
qui
DECEMBRE. 1733 2614°
qui étoient au- delà. M D. avoue que ces
raisons lui avoient paru vrai- semblables
assez long-temps ; mais ayant remarqué
des variétez dans ces Expériences , suivant
la température de l'air , et d'autres
circonstances , il commença à douter de
cet effet des couleurs , comme couleurs ;
enfin il reconnut , à n'en pouvoir douter,
qu'elles n'entroient pour rien dans ces
Phénoménes ; il fit pour cet effet plusieurs
Expériences sur les couleurs des
Corps naturels , sur celles de la lumiere
par le moyen du Prisme ; il fit chauffer
les Gazes et les Rubans de differentes
couleurs , il les mouilla , et il résulta de
cet examen que ces variétez ne venoient
point de la couleur , mais des ingrédiens
qui avoient servi à colorer. Nous ne le
suivrons point dans ce détail , et nous allons
dire un mot de la transmission de la
vertu électrique le long d'une corde , ce
qui est le second objet de ce Mémoire.
M. Gray avoit porté la distance à la--
quelle se peut transmettre l'Electricité par
le moyen
d'une corde jusques à la distance
de 886 pieds Anglois. M. Dufay après
avoir essayé sur une distance de 25 pieds ,
quelles étoient les circonstances nécessaires
pour réussir dans cette Expérience,
le mieux qu'il étoit possible , à trouvé
a
I. Vol.
que Di
2818 MERCURE DE FRANCE
que
l'Electricité étoit encore tres- sensible
à la distance de 1256 pieds , et il ne dou
te point qu'elle ne puisse aller encore
beaucoup plus loin. Voicy la maniere
dont il s'y est pris . Il a tendu des soyes
de 20 pieds en 20 pieds , en les attachano
transversalement d'un Arbre à l'autre ,
dans une allée ; il a posé sur ces soyes
une corde de la grosseur d'un tuyau de
plume ; ayant attaché un bout de corde
à la premiere soye , il a fait revenir la
corde du bout de l'allée sur les mêmes
soyes , l'ayant fait passer dans des boucles
aussi de soye , attachées au bout de
l'allée. Il a fait faire ensuite à la corde le
même chemin dans une autre allée , parallele
à la premietejet ayant ramené dans
une chambre le second bout de cette mê
me corde , à laquelle étoit soutenuë une
Boule de bois , l'Electricité parut tressensible
dans cette Boule , lorsqu'après
avoir frotté le Tube on l'approchoit du
premier bout de la corde qui étoit distant
du second de 1256 pieds il a remarqué
que pour réussir encore plus parfaitement
il falloit moüiller la corde avec
des Eponges , et bien prendre garde de
moüiller les soyes qui la soutiennent ; il
y a encore plusieurs autres circonstances
à observer , mais il ne nous est pas pos
sible d'entter dans ce détail.
DECEMBRE . 1733. 2619
M.Dufay rapporte ensuite ce qui lui est
árrivé , en faisant une Expérience qui se
trouve dans le Mémoire de M. Gray, qui
consiste à rendre électrique le visage d'un
enfant suspendu sur des cordes en approchant
le Tube des pieds de cet enfants
Voici de quelle maniere s'y est pris
M. Dufay ; il a attaché au Plancher deux
cordons de soye par les deux bouts , et
ayant posé une planche sur ces deux especes
de Boucles , il a placé un enfant de
8 à 9 ans sur cette planche, et l'a fait coucher
de son long , en approchant des
pieds de l'enfant le Tube , après l'avoir
bien frotté le visage et les mains de l'enfant
deviennent fort éléctriques , et attirent
de tres- loin les feuilles d'or. La même
chose arrive aux pieds de l'enfant lorsqu'on
approche le Tube de sa tête .
M. Dufay s'est mis ensuite lui - même
sur la planche à la place de l'enfant , et
cela lui a donné lieu de faire plusieurs
découvertes tres- singulieres , entr'autres
il prit à sa main un carton sur lequel
étoient des feuilles d'or , son autre main,
ni son visage ne les attiroient point alors ,
mais si quelque autre personne qui s'étoit
tenuë éloignée , venoit à présenter la main ,
ou un bâton au dessus de ces feuilles , elles
y voloient sur le champ.Un autre fait
1. Vol. D iiij enco2620
MERCURE DE FRANCE
•
encore plus singulier est que tandis qu'il`
étoit assis , ou couché sur la planche , et
que l'on avoit approché le Tube de ses
jambes , ou de l'une de ses mains ; si quelqu'un
venoit à passer la main auprès de
ses bras , de ses jambes , de son visage, ou
de tout son corps , on entendoit sur le
champ un petit bruit , semblable à un pétillement,
qui sortoit de son bras , ou de
sa jambe , et qui venoit frapper la main
de celui qui l'avoit approchée, ce qui causoit
même , tant à lui qu'à la personne
qui avoit approché la main , une petite
douleur semblable à la piqueure d'une
épingle faite brusquement , ou à la brulure
d'une étincelle.Ces pétillemens étoient
en effet de véritables étincelles , lorsque
l'Expérience se faisoit dans l'obscurité , et
elles arrivoient toujours lorsque c'étoit
un homme ou un animal vivant qui étoit
sur la planche ; mais il ne s'en formoit
point lorsque c'étoit un animal mort, ou
quelque autre corps inanimé, comme une
planche , un fagot , une botte de paille ,
&c. quoique ces corps contractassent
l'Electricité à peu près aussi facilement
que les corps animez.
M. Dufay ajoute encore plusieurs autres
faits curicux , indépendemment de
ceux qu'il dit avoir réservez pour les as-
1. Kol.
бел
1
DECEMBRE . 1733. 4621
semblées particulieres , et il finit par annoncer
la découverte de deux principes
nouveaux et tres- simples , qui servent à
expliquer une grande partie de tous ces
faits. Le premier est que les corps Electriques
attirent tous ceux qui ne le sont
point , et les repoussent lorsqu'ils le sont
devenus par communication; et le second
qu'il y a deuxElectricitez distinctes et tresdifférentes
l'une de l'autre , qui font des
effets entierement opposez , et qui sont la
cause des varietez , et des contrariétez apparentes
qui se trouvent dans la plupart
des Expériences de l'Electricité ; mais la
preuve et le détail de ces principes font le
sujet d'un quatriéme Mémoire , qu'il doit
lire incessamment à l'Académie.
Fermer
Résumé : MEMOIRE sur l'Electricité, lû à la derniere Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences.
Le mémoire de M. Dufay, présenté à l'Académie Royale des Sciences, explore les propriétés de l'électricité et les corps qu'elle affecte. Dans ce troisième mémoire, Dufay examine quels matériaux sont le plus attirés par les matières électriques et lesquels transmettent le mieux les écoulements électriques. Il réfute l'idée de M. Gray selon laquelle la couleur des corps influence leur capacité à devenir électriques, démontrant que les variations observées dépendent des ingrédients utilisés pour colorer les corps plutôt que des couleurs elles-mêmes. Dufay rapporte également des expériences sur la transmission de l'électricité à longue distance. Il a réussi à transmettre l'électricité sur une distance de 1256 pieds en utilisant une corde mouillée, dépassant ainsi les 886 pieds atteints par M. Gray. Il décrit également une expérience où un enfant, suspendu sur des cordes, devient électrique en approchant un tube frotté de ses pieds, rendant son visage et ses mains électriques. Dufay observe des phénomènes électriques singuliers, tels que des étincelles et des bruits de pétillement, lorsqu'une personne approche sa main de son corps pendant qu'il est sur une planche électrique. Ces phénomènes n'apparaissent pas avec des corps inanimés. Il conclut en annonçant la découverte de deux principes fondamentaux : les corps électriques attirent ceux qui ne le sont pas et repoussent ceux qui le sont par communication. De plus, il existe deux types d'électricité distincts et opposés. Ces principes seront détaillés dans un quatrième mémoire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 62-81
SUITE de la Séance publique de l'Académie de Rouen. EXTRAIT du Mémoire sur l'Electricité.
Début :
Monsieur le Cat Vice-Directeur de l'Académie, Correspondant de celle [...]
Mots clefs :
Corps, Électrique, Électricité, Matière, Tube, Air, Claude-Nicolas Le Cat, Centre, Corde, Expériences, Atmosphère, Circonférence, Matière subtile, Émanation, Tourbillon, Matière, Phénomène, Corps légers, Étincelles, Lumière, Soie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Séance publique de l'Académie de Rouen. EXTRAIT du Mémoire sur l'Electricité.
SUITE de la Séance publique de l'Aca
démie de Rouen.
EXTRAIT du Mémoire fur l'Electricité.
Onfieur le Cat Vice-Directeur de
Macadémie ,
Correfpondant de celle
des Sciences de Paris , Membre de la Société
Royale de Londres & de l'Académie
de Madrid , lut enfuite un Mémoire:
fur l'Electricité. M. le Cat avoit quelquesautres
Mémoires concernant la Phyfique du
corps humain qui fait fon obiet capital
mais l'Académie a préféré l'Electricité com
me un fujet plus propre à piquer la curio
fité d'une affemblée publique .
Les Anciens , dit M. le Cat , ont obfervé
que l'Ambre , lorſqu'il eft frotté , attire
la paille , le duvet & les autres corps
legers . ils appelloient l'Ambre Electrum ;
on a donc nommé Electricité cette proprieté
d'attirer les corps legers , qu'on
croyoit d'abord particuliere à l'Ambre , &
qu'on a reconnue depuis dans une infinité
d'autres efpeces de matieres , telles que la
cire d'Elpagae , la gomme copal , toutes les
refines , le verre , les pierres précieuſes , &
tous les corps tranfparens.
DECEMBRE 1745 .
63
M. le Cat fait enfaite une courte Hif
toire des découvertes de l'Electricité , & des
Sçavans qui s'y font diftingués.
ל כ
כ
5
38
ස
On feroit , ajoute-t - il , un fort gros vo--
fume des travaux de tous ces célébres Phyficiens
. Cette entrepriſe furpaffe de beaucoup
les bornes d'un Mémoire , où nous
ne pouvons que faire un choix de ce qu'il·
y a de plus intereffant fur cette matiere.
» Je me bornerai donc aux circonftances
capitales du phenoméne de l'Electricité. Je
choifirai parmi les expériences celles qui
font les plus propres à établir ces circonf-
» tances, & à dévoiler leurs cauſes. Enfin je tacheraidedévelopper
cette caufe . J'auroiscrû
» ne point remplir mes engagemens , fi je ne'
» vous avois montré des phenoménies curieux-
» que pour laiffer vos efprits dans une for-
» te de défefpoir' , & dans l'inquiétude hu-
» miliante de ne pouvoir les comprendre .
» Ces fortes de caufes , lors même qu'elles
» ne font que conjecturales,repréfentent plus
» fortement les phenoménes , dit M. de Fon-
» tenelle . D'ailleurs n'a- t- on pas acquis le
» droit de hazarder quelques pages de fyf--
» tême , quand on a amaffé des volumes
d'expériences ?
පා
ود
33
» Non feulement on s'eft affùré , continue:
» M.le Cat, qu'un grand nombre de matieres
» que les Anciens n'avoient pas ſoupçonnées›
* Hift. Acad. p. 3•
64 MERCURE DE FRANCE .
d'être électriques , comme l'Ambre , atti-
» roient cependant , comme lui , les corps
legers , mais encore on a découvert que
» toutes ces ſubſtances , après avoir attiré ces
corps legers , les repoufloient loin d'elles ;
ce qui établit déja dans le phenoméne de
l'Electricité deux effets oppofés, l'attraction
,, & la repulfion.
35
On s'elt avifé enfuite de frotter les fubftances
électriques dans l'obfcurité , & l'on
s'eft apperçu qu'elles jettoient des étincelles
de lumiere , & qu'ainfi le corps électrique
étoit une espece de phoſphore.
Enfin la curiofité à porté les Phyliciens
à examiner fi ces effets de l'Electricité ne
pouvoient pas fe communiquer à d'autres
corps qui ne fuffent pas naturellement électriques
, & ils ont trouvé que ces effets fe
communiquoient à tous les corps en général
fi l'on en excepte la flamme , & cela à des
diftances fort éloignées , & qu'il en étoit
prefque de l'Electricité , comme du fon &
de la lumiere .
Voilà les principaux effets qu'on a conftatés
jufqu'ici dans le phenoméne de l'Electricité
, fçavoir l'attraction , la repulſion , l'émanation
des étincelles , & la communication
ou propagation de tous ces effets. Ce
font eux qui font l'objet & la divifion de
ce Mémoire, M. Dufay s'étoit crû très-fondé
DECEMBRE.
1745. 85
à ajouter à ces circonftances unediftinction de
l'Electricité en deux efpeces, une particuliere
au verre & aux autres matieres vitrées , & une
autre propre à la cire d'Eſpagne & aux matieres
refineufes, mais pourfuitM.le Cat M.l'AbbéNolet,
dontla correſpondance m'a été trèsutile
dans les experiences fur l'Electricité ,
vient de m'avertir qu'il avoit des expériences
qui rendoient cette diftinction douteuſe ,
J'ai donc abandonné cette diftinction , ne
voulant raifonner ici que fur desfaits conftans.
M. le Cat fait autant d'articles qu'il vient
de diftinguer d'effets dans l'Electricité , &
chaque article a deux parties , dont la premiere
contient les expériences, & la feconde
l'explication . M. le Cat a non feulement
lu les procédés des expériences , mais
il les a encore exécutés dans cette même
affemblée publique , à l'exception de l'émanation
des étincelles qui demande un lieu
obfcur & des commodités trop difficiles
à fe procurer dans une fale immenfe , &
remplie à l'excès de fpectateurs.
Les effets capitaux de l'Electricité que les
expériences expofent , font très-connus , &
ils font fuffilamment défignés par l'énumération
précédente ; on nous diſpenſera donc
de les rapporter , pour nous attacher à ce
qu'il y a de neuf dans ce Mémoire , c'eſtà-
dire aux explications.
86 MERCURE DE FRANCE.
Voici comme M. le Cat explique l'attraction
des corps legers produite par le
tube , on l'Electricité proprement prife.
Perfonne n'ignore que les pores de tous
les corps font remplis d'une matiere extrê
mement déliée qu'on appelle communément
matiere fubtile , & fous le genre de laquelle
on peut comprendre la matiere du feu ,
& celle de la lumiere . On fçait que les corps
tranſparens , comme le verre , donnent un
fibre paffage à la lumiere , & que les corps
refineux , comme le fouphre , la poix , la
cire d'Efpagne font très- inflammables , c'eftà-
dire qu'ils contiennent beaucoup de matiere
de feu & de fubftance propre à lui
fervir d'aliment .
Les matieres vitrées & refineufes font
donc parmi les corps folides ceux où réfide
une plus grande quantité de matiere fubtile ,
& c'eft cette proprieté qui les rend électriques
par eux-mêmes , car lorfqu'on frotte
avec la main des corps auffi fournis de matiere
fubtile , on les échauffe , on met dans
un violent mouvement cette matiere deliée
dont ils font imbus : on y introduit encore
de ce feu actif qui anime nos liqueurs. Cet
amas de matiere fubtile vivement agitée fe
rarefie, occupé plus d'efpace autour du corps
fotté , autour du tube ; elle en écarte l'air
& les autres efpeces de matiere moins fube
DECEMBRE 1745. 67
و ت
tile qu'elle ; enfin elle forme autour du tube
une atmoſphére d'une étendue plus ou moins
grande , felon la quantité de la matiere ſubtile
agitée , & le dégré de fon agitation
& cette atmofphére eft compofée de matiere
dont la plus fubtile & la plus agitée eft
au centre , & la plus groffiere ou la moins
agitée , à la circonférence.
Cette matiere plus fubtile du centre pé
netre librement les corps , elle paffe au
travers fans beaucoup d'oppofition , & ne
fait prefque aucune impreffion fur eux . Ce
centie de l'atmosphére électrique eft donc
pour les corps legers une espece de vuide ,
où ils trouvent très-peu de réfilance , au
lieu que le fluide de la circonférence plus
groffier a de la prife fur ces corps , & leur fait
éprouver toute l'impulfion , tout le choc du
mouvement inteftin de fes particules agitées .
Donc toutes les fois qu'on enveloppera un
corps leger dans cette atmosphére , ou
qu'on l'expofera entre le centre & la circonférence
du tourbillon électrique , ce corps
leger fera néceffairement pouffé par cette
circonférence plus réfiftante vers le centre
où il y a pour lui une efpece de vuide ,
& un vrai défaut de réfiftance .
On peut oppoſer à cette explication une
expérience qui démontre que l'Electricité a
lieu dans le vuide , ou dans le récipient de
68 MERCURE DE FRANCE .
la machine pneumatique dont on a pompé
l'air , mais cette machine ne peut jamais
pomper exactement tout l'air du récipient
& en le fuppofant gratuitement , il n'eft pas
néceffaire que la circonférence de l'atmofphére
électrique foit compofée d'air , pour
produire le méchaniſme qu'on vient d'expofer;
il fuffit qu'elle foit faite d'une ma-
- tiere moins fubtile que le feu & la lumiere ;
or tous les Phyficiens conviendront qu'entre
le feu & l'air il doit y avoir un grand
nombre d'efpeces de matieres plus groffieres
que le feu , & plus fubtiles que l'air : c'eſt
de ces efpeces fubalternes de matiere que
fera compofée la circonférence du tourbillon
électrique dans le vuide de la machine pneumatique.
Voici des expériences qui nous apprennent
que , fi l'air groffier ne concourt pas
au phenoméne de l'Electricité , comme caufe
efficiente , au moins il y a quelque part .
Si l'on remplit un tube d'air comprimé ,
ou fi on l'en vuide en entier , il ne deviendra
point électrique , quelque vivement
qu'on le frotte,
On devine aifément que dans ces deux
cas l'air comprime la furface du tube , &
fait obftacle à l'expenfion de l'atmoſphere ,
& à la liberté des mouvemens néceſſaire à
l'Electricité.
y
DECEMBRE 1745 . 69
C'eft par la même raiſon que l'humidité
,
en éteignant le mouvement de la matiere
électrique eft le plus grand obftacle à ce
phenomene : c'eft pourquoi nous avons recommandé
que le tube foit bien fec , & nous
ajoutons que pour réuflir à ces expériences il
faut choifir un tems & un lieu fort fec. Muskenbrok
( pag. 257. ) ayant remarqué que
les vapeurs feules de la refpiration & de la
tranfpiration d'une affemblée nombreuſe
rendoient fouvent l'air affés humide pour les
faire manquer
.
L'Electricité eft foible dans un tems chaud,
& forte dans un tems froid & fec , comme
dans une belle gelée , par la même raiſon
que le feu a peu d'activité dans l'Eté , &
beaucoup dans l'Hyver. Dans un tems chaud
la matiere ignée s'étend trop , & fe difperfe
dans un air qui ne lui refifte point elle
doit donc faire moins d'impreffion . Dans un
tems froid & fec l'air environnant plus denfe
, plus refiftant, refferre la matiere ignée, la
tient raffemblée dans un inoindre efpace , où
elle a par conféquent un effet plus violent.
M. le Cat , qui previent le public que
ces expériences manquent ordinairement
dans les grandes affemblées , n'a pas laiffe
de les faire avec aflés de fuccès dans cette
affemblée publique , qui étoit des plus nombreufes
, mais la peine qu'il a été obligé
MERCURE DE FRANCE.
de fe donner pour les faire réuffir , a juftifié
fa précaution..
L'article fecond traite de la répulfion .
L'Electricité , dit M. le Cat , eft peutêtre
le feul phenoméne en Phyfique , qui
renferme dans les mêmes circonftances deux
effers auffi contradictoires que l'attraction
& répullion . Qu'un des pôles de l'aimant
attire le fer , tandis que l'autre le repoufle
il femble que c'eft une fuite naturelle de
Poppofition de ces pôles , mais que la même
region d'un tube attire & repouffe alternativement
tant de fois de fuite qu'on voudra
c'est une une fingularité aufli neuve que
furprenante .
Cette alternative d'effets oppofés eft auffi
ce qu'il y de a plus embaraflant dans ce
phenoméne. Voici comment M. le Cat réfout
ce probleme, "
Quand le corps leger eft attiré par le
tube vers le centre de fon atmosphére , la
matiere fubtile & agitée de ce centre rarefie
néceffairement ce que le petit corps apporte
avec lui d'air ou d'autres matieres plus
fubtiles , & melée avec ces matieres elle forme
un petit ballon élaftique , une atmofphére
comme celle du tube , par la même
méchanique qu'en frottant le tube , & rarefiant
par-là fes fluides , on lui fait une atmofphére
électrique.
DECEMBRE
ཏཝཱ , 1745.
La matiere du centre du tourbillon électrique
du tube plus fubtile & plus agitée que
celle de la circonférence a en elle mene
plus de force & de puiffance que cette derniere
, non feulement parce qu'elle eſt faite
de parties plus folides , & plus agitées
mais encore parce qu'elles fe donnent au
centre un appui réciproque. Le corps leger
dénué d'atmosphére ne reffent pas cette
fupériorité du centre du tourbillon électrique
du tube , parce que fa matiere poreufe
eft trop ouverte à fon paffage , & n'y oppofe
prefque aucune réfiftance . Mais dès
que ce petit corps fe trouve auffi environ
né d'une atmosphére électrique , qui a ce
corps même pour centre de fon mouvement
, la matiere fubtile du tube a prife contre
la matiere électrique pareille du corps
leger , & les mouvemens contraires de ces
deux atmosphéres portant l'un contre l'autre,
ne peuvent manquer de féparer ces corps ,
& de les porter auffi loin l'un de l'autre
que cette puiffance a d'étendue , d'autant
mieux que la circonférence grofliere de l'atmoſphere
dn corps leger doit s'appuyer fur
le tube qu'elle ne peut pénétrer , & qu'ainfi
lorfqu'elle fe développe tout à coup contre
le tube , elle doit faire élancer le corps leger ."
de deffus , comme par exploſion , & puilque
la matiere fubtile du centre de l'ate
2 MERCURE DE FRANCE.
mofphére électrique du tube , a le pouvoir
décarter vers la circonférence tout le fluide
groffier ou fubalterne , par la même raiſon
elle doit achever de pouffer & foutenir à
cette circonférence la couche groffere
& extérieure de l'atmosphére du corps leger
qui eft de même nature que le fluide
de cette circonférence .
foible
Si le tube n'eft pas beaucoup frotté , ou
peu électrique , fon atmoſphere trop
ue rarefiera point les fluides qui accompa
gnent la feuille d'or ; elle ne lui formera
point une atmosphére électrique , & ainfi
ce corps leger ne fera point repouffé de
deffus le tube.
Quoique le tube foit bien frotté , & très- ,
électrique , fi la feuille d'or fe trouve couchée
à plat fur le tube , elle n'en fera pas
repouffée , parce que fon application intime
avec les parois du tube produit un furcroit
d'attraction ou d'adherence , dont M,
le Cat a donné le méchaniſme ( pag. 335. )
du Traité des Sens , & parce que la matiere
du tube fait peut-être quelque obftacle à la
libre formation de l'atmofphére électrique
de la feuille d'or,
Nous pafferons quelques applications de
ces principes à des phenoménes particuliers
de l'Electricité pour venir aux conféquences
que tire M. le Car de cette doctrine.
La
DECEMBRE 1745. 73
La conftance , dit - il , avec laquelle l'atmofphére
du tube repouffe & foucient en
l'air dans un même éloignement la petite
atmoſphere de la feuille d'or électrifée , eft
pour le moins une image de la méchanique
qui tient les tourbillons des Planettes &
des Satellites à un éloignement déterminé
du centre de leur tourbillon , moteur , &
de l'impoffibilité de la chute de ces Planettes
dans ce centre .
Réciproquement on peut conclure de la
même analogie que toutes les Planettes ,
fans exception , celles mêmes dont la rotation
eft douteuse , & qu'on a foupçonnées
par là de n'avoir point de tourbillon , en
ont néceffairement un , ou au moins une
atmosphére , puifque fans cet accompagnement
elles ne pourroient fe foutenir , comme
elles font , dans une couche déterminée.
de la Sphere du tourbillon folaire , & que
comme la feuille d'or dépouillée de fon
atmoſphere tombe fur le tube , ces Planettes
fans tourbillon tomberoient dans le Soleil.
Cette application eft une raifon de plus
pour l'exiftence des tourbillons , & contre
le vuide de Newton , car l'atmosphére électrique
eft inconteftable , elle le fait entendre
par un petillement , on la voit par les
étincelles , elle fe manifefte à l'odorat par
une odeur de fouphre , au toucher même
1. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE,
par une espece de piqûure , & par un frottement
leger femblable à celui d'une toile
d'araignée .
On ne peut éluder ces conféquences qu'en
traitant de frivole la comparaifon faite entre
les corps céleftes & les corps électriques
ou électrifés , mais les Anglois même conviennent
de la jufteffe de cette analogie,
M. Gray , que j'ai déja cité , ne feint pas
d'appeller les corps iegers électrifés , & repouflés
, comme on vient de le dire , de
petites Plancies , & ce Phyficien étoit fi
charmé de cette idée , que dans une expérience
où , fans y penfer , cette idée conduifoit
fa main , il a crû voir une image &
une preuve de la circulation d'Orient en
Occident des Planetes autour du Soleil,
Quoiqu'il n'y ait pas lieu d'efpérer que l'Electricité
nous conduife fi loin , il me femble
au moins qu'on peut affurer avec M,
Dufay , que .... la vertu électrique influe
beaucoup plus qu'on ne penfe dans le méchanisme
de l'Univers. L'énorme difference qui
fe trouve entre les maffes ne fait pas une
objection contre l'analogie des phenoménes ,
Il eft permis aux Phyficiens de remonter
de l'atome aux Spheres céleftes : c'eft même
le fruit le plus folide & le plus glorieux
de leurs travaux de pouvoir appliquer les
expériences de leur cabinet au fyftéme du
monde,
DECEMBRE. 1745 .
75
Sic parvis componere magna folebant .
Il s'agit dans le 3e. article de l'émanation
des étincelles des corps électriques ,
que tout Paris a vûe chés M. l'Abbé Nollet.
M. le Cat compofe le centre de l'atmofphére
électrique de la matiere du feu &
de celle de la lumiere , ainfi il attribue les
étincelles que produifent ces corps aux vibrations
violentes , & à la collifion de cette
matiere entr'elle , & avec les particules fulphureufes
de la main de celui qui fait les
expériences. Nous ne pouvons le fuivre dans
les détails de ces explications.
Le quatrième article traite de la propagation
de l'Electricité , ou de la communication
de cet effet. On fçait que l'Electricité
le porte le long d'une corde à plus de
1250 pieds , furtout fi la corde eft mouillée.
Il faut foutenir cette corde fur des fils
de foye bien fecs.
I eft démontré par ces expériences , dit
M. le Cat , que l'émanation corpufculaire
qui forme l'atmofphére électrique , & que
le frottement excite , fe communique de
proche en proche à tous les corps dans lefquels
elle ne trouve point d'obſtacle , & cela
à de très- grandes diftances.
Le fluide actif & ſubtil du centre du tour-
Dij
74- MERCURE DE FRANCE.
billon électrique repouffe & foutient les
fluides groffiers de la circonférence , mais
raproquement ceux - ci contiennent les
premiers , les refferrent , & font comme leur
enveloppe, enforte qu'on peut regarder cette
circonférence élargie par le fluide du centre
qu'elle comprime , comme les parois d'un
ballon diftendu par l'air qu'il renferme.
Si vous pouffez deux ballons l'an contre
l'autre , ils ne feront que fe comprimer
& s'arrêter réciproquement. De même , fi
vous préfentez au tube ou au globe un
corps électrique , comme de la foye , de la
réfine , les deux atmosphéres porteront l'une
contre l'autre , & s'arrêteront ; il n'y aura
point de communication .
Si au contraire vous préfentez au corps
électrique du fer, une corde de chanvre , ou
toute autre fubftance non électrique , c'eftà
dire , qui n'a point d'atmofphére de
certe espece , c'eft comme fi vous pouffiez
contre le ballon de l'exemple précédent
une barre de fer , un corps pointu , qui en
crevant le ballon feroit échaper l'air le long
du corps dur qui en auroit percé l'enveloppe :
c'eft ainfi que les corps non électriques ,
qui font des corps nuds & pointus , en comparaison
de Patinofphére du corps électrique
, rompent cette atmofphére , ouvrent
un libre paffage à la matiere fubtile qui y
DECEMBRE 1745. 17
-
-
eft comme emprisonnée , & qui ne manque
pas de couler le long du corps qui lui a
ouvert cette prifon. Voilà le principe de la
propagation de l'Electricité , mais la grande
diftance où elle fe porte me perfuade que
cette communication ne fe fait point en
entier par une émanation qui foit toute aux
dépens du tube électrique , & qu'il en eft
un peu de la propagation de l'Electricité ,
comme de celle du fon & de la lumiere
qui fe fait par une communication de vibration
dans un fluide qui eft déja placé
entre le corps fonore ou lumineux & nous.
Il n'eft pas croyable qu'un fi petit inftrument
que le tube puifle fournir une atmofphére
à une corde de 1256 pieds , comme
celle que M. Dufay a employée dans cette
expérience , fans compter ce qui s'en perd
fur la route.
Il eft plus vraisemblable qu'une fufée de
matiere électrique ou ignée du tube écha
pée avec une forte d'impétuofité de la couche
extérieure qui la renferme , fe coulant
le long de cette corde , met en mouvement
& embrale , pour ainfi dire , la matiere
fubtile de la corde & des environs ,
qui
de concert avec cette fufée forme l'atmof
phére électrique de la corde.
On fufpend la corde avec des cordons
de foye , parce que la foye , qui eft électri-
Diji
78 MERCURE DE FRANCE.
que
que par elle même , a déja en elle de la
matière électrique , dont elle eft prefque
faoulée , comme difent les Chymiftes . Ainfi
lorfqu'il le préfente une atmofphére électrique
agitée , elle force bien un peu celle
dont la foye eft imbue , & elle s'empare
d'une petite étendue de cette foye , mais
arrêtée , comme on a dit , par le fluide qui
loge dans le refte de la foye , elle arrête
elle même le torrent électrique qui le fuit ,
& qui eft obligé de prendre une autre route ,
c'eft-à-dire , de fuivre la corde.
Si vous mouillez cette foye , vous éteignez
l'atmosphére qui fait obftacle à l'émanation
; vous empliffez les pores de cette
foye d'une liqueur antagoniſte , fur laquele
la matiere électrique coulera , comme l'eau
coule fur la toile cirée ou fur le papier
huilé. L'Electricité paffera donc le long des
cordons de foye mouillée , elle ira fe perdre
fur les corps aufquels la foye eft attachée ,
& elle ceffera de fe communiquer le long
de la corde de chanvre .
Si au contraire la foye eft bien féche ,
elle réfiftera fortement à la diffipation de
TElectricité qui reftera prefque toute dans
la corde. Cette corde qui conduit l'Electricité
, n'eft pas naturellement électrique , fi
vous la comparez à la foye , mais elle l'eft
pourtant un peu ; elle a une foible atmofDECEMBRE
1745.
phere qui ne laiſſe pas d'embarraffer l'émanation
électrique & d'en diminuer l'effet ;
en mouillant la corde vous éteignez cette
legere atmoſphere , vous donnez une pleine
liberté à la fufée électrique du tube de gliffer
le long de la corde , & d'y mettre en mouvement
la matiere fubtile qu'elle y rencontre.
La communication de l'Electricité à une
vingtaine d'hommes placés fur des gâteaux
de retine s'explique de la même façon. Si
ces hommes étoient fur le plancher , l'émanation
électrique s'y répandroit , & fe perdroit
dans la chambre . La réfine fur la
quelle ils font eft électrique , ainfi fon atmofphére
fait obftacle à la diffipation de
l'émanation du tube ou du globe.
M. le Cat explique enfuite comment l'Electricité
fe conferve des mois , des années
même , en enveloppant le corps électrique
avec du papier , de la flanelle & c. & il
finit ainfi fon Mémoire.
Comme toutes les vérités qu'on vient
d'expofer fur la propagation & la confervation
de l'Electricité , font des faits inconteſtables
, on peut dire que cet article eft le
triomphe de la Philofophie corpufculaire.
Les phenoménes de la fympathie même révoqués
en doute par la plupart des Phyficiens
ne deviennent pas trop admirables, auprès de
la propagation de l'Electricité .
D iiij
8. MERCURE DE FRANCE.
•
En général toutes les expériences qu'on
a faites fur le phenoméne que je traite , &
dont je n'ai donné qu'un Extrait fort abregé ,
me paroiffent des preuves continuelles de
la Phyfique Carthéfienne. Il eft fort heureux
Four cette Secte que l'Electricité fe foitmife
in vogue dans le tems même que le Newtonianifme
s'efforce d'étendre fon empire ;
& plus heureux encore pour la fublime fcience
de la Nature , que toutes les Nations de
l'Europe concourent à approfondir une matiere
qui confirme d'anciennes vérités , &
qui ouvre aux nouvelles découvertes une
voye dont on n'apperçoit pas encore le
terme.
Nous exhortons les Lecteurs à comparer
le fyftême de M. le Cat avec celui de
M. l'Abbé Nollet , que nous avons expofé
en rendant compte au public de la Séance
publique de l'Académie des Sciences. L'Extrait
de ce Mémoire eft dans le Mercure
d'Octobre ; rien n'eft plus utile & plus agréable
en tout genre de Littérature que ces
comparaifons.
M
ONSIEUR de Premagny Secretaire
pour les Belles Lettres a terminé la
Séance par la lecture d'une piéce en vers,dont
DECEMBRE 1745. 81
le fujet étoit Vau pour la paix ; & par .
l'annonce du Prix que voici .
L'Académie des Sciences , des Belles Lettres ,
& des Arts de Rouen propofe pour le sujet du
Prix de l'année 1746.
La fondation même du Prix alternatif
pour les Sciences & les Belles Lettres , par
M. le Duc de Luxembourg Gouverneur de
la Province de Normandie, & Protecteur de
l'Académie.
4
Le Prix eft une Médaille d'or de la valeur
de 300 liv. qui fera donnée à une Ode , ou
à une pièce de cent vers , qui , au jugement de
l'Académie,aura le mieux traité le sujet propofé.
Les Pieces feront admifes au concours juf
qu'au dernier Janvier 1746 , & le vainqueur
fera proclamé à la rentrée publique le
Mardi d'après la Quasimodo. Les Académiciens
en font exclus.
Les Auteurs mettront à leur Mémoire une
marque distinctive , comme Sentence , Devise on
fignature, laquelle fera couverte,& nefera déve
loppée qu'en cas quelapiéce foit jugée la meilleure
Ils auront l'auention d'adreffer leur piéce
franche de port, à M. de Premagny Secretaire
pour les Belles Lettres au College du Pape.
Le Prix fera délivré ou à l'Auteur même ;
ou au porteur d'une procuration de fa part ;
P'une ou l'autre représentant la marque diftinctive
avec Poriginal de la piece.
démie de Rouen.
EXTRAIT du Mémoire fur l'Electricité.
Onfieur le Cat Vice-Directeur de
Macadémie ,
Correfpondant de celle
des Sciences de Paris , Membre de la Société
Royale de Londres & de l'Académie
de Madrid , lut enfuite un Mémoire:
fur l'Electricité. M. le Cat avoit quelquesautres
Mémoires concernant la Phyfique du
corps humain qui fait fon obiet capital
mais l'Académie a préféré l'Electricité com
me un fujet plus propre à piquer la curio
fité d'une affemblée publique .
Les Anciens , dit M. le Cat , ont obfervé
que l'Ambre , lorſqu'il eft frotté , attire
la paille , le duvet & les autres corps
legers . ils appelloient l'Ambre Electrum ;
on a donc nommé Electricité cette proprieté
d'attirer les corps legers , qu'on
croyoit d'abord particuliere à l'Ambre , &
qu'on a reconnue depuis dans une infinité
d'autres efpeces de matieres , telles que la
cire d'Elpagae , la gomme copal , toutes les
refines , le verre , les pierres précieuſes , &
tous les corps tranfparens.
DECEMBRE 1745 .
63
M. le Cat fait enfaite une courte Hif
toire des découvertes de l'Electricité , & des
Sçavans qui s'y font diftingués.
ל כ
כ
5
38
ස
On feroit , ajoute-t - il , un fort gros vo--
fume des travaux de tous ces célébres Phyficiens
. Cette entrepriſe furpaffe de beaucoup
les bornes d'un Mémoire , où nous
ne pouvons que faire un choix de ce qu'il·
y a de plus intereffant fur cette matiere.
» Je me bornerai donc aux circonftances
capitales du phenoméne de l'Electricité. Je
choifirai parmi les expériences celles qui
font les plus propres à établir ces circonf-
» tances, & à dévoiler leurs cauſes. Enfin je tacheraidedévelopper
cette caufe . J'auroiscrû
» ne point remplir mes engagemens , fi je ne'
» vous avois montré des phenoménies curieux-
» que pour laiffer vos efprits dans une for-
» te de défefpoir' , & dans l'inquiétude hu-
» miliante de ne pouvoir les comprendre .
» Ces fortes de caufes , lors même qu'elles
» ne font que conjecturales,repréfentent plus
» fortement les phenoménes , dit M. de Fon-
» tenelle . D'ailleurs n'a- t- on pas acquis le
» droit de hazarder quelques pages de fyf--
» tême , quand on a amaffé des volumes
d'expériences ?
පා
ود
33
» Non feulement on s'eft affùré , continue:
» M.le Cat, qu'un grand nombre de matieres
» que les Anciens n'avoient pas ſoupçonnées›
* Hift. Acad. p. 3•
64 MERCURE DE FRANCE .
d'être électriques , comme l'Ambre , atti-
» roient cependant , comme lui , les corps
legers , mais encore on a découvert que
» toutes ces ſubſtances , après avoir attiré ces
corps legers , les repoufloient loin d'elles ;
ce qui établit déja dans le phenoméne de
l'Electricité deux effets oppofés, l'attraction
,, & la repulfion.
35
On s'elt avifé enfuite de frotter les fubftances
électriques dans l'obfcurité , & l'on
s'eft apperçu qu'elles jettoient des étincelles
de lumiere , & qu'ainfi le corps électrique
étoit une espece de phoſphore.
Enfin la curiofité à porté les Phyliciens
à examiner fi ces effets de l'Electricité ne
pouvoient pas fe communiquer à d'autres
corps qui ne fuffent pas naturellement électriques
, & ils ont trouvé que ces effets fe
communiquoient à tous les corps en général
fi l'on en excepte la flamme , & cela à des
diftances fort éloignées , & qu'il en étoit
prefque de l'Electricité , comme du fon &
de la lumiere .
Voilà les principaux effets qu'on a conftatés
jufqu'ici dans le phenoméne de l'Electricité
, fçavoir l'attraction , la repulſion , l'émanation
des étincelles , & la communication
ou propagation de tous ces effets. Ce
font eux qui font l'objet & la divifion de
ce Mémoire, M. Dufay s'étoit crû très-fondé
DECEMBRE.
1745. 85
à ajouter à ces circonftances unediftinction de
l'Electricité en deux efpeces, une particuliere
au verre & aux autres matieres vitrées , & une
autre propre à la cire d'Eſpagne & aux matieres
refineufes, mais pourfuitM.le Cat M.l'AbbéNolet,
dontla correſpondance m'a été trèsutile
dans les experiences fur l'Electricité ,
vient de m'avertir qu'il avoit des expériences
qui rendoient cette diftinction douteuſe ,
J'ai donc abandonné cette diftinction , ne
voulant raifonner ici que fur desfaits conftans.
M. le Cat fait autant d'articles qu'il vient
de diftinguer d'effets dans l'Electricité , &
chaque article a deux parties , dont la premiere
contient les expériences, & la feconde
l'explication . M. le Cat a non feulement
lu les procédés des expériences , mais
il les a encore exécutés dans cette même
affemblée publique , à l'exception de l'émanation
des étincelles qui demande un lieu
obfcur & des commodités trop difficiles
à fe procurer dans une fale immenfe , &
remplie à l'excès de fpectateurs.
Les effets capitaux de l'Electricité que les
expériences expofent , font très-connus , &
ils font fuffilamment défignés par l'énumération
précédente ; on nous diſpenſera donc
de les rapporter , pour nous attacher à ce
qu'il y a de neuf dans ce Mémoire , c'eſtà-
dire aux explications.
86 MERCURE DE FRANCE.
Voici comme M. le Cat explique l'attraction
des corps legers produite par le
tube , on l'Electricité proprement prife.
Perfonne n'ignore que les pores de tous
les corps font remplis d'une matiere extrê
mement déliée qu'on appelle communément
matiere fubtile , & fous le genre de laquelle
on peut comprendre la matiere du feu ,
& celle de la lumiere . On fçait que les corps
tranſparens , comme le verre , donnent un
fibre paffage à la lumiere , & que les corps
refineux , comme le fouphre , la poix , la
cire d'Efpagne font très- inflammables , c'eftà-
dire qu'ils contiennent beaucoup de matiere
de feu & de fubftance propre à lui
fervir d'aliment .
Les matieres vitrées & refineufes font
donc parmi les corps folides ceux où réfide
une plus grande quantité de matiere fubtile ,
& c'eft cette proprieté qui les rend électriques
par eux-mêmes , car lorfqu'on frotte
avec la main des corps auffi fournis de matiere
fubtile , on les échauffe , on met dans
un violent mouvement cette matiere deliée
dont ils font imbus : on y introduit encore
de ce feu actif qui anime nos liqueurs. Cet
amas de matiere fubtile vivement agitée fe
rarefie, occupé plus d'efpace autour du corps
fotté , autour du tube ; elle en écarte l'air
& les autres efpeces de matiere moins fube
DECEMBRE 1745. 67
و ت
tile qu'elle ; enfin elle forme autour du tube
une atmoſphére d'une étendue plus ou moins
grande , felon la quantité de la matiere ſubtile
agitée , & le dégré de fon agitation
& cette atmofphére eft compofée de matiere
dont la plus fubtile & la plus agitée eft
au centre , & la plus groffiere ou la moins
agitée , à la circonférence.
Cette matiere plus fubtile du centre pé
netre librement les corps , elle paffe au
travers fans beaucoup d'oppofition , & ne
fait prefque aucune impreffion fur eux . Ce
centie de l'atmosphére électrique eft donc
pour les corps legers une espece de vuide ,
où ils trouvent très-peu de réfilance , au
lieu que le fluide de la circonférence plus
groffier a de la prife fur ces corps , & leur fait
éprouver toute l'impulfion , tout le choc du
mouvement inteftin de fes particules agitées .
Donc toutes les fois qu'on enveloppera un
corps leger dans cette atmosphére , ou
qu'on l'expofera entre le centre & la circonférence
du tourbillon électrique , ce corps
leger fera néceffairement pouffé par cette
circonférence plus réfiftante vers le centre
où il y a pour lui une efpece de vuide ,
& un vrai défaut de réfiftance .
On peut oppoſer à cette explication une
expérience qui démontre que l'Electricité a
lieu dans le vuide , ou dans le récipient de
68 MERCURE DE FRANCE .
la machine pneumatique dont on a pompé
l'air , mais cette machine ne peut jamais
pomper exactement tout l'air du récipient
& en le fuppofant gratuitement , il n'eft pas
néceffaire que la circonférence de l'atmofphére
électrique foit compofée d'air , pour
produire le méchaniſme qu'on vient d'expofer;
il fuffit qu'elle foit faite d'une ma-
- tiere moins fubtile que le feu & la lumiere ;
or tous les Phyficiens conviendront qu'entre
le feu & l'air il doit y avoir un grand
nombre d'efpeces de matieres plus groffieres
que le feu , & plus fubtiles que l'air : c'eſt
de ces efpeces fubalternes de matiere que
fera compofée la circonférence du tourbillon
électrique dans le vuide de la machine pneumatique.
Voici des expériences qui nous apprennent
que , fi l'air groffier ne concourt pas
au phenoméne de l'Electricité , comme caufe
efficiente , au moins il y a quelque part .
Si l'on remplit un tube d'air comprimé ,
ou fi on l'en vuide en entier , il ne deviendra
point électrique , quelque vivement
qu'on le frotte,
On devine aifément que dans ces deux
cas l'air comprime la furface du tube , &
fait obftacle à l'expenfion de l'atmoſphere ,
& à la liberté des mouvemens néceſſaire à
l'Electricité.
y
DECEMBRE 1745 . 69
C'eft par la même raiſon que l'humidité
,
en éteignant le mouvement de la matiere
électrique eft le plus grand obftacle à ce
phenomene : c'eft pourquoi nous avons recommandé
que le tube foit bien fec , & nous
ajoutons que pour réuflir à ces expériences il
faut choifir un tems & un lieu fort fec. Muskenbrok
( pag. 257. ) ayant remarqué que
les vapeurs feules de la refpiration & de la
tranfpiration d'une affemblée nombreuſe
rendoient fouvent l'air affés humide pour les
faire manquer
.
L'Electricité eft foible dans un tems chaud,
& forte dans un tems froid & fec , comme
dans une belle gelée , par la même raiſon
que le feu a peu d'activité dans l'Eté , &
beaucoup dans l'Hyver. Dans un tems chaud
la matiere ignée s'étend trop , & fe difperfe
dans un air qui ne lui refifte point elle
doit donc faire moins d'impreffion . Dans un
tems froid & fec l'air environnant plus denfe
, plus refiftant, refferre la matiere ignée, la
tient raffemblée dans un inoindre efpace , où
elle a par conféquent un effet plus violent.
M. le Cat , qui previent le public que
ces expériences manquent ordinairement
dans les grandes affemblées , n'a pas laiffe
de les faire avec aflés de fuccès dans cette
affemblée publique , qui étoit des plus nombreufes
, mais la peine qu'il a été obligé
MERCURE DE FRANCE.
de fe donner pour les faire réuffir , a juftifié
fa précaution..
L'article fecond traite de la répulfion .
L'Electricité , dit M. le Cat , eft peutêtre
le feul phenoméne en Phyfique , qui
renferme dans les mêmes circonftances deux
effers auffi contradictoires que l'attraction
& répullion . Qu'un des pôles de l'aimant
attire le fer , tandis que l'autre le repoufle
il femble que c'eft une fuite naturelle de
Poppofition de ces pôles , mais que la même
region d'un tube attire & repouffe alternativement
tant de fois de fuite qu'on voudra
c'est une une fingularité aufli neuve que
furprenante .
Cette alternative d'effets oppofés eft auffi
ce qu'il y de a plus embaraflant dans ce
phenoméne. Voici comment M. le Cat réfout
ce probleme, "
Quand le corps leger eft attiré par le
tube vers le centre de fon atmosphére , la
matiere fubtile & agitée de ce centre rarefie
néceffairement ce que le petit corps apporte
avec lui d'air ou d'autres matieres plus
fubtiles , & melée avec ces matieres elle forme
un petit ballon élaftique , une atmofphére
comme celle du tube , par la même
méchanique qu'en frottant le tube , & rarefiant
par-là fes fluides , on lui fait une atmofphére
électrique.
DECEMBRE
ཏཝཱ , 1745.
La matiere du centre du tourbillon électrique
du tube plus fubtile & plus agitée que
celle de la circonférence a en elle mene
plus de force & de puiffance que cette derniere
, non feulement parce qu'elle eſt faite
de parties plus folides , & plus agitées
mais encore parce qu'elles fe donnent au
centre un appui réciproque. Le corps leger
dénué d'atmosphére ne reffent pas cette
fupériorité du centre du tourbillon électrique
du tube , parce que fa matiere poreufe
eft trop ouverte à fon paffage , & n'y oppofe
prefque aucune réfiftance . Mais dès
que ce petit corps fe trouve auffi environ
né d'une atmosphére électrique , qui a ce
corps même pour centre de fon mouvement
, la matiere fubtile du tube a prife contre
la matiere électrique pareille du corps
leger , & les mouvemens contraires de ces
deux atmosphéres portant l'un contre l'autre,
ne peuvent manquer de féparer ces corps ,
& de les porter auffi loin l'un de l'autre
que cette puiffance a d'étendue , d'autant
mieux que la circonférence grofliere de l'atmoſphere
dn corps leger doit s'appuyer fur
le tube qu'elle ne peut pénétrer , & qu'ainfi
lorfqu'elle fe développe tout à coup contre
le tube , elle doit faire élancer le corps leger ."
de deffus , comme par exploſion , & puilque
la matiere fubtile du centre de l'ate
2 MERCURE DE FRANCE.
mofphére électrique du tube , a le pouvoir
décarter vers la circonférence tout le fluide
groffier ou fubalterne , par la même raiſon
elle doit achever de pouffer & foutenir à
cette circonférence la couche groffere
& extérieure de l'atmosphére du corps leger
qui eft de même nature que le fluide
de cette circonférence .
foible
Si le tube n'eft pas beaucoup frotté , ou
peu électrique , fon atmoſphere trop
ue rarefiera point les fluides qui accompa
gnent la feuille d'or ; elle ne lui formera
point une atmosphére électrique , & ainfi
ce corps leger ne fera point repouffé de
deffus le tube.
Quoique le tube foit bien frotté , & très- ,
électrique , fi la feuille d'or fe trouve couchée
à plat fur le tube , elle n'en fera pas
repouffée , parce que fon application intime
avec les parois du tube produit un furcroit
d'attraction ou d'adherence , dont M,
le Cat a donné le méchaniſme ( pag. 335. )
du Traité des Sens , & parce que la matiere
du tube fait peut-être quelque obftacle à la
libre formation de l'atmofphére électrique
de la feuille d'or,
Nous pafferons quelques applications de
ces principes à des phenoménes particuliers
de l'Electricité pour venir aux conféquences
que tire M. le Car de cette doctrine.
La
DECEMBRE 1745. 73
La conftance , dit - il , avec laquelle l'atmofphére
du tube repouffe & foucient en
l'air dans un même éloignement la petite
atmoſphere de la feuille d'or électrifée , eft
pour le moins une image de la méchanique
qui tient les tourbillons des Planettes &
des Satellites à un éloignement déterminé
du centre de leur tourbillon , moteur , &
de l'impoffibilité de la chute de ces Planettes
dans ce centre .
Réciproquement on peut conclure de la
même analogie que toutes les Planettes ,
fans exception , celles mêmes dont la rotation
eft douteuse , & qu'on a foupçonnées
par là de n'avoir point de tourbillon , en
ont néceffairement un , ou au moins une
atmosphére , puifque fans cet accompagnement
elles ne pourroient fe foutenir , comme
elles font , dans une couche déterminée.
de la Sphere du tourbillon folaire , & que
comme la feuille d'or dépouillée de fon
atmoſphere tombe fur le tube , ces Planettes
fans tourbillon tomberoient dans le Soleil.
Cette application eft une raifon de plus
pour l'exiftence des tourbillons , & contre
le vuide de Newton , car l'atmosphére électrique
eft inconteftable , elle le fait entendre
par un petillement , on la voit par les
étincelles , elle fe manifefte à l'odorat par
une odeur de fouphre , au toucher même
1. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE,
par une espece de piqûure , & par un frottement
leger femblable à celui d'une toile
d'araignée .
On ne peut éluder ces conféquences qu'en
traitant de frivole la comparaifon faite entre
les corps céleftes & les corps électriques
ou électrifés , mais les Anglois même conviennent
de la jufteffe de cette analogie,
M. Gray , que j'ai déja cité , ne feint pas
d'appeller les corps iegers électrifés , & repouflés
, comme on vient de le dire , de
petites Plancies , & ce Phyficien étoit fi
charmé de cette idée , que dans une expérience
où , fans y penfer , cette idée conduifoit
fa main , il a crû voir une image &
une preuve de la circulation d'Orient en
Occident des Planetes autour du Soleil,
Quoiqu'il n'y ait pas lieu d'efpérer que l'Electricité
nous conduife fi loin , il me femble
au moins qu'on peut affurer avec M,
Dufay , que .... la vertu électrique influe
beaucoup plus qu'on ne penfe dans le méchanisme
de l'Univers. L'énorme difference qui
fe trouve entre les maffes ne fait pas une
objection contre l'analogie des phenoménes ,
Il eft permis aux Phyficiens de remonter
de l'atome aux Spheres céleftes : c'eft même
le fruit le plus folide & le plus glorieux
de leurs travaux de pouvoir appliquer les
expériences de leur cabinet au fyftéme du
monde,
DECEMBRE. 1745 .
75
Sic parvis componere magna folebant .
Il s'agit dans le 3e. article de l'émanation
des étincelles des corps électriques ,
que tout Paris a vûe chés M. l'Abbé Nollet.
M. le Cat compofe le centre de l'atmofphére
électrique de la matiere du feu &
de celle de la lumiere , ainfi il attribue les
étincelles que produifent ces corps aux vibrations
violentes , & à la collifion de cette
matiere entr'elle , & avec les particules fulphureufes
de la main de celui qui fait les
expériences. Nous ne pouvons le fuivre dans
les détails de ces explications.
Le quatrième article traite de la propagation
de l'Electricité , ou de la communication
de cet effet. On fçait que l'Electricité
le porte le long d'une corde à plus de
1250 pieds , furtout fi la corde eft mouillée.
Il faut foutenir cette corde fur des fils
de foye bien fecs.
I eft démontré par ces expériences , dit
M. le Cat , que l'émanation corpufculaire
qui forme l'atmofphére électrique , & que
le frottement excite , fe communique de
proche en proche à tous les corps dans lefquels
elle ne trouve point d'obſtacle , & cela
à de très- grandes diftances.
Le fluide actif & ſubtil du centre du tour-
Dij
74- MERCURE DE FRANCE.
billon électrique repouffe & foutient les
fluides groffiers de la circonférence , mais
raproquement ceux - ci contiennent les
premiers , les refferrent , & font comme leur
enveloppe, enforte qu'on peut regarder cette
circonférence élargie par le fluide du centre
qu'elle comprime , comme les parois d'un
ballon diftendu par l'air qu'il renferme.
Si vous pouffez deux ballons l'an contre
l'autre , ils ne feront que fe comprimer
& s'arrêter réciproquement. De même , fi
vous préfentez au tube ou au globe un
corps électrique , comme de la foye , de la
réfine , les deux atmosphéres porteront l'une
contre l'autre , & s'arrêteront ; il n'y aura
point de communication .
Si au contraire vous préfentez au corps
électrique du fer, une corde de chanvre , ou
toute autre fubftance non électrique , c'eftà
dire , qui n'a point d'atmofphére de
certe espece , c'eft comme fi vous pouffiez
contre le ballon de l'exemple précédent
une barre de fer , un corps pointu , qui en
crevant le ballon feroit échaper l'air le long
du corps dur qui en auroit percé l'enveloppe :
c'eft ainfi que les corps non électriques ,
qui font des corps nuds & pointus , en comparaison
de Patinofphére du corps électrique
, rompent cette atmofphére , ouvrent
un libre paffage à la matiere fubtile qui y
DECEMBRE 1745. 17
-
-
eft comme emprisonnée , & qui ne manque
pas de couler le long du corps qui lui a
ouvert cette prifon. Voilà le principe de la
propagation de l'Electricité , mais la grande
diftance où elle fe porte me perfuade que
cette communication ne fe fait point en
entier par une émanation qui foit toute aux
dépens du tube électrique , & qu'il en eft
un peu de la propagation de l'Electricité ,
comme de celle du fon & de la lumiere
qui fe fait par une communication de vibration
dans un fluide qui eft déja placé
entre le corps fonore ou lumineux & nous.
Il n'eft pas croyable qu'un fi petit inftrument
que le tube puifle fournir une atmofphére
à une corde de 1256 pieds , comme
celle que M. Dufay a employée dans cette
expérience , fans compter ce qui s'en perd
fur la route.
Il eft plus vraisemblable qu'une fufée de
matiere électrique ou ignée du tube écha
pée avec une forte d'impétuofité de la couche
extérieure qui la renferme , fe coulant
le long de cette corde , met en mouvement
& embrale , pour ainfi dire , la matiere
fubtile de la corde & des environs ,
qui
de concert avec cette fufée forme l'atmof
phére électrique de la corde.
On fufpend la corde avec des cordons
de foye , parce que la foye , qui eft électri-
Diji
78 MERCURE DE FRANCE.
que
que par elle même , a déja en elle de la
matière électrique , dont elle eft prefque
faoulée , comme difent les Chymiftes . Ainfi
lorfqu'il le préfente une atmofphére électrique
agitée , elle force bien un peu celle
dont la foye eft imbue , & elle s'empare
d'une petite étendue de cette foye , mais
arrêtée , comme on a dit , par le fluide qui
loge dans le refte de la foye , elle arrête
elle même le torrent électrique qui le fuit ,
& qui eft obligé de prendre une autre route ,
c'eft-à-dire , de fuivre la corde.
Si vous mouillez cette foye , vous éteignez
l'atmosphére qui fait obftacle à l'émanation
; vous empliffez les pores de cette
foye d'une liqueur antagoniſte , fur laquele
la matiere électrique coulera , comme l'eau
coule fur la toile cirée ou fur le papier
huilé. L'Electricité paffera donc le long des
cordons de foye mouillée , elle ira fe perdre
fur les corps aufquels la foye eft attachée ,
& elle ceffera de fe communiquer le long
de la corde de chanvre .
Si au contraire la foye eft bien féche ,
elle réfiftera fortement à la diffipation de
TElectricité qui reftera prefque toute dans
la corde. Cette corde qui conduit l'Electricité
, n'eft pas naturellement électrique , fi
vous la comparez à la foye , mais elle l'eft
pourtant un peu ; elle a une foible atmofDECEMBRE
1745.
phere qui ne laiſſe pas d'embarraffer l'émanation
électrique & d'en diminuer l'effet ;
en mouillant la corde vous éteignez cette
legere atmoſphere , vous donnez une pleine
liberté à la fufée électrique du tube de gliffer
le long de la corde , & d'y mettre en mouvement
la matiere fubtile qu'elle y rencontre.
La communication de l'Electricité à une
vingtaine d'hommes placés fur des gâteaux
de retine s'explique de la même façon. Si
ces hommes étoient fur le plancher , l'émanation
électrique s'y répandroit , & fe perdroit
dans la chambre . La réfine fur la
quelle ils font eft électrique , ainfi fon atmofphére
fait obftacle à la diffipation de
l'émanation du tube ou du globe.
M. le Cat explique enfuite comment l'Electricité
fe conferve des mois , des années
même , en enveloppant le corps électrique
avec du papier , de la flanelle & c. & il
finit ainfi fon Mémoire.
Comme toutes les vérités qu'on vient
d'expofer fur la propagation & la confervation
de l'Electricité , font des faits inconteſtables
, on peut dire que cet article eft le
triomphe de la Philofophie corpufculaire.
Les phenoménes de la fympathie même révoqués
en doute par la plupart des Phyficiens
ne deviennent pas trop admirables, auprès de
la propagation de l'Electricité .
D iiij
8. MERCURE DE FRANCE.
•
En général toutes les expériences qu'on
a faites fur le phenoméne que je traite , &
dont je n'ai donné qu'un Extrait fort abregé ,
me paroiffent des preuves continuelles de
la Phyfique Carthéfienne. Il eft fort heureux
Four cette Secte que l'Electricité fe foitmife
in vogue dans le tems même que le Newtonianifme
s'efforce d'étendre fon empire ;
& plus heureux encore pour la fublime fcience
de la Nature , que toutes les Nations de
l'Europe concourent à approfondir une matiere
qui confirme d'anciennes vérités , &
qui ouvre aux nouvelles découvertes une
voye dont on n'apperçoit pas encore le
terme.
Nous exhortons les Lecteurs à comparer
le fyftême de M. le Cat avec celui de
M. l'Abbé Nollet , que nous avons expofé
en rendant compte au public de la Séance
publique de l'Académie des Sciences. L'Extrait
de ce Mémoire eft dans le Mercure
d'Octobre ; rien n'eft plus utile & plus agréable
en tout genre de Littérature que ces
comparaifons.
M
ONSIEUR de Premagny Secretaire
pour les Belles Lettres a terminé la
Séance par la lecture d'une piéce en vers,dont
DECEMBRE 1745. 81
le fujet étoit Vau pour la paix ; & par .
l'annonce du Prix que voici .
L'Académie des Sciences , des Belles Lettres ,
& des Arts de Rouen propofe pour le sujet du
Prix de l'année 1746.
La fondation même du Prix alternatif
pour les Sciences & les Belles Lettres , par
M. le Duc de Luxembourg Gouverneur de
la Province de Normandie, & Protecteur de
l'Académie.
4
Le Prix eft une Médaille d'or de la valeur
de 300 liv. qui fera donnée à une Ode , ou
à une pièce de cent vers , qui , au jugement de
l'Académie,aura le mieux traité le sujet propofé.
Les Pieces feront admifes au concours juf
qu'au dernier Janvier 1746 , & le vainqueur
fera proclamé à la rentrée publique le
Mardi d'après la Quasimodo. Les Académiciens
en font exclus.
Les Auteurs mettront à leur Mémoire une
marque distinctive , comme Sentence , Devise on
fignature, laquelle fera couverte,& nefera déve
loppée qu'en cas quelapiéce foit jugée la meilleure
Ils auront l'auention d'adreffer leur piéce
franche de port, à M. de Premagny Secretaire
pour les Belles Lettres au College du Pape.
Le Prix fera délivré ou à l'Auteur même ;
ou au porteur d'une procuration de fa part ;
P'une ou l'autre représentant la marque diftinctive
avec Poriginal de la piece.
Fermer
4
p. 153-160
PROGRAMME De l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon, pour le Prix de Morale de 1750.
Début :
L'Académie, fondée par M. Hector-Bernard Pouffier, Doyen du Parlement [...]
Mots clefs :
Académie des sciences et belles-lettres de Dijon, Prix de morale, Corps électriques, Électricité, Communication, Émanations, M. Pinot
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROGRAMME De l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon, pour le Prix de Morale de 1750.
PROGRAMME
De l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Dijon , pour le Prix de Morale
de 1750.
L
८
'Académie , fondée par M. Hector-
Bernard Pouffier , Doyen du Parlement
de Bourgogne , annonce à tous les
Sçavans , que le Prix de Morale pour l'an-
Gy
1
154 MERCURE DE FRANCE.
née 1750 , confſiſtant en une Médaille d'or,
de la valeur de trente piſtoles , ſera adjugé
à celui qui aura le mieux réſolu le Problême
ſuivant ..
Si le rétabliſſement des Sciences & des Arts
a contribué à épurer les moeurs.
Il ſera libre à tous ceux qui voudront
concourir , d'écrire en François ou en Latin
, obſervant que leurs Ouvrages foient
liſibles , & que la lecture de chaque Mémoire
rempliffe & n'excede point une demie
heure.
LesMémoires francs de port ( fans quoi
ils ne feront pas retirés ) feront adreſſés
à M. Petit , Secretaire de l'Académie , rue
du vieux Marché à Dijon , qui n'en recevra
aucun après le premier Avril.
Comme on ne sçauroit prendre trop
de précautions , tant pour rendre aux Sçavans
la justice qu'ils méritent , que pour
écarter , autant qu'il eſt poſſible , les brigues&
cet eſprit de partialité , qui n'entraînent
que trop ſouvent les fuffrages vers
les objets connus, ou qui lesen détournent
par d'autres motifs également irréguliers ,
l'Académie déclare que tous ceux qui, ayant
travaillé ſur le ſujet donné , feront convaincus
de 's'être fait connoître directement
on indirectement pour Auteurs des
Mémoires › avant qu'elle ait décidé fur
OCTOBRE. 1749. 155
5
la diſtribution du Prix , feront exclus du
concours. Pour obvier à cet inconvénient ,
chaque Auteur fera tenu de mettre , au
bas de ſon Mémoire une Sentence ou
Deviſe , & d'y joindre une feuille de papier
cachetée , ſur le dos de laquelle fera
la même Sentence , & fur le cachet , fon
nom , ſes qualités & ſa demeure , pour y
avoir recours à la diſtribution du Prix. Lefdites
feuilles ainſi cachetées , de façon
qu'on ne puiſſe y rien lire à travers , ne
feront point ouvertes avant ce tems-là , &
le Secretaire en tiendra un Régiſtre exact.
Ceux qui exigeront de lui un Récépillé de
leursOuvrages , le feront expédier fous un
autre nom que le leur ,&dans le cas , où
celui qui auroit uſé de cette précaution ,
auroit obtenu le Prix , il ſera obligé , en
chargeant une perſonne ,domiciliée à Dijon
, de ſa Procuration pardevant un Notaire
, & légaliſée par le Juge , d'y joindre
auſſi le Récépiffé.
Si celui, à qui le Prix ſera adjugé, n'eſt
pas de Dijon , il enverra pareillement ſa
Procuration en la forme ſuſdite ; & s'il
eſt de cette Ville , il viendra le recevoir en
perſonne le jour de la diſtribution du Prix ,
qui ſe feradans une Aſſemblée publique
de l'Académie , le Dimanche 23 Août
1750.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Le Dimanche 24 Août 1749 , l'Académie
couronna dans une Aſſemblée publique
la piece de M. Pinot , Medecin à
Bourbon-Lancy.
Cet Auteur étoit déja connu par ſa Lettre
fur les Eaux Thermales de Bourbon-
Lancy, imprimée à Dijon en 1743 , in - 12,
127 pages. Elle eſt adreſſée à M. Fournier,
Medecin Penſionné de ladite Ville , fous
lequel il avoit étudié , comme on peut le
voir à la page 112 de la Lettre , & qui
par fon Approbation du 20 Janvier 1744,
en a jugé l'impreſſion très- utile au Public.
M. Fournier vient encore d'avoir la
fatisfaction de voir ſon Eleve couronné
par l'Académie.C'eſt en quelque façon partager
l'honneur du triomphe.
La Differtation , par laquelle M. Pinot
a remporté le Prix de cette année , eft
diviſée en deux parties. Dans la premiere ,
il prouve la véritable cauſe de l'Electricité,
par les effets qu'elle produit & par les expériences
qu'on a faites .
Il établitdans la ſeconde , d'une maniere
évidente , les raiſons pour lesquelles les
corps électriques par eux mêmes ne le font
pas par communication .
Après avoir donné une idée de l'Electricité
, & des differens corps qui en
font plus ou moins fufceptibles , M. Pinos
OCTOBRE. 1749. 159
د
avance qu'elle ne peut s'opérer que par
quelque fluide qui émane du corps électri
que , & que fon action faiſant des impreffions
ſur les corps les plus compacts ,
étant viveà proportion des réſiſtances qu'elle
trouve dans ſes émanations , ſe montrant
toujours ſous une forme ardente , en gerbes
de fea , & excitant ſur nos organes des ſenſations
vives &douloureuſes , on doit préfumer
que l'air , la matiere ſubtile , éthérée
ne font pas capables de ces Phénomenes
, & que celle qui les produit, a plus
d'activité & plus de maſſe ; qu'elle eſt répandue
dans tous les corps , parce qu'ils
font tous électriques par eux - mêmes ou
par communication , les uns moins, à proportion
qu'ils communiquent davantage ,
& les autres ne conſervant la propriété
qu'ils ont reçûe , qu'autant qu'on leur
donne de nouvelles émanations , de maniere
que les expériences de l'Electricité
mettent en évidence les dégrés de variation
de la vertu électrique.
L'Auteur prétend que le feu en eſt la
plusévidente& la ſeule cauſe. Tout , dit- il ,
en eſt pénétré , l'eau même n'en eſt pas
exceptée ; & c'eſt parce qu'il eſt enchaîné
dans les differentes parties des corps qu'il
occupe , qu'il ne manifeſte ni ſes fureurs
ni ſes violences.
58 MERCURE DE FRANCE.
M. Pinot rejette les ſyſtèmes de ceux qui
veulent que le feu& la lumiere ſoient des
corps de même nature , differemment modifiés.
Il ajoute que les corps électriques par
eux - mêmes renferment plus de feu élémentaire
, que ceux qui ne le font que par
communication , parce qu'ils s'enflamment
& s'échauffent plus aisément , & qu'il ne
faut qu'un frottement qui faſſe ſortir par
ondulations alternatives les parcellesde feu
qui communiquent le mouvement qu'elles
ont en raiſon de vîteſſe, ou de lenteur,
de leurs émanations en raiſon de diſtance ,
&&des tiffus des corps , ce qui fait le plus
ou le moins d'Electricité , dont aucune
matiére fubtile , aërienne ou lumineuſe ,
n'étant capable , il réſulte que c'eſt néceſſairement
le feu , par la raiſon que les
parcelles ou atômes électriques produiſent
les mêmes effets que cet élément.
La ſeconde partie tombe précisément
fur l'objet principal de la queſtion propofée.
Premiere Propoſition.
Il faut que les émanations électriques
penetrent les corps , pour communiquer ,
&qu'elles en agitent les parties intérieurieures
de même nature , ſans quoi il n'y
OCTOBRE. 1749. 159
auroit pas d'électricité , ou une trop légere.
On doit échauffer les corps électriques
par le frottement , pour avoir un effet
ſenſible , & retrouver dans les corps électriſés
une chaleur proportionnée à celle
du corps électriſant.
Seconde Propofition.
Les corps qui nous environnent font
plus ou moins ouverts aux émanations qui
ſe préſentent , à raiſon de leurs tiffus dif
ferens plus ou moins ferrés , de leur quantité
, de leur gravité ſpécifique & de leurs
variations relatives.
Troifiéme Propoſition.
Les corps réſineux , le ſouffre & les
gommes , ont de grands vuides dont la direction
eſt poreuſe & entrecoupée ; les
méraux & autres corps ſolides ont des pores
plus étroits , mais d'une direction plus
aiſée & plus méable.
Quatrième Propofition.
Les premiers , c'eſt-à-dire les réſines , les
gommes , ayant plus de vuides , doivent
renfermer plus de matiere étrangere .
De ces propoſitions l'Auteur conclut, 1 .
que l'électricité ne fe communique que par
le paſſage des parcelles de feu qu'on élec
160 MERCUREDEFRANCE.
trife , & qui paffent en raiſon réciproque
des directions & pores qui peuvent les recevoir.
Ainſi les corps peſans en admettent
dans leurs tiſſus une plus grande quantité
que les corps rares. 2 ° . Que les corps électriques
par eux-mêmes renferment une
plus grande quantité de parties étrangeres
&par conféquent de feu , tandis que les
métaux n'en confervent que très-peu . Donc
les corps électriques par eux-mêmes ne
peuvent l'être , ou que bien foiblement par
communication , puiſque la quantité des
particules ignées qu'ils renferment , s'oppoſe
néceſſairement à celles qui voudroient
y parvenir , leur atmosphere étant en équilibre,
& ces mêmes parties ne pouvant pénétrer
leurs tiſſus par la diſpoſition des pores.
Ainfi la ſeule raiſon pour laquelle les
corps électriques par eux-mêmes ne le font
pas par communication , dépend de la
quantité des matieres ignées qui réfident
dans leurs tiffus , &des obſtacles que ce même
tiſſu oppoſe à l'entrée de la matiere
ignée qui leur vient des autres .
M. l'Abbé Mangin , Docteur en Théologie
, Prieur de Saint Antoine , au Collége
de Lizieux à Paris, auroit eu auſſi un Prix,
l'Académie en avoit en deux à diſtribuer .
Il eſt de l'intérêt de la Phyſique & de la
gloire de l'Auteur de rendre ſon ouvrage
public.
De l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Dijon , pour le Prix de Morale
de 1750.
L
८
'Académie , fondée par M. Hector-
Bernard Pouffier , Doyen du Parlement
de Bourgogne , annonce à tous les
Sçavans , que le Prix de Morale pour l'an-
Gy
1
154 MERCURE DE FRANCE.
née 1750 , confſiſtant en une Médaille d'or,
de la valeur de trente piſtoles , ſera adjugé
à celui qui aura le mieux réſolu le Problême
ſuivant ..
Si le rétabliſſement des Sciences & des Arts
a contribué à épurer les moeurs.
Il ſera libre à tous ceux qui voudront
concourir , d'écrire en François ou en Latin
, obſervant que leurs Ouvrages foient
liſibles , & que la lecture de chaque Mémoire
rempliffe & n'excede point une demie
heure.
LesMémoires francs de port ( fans quoi
ils ne feront pas retirés ) feront adreſſés
à M. Petit , Secretaire de l'Académie , rue
du vieux Marché à Dijon , qui n'en recevra
aucun après le premier Avril.
Comme on ne sçauroit prendre trop
de précautions , tant pour rendre aux Sçavans
la justice qu'ils méritent , que pour
écarter , autant qu'il eſt poſſible , les brigues&
cet eſprit de partialité , qui n'entraînent
que trop ſouvent les fuffrages vers
les objets connus, ou qui lesen détournent
par d'autres motifs également irréguliers ,
l'Académie déclare que tous ceux qui, ayant
travaillé ſur le ſujet donné , feront convaincus
de 's'être fait connoître directement
on indirectement pour Auteurs des
Mémoires › avant qu'elle ait décidé fur
OCTOBRE. 1749. 155
5
la diſtribution du Prix , feront exclus du
concours. Pour obvier à cet inconvénient ,
chaque Auteur fera tenu de mettre , au
bas de ſon Mémoire une Sentence ou
Deviſe , & d'y joindre une feuille de papier
cachetée , ſur le dos de laquelle fera
la même Sentence , & fur le cachet , fon
nom , ſes qualités & ſa demeure , pour y
avoir recours à la diſtribution du Prix. Lefdites
feuilles ainſi cachetées , de façon
qu'on ne puiſſe y rien lire à travers , ne
feront point ouvertes avant ce tems-là , &
le Secretaire en tiendra un Régiſtre exact.
Ceux qui exigeront de lui un Récépillé de
leursOuvrages , le feront expédier fous un
autre nom que le leur ,&dans le cas , où
celui qui auroit uſé de cette précaution ,
auroit obtenu le Prix , il ſera obligé , en
chargeant une perſonne ,domiciliée à Dijon
, de ſa Procuration pardevant un Notaire
, & légaliſée par le Juge , d'y joindre
auſſi le Récépiffé.
Si celui, à qui le Prix ſera adjugé, n'eſt
pas de Dijon , il enverra pareillement ſa
Procuration en la forme ſuſdite ; & s'il
eſt de cette Ville , il viendra le recevoir en
perſonne le jour de la diſtribution du Prix ,
qui ſe feradans une Aſſemblée publique
de l'Académie , le Dimanche 23 Août
1750.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Le Dimanche 24 Août 1749 , l'Académie
couronna dans une Aſſemblée publique
la piece de M. Pinot , Medecin à
Bourbon-Lancy.
Cet Auteur étoit déja connu par ſa Lettre
fur les Eaux Thermales de Bourbon-
Lancy, imprimée à Dijon en 1743 , in - 12,
127 pages. Elle eſt adreſſée à M. Fournier,
Medecin Penſionné de ladite Ville , fous
lequel il avoit étudié , comme on peut le
voir à la page 112 de la Lettre , & qui
par fon Approbation du 20 Janvier 1744,
en a jugé l'impreſſion très- utile au Public.
M. Fournier vient encore d'avoir la
fatisfaction de voir ſon Eleve couronné
par l'Académie.C'eſt en quelque façon partager
l'honneur du triomphe.
La Differtation , par laquelle M. Pinot
a remporté le Prix de cette année , eft
diviſée en deux parties. Dans la premiere ,
il prouve la véritable cauſe de l'Electricité,
par les effets qu'elle produit & par les expériences
qu'on a faites .
Il établitdans la ſeconde , d'une maniere
évidente , les raiſons pour lesquelles les
corps électriques par eux mêmes ne le font
pas par communication .
Après avoir donné une idée de l'Electricité
, & des differens corps qui en
font plus ou moins fufceptibles , M. Pinos
OCTOBRE. 1749. 159
د
avance qu'elle ne peut s'opérer que par
quelque fluide qui émane du corps électri
que , & que fon action faiſant des impreffions
ſur les corps les plus compacts ,
étant viveà proportion des réſiſtances qu'elle
trouve dans ſes émanations , ſe montrant
toujours ſous une forme ardente , en gerbes
de fea , & excitant ſur nos organes des ſenſations
vives &douloureuſes , on doit préfumer
que l'air , la matiere ſubtile , éthérée
ne font pas capables de ces Phénomenes
, & que celle qui les produit, a plus
d'activité & plus de maſſe ; qu'elle eſt répandue
dans tous les corps , parce qu'ils
font tous électriques par eux - mêmes ou
par communication , les uns moins, à proportion
qu'ils communiquent davantage ,
& les autres ne conſervant la propriété
qu'ils ont reçûe , qu'autant qu'on leur
donne de nouvelles émanations , de maniere
que les expériences de l'Electricité
mettent en évidence les dégrés de variation
de la vertu électrique.
L'Auteur prétend que le feu en eſt la
plusévidente& la ſeule cauſe. Tout , dit- il ,
en eſt pénétré , l'eau même n'en eſt pas
exceptée ; & c'eſt parce qu'il eſt enchaîné
dans les differentes parties des corps qu'il
occupe , qu'il ne manifeſte ni ſes fureurs
ni ſes violences.
58 MERCURE DE FRANCE.
M. Pinot rejette les ſyſtèmes de ceux qui
veulent que le feu& la lumiere ſoient des
corps de même nature , differemment modifiés.
Il ajoute que les corps électriques par
eux - mêmes renferment plus de feu élémentaire
, que ceux qui ne le font que par
communication , parce qu'ils s'enflamment
& s'échauffent plus aisément , & qu'il ne
faut qu'un frottement qui faſſe ſortir par
ondulations alternatives les parcellesde feu
qui communiquent le mouvement qu'elles
ont en raiſon de vîteſſe, ou de lenteur,
de leurs émanations en raiſon de diſtance ,
&&des tiffus des corps , ce qui fait le plus
ou le moins d'Electricité , dont aucune
matiére fubtile , aërienne ou lumineuſe ,
n'étant capable , il réſulte que c'eſt néceſſairement
le feu , par la raiſon que les
parcelles ou atômes électriques produiſent
les mêmes effets que cet élément.
La ſeconde partie tombe précisément
fur l'objet principal de la queſtion propofée.
Premiere Propoſition.
Il faut que les émanations électriques
penetrent les corps , pour communiquer ,
&qu'elles en agitent les parties intérieurieures
de même nature , ſans quoi il n'y
OCTOBRE. 1749. 159
auroit pas d'électricité , ou une trop légere.
On doit échauffer les corps électriques
par le frottement , pour avoir un effet
ſenſible , & retrouver dans les corps électriſés
une chaleur proportionnée à celle
du corps électriſant.
Seconde Propofition.
Les corps qui nous environnent font
plus ou moins ouverts aux émanations qui
ſe préſentent , à raiſon de leurs tiffus dif
ferens plus ou moins ferrés , de leur quantité
, de leur gravité ſpécifique & de leurs
variations relatives.
Troifiéme Propoſition.
Les corps réſineux , le ſouffre & les
gommes , ont de grands vuides dont la direction
eſt poreuſe & entrecoupée ; les
méraux & autres corps ſolides ont des pores
plus étroits , mais d'une direction plus
aiſée & plus méable.
Quatrième Propofition.
Les premiers , c'eſt-à-dire les réſines , les
gommes , ayant plus de vuides , doivent
renfermer plus de matiere étrangere .
De ces propoſitions l'Auteur conclut, 1 .
que l'électricité ne fe communique que par
le paſſage des parcelles de feu qu'on élec
160 MERCUREDEFRANCE.
trife , & qui paffent en raiſon réciproque
des directions & pores qui peuvent les recevoir.
Ainſi les corps peſans en admettent
dans leurs tiſſus une plus grande quantité
que les corps rares. 2 ° . Que les corps électriques
par eux-mêmes renferment une
plus grande quantité de parties étrangeres
&par conféquent de feu , tandis que les
métaux n'en confervent que très-peu . Donc
les corps électriques par eux-mêmes ne
peuvent l'être , ou que bien foiblement par
communication , puiſque la quantité des
particules ignées qu'ils renferment , s'oppoſe
néceſſairement à celles qui voudroient
y parvenir , leur atmosphere étant en équilibre,
& ces mêmes parties ne pouvant pénétrer
leurs tiſſus par la diſpoſition des pores.
Ainfi la ſeule raiſon pour laquelle les
corps électriques par eux-mêmes ne le font
pas par communication , dépend de la
quantité des matieres ignées qui réfident
dans leurs tiffus , &des obſtacles que ce même
tiſſu oppoſe à l'entrée de la matiere
ignée qui leur vient des autres .
M. l'Abbé Mangin , Docteur en Théologie
, Prieur de Saint Antoine , au Collége
de Lizieux à Paris, auroit eu auſſi un Prix,
l'Académie en avoit en deux à diſtribuer .
Il eſt de l'intérêt de la Phyſique & de la
gloire de l'Auteur de rendre ſon ouvrage
public.
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5
p. 110-111
« NOUVEAU Traité sur les végétaux d'Angleterre & des Pays étrangers, qu'on employe [...] »
Début :
NOUVEAU Traité sur les végétaux d'Angleterre & des Pays étrangers, qu'on employe [...]
Mots clefs :
Végétaux d'Angleterre, Vaisseau, Électricité, Métallurgie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « NOUVEAU Traité sur les végétaux d'Angleterre & des Pays étrangers, qu'on employe [...] »
NOUVEAU Traité sur les végétaux d'Angleterre
& des Pays étrangers, qu'on employe
dans la pratique de la Médecint,
itized by Goc
JANVIER.
1752.
111
en Anglois, 1751. Chez Davitt, Un vo-
lume in. 8°.
INTERFRETE naval, ou explication des
mots & termes, concernant les parties,
les qualités, la construction, les agrets,
la fourniture, & l'équipement d'un Vais-
seau pour la mer, avec toutes les espéces
de provisions, reçues dans les magazins
& leur emploi; les titres de tous les bas
Officiers d'un Vaisseau, & leurs fonctions
respectives. Par Thomas Biley Blankley,
en Anglois. A Londres, in-fol. 1751.
EXDERIENCES & observations sur l'Elec-
tricité, fuites à Philadelphie, en Anglois.
Par M. Benjamin Frantliu. A Londres,
chez Cæve, 1751.e
LA Métallurgie, on l'Art de tirer & de
purifier les métaux, avec les Dissertations
les plus rares pour les mines & les opéra-
tions métalliques. A la Haye, 1751.
Deux volumes in- 12.
& des Pays étrangers, qu'on employe
dans la pratique de la Médecint,
itized by Goc
JANVIER.
1752.
111
en Anglois, 1751. Chez Davitt, Un vo-
lume in. 8°.
INTERFRETE naval, ou explication des
mots & termes, concernant les parties,
les qualités, la construction, les agrets,
la fourniture, & l'équipement d'un Vais-
seau pour la mer, avec toutes les espéces
de provisions, reçues dans les magazins
& leur emploi; les titres de tous les bas
Officiers d'un Vaisseau, & leurs fonctions
respectives. Par Thomas Biley Blankley,
en Anglois. A Londres, in-fol. 1751.
EXDERIENCES & observations sur l'Elec-
tricité, fuites à Philadelphie, en Anglois.
Par M. Benjamin Frantliu. A Londres,
chez Cæve, 1751.e
LA Métallurgie, on l'Art de tirer & de
purifier les métaux, avec les Dissertations
les plus rares pour les mines & les opéra-
tions métalliques. A la Haye, 1751.
Deux volumes in- 12.
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6
p. 159
« EXPERIENCES & observations sur l'Electricité faites à Philadelphie en Amérique [...] »
Début :
EXPERIENCES & observations sur l'Electricité faites à Philadelphie en Amérique [...]
Mots clefs :
Électricité, Benjamin Franklin, Découverte, Observations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « EXPERIENCES & observations sur l'Electricité faites à Philadelphie en Amérique [...] »
EXPERIENCES & observations sur
l'Electricité faites à Philadelphie en Amérique
par M. Benjamin Frantlin, & com-
muniquées dans plusieurs Letrres à M. P.
Collinson de laSociété Royale de Londres
traduites de l'Anglois. 4 Paris, chez Du-
raud, rue Saint Jacques 1752., un vo-
lume in 12.
Ce nouvel Ouvrage sur l'Electricité a
comme deux Parties: la premiere qui est
du Traducteur, est une Histoire exacte
détaillée & bien écrite de cette décou-
verte: la seconde, est un recueil d'Obser-
vations, ausquelles il ne paroît pas possi-
ble de refuser sa croyance, quoiqu'elles
soient singulieres, & qu'elles vien-
nent de loin.
l'Electricité faites à Philadelphie en Amérique
par M. Benjamin Frantlin, & com-
muniquées dans plusieurs Letrres à M. P.
Collinson de laSociété Royale de Londres
traduites de l'Anglois. 4 Paris, chez Du-
raud, rue Saint Jacques 1752., un vo-
lume in 12.
Ce nouvel Ouvrage sur l'Electricité a
comme deux Parties: la premiere qui est
du Traducteur, est une Histoire exacte
détaillée & bien écrite de cette décou-
verte: la seconde, est un recueil d'Obser-
vations, ausquelles il ne paroît pas possi-
ble de refuser sa croyance, quoiqu'elles
soient singulieres, & qu'elles vien-
nent de loin.
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7
p. 128-147
« EXPÉRIENCES Physico-méchaniques sur différens sujets, & principalement [...] »
Début :
EXPÉRIENCES Physico-méchaniques sur différens sujets, & principalement [...]
Mots clefs :
Physique, Électricité, Expérience, Newton, Almanach, Francis Hauksbee, Effets, Nature, Impulsion, Attraction, Physicien, Cartésiens
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texteReconnaissance textuelle : « EXPÉRIENCES Physico-méchaniques sur différens sujets, & principalement [...] »
EXPÉRIENCES Phyfico - méchaniques
fur différens fujets , & principalement
fur l'Electricité, produites par le frottement
des corps , traduites de l'Anglois de M.
Hauksbée ; par feu M. de Bremond , de
l'Académie royale des Sciences ; revûes ,
mifes au jour , avec un difcours préliminaire
, des remarques & des notes par M.
Defmareft , avec des figures ; 2 vol . in- 12.
A Paris , chez la veuve Cavelier & fils , rue
S. Jacques , au Lys d'or , 1754.
La réputation dont jouiffent en Angleterre
les expériences de M. Hauksbée , le
dégré d'authenticité qu'elles y ont acquis
d'abord & que le tems n'a point affoibli ,
font des titres qui affurent à la traduction
un accueil favorable de tous ceux qui aiment
à puifer dans des fources fûres. Feu
M. de Bremond qui connoiffoit les bons
ouvrages de Phyfique Anglois , & qui étoit
fi zélé pour les faire connoître par fes traductions
, s'attacha dans fes premiers eſſais
DECEMBRE. 1754. 129
aux expériences que nous annonçons ; mais
des travaux plus importans dont le public
a recueilli les fruits , ne lui ont pas permis
de les revoir & de les publier. M. Defmareft
qui s'en eft chargé , a revû & retouché
exactement la traduction , & l'a accompagnée
de notes & de remarques. A mefure
qu'il travailloit fur cet ouvrage , fes
réflexions fe font multipliées , & il les a
développées dans un difcours préliminaire
, qu'il a placé à la tête du recueil. Dans
la premiere fection à laquelle nous nous
bornerons dans cet extrait , M. D. établit les
raifons des principes qui ont guidé M.
Hauksbée dans un grand nombre de fes
expériences , & il mêle à cette difcuffion
quelques détails hiftoriques qui concernent
le Phyficien Anglois . Nous allons commencer
par expofer ces faits en abrégé , &
nous fuivrons enfuite M. Defmareft dans
l'expofition des principes.
M. Hauksbée s'annonça vers 1704 comme
un Phyficien d'une dexterité très- grande
dans le manuel des opérations , & d'une
exactitude fcrupuleufe dans la difcuffion
des phénomenes. Il peut être regardé comme
le premier qui à Londres ait expofé les
phénomenes de la Phyfique expérimentale
aux yeux d'une nation férieufe & capable
de faifir les objets fufceptibles de préciſion .
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
Ce Phyficien ne fe borna pas à préfenter
au public d'anciennes obfervations un peu
rajeunies , ou par le procédé ou par les machines
; il fe fit à lui- même un fonds d'expériences
nouvelles & très- curieuſes , qui
forment le recueil que nous annonçons .
C'étoit auffi le Phyficien de la Société royale.
Cette illuftre compagnie le chargea de
répéter dans plufieurs occafions importantes
des expériences délicates , & il a toujours
juftifié cette diftinction , en ne faifant
pas moins admirer un coup d'oeil fûr
& la fineffe de fon tact , que fa pénétration
& fa fagacité , qualités dont la réunion
forme le phyficien.
Il avoit un grand talent pour toutes les
machines propres aux expériences de Phyfique
, & il en fourniffoit à la Société royale
& aux Sçavans d'Angleterre ; mais il
n'abufoit pas de cette confiance pour faire
de ces machines un objet de commerce
dont il auroit abandonné la direction à des
ignorans. Il veilloit à tout , & tout ce qui
portoit fon nom portoit auffi l'exactitude
& l'empreinte de fon génie. Il réforma
la machine pneumatique ; il inventa une
machine de rotation très -commode pour
communiquer du mouvement aux corps
placés dans le vuide ; il conftruifit un thermometre
que la Societé royale adopta.
DECEMBRE. 1754. 131
Ce mérite n'échappa pas à M. Newton.
M. Hauksbée fut lié étroitement avec ce
grand homme. Un commerce auffi intime
mit notre Phyficien à portée de s'inftruire
des vûes qu'avoit Newton , en introduifant
l'attraction de cobéfion dans la Phyfique
expérimentale ; il lui fournit auffi une occafion
favorable de préfenter à cet illuftre
Géometre des expériences délicates trèspropres
à établir folidement la marche de
l'agent qu'on fubftituoit à la matiere fubtile
, &c . Témoin de la révolution que la
phyfique expérimentale éprouva pour lors
en Angleterre , par rapport à l'attraction de
cohésion , M. Hauksbée ne parut pas pour
lors comme un fpectateur oifif, qui attend
le fuccès pour fe décider, ou comme un
adverfaire incommode, qui ne fçait qu'obfcurcir
les queftions par une métaphyfique
contentieufe : il y prit part , il fit des expériences.
11 fçavoit que les phénomenes pou
voient feuls lui découvrir les loix aufquelles
les attractions étoient foumiſes ; il varia
les obfervations pour en faifir la marche
, & ce fut dans ces vûes qu'il fuivit
avec zéle les expériences fur l'afcenfion
des liqueurs dans les efpaces capillaires ;
expériences qui fe trouvent toutes dans ce
recueil , & dont Newton adopta les plus
curieufes dans fon Traité d'Optique.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
M. Hauksbée ne s'attacha pas témérairement
au parti naiffant , fans y être entraîné
par des raifons folides . Il confidéra
d'abord , comme l'obſerve M. Deſmareſt ,
que la phyfique expérimentale ne confifte
pas dans la connoiffance fterile des chofes
poffibles , mais qu'elle s'occupe de la difcuffion
des effets réels , & qui peuvent fervir
à notre inſtruction ou à nos befoins, Il
cut foin de la diftinguer de la phyfique
fyftématique qui en retarde les progrès ,
parce qu'elle confond le plus fouvent des
affemblages d'idées abitraites avec des vérités
de fait . Il fe convainquit facilement
que faire des fyftêmes , c'étoit combiner le
plus fouvent ce que la nature nous daigne
montrer , avec ce que notre imagination
croit devoir y fuppléer , fans doute pour
fe dédommager de l'ignorance du vrai , en
fe forgeant une brillante chimere qui lui
en tienne lieu .
Il n'avoit garde au refte de taxer d'inutilité
tous les fyftêmes que l'on a formés
fur différens points de la phyfique expérimentale
; mais il diftingua avec foin l'efprit
fyftématique qui s'occupe à faifir les
rapports mutuels ; les analogies des princi
paux faits qui fe préfentent à fes recherches
, d'avec l'efprit de fyftême qui malheureufement
s'étoit emparé de toute la
P
DECEMBRE. 1754. 133
phyfique , & qui préfuma tout voir , tour
éclaircir , parce qu'il croyoit tout deviner .
M. Hauksbée crut devoir éviter des inconvéniens
qui regardoient les progrès de
la Phyfique ; les vues éclairées qui le guiderent
dans fes demarches , lui firent fentir
qu'un Phyficien devoit confulter plutôt
la nature que fon imagination , être plus
porté à difcuter qu'à décider : auffi s'occupa-
t-il à rechercher les loix conftantes
& uniformes aufquelles les phénomenes
étoient affujettis , à évaluer l'étendue des
effets , perfuadé que rien n'eft bien connu
en phyfique que ce qui eft réduit à des
mefures précifes, & que l'art de mefurer eft
d'autant plus ingénieux qu'on l'applique
à des objets qui en paroiffent moins fufceptibles.
A la lecture des expériences de
M. Hauksbée on reconnoît qu'il fut guidé
par ces principes : il fe contente de développer
ce qu'il a obfervé , d'en indiquer
la liaiſon avec d'autres faits avérés qu'il
rapproche , & il ne fe livre à l'analogie.
que lorfque l'enfemble des circonstances
parle en fa faveur. S'il hazarde des conjectures
il ne les porte pas au- delà des détails
principaux de fes obfervations ; il s'en fert
comme d'échafaudage pour bâtir quelque
chofe de plus folide , où comme de doutes
méthodiques pour fonder la nature ; mais
134 MERCURE DE FRANCE.
il fe fouvient que fes conjectures ne font
pas plus de la phyfique qu'un échafaudage
n'eft un bâtiment , ou que le doute méthodique
n'eft un principe de conduite.
Dans les queſtions de phyfique où les
caufes ne fe décelent par aucun endroit , M.
Hauksbée , difciple éclairé de Newton , fe
borne aux effets , dont il fçait varier les
circonftances pour démêler les loix des
agens inconnus qui concourent à leur production
. Il étoit perfuadé que dans ces
matieres les faits doivent feuls attirer notre
attention , & qu'un Phyficien judicieux
ne s'aventure pas au - delà. Cette prudence ,
cette réferve , fi oppofées à la confiance téméraire
& au charlatanifme de quelques
Phyficiens , M. Hauksbée l'avoit puifée
dans les ouvrages & le commerce de M.
Newton. Un efprit auffi conféquent que ce
grand Géométre , comprit en examinant
une infinité de phénomenes , qu'il falloit
s'en tenir aux faits , & ce fut dans ces vûes
qu'il admit l'auration de cohésion dont nous
avons parlé plus haut .
On obferve dans les petites particules
des corps une tendance à fe réunir. Cette
tendance réciproque qu'elles ont les unes
vers les autres , prefque infenfible lorfque
la diftance eft appréciable , devient d'autant
plus confidérable que le contact eft
DECEMBRE. 1754.
1754 135
plus immédiat & plus étendu . Comme la
caufe de ces mouvemens eft cachée à ceux
qui font de bonne foi , le mot attraction
marque le fait de la tendance . Outre cette
confidération qui détermina Newton à introduire
cette expreffion , il y fut porté
encore lorfqu'il eut été convaincu que les
liquides ne s'attachoient pas aux folides ,
que les gouttes d'eau ne fe réuniffoient
pas par un effet de la preffion d'un fluide
ambiant , dont on les fuppofoit gratuitement
enveloppées. Il prouva que deux
gouttes d'eau ne pouvoient iamais fe réunir
dans cette hypothèfe , parce que la figure
d'une portion de fluide foumiſe à la
preffion uniforme d'un autre fluide ne
pouvoit être altérée par cette preffion.
Newton reconnut d'ailleurs que ces petites
malles s'arrondiffoient par une tendance
fort approchante de celle qui arrondit la
furface immenfe de la mer autour de notre
globe . Enfin ce qui achevoit de convaincre
Newton , c'est que la force néceſſaire
pour un tel arrondiffement eft de beaucoup
fupérieure à celle de la pefanteur ,
puifqu'une goutte de mercure pofée fur
une table s'applatit à peine par le point de
contact.
Suivant ces principes , les faits que l'on
tangea pour lors fous les loix de l'attrac
136 MERCURE DE FRANCE.
tion de cohéfion purent être la matiere
des recherches phyfiques ; mais les Cartéfiens
de ce tems là qui foutenoient l'impulfion
exclufivement à tout autre agent ,
s'oppoferent à l'introduction de cette force
; cependant , fi nous en croyons M. Defmareft
, ce ne fut qu'avec de foibles armes
qu'une métaphysique brillante qui les féduifoit
, leur mit en main. En vain nous
repréfentent- ils le méchanifme de la nature
dépendant de la feule impulfion , il fe
plaint que l'expérience refléchie n'a pas
préfidé à la conftruction d'un auffi beau
plan ; & il avance même que bien loin qu'il
ait été formé d'après ces précautions , c'eſt
en les employant qu'on découvre combien
il eft imaginaire & hazardé.
Newton ne peut diffimuler fes allarmes
en voyant les Phyficiens de fon tems fe
tourmenter inutilement pour réduire tous
les effets à des agens méchaniques. Selon
lui , la fonction des Phyficiens eft de raifonner
fur les faits , d'en fuivre les loix
conftantes , & non d'admettre des cauſes ,
parce qu'ils en peuvent imaginer. Les défenfeurs
de l'impulfion exclufive tomberent
dans ces inconvéniens : ils foumettoient
les opérations les plus cachées de la
nature à des agens invifibles , mais qu'ils
décorerent de propriétés copiées fur des
DECEMBRE. 1754. 137
agens palpables. Fiers de ces reffources , ils
fe vanterent d'être feuls en poffeffion d'un
méchaniſme intelligible , & publierent même
que les Newtoniens ne tendoient à rien
moins qu'à le détruire : c'étoit l'imagination
qui rendoit témoignage à la beauté
de fes productions.
M. Defmareſt foutient au contraire que
tout bien apprécié , les partifans de l'impulfion
exclufive détruifoient le méchanifme
de la nature , & il appuye cette prétention
en faifant obferver , 1 °. que les
impulfionnaires fe trouvent visiblement en
défaut , lorsqu'ils entreprennent d'expliquer
avec une certaine étendue & une certaine
préciſion quelque fait de l'ordre de
ceux que les Newtoniens attribuent à l'attraction.
Il renvoye ceux qui voudront s'en
convaincre, à une hiftoire critique des ſyſtêmes
fur la caufe de l'afcenfion des liqueurs
dans les tubes capillaires , qu'il a
placée dans le fecond volume du recueil.
» Tout impulfionnaire , ajoute - t - il , fait
» voir par fon peu de fuccès , ou qu'il n'y
» a pas de méchaniſme dans la nature , ce
qui eft abfurde , ou qu'il ne le fçait pas
»faifir , ce qui eft palpable. Les attraction-
" naires au contraire font heureux dans les
» détails ; ils nous affignent des loix , des
93
proportions , des analogies , & tout ceci
138 MERCURE DE FRANCE.
"
"
» bien développé nous préſente pour les
effets dont nous venons de parler , le vrai
» méchanifme de la nature : ainfi , nous di-
» fent - ils , les hauteurs d'une même li-
»queur en divers tubes capillaires font en
raifon inverte des diametres de ces tubes.
Les impulfionnaires euffent - ils trouvés
cette analogie par le fecours de leurs
principes compliqués ? elle explique plus
» de chofes , elle préfente plus de lumiere
» que tout le long tiffu des imaginations
cartéfiennes fur les mêmes effets . Ainfi
lorfqu'on fera parvenu ( & on le peut
fans le fecours d'agens méchaniques ) à
découvrir les proportions qui peuvent fe
rencontrer entre les différens phénomenes
, à fixer les limites & l'étendue des
» effets , à fuivre les loix générales qui les
maîtrifent , à en déterminer la marche ,
ne les aura-t-on pas expliqués ? Peut-on
regarder ceux qui font en état de faire
» valoir de tels fuccès , & qui les doivent
» à la maniere dont ils envifagent les phé-
» nomenes , comme ayant un plan de phyfique
barbare & copié fur le péripate-
» tifme ? Peut - on fe perfuader que l'inf-
" trument de leurs découvertes , l'attrac-
» tion , foit une chimere en phyfique &
une qualité occulte ?
n
ל כ
- M. D. appuye cette confidération en reDECEMBRE.
1754. 139
marquant que Diea eft libre de pouvoir
établir plus d'un principe primitif, & que
tout ce qu'il nous plaît de décorer du nom
de caufe , fe réduit en derniere analyſe à
une maniere d'agir de la part de Dieu , par
laquelle il s'eft affujetti très- librement à
donner de l'activité à quelque loi conftante
: c'eſt , ajoute - t - il , la découverte de
cette loi qui doit faire l'objet de nos recherches
& la gloire de nos fuccès .
En 3 lieu , notre Editeur confidere qu'on
n'a pu refufer d'admettre l'exiſtence de la
pefanteur comme une force particuliere ,
quoiqu'on n'ait pu trouver jufqu'à préfent
un méchanifme d'impulfion fatisfaifant
qui donnât le dénouement des différens
phénomenes de la pefanteur. Galilée luimême
n'a découvert les loix de l'accélération
qu'en fouftrayant tour Auide , toute
impulfion ; & quelques impulfionnaires
rigides qui ont tenté d'introduire dans cette
queftion leur machine favorite , ont contredit
les loix découvertes par Galilée .
Voilà un abus & en même tems une impuiffance
de l'impulfion bien avérées.
De toutes ces raifons M. D. conclut que
les attractionnaires , en fuivant les phenomenes
& s'y bornant , s'en tiennent à des
évaluations précifes qui aftreignent les effets
à des loix exactes. Il ne diffimule pas
140 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles laiffent quelque obfcurité dont
l'imagination peut s'allarmer : » mais ne
» vaut - il pas mieux , dit- il , préférer des
traits lumineux & vifs accompagnés de.
» certains nuages qui les enveloppent , à des
» opinions qui faififfent par un air de clarté,
mais certainement fauffes , à un ſyſ-
» tême brillant & intelligible , mais qui
» n'eft qu'une illufion ? Des faits finguliers
» fe préfentent à nous , nous en étudions.
» les rapports , nous n'allons pas d'abord
au- delà , ayant lieu de reconnoître par
expérience que la nature nous montre
» infenfiblement fes fecrets & ne fe décou-
» vre à nous que fous de très petites faces.
Une affinité , une attraction fera pour
moi un effet dont je chercherai à varier
les circonftances & à établir les loix en
» les ramenant à des précifions folides &
» inftructives ; tandis que pour ceux qui
» veulent rapporter à des agens fubordonnés
d'un méchanifme intelligible , ce fera
un paradoxe , une fource de contradictions
& d'erreurs .
Les Cartéfiens qui ne faifirent pas les
vûes de Newton & de fes difciples, crurent
qu'ils vouloient ramener les qualités occultes
du péripatetiſme ; mais il eit aifé de ſe
convaincre que l'attraction de cohésion ,
dont M. Hauksbée a obſervé les loix dans
DECEMBRE. 1754.141
plufieurs expériences délicates , étoient
aufli manifeftes que les qualités des péripatéticiens
étoient cachées. Ces difcoureurs
oififs abandonnoient la conſidération
des effets qu'ils auroient dû difcuter , pour
imaginer & fuppofer des caufes dont ils
n'avoient nulle idée ; bien différens en cela
des Newtoniens , qui fe bornent aux phé
nomenes & qui en examinent fcrupuleufement
les différentes circonftances. Les
Cartéfiens au contraire n'étoient - ils pas
plus dans le cas du péripatetifme , puifqu'on
ne peut diffimuler que dans beaucoup
de queftions ils ne fuppofent des
agens très-occultes , & dans leur nature &
dans leurs fonctions ? M.D. cite pour exem
ple la Phyfique de Regis , où la plupart des
phénomenes font expliqués d'une maniere
ennuyeufe& monotone , par l'entremise de
la matiere fubtile , & c.
Par rapport à l'obfcurité qui environne
la maniere d'agir de l'attraction , on peut
répondre que l'impulfion n'eft pas fans
difficulté , & dès lors ces deux forces fe
trouveront à peu près au même niveau , fi
on les confidere d'une vûe métaphysique :
cependant M. Defmareſt voudroit qu'on
fût réfervé dans l'application de l'attrac
tion aux phénomenes . Il ne fuffit pas , fe
lon lui , d'annoncer cette force comme
142 MERCURE DE FRANCE.
caufe d'un effet , pour avoir fatisfait à ce que
les progrès de la phyfique demandent de
nous ; on ne peut y avoir recours qu'en indiquant
les loix qu'elle fuit dans les effets
qu'on lui foumet ; & en général il faut
plus s'appliquer à approfondir les loix de
cet agent qu'à étendre fon empire fans
fpécifier fes droits. Nous parlerons du
corps de l'ouvrage dans le Mercure prochain.
On trouvera dans le difcours que nous
venons d'extraire , un ftyle net & concis ,
de grandes recherches , des principes lumineux
, une Logique exacte. L'Auteur ,
homme appliqué , modefte , vertueux , a
des connoiffances qui devroient le faire
rechercher par les gens en place.
La pratique univerfelle pour la renovation
des terriers & des droits feigneuriaux
, contenant les queftions les plus importantes
fur cette matiere , & leurs déci
fions , tant pour les pays coutumiers que
ceux régis par le Droit écrit ; Ouvrage utile
à tous les Seigneurs , tant laïques qu'eccléfiaftiques
, à leurs Intendans , Gens d'affaires
, Receveurs & Régiffeurs , de même
qu'aux Notaires & Commiffaires à terriers
& autres Officiers : dans lequel on trouvera
tout ce qui eft néceffaire de fçavoir concer
C
DECEMBRE. 1754. 143
nant les péages & leur établiffement; les foires
& marchés , & leur origine ; les che
mins , les fleuves & rivieres ; la pêche , tant
des rivieres navigables que des étangs ; la
chaffe & fon origine ; les garennes , les
colombiers , & tout ce qui doit être pratiqué
fur ces objets par les Apanagiftes ,
Engagiftes , Douairiers , Ufufruitiers , Bénéficiers
, Commandeurs de Malthe , Communautés
eccléfiaftiques & laïques , & tous
gens de main- morte , Seigneurs particuliers
; le tout accompagné de modeles &
ftyles des procès verbaux de délits , faifies
& reconnoiffances à terriers. Par M. Edme
de la Poix de Frémenville , Bailli des ville
& Marquifat de la Paliffe , Commiffaire
aux droits feigneuriaux ; in-4°. A Paris ,
chez Giffey , rue de la Vieille Bouclerie , à
l'Arbre de Jeffé .
Cet ouvrage eft fi connu & fi néceffaire,
qu'il fuffit de l'annoncer pour le faire rechercher.
DICTIONNAIRE portatif des Théatres ,
contenant l'origine des différens théatres
de Paris ; le nom de toutes les pieces qui
y ont été repréſentées depuis leur établiſ
fement , & des pieces jouées en province ,
ou qui ont fimplement paru par la voie de
l'impreffion depuis plus de trois fiécles ;
134 MERCURE DE FRANCE.
avec des anecdotes & des remarques fur la
plûpart. Le nom & les particularités intéreffantes
de la vie des Auteurs , Muſiciens ,
& Acteurs ; avec le catalogue de leurs ouvrages
, & l'expofé de leurs talens. Une
chronologie des Auteurs , des Muficiens &
des Opéra ; avec une chronologie des pieces
qui ont paru depuis vingt- cinq ans. A
Paris , chez Jombert , rue Dauphine , à
l'image Notre -Dame , 1754 , in- 8 ° . 1 vol.
petit caractere , prix cinq livres.
Quelques corrections & des additions
qu'on vient de joindre à ce Dictionnaire ,
le rendent encore plus intéreffant , & nous
engagent à l'annoncer de nouveau . On
peut voir ce que nous en avons déja dit
dans le Mercure du mois de Septembre de
cette année .
TOUTE la France connoit le plan d'une
Maifon d'affociation . Il a rendu refpectable
M. de Chamouffet aux yeux même de
ceux qui ont trouvé fes idées chimeriques.
Cet excellent citoyen vient de répondre à
une critique qui a été faite de fon projet.
Sa lettre qui eft de feize pages in - 4° , eft
écrite avec cette force de raifonnement que
pouvoit lui donner la bonté de fa caufe , &
avec cette chaleur de fentiment dont il a
déja donné tant de preuves.
MÉMOIRES
DECEMBRE . 1754 145
MÉMOIRES du Marquis de Benavidès ,
dédiés à S. A. S. Madame la Ducheffe d'Orléans
; par M. le Chevalier de Mouhy , de
'Académie des Belles- Lettres de Dijon ;
eroifieme & quatrieme parties. A Paris ,
chez Jorry , quai des Auguftins ; & chez
Duchefne , rue S. Jacques , 1754.
On trouvera dans ce Roman de grands
fentimens , & un ftyle convenable au fujet.
DUCHESNE , Libraire , rue S. Jacques ,
au Temple du Goût , vient de réimprimer
'Architecture des voûtes , ou l'art des traits
& coupes des voûtes . Par le Pere Derand
Jéfuite. Cet ouvrage qui jouit d'une grande
réputation , & dont on a retouché les
planches , eft très - néceffaire à tous les Architectes
, Maîtres Maçons , Appareilleurs ,
Tailleurs de pierre , & à tous ceux qui fe
mêlent de l'Architecture militaire,
Le même Libraire diftribue pour l'année
1755 , les Almanachs fuivans.
Les Spectacles de Paris , ou Calendrier
hiftorique & chronologique de tous les
théatres : quatrieme partie , 1755. Chaque
partie fe vend féparément.
La France littéraire , ou Almanach des
beaux Arts , contenant les noms & ouvra
ges de tous les Auteurs François qui vivent
actuellement.
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
Almanach des Corps des Marchands ,
arts , métiers & communautés du royaume.
Almanach eccléfiaftique & hiftorique.
Almanach de perte & gain , avec une
table alphabétique de tous les Jeux qui fe
jouent en Europe.
Almanach danfant , chantant.
Almanach chantant du beau fexe , ou
nouvelle Ethomancie des Dames.
Almanach chantant , ou nouvelles allégories
& autres chanfons fur tout ce qui
appartient au Calendrier .
Nouvelle Lotterie d'Etrennes magiques.
Deux Almanachs de Fables en Vaudevilles.
Le Noftradamus moderne , en Vaudevilles
.
Nouveau Calendrier du deftin , précédé
de tous les amufemens de Paris .
Nouvelles tablettes de Thalie , ou les
promenades de Paris.
L'Oracle de Cythere , ou l'Almanach du
Berger.
Etrennes des Amans .
Almanach des Francs- Maçons .
La Bagatelle ou Etrennes à tout le monde .
GISSEY , rue de la vieille Bouclerie ,
à l'arbre de Jeffé , donne pour l'année 1755 ,
les deux Almanachs fuivans.
DECEMBRE . 1754 147
Etrennes hiftoriques , ou mêlange curieux
pour l'année 1755 , contenant plufieurs
remarques de chronologie & d'hiftoire
; enſemble les naiffances & morts
des Rois , Reines , Princes & Princeffes de
l'Europe , accompagnées d'époques & de
remarques que l'on ne trouve point dans
les autres calendriers ; avec un recueil de
diverfes matieres variées , utiles , curieufes
& amufantes .
Almanach des curieux pour la même
année , où les curieux trouveront la réponſe
agréable des demandes les plus divertiffantes
, pour fe réjouir dans les compagnies.
fur différens fujets , & principalement
fur l'Electricité, produites par le frottement
des corps , traduites de l'Anglois de M.
Hauksbée ; par feu M. de Bremond , de
l'Académie royale des Sciences ; revûes ,
mifes au jour , avec un difcours préliminaire
, des remarques & des notes par M.
Defmareft , avec des figures ; 2 vol . in- 12.
A Paris , chez la veuve Cavelier & fils , rue
S. Jacques , au Lys d'or , 1754.
La réputation dont jouiffent en Angleterre
les expériences de M. Hauksbée , le
dégré d'authenticité qu'elles y ont acquis
d'abord & que le tems n'a point affoibli ,
font des titres qui affurent à la traduction
un accueil favorable de tous ceux qui aiment
à puifer dans des fources fûres. Feu
M. de Bremond qui connoiffoit les bons
ouvrages de Phyfique Anglois , & qui étoit
fi zélé pour les faire connoître par fes traductions
, s'attacha dans fes premiers eſſais
DECEMBRE. 1754. 129
aux expériences que nous annonçons ; mais
des travaux plus importans dont le public
a recueilli les fruits , ne lui ont pas permis
de les revoir & de les publier. M. Defmareft
qui s'en eft chargé , a revû & retouché
exactement la traduction , & l'a accompagnée
de notes & de remarques. A mefure
qu'il travailloit fur cet ouvrage , fes
réflexions fe font multipliées , & il les a
développées dans un difcours préliminaire
, qu'il a placé à la tête du recueil. Dans
la premiere fection à laquelle nous nous
bornerons dans cet extrait , M. D. établit les
raifons des principes qui ont guidé M.
Hauksbée dans un grand nombre de fes
expériences , & il mêle à cette difcuffion
quelques détails hiftoriques qui concernent
le Phyficien Anglois . Nous allons commencer
par expofer ces faits en abrégé , &
nous fuivrons enfuite M. Defmareft dans
l'expofition des principes.
M. Hauksbée s'annonça vers 1704 comme
un Phyficien d'une dexterité très- grande
dans le manuel des opérations , & d'une
exactitude fcrupuleufe dans la difcuffion
des phénomenes. Il peut être regardé comme
le premier qui à Londres ait expofé les
phénomenes de la Phyfique expérimentale
aux yeux d'une nation férieufe & capable
de faifir les objets fufceptibles de préciſion .
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
Ce Phyficien ne fe borna pas à préfenter
au public d'anciennes obfervations un peu
rajeunies , ou par le procédé ou par les machines
; il fe fit à lui- même un fonds d'expériences
nouvelles & très- curieuſes , qui
forment le recueil que nous annonçons .
C'étoit auffi le Phyficien de la Société royale.
Cette illuftre compagnie le chargea de
répéter dans plufieurs occafions importantes
des expériences délicates , & il a toujours
juftifié cette diftinction , en ne faifant
pas moins admirer un coup d'oeil fûr
& la fineffe de fon tact , que fa pénétration
& fa fagacité , qualités dont la réunion
forme le phyficien.
Il avoit un grand talent pour toutes les
machines propres aux expériences de Phyfique
, & il en fourniffoit à la Société royale
& aux Sçavans d'Angleterre ; mais il
n'abufoit pas de cette confiance pour faire
de ces machines un objet de commerce
dont il auroit abandonné la direction à des
ignorans. Il veilloit à tout , & tout ce qui
portoit fon nom portoit auffi l'exactitude
& l'empreinte de fon génie. Il réforma
la machine pneumatique ; il inventa une
machine de rotation très -commode pour
communiquer du mouvement aux corps
placés dans le vuide ; il conftruifit un thermometre
que la Societé royale adopta.
DECEMBRE. 1754. 131
Ce mérite n'échappa pas à M. Newton.
M. Hauksbée fut lié étroitement avec ce
grand homme. Un commerce auffi intime
mit notre Phyficien à portée de s'inftruire
des vûes qu'avoit Newton , en introduifant
l'attraction de cobéfion dans la Phyfique
expérimentale ; il lui fournit auffi une occafion
favorable de préfenter à cet illuftre
Géometre des expériences délicates trèspropres
à établir folidement la marche de
l'agent qu'on fubftituoit à la matiere fubtile
, &c . Témoin de la révolution que la
phyfique expérimentale éprouva pour lors
en Angleterre , par rapport à l'attraction de
cohésion , M. Hauksbée ne parut pas pour
lors comme un fpectateur oifif, qui attend
le fuccès pour fe décider, ou comme un
adverfaire incommode, qui ne fçait qu'obfcurcir
les queftions par une métaphyfique
contentieufe : il y prit part , il fit des expériences.
11 fçavoit que les phénomenes pou
voient feuls lui découvrir les loix aufquelles
les attractions étoient foumiſes ; il varia
les obfervations pour en faifir la marche
, & ce fut dans ces vûes qu'il fuivit
avec zéle les expériences fur l'afcenfion
des liqueurs dans les efpaces capillaires ;
expériences qui fe trouvent toutes dans ce
recueil , & dont Newton adopta les plus
curieufes dans fon Traité d'Optique.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
M. Hauksbée ne s'attacha pas témérairement
au parti naiffant , fans y être entraîné
par des raifons folides . Il confidéra
d'abord , comme l'obſerve M. Deſmareſt ,
que la phyfique expérimentale ne confifte
pas dans la connoiffance fterile des chofes
poffibles , mais qu'elle s'occupe de la difcuffion
des effets réels , & qui peuvent fervir
à notre inſtruction ou à nos befoins, Il
cut foin de la diftinguer de la phyfique
fyftématique qui en retarde les progrès ,
parce qu'elle confond le plus fouvent des
affemblages d'idées abitraites avec des vérités
de fait . Il fe convainquit facilement
que faire des fyftêmes , c'étoit combiner le
plus fouvent ce que la nature nous daigne
montrer , avec ce que notre imagination
croit devoir y fuppléer , fans doute pour
fe dédommager de l'ignorance du vrai , en
fe forgeant une brillante chimere qui lui
en tienne lieu .
Il n'avoit garde au refte de taxer d'inutilité
tous les fyftêmes que l'on a formés
fur différens points de la phyfique expérimentale
; mais il diftingua avec foin l'efprit
fyftématique qui s'occupe à faifir les
rapports mutuels ; les analogies des princi
paux faits qui fe préfentent à fes recherches
, d'avec l'efprit de fyftême qui malheureufement
s'étoit emparé de toute la
P
DECEMBRE. 1754. 133
phyfique , & qui préfuma tout voir , tour
éclaircir , parce qu'il croyoit tout deviner .
M. Hauksbée crut devoir éviter des inconvéniens
qui regardoient les progrès de
la Phyfique ; les vues éclairées qui le guiderent
dans fes demarches , lui firent fentir
qu'un Phyficien devoit confulter plutôt
la nature que fon imagination , être plus
porté à difcuter qu'à décider : auffi s'occupa-
t-il à rechercher les loix conftantes
& uniformes aufquelles les phénomenes
étoient affujettis , à évaluer l'étendue des
effets , perfuadé que rien n'eft bien connu
en phyfique que ce qui eft réduit à des
mefures précifes, & que l'art de mefurer eft
d'autant plus ingénieux qu'on l'applique
à des objets qui en paroiffent moins fufceptibles.
A la lecture des expériences de
M. Hauksbée on reconnoît qu'il fut guidé
par ces principes : il fe contente de développer
ce qu'il a obfervé , d'en indiquer
la liaiſon avec d'autres faits avérés qu'il
rapproche , & il ne fe livre à l'analogie.
que lorfque l'enfemble des circonstances
parle en fa faveur. S'il hazarde des conjectures
il ne les porte pas au- delà des détails
principaux de fes obfervations ; il s'en fert
comme d'échafaudage pour bâtir quelque
chofe de plus folide , où comme de doutes
méthodiques pour fonder la nature ; mais
134 MERCURE DE FRANCE.
il fe fouvient que fes conjectures ne font
pas plus de la phyfique qu'un échafaudage
n'eft un bâtiment , ou que le doute méthodique
n'eft un principe de conduite.
Dans les queſtions de phyfique où les
caufes ne fe décelent par aucun endroit , M.
Hauksbée , difciple éclairé de Newton , fe
borne aux effets , dont il fçait varier les
circonftances pour démêler les loix des
agens inconnus qui concourent à leur production
. Il étoit perfuadé que dans ces
matieres les faits doivent feuls attirer notre
attention , & qu'un Phyficien judicieux
ne s'aventure pas au - delà. Cette prudence ,
cette réferve , fi oppofées à la confiance téméraire
& au charlatanifme de quelques
Phyficiens , M. Hauksbée l'avoit puifée
dans les ouvrages & le commerce de M.
Newton. Un efprit auffi conféquent que ce
grand Géométre , comprit en examinant
une infinité de phénomenes , qu'il falloit
s'en tenir aux faits , & ce fut dans ces vûes
qu'il admit l'auration de cohésion dont nous
avons parlé plus haut .
On obferve dans les petites particules
des corps une tendance à fe réunir. Cette
tendance réciproque qu'elles ont les unes
vers les autres , prefque infenfible lorfque
la diftance eft appréciable , devient d'autant
plus confidérable que le contact eft
DECEMBRE. 1754.
1754 135
plus immédiat & plus étendu . Comme la
caufe de ces mouvemens eft cachée à ceux
qui font de bonne foi , le mot attraction
marque le fait de la tendance . Outre cette
confidération qui détermina Newton à introduire
cette expreffion , il y fut porté
encore lorfqu'il eut été convaincu que les
liquides ne s'attachoient pas aux folides ,
que les gouttes d'eau ne fe réuniffoient
pas par un effet de la preffion d'un fluide
ambiant , dont on les fuppofoit gratuitement
enveloppées. Il prouva que deux
gouttes d'eau ne pouvoient iamais fe réunir
dans cette hypothèfe , parce que la figure
d'une portion de fluide foumiſe à la
preffion uniforme d'un autre fluide ne
pouvoit être altérée par cette preffion.
Newton reconnut d'ailleurs que ces petites
malles s'arrondiffoient par une tendance
fort approchante de celle qui arrondit la
furface immenfe de la mer autour de notre
globe . Enfin ce qui achevoit de convaincre
Newton , c'est que la force néceſſaire
pour un tel arrondiffement eft de beaucoup
fupérieure à celle de la pefanteur ,
puifqu'une goutte de mercure pofée fur
une table s'applatit à peine par le point de
contact.
Suivant ces principes , les faits que l'on
tangea pour lors fous les loix de l'attrac
136 MERCURE DE FRANCE.
tion de cohéfion purent être la matiere
des recherches phyfiques ; mais les Cartéfiens
de ce tems là qui foutenoient l'impulfion
exclufivement à tout autre agent ,
s'oppoferent à l'introduction de cette force
; cependant , fi nous en croyons M. Defmareft
, ce ne fut qu'avec de foibles armes
qu'une métaphysique brillante qui les féduifoit
, leur mit en main. En vain nous
repréfentent- ils le méchanifme de la nature
dépendant de la feule impulfion , il fe
plaint que l'expérience refléchie n'a pas
préfidé à la conftruction d'un auffi beau
plan ; & il avance même que bien loin qu'il
ait été formé d'après ces précautions , c'eſt
en les employant qu'on découvre combien
il eft imaginaire & hazardé.
Newton ne peut diffimuler fes allarmes
en voyant les Phyficiens de fon tems fe
tourmenter inutilement pour réduire tous
les effets à des agens méchaniques. Selon
lui , la fonction des Phyficiens eft de raifonner
fur les faits , d'en fuivre les loix
conftantes , & non d'admettre des cauſes ,
parce qu'ils en peuvent imaginer. Les défenfeurs
de l'impulfion exclufive tomberent
dans ces inconvéniens : ils foumettoient
les opérations les plus cachées de la
nature à des agens invifibles , mais qu'ils
décorerent de propriétés copiées fur des
DECEMBRE. 1754. 137
agens palpables. Fiers de ces reffources , ils
fe vanterent d'être feuls en poffeffion d'un
méchaniſme intelligible , & publierent même
que les Newtoniens ne tendoient à rien
moins qu'à le détruire : c'étoit l'imagination
qui rendoit témoignage à la beauté
de fes productions.
M. Defmareſt foutient au contraire que
tout bien apprécié , les partifans de l'impulfion
exclufive détruifoient le méchanifme
de la nature , & il appuye cette prétention
en faifant obferver , 1 °. que les
impulfionnaires fe trouvent visiblement en
défaut , lorsqu'ils entreprennent d'expliquer
avec une certaine étendue & une certaine
préciſion quelque fait de l'ordre de
ceux que les Newtoniens attribuent à l'attraction.
Il renvoye ceux qui voudront s'en
convaincre, à une hiftoire critique des ſyſtêmes
fur la caufe de l'afcenfion des liqueurs
dans les tubes capillaires , qu'il a
placée dans le fecond volume du recueil.
» Tout impulfionnaire , ajoute - t - il , fait
» voir par fon peu de fuccès , ou qu'il n'y
» a pas de méchaniſme dans la nature , ce
qui eft abfurde , ou qu'il ne le fçait pas
»faifir , ce qui eft palpable. Les attraction-
" naires au contraire font heureux dans les
» détails ; ils nous affignent des loix , des
93
proportions , des analogies , & tout ceci
138 MERCURE DE FRANCE.
"
"
» bien développé nous préſente pour les
effets dont nous venons de parler , le vrai
» méchanifme de la nature : ainfi , nous di-
» fent - ils , les hauteurs d'une même li-
»queur en divers tubes capillaires font en
raifon inverte des diametres de ces tubes.
Les impulfionnaires euffent - ils trouvés
cette analogie par le fecours de leurs
principes compliqués ? elle explique plus
» de chofes , elle préfente plus de lumiere
» que tout le long tiffu des imaginations
cartéfiennes fur les mêmes effets . Ainfi
lorfqu'on fera parvenu ( & on le peut
fans le fecours d'agens méchaniques ) à
découvrir les proportions qui peuvent fe
rencontrer entre les différens phénomenes
, à fixer les limites & l'étendue des
» effets , à fuivre les loix générales qui les
maîtrifent , à en déterminer la marche ,
ne les aura-t-on pas expliqués ? Peut-on
regarder ceux qui font en état de faire
» valoir de tels fuccès , & qui les doivent
» à la maniere dont ils envifagent les phé-
» nomenes , comme ayant un plan de phyfique
barbare & copié fur le péripate-
» tifme ? Peut - on fe perfuader que l'inf-
" trument de leurs découvertes , l'attrac-
» tion , foit une chimere en phyfique &
une qualité occulte ?
n
ל כ
- M. D. appuye cette confidération en reDECEMBRE.
1754. 139
marquant que Diea eft libre de pouvoir
établir plus d'un principe primitif, & que
tout ce qu'il nous plaît de décorer du nom
de caufe , fe réduit en derniere analyſe à
une maniere d'agir de la part de Dieu , par
laquelle il s'eft affujetti très- librement à
donner de l'activité à quelque loi conftante
: c'eſt , ajoute - t - il , la découverte de
cette loi qui doit faire l'objet de nos recherches
& la gloire de nos fuccès .
En 3 lieu , notre Editeur confidere qu'on
n'a pu refufer d'admettre l'exiſtence de la
pefanteur comme une force particuliere ,
quoiqu'on n'ait pu trouver jufqu'à préfent
un méchanifme d'impulfion fatisfaifant
qui donnât le dénouement des différens
phénomenes de la pefanteur. Galilée luimême
n'a découvert les loix de l'accélération
qu'en fouftrayant tour Auide , toute
impulfion ; & quelques impulfionnaires
rigides qui ont tenté d'introduire dans cette
queftion leur machine favorite , ont contredit
les loix découvertes par Galilée .
Voilà un abus & en même tems une impuiffance
de l'impulfion bien avérées.
De toutes ces raifons M. D. conclut que
les attractionnaires , en fuivant les phenomenes
& s'y bornant , s'en tiennent à des
évaluations précifes qui aftreignent les effets
à des loix exactes. Il ne diffimule pas
140 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles laiffent quelque obfcurité dont
l'imagination peut s'allarmer : » mais ne
» vaut - il pas mieux , dit- il , préférer des
traits lumineux & vifs accompagnés de.
» certains nuages qui les enveloppent , à des
» opinions qui faififfent par un air de clarté,
mais certainement fauffes , à un ſyſ-
» tême brillant & intelligible , mais qui
» n'eft qu'une illufion ? Des faits finguliers
» fe préfentent à nous , nous en étudions.
» les rapports , nous n'allons pas d'abord
au- delà , ayant lieu de reconnoître par
expérience que la nature nous montre
» infenfiblement fes fecrets & ne fe décou-
» vre à nous que fous de très petites faces.
Une affinité , une attraction fera pour
moi un effet dont je chercherai à varier
les circonftances & à établir les loix en
» les ramenant à des précifions folides &
» inftructives ; tandis que pour ceux qui
» veulent rapporter à des agens fubordonnés
d'un méchanifme intelligible , ce fera
un paradoxe , une fource de contradictions
& d'erreurs .
Les Cartéfiens qui ne faifirent pas les
vûes de Newton & de fes difciples, crurent
qu'ils vouloient ramener les qualités occultes
du péripatetiſme ; mais il eit aifé de ſe
convaincre que l'attraction de cohésion ,
dont M. Hauksbée a obſervé les loix dans
DECEMBRE. 1754.141
plufieurs expériences délicates , étoient
aufli manifeftes que les qualités des péripatéticiens
étoient cachées. Ces difcoureurs
oififs abandonnoient la conſidération
des effets qu'ils auroient dû difcuter , pour
imaginer & fuppofer des caufes dont ils
n'avoient nulle idée ; bien différens en cela
des Newtoniens , qui fe bornent aux phé
nomenes & qui en examinent fcrupuleufement
les différentes circonftances. Les
Cartéfiens au contraire n'étoient - ils pas
plus dans le cas du péripatetifme , puifqu'on
ne peut diffimuler que dans beaucoup
de queftions ils ne fuppofent des
agens très-occultes , & dans leur nature &
dans leurs fonctions ? M.D. cite pour exem
ple la Phyfique de Regis , où la plupart des
phénomenes font expliqués d'une maniere
ennuyeufe& monotone , par l'entremise de
la matiere fubtile , & c.
Par rapport à l'obfcurité qui environne
la maniere d'agir de l'attraction , on peut
répondre que l'impulfion n'eft pas fans
difficulté , & dès lors ces deux forces fe
trouveront à peu près au même niveau , fi
on les confidere d'une vûe métaphysique :
cependant M. Defmareſt voudroit qu'on
fût réfervé dans l'application de l'attrac
tion aux phénomenes . Il ne fuffit pas , fe
lon lui , d'annoncer cette force comme
142 MERCURE DE FRANCE.
caufe d'un effet , pour avoir fatisfait à ce que
les progrès de la phyfique demandent de
nous ; on ne peut y avoir recours qu'en indiquant
les loix qu'elle fuit dans les effets
qu'on lui foumet ; & en général il faut
plus s'appliquer à approfondir les loix de
cet agent qu'à étendre fon empire fans
fpécifier fes droits. Nous parlerons du
corps de l'ouvrage dans le Mercure prochain.
On trouvera dans le difcours que nous
venons d'extraire , un ftyle net & concis ,
de grandes recherches , des principes lumineux
, une Logique exacte. L'Auteur ,
homme appliqué , modefte , vertueux , a
des connoiffances qui devroient le faire
rechercher par les gens en place.
La pratique univerfelle pour la renovation
des terriers & des droits feigneuriaux
, contenant les queftions les plus importantes
fur cette matiere , & leurs déci
fions , tant pour les pays coutumiers que
ceux régis par le Droit écrit ; Ouvrage utile
à tous les Seigneurs , tant laïques qu'eccléfiaftiques
, à leurs Intendans , Gens d'affaires
, Receveurs & Régiffeurs , de même
qu'aux Notaires & Commiffaires à terriers
& autres Officiers : dans lequel on trouvera
tout ce qui eft néceffaire de fçavoir concer
C
DECEMBRE. 1754. 143
nant les péages & leur établiffement; les foires
& marchés , & leur origine ; les che
mins , les fleuves & rivieres ; la pêche , tant
des rivieres navigables que des étangs ; la
chaffe & fon origine ; les garennes , les
colombiers , & tout ce qui doit être pratiqué
fur ces objets par les Apanagiftes ,
Engagiftes , Douairiers , Ufufruitiers , Bénéficiers
, Commandeurs de Malthe , Communautés
eccléfiaftiques & laïques , & tous
gens de main- morte , Seigneurs particuliers
; le tout accompagné de modeles &
ftyles des procès verbaux de délits , faifies
& reconnoiffances à terriers. Par M. Edme
de la Poix de Frémenville , Bailli des ville
& Marquifat de la Paliffe , Commiffaire
aux droits feigneuriaux ; in-4°. A Paris ,
chez Giffey , rue de la Vieille Bouclerie , à
l'Arbre de Jeffé .
Cet ouvrage eft fi connu & fi néceffaire,
qu'il fuffit de l'annoncer pour le faire rechercher.
DICTIONNAIRE portatif des Théatres ,
contenant l'origine des différens théatres
de Paris ; le nom de toutes les pieces qui
y ont été repréſentées depuis leur établiſ
fement , & des pieces jouées en province ,
ou qui ont fimplement paru par la voie de
l'impreffion depuis plus de trois fiécles ;
134 MERCURE DE FRANCE.
avec des anecdotes & des remarques fur la
plûpart. Le nom & les particularités intéreffantes
de la vie des Auteurs , Muſiciens ,
& Acteurs ; avec le catalogue de leurs ouvrages
, & l'expofé de leurs talens. Une
chronologie des Auteurs , des Muficiens &
des Opéra ; avec une chronologie des pieces
qui ont paru depuis vingt- cinq ans. A
Paris , chez Jombert , rue Dauphine , à
l'image Notre -Dame , 1754 , in- 8 ° . 1 vol.
petit caractere , prix cinq livres.
Quelques corrections & des additions
qu'on vient de joindre à ce Dictionnaire ,
le rendent encore plus intéreffant , & nous
engagent à l'annoncer de nouveau . On
peut voir ce que nous en avons déja dit
dans le Mercure du mois de Septembre de
cette année .
TOUTE la France connoit le plan d'une
Maifon d'affociation . Il a rendu refpectable
M. de Chamouffet aux yeux même de
ceux qui ont trouvé fes idées chimeriques.
Cet excellent citoyen vient de répondre à
une critique qui a été faite de fon projet.
Sa lettre qui eft de feize pages in - 4° , eft
écrite avec cette force de raifonnement que
pouvoit lui donner la bonté de fa caufe , &
avec cette chaleur de fentiment dont il a
déja donné tant de preuves.
MÉMOIRES
DECEMBRE . 1754 145
MÉMOIRES du Marquis de Benavidès ,
dédiés à S. A. S. Madame la Ducheffe d'Orléans
; par M. le Chevalier de Mouhy , de
'Académie des Belles- Lettres de Dijon ;
eroifieme & quatrieme parties. A Paris ,
chez Jorry , quai des Auguftins ; & chez
Duchefne , rue S. Jacques , 1754.
On trouvera dans ce Roman de grands
fentimens , & un ftyle convenable au fujet.
DUCHESNE , Libraire , rue S. Jacques ,
au Temple du Goût , vient de réimprimer
'Architecture des voûtes , ou l'art des traits
& coupes des voûtes . Par le Pere Derand
Jéfuite. Cet ouvrage qui jouit d'une grande
réputation , & dont on a retouché les
planches , eft très - néceffaire à tous les Architectes
, Maîtres Maçons , Appareilleurs ,
Tailleurs de pierre , & à tous ceux qui fe
mêlent de l'Architecture militaire,
Le même Libraire diftribue pour l'année
1755 , les Almanachs fuivans.
Les Spectacles de Paris , ou Calendrier
hiftorique & chronologique de tous les
théatres : quatrieme partie , 1755. Chaque
partie fe vend féparément.
La France littéraire , ou Almanach des
beaux Arts , contenant les noms & ouvra
ges de tous les Auteurs François qui vivent
actuellement.
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
Almanach des Corps des Marchands ,
arts , métiers & communautés du royaume.
Almanach eccléfiaftique & hiftorique.
Almanach de perte & gain , avec une
table alphabétique de tous les Jeux qui fe
jouent en Europe.
Almanach danfant , chantant.
Almanach chantant du beau fexe , ou
nouvelle Ethomancie des Dames.
Almanach chantant , ou nouvelles allégories
& autres chanfons fur tout ce qui
appartient au Calendrier .
Nouvelle Lotterie d'Etrennes magiques.
Deux Almanachs de Fables en Vaudevilles.
Le Noftradamus moderne , en Vaudevilles
.
Nouveau Calendrier du deftin , précédé
de tous les amufemens de Paris .
Nouvelles tablettes de Thalie , ou les
promenades de Paris.
L'Oracle de Cythere , ou l'Almanach du
Berger.
Etrennes des Amans .
Almanach des Francs- Maçons .
La Bagatelle ou Etrennes à tout le monde .
GISSEY , rue de la vieille Bouclerie ,
à l'arbre de Jeffé , donne pour l'année 1755 ,
les deux Almanachs fuivans.
DECEMBRE . 1754 147
Etrennes hiftoriques , ou mêlange curieux
pour l'année 1755 , contenant plufieurs
remarques de chronologie & d'hiftoire
; enſemble les naiffances & morts
des Rois , Reines , Princes & Princeffes de
l'Europe , accompagnées d'époques & de
remarques que l'on ne trouve point dans
les autres calendriers ; avec un recueil de
diverfes matieres variées , utiles , curieufes
& amufantes .
Almanach des curieux pour la même
année , où les curieux trouveront la réponſe
agréable des demandes les plus divertiffantes
, pour fe réjouir dans les compagnies.
Fermer
Résumé : « EXPÉRIENCES Physico-méchaniques sur différens sujets, & principalement [...] »
Le texte présente une traduction des expériences physico-mécaniques de M. Hauksbée, réalisée par feu M. de Bremond et révisée par M. Desmarets. Publiée en 1754 à Paris, cette œuvre se compose de deux volumes et inclut un discours préliminaire, des remarques et des notes de M. Desmarets. M. Hauksbée, physicien anglais du début du XVIIIe siècle, est reconnu pour sa dextérité et son exactitude dans les expériences physiques. Il a introduit la physique expérimentale à Londres et a réalisé de nombreuses expériences novatrices. Membre de la Société royale, il a inventé plusieurs machines, dont une machine de rotation pour les expériences sous vide et un thermomètre adopté par la Société royale. Hauksbée a collaboré avec Isaac Newton, contribuant à des expériences sur l'attraction de cohésion. Il a distingué la physique expérimentale de la physique systématique, préférant observer les effets réels plutôt que de spéculer sur des idées abstraites. Ses travaux se concentrent sur l'observation précise et la mesure des phénomènes physiques. Le texte souligne la controverse entre les partisans de l'attraction et ceux de l'impulsion exclusive. Influencé par Newton, Hauksbée a préféré se baser sur les faits observables plutôt que sur des hypothèses métaphysiques, évitant les conjectures non fondées et cherchant à comprendre les lois constantes des phénomènes physiques. Le texte discute également des approches scientifiques et philosophiques concernant les phénomènes naturels, en particulier l'attraction et la pesanteur. Il met en avant les travaux de scientifiques comme Newton et Galilée, qui ont étudié les lois régissant ces phénomènes sans recourir à des causes occultes ou des mécanismes complexes. Les 'attractionnaires' sont loués pour leur méthode qui consiste à observer et à suivre les phénomènes sans chercher à les expliquer par des agents subordonnés. Ils préfèrent des explications lumineuses, même si elles laissent certaines obscurités, plutôt que des systèmes brillants mais faux. Le texte critique les Cartésiens, qui refusaient les vues de Newton, en les accusant de supposer des agents occultes similaires à ceux des péripatéticiens. Il souligne que les Newtoniens se contentent d'examiner les phénomènes et leurs circonstances, contrairement aux Cartésiens qui imaginent des causes dont ils n'ont aucune idée. Enfin, le texte mentionne divers ouvrages et almanachs publiés en 1754, couvrant des sujets variés comme la physique, le droit seigneurial, le théâtre, et les associations. Il loue l'auteur d'un discours sur la physique pour son style concis et ses principes lumineux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 135-153
Mémoire sur le principe physique de la régénération des Etres, du mouvement, de la gravité, & de l'attraction.
Début :
I. Il vient de paroître un ouvrage, qui a pour titre Idée de l'homme physique & [...]
Mots clefs :
Gravité, Force, Fluide, Attraction, Électricité, Mouvement, Phénomènes, Mécanisme, Matière, Fluide éthérien
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texteReconnaissance textuelle : Mémoire sur le principe physique de la régénération des Etres, du mouvement, de la gravité, & de l'attraction.
Mémoire fur le principe physique de la régénération
des Etres , du mouvement , de la
gravité , & de l'attraction .
I
I.
L vient de paroître un ouvrage , qui a
pour titre idée de l'homme physique &
moral. On y propofe , au fujet de la génération
, une conjecture appuyée fur de
grandes probabilités ; cette conjecture eft
que la fécondation de la liqueur féminale
des animaux pourroit bien n'être que l'efquiffe
active qui y eft imprimée par le fluide
éthérien refléchi de toutes les parties
du corps vers les organes de la génération ,
au moment même de l'excrétion de cette
liqueur , & par le même méchanifme qui
fert à déterminer cette excrétion , l'auteur
paroît defirer qu'on remarque avec une
particuliere attention que ces organes deviennent
en ce moment le centre de prefque
tout le mouvement & le fentiment du
136 MERCURE DEFRANCE.
corps , ce qui , felon lui , fournit de trèsgrandes
inductions pour la validité de ſa
conjecture .
Il a afluré d'avance que l'idée qui fubftitue
l'action du fluide éthérien à celle des
prétendus efprits animaux , eft prefque
unanimement reçue , & qu'en effet cette
idée s'accorde parfaitement avec tout ce
qu'il y a à obferver fur l'action des nerfs ,
même fur celle de la végétation , & avec
toutes les expériences faites jufqu'à préſent
fur le fluide qu'on nomme électrique ; au
lieu que l'idée qui fait admettre des efprits
animaux , eft non feulement dénuée de
preuves , mais encore de vraifemblance :
d'ailleurs il paroît porté à croire que la
théorie qu'il propofe fur la fécondation ,
eft applicable à tous les êtres qui fe régénerent
; & en effet , après la maniere dont
il rend raifon des phénomenes les plus remarquables
de la génération , de la plûpart
defquels à peine imaginoit - on de
pouvoir jamais acquerir quelqu'intelligence
, on ne fçauroit raiſonnablement fe
défendre d'adhérer à fon fentiment , au
moins jufqu'à ce qu'on foir parvenu à d'autres
connoiffances fur cette matiere.
L'objet de ce mémoire eft de fournir un
nouvel appui à cette théorie , & de juftifier
de nouveau l'étendue qu'elle paroît
NOVEMBRE. 1755. 137
avoir ; on fe propofe de remplir cet objet
en ramenant fimplement le méchanifme
de la fécondation , de la communication
du mouvement , de la gravité & de l'attraction
à une caufe commune , en montrant
autant qu'il eft poffible , les rapports
de ce méchanifme avec les propriétés reconnues
de cette caufe , & enfuite en les
généralifant l'un par l'autre au moyen des
applications qu'on en fera.
Mais avant que d'entrer en matiere , il
eft à propos de remarquer avec l'auteur de
l'idée de l'homme phyfique & moral que
toutes les expériences qu'on fait pour connoître
les phénomenes de l'électricité ,
dérangent néceffairement les loix naturelles
de l'action du fluide qui la produit ; &
qu'ainfi il reste à fe former des divers réfultats
de ces expériences un point de vue
fous lequel on puiffe confiderer plus généralement
l'ordre naturel de l'action de
ce fluide , & delà les plus effentielles de
fes loix & de fes propriétés.
Ce n'eft que par cette maniere de confiderer
la matiere électrique qu'on peut fe
flatter de la connoître autant qu'il nous
eft donné d'y réuffir ; & en effet c'eft par
là qu'on parvient à écarter les plus fpécieufes
difficultés qu'on puiffe oppofer à
la conjecture dont il s'agit ici ; on objec138
MERCURE DEFRANCE.
teroit , par exemple , que tous les corps ;
fans en excepter aucun , font doués de
gravité & d'attraction , & qu'il y en a qui
ne font pas fufceptibles de l'électricité ; il
eft aifé de répondre à cette objection par
remarque qu'on vient de faire ; qui eſt
que les phénomenes de l'électricité rendue
fenfible par les expériences ufitées ,
ne font que des modifications particulieres
du fluide éthérien , au méchanifme defla
quels certains corps réfiftent par leur conftitution
, c'eft à- dire par les loix que le
fluide qui agit fur ces corps eft contraint
de fuivre; ce qui n'empêche
pas que le mouvement
qu'ils reçoivent
par des moyens
plus effectifs ne foit fimplement
une révolution
arrivée à ce fluide éthérien qui
les pénétre & les environne
; il n'eft pas
difficile de trouver dans cette folution de
quoi répondre d'une maniere fatisfaiſante
à toutes les difficultés
qu'on pourroit faire
; delà on peut préfumer que ce fluide a
été improprement
nommé électrique
; & en effet il n'a été ainfi défigné que par une
de fes propriétés
qui encore n'étoit point
affez connue : ainfi en employant
les mots
d'électricité
ou de fluide électrique nous n'entendrons
que des modifications
particulieres
du fluide éthérien
, preſque toujours
contraires
aux loix générales de l'action de
ce fluide.
NOVEMBRE. 1755. 139
II.
On ne fçauroit nier que la régénération
des êtres , au moins quant à leur organifation
, ne foit produite par une caufe
phyfique , & que cette caufe ne doive
avoir un méchanifme propre à fes effets ;
il ne fera donc pas permis de méconnoître
cette caufe , fi elle fe préfente avec les
propriétés néceffaires pour opérer le méchanifme
que nous cherchons à découvrir,
fur- tout fi ces propriétés fe trouvent manquer
à toutes les autres caufes qu'il feroit
poffible de fe repréſenter.
Après avoir mûrement confideré les diverfes
conjectures qui ont été formées fur
la premiere caufe phyfique de la régénération
des êtres , de la communication du
mouvement , de la gravité & de l'attraction
, & après avoir pefé avec beaucoup
d'attention les difficultés qu'on a oppofées
à ces conjectures , nous avons cru pouvoir
inferer de cet examen que tous ces grands
phénomenes de la nature devoient dépendre
d'une même caufe , qui feroit néceffairement
un agent général , au moins dans
notre orbe planétaire , fi ce n'eft dans tout
l'univers.
Il s'agit d'examiner à préfent , fi le fluide
nommé électrique , tel que des expé140
MERCURE DE FRANCE.
riences certaines l'ont fait connoître , &
d'ailleurs admis prefqu'unanimement pour
la premiere caufe phyfique de l'action des
nerfs , ne pourroit pas paffer pour cet
agent général que nous cherchons à connoître
, & fi on ne lui trouveroit pas les
propriétés néceffaires pour en déduire les
phénomenes que nous croyons pouvoir
lui attribuer.
III.
Il n'eft guere permis de douter d'après
l'ouvrage que nous avons cité , que le
fluide éthérien ne foit le principe de toute
fécondation , & il n'eft pas difficile de
concevoir comment l'action conftante de
ce fluide fur tout corps quelconque, feroit,
felon les divers foyers où il trouve à fe
concentrer , & felon les diverfes maffes
qu'il rencontre , la caufe de la gravité &
de l'attraction , ainfi que de la différente
activité des corps , quels qu'ils foient ,
élémentaires ou compofés ; on verroit en
même tems comment ce même fluide dont
tout corps eft environné , & plus ou moins
pénétré felon fa nature , opéreroit par les
diverfes déterminations qui lui feroientdonnées
, la communication du mouvement
; il n'eſt pas néceffaire de faire appercevoir
que le mouvement communiqué
}
NOVEMBRE. 1755. 141
cefferoit , lors même qu'il ne rencontreroit
point d'autre obftacle ', à mesure que les
déterminations particulieres qui auroient
produit ce nouveau mouvement , viendroient
à fe perdre dans la détermination
générale du fluide environnant .
Mais , dira- t- on , n'eft-il pas plus fage
de fufpendre fon opinion fur des matieres
phyfiques , lorfque cette opinion ne peut
être folidement déterminée : nous fommes
bien éloignés de penfer qu'en général ce
ne foit là une maxime fage , mais on ne
fçauroit difconvenir qu'elle ne fouffre des
exceptions ; car il eft certain que cette
maxime obfervée trop rigoureufement ,
fur- tout dans la recherche des vérités auffi
importantes & auffi inconnues que celles
dont il eft ici queftion , borneroit exceffivement
les progrès qu'on peut efperer de
faire fur les plus grands objets des connoiffances
phyfiques .
D'ailleurs , nous avons en quelque maniere
l'exemple de Newton pour nous ;
on fçait que lorfqu'il trouva le moyen de
foumettre l'univers aux loix de la gravité
& de l'attraction , il n'eut pour baſe de
cette grande découverte qu'une fimple analogie
qui étoit , comme perfonne ne l'ignore
, la comparaifon qu'il fit de la caufe de
la chute d'un fruit qui tomba auprès de lui,
142 MERCURE DE FRANCE.
avec la caufe qu'il imagina dans ce moment
pouvoir entretenir l'harmonie ou
l'action réciproque du monde planétaire :
ayant fait le plan des principaux effets
que ces caufes devoient produire , il regarda
ces effets comme autant de réſultats
qu'il s'agiffoit de vérifier , & c'eft par une
profondeur de calculs , qui a immortalifé
ce grand homme , qu'il parvint à démontrer
la folidité des loix qu'il venoit de
trouver.
C'eſt en fuivant une pareille méthode ,
qui ici ne paroît guere fufceptible de calculs
, que nous allons chercher à établir le
fluide étherien , comme cauſe de la
gra
vité & de l'attraction. Newton moins inf
truit qu'on ne l'eft aujourd'hui fur l'exiftence
des loix & des proprietés du fluide
qu'on a appellé électrique , s'eft fagement
abftenu d'expliquer cette caufe , mais il
paroît qu'il avoit de la répugnance à laiffer
croire qu'il regardât ces proprietés comme
inherentes à la matiere , puifqu'il a
declaré à la fin de fon optique qu'il foupçonnoit
que l'attraction étoit l'effet de
l'action de quelque fluide très délié &
très-élaftique. Ce foupçon doit nous faire
préfumer que s'il eût été inftruit comme
on l'eft aujourd'hui fur l'existence , les
loix & les proprietés du fluide étherien ,
NOVEMBRE . 1755. 143
il ne feroit point resté dans cette incertitude
fur la caufe de ce grand phénomene.
Newton a fait voir auffi dans fon traité
d'optique , qu'il n'étoit pas poffible que les
rayons de lumiere fuffent immédiatement
réflechis de la furface des corps , & il a
prouvé en même tems que cette réflexion
étoit l'effet des proprietés & des loix de la
force de gravité & d'attraction qu'il paroiffoit
fuppofer être inhérente à tous les
corps . Or s'il n'eft pas permis de regarder
comme fufpectes les preuves alleguées
fur ce fait par Newton , & fi d'après les
folides connoiffances qu'on a acquifes fur
l'existence & les proprietés du fluide étherien
, il eft plus que probable que ce fluide
eft un agent univerfel , au moins dans
notre orbe planétaire , il nous paroît difficile
de former des difficultés raifonnables
contre l'idée de fubftituer fon action
à la fuppofition qui a fait regarder la gravité
& l'attraction comme des qualités
propres & inhérentes à tout corps.
Čela pofé , les phénomenes du mouvement
ne dépendroient que des diverfes déterminations
de l'action du fluide étherien,
& ces déterminations fe communiqueroient
par la voie du choc, de l'impulfion , de l'explofion
, de la fermentation , même du
plus leger contact comme on l'obferve
144 MERCURE DE FRANCE.
dans les experiences connues fur l'électricité
ainfi toute augmentation ou diminution
de mouvement ne feroit que des
changemens produits dans les loix naturelles
de l'action de ce fluide ; & par cèt
ordre on ne feroit plus en peine de fçavoir
comment un corps vivant , & même
les corps élastiques , peuvent donner de
l'action à des corps qui n'en ont point ,
ou augmenter celle qu'ils ont ; en un mot ,
on verroit que tous les phénomenes de la
nature ne font dans le fonds que les diverſes
manieres dont l'agent géneral , plus
ou moins concentré dans les différens
corps , ou raffemblé fur leurs furfaces ,
obéit aux loix qu'il doit fuivre , & aux diverfes
déterminations qu'il reçoit.
M. Franklin a prefque demontré que·
le tonnerre n'eft qu'un phénomene d'électricité
, & on en peut aifement conclureque
les trombes qui ne paroiffent être
qu'un prodigieux tourbillon d'air , d'eau´
& de fluide étherien devenu électrique.
par les caufes qui préparent ou excitent
l'orage , ne font en effet produites que
par la même revolution qui difpofe & détermine
les coups de tonnerre ; ce qui eft
affez prouvé par les trombes qu'on a quel-,
quefois vu fe former au mênie inftant de
ces coups de tonnerre : nous ne parlerons
pas
NOVEMBRE. 1755 145
pas d'une infinité d'autres obfervations
qu'on n'ignore point , & que perfonne
ne contefte. Or , s'il n'y a point de phénomenes
extraordinaires de la nature qui
paroiffent s'opérer par une plus grande
quantité & une plus grande vivacité d'action
que les coups de tonnerre & les trombes
, & s'il eft vrai qu'en fait de recherches
phyfiques on doive principalement
chercher à fimplifier tout , autant qu'on
le peut , fur tout les principes , il faut
donc bien loin de vouloir féparer l'idée de
la caufe & du méchanifme de l'électricité,
de celle d'une caufe générale du mouvement
, s'attacher plutôt à confiderer les
phénomenes de l'électricité , comme des
divers modes de cette caufe générale.
Alors on comprendroit , par exemple ,
que la force qui refte à un boulet de cadont
le mouvement paroît prêt à
s'éteindre , & qui a de fi funeftes effets
pour ceux qui entreprennent imprudemment
de le fixer , même de le toucher
avec le pied , n'eft que la prodigieufe
quantité de fluide étherien , dont il fe
trouve encore chargé au moyen du mouve
ment de rotation qui lui refte , & que la
force de l'explofion & ce mouvement de
rotation y avoient accumulé ; le méchaniſme
de ces funeftes effets fe préfente fenfible-
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ment par la prodigieufe difproportion qu'il
y a entre la quantité , la rapidité , & la
détermination du fluide raffemblé fur ce
boulet , & l'état ordinaire du fluide qui
entoure , & pénetre un corps vivant , &
notamment la partie de ce corps approchée
du boulet jufqu'au point de contact.
I V.
Il est reçu qu'en chargeant un corps
d'électricité , on ne fait que raffembler fur
fa furface plus de matiere électrique qu'il
n'y en a naturellement , augmenter à cette
proportion le degré d'activité de ce fluide,
& changer l'ordre naturel de fa détermination
; c'eft ainfi qu'eft produit un tor
rent de matiere électrique qui n'agit principalement
que fur la furface des corps
fur lefquels il eft formé , ou de ceux vers
lefquels il eft dirigé ; ce qui eft bien prou❤
vé par le petit éclat qui fe fait entendre au
moment de la communication de l'électricité
d'un corps à un autre ; car cet éclat
fuppofe néceffairement la rencontre de
deux forces qui font oppofées.
Il eft démontré que tous les corps font
naturellement doués d'une force d'attrac
tion , & il eft probable que l'intenfité de cette
force ne dépend que de la nature des parNOVEMBRE.
1755. 247
ties primitives dont ces corps font formés ,
& que la différence de ces parties élémentaires
ne confifte que dans le plus ou
moins de fluide éthérien qui a pu originairement
s'y concentrer . C'eft de-là , en effet,
qu'on peut le mieux déduire les propriétés
qui différencient effentiellement tous les
corps , même par rapport à leur état de
folidité ou de liquidité ; ce qui eft manifeftement
prouvé par l'obfervation des phénoménes
des congellations artificielles ,
furtout de celui qu'on a nommé le faut de la
congellation , qui eft la vive explofion qui
fe fait au moment que la liqueur va fe congeler
.
Il faut donc confidérer ces parties élémentaires
comme autant de petits foyers
fort acceffibles à l'action du fluide envi
ronnant , & c'eft ainfi que fe forment néceffairement
autour d'eux des petites fpheres
d'activité , qui s'animent & s'électrident
en quelque maniere par leur proximité
& leurs frottemens ; voilà donc une efpece
d'électricité à peu près déterminée
par les loix naturelles de l'action de ce
Aluide ; il eft probable que c'eſt- là le méchanifme
des premiers rapports que ces parties
primitives acquerent entr'elles , & en
même tems l'origine de leurs propriétés
Gij
148 MERCURE DE FRANCE:
générales & particulieres ; ces premiers
phenomenes d'attraction ne paroiffent
point affujettis aux loix d'électricité qu'on
conncît par les expériences faites fur des
maffes defquelles par conféquent on ne
fçauroit conclure aux loix de cette action
entre les parties élémentaires ; confidération
qu'il ne faut point perdre de vue , &
qui fixe la jufte valeur des connoiffances
acquifes fur les propriétés du fluide éthérien
par les expériences ufitées fur l'électricité.
On peut croire que c'eft de ces premieres
loix d'attraction que dépendent principalement
la conftitution & l'activité de toutes
les parties élémentaires ; ces parties
auroient donc entr'elles plus ou moins
d'affinité , felon qu'elles feroient propres
par leur nature à former des tourbillons
de matiere éthérée plus ou moins
égaux ; & par cet ordre celles qui fe trouveroient
être à peu près de même nature
auroient une maniere prefque égale d'obéir
à l'action du fluide environnant , bien
entendu qu'elles fullent également expofées
à l'action libre de ce fluide ; on voit
par là affez clairement comment tous les
corps doivent avoir naturellement plus ou
moins d'activité , & être plus ou moins
NOVEMBRE. 1755. 149
électriques , felon qu'ils font formés de
parties primitives plus ou moins chargées
de fluide éthérien , ou plus ou moins difpofées
à obéir à fon action.
V.
Cela pofé , le méchanifme des diverfes
efpeces de cryftallifation , & des diverfes
affinités chimiques , ne dépendroit-il pas
de certaines difpofitions conftantes de maffe
& de furface par lefquelles les parties
élémentaires de même genre obéiroient de
la même maniere aux loix naturelles de
l'action de ce fluide ; chacune de ces parties
feroit donc par fa nature un foyer
prefque égal pour l'activité de ce même
Auide , & cette activité produiroit dans
toutes ces parties , lorfqu'elle pourroit s'y
exercer librement , le même dégré & les
mêmes phénomenes d'attraction , ou du
moins il n'y auroit d'autre différence que
celle qui réfulteroit des torrens plus ou
moins confidérables qui fe feroient faits
fur ces foyers , felon qu'ils auroient été
plus ou moins expofés à l'action libre du
Auide environnant ; il arriveroit de cette
maniere que lorfque plufieurs de ces petits
foyers feroient livrés à l'action de ce fluide ,
il fe feroit des torrens plus confidérables
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fur ceux où cette action fe ferott exercée
plus librement , & par conféquent qu'il fe
feroit de moindres torrens fur les foyers
qui s'y trouveroient moins exposés.
Il réfulte de -là que l'action produite
dans les premiers foyers , feroit de beaucoup
fupérieure en force & en étendue à
celle des autres foyers , & que par cette
raiſon ceux - ci feroient , lorfqu'il n'y auroit
point d'obſtacles , entraînés plus ou
moins promtement vers les premiers , felon
la force & l'étendue de l'atmoſphere
de leur activité .
Cette explication prouveroit que les
petites atmoſpheres de fluide éthérien formées
dans les foyers les moins dévelop
pés , feroient néceffairement abforbées
par les atmoſpheres plus confidérables ,
lorfqu'elles en feroient affez près pour pouvoir
y être compriſes ; de maniere donc
que tout foyer qui ne fe trouveroit pas
affez voifin de celui qui attire plus puiffamment
, pour être compris dans fa fphere
d'activité , feroit lui-même un foyer central
propre à attirer les foyers voifins plus
foibles que lui.
Mais comme on obferve en plufieurs
criftallifations que les criftaux qui ont acquis
un certain volume , ne continuent
pas de s'accroître , il en faudroit conclure
NOVEMBRE . 1755. 131
que le premier foyer parvenu à fe charger
d'une certaine quantité de parties analogues
n'auroit plus les mêmes rapports avec
le fluide environnant , & que par conféquent
fon activité devroit s'affoiblir au
point de ne pouvoir plus entraîner de nouvelles
parties.
V I.
Ne feroit-ce pas dans cette théorie des
criftallifations qu'on pourroit trouver à fe
former une idée claire & fimple de l'ordre
d'action qui détermine & maintient les
orbes planétaires dans les efpaces qu'ils
parcourent le foleil feroit le foyer principal
, & les planettes , comme foyers beaucoup
moindres , feroient comprifes dans
fa fphere d'activité ; il en réfulteroit que
ces mafles planetaires obéiroient plus ou
moins au grand foyer felon qu'elles feroient
elles -mêmes un foyer plus ou moins
confidérable , & que par - là elles feroient
en état d'oppofer plus de réfiftance aux
déterminations produites par le grand
foyer.
On peut croire que ces planettes , qui
ont leur tourbillon particulier de matiere
éthérée , doivent en obéiffant à la fupériorité
de celui du grand foyer , s'électrifer
elles-mêmes de plus en plus , foit par
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
les frottemens continuels de leurs tourbillons
, foit par la vive action du grand
foyer qui les entraîne , & prendre ainfi ,
plus ou moins à proportion de leur conftitution
, fur la fupériorité de l'attraction
de ce grand foyer ; ce qui eft affez conforme
aux loix générales de l'attraction
connue par les expériences ufitées , ainfi
qu'aux obfervations faites fur l'électricité
; de cette maniere les planetes parviendroient
à ce point de diſtance du grand
foyer , & en même tems d'équilibre avec
fa fphere d'activité, dont elles ne pourroient
plus être approchées ni éloignées ; à ce
point- là elles prendroient donc néceffairement
une détermination nouvelle , qui
feroit la détermination de leur cours particulier
, c'est -à- dire , leur mouvement projectile
; & c'est à raifon de la conftitution
naturelle , dont nous avons parlé , qui fait
que certains corps font moins propres que
d'autres à un accroiffement d'électricité ,
ainſi qu'à raifon de leur maffe & de leur
volume , qu'elles fe trouveroient plus ou
moins capables de gravitation & d'attraction
, & c'est par là que leur cours ordinaire
feroit déterminé à de plus ou moins
grandes diftances du grand foyer.
les loix de cette
On'tpeur préfumer que
détermination particuliere ne feroient pas
NOVEMBRE . 1755. 153
conftantes au point que par la fuite du
tems les planetes ne puffent acquérir des
forces centrifuges ; on connoît les loix fuivant
lefquelles les corps font repouffés
après avoir été attirés pendant un certain
tems , ce qui n'arrive probablement que
parce que ces corps s'électrifent davantage
à proportion qu'ils font plus attirés , &
que par-là ils parviennent à un complément
d'électricité qui les rend fupérieurs
au moins acceffibles à l'activité du fover
principal ; c'eft par ces loix que les planetes
pouroient enfin échapper totalement
à la fphere d'activité du foleil , & par
devenir des cometes ; comme il pourroit
arriver auffi qu'il fe trouveroit des cometes
moins difpofées par leur nature à s'électrifer
, ou à contracter un certain dégré
d'activité , qui attirées à un certain point
vers le principal foyer , bien loin de tendre
alors à s'en éloigner , y feroient au
contraire rapidement précipitées.
là
Ce mémoire n'a été fait dans d'autre.
vue que d'exciter fur les fondemens de la
conjecture qu'on y propofe , l'attention
des perfonnes verfées dans ces connoillances
, & de mettre ces mêmes perfonnes à
portée de critiquer facilement certe conjeture
ou de l'appuier plus folidement.
des Etres , du mouvement , de la
gravité , & de l'attraction .
I
I.
L vient de paroître un ouvrage , qui a
pour titre idée de l'homme physique &
moral. On y propofe , au fujet de la génération
, une conjecture appuyée fur de
grandes probabilités ; cette conjecture eft
que la fécondation de la liqueur féminale
des animaux pourroit bien n'être que l'efquiffe
active qui y eft imprimée par le fluide
éthérien refléchi de toutes les parties
du corps vers les organes de la génération ,
au moment même de l'excrétion de cette
liqueur , & par le même méchanifme qui
fert à déterminer cette excrétion , l'auteur
paroît defirer qu'on remarque avec une
particuliere attention que ces organes deviennent
en ce moment le centre de prefque
tout le mouvement & le fentiment du
136 MERCURE DEFRANCE.
corps , ce qui , felon lui , fournit de trèsgrandes
inductions pour la validité de ſa
conjecture .
Il a afluré d'avance que l'idée qui fubftitue
l'action du fluide éthérien à celle des
prétendus efprits animaux , eft prefque
unanimement reçue , & qu'en effet cette
idée s'accorde parfaitement avec tout ce
qu'il y a à obferver fur l'action des nerfs ,
même fur celle de la végétation , & avec
toutes les expériences faites jufqu'à préſent
fur le fluide qu'on nomme électrique ; au
lieu que l'idée qui fait admettre des efprits
animaux , eft non feulement dénuée de
preuves , mais encore de vraifemblance :
d'ailleurs il paroît porté à croire que la
théorie qu'il propofe fur la fécondation ,
eft applicable à tous les êtres qui fe régénerent
; & en effet , après la maniere dont
il rend raifon des phénomenes les plus remarquables
de la génération , de la plûpart
defquels à peine imaginoit - on de
pouvoir jamais acquerir quelqu'intelligence
, on ne fçauroit raiſonnablement fe
défendre d'adhérer à fon fentiment , au
moins jufqu'à ce qu'on foir parvenu à d'autres
connoiffances fur cette matiere.
L'objet de ce mémoire eft de fournir un
nouvel appui à cette théorie , & de juftifier
de nouveau l'étendue qu'elle paroît
NOVEMBRE. 1755. 137
avoir ; on fe propofe de remplir cet objet
en ramenant fimplement le méchanifme
de la fécondation , de la communication
du mouvement , de la gravité & de l'attraction
à une caufe commune , en montrant
autant qu'il eft poffible , les rapports
de ce méchanifme avec les propriétés reconnues
de cette caufe , & enfuite en les
généralifant l'un par l'autre au moyen des
applications qu'on en fera.
Mais avant que d'entrer en matiere , il
eft à propos de remarquer avec l'auteur de
l'idée de l'homme phyfique & moral que
toutes les expériences qu'on fait pour connoître
les phénomenes de l'électricité ,
dérangent néceffairement les loix naturelles
de l'action du fluide qui la produit ; &
qu'ainfi il reste à fe former des divers réfultats
de ces expériences un point de vue
fous lequel on puiffe confiderer plus généralement
l'ordre naturel de l'action de
ce fluide , & delà les plus effentielles de
fes loix & de fes propriétés.
Ce n'eft que par cette maniere de confiderer
la matiere électrique qu'on peut fe
flatter de la connoître autant qu'il nous
eft donné d'y réuffir ; & en effet c'eft par
là qu'on parvient à écarter les plus fpécieufes
difficultés qu'on puiffe oppofer à
la conjecture dont il s'agit ici ; on objec138
MERCURE DEFRANCE.
teroit , par exemple , que tous les corps ;
fans en excepter aucun , font doués de
gravité & d'attraction , & qu'il y en a qui
ne font pas fufceptibles de l'électricité ; il
eft aifé de répondre à cette objection par
remarque qu'on vient de faire ; qui eſt
que les phénomenes de l'électricité rendue
fenfible par les expériences ufitées ,
ne font que des modifications particulieres
du fluide éthérien , au méchanifme defla
quels certains corps réfiftent par leur conftitution
, c'eft à- dire par les loix que le
fluide qui agit fur ces corps eft contraint
de fuivre; ce qui n'empêche
pas que le mouvement
qu'ils reçoivent
par des moyens
plus effectifs ne foit fimplement
une révolution
arrivée à ce fluide éthérien qui
les pénétre & les environne
; il n'eft pas
difficile de trouver dans cette folution de
quoi répondre d'une maniere fatisfaiſante
à toutes les difficultés
qu'on pourroit faire
; delà on peut préfumer que ce fluide a
été improprement
nommé électrique
; & en effet il n'a été ainfi défigné que par une
de fes propriétés
qui encore n'étoit point
affez connue : ainfi en employant
les mots
d'électricité
ou de fluide électrique nous n'entendrons
que des modifications
particulieres
du fluide éthérien
, preſque toujours
contraires
aux loix générales de l'action de
ce fluide.
NOVEMBRE. 1755. 139
II.
On ne fçauroit nier que la régénération
des êtres , au moins quant à leur organifation
, ne foit produite par une caufe
phyfique , & que cette caufe ne doive
avoir un méchanifme propre à fes effets ;
il ne fera donc pas permis de méconnoître
cette caufe , fi elle fe préfente avec les
propriétés néceffaires pour opérer le méchanifme
que nous cherchons à découvrir,
fur- tout fi ces propriétés fe trouvent manquer
à toutes les autres caufes qu'il feroit
poffible de fe repréſenter.
Après avoir mûrement confideré les diverfes
conjectures qui ont été formées fur
la premiere caufe phyfique de la régénération
des êtres , de la communication du
mouvement , de la gravité & de l'attraction
, & après avoir pefé avec beaucoup
d'attention les difficultés qu'on a oppofées
à ces conjectures , nous avons cru pouvoir
inferer de cet examen que tous ces grands
phénomenes de la nature devoient dépendre
d'une même caufe , qui feroit néceffairement
un agent général , au moins dans
notre orbe planétaire , fi ce n'eft dans tout
l'univers.
Il s'agit d'examiner à préfent , fi le fluide
nommé électrique , tel que des expé140
MERCURE DE FRANCE.
riences certaines l'ont fait connoître , &
d'ailleurs admis prefqu'unanimement pour
la premiere caufe phyfique de l'action des
nerfs , ne pourroit pas paffer pour cet
agent général que nous cherchons à connoître
, & fi on ne lui trouveroit pas les
propriétés néceffaires pour en déduire les
phénomenes que nous croyons pouvoir
lui attribuer.
III.
Il n'eft guere permis de douter d'après
l'ouvrage que nous avons cité , que le
fluide éthérien ne foit le principe de toute
fécondation , & il n'eft pas difficile de
concevoir comment l'action conftante de
ce fluide fur tout corps quelconque, feroit,
felon les divers foyers où il trouve à fe
concentrer , & felon les diverfes maffes
qu'il rencontre , la caufe de la gravité &
de l'attraction , ainfi que de la différente
activité des corps , quels qu'ils foient ,
élémentaires ou compofés ; on verroit en
même tems comment ce même fluide dont
tout corps eft environné , & plus ou moins
pénétré felon fa nature , opéreroit par les
diverfes déterminations qui lui feroientdonnées
, la communication du mouvement
; il n'eſt pas néceffaire de faire appercevoir
que le mouvement communiqué
}
NOVEMBRE. 1755. 141
cefferoit , lors même qu'il ne rencontreroit
point d'autre obftacle ', à mesure que les
déterminations particulieres qui auroient
produit ce nouveau mouvement , viendroient
à fe perdre dans la détermination
générale du fluide environnant .
Mais , dira- t- on , n'eft-il pas plus fage
de fufpendre fon opinion fur des matieres
phyfiques , lorfque cette opinion ne peut
être folidement déterminée : nous fommes
bien éloignés de penfer qu'en général ce
ne foit là une maxime fage , mais on ne
fçauroit difconvenir qu'elle ne fouffre des
exceptions ; car il eft certain que cette
maxime obfervée trop rigoureufement ,
fur- tout dans la recherche des vérités auffi
importantes & auffi inconnues que celles
dont il eft ici queftion , borneroit exceffivement
les progrès qu'on peut efperer de
faire fur les plus grands objets des connoiffances
phyfiques .
D'ailleurs , nous avons en quelque maniere
l'exemple de Newton pour nous ;
on fçait que lorfqu'il trouva le moyen de
foumettre l'univers aux loix de la gravité
& de l'attraction , il n'eut pour baſe de
cette grande découverte qu'une fimple analogie
qui étoit , comme perfonne ne l'ignore
, la comparaifon qu'il fit de la caufe de
la chute d'un fruit qui tomba auprès de lui,
142 MERCURE DE FRANCE.
avec la caufe qu'il imagina dans ce moment
pouvoir entretenir l'harmonie ou
l'action réciproque du monde planétaire :
ayant fait le plan des principaux effets
que ces caufes devoient produire , il regarda
ces effets comme autant de réſultats
qu'il s'agiffoit de vérifier , & c'eft par une
profondeur de calculs , qui a immortalifé
ce grand homme , qu'il parvint à démontrer
la folidité des loix qu'il venoit de
trouver.
C'eſt en fuivant une pareille méthode ,
qui ici ne paroît guere fufceptible de calculs
, que nous allons chercher à établir le
fluide étherien , comme cauſe de la
gra
vité & de l'attraction. Newton moins inf
truit qu'on ne l'eft aujourd'hui fur l'exiftence
des loix & des proprietés du fluide
qu'on a appellé électrique , s'eft fagement
abftenu d'expliquer cette caufe , mais il
paroît qu'il avoit de la répugnance à laiffer
croire qu'il regardât ces proprietés comme
inherentes à la matiere , puifqu'il a
declaré à la fin de fon optique qu'il foupçonnoit
que l'attraction étoit l'effet de
l'action de quelque fluide très délié &
très-élaftique. Ce foupçon doit nous faire
préfumer que s'il eût été inftruit comme
on l'eft aujourd'hui fur l'existence , les
loix & les proprietés du fluide étherien ,
NOVEMBRE . 1755. 143
il ne feroit point resté dans cette incertitude
fur la caufe de ce grand phénomene.
Newton a fait voir auffi dans fon traité
d'optique , qu'il n'étoit pas poffible que les
rayons de lumiere fuffent immédiatement
réflechis de la furface des corps , & il a
prouvé en même tems que cette réflexion
étoit l'effet des proprietés & des loix de la
force de gravité & d'attraction qu'il paroiffoit
fuppofer être inhérente à tous les
corps . Or s'il n'eft pas permis de regarder
comme fufpectes les preuves alleguées
fur ce fait par Newton , & fi d'après les
folides connoiffances qu'on a acquifes fur
l'existence & les proprietés du fluide étherien
, il eft plus que probable que ce fluide
eft un agent univerfel , au moins dans
notre orbe planétaire , il nous paroît difficile
de former des difficultés raifonnables
contre l'idée de fubftituer fon action
à la fuppofition qui a fait regarder la gravité
& l'attraction comme des qualités
propres & inhérentes à tout corps.
Čela pofé , les phénomenes du mouvement
ne dépendroient que des diverfes déterminations
de l'action du fluide étherien,
& ces déterminations fe communiqueroient
par la voie du choc, de l'impulfion , de l'explofion
, de la fermentation , même du
plus leger contact comme on l'obferve
144 MERCURE DE FRANCE.
dans les experiences connues fur l'électricité
ainfi toute augmentation ou diminution
de mouvement ne feroit que des
changemens produits dans les loix naturelles
de l'action de ce fluide ; & par cèt
ordre on ne feroit plus en peine de fçavoir
comment un corps vivant , & même
les corps élastiques , peuvent donner de
l'action à des corps qui n'en ont point ,
ou augmenter celle qu'ils ont ; en un mot ,
on verroit que tous les phénomenes de la
nature ne font dans le fonds que les diverſes
manieres dont l'agent géneral , plus
ou moins concentré dans les différens
corps , ou raffemblé fur leurs furfaces ,
obéit aux loix qu'il doit fuivre , & aux diverfes
déterminations qu'il reçoit.
M. Franklin a prefque demontré que·
le tonnerre n'eft qu'un phénomene d'électricité
, & on en peut aifement conclureque
les trombes qui ne paroiffent être
qu'un prodigieux tourbillon d'air , d'eau´
& de fluide étherien devenu électrique.
par les caufes qui préparent ou excitent
l'orage , ne font en effet produites que
par la même revolution qui difpofe & détermine
les coups de tonnerre ; ce qui eft
affez prouvé par les trombes qu'on a quel-,
quefois vu fe former au mênie inftant de
ces coups de tonnerre : nous ne parlerons
pas
NOVEMBRE. 1755 145
pas d'une infinité d'autres obfervations
qu'on n'ignore point , & que perfonne
ne contefte. Or , s'il n'y a point de phénomenes
extraordinaires de la nature qui
paroiffent s'opérer par une plus grande
quantité & une plus grande vivacité d'action
que les coups de tonnerre & les trombes
, & s'il eft vrai qu'en fait de recherches
phyfiques on doive principalement
chercher à fimplifier tout , autant qu'on
le peut , fur tout les principes , il faut
donc bien loin de vouloir féparer l'idée de
la caufe & du méchanifme de l'électricité,
de celle d'une caufe générale du mouvement
, s'attacher plutôt à confiderer les
phénomenes de l'électricité , comme des
divers modes de cette caufe générale.
Alors on comprendroit , par exemple ,
que la force qui refte à un boulet de cadont
le mouvement paroît prêt à
s'éteindre , & qui a de fi funeftes effets
pour ceux qui entreprennent imprudemment
de le fixer , même de le toucher
avec le pied , n'eft que la prodigieufe
quantité de fluide étherien , dont il fe
trouve encore chargé au moyen du mouve
ment de rotation qui lui refte , & que la
force de l'explofion & ce mouvement de
rotation y avoient accumulé ; le méchaniſme
de ces funeftes effets fe préfente fenfible-
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ment par la prodigieufe difproportion qu'il
y a entre la quantité , la rapidité , & la
détermination du fluide raffemblé fur ce
boulet , & l'état ordinaire du fluide qui
entoure , & pénetre un corps vivant , &
notamment la partie de ce corps approchée
du boulet jufqu'au point de contact.
I V.
Il est reçu qu'en chargeant un corps
d'électricité , on ne fait que raffembler fur
fa furface plus de matiere électrique qu'il
n'y en a naturellement , augmenter à cette
proportion le degré d'activité de ce fluide,
& changer l'ordre naturel de fa détermination
; c'eft ainfi qu'eft produit un tor
rent de matiere électrique qui n'agit principalement
que fur la furface des corps
fur lefquels il eft formé , ou de ceux vers
lefquels il eft dirigé ; ce qui eft bien prou❤
vé par le petit éclat qui fe fait entendre au
moment de la communication de l'électricité
d'un corps à un autre ; car cet éclat
fuppofe néceffairement la rencontre de
deux forces qui font oppofées.
Il eft démontré que tous les corps font
naturellement doués d'une force d'attrac
tion , & il eft probable que l'intenfité de cette
force ne dépend que de la nature des parNOVEMBRE.
1755. 247
ties primitives dont ces corps font formés ,
& que la différence de ces parties élémentaires
ne confifte que dans le plus ou
moins de fluide éthérien qui a pu originairement
s'y concentrer . C'eft de-là , en effet,
qu'on peut le mieux déduire les propriétés
qui différencient effentiellement tous les
corps , même par rapport à leur état de
folidité ou de liquidité ; ce qui eft manifeftement
prouvé par l'obfervation des phénoménes
des congellations artificielles ,
furtout de celui qu'on a nommé le faut de la
congellation , qui eft la vive explofion qui
fe fait au moment que la liqueur va fe congeler
.
Il faut donc confidérer ces parties élémentaires
comme autant de petits foyers
fort acceffibles à l'action du fluide envi
ronnant , & c'eft ainfi que fe forment néceffairement
autour d'eux des petites fpheres
d'activité , qui s'animent & s'électrident
en quelque maniere par leur proximité
& leurs frottemens ; voilà donc une efpece
d'électricité à peu près déterminée
par les loix naturelles de l'action de ce
Aluide ; il eft probable que c'eſt- là le méchanifme
des premiers rapports que ces parties
primitives acquerent entr'elles , & en
même tems l'origine de leurs propriétés
Gij
148 MERCURE DE FRANCE:
générales & particulieres ; ces premiers
phenomenes d'attraction ne paroiffent
point affujettis aux loix d'électricité qu'on
conncît par les expériences faites fur des
maffes defquelles par conféquent on ne
fçauroit conclure aux loix de cette action
entre les parties élémentaires ; confidération
qu'il ne faut point perdre de vue , &
qui fixe la jufte valeur des connoiffances
acquifes fur les propriétés du fluide éthérien
par les expériences ufitées fur l'électricité.
On peut croire que c'eft de ces premieres
loix d'attraction que dépendent principalement
la conftitution & l'activité de toutes
les parties élémentaires ; ces parties
auroient donc entr'elles plus ou moins
d'affinité , felon qu'elles feroient propres
par leur nature à former des tourbillons
de matiere éthérée plus ou moins
égaux ; & par cet ordre celles qui fe trouveroient
être à peu près de même nature
auroient une maniere prefque égale d'obéir
à l'action du fluide environnant , bien
entendu qu'elles fullent également expofées
à l'action libre de ce fluide ; on voit
par là affez clairement comment tous les
corps doivent avoir naturellement plus ou
moins d'activité , & être plus ou moins
NOVEMBRE. 1755. 149
électriques , felon qu'ils font formés de
parties primitives plus ou moins chargées
de fluide éthérien , ou plus ou moins difpofées
à obéir à fon action.
V.
Cela pofé , le méchanifme des diverfes
efpeces de cryftallifation , & des diverfes
affinités chimiques , ne dépendroit-il pas
de certaines difpofitions conftantes de maffe
& de furface par lefquelles les parties
élémentaires de même genre obéiroient de
la même maniere aux loix naturelles de
l'action de ce fluide ; chacune de ces parties
feroit donc par fa nature un foyer
prefque égal pour l'activité de ce même
Auide , & cette activité produiroit dans
toutes ces parties , lorfqu'elle pourroit s'y
exercer librement , le même dégré & les
mêmes phénomenes d'attraction , ou du
moins il n'y auroit d'autre différence que
celle qui réfulteroit des torrens plus ou
moins confidérables qui fe feroient faits
fur ces foyers , felon qu'ils auroient été
plus ou moins expofés à l'action libre du
Auide environnant ; il arriveroit de cette
maniere que lorfque plufieurs de ces petits
foyers feroient livrés à l'action de ce fluide ,
il fe feroit des torrens plus confidérables
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fur ceux où cette action fe ferott exercée
plus librement , & par conféquent qu'il fe
feroit de moindres torrens fur les foyers
qui s'y trouveroient moins exposés.
Il réfulte de -là que l'action produite
dans les premiers foyers , feroit de beaucoup
fupérieure en force & en étendue à
celle des autres foyers , & que par cette
raiſon ceux - ci feroient , lorfqu'il n'y auroit
point d'obſtacles , entraînés plus ou
moins promtement vers les premiers , felon
la force & l'étendue de l'atmoſphere
de leur activité .
Cette explication prouveroit que les
petites atmoſpheres de fluide éthérien formées
dans les foyers les moins dévelop
pés , feroient néceffairement abforbées
par les atmoſpheres plus confidérables ,
lorfqu'elles en feroient affez près pour pouvoir
y être compriſes ; de maniere donc
que tout foyer qui ne fe trouveroit pas
affez voifin de celui qui attire plus puiffamment
, pour être compris dans fa fphere
d'activité , feroit lui-même un foyer central
propre à attirer les foyers voifins plus
foibles que lui.
Mais comme on obferve en plufieurs
criftallifations que les criftaux qui ont acquis
un certain volume , ne continuent
pas de s'accroître , il en faudroit conclure
NOVEMBRE . 1755. 131
que le premier foyer parvenu à fe charger
d'une certaine quantité de parties analogues
n'auroit plus les mêmes rapports avec
le fluide environnant , & que par conféquent
fon activité devroit s'affoiblir au
point de ne pouvoir plus entraîner de nouvelles
parties.
V I.
Ne feroit-ce pas dans cette théorie des
criftallifations qu'on pourroit trouver à fe
former une idée claire & fimple de l'ordre
d'action qui détermine & maintient les
orbes planétaires dans les efpaces qu'ils
parcourent le foleil feroit le foyer principal
, & les planettes , comme foyers beaucoup
moindres , feroient comprifes dans
fa fphere d'activité ; il en réfulteroit que
ces mafles planetaires obéiroient plus ou
moins au grand foyer felon qu'elles feroient
elles -mêmes un foyer plus ou moins
confidérable , & que par - là elles feroient
en état d'oppofer plus de réfiftance aux
déterminations produites par le grand
foyer.
On peut croire que ces planettes , qui
ont leur tourbillon particulier de matiere
éthérée , doivent en obéiffant à la fupériorité
de celui du grand foyer , s'électrifer
elles-mêmes de plus en plus , foit par
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
les frottemens continuels de leurs tourbillons
, foit par la vive action du grand
foyer qui les entraîne , & prendre ainfi ,
plus ou moins à proportion de leur conftitution
, fur la fupériorité de l'attraction
de ce grand foyer ; ce qui eft affez conforme
aux loix générales de l'attraction
connue par les expériences ufitées , ainfi
qu'aux obfervations faites fur l'électricité
; de cette maniere les planetes parviendroient
à ce point de diſtance du grand
foyer , & en même tems d'équilibre avec
fa fphere d'activité, dont elles ne pourroient
plus être approchées ni éloignées ; à ce
point- là elles prendroient donc néceffairement
une détermination nouvelle , qui
feroit la détermination de leur cours particulier
, c'est -à- dire , leur mouvement projectile
; & c'est à raifon de la conftitution
naturelle , dont nous avons parlé , qui fait
que certains corps font moins propres que
d'autres à un accroiffement d'électricité ,
ainſi qu'à raifon de leur maffe & de leur
volume , qu'elles fe trouveroient plus ou
moins capables de gravitation & d'attraction
, & c'est par là que leur cours ordinaire
feroit déterminé à de plus ou moins
grandes diftances du grand foyer.
les loix de cette
On'tpeur préfumer que
détermination particuliere ne feroient pas
NOVEMBRE . 1755. 153
conftantes au point que par la fuite du
tems les planetes ne puffent acquérir des
forces centrifuges ; on connoît les loix fuivant
lefquelles les corps font repouffés
après avoir été attirés pendant un certain
tems , ce qui n'arrive probablement que
parce que ces corps s'électrifent davantage
à proportion qu'ils font plus attirés , &
que par-là ils parviennent à un complément
d'électricité qui les rend fupérieurs
au moins acceffibles à l'activité du fover
principal ; c'eft par ces loix que les planetes
pouroient enfin échapper totalement
à la fphere d'activité du foleil , & par
devenir des cometes ; comme il pourroit
arriver auffi qu'il fe trouveroit des cometes
moins difpofées par leur nature à s'électrifer
, ou à contracter un certain dégré
d'activité , qui attirées à un certain point
vers le principal foyer , bien loin de tendre
alors à s'en éloigner , y feroient au
contraire rapidement précipitées.
là
Ce mémoire n'a été fait dans d'autre.
vue que d'exciter fur les fondemens de la
conjecture qu'on y propofe , l'attention
des perfonnes verfées dans ces connoillances
, & de mettre ces mêmes perfonnes à
portée de critiquer facilement certe conjeture
ou de l'appuier plus folidement.
Fermer
Résumé : Mémoire sur le principe physique de la régénération des Etres, du mouvement, de la gravité, & de l'attraction.
Le texte 'Mémoire sur le principe physique de la régénération des êtres, du mouvement, de la gravité, & de l'attraction' présente une théorie sur la fécondation et les phénomènes naturels. L'auteur propose que la fécondation des animaux pourrait être due à un fluide éthérien actif, reflété vers les organes de la génération au moment de l'excrétion de la liqueur féminine. Ce fluide serait également responsable du mouvement, de la gravité et de l'attraction. L'auteur soutient que cette théorie est appuyée par des observations sur l'action des nerfs et des expériences sur le fluide électrique. Le mémoire vise à renforcer cette théorie en montrant que le mécanisme de la fécondation, du mouvement, de la gravité et de l'attraction peut être ramené à une cause commune : le fluide éthérien. L'auteur affirme que toutes les expériences sur l'électricité perturbent les lois naturelles de ce fluide, et qu'il est nécessaire de considérer ces expériences sous un angle général pour comprendre son action. Le texte souligne que la régénération des êtres, le mouvement, la gravité et l'attraction dépendent d'une même cause physique, un agent général. L'auteur suggère que le fluide électrique, admis comme cause de l'action des nerfs, pourrait être cet agent général. Il compare cette approche à la méthode de Newton, qui a découvert les lois de la gravité et de l'attraction par analogie. Le texte traite également des effets de l'électricité et de la force d'attraction sur divers phénomènes naturels. Il explique que la force de l'explosion et le mouvement de rotation d'un boulet accumulent un fluide électrique sur sa surface, créant une disproportion notable par rapport à l'état ordinaire du fluide entourant un corps vivant. Charger un corps d'électricité augmente la quantité de matière électrique sur sa surface, modifiant ainsi l'ordre naturel de sa détermination. Le texte explore la nature des corps, affirmant que tous les corps possèdent une force d'attraction dont l'intensité dépend de la nature des parties primitives qui les composent. Ces parties élémentaires agissent comme des foyers d'activité électrique, influencées par le fluide environnant. Cette interaction est à l'origine des propriétés générales et particulières des corps, et des phénomènes d'attraction observés. Le texte aborde les processus de cristallisation et les affinités chimiques, suggérant qu'ils dépendent des dispositions constantes de masse et de surface des parties élémentaires. Ces parties obéissent aux lois naturelles de l'action du fluide éthérien, créant des atmosphères d'activité qui peuvent s'absorber mutuellement. Enfin, le texte propose une théorie des mouvements planétaires, où le Soleil agit comme un foyer principal, et les planètes comme des foyers plus petits compris dans sa sphère d'activité. Les planètes s'électrifient en obéissant à l'attraction du Soleil, déterminant ainsi leur mouvement projectile et leur distance par rapport au Soleil. Le texte conclut en mentionnant que les lois de cette détermination particulière ne sont pas constantes, permettant aux planètes d'acquérir des forces centrifuges et de devenir des comètes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 68-84
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
Début :
Le but de votre Journal, Monsieur, étant d'annoncer les productions nouvelles [...]
Mots clefs :
Physique systématique, Abrégé, Solidité de la matière, Physique expérimentale, Opinion, Système, Révolutions célestes , Éclipses, Électricité, Attraction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
LETTRE A L'AUTEUR DU
MERCURE.
SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE
à l'usage des Ecoliers. Par M. DE
SAINTIGNON , de la Société Royale
des Sciences & Arts de Metz , &c.
Le but de votre Journal , Monfieur ,
étant d'annoncer les productions nouvelles
des Sciences & des Arts , & ce
qui n'eſt pas moins utile , de les préfenter
d'une manière qui puiſſe fixer le cas
que le Public en doit faire , j'eſpére que
vous voudrez bien inférer dans le MerJUIN.
1763 . 69
cure prochain l'Analyſe ſuivante d'une
partie du Traité abrégé de Physique à
l'usage des Ecoliers , par M. de Saintignon
, de la Congrégation de Notre Sauveur
, de la Société Royale des Sciences
& Arts de Metz , &c. Si cet Ouvrage
convient à ceux à qui M. de Saintignon
le deſtine , c'eſt un travail précieux
qu'on ne peut trop ſe hater de
faire connoître : dans le cas contraire il
eſt important de leur épargner la perte
d'un temps qu'ils peuvent employer plus
utilement , & de prévenir le tort que
peuvent faire à des têtes neuves, les traces
que laiſſe toujours après foi un
ouvrage élémentaire qui manque d'exa-
Ctitude. Dans l'un & l'autre cas , les remarques
que j'ai l'honneur de vous
adreſſer feront utiles , fi elles font bornées
à ce que renferme véritablement
le Livre de M. de Saintignon. Afin que
le Lecteur n'héſite point à m'accorder.
ſa confiance fur ce point, j'aurai ſoin
de tranfcrire l'ouvrage même le plus
ſouvent que je pourrai.
En lifant dans la Préface du Traité
abrégé de Phyfique la déclaration qu'y
fait M. de Saintignon , qu'il ne prétend
pas fe donner pour Auteur , il n'eſt aucun
Lecteur ſans doute qui ne ſe ſente
70 MERCURE DE FRANCE.
diſpoſé à lui accorder le mérite de la
modeſtie ; on ne ſuppoſe pas volontiers
que quelqu'un entreprenne d'écrire en
fix volumes un abrégé fur cette matière
fans avoir rien de nouveau à donner.
Nous accordons cependant à M. de
Saintignon la vérité de ſa déclaration
dans ce ſens qu'il a copié comme il
l'avoue lui-même , des Ouvrages de
ce genre que tout le monde a entre les
mains ; mais on verra par la ſuite , qu'il
y a hazardé de fon chef beaucoup de
choſes qu'il n'a trouvées nulle-part ,
mais qui auront peine à être reçues.
Parmi les Ouvrages que M. de Saintignona
incorporés dans ſon Livre , l'excellent
traité de Phyſique expérimentale
de M. l'Abbé Nollet eſt celui dont
il paroît avoir tiré plus que de tout autre.
Nous applaudirions à ce choix , fi M.
de Saintignon eût obſervé partout la
même marche qu'il a ſuivie dans un
très-grand nombre d'endroits , celle de
s'en tenir aux expreffions de l'Auteur ;
mais les changemens qu'il s'eſt permis
d'y faire en quelques occaſions ,ne nous
ont point paru avoir ni l'exactitude ni
la clarté qu'on eſt en droit d'éxiger
dans un Ouvrage élémentaire. Par exemple
, M. de Saintignon après avoir penJUIN.
1763 . 71
dant quelques lignes ſuivi M. l'Abbé
Nollet mot à mot ſur les idées qu'il
donne de la ſolidité , au lieu d'adopter
ces expreffions ſi claires & fi exactes
de l'Auteur qu'il copie... » Etre ſolide
>> eſt une propriété non ſeulement com-
» munee, mais même éſſentielle à tous
>>les corps ; c'eſt le ſigne le moins équi-
>>voque de leur éxiſtence , &c. M. de
Saintignon ,dis-je, y ſubſtitue les ſuivantes
, il paroît qu'on peut confondre la
folidité de la matière avec la matière
méme ... La ſolidité eſt une ſuite de l'étendue
folide.
L'uſage des Planches dans les Livres
foit de Mathématique, ſoit de Phyſique ,
eſt d'une utilité généralement reconnue.
Le ſeul motif qui puiſſe engager un
Auteur à s'en paſſer , eſt celui de diminuer
les frais. Mais ce motif eſt il--
luſoire lorſqu'on veut écrire ſur ces
matières pour des commençans. En effet
il eſt aiſéde ſe convaincre queles planches
véritablement néceſſaires n'augmententque
très-médiocrement le prix,
& que leur fuppreffion au contraire
rend le Livre abſolument inutile à ceux
à qui on le deſtine. M. de Saintignon
qui a pris ce dernier parti , a néanmoins
ſenti l'impoffibilité de ſe paſſer entière
72 MERCURE DE FRANCE.
ment de figures ; mais malheureuſement
outre qu'il n'en a employé qu'un trèspetit
nombre , elles manquent d'ailleurs
dans les endroits où elles étoient bien
plus néceſſaires , par exemple dans la
defcription des machines , ou dans l'expoſition
des Phénomènes un peu compofés.
,
M. de Saintignon a tâché de faire
marcher enfemble la Phyſique ſyſtématique
& la Phyſique expérimentale .
Sous ce dernier titre on s'attend à
trouver dans cet ouvrage des expériences
décrites avec netteté & avec
exactitude : elles n'y font cependant
qu'indiquées ou imparfaitement décrites
: nous dirions plutôt que c'eſt une
hiſtoire abrégée de la Phyfique expérimentale.
Quant à la partie fyſtématique,
on la trouve expoſée dans le premier
volume , ſous ce titre : Systéme de M.
de la Periere.
J'avoue que je ne connoiſſois pas le
ſyſtême de M. de la Periere ; ainfi je
ne fuis pas en état de juger fi ce dernier
a lieu d'être content de la manière
dont M. de Saintignon a rendu
ſes idées ; mais ce que je puis afſurer ,
c'eſt que , quoique je ne fois pas neuf
en cette matière , je n'ai pû juſqu'ici
parvenir
JUIN. 1763 . 73
parvenir à entendre ce ſyſtême , je veux
dire à le concilier avec les principes de
la faine méchanique. On en verra par la
fuite quelques échantillons ; obſervons
ſeulement que c'eſt de ce ſyſtême , que
M. de Saintignon entreprend de déduire
l'explication de différens Phénomènes
que la Phyſique conſidére .
C'eſt ſans doute par égard pour la
réputation de Newton , que M. de Saintignon
, après avoir expoſé les avantages
qu'il croit voir dans le ſyſtème de M.
de la Periere , accorde quelques pages
à la réfutation de ce qu'il appelle le
ſyſtême de Newton , qu'il paroît confondre
avec les inepties de quelquesuns
des Sectateurs de ce grand homme .
Nous ne raporterons pas ici cette réfutation
, parce qu'elle eſt longue , &
qu'elle ne plairoit pas même aux Anti-
Newtoniens ; car elle n'intéreſſe aucunement
l'opinion de Newton ; nous
rapporterons cependant la conclufion :
Enfin , dit M. de Saintignon , quand
tout auroit répondu à l'attente des calculateurs
, même pour l'explication des
phénomènes terrestres , on pourroit encore.
n'avoir pas deviné le vrai mechaniſme
du monde , puisqu'il eft incontestable
que le Créateur a été libre dans le choix
D
74 MERCURE DE FRANCE.
des moyens & dans l'exécution.
Si ces raiſons ſont concluantes , elles
le font indifféremment contre tout fyftême
; & M. de Saintignon n'a cependant
pas eu intention , je penſe ,
d'y comprendre celui qu'il adopte. Si
M. de Saintignon avoit moins de dégoût
pour le calcul & les Calculateurs ,
qu'il ne le témoigne dans ſon Livre ,
il auroit trouvé dans la Doctrine des
probabilités , qu'il y a infiniment plus
à parier pour un ſyſtême qui rempliroit
ces conditions , que pour tout autre.
Pour traiter les Newtoniens avec
cette ſévérité , il ne faudroit pas ſe permettre
d'avancer que la matière peut
être réfléchie par le néant. C'eſt cependant
la manière dont M. de Saintignon
ſe tire , dans ſon Ouvrage , de quelques
difficultés qui l'embarraſſent.
M. de Saintignon nous aſſure qu'on
va donner les derniers coups auSystéme
Newtonien , en démontrant que les révolutions
célestes nefont pas des éclipses.
Il ne nomme pas l'Auteur , & cela eft
fort fage , car l'expreſſion ne lui feroit
pas honneur. Mais en attendant que
cette redoutable menace , priſe dans le
ſens que M. de Saintignon avoit deffein
d'exprimer , arrive à l'exécution , paffons
JUIN. 1763 . 75
1
àd'autres choses ; car fans doute le Lecteur
ne nous ſçauroit pas gré de nous appeſantir
ſur toutes les inadvertances qui
échappentà M. de Sain tignon dans cette
prétendue réfutation. Ce feroit affez inutilement
, qu'en tranſcrivant M. de Saintignon
, nous rappellerions les vains efforts
qui ont été faits par ceux qui ont
mieux aimé entreprendre de réfuter
Newton, que de ſe mettre en état de l'entendre.
L'Électricité entre les mains de M.
l'Abbé Nollet , n'a pas un meilleur fort
chez M. de Saintignon que l'Attraction
entre celles de Newton : elle y eft attaquée
de la même manière , c'est-à- dire ,
par la répétition des objections faites par
d'autres. L'équité demandoit que l'on
fit ſuivre les réponſes quiy ont été faites.
Il ſemble qu'on n'a fait mention de ces
deux Sçavans , que pour avoir occafion
de ſubſtituer à leurs raisonnemens , les
idées de M. De la Périere.
J'ai paffé ſous filence les notions que
M. de Saintignon donne de la matière
& de ſes propriétés générales : cela va
quelquefois affez bien quand il tranſcrit;
mais quand il marche ſeul , alors , propriétés
& qualités font la même chose.....
les couleurs , les odeurs , & c , n'existent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
qu'en apparence.... On ne doit point rai-
Jonner contre l'expérience .... Laifferonsnousà
nos arrières - neveux la commiſſion
de raifonner ?..... Nous ne concluons cependant
pas que l'étendue foit effentielle
aux corps , &c.
On a penfé jufqu'ici en Phyſique que
le feu& la lumière étoient très-élaſtiques
; M. de Saintignon les croit trèscompreffibles
: fans doute , il veut dire
très -élastiques ; mais cette inattention
peut induire en erreur un Ecolier , qui
croit qu'on a ſoin d'employer les mots
felon leur fignification.
Perfonne aujourd'hui ne s'aviſeroit
de confondre l'inertie avec la pefanteur ;
l'expérience & le raiſonnement ont féparé
ces deux propriétés. Quoi qu'il en
foit , M. de Saintignon , nonobſtant le
principe qu'il a porté ci-deſſus , qu'on ne
doit point raifonner contre l'expérience ,
nous affure que l'inertie est la même cho-
Se que la pesanteur , & dans un autre
endroit , que les corps en mouvement
n'ont pas d'inertie. Ceci n'eſt cependant
pas une affaire d'opinions. Voyons quelques-
uns des raiſonnemens de M. de
Saintignon.
L'Attraction , dit M. de Saintignon ,
n'est pas la cause de la force d'inertie.
JUIN. 1763.. 77
On en convient , mais on ne conviendra
pas , je penſe , que le raiſonnement ,
que M. de Saintignon emploie pour le
prouver ,foit concluant ; car , continuet-
il , cette qualité merveilleuse qui agiroitfi
puiſſamment ſur les corps , devroit
empêcher toute évaporation , toute tranfpiration
des corpsſolides ou fluides ; elle
empêcheroit la lune d'attirer les eaux de
l'océan , ou elle ne l'empêcheroit pas d'attirerjusqu'à
elle tous les nuages de notre
Atmosphère.
Non-feulement ce raiſonnement ne
prouve rien de ce qui eft en queſtion ,
mais il paroît qu'en écrivant ceci , M.
de Saintignon a perdu de vue les principes
de la Méchanique. Comment ne
s'est- il pas rappellé , par exemple , qu'une
aiguille ſoumiſe à l'action de deux aimans
prend toujours une fituation telle
que les actions de cesdeuxaimans ſur elle,
ſe font mutuellement équilibre. Si M.
de Saintignon avoit eu moins de répugnance
pour le calcul & les calculateurs
, il auroit vu que la lune peut élever
les eaux de l'Océan , agir fur l'Atmofphère
, & cependant , en vertu de
cette action même , les chofes demeurer
en l'état où elles font actuellement ;
mais malheureuſement tout cela a été
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
prouvé par des Calculateurs , & ne peut
par conféquent contribuer en rien àdégoûter
M. de Saintignon de ces déclamations
, qui d'ailleurs font , ce me femble
, très-déplacées dans un Ouvrage
élémentaire.
La cauſe de la dureté des corps fait
depuis longtemps l'objetdes méditations
des Phyſiciens. M. de Saintignon ſe.
tire aifément de cette queſtion en y
appliquant le prétendu ſyſtême de M.
De la Périere : il est vrai que dans un
endroit , les élémens de la matière ont
une dureté radicale , & dans un autre
, ils ne font points durs par leur nature
, parce qu'ils font matière ; mais
à ces petites contradictions près , il n'y
aplus rien d'obfcur dans la cauſe de la
dureté des corps ; cela eſt évident , car
la cohésion des parties d'un corps eft occafionnéeparla
preſſion extérieure d'une
maſſe prodigieuse de fluides quelconques
plus déliés que l'air que nous ref.
pirons , qui environne tous les corps en
les preſſantplus ou moins perpendiculairement
à leursfurfaces dans la direction
de leur centre parfon reffort , que rien
ne gêne & ne dégrade au-dehors , tandis
que les portions des mémesfluides
*
en-
* Nous avons pris la liberté de mettre engaJUI
N. 1763 . 79
gagées dans les corps y font affoiblies
&plus ou moins dégradées par les chocs ,
les réfléctions, les réfractions que leur oc
fionnent le mélange & la fréquente rencontre
des parties non-élastiques de ces
corps dont il arrive , &c. Combien de
ſuppoſitions dans ce paſſage ? Combien
dedifcours il faudroit pour y répandre
la clarté ? On croira , peut-être , que ce
n'eſt qu'un énoncé dont l'explication &
ladémonstration viendront enſuite ; mais
M. de Saintignon ne les promet & ne
les donne point. Il ne feroit pas voir ,
par exemple , que les corps ſont preffés
tout à la fois perpendiculairement à leurs
furfaces & dans la direction de leurs
centres , ſurtout après avoir attribué aux
parties de la matière une forme non-ſphérique.
La cauſe de la fléxibilité , de la moleffe
, &c, n'eſt pas expliquée plus clairement
, & l'on peut àjuſte titre ſe plaindre
du défaut de méthode ſenſible à chaque
pas , foit dans la ſucceſſion des
matières, ſoit dans le choix des exemples,
gées , affoiblies , dégradées , &c , quoique dans le
Texte de M. de Saintignon tout cela ſoit au mafculin
; cependant comme nous ne nous flatons
pas d'entendre ce Paſſage , ſi M. de Saintignon
penſe que nous avons eu tort , nous conviendrons
que c'eſt pour n'y avoir rien entendu.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
foit enfin dans les définitions même qui
fort ſouvent n'arrivent qu'après qu'on a
fait longtemps uſage des expreffions
qu'elles doivent éclaircir. Il y auroit encore
beaucoup d'autres choſes à remarquer
fur tous ces objets ; tels ſeroient ,
par exemple , un grand nombre de pafſages
de la nature de celui-ci. Lafléxibilité
ne paroît différer de la molleſſe que
du plus au moins , elle peut s'allier avec
une grande dureté.
L'expoſition des loix de l'union de
l'âme & du corps , ainſi que plufieurs
autres queſtions de Métaphyfique ſur lef
quelles Mde Saintignon s'arrête trop ,
& qu'il eſt dangereux d'entreprendre
apres M. de Buffon , n'est pas dans l'Ouvrage
de M. de Saintignon , un tableau
intéreſſant pour les Lecteurs de bon
goût; & nous ne croyons pas qu'ils y
voyent avec plaifir que le cerveau ou le
fiége de l'âme , eft le bureau d'adreſſe où
doivent aboutir les dépêches du dehors.
Que l'âme ſoit là ou ailleurs , cela eſt
fort indifférent; mais nous ne penſons pas
que les dépéches qui arrivent à ce bureau
d'adreſſe de la part des corps odorans ,
s'y annoncent ſelon la raiſon inverſe du
quarré des diſtances. Avec beaucoup
d'abſtractions , cela est vrai , & fe déJUIN.
1763 . 81
montre même d'une manière beaucoup
plus courte que ne l'a fait M. de Saintignon.
Mais eu égard à tout , il n'en eft
pas ainfi , & il eût été bon d'en prévenir
les Ecoliers. Les odeurs & les faveurs
ont encore donné lieu à M. de Saintignon
de joindre à ſa Differtation un
difcours contre la cuiſine moderne que
bien des gens n'approuveront pas .
La plus grande partie de ce qui vient
enfuite fur les fons renferme encore un
grand nombre d'expreffions & d'affertions
de la nature des précédentes .....
La vitesse dufon dépend de la vitelſſfe des
parties founantes , &c. Ceci ſemble fuppofer
un déplacement ſenſible dans les
partiesfonnantes. Ce qu'on ne croit pas
communément en Phyfiques: cette propofition
eſt au moins mal fonnante . Il
en eft de même de cette autre-ci.... Une
pendule de trois pieds huit lignes & demie ,
éxécute une vibration à chaquefeconde
depuis la plus grandejusqu'à la plus petite.
On ne dit point dans le cas préfent
une pendule mais un pendule : & pour
parler plus clairement & plus exactement
, on doit dire un pendule de trois
pieds huit lignes & demie , acheve chacune
de ſes ofcillations en une ſeconde ,
foit que ees ofcillations foient ou ne
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
foient pas d'une égale érendue , pourvu
que cette étendue foit médiocre. Paffons
au mouvement.
Pour faire entendre clairement à ſes
Ecoliers * , que la quantité de mouvement
ſe meſure en multipliant la maffe
par la vîteſſe , M. de Saintignon choiſit
l'exemple ſuivant. Si un homme peut
faire une lieue en une heure , dix hommes
qui marcheroient dix fois moins víte ,
ne laiſſeroient pas de faire entr'eux
une lieue en une heure de temps , car
chacun d'eux feroit la dixième partie
d'une heure.
On voit bien que M. de Saintignon
a voulu dire la dixiéme partie d'une
lieue ; mais approuvera- t-on cette manière
de prouver la propoſition dont il
s'agit ? Pour moi il me semble qu'elle
ne prouve rien. Quand on voit un Auteur
expliquer ainſi les chofes les plus
élémentaires , on ſe ſent de la défiance
pour celles qui exigent de ſa part un
raiſonnement plus fuivi ; ne nous y arrêtons
pas , mais terminons cet Ecrit
par quelques Remarques fur la Pefanteur&
fur la Méchanique.
M. de Saintignon entreprend d'af-
*M. de Saintignon a été Profeſſeur de Philo-
Sophie.
JUI N. 1763 . 83
figner la cauſe de la peſanteur ; il regarde
d'abord avec lesAuteurs qu'il tranfcrit
, cette force comme appliquée à
chacune des parties de la matière ; mais
comme cette manière de conſidérer la
peſanteur ne cadre pas exactement avec
le ſyſtême qu'il a embraffe , quelques
pages après , M. de Saintignon ne la
regarde que comme appliquée à certaines
parties : on ſent bien à quelles conſéquences
cette marche conduit , ſans
compter l'inconféquence à laquelle M.
de Saintignon ſe laiſſe aller. Ce n'eſt
pas que M. de Saintignon ne ſente
bien que cela n'est pas régulier , mais
il répond .... Il n'y a pas de ſyſtême qui
n'aitses défauts , ce qui ne s'explique
pas aujourd'hui , s'expliquera peut- être .
par lafuite.
En parlant de l'Accélération dans la
chûte des graves M. de Saintignon dit ,
puisque la viteffe compenfe la masse , ur
corps d'une livre quitombe de vingtpieds
aura autant de mouvement qu'un corps
de cinq livres qui tomberoit de quatre
pieds feulement. Cette propofition eſt
contraire aux notions les plus communes
de laMéchanique. M. de Saintignon
appelle Phénomène la loi des eſpaces que
décrivent les corps graves. Paffons le
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
terme , mais c'eſt un Phénomène dont
M. de Saintignon n'étoit pas bien frappé
quand il avancé cette propoſition.
Terminons par une Remarque qui
nous diſpenſe évidemment d'aller plus
loin , & diſons que Mde Saintignon
confond à chaque inſtant le ſinus d'un
angle avec l'angle même, en employant
ce dernier au lieu du premier dans l'eſtimation
du rapport des puiſſances dans
l'équilibre .
Je ne puis croire que M. de Saintignon
, qui a profeſſé longtemps , à ce
qu'il dit , la Philofophie , ait fait avec
réfléxions les fautes que ſes expreffions
mettent en droit de lui repréſenter , & je
defire qu'on penſe avec moi , que ſes
inadvertances , ſon peu de méthode &
de clarté viennent du peu de loiſir qu'il
a eu & des affaires étrangères à la Phyfique
, dont il eſt occupé ; mais il n'en
eſt pas moins vrai que fon Livre a beſoin
de beaucoup de corrections avant que
d'être appliquable à l'uſage auquel il
l'a deſtiné.
J'ai l'honneur d'être , &c.
MERCURE.
SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE
à l'usage des Ecoliers. Par M. DE
SAINTIGNON , de la Société Royale
des Sciences & Arts de Metz , &c.
Le but de votre Journal , Monfieur ,
étant d'annoncer les productions nouvelles
des Sciences & des Arts , & ce
qui n'eſt pas moins utile , de les préfenter
d'une manière qui puiſſe fixer le cas
que le Public en doit faire , j'eſpére que
vous voudrez bien inférer dans le MerJUIN.
1763 . 69
cure prochain l'Analyſe ſuivante d'une
partie du Traité abrégé de Physique à
l'usage des Ecoliers , par M. de Saintignon
, de la Congrégation de Notre Sauveur
, de la Société Royale des Sciences
& Arts de Metz , &c. Si cet Ouvrage
convient à ceux à qui M. de Saintignon
le deſtine , c'eſt un travail précieux
qu'on ne peut trop ſe hater de
faire connoître : dans le cas contraire il
eſt important de leur épargner la perte
d'un temps qu'ils peuvent employer plus
utilement , & de prévenir le tort que
peuvent faire à des têtes neuves, les traces
que laiſſe toujours après foi un
ouvrage élémentaire qui manque d'exa-
Ctitude. Dans l'un & l'autre cas , les remarques
que j'ai l'honneur de vous
adreſſer feront utiles , fi elles font bornées
à ce que renferme véritablement
le Livre de M. de Saintignon. Afin que
le Lecteur n'héſite point à m'accorder.
ſa confiance fur ce point, j'aurai ſoin
de tranfcrire l'ouvrage même le plus
ſouvent que je pourrai.
En lifant dans la Préface du Traité
abrégé de Phyfique la déclaration qu'y
fait M. de Saintignon , qu'il ne prétend
pas fe donner pour Auteur , il n'eſt aucun
Lecteur ſans doute qui ne ſe ſente
70 MERCURE DE FRANCE.
diſpoſé à lui accorder le mérite de la
modeſtie ; on ne ſuppoſe pas volontiers
que quelqu'un entreprenne d'écrire en
fix volumes un abrégé fur cette matière
fans avoir rien de nouveau à donner.
Nous accordons cependant à M. de
Saintignon la vérité de ſa déclaration
dans ce ſens qu'il a copié comme il
l'avoue lui-même , des Ouvrages de
ce genre que tout le monde a entre les
mains ; mais on verra par la ſuite , qu'il
y a hazardé de fon chef beaucoup de
choſes qu'il n'a trouvées nulle-part ,
mais qui auront peine à être reçues.
Parmi les Ouvrages que M. de Saintignona
incorporés dans ſon Livre , l'excellent
traité de Phyſique expérimentale
de M. l'Abbé Nollet eſt celui dont
il paroît avoir tiré plus que de tout autre.
Nous applaudirions à ce choix , fi M.
de Saintignon eût obſervé partout la
même marche qu'il a ſuivie dans un
très-grand nombre d'endroits , celle de
s'en tenir aux expreffions de l'Auteur ;
mais les changemens qu'il s'eſt permis
d'y faire en quelques occaſions ,ne nous
ont point paru avoir ni l'exactitude ni
la clarté qu'on eſt en droit d'éxiger
dans un Ouvrage élémentaire. Par exemple
, M. de Saintignon après avoir penJUIN.
1763 . 71
dant quelques lignes ſuivi M. l'Abbé
Nollet mot à mot ſur les idées qu'il
donne de la ſolidité , au lieu d'adopter
ces expreffions ſi claires & fi exactes
de l'Auteur qu'il copie... » Etre ſolide
>> eſt une propriété non ſeulement com-
» munee, mais même éſſentielle à tous
>>les corps ; c'eſt le ſigne le moins équi-
>>voque de leur éxiſtence , &c. M. de
Saintignon ,dis-je, y ſubſtitue les ſuivantes
, il paroît qu'on peut confondre la
folidité de la matière avec la matière
méme ... La ſolidité eſt une ſuite de l'étendue
folide.
L'uſage des Planches dans les Livres
foit de Mathématique, ſoit de Phyſique ,
eſt d'une utilité généralement reconnue.
Le ſeul motif qui puiſſe engager un
Auteur à s'en paſſer , eſt celui de diminuer
les frais. Mais ce motif eſt il--
luſoire lorſqu'on veut écrire ſur ces
matières pour des commençans. En effet
il eſt aiſéde ſe convaincre queles planches
véritablement néceſſaires n'augmententque
très-médiocrement le prix,
& que leur fuppreffion au contraire
rend le Livre abſolument inutile à ceux
à qui on le deſtine. M. de Saintignon
qui a pris ce dernier parti , a néanmoins
ſenti l'impoffibilité de ſe paſſer entière
72 MERCURE DE FRANCE.
ment de figures ; mais malheureuſement
outre qu'il n'en a employé qu'un trèspetit
nombre , elles manquent d'ailleurs
dans les endroits où elles étoient bien
plus néceſſaires , par exemple dans la
defcription des machines , ou dans l'expoſition
des Phénomènes un peu compofés.
,
M. de Saintignon a tâché de faire
marcher enfemble la Phyſique ſyſtématique
& la Phyſique expérimentale .
Sous ce dernier titre on s'attend à
trouver dans cet ouvrage des expériences
décrites avec netteté & avec
exactitude : elles n'y font cependant
qu'indiquées ou imparfaitement décrites
: nous dirions plutôt que c'eſt une
hiſtoire abrégée de la Phyfique expérimentale.
Quant à la partie fyſtématique,
on la trouve expoſée dans le premier
volume , ſous ce titre : Systéme de M.
de la Periere.
J'avoue que je ne connoiſſois pas le
ſyſtême de M. de la Periere ; ainfi je
ne fuis pas en état de juger fi ce dernier
a lieu d'être content de la manière
dont M. de Saintignon a rendu
ſes idées ; mais ce que je puis afſurer ,
c'eſt que , quoique je ne fois pas neuf
en cette matière , je n'ai pû juſqu'ici
parvenir
JUIN. 1763 . 73
parvenir à entendre ce ſyſtême , je veux
dire à le concilier avec les principes de
la faine méchanique. On en verra par la
fuite quelques échantillons ; obſervons
ſeulement que c'eſt de ce ſyſtême , que
M. de Saintignon entreprend de déduire
l'explication de différens Phénomènes
que la Phyſique conſidére .
C'eſt ſans doute par égard pour la
réputation de Newton , que M. de Saintignon
, après avoir expoſé les avantages
qu'il croit voir dans le ſyſtème de M.
de la Periere , accorde quelques pages
à la réfutation de ce qu'il appelle le
ſyſtême de Newton , qu'il paroît confondre
avec les inepties de quelquesuns
des Sectateurs de ce grand homme .
Nous ne raporterons pas ici cette réfutation
, parce qu'elle eſt longue , &
qu'elle ne plairoit pas même aux Anti-
Newtoniens ; car elle n'intéreſſe aucunement
l'opinion de Newton ; nous
rapporterons cependant la conclufion :
Enfin , dit M. de Saintignon , quand
tout auroit répondu à l'attente des calculateurs
, même pour l'explication des
phénomènes terrestres , on pourroit encore.
n'avoir pas deviné le vrai mechaniſme
du monde , puisqu'il eft incontestable
que le Créateur a été libre dans le choix
D
74 MERCURE DE FRANCE.
des moyens & dans l'exécution.
Si ces raiſons ſont concluantes , elles
le font indifféremment contre tout fyftême
; & M. de Saintignon n'a cependant
pas eu intention , je penſe ,
d'y comprendre celui qu'il adopte. Si
M. de Saintignon avoit moins de dégoût
pour le calcul & les Calculateurs ,
qu'il ne le témoigne dans ſon Livre ,
il auroit trouvé dans la Doctrine des
probabilités , qu'il y a infiniment plus
à parier pour un ſyſtême qui rempliroit
ces conditions , que pour tout autre.
Pour traiter les Newtoniens avec
cette ſévérité , il ne faudroit pas ſe permettre
d'avancer que la matière peut
être réfléchie par le néant. C'eſt cependant
la manière dont M. de Saintignon
ſe tire , dans ſon Ouvrage , de quelques
difficultés qui l'embarraſſent.
M. de Saintignon nous aſſure qu'on
va donner les derniers coups auSystéme
Newtonien , en démontrant que les révolutions
célestes nefont pas des éclipses.
Il ne nomme pas l'Auteur , & cela eft
fort fage , car l'expreſſion ne lui feroit
pas honneur. Mais en attendant que
cette redoutable menace , priſe dans le
ſens que M. de Saintignon avoit deffein
d'exprimer , arrive à l'exécution , paffons
JUIN. 1763 . 75
1
àd'autres choses ; car fans doute le Lecteur
ne nous ſçauroit pas gré de nous appeſantir
ſur toutes les inadvertances qui
échappentà M. de Sain tignon dans cette
prétendue réfutation. Ce feroit affez inutilement
, qu'en tranſcrivant M. de Saintignon
, nous rappellerions les vains efforts
qui ont été faits par ceux qui ont
mieux aimé entreprendre de réfuter
Newton, que de ſe mettre en état de l'entendre.
L'Électricité entre les mains de M.
l'Abbé Nollet , n'a pas un meilleur fort
chez M. de Saintignon que l'Attraction
entre celles de Newton : elle y eft attaquée
de la même manière , c'est-à- dire ,
par la répétition des objections faites par
d'autres. L'équité demandoit que l'on
fit ſuivre les réponſes quiy ont été faites.
Il ſemble qu'on n'a fait mention de ces
deux Sçavans , que pour avoir occafion
de ſubſtituer à leurs raisonnemens , les
idées de M. De la Périere.
J'ai paffé ſous filence les notions que
M. de Saintignon donne de la matière
& de ſes propriétés générales : cela va
quelquefois affez bien quand il tranſcrit;
mais quand il marche ſeul , alors , propriétés
& qualités font la même chose.....
les couleurs , les odeurs , & c , n'existent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
qu'en apparence.... On ne doit point rai-
Jonner contre l'expérience .... Laifferonsnousà
nos arrières - neveux la commiſſion
de raifonner ?..... Nous ne concluons cependant
pas que l'étendue foit effentielle
aux corps , &c.
On a penfé jufqu'ici en Phyſique que
le feu& la lumière étoient très-élaſtiques
; M. de Saintignon les croit trèscompreffibles
: fans doute , il veut dire
très -élastiques ; mais cette inattention
peut induire en erreur un Ecolier , qui
croit qu'on a ſoin d'employer les mots
felon leur fignification.
Perfonne aujourd'hui ne s'aviſeroit
de confondre l'inertie avec la pefanteur ;
l'expérience & le raiſonnement ont féparé
ces deux propriétés. Quoi qu'il en
foit , M. de Saintignon , nonobſtant le
principe qu'il a porté ci-deſſus , qu'on ne
doit point raifonner contre l'expérience ,
nous affure que l'inertie est la même cho-
Se que la pesanteur , & dans un autre
endroit , que les corps en mouvement
n'ont pas d'inertie. Ceci n'eſt cependant
pas une affaire d'opinions. Voyons quelques-
uns des raiſonnemens de M. de
Saintignon.
L'Attraction , dit M. de Saintignon ,
n'est pas la cause de la force d'inertie.
JUIN. 1763.. 77
On en convient , mais on ne conviendra
pas , je penſe , que le raiſonnement ,
que M. de Saintignon emploie pour le
prouver ,foit concluant ; car , continuet-
il , cette qualité merveilleuse qui agiroitfi
puiſſamment ſur les corps , devroit
empêcher toute évaporation , toute tranfpiration
des corpsſolides ou fluides ; elle
empêcheroit la lune d'attirer les eaux de
l'océan , ou elle ne l'empêcheroit pas d'attirerjusqu'à
elle tous les nuages de notre
Atmosphère.
Non-feulement ce raiſonnement ne
prouve rien de ce qui eft en queſtion ,
mais il paroît qu'en écrivant ceci , M.
de Saintignon a perdu de vue les principes
de la Méchanique. Comment ne
s'est- il pas rappellé , par exemple , qu'une
aiguille ſoumiſe à l'action de deux aimans
prend toujours une fituation telle
que les actions de cesdeuxaimans ſur elle,
ſe font mutuellement équilibre. Si M.
de Saintignon avoit eu moins de répugnance
pour le calcul & les calculateurs
, il auroit vu que la lune peut élever
les eaux de l'Océan , agir fur l'Atmofphère
, & cependant , en vertu de
cette action même , les chofes demeurer
en l'état où elles font actuellement ;
mais malheureuſement tout cela a été
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
prouvé par des Calculateurs , & ne peut
par conféquent contribuer en rien àdégoûter
M. de Saintignon de ces déclamations
, qui d'ailleurs font , ce me femble
, très-déplacées dans un Ouvrage
élémentaire.
La cauſe de la dureté des corps fait
depuis longtemps l'objetdes méditations
des Phyſiciens. M. de Saintignon ſe.
tire aifément de cette queſtion en y
appliquant le prétendu ſyſtême de M.
De la Périere : il est vrai que dans un
endroit , les élémens de la matière ont
une dureté radicale , & dans un autre
, ils ne font points durs par leur nature
, parce qu'ils font matière ; mais
à ces petites contradictions près , il n'y
aplus rien d'obfcur dans la cauſe de la
dureté des corps ; cela eſt évident , car
la cohésion des parties d'un corps eft occafionnéeparla
preſſion extérieure d'une
maſſe prodigieuse de fluides quelconques
plus déliés que l'air que nous ref.
pirons , qui environne tous les corps en
les preſſantplus ou moins perpendiculairement
à leursfurfaces dans la direction
de leur centre parfon reffort , que rien
ne gêne & ne dégrade au-dehors , tandis
que les portions des mémesfluides
*
en-
* Nous avons pris la liberté de mettre engaJUI
N. 1763 . 79
gagées dans les corps y font affoiblies
&plus ou moins dégradées par les chocs ,
les réfléctions, les réfractions que leur oc
fionnent le mélange & la fréquente rencontre
des parties non-élastiques de ces
corps dont il arrive , &c. Combien de
ſuppoſitions dans ce paſſage ? Combien
dedifcours il faudroit pour y répandre
la clarté ? On croira , peut-être , que ce
n'eſt qu'un énoncé dont l'explication &
ladémonstration viendront enſuite ; mais
M. de Saintignon ne les promet & ne
les donne point. Il ne feroit pas voir ,
par exemple , que les corps ſont preffés
tout à la fois perpendiculairement à leurs
furfaces & dans la direction de leurs
centres , ſurtout après avoir attribué aux
parties de la matière une forme non-ſphérique.
La cauſe de la fléxibilité , de la moleffe
, &c, n'eſt pas expliquée plus clairement
, & l'on peut àjuſte titre ſe plaindre
du défaut de méthode ſenſible à chaque
pas , foit dans la ſucceſſion des
matières, ſoit dans le choix des exemples,
gées , affoiblies , dégradées , &c , quoique dans le
Texte de M. de Saintignon tout cela ſoit au mafculin
; cependant comme nous ne nous flatons
pas d'entendre ce Paſſage , ſi M. de Saintignon
penſe que nous avons eu tort , nous conviendrons
que c'eſt pour n'y avoir rien entendu.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
foit enfin dans les définitions même qui
fort ſouvent n'arrivent qu'après qu'on a
fait longtemps uſage des expreffions
qu'elles doivent éclaircir. Il y auroit encore
beaucoup d'autres choſes à remarquer
fur tous ces objets ; tels ſeroient ,
par exemple , un grand nombre de pafſages
de la nature de celui-ci. Lafléxibilité
ne paroît différer de la molleſſe que
du plus au moins , elle peut s'allier avec
une grande dureté.
L'expoſition des loix de l'union de
l'âme & du corps , ainſi que plufieurs
autres queſtions de Métaphyfique ſur lef
quelles Mde Saintignon s'arrête trop ,
& qu'il eſt dangereux d'entreprendre
apres M. de Buffon , n'est pas dans l'Ouvrage
de M. de Saintignon , un tableau
intéreſſant pour les Lecteurs de bon
goût; & nous ne croyons pas qu'ils y
voyent avec plaifir que le cerveau ou le
fiége de l'âme , eft le bureau d'adreſſe où
doivent aboutir les dépêches du dehors.
Que l'âme ſoit là ou ailleurs , cela eſt
fort indifférent; mais nous ne penſons pas
que les dépéches qui arrivent à ce bureau
d'adreſſe de la part des corps odorans ,
s'y annoncent ſelon la raiſon inverſe du
quarré des diſtances. Avec beaucoup
d'abſtractions , cela est vrai , & fe déJUIN.
1763 . 81
montre même d'une manière beaucoup
plus courte que ne l'a fait M. de Saintignon.
Mais eu égard à tout , il n'en eft
pas ainfi , & il eût été bon d'en prévenir
les Ecoliers. Les odeurs & les faveurs
ont encore donné lieu à M. de Saintignon
de joindre à ſa Differtation un
difcours contre la cuiſine moderne que
bien des gens n'approuveront pas .
La plus grande partie de ce qui vient
enfuite fur les fons renferme encore un
grand nombre d'expreffions & d'affertions
de la nature des précédentes .....
La vitesse dufon dépend de la vitelſſfe des
parties founantes , &c. Ceci ſemble fuppofer
un déplacement ſenſible dans les
partiesfonnantes. Ce qu'on ne croit pas
communément en Phyfiques: cette propofition
eſt au moins mal fonnante . Il
en eft de même de cette autre-ci.... Une
pendule de trois pieds huit lignes & demie ,
éxécute une vibration à chaquefeconde
depuis la plus grandejusqu'à la plus petite.
On ne dit point dans le cas préfent
une pendule mais un pendule : & pour
parler plus clairement & plus exactement
, on doit dire un pendule de trois
pieds huit lignes & demie , acheve chacune
de ſes ofcillations en une ſeconde ,
foit que ees ofcillations foient ou ne
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
foient pas d'une égale érendue , pourvu
que cette étendue foit médiocre. Paffons
au mouvement.
Pour faire entendre clairement à ſes
Ecoliers * , que la quantité de mouvement
ſe meſure en multipliant la maffe
par la vîteſſe , M. de Saintignon choiſit
l'exemple ſuivant. Si un homme peut
faire une lieue en une heure , dix hommes
qui marcheroient dix fois moins víte ,
ne laiſſeroient pas de faire entr'eux
une lieue en une heure de temps , car
chacun d'eux feroit la dixième partie
d'une heure.
On voit bien que M. de Saintignon
a voulu dire la dixiéme partie d'une
lieue ; mais approuvera- t-on cette manière
de prouver la propoſition dont il
s'agit ? Pour moi il me semble qu'elle
ne prouve rien. Quand on voit un Auteur
expliquer ainſi les chofes les plus
élémentaires , on ſe ſent de la défiance
pour celles qui exigent de ſa part un
raiſonnement plus fuivi ; ne nous y arrêtons
pas , mais terminons cet Ecrit
par quelques Remarques fur la Pefanteur&
fur la Méchanique.
M. de Saintignon entreprend d'af-
*M. de Saintignon a été Profeſſeur de Philo-
Sophie.
JUI N. 1763 . 83
figner la cauſe de la peſanteur ; il regarde
d'abord avec lesAuteurs qu'il tranfcrit
, cette force comme appliquée à
chacune des parties de la matière ; mais
comme cette manière de conſidérer la
peſanteur ne cadre pas exactement avec
le ſyſtême qu'il a embraffe , quelques
pages après , M. de Saintignon ne la
regarde que comme appliquée à certaines
parties : on ſent bien à quelles conſéquences
cette marche conduit , ſans
compter l'inconféquence à laquelle M.
de Saintignon ſe laiſſe aller. Ce n'eſt
pas que M. de Saintignon ne ſente
bien que cela n'est pas régulier , mais
il répond .... Il n'y a pas de ſyſtême qui
n'aitses défauts , ce qui ne s'explique
pas aujourd'hui , s'expliquera peut- être .
par lafuite.
En parlant de l'Accélération dans la
chûte des graves M. de Saintignon dit ,
puisque la viteffe compenfe la masse , ur
corps d'une livre quitombe de vingtpieds
aura autant de mouvement qu'un corps
de cinq livres qui tomberoit de quatre
pieds feulement. Cette propofition eſt
contraire aux notions les plus communes
de laMéchanique. M. de Saintignon
appelle Phénomène la loi des eſpaces que
décrivent les corps graves. Paffons le
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
terme , mais c'eſt un Phénomène dont
M. de Saintignon n'étoit pas bien frappé
quand il avancé cette propoſition.
Terminons par une Remarque qui
nous diſpenſe évidemment d'aller plus
loin , & diſons que Mde Saintignon
confond à chaque inſtant le ſinus d'un
angle avec l'angle même, en employant
ce dernier au lieu du premier dans l'eſtimation
du rapport des puiſſances dans
l'équilibre .
Je ne puis croire que M. de Saintignon
, qui a profeſſé longtemps , à ce
qu'il dit , la Philofophie , ait fait avec
réfléxions les fautes que ſes expreffions
mettent en droit de lui repréſenter , & je
defire qu'on penſe avec moi , que ſes
inadvertances , ſon peu de méthode &
de clarté viennent du peu de loiſir qu'il
a eu & des affaires étrangères à la Phyfique
, dont il eſt occupé ; mais il n'en
eſt pas moins vrai que fon Livre a beſoin
de beaucoup de corrections avant que
d'être appliquable à l'uſage auquel il
l'a deſtiné.
J'ai l'honneur d'être , &c.
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Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
La lettre critique le 'Traité abrégé de Physique à l'usage des Écoliers' de M. de Saintignon, membre de la Société Royale des Sciences et Arts de Metz. L'auteur évalue la qualité de cet ouvrage destiné aux élèves, en vérifiant s'il est précis et utile ou s'il risque de nuire aux étudiants par ses inexactitudes. L'auteur reconnaît que M. de Saintignon a principalement copié des œuvres existantes, notamment le traité de physique expérimentale de l'Abbé Nollet, mais critique les modifications apportées, jugées inexactes et peu claires. La lettre déplore l'absence de planches illustratives et note que les expériences sont mal décrites. Le traité combine la physique systématique et expérimentale, mais l'auteur trouve le système de M. de la Perière, utilisé par M. de Saintignon, difficile à comprendre et incompatible avec les principes de la mécanique. La lettre mentionne également une réfutation du système de Newton, jugée inintéressante et non pertinente. M. de Saintignon critique les théories de Newton sur le mécanisme du monde et les phénomènes célestes, affirmant que les calculs n'expliquent pas nécessairement le mécanisme exact du monde. Il attaque l'électricité et l'attraction sans proposer de solutions alternatives solides, répétant des objections déjà formulées. Le texte souligne l'incohérence de M. de Saintignon, qui commet des erreurs conceptuelles comme confondre inertie et pesanteur, et ignore les principes de la mécanique. L'ouvrage contient des explications obscures et mal démontrées sur la dureté des corps et des digressions sur des sujets comme les odeurs et la cuisine moderne. Les explications sur des concepts physiques élémentaires, comme la mesure de la quantité de mouvement et la pesanteur, sont jugées imprécises et incohérentes. L'auteur conclut que l'ouvrage nécessite de nombreuses corrections avant de pouvoir être utilisé de manière appropriée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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