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p. 37-75
RÉPONSE A Lettre d'un Philosophe, touchant la Maladie des Vapeurs. A Mademoiselle de Scudery.
Début :
Je vous envoye une réponse au Traité des Vapeurs de / J'ay esté surpris, Mademoiselle, qu'un Philosophe de nos [...]
Mots clefs :
Vapeurs, Cerveau, Vapeur, Philosophe, Parties, Maladie, Corps, Matière, Symptôme, Affection, Femmes, Intestins, Hypocondriaque, Vin, Chaleur, Opinions, Diaphragme, Plèvre, Affection, Entrailles
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE A Lettre d'un Philosophe, touchant la Maladie des Vapeurs. A Mademoiselle de Scudery.
Jevous envoyé une réponse
au Traité des Vapeurs de
Mdela Brosse, donc je vous
fis part dans ma Lettre d'Oaobrc.
Elle est de MrChays,
Medecin du Bourg Saint Andeol
en Vivarest. Vous ferez
bien aise de voir le pour & le
contre.
REPONSE
A laLettre d'un Philosophe,
touchant la Maladie des - Vapeurs.
A Mademoiselle de Scudery.
J'Ayesté sur pris, Mademoilclle,
qu'un Philosophe de
nos jours
3
iQfeélé d'HcrcHc
en matière de Medecine, vous
ait adresse une Lettre que j'ay
veuë dans le Mercure du mois
d'Octobre, pour vous perfuader
ses opinions erronées,au !
préjudice de la veritable doctrine.
Je sçay bien que tous les
Herefiarquesonr une pratique
fcmblablc alafienne, en vou-
- lant persuader aux personnes
de credit & d'autorité leurs
nouvelles opinions, afin de
les faire ensuite glisser plus
facilement dans l'esprit du Public;
mais comme je sçay que
lavous vousplaisez à écouter vérité en toutes choses
, je
nne'ay point douté que vous reccuffiez favorablement
ce que j'ay à vous dire contre
des opinions qui Ce réfutent
assez d'elles-mcfmes.
- Si ce Philosophe avoit dumoins
eu quelque vénération
pour l'antiquité & n'eust
point déchiré la réputation
du Divin Hypocratc, & de
tanr de Grands Hommes qui
l'ont imité,Il n'auroit peutestre
point donneoccasion à
luy répondre
,
mais comme
il s'en prend & aux Anciens
& aux Docteurs modernes de
la Faculté, & qu'il veut abbatre
par là tous les fondemens
de
la Medecine, pour
establir ses sentimens sur leurs
ruines,je n'ay pu me dispenser
de luy répondre, pour luy
i prouver par de bonnesraisons
appuyées sur l'experience
:que » tout ce qu'il a avancé
n'est à proprement parler
, qu'une chimere & une illuiion.
Il estcertain que les vapeurs
caufentbeaucoup de fynipto.
mes au Corps humain,& sur
tout dans le siecle ou nous
: sommes, puisque c'est presenitement
une maladie à la mode,&
que bien des personnes,
tant de l'un que de l'autre
sexe, en sont attaquées. Cela
donne lieu de croire que les
saisons, les climats differens,
&les revolutions des années
nous causent souvent des maladies
djffcrcntesJmais quoy
que ce mot devapeurs foitun
mot vague & généralqui
comprend en soy beaucoup
de differens symptomes
,
&
qu'elles soient produites,
tantost par les hypocondres,
tantost par reftomach>&tantost
par les mouvemens & les
indispositions de la Mere, &
mesme par beaucoup d'autres
partiesducorps,ce Philofophe
neantmoins veut, que
tous ces s,ymiptomes differens,, qui sont compris fous le nom
de Vapeurs, ne partent que
d'une mesme source
>
& d'un
estomach foible & depravé.
Il donne le nom de cette maladie
à celle de l'affection hypocondriaque
; & veut faire
comprendre par là que tous
ceux qui sont atteints de vapeurs
sont infectez de cette
maladie,& qu'on n'ose la
nommer ainsi, à cause que
ce nom a quelque chose d'ignominieux.
Il veutensuite que ces memes
va peurs , que les Mede-
; cins supposent estreengendrées
dans le basventre, ne
puissent en aucune maniere
monterny au Cerveau,ny à
la Poitrine ,ny aux autres par.
ties superieures
,
& ainsi il
veut prouver que les Medecins
font dans l'erreur, de
donner lenom de vapeurs à
tous ces symptomes differens,
que nous voyons arriver tous
les jours aux Femmes qui sont
sujettesàla Mere,& aux hommesaussi
qui sont atteints de
beaucoup de maladies
,
qui
font causées par les va peurs.
Il allegue pour ses raisons,
que les vapeurs qui s'élevcat.
du bas ventre ne peuvent
monter au Cerveau, à cause
des obstacles quelles trouvent
en chemin,comme font
le diaphragme, & la plevre,
&tous les autres obstacles
qu'il rapporte;mais s'il veut
n'estre point prévenu de ses
sentimens, comme les Medecins
le font des leurs, à ce
qu'il dit,& ne s'attacher pas
aussi fortementàsonopinion,
que les Turcs font à leur Alcoran,
je puis aisement le detromper,
& luy faire voir
qu'il est dans l'erreur luy-
! meCmco.,
••
q;; ,: ':,'
<
Il rapporte que nos Anciens
Docteurs soustiennent que
l'Epilepsie sympathique pro-
- vient des parties basses,& Galien
dans le livre3. des lieux
affectez chap. 7.' rapporte
qu'un jeune homme cstantatteint
d'une Epilepsie Sympathique,
lors que le Paroxisme
l'attaquoit, sentoit monter, à
ce qu'il disoit - comme un
ventfroid, de la Jambe à la
Cuisse,& de laCuisse consecutivementpar
les autres parties,
jusquesau Cerveau, &
qu'il estoit ensuite attaqué de
ce fâcheux y m ptome. Ce
Philosophe qui est de bonne
soy, avouë du moins que si
ce n'est pas une vapeur, qui
causoit l'accident de ce jeune
homme, c'estoit, à ce qu'il
dit, une humeur maligne,
qui se glissoit par les parties
du corps de ce Malade,&qui
luy causoit l'Epilepsie. Mais
je croy qu'il devroit bien avouër
qu'une vapeur qui est
plus subule qu'une bumeur,
peut bien passer par lesmesmes
endroits que l'humeur
passera
,
& sur tout puisque
celaest autorité par le Malade,
qui disoit sentir comme
un vent froid qui luy montoit
de la Jambe jusques au
Cerveau. Cet argument doit
paroistre sans réplique, puisbqiueenqui
reçoit le plus peut
recevoir le moins.
Mais comme il ne veut
point adherer aux opinions
& aux autoritez de nos Dofleurs
,
& qu'il ne s'attache
qu'à ses idées particulieres,
je neveux me fcrvir ny
d'aucune autorité, ny d'aucune
preuve d'Hypocrate ny
de Galien. Je veux seulement
le convaincre par des raisons
ôz des experiences fort sensibles
) & que tout le monde
pUÎifC;
puisse comprendre, ce qui
pourtant devroit m'obligerà
ne point disputer avec luy,
parce qu'il nie les princi pes
dela Philosophiedonc il fait
f. profession. Contra negantem
principia , non est disputmdum.
i Jeluy demande donc, dllÙ
l vient que ceux qui boivent du vin plus qu'a l'ordinaire,
sentent bien-tost après avoir
beu troublerl'oeconomie de
leur Cerveau, & qu'ils perdent
en peu de temps l'ufJ,CTc
de la raison. Le vin cependantreste
dans leurestomach,
6iOu dans leurs intestins. Je
croyqu'il devroit avoüer de
bonne soy, que c'est la vapeur
du vin, qui pénétrant facilement
le Diaphragme,la
Plevre, & les autres obstacles
qu'il propose. va directement
pervertir lesfonctions de î'esprit
animal, & fait souffrir
aux Beuveurs la depravation
qui le fait dans leur Cerveau
pendant leur debauche; ou
bien cette mesme vapeur se
glissant dans les Veines &;
dans les Arteres
, contre le
sentiment du Philosophe,va
attaquer directement le
Cerveau.
Ce qui prouve forte[
ment ce que je viens de dire,
c'cft qu'ona veu des personnesaqui
estantencrées dans
une Cave, où les cuves étoient
remplies de vin nouveau,
la vapeur scule de ce
vin lesentièrementenyvrées,
quoy qu'elles n'eussent pour- tant pas beu. Ainsi il pour
com prendre que les vapeurs
agissant si fortement
, quoy
qu'elles viennent du dehors,
elles doivent agir avec plus de
violence lors qu'un homme a
fait la débauche, parce qu'elles
agissent au dedans.
Les Femmes qui font si souvent
attaquées. des Vapeurs
de Mere,nous fournissent enr
core un exemple, & une preuveincontestable
,
contrele
sentiment du Philosophe.
Car en effet, si c'estoit une
matiere quise portast des parties
baffes si facilement dans le
Cerveau, pour leur causer des
convulsions,&lesautres ac.,
cidens qui dépravent les fonctions
animales
, pourquoy
ces mcfmcs accidens passeroienr-
ils si vÎrc, & pourquoy
arriveroient -
ils si inopinement?
Ce n'est que le propre
des vapeurs de changer si fa*
cilement d'une partie à l'autre,
& de cau fer des accidcns,
qui font si faciles à naître,ÔC
si faciles à terminer.
Que si le Philosophe veut
que ce soit la malignité de
- l'humeur qui le trouve corrompuë
dans les parties basses
qui se communique par le
moyen de la circulation, ou
autrement, dans la capacité
du Cerveau
, pourquoy une
vapeur qui s'exhalera de cette
matiere corrompue
, ne pourra-
t elle pas faire le mesme esset
avec plus de disposition &:
pe promptitude?
Si je voulois encore pouffer
la chose plus avant, l'exemple
du Mercure me fournit
une occa sion fort propre à le,
faire revenir de ses sentimens. -
Je sçay par experiencc
, qu'ayant fait frotter plusieurs
fois d'un onguent fait avec ce , minéral, labplante des pieds
de ceux qui font atteints des
maladies Vénériennes le
Mercure ne manque point de
monter par les parties internés,
jusque dans le Cerveau,
sans que le Diaphragme,la
Plevre ,ny le Mediastin l'c
emperchent, quoy que de sa
nature ce mineral soit des
plus pesans, & qu'il tendenaturellement
en
-
bas ,par son
piqprc poids; & ce qui nous
prouve qu'il monte jusques
au Cerveau
,
c'est qu'il y produit
des symptomes qui ne
sont propres qu'à cette partie,
Ifie qu'en mettant quelque piece
d'or dans la bouche ,le
Mercure nemanque pas de s'y
attacher. Ainsi nous pouvons
scio,nclure&le Philosopheau£ que les vapeurs qui sont
plus legeres que ce mincral
Émeuvent bien monter jusques
tau Cerveau, puisqu'elles ten- -
dent naturellementen haut;
& qu'elles ne vont jamais en
bas, que par impulsion & par
violence Il est si vray que
noistre corpsest tout perspirable,
suivant le sentiment de
nos Docteurs, & que toutes
les parties ont une fort grande
communication &connexionentre
elles
,
qu'il faut
n'estre point Medecin pour
en douter;&ainsi les vapeurs
qui s'eflevent d'une matiere
maligne,causent en nous par
cette intime communication
&connexion,bien des symptomes
differens, suivant le
degré de corruption, &suivant
les parties où elless'attachent
,
sans qu'elles puissent
trouver des obstacles aIT,z
forts pour les empescher de
monter.
Si nous confidcrons auni
une especed'Hydropisie que
nous appelions Timpanite,
& qui est produite par des
vents & des vapeurs, qui font
contenus dans la capacité du
ventre JIil faut suivant son hypothese,
que ces mesmes vapeurs
passent au travers des
intestins
, & au travers des
cinqtegumens, lors que le
Malade vient à guérir, pour
pouvoir estredissipées; & cependant
le Diaphragme ny la
Plevre ne font pas de plus
forts obstaclesque ceux que
je viens de rapporter.
Et si dans la fausse Pleuresie,
qui n'est le plus souvent produite
que des vapeurs & des
vents, on voit d'ordinaire que
par l'application des topiques
qui ouvrent les pores,
ces mesmes vapeurs sont disfipées
par insensible transpiration,
en perçant les cinq
tegumens,elles pourront bien
aussi passer au travers duDia- -
phragme, qui n'est pas plus
épas que les cinq tegumens,
& si raB est convaincu que la
matiere purulente, qui bl(st
trouvée dans lapoitrine, s'est
quelquefois évacuée par les
urines, sans que rAnatcmic
ait trouvé jusqu'icy aucun
conduit par où le pus ait pû
passer jusque dans les reins, il
est immanquable que les va-
:peurs, qui sont & plus tranf- pirables & plus legeres, pouril
ront bien sortirde la pôuri-n
ne:& se frayer une voyc dans
le cerveau sansqu'aucun ob- jftacle les arreste,puis que le
pus en est bien sorty , tant il
est vray que nostre corps cft
tout transpirable
Pourquoy le sage Ouvrier
dela Nature auroit il donné à
nos corps tant de millions de
pores, si ce n'est pour en faire
sortir les vapeurs supeifluës,
qui s'exhalent continuellement,&
qui sont que lquefois
apparentes aux sens, comme
nous le voyons à ceux qui
suent, dont il fort une fumée
semblable àcelle qui fort d'une
marmite,&qui n'est autre
chose qu'une vapeur; & s'il
arrive que nous ne voyions
sortir aucune vapeur de nos
corps,c'est qu'elles font Ím- *
perceptibles. Que si le Philosophe
vouloit estre convaincu
par experience qu'il en fort
continuellement du lien, il
n'auroit qu'à s'exposer devant
unmiroir& y rcfpircr contre>
& il verroitpar les petû
: tes gouttes d'eau qui s'y attachent
, que ce qui fort de ses
poumons n'est autrechose
qu'une vapeur qui se condense
» &qui s'attache contre le
miroir, quoy que pourtant la
vapeur qui sort de ses poulmons
soit imperceptible.
Il doit cftre persuadé qu'il
s'exhale toujours des vapeurs
de toutes les parties de nostre
corps, comme j'ay déja montré
, & que ces vapeurs trouvent
en nous allez de conduits
pour monter jusquesau
cerveau, & dans les autres
parties; mais lors qu'elles partent
d'une matiere qui n'est
ny alterée, ny corrompuë, elles ne produisent en nous
aucun symptome qui soit facheux.
Que s'il arrive quelquefois
que les vapeurs dépravent
les fonctions, comme
nous voyons aux Femmes qui
font sujettes à, la Mere, à ceux
qui sont sujets à l'affection
hy pocondriaque, & à bien
d'autres,dont les vapeurs alterent
la santé, c'est que les
mesmes vapeurs partent d'une
matiere corrompuë & alterée.
Nous ne devons point douter
que les vapeurs ne soient
la cause de beaucoup de maÍ.
ladies qui nous arrivent, &
qui causentennous desaccidens
extraordinaires puisque
nous voyons mesme qu'elles
causent dans tout l'Univers
tant de çhofts surprenantes.
- - - -
Ne voyons-nous pas quela
pluye
,
le tonnerre, la gresle,
les tremblemens de terre, &
les choses mesme les plus naturelles
, & qui nous sont le
moins apparentes font formées
par des vapeurs? Cornment
pourrions-nous sentir
l'odeur d'une rose si ce n'est
par la vapeur qui s'exhale de
cette fleur? Jerapporte seulement
cet exemple afin qu'on
jugedetout ce qui se fait dans
la Nature par le moyen des
vapeurs; & peut- estre Dscartes
n'auroit-il pas mal faitde
donner le nom de vapeur à
ses atomes& frscorpufcules;
mais parce que c'estoit un
mot dont l'ancienne Ecole se
servoit, il a voulu déguiser sa
-
doctrine en changeant feulement
de terme, & la rendre
ainsi particuliere, quoy que
d'ailleurs ces changemens de
termes n'en puissentjamais
apporter,& neservent qu'à
caufcr de l'admiration en faveur
de ceux qui les inventent
; car enfin qu'est-ce
qu'une vapeur sinon des atomes
& des corpuscules de
mille fortes de figures, &
qu'est-ce que des atomes&
des corpuscules, qu'un amas
de ces petits corps qui composent
la vapeur?
Jereviens à l'affectionhypocondriaque
, à laquelle le
Philosophe rapporte la cause
detoutes les vapeurs;comme
si les Femmes qui font lujet*.
tesaux maladieshysteriques,
n'avoient point d'autres causes
de leurs vapeurs quecelle
de l'affection hypocondriaque.
Qn pourroit bien conclurre
,
si on vouloit ajoûter
foy à ses sentimens,que laffectionhypocondriaque
tfL
bien frequente & bien à la
mode, puis que nous voyons
tant de Femmes su jettes aux
vapeurs de Mere.
Mais si nostre Philosophe
vouloit bien reconnoistre une
, autre cause de l'affection hypocondriaque
que celle de la
foiblessed'estomac,il pourroit
aussien mesme temps en attribuer
une autre aux va peurs
des Femmes que celle de l'affection
hypocondriaque; car
si la foiblessed'estomacestoit
la seule cause de l'afft[tion
hypocondriaque, tous ceux
qui ont une foiblessed'estomac
,comme il arrive à ceux
qui font atteints de la Lienterir,,&
de la Leucophlegmatie,
auroient des symptomes encore
plus forts que ceux qui
ont l'affection h ypocondriaque,
ce qui n'arrive pourtant
pas. Il devroit reconnoistre,
comme font tous les habiles.
Medecins, qu'il yauneautre
cause de cette maladie, qui
est une melancolie atrabilaire
qui est contenuë dans les
hypocondres (c'est pour cela
qu'on appelle cette Maladie
bypocondriaque) & qui est la
causeprincipale de tous les
symptomes qui en procedent;
éC ce qui fait qu'on a quelque
espece d'horreur pour cette
maladie, c'est qu'elle affecte
le plus souvent le cerveau, &
déprave quelquefois la raison,
& tout cela par le moyen des
vapeurs
-
qu'elle y éleve en se
fermentant:ce quiestconfirmé
par l'évacuation du fang
melancolique qui se fait par
les Veines hemorrhoïdales
qui profite immanquablement
à cette maladie.
Nostre Philosophe combat
- fort la chaleur d'entrailles
dans cette maladie, quoy
qu'il convienne pourtant qu'il
peut y en avoir quelque fois,
mais il dit aussi que cette chaleur
d'entrailles provient immediatement
de l'indigestion
d'estomac
,
aussi bien que la
dessiccation des excremens,
comme si l'humide devoit
dessecher. & la chaleur ra..
fraischir ; & pour luy faire
voir par une seule experiencc)
que c'estla c haleur contre
nature qui estdans lecorps
qui échaufe & qui desseche
les exrcmens, il n'a qu'à
prendre un lirge trempé dans
de l'eau commune ,
& l'appliquer
ensuitte sur une partie
qui fera atteinte d'une Heresipelle
,
& il verra par là
, que
lelinge se dessechera plûtôt
que sion l'appliquoitsurune
autre partie qui se trouveroit
faine. A plus forte raison la
chaleur contre nature deffeche
lesexcremens quisetrouvcnt
dans le Corps
,
où elle
agic avec plus de force, puis
qu'elle desseche si fort les hu- j:mides qu'on luy oppose aux
parties externes. Je ne puis pas croire qu'un homme soit ca-
;:. pable de former une semblable
hypothese,de vouloit faile
comprendre que la chaleur
t
rafraischit, & que l'humide J
déniche; c'est ce que nous j
n'avons point encore veu.
Il dit encore que s'ilyavoit
un feu dans les Intestins capable
de dessecher les excremens
secaux
,
il est constant qu'il
diffecheroit auparavant les
Intestins, car on ne peut jamais
dessecher. une substance
humide
,
dans un vaisseau hu-:
mide, que le Vaisseau ne foit
préalablement desseché.Voila
Tes propres termes, mais
s'il prenoit garde que les Intestins
font toûjours humectez
par le suc nutriticr qui
y
yestporté pour leur nourriture
, & pour leur accroissement
» il demeureroit d'accord
que les excremens se
doivent dessecher, & non les
Intestins, parce que les excrcmens
n'ont point de vie,
&ne reçoivent aucune nourriture
pour les humecéter. Le
Soleil dessechera bien plustost
une branche d'un Arbre qui
ne recevra point de nourriture
de ses racines, qu'une autre
branche qui reçoit sa nourriture
du tronc & de ses racines.
t.. Quelle erreur de s'imaginer
que ce qui échauffe ou detre-z
checeux qui sontatteinsd'unesievre
ardente,ou d'une fievre
hectique,n'est autre chose
qu'une foiblesse d'estomach,
ou une indigestion J'ay veu
- de jeunes gens atteints de la
fièvre hcûtque fort échaufez,
& fort extenuez 5 qui mangeoient
& qui beuvoient
mieux que moy, & dontl'eftomach
faisoit fort bien sa
fonction.Ondevrôit -conclu.
re comme fai t nostre Philosophe
,
qu'il faudroit échaufer
&dessecher dans ces maladies.
Cependant j'en ay veu guerir
pluficurs par le fcul usage du
lait, qui n'est pas fort propre
pour fortifier l'estomach,
n'aurois jamais fait si je voulois
combatre tout ce qu'il
rapporte couchant les Maladies
des Vapeurs. C'est ce qui
demanderoit plustost un volume
qu'une Lettre Je suis
pourtant fortobligé
,
Mademoiselle,
à la Doctrine nouvelle
du Philosophe, puis
qu'elle m'a procuré l'honneur
de vous adresser cette response
,& de vous asseurer que je
fuis avec beaucoup de vénération,
Vostre tresse.
au Traité des Vapeurs de
Mdela Brosse, donc je vous
fis part dans ma Lettre d'Oaobrc.
Elle est de MrChays,
Medecin du Bourg Saint Andeol
en Vivarest. Vous ferez
bien aise de voir le pour & le
contre.
REPONSE
A laLettre d'un Philosophe,
touchant la Maladie des - Vapeurs.
A Mademoiselle de Scudery.
J'Ayesté sur pris, Mademoilclle,
qu'un Philosophe de
nos jours
3
iQfeélé d'HcrcHc
en matière de Medecine, vous
ait adresse une Lettre que j'ay
veuë dans le Mercure du mois
d'Octobre, pour vous perfuader
ses opinions erronées,au !
préjudice de la veritable doctrine.
Je sçay bien que tous les
Herefiarquesonr une pratique
fcmblablc alafienne, en vou-
- lant persuader aux personnes
de credit & d'autorité leurs
nouvelles opinions, afin de
les faire ensuite glisser plus
facilement dans l'esprit du Public;
mais comme je sçay que
lavous vousplaisez à écouter vérité en toutes choses
, je
nne'ay point douté que vous reccuffiez favorablement
ce que j'ay à vous dire contre
des opinions qui Ce réfutent
assez d'elles-mcfmes.
- Si ce Philosophe avoit dumoins
eu quelque vénération
pour l'antiquité & n'eust
point déchiré la réputation
du Divin Hypocratc, & de
tanr de Grands Hommes qui
l'ont imité,Il n'auroit peutestre
point donneoccasion à
luy répondre
,
mais comme
il s'en prend & aux Anciens
& aux Docteurs modernes de
la Faculté, & qu'il veut abbatre
par là tous les fondemens
de
la Medecine, pour
establir ses sentimens sur leurs
ruines,je n'ay pu me dispenser
de luy répondre, pour luy
i prouver par de bonnesraisons
appuyées sur l'experience
:que » tout ce qu'il a avancé
n'est à proprement parler
, qu'une chimere & une illuiion.
Il estcertain que les vapeurs
caufentbeaucoup de fynipto.
mes au Corps humain,& sur
tout dans le siecle ou nous
: sommes, puisque c'est presenitement
une maladie à la mode,&
que bien des personnes,
tant de l'un que de l'autre
sexe, en sont attaquées. Cela
donne lieu de croire que les
saisons, les climats differens,
&les revolutions des années
nous causent souvent des maladies
djffcrcntesJmais quoy
que ce mot devapeurs foitun
mot vague & généralqui
comprend en soy beaucoup
de differens symptomes
,
&
qu'elles soient produites,
tantost par les hypocondres,
tantost par reftomach>&tantost
par les mouvemens & les
indispositions de la Mere, &
mesme par beaucoup d'autres
partiesducorps,ce Philofophe
neantmoins veut, que
tous ces s,ymiptomes differens,, qui sont compris fous le nom
de Vapeurs, ne partent que
d'une mesme source
>
& d'un
estomach foible & depravé.
Il donne le nom de cette maladie
à celle de l'affection hypocondriaque
; & veut faire
comprendre par là que tous
ceux qui sont atteints de vapeurs
sont infectez de cette
maladie,& qu'on n'ose la
nommer ainsi, à cause que
ce nom a quelque chose d'ignominieux.
Il veutensuite que ces memes
va peurs , que les Mede-
; cins supposent estreengendrées
dans le basventre, ne
puissent en aucune maniere
monterny au Cerveau,ny à
la Poitrine ,ny aux autres par.
ties superieures
,
& ainsi il
veut prouver que les Medecins
font dans l'erreur, de
donner lenom de vapeurs à
tous ces symptomes differens,
que nous voyons arriver tous
les jours aux Femmes qui sont
sujettesàla Mere,& aux hommesaussi
qui sont atteints de
beaucoup de maladies
,
qui
font causées par les va peurs.
Il allegue pour ses raisons,
que les vapeurs qui s'élevcat.
du bas ventre ne peuvent
monter au Cerveau, à cause
des obstacles quelles trouvent
en chemin,comme font
le diaphragme, & la plevre,
&tous les autres obstacles
qu'il rapporte;mais s'il veut
n'estre point prévenu de ses
sentimens, comme les Medecins
le font des leurs, à ce
qu'il dit,& ne s'attacher pas
aussi fortementàsonopinion,
que les Turcs font à leur Alcoran,
je puis aisement le detromper,
& luy faire voir
qu'il est dans l'erreur luy-
! meCmco.,
••
q;; ,: ':,'
<
Il rapporte que nos Anciens
Docteurs soustiennent que
l'Epilepsie sympathique pro-
- vient des parties basses,& Galien
dans le livre3. des lieux
affectez chap. 7.' rapporte
qu'un jeune homme cstantatteint
d'une Epilepsie Sympathique,
lors que le Paroxisme
l'attaquoit, sentoit monter, à
ce qu'il disoit - comme un
ventfroid, de la Jambe à la
Cuisse,& de laCuisse consecutivementpar
les autres parties,
jusquesau Cerveau, &
qu'il estoit ensuite attaqué de
ce fâcheux y m ptome. Ce
Philosophe qui est de bonne
soy, avouë du moins que si
ce n'est pas une vapeur, qui
causoit l'accident de ce jeune
homme, c'estoit, à ce qu'il
dit, une humeur maligne,
qui se glissoit par les parties
du corps de ce Malade,&qui
luy causoit l'Epilepsie. Mais
je croy qu'il devroit bien avouër
qu'une vapeur qui est
plus subule qu'une bumeur,
peut bien passer par lesmesmes
endroits que l'humeur
passera
,
& sur tout puisque
celaest autorité par le Malade,
qui disoit sentir comme
un vent froid qui luy montoit
de la Jambe jusques au
Cerveau. Cet argument doit
paroistre sans réplique, puisbqiueenqui
reçoit le plus peut
recevoir le moins.
Mais comme il ne veut
point adherer aux opinions
& aux autoritez de nos Dofleurs
,
& qu'il ne s'attache
qu'à ses idées particulieres,
je neveux me fcrvir ny
d'aucune autorité, ny d'aucune
preuve d'Hypocrate ny
de Galien. Je veux seulement
le convaincre par des raisons
ôz des experiences fort sensibles
) & que tout le monde
pUÎifC;
puisse comprendre, ce qui
pourtant devroit m'obligerà
ne point disputer avec luy,
parce qu'il nie les princi pes
dela Philosophiedonc il fait
f. profession. Contra negantem
principia , non est disputmdum.
i Jeluy demande donc, dllÙ
l vient que ceux qui boivent du vin plus qu'a l'ordinaire,
sentent bien-tost après avoir
beu troublerl'oeconomie de
leur Cerveau, & qu'ils perdent
en peu de temps l'ufJ,CTc
de la raison. Le vin cependantreste
dans leurestomach,
6iOu dans leurs intestins. Je
croyqu'il devroit avoüer de
bonne soy, que c'est la vapeur
du vin, qui pénétrant facilement
le Diaphragme,la
Plevre, & les autres obstacles
qu'il propose. va directement
pervertir lesfonctions de î'esprit
animal, & fait souffrir
aux Beuveurs la depravation
qui le fait dans leur Cerveau
pendant leur debauche; ou
bien cette mesme vapeur se
glissant dans les Veines &;
dans les Arteres
, contre le
sentiment du Philosophe,va
attaquer directement le
Cerveau.
Ce qui prouve forte[
ment ce que je viens de dire,
c'cft qu'ona veu des personnesaqui
estantencrées dans
une Cave, où les cuves étoient
remplies de vin nouveau,
la vapeur scule de ce
vin lesentièrementenyvrées,
quoy qu'elles n'eussent pour- tant pas beu. Ainsi il pour
com prendre que les vapeurs
agissant si fortement
, quoy
qu'elles viennent du dehors,
elles doivent agir avec plus de
violence lors qu'un homme a
fait la débauche, parce qu'elles
agissent au dedans.
Les Femmes qui font si souvent
attaquées. des Vapeurs
de Mere,nous fournissent enr
core un exemple, & une preuveincontestable
,
contrele
sentiment du Philosophe.
Car en effet, si c'estoit une
matiere quise portast des parties
baffes si facilement dans le
Cerveau, pour leur causer des
convulsions,&lesautres ac.,
cidens qui dépravent les fonctions
animales
, pourquoy
ces mcfmcs accidens passeroienr-
ils si vÎrc, & pourquoy
arriveroient -
ils si inopinement?
Ce n'est que le propre
des vapeurs de changer si fa*
cilement d'une partie à l'autre,
& de cau fer des accidcns,
qui font si faciles à naître,ÔC
si faciles à terminer.
Que si le Philosophe veut
que ce soit la malignité de
- l'humeur qui le trouve corrompuë
dans les parties basses
qui se communique par le
moyen de la circulation, ou
autrement, dans la capacité
du Cerveau
, pourquoy une
vapeur qui s'exhalera de cette
matiere corrompue
, ne pourra-
t elle pas faire le mesme esset
avec plus de disposition &:
pe promptitude?
Si je voulois encore pouffer
la chose plus avant, l'exemple
du Mercure me fournit
une occa sion fort propre à le,
faire revenir de ses sentimens. -
Je sçay par experiencc
, qu'ayant fait frotter plusieurs
fois d'un onguent fait avec ce , minéral, labplante des pieds
de ceux qui font atteints des
maladies Vénériennes le
Mercure ne manque point de
monter par les parties internés,
jusque dans le Cerveau,
sans que le Diaphragme,la
Plevre ,ny le Mediastin l'c
emperchent, quoy que de sa
nature ce mineral soit des
plus pesans, & qu'il tendenaturellement
en
-
bas ,par son
piqprc poids; & ce qui nous
prouve qu'il monte jusques
au Cerveau
,
c'est qu'il y produit
des symptomes qui ne
sont propres qu'à cette partie,
Ifie qu'en mettant quelque piece
d'or dans la bouche ,le
Mercure nemanque pas de s'y
attacher. Ainsi nous pouvons
scio,nclure&le Philosopheau£ que les vapeurs qui sont
plus legeres que ce mincral
Émeuvent bien monter jusques
tau Cerveau, puisqu'elles ten- -
dent naturellementen haut;
& qu'elles ne vont jamais en
bas, que par impulsion & par
violence Il est si vray que
noistre corpsest tout perspirable,
suivant le sentiment de
nos Docteurs, & que toutes
les parties ont une fort grande
communication &connexionentre
elles
,
qu'il faut
n'estre point Medecin pour
en douter;&ainsi les vapeurs
qui s'eflevent d'une matiere
maligne,causent en nous par
cette intime communication
&connexion,bien des symptomes
differens, suivant le
degré de corruption, &suivant
les parties où elless'attachent
,
sans qu'elles puissent
trouver des obstacles aIT,z
forts pour les empescher de
monter.
Si nous confidcrons auni
une especed'Hydropisie que
nous appelions Timpanite,
& qui est produite par des
vents & des vapeurs, qui font
contenus dans la capacité du
ventre JIil faut suivant son hypothese,
que ces mesmes vapeurs
passent au travers des
intestins
, & au travers des
cinqtegumens, lors que le
Malade vient à guérir, pour
pouvoir estredissipées; & cependant
le Diaphragme ny la
Plevre ne font pas de plus
forts obstaclesque ceux que
je viens de rapporter.
Et si dans la fausse Pleuresie,
qui n'est le plus souvent produite
que des vapeurs & des
vents, on voit d'ordinaire que
par l'application des topiques
qui ouvrent les pores,
ces mesmes vapeurs sont disfipées
par insensible transpiration,
en perçant les cinq
tegumens,elles pourront bien
aussi passer au travers duDia- -
phragme, qui n'est pas plus
épas que les cinq tegumens,
& si raB est convaincu que la
matiere purulente, qui bl(st
trouvée dans lapoitrine, s'est
quelquefois évacuée par les
urines, sans que rAnatcmic
ait trouvé jusqu'icy aucun
conduit par où le pus ait pû
passer jusque dans les reins, il
est immanquable que les va-
:peurs, qui sont & plus tranf- pirables & plus legeres, pouril
ront bien sortirde la pôuri-n
ne:& se frayer une voyc dans
le cerveau sansqu'aucun ob- jftacle les arreste,puis que le
pus en est bien sorty , tant il
est vray que nostre corps cft
tout transpirable
Pourquoy le sage Ouvrier
dela Nature auroit il donné à
nos corps tant de millions de
pores, si ce n'est pour en faire
sortir les vapeurs supeifluës,
qui s'exhalent continuellement,&
qui sont que lquefois
apparentes aux sens, comme
nous le voyons à ceux qui
suent, dont il fort une fumée
semblable àcelle qui fort d'une
marmite,&qui n'est autre
chose qu'une vapeur; & s'il
arrive que nous ne voyions
sortir aucune vapeur de nos
corps,c'est qu'elles font Ím- *
perceptibles. Que si le Philosophe
vouloit estre convaincu
par experience qu'il en fort
continuellement du lien, il
n'auroit qu'à s'exposer devant
unmiroir& y rcfpircr contre>
& il verroitpar les petû
: tes gouttes d'eau qui s'y attachent
, que ce qui fort de ses
poumons n'est autrechose
qu'une vapeur qui se condense
» &qui s'attache contre le
miroir, quoy que pourtant la
vapeur qui sort de ses poulmons
soit imperceptible.
Il doit cftre persuadé qu'il
s'exhale toujours des vapeurs
de toutes les parties de nostre
corps, comme j'ay déja montré
, & que ces vapeurs trouvent
en nous allez de conduits
pour monter jusquesau
cerveau, & dans les autres
parties; mais lors qu'elles partent
d'une matiere qui n'est
ny alterée, ny corrompuë, elles ne produisent en nous
aucun symptome qui soit facheux.
Que s'il arrive quelquefois
que les vapeurs dépravent
les fonctions, comme
nous voyons aux Femmes qui
font sujettes à, la Mere, à ceux
qui sont sujets à l'affection
hy pocondriaque, & à bien
d'autres,dont les vapeurs alterent
la santé, c'est que les
mesmes vapeurs partent d'une
matiere corrompuë & alterée.
Nous ne devons point douter
que les vapeurs ne soient
la cause de beaucoup de maÍ.
ladies qui nous arrivent, &
qui causentennous desaccidens
extraordinaires puisque
nous voyons mesme qu'elles
causent dans tout l'Univers
tant de çhofts surprenantes.
- - - -
Ne voyons-nous pas quela
pluye
,
le tonnerre, la gresle,
les tremblemens de terre, &
les choses mesme les plus naturelles
, & qui nous sont le
moins apparentes font formées
par des vapeurs? Cornment
pourrions-nous sentir
l'odeur d'une rose si ce n'est
par la vapeur qui s'exhale de
cette fleur? Jerapporte seulement
cet exemple afin qu'on
jugedetout ce qui se fait dans
la Nature par le moyen des
vapeurs; & peut- estre Dscartes
n'auroit-il pas mal faitde
donner le nom de vapeur à
ses atomes& frscorpufcules;
mais parce que c'estoit un
mot dont l'ancienne Ecole se
servoit, il a voulu déguiser sa
-
doctrine en changeant feulement
de terme, & la rendre
ainsi particuliere, quoy que
d'ailleurs ces changemens de
termes n'en puissentjamais
apporter,& neservent qu'à
caufcr de l'admiration en faveur
de ceux qui les inventent
; car enfin qu'est-ce
qu'une vapeur sinon des atomes
& des corpuscules de
mille fortes de figures, &
qu'est-ce que des atomes&
des corpuscules, qu'un amas
de ces petits corps qui composent
la vapeur?
Jereviens à l'affectionhypocondriaque
, à laquelle le
Philosophe rapporte la cause
detoutes les vapeurs;comme
si les Femmes qui font lujet*.
tesaux maladieshysteriques,
n'avoient point d'autres causes
de leurs vapeurs quecelle
de l'affection hypocondriaque.
Qn pourroit bien conclurre
,
si on vouloit ajoûter
foy à ses sentimens,que laffectionhypocondriaque
tfL
bien frequente & bien à la
mode, puis que nous voyons
tant de Femmes su jettes aux
vapeurs de Mere.
Mais si nostre Philosophe
vouloit bien reconnoistre une
, autre cause de l'affection hypocondriaque
que celle de la
foiblessed'estomac,il pourroit
aussien mesme temps en attribuer
une autre aux va peurs
des Femmes que celle de l'affection
hypocondriaque; car
si la foiblessed'estomacestoit
la seule cause de l'afft[tion
hypocondriaque, tous ceux
qui ont une foiblessed'estomac
,comme il arrive à ceux
qui font atteints de la Lienterir,,&
de la Leucophlegmatie,
auroient des symptomes encore
plus forts que ceux qui
ont l'affection h ypocondriaque,
ce qui n'arrive pourtant
pas. Il devroit reconnoistre,
comme font tous les habiles.
Medecins, qu'il yauneautre
cause de cette maladie, qui
est une melancolie atrabilaire
qui est contenuë dans les
hypocondres (c'est pour cela
qu'on appelle cette Maladie
bypocondriaque) & qui est la
causeprincipale de tous les
symptomes qui en procedent;
éC ce qui fait qu'on a quelque
espece d'horreur pour cette
maladie, c'est qu'elle affecte
le plus souvent le cerveau, &
déprave quelquefois la raison,
& tout cela par le moyen des
vapeurs
-
qu'elle y éleve en se
fermentant:ce quiestconfirmé
par l'évacuation du fang
melancolique qui se fait par
les Veines hemorrhoïdales
qui profite immanquablement
à cette maladie.
Nostre Philosophe combat
- fort la chaleur d'entrailles
dans cette maladie, quoy
qu'il convienne pourtant qu'il
peut y en avoir quelque fois,
mais il dit aussi que cette chaleur
d'entrailles provient immediatement
de l'indigestion
d'estomac
,
aussi bien que la
dessiccation des excremens,
comme si l'humide devoit
dessecher. & la chaleur ra..
fraischir ; & pour luy faire
voir par une seule experiencc)
que c'estla c haleur contre
nature qui estdans lecorps
qui échaufe & qui desseche
les exrcmens, il n'a qu'à
prendre un lirge trempé dans
de l'eau commune ,
& l'appliquer
ensuitte sur une partie
qui fera atteinte d'une Heresipelle
,
& il verra par là
, que
lelinge se dessechera plûtôt
que sion l'appliquoitsurune
autre partie qui se trouveroit
faine. A plus forte raison la
chaleur contre nature deffeche
lesexcremens quisetrouvcnt
dans le Corps
,
où elle
agic avec plus de force, puis
qu'elle desseche si fort les hu- j:mides qu'on luy oppose aux
parties externes. Je ne puis pas croire qu'un homme soit ca-
;:. pable de former une semblable
hypothese,de vouloit faile
comprendre que la chaleur
t
rafraischit, & que l'humide J
déniche; c'est ce que nous j
n'avons point encore veu.
Il dit encore que s'ilyavoit
un feu dans les Intestins capable
de dessecher les excremens
secaux
,
il est constant qu'il
diffecheroit auparavant les
Intestins, car on ne peut jamais
dessecher. une substance
humide
,
dans un vaisseau hu-:
mide, que le Vaisseau ne foit
préalablement desseché.Voila
Tes propres termes, mais
s'il prenoit garde que les Intestins
font toûjours humectez
par le suc nutriticr qui
y
yestporté pour leur nourriture
, & pour leur accroissement
» il demeureroit d'accord
que les excremens se
doivent dessecher, & non les
Intestins, parce que les excrcmens
n'ont point de vie,
&ne reçoivent aucune nourriture
pour les humecéter. Le
Soleil dessechera bien plustost
une branche d'un Arbre qui
ne recevra point de nourriture
de ses racines, qu'une autre
branche qui reçoit sa nourriture
du tronc & de ses racines.
t.. Quelle erreur de s'imaginer
que ce qui échauffe ou detre-z
checeux qui sontatteinsd'unesievre
ardente,ou d'une fievre
hectique,n'est autre chose
qu'une foiblesse d'estomach,
ou une indigestion J'ay veu
- de jeunes gens atteints de la
fièvre hcûtque fort échaufez,
& fort extenuez 5 qui mangeoient
& qui beuvoient
mieux que moy, & dontl'eftomach
faisoit fort bien sa
fonction.Ondevrôit -conclu.
re comme fai t nostre Philosophe
,
qu'il faudroit échaufer
&dessecher dans ces maladies.
Cependant j'en ay veu guerir
pluficurs par le fcul usage du
lait, qui n'est pas fort propre
pour fortifier l'estomach,
n'aurois jamais fait si je voulois
combatre tout ce qu'il
rapporte couchant les Maladies
des Vapeurs. C'est ce qui
demanderoit plustost un volume
qu'une Lettre Je suis
pourtant fortobligé
,
Mademoiselle,
à la Doctrine nouvelle
du Philosophe, puis
qu'elle m'a procuré l'honneur
de vous adresser cette response
,& de vous asseurer que je
fuis avec beaucoup de vénération,
Vostre tresse.
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2
p. 99-137
Explication physique & chymique des feux soûterrains, des tremblemens de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre.
Début :
Mon dessein est de donner, par le moyen d'une [...]
Mots clefs :
Soufre, Terre, Vitriol, Tonnerre, Ouragans, Matière, Mouvement, Opération, Feu, Fer, Mars, Limaille de fer, Chaleur, Nues, Vapeur, Fermentation, Souterrains, Tremblements de terre, Éclairs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Explication physique & chymique des feux soûterrains, des tremblemens de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre.
Explicationphyfique & chimique
àv$feuxJouterrams,
des tremblemens deterrey
des'ouragans, des éJairs&r
-du o tonmrre. -'
.(-' ,
1
Mon dessein est de donner,
par le moyen d'une
opération de Chymie, une
idée sensible de ce qui se
1
passe dans les nuës lors
qu'elles s'ouvrent en temps
detempête,pour produire
les éclairs ôc le tonnerre: mais avant que de faire
voir cette opération, il est
à propos de parler de la matiere
qui cause des effets si
violens, & d'examiner sa
nature & son origine.
On ne peut pas raisonnablement
douter que la
nature de l'éclair & du tonnerrene
soit un souffre en- amme, ôc élancé avec
beaucoup de rapidité. Nous
ne cannoissons rien d'inflammable
, ni de plus en
mouvement que le souffre,
ôc l'odeur du souffre que le
tonnerre laisse dans tous les
lieuxoù il a passé, prouve
assez sa nature. Il est donc
question de trouver l'origine
de ce souffre
: il n'est
pas vraisemblable qu'il Ce
soit formé dans les nuës, il
faut qu'il y ait étéporté en
vapeur.
Il me paroît que l'origine
de la matiere qui fait
le tonnerre est la même que
celle, des tremblemens de
terre, des ouragans, des
feux soûterrains. J'ai explique
la cause de ces grands
remuëmens dans un livre
de Chymie, à l'occasion
d'une préparation particuliere
sur le fer appeile safran
de Mars. Comme mon
explication a ététrouvée
assez juste, ôc que j'ai fait
encore plu sieurs autres experiences
qui servent à confirmer
ce que j'avois avancé,
je rapporterai en abrégé
les unes ôc les autres experiences.
Voici donc les
premieres.
On fait un mélange de
parties égales de limaille
de fer & de souffre pulverisé,
on reduit le mélange
en pâte avec del'eau, ôc on
le laisse en digestion sans
feu pendant deux ou trois
heures; il s'y fait une fermentation
& un gonflement
avec chaleur considerable
: cette fermentation
fait la pâte en plusieurs
endroits, & y fait des crevasses
par où il sort des vapeurs
qui sont simplement
chaudes,quand la matiere
n'est qu'en une mediocre
quantité:mais qui s'enflamment
lorsque , la matiere
d'où elles sont poussées fait.
une masse considerable,
comme de trente ou de
quarante livres.
La fermentation accompagnée
de chaleur, & même
de feu qui arrive dans
cette opération, procede
de la pénétration & du frotement
violent que les pointes
acides du souffre font
contre les parties du fer.
Cette experience feule
me paroîtréscapable d'expliquerdequelle
maniere
se fontdans les entrailles
de la terre les fermentations,
les remuëmcns &
les embrafemens
, comme
il arrive au mont Vesuve,
au mont Etna, & en plufleurs
autres lieux; car s'il
s'y rencontre du fer & du
souffre qui s'unissent & se
penetrent l'un l'autre, il
doit s'ensuivre une violente
fermentation, qui produira
du feu, comme dans nôtre
opération. Or il est aisé de
prouver que dans les monragnes
donc j'ai parlé il y a
du souffre & du fer; car aprés
que les flammes font
finies,on trouve beaucoup
de souffre sur la superficie
de la terre, & l'on découvre
danslescrevassesoùle
souffre a patTé, des matieres
semblables à celles qui se
separent du fer dans les
forges.
»
Voici les secondes experiences
que j'ai faites
)
qui
appuyeront les premières
& mon raisonnement. J'ai
mis du même mélangede
limaille de fer ôc de souffre,
en différentes quantitez,
dans des pots hauts & étroirs,
en sorte que la matiere
y a été plus comprimée
que dans les terrines;
il s'estfaitaussi desfermentations&
des embrasemens
plusforts, & la matieres'étant
élevée avec un peu de
violence,il en a rejailli une
partie autour des pots. J'ai
mis en été cinquante livres
du mêmemétla.n)ge dans un grand pot, j'ai placé le pot
dans un creux que j'avois
fait faire en terre à la campagne,
je l'ai couvert d'un
linge, ôc ensuirede terre à
la hauteur d'environ un
pied
}
j'ai apperçû huit ou
neuf heures après que la
-
terre se gonfloit,s'échauffoit
& se crevafToit
; puis il
en est forci des matières
foulfreufes & chaudes, ôc
ensuite quelques flammes
qui ont élargi les ouvertures,
& qui ont répandu autour
du lieu une poudre jaune
& noire. La terre a demeuré
long-tempschaude:
je l'ai levée aprèsqu'elle a
été refroidie, je n'ai trouvé
dans le pot qu'une poudre
noire & pesante, c'est la limaille
de fer dépouillée
d'une partie de son souffre.
On auroit pû mettre
davantage de terre sur le
pot: mais il y auroit eu à
craindre que la matiere
n'eût pû s'allumer faute
d'air. Cette opération rétiffit
mieux en été qu'en hyver,
à cause de la chaleur
du Soleil quiexcite un plus
grand mouvement aux parties
insensibles du fer 6c du
souffre. Il n'est donc pas
necessaire de chercher ailleurs
ce qui peut mettre les
souffres en mouvement
dans les mines & les enflammer,
leur jonction avec
le fer produira parfaitement
bien cet effet, demême
qu'elle a produit dans
nos opérations. Mais il se
presente ici une difecultéi,
c'etf que ces grandes fer
mentations & cesembraiemens
soûterrains nepeuventavoir
ete produitslans
air: or on ne comprend
pas bien par où il auroit pu
paffer de l'air si profonde-
-.ment. dans laterré.
On répond à cette obtjection
,
qu'il y a dans la
terre beaucoup de fentes
r& de conduits que nous ne
voyonspoint, & sur, tout
dans les pays chauds,où
ccsmouvemens soûterrains
.arrivent ordinairèment; car
la grande chaleur du Soleil
échauffant & calcinant, par
maniéré de dire, la terre
en plusieurs lieux, y fait
des crevasses profondes)
par où il se peut introduire
de l'air. Les tremblemens
de terre font apparemment
causez par une vapeur, qui
ayant été produite dans la
-
fermentation violente du
fer&du souffre,s'est con-
-
vertie en un vent sulfureux,
lequel se fait passage ic
roule par où il peut, en soûlevant
& branlant les terres
fous lesquelles il passe.
Si ce vent sulfureux se trou- ;
ve toujours renfermé, sans
pouvoir penetrer aucune issuë
pour s'échaper, il fait
durer le tremblement de
terre long-temps & avec
de grands efforts,jusqu'à
ce qu'il ait perdu son mouvement
: mais s'il trouve
quelques ouvertures pour
sortir, il s'élance avec grande
impetuosité,&c'est ce
qu'on appelle ouragan; il
écarce la
-
terre & fait des
abî»
abîmes, il deracine les arbres
& abat les maisons; &
les hommes même ne seroient
pas à l'abri de sa furie,
s'ils ne prenoient la
précaution de se jetter
promptement labouche&
le ventre contre terre, non
pas feulement pour s'empêcher
d'être enlevez, mais
pouréviter de respirer ce
ventlîitCureux &chaud qui
les [uffoqùoir.
Les feux foûtcçrains viennent
de la mêmeexhalaison
sulfureuse. LaNdifference
des effets qu'elle Prbduit
peut provenir de plusieurs
caules de ce que la
maticre a étéplus abondante
5
Se par. consequent.
la fermentation plusforte
de ce qu'il s'y est introduit
davantage d'air;de ce qu'il
s'est rencontré des fentes
ou des crevasses àla terre
assezgrandes, & disposées
pour laisser passer les flammes.
Cesflammesensélëvant
imperueusement ie
font bientôt un jour plus
grand, & elles donnent
lieu à toute la matiere du
fond de la terre de s'enflammer
& de pousser des
C-ux si abondas, qu'ils
couvrent & inondent cjueL
quefois de leurs cendres les
prochains villages.
Les feux folets &ceux
qui paroissent sur certaines
eaux dans les pays chauds,
tirent apparemment leur
origine de la même cause :
mais comme la vapeur fuifureufe
a été foible, &que
son plus grand mouvement
x été ralenti, en se filtrant
au travers des terres & en
passantpar leseaux,ilne
s'en est. élevéuqqwielflajïw
- me legere,spiritueuse,cr- *
rante ,
& qui n'est point entretenue
par une assez grande
quantité de matiere pour
être de durée. Il y a apparence
que les eaux minérales
chaudes, comme celles
de Bourbon, de Vichi, de
BaLrue, d'Aix,ont prisleur
chaleur des feux foûterrains,
ou des terres fulphureufes
& échauffées par où
elles ont passé; car quand
ces eaux sont en repos, il
s'enièpare des parties de
souffre aux côtez des baffînSrlifc
peut faire aussï
* que certaines eaux minérales
ayent tiré leur chaleur
d'une chaux naturelle,
quelles rencontrent en leur
chemin dans les entrailles
de la terremais cette chaux
n'est qu'une pierre calcinée
par des feux soûterrains.
Les colomnes d'eau qui
s'élevent quelquefois sur la
mer, & qui font aux matelots
les sinistres prcfages
d'un prompt naufrage,
viennent apparemment de
ces vents sulfureux pouffez
rapidement desterres de
dessous la mer) après des
fermentations pareilles à
celles dont il a été' parlé.
Les vents sulfureux, qui
font les ouragans,s'élèvent
avec tant de violence en
s'échapant de dessous la
terre,qu'il en monte une
partie jusqu'aux nues:c'estce
qui fait la matiere & la
cause du tonnerre ; car ce
vent qui contient un souffre
exalté s'embaraue dans les
nues, & y étant battu &
compriméfortement, il y
acquiertun mouvement assez
grand pour s'y enflammer
& y former l'éclair en
fendant la nuë, ôc s'élançantavec
une très- grande
rapidité. C'est CI furieux
mouvement qui cause le
bruit du tonnerre que nous
entendons; car ce vent
sulfureux sortant violemment
d'un lieu étroitoùil
étoit contraint
>
frape l'air
trés-rudement & y roule
d'une vîtesse extraordinaire,
de même que fait la
poudre qui fort d'un canon
où elle aété allumée.
On peut dire ici qu'un nitre
subtilqui est toûjours naturellement
répandu dans
l'air, se lie au souffre du tonnerre,
& augmente la force
de son mouvement &
de son action,demême
que quand oa mêlé du
salpêrre avec ousouffre
commun, il produitun efset
bien plus violent eh se
rarefiant, que quand il est
seul. Ce vent sulfureux du
tonnerre après avoir roulé
dans l'air quelque espace
de temps,se rallentit peu à
peu de son mouvement ; c'est pourquoy le tonnerre
est bien plus violent & plus
dangereux au moment qu'il
fort
fort de la nuë, que quand il
a déja fait dans l'air une
partie de ses rournoiemens
êc de ses virevoustes : mais
enfin après avoir fait tant
d'éclat, tant de bruit & tant
de fracas, il (e reduit à rien,
& il ne laisse dans les lieux -..
où il a passé qu'une odeur
de douffresemblable à celle
de l'ouragan.
Quant aux pierres de
foudre, dont le vulgaire
veut que le tonnerre foit
toûjours accompagné, leur
existence me paroît bien
douteuse, & j'ai assez de
pente à croire qu'il n'yen
a jamais eu de véritables.
Il n'est pourtant pas absolument
impossible que les
ouragans en montant rapidement
jusqu'aux nuës,
comme il a étédit, n'enlevent
quelquefois avec
eux des matieres pierreuses
& minerales, qui s'amollissant
& s'unissant par la
chaleur, forment ce qu'on
appelle pierre de tonnerre
: mais on ne trouve point
de ces pierres dans les lieux
où le tonnerre est tombé ;
ôc quand même on en auroit
trouvéquelqu'une
)
il
y auroit bien plus lieu de
croire qu'elle viendroir d'une
matiere minérale fondue
& formée par le souffre
enflammé du tonnerre
dans la terre même, que
de penser que cette pierre
eût étéformée dans l'air ou
dans les nuës, & élancée
avec le tonnerre.
Il reste une difficulté,
cess: de sçavoir comment
le vent sulfureux que j'ai
supposé être la matiere du
tonnerre , peut avoir été
allumé entre les nuës qui
sont composées d'eau, &.
y avoir été comprimé ians
s'éteindre; car il semble
que l'eau des nuës dévoit
avoir empêché que ce [ouf..
fren'allumât, ou du moins
elle devoit l'absorber étant
allumé.
Pour répondre à cette
difficulté,je dis que le souffre
étant une substance grasse,
n'est point si sujet à l'impression
de l'eau que les autres
substances, & qu'il
peut estre enflammé dans
l'eau & y brûler, de même
que le camphre 5c plusieurs
autres matieres sulfureuses
très
-
exaltées y brûlent. Il
doit néanmoins estre arrivé
qu'une partie de ce souffre
ait été plongée dans la
grande quantité d'eau qui
fait les nuës, & qu'elle se
soit éteinte avec une forte
detonnation, comme il arrive
quand on jette dans
de l'eauquelque matiere
solide rougie au feu. Cette
detonnation contribue
peut-être à faire le bruit du
tonnerre: mais l'autre partie
du souffre, qui étoit la
plus subtile ôc la plus disposée
au mouvement, a été
exprimée toute en feu. L'experience
que j'en ai faite
prouve mon raisonnement.
J'ai mis dans un matras
de moyenne capacité, &
dont le cou avoir été trempé,
trois onces de bon esprir
de vitriol, donze onces
..d'cati commune;j'ai fait
un peu chauffer le mélange
)
& j'y ai jetté à plusieurs
reprises une once, ou une
once & demie de limaille
de fer. Il s'est fait une ébulirion
& des vapeurs blanches
: j'ai presentéune bougie
allumée à l'embouchure
du matras; cette vapeur a
pris feu, & à même temps
a fait une fulmination violente
& éclatante. J'en ai
encore approchélabougie
allumée plusieurs fois; il
s'est fait des fulminations
semblables à la premiere,
pendant lesquelles le matras
s'est trouvé assez souvent
rempli d'une flamme
qui a penetré & circulé jusqu'au
fond de la liqueur,
ôc quelquefois la flamme a
duré une espace de temps;
considerable au cou du mettras.
Liiij
Il y a plusieurs circonstances
à remarquer dans
cette opération. La première
est que l'ébulition
qui arrive quand on a jette
la limaille de fer dans la liqueur
,
provient de la dissolution
qui se fait d'une
portion du fer par l'esprit de
vitriol: mais afin que l'ébulition
,
les fumées & la
dissolution soient plus fortes,
il est necessaire de mêler
de l'eau avec l'esprit de
virriol en la proportion qui
a été dite; car si cet esprit
étoit pur,& qu'il n'eût point
été dilayé & étendu par
l'eau, ses pointes à la vérité
s'atracheroient à la limaille
de fer: mais elles y seroient
ferrées & presséesl'une
contre l'autre, en forte qu'-
elles n'auroient point leur
mouvement libre pour agir
suffisamment, & il ne se feroit
point de fulmination.
La seconde est qu'on doit
un peu chaufferlaliqueur
pour exciter les pointes du
dissolvant à penetrer le fer
& y jetter des fumées:mais
il ne faut pas qu'elle soit
trop chaude, parce que ces
fumées fortiroient trop vite,
& quand on y mettroit
la bougie allumée,elle ne
seroit que s'enflammer au
cou dumatras sans faire de
futmination;car ce bruit
ne vient que de ce que le
souffre de la matiere étant
allumé jusques dans le fond
du matras, trouve de la resistance
à s'élever, Ôc il fait
grand effort pour fondre
l'eau & se debarasser. La
troisiéme est qu'il faut necessairement
que le souffre
qui s'exalte en vapeur &
quis'enflamme,vienne uniquement
de la limaille de
fer; car l'eau ni l'esprit de
vitriol, & principalement
le plus fort, comme celui
que j'ai employé,n'ont rien
de sulfureux ni d'inflammable
! mais le fercontient
beaucoup de souffre, comme
tout le monde le sçait.
Il faut donc que lesouffre
de la limaille de fer ayant
été rarefié & developé par
l'esprit de vitriol, se foit
exal té en une vapeur tréssusceptible
du feu. La quatriéme
est que les esprits
acides de sel, de souffre&
d'alun produisentdanscette
operation le même effet
que l'espritdevitriol:mais
l'esprit de nitre ni l'eau forte
n'y excitent point de fulmination.
Au reste,l'opération dont
je viens de parler n'a pas été
inventée seulement pour la
fulmination; elle fait le
commencement d'une préparation
nommée le sel ou
le vitriol de Mars,employée
& estimée dans la Medecine.
Si l'on veut donc profiter
de ce qui est resté dans
le matras aprèslafulmination,
il faut le faire bouillir
,
le filtrer, faire evaporer
sa liqueur filtre'e à diminution
des deux tiers ou
des trois quarts, & la laisser
crystaliser en un lieu
frais: on aura le vitriol de
Mars, qui ressemble beaucoup
en figure, en couleur
& en goût au vitriol d'Angleterre
: mais il est un peu
plus doux & il senc plus le
fer. C'est un fort bon apperitif
;la dose est depuis
six grains jusqua un
fcrupulc
: si l'on en donne une
plus grande dose, il est fut
jet à exciter quelques nausées,
mais non pas avec tant.
de force que fait le vitriol
ordinaire.
Le vitriol de Mars cft
proprement une revivisifeation
du vitriol naturel;
car l'espritacide du vitriol
qui avoit été sèparé de sa
terre par la diftilation
, entre
par cette operation dans
les pores de fer, le diflfout
& s'y corporifie. J'ajoûtc à
cela que le fer contient un
sel vitriolique tréscapablc
de contribuer à la formation
de ce vitriol de Mars.
J'ai mis dans unu cornuë
de grés huit onces de vitriol
de Mars, j'y ai adapté
un grand balon ou recipicnt,
& j'en ai fait la dif.
tilation.comme on aoûtume
de faire celle à
triol ordinaire; j'en ai retiré
cinq onces & cinq dra
gmes d'un esprit acide,
clair, ressemblant beaucoup
à Tefprit de vitriol
commun, mais laissant sur
la langue un goût un peu
plus astringent ou fiyptique.
Il est sorti du balon.
d'abord qu'il a été feparc de
la cornue, une forte odeur
de souffre. Cet cfprit est
bon pour les pertes de fang,
pour les cours de ventre.
J'ai trouve dans la cornuë
une maticre fort rarefie'e,
k -re ,
très
-
friable
, rouge>
se dilayant aifémenc
dans la bouche,d'un goût
astringent tirant un peu sur
le doux c'est un beau ôc
bon safran de Mars aperitif.
J'ai mis dans un creufct
sur le feu une autre portion
de vitriol de Mars cryfialife;
lajxuticrç$çftfondue,
il
il s'en est évapore beaucoup
de flegme,&ilestrelié du
vitriol blanc, comme il arrive
quand on calcine le
vitriol commun. J'ai poussé
par un grand feu ce vitriolblanc,
il est devenu rouge
comme du coleotar. On
peut donc conclure que le
vitriol de Mars ell en toutes
choses semblable au vitriol
naturel.
àv$feuxJouterrams,
des tremblemens deterrey
des'ouragans, des éJairs&r
-du o tonmrre. -'
.(-' ,
1
Mon dessein est de donner,
par le moyen d'une
opération de Chymie, une
idée sensible de ce qui se
1
passe dans les nuës lors
qu'elles s'ouvrent en temps
detempête,pour produire
les éclairs ôc le tonnerre: mais avant que de faire
voir cette opération, il est
à propos de parler de la matiere
qui cause des effets si
violens, & d'examiner sa
nature & son origine.
On ne peut pas raisonnablement
douter que la
nature de l'éclair & du tonnerrene
soit un souffre en- amme, ôc élancé avec
beaucoup de rapidité. Nous
ne cannoissons rien d'inflammable
, ni de plus en
mouvement que le souffre,
ôc l'odeur du souffre que le
tonnerre laisse dans tous les
lieuxoù il a passé, prouve
assez sa nature. Il est donc
question de trouver l'origine
de ce souffre
: il n'est
pas vraisemblable qu'il Ce
soit formé dans les nuës, il
faut qu'il y ait étéporté en
vapeur.
Il me paroît que l'origine
de la matiere qui fait
le tonnerre est la même que
celle, des tremblemens de
terre, des ouragans, des
feux soûterrains. J'ai explique
la cause de ces grands
remuëmens dans un livre
de Chymie, à l'occasion
d'une préparation particuliere
sur le fer appeile safran
de Mars. Comme mon
explication a ététrouvée
assez juste, ôc que j'ai fait
encore plu sieurs autres experiences
qui servent à confirmer
ce que j'avois avancé,
je rapporterai en abrégé
les unes ôc les autres experiences.
Voici donc les
premieres.
On fait un mélange de
parties égales de limaille
de fer & de souffre pulverisé,
on reduit le mélange
en pâte avec del'eau, ôc on
le laisse en digestion sans
feu pendant deux ou trois
heures; il s'y fait une fermentation
& un gonflement
avec chaleur considerable
: cette fermentation
fait la pâte en plusieurs
endroits, & y fait des crevasses
par où il sort des vapeurs
qui sont simplement
chaudes,quand la matiere
n'est qu'en une mediocre
quantité:mais qui s'enflamment
lorsque , la matiere
d'où elles sont poussées fait.
une masse considerable,
comme de trente ou de
quarante livres.
La fermentation accompagnée
de chaleur, & même
de feu qui arrive dans
cette opération, procede
de la pénétration & du frotement
violent que les pointes
acides du souffre font
contre les parties du fer.
Cette experience feule
me paroîtréscapable d'expliquerdequelle
maniere
se fontdans les entrailles
de la terre les fermentations,
les remuëmcns &
les embrafemens
, comme
il arrive au mont Vesuve,
au mont Etna, & en plufleurs
autres lieux; car s'il
s'y rencontre du fer & du
souffre qui s'unissent & se
penetrent l'un l'autre, il
doit s'ensuivre une violente
fermentation, qui produira
du feu, comme dans nôtre
opération. Or il est aisé de
prouver que dans les monragnes
donc j'ai parlé il y a
du souffre & du fer; car aprés
que les flammes font
finies,on trouve beaucoup
de souffre sur la superficie
de la terre, & l'on découvre
danslescrevassesoùle
souffre a patTé, des matieres
semblables à celles qui se
separent du fer dans les
forges.
»
Voici les secondes experiences
que j'ai faites
)
qui
appuyeront les premières
& mon raisonnement. J'ai
mis du même mélangede
limaille de fer ôc de souffre,
en différentes quantitez,
dans des pots hauts & étroirs,
en sorte que la matiere
y a été plus comprimée
que dans les terrines;
il s'estfaitaussi desfermentations&
des embrasemens
plusforts, & la matieres'étant
élevée avec un peu de
violence,il en a rejailli une
partie autour des pots. J'ai
mis en été cinquante livres
du mêmemétla.n)ge dans un grand pot, j'ai placé le pot
dans un creux que j'avois
fait faire en terre à la campagne,
je l'ai couvert d'un
linge, ôc ensuirede terre à
la hauteur d'environ un
pied
}
j'ai apperçû huit ou
neuf heures après que la
-
terre se gonfloit,s'échauffoit
& se crevafToit
; puis il
en est forci des matières
foulfreufes & chaudes, ôc
ensuite quelques flammes
qui ont élargi les ouvertures,
& qui ont répandu autour
du lieu une poudre jaune
& noire. La terre a demeuré
long-tempschaude:
je l'ai levée aprèsqu'elle a
été refroidie, je n'ai trouvé
dans le pot qu'une poudre
noire & pesante, c'est la limaille
de fer dépouillée
d'une partie de son souffre.
On auroit pû mettre
davantage de terre sur le
pot: mais il y auroit eu à
craindre que la matiere
n'eût pû s'allumer faute
d'air. Cette opération rétiffit
mieux en été qu'en hyver,
à cause de la chaleur
du Soleil quiexcite un plus
grand mouvement aux parties
insensibles du fer 6c du
souffre. Il n'est donc pas
necessaire de chercher ailleurs
ce qui peut mettre les
souffres en mouvement
dans les mines & les enflammer,
leur jonction avec
le fer produira parfaitement
bien cet effet, demême
qu'elle a produit dans
nos opérations. Mais il se
presente ici une difecultéi,
c'etf que ces grandes fer
mentations & cesembraiemens
soûterrains nepeuventavoir
ete produitslans
air: or on ne comprend
pas bien par où il auroit pu
paffer de l'air si profonde-
-.ment. dans laterré.
On répond à cette obtjection
,
qu'il y a dans la
terre beaucoup de fentes
r& de conduits que nous ne
voyonspoint, & sur, tout
dans les pays chauds,où
ccsmouvemens soûterrains
.arrivent ordinairèment; car
la grande chaleur du Soleil
échauffant & calcinant, par
maniéré de dire, la terre
en plusieurs lieux, y fait
des crevasses profondes)
par où il se peut introduire
de l'air. Les tremblemens
de terre font apparemment
causez par une vapeur, qui
ayant été produite dans la
-
fermentation violente du
fer&du souffre,s'est con-
-
vertie en un vent sulfureux,
lequel se fait passage ic
roule par où il peut, en soûlevant
& branlant les terres
fous lesquelles il passe.
Si ce vent sulfureux se trou- ;
ve toujours renfermé, sans
pouvoir penetrer aucune issuë
pour s'échaper, il fait
durer le tremblement de
terre long-temps & avec
de grands efforts,jusqu'à
ce qu'il ait perdu son mouvement
: mais s'il trouve
quelques ouvertures pour
sortir, il s'élance avec grande
impetuosité,&c'est ce
qu'on appelle ouragan; il
écarce la
-
terre & fait des
abî»
abîmes, il deracine les arbres
& abat les maisons; &
les hommes même ne seroient
pas à l'abri de sa furie,
s'ils ne prenoient la
précaution de se jetter
promptement labouche&
le ventre contre terre, non
pas feulement pour s'empêcher
d'être enlevez, mais
pouréviter de respirer ce
ventlîitCureux &chaud qui
les [uffoqùoir.
Les feux foûtcçrains viennent
de la mêmeexhalaison
sulfureuse. LaNdifference
des effets qu'elle Prbduit
peut provenir de plusieurs
caules de ce que la
maticre a étéplus abondante
5
Se par. consequent.
la fermentation plusforte
de ce qu'il s'y est introduit
davantage d'air;de ce qu'il
s'est rencontré des fentes
ou des crevasses àla terre
assezgrandes, & disposées
pour laisser passer les flammes.
Cesflammesensélëvant
imperueusement ie
font bientôt un jour plus
grand, & elles donnent
lieu à toute la matiere du
fond de la terre de s'enflammer
& de pousser des
C-ux si abondas, qu'ils
couvrent & inondent cjueL
quefois de leurs cendres les
prochains villages.
Les feux folets &ceux
qui paroissent sur certaines
eaux dans les pays chauds,
tirent apparemment leur
origine de la même cause :
mais comme la vapeur fuifureufe
a été foible, &que
son plus grand mouvement
x été ralenti, en se filtrant
au travers des terres & en
passantpar leseaux,ilne
s'en est. élevéuqqwielflajïw
- me legere,spiritueuse,cr- *
rante ,
& qui n'est point entretenue
par une assez grande
quantité de matiere pour
être de durée. Il y a apparence
que les eaux minérales
chaudes, comme celles
de Bourbon, de Vichi, de
BaLrue, d'Aix,ont prisleur
chaleur des feux foûterrains,
ou des terres fulphureufes
& échauffées par où
elles ont passé; car quand
ces eaux sont en repos, il
s'enièpare des parties de
souffre aux côtez des baffînSrlifc
peut faire aussï
* que certaines eaux minérales
ayent tiré leur chaleur
d'une chaux naturelle,
quelles rencontrent en leur
chemin dans les entrailles
de la terremais cette chaux
n'est qu'une pierre calcinée
par des feux soûterrains.
Les colomnes d'eau qui
s'élevent quelquefois sur la
mer, & qui font aux matelots
les sinistres prcfages
d'un prompt naufrage,
viennent apparemment de
ces vents sulfureux pouffez
rapidement desterres de
dessous la mer) après des
fermentations pareilles à
celles dont il a été' parlé.
Les vents sulfureux, qui
font les ouragans,s'élèvent
avec tant de violence en
s'échapant de dessous la
terre,qu'il en monte une
partie jusqu'aux nues:c'estce
qui fait la matiere & la
cause du tonnerre ; car ce
vent qui contient un souffre
exalté s'embaraue dans les
nues, & y étant battu &
compriméfortement, il y
acquiertun mouvement assez
grand pour s'y enflammer
& y former l'éclair en
fendant la nuë, ôc s'élançantavec
une très- grande
rapidité. C'est CI furieux
mouvement qui cause le
bruit du tonnerre que nous
entendons; car ce vent
sulfureux sortant violemment
d'un lieu étroitoùil
étoit contraint
>
frape l'air
trés-rudement & y roule
d'une vîtesse extraordinaire,
de même que fait la
poudre qui fort d'un canon
où elle aété allumée.
On peut dire ici qu'un nitre
subtilqui est toûjours naturellement
répandu dans
l'air, se lie au souffre du tonnerre,
& augmente la force
de son mouvement &
de son action,demême
que quand oa mêlé du
salpêrre avec ousouffre
commun, il produitun efset
bien plus violent eh se
rarefiant, que quand il est
seul. Ce vent sulfureux du
tonnerre après avoir roulé
dans l'air quelque espace
de temps,se rallentit peu à
peu de son mouvement ; c'est pourquoy le tonnerre
est bien plus violent & plus
dangereux au moment qu'il
fort
fort de la nuë, que quand il
a déja fait dans l'air une
partie de ses rournoiemens
êc de ses virevoustes : mais
enfin après avoir fait tant
d'éclat, tant de bruit & tant
de fracas, il (e reduit à rien,
& il ne laisse dans les lieux -..
où il a passé qu'une odeur
de douffresemblable à celle
de l'ouragan.
Quant aux pierres de
foudre, dont le vulgaire
veut que le tonnerre foit
toûjours accompagné, leur
existence me paroît bien
douteuse, & j'ai assez de
pente à croire qu'il n'yen
a jamais eu de véritables.
Il n'est pourtant pas absolument
impossible que les
ouragans en montant rapidement
jusqu'aux nuës,
comme il a étédit, n'enlevent
quelquefois avec
eux des matieres pierreuses
& minerales, qui s'amollissant
& s'unissant par la
chaleur, forment ce qu'on
appelle pierre de tonnerre
: mais on ne trouve point
de ces pierres dans les lieux
où le tonnerre est tombé ;
ôc quand même on en auroit
trouvéquelqu'une
)
il
y auroit bien plus lieu de
croire qu'elle viendroir d'une
matiere minérale fondue
& formée par le souffre
enflammé du tonnerre
dans la terre même, que
de penser que cette pierre
eût étéformée dans l'air ou
dans les nuës, & élancée
avec le tonnerre.
Il reste une difficulté,
cess: de sçavoir comment
le vent sulfureux que j'ai
supposé être la matiere du
tonnerre , peut avoir été
allumé entre les nuës qui
sont composées d'eau, &.
y avoir été comprimé ians
s'éteindre; car il semble
que l'eau des nuës dévoit
avoir empêché que ce [ouf..
fren'allumât, ou du moins
elle devoit l'absorber étant
allumé.
Pour répondre à cette
difficulté,je dis que le souffre
étant une substance grasse,
n'est point si sujet à l'impression
de l'eau que les autres
substances, & qu'il
peut estre enflammé dans
l'eau & y brûler, de même
que le camphre 5c plusieurs
autres matieres sulfureuses
très
-
exaltées y brûlent. Il
doit néanmoins estre arrivé
qu'une partie de ce souffre
ait été plongée dans la
grande quantité d'eau qui
fait les nuës, & qu'elle se
soit éteinte avec une forte
detonnation, comme il arrive
quand on jette dans
de l'eauquelque matiere
solide rougie au feu. Cette
detonnation contribue
peut-être à faire le bruit du
tonnerre: mais l'autre partie
du souffre, qui étoit la
plus subtile ôc la plus disposée
au mouvement, a été
exprimée toute en feu. L'experience
que j'en ai faite
prouve mon raisonnement.
J'ai mis dans un matras
de moyenne capacité, &
dont le cou avoir été trempé,
trois onces de bon esprir
de vitriol, donze onces
..d'cati commune;j'ai fait
un peu chauffer le mélange
)
& j'y ai jetté à plusieurs
reprises une once, ou une
once & demie de limaille
de fer. Il s'est fait une ébulirion
& des vapeurs blanches
: j'ai presentéune bougie
allumée à l'embouchure
du matras; cette vapeur a
pris feu, & à même temps
a fait une fulmination violente
& éclatante. J'en ai
encore approchélabougie
allumée plusieurs fois; il
s'est fait des fulminations
semblables à la premiere,
pendant lesquelles le matras
s'est trouvé assez souvent
rempli d'une flamme
qui a penetré & circulé jusqu'au
fond de la liqueur,
ôc quelquefois la flamme a
duré une espace de temps;
considerable au cou du mettras.
Liiij
Il y a plusieurs circonstances
à remarquer dans
cette opération. La première
est que l'ébulition
qui arrive quand on a jette
la limaille de fer dans la liqueur
,
provient de la dissolution
qui se fait d'une
portion du fer par l'esprit de
vitriol: mais afin que l'ébulition
,
les fumées & la
dissolution soient plus fortes,
il est necessaire de mêler
de l'eau avec l'esprit de
virriol en la proportion qui
a été dite; car si cet esprit
étoit pur,& qu'il n'eût point
été dilayé & étendu par
l'eau, ses pointes à la vérité
s'atracheroient à la limaille
de fer: mais elles y seroient
ferrées & presséesl'une
contre l'autre, en forte qu'-
elles n'auroient point leur
mouvement libre pour agir
suffisamment, & il ne se feroit
point de fulmination.
La seconde est qu'on doit
un peu chaufferlaliqueur
pour exciter les pointes du
dissolvant à penetrer le fer
& y jetter des fumées:mais
il ne faut pas qu'elle soit
trop chaude, parce que ces
fumées fortiroient trop vite,
& quand on y mettroit
la bougie allumée,elle ne
seroit que s'enflammer au
cou dumatras sans faire de
futmination;car ce bruit
ne vient que de ce que le
souffre de la matiere étant
allumé jusques dans le fond
du matras, trouve de la resistance
à s'élever, Ôc il fait
grand effort pour fondre
l'eau & se debarasser. La
troisiéme est qu'il faut necessairement
que le souffre
qui s'exalte en vapeur &
quis'enflamme,vienne uniquement
de la limaille de
fer; car l'eau ni l'esprit de
vitriol, & principalement
le plus fort, comme celui
que j'ai employé,n'ont rien
de sulfureux ni d'inflammable
! mais le fercontient
beaucoup de souffre, comme
tout le monde le sçait.
Il faut donc que lesouffre
de la limaille de fer ayant
été rarefié & developé par
l'esprit de vitriol, se foit
exal té en une vapeur tréssusceptible
du feu. La quatriéme
est que les esprits
acides de sel, de souffre&
d'alun produisentdanscette
operation le même effet
que l'espritdevitriol:mais
l'esprit de nitre ni l'eau forte
n'y excitent point de fulmination.
Au reste,l'opération dont
je viens de parler n'a pas été
inventée seulement pour la
fulmination; elle fait le
commencement d'une préparation
nommée le sel ou
le vitriol de Mars,employée
& estimée dans la Medecine.
Si l'on veut donc profiter
de ce qui est resté dans
le matras aprèslafulmination,
il faut le faire bouillir
,
le filtrer, faire evaporer
sa liqueur filtre'e à diminution
des deux tiers ou
des trois quarts, & la laisser
crystaliser en un lieu
frais: on aura le vitriol de
Mars, qui ressemble beaucoup
en figure, en couleur
& en goût au vitriol d'Angleterre
: mais il est un peu
plus doux & il senc plus le
fer. C'est un fort bon apperitif
;la dose est depuis
six grains jusqua un
fcrupulc
: si l'on en donne une
plus grande dose, il est fut
jet à exciter quelques nausées,
mais non pas avec tant.
de force que fait le vitriol
ordinaire.
Le vitriol de Mars cft
proprement une revivisifeation
du vitriol naturel;
car l'espritacide du vitriol
qui avoit été sèparé de sa
terre par la diftilation
, entre
par cette operation dans
les pores de fer, le diflfout
& s'y corporifie. J'ajoûtc à
cela que le fer contient un
sel vitriolique tréscapablc
de contribuer à la formation
de ce vitriol de Mars.
J'ai mis dans unu cornuë
de grés huit onces de vitriol
de Mars, j'y ai adapté
un grand balon ou recipicnt,
& j'en ai fait la dif.
tilation.comme on aoûtume
de faire celle à
triol ordinaire; j'en ai retiré
cinq onces & cinq dra
gmes d'un esprit acide,
clair, ressemblant beaucoup
à Tefprit de vitriol
commun, mais laissant sur
la langue un goût un peu
plus astringent ou fiyptique.
Il est sorti du balon.
d'abord qu'il a été feparc de
la cornue, une forte odeur
de souffre. Cet cfprit est
bon pour les pertes de fang,
pour les cours de ventre.
J'ai trouve dans la cornuë
une maticre fort rarefie'e,
k -re ,
très
-
friable
, rouge>
se dilayant aifémenc
dans la bouche,d'un goût
astringent tirant un peu sur
le doux c'est un beau ôc
bon safran de Mars aperitif.
J'ai mis dans un creufct
sur le feu une autre portion
de vitriol de Mars cryfialife;
lajxuticrç$çftfondue,
il
il s'en est évapore beaucoup
de flegme,&ilestrelié du
vitriol blanc, comme il arrive
quand on calcine le
vitriol commun. J'ai poussé
par un grand feu ce vitriolblanc,
il est devenu rouge
comme du coleotar. On
peut donc conclure que le
vitriol de Mars ell en toutes
choses semblable au vitriol
naturel.
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Résumé : Explication physique & chymique des feux soûterrains, des tremblemens de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre.
Le texte 'Explication physique & chimique des tremblements de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre' explore les phénomènes naturels violents à travers une opération chimique. L'auteur propose que les éclairs et le tonnerre sont causés par du soufre enflammé projeté rapidement. Ce soufre, porté en vapeur, ne se forme pas dans les nuages mais y est transporté. L'origine de cette matière est comparée à celle des tremblements de terre, ouragans et feux souterrains, déjà expliquée dans un précédent ouvrage sur la chimie. L'auteur décrit plusieurs expériences pour illustrer ses propos. La première expérience consiste à mélanger de la limaille de fer et du soufre pulvérisé, réduits en pâte avec de l'eau, et laissés sans feu. Cette mixture produit une fermentation avec chaleur et gonflement, libérant des vapeurs chaudes ou enflammées selon la quantité de matière. Cette expérience explique les fermentations et embrassements dans les entrailles de la terre, comme ceux observés au mont Vesuve et au mont Etna. Les secondes expériences impliquent de placer le mélange dans des pots étroits et comprimés, provoquant des fermentations et embrassements plus forts. La matière s'élève avec violence, libérant des matières soufrées et chaudes, et parfois des flammes. Ces opérations se réalisent mieux en été en raison de la chaleur du soleil. Le texte aborde également les difficultés liées à la présence d'air dans les profondeurs de la terre, expliquant que des fentes et conduits permettent l'introduction d'air. Les tremblements de terre et ouragans sont attribués à une vapeur sulfureuse produite par la fermentation du fer et du soufre, se transformant en vent sulfureux. Ce vent, s'il trouve des ouvertures, peut provoquer des ouragans destructeurs. Les feux souterrains, feux follets et colonnes d'eau sur la mer sont expliqués par des exhalaisons sulfureuses. Les eaux minérales chaudes tirent leur chaleur de ces feux souterrains ou de terres sulfureuses. Les pierres de foudre sont jugées douteuses, bien que des matières minérales puissent être enlevées et formées par la chaleur du soufre enflammé. Enfin, l'auteur répond à la difficulté de l'allumage du vent sulfureux dans les nuages en expliquant que le soufre, étant gras, peut brûler dans l'eau. Une expérience avec de l'esprit de vitriol, de l'acide commun et de la limaille de fer illustre cette proposition, montrant des fulminations violentes et éclatantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 115-127
Lettre de M. Dequen, Docteur en Médecine, de la Faculté de Montpellier, à un Médecin de ses amis, sur un accîdent arrivé dans le cuvage de M. le Comte de la Queuille, Brigadier des armées du Roi, Colonel du Régiment de Nice, au château de Chateaugay, près de Riom en Auvergne.
Début :
Avez-vous entendu parler, Monsieur, d'un accident arrivé chez M. [...]
Mots clefs :
Médecine, Accident, Cuvage, Cuve, Vin, Esprits, Vapeur, Fermentation, Médecin, Docteur en médecine
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texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. Dequen, Docteur en Médecine, de la Faculté de Montpellier, à un Médecin de ses amis, sur un accîdent arrivé dans le cuvage de M. le Comte de la Queuille, Brigadier des armées du Roi, Colonel du Régiment de Nice, au château de Chateaugay, près de Riom en Auvergne.
Lettre de M. Dequen , Docteur en Médecine
, de la Faculté de Montpellier , à un
Médecin defes amis , fur un accident arrivé
dans le cuvage de M. le Comte de la
Queuille , Brigadier des armées du Roi ,
Colonel du Régiment de Nice , au château
de Chateangay , près de Riom en Auvergne.
A
Vez -vous entendu parler , Monfieur
, d'un accident arrivé chez M.
le Comte de la Queuille , à Chateaugay ,
le 24 du mois d'Avril dernier ? il n'eft pas ,
on peut le dire , abſolument nouveau ;
mais il me paroît accompagné de circonf
tances affez frappantes pour mériter peuts
être un peu de votre attention .
On avoit achevé de vuider te matin une
116 MERCURE DE FRANCE.
cuve où l'on avoit confervé pendant l'hiver
fix à fept cens pots de vin de notre
mefure , qui , comme vous le fçavez , à
quinze pintes le pot , font un objet de
neuf à dix mille pintes de Paris.
3
Environ trois quarts d'heure après
l'avoir découverte , le fommelier de la
maiſon , nommé Joli , eut l'imprudence
de commander à un jeune domeftique de
feize à dix-fept ans d'y entrer avec un balai
pour la nettoyer & en faire fortir la
lie. Cet enfant lui repréfenta le danger
auquel il vouloit l'expofer , & qu'il devoit
d'autant plus connoître que peu de
jours avant il étoit forti lui-même à la
hâte & à demi-mort d'une cuve pareille ,
quoique découverte depuis fept à huit
jours. Joli s'obftina , on ne fçait pas trop
pourquoi , & le petit domeftique effrayé
de fes menaces eut le malheur de lui obéir ;
mais à peine fut-il defcendu dans la cuve
qu'il tomba roide , fans connoiffance &
fans mouvement . Joli ne l'entendant
travailler ni repondre aux commandemens
réiterés qu'il lui en faifoit , vit bien alors ,
mais trop tard , les fuites de fon imprudence
; il faute dans la cuve pour le fecourir
, en criant à un marmiton qui fe trouvoit
auffi dans le cuvage , de lui faire venir
du fecours. Il fe baiffe pour relever
pas
JUILLET. 1755 117
#
l'enfant qui fe mouroit , & tombe dans lẹ
même état que lui.
Le marmiton court au château , il trouve
dans la cuifine un payfan , un des Gardes-
chaffe , le Cuifinier & un laquais ; il
feur apprend l'embarras de Joli. On vole
à fon fecours. L'allarme fe répand dans le
château : Maîtres , Domeftiques , tout le
monde s'empreffe de gagner le cuvage. Le
payfan qui étoit un jeune homme de vingtdeux
ans , fort & vigoureux , arrive , &
defcend le premier dans cette cuve funeſte ,
il veut encore fe baiffer pour relever ces
deux perfonnes qu'il voyoit fans mouvement
; & dans l'inftant , comme s'il eût
été frappé de la foudre , il tombe lui - mê-'
me inmobile , & pour ainfi dire mort . Le
Garde- chaffe qui venoit après lui fuit ſon
exemple , & fubit le même fort.
Le Cuifinier qui defcendoit le troifieme,
voyant ce trifte fpectacle , & fe fentant
tout-à- coup étouffer par les vapeurs
qui s'élevoient , remonte au plus vite au
haut de la cuve , il arrête le laquais qui
avoit déja une partie du corps dedans , &
tous deux hors d'état de fecourir les mourans
, bornerent leurs foins à empêcher de
defcendre ceux qui les fuivoient ; mais le
zéle de tous ces domeftiques pour fauver
la vie à leurs camarades étoit fi grand ,
18 MERCURE DE FRANCE.
qu'ils voyoient à peine un danger audi
effrayant. Un paltrenier fe jette dans la
cuve , & le trouve pris auffi tôt , mais
comme le haut en étoit déja bordé de
beaucoup de monde , il fat affez heureux
pout qu'on le faifit aux cheveux dans le
moment qu'il alloit tomber , & qu'on le
retira évanoui. Il en fut de même d'un
poftillon , à qui on paffa une corde fous
Fes bras dans le tems qu'il defcendoit , &
qu'on arracha à la mort par ce moyen ; ils
revinrent l'un & l'autre dès qu'ils furent
expofés à l'air extérieur .
Dansle trouble où l'on étoit , ne voyant
aucune reſſource pour retirer ces quatre
hommes de la cuve , on prit le parti de la
tompre ; mais comme les cercles en étoient
très-forts , garnis de bandes de fer , & que
les douves en étoient unies par des chevilles
, l'opération fut longue , & ces malheureux
étoient morts , lorfqu'on fut à
portée de leur donner du fecours.
Cependant on avoit envoyé chercher
un Chirurgien au bourg le plus près . Dès
qu'il fut arrivé , on effaya de les faigner ;
il ne fortit de fang qu'une ou deux gouttes
de l'ouverture qui fut faite au plus
jeune , qui le premier étoit entré dans la
cuve. Les autres n'en donnerent pas. Оп
deur jetta de l'eau au vifage ; on leur mit
JUILLET . 1755. 119
des eaux fpiritueufes dans la bouche &
dans le nez . Tous ces foins furent inutiles.
Il ne parut aucun figne de vie.
Il eft conftant , Monfieur , qu'on ne peut
attribuer la caufe de ces morts , qu'aux
vapeurs ou efprits ardens du vin qui s'étoient
ramaffés dans cette cuve , & qui
continuoient de s'exhaler de la lie qui y
reftoit. On ne peut pas en reconnoître
d'autre . Le vin étoit très- naturel & fort
bon. Il avoit été vendu en détail à des
marchands de nos montagnes , qui en
avoient débité déja la plus grande partie
dans leurs cabarets , fans que perfonne fe
fût plaint d'en avoir reçu la moindre incommodité.
J'aurois bien fouhaité avoir
été averti à tems pour voir par l'ouverture
de ces cadavres les effets que ces efprits
pénétrans avoient produits fur les différentes
parties qui en avoient fouffert l'impreffion
. M. le Comte de la Queuille qui
me fit appeller deux jours après pour voir
Madame la Comteffe fon époufe , que la
frayeur & la douleur de cet événement
avoient fort incommodée , me dit avoir
été fâché de ne me l'avoir pas mandé plu
iôt ; mais qu'il n'y avoit penfé qu'après
l'enterrement.
Je fus donc forcé de me borner à interroger
ceux qui avoient manqué à être
120 MERCURE DE FRANCE.
>
enveloppés dans ce malheur. Le palfrenier
& le poftillon ne me donnerent pas de
grands éclairciffemens . La maniere promp
te dont ils avoient été pénétrés de la vapeur
, la connoiffance qu'ils avoient perdu
à l'inftant ne leur avoient laiffé le
pas
tems de s'appercevoir de ce qui avoit produit
leur évanouiffement. Le Cuifinier qui
n'avoit reçu cette vapeur qu'à demi , & qui
s'étoit toujours reconnu , fut plus en état
de me rendre compte de ce qu'il en avoit
reffenti. Il me dit qu'elle lui étoit montée
au nez avec tant de force , qu'il en avoit
été fubitement étourdi , & qu'il avoit en
même-tems & par la même caufe , ſenti
que la refpiration lui manquoit.
Je m'informai auffi de l'état de ces malheureux
après qu'on les eût retirés de la
cuve ; ils étoient femblables en tout à
ceux qui font morts fuffoqués. Une Demoiſelle
qui avoit travaillé à leur donner
du fecours , m'en dit une feule particularité
qui l'avoit frappée : c'eft qu'en leur
ouvrant la bouche pour y introduire des
eaux fpiritueufes , elle avoit trouvé leurs
gencives , leurs dents , leur palais & leur
Langue , blancs , deffechés & comme à demi-
cuits. J'en conclus que ces vapeurs
volatiles & pénétrantes ont produit deux
principaux effets , que je regarde comme
la
JUILLE T. 1755. 121
la caufe de la mort prefque fubite de ces
quatre hommes , 1 °. qu'entraînées par l'air
avec abondance & rapidité dans la cavité
du nez & des finus qui y aboutiſſent , elles
ont fecoué & picotté vivement les petites
pointes nerveufes de la membrane pituitaire
faciles à ébranler. Cette irritation
communiquée au cerveau a produit dans
tous les nerfs une contraction fpafmodique
, une conftriction qui a intercepté
dans l'inftant l'écoulement des efprits animaux
vers les organes des fens & vers les
mufcles ; ce qui a donné lieu à la privation
fubite des fenfations & des mouvemens.
2º . Qu'entraînées pareillement au tems
de l'inſpiration dans la trachée artere &
dans les poulmons , elles les ont crepés ,
defféchés & comme cuits , ainsi qu'on l'a
obfervé aux gencives , au palais & à la
langue ; ce qui a rendu les véhicules d'autant
plus incapables d'être dilatées , & de
céder à l'impulfion de l'air , que ce fluide
toujours extrêmement chargé de ces vapeurs
, & conféquemment peu élastique ,
au lieu de vaincre cette réfiſtance ne faifoit
que l'augmenter de plus en plus par
l'irritation continuelle des efprits qu'il y
portoit fans ceffe ; de forte que la refpiration
bientôt fuffoquée a produit néceffairement
une ceffation totale de la circula-
F
122 MERCURE DE FRANCE.
tion du fang , qui dans quelques minutes
a fait périr ces malheureux.
par Ce que j'avance fe trouve confirmé
le prompt rétabliſſement du palfernier &
du poftillon , qui ont eu le bonheur d'étre
retirés de la cuve avant que les poulmons
euffent été confidérablement affectés . Affez
élaſtique pour en vaincre la réſiſtance, l'air
extérieur a rétabli la refpiration , & rendu
à la circulation fa liberté naturelle. Le
poſtillon a feulement confervé pendant
quelques jours un affoibliffement , effet
fenfible des violentes fecouffes que les
nerfs avoient fouffertes.
, Il n'eft pas nouveau comme je l'ai annoncé
, Monfieur , de voir périr des gens
dans de grandes cuves en foulant une
vendange qui fermente, Enivrés & étourdis
par les efprits que la fermentation évapore
, ils tombent dans le vin , & périffent
bientôt noyés s'ils ne font pas fecourus à
tems ; mais dans ce cas-ci il paroît fingu-
Hier de les voir périr prefque fubitement
dans une cuve vuide , où il y avoit à peine
deux ou trois lignes de lie répandue fur le
fond , dans une cuve découverte depuis
plus de trois quarts-d'heure ; de voir enfin
arriver cet accident au mois d'avril , dans
un tems où la fermentation n'eft plus fenfible.
On peut cependant rendre raiſon
de ces effets furprenans.
JUILLET. 1755. 123
1º. On fera moins étonné de la promptitude
de la mort de ces quatre hommes ,
fi l'on fait attention qu'ils fe font tous
baiffés ; le petit domeftique pour balayer
& faire fortir la lie , & les trois autres fucceffivement
pour relever ceux qui étoient
tombés avant eux ; qu'en inclinant ainfi
la face vers le fond de la cuve & en s'enfonçant
dans le plus épais de la vapeur
ils l'ont humée directement avec la plus
grande abondance , & fe font exposés à fa
plus vive impreffion ; au lieu que le Cuifinier
qui n'y eft pas entierement defcendu
& qui eft demeuré debout , n'en a reçu
qu'une petite portion , qui n'ayant agi que
foiblement lui a laiffé le tems de gagner
le haut de la cuve , & de retourner à l'air
pur.
2. On trouve dans la configuration &
dans la fituation de cette cuve la raifon du
fécond effet ; c'est-à-dire comment les vapeurs
avoient pu s'y ramaffer en une auffi
grande quantité dès qu'il n'y avoit pas de
vin , & y demeurer renfermées malgré la
communication qui depuis trois quartsd'heure
étoit ouverte avec l'air extérieur.
C'étoit une grande cuve , d'environ neuf
pieds de profondeur , dont la circonférence
ne répondoit pas à la hauteur , faite en
forme de cône coupé , qui avoit fon fond
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
à la bafe & l'ouverture au fommet , dont
l'ouverture enfin étoit peu éloignée du toît
du cuvage : A quoi on peut ajouter que le
vin n'en ayant pas été tiré tout d'un trait
mais à repriſes , les efprits qui s'exhaloient
fans ceffe de celui qui y reftoit , au lieu
de s'attacher à la couverture de la cuve ,
comme il feroit arrivé fi elle avoit continué
d'être pleine , ſe répandoient & demeuroient
fufpendus dans l'air qui prenoit
à chaque fois la place du vin tiré ; deforte
la Cuve s'eft trouvée remplie par
dégrés d'un air extrêmement chargé de
ces vapeurs , dont les plus baffes n'ont pas
pu fe diffiper , foit a caufe de la profondeur
de la cuve , foit à cauſe de fa figure
conique & de la moindre étendue de fon
ouverture , foit enfin à cauſe de la proxique
mité du toît.
3 °. Les raifons que je viens de rapporter
, font affez voir comment l'évaporation
ordinaire qui fe fait du vin , a pu , fans le
fecours de la fermentation , fournir beau-
Coup de vapeurs dans cette cuve . Il faut
obferver de plus que la chaleur printaniere
qui ranime & fait monter la féve dans les
plantes , excite dans le vin une feconde
fermentation , qui , quoique moins fenfible
que la premiere , ne laiffe pas d'être
confidérable. Les vins blancs fpiritueux ,
JUILLET . 1755. 125
tels que ceux de Champagne , mis en
bouteilles au mois de Mars & d'Avril les
caffent , font partir les bouchons , & s'élancent
en mouffe par l'ouverture. Ils font
tranquilles au contraire , & ne produifent
aucun de ces effets violens fi on les y met
dans d'autres faifons : Or c'eft précisément
fur la fin de Mars & dans le courant d'Avril
que cette cuve avoit été vuidée , c'eftà-
dire au tems de cette feconde fermentation
, & elle a dû être très- grande dans
une auffi grande quantité de vin , parce
que les chaleurs ont été très - vives pendant
tout ce tems dans cette province , &
que cette cuve étoit placée à côté d'une
porte expofée au plein midi ; il n'eft donc
pas furprenant qu'il s'y foit fait une grande
évaporation d'efprits.
Il me femble qu'on peut comparer cette
cave à une espece de méphitis . La feule
différence que j'y vois , c'eft que là ce font
des vapeurs minérales , fulphureufes ou
falines , & qu'ici ce font des foufres végétaux
, exaltés & volatifés par la fermentation.
Je trouve une certaine affinité entre
fes effets & ceux de la fameuse Mofète de
la Grotte du Chien , près du lac Agnano
dans le royaume de Naples. Les hommes
plongés dans la vapeur de la cuve , comme
les animaux plongés dans celle de la
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
grotte font tombés fubitement évanouis ,
& font morts bientôt dès qu'il n'a pas été
poffible de les en retirer affez vîte . Ceux
qui ont eu le bonheur d'être remis promp
tement à l'air extérieur , font revenus de
même fans aucune fuite fâcheufe ; & fi les
hommes font tombés fans mouvement dès
l'inftant qu'ils fe font baiffés dans la cuve ,
au lieu que les animaux dans la vapeur de
la grotte s'agitent quelque tems par des
mouvemens convulfifs , cela vient fans
doute de ce que cette vapeur plus groffiere
& moins pénétrante que les efprits ardens
du vin , ne porte pas au nez , & n'affecte
pas le genre nerveux , de maniere à y cau,
fer cette constriction fubite , qui a intercepté
le cours de ces efprits.
Dans l'impoffibilité où l'on étoit de retirer
affez vîte ces malheureux de la vapeur
, y auroit- il eu quelque moyen de
les empêcher de périr ? Je crois qu'en arrofant
le dedans de la cuve de beaucoup
d'eau , on y auroit peut- être réuffi. D'un
côté les gouttes de ce fluide en fe précipitant
, auroient précipité avec elles les efprits
répandus dans l'air , & lui auroient
rendu fa pureté & fon reffort ; & de l'autre
celles qui feroient tombées fur le corps
de ces mourans , auroient pu en rappellant
la force fiftaltique des vaiffeaux , ranimer
JUILLET. 1755 . 127
la circulation qui s'éteignoit. L'expérience
apprend que les animaux à demi- fuffoqués
dans la grotte du Chien reprennent
beaucoup plus vite leurs efprits , fi on les
plonge dans l'eau du lac Agnano ; mais
il auroit fallu employer ce moyen à tems :
ce qui auroit été difficile dans ce cas , à
caufe de l'éloignement qui fe trouve du
cuvage à la fontaine .
Enfin , Monfieur , fi cet accident eft
pour ceux qui font dans le cas de faire
vuider de pareilles cuves , un avertiffement
de ne point y expofer perfonne fans
avoir donné à la vapeur le tems de fe diffiper
, ou du moins fans l'avoir précipitée
avec de l'eau , il n'en préfente pas un moins
important pour ceux qui font un ufage immodéré
du vin & des liqueurs ardentes ;
car fi ces efprits appliqués au-dehors ont
produit des effets auffi prompts & auffi
funeftes , combien ne doivent - ils pas en
produire de fâcheux , lorfque pris intérieu
rement avec excès , & circulant dans la
maffe des humeurs ils fe portent au cerveau
, & agiffent immédiatement fur les
fibres médullaires & nerveufes ?
J'ai l'honeur d'être , &c .
A Riom en Auvergne , le 15 Mai 1755 .
, de la Faculté de Montpellier , à un
Médecin defes amis , fur un accident arrivé
dans le cuvage de M. le Comte de la
Queuille , Brigadier des armées du Roi ,
Colonel du Régiment de Nice , au château
de Chateangay , près de Riom en Auvergne.
A
Vez -vous entendu parler , Monfieur
, d'un accident arrivé chez M.
le Comte de la Queuille , à Chateaugay ,
le 24 du mois d'Avril dernier ? il n'eft pas ,
on peut le dire , abſolument nouveau ;
mais il me paroît accompagné de circonf
tances affez frappantes pour mériter peuts
être un peu de votre attention .
On avoit achevé de vuider te matin une
116 MERCURE DE FRANCE.
cuve où l'on avoit confervé pendant l'hiver
fix à fept cens pots de vin de notre
mefure , qui , comme vous le fçavez , à
quinze pintes le pot , font un objet de
neuf à dix mille pintes de Paris.
3
Environ trois quarts d'heure après
l'avoir découverte , le fommelier de la
maiſon , nommé Joli , eut l'imprudence
de commander à un jeune domeftique de
feize à dix-fept ans d'y entrer avec un balai
pour la nettoyer & en faire fortir la
lie. Cet enfant lui repréfenta le danger
auquel il vouloit l'expofer , & qu'il devoit
d'autant plus connoître que peu de
jours avant il étoit forti lui-même à la
hâte & à demi-mort d'une cuve pareille ,
quoique découverte depuis fept à huit
jours. Joli s'obftina , on ne fçait pas trop
pourquoi , & le petit domeftique effrayé
de fes menaces eut le malheur de lui obéir ;
mais à peine fut-il defcendu dans la cuve
qu'il tomba roide , fans connoiffance &
fans mouvement . Joli ne l'entendant
travailler ni repondre aux commandemens
réiterés qu'il lui en faifoit , vit bien alors ,
mais trop tard , les fuites de fon imprudence
; il faute dans la cuve pour le fecourir
, en criant à un marmiton qui fe trouvoit
auffi dans le cuvage , de lui faire venir
du fecours. Il fe baiffe pour relever
pas
JUILLET. 1755 117
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l'enfant qui fe mouroit , & tombe dans lẹ
même état que lui.
Le marmiton court au château , il trouve
dans la cuifine un payfan , un des Gardes-
chaffe , le Cuifinier & un laquais ; il
feur apprend l'embarras de Joli. On vole
à fon fecours. L'allarme fe répand dans le
château : Maîtres , Domeftiques , tout le
monde s'empreffe de gagner le cuvage. Le
payfan qui étoit un jeune homme de vingtdeux
ans , fort & vigoureux , arrive , &
defcend le premier dans cette cuve funeſte ,
il veut encore fe baiffer pour relever ces
deux perfonnes qu'il voyoit fans mouvement
; & dans l'inftant , comme s'il eût
été frappé de la foudre , il tombe lui - mê-'
me inmobile , & pour ainfi dire mort . Le
Garde- chaffe qui venoit après lui fuit ſon
exemple , & fubit le même fort.
Le Cuifinier qui defcendoit le troifieme,
voyant ce trifte fpectacle , & fe fentant
tout-à- coup étouffer par les vapeurs
qui s'élevoient , remonte au plus vite au
haut de la cuve , il arrête le laquais qui
avoit déja une partie du corps dedans , &
tous deux hors d'état de fecourir les mourans
, bornerent leurs foins à empêcher de
defcendre ceux qui les fuivoient ; mais le
zéle de tous ces domeftiques pour fauver
la vie à leurs camarades étoit fi grand ,
18 MERCURE DE FRANCE.
qu'ils voyoient à peine un danger audi
effrayant. Un paltrenier fe jette dans la
cuve , & le trouve pris auffi tôt , mais
comme le haut en étoit déja bordé de
beaucoup de monde , il fat affez heureux
pout qu'on le faifit aux cheveux dans le
moment qu'il alloit tomber , & qu'on le
retira évanoui. Il en fut de même d'un
poftillon , à qui on paffa une corde fous
Fes bras dans le tems qu'il defcendoit , &
qu'on arracha à la mort par ce moyen ; ils
revinrent l'un & l'autre dès qu'ils furent
expofés à l'air extérieur .
Dansle trouble où l'on étoit , ne voyant
aucune reſſource pour retirer ces quatre
hommes de la cuve , on prit le parti de la
tompre ; mais comme les cercles en étoient
très-forts , garnis de bandes de fer , & que
les douves en étoient unies par des chevilles
, l'opération fut longue , & ces malheureux
étoient morts , lorfqu'on fut à
portée de leur donner du fecours.
Cependant on avoit envoyé chercher
un Chirurgien au bourg le plus près . Dès
qu'il fut arrivé , on effaya de les faigner ;
il ne fortit de fang qu'une ou deux gouttes
de l'ouverture qui fut faite au plus
jeune , qui le premier étoit entré dans la
cuve. Les autres n'en donnerent pas. Оп
deur jetta de l'eau au vifage ; on leur mit
JUILLET . 1755. 119
des eaux fpiritueufes dans la bouche &
dans le nez . Tous ces foins furent inutiles.
Il ne parut aucun figne de vie.
Il eft conftant , Monfieur , qu'on ne peut
attribuer la caufe de ces morts , qu'aux
vapeurs ou efprits ardens du vin qui s'étoient
ramaffés dans cette cuve , & qui
continuoient de s'exhaler de la lie qui y
reftoit. On ne peut pas en reconnoître
d'autre . Le vin étoit très- naturel & fort
bon. Il avoit été vendu en détail à des
marchands de nos montagnes , qui en
avoient débité déja la plus grande partie
dans leurs cabarets , fans que perfonne fe
fût plaint d'en avoir reçu la moindre incommodité.
J'aurois bien fouhaité avoir
été averti à tems pour voir par l'ouverture
de ces cadavres les effets que ces efprits
pénétrans avoient produits fur les différentes
parties qui en avoient fouffert l'impreffion
. M. le Comte de la Queuille qui
me fit appeller deux jours après pour voir
Madame la Comteffe fon époufe , que la
frayeur & la douleur de cet événement
avoient fort incommodée , me dit avoir
été fâché de ne me l'avoir pas mandé plu
iôt ; mais qu'il n'y avoit penfé qu'après
l'enterrement.
Je fus donc forcé de me borner à interroger
ceux qui avoient manqué à être
120 MERCURE DE FRANCE.
>
enveloppés dans ce malheur. Le palfrenier
& le poftillon ne me donnerent pas de
grands éclairciffemens . La maniere promp
te dont ils avoient été pénétrés de la vapeur
, la connoiffance qu'ils avoient perdu
à l'inftant ne leur avoient laiffé le
pas
tems de s'appercevoir de ce qui avoit produit
leur évanouiffement. Le Cuifinier qui
n'avoit reçu cette vapeur qu'à demi , & qui
s'étoit toujours reconnu , fut plus en état
de me rendre compte de ce qu'il en avoit
reffenti. Il me dit qu'elle lui étoit montée
au nez avec tant de force , qu'il en avoit
été fubitement étourdi , & qu'il avoit en
même-tems & par la même caufe , ſenti
que la refpiration lui manquoit.
Je m'informai auffi de l'état de ces malheureux
après qu'on les eût retirés de la
cuve ; ils étoient femblables en tout à
ceux qui font morts fuffoqués. Une Demoiſelle
qui avoit travaillé à leur donner
du fecours , m'en dit une feule particularité
qui l'avoit frappée : c'eft qu'en leur
ouvrant la bouche pour y introduire des
eaux fpiritueufes , elle avoit trouvé leurs
gencives , leurs dents , leur palais & leur
Langue , blancs , deffechés & comme à demi-
cuits. J'en conclus que ces vapeurs
volatiles & pénétrantes ont produit deux
principaux effets , que je regarde comme
la
JUILLE T. 1755. 121
la caufe de la mort prefque fubite de ces
quatre hommes , 1 °. qu'entraînées par l'air
avec abondance & rapidité dans la cavité
du nez & des finus qui y aboutiſſent , elles
ont fecoué & picotté vivement les petites
pointes nerveufes de la membrane pituitaire
faciles à ébranler. Cette irritation
communiquée au cerveau a produit dans
tous les nerfs une contraction fpafmodique
, une conftriction qui a intercepté
dans l'inftant l'écoulement des efprits animaux
vers les organes des fens & vers les
mufcles ; ce qui a donné lieu à la privation
fubite des fenfations & des mouvemens.
2º . Qu'entraînées pareillement au tems
de l'inſpiration dans la trachée artere &
dans les poulmons , elles les ont crepés ,
defféchés & comme cuits , ainsi qu'on l'a
obfervé aux gencives , au palais & à la
langue ; ce qui a rendu les véhicules d'autant
plus incapables d'être dilatées , & de
céder à l'impulfion de l'air , que ce fluide
toujours extrêmement chargé de ces vapeurs
, & conféquemment peu élastique ,
au lieu de vaincre cette réfiſtance ne faifoit
que l'augmenter de plus en plus par
l'irritation continuelle des efprits qu'il y
portoit fans ceffe ; de forte que la refpiration
bientôt fuffoquée a produit néceffairement
une ceffation totale de la circula-
F
122 MERCURE DE FRANCE.
tion du fang , qui dans quelques minutes
a fait périr ces malheureux.
par Ce que j'avance fe trouve confirmé
le prompt rétabliſſement du palfernier &
du poftillon , qui ont eu le bonheur d'étre
retirés de la cuve avant que les poulmons
euffent été confidérablement affectés . Affez
élaſtique pour en vaincre la réſiſtance, l'air
extérieur a rétabli la refpiration , & rendu
à la circulation fa liberté naturelle. Le
poſtillon a feulement confervé pendant
quelques jours un affoibliffement , effet
fenfible des violentes fecouffes que les
nerfs avoient fouffertes.
, Il n'eft pas nouveau comme je l'ai annoncé
, Monfieur , de voir périr des gens
dans de grandes cuves en foulant une
vendange qui fermente, Enivrés & étourdis
par les efprits que la fermentation évapore
, ils tombent dans le vin , & périffent
bientôt noyés s'ils ne font pas fecourus à
tems ; mais dans ce cas-ci il paroît fingu-
Hier de les voir périr prefque fubitement
dans une cuve vuide , où il y avoit à peine
deux ou trois lignes de lie répandue fur le
fond , dans une cuve découverte depuis
plus de trois quarts-d'heure ; de voir enfin
arriver cet accident au mois d'avril , dans
un tems où la fermentation n'eft plus fenfible.
On peut cependant rendre raiſon
de ces effets furprenans.
JUILLET. 1755. 123
1º. On fera moins étonné de la promptitude
de la mort de ces quatre hommes ,
fi l'on fait attention qu'ils fe font tous
baiffés ; le petit domeftique pour balayer
& faire fortir la lie , & les trois autres fucceffivement
pour relever ceux qui étoient
tombés avant eux ; qu'en inclinant ainfi
la face vers le fond de la cuve & en s'enfonçant
dans le plus épais de la vapeur
ils l'ont humée directement avec la plus
grande abondance , & fe font exposés à fa
plus vive impreffion ; au lieu que le Cuifinier
qui n'y eft pas entierement defcendu
& qui eft demeuré debout , n'en a reçu
qu'une petite portion , qui n'ayant agi que
foiblement lui a laiffé le tems de gagner
le haut de la cuve , & de retourner à l'air
pur.
2. On trouve dans la configuration &
dans la fituation de cette cuve la raifon du
fécond effet ; c'est-à-dire comment les vapeurs
avoient pu s'y ramaffer en une auffi
grande quantité dès qu'il n'y avoit pas de
vin , & y demeurer renfermées malgré la
communication qui depuis trois quartsd'heure
étoit ouverte avec l'air extérieur.
C'étoit une grande cuve , d'environ neuf
pieds de profondeur , dont la circonférence
ne répondoit pas à la hauteur , faite en
forme de cône coupé , qui avoit fon fond
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
à la bafe & l'ouverture au fommet , dont
l'ouverture enfin étoit peu éloignée du toît
du cuvage : A quoi on peut ajouter que le
vin n'en ayant pas été tiré tout d'un trait
mais à repriſes , les efprits qui s'exhaloient
fans ceffe de celui qui y reftoit , au lieu
de s'attacher à la couverture de la cuve ,
comme il feroit arrivé fi elle avoit continué
d'être pleine , ſe répandoient & demeuroient
fufpendus dans l'air qui prenoit
à chaque fois la place du vin tiré ; deforte
la Cuve s'eft trouvée remplie par
dégrés d'un air extrêmement chargé de
ces vapeurs , dont les plus baffes n'ont pas
pu fe diffiper , foit a caufe de la profondeur
de la cuve , foit à cauſe de fa figure
conique & de la moindre étendue de fon
ouverture , foit enfin à cauſe de la proxique
mité du toît.
3 °. Les raifons que je viens de rapporter
, font affez voir comment l'évaporation
ordinaire qui fe fait du vin , a pu , fans le
fecours de la fermentation , fournir beau-
Coup de vapeurs dans cette cuve . Il faut
obferver de plus que la chaleur printaniere
qui ranime & fait monter la féve dans les
plantes , excite dans le vin une feconde
fermentation , qui , quoique moins fenfible
que la premiere , ne laiffe pas d'être
confidérable. Les vins blancs fpiritueux ,
JUILLET . 1755. 125
tels que ceux de Champagne , mis en
bouteilles au mois de Mars & d'Avril les
caffent , font partir les bouchons , & s'élancent
en mouffe par l'ouverture. Ils font
tranquilles au contraire , & ne produifent
aucun de ces effets violens fi on les y met
dans d'autres faifons : Or c'eft précisément
fur la fin de Mars & dans le courant d'Avril
que cette cuve avoit été vuidée , c'eftà-
dire au tems de cette feconde fermentation
, & elle a dû être très- grande dans
une auffi grande quantité de vin , parce
que les chaleurs ont été très - vives pendant
tout ce tems dans cette province , &
que cette cuve étoit placée à côté d'une
porte expofée au plein midi ; il n'eft donc
pas furprenant qu'il s'y foit fait une grande
évaporation d'efprits.
Il me femble qu'on peut comparer cette
cave à une espece de méphitis . La feule
différence que j'y vois , c'eft que là ce font
des vapeurs minérales , fulphureufes ou
falines , & qu'ici ce font des foufres végétaux
, exaltés & volatifés par la fermentation.
Je trouve une certaine affinité entre
fes effets & ceux de la fameuse Mofète de
la Grotte du Chien , près du lac Agnano
dans le royaume de Naples. Les hommes
plongés dans la vapeur de la cuve , comme
les animaux plongés dans celle de la
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
grotte font tombés fubitement évanouis ,
& font morts bientôt dès qu'il n'a pas été
poffible de les en retirer affez vîte . Ceux
qui ont eu le bonheur d'être remis promp
tement à l'air extérieur , font revenus de
même fans aucune fuite fâcheufe ; & fi les
hommes font tombés fans mouvement dès
l'inftant qu'ils fe font baiffés dans la cuve ,
au lieu que les animaux dans la vapeur de
la grotte s'agitent quelque tems par des
mouvemens convulfifs , cela vient fans
doute de ce que cette vapeur plus groffiere
& moins pénétrante que les efprits ardens
du vin , ne porte pas au nez , & n'affecte
pas le genre nerveux , de maniere à y cau,
fer cette constriction fubite , qui a intercepté
le cours de ces efprits.
Dans l'impoffibilité où l'on étoit de retirer
affez vîte ces malheureux de la vapeur
, y auroit- il eu quelque moyen de
les empêcher de périr ? Je crois qu'en arrofant
le dedans de la cuve de beaucoup
d'eau , on y auroit peut- être réuffi. D'un
côté les gouttes de ce fluide en fe précipitant
, auroient précipité avec elles les efprits
répandus dans l'air , & lui auroient
rendu fa pureté & fon reffort ; & de l'autre
celles qui feroient tombées fur le corps
de ces mourans , auroient pu en rappellant
la force fiftaltique des vaiffeaux , ranimer
JUILLET. 1755 . 127
la circulation qui s'éteignoit. L'expérience
apprend que les animaux à demi- fuffoqués
dans la grotte du Chien reprennent
beaucoup plus vite leurs efprits , fi on les
plonge dans l'eau du lac Agnano ; mais
il auroit fallu employer ce moyen à tems :
ce qui auroit été difficile dans ce cas , à
caufe de l'éloignement qui fe trouve du
cuvage à la fontaine .
Enfin , Monfieur , fi cet accident eft
pour ceux qui font dans le cas de faire
vuider de pareilles cuves , un avertiffement
de ne point y expofer perfonne fans
avoir donné à la vapeur le tems de fe diffiper
, ou du moins fans l'avoir précipitée
avec de l'eau , il n'en préfente pas un moins
important pour ceux qui font un ufage immodéré
du vin & des liqueurs ardentes ;
car fi ces efprits appliqués au-dehors ont
produit des effets auffi prompts & auffi
funeftes , combien ne doivent - ils pas en
produire de fâcheux , lorfque pris intérieu
rement avec excès , & circulant dans la
maffe des humeurs ils fe portent au cerveau
, & agiffent immédiatement fur les
fibres médullaires & nerveufes ?
J'ai l'honeur d'être , &c .
A Riom en Auvergne , le 15 Mai 1755 .
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Résumé : Lettre de M. Dequen, Docteur en Médecine, de la Faculté de Montpellier, à un Médecin de ses amis, sur un accîdent arrivé dans le cuvage de M. le Comte de la Queuille, Brigadier des armées du Roi, Colonel du Régiment de Nice, au château de Chateaugay, près de Riom en Auvergne.
Le 24 avril, un accident mortel s'est produit au château de Chateaugay, près de Riom en Auvergne. Un jeune domestique, chargé de nettoyer une cuve à vin, tomba inconscient après avoir inhalé des vapeurs toxiques. Le sommelier, tentant de le secourir, connut le même sort, ainsi que plusieurs autres domestiques alertés par la situation. Au total, quatre hommes périrent asphyxiés par les vapeurs du vin, identifiées comme des 'esprits ardents'. Ces vapeurs, malgré la cuve étant vide depuis trois quarts d'heure, étaient suffisamment concentrées pour être mortelles. La configuration de la cuve, en forme de cône coupé et proche du toit du cuvage, ainsi que la chaleur printanière favorisant une seconde fermentation du vin, avaient permis cette concentration. Les symptômes observés chez les victimes, tels que des gencives et une langue blanches et desséchées, confirmèrent l'impact des vapeurs sur les voies respiratoires et le système nerveux. Deux domestiques, retirés à temps, se rétablirent rapidement. Le texte compare cet incident à la fameuse Mofète de la Grotte du Chien près du lac Agnano, dans le royaume de Naples. Les vapeurs de cette grotte provoquent également des évanouissements et la mort rapide des personnes et des animaux exposés. Cependant, les animaux s'agitent avant de succomber, contrairement aux hommes qui perdent connaissance instantanément. Cette différence est attribuée à la nature plus grossière et moins pénétrante de la vapeur de la grotte, qui n'affecte pas les nerfs de la même manière que les esprits ardents du vin. L'auteur suggère que l'arrosage de la cuve avec de l'eau pourrait sauver les personnes exposées, en précipitant les esprits volatils et en rappelant la force systolique des vaisseaux. Cette méthode est efficace pour les animaux dans la grotte du Chien, mais son application rapide est difficile en raison de la distance entre la cuve et la fontaine. Le texte met en garde contre l'exposition aux vapeurs sans précaution et contre l'abus du vin et des liqueurs ardentes, qui peuvent avoir des effets néfastes sur le cerveau et les fibres nerveuses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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