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1651
p. 632-655
RÉFLEXIONS à l'occasion du Brutus de M. de Voltaire, et de son Discours sur la Tragédie.
Début :
Il ne faut pas être surpris que M. de Voltaire aye saisi l'occasion que sa nouvelle [...]
Mots clefs :
Tragédie, Versification, Prose, Poésie, Racine, Voltaire, Théâtre, Déclamation, Succès, Théâtre en vers
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texteReconnaissance textuelle : RÉFLEXIONS à l'occasion du Brutus de M. de Voltaire, et de son Discours sur la Tragédie.
REFLEXIONS à l'occasion du Brutus
de M. de Voltaire , et de son Dis
cours sur la Tragédie..
I
'L ne faut pas être surpris que M. de
Voltaire aye saisi l'occasion que sa nouvelle
Tragédie lui a présentée naturèllement
, de donner dans un Discours préliminaire
ses idées sur cette espece d'ouvrage.
On doit être obligé aux Auteurs
qui se distinguent dans un Art de ce qu'ils
veulent bien ouvrir leur secret , et mettre
leurs Lecteurs dans les voyes qu'ils
se sont frayées ; ils aident ainsi eux-mêmes
au jugement qu'ils attendent , et ils
éclairent cette même critique qui doit
montrer
A V RIL. 1731. 633
montrer leurs beautés et leurs deffauts ;
car il y a par tout à louer et à reprendre :
les Auteurs du premier ordre sont seulement
ceux qui donnent moins de prise
à la censure.
On devoit encore s'attendre que M. de
Voltaire ne manqueróit pas de réclamer
les droits que la Versification et la rime
' ont pris depuis long - tems sur nos Piéces
de Théatre , et qu'un Ecrivain judicieux
et séduisant vient d'attaquer,comme contraires
aux succés des Auteurs , et par
conséquent au plaisir de ceux qui les lìsent
il sied bien à un bel esprit qui ,
comme M. de Voltaire , nous a fait sentir
si souvent le charme des beaux Vers¸
d'en proteger le mérite ; et quand même
ce mérite ne seroit pas aussi réél qu'il le
croit , ou aussi necessaire qu'il le supose
dans nos Tragédies , il faudroit lui pardonner
sa sensibilité pour un genre d'écrire
qui lui a acquis tant de gloire. Let
Public y a contribué de ses applaudissemens
, et nous avons par notre plaisir
notre part à sa reconnoissance pour un
tálent qu'il cultive avec succès , et qu'on
seroit fâché de lui voir negliger.
Il a si bien senti lui - même combien la
continuité du travail est utile à la perfec
tion , qu'il avouë à Mylord Bolingbrooke,
que lors qu'après son retours à Paris , il
Asy
3
4 MERCURE DE FRANCE
a voulu rentrer dans la carriere françoise
dont il étoit sorti durant deux années ; les
expressions et les Phrases de sa langue
naturelle se refusoient à ses recherches ;
l'habitude qu'il avoit contractée de penser
en Anglois rendoit sa nouvelle composition
difficile ; ensorte qu'en bien des
endroits on croit découvrir la contrainte
de la Traduction .
de
Le principal obstacle qu'il a trouvé ,
son aveu , à la facilité de l'execution , a
été la severité de notre Poësie , et l'esclavage
de la rime. Lors qu'il avoit écrit
en Anglois , il avoit joui de cette heureuse
liberté qui donne à l'esprit toute son
étendue , et qui le laissant arbitre de la
mesure des Phrases et de la longueur des
mots , le remplit seulement de l'importance
des choses .
>
Cependant M. de Voltaire , tout persuadé
qu'il est de la dureté de l'assujetissement
à la rime , quoiqu'il sente le poids
de ses chaînes et ce qu'elles peuvent
coûter à la justesse de l'expression , à la
vivacité du sentiment et à la liberté de la
pensée , ne veut pas permettre qu'on s'en
affranchisse. Je ne veux pas prouver directement
combien il seroit utile et raisonnable
de laisser les Auteurs à leur aise
sur cet article ; ce dessein a été executé
avec beaucoup de force , de précision et
d'éleAVRIL.
1731.
635
d'élegance par son ingénieux Auteur. ,
J'examinerai seulement les raisons sur lesquelles
M. de Voltaire se fonde dans son
nouveau discours , pour détourner un
usage ou une nouveauté qu'il n'approuve
point , et dont ses talens l'ont appris à se
passer.
Il ne faut point , dit-il , s'écarter de la
route que les grands Maîtres nous ont
tracée ; s'en faire une nouvelle , seroit
moins une marque de génie que de foiblesse.
Mais il me semble , au contraire , que
plus les Tragédies de Corneille et de Racine
, toutes écrites en Vers rimés , ont
eu de succès , plus elles l'ont mérité ; plus
on trouve de beautés dans ces Piéces , et
plus il y auroit du mérite de se procurer
un succès égal sans le secours de la rime.
Car si la rime prête des beautés réelles aux
Piéces de Théatre , ceux qui auront abandonné
cette voye auront dû prendre ailleurs
, pour nous plaire également , des
compensations heureuses qui nous empêchent
de regreter la Poësie rimée.
M. de Voltaire ne peut pas supposer
comme une chose certaine , qu'on ne peut
faire une bonne Tragédie sans Vers rimés ,
car c'est là précisément la question ; il
prétend que l'habitude que nous avons
aux Vers de Corneille et de Racine nous
A vj rend
636 MERCURE DE FRANCE
rend ce nombre et cette harmonie si nécessaires
dans toutes les Tragédies , qu'une
Piéce dans laquelle on trouveroit une
disposition sage , un interêt vif continu ,
et bien conduit , de grandes idées , des
sentimens élevés , une diction noble et
majestueuse , n'auroit que peu ou point
de succès , si elle étoit privée de l'agré--
ment de la rime.
Il suppose que c'est un agrément sur la
foi de l'usage dont il paroît ailleurs ne
faire pas grand cas . Mais bien des gens
prétendent que ce retour perpetuel de
deux grands Vers féminins et masculins
les fatigue & les ennuye , et que s'ils n'étoient
aidés d'ailleurs par l'interêt , par
les sentimens et par l'action de l'Acteur ,
ils ne soutiendroient point un aussi long
Ouvrage sans peine.
D'où peut venir que M. de Voltaire lui
même trouve nos Tragédies trop longues
, comme les Tragédies Angloises ?
Est- ce que nous n'en avons point de bonnes
? Mais il fait profession d'admirer
Corneille
et Racine ; il les propose l'un
et l'autre comme les grands modeles .
Ne seroit-ce pas par la même raison
qui a empêché que le Poëme Epique ne
réussit en France , et qui a toujours fait
trouver longs & insipides ceux qu'on a
asé composer. Ce n'eft. pas que l'on manque
AVRIL; 1731. 637
que de sujets à traiter , ni peut-être de
génies capables de le faire , M. de Voltaire
a montré ses ressources dans ce genre
; mais il faut convenir qu'il l'a un peú
alteré , et que sa Henriade , pleine de tres
beaux morceaux et des plus beaux Vers ,
n'est pas un veritable Poëme Epique.
C'est cette alternative necessaire et insuportable
à la longue de deux rimes masculines
et de deux rimes féminines qui
nous prive d'un bon Poëme , et qui affoiblit
surement le plaisir naturel d'une
action qui se passe sur le Théatre entre
des grands ou entre des gens ordinaires.
Ce qui fait que le même défaut n'ôte
pas aux Comédies et aux Tragédies tout
feur succès , tandis qu'il se fait perdre aux
Poëmes , c'est que dans les Piéces de Théatre
on est reveillé , comme nous l'avons
dit , par une action vive et animée ; les
Acteurs nous échauffent , et nous lès confondons
, à proportion de leurs talens
avec les personnages qu'ils représentent,
Qui s'est jamais avisé de dire que l'Enéïde
est un trop long Poëme , que cette
lecture est fatigante et difficile à soûtenir
? assurément l'interêt est bien foible ,
puisqu'on le trouvoit tel du tems même .
de Virgile , et que l'on sçait que Didon
et Enée furent séparés par plusieurs siecles.
Ses Vers y sont de la même mesure que
Tes
638 MERCURE DE FRANCE
les nôtres , tous Alexandrins , mais sans
rimes , et voilà qui les sauve de l'ennui ;
cette uniformité de sons que l'on appelle
harmonie , lorsqu'on en a besoin , ne se
trouve pas dans l'Enéïde , et dès là cette
lecture est toujours agréable.
Je conviendrai pourtant d'une chose ,
et c'est peut- être ce que veut dire M. de
Voltaire , lorsqu'il nous oppose les exemples
de Corneille , de Despreaux et de
Racine ; je conviens avec lui que les Ouvrages
que ces Auteurs celebres ont donnés
en Vers rimés ne seroient pas supportables
en Vers sans rimes ou en pure
Prose. C'est là que la raison de la coutume
se trouve dans toute sa force : quelque
belle que fut la traduction en Prose que
l'on feroit de ces Vers , on y reviendroit
toujours ; ils se présenteroient sans cesse
à l'esprit , et l'oreille accoutumée à l'impression
flateuse des beaux Vers de ces
trois hommes , souffriroit du déguisement
, parceque la mémoire rappelleroit
à mesure les Vers originaux .
Mais il faut aussi que l'on demeure
d'accord avec moi que cet évenement
seroit réciproque , si l'on traduisoit en Vers
un Ouvrage bien écrit en Prose , et qui
eut déja emporté, les suffrages. Il ne faut
pas douter que ce ne fut une entreprise
téméraire que de réduire en Vers l'Histoire
AVRIL. 1731. 639
toire de Zaïde , la Princesse de Cléves ,
les Exilés de Madame de Ville - Dieu , et
quelques autres Ouvrages de ce caractere
qui seroient susceptibles par eux- mêmes
d'une Versification noble , mais que l'on
voudroit toujours lire tels qu'ils nous ont
été donnés.
et
Ainsi on ne doit pas prétendre de faire
accepter une traduction en Prose des Ouvrages
écrits en beaux Vers , moins encore
des Vers de M. Racine que de tout
autre. Ce n'est pas que M. Racine par
un effet prodigieux de son habileté n'ait
donné aux Phrases dans presque tous ses
Vers la construction la plus naturelle ,
c'est parceque cesVers sont un effet surpre
nant de l'art, c'est parceque les Ve.s de M.
Racine sont les plus beaux Vers François
qui ayent jamais été faits , qu'il n'en faut
rien ôter ; il n'y faut pas toucher. Il faut
les voir tels qu'ils sont sortis de la main de
l'Auteur , ces Ouvrages immortels , où
malgré la gêne de la Versification et l'assujetissement
scrupuleux à rimer richement
, M. Racine a tout dit , selon M. de
Voltaire lui-même , de la meilleure maniere
, et bien mieux que tous ceux qui
ont écrit dans son genre avant et après
lui.
C'est aussi ce qui me fit dire à M. de la
Mothe , il y a environ deux années
lors
2
640 MERCURE DE FRANCE
lorsqu'il me fit la grace de me faire part´
de son Essai de Prose sur la premiere
Scene de Mithridate , que c'étoit bien le
moyen de faire entendre sa pensée , mais
non pas de faire recevoir son dessein :
que les Vers de M. Racine étoient construits
de façon qu'on ne pouvoit pas esperer
de les faire oublier , et qu'en les
décomposant , pour essayer l'effet de la:
Prose , on les feroit seulement admirer
davantage.
Il est bien certain que M. de la Mothe
n'a jamais eu en vue de diminuer le prixdes
Vers de M. Racine ; en les réduisant
en Prose , il a prétendu faire voir que les
choses que M. Racine nous a laissées en
Vers pourroient se passer de cette parure
sans rien perdre de leur mérite , ni de
l'impression qu'elles font sur nous. Je
crois entrer dans son sens et entendre sa
pensée ; mais j'avoue que je ne sçaurois
l'adopter. Il ne faut point essayer la Prose
sur des beaux Vers -connus de tout le monde
: on y reviendra par goût , et sur- tout
par habitude. C'est des nouvelles Piéces
en Prose que l'on doit attendre un grand.
succès , pourvû qu'elles soient écrites
comme il convient.
Je dis pourvû qu'elles soient écrites >
comme il convient ; car en démontant
les Vers de M. Racine de la maniere que
M
AVRIL: 1737. 641
›
M.de la Mothe l'a fait, il n'en résulte point
une belle Prose . M. de Racine auroit écrít
autrement , auroit mieux écrit , et M. de
la Mothe aussi . C'est donc à tort qu'après
nous avoir donné cette épreuve il interpelle
les gens sensez et déprévenus , et
qu'il les sollicite d'avouer qu'ils n'ont
rien perdu à ce renversement , et que
l'impression à leur égard est toûjours la
même. Ils répondent que non , ils redemandent
les Vers de M. Racine , comme
ils redemanderoient sa Prose , s'il avoit
écrit Mithridate en Prose , et que quelqu'un
le donnât en Vers .
Qu'une Tragedie , belle d'ailleurs , et
digne d'être applaudie , ne soit connuë
qu'en Prose ; on l'écoutera on la lira
après un certain tems tout comme si elle
étoit en Vers. Qui est-ce qui ne lit pas
le Telemaque , et qui ne l'admire pas en
le lisant ? Je ne doute pourtant pas que
s'il eût été donné en beaux Vers par un
homme tel que M. Racine , avant qu'il
parût en Prose , tel que nous l'avons aujourd'hui
; je ne doute pas , dis je , que le
Telemaque de Racine n'eût obscurci le
Telemaque de Fenelon . Maintenant il ne
seroit plus tems ; le gout pour le Telemaque
est universel , l'habitude est inalterable
, et les plus beaux Vers , les Vers
les plus heureux et les plus accomplis
ne
642 MERCURE DE FRANCE
ne seroient regardez que comme une Traduction
imparfaite ; je croi même qu'elle
ne sçauroit être bonne .
Par exemple encore , M. de la Mothe
lui- même , vient de hazarder une Ode en
Prose ; on voit dans cette Ode tout le
feu , toute l'élevation et toute la magnificence
de la Poësie. Pourquoi la lit- on
telle qu'elle est ? Parce qu'on ne l'a pas
autrement. Mais que M. de la Mothe nous
donne cette même Ode en beaux Vers
Lyriques , tels que ceux de l'Astrée et de
presque toutes ses Odes , il verra que ses
Vers feront oublier sa Prose , quelque
noble et quelque harmonieuse qu'elle
nous paroisse. Pourquoi cela ? Parce que
nous ne sommes pas encore accoûtumez
à lire des Odes en Prose , et jusqu'à nouvel
ordre il faudra pardonner à ceux
qui exigeront qu'elles soient en Poësie
rimée.
M. de Voltaire , qui sent ses avantages,
ne veut point se désaisir de la Versification
, et la rime ne l'effraye point. M. de
la Mothe , qui est sans interêt dans cette
querelle , puisqu'il nous a fait voir qu'il
sçavoit tout écrire en Vers et en Prose ;
M. de la Mothe , dis-je , et bien des gens
avec lui , demandent au Public la liberté
de faire parler des Rois , des Reines , des
Ministres d'Etat , des Generaux d'Armée,
en
AVRIL. 1731. 643
en belle Prose , telle qu'ils sont censez
la parler et telle qu'il la sçauroit , faire
lui - même. Car il faut demeurer d'accord
qu'il écrit avec beaucoup de pureté , beaucoup
de clarté , de noblesse et d'élegance .
Ce seroit un vrai modele , s'il étoit permis
d'en imiter quelqu'un.
Qu'est- ce donc que l'on prétend lorsqu'on
veut faire recevoir des Tragédies
en Prose , et quel est le dessein de ceux
qui appuyent cette idée ? Le voici. Les
Tragedies qui ont parû depuis M. Racine
, sont toutes inferieures aux siennes
dans tous les sens ; c'est une verité dure,
mais incontestable. Un grand nombre
d'Auteurs de nom et de mérite ont courru
cette carriere avec un médiocre succès.
Je ne sçai si dans ce genre un succès
médiocre ne peut pas être compté pour
mauvais ; on a cherché les causes de ce
décroissement ; on a trouvé que parmi
ces Auteurs, quelques -uns avoient tout le
génie qui est nécessaire pour faire une
bonne Tragedie ; on a vû qu'ils sçavoient
disposer les évenemens , soutenir les caracteres
, jetter de l'interêt , qu'ils avoient
de la chaleur et du sentiment ; qu'ils sçavoient
faire à propos des portraits affreux
du vice , des peintures agreables de la
vertu qu'ils étoient fideles à la faire
triompher du crime et de la trahison .
噩
On
644 MERCURE DE FRANCE
On a vû qu'indépendamment des beautez
génerales qui constituent essentiellement
une bonne Tragedie , ils avoient
mis des beautez de détail , qui , quoiqu'elles
ne fassent pas le principal du
Poëme Dramatique , servent pourtant
beaucoup à le soutenir.
Malgré tous ces avantages , ces Poëmes
ne plaisent point , ne plaisent pas longtems
, ou ne plaisent pas toujours . On ne
les lit point , on y cherche quelques morceaux
détachez , on laisse le reste ; et le
gout seul
que l'on a pour la nouveauté
ou le grand Art d'un Acteur, soutenu par
quelques grands traits , par quelques tirades
brillantes , ou par l'interêt de l'action
, ont fait la réussite de toutes ces differentes
Pieces durant quelques Réprésentations.
Il ne restoit plus pour les excuser , que
d'attribuer le foible succès d'un Ouvrage,
bon d'ailleurs , à une diction défectueuse
›
età une expression
languissante
ou forcée.
Cependant
ces Auteurs connoissent
leur
langue ; ils parlent bien ils écrivent
bien en Prose ; ils donnent
des regles et
des exemples
dans l'Art de bien dire.
Il faut donc que ce soit la contrainte
de la rime et de la mesure des Vers qui entraîne
ces vices de l'expression
, et qui
coute aux Auteurs un plein succès , à
nous
AVRIL. 1731. 645
nous des Ouvrages plus accomplis.
Essayons , a-t'on dit , d'écrire ces mêmes
Ouvrages en Prose. Affranchissonsnous
du méchanisme de la Poësie , qui ,
aussi -bien nous fait perdre un tems précieux
que nous employerons à trouver des
choses ; et si après cette épreuve , on ne
réüissit pas mieux , nous serons forcez
d'attribuer ces affoiblissemens à la déca-
Edance des esprits.
Il n'y a rien que de raisonnable dans
ce Plan ; car enfin on n'a pas besoin de
Vers ; on peut se passer de Poësie ; mais
on ne peut pas se passer de Pieces de
Théatre . On sçait combien d'utilité et de
plaisir ce Spectacle apporte dans la societé
et dans les grandes Villes , il seroit
dangereux de le supprimer. Il faut
donc laisser aux Auteurs qui se sentiront
du génie pour le Théatre , mais qui seront
sans talens pour la Poësie rimée , il
faut leur laisser laliberté de nous amuser et
de nous instruire par le langage ordinaire,
pourvû qu'il soit noble et élegant. On ne
prétend pas pour cela ôter aux Poëtes , nez
Poëtes, la gloire qui les attend . On ne demande
pas mieux que de voir entre les Dramatiques
Poëtes et les Dramatiques Prosateurs,
cette émulation qui les excitera mutuellement
; ils en auront plus de gloire ,
et le Public plus de plaisir.
Qu'on
646 MERCURE DE FRANCE
Qu'on ne dise point que c'est proposer
une diminution de plaisir ; c'est supposer
ce qui est en question . Il est question
de sçavoir si le plaisir que les Vers nous
donnent dans la Tragedie , est un plaisir
d'habitude. Il n'y a qu'à essayer de faire
des Tragedies en Prose ; et si après l'essay,
toutes choses d'ailleurs égales , la Poësie rimée
l'emporte,il faudra encore en attendre
que l'habitude à la Prose ait été formée ,
pour que l'on puisse juger sans prévention .
Dailleurs il s'en faut bien que ce soit
proposer au Public de diminuer son plaisir
. En premier lieu , il est supposé que
ceux qui donneront des Tragedies en
Prose , ne les auroient point données en
Vers , parce qu'ils n'en sçavent pas faire.
'Ainsi le Public ne perd rien de ce côté ,
et il y gagne de l'autre des nouvelles Pieces
que sa condescendance lui procurera ,
et qu'il aura le plaisir singulier de comparer
avec les Poëmes Dramatiques rimez
qui sont déja en possession de son estime,
et les nouveaux qui la meriteront.
Je ne dis rien pour deffendre les Vers
François sans rimes ; on n'en a que faire.
Tout ce que M. de Voltaire a dit sur cela
est vrai , mais ne fait rien contre nous ;
nous voulons plus que cela ; c'est à- dire
de la Prose , mais belle , élegante , nombreuse.
Il
AVRIL. 1731 . 647
Il ne faut pas que l'on craigne de voir
paroître un trop grand nombre de Tragedies
en Prose. Nous avons vû jusqu'à
present que le nombre de ceux qui ont
bien écrit en prose à un certain point ,
n'est pas plus grand que le nombre des
bons Poëtes . La belle Prose est aussi rare
que la belle Poësie , et a bien autant de
merite. Elle est , du moins , plus propre.
à persuader , à convaincre , à émouvoir ,
à penetrer ; s'il en étoit autrement , la Poësie
rimée devroit être aussi le langage du
Barreau , et sur tout de la Chaire. Si la
Poësie réussissoit mieux à inspirer la terreur
et à remuer les ressorts du coeur , la
Prose devroit être interdite aux Prédicateurs
, et à proportion de la necessité
de l'importance et de l'immensité l'interêt
, la regle devroit être à leur égard ,
plus sacrée et plus inviolable.
Pour revenir à nos Tragedies , pourquoi
assujettirions- nous les Auteurs qui .
sont capables d'en faire de bonnes , quoiqu'ils
ne sçachent pas faire des Vers à cet
arrangement bizarre et pénible , puisque
les autres Nations qui ont aussi des Tragédies
, n'imposent pas la même contrainte
?
Qu'on ne réponde pas que la Langue
Françoise est plus bizarre elle-même , et
plus difficile à manier ; cela prouve pour la
Prose
648 MERCURE DE FRANCE
Prose contre la Versification . Est- il sage
d'ajouter de nouvelles difficultez à ce qui
n'en a déja que trop ? Selon M. de Voltaire
, l'Anglois , par exemple , a plus de
liberté dans sa Langue , il peut faire des
mots nouveaux , il peut , à son gré , étendre
ou resserrer les termes connus. Quelle
plus grande liberté un Poëte peut-il desirer,
à qui conviendroit- il mieux de s'assujettir
àla mesure et à la rime ?LesAnglois
s'accoutumeroient aux Vers rimés ; les
François s'accoutumeroient aux Tragedies
en Prose : pourquoi ne s'y accoutumeroient-
ils pas ? M. de Voltaire le dit avec
nous ; la Nature n'est- elle pas la même
dans tous les hommes ? Il faut qu'il convienne
aussi que c'est l'habitude que nous
avons aux Tragedies en Vers , qui nous
fait regarder cette forme comme necessaire
.
rez ; ils
La belle Prose est noble , douce , facile
, naturelle ; elle persuade , elle touche
; c'est le langage de la raison et l'or
gane de la verité .... Ne faisons point
d'énumeration des prodiges qu'elle a opepassent
ceux que la Fable a prêtez
à la Poësie. La Poësie peint avec force
mais elle outre les caracteres. Elle lou
avec emphase , ses Panegyriques sont des
apothéoses ; elle blâme avec rigueur ; tous
ses traits sont enflammez ; elle exager
égale
AVRIL.
1731.
649
également les vertus et les vices. Elle est
magnifique dans ses images et dans ses
descriptions ; mais pour vouloir embellir
la Nature , elle la cache ou la rend méconnoissable.
La rime est capricieuse , et
la mesure est un veritable esclavage . La
Prose plaît à tout le monde ; la Versification
déplaît à ceux qui n'y sont pas
accoutumez , c'est un fait d'experience.
Disons donc avec M. de Voltaire , quoiqu'il
ne le dise pas toujours, c'est à la coûtume
, qui est la Reine du monde , à changer
le gout des Nations , et à tourner en plaisirs
les objets de notre aversion.
Mais , dit M. de Voltaire , cette coûtume
est devenue un plaisir , et les François
aiment les Vers , même dans les Comedies.
Qui le conteste ? Je dis plus ,
qui conteste qu'ils ne doivent les aimer ?
Car je le repete , on ne veut point exclure
la rime du Théatre , et le Public sollicite
M. de Voltaire en particulier , de
cultiver l'heureux talent qu'il a reçû pour
ce genre d'écrire. On veut introduire la
Prose seulement en faveur de ceux qui
ont du génie pour le Théatre, et qui n'ont
point le talent des Vers. On ne sçauroit
douter que ces deux especes de mérite
ne puissent être divisées ; autrement il
en faudroit conclure , que tous ceux qui
sçavent faire des Vers , sçavent aussi faire
B dès
650 MERCURE DE FRANCE.
des Tragedies , ce qui est contre l'experience.
Ainsi il ya à gagner pour les Poëtes
Dramatiques et pour le Public. Le Public
aura un plus grand nombre de Tragedies
, à force de repetitions les anciennés
sont un peu usées . Les Poëtes Dramatiques
auront la gloire d'effacer les Dramatiques
Prosateurs , si en effet ceux - cy
n'ont pas d'aussi grands succès.
Des Comedies en Prose plaisent tous
les jours. On auroit souhaité que M. de
Voltaire eût bien voulu marquer quelles
sont les Comedies de Moliere écrites
en Prose , que l'on a été , dit - il , obligé
de mettre en Vers. Il y a de nouvelles
Comedies en Prose , où l'on va avec grand
plaisir. Cette disposition du Public ne
fait-elle pas augurer pour le succès de la
Tragedie en Prose ? Alors on aura moins
à craindre que jamais , ce dont M. de
Voltaire se plaint , que des Pieces mal
écrites ont cû un succès plus grand que
Cinna et Britannicus .
>
Qu'il me soit permis de dire en passant
que je crois être fondé à supposer
bien des beautez dans une Piece , qui
quoique mal écrite , a un succès plus
grand que les meilleures des plus grands
Maîtres . Car enfin c'est le Public qui
P'on écrit : doit juger ; c'est
pour lui que
et
AVRI L. 1731 .
651
et s'il a fait grace quelquefois à l'expression
en faveur de l'interêt et du sentiment
, que ne devroit - on pas attendre de
sa justice , si l'on y joignoit encore la pureté
de la diction et l'éloquence des
roles ?
pa-
Il ne faut pas qu'on tire avantage de
ce que les plus belles Pieces de Théatre
sont en Vers , et l'on ne peut pas dire
que les plus beaux Ouvrages sont en Poësie
rimée. En premier lieu , l'usage de la
Prose n'est point établi pour de certains
genres ; il faut la voir faire pour la comparer.
De plus , je ne crois pas qu'il soit
bien décidé que ce soit à la contrainte
des Vers rimez que l'on doit ces excellens
morceaux.
En second lieu , tant s'en faut que l'on
puisse avancer que les plus beaux Ouvrages
sont en Vers rimez , que la plûpart
de ceux qui sont écrits ainsi , sont
des Ouvrages frivoles.
Enfin , M. de Voltaire frappe le grand
coup pour détourner des Auteurs de faire
des Tragedies en Prose , et le Public de
les recevoir et de les entendre . » Si au
» milieu des Tableaux de Rubens , dit-
» il , ou de Paul Veroneze , quelqu'un ve-
»noit placer ses Desseins au crayon , n'au-
» roit- il pas tort de s'égaler à ces Peintres ?
>> On est accoûtumé dans les Fêtes à des
Bij >> Danses
652 MERCURE DE FRANCE.
» Danses et à des Chants ; seroit- ce assez
» de marcher et de parler , sous prétexte
» qu'on marcheroit et qu'on parleroit bien
»et que cela seroit plus aïsé et plus na-
>> turel.
J'étendrois trop ces Refléxions , si je
marquois toutes les raisons de difference
que l'on trouve dans les paralleles . J'admettrai
le premier lorsque M. de Voltaire.
m'aura fait comprendre qu'un Dessein
au crayon est un Tableau ; car il n'a pas
besoin qu'on lui montre qu'une Tragedie
en Prose est une Tragedie .
On est accoûtumé dans les Fêtes à chanter
et à danser , ainsi il ne suffiroit pas de
marcheret de parler, cela est incontestable;
parce que la danse et le chant entrent necessairement
dans l'idée d'une Fête . Ensorte
que la Danse ôtée , les pas que formeroient
un grand nombre de personnes
assemblées , ne seroient qu'une promenade
triste , froide et insupportable ; le
Chant ôté , ce ne seroit plus qu'une conversation
fade et ennuyeuse. Mais a- t'on
jamais dit que la rime et la mesure des
Vers constituent essentiellement une Tragedie.
En France même , qui est le seul
Pays où l'on voit des Tragedies en Vers
rimez , a-t'on jamais défini la Tragedie
en Poëme à Vers Alexandrins à rimes
plates ? M. de Voltaire sçait parfaitement
ce
+
AVRIL. 1731. 653
e qui constitue le Poëme Dramatique ;
j'en prendrai volontiers la définition de
sa main , et je suis déja sûr qu'il n'y fera
seulement mention ni des Vers ni de
la rime.
pas
A quelle sorte d'ouvrage la rime et les
Vers semblent-ils appartenir plus specialement
qu'au Poëme Epique ? La Poësie
qui y est absolument necessaire et dont
on doit presque toujours se garder dans
la Tragedie , exige , ce semble , ce nombre
qui sert à l'embellir ; cependant nous
avons un Poëme en Prose que personne
ne trouve trop long , et que personne
n'entreprendra apparamment de mettre
en Vers.
Ainsi le Chant et la Danse sont nécessaires
aux Fêtes , parce qu'où il n'y
a ni Chant ni Danse , il n'y a plus de
Fête , du moins de cette espece de Fête
que M. de Voltaire suppose. Mais il ne
s'ensuit pas que que les Vers soient essentiels
à la Poësie Dramatique qui subsisteroit
bien sans leur secours ; ainsi la rime peut
bien être necessaire aux Vers François ,
soit à cause que l'habitude est formée
soit à cause du génie même de notre Langue
; mais elle n'est point necessaire au
Poëme Dramatique .
Voilà mes idées sur la dispute qui s'est
élevée dequis quelque tems au sujet des
Biij Tra654
MERCURE DE FRANCE .
que
Tragedies en Prose. Les endroits où M. de
Voltaire a touché cette question dans son
Discours sur la Tragedie , m'ont donné
occasion de les développer. Idées ébauchées
qui serviront peut- être de Canevas
à quelque personne plus éclairée moi
et plus exercée à écrire. Il y a sur tout
de la sincerité dans mes Refléxions et
dans le temperamment que j'ai pris entre
la Prose et la Versification . Ceux qui
me connoissent ne me soupçonneront pas
de prévention ; car quoique je ne sçache
pas faire des Vers , ( du moins je ne le
crois pas ) j'ai une passion si forte pour
la déclamation , et je suis d'ailleurs si
persuadé qu'elle sera difficile ou changée
sensiblement dans les Tragedies en Prose
, que je ne puis m'empêcher de la regretter.
Cependant il me paroît qu'elle ne sed
roit pas impraticable , sur tout aux Ccmédiens
de Paris. On en a perdu deux
qui, chacun, auroient guidé leur sexe; mais
il en reste , qui avec de la docilité et de la
patience pourroient y réussir , les autres
s'y accoutumeroient avec le tems , quand
ce ne seroit que par imitation. Le Public
auroit d'abord de l'indulgence , il s'accoutumeroit
lui- même , et il parviendroit enfin
à voir représenter indifferemment des
Tragedies en Vers et des Tragedies en
Prose
A
AVRIL.´ 1731 . 1731 655
Prose , comme il voit tous les jours des
Comedies dans ces deux genres.
J'ai essayé moi - même de déclamer de
la belle Prose , et il m'a parû qu'il ne
falloit pas desesperer. Ceux qui font une
profession publique d'exercer ce talent ,
doivent avoir plus de ressources . Plus on
s'est appliqué en déclamant , à rompre
la mesure des Vers , moins on y trouve
de la difficulté . Cette maniere avoit bien
réussi , on la devoit à l'art admirable du
grand Maître de la Déclamation , que
l'on regrettera long- temps ; on peut la
faire revivre et accoutumer ainsi insensiblement
à la Prose.
Or n'entendons- nous point quelquefois
de certains Orateurs déclamer leurs Pieces
d'Eloquence ? Et qu'étoit donc cette
action si vive , si pathetique du celebre
Orateur de la Grece , qui causa tant d'admiration
à son Rival même ; qu'étoit - ce
si - non une Déclamation animée qui aidoit
à la persuasion , et qui alloit au coeur ?
On donnera le mois prochain les Reflexions
sur la Tragedie de Brutus.
de M. de Voltaire , et de son Dis
cours sur la Tragédie..
I
'L ne faut pas être surpris que M. de
Voltaire aye saisi l'occasion que sa nouvelle
Tragédie lui a présentée naturèllement
, de donner dans un Discours préliminaire
ses idées sur cette espece d'ouvrage.
On doit être obligé aux Auteurs
qui se distinguent dans un Art de ce qu'ils
veulent bien ouvrir leur secret , et mettre
leurs Lecteurs dans les voyes qu'ils
se sont frayées ; ils aident ainsi eux-mêmes
au jugement qu'ils attendent , et ils
éclairent cette même critique qui doit
montrer
A V RIL. 1731. 633
montrer leurs beautés et leurs deffauts ;
car il y a par tout à louer et à reprendre :
les Auteurs du premier ordre sont seulement
ceux qui donnent moins de prise
à la censure.
On devoit encore s'attendre que M. de
Voltaire ne manqueróit pas de réclamer
les droits que la Versification et la rime
' ont pris depuis long - tems sur nos Piéces
de Théatre , et qu'un Ecrivain judicieux
et séduisant vient d'attaquer,comme contraires
aux succés des Auteurs , et par
conséquent au plaisir de ceux qui les lìsent
il sied bien à un bel esprit qui ,
comme M. de Voltaire , nous a fait sentir
si souvent le charme des beaux Vers¸
d'en proteger le mérite ; et quand même
ce mérite ne seroit pas aussi réél qu'il le
croit , ou aussi necessaire qu'il le supose
dans nos Tragédies , il faudroit lui pardonner
sa sensibilité pour un genre d'écrire
qui lui a acquis tant de gloire. Let
Public y a contribué de ses applaudissemens
, et nous avons par notre plaisir
notre part à sa reconnoissance pour un
tálent qu'il cultive avec succès , et qu'on
seroit fâché de lui voir negliger.
Il a si bien senti lui - même combien la
continuité du travail est utile à la perfec
tion , qu'il avouë à Mylord Bolingbrooke,
que lors qu'après son retours à Paris , il
Asy
3
4 MERCURE DE FRANCE
a voulu rentrer dans la carriere françoise
dont il étoit sorti durant deux années ; les
expressions et les Phrases de sa langue
naturelle se refusoient à ses recherches ;
l'habitude qu'il avoit contractée de penser
en Anglois rendoit sa nouvelle composition
difficile ; ensorte qu'en bien des
endroits on croit découvrir la contrainte
de la Traduction .
de
Le principal obstacle qu'il a trouvé ,
son aveu , à la facilité de l'execution , a
été la severité de notre Poësie , et l'esclavage
de la rime. Lors qu'il avoit écrit
en Anglois , il avoit joui de cette heureuse
liberté qui donne à l'esprit toute son
étendue , et qui le laissant arbitre de la
mesure des Phrases et de la longueur des
mots , le remplit seulement de l'importance
des choses .
>
Cependant M. de Voltaire , tout persuadé
qu'il est de la dureté de l'assujetissement
à la rime , quoiqu'il sente le poids
de ses chaînes et ce qu'elles peuvent
coûter à la justesse de l'expression , à la
vivacité du sentiment et à la liberté de la
pensée , ne veut pas permettre qu'on s'en
affranchisse. Je ne veux pas prouver directement
combien il seroit utile et raisonnable
de laisser les Auteurs à leur aise
sur cet article ; ce dessein a été executé
avec beaucoup de force , de précision et
d'éleAVRIL.
1731.
635
d'élegance par son ingénieux Auteur. ,
J'examinerai seulement les raisons sur lesquelles
M. de Voltaire se fonde dans son
nouveau discours , pour détourner un
usage ou une nouveauté qu'il n'approuve
point , et dont ses talens l'ont appris à se
passer.
Il ne faut point , dit-il , s'écarter de la
route que les grands Maîtres nous ont
tracée ; s'en faire une nouvelle , seroit
moins une marque de génie que de foiblesse.
Mais il me semble , au contraire , que
plus les Tragédies de Corneille et de Racine
, toutes écrites en Vers rimés , ont
eu de succès , plus elles l'ont mérité ; plus
on trouve de beautés dans ces Piéces , et
plus il y auroit du mérite de se procurer
un succès égal sans le secours de la rime.
Car si la rime prête des beautés réelles aux
Piéces de Théatre , ceux qui auront abandonné
cette voye auront dû prendre ailleurs
, pour nous plaire également , des
compensations heureuses qui nous empêchent
de regreter la Poësie rimée.
M. de Voltaire ne peut pas supposer
comme une chose certaine , qu'on ne peut
faire une bonne Tragédie sans Vers rimés ,
car c'est là précisément la question ; il
prétend que l'habitude que nous avons
aux Vers de Corneille et de Racine nous
A vj rend
636 MERCURE DE FRANCE
rend ce nombre et cette harmonie si nécessaires
dans toutes les Tragédies , qu'une
Piéce dans laquelle on trouveroit une
disposition sage , un interêt vif continu ,
et bien conduit , de grandes idées , des
sentimens élevés , une diction noble et
majestueuse , n'auroit que peu ou point
de succès , si elle étoit privée de l'agré--
ment de la rime.
Il suppose que c'est un agrément sur la
foi de l'usage dont il paroît ailleurs ne
faire pas grand cas . Mais bien des gens
prétendent que ce retour perpetuel de
deux grands Vers féminins et masculins
les fatigue & les ennuye , et que s'ils n'étoient
aidés d'ailleurs par l'interêt , par
les sentimens et par l'action de l'Acteur ,
ils ne soutiendroient point un aussi long
Ouvrage sans peine.
D'où peut venir que M. de Voltaire lui
même trouve nos Tragédies trop longues
, comme les Tragédies Angloises ?
Est- ce que nous n'en avons point de bonnes
? Mais il fait profession d'admirer
Corneille
et Racine ; il les propose l'un
et l'autre comme les grands modeles .
Ne seroit-ce pas par la même raison
qui a empêché que le Poëme Epique ne
réussit en France , et qui a toujours fait
trouver longs & insipides ceux qu'on a
asé composer. Ce n'eft. pas que l'on manque
AVRIL; 1731. 637
que de sujets à traiter , ni peut-être de
génies capables de le faire , M. de Voltaire
a montré ses ressources dans ce genre
; mais il faut convenir qu'il l'a un peú
alteré , et que sa Henriade , pleine de tres
beaux morceaux et des plus beaux Vers ,
n'est pas un veritable Poëme Epique.
C'est cette alternative necessaire et insuportable
à la longue de deux rimes masculines
et de deux rimes féminines qui
nous prive d'un bon Poëme , et qui affoiblit
surement le plaisir naturel d'une
action qui se passe sur le Théatre entre
des grands ou entre des gens ordinaires.
Ce qui fait que le même défaut n'ôte
pas aux Comédies et aux Tragédies tout
feur succès , tandis qu'il se fait perdre aux
Poëmes , c'est que dans les Piéces de Théatre
on est reveillé , comme nous l'avons
dit , par une action vive et animée ; les
Acteurs nous échauffent , et nous lès confondons
, à proportion de leurs talens
avec les personnages qu'ils représentent,
Qui s'est jamais avisé de dire que l'Enéïde
est un trop long Poëme , que cette
lecture est fatigante et difficile à soûtenir
? assurément l'interêt est bien foible ,
puisqu'on le trouvoit tel du tems même .
de Virgile , et que l'on sçait que Didon
et Enée furent séparés par plusieurs siecles.
Ses Vers y sont de la même mesure que
Tes
638 MERCURE DE FRANCE
les nôtres , tous Alexandrins , mais sans
rimes , et voilà qui les sauve de l'ennui ;
cette uniformité de sons que l'on appelle
harmonie , lorsqu'on en a besoin , ne se
trouve pas dans l'Enéïde , et dès là cette
lecture est toujours agréable.
Je conviendrai pourtant d'une chose ,
et c'est peut- être ce que veut dire M. de
Voltaire , lorsqu'il nous oppose les exemples
de Corneille , de Despreaux et de
Racine ; je conviens avec lui que les Ouvrages
que ces Auteurs celebres ont donnés
en Vers rimés ne seroient pas supportables
en Vers sans rimes ou en pure
Prose. C'est là que la raison de la coutume
se trouve dans toute sa force : quelque
belle que fut la traduction en Prose que
l'on feroit de ces Vers , on y reviendroit
toujours ; ils se présenteroient sans cesse
à l'esprit , et l'oreille accoutumée à l'impression
flateuse des beaux Vers de ces
trois hommes , souffriroit du déguisement
, parceque la mémoire rappelleroit
à mesure les Vers originaux .
Mais il faut aussi que l'on demeure
d'accord avec moi que cet évenement
seroit réciproque , si l'on traduisoit en Vers
un Ouvrage bien écrit en Prose , et qui
eut déja emporté, les suffrages. Il ne faut
pas douter que ce ne fut une entreprise
téméraire que de réduire en Vers l'Histoire
AVRIL. 1731. 639
toire de Zaïde , la Princesse de Cléves ,
les Exilés de Madame de Ville - Dieu , et
quelques autres Ouvrages de ce caractere
qui seroient susceptibles par eux- mêmes
d'une Versification noble , mais que l'on
voudroit toujours lire tels qu'ils nous ont
été donnés.
et
Ainsi on ne doit pas prétendre de faire
accepter une traduction en Prose des Ouvrages
écrits en beaux Vers , moins encore
des Vers de M. Racine que de tout
autre. Ce n'est pas que M. Racine par
un effet prodigieux de son habileté n'ait
donné aux Phrases dans presque tous ses
Vers la construction la plus naturelle ,
c'est parceque cesVers sont un effet surpre
nant de l'art, c'est parceque les Ve.s de M.
Racine sont les plus beaux Vers François
qui ayent jamais été faits , qu'il n'en faut
rien ôter ; il n'y faut pas toucher. Il faut
les voir tels qu'ils sont sortis de la main de
l'Auteur , ces Ouvrages immortels , où
malgré la gêne de la Versification et l'assujetissement
scrupuleux à rimer richement
, M. Racine a tout dit , selon M. de
Voltaire lui-même , de la meilleure maniere
, et bien mieux que tous ceux qui
ont écrit dans son genre avant et après
lui.
C'est aussi ce qui me fit dire à M. de la
Mothe , il y a environ deux années
lors
2
640 MERCURE DE FRANCE
lorsqu'il me fit la grace de me faire part´
de son Essai de Prose sur la premiere
Scene de Mithridate , que c'étoit bien le
moyen de faire entendre sa pensée , mais
non pas de faire recevoir son dessein :
que les Vers de M. Racine étoient construits
de façon qu'on ne pouvoit pas esperer
de les faire oublier , et qu'en les
décomposant , pour essayer l'effet de la:
Prose , on les feroit seulement admirer
davantage.
Il est bien certain que M. de la Mothe
n'a jamais eu en vue de diminuer le prixdes
Vers de M. Racine ; en les réduisant
en Prose , il a prétendu faire voir que les
choses que M. Racine nous a laissées en
Vers pourroient se passer de cette parure
sans rien perdre de leur mérite , ni de
l'impression qu'elles font sur nous. Je
crois entrer dans son sens et entendre sa
pensée ; mais j'avoue que je ne sçaurois
l'adopter. Il ne faut point essayer la Prose
sur des beaux Vers -connus de tout le monde
: on y reviendra par goût , et sur- tout
par habitude. C'est des nouvelles Piéces
en Prose que l'on doit attendre un grand.
succès , pourvû qu'elles soient écrites
comme il convient.
Je dis pourvû qu'elles soient écrites >
comme il convient ; car en démontant
les Vers de M. Racine de la maniere que
M
AVRIL: 1737. 641
›
M.de la Mothe l'a fait, il n'en résulte point
une belle Prose . M. de Racine auroit écrít
autrement , auroit mieux écrit , et M. de
la Mothe aussi . C'est donc à tort qu'après
nous avoir donné cette épreuve il interpelle
les gens sensez et déprévenus , et
qu'il les sollicite d'avouer qu'ils n'ont
rien perdu à ce renversement , et que
l'impression à leur égard est toûjours la
même. Ils répondent que non , ils redemandent
les Vers de M. Racine , comme
ils redemanderoient sa Prose , s'il avoit
écrit Mithridate en Prose , et que quelqu'un
le donnât en Vers .
Qu'une Tragedie , belle d'ailleurs , et
digne d'être applaudie , ne soit connuë
qu'en Prose ; on l'écoutera on la lira
après un certain tems tout comme si elle
étoit en Vers. Qui est-ce qui ne lit pas
le Telemaque , et qui ne l'admire pas en
le lisant ? Je ne doute pourtant pas que
s'il eût été donné en beaux Vers par un
homme tel que M. Racine , avant qu'il
parût en Prose , tel que nous l'avons aujourd'hui
; je ne doute pas , dis je , que le
Telemaque de Racine n'eût obscurci le
Telemaque de Fenelon . Maintenant il ne
seroit plus tems ; le gout pour le Telemaque
est universel , l'habitude est inalterable
, et les plus beaux Vers , les Vers
les plus heureux et les plus accomplis
ne
642 MERCURE DE FRANCE
ne seroient regardez que comme une Traduction
imparfaite ; je croi même qu'elle
ne sçauroit être bonne .
Par exemple encore , M. de la Mothe
lui- même , vient de hazarder une Ode en
Prose ; on voit dans cette Ode tout le
feu , toute l'élevation et toute la magnificence
de la Poësie. Pourquoi la lit- on
telle qu'elle est ? Parce qu'on ne l'a pas
autrement. Mais que M. de la Mothe nous
donne cette même Ode en beaux Vers
Lyriques , tels que ceux de l'Astrée et de
presque toutes ses Odes , il verra que ses
Vers feront oublier sa Prose , quelque
noble et quelque harmonieuse qu'elle
nous paroisse. Pourquoi cela ? Parce que
nous ne sommes pas encore accoûtumez
à lire des Odes en Prose , et jusqu'à nouvel
ordre il faudra pardonner à ceux
qui exigeront qu'elles soient en Poësie
rimée.
M. de Voltaire , qui sent ses avantages,
ne veut point se désaisir de la Versification
, et la rime ne l'effraye point. M. de
la Mothe , qui est sans interêt dans cette
querelle , puisqu'il nous a fait voir qu'il
sçavoit tout écrire en Vers et en Prose ;
M. de la Mothe , dis-je , et bien des gens
avec lui , demandent au Public la liberté
de faire parler des Rois , des Reines , des
Ministres d'Etat , des Generaux d'Armée,
en
AVRIL. 1731. 643
en belle Prose , telle qu'ils sont censez
la parler et telle qu'il la sçauroit , faire
lui - même. Car il faut demeurer d'accord
qu'il écrit avec beaucoup de pureté , beaucoup
de clarté , de noblesse et d'élegance .
Ce seroit un vrai modele , s'il étoit permis
d'en imiter quelqu'un.
Qu'est- ce donc que l'on prétend lorsqu'on
veut faire recevoir des Tragédies
en Prose , et quel est le dessein de ceux
qui appuyent cette idée ? Le voici. Les
Tragedies qui ont parû depuis M. Racine
, sont toutes inferieures aux siennes
dans tous les sens ; c'est une verité dure,
mais incontestable. Un grand nombre
d'Auteurs de nom et de mérite ont courru
cette carriere avec un médiocre succès.
Je ne sçai si dans ce genre un succès
médiocre ne peut pas être compté pour
mauvais ; on a cherché les causes de ce
décroissement ; on a trouvé que parmi
ces Auteurs, quelques -uns avoient tout le
génie qui est nécessaire pour faire une
bonne Tragedie ; on a vû qu'ils sçavoient
disposer les évenemens , soutenir les caracteres
, jetter de l'interêt , qu'ils avoient
de la chaleur et du sentiment ; qu'ils sçavoient
faire à propos des portraits affreux
du vice , des peintures agreables de la
vertu qu'ils étoient fideles à la faire
triompher du crime et de la trahison .
噩
On
644 MERCURE DE FRANCE
On a vû qu'indépendamment des beautez
génerales qui constituent essentiellement
une bonne Tragedie , ils avoient
mis des beautez de détail , qui , quoiqu'elles
ne fassent pas le principal du
Poëme Dramatique , servent pourtant
beaucoup à le soutenir.
Malgré tous ces avantages , ces Poëmes
ne plaisent point , ne plaisent pas longtems
, ou ne plaisent pas toujours . On ne
les lit point , on y cherche quelques morceaux
détachez , on laisse le reste ; et le
gout seul
que l'on a pour la nouveauté
ou le grand Art d'un Acteur, soutenu par
quelques grands traits , par quelques tirades
brillantes , ou par l'interêt de l'action
, ont fait la réussite de toutes ces differentes
Pieces durant quelques Réprésentations.
Il ne restoit plus pour les excuser , que
d'attribuer le foible succès d'un Ouvrage,
bon d'ailleurs , à une diction défectueuse
›
età une expression
languissante
ou forcée.
Cependant
ces Auteurs connoissent
leur
langue ; ils parlent bien ils écrivent
bien en Prose ; ils donnent
des regles et
des exemples
dans l'Art de bien dire.
Il faut donc que ce soit la contrainte
de la rime et de la mesure des Vers qui entraîne
ces vices de l'expression
, et qui
coute aux Auteurs un plein succès , à
nous
AVRIL. 1731. 645
nous des Ouvrages plus accomplis.
Essayons , a-t'on dit , d'écrire ces mêmes
Ouvrages en Prose. Affranchissonsnous
du méchanisme de la Poësie , qui ,
aussi -bien nous fait perdre un tems précieux
que nous employerons à trouver des
choses ; et si après cette épreuve , on ne
réüissit pas mieux , nous serons forcez
d'attribuer ces affoiblissemens à la déca-
Edance des esprits.
Il n'y a rien que de raisonnable dans
ce Plan ; car enfin on n'a pas besoin de
Vers ; on peut se passer de Poësie ; mais
on ne peut pas se passer de Pieces de
Théatre . On sçait combien d'utilité et de
plaisir ce Spectacle apporte dans la societé
et dans les grandes Villes , il seroit
dangereux de le supprimer. Il faut
donc laisser aux Auteurs qui se sentiront
du génie pour le Théatre , mais qui seront
sans talens pour la Poësie rimée , il
faut leur laisser laliberté de nous amuser et
de nous instruire par le langage ordinaire,
pourvû qu'il soit noble et élegant. On ne
prétend pas pour cela ôter aux Poëtes , nez
Poëtes, la gloire qui les attend . On ne demande
pas mieux que de voir entre les Dramatiques
Poëtes et les Dramatiques Prosateurs,
cette émulation qui les excitera mutuellement
; ils en auront plus de gloire ,
et le Public plus de plaisir.
Qu'on
646 MERCURE DE FRANCE
Qu'on ne dise point que c'est proposer
une diminution de plaisir ; c'est supposer
ce qui est en question . Il est question
de sçavoir si le plaisir que les Vers nous
donnent dans la Tragedie , est un plaisir
d'habitude. Il n'y a qu'à essayer de faire
des Tragedies en Prose ; et si après l'essay,
toutes choses d'ailleurs égales , la Poësie rimée
l'emporte,il faudra encore en attendre
que l'habitude à la Prose ait été formée ,
pour que l'on puisse juger sans prévention .
Dailleurs il s'en faut bien que ce soit
proposer au Public de diminuer son plaisir
. En premier lieu , il est supposé que
ceux qui donneront des Tragedies en
Prose , ne les auroient point données en
Vers , parce qu'ils n'en sçavent pas faire.
'Ainsi le Public ne perd rien de ce côté ,
et il y gagne de l'autre des nouvelles Pieces
que sa condescendance lui procurera ,
et qu'il aura le plaisir singulier de comparer
avec les Poëmes Dramatiques rimez
qui sont déja en possession de son estime,
et les nouveaux qui la meriteront.
Je ne dis rien pour deffendre les Vers
François sans rimes ; on n'en a que faire.
Tout ce que M. de Voltaire a dit sur cela
est vrai , mais ne fait rien contre nous ;
nous voulons plus que cela ; c'est à- dire
de la Prose , mais belle , élegante , nombreuse.
Il
AVRIL. 1731 . 647
Il ne faut pas que l'on craigne de voir
paroître un trop grand nombre de Tragedies
en Prose. Nous avons vû jusqu'à
present que le nombre de ceux qui ont
bien écrit en prose à un certain point ,
n'est pas plus grand que le nombre des
bons Poëtes . La belle Prose est aussi rare
que la belle Poësie , et a bien autant de
merite. Elle est , du moins , plus propre.
à persuader , à convaincre , à émouvoir ,
à penetrer ; s'il en étoit autrement , la Poësie
rimée devroit être aussi le langage du
Barreau , et sur tout de la Chaire. Si la
Poësie réussissoit mieux à inspirer la terreur
et à remuer les ressorts du coeur , la
Prose devroit être interdite aux Prédicateurs
, et à proportion de la necessité
de l'importance et de l'immensité l'interêt
, la regle devroit être à leur égard ,
plus sacrée et plus inviolable.
Pour revenir à nos Tragedies , pourquoi
assujettirions- nous les Auteurs qui .
sont capables d'en faire de bonnes , quoiqu'ils
ne sçachent pas faire des Vers à cet
arrangement bizarre et pénible , puisque
les autres Nations qui ont aussi des Tragédies
, n'imposent pas la même contrainte
?
Qu'on ne réponde pas que la Langue
Françoise est plus bizarre elle-même , et
plus difficile à manier ; cela prouve pour la
Prose
648 MERCURE DE FRANCE
Prose contre la Versification . Est- il sage
d'ajouter de nouvelles difficultez à ce qui
n'en a déja que trop ? Selon M. de Voltaire
, l'Anglois , par exemple , a plus de
liberté dans sa Langue , il peut faire des
mots nouveaux , il peut , à son gré , étendre
ou resserrer les termes connus. Quelle
plus grande liberté un Poëte peut-il desirer,
à qui conviendroit- il mieux de s'assujettir
àla mesure et à la rime ?LesAnglois
s'accoutumeroient aux Vers rimés ; les
François s'accoutumeroient aux Tragedies
en Prose : pourquoi ne s'y accoutumeroient-
ils pas ? M. de Voltaire le dit avec
nous ; la Nature n'est- elle pas la même
dans tous les hommes ? Il faut qu'il convienne
aussi que c'est l'habitude que nous
avons aux Tragedies en Vers , qui nous
fait regarder cette forme comme necessaire
.
rez ; ils
La belle Prose est noble , douce , facile
, naturelle ; elle persuade , elle touche
; c'est le langage de la raison et l'or
gane de la verité .... Ne faisons point
d'énumeration des prodiges qu'elle a opepassent
ceux que la Fable a prêtez
à la Poësie. La Poësie peint avec force
mais elle outre les caracteres. Elle lou
avec emphase , ses Panegyriques sont des
apothéoses ; elle blâme avec rigueur ; tous
ses traits sont enflammez ; elle exager
égale
AVRIL.
1731.
649
également les vertus et les vices. Elle est
magnifique dans ses images et dans ses
descriptions ; mais pour vouloir embellir
la Nature , elle la cache ou la rend méconnoissable.
La rime est capricieuse , et
la mesure est un veritable esclavage . La
Prose plaît à tout le monde ; la Versification
déplaît à ceux qui n'y sont pas
accoutumez , c'est un fait d'experience.
Disons donc avec M. de Voltaire , quoiqu'il
ne le dise pas toujours, c'est à la coûtume
, qui est la Reine du monde , à changer
le gout des Nations , et à tourner en plaisirs
les objets de notre aversion.
Mais , dit M. de Voltaire , cette coûtume
est devenue un plaisir , et les François
aiment les Vers , même dans les Comedies.
Qui le conteste ? Je dis plus ,
qui conteste qu'ils ne doivent les aimer ?
Car je le repete , on ne veut point exclure
la rime du Théatre , et le Public sollicite
M. de Voltaire en particulier , de
cultiver l'heureux talent qu'il a reçû pour
ce genre d'écrire. On veut introduire la
Prose seulement en faveur de ceux qui
ont du génie pour le Théatre, et qui n'ont
point le talent des Vers. On ne sçauroit
douter que ces deux especes de mérite
ne puissent être divisées ; autrement il
en faudroit conclure , que tous ceux qui
sçavent faire des Vers , sçavent aussi faire
B dès
650 MERCURE DE FRANCE.
des Tragedies , ce qui est contre l'experience.
Ainsi il ya à gagner pour les Poëtes
Dramatiques et pour le Public. Le Public
aura un plus grand nombre de Tragedies
, à force de repetitions les anciennés
sont un peu usées . Les Poëtes Dramatiques
auront la gloire d'effacer les Dramatiques
Prosateurs , si en effet ceux - cy
n'ont pas d'aussi grands succès.
Des Comedies en Prose plaisent tous
les jours. On auroit souhaité que M. de
Voltaire eût bien voulu marquer quelles
sont les Comedies de Moliere écrites
en Prose , que l'on a été , dit - il , obligé
de mettre en Vers. Il y a de nouvelles
Comedies en Prose , où l'on va avec grand
plaisir. Cette disposition du Public ne
fait-elle pas augurer pour le succès de la
Tragedie en Prose ? Alors on aura moins
à craindre que jamais , ce dont M. de
Voltaire se plaint , que des Pieces mal
écrites ont cû un succès plus grand que
Cinna et Britannicus .
>
Qu'il me soit permis de dire en passant
que je crois être fondé à supposer
bien des beautez dans une Piece , qui
quoique mal écrite , a un succès plus
grand que les meilleures des plus grands
Maîtres . Car enfin c'est le Public qui
P'on écrit : doit juger ; c'est
pour lui que
et
AVRI L. 1731 .
651
et s'il a fait grace quelquefois à l'expression
en faveur de l'interêt et du sentiment
, que ne devroit - on pas attendre de
sa justice , si l'on y joignoit encore la pureté
de la diction et l'éloquence des
roles ?
pa-
Il ne faut pas qu'on tire avantage de
ce que les plus belles Pieces de Théatre
sont en Vers , et l'on ne peut pas dire
que les plus beaux Ouvrages sont en Poësie
rimée. En premier lieu , l'usage de la
Prose n'est point établi pour de certains
genres ; il faut la voir faire pour la comparer.
De plus , je ne crois pas qu'il soit
bien décidé que ce soit à la contrainte
des Vers rimez que l'on doit ces excellens
morceaux.
En second lieu , tant s'en faut que l'on
puisse avancer que les plus beaux Ouvrages
sont en Vers rimez , que la plûpart
de ceux qui sont écrits ainsi , sont
des Ouvrages frivoles.
Enfin , M. de Voltaire frappe le grand
coup pour détourner des Auteurs de faire
des Tragedies en Prose , et le Public de
les recevoir et de les entendre . » Si au
» milieu des Tableaux de Rubens , dit-
» il , ou de Paul Veroneze , quelqu'un ve-
»noit placer ses Desseins au crayon , n'au-
» roit- il pas tort de s'égaler à ces Peintres ?
>> On est accoûtumé dans les Fêtes à des
Bij >> Danses
652 MERCURE DE FRANCE.
» Danses et à des Chants ; seroit- ce assez
» de marcher et de parler , sous prétexte
» qu'on marcheroit et qu'on parleroit bien
»et que cela seroit plus aïsé et plus na-
>> turel.
J'étendrois trop ces Refléxions , si je
marquois toutes les raisons de difference
que l'on trouve dans les paralleles . J'admettrai
le premier lorsque M. de Voltaire.
m'aura fait comprendre qu'un Dessein
au crayon est un Tableau ; car il n'a pas
besoin qu'on lui montre qu'une Tragedie
en Prose est une Tragedie .
On est accoûtumé dans les Fêtes à chanter
et à danser , ainsi il ne suffiroit pas de
marcheret de parler, cela est incontestable;
parce que la danse et le chant entrent necessairement
dans l'idée d'une Fête . Ensorte
que la Danse ôtée , les pas que formeroient
un grand nombre de personnes
assemblées , ne seroient qu'une promenade
triste , froide et insupportable ; le
Chant ôté , ce ne seroit plus qu'une conversation
fade et ennuyeuse. Mais a- t'on
jamais dit que la rime et la mesure des
Vers constituent essentiellement une Tragedie.
En France même , qui est le seul
Pays où l'on voit des Tragedies en Vers
rimez , a-t'on jamais défini la Tragedie
en Poëme à Vers Alexandrins à rimes
plates ? M. de Voltaire sçait parfaitement
ce
+
AVRIL. 1731. 653
e qui constitue le Poëme Dramatique ;
j'en prendrai volontiers la définition de
sa main , et je suis déja sûr qu'il n'y fera
seulement mention ni des Vers ni de
la rime.
pas
A quelle sorte d'ouvrage la rime et les
Vers semblent-ils appartenir plus specialement
qu'au Poëme Epique ? La Poësie
qui y est absolument necessaire et dont
on doit presque toujours se garder dans
la Tragedie , exige , ce semble , ce nombre
qui sert à l'embellir ; cependant nous
avons un Poëme en Prose que personne
ne trouve trop long , et que personne
n'entreprendra apparamment de mettre
en Vers.
Ainsi le Chant et la Danse sont nécessaires
aux Fêtes , parce qu'où il n'y
a ni Chant ni Danse , il n'y a plus de
Fête , du moins de cette espece de Fête
que M. de Voltaire suppose. Mais il ne
s'ensuit pas que que les Vers soient essentiels
à la Poësie Dramatique qui subsisteroit
bien sans leur secours ; ainsi la rime peut
bien être necessaire aux Vers François ,
soit à cause que l'habitude est formée
soit à cause du génie même de notre Langue
; mais elle n'est point necessaire au
Poëme Dramatique .
Voilà mes idées sur la dispute qui s'est
élevée dequis quelque tems au sujet des
Biij Tra654
MERCURE DE FRANCE .
que
Tragedies en Prose. Les endroits où M. de
Voltaire a touché cette question dans son
Discours sur la Tragedie , m'ont donné
occasion de les développer. Idées ébauchées
qui serviront peut- être de Canevas
à quelque personne plus éclairée moi
et plus exercée à écrire. Il y a sur tout
de la sincerité dans mes Refléxions et
dans le temperamment que j'ai pris entre
la Prose et la Versification . Ceux qui
me connoissent ne me soupçonneront pas
de prévention ; car quoique je ne sçache
pas faire des Vers , ( du moins je ne le
crois pas ) j'ai une passion si forte pour
la déclamation , et je suis d'ailleurs si
persuadé qu'elle sera difficile ou changée
sensiblement dans les Tragedies en Prose
, que je ne puis m'empêcher de la regretter.
Cependant il me paroît qu'elle ne sed
roit pas impraticable , sur tout aux Ccmédiens
de Paris. On en a perdu deux
qui, chacun, auroient guidé leur sexe; mais
il en reste , qui avec de la docilité et de la
patience pourroient y réussir , les autres
s'y accoutumeroient avec le tems , quand
ce ne seroit que par imitation. Le Public
auroit d'abord de l'indulgence , il s'accoutumeroit
lui- même , et il parviendroit enfin
à voir représenter indifferemment des
Tragedies en Vers et des Tragedies en
Prose
A
AVRIL.´ 1731 . 1731 655
Prose , comme il voit tous les jours des
Comedies dans ces deux genres.
J'ai essayé moi - même de déclamer de
la belle Prose , et il m'a parû qu'il ne
falloit pas desesperer. Ceux qui font une
profession publique d'exercer ce talent ,
doivent avoir plus de ressources . Plus on
s'est appliqué en déclamant , à rompre
la mesure des Vers , moins on y trouve
de la difficulté . Cette maniere avoit bien
réussi , on la devoit à l'art admirable du
grand Maître de la Déclamation , que
l'on regrettera long- temps ; on peut la
faire revivre et accoutumer ainsi insensiblement
à la Prose.
Or n'entendons- nous point quelquefois
de certains Orateurs déclamer leurs Pieces
d'Eloquence ? Et qu'étoit donc cette
action si vive , si pathetique du celebre
Orateur de la Grece , qui causa tant d'admiration
à son Rival même ; qu'étoit - ce
si - non une Déclamation animée qui aidoit
à la persuasion , et qui alloit au coeur ?
On donnera le mois prochain les Reflexions
sur la Tragedie de Brutus.
Fermer
Résumé : RÉFLEXIONS à l'occasion du Brutus de M. de Voltaire, et de son Discours sur la Tragédie.
Dans son discours préliminaire à la pièce 'Brutus', Voltaire défend l'usage de la rime et des vers dans les tragédies, s'inspirant de Corneille et Racine. Il reconnaît la difficulté de la rime mais la juge nécessaire pour captiver un public habitué aux vers rimés. Certains critiques estiment que la rime peut fatiguer les spectateurs, mais Voltaire admire les tragédies classiques françaises, bien qu'il reconnaisse leur longueur. Il mentionne également l'échec du poème épique en France et note que 'l'Henriade' n'est pas un véritable poème épique. Voltaire discute des mérites et des limites des poèmes épiques et des pièces de théâtre en vers. Il souligne que les vers de Racine sont inégalables et que les traduire en prose les rendrait moins admirables. Il rejette l'idée de réduire les vers de Racine en prose, estimant que les nouvelles pièces en prose pourraient connaître un grand succès si elles sont bien écrites. Des tragédies en prose, comme 'Télémaque', peuvent être appréciées, mais les œuvres en vers de la qualité de Racine restent préférées. Le texte explore la préférence littéraire entre la prose et la poésie, notant que la prose est désormais ancrée dans les habitudes du public. Voltaire, maître de la versification, ne craint pas la rime, tandis que d'autres plaident pour la liberté d'écrire des dialogues royaux en prose élégante. Il soutient que la prose, bien écrite, peut être aussi convaincante et émouvante que la poésie rimée. La prose est décrite comme noble, douce et naturelle, plaisant à un plus large public. Il propose d'introduire la prose pour permettre à ceux ayant du génie pour le théâtre mais pas pour les vers de s'exprimer, et note le succès des comédies en prose. L'auteur conteste l'obligation des tragédies en vers rimés, affirmant que la prose peut également produire des œuvres de qualité. Il compare les tragédies en prose à des dessins au crayon parmi des tableaux de maîtres, soulignant que chaque forme a ses mérites. Il cite des poèmes épiques en prose pour illustrer que la rime et les vers ne sont pas indispensables à la tragédie. Il croit que les comédiens peuvent maîtriser la déclamation en prose avec du temps et de la pratique, et que le public finira par accepter les tragédies en prose comme les comédies. Le texte met en avant l'importance de la déclamation et annonce des réflexions sur la tragédie de Brutus pour le mois suivant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1652
p. 657-664
SUITE de la Réponse à la Lettre sur la gloire des Orateurs et des Poëtes.
Début :
L'Éloquence de la Chaire et du Barreau sont d'une si grande utilité, [...]
Mots clefs :
Éloquence, Poètes, Orateurs, Chaire, Discours, Racine, Christianisme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Réponse à la Lettre sur la gloire des Orateurs et des Poëtes.
SUITE de la Réponse à la Lettre sur
la gloire des Orateurs et des Poëtes.
L'Eloquence
de la Chaire et du Bary
reau sont d'une si grande utilité
qu'on a une obligation infinie à ceux qui
veulent bien y employer leurs talens ; il
n'en est pas de même des Poëtes , et
quelque préference que vous vous effor-
Bv
ciez
658 MERCURE DE FRANCE.
ciez de donner à Racine sur M. Flechier,
dans l'endroit où ils peignent tous les
deux la puissance du souverain Maître
de l'Univers , je crois que le Discours a
plus fructifié que le Poëme , et si l'un
paroît plus élevé que l'autre , c'est que
les pensées ne sont pas précisement les
mêmes , et que la Chaire de verité qui ne
souffre rien d'enflé , rien d'empoulé , rien
d'allambiqué , ne permettoit pas au sçavant
Evêque de Nîmes , de donner dans
le Phebus ; d'ailleurs on conviendra que
ces images monstrueuses d'un Dieu , tendent
plus à surprendre , qu'à émouvoir
à frapper l'esprit , qu'à toucher le coeur
et à effrayer l'Auditoire , qu'à le convaincre
de la Puissance divine.
Pour fasciner les yeux du Lecteur , vous
analisez les chefs- d'oeuvres des plus grands
Maîtres de la Poësie , vous mettez en oeuvre
tout ce qu'on peut imaginer de speeleux
pour étayer un sentiment ruineux,
et je vois bien qu'on ne pourroit vous
convaincre ' de l'hereticité de votre opinion
, qu'avec l'autorité des exemples ;
mais comme le grand nombre que j'aurois
à citer , si je ne voulois jamais finir ,
m'effraye ; j'ai fermé les yeux sur une
infinité d'éloquens Ouvrages que nous
voyons sortir de l'Académie Françoise
comme les Ruisseaux de leur source
و
et
$
AVRIL 1731. 659
y
et je me suis borné à ce qui suit.
Un de nos Rois qui marchoit à la tête
de son armée , voyant l'Ennemi et l'heure
du combat s'approcher , fait une Harangue
à ses Soldats. J'en appelle au jugement
des fameux Poëtes de l'Antiquité ;
n'invoqueroient-ils pas toutes les Puissances
du Parnasse pour faire parler dignement
ce grand Prince ? Oui , sans doute ,
ils le prépareroient par un talia fatur ou
par quelque chose d'équivalant , à circonstancier
l'approche de l'Ennemi , sans
oublier le son bruyant des Trompettes,
ni l'éclat que leurs Armes reçoivent de
la refléxion du Soleil ; après avoir promené
les Soldats dans tous les endroits
signalez par leurs anciennes Victoires , ils
les reconduiroient au Champ de bataille ,
où par une exageration fastueuse de l'honneur
qu'ils ont d'avoir le Roi à leur tête
et des récompenses qu'ils en peuvent attendre
, ils employeroient tout le tems
du combat à les haranguer. Que ces Nourrissons
des Muses , qui font descendre
leurs Héros dans un détail trop poëtique,
apprennent de ce grand Roi, à ne plus
dégrader l'Eloquence héroïque , il parle
moins qu'eux , et il dit davantage ; écou
tons comme il s'explique. Voila l'Ennemi,
Vous êtes François , je suis votre Roi. Quelle
dignité quelle majesté ! quelle sublimité
B vj tous
660 MERCURE DE FRANCE
tous les Poëtes ensemble feroient de vains
efforts pour nous donner quelque chose
qui approchât de ce Discours ; jamais si
peu de paroles n'ont renfermé un si grand
sens , et cette citation ne vous laissant rien'
à desirer , Monsieur , je me contente de
renvoyer les curieux aux Oraisons Funebres
de M. Flechier , aux Plaidoyers de
Patru , aux Oeuvres de S. Evremont , aux
Caracteres de la Bruyere , et à mille autres
Ouvrages de ce genre , qui préconisent
d'eux- mêmes l'Eloquence , et dont
les beautez frappantes font assez son
éloge.
و J'avoue Monsieur , à la honte du
Christianisme , que l'on fréquente plus
volontiers les Jeux et les Spectacles que
la Maison du Seigneur , et qu'on s'y plaît
davantage ; le fruit qu'on en tire est cependant
bien funeste , et nos Pieces comiques
dont une intrigue amoureuse est
toûjours le mobile , soüillent l'ame , énervent
l'esprit , et corrompent le coeur de
quiconque n'a pas assez de discernement
pour voir que la verité y est toûjours fardée
, et que le crime y prend un caractere
d'héroïsme qu'on ne doit
dre avec la vertu .
pas confon-
Cet abus vient encore de ce qu'on veut
être touché à la Comedie , et se plaire
au Sermon ; si on y assistoit dans un autre
esprit
AVRIL. 1731. 661
esprit , on sortiroit sain et sauf du Spectacle
, et on rapporteroit toûjours de l'Eglise
un exterieur content , un coeur penetré
, un esprit docile et une ame exemte
de soüillure ; la Chaire même et le Bareau
, ont des Sujets capables de nous dédommager
de toute la Poësie du monde ,
il ne faut pas un si grand effort de la raison
pour leur rendre cette justice.
L'indigence des Poëtes n'enrichit certainement
pas leur Panegyrique , et le
langage du Renard de la Fable à l'aspect
d'un Raisin qu'il desire et qu'il ne sçauroit
avoir , contribuë fort peu à leur justification
; il est plus vrai de dire que la
Poësie n'est utile aux Poëtes qu'autant
qu'ils le sont eux-mêmes au Public. L'Eloquence
rend, au contraire , l'Orateur
puissant et recommandable , parce qu'elle
sert à tout. Elle s'occupe aux interêts de
la Religion et à ceux de l'Etat , elle s'attache
à la Campagne aussi- bien qu'au Cabinet
, elle préside aux Etats , elle opine
dans les Conseils de Guerre ,va au combat,
et elle a plus de part au gouvernement
des Royaumes et au Ministere , que les
Ministres mêmes.
les
Jugez après cela si ce n'est pas compromettre
gens d'esprit et de bon gout ,
les Héros et le beau Sexe que de se vanter
de leur suffrage dans une aussi mauvaise
cause,
662 MERCURE DE FRANCE
se . Je suis persuadé qu'ils desavoüent unanimement
votre Lettre , les Dames y ont
sur tout un interêt fort sensible , la Poësie
en fait des portraits grotesques où la
vraisemblance est si peu gardée , que
leur merite seroit encore inconnu , si une
Prose élegante n'avoit pris soin de peindre
le beau Sexe tel qu'il est , c'est- à-dire,
joignant à toutes les
du graces corps les
plus puissans charmes de l'esprit , et cet
usage du monde qu'il faut avoir pour
être parfaitement éloquent , n'étant autre
chose que le commerce des Dames , j'ose
assurer qu'elles prennent plus de part à
la gloire des Orateurs qu'à celle des
Poëtes.
A Dieu ne plaise cependant que j'aye
intention de dégrader la Poësie , je sçais
trop l'estime qu'ont eu pour elle de tout
rems les hommes les plus illustres , mais
je suis bien aise de vous apprendre que
Fes Orateurs étoient si distinguez parmi
les Grecs et les Romains , qu'on faisoit
faire souvent des images , des Statuës et
des Inscriptions à leur honneur , que
leur mérite étoit une voye de parvenir
à tout , même au souverain pouvoir , et
qu'ainsi tout le crédit qu'avoient les Poëtes
à la Cour des plus grands Princes ,
peut s'entendre de l'honneur qu'ils recevoient
le plus souvent de ceux que ?
PE
AVRIL. 173.1 . 663
l'Eloquence avoit élevez à la souveraineté
.
Au reste on peut encore juger de l'éclat
des Orateurs pour l'importance des
personnages que l'on compte parmi eux,
comme les Cesars , les Scipions , les
Gachques , et tant d'autres Romains illustres
d'ailleurs par les plus grands exploits .
La Chaire retentit aussi tous les jours du
nom respectable des Chrisostômes , des
Ambroises , des Gregoires et des saints
Prédicateurs , dont l'eloquence victorieuse
a ravagé tant de consciences , subjugué
tant d'esprits et conquis tant d'ames.
La France enfin nous fournit assez de
preuves , et sans aller plus loin , nous
voyons les trois premiers emplois du
Royaume si bien distribuez , qu'on diroit
que l'Eloquence elle même en estrevêtuë,
Episcopat , le Ministere et les Charges
de Magistrature n'ont rien de trop élevé,
et à quoi ne puisse parvenir un homme
éloquent ; les Poëtes , au contraire , re
sont jamais que des Poëtes , ils n'ont de
rang , de crédit et d'autorité qu'au Par
nasse , tout leur bonheur consiste dans-
Festime qu'on fait d'eux lorsqu'ils s'en
rendent dignes ; et ce prétendu langage
des Dieux , que vous ne pouvez préconiser
qu'avec celui des hommes, c'est-à- dire,
sans le secours de l'Eloquence dont votre
Lettre
664 MERCURE DE FRANCE
Lettre est un modele parfait , suffit pour
faire respecter un talent qu'on ne sçauroit
attaquer qu'en l'opposant à lui - même
; pour moi , Monsieur , qui n'ai d'autre
mérite que le zele , je m'estimerai
très-heureux si le desir que j'ai eu de
vous desabuser , peut vous persuader de
l'estime particuliere avec laquelle j'ai
l'honneur d'être , &c.
J. G. Duchasteau , Bachelier en Droit.
la gloire des Orateurs et des Poëtes.
L'Eloquence
de la Chaire et du Bary
reau sont d'une si grande utilité
qu'on a une obligation infinie à ceux qui
veulent bien y employer leurs talens ; il
n'en est pas de même des Poëtes , et
quelque préference que vous vous effor-
Bv
ciez
658 MERCURE DE FRANCE.
ciez de donner à Racine sur M. Flechier,
dans l'endroit où ils peignent tous les
deux la puissance du souverain Maître
de l'Univers , je crois que le Discours a
plus fructifié que le Poëme , et si l'un
paroît plus élevé que l'autre , c'est que
les pensées ne sont pas précisement les
mêmes , et que la Chaire de verité qui ne
souffre rien d'enflé , rien d'empoulé , rien
d'allambiqué , ne permettoit pas au sçavant
Evêque de Nîmes , de donner dans
le Phebus ; d'ailleurs on conviendra que
ces images monstrueuses d'un Dieu , tendent
plus à surprendre , qu'à émouvoir
à frapper l'esprit , qu'à toucher le coeur
et à effrayer l'Auditoire , qu'à le convaincre
de la Puissance divine.
Pour fasciner les yeux du Lecteur , vous
analisez les chefs- d'oeuvres des plus grands
Maîtres de la Poësie , vous mettez en oeuvre
tout ce qu'on peut imaginer de speeleux
pour étayer un sentiment ruineux,
et je vois bien qu'on ne pourroit vous
convaincre ' de l'hereticité de votre opinion
, qu'avec l'autorité des exemples ;
mais comme le grand nombre que j'aurois
à citer , si je ne voulois jamais finir ,
m'effraye ; j'ai fermé les yeux sur une
infinité d'éloquens Ouvrages que nous
voyons sortir de l'Académie Françoise
comme les Ruisseaux de leur source
و
et
$
AVRIL 1731. 659
y
et je me suis borné à ce qui suit.
Un de nos Rois qui marchoit à la tête
de son armée , voyant l'Ennemi et l'heure
du combat s'approcher , fait une Harangue
à ses Soldats. J'en appelle au jugement
des fameux Poëtes de l'Antiquité ;
n'invoqueroient-ils pas toutes les Puissances
du Parnasse pour faire parler dignement
ce grand Prince ? Oui , sans doute ,
ils le prépareroient par un talia fatur ou
par quelque chose d'équivalant , à circonstancier
l'approche de l'Ennemi , sans
oublier le son bruyant des Trompettes,
ni l'éclat que leurs Armes reçoivent de
la refléxion du Soleil ; après avoir promené
les Soldats dans tous les endroits
signalez par leurs anciennes Victoires , ils
les reconduiroient au Champ de bataille ,
où par une exageration fastueuse de l'honneur
qu'ils ont d'avoir le Roi à leur tête
et des récompenses qu'ils en peuvent attendre
, ils employeroient tout le tems
du combat à les haranguer. Que ces Nourrissons
des Muses , qui font descendre
leurs Héros dans un détail trop poëtique,
apprennent de ce grand Roi, à ne plus
dégrader l'Eloquence héroïque , il parle
moins qu'eux , et il dit davantage ; écou
tons comme il s'explique. Voila l'Ennemi,
Vous êtes François , je suis votre Roi. Quelle
dignité quelle majesté ! quelle sublimité
B vj tous
660 MERCURE DE FRANCE
tous les Poëtes ensemble feroient de vains
efforts pour nous donner quelque chose
qui approchât de ce Discours ; jamais si
peu de paroles n'ont renfermé un si grand
sens , et cette citation ne vous laissant rien'
à desirer , Monsieur , je me contente de
renvoyer les curieux aux Oraisons Funebres
de M. Flechier , aux Plaidoyers de
Patru , aux Oeuvres de S. Evremont , aux
Caracteres de la Bruyere , et à mille autres
Ouvrages de ce genre , qui préconisent
d'eux- mêmes l'Eloquence , et dont
les beautez frappantes font assez son
éloge.
و J'avoue Monsieur , à la honte du
Christianisme , que l'on fréquente plus
volontiers les Jeux et les Spectacles que
la Maison du Seigneur , et qu'on s'y plaît
davantage ; le fruit qu'on en tire est cependant
bien funeste , et nos Pieces comiques
dont une intrigue amoureuse est
toûjours le mobile , soüillent l'ame , énervent
l'esprit , et corrompent le coeur de
quiconque n'a pas assez de discernement
pour voir que la verité y est toûjours fardée
, et que le crime y prend un caractere
d'héroïsme qu'on ne doit
dre avec la vertu .
pas confon-
Cet abus vient encore de ce qu'on veut
être touché à la Comedie , et se plaire
au Sermon ; si on y assistoit dans un autre
esprit
AVRIL. 1731. 661
esprit , on sortiroit sain et sauf du Spectacle
, et on rapporteroit toûjours de l'Eglise
un exterieur content , un coeur penetré
, un esprit docile et une ame exemte
de soüillure ; la Chaire même et le Bareau
, ont des Sujets capables de nous dédommager
de toute la Poësie du monde ,
il ne faut pas un si grand effort de la raison
pour leur rendre cette justice.
L'indigence des Poëtes n'enrichit certainement
pas leur Panegyrique , et le
langage du Renard de la Fable à l'aspect
d'un Raisin qu'il desire et qu'il ne sçauroit
avoir , contribuë fort peu à leur justification
; il est plus vrai de dire que la
Poësie n'est utile aux Poëtes qu'autant
qu'ils le sont eux-mêmes au Public. L'Eloquence
rend, au contraire , l'Orateur
puissant et recommandable , parce qu'elle
sert à tout. Elle s'occupe aux interêts de
la Religion et à ceux de l'Etat , elle s'attache
à la Campagne aussi- bien qu'au Cabinet
, elle préside aux Etats , elle opine
dans les Conseils de Guerre ,va au combat,
et elle a plus de part au gouvernement
des Royaumes et au Ministere , que les
Ministres mêmes.
les
Jugez après cela si ce n'est pas compromettre
gens d'esprit et de bon gout ,
les Héros et le beau Sexe que de se vanter
de leur suffrage dans une aussi mauvaise
cause,
662 MERCURE DE FRANCE
se . Je suis persuadé qu'ils desavoüent unanimement
votre Lettre , les Dames y ont
sur tout un interêt fort sensible , la Poësie
en fait des portraits grotesques où la
vraisemblance est si peu gardée , que
leur merite seroit encore inconnu , si une
Prose élegante n'avoit pris soin de peindre
le beau Sexe tel qu'il est , c'est- à-dire,
joignant à toutes les
du graces corps les
plus puissans charmes de l'esprit , et cet
usage du monde qu'il faut avoir pour
être parfaitement éloquent , n'étant autre
chose que le commerce des Dames , j'ose
assurer qu'elles prennent plus de part à
la gloire des Orateurs qu'à celle des
Poëtes.
A Dieu ne plaise cependant que j'aye
intention de dégrader la Poësie , je sçais
trop l'estime qu'ont eu pour elle de tout
rems les hommes les plus illustres , mais
je suis bien aise de vous apprendre que
Fes Orateurs étoient si distinguez parmi
les Grecs et les Romains , qu'on faisoit
faire souvent des images , des Statuës et
des Inscriptions à leur honneur , que
leur mérite étoit une voye de parvenir
à tout , même au souverain pouvoir , et
qu'ainsi tout le crédit qu'avoient les Poëtes
à la Cour des plus grands Princes ,
peut s'entendre de l'honneur qu'ils recevoient
le plus souvent de ceux que ?
PE
AVRIL. 173.1 . 663
l'Eloquence avoit élevez à la souveraineté
.
Au reste on peut encore juger de l'éclat
des Orateurs pour l'importance des
personnages que l'on compte parmi eux,
comme les Cesars , les Scipions , les
Gachques , et tant d'autres Romains illustres
d'ailleurs par les plus grands exploits .
La Chaire retentit aussi tous les jours du
nom respectable des Chrisostômes , des
Ambroises , des Gregoires et des saints
Prédicateurs , dont l'eloquence victorieuse
a ravagé tant de consciences , subjugué
tant d'esprits et conquis tant d'ames.
La France enfin nous fournit assez de
preuves , et sans aller plus loin , nous
voyons les trois premiers emplois du
Royaume si bien distribuez , qu'on diroit
que l'Eloquence elle même en estrevêtuë,
Episcopat , le Ministere et les Charges
de Magistrature n'ont rien de trop élevé,
et à quoi ne puisse parvenir un homme
éloquent ; les Poëtes , au contraire , re
sont jamais que des Poëtes , ils n'ont de
rang , de crédit et d'autorité qu'au Par
nasse , tout leur bonheur consiste dans-
Festime qu'on fait d'eux lorsqu'ils s'en
rendent dignes ; et ce prétendu langage
des Dieux , que vous ne pouvez préconiser
qu'avec celui des hommes, c'est-à- dire,
sans le secours de l'Eloquence dont votre
Lettre
664 MERCURE DE FRANCE
Lettre est un modele parfait , suffit pour
faire respecter un talent qu'on ne sçauroit
attaquer qu'en l'opposant à lui - même
; pour moi , Monsieur , qui n'ai d'autre
mérite que le zele , je m'estimerai
très-heureux si le desir que j'ai eu de
vous desabuser , peut vous persuader de
l'estime particuliere avec laquelle j'ai
l'honneur d'être , &c.
J. G. Duchasteau , Bachelier en Droit.
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Résumé : SUITE de la Réponse à la Lettre sur la gloire des Orateurs et des Poëtes.
Le texte traite de la comparaison entre l'utilité et la gloire des orateurs et des poètes. L'auteur met en avant l'éloquence de la chaire et du barreau comme étant d'une grande utilité, contrairement à la poésie qui, bien qu'elle puisse surprendre, ne touche pas nécessairement le cœur. Il compare un discours de Racine à un sermon de M. Flechier, estimant que ce dernier a eu plus d'impact. L'auteur critique les poètes pour leur tendance à utiliser des images monstrueuses et à fasciner les lecteurs avec des détails superflus. L'auteur illustre son propos en citant l'exemple d'un roi haranguant ses soldats avant une bataille, montrant que la simplicité et la dignité du discours royal surpassent les ornements poétiques. Il renvoie aux œuvres de Flechier, Patru, Saint-Évremond, et La Bruyère pour illustrer l'éloquence. Le texte aborde également la fréquentation des spectacles et des jeux plutôt que des lieux de culte, soulignant les effets néfastes des pièces comiques sur l'âme et l'esprit. L'auteur affirme que l'éloquence est plus utile et puissante, servant la religion, l'État, et le gouvernement, contrairement à la poésie qui n'enrichit pas son panégyrique. L'auteur mentionne l'importance des orateurs dans l'histoire, citant des figures illustres comme les Césars, les Scipions, et des saints prédicateurs. En France, les emplois élevés comme l'épiscopat, le ministère, et la magistrature sont accessibles aux hommes éloquents, tandis que les poètes restent confinés au Parnasse. Enfin, l'auteur exprime son désir de persuader son interlocuteur de l'estime particulière qu'il porte à l'éloquence, tout en reconnaissant la valeur de la poésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1653
p. 667-679
MÉMOIRES HISTORIQUES sur les personnes originaires du Comté d'Eu, qui se sont distingués par leur vertu, par leur science, par leur valeur &c. Par M. Capperon, Ancien Doyen de S. Maxent.
Début :
Je vous envoyer, Monsieur, les Mémoires que vous m'avez demandés au [...]
Mots clefs :
Comté d'Eu, Évêque, Amiens, Canonisation, Médecine, Sorbonne, Prélat, Épitaphe, Université de Paris
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texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRES HISTORIQUES sur les personnes originaires du Comté d'Eu, qui se sont distingués par leur vertu, par leur science, par leur valeur &c. Par M. Capperon, Ancien Doyen de S. Maxent.
MEMOIRES HISTORIQUES
sur les personnes originaires du Comté
d'Eu , qui se sont distinguées par leur ver
tu , par leur science , par leur valeur &c.
Par M. Capperon , Ancien Doyen de
J
S. Maxent.
E vous envoye , Monsieur , les Mémoires
que vous m'avez demandés au
sujet des personnes originaires du Comté
d'Eu , et qui se sont distinguées par quelque
chose de singulier .
Le premier dont j'ai à parler est Geofroi
second du nom , Evêque d'Amiens .
né
668 MERCURE DE FRANCE
né à Eu à la fin du XII . siécle. Il fut nommé
Geofroi d'Eu , suivant ce qui s'observoit
alors à l'égard des gens de Lettres ,
qui prenoient tous leur nom de celui du
lieu de leur naissance , car son nom de
famille étoit le Valet ou le Varlet , ce qui
se prouve par l'obituaire de l'Eglise de
Notre- Dame d'Amiens , où son frere est
nommé Walterius le Valet de Lugo . Ils
étoient tous deux fils d'un bon Bourgeois
de la Ville d'Eu ; en quoi de la Morliere
s'est trompé dans son Livre des Antiquités
d'Amiens , supposant que cet Evêque
étoit de la famille des Comtes d'Eu .
Si cela eut été , les titres de la Çathédrale
n'eussent pas oublié de distinguet
expressément une naissance aussi illustre
que celle de la Maison de Lusignan , qui
possedoit alors le Comté d'Eu , et les Historiens
qui ont parlé de lui ne l'auroient
pas non plus oublié ; au lieu que Du Boulay
dans son Histoire de l'Université de
Paris, n'en parle que comme d'un simple
Docteur , distingué seulement par sa
grande érudition : Doctor insignis.
Ce fut à Eu , il est vrai , que ce Prélat
prit naissance ; mais il est à propos d'observer
que ce fut dans la Paroisse de cette
Ville , qui est dépendante du Diocèse d'A-
* Lenom decettefamille subsiste encore à Eu.
miens
AVRI L. 1731. 669
miens , ainsi que le fait connoître le Pere
Ignace dans son Histoire Ecclesiastique
de Ponthieu , Chap. 34. Après ses premieres
études il alla à Paris , y prit le dégré
de Docteur en Théologie , et s'appliqua
ensuite à l'étude de la Medecine , où il se
rendit également habile , ce qui ne doit
pas vous surprendre , n'y ayant alors que
les seuls Ecclesiastiques qui exerçassent
en France cette Profession ; on convient
même qu'il n'y a pas eu de Medecins
mariés dans ce Royaume avant 1452 .
Comme Geofroi s'étoit fait connoître
par
son mérite extraordinaire , l'Evêché d'Amiens
étant venu à vaquer , et les Evêques
se faisant alors par élection , notre
Geofroi fut élû Evêque de ce Diocèse ,
P'an 1223. ( a )
A peine eut- il pris possession de son
Evêché qu'il se trouva avec tous les Evêques
du Royaume à l'Assemblée qui fut
tenue à Paris par ordre du Pape Honoré
III. à l'occasion de l'Heresie des Albigeois.
De retour dans son Diocèse , étant prié
de confirmer la fondation de quelques
Chapelles , érigées dans l'Eglise de Saint
Jean des Prés d'Abbeville , il ne le fit
qu'avec cette reserve si conforme aux
saints Canons , sçavoir , que ceux qui en
,
,
( a ) La Morliere , Antiq. d'Amiens.
seroient
670 MERCURE DE FRANCE
seroient pourvûs ne pourroient posseder
aucun autre Benéfice avec ces Chapelles.
( a )
د
Comme les Habitans de la Ville d'Eu
sollicitoient la Canonisation de S. Laurent
, Archevêque de Dublin , dans les
premiers tems de l'Episcopat de l'Evêque
Geofroi , ce Prélat s'y interessa d'autant
plus qu'il étoit né dans cette Ville peu
de tems après que cet illustre Saint y eut
fini ses jours , et qu'il avoit été le témoin
de plusieurs miracles operés par son intercession
, et qu'une partie de la Ville
étoit de son Diocèse , tout cela , dis- je
lui fit prendre beaucoup de part à la joye
que recurent les Habitans d'Eu , lorsqu'ils
eurent obtenu la Bulle de Canonisation .
L'onzième jour de Décembre 1226. ayant
donc été invité à la translation solemnelle
que l'Archevêque de Rouen devoir faire
du corps de ce Saint , il s'y trouva volontiers
, et la solemnité en fut faite par
ces deux Prélats le dixième jour de Mai
de la même année. ( b ) En 1233. voyant
qu'il y avoit peu d'ordre dans l'Hôtel-
Dieu d'Amiens , il regla les choses sur le
pié qu'elles ont été depuis , et y ayant
établi des Religieuses , il leur donna des
( a) Hist. Eccles. de Ponthieu , L. 1. Ch. 34.
(b) Vie originale de S. Laurent , Chap. 39 .
ConsAVRIL.
1731. 671
Constitutions qui furent dans la suite approuvées
au Concile de Lyon par le Pape
Innocent IX. En 1235. il assista au Concile
de la Province de Reims , qui fut tenu
à Senlis ; ce qui rendra sa mémoire
recommandable à la posterité , est l'Eglise
Cathédrale d'Amiens , un des plus
beaux Vaisseaux qu'il y ait dans le Royaume
, dont il a fait élever l'Edifice depuis
le rez de chaussée presque jusqu'à la voute.
Enfin comblé de mérites et de benedictians
, il mourut l'an 1238. on le voit
encore aujourd'hui représenté sur un tombeau
de bronze , soutenu par six petits
Lions , de même métal , posé à l'entrée
de la nef de cette Eglise , autour duquel
on lit cette Epitaphe :
Ecce premunt humile Gaufridi membra cubile
Seu minus aut simile nobis parat omnibus ille
Quem laurus gemina decoraverat , in Medicina
Legeque divina , decuerunt cornua bina
Clare vir Augensis , quo sedes Ambianensis
Crevit in immensis , in coelis auctus , amen , sis,
Dans le siécle suivant , le Comté d'Eu
donna encore un Evêque à l'Eglise de
France , ce fut Jean , Evêque d'Auxerre
lequel étoit né au Bourg de Blangy , situé
dans ce Comté , à cinq lieuës de la Ville
d'Eu , Suivant l'usage qui s'observoit encore
672 MERCURE DE FRANCE .
core , il prit son nom , comme l'Evêque
Geofroi , du lieu où il étoit né , et s'appella
Jean de Blangy , Joannes de Blangiaco.
Après avoir fait ses études à Paris ,
il fut reçû Docteur de la Maison de Navarre
; (a ) en cette qualité il assista à
l'Assemblée des Docteurs qui fut tenuë
à Paris par ordre du Roi Philippe de Valois
pour y examiner le sentiment du Pape
Jean XXII . touchant la vision béatifique ,
lequel y fut déclaré heterodoxe. Jean de
Blangy fut fait Archidiacre du Vexin ,
dans l'Archevêché de Rouen ; et parcequ'il
avoit fait ses études à Paris avec
le Pape Benoît XII. lorsqu'il n'etoit
encore que simple Religieux de l'Ordre
de Citeaux , ce qui avoit formé une
amitié particuliere entre eux , ce Pontife
lui procura l'Evêché d'Auxerre , l'an
1338. ( a ) En 1340. il se trouva de la part
du même Roi au Traité d'Arras , où la
tréve fut concluë pour trois ans avec le
Roi d'Angleterre , et l'année suivante
l'Abbé de Pontigny jura entre ses mains
obéissance à son Siége , et au Chapitre de
sa Cathédrale. Fatigué du fardeau de l'Episcopat
, il obtint du Pape Clement VI .
la permission de se démetre de son Evê-
(a) M. de Launoy.
( b ) Labbe , Bibliot. des Mss . T. 1 .
ché
AVRIL. 1731. 673
ché , et il voulut se retirer à Paris ; mais
s'étant mis dans un bateau pour y descendre
la Riviere , il y gagna un rhume
qui se termina en fiévre continuë lors
qu'il fut arrivé à Paris , laquelle l'emporta
peu de jours après , sçavoir le 15. de
Mars de l'année 1344. Il fut inhumé dans
l'Eglise des Chartreux , sous une tombe
de cuivre , sur laquelle est gravée cette
Epitaphe :
Hic jacet recolende memoria Johannes de
Blangiaco , Rothomagensis Diocesis , Doctor
in Sacra Theologia , Episcopus Autissiodorensis
quondam , cujus anima qui scat in
pace , qui obiit anno Domini 1344.
M. de Launoy , dans son Histoire de
la Maison de Navarre , parle de deux autres
Sçavans , originaires du Comté d'Eu;
le premier est Michel d'Eu , Michaël
Augensis , qui fut fait Docteur de là même
Maison en 149. et Doyen de la Faculté
de Theologie en 1530. il mourut
fort avancé en âge. Le second étoit natif
du Bourg de Treport , proche la Ville
d'Eu , et se nommoit Jean Daval ; il fut
fait aussi Docteur de cette Maison , l'an
-1527. et composa quelques Ouvrages , en
petit nombre , à la verité ; mais ( dit M.
de Launoi ) il pouvoit , s'il avoit voulu ,
en composer davantage.
C Le
1
74 MERCURE DE FRANCE
Le P. Ignace , dans l'Histoire Ecclesiastique
du Ponthieu , fait beaucoup d'éloge
d'un autre Docteur natif de la Ville d'Eu,
nommé Jean Avril , qu'il dit avoir été
un des plus sçavans de son siècle , et
Prédicateur si fameux , qu'il surpassa presque
tous ceux qui excelloient alors dans
l'éloquence de la Chaire . Il fut fait Recteur
de l'Université de Paris le 16. Decembre
1586 ; en 1596. il accepta la digrité
de Doyen de la Collegiale de Saint
Vulfrain d'Abbeville . Enfin après avoir
donné dans cette Ville des preuves continuelles
de sa rare érudition et de son zele
infatigable à annoncer la parole de Dieu ;
le jour de la Nativité de la Vierge de l'an
1611. ayant fait le Service , et assisté à
tout l'Office , il se retira sur le soir dans
son Cabinet , où après avoir legérement
soupé , on le trouva mort le lendemain
matin .
Le siecle dernier a donné encore des
personnes distinguées par leur érudition,
qui ont pris naissance au Comté d'Eu .
Il y a eu un Pere Mithon , Religieux des
Pénitens de l'Ordre de S. François , nommé
dans son Ordre le P. Irenée d'Eu , fils
de Richard Mithon , Ancien Baillif du
Comté d'Eu , lequel mérita par sa science
et par ses vertus de remplir les premieres
places de son Ordre , telles que
celles
AVRIL: 1731. 679
celles de Gardien , de Définiteur et de
Provincial. Il en donna des preuves par
differens Ouvrages , particulierement par
trois gros Volumes in folio , qu'il composa
sur la Vie Spirituelle et Chrétienne ,
qui furent imprimés à Paris en 1659. chez
George Josse l'Auteur mourut cette
même année .
›
On a une Traduction Françoise de la
Vie de S. Laurent , Archevêque de Dublin
, écrite en Latin par un Chanoine de
Notre-Dame d'Eu , so. ans après la mort
de ce Saint , laquelle a été mise au jour
par le Pere Nicolas le Carpentier , Prieur
de l'Abbaye d'Eu , natif de la même Ville,
imprimée à Rouen en 1618. Plus une autre
Vie du même Saint beaucoup plus
étendue , composée par le Pere Jean Guignon
, né aussi à Eu , et imprimée pareillement
à Rouen en 1653. Enfin François
le Beuf , Lieutenant Genéral au Bailliage
d'Eu , né dans le même lieu , mort vers
l'an 1659. après avoir donné des preuves
de ses lumieres et de son équité dans l'exercice
de sa Charge , a composé une Histoire
abregée des Comtes d'Eu , qui est
restée en Manuscrit. Il avoit d'ailleurs
fait peindre un Tableau Historique des
mêmes Comtes , où sont leurs Portraits
avec leurs Armes en migniature , sur du
velin , et un abregé de leur vie , le tout
Cij par676
MERCURE DE FRANCE
parfaitement bien travaillé . Ce Tableau
est présentement chez M. le Duc du
Maine.
Nous avons eu de nos jours un autre
Jean Daval , né à Eu , qui s'est distingué
par l'étendue de ses lumieres , et par son
habileté dans l'étude et dans la pratique
de la Medecine. Il fut premierement Docteur
dans cette Faculté en l'Université
d'Angers , ensuite il prit la même qualité
dans celle de Paris en 1683. où il professa
pendant les années 1685 et 1686. un Cours
d'Anatomie et de Physiologie , et les deux
années suivantes un Cours de Botanique ,
lesquels Traités ont été estimés de tous
les Connoisseurs. Il étoit en même tems
Medecin de l'Hôpital de la Charité et des
Paroisses de S. Jean , de S. Gervais et de
S. Sauveur , où il prenoit soin des Pauvres
. Il se rendit particulierement recommandable
à l'occasion des fiév res malignes
qui regnerent à Paris pendant l'année
1699. dont il penétra si bien la cause , et
en découvrit si justement les remedes ,
qu'il les guerissoit à coup sûr , ce qui le
mit dans un si grand crédit,que M. Fagon
parla de lui au Roi Louis XIV. pour qu'il
pût lui succeder dans la place de Premier
Medecin de S. M. Il lui en fit même tenir
le Brevet d'agrément, lequel lui fut ensuite
envoyé par un Gentilhomme de la part du
Roi ;
AVRIL. 17318 677
>
Roi ; mais trop jaloux de sa liberté , il alla
en faire ses très humbles remercimens
s'excusant sur la délicatesse de son temperament.
Il est mort âgé de 64. ans¸ le
23. Juin 1719 .
,
Après tous ces Sçavans , qui sont sortis
du Comté d'Eu on sera moins surpris
de trouver une fille sçavante du même
Pays , quoique la chose soit plus rare ;
plusieurs Auteurs en ont parlé dans leurs
Ouvrages , tels que La Croix du Maine
dans sa Bibliotheque Françoise, Louis Jacob
dans un Ouvrage semblable , et Augustin
de la Chieza dans son Théatre des
Dames Sçavantes. Ils ont tous fait l'éloge
d'Anne Marquet , Religieuse du Monastere
de Poissy de l'Ordre de S. Dominique
, native du Comté d'Eu . Elle parloit
les Langues Sçavantes ' , la Grecque et la
Latine , et composoit élegamment en Prose
et en Vers. Les Poëtes les plus fameux
de son tems , tels que Dorat , Ronsard -
& c. estimoient beaucoup les Piéces de sa
façon ; il en parut quelques - unes imprimées
en l'année 1561. accompagnée d'une
Préface faite par une Religieuse du
même Ordre , nommée Marie de Fortia.
Anne Marquet mourut l'onzième jour
de Mai 1588 .
Les effets singuliers de la pieté chrétienne
ne méritant pas moins d'être ob-
Ciij servés
878 MERCURE DE FRANCE
servés que ceux des Sciences , des Armes
et des Arts , je ne dois pas oublier dans
re Mémoire la généreuse résolution que
prit Laurent Villedor , natif de cette Ville,
Docteur de Sorbonne , Theologal de
Noyon , d'abandonner sa Patrie , ses biens
et sa dignité pour passer à la Chine , dans
la vue d'y travailler à la conversion des
Infideles de ce vaste Empire. S'étant donc
embarqué dans ce dessein l'année 1701 .
au Port- Louis , et ayant mis à la voile le
5. de Fevrier , après cinq mois quatorze
jours de navigation , le Vaisseau moüilla
à Pondicheri , sur la côte de Coromandel
; là Dieu le traitant comme un autre
Xavier , content du sacrifice de ses desirs,
il ne permit pas qu'il en vit l'execution ;
car après avoir prêché dans une grande
solemnité qui fut faite en cette Ville où
assisterent les Jesuites , les Capucins et toutes
les personnes de consideration, il tomba
malade quelques jours après , et mourut.
Les Voyageurs qui l'accompagnoient dans
le Vaisseau ont rapporté que ce qui l'avoit
épuisé étoit le trop grand travail qu'il
s'étoit donné sur la route pour apprendre
la Langue Chinoise , qu'il leur faisoit fréquemment
des discours de pieté , et qu'il
les avoit édifiés par toute sa conduite . *
* Relat. d'un Voyage aux Indes. Paris ,
Moreau 1703 .
chet
Ne
AVRIL . 1731. 679
Ne puis -je pas joindre à ce zelé Docteur
celui qui par sa rare pieté , ses austerités
et sa prudence a merité d'être placé en
qualité d'Abbé de la Trappe pour gouverner
cette nombreuse Communauté qui
édifie toute l'Eglise : il se nomme François
Augustin Gouche , né à Eu , et élû
Abbé en 1727.
Nous donnerons la suite de ces Mémoires
le mois prochain.
sur les personnes originaires du Comté
d'Eu , qui se sont distinguées par leur ver
tu , par leur science , par leur valeur &c.
Par M. Capperon , Ancien Doyen de
J
S. Maxent.
E vous envoye , Monsieur , les Mémoires
que vous m'avez demandés au
sujet des personnes originaires du Comté
d'Eu , et qui se sont distinguées par quelque
chose de singulier .
Le premier dont j'ai à parler est Geofroi
second du nom , Evêque d'Amiens .
né
668 MERCURE DE FRANCE
né à Eu à la fin du XII . siécle. Il fut nommé
Geofroi d'Eu , suivant ce qui s'observoit
alors à l'égard des gens de Lettres ,
qui prenoient tous leur nom de celui du
lieu de leur naissance , car son nom de
famille étoit le Valet ou le Varlet , ce qui
se prouve par l'obituaire de l'Eglise de
Notre- Dame d'Amiens , où son frere est
nommé Walterius le Valet de Lugo . Ils
étoient tous deux fils d'un bon Bourgeois
de la Ville d'Eu ; en quoi de la Morliere
s'est trompé dans son Livre des Antiquités
d'Amiens , supposant que cet Evêque
étoit de la famille des Comtes d'Eu .
Si cela eut été , les titres de la Çathédrale
n'eussent pas oublié de distinguet
expressément une naissance aussi illustre
que celle de la Maison de Lusignan , qui
possedoit alors le Comté d'Eu , et les Historiens
qui ont parlé de lui ne l'auroient
pas non plus oublié ; au lieu que Du Boulay
dans son Histoire de l'Université de
Paris, n'en parle que comme d'un simple
Docteur , distingué seulement par sa
grande érudition : Doctor insignis.
Ce fut à Eu , il est vrai , que ce Prélat
prit naissance ; mais il est à propos d'observer
que ce fut dans la Paroisse de cette
Ville , qui est dépendante du Diocèse d'A-
* Lenom decettefamille subsiste encore à Eu.
miens
AVRI L. 1731. 669
miens , ainsi que le fait connoître le Pere
Ignace dans son Histoire Ecclesiastique
de Ponthieu , Chap. 34. Après ses premieres
études il alla à Paris , y prit le dégré
de Docteur en Théologie , et s'appliqua
ensuite à l'étude de la Medecine , où il se
rendit également habile , ce qui ne doit
pas vous surprendre , n'y ayant alors que
les seuls Ecclesiastiques qui exerçassent
en France cette Profession ; on convient
même qu'il n'y a pas eu de Medecins
mariés dans ce Royaume avant 1452 .
Comme Geofroi s'étoit fait connoître
par
son mérite extraordinaire , l'Evêché d'Amiens
étant venu à vaquer , et les Evêques
se faisant alors par élection , notre
Geofroi fut élû Evêque de ce Diocèse ,
P'an 1223. ( a )
A peine eut- il pris possession de son
Evêché qu'il se trouva avec tous les Evêques
du Royaume à l'Assemblée qui fut
tenue à Paris par ordre du Pape Honoré
III. à l'occasion de l'Heresie des Albigeois.
De retour dans son Diocèse , étant prié
de confirmer la fondation de quelques
Chapelles , érigées dans l'Eglise de Saint
Jean des Prés d'Abbeville , il ne le fit
qu'avec cette reserve si conforme aux
saints Canons , sçavoir , que ceux qui en
,
,
( a ) La Morliere , Antiq. d'Amiens.
seroient
670 MERCURE DE FRANCE
seroient pourvûs ne pourroient posseder
aucun autre Benéfice avec ces Chapelles.
( a )
د
Comme les Habitans de la Ville d'Eu
sollicitoient la Canonisation de S. Laurent
, Archevêque de Dublin , dans les
premiers tems de l'Episcopat de l'Evêque
Geofroi , ce Prélat s'y interessa d'autant
plus qu'il étoit né dans cette Ville peu
de tems après que cet illustre Saint y eut
fini ses jours , et qu'il avoit été le témoin
de plusieurs miracles operés par son intercession
, et qu'une partie de la Ville
étoit de son Diocèse , tout cela , dis- je
lui fit prendre beaucoup de part à la joye
que recurent les Habitans d'Eu , lorsqu'ils
eurent obtenu la Bulle de Canonisation .
L'onzième jour de Décembre 1226. ayant
donc été invité à la translation solemnelle
que l'Archevêque de Rouen devoir faire
du corps de ce Saint , il s'y trouva volontiers
, et la solemnité en fut faite par
ces deux Prélats le dixième jour de Mai
de la même année. ( b ) En 1233. voyant
qu'il y avoit peu d'ordre dans l'Hôtel-
Dieu d'Amiens , il regla les choses sur le
pié qu'elles ont été depuis , et y ayant
établi des Religieuses , il leur donna des
( a) Hist. Eccles. de Ponthieu , L. 1. Ch. 34.
(b) Vie originale de S. Laurent , Chap. 39 .
ConsAVRIL.
1731. 671
Constitutions qui furent dans la suite approuvées
au Concile de Lyon par le Pape
Innocent IX. En 1235. il assista au Concile
de la Province de Reims , qui fut tenu
à Senlis ; ce qui rendra sa mémoire
recommandable à la posterité , est l'Eglise
Cathédrale d'Amiens , un des plus
beaux Vaisseaux qu'il y ait dans le Royaume
, dont il a fait élever l'Edifice depuis
le rez de chaussée presque jusqu'à la voute.
Enfin comblé de mérites et de benedictians
, il mourut l'an 1238. on le voit
encore aujourd'hui représenté sur un tombeau
de bronze , soutenu par six petits
Lions , de même métal , posé à l'entrée
de la nef de cette Eglise , autour duquel
on lit cette Epitaphe :
Ecce premunt humile Gaufridi membra cubile
Seu minus aut simile nobis parat omnibus ille
Quem laurus gemina decoraverat , in Medicina
Legeque divina , decuerunt cornua bina
Clare vir Augensis , quo sedes Ambianensis
Crevit in immensis , in coelis auctus , amen , sis,
Dans le siécle suivant , le Comté d'Eu
donna encore un Evêque à l'Eglise de
France , ce fut Jean , Evêque d'Auxerre
lequel étoit né au Bourg de Blangy , situé
dans ce Comté , à cinq lieuës de la Ville
d'Eu , Suivant l'usage qui s'observoit encore
672 MERCURE DE FRANCE .
core , il prit son nom , comme l'Evêque
Geofroi , du lieu où il étoit né , et s'appella
Jean de Blangy , Joannes de Blangiaco.
Après avoir fait ses études à Paris ,
il fut reçû Docteur de la Maison de Navarre
; (a ) en cette qualité il assista à
l'Assemblée des Docteurs qui fut tenuë
à Paris par ordre du Roi Philippe de Valois
pour y examiner le sentiment du Pape
Jean XXII . touchant la vision béatifique ,
lequel y fut déclaré heterodoxe. Jean de
Blangy fut fait Archidiacre du Vexin ,
dans l'Archevêché de Rouen ; et parcequ'il
avoit fait ses études à Paris avec
le Pape Benoît XII. lorsqu'il n'etoit
encore que simple Religieux de l'Ordre
de Citeaux , ce qui avoit formé une
amitié particuliere entre eux , ce Pontife
lui procura l'Evêché d'Auxerre , l'an
1338. ( a ) En 1340. il se trouva de la part
du même Roi au Traité d'Arras , où la
tréve fut concluë pour trois ans avec le
Roi d'Angleterre , et l'année suivante
l'Abbé de Pontigny jura entre ses mains
obéissance à son Siége , et au Chapitre de
sa Cathédrale. Fatigué du fardeau de l'Episcopat
, il obtint du Pape Clement VI .
la permission de se démetre de son Evê-
(a) M. de Launoy.
( b ) Labbe , Bibliot. des Mss . T. 1 .
ché
AVRIL. 1731. 673
ché , et il voulut se retirer à Paris ; mais
s'étant mis dans un bateau pour y descendre
la Riviere , il y gagna un rhume
qui se termina en fiévre continuë lors
qu'il fut arrivé à Paris , laquelle l'emporta
peu de jours après , sçavoir le 15. de
Mars de l'année 1344. Il fut inhumé dans
l'Eglise des Chartreux , sous une tombe
de cuivre , sur laquelle est gravée cette
Epitaphe :
Hic jacet recolende memoria Johannes de
Blangiaco , Rothomagensis Diocesis , Doctor
in Sacra Theologia , Episcopus Autissiodorensis
quondam , cujus anima qui scat in
pace , qui obiit anno Domini 1344.
M. de Launoy , dans son Histoire de
la Maison de Navarre , parle de deux autres
Sçavans , originaires du Comté d'Eu;
le premier est Michel d'Eu , Michaël
Augensis , qui fut fait Docteur de là même
Maison en 149. et Doyen de la Faculté
de Theologie en 1530. il mourut
fort avancé en âge. Le second étoit natif
du Bourg de Treport , proche la Ville
d'Eu , et se nommoit Jean Daval ; il fut
fait aussi Docteur de cette Maison , l'an
-1527. et composa quelques Ouvrages , en
petit nombre , à la verité ; mais ( dit M.
de Launoi ) il pouvoit , s'il avoit voulu ,
en composer davantage.
C Le
1
74 MERCURE DE FRANCE
Le P. Ignace , dans l'Histoire Ecclesiastique
du Ponthieu , fait beaucoup d'éloge
d'un autre Docteur natif de la Ville d'Eu,
nommé Jean Avril , qu'il dit avoir été
un des plus sçavans de son siècle , et
Prédicateur si fameux , qu'il surpassa presque
tous ceux qui excelloient alors dans
l'éloquence de la Chaire . Il fut fait Recteur
de l'Université de Paris le 16. Decembre
1586 ; en 1596. il accepta la digrité
de Doyen de la Collegiale de Saint
Vulfrain d'Abbeville . Enfin après avoir
donné dans cette Ville des preuves continuelles
de sa rare érudition et de son zele
infatigable à annoncer la parole de Dieu ;
le jour de la Nativité de la Vierge de l'an
1611. ayant fait le Service , et assisté à
tout l'Office , il se retira sur le soir dans
son Cabinet , où après avoir legérement
soupé , on le trouva mort le lendemain
matin .
Le siecle dernier a donné encore des
personnes distinguées par leur érudition,
qui ont pris naissance au Comté d'Eu .
Il y a eu un Pere Mithon , Religieux des
Pénitens de l'Ordre de S. François , nommé
dans son Ordre le P. Irenée d'Eu , fils
de Richard Mithon , Ancien Baillif du
Comté d'Eu , lequel mérita par sa science
et par ses vertus de remplir les premieres
places de son Ordre , telles que
celles
AVRIL: 1731. 679
celles de Gardien , de Définiteur et de
Provincial. Il en donna des preuves par
differens Ouvrages , particulierement par
trois gros Volumes in folio , qu'il composa
sur la Vie Spirituelle et Chrétienne ,
qui furent imprimés à Paris en 1659. chez
George Josse l'Auteur mourut cette
même année .
›
On a une Traduction Françoise de la
Vie de S. Laurent , Archevêque de Dublin
, écrite en Latin par un Chanoine de
Notre-Dame d'Eu , so. ans après la mort
de ce Saint , laquelle a été mise au jour
par le Pere Nicolas le Carpentier , Prieur
de l'Abbaye d'Eu , natif de la même Ville,
imprimée à Rouen en 1618. Plus une autre
Vie du même Saint beaucoup plus
étendue , composée par le Pere Jean Guignon
, né aussi à Eu , et imprimée pareillement
à Rouen en 1653. Enfin François
le Beuf , Lieutenant Genéral au Bailliage
d'Eu , né dans le même lieu , mort vers
l'an 1659. après avoir donné des preuves
de ses lumieres et de son équité dans l'exercice
de sa Charge , a composé une Histoire
abregée des Comtes d'Eu , qui est
restée en Manuscrit. Il avoit d'ailleurs
fait peindre un Tableau Historique des
mêmes Comtes , où sont leurs Portraits
avec leurs Armes en migniature , sur du
velin , et un abregé de leur vie , le tout
Cij par676
MERCURE DE FRANCE
parfaitement bien travaillé . Ce Tableau
est présentement chez M. le Duc du
Maine.
Nous avons eu de nos jours un autre
Jean Daval , né à Eu , qui s'est distingué
par l'étendue de ses lumieres , et par son
habileté dans l'étude et dans la pratique
de la Medecine. Il fut premierement Docteur
dans cette Faculté en l'Université
d'Angers , ensuite il prit la même qualité
dans celle de Paris en 1683. où il professa
pendant les années 1685 et 1686. un Cours
d'Anatomie et de Physiologie , et les deux
années suivantes un Cours de Botanique ,
lesquels Traités ont été estimés de tous
les Connoisseurs. Il étoit en même tems
Medecin de l'Hôpital de la Charité et des
Paroisses de S. Jean , de S. Gervais et de
S. Sauveur , où il prenoit soin des Pauvres
. Il se rendit particulierement recommandable
à l'occasion des fiév res malignes
qui regnerent à Paris pendant l'année
1699. dont il penétra si bien la cause , et
en découvrit si justement les remedes ,
qu'il les guerissoit à coup sûr , ce qui le
mit dans un si grand crédit,que M. Fagon
parla de lui au Roi Louis XIV. pour qu'il
pût lui succeder dans la place de Premier
Medecin de S. M. Il lui en fit même tenir
le Brevet d'agrément, lequel lui fut ensuite
envoyé par un Gentilhomme de la part du
Roi ;
AVRIL. 17318 677
>
Roi ; mais trop jaloux de sa liberté , il alla
en faire ses très humbles remercimens
s'excusant sur la délicatesse de son temperament.
Il est mort âgé de 64. ans¸ le
23. Juin 1719 .
,
Après tous ces Sçavans , qui sont sortis
du Comté d'Eu on sera moins surpris
de trouver une fille sçavante du même
Pays , quoique la chose soit plus rare ;
plusieurs Auteurs en ont parlé dans leurs
Ouvrages , tels que La Croix du Maine
dans sa Bibliotheque Françoise, Louis Jacob
dans un Ouvrage semblable , et Augustin
de la Chieza dans son Théatre des
Dames Sçavantes. Ils ont tous fait l'éloge
d'Anne Marquet , Religieuse du Monastere
de Poissy de l'Ordre de S. Dominique
, native du Comté d'Eu . Elle parloit
les Langues Sçavantes ' , la Grecque et la
Latine , et composoit élegamment en Prose
et en Vers. Les Poëtes les plus fameux
de son tems , tels que Dorat , Ronsard -
& c. estimoient beaucoup les Piéces de sa
façon ; il en parut quelques - unes imprimées
en l'année 1561. accompagnée d'une
Préface faite par une Religieuse du
même Ordre , nommée Marie de Fortia.
Anne Marquet mourut l'onzième jour
de Mai 1588 .
Les effets singuliers de la pieté chrétienne
ne méritant pas moins d'être ob-
Ciij servés
878 MERCURE DE FRANCE
servés que ceux des Sciences , des Armes
et des Arts , je ne dois pas oublier dans
re Mémoire la généreuse résolution que
prit Laurent Villedor , natif de cette Ville,
Docteur de Sorbonne , Theologal de
Noyon , d'abandonner sa Patrie , ses biens
et sa dignité pour passer à la Chine , dans
la vue d'y travailler à la conversion des
Infideles de ce vaste Empire. S'étant donc
embarqué dans ce dessein l'année 1701 .
au Port- Louis , et ayant mis à la voile le
5. de Fevrier , après cinq mois quatorze
jours de navigation , le Vaisseau moüilla
à Pondicheri , sur la côte de Coromandel
; là Dieu le traitant comme un autre
Xavier , content du sacrifice de ses desirs,
il ne permit pas qu'il en vit l'execution ;
car après avoir prêché dans une grande
solemnité qui fut faite en cette Ville où
assisterent les Jesuites , les Capucins et toutes
les personnes de consideration, il tomba
malade quelques jours après , et mourut.
Les Voyageurs qui l'accompagnoient dans
le Vaisseau ont rapporté que ce qui l'avoit
épuisé étoit le trop grand travail qu'il
s'étoit donné sur la route pour apprendre
la Langue Chinoise , qu'il leur faisoit fréquemment
des discours de pieté , et qu'il
les avoit édifiés par toute sa conduite . *
* Relat. d'un Voyage aux Indes. Paris ,
Moreau 1703 .
chet
Ne
AVRIL . 1731. 679
Ne puis -je pas joindre à ce zelé Docteur
celui qui par sa rare pieté , ses austerités
et sa prudence a merité d'être placé en
qualité d'Abbé de la Trappe pour gouverner
cette nombreuse Communauté qui
édifie toute l'Eglise : il se nomme François
Augustin Gouche , né à Eu , et élû
Abbé en 1727.
Nous donnerons la suite de ces Mémoires
le mois prochain.
Fermer
Résumé : MÉMOIRES HISTORIQUES sur les personnes originaires du Comté d'Eu, qui se sont distingués par leur vertu, par leur science, par leur valeur &c. Par M. Capperon, Ancien Doyen de S. Maxent.
Le texte présente les mémoires historiques de personnalités originaires du Comté d'Eu, distinguées par leur vertu, science et valeur. L'auteur, M. Capperon, ancien doyen de J. S. Maxent, répond à une demande de mémoires sur ces individus. Geoffroi, second du nom, évêque d'Amiens, né à Eu à la fin du XIIe siècle, est le premier personnage mentionné. Son nom de famille était le Valet ou le Varlet, et il était fils d'un bourgeois de Eu. Geoffroi se distingua par son érudition et devint docteur en théologie et en médecine à Paris. Il fut élu évêque d'Amiens en 1223 et participa à diverses assemblées et conciles. Il régla l'organisation de l'Hôtel-Dieu d'Amiens et supervisa la construction de la cathédrale. Il mourut en 1238. Le texte mentionne également Jean, évêque d'Auxerre, né au Bourg de Blangy dans le Comté d'Eu. Il fut docteur à la Maison de Navarre et participa à des assemblées doctrinales. Il devint évêque d'Auxerre en 1338 et mourut en 1344. D'autres savants du Comté d'Eu sont cités, comme Michel d'Eu, Jean Daval, Jean Avril, et le Père Mithon, tous distingués par leurs contributions académiques et spirituelles. Le texte mentionne également des œuvres littéraires et historiques écrites par des natifs du Comté, comme des vies de saints et des histoires des Comtes d'Eu. Le texte évoque également un docteur de Sorbonne et théologal de Noyon qui, en 1701, décida d'abandonner sa patrie, ses biens et sa dignité pour se rendre en Chine afin de convertir les infidèles de cet empire. Il s'embarqua au Port-Louis le 5 février 1701 et, après cinq mois et quatorze jours de navigation, arriva à Pondichéry sur la côte de Coromandel. Cependant, malgré ses efforts pour apprendre la langue chinoise et son zèle missionnaire, il tomba malade peu après une grande cérémonie à Pondichéry et mourut. Ses compagnons de voyage témoignèrent de son dévouement et de sa piété. Enfin, le texte mentionne François Augustin Gouche, né à Eu, qui fut élu abbé de la Trappe en 1727 et était connu pour sa piété, ses austérités et sa prudence. La suite des mémoires est annoncée pour le mois suivant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1654
p. 682-688
LETTRE écrite à M. D.L. R. Par le R. P. Michel le Quien, Dominicain, Bibliothequaire du Convent de S. Honoré, au sujet du dernier Ouvrage du P. Le Courayer &c.
Début :
Il m'importe peu à présent, Monsieur, que le P. Le Courayer veüille encore, [...]
Mots clefs :
Ordinations, Épiscopat, Sacre, Anglicans, Vérification, Schisme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. D.L. R. Par le R. P. Michel le Quien, Dominicain, Bibliothequaire du Convent de S. Honoré, au sujet du dernier Ouvrage du P. Le Courayer &c.
LETTRE écrite à M. D. L. R. Par
le R. P. Michel le Quien , Dominicain
Bibliothequaire du Convent de S. Honoré,
au sujet du dernier Ouvrage du P. Le
Courayer&c.
L m'importe peu à présent , Monsieur,
que le P. Le Courayer veüille encore,
comme ses amis l'assurent , continuer
d'écrire pour ses Ordinations ; j'ai déclaré
que dorénavant je garderois le silence sur
ce sujet. Cependant , qu'il me réplique et
qu'il défende sa cause avec la solidité et
a sincerité que le sujet l'exige , je serai le
premier à lui applaudir ; je ne suis prévenu
en faveur de la mienne que parceque
j'en ai établi les preuves sur les principes
qu'il avoit lui-même posés . J'ai
de l'aveu même de ceux qu'il avoit éblouis
par sa défense , satisfait à tous les points
capitaux qu'il avoit exigé qu'on lui prouvât.
Il a demandé » qu'on lui citât des
» Historiens qui contredisent les Actes
» qu'il produisoit , ou qu'on rapportât
des
4
AVRIL: 1731. 683
» des Actes contraires aux siens , ou qu'on
fit voir qu'on ne peut concilier les Ac-
» tes avec des faits reconnus pour cer-
» tains. J'ai admis toutes ces disjonctives;
j'ai cité un bon nombre d'Auteurs contemporains
et oculaires qui contredisent
ouvertement la Relation qu'on a produite
du prétendu sacre de Mathieu Parker pour
l'Archevêché de Cantorberi. Le seul fait
du procès que l'Evêque de Londres Edmond
Bonner a soutenu contre le faux
Evêque de Winchester Robert Horn , suffisoit
pour ôter toute croyance à cette
Histoire , et la faire passer pour ce qu'elle
est , c'est-à-dire , pour un Roman.Le Prélat
Catholique y verifia contradictoirement
devant les Juges que les nouveaux
Evêques de la Reine Elizabeth avoient
envahi en cachete les Siéges d'Angleterre
sans avoir reçû l'imposition des mains
d'aucun Evêque , et tout haï qu'il étoit
des Protestans , le Parlement à qui l'affaire
avoit été déferée , le renvoya absous .
Quoi de plus C'est en lisant les Historiens
Anglicans que j'ai verifié
que le Registre
de Cranmer a été falsifié. Ces mêmes
Auteurs m'ont fourni des Actes autentiques
dans lesquels on trouve Mathieu
Parker reconnu pour Archevêque veritable
, anterieurement au tems auquel on
veut qu'il ait été ordonné ; j'en ai conclu
C vj
par
684 MERCURE DE FRANCE.
par une juste conséquence qu'il ne l'a
point été du tout; je ne me suis point
aheurté à soutenir son sacre dans une Auberge
; mais j'ai soutenu que si ce fait est
fabuleux , la Relation ne l'est pas moins.
me ,
J'ai verifié que le Registre qu'on vante
tant , est composé de feuilles détachées
qu'on n'a assemblées et reliées que longtems
après la mort de Parker , d'où j'ai
inferé qu'il a été aisé d'y mêler de faux
Actes. On a vû le refus que les Prélats
Anglicans ont fait à des Prêtres Catholiques
d'examiner ce Registre à loisir et à
tête reposée , dans le tems même qu'ils
ont commencé à l'annoncer . D'autres
personnes dignes de foi , mais qui ne ju
gent pas encore à propos qu'on les nomveulent
qu'on déclare au Public qu'étant
parties de France, et étant allées à Londres
depuis nos disputes contre le Docteur
d'Oxford pour avoir la satisfaction
de consulter les péces dont il est question,
elles s'en sont retournées sans l'avoir pû obtenir
de ceux qui en sont les Dépositaires.
Le Docteur d'Oxford a donc tort de se
vanter qu'étant à présent sur les lieux , it
est plus en état de justifier leur authenticité.
Je lui ai dit, et je le repéte , que sa
présence et son témoignage n'y servirone
de rien ; il n'est ni assez habile connoisseur
en anciennes Ecritures , ni assez
déAVRIL
1731. 685
désinteressé , ni peut- être assez sincere ,
pour qu'on doive déferer à son témoignage.
Enfin, quoiqu'il avance désormais
pour faire valoir ses prétendus Actes , tout
bien pe é dans une juste balance , tout ce
qu'il a allegué , ou qu'il pourra alleguer
dans la suite , ne l'emportera jamais sur les
preuves que je lui ai opposées , et cela me
suffit.
Quand même je lui passerois sa Relation
de Lambeth , outre les témoins que
j'ai cités contre l'Episcopat de Guillaume
Barlow , qu'il nous donne pour Consécrateur
de Parker , j'ai démontré clair
comme le jour, que puisque lui et les Anglois
sont obligés de convenir que ce Prélat
de la Réforme ne fut jamais sacré pour
le Siége de Saint Asaph , auquel il avoit
été nommé d'abord , il ne l'a point nonplus
été pour celui de Saint Davids où il
fut tran feré. Il est bon de repéter en
deux mots ma démonstration ; la voici :
Notre Docteur a lui-même publié les
Actes de la confirmation de ce faux Evêque
pour ce second Siége , avec le certificat
qu'en donna au Roi Henri VIII.
l'Archevêque Cranmer. Son grand Auteur
François Masson avoit auparavant
imprimé les Lettres Patentes de ce Prince,
par lesquelles , en vertu du certificat , il
fut mis en possession de l'Evêché , pour
jouir
686 MERCURE DE FRANCE
;
jouir du temporel et de tous les droits et
honneurs qui y étoient attachés ; le Brevet
de Henri qui ordonnoit à Cranmer
de faire à l'égard de Barlou , élû Evêque
de Saint Davids , tout ce qui étoit de
son office , omne quod tui officii est , c'està
dire , de le confirmer et de le sacrer ensuite
, s'il ne l'étoit pas , est du 21. Avril
.1536. les Actes de la confirmation sont
dattés du lendemain qui étoit un Vendredi
le Certificat est datté du même
jour 22. Avril ; enfin les Lettres Patentes
du Roi ont pour datte le 27. qui étoit
le Mercredi suivant . Cranmer auroit attendu
du moins au Dimanche 24. pour
donner son Certificat après l'avoir sacré,
s'il avoit eu envie d'en faire la cerémonie,
et attester par ce même Acte qu'il l'avoit
confirmé et sacré : il n'en a rien fait , il
n'a attesté que la confirmation , sans parler
de consécration , aussi ne l'auroit-il
pû faire un Vendredi. Le Roi lui même
dans ses Lettres Patentes données sur le
Certificat , ' ne fait aucune mention du Sacre
, mais seulement de la confirmation
ensorte qu'on ne peut plus supposer qu'il
y eut un Certificat de Sacre pour obtedans
ce
nir ces Lettres.
De tout cela j'ai conclu que
malheureux tems de schisme et de confusion
, Barlow Herétique , comme son
ArcheAVRIL
1731 687
pas-
Archevêque , de concert avec lui et avec
Thomas Cromwel , homme Seculier et
Vicaire General de Henri VIII. pour toutes
les affaires de l'Eglise , se sera fait
ser dans le monde pour veritable Evêque
sans avoir été sacré , et aura pris scéance
au Parlement sur les Lettres Patentes de
son Prince , en qualité de Pair et de Ba →
ron du Royaume. Voilà ce que je n'ai pas
craint d'appeller une démonstration contre
l'Episcopat de Guillaume Barlow ,
je me suis flatté que toutes les personnes
judicieuses en jugeront de même.
et
Ce que j'ai encore soutenu dans la se
conde Partie , de l'invalidité des formes.
d'Ordination , usitées par la Secte Anglicanne
depuis le Regne d'Edouard VI.
ne fait plus de difficulté , et il n'y a point
de Catholique qui ne convienne que leur
Episcopat Protestant est absolument nul
de ce côté- là. En vain leur Doffenseur
ose t il les comparer avec celui des Chrétiens
du Levant. J'en ai fait sentir la difference
en les comparant les unes avec les
autres et avec les Latines.Les Théologiens
Catholiques me sçauront sans doute gré
de leur avoir expliqué en quoi consiste
veritablement la forme de l'Ordination
dans toutes les Eglises d'Orient. La question
du Sacrifice n'est pas moins bien
éclaircie , et je doute que le Docteur d'Or
ford veüille encore y revenir.
388 MERCURE DE FRANCE
Il nous menace , dit on , de publier un
Ouvrage qui justifiera de Schisme , et les
Grecs et les Anglois. L'entreprise est digne
de son Auteur. Comme j'espere , avec
l'aide de Dieu , de publier l'Oriens Christianus
, il me sera aisé d'y trouver quelque
place pour réfuter ce Livre , et pour
redresser l'Auteur , qui ne peut gueres
manquer de s'égarer dans un Pays qu'il
ne connoît pas ; je finis , Monsieur , en
disant que la meilleure réponse qu'on
puisse opposer à ses déclamations , c'est
de les mépriser. La Satyre , les railleries ,
les insultes , sont ordinairement ses preuves
et ses argumens les plus forts , argumens
, je l'avouë , ausquels il est difficile
de répondre ; c'est à ces lieux communs
qu'ont d'ordinaire recours les Partisans
de l'erreur. Quia veritate non possunt , lacerant
conviciis , dit S. Jerôme.
Je suis , Monsieur , &c.
A Paris le 14. Fevrier
le R. P. Michel le Quien , Dominicain
Bibliothequaire du Convent de S. Honoré,
au sujet du dernier Ouvrage du P. Le
Courayer&c.
L m'importe peu à présent , Monsieur,
que le P. Le Courayer veüille encore,
comme ses amis l'assurent , continuer
d'écrire pour ses Ordinations ; j'ai déclaré
que dorénavant je garderois le silence sur
ce sujet. Cependant , qu'il me réplique et
qu'il défende sa cause avec la solidité et
a sincerité que le sujet l'exige , je serai le
premier à lui applaudir ; je ne suis prévenu
en faveur de la mienne que parceque
j'en ai établi les preuves sur les principes
qu'il avoit lui-même posés . J'ai
de l'aveu même de ceux qu'il avoit éblouis
par sa défense , satisfait à tous les points
capitaux qu'il avoit exigé qu'on lui prouvât.
Il a demandé » qu'on lui citât des
» Historiens qui contredisent les Actes
» qu'il produisoit , ou qu'on rapportât
des
4
AVRIL: 1731. 683
» des Actes contraires aux siens , ou qu'on
fit voir qu'on ne peut concilier les Ac-
» tes avec des faits reconnus pour cer-
» tains. J'ai admis toutes ces disjonctives;
j'ai cité un bon nombre d'Auteurs contemporains
et oculaires qui contredisent
ouvertement la Relation qu'on a produite
du prétendu sacre de Mathieu Parker pour
l'Archevêché de Cantorberi. Le seul fait
du procès que l'Evêque de Londres Edmond
Bonner a soutenu contre le faux
Evêque de Winchester Robert Horn , suffisoit
pour ôter toute croyance à cette
Histoire , et la faire passer pour ce qu'elle
est , c'est-à-dire , pour un Roman.Le Prélat
Catholique y verifia contradictoirement
devant les Juges que les nouveaux
Evêques de la Reine Elizabeth avoient
envahi en cachete les Siéges d'Angleterre
sans avoir reçû l'imposition des mains
d'aucun Evêque , et tout haï qu'il étoit
des Protestans , le Parlement à qui l'affaire
avoit été déferée , le renvoya absous .
Quoi de plus C'est en lisant les Historiens
Anglicans que j'ai verifié
que le Registre
de Cranmer a été falsifié. Ces mêmes
Auteurs m'ont fourni des Actes autentiques
dans lesquels on trouve Mathieu
Parker reconnu pour Archevêque veritable
, anterieurement au tems auquel on
veut qu'il ait été ordonné ; j'en ai conclu
C vj
par
684 MERCURE DE FRANCE.
par une juste conséquence qu'il ne l'a
point été du tout; je ne me suis point
aheurté à soutenir son sacre dans une Auberge
; mais j'ai soutenu que si ce fait est
fabuleux , la Relation ne l'est pas moins.
me ,
J'ai verifié que le Registre qu'on vante
tant , est composé de feuilles détachées
qu'on n'a assemblées et reliées que longtems
après la mort de Parker , d'où j'ai
inferé qu'il a été aisé d'y mêler de faux
Actes. On a vû le refus que les Prélats
Anglicans ont fait à des Prêtres Catholiques
d'examiner ce Registre à loisir et à
tête reposée , dans le tems même qu'ils
ont commencé à l'annoncer . D'autres
personnes dignes de foi , mais qui ne ju
gent pas encore à propos qu'on les nomveulent
qu'on déclare au Public qu'étant
parties de France, et étant allées à Londres
depuis nos disputes contre le Docteur
d'Oxford pour avoir la satisfaction
de consulter les péces dont il est question,
elles s'en sont retournées sans l'avoir pû obtenir
de ceux qui en sont les Dépositaires.
Le Docteur d'Oxford a donc tort de se
vanter qu'étant à présent sur les lieux , it
est plus en état de justifier leur authenticité.
Je lui ai dit, et je le repéte , que sa
présence et son témoignage n'y servirone
de rien ; il n'est ni assez habile connoisseur
en anciennes Ecritures , ni assez
déAVRIL
1731. 685
désinteressé , ni peut- être assez sincere ,
pour qu'on doive déferer à son témoignage.
Enfin, quoiqu'il avance désormais
pour faire valoir ses prétendus Actes , tout
bien pe é dans une juste balance , tout ce
qu'il a allegué , ou qu'il pourra alleguer
dans la suite , ne l'emportera jamais sur les
preuves que je lui ai opposées , et cela me
suffit.
Quand même je lui passerois sa Relation
de Lambeth , outre les témoins que
j'ai cités contre l'Episcopat de Guillaume
Barlow , qu'il nous donne pour Consécrateur
de Parker , j'ai démontré clair
comme le jour, que puisque lui et les Anglois
sont obligés de convenir que ce Prélat
de la Réforme ne fut jamais sacré pour
le Siége de Saint Asaph , auquel il avoit
été nommé d'abord , il ne l'a point nonplus
été pour celui de Saint Davids où il
fut tran feré. Il est bon de repéter en
deux mots ma démonstration ; la voici :
Notre Docteur a lui-même publié les
Actes de la confirmation de ce faux Evêque
pour ce second Siége , avec le certificat
qu'en donna au Roi Henri VIII.
l'Archevêque Cranmer. Son grand Auteur
François Masson avoit auparavant
imprimé les Lettres Patentes de ce Prince,
par lesquelles , en vertu du certificat , il
fut mis en possession de l'Evêché , pour
jouir
686 MERCURE DE FRANCE
;
jouir du temporel et de tous les droits et
honneurs qui y étoient attachés ; le Brevet
de Henri qui ordonnoit à Cranmer
de faire à l'égard de Barlou , élû Evêque
de Saint Davids , tout ce qui étoit de
son office , omne quod tui officii est , c'està
dire , de le confirmer et de le sacrer ensuite
, s'il ne l'étoit pas , est du 21. Avril
.1536. les Actes de la confirmation sont
dattés du lendemain qui étoit un Vendredi
le Certificat est datté du même
jour 22. Avril ; enfin les Lettres Patentes
du Roi ont pour datte le 27. qui étoit
le Mercredi suivant . Cranmer auroit attendu
du moins au Dimanche 24. pour
donner son Certificat après l'avoir sacré,
s'il avoit eu envie d'en faire la cerémonie,
et attester par ce même Acte qu'il l'avoit
confirmé et sacré : il n'en a rien fait , il
n'a attesté que la confirmation , sans parler
de consécration , aussi ne l'auroit-il
pû faire un Vendredi. Le Roi lui même
dans ses Lettres Patentes données sur le
Certificat , ' ne fait aucune mention du Sacre
, mais seulement de la confirmation
ensorte qu'on ne peut plus supposer qu'il
y eut un Certificat de Sacre pour obtedans
ce
nir ces Lettres.
De tout cela j'ai conclu que
malheureux tems de schisme et de confusion
, Barlow Herétique , comme son
ArcheAVRIL
1731 687
pas-
Archevêque , de concert avec lui et avec
Thomas Cromwel , homme Seculier et
Vicaire General de Henri VIII. pour toutes
les affaires de l'Eglise , se sera fait
ser dans le monde pour veritable Evêque
sans avoir été sacré , et aura pris scéance
au Parlement sur les Lettres Patentes de
son Prince , en qualité de Pair et de Ba →
ron du Royaume. Voilà ce que je n'ai pas
craint d'appeller une démonstration contre
l'Episcopat de Guillaume Barlow ,
je me suis flatté que toutes les personnes
judicieuses en jugeront de même.
et
Ce que j'ai encore soutenu dans la se
conde Partie , de l'invalidité des formes.
d'Ordination , usitées par la Secte Anglicanne
depuis le Regne d'Edouard VI.
ne fait plus de difficulté , et il n'y a point
de Catholique qui ne convienne que leur
Episcopat Protestant est absolument nul
de ce côté- là. En vain leur Doffenseur
ose t il les comparer avec celui des Chrétiens
du Levant. J'en ai fait sentir la difference
en les comparant les unes avec les
autres et avec les Latines.Les Théologiens
Catholiques me sçauront sans doute gré
de leur avoir expliqué en quoi consiste
veritablement la forme de l'Ordination
dans toutes les Eglises d'Orient. La question
du Sacrifice n'est pas moins bien
éclaircie , et je doute que le Docteur d'Or
ford veüille encore y revenir.
388 MERCURE DE FRANCE
Il nous menace , dit on , de publier un
Ouvrage qui justifiera de Schisme , et les
Grecs et les Anglois. L'entreprise est digne
de son Auteur. Comme j'espere , avec
l'aide de Dieu , de publier l'Oriens Christianus
, il me sera aisé d'y trouver quelque
place pour réfuter ce Livre , et pour
redresser l'Auteur , qui ne peut gueres
manquer de s'égarer dans un Pays qu'il
ne connoît pas ; je finis , Monsieur , en
disant que la meilleure réponse qu'on
puisse opposer à ses déclamations , c'est
de les mépriser. La Satyre , les railleries ,
les insultes , sont ordinairement ses preuves
et ses argumens les plus forts , argumens
, je l'avouë , ausquels il est difficile
de répondre ; c'est à ces lieux communs
qu'ont d'ordinaire recours les Partisans
de l'erreur. Quia veritate non possunt , lacerant
conviciis , dit S. Jerôme.
Je suis , Monsieur , &c.
A Paris le 14. Fevrier
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Résumé : LETTRE écrite à M. D.L. R. Par le R. P. Michel le Quien, Dominicain, Bibliothequaire du Convent de S. Honoré, au sujet du dernier Ouvrage du P. Le Courayer &c.
Le Père Michel Le Quien, dominicain et bibliothécaire du couvent de Saint-Honoré, adresse une lettre à M. D. L. R. concernant l'ouvrage du Père Le Courayer. Le Quien exprime son refus de débattre des ordinations, mais se déclare prêt à soutenir Le Courayer s'il défend sa cause avec sincérité. Il répond aux exigences de preuves de Le Courayer en citant des historiens contemporains et oculaires qui contredisent la relation du prétendu sacre de Mathieu Parker pour l'archevêché de Cantorbéry. Le Quien mentionne également le procès de l'évêque de Londres Edmond Bonner contre Robert Horn, démontrant que les nouveaux évêques de la reine Élisabeth ont pris possession des sièges épiscopaux sans imposition des mains. Le Quien affirme que le registre de Cranmer a été falsifié et que Mathieu Parker a été reconnu comme archevêque avant son prétendu sacre. Il souligne que ce registre est composé de feuilles détachées assemblées après la mort de Parker, facilitant l'ajout de faux actes. Les prélats anglicans ont refusé d'examiner ce registre aux prêtres catholiques, et des personnes dignes de foi n'ont pas pu consulter les pièces à Londres. Le Quien critique le Docteur d'Oxford, le jugeant ni suffisamment connaisseur en anciennes écritures, ni désintéressé, ni sincère pour justifier l'authenticité des actes. Il démontre que Guillaume Barlow, prétendu consécrateur de Parker, n'a jamais été sacré pour les sièges de Saint Asaph ou Saint Davids, malgré les actes de confirmation et les lettres patentes du roi Henri VIII. Selon Le Quien, Barlow s'est fait passer pour évêque sans être sacré, prenant place au Parlement grâce aux lettres patentes. Enfin, Le Quien aborde l'invalidité des formes d'ordination anglicanes depuis le règne d'Édouard VI, soulignant que l'épiscopat protestant est nul. Il mentionne un ouvrage que le Docteur d'Oxford menace de publier pour justifier le schisme des Grecs et des Anglois, et se prépare à le réfuter dans son propre ouvrage, l'Oriens Christianus. Le Quien conclut en recommandant de mépriser les déclamations et les insultes du Docteur d'Oxford, qui sont souvent ses preuves et arguments les plus forts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1655
p. 692-701
RÉPONSE d'un partisan de la nouvèle ortografe, et du bureau tipografique à la lètre d'un gramaìrien de Provance, datée de Véntabrén le 2. d'octobre 1730. et insérée dans le Mercure du mois de Janvier 1731.
Début :
Bièn des jans sansés, Monsieur, ont cru que votre critique étoìt une fixion [...]
Mots clefs :
Nouvelle orthographe, Bureau typographique, Critique, Méthode, Réponse, Expérience, Innovation, Système
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE d'un partisan de la nouvèle ortografe, et du bureau tipografique à la lètre d'un gramaìrien de Provance, datée de Véntabrén le 2. d'octobre 1730. et insérée dans le Mercure du mois de Janvier 1731.
REPONSE d'un partisan de la nouvèle
ortografe , et du bureau tipografique
à la letre d'un gramairien de Provance
, datée de Ventabrén le 2. d'octobre
1730. et insérée dans le Mercure du
mois de Janvier 1731 .
' èn des jins sansés , Monsieur , ont
Betcru que votre critique étoit une fixion
de l'auteur des lètres sur la bibliotèque
des anfans ; d'autres ont dit qu'elle
étoit sortie d'un fameus colège , et sans
aucun fondemant l'ont atribuée à un très
habile professeur , dont la vraie critique
n'a
AVRIL. 1731. 693
n'a paru que dans le mois de fevrier.
De quelque androit qu'elle viène , d'autres
l'aïant trouvée pitoyable , ont dit
que ce seroit lui faire trop d'honeur que
d'y répondre sérieusement : d'autres , et
c'est le vulgaire , ont cru que par cette
critique le bureau aloit ètre ranversé de
fond en conble. La réponse n'est donc
nécessaire que pour ceus qui donent toujours
l'avantage au dernier qui parle ; mais
meritent- ils cette atancion ? oui , il faut
écouter tout le monde , bien loin de rebuter
quelcun ; le nonbre des persones
prévenues contre les nouvèles métodes , et
des adversaires du bureau tipografique ,
n'est ancore que trop grand , il faut avoir
de la condesçandance mème pour les esprits
les plus foibles , c'est donc en leur
faveur que je done cette petite réponse
assés inutile pour les vrais lecteurs qui
lisent avec reflexion .
Les homes divisés presque sur tout ,
ne le sont pas moins sur la nature deş
critiques et sur celle des ouvrages critiqués
. Les uns croient que les meilleurs
t livres gagnent par les critiques , ils n'en
exceptent pas le Cid , et les autres pensent
qu'une critique augmante toujours
en quelque manière la prévansion de la
splupart des lecteurs , mème sur la Pucelle
, etc. il pouroit y avoir du vrai dans
ces
394 MERCURE DE FRANCE
ces deus jugemans , les combinaisons du
fisic et du moral ou des circonstances an
décident ordinairemant.
Quoiqu'il an soit , on étoit déja surpris
qu'il n'ût paru aucun adversaire contre
la métode du bureau tipografique , anoncée
et expliquée dans tous les Mercures de
France , depuis le segond volume de juîn
dernier car le préjujé pour mètre tout
à profit , tire d'abor avantage du silance
gardé sur la nouveauté de quelque métode
, et conclut de ce silance , qu'elle ne
merite pas d'être critiquée : et si au contraire
il paroit des critiques , les esprits
prévenus ne saisissent et n'adoptent gue
res de ces critiques , que les raisons specieuses
qui paroissent favorables à leur
prévansion ; aveuglés sur la suite des plus
forts raisonemans , ils s'acoutument à une
espece de voile au travers duquel ne peuvent
passer les rayons les plus lumineus .
Si l'on avoit done gardé un profond
silance sur la métode du bureau tipografique
, beaucoup de persones l'auroint
peut- être mise au rang des métodes avanturées
, dont la seule lecture a dégouté et
mal prévenu le public , c'est donc un
avantage pour le sistème tipografique de
trouver des adversaires , qui contre leur
insinuation , randent le bureau plus conu
et plus recherché , après la lecture des
critiques et des réponses.
AVRIL. 1731.
69.5
Pour revenir à votre lètre , j'aurai l'honeur
de vous dire , Monsieur , que la cour
et la vile en donant favorablement audiance
aus diferans invanteurs an fait
d'art et de sciance , prouvent le bon gour
du siecle et celui du ministre. Les plus
grans personages du royaume , santent la
foiblesse de l'esprit humain , ils voient
tous les jours les besoins où nous somes
de cantité de choses pour la comodité
du public , devez -vous donc ètre surpris
d'aprendre qu'ils écoutent tout ce qu'on
leur propose; qu'ils donent toujours du
courage , souvant des éloges et mème
quelquefois des récompanses aus homes
ingenieus et invantifs , cette généreuse
conduite de la part des grans et de la
cour , inspire de nobles sentimens d'émulation
et nous raproche peu à peu de
la perfection des arts. il n'y a rien là qui
ne fasse honeur aus protecteurs et aus persones
protegées. Les plaintes contre les
abus et l'imperfection des métodes vulgaires
sont des mieus fondées , le mal est
reconu du public qui en fait l'experiance,
cela vous regarde , Monsieur, et м vos confreres
, il s'agit de trouver du remede au
mal conu , et c'est la principale fin que
s'est proposée l'auteur du sistème tipogra
fique.
rs
Je n'antre point dans le détail des afi
ches
696 MERCURE DE FRANCE
ches qui promètent des miracles literaires
, et dont vous paroissés scandalisé ,
mais j'aurois du moins souhaité que vous
ussiés atandu d'ètre mieus instruit sur la
métode du bureau tipografique , que vous
ussiés un peu plus médité votre matiere,
ou un peu plus déferé au témoignage de
l'experiance , car c'est la meilleure des afiches.
Bien loin de vous contanter de simples
exclamacions et de lieus comuns qui
ne prouvent rien , vous auriés du ataquer
le fond du sistème tipografique , mais
coment ataquer ce qu'on ne comprant
pas ? tâchez donc de comprandre , je me
Alate que la lecture des neuf lètres sur la
bibliotèque des enfans vous donera tous
les éclaircissemans que vous demandés ; il
vous est licite et permis , au reste , d'ètre
dificile et peu crédule sur les ouvrages des
nouvèles métodes , mais vous me permetrés
, s'il vous plait , de vous dire que
vous ne devriés pas paroître si extasié des
vieilles métodes dont le decri est de notorieté
publique dans votre province et
peut ètre à Véntabrén mème .
Un critique , M. a beau vouloir faire
le plaisant , il n'est pas toujours sur d'avoir
les rieurs de son côté . voici ce qu'une
persone d'esprit, après avoir lu votre critique
, écrivit à l'auteur des lètres sur la
bibliotèque des enfans.
Je
AVRIL: 1731. 697
Je vous fais mon conpliment , monsieur , sur
la bèle satire que j'ai lue contre vous dans le mercure
de France du mois de janvier ; je ne saí si avec
votre bon esprit vous feriés mieus santir le faus
et le ridicule de ces critiques et de leurs métodes
que le fait cette lètre , quel domage si on l'avoit
suprimée ! il est pourtant vrai que c'est le conble
de l'extravagance.
Je vois avec regret que vous n'avés
pas bien conpris ce que l'auteur a dit sur
l'ortografe des sons ou de l'oreille , vous
avés cela de comun avec le plus grand
nonbre des maîtres de paris mème , come
vous , ils se scandalisent , ils s'anportent,
ils donent des sènes dignes du métier ,
plutôt que de rougir utilemant , et de
songer à s'instruire , du moins en secret ,
de ce qu'ils ignorent , la chose leur seroit
aisée , puisque des enfans en peu de
mois devienent docteurs sur l'article
des sons de la langue et de l'ortografe
de l'oreille qui doit préceder la pratique
de l'ortografe des ïeus et de
l'usage. ces maitres prévenus et obstinés
autant que vous pouriez l'ètre , bien loin
de dire au Seigneur , Domine ut videam ,
apèlent lumiere leurs propres tenèbres et
ne font que batre la campagne sans comprandre
, sans saisir , sans retenir et sans
Suivre le point essenciel du burau tipografique.
vous serés peut- être convaincu
de cette verité quand vous aurés lu les
derniers мercures. D Je
*
698 MERCURE DE FRANCE
Je ne saí quelle idée vous avés du mot
charlatan , mais je doute que vous vou-
Jussiés califier ainsi un home qui au lieu
d'aler chés lui ou dans votre voisinage
jouir de toutes les comodités de la vie
et de la douceur du climat , soufre patiament
le rude séjour de paris dans la
seule esperanse de faire gouter au public
l'ouvrage qu'il souhaite de lui ofrir ; un
home qui emploie ses épargnes à faire
copier , graver , imprimer bien des choses
qu'il distribue ansuite gratis aus rìches
come aus pauvres , aus enemis come
aus amis du burau tipografique , ainsi
qu'il l'a déja pratiqué à l'égard de la brochure
donée en 1711. sur la transposition
de la musique instrumentale ; un home
qui bien loin de demander ou d'accepter
le privilege exclusif pour la vante
des buraus et de leurs garnitures , ofre
de mettre tout le monde au fait de cet
ouvrage et de cette métode ; enfin un
home qui jusqu'ici n'a pas touché un sou
pour les buraus et qui au contraire les a
pretés à ceus qui an ont voulu faire l'experiance.
si vous disiés qu'un tel auteur
est frapé et entousiasme de son ouvrage
et de la chimere du bien public , votre
reflexion aus feus de bien des jans auroit
pour lors plus de fondemant ; mais c'est
une injustice de confondre sous le nomde
charAVRI
L.. 1731.
699
charlatan , ccus qui agissent de bone foi
et par gout pour le bien public.
Vous n'ètes pas plus heureus , M. dans
le comentaire sur la celebre Charmante
de la foire , que sur l'ortografe des sons
que vous ignorés come le plus grand nonbre
de м M. vos confreres. il apert donc
visiblement que vous ne vous ètes jamais
élevé au- dessus de la métode vulgaire et
que vous devriés la respecter cette métode
, mème dans la fameuse chiène , car
je doute qu'une bète dressée par un maitre
ordinaire , pût jamais operer selon le
sistème des sons aussi aisément que selon
le sistème des lètres ; mais remarqués ,
s'il vous plaît , que la métode d'inprimer
lètre à lètre et de ranger , par example ,
sèt cartes pour le mot ouaille , est propremant
la métode vulgaire , la métode
de la chiène lètrée , ou la vôtre qui est
la segonde et moindre des quatre classes
du burau tipografique ; c'est pourquoi
l'auteur conseille de la passer vite come
presque inutile et peu instructive , au lieu
qu'inprimant son à son , et selon la troisième
classe du burau , un enfant de trois
à quatre ans ne metra que trois cartes
pour les trois sons du mot ou- a- ille , lequel
exercice done d'abord la lecture ,
puisque nomer les trois sons ou - a- ille , oų
lire le mot ouaille , c'est la mème chose ,
D ij apa-
380106
700 MERCURE DE FRANCE
aparamant vous ne comprandrés pas ceci ,
et la posterité canine ne poura jamais antreprandre
de l'imiter, que quand ce sistèmedes
sons sera devenu vulgaire.
Je ne vous suis point , M..dans toutes
vos reflexions , elles ont été faites à paris
come à Véntabrén , il y a ici du préjugé,
de la prévention , ect. mais il y a aussi
du gout pour la verité , pour la justice
et pour le bien public , après tout je me
flate que la suite des Mercures et la critique
du savant professeur anonime de
l'université de Paris , vous auront réconcilié
avec le burau tipografique , suposé
que vous soyés bien intancioné et que
vous aimiés la verité , sur tout quand vous
aprandrés par le témoignage mème de
cet habile professeur , que des principaus
de mérite et des plus respectables de l'université
ont laissé introduire l'usage du
burau dans leurs colèges , si malgré cette
de fait et d'autorité , preuve assés
forte pour les maitres qui se piquent bien
plus de latinité et d'autorité que de justesse
de raisonement , si malgré votre
droiture et ce témoignage de la bouche
d'un critique home d'esprit et de merite,
vous regimbés contre l'aiguillon , s'il
vous reste quelque doute et que vous en
fassiés part au public , je tacheraí d'y répondre
de mon mieus , dans la vue de
preuve
conAVRIL.
1731. 701
concourir à la perfection du sistème tipografique
et de vous persuader combien
je suis , etc.
D'un Cabinet tipografique ce 26.Mars 1731
ortografe , et du bureau tipografique
à la letre d'un gramairien de Provance
, datée de Ventabrén le 2. d'octobre
1730. et insérée dans le Mercure du
mois de Janvier 1731 .
' èn des jins sansés , Monsieur , ont
Betcru que votre critique étoit une fixion
de l'auteur des lètres sur la bibliotèque
des anfans ; d'autres ont dit qu'elle
étoit sortie d'un fameus colège , et sans
aucun fondemant l'ont atribuée à un très
habile professeur , dont la vraie critique
n'a
AVRIL. 1731. 693
n'a paru que dans le mois de fevrier.
De quelque androit qu'elle viène , d'autres
l'aïant trouvée pitoyable , ont dit
que ce seroit lui faire trop d'honeur que
d'y répondre sérieusement : d'autres , et
c'est le vulgaire , ont cru que par cette
critique le bureau aloit ètre ranversé de
fond en conble. La réponse n'est donc
nécessaire que pour ceus qui donent toujours
l'avantage au dernier qui parle ; mais
meritent- ils cette atancion ? oui , il faut
écouter tout le monde , bien loin de rebuter
quelcun ; le nonbre des persones
prévenues contre les nouvèles métodes , et
des adversaires du bureau tipografique ,
n'est ancore que trop grand , il faut avoir
de la condesçandance mème pour les esprits
les plus foibles , c'est donc en leur
faveur que je done cette petite réponse
assés inutile pour les vrais lecteurs qui
lisent avec reflexion .
Les homes divisés presque sur tout ,
ne le sont pas moins sur la nature deş
critiques et sur celle des ouvrages critiqués
. Les uns croient que les meilleurs
t livres gagnent par les critiques , ils n'en
exceptent pas le Cid , et les autres pensent
qu'une critique augmante toujours
en quelque manière la prévansion de la
splupart des lecteurs , mème sur la Pucelle
, etc. il pouroit y avoir du vrai dans
ces
394 MERCURE DE FRANCE
ces deus jugemans , les combinaisons du
fisic et du moral ou des circonstances an
décident ordinairemant.
Quoiqu'il an soit , on étoit déja surpris
qu'il n'ût paru aucun adversaire contre
la métode du bureau tipografique , anoncée
et expliquée dans tous les Mercures de
France , depuis le segond volume de juîn
dernier car le préjujé pour mètre tout
à profit , tire d'abor avantage du silance
gardé sur la nouveauté de quelque métode
, et conclut de ce silance , qu'elle ne
merite pas d'être critiquée : et si au contraire
il paroit des critiques , les esprits
prévenus ne saisissent et n'adoptent gue
res de ces critiques , que les raisons specieuses
qui paroissent favorables à leur
prévansion ; aveuglés sur la suite des plus
forts raisonemans , ils s'acoutument à une
espece de voile au travers duquel ne peuvent
passer les rayons les plus lumineus .
Si l'on avoit done gardé un profond
silance sur la métode du bureau tipografique
, beaucoup de persones l'auroint
peut- être mise au rang des métodes avanturées
, dont la seule lecture a dégouté et
mal prévenu le public , c'est donc un
avantage pour le sistème tipografique de
trouver des adversaires , qui contre leur
insinuation , randent le bureau plus conu
et plus recherché , après la lecture des
critiques et des réponses.
AVRIL. 1731.
69.5
Pour revenir à votre lètre , j'aurai l'honeur
de vous dire , Monsieur , que la cour
et la vile en donant favorablement audiance
aus diferans invanteurs an fait
d'art et de sciance , prouvent le bon gour
du siecle et celui du ministre. Les plus
grans personages du royaume , santent la
foiblesse de l'esprit humain , ils voient
tous les jours les besoins où nous somes
de cantité de choses pour la comodité
du public , devez -vous donc ètre surpris
d'aprendre qu'ils écoutent tout ce qu'on
leur propose; qu'ils donent toujours du
courage , souvant des éloges et mème
quelquefois des récompanses aus homes
ingenieus et invantifs , cette généreuse
conduite de la part des grans et de la
cour , inspire de nobles sentimens d'émulation
et nous raproche peu à peu de
la perfection des arts. il n'y a rien là qui
ne fasse honeur aus protecteurs et aus persones
protegées. Les plaintes contre les
abus et l'imperfection des métodes vulgaires
sont des mieus fondées , le mal est
reconu du public qui en fait l'experiance,
cela vous regarde , Monsieur, et м vos confreres
, il s'agit de trouver du remede au
mal conu , et c'est la principale fin que
s'est proposée l'auteur du sistème tipogra
fique.
rs
Je n'antre point dans le détail des afi
ches
696 MERCURE DE FRANCE
ches qui promètent des miracles literaires
, et dont vous paroissés scandalisé ,
mais j'aurois du moins souhaité que vous
ussiés atandu d'ètre mieus instruit sur la
métode du bureau tipografique , que vous
ussiés un peu plus médité votre matiere,
ou un peu plus déferé au témoignage de
l'experiance , car c'est la meilleure des afiches.
Bien loin de vous contanter de simples
exclamacions et de lieus comuns qui
ne prouvent rien , vous auriés du ataquer
le fond du sistème tipografique , mais
coment ataquer ce qu'on ne comprant
pas ? tâchez donc de comprandre , je me
Alate que la lecture des neuf lètres sur la
bibliotèque des enfans vous donera tous
les éclaircissemans que vous demandés ; il
vous est licite et permis , au reste , d'ètre
dificile et peu crédule sur les ouvrages des
nouvèles métodes , mais vous me permetrés
, s'il vous plait , de vous dire que
vous ne devriés pas paroître si extasié des
vieilles métodes dont le decri est de notorieté
publique dans votre province et
peut ètre à Véntabrén mème .
Un critique , M. a beau vouloir faire
le plaisant , il n'est pas toujours sur d'avoir
les rieurs de son côté . voici ce qu'une
persone d'esprit, après avoir lu votre critique
, écrivit à l'auteur des lètres sur la
bibliotèque des enfans.
Je
AVRIL: 1731. 697
Je vous fais mon conpliment , monsieur , sur
la bèle satire que j'ai lue contre vous dans le mercure
de France du mois de janvier ; je ne saí si avec
votre bon esprit vous feriés mieus santir le faus
et le ridicule de ces critiques et de leurs métodes
que le fait cette lètre , quel domage si on l'avoit
suprimée ! il est pourtant vrai que c'est le conble
de l'extravagance.
Je vois avec regret que vous n'avés
pas bien conpris ce que l'auteur a dit sur
l'ortografe des sons ou de l'oreille , vous
avés cela de comun avec le plus grand
nonbre des maîtres de paris mème , come
vous , ils se scandalisent , ils s'anportent,
ils donent des sènes dignes du métier ,
plutôt que de rougir utilemant , et de
songer à s'instruire , du moins en secret ,
de ce qu'ils ignorent , la chose leur seroit
aisée , puisque des enfans en peu de
mois devienent docteurs sur l'article
des sons de la langue et de l'ortografe
de l'oreille qui doit préceder la pratique
de l'ortografe des ïeus et de
l'usage. ces maitres prévenus et obstinés
autant que vous pouriez l'ètre , bien loin
de dire au Seigneur , Domine ut videam ,
apèlent lumiere leurs propres tenèbres et
ne font que batre la campagne sans comprandre
, sans saisir , sans retenir et sans
Suivre le point essenciel du burau tipografique.
vous serés peut- être convaincu
de cette verité quand vous aurés lu les
derniers мercures. D Je
*
698 MERCURE DE FRANCE
Je ne saí quelle idée vous avés du mot
charlatan , mais je doute que vous vou-
Jussiés califier ainsi un home qui au lieu
d'aler chés lui ou dans votre voisinage
jouir de toutes les comodités de la vie
et de la douceur du climat , soufre patiament
le rude séjour de paris dans la
seule esperanse de faire gouter au public
l'ouvrage qu'il souhaite de lui ofrir ; un
home qui emploie ses épargnes à faire
copier , graver , imprimer bien des choses
qu'il distribue ansuite gratis aus rìches
come aus pauvres , aus enemis come
aus amis du burau tipografique , ainsi
qu'il l'a déja pratiqué à l'égard de la brochure
donée en 1711. sur la transposition
de la musique instrumentale ; un home
qui bien loin de demander ou d'accepter
le privilege exclusif pour la vante
des buraus et de leurs garnitures , ofre
de mettre tout le monde au fait de cet
ouvrage et de cette métode ; enfin un
home qui jusqu'ici n'a pas touché un sou
pour les buraus et qui au contraire les a
pretés à ceus qui an ont voulu faire l'experiance.
si vous disiés qu'un tel auteur
est frapé et entousiasme de son ouvrage
et de la chimere du bien public , votre
reflexion aus feus de bien des jans auroit
pour lors plus de fondemant ; mais c'est
une injustice de confondre sous le nomde
charAVRI
L.. 1731.
699
charlatan , ccus qui agissent de bone foi
et par gout pour le bien public.
Vous n'ètes pas plus heureus , M. dans
le comentaire sur la celebre Charmante
de la foire , que sur l'ortografe des sons
que vous ignorés come le plus grand nonbre
de м M. vos confreres. il apert donc
visiblement que vous ne vous ètes jamais
élevé au- dessus de la métode vulgaire et
que vous devriés la respecter cette métode
, mème dans la fameuse chiène , car
je doute qu'une bète dressée par un maitre
ordinaire , pût jamais operer selon le
sistème des sons aussi aisément que selon
le sistème des lètres ; mais remarqués ,
s'il vous plaît , que la métode d'inprimer
lètre à lètre et de ranger , par example ,
sèt cartes pour le mot ouaille , est propremant
la métode vulgaire , la métode
de la chiène lètrée , ou la vôtre qui est
la segonde et moindre des quatre classes
du burau tipografique ; c'est pourquoi
l'auteur conseille de la passer vite come
presque inutile et peu instructive , au lieu
qu'inprimant son à son , et selon la troisième
classe du burau , un enfant de trois
à quatre ans ne metra que trois cartes
pour les trois sons du mot ou- a- ille , lequel
exercice done d'abord la lecture ,
puisque nomer les trois sons ou - a- ille , oų
lire le mot ouaille , c'est la mème chose ,
D ij apa-
380106
700 MERCURE DE FRANCE
aparamant vous ne comprandrés pas ceci ,
et la posterité canine ne poura jamais antreprandre
de l'imiter, que quand ce sistèmedes
sons sera devenu vulgaire.
Je ne vous suis point , M..dans toutes
vos reflexions , elles ont été faites à paris
come à Véntabrén , il y a ici du préjugé,
de la prévention , ect. mais il y a aussi
du gout pour la verité , pour la justice
et pour le bien public , après tout je me
flate que la suite des Mercures et la critique
du savant professeur anonime de
l'université de Paris , vous auront réconcilié
avec le burau tipografique , suposé
que vous soyés bien intancioné et que
vous aimiés la verité , sur tout quand vous
aprandrés par le témoignage mème de
cet habile professeur , que des principaus
de mérite et des plus respectables de l'université
ont laissé introduire l'usage du
burau dans leurs colèges , si malgré cette
de fait et d'autorité , preuve assés
forte pour les maitres qui se piquent bien
plus de latinité et d'autorité que de justesse
de raisonement , si malgré votre
droiture et ce témoignage de la bouche
d'un critique home d'esprit et de merite,
vous regimbés contre l'aiguillon , s'il
vous reste quelque doute et que vous en
fassiés part au public , je tacheraí d'y répondre
de mon mieus , dans la vue de
preuve
conAVRIL.
1731. 701
concourir à la perfection du sistème tipografique
et de vous persuader combien
je suis , etc.
D'un Cabinet tipografique ce 26.Mars 1731
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Résumé : RÉPONSE d'un partisan de la nouvèle ortografe, et du bureau tipografique à la lètre d'un gramaìrien de Provance, datée de Véntabrén le 2. d'octobre 1730. et insérée dans le Mercure du mois de Janvier 1731.
Le texte est une réponse à une lettre critique adressée à un partisan de la nouvelle orthographe et du bureau typographique. La lettre critique, datée d'octobre 1730, a suscité diverses réactions, certaines attribuant la critique à des sources spécifiques, d'autres la jugeant pitoyable ou exagérée. L'auteur de la réponse décide d'y répondre pour apaiser les esprits prévenus contre les nouvelles méthodes et pour clarifier les malentendus. Les opinions sur les critiques et les ouvrages critiqués sont divisées. Certains pensent que les critiques améliorent les livres, tandis que d'autres estiment qu'elles augmentent les préventions des lecteurs. L'auteur note que le silence sur la méthode typographique pourrait la faire passer pour aventureuse, mais que les critiques, même négatives, augmentent sa notoriété. La réponse souligne également le soutien de la cour et des grands personnages du royaume aux innovations, soulignant la nécessité de trouver des remèdes aux imperfections des méthodes vulgaires. L'auteur regrette que le critique n'ait pas mieux compris la méthode typographique et l'invite à lire les lettres sur la bibliothèque des enfants pour s'éclairer. Le texte mentionne une personne d'esprit qui, après avoir lu la critique, écrit à l'auteur des lettres sur la bibliothèque des enfants pour souligner l'extravagance de la critique. Cette personne critique les maîtres de Paris qui, comme le critique, ne comprennent pas l'orthographe des sons et préfèrent se scandaliser plutôt que de s'instruire. L'auteur de la réponse défend le bureau typographique en soulignant les efforts et les sacrifices de son promoteur, qui distribue gratuitement ses ouvrages et offre de partager sa méthode sans demander de privilège exclusif. Il critique également le manque de compréhension du critique sur des sujets comme l'orthographe des sons et la méthode vulgaire d'impression lettre à lettre. Enfin, l'auteur exprime l'espoir que la suite des Mercures et la critique d'un professeur anonyme de l'Université de Paris réconcilieront le critique avec le bureau typographique, surtout si ce dernier est bien intentionné et aime la vérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1656
p. 704-706
SOURIS nourrie par une Chatte. Extrait d'une Lettre écrite à M. D. L. R. par M. A. C. D. V. D. le 19. Janvier 1731.
Début :
Le fait qu'on vous a rapporté plusieurs fois, en passant et en repassant [...]
Mots clefs :
Chatte, Souris, Évreux, Férocité, Réflexions, Antipathie naturelle
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texteReconnaissance textuelle : SOURIS nourrie par une Chatte. Extrait d'une Lettre écrite à M. D. L. R. par M. A. C. D. V. D. le 19. Janvier 1731.
SOURIS nourrie par une Chatte. Extrait
d'une Lettre écrite à M. D. L. R..
par M. A. C. D. V. D. le 19. Fanvier
1731.
Lie
E fait qu'on vous a rapporté plusieurs
fois , en passant et en repassant
par notre Ville , lorsque vous fréquentiez
la Normandie , et que vous me
rappellez dans votre derniere Lettre ,
avec prière de vous en bien marquer tou
tes les circonstances ; ce fait , dis -je , est
très-certain , et tel que je vais vous le
narrer.
En l'année 1664. dans cette Ville d'Evreux
, une Chatte ayant mis bas ses petits
chez le nommé Dupuis, ruë Trienne;
ce Dupuis trouva dans le même temps
une nichée de Souris dans sa maison
qu'il porta à sa Chatte. Elle les mangea
toutes , à la réserve d'une seule , qui
par hazard se trouva cachée sous elle ;
la petite Souris sucçoit le lait qui dégou
toit de la gueule des petits Chats , qui
tettoient
AVRIL. 1731. 701
tettoient leur mere. Cette Souris n'eut
pas plutôt gouté du lait de la Chatte
que celle- cy dépoüilla , pour ainsi dire ,
sa ferocité et son antipatie naturelle , caressa
la Souris et la nourrit , avec ses petits
Chats . Quelques Vieillards de ce temslà
certifient la chose comme témoins oculaires
; on la trouve écrite à peu près de
même dans les Memoires de feu M.Ruault,
Avocat d'Evreux , homme des plus sçavans
, des plus curieux , des moins crédules
de notre Province , qui a laissé quantité
de Memoires historiques , et dont
vous connoissez la réputation et les enfans
; voici comment finit le narré de notre
illustre Compatriote sur ce fait singulier.
»Presque toute la Ville alla voir
»cette Souris nourrie par une Chatte , j'y
allai moi-même , et je vis un Particu
lier prendre la Souris sous la Chatte er
>> la mettre au milieu de la Chambre. La
>> Chatte sortit aussi-tôt du lieu où elle
» étoit , reprit la Souris dans sa gueule ,
» la reporta sans lui faire aucun mal avec
» ses petits Chats , et lui fit des caresses
» surprenantes .
Ce fait , encore une fois , dont j'ai en
tendu parler toute ma vie , et dont nous
avons encore des temoins , se trouve tel que
je viens de vous le dire dans les Memoires
d'un vrai Sçavant , reconnu pour
tel
Dv
et
706 MERCURE DE FRANCE
et incapable d'en imposer au Public. M
fait même là - dessus quelques Refléxions
en Physicien , et en particulier sur la force
du fait , qui a , dit il , produit un effet
si contraire à la nature de ces deux Animaux
; mais je supprime et les Reflexions.
et les consequences qu'il en tire par rapport
aux Meres et aux Nourrices , pour
Jaisser à nos Physiciens modernes une entiere
liberté de méditer et de s'expliquer
sur un fait si extraordinaire.
d'une Lettre écrite à M. D. L. R..
par M. A. C. D. V. D. le 19. Fanvier
1731.
Lie
E fait qu'on vous a rapporté plusieurs
fois , en passant et en repassant
par notre Ville , lorsque vous fréquentiez
la Normandie , et que vous me
rappellez dans votre derniere Lettre ,
avec prière de vous en bien marquer tou
tes les circonstances ; ce fait , dis -je , est
très-certain , et tel que je vais vous le
narrer.
En l'année 1664. dans cette Ville d'Evreux
, une Chatte ayant mis bas ses petits
chez le nommé Dupuis, ruë Trienne;
ce Dupuis trouva dans le même temps
une nichée de Souris dans sa maison
qu'il porta à sa Chatte. Elle les mangea
toutes , à la réserve d'une seule , qui
par hazard se trouva cachée sous elle ;
la petite Souris sucçoit le lait qui dégou
toit de la gueule des petits Chats , qui
tettoient
AVRIL. 1731. 701
tettoient leur mere. Cette Souris n'eut
pas plutôt gouté du lait de la Chatte
que celle- cy dépoüilla , pour ainsi dire ,
sa ferocité et son antipatie naturelle , caressa
la Souris et la nourrit , avec ses petits
Chats . Quelques Vieillards de ce temslà
certifient la chose comme témoins oculaires
; on la trouve écrite à peu près de
même dans les Memoires de feu M.Ruault,
Avocat d'Evreux , homme des plus sçavans
, des plus curieux , des moins crédules
de notre Province , qui a laissé quantité
de Memoires historiques , et dont
vous connoissez la réputation et les enfans
; voici comment finit le narré de notre
illustre Compatriote sur ce fait singulier.
»Presque toute la Ville alla voir
»cette Souris nourrie par une Chatte , j'y
allai moi-même , et je vis un Particu
lier prendre la Souris sous la Chatte er
>> la mettre au milieu de la Chambre. La
>> Chatte sortit aussi-tôt du lieu où elle
» étoit , reprit la Souris dans sa gueule ,
» la reporta sans lui faire aucun mal avec
» ses petits Chats , et lui fit des caresses
» surprenantes .
Ce fait , encore une fois , dont j'ai en
tendu parler toute ma vie , et dont nous
avons encore des temoins , se trouve tel que
je viens de vous le dire dans les Memoires
d'un vrai Sçavant , reconnu pour
tel
Dv
et
706 MERCURE DE FRANCE
et incapable d'en imposer au Public. M
fait même là - dessus quelques Refléxions
en Physicien , et en particulier sur la force
du fait , qui a , dit il , produit un effet
si contraire à la nature de ces deux Animaux
; mais je supprime et les Reflexions.
et les consequences qu'il en tire par rapport
aux Meres et aux Nourrices , pour
Jaisser à nos Physiciens modernes une entiere
liberté de méditer et de s'expliquer
sur un fait si extraordinaire.
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Résumé : SOURIS nourrie par une Chatte. Extrait d'une Lettre écrite à M. D. L. R. par M. A. C. D. V. D. le 19. Janvier 1731.
En 1731, M. A. C. D. V. D. rapporte un événement survenu en 1664 à Évreux. Une chatte, ayant mis bas chez un certain Dupuis, se retrouva avec une nichée de souris. Elle en mangea toutes sauf une, qui se cachait. Cette souris, ayant goûté au lait de la chatte, fut adoptée et nourrie avec les chatons. Plusieurs témoins, dont des vieillards et l'avocat M. Ruault, confirmèrent ce fait. M. Ruault, connu pour sa curiosité et son sérieux, décrivit la scène où la chatte protégeait et caressait la souris. Ce récit, attesté par des témoins et des mémoires historiques, reste un sujet d'étude pour les physiciens modernes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1657
p. 711-725
SUITE de l'Article de Pierre Ramus.
Début :
Des que Ramus se vit Professeur Royal, il se sentit [...]
Mots clefs :
Pierre Ramus, Professeur royal, Mathématiques, Réforme , Prononciation latine, Université, Théologie, Guerres civiles, Massacre de la Saint-Barthélemy, Éloquence
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Article de Pierre Ramus.
SUITE de l'Article de Pierre Ramus.
Es que Ramus se vit Professeur
DRoyal , il se sentit un nouveau zele
pour perfectionner les Sciences , et il y
travailla avec encore plus d'ardeur qu'il
n'avoit fait jusques- là , malgré la hainede
ses ennemis , qui ne pouvoient le laisser
en repos..
Il eut alors part à une affaire assez singuliere
pour être rapportée ici . Vers l'an-
150. les Professeurs Royaux avoient
commencé à corriger quelques abus qui
s'étoient glissez dans la prononciation de
la Langue Latine ; cetre réforme embrassée
par quelques Ecclesiastiques , déplut
à d'autres , qui deffendirent avec chaleur
l'ancienne prononciation à laquelle ils
étoient accoutumez. La chose alla même
si loin , qu'un Beneficier fut dépouillé de
ses revenus par la Faculté de Théologie ,
pour avoir prononcé Quisquis, Quanquam,
suivant la nouvelle réforme , et non par
Kiskis , Kankam , selon l'ancien usage..
Ce Beneficier s'étant pourvû en Parle
ment , les Professeurs Royaux , et entre
autre
712 MERCURE DE FRANCE .
autres Ramus , craignant qu'il ne succombât
sous le crédit de la Faculté , se crurent
obligés de le secourir ; ils allerent
donc à l'Audience , et représenterent si
vivement à la Cour l'indignité d'un tel
procès , que l'Accusé fut absous , et qu'on
faissa la liberté de prononcer comme on
voudroit.
Ramus avoit été élevé et instruit dès
sa plus tendre jeunesse dans la Religion
Catholique , mais la lecture des Livres
des Protestans l'avoit séduit , et lui avoit
donné du gout pour leur Doctrine. Il
commença à faire connoître ses sentimens
en ôtant les Images de la Chapelle de son
College de Prêle. C'étoit en 1552. que
les Religionnaires commencerent à remuer
, et comme on ne vouloit souffrir
dans l'Université que des personnes d'une
Doctrine saine , il en fut chassé la mê
me année et destitué de sa Charge.
}
*
La crainte qu'il eut de quelque chose
de pis , l'obligea alors à se retirer , et il
alla, sous le bon plaisir du Roi qui le
protegeoit , se cacher à Fontainebleau
où , à la faveur des Livres qu'il y trouva
dans la Bibliotheque Royale , il continua
ses travaux Géometriques et Astronomiques
, qui l'occupoient beaucoup depuis
quelque tems.
*Felibien , Hist. de Paris , t. 2. p. 1084.
Mais
AVRIL.
1731. 713
Mais il ne demeura pas long- tems
tranquille en ce lieu . On découvrit qu'il
y étoit , et cette découverte ne lui permit
pas d'y rester davantage. Il fallut
qu'il s'allât cacher successivement en divers
endroits . Pendant ce tems-là son Col
lege fut pillé , et il perdit la riche Bibliotheque
qu'il y avoit amassée.
Lorsque la Paix eut été conclue l'an
1563. entre le Roi Charles IX . et les
Protestans , il reprit possession de sa Charge
, s'y maintint avec vigueur et s'attacha
principalement à faire fleurir les études
des Mathématiques . Nous trouvons dans
l'Histoire de la Ville de Paris une preuve
éclatante de son zele en cette matiere,
qu'il ne faut pas omettre.
» L'intention du Roi François Premier,
» dit l'Auteur , en fondant le College
» Royal , avoit été que les places de Pro-
» fesseurs ne fussent occupées que par des
» gens capables de les remplir avec hon-
>> neur. Des gens sans mérite avoient en-
» fin trouvé moyen , par amis , et par in-
» trigues d'en occuper quelques- unes , et
>> de ce nombre étoit Dampestre , qui s'é-
» toit chargé d'enseigner les Mathémati-
» ques , dont il sçavoit à peine les pre-
» miers Elemens. Pierre de la Ramée l'en-
>> treprit , et l'accusant d'insuffisance , la
* Felib. +, 2. p. 1106.
n.tra
714 MERCURE DE FRANCE.
» traduisit au Parlement , où l'indigne
>> Professeur fut condamné à subir l'exa-
» men . La Raméé ne fe contenta pas de
» cela , il écrivit au Roi , à la Reine , au
» Cardinal de Chatillon , Conservateur
» de l'Université de Paris , à l'Evêque de
» Valance , et à plusieurs autres Seigneurs
>> du Conseil du Roi , et en obrint une
Ordonnance en datte du 24. Janvier
1566. par laquelle il fut reglé que Dam-
» pestre et tous les autres Professeurs qui
» se presenteroient desormais pour être
admis au College Reyal , seroient examinez
publiquement par tous les autres
» Lecteurs. Dampestre , pour n'avoir pas
» l'affront d'être convaincu d'insuffisance,
» ceda sa place à de certaines conditions
à Charpentier , Docteur en Medecine ,
encore moins versé que lui dans les Ma
» thématiques , mais homme d'intrigue et
artificieux. La Ramée l'attaqua plus
» vivement que l'autre , et se donna tant
» de mouvemens , que le Roi fit expedier
» des Lettres Parentes du 7 ..... de la
» même année , données à Moulins , par
lesquelles après le récit des soins que
s'étoit donné Pierre de la Ramée , Doyen
» des Professeurs Royaux , contre Dampestre
, le Roi veut que quand il vaquera
une place de Professeur Royal ,
on le fasse sçavoir à toutes les Univer-
5
"
» sitez.
AVRIL. 1731. 715
.
sitez les plus fameuses , afin que ceux
» qui se sentiront dans la disposition de
»la disputer au concours , viennent se
>> présenter à l'examen des autres Profes-
» seurs du même College , et disputer la
>> Chaire vacante , laquelle sera donnée
» par le Roi à celui , qui , au rapport du
» Doyen et des Lecteurs , aura fait pa-
» roître plus de capacité dans ce combat
Litteraire. Ces Lettres furent enregis
» trées le 2. Avril suivant , avec l'Eloge
que méritoit la protection que donnoit
» le Roi aux Belles Lettres . Pierre de la
Ramée ne laissa pas plus Charpentier
>> en paix que celui qui l'avoit précedé
» dans la Chaire de Mathématique. Il le
>>fit comparoître à la Cour , où le nou-
» veau Professeur obtint par ses larmes
» et par son éloquence , de ne pas subir
»
"
l'examen . Le Parlement lui prescrivit
» des conditions qu'il n'executa point ,
» dont il s'acquitta de mauvaise foi ; ce
» qui obligea la Ramée de le traduire au
» Conseil , où par les artifices de Char-
» pentier , il se trouva lui - même dans la
» necessité de faire son apologie. Toutes
» ces démarches de la Ramée lui furent
>> funestes dans la suite.
Les Guerres Civiles ayant recommencé
en 1557. Ramus fut de nouveau obligé
de quitter Paris ; il se réfugia auprès du
Prince
716 MERCURE DE FRANCE
Prince de Condé , qui avoit son armée a
S. Denis , et y étoit pendant la bataille
qui se donna en ce lieu.
La Paix qui se fit peu de tems après ,
l'engagea à revenir à Paris , où il fut retabli
dans sa Charge ; mais il forma le
dessein de se retirer en un lieu de sureté,
pour n'être point exposé à de nouveaux
dangers.
Il demanda pour cela au Roi la per-
. mission d'aller visiter les Académies d'Almagne
, et elle lui fut accordée. Il fit ce
voyage en 1568. et reçut par tout de fort
grands honneurs. Il fit pendant quelque
tems des Leçons à Heidelberg. André
Dudith , qui avoit beaucoup de crédit
auprès du Roi de Pologne , l'invita à se
rendre à Cracovie ; Jean Zapol Vaivode
de Transilvanie , lui offrit aussi des appointemens
considerables , avec le Rectorat
de l'Académie de Weissembourg ;
mais il ne jugea pas à propos d'accepter
leurs offres .
Pendant son séjour à Heidelberg , il fuc
assidu aux Sermons que les Réformez
y faisoient en François , et ce fut dans
feur Eglise qu'il communia pour la premiere
fois , après avoir publié sa profession
de foi.
L'attachement qu'il avoit pour sa Pa
trie , l'y ramena pour son malheur en
1571
AVRIL. 1731. 717
1571. car il fut assassiné le 25. Août 1572 .
au massacre de la S. Barthelemi . Il s'étoit
caché dans une cave pendant le tumulte,
mais il en fut tiré par des Assassins que
lui envoya Charpentier , son Competiteur
, et après qu'il eut donné beaucoup
d'argent pour tâcher de se tirer de leurs
mains et reçû quelques blessures , il fut
jetté par la fenêtre dans la cour , et ses
entrailles étant sorties de son corps par
cette chute , les Ecoliers animez par leurs
Maîtres , qui le haïssoient , les répandirent
dans les rues et traînerent ignomigneusement
son corps, en le frappant avec
des verges.
Il avoit fait son Testament , qui est
daté de Paris le premier Août 1568. avant
que de partir pour l'Allemagne . Par ce
Testament il ordonnoit que de sept cens
livres de rente qu'il avoit sur l'Hôtel de
Ville , cinq cens serviroient de gages à
un Professeur qui enseigneroit en trois
ans l'Arithmetique , la Musique , la Géometrie
, l'Optique, l'Astrologie et la Géographie
, dans le College Royal ; au bout
du quel tems on en choisiroit un autre
avec les circonstances qu'il prescrit pour
faire le même cours d'Etudes . Et il nommoit
pour le premier Professeur qui joüiiroit
de ce revenu , Frederic Reisnerus qui
- étoit son ami .
•
Mais
718 MERCURE DE FRANCE.
«
>>
Mais cette Fondation n'eut point d'abord
son effet , comme elle l'eut dans la
suite ; car le Prevôt des Marchands et
les Echevins presenterent le 17. Mars
1573. une Requête au Parlement , où ils
remontrerent que » M. Pierre de la Ra-
» mée par son Testament avoit legué la
» somme de cinq cens livres tournois de
>> rente , qu'il avoit sur ladite Ville , au
» Lecteur de Mathématique , qui seroit
élû par les Supplians , le Premier Presi-
» dent de la Cour et le premier Avocat
» du Roi , qui étoit chose superfluë , vû
» la multitude des Lecteurs en Mathéma-
» tique , stipendiez par le Roi et par les
» Colleges , et qu'il seroit plus expedient
» d'employer ladite rente aux gages d'u-
» ne personne capable , qui seroit élûë par
lesdits dessusdits , et par le Procureur
General du Roi , pour continuer l'His-
» toire de France de Paul Emile , depuis
le commencement de Charles VIII.
»jusqu'au Roi alors regnant . La Cour
oui le Premier President , le second
Avocat du Roi , en l'absence du pre-
» mier , et vûës les Conclusions du Pro-
» cureur General du Roi , par provision
» et jusqu'à ce que le Suppliant avec le
»Premier President et le premier Avocat
» du Roi eussent advisé de choisir un
» Lecteur suffisant pour lire les Mathéma-
>> tiques
))
>>
33
">
,
AVRIL. 1731 .
719
» tiques , s'il est trouvé expedient pour
>> le bien public , ordonna que ladite ren-
>> te et les arrerages d'icelle jusqu'à ce jour,
» seroient bailles à M. Jacques Gohory ,
» Avocat en la Cour , pour continuer en
Langue Latine l'Histoire de France de
» Paul Emile , et à cette fin prendre Pan-
» cartés autentiques , bons Memoires et
instructions , titres et autres papiers né-
» cessaires pour composer au vrai ladite
» Histoire. *.
Je ne sçai comment accorder la Requête
du Prevôt des Marchands et des
Échevins , avec le Testament de Ramus ;
car il n'y est pas dit que ce seront eux
qui nommeront le Professeur pour remplir
la Chaire qu'il fondoit , il en donna ,
au contraire , le choix aux Professeurs
Royaux ; il dit seulement que le Premier
President , le premier Avocat du Roi et
le Prevôt des Marchands , assisteront , ou
du moins seront invitez à assister à l'examen
des Prétendans .
enga- Au reste Gohory s'acquitta des
gemens que lui imposoit la pension qu'on
- lui avoit accordée , et continua en Latin
l'Histoire de Paul Emile ; mais sa continuation
est demeurée manuscrite et n'a
jamais été imprimée.
* Extrait des Registres du Parlement, dans les
Preuves de l'Histoire de Paris , Part. 2. p . 8301
Ramus
720 MERCURE DE FRANCE .
Ramus étoit un hommede belle taille ,
de bonne mine et d'une complexion vigoureuse
et infatigable dans le travail.
Il n'avoit d'autre lit que de la paille , sur
laquelle il coucha toûjours depuis son enfance
jusqu'à sa vieillesse. Il se levoit ordinairement
de grand matin . Comme il
employoit tout le jour à lire , à écrire ,
et à méditer , afin de se conserver l'esprit
plus libre , il ne prenoit le matin
qu'un leger repas ; le soir il mangeoit un
peu davantage , et après souper il se promenoit
pendant deux ou trois heures, ou
s'entretenoit avec ses amis. Son aliment
ordinaire étoit de la viande bouillie , et
il ne commença à boire du vin que dans
un âge un peu avancé , et par ordre des
Medecins. L'aversion qu'il avoit pour le
vin , venoit d'un accident qui lui étoit
arrivé dans sa premiere jeunesse ; car étant
alors entré dans la cave à l'insçû de ses
parens , il but si abondamment , qu'on le
trouva près du tonneau sans connoissance
et comme mort. L'état où il s'étoit mis
fit depuis tant d'impression sur lui , qu'il
fut plus de 20. ans sans vouloir boire de
vin.
Il garda toute sa vie le célibat avec une
pureté qui ne fut pas même soupçonnée
de la moindre tache , et il évitoit comme
un poison les conversations trop libres.
II
HOMA AVRIL.
1731. 721
conserva sa santé , et se guérit de ses
indispositions , non point par l'usage des
remedes , mais par la sobrieté , par l'abs
tinence et par l'exercice , sur tout par
celui du Jeu de Paume , qui étoit son
divertissement ordinaire.
Il étoit parfaitement desinteressé , et si
liberal , qu'il distribuoit une partie de
son bien , à ceux de ses Ecoliers qui en
avoient besoin .
Il avoit un génie fort vaste et un sçavoir
profond ; il avoit embrassé toutes
les sciences, et ne se proposoit pas moins
que de les réformer toutes ; mais c'étoit
une entreprise qui surpassoit ses forces.
L'envie de se distinguer , son penchant
naturel à contredire , et son opiniâtreté ,
l'ont engagé dans des disputes et des embarras
qu'il auroit pû s'épargner. La hardiesse
qu'il eut de soutenir à la fin de
sa Philosophie , que tout ce qu'Aristote
avoit dit étoit faux , étoit une action de
jeune homme , qu'il se fit cependant un
point d'honneur de soutenir dans la suite,
mais qui ne le rendoit gueres moins ridicule
que l'étoient ses Adversaires , en
soutenant que tout ce que Aristote avoit
avancé étoit vrai .
On loue beaucoup son éloquence , dont
Brantome rapporte une preuve singu-
* Mem. des Hommes illustres , T. 2. p. 55.
E liere.
722 MERCURE
DE FRANCE
liere. » M. Ramus , dit-il , étoit un fort
»disert et éloquent Orateur , et peu s'en
» est il vû de semblables ; car il avoit une
» grace inégale à tout autre , qui secou-
>> roit davantage son éloquence , jusqueslui
» là qu'au bout de quelque tems ,
s'étant rendu Hugenot , et étant en la
» compagnie de Messieurs le Prince et
l'Amiral , au voyage de Lorraine , et
»leurs Reitres , qu'ils avoient fait venir ,
»ne voulant passer vers la France qu'ils
»n'eussent de l'argent , après qu'ils en
neurent un peu touché par quelques bour-
»cillemens que les Huguenots eurent faits
entre eux , et que M. Ramus les eut ha-
>>ranguez, ils en furent gagnez et amenez
>>au coeur de la France , pour faire assez
» de maux .
Il falloit qu'on lui connût du talent
pour gagner les esprits , puisqu'on voulut
l'engager par de grandes promesses
à aller en Pologne en 1572. après la mort
du Roi Sigimond Auguste , pour prévenir
par son éloquence les Polonnois en
faveur du Duc d'Anjou , qui fut élû Pannée
suivante ; mais il le refusa , sous prétexte
que l'éloquence ne devoit point être
mercenaire . Il ne prévoyoit pas le malheur
qu'il lui arriva peu de jours après ,
et qu'il auroit évité en faisant ce voyage.
Quoique les Mathématiques
ayent été
son
AVRIL. 1731.
23
son fort , et ayent fait sa principale étu
de , on a fait depuis lui tant de nouveldes
découvertes dans cette Science , qu'on
ne tient pas à présent grand compte de
ce qu'il à laissé sur cette matiere.
Il se mêla aussi de Théologie, et voulut
se rendre en quelque maniere Chef de
Parti , en changeant la discipline qui étoit
en usage dans les Eglises Calvinistes. Il se
proposa d'y introduire le Gouvernement
Démocratique , et prétendit que la puissance
des Chefs , conferée au Peuple par
Jesus- Christ , ne devoit être mise aux
Consistoires , qu'afin qu'ils formassent les
premieres déliberations ou les premiers
jugemens qui seroient ensuite proposez
au Peuple , et qui ne pourroient passer
pour Loi qu'en cas qu'ils fussent confirmez
par les suffrages des Chefs de famille ;
-il disoit que sans cela on introduiroit dans
P'Eglise l'Oligargie et la Tyrannie, Mais
son sentiment ayant été examiné dans un
Synode National , tenu à Nîmes au mois
de May 1572. fut rejetté comme une
chose qui n'étoit propre qu'à causer de la
confusion , et qu'à produire une veritable
Anarchie . Il est à présumer que Ramus
avoit d'autres vûës , et que , s'il eût obtenu
ce qu'il demandoit , il eût été plus
loin , et se fût servi de son éloquence
pour engager l'Assemblée du Peuple à
E ij
faire
7
724 MERCURE DE FRANCE
faire encore d'autres changemens plus
considerables. C'est ce qu'appréhendoit
Théodore de Beze , qui opina fortement
contre lui dans le Synode de Nîmes.
Les disgraces , les traverses et les cha
grins que Ramus eut à soutenir pendant
le cours de sa vie , et qu'il se procura souvent
à lui-même , trouverent en lui un
courage et une constance capable de les
soutenir. Ses ennemis qui n'oublierent
rien pour le chagriner , se servirent quelquefois
pour
cela de ses Ecoliers . La premiere
fois qu'il expliqua sa Logique dans
le College de Cambray en 1552. on le
siffla, on fit des huées , on battit des mains
et des pieds . Mais il ne se déconcerta pas ;
il s'arrêtoit de tems- en-tems , jusqu'à - ce
que le bruit cessât , il acheva ainsi sa Leçon
à plusieurs reprises. Cette fermeté
étonna ceux qui vouloient par là lui faire
de la peine , et rabattit dans la suite leur
audace. On lui fit les mêmes insultes à
Heidelberg , et avec aussi peu de succès
pendant les Leçons qu'il y fit l'an 1568.
Nous nous dispensons d'ajoûter ici le
Catalogue raisonné des Ouvrages de P.
Ramus , divisé dans le Livre du P. Niceron
en 50. Articles , encore n'y sontils
pas tous rapportez . Cette prolixité setoit
ennuyeuse dans notre Journal , il y
a d'ailleurs peu de Gens de Lettres qui
no
>
AVRIL. 1731. 725
ne soient au fait des Ouvrages de cet infatigable
et celebre Ecrivain.
Es que Ramus se vit Professeur
DRoyal , il se sentit un nouveau zele
pour perfectionner les Sciences , et il y
travailla avec encore plus d'ardeur qu'il
n'avoit fait jusques- là , malgré la hainede
ses ennemis , qui ne pouvoient le laisser
en repos..
Il eut alors part à une affaire assez singuliere
pour être rapportée ici . Vers l'an-
150. les Professeurs Royaux avoient
commencé à corriger quelques abus qui
s'étoient glissez dans la prononciation de
la Langue Latine ; cetre réforme embrassée
par quelques Ecclesiastiques , déplut
à d'autres , qui deffendirent avec chaleur
l'ancienne prononciation à laquelle ils
étoient accoutumez. La chose alla même
si loin , qu'un Beneficier fut dépouillé de
ses revenus par la Faculté de Théologie ,
pour avoir prononcé Quisquis, Quanquam,
suivant la nouvelle réforme , et non par
Kiskis , Kankam , selon l'ancien usage..
Ce Beneficier s'étant pourvû en Parle
ment , les Professeurs Royaux , et entre
autre
712 MERCURE DE FRANCE .
autres Ramus , craignant qu'il ne succombât
sous le crédit de la Faculté , se crurent
obligés de le secourir ; ils allerent
donc à l'Audience , et représenterent si
vivement à la Cour l'indignité d'un tel
procès , que l'Accusé fut absous , et qu'on
faissa la liberté de prononcer comme on
voudroit.
Ramus avoit été élevé et instruit dès
sa plus tendre jeunesse dans la Religion
Catholique , mais la lecture des Livres
des Protestans l'avoit séduit , et lui avoit
donné du gout pour leur Doctrine. Il
commença à faire connoître ses sentimens
en ôtant les Images de la Chapelle de son
College de Prêle. C'étoit en 1552. que
les Religionnaires commencerent à remuer
, et comme on ne vouloit souffrir
dans l'Université que des personnes d'une
Doctrine saine , il en fut chassé la mê
me année et destitué de sa Charge.
}
*
La crainte qu'il eut de quelque chose
de pis , l'obligea alors à se retirer , et il
alla, sous le bon plaisir du Roi qui le
protegeoit , se cacher à Fontainebleau
où , à la faveur des Livres qu'il y trouva
dans la Bibliotheque Royale , il continua
ses travaux Géometriques et Astronomiques
, qui l'occupoient beaucoup depuis
quelque tems.
*Felibien , Hist. de Paris , t. 2. p. 1084.
Mais
AVRIL.
1731. 713
Mais il ne demeura pas long- tems
tranquille en ce lieu . On découvrit qu'il
y étoit , et cette découverte ne lui permit
pas d'y rester davantage. Il fallut
qu'il s'allât cacher successivement en divers
endroits . Pendant ce tems-là son Col
lege fut pillé , et il perdit la riche Bibliotheque
qu'il y avoit amassée.
Lorsque la Paix eut été conclue l'an
1563. entre le Roi Charles IX . et les
Protestans , il reprit possession de sa Charge
, s'y maintint avec vigueur et s'attacha
principalement à faire fleurir les études
des Mathématiques . Nous trouvons dans
l'Histoire de la Ville de Paris une preuve
éclatante de son zele en cette matiere,
qu'il ne faut pas omettre.
» L'intention du Roi François Premier,
» dit l'Auteur , en fondant le College
» Royal , avoit été que les places de Pro-
» fesseurs ne fussent occupées que par des
» gens capables de les remplir avec hon-
>> neur. Des gens sans mérite avoient en-
» fin trouvé moyen , par amis , et par in-
» trigues d'en occuper quelques- unes , et
>> de ce nombre étoit Dampestre , qui s'é-
» toit chargé d'enseigner les Mathémati-
» ques , dont il sçavoit à peine les pre-
» miers Elemens. Pierre de la Ramée l'en-
>> treprit , et l'accusant d'insuffisance , la
* Felib. +, 2. p. 1106.
n.tra
714 MERCURE DE FRANCE.
» traduisit au Parlement , où l'indigne
>> Professeur fut condamné à subir l'exa-
» men . La Raméé ne fe contenta pas de
» cela , il écrivit au Roi , à la Reine , au
» Cardinal de Chatillon , Conservateur
» de l'Université de Paris , à l'Evêque de
» Valance , et à plusieurs autres Seigneurs
>> du Conseil du Roi , et en obrint une
Ordonnance en datte du 24. Janvier
1566. par laquelle il fut reglé que Dam-
» pestre et tous les autres Professeurs qui
» se presenteroient desormais pour être
admis au College Reyal , seroient examinez
publiquement par tous les autres
» Lecteurs. Dampestre , pour n'avoir pas
» l'affront d'être convaincu d'insuffisance,
» ceda sa place à de certaines conditions
à Charpentier , Docteur en Medecine ,
encore moins versé que lui dans les Ma
» thématiques , mais homme d'intrigue et
artificieux. La Ramée l'attaqua plus
» vivement que l'autre , et se donna tant
» de mouvemens , que le Roi fit expedier
» des Lettres Parentes du 7 ..... de la
» même année , données à Moulins , par
lesquelles après le récit des soins que
s'étoit donné Pierre de la Ramée , Doyen
» des Professeurs Royaux , contre Dampestre
, le Roi veut que quand il vaquera
une place de Professeur Royal ,
on le fasse sçavoir à toutes les Univer-
5
"
» sitez.
AVRIL. 1731. 715
.
sitez les plus fameuses , afin que ceux
» qui se sentiront dans la disposition de
»la disputer au concours , viennent se
>> présenter à l'examen des autres Profes-
» seurs du même College , et disputer la
>> Chaire vacante , laquelle sera donnée
» par le Roi à celui , qui , au rapport du
» Doyen et des Lecteurs , aura fait pa-
» roître plus de capacité dans ce combat
Litteraire. Ces Lettres furent enregis
» trées le 2. Avril suivant , avec l'Eloge
que méritoit la protection que donnoit
» le Roi aux Belles Lettres . Pierre de la
Ramée ne laissa pas plus Charpentier
>> en paix que celui qui l'avoit précedé
» dans la Chaire de Mathématique. Il le
>>fit comparoître à la Cour , où le nou-
» veau Professeur obtint par ses larmes
» et par son éloquence , de ne pas subir
»
"
l'examen . Le Parlement lui prescrivit
» des conditions qu'il n'executa point ,
» dont il s'acquitta de mauvaise foi ; ce
» qui obligea la Ramée de le traduire au
» Conseil , où par les artifices de Char-
» pentier , il se trouva lui - même dans la
» necessité de faire son apologie. Toutes
» ces démarches de la Ramée lui furent
>> funestes dans la suite.
Les Guerres Civiles ayant recommencé
en 1557. Ramus fut de nouveau obligé
de quitter Paris ; il se réfugia auprès du
Prince
716 MERCURE DE FRANCE
Prince de Condé , qui avoit son armée a
S. Denis , et y étoit pendant la bataille
qui se donna en ce lieu.
La Paix qui se fit peu de tems après ,
l'engagea à revenir à Paris , où il fut retabli
dans sa Charge ; mais il forma le
dessein de se retirer en un lieu de sureté,
pour n'être point exposé à de nouveaux
dangers.
Il demanda pour cela au Roi la per-
. mission d'aller visiter les Académies d'Almagne
, et elle lui fut accordée. Il fit ce
voyage en 1568. et reçut par tout de fort
grands honneurs. Il fit pendant quelque
tems des Leçons à Heidelberg. André
Dudith , qui avoit beaucoup de crédit
auprès du Roi de Pologne , l'invita à se
rendre à Cracovie ; Jean Zapol Vaivode
de Transilvanie , lui offrit aussi des appointemens
considerables , avec le Rectorat
de l'Académie de Weissembourg ;
mais il ne jugea pas à propos d'accepter
leurs offres .
Pendant son séjour à Heidelberg , il fuc
assidu aux Sermons que les Réformez
y faisoient en François , et ce fut dans
feur Eglise qu'il communia pour la premiere
fois , après avoir publié sa profession
de foi.
L'attachement qu'il avoit pour sa Pa
trie , l'y ramena pour son malheur en
1571
AVRIL. 1731. 717
1571. car il fut assassiné le 25. Août 1572 .
au massacre de la S. Barthelemi . Il s'étoit
caché dans une cave pendant le tumulte,
mais il en fut tiré par des Assassins que
lui envoya Charpentier , son Competiteur
, et après qu'il eut donné beaucoup
d'argent pour tâcher de se tirer de leurs
mains et reçû quelques blessures , il fut
jetté par la fenêtre dans la cour , et ses
entrailles étant sorties de son corps par
cette chute , les Ecoliers animez par leurs
Maîtres , qui le haïssoient , les répandirent
dans les rues et traînerent ignomigneusement
son corps, en le frappant avec
des verges.
Il avoit fait son Testament , qui est
daté de Paris le premier Août 1568. avant
que de partir pour l'Allemagne . Par ce
Testament il ordonnoit que de sept cens
livres de rente qu'il avoit sur l'Hôtel de
Ville , cinq cens serviroient de gages à
un Professeur qui enseigneroit en trois
ans l'Arithmetique , la Musique , la Géometrie
, l'Optique, l'Astrologie et la Géographie
, dans le College Royal ; au bout
du quel tems on en choisiroit un autre
avec les circonstances qu'il prescrit pour
faire le même cours d'Etudes . Et il nommoit
pour le premier Professeur qui joüiiroit
de ce revenu , Frederic Reisnerus qui
- étoit son ami .
•
Mais
718 MERCURE DE FRANCE.
«
>>
Mais cette Fondation n'eut point d'abord
son effet , comme elle l'eut dans la
suite ; car le Prevôt des Marchands et
les Echevins presenterent le 17. Mars
1573. une Requête au Parlement , où ils
remontrerent que » M. Pierre de la Ra-
» mée par son Testament avoit legué la
» somme de cinq cens livres tournois de
>> rente , qu'il avoit sur ladite Ville , au
» Lecteur de Mathématique , qui seroit
élû par les Supplians , le Premier Presi-
» dent de la Cour et le premier Avocat
» du Roi , qui étoit chose superfluë , vû
» la multitude des Lecteurs en Mathéma-
» tique , stipendiez par le Roi et par les
» Colleges , et qu'il seroit plus expedient
» d'employer ladite rente aux gages d'u-
» ne personne capable , qui seroit élûë par
lesdits dessusdits , et par le Procureur
General du Roi , pour continuer l'His-
» toire de France de Paul Emile , depuis
le commencement de Charles VIII.
»jusqu'au Roi alors regnant . La Cour
oui le Premier President , le second
Avocat du Roi , en l'absence du pre-
» mier , et vûës les Conclusions du Pro-
» cureur General du Roi , par provision
» et jusqu'à ce que le Suppliant avec le
»Premier President et le premier Avocat
» du Roi eussent advisé de choisir un
» Lecteur suffisant pour lire les Mathéma-
>> tiques
))
>>
33
">
,
AVRIL. 1731 .
719
» tiques , s'il est trouvé expedient pour
>> le bien public , ordonna que ladite ren-
>> te et les arrerages d'icelle jusqu'à ce jour,
» seroient bailles à M. Jacques Gohory ,
» Avocat en la Cour , pour continuer en
Langue Latine l'Histoire de France de
» Paul Emile , et à cette fin prendre Pan-
» cartés autentiques , bons Memoires et
instructions , titres et autres papiers né-
» cessaires pour composer au vrai ladite
» Histoire. *.
Je ne sçai comment accorder la Requête
du Prevôt des Marchands et des
Échevins , avec le Testament de Ramus ;
car il n'y est pas dit que ce seront eux
qui nommeront le Professeur pour remplir
la Chaire qu'il fondoit , il en donna ,
au contraire , le choix aux Professeurs
Royaux ; il dit seulement que le Premier
President , le premier Avocat du Roi et
le Prevôt des Marchands , assisteront , ou
du moins seront invitez à assister à l'examen
des Prétendans .
enga- Au reste Gohory s'acquitta des
gemens que lui imposoit la pension qu'on
- lui avoit accordée , et continua en Latin
l'Histoire de Paul Emile ; mais sa continuation
est demeurée manuscrite et n'a
jamais été imprimée.
* Extrait des Registres du Parlement, dans les
Preuves de l'Histoire de Paris , Part. 2. p . 8301
Ramus
720 MERCURE DE FRANCE .
Ramus étoit un hommede belle taille ,
de bonne mine et d'une complexion vigoureuse
et infatigable dans le travail.
Il n'avoit d'autre lit que de la paille , sur
laquelle il coucha toûjours depuis son enfance
jusqu'à sa vieillesse. Il se levoit ordinairement
de grand matin . Comme il
employoit tout le jour à lire , à écrire ,
et à méditer , afin de se conserver l'esprit
plus libre , il ne prenoit le matin
qu'un leger repas ; le soir il mangeoit un
peu davantage , et après souper il se promenoit
pendant deux ou trois heures, ou
s'entretenoit avec ses amis. Son aliment
ordinaire étoit de la viande bouillie , et
il ne commença à boire du vin que dans
un âge un peu avancé , et par ordre des
Medecins. L'aversion qu'il avoit pour le
vin , venoit d'un accident qui lui étoit
arrivé dans sa premiere jeunesse ; car étant
alors entré dans la cave à l'insçû de ses
parens , il but si abondamment , qu'on le
trouva près du tonneau sans connoissance
et comme mort. L'état où il s'étoit mis
fit depuis tant d'impression sur lui , qu'il
fut plus de 20. ans sans vouloir boire de
vin.
Il garda toute sa vie le célibat avec une
pureté qui ne fut pas même soupçonnée
de la moindre tache , et il évitoit comme
un poison les conversations trop libres.
II
HOMA AVRIL.
1731. 721
conserva sa santé , et se guérit de ses
indispositions , non point par l'usage des
remedes , mais par la sobrieté , par l'abs
tinence et par l'exercice , sur tout par
celui du Jeu de Paume , qui étoit son
divertissement ordinaire.
Il étoit parfaitement desinteressé , et si
liberal , qu'il distribuoit une partie de
son bien , à ceux de ses Ecoliers qui en
avoient besoin .
Il avoit un génie fort vaste et un sçavoir
profond ; il avoit embrassé toutes
les sciences, et ne se proposoit pas moins
que de les réformer toutes ; mais c'étoit
une entreprise qui surpassoit ses forces.
L'envie de se distinguer , son penchant
naturel à contredire , et son opiniâtreté ,
l'ont engagé dans des disputes et des embarras
qu'il auroit pû s'épargner. La hardiesse
qu'il eut de soutenir à la fin de
sa Philosophie , que tout ce qu'Aristote
avoit dit étoit faux , étoit une action de
jeune homme , qu'il se fit cependant un
point d'honneur de soutenir dans la suite,
mais qui ne le rendoit gueres moins ridicule
que l'étoient ses Adversaires , en
soutenant que tout ce que Aristote avoit
avancé étoit vrai .
On loue beaucoup son éloquence , dont
Brantome rapporte une preuve singu-
* Mem. des Hommes illustres , T. 2. p. 55.
E liere.
722 MERCURE
DE FRANCE
liere. » M. Ramus , dit-il , étoit un fort
»disert et éloquent Orateur , et peu s'en
» est il vû de semblables ; car il avoit une
» grace inégale à tout autre , qui secou-
>> roit davantage son éloquence , jusqueslui
» là qu'au bout de quelque tems ,
s'étant rendu Hugenot , et étant en la
» compagnie de Messieurs le Prince et
l'Amiral , au voyage de Lorraine , et
»leurs Reitres , qu'ils avoient fait venir ,
»ne voulant passer vers la France qu'ils
»n'eussent de l'argent , après qu'ils en
neurent un peu touché par quelques bour-
»cillemens que les Huguenots eurent faits
entre eux , et que M. Ramus les eut ha-
>>ranguez, ils en furent gagnez et amenez
>>au coeur de la France , pour faire assez
» de maux .
Il falloit qu'on lui connût du talent
pour gagner les esprits , puisqu'on voulut
l'engager par de grandes promesses
à aller en Pologne en 1572. après la mort
du Roi Sigimond Auguste , pour prévenir
par son éloquence les Polonnois en
faveur du Duc d'Anjou , qui fut élû Pannée
suivante ; mais il le refusa , sous prétexte
que l'éloquence ne devoit point être
mercenaire . Il ne prévoyoit pas le malheur
qu'il lui arriva peu de jours après ,
et qu'il auroit évité en faisant ce voyage.
Quoique les Mathématiques
ayent été
son
AVRIL. 1731.
23
son fort , et ayent fait sa principale étu
de , on a fait depuis lui tant de nouveldes
découvertes dans cette Science , qu'on
ne tient pas à présent grand compte de
ce qu'il à laissé sur cette matiere.
Il se mêla aussi de Théologie, et voulut
se rendre en quelque maniere Chef de
Parti , en changeant la discipline qui étoit
en usage dans les Eglises Calvinistes. Il se
proposa d'y introduire le Gouvernement
Démocratique , et prétendit que la puissance
des Chefs , conferée au Peuple par
Jesus- Christ , ne devoit être mise aux
Consistoires , qu'afin qu'ils formassent les
premieres déliberations ou les premiers
jugemens qui seroient ensuite proposez
au Peuple , et qui ne pourroient passer
pour Loi qu'en cas qu'ils fussent confirmez
par les suffrages des Chefs de famille ;
-il disoit que sans cela on introduiroit dans
P'Eglise l'Oligargie et la Tyrannie, Mais
son sentiment ayant été examiné dans un
Synode National , tenu à Nîmes au mois
de May 1572. fut rejetté comme une
chose qui n'étoit propre qu'à causer de la
confusion , et qu'à produire une veritable
Anarchie . Il est à présumer que Ramus
avoit d'autres vûës , et que , s'il eût obtenu
ce qu'il demandoit , il eût été plus
loin , et se fût servi de son éloquence
pour engager l'Assemblée du Peuple à
E ij
faire
7
724 MERCURE DE FRANCE
faire encore d'autres changemens plus
considerables. C'est ce qu'appréhendoit
Théodore de Beze , qui opina fortement
contre lui dans le Synode de Nîmes.
Les disgraces , les traverses et les cha
grins que Ramus eut à soutenir pendant
le cours de sa vie , et qu'il se procura souvent
à lui-même , trouverent en lui un
courage et une constance capable de les
soutenir. Ses ennemis qui n'oublierent
rien pour le chagriner , se servirent quelquefois
pour
cela de ses Ecoliers . La premiere
fois qu'il expliqua sa Logique dans
le College de Cambray en 1552. on le
siffla, on fit des huées , on battit des mains
et des pieds . Mais il ne se déconcerta pas ;
il s'arrêtoit de tems- en-tems , jusqu'à - ce
que le bruit cessât , il acheva ainsi sa Leçon
à plusieurs reprises. Cette fermeté
étonna ceux qui vouloient par là lui faire
de la peine , et rabattit dans la suite leur
audace. On lui fit les mêmes insultes à
Heidelberg , et avec aussi peu de succès
pendant les Leçons qu'il y fit l'an 1568.
Nous nous dispensons d'ajoûter ici le
Catalogue raisonné des Ouvrages de P.
Ramus , divisé dans le Livre du P. Niceron
en 50. Articles , encore n'y sontils
pas tous rapportez . Cette prolixité setoit
ennuyeuse dans notre Journal , il y
a d'ailleurs peu de Gens de Lettres qui
no
>
AVRIL. 1731. 725
ne soient au fait des Ouvrages de cet infatigable
et celebre Ecrivain.
Fermer
Résumé : SUITE de l'Article de Pierre Ramus.
Pierre Ramus, après sa nomination comme professeur royal, intensifia ses efforts pour perfectionner les sciences malgré l'hostilité de ses adversaires. Vers 1550, il participa à une réforme de la prononciation du latin, ce qui lui attira des ennuis avec la Faculté de Théologie. Forcé de se cacher à Fontainebleau, il continua ses travaux en géométrie et en astronomie. En 1552, en raison de ses sympathies protestantes, il fut chassé de l'Université et destitué de sa charge. Ramus revint à Paris en 1563 après la paix entre Charles IX et les protestants, et s'attacha à promouvoir les mathématiques. Il s'opposa à des professeurs incompétents, comme Dampestre et Charpentier, et obtint des réformes pour garantir la qualité de l'enseignement. En 1568, il voyagea en Allemagne et reçut des offres d'emploi, mais refusa de s'exiler. De retour à Paris en 1571, il fut assassiné lors du massacre de la Saint-Barthélemy. Dans son testament, il légua une rente pour financer l'enseignement des mathématiques, mais cette fondation fut détournée pour financer une autre initiative. Ramus était connu pour son mode de vie austère, son désintéressement et son vaste savoir. Il critiqua les écrits d'Aristote, ce qui lui valut des oppositions, mais son éloquence et son influence étaient largement reconnues. Il refusa des propositions de missions politiques, estimant que l'éloquence ne devait pas être mercenaire. En théologie, il proposa des réformes dans les Églises calvinistes pour introduire un gouvernement démocratique, mais ses idées furent rejetées lors d'un synode à Nîmes en 1572. Malgré les persécutions et les insultes, Ramus fit preuve de courage et de constance, poursuivant ses leçons et gardant son sang-froid face aux adversités.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1658
p. 725-727
Observations sur une maladie causée par un ver extraordinaire, [titre d'après la table]
Début :
OBERVATIONS sur une maladie de M. Manot de Bergerat, Bourgeois [...]
Mots clefs :
Observation médicale, Maladie rare, Guyenne, Ver plat, Médecine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Observations sur une maladie causée par un ver extraordinaire, [titre d'après la table]
OBSERVATION sur une maladie
de M. Manot de Bergerat , Bourgeois dans
le Diocèse de Couserans , en Guyenne
à M. Chicoyneau , &c. Brochure in 12. de
17. pages , sans nom d'Imprimeur.
Cette Observation est de M. de Vicus-
E iij
sens ,
اي
726 MERCURE DE FRANCE
sens , Medecin à S. Lizier , d'où elle est
datée du 28. Juin 1730. au sujet d'une
maladie extraordinaire , causée par un
Ver plat , d'un pouce de large depuis la
tête jusqu'à la distance de 3. pans ou 27.
pouces vers la queue , et de plus de cinq
aunes de longueur , sorti mort par enbas
, en deux morceaux , du corps du Malade.
Tout le corps étoit fort luisant et
formé à diverses reprises , de la même maniere
qu'on auroit pû joindre plusieurs
Vers à la queue les uns des autres , de la
longueur d'un demi pouce , et réunis par
une couture assez relevée .
RETRAITE SPIRITUELLE sur les
Vertus de J. C. avec un Discours sur la
necessité de le connoître et de l'aimer. A
Paris , chez Rollin , fils , Quay des Augus→
tins , 1731. in 12 .
MEDITATIONS sur la Passion de
N. S. J. Ch. par feu le R. P. Nic. Sanadon
, de la Compagnie de Jesus , avec une
préparation à la mort . Chez Greg. Dupuis,
rue S. Jacques , 1731. in 18.
VERITEZ DE FOY ET DE MORALE , pour
tous les états , tirées des seules paroles
de l'Ancien et du Nouveau Testament.
A Paris , ruë S. Severin , chez Jacques
Vincent, in 12.
ELE
AVRIL. 17313727
ELEMENS HISTORIQUES , ou Méthode
courte et facile pour apprendre l'Histoire
aux Enfans. Dédiez à S. A. S. M. le Duc
de Chartres. Place du Pont S. Michel ,
chez And. Cailleau , 1730..2 . vol . in 12,
de près de 500. pages , compris l'Avertissement
, les Tables Chronologiques.
MEDITATION SUR L'EVANGILE , Ouvrage
postume de M. Jacques Benigne Bossuet,
Evêque de Meaux , &c . Rue S. Jacques
chez P. J. Mariette , 1731. 4. vol . in 12 .
PREMIER LIVRE DE SONATES pour
deux
FlutesTraversieres , et qui viennent au Violon
, Hautbois , Viele et Musette en ravalement.
Dédié au Marquis de Sourdis,
par M. des Hayes le fils , l'un des Vingtquatre
de la Chambre du Roi. A Paris ,
chez l'Auteur , rue Patourel , & c. prix
3. livres 10. sols en blanc.
ου
LETTRE DE M. DE SAL... Medecin ,
à M. l'Abbé de M. D. L. ou Dissertation
Critique sur l'Apparition des Esprits. A
Paris , au bout du Pont-Neuf, chez, Fram
le Breton , 1731 .
de M. Manot de Bergerat , Bourgeois dans
le Diocèse de Couserans , en Guyenne
à M. Chicoyneau , &c. Brochure in 12. de
17. pages , sans nom d'Imprimeur.
Cette Observation est de M. de Vicus-
E iij
sens ,
اي
726 MERCURE DE FRANCE
sens , Medecin à S. Lizier , d'où elle est
datée du 28. Juin 1730. au sujet d'une
maladie extraordinaire , causée par un
Ver plat , d'un pouce de large depuis la
tête jusqu'à la distance de 3. pans ou 27.
pouces vers la queue , et de plus de cinq
aunes de longueur , sorti mort par enbas
, en deux morceaux , du corps du Malade.
Tout le corps étoit fort luisant et
formé à diverses reprises , de la même maniere
qu'on auroit pû joindre plusieurs
Vers à la queue les uns des autres , de la
longueur d'un demi pouce , et réunis par
une couture assez relevée .
RETRAITE SPIRITUELLE sur les
Vertus de J. C. avec un Discours sur la
necessité de le connoître et de l'aimer. A
Paris , chez Rollin , fils , Quay des Augus→
tins , 1731. in 12 .
MEDITATIONS sur la Passion de
N. S. J. Ch. par feu le R. P. Nic. Sanadon
, de la Compagnie de Jesus , avec une
préparation à la mort . Chez Greg. Dupuis,
rue S. Jacques , 1731. in 18.
VERITEZ DE FOY ET DE MORALE , pour
tous les états , tirées des seules paroles
de l'Ancien et du Nouveau Testament.
A Paris , ruë S. Severin , chez Jacques
Vincent, in 12.
ELE
AVRIL. 17313727
ELEMENS HISTORIQUES , ou Méthode
courte et facile pour apprendre l'Histoire
aux Enfans. Dédiez à S. A. S. M. le Duc
de Chartres. Place du Pont S. Michel ,
chez And. Cailleau , 1730..2 . vol . in 12,
de près de 500. pages , compris l'Avertissement
, les Tables Chronologiques.
MEDITATION SUR L'EVANGILE , Ouvrage
postume de M. Jacques Benigne Bossuet,
Evêque de Meaux , &c . Rue S. Jacques
chez P. J. Mariette , 1731. 4. vol . in 12 .
PREMIER LIVRE DE SONATES pour
deux
FlutesTraversieres , et qui viennent au Violon
, Hautbois , Viele et Musette en ravalement.
Dédié au Marquis de Sourdis,
par M. des Hayes le fils , l'un des Vingtquatre
de la Chambre du Roi. A Paris ,
chez l'Auteur , rue Patourel , & c. prix
3. livres 10. sols en blanc.
ου
LETTRE DE M. DE SAL... Medecin ,
à M. l'Abbé de M. D. L. ou Dissertation
Critique sur l'Apparition des Esprits. A
Paris , au bout du Pont-Neuf, chez, Fram
le Breton , 1731 .
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Résumé : Observations sur une maladie causée par un ver extraordinaire, [titre d'après la table]
Le document présente diverses observations et ouvrages médicaux. Une observation notable concerne une maladie extraordinaire décrite par M. Manot de Bergerat, un bourgeois du diocèse de Couserans en Guyenne. Cette observation, datée du 28 juin 1730, provient de M. de Vicussens, médecin à Saint-Lizier. La maladie est causée par un ver plat de grandes dimensions, mesurant un pouce de large et plus de cinq aunes de longueur, sorti mort en deux morceaux du corps du malade. Le ver avait un corps luisant et était formé de segments répétés, semblables à plusieurs vers joints par une couture. Le document mentionne également plusieurs publications, notamment des ouvrages religieux et éducatifs. Parmi ceux-ci, on trouve une 'Retraite spirituelle sur les Vertus de J. C.' publiée à Paris en 1731, des 'Méditations sur la Passion de N. S. J. Ch.' par le Père Nic. Sanadon, et des 'Vérités de Foi et de Morale' tirées des Écritures. Un ouvrage historique intitulé 'Éléments historiques' est dédié au Duc de Chartres et publié en 1730. De plus, une 'Méditation sur l'Évangile' posthume de Jacques Bénigne Bossuet est publiée en 1731. Enfin, une 'Lettre de M. de Sal...' discute de l'apparition des esprits et est publiée en 1731.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1659
p. 727-728
Nouveau théatre de l'Opera Comique, [titre d'après la table]
Début :
LE THEATRE DE LA FOIRE, ou l'Opera Comique, contenant [...]
Mots clefs :
Théâtre de la foire, Opéra-Comique, Vaudevilles, Approbateur
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texteReconnaissance textuelle : Nouveau théatre de l'Opera Comique, [titre d'après la table]
LE THEATRE DE LA FOIRE , ou l'O÷
pera Comique , contenant les meilleures
Pieces qui ont été représentées aux Foires
E iiij
de
728 MERCURE DE FRANCE
de S. Germain et de S. Laurént , enrichies
d'Estampes en Taille - douce , avec une
Table des Vaudevilles et autres Airs gravez-
notez à la fin de chaque Volume ,
recueillies , revûës et corrigées. Par Mrs le
Sage et d'Orneval. Tome VII . Quay des
Augustins , chez P. Gandouin , 1731 .
Nous croyons avec l'Approbateur , que
ce Volume fera autant de plaisir au Public
que les précedens en ont fait. Il contient
neuf Pieces ; sçavoir :
Penelope Moderne .
1
Les Amours de Protée , Parodie.
La Princesse de la Chine.
Le Corsaire de Salé .
Les Spectacles malades.
L'Impromptu du Pont- Neuf.
La Reine du Barostan .
Les Couplets en Procès.
L'Opera Comique assiegé .
pera Comique , contenant les meilleures
Pieces qui ont été représentées aux Foires
E iiij
de
728 MERCURE DE FRANCE
de S. Germain et de S. Laurént , enrichies
d'Estampes en Taille - douce , avec une
Table des Vaudevilles et autres Airs gravez-
notez à la fin de chaque Volume ,
recueillies , revûës et corrigées. Par Mrs le
Sage et d'Orneval. Tome VII . Quay des
Augustins , chez P. Gandouin , 1731 .
Nous croyons avec l'Approbateur , que
ce Volume fera autant de plaisir au Public
que les précedens en ont fait. Il contient
neuf Pieces ; sçavoir :
Penelope Moderne .
1
Les Amours de Protée , Parodie.
La Princesse de la Chine.
Le Corsaire de Salé .
Les Spectacles malades.
L'Impromptu du Pont- Neuf.
La Reine du Barostan .
Les Couplets en Procès.
L'Opera Comique assiegé .
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Résumé : Nouveau théatre de l'Opera Comique, [titre d'après la table]
Le texte présente 'LE THEATRE DE LA FOIRE, ou l'O÷ pera Comique', recueil des meilleures pièces des foires de Saint-Germain et de Saint-Laurent. Le tome VII, publié en 1731 par P. Gandouin, contient neuf pièces, dont 'Penelope Moderne' et 'La Princesse de la Chine'. Le volume est enrichi d'estampes et d'une table des vaudevilles. Les auteurs sont Le Sage et d'Orneval.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1660
p. 728-734
Nouveau Systême pour attaquer les Places des Contremines , &c. [titre d'après la table]
Début :
Il paroît un nouveau Sistême sur la maniere de deffendre [...]
Mots clefs :
Fortifications, Contremines, Ingénieur militaire, Système de défense, Mines, Fortification moderne, Bombes, Bastions
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texteReconnaissance textuelle : Nouveau Systême pour attaquer les Places des Contremines , &c. [titre d'après la table]
Il paroît un nouveau Sistême sur la maniere
de deffendre les Places par le moyen des
Contremines. Ouvrage postume de M. D***
imprimé et donné au Public , par M. De
marne ,Graveur ordinaire de la Reine , vol.
in 12. avec figures , dédié au Roi ; il se
vend à Paris chez Jacques Clousier , ruë
S. Jacques , à l'Ecu de France. Le Discours
Préliminaire qui fait la moitié du
Livre , est du R. P. Castel , Jesuite.
M,
AVRIL. 1731. 729
M. D *** a servi le Roi pendant 40.
années dans la fonction d'Ingénieur
ainsi il parle en homme consommé ; et en
effet son Systême est une nouveauté qui
mérite beaucoup d'attention . Jusqu'ici
la plupart des Ingénieurs avoient réduit
presque tout l'Art des Fortifications et de
la deffense des Places , à la construction
du Trait , c'est-à- dire , des Fossez et des
Ramparts, des Bastions et des Demilunes,
des Couronnes des Carnes et Contre
gardes. Mais ce Trait ne met une Place
à couvert que contre le Canon , qui après
tout n'est pas son unique , ni même son
plus grand ennemi. La Mine est la maîtresse
clef de toutes les Places. On a cependant
fort
peu travaillé pour les en
garantir. L'Art des Contremines est ce
pendant un bel Art , tout aussi régulie
que celui du Trait ; et du reste son im
portance est extrême , non-seulement à
cause de la violence des Mines , mais surtout
à cause de la facilité qu'il y a de s'en
garentir. Car heureusement pour l'As
siegé , qu'on croiroit poussé à bout par là,
c'est-là , au contraire , son vrai champ de
bataille , comme M. D*** le fait voir par
le fait même , et comme le P. Castel l'établit
solidement par ce Raisonnement..
Naturellement , dit ce Pere , l'attaque
se fait à force ouverte , au lieu que de
Ev
soi
730 MERCURE DE FRANCE .
soi la deffense est secrette , cachée et
souterraine . Or dans les Combats souterrains
, l'Assiegeant perd son avantage du
nombre , et l'Assiegé peut lui offrir un
front égal et même superieur ; chacun
est maître chez soi. Dans les Contremines
l'Assiegé est chez soi , et l'Assiegeant est
en païs tout à fait ennemi . Celui là connoît
tout son terrain ; celui cy en fait à
chaque pas la découverte à ses risques ,
périls et fortunes. L'Assiegé peut attendre
I'Assiegeant de pied ferme et le prendre
au moment et au lieu qu'il veut , comme
le chat guette la souris. Le Mineur
ne travaille qu'à genoux , il est gêné et
embarrassé de sa personne , quand il n'auroit
qu'à se tenir là les bras croisez sans
rien faire , sans rien craindre . Du côté de
la crainte le pauvre Mineur a mille ennemis
réels , mille ennemis imaginaires à
combattre. Le terrain est tantôt dur et
le roc même,tantôt mol , liquide, boueux,
quelquefois fragile , capricieux , qui s'éboule
et l'étouffe , quand ce ne seroit que
par la poussiere ou par la mauvaise odeur.
Du reste il a toujours à craindre de donner
dans la Contremine. Le bruit qu'il
excite lui- même malgré lui l'épouvante
et lui fait à chaque instant appréhender
la rencontre de l'ennemi , et l'ennemi qu'on
croit voir ou entendre , est toujours plus redoutable
AVRIL. 173. 731
J
doutable que celui qu'on voit en effet. On
combat bien mal des hommes , lorsqu'en même-
tems on a tant de chimeres à combattre.
La maniere dont M. D*** deffend le
chemin couvert , en mettant la Palissade
au niveau du Parapet du Glacis , ce qui
l'empêche d'être vue et abbatue par le
Canon ennemi , est une excellente deffense.
Les Bombes qu'il enterre sous le Glacis
sont préferables aux Fourneaux. Le
succès en est plus assuré et sa construction
plus prompte et plus facile. La contre-
garde qu'il donne à la Demi - lune , aura
l'approbation de tous les Connoisseurs,
La fausse Braye même qu'il détache dứ
corps de sa place , n'a pas l'inconvenient
des fausses Brayes ordinaires , et vaut les
Contregardes des Bastions , surtout avec
les Cavaliers que cet Ingenieur met aux
angles saillans . Les Cavaliers couvrent absolument
les flancs hauts et bas du corps
de la Place.
Du reste tout est contreminé dans ce
Systême , le Chemin couvert , sa Demi-
June , la Contregarde , la fausse Braye ,
le corps de la Place. Le Fossé même a
au milieu une espece de Cunete souterraine
ou voute , de laquelle partent des
Rameaux qui vont sous le Glacis. L'avantage
general de ces Contremines vousées
est 1 °. qu'il faut que leMineur passe
Evi par
732 MERCURE DE FRANCE .
par là , et y essaye le coup de main de la
part de gens frais et bien préparez à le
recevoir. 2 ° . que lorsque l'ennemi s'est
emparé de ce passage , on peut le murer
à droit et à gauche , et se réserver tout
le reste de galerie , où l'on peut même
creuser pour prendre le dessous du passage,
et y faire sauter l'ennemi . 3 °. Que ces
voutes ont desCreneaux qui donnent dans
les fossez voisins , et d'où on peut prendre
des revers et par derriere l'ennemi ,
qui fait son passage du fossé. 4° . Enfin
on peut par ces voutes faire sauter les
Ouvrages et les Logemens des ennemis .
Dans le Discours Préliminaire qui sert
d'introduction et de Supplement à l'Ouvrage
de M. D*** , le P. Castel traite du
Trait de la Fortification , et il rend raison
de la construction de ce Trait et de la
position ancienne et moderne de la Face,
du Flanc et de la Courtine. Il compare
nos Bastions avec les Tours rondes er
quarrées des Anciens.
Il fait voir les avantages des uns et les
inconvéniens des autres. Une chose qui
me paroît nouvelle et fort heureusement
remarquée , c'est que nos Bastions sont la
suite naturelle des Tours des Anciens ;
car aux Tours rondes succederent les
Tours quarrées , posées à plat , et à cette
position platte succeda la position saillante
AVRIL 1731. 733
Fante des mêmes Tours quarrées . Les Bastions
d'Errard , un de nos premiers Ingénieurs
étoient des Tours quarrées , posées
en saillie hors des courtines ; peu
peu on redressa les Flancs et on aggrandit
le corps de ces Tours transformées en
Bastions.
à
H ne tiendra pas au R. P. Castel , qu'il
ne ressuscite les seconds Flancs , autrefois.
si vantez dans la Fortification Hollandoise
, mais tout-à- fait décriez par le.
Comte de Pagan , et abandonnez par le
Maréchal de Vauban . Notre Auteur fait
voir par une Géometrie aussi solide que
facile , que ce n'est qu'un mal entendu
et un manque de raisonnement et de calcul
trigonometrique , qui a fait regarder
ees Flancs comme inutiles et nuisibles . Le
R. P. Castel les trouve au contraire trèsutiles
et tout-à-fait avantageux..
qu'u
De la construction du Trait , il passe
aux Bombes et aux Mines , et il fait voir
qu'une Place a trois ennemis que la Poudre
lui suscite ; le Canon , qui la rase horisontalement
et de niveau , la Bombe , qui'
l'écrase de haut en bas , et la Mine qui
la souleve et la bouleverse de fond en comble,
c'est le Trait qui garantit du Canon .
Le R. P. Castel propose des demi - voutes,
ou des quarts de voutes pour garantir des.
Bombes. Mais c'est sur les Contremines
que
734 MERCURE DE FRANCE
que roule principalement son Discours ,
comme tout l'Ouvrage de M. D *** . Ce
Pere y traite plusieurs questions curieuses
, comme si le corps de la Place est
capable d'une meilleure deffense que tous
les dehors ; s'il vaut mieux après une médiocre
deffense de ses dehors réserver sa
principale force pour le corps de la Place,
ou , &c.
On est redevable à M. de Marne , des
dépenses et de mille soins qu'il s'est donnez
pour procurer un si bon Ouvrage au
Public. On trouve chez lui toutes les Figures
de la Bible , Ancien et Nouveau
Testament , gravé d'après les grands Maî
tres en 530. Planches , avec une explication
Latine et Françoise. Il a fait à cet
Ouvrage depuis peu des changemens et
des augmentations. On a trouvé aussi chez
ledit sieur toute la Bible avec les mêmes
Estampes , 6. vol. in folio et in quarto . Il
demeure rue du Foin , près la rue de la Har
pe , au Heaume , quartier de Sorbonne à
Paris.
de deffendre les Places par le moyen des
Contremines. Ouvrage postume de M. D***
imprimé et donné au Public , par M. De
marne ,Graveur ordinaire de la Reine , vol.
in 12. avec figures , dédié au Roi ; il se
vend à Paris chez Jacques Clousier , ruë
S. Jacques , à l'Ecu de France. Le Discours
Préliminaire qui fait la moitié du
Livre , est du R. P. Castel , Jesuite.
M,
AVRIL. 1731. 729
M. D *** a servi le Roi pendant 40.
années dans la fonction d'Ingénieur
ainsi il parle en homme consommé ; et en
effet son Systême est une nouveauté qui
mérite beaucoup d'attention . Jusqu'ici
la plupart des Ingénieurs avoient réduit
presque tout l'Art des Fortifications et de
la deffense des Places , à la construction
du Trait , c'est-à- dire , des Fossez et des
Ramparts, des Bastions et des Demilunes,
des Couronnes des Carnes et Contre
gardes. Mais ce Trait ne met une Place
à couvert que contre le Canon , qui après
tout n'est pas son unique , ni même son
plus grand ennemi. La Mine est la maîtresse
clef de toutes les Places. On a cependant
fort
peu travaillé pour les en
garantir. L'Art des Contremines est ce
pendant un bel Art , tout aussi régulie
que celui du Trait ; et du reste son im
portance est extrême , non-seulement à
cause de la violence des Mines , mais surtout
à cause de la facilité qu'il y a de s'en
garentir. Car heureusement pour l'As
siegé , qu'on croiroit poussé à bout par là,
c'est-là , au contraire , son vrai champ de
bataille , comme M. D*** le fait voir par
le fait même , et comme le P. Castel l'établit
solidement par ce Raisonnement..
Naturellement , dit ce Pere , l'attaque
se fait à force ouverte , au lieu que de
Ev
soi
730 MERCURE DE FRANCE .
soi la deffense est secrette , cachée et
souterraine . Or dans les Combats souterrains
, l'Assiegeant perd son avantage du
nombre , et l'Assiegé peut lui offrir un
front égal et même superieur ; chacun
est maître chez soi. Dans les Contremines
l'Assiegé est chez soi , et l'Assiegeant est
en païs tout à fait ennemi . Celui là connoît
tout son terrain ; celui cy en fait à
chaque pas la découverte à ses risques ,
périls et fortunes. L'Assiegé peut attendre
I'Assiegeant de pied ferme et le prendre
au moment et au lieu qu'il veut , comme
le chat guette la souris. Le Mineur
ne travaille qu'à genoux , il est gêné et
embarrassé de sa personne , quand il n'auroit
qu'à se tenir là les bras croisez sans
rien faire , sans rien craindre . Du côté de
la crainte le pauvre Mineur a mille ennemis
réels , mille ennemis imaginaires à
combattre. Le terrain est tantôt dur et
le roc même,tantôt mol , liquide, boueux,
quelquefois fragile , capricieux , qui s'éboule
et l'étouffe , quand ce ne seroit que
par la poussiere ou par la mauvaise odeur.
Du reste il a toujours à craindre de donner
dans la Contremine. Le bruit qu'il
excite lui- même malgré lui l'épouvante
et lui fait à chaque instant appréhender
la rencontre de l'ennemi , et l'ennemi qu'on
croit voir ou entendre , est toujours plus redoutable
AVRIL. 173. 731
J
doutable que celui qu'on voit en effet. On
combat bien mal des hommes , lorsqu'en même-
tems on a tant de chimeres à combattre.
La maniere dont M. D*** deffend le
chemin couvert , en mettant la Palissade
au niveau du Parapet du Glacis , ce qui
l'empêche d'être vue et abbatue par le
Canon ennemi , est une excellente deffense.
Les Bombes qu'il enterre sous le Glacis
sont préferables aux Fourneaux. Le
succès en est plus assuré et sa construction
plus prompte et plus facile. La contre-
garde qu'il donne à la Demi - lune , aura
l'approbation de tous les Connoisseurs,
La fausse Braye même qu'il détache dứ
corps de sa place , n'a pas l'inconvenient
des fausses Brayes ordinaires , et vaut les
Contregardes des Bastions , surtout avec
les Cavaliers que cet Ingenieur met aux
angles saillans . Les Cavaliers couvrent absolument
les flancs hauts et bas du corps
de la Place.
Du reste tout est contreminé dans ce
Systême , le Chemin couvert , sa Demi-
June , la Contregarde , la fausse Braye ,
le corps de la Place. Le Fossé même a
au milieu une espece de Cunete souterraine
ou voute , de laquelle partent des
Rameaux qui vont sous le Glacis. L'avantage
general de ces Contremines vousées
est 1 °. qu'il faut que leMineur passe
Evi par
732 MERCURE DE FRANCE .
par là , et y essaye le coup de main de la
part de gens frais et bien préparez à le
recevoir. 2 ° . que lorsque l'ennemi s'est
emparé de ce passage , on peut le murer
à droit et à gauche , et se réserver tout
le reste de galerie , où l'on peut même
creuser pour prendre le dessous du passage,
et y faire sauter l'ennemi . 3 °. Que ces
voutes ont desCreneaux qui donnent dans
les fossez voisins , et d'où on peut prendre
des revers et par derriere l'ennemi ,
qui fait son passage du fossé. 4° . Enfin
on peut par ces voutes faire sauter les
Ouvrages et les Logemens des ennemis .
Dans le Discours Préliminaire qui sert
d'introduction et de Supplement à l'Ouvrage
de M. D*** , le P. Castel traite du
Trait de la Fortification , et il rend raison
de la construction de ce Trait et de la
position ancienne et moderne de la Face,
du Flanc et de la Courtine. Il compare
nos Bastions avec les Tours rondes er
quarrées des Anciens.
Il fait voir les avantages des uns et les
inconvéniens des autres. Une chose qui
me paroît nouvelle et fort heureusement
remarquée , c'est que nos Bastions sont la
suite naturelle des Tours des Anciens ;
car aux Tours rondes succederent les
Tours quarrées , posées à plat , et à cette
position platte succeda la position saillante
AVRIL 1731. 733
Fante des mêmes Tours quarrées . Les Bastions
d'Errard , un de nos premiers Ingénieurs
étoient des Tours quarrées , posées
en saillie hors des courtines ; peu
peu on redressa les Flancs et on aggrandit
le corps de ces Tours transformées en
Bastions.
à
H ne tiendra pas au R. P. Castel , qu'il
ne ressuscite les seconds Flancs , autrefois.
si vantez dans la Fortification Hollandoise
, mais tout-à- fait décriez par le.
Comte de Pagan , et abandonnez par le
Maréchal de Vauban . Notre Auteur fait
voir par une Géometrie aussi solide que
facile , que ce n'est qu'un mal entendu
et un manque de raisonnement et de calcul
trigonometrique , qui a fait regarder
ees Flancs comme inutiles et nuisibles . Le
R. P. Castel les trouve au contraire trèsutiles
et tout-à-fait avantageux..
qu'u
De la construction du Trait , il passe
aux Bombes et aux Mines , et il fait voir
qu'une Place a trois ennemis que la Poudre
lui suscite ; le Canon , qui la rase horisontalement
et de niveau , la Bombe , qui'
l'écrase de haut en bas , et la Mine qui
la souleve et la bouleverse de fond en comble,
c'est le Trait qui garantit du Canon .
Le R. P. Castel propose des demi - voutes,
ou des quarts de voutes pour garantir des.
Bombes. Mais c'est sur les Contremines
que
734 MERCURE DE FRANCE
que roule principalement son Discours ,
comme tout l'Ouvrage de M. D *** . Ce
Pere y traite plusieurs questions curieuses
, comme si le corps de la Place est
capable d'une meilleure deffense que tous
les dehors ; s'il vaut mieux après une médiocre
deffense de ses dehors réserver sa
principale force pour le corps de la Place,
ou , &c.
On est redevable à M. de Marne , des
dépenses et de mille soins qu'il s'est donnez
pour procurer un si bon Ouvrage au
Public. On trouve chez lui toutes les Figures
de la Bible , Ancien et Nouveau
Testament , gravé d'après les grands Maî
tres en 530. Planches , avec une explication
Latine et Françoise. Il a fait à cet
Ouvrage depuis peu des changemens et
des augmentations. On a trouvé aussi chez
ledit sieur toute la Bible avec les mêmes
Estampes , 6. vol. in folio et in quarto . Il
demeure rue du Foin , près la rue de la Har
pe , au Heaume , quartier de Sorbonne à
Paris.
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Résumé : Nouveau Systême pour attaquer les Places des Contremines , &c. [titre d'après la table]
Le texte présente un ouvrage posthume de M. D*** sur la défense des places fortes par les contremines, imprimé et publié par M. De Marne, graveur de la Reine. Cet ouvrage est dédié au Roi et est vendu à Paris chez Jacques Clousier. Le discours préliminaire, rédigé par le Père Castel, jésuite, constitue la moitié du livre. M. D*** a servi le Roi pendant 40 ans en tant qu'ingénieur et propose un nouveau système de défense contre les mines, souvent négligées par les ingénieurs qui se concentrent sur les fortifications extérieures comme les fossés, les remparts, les bastions et les demi-lunes. Le Père Castel souligne que la mine est un ennemi majeur des places fortes et que l'art des contremines est aussi régulier et important que celui des fortifications extérieures. L'ouvrage détaille les avantages des contremines, permettant à l'assiégé de combattre l'assaillant sur son propre terrain. M. D*** propose diverses innovations, telles que la palissade au niveau du parapet du glacis, des bombes enterrées sous le glacis, et des contre-gardes pour les demi-lunes. Le système de contremines inclut des voûtes souterraines dans les fossés et les murs de la place, permettant de surprendre et de neutraliser l'ennemi. Le Père Castel, dans son discours préliminaire, compare les bastions modernes aux tours anciennes et discute des avantages des seconds flancs, autrefois décriés mais réévalués comme utiles. Il traite également des trois ennemis de la poudre : le canon, les bombes et les mines, et propose des demi-voutes pour se protéger des bombes. L'ouvrage est enrichi par les soins et les dépenses de M. De Marne, qui a également publié des gravures de la Bible.
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1661
p. 734-735
Histoire des insectes d'Europe, &c. [titre d'après la table]
Début :
HISTOIRE DES INSECTES D'EUROPE, dessinée d'après nature, et [...]
Mots clefs :
Insectes d'Europe, Chenilles, Vers, Papillons, Mouches
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texteReconnaissance textuelle : Histoire des insectes d'Europe, &c. [titre d'après la table]
HISTOIRE DES INSECTES D'EUROPE
dessinée d'après nature , et expliquée par
Marie Sibille Merian ; on y traite de la
generation et des differentes métamorphoses
des Chenilles , Vers , Papillons ,
Mouches et autres Insectes , comme aussi
des
AVRIL. 1731. 735
des Plantes , des Fleurs et des fruits dont
ils se nourrissent. Traduite du Hollandois
par Jean Marret , Docteur en Medecine ,
augmentée par le même d'une Descrip
tion exacte des Plantes dont il est parlé
dans cette Histoire , et des explications
de 18. nouvelles Planches dessinées par
la même Dame , et qui n'ont point encore
parû , forme d'Atlas. A Amsterdam ,
chez J. Frederic Bernard , 1730.
HISTOIRE DE DANNEMACK , avant et
après l'établissement de la Monarchie .
Par M. des Roches , Ecuyer et Avocat
General du Roi Tr. Chr. au Bureau des
Finances et Chambre du Domaine de la
Generalité de la Rochelle. A Amsterdam ,
chez waesberge , 1730. 6. vol. grand in 12.
dessinée d'après nature , et expliquée par
Marie Sibille Merian ; on y traite de la
generation et des differentes métamorphoses
des Chenilles , Vers , Papillons ,
Mouches et autres Insectes , comme aussi
des
AVRIL. 1731. 735
des Plantes , des Fleurs et des fruits dont
ils se nourrissent. Traduite du Hollandois
par Jean Marret , Docteur en Medecine ,
augmentée par le même d'une Descrip
tion exacte des Plantes dont il est parlé
dans cette Histoire , et des explications
de 18. nouvelles Planches dessinées par
la même Dame , et qui n'ont point encore
parû , forme d'Atlas. A Amsterdam ,
chez J. Frederic Bernard , 1730.
HISTOIRE DE DANNEMACK , avant et
après l'établissement de la Monarchie .
Par M. des Roches , Ecuyer et Avocat
General du Roi Tr. Chr. au Bureau des
Finances et Chambre du Domaine de la
Generalité de la Rochelle. A Amsterdam ,
chez waesberge , 1730. 6. vol. grand in 12.
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Résumé : Histoire des insectes d'Europe, &c. [titre d'après la table]
Le texte mentionne deux ouvrages historiques. Le premier, 'Histoire des Insectes d'Europe', par Marie Sibille Merian, décrit la génération et les métamorphoses des insectes et leurs aliments. Traduit par Jean Marret, il est publié à Amsterdam en 1730. Le second, 'Histoire de Dannemack' par M. des Roches, couvre la période avant et après l'établissement de la monarchie dans cette région. Publié en six volumes à Amsterdam en 1730.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1662
p. 735-738
Recueil de tous les Ouvrages de M. de Launoy, &c. [titre d'après la table]
Début :
J. LAUNOII, Constantiensis, &c. Opera omnia ad selectiorem Ordinem, revocata [...]
Mots clefs :
Jean de Launoy, Théologie, Recueil d’œuvres, Faculté de Paris, Recueil d’œuvres, Dissertation critique, Érudition, Genève
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Recueil de tous les Ouvrages de M. de Launoy, &c. [titre d'après la table]
J. LAUNOII , Constantiensis , &c.
Opera omnia ad selectiorem Ordinem
revocata &c. C'est- à-dire , RECUEIL
de tous les Ouvrages de Jean de Launoy ,
de Coutance , Docteur en Théologie de
la Faculté de Paris , de la Societé de Na--
varre , réduits en ordre ; augmentez et
enrichis de quelques Ouvrages qui n'ont
point encore paru , de plusieurs Notes
Dogmatiques , Historiques & Critiques ;
de la vie de l'Auteur , de differens Monumens
qui regardent M. de Launoy luimême.
736 MERCURE DE FRANCE .
l
même ou ses Ecrits ; de Préfaces mises à
la tête de chaque volume , et d'Index trèsamples.
On y a joint une Dissertation des
differens succès des Ouvrages de M. de
Launoy. Cette Edition est divisée en cinq
Tomes , qui composeront dix volumes in
folio.Elle est proposée par Souscription. A
Geneve , aux dépens de Fabre et de Barillot ,
Associez , et de Marc-Michel Bousquet et
de ses Associez , 1731.
Les Editeurs de cet Ouvrage font distribuer
un Prospectus imprimé en Latin
de 12. pages in folio , par lequel on peut
juger non-seulement de la beauté des caracteres
et du papier , mais encore de la
richesse de l'Edition , du sçavoir et de la
sagacité des Editeurs. Ce Prospectus comprend
sous le nom de Prodrome , l'ordre
qu'on a suivi en donnant les Ouvrages de
ce celebre Docteur ; on y justifie aussi
M. de Launoy sur plusieurs choses que
ses Adversaires lui ont imputé. Le Prospectus
comprend encore la Liste de
tous ses Ouvrages , les conditions des
Souscriptions , et les Libraires des differens
Royaumes chez qui on pourra souscrire
.
L'Ouvrage entier comprendra 1800 .
feuilles de la même grandeur et des mêmêmes
caracteres que le Prospectus . Les
Editeurs avertissent que si le nombre des
feuilles.
AVRIL. 1731. 737
feuilles étoit moindre que le nombre de
1800. l'argent que l'on donnera en dernier
lieu sera moins considerable à proportion
; mais que si au contraire le nombre
des feuilles devient plus grand , la
derniere somme n'augmentera pas à moins
le nombre des feuilles de surcroît
ne passe celui de dix , auquel cas on augmentera
la somme qu'on payera à la fin
par proportion avec le prix des Souscripque
tions.
La somme totale des Souscriptions
montera à 75. livres , monnoye commune
de Genève , que l'on payera dans le tems
marqué. En souscrivant , on payera 15.
livres , et on recevra le premier Tome
divisé en deux Parties , au mois d'Avril
1731. pour lequel on payera 15. autres
livres . Pour le cinquéme Tome , divisé en
deux Parties , et qui comprend les Lettres
, on le distribuera dans le mois de
Juillet de cette année 1731. 12. livres.
Pour le second Tome , aussi divisé en deux
Parties , qu'on recevra au mois de Décembre
de la même année , 12. livres . Pour
le troisiéme Tome , divisé en deux Parties,
qu'on recevra au mois de Juillet de
Fannée 1732. 12. livres. Et 9. livres
pour le quatriéme Tome , divisé aussi en
deux Parties , qu'on recevra au mois de
Decembre 1732. Somme totale. 75.
liv
Qn
738 MERCURE DE FRANCE:
On pourra souscrire depuis le premier
de Janvier jusqu'à la fin du mois de Juil
let de l'année 1731. ceux qui n'auront
pas souscrit payeront cent livres , monnoye
commune de Genêve . On souscrira
à Paris , chez Coignard , fils ; Montalant,
Cavelier , fils , N. L. Guerin , Briasson , et
de Bure, le fils . A Lyon , chez de Ville , et
Chalmette , Perisse , du Plain , Plaignard,
Bruysset et Journet . A Marseille , chez
Carry et Berte.
Les Jardiniers de Chelsea près de Londres
, ont fait imprimer in folio , chez
Rivington et du Barril , un Catalogue des
Arbres et des Arbrisseaux , tant naturels
qu'étrangers , qui soutiennent en plein air
le froid du climat. Il les ont représentez
avec leurs couleurs naturelles en 20. Plan
ches gravées , ou environ. Les noms sont
en Latin et en Anglois.
Opera omnia ad selectiorem Ordinem
revocata &c. C'est- à-dire , RECUEIL
de tous les Ouvrages de Jean de Launoy ,
de Coutance , Docteur en Théologie de
la Faculté de Paris , de la Societé de Na--
varre , réduits en ordre ; augmentez et
enrichis de quelques Ouvrages qui n'ont
point encore paru , de plusieurs Notes
Dogmatiques , Historiques & Critiques ;
de la vie de l'Auteur , de differens Monumens
qui regardent M. de Launoy luimême.
736 MERCURE DE FRANCE .
l
même ou ses Ecrits ; de Préfaces mises à
la tête de chaque volume , et d'Index trèsamples.
On y a joint une Dissertation des
differens succès des Ouvrages de M. de
Launoy. Cette Edition est divisée en cinq
Tomes , qui composeront dix volumes in
folio.Elle est proposée par Souscription. A
Geneve , aux dépens de Fabre et de Barillot ,
Associez , et de Marc-Michel Bousquet et
de ses Associez , 1731.
Les Editeurs de cet Ouvrage font distribuer
un Prospectus imprimé en Latin
de 12. pages in folio , par lequel on peut
juger non-seulement de la beauté des caracteres
et du papier , mais encore de la
richesse de l'Edition , du sçavoir et de la
sagacité des Editeurs. Ce Prospectus comprend
sous le nom de Prodrome , l'ordre
qu'on a suivi en donnant les Ouvrages de
ce celebre Docteur ; on y justifie aussi
M. de Launoy sur plusieurs choses que
ses Adversaires lui ont imputé. Le Prospectus
comprend encore la Liste de
tous ses Ouvrages , les conditions des
Souscriptions , et les Libraires des differens
Royaumes chez qui on pourra souscrire
.
L'Ouvrage entier comprendra 1800 .
feuilles de la même grandeur et des mêmêmes
caracteres que le Prospectus . Les
Editeurs avertissent que si le nombre des
feuilles.
AVRIL. 1731. 737
feuilles étoit moindre que le nombre de
1800. l'argent que l'on donnera en dernier
lieu sera moins considerable à proportion
; mais que si au contraire le nombre
des feuilles devient plus grand , la
derniere somme n'augmentera pas à moins
le nombre des feuilles de surcroît
ne passe celui de dix , auquel cas on augmentera
la somme qu'on payera à la fin
par proportion avec le prix des Souscripque
tions.
La somme totale des Souscriptions
montera à 75. livres , monnoye commune
de Genève , que l'on payera dans le tems
marqué. En souscrivant , on payera 15.
livres , et on recevra le premier Tome
divisé en deux Parties , au mois d'Avril
1731. pour lequel on payera 15. autres
livres . Pour le cinquéme Tome , divisé en
deux Parties , et qui comprend les Lettres
, on le distribuera dans le mois de
Juillet de cette année 1731. 12. livres.
Pour le second Tome , aussi divisé en deux
Parties , qu'on recevra au mois de Décembre
de la même année , 12. livres . Pour
le troisiéme Tome , divisé en deux Parties,
qu'on recevra au mois de Juillet de
Fannée 1732. 12. livres. Et 9. livres
pour le quatriéme Tome , divisé aussi en
deux Parties , qu'on recevra au mois de
Decembre 1732. Somme totale. 75.
liv
Qn
738 MERCURE DE FRANCE:
On pourra souscrire depuis le premier
de Janvier jusqu'à la fin du mois de Juil
let de l'année 1731. ceux qui n'auront
pas souscrit payeront cent livres , monnoye
commune de Genêve . On souscrira
à Paris , chez Coignard , fils ; Montalant,
Cavelier , fils , N. L. Guerin , Briasson , et
de Bure, le fils . A Lyon , chez de Ville , et
Chalmette , Perisse , du Plain , Plaignard,
Bruysset et Journet . A Marseille , chez
Carry et Berte.
Les Jardiniers de Chelsea près de Londres
, ont fait imprimer in folio , chez
Rivington et du Barril , un Catalogue des
Arbres et des Arbrisseaux , tant naturels
qu'étrangers , qui soutiennent en plein air
le froid du climat. Il les ont représentez
avec leurs couleurs naturelles en 20. Plan
ches gravées , ou environ. Les noms sont
en Latin et en Anglois.
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Résumé : Recueil de tous les Ouvrages de M. de Launoy, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente une édition des œuvres complètes de Jean de Launoy, docteur en théologie de la Faculté de Paris et membre de la Société de Navarre. Intitulée 'Recueil de tous les Ouvrages de Jean de Launoy', cette édition est enrichie de notes dogmatiques, historiques et critiques, ainsi que de la biographie de l'auteur et de divers documents le concernant. Elle est structurée en cinq tomes, soit dix volumes in-folio, et proposée par souscription. L'édition inclut également une dissertation sur les succès des œuvres de Launoy et des préfaces pour chaque volume. Un prospectus en latin détaille la qualité des caractères et du papier, ainsi que la richesse de l'édition. Il justifie Launoy contre certaines accusations et liste ses ouvrages et les conditions de souscription. L'ouvrage complet comprendra 1800 feuilles. Les souscriptions, ouvertes du 1er janvier à fin juillet 1731, coûtent 75 livres, monnaie commune de Genève. Les livraisons sont prévues d'avril 1731 à décembre 1732, et les souscriptions peuvent être faites à Paris, Lyon, Marseille et Londres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1663
p. 738-740
Assemblée publique de la Societé Royale de Montpelier, [titre d'après la table]
Début :
On a imprimé à Montpellier un Extrait de ce qui [...]
Mots clefs :
Société royale des sciences, Assemblée publique, Montpellier, Hydrophobie, Ville romaine, Mémoire historique, Académiciens, Opium
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Assemblée publique de la Societé Royale de Montpelier, [titre d'après la table]
On a imprimé à Montpellier un Extrait
de ce qui s'est passé à l'Assemblée
publique de la Societé Royale des Sciences
, tenuë le 7. Décembre 1730. dans lá
grande Salle de l'Hôtel de Ville , MM . les
Consuls y assistant en Chaperon. Nous
allons donner un précis de ce qui s'y
passa.
La Seance fut ouverte par M. l'Evêque
AVRIL. 1731. 739
que qui y presidoit. M. Riviere parla le
premier , et fit part à la Compagnie des
Observations qu'il a faite sur l'Opium , et
donna une idée de celles qu'il doit faire
dans la suite sur le même suc , sur la Plante
qui le produit , et sur celles qu'on peur
appeller Analogues , comme le Papaver
Rheas , le Papaver Corniculatum , et les
differentes especes de Jusquiame. Il finit
en avertissant qu'il se propose de donner
une nouvelle préparation du Laudanum,
encore plus effective que celles dont on
s'est servi jusqu'ici .
M. Haguenot lut ensuite un Memoire
sur l'Hydrophobie , ou l'horreur des Liquides
, qui arrive ordinairement après la
morsure d'un animal enragé , à l'occasion
d'un Malade attaqué de ce mal , vvûũ pat
M. Haguenot.
*
M. de Plantade lut après lui un Memoire
détaché du grand Ouvrage Historique
, auquel il travaille , dans lequel
Memoire il établit la veritable position
d'une Ville Romaine dont on ne connoissoit
que le nom. Cette Ville est le Forum
Domitii , marquée dans l'Itineraire d'Antonin
, sur laquelle plusieurs Sçavans ont
fait jusqu'ici des recherches inutiles. M.de
Plantade place cette Ville à un quart de
lieuë à l'Orient de Fabregues , où il a dé-
Couvert en effet les ruines d'une ancienng
740 MERCURE DE FRANCE
ne Ville dans un lieu inculte et sauvage ;
c'est ce que l'habile Académicien prouve
fort au long d'une maniere qui fera plaisir
à tous les amateurs de l'Antiquité.
A la fin de l'Extrait imprimé à Montpellier
, on lit que ces Memoires , fort
interessans chacun dans leur espece , furent
très- goutez par l'Assemblée . M. le
Président , en les récapitulant , en fit
l'éloge , il fit aussi celui des Académiciens
qui les avoient lûs.
de ce qui s'est passé à l'Assemblée
publique de la Societé Royale des Sciences
, tenuë le 7. Décembre 1730. dans lá
grande Salle de l'Hôtel de Ville , MM . les
Consuls y assistant en Chaperon. Nous
allons donner un précis de ce qui s'y
passa.
La Seance fut ouverte par M. l'Evêque
AVRIL. 1731. 739
que qui y presidoit. M. Riviere parla le
premier , et fit part à la Compagnie des
Observations qu'il a faite sur l'Opium , et
donna une idée de celles qu'il doit faire
dans la suite sur le même suc , sur la Plante
qui le produit , et sur celles qu'on peur
appeller Analogues , comme le Papaver
Rheas , le Papaver Corniculatum , et les
differentes especes de Jusquiame. Il finit
en avertissant qu'il se propose de donner
une nouvelle préparation du Laudanum,
encore plus effective que celles dont on
s'est servi jusqu'ici .
M. Haguenot lut ensuite un Memoire
sur l'Hydrophobie , ou l'horreur des Liquides
, qui arrive ordinairement après la
morsure d'un animal enragé , à l'occasion
d'un Malade attaqué de ce mal , vvûũ pat
M. Haguenot.
*
M. de Plantade lut après lui un Memoire
détaché du grand Ouvrage Historique
, auquel il travaille , dans lequel
Memoire il établit la veritable position
d'une Ville Romaine dont on ne connoissoit
que le nom. Cette Ville est le Forum
Domitii , marquée dans l'Itineraire d'Antonin
, sur laquelle plusieurs Sçavans ont
fait jusqu'ici des recherches inutiles. M.de
Plantade place cette Ville à un quart de
lieuë à l'Orient de Fabregues , où il a dé-
Couvert en effet les ruines d'une ancienng
740 MERCURE DE FRANCE
ne Ville dans un lieu inculte et sauvage ;
c'est ce que l'habile Académicien prouve
fort au long d'une maniere qui fera plaisir
à tous les amateurs de l'Antiquité.
A la fin de l'Extrait imprimé à Montpellier
, on lit que ces Memoires , fort
interessans chacun dans leur espece , furent
très- goutez par l'Assemblée . M. le
Président , en les récapitulant , en fit
l'éloge , il fit aussi celui des Académiciens
qui les avoient lûs.
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Résumé : Assemblée publique de la Societé Royale de Montpelier, [titre d'après la table]
Le 7 décembre 1730, la Société Royale des Sciences de Montpellier a organisé une assemblée publique à l'Hôtel de Ville, en présence des consuls. La séance, dirigée par M. l'Évêque Avril, a débuté par une intervention de M. Rivière. Il a présenté ses observations sur l'opium et annoncé des recherches futures sur cette substance, la plante qui la produit, ainsi que sur des plantes analogues comme le Papaver Rheas, le Papaver Corniculatum et diverses espèces de jusquiame. Il a également mentionné une nouvelle préparation du laudanum plus efficace que celles existantes. M. Haguenot a ensuite lu un mémoire sur l'hydrophobie, illustré par un cas clinique. M. de Plantade a présenté un mémoire extrait de son ouvrage historique, identifiant la position du Forum Domitii, une ville romaine mentionnée dans l'Itinéraire d'Antonin. Il a situé cette ville à un quart de lieue à l'est de Fabregues, où il a découvert des ruines d'une ancienne ville dans un lieu sauvage. Les mémoires présentés ont été très appréciés par l'assemblée, et M. le Président les a récapitulés en les louant ainsi que les académiciens qui les avaient lus.
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1664
p. 740-744
Sermon prêché devant le Roi, par l'Abbé Segui, &c. [titre d'après la table]
Début :
L'Abbé Seguy, prêcha le Jeudy-Saint la Cêne devant le [...]
Mots clefs :
Abbé Seguy, Jeudi Saint, Cène, Louis XV, Humilité chrétienne, Discours religieux, Sermon royal, Pied de l'autel, Modèle divin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sermon prêché devant le Roi, par l'Abbé Segui, &c. [titre d'après la table]
L'Abbé Seguy , prêcha le Jeudy- Saint
la Cêne devant le Roy. Nous avons
crû qu'on seroit bien aise de voir ici
l'Analyse de son Discours ; mais nous.
n'avons pû obtenir de lui que le Texte
et l'Exorde.
Exemplum dedi vobis, ut quemadmodum
ego feci ita et vos faciatis. Je vous ai donné
l'exemple, afin que vous fassiez ce que
Vous avez vû que j'ai fait . En S. Jean ,
Chap. 13 .
SIRE .
Divin exemple qui nous fait voir le
Fils unique du Très - Haut , exerçant aux
pieds de ses Apôtres surpris, les plus humbles
fonctions d'un Serviteur ! exemple
puissant , dont la force subjugant les Potentats
AVRIL. 1731. 741
tentats les plus fiers , les a fait descendre
du faîte de leur grandeur, pour exercer à
leur tour envers les derniers de leurs Sujets
, ce vil ministere ! Voilà , Grands , qui
m'écoutez , ce qui m'authorise à vous venir
prêcher l'humilité , oui l'humilité
l'humilité chrétienne. Je sçai que vous
ne paroissez pas faits pour entendre ce
langage ; mais je sçai que nous n'avons
point pour vous d'Evangile particulier ,
je sçai que cette Religion dont l'esprit est
un esprit d'anéantissement volontaire , est
indistinctement la regle infléxible de tous;
que l'Homme Dieu , souverainement
humble , qu'elle vous presente , n'est pas
moins votre modele que celui de vos inferieurs
, et qu'après tout pour pouvoir
alleguer avec quelque prétexte apparent
votre grandeur, vous n'êtes pas plus grands
que votre Roi , qui ne se dispense pas de
la Loi de l'humilité , et qui va vous en
donner l'exemple .
Pour vous en inspirer les sentimens , je
ne viens pas ici vous rappeller les foiblesses
et les miseres qui vous sont communes
avec le reste des hommes. Vous avez
des raisons bien plus particulieres de pratiquer
l'humilité chrétienne ; vous avez
toutes celles que peuvent avoir les autres
hommes , mais ils n'ont pas toutes celles
que vous avez , et c'est à ces dernieres
que
742 MERCURE DE FRANCE.
>
que je me borne. Je laisse des idées qu'on
vous a presentées cent fois, et m'attachant
à un motif , qui pour paroître singulier
n'en est pas moins solide , je viens vous
dire que vous devez vous abbaisser par
la raison même que vous êtes élevez . Ne
vous étonnez pas de cette proposition , toute
surprenante qu'elle est d'abord pour le
préjugé et pour l'amour propre ; elle est
fondée sur le mystere dont tout vous retrace
le souvenir , et dont il est si convenable
que je vous entretienne . C'est dans
ce mystere que vous allez voir les raisons
particulieres qui vous engagent à vous
humilier ; car vous y allez voir et l'obligation
qu'impose la grandeur de pratiquer
Thumilité chrétienne et les avantages que
P'humilité chrétienne procure à la grandeur.
Deux considerations bien capables
de préparer vos coeurs à une vertu peut
être plus necessaire encore pour vous, quoique
pour vous plus difficile , sans doute.
C'est cette vertu , SIRE , que va prêcher
bien plus efficacement le grand exem
ple que votre pieté nous prépare. L'au-
Torité suprême asservie en vous et par
vous aux plus abjectes fonctions de l'humilité
; que ce Spectacle est touchant et
qu'il est digne de la Religion qui en est
le motifunique ! Par elle seule vous vous
disposez à le donner , ce saint Spectacle ,
comme
AVRIL: 1731
743
si vocomme
par elle seule vous nous en donnez
tant d'autres non moins chrétiens ;
si vous sçavez vous garantir des pieges
nombreux qui environnent le Trône , des
écueils de la jeunesse et du souverain pouvoir
, si la volupté irritée n'a point de
traits qui ne s'émoussent sur vous ,
tre coeur , ce coeur si renfermé pour le
secret politique , est si ouvert à vos Peuples
pour la bonté , si par votre pieté
vous nous faites de si grandes leçons à
nous-mêmes , Ministres du Dieu vivant ,
dans une telle conduite je reconnois la
Religion ; c'en est là l'ouvrage : et si vous
joüiissez des benedictions du Ciel les plus
marquées , si avec la douceur d'être uni
à une Epouse digne de vous , vous goutez
celle de voir croître heureusement ,
parmi les charmes de la Paix , votre Famille
auguste et déja nombreuse , si
vos mains , en conduisant cet Empire ,
sont si bien secondées par celles qui formerent
votre enfance ; en cela je reconnois
aussi la Religion ; c'en est pour vous,
SIRE , dès cette vie même , la récompense.
Penetré de reconnoissance pour
tant de bienfaits , vous venez aux pieds
de ces Pauvres de J. C. qui vous le représentent
lui- même , rendre un hommage
plus solemnel au Dieu de bonté , et cela
dans tous les sentimens qu'inspire l'humilité
744 MERCURE DE FRANCE.
milité chrétienne. Puissai - je lui soumettre,
à cette humilité , tous les coeurs à l'aide
d'un tel exemple.
la Cêne devant le Roy. Nous avons
crû qu'on seroit bien aise de voir ici
l'Analyse de son Discours ; mais nous.
n'avons pû obtenir de lui que le Texte
et l'Exorde.
Exemplum dedi vobis, ut quemadmodum
ego feci ita et vos faciatis. Je vous ai donné
l'exemple, afin que vous fassiez ce que
Vous avez vû que j'ai fait . En S. Jean ,
Chap. 13 .
SIRE .
Divin exemple qui nous fait voir le
Fils unique du Très - Haut , exerçant aux
pieds de ses Apôtres surpris, les plus humbles
fonctions d'un Serviteur ! exemple
puissant , dont la force subjugant les Potentats
AVRIL. 1731. 741
tentats les plus fiers , les a fait descendre
du faîte de leur grandeur, pour exercer à
leur tour envers les derniers de leurs Sujets
, ce vil ministere ! Voilà , Grands , qui
m'écoutez , ce qui m'authorise à vous venir
prêcher l'humilité , oui l'humilité
l'humilité chrétienne. Je sçai que vous
ne paroissez pas faits pour entendre ce
langage ; mais je sçai que nous n'avons
point pour vous d'Evangile particulier ,
je sçai que cette Religion dont l'esprit est
un esprit d'anéantissement volontaire , est
indistinctement la regle infléxible de tous;
que l'Homme Dieu , souverainement
humble , qu'elle vous presente , n'est pas
moins votre modele que celui de vos inferieurs
, et qu'après tout pour pouvoir
alleguer avec quelque prétexte apparent
votre grandeur, vous n'êtes pas plus grands
que votre Roi , qui ne se dispense pas de
la Loi de l'humilité , et qui va vous en
donner l'exemple .
Pour vous en inspirer les sentimens , je
ne viens pas ici vous rappeller les foiblesses
et les miseres qui vous sont communes
avec le reste des hommes. Vous avez
des raisons bien plus particulieres de pratiquer
l'humilité chrétienne ; vous avez
toutes celles que peuvent avoir les autres
hommes , mais ils n'ont pas toutes celles
que vous avez , et c'est à ces dernieres
que
742 MERCURE DE FRANCE.
>
que je me borne. Je laisse des idées qu'on
vous a presentées cent fois, et m'attachant
à un motif , qui pour paroître singulier
n'en est pas moins solide , je viens vous
dire que vous devez vous abbaisser par
la raison même que vous êtes élevez . Ne
vous étonnez pas de cette proposition , toute
surprenante qu'elle est d'abord pour le
préjugé et pour l'amour propre ; elle est
fondée sur le mystere dont tout vous retrace
le souvenir , et dont il est si convenable
que je vous entretienne . C'est dans
ce mystere que vous allez voir les raisons
particulieres qui vous engagent à vous
humilier ; car vous y allez voir et l'obligation
qu'impose la grandeur de pratiquer
Thumilité chrétienne et les avantages que
P'humilité chrétienne procure à la grandeur.
Deux considerations bien capables
de préparer vos coeurs à une vertu peut
être plus necessaire encore pour vous, quoique
pour vous plus difficile , sans doute.
C'est cette vertu , SIRE , que va prêcher
bien plus efficacement le grand exem
ple que votre pieté nous prépare. L'au-
Torité suprême asservie en vous et par
vous aux plus abjectes fonctions de l'humilité
; que ce Spectacle est touchant et
qu'il est digne de la Religion qui en est
le motifunique ! Par elle seule vous vous
disposez à le donner , ce saint Spectacle ,
comme
AVRIL: 1731
743
si vocomme
par elle seule vous nous en donnez
tant d'autres non moins chrétiens ;
si vous sçavez vous garantir des pieges
nombreux qui environnent le Trône , des
écueils de la jeunesse et du souverain pouvoir
, si la volupté irritée n'a point de
traits qui ne s'émoussent sur vous ,
tre coeur , ce coeur si renfermé pour le
secret politique , est si ouvert à vos Peuples
pour la bonté , si par votre pieté
vous nous faites de si grandes leçons à
nous-mêmes , Ministres du Dieu vivant ,
dans une telle conduite je reconnois la
Religion ; c'en est là l'ouvrage : et si vous
joüiissez des benedictions du Ciel les plus
marquées , si avec la douceur d'être uni
à une Epouse digne de vous , vous goutez
celle de voir croître heureusement ,
parmi les charmes de la Paix , votre Famille
auguste et déja nombreuse , si
vos mains , en conduisant cet Empire ,
sont si bien secondées par celles qui formerent
votre enfance ; en cela je reconnois
aussi la Religion ; c'en est pour vous,
SIRE , dès cette vie même , la récompense.
Penetré de reconnoissance pour
tant de bienfaits , vous venez aux pieds
de ces Pauvres de J. C. qui vous le représentent
lui- même , rendre un hommage
plus solemnel au Dieu de bonté , et cela
dans tous les sentimens qu'inspire l'humilité
744 MERCURE DE FRANCE.
milité chrétienne. Puissai - je lui soumettre,
à cette humilité , tous les coeurs à l'aide
d'un tel exemple.
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Résumé : Sermon prêché devant le Roi, par l'Abbé Segui, &c. [titre d'après la table]
Le texte décrit un sermon prononcé par l'Abbé Seguy lors du Jeudi Saint en présence du roi. L'Abbé commence par rappeler l'exemple d'humilité du Christ lavant les pieds de ses apôtres, un geste qui a inspiré les puissants à descendre de leur grandeur pour servir les plus humbles. Il souligne que l'humilité chrétienne est une règle applicable à tous, y compris les grands, qui doivent suivre l'exemple du roi. L'Abbé explique que les raisons de pratiquer l'humilité sont d'autant plus pertinentes pour les puissants, car leur élévation les oblige à s'abaisser. Il mentionne que le roi, par sa piété et son exemple, prépare un spectacle touchant d'humilité, évitant les pièges du pouvoir et montrant une grande bonté envers son peuple. Le sermon se conclut par une reconnaissance des bienfaits divins et un hommage à l'humilité chrétienne, avec l'espoir que tous puissent suivre cet exemple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1665
p. 744
Dictionnaire imprimé à Constantinople, &c. [titre d'après la table]
Début :
Nous venons de recevoir de Constantinople, un Essai d'un [...]
Mots clefs :
Constantinople, Dictionnaire, Arabe, Turc, Persan, Grec vulgaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dictionnaire imprimé à Constantinople, &c. [titre d'après la table]
Nous venons de recevoir de Constantinople
, un Essai d'un nouveau Dictionnaire
qu'on y imprime , dont voici le
Titre : DICTIONNAIRE François Italien
, Grec vulgaire , Latin , Turc , Arabe
et Persan; enrichi , tant de l'explication des
mots François et des exemples convenables
pour une plus grande intelligence de ces mois,
que d'un trés-grand nombre de phrases Tur
ques , tirées des plus celebres Auteurs dans
cette Langue , pour donner à connoître avec
facilité la proprieté , la force et l'application
des mots , foit Turcs , foit Arabes , foit Persans.
Fait dans le College des Capucins
de Constantinople , par les soins et sous
la direction du R. P. Romain de Paris
Conseiller des Missions de Grece , et Préfet
des Jeunes de Langues de France . A
CONSTANTINOPLE , de l'Imprimerie
de la Porte Ottomane , M. DCC . XXX.
, un Essai d'un nouveau Dictionnaire
qu'on y imprime , dont voici le
Titre : DICTIONNAIRE François Italien
, Grec vulgaire , Latin , Turc , Arabe
et Persan; enrichi , tant de l'explication des
mots François et des exemples convenables
pour une plus grande intelligence de ces mois,
que d'un trés-grand nombre de phrases Tur
ques , tirées des plus celebres Auteurs dans
cette Langue , pour donner à connoître avec
facilité la proprieté , la force et l'application
des mots , foit Turcs , foit Arabes , foit Persans.
Fait dans le College des Capucins
de Constantinople , par les soins et sous
la direction du R. P. Romain de Paris
Conseiller des Missions de Grece , et Préfet
des Jeunes de Langues de France . A
CONSTANTINOPLE , de l'Imprimerie
de la Porte Ottomane , M. DCC . XXX.
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Résumé : Dictionnaire imprimé à Constantinople, &c. [titre d'après la table]
Le dictionnaire 'DICTIONNAIRE François Italien, Grec vulgaire, Latin, Turc, Arabe et Persan' a été imprimé à Constantinople en 1730. Il enrichit l'explication des mots français et inclut des phrases turques célèbres. Réalisé au Collège des Capucins sous la direction du R. P. Romain de Paris, il facilite la compréhension des langues turque, arabe et persane.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1666
p. 744-745
Histoire Generale des Pierres, des Mineraux et des Pierreries, &c. [titre d'après la table]
Début :
On apprend de Naples, que Dom Hyacinte Grimma, Docteur en Droit et [...]
Mots clefs :
Naples, Métaux, Fossiles, Volcans, Cavernes, Eaux minérales
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texteReconnaissance textuelle : Histoire Generale des Pierres, des Mineraux et des Pierreries, &c. [titre d'après la table]
On apprend de Naples , que Dom
Hyacinte Gimma , Docteur en Droit et
Promoteur General de la Societé d'Egli
Incuriosi , a fait imprimer chez Mosca ,
une Histoire generale des Pierres , des
Mineraux et des Pierreries dont il est
parlé
AVRIL.
1731. 745
け
1
parlé dans l'Ecriture , il explique tout ce
qui regarde ce genre , il parle en mêmetemps
des Métaux , des Terres , des Sels ,
des Eaux , Bitumes , Eaux Minerales , et
de tout ce qui appartient aux Fossiles. Il
n'oublie point les Cavernes , les Feux et
Eaux souterraines , les Volcans , et generalement
les parties de la Physique souterraine
, outre quelques Traitez propres
éclairer l'Histoire Vegetale , Minerale et
Animale. Le tout divisé en six Livres
compris en deux Tomes in 4. 1730 .
Hyacinte Gimma , Docteur en Droit et
Promoteur General de la Societé d'Egli
Incuriosi , a fait imprimer chez Mosca ,
une Histoire generale des Pierres , des
Mineraux et des Pierreries dont il est
parlé
AVRIL.
1731. 745
け
1
parlé dans l'Ecriture , il explique tout ce
qui regarde ce genre , il parle en mêmetemps
des Métaux , des Terres , des Sels ,
des Eaux , Bitumes , Eaux Minerales , et
de tout ce qui appartient aux Fossiles. Il
n'oublie point les Cavernes , les Feux et
Eaux souterraines , les Volcans , et generalement
les parties de la Physique souterraine
, outre quelques Traitez propres
éclairer l'Histoire Vegetale , Minerale et
Animale. Le tout divisé en six Livres
compris en deux Tomes in 4. 1730 .
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Résumé : Histoire Generale des Pierres, des Mineraux et des Pierreries, &c. [titre d'après la table]
L'œuvre 'Histoire générale des Pierres, des Minéraux et des Pierreries' de Dom Hyacinte Gimma, Docteur en Droit, explore les pierres, minéraux, pierreries, métaux, terres, sels, eaux, bitumes, eaux minérales et fossiles. Elle traite également des cavernes, feux et eaux souterraines, ainsi que des volcans. L'ouvrage, publié en 1730 en deux tomes, inclut des traités sur l'histoire végétale, minérale et animale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1667
p. 745-747
Museum Florentinum. Le Cabinet du Grand Duc &c, en Estampes, [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Florence, qu'on y a entrepris, non [...]
Mots clefs :
Florence, Museum Florentinum, Gravures, Souscription, Planches gravées, Statues de marbre, Bustes, Monuments en bronze, Médailles, Portraits
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texteReconnaissance textuelle : Museum Florentinum. Le Cabinet du Grand Duc &c, en Estampes, [titre d'après la table]
On écrit de Florence , qu'on y a entrepris
, non -seulement de faire graver
tout ce que renferme de Monumens d'Antiquité
le Cabinet du Grand Duc , mais
encore tout ce qui se trouve de rare et
de précieux en ce genre dans les Cabinets
et dans les Maisons des Particuliers
à Florence. Michel Nestenus et François
Moucke , sont actuellement chargez de
l'impression des Estampes , lesquelles seront
accompagnées des Explications de
M. Gori , celebre Professeur en Histoire.
Ce curieux Recueil doit paroître sous
le titre de Museum Florentinum ; il sera
de dix Volumes in folio , grand papier
Imperial , et chaque Volume contiendra
au moins cent Planches gravées , sans
compter les Explications qui seront imprimées
séparément.
F Les
746 MERCURE DE FRANCE
Les deux premiers Volumes renferme
ront les Pierres gravées antiques de toute
espece.
Le troisiéme sera destiné pour les Statuës
de Marbre , arrangées dans un ordre
convenable.
Le quatrième pour les Bustes,
Le cinquième pour les petites Statuës
et autres Monumens en bronze.
Les sixième , septième et huitiéme comprendront
les Médailles choisies et les
plus rares , sur tout celles qui n'ont point
encore parû.
Dans le neuvième et dixième , seront
les Portraits des plus fameux Peintres qui
se sont peints eux -mêmes , et dont les
Originaux font l'ornement du Palais Mcdicis,
Toutes les Planches qui composent ce
Recueil , seront dessinées par un habile
Maître , et gravées par les plus excellens
Graveurs d'Italie , qui doivent les graver
d'après les Originaux,
Comme cette entreprise est d'une grande
dépense , on a jugé à propos de proposer
l'Ouvrage par souscription ; mais
avant que de s'engager dans de plus grands
frais , on ne propose actuellement que
les deux premiers Volumes qui sont déja
presque achevez , et pour la souscription
desquels on demande 18. écus , monnoye
de
AVRIL. 1731. 747
de Florence . On payera six écus en souscrivant
, six autres en recevant l'Exemplaire
du premier Volume , et le reste en
recevant l'Exemplaire du second. Il n'y
auta en tout que 300. Souscriptions , et
da Souscription ne sera ouverte que jusqu'à
la fin du mois de Juin prochain.
Il faut s'adresser à M. Vittorio Francheschini
, Marchand à Florence , ou à quelqu'autre
Négociant , en faisant remettre
les fonds sans frais.
Comme ces differens Volumes contiennent
des sujets qui n'ont aucun rapport
entr'eux , et qui ne font point de suite
on sera libre de les acheter séparément ,
en observant cependant de ne point diviser
les deux Volumes de Pierres gravées
, les trois Volumes de Médailles et
les deux de Portraits.
, non -seulement de faire graver
tout ce que renferme de Monumens d'Antiquité
le Cabinet du Grand Duc , mais
encore tout ce qui se trouve de rare et
de précieux en ce genre dans les Cabinets
et dans les Maisons des Particuliers
à Florence. Michel Nestenus et François
Moucke , sont actuellement chargez de
l'impression des Estampes , lesquelles seront
accompagnées des Explications de
M. Gori , celebre Professeur en Histoire.
Ce curieux Recueil doit paroître sous
le titre de Museum Florentinum ; il sera
de dix Volumes in folio , grand papier
Imperial , et chaque Volume contiendra
au moins cent Planches gravées , sans
compter les Explications qui seront imprimées
séparément.
F Les
746 MERCURE DE FRANCE
Les deux premiers Volumes renferme
ront les Pierres gravées antiques de toute
espece.
Le troisiéme sera destiné pour les Statuës
de Marbre , arrangées dans un ordre
convenable.
Le quatrième pour les Bustes,
Le cinquième pour les petites Statuës
et autres Monumens en bronze.
Les sixième , septième et huitiéme comprendront
les Médailles choisies et les
plus rares , sur tout celles qui n'ont point
encore parû.
Dans le neuvième et dixième , seront
les Portraits des plus fameux Peintres qui
se sont peints eux -mêmes , et dont les
Originaux font l'ornement du Palais Mcdicis,
Toutes les Planches qui composent ce
Recueil , seront dessinées par un habile
Maître , et gravées par les plus excellens
Graveurs d'Italie , qui doivent les graver
d'après les Originaux,
Comme cette entreprise est d'une grande
dépense , on a jugé à propos de proposer
l'Ouvrage par souscription ; mais
avant que de s'engager dans de plus grands
frais , on ne propose actuellement que
les deux premiers Volumes qui sont déja
presque achevez , et pour la souscription
desquels on demande 18. écus , monnoye
de
AVRIL. 1731. 747
de Florence . On payera six écus en souscrivant
, six autres en recevant l'Exemplaire
du premier Volume , et le reste en
recevant l'Exemplaire du second. Il n'y
auta en tout que 300. Souscriptions , et
da Souscription ne sera ouverte que jusqu'à
la fin du mois de Juin prochain.
Il faut s'adresser à M. Vittorio Francheschini
, Marchand à Florence , ou à quelqu'autre
Négociant , en faisant remettre
les fonds sans frais.
Comme ces differens Volumes contiennent
des sujets qui n'ont aucun rapport
entr'eux , et qui ne font point de suite
on sera libre de les acheter séparément ,
en observant cependant de ne point diviser
les deux Volumes de Pierres gravées
, les trois Volumes de Médailles et
les deux de Portraits.
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Résumé : Museum Florentinum. Le Cabinet du Grand Duc &c, en Estampes, [titre d'après la table]
À Florence, une initiative vise à graver et publier les monuments antiques et objets rares des collections du Grand Duc et de particuliers. Michel Nestenus et François Moucke sont responsables de l'impression des estampes, accompagnées des explications du professeur Gori. Le recueil, intitulé 'Museum Florentinum', comportera dix volumes in-folio sur grand papier impérial, chaque volume contenant au moins cent planches gravées et des explications imprimées séparément. Les deux premiers volumes présenteront les pierres gravées antiques. Le troisième volume sera dédié aux statues de marbre, le quatrième aux bustes, et le cinquième aux petites statues et monuments en bronze. Les sixième, septième et huitième volumes incluront des médailles rares, tandis que les neuvième et dixième volumes contiendront des portraits de peintres célèbres. Toutes les planches seront dessinées par un maître et gravées par des graveurs italiens renommés. En raison des coûts élevés, l'ouvrage est proposé par souscription. Actuellement, seuls les deux premiers volumes, presque achevés, sont proposés à la souscription au prix de 18 écus, avec des paiements en trois versements. Seules 300 souscriptions seront acceptées, et la souscription sera ouverte jusqu'à la fin du mois de juin. Les souscriptions peuvent être faites auprès de M. Vittorio Francheschini à Florence ou d'un autre négociant, sans frais de transfert des fonds. Les volumes peuvent être achetés séparément, à condition de ne pas diviser les volumes de pierres gravées, de médailles et de portraits.
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1668
p. 747-748
Nouvelles Estampes de Watteau, et autres, [titre d'après la table]
Début :
Les Curieux sont avertis qu'il paroît depuis peu cinq [...]
Mots clefs :
Estampes, Gravures, Tableaux, Paris, Vente, Graveur
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Estampes de Watteau, et autres, [titre d'après la table]
Les Curieux sont avertis qu'il paroît
depuis peu cinq Estampes nouvellement
gravées d'après les Tableaux de feu Antoine
Watteau , par les soins de M. de
Julienne , dont la beauté soutient la réputation
que ce gracieux Peintre s'est acquise
; elles ont pour titre : les Plaisirs du
Bal, Entretiens amoureux , Escorte d'Equipages
, l'Occupation selon l'âge , le Portrait
de watteau. La vente s'en fait à Paris , chez
La Veuve de F. Chereau , Graveur du Roi ,
Fij ruč
748 MERCURE DE FRANCE
rue S. Jacques , aux deux Piliers d'Or
et chez Surugues , Graveur du Roi , ruë
des Noyers , vis -à - vis S. Yves.
On trouve chez les mêmes toutes les
Estampes que l'on a gravées jusqu'ici d'après
cet Auteur,
M. l'Epicier , un des meilleurs Graveurs
que nous ayons , vient de mettre au jour
une petite Estampe qui lui fait autant
d'honneur qu'elle fait de plaisir aux plus
fins connoisseurs. Elle se vend chez l'Auteur
, rue S. Jacques , près les Jacobins.
Ce tendre et précieux morceau a été gravé
d'après un excellent Tableau du Cabinet
du Comte de Morville , dans lequel l'illustre
Signora Roza - Alba Carriera , Venitienne
, a peint au pastel, une très - belle
femme avec des fleurs , représentant le
Printems. On lit ces quatie Vers au bas
de l'Estampe,
L'éclat des fleurs est peu durable ,
La beauté s'altére aisement ;
Il n'est qu'un instant favorable ,
Et cet instant est le present.
depuis peu cinq Estampes nouvellement
gravées d'après les Tableaux de feu Antoine
Watteau , par les soins de M. de
Julienne , dont la beauté soutient la réputation
que ce gracieux Peintre s'est acquise
; elles ont pour titre : les Plaisirs du
Bal, Entretiens amoureux , Escorte d'Equipages
, l'Occupation selon l'âge , le Portrait
de watteau. La vente s'en fait à Paris , chez
La Veuve de F. Chereau , Graveur du Roi ,
Fij ruč
748 MERCURE DE FRANCE
rue S. Jacques , aux deux Piliers d'Or
et chez Surugues , Graveur du Roi , ruë
des Noyers , vis -à - vis S. Yves.
On trouve chez les mêmes toutes les
Estampes que l'on a gravées jusqu'ici d'après
cet Auteur,
M. l'Epicier , un des meilleurs Graveurs
que nous ayons , vient de mettre au jour
une petite Estampe qui lui fait autant
d'honneur qu'elle fait de plaisir aux plus
fins connoisseurs. Elle se vend chez l'Auteur
, rue S. Jacques , près les Jacobins.
Ce tendre et précieux morceau a été gravé
d'après un excellent Tableau du Cabinet
du Comte de Morville , dans lequel l'illustre
Signora Roza - Alba Carriera , Venitienne
, a peint au pastel, une très - belle
femme avec des fleurs , représentant le
Printems. On lit ces quatie Vers au bas
de l'Estampe,
L'éclat des fleurs est peu durable ,
La beauté s'altére aisement ;
Il n'est qu'un instant favorable ,
Et cet instant est le present.
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Résumé : Nouvelles Estampes de Watteau, et autres, [titre d'après la table]
Le texte annonce la publication de cinq nouvelles estampes gravées d'après les tableaux d'Antoine Watteau, supervisées par M. de Julienne. Les titres des estampes sont 'Les Plaisirs du Bal', 'Entretiens amoureux', 'Escorte d'Équipages', 'L'Occupation selon l'âge' et 'Le Portrait de Watteau'. Elles sont en vente à Paris chez la Veuve de F. Chereau et chez Surugues, tous deux graveurs du Roi, qui proposent également les estampes précédemment gravées d'après Watteau. De plus, M. l'Épicier, graveur reconnu, a publié une estampe d'après un tableau du Cabinet du Comte de Morville. Cette œuvre, réalisée au pastel par la Signora Rosa Alba Carriera, représente une belle femme avec des fleurs symbolisant le printemps. L'estampe est accompagnée de quatre vers évoquant la fugacité de la beauté et des fleurs.
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1669
p. 748-749
Nouveau Plan de Paris, [titre d'après la table]
Début :
L'Abbé de la Grive, Auteur du nouveau Plan de [...]
Mots clefs :
Plan de Paris, Villages, Châteaux, Marne, Vincennes, Torcy
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouveau Plan de Paris, [titre d'après la table]
L'Abbé de la Grive , Auteur du nouveau
Plan de Paris , en six feuilles , vient
de mettre au jour la seconde feuille de
sa Carte des environs de Paris , qui comprend
AVRIL. 1731. 749
prend le cours de la Marne jusqu'à cinq
lieuës de cette Ville , et 57. tant Villages
que Hameaux , grosses Fermes et
Châteaux détachez , depuis le Château
de Vincennes jusques à Torcy , d'Occident
en Orient , et depuis la Forêt de
Livri jusqu'aux Bois de S. Martin en Brie,
du Nord au Midi , avec les Chemins qui
communiquent des uns aux autres. Le
tout levé sur les lieux et détaillé de sorte
qu'on y reconnoît distinctement les Plans
des belles Maisons comprises dans cette
étenduë. Elle se vend chez l'Auteur , Cloître
S. Benoît. Il donnera la troisiéme feuille
qui comprendra le côté de la Brie à la fin
de cette année.
Plan de Paris , en six feuilles , vient
de mettre au jour la seconde feuille de
sa Carte des environs de Paris , qui comprend
AVRIL. 1731. 749
prend le cours de la Marne jusqu'à cinq
lieuës de cette Ville , et 57. tant Villages
que Hameaux , grosses Fermes et
Châteaux détachez , depuis le Château
de Vincennes jusques à Torcy , d'Occident
en Orient , et depuis la Forêt de
Livri jusqu'aux Bois de S. Martin en Brie,
du Nord au Midi , avec les Chemins qui
communiquent des uns aux autres. Le
tout levé sur les lieux et détaillé de sorte
qu'on y reconnoît distinctement les Plans
des belles Maisons comprises dans cette
étenduë. Elle se vend chez l'Auteur , Cloître
S. Benoît. Il donnera la troisiéme feuille
qui comprendra le côté de la Brie à la fin
de cette année.
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Résumé : Nouveau Plan de Paris, [titre d'après la table]
En avril 1731, l'Abbé de la Grive a publié la seconde feuille de sa Carte des environs de Paris, couvrant la Marne jusqu'à cinq lieues de la ville. Elle inclut 57 villages et détaille les chemins et maisons de Vincennes à Torcy et de la Forêt de Livry aux Bois de Saint-Martin-en-Brie. La troisième feuille, sur la Brie, sortira fin 2023.
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1670
p. 749-750
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Soissons, au sujet d'un Saint inconnu.
Début :
Nous vous prions, Messieurs, de nous procurer quelque éclaircissement sur [...]
Mots clefs :
Évêque, Confesseur, Calendrier du Bréviaire, Église paroissiale, Traduction italienne, Prélat
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Soissons, au sujet d'un Saint inconnu.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Soissons,
au sujet d'un Saint inconnu.
Nou
Ous vous prions , Messieurs , de
nous procurer quelque éclaircissement
sur un Saint dont nous ne connoissons
guéres que le nom ; c'est S. Front ,
qui est appellé Evêque et Confesseur dans
le Calendrier du Breviaire de Soissons ,
où l'on en fait memoire le 25. Octobre.
Comm. S. Frontonis , Episcop. et Confess.
Il. y a dans le même Diocèse un Village
assez considerable , dont l'Eglise Paroissiale
est sous l'invocation de ce Saint. Le
Fiij Village
750 MERCURE DE FRANCE
Village en porte le même nom ; c'est sans
doute pour le distinguer de plusieurs autres
Neüillis , qu'on le nomme communement
Neüilli S. Front.
J'ai quelque legere idée d'avoir vû
ce nom dans d'autres Calendriers , mais
bien differemment. Si quelques Sçavans
vouloient bien nous donner quelque chose
de clair là - dessus , nous leur en serions
Très- reconnoissans ; leurs recherches feront
plaisir à plusieurs personnes qui por
tent ce nom là , et qui seront ravis de voir
leur Patron tiré de l'obscurité où il étoit
resté jusqu'à present.
au sujet d'un Saint inconnu.
Nou
Ous vous prions , Messieurs , de
nous procurer quelque éclaircissement
sur un Saint dont nous ne connoissons
guéres que le nom ; c'est S. Front ,
qui est appellé Evêque et Confesseur dans
le Calendrier du Breviaire de Soissons ,
où l'on en fait memoire le 25. Octobre.
Comm. S. Frontonis , Episcop. et Confess.
Il. y a dans le même Diocèse un Village
assez considerable , dont l'Eglise Paroissiale
est sous l'invocation de ce Saint. Le
Fiij Village
750 MERCURE DE FRANCE
Village en porte le même nom ; c'est sans
doute pour le distinguer de plusieurs autres
Neüillis , qu'on le nomme communement
Neüilli S. Front.
J'ai quelque legere idée d'avoir vû
ce nom dans d'autres Calendriers , mais
bien differemment. Si quelques Sçavans
vouloient bien nous donner quelque chose
de clair là - dessus , nous leur en serions
Très- reconnoissans ; leurs recherches feront
plaisir à plusieurs personnes qui por
tent ce nom là , et qui seront ravis de voir
leur Patron tiré de l'obscurité où il étoit
resté jusqu'à present.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Soissons, au sujet d'un Saint inconnu.
Une lettre écrite à Soissons demande des éclaircissements sur un saint nommé Front. Ce saint est identifié comme évêque et confesseur dans le calendrier du Breviaire de Soissons, où il est commémoré le 25 octobre. Dans le diocèse de Soissons, un village nommé Neuilli possède une église paroissiale dédiée à ce saint. Pour éviter la confusion avec d'autres villages du même nom, ce village est souvent appelé Neuilli Saint-Front. L'auteur mentionne avoir vu le nom de ce saint dans d'autres calendriers, mais sous des formes différentes. Il espère que des érudits pourront fournir des informations plus précises, ce qui serait utile pour les personnes portant ce nom et souhaitant en savoir plus sur leur patron.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1671
p. 750-751
« On nous écrit de Florence, qu'on va bien-tôt donner au Public le second Tome [...] »
Début :
On nous écrit de Florence, qu'on va bien-tôt donner au Public le second Tome [...]
Mots clefs :
Florence, Cardinal, Traduction italienne, Comédies, Prélat
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texteReconnaissance textuelle : « On nous écrit de Florence, qu'on va bien-tôt donner au Public le second Tome [...] »
On nous écrit de Florence , qu'on va
bien- tôt donner au Public le second Tome
, in folio , del nuovo Vocabolario della
Crousca. L'Imprimerie établie à Urbain ,
par les soins du Cardinal Annibal Albani ,
continue à donner au Public des Ouvrages
considerables ; on imprime actuellement
une Traduction Italienne , in Verso
sciolto , des Comédies de Terence , par
M. Fortiguerra , dont on loue beaucoup
Fexactitude et l'élegance. Le même Prélat
avoit été chargé par Clement XI . d'exè
traire de la grande collection des Actes.
d'Angleterre par Rimer , tout ce qui pouvoit
être favorable , ou seulement avoir
quelque rapport au S.Siege , et d'y ajoûter
qé ,
AVRIL. 17312 731
quelques Notes. Cet Ouvrage est achevé
, et on assure qu'il ne tardera pas
voir le jour.
bien- tôt donner au Public le second Tome
, in folio , del nuovo Vocabolario della
Crousca. L'Imprimerie établie à Urbain ,
par les soins du Cardinal Annibal Albani ,
continue à donner au Public des Ouvrages
considerables ; on imprime actuellement
une Traduction Italienne , in Verso
sciolto , des Comédies de Terence , par
M. Fortiguerra , dont on loue beaucoup
Fexactitude et l'élegance. Le même Prélat
avoit été chargé par Clement XI . d'exè
traire de la grande collection des Actes.
d'Angleterre par Rimer , tout ce qui pouvoit
être favorable , ou seulement avoir
quelque rapport au S.Siege , et d'y ajoûter
qé ,
AVRIL. 17312 731
quelques Notes. Cet Ouvrage est achevé
, et on assure qu'il ne tardera pas
voir le jour.
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Résumé : « On nous écrit de Florence, qu'on va bien-tôt donner au Public le second Tome [...] »
En avril 1731, la publication du second tome du Vocabolario della Crusca est annoncée. L'imprimerie d'Urbain, dirigée par le Cardinal Annibal Albani, imprime une traduction italienne des comédies de Térence par M. Fortiguerra. Albani a également achevé un ouvrage sur les Actes d'Angleterre, commandé par Clément XI, qui sera bientôt publié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1672
p. 731
Inscriptions anciennes, trouvées nouvellement, [titre d'après la table]
Début :
Inscription trouvée sur un Autel de pierre quarré, de 4. [...]
Mots clefs :
Inscription, Autel de pierre, Consul
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texteReconnaissance textuelle : Inscriptions anciennes, trouvées nouvellement, [titre d'après la table]
Inscription trouvée sur un Autel de pierre
quarré, de 4. pieds environ de hauteur et
de 2. de largeur, à Thein,prés de Tournon,
On lit an haut :
• DOM V VSQ DIVI
NAE COLON COPIAE CLAVD AVG LVG
J
TAVROBOLIVM FECIT QAQVIVS ANTONIA
NYS PONTIF PEPET V V S.
EX
Au bas.
VATICINATIONE PVSONI IVLIANI ARCHI
GALLI INCHOATVM XII . KAL . MAI. CONSVM
MATVM VIIII . KAL. MAI. L. EGGIO MARV LEO
CN PA ..... AELIANO COS PRAEEVNTE AELIO
SACERDOTE TIBICINE ALBIO
VERINO.
quarré, de 4. pieds environ de hauteur et
de 2. de largeur, à Thein,prés de Tournon,
On lit an haut :
• DOM V VSQ DIVI
NAE COLON COPIAE CLAVD AVG LVG
J
TAVROBOLIVM FECIT QAQVIVS ANTONIA
NYS PONTIF PEPET V V S.
EX
Au bas.
VATICINATIONE PVSONI IVLIANI ARCHI
GALLI INCHOATVM XII . KAL . MAI. CONSVM
MATVM VIIII . KAL. MAI. L. EGGIO MARV LEO
CN PA ..... AELIANO COS PRAEEVNTE AELIO
SACERDOTE TIBICINE ALBIO
VERINO.
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1673
p. 752-753
Machine mouvante fort singuliere, &c. [titre d'après la table]
Début :
On mande de Londres, que la nouvelle Machine que M. [...]
Mots clefs :
Machine, Orphée, Londres, Musique, Instruments, Concert, Mer, Vaisseaux, Nature, Imitation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Machine mouvante fort singuliere, &c. [titre d'après la table]
On mande de Londres , que la nouvelle
Machine M. Pinchbek y a faite , est
aussi curieuse que surprenante , ingenieu
se et magnifique. On voit sur le devant
deux objets mouvans d'une grande beauté
, dont l'un represente Orphée joüant
de la Lire dans une Forêt , marquant de
la tête et du pied l'exacte mesure de chaque
chant. Il est entouré d'un grand nom
bre de Bêtes sauvages , qui par leurs differens
mouvemens, semblent être animez
et charmez de l'harmonie de sa Musique.
En même- tems on entend jouer sur
plusieurs Instrumens un grand nombre
de differentes Pieces d'une Musique trèsexquise,
composée par Mr Handet , Corelli
et autres Maîtres celebres ; et dans une si
grande perfection , que quelque Instrument
de main que ce soit , auroit peine
à les égaler. On entend aussi l'agréable
harmonie d'un Concert d'Oiseaux , si
parfaitement imitée , qu'on ne pourroit
La distinguer de la Nature même .
L'autre
AVRIL. 1731. 753 .
L'autre Piece fait voir la Mer et la Terre
avec une vûë sur la Mer , qui se termine
insensiblement à une très-grande distance;
on voit voguer des Vaisseaux virant au
vent, en diminuant peu-à-peu , à mesure
qu'ils s'éloignent , jusqu'à ce qu'enfin ils
disparoissent. On apperçoit aussi des Marsoins
qui se roulent et se jouent dans l'eau.
Sur la Terre on voit des gens à cheval,
des Chariots , des Chaises , &c. .qui s'avancent
, et dont les rouës tournent com
me on le voit dans les grands chemins .
Les Cavaliers et leurs Chevaux changent
de posture pour se tenir droits en descendans
une Colline escarpée , d'où ils
passent au travers une Valée , &c . On
voit encore dans une Riviere des Cignes
qui cherchent à attraper des Poissons ; on
les voit aussi arranger leurs plumes d'une
maniere aussi naturelle que s'ils étoient
en vie ; on voit enfin des Chiens qui poursuivent
des Canards dans l'eau , &c.
Machine M. Pinchbek y a faite , est
aussi curieuse que surprenante , ingenieu
se et magnifique. On voit sur le devant
deux objets mouvans d'une grande beauté
, dont l'un represente Orphée joüant
de la Lire dans une Forêt , marquant de
la tête et du pied l'exacte mesure de chaque
chant. Il est entouré d'un grand nom
bre de Bêtes sauvages , qui par leurs differens
mouvemens, semblent être animez
et charmez de l'harmonie de sa Musique.
En même- tems on entend jouer sur
plusieurs Instrumens un grand nombre
de differentes Pieces d'une Musique trèsexquise,
composée par Mr Handet , Corelli
et autres Maîtres celebres ; et dans une si
grande perfection , que quelque Instrument
de main que ce soit , auroit peine
à les égaler. On entend aussi l'agréable
harmonie d'un Concert d'Oiseaux , si
parfaitement imitée , qu'on ne pourroit
La distinguer de la Nature même .
L'autre
AVRIL. 1731. 753 .
L'autre Piece fait voir la Mer et la Terre
avec une vûë sur la Mer , qui se termine
insensiblement à une très-grande distance;
on voit voguer des Vaisseaux virant au
vent, en diminuant peu-à-peu , à mesure
qu'ils s'éloignent , jusqu'à ce qu'enfin ils
disparoissent. On apperçoit aussi des Marsoins
qui se roulent et se jouent dans l'eau.
Sur la Terre on voit des gens à cheval,
des Chariots , des Chaises , &c. .qui s'avancent
, et dont les rouës tournent com
me on le voit dans les grands chemins .
Les Cavaliers et leurs Chevaux changent
de posture pour se tenir droits en descendans
une Colline escarpée , d'où ils
passent au travers une Valée , &c . On
voit encore dans une Riviere des Cignes
qui cherchent à attraper des Poissons ; on
les voit aussi arranger leurs plumes d'une
maniere aussi naturelle que s'ils étoient
en vie ; on voit enfin des Chiens qui poursuivent
des Canards dans l'eau , &c.
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Résumé : Machine mouvante fort singuliere, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente une machine inventée par M. Pinchbek à Londres, remarquable par sa curiosité et sa beauté. Cette machine propose deux scènes animées. La première scène représente Orphée jouant de la lyre dans une forêt, entouré d'animaux sauvages charmés par sa musique. On y entend diverses pièces musicales jouées par plusieurs instruments, ainsi qu'un concert d'oiseaux imité avec précision. La seconde scène montre la mer et la terre, avec des vaisseaux naviguant et disparaissant à l'horizon, des marsouins jouant dans l'eau, et des personnes à cheval ou en chariot sur la terre. Les détails incluent des cavaliers changeant de posture en descendant une colline, des cygnes cherchant des poissons dans une rivière, et des chiens poursuivant des canards. La machine reproduit ces scènes avec une grande exactitude et réalisme.
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1674
p. 753-755
Rentrée des Académies.
Début :
MR l'Abbé Bannier, Directeur de l'Académie des Inscriptions [...]
Mots clefs :
Académie, Belles-lettres, Inscriptions, Dissertation, Conquête, Sciences, Géographie, Prix, Mémoire, Chirurgie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Rentrée des Académies.
Rentrée des Academies.
l'Abbé Bannier , Directeur de l'Acadé-
Mimie des Inscriptions et Belles - Lettres , présida
à l'Assemblée publique qui se tient à l'ordinaire
au Louvre , le Mardi 3. Avril .
La Seance commença par la lecture d'une Dissertation
de M. de Chamborty sur la Vie et sur la
Famille de Labienus , l'un des Lieutenans Geneneraux
de Cesar , et celui qui eut le plus de part
F v
754 MERCURE DE FRANCE
à la Conquête des Gaules , dans laquelle il com→
mandoit l'Armée Romaine , sous les ordres de
Cesar. Cette Dissertation fut suivie d'une autre
de M. Bonami , sur le Musaum et sur la Bibliotheque
d'Alexandrie. Ce Museum étoit un espece
de College ou Académie de Gens de Lettre , rassemblez
de toutes les parties de la Grece , par les
soins de Ptolemée , Fondateur du Royaume d'E→
gypte.
La Séance fut terminée par la lecture que fir
M. l'Abbé Fourmont , de la Relation du Voyage
qu'il a fait dans la Grece , par l'ordre du Roi.
Comme il a parcouru avec soin et en homme de
Lettre l'Attique , l'Argolide , la Messenie et le
Pays de Lacedemone , il en a rapporté un trèsgrand
nombre d'Inscriptions qu'il a déterrées
lui-même , et dont le Recueil sera très - interes
cant pour la République des Lettres.
Le Mercredy 19. Avril , l'Académie Royale des
Sciences tint son Assemblée publique , à laquelle
présida M. d'Argenson . M. de Fontenelle ouvrit
la Seance par déclarer que la Piece qui a remporté
le Prix de cette année , est celle de M. Bouguer,
Professeur d'Hydrographie.
M. de Fontenelle lût ensuite l'Eloge de M Géofroy
, Pensionnaire Chimiste , mort dans le dernier
semestre. M. Petit , le Chirurgien , lût après
gela une Dissertation sur les differens moyens
que la Chirurgie a employez jusqu'à present pour
arrêter les Emorragies dans les grandes emputa
tions ; ces moyens sont les Stiptiques , les Escarotiques
, les Caustiques et la compression ; il
préfère à toutes les autres cette derniere qu'il a
perfectionnée,en inventant un Instrument qui sert
de bandage , et dont il donne la description.
M. Buache lût ensuite une Dssertation qui a
pour
AVRIL: 1731. 755
pour titre , Recherches Géographiques sur l'étendue
de l'Empire d'Alexandre et sur les routes
parcourues par ce Prince dans ses differentes Expeditions
, pour servir à la Carte de cet Empire ,
dressée à l'usage du Roi , par feu M. de Lisle.
M. Morand finit la Séance par la lecture d'un'
Memoire sur la maniere de faire l'operation de là
Taille , pratiquée anciennement par Frere Jac
ques , et depuis quelques années rétablie et perfectionnée
par M. Cheselden , celebre Chirurgien-
Anglois , et par M. Morand à Paris , qui depuis
D8. mois la pratique avec grand succès.
On donnera des Extraits de ces Memoires.
l'Abbé Bannier , Directeur de l'Acadé-
Mimie des Inscriptions et Belles - Lettres , présida
à l'Assemblée publique qui se tient à l'ordinaire
au Louvre , le Mardi 3. Avril .
La Seance commença par la lecture d'une Dissertation
de M. de Chamborty sur la Vie et sur la
Famille de Labienus , l'un des Lieutenans Geneneraux
de Cesar , et celui qui eut le plus de part
F v
754 MERCURE DE FRANCE
à la Conquête des Gaules , dans laquelle il com→
mandoit l'Armée Romaine , sous les ordres de
Cesar. Cette Dissertation fut suivie d'une autre
de M. Bonami , sur le Musaum et sur la Bibliotheque
d'Alexandrie. Ce Museum étoit un espece
de College ou Académie de Gens de Lettre , rassemblez
de toutes les parties de la Grece , par les
soins de Ptolemée , Fondateur du Royaume d'E→
gypte.
La Séance fut terminée par la lecture que fir
M. l'Abbé Fourmont , de la Relation du Voyage
qu'il a fait dans la Grece , par l'ordre du Roi.
Comme il a parcouru avec soin et en homme de
Lettre l'Attique , l'Argolide , la Messenie et le
Pays de Lacedemone , il en a rapporté un trèsgrand
nombre d'Inscriptions qu'il a déterrées
lui-même , et dont le Recueil sera très - interes
cant pour la République des Lettres.
Le Mercredy 19. Avril , l'Académie Royale des
Sciences tint son Assemblée publique , à laquelle
présida M. d'Argenson . M. de Fontenelle ouvrit
la Seance par déclarer que la Piece qui a remporté
le Prix de cette année , est celle de M. Bouguer,
Professeur d'Hydrographie.
M. de Fontenelle lût ensuite l'Eloge de M Géofroy
, Pensionnaire Chimiste , mort dans le dernier
semestre. M. Petit , le Chirurgien , lût après
gela une Dissertation sur les differens moyens
que la Chirurgie a employez jusqu'à present pour
arrêter les Emorragies dans les grandes emputa
tions ; ces moyens sont les Stiptiques , les Escarotiques
, les Caustiques et la compression ; il
préfère à toutes les autres cette derniere qu'il a
perfectionnée,en inventant un Instrument qui sert
de bandage , et dont il donne la description.
M. Buache lût ensuite une Dssertation qui a
pour
AVRIL: 1731. 755
pour titre , Recherches Géographiques sur l'étendue
de l'Empire d'Alexandre et sur les routes
parcourues par ce Prince dans ses differentes Expeditions
, pour servir à la Carte de cet Empire ,
dressée à l'usage du Roi , par feu M. de Lisle.
M. Morand finit la Séance par la lecture d'un'
Memoire sur la maniere de faire l'operation de là
Taille , pratiquée anciennement par Frere Jac
ques , et depuis quelques années rétablie et perfectionnée
par M. Cheselden , celebre Chirurgien-
Anglois , et par M. Morand à Paris , qui depuis
D8. mois la pratique avec grand succès.
On donnera des Extraits de ces Memoires.
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Résumé : Rentrée des Académies.
Le 3 avril, l'Abbé Bannier présida l'Assemblée publique des Académies au Louvre. La séance débuta par la lecture d'une dissertation de M. de Chamborty sur la vie et la famille de Labienus, lieutenant général de César, qui joua un rôle crucial dans la conquête des Gaules. M. Bonami présenta ensuite une dissertation sur le Musée et la Bibliothèque d'Alexandrie, un collège ou académie de gens de lettres réunis par Ptolémée. La séance se conclut par la lecture de M. l'Abbé Fourmont, relatant son voyage en Grèce, où il a recueilli de nombreuses inscriptions. Le 19 avril, l'Académie Royale des Sciences tint son assemblée publique sous la présidence de M. d'Argenson. M. de Fontenelle annonça que M. Bouguer avait remporté le prix de l'année et lut l'éloge de M. Géofroy, chimiste pensionnaire récemment décédé. M. Petit, chirurgien, présenta une dissertation sur les moyens d'arrêter les hémorragies dans les grandes amputations, préférant la compression grâce à un instrument qu'il a inventé. M. Buache lut une dissertation sur les recherches géographiques concernant l'Empire d'Alexandre. Enfin, M. Morand conclut la séance avec un mémoire sur l'opération de la taille, pratiquée par M. Cheselden et lui-même à Paris.
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1675
p. 755-758
PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences, pour l'année 1733.
Début :
Feu M. Roüillé de Meslay, ancien Conseiller au Parlement de Paris, ayant conçû le noble [...]
Mots clefs :
Académie, Sciences, Prix, Navigation, Astronomie, Tremblement de terre, Médecin, Manuscrit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences, pour l'année 1733.
PRIX proposé par l'Académie Royale
des Sciences , pour l'année 1733.
Eu M. Rouillé de Meslay , ancien Conseiller
au Parlement de Paris , ayant conçu le noble
dessein de contribuer au progrés des Sciences , et
Putilité que le Public en doit retirer , a legué à
P'Académie Royale des Sciences un fonds pour
deux Prix , qui seront distribuez à ceux , qui au
jugement de cette Compagnie auront le mieux
réussi sur deux differentes sortes de Sujets qu'il a
indiquez dans son Testament , et dont il a donné
des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Sistê
me general du Monde et l'Astronomie Phisique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux ter
mes du Testament , et se distribuer tous les ansi
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus considerable , il sera de z çoo. livres.
Les Sujets du second Prix regardent la Navigation
& le Commerce,
E vj II
756 MERCURE DE FRANCE.
Il ne se donnera que tous les deux ans , et sera
'de 2000. livres.
L'Académie se conformant aux vûës et aux
intentions du Testateur , propose pour Sujet du
second Prix , qui tombe dans l'année 1733 .
Quelle est la meilleure maniere de mesurer
sur Mer le chemin ou le sillage du Vaisseau ,
indépendamment des observations astronomiques.
Les Sçavans de toutes les Nations sont invitez
à travailler sur ces Sujets , et même les Associez
étrangers de l'Académie. Elle s'est fait la Loi
d'exclure les Académiciens regnicoles de prétendre
aux Prix.
Ceux qui composeront sont invitez à écrire en
François ou en Latin , mais sans aucune obligation.
Ils pourront écrire en telle Langue qu'ils.
voudront , et l'Académie fera traduire leurs Ouvrages.
On les prie que leurs Ecrits soient fort lisibles ,
sur tout quand il y aura des Calculs d'Algébre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ouvrages
,
mais seulement une Sentence ou Devise. Ils
pourront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit un.
Billet séparé , et cacheté par eux ,
cette même Sentence , leur nom , leurs qualitez
et leur adresse , et ce Billet ne sera ouvert par
l'Académie , qu'en cas que la Piece ait remporté
le Prix.
où seront avec.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresseront
leurs Ouvrages à Paris au Secretaire perpetuel
de l'Académie , ou les lui feront remettre entre
les mains. Dans ce second cas , le Secretaire
en donnera en même tems à celui qui les lui aura.
remis , son Recepissé , où sera marquée la Sentence
de l'Ouvrage et son numero , selon l'ordre
ou lé tems dans lequel il aura été reçû ,
Les
AVRIL:
1731. 757
Les Ouvrages ne seront reçûs que jusqu'au premier
Septembre 1732. exclusivement.
L'Académie à son Assemblée publique d'aprés
Pâques 1733. proclamera la Piece qui aura remporté
ce Prix..
S'il y a un Recepissé du Secretaire pour la
Piece qui aura remporté le Prix , le Trésorier de
l'Académie délivrera la somme du Prix à celui
qui lui rapportera ce Recepissé . Il n'y aura à cela. ~
Inulle autre formalité.
Sil n'y a pas de Recepissé du Secretaire , le
Trésorier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur même
, qui se fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration de sa part.
M. Bouguer, Hidrographe du Roi , au Croisie
en Bretagne , a remporté le Prix de 1731 .
On a reçû par un Bâtiment Anglois arrivé depuist
peu à Genes , des Lettres de S. Christoval de la
Laguna , Capitale de l'Isle . Tenerife , l'une des
Isles Canaries , dattées du 8. Decembre dernier ,
qui portent en substance que le 30. du mois
de Novembre précedent , on avoit ressenti deux
violentes secousses de Tremblement de terre dans
l'Isle Graciosa , située à l'Orient ; qu'à peine eurent-
elles cessé , que la terre s'étoit ouverte en
cinq endroits differens , qu'il en étoit sorti des
tourbillons de flammes , mêlez de pierres calcinées
et de matieres bitumeuses , que le feu s'étant
communiqué aux habitations , elles avoient été
réduites en cendres en moins d'une demie heure ;
que
le premier Decembre vers les neuf heures du
foir , ces Gouffres avoient cessé de jetter du feu
mais que le 2. l'embrasement avoit recommencé
avec tant de violence, que les maisons épargnées
par le premier , avoient été détruites , et que le
vent ayant porté le feu dans une grande Forêt.
voisineelle bruloit encore au départ des Lettres;
que
78 MERCURE DE FRANCE
que le 6. un nouveau Tremblement de terre s'étoit
fait sentir à la pointe Occidentale de l'Isle de
Tenerife , qu'il s'étoit fait une ouverture dans une
Plaine située à dix lieues de la Ville Capitale de
PIsle ; que ce Gouffre s'étant agrandi les jours
suivans , une petite Montagne qui étoit sur le
bord , avoit été ébranlée et étoit tombée dedans,
et qu'il continuoit de sortir beaucoup de fumée
de cette ouverture .
On écrit de Rome , que la Princesse Giustiniani
étant dangereusement malade , sa Famille avoit
fait venir de Bologne le Docteur Pozzi , celebre
Medecin , qui lui avoit ordonné un Bain d'huile,
cette Dame l'a pris deux fois , et la petite Verole
qui étoit presque rentrée , a cû son progrès ordi,
naire , desorte qu'elle est presentement hors de
danger .
des Sciences , pour l'année 1733.
Eu M. Rouillé de Meslay , ancien Conseiller
au Parlement de Paris , ayant conçu le noble
dessein de contribuer au progrés des Sciences , et
Putilité que le Public en doit retirer , a legué à
P'Académie Royale des Sciences un fonds pour
deux Prix , qui seront distribuez à ceux , qui au
jugement de cette Compagnie auront le mieux
réussi sur deux differentes sortes de Sujets qu'il a
indiquez dans son Testament , et dont il a donné
des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Sistê
me general du Monde et l'Astronomie Phisique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux ter
mes du Testament , et se distribuer tous les ansi
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus considerable , il sera de z çoo. livres.
Les Sujets du second Prix regardent la Navigation
& le Commerce,
E vj II
756 MERCURE DE FRANCE.
Il ne se donnera que tous les deux ans , et sera
'de 2000. livres.
L'Académie se conformant aux vûës et aux
intentions du Testateur , propose pour Sujet du
second Prix , qui tombe dans l'année 1733 .
Quelle est la meilleure maniere de mesurer
sur Mer le chemin ou le sillage du Vaisseau ,
indépendamment des observations astronomiques.
Les Sçavans de toutes les Nations sont invitez
à travailler sur ces Sujets , et même les Associez
étrangers de l'Académie. Elle s'est fait la Loi
d'exclure les Académiciens regnicoles de prétendre
aux Prix.
Ceux qui composeront sont invitez à écrire en
François ou en Latin , mais sans aucune obligation.
Ils pourront écrire en telle Langue qu'ils.
voudront , et l'Académie fera traduire leurs Ouvrages.
On les prie que leurs Ecrits soient fort lisibles ,
sur tout quand il y aura des Calculs d'Algébre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ouvrages
,
mais seulement une Sentence ou Devise. Ils
pourront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit un.
Billet séparé , et cacheté par eux ,
cette même Sentence , leur nom , leurs qualitez
et leur adresse , et ce Billet ne sera ouvert par
l'Académie , qu'en cas que la Piece ait remporté
le Prix.
où seront avec.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresseront
leurs Ouvrages à Paris au Secretaire perpetuel
de l'Académie , ou les lui feront remettre entre
les mains. Dans ce second cas , le Secretaire
en donnera en même tems à celui qui les lui aura.
remis , son Recepissé , où sera marquée la Sentence
de l'Ouvrage et son numero , selon l'ordre
ou lé tems dans lequel il aura été reçû ,
Les
AVRIL:
1731. 757
Les Ouvrages ne seront reçûs que jusqu'au premier
Septembre 1732. exclusivement.
L'Académie à son Assemblée publique d'aprés
Pâques 1733. proclamera la Piece qui aura remporté
ce Prix..
S'il y a un Recepissé du Secretaire pour la
Piece qui aura remporté le Prix , le Trésorier de
l'Académie délivrera la somme du Prix à celui
qui lui rapportera ce Recepissé . Il n'y aura à cela. ~
Inulle autre formalité.
Sil n'y a pas de Recepissé du Secretaire , le
Trésorier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur même
, qui se fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration de sa part.
M. Bouguer, Hidrographe du Roi , au Croisie
en Bretagne , a remporté le Prix de 1731 .
On a reçû par un Bâtiment Anglois arrivé depuist
peu à Genes , des Lettres de S. Christoval de la
Laguna , Capitale de l'Isle . Tenerife , l'une des
Isles Canaries , dattées du 8. Decembre dernier ,
qui portent en substance que le 30. du mois
de Novembre précedent , on avoit ressenti deux
violentes secousses de Tremblement de terre dans
l'Isle Graciosa , située à l'Orient ; qu'à peine eurent-
elles cessé , que la terre s'étoit ouverte en
cinq endroits differens , qu'il en étoit sorti des
tourbillons de flammes , mêlez de pierres calcinées
et de matieres bitumeuses , que le feu s'étant
communiqué aux habitations , elles avoient été
réduites en cendres en moins d'une demie heure ;
que
le premier Decembre vers les neuf heures du
foir , ces Gouffres avoient cessé de jetter du feu
mais que le 2. l'embrasement avoit recommencé
avec tant de violence, que les maisons épargnées
par le premier , avoient été détruites , et que le
vent ayant porté le feu dans une grande Forêt.
voisineelle bruloit encore au départ des Lettres;
que
78 MERCURE DE FRANCE
que le 6. un nouveau Tremblement de terre s'étoit
fait sentir à la pointe Occidentale de l'Isle de
Tenerife , qu'il s'étoit fait une ouverture dans une
Plaine située à dix lieues de la Ville Capitale de
PIsle ; que ce Gouffre s'étant agrandi les jours
suivans , une petite Montagne qui étoit sur le
bord , avoit été ébranlée et étoit tombée dedans,
et qu'il continuoit de sortir beaucoup de fumée
de cette ouverture .
On écrit de Rome , que la Princesse Giustiniani
étant dangereusement malade , sa Famille avoit
fait venir de Bologne le Docteur Pozzi , celebre
Medecin , qui lui avoit ordonné un Bain d'huile,
cette Dame l'a pris deux fois , et la petite Verole
qui étoit presque rentrée , a cû son progrès ordi,
naire , desorte qu'elle est presentement hors de
danger .
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Résumé : PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences, pour l'année 1733.
En 1733, l'Académie Royale des Sciences annonça deux prix, financés par un legs de M. Rouillé de Meslay, ancien conseiller au Parlement de Paris. Le premier prix, doté de 2 000 livres tous les deux ans, portait sur le système général du monde et l'astronomie physique. Le second prix, également de 2 000 livres, concernait la navigation et le commerce. Pour l'année 1733, le sujet du second prix était la meilleure manière de mesurer sur mer le chemin ou le sillage d'un vaisseau, indépendamment des observations astronomiques. L'Académie invita les savants de toutes les nations à soumettre leurs travaux, en français ou en latin, sans obligation de langue. Les auteurs devaient utiliser une devise anonyme et pouvaient inclure un billet cacheté avec leur identité, à ouvrir en cas de victoire. Les œuvres devaient être soumises au secrétaire perpétuel de l'Académie avant le 1er septembre 1732. Le prix serait attribué lors de l'assemblée publique après Pâques 1733. En 1731, M. Bouguer, hydrographe du Roi, avait remporté le prix. Par ailleurs, des lettres de Tenerife rapportaient des tremblements de terre et des éruptions volcaniques dans les îles Canaries. À Rome, la princesse Giustiniani, soignée par le docteur Pozzi, était hors de danger après avoir contracté la petite vérole.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1676
p. 758-760
REGLEMENT de M. le premier Medecin du Roi, au sujet des Eaux Minerales.
Début :
Pierre Chirac, Conseiller d'Etat ordinaire premier Medecin du Roi [...]
Mots clefs :
Eaux minérales, Prix, Réglementation , Médecin du roi, Cachet, Surintendance, Malades, Bouteilles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REGLEMENT de M. le premier Medecin du Roi, au sujet des Eaux Minerales.
REGLEMENT de M. le premier Medecin
du Roi , aufujet des Eaux
Minerales.
Pierre Chirac , Conseiller d'Etat ordinaire
premier Medecin du Roi , et Surintendant des
Eaux Minerales et Medecinales de France : A
tous ceux qui ces presentes Lettres verront , Salut.
La Surintendance des Eaux Minerales dont
le Roi nous a fait l'honneur de nous charger , et
le grand usage qu'on fait d'un remède aussi utile
et aussi nécessaire au Public , exigeant de notre
ministere une attention particuliere pour faire
puiser les Eaux dans les tems les plus favorables
et à les faire distribuer avec toutes les précautions
nécessaires pour rassurer le Public sur toutes sor→
tes de fraudes , nous aurions pris sur cela routes
les mesures possibles pour remplir nos obligations
"
AVRIL. 1731.
759
la satisfaction du Public et au bien des Malades
; et la longue experience que nous avons des
grands avantages que tirent les Malades de l'usage
des Eaux Minerales et Medecinales pour fa
guerison des Maladies chroniques nous engageant
à en faciliter l'usage à toutes sortes de
sonnes ,. nous avons jugé nécessaire d'en moderer
le prix de la maniere suivante , et de le fixer
SCAVOIR.
>
per-
Les Eaux de Forges , qui viennent par relais ,.
la bouteille , a liv. 15. S.
Eaux de Forges qui arrivent par voiture ordi--
naire , la bouteille à
IS S.
Eaux de Sainte - Reine , la bouteille à
Eaux de Valhs , de quatre pintes la bouteille , à
15 S.
Eaux de Balaruc ,de quatre pintes la bouteille, à
12. 1.
Eaux de Cransac, de quatre pintes la bouteille , à
12 1..
121
Eaux Savonneuses de Plombieres de cinq pintes
, la bouteille à
Eaux de Bourbonne , la pinte à
Eaux de Vichi , les 5. pintes à
Eaux de Spa , la pinte, à
1.2.1.
2 t.
lor
2. l. 10 S.-
Surquoi nous défendons trés - expressément aux
Directeurs desdites Eaux Minerales et Distributeurs
d'icelles , d'exiger du Public autre prix que
celui du Tarif ci - dessus marqué , à peine d'être
révoqués sur la premiere plainte qui en sera faite..
Défendons pareillement ausdits Distributeurs des
Eaux Minerales , d'en vendre aucune bouteille
que cachetée du cachet de nos Armes sur l'atta
che du bouchon , à commencer dans trois mois:
du jour du présent Reglement , et ils nous communiqueront
incessamment les Lettres de recep
tion des cachets de nos Armes , qu'il recevront
des
760 MERCURE DE FRANCE
des Fontainiers et autres personnes préposées au
puisage des differentes Eaux Minerales. Voulons
en outre être informés par lesdits Directeurs er
Distributeurs de toutes les voitures d'Eaux Minerales
qu'ils recevront , et de la quantité de bouteilles
qu'elles contiendront relativement à leurs
Lettres d'avis,dont ils nous remettront copie ; et
pour l'execution des articles ci - dessus , avons
nommé pour notre Inspecteur le Sieur Boyer
Docteur en Medecine de la Faculté de Paris et de
Montpellier , pour nous informer de tout ce qui
concernera l'état du Bureau desdites Eaux Minerales
et de leur distribution , et sera le present Reglement
affiché dans ledit Bureau et par tout où
besoin sera. Donné à Versailles ce vingt - huitiéme
Fevrier mil sept cens trente-un. Signé
CHIRA C. Par le premier Medecin du Roi ,
Signé , JOUBERT. Monfieur DU CHASTELET,
Rapporteur.
Enregistré ès Registres du Grand Conseil du
Roi pour être executé selon sa forme & teneur, &
jouir parles Sieurs Alleaume, Duhamel ,la Salle,
Delage , Hennecart & Joubert , de l'effet & contenu
en icelui , suivant l'Arrêt dudit Conseil de
cejourd'hui dix - neuf Mars mil fept cens trente-
un. Signé , VERDUC.
du Roi , aufujet des Eaux
Minerales.
Pierre Chirac , Conseiller d'Etat ordinaire
premier Medecin du Roi , et Surintendant des
Eaux Minerales et Medecinales de France : A
tous ceux qui ces presentes Lettres verront , Salut.
La Surintendance des Eaux Minerales dont
le Roi nous a fait l'honneur de nous charger , et
le grand usage qu'on fait d'un remède aussi utile
et aussi nécessaire au Public , exigeant de notre
ministere une attention particuliere pour faire
puiser les Eaux dans les tems les plus favorables
et à les faire distribuer avec toutes les précautions
nécessaires pour rassurer le Public sur toutes sor→
tes de fraudes , nous aurions pris sur cela routes
les mesures possibles pour remplir nos obligations
"
AVRIL. 1731.
759
la satisfaction du Public et au bien des Malades
; et la longue experience que nous avons des
grands avantages que tirent les Malades de l'usage
des Eaux Minerales et Medecinales pour fa
guerison des Maladies chroniques nous engageant
à en faciliter l'usage à toutes sortes de
sonnes ,. nous avons jugé nécessaire d'en moderer
le prix de la maniere suivante , et de le fixer
SCAVOIR.
>
per-
Les Eaux de Forges , qui viennent par relais ,.
la bouteille , a liv. 15. S.
Eaux de Forges qui arrivent par voiture ordi--
naire , la bouteille à
IS S.
Eaux de Sainte - Reine , la bouteille à
Eaux de Valhs , de quatre pintes la bouteille , à
15 S.
Eaux de Balaruc ,de quatre pintes la bouteille, à
12. 1.
Eaux de Cransac, de quatre pintes la bouteille , à
12 1..
121
Eaux Savonneuses de Plombieres de cinq pintes
, la bouteille à
Eaux de Bourbonne , la pinte à
Eaux de Vichi , les 5. pintes à
Eaux de Spa , la pinte, à
1.2.1.
2 t.
lor
2. l. 10 S.-
Surquoi nous défendons trés - expressément aux
Directeurs desdites Eaux Minerales et Distributeurs
d'icelles , d'exiger du Public autre prix que
celui du Tarif ci - dessus marqué , à peine d'être
révoqués sur la premiere plainte qui en sera faite..
Défendons pareillement ausdits Distributeurs des
Eaux Minerales , d'en vendre aucune bouteille
que cachetée du cachet de nos Armes sur l'atta
che du bouchon , à commencer dans trois mois:
du jour du présent Reglement , et ils nous communiqueront
incessamment les Lettres de recep
tion des cachets de nos Armes , qu'il recevront
des
760 MERCURE DE FRANCE
des Fontainiers et autres personnes préposées au
puisage des differentes Eaux Minerales. Voulons
en outre être informés par lesdits Directeurs er
Distributeurs de toutes les voitures d'Eaux Minerales
qu'ils recevront , et de la quantité de bouteilles
qu'elles contiendront relativement à leurs
Lettres d'avis,dont ils nous remettront copie ; et
pour l'execution des articles ci - dessus , avons
nommé pour notre Inspecteur le Sieur Boyer
Docteur en Medecine de la Faculté de Paris et de
Montpellier , pour nous informer de tout ce qui
concernera l'état du Bureau desdites Eaux Minerales
et de leur distribution , et sera le present Reglement
affiché dans ledit Bureau et par tout où
besoin sera. Donné à Versailles ce vingt - huitiéme
Fevrier mil sept cens trente-un. Signé
CHIRA C. Par le premier Medecin du Roi ,
Signé , JOUBERT. Monfieur DU CHASTELET,
Rapporteur.
Enregistré ès Registres du Grand Conseil du
Roi pour être executé selon sa forme & teneur, &
jouir parles Sieurs Alleaume, Duhamel ,la Salle,
Delage , Hennecart & Joubert , de l'effet & contenu
en icelui , suivant l'Arrêt dudit Conseil de
cejourd'hui dix - neuf Mars mil fept cens trente-
un. Signé , VERDUC.
Fermer
Résumé : REGLEMENT de M. le premier Medecin du Roi, au sujet des Eaux Minerales.
Pierre Chirac, Conseiller d'État et premier Médecin du Roi, émet un règlement en tant que Surintendant des Eaux Minérales et Médicinales de France. Il met l'accent sur la surveillance et la distribution des eaux minérales pour garantir leur authenticité et prévenir les fraudes. Le règlement fixe les prix des eaux minérales telles que celles de Forges, Sainte-Reine, Valhs, Balaruc, Cransac, Plombières, Bourbonne, Vichy et Spa. Il interdit aux directeurs et distributeurs de facturer un prix différent de celui établi et impose que toutes les bouteilles soient cachetées avec les armes de Chirac. Les distributeurs doivent informer Chirac de toutes les livraisons d'eaux minérales. Pour assurer la mise en œuvre de ces mesures, Chirac nomme le Docteur Boyer comme inspecteur. Le règlement est signé à Versailles le 28 février 1731 et enregistré par le Grand Conseil du Roi le 19 mars 1731.
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1677
p. 760-762
Brevet pour l'Eau sans pareille, & vertus.
Début :
PERMIS par la commission et vertu des Arrêts du Conseil [...]
Mots clefs :
Brevet, Sel spécifique, Médecine, Maux de tête, Apoplexie, Colique, Remèdes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Brevet pour l'Eau sans pareille, & vertus.
Brevet pour l'Eaufans pareille , & vertus.
Parrêts du Conseil d'Etat du Roi , du 3. Juil-
ERMIS par la commission et vertu des
inlet
, et 25. Octobre 1728. au Sieur Roussier ,
venteur de l'Eau sans pareille en 1717. de continuer
de la vendre et distribuer , tant dans Paris
que dans tout le Royaume , avec défenses à qui
que ce soit de la composer et contrefaire , excep-
MM. les Apotiquaires , vendre et débiter sous
ledit
AVRIL. 1731 761
ledit nom , à peine de cinq cens livres d'amende
conformément ausdits Arrêts et audit Sieur
Roussier de vendre et distribuer , sous la même
amende , d'autres remedes. DONNE' à Paris au
Château des Thuilleries , MM. les Commissaires
assemblez , ce zz. jour d'Octobre 1729. Signé ,
DODART , &c.
Elle guérit les maux de tête , vapeurs , migra
ne , et étourdissemens , en s'en frottant les deux
mains et les portant au nez , pour la respirer , et
ne point ôter les mains tant qu'il y aura de la
force.
Pour l'apoplexie , il en faut boire plein une
cuilliere à caffé , pure.
Pour la colique , vents dans l'estomach , indigestions
, et points de côté , il faut mettre deux
doigts d'eau commune dans un verre , et quinze
de cette Eau , et boire le tout mêlé en- gouttes
semble.
Pour le mal de mere , avaler huit gouttes de
cette Eau dans une cuilliere à bouche pleine d'eau
commune.
>
Pour le mal des yeux , il s'en faut frotter les
mains et les
devant les yeux , en les ou- porter
vrant , pour en recevoir l'esprit , et ne point ôter
les mains tant qu'il y aura de la force ; et en cas
de fluxion , il en faut mettre le même nombre de
huit gouttes dans deux doigts d'eau commune, et
la laver le soir et le matin avec un linge blanc.
La rougeur et les fluxions s'en iront en en mettant
le matin en se levant , et le soir à la fin du
jour.
Pour les vûës couvertes et troubles , et pour
les
yeux larmoyans , l'on s'en servira de même.comme
il est dit ci - dessus , dans les deux mains ; cela
éclaicira la vûë sur le champ , et la fortifiera.
Et pour le mal de dents , il en faut frotter les
gencives
762 MERCURE DE FRANCE
1
·
gencives en dedans et en dehors ; et en cas qu'elles
soient creuses , imbiber un linge pour mettredessus.
Le Sieur ROUSSIER demeure à Paris , ruë
Jean- Saint-Denys , à l'image Sainte Genevieve ,
prochè le Palais Royal.
Il y a des Bouteilles depuis dix fols juſqu'à
vingt livres la pinte.
Le Sieur LESCURE , Chirurgien Major des
Gardes du Corps de la Reine d'Espagne , IL
Douairiere , donne avis au Public , qu'il continue
de distribuer , avec beaucoup de succez , un
Sel specifique pour la guerison des maladies convulsives
, vapeurs , épilepsie , ou mal caduc , paralisie
, &c. ce remede fort facile à prendre
est souverain pour toutes les maladies qui attaquent
le genre nerveux ; son action est fort dou
ce , il conserve toûjours sa vertu , et peut se
transporter par tout , il donne un imprimé où il
est expliqué la maniere de s'en servir.
› Le Sieur Lescure demeure rue du jour à
Pimage S. Louis , vis - à- vis le grand portail
de S. Eustache ; il prie ceux qui lui écriront de
Province , d'avoir soin d'afranchir leurs lettres.
Parrêts du Conseil d'Etat du Roi , du 3. Juil-
ERMIS par la commission et vertu des
inlet
, et 25. Octobre 1728. au Sieur Roussier ,
venteur de l'Eau sans pareille en 1717. de continuer
de la vendre et distribuer , tant dans Paris
que dans tout le Royaume , avec défenses à qui
que ce soit de la composer et contrefaire , excep-
MM. les Apotiquaires , vendre et débiter sous
ledit
AVRIL. 1731 761
ledit nom , à peine de cinq cens livres d'amende
conformément ausdits Arrêts et audit Sieur
Roussier de vendre et distribuer , sous la même
amende , d'autres remedes. DONNE' à Paris au
Château des Thuilleries , MM. les Commissaires
assemblez , ce zz. jour d'Octobre 1729. Signé ,
DODART , &c.
Elle guérit les maux de tête , vapeurs , migra
ne , et étourdissemens , en s'en frottant les deux
mains et les portant au nez , pour la respirer , et
ne point ôter les mains tant qu'il y aura de la
force.
Pour l'apoplexie , il en faut boire plein une
cuilliere à caffé , pure.
Pour la colique , vents dans l'estomach , indigestions
, et points de côté , il faut mettre deux
doigts d'eau commune dans un verre , et quinze
de cette Eau , et boire le tout mêlé en- gouttes
semble.
Pour le mal de mere , avaler huit gouttes de
cette Eau dans une cuilliere à bouche pleine d'eau
commune.
>
Pour le mal des yeux , il s'en faut frotter les
mains et les
devant les yeux , en les ou- porter
vrant , pour en recevoir l'esprit , et ne point ôter
les mains tant qu'il y aura de la force ; et en cas
de fluxion , il en faut mettre le même nombre de
huit gouttes dans deux doigts d'eau commune, et
la laver le soir et le matin avec un linge blanc.
La rougeur et les fluxions s'en iront en en mettant
le matin en se levant , et le soir à la fin du
jour.
Pour les vûës couvertes et troubles , et pour
les
yeux larmoyans , l'on s'en servira de même.comme
il est dit ci - dessus , dans les deux mains ; cela
éclaicira la vûë sur le champ , et la fortifiera.
Et pour le mal de dents , il en faut frotter les
gencives
762 MERCURE DE FRANCE
1
·
gencives en dedans et en dehors ; et en cas qu'elles
soient creuses , imbiber un linge pour mettredessus.
Le Sieur ROUSSIER demeure à Paris , ruë
Jean- Saint-Denys , à l'image Sainte Genevieve ,
prochè le Palais Royal.
Il y a des Bouteilles depuis dix fols juſqu'à
vingt livres la pinte.
Le Sieur LESCURE , Chirurgien Major des
Gardes du Corps de la Reine d'Espagne , IL
Douairiere , donne avis au Public , qu'il continue
de distribuer , avec beaucoup de succez , un
Sel specifique pour la guerison des maladies convulsives
, vapeurs , épilepsie , ou mal caduc , paralisie
, &c. ce remede fort facile à prendre
est souverain pour toutes les maladies qui attaquent
le genre nerveux ; son action est fort dou
ce , il conserve toûjours sa vertu , et peut se
transporter par tout , il donne un imprimé où il
est expliqué la maniere de s'en servir.
› Le Sieur Lescure demeure rue du jour à
Pimage S. Louis , vis - à- vis le grand portail
de S. Eustache ; il prie ceux qui lui écriront de
Province , d'avoir soin d'afranchir leurs lettres.
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Résumé : Brevet pour l'Eau sans pareille, & vertus.
Le texte décrit deux brevets pour des remèdes médicaux. Le premier brevet, accordé au Sieur Roussier, concerne l'« Eau sans pareille », inventée en 1717. Par des arrêts du Conseil d'État du Roi des 3 juillet et 25 octobre 1728, Roussier obtient le droit exclusif de vendre et distribuer ce remède dans tout le Royaume, à l'exception des apothicaires autorisés à le contrefaire. L'« Eau sans pareille » traite divers maux tels que les maux de tête, les vapeurs, la migraine, l'apoplexie, la colique, les indigestions, le mal de mère, les troubles oculaires et le mal de dents. Roussier réside à Paris, rue Jean-Saint-Denys, et vend son produit entre dix et vingt livres la pinte. Le second brevet concerne le Sieur Lescure, Chirurgien Major des Gardes du Corps de la Reine d'Espagne. Lescure distribue un sel spécifique pour soigner les maladies convulsives, les vapeurs, l'épilepsie, la paralysie et autres affections nerveuses. Ce remède est facile à prendre, conserve sa vertu et peut être transporté partout. Lescure réside rue du Jour à l'image Saint-Louis, vis-à-vis le grand portail de Saint-Eustache, et demande aux correspondants provinciaux d'affranchir leurs lettres.
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1678
p. 762-763
NOUVEAU MEMOIRE du Sieur de la Gache, sur le Mouvement perpetuel, &c.
Début :
Il a été parlé dans le Mercure de France du [...]
Mots clefs :
Mouvement perpétuel, Instrument mathématique, Quadrature, Cercles, Modèle, Pesanteur, Machine, Société royale des arts mécaniques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVEAU MEMOIRE du Sieur de la Gache, sur le Mouvement perpetuel, &c.
NOUVEAU MEMOIRE du Sieur de
la Gache, fur le Mouvement perpetuel, &c.
Il a été parlé dans le Mercure de France da
mois de Juillet 1730. d'un instrument de Mathématique
, déja annoncé dans les Mercures de
Mars et Novembre 1729. avec lequel on trouve
sur le champ la quadrature de toute sorte de
cercles , les jeaugeages de toute sorte de tonneaux
et cubes , et encore la racine quarrée de toute sorte
de plombs et figures Géométriques ; cet instrument
f
AVRIL. 1731. 753
trument étant marqué de toutes les mesures ne
cessaires pour les operations qu'on vient de dire.
Le même Mercure de Juillet 1730. parle aussi
d'une idée du mouvement perpetuel, du même Auteur
, laquelle ayant été examinée à Paris , plusieurs
connoisseurs ont jugé qu'on ne pouvoit
bien trouver le mouvement perpetuel que par ce
principe.
Depuis ce temps-là l'Auteur a fait un nouveau
modele à peu près sur le même principe , mais l'execution
en est beaucoup plus facile, il n'y a point
de chambres comme au premier,il est plus simple
et plus naturel , puisqu'il n'y a pas de frottement
même des deux pivots , et que les chutes des pesanteurs
, ou des leviers s'en font comme des boules
, qui tombent d'enhaut l'une sur l'autre de fortprès
, et remontent par leur centre , pour redescendre
continuellement par la circonference ou
l'extrémité du cercle , et donner ainsi le mouve,
ment à toute la machine.
L'Auteur offre d'envoyer à Paris ce nouveau
modele de mouvement perpetuel à MM . de la
Societé Royale des Arts Mechaniques , pour
P'examiner et en faire l'expérience , esperant de
leur présenter encore les autres découvertes qu'il
a ci-devant faites. Il n'y a point d'artiste , habile
et curieux, qui ne se fasse un plaisir d'executer ce
dernier mouvement , il n'y aura que de la justesse
à observer. Le modele en question est de
cuivre , et n'a que cinq pouces de diametre , les
boules d'étain sont plates , et l'arbre ou livots
surquoi la machine tourne , d'acier. Le tout ne
pese pas plus de trois ou quatre livres. Signé ,
LA GACH E.
la Gache, fur le Mouvement perpetuel, &c.
Il a été parlé dans le Mercure de France da
mois de Juillet 1730. d'un instrument de Mathématique
, déja annoncé dans les Mercures de
Mars et Novembre 1729. avec lequel on trouve
sur le champ la quadrature de toute sorte de
cercles , les jeaugeages de toute sorte de tonneaux
et cubes , et encore la racine quarrée de toute sorte
de plombs et figures Géométriques ; cet instrument
f
AVRIL. 1731. 753
trument étant marqué de toutes les mesures ne
cessaires pour les operations qu'on vient de dire.
Le même Mercure de Juillet 1730. parle aussi
d'une idée du mouvement perpetuel, du même Auteur
, laquelle ayant été examinée à Paris , plusieurs
connoisseurs ont jugé qu'on ne pouvoit
bien trouver le mouvement perpetuel que par ce
principe.
Depuis ce temps-là l'Auteur a fait un nouveau
modele à peu près sur le même principe , mais l'execution
en est beaucoup plus facile, il n'y a point
de chambres comme au premier,il est plus simple
et plus naturel , puisqu'il n'y a pas de frottement
même des deux pivots , et que les chutes des pesanteurs
, ou des leviers s'en font comme des boules
, qui tombent d'enhaut l'une sur l'autre de fortprès
, et remontent par leur centre , pour redescendre
continuellement par la circonference ou
l'extrémité du cercle , et donner ainsi le mouve,
ment à toute la machine.
L'Auteur offre d'envoyer à Paris ce nouveau
modele de mouvement perpetuel à MM . de la
Societé Royale des Arts Mechaniques , pour
P'examiner et en faire l'expérience , esperant de
leur présenter encore les autres découvertes qu'il
a ci-devant faites. Il n'y a point d'artiste , habile
et curieux, qui ne se fasse un plaisir d'executer ce
dernier mouvement , il n'y aura que de la justesse
à observer. Le modele en question est de
cuivre , et n'a que cinq pouces de diametre , les
boules d'étain sont plates , et l'arbre ou livots
surquoi la machine tourne , d'acier. Le tout ne
pese pas plus de trois ou quatre livres. Signé ,
LA GACH E.
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Résumé : NOUVEAU MEMOIRE du Sieur de la Gache, sur le Mouvement perpetuel, &c.
Le mémoire du Sieur de la Gache, publié dans le Mercure de France de juillet 1730, présente deux inventions. La première est un instrument mathématique capable de déterminer la quadrature des cercles, le jaugeage des tonneaux et des cubes, ainsi que la racine carrée de diverses figures géométriques. Cet instrument est équipé de toutes les mesures nécessaires pour ces opérations. La seconde invention concerne une idée de mouvement perpétuel. Après un examen à Paris, des experts ont jugé ce principe prometteur. L'auteur a depuis créé un nouveau modèle plus simple, sans chambres ni frottement des pivots. Les poids ou leviers fonctionnent comme des boules tombant les unes sur les autres et remontant par leur centre pour redescendre continuellement. L'auteur propose d'envoyer ce modèle à la Société Royale des Arts Mechaniques à Paris pour examen. Le modèle, en cuivre, mesure cinq pouces de diamètre et pèse entre trois et quatre livres. Les boules sont en étain et l'arbre sur lequel la machine tourne est en acier. L'auteur espère que les artistes habiles et curieux trouveront plaisir à exécuter ce mouvement perpétuel.
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1679
p. 763-764
Tableaux en petit point, [titre d'après la table]
Début :
Le Sieur Tessier, connu pour les Portraits au petit point [...]
Mots clefs :
Portraits, Société des arts, Tableaux, Aiguille, Curieux, Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tableaux en petit point, [titre d'après la table]
A Amiens le 9. Fevrier 1731 .
Le Sicur Tessier , connu pour les Portraits au
рем
764 MERCURE DE FRANCE
petit point , vient de donner de nouvelles preuves
de son habileté , et du goût qu'il a toûjours eu
pour ces sortes d'Ouvrages , par deux morceaux
qu'il a présenté à la Societé des Arts , de laquelle
il a l'honneur d'être Membre.
L'approbation que cette Compagnie lui en a
donnée , fera connoître le mérite de cet Ouvrage.
t :
Ce jourd'hui le Sieur Tessier , Peintre & Tapissier
, Associé en la Classe des Arts de
goût de ladite Societé , a présenté à la Compagnie
deux Tableaux enpetit point , représentant
le Roi & la Reine en Buste , de grandeur naturelle
, lesquels ont parû être executez avec une
grande régularité ; l'aiguille y afondu les nuan
ces des laines avec la même harmonie que le
pinceau méle & réunit les couleurs , la Societé
a jugé que ces fortes d'Ouvrages feroient plaifir
aux amateurs des beaux Arts & aux personnes
de goûts en consequence & pour faire cennoitre
le mérite & le talent admirable du Sieur
Tessier , elle a trouvé à propos de lui délivrer
le présent Extrait , à Paris ce 28. Novembre
1730.
Le Sieur Tessier a lieu d'esperer que les Curieux
s'adresseront à lui pour faire fabriquer ce
dont ils auront besoin en ce Genre . Il a actuelle
lement chez lui le Portrait du Roi et de la Reiné ,
une Vierge et une Madeleine , d'après M. le
Brun.
Sa demeure est sur le Pont Notre- Dame , près
la Pompe au Tapis de Turquie , à Paris .
Le Sicur Tessier , connu pour les Portraits au
рем
764 MERCURE DE FRANCE
petit point , vient de donner de nouvelles preuves
de son habileté , et du goût qu'il a toûjours eu
pour ces sortes d'Ouvrages , par deux morceaux
qu'il a présenté à la Societé des Arts , de laquelle
il a l'honneur d'être Membre.
L'approbation que cette Compagnie lui en a
donnée , fera connoître le mérite de cet Ouvrage.
t :
Ce jourd'hui le Sieur Tessier , Peintre & Tapissier
, Associé en la Classe des Arts de
goût de ladite Societé , a présenté à la Compagnie
deux Tableaux enpetit point , représentant
le Roi & la Reine en Buste , de grandeur naturelle
, lesquels ont parû être executez avec une
grande régularité ; l'aiguille y afondu les nuan
ces des laines avec la même harmonie que le
pinceau méle & réunit les couleurs , la Societé
a jugé que ces fortes d'Ouvrages feroient plaifir
aux amateurs des beaux Arts & aux personnes
de goûts en consequence & pour faire cennoitre
le mérite & le talent admirable du Sieur
Tessier , elle a trouvé à propos de lui délivrer
le présent Extrait , à Paris ce 28. Novembre
1730.
Le Sieur Tessier a lieu d'esperer que les Curieux
s'adresseront à lui pour faire fabriquer ce
dont ils auront besoin en ce Genre . Il a actuelle
lement chez lui le Portrait du Roi et de la Reiné ,
une Vierge et une Madeleine , d'après M. le
Brun.
Sa demeure est sur le Pont Notre- Dame , près
la Pompe au Tapis de Turquie , à Paris .
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Résumé : Tableaux en petit point, [titre d'après la table]
Le 9 février 1731, à Amiens, le Sieur Tessier, connu pour ses portraits au petit point, a présenté deux tableaux à la Société des Arts. Ces œuvres représentent le Roi et la Reine en buste, de grandeur naturelle, et ont été exécutées avec une grande régularité. L'aiguille y fond les nuances des laines de manière harmonieuse, comparable à l'utilisation du pinceau. La Société des Arts a reconnu le mérite et le talent de Tessier en délivrant un extrait le 28 novembre 1730. Tessier espère recevoir des commandes similaires. Il possède également les portraits du Roi et de la Reine, ainsi qu'une Vierge et une Madeleine, d'après M. le Brun. Sa demeure est située sur le Pont Notre-Dame, près de la Pompe au Tapis de Turquie, à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1680
p. 764-765
Lanternes de Réflexion, [titre d'après la table]
Début :
Le Sieur Boulangé, Maître et Marchand Doreur à Paris, demeurant [...]
Mots clefs :
Lanterne de réflexion, Académie des sciences, Martinique, Gouverneur, Intendant, Commerce, Académie de musique, Arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lanternes de Réflexion, [titre d'après la table]
Le Sieur Boulangé , Maître et Marchand Doreur
à Paris , demeurant , au milieu de la ruë
de la Verrerie , à l'enseigne du S. Esprit
Nous prie de donner avis que c'est lui qui le pre-
>
mier
AVRIL. 1731. 765
mier a trouvé le secret d'une Lanterne de réflexion
qui éclaire de plusieurs côtés , et d'un calibre
plus correct , et meilleur que celles qui ont paru
jusqu'à present , même approuvé par MM . de
de l'Académie des Sciences.
Il dit aussi avoir le premier trouvé le secret de
la faire éclairer sur le derriere , de façon qu'une
personne en Carosse ou en Chaise peut lire , sans
que la clarté l'offusque , et toutes celles qu'il
vend sont marquées au bord du dedans , des lettres
G. B. et d'un S. Esprit Couronné.
On écrit du Fort S. Pierre , que l'Isle Martinique
, la plus ancienne et la plus peuplée des Isles
Françoises, se pollit tout les jours davantage ; que
les belles manieres de M. le Marquis de Champigny,
Gouverneur , et de celles de M. d'Orgeville,
Intendant , n'y ont pas peu contribué ; surtout
depuis que ce dernier ayant fixé son séjour au
Fort S. Pierre , y a non- seulement facilité les affaires
de Commerce , par son exacte diligence à
prévenir , ou à terminer les differends inévitables
dans un trafic aussi considerable que celui qui s'y
fait , mais encore il y a réuni les esprits , par la
douceur de son caractere , en leur procurant certains
amusemens necessaires à la Societé civile.
On vient d'y établir une Académie de Musique
composé de cent des Principaux Habitans de S.
Pierre ; cette Academie , formée sur le modele de
celles de France , s'assemble deux fois la semaine ;
les voix et les instrumens de toutes especes , et en
grand nombre, y donnent un plaisir qui se feroit
rechercher dans les plus belles Provinces de l'Europe.
Il semble que l'amour des Arts et des Let´
tres ait passé aux Isles avec M. d'Orgeville,
à Paris , demeurant , au milieu de la ruë
de la Verrerie , à l'enseigne du S. Esprit
Nous prie de donner avis que c'est lui qui le pre-
>
mier
AVRIL. 1731. 765
mier a trouvé le secret d'une Lanterne de réflexion
qui éclaire de plusieurs côtés , et d'un calibre
plus correct , et meilleur que celles qui ont paru
jusqu'à present , même approuvé par MM . de
de l'Académie des Sciences.
Il dit aussi avoir le premier trouvé le secret de
la faire éclairer sur le derriere , de façon qu'une
personne en Carosse ou en Chaise peut lire , sans
que la clarté l'offusque , et toutes celles qu'il
vend sont marquées au bord du dedans , des lettres
G. B. et d'un S. Esprit Couronné.
On écrit du Fort S. Pierre , que l'Isle Martinique
, la plus ancienne et la plus peuplée des Isles
Françoises, se pollit tout les jours davantage ; que
les belles manieres de M. le Marquis de Champigny,
Gouverneur , et de celles de M. d'Orgeville,
Intendant , n'y ont pas peu contribué ; surtout
depuis que ce dernier ayant fixé son séjour au
Fort S. Pierre , y a non- seulement facilité les affaires
de Commerce , par son exacte diligence à
prévenir , ou à terminer les differends inévitables
dans un trafic aussi considerable que celui qui s'y
fait , mais encore il y a réuni les esprits , par la
douceur de son caractere , en leur procurant certains
amusemens necessaires à la Societé civile.
On vient d'y établir une Académie de Musique
composé de cent des Principaux Habitans de S.
Pierre ; cette Academie , formée sur le modele de
celles de France , s'assemble deux fois la semaine ;
les voix et les instrumens de toutes especes , et en
grand nombre, y donnent un plaisir qui se feroit
rechercher dans les plus belles Provinces de l'Europe.
Il semble que l'amour des Arts et des Let´
tres ait passé aux Isles avec M. d'Orgeville,
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Résumé : Lanternes de Réflexion, [titre d'après la table]
Le document traite de deux sujets principaux. Premièrement, il présente le Sieur Boulangé, maître et marchand doreur à Paris, résidant rue de la Verrerie à l'enseigne du Saint-Esprit. Boulangé a découvert le secret d'une lanterne de réflexion innovante, approuvée par l'Académie des Sciences, qui éclaire de plusieurs côtés et permet de lire sans être ébloui, notamment en carrosse ou en chaise. Ses lanternes sont marquées des lettres 'G.B.' et d'un Saint-Esprit couronné. Deuxièmement, le texte rapporte des nouvelles de l'île de la Martinique, la plus ancienne et la plus peuplée des îles françaises. Les mœurs de l'île s'améliorent grâce à l'influence de M. le Marquis de Champigny, gouverneur, et de M. d'Orgeville, intendant. Ce dernier, résidant au Fort Saint-Pierre, a facilité les affaires commerciales et réuni les esprits par la douceur de son caractère et en procurant des amusements nécessaires à la société civile. Une Académie de Musique, composée de cent principaux habitants de Saint-Pierre, a été établie sur le modèle des académies françaises. Elle se réunit deux fois par semaine et offre des plaisirs musicaux comparables à ceux des plus belles provinces d'Europe. L'amour des arts et des lettres semble avoir été introduit aux îles par M. d'Orgeville.
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1681
p. 768-771
« Le Mardi 3. de ce mois, les Comédiens François ouvrirent [...] »
Début :
Le Mardi 3. de ce mois, les Comédiens François ouvrirent [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédie en vers, Rime, Tragédie, Comédiens-Italiens, Londres, Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Mardi 3. de ce mois, les Comédiens François ouvrirent [...] »
SPECTACLE S.
E Mardi 3. de ce mois , les Comédiens
François ouvrirent leur Theatre
par la Tragedie de Polyeucte , qui fut
suivie de la Comedie d'Alcibiade. Le
Sieur de Montemenil fit un compliment
au Public qui fut fort bien reçu .
Quelques jours après ils remirent au
theatre la Comédie en vers , et en trois
Actes , de l'Ecole des Amans de M. Joli ,
qu'on revoit avec un extrême plaisir ; car
outre que c'est un très bon ouvrage ,
dont les honnêtes, gens et les gens d'esprit
et de goût font beaucoup de cas ,
on peut dire que cette piece est jouée dans
la plus grande perfection . Le Sieur Quinaut
y joue le principal rôle , et le Sieur
de Grandval celui de son rival . Les
Diles Labat et Quinaut y remplis
sent ceux de la Maîtresse et de la Gouvernante
, et les Sieurs Poisson et Montmenil
, joüent les deux valets.
Il vient de paroître une nouvelle edition
de cette Piece , chez Chaubert , Quai
des Augustins , qui doit faire honneur
au Libraire non seulement la correction
, mais par la beauté du papier
, par
ct
AVRIL. 1731. 769
+
et par la netteté des caracteres .
On apprend dans l'avertissement que
M. Joly , auteur de cette excellente Piece
, a non seulement refondu plusieurs
vers , mais encore rétabli des rimes qui
n'étoient pas exactes. Je sçai , dit- il , que
de celebres Poëtes modernes se croyent en
droit de regarder la rime comme un vain
ornement dont notre Poësie peut se pas
ser , ou plutôt comme une servitude incommode
, dont il sied bien à des esprits
superieurs de secouer le joug : présomption
qui seule les affranchit d'une
regle que nos plus grands Maîtres ont respectée.
Pour moi j'ai suivi autant qu'il
m'a été possible , l'exemple de ceux- ci ,
étant bien persuadé qu'un Auteur dont
les Ouvrages ne sont pas sans défauts ,
doit du moins faire ensorte qu'on ne puisse
pas lui reprocher la négligence ou la
singularité.
C
>
Le 14. Les mêmes Comédiens remirent
au Theatre la Tragedie de Saul ,
de M. l'Abbé Nadal , qui eut un fort
grand succez dans sa nouveauté il y a
25. ans , elle n'en a pas moins aujourd'hui.
Le Sieur Dufresne y joüe le principal
rôle. La Dlle Balicour y remplit
celui de la Pythonisse.
Le 3: Avril les Comédiens Italiens
G firent
770 MERCURE DE FRANCE
firent l'ouverture de leur Theatre par
la Comédie de Timon le Misantrope , avec
tous ses agrémens , elle fut suivie de la
petite Piece de l'Isle des Efclaves. Le
Sieur Sticotti fit le compliment qu'on
fait ordinairement toutes les années à la
rentrée du Theatre.
Le 7. ils représenterent à la Cour la
-Double Inconftance , et Arlequin poli par
l'Amour , et le 21. Arlequin Sauvage et
l'Isle des Efclaves.
Le : 11. ils remirent au Théatre le
Trefor fuppofe , Comédie en trois actes ,
avec dés divertissemens , joüée dans sa
nouveauté en Fevrier 1720 .
>
On a représenté à Londres sur les Thea
tres de Drury- Lane et de Lincolns-
Infields , deux Comedies nouvelles , intitulées
le Reffentiment des femmes , et La
Femme Campagnarde .
Le 3. Avril l'Académie Royale de Musique
donna pour l'ouverture du Thea
tre une représentation de Phaeton avec
un très grand concours ; il paroît que
le public ne se lasse point de revoir
ce magnifique Opera.
Le 12. on donna une représentation
de Thesée pour les Acteurs , comme cela
se pratique toutes les années ; la Die.Camargo
AVR FL. 1731 .
77¹
margo , les Sieurs Blondi et Dumoulins
danserent le pas de Trois à la fin de la Piece
, qui fait toûjours beaucoup de plaisir.
E Mardi 3. de ce mois , les Comédiens
François ouvrirent leur Theatre
par la Tragedie de Polyeucte , qui fut
suivie de la Comedie d'Alcibiade. Le
Sieur de Montemenil fit un compliment
au Public qui fut fort bien reçu .
Quelques jours après ils remirent au
theatre la Comédie en vers , et en trois
Actes , de l'Ecole des Amans de M. Joli ,
qu'on revoit avec un extrême plaisir ; car
outre que c'est un très bon ouvrage ,
dont les honnêtes, gens et les gens d'esprit
et de goût font beaucoup de cas ,
on peut dire que cette piece est jouée dans
la plus grande perfection . Le Sieur Quinaut
y joue le principal rôle , et le Sieur
de Grandval celui de son rival . Les
Diles Labat et Quinaut y remplis
sent ceux de la Maîtresse et de la Gouvernante
, et les Sieurs Poisson et Montmenil
, joüent les deux valets.
Il vient de paroître une nouvelle edition
de cette Piece , chez Chaubert , Quai
des Augustins , qui doit faire honneur
au Libraire non seulement la correction
, mais par la beauté du papier
, par
ct
AVRIL. 1731. 769
+
et par la netteté des caracteres .
On apprend dans l'avertissement que
M. Joly , auteur de cette excellente Piece
, a non seulement refondu plusieurs
vers , mais encore rétabli des rimes qui
n'étoient pas exactes. Je sçai , dit- il , que
de celebres Poëtes modernes se croyent en
droit de regarder la rime comme un vain
ornement dont notre Poësie peut se pas
ser , ou plutôt comme une servitude incommode
, dont il sied bien à des esprits
superieurs de secouer le joug : présomption
qui seule les affranchit d'une
regle que nos plus grands Maîtres ont respectée.
Pour moi j'ai suivi autant qu'il
m'a été possible , l'exemple de ceux- ci ,
étant bien persuadé qu'un Auteur dont
les Ouvrages ne sont pas sans défauts ,
doit du moins faire ensorte qu'on ne puisse
pas lui reprocher la négligence ou la
singularité.
C
>
Le 14. Les mêmes Comédiens remirent
au Theatre la Tragedie de Saul ,
de M. l'Abbé Nadal , qui eut un fort
grand succez dans sa nouveauté il y a
25. ans , elle n'en a pas moins aujourd'hui.
Le Sieur Dufresne y joüe le principal
rôle. La Dlle Balicour y remplit
celui de la Pythonisse.
Le 3: Avril les Comédiens Italiens
G firent
770 MERCURE DE FRANCE
firent l'ouverture de leur Theatre par
la Comédie de Timon le Misantrope , avec
tous ses agrémens , elle fut suivie de la
petite Piece de l'Isle des Efclaves. Le
Sieur Sticotti fit le compliment qu'on
fait ordinairement toutes les années à la
rentrée du Theatre.
Le 7. ils représenterent à la Cour la
-Double Inconftance , et Arlequin poli par
l'Amour , et le 21. Arlequin Sauvage et
l'Isle des Efclaves.
Le : 11. ils remirent au Théatre le
Trefor fuppofe , Comédie en trois actes ,
avec dés divertissemens , joüée dans sa
nouveauté en Fevrier 1720 .
>
On a représenté à Londres sur les Thea
tres de Drury- Lane et de Lincolns-
Infields , deux Comedies nouvelles , intitulées
le Reffentiment des femmes , et La
Femme Campagnarde .
Le 3. Avril l'Académie Royale de Musique
donna pour l'ouverture du Thea
tre une représentation de Phaeton avec
un très grand concours ; il paroît que
le public ne se lasse point de revoir
ce magnifique Opera.
Le 12. on donna une représentation
de Thesée pour les Acteurs , comme cela
se pratique toutes les années ; la Die.Camargo
AVR FL. 1731 .
77¹
margo , les Sieurs Blondi et Dumoulins
danserent le pas de Trois à la fin de la Piece
, qui fait toûjours beaucoup de plaisir.
Fermer
Résumé : « Le Mardi 3. de ce mois, les Comédiens François ouvrirent [...] »
Le 3 avril 1731, les Comédiens Français inaugurèrent leur théâtre avec la tragédie 'Polyeucte' et la comédie 'Alcibiade'. Le Sieur de Montemenil reçut un accueil favorable pour son compliment. Quelques jours plus tard, ils reprirent 'L'École des Amants' de M. Joly, avec les rôles principaux interprétés par le Sieur Quinaut et le Sieur de Grandval. Une nouvelle édition de cette pièce, corrigée et améliorée, fut publiée chez Chaubert. Le 14 avril, ils jouèrent la tragédie 'Saul' de l'Abbé Nadal, avec le Sieur Dufresne et la Dame Balicour dans les rôles principaux. Le même jour, les Comédiens Italiens ouvrirent leur théâtre avec 'Timon le Misantrope' et 'L'Île des Esclaves'. Les 7 et 21 avril, ils représentèrent respectivement 'La Double Inconstance' et 'Arlequin Sauvage'. Le 11 avril, ils reprirent 'Le Trésor supposé'. À Londres, deux nouvelles comédies, 'Le Ressentiment des femmes' et 'La Femme Campagnarde', furent jouées sur les théâtres de Drury Lane et de Lincoln's Inn Fields. L'Académie Royale de Musique donna une représentation de 'Phaéton' le 3 avril et joua 'Thésée' le 12 avril, avec des danses des Sieurs Blondi et Dumoulins et de la Dame Camargo.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1682
p. 771-779
Idomenée, Opera remis , Extrait. [titre d'après la table]
Début :
Le 5. Avril on donne la Tragédie d'Idomenée, qui [...]
Mots clefs :
Tragédie, Prologue, Symphonie, Vénus, Dieux, Outrages, Jalousie
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texteReconnaissance textuelle : Idomenée, Opera remis , Extrait. [titre d'après la table]
Le s . Avril on donna la Tragedie
d'Idomenée , qui avoit été donnée dans sa
-nouveauté le 1 2. Janvier 1712. Le Poëme
est de M. Danchet , et la Musique de
M. Campra.
Au Prologue le Théatre représente les
Antres d'Eole ; ce Dieu y paroît au milieu
des vents , qui sont enchaînés à des
rochers. Ils veulent sortir de leurs prisons
; Eole les y retient malgré eux. Venus
annoncée par une douce symphonie ,
se présente à Eole , et lui parle ainsi :
Un vainqueur des Troyens fend la liquide plaine
;
Des rives de la Créte écarte ses vaisseaux ;
Ordonne aux Aquillons de soulever les eaux
Et de servir ma juste haine.
Eole.
Brisez vos fers ; pártez , vents orageux ;
De la Mere d'Amour allez remplir les voeux.
Les Aquilions sortent des Antres où ils
étoient renfermez , et s'élancent dans les
airs pour aller servir la haine de Venus.
Gij La
772 MERCURE
DE FRANCE
La fête de ce prologue est ordonnée
par Venus : en voici le motif.
Je vai remplir ta Cour
Des Nymphes et des Dieux soumis à ma puissance
;
Tandis que tes sujets exercent ma vengeance ,
Les miens viendront t'offrir les charmes de l'Amour.
?
les Plaisirs Venus appelle l'Amour
et les Jeux. Ce prologue a paru d'autant
plus heureusement imaginé, qu'ilannonce
la Tragedie,
Au premier Acte , le Théatre représente
le magnifique Palais des Rois de Crete,
Ilione , fille d'Agamemnon
, Roy d'Argos
et de Mycene , ouvre la Scene. Elle
fait connoître qu'elle est arrivée en Crete
dans un seul vaisseau que la tempête avoit
séparé de la flotte d'Idomenée ; elle ajoûte
qu'elle a méprisé l'amour de ce Roi , mais
qu'elle n'a pas été aussi insensible à celui
d'Idamante son fils qui ignore encore sa
victoire ; elle appelle la gloire et la fierté
à son secours,
Idamante ordonne à sa suite d'assembler
les Troyens ; il dit à Ilione qu'il est
rassuré sur le sort de son Pere que Minerve
a protegé contre la fureur de Neptune
; il lui annonce qu'il va délivrer les
Troyens
1
AVRIL: 1731. 773
Troyens en attendant le retour du Roi ,
persuadé qu'il les auroit lui-même remis.
en liberté , si les vents lui avoient permis
d'aborder en Créte ; il fui déclare son
amour ; elle en 'paroît offensée ; il lui réproche
l'injustice quelle a de vouloir pu
nir en lui ce qui n'est que le crime des
Dieux , ennemis des Troyens. Les Crétois
et les Troyens font le divertissement
de ce premier Acte ; on brise les chaînes
de ces derniers.
Arbas vient troubler la fête par une
fausse nouvelle de la mort d'Idomenée
qu'il annonce comme certaine . Electre qui
survient trouve fort étrange qu'on ait remis
les Troyens en liberté. Cette Princesse
Grecque , ne doutant point que cette
liberté ne soit l'ouvrage de l'amour d'Idamante
pour Ilione , s'abandonne à sa
jalouse rage, et ne respire que vengeance.
Au second Acte , le Théatre représente
les bords de la mer agitée par une tempê
te affreuse ; tout le fond est rempli de
vaisseaux qui ont fait ou qui vont faire
naufrage. Un choeur de Peuples prêts à
périr , ouvre la scene par ces deux vers :
O Dieux , ô justes Dieux , donnez -nous du se
cours' ;
Les vents , les mers , le ciel , tout menace nes
jours
Ciij Neptun
774 MERGURE DE FRANCE
Neptune sort de la mer , et dit à Idomenée
Ne crains plus les outrages
Des flots et des vents ennemis ;
Mais offre moi sur ces rivages
L'hommage que tu m'as promis.
Idomenée fait entendre à Arcas , qui
s'est sauvé du naufrage comme lui , le
funeste voeu qu'il a fait à Neptune ; voici
comme il s'explique :
Dans l'horreur du naufrage ,
Pour ravir à la mort mes sujets allarmés ,
Apprens les voeux que j'ai formés.
Voeux indiscrets , trop tard vous troublez mon
courage ;
Si Neptune en courroux faisoit cesser l'orage ,
J'ai promis d'immoler le premier des humains
Que je verrai sur le rivage.
Dans le sang innocent dois-je tremper res
mains.
Il voit paroître sa victime ; c'est son
propre fils qu'il ne connoît pas › attendu
la longueur du siege de Troye. Idamante
qui ne peut pas non plus le connoître , et
qui le prend pour un de ces malheureux
qui viennent de faire naufrave , lui offre
genereusement son secours ; la Scene est
trésAVRIL.
1731. 773
très -touchante de part et d'autre, et menagée
avec beaucoup d'art jusqu'au moment
de la reconnoissance. Idomenée saisi
d'horreur et accablé de tristesse , dit à
son fils qui le veut suivre,pour sçavoir ce
qui l'oblige à se refuser à ses embrassemens
:
Gårdez Vous de me suivre.
Pourquoi m'avez vous vû ? craignez de me revoir.
Idamante ne laisse pas de marcher sur
ses pas. Electre qui arrive croi qu'il la fuit;
elle implore Venus . La Déesse fait entendre
à Electre qu'elle va la vanger. Venus
évoque la jalousie qui vient avec sa suite ,
et fait la fête de ce second Acte , qui finit
par ces vers que Venus adresse à la jalousie.
Au coeur d'Idomenée inspirez la terreur
Contre son propre Fils allumez sa fureur,
La décoration du troisiéme Acte représente
le Port de Sydonie,
Idomenée ne se peut résoudre à donner
à Neptune la victime qu'il lui a promise
; de la tendresse de Pere , il passe
à la fureur d'un rival ; la liberté que son
fils a rendue aux Troyens lui persuade
qu'il aime Ilione , Arcas lui conseille d'éloigner
ce Prince ; Idomenće prend ce
G iiij parti ;
776 MERCURE DE FRANCE
parti ; Arcas par ses ordres va tout prépa
rer pour le départ d'Idamante qui selon
ce nouveau projet doit conduire Electre
à Argos et la vanger d'Egyste qui a usurpé
sur elle le thrône de ses yeux.
Ilione vient ; Idomenée la veut fuir
mais il demeure malgré lui ; il n'apprend
que trop ce qu'il avoit voulu ignorer , il
fait entendre à Ilione qu'elle a tout à craindre
pour son Amant , qui n'a pas besoin
pour périt du nom odieux de Rival .
>
Electre vient remercier Idomenée du
secours qu'il lui offre contre ses tyrans
Idomenée la quitte en lui disant que son
fils s'est chargé de la conduire et de la
vanger. Electre s'abandonne à sa joye ; les
Matelots grecs et tous ceux qui doivent
suivre cette Princesse viennent celebrer
leur retour dans leur Patrie après la fête ,
Prothée sort du fond des flots et annonce
à Idamenée la vengeance de Neptune
prête à tomber sur lui pour le punir de
son parjure ; l'orage empêche Electre de
partir ; Idomenée proteste qu'il n'immo .
lera jamais la victime que Neptune lui
demande . Un Monstre sorti de la mer ,
commence la vengeance de ce Dieu irrité.
Au quatriéme Acte , le Theatre représente
une campagne agréable , et dans l'éloignement
le Temple de Neptune.
Ilione
AVRIL. 1731. 777
Ilione fait des imprécations contre les
Crétois, et prie les Dieux de les faire tous
périr par le monstre ; son amour lui fait
excepter Idamante qui veut le combattre.
Idamanre vient faire ses derniers adieut
à Ilione , ne doutant point qu'il ne périsse
dans le projet que son désespoir lui fait
entreprendre ; le péril où ce Prince va
s'exposer , par la seule raison qu'il est
odieux à sa chere Ilione , détermine cette
Princesse à rompre un trop long silence
, et à déclarer son amour ; elle apprend
à son Amant qu'il a un rival re- .
doutable ; Idamante reconnoît par-là que
c'est le Roi.
Idomenée vient offrir un sacrifice à
Neptune ; il éloigne son fils du Temple
de ce Dieu , sans lui déclarer le funeste
voeu qu'il a fait.
Après cette premiere fête , qui consiste
en des hymnes chantez à la gloire de
Neptune , on entend des chants de victoire
derriere le Théatre ; Arcas vient apprendre
à Idomenée que le monstre a suc- ,
combé sous les coups d'Idamante ; Idomenée
se flatte d'avoir fléchi le Dieu des ,
flots,puisqu'il a permis que son fils triom
phât de ce monstre. Des Bergers et des
Bergeres , mêlés avec les habitans de Sydonie
, viennent celebrer la victoire d'I
damante. Après cette derniere fête , Ido-
G vj
menée
1
778 MERCURE DE ERANCE
menée se surmonte lui- même , et forme
la résolution de ceder Ilione à son fils ; il
n'en demeure pas là , il lui cede encore le
Trône , il en explique le motif
vers ;
par
ces
Le Roi seul fit un voeu fatal à tout mon sang ,
Cessons de l'etre ; il faut que mon fils dans mon
rang
:
Ait pour sa sureté la grandeur souveraine.
L'action du dernier Acte se passe dans
un lieu préparé pour le couronnement d'I
damante ; Electre au désespoir de l'hymen
dont on fait les apprêts , déclare sont
amour au Prince de Créte et voyant
qu'il ne l'écoute pas , elle sort pour aller
irriter la colere de Neptune contre tous
les Auteurs des outrages qu'elle a reçus en
ce jour .
Ilione et Idamante s'applaudissent de
leur prochain bonheur. Idomenée déclare
à ses Peuples que c'est son fils qui doit
désormais leur dispenser des loix ' ; il dit
galamment à Ilione qu'il se fait un plus
grand effort en la cedant à son fils , qu'en
lui remettant le pouvoir suprême. Les
Crétois font leur cour à leur nouveau
Maître , par des chants convenables à la
fête. Idomenée dépose sur un carreau son
Sceptre et sa Couronne. Nemesis sort des
Enfers
AVRIL. 1731. 779
1
par ces vers Enfers et trouble la fête
qu'elle adresse à Idomenée :
Du souverain des mers Ennemi temeraire ,
'Penses - tu donc ainsi désarmer sa colere ?
Voi Nemesis , les Dieux m'ont imposé la loi
D'exercer leur vengeance :
Que l'Univers avec effroi
Apprenne à respecter leur suprême puissance .
Nemesis rentre dans les Enfers ; le thrône
se brise , et les furies emportent le
pavillon qui le couvroit. Idomenée devenu
furieux , se croit transporté dans un
lieu où l'on offre un sacrifice à Neptune ;
il veut avoir l'honneur de porter le coup
mortel à la victime ; cette prétendue victime
est son propre fils , qu'il immole
de sa propre main ; après cet affreux
sacrifice , les Dieux lui rendent la
raison , pour lui découvrir son parricide ,
il veut s'en punir ; on lui arrache l'épée.
Ilione finit la Tragedie par ces vers .
Pour le punir , laissez le vivre ;
C'est à moi seul de mourir.
V
lc
Les Comédiens François ont représenté
à Versailles pendant ce mois
Légataire, et la Sérénade. Saul Tragédie
et Attendez - moi sous Porne. L'Ecole des
Amans , et Chrispin Medecin. Andronic ,
et l'Esprit de contradiction . L'Esprit folet ,
et la Comtesse d'Escarbagnas .
d'Idomenée , qui avoit été donnée dans sa
-nouveauté le 1 2. Janvier 1712. Le Poëme
est de M. Danchet , et la Musique de
M. Campra.
Au Prologue le Théatre représente les
Antres d'Eole ; ce Dieu y paroît au milieu
des vents , qui sont enchaînés à des
rochers. Ils veulent sortir de leurs prisons
; Eole les y retient malgré eux. Venus
annoncée par une douce symphonie ,
se présente à Eole , et lui parle ainsi :
Un vainqueur des Troyens fend la liquide plaine
;
Des rives de la Créte écarte ses vaisseaux ;
Ordonne aux Aquillons de soulever les eaux
Et de servir ma juste haine.
Eole.
Brisez vos fers ; pártez , vents orageux ;
De la Mere d'Amour allez remplir les voeux.
Les Aquilions sortent des Antres où ils
étoient renfermez , et s'élancent dans les
airs pour aller servir la haine de Venus.
Gij La
772 MERCURE
DE FRANCE
La fête de ce prologue est ordonnée
par Venus : en voici le motif.
Je vai remplir ta Cour
Des Nymphes et des Dieux soumis à ma puissance
;
Tandis que tes sujets exercent ma vengeance ,
Les miens viendront t'offrir les charmes de l'Amour.
?
les Plaisirs Venus appelle l'Amour
et les Jeux. Ce prologue a paru d'autant
plus heureusement imaginé, qu'ilannonce
la Tragedie,
Au premier Acte , le Théatre représente
le magnifique Palais des Rois de Crete,
Ilione , fille d'Agamemnon
, Roy d'Argos
et de Mycene , ouvre la Scene. Elle
fait connoître qu'elle est arrivée en Crete
dans un seul vaisseau que la tempête avoit
séparé de la flotte d'Idomenée ; elle ajoûte
qu'elle a méprisé l'amour de ce Roi , mais
qu'elle n'a pas été aussi insensible à celui
d'Idamante son fils qui ignore encore sa
victoire ; elle appelle la gloire et la fierté
à son secours,
Idamante ordonne à sa suite d'assembler
les Troyens ; il dit à Ilione qu'il est
rassuré sur le sort de son Pere que Minerve
a protegé contre la fureur de Neptune
; il lui annonce qu'il va délivrer les
Troyens
1
AVRIL: 1731. 773
Troyens en attendant le retour du Roi ,
persuadé qu'il les auroit lui-même remis.
en liberté , si les vents lui avoient permis
d'aborder en Créte ; il fui déclare son
amour ; elle en 'paroît offensée ; il lui réproche
l'injustice quelle a de vouloir pu
nir en lui ce qui n'est que le crime des
Dieux , ennemis des Troyens. Les Crétois
et les Troyens font le divertissement
de ce premier Acte ; on brise les chaînes
de ces derniers.
Arbas vient troubler la fête par une
fausse nouvelle de la mort d'Idomenée
qu'il annonce comme certaine . Electre qui
survient trouve fort étrange qu'on ait remis
les Troyens en liberté. Cette Princesse
Grecque , ne doutant point que cette
liberté ne soit l'ouvrage de l'amour d'Idamante
pour Ilione , s'abandonne à sa
jalouse rage, et ne respire que vengeance.
Au second Acte , le Théatre représente
les bords de la mer agitée par une tempê
te affreuse ; tout le fond est rempli de
vaisseaux qui ont fait ou qui vont faire
naufrage. Un choeur de Peuples prêts à
périr , ouvre la scene par ces deux vers :
O Dieux , ô justes Dieux , donnez -nous du se
cours' ;
Les vents , les mers , le ciel , tout menace nes
jours
Ciij Neptun
774 MERGURE DE FRANCE
Neptune sort de la mer , et dit à Idomenée
Ne crains plus les outrages
Des flots et des vents ennemis ;
Mais offre moi sur ces rivages
L'hommage que tu m'as promis.
Idomenée fait entendre à Arcas , qui
s'est sauvé du naufrage comme lui , le
funeste voeu qu'il a fait à Neptune ; voici
comme il s'explique :
Dans l'horreur du naufrage ,
Pour ravir à la mort mes sujets allarmés ,
Apprens les voeux que j'ai formés.
Voeux indiscrets , trop tard vous troublez mon
courage ;
Si Neptune en courroux faisoit cesser l'orage ,
J'ai promis d'immoler le premier des humains
Que je verrai sur le rivage.
Dans le sang innocent dois-je tremper res
mains.
Il voit paroître sa victime ; c'est son
propre fils qu'il ne connoît pas › attendu
la longueur du siege de Troye. Idamante
qui ne peut pas non plus le connoître , et
qui le prend pour un de ces malheureux
qui viennent de faire naufrave , lui offre
genereusement son secours ; la Scene est
trésAVRIL.
1731. 773
très -touchante de part et d'autre, et menagée
avec beaucoup d'art jusqu'au moment
de la reconnoissance. Idomenée saisi
d'horreur et accablé de tristesse , dit à
son fils qui le veut suivre,pour sçavoir ce
qui l'oblige à se refuser à ses embrassemens
:
Gårdez Vous de me suivre.
Pourquoi m'avez vous vû ? craignez de me revoir.
Idamante ne laisse pas de marcher sur
ses pas. Electre qui arrive croi qu'il la fuit;
elle implore Venus . La Déesse fait entendre
à Electre qu'elle va la vanger. Venus
évoque la jalousie qui vient avec sa suite ,
et fait la fête de ce second Acte , qui finit
par ces vers que Venus adresse à la jalousie.
Au coeur d'Idomenée inspirez la terreur
Contre son propre Fils allumez sa fureur,
La décoration du troisiéme Acte représente
le Port de Sydonie,
Idomenée ne se peut résoudre à donner
à Neptune la victime qu'il lui a promise
; de la tendresse de Pere , il passe
à la fureur d'un rival ; la liberté que son
fils a rendue aux Troyens lui persuade
qu'il aime Ilione , Arcas lui conseille d'éloigner
ce Prince ; Idomenće prend ce
G iiij parti ;
776 MERCURE DE FRANCE
parti ; Arcas par ses ordres va tout prépa
rer pour le départ d'Idamante qui selon
ce nouveau projet doit conduire Electre
à Argos et la vanger d'Egyste qui a usurpé
sur elle le thrône de ses yeux.
Ilione vient ; Idomenée la veut fuir
mais il demeure malgré lui ; il n'apprend
que trop ce qu'il avoit voulu ignorer , il
fait entendre à Ilione qu'elle a tout à craindre
pour son Amant , qui n'a pas besoin
pour périt du nom odieux de Rival .
>
Electre vient remercier Idomenée du
secours qu'il lui offre contre ses tyrans
Idomenée la quitte en lui disant que son
fils s'est chargé de la conduire et de la
vanger. Electre s'abandonne à sa joye ; les
Matelots grecs et tous ceux qui doivent
suivre cette Princesse viennent celebrer
leur retour dans leur Patrie après la fête ,
Prothée sort du fond des flots et annonce
à Idamenée la vengeance de Neptune
prête à tomber sur lui pour le punir de
son parjure ; l'orage empêche Electre de
partir ; Idomenée proteste qu'il n'immo .
lera jamais la victime que Neptune lui
demande . Un Monstre sorti de la mer ,
commence la vengeance de ce Dieu irrité.
Au quatriéme Acte , le Theatre représente
une campagne agréable , et dans l'éloignement
le Temple de Neptune.
Ilione
AVRIL. 1731. 777
Ilione fait des imprécations contre les
Crétois, et prie les Dieux de les faire tous
périr par le monstre ; son amour lui fait
excepter Idamante qui veut le combattre.
Idamanre vient faire ses derniers adieut
à Ilione , ne doutant point qu'il ne périsse
dans le projet que son désespoir lui fait
entreprendre ; le péril où ce Prince va
s'exposer , par la seule raison qu'il est
odieux à sa chere Ilione , détermine cette
Princesse à rompre un trop long silence
, et à déclarer son amour ; elle apprend
à son Amant qu'il a un rival re- .
doutable ; Idamante reconnoît par-là que
c'est le Roi.
Idomenée vient offrir un sacrifice à
Neptune ; il éloigne son fils du Temple
de ce Dieu , sans lui déclarer le funeste
voeu qu'il a fait.
Après cette premiere fête , qui consiste
en des hymnes chantez à la gloire de
Neptune , on entend des chants de victoire
derriere le Théatre ; Arcas vient apprendre
à Idomenée que le monstre a suc- ,
combé sous les coups d'Idamante ; Idomenée
se flatte d'avoir fléchi le Dieu des ,
flots,puisqu'il a permis que son fils triom
phât de ce monstre. Des Bergers et des
Bergeres , mêlés avec les habitans de Sydonie
, viennent celebrer la victoire d'I
damante. Après cette derniere fête , Ido-
G vj
menée
1
778 MERCURE DE ERANCE
menée se surmonte lui- même , et forme
la résolution de ceder Ilione à son fils ; il
n'en demeure pas là , il lui cede encore le
Trône , il en explique le motif
vers ;
par
ces
Le Roi seul fit un voeu fatal à tout mon sang ,
Cessons de l'etre ; il faut que mon fils dans mon
rang
:
Ait pour sa sureté la grandeur souveraine.
L'action du dernier Acte se passe dans
un lieu préparé pour le couronnement d'I
damante ; Electre au désespoir de l'hymen
dont on fait les apprêts , déclare sont
amour au Prince de Créte et voyant
qu'il ne l'écoute pas , elle sort pour aller
irriter la colere de Neptune contre tous
les Auteurs des outrages qu'elle a reçus en
ce jour .
Ilione et Idamante s'applaudissent de
leur prochain bonheur. Idomenée déclare
à ses Peuples que c'est son fils qui doit
désormais leur dispenser des loix ' ; il dit
galamment à Ilione qu'il se fait un plus
grand effort en la cedant à son fils , qu'en
lui remettant le pouvoir suprême. Les
Crétois font leur cour à leur nouveau
Maître , par des chants convenables à la
fête. Idomenée dépose sur un carreau son
Sceptre et sa Couronne. Nemesis sort des
Enfers
AVRIL. 1731. 779
1
par ces vers Enfers et trouble la fête
qu'elle adresse à Idomenée :
Du souverain des mers Ennemi temeraire ,
'Penses - tu donc ainsi désarmer sa colere ?
Voi Nemesis , les Dieux m'ont imposé la loi
D'exercer leur vengeance :
Que l'Univers avec effroi
Apprenne à respecter leur suprême puissance .
Nemesis rentre dans les Enfers ; le thrône
se brise , et les furies emportent le
pavillon qui le couvroit. Idomenée devenu
furieux , se croit transporté dans un
lieu où l'on offre un sacrifice à Neptune ;
il veut avoir l'honneur de porter le coup
mortel à la victime ; cette prétendue victime
est son propre fils , qu'il immole
de sa propre main ; après cet affreux
sacrifice , les Dieux lui rendent la
raison , pour lui découvrir son parricide ,
il veut s'en punir ; on lui arrache l'épée.
Ilione finit la Tragedie par ces vers .
Pour le punir , laissez le vivre ;
C'est à moi seul de mourir.
V
lc
Les Comédiens François ont représenté
à Versailles pendant ce mois
Légataire, et la Sérénade. Saul Tragédie
et Attendez - moi sous Porne. L'Ecole des
Amans , et Chrispin Medecin. Andronic ,
et l'Esprit de contradiction . L'Esprit folet ,
et la Comtesse d'Escarbagnas .
Fermer
Résumé : Idomenée, Opera remis , Extrait. [titre d'après la table]
En avril 1731, la tragédie 'Idoménée' a été représentée pour la première fois le 12 janvier 1712. Le poème est de M. Danchet et la musique de M. Campra. L'histoire commence dans les antres d'Éole, où Vénus demande à Éole de libérer les vents pour aider un vainqueur des Troyens. Le premier acte se déroule dans le palais des rois de Crète. Ilione, fille d'Agamemnon, révèle son arrivée en Crète et son mépris pour l'amour du roi Idoménée, mais pas pour celui de son fils Idamante. Idamante déclare son amour à Ilione, qui semble offensée. Arbas annonce faussement la mort d'Idoménée, provoquant la colère d'Électre, jalouse de l'amour entre Idamante et Ilione. Dans le second acte, sur les bords de la mer agitée, Neptune apparaît à Idoménée et lui rappelle un vœu funeste qu'il a fait. Idoménée voit son fils Idamante, qu'il ne reconnaît pas, et qui lui offre son aide. La scène est poignante jusqu'à la reconnaissance. Électre, croyant qu'Idamante la fuit, implore Vénus. Le troisième acte se déroule au port de Sydonie. Idoménée, déchiré entre sa tendresse paternelle et sa jalousie, décide d'éloigner Idamante. Ilione et Électre apparaissent, et Prothée annonce la vengeance de Neptune. Un monstre commence à attaquer. Le quatrième acte se passe dans une campagne agréable. Ilione prie les dieux contre les Crétois. Idamante combat le monstre et survit. Idoménée, croyant avoir apaisé Neptune, décide de céder le trône à Idamante. Le dernier acte se déroule lors du couronnement d'Idamante. Électre, désespérée, sort pour irriter Neptune. Idoménée déclare son abdication en faveur de son fils. Nemesis apparaît et trouble la fête, révélant qu'Idoménée doit payer pour son parricide. Idoménée, rendu furieux, tue son fils par erreur. Les dieux lui rendent la raison pour lui révéler son crime. Ilione conclut la tragédie en demandant que son père vive pour souffrir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1683
p. 950-965
LETTRE du R. P. Sicard, Jesuite, sur les differentes Pêches qui se font en Egypte.
Début :
Quelque envie que j'aye, Monsieur, d'executer vos ordres, je ne sçai s'il [...]
Mots clefs :
Égypte, Nil (cours d'eau), Poissons, Syrie, Saline, Commerce, Lac, Pélican, Oie du Nil, Macreuse
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE du R. P. Sicard, Jesuite, sur les differentes Pêches qui se font en Egypte.
d'executer vos ordres , je ne sçai s'il
sera en mon pouvoir de faire entierement
ce que vous desirez de moi. L'Egypte ,
dites- vous , a la Mer Méditerranée au
Nord , la Mer Rouge à l'Est ; elle est
coupée par le Nil ; elle a une infinité de
Lacs d'une étendue prodigieuse. Vous
avez lû dans plusieurs Auteurs qu'il y a
des Peuples entiers dans la Basse Égypte ,
qui ne vivent que de Poisson . Ainsi vous
ne doutez point que le Poisson ne soit
en Egypte en plus grande abondance
qu'en tout autre pays de la Terre ; sur
quoi vous me faites deux questions , sçavoir
, quel est le commerce de Poisson
que font les Egyptiens , tant en Egypte
que hors l'Egypte , et quelles sont les
denrées qu'ils en tirent des Pays Etrangers
; outre cela , quelles sont les especes
de Poissons que l'on pêche , soit dans le
Nil , soit dans les Lacs .
.
Le premier article m'est fort inconnu,
et un pareil détail ne convient gueres à
ma
AVRIL. 1731. 951
un Missionnaire , ni a un homme de ma
profession . Tout ce que j'ai pû faire , a
été d'interroger sur cela les plus fameux»
et les plus habiles Négocians du Grand-
Caire, et de quelques autres Villes d'Egypte.
Ce n'est donc que sur leur rapport que.
j'ai l'honneur de vous dire que ce sont uniquement
les Négocians de Damiette et de
Rosette , qui transportent sur les Côtes
de la Syrie , la Saline qui sort d'Egypte ;
et que ce sont les seuls Riverains des Lacs
de Manzalé , de Brulla et de la Beheiré
qui fournisent la Saline qui est transportée
hors du Royaume. Les Riverains des
autres Lacs ne vendent que du Poisson
frais qu'ils débitent sur les lieux.
Je conçois qu'une idée aussi generale
que celle là du Commerce que fait l'Egypte
du Poisson salé , ne vous donneroit
pas beaucoup de lumieres pour le
dessein que vous avez ; je vais donc m'étendre
plus au long sur certaines particu
laritez qui ont rapport à cela. Je les connois
par moi-même , et elles vous mettront
en partie au fait , ou du moins elles vous
seront de quelque utilité pour éclaircir
cette matiere. Je commence par les trois
Lacs dont on tire tout le Poisson que l'on
sale et que l'on fume ; au reste , ce que
je dirai de l'un , vous pourrez le
dire des autres , à proportion de leur
grandeur.
Fiij Le
952 MERCURE DE FRANCE
Le Lac de Brullos a 15. à 18. lieuës de
longueur , et 4. à 5. lieues de largeur. Il
est situé entre Damiette et Rosette.
Le Lac de Beheiré n'a tout au plus que
sept lieues de tour , et est situé entre Rosette
et Alexandrie.
Le Lac de Manzalé commence à l'Est,
à demie lieuë de Damiette , autrefois Thamiathis
, et finit au Château de Thiné ,
anciennement Peluse. Il a 22. lieuës de
long à l'Est-Ouest , et 5. à . lieuës de
large au Nord - Sud. Le fond en est boüeux
et plein d'herbes . Il n'y a que 4. pieds
d'eau ou environ , en quelque endroit
que ce soit , et il n'est séparé de la Mer
que par une langue de Sable , qui a tout
au plus une lieuë de large.
Cela n'empêche pas que ce Lac n'ait
communication avec la Mer.Il l'a au Nord
par trois Embouchures ; sçavoir , par celle
de Thimé , qui est la plus Orientale
nommée autrefois l'Embouchure du Nit
Pelusiaque , par Eummefurrege , autrefois
nommée la Tanitique ; et par Dibé
ou Pesquiere , autrefois Mendezić.
Outre cette communication avec la
Mer , le Nil tombe dans ce Lac par pluseurs
Canaux au Sud. C'est ce qui fait
pendant deux ou trois mois de l'année ,
c'est-à- dire pendant l'Automne , qui est
le tems de l'accroissement du Nil , les
<
eaux
AVRIL. 1731. 953
eaux du Lac Manzalé sont douces ; au
lieu que dans autres neuf mois de l'année
, elles sont salées et approchantes de
celles de la Mer ; ce qui n'est pas surprenant
, car alors les Canaux du Nil sont
à sec ou si peu remplis d'eau , qu'à peine
en coule t'il dans le Lac.
Tout le monde n'a pas droit de pêcher
ce droit est affermé , l'on compte 2000.
Pêcheurs. Chaque Pêcheur paye par an
soo Medins, c'est-à- dire près de 40 francs.
L'Aga du Lac tire cette somme , et en
rend compte au Pacha du Caire. Ce n'est
pas tout , le tiers de la pêche , tant fraîche
que salée , appartient au Fisc ou Trésor
Royal. L'on paye pour le reste cettains
droits de Doüanne ; de sorte que Ic
tout monte à 80. Bourses par an ; par
consequent le seul Lac Manzalé produir
par an 40000. écus au Grand Seigneur.
J'ai été surpris de voir là quantité de
Bateaux qui sont employez continuellement
à la Pêche sur le Lac Manzalé ; l'on
en compte jusqu'à mille. La verité est
que ces Bateaux sont peu de chose , ils
ont tout au plus quatre brasses de long
et une brasse de large. Ils sont plus plats
par dessous , et pointus par la Poupe et
par la Proie.
La maniere de pêcher est particuliere
et assez divertissante . Les Pêcheurs en-
F iiij tou954
MERCURE DE FRANCE.
entourent d'un Seine ou long Filet , des
enceintes de jonc qu'ils ont plantez dans
le Lac pour engager et retenir le Poisson.
Ces enceintes se nomment Gabez . Chaque
Pêcheur est proprietaire d'un ou plusieurs
de ces Gabez, Ce sont autant de divers
Domaines , dans lesquels tout autre que
le Proprietaire n'oseroit aller pêcher.
Quelquefois ils se contentent de pêcher
avec un Filet rond . Alors avant que de
se servir du filet , ils jettent dans l'eau ,
à dix pas d'eux , une corde longue de
deux brasses , qui a à un bout une grosse
pierre propre à aller au fond , et à l'autre
un morceau de bois qui surnâge ; ils
le couvrent ensuite de leur filet . Le Pois.
son qui s'est rassemblé vers la pierre comme
une proye qu'il cherche à devorer
se trouve pris dans le filet .
Vous remarquerez que le Lac Manzalé
est rempli de petites Ifles couvertes de Roseaux
, de Joncs et de broussailles . Or
c'est dans ces Illes que les Pêcheurs portent
leurs Pêches lorsqu'ils veulent habiller
, saler et boucanner le Poisson . Pour
le Poisson qu'ils veulent vendre frais , ils
le portent à Damiette ou aux Villes et
Villages qui sont aux environs du Lac ,
Ces Ifles dont je viens de vous parler vous
enchanteroient par la multitude d'oiseaux
differens , et d'une beauté surprenante
•
qui
AVRIL 1731. 955.
qui n'en sortent que pour voler d'une
ille à l'autre. Le Pelican , la Poule de Ris
la Macreuse , la Poule d'eau , l'Oye du
Nil , à plumes dorées , le Canard commun
, le Canard à tête verte , la Sarcelle,
l'Ibis noir , l'Ibis blanc et noi le Cormoran
gris blanc , le Cormoran blanc à
bec rouge, le Chevalier , le Plongeon , la
Grüe , entr'autres Oiseaux , y sont à
milliers..
*
و
Il y a un article dans notre Memoire
qui ne m'occupera pas beaucoup, et je n'ai
point à craindre de ne me pas expliquer
clairement : cet article concerne les vête→
mens des Pêcheurs. Ils sont tous et en tout
tems en simple Caleçon , et ont le reste du
corps absolument nud , ce que j'attribuë
à la chaleur du Climat , qui est excessive.
Il n'y a pas dans les Lacs de Manzalé
de Bulos , de Beheiré, une si grande quantité
de Poissons de differentes especes que,
vous pourriez vous l'imaginer. J'ai examiné
la chose de près , et j'ai fait sur cela
toutes les perquisitions possibles. Après,
bien des recherches , j'ai trouvé que tout
se réduisoit à 7. ou 8. sortes de Poissons ;
sçavoir , le Queiage , le Sourd , le Jamal
le Geran , le Nogt , le Karous , le Bouri
autrement le Muge , et le Dauphin .
Le Queiage , qui est , sans contredit , le
meilleur Poisson du Lac , est de la gros
Fy SCU
956 MERCURE DE FRANCE .
seur d'une Alose , et est verd sous le mu
seau. Le Sourd et le Jamal , sont beaucoup
plus gros que le Queiage , et sont d'excellents
Poissons. Le Geran , le Karous , et le
Nogt , qui a cela de particulier , qu'il est
picoté , peuvent passer pour de bons Poissons
, ayant ce gout exquis et fin que donnent
naturellement les eaux du Lac Manzalé
à tout le Poisson qu'on y pêche . Les
Dauphins sont des Poissons si communs
et si connus , que si je vous en parle , c'est
parce qu'il y en a une si grande abondance,
qu'on pourroit bien dire qu'ils y fourmillent
, sur tout vers les Embouchures
qui communiquent à la Mer. Le Bouri
neanmoins est encore en plus grand nom
bre que le Dauphin . C'est le Poisson dominant
du Lac , et la quantité en est si
prodigieuse qu'on a peine à le croire.
On sale le Bouri , tant mâle que femelle,
et on le fait secher ou au Soleil ou à la fumée
, avec cette difference qu'on vend
quelquefois du Bouri mâle frais ; mais jamais
du Bouri femelle , parce qu'aussi-tôt
qu'on a pêché on en leve la boutargue ;
ainsi il n'est plus temps de l'exposer cn
vente , et on est obligé de le saler .
1
On sale aussi le Queiage. Ce sont donc
là les deux sortes de Poissons dont les
Egyptiens font proprement leur commerce
de Poisson salé, aussi bien que de la boutargue
AVRIL 1731. 957
targue. Ils portent l'un et l'autre dans la
Syrie , en Chypre , à Constantinople , et
ils en fournissent toute l'Egypte en st
grande abondance , que des Marchands
Européens qui voudroient apporter iei du
Thon , de l'Esturgeon , ou autre Poisson
salé , pourroient s'assurer qu'ils n'en auroient
pas le débit.
Je ne connois en Egypte de Poisson
salé , apporté des Pays Etrangers , que la
Caviar , qui vient de la Mer Noire. On
le vend aux Négocians de Damiette et
de Rosette , en argent comptant et non
pas en échange.
Vous concevez par là qu'ils entendent
fort peu le commerce et qu'ils n'en tirent
pas un grand profit. En effet je ne
scache pas qu'ils apportent d'autres Mar
chandises de Chipre que du Carrouge
du Lodanum er du vin ; de Syrie , du
Coton et du Tabac ; de l'Archipel , des
Eponges. Mais par la Mer Rouge , les
autres Négocians ant de l'Encens , du
Caffé et des Etoffes des Indes.
Il ne tiendroit qu'à eux de faire par la
même Mer un grand commerce de Perles,
et souvent on le leur a proposé . Cela n'est
pas de leur goût , et s'ils en font venir
e'est en petite quantité , et ce n'est même
que de la semence de Perles . Quand les
Européens apportent de l'Ambre jaune et
2
F vj du
958 MERCURE DE FRANCE
du Corail , ils n'achetent ces Marchandi
ses que pour les porter au Caire , er de- là
dans l'lemen et en Ethiopie. En un mot
il seroit très- difficile de marquer de quelle
sorte de Marchandises nos Négocians
pourroient faire quelque commerce considerable
avec les Egyptiens , surtout avec
ceux de Damiette er de Rosette. Leur vie
frugale et leur. éloignement de tout luxe ,
font qu'ils n'ont besoin de rien ..
Voilà ce qui regarde le Poisson salé dont
Egypte fait un commerce réglé,
J
J
et Le Poisson frais est très - commun
ceux qui demeurent aux environs des
Lacs , en font leur nourriture ordinaire..
La chaleur du climat est cause qu'on ne
peut le transporter , comme on fait en
France aux Villes un peu éloignées . I
seroit gâté et puant avant que d'arriver.
Le Caire , par exemple , qui est une si
belle Ville , si marchande et si peuplée ,
ne tire aucun secours de tant de Pêches
que l'on fait dans les Lacs de Manzalé , de
Brullos , de Beheiré , de la Marest , de la
Corne , Maris , Cheib , et dans les deix
Mers , la Mer Rouge , et la Méditerannée.
Les habitans de cette grande Ville
par la même raison ne voyent jamais de
Marée , et ils ne mangent jamais de Poissons
frais que celui qu'on pêche dans le
Nils , par conséquent , que d'un Poisson
.
€
་
د
qui
AVRIL. 1731. 952
qui , en géneral n'est ni de bon goût , ni
d'une bonne qualité. Le Nil a dans son
lit beaucoup de limon : les Poissons s'en
nourrissent et en conservent l'odeur ; entr'autres
le Bolti , qui est une espece de
Carpe , le Bouri , le Bayad , le Chalbé , la
Ray , le Chilon , le Lebis , Alose , qui
sont les principaux Poissons du Nil , en
sont si infectez , que tout autre que la
peuple du Caire , n'en mangeroit pas.
$
•
Les riches du Caire ont de quoi se consoler
le Nil leur fournit quatre especes
de Poissons d'un goût exquis , d'une bonté
si grande , que les Egyptiens , anciennement
leur ont élevé des Temples , et
ont bâti des Villes de leur nom . Ces
qua
tre especes sont , la Variole , le Quechoué
le Bunni et la Quarmoud.
La Variole , que les Arabes nomment
Quecher , ou Latés , est d'une grosseur.
prodigieuse , et pese jusqu'à 100. et 200 .
livres. Vous la connoîtrez micux sous le
nom de DATO E dont les Auteurs font
si souvent mention .
Le Quechoué est de la grandeur d'uns
Alose , et a un museau fort pointu . C'est
POxirinchus des Anciens..
Le Bunni est assez gros , et j'en ai vû de
20 et 30 livres pesant. On ne peut s'y
méprendre , et on connoît à sa figure
qu'il est le Lepidorus , si vanté par les An
ciens Egyptiens.
25
960 MERCURE DE FRANCE
Le Quarmoud , connu dans les Auteurs
sous le nom de PHAYOB , est noir , et
un des Poissons les plus voraces qu'il y
ait , on en trouve d'aussi gros et d'aussi
pesans que le Bunni.
Deux choses augmentent fort l'avantage
que les habitans du Caire tirent de
cette pêche. La premiere est , que ce ne
sont point là de ces Poissons passagers que
F'on n'a qu'en certain temps : pendant le
cours de l'année on en trouve en abondance
dans le Nil. La seconde est , que la
Pêche en est facile. Quelque gros que soir
le Quecher et le Bunni , on les prend avec
un simple filer , et tendu de la même ma
niere que l'on fait en France.
Il ne tiendroit qu'aux Egyptiens de faire
une autre sorte de profit , que nous ne
négligerons assurément pas ; sçavoir , de
prendre des Oiseaux de Mer , et de Rivie
re , comme sont les Macreuses , les Plongeons
, et autres semblables animaux
dont le Nil est souvent couvert. Mais les
Pêcheurs , tant du Nil que des Lacs - Manzalé
et de Brullos s'attachent uniquement
à prendre des Macreuses. Pour cela , le
Pêcheur , pendant la nuit se met dans
F'eau jusqu'au col , ayant la tête couverte
d'un bonnet noir ; il s'approche doucement
et sans bruit des Macreuses , et lorsqu'il
en est proche , il jette sur elles son
filet.
›
AVRIL. 1731.901
Mon dessein étoit d'en demeurer-là , er
de finir ma Lettre , qui n'est déja que trop
longue , d'autant plus que je ne vous dirai
rien davantage sur la Pêche , que l'on fait
tant en Egypte , que dans le Nil en particulier.
Mais j'ai fait refléxion que les Oiseaux
et les Monstres , qui sont comme propres
du Nil , et dont les Européens n'ont point
assez de connoissance , méritent bien que
je vous en fasse un article séparé ; vous
m'en sçaurez gré , et je juis surpris que
vous ne m'ayez pas vous-même interrogé
sur ce point. Cependant , pour ne vous
pas ennuyer par le récit de choses qui ne
sont peut- être pas de votre goût , ou du
moins que vous ne regardez que comme
de simples curiositez , ausquelles vous ne
prenez nul interrêt , je ne vous en ferai le
détail qu'en géneral et en peu
de mots.
L'on voit sur le Nil deux sortes d'Oiseaux
, et en si grand nombre , que cela
est surprenant. Les uns sont communs
et connus en Europe ; sçavoir , le Flaman
le Chevalier , le Courlis le Courlis à
bec recourbé en haut , le Heron , le Heron
à bec sans espatule , le Pelican , la
Gruë , la Beccassine , le Pluvier , le Be
chor , la Sarcelle , le Canard à tête verte
la Macreuse , le Cormoran , le Plongeon ;
plusieurs de ces Oiseaux , comme vous
>
**
و
Voyez
981 MERCURE DE FRANCE
voyez , sont bons à manger , et l'on devroit
ici aller à la chasse , et en tuer . Mais
les Egyptiens ne chassent point , et au
Caire les Paysans n'apportent que des Canards
et des Şarcelles qu'ils prennent au
lacet. Ils y sont fort adroits . Aussi les.
Marchez sont- ils pour l'ordinaire remplis
de ces deux sortes de Gibier. Ils prennent
de la même maniere le Pelican. Les autres
Oiseaux ont beau multiplier à l'infini , ils
n'en tuent ni n'en prennent point.
L'Ibis , FOye à plumage doré , la Poule
de ris , ou Poule de Diamette , le Saqsaq ,
connu autrefois sous le nom de Trochilus ,
sont ce que j'appelle proprement les Oiseaux
du Nil. Car s'il y en a autre part
par exemple , sur le Lac Manzalé , c'est
parce qu'ils y sont venus du Nil , et que
La communication qu'il y a de l'un à l'autre
, par le moyen des canaux , les y a at
tirez.
Je ne connois dans le Nil que les Hippopotames
et les Crocodiles qui puissent
êrre appellez Monstres Marins , et je ne
sçai ou certains faiseurs de Voyages ont
trouvé ces differens Monstres Marins
dont ils prétendent que le Nil est rempli .
Apparemment que c'étoit pour embellir
leurs Relations , et pour attendrir leurs
Lecteurs par le récit fabuleux des dangers
qu'ils ont courus.
Les
AVRIL. 1731. 983
>
Les Hippopotames , ou Chevaux Marins
sont très-communs dans la haute
Egypte , surtout vers les Cataractes. A
peine en paroît - il , soit aux environs du
Caire , soit dans toute la Basse Egypte .
Ces animaux ne vont jamais en troupe , et
rarement on en voit deux ensemble . Ils
sont si défians , et ils s'échappent avec tant
de vitesse de ceux qui les poursuivent ,
que personne ne songe à aller à cette chas
se , et ne tente d'en prendre , ni par adresse
, ni autrement. Ce n'est néanmoins pas
une chose impossible , puisque les Empereurs
Romains en ont fait paroître dans
les jeux séculaires qu'ils donnoient au
Peuple.
Il n'en est pas de même des Crocodiles.
On les prend de deux manieres. La premiere
est toute simple . On prend la fres
sure d'une Vache , ou d'un Bufle , ou de
quelqu'autre animal : au milieu de cet
appas , on met un croc , on l'attache ensuite
à une longue corde , dont un bout
est amaré à terre ; on jette dans le Nil l'autre
bout , auquel est attachée la fressure ;
comme elle flotte sur l'eau , le Crocrodile
se jette dessus , et gobe l'hameçon ; alors
le Pêcheur tire sa corde , amene le Crocodile
jusqu'au bord , ' où les Arabes qui
sont stilez à cela , l'assomment.
L'autre maniere est plus dangereuse
on
964 MERCURE DE FRANCE
on épie le Crocodile , lorsqu'il est à terre
, et qu'il dort étendu le long de quelque
butte de sable : un homme se coule
doucement derriere la butte , et dès qu'il
est à portée de l'animal , il lui darde sous
l'aisselle , ou sous le ventre , un épieu qui
est armé d'un crampon qui tient à une
longue corde. Le Crocodile blessé court se
plonger dans le Nil , et entraîne avec lui
l'épieu . Le Pêcheur le suit , se saisit de la
corde , la tire , et amene le Monstre Marin
sur le rivage , où il le tuë. La Pêche
du Marsoüin a quelque chose qui approche
de cette maniere de prendre le Crocodile.
La chair du Crocodile est blanche
grasse , et est un mets exquis quand l'animal
est jeune. Les Arabes du Saïd en sont
friands , et l'aiment avec passion.
Les femelles ne fond jamais leurs oeufs
que sur le sable , chose bien singuliere.
C'est que leurs petits ne sont pas si - tôt
éclos , qu'ils ont la force de courir à toutes
jambes vers le Nil . La mere n'a pas be
soin de les deffendre , et de prendre garde
qu'on ne les lui enleve .
Les Crocodiles croissent assez vîte , et
ils ont ordinairement 20 à 25. pieds de
Jong.
Je ne vous déciderai pas combien de
sems ils vivent ; je sçai que Plutarque ne
leur
AVRIL. 1731. 955
(
leur donne que 40 ans de vie ; mais d'un
autre côté , j'entens dire à nos Arabes qui
sont croyables en cela par
les connoissances
journalieres qu'ils en ont , qu'il y a
des Crocodiles qui vivent jusqu'à cent
ans. Je suis , & c.
sera en mon pouvoir de faire entierement
ce que vous desirez de moi. L'Egypte ,
dites- vous , a la Mer Méditerranée au
Nord , la Mer Rouge à l'Est ; elle est
coupée par le Nil ; elle a une infinité de
Lacs d'une étendue prodigieuse. Vous
avez lû dans plusieurs Auteurs qu'il y a
des Peuples entiers dans la Basse Égypte ,
qui ne vivent que de Poisson . Ainsi vous
ne doutez point que le Poisson ne soit
en Egypte en plus grande abondance
qu'en tout autre pays de la Terre ; sur
quoi vous me faites deux questions , sçavoir
, quel est le commerce de Poisson
que font les Egyptiens , tant en Egypte
que hors l'Egypte , et quelles sont les
denrées qu'ils en tirent des Pays Etrangers
; outre cela , quelles sont les especes
de Poissons que l'on pêche , soit dans le
Nil , soit dans les Lacs .
.
Le premier article m'est fort inconnu,
et un pareil détail ne convient gueres à
ma
AVRIL. 1731. 951
un Missionnaire , ni a un homme de ma
profession . Tout ce que j'ai pû faire , a
été d'interroger sur cela les plus fameux»
et les plus habiles Négocians du Grand-
Caire, et de quelques autres Villes d'Egypte.
Ce n'est donc que sur leur rapport que.
j'ai l'honneur de vous dire que ce sont uniquement
les Négocians de Damiette et de
Rosette , qui transportent sur les Côtes
de la Syrie , la Saline qui sort d'Egypte ;
et que ce sont les seuls Riverains des Lacs
de Manzalé , de Brulla et de la Beheiré
qui fournisent la Saline qui est transportée
hors du Royaume. Les Riverains des
autres Lacs ne vendent que du Poisson
frais qu'ils débitent sur les lieux.
Je conçois qu'une idée aussi generale
que celle là du Commerce que fait l'Egypte
du Poisson salé , ne vous donneroit
pas beaucoup de lumieres pour le
dessein que vous avez ; je vais donc m'étendre
plus au long sur certaines particu
laritez qui ont rapport à cela. Je les connois
par moi-même , et elles vous mettront
en partie au fait , ou du moins elles vous
seront de quelque utilité pour éclaircir
cette matiere. Je commence par les trois
Lacs dont on tire tout le Poisson que l'on
sale et que l'on fume ; au reste , ce que
je dirai de l'un , vous pourrez le
dire des autres , à proportion de leur
grandeur.
Fiij Le
952 MERCURE DE FRANCE
Le Lac de Brullos a 15. à 18. lieuës de
longueur , et 4. à 5. lieues de largeur. Il
est situé entre Damiette et Rosette.
Le Lac de Beheiré n'a tout au plus que
sept lieues de tour , et est situé entre Rosette
et Alexandrie.
Le Lac de Manzalé commence à l'Est,
à demie lieuë de Damiette , autrefois Thamiathis
, et finit au Château de Thiné ,
anciennement Peluse. Il a 22. lieuës de
long à l'Est-Ouest , et 5. à . lieuës de
large au Nord - Sud. Le fond en est boüeux
et plein d'herbes . Il n'y a que 4. pieds
d'eau ou environ , en quelque endroit
que ce soit , et il n'est séparé de la Mer
que par une langue de Sable , qui a tout
au plus une lieuë de large.
Cela n'empêche pas que ce Lac n'ait
communication avec la Mer.Il l'a au Nord
par trois Embouchures ; sçavoir , par celle
de Thimé , qui est la plus Orientale
nommée autrefois l'Embouchure du Nit
Pelusiaque , par Eummefurrege , autrefois
nommée la Tanitique ; et par Dibé
ou Pesquiere , autrefois Mendezić.
Outre cette communication avec la
Mer , le Nil tombe dans ce Lac par pluseurs
Canaux au Sud. C'est ce qui fait
pendant deux ou trois mois de l'année ,
c'est-à- dire pendant l'Automne , qui est
le tems de l'accroissement du Nil , les
<
eaux
AVRIL. 1731. 953
eaux du Lac Manzalé sont douces ; au
lieu que dans autres neuf mois de l'année
, elles sont salées et approchantes de
celles de la Mer ; ce qui n'est pas surprenant
, car alors les Canaux du Nil sont
à sec ou si peu remplis d'eau , qu'à peine
en coule t'il dans le Lac.
Tout le monde n'a pas droit de pêcher
ce droit est affermé , l'on compte 2000.
Pêcheurs. Chaque Pêcheur paye par an
soo Medins, c'est-à- dire près de 40 francs.
L'Aga du Lac tire cette somme , et en
rend compte au Pacha du Caire. Ce n'est
pas tout , le tiers de la pêche , tant fraîche
que salée , appartient au Fisc ou Trésor
Royal. L'on paye pour le reste cettains
droits de Doüanne ; de sorte que Ic
tout monte à 80. Bourses par an ; par
consequent le seul Lac Manzalé produir
par an 40000. écus au Grand Seigneur.
J'ai été surpris de voir là quantité de
Bateaux qui sont employez continuellement
à la Pêche sur le Lac Manzalé ; l'on
en compte jusqu'à mille. La verité est
que ces Bateaux sont peu de chose , ils
ont tout au plus quatre brasses de long
et une brasse de large. Ils sont plus plats
par dessous , et pointus par la Poupe et
par la Proie.
La maniere de pêcher est particuliere
et assez divertissante . Les Pêcheurs en-
F iiij tou954
MERCURE DE FRANCE.
entourent d'un Seine ou long Filet , des
enceintes de jonc qu'ils ont plantez dans
le Lac pour engager et retenir le Poisson.
Ces enceintes se nomment Gabez . Chaque
Pêcheur est proprietaire d'un ou plusieurs
de ces Gabez, Ce sont autant de divers
Domaines , dans lesquels tout autre que
le Proprietaire n'oseroit aller pêcher.
Quelquefois ils se contentent de pêcher
avec un Filet rond . Alors avant que de
se servir du filet , ils jettent dans l'eau ,
à dix pas d'eux , une corde longue de
deux brasses , qui a à un bout une grosse
pierre propre à aller au fond , et à l'autre
un morceau de bois qui surnâge ; ils
le couvrent ensuite de leur filet . Le Pois.
son qui s'est rassemblé vers la pierre comme
une proye qu'il cherche à devorer
se trouve pris dans le filet .
Vous remarquerez que le Lac Manzalé
est rempli de petites Ifles couvertes de Roseaux
, de Joncs et de broussailles . Or
c'est dans ces Illes que les Pêcheurs portent
leurs Pêches lorsqu'ils veulent habiller
, saler et boucanner le Poisson . Pour
le Poisson qu'ils veulent vendre frais , ils
le portent à Damiette ou aux Villes et
Villages qui sont aux environs du Lac ,
Ces Ifles dont je viens de vous parler vous
enchanteroient par la multitude d'oiseaux
differens , et d'une beauté surprenante
•
qui
AVRIL 1731. 955.
qui n'en sortent que pour voler d'une
ille à l'autre. Le Pelican , la Poule de Ris
la Macreuse , la Poule d'eau , l'Oye du
Nil , à plumes dorées , le Canard commun
, le Canard à tête verte , la Sarcelle,
l'Ibis noir , l'Ibis blanc et noi le Cormoran
gris blanc , le Cormoran blanc à
bec rouge, le Chevalier , le Plongeon , la
Grüe , entr'autres Oiseaux , y sont à
milliers..
*
و
Il y a un article dans notre Memoire
qui ne m'occupera pas beaucoup, et je n'ai
point à craindre de ne me pas expliquer
clairement : cet article concerne les vête→
mens des Pêcheurs. Ils sont tous et en tout
tems en simple Caleçon , et ont le reste du
corps absolument nud , ce que j'attribuë
à la chaleur du Climat , qui est excessive.
Il n'y a pas dans les Lacs de Manzalé
de Bulos , de Beheiré, une si grande quantité
de Poissons de differentes especes que,
vous pourriez vous l'imaginer. J'ai examiné
la chose de près , et j'ai fait sur cela
toutes les perquisitions possibles. Après,
bien des recherches , j'ai trouvé que tout
se réduisoit à 7. ou 8. sortes de Poissons ;
sçavoir , le Queiage , le Sourd , le Jamal
le Geran , le Nogt , le Karous , le Bouri
autrement le Muge , et le Dauphin .
Le Queiage , qui est , sans contredit , le
meilleur Poisson du Lac , est de la gros
Fy SCU
956 MERCURE DE FRANCE .
seur d'une Alose , et est verd sous le mu
seau. Le Sourd et le Jamal , sont beaucoup
plus gros que le Queiage , et sont d'excellents
Poissons. Le Geran , le Karous , et le
Nogt , qui a cela de particulier , qu'il est
picoté , peuvent passer pour de bons Poissons
, ayant ce gout exquis et fin que donnent
naturellement les eaux du Lac Manzalé
à tout le Poisson qu'on y pêche . Les
Dauphins sont des Poissons si communs
et si connus , que si je vous en parle , c'est
parce qu'il y en a une si grande abondance,
qu'on pourroit bien dire qu'ils y fourmillent
, sur tout vers les Embouchures
qui communiquent à la Mer. Le Bouri
neanmoins est encore en plus grand nom
bre que le Dauphin . C'est le Poisson dominant
du Lac , et la quantité en est si
prodigieuse qu'on a peine à le croire.
On sale le Bouri , tant mâle que femelle,
et on le fait secher ou au Soleil ou à la fumée
, avec cette difference qu'on vend
quelquefois du Bouri mâle frais ; mais jamais
du Bouri femelle , parce qu'aussi-tôt
qu'on a pêché on en leve la boutargue ;
ainsi il n'est plus temps de l'exposer cn
vente , et on est obligé de le saler .
1
On sale aussi le Queiage. Ce sont donc
là les deux sortes de Poissons dont les
Egyptiens font proprement leur commerce
de Poisson salé, aussi bien que de la boutargue
AVRIL 1731. 957
targue. Ils portent l'un et l'autre dans la
Syrie , en Chypre , à Constantinople , et
ils en fournissent toute l'Egypte en st
grande abondance , que des Marchands
Européens qui voudroient apporter iei du
Thon , de l'Esturgeon , ou autre Poisson
salé , pourroient s'assurer qu'ils n'en auroient
pas le débit.
Je ne connois en Egypte de Poisson
salé , apporté des Pays Etrangers , que la
Caviar , qui vient de la Mer Noire. On
le vend aux Négocians de Damiette et
de Rosette , en argent comptant et non
pas en échange.
Vous concevez par là qu'ils entendent
fort peu le commerce et qu'ils n'en tirent
pas un grand profit. En effet je ne
scache pas qu'ils apportent d'autres Mar
chandises de Chipre que du Carrouge
du Lodanum er du vin ; de Syrie , du
Coton et du Tabac ; de l'Archipel , des
Eponges. Mais par la Mer Rouge , les
autres Négocians ant de l'Encens , du
Caffé et des Etoffes des Indes.
Il ne tiendroit qu'à eux de faire par la
même Mer un grand commerce de Perles,
et souvent on le leur a proposé . Cela n'est
pas de leur goût , et s'ils en font venir
e'est en petite quantité , et ce n'est même
que de la semence de Perles . Quand les
Européens apportent de l'Ambre jaune et
2
F vj du
958 MERCURE DE FRANCE
du Corail , ils n'achetent ces Marchandi
ses que pour les porter au Caire , er de- là
dans l'lemen et en Ethiopie. En un mot
il seroit très- difficile de marquer de quelle
sorte de Marchandises nos Négocians
pourroient faire quelque commerce considerable
avec les Egyptiens , surtout avec
ceux de Damiette er de Rosette. Leur vie
frugale et leur. éloignement de tout luxe ,
font qu'ils n'ont besoin de rien ..
Voilà ce qui regarde le Poisson salé dont
Egypte fait un commerce réglé,
J
J
et Le Poisson frais est très - commun
ceux qui demeurent aux environs des
Lacs , en font leur nourriture ordinaire..
La chaleur du climat est cause qu'on ne
peut le transporter , comme on fait en
France aux Villes un peu éloignées . I
seroit gâté et puant avant que d'arriver.
Le Caire , par exemple , qui est une si
belle Ville , si marchande et si peuplée ,
ne tire aucun secours de tant de Pêches
que l'on fait dans les Lacs de Manzalé , de
Brullos , de Beheiré , de la Marest , de la
Corne , Maris , Cheib , et dans les deix
Mers , la Mer Rouge , et la Méditerannée.
Les habitans de cette grande Ville
par la même raison ne voyent jamais de
Marée , et ils ne mangent jamais de Poissons
frais que celui qu'on pêche dans le
Nils , par conséquent , que d'un Poisson
.
€
་
د
qui
AVRIL. 1731. 952
qui , en géneral n'est ni de bon goût , ni
d'une bonne qualité. Le Nil a dans son
lit beaucoup de limon : les Poissons s'en
nourrissent et en conservent l'odeur ; entr'autres
le Bolti , qui est une espece de
Carpe , le Bouri , le Bayad , le Chalbé , la
Ray , le Chilon , le Lebis , Alose , qui
sont les principaux Poissons du Nil , en
sont si infectez , que tout autre que la
peuple du Caire , n'en mangeroit pas.
$
•
Les riches du Caire ont de quoi se consoler
le Nil leur fournit quatre especes
de Poissons d'un goût exquis , d'une bonté
si grande , que les Egyptiens , anciennement
leur ont élevé des Temples , et
ont bâti des Villes de leur nom . Ces
qua
tre especes sont , la Variole , le Quechoué
le Bunni et la Quarmoud.
La Variole , que les Arabes nomment
Quecher , ou Latés , est d'une grosseur.
prodigieuse , et pese jusqu'à 100. et 200 .
livres. Vous la connoîtrez micux sous le
nom de DATO E dont les Auteurs font
si souvent mention .
Le Quechoué est de la grandeur d'uns
Alose , et a un museau fort pointu . C'est
POxirinchus des Anciens..
Le Bunni est assez gros , et j'en ai vû de
20 et 30 livres pesant. On ne peut s'y
méprendre , et on connoît à sa figure
qu'il est le Lepidorus , si vanté par les An
ciens Egyptiens.
25
960 MERCURE DE FRANCE
Le Quarmoud , connu dans les Auteurs
sous le nom de PHAYOB , est noir , et
un des Poissons les plus voraces qu'il y
ait , on en trouve d'aussi gros et d'aussi
pesans que le Bunni.
Deux choses augmentent fort l'avantage
que les habitans du Caire tirent de
cette pêche. La premiere est , que ce ne
sont point là de ces Poissons passagers que
F'on n'a qu'en certain temps : pendant le
cours de l'année on en trouve en abondance
dans le Nil. La seconde est , que la
Pêche en est facile. Quelque gros que soir
le Quecher et le Bunni , on les prend avec
un simple filer , et tendu de la même ma
niere que l'on fait en France.
Il ne tiendroit qu'aux Egyptiens de faire
une autre sorte de profit , que nous ne
négligerons assurément pas ; sçavoir , de
prendre des Oiseaux de Mer , et de Rivie
re , comme sont les Macreuses , les Plongeons
, et autres semblables animaux
dont le Nil est souvent couvert. Mais les
Pêcheurs , tant du Nil que des Lacs - Manzalé
et de Brullos s'attachent uniquement
à prendre des Macreuses. Pour cela , le
Pêcheur , pendant la nuit se met dans
F'eau jusqu'au col , ayant la tête couverte
d'un bonnet noir ; il s'approche doucement
et sans bruit des Macreuses , et lorsqu'il
en est proche , il jette sur elles son
filet.
›
AVRIL. 1731.901
Mon dessein étoit d'en demeurer-là , er
de finir ma Lettre , qui n'est déja que trop
longue , d'autant plus que je ne vous dirai
rien davantage sur la Pêche , que l'on fait
tant en Egypte , que dans le Nil en particulier.
Mais j'ai fait refléxion que les Oiseaux
et les Monstres , qui sont comme propres
du Nil , et dont les Européens n'ont point
assez de connoissance , méritent bien que
je vous en fasse un article séparé ; vous
m'en sçaurez gré , et je juis surpris que
vous ne m'ayez pas vous-même interrogé
sur ce point. Cependant , pour ne vous
pas ennuyer par le récit de choses qui ne
sont peut- être pas de votre goût , ou du
moins que vous ne regardez que comme
de simples curiositez , ausquelles vous ne
prenez nul interrêt , je ne vous en ferai le
détail qu'en géneral et en peu
de mots.
L'on voit sur le Nil deux sortes d'Oiseaux
, et en si grand nombre , que cela
est surprenant. Les uns sont communs
et connus en Europe ; sçavoir , le Flaman
le Chevalier , le Courlis le Courlis à
bec recourbé en haut , le Heron , le Heron
à bec sans espatule , le Pelican , la
Gruë , la Beccassine , le Pluvier , le Be
chor , la Sarcelle , le Canard à tête verte
la Macreuse , le Cormoran , le Plongeon ;
plusieurs de ces Oiseaux , comme vous
>
**
و
Voyez
981 MERCURE DE FRANCE
voyez , sont bons à manger , et l'on devroit
ici aller à la chasse , et en tuer . Mais
les Egyptiens ne chassent point , et au
Caire les Paysans n'apportent que des Canards
et des Şarcelles qu'ils prennent au
lacet. Ils y sont fort adroits . Aussi les.
Marchez sont- ils pour l'ordinaire remplis
de ces deux sortes de Gibier. Ils prennent
de la même maniere le Pelican. Les autres
Oiseaux ont beau multiplier à l'infini , ils
n'en tuent ni n'en prennent point.
L'Ibis , FOye à plumage doré , la Poule
de ris , ou Poule de Diamette , le Saqsaq ,
connu autrefois sous le nom de Trochilus ,
sont ce que j'appelle proprement les Oiseaux
du Nil. Car s'il y en a autre part
par exemple , sur le Lac Manzalé , c'est
parce qu'ils y sont venus du Nil , et que
La communication qu'il y a de l'un à l'autre
, par le moyen des canaux , les y a at
tirez.
Je ne connois dans le Nil que les Hippopotames
et les Crocodiles qui puissent
êrre appellez Monstres Marins , et je ne
sçai ou certains faiseurs de Voyages ont
trouvé ces differens Monstres Marins
dont ils prétendent que le Nil est rempli .
Apparemment que c'étoit pour embellir
leurs Relations , et pour attendrir leurs
Lecteurs par le récit fabuleux des dangers
qu'ils ont courus.
Les
AVRIL. 1731. 983
>
Les Hippopotames , ou Chevaux Marins
sont très-communs dans la haute
Egypte , surtout vers les Cataractes. A
peine en paroît - il , soit aux environs du
Caire , soit dans toute la Basse Egypte .
Ces animaux ne vont jamais en troupe , et
rarement on en voit deux ensemble . Ils
sont si défians , et ils s'échappent avec tant
de vitesse de ceux qui les poursuivent ,
que personne ne songe à aller à cette chas
se , et ne tente d'en prendre , ni par adresse
, ni autrement. Ce n'est néanmoins pas
une chose impossible , puisque les Empereurs
Romains en ont fait paroître dans
les jeux séculaires qu'ils donnoient au
Peuple.
Il n'en est pas de même des Crocodiles.
On les prend de deux manieres. La premiere
est toute simple . On prend la fres
sure d'une Vache , ou d'un Bufle , ou de
quelqu'autre animal : au milieu de cet
appas , on met un croc , on l'attache ensuite
à une longue corde , dont un bout
est amaré à terre ; on jette dans le Nil l'autre
bout , auquel est attachée la fressure ;
comme elle flotte sur l'eau , le Crocrodile
se jette dessus , et gobe l'hameçon ; alors
le Pêcheur tire sa corde , amene le Crocodile
jusqu'au bord , ' où les Arabes qui
sont stilez à cela , l'assomment.
L'autre maniere est plus dangereuse
on
964 MERCURE DE FRANCE
on épie le Crocodile , lorsqu'il est à terre
, et qu'il dort étendu le long de quelque
butte de sable : un homme se coule
doucement derriere la butte , et dès qu'il
est à portée de l'animal , il lui darde sous
l'aisselle , ou sous le ventre , un épieu qui
est armé d'un crampon qui tient à une
longue corde. Le Crocodile blessé court se
plonger dans le Nil , et entraîne avec lui
l'épieu . Le Pêcheur le suit , se saisit de la
corde , la tire , et amene le Monstre Marin
sur le rivage , où il le tuë. La Pêche
du Marsoüin a quelque chose qui approche
de cette maniere de prendre le Crocodile.
La chair du Crocodile est blanche
grasse , et est un mets exquis quand l'animal
est jeune. Les Arabes du Saïd en sont
friands , et l'aiment avec passion.
Les femelles ne fond jamais leurs oeufs
que sur le sable , chose bien singuliere.
C'est que leurs petits ne sont pas si - tôt
éclos , qu'ils ont la force de courir à toutes
jambes vers le Nil . La mere n'a pas be
soin de les deffendre , et de prendre garde
qu'on ne les lui enleve .
Les Crocodiles croissent assez vîte , et
ils ont ordinairement 20 à 25. pieds de
Jong.
Je ne vous déciderai pas combien de
sems ils vivent ; je sçai que Plutarque ne
leur
AVRIL. 1731. 955
(
leur donne que 40 ans de vie ; mais d'un
autre côté , j'entens dire à nos Arabes qui
sont croyables en cela par
les connoissances
journalieres qu'ils en ont , qu'il y a
des Crocodiles qui vivent jusqu'à cent
ans. Je suis , & c.
Fermer
Résumé : LETTRE du R. P. Sicard, Jesuite, sur les differentes Pêches qui se font en Egypte.
Le texte traite du commerce du poisson en Égypte, en se basant sur des informations recueillies par un missionnaire auprès de négociants locaux. Les négociants de Damiette et de Rosette transportent la saline d'Égypte vers les côtes de Syrie. Les riverains des lacs de Manzalé, de Brulla et de Beheiré fournissent cette saline exportée, tandis que d'autres lacs fournissent du poisson frais localement. L'auteur décrit trois principaux lacs égyptiens : Brullos, Beheiré et Manzalé. Ce dernier, situé entre Damiette et le château de Thiné, communique avec la mer par trois embouchures et reçoit les eaux du Nil par plusieurs canaux. La pêche sur le lac de Manzalé est réglementée, avec 2000 pêcheurs payant des droits au fisc. Le tiers de la pêche appartient au trésor royal, et les droits de douane ajoutent à cette somme. Les techniques de pêche incluent l'utilisation de filets et d'enceintes de joncs appelés Gabez, ainsi que des filets ronds avec des appâts. Le lac est riche en oiseaux et en poissons, notamment le Queiage, le Sourd, le Jamal, le Geran, le Nogt, le Karous, le Bouri et le Dauphin. Le Bouri est le poisson le plus abondant et est souvent salé ou fumé. Le commerce du poisson salé en Égypte se fait principalement avec la Syrie, Chypre et Constantinople. Les négociants européens ne trouvent pas de débouchés pour leur poisson salé en Égypte, et les importations de poisson salé des pays étrangers sont limitées au caviar de la Mer Noire. Les négociants égyptiens importent également divers produits comme le carouge, le lodanum, du vin, du coton, du tabac, des éponges, de l'encens, du café et des étoffes des Indes. Le poisson frais est abondant près des lacs mais ne peut être transporté vers des villes éloignées comme Le Caire en raison de la chaleur. Le Caire dépend du poisson du Nil, souvent de mauvaise qualité. Les riches du Caire consomment quatre espèces de poissons de qualité supérieure : la Variole, le Quechoué, le Bunni et le Quarmoud, qui sont abondants et faciles à pêcher tout au long de l'année. Le texte mentionne également la pêche et les animaux du Nil. Les pêcheurs du Nil et des lacs Manzalé et Brullos capturent des macreuses en utilisant des filets la nuit. Le Nil abrite divers oiseaux, certains communs en Europe comme le flamant, le héron et le canard, tandis que d'autres, comme l'ibis et la poule de ris, sont spécifiques au Nil. Les Égyptiens ne chassent pas ces oiseaux, sauf les canards et les sarcelles qu'ils capturent au lacet. Les monstres marins mentionnés sont les hippopotames et les crocodiles. Les hippopotames sont rares en Basse-Égypte et difficiles à chasser. Les crocodiles sont capturés par appât ou harponnés lorsqu'ils dorment sur le sable. Leur chair est considérée comme un mets délicat. Les crocodiles pondent leurs œufs sur le sable, et leurs petits courent vers le Nil dès leur éclosion. Leur espérance de vie est incertaine, allant de 40 à 100 ans selon les sources.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1684
p. 969-978
MEMOIRE sur les Villes de la Mecque, et de Medine, sur le Pelerinage des Mahometans, &c. Par M. D. L. R.
Début :
La Mecque est une ville de l'Arabie, pour laquelle les Mahometans ont [...]
Mots clefs :
Mecque, Vénération, Pèlerinage, Port de Djeddah, Mer Rouge, Déserts de l'Arabie, Versets de l'Alcoran, Maison de Dieu, Étoffes de soie, Fontaine de Zamzam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE sur les Villes de la Mecque, et de Medine, sur le Pelerinage des Mahometans, &c. Par M. D. L. R.
MEMOIRE sur les Villes de la Mecque ;
et de Medine , sur le Pelerinage des Mabometans
, &c. Par M. D. L. R.
L
A Mecque est une ville de l'Arabie ;
pour laquelle les Mahometans ont
une telle vénération , qu'ils croyent que
tous ceux qui ne sont pas de leur secte
sont indignes d'y entrer ; ainsi ils ne leur
permettent pas d'en approcher , même
de quelques journées ; et si un Chrétien
étoit surpris sur cette terre , ce seroit un
sacrilege que le feu seul pourroit expier ,
ou le changement de Religion.
La dévotion porte quantité de Musulmang
70 MERCURE DE FR ANCE.
mans à entreprendre ce Pelerinage : Il y
en a cependantbeaucoup qui le font pour
trafiquer car les Marchands viennent de
tous les côtez du monde Mahometan , débarquer
au Port de Gedda . ou Zieden >
sur la Mer Rouge , éloigné d'environ 15.
lieues de la Mecque.
>
Ce voyage absout de tout , et quand
on l'a fait on ne sçauroit plus être recherché
pour aucune sorte de haine.
,
Il part tous les ans cinq principales Ca
Lavanes qui vont à la Mecque ; sçavoir ,
celle du Grand Caire , qui est composée
des Egyptiens , et de tous ceux qui viennent
de Constantinople et des lieux circonvoisins.
Celle de Damas , qui emmene
tous ceux qui sont de Syrie ; celle des Magrebins
ou Ponentois , comprenant tous
les Pelerins de Barbarie , de Fez , de Maroc
, &c. qui s'assemblent au Caire ; cellede
Perse et celle des Indes , ou du Pays
du Mogol , &c. On s'arrêtera particulierement
ici à celle du Caire , qui servira
d'instruction pour les autres.
Après diverses cérémonies qui durent
plusieurs jours au Caire , on va camper
à douze milles de la Ville , proche d'un
Etang appellé la Birque : C'est le rendez-
vous de toute la Caravane qui est
souvent composé de cent mille Perfonnes.
On
}
AVRIL. 1731. 971
On ne marche que la nuit , pour éviter
la chaleur ; et lorsque la Lune n'éclaire
pas , on porte des Falots ; les Chameaux
sont attachez queuë à queuë , l'un à l'autre
, et il n'est pas besoin de les conduire.
Il y a trente-sept journées de chemin
du Caire à la Mecque , et tout ce chemin
se fait les déserts de l'Arabie on ne
par
mange que ce que l'on a porté; il y a peu
d'eau , encore est- elle bien mauvaise ; mais
ce qui est de plus fâcheux , ce sont des
vents chauds qui ôtent presque la respiration
; cependant beaucoup de femmes
d'enfans , et de vieillards font le voyage.
Durant toute la marche , on chante des
versets de l'Alcoran , avec tant de zele et
d'application , que l'on voit quantité de
personnes tomber tout à coup de leurs
Chameaux , par l'excessive fatigue , et
mourir en les chantant.
·
Deux jours avant que d'arriver à la Mecque
, chacun se dépouille presque nud
par plus de respect , et prend des Sandales,
pour ne pas fouler une terre qu'ils estiment
Sainte. Ils demeurent ainsi huit jours
à vivre dans la plus exacte régularité : les
Malades font des Aumônes au lieu de se
dépoüiller comme les autres .
La Mecque est une Ville à peu près de
la grandeur de Marseille , environnée de
G hautos
972 MERCURE DE FRANCE.
re ,
hautes Montagnes , et toute bâtie de pierdans
laquelle est une grande Mosquée,
au milieu de laquelle est le Kyabé ou Beit-
Allah , c'est-à- dire , Maison de Dieu
que les Mahometans disent avoir été bâ
tie par les Anges, visitée par Adam , trans,
portée au Ciel durant le Déluge , et depuis
rebâtie par Abraham sur le modele
de l'autre , qui lui fut envoyé du Ciel :
Ils ont une grande vénération pour ce
Temple , ainsi que pour une Pierre noire
qui est à main droite , en entrant prochę
de la Porte.
Ils prétendent qu'elle n'est devenuë noire
que par le péché des hommes ; qu'elle
étoit blanche , lorsque l'Ange Gabriel
l'apporta à Abraham ; qu'elle lui servoit
d'échafaut lorsqu'il bâtissoit cette maison ,
se haussant et se baissant à sa volonté
afin qu'il ne fit aucuns trous à la muraille.
Cette Maison est haute d'environ trente.
pieds , longue de quinze pas , et large de
douze. Le Seuil de la Porte est fort élevé
de terre , un homme pouvant à peine y
atteindre avec la main : la Porte est d'argent
massif, s'ouvrant à deux battans ;
large d'environ cinq pieds , et haute
de neuf à dix ; l'on y monte avec une
Echelle que soutiennent quatre rouës
Quand on veut entrer dans le Kyâbé ,
on
I
AVRIL.
1731 .. 973
on approche l'Echelle de la muraille par
le moyen de ces rouës .
Trois Colomnes ou Piliers de figure octogone,
d'environ vingt pieds de haute ir,
soutiennent cette maison ; elles sont de
bois d'Aloës, de la grosseur d'un homme
et chacune d'une seule piece.
Le dedans est orné d'Etoffes de soye
rouge et blanche , et le dehors d'une étoffe
de soye noire , façon de Damas : il y a
tout autour une muraille qui en empêche
l'abord , avec un certain espace entre la
muraille et la Maison.
Deux Ceintures brochées d'or , ceignent
exterieurement le Kyâbé ; l'une est vers
le bas , et l'autre vers le haut ; et à l'un
des côtez de la Terrasse qui le couvre , on
voit une goutiere d'or massif qui avance
en dehors d'environ six pieds , pour jetter
loin les eaux de la pluye , qui tombent
de la Terrasse dans cette goutiere.
Il y a dans le même Temple un autre
objet d'une grande dévotion pour les Ma
hometans'; sçavoir, le Puits ou la Fontaine
de Zemzem ; c'est , disent-ils , cetteEau
merveilleuse que Dieu fit paroître en faveur
d'Agar et de son fils Ismaël dans le
désert , après qu'Abraham l'eut obligée de
s'y retirer avec son fils : ils en boivent par
dévotion , et lui attribuent de grandes
vertus.
Gij
Les
974 MERCURE DE FRANCE
Les Pelerins passent trois jours à la Mecque
, et celui qui peut baiser le premier ta
-Pierre noire , est tenu pour Saint. Mais il
faut qu'il le fasse le Vendredi , qui se rencontre
toûjours pendant les trois jours , et
à la fin d'une priere publique : chacun se
jette à ses pieds pour les lui baiser ; et
souvent il est étouffé par la trop grande
foule.
• Pendant ce même temps , il faut faire
en cérémonie un chemin assez long qui
va autour du Kyâbé. Un Iman précéde
les Pelerins , et leur montre comme ils
doivent faire. Il s'agit de plusieurs genuflexions
, prosternations , &c.
Tous les ans on ôte les vieilles étoffes
qui entourent le Kyâbé , pour y en mettre
de neuves , et elles sont pour le G. S. et
pour le Sultan Scherif qui commande à
la Mecque ; elles servent à la dédicace
des Mosquées neuves , et à faire de
prétendues Reliques que ce Scherif vend
au prix de plusieurs Sequins.
Après les trois jours passez à la Mecque
, les Pelerins vont coucher à un lieu
nommé Minnet , où ils arrivent la veille
du petit Bayran ; et le lendemain ils font
un Sacrifice de Moutons qui sont distribués
aux Pauvres. Ce jour la même ils
reprennent leurs habits."
De-là , ils vont au Mont Arafat , éloigué
AVRIL. 1731. 975
gné d'une journée ; et ils s'y arrêtent aussi
trois jours; jettant chaque jour sept pierres
sur cette Montagne ; ils disent que
ces pierres sont jettées à la tête du Diable
qui vint tenter Abraham en cet endroit
Lorsqu'il étoit prêt de sacrifier son fils Ismaël
, et non pas Isaac ; Ils content de pareilles
Histoires d'Adam et d'Eveà l'occa
sion de cette Montagne.
›
Après plusieurs prieres faites dans la
Plaine , le Sultan Scherifles benit , et chacun
répond Amen, Ce Gouverneur de la
Mecque , tant pour le spirituel , que pour
le temporel , est soumis aux ordres du G.
S. quoiqu'il ait une très-grande autorité.
Après cette cérémonie on revient auVil-
Lage de Minnet , situé dans une Plaine où
il y a une Roche , dans laquelle on voit
une Caverne,où les Mahometans tiennent
que leur prétendu Prophete faisoit sou-,
vent oraison ; et ils montrent dans la partie
superieure de cette caverne un enfoncement
, qui represente la forme du haut
de la tête d'un homme , qu'ils assûrent y
avoir été fait lorsque Mahomet s'étant
prosterné en ce lieu , touchoit de la tête
en se relevant contre le haut de la caverne ;
ils veulent que la pierre s'amolît , &c .
Pour conserver la memoire de ce prétendu
Miracle , ils ont bâti une Mosquée en
ce même lieu Giij La
976 MERCURE DE FRANCE
La plupart de ceux qui vont à la Mecque
, font en même temps le voyage de
Medine ; mais ce n'est pas une obligation.
- Medine est aussi une Ville de l'Arabie ;
elle est à trois journées de la Mer Rouge
; et beaucoup moins grande que la
Mecque.
›
ap-
Au milieu de cette Ville est une Mosquée
, au coin de laquelle on voit le sépulchre
de Mahomet , il est de Marbre
blanc , avec les Tombeaux d'Abubeker
d'Omar &c. Califes ses Successeurs.
Il y a là un très-grand nombre de Lampes
qui brûlent toûjours ; ce Sépulchre est
dans une petite cour , ou bâtiment rond ,
couvert d'un Dôme que les Orientaux -
pellent Turbé : ce bâtiment est ouvert depuis
le milieu jusqu'à ce Dôme, et tout au-
Four il y a une Galerie , dont la muraille de
dehors est percée de plusieurs fenêtres , qui
ont des grilles d'argent. Celle de dedans
qui est la muraille de la Tour , est parée d'une
infinité de pierres précieuses à l'endroit
où paroît la tête du Sépulchre . On y voit
entre -autres un gros Diamant large de deux
doigts , et long à proportion ; et au dessus
est le Diamant que le Sultan Osman , fils
d'Achmet , y envoya pareil à celui que portent
les Empereurs Ottomans. Ces deux
Diamans n'en faisoient autrefois qu'un , que
2
ca
AVRIL. 1731.
977
ce Sultan fit couper par le milieu.
Il y a plus bas une demie Lune d'or , ou
sont attachés d'autres Diamans de fort grand
prix . La Porte par où l'on entre dans la Galerie
, qui est autour du Turbé , est d'argent
maffif , aussi bien que celle par où l'on entre
de la Galerie dans le Turbé : on ne l'ouvre
que quand il n'y a point de confusion
d'Etrangers ; c'est - à - dire quelques temps
après le départ des Pelerins , qui ne voyent
que la Galerie et les richesses qui sont ` dedans
par les fenêtres , et les grilles d'argent.
Le Tombeau est élevé sur trois dégrés du
Rez-de-Chaussée ; et ces dégrez sont aussi
de Marbre blanc.
J'aurois pû rapporter dans ce Memoire
plusieurs autres circonstances , mais j'ai
voulu n'y faire entrer précisement que ce
que j'ai appris ici de deux personnes de mérite
et dignes de créance ; sçavoir , Hadgy
Mehemet , Envoyé du Dey d'Alger au feu
Roi , lequel avoit fait tout récemment le
voyage de la Mecque ; et Mehemet- Effendi
, envoyé au même Prince , sur la fin de
son regne , par la Regence de Tripoly de
Barbarie , et depuis encore envoyé à la Cour
de France dans la minorité du Roi. Il étoit
Secretaire d'Etat , ou du Divan , et avoit
une instruction particuliere , très- bien écrite
en langue Turque , sur le sujet dont il
s'agit ici. Nous nous voyions presque tous
les Gin
278 MERCURE DE FRANCE
les jours , et ce qu'ils m'ont rapporté l'un
et l'autre se trouve conforme à ce que j'ai
appris là- dessus dans mon voyage du Leyant.
A Paris le 23. Juillet 1727.
et de Medine , sur le Pelerinage des Mabometans
, &c. Par M. D. L. R.
L
A Mecque est une ville de l'Arabie ;
pour laquelle les Mahometans ont
une telle vénération , qu'ils croyent que
tous ceux qui ne sont pas de leur secte
sont indignes d'y entrer ; ainsi ils ne leur
permettent pas d'en approcher , même
de quelques journées ; et si un Chrétien
étoit surpris sur cette terre , ce seroit un
sacrilege que le feu seul pourroit expier ,
ou le changement de Religion.
La dévotion porte quantité de Musulmang
70 MERCURE DE FR ANCE.
mans à entreprendre ce Pelerinage : Il y
en a cependantbeaucoup qui le font pour
trafiquer car les Marchands viennent de
tous les côtez du monde Mahometan , débarquer
au Port de Gedda . ou Zieden >
sur la Mer Rouge , éloigné d'environ 15.
lieues de la Mecque.
>
Ce voyage absout de tout , et quand
on l'a fait on ne sçauroit plus être recherché
pour aucune sorte de haine.
,
Il part tous les ans cinq principales Ca
Lavanes qui vont à la Mecque ; sçavoir ,
celle du Grand Caire , qui est composée
des Egyptiens , et de tous ceux qui viennent
de Constantinople et des lieux circonvoisins.
Celle de Damas , qui emmene
tous ceux qui sont de Syrie ; celle des Magrebins
ou Ponentois , comprenant tous
les Pelerins de Barbarie , de Fez , de Maroc
, &c. qui s'assemblent au Caire ; cellede
Perse et celle des Indes , ou du Pays
du Mogol , &c. On s'arrêtera particulierement
ici à celle du Caire , qui servira
d'instruction pour les autres.
Après diverses cérémonies qui durent
plusieurs jours au Caire , on va camper
à douze milles de la Ville , proche d'un
Etang appellé la Birque : C'est le rendez-
vous de toute la Caravane qui est
souvent composé de cent mille Perfonnes.
On
}
AVRIL. 1731. 971
On ne marche que la nuit , pour éviter
la chaleur ; et lorsque la Lune n'éclaire
pas , on porte des Falots ; les Chameaux
sont attachez queuë à queuë , l'un à l'autre
, et il n'est pas besoin de les conduire.
Il y a trente-sept journées de chemin
du Caire à la Mecque , et tout ce chemin
se fait les déserts de l'Arabie on ne
par
mange que ce que l'on a porté; il y a peu
d'eau , encore est- elle bien mauvaise ; mais
ce qui est de plus fâcheux , ce sont des
vents chauds qui ôtent presque la respiration
; cependant beaucoup de femmes
d'enfans , et de vieillards font le voyage.
Durant toute la marche , on chante des
versets de l'Alcoran , avec tant de zele et
d'application , que l'on voit quantité de
personnes tomber tout à coup de leurs
Chameaux , par l'excessive fatigue , et
mourir en les chantant.
·
Deux jours avant que d'arriver à la Mecque
, chacun se dépouille presque nud
par plus de respect , et prend des Sandales,
pour ne pas fouler une terre qu'ils estiment
Sainte. Ils demeurent ainsi huit jours
à vivre dans la plus exacte régularité : les
Malades font des Aumônes au lieu de se
dépoüiller comme les autres .
La Mecque est une Ville à peu près de
la grandeur de Marseille , environnée de
G hautos
972 MERCURE DE FRANCE.
re ,
hautes Montagnes , et toute bâtie de pierdans
laquelle est une grande Mosquée,
au milieu de laquelle est le Kyabé ou Beit-
Allah , c'est-à- dire , Maison de Dieu
que les Mahometans disent avoir été bâ
tie par les Anges, visitée par Adam , trans,
portée au Ciel durant le Déluge , et depuis
rebâtie par Abraham sur le modele
de l'autre , qui lui fut envoyé du Ciel :
Ils ont une grande vénération pour ce
Temple , ainsi que pour une Pierre noire
qui est à main droite , en entrant prochę
de la Porte.
Ils prétendent qu'elle n'est devenuë noire
que par le péché des hommes ; qu'elle
étoit blanche , lorsque l'Ange Gabriel
l'apporta à Abraham ; qu'elle lui servoit
d'échafaut lorsqu'il bâtissoit cette maison ,
se haussant et se baissant à sa volonté
afin qu'il ne fit aucuns trous à la muraille.
Cette Maison est haute d'environ trente.
pieds , longue de quinze pas , et large de
douze. Le Seuil de la Porte est fort élevé
de terre , un homme pouvant à peine y
atteindre avec la main : la Porte est d'argent
massif, s'ouvrant à deux battans ;
large d'environ cinq pieds , et haute
de neuf à dix ; l'on y monte avec une
Echelle que soutiennent quatre rouës
Quand on veut entrer dans le Kyâbé ,
on
I
AVRIL.
1731 .. 973
on approche l'Echelle de la muraille par
le moyen de ces rouës .
Trois Colomnes ou Piliers de figure octogone,
d'environ vingt pieds de haute ir,
soutiennent cette maison ; elles sont de
bois d'Aloës, de la grosseur d'un homme
et chacune d'une seule piece.
Le dedans est orné d'Etoffes de soye
rouge et blanche , et le dehors d'une étoffe
de soye noire , façon de Damas : il y a
tout autour une muraille qui en empêche
l'abord , avec un certain espace entre la
muraille et la Maison.
Deux Ceintures brochées d'or , ceignent
exterieurement le Kyâbé ; l'une est vers
le bas , et l'autre vers le haut ; et à l'un
des côtez de la Terrasse qui le couvre , on
voit une goutiere d'or massif qui avance
en dehors d'environ six pieds , pour jetter
loin les eaux de la pluye , qui tombent
de la Terrasse dans cette goutiere.
Il y a dans le même Temple un autre
objet d'une grande dévotion pour les Ma
hometans'; sçavoir, le Puits ou la Fontaine
de Zemzem ; c'est , disent-ils , cetteEau
merveilleuse que Dieu fit paroître en faveur
d'Agar et de son fils Ismaël dans le
désert , après qu'Abraham l'eut obligée de
s'y retirer avec son fils : ils en boivent par
dévotion , et lui attribuent de grandes
vertus.
Gij
Les
974 MERCURE DE FRANCE
Les Pelerins passent trois jours à la Mecque
, et celui qui peut baiser le premier ta
-Pierre noire , est tenu pour Saint. Mais il
faut qu'il le fasse le Vendredi , qui se rencontre
toûjours pendant les trois jours , et
à la fin d'une priere publique : chacun se
jette à ses pieds pour les lui baiser ; et
souvent il est étouffé par la trop grande
foule.
• Pendant ce même temps , il faut faire
en cérémonie un chemin assez long qui
va autour du Kyâbé. Un Iman précéde
les Pelerins , et leur montre comme ils
doivent faire. Il s'agit de plusieurs genuflexions
, prosternations , &c.
Tous les ans on ôte les vieilles étoffes
qui entourent le Kyâbé , pour y en mettre
de neuves , et elles sont pour le G. S. et
pour le Sultan Scherif qui commande à
la Mecque ; elles servent à la dédicace
des Mosquées neuves , et à faire de
prétendues Reliques que ce Scherif vend
au prix de plusieurs Sequins.
Après les trois jours passez à la Mecque
, les Pelerins vont coucher à un lieu
nommé Minnet , où ils arrivent la veille
du petit Bayran ; et le lendemain ils font
un Sacrifice de Moutons qui sont distribués
aux Pauvres. Ce jour la même ils
reprennent leurs habits."
De-là , ils vont au Mont Arafat , éloigué
AVRIL. 1731. 975
gné d'une journée ; et ils s'y arrêtent aussi
trois jours; jettant chaque jour sept pierres
sur cette Montagne ; ils disent que
ces pierres sont jettées à la tête du Diable
qui vint tenter Abraham en cet endroit
Lorsqu'il étoit prêt de sacrifier son fils Ismaël
, et non pas Isaac ; Ils content de pareilles
Histoires d'Adam et d'Eveà l'occa
sion de cette Montagne.
›
Après plusieurs prieres faites dans la
Plaine , le Sultan Scherifles benit , et chacun
répond Amen, Ce Gouverneur de la
Mecque , tant pour le spirituel , que pour
le temporel , est soumis aux ordres du G.
S. quoiqu'il ait une très-grande autorité.
Après cette cérémonie on revient auVil-
Lage de Minnet , situé dans une Plaine où
il y a une Roche , dans laquelle on voit
une Caverne,où les Mahometans tiennent
que leur prétendu Prophete faisoit sou-,
vent oraison ; et ils montrent dans la partie
superieure de cette caverne un enfoncement
, qui represente la forme du haut
de la tête d'un homme , qu'ils assûrent y
avoir été fait lorsque Mahomet s'étant
prosterné en ce lieu , touchoit de la tête
en se relevant contre le haut de la caverne ;
ils veulent que la pierre s'amolît , &c .
Pour conserver la memoire de ce prétendu
Miracle , ils ont bâti une Mosquée en
ce même lieu Giij La
976 MERCURE DE FRANCE
La plupart de ceux qui vont à la Mecque
, font en même temps le voyage de
Medine ; mais ce n'est pas une obligation.
- Medine est aussi une Ville de l'Arabie ;
elle est à trois journées de la Mer Rouge
; et beaucoup moins grande que la
Mecque.
›
ap-
Au milieu de cette Ville est une Mosquée
, au coin de laquelle on voit le sépulchre
de Mahomet , il est de Marbre
blanc , avec les Tombeaux d'Abubeker
d'Omar &c. Califes ses Successeurs.
Il y a là un très-grand nombre de Lampes
qui brûlent toûjours ; ce Sépulchre est
dans une petite cour , ou bâtiment rond ,
couvert d'un Dôme que les Orientaux -
pellent Turbé : ce bâtiment est ouvert depuis
le milieu jusqu'à ce Dôme, et tout au-
Four il y a une Galerie , dont la muraille de
dehors est percée de plusieurs fenêtres , qui
ont des grilles d'argent. Celle de dedans
qui est la muraille de la Tour , est parée d'une
infinité de pierres précieuses à l'endroit
où paroît la tête du Sépulchre . On y voit
entre -autres un gros Diamant large de deux
doigts , et long à proportion ; et au dessus
est le Diamant que le Sultan Osman , fils
d'Achmet , y envoya pareil à celui que portent
les Empereurs Ottomans. Ces deux
Diamans n'en faisoient autrefois qu'un , que
2
ca
AVRIL. 1731.
977
ce Sultan fit couper par le milieu.
Il y a plus bas une demie Lune d'or , ou
sont attachés d'autres Diamans de fort grand
prix . La Porte par où l'on entre dans la Galerie
, qui est autour du Turbé , est d'argent
maffif , aussi bien que celle par où l'on entre
de la Galerie dans le Turbé : on ne l'ouvre
que quand il n'y a point de confusion
d'Etrangers ; c'est - à - dire quelques temps
après le départ des Pelerins , qui ne voyent
que la Galerie et les richesses qui sont ` dedans
par les fenêtres , et les grilles d'argent.
Le Tombeau est élevé sur trois dégrés du
Rez-de-Chaussée ; et ces dégrez sont aussi
de Marbre blanc.
J'aurois pû rapporter dans ce Memoire
plusieurs autres circonstances , mais j'ai
voulu n'y faire entrer précisement que ce
que j'ai appris ici de deux personnes de mérite
et dignes de créance ; sçavoir , Hadgy
Mehemet , Envoyé du Dey d'Alger au feu
Roi , lequel avoit fait tout récemment le
voyage de la Mecque ; et Mehemet- Effendi
, envoyé au même Prince , sur la fin de
son regne , par la Regence de Tripoly de
Barbarie , et depuis encore envoyé à la Cour
de France dans la minorité du Roi. Il étoit
Secretaire d'Etat , ou du Divan , et avoit
une instruction particuliere , très- bien écrite
en langue Turque , sur le sujet dont il
s'agit ici. Nous nous voyions presque tous
les Gin
278 MERCURE DE FRANCE
les jours , et ce qu'ils m'ont rapporté l'un
et l'autre se trouve conforme à ce que j'ai
appris là- dessus dans mon voyage du Leyant.
A Paris le 23. Juillet 1727.
Fermer
Résumé : MEMOIRE sur les Villes de la Mecque, et de Medine, sur le Pelerinage des Mahometans, &c. Par M. D. L. R.
Le mémoire traite des villes sacrées de La Mecque et de Médine, ainsi que du pèlerinage musulman. La Mecque, située en Arabie, est interdite aux non-musulmans sous peine de sanctions. Les pèlerins s'y rendent par dévotion ou pour des raisons commerciales, espérant l'absolution de leurs péchés et une protection contre les haines. Le voyage se fait en caravanes, notamment celle du Caire, qui rassemble des pèlerins d'Égypte, de Constantinople et des régions voisines. Le trajet dure trente-sept journées à travers les déserts de l'Arabie, avec des conditions de vie difficiles. Les pèlerins chantent des versets du Coran et effectuent diverses cérémonies. La Mecque est décrite comme une ville de la taille de Marseille, entourée de hautes montagnes. Elle abrite la grande mosquée avec le Kaaba, un bâtiment sacré que les musulmans vénèrent. La Pierre Noire, située dans la mosquée, est un autre objet de dévotion. Les pèlerins effectuent des rites spécifiques, comme baiser la Pierre Noire et faire des circumambulations autour du Kaaba. Après trois jours à La Mecque, les pèlerins se rendent à Minnet pour sacrifier des moutons et reprendre leurs habits, puis se dirigent vers le mont Arafat pour des prières et des rituels supplémentaires. Le gouverneur de La Mecque, le Sultan Scherif, détient une autorité spirituelle et temporelle. Médine, située à trois journées de la mer Rouge, est moins grande que La Mecque. Elle abrite la mosquée avec le tombeau de Mahomet, décoré de pierres précieuses et de diamants. Les pèlerins visitent souvent Médine après La Mecque, bien que ce ne soit pas une obligation. Le mémoire est basé sur les témoignages de Hadgy Mehemet et Mehemet-Effendi, envoyés respectifs du Dey d'Alger et de la Régence de Tripoli.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1685
p. 980-988
METAMORPHOSE DU PRINCE CAULO ET DE LA NIMPHE ORITHIE. Par M. de Verrieres, de l'Académie Royale des Belles Lettres de Caen, lûë dans l'Académie le 18. Janvier 1731.
Début :
Avant que de m'engager dans la lecture de cette Métamorphose, je crois / Au monde il n'est plages si reculées [...]
Mots clefs :
Métamorphose, Histoire poétique, Histoire fabuleuse, Muses, Apollon, Joconde, Amant, Zéphyrs, Asile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : METAMORPHOSE DU PRINCE CAULO ET DE LA NIMPHE ORITHIE. Par M. de Verrieres, de l'Académie Royale des Belles Lettres de Caen, lûë dans l'Académie le 18. Janvier 1731.
METAMORPHOSE
DU PRINCE CAULO
ET
DE LA NIMPHE ORITHIE.
Par M. de Verrieres , de l'Académie Royale
des Belles Lettres de Caen , lûë dans l'Académie
le 18. Janvier 1731.
A
ir
Vant que de m'engager dans la lecture
de cette Métamorphose , je crois
qu'il ne sera pas inutile de la faire préceder
de quelques Remarques qui pourront servir
à l'intelligence du sujet.
L'Enlevement de la Nimphe Orithie par
Borée , est un point de l'Histoire fabuleuse
si généralement connu , que je croirois blesser
les lumieres des personnes qui m'écoutent
, si j'entrois là- dessus dans le moindre
détail. Je dis même les lumieres des Dames.
Je dois croire que celles qui honorent aujour-
A
1
AVRIL. 1731. 981
jourd'hui l'Académie de leur présence ont
du goût pour les Lettres , et qu'au moins
ne sont elles pas ignorantes dans les Sciences
légeres. C'est ainsi que j'appelle les Sciences
où elles peuvent entrer par des lectures
simplement amusantes ; des lectures , disje
, détachées de ces Sciences abstraites , où
f'on trouve à chaque pas des ronces des
épines , et des terres immenses à défricher ,
avant que de jouir de son travail.
L'Histoire Poëtique, et les Métamorphoses
d'Ovide sont entre les mains de tout le
monde. A la verité elles n'ont pas tout dit.
Quand on veut pousser ses recherches dans
'Histoire fabuleuse , on trouve encore à glaner
abondamment dans d'autres Auteurs .
La Métamorphose dont je viens de lire le
titre est une preuve. Si l'Héroine est géné
ralement connue , il n'en est peut-être pas
de même du Héros . On le chercheroit envain
chez les Grecs et les Romains , source
ordinaire où l'on a recours pour les faits anciens.
Caulo étoit d'un Païs où les uns ni les
autres ne pénetrerent jamais . Le Nord leur
étoit inconnu , et pour leur honneur ils auroient
mieux fait de s'en taire , que d'en rapporter
le peur qu'ils en ont dit sur des Mémoires
qui se refutoient d'eux-mêmes par le
merveilleux incroyable dont ils étoient remplis.
A la verité je dirois peut-être trop , si
Passurois que les peuples de ces Païs glacés
Gvj
ont
982 MERCURE DE FRANCE
1 ont de tout tems cultivé les Sciences : mais au
moins avoient ils soin de ne pas laisser dans
P'oubli les faits mémorables de leur tems
Ils les gravoient sur des rochers pour les
garantir de l'injure des siecles , et les transmettre
à la posterité. Les monumens qui en
restent dans le Nord, en font foi . Ils les
écrivoient en Vers , préjugé favorable pour
eux. Apollon ne dédaignoit pas d'éclairer
ces Climats sauvages , et les Muses y trou
voient des Sectateurs de leur culte. Que
penserai- je de ces Peuples ? L'augure en ess
facile à tirer : Capables de Science , malheu
reux de n'être pas éclairés par des lumieres
supérieures , il ne leur manquoit qu'un Pro+
tecteur éloquent , judicieux , poli , zélé pour
les Lettres , tel enfin que le nôtre , pour
disputer peut-être de prééminence avec l'Académie
si vantée d'Athénes:
Je ne balance point à prendre ici l'affir
mative : Puis- je moins faire pour la mémoi
re de nos ayeux : je dis nos ayeux ; ils le sont
sans doute , et n'est- ce pas de ces Peuples
que nous tirons notre origine ? N'est-ce pas
d'eux qu'est descendu jusqu'à nous ce génie
si propre à cultiver les Muses , et dont la
Province , et cette Ville en particulier , ont
donné tant de grands exemples .
Les Chroniques d'Iflande remontent aux
tems les plus reculés . Elles ont leurs differens
âges , ainsi que l'Histoire des Grecs
avoir
AVRIL. 1731. 983
avoit les siens. Age fabuleux , âge historique.
Il étoit des Herodotes , des Diodores
en Norvege , en Laponie , et dans la fameu
se Thulé , comme il en étoit en Grece et en
Sicile : Ces Chroniques , quoiqu'en partie
défectueuses , subsistent encore , et c'est où
j'ai puisé.mon sujet.
XXXXXXXXXXXXXX**
METAMORPHOSE
DU PRINCE CAULO
ET
DE LA NIMPHE ORITHIE
A
U monde il n'est plages si reculées
Qui de l'Amour ne sentent les ardeurs :
Torrens glacés , neiges amoncelées ,
Ne sont remparts.contre ses traits vainqueurs
Sa chaleur n'est par le froid amartie ,
D'un seul regard il fondroit un glaçon.
Témoin le Dieu qui par rapt fait moisson
Des doux appas de la belle ORITHIE.
Ce fut BORE'E. En des Climats déserts
Il conduisit son amoureuse Proye ,
Climats affreux d'où ce Dieu nous envoye!
Et les frimats et les tristes hivers,
984 MERCURE
DE FRANCE .
Là , par raisons que l'Amour lui dictoit ,
Il essayoit d'aprivoiser la Belle ;
?
Mais sur ce point guéres ne profitoit
Assez galant , ni jeune assez n'étoit
Pour adoucir fillette un peu cruelle
Et sa Captive à ses soupirs rebelle ,
Du rapt commis , toujours se lamentoit.
Tant fit oüir clameurs sur ce rivage ,
A ce's clameurs tant l'Echo répondit
Que l'Heritier d'un Roi du voisinage
Par un beau jour enfin les entendit .
CAULO , c'étoit le nom du personnage :
En son maintien , en sa taille , en son air ,
Caulo n'avoit les graces de JocoNDE ;
Mais sur un corps d'embonpoint peu couvert,
Son col portoit tête massive et ronde ,
3
De coeur au reste et noble et genereux ,
Sensible aussi , trop bien le sçut apprendre ,
Sensible , dis-je , aux tourmens amoureux ,
Plus fortuné s'il eut pû s'en défendre.´
Aux tons plaintifs , aux douloureux accens
Dont bien au loin retentistoit la Rive >
Caulo s'avance , il voit notre Captive ,
Poussant au Ciel mille cris languissans.
L'Amour alors , de la froide Scythie
D'un vol leger traversant les hauts Monts ,
Alloit sous l'Ourse enflammer les Lampons ::
Il voit Caulo contemplant Orithie.
A
AVRIL.
1731. 985
A cet aspect il s'arrête soudain ,
Puis méditant un moment en soi-même, ..
Sur ce mortel essayons notre main ,
Pour Orithie embrasons- lui le sein ,
Qu'il rende homage à mon pouvoir suprême.
Il dit : un trait à l'instant fut lancé.
Du trait fatal déja Caulo blessé ,
Se sent ému de pitié pour la Belle :
Il s'intéresse au sujet de fes pleurs ,
Il s'attendrit , il s'afflige avec elle.
Tandis qu'il plaint son destin , ses malheurs ,
Un feu brûlant qu'il ne peut plus contraindre
Déja l'agite , et trouble son repos :
Son propre mal le force de se plaindre ,
Et pour lui-même il s'explique en ces mots :
Quand trop touché de votre peine extrême ,
Je prens sur moi de vos maux la moitié,
Vos yeux , helas ! me contraignent moi-même
A demander pour moi votre pitié.
Un feu cuisant dans mes veines s'allume ,
Ce feu pour vous me brûle , et me consume
Jusqu'en mon coeur sa flâme s'est fait jour ;
Je sens déja mille ardeurs inquiétes ::
J'ai plaint vós maux , daignez à votre tour
Etre sensible à ceux que vous me faites.
A ce début la Belle resta court
>
Tant se trouva du compliment surprise
Caulo n'étoit formé de telle guise
Là
186 MERCURE DE FRANCE
A faire tôt goûter propos d'Amour.
L'objet cruel de sa pudeur blessée
Par les efforts de son premier Amant ,
Revint d'abord s'offrir à sa pensée ,
Et sans lui dire un adieu seulement ,
Caulo la vit , d'une course empressée j
Bien loin de lui s'enfuir légerement.
Par de longs cris envain il la rapelle ,
Envain il veut par ses pleurs l'arrêter ,
Pour mieux courir , loin de les écouter
Elle reprend une force nouvelle .
Loin d'Orithie , une triste langueur
Saisit Caulo , lui dévore le coeur;'
Tous les matins il venoit sur la rive
Où de la Nimphe il avoit vû les yeux ,
Recommencer en ces sauvages lieux ,
De ses tourmens la légende plaintive.
Que ne peut point une ardeur jeune et vive ,
Quand un Amant sçait se plaindre à propos ›
Caulo croyoit ne parler qu'aux Echos ,
Mais Orithie à ses cris attentive ,
Tout entendoit. Tant et tant en ouit
Que de son coeur la trempe s'amollit.
Comme au hazard elle s'offre à sa vuë
Un vif éclat qui sur son tein brilloit
Effet certain du feu qui la brûloit ,
D'attraits nouveaux sembloit l'avoir pourvûë.
D'un air timide où son amour est peint ,
Caule
AVRIL. 173.1.
Canlo s'approche , à ses genoux il tombe ,
Pressé du mal dont son coeur est atteint :
Est-ce pitié des maux où je succombe ,
Dit cet Amant , qui guide ici vos pas ?
Où venez-vous , peu sensible à mes larmes ,
N'offrir encore à mes yeux tant de charmes
Que pour hâter l'instant de mon trépas.
A ces doux mots plus ne fuit Orithie ;
D'une union par l'Amour assortie ,
: Leurs coeurs déja pressentoient les plaisirs
Lorsque Borée à travers un nuage ,
Dont il venoit de chasser les Zéphirs ,
Jusques aux bords de l'Affriquain rivage ,
Vit nos Amans ,, entendit leurs soupirs.
Dans la fureur dont cet objet l'anime
Ce fier Rival si prompt à s'irriter ,
Fond sur un Chêne , en releve la cime ,
Et mesurant le coup qu'il va porter ,
Prend ORITHIE et CAULO pour
Le bruit fut tel qu'au loin il s'épandit.
Du haut des Cieux Appollon l'entendit
Sur nos Amans ce Dieu jette la vûë.
Ce triste objet sa course suspendit.
Pour eux enfin sa pitié fut émuë.
Des noeuds , dit- il , qui sçurent les unir
Ne laissons pas éteindre la mémoire ,
Par mes bienfaits conservons - en l'histoire ,
t la portons aux siécles à venir,
victime
Que
988 MERCURE DE FRANCE
Qué , chacun d'eux devenu plante utile ,
Ils soient l'honneur des Jardins potagers
Et que tous deux n'ayant qu'un même azile ,
Bravent toujours Borée et ses dangers.
Il dit alors leurs corps se retrécissent
De longs filets leurs jambes se hérissent.
Caulo déja n'est plus en ce moment
Qu'un tronc grossier surmonté pésammen
D'un lourd amas de feuilles entassées ;
Par cent replis entr'elles enlassées.
Aux mêmes loix soumise également ,
La tendre Nimphe encor peu
rassurée
Contre le coup qui vient de l'accabler
Erre sous terre , et và s'y receler ,
Ponr éviter les fureurs de Borée.
Là , de frayeur s'enfonçant jusqu'au cou ,
Tandis que l'autre à ses côtez s'éleve ,
Dans le moment que leur destin s'acheve ,
L'une devient CAROTTE , et l'autre CHOU.
DU PRINCE CAULO
ET
DE LA NIMPHE ORITHIE.
Par M. de Verrieres , de l'Académie Royale
des Belles Lettres de Caen , lûë dans l'Académie
le 18. Janvier 1731.
A
ir
Vant que de m'engager dans la lecture
de cette Métamorphose , je crois
qu'il ne sera pas inutile de la faire préceder
de quelques Remarques qui pourront servir
à l'intelligence du sujet.
L'Enlevement de la Nimphe Orithie par
Borée , est un point de l'Histoire fabuleuse
si généralement connu , que je croirois blesser
les lumieres des personnes qui m'écoutent
, si j'entrois là- dessus dans le moindre
détail. Je dis même les lumieres des Dames.
Je dois croire que celles qui honorent aujour-
A
1
AVRIL. 1731. 981
jourd'hui l'Académie de leur présence ont
du goût pour les Lettres , et qu'au moins
ne sont elles pas ignorantes dans les Sciences
légeres. C'est ainsi que j'appelle les Sciences
où elles peuvent entrer par des lectures
simplement amusantes ; des lectures , disje
, détachées de ces Sciences abstraites , où
f'on trouve à chaque pas des ronces des
épines , et des terres immenses à défricher ,
avant que de jouir de son travail.
L'Histoire Poëtique, et les Métamorphoses
d'Ovide sont entre les mains de tout le
monde. A la verité elles n'ont pas tout dit.
Quand on veut pousser ses recherches dans
'Histoire fabuleuse , on trouve encore à glaner
abondamment dans d'autres Auteurs .
La Métamorphose dont je viens de lire le
titre est une preuve. Si l'Héroine est géné
ralement connue , il n'en est peut-être pas
de même du Héros . On le chercheroit envain
chez les Grecs et les Romains , source
ordinaire où l'on a recours pour les faits anciens.
Caulo étoit d'un Païs où les uns ni les
autres ne pénetrerent jamais . Le Nord leur
étoit inconnu , et pour leur honneur ils auroient
mieux fait de s'en taire , que d'en rapporter
le peur qu'ils en ont dit sur des Mémoires
qui se refutoient d'eux-mêmes par le
merveilleux incroyable dont ils étoient remplis.
A la verité je dirois peut-être trop , si
Passurois que les peuples de ces Païs glacés
Gvj
ont
982 MERCURE DE FRANCE
1 ont de tout tems cultivé les Sciences : mais au
moins avoient ils soin de ne pas laisser dans
P'oubli les faits mémorables de leur tems
Ils les gravoient sur des rochers pour les
garantir de l'injure des siecles , et les transmettre
à la posterité. Les monumens qui en
restent dans le Nord, en font foi . Ils les
écrivoient en Vers , préjugé favorable pour
eux. Apollon ne dédaignoit pas d'éclairer
ces Climats sauvages , et les Muses y trou
voient des Sectateurs de leur culte. Que
penserai- je de ces Peuples ? L'augure en ess
facile à tirer : Capables de Science , malheu
reux de n'être pas éclairés par des lumieres
supérieures , il ne leur manquoit qu'un Pro+
tecteur éloquent , judicieux , poli , zélé pour
les Lettres , tel enfin que le nôtre , pour
disputer peut-être de prééminence avec l'Académie
si vantée d'Athénes:
Je ne balance point à prendre ici l'affir
mative : Puis- je moins faire pour la mémoi
re de nos ayeux : je dis nos ayeux ; ils le sont
sans doute , et n'est- ce pas de ces Peuples
que nous tirons notre origine ? N'est-ce pas
d'eux qu'est descendu jusqu'à nous ce génie
si propre à cultiver les Muses , et dont la
Province , et cette Ville en particulier , ont
donné tant de grands exemples .
Les Chroniques d'Iflande remontent aux
tems les plus reculés . Elles ont leurs differens
âges , ainsi que l'Histoire des Grecs
avoir
AVRIL. 1731. 983
avoit les siens. Age fabuleux , âge historique.
Il étoit des Herodotes , des Diodores
en Norvege , en Laponie , et dans la fameu
se Thulé , comme il en étoit en Grece et en
Sicile : Ces Chroniques , quoiqu'en partie
défectueuses , subsistent encore , et c'est où
j'ai puisé.mon sujet.
XXXXXXXXXXXXXX**
METAMORPHOSE
DU PRINCE CAULO
ET
DE LA NIMPHE ORITHIE
A
U monde il n'est plages si reculées
Qui de l'Amour ne sentent les ardeurs :
Torrens glacés , neiges amoncelées ,
Ne sont remparts.contre ses traits vainqueurs
Sa chaleur n'est par le froid amartie ,
D'un seul regard il fondroit un glaçon.
Témoin le Dieu qui par rapt fait moisson
Des doux appas de la belle ORITHIE.
Ce fut BORE'E. En des Climats déserts
Il conduisit son amoureuse Proye ,
Climats affreux d'où ce Dieu nous envoye!
Et les frimats et les tristes hivers,
984 MERCURE
DE FRANCE .
Là , par raisons que l'Amour lui dictoit ,
Il essayoit d'aprivoiser la Belle ;
?
Mais sur ce point guéres ne profitoit
Assez galant , ni jeune assez n'étoit
Pour adoucir fillette un peu cruelle
Et sa Captive à ses soupirs rebelle ,
Du rapt commis , toujours se lamentoit.
Tant fit oüir clameurs sur ce rivage ,
A ce's clameurs tant l'Echo répondit
Que l'Heritier d'un Roi du voisinage
Par un beau jour enfin les entendit .
CAULO , c'étoit le nom du personnage :
En son maintien , en sa taille , en son air ,
Caulo n'avoit les graces de JocoNDE ;
Mais sur un corps d'embonpoint peu couvert,
Son col portoit tête massive et ronde ,
3
De coeur au reste et noble et genereux ,
Sensible aussi , trop bien le sçut apprendre ,
Sensible , dis-je , aux tourmens amoureux ,
Plus fortuné s'il eut pû s'en défendre.´
Aux tons plaintifs , aux douloureux accens
Dont bien au loin retentistoit la Rive >
Caulo s'avance , il voit notre Captive ,
Poussant au Ciel mille cris languissans.
L'Amour alors , de la froide Scythie
D'un vol leger traversant les hauts Monts ,
Alloit sous l'Ourse enflammer les Lampons ::
Il voit Caulo contemplant Orithie.
A
AVRIL.
1731. 985
A cet aspect il s'arrête soudain ,
Puis méditant un moment en soi-même, ..
Sur ce mortel essayons notre main ,
Pour Orithie embrasons- lui le sein ,
Qu'il rende homage à mon pouvoir suprême.
Il dit : un trait à l'instant fut lancé.
Du trait fatal déja Caulo blessé ,
Se sent ému de pitié pour la Belle :
Il s'intéresse au sujet de fes pleurs ,
Il s'attendrit , il s'afflige avec elle.
Tandis qu'il plaint son destin , ses malheurs ,
Un feu brûlant qu'il ne peut plus contraindre
Déja l'agite , et trouble son repos :
Son propre mal le force de se plaindre ,
Et pour lui-même il s'explique en ces mots :
Quand trop touché de votre peine extrême ,
Je prens sur moi de vos maux la moitié,
Vos yeux , helas ! me contraignent moi-même
A demander pour moi votre pitié.
Un feu cuisant dans mes veines s'allume ,
Ce feu pour vous me brûle , et me consume
Jusqu'en mon coeur sa flâme s'est fait jour ;
Je sens déja mille ardeurs inquiétes ::
J'ai plaint vós maux , daignez à votre tour
Etre sensible à ceux que vous me faites.
A ce début la Belle resta court
>
Tant se trouva du compliment surprise
Caulo n'étoit formé de telle guise
Là
186 MERCURE DE FRANCE
A faire tôt goûter propos d'Amour.
L'objet cruel de sa pudeur blessée
Par les efforts de son premier Amant ,
Revint d'abord s'offrir à sa pensée ,
Et sans lui dire un adieu seulement ,
Caulo la vit , d'une course empressée j
Bien loin de lui s'enfuir légerement.
Par de longs cris envain il la rapelle ,
Envain il veut par ses pleurs l'arrêter ,
Pour mieux courir , loin de les écouter
Elle reprend une force nouvelle .
Loin d'Orithie , une triste langueur
Saisit Caulo , lui dévore le coeur;'
Tous les matins il venoit sur la rive
Où de la Nimphe il avoit vû les yeux ,
Recommencer en ces sauvages lieux ,
De ses tourmens la légende plaintive.
Que ne peut point une ardeur jeune et vive ,
Quand un Amant sçait se plaindre à propos ›
Caulo croyoit ne parler qu'aux Echos ,
Mais Orithie à ses cris attentive ,
Tout entendoit. Tant et tant en ouit
Que de son coeur la trempe s'amollit.
Comme au hazard elle s'offre à sa vuë
Un vif éclat qui sur son tein brilloit
Effet certain du feu qui la brûloit ,
D'attraits nouveaux sembloit l'avoir pourvûë.
D'un air timide où son amour est peint ,
Caule
AVRIL. 173.1.
Canlo s'approche , à ses genoux il tombe ,
Pressé du mal dont son coeur est atteint :
Est-ce pitié des maux où je succombe ,
Dit cet Amant , qui guide ici vos pas ?
Où venez-vous , peu sensible à mes larmes ,
N'offrir encore à mes yeux tant de charmes
Que pour hâter l'instant de mon trépas.
A ces doux mots plus ne fuit Orithie ;
D'une union par l'Amour assortie ,
: Leurs coeurs déja pressentoient les plaisirs
Lorsque Borée à travers un nuage ,
Dont il venoit de chasser les Zéphirs ,
Jusques aux bords de l'Affriquain rivage ,
Vit nos Amans ,, entendit leurs soupirs.
Dans la fureur dont cet objet l'anime
Ce fier Rival si prompt à s'irriter ,
Fond sur un Chêne , en releve la cime ,
Et mesurant le coup qu'il va porter ,
Prend ORITHIE et CAULO pour
Le bruit fut tel qu'au loin il s'épandit.
Du haut des Cieux Appollon l'entendit
Sur nos Amans ce Dieu jette la vûë.
Ce triste objet sa course suspendit.
Pour eux enfin sa pitié fut émuë.
Des noeuds , dit- il , qui sçurent les unir
Ne laissons pas éteindre la mémoire ,
Par mes bienfaits conservons - en l'histoire ,
t la portons aux siécles à venir,
victime
Que
988 MERCURE DE FRANCE
Qué , chacun d'eux devenu plante utile ,
Ils soient l'honneur des Jardins potagers
Et que tous deux n'ayant qu'un même azile ,
Bravent toujours Borée et ses dangers.
Il dit alors leurs corps se retrécissent
De longs filets leurs jambes se hérissent.
Caulo déja n'est plus en ce moment
Qu'un tronc grossier surmonté pésammen
D'un lourd amas de feuilles entassées ;
Par cent replis entr'elles enlassées.
Aux mêmes loix soumise également ,
La tendre Nimphe encor peu
rassurée
Contre le coup qui vient de l'accabler
Erre sous terre , et và s'y receler ,
Ponr éviter les fureurs de Borée.
Là , de frayeur s'enfonçant jusqu'au cou ,
Tandis que l'autre à ses côtez s'éleve ,
Dans le moment que leur destin s'acheve ,
L'une devient CAROTTE , et l'autre CHOU.
Fermer
Résumé : METAMORPHOSE DU PRINCE CAULO ET DE LA NIMPHE ORITHIE. Par M. de Verrieres, de l'Académie Royale des Belles Lettres de Caen, lûë dans l'Académie le 18. Janvier 1731.
Le texte 'Métamorphose du Prince Caulo et de la Nymphe Orithie' de M. de Verrières, présenté à l'Académie Royale des Belles Lettres de Caen le 18 janvier 1731, aborde l'enlèvement de la nymphe Orithie par Borée, un thème classique de la mythologie. L'auteur présume que son public, y compris les dames présentes, est familier avec les sciences légères et les métamorphoses d'Ovide. Il introduit ensuite Caulo, un héros méconnu des Grecs et des Romains, originaire du Nord, une région peu connue des anciens. L'histoire narre comment Borée enlève Orithie et tente de l'apprivoiser dans des climats déserts. Les plaintes d'Orithie attirent l'attention de Caulo, un prince au cœur noble et généreux. Ému par la souffrance d'Orithie, Caulo s'éprend d'elle. Après plusieurs tentatives infructueuses pour la séduire, Orithie finit par céder à ses avances. Leur union est interrompue par Borée, jaloux, qui les transforme en plantes. Apollon, touché par leur sort, décide de les métamorphoser en carotte et en chou, leur permettant ainsi de braver les dangers de Borée et de devenir utiles dans les jardins potagers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1686
p. 992
AVIS de l'Auteur des Reflexions à l'occasion du Brutus, &c. inserées dans le dernier Mercure.
Début :
Les Reflexions que l'on a promises dans le Mercure d'Avril, sur la Tragedie de [...]
Mots clefs :
Avis, Réflexions, Brutus , Voltaire, Pièce, Corrections, Perfection
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS de l'Auteur des Reflexions à l'occasion du Brutus, &c. inserées dans le dernier Mercure.
AVIS de PAuteur des Reflexions
à Poccasion du Brutus , & c. inserées
dans le dernier Mercure.
>
Es Reflexions que l'on a promises dans
le Mercure d'Avril, sur la Tragedie de
Brutus , sont toutes prêtes. L'Auteur alloit
les donner , lorsqu'il a appris que M. de
Voltaire retouchoit à sa Piece. Comme
M.de Voltaire a toûjours bien réüssi aux
corrections quil a faites à ses differens
Ouvrages , et que l'Auteur des Reflexions
ne critique pas pour le plaisir de critiquer,
il attendra la nouvelle Edition du Brutus,
Si , comme il y a apparence , M. de
Voltaire a reparé les principales fautes
de sa Tragedie , on renfermera sans peine
des
Reflexions qui n'avoient pour princiep
que le desir de voir un bon Ouvrage
devenir meilleur. Si les corrections
ne répondent pas aux Reflexions , quant
aux Vers , et sur tout quant à la conduite
de la Piece , on les donnera toûjours dans
le même motif de
contribuer à la perfec
sion de cet
Ouvrage.
à Poccasion du Brutus , & c. inserées
dans le dernier Mercure.
>
Es Reflexions que l'on a promises dans
le Mercure d'Avril, sur la Tragedie de
Brutus , sont toutes prêtes. L'Auteur alloit
les donner , lorsqu'il a appris que M. de
Voltaire retouchoit à sa Piece. Comme
M.de Voltaire a toûjours bien réüssi aux
corrections quil a faites à ses differens
Ouvrages , et que l'Auteur des Reflexions
ne critique pas pour le plaisir de critiquer,
il attendra la nouvelle Edition du Brutus,
Si , comme il y a apparence , M. de
Voltaire a reparé les principales fautes
de sa Tragedie , on renfermera sans peine
des
Reflexions qui n'avoient pour princiep
que le desir de voir un bon Ouvrage
devenir meilleur. Si les corrections
ne répondent pas aux Reflexions , quant
aux Vers , et sur tout quant à la conduite
de la Piece , on les donnera toûjours dans
le même motif de
contribuer à la perfec
sion de cet
Ouvrage.
Fermer
Résumé : AVIS de l'Auteur des Reflexions à l'occasion du Brutus, &c. inserées dans le dernier Mercure.
L'auteur des Réflexions sur la tragédie de Brutus attend la nouvelle édition de la pièce de Voltaire. Si les corrections sont satisfaisantes, les Réflexions ne seront pas publiées. Sinon, elles le seront pour améliorer l'ouvrage, notamment les vers et la conduite de la pièce.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1687
p. 997-1013
LETTRE écrite de Seyde le premier Décembre 1730. par M. du Bellis, sur un Voyage fait en Galilée, &c.
Début :
De retour depuis peu de jours, Monsieur, d'un Voyage que je viens de [...]
Mots clefs :
Galilée, Voyage, Roi de Tyr, Syriaque, Royaume de Sidon, Cap blanc, Acre, Pèlerins, Nazareth, Incarnation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Seyde le premier Décembre 1730. par M. du Bellis, sur un Voyage fait en Galilée, &c.
LETTRE écrite de Seyde le premier
Décembre 1730. par M. du Bellis , sur
un Voyage fait en Galilée , & c.
Dieur, Voyage que je
E retour depuis peu de jours , Monsieur
, d'un Voyage que je viens de
faire , je ne perds point de temps à vous
faire un récit succint de ce que j'ai vû ,
pour prévenir vos reproches. Dispensezmoi
de Dissertations , et permettez que
je vous renvoye une foule de Voyageurs
qui ont écrit des mêmes Pays où
j'ai été.
Les Révolutions de 18. siecles ont extrémement
simplifié la Galilée ; Flavius
Joseph , qui en a été Gouverneur , écrit
qu'il y avoit dans cette Province 204.
Bourgs ou Villages , dont plusieurs étoient
bien fortifiez , et dont le moindre avoit
environ 15000. hommes , sans parler des
grandes Villes de Tiberiade , de Sephoris
et de Gabara .
Hiram , Roi de Tyr , se trouva fort
mal payé de 20. Villes de la Galilée que
Salomon lui donna pour les Bois de Cedres
, de Sapins et autres Materiaux
ce Roi avoit fournis pour la construction.
du Temple de Jerusalem.
A iiij
que
La
998 MERCURE DE FRANCE
La Charuë a passé sur presque toutes
les Villes , Bourgs et Villages , et ceux
qui restent aujourd'hui , ne sont plus
situez aux mêmes lieux où étoient les
anciens . On n'y voit plus que quelques
monceaux de pierres et décombres de
maisons ruinées .
En partant de Seides , je ne m'étois pro
posé que d'aller à Acre ; j'étois en compagnie
de trois Négocians , dont deux
étoient les Députez de la Nation . Le Valet
d'un de ces Députez, est fils d'un Curé
Maronite de Seyde ; et comme il est au
fait de la Tradition , et qu'il sçait lire et
écrire le Syriaque , je le pris en affection
pour les secours que j'en attendois.
Après trois lieues de marche ,
Docteur domestique , me fit observer que
j'étois sur les ruines de Sarepta , et me
fit arrêter à une petite Mosquée , bâtie
au lieu même où étoit la maison de cette
Veuve, qui ayant bien voulu partager son
petit pain avec Elie , obtint de ce Prophete
la multiplication de sa farine , de
son huile , et là résurrection de son fils.
mon
A une lieuë et demie de cette Mosquée
nous passâmes la Riviere nommée la Hasemiech
, sur un fort beau Pont de Pierre ,
qu'Osman , Pacha de Seyde , a fait bâtir.
Que cette Riviere soit le Fleuve Eleuthere
des
MA Y. 1731. 999
des Anciens , ou non , je laisse cette discussion
aux Sçavans ; ce qu'il y a de certain
, c'est qu'elle séparoit autrefois les
Royaumes de Tyr et de Sidon.
Comme je souhaitois voir les fameux
Puits appellez les Puits de Salomon , parce
que ce Roi en parle dans le Cantique
des Cantiques , nous ne prîmes point le
chemin de Tyr , et nous marchâmes droit
à une Mosquée que les Maronites prétendent
être le Tombeau de Daniel . Nous
passâmes à cette Mosquée une partie de la
nuit.
Au lever du Soleil nous arrivâmes aux
Puits . Nous avions découvert en traversant
la vaste Plaine de Tyr , des restes
des Aqueducs qui conduisoient l'eau
de ces Puits dans cette Ville , qui en est
éloignée d'une lieuë.
Le plus grand de ces Puits subsiste en
son entier ; les deux autres sont ruinez.
L'eau monte jusqu'au bord , ce qui le fait
ressembler à un Réservoir , et en sortant
elle fait tourner des Moulins à blé , ce
qui le rend d'une grande utilité..
A deux lieues de ces Puits , on trouve
le chemin appellé aujourd'hui Anakoura;
il est taillé dans le Roc , sur le milieu
d'une Montagne qui n'a presque point de
pente ; il a environ une demie licuë de
A v long
-
1000 MERCURE DE FRANCE:
long : c'est un Ouvrage d'Alexandre le
Grand , le garde fou en est ruiné, le préci
pice en est affreux ; la Mer et des Rochers:
escarpez, sont au bas à une si grande
distance, qu'on ne peut presque en soutenir
la vûë; ce chemin,au reste, est si ruiné
et si mauvais , qu'on est obligé de mettre
pied à terre à chaque bout de champ .
Au sortir de ce passage , on trouve
un grand tas de pierres et quelques restes
de Murs . Ces ruines s'appellent Scandarete
, ce qui signifie petit Château d'Alexandre.
On arrive enfin au Cap Blanc , que les
'Anciens nommoient le Mont Saron . Delà
on découvre la Plaine d'Acre , bornée
au Sud par le Mont Carmel , qui avançant
dans la Mer , semble simétriser avec
le Cap Blanc , et entourer circulairement
avec les Montagnes de l'Est cette immense
Plaine . La Ville d'Acre paroît au
milieu sur le Rivage de la Mer ; et quoiqu'il
semble qu'on doive bien- tôt atteindre
à cette Ville , il faut pourtant émployer
quatre bonnes heures pour y arriver
, marchant toujours en ligne directe.
La Ville d'Acre ou de Ptolemaide , fait
pitié aujourd'hui , en voyant les ruines
des étonnantes Fortifications qui entouroient
cette grande Ville. L'Eglise de
S.
MAY. 1731. ΥΘΟΥ
S. André , celle de S. Jean , le Palais et la
Chapelle du Grand-Maître des Hospitaliers,
doivent être des Edifices admirables .
Il reste encore de ces superbes Edifices ,
quelques pans de murailles dans leur entier
, qui font juger de leur ancienne
beauté.
Trois jours après notre arrivée à Acre
un Négociant de Seyde , étant dans le
dessein d'aller à Tiberiade pour rendre
visite aux Cheiks qui ont la Ferme gene-
- rale de ce Pays , me proposa de l'accompagner
dans ce voyage , ce que j'acceptai
avec plaisir.
Ce Négociant avoit rendu un service
important au Cheik Saad , aîné de la
Famille des Cheiks de la Tiberiade. Ce
Cheik Saad , avec un des ses freres , informé
de l'arrivée de mon ami à Acre
se rendit à Nazareth ; et ayant appris
qu'il devoit les aller voir , il lui envoya
dix Cavaliers bien armez pour l'accompagner.
Après trois heures de marche vers l'Orient
, dans la Plaine d'Acre , nous entrâmes
dans les Montagnes de la Phénicie ,
et de-là dans les Verres de la Tribu de
Zabulon ; nous passâmes la belle Plaine
de cette Tribu ; et étant parvenus à un
Village nommé Saffoury , notre Cavalier
A vi con1002
MERCURE DE FRANCE
conducteur me fit observer le lieu oùétoit
la Maison de S.Joachim et de sainte Anne ,.
et le reste d'une fort belle Eglise à trois
Nefs , que sainte Helene avoit fait bâtirtout
auprès.
Cette dévote Imperatrice avoit rempli
toute la Terre- Sainte de Monumens de
sa pieté au commencement du IVe siecle.
Ce pauvre Village de Saffoury étoit autrefois
la fameuse Ville de Sephoris.
Au reste , vous remarquerez que le Cavalier
dont je parle , est un homme encore
plus important que
le Valet que
j'ai déja cité ; il sçait sa Terre- Sainte par
coeur , il conduit depuis 30. ans les Religieux
et les Pelerins . Ce Cavalier , nommé
Jacoub , connoît et explique tous les
lieux Saints.
Après avoir traversé Monts et Vallées ,
nous vîmes Nazareth dans un petit Valon.
entouré de Montagnes. Il est sur le penchant
d'une de ces Montagnes , regardant
l'Orient , et ne consiste qu'en quelques.
Cahutes dispersées sur une petite Esplanade.
Nous passâmes auprès de la Fontaine
où la sainte Vierge venoit prendre de
l'eau , n'y ayant point de Puits dans Nazareth
, mais seulement quelques Citernes .
Cette Fontaine est à 4. ou 500. pas du
Village
MAY . 1731.
1003
Village ; il en est de même de tous les
Villages de la Galilée. Les Habitans de
Saffoury vont chercher l'eau à un quart.
de lieuë.
La nouvelle Eglise que les Religieux de
la Terre-Sainte ont fait bâtir à Nazareth ,
est située au même lieu où s'est operé le
Mistere de l'Incarnation ; cette Eglise a
été consacrée depuis peu , et on y fait actuellement
l'Office divin.LeConvent n'est
pas encore achevé ; nous logeâmes dans
les chambres du vieux Monastere .
Comme nous arrivâmes bien avant le
coucher du Soleil , j'eus le temps d'aller
visiter l'Eglise. Elle est à trois Nefs et
fort éclairée.
La sainte Grote où s'est operé le Mistere
, se presente d'abord en entrant , on
y descend par un spacieux Escalier de
douze marches ; et après avoir traversé
l'espace où étoit la Maison qui a été transportée
à Lorette , on entre dans la Grotte
taillée dans le Roc.
Le Ceintre extérieur de cette Grotte est:
tout couvert de Marbre , et sous l'Autel
isolé qui est au milieu , on y lit ces mots :
Hic Verbum caro factum est.
A gauche en entrant , il y a deux grosses
Colomnes d'un Marbre singulier ; elles.
sont placées comme sont les Colomnes
Cou
}
1004 MERCURE DE FRANCE
couplées dans les Edifices. Sainte Helene
les fit poser lorsqu'elle fit bâtir une superbe
Eglise à Nazareth , pour désigner
la place où étoient la sainte Vierge et l'Ange
Gabriel , dans l'instant de l'Annonciation
; l'une de ces Colomnes demeuresuspendue,
adhérante à la voute de la Grotte
, ayant été brisée vers sa base par un
Pacha de Damas , qui pensant qu'elle étoit
creuse , croyoit y trouver un trésor .
On monte par deux Escaliers de 12. marches
, situez aux deux côtez du vieux Escalier
qui conduit à cette Grotte ; au grand
Autel de l'Eglise , qui est à la Romaine , et
placé précisément sur la voute de la Grotte
; le Choeur est derriere l'Autel .
M. Bergeret , Négociant François , Résident
à Acre , qui a donné le dessein de
cette Eglise , m'a dit qu'elle avoit dix toises
de longueur , neuf de largeur , et huit
et demie de hauteur. Les Maçons Turcs.
qui l'ont élevée , ont commis mille défauts
grossiers contre le Dessein de M.Bergeret.
On voit dans les cours du Convent
quelques anciens Chapiteaux Corinthiens
de l'Eglise de sainte Heleine , dont les
feuilles d'acanche et les autres ornemens
sont admirables.
Le lendemain j'allai visiter l'ancienne
SyMAY.
1731 1005
Synagogue de Nazareth ; cet Edifice s'est
bien conservé, mais il sert aujourd'hui d'écurie.
Je vis aussi les ruines d'une petite ,
Eglise bâtie où étoit la Boutique de S. Joseph
, et la Table de pierre sur laquelle le
Sauveur mangeoit quelquefois avec ses
Apôtres ; elle est à present renverseé .
Je négligeai d'aller voir le Précipice
qui est à un quart de lieuë de Nazareth ,
parce qu'il n'est pas décidé si ce fut à ce
lieu où au haut de la Montagne même ,
au penchant de laquelle le Village est
place , que les Juifs au sortir de la Synagogue
, conduisirent le Seigneur pour le
précipiter.
Nous partîmes avec les Cheiks de la
Tiberiade pour nous rendre chez eux. Ils
avoient pour leur suite 60. Cavaliers armez
de lances , de fusils , de sabres et de
pistolets à la ceinture , desorte qu'avec
nos dix Cavaliers et nos gens , nous étions
plus de 80. personnes à cheval.
A peine eûmes- nous marché une heure,
que nous nous arrêtâmes pour attendre
un Cavalier que nous voyons venir à toute
bride ; il rendit une Lettre aux Cheiks,
qu'on leur écrivoit d'Acre , par laquelle
on les informoit que le jour d'auparavant
21. de Novembre , il étoit arrivé à
Seyde un Capigi , porteur d'un Commandement
TOOG MERCURE DE FRANCE
•
dement pour arrêter Soliman- Pacha et
s'assurer de son bien ; que le Pacha de
Damas , son frere , avoit été également
arrêté avec le Pacha de Tripoli , fils de ce
dernier , le Gouverneur de Lataquie , fils
du Pacha de Tripoli , et celui de Mara.
Le Cavalier ajoûta que depuis un quart
d'heure qu'il étoit parti de Nazareth , il
y étoit arrivé un Capigi qui étoit descendu
chez les PP: de la Terre- Sainte .
Les Cheiks retournerent sur leurs pas
pour sçavoir le sujet de ce dernier Ĉapigi
, et nous rejoindre ensuite au Kanaintujar,
qui est au - dessous du Thabor , dans
la Plaine d'Esdrelon ; ils nous laisserent
20. Cavaliers .
Continuant notre route , nous vîmes
en passant une Mosquée , où l'on dit que
le Prophete Jonas est enterré ; de-là nous
allâmes à Cana.
L'Eglise et le Monastere que sainte He
lene avoit fait bâtir au lieu même où étoit
la Maison des Nôces où se fit le Miracle
sont aux trois quarts démolis. Je bus à
F'unique Fontaine du Village , de cette eau
qui fut convertie en vin . On voit auprès
les restes d'une Chapelle.
Aux environs de Cana , nous traversâmes
le Champ des Epis , où les Pharisiens
scandalisez de voir les Apôtres manger
dess
MAY. 1731 1057
des grains de froment le jour du Sabat ,
furent repris par le Sauveur.
Après avoir marché dans de beaux Va-.
lons , dont les Montagnes sont couvertes
de Chênes verds , nous entrâmes dans
la Plaine d'Esdrelon , nous nous trouvâmes
dans peu presque au pied du Thabor,
mais la forme piramidale de cette fameuse
Montagne , est encore la plus admirable
vûë de la Plaine. C'est ici où le docte
Cavalier Jacoub donna une grande satisfaction
à mes yeux et à mon imagination
. D'abord il m'instruisit des ruines
qui subsistent au sommet du Thabor ,
reste des Edifices que sainte Helene et le
Prince Tancrede avoient fait bâtir.
Il me montra ensuite les Monts Here
mon et Hermonien , et me fit appercevoir
de fort loin les Montagnes arides et pellées
de Gelboé , me de igna derriere le
Thabor le lieu où étoit la Ville de Naïm
au pied d'Hermonoüm . La Ville d'Ador,
où Saül alla consulter la Devineresse .
Il me rapella les évenemens de l'Ecriture .
arrivez in Campo magno Esdrelon , la Bataille
de Josué contre le Roi de Maggedo ,
la défaite de Sisara par Barac , assisté de
Débora ; la mort d'Ochozias par Jehu
et celle de Josias par Pharaon Nechao .
Nous nous rendîmes ensuite au Kanaintujar
1008 MERCURE DE FRANCE
naïntujar , c'est à-dire , le Kan de la Source
des Marchands ; c'est un très - bel Edifice:
construit par les Turcs , et qu'ils laissent
tomber en ruine ; il a été bâti pour la
commodité des Caravanes de Damas qui:
passent par la Plaine d'Esdrelon . Il s'y
tient un Bazar ou Marché toutes les se
maines. Les Pierres qui ont servi à cet
Edifice , avoient été tirées de la démolition
d'une Forteresse que les Chrétiens
avoient bâtie.
Les murailles et les tours de cette Forteresse
, qui est à une portée de fusil du
Kan , subsistent encore à une toise d'élevation
; rien n'est si admirable que les
Edifices , que les Croisez avoient élevés
dans ces Pays.
Les Cheiks nous joignirent une heure
après, et nous apprirent que le Capigi arrivé
à Nazareth , venoit de Jerusalem ,
où il avoit été envoyé pour examiner un
nouvel Edifice des Arméniens , sur lequel
il y avoit eu des plaintes à la Porte,
que les Latins , les Grecs et les Arméniens
lui avoient fait ensemble un present de
onze Bourses , afin qu'il fit à la Porte des
Relations inconsequentes de leurs Eglises
et de leurs Monasteres , et que les Religieux
de Nazareth lui avoient donné cent
Sequins pour le même sujet .
Au
MAY. 1731. 1009.
Au Soleil couchant nous arrivâmes à
la Tiberiade. On ne voit la Mer
que lorsqu'on
est parvenu
au haut de la Monta- gne, où l'on arrive
par une Plaine
; il faut descendre
après pendant
une demie
heure
pour
arriver
à la Ville.
Cette Ville bâtie par Hérode en l'honneur
de Tibere , devoit être superbe ; elle
étoit fort longue , mais peu large , parce
que la montagne la serre vers le bord de
la Mer.
Il. y a apparence que la Maison des
Cheiks où nous descendîmes , étoit un
ancien Palais , à en juger par ce qui reste
des Murailles , au bas desquelles la Mer
bat , et sur lesquelles ils ont pratiqué des
logemens à la façon du Pays. Toutes les
pierres de ces Murailles sont taillées en
pointe de diamants.
>
On voit sur le Rivage trois petits Ouvrages
d'une toise en quarré , revêtus des
mêmes pierres placées sur une même ligne
, et elevez sur des Colomnes enfoncées
dans terre , l'une touchant l'autre
à la façon de nos Pilotis. On présume que
ces Ouvrages soutenoient quelque Peristile
ou Galerie saillante du Palais. Il y a
quelques morceaux de Frise et autres fragmens
sur la Gréve , dont la Sculpture n'a
rien de remarquable.
Auprès
Toro MERCURE DE FRANCE
Auprès de ce Palais il y avoit une Forteresse
dont les ruines font aujourd'hui
un très-bel objet pittoresque ; le Palais et
la Forteresse étoient précisément au milieu
de la Ville. On ne sçait si l'enceinte de
murailles qui renferme avec ces antiques
Masures , 40. ou 50. Chaumieres , est un
Ouvrage d'Hérode ou des Croisez.
Ce sont ces murailles que le Pacha canona
le mois d'Avril dernier et devant
lesquelles il se posta avec 4000. hommes.
Elles forment un quarré long de 5. ou
600. pas , et ont tout au plus trois pieds
d'épaisseur et trois toises d'élevation . Les
Assiegez étoient au nombre de 170. mal
armez et le Chekdair joüoit aux Echecspendant
le Siege.
Ce Cheik et ses freres , au nombre de
cinq , nous régalerent de leur mieux ; et
le lendemain matin nous allâmes à cheval,
marchant toujours dans des ruines aux
Bains chauds qui étoient au bout de la
Ville du côté du Midy.
Au retour j'examinai ce Lac ou cette
Mer , sur les bords de laquelle et sur
laquelle même le Seigneur a operé tant
de prodiges. Le Cavalier Jacoub me dit
qu'elle n'avoit pas six à sept milles de
largeur et 18. à 19. milles de longueur.
Elle est toute entourée de Montagnes très
roides.
MAY. 1731. 1011
nides Il me fit observer du côté du Nord
P'endroit où le Jourdain entre dans cette
Mer , et quelques tas de pierres au lieu
où étoient Capharnaum et Betsaïde .
Au sommet d'une haute Montagne du
même côté , au Nord , je voyois parfaifaitement
la Ville de Saphet avec sa Citadelle.
Cette Ville est actuellement en
grande veneration parmi les Juifs , à cause
que leurs Rabbins , Auteurs du Talmud
, y sont enterrez . Elle donne lieu à
une grande question pour sçavoir si elle
est l'ancienne Bethulie.
En descendant vers l'Est sur la même
Montagne , on voit le Puits où Joseph fut
mis par ses freres , ou pour mieux dire
le Kan auprès duquel est ce Puits. On ne
voit rien du Corosaim ni de Gerasa , de
l'autre côté du Lac.
Il y a dans les murs de Tiberiade une
Chapelle qui sert de Magazin aux Cheiks ,
que le Prince Tancrede a fait bâtir,et qui
fut dédiée à S. Pierre , parce que ce fut
là où le Seigneur après sa Résurrection ,
apparut à ses Apôtres. Les Cheiks permettent
à nos Religieux d'y dire la Messe
quand ils vont à Tiberiade.
Nous quittâmes les Cheiks après le
diné , et nous laissâmes les dix Cavaliers
qui nous avoient escortez en allant , nous
prîmes
fo12 MERCURE DE FRANCE
prîmes notre route par la Plaine de la
multiplication des cinq Pains d'Orge et
des deux Poissons , nous passâmes au pied
de la petite Montagne sur laquelle le Seigneur
prononça les Beatitudes , auprès
de laquelle est le Village d'Athin : la
charue a passé sur le lieu où étoit le
Bourg de Jotapa , situé aux environs , et
dans lequel Flavius - Joseph fut pris par
les Romains. On ne reconnoît ce lieu
que par quelques Cîternes qu'on y trouve.
Nous arrivâmes à deux heures après
minuit à Acre , d'où je partis deux jours
après pour Seyde. Je passai à Tyr , et je
vis que les Propheties d'Ezechiel étoient
pleinement accomplies à l'égard de cette
Ville ; Dieu l'a effacée de dessus la terres
je n'y trouvai de remarquable qu'une
triple Colomne de Marbre grande de 40.
à so. pieds de longueur , qui est dans les
décombres d'une Eglise dont il subsiste
encore quelque portion de muraille . Origene
étoit enterré dans cette Eglise. Les
sables ont couvert la Digue par laquelle
Alexandre joignit la Ville à la Terre ferme
; on diroit qu'elle a toûjours été unie
au Continent. Il n'y a actuellement qu'environ
20. ou 25. personnes à Tyr.
J'aurois été au Mont Carmel , si trois
eu quatre mille Arabes n'étoient venus.
camper
M
Qu
des
able
MAY. 1731. 1013
dans la Plaine un jour après mon
camper
arrivée de Galilée , sur la nouvelle de la
disgrace des Pachas de Damas et de Seyde.
Ces descendans d'Ismaël , sous prétexte
qu'Abraham n'a laissé aucun heritage à
leur pere , s'emparent par droit d'aubeine,
des habits et des Effets des Voyageurs ,
qu'ils regardent comme leur patrimoine.
Je suis , Monsieur , &c.
Décembre 1730. par M. du Bellis , sur
un Voyage fait en Galilée , & c.
Dieur, Voyage que je
E retour depuis peu de jours , Monsieur
, d'un Voyage que je viens de
faire , je ne perds point de temps à vous
faire un récit succint de ce que j'ai vû ,
pour prévenir vos reproches. Dispensezmoi
de Dissertations , et permettez que
je vous renvoye une foule de Voyageurs
qui ont écrit des mêmes Pays où
j'ai été.
Les Révolutions de 18. siecles ont extrémement
simplifié la Galilée ; Flavius
Joseph , qui en a été Gouverneur , écrit
qu'il y avoit dans cette Province 204.
Bourgs ou Villages , dont plusieurs étoient
bien fortifiez , et dont le moindre avoit
environ 15000. hommes , sans parler des
grandes Villes de Tiberiade , de Sephoris
et de Gabara .
Hiram , Roi de Tyr , se trouva fort
mal payé de 20. Villes de la Galilée que
Salomon lui donna pour les Bois de Cedres
, de Sapins et autres Materiaux
ce Roi avoit fournis pour la construction.
du Temple de Jerusalem.
A iiij
que
La
998 MERCURE DE FRANCE
La Charuë a passé sur presque toutes
les Villes , Bourgs et Villages , et ceux
qui restent aujourd'hui , ne sont plus
situez aux mêmes lieux où étoient les
anciens . On n'y voit plus que quelques
monceaux de pierres et décombres de
maisons ruinées .
En partant de Seides , je ne m'étois pro
posé que d'aller à Acre ; j'étois en compagnie
de trois Négocians , dont deux
étoient les Députez de la Nation . Le Valet
d'un de ces Députez, est fils d'un Curé
Maronite de Seyde ; et comme il est au
fait de la Tradition , et qu'il sçait lire et
écrire le Syriaque , je le pris en affection
pour les secours que j'en attendois.
Après trois lieues de marche ,
Docteur domestique , me fit observer que
j'étois sur les ruines de Sarepta , et me
fit arrêter à une petite Mosquée , bâtie
au lieu même où étoit la maison de cette
Veuve, qui ayant bien voulu partager son
petit pain avec Elie , obtint de ce Prophete
la multiplication de sa farine , de
son huile , et là résurrection de son fils.
mon
A une lieuë et demie de cette Mosquée
nous passâmes la Riviere nommée la Hasemiech
, sur un fort beau Pont de Pierre ,
qu'Osman , Pacha de Seyde , a fait bâtir.
Que cette Riviere soit le Fleuve Eleuthere
des
MA Y. 1731. 999
des Anciens , ou non , je laisse cette discussion
aux Sçavans ; ce qu'il y a de certain
, c'est qu'elle séparoit autrefois les
Royaumes de Tyr et de Sidon.
Comme je souhaitois voir les fameux
Puits appellez les Puits de Salomon , parce
que ce Roi en parle dans le Cantique
des Cantiques , nous ne prîmes point le
chemin de Tyr , et nous marchâmes droit
à une Mosquée que les Maronites prétendent
être le Tombeau de Daniel . Nous
passâmes à cette Mosquée une partie de la
nuit.
Au lever du Soleil nous arrivâmes aux
Puits . Nous avions découvert en traversant
la vaste Plaine de Tyr , des restes
des Aqueducs qui conduisoient l'eau
de ces Puits dans cette Ville , qui en est
éloignée d'une lieuë.
Le plus grand de ces Puits subsiste en
son entier ; les deux autres sont ruinez.
L'eau monte jusqu'au bord , ce qui le fait
ressembler à un Réservoir , et en sortant
elle fait tourner des Moulins à blé , ce
qui le rend d'une grande utilité..
A deux lieues de ces Puits , on trouve
le chemin appellé aujourd'hui Anakoura;
il est taillé dans le Roc , sur le milieu
d'une Montagne qui n'a presque point de
pente ; il a environ une demie licuë de
A v long
-
1000 MERCURE DE FRANCE:
long : c'est un Ouvrage d'Alexandre le
Grand , le garde fou en est ruiné, le préci
pice en est affreux ; la Mer et des Rochers:
escarpez, sont au bas à une si grande
distance, qu'on ne peut presque en soutenir
la vûë; ce chemin,au reste, est si ruiné
et si mauvais , qu'on est obligé de mettre
pied à terre à chaque bout de champ .
Au sortir de ce passage , on trouve
un grand tas de pierres et quelques restes
de Murs . Ces ruines s'appellent Scandarete
, ce qui signifie petit Château d'Alexandre.
On arrive enfin au Cap Blanc , que les
'Anciens nommoient le Mont Saron . Delà
on découvre la Plaine d'Acre , bornée
au Sud par le Mont Carmel , qui avançant
dans la Mer , semble simétriser avec
le Cap Blanc , et entourer circulairement
avec les Montagnes de l'Est cette immense
Plaine . La Ville d'Acre paroît au
milieu sur le Rivage de la Mer ; et quoiqu'il
semble qu'on doive bien- tôt atteindre
à cette Ville , il faut pourtant émployer
quatre bonnes heures pour y arriver
, marchant toujours en ligne directe.
La Ville d'Acre ou de Ptolemaide , fait
pitié aujourd'hui , en voyant les ruines
des étonnantes Fortifications qui entouroient
cette grande Ville. L'Eglise de
S.
MAY. 1731. ΥΘΟΥ
S. André , celle de S. Jean , le Palais et la
Chapelle du Grand-Maître des Hospitaliers,
doivent être des Edifices admirables .
Il reste encore de ces superbes Edifices ,
quelques pans de murailles dans leur entier
, qui font juger de leur ancienne
beauté.
Trois jours après notre arrivée à Acre
un Négociant de Seyde , étant dans le
dessein d'aller à Tiberiade pour rendre
visite aux Cheiks qui ont la Ferme gene-
- rale de ce Pays , me proposa de l'accompagner
dans ce voyage , ce que j'acceptai
avec plaisir.
Ce Négociant avoit rendu un service
important au Cheik Saad , aîné de la
Famille des Cheiks de la Tiberiade. Ce
Cheik Saad , avec un des ses freres , informé
de l'arrivée de mon ami à Acre
se rendit à Nazareth ; et ayant appris
qu'il devoit les aller voir , il lui envoya
dix Cavaliers bien armez pour l'accompagner.
Après trois heures de marche vers l'Orient
, dans la Plaine d'Acre , nous entrâmes
dans les Montagnes de la Phénicie ,
et de-là dans les Verres de la Tribu de
Zabulon ; nous passâmes la belle Plaine
de cette Tribu ; et étant parvenus à un
Village nommé Saffoury , notre Cavalier
A vi con1002
MERCURE DE FRANCE
conducteur me fit observer le lieu oùétoit
la Maison de S.Joachim et de sainte Anne ,.
et le reste d'une fort belle Eglise à trois
Nefs , que sainte Helene avoit fait bâtirtout
auprès.
Cette dévote Imperatrice avoit rempli
toute la Terre- Sainte de Monumens de
sa pieté au commencement du IVe siecle.
Ce pauvre Village de Saffoury étoit autrefois
la fameuse Ville de Sephoris.
Au reste , vous remarquerez que le Cavalier
dont je parle , est un homme encore
plus important que
le Valet que
j'ai déja cité ; il sçait sa Terre- Sainte par
coeur , il conduit depuis 30. ans les Religieux
et les Pelerins . Ce Cavalier , nommé
Jacoub , connoît et explique tous les
lieux Saints.
Après avoir traversé Monts et Vallées ,
nous vîmes Nazareth dans un petit Valon.
entouré de Montagnes. Il est sur le penchant
d'une de ces Montagnes , regardant
l'Orient , et ne consiste qu'en quelques.
Cahutes dispersées sur une petite Esplanade.
Nous passâmes auprès de la Fontaine
où la sainte Vierge venoit prendre de
l'eau , n'y ayant point de Puits dans Nazareth
, mais seulement quelques Citernes .
Cette Fontaine est à 4. ou 500. pas du
Village
MAY . 1731.
1003
Village ; il en est de même de tous les
Villages de la Galilée. Les Habitans de
Saffoury vont chercher l'eau à un quart.
de lieuë.
La nouvelle Eglise que les Religieux de
la Terre-Sainte ont fait bâtir à Nazareth ,
est située au même lieu où s'est operé le
Mistere de l'Incarnation ; cette Eglise a
été consacrée depuis peu , et on y fait actuellement
l'Office divin.LeConvent n'est
pas encore achevé ; nous logeâmes dans
les chambres du vieux Monastere .
Comme nous arrivâmes bien avant le
coucher du Soleil , j'eus le temps d'aller
visiter l'Eglise. Elle est à trois Nefs et
fort éclairée.
La sainte Grote où s'est operé le Mistere
, se presente d'abord en entrant , on
y descend par un spacieux Escalier de
douze marches ; et après avoir traversé
l'espace où étoit la Maison qui a été transportée
à Lorette , on entre dans la Grotte
taillée dans le Roc.
Le Ceintre extérieur de cette Grotte est:
tout couvert de Marbre , et sous l'Autel
isolé qui est au milieu , on y lit ces mots :
Hic Verbum caro factum est.
A gauche en entrant , il y a deux grosses
Colomnes d'un Marbre singulier ; elles.
sont placées comme sont les Colomnes
Cou
}
1004 MERCURE DE FRANCE
couplées dans les Edifices. Sainte Helene
les fit poser lorsqu'elle fit bâtir une superbe
Eglise à Nazareth , pour désigner
la place où étoient la sainte Vierge et l'Ange
Gabriel , dans l'instant de l'Annonciation
; l'une de ces Colomnes demeuresuspendue,
adhérante à la voute de la Grotte
, ayant été brisée vers sa base par un
Pacha de Damas , qui pensant qu'elle étoit
creuse , croyoit y trouver un trésor .
On monte par deux Escaliers de 12. marches
, situez aux deux côtez du vieux Escalier
qui conduit à cette Grotte ; au grand
Autel de l'Eglise , qui est à la Romaine , et
placé précisément sur la voute de la Grotte
; le Choeur est derriere l'Autel .
M. Bergeret , Négociant François , Résident
à Acre , qui a donné le dessein de
cette Eglise , m'a dit qu'elle avoit dix toises
de longueur , neuf de largeur , et huit
et demie de hauteur. Les Maçons Turcs.
qui l'ont élevée , ont commis mille défauts
grossiers contre le Dessein de M.Bergeret.
On voit dans les cours du Convent
quelques anciens Chapiteaux Corinthiens
de l'Eglise de sainte Heleine , dont les
feuilles d'acanche et les autres ornemens
sont admirables.
Le lendemain j'allai visiter l'ancienne
SyMAY.
1731 1005
Synagogue de Nazareth ; cet Edifice s'est
bien conservé, mais il sert aujourd'hui d'écurie.
Je vis aussi les ruines d'une petite ,
Eglise bâtie où étoit la Boutique de S. Joseph
, et la Table de pierre sur laquelle le
Sauveur mangeoit quelquefois avec ses
Apôtres ; elle est à present renverseé .
Je négligeai d'aller voir le Précipice
qui est à un quart de lieuë de Nazareth ,
parce qu'il n'est pas décidé si ce fut à ce
lieu où au haut de la Montagne même ,
au penchant de laquelle le Village est
place , que les Juifs au sortir de la Synagogue
, conduisirent le Seigneur pour le
précipiter.
Nous partîmes avec les Cheiks de la
Tiberiade pour nous rendre chez eux. Ils
avoient pour leur suite 60. Cavaliers armez
de lances , de fusils , de sabres et de
pistolets à la ceinture , desorte qu'avec
nos dix Cavaliers et nos gens , nous étions
plus de 80. personnes à cheval.
A peine eûmes- nous marché une heure,
que nous nous arrêtâmes pour attendre
un Cavalier que nous voyons venir à toute
bride ; il rendit une Lettre aux Cheiks,
qu'on leur écrivoit d'Acre , par laquelle
on les informoit que le jour d'auparavant
21. de Novembre , il étoit arrivé à
Seyde un Capigi , porteur d'un Commandement
TOOG MERCURE DE FRANCE
•
dement pour arrêter Soliman- Pacha et
s'assurer de son bien ; que le Pacha de
Damas , son frere , avoit été également
arrêté avec le Pacha de Tripoli , fils de ce
dernier , le Gouverneur de Lataquie , fils
du Pacha de Tripoli , et celui de Mara.
Le Cavalier ajoûta que depuis un quart
d'heure qu'il étoit parti de Nazareth , il
y étoit arrivé un Capigi qui étoit descendu
chez les PP: de la Terre- Sainte .
Les Cheiks retournerent sur leurs pas
pour sçavoir le sujet de ce dernier Ĉapigi
, et nous rejoindre ensuite au Kanaintujar,
qui est au - dessous du Thabor , dans
la Plaine d'Esdrelon ; ils nous laisserent
20. Cavaliers .
Continuant notre route , nous vîmes
en passant une Mosquée , où l'on dit que
le Prophete Jonas est enterré ; de-là nous
allâmes à Cana.
L'Eglise et le Monastere que sainte He
lene avoit fait bâtir au lieu même où étoit
la Maison des Nôces où se fit le Miracle
sont aux trois quarts démolis. Je bus à
F'unique Fontaine du Village , de cette eau
qui fut convertie en vin . On voit auprès
les restes d'une Chapelle.
Aux environs de Cana , nous traversâmes
le Champ des Epis , où les Pharisiens
scandalisez de voir les Apôtres manger
dess
MAY. 1731 1057
des grains de froment le jour du Sabat ,
furent repris par le Sauveur.
Après avoir marché dans de beaux Va-.
lons , dont les Montagnes sont couvertes
de Chênes verds , nous entrâmes dans
la Plaine d'Esdrelon , nous nous trouvâmes
dans peu presque au pied du Thabor,
mais la forme piramidale de cette fameuse
Montagne , est encore la plus admirable
vûë de la Plaine. C'est ici où le docte
Cavalier Jacoub donna une grande satisfaction
à mes yeux et à mon imagination
. D'abord il m'instruisit des ruines
qui subsistent au sommet du Thabor ,
reste des Edifices que sainte Helene et le
Prince Tancrede avoient fait bâtir.
Il me montra ensuite les Monts Here
mon et Hermonien , et me fit appercevoir
de fort loin les Montagnes arides et pellées
de Gelboé , me de igna derriere le
Thabor le lieu où étoit la Ville de Naïm
au pied d'Hermonoüm . La Ville d'Ador,
où Saül alla consulter la Devineresse .
Il me rapella les évenemens de l'Ecriture .
arrivez in Campo magno Esdrelon , la Bataille
de Josué contre le Roi de Maggedo ,
la défaite de Sisara par Barac , assisté de
Débora ; la mort d'Ochozias par Jehu
et celle de Josias par Pharaon Nechao .
Nous nous rendîmes ensuite au Kanaintujar
1008 MERCURE DE FRANCE
naïntujar , c'est à-dire , le Kan de la Source
des Marchands ; c'est un très - bel Edifice:
construit par les Turcs , et qu'ils laissent
tomber en ruine ; il a été bâti pour la
commodité des Caravanes de Damas qui:
passent par la Plaine d'Esdrelon . Il s'y
tient un Bazar ou Marché toutes les se
maines. Les Pierres qui ont servi à cet
Edifice , avoient été tirées de la démolition
d'une Forteresse que les Chrétiens
avoient bâtie.
Les murailles et les tours de cette Forteresse
, qui est à une portée de fusil du
Kan , subsistent encore à une toise d'élevation
; rien n'est si admirable que les
Edifices , que les Croisez avoient élevés
dans ces Pays.
Les Cheiks nous joignirent une heure
après, et nous apprirent que le Capigi arrivé
à Nazareth , venoit de Jerusalem ,
où il avoit été envoyé pour examiner un
nouvel Edifice des Arméniens , sur lequel
il y avoit eu des plaintes à la Porte,
que les Latins , les Grecs et les Arméniens
lui avoient fait ensemble un present de
onze Bourses , afin qu'il fit à la Porte des
Relations inconsequentes de leurs Eglises
et de leurs Monasteres , et que les Religieux
de Nazareth lui avoient donné cent
Sequins pour le même sujet .
Au
MAY. 1731. 1009.
Au Soleil couchant nous arrivâmes à
la Tiberiade. On ne voit la Mer
que lorsqu'on
est parvenu
au haut de la Monta- gne, où l'on arrive
par une Plaine
; il faut descendre
après pendant
une demie
heure
pour
arriver
à la Ville.
Cette Ville bâtie par Hérode en l'honneur
de Tibere , devoit être superbe ; elle
étoit fort longue , mais peu large , parce
que la montagne la serre vers le bord de
la Mer.
Il. y a apparence que la Maison des
Cheiks où nous descendîmes , étoit un
ancien Palais , à en juger par ce qui reste
des Murailles , au bas desquelles la Mer
bat , et sur lesquelles ils ont pratiqué des
logemens à la façon du Pays. Toutes les
pierres de ces Murailles sont taillées en
pointe de diamants.
>
On voit sur le Rivage trois petits Ouvrages
d'une toise en quarré , revêtus des
mêmes pierres placées sur une même ligne
, et elevez sur des Colomnes enfoncées
dans terre , l'une touchant l'autre
à la façon de nos Pilotis. On présume que
ces Ouvrages soutenoient quelque Peristile
ou Galerie saillante du Palais. Il y a
quelques morceaux de Frise et autres fragmens
sur la Gréve , dont la Sculpture n'a
rien de remarquable.
Auprès
Toro MERCURE DE FRANCE
Auprès de ce Palais il y avoit une Forteresse
dont les ruines font aujourd'hui
un très-bel objet pittoresque ; le Palais et
la Forteresse étoient précisément au milieu
de la Ville. On ne sçait si l'enceinte de
murailles qui renferme avec ces antiques
Masures , 40. ou 50. Chaumieres , est un
Ouvrage d'Hérode ou des Croisez.
Ce sont ces murailles que le Pacha canona
le mois d'Avril dernier et devant
lesquelles il se posta avec 4000. hommes.
Elles forment un quarré long de 5. ou
600. pas , et ont tout au plus trois pieds
d'épaisseur et trois toises d'élevation . Les
Assiegez étoient au nombre de 170. mal
armez et le Chekdair joüoit aux Echecspendant
le Siege.
Ce Cheik et ses freres , au nombre de
cinq , nous régalerent de leur mieux ; et
le lendemain matin nous allâmes à cheval,
marchant toujours dans des ruines aux
Bains chauds qui étoient au bout de la
Ville du côté du Midy.
Au retour j'examinai ce Lac ou cette
Mer , sur les bords de laquelle et sur
laquelle même le Seigneur a operé tant
de prodiges. Le Cavalier Jacoub me dit
qu'elle n'avoit pas six à sept milles de
largeur et 18. à 19. milles de longueur.
Elle est toute entourée de Montagnes très
roides.
MAY. 1731. 1011
nides Il me fit observer du côté du Nord
P'endroit où le Jourdain entre dans cette
Mer , et quelques tas de pierres au lieu
où étoient Capharnaum et Betsaïde .
Au sommet d'une haute Montagne du
même côté , au Nord , je voyois parfaifaitement
la Ville de Saphet avec sa Citadelle.
Cette Ville est actuellement en
grande veneration parmi les Juifs , à cause
que leurs Rabbins , Auteurs du Talmud
, y sont enterrez . Elle donne lieu à
une grande question pour sçavoir si elle
est l'ancienne Bethulie.
En descendant vers l'Est sur la même
Montagne , on voit le Puits où Joseph fut
mis par ses freres , ou pour mieux dire
le Kan auprès duquel est ce Puits. On ne
voit rien du Corosaim ni de Gerasa , de
l'autre côté du Lac.
Il y a dans les murs de Tiberiade une
Chapelle qui sert de Magazin aux Cheiks ,
que le Prince Tancrede a fait bâtir,et qui
fut dédiée à S. Pierre , parce que ce fut
là où le Seigneur après sa Résurrection ,
apparut à ses Apôtres. Les Cheiks permettent
à nos Religieux d'y dire la Messe
quand ils vont à Tiberiade.
Nous quittâmes les Cheiks après le
diné , et nous laissâmes les dix Cavaliers
qui nous avoient escortez en allant , nous
prîmes
fo12 MERCURE DE FRANCE
prîmes notre route par la Plaine de la
multiplication des cinq Pains d'Orge et
des deux Poissons , nous passâmes au pied
de la petite Montagne sur laquelle le Seigneur
prononça les Beatitudes , auprès
de laquelle est le Village d'Athin : la
charue a passé sur le lieu où étoit le
Bourg de Jotapa , situé aux environs , et
dans lequel Flavius - Joseph fut pris par
les Romains. On ne reconnoît ce lieu
que par quelques Cîternes qu'on y trouve.
Nous arrivâmes à deux heures après
minuit à Acre , d'où je partis deux jours
après pour Seyde. Je passai à Tyr , et je
vis que les Propheties d'Ezechiel étoient
pleinement accomplies à l'égard de cette
Ville ; Dieu l'a effacée de dessus la terres
je n'y trouvai de remarquable qu'une
triple Colomne de Marbre grande de 40.
à so. pieds de longueur , qui est dans les
décombres d'une Eglise dont il subsiste
encore quelque portion de muraille . Origene
étoit enterré dans cette Eglise. Les
sables ont couvert la Digue par laquelle
Alexandre joignit la Ville à la Terre ferme
; on diroit qu'elle a toûjours été unie
au Continent. Il n'y a actuellement qu'environ
20. ou 25. personnes à Tyr.
J'aurois été au Mont Carmel , si trois
eu quatre mille Arabes n'étoient venus.
camper
M
Qu
des
able
MAY. 1731. 1013
dans la Plaine un jour après mon
camper
arrivée de Galilée , sur la nouvelle de la
disgrace des Pachas de Damas et de Seyde.
Ces descendans d'Ismaël , sous prétexte
qu'Abraham n'a laissé aucun heritage à
leur pere , s'emparent par droit d'aubeine,
des habits et des Effets des Voyageurs ,
qu'ils regardent comme leur patrimoine.
Je suis , Monsieur , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite de Seyde le premier Décembre 1730. par M. du Bellis, sur un Voyage fait en Galilée, &c.
En décembre 1730, M. du Bellis relate un voyage en Galilée, mentionnant les révolutions des 18 derniers siècles qui ont simplifié la région. Flavius Josèphe décrivait 204 bourgs ou villages, certains fortifiés et peuplés de milliers d'habitants, mais la région est marquée par des destructions, laissant des monceaux de pierres et des décombres. Le voyageur part de Seyde avec trois négociants, dont un valet connaissant la tradition et le syriaque. Ils visitent les ruines de Sarepta, la rivière Hasemiech, et les Puits de Salomon. Ils traversent le chemin d'Anakoura, construit par Alexandre le Grand, et découvrent les ruines de Scandarete avant d'atteindre le Cap Blanc et la ville d'Acre, dont les fortifications sont en ruines. À Acre, le voyageur accompagne un négociant à Tibériade. Ils traversent la plaine d'Acre, les montagnes de la Phénicie, et les terres de la tribu de Zabulon, visitant les ruines de Sephoris et la maison de saint Joachim et sainte Anne à Saffoury. Ils atteignent ensuite Nazareth, où ils visitent l'église de l'Incarnation et la grotte de l'Annonciation. Le voyage se poursuit vers Cana, où ils visitent les ruines de l'église et du monastère construits par sainte Hélène. Ils traversent ensuite la plaine d'Esdrelon et le mont Thabor, où le cavalier Jacoub explique les ruines et les événements bibliques associés à la région. Ils se rendent finalement au Kanaintujar, un bel édifice près de la source des marchands. Le texte décrit également plusieurs sites historiques et événements observés en mai 1731. Un édifice construit par les Turcs pour les caravanes de Damas, situé dans la plaine d'Esdrelon, abrite un marché hebdomadaire. Les pierres de cet édifice proviennent de la démolition d'une forteresse chrétienne. Les Croisés avaient élevé des édifices admirables dans la région. À Nazareth, un Capigi, envoyé de Jérusalem pour examiner un nouvel édifice arménien, a reçu des présents des Latins, Grecs et Arméniens pour éviter des plaintes à la Porte. Les religieux de Nazareth lui ont également donné cent sequins. Le voyage se poursuit vers Tibériade, une ville bâtie par Hérode en l'honneur de Tibère. La ville est longue mais peu large, serrée par la montagne près de la mer. La maison des cheiks, où les auteurs descendent, semble être un ancien palais avec des murailles taillées en pointe de diamants. Les murailles de la ville, canonnées par le Pacha en avril, forment un carré long de 500 à 600 pas, avec une épaisseur de trois pieds et une élévation de trois toises. Les cheiks et leurs frères offrent un repas aux auteurs, qui visitent ensuite les bains chauds à l'extrémité de la ville. Le lac de Tibériade, où le Seigneur a opéré de nombreux prodiges, est décrit comme ayant une largeur de six à sept milles et une longueur de 18 à 19 milles, entouré de montagnes très roides. Des sites bibliques comme Capharnaum et Betsaïde sont mentionnés. La ville de Saphet, en grande vénération parmi les Juifs, est visible depuis une montagne. En descendant vers l'est, on voit le puits où Joseph fut mis par ses frères. À Tibériade, une chapelle dédiée à Saint-Pierre, construite par le prince Tancrede, sert de magasin aux cheiks et permet aux religieux de dire la messe. Le voyage se poursuit vers Acre, en passant par des lieux bibliques comme la plaine de la multiplication des pains et la montagne des Béatitudes. À Tyr, les prophéties d'Ézéchiel sont accomplies, et la ville est presque déserte. Les auteurs mentionnent également la présence de tribus arabes dans la plaine, prêtes à s'emparer des biens des voyageurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1688
p. 1017-1023
LETTRE de M. Chompré, Maître de Pension dans la ruë S. Jean de Bauvais, à M. D. L. R. touchant le Bureau Tipographique.
Début :
Bien des personnes, Monsieur, me trouvant cité dans l'espece de Procès [...]
Mots clefs :
Bureau typographique, Adversaire du système, Collège, Alphabets ordinaires, Langue hébraïque, Horace, Maxime, Étude des Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Chompré, Maître de Pension dans la ruë S. Jean de Bauvais, à M. D. L. R. touchant le Bureau Tipographique.
LETTRE de M. Chompré , Maître de
Pension dans la rue S. Jean de Bauvais ,
à M. D. L. R. touchant le Bureau Tipographique
.
B
Ien des personnes , Monsieur , me
trouvant cité dans l'espece de Procès
Litteraire , intenté contre l'Auteur du
Bureau Tipographique , ont jugé différemment
de l'article qui me regarde en
particulier , et je crois devoir détromper
ceux qui de part et d'autre, voudroient
m'y engager pour plus que je ne dois y
être.
Bij II
1018 MERCURE DE FRANCE
Il est vrai qu'après avoir connu les
avantages du Bureau Typographique , auquel
j'avois vû travailler le petit Candiac,
j'en fis faire un l'année derniere pour un
enfant âgé de deux ans mais peu après
on me proposa un établissement , dont
les pénibles commencemens ne paroissoient
guéres compatibles avec ce travail ,
qui demande un certain loisir , et une
certaine attention , suivie et réfléchie : de
plus , l'enfant tomba malade avant que
d'être mis au Bureau , et est demeuré
presque dans l'inaction jusqu'à présent,
>
L'Auteur du Bureau Typographique
sans distinguer mes Pensionnaires , ni meş
Externes qui vont en Classe , du petit
enfant pour lequel j'avois fait faire ce Bureau
, avança pour lors dans le Mercure
de Juillet , que je n'avois pas négligé de me
donner un Bureau Typographique pour accélerer
les premieres études des enfans. Il est
visible que ces premieres études ne regardoient
point les Pensionnaires ni les Externes
, mais seulement le petit enfant
dont il est question . Je craignis cependant
qu'on ne donnât à cela une fausse interl'Auprétation
, et j'aurois souhaitté que
teur du Bureau eut rectifié cet endroit
dans une autre Lettre : mais on ne présuma
pas qu'il se trouveroit quelqu'un pour
rele-
C
"
MAY. 1731 . 1019
relever une expérience qui n'étoit pas encore
commencée. L'Auteur du Bureau a
dit simplement que je n'avois pas négligé
de m'en donner un , et non pas que
j'y fisse travailler.
Un des Adversaires du Systême voulant
Fefuter cette Méthode , a conclu du pouvoir
à l'Acte , quand dans le dernier Mercure
de Février , après avoir rapporté
plusieurs exemples , il ajoûte ( parlant de
Auteur ) il n'oubliera pas M. Chompré ,
Maître de Pension , qui se sert du Bureau
Typographique pour les enfans. Si ce Critique
avoit voulu prendre la peine de se
bien informer de la chose , il auroit appris
que je n'ai point d'Ecoliers qui n'aillent
au College , ausquels par conséquent
le Bureau ne soit inutile ; c'est un fait.
Pourquoi donc avance- t-il que je m'en sers
pour les enfans ? Est-ce pour faire croire
ce qui n'est pas ? Si cependant il avoit été
curieux d'une exacte perquisition , il n'en
auroit pas sûr été content ; car il à coup
auroit appris que quoique l'enfant soit
toujours languissant , il n'a pas laissé de
faire quelques progrès.
Il sçait parfaitement
bien non- sculement
ses lettres , mais encore les chiffres ,
esa mere et sa soeur lui ont fait apprendre
en le tenant assis vis- à-vis le Bureau , /
que sa n
B iij pour
1020 MERCURE DE FRANCE
pour l'amuser , lorsque ses douleurs lui
donnoient un peu de repis , et il en est
présentement à ce que l'Auteur appelle
la seconde Classe . Comme il commence
à se mieux porter , il marque une inclination
constante pour ce jeu , et ne paroît
aucunement touché des objets qu'on présente
ordinairement aux enfans de son
âge : mais quand il se porteroit bien , l'ap
plication continuelle que je dois à l'éducation
des jeunes gens qu'on me confie , et
le bon ordre qu'il faut entretenir dans
ma Pension , ne me permettent pas de le
suivre au reste , il en attrapera ce qu'il
pourra ; c'est toujours beaucoup de pou
voir l'instruire de bonne heure , en l'amusant
et sans se fatiguer par trop d'attention
, ce qui ne paroit pas possible
avec les Alphabets ordinaires. Si l'éducation
particuliere de cet enfant n'est pas
des plus favorables à l'Auteur duSystême ,
elle l'est encore moins à ses Critiques . Je
vous prie donc , Monsieur , de trouver
bon que je détrompe ici ceux , qui captieusement,
ou mal informés , voudroient
encore faire mention de moi , et qui grossiroient
, ou qui diminueroient l'exemple
pour l'accommoder selon leur besoin , ce
qui n'arrive que trop communément
quand nous nous déclarons contre une
chose
MAY. 1731. 1021
chose qui ne nous plaît pas . On devroiť
du moins convenir genereusement du
bon qui se trouve dans le Systême du Bureau
Typographique , et refuter par des
raisons solides ce qu'on croit qui doit être
censuré.
Je sçai , comme bien d'autres , que l'Auteur
Typographe est de bonne foi , et
qu'il ne veut tromper personne. Sa probité
, son parfait désinteressement et son
extrême modestie , soutenus d'un sçavoir
qui n'est pas médiocre sur cette matiere ,
sont de bons préjugez pour son Systême :
néanmoins , entre plusieurs objections
qu'on peut lui faire. J'en vois une ou
deux qui me paroissent mériter quelque
attention. C'est la difficulté de trouver
des Maîtres , qui après avoir long - tems
étudié , et se croyant par conséquent en
état d'instruire , soient assez humbles pour
se mettre à l'A , B , C. C'est une étude
qui ne flatte assurément pas l'amour propre
, il faut cependant y revenir pour faire
usage du Bureau , car il ne s'agit pas
seulement de l'A , B , C , comme on l'entend
communément , mais d'une Doctrine
à laquelle on ne s'est guere appliqué
je veux dire la propre dénomination des
lettres , et les sons de la Langue , au moïen
de quoi l'enfant ne trouve plus dans son
Biiij che1012
MERCURE DE FRANCE.
2
chemin les ronces ni les épines qu'il rencontre
inévitablement avec la méthode
ordinaire . Outre la difficulté de trouver
des Maîtres capables , bien assidus et
bien patiens , il y en a encore une bien
plus forte c'est l'oeconomie du plus
grand nombre des parens , en fait d'éducation
, lesquels ne faisant pas souvent
difficulté de dépenser dix , vingt , trente
pistolles , et quelquefois des sommes bien
plus considérables , mal- à- propos
,
>
он
pour leurs plaisirs , ne pourront se résoudre
à en dépenser trois ou quatre pour
avoir un Bureau avec tout son attirail.
Un petit Alphabet de deux ou trois sols
est un peu moins difficile à acquerir .
La question est donc de sçavoir si ce
Systême réussira . Adhuc subjudice lis est.
Quoiqu'il en soit , n'y eut- il ici que les
verges et les férules de moins , c'est un
grand avantage. Ces sortes d'instrumens
sans lesquels l'enfant profite tout autant ,
et même plus qu'avec le petit Alphabet ,
et qui ne servent qu'à inspirer aux enfans
du dégoût pour l'étude des Lettres , deviennent
absolument inutiles avec cette
Méthode ; l'Auteur , sagement n'en conseille
l'usage que pour les fautes ausquelles
le coeur seul à plus de part que l'esprit.
Enfin , il est certain que ce Systême
a
ne
MA Y. 1731. 1023
ne regarde que ceux qui font profession
d'enseigner les premiers élémens des lettres
, depuis l'A , B , C , jusqu'aux basses
Classes , et qu'un enfant y apprend aisément
à lire les Langues Françoises , Latines
, Grecques , Hebraïques , et telles autres
, que le Maître est capable d'enseigner
: mais il ne peut convenir , ni à un
Professeur , ni à un Maître qui répéte les
Humanitez : en effet , quelle apparence y
auroit- il de dresser cette machine dans un
endroit où les jeunes gens sont plus pour
écouter et pour écrire que pour voir ? Le
Bureau Typographique est fait pour être
vû , et non pour être entendu , c'est ce
qui en fait le principal mérite ; car ce Ru
diment sensible , frappant les yeux , s'inculque
mieux que ce qu'on entend seule
ment raconter , et l'on y peut bien appliquer
cette Maxime d'Horace :
Segnius irritant animos demissa per aurem ,
Quam qua sunt oculis subjecta fidelibus
J'ai l'honneur d'être , & c.
Ce 18 Avril , 1731.
Pension dans la rue S. Jean de Bauvais ,
à M. D. L. R. touchant le Bureau Tipographique
.
B
Ien des personnes , Monsieur , me
trouvant cité dans l'espece de Procès
Litteraire , intenté contre l'Auteur du
Bureau Tipographique , ont jugé différemment
de l'article qui me regarde en
particulier , et je crois devoir détromper
ceux qui de part et d'autre, voudroient
m'y engager pour plus que je ne dois y
être.
Bij II
1018 MERCURE DE FRANCE
Il est vrai qu'après avoir connu les
avantages du Bureau Typographique , auquel
j'avois vû travailler le petit Candiac,
j'en fis faire un l'année derniere pour un
enfant âgé de deux ans mais peu après
on me proposa un établissement , dont
les pénibles commencemens ne paroissoient
guéres compatibles avec ce travail ,
qui demande un certain loisir , et une
certaine attention , suivie et réfléchie : de
plus , l'enfant tomba malade avant que
d'être mis au Bureau , et est demeuré
presque dans l'inaction jusqu'à présent,
>
L'Auteur du Bureau Typographique
sans distinguer mes Pensionnaires , ni meş
Externes qui vont en Classe , du petit
enfant pour lequel j'avois fait faire ce Bureau
, avança pour lors dans le Mercure
de Juillet , que je n'avois pas négligé de me
donner un Bureau Typographique pour accélerer
les premieres études des enfans. Il est
visible que ces premieres études ne regardoient
point les Pensionnaires ni les Externes
, mais seulement le petit enfant
dont il est question . Je craignis cependant
qu'on ne donnât à cela une fausse interl'Auprétation
, et j'aurois souhaitté que
teur du Bureau eut rectifié cet endroit
dans une autre Lettre : mais on ne présuma
pas qu'il se trouveroit quelqu'un pour
rele-
C
"
MAY. 1731 . 1019
relever une expérience qui n'étoit pas encore
commencée. L'Auteur du Bureau a
dit simplement que je n'avois pas négligé
de m'en donner un , et non pas que
j'y fisse travailler.
Un des Adversaires du Systême voulant
Fefuter cette Méthode , a conclu du pouvoir
à l'Acte , quand dans le dernier Mercure
de Février , après avoir rapporté
plusieurs exemples , il ajoûte ( parlant de
Auteur ) il n'oubliera pas M. Chompré ,
Maître de Pension , qui se sert du Bureau
Typographique pour les enfans. Si ce Critique
avoit voulu prendre la peine de se
bien informer de la chose , il auroit appris
que je n'ai point d'Ecoliers qui n'aillent
au College , ausquels par conséquent
le Bureau ne soit inutile ; c'est un fait.
Pourquoi donc avance- t-il que je m'en sers
pour les enfans ? Est-ce pour faire croire
ce qui n'est pas ? Si cependant il avoit été
curieux d'une exacte perquisition , il n'en
auroit pas sûr été content ; car il à coup
auroit appris que quoique l'enfant soit
toujours languissant , il n'a pas laissé de
faire quelques progrès.
Il sçait parfaitement
bien non- sculement
ses lettres , mais encore les chiffres ,
esa mere et sa soeur lui ont fait apprendre
en le tenant assis vis- à-vis le Bureau , /
que sa n
B iij pour
1020 MERCURE DE FRANCE
pour l'amuser , lorsque ses douleurs lui
donnoient un peu de repis , et il en est
présentement à ce que l'Auteur appelle
la seconde Classe . Comme il commence
à se mieux porter , il marque une inclination
constante pour ce jeu , et ne paroît
aucunement touché des objets qu'on présente
ordinairement aux enfans de son
âge : mais quand il se porteroit bien , l'ap
plication continuelle que je dois à l'éducation
des jeunes gens qu'on me confie , et
le bon ordre qu'il faut entretenir dans
ma Pension , ne me permettent pas de le
suivre au reste , il en attrapera ce qu'il
pourra ; c'est toujours beaucoup de pou
voir l'instruire de bonne heure , en l'amusant
et sans se fatiguer par trop d'attention
, ce qui ne paroit pas possible
avec les Alphabets ordinaires. Si l'éducation
particuliere de cet enfant n'est pas
des plus favorables à l'Auteur duSystême ,
elle l'est encore moins à ses Critiques . Je
vous prie donc , Monsieur , de trouver
bon que je détrompe ici ceux , qui captieusement,
ou mal informés , voudroient
encore faire mention de moi , et qui grossiroient
, ou qui diminueroient l'exemple
pour l'accommoder selon leur besoin , ce
qui n'arrive que trop communément
quand nous nous déclarons contre une
chose
MAY. 1731. 1021
chose qui ne nous plaît pas . On devroiť
du moins convenir genereusement du
bon qui se trouve dans le Systême du Bureau
Typographique , et refuter par des
raisons solides ce qu'on croit qui doit être
censuré.
Je sçai , comme bien d'autres , que l'Auteur
Typographe est de bonne foi , et
qu'il ne veut tromper personne. Sa probité
, son parfait désinteressement et son
extrême modestie , soutenus d'un sçavoir
qui n'est pas médiocre sur cette matiere ,
sont de bons préjugez pour son Systême :
néanmoins , entre plusieurs objections
qu'on peut lui faire. J'en vois une ou
deux qui me paroissent mériter quelque
attention. C'est la difficulté de trouver
des Maîtres , qui après avoir long - tems
étudié , et se croyant par conséquent en
état d'instruire , soient assez humbles pour
se mettre à l'A , B , C. C'est une étude
qui ne flatte assurément pas l'amour propre
, il faut cependant y revenir pour faire
usage du Bureau , car il ne s'agit pas
seulement de l'A , B , C , comme on l'entend
communément , mais d'une Doctrine
à laquelle on ne s'est guere appliqué
je veux dire la propre dénomination des
lettres , et les sons de la Langue , au moïen
de quoi l'enfant ne trouve plus dans son
Biiij che1012
MERCURE DE FRANCE.
2
chemin les ronces ni les épines qu'il rencontre
inévitablement avec la méthode
ordinaire . Outre la difficulté de trouver
des Maîtres capables , bien assidus et
bien patiens , il y en a encore une bien
plus forte c'est l'oeconomie du plus
grand nombre des parens , en fait d'éducation
, lesquels ne faisant pas souvent
difficulté de dépenser dix , vingt , trente
pistolles , et quelquefois des sommes bien
plus considérables , mal- à- propos
,
>
он
pour leurs plaisirs , ne pourront se résoudre
à en dépenser trois ou quatre pour
avoir un Bureau avec tout son attirail.
Un petit Alphabet de deux ou trois sols
est un peu moins difficile à acquerir .
La question est donc de sçavoir si ce
Systême réussira . Adhuc subjudice lis est.
Quoiqu'il en soit , n'y eut- il ici que les
verges et les férules de moins , c'est un
grand avantage. Ces sortes d'instrumens
sans lesquels l'enfant profite tout autant ,
et même plus qu'avec le petit Alphabet ,
et qui ne servent qu'à inspirer aux enfans
du dégoût pour l'étude des Lettres , deviennent
absolument inutiles avec cette
Méthode ; l'Auteur , sagement n'en conseille
l'usage que pour les fautes ausquelles
le coeur seul à plus de part que l'esprit.
Enfin , il est certain que ce Systême
a
ne
MA Y. 1731. 1023
ne regarde que ceux qui font profession
d'enseigner les premiers élémens des lettres
, depuis l'A , B , C , jusqu'aux basses
Classes , et qu'un enfant y apprend aisément
à lire les Langues Françoises , Latines
, Grecques , Hebraïques , et telles autres
, que le Maître est capable d'enseigner
: mais il ne peut convenir , ni à un
Professeur , ni à un Maître qui répéte les
Humanitez : en effet , quelle apparence y
auroit- il de dresser cette machine dans un
endroit où les jeunes gens sont plus pour
écouter et pour écrire que pour voir ? Le
Bureau Typographique est fait pour être
vû , et non pour être entendu , c'est ce
qui en fait le principal mérite ; car ce Ru
diment sensible , frappant les yeux , s'inculque
mieux que ce qu'on entend seule
ment raconter , et l'on y peut bien appliquer
cette Maxime d'Horace :
Segnius irritant animos demissa per aurem ,
Quam qua sunt oculis subjecta fidelibus
J'ai l'honneur d'être , & c.
Ce 18 Avril , 1731.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Chompré, Maître de Pension dans la ruë S. Jean de Bauvais, à M. D. L. R. touchant le Bureau Tipographique.
M. Chompré, maître de pension, adresse une lettre à M. D. L. R. pour éclaircir sa position concernant le Bureau Typographique, un système d'enseignement. Il explique avoir acheté ce bureau pour un enfant de deux ans, mais des circonstances, telles que l'ouverture d'une pension et la maladie de l'enfant, ont retardé son utilisation. L'auteur du Bureau Typographique a affirmé que M. Chompré utilisait ce système pour accélérer les études des enfants, ce que M. Chompré rectifie en précisant que cela concernait uniquement l'enfant en question. Un opposant au système a également propagé des informations erronées. Cependant, M. Chompré confirme que l'enfant a fait des progrès malgré sa santé fragile. Il souligne que l'éducation de cet enfant ne doit pas être utilisée pour critiquer le système. M. Chompré reconnaît la bonne foi de l'auteur du Bureau Typographique mais mentionne des objections, notamment la difficulté de trouver des maîtres qualifiés et la réticence des parents à investir dans ce système coûteux. Il conclut en soulignant que le Bureau Typographique est utile pour l'apprentissage des premières lettres et des langues, mais ne convient pas aux classes avancées. Il cite Horace pour illustrer l'efficacité visuelle du système.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1689
p. 1028-1034
LETTRE écrite à M. de la R. par M. P **** Commissaire des Poudres, à C **** le 25. Mars 1731. sur le bruit d'Ansacq.
Début :
Les Lettres, Monsieur, qui sont insérées dans les deux derniers Mercures [...]
Mots clefs :
Ansacq, Acousmates, Tons, Elliptique, Vases d'airain, Caverne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. de la R. par M. P **** Commissaire des Poudres, à C **** le 25. Mars 1731. sur le bruit d'Ansacq.
LETTRE écrite à M. de la R. par
M. P **** Commissaire des Poudres ,
à C **** le 25. Mars 1731. sur le
bruit d'Ansacq.
L
Es Lettres , Monsicur , qui sont insérées
dans les deux derniers Mercures
sur le bruit entendu à Ansacq , ne me
satisfont point. Il y a cependant dans la
premiere une nouvelle preuve des Acousmates
, mais dans la seconde on n'attribuë
ce bruit qu'à l'habileté d'un Disciple
des Philibert , des Laüillets , et de leurs
semblables ; je vous avoue franchement
que je ne trouve pas ia comparaison exacte.
Une seule personne peut bien dans
une chambre , derriere un Paravant , faire
un bruit considerable et varié de sons qui
imitent des voix d'hommes , de femmes,
d'enfans et de differens animaux ; si l'on
y mêle des Poëles , des pincettes , & c . La
confusion de toutes ces choses pourra imi
ter le tintamare d'un ménage en rumeur;
mais cela ne répresentera pas dans le même
instant plusieurs voix mêlées ; la gravité
de l'une ne sera que successive à
l'éclat de l'autre ; le chant du Cocq , ne
sera point confondu avec le japement du
Chien
MAY. 1731. 1029
Chien ; chacune de ces choses seront divisées
, et l'une ne se trouvera jamais bien
unie à l'autre , comme le son d'un accord
que l'on forme sur un Clavecin.
J'ai entendu le charivari de Læillet ; il
m'a fort réjoui , mais quelque vif que fûc
son jeu , l'on distinguoit aisément qu'il
ne partoit que de la même personne. La
poële , les pincettes les chaises , qu'il ,
mettoit en mouvement , ne formoient à
chaque instant , que le bruit de chacune
de ces choses , et ne produisoit dans la
chambre et aux environs , que la valeur
de chaque son qui auroit été entendu
distinctement l'un après l'autre .
Supposé que Loüillet eût fait son tintamare
dans un lieu où il y eût cu un Echo
capable de réfléchir le bruit , il n'auroit
jamais frappé l'ouie aussi fortement que
celui que les Témoins d'Ansacq déposent
avoir entendu dans une distance considerable,
il n'auroit point effrayé les chiens
et dispersé les Troupeaux ; d'ailleurs on
sçait que la réfléxion de l'Echo ne frappe
l'oreille que dans une certaine position ,
et qu'elle varie proportionément à la sérenité
ou à l'humidité de l'Air ; enfin le
son que l'Echo rend , n'est jamais si fort
que celui qui le produit. Supposé encore
que le bruit du Disciple de Loüillet cût
τέτ
rozo MERCURE DE FRANCE
répondu à quelque voute ou à quelque
Caverne qui seroit sur le Côteau opposé au
Château d'Ansacq ; en ce cas je conviendrai
que le son peut être augmenté , mais
qu'on convienne aussi qu'il faudroit
que ce qui fait le premier bruit , fût bien
exactement placé à certaine distance , et
que le son suivit précisément le rayon de
direction jusqu'au lieu où se fait le retentissement.
Voyez Vitruve , Liv. V.
Chap. V. dans la Description des anciens
Théatres , où il y avoit differens Vases
d'airain , selon l'étendue des tons de la
voix et des Instrumens qui réfléchissoient
le son ; mais il falloit que ces Théatres
fussent Eliptiques , car s'ils avoient été
quarrez , ou qu'on eût placé les Vases en
ligne droite , et qui n'eût pas eu une certaine
direction , ils n'auroient produit aucun
effet.
On objectera peut-être que le Disciple
de Loüillet peut avoir reconnu une Caverne
sur le Côteau d'Ansacq , et avoir
si bien pris ses mesures , que d'un certain
lieu du Château il ait poussé sa voix
directement à cette Caverne : soit ; mais
comment le bruit qu'il a pû faire dans
cette situation aura- t'il été également entendu
lorsqu'il aura changé de place et
parcouru la parallele à la rue de l'Eglise ?
S'il
MAY. 1731.
1031
S'il a abandonné le foyer , comment les
rayons ont-ils conservé leur correspondance
avec la Caverne , où l'on suppose
que se forme l'Echo ? Il n'y a pas
sibilité.
de
pos-
Les loix de la réfléxion sont communes
à la vûë et à louie , avec cette difference
(quoiqu'en dise l'Auteur de la Lettre du
mois de Mars ) que la sensation de loüye
est plus exacte que celle de la vûë . Pour
comparer il faut des choses de même genre
. Si l'on meut circulairement un tison
alumé , il est vrai que les yeux seront
trompez par l'activité ; on croira voir un
cercle de feu. Mais Correlly , Batiste , &c .
qui ont poussé au plus haut degré de
vitesse l'expression des Nottes sur leurs
Violons , ne sont point parvenus à représenter
un seul son de plusieurs qu'ils expriment
en un instant , soit sur differens
tons , soit sur le même divisez par des
coups d'Archet redoublez : l'oreille distingue
toûjours cette division ; et si l'on
se méprend sur le lieu d'où part le bruit
d'une Cloche , ce n'est point un vice de
l'oreille , c'est que le son est détourné par
l'agitation de l'Air.
Il est donc certain que le bruit entendu
à Ansacq , ne peut être produit
par une seule personne ; je ne prétends
pas
1032 MERCURE DE FRANCE
pas prouver qu'il le soit par des Esprits
Aëriens , mais je vais rapporter ce que
des personnes dignes de foy ont entendu
l'année derniere ; ce fait pourra conduire
à quelque conjecture plus vrai- semblable
que celui que contient la Lettre rapportée
dans le Mercure du mois de Mars .
M. D *** étoit à F. l'Automne dernier
, le 3. Octobre , entre 2. et 3. heures
du matin ; elle fut éveillée par un bruit
de voix et d'Instrumens discords . Elle
s'imagina d'abord que c'étoit ses Domestiques
qui se divertissoient dans une Salle
au rez -de- chaussée du corps de logis . Elle
appella sa Femme de Chambre pour leur
faire dire de se retirer ; la pauvre Créature
éveillée par le même bruit , s'étoit
enfoncée dans son lit , tremblante de
peur ; la voix de sa Maîtresse la rassura ;
elle la joignit , et ayant l'une et l'autre
redoublé leur attention , elles crurent que
ce bruit se faisoit dans la cour . M. P ***
frere de Mad. D *** , que le même bruit
avoit aussi éveillé , crut qu'il se faisoit
dans la chambre de sa soeur , ne sçachant
que s'imaginer, il y accourut. Mad . D ****
le pria d'aller gronder ses gens , et de les
faire coucher. Il descendit dans la cour ,
mais il ny trouva personne ; toutes les
portes étoient fermées , les lumieres éteintes
, ch can dormoit.
.
་་
MAY. 1731 .
1033
Cependant entendant toûjours le même
bruit , il croyoit qu'il pourroit y avoir
quelqu'un dans les Vignes qui sont visà-
vis de la maison . Il monte sur la hauteur
de ces Vignes , mais il ne voit qui
que ce soit ; il écoute attentivement et
n'entend plus qu'un brouhaha , comme
si c'eût été plusieurs hommes qui parloient
bas , sans qu'il pût distinguer aucune
articulation , mais les voix lui semblerent
venir du Jardin de Mad. D **** .
Il rentre dans la maison , parcourt ce
Jardin et ne trouve personne ; pendant
qu'il va et revient , la conversation Aërienne
devient moins vive ; M. P ***
montoit le Peron pour rentrer dans le
Logis , lorsqu'un nouvel Acousmate l'étonne
autant que ce qu'il venoit d'enten◄
dre. Un bruit pareil à celui de beaucoup
de Sifflets de differens tons réunis , remplit
l'Ar et s'y perdit en s'éloignant
comme par ondulation . Mad. D **** et
sa Femme de Chambre en furent encore
effrayées . M. P *** quoiqu'esprit fort et
bon Physicien , m'a avoué qu'il avoit été
extremement surpris.
Le lieu où ces choses ont été entenduës
est situé au bas d'une Montagne opposée
au Midi, laquelle s'étend de l'Est à l'Ouest,
en forme de Croissant imparfait , dont
128
1034 MERCURE DE FRANCE
les extremitez diminuant insensiblement
de hauteur , se perdent dans une grande
Plaine. Plusieurs Monticules qui s'élevent
les unes sur les autres , forment cette Montagne
,dont la surface est plantée d'Arbres
et de Vignes. Ne se pourroit- il pas que
differens tourbillons frappant de differentes
manieres cette surface inégale , tantôt
platte , tantôt convexe et tantôt creuse ,
eussent produit l'Acousmate dont je viens
de vous faire part. Je suis , & c.
M. P **** Commissaire des Poudres ,
à C **** le 25. Mars 1731. sur le
bruit d'Ansacq.
L
Es Lettres , Monsicur , qui sont insérées
dans les deux derniers Mercures
sur le bruit entendu à Ansacq , ne me
satisfont point. Il y a cependant dans la
premiere une nouvelle preuve des Acousmates
, mais dans la seconde on n'attribuë
ce bruit qu'à l'habileté d'un Disciple
des Philibert , des Laüillets , et de leurs
semblables ; je vous avoue franchement
que je ne trouve pas ia comparaison exacte.
Une seule personne peut bien dans
une chambre , derriere un Paravant , faire
un bruit considerable et varié de sons qui
imitent des voix d'hommes , de femmes,
d'enfans et de differens animaux ; si l'on
y mêle des Poëles , des pincettes , & c . La
confusion de toutes ces choses pourra imi
ter le tintamare d'un ménage en rumeur;
mais cela ne répresentera pas dans le même
instant plusieurs voix mêlées ; la gravité
de l'une ne sera que successive à
l'éclat de l'autre ; le chant du Cocq , ne
sera point confondu avec le japement du
Chien
MAY. 1731. 1029
Chien ; chacune de ces choses seront divisées
, et l'une ne se trouvera jamais bien
unie à l'autre , comme le son d'un accord
que l'on forme sur un Clavecin.
J'ai entendu le charivari de Læillet ; il
m'a fort réjoui , mais quelque vif que fûc
son jeu , l'on distinguoit aisément qu'il
ne partoit que de la même personne. La
poële , les pincettes les chaises , qu'il ,
mettoit en mouvement , ne formoient à
chaque instant , que le bruit de chacune
de ces choses , et ne produisoit dans la
chambre et aux environs , que la valeur
de chaque son qui auroit été entendu
distinctement l'un après l'autre .
Supposé que Loüillet eût fait son tintamare
dans un lieu où il y eût cu un Echo
capable de réfléchir le bruit , il n'auroit
jamais frappé l'ouie aussi fortement que
celui que les Témoins d'Ansacq déposent
avoir entendu dans une distance considerable,
il n'auroit point effrayé les chiens
et dispersé les Troupeaux ; d'ailleurs on
sçait que la réfléxion de l'Echo ne frappe
l'oreille que dans une certaine position ,
et qu'elle varie proportionément à la sérenité
ou à l'humidité de l'Air ; enfin le
son que l'Echo rend , n'est jamais si fort
que celui qui le produit. Supposé encore
que le bruit du Disciple de Loüillet cût
τέτ
rozo MERCURE DE FRANCE
répondu à quelque voute ou à quelque
Caverne qui seroit sur le Côteau opposé au
Château d'Ansacq ; en ce cas je conviendrai
que le son peut être augmenté , mais
qu'on convienne aussi qu'il faudroit
que ce qui fait le premier bruit , fût bien
exactement placé à certaine distance , et
que le son suivit précisément le rayon de
direction jusqu'au lieu où se fait le retentissement.
Voyez Vitruve , Liv. V.
Chap. V. dans la Description des anciens
Théatres , où il y avoit differens Vases
d'airain , selon l'étendue des tons de la
voix et des Instrumens qui réfléchissoient
le son ; mais il falloit que ces Théatres
fussent Eliptiques , car s'ils avoient été
quarrez , ou qu'on eût placé les Vases en
ligne droite , et qui n'eût pas eu une certaine
direction , ils n'auroient produit aucun
effet.
On objectera peut-être que le Disciple
de Loüillet peut avoir reconnu une Caverne
sur le Côteau d'Ansacq , et avoir
si bien pris ses mesures , que d'un certain
lieu du Château il ait poussé sa voix
directement à cette Caverne : soit ; mais
comment le bruit qu'il a pû faire dans
cette situation aura- t'il été également entendu
lorsqu'il aura changé de place et
parcouru la parallele à la rue de l'Eglise ?
S'il
MAY. 1731.
1031
S'il a abandonné le foyer , comment les
rayons ont-ils conservé leur correspondance
avec la Caverne , où l'on suppose
que se forme l'Echo ? Il n'y a pas
sibilité.
de
pos-
Les loix de la réfléxion sont communes
à la vûë et à louie , avec cette difference
(quoiqu'en dise l'Auteur de la Lettre du
mois de Mars ) que la sensation de loüye
est plus exacte que celle de la vûë . Pour
comparer il faut des choses de même genre
. Si l'on meut circulairement un tison
alumé , il est vrai que les yeux seront
trompez par l'activité ; on croira voir un
cercle de feu. Mais Correlly , Batiste , &c .
qui ont poussé au plus haut degré de
vitesse l'expression des Nottes sur leurs
Violons , ne sont point parvenus à représenter
un seul son de plusieurs qu'ils expriment
en un instant , soit sur differens
tons , soit sur le même divisez par des
coups d'Archet redoublez : l'oreille distingue
toûjours cette division ; et si l'on
se méprend sur le lieu d'où part le bruit
d'une Cloche , ce n'est point un vice de
l'oreille , c'est que le son est détourné par
l'agitation de l'Air.
Il est donc certain que le bruit entendu
à Ansacq , ne peut être produit
par une seule personne ; je ne prétends
pas
1032 MERCURE DE FRANCE
pas prouver qu'il le soit par des Esprits
Aëriens , mais je vais rapporter ce que
des personnes dignes de foy ont entendu
l'année derniere ; ce fait pourra conduire
à quelque conjecture plus vrai- semblable
que celui que contient la Lettre rapportée
dans le Mercure du mois de Mars .
M. D *** étoit à F. l'Automne dernier
, le 3. Octobre , entre 2. et 3. heures
du matin ; elle fut éveillée par un bruit
de voix et d'Instrumens discords . Elle
s'imagina d'abord que c'étoit ses Domestiques
qui se divertissoient dans une Salle
au rez -de- chaussée du corps de logis . Elle
appella sa Femme de Chambre pour leur
faire dire de se retirer ; la pauvre Créature
éveillée par le même bruit , s'étoit
enfoncée dans son lit , tremblante de
peur ; la voix de sa Maîtresse la rassura ;
elle la joignit , et ayant l'une et l'autre
redoublé leur attention , elles crurent que
ce bruit se faisoit dans la cour . M. P ***
frere de Mad. D *** , que le même bruit
avoit aussi éveillé , crut qu'il se faisoit
dans la chambre de sa soeur , ne sçachant
que s'imaginer, il y accourut. Mad . D ****
le pria d'aller gronder ses gens , et de les
faire coucher. Il descendit dans la cour ,
mais il ny trouva personne ; toutes les
portes étoient fermées , les lumieres éteintes
, ch can dormoit.
.
་་
MAY. 1731 .
1033
Cependant entendant toûjours le même
bruit , il croyoit qu'il pourroit y avoir
quelqu'un dans les Vignes qui sont visà-
vis de la maison . Il monte sur la hauteur
de ces Vignes , mais il ne voit qui
que ce soit ; il écoute attentivement et
n'entend plus qu'un brouhaha , comme
si c'eût été plusieurs hommes qui parloient
bas , sans qu'il pût distinguer aucune
articulation , mais les voix lui semblerent
venir du Jardin de Mad. D **** .
Il rentre dans la maison , parcourt ce
Jardin et ne trouve personne ; pendant
qu'il va et revient , la conversation Aërienne
devient moins vive ; M. P ***
montoit le Peron pour rentrer dans le
Logis , lorsqu'un nouvel Acousmate l'étonne
autant que ce qu'il venoit d'enten◄
dre. Un bruit pareil à celui de beaucoup
de Sifflets de differens tons réunis , remplit
l'Ar et s'y perdit en s'éloignant
comme par ondulation . Mad. D **** et
sa Femme de Chambre en furent encore
effrayées . M. P *** quoiqu'esprit fort et
bon Physicien , m'a avoué qu'il avoit été
extremement surpris.
Le lieu où ces choses ont été entenduës
est situé au bas d'une Montagne opposée
au Midi, laquelle s'étend de l'Est à l'Ouest,
en forme de Croissant imparfait , dont
128
1034 MERCURE DE FRANCE
les extremitez diminuant insensiblement
de hauteur , se perdent dans une grande
Plaine. Plusieurs Monticules qui s'élevent
les unes sur les autres , forment cette Montagne
,dont la surface est plantée d'Arbres
et de Vignes. Ne se pourroit- il pas que
differens tourbillons frappant de differentes
manieres cette surface inégale , tantôt
platte , tantôt convexe et tantôt creuse ,
eussent produit l'Acousmate dont je viens
de vous faire part. Je suis , & c.
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Résumé : LETTRE écrite à M. de la R. par M. P **** Commissaire des Poudres, à C **** le 25. Mars 1731. sur le bruit d'Ansacq.
Le 25 mars 1731, M. P****, Commissaire des Poudres, adresse une lettre à M. de la R. pour discuter du bruit entendu à Ansacq, mentionné dans les derniers numéros du Mercure. L'auteur exprime son insatisfaction face aux explications proposées, notamment celle attribuant le bruit à l'habileté d'un disciple des Philibert et des Laüillet. Il argue que ces derniers ne peuvent imiter simultanément plusieurs voix et sons distincts, comme le décrivent les témoins. L'auteur rapporte avoir entendu le charivari de Laüillet, mais souligne que les sons produits étaient distincts et non confondus. Il discute des conditions nécessaires pour que l'écho amplifie un bruit, citant Vitruve et les anciens théâtres. Il rejette l'idée que le bruit puisse être produit par une seule personne, même avec l'aide d'une caverne ou d'un écho. Pour appuyer son propos, l'auteur rapporte un incident similaire survenu à M. D****, qui a entendu des voix et des instruments discordants sans trouver d'origine humaine. Le bruit semblait provenir de différentes directions et variait en intensité. L'auteur suggère que des tourbillons d'air frappant la surface inégale d'une montagne pourraient expliquer ces phénomènes acoustiques.
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1690
p. 1039-1041
CANTIQUE d'Anne, Mere du Prophete Samuel, Lib. I. Chap. 2. des Rois, traduit de l'Hebreu en Prose Poëtique Françoise, par M. L'Abbé le Camus de Provence, suivant l'idée de M. de la Motte, de l'Académie Françoise.
Début :
Feu pur et sacré que l'amour allume dans mon cœur, exhalez vous en saintes [...]
Mots clefs :
Cantique, Samuel, Hébreu, Prose poétique , Jacob, Arc du Fort , Trône, Christ
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CANTIQUE d'Anne, Mere du Prophete Samuel, Lib. I. Chap. 2. des Rois, traduit de l'Hebreu en Prose Poëtique Françoise, par M. L'Abbé le Camus de Provence, suivant l'idée de M. de la Motte, de l'Académie Françoise.
CANTIQUE d'Anne , Mere du
Prophete Samuel , Lib. 1. Chap. 2 .
des Rois , traduit de l'Hebreu en Prose
Poëtique Françoise , par M. l'Abbé le
Camus de Provence , suivant l'idée de
M.de la Motte, de l'Académie Françoise.
Fdans mon coeur, exhalez vous en sain-
Eu pur et sacré que l'amour allume
tes louanges.
C'est toi , Dieu tout puissant et bon ;
quis releves ma force abbattuë ;
C Mes
1040 MERCURE DE FRANCE
Mes ennemis étonnez , m'entendent
élever la voix . Joye douce qui me vient
de tes bontez secourables !
Non , il n'est de Saint que notre Dieu ;
non , il n'est que toi de rampart assuré.
Que l'impieté se taise ; et vous , superbes
, écoutez-moi.
Connoissez le Dieu de Jacob. La sagesse
est son partage inaliénable ; point
de projet heureux qu'il ne l'ait formé.
C'est par lui que l'Arc du Fort est
brisé ;
Que les pieds incertains du foible sont
affermis.
C'est lui qui livre au travail ingrat
à la misere imprévûë , désespérante
le Riche amolli dans la volupté.
.
Mais , les jours du pauvre tristes et laborieux
, il les change en des jours de Fêtes.
Une troupe inesperée d'enfans badins
entourent une mere n'aguéres sterile. La
joye inonde son coeur ;
Tandis que cette autre , fiere d'une posterité
flatteuse, languit dans l'abbattement
et le désespoir,
Fehova conduit au tombeau , et ramené
des portes du trépas.
Dans tes mains toutes- puissantes sont
la mort et la vie , la richesse et la
vreté ,
pau-
11
MAY. 1731. 1041
Il abbaisse , il éleve .
Et d'un tas de poudre et d'ordure sort
à sa voix l'affreuse indigence.
Lui même il la place sur un Trône , et
Les Grands s'empressent à l'entour , éblouis
de ce naissant éclat .
Mon Dieu tient d'une main les bases
profondes sur lesquelles il a posé la Terre.
Et de l'autre main il guide les pas du
Juste.
L'Impie le voit en frémissant , du fond
de l'obscurité , où il croupit.
Force humaine , tu n'es que foiblesse ;
jamais tu n'enfantas les succès .
Mais , ô Dieu fort , ne perds point de
vue ton Christ , ni ses envieux obstinez .
Verse sur eux la terreur et la ruine .
Que ton Tonnerre gronde , que les
Cieux s'ébranlent en sa faveur.
D'un bout de la Terre à l'autre , tu
juges les foibles Mortels.
Tu fortifies ton Christ , et la gloire brille
sur son front couronné .
M. l'Abbé le Camus , qui sçait bien
l'Hébreu , pourroit , s'il vouloit , donner
au Public une Traduction des Pseaumes
de la même maniere.
Prophete Samuel , Lib. 1. Chap. 2 .
des Rois , traduit de l'Hebreu en Prose
Poëtique Françoise , par M. l'Abbé le
Camus de Provence , suivant l'idée de
M.de la Motte, de l'Académie Françoise.
Fdans mon coeur, exhalez vous en sain-
Eu pur et sacré que l'amour allume
tes louanges.
C'est toi , Dieu tout puissant et bon ;
quis releves ma force abbattuë ;
C Mes
1040 MERCURE DE FRANCE
Mes ennemis étonnez , m'entendent
élever la voix . Joye douce qui me vient
de tes bontez secourables !
Non , il n'est de Saint que notre Dieu ;
non , il n'est que toi de rampart assuré.
Que l'impieté se taise ; et vous , superbes
, écoutez-moi.
Connoissez le Dieu de Jacob. La sagesse
est son partage inaliénable ; point
de projet heureux qu'il ne l'ait formé.
C'est par lui que l'Arc du Fort est
brisé ;
Que les pieds incertains du foible sont
affermis.
C'est lui qui livre au travail ingrat
à la misere imprévûë , désespérante
le Riche amolli dans la volupté.
.
Mais , les jours du pauvre tristes et laborieux
, il les change en des jours de Fêtes.
Une troupe inesperée d'enfans badins
entourent une mere n'aguéres sterile. La
joye inonde son coeur ;
Tandis que cette autre , fiere d'une posterité
flatteuse, languit dans l'abbattement
et le désespoir,
Fehova conduit au tombeau , et ramené
des portes du trépas.
Dans tes mains toutes- puissantes sont
la mort et la vie , la richesse et la
vreté ,
pau-
11
MAY. 1731. 1041
Il abbaisse , il éleve .
Et d'un tas de poudre et d'ordure sort
à sa voix l'affreuse indigence.
Lui même il la place sur un Trône , et
Les Grands s'empressent à l'entour , éblouis
de ce naissant éclat .
Mon Dieu tient d'une main les bases
profondes sur lesquelles il a posé la Terre.
Et de l'autre main il guide les pas du
Juste.
L'Impie le voit en frémissant , du fond
de l'obscurité , où il croupit.
Force humaine , tu n'es que foiblesse ;
jamais tu n'enfantas les succès .
Mais , ô Dieu fort , ne perds point de
vue ton Christ , ni ses envieux obstinez .
Verse sur eux la terreur et la ruine .
Que ton Tonnerre gronde , que les
Cieux s'ébranlent en sa faveur.
D'un bout de la Terre à l'autre , tu
juges les foibles Mortels.
Tu fortifies ton Christ , et la gloire brille
sur son front couronné .
M. l'Abbé le Camus , qui sçait bien
l'Hébreu , pourroit , s'il vouloit , donner
au Public une Traduction des Pseaumes
de la même maniere.
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Résumé : CANTIQUE d'Anne, Mere du Prophete Samuel, Lib. I. Chap. 2. des Rois, traduit de l'Hebreu en Prose Poëtique Françoise, par M. L'Abbé le Camus de Provence, suivant l'idée de M. de la Motte, de l'Académie Françoise.
Le texte présente une traduction en prose poétique du 'Cantique d'Anne, Mère du Prophète Samuel' du Livre des Rois, réalisée par l'Abbé le Camus de Provence, inspirée par M. de la Motte de l'Académie Française. Anne exprime sa gratitude envers Dieu pour avoir exaucé sa prière et lui avoir donné un fils. Elle loue Dieu pour sa puissance et sa bonté, affirmant qu'il est le seul saint et le seul rempart sûr. Anne invite les impies et les superbes à reconnaître le Dieu de Jacob, qui possède une sagesse inaliénable et forme des projets heureux. Le texte décrit comment Dieu brise l'arc des forts, affermit les pieds des faibles, et change les jours tristes des pauvres en jours de fête. Il montre également comment Dieu abaisse les riches et élève les pauvres, plaçant parfois ces derniers sur un trône. Dieu tient la Terre d'une main et guide les pas des justes de l'autre, tandis que les impies le voient avec frayeur. Le cantique se termine par une prière pour que Dieu protège son Christ et verse la terreur et la ruine sur ses ennemis, jugeant les mortels de la Terre entière et fortifiant son Christ.
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1691
p. 1045-1053
LETTRE DE M. le B. Chanoine et Sous-Chantre d'Auxerre, à M. de la Roque ; au sujet d'une Inscription Romaine, découverte le 10. May 1731. proche de cette Ville.
Début :
J'ai déjà fait remarquer dans un petit livre imprimé, il y a huit ans, que nôtre [...]
Mots clefs :
Lettre, Inscription romaine, Basilique, Sépultures, Chanoine régulier, Inscription païenne, Tombeau, Guerre
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE M. le B. Chanoine et Sous-Chantre d'Auxerre, à M. de la Roque ; au sujet d'une Inscription Romaine, découverte le 10. May 1731. proche de cette Ville.
LETTRE de M. le B. Chanoine et Sous-
Chantre d'Auxerre , à M. de la Roque ;
au sujet d'une Inscription Romaine , découverte
le 10. May 1731. proche de
cette Ville.
J'Ay déja fait remarquer dans un petit
livre imprimé , il y a huit ans , que nôtre
Ville étoit originairement fort petite ,
et qu'elle n'est devenuë grande, et du circuit
d'environ une lieue ; que par l'accroissement
des Bourgs , qui se sont formés
autour des Monastéres et des Eglises
que la pieté des Evéques fonda autour des
anciens murs. Entre- autres Eglises , nous
avons au Septentrion de nôtre Ville , la
Basilique de S. Germain , dont le contour
souterrain est rempli de tous côtés de sépultures
de Chrétiens , qui se faisoient inhumer
au déhors de cette Eglise par devotion
envers ce grand Evêque , le second de
toute la France qui ait été le plus fameux
en miracles aprés le celebre S. Martin , et
dont aucunDiocese de France ne peut ignorer
les vertus et les merveilles , à moins
qu'il ne soit tout -à - coup privé des connoissances
les plus communes. Nous avons
C iiij ensuite
1046 MERCURE DE FRANCE
•
ensuite au midi , un Bourg surnommé de
Saint-Amatre , que son éloignement du
quartier de la Cité, n'a fait renfermer encore
que dans nos murs construits au douziéme
siècle. Quiconque connoît S. Germain
Gouverneur pour les Romains dans
la Gaule Celtique , ne peut manquer de
connoître celui qui lui confera la tonsure.
C'est S. Amateur. Il fût inhumé dans le
lieu où il avoit livré la guerre au reste
des Payens , et où quelques- uns de ses
prédecesseurs avoient été pareillement
inhumés , poury attirer le concours des
fideles à la place des dévotions précédentes
de l'Idolâtric. On trouve que ce lieu fût
appellé Autricum , ou bien Mons Autricus.
Il y a une prairie au bas : ce qui sert à appuyer
la pensée sur l'origine des noms locaux
, où la syilabe au est contenuë , que
M. Huet , ancien Evêque d'Avranches , a
avancée , et qui a été suivie depuis par
M. l'Abbé des Thuilleries : et c'est , selon
que je le prouve ailleurs , vers cette prairie
qu'ont existé les commencemens des
Villes Payennes , dont a été depuis formé
Auxerre Chrétien . Le côteau qui fait face
à cette prairie vers l'Occident , n'est pas
moins rempli de tombeaux de pierre , que
celui du Bourg Septentrional de Saint Germain.
Mais il est arrivé à presque tous ces
tombeaux
MAY. 173 P. 1047
tombeaux, tant à ceux de Saint - Germain'
qu'à ceux de Saint Amatre , la même chose
qu'à ceux que de nos jours l'on a trouvés
à Paris autour de l'Eglise de Saint- Germain
des Prez , et que l'on a vû rompre
pour faire place à des fondations de bâtimens.
L'éloignement des temps ayant fait
perdre la mémoire des personnes inhumées
dans ces lieux , la necessité de bâtir
ou de cultiver , a été cause que dépuis
plusieurs siecles , ce qui servoit de cimetière
est devenu un lieu profane ; c'està-
dire, qu'il a été changé ou en jardin , ou
en vigne , ou bien en place publique ; desorte
qu'on n'a plus fait aucun cas des
morts qui pouvoient y réposer. Il en est
arrivé de même en plusieurs Villes. Le
besoin où Monsieur Carouge , Chanoine
régulier , Prieur et Seigneur de Saint- Amatre
lez- Auxerre , a été de se fermer de
murs , parceque toutes les anciennes murailles
et bâtimens de son Monastere furent
démolis dans le temps fâcheux de la Ligue ,
qui causa des maux extrêmes en ce payscy
, l'a obligé de faire curer toutes les anciennes
fondations d'édifices , de ramasser
toutes les démolitions , et de lever tous
les obstacles au plan de bâtir qu'il s'est
formé. Entre le grand nombre de tombeaux
qui se présenterent l'an passé sous
C v
la
1048 MERCURE DE FRANCE
la main des ouvriers , on n'en a trouvé
qu'un seul , où il y eût une inscription.
Elle me parût être du moyen âge , et un
peu frivole , parcequ'elle n'est que commencée
: cependant je n'ai pas laissé d'en
dire un mot à un sçavant Antiquaire Ecclesiastique
, dans une lettre que je lui ai
adressée surdifferentes matieres , le dixième
jour du mois dernier. Mais hier matin nous
nous sommes trouvés plus riches , et nous
avons éprouvé la verité de ce qui arrive
souvent à Rome , qu'en levant un tombeau
de Chrétien , on rencontre en dedans
ou en déhors une Inscription Payenne .
Celle que nous avons trouvée , est au déhors
d'un tombeau : mais il n'est pas difficile
de juger par ce qu'elle contient , que
l'inscription n'a pas été faite pour le tombeau
, et qu'elle est beauconp plus ancienne
que le tombeau même. Cette pierre
étoit un gros bloc de la hauteur d'un pied
dix pouces , large de quatre pieds et demi
sur deux pieds six pouces de travers. Il
ya apparence qu'il y avoit un sacrifice representé
à l'une des deux faces , qui n'ont
que deux pieds et demi ; on y voit encore
sur les bords de la rainure qui y régnoit
une moitié de tête de Belier d'un côté , et
de l'autre comme une moitié de roue avec
des restes de rayons . Si l'on n'y apperçoit
pas
MAY. 1731. 1049
pas davantage de sculpture , c'est que la
pierre fût creusée dépuis , et vuidée pour
servir à former les deux tiers d'un sépulchre
à commencer par le côté de la tête ,
ensorte que ce reste de sepulture dont je
viens de parler , est du côté qui devoit
être réuni à un autre bloc creusé, et destiné
pour contenir les pieds du défunt . Mais
comme toute l'inscription ne s'est pas trouvée
dans le superflu que l'ouvrier du sépulchre
a cru devoir ôter , on y lit heureusement
sur le haut d'une des deux fácès
les plus larges , ces deux lignes trés bien
gravées, et en caractéres romains trés beaux
et de la hauteur d'un pouce et demi .
PRO SALUTE DOMINORUM. V. S. L. M.
DEDICAVIT MODESTO ET PROBO CÓS.
Il n'y a pas à hésiter dans la date de cette
inscription : elle est sûrement de l'année
228. de Jesus- Christ , puisque c'est à
cette année que se rapporte selon les Fastes
le Consulat de Modeste et de Probus . C'étoit
en partie la sixième et septième année
de l'Empire d'Alexandre Severe , et la
trentiéme avant que nôtre premier Evêque
S. Pelerin fût envoyé dans les Gaules ;
mais ne pouvoit-on pas en tirer quelque
avantage pour l'éclaircissement de l'his-
C vj toire
1050 MERCURE DE FRANCE
toire de cet empereur ? On paroît embarrassé
à assurer positivement que ce fût l'an
228.qu'Alexandre Sevére s'associa Ovindus
Camillus. On croit que la médaille rapportée
par
Occon
, n'est pas suffisante pour
prouver le temps du départ de ces deux
Princes contre les Barbares , et l'on dit
qu'il faudroit qu'il y eut clairement sur
cette médaille Profectio Augg. au plurier ,
et non simplement Profectio Aug. qui ne
veut dire que Profectio Augusti. Vôtre inscription
s'exprime nettement au Plurier ,
ainsi que vous le voyez : et l'on ne peut
guére entendre Dominorum , d'autres que
d'Alexandre , et de Camillus qui étoit regardé
comme un nouveau César depuis
l'honneur qu'Alexandre lui avoit fait de
l'associer à l'Empire. J'ai donc dans la
sée , que cette Pierre vient d'un Autel
érigé en mémoire de quelque Taurobole ,
ou de quelque Criobole , cerémonie qui
avoit marqué le zéle des habitans de nos
cantons , pour la prosperité de ces deux
Princes. Les Tailleurs de pierre réconnoissent
dans ce bloc le grain de la pierre du
pays , c'est à dire d'une carriere qui est à
quatre ou cinq lieües d'icy , et y auroit- il
apparence qu'une pierre qui pesoit bien
trois ou quatre muids de vin avant qu'elle
fût cavée , eût été apportée icy d'une aupentre
MAY . 1731. 1051
>
tre Ville trés éloignée ? Quoiqu'il en soit
le reste d'inscription qu'elle contient
peut servir non seulement à confirmer ce
que l'on apprend par la Médaille d'Occo ,
mais il appuye encore le raisonnement ,
par lequel Lampride , auteur de la vie
d'Alexandre , réfute l'opinion populaire ,
qui attribuoit à Trajan l'association de ce
Camillus. Lampride après avoir rappor
té le fait , ajoûte que ni Fabius Marcellinus
, ni Aurelius Verus , ni Statius Valens
dont il avoit les écrits sous les yeux , n'attribuoient
l'élevation de Camillus à Trajan
; et qu'au contraire Septimius, Acholius
et Encolpius , écrivains de la vie d'Alexandre
Severe , disoient de lui le fait singulier
de cette association subite , et im.
prevue , et de cette expedition militaire
qu'ils firent en commun contre les Barba
res. Je ne vous retracerai pas icy ce que
Lampride rapporte de cette guerre. On a
des preuves que ce fût contre les Allemans
qu'Alexandre et Camillus partirent l'an
228. ce qui est curieux à lire , et qu'-
Alexandre partit à pied, invitant son nouvel
associé d'en faire de même , Camillus
qui n'étoit point accoutumé , comme
Alexandre , à cette voiture , se trouva trés
fatigué au bout de cinq mille pas , c'est-àdire
, aprés avoir fait deux lieues ou envi .
ron.
A
1052 MERCURE DE FRANCE
ron. Alexandre lui fit donner un cheval ,
qu'il ne pût supportet que pendant deux
journées , parcequ'il étoit d'un temperament
trés delicat ; enfin le chariot ne lui
convint pas davantage , et il fût obligé de
renoncer au métier de la guerre , sans cependant
abandonner sesprétentions à l'Empire.
On voit par là que la santé de cet associé
avoit un peu plus besoin des voeux du
peuple envers les Dieux , que celle d'Alexandre
, qui étoit robuste et vigoureuse:
mais on ne les separa point dans la ceremonie
qui fût faite à Auxerre à leur intention
, et les voeux furent portés également
pour la santé de ces deux Maîtres
pro falute Dominorum .
Si vous, ou vos amis, avez une autre explication
à donner à nôtre inscription , qui
ne fait que commencer à voir le jour , je
ne m'y oppose aucunement ; je l'attendrai
avec plaisir , principalement celle qui sera
donnée des quatre lettres initiales de la
premiere ligne , sur lesquelles je laisse à
d'autres à deviner ce qu'elles signifient.
Je ne vous parle point d'une autre inscription
aussi trouvée avant hier au même
lieu , parcequ'elle est encore plus mutilée
que la précedente . Elle est egalement
d'un trés-beau'caractére Romain, et on y lit
lecommencement du mot de LUPERC alia
PeutMAY.
1731. 1053
Peut-être trouvera- t- on dans la suite les
autres morceaux de ces inscriptions ; en
ce cas je ne manquerai pas de vous en donner
avis , étant &c.
A Auxerre ce 11. May 1731.
Chantre d'Auxerre , à M. de la Roque ;
au sujet d'une Inscription Romaine , découverte
le 10. May 1731. proche de
cette Ville.
J'Ay déja fait remarquer dans un petit
livre imprimé , il y a huit ans , que nôtre
Ville étoit originairement fort petite ,
et qu'elle n'est devenuë grande, et du circuit
d'environ une lieue ; que par l'accroissement
des Bourgs , qui se sont formés
autour des Monastéres et des Eglises
que la pieté des Evéques fonda autour des
anciens murs. Entre- autres Eglises , nous
avons au Septentrion de nôtre Ville , la
Basilique de S. Germain , dont le contour
souterrain est rempli de tous côtés de sépultures
de Chrétiens , qui se faisoient inhumer
au déhors de cette Eglise par devotion
envers ce grand Evêque , le second de
toute la France qui ait été le plus fameux
en miracles aprés le celebre S. Martin , et
dont aucunDiocese de France ne peut ignorer
les vertus et les merveilles , à moins
qu'il ne soit tout -à - coup privé des connoissances
les plus communes. Nous avons
C iiij ensuite
1046 MERCURE DE FRANCE
•
ensuite au midi , un Bourg surnommé de
Saint-Amatre , que son éloignement du
quartier de la Cité, n'a fait renfermer encore
que dans nos murs construits au douziéme
siècle. Quiconque connoît S. Germain
Gouverneur pour les Romains dans
la Gaule Celtique , ne peut manquer de
connoître celui qui lui confera la tonsure.
C'est S. Amateur. Il fût inhumé dans le
lieu où il avoit livré la guerre au reste
des Payens , et où quelques- uns de ses
prédecesseurs avoient été pareillement
inhumés , poury attirer le concours des
fideles à la place des dévotions précédentes
de l'Idolâtric. On trouve que ce lieu fût
appellé Autricum , ou bien Mons Autricus.
Il y a une prairie au bas : ce qui sert à appuyer
la pensée sur l'origine des noms locaux
, où la syilabe au est contenuë , que
M. Huet , ancien Evêque d'Avranches , a
avancée , et qui a été suivie depuis par
M. l'Abbé des Thuilleries : et c'est , selon
que je le prouve ailleurs , vers cette prairie
qu'ont existé les commencemens des
Villes Payennes , dont a été depuis formé
Auxerre Chrétien . Le côteau qui fait face
à cette prairie vers l'Occident , n'est pas
moins rempli de tombeaux de pierre , que
celui du Bourg Septentrional de Saint Germain.
Mais il est arrivé à presque tous ces
tombeaux
MAY. 173 P. 1047
tombeaux, tant à ceux de Saint - Germain'
qu'à ceux de Saint Amatre , la même chose
qu'à ceux que de nos jours l'on a trouvés
à Paris autour de l'Eglise de Saint- Germain
des Prez , et que l'on a vû rompre
pour faire place à des fondations de bâtimens.
L'éloignement des temps ayant fait
perdre la mémoire des personnes inhumées
dans ces lieux , la necessité de bâtir
ou de cultiver , a été cause que dépuis
plusieurs siecles , ce qui servoit de cimetière
est devenu un lieu profane ; c'està-
dire, qu'il a été changé ou en jardin , ou
en vigne , ou bien en place publique ; desorte
qu'on n'a plus fait aucun cas des
morts qui pouvoient y réposer. Il en est
arrivé de même en plusieurs Villes. Le
besoin où Monsieur Carouge , Chanoine
régulier , Prieur et Seigneur de Saint- Amatre
lez- Auxerre , a été de se fermer de
murs , parceque toutes les anciennes murailles
et bâtimens de son Monastere furent
démolis dans le temps fâcheux de la Ligue ,
qui causa des maux extrêmes en ce payscy
, l'a obligé de faire curer toutes les anciennes
fondations d'édifices , de ramasser
toutes les démolitions , et de lever tous
les obstacles au plan de bâtir qu'il s'est
formé. Entre le grand nombre de tombeaux
qui se présenterent l'an passé sous
C v
la
1048 MERCURE DE FRANCE
la main des ouvriers , on n'en a trouvé
qu'un seul , où il y eût une inscription.
Elle me parût être du moyen âge , et un
peu frivole , parcequ'elle n'est que commencée
: cependant je n'ai pas laissé d'en
dire un mot à un sçavant Antiquaire Ecclesiastique
, dans une lettre que je lui ai
adressée surdifferentes matieres , le dixième
jour du mois dernier. Mais hier matin nous
nous sommes trouvés plus riches , et nous
avons éprouvé la verité de ce qui arrive
souvent à Rome , qu'en levant un tombeau
de Chrétien , on rencontre en dedans
ou en déhors une Inscription Payenne .
Celle que nous avons trouvée , est au déhors
d'un tombeau : mais il n'est pas difficile
de juger par ce qu'elle contient , que
l'inscription n'a pas été faite pour le tombeau
, et qu'elle est beauconp plus ancienne
que le tombeau même. Cette pierre
étoit un gros bloc de la hauteur d'un pied
dix pouces , large de quatre pieds et demi
sur deux pieds six pouces de travers. Il
ya apparence qu'il y avoit un sacrifice representé
à l'une des deux faces , qui n'ont
que deux pieds et demi ; on y voit encore
sur les bords de la rainure qui y régnoit
une moitié de tête de Belier d'un côté , et
de l'autre comme une moitié de roue avec
des restes de rayons . Si l'on n'y apperçoit
pas
MAY. 1731. 1049
pas davantage de sculpture , c'est que la
pierre fût creusée dépuis , et vuidée pour
servir à former les deux tiers d'un sépulchre
à commencer par le côté de la tête ,
ensorte que ce reste de sepulture dont je
viens de parler , est du côté qui devoit
être réuni à un autre bloc creusé, et destiné
pour contenir les pieds du défunt . Mais
comme toute l'inscription ne s'est pas trouvée
dans le superflu que l'ouvrier du sépulchre
a cru devoir ôter , on y lit heureusement
sur le haut d'une des deux fácès
les plus larges , ces deux lignes trés bien
gravées, et en caractéres romains trés beaux
et de la hauteur d'un pouce et demi .
PRO SALUTE DOMINORUM. V. S. L. M.
DEDICAVIT MODESTO ET PROBO CÓS.
Il n'y a pas à hésiter dans la date de cette
inscription : elle est sûrement de l'année
228. de Jesus- Christ , puisque c'est à
cette année que se rapporte selon les Fastes
le Consulat de Modeste et de Probus . C'étoit
en partie la sixième et septième année
de l'Empire d'Alexandre Severe , et la
trentiéme avant que nôtre premier Evêque
S. Pelerin fût envoyé dans les Gaules ;
mais ne pouvoit-on pas en tirer quelque
avantage pour l'éclaircissement de l'his-
C vj toire
1050 MERCURE DE FRANCE
toire de cet empereur ? On paroît embarrassé
à assurer positivement que ce fût l'an
228.qu'Alexandre Sevére s'associa Ovindus
Camillus. On croit que la médaille rapportée
par
Occon
, n'est pas suffisante pour
prouver le temps du départ de ces deux
Princes contre les Barbares , et l'on dit
qu'il faudroit qu'il y eut clairement sur
cette médaille Profectio Augg. au plurier ,
et non simplement Profectio Aug. qui ne
veut dire que Profectio Augusti. Vôtre inscription
s'exprime nettement au Plurier ,
ainsi que vous le voyez : et l'on ne peut
guére entendre Dominorum , d'autres que
d'Alexandre , et de Camillus qui étoit regardé
comme un nouveau César depuis
l'honneur qu'Alexandre lui avoit fait de
l'associer à l'Empire. J'ai donc dans la
sée , que cette Pierre vient d'un Autel
érigé en mémoire de quelque Taurobole ,
ou de quelque Criobole , cerémonie qui
avoit marqué le zéle des habitans de nos
cantons , pour la prosperité de ces deux
Princes. Les Tailleurs de pierre réconnoissent
dans ce bloc le grain de la pierre du
pays , c'est à dire d'une carriere qui est à
quatre ou cinq lieües d'icy , et y auroit- il
apparence qu'une pierre qui pesoit bien
trois ou quatre muids de vin avant qu'elle
fût cavée , eût été apportée icy d'une aupentre
MAY . 1731. 1051
>
tre Ville trés éloignée ? Quoiqu'il en soit
le reste d'inscription qu'elle contient
peut servir non seulement à confirmer ce
que l'on apprend par la Médaille d'Occo ,
mais il appuye encore le raisonnement ,
par lequel Lampride , auteur de la vie
d'Alexandre , réfute l'opinion populaire ,
qui attribuoit à Trajan l'association de ce
Camillus. Lampride après avoir rappor
té le fait , ajoûte que ni Fabius Marcellinus
, ni Aurelius Verus , ni Statius Valens
dont il avoit les écrits sous les yeux , n'attribuoient
l'élevation de Camillus à Trajan
; et qu'au contraire Septimius, Acholius
et Encolpius , écrivains de la vie d'Alexandre
Severe , disoient de lui le fait singulier
de cette association subite , et im.
prevue , et de cette expedition militaire
qu'ils firent en commun contre les Barba
res. Je ne vous retracerai pas icy ce que
Lampride rapporte de cette guerre. On a
des preuves que ce fût contre les Allemans
qu'Alexandre et Camillus partirent l'an
228. ce qui est curieux à lire , et qu'-
Alexandre partit à pied, invitant son nouvel
associé d'en faire de même , Camillus
qui n'étoit point accoutumé , comme
Alexandre , à cette voiture , se trouva trés
fatigué au bout de cinq mille pas , c'est-àdire
, aprés avoir fait deux lieues ou envi .
ron.
A
1052 MERCURE DE FRANCE
ron. Alexandre lui fit donner un cheval ,
qu'il ne pût supportet que pendant deux
journées , parcequ'il étoit d'un temperament
trés delicat ; enfin le chariot ne lui
convint pas davantage , et il fût obligé de
renoncer au métier de la guerre , sans cependant
abandonner sesprétentions à l'Empire.
On voit par là que la santé de cet associé
avoit un peu plus besoin des voeux du
peuple envers les Dieux , que celle d'Alexandre
, qui étoit robuste et vigoureuse:
mais on ne les separa point dans la ceremonie
qui fût faite à Auxerre à leur intention
, et les voeux furent portés également
pour la santé de ces deux Maîtres
pro falute Dominorum .
Si vous, ou vos amis, avez une autre explication
à donner à nôtre inscription , qui
ne fait que commencer à voir le jour , je
ne m'y oppose aucunement ; je l'attendrai
avec plaisir , principalement celle qui sera
donnée des quatre lettres initiales de la
premiere ligne , sur lesquelles je laisse à
d'autres à deviner ce qu'elles signifient.
Je ne vous parle point d'une autre inscription
aussi trouvée avant hier au même
lieu , parcequ'elle est encore plus mutilée
que la précedente . Elle est egalement
d'un trés-beau'caractére Romain, et on y lit
lecommencement du mot de LUPERC alia
PeutMAY.
1731. 1053
Peut-être trouvera- t- on dans la suite les
autres morceaux de ces inscriptions ; en
ce cas je ne manquerai pas de vous en donner
avis , étant &c.
A Auxerre ce 11. May 1731.
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Résumé : LETTRE DE M. le B. Chanoine et Sous-Chantre d'Auxerre, à M. de la Roque ; au sujet d'une Inscription Romaine, découverte le 10. May 1731. proche de cette Ville.
Le 11 mai 1731, un chanoine et sous-chantre d'Auxerre adresse une lettre à M. de la Roque pour relater la découverte d'une inscription romaine près d'Auxerre, le 10 mai 1731. L'auteur décrit la croissance de la ville d'Auxerre, initialement petite, qui s'est agrandie grâce à l'expansion des bourgs autour des monastères et des églises fondées par les évêques. Parmi ces églises, la basilique de Saint-Germain au nord et le bourg de Saint-Amatre au sud sont particulièrement notables. Saint-Germain et Saint-Amatre étaient des figures importantes dans l'histoire chrétienne de la région. L'inscription découverte est gravée sur un bloc de pierre utilisé pour un sépulcre. Elle contient les lignes 'PRO SALUTE DOMINORUM. V. S. L. M. DEDICAVIT MODESTO ET PROBO CÓS.' et date de l'année 228 après J.-C., correspondant au consulat de Modeste et Probus. Cette inscription est liée à une cérémonie en l'honneur des empereurs Alexandre Sévère et Ovindus Camillus, associés à l'Empire. La pierre provient probablement d'une carrière locale et pourrait confirmer des événements historiques relatifs à Alexandre Sévère et Camillus. L'auteur invite M. de la Roque à partager d'autres interprétations de l'inscription et mentionne une autre inscription mutilée trouvée au même endroit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1692
p. 1056-1070
SUITE des Memoires historiques sur les personnes illustres originaires du Comté d'Eu.
Début :
Aprés avoir fait connoître les Personnes originaires du Comté d'Eu qui [...]
Mots clefs :
Mémoires historiques, Personnes illustres, Chevalier, Vicomte héréditaire, Diocèse d'Amiens, Bataille de Nicopolis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Memoires historiques sur les personnes illustres originaires du Comté d'Eu.
SUITTE des Memoires historiques sur les
perfonnes illustres originaires du Comté
d'En.
A
Prés avoir fait connoître les Personnes
originaires du Comté d'Eu qui
se sont distinguées par leurs sciences, ou
par leur pieté , je vais presentement parler
de celles qui par leur valeur , ou par
leur habileté dans les Arts , ont merité
d'être particulicrement estimées. Je commence
par Guillaume d'Eu , fils ainé d'Eustache
d'Eu ; Seigneur de la Chaussée ,
Chevalier
MAY. 1057 1731 .
1
Chevalier et Vicomte hereditaire du Comté
d'Eu , et d'Alix de Piquigni . Ce Seigneur
avoit pris naissance dans un Châ-
Iteau qui subsistoit alors au fauxbourg de
la chaussée d'Eu , dont on voit encore les
vestiges , et qui faisoit le chef- lieu et le domicile
ordinaire de cette ancienne et illustre
maison qui descend des premiers Comtes
d'Eu ; et parceque ce fief de la chaussée
d'Eu,quoique membre du Comté d'Eu
et de la Province de Normandie , est néanmoins
situé du côté de la Picardie , et du
Diocèse d'Amiens , les Historiens ont
donné quelquefois à ce Seigneur le nom
de brave et vaillant Picard .
Elevé d'une maniere conforme à sa naissance
, il ne fut pas plutôt en âge d'exercer
la profession des Armes , qu'il l'embrassa.
Il est vrai que l'Histoire * ne nous
a pas transmis tout ce que ce Seigneur a fait
de singulier et d'heroïque , où nous eussions
sans doute trouvé des preuves abondantes
de sa valeur : elle ne nous fournit
qu'une seule action ; mais qui , quoique
seule , est plus que suffisante pour justifier
quel étoit , l'excès de son courage.
C'est de la fameuse bataille de Nicopolis
en Bulgarie , donnée l'an 1396.
* Froiffart. T. IV. Ch. 72.
Nicopolis
to58 MERCURE DE FRANCE
dont je veux parler , le jeune Seigneur
ayant suivi en .... le Comte d'Eu Phillipe
d'Artois , Connétable de France .
On voit dans ce que l'Histoire rapporte
de cette bataille , que la trop grande
vivacité du Comte d'Eu , ayant engagé
mal à propos les troupes Françoises à marcher
indiscrettement vers l'armée ennemie
, sans être suivie de l'armée chrétienne
, elles se trouverent à l'instant envelopées
par soixante mille Turcs. Ce fût dans
cette funeste occasion que Guillaume d'Eu
fit connoître jusqu'où alloit son intrépidité
et sa valeur ; car les Historiens ont particulierement
remarqué que pendant l'horrible
massacre que les Turcs faisoient des
François , Guillaume d'Eu se fit jour deux
fois , l'épée à la main , au travers de cette
nombreuse armée ; ce qui lui donnoit , s'il
avoit voulu une entiere liberté de se tirer
du peril ; mais persuadé qu'il étoit indigne
pour lui de survivre à la perte du Corps
des
troupes Françoises , il aima mieux
retourner daus la mêlée , où il perit avec
les autres. ( a )
Je vais maintenant parler d'un autre
Seigneur du Comté d'Eu qui s'est rendu
fameux pour avoir été le premier qui a
(a) Froiff. ibid. Baudier, Hist . des Turcs L. 2 .
Ch. 1.
tenté
MAY. 1731 . 1059
tenté la découverte d'un nouveau Monde ;
et qui a ouvert un chemin pour passer dans
l'Amerique. Ce Seigneur est Jean de
Bethencourt, Baron deS. Martin leGaillard ,
au Comté d'Eu , lequel a commencé le
premier établissement qui s'est fait aux
ifles des Canaries . ( a ) Ces Ifles , à la verité
,avoient été connuës des Anciens sous
le nom des Ifles Fortunées ; et quelques
Avanturiers sétant hazardés d'y aborder
y avoient quelquefois réussi ; mais l'usage
de la Boussole n'étant pas encore connu,
peu avoient osé se hazarder à faire un
semblable voiage, Lorsqu'enfin la direction
de l'éguille aimantée vers le Nord fût découverte,
et l'usage qu'on en pouvoit faire
pour régler sa route sur Mer confirmé ;
Jean de Bethencourt fût le premier qui
entreprit de tenter par cette voye l'accès
de ces Ifles , qui étoient alors abandonnées.
Robert de Bracquemont son cousin y
donna lieu ; comme il avoit de l'inclination
pour les expeditions de Mer , il forma
le dessein d'aborder ces Isles, et de s'en
mettre en possession . C'est pourquoi il
obtint en 1401. du Roy de Castille Jean
II. la permission d'en faire la Conquête :
ce qui lui fût accordé en consideration des
services qu'il avoit rendus à ce Prince dans
(a) Jean de Verrier,Hist, des Canaries,
les
1060 MERCURE DE FRANCE
les guerres contre le Portugal . Mais soit
que dans la suite il eût prit son parti d’avancer
plutôt sa fortune en France , que
de l'aller chercher si loin , comme en effet
il y fût pourvû quelque tems aprés de la
qualité d'Amiral ; soit enfin qu'il voulût
donner la gloire de cette découverte à Jean
de Bethencourt son parent , et lui procurer
un établissement , il lui en donna la
commission , et lui ceda ses droits qui lui
furent confirmés par la Reine Catherine ,
veuve du Roy Jean II.
Le Baron de S. Martin aiant pris toutes
ses mesures pour son embarquement , mit
enfin à la voile dans l'été de l'année 1402 .
et aborda heureusement aux Canaries ,
dont il conquit d'abord quelques Isles .
Mais ne se trouvant pas assés fort pour
se rendre Maître des autres , il revint en
Espagne où il reçût des munitions et de
l'argent de Henry III . Roy de Castille ,
qui lui donna la souveraineté de ces Isles ,
à condition qu'il lui en feroit hommage ;
étant retourné il se saisit encore de quelques
unes , et en particulier de celle qui
se nomme Lancelote , où il fit bâtir un Fort.
Il y prit même la qualité de Roy : mais
étant mort peu de tems aprés , il y laissa
Y
pour surcesseur son neveu nommé Me-
Baut , avec la même qualité . Tout le monde
MAY. 1731. 1061
de convient que ce voyage est le premier
qui se soit fait avec ordre , et le plus loin
vers la ligne. Ce qui donna lieu ensuite aux
Portugais , et aux Castillans de hazarder
d'autres voyages de long cours ; comme
de doubler le cap de BonneEsperance pour
passer aux Indes , et de faire enfin la découverte
de l'Amerique.
Je ne doute pas que ceux qui ont par
la lecture quelque connoissance du fameux
armateur Jacques Sore dont je vais présentement
parler , ne soient surpris que je
lui donne place dans le rang des personnes
illustres qui sont sorties du Comté d'Eu
parceque la pluspart des Historiens qui
en parlent , le regardent comme un insigne
Pirate , et un veritable scelerat : mais
c'est justement ce qui doit m'y engager ;
car il ne paroît pas que les Historiens
` lui aient rendu la justice qui lui est duë.
Deux choses , il est vrai , ont contribué
à le rendre odieux de son vivant. La premiere,
parcequ'il étoit Calviniste , et protegé
des principaux Chefs de cette secte.
La seconde , en ce que s'étant un jour rendu
maître d'un Bâtiment Espagnol qui alloit
au Bresil , sur lequel étoient embarquez
des Jesuites qui y passoient pour annoncer
la foy , il les fit tous mourir et jetter ensuite
dans la mer,
J'avoije
ト
1062 MERCURE DE FRANCE
>
J'avoue que ce fût un malheur pour
Jacques Sore d'avoir vêcu dans l'héresie
dont les funestes sentimens ont pû contribuer
à l'animer contre les Jesuites : c'est
surquoy je ne prétend s pas le disculper ;
mais à cela près , il peut avoir eu d'ailleurs
de bonnes qualités naturelles , lesquelles
ont pû le mettre fort audessus du commun.
C'est aussi sous cet aspect que je
pretends le faire régarder,apuïé comme je
suis sur ce qu'en a pensé un excellent connoisseur
qui devoit bien sçavoir ce qu'il
étoit , puisqu'il vivoit de son tems , qu'il
étoit en place pour en juger , et qu'il
ne peut être soupçonné de lui avoir été
favorable par la conformité de réligion :
sçavoir Pierre Bourdeille , Abbé de Brantome
, connu sous ce dernier nom ; lequel
parlant par occasion dans ses Mémoires
de Jacques Sore , fait son éloge en´
deux mots , en disant qu'il avoit été un
des bons hommes de Mer qui fût de
son tems , ajoûtant même qui eût été
depuis. (a)
Jacques Sore étoit natif du village de
Floques , situé proche de la Mer à une
petite lieuë de la Ville d'Eu , il avoit
comme j'ai dit , cu le malheur d'être élevé
>
(a)Mem . de Brant. Eloge de M. de Mont-luc.
dans
ΜΑΥ. 1731. 1063
dans la secte de Calvin ; mais étant d'un
esprit vif , et hardi , né avec quelques
biens , voyant la guerre déclarée contre
la France et l'Angleterre lors du Siége
du Havre de grace en 1563. il prit le
parti d'armer une frégate pour aller en
course contre les ennemis de l'Etat , sur
lesquels il ne tarda pas à faire des prises
considerables , et à se rendre formidable
sur la mer. Mais la paix ayant été faite
plutôt qu'il ne le souhaittoit , il lui fallût
chercher un prétexte qui l'autorisat à continuer
une profession de son goût , et
où il se voioit en état d'avancer sa fortune.
Il le trouva , ce prétexte , dans son protecteur
le fameux Amiral de Châtillon
lequel non content de lui faire une pension
, lui procura des lettres de Jeanne
d'Albret , Reine de Navarre , par les
quelles elle l'établissoit Amiral de Navarre
, ce qui lui donnoit droit de courir
sur les vaisseaux Espagnols , comme il
fit en effet. Pour y mieux reüssir il prit
avec lui un autre Armateur nommé
Didacus d'Andrada , s'engageant de par
tager le butin. ( a )
Ce für alors qu'il donna vigoureusement
la chasse aux vaisseaux d'Espagne ,
(a) Flarim, de Raim. Hist, de l'Heresie. L.
5. p. 738.
D
of
1664 MERCURE DE FRANCE
·
et qu'il prit celui dont les Historiens
ont fait tant de bruit, Il est vrai que ce
bâtiment alloit au Bresil , et qu'il y por
toit des Jesuites destinés pour les Missions
du Pays , dont le Chef s'appelloit
Ignace , du nom du Fondateur de sa
Compagnie. Les Auteurs varient sur le
nombre , les uns disent qu'il y en avoit
douze , les autres trente- huit , d'autres
enfin quarante . N'importe , il est toûjours
certain que Jacques Sore prit ce bâtiment
l'an 1570. et qu'il fit mourir les
Jesuites , comme je l'ai dit plus haut,
( a ) Je sçay que tous les Auteurs crient
avec raison contre cette action pleine de
cruauté , et qu'ils la regardent comme
un effet de la haine de Jacques Sore
contre la Catholicité. Les anciens de ce
pays-cy rapportoient la chose d'une maniere
qui la rendoit un peu moins odieuse ;
sçavoir , que Jacques Sore n'en avoit
agi ainsi que par réprésailles , en ce que
les Espagnols aiant traité de la même
maniere un particulier qui lui appartenoit
, et qui étoit tombé entre leurs
mains , il crût d'ailleurs que les Jesuites
y avoient eu part. Mais cela ne sçauroit
jamais le disculper.
fc) Florim, de Raim, ibid, Hist. gener. d'Hora
griz, liv, 15,
Nôtre
MAY. 1731. 1065
Nôtre Amiral de Navarre fit , au rapport
de Brantôme , une autre prise qui
fit beaucoup de bruit pour le bien et
le mal qu'elle causa au parti Calviniste.
Ce fût un vaisseau Venitien , du port
de douze à treize cens tonneaux , qu'il
aborda , et qu'il prit en déçà du détroit
de Gibraltar , lequel faisoit voile vers
l'Angleterre. L'ayant conduit à la Rochelle
, les Calvinistes le firent passer
quelque tems aprés au Port de Broüage
dont ilsvouloient se rendre les maîtres . Če
qui en effet leue facilita la prise de cette
place , est que s'étant avisé de placer
de l'artillerie sur la hune de ce vaisseau
qu'il avoit extrémement large , ils
tuoient de-là à coup sûr tous ceux qui
se présentoient pour défendre la bréche ;
mais aiant malheureusement pour eux
laissé le vaisseau désarmé dans ce Port ,
et le Roy Charles IX . étant venu assiéger
peu de temps aprés la Rochelle
, il
ly fit repasser
; et l'ayant
fait couler à
fond à l'entrée
du Port , il fit placer dessus
une batterie
qui fit des merveilles
battre la Ville , et pour empêcher
le secours
d'y entrer.
,
pour
Enfin l'Amiral Sore , las d'une vie si
agitée , prit le parti d'abandonner la Marine
, et de se retirer au Comté d'Eu ,
Dij son
+
1066 MERCURE DE FRANCE
son pays , pour y finir le reste de ses
jours dans le repos , et encore mieux ,
si on en croit la tradition du même pays,
pour y rentrer dans le sein de l'Eglise .
On tient qu'il y est mort , et qu'il a été
inhumé comme Catholique dans l'Eglise
du Village de Floques , qui étoit, comme
j'ay dit , le lieu de sa naissance ; au
moins est- il certain , que c'est une insigne
calomnie ce qu'a avancé celui qui
à fait les Additions à l'Histoire de Portugal
par Jerôme Ozorius ( a ) ,sçavoir , que
le Capitaine Sore se retira dans sa patrie ,
pour y mourir comme enragé , écumant
sa mort comme un Sanglier , ce qui
n'a nulle vrai- semblance, puisque qui que
ce soit dans le pays n'a jamais entendu
parler de pareille chose , le tems n'en
étant pas si éloigné , moi- même m'étant
souvent entretenu des Avantures de Jacques
Sore avec ceux dont les Peres l'avoient
parfaitement connu , et dont les
proches parens avoient eû part à ses expeditions.
D'ailleurs les habitans de cette
ville ayant toûjours été fort opposés
au Calvinisme , et Jacques Sore étant
mort à leur porte , il n'est pas vrai- semblable
qu'une mort si tragique eût
échapé à leur connoissance , et à leur
mémoire ; ils n'auroient pas ignorés
(4) Liv. ag. ch. 3.
même
MAY. 1731. 1067
même , fameux comme il étoit , le lieu
profane où on l'auroit inhumé , s'il étoit
mort Calviniste .
Voici encore un autre Capitaine de
vaisseau , et depuis Chef d'Escadre , natifdu
Comté d'Eu , lequel a dû aussi son
élevation à la seule force de son génie
sçavoir,Abraham Du Quesne , Pere de l'illustre
Du Quesne , Géneral des Armées
Navales de France. Il naquit au Bourg
de Blangi, dans le Comté d'Eu , de parens
peu favorisés de la Fortune , et qui
avoient le malheur , comme ceux de l'Amiral
Sore, d'être infectés, de l'héresie de
Calvin ; ce qui est assez particulier , vû le
peu de progrès que cette héresie avoit
fait dans le Comté d'Eu. Il y a apparen
ce que ce fût ce qui lui donna lieu de se
retirer à Dieppe où le Calvinisme étoit
plus en vogue. Il y apprit la Carte Marine
, se mit sur les vaisseaux et se rendit
capable d'être Pilote .
Aprés avoir exercé cette profession
pendant quelque temps , il passa en Sue -
de , où s'étant fait connoître , il obtint une
place de Pilote dans les vaisseaux de la
• Reine Christine. Comme cette Princesse
trouva à propos d'envoyer quelques
vaisseaux en France , il fut choisi préferablement
à d'autres pour les conduire
D iij parcequ'il
1068 MERCURE DE FRANCE
parcequ'il étoit François. S'étant distingué
dans cette occasion , il fut fait Capitaine
de vaisseau du Roy dans l'Armée
navale de France , où il se signala de maniere
, que le Roy Louis XIV. ne fit. pas
difficulté de l'envoyer en Suede avec une
Escadre pour y ménager des affaires qui
regardoient la Marine. Comme la France
étoit alors en guerre avec l'Espagne ,
Abraham Du Quesne ne pouvoit guére
éviter d'être attaqué par les vaisseaux
Espagnols qui tenoient la Mer , lesquels
d'ailleurs le surpassoient de beaucoup en
nombre. En effet , comme il revenoit en
France , il se donna un combat entre les
deux Flottes ; et quoique Du Quesne fit
des prodiges de valeur , il reçut une blessure
considerable , et fut fait Prisonnier.
Ayant été conduit à Dunkerque , il y
mourut peu aprés de sa blessure , l'an
1535. dans les sentimens de la Réligion
Prétendue Reformée.
,
Il ne me reste presentement qu'à parler
des deux freres Anguier , qui ont excellé
dans la Sculture , et qui ont primé de
nos jours dans ce bel Art. Ils naquirent
tous deux à Eu dans la Paroisse de S. Jean,
d'un pere menuisier. Nés tous deux pour
la Sculture , et le Dessein ; dès qu'ils commencerent
à faire usage de leur esprit ,
on
MAY. 1731 . 1069
on les vit s'occupper à faire de petites
figures de bois ou de pierre avec leurs coû
teaux , en quoy ils réussissoient passablement
bien , ce qui frappa un honnête
Bourgeois de la ville , et l'engagea à en
prendre soin par charité. Voyant enfin
qu'ils commençoient d'être en âge à pouvoir
travailler , et que le goût pour la
Sculture se fortifioit de plus en plus en
eux , il obtint d'un Jesuite qui alloit à
Paris , qu'il les y meneroit pour les placer
chez un Maître où ils pussent se perfectionner
, ce que ce Pere fit en effet.
A peine eurent-ils commencé à modeler
des figures , que le Maître s'apperçût
bientôt qu'ils iroient fort loin un
jour , s'ils continuoient de travailler. Il
le connût encore mieux , lorsqu'ils eurent
commencé à se servir du cizeau sur le
bois et sur la pierre. Après s'être ainsi
formés quelque tems à Paris , ils allerent
à Rome, afin qu'il ne leur manquât rien
pour se perfectionner dans leur Art .
Etant enfin de rétour à Paris , ils y acquirent
une telle réputation , qu'ils furent
employés pour les plus considerables morceaux
de Sculture ; tels que le grand Crucifix
de marbre qui tient lieu de Tableau
à l'Autel de l'Eglise de Sorbonne , tous
les ornemens et les bas- reliefs de la porte
D iiij
de
D070 MERCURE DE FRANCE
de S. Denis , et les deux figures de celle
de S. Antoine dans l'Eglise des Celestins
le Tombeau du Duc de Rohan , et l'Obelisque
du Duc de Longueville. Tous
les Ornemens de l'Autel de l'Eglise du
Val de grace , et sur le même Autel le
petit Jesus dans la Crèche , avec la Sainte
Vierge et S. Joseph , et quantité d'autres
ouvrages dont on peut voir le détail
dans la Déscription de Paris par Germain
Brice.
Enfin , aprés avoir si dignement employé
le talent que Dieu leur avoit donné ,
ils finirent leurs jours ; sçavoir , François
qui étoit l'ainé le 8. Août 1669. et Michel
le 11. Juillet 1686. Ils furent tous
deux inhumez dans la Nef de l'Eglise de
S. Roch leur Paroisse , sous une Tombe
de marbre blanc , sur laquelle fût gravée
I'Epitaphe suivante ,
Dans sa concavité ce funeste Tombeau
Tient les os renfermés de l'un et l'autre frere ;
Il leur étoit aisé d'en avoir un plus beau
Si de leurs propres mains ils l'eussent voulu faire
Mais il importe peu de loger noblement
Ce qu'aprés le trépas un corps laisse de reste
Et pourvûque ce Corps quittant le logement
L'Ame trouve le sien dans le séjour celeste..
perfonnes illustres originaires du Comté
d'En.
A
Prés avoir fait connoître les Personnes
originaires du Comté d'Eu qui
se sont distinguées par leurs sciences, ou
par leur pieté , je vais presentement parler
de celles qui par leur valeur , ou par
leur habileté dans les Arts , ont merité
d'être particulicrement estimées. Je commence
par Guillaume d'Eu , fils ainé d'Eustache
d'Eu ; Seigneur de la Chaussée ,
Chevalier
MAY. 1057 1731 .
1
Chevalier et Vicomte hereditaire du Comté
d'Eu , et d'Alix de Piquigni . Ce Seigneur
avoit pris naissance dans un Châ-
Iteau qui subsistoit alors au fauxbourg de
la chaussée d'Eu , dont on voit encore les
vestiges , et qui faisoit le chef- lieu et le domicile
ordinaire de cette ancienne et illustre
maison qui descend des premiers Comtes
d'Eu ; et parceque ce fief de la chaussée
d'Eu,quoique membre du Comté d'Eu
et de la Province de Normandie , est néanmoins
situé du côté de la Picardie , et du
Diocèse d'Amiens , les Historiens ont
donné quelquefois à ce Seigneur le nom
de brave et vaillant Picard .
Elevé d'une maniere conforme à sa naissance
, il ne fut pas plutôt en âge d'exercer
la profession des Armes , qu'il l'embrassa.
Il est vrai que l'Histoire * ne nous
a pas transmis tout ce que ce Seigneur a fait
de singulier et d'heroïque , où nous eussions
sans doute trouvé des preuves abondantes
de sa valeur : elle ne nous fournit
qu'une seule action ; mais qui , quoique
seule , est plus que suffisante pour justifier
quel étoit , l'excès de son courage.
C'est de la fameuse bataille de Nicopolis
en Bulgarie , donnée l'an 1396.
* Froiffart. T. IV. Ch. 72.
Nicopolis
to58 MERCURE DE FRANCE
dont je veux parler , le jeune Seigneur
ayant suivi en .... le Comte d'Eu Phillipe
d'Artois , Connétable de France .
On voit dans ce que l'Histoire rapporte
de cette bataille , que la trop grande
vivacité du Comte d'Eu , ayant engagé
mal à propos les troupes Françoises à marcher
indiscrettement vers l'armée ennemie
, sans être suivie de l'armée chrétienne
, elles se trouverent à l'instant envelopées
par soixante mille Turcs. Ce fût dans
cette funeste occasion que Guillaume d'Eu
fit connoître jusqu'où alloit son intrépidité
et sa valeur ; car les Historiens ont particulierement
remarqué que pendant l'horrible
massacre que les Turcs faisoient des
François , Guillaume d'Eu se fit jour deux
fois , l'épée à la main , au travers de cette
nombreuse armée ; ce qui lui donnoit , s'il
avoit voulu une entiere liberté de se tirer
du peril ; mais persuadé qu'il étoit indigne
pour lui de survivre à la perte du Corps
des
troupes Françoises , il aima mieux
retourner daus la mêlée , où il perit avec
les autres. ( a )
Je vais maintenant parler d'un autre
Seigneur du Comté d'Eu qui s'est rendu
fameux pour avoir été le premier qui a
(a) Froiff. ibid. Baudier, Hist . des Turcs L. 2 .
Ch. 1.
tenté
MAY. 1731 . 1059
tenté la découverte d'un nouveau Monde ;
et qui a ouvert un chemin pour passer dans
l'Amerique. Ce Seigneur est Jean de
Bethencourt, Baron deS. Martin leGaillard ,
au Comté d'Eu , lequel a commencé le
premier établissement qui s'est fait aux
ifles des Canaries . ( a ) Ces Ifles , à la verité
,avoient été connuës des Anciens sous
le nom des Ifles Fortunées ; et quelques
Avanturiers sétant hazardés d'y aborder
y avoient quelquefois réussi ; mais l'usage
de la Boussole n'étant pas encore connu,
peu avoient osé se hazarder à faire un
semblable voiage, Lorsqu'enfin la direction
de l'éguille aimantée vers le Nord fût découverte,
et l'usage qu'on en pouvoit faire
pour régler sa route sur Mer confirmé ;
Jean de Bethencourt fût le premier qui
entreprit de tenter par cette voye l'accès
de ces Ifles , qui étoient alors abandonnées.
Robert de Bracquemont son cousin y
donna lieu ; comme il avoit de l'inclination
pour les expeditions de Mer , il forma
le dessein d'aborder ces Isles, et de s'en
mettre en possession . C'est pourquoi il
obtint en 1401. du Roy de Castille Jean
II. la permission d'en faire la Conquête :
ce qui lui fût accordé en consideration des
services qu'il avoit rendus à ce Prince dans
(a) Jean de Verrier,Hist, des Canaries,
les
1060 MERCURE DE FRANCE
les guerres contre le Portugal . Mais soit
que dans la suite il eût prit son parti d’avancer
plutôt sa fortune en France , que
de l'aller chercher si loin , comme en effet
il y fût pourvû quelque tems aprés de la
qualité d'Amiral ; soit enfin qu'il voulût
donner la gloire de cette découverte à Jean
de Bethencourt son parent , et lui procurer
un établissement , il lui en donna la
commission , et lui ceda ses droits qui lui
furent confirmés par la Reine Catherine ,
veuve du Roy Jean II.
Le Baron de S. Martin aiant pris toutes
ses mesures pour son embarquement , mit
enfin à la voile dans l'été de l'année 1402 .
et aborda heureusement aux Canaries ,
dont il conquit d'abord quelques Isles .
Mais ne se trouvant pas assés fort pour
se rendre Maître des autres , il revint en
Espagne où il reçût des munitions et de
l'argent de Henry III . Roy de Castille ,
qui lui donna la souveraineté de ces Isles ,
à condition qu'il lui en feroit hommage ;
étant retourné il se saisit encore de quelques
unes , et en particulier de celle qui
se nomme Lancelote , où il fit bâtir un Fort.
Il y prit même la qualité de Roy : mais
étant mort peu de tems aprés , il y laissa
Y
pour surcesseur son neveu nommé Me-
Baut , avec la même qualité . Tout le monde
MAY. 1731. 1061
de convient que ce voyage est le premier
qui se soit fait avec ordre , et le plus loin
vers la ligne. Ce qui donna lieu ensuite aux
Portugais , et aux Castillans de hazarder
d'autres voyages de long cours ; comme
de doubler le cap de BonneEsperance pour
passer aux Indes , et de faire enfin la découverte
de l'Amerique.
Je ne doute pas que ceux qui ont par
la lecture quelque connoissance du fameux
armateur Jacques Sore dont je vais présentement
parler , ne soient surpris que je
lui donne place dans le rang des personnes
illustres qui sont sorties du Comté d'Eu
parceque la pluspart des Historiens qui
en parlent , le regardent comme un insigne
Pirate , et un veritable scelerat : mais
c'est justement ce qui doit m'y engager ;
car il ne paroît pas que les Historiens
` lui aient rendu la justice qui lui est duë.
Deux choses , il est vrai , ont contribué
à le rendre odieux de son vivant. La premiere,
parcequ'il étoit Calviniste , et protegé
des principaux Chefs de cette secte.
La seconde , en ce que s'étant un jour rendu
maître d'un Bâtiment Espagnol qui alloit
au Bresil , sur lequel étoient embarquez
des Jesuites qui y passoient pour annoncer
la foy , il les fit tous mourir et jetter ensuite
dans la mer,
J'avoije
ト
1062 MERCURE DE FRANCE
>
J'avoue que ce fût un malheur pour
Jacques Sore d'avoir vêcu dans l'héresie
dont les funestes sentimens ont pû contribuer
à l'animer contre les Jesuites : c'est
surquoy je ne prétend s pas le disculper ;
mais à cela près , il peut avoir eu d'ailleurs
de bonnes qualités naturelles , lesquelles
ont pû le mettre fort audessus du commun.
C'est aussi sous cet aspect que je
pretends le faire régarder,apuïé comme je
suis sur ce qu'en a pensé un excellent connoisseur
qui devoit bien sçavoir ce qu'il
étoit , puisqu'il vivoit de son tems , qu'il
étoit en place pour en juger , et qu'il
ne peut être soupçonné de lui avoir été
favorable par la conformité de réligion :
sçavoir Pierre Bourdeille , Abbé de Brantome
, connu sous ce dernier nom ; lequel
parlant par occasion dans ses Mémoires
de Jacques Sore , fait son éloge en´
deux mots , en disant qu'il avoit été un
des bons hommes de Mer qui fût de
son tems , ajoûtant même qui eût été
depuis. (a)
Jacques Sore étoit natif du village de
Floques , situé proche de la Mer à une
petite lieuë de la Ville d'Eu , il avoit
comme j'ai dit , cu le malheur d'être élevé
>
(a)Mem . de Brant. Eloge de M. de Mont-luc.
dans
ΜΑΥ. 1731. 1063
dans la secte de Calvin ; mais étant d'un
esprit vif , et hardi , né avec quelques
biens , voyant la guerre déclarée contre
la France et l'Angleterre lors du Siége
du Havre de grace en 1563. il prit le
parti d'armer une frégate pour aller en
course contre les ennemis de l'Etat , sur
lesquels il ne tarda pas à faire des prises
considerables , et à se rendre formidable
sur la mer. Mais la paix ayant été faite
plutôt qu'il ne le souhaittoit , il lui fallût
chercher un prétexte qui l'autorisat à continuer
une profession de son goût , et
où il se voioit en état d'avancer sa fortune.
Il le trouva , ce prétexte , dans son protecteur
le fameux Amiral de Châtillon
lequel non content de lui faire une pension
, lui procura des lettres de Jeanne
d'Albret , Reine de Navarre , par les
quelles elle l'établissoit Amiral de Navarre
, ce qui lui donnoit droit de courir
sur les vaisseaux Espagnols , comme il
fit en effet. Pour y mieux reüssir il prit
avec lui un autre Armateur nommé
Didacus d'Andrada , s'engageant de par
tager le butin. ( a )
Ce für alors qu'il donna vigoureusement
la chasse aux vaisseaux d'Espagne ,
(a) Flarim, de Raim. Hist, de l'Heresie. L.
5. p. 738.
D
of
1664 MERCURE DE FRANCE
·
et qu'il prit celui dont les Historiens
ont fait tant de bruit, Il est vrai que ce
bâtiment alloit au Bresil , et qu'il y por
toit des Jesuites destinés pour les Missions
du Pays , dont le Chef s'appelloit
Ignace , du nom du Fondateur de sa
Compagnie. Les Auteurs varient sur le
nombre , les uns disent qu'il y en avoit
douze , les autres trente- huit , d'autres
enfin quarante . N'importe , il est toûjours
certain que Jacques Sore prit ce bâtiment
l'an 1570. et qu'il fit mourir les
Jesuites , comme je l'ai dit plus haut,
( a ) Je sçay que tous les Auteurs crient
avec raison contre cette action pleine de
cruauté , et qu'ils la regardent comme
un effet de la haine de Jacques Sore
contre la Catholicité. Les anciens de ce
pays-cy rapportoient la chose d'une maniere
qui la rendoit un peu moins odieuse ;
sçavoir , que Jacques Sore n'en avoit
agi ainsi que par réprésailles , en ce que
les Espagnols aiant traité de la même
maniere un particulier qui lui appartenoit
, et qui étoit tombé entre leurs
mains , il crût d'ailleurs que les Jesuites
y avoient eu part. Mais cela ne sçauroit
jamais le disculper.
fc) Florim, de Raim, ibid, Hist. gener. d'Hora
griz, liv, 15,
Nôtre
MAY. 1731. 1065
Nôtre Amiral de Navarre fit , au rapport
de Brantôme , une autre prise qui
fit beaucoup de bruit pour le bien et
le mal qu'elle causa au parti Calviniste.
Ce fût un vaisseau Venitien , du port
de douze à treize cens tonneaux , qu'il
aborda , et qu'il prit en déçà du détroit
de Gibraltar , lequel faisoit voile vers
l'Angleterre. L'ayant conduit à la Rochelle
, les Calvinistes le firent passer
quelque tems aprés au Port de Broüage
dont ilsvouloient se rendre les maîtres . Če
qui en effet leue facilita la prise de cette
place , est que s'étant avisé de placer
de l'artillerie sur la hune de ce vaisseau
qu'il avoit extrémement large , ils
tuoient de-là à coup sûr tous ceux qui
se présentoient pour défendre la bréche ;
mais aiant malheureusement pour eux
laissé le vaisseau désarmé dans ce Port ,
et le Roy Charles IX . étant venu assiéger
peu de temps aprés la Rochelle
, il
ly fit repasser
; et l'ayant
fait couler à
fond à l'entrée
du Port , il fit placer dessus
une batterie
qui fit des merveilles
battre la Ville , et pour empêcher
le secours
d'y entrer.
,
pour
Enfin l'Amiral Sore , las d'une vie si
agitée , prit le parti d'abandonner la Marine
, et de se retirer au Comté d'Eu ,
Dij son
+
1066 MERCURE DE FRANCE
son pays , pour y finir le reste de ses
jours dans le repos , et encore mieux ,
si on en croit la tradition du même pays,
pour y rentrer dans le sein de l'Eglise .
On tient qu'il y est mort , et qu'il a été
inhumé comme Catholique dans l'Eglise
du Village de Floques , qui étoit, comme
j'ay dit , le lieu de sa naissance ; au
moins est- il certain , que c'est une insigne
calomnie ce qu'a avancé celui qui
à fait les Additions à l'Histoire de Portugal
par Jerôme Ozorius ( a ) ,sçavoir , que
le Capitaine Sore se retira dans sa patrie ,
pour y mourir comme enragé , écumant
sa mort comme un Sanglier , ce qui
n'a nulle vrai- semblance, puisque qui que
ce soit dans le pays n'a jamais entendu
parler de pareille chose , le tems n'en
étant pas si éloigné , moi- même m'étant
souvent entretenu des Avantures de Jacques
Sore avec ceux dont les Peres l'avoient
parfaitement connu , et dont les
proches parens avoient eû part à ses expeditions.
D'ailleurs les habitans de cette
ville ayant toûjours été fort opposés
au Calvinisme , et Jacques Sore étant
mort à leur porte , il n'est pas vrai- semblable
qu'une mort si tragique eût
échapé à leur connoissance , et à leur
mémoire ; ils n'auroient pas ignorés
(4) Liv. ag. ch. 3.
même
MAY. 1731. 1067
même , fameux comme il étoit , le lieu
profane où on l'auroit inhumé , s'il étoit
mort Calviniste .
Voici encore un autre Capitaine de
vaisseau , et depuis Chef d'Escadre , natifdu
Comté d'Eu , lequel a dû aussi son
élevation à la seule force de son génie
sçavoir,Abraham Du Quesne , Pere de l'illustre
Du Quesne , Géneral des Armées
Navales de France. Il naquit au Bourg
de Blangi, dans le Comté d'Eu , de parens
peu favorisés de la Fortune , et qui
avoient le malheur , comme ceux de l'Amiral
Sore, d'être infectés, de l'héresie de
Calvin ; ce qui est assez particulier , vû le
peu de progrès que cette héresie avoit
fait dans le Comté d'Eu. Il y a apparen
ce que ce fût ce qui lui donna lieu de se
retirer à Dieppe où le Calvinisme étoit
plus en vogue. Il y apprit la Carte Marine
, se mit sur les vaisseaux et se rendit
capable d'être Pilote .
Aprés avoir exercé cette profession
pendant quelque temps , il passa en Sue -
de , où s'étant fait connoître , il obtint une
place de Pilote dans les vaisseaux de la
• Reine Christine. Comme cette Princesse
trouva à propos d'envoyer quelques
vaisseaux en France , il fut choisi préferablement
à d'autres pour les conduire
D iij parcequ'il
1068 MERCURE DE FRANCE
parcequ'il étoit François. S'étant distingué
dans cette occasion , il fut fait Capitaine
de vaisseau du Roy dans l'Armée
navale de France , où il se signala de maniere
, que le Roy Louis XIV. ne fit. pas
difficulté de l'envoyer en Suede avec une
Escadre pour y ménager des affaires qui
regardoient la Marine. Comme la France
étoit alors en guerre avec l'Espagne ,
Abraham Du Quesne ne pouvoit guére
éviter d'être attaqué par les vaisseaux
Espagnols qui tenoient la Mer , lesquels
d'ailleurs le surpassoient de beaucoup en
nombre. En effet , comme il revenoit en
France , il se donna un combat entre les
deux Flottes ; et quoique Du Quesne fit
des prodiges de valeur , il reçut une blessure
considerable , et fut fait Prisonnier.
Ayant été conduit à Dunkerque , il y
mourut peu aprés de sa blessure , l'an
1535. dans les sentimens de la Réligion
Prétendue Reformée.
,
Il ne me reste presentement qu'à parler
des deux freres Anguier , qui ont excellé
dans la Sculture , et qui ont primé de
nos jours dans ce bel Art. Ils naquirent
tous deux à Eu dans la Paroisse de S. Jean,
d'un pere menuisier. Nés tous deux pour
la Sculture , et le Dessein ; dès qu'ils commencerent
à faire usage de leur esprit ,
on
MAY. 1731 . 1069
on les vit s'occupper à faire de petites
figures de bois ou de pierre avec leurs coû
teaux , en quoy ils réussissoient passablement
bien , ce qui frappa un honnête
Bourgeois de la ville , et l'engagea à en
prendre soin par charité. Voyant enfin
qu'ils commençoient d'être en âge à pouvoir
travailler , et que le goût pour la
Sculture se fortifioit de plus en plus en
eux , il obtint d'un Jesuite qui alloit à
Paris , qu'il les y meneroit pour les placer
chez un Maître où ils pussent se perfectionner
, ce que ce Pere fit en effet.
A peine eurent-ils commencé à modeler
des figures , que le Maître s'apperçût
bientôt qu'ils iroient fort loin un
jour , s'ils continuoient de travailler. Il
le connût encore mieux , lorsqu'ils eurent
commencé à se servir du cizeau sur le
bois et sur la pierre. Après s'être ainsi
formés quelque tems à Paris , ils allerent
à Rome, afin qu'il ne leur manquât rien
pour se perfectionner dans leur Art .
Etant enfin de rétour à Paris , ils y acquirent
une telle réputation , qu'ils furent
employés pour les plus considerables morceaux
de Sculture ; tels que le grand Crucifix
de marbre qui tient lieu de Tableau
à l'Autel de l'Eglise de Sorbonne , tous
les ornemens et les bas- reliefs de la porte
D iiij
de
D070 MERCURE DE FRANCE
de S. Denis , et les deux figures de celle
de S. Antoine dans l'Eglise des Celestins
le Tombeau du Duc de Rohan , et l'Obelisque
du Duc de Longueville. Tous
les Ornemens de l'Autel de l'Eglise du
Val de grace , et sur le même Autel le
petit Jesus dans la Crèche , avec la Sainte
Vierge et S. Joseph , et quantité d'autres
ouvrages dont on peut voir le détail
dans la Déscription de Paris par Germain
Brice.
Enfin , aprés avoir si dignement employé
le talent que Dieu leur avoit donné ,
ils finirent leurs jours ; sçavoir , François
qui étoit l'ainé le 8. Août 1669. et Michel
le 11. Juillet 1686. Ils furent tous
deux inhumez dans la Nef de l'Eglise de
S. Roch leur Paroisse , sous une Tombe
de marbre blanc , sur laquelle fût gravée
I'Epitaphe suivante ,
Dans sa concavité ce funeste Tombeau
Tient les os renfermés de l'un et l'autre frere ;
Il leur étoit aisé d'en avoir un plus beau
Si de leurs propres mains ils l'eussent voulu faire
Mais il importe peu de loger noblement
Ce qu'aprés le trépas un corps laisse de reste
Et pourvûque ce Corps quittant le logement
L'Ame trouve le sien dans le séjour celeste..
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Résumé : SUITE des Memoires historiques sur les personnes illustres originaires du Comté d'Eu.
Le texte met en lumière plusieurs personnalités marquantes originaires du Comté d'Eu, distinguées par leurs exploits militaires, leurs découvertes ou leurs talents artistiques. Guillaume d'Eu, fils aîné d'Eustache d'Eu, est un Chevalier et Vicomte héréditaire du Comté d'Eu. Né dans un château au faubourg de la Chaussée d'Eu, il est parfois surnommé 'brave et vaillant Picard'. Il a démontré son courage lors de la bataille de Nicopolis en 1396, où il a combattu avec intrépidité contre les Turcs. Jean de Bethencourt, Baron de Saint-Martin-le-Gaillard, est célèbre pour avoir été le premier à tenter la découverte d'un nouveau monde et à ouvrir un chemin vers l'Amérique. En 1402, il a conquis plusieurs îles des Canaries et a établi un fort sur l'île de Lancelote, se proclamant roi de ces îles. Jacques Sore, natif du village de Floques près d'Eu, est un armateur controversé. Calviniste et protégé des chefs de cette secte, il est connu pour ses actions de piraterie, notamment la capture d'un vaisseau espagnol transportant des Jésuites, qu'il a fait exécuter. Malgré ses actes de cruauté, certains historiens comme Pierre Bourdeille, Abbé de Brantôme, reconnaissent ses qualités naturelles et son habileté en mer. Sore a fini ses jours dans le Comté d'Eu, où il est inhumé comme catholique dans l'église de Floques. Abraham Du Quesne, né au Bourg de Blangi dans le Comté d'Eu, provenait d'une famille peu fortunée et calviniste. Il se rendit à Dieppe pour apprendre la carte marine et devint pilote. Après avoir servi en Suède, il fut nommé capitaine de vaisseau dans la marine française. Lors d'un combat contre les Espagnols, il fut blessé et capturé, mourant peu après à Dunkerque en 1535. Les frères Anguier, François et Michel, naquirent à Eu dans la paroisse de Saint-Jean, fils d'un menuisier. Dès leur jeune âge, ils montrèrent un talent pour la sculpture et furent pris en charge par un bourgeois qui les envoya à Paris pour se perfectionner. Après avoir étudié à Rome, ils acquirent une grande réputation à Paris, réalisant des œuvres notables comme le crucifix de l'église de la Sorbonne et divers ornements dans plusieurs églises parisiennes. François mourut le 8 août 1669 et Michel le 11 juillet 1686. Ils furent inhumés dans l'église de Saint-Roch.
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1693
p. 1089-1092
Bibliotheque Grammaticale, [titre d'après la table]
Début :
BIBLIOTHEQUE GRAMMATICALE, qui contient les Livres pour apprendre le Latin [...]
Mots clefs :
Bibliothèque grammaticale, Latin, Alphabet symbolique, Orthodoxie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bibliotheque Grammaticale, [titre d'après la table]
B contient les Livres pour apprendre le
IBLIOTHEQUE GRAMMATICALE , qui
Latin sans le secours d'aucun Maître . Par
M. de Vallange. A Paris , Quai des Augustins
, chez Antoine Gandouin , 1731 .
brochure de 24 pag. in - 12.
Les petits volumes énoncez dans ce
Titre , contiennent.
1. Alphabet symbolique , ou la dénomination
des Lettres , par des Figures natu →
relles , propres à divertir les enfans.
2. Usage de l'Oribolexie , ou l'Art qui
enseigne à lire le Latin par régles et par
principes.
3 Ortholexie Latine , ou l'Art qui en>
seigne à lirole Latin par régles et par principes.
4. Ortholexie Françoise ou l'Art qui
enseigne à lire le François , par régles et
par principes.
5. Ortholexie Latine , génerale et universelle
, qui comprend la Méthode qui
enseigne le Latin en peu de tems , sans le
E ij secours
1092 MERCURE DE FRANCE
XIV. du mois d'Avril 1669. mise en
Conférence avec les anciennes Ordonnances
, Edits , Déclarations , Arrêts
Réglemens et autres Jugemens rendus
sur le fait des Chasses , où l'on a joint les
Notes des meilleurs Auteurs , et de nouvelles
Remarques pour l'intelligence de
cette Jurisprudence . Nouvelle édition
augmentée. Chez les mêmes . 2 vol . in- 12 .
prix , 5 liv.
LES CURIOSITEZ DE PARIS , de Versailles
, de Marly , de Vincennes , de Saint
Cloud et des environs , avec les Antiquitez
justes et précises sur chaque sujet , et
les adresses pour trouver facilement tout
ce qu'ils renferment d'agréable et d'utile.
Ouvrage enrichi d'un grand nombre de
Figures en taille- douce. Chez les mêmes
3 vol. in- 12, prix , 9. liv.
IBLIOTHEQUE GRAMMATICALE , qui
Latin sans le secours d'aucun Maître . Par
M. de Vallange. A Paris , Quai des Augustins
, chez Antoine Gandouin , 1731 .
brochure de 24 pag. in - 12.
Les petits volumes énoncez dans ce
Titre , contiennent.
1. Alphabet symbolique , ou la dénomination
des Lettres , par des Figures natu →
relles , propres à divertir les enfans.
2. Usage de l'Oribolexie , ou l'Art qui
enseigne à lire le Latin par régles et par
principes.
3 Ortholexie Latine , ou l'Art qui en>
seigne à lirole Latin par régles et par principes.
4. Ortholexie Françoise ou l'Art qui
enseigne à lire le François , par régles et
par principes.
5. Ortholexie Latine , génerale et universelle
, qui comprend la Méthode qui
enseigne le Latin en peu de tems , sans le
E ij secours
1092 MERCURE DE FRANCE
XIV. du mois d'Avril 1669. mise en
Conférence avec les anciennes Ordonnances
, Edits , Déclarations , Arrêts
Réglemens et autres Jugemens rendus
sur le fait des Chasses , où l'on a joint les
Notes des meilleurs Auteurs , et de nouvelles
Remarques pour l'intelligence de
cette Jurisprudence . Nouvelle édition
augmentée. Chez les mêmes . 2 vol . in- 12 .
prix , 5 liv.
LES CURIOSITEZ DE PARIS , de Versailles
, de Marly , de Vincennes , de Saint
Cloud et des environs , avec les Antiquitez
justes et précises sur chaque sujet , et
les adresses pour trouver facilement tout
ce qu'ils renferment d'agréable et d'utile.
Ouvrage enrichi d'un grand nombre de
Figures en taille- douce. Chez les mêmes
3 vol. in- 12, prix , 9. liv.
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Résumé : Bibliotheque Grammaticale, [titre d'après la table]
Le document décrit deux ouvrages distincts. Le premier, 'Bibliothèque Grammaticale', est une brochure de 24 pages publiée en 1731 à Paris par Antoine Gandouin. Elle comprend plusieurs petits volumes pour l'apprentissage du latin et du français sans maître. Ces volumes incluent un alphabet symbolique avec des figures pour divertir les enfants, des méthodes pour lire le latin et le français par règles et principes, et une méthode générale pour apprendre le latin rapidement. Le second ouvrage est une nouvelle édition augmentée d'un texte juridique sur les chasses, publiée en avril 1669. Il compare les ordonnances, édits, déclarations, arrêts, règlements et jugements relatifs aux chasses, enrichis de notes d'auteurs et de remarques pour une meilleure compréhension. Le document mentionne également un ouvrage sur les curiosités de Paris, Versailles, Marly, Vincennes, Saint-Cloud et des environs, enrichi de figures et d'adresses pour trouver des informations agréables et utiles.
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1694
p. 1093-1098
Essay sur l'Esprit, &c. [titre d'après la table]
Début :
ESSAI SUR L'ESPRIT, ses divers caracteres et ses differentes opérations, divisé [...]
Mots clefs :
Esprit, Discours, Bel esprit, Fausseté, Talent, Sujet, Idées justes, Faux esprit, Esprit superficiel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essay sur l'Esprit, &c. [titre d'après la table]
ESSAI SUR L'ESPRIT , ses divers caracteres
et ses differentes opérations , divisé
en six Discours , &c . A Paris , chez Cailleau
, Place du Pont S. Michel , à côté du
Quai des Augustins , à S. André , 1731 .
Quelques personnes nous ayant priés
de donner une idée de cet Ouvrage , nous
n'avons pû le refuser. Il est divisé en six
Discours , comme le titre le porte. Le premier
Discours traite de la nature du veritable
Esprit. Le second , des causes de la
fausseté de l'Esprit. Le troisième , du bel
Esprit. Le quatrième , roule sur le bon
Esprit , consideré métaphysiquement. Le
cinquiéine , sur le bon Esprit , consideré
.comme vertu civile . Le sixième , enfin ,
traite de l'Esprit superficiel.
L'Auteur examinant dans le premier
Discours la nature du veritable Esprit ,
le prend dans le sens ordinaire de la conversation
, et le définit. Le talent de
pense
juste , et de s'exprimer de même. L'Auteur
trouve cette définition triomphante par sa
briéveté : deux mots l'expédient ; ce sont ses
termes par sa clarté ; car , dit-il , qui ne
sçait , au moins en géneral , ce que c'est
E iiij que
1094 MERCURE DE FRANCE
›
que penser juste? Le reste du Discours est
employé à prouver et à étendre la définition
de l'Esprit. L'Auteur tâche d'y prouver
d'abord qu'il est un talent. Ensuite
il définit ce que c'est que penser juste .
Penser , selon lui , c'est avoir des idées , des
Tableaux d'un Sujet. De là l'Auteur s'attache
à faire voir que la justesse de l'expression
est aussi nécessairement un car
ractere du veritable Esprit. L'ambiguité
ou l'obscurité avec laquelle on expose un
Sujet , est , comme il le remarque trèsbien
, une preuve certaine de la confusion
des pensées ; on trouve quelques
exemples de cette régle dans ces mêmes
Discours. Les expressions pour être justes
doivent être propres au Sujet que l'on traite ,.
vives , nobles , et élevées.
Dans le second Discours , l'Auteur définit
l'Esprit faux. C'est , dit -il , celui qui
a des idées opposées à l'essence de son Sujet.
Pour soutenir cette définition , il s'applique
à
prouver 1 ° . que nous avons plusieurs
idées d'une même chose : en second
lieu , que ces idées , que ces Tableaux ne
sont pas tous justes. Il entend par idées
justes celles qui embrassant leur sujet en entier
l'expriment parfaitement. Après quetques
écarts sur la Logique et là Rhetori
que , l'Auteur passe aux causes du faux
Esprit
MAY. 1731 .
1095
,
Esprit , qui sont , selon lui ,
,
selon lui , l'ignorance
La multiplicité des idées , la distraction , l'envie
de briller et de dire des choses que les autres
ne disent
pas
la contradiction , le préjugé
et le goût , enfin , l'authorité et l'exemple.
Le Lecteur remarquera qu'il y a
quelques-unes de ces causes du faux Esprit
qui en sont plutôt de veritables effets
, comme la distraction , l'envie de dire
des choses neuves , la contradiction . Nous
n'accorderons pas à cet Auteur que la
multiplicité des idées ou Tableaux d'un
même Sujet soit une cause du faux Esprit
: autrement , plus nous aurions d'idées
représentatives d'un objet , plus notre
esprit seroit susceptible de fausseté
ce qui est contre l'expérience et la raison
qui nous apprennent que la multiplicité
des Tableaux d'un même être ne sert qu'à
nous le representer plus parfaitement .
Mais ce qui est très - singulier , et que l'an
ne peut passer à l'Auteur , c'est qu'il apporte
ici pour cause du faux Esprit , ce
qu'il apporte dans le troisiéme Discours ,
comme un caractere du bel Esprit .
و
Pour définir ce que c'est que le bel Esprit
qui fait le sujet du troisiéme Discours
, l'Auteur examine ce que c'est que
nous appellons beau. Il le considere 1º.
en lui - même . 2 ° . Dans nos jugemens ,
+
E v 3
1096 MERCURE DE FRANCE
3. dans ses espéces. 4° . dans ses parties .
5 °. enfin dans ses degrez. Il applique ensuite
toutes ces notions du beau à l'Esprit
, et le regarde sous les mêmes points
de vûë. Delà il passe aux caracteres du
bel Esprit la netteté des idées , leur élévation
, leur multiplicité , ce qui est remarquable
, et leur étenduë ; le nombre et la
beauté des connoissances : enfin , Pintelligence
parfaite des Langues , et particulierement
de celle dans laquelle on parle on on
écrit.
:
que
Le quatriéme Discours roule sur le bon
Esprit consideré métaphysiquement , c'està-
dire , comme distingué seulement , et
non opposé au bel Esprit . L'Esprit regardé
de ce côté-là , est , dit l'Auteur , la
raison même la refléxion et l'étude ont
éclairée, et qui par- là juge sainement des objets
qui se présentent. Il examine sa définition
par parties , ce qui l'engage à faire
une digression sur les préjugez qu'il définit
ainsi. Les Préjugez sont des opinions
particulieres que nous avons sur les Sujets
qui se proposent , et qui ne sont appuyés que
sur des notions ou vagues on obscures , ou imparfaites
on fausses. Après avoir examiné
la cause des préjugez , qu'il dit être la paresse
dans les jugemens simples et absolus
, et la précipitation dans les jugemens
de
MAY. 1731. 1097
de comparaison , l'Auteur passe aux effets
des préjugez qu'il développe , et sur lesquels
il s'étend beaucoup . Il revient ensuite
au bon Esprit , dont il considere le
principe ou la cause , les productions et
les effets : enfin , les moyens qui servent
à l'entretenir et à l'étendre .
Le bon Esprit qui avoit été consideré
métaphysiquement dans le quatriéme
Discours , est regardé dans le cinquième
comme une vertu civile. Le bon Esprit
dit-il , est cette heureuse disposition , qui
dans toutes les occasions de la vie nous
fait prendre le parti de la sagesse et de la
raison. L'Auteur entre ensuite dans le détail
des avantages et des effets du bon Esprit
, soit dans la societé civile , soit dans
la societé domestique .
L'Esprit superficiel qui est la matiere
du dernier Discours , est , dit l'Auteur
celui qui n'ayant que les premieres idées d'un
Sujet , n'en embrasse, et n'en peut exprimer
que l'écorce . Le seul remede que l'on puisse
apporter pour se guérir de cet esprit
superficiel est le travail , qui entraîne avec
lui beaucoup de tems , et de difficultez ,
soit par la disposition de notre esprit , soit
par l'ignorance des qualitez du Sujet , sur
lequel l'esprit s'exerce , soit P'incertitude
du succès : mais il faut une applica-
E vj
par
tion
1098 MERCURE DE FRANCE
tion perseverante dans son travail , pour
ne pas perdre en un tems ce qu'on à acquis
avec peine dans un autre. L'Auteur
finit en proposant des moyens pour se
précautionner contre l'oubli de ce qu'on
a appris. Le stile de cet Ouvrage fait assez
connoître que l'Auteur est comme il
en avertit dans sa Préface ) d'un âge qui
ouvre naturellement une assez vaste carriere
aux refléxions et au travail.
et ses differentes opérations , divisé
en six Discours , &c . A Paris , chez Cailleau
, Place du Pont S. Michel , à côté du
Quai des Augustins , à S. André , 1731 .
Quelques personnes nous ayant priés
de donner une idée de cet Ouvrage , nous
n'avons pû le refuser. Il est divisé en six
Discours , comme le titre le porte. Le premier
Discours traite de la nature du veritable
Esprit. Le second , des causes de la
fausseté de l'Esprit. Le troisième , du bel
Esprit. Le quatrième , roule sur le bon
Esprit , consideré métaphysiquement. Le
cinquiéine , sur le bon Esprit , consideré
.comme vertu civile . Le sixième , enfin ,
traite de l'Esprit superficiel.
L'Auteur examinant dans le premier
Discours la nature du veritable Esprit ,
le prend dans le sens ordinaire de la conversation
, et le définit. Le talent de
pense
juste , et de s'exprimer de même. L'Auteur
trouve cette définition triomphante par sa
briéveté : deux mots l'expédient ; ce sont ses
termes par sa clarté ; car , dit-il , qui ne
sçait , au moins en géneral , ce que c'est
E iiij que
1094 MERCURE DE FRANCE
›
que penser juste? Le reste du Discours est
employé à prouver et à étendre la définition
de l'Esprit. L'Auteur tâche d'y prouver
d'abord qu'il est un talent. Ensuite
il définit ce que c'est que penser juste .
Penser , selon lui , c'est avoir des idées , des
Tableaux d'un Sujet. De là l'Auteur s'attache
à faire voir que la justesse de l'expression
est aussi nécessairement un car
ractere du veritable Esprit. L'ambiguité
ou l'obscurité avec laquelle on expose un
Sujet , est , comme il le remarque trèsbien
, une preuve certaine de la confusion
des pensées ; on trouve quelques
exemples de cette régle dans ces mêmes
Discours. Les expressions pour être justes
doivent être propres au Sujet que l'on traite ,.
vives , nobles , et élevées.
Dans le second Discours , l'Auteur définit
l'Esprit faux. C'est , dit -il , celui qui
a des idées opposées à l'essence de son Sujet.
Pour soutenir cette définition , il s'applique
à
prouver 1 ° . que nous avons plusieurs
idées d'une même chose : en second
lieu , que ces idées , que ces Tableaux ne
sont pas tous justes. Il entend par idées
justes celles qui embrassant leur sujet en entier
l'expriment parfaitement. Après quetques
écarts sur la Logique et là Rhetori
que , l'Auteur passe aux causes du faux
Esprit
MAY. 1731 .
1095
,
Esprit , qui sont , selon lui ,
,
selon lui , l'ignorance
La multiplicité des idées , la distraction , l'envie
de briller et de dire des choses que les autres
ne disent
pas
la contradiction , le préjugé
et le goût , enfin , l'authorité et l'exemple.
Le Lecteur remarquera qu'il y a
quelques-unes de ces causes du faux Esprit
qui en sont plutôt de veritables effets
, comme la distraction , l'envie de dire
des choses neuves , la contradiction . Nous
n'accorderons pas à cet Auteur que la
multiplicité des idées ou Tableaux d'un
même Sujet soit une cause du faux Esprit
: autrement , plus nous aurions d'idées
représentatives d'un objet , plus notre
esprit seroit susceptible de fausseté
ce qui est contre l'expérience et la raison
qui nous apprennent que la multiplicité
des Tableaux d'un même être ne sert qu'à
nous le representer plus parfaitement .
Mais ce qui est très - singulier , et que l'an
ne peut passer à l'Auteur , c'est qu'il apporte
ici pour cause du faux Esprit , ce
qu'il apporte dans le troisiéme Discours ,
comme un caractere du bel Esprit .
و
Pour définir ce que c'est que le bel Esprit
qui fait le sujet du troisiéme Discours
, l'Auteur examine ce que c'est que
nous appellons beau. Il le considere 1º.
en lui - même . 2 ° . Dans nos jugemens ,
+
E v 3
1096 MERCURE DE FRANCE
3. dans ses espéces. 4° . dans ses parties .
5 °. enfin dans ses degrez. Il applique ensuite
toutes ces notions du beau à l'Esprit
, et le regarde sous les mêmes points
de vûë. Delà il passe aux caracteres du
bel Esprit la netteté des idées , leur élévation
, leur multiplicité , ce qui est remarquable
, et leur étenduë ; le nombre et la
beauté des connoissances : enfin , Pintelligence
parfaite des Langues , et particulierement
de celle dans laquelle on parle on on
écrit.
:
que
Le quatriéme Discours roule sur le bon
Esprit consideré métaphysiquement , c'està-
dire , comme distingué seulement , et
non opposé au bel Esprit . L'Esprit regardé
de ce côté-là , est , dit l'Auteur , la
raison même la refléxion et l'étude ont
éclairée, et qui par- là juge sainement des objets
qui se présentent. Il examine sa définition
par parties , ce qui l'engage à faire
une digression sur les préjugez qu'il définit
ainsi. Les Préjugez sont des opinions
particulieres que nous avons sur les Sujets
qui se proposent , et qui ne sont appuyés que
sur des notions ou vagues on obscures , ou imparfaites
on fausses. Après avoir examiné
la cause des préjugez , qu'il dit être la paresse
dans les jugemens simples et absolus
, et la précipitation dans les jugemens
de
MAY. 1731. 1097
de comparaison , l'Auteur passe aux effets
des préjugez qu'il développe , et sur lesquels
il s'étend beaucoup . Il revient ensuite
au bon Esprit , dont il considere le
principe ou la cause , les productions et
les effets : enfin , les moyens qui servent
à l'entretenir et à l'étendre .
Le bon Esprit qui avoit été consideré
métaphysiquement dans le quatriéme
Discours , est regardé dans le cinquième
comme une vertu civile. Le bon Esprit
dit-il , est cette heureuse disposition , qui
dans toutes les occasions de la vie nous
fait prendre le parti de la sagesse et de la
raison. L'Auteur entre ensuite dans le détail
des avantages et des effets du bon Esprit
, soit dans la societé civile , soit dans
la societé domestique .
L'Esprit superficiel qui est la matiere
du dernier Discours , est , dit l'Auteur
celui qui n'ayant que les premieres idées d'un
Sujet , n'en embrasse, et n'en peut exprimer
que l'écorce . Le seul remede que l'on puisse
apporter pour se guérir de cet esprit
superficiel est le travail , qui entraîne avec
lui beaucoup de tems , et de difficultez ,
soit par la disposition de notre esprit , soit
par l'ignorance des qualitez du Sujet , sur
lequel l'esprit s'exerce , soit P'incertitude
du succès : mais il faut une applica-
E vj
par
tion
1098 MERCURE DE FRANCE
tion perseverante dans son travail , pour
ne pas perdre en un tems ce qu'on à acquis
avec peine dans un autre. L'Auteur
finit en proposant des moyens pour se
précautionner contre l'oubli de ce qu'on
a appris. Le stile de cet Ouvrage fait assez
connoître que l'Auteur est comme il
en avertit dans sa Préface ) d'un âge qui
ouvre naturellement une assez vaste carriere
aux refléxions et au travail.
Fermer
Résumé : Essay sur l'Esprit, &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Essai sur l'esprit, ses divers caractères et ses différentes opérations' est structuré en six discours. Le premier discours définit le véritable esprit comme la capacité de penser correctement et de s'exprimer de manière appropriée. Le second discours examine la fausseté de l'esprit, attribuée à des causes telles que l'ignorance, la distraction et le désir de briller. Le troisième discours explore le bel esprit, marqué par la netteté, l'élévation et la multiplicité des idées. Le quatrième discours considère le bon esprit du point de vue métaphysique, le décrivant comme une raison éclairée par la réflexion et l'étude. Le cinquième discours analyse le bon esprit en tant que vertu civile, promouvant la sagesse et la raison dans la vie quotidienne. Enfin, le sixième discours traite de l'esprit superficiel, qui ne saisit que les premières idées d'un sujet, et propose le travail persévérant comme antidote. L'auteur démontre, à travers son style, une maturité adaptée aux réflexions approfondies et au travail rigoureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1695
p. 1098-1109
Discours sur la Comedie, &c. [titre d'après la table]
Début :
DISCOURS SUR LA COMEDIE, ou Traité Historique et Dogmatique des Jeux de [...]
Mots clefs :
Comédie, Ecriture Sainte, Antiquité ecclésiastique, Jeux de théâtre, Préface, Théologien, Réfutation, Divertissements comiques, Scolastiques, Danse des pantomimes
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texteReconnaissance textuelle : Discours sur la Comedie, &c. [titre d'après la table]
DISCOURS SUR LA COMEDIE , ou Traité
Historique et Dogmatique des Jeux de
Théatre , et autres Divertissemens Comiques
, soufferts ou condamnez depuis le
premier siécle de l'Eglise jusqu'à présent ,
avec un Discours sur les Piéces de Théatre
tirées de l'Ecriture - Sainte . in- 12.
360. pages , sans les Préfaces et la Table
des Matieres. Seconde édition , augmentée
de plus de la moitié . Par le R. P. Le Brun ,
Prêtre de l'Oratoire . A Paris , chez la
veuve Delaune , rae S. Jacques , à l'Empereur
, 1731. in- 12 . de 360 pages , sans
P'Epitre , la Préface et les Tables.
Ĉer Ouvrage avoit déja paru anonime
en 1694. sous ce titre : Discours sur la Comédie
, où l'on voit la Réponse au Théologien
qui la défend , avec l'Histoire du Théatre
, et les sentimens des Docteurs de l'Eglise
MAY. 1731. 1099
se , depuis le premier siécle jusqu'à présent .
C'étoient deux Discours prononcez par
le P. le Brun , au Seminaire de S. Magloire
, le 26 Avril , le 3 et le 7 Mai 1694.
par ordre de M. De Harlay , Archevêque
de Paris , à l'occasion de la Lettre du
P. Caffaro , qui parût à la tête du Théatre
de M. Boursault. Mais quoique le Public
eut bien reçû l'Ouvrage du Pere le
Brun , ce sçavant homme , peu content
de cette ébauche,pensa dès -lors à le perfectionner.
A mesure qu'il étudioit l'Antiquité
Ecclesiastique , il ramassoit ce qui
avoit quelque rapport aux Jeux de Theatre.
C'est ce qui a produit le Traité qu'on
donne aujourd'hui , à l'exception du premier
Discours , où il y a peu d'additions ;
les autres peuvent passer pour entierement
nouveaux par les augmentations considérables
dont ils sont enrichis , l'Auteur
ayant recueilli avec soin ce qu'il a trouvé
depuis Auguste jusqu'à Justinien . L'Editeur
nous apprend qu'il a lui- même inseré
quelques faits que le P. le Brun avoit
oublié , et qu'il a extrait tout ce qui se
trouve contre les divertissemens Comi
dans le Recueil de Rituels et de Statuts
Synodaux , que M. De Launoy a laissé
aux P P. Minimes de la Place Royale.
Le troisiéme Discours , sur les Piéces de
ques
Théa
1100 MERCURE DE FRANCE
Théatre tirées de l'Ecriture , n'avoit point
paru dans la premiere édition , ayant été
prononcé un an après. Il ne contribuë pas
à enrichir celle ci . Donnons une idée
de chacune des parties de cet Ouvrage
en exposant le plan que l'Editeur a
peu
suivi.
>
Après une Préface où l'Editeur rend
compte de plusieurs circonstances nécessaires
à l'intelligence de cet Ouvrage , on
trouve la rétractation que le P. Caffaro
fît de sa Lettre en faveur de la Comédie .
et qu'il envoya à M. De Harlay , dattéc
du 11 Mai 1694. et imprimée à Paris
dans la même année . Comme cette Piéce
est peu connue , et que d'ailleurs l'Ouvrage
du P. Caffaro a fait beaucoup de
bruit , il paroissoit avantageux à la République
des Lettres , et à la mémoire de ce
Theologien , de faire connoître par cette
rétractation et ce désaveu , le mépris qu'il
faisoit lui-même de cet Ouvrage. Et c'est
ce que l'Editeur a fait en la donnant ici
enLatin et enFrançois . Il y a joint une Lettre
du P. le Brun du 20 Mai 1694. dans
laquelle il marque à un de ses amis le
peu d'empressement qu'il avoit à faire
imprimer ses Discours , et où il parle de
la rétractation du P. Caffaro comme d'u
ne Piéce qui le remplit de consolation .
A
M.A Y.
1731 . 1101
l'EA
la suite de cette Letrre est une seconde
Préface , où l'on examine s'il faut , ou
que l'on ferme les Théatres , ouou que
glise cesse de condamner ceux qui les fréquentent
; car tel a été le but du P. le
Brun dans ses Discours de justifier la conduite
de l'Eglise en excommuniant les
Comédiens , et en tolérant ceux qui assistent
aux Spectacles. On y représente le
Théatre comme l'Ecole de l'impureté , la
nourriture des passions , l'assemblage des
ruses du Démon pour les réveiller , où les
yeux sont environnez d'objets séducteurs , les
oreilles ouvertes à des discours souvent obscenes
et toujours prophanes , qui infectent le
coeur et l'esprit.
Cette Préface commence ainsi : Il paroît
bizarre , que dans un Etat Chrétien , on
prêche et on écrive contre la Comédie , qu'on
déclare excommuniez ceux qui font profession
de monter sur le Théatre , et qu'unefoule
de Chrétiens ne laissent pas de s'assembler
presque tous les jours pour applaudir à ces
Excommuniez , & c. Elle est suivie de deux
Discours. Dans le premier , le P. le Brun
s'attache plus particulierement à répondre
à la Lettre du Theologien , défenseur
de la Comédie. Nous souhaitterions que
les bornes d'un Extrait nous permissent
de rapporter ici quelques traits qui fassent
1102 MERCURE DE FRANCE
sent connoître la solidité de cette réfutation.
Nous renvoyons au Livre même , où
le Lecteur verra avec plaisir le Theologien
, défenseur de la Comédie , refuté
en plusieurs endroits par ses propres paroles.
Le second Discours a six parties . Les
trois premieres comprennent l'Histoire
des Jeux de Théatre et autres Divertissemens
Comiques , soufferts ou condamnez
depuis Auguste jusqu'à l'extinction de
l'idolâtrie , au commencement du sixiéme
siècle. La quatriéme comprend le jugement
que les Auteurs , tant sacrés que
profanes ont porté sur les Spectacles , depuis
Auguste jusqu'à Justinien . La cinquiéme
Partie reprend l'Histoire des Jeux
de Théatre à l'extinction de l'idolâtrie , et
la continue jusqu'à la naissance des Scolastiques
; et la derniere comprend l'Histoire
des Jeux de Théatre , depuis les Scholastiques
, c'est-à- dire , depuis le milieu
du XIII . siécle jusqu'à nous.
Le second Discours est suivi d'une Lettre
, où le P. le Brun répond à quelques
difficultez qu'on lui avoit proposées . On
trouve ensuite le troisiéme Discours que
le P. le Brun prononça à S. Magloire en
1695. à l'occasion de la Judith de M. Boyer
de l'Académie Françoise. Il y examine s'il
F
MAY, 1731
1103
y a lieu d'approuver que les Piéces de
Théatre soient tirées de l'Ecriture Sainte.
Ce Discours est divisé en deux parties.
Dans la premiere , le P. le Brun fait voir
que l'Ecriture ne peut paroître sur le
Théatre sans être défigurée et alterée considerablement.
La seconde est employée
à prouver , que quand on feroit quelque
Tragédie où l'Ecriture - Sainte seroit conservée
dans toute sa force et toute sa pureté
, le Théatre des Comédiens ne seroit
point le lieu de les représenter.
,
L'Editeur a placé après ce Discours un
Mandement de M. Fléchier , Evêque de
Nismes , contre les Spectacles , adressé
aux Fideles de son Diocèse le 8 Septembre
1758. On trouve à la fin une Table
Alphabétique des Matieres contenues dans
cer Ouvrage.
On ne peut témoigner à l'Editeur trop
de reconnoissance du soin qu'il a bien
voulu prendre de réunir et de ramasser
des morceaux si précieux. Il est certain
que nous n'avons point encote vû d'ouvrage
plus complet et plus curieux sur
cette matiere ; et on peut dire qu'il fait
honneur à son Auteur , et qu'il répond
parfaitement à la réputation qu'il s'est acquise
d'ailleurs. Nous ne pouvons nous
empêcher de dire en passant que le P. le
Brun
1104 MERCURE DE FRANCE
Brun a refuté par avance le Discours d'un
Auteur récent , défenseur de la Comédie ,
dont nous avons parlé le mois passé. Cet
Auteur qui s'étoit proposé de réfuter
M. le Prince de Conty , M. Bossuet et
M. Nicole , ne les a frappez par aucuns
endroits ; et on remarque qu'il n'a fait ,
pour ainsi dire , que réchauffer et étendre
les raisons du Théologien Apologiste du
Theatre .
L'Editeur avertit le Public dans sa
Préfice qu'il a réservé l'Eloge Historique
du P. le Brun pour un autre Ouvrage du
même Auteur , qui est actuellement sous
presse , et qui a pour titre : Traité du discernement
des effets naturels d'avec ceux qui
ne le sont pas , avec l'Histoire critique des
pratiques superstitieuses qui ont séduit les
Peuples , et qui embarrassent les Sçavans.
Il ajoute qu'outre des augmentations considerables
l'Auteur a refondu entierement
son Ouvrage , et l'a rendu plus . méthodique.
Mais nos Lecteurs ne seroient peut- être
pas contens , si après avoir piqué leur
curiosité sur ce que cet Ouvrage contient
de singulier et de recherché , nous n'entrions
dans quelque détail . Pour les satisfaire
nous allons donner un peu plus
d'étendue à cet Extrait.
›
Dans
>
MAY. 1731. 1105
Dans la premiere partie de l'Histoire
des Jeux de Théatre , l'Auteur remarque
qu'on en vît de très- superbes sous Auguste.
Ce grand Prince les aimoit avec passion
, dit-il , et surtout assûre qu'il ne
dissimuloit pas cette foiblesse. Il inventa
lui- même des Jeux. Pausanias rapporte
au Livre VIII. qu'Auguste fut l'Auteur
de la Danse des Pantomimes , et M. de
Pontac dans les Notes sur la Chronique
d'Eusebe , dit que c'étoit là les Jeux Augustaux
, Ludi Augustales. Cet Empereur
établit quelques Loix touchant les Spectacles.
Il défendit aux jeunes gens de l'un
et de l'autre sexe d'aller à ceux qui se faisoient
la nuit , à moins que de proches
parens âgez ne les y menassent , et il empêcha
que les femmes assistassent jamais
aux Jeux des Athlétes , parce qu'ils combattoient
ordinairement nuds.
A l'égard des Comédiens , il leur prescrivit
des régles , et leur laissa une liberté
dont il ne souffrit pas qu'ils abusassent.
Dès qu'il sçut qu'un Acteur , nommé Stephanion
, avoit pour serviteur une femme
déguisée en garçon , il le fit foüetter par
les trois Théatres de la Ville , et le bannit.
Il ne désaprouvoit pas qu'on siflat les
Acteurs , car il en bannit un de Rome et
de toute l'Italie , pour avoir osé montrer
au
1106 MERCURE DE FRANCE
au doigt un des Spectateurs qui le sifloit,
et on sifloit souvent pour une seule faute
contre la cadence ou contre la quantité.
Quoique Néron ne s'appliquât presque
jamais à mettre l'ordre en aucun endroit,
il se trouva pourtant obligé de chasser
d'Italie tous les Histrions,après leur avoir
donné trop de liberté; mais il voulut aller
lui-même faire le Comédien et le Chantre
dans plusieurs Villes de la Grece, pour
faire paroitre sa belle voix . Il commença
par Naples , qui étoit une Ville Grecque ;
et revenant à Rome , il voulut se montrer
au Théatre. Le Senat , pour éviter l'infamie
dont il s'alloit flétrir , s'il étoit vû sur
la Scene , lui décerna le prix de Musique,
et celui d'Eloquence avant le commencement
des Jeux ; mais Néron prétendoit
l'emporter par son merite , et non pas par
la faveur du Sénat . Il monta donc sur la
Scene , où il récita un Poëme , après quoi
il joüa de la Lyre , obéït à toutes les loix
du Theatre , comme de ne se reposer , de
ne cracher , ni se moucher durant toute
Paction , fléchit un genou et salua l'Assemblée
, en attendant la Sentence des
Juges . Le Peuple , et sur tout les Etrangers
rougirent pour lui d'une telle infamie.
Vespasien témoigna de l'horreur pour
les
MAY. 1731 . 1107
les Jeux des Gladiateurs. Il se plut à ceux
du Théatre , et de son tems les Pantomimes
étoient si fort à la mode , qu'on en
avoit aux funérailles , pour leur faire représenter
les actions de celui qu'on enterroit.
Domitien deffendit aux Danseurs et
Pantomimes de monter sur le Theatre.
Nerva les rétablit . Trajan les supprima
encore , mais on ne sçait pas s'ils furent
bannis des Théatres d'Orient ; on voit
seulement que cet Empereur fit bâtir un
Théatre à Antioche. Cette malheureuse
Ville , si passionnée pour les Spectacles ,
étoit souvent punie par les tremblemens
de terre qui la renversoient presque entierement.
Elle en souffrit un terrible sous
Trajan . En faisant rétablir la Ville , ce
Prince fit aussi rétablir les Théatres.
Adrien batit aussi un grand Théatre aurès
d'Antioche , à la Fontaine de Daphné.
Il avoit fait à cette Fontaine un grand Reservoir
d'eau, qu'on pouvoit voir du Théatre
; et il mit plusieurs Statues en l'honneur
des Naïades , c'est -à- dire des Nimphes
on Déesses de l'eau . Ce fut à ce Réservoir
que l'on s'avisa de faire nager des
femmes pour représenter les Naïades ; ce
que S. Chrysostome condamna avec tant
de zele et d'éloquence ,
HelioT108
MERCURE DE FRANCE
> Heliogabale fit lui - même le Comédien
et ne craignit pas de représenter des fables
avec des nuditez et des peintures deshonêtes
.Il honora les Comédiens, leur donna
des habits de soye , et en choisit un pour
être Prefet du Prétoire.
Alexandre Severe ôta aux Comédiens
les robes précieuses , et ne leur donna ni
or ni argent , mais tout au plus quelques
pieces de monnoye de cuivre. Ce Prince
ne souffrit jamais les divertissemens Sceniques
à sa table. Il aimoit pourtant les
Spectacles , mais sans y faire des largesses ;
il vouloit qu'on traitat toujours comme
des esclaves les Comédiens , et tous ceux
qui servoient aux plaisirs publics.
Les Comédiens eurent un puissant Protecteur
vers la fin du troisiéme siecle , dans
la personne de l'Empereur Carin , etc . Son
regne se distingua par la pompe avec laquelle
il celebra les Jeux Romains . Il y
avoit cent Joueurs de Flute qui s'accordoient
, autant de Sonneurs de Cors , cent
Chantres qui dansoient en même-tems
autant de personnes qui frapoient sur des
Cymbales ,mille Pantomimes et autant de
Luteurs . Le feu ayant pris à une toile
qu'il avoit fait tendre , consuma le Théatre,
que Diocletien fit ensuite rebâtir avec
plus de magnificence. Carin avoit fait venir
MAY. 1731. 1109
nir des Comédiens de tous côtés . Ceux qui
avoient travaillé aux décorations , les Luteurs
, les Histrions , et les Musiciens eurent
en present de l'or et de l'argent , et
des habits de soye .
Ce fut sous l'Empereur Maxime que
Gelasin , Comédien , fut martyrisé à Héliopolis
dans Phénicie . Il s'étoit jetté dans
un bain d'eau tiéde , pour tourner en ridicule
le Baptême des Chrétiens ; au sortir
du bain , il parut habillé de blanc. Alors
il refusa de faire le Comédien ; et adressant
la parole à tout le peuple , il s'écria
qu'il étoit Chrétien , qu'il avoit vu dans
ce bain la redoutable Majesté de Dieu , et
qu'il mourroit Chrétien . Tous les Spectateurs
saisis de fureur , monterent sur le
Théatre , et ayant pris Gelasin , ils le lapiderent.
Nous pourrons donner un second Extrait
de cet Ouvrage, pour ce qui regarde le Theatre
François.
Historique et Dogmatique des Jeux de
Théatre , et autres Divertissemens Comiques
, soufferts ou condamnez depuis le
premier siécle de l'Eglise jusqu'à présent ,
avec un Discours sur les Piéces de Théatre
tirées de l'Ecriture - Sainte . in- 12.
360. pages , sans les Préfaces et la Table
des Matieres. Seconde édition , augmentée
de plus de la moitié . Par le R. P. Le Brun ,
Prêtre de l'Oratoire . A Paris , chez la
veuve Delaune , rae S. Jacques , à l'Empereur
, 1731. in- 12 . de 360 pages , sans
P'Epitre , la Préface et les Tables.
Ĉer Ouvrage avoit déja paru anonime
en 1694. sous ce titre : Discours sur la Comédie
, où l'on voit la Réponse au Théologien
qui la défend , avec l'Histoire du Théatre
, et les sentimens des Docteurs de l'Eglise
MAY. 1731. 1099
se , depuis le premier siécle jusqu'à présent .
C'étoient deux Discours prononcez par
le P. le Brun , au Seminaire de S. Magloire
, le 26 Avril , le 3 et le 7 Mai 1694.
par ordre de M. De Harlay , Archevêque
de Paris , à l'occasion de la Lettre du
P. Caffaro , qui parût à la tête du Théatre
de M. Boursault. Mais quoique le Public
eut bien reçû l'Ouvrage du Pere le
Brun , ce sçavant homme , peu content
de cette ébauche,pensa dès -lors à le perfectionner.
A mesure qu'il étudioit l'Antiquité
Ecclesiastique , il ramassoit ce qui
avoit quelque rapport aux Jeux de Theatre.
C'est ce qui a produit le Traité qu'on
donne aujourd'hui , à l'exception du premier
Discours , où il y a peu d'additions ;
les autres peuvent passer pour entierement
nouveaux par les augmentations considérables
dont ils sont enrichis , l'Auteur
ayant recueilli avec soin ce qu'il a trouvé
depuis Auguste jusqu'à Justinien . L'Editeur
nous apprend qu'il a lui- même inseré
quelques faits que le P. le Brun avoit
oublié , et qu'il a extrait tout ce qui se
trouve contre les divertissemens Comi
dans le Recueil de Rituels et de Statuts
Synodaux , que M. De Launoy a laissé
aux P P. Minimes de la Place Royale.
Le troisiéme Discours , sur les Piéces de
ques
Théa
1100 MERCURE DE FRANCE
Théatre tirées de l'Ecriture , n'avoit point
paru dans la premiere édition , ayant été
prononcé un an après. Il ne contribuë pas
à enrichir celle ci . Donnons une idée
de chacune des parties de cet Ouvrage
en exposant le plan que l'Editeur a
peu
suivi.
>
Après une Préface où l'Editeur rend
compte de plusieurs circonstances nécessaires
à l'intelligence de cet Ouvrage , on
trouve la rétractation que le P. Caffaro
fît de sa Lettre en faveur de la Comédie .
et qu'il envoya à M. De Harlay , dattéc
du 11 Mai 1694. et imprimée à Paris
dans la même année . Comme cette Piéce
est peu connue , et que d'ailleurs l'Ouvrage
du P. Caffaro a fait beaucoup de
bruit , il paroissoit avantageux à la République
des Lettres , et à la mémoire de ce
Theologien , de faire connoître par cette
rétractation et ce désaveu , le mépris qu'il
faisoit lui-même de cet Ouvrage. Et c'est
ce que l'Editeur a fait en la donnant ici
enLatin et enFrançois . Il y a joint une Lettre
du P. le Brun du 20 Mai 1694. dans
laquelle il marque à un de ses amis le
peu d'empressement qu'il avoit à faire
imprimer ses Discours , et où il parle de
la rétractation du P. Caffaro comme d'u
ne Piéce qui le remplit de consolation .
A
M.A Y.
1731 . 1101
l'EA
la suite de cette Letrre est une seconde
Préface , où l'on examine s'il faut , ou
que l'on ferme les Théatres , ouou que
glise cesse de condamner ceux qui les fréquentent
; car tel a été le but du P. le
Brun dans ses Discours de justifier la conduite
de l'Eglise en excommuniant les
Comédiens , et en tolérant ceux qui assistent
aux Spectacles. On y représente le
Théatre comme l'Ecole de l'impureté , la
nourriture des passions , l'assemblage des
ruses du Démon pour les réveiller , où les
yeux sont environnez d'objets séducteurs , les
oreilles ouvertes à des discours souvent obscenes
et toujours prophanes , qui infectent le
coeur et l'esprit.
Cette Préface commence ainsi : Il paroît
bizarre , que dans un Etat Chrétien , on
prêche et on écrive contre la Comédie , qu'on
déclare excommuniez ceux qui font profession
de monter sur le Théatre , et qu'unefoule
de Chrétiens ne laissent pas de s'assembler
presque tous les jours pour applaudir à ces
Excommuniez , & c. Elle est suivie de deux
Discours. Dans le premier , le P. le Brun
s'attache plus particulierement à répondre
à la Lettre du Theologien , défenseur
de la Comédie. Nous souhaitterions que
les bornes d'un Extrait nous permissent
de rapporter ici quelques traits qui fassent
1102 MERCURE DE FRANCE
sent connoître la solidité de cette réfutation.
Nous renvoyons au Livre même , où
le Lecteur verra avec plaisir le Theologien
, défenseur de la Comédie , refuté
en plusieurs endroits par ses propres paroles.
Le second Discours a six parties . Les
trois premieres comprennent l'Histoire
des Jeux de Théatre et autres Divertissemens
Comiques , soufferts ou condamnez
depuis Auguste jusqu'à l'extinction de
l'idolâtrie , au commencement du sixiéme
siècle. La quatriéme comprend le jugement
que les Auteurs , tant sacrés que
profanes ont porté sur les Spectacles , depuis
Auguste jusqu'à Justinien . La cinquiéme
Partie reprend l'Histoire des Jeux
de Théatre à l'extinction de l'idolâtrie , et
la continue jusqu'à la naissance des Scolastiques
; et la derniere comprend l'Histoire
des Jeux de Théatre , depuis les Scholastiques
, c'est-à- dire , depuis le milieu
du XIII . siécle jusqu'à nous.
Le second Discours est suivi d'une Lettre
, où le P. le Brun répond à quelques
difficultez qu'on lui avoit proposées . On
trouve ensuite le troisiéme Discours que
le P. le Brun prononça à S. Magloire en
1695. à l'occasion de la Judith de M. Boyer
de l'Académie Françoise. Il y examine s'il
F
MAY, 1731
1103
y a lieu d'approuver que les Piéces de
Théatre soient tirées de l'Ecriture Sainte.
Ce Discours est divisé en deux parties.
Dans la premiere , le P. le Brun fait voir
que l'Ecriture ne peut paroître sur le
Théatre sans être défigurée et alterée considerablement.
La seconde est employée
à prouver , que quand on feroit quelque
Tragédie où l'Ecriture - Sainte seroit conservée
dans toute sa force et toute sa pureté
, le Théatre des Comédiens ne seroit
point le lieu de les représenter.
,
L'Editeur a placé après ce Discours un
Mandement de M. Fléchier , Evêque de
Nismes , contre les Spectacles , adressé
aux Fideles de son Diocèse le 8 Septembre
1758. On trouve à la fin une Table
Alphabétique des Matieres contenues dans
cer Ouvrage.
On ne peut témoigner à l'Editeur trop
de reconnoissance du soin qu'il a bien
voulu prendre de réunir et de ramasser
des morceaux si précieux. Il est certain
que nous n'avons point encote vû d'ouvrage
plus complet et plus curieux sur
cette matiere ; et on peut dire qu'il fait
honneur à son Auteur , et qu'il répond
parfaitement à la réputation qu'il s'est acquise
d'ailleurs. Nous ne pouvons nous
empêcher de dire en passant que le P. le
Brun
1104 MERCURE DE FRANCE
Brun a refuté par avance le Discours d'un
Auteur récent , défenseur de la Comédie ,
dont nous avons parlé le mois passé. Cet
Auteur qui s'étoit proposé de réfuter
M. le Prince de Conty , M. Bossuet et
M. Nicole , ne les a frappez par aucuns
endroits ; et on remarque qu'il n'a fait ,
pour ainsi dire , que réchauffer et étendre
les raisons du Théologien Apologiste du
Theatre .
L'Editeur avertit le Public dans sa
Préfice qu'il a réservé l'Eloge Historique
du P. le Brun pour un autre Ouvrage du
même Auteur , qui est actuellement sous
presse , et qui a pour titre : Traité du discernement
des effets naturels d'avec ceux qui
ne le sont pas , avec l'Histoire critique des
pratiques superstitieuses qui ont séduit les
Peuples , et qui embarrassent les Sçavans.
Il ajoute qu'outre des augmentations considerables
l'Auteur a refondu entierement
son Ouvrage , et l'a rendu plus . méthodique.
Mais nos Lecteurs ne seroient peut- être
pas contens , si après avoir piqué leur
curiosité sur ce que cet Ouvrage contient
de singulier et de recherché , nous n'entrions
dans quelque détail . Pour les satisfaire
nous allons donner un peu plus
d'étendue à cet Extrait.
›
Dans
>
MAY. 1731. 1105
Dans la premiere partie de l'Histoire
des Jeux de Théatre , l'Auteur remarque
qu'on en vît de très- superbes sous Auguste.
Ce grand Prince les aimoit avec passion
, dit-il , et surtout assûre qu'il ne
dissimuloit pas cette foiblesse. Il inventa
lui- même des Jeux. Pausanias rapporte
au Livre VIII. qu'Auguste fut l'Auteur
de la Danse des Pantomimes , et M. de
Pontac dans les Notes sur la Chronique
d'Eusebe , dit que c'étoit là les Jeux Augustaux
, Ludi Augustales. Cet Empereur
établit quelques Loix touchant les Spectacles.
Il défendit aux jeunes gens de l'un
et de l'autre sexe d'aller à ceux qui se faisoient
la nuit , à moins que de proches
parens âgez ne les y menassent , et il empêcha
que les femmes assistassent jamais
aux Jeux des Athlétes , parce qu'ils combattoient
ordinairement nuds.
A l'égard des Comédiens , il leur prescrivit
des régles , et leur laissa une liberté
dont il ne souffrit pas qu'ils abusassent.
Dès qu'il sçut qu'un Acteur , nommé Stephanion
, avoit pour serviteur une femme
déguisée en garçon , il le fit foüetter par
les trois Théatres de la Ville , et le bannit.
Il ne désaprouvoit pas qu'on siflat les
Acteurs , car il en bannit un de Rome et
de toute l'Italie , pour avoir osé montrer
au
1106 MERCURE DE FRANCE
au doigt un des Spectateurs qui le sifloit,
et on sifloit souvent pour une seule faute
contre la cadence ou contre la quantité.
Quoique Néron ne s'appliquât presque
jamais à mettre l'ordre en aucun endroit,
il se trouva pourtant obligé de chasser
d'Italie tous les Histrions,après leur avoir
donné trop de liberté; mais il voulut aller
lui-même faire le Comédien et le Chantre
dans plusieurs Villes de la Grece, pour
faire paroitre sa belle voix . Il commença
par Naples , qui étoit une Ville Grecque ;
et revenant à Rome , il voulut se montrer
au Théatre. Le Senat , pour éviter l'infamie
dont il s'alloit flétrir , s'il étoit vû sur
la Scene , lui décerna le prix de Musique,
et celui d'Eloquence avant le commencement
des Jeux ; mais Néron prétendoit
l'emporter par son merite , et non pas par
la faveur du Sénat . Il monta donc sur la
Scene , où il récita un Poëme , après quoi
il joüa de la Lyre , obéït à toutes les loix
du Theatre , comme de ne se reposer , de
ne cracher , ni se moucher durant toute
Paction , fléchit un genou et salua l'Assemblée
, en attendant la Sentence des
Juges . Le Peuple , et sur tout les Etrangers
rougirent pour lui d'une telle infamie.
Vespasien témoigna de l'horreur pour
les
MAY. 1731 . 1107
les Jeux des Gladiateurs. Il se plut à ceux
du Théatre , et de son tems les Pantomimes
étoient si fort à la mode , qu'on en
avoit aux funérailles , pour leur faire représenter
les actions de celui qu'on enterroit.
Domitien deffendit aux Danseurs et
Pantomimes de monter sur le Theatre.
Nerva les rétablit . Trajan les supprima
encore , mais on ne sçait pas s'ils furent
bannis des Théatres d'Orient ; on voit
seulement que cet Empereur fit bâtir un
Théatre à Antioche. Cette malheureuse
Ville , si passionnée pour les Spectacles ,
étoit souvent punie par les tremblemens
de terre qui la renversoient presque entierement.
Elle en souffrit un terrible sous
Trajan . En faisant rétablir la Ville , ce
Prince fit aussi rétablir les Théatres.
Adrien batit aussi un grand Théatre aurès
d'Antioche , à la Fontaine de Daphné.
Il avoit fait à cette Fontaine un grand Reservoir
d'eau, qu'on pouvoit voir du Théatre
; et il mit plusieurs Statues en l'honneur
des Naïades , c'est -à- dire des Nimphes
on Déesses de l'eau . Ce fut à ce Réservoir
que l'on s'avisa de faire nager des
femmes pour représenter les Naïades ; ce
que S. Chrysostome condamna avec tant
de zele et d'éloquence ,
HelioT108
MERCURE DE FRANCE
> Heliogabale fit lui - même le Comédien
et ne craignit pas de représenter des fables
avec des nuditez et des peintures deshonêtes
.Il honora les Comédiens, leur donna
des habits de soye , et en choisit un pour
être Prefet du Prétoire.
Alexandre Severe ôta aux Comédiens
les robes précieuses , et ne leur donna ni
or ni argent , mais tout au plus quelques
pieces de monnoye de cuivre. Ce Prince
ne souffrit jamais les divertissemens Sceniques
à sa table. Il aimoit pourtant les
Spectacles , mais sans y faire des largesses ;
il vouloit qu'on traitat toujours comme
des esclaves les Comédiens , et tous ceux
qui servoient aux plaisirs publics.
Les Comédiens eurent un puissant Protecteur
vers la fin du troisiéme siecle , dans
la personne de l'Empereur Carin , etc . Son
regne se distingua par la pompe avec laquelle
il celebra les Jeux Romains . Il y
avoit cent Joueurs de Flute qui s'accordoient
, autant de Sonneurs de Cors , cent
Chantres qui dansoient en même-tems
autant de personnes qui frapoient sur des
Cymbales ,mille Pantomimes et autant de
Luteurs . Le feu ayant pris à une toile
qu'il avoit fait tendre , consuma le Théatre,
que Diocletien fit ensuite rebâtir avec
plus de magnificence. Carin avoit fait venir
MAY. 1731. 1109
nir des Comédiens de tous côtés . Ceux qui
avoient travaillé aux décorations , les Luteurs
, les Histrions , et les Musiciens eurent
en present de l'or et de l'argent , et
des habits de soye .
Ce fut sous l'Empereur Maxime que
Gelasin , Comédien , fut martyrisé à Héliopolis
dans Phénicie . Il s'étoit jetté dans
un bain d'eau tiéde , pour tourner en ridicule
le Baptême des Chrétiens ; au sortir
du bain , il parut habillé de blanc. Alors
il refusa de faire le Comédien ; et adressant
la parole à tout le peuple , il s'écria
qu'il étoit Chrétien , qu'il avoit vu dans
ce bain la redoutable Majesté de Dieu , et
qu'il mourroit Chrétien . Tous les Spectateurs
saisis de fureur , monterent sur le
Théatre , et ayant pris Gelasin , ils le lapiderent.
Nous pourrons donner un second Extrait
de cet Ouvrage, pour ce qui regarde le Theatre
François.
Fermer
Résumé : Discours sur la Comedie, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente une œuvre intitulée 'Discours sur la Comédie, ou Traité Historique et Dogmatique des Jeux de Théâtre, et autres Divertissements Comiques', écrite par le Père Le Brun, prêtre de l'Oratoire. Publiée en 1731, cette seconde édition augmentée d'un ouvrage initialement paru anonymement en 1694, explore l'histoire et les jugements des jeux de théâtre depuis le premier siècle de l'Église jusqu'au XVIIIe siècle. Le livre, composé de 360 pages, est structuré en plusieurs parties : une préface, la rétractation du Père Caffaro, une lettre de Le Brun, et deux discours. En 1694, à la demande de l'archevêque de Paris, M. De Harlay, Le Brun a prononcé deux discours au Séminaire de Saint-Magloire en réponse à une lettre du Père Caffaro défendant la comédie. Insatisfait de cette première version, Le Brun a perfectionné son ouvrage en étudiant l'antiquité ecclésiastique et en recueillant des informations sur les jeux de théâtre depuis Auguste jusqu'à Justinien. L'éditeur a ajouté des faits oubliés par Le Brun et des extraits de recueils de rituels et de statuts synodaux. Le premier discours répond à la lettre d'un théologien défenseur de la comédie. Le second discours, en six parties, couvre l'histoire des jeux de théâtre depuis Auguste jusqu'au XVIIIe siècle, ainsi que les jugements des auteurs sacrés et profanes sur les spectacles. Un troisième discours, prononcé en 1695, examine l'opportunité de représenter des pièces de théâtre tirées de l'Écriture Sainte. Le texte mentionne également plusieurs empereurs romains et leurs relations avec les spectacles théâtraux, tels qu'Auguste, Néron, Vespasien, Domitien, Trajan, Adrien, Héliogabale, Alexandre Sévère, et Carin. Chaque empereur est décrit en fonction de son attitude envers les jeux de théâtre, allant de l'approbation à la répression. Par exemple, Carin avait fait venir des comédiens de divers endroits et leur avait offert des présents d'or, d'argent et des habits de soie. Sous l'empereur Maxime, le comédien Gelasin fut martyrisé à Héliopolis en Phénicie pour avoir affirmé sa foi chrétienne après une mise en scène moqueuse du baptême. Le texte se conclut par un mandement de l'évêque de Nîmes contre les spectacles et une table alphabétique des matières.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1696
p. 1109-1118
Alcibiade, Comédie, [titre d'après la table]
Début :
ALCIBIADE, Comédie en trois Actes, par M. Poisson. A Paris, chez Fr. le [...]
Mots clefs :
Comédie, Avertissement, Talents, Acteurs, Athènes, Voyageur, Phrygien, Scène
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Alcibiade, Comédie, [titre d'après la table]
ALCIBIADE , Comédie en trois Actes
, par M. Poisson . A Paris , chez Fr. le
Breton, au bout du Pont- Neuf, près la ruë de
Guenegaud , 1731. in 12. de 80 pages.
Cette Piece est tirée des Amours des
Grands Hommes de Madame de Ville-Dieu :
l'Auteur le dit dans un petit Avertissement,
1110 MERCURE DE FRANCE
ment , et il ajoute qu'il n'a cru en pouvoir
conserver les graces , qu'en conservant la simplicité
du Roman , et en mettant en vers les
pensées et souvent même la Prose de Madame
de Ville- Dieu . M. Poisson n'est pas
moins modeste , en parlant des applaudissemens
donnez à sa Picce. Je me ferois scrupule
, dit- il , d'en tirer aucun avantage ; je
sçai qu'ils ne sont dûs qu'aux beautez de l'original
, et aux talens des Acteurs qui l'ont
representée.
ACTEURS.
Alcibiade , Seigneur
Athénien . Le sieur Dufresne.
Socrate , Philosophe.
Le sieur
Quinault.
Mirto femme de Socrate. La De la Mothe.
Aglaunice, Astrologue.
La Dle Dubreuil.
Timandre , jeune Phrigienne.
La Die Dufresne.
Cephise , Confidente de
Timandre. La De Quinault.
Amicles , Confident
d'Alcibiade. Le sieur Poisson.
Esclaves.
LA SCENE est dans un Bois , près d'Athènes.
ACTE I.
Socrate demande d'abord des nouvelles
à
MA Y. 1731. IIII
à l'Astrologue Aglaunice , de Timandre ,
jeune Phrygienne , dont il est amoureux ;
il lui fait un mystere de cet amour qu'il
doit cacher , d'autant plus que Mirto sa
femme est encore en vie ; il lui fait entendre
que c'est un dépôt précieux qu'un de
ses meilleurs amis lui mit entre les mains
en expirant. Aglaunice lui dit qu'elle a
chargé une Esclave du soin de Timandre ;
elle ajoute que cette Esclave lui a paru
d'autant plus digne de sa confiance , que
son esprit est naturel et sans art . Socrate
témoigne qu'il approuve ce choix , par
ces deux Vers :
Vous avez fort bien fait ; une compagne habile
D'une fille souvent rend la garde inutile.
L'approche d'un voyageur inconnu, les
oblige à se retirer.
Amicles Esclave et Confident d'Alcibia
de , paroît seul ; il ne sçait que penser du
dessein d'Alcibiade , qu'un désir curieux
a porté à se travestir en Phrigien , pour
venir chercher dans ce bois une certaine
Timandre , dont on lui a vanté les appas.
Voici le portrait qu'il fait d'Alcibiade :
Il n'en démordra point , je connois son humeur,
Dans l'espoir de brûler d'une nouvelle ardeur ,
F Quel#
112 MERCURE DE FRANCE
Quelque soit une belle , en un mot , brune ou
blonde ,
Il iroit pour la voir, jusques au bout du monde
etc.
A ses bouillants transports , il ose tout permettre
;
Et parce qu'il est jeune et né pour commander ›
Ce n'est qu'à ses désirs qu'il croit qu'il faut ceder.
Alcibiade vient joindre Amicles ; il lui
explique le sujet de son expédition amoureuse
, qu'il attribue à une simple curiosité
de jeune homme ; il acheve de faire
son portrait, tel que l'Histoire l'a transmis
jusqu'à nous.Voici comment il s'explique:
D'ailleurs regarde- t- on le rang dans une belle ?
C'est la beauté qui frappe , et l'on fait tout pour
'elle.
L'amour dans les douceurs de sa félicité ,
N'a pas besoin du rang ni de la dignité ;
Qu'un tel objet soit né dans le plus simple étage,
Il est charmant , il plaît ; en faut-il davantage
Je puis te dire encore , pour mieux m'ouvrir à
toy ,
Qu'il n'est point de plaisir plus charmant , selon
moy ,
Que celui d'exciter dans un coeur jeune et tendre,
Ces premiers mouvemens qu'il ne sçauroit com
prendre ,
Ces
MAY. 1731. 1113
Ces désordres secrets , ces désirs inconnus
Par la crainte chassés , par l'amour reteaus ,
Et qui font attaquer avec plus de paissance ,
Toute cette pudeur que donne l'innocence,
L'approche de Socrate et de sa femme ,
oblige Alcibiade et Amicles à se retirer.
Mirto fait des reproches à Socrate qui
marquent cette humeur acariâtre, qui , au
rapport de l'Histoire ,a donné tant d'exercice
à la Philosophie de son Epoux . Elle
trouve fort mauvais qu'il prenne soin de
l'éducation d'une jeune fille , plus propre
à être sa Maîtresse que son Ecoliere. Socrate
se justifie autant qu'il lui est possible
; elle n'en est pas radoucie,et le quitte
brusquement , en lui disant :
J'en ai , pour mon malheur , des preuves trop
certaines ,
Et j'en vais de ce pas instruire tout Athénes.
Alcibiade aborde Socrate et l'embarasse
par sa présence ; il le raille pendant tout
Teur entretien , et le fait trembler au seul
nom de Timandre , qu'il prononce malicieusement.
Socrate quitte Alcibiade et
prétexte son départ sur ces deux vers :
Fij J'aime
114 MERCURE DE FRANCE
J'aimerais à rester dans ces endroits rustiques ,
Mais je dois satisfaire à mes leçons publiques .
Alcibiade ne démord point de sa poursuite
amoureuse , commeAmicles l'a prévu
dès le commencement de cet Acte , qu'il
termine par ces vers :
Cette Timandre est belle ; il n'en faut point dou
ter ;
Pour la voir , Amicles , je prétends tout tenter.
Dans Athénes rentrons sans tarder davanrage ;
Je ne veux point donner à Socrate d'ombrage ,
Et dans l'espoir flateur dont je suis agité ,
Sui-moi , je te dirai ce que j'ai projetté.
Timandre ouvre la Scene du second Acte
avec Cephise , qui n'est rien moins que
cet esprit sans art , dont Aglaunice a flatté
Socrate ; elle va d'abord au fait et propose
à Timandre pour premier coup d'essai ,
d'aller courir le monde pour y chercher
de jolis hommes ; elle demande à Timandre
si elle n'a jamais aimé. Timandre lui
confesse ingénûment , qu'elle a vû chez
Socrate un jeune Athénien qui lui parût
tres-aimable.
Aglaunice interrompt cette tendre conversation
,pour venir faire un superbe étar
Jage de son Astrologie; elle chasse Timandre
MAY. 1731 .
irrs
dre et Cephise comme des profanes.
La premiere vûë d'Alcibiade enflamme
Aglaunice comme il lui demande des
nouvelles de Timandre , qu'il dit n'avoir
jamais vûë ; Aglaunice pour profiter de
sa prévention , se donne elle - même pour
cette Timandre , qu'il cherche avec tant
d'ardeur ; Alcibiade étonné de trouver un
objet si défectueux et si contraire aux perfections
qu'on lui avoit fait attendre dans
la personne de Timandre , ne songe plus
qu'à s'en retourner à Athénes. Aglaunice
n'oublie rien pour le retenir ; elle lui
vante sa science. Alcibiade lui en demande
une preuve , et veut sçavoir d'elle ce
que fait actuellement un de ses amis , qui
s'appelle Alcibiade. Aglaunice, après avoir
consulté ses Ephémérides , lui dit hardiment
qu'Alcibiade est presentement en
rendez - vous avec la plus belle femme
d'Athénes. Alcibiade ne peut s'empêcher
d'éclater de rire , et se dispose à partir
pour Athénes.
Aglaunice surprise , lui dit :
Mais quoi vous n'avez donc rien à dire à Ti
mandre ?
Socrate lui répond :
Fiij Ah !
1116 MERCURE DE FRANCE.
Ah ! ma foy , non . Avant que m'offrir à ses yeux ,
Elle seule occupoit mon esprit en ces lieux ;
Et j'avois , il est vrai , cent choses à lui dire ;
Mais j'ai tout oublié , Madame , et me retire.
Aglaunice ne sçait que penser de la
brusque retraite d'Alcibiade , qu'elle ne
connoît point en core . Socrate vient lui
apprendre que c'est à Alcibiade même à
qui elle vient de parler. Aglaunice n'est
pas long- tems à se remettre de sa surprise.
Elle dit à Socrate qu'elle a prudemment
donné le change à Alcibiade , en lui faisant
accroire qu'elle étoit elle- même cette
Timandre qu'il cherchoit avec tant d'empressement.
Socrate s'étant retiré , Aglaunice refléchit
sur le mauvais accueil qu'Alcibiade
lui a fait ; mais elle ne désespere pas de
s'en faire aimer , fondée sur la profondeur
et l'infaillibilité de sa science.
Comme le dernier Acte est le plus chargé
d'action , nous avons crû qu'on nous
dispenseroit d'en donner un détail qui
grossiroit trop cet Extrait ; nous y supplérons
par une espece d'argument : le
voici de la maniere la plus succincte qu'il
nous a été possible.
Timandre apprend à Cephife que ce Cavalier
qu'elles viennent de voir, est ce même
MAY. 1731. Itty
à
me inconnu dont elle lui a parlé , et qui
lui est apparu autrefois avec tant d'avantage
chez Socrate.Cephise soupçonne que
c'est Alcibiade , parce qu'elle a entendu
plusieurs fois prononcer ce nom à Aglaunice,
d'une maniere à lui persuader qu'elle
en est amoureuse . Elle conseille à Timandre
de faire tenir un Billet de sa part
l'objet de son amour. Timandre n'y consent
pas ; mais la maniere dont la fin de
cette Scene est traitée , prépare les Spectateurs
aux effets que ce Billet produit quelque
temps après. En effet il est aporté à
Alcibiade , et mal reçu de lui, parce qu'il
le croit de la fausse Timandre , qui vient
de lui en envoyer un , dont il a fait fi peu
de cas qu'il l'a jetté par terre. Cephise
qui vient lui apporter le Billet de la veritable
, picquée du mauvais accueil qu'il
lui fait,lui répond d'une maniere à le faire
réfléchir ; il ne doute point que celle qui
s'est donnée pour Timandre ne lui en ait
imposé ; il est au désespoir d'avoir refusé
le second Billet. Il ordonne à Amicles de
se travestir , pour tâcher de donner à la
véritable Timandre un Billet qu'il va écrire,
pour lui faire entendre que le mauvais
accueil qu'il a fait à sa Messagere n'est
qu'un effet de son erreur . Ce projet s'exécute
; Amicles se déguise en Marchand
Fiiij Etran18
MERCURE DE FRANCE
•
Etranger. Timandre picquée contre Alcibiadé
, refuse avec fierté la lettre qu'A- micles
veut lui rendre de sa part. Alcibiade
impatient , arrive lui- même ; on s'éclaircit
: Il ne s'agit plus que d'amour d'une et
d'autre part. Socrate arrive ; il trouve Alcibiade
aux pieds de son aimable Ecoliere
; il en essuie quelques railleries qui
l'obligent à prendre son parti de bonne
grace. Aglaunice qui survient, ne soutient
pas cette aventure avec la même Philosophie.
Elle est convaincuë d'amour et d'imposture.
Alcibiade promet à Timandre de
lui faire un destin digne d'elle , par l'Hymen
qu'il lui propose et qu'elle accepte
avec beaucoup de plaisir. Socrate y consent,
et fait entendre qu'il a triomphé de
sa foiblesse.
, par M. Poisson . A Paris , chez Fr. le
Breton, au bout du Pont- Neuf, près la ruë de
Guenegaud , 1731. in 12. de 80 pages.
Cette Piece est tirée des Amours des
Grands Hommes de Madame de Ville-Dieu :
l'Auteur le dit dans un petit Avertissement,
1110 MERCURE DE FRANCE
ment , et il ajoute qu'il n'a cru en pouvoir
conserver les graces , qu'en conservant la simplicité
du Roman , et en mettant en vers les
pensées et souvent même la Prose de Madame
de Ville- Dieu . M. Poisson n'est pas
moins modeste , en parlant des applaudissemens
donnez à sa Picce. Je me ferois scrupule
, dit- il , d'en tirer aucun avantage ; je
sçai qu'ils ne sont dûs qu'aux beautez de l'original
, et aux talens des Acteurs qui l'ont
representée.
ACTEURS.
Alcibiade , Seigneur
Athénien . Le sieur Dufresne.
Socrate , Philosophe.
Le sieur
Quinault.
Mirto femme de Socrate. La De la Mothe.
Aglaunice, Astrologue.
La Dle Dubreuil.
Timandre , jeune Phrigienne.
La Die Dufresne.
Cephise , Confidente de
Timandre. La De Quinault.
Amicles , Confident
d'Alcibiade. Le sieur Poisson.
Esclaves.
LA SCENE est dans un Bois , près d'Athènes.
ACTE I.
Socrate demande d'abord des nouvelles
à
MA Y. 1731. IIII
à l'Astrologue Aglaunice , de Timandre ,
jeune Phrygienne , dont il est amoureux ;
il lui fait un mystere de cet amour qu'il
doit cacher , d'autant plus que Mirto sa
femme est encore en vie ; il lui fait entendre
que c'est un dépôt précieux qu'un de
ses meilleurs amis lui mit entre les mains
en expirant. Aglaunice lui dit qu'elle a
chargé une Esclave du soin de Timandre ;
elle ajoute que cette Esclave lui a paru
d'autant plus digne de sa confiance , que
son esprit est naturel et sans art . Socrate
témoigne qu'il approuve ce choix , par
ces deux Vers :
Vous avez fort bien fait ; une compagne habile
D'une fille souvent rend la garde inutile.
L'approche d'un voyageur inconnu, les
oblige à se retirer.
Amicles Esclave et Confident d'Alcibia
de , paroît seul ; il ne sçait que penser du
dessein d'Alcibiade , qu'un désir curieux
a porté à se travestir en Phrigien , pour
venir chercher dans ce bois une certaine
Timandre , dont on lui a vanté les appas.
Voici le portrait qu'il fait d'Alcibiade :
Il n'en démordra point , je connois son humeur,
Dans l'espoir de brûler d'une nouvelle ardeur ,
F Quel#
112 MERCURE DE FRANCE
Quelque soit une belle , en un mot , brune ou
blonde ,
Il iroit pour la voir, jusques au bout du monde
etc.
A ses bouillants transports , il ose tout permettre
;
Et parce qu'il est jeune et né pour commander ›
Ce n'est qu'à ses désirs qu'il croit qu'il faut ceder.
Alcibiade vient joindre Amicles ; il lui
explique le sujet de son expédition amoureuse
, qu'il attribue à une simple curiosité
de jeune homme ; il acheve de faire
son portrait, tel que l'Histoire l'a transmis
jusqu'à nous.Voici comment il s'explique:
D'ailleurs regarde- t- on le rang dans une belle ?
C'est la beauté qui frappe , et l'on fait tout pour
'elle.
L'amour dans les douceurs de sa félicité ,
N'a pas besoin du rang ni de la dignité ;
Qu'un tel objet soit né dans le plus simple étage,
Il est charmant , il plaît ; en faut-il davantage
Je puis te dire encore , pour mieux m'ouvrir à
toy ,
Qu'il n'est point de plaisir plus charmant , selon
moy ,
Que celui d'exciter dans un coeur jeune et tendre,
Ces premiers mouvemens qu'il ne sçauroit com
prendre ,
Ces
MAY. 1731. 1113
Ces désordres secrets , ces désirs inconnus
Par la crainte chassés , par l'amour reteaus ,
Et qui font attaquer avec plus de paissance ,
Toute cette pudeur que donne l'innocence,
L'approche de Socrate et de sa femme ,
oblige Alcibiade et Amicles à se retirer.
Mirto fait des reproches à Socrate qui
marquent cette humeur acariâtre, qui , au
rapport de l'Histoire ,a donné tant d'exercice
à la Philosophie de son Epoux . Elle
trouve fort mauvais qu'il prenne soin de
l'éducation d'une jeune fille , plus propre
à être sa Maîtresse que son Ecoliere. Socrate
se justifie autant qu'il lui est possible
; elle n'en est pas radoucie,et le quitte
brusquement , en lui disant :
J'en ai , pour mon malheur , des preuves trop
certaines ,
Et j'en vais de ce pas instruire tout Athénes.
Alcibiade aborde Socrate et l'embarasse
par sa présence ; il le raille pendant tout
Teur entretien , et le fait trembler au seul
nom de Timandre , qu'il prononce malicieusement.
Socrate quitte Alcibiade et
prétexte son départ sur ces deux vers :
Fij J'aime
114 MERCURE DE FRANCE
J'aimerais à rester dans ces endroits rustiques ,
Mais je dois satisfaire à mes leçons publiques .
Alcibiade ne démord point de sa poursuite
amoureuse , commeAmicles l'a prévu
dès le commencement de cet Acte , qu'il
termine par ces vers :
Cette Timandre est belle ; il n'en faut point dou
ter ;
Pour la voir , Amicles , je prétends tout tenter.
Dans Athénes rentrons sans tarder davanrage ;
Je ne veux point donner à Socrate d'ombrage ,
Et dans l'espoir flateur dont je suis agité ,
Sui-moi , je te dirai ce que j'ai projetté.
Timandre ouvre la Scene du second Acte
avec Cephise , qui n'est rien moins que
cet esprit sans art , dont Aglaunice a flatté
Socrate ; elle va d'abord au fait et propose
à Timandre pour premier coup d'essai ,
d'aller courir le monde pour y chercher
de jolis hommes ; elle demande à Timandre
si elle n'a jamais aimé. Timandre lui
confesse ingénûment , qu'elle a vû chez
Socrate un jeune Athénien qui lui parût
tres-aimable.
Aglaunice interrompt cette tendre conversation
,pour venir faire un superbe étar
Jage de son Astrologie; elle chasse Timandre
MAY. 1731 .
irrs
dre et Cephise comme des profanes.
La premiere vûë d'Alcibiade enflamme
Aglaunice comme il lui demande des
nouvelles de Timandre , qu'il dit n'avoir
jamais vûë ; Aglaunice pour profiter de
sa prévention , se donne elle - même pour
cette Timandre , qu'il cherche avec tant
d'ardeur ; Alcibiade étonné de trouver un
objet si défectueux et si contraire aux perfections
qu'on lui avoit fait attendre dans
la personne de Timandre , ne songe plus
qu'à s'en retourner à Athénes. Aglaunice
n'oublie rien pour le retenir ; elle lui
vante sa science. Alcibiade lui en demande
une preuve , et veut sçavoir d'elle ce
que fait actuellement un de ses amis , qui
s'appelle Alcibiade. Aglaunice, après avoir
consulté ses Ephémérides , lui dit hardiment
qu'Alcibiade est presentement en
rendez - vous avec la plus belle femme
d'Athénes. Alcibiade ne peut s'empêcher
d'éclater de rire , et se dispose à partir
pour Athénes.
Aglaunice surprise , lui dit :
Mais quoi vous n'avez donc rien à dire à Ti
mandre ?
Socrate lui répond :
Fiij Ah !
1116 MERCURE DE FRANCE.
Ah ! ma foy , non . Avant que m'offrir à ses yeux ,
Elle seule occupoit mon esprit en ces lieux ;
Et j'avois , il est vrai , cent choses à lui dire ;
Mais j'ai tout oublié , Madame , et me retire.
Aglaunice ne sçait que penser de la
brusque retraite d'Alcibiade , qu'elle ne
connoît point en core . Socrate vient lui
apprendre que c'est à Alcibiade même à
qui elle vient de parler. Aglaunice n'est
pas long- tems à se remettre de sa surprise.
Elle dit à Socrate qu'elle a prudemment
donné le change à Alcibiade , en lui faisant
accroire qu'elle étoit elle- même cette
Timandre qu'il cherchoit avec tant d'empressement.
Socrate s'étant retiré , Aglaunice refléchit
sur le mauvais accueil qu'Alcibiade
lui a fait ; mais elle ne désespere pas de
s'en faire aimer , fondée sur la profondeur
et l'infaillibilité de sa science.
Comme le dernier Acte est le plus chargé
d'action , nous avons crû qu'on nous
dispenseroit d'en donner un détail qui
grossiroit trop cet Extrait ; nous y supplérons
par une espece d'argument : le
voici de la maniere la plus succincte qu'il
nous a été possible.
Timandre apprend à Cephife que ce Cavalier
qu'elles viennent de voir, est ce même
MAY. 1731. Itty
à
me inconnu dont elle lui a parlé , et qui
lui est apparu autrefois avec tant d'avantage
chez Socrate.Cephise soupçonne que
c'est Alcibiade , parce qu'elle a entendu
plusieurs fois prononcer ce nom à Aglaunice,
d'une maniere à lui persuader qu'elle
en est amoureuse . Elle conseille à Timandre
de faire tenir un Billet de sa part
l'objet de son amour. Timandre n'y consent
pas ; mais la maniere dont la fin de
cette Scene est traitée , prépare les Spectateurs
aux effets que ce Billet produit quelque
temps après. En effet il est aporté à
Alcibiade , et mal reçu de lui, parce qu'il
le croit de la fausse Timandre , qui vient
de lui en envoyer un , dont il a fait fi peu
de cas qu'il l'a jetté par terre. Cephise
qui vient lui apporter le Billet de la veritable
, picquée du mauvais accueil qu'il
lui fait,lui répond d'une maniere à le faire
réfléchir ; il ne doute point que celle qui
s'est donnée pour Timandre ne lui en ait
imposé ; il est au désespoir d'avoir refusé
le second Billet. Il ordonne à Amicles de
se travestir , pour tâcher de donner à la
véritable Timandre un Billet qu'il va écrire,
pour lui faire entendre que le mauvais
accueil qu'il a fait à sa Messagere n'est
qu'un effet de son erreur . Ce projet s'exécute
; Amicles se déguise en Marchand
Fiiij Etran18
MERCURE DE FRANCE
•
Etranger. Timandre picquée contre Alcibiadé
, refuse avec fierté la lettre qu'A- micles
veut lui rendre de sa part. Alcibiade
impatient , arrive lui- même ; on s'éclaircit
: Il ne s'agit plus que d'amour d'une et
d'autre part. Socrate arrive ; il trouve Alcibiade
aux pieds de son aimable Ecoliere
; il en essuie quelques railleries qui
l'obligent à prendre son parti de bonne
grace. Aglaunice qui survient, ne soutient
pas cette aventure avec la même Philosophie.
Elle est convaincuë d'amour et d'imposture.
Alcibiade promet à Timandre de
lui faire un destin digne d'elle , par l'Hymen
qu'il lui propose et qu'elle accepte
avec beaucoup de plaisir. Socrate y consent,
et fait entendre qu'il a triomphé de
sa foiblesse.
Fermer
Résumé : Alcibiade, Comédie, [titre d'après la table]
La pièce 'Alcibiade' est une comédie en trois actes écrite par M. Poisson, publiée à Paris en 1731. L'auteur a adapté les 'Amours des Grands Hommes' de Madame de Ville-Dieu, conservant la simplicité du roman original et mettant en vers les pensées et la prose de l'œuvre source. M. Poisson attribue les applaudissements reçus aux beautés de l'original et aux talents des acteurs. L'intrigue se déroule dans un bois près d'Athènes et met en scène plusieurs personnages, dont Alcibiade, un seigneur athénien, Socrate, un philosophe, Mirto, femme de Socrate, Aglaunice, une astrologue, Timandre, une jeune Phrygienne, Cephise, confidente de Timandre, Amicles, confident d'Alcibiade, et des esclaves. Dans le premier acte, Socrate demande des nouvelles de Timandre à Aglaunice, cachant son amour pour elle. Amicles révèle la curiosité d'Alcibiade pour Timandre. Alcibiade explique son désir de voir Timandre, motivé par sa beauté. Mirto reproche à Socrate de s'occuper de l'éducation de Timandre. Alcibiade rencontre Socrate et le raille, mentionnant Timandre. Socrate quitte Alcibiade, prétextant ses leçons publiques. Alcibiade décide de poursuivre sa quête amoureuse. Dans le second acte, Timandre et Cephise discutent de leurs sentiments. Aglaunice interrompt leur conversation pour vanter son astrologie. Alcibiade arrive et demande des nouvelles de Timandre. Aglaunice se fait passer pour Timandre, mais Alcibiade, déçu, décide de partir. Aglaunice tente de le retenir en vantant sa science, mais Alcibiade demande des preuves et s'en va après avoir ri de la prédiction d'Aglaunice. Le troisième acte est résumé par un argument : Timandre apprend à Cephise que l'inconnu qu'elles ont vu est celui dont elle est amoureuse. Cephise soupçonne qu'il s'agit d'Alcibiade. Timandre refuse d'envoyer un billet à Alcibiade, mais Cephise le fait malgré tout. Alcibiade, croyant que le billet vient de la fausse Timandre, le rejette. Cephise le confronte, et Alcibiade réalise son erreur. Il envoie un billet à la véritable Timandre via Amicles, mais elle refuse la lettre. Alcibiade arrive et ils s'éclaircissent. Socrate les trouve et accepte leur union. Aglaunice est démasquée et Alcibiade promet à Timandre un destin digne d'elle par le mariage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1697
p. 118-1127
Mémoire sur la Carte de l'Empire d'Alexandre, [titre d'après la table]
Début :
M. Buache, Gendre de feu M. Delisle, premier Géographe du Roy, de l'Académie [...]
Mots clefs :
Mémoire, Géographe, Pays orientaux, Savant, Carte, Empire d'Alexandre, Méridien, Constantinople, Mer Caspienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mémoire sur la Carte de l'Empire d'Alexandre, [titre d'après la table]
M. Buache , Gendre de feu M. Delisle ,
premier Géographe du Roy , de l'Académie
Royale des Sciences , nommé par
l'Académie pour remplir la place d'Académicien
Géographe, créée par le Roy ,
lût à la derniere Assemblée publique de
cette Académie , un Mémoire sur la Carte
de l'Empire d'Alexandre , dressé par M.
Delisle son Beau- pere , pour l'usage de Sa
Majesté.
Il marqua en commençant que ce qui
l'avoit déterminé à choisir ce Mémoire
préférablement
MAY. 1731 . 1119
préférablement à plusieurs autres , c'étoit
non seulement l'importance des changements
faits à la Géographie des Pays.
Orientaux par M. Delisle , mais encore le
dessein qu'il avoit eu de rendre compte à
l'Académie des raisons de ces mêmes
changemens. M. Buache s'est , comme il
le dit , fait un devoir d'exécuter le projet
de son Beau-pere , duquel il remplit
la place , et de consacrer ses premiers travaux
à la gloire d'un homme, aux instructions
duquel il reconnût qu'il devoit tout
ce qu'il pouvoit sçavoir.
Quoique M. Delisle eût formé le dessein
de faire un Mémoire sur ce sujet,
comme il n'avoit encore rien écrit , M.
Buache a été obligé de rechercher dans les
Extraits et dans les Mémoires que ce sçavant
Géographe avoit laissés , quelles
avoient été les raisons sur lesquelles il s'étoit
déterminé.
Mais comme il y a dans la Géographie
un grand nombre de positions conjecturales
que l'on ne détermine presque que
par l'estime, par voye de tâtonnement , et
souvent même en mettant la derniere main
à la Carte , M.Delisle n'avoit rien écrit des
motifs qui l'avoient déterminé dans ces
occasions , et par là M. Buache n'avoit pas
trouvé tous les secours qu'il pouvoit espe
F v rer
1120 MERCURE DE FRANCE
rer dans les Mémoires de M. Delisle sur
cette partie de sa Carte qui étoit la plus
difficile , comme le sçavent ceux qui ont
quelque connoissance de la Géographie :
ainsi il a été obligé de se rapeller,et d'imaginer
quelquefois , pour ainsi dire , les.
raisons qui avoient déterminé M. Delisle
dans ces occasions.
Pour rendre plus sensibles les changements
faits par M. Delisle à la Géographie
des Pays Orientaux dans sa Carte de
l'Empire d'Alexandre , M. Buache avoit
dessiné le Plan de cet Empire suivant la
Carte de M. Moulard- Sanson , publiée en
1712 : et sur le même Plan il avoit marqué
les differents Pays,suivant le nouveau
systéme , par cette méthode déja employée
par M. Delisle , dans un mémoire lût à
l'Académie des Sciences en 1714. sur la
Carte d'Italie. On apperçoit d'un coupd'oeil
la différence des deux Cartes ; le
Meridien de Constantinople ou de Bysance
est commun à l'une et à l'autre ?
mais comme M. Moulard donnoit une
trop grande étendue aux differents pays ,.
les mêmes Provinces et les mêmes Villes
se trouvent placées deux fois avec des
longitudes differentes .
Supposant Constantinople à 26. degrés
30 minutes du Méridien de Paris , conformément
MAY. 1731. [ 121
formément aux observations , l'extré
mité de l'Epire , ou la côte de la Grece
se trouvera , selon M. Delisle, au 17. degré
de Paris , et selon M. Moulard au 14.
avec une difference de prés d'un sixième .
M. Moulard- Sanson plaçant avec Ptolomée
Constantinople au 43. degré de
latitude , et l'extrémité Méridionale du
Peloponése au 35. degré , donnoit à la
Grece 8. degrés , ' du Nord au Sud , par
les observations Constantinople étant au
41. dégrés 6. minutes , et l'Ile du Mile
à l'Orient du Cap Malée à 36. dégrés 41 .
minutes , l'intervale entre ces deux extremités
de la Grece n'est que de 4. degrés
25. minutes , ce qui fait une difference
de prés de moitié , entre la Carte de
M. Sanson et celle de M. Delisle , et une
difference de 2. degrés ou de so. lieuës
dans la latitude de Constantinople.
A mesure que l'on s'avance vers l'Orient
la différence se trouve encore plus
sensible , parceque les différences s'accu
mulants , la somme devient plus considerable.
On voit par l'inspection des deux
Cartes que la Mer Rouge sur le Plan de
M. Sanson se trouve marquée dans les
pays qui font la Terre Ferme d'Arabie
dans le Plan de M. Delisle que le Golphe
Persique est tout entier dans le Continent
F vj
de
1122 MERCURE DE FRANCE
de la Perse , et que la Mer des Indes, entre
Mascaté et Diou , occupe la place de
la Presqu'Isle de l'Inde . La Mer Caspienne
est de même toute entiere sur la Terreferme
de Tartarie . Il faut en dire autant
de la Mer Noire , qui couvre toute la
Circassie et toute la Géorgie .
Outre une Carte en très grand point ,
qui étoit exposée aux yeux de l'Assemblée ,
M. Buache en avoit fait graver une petite
qu'il distribua , et sur laquelle les marches
d'Alexandre étoient tracées. Comme l'objet
de M. Buache n'étoit point d'entrer
dans les discussions des Pays et Provinces
qui composoient les Frontieres et l'étenduë
de l'Empire d'Alexandre , il se contenta
d'indiquer les Pays où ce Prince
avoit borné ses Conquêtes. Il remarque
d'abord que , quoyqu'il eût porté ses
Armes jusques au Danube, il n'avoit point.
soumis les pays des Triballes au Midy de
ce Fleuve , il observa ensuite que l'Atique.
et le Peloponése n'obeissoient à Alexandre
que comme au Chef et au Général de.
la Nation Grecque , et non comme à leur
Souverain ; que Bysance et la Bythynie ,.
non plus que le Pont , l'Arménie , et
l'Atropatene ne furent point soumises par.
ce Prince. La Scytie au delà du Jaxartes .
conserva sa liberté , de même que les ;
Peuples
MAY. 1731. TF2F
Peuples de l'Hyrcanie , situés à la partie
Orientale de cette Mer. Les Peuples de
l'Arabie , ausquels Alexandre alloit déclarer
la Guerre lorsqu'il mourût , conserverent
leur liberté.
Les preuves rapportées par M. Buache
de la veritable position de ces differents
Pays , sont les Observations Astronomi
ques faites à Constantinople , à Smyrne ,
à Candie , à Rhodes , à Alexandrette et
à Alexandrie d'Egypte par les Astronomes
François , enfin celle qui fut faite par
le P. Grueber à Agra et à Dely sur le Gemené
, Riviere qui tombe dans le Gange
, et dont le résultat est conforme aux
diverses Observations faites à Goa , et en
differents lieux de la Presqu'Isle de l'Inde.
et par les Observateurs François et Anglois..
Comme ces observations donnent seu-
Tement la Position des extrémités de l'Em--
pire d'Alexandre , et que d'Alexandrie à
Agra nous n'avons aucunes observations .
modernes , M. Buache ayant remarqué
que M. Delisle s'étoit servi de celles des
Astronomes Orientaux , montra que ces .
observations étoient assés exactes , 1 ° ..
parcequ'elles mettent entre Antioche et
Lahor la même distance à peu prés que
celle qui résulte des observations modernes
entre Alexandrette voisine d'Antio--
che
# 124 MERCURE DE FRANCE
, che et l'extrémité Orientale de l'Inde
comme Guzurate, Goa, &c. 2º . Parceque
les mêmes observations s'accordent à peu
prés avec celles des Voyageurs éxacts pour
les latitudes et pour les distances Itineraires
des Villes de Perse .
Les Longitudes et les Latitudes de
Ptolomée qui sont celles que les Géographes
ont suivies jusqu'à M. Delisle
s'écartent également des observations
des Astronomes modernes , et de celles
que nous donnent les Orientaux ; suivant
les Géographes qui ont précédé M. Delisle
, les Frontieres Orientales de l'Empire
d'Alexandre seroient à 58. degrés
de Bysance , au lieu que suivant la Carte
de M. Delisle elles ne sont qu'à 48. degrés
, c'est une erreur de 10. degrés ou
de plus de 200. lieuës , dans laquelle ces
Géographes sont tombés .
M. Buache montra que les Positions:
résultantes de ces observations Orientales
et de celles des Voyageurs modernes comparées
avec les Itineraires , ayant donné à
M. Delisle le moyen de fixer les principales
Villes de la Perse , dont plusieurs
portent encore avec peu de changement.
les noms qu'elles avoient au tems d'Alexandre
; il passa ensuite à l'examen de la distance
de ces mêmes Villes , suivant les
marches
MAY. 1731. 1125
marches de l'Armée de ce Prince. Cette
partie de la Carte a demandé un plus
grand travail . Ces distances mésurées
éxactement par les Arpenteurs que ce
Prince menoit avec lui , sont exprimées
en stades , et si l'on avoit évalué ces stades
sur le pied de 5oo . au degré d'un
grand Cercle comme Ptolomée , ou même
sur le pied de 700. comme Eratostene
et Hipparque , on se seroit trouvé fort
loin de compte. M. Buache montra que
les stades des Arpenteurs d'Alexandre
étoient les mêmes que ceux des Astronomes
dont Aristote , Précepteur de ce Prince,
rapporte la mesure de la Terre , et qui
étoient de plus de onze cens au degré. 11
étoit naturel ,comme le remarque M. Buache
, que ce Prince dans le projet duquel
la Conquête du Monde entier étoit entrée
, se servit pour mésurer l'étendue de
ses Conquêtes des mêmes stades dans lesquels
on avoit déterminé de son tems la
mésure de la Terre , afin de connoître
où en étoit l'éxécution de son projet.
M. Delisle avoit déja fait quelque usage
de ces stades de onze cens au degré dans
son Mémoire sur la Carte de l'expédition
de Xenophon,qu'il a donnée dans les Mémoires
de l'Académie desSciences en 1721 .
mais M. Buache montra par des preuves
trés
L116 MERCURE DE FRANCE
trés fortes , que l'on ne pouvoit se dispenser
de reconnoître que c'étoit ceux dont
Ies Arpenteurs d'Alexandre s'étoient
servis.
Il fit voir que supposant des stades de
onze cens au degré , les routes d'Alexandre
se rapportent avec beaucoup de précision
aux Positions des Astronomes.
Orientaux , et à celles qui résultent des
distances Itineraires marquées par les Voyageurs
les plus exacts. Il observa de plas
que les marches forcées de ce Prince qui
supposoient que ces Troupes auroient
fait 54. lieues communes par jour , et
cela plusieurs jours de suite dans l'Hypothése
des Anciens , deviennent non - sculement
vrai -semblables dans l'Hypothése
des stades de onze cens au degré adopté.
par M. Delisle , mais se trouvent même
moins fortes que certaines marches extraordinaires
qui se sont faites de nos
jours. Il fit la même remarque au sujet
de la largeur de l'Hydaspe qu'Alexandre
passa en présence de l'Armée des Per
ses , et montra que cette largeur étant
diminuée de prés de moitié dans l'opinion
que M. Delisle avoit suivie , l'ac
tion d'Alexandre n'a plus rien qui passe
la vrai- semblance .
Il donna plusieurs autres preuves dont
le:
MAY . 1731 . 1127
le détail ne peut s'abréger , ni même se
retenir , et en . finissant sa dissertation
il parla d'une faute de Graveur qui s'est
glissée sur la Carte de la Mer Caspienne
en 2. feuilles , publiée par M. Delisle en
1722. Dans une Note sur cette Carte le
Méridien est marqué au 67. degré deLongitude
à l'Orient de Paris , au lieu de dire an
67. du premier Meridien et au 47. à l'Orient
de Paris. Cette méprise étoit facile à
corriger par toutes les autres Cartes de
M. Delisle antérieures et postérieures.
M. Buache se crût obligé de faire cette
Remarque , parceque dans le nouveau
Recueil des observations faites aux Indes
et à la Chine , publié en 1729. on
a relevé cette position d'Astracan comme
une erreur de M. Delisle ; et pour donner
l'éclaicissement au sujet de la longitude
d'Astracan , il rémarqua qu'elle étoit déterminée
sur une Eclipse observée à Astracan
par Burrough Anglois , et à Vranibourg
par Tycho le 15. Janvier 1580 .
و
La Carte de l'Empire et de l'Expedition
d'Alexandre , dressée par feu M. Delisle
pour l'usage du Roy , laquelle étoit l'objet du
Mémoire de M. Buache , paroîtra incessament
en une feuille et demi , et se trouvera
chez Madame Delisle , Veuve de l'Auteur ,
Quay de l'Horloge..
premier Géographe du Roy , de l'Académie
Royale des Sciences , nommé par
l'Académie pour remplir la place d'Académicien
Géographe, créée par le Roy ,
lût à la derniere Assemblée publique de
cette Académie , un Mémoire sur la Carte
de l'Empire d'Alexandre , dressé par M.
Delisle son Beau- pere , pour l'usage de Sa
Majesté.
Il marqua en commençant que ce qui
l'avoit déterminé à choisir ce Mémoire
préférablement
MAY. 1731 . 1119
préférablement à plusieurs autres , c'étoit
non seulement l'importance des changements
faits à la Géographie des Pays.
Orientaux par M. Delisle , mais encore le
dessein qu'il avoit eu de rendre compte à
l'Académie des raisons de ces mêmes
changemens. M. Buache s'est , comme il
le dit , fait un devoir d'exécuter le projet
de son Beau-pere , duquel il remplit
la place , et de consacrer ses premiers travaux
à la gloire d'un homme, aux instructions
duquel il reconnût qu'il devoit tout
ce qu'il pouvoit sçavoir.
Quoique M. Delisle eût formé le dessein
de faire un Mémoire sur ce sujet,
comme il n'avoit encore rien écrit , M.
Buache a été obligé de rechercher dans les
Extraits et dans les Mémoires que ce sçavant
Géographe avoit laissés , quelles
avoient été les raisons sur lesquelles il s'étoit
déterminé.
Mais comme il y a dans la Géographie
un grand nombre de positions conjecturales
que l'on ne détermine presque que
par l'estime, par voye de tâtonnement , et
souvent même en mettant la derniere main
à la Carte , M.Delisle n'avoit rien écrit des
motifs qui l'avoient déterminé dans ces
occasions , et par là M. Buache n'avoit pas
trouvé tous les secours qu'il pouvoit espe
F v rer
1120 MERCURE DE FRANCE
rer dans les Mémoires de M. Delisle sur
cette partie de sa Carte qui étoit la plus
difficile , comme le sçavent ceux qui ont
quelque connoissance de la Géographie :
ainsi il a été obligé de se rapeller,et d'imaginer
quelquefois , pour ainsi dire , les.
raisons qui avoient déterminé M. Delisle
dans ces occasions.
Pour rendre plus sensibles les changements
faits par M. Delisle à la Géographie
des Pays Orientaux dans sa Carte de
l'Empire d'Alexandre , M. Buache avoit
dessiné le Plan de cet Empire suivant la
Carte de M. Moulard- Sanson , publiée en
1712 : et sur le même Plan il avoit marqué
les differents Pays,suivant le nouveau
systéme , par cette méthode déja employée
par M. Delisle , dans un mémoire lût à
l'Académie des Sciences en 1714. sur la
Carte d'Italie. On apperçoit d'un coupd'oeil
la différence des deux Cartes ; le
Meridien de Constantinople ou de Bysance
est commun à l'une et à l'autre ?
mais comme M. Moulard donnoit une
trop grande étendue aux differents pays ,.
les mêmes Provinces et les mêmes Villes
se trouvent placées deux fois avec des
longitudes differentes .
Supposant Constantinople à 26. degrés
30 minutes du Méridien de Paris , conformément
MAY. 1731. [ 121
formément aux observations , l'extré
mité de l'Epire , ou la côte de la Grece
se trouvera , selon M. Delisle, au 17. degré
de Paris , et selon M. Moulard au 14.
avec une difference de prés d'un sixième .
M. Moulard- Sanson plaçant avec Ptolomée
Constantinople au 43. degré de
latitude , et l'extrémité Méridionale du
Peloponése au 35. degré , donnoit à la
Grece 8. degrés , ' du Nord au Sud , par
les observations Constantinople étant au
41. dégrés 6. minutes , et l'Ile du Mile
à l'Orient du Cap Malée à 36. dégrés 41 .
minutes , l'intervale entre ces deux extremités
de la Grece n'est que de 4. degrés
25. minutes , ce qui fait une difference
de prés de moitié , entre la Carte de
M. Sanson et celle de M. Delisle , et une
difference de 2. degrés ou de so. lieuës
dans la latitude de Constantinople.
A mesure que l'on s'avance vers l'Orient
la différence se trouve encore plus
sensible , parceque les différences s'accu
mulants , la somme devient plus considerable.
On voit par l'inspection des deux
Cartes que la Mer Rouge sur le Plan de
M. Sanson se trouve marquée dans les
pays qui font la Terre Ferme d'Arabie
dans le Plan de M. Delisle que le Golphe
Persique est tout entier dans le Continent
F vj
de
1122 MERCURE DE FRANCE
de la Perse , et que la Mer des Indes, entre
Mascaté et Diou , occupe la place de
la Presqu'Isle de l'Inde . La Mer Caspienne
est de même toute entiere sur la Terreferme
de Tartarie . Il faut en dire autant
de la Mer Noire , qui couvre toute la
Circassie et toute la Géorgie .
Outre une Carte en très grand point ,
qui étoit exposée aux yeux de l'Assemblée ,
M. Buache en avoit fait graver une petite
qu'il distribua , et sur laquelle les marches
d'Alexandre étoient tracées. Comme l'objet
de M. Buache n'étoit point d'entrer
dans les discussions des Pays et Provinces
qui composoient les Frontieres et l'étenduë
de l'Empire d'Alexandre , il se contenta
d'indiquer les Pays où ce Prince
avoit borné ses Conquêtes. Il remarque
d'abord que , quoyqu'il eût porté ses
Armes jusques au Danube, il n'avoit point.
soumis les pays des Triballes au Midy de
ce Fleuve , il observa ensuite que l'Atique.
et le Peloponése n'obeissoient à Alexandre
que comme au Chef et au Général de.
la Nation Grecque , et non comme à leur
Souverain ; que Bysance et la Bythynie ,.
non plus que le Pont , l'Arménie , et
l'Atropatene ne furent point soumises par.
ce Prince. La Scytie au delà du Jaxartes .
conserva sa liberté , de même que les ;
Peuples
MAY. 1731. TF2F
Peuples de l'Hyrcanie , situés à la partie
Orientale de cette Mer. Les Peuples de
l'Arabie , ausquels Alexandre alloit déclarer
la Guerre lorsqu'il mourût , conserverent
leur liberté.
Les preuves rapportées par M. Buache
de la veritable position de ces differents
Pays , sont les Observations Astronomi
ques faites à Constantinople , à Smyrne ,
à Candie , à Rhodes , à Alexandrette et
à Alexandrie d'Egypte par les Astronomes
François , enfin celle qui fut faite par
le P. Grueber à Agra et à Dely sur le Gemené
, Riviere qui tombe dans le Gange
, et dont le résultat est conforme aux
diverses Observations faites à Goa , et en
differents lieux de la Presqu'Isle de l'Inde.
et par les Observateurs François et Anglois..
Comme ces observations donnent seu-
Tement la Position des extrémités de l'Em--
pire d'Alexandre , et que d'Alexandrie à
Agra nous n'avons aucunes observations .
modernes , M. Buache ayant remarqué
que M. Delisle s'étoit servi de celles des
Astronomes Orientaux , montra que ces .
observations étoient assés exactes , 1 ° ..
parcequ'elles mettent entre Antioche et
Lahor la même distance à peu prés que
celle qui résulte des observations modernes
entre Alexandrette voisine d'Antio--
che
# 124 MERCURE DE FRANCE
, che et l'extrémité Orientale de l'Inde
comme Guzurate, Goa, &c. 2º . Parceque
les mêmes observations s'accordent à peu
prés avec celles des Voyageurs éxacts pour
les latitudes et pour les distances Itineraires
des Villes de Perse .
Les Longitudes et les Latitudes de
Ptolomée qui sont celles que les Géographes
ont suivies jusqu'à M. Delisle
s'écartent également des observations
des Astronomes modernes , et de celles
que nous donnent les Orientaux ; suivant
les Géographes qui ont précédé M. Delisle
, les Frontieres Orientales de l'Empire
d'Alexandre seroient à 58. degrés
de Bysance , au lieu que suivant la Carte
de M. Delisle elles ne sont qu'à 48. degrés
, c'est une erreur de 10. degrés ou
de plus de 200. lieuës , dans laquelle ces
Géographes sont tombés .
M. Buache montra que les Positions:
résultantes de ces observations Orientales
et de celles des Voyageurs modernes comparées
avec les Itineraires , ayant donné à
M. Delisle le moyen de fixer les principales
Villes de la Perse , dont plusieurs
portent encore avec peu de changement.
les noms qu'elles avoient au tems d'Alexandre
; il passa ensuite à l'examen de la distance
de ces mêmes Villes , suivant les
marches
MAY. 1731. 1125
marches de l'Armée de ce Prince. Cette
partie de la Carte a demandé un plus
grand travail . Ces distances mésurées
éxactement par les Arpenteurs que ce
Prince menoit avec lui , sont exprimées
en stades , et si l'on avoit évalué ces stades
sur le pied de 5oo . au degré d'un
grand Cercle comme Ptolomée , ou même
sur le pied de 700. comme Eratostene
et Hipparque , on se seroit trouvé fort
loin de compte. M. Buache montra que
les stades des Arpenteurs d'Alexandre
étoient les mêmes que ceux des Astronomes
dont Aristote , Précepteur de ce Prince,
rapporte la mesure de la Terre , et qui
étoient de plus de onze cens au degré. 11
étoit naturel ,comme le remarque M. Buache
, que ce Prince dans le projet duquel
la Conquête du Monde entier étoit entrée
, se servit pour mésurer l'étendue de
ses Conquêtes des mêmes stades dans lesquels
on avoit déterminé de son tems la
mésure de la Terre , afin de connoître
où en étoit l'éxécution de son projet.
M. Delisle avoit déja fait quelque usage
de ces stades de onze cens au degré dans
son Mémoire sur la Carte de l'expédition
de Xenophon,qu'il a donnée dans les Mémoires
de l'Académie desSciences en 1721 .
mais M. Buache montra par des preuves
trés
L116 MERCURE DE FRANCE
trés fortes , que l'on ne pouvoit se dispenser
de reconnoître que c'étoit ceux dont
Ies Arpenteurs d'Alexandre s'étoient
servis.
Il fit voir que supposant des stades de
onze cens au degré , les routes d'Alexandre
se rapportent avec beaucoup de précision
aux Positions des Astronomes.
Orientaux , et à celles qui résultent des
distances Itineraires marquées par les Voyageurs
les plus exacts. Il observa de plas
que les marches forcées de ce Prince qui
supposoient que ces Troupes auroient
fait 54. lieues communes par jour , et
cela plusieurs jours de suite dans l'Hypothése
des Anciens , deviennent non - sculement
vrai -semblables dans l'Hypothése
des stades de onze cens au degré adopté.
par M. Delisle , mais se trouvent même
moins fortes que certaines marches extraordinaires
qui se sont faites de nos
jours. Il fit la même remarque au sujet
de la largeur de l'Hydaspe qu'Alexandre
passa en présence de l'Armée des Per
ses , et montra que cette largeur étant
diminuée de prés de moitié dans l'opinion
que M. Delisle avoit suivie , l'ac
tion d'Alexandre n'a plus rien qui passe
la vrai- semblance .
Il donna plusieurs autres preuves dont
le:
MAY . 1731 . 1127
le détail ne peut s'abréger , ni même se
retenir , et en . finissant sa dissertation
il parla d'une faute de Graveur qui s'est
glissée sur la Carte de la Mer Caspienne
en 2. feuilles , publiée par M. Delisle en
1722. Dans une Note sur cette Carte le
Méridien est marqué au 67. degré deLongitude
à l'Orient de Paris , au lieu de dire an
67. du premier Meridien et au 47. à l'Orient
de Paris. Cette méprise étoit facile à
corriger par toutes les autres Cartes de
M. Delisle antérieures et postérieures.
M. Buache se crût obligé de faire cette
Remarque , parceque dans le nouveau
Recueil des observations faites aux Indes
et à la Chine , publié en 1729. on
a relevé cette position d'Astracan comme
une erreur de M. Delisle ; et pour donner
l'éclaicissement au sujet de la longitude
d'Astracan , il rémarqua qu'elle étoit déterminée
sur une Eclipse observée à Astracan
par Burrough Anglois , et à Vranibourg
par Tycho le 15. Janvier 1580 .
و
La Carte de l'Empire et de l'Expedition
d'Alexandre , dressée par feu M. Delisle
pour l'usage du Roy , laquelle étoit l'objet du
Mémoire de M. Buache , paroîtra incessament
en une feuille et demi , et se trouvera
chez Madame Delisle , Veuve de l'Auteur ,
Quay de l'Horloge..
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Résumé : Mémoire sur la Carte de l'Empire d'Alexandre, [titre d'après la table]
M. Buache, gendre de feu M. Delisle, premier Géographe du Roy et membre de l'Académie Royale des Sciences, a présenté un mémoire sur la carte de l'Empire d'Alexandre, réalisée par son beau-père pour le roi. Ce mémoire visait à souligner l'importance des modifications apportées par M. Delisle à la géographie des pays orientaux et à expliquer les raisons de ces changements. M. Buache a dû reconstituer les motivations de M. Delisle à partir de ses extraits et mémoires, car ce dernier n'avait rien écrit à ce sujet. Il a également dû imaginer certaines raisons, car la géographie comporte de nombreuses positions conjecturales. Pour illustrer les changements, M. Buache a comparé la carte de M. Delisle avec celle de M. Moulard-Sanson, publiée en 1712. Il a montré que M. Moulard donnait une trop grande étendue aux pays, plaçant les mêmes provinces et villes à des longitudes différentes. M. Buache a également corrigé les erreurs de latitude et de longitude, notamment pour Constantinople et l'extrémité méridionale du Péloponnèse. La carte de M. Delisle corrigeait plusieurs erreurs, comme la position de la mer Rouge, du golfe Persique, de la mer des Indes, de la mer Caspienne et de la mer Noire. M. Buache a distribué une petite carte gravée montrant les marches d'Alexandre et a indiqué les pays conquis par ce dernier, tout en précisant que certains territoires, comme la Scythie et l'Arabie, n'étaient pas soumis à Alexandre. Les preuves de M. Buache reposent sur des observations astronomiques faites par des astronomes français et orientaux. Il a également comparé les distances mesurées par les arpenteurs d'Alexandre avec les observations modernes, montrant que les stades utilisés par Alexandre étaient de plus de onze cents au degré. Enfin, M. Buache a corrigé une erreur de graveur sur la carte de la mer Caspienne publiée par M. Delisle en 1722 et a expliqué la longitude d'Astracan à partir d'une éclipse observée en 1580. La carte de l'Empire et de l'expédition d'Alexandre, dressée par M. Delisle, sera publiée prochainement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1698
p. 1128-1132
Livres nouveaux des Pays Etrangers, &c. [titre d'après la table]
Début :
Livres nouveaux, qui se vendent chez André Cailleau, Quai des Augustins, à [...]
Mots clefs :
Livres nouveaux, Histoire, Théâtre italien, Principes de la Nature, Observations, Annales de Tacite, Libraire, Bibliothèque, Volume, Graveurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Livres nouveaux des Pays Etrangers, &c. [titre d'après la table]
Livres nouveaux , qui se
vendent chez
André Cailleau , Quai des Augustins , à
Image saint André.
Histoire du Théatre Italien, depuis la décadence
de la Comédie Latine ; avec un Catalogue des
Tragédies et Comédies Italiennes , imprimées
depuis l'an 1500.jusqu'à l'an 1660 et une Dissertation
sur la Tragédie moderne , avec les
Figures
MA Y. 1731. 1129
Figures qui en représentent leurs différents
habillemens. Par Louis Ricoboni , in 8. 1730.
Suite de l'Histoire du Théatre Italien, avec une
Lettre de M. Rousseau à l'Auteur ; et l'explication
des figures , in 8. sous presse .
Elemens Historiques , ou Méthode courte et facile
pour apprendre l'Histoire aux enfans , par
M. l'Abbé de Maupertuis , in 12. 2.vol 1730 .
Description Historique des Château , Bourg et
Forêt de Fontainebleau , contenant une Explication
historique des Peintures , Tableaux ,
Bas - Reliefs, Statues, Ornemens qui s'y voient ;
et la vie des Architectes , Peintres et Sculpteurs
qui y ont travaillé , avec Plan et Figures , par
M. l'Abbé Guilbert , in 12. 2. vol . 1731 .
LES PRINCIPES de la Nature ou de la Generation
des choses , par feu M. Colomiez ,
in 12.
1731.
OBSERVATIONS curieuses sur toutes les Parties
de la Physique, extraites et recueillies des meilleurs
Mémoires , in 12. 3. vol. 1730
Suite des Annales de Tacite , avec des Notes politiques
et historiques , tom. 5. et 6. par M.L.
C. D. G✶✶✶ 1731.
Charles Guillaume , Libraire à Paris, ruë d'Hurpois
, près le Pont S. Michel , à S. Charles , a
imprimé et débite depuis peu : Le Coureur de
nuit , oɑ L'aventurier nocturne , traduit de
l'Espagnol de Dom Francisco de Quevedo. Le
prompt debit de ce petit Ouvrage l'a engagé de
mettre sous presse le reste des Oeuvres de cet
Auteur,qu'il promet de donner incessamment
Le soin qu'il prend de cet Ouvrage , le fera
préferer à l'édition de Hollande.
Le même Libraire vend la nouvelle Edition des
AvanL130
MERCURE DE FRANCE
Avantures de Dona Rusine , dite la Foüine
de Seville , ou l'Ameçon des Bourses. 2 vol.
in 12. enrichie de Figures en taille douce.
On va imprimer un Ouvrage de M. le Cat , Chirurgien
, qui a pour titre : Essai Medico- Phisique,
sur les effets de la Saignée ; dans lequel
il établit sur les Loix de la Mécanique et de
P'Hydrautique, les principes generaux des effetsde
la Saignée , l'acceleration, la dérivation , la
révulsion, et réfute plusieurs Ouvrages, récemment
publiez , sur la Saignée, entr'autres celui
de M. Quenet.
On vendra incessamment en détail , la Bibliotheque
de feu M. Géoffroy , celebre Medecin
de la Faculté de Paris , Professeur Royal en
Médecine et en Chymie , Associé , Pensionnaire
de l'Académie Royale des Sciences , et de
la Societé Koyale d'Angleterre. Le Catalogue
imprimé de cette Bibliotheque se distribue chez
Gabriel Martin, Libraire, ruëfaint Jacques,
à l'Etoile..
On vient de recevoir le Projet imprimé du
Cabinet Florentin , qui doit être composé de dix
volumes in folio. Il contiendra tout ce qu'il y a
de plus rare en tout genre d'Antiquité ; non seulement
chez le Grand Duc, mais encore chez tous
les particuliers de Florence ,
Le premier volume contiendra les Pierres gravées
en relief , autrement Camei . Le second , les
Pierres gravées en creux. Le troisième , les Statues.
Le quatrième , les Bustes. Le cinquième , les
Cachets de Bronze. Le six , sept et huit , les Médailles.
Le neuf et le dix , les Portraits des Peintres
qui
MAY. 1731 . 1137
qui ont fait eux- mêmes leurs Portraits . Tous ces
volumes peuvent faire des corps séparez . Le premier
et second , pour les Pierres gravées. Le six ,
sept , huit , pour les Médailles. Le neuf et dix ,
pour les Portraits des Peintres , et pourront être
vendus séparément. Chaque volume contiendra
au moins cent Flanches , avec des Observations
ou Explications d'Antoine- François Gori , écrites
en Latin. On promet d'employer les meilleurs
Graveurs, et de ne rien négliger pour donner à cet
important Recueil toutes les beautez dont il peut
être susceptible . Le premier volume est déja imprimé
, et pour faciliter l'impression des autres ,
on propose des Souscriptions , aux conditions
suivantes.On donnera dix - huit écus de Florence ,
qui font à peu près trente- six écus de notre monnoye.
Pour les deux premiers volumes qui seront
vendus un quart
de plus, à ceux qui n'auront pas
souscrit.
On mande de Rome que le Pape vient d'ac
querir toutes les Planches de cuivre qui avoient
servi lorsqu'on imprima la Roma Soiteranea ,du
Bosio et de l'Aringhy.Il a chargé l'Abbé Bottari,
Florentin , de procurer une nouvelle Edition de
ces deux Ouvrages, à laquelle il se trouve en état
de travailler avec succès , d'autant mieux qu'il a
pris sagement le parti de les refondre et de les remanier
entierement .
La seconde Partie du troisiéme volume de la
Bibliotheque Orientale Clémentine , paroît à Rome
depuis peu .
De Venise. On a traduit et on imprime en
Cette Ville PHistoire Romaine du P. Câtrou.
De Florence. L'Edition de l'Eustathe sur Homere
1132 MERCURE DE FRANCE
mere , traduit et enrichi de Notes , par le P. Polity
, s'avance fort à Florence . On en est au troisiéme
Tome.
Les OEuvres du feu Pape Benoît XIII. que le
Cardinal Marini avoit fait imprimer à Ravennes ,
sont actuellement en vente â Rome , en trois volumes
in folio.
vendent chez
André Cailleau , Quai des Augustins , à
Image saint André.
Histoire du Théatre Italien, depuis la décadence
de la Comédie Latine ; avec un Catalogue des
Tragédies et Comédies Italiennes , imprimées
depuis l'an 1500.jusqu'à l'an 1660 et une Dissertation
sur la Tragédie moderne , avec les
Figures
MA Y. 1731. 1129
Figures qui en représentent leurs différents
habillemens. Par Louis Ricoboni , in 8. 1730.
Suite de l'Histoire du Théatre Italien, avec une
Lettre de M. Rousseau à l'Auteur ; et l'explication
des figures , in 8. sous presse .
Elemens Historiques , ou Méthode courte et facile
pour apprendre l'Histoire aux enfans , par
M. l'Abbé de Maupertuis , in 12. 2.vol 1730 .
Description Historique des Château , Bourg et
Forêt de Fontainebleau , contenant une Explication
historique des Peintures , Tableaux ,
Bas - Reliefs, Statues, Ornemens qui s'y voient ;
et la vie des Architectes , Peintres et Sculpteurs
qui y ont travaillé , avec Plan et Figures , par
M. l'Abbé Guilbert , in 12. 2. vol . 1731 .
LES PRINCIPES de la Nature ou de la Generation
des choses , par feu M. Colomiez ,
in 12.
1731.
OBSERVATIONS curieuses sur toutes les Parties
de la Physique, extraites et recueillies des meilleurs
Mémoires , in 12. 3. vol. 1730
Suite des Annales de Tacite , avec des Notes politiques
et historiques , tom. 5. et 6. par M.L.
C. D. G✶✶✶ 1731.
Charles Guillaume , Libraire à Paris, ruë d'Hurpois
, près le Pont S. Michel , à S. Charles , a
imprimé et débite depuis peu : Le Coureur de
nuit , oɑ L'aventurier nocturne , traduit de
l'Espagnol de Dom Francisco de Quevedo. Le
prompt debit de ce petit Ouvrage l'a engagé de
mettre sous presse le reste des Oeuvres de cet
Auteur,qu'il promet de donner incessamment
Le soin qu'il prend de cet Ouvrage , le fera
préferer à l'édition de Hollande.
Le même Libraire vend la nouvelle Edition des
AvanL130
MERCURE DE FRANCE
Avantures de Dona Rusine , dite la Foüine
de Seville , ou l'Ameçon des Bourses. 2 vol.
in 12. enrichie de Figures en taille douce.
On va imprimer un Ouvrage de M. le Cat , Chirurgien
, qui a pour titre : Essai Medico- Phisique,
sur les effets de la Saignée ; dans lequel
il établit sur les Loix de la Mécanique et de
P'Hydrautique, les principes generaux des effetsde
la Saignée , l'acceleration, la dérivation , la
révulsion, et réfute plusieurs Ouvrages, récemment
publiez , sur la Saignée, entr'autres celui
de M. Quenet.
On vendra incessamment en détail , la Bibliotheque
de feu M. Géoffroy , celebre Medecin
de la Faculté de Paris , Professeur Royal en
Médecine et en Chymie , Associé , Pensionnaire
de l'Académie Royale des Sciences , et de
la Societé Koyale d'Angleterre. Le Catalogue
imprimé de cette Bibliotheque se distribue chez
Gabriel Martin, Libraire, ruëfaint Jacques,
à l'Etoile..
On vient de recevoir le Projet imprimé du
Cabinet Florentin , qui doit être composé de dix
volumes in folio. Il contiendra tout ce qu'il y a
de plus rare en tout genre d'Antiquité ; non seulement
chez le Grand Duc, mais encore chez tous
les particuliers de Florence ,
Le premier volume contiendra les Pierres gravées
en relief , autrement Camei . Le second , les
Pierres gravées en creux. Le troisième , les Statues.
Le quatrième , les Bustes. Le cinquième , les
Cachets de Bronze. Le six , sept et huit , les Médailles.
Le neuf et le dix , les Portraits des Peintres
qui
MAY. 1731 . 1137
qui ont fait eux- mêmes leurs Portraits . Tous ces
volumes peuvent faire des corps séparez . Le premier
et second , pour les Pierres gravées. Le six ,
sept , huit , pour les Médailles. Le neuf et dix ,
pour les Portraits des Peintres , et pourront être
vendus séparément. Chaque volume contiendra
au moins cent Flanches , avec des Observations
ou Explications d'Antoine- François Gori , écrites
en Latin. On promet d'employer les meilleurs
Graveurs, et de ne rien négliger pour donner à cet
important Recueil toutes les beautez dont il peut
être susceptible . Le premier volume est déja imprimé
, et pour faciliter l'impression des autres ,
on propose des Souscriptions , aux conditions
suivantes.On donnera dix - huit écus de Florence ,
qui font à peu près trente- six écus de notre monnoye.
Pour les deux premiers volumes qui seront
vendus un quart
de plus, à ceux qui n'auront pas
souscrit.
On mande de Rome que le Pape vient d'ac
querir toutes les Planches de cuivre qui avoient
servi lorsqu'on imprima la Roma Soiteranea ,du
Bosio et de l'Aringhy.Il a chargé l'Abbé Bottari,
Florentin , de procurer une nouvelle Edition de
ces deux Ouvrages, à laquelle il se trouve en état
de travailler avec succès , d'autant mieux qu'il a
pris sagement le parti de les refondre et de les remanier
entierement .
La seconde Partie du troisiéme volume de la
Bibliotheque Orientale Clémentine , paroît à Rome
depuis peu .
De Venise. On a traduit et on imprime en
Cette Ville PHistoire Romaine du P. Câtrou.
De Florence. L'Edition de l'Eustathe sur Homere
1132 MERCURE DE FRANCE
mere , traduit et enrichi de Notes , par le P. Polity
, s'avance fort à Florence . On en est au troisiéme
Tome.
Les OEuvres du feu Pape Benoît XIII. que le
Cardinal Marini avoit fait imprimer à Ravennes ,
sont actuellement en vente â Rome , en trois volumes
in folio.
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Résumé : Livres nouveaux des Pays Etrangers, &c. [titre d'après la table]
Le document présente une liste de livres et d'ouvrages récemment publiés ou en cours d'impression. Parmi les titres notables, on trouve 'Histoire du Théâtre Italien' de Louis Ricoboni, qui inclut un catalogue des tragédies et comédies italiennes imprimées entre 1500 et 1660, ainsi qu'une dissertation sur la tragédie moderne. Une suite de cet ouvrage est également annoncée, accompagnée d'une lettre de M. Rousseau. D'autres publications mentionnées incluent 'Éléments Historiques' de l'Abbé de Maupertuis, une méthode pour enseigner l'histoire aux enfants, et 'Description Historique des Château, Bourg et Forêt de Fontainebleau' de l'Abbé Guilbert, qui explique les œuvres d'art et les architectes ayant travaillé sur ce site. Le document liste également des ouvrages de physique, de médecine, et des traductions d'auteurs espagnols et latins. Des projets éditoriaux importants sont également mentionnés, comme le 'Cabinet Florentin' en dix volumes, et des rééditions d'ouvrages historiques à Rome et à Venise. Enfin, le document annonce la vente de la bibliothèque de feu M. Géoffroy, un célèbre médecin, et la publication des œuvres du pape Benoît XIII.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1699
p. 1132-1135
Enfant illustre par son sçavoir, [titre d'après la table]
Début :
On apprend d'Allemagne, que M. Martini, donne dans une Brochure qu'il a publiée, quelques [...]
Mots clefs :
Brochure, Raisons naturelles, Illustre enfant, Syllabes, Maisons de l'Europe, Ecriture Sainte, Infirme, Lait, Précepteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Enfant illustre par son sçavoir, [titre d'après la table]
On apprend d'Allemagne , que M. Martini ,
donne dans une Brochure qu'il a publiée , quelques
raisons naturelles de l'extraordinaire сара-
Cité de l'illustre enfant, Chrétien- Henry Heinecken
, né à Lubeck en 1721. et mort en 1725.
Il parloit à dix mois ; et ayant observé les
mouvemens de ceux qui lui expliquoient diverses
figures , suivant le désir qu'il en avoit marqué , il
prononçoit d'après eux les sillabes ; à un an , il
sçavoit les principaux évenemens du Pentateuque
; à treize mois , l'histoire de l'ancien Testament
; à quatorze , celle du Nouveau ; à deux
ans et demi il répondoit pertinemment aux
questions de la Géographie et de l'Histoire ancienne
et moderne ; il parla bien - tôt Latin avec
facilité, puis le François passablement , et à la fin
de sa troisième année , il connoissoit les Généa–
logies des principales Maisons de l'Europe ; il expliquoit
avec esprit et avec jugement les Passages
et les Sentences de l'Ecriture Sainte. Il voyagea en
Dannemack pendant une bonne partie de sa quatriéme
année , et il y harangua de fort bonne
grace le Roy et les Princes du Sang. Au retour
il apprit à écrire , pouvant à peine tenir la Plume.
Il étoit délicat , infirme , souvent malade , et
même dangereusement , il haïssoit tout autre aliment
que le lait , et que celui de sa nourrice ; il ne
fut sevré que peu de mois avant sa mort , qui arriva
MAY. 1731 .
1133
riva le 27 Juin 1725.et qu'il envisagea d'une ma
niere si chrétienne , qu'il étonna encore plus par
cette fermeté, que par l'immensité de ses progrès
pendant une si courte vie. M. Chrétien jde Schoneich
, son Précepteur , a écrit sa vie. M.Behm
aussi publié une Brochure sur son sujet. M. Seclen
a parlé de lui dans un article de ses Selecte
Litteraria.
a
D'Upsal. Que le Docteur Wallin , expose dans
une Dissertation , l'Art d'écrire avec du feu : De
Arte trithemiana scribendi per ignem.
De Dresde. Que M. Faesch , Major des Ingénieurs
, au service du Roy de Pologne , compose
en Allemand , une Bibliotheque Militaire , où il
traitera de tous les Livres qui parlent de ce qui
appartient à cet Art , avec ses observations sur
ceux qu'il a vûs.
De Nuremberg. Que l'on publie la Traduction
en Allemand des Ouvrages du fameux Gerard de
Lairesse , sur le Dessein et la Peinture , écrits en
Hollandois.
Que M. Jean-Jacques Schubler a fait imprimer
depuis peu, quelques Traitez Allemands, sur
la construction des Colomnes , des Fourneaux à
échaufer les Poëles ; et sur une nouvelle maniere
de placer avantageusement de grandes Lucarnes
dans les Gréniers , &c.
De Rostock. Que M. Schultz a publié une longue
Dissertation sur l'usage de la Musique , dans
'Eglise Chrétienne.
L'Académie Royale des Belles-Lettres , établie
1134 MERCURE DE FRANCE
à Marseille , a donné dans le mois d'Avril dernier,
les deux Prix d'Eloquence et de Poësie qu'elle
avoit a distribuer . M. d'Ardene , Associé
étranger, de la même Académie , a remporté l'un
et l'autre .
Cette Académie nous prie d'avertir , que le
Prix d'Eloquence qu'elle distribuera le premier
Mercredy après le Dimanche de Quasimodo , de
l'année prochaine , 1732. a pour sujet ce passage
de Séneque : Que l'adversité n'abat que ceux que
la prosperité avoit aveuglez. Neminem adversa
fortuna comminuit , nisi quem secunda decepit.
Lib. de Const. ad Helv . cap 1. On sçait
que ce Prix consiste en une Médaille d'or , de la
valeur de trois cent livres .
Le Mercredi , onze Avril , Mess. Maraldi et
Grand-Jean ont été élus à l'Académie Royale
des Sciences , pour remplir la place d'Ajoint Astronome
, vacante par M. Gaudin , devenu Associé
depuis quelque temps. Ces deux sujets ont
été choisis par le Roy , l'un pour remplir la place
vácante , et l'autre pour tenir lieu de M. Delisle
de la Croyere , absent depuis plusieurs années ,
par congé de la Cour , sans néanmoins que ce
dernier cesse d'être de l'Académie , mais la premiere
place d'Ajoint Astronome qui viendra à
vaquer , ne sera point remplie.
Le Mercredi 18. Mess. Borave et Morgagni ,
ont été élus , pour remplir la place d'Associé
étranger , vacante par la mort du Comte de
Marsigli. Le choix du Roy est tombé sur Monsieur
Borave .
Le Samedy 28. M. Bourdelin , Ajoint Chimiste
, et M. Grost , externe , ont été élus pour
remplir la place d'Associé Chimiste , vacante
" par
MAY.
1731. ་ ་ ༣ ་
par M. Dufay , devenu Pensionaire depuis quel
que temps. Le choix du Roy est tombé sur Monsieur
Bourdelin.
On écrit de Londres que le 9. de ce mois , le
sieur Wood fit ses expériences pour tirer du Fer de
la Mine de Charbon de terre , en présence du
Comte d'Islay , du Chevalier Charles Wager , du
Chevalier Jean Eyles , et d'autres personnes que
le Conseil Privé du Roy avoit nommées . Il employa
172 livres de cette Mine , et il en retira une
Barre de 35 liy. qui parut être de tres - bon fer .
Ces Lettres ajoutent que le 13 de ce mois , le
Marquis de Braekly , fils aîné du Duc de Brigewater
, âgé d'environ 7 ans , mourut de la petite
Verole , dont on lui avoit fait l'insertion quel
ques jours auparavant, comme à son frere le Lord
Jean , qui est à present hors de danger.
donne dans une Brochure qu'il a publiée , quelques
raisons naturelles de l'extraordinaire сара-
Cité de l'illustre enfant, Chrétien- Henry Heinecken
, né à Lubeck en 1721. et mort en 1725.
Il parloit à dix mois ; et ayant observé les
mouvemens de ceux qui lui expliquoient diverses
figures , suivant le désir qu'il en avoit marqué , il
prononçoit d'après eux les sillabes ; à un an , il
sçavoit les principaux évenemens du Pentateuque
; à treize mois , l'histoire de l'ancien Testament
; à quatorze , celle du Nouveau ; à deux
ans et demi il répondoit pertinemment aux
questions de la Géographie et de l'Histoire ancienne
et moderne ; il parla bien - tôt Latin avec
facilité, puis le François passablement , et à la fin
de sa troisième année , il connoissoit les Généa–
logies des principales Maisons de l'Europe ; il expliquoit
avec esprit et avec jugement les Passages
et les Sentences de l'Ecriture Sainte. Il voyagea en
Dannemack pendant une bonne partie de sa quatriéme
année , et il y harangua de fort bonne
grace le Roy et les Princes du Sang. Au retour
il apprit à écrire , pouvant à peine tenir la Plume.
Il étoit délicat , infirme , souvent malade , et
même dangereusement , il haïssoit tout autre aliment
que le lait , et que celui de sa nourrice ; il ne
fut sevré que peu de mois avant sa mort , qui arriva
MAY. 1731 .
1133
riva le 27 Juin 1725.et qu'il envisagea d'une ma
niere si chrétienne , qu'il étonna encore plus par
cette fermeté, que par l'immensité de ses progrès
pendant une si courte vie. M. Chrétien jde Schoneich
, son Précepteur , a écrit sa vie. M.Behm
aussi publié une Brochure sur son sujet. M. Seclen
a parlé de lui dans un article de ses Selecte
Litteraria.
a
D'Upsal. Que le Docteur Wallin , expose dans
une Dissertation , l'Art d'écrire avec du feu : De
Arte trithemiana scribendi per ignem.
De Dresde. Que M. Faesch , Major des Ingénieurs
, au service du Roy de Pologne , compose
en Allemand , une Bibliotheque Militaire , où il
traitera de tous les Livres qui parlent de ce qui
appartient à cet Art , avec ses observations sur
ceux qu'il a vûs.
De Nuremberg. Que l'on publie la Traduction
en Allemand des Ouvrages du fameux Gerard de
Lairesse , sur le Dessein et la Peinture , écrits en
Hollandois.
Que M. Jean-Jacques Schubler a fait imprimer
depuis peu, quelques Traitez Allemands, sur
la construction des Colomnes , des Fourneaux à
échaufer les Poëles ; et sur une nouvelle maniere
de placer avantageusement de grandes Lucarnes
dans les Gréniers , &c.
De Rostock. Que M. Schultz a publié une longue
Dissertation sur l'usage de la Musique , dans
'Eglise Chrétienne.
L'Académie Royale des Belles-Lettres , établie
1134 MERCURE DE FRANCE
à Marseille , a donné dans le mois d'Avril dernier,
les deux Prix d'Eloquence et de Poësie qu'elle
avoit a distribuer . M. d'Ardene , Associé
étranger, de la même Académie , a remporté l'un
et l'autre .
Cette Académie nous prie d'avertir , que le
Prix d'Eloquence qu'elle distribuera le premier
Mercredy après le Dimanche de Quasimodo , de
l'année prochaine , 1732. a pour sujet ce passage
de Séneque : Que l'adversité n'abat que ceux que
la prosperité avoit aveuglez. Neminem adversa
fortuna comminuit , nisi quem secunda decepit.
Lib. de Const. ad Helv . cap 1. On sçait
que ce Prix consiste en une Médaille d'or , de la
valeur de trois cent livres .
Le Mercredi , onze Avril , Mess. Maraldi et
Grand-Jean ont été élus à l'Académie Royale
des Sciences , pour remplir la place d'Ajoint Astronome
, vacante par M. Gaudin , devenu Associé
depuis quelque temps. Ces deux sujets ont
été choisis par le Roy , l'un pour remplir la place
vácante , et l'autre pour tenir lieu de M. Delisle
de la Croyere , absent depuis plusieurs années ,
par congé de la Cour , sans néanmoins que ce
dernier cesse d'être de l'Académie , mais la premiere
place d'Ajoint Astronome qui viendra à
vaquer , ne sera point remplie.
Le Mercredi 18. Mess. Borave et Morgagni ,
ont été élus , pour remplir la place d'Associé
étranger , vacante par la mort du Comte de
Marsigli. Le choix du Roy est tombé sur Monsieur
Borave .
Le Samedy 28. M. Bourdelin , Ajoint Chimiste
, et M. Grost , externe , ont été élus pour
remplir la place d'Associé Chimiste , vacante
" par
MAY.
1731. ་ ་ ༣ ་
par M. Dufay , devenu Pensionaire depuis quel
que temps. Le choix du Roy est tombé sur Monsieur
Bourdelin.
On écrit de Londres que le 9. de ce mois , le
sieur Wood fit ses expériences pour tirer du Fer de
la Mine de Charbon de terre , en présence du
Comte d'Islay , du Chevalier Charles Wager , du
Chevalier Jean Eyles , et d'autres personnes que
le Conseil Privé du Roy avoit nommées . Il employa
172 livres de cette Mine , et il en retira une
Barre de 35 liy. qui parut être de tres - bon fer .
Ces Lettres ajoutent que le 13 de ce mois , le
Marquis de Braekly , fils aîné du Duc de Brigewater
, âgé d'environ 7 ans , mourut de la petite
Verole , dont on lui avoit fait l'insertion quel
ques jours auparavant, comme à son frere le Lord
Jean , qui est à present hors de danger.
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Résumé : Enfant illustre par son sçavoir, [titre d'après la table]
Le texte relate les exploits exceptionnels de Chrétien-Henry Heinecken, né à Lübeck en 1721 et décédé en 1725. Dès l'âge de dix mois, il parlait et prononçait des syllabes en observant des figures. À un an, il connaissait les principaux événements du Pentateuque. À deux ans et demi, il répondait à des questions de géographie et d'histoire. Il maîtrisait plusieurs langues, y compris le latin et le français, et connaissait les généalogies des principales maisons d'Europe. Il voyagea et harangua le roi et les princes du sang à Dannemack. Malade et délicat, il ne se sevrait que peu avant sa mort en mai 1731. M. Chrétien de Schoneich, son précepteur, et M. Behm ont écrit sur sa vie. Le texte mentionne également diverses publications et activités académiques. À Dresde, M. Faesch compose une Bibliothèque Militaire. À Nuremberg, des traductions des œuvres de Gerard de Lairesse sont publiées. À Rostock, M. Schultz publie une dissertation sur l'usage de la musique dans l'Église chrétienne. L'Académie Royale des Belles-Lettres de Marseille a décerné des prix d'éloquence et de poésie, avec un sujet pour l'année suivante sur un passage de Sénèque. L'Académie Royale des Sciences a élu de nouveaux membres pour des postes vacants. À Londres, le sieur Wood a réalisé des expériences pour extraire du fer de la mine de charbon en présence de dignitaires. Le marquis de Braekly, fils du duc de Brigewater, est mort de la petite vérole à l'âge de sept ans.
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1700
p. 1135-1136
EXTRAIT d'une Lettre, écrite de Paris, le 14 May 1731. au sujet de l'Opération de la Taille.
Début :
On fit l'Opération de la Taille Vendredi dernier, dans l'Hôpital de la Charité des Hommes. [...]
Mots clefs :
Opération, Hôpital, Chirurgien, Pauvres, Victimes
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre, écrite de Paris, le 14 May 1731. au sujet de l'Opération de la Taille.
EXTRAIT d'une Lettre , écrite de Paris
, le 14 May 1731. au sujet de l'Opération
de la Taille.
On fit l'Opération de la Taille Vendredi dernier
, dans l'Hôpital de la Charité des Hommes.
M. Maréchal , premier Chirurgien du Roy , toujours
plein de zéle et d'affection pour les pauvres ,
voulut non seulement y être present , mais encore
y opérer.Il fit trois Tailles . M.de la Perronie, premier
Chirurgien du Roy en survivance , en fit
aussi trois .
M. Morand , Chirurgien Major de cet Hôpital
, en fit deux .
M. Guérin pere , Chirurgien Major des Gardes
Françoises , et ancien Chirurgien Major de
cet Hôpital , en fit une.
M. Guérin fils , Substitut du même Hôpital ,
en fit une ; enfin M. Perché , gagnant Maîtrise
G au
1135 MERCURE DE FRANCE
au même Hôpital,fit la derniere. Le tout se passa
sous la direction de M. Rénéaume , Médecin en
quartier de cet Hôpital .
La Taille,par l'Opération Latérale que M. Morand
avoit promis de faire , avoit attiré beaucoup
de curieux ; mais M. Maréchal qui connoît les
inconveniens de cette Opération , en disposa autrement
, en exécutant lui - même , et faisant exécuter
l'Opération , à la maniere ordinaire ; et,
il confia le soin de cet Hôpital à M. Guérin.
Pere. Vous voïez par là qu'on ne sçauroit
trop louer la sagesse et la charité de M. Maréchal.
Par là les pauvres serviront d'instruction an
Eleves , sans être leurs victimes.
, le 14 May 1731. au sujet de l'Opération
de la Taille.
On fit l'Opération de la Taille Vendredi dernier
, dans l'Hôpital de la Charité des Hommes.
M. Maréchal , premier Chirurgien du Roy , toujours
plein de zéle et d'affection pour les pauvres ,
voulut non seulement y être present , mais encore
y opérer.Il fit trois Tailles . M.de la Perronie, premier
Chirurgien du Roy en survivance , en fit
aussi trois .
M. Morand , Chirurgien Major de cet Hôpital
, en fit deux .
M. Guérin pere , Chirurgien Major des Gardes
Françoises , et ancien Chirurgien Major de
cet Hôpital , en fit une.
M. Guérin fils , Substitut du même Hôpital ,
en fit une ; enfin M. Perché , gagnant Maîtrise
G au
1135 MERCURE DE FRANCE
au même Hôpital,fit la derniere. Le tout se passa
sous la direction de M. Rénéaume , Médecin en
quartier de cet Hôpital .
La Taille,par l'Opération Latérale que M. Morand
avoit promis de faire , avoit attiré beaucoup
de curieux ; mais M. Maréchal qui connoît les
inconveniens de cette Opération , en disposa autrement
, en exécutant lui - même , et faisant exécuter
l'Opération , à la maniere ordinaire ; et,
il confia le soin de cet Hôpital à M. Guérin.
Pere. Vous voïez par là qu'on ne sçauroit
trop louer la sagesse et la charité de M. Maréchal.
Par là les pauvres serviront d'instruction an
Eleves , sans être leurs victimes.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre, écrite de Paris, le 14 May 1731. au sujet de l'Opération de la Taille.
Le 10 mai 1731, une série de tailles a été réalisée à l'Hôpital de la Charité des Hommes à Paris. Plusieurs chirurgiens ont participé à cette opération. M. Maréchal, premier chirurgien du roi, a effectué trois tailles et a supervisé l'ensemble de l'opération. M. de la Perronie, premier chirurgien du roi en survivance, en a réalisé trois également. M. Morand, chirurgien major de l'hôpital, en a effectué deux. M. Guérin père, chirurgien major des Gardes Françaises et ancien chirurgien major de l'hôpital, a réalisé une taille, tout comme son fils, M. Guérin, substitut de l'hôpital. M. Perché, en voie d'obtenir sa maîtrise, a réalisé la dernière taille. Toutes les opérations ont été dirigées par M. Rénéaume, médecin en quartier de l'hôpital. Initialement, une opération latérale promise par M. Morand avait attiré de nombreux curieux, mais M. Maréchal a décidé de procéder à l'opération de manière ordinaire. Cette décision visait à éviter les inconvénients de l'opération latérale et à assurer que les pauvres patients servent d'instruction aux élèves sans en être les victimes.
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