Résultats : 11 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 316-319
Cabinet des Curiositez de Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
Début :
Monseigneur le Dauphin ayant marqué son bon goût pour tout [...]
Mots clefs :
Cabinet des curiosités, Dauphin, Cabinet, Curieux, Cabinets, Pierre Mignard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Cabinet des Curiositez de Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
Monſeigneur le Dauphin
ayant marqué ſon bon goût
pour tout ce qui eft curieux,
dans un temps où ceux de
des Amb. de Siam. 303
l'âge que ce Prince avoit alors
, ſçavent à peine le nom
d'aucune des choſes antiques
& modernes qui compoſent
les Cabinets des ſçavans Curieux
, a pris plaiſir à en faire
un digne de luy. Lorſque
les Ambaſſadeurs allerent voir
ce Cabinet , Me de Joyeux
premier Valet de Chambre
de Monseigneur , & dont
l'activité eſt extraordinaire
pour le ſervice de ce Prince ,
leur montra non ſeulement
tout ce qu'il contient; mais
comme il ſçait parfaitement
l'hiſtoire de chaque Piece an
tique (fil'on peut parler ainfi)
304 Suite du Voyage
il fatisfit pleinement à toutes
les demandes des Ambaffadeurs
, & c'eſt beaucoup dire.
Il leur dit même le prix de
beaucoup de choſes , dont ils
defirerent d'apprendre la valeur
, & ils ne laiſſerent rien
à examiner dans ce Cabinet ,
quoy qu'il confifte en trois
Pieces qui pourroient ſeparément
eftre appellées Cabinets
, & qui toutes enſemble
renferment ce qu'on nomme
Cabinet de Monſeigneur.
L'Ambaſſadeur en trouva le
Parquet de Marqueterie admirable
, & voulut ſçavoir à
combien en revenoit la toiſe.
des Amb. de Siam. 305
Il monta fur un échaffaut qui
eſt dans le même lieu , pour
voir un Plafonds auquel M
Mignard travailloit. Il dit en
fortant , Qu'il ne s'étonnoit pas
de voir de grandes choses & de
grandes richeffes en France , ny
que Monseigneur eust mesme des
Treſors ; mais qu'il y avoit à
s'étonner de ce que les Indes eftoient
plus dans fon Cabinet , que
dans les Indes meſmes , puiſqu'on
y voyoit l'élite de tout ce qu'elles
pouvoient avoir jamais eu de plus
beau.
ayant marqué ſon bon goût
pour tout ce qui eft curieux,
dans un temps où ceux de
des Amb. de Siam. 303
l'âge que ce Prince avoit alors
, ſçavent à peine le nom
d'aucune des choſes antiques
& modernes qui compoſent
les Cabinets des ſçavans Curieux
, a pris plaiſir à en faire
un digne de luy. Lorſque
les Ambaſſadeurs allerent voir
ce Cabinet , Me de Joyeux
premier Valet de Chambre
de Monseigneur , & dont
l'activité eſt extraordinaire
pour le ſervice de ce Prince ,
leur montra non ſeulement
tout ce qu'il contient; mais
comme il ſçait parfaitement
l'hiſtoire de chaque Piece an
tique (fil'on peut parler ainfi)
304 Suite du Voyage
il fatisfit pleinement à toutes
les demandes des Ambaffadeurs
, & c'eſt beaucoup dire.
Il leur dit même le prix de
beaucoup de choſes , dont ils
defirerent d'apprendre la valeur
, & ils ne laiſſerent rien
à examiner dans ce Cabinet ,
quoy qu'il confifte en trois
Pieces qui pourroient ſeparément
eftre appellées Cabinets
, & qui toutes enſemble
renferment ce qu'on nomme
Cabinet de Monſeigneur.
L'Ambaſſadeur en trouva le
Parquet de Marqueterie admirable
, & voulut ſçavoir à
combien en revenoit la toiſe.
des Amb. de Siam. 305
Il monta fur un échaffaut qui
eſt dans le même lieu , pour
voir un Plafonds auquel M
Mignard travailloit. Il dit en
fortant , Qu'il ne s'étonnoit pas
de voir de grandes choses & de
grandes richeffes en France , ny
que Monseigneur eust mesme des
Treſors ; mais qu'il y avoit à
s'étonner de ce que les Indes eftoient
plus dans fon Cabinet , que
dans les Indes meſmes , puiſqu'on
y voyoit l'élite de tout ce qu'elles
pouvoient avoir jamais eu de plus
beau.
Fermer
Résumé : Cabinet des Curiositez de Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
Le texte relate la visite des ambassadeurs de Siam au cabinet de curiosités du Dauphin. Le Dauphin, passionné par les objets rares, avait rassemblé une collection impressionnante. Me de Joyeux, premier valet de chambre du Dauphin, guida les ambassadeurs à travers les trois pièces du cabinet. Il expliqua l'histoire de chaque pièce antique et indiqua le prix de nombreuses œuvres. Les ambassadeurs furent particulièrement impressionnés par le parquet de marqueterie et le plafond, œuvre de Mignard. Ils admirèrent la richesse et la diversité des objets, soulignant que le cabinet abritait les trésors les plus prestigieux des Indes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 28-124
DE L'ART DE NAVIGER.
Début :
Il n'y a jamais eu tant de Vaisseaux en Europe que / Entre les Arts qui sont estimez les plus necessaires [...]
Mots clefs :
Navigation, Naviguer, Aimant, Boussole, Fer, Pierre, Traité, Vaisseaux, Année, Mer, Usage, Aiguille, Monde, Art, Manière, Vertus, Nord, Pôle, Ouvrage, Cause, Expérience, Vaisseau, Secours, Pilotes, Nature, Jésuite, Secret, Découverte, Cartes, Curieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE L'ART DE NAVIGER.
Il n'y a jamais eu tant de
Vaisseaux en Europe que
l'année derniere
,
& si l'on
en peut juger par l'apparence,
il y en aura encore plus l'Esté
prochain. Cela m'engage à
vous faire part d'un Ouvrage
fortcurieux
,
dans lequel il
efl: traité detout ce qui regarde
la Navigation.C'est
une matiere d'une fort grande
étenduë, &qui doit faire
pdluaisir non feulement à ceux
mestier, mais mesme aux
indifferens, puis qu'il est fort
agreable de sçavoir unpeu
>dc tout , pour en pouvoir
parler dans le monde quand
l'occasion s'en offre.
DE L'ART DE NJVIGEK ENtre les Arts qui font
estimez les plus necessaires
aux hommes , celuy de
la Navigation a esté un des
premiers & des principaux.
L'obligation qu'il y avoit de
traverser les Rivieres, de pasfer
dans les Isles, & en d'autres
lieux, tant pour le Commerce
que pour la communication
des Habitans,les a
portez à inventer des machines
flotantes & capables de
les soûtenir sur les eaux, pour
les transporterd'un bord à
l'autre, avec ce qu'ils vouloient
y conduire , & cela se
faisoit alors sans aucun Pilote.
De là font venus les
Rats-d'eaux
,
les Bacs
J
les
Pontons, les Canots, les
Gondoles, les Balons, les
Nacelles, & une infinité
d'autres Barques
,
aurquelles
on a donné divers noms selon
l'usage & les Regions où elles
ont elle inventées, & ces
Vaisseaux pour la pluspart
estoient ordinairement faits
tout d'une Iiiece, comme de
troncs d'arbres creu sez
)
d'écorces
& de roleaux
, y en
avanr d'une grosseur & d'une
grandeur suffisante pourcela.
D'autresestoient faits de
joncs pliez & joints ensemble
; quelques-uns de bois
de sciage? & de planches
chevillées, & d'autres de
cuir cousu & end urcy. Il y
en avoit qui estant faciles à
plier, le pouvoient aifémenc
transporter d'un lieu à l'autre,
ou que l'on pouvoit porter
en leur efiarJ comme encore
aujourd'huy les Canots dans
les Indes, & les Balons dans
le Royaume de Siam, ou les
Gondoles à Venise, & les
Pontons ailleurs.
Comme l'usage de tous ces
Vaisseaux n'estoit d'ordinaire
que pour le courant des Rivieres
, ou pour leur trajet,
on n'avoit besoin pour les
conduire que de perches, de
rames, de cordages, de moulinets
3 ou de voiles; on y
employoit les uns& les autres
en ces premiers temps,
& l'on voit encore dans les
Pa ïs qu'on découvre de nouveau,
que leurs Habitans en
usent presque tous de la mes-
: me maniere. Ilyaaussi des lieux vers
le Nort , comme dans la
Norvegue & dans la Groelande
, où les Vaisseaux à
cause des glaces sont si portatifs
, qu'on les faitglisser
sur les neges pour les tranf-
: porter de Rmere à autre,
sans aucun débris,& vers la
Mer Glaciale; les Pyrates y
) ont des Vaisseaux de cuir si
bien fermez, qu'ils n'ont pas
de peine à les faire entrer
l profondement dans Teauj &L
pendant la nuit ils se glissent
sous les grands Vaisseaux)
les percent au fond de cale,
&.les font submerger
, pour
y exercer enfuire leur brigandage.
Voilà pour ce qui regarde
la construction la
matiere îz l'usage des premicrs
Vaisseaux.
On tient generalement que
les Egyptiens ont esté les
premiers qui ayent inventé
l'usage de ces petitsVaisseaux,
par la necessité qu'ils avoient :
des'en servir en certaine faûson
de l'année à cause des
inondations ordinaires que
[ le Nil fait tous les ans dans
leur Païs,ensorte que tou- tes les terresen sont couver- tes; ce qui oblige les Habirr
tans à y faire des Tranchées.
~&: des Fossez pour faciliter
lIes écoulemens de l'eau
, »5C
à se retirer avec leurs Familles
& leurs Troupeaux sur les
» éminences de leurs Terres;
) car ce Fleuve ne croist qu'à
une certaine mesure de hauteur.
Les Venitiens outre leurs,
Gondoles,se servent encore
) aujourd'huy de cette force de
[ petitsVaisseaux
)
qu'ils appellent
Fisoleroe,ils font ex- ;
tremement legers
,
& vont
aussiviste que le vent; c'est
pour la chasse de certains oiseaux
qu'ils appellent Fisoolæ,
& qui se fait sur l'eau avec
assez de divertisement. Outre
ce nom qu'ils donnent à leurs
Vaisseaux
)
ils les appellent
Fusoleroe à cause de leur vi--
tesse, ou parce qu'ils ressemblcnt
à des fuseaux, estant
ronds & pointus par les deux
bouts ; ou comme les Balons
de Siam, cymbala,longs &
ronds.
Les Syriens&lesAffricains
savoient emprunté l'usage de
olleurs Vaisseaux des Egyptiens.
Toutefois pour l'art de navviger
comme il estoit rude
5&& grossier en ce temps-là,
chaque Nation y ajoûta du
sien selon l'occasion
, & suivant
que leur propre ex perience
leur en donnoit lieu;
mais ce n'estoit pas encore our faire des voyages de
olong cours, ny pour sexposer
aux vents, & aux tempestes.
Ils ne faisoient que
costoyer les rivages, sans
entrer en pleine Mer, &
ixherchoient seulement leur
seureté en navigeant.
Il y a diversité d'opinions
entre les Auteurs àl'égard de
ceux qui ont esté les premiers
Inventeurs de la lonHruétion
des grands Vaisseaux, & des
instrumens qui fervent à la
Navigation. Quelques-uns
tiennent qu'A tlas inventa les
Navires & l'art de navi ger;
& d autres disent que ce furent
les Tyriens.
Ensuite les Copeens, habitans
de la Boeotie prés du
Fleuve Caphise, trouverent : l'usage des Rames & des Avi--:
rons. Dedale inventa le Mast ; «j
â.X. les Antennes, Icare, son
Fils, les Voiles. Les Tyrrremiens
forgerent les Ancres;
Mnacharsis fit les Harpons,
& Pericles les Crocs & les Agrafes
, pour servir dans les
combats demer. Les Platéens
J:onlpaiIcrent les premiers la uste largeur des Vaisseaux;
car auparavant ils estoient
oous bien plus longs que lar-
D'res) & toutefois capables de
recevoir beaucoup de personnes&
de bagage, selon la
ongueur des arbres, des ro- caux, ou des écorces dont
2ls estoient conitruits.
Quant à la difference des
Vaisseaux,& à leurs équipages
3
on donne à Tiphis
l'honneur d'avoir inventé
l'art & les regles de bien naviger
, & de conduire les
gouvernail comme un bon
Pilote. Minos composales
premier l'ArméeNavale.Eole
enseigna aux Nautonniers lai)
maniere de gouverner les
Voiles. Enfin on ajoûta tantii de découvertes à la Navigation
,
qu'elle commença àe
devenir plus parfaite, & alors
le desir de connoistre les>3
Regions &les Peuples, pOftaÕJ
ceux qui en avoient déja quelque
experience,àpasser en des
Païsun peu plus éloignez,&
à y transporter des vivres &
d'autres choses necessaires,
puur établir une espece de
commerce.
Entre ces Vaisseaux qui
commençoient déja à pouvoir
souffrir la Mer
3
les Galeres
semblerent d'un ufaec
aasfsletzzccoommmmooddeeppoouurrlleeuurrlele--
gereté & pour leur virefe;
Diodore dit que Sesostris Roy
d'Egypte
, & Successeur de
Moeris
, a esté le premier de
tous qui se soit servyde Galere
?
& qu'ayant dompté les
Habitans d'autour de la Mer
Rouge, il tâcha de conduire
un Canal navigable depuis le
Nil jusqu'à cette Mer.
Thucydide rapporte que
Damased'Erictée inventa
la premiere Galere à deux
bancs, & Aminocle de Corint
he,celle qui estoit à trois.
Aristote aécrit que les Carthaginois
formerent celle qui
en avoit quatre. Nesictonde
Salamine en fitune de cinq;
& selon le témoignage de
Polybej, lesRomains furent
les premiers qui firent construire
une Armée navale de
cette sorte deVaisseaux,dans
l'appareil de guerre contre
les Carthaginois. Xenagoras
de Syracuse inventa des
Galeres à six bancs. Mnefigethon
en composa juiqu'l
dix; Alexandre le Grand,
jusqu'à douze. Ptolemeus Soter
en fit faire une jusqu'à
quinze, Ainsi le progréss'en
augmentoit detempsen
temps, & selonles expcriences
& la force des Vaisseaux
? qui devoient tenir la mer ,
& y resister
,
& alors les rames
estoient autant en usage
que les voiles.
Mais quand le bruit se fut
répandu par toute la Grece,
que Jason commandé par le
Pvoy Pelias devoit entreprendre
un grand voyage par -
mer, pour aller en laColchideàla
conqueste de la Toison
d'or, toute la Fleur de la
jeunesse de Grece voulut avoir
part à cette fameuse navigation
dont tout le monde parloir.
C'est ainsi qu'en usent
les Volontaires dans les grandes
Expéditions. Le nombre
en fut de cinquante-quatre?
des plus braves & des plus
considerables de laGrece.
A ce sujet on construisit
une Galere à trente ttaçcs de
chaque costé,ce qui n'avoit
:, point encore esté fait jusques
alors. Ce fut Argus Fils d'Arestor,
qui en fut l'Architecte
,
&qui luy donna de son
nom celuy d'Argo
,
& ceux
qui le monterent furent delà
appeliezArgonautes, si l'on
encroitApollonius le Rhodien.
ToutefoisDiodore dit
que ce Vaisseau futainsi
nommé à cause de sa legereté;
& Ciceton assure que
cetre Galere portoit ce nom
à cause de celuy des Grecs,
qui s'appelloient alors Argi,
ve5,du nom de la Ville d'Argos
dont ils estoientoriginaires.
Typhis,commePilote
pour son experience, prit la
conduire de ce Vaisseau?qui
a esté si renommé dans la
Grece,& qui pourainsi dire
a merité d'estre transporté
dans le Ciel, pour y faire unes,
constellation entre les autres
Astres.
Moreri dans son Diéèion-I
naire historique, marque que
cette Navigation se fit en
l'année 2792. de la Creation
du monde, s'il y a quelque
ombre de verité en cette histoire
si fabuleuse. Tout le
mistere de cette Conqueste
rin'ciloit que le secret & la
b découverte de la Pierre Philosophale,
que les Anciens
couvroient des voiles decette
IFabïe.
Mais quel que éclat que cet-
,ne Navigation au eu, & quoy
pqu'on l'éleve au dessus de
toutes les autres entreprises
maritimes,elle n'est presque
nrien à l'égard de ces grandes
Navigations qui se sont faites
bdepuis dans toutes les mers
asses plus vastes
,
& jusquss aux
Regions les plus reculées, &
dont la découverte n'a pû
fc faire sans le secours de
l'Aimant & l'usage de lal
Boussole.
Les bancs des Galeress'aug-
-
menterent encore de nombre
,
puis que Ptolomeus Phi-
- ladelphus en fit faire une de
quarante, & Ptoloméus Phi- -
lopator; surnommé Triphon, (J
uneautre desoixante.
Mais de quelle quantité de 3
Vaisseaux
? & de quelle grandeur
Xerxes, Roy des perses,
<; necouvrit-ilpasl'Hellespont
avec son Aimée navale? Le
nombre en estoit du moins
de
bde mille. Quelle hauteur,
quelle force & quelle profondeur
n'avoient pas les Navires,
dont il fit faire un pont ilié de chaifnes pour joindre
l'Asie à l'Europe. Toutefois
avec ce grand appareil de
guerre sur mer) il fut vaincu
par Themistocle prés de Salanine
,
&: contraint de se sauver
avec une petiteBarque.
Aprés tout, l'on remarque
ussu'en ces temps-l à les Pilotes
¡;tn'dvoient point d'autres guiotes
que leurexperience, la
lécouverte des Isles & des
Terres qu'ils avoient euxmêmesveuës,
des Golphcs-oùi
ils étoieut arrivez, des banc
&des écueils qu'ils avoient
€vitez,desRéd uits &desSinus
qu'ils connoissoient, & l'ot<
fervation des Estoiles qui leult
servoient à se conduire; U
quand ils avoient perdu leutfj
tramontane,ils couroient riQ
que de faire naufrage. -Ju-nques
alors les Cartes marines
& les Mappemondes n'e-a
stoient point en usage; aussi
leurs Navigations n'estoient
elles pas fort grandes, & les]
naufrages pouvoient estre aie
sez frequens
Y
puis qu'il
alloit assurer sur la force de
ses bras, sur l'industrie des
Nautonniers, sur la conduite
les voiles & des rames, pour
se tirer des écueils, des bancs
de sable, & des détroits perilleux
quand on y tomboit.
Aussi remarque-t-on que
la pluspart faisoient ferrer
leurs Vaisseaux sur le devant
& fous la carene, pour les rendre
plus solides contre les vagues,
& pour en empescher
le débris contre les rochers
sachez.
On donnoit aussi ancienment
des noms specieux aux
Vaisseaux les plus considerables,
commeon le voit au * combat navaldécric par Virgile
dans le cinquième livre
de son Eneide, où il nomme
trois Vaisseaux, la Balene, le
Centaure, & la Chimere. Et
aujourd huy encore à Venise
n'ya-t-il pas le Bucentaure,
qui est un Vaisseau de solem-
- nité & d'apparat, d'une pro--
digieufe grandeur, qui se démonte,
& qu'on remet enn
efur quand le Doge fait la
ceremonie d'aller e pouser la
Mer. De mesme dans les Arméesnavales
il y a des VaiC-l;
séaux qu'on nomme le Grand
„
Amiral, le Vice -
Amiral, la
) Capitane, &c.
Les Anciens en avoienten-
) core de differente nature, les
uns decharge,& les autres de
3 guerre. Les premiers estoient
) ordinairement plats, & fervoient
au passage des gens
de guerre, du bagage, des
rl harnois & des chevaux. Ce
fut Hippius de Tyr qui les
inventa, & on lesappelloit
Hippagines
, non pas de son
nom, mais dumotGrec de
3 cheval. Les autres qui servoient
dans les combats d.,
mer, estoient gros & ronds)
munis de becs de fer & poin- !
tus> pour percer de roideur :
ceux des Ennemis à force de : bras, & par la violence des ;
rames, & les couler à fond.
Aussi estoient-ils appellez;
rostratæ na-La Navires à bec.
De là cft venu chez les Romains,
que le Senat estoit
apellé l\Eflra, & que pro rostris
dicere,veut dire haranguerdevant
leSena,parce que quand
Romains avoient pris des
Vaisseauxà bec sur les Ennemis
dans quelque combat
on leur coupoit ce bec., &..
~oon l'attachoit le long du
éIBarreau où se faisoient les
harangues, & où fevuidoient
}llcs causes; de mesme que l'on
fc attache aux voûtes des Temples
les Drapeaux & les Eten- bdardsqu'on prend sur les
3 Ennemis.
Ces mesmes Vaisseaux de
guerreavoientaussi des Tourelles
sur la poupe, d'où la
Milice combattoit à coups
) de dards & de Bêcbes) &
jettoit des feux & d'autres
machines de guerre dans les
Vaisseaux des ennemis,comme
du le mesme Virgile dans
la peinture qu'il fait du combat
naval de l'Empereur Auguste
contre Antoine &
Cleopatre.
1 Ces Vaisseaux avoient encore
les Pàvoijddes3 qui cG
toient des ceintures de boucliers
rangezsur le bord
>
avec lesquels la Milice se
mettoit à couvert contre les
traits des ennemis ; & l'usage
s'en garde encore maintenant
dans les grands Vaisseaux de
guerre, maisplûtost par parade
qu'autrement. Ce font
de grandes ceintures d'étose
ordinairement d'écarlate, tausquelles
on donne le nom.
de Pavesades, par le changement
de quelques Lettres.
Il faut maintenant parler
de l'usage de la Boussole
,
qui
estla conduite la plus reguliete
dont les Pilotes se fervent
avec le secours de la
Carte ou Mappemonde,pour
faire de grands voyages par
mer,& ellen'a estéd écouverte
que depuis trois ou quatre
cens ans,par le moyen de l'Aiman,
il estfacile de croire,
comme j'ay dit,que l'on ne se
conduisoit furmpr auparavant
quepar sa propre experience,
par les vents,& par les Af-
!
tres : ce qui se remarque dans
toute la Navigation des Anciens.
Mais il semble que la Divine
Providence avoit renfermé
tout le secret de la Boussole
dans le seul Aiman ; car
en effet sans le secours de :
cette Pierre, l'usage n'en au-«
roit pasesté connu. LaBoussole
que les Latins appellent:
ACHS Magnetica navicularia, Aiguilleaimantée, ou Pixis
nautica,àcausedesa boëte)
est un infiniment fort necessaire
àla navigation. Cest;
une découverte des derniers
ficcles. dont les Anciens
n'ont point eu l'urage. Il est
vray que les vertus & les facultez
de l'Aiman leur ont
esté connuës, en ce qu'il attire
à soy le fer; mais ils n'ont
pas sceu que ce mesme fer
touché de l'Aiman eustune
propriété pour se tourner vers leNord& le Midy; & c'est
là cette noble connoissance,,
qui a servy à découvrir les.
nouveaux Mondes, les Isles
inconnues
?
les Nations les
plus éloignées, & pour ainsi
dire, à enrichir l'Europe par
le commerce& par les frequentes
navigations qui se
font faires,& se font encore:
en toutes Izs parties diu
monde.
Quoy que les Anciensscessent
les vertus de l'Aiman,
&: qu'ils enayentécrit,
comme AnHore, Platon,
Pline,&plusieursautresdont
nous parleronsa on ne voit
rien dans leurs écrits de la
Boussole, & le temps que l'on
commença à se servir dans
l'Europe de l' Aimanaulieu
de Boussole
,
est environ dés
l'an 1260. que Paul Venitien,
ayant fait un voyage dans la
Chine, en apporta le secret.
Les Chinois s'en servoient
de cette maniere. Ils suspendoient
un morceau de la
pierre d'Aman sur un morceau
de Liege, & le laissoient
flotter sur l'eau dans un Basfin
ou un Cuveau, & ce
Liege avec l'Aiman nemanquoit
pas de tourner du
costé du Nort. C'estoit-là
leurBoussolequileurfaisoit
connoistre l'Etoile polaire,
&; la maniere de con duire
leurs Vaisseaux sur la Mer,
ce qui a duré chez eux jufques
au milieu du ficcle precedent.
Ce mesme usage de cette
forte de Boussole a duré aussi
en Europe un assez longtemps,
jusqu'à ce qu'un certain
Flavius Melphitanus,
trouva le secret de la Boussole
, & par cet instrument
il donna moyen aux Espagnols
de naviger au nouveau
Monde,&d'y découvrir
la Castille d'or, & d'autres
parties de l'Amérique,
comme la Riviere de Platoe
& de Parana; c'est ce que
rapporte Petrus Cic'{tt , en
son traité de la Marine. Collenutius
dans son Histoire de
Naples en fait aussi mention;
•ôcjonjitisappelle la Boussole,
la regle des Nautonniers ou
de la Marine.
Mais d'autres attribuent
cette découverte à un certain
Jean Gira, natif du Bourg
d'Amalphi dans la Campanie
au territoire de Rome,
environ l'an 1300. Cela a du
rapport avec ce qu'enécrit
Collenutius. Toutefois il se
peut faire que ce Gira ne
trouva feulement que le
secret de faire la Boussole ;
c'est a dire de faire la Boëtte
êc de suspendre les aiguilles
aimantées sur un pivot, pour
leur donner le mouvement
qu'elles ont. Mais on demande
si le Lys qui se
met en toutes les Boussoles
pour marquer le Pole ou le
Nort , en conduisant l'aiguille
sur ce Lys qui est la
marque du Midy, n'est pas
un indice, que lesFrançois
ont trouvé le secret de mettre
les Boussoles dans leur
perfection
, car toutes les
Boussoles font marquées de
cette fleur Royale, & mesme
en quelque Païs que cesoit
que l'on en fasse
, pourune
instruction generale on y
ajoute ce Lys.
Aussi est-cedepuis ce tempslà,
que l'Art de naviger a
acquis de la perfection,& est
ca si grande estime cheztoutes
les Nations, qu'on a tâché
dans Les deux derniers
Siecles à le porter à son plus
haut point de perfection &
qu'enfin fous le Regne de
Louis LE GRAND
, on Jo
proposé des recompenses
considerables pour ceux qui
y feroient quelques nouvelles
découvertes.
Eneffet, Comme le commerce
unit les Nations les
plus éloignées, & n'enfait
presque pour ainsidire qu'un
seul peuple, qu'il porte les
richesses dans les lieux les
plus infertiles qu'il y répand
l'abondance & qu'il fait
voir les Indes Orientales &
Occidentales, la Chine & le
Perou dans l'Europe, ne doiton
pas dire que la Boussole,
qui fait tant de merveilles,4 trll un ouvrage & un miracle
de l'Art,publique c'est sur
elle que l'onasseure sa vie,
ses biens & sa fortune, & que
l'on va sur toute forte de
Mers par son secours, aussi
aisement & avec autant de
seureté que sur rcrrc)& qu'enfin
l'onattire les peuples les
plus Barbares, & les moins
civilisez à des connoissances
qu'ilsn'auroient jamais euës,
& à des alliances qui ne se
(
seroient jamais faites,témoins
les Ambassadeurs d'Ardra
dans la Guinée, ceux de
Moscovie, d'Alger, de Maroc
de Fez, & de nouveau ceux
de Siam,& d'autres?
Comme l'aiguille aimantée
est la principale partie
& la plus noble de la
Boussole, on doit avoir un
grand foin de la mettre dans
sa perfection
, & dans une
liberté qui la laisse bien agir.
L'aiguille ayant esté frottée
de l'A iman) acquiert les
mesmes proprietcz que cette
pierre renferme en soy, & les
conferve des Siecles entiers.
La Boëte ou elle doit estre
enfermée,est ordinairement
de bois, ronde ou quarrée;
il n'importe, mais sur tout il
faut se donner de garde de ;
n'y mettre aucun clou de fer,
puis qu'il feroit une attraction
de l'aiguille. La grandeur
de la Boëte fera de cinq
ou six pouces de diamettre.
On plantera au milieu un pi-
-
vot à angles droits fait de
cuivre,c'est la matiere la plus
propre, décrivant avec le
Compas un Cercle Concentrique
en la mesme Boëte.
Ceux de Marseille ont acquis
a réputation d'y travailler
excellemment.
Au retour des grandsvoyages
, on doit laisser les Boussoles
en leur état & dans leur
situation naturelle; elles ne :
se gastent pas pour estre dans
le repos. Quelques-uns atta--
chent la roteavec l'aiguilles
pour luy donner plus de fermeté
; celle d'un Cadran solaire
est tropvive pour unn
Vaisseau qui est toujours
dans l'agitation,&on auroit
peine à s'y regler. Pour lasJ
figure de l'aiguille aimantée
cela dépend des habiles Ar..]
tisans, & qui en connoissentir
les défauts & la perfection.
On a remarqué du moin
vingt declinaisons de l'Ai
man ou de la Boussole, c'est
¥
a quoy les habiles Pilotes
prennent ordinairement gar- de,pour se regler sur leurs
Cartes &asseurer leur Navigation
; les. sçavans Auteurs
enseignent à les corriger.
Toutes les Nations del'Europe
se font accord ées à diviser
l'horison en trente-deux
Rumbs
,
qui font autant de
routes différentes
, que le
Vaisseau doit suivre par le
moyen de la Boussole, estant
pouffé du vent. Chaque
Rumb ou route est éloignée
l'une de l'autre de onze degrez
& un quart; & quoy
que cette division puisse s'e
tendre jusqu'à trois cens soi
xante degrez
,
la premiere est
l'ordinaire de tous les Pilotes
& sur laquelleils sereglent
& leurs Cartes font marquées
de ces trente-deux Rumbs:
qui font les vents, & ces
vents font les routes qui regardent
les parties du mon.
de. Je laisse aux Curieux à
visiter les Cartes,& à enapprendre
les noms qui y font
marquez, & principalement
sur la Boussole.
L'aiguille de la BoUssole.
ayant acquis la mesme vertu
de
de l'Aiman qui l'a touchée,
laconserve dans cette admirable
& surprenante proprieté
,
qu'elle tourne naturelle.
ment un de les bouts au Nort
& l'autre auSud, qui luy est
opposé; & le Lys qui en: en
la Rose legarde toujours le
Nort ; ainsi en suivant les lu
gnes qui font marquées en la
Boussole seulement avec
l'oeil, on peut connoistre
en touttempsl'end roit de
l'horison
,
les quatre Vents
principaux, & pareillement
tous les autres.
L'avantage que son tire
de la Boussole., qui rend la
conduite du Vaisseau tresaisée
, est qu'elle represente
toutes les routes dans la mesme
disposition qu'elles font
en effet
) & l'experience &la
pratique en font connoiftrc
lavérité.
C'eil: une chose merveilleuse,&
qui donne un grand
avantage à la Navigation;
que par la conduite de la
Boussole,le Pilote peut tel.
lement gouverner ion Vaisseau,
dans les plus épaisses
tenebres de la nuit qu'il n'a
besoin ny des Astres ny de
;
lumière,& mesme il le gouverne
aussi-bien estant dans
le fond decale, ques'ilestoit
sur la poupe ou sur le tillac.
Il ne leur importe de voir la
Mer, ou de ne la pas voir,
non plus que le Ciel, ny aucune
Estoile remarquable
qui puisse luy designer quelque
Region ou Cap.
Les habiles Pilotes portent
quelquefois plus d'une Bousfoie,
ou une pierre d'A iman
dans leurs voyages de long
cours, à cause des accidens
qui sont à craindre, & c'est
une précaution qu'il est bon
d'avoir. Ce n'est pas que l'aiguille
d'un Cadran ne pust
servir deBoussolleencasdecas denetr.
1 ", 1 cessitépourvûqu'on la mette
sur du liege flotant, sur de
l'eau dans un grand vase
, car
elle marquera toujours le
Nort, ou l'Estoile polaire.
C'est comme les Anciçns en
usoient.
Si l'Aiman ou l'aiguille
aimantée de la Boussole n'avoit
point de declinaison,
l'art de la Navigation Seroit
entierement allure en son
principe;& le Vaisseau suivant
si ligne marquée par le
ent ou le Rumb< ne s'écarteroit
jamais de sa route, ce
pgui ne se peur faire sans dé*-
sliner.
Enfin,comme jel'ay déjai
Hit,ilya un grand nombre
He declinaisons que les Carycs
enseignent, & les Auteurs
qui les marquent dans
eurs traitez, font à consulter.
Comme l'aiguille de la
Boussoleales mesmes vertus
yc proprietez que l' A iman , est à propos de parler de
cette Pierre, pour faire l'uion
de l'une avec l'autre.
PlusieursAuteursontécrie
de la nature & des vertus de
l'Aiman à l'égard du fer qu'il
attire,&en sontun prodige
denature. S. Augustin mesme
en saCité deDieu,Isidore,
Platon & Theophraste en
disent des merveilles, & pour
la découverte, Nicander
&'. Pline aprés luy rapportent
qu'il fut trouvépar ha"
zard de cette maniere.
Un Pasteur l10mnlé¡rAa.,
snety menant paistre son ,troupeau sur le montIda en
Phrygie,s'apperceut que M
fer de sa houlette & lescloud
de ses souliers le tenoient ans
resté. Il en fut surpris, & en
avertit ses Compagnons qui
meurent la curiosité de tirer
p quelquesunes deces Pierres
bdulieuoù elles estoient, &
bd'en faire l'experience, ce
quiayant réussi, ils nommeirent
l'Aiman Magnes, du
nom decePasteur,&ce nom
ulluy est demeuré depuis en
Latin. La chose se divulgua,
&&C cette vertu cachée & secrete
fut ainsidécouverte.
D'autres donnent le nom de Magnesà l' Aimant de
Celuy de Magnesie, Ville de
^Macédoine) tirantversle lac
*Boebti$3 où il se trouve sur le ;
mont appellé Capo virilichi
de Natolie; d'autres le nomment
encore Heraclion
,
du J
nom de la Ville d'Heraclée *t
parce qu'on y en trouve aux
environs;ou du nom d'Hercule,
i cau se de sa foreeattra--
ctive envers le fer.
Sotachus faitcinq especes
d'Aiman
>
& les divise de
cetre forte
,
le premier qui.
vient d'Ethiopie
)
le second,
qui se trouve en Phrygie ou àCapo-Virilichi,le troisiéme
prés d'Echium,Ville de Boeotie,
le quatriéme en Alexan-
,j
drie de Troade, & le cinquiéme
à Capo de S. Georgio
>W*7guiefeo> à une lieuë & den
mie de Prague. Il y en a de
maslme & de femelle, dont les
vertus font différentes. On
en voit de diverse couleur;
mais le bleu est le plus
excel lent & le plus precieux
b de tous. Il s'en trouve de
) cette especeen une Contrée
) sablonneuse appellée Zimiris.
Le blanc n'a pas tant de force,
) & les Italiens l'appellentCalamita
bianca. Ce n'est pas
) qu'il n'yen ait en Allemagne
) d'excellent; mais le meilleur
est celuy quiattirele fer d'une
costé, & lerepousse de l'autre.
Ainsi dans l'Aiman la partie
Boreale qui attire le fer, doit
regarder la Boreale,de mesme
que l'australe qui lerepousse,
doit regarder l'australe.
L'Aiman que l'on nomme
Theamedes,&que les Allemans
appellent Ein Bleser, n'est pas
uneespece difference;car tout
Aiman qui attire le fer, &
montre les plages du monde
par une de ses parties, le
repousse de la partie opposée.
On voit ainsi dans l'Aiman.
que les parties opposées font:
Il des effetsdifferens.
C'est une erreur que les
Vaisseauxqui ont des cloux de fer,demeurentattachez à.
u une Montagneversle Nort,
«» s'ils en approchent de trop- prés, à cause de rAitnan
qui s'y trouve, & qu'ils ont
peine à s'en tirer; mais c'est
une merveille qu'un fer libre
& plus leger qu'une pierre
> d'Aiman, y courtnaturellement,
&tache de s'y joindre,
& si le fer est attaché & plus
pesant que la pierre, l'Aiman,
, court au fer & s'y joint.
Il faut pour la conservation
de l'Aiman qu'il soit enfermé
dans la limaille de fer
..J
où
il conferve ses forces, les
augmente,& en fait sa nourriture
; de plus il communique
sa vertu au fer, comme
on le remarque aux anneaux
d'une chaisne, dont l'un attire
l'autre, parce que la
vertu de l'Aiman [rani pire,
& passe au travers de chaque
anneau jusqu'au bout de la
chaisne&dansl'estenduë ou
cercle de son activité. Dans
cette attraction il est necessaire
que l'Aiman soit plus
pesant que le fer
, autrement
,'lPAiman iroit au fer ; mais
quoy qu'il en soit, c'est toûjoursl'Aiman
qui attire selon
le sentiment de tous ceux qui en ont écrit.
Ce qui est encore de plus
merveilleux, l'Aimanne laissse
pas d'attirer le fer au travers
du bois,de la pierre &
du verre mesme
,
& ces corps
ne mettent point d'obstacle
sa vertuattractrice. Cette
vertu naturelle ressemble à
La lumiere
,
qui passe au travers
des corps diaphanes &
ransparens
, ou au son qui
raverse les corps les plus solides,
& vient fraper lesorei
les; maisc'est une chose a
sez étonnante que l'Aima
ayant tant de simpathie ave
le fer, se fortifiant dans
limaille, & y acquerant me
me de nouvelles forces,
n'agit pas également en tou
tes ses parties, que d'un cost
il l'attire
,
& de l'autre il
repousse. D'où luy vient ce
amour & cette aversion
un mesmetemps? Ce son
des merveilles qui doiven
estre admirées des hommes
& qui ne sçauroient estr
connuës.
L'onpourroit douter sil'Aiman
souhaite s'unir au fer,
ou lefer à l'Aiman pour se
revestir de ses vertus, combine
font, attirer un autre fer,
:Jx, montrer les plages du
)rmonde, & cette propriété
est sans doute la plus Dclle,
a plus curieuse & la plus
dmirable , puis que par le
)lnoyen d'une aiguille aimansèée
,enfermée dans une Boufole
,
l'on trouve le pole, l'on
onnoiftle point arctique&
antarctique, l'on parcourt
joutes les Mers aussi-bien la uit que le jour, & l'on peuc
adresserdes routes sans erreur
à toutes les parties du
monde, & mesme jusqu'aux
Antipodes.
Voicy uneexpérience aC
fez aisée pour connoistre
dans une pierre d'Aiman le
point boreal, & le poin
austral. Il faut la mettre dan
une écuelle de bois sur une
eau reposée dans un bassîn
Cette écuelle tournera assc,,:
long-temps sur l'eau, jusqu'
ce que le point boreal d
la pierre ait trouvé le pol.
boreal
,
& alors elle s'y an
restera, & cela donnera lier
de distinguer dans l'Aiman
v !!a partie boreale & l'australe.
[ La mesme experience se peut
encore faire avec un filet;
) car si vous suspendez une
pierre d'Aiman, elletournera
long-temps jusqu'à ce qu'elle aittrouvé son pole. Ilenest de mesme de l'aiguilleaimantéeenfermée
dans sa Boussole&posée (u-r
son pivot;elle ne se reposera
pas qu'elle n'ait trouvé son
ÎNortj&enle montrant elle
amontre toutesles autres parties
du monde dans le mesme
temps. Elle a la mesme aé\ivite
que l'Aiman, & la garde
pendant tout un siecle sans
en este dépoüillée, à moins;
de quelque accident, comme;
du feu.
!
Il y a encore un moyen de
découvrir le point concentrique
de l'Aiman. Il faut
mettre un fer surun ais bien
poly,& luy presenter la pierre
d'Aiman.Alors on y verra
le point d'attraction & d'activité
; d'abord le fer tremblera
& suivra l'Aiman pour
s'y attacher. C'est une mer-j
veille que l'esprit de l'Aiman.
s'épanche sur le fer fl-J
1
tost qu'il enest coucher dans
son irradiation il se forme
un cetc le où s'étend sa vertu
inspirée.
Theoprafte Paracelse écrit
que les forces de 1" Aiman
peuvent Cllre augmentées à
l'infiny ,jusqu'à arracher un
cloud attaché dans une mu,,
raille, ce qu'il a mesme ex*
perimenté.
Claudien qui a écrit du
temps de l'Empereur Theodose
en l'année427. a fait
une admirable descriprion
de la pierre d'Aiman & de
ses vertus en une de ses Elj-.
L
grammes. Il la represents
sous la figure de la Déesse
Venus,&le fer fous celle du
Dieu Mars, & nous donne
une merveilleuse peinture de
leur simpathie & de leur amour.
Aussi n'y a m1 rien de
plus éclatant en la nature,
& qui paroisse plus aux yeux
que cetteviveimpression qui
feO'ne entre cette pierre& le
fer. On se sert de cet exemple
pour montrer qu'il peut
y avoir d'autres fimpathies
en la Nature, sinon auni
fortes, du moins approchantes
,
telle que la poudre
de simpathie par le vitriol
Romain avec le fang
d'une playe.
* On tient qu'AlbertleGrand,
qui a traité de l'Aimanjavoit
aussi la connoissance de la.
Boussole. C'est la pensée de
Cardan au 7.liv. de la Subtilité,
où il parle amplement
des vertus & des propriétés
de l'Ainlan., de sa découverte,
de ses effets & de ses
especes.
Jean-Baptisse Porta, Napolitain
, a fait un traité particulier
des merveilles de cette
Pierre. Zuingerus en parle
beaucoup en son Theatre de
la Vie humaine; maisjamais
personne n'en a pû découvrir
la cause, &Dieu a voulu
que ce secret demeurait
caché dans la nature.
Ansclme Boëce de Bort,
en son histoire des Pierres
Precieuses, qu'il dédia àl'Empereur
Rodolphe II. dont il
estoit Medecin, & qu'il mit
en lumiere l'an
1 514. comme ;
aussîdans les Commentaites <
qu'il a faits sur la Pratique
dorée de Jean Stocher, im--
primez a Leyde l'an 1634,
parle àfond de l'Aiman^ôc>:
le préfere mesme à toutes les
Pierres les plus precieuses
pour ses vertus & ses proprie.
tez. Il dit que les unes ne
font que pour la couleur, le
brillant&labeauté, & pour
[
plaire
-
aux yeux, & l'autre
pour ravir l'esprit.
Mais à propos de la Bouf-
[ole, il y a encore une autre
L
merveille, que plusieurs Pi-
[ lotes ont ebservée dans leurs
[ Navigations. C'est que quand
[ le Vaisseauapasséau delà de
[ la Ligne meridionale,la Boussole
se sent affoiblir, & panche
ducollédu Pole Antarctique,
comme s'il y
avoit une autre montagne
d'Aiman dans l'extremité de
l'Amerique versle Pole Austral,
qui l'attiraft, cette quatrième
partie du Monde n'estant
pas encore entièrement : découverte.Quelques-uns;
mesme tiennent qu'il y en
peut avoir une, par les declinaifons
qu'ils remarquent en laBoussoleau delà de laLigne;
mais cette Boussole re- - prend toutes ses forces su tost
que le Vaisseau retourne au
dessous de la Ligne? en tirant
un peu vers le Nort:& par là
on
on presumeque cette aiguille
aimantée regarde plûtost les
IPoles que les plages du mon-
3 de. Ceux qui ont navigé le
iplus prés vers l' Amérique, se
sont apperceusque leurBous.
sole declinoit de quelques
bdegrez contre l'Occident, & ils ont remarquécela sur leur
Mappemonde par les hauteurs
du Pole Austral.
.: Comme le rond de la terre
est divisé dans saSphere
en360. degrez, & la Carte
bdes Pilotes en 32. Vents,qui
sont autant de plages;il leur
3eft facile de voir combien ils
sécartent de leur route ,6c
de la reprend re par le secours
de leur Boussole,ensupputant
les degrez. Cette aiguille:
(ertaufS de guide sur laterre;
4
ayant un Cadran solaire, on
y remarque le Nort, en la
faisant tourner sur la pointe:
du Midy, qui est la Fleur de :
Lys:&enconnoissant le Nort,
on connoist les autres parties,,
leMidy,l'Orient & l'Occi--
dent. On peutmesme par
son secours traverser les plus
vastes landes & les plus gran- -
des forests, l'aiguille mar--
quant toûjours le Pole Arctique.
LaBaussole sert aussi à
l'Ichnographie,quiest tracer
& décrirelafigure d'une
Ville, le plan d'un Chasteau,
ou d'une terre, ou d'unautre
lieu par ses éminencces,& par
les reduirs,en se servant de
;
pals ou de pieux pour marquer
lesd istances.
L'on a inventé encore
beaucoup d'autres secretscurieux
par l'usage de la Boussole,
& divers Jeux d'esprit
qui surprennent ceux qui
n'en sçavent pas le Cecree, &
qui se persuadent qu'il y a
de la magie ou de l'enchan..
tement. Boëtius en rapporte
de fort subtils en son histoire
des Pierreries,au chapitrede
l'Aiman.
Il nous reste à voir quelques
Navigations des plus
celebres qui se font faites depuisladécouverte
de cette
Boussole. Celle de Chriftophle
Colomb, natif de Gennés,
ne se fit que plus de cent
quatrevingt ans après ; il
découvrit la quatrième partie
du monde, qui est l'Amerique,
& ce fut l'an 1492.
pette partie futainsi nommée
&Arrimons Vespatius de
j Florence, qui y fit voile en-
1fuite
,
& l'an IJI?/.Ferdinand
ni Magellan trouva ledétroit
: qui porte son naIn, Magella-
„ nique, & fit le circuit du
1 monde. Mais aujourd'huy la
1 Navigation est élevée à un
1 point où elle n'avait point
| encore monré, &la France a | sesTyphis& ses Argonautes,
; qui n'apprehendent point les
écueils, les bancs, & les au-
<
tres perils de la Mer. Le nombre
s'en augmente tous les
l
jours, leur experience les rend
t maistres dés leurs premiers
voyages. De plusonnepeut
donner assez de loüanges, aux
habiles Cosmographes &
aux illustresMathématiciens,
dont les Ouvrages
célébrés onc beaucoup
servy à la Navigation; les
Arias que l'on a faits en
Hollande, pour la defeription
des Mers
1
des Régions
&des Terres, fonr encore
d.un grand secours aux habiles
Pilotes.
J'ajoute icy pour la curiosité
de ceux qui voudront
s'instruire de tout ce qu'on
peut connoistre sur la Navigation,
& sur toutes les parr
ties qui la regardent,un Catalogue
des Auteurs les plus
fameux qui ont écrit de cette
Pierre Nonius, célébré
Mathématicien Portugais, en
l'année 1330. fit un Livre de
la Navigation, divisé en deux
parcies, où il traite des Cartes
marines, & des instrumens
qui fervent pour trouver
l'élévation du Pole: il y
explique lanaturedes Lignes
Loxodromiques
,
quels font
les instrumens les plus propres
pour faire une heureuse
navigation, &lesReglesque
l'on doit suivre pour le mesmeeffet.
De plus) il donne
folurionauxquestionsqu'Alphonse
Sofa luy propose sur
ses doutes qui regardent les
vents & le lever du Soleil. Il
faut dela pénétration pour
un si sçavant Auteur, dont
les queitions font curieuses.
Pierre Medina, Espagnol
) mit au jour en l'année 1561.
un traite en sa langue, divile
en huit livres; où il expose
les principes de la Sphere,
& sur tout ceux qui regardent
la Navigation. il
parle de la Mer, des courans,
des-bancs de fable les plus
fameux
,
des presages de ta
tempeste, desvents & de
leur
- cours, de la hauteur
des Etoiles
,
de l'élévation
du Pole) de la declinaison
du Soleil, & de celles de la
Boussole ; de la Lune & de
ses effets à l'égard du flux'J
des connoissances parfaites
duCalcndtier, & d'autres qui
regardent la Marine. Cet
Ouvrage a semblé assez curieux
pour avoir esté traduit
en François par Nicolas Nicolas
du Dauphiné, Geographe
du Roy. On la imprimé
à Lyon.
Jacques Severrius, donnas
au Public en l'année ijp8,
un Livre intituléde ,-
Orbes
catoptrico, où l' Auteur ex-- ''-' plique plusieurs choses qui
regardent la parfaire Navi.,;
gation, & les regles que
l'on y doit suivre.
Jean Garcia
,
surnommé
Ferdinand, mit en lumiere
en l'année1598. un Traité
fort curieux pour les Pilotes;
& pour la conduite desVaisfcaux
; où sont expliquées:
diveifes matieres, comme Jar;
declinaison du Soleil; lan
maniere de prendre les latiuudes
par la hauteur de TEooile
polaire; & ce qui efi:
sle plus curieux, c'est la defrriprion
presque entiere des
oftes de France, d'Erpagne,
& de Flandre) & de leurs
)Oorrs.
André Garcia Cespedes,
~Eûatif d'Espagne, produisiten
s'année 1606. en sa Langue
, un Livre qui porte pourtitre
ï%epimento de Navigacion
)
diinse
en deux Parties. Il yenseigne
les princi pes de la
~phere
, .&. ajoûteles Tables
sftes declinaisons du Soleil ,&
sa maniere de trouver la hauteur
du Pole par l'Etoile po
laire De plus, il apprend lo
pratiques del'Astrolabe
, cz l'Arbateste, & de plusieur
autres instrumens necessaire
à la Sphere & à la Marine. 7
fait une entiere descriptio
de la Boussole., & de la ma
niere de s'en servir
,
& s'é~
tend sur plusieurs autres pal:J
ticularicez qui la regarden
Il traite de l'Hydrogaphie:
& des secrets pour la prati
quer ; & instruit à faire des
Ccarthes. eCe Lrivcreesht féort.ro
Simon Stevin Mathemai
xien du Prince d'Orange.
n l'année 1608. fit paroistre
Mémoires,divisez en six
livres.Il y traite de la Navigation
& detout ce qui la
regarde
, & de la Geographie,
sur tout il parle de la Navigation
Loxodromique&
lirculaire ; il y enseigne l'ugage
de l'Aiman &de la Boutole)
& de ses declinaisons,
vvec les pratiques ex. connoissances
duflux & reflux.
Guillaume Gilbert, Melecinde
Londres, en l'année
cvéïo. mit au jour un traité de
Aiman,où selon les principesdelaPhysique
,
il pari]
de lanature& de ses effets;
.& des moyens de s'en servin
Cet Ouvrage est Latin & son
curieux. C'est un des premiers
qui ait traité à fond de certl':
pierre.
VillebrordusSnellius en l'ann
née 1-62.0. fitparoistre son
Livre,intitulé Typhis Batavus
il donne une parfaiteconnoissance
des Lignes Loxodromiques,
& en explique h;
nature avec beaucoup de fo-i
lidité ; il y ajoute la methodo
de les réduire en tables; c'cor
jusqu'à presentceluy qui en
A parlé le plusà fond
Le cours de Conimbre parut
en i~.H y est traitede la
mature des vertus & des pro-
~prietez de l'Aiman, & de la
cBouflolc.
Nicolas Cabéc, Jesuite,mit
rmu jour en l'année1619. sa
Philosophie Magnétique,où
selon les principes de la Phisiique,
la nature,&les vertus
bde l'Aiman font expliquées,
àôc les secrets de la Boussole.
Adrianus Metius , donna n l'année1631. un traité du
premier Mobile, divisé en
xinq Livres, oùilenseigne
la Methode de naviger pan
le Globe, & pour l'usage des
Pilotes il y donne une Tables
des Lignes Loxodromiques,
qui est d'une grande érudition
&: utilité. C'est la pre-:
miere qui ait paru.
Jean Tassin, Geographe dun
Roy, en l'année 1633. donna,
au Public des Cartes desa;
costes de la Mer Mediterranée
& de l'Oceane, ce qui
est d'une merveilleuse commodité
pour laNavigation.
Georges Fournier) Jesuite,c:
en l'année1640. fitparoistre
son Hydrographie en François
,
où il traite de l'Art )de naviger ) & de quelques
particularitez qui regardenr
la Marine.
Barthelemy Morisot > en
[ l'année 1643. fit imprimer à
1 Dijon son Livre intitulé Orbis
maritimus. On y voit tout
ce qui Yeft passé de plus
:>
considerable sur laMer,tant
0 en Navigation
,
qu'en Combats
; & tout y est traité
b d'une manière historique. Cet
) Ouvrage est fort agreable & fort utile.
Jean Grandamy, Jesuite,
mit en lumiere en l'année
1646. un traite tres-curieux y
où il fait voir par une nouvelle
demonstration l'immobilitédela
terre par le moyen
de l'Aiman. Il détruit par là
toutes les opinions de ceux
qui onttenu le contraire, &
enseigne une methode d'avoir
la Ligne du Midy Magnétique
sans aucune décli-
Basson. Ses experiences font
admirables, & ses demonstrations
claires.
Nicolas Zuchi
,
de Parme,
Jesuite, publia en l'année
1649. un traité de l'Aiman,
quiestaussi fort curieux. Il
) en explique tous les effets,
) & les fonde sur des rairons,
& en produit des experiences,
sans approfondir la cause primitive
, ne s'attachant qua la finale.
Nous avons aussi un excellent
Traité de l'Aiman du
sçavant Kirker Jesuite,&Bibliothecaire
du Vatican. Cet
) Ouvrage est remplyd'experiences
tirées de cette Pierre,
&enrichi de figures; mais il
s'attache plutôt! aux prati-
) ques, qu'à donner l'explication
de sa nature. Ce fut en
1 l'année1654. qu'il parut.
Bernard Varenius nous
donna en 1660. sa Geographie
Universelle
,
où il traite
de la Navigation assez amplement,
& donne l'explicatior
des Lignes Loxodromiques.
Jean Riccioli,de Ferrare,
Jesuite, en l'année 1661. fil
voir le jour à sa Geographie:
où il ajoûte un traité de la
Navigation. Cet Ouvrage est
divisé en neuf Livres ; il y
joint les Tables Loxodromiques,
explique clairement la
Navigation circulaire, enseigne
la plus grande partie de
Problêmes nautiques, & donne
la maniere de faire des
Cartes hydrographiques.
La mesmeannée il parut
un Cours Mathématique de
Gaspar Schotus, Jesuite,où
il traite de l'art de naviger &
del'Hydrographie assez clairement
, mais avec peu de
démonstrations.
Mr Denis,Prestre,Hydro.
graphe & Professeur Royal
à Dieppe, en l'année 1666.
commença à donner au Public
ses Ouvrages par un trairé
de l'Aiguille aimantée ou
de laBoussole. Il enseigne les
moyens de trouver diverses
declinaisons del'Aimantée:
des Tables des amplitudes ortives.-? >.
Le mesme Mr Denis
xt
en l'année t6,6S. fit imprimer
une façon nouvelle deo
naviger par nombres, c'est à
dire, par Sinus, qui peut feulement
servir dans les Navirgations
de briefcours, & nonn
pas dans les longues.
En la mesme année Vin--l
cent Leontaut mit au jour un
traité de l'Aiman, dans le
quel il fait voir les directions
de la Boussole d'une maniere
nouvelle & solide. Cet Ou-u
ouvrage est d'un grand secours
pour la Navigation circulaire
'1{. Loxodromique.
.,
Le mesme M' Denis, en
année1669. donna au Puolic
un traitéintitulé, Dis
cours de la déclinaison du Soleil.
111 sert dans la Navigation à
observer la latitude en dioversesmanieres.
Le mesme Auteur en l'ananée1673.
mit au jour un autre ivre qui porte pour titre,
L'art de navigerensa plus haute
erfection
,
où il enseigne à
prouver facilement les laIluudes.
Claude - François Milleme
Dechales, Jesuite
> en l'année
1677. fit imprimer fonrii
Livre intitulé, tArt,rie nanji^v
ger, démontré parprincipes,&
confirmé par plusieurs observations
tirées de l'experience. Ce#3
Ouvrage est des plus solides
& est divisé en sept Livres,
avec quantitéde figures pour
l'intelligence, & des Table
fort amples. Il y traitede
grandeurs des Navires,avec
plusieurs circonstances de 1^1
Navigation sur les Rivières
& sur les Canaux; amplemen
de la Boussole & de sa constructionne
instruction;de la Sphere&dela
maniere d'observer la hauteur
tics Astres, des Lignes Loxo-
Hromiques, des Cartes hydrographiques,
des Latitudes
&C des Longitudes,enfindu
flus & du reflus de la Mer.
Maisoutretous ces Auteurs
jjque nous venons de citet,il y
ena encore d'autres qui ont
traitédela Navigation, sçavoir
Pierre AppianRodericus
Zamoranus , André Gaspar
Cespedius,DuRégime de la
'\Mfavigatïon-fèartholomoettsCrefr>:
entius> de Mauttcd Mediterrar,
nca-yAurufilnCoefareus; RoberItts
Dudlé, de arcanis maris
Jacques Colomb,d,ans; lo,
Flambeau de laNavigation
le Livre intitulé la Colomne
flamboyante; Pierre Herigon
en son Cours de Machematique;
Jean Janson, dans [OCI
Intioduction au Monde ma
ritime le P. Mersenne. Minime,
danssonIstiodromie:
LazarusBaytiusdere navali
J'ay leu en manufèrit L\
Phare de laMer, du Sr Bre
byon,Avocat à Dieppe, qui
mourut lors qu'on en impri
moitla premierefeüille.Ce
•Omvifieestoit divisé en si;:FI
ILivres.,& devoit avoir trente
ilfix gcran3de0s figures; le Sieur Bilaine en dévoit faire l'impression.
Il y est traitéàfond
de la Sphere, & de tout ce qui regarde une parfaite Navigation.
Il y a esperance que
aTes Héritiers le feront mettre
en lumiere dans quelque
Dzemps.11 avoit sesattestions
Ibde Mrs les Mathématiciens
ibde Paris.
Toutes les recherches que
vous venez delire sur l'Art
)hle la Navigation, ont este
faires par M Rouic,>deRouer.«i.
dont je vous ay déja envoyé
plusieurs Ouvrages quevous
avezestimez. Onest toujours
obligé a ceux qui par de femblables
foins facilitent au Public
ces fortes de connoiflances,
& qui luy épargnent les
longues lectures qu'il feroit
besoin de faire, pour s'infiruireun
peuàfond sur les
matieres de cette nature.
Vaisseaux en Europe que
l'année derniere
,
& si l'on
en peut juger par l'apparence,
il y en aura encore plus l'Esté
prochain. Cela m'engage à
vous faire part d'un Ouvrage
fortcurieux
,
dans lequel il
efl: traité detout ce qui regarde
la Navigation.C'est
une matiere d'une fort grande
étenduë, &qui doit faire
pdluaisir non feulement à ceux
mestier, mais mesme aux
indifferens, puis qu'il est fort
agreable de sçavoir unpeu
>dc tout , pour en pouvoir
parler dans le monde quand
l'occasion s'en offre.
DE L'ART DE NJVIGEK ENtre les Arts qui font
estimez les plus necessaires
aux hommes , celuy de
la Navigation a esté un des
premiers & des principaux.
L'obligation qu'il y avoit de
traverser les Rivieres, de pasfer
dans les Isles, & en d'autres
lieux, tant pour le Commerce
que pour la communication
des Habitans,les a
portez à inventer des machines
flotantes & capables de
les soûtenir sur les eaux, pour
les transporterd'un bord à
l'autre, avec ce qu'ils vouloient
y conduire , & cela se
faisoit alors sans aucun Pilote.
De là font venus les
Rats-d'eaux
,
les Bacs
J
les
Pontons, les Canots, les
Gondoles, les Balons, les
Nacelles, & une infinité
d'autres Barques
,
aurquelles
on a donné divers noms selon
l'usage & les Regions où elles
ont elle inventées, & ces
Vaisseaux pour la pluspart
estoient ordinairement faits
tout d'une Iiiece, comme de
troncs d'arbres creu sez
)
d'écorces
& de roleaux
, y en
avanr d'une grosseur & d'une
grandeur suffisante pourcela.
D'autresestoient faits de
joncs pliez & joints ensemble
; quelques-uns de bois
de sciage? & de planches
chevillées, & d'autres de
cuir cousu & end urcy. Il y
en avoit qui estant faciles à
plier, le pouvoient aifémenc
transporter d'un lieu à l'autre,
ou que l'on pouvoit porter
en leur efiarJ comme encore
aujourd'huy les Canots dans
les Indes, & les Balons dans
le Royaume de Siam, ou les
Gondoles à Venise, & les
Pontons ailleurs.
Comme l'usage de tous ces
Vaisseaux n'estoit d'ordinaire
que pour le courant des Rivieres
, ou pour leur trajet,
on n'avoit besoin pour les
conduire que de perches, de
rames, de cordages, de moulinets
3 ou de voiles; on y
employoit les uns& les autres
en ces premiers temps,
& l'on voit encore dans les
Pa ïs qu'on découvre de nouveau,
que leurs Habitans en
usent presque tous de la mes-
: me maniere. Ilyaaussi des lieux vers
le Nort , comme dans la
Norvegue & dans la Groelande
, où les Vaisseaux à
cause des glaces sont si portatifs
, qu'on les faitglisser
sur les neges pour les tranf-
: porter de Rmere à autre,
sans aucun débris,& vers la
Mer Glaciale; les Pyrates y
) ont des Vaisseaux de cuir si
bien fermez, qu'ils n'ont pas
de peine à les faire entrer
l profondement dans Teauj &L
pendant la nuit ils se glissent
sous les grands Vaisseaux)
les percent au fond de cale,
&.les font submerger
, pour
y exercer enfuire leur brigandage.
Voilà pour ce qui regarde
la construction la
matiere îz l'usage des premicrs
Vaisseaux.
On tient generalement que
les Egyptiens ont esté les
premiers qui ayent inventé
l'usage de ces petitsVaisseaux,
par la necessité qu'ils avoient :
des'en servir en certaine faûson
de l'année à cause des
inondations ordinaires que
[ le Nil fait tous les ans dans
leur Païs,ensorte que tou- tes les terresen sont couver- tes; ce qui oblige les Habirr
tans à y faire des Tranchées.
~&: des Fossez pour faciliter
lIes écoulemens de l'eau
, »5C
à se retirer avec leurs Familles
& leurs Troupeaux sur les
» éminences de leurs Terres;
) car ce Fleuve ne croist qu'à
une certaine mesure de hauteur.
Les Venitiens outre leurs,
Gondoles,se servent encore
) aujourd'huy de cette force de
[ petitsVaisseaux
)
qu'ils appellent
Fisoleroe,ils font ex- ;
tremement legers
,
& vont
aussiviste que le vent; c'est
pour la chasse de certains oiseaux
qu'ils appellent Fisoolæ,
& qui se fait sur l'eau avec
assez de divertisement. Outre
ce nom qu'ils donnent à leurs
Vaisseaux
)
ils les appellent
Fusoleroe à cause de leur vi--
tesse, ou parce qu'ils ressemblcnt
à des fuseaux, estant
ronds & pointus par les deux
bouts ; ou comme les Balons
de Siam, cymbala,longs &
ronds.
Les Syriens&lesAffricains
savoient emprunté l'usage de
olleurs Vaisseaux des Egyptiens.
Toutefois pour l'art de navviger
comme il estoit rude
5&& grossier en ce temps-là,
chaque Nation y ajoûta du
sien selon l'occasion
, & suivant
que leur propre ex perience
leur en donnoit lieu;
mais ce n'estoit pas encore our faire des voyages de
olong cours, ny pour sexposer
aux vents, & aux tempestes.
Ils ne faisoient que
costoyer les rivages, sans
entrer en pleine Mer, &
ixherchoient seulement leur
seureté en navigeant.
Il y a diversité d'opinions
entre les Auteurs àl'égard de
ceux qui ont esté les premiers
Inventeurs de la lonHruétion
des grands Vaisseaux, & des
instrumens qui fervent à la
Navigation. Quelques-uns
tiennent qu'A tlas inventa les
Navires & l'art de navi ger;
& d autres disent que ce furent
les Tyriens.
Ensuite les Copeens, habitans
de la Boeotie prés du
Fleuve Caphise, trouverent : l'usage des Rames & des Avi--:
rons. Dedale inventa le Mast ; «j
â.X. les Antennes, Icare, son
Fils, les Voiles. Les Tyrrremiens
forgerent les Ancres;
Mnacharsis fit les Harpons,
& Pericles les Crocs & les Agrafes
, pour servir dans les
combats demer. Les Platéens
J:onlpaiIcrent les premiers la uste largeur des Vaisseaux;
car auparavant ils estoient
oous bien plus longs que lar-
D'res) & toutefois capables de
recevoir beaucoup de personnes&
de bagage, selon la
ongueur des arbres, des ro- caux, ou des écorces dont
2ls estoient conitruits.
Quant à la difference des
Vaisseaux,& à leurs équipages
3
on donne à Tiphis
l'honneur d'avoir inventé
l'art & les regles de bien naviger
, & de conduire les
gouvernail comme un bon
Pilote. Minos composales
premier l'ArméeNavale.Eole
enseigna aux Nautonniers lai)
maniere de gouverner les
Voiles. Enfin on ajoûta tantii de découvertes à la Navigation
,
qu'elle commença àe
devenir plus parfaite, & alors
le desir de connoistre les>3
Regions &les Peuples, pOftaÕJ
ceux qui en avoient déja quelque
experience,àpasser en des
Païsun peu plus éloignez,&
à y transporter des vivres &
d'autres choses necessaires,
puur établir une espece de
commerce.
Entre ces Vaisseaux qui
commençoient déja à pouvoir
souffrir la Mer
3
les Galeres
semblerent d'un ufaec
aasfsletzzccoommmmooddeeppoouurrlleeuurrlele--
gereté & pour leur virefe;
Diodore dit que Sesostris Roy
d'Egypte
, & Successeur de
Moeris
, a esté le premier de
tous qui se soit servyde Galere
?
& qu'ayant dompté les
Habitans d'autour de la Mer
Rouge, il tâcha de conduire
un Canal navigable depuis le
Nil jusqu'à cette Mer.
Thucydide rapporte que
Damased'Erictée inventa
la premiere Galere à deux
bancs, & Aminocle de Corint
he,celle qui estoit à trois.
Aristote aécrit que les Carthaginois
formerent celle qui
en avoit quatre. Nesictonde
Salamine en fitune de cinq;
& selon le témoignage de
Polybej, lesRomains furent
les premiers qui firent construire
une Armée navale de
cette sorte deVaisseaux,dans
l'appareil de guerre contre
les Carthaginois. Xenagoras
de Syracuse inventa des
Galeres à six bancs. Mnefigethon
en composa juiqu'l
dix; Alexandre le Grand,
jusqu'à douze. Ptolemeus Soter
en fit faire une jusqu'à
quinze, Ainsi le progréss'en
augmentoit detempsen
temps, & selonles expcriences
& la force des Vaisseaux
? qui devoient tenir la mer ,
& y resister
,
& alors les rames
estoient autant en usage
que les voiles.
Mais quand le bruit se fut
répandu par toute la Grece,
que Jason commandé par le
Pvoy Pelias devoit entreprendre
un grand voyage par -
mer, pour aller en laColchideàla
conqueste de la Toison
d'or, toute la Fleur de la
jeunesse de Grece voulut avoir
part à cette fameuse navigation
dont tout le monde parloir.
C'est ainsi qu'en usent
les Volontaires dans les grandes
Expéditions. Le nombre
en fut de cinquante-quatre?
des plus braves & des plus
considerables de laGrece.
A ce sujet on construisit
une Galere à trente ttaçcs de
chaque costé,ce qui n'avoit
:, point encore esté fait jusques
alors. Ce fut Argus Fils d'Arestor,
qui en fut l'Architecte
,
&qui luy donna de son
nom celuy d'Argo
,
& ceux
qui le monterent furent delà
appeliezArgonautes, si l'on
encroitApollonius le Rhodien.
ToutefoisDiodore dit
que ce Vaisseau futainsi
nommé à cause de sa legereté;
& Ciceton assure que
cetre Galere portoit ce nom
à cause de celuy des Grecs,
qui s'appelloient alors Argi,
ve5,du nom de la Ville d'Argos
dont ils estoientoriginaires.
Typhis,commePilote
pour son experience, prit la
conduire de ce Vaisseau?qui
a esté si renommé dans la
Grece,& qui pourainsi dire
a merité d'estre transporté
dans le Ciel, pour y faire unes,
constellation entre les autres
Astres.
Moreri dans son Diéèion-I
naire historique, marque que
cette Navigation se fit en
l'année 2792. de la Creation
du monde, s'il y a quelque
ombre de verité en cette histoire
si fabuleuse. Tout le
mistere de cette Conqueste
rin'ciloit que le secret & la
b découverte de la Pierre Philosophale,
que les Anciens
couvroient des voiles decette
IFabïe.
Mais quel que éclat que cet-
,ne Navigation au eu, & quoy
pqu'on l'éleve au dessus de
toutes les autres entreprises
maritimes,elle n'est presque
nrien à l'égard de ces grandes
Navigations qui se sont faites
bdepuis dans toutes les mers
asses plus vastes
,
& jusquss aux
Regions les plus reculées, &
dont la découverte n'a pû
fc faire sans le secours de
l'Aimant & l'usage de lal
Boussole.
Les bancs des Galeress'aug-
-
menterent encore de nombre
,
puis que Ptolomeus Phi-
- ladelphus en fit faire une de
quarante, & Ptoloméus Phi- -
lopator; surnommé Triphon, (J
uneautre desoixante.
Mais de quelle quantité de 3
Vaisseaux
? & de quelle grandeur
Xerxes, Roy des perses,
<; necouvrit-ilpasl'Hellespont
avec son Aimée navale? Le
nombre en estoit du moins
de
bde mille. Quelle hauteur,
quelle force & quelle profondeur
n'avoient pas les Navires,
dont il fit faire un pont ilié de chaifnes pour joindre
l'Asie à l'Europe. Toutefois
avec ce grand appareil de
guerre sur mer) il fut vaincu
par Themistocle prés de Salanine
,
&: contraint de se sauver
avec une petiteBarque.
Aprés tout, l'on remarque
ussu'en ces temps-l à les Pilotes
¡;tn'dvoient point d'autres guiotes
que leurexperience, la
lécouverte des Isles & des
Terres qu'ils avoient euxmêmesveuës,
des Golphcs-oùi
ils étoieut arrivez, des banc
&des écueils qu'ils avoient
€vitez,desRéd uits &desSinus
qu'ils connoissoient, & l'ot<
fervation des Estoiles qui leult
servoient à se conduire; U
quand ils avoient perdu leutfj
tramontane,ils couroient riQ
que de faire naufrage. -Ju-nques
alors les Cartes marines
& les Mappemondes n'e-a
stoient point en usage; aussi
leurs Navigations n'estoient
elles pas fort grandes, & les]
naufrages pouvoient estre aie
sez frequens
Y
puis qu'il
alloit assurer sur la force de
ses bras, sur l'industrie des
Nautonniers, sur la conduite
les voiles & des rames, pour
se tirer des écueils, des bancs
de sable, & des détroits perilleux
quand on y tomboit.
Aussi remarque-t-on que
la pluspart faisoient ferrer
leurs Vaisseaux sur le devant
& fous la carene, pour les rendre
plus solides contre les vagues,
& pour en empescher
le débris contre les rochers
sachez.
On donnoit aussi ancienment
des noms specieux aux
Vaisseaux les plus considerables,
commeon le voit au * combat navaldécric par Virgile
dans le cinquième livre
de son Eneide, où il nomme
trois Vaisseaux, la Balene, le
Centaure, & la Chimere. Et
aujourd huy encore à Venise
n'ya-t-il pas le Bucentaure,
qui est un Vaisseau de solem-
- nité & d'apparat, d'une pro--
digieufe grandeur, qui se démonte,
& qu'on remet enn
efur quand le Doge fait la
ceremonie d'aller e pouser la
Mer. De mesme dans les Arméesnavales
il y a des VaiC-l;
séaux qu'on nomme le Grand
„
Amiral, le Vice -
Amiral, la
) Capitane, &c.
Les Anciens en avoienten-
) core de differente nature, les
uns decharge,& les autres de
3 guerre. Les premiers estoient
) ordinairement plats, & fervoient
au passage des gens
de guerre, du bagage, des
rl harnois & des chevaux. Ce
fut Hippius de Tyr qui les
inventa, & on lesappelloit
Hippagines
, non pas de son
nom, mais dumotGrec de
3 cheval. Les autres qui servoient
dans les combats d.,
mer, estoient gros & ronds)
munis de becs de fer & poin- !
tus> pour percer de roideur :
ceux des Ennemis à force de : bras, & par la violence des ;
rames, & les couler à fond.
Aussi estoient-ils appellez;
rostratæ na-La Navires à bec.
De là cft venu chez les Romains,
que le Senat estoit
apellé l\Eflra, & que pro rostris
dicere,veut dire haranguerdevant
leSena,parce que quand
Romains avoient pris des
Vaisseauxà bec sur les Ennemis
dans quelque combat
on leur coupoit ce bec., &..
~oon l'attachoit le long du
éIBarreau où se faisoient les
harangues, & où fevuidoient
}llcs causes; de mesme que l'on
fc attache aux voûtes des Temples
les Drapeaux & les Eten- bdardsqu'on prend sur les
3 Ennemis.
Ces mesmes Vaisseaux de
guerreavoientaussi des Tourelles
sur la poupe, d'où la
Milice combattoit à coups
) de dards & de Bêcbes) &
jettoit des feux & d'autres
machines de guerre dans les
Vaisseaux des ennemis,comme
du le mesme Virgile dans
la peinture qu'il fait du combat
naval de l'Empereur Auguste
contre Antoine &
Cleopatre.
1 Ces Vaisseaux avoient encore
les Pàvoijddes3 qui cG
toient des ceintures de boucliers
rangezsur le bord
>
avec lesquels la Milice se
mettoit à couvert contre les
traits des ennemis ; & l'usage
s'en garde encore maintenant
dans les grands Vaisseaux de
guerre, maisplûtost par parade
qu'autrement. Ce font
de grandes ceintures d'étose
ordinairement d'écarlate, tausquelles
on donne le nom.
de Pavesades, par le changement
de quelques Lettres.
Il faut maintenant parler
de l'usage de la Boussole
,
qui
estla conduite la plus reguliete
dont les Pilotes se fervent
avec le secours de la
Carte ou Mappemonde,pour
faire de grands voyages par
mer,& ellen'a estéd écouverte
que depuis trois ou quatre
cens ans,par le moyen de l'Aiman,
il estfacile de croire,
comme j'ay dit,que l'on ne se
conduisoit furmpr auparavant
quepar sa propre experience,
par les vents,& par les Af-
!
tres : ce qui se remarque dans
toute la Navigation des Anciens.
Mais il semble que la Divine
Providence avoit renfermé
tout le secret de la Boussole
dans le seul Aiman ; car
en effet sans le secours de :
cette Pierre, l'usage n'en au-«
roit pasesté connu. LaBoussole
que les Latins appellent:
ACHS Magnetica navicularia, Aiguilleaimantée, ou Pixis
nautica,àcausedesa boëte)
est un infiniment fort necessaire
àla navigation. Cest;
une découverte des derniers
ficcles. dont les Anciens
n'ont point eu l'urage. Il est
vray que les vertus & les facultez
de l'Aiman leur ont
esté connuës, en ce qu'il attire
à soy le fer; mais ils n'ont
pas sceu que ce mesme fer
touché de l'Aiman eustune
propriété pour se tourner vers leNord& le Midy; & c'est
là cette noble connoissance,,
qui a servy à découvrir les.
nouveaux Mondes, les Isles
inconnues
?
les Nations les
plus éloignées, & pour ainsi
dire, à enrichir l'Europe par
le commerce& par les frequentes
navigations qui se
font faires,& se font encore:
en toutes Izs parties diu
monde.
Quoy que les Anciensscessent
les vertus de l'Aiman,
&: qu'ils enayentécrit,
comme AnHore, Platon,
Pline,&plusieursautresdont
nous parleronsa on ne voit
rien dans leurs écrits de la
Boussole, & le temps que l'on
commença à se servir dans
l'Europe de l' Aimanaulieu
de Boussole
,
est environ dés
l'an 1260. que Paul Venitien,
ayant fait un voyage dans la
Chine, en apporta le secret.
Les Chinois s'en servoient
de cette maniere. Ils suspendoient
un morceau de la
pierre d'Aman sur un morceau
de Liege, & le laissoient
flotter sur l'eau dans un Basfin
ou un Cuveau, & ce
Liege avec l'Aiman nemanquoit
pas de tourner du
costé du Nort. C'estoit-là
leurBoussolequileurfaisoit
connoistre l'Etoile polaire,
&; la maniere de con duire
leurs Vaisseaux sur la Mer,
ce qui a duré chez eux jufques
au milieu du ficcle precedent.
Ce mesme usage de cette
forte de Boussole a duré aussi
en Europe un assez longtemps,
jusqu'à ce qu'un certain
Flavius Melphitanus,
trouva le secret de la Boussole
, & par cet instrument
il donna moyen aux Espagnols
de naviger au nouveau
Monde,&d'y découvrir
la Castille d'or, & d'autres
parties de l'Amérique,
comme la Riviere de Platoe
& de Parana; c'est ce que
rapporte Petrus Cic'{tt , en
son traité de la Marine. Collenutius
dans son Histoire de
Naples en fait aussi mention;
•ôcjonjitisappelle la Boussole,
la regle des Nautonniers ou
de la Marine.
Mais d'autres attribuent
cette découverte à un certain
Jean Gira, natif du Bourg
d'Amalphi dans la Campanie
au territoire de Rome,
environ l'an 1300. Cela a du
rapport avec ce qu'enécrit
Collenutius. Toutefois il se
peut faire que ce Gira ne
trouva feulement que le
secret de faire la Boussole ;
c'est a dire de faire la Boëtte
êc de suspendre les aiguilles
aimantées sur un pivot, pour
leur donner le mouvement
qu'elles ont. Mais on demande
si le Lys qui se
met en toutes les Boussoles
pour marquer le Pole ou le
Nort , en conduisant l'aiguille
sur ce Lys qui est la
marque du Midy, n'est pas
un indice, que lesFrançois
ont trouvé le secret de mettre
les Boussoles dans leur
perfection
, car toutes les
Boussoles font marquées de
cette fleur Royale, & mesme
en quelque Païs que cesoit
que l'on en fasse
, pourune
instruction generale on y
ajoute ce Lys.
Aussi est-cedepuis ce tempslà,
que l'Art de naviger a
acquis de la perfection,& est
ca si grande estime cheztoutes
les Nations, qu'on a tâché
dans Les deux derniers
Siecles à le porter à son plus
haut point de perfection &
qu'enfin fous le Regne de
Louis LE GRAND
, on Jo
proposé des recompenses
considerables pour ceux qui
y feroient quelques nouvelles
découvertes.
Eneffet, Comme le commerce
unit les Nations les
plus éloignées, & n'enfait
presque pour ainsidire qu'un
seul peuple, qu'il porte les
richesses dans les lieux les
plus infertiles qu'il y répand
l'abondance & qu'il fait
voir les Indes Orientales &
Occidentales, la Chine & le
Perou dans l'Europe, ne doiton
pas dire que la Boussole,
qui fait tant de merveilles,4 trll un ouvrage & un miracle
de l'Art,publique c'est sur
elle que l'onasseure sa vie,
ses biens & sa fortune, & que
l'on va sur toute forte de
Mers par son secours, aussi
aisement & avec autant de
seureté que sur rcrrc)& qu'enfin
l'onattire les peuples les
plus Barbares, & les moins
civilisez à des connoissances
qu'ilsn'auroient jamais euës,
& à des alliances qui ne se
(
seroient jamais faites,témoins
les Ambassadeurs d'Ardra
dans la Guinée, ceux de
Moscovie, d'Alger, de Maroc
de Fez, & de nouveau ceux
de Siam,& d'autres?
Comme l'aiguille aimantée
est la principale partie
& la plus noble de la
Boussole, on doit avoir un
grand foin de la mettre dans
sa perfection
, & dans une
liberté qui la laisse bien agir.
L'aiguille ayant esté frottée
de l'A iman) acquiert les
mesmes proprietcz que cette
pierre renferme en soy, & les
conferve des Siecles entiers.
La Boëte ou elle doit estre
enfermée,est ordinairement
de bois, ronde ou quarrée;
il n'importe, mais sur tout il
faut se donner de garde de ;
n'y mettre aucun clou de fer,
puis qu'il feroit une attraction
de l'aiguille. La grandeur
de la Boëte fera de cinq
ou six pouces de diamettre.
On plantera au milieu un pi-
-
vot à angles droits fait de
cuivre,c'est la matiere la plus
propre, décrivant avec le
Compas un Cercle Concentrique
en la mesme Boëte.
Ceux de Marseille ont acquis
a réputation d'y travailler
excellemment.
Au retour des grandsvoyages
, on doit laisser les Boussoles
en leur état & dans leur
situation naturelle; elles ne :
se gastent pas pour estre dans
le repos. Quelques-uns atta--
chent la roteavec l'aiguilles
pour luy donner plus de fermeté
; celle d'un Cadran solaire
est tropvive pour unn
Vaisseau qui est toujours
dans l'agitation,&on auroit
peine à s'y regler. Pour lasJ
figure de l'aiguille aimantée
cela dépend des habiles Ar..]
tisans, & qui en connoissentir
les défauts & la perfection.
On a remarqué du moin
vingt declinaisons de l'Ai
man ou de la Boussole, c'est
¥
a quoy les habiles Pilotes
prennent ordinairement gar- de,pour se regler sur leurs
Cartes &asseurer leur Navigation
; les. sçavans Auteurs
enseignent à les corriger.
Toutes les Nations del'Europe
se font accord ées à diviser
l'horison en trente-deux
Rumbs
,
qui font autant de
routes différentes
, que le
Vaisseau doit suivre par le
moyen de la Boussole, estant
pouffé du vent. Chaque
Rumb ou route est éloignée
l'une de l'autre de onze degrez
& un quart; & quoy
que cette division puisse s'e
tendre jusqu'à trois cens soi
xante degrez
,
la premiere est
l'ordinaire de tous les Pilotes
& sur laquelleils sereglent
& leurs Cartes font marquées
de ces trente-deux Rumbs:
qui font les vents, & ces
vents font les routes qui regardent
les parties du mon.
de. Je laisse aux Curieux à
visiter les Cartes,& à enapprendre
les noms qui y font
marquez, & principalement
sur la Boussole.
L'aiguille de la BoUssole.
ayant acquis la mesme vertu
de
de l'Aiman qui l'a touchée,
laconserve dans cette admirable
& surprenante proprieté
,
qu'elle tourne naturelle.
ment un de les bouts au Nort
& l'autre auSud, qui luy est
opposé; & le Lys qui en: en
la Rose legarde toujours le
Nort ; ainsi en suivant les lu
gnes qui font marquées en la
Boussole seulement avec
l'oeil, on peut connoistre
en touttempsl'end roit de
l'horison
,
les quatre Vents
principaux, & pareillement
tous les autres.
L'avantage que son tire
de la Boussole., qui rend la
conduite du Vaisseau tresaisée
, est qu'elle represente
toutes les routes dans la mesme
disposition qu'elles font
en effet
) & l'experience &la
pratique en font connoiftrc
lavérité.
C'eil: une chose merveilleuse,&
qui donne un grand
avantage à la Navigation;
que par la conduite de la
Boussole,le Pilote peut tel.
lement gouverner ion Vaisseau,
dans les plus épaisses
tenebres de la nuit qu'il n'a
besoin ny des Astres ny de
;
lumière,& mesme il le gouverne
aussi-bien estant dans
le fond decale, ques'ilestoit
sur la poupe ou sur le tillac.
Il ne leur importe de voir la
Mer, ou de ne la pas voir,
non plus que le Ciel, ny aucune
Estoile remarquable
qui puisse luy designer quelque
Region ou Cap.
Les habiles Pilotes portent
quelquefois plus d'une Bousfoie,
ou une pierre d'A iman
dans leurs voyages de long
cours, à cause des accidens
qui sont à craindre, & c'est
une précaution qu'il est bon
d'avoir. Ce n'est pas que l'aiguille
d'un Cadran ne pust
servir deBoussolleencasdecas denetr.
1 ", 1 cessitépourvûqu'on la mette
sur du liege flotant, sur de
l'eau dans un grand vase
, car
elle marquera toujours le
Nort, ou l'Estoile polaire.
C'est comme les Anciçns en
usoient.
Si l'Aiman ou l'aiguille
aimantée de la Boussole n'avoit
point de declinaison,
l'art de la Navigation Seroit
entierement allure en son
principe;& le Vaisseau suivant
si ligne marquée par le
ent ou le Rumb< ne s'écarteroit
jamais de sa route, ce
pgui ne se peur faire sans dé*-
sliner.
Enfin,comme jel'ay déjai
Hit,ilya un grand nombre
He declinaisons que les Carycs
enseignent, & les Auteurs
qui les marquent dans
eurs traitez, font à consulter.
Comme l'aiguille de la
Boussoleales mesmes vertus
yc proprietez que l' A iman , est à propos de parler de
cette Pierre, pour faire l'uion
de l'une avec l'autre.
PlusieursAuteursontécrie
de la nature & des vertus de
l'Aiman à l'égard du fer qu'il
attire,&en sontun prodige
denature. S. Augustin mesme
en saCité deDieu,Isidore,
Platon & Theophraste en
disent des merveilles, & pour
la découverte, Nicander
&'. Pline aprés luy rapportent
qu'il fut trouvépar ha"
zard de cette maniere.
Un Pasteur l10mnlé¡rAa.,
snety menant paistre son ,troupeau sur le montIda en
Phrygie,s'apperceut que M
fer de sa houlette & lescloud
de ses souliers le tenoient ans
resté. Il en fut surpris, & en
avertit ses Compagnons qui
meurent la curiosité de tirer
p quelquesunes deces Pierres
bdulieuoù elles estoient, &
bd'en faire l'experience, ce
quiayant réussi, ils nommeirent
l'Aiman Magnes, du
nom decePasteur,&ce nom
ulluy est demeuré depuis en
Latin. La chose se divulgua,
&&C cette vertu cachée & secrete
fut ainsidécouverte.
D'autres donnent le nom de Magnesà l' Aimant de
Celuy de Magnesie, Ville de
^Macédoine) tirantversle lac
*Boebti$3 où il se trouve sur le ;
mont appellé Capo virilichi
de Natolie; d'autres le nomment
encore Heraclion
,
du J
nom de la Ville d'Heraclée *t
parce qu'on y en trouve aux
environs;ou du nom d'Hercule,
i cau se de sa foreeattra--
ctive envers le fer.
Sotachus faitcinq especes
d'Aiman
>
& les divise de
cetre forte
,
le premier qui.
vient d'Ethiopie
)
le second,
qui se trouve en Phrygie ou àCapo-Virilichi,le troisiéme
prés d'Echium,Ville de Boeotie,
le quatriéme en Alexan-
,j
drie de Troade, & le cinquiéme
à Capo de S. Georgio
>W*7guiefeo> à une lieuë & den
mie de Prague. Il y en a de
maslme & de femelle, dont les
vertus font différentes. On
en voit de diverse couleur;
mais le bleu est le plus
excel lent & le plus precieux
b de tous. Il s'en trouve de
) cette especeen une Contrée
) sablonneuse appellée Zimiris.
Le blanc n'a pas tant de force,
) & les Italiens l'appellentCalamita
bianca. Ce n'est pas
) qu'il n'yen ait en Allemagne
) d'excellent; mais le meilleur
est celuy quiattirele fer d'une
costé, & lerepousse de l'autre.
Ainsi dans l'Aiman la partie
Boreale qui attire le fer, doit
regarder la Boreale,de mesme
que l'australe qui lerepousse,
doit regarder l'australe.
L'Aiman que l'on nomme
Theamedes,&que les Allemans
appellent Ein Bleser, n'est pas
uneespece difference;car tout
Aiman qui attire le fer, &
montre les plages du monde
par une de ses parties, le
repousse de la partie opposée.
On voit ainsi dans l'Aiman.
que les parties opposées font:
Il des effetsdifferens.
C'est une erreur que les
Vaisseauxqui ont des cloux de fer,demeurentattachez à.
u une Montagneversle Nort,
«» s'ils en approchent de trop- prés, à cause de rAitnan
qui s'y trouve, & qu'ils ont
peine à s'en tirer; mais c'est
une merveille qu'un fer libre
& plus leger qu'une pierre
> d'Aiman, y courtnaturellement,
&tache de s'y joindre,
& si le fer est attaché & plus
pesant que la pierre, l'Aiman,
, court au fer & s'y joint.
Il faut pour la conservation
de l'Aiman qu'il soit enfermé
dans la limaille de fer
..J
où
il conferve ses forces, les
augmente,& en fait sa nourriture
; de plus il communique
sa vertu au fer, comme
on le remarque aux anneaux
d'une chaisne, dont l'un attire
l'autre, parce que la
vertu de l'Aiman [rani pire,
& passe au travers de chaque
anneau jusqu'au bout de la
chaisne&dansl'estenduë ou
cercle de son activité. Dans
cette attraction il est necessaire
que l'Aiman soit plus
pesant que le fer
, autrement
,'lPAiman iroit au fer ; mais
quoy qu'il en soit, c'est toûjoursl'Aiman
qui attire selon
le sentiment de tous ceux qui en ont écrit.
Ce qui est encore de plus
merveilleux, l'Aimanne laissse
pas d'attirer le fer au travers
du bois,de la pierre &
du verre mesme
,
& ces corps
ne mettent point d'obstacle
sa vertuattractrice. Cette
vertu naturelle ressemble à
La lumiere
,
qui passe au travers
des corps diaphanes &
ransparens
, ou au son qui
raverse les corps les plus solides,
& vient fraper lesorei
les; maisc'est une chose a
sez étonnante que l'Aima
ayant tant de simpathie ave
le fer, se fortifiant dans
limaille, & y acquerant me
me de nouvelles forces,
n'agit pas également en tou
tes ses parties, que d'un cost
il l'attire
,
& de l'autre il
repousse. D'où luy vient ce
amour & cette aversion
un mesmetemps? Ce son
des merveilles qui doiven
estre admirées des hommes
& qui ne sçauroient estr
connuës.
L'onpourroit douter sil'Aiman
souhaite s'unir au fer,
ou lefer à l'Aiman pour se
revestir de ses vertus, combine
font, attirer un autre fer,
:Jx, montrer les plages du
)rmonde, & cette propriété
est sans doute la plus Dclle,
a plus curieuse & la plus
dmirable , puis que par le
)lnoyen d'une aiguille aimansèée
,enfermée dans une Boufole
,
l'on trouve le pole, l'on
onnoiftle point arctique&
antarctique, l'on parcourt
joutes les Mers aussi-bien la uit que le jour, & l'on peuc
adresserdes routes sans erreur
à toutes les parties du
monde, & mesme jusqu'aux
Antipodes.
Voicy uneexpérience aC
fez aisée pour connoistre
dans une pierre d'Aiman le
point boreal, & le poin
austral. Il faut la mettre dan
une écuelle de bois sur une
eau reposée dans un bassîn
Cette écuelle tournera assc,,:
long-temps sur l'eau, jusqu'
ce que le point boreal d
la pierre ait trouvé le pol.
boreal
,
& alors elle s'y an
restera, & cela donnera lier
de distinguer dans l'Aiman
v !!a partie boreale & l'australe.
[ La mesme experience se peut
encore faire avec un filet;
) car si vous suspendez une
pierre d'Aiman, elletournera
long-temps jusqu'à ce qu'elle aittrouvé son pole. Ilenest de mesme de l'aiguilleaimantéeenfermée
dans sa Boussole&posée (u-r
son pivot;elle ne se reposera
pas qu'elle n'ait trouvé son
ÎNortj&enle montrant elle
amontre toutesles autres parties
du monde dans le mesme
temps. Elle a la mesme aé\ivite
que l'Aiman, & la garde
pendant tout un siecle sans
en este dépoüillée, à moins;
de quelque accident, comme;
du feu.
!
Il y a encore un moyen de
découvrir le point concentrique
de l'Aiman. Il faut
mettre un fer surun ais bien
poly,& luy presenter la pierre
d'Aiman.Alors on y verra
le point d'attraction & d'activité
; d'abord le fer tremblera
& suivra l'Aiman pour
s'y attacher. C'est une mer-j
veille que l'esprit de l'Aiman.
s'épanche sur le fer fl-J
1
tost qu'il enest coucher dans
son irradiation il se forme
un cetc le où s'étend sa vertu
inspirée.
Theoprafte Paracelse écrit
que les forces de 1" Aiman
peuvent Cllre augmentées à
l'infiny ,jusqu'à arracher un
cloud attaché dans une mu,,
raille, ce qu'il a mesme ex*
perimenté.
Claudien qui a écrit du
temps de l'Empereur Theodose
en l'année427. a fait
une admirable descriprion
de la pierre d'Aiman & de
ses vertus en une de ses Elj-.
L
grammes. Il la represents
sous la figure de la Déesse
Venus,&le fer fous celle du
Dieu Mars, & nous donne
une merveilleuse peinture de
leur simpathie & de leur amour.
Aussi n'y a m1 rien de
plus éclatant en la nature,
& qui paroisse plus aux yeux
que cetteviveimpression qui
feO'ne entre cette pierre& le
fer. On se sert de cet exemple
pour montrer qu'il peut
y avoir d'autres fimpathies
en la Nature, sinon auni
fortes, du moins approchantes
,
telle que la poudre
de simpathie par le vitriol
Romain avec le fang
d'une playe.
* On tient qu'AlbertleGrand,
qui a traité de l'Aimanjavoit
aussi la connoissance de la.
Boussole. C'est la pensée de
Cardan au 7.liv. de la Subtilité,
où il parle amplement
des vertus & des propriétés
de l'Ainlan., de sa découverte,
de ses effets & de ses
especes.
Jean-Baptisse Porta, Napolitain
, a fait un traité particulier
des merveilles de cette
Pierre. Zuingerus en parle
beaucoup en son Theatre de
la Vie humaine; maisjamais
personne n'en a pû découvrir
la cause, &Dieu a voulu
que ce secret demeurait
caché dans la nature.
Ansclme Boëce de Bort,
en son histoire des Pierres
Precieuses, qu'il dédia àl'Empereur
Rodolphe II. dont il
estoit Medecin, & qu'il mit
en lumiere l'an
1 514. comme ;
aussîdans les Commentaites <
qu'il a faits sur la Pratique
dorée de Jean Stocher, im--
primez a Leyde l'an 1634,
parle àfond de l'Aiman^ôc>:
le préfere mesme à toutes les
Pierres les plus precieuses
pour ses vertus & ses proprie.
tez. Il dit que les unes ne
font que pour la couleur, le
brillant&labeauté, & pour
[
plaire
-
aux yeux, & l'autre
pour ravir l'esprit.
Mais à propos de la Bouf-
[ole, il y a encore une autre
L
merveille, que plusieurs Pi-
[ lotes ont ebservée dans leurs
[ Navigations. C'est que quand
[ le Vaisseauapasséau delà de
[ la Ligne meridionale,la Boussole
se sent affoiblir, & panche
ducollédu Pole Antarctique,
comme s'il y
avoit une autre montagne
d'Aiman dans l'extremité de
l'Amerique versle Pole Austral,
qui l'attiraft, cette quatrième
partie du Monde n'estant
pas encore entièrement : découverte.Quelques-uns;
mesme tiennent qu'il y en
peut avoir une, par les declinaifons
qu'ils remarquent en laBoussoleau delà de laLigne;
mais cette Boussole re- - prend toutes ses forces su tost
que le Vaisseau retourne au
dessous de la Ligne? en tirant
un peu vers le Nort:& par là
on
on presumeque cette aiguille
aimantée regarde plûtost les
IPoles que les plages du mon-
3 de. Ceux qui ont navigé le
iplus prés vers l' Amérique, se
sont apperceusque leurBous.
sole declinoit de quelques
bdegrez contre l'Occident, & ils ont remarquécela sur leur
Mappemonde par les hauteurs
du Pole Austral.
.: Comme le rond de la terre
est divisé dans saSphere
en360. degrez, & la Carte
bdes Pilotes en 32. Vents,qui
sont autant de plages;il leur
3eft facile de voir combien ils
sécartent de leur route ,6c
de la reprend re par le secours
de leur Boussole,ensupputant
les degrez. Cette aiguille:
(ertaufS de guide sur laterre;
4
ayant un Cadran solaire, on
y remarque le Nort, en la
faisant tourner sur la pointe:
du Midy, qui est la Fleur de :
Lys:&enconnoissant le Nort,
on connoist les autres parties,,
leMidy,l'Orient & l'Occi--
dent. On peutmesme par
son secours traverser les plus
vastes landes & les plus gran- -
des forests, l'aiguille mar--
quant toûjours le Pole Arctique.
LaBaussole sert aussi à
l'Ichnographie,quiest tracer
& décrirelafigure d'une
Ville, le plan d'un Chasteau,
ou d'une terre, ou d'unautre
lieu par ses éminencces,& par
les reduirs,en se servant de
;
pals ou de pieux pour marquer
lesd istances.
L'on a inventé encore
beaucoup d'autres secretscurieux
par l'usage de la Boussole,
& divers Jeux d'esprit
qui surprennent ceux qui
n'en sçavent pas le Cecree, &
qui se persuadent qu'il y a
de la magie ou de l'enchan..
tement. Boëtius en rapporte
de fort subtils en son histoire
des Pierreries,au chapitrede
l'Aiman.
Il nous reste à voir quelques
Navigations des plus
celebres qui se font faites depuisladécouverte
de cette
Boussole. Celle de Chriftophle
Colomb, natif de Gennés,
ne se fit que plus de cent
quatrevingt ans après ; il
découvrit la quatrième partie
du monde, qui est l'Amerique,
& ce fut l'an 1492.
pette partie futainsi nommée
&Arrimons Vespatius de
j Florence, qui y fit voile en-
1fuite
,
& l'an IJI?/.Ferdinand
ni Magellan trouva ledétroit
: qui porte son naIn, Magella-
„ nique, & fit le circuit du
1 monde. Mais aujourd'huy la
1 Navigation est élevée à un
1 point où elle n'avait point
| encore monré, &la France a | sesTyphis& ses Argonautes,
; qui n'apprehendent point les
écueils, les bancs, & les au-
<
tres perils de la Mer. Le nombre
s'en augmente tous les
l
jours, leur experience les rend
t maistres dés leurs premiers
voyages. De plusonnepeut
donner assez de loüanges, aux
habiles Cosmographes &
aux illustresMathématiciens,
dont les Ouvrages
célébrés onc beaucoup
servy à la Navigation; les
Arias que l'on a faits en
Hollande, pour la defeription
des Mers
1
des Régions
&des Terres, fonr encore
d.un grand secours aux habiles
Pilotes.
J'ajoute icy pour la curiosité
de ceux qui voudront
s'instruire de tout ce qu'on
peut connoistre sur la Navigation,
& sur toutes les parr
ties qui la regardent,un Catalogue
des Auteurs les plus
fameux qui ont écrit de cette
Pierre Nonius, célébré
Mathématicien Portugais, en
l'année 1330. fit un Livre de
la Navigation, divisé en deux
parcies, où il traite des Cartes
marines, & des instrumens
qui fervent pour trouver
l'élévation du Pole: il y
explique lanaturedes Lignes
Loxodromiques
,
quels font
les instrumens les plus propres
pour faire une heureuse
navigation, &lesReglesque
l'on doit suivre pour le mesmeeffet.
De plus) il donne
folurionauxquestionsqu'Alphonse
Sofa luy propose sur
ses doutes qui regardent les
vents & le lever du Soleil. Il
faut dela pénétration pour
un si sçavant Auteur, dont
les queitions font curieuses.
Pierre Medina, Espagnol
) mit au jour en l'année 1561.
un traite en sa langue, divile
en huit livres; où il expose
les principes de la Sphere,
& sur tout ceux qui regardent
la Navigation. il
parle de la Mer, des courans,
des-bancs de fable les plus
fameux
,
des presages de ta
tempeste, desvents & de
leur
- cours, de la hauteur
des Etoiles
,
de l'élévation
du Pole) de la declinaison
du Soleil, & de celles de la
Boussole ; de la Lune & de
ses effets à l'égard du flux'J
des connoissances parfaites
duCalcndtier, & d'autres qui
regardent la Marine. Cet
Ouvrage a semblé assez curieux
pour avoir esté traduit
en François par Nicolas Nicolas
du Dauphiné, Geographe
du Roy. On la imprimé
à Lyon.
Jacques Severrius, donnas
au Public en l'année ijp8,
un Livre intituléde ,-
Orbes
catoptrico, où l' Auteur ex-- ''-' plique plusieurs choses qui
regardent la parfaire Navi.,;
gation, & les regles que
l'on y doit suivre.
Jean Garcia
,
surnommé
Ferdinand, mit en lumiere
en l'année1598. un Traité
fort curieux pour les Pilotes;
& pour la conduite desVaisfcaux
; où sont expliquées:
diveifes matieres, comme Jar;
declinaison du Soleil; lan
maniere de prendre les latiuudes
par la hauteur de TEooile
polaire; & ce qui efi:
sle plus curieux, c'est la defrriprion
presque entiere des
oftes de France, d'Erpagne,
& de Flandre) & de leurs
)Oorrs.
André Garcia Cespedes,
~Eûatif d'Espagne, produisiten
s'année 1606. en sa Langue
, un Livre qui porte pourtitre
ï%epimento de Navigacion
)
diinse
en deux Parties. Il yenseigne
les princi pes de la
~phere
, .&. ajoûteles Tables
sftes declinaisons du Soleil ,&
sa maniere de trouver la hauteur
du Pole par l'Etoile po
laire De plus, il apprend lo
pratiques del'Astrolabe
, cz l'Arbateste, & de plusieur
autres instrumens necessaire
à la Sphere & à la Marine. 7
fait une entiere descriptio
de la Boussole., & de la ma
niere de s'en servir
,
& s'é~
tend sur plusieurs autres pal:J
ticularicez qui la regarden
Il traite de l'Hydrogaphie:
& des secrets pour la prati
quer ; & instruit à faire des
Ccarthes. eCe Lrivcreesht féort.ro
Simon Stevin Mathemai
xien du Prince d'Orange.
n l'année 1608. fit paroistre
Mémoires,divisez en six
livres.Il y traite de la Navigation
& detout ce qui la
regarde
, & de la Geographie,
sur tout il parle de la Navigation
Loxodromique&
lirculaire ; il y enseigne l'ugage
de l'Aiman &de la Boutole)
& de ses declinaisons,
vvec les pratiques ex. connoissances
duflux & reflux.
Guillaume Gilbert, Melecinde
Londres, en l'année
cvéïo. mit au jour un traité de
Aiman,où selon les principesdelaPhysique
,
il pari]
de lanature& de ses effets;
.& des moyens de s'en servin
Cet Ouvrage est Latin & son
curieux. C'est un des premiers
qui ait traité à fond de certl':
pierre.
VillebrordusSnellius en l'ann
née 1-62.0. fitparoistre son
Livre,intitulé Typhis Batavus
il donne une parfaiteconnoissance
des Lignes Loxodromiques,
& en explique h;
nature avec beaucoup de fo-i
lidité ; il y ajoute la methodo
de les réduire en tables; c'cor
jusqu'à presentceluy qui en
A parlé le plusà fond
Le cours de Conimbre parut
en i~.H y est traitede la
mature des vertus & des pro-
~prietez de l'Aiman, & de la
cBouflolc.
Nicolas Cabéc, Jesuite,mit
rmu jour en l'année1619. sa
Philosophie Magnétique,où
selon les principes de la Phisiique,
la nature,&les vertus
bde l'Aiman font expliquées,
àôc les secrets de la Boussole.
Adrianus Metius , donna n l'année1631. un traité du
premier Mobile, divisé en
xinq Livres, oùilenseigne
la Methode de naviger pan
le Globe, & pour l'usage des
Pilotes il y donne une Tables
des Lignes Loxodromiques,
qui est d'une grande érudition
&: utilité. C'est la pre-:
miere qui ait paru.
Jean Tassin, Geographe dun
Roy, en l'année 1633. donna,
au Public des Cartes desa;
costes de la Mer Mediterranée
& de l'Oceane, ce qui
est d'une merveilleuse commodité
pour laNavigation.
Georges Fournier) Jesuite,c:
en l'année1640. fitparoistre
son Hydrographie en François
,
où il traite de l'Art )de naviger ) & de quelques
particularitez qui regardenr
la Marine.
Barthelemy Morisot > en
[ l'année 1643. fit imprimer à
1 Dijon son Livre intitulé Orbis
maritimus. On y voit tout
ce qui Yeft passé de plus
:>
considerable sur laMer,tant
0 en Navigation
,
qu'en Combats
; & tout y est traité
b d'une manière historique. Cet
) Ouvrage est fort agreable & fort utile.
Jean Grandamy, Jesuite,
mit en lumiere en l'année
1646. un traite tres-curieux y
où il fait voir par une nouvelle
demonstration l'immobilitédela
terre par le moyen
de l'Aiman. Il détruit par là
toutes les opinions de ceux
qui onttenu le contraire, &
enseigne une methode d'avoir
la Ligne du Midy Magnétique
sans aucune décli-
Basson. Ses experiences font
admirables, & ses demonstrations
claires.
Nicolas Zuchi
,
de Parme,
Jesuite, publia en l'année
1649. un traité de l'Aiman,
quiestaussi fort curieux. Il
) en explique tous les effets,
) & les fonde sur des rairons,
& en produit des experiences,
sans approfondir la cause primitive
, ne s'attachant qua la finale.
Nous avons aussi un excellent
Traité de l'Aiman du
sçavant Kirker Jesuite,&Bibliothecaire
du Vatican. Cet
) Ouvrage est remplyd'experiences
tirées de cette Pierre,
&enrichi de figures; mais il
s'attache plutôt! aux prati-
) ques, qu'à donner l'explication
de sa nature. Ce fut en
1 l'année1654. qu'il parut.
Bernard Varenius nous
donna en 1660. sa Geographie
Universelle
,
où il traite
de la Navigation assez amplement,
& donne l'explicatior
des Lignes Loxodromiques.
Jean Riccioli,de Ferrare,
Jesuite, en l'année 1661. fil
voir le jour à sa Geographie:
où il ajoûte un traité de la
Navigation. Cet Ouvrage est
divisé en neuf Livres ; il y
joint les Tables Loxodromiques,
explique clairement la
Navigation circulaire, enseigne
la plus grande partie de
Problêmes nautiques, & donne
la maniere de faire des
Cartes hydrographiques.
La mesmeannée il parut
un Cours Mathématique de
Gaspar Schotus, Jesuite,où
il traite de l'art de naviger &
del'Hydrographie assez clairement
, mais avec peu de
démonstrations.
Mr Denis,Prestre,Hydro.
graphe & Professeur Royal
à Dieppe, en l'année 1666.
commença à donner au Public
ses Ouvrages par un trairé
de l'Aiguille aimantée ou
de laBoussole. Il enseigne les
moyens de trouver diverses
declinaisons del'Aimantée:
des Tables des amplitudes ortives.-? >.
Le mesme Mr Denis
xt
en l'année t6,6S. fit imprimer
une façon nouvelle deo
naviger par nombres, c'est à
dire, par Sinus, qui peut feulement
servir dans les Navirgations
de briefcours, & nonn
pas dans les longues.
En la mesme année Vin--l
cent Leontaut mit au jour un
traité de l'Aiman, dans le
quel il fait voir les directions
de la Boussole d'une maniere
nouvelle & solide. Cet Ou-u
ouvrage est d'un grand secours
pour la Navigation circulaire
'1{. Loxodromique.
.,
Le mesme M' Denis, en
année1669. donna au Puolic
un traitéintitulé, Dis
cours de la déclinaison du Soleil.
111 sert dans la Navigation à
observer la latitude en dioversesmanieres.
Le mesme Auteur en l'ananée1673.
mit au jour un autre ivre qui porte pour titre,
L'art de navigerensa plus haute
erfection
,
où il enseigne à
prouver facilement les laIluudes.
Claude - François Milleme
Dechales, Jesuite
> en l'année
1677. fit imprimer fonrii
Livre intitulé, tArt,rie nanji^v
ger, démontré parprincipes,&
confirmé par plusieurs observations
tirées de l'experience. Ce#3
Ouvrage est des plus solides
& est divisé en sept Livres,
avec quantitéde figures pour
l'intelligence, & des Table
fort amples. Il y traitede
grandeurs des Navires,avec
plusieurs circonstances de 1^1
Navigation sur les Rivières
& sur les Canaux; amplemen
de la Boussole & de sa constructionne
instruction;de la Sphere&dela
maniere d'observer la hauteur
tics Astres, des Lignes Loxo-
Hromiques, des Cartes hydrographiques,
des Latitudes
&C des Longitudes,enfindu
flus & du reflus de la Mer.
Maisoutretous ces Auteurs
jjque nous venons de citet,il y
ena encore d'autres qui ont
traitédela Navigation, sçavoir
Pierre AppianRodericus
Zamoranus , André Gaspar
Cespedius,DuRégime de la
'\Mfavigatïon-fèartholomoettsCrefr>:
entius> de Mauttcd Mediterrar,
nca-yAurufilnCoefareus; RoberItts
Dudlé, de arcanis maris
Jacques Colomb,d,ans; lo,
Flambeau de laNavigation
le Livre intitulé la Colomne
flamboyante; Pierre Herigon
en son Cours de Machematique;
Jean Janson, dans [OCI
Intioduction au Monde ma
ritime le P. Mersenne. Minime,
danssonIstiodromie:
LazarusBaytiusdere navali
J'ay leu en manufèrit L\
Phare de laMer, du Sr Bre
byon,Avocat à Dieppe, qui
mourut lors qu'on en impri
moitla premierefeüille.Ce
•Omvifieestoit divisé en si;:FI
ILivres.,& devoit avoir trente
ilfix gcran3de0s figures; le Sieur Bilaine en dévoit faire l'impression.
Il y est traitéàfond
de la Sphere, & de tout ce qui regarde une parfaite Navigation.
Il y a esperance que
aTes Héritiers le feront mettre
en lumiere dans quelque
Dzemps.11 avoit sesattestions
Ibde Mrs les Mathématiciens
ibde Paris.
Toutes les recherches que
vous venez delire sur l'Art
)hle la Navigation, ont este
faires par M Rouic,>deRouer.«i.
dont je vous ay déja envoyé
plusieurs Ouvrages quevous
avezestimez. Onest toujours
obligé a ceux qui par de femblables
foins facilitent au Public
ces fortes de connoiflances,
& qui luy épargnent les
longues lectures qu'il feroit
besoin de faire, pour s'infiruireun
peuàfond sur les
matieres de cette nature.
Fermer
Résumé : DE L'ART DE NAVIGER.
Le texte aborde l'évolution de la navigation en Europe et l'importance croissante des vaisseaux. L'année précédente a vu un nombre record de vaisseaux, avec une augmentation prévue pour l'été suivant. La navigation est cruciale pour traverser rivières et îles, utilisant divers types d'embarcations comme des radeaux, des bacs et des gondoles, fabriqués à partir de matériaux naturels. Les Égyptiens sont souvent crédités de l'invention de ces petits vaisseaux, adaptés par les Vénitiens, Syriens et Africains. Le texte mentionne plusieurs inventions liées à la navigation, telles que les rames, les mâts, les voiles, les ancres et les gouvernails, attribuées à différents peuples et individus. Tiphys est crédité des règles de navigation et de l'utilisation du gouvernail, tandis que Minos forma la première armée navale. Les galères, rapides et maniables, furent utilisées par divers peuples, notamment les Égyptiens et les Romains. L'expédition des Argonautes, dirigée par Jason, est évoquée pour sa quête de la Toison d'Or. Les grandes flottes de Ptolémée et de Xerxès sont également mentionnées. Les pilotes anciens se fiaient à leur expérience et aux étoiles pour naviguer. Le texte compare ces navigations à celles plus récentes, facilitées par l'aimant et la boussole. Les vaisseaux anciens incluent ceux décrits par Virgile et des navires spécifiques comme le Bucentaure à Venise. Les vaisseaux de guerre possédaient des becs de fer et des tourelles pour lancer des projectiles. La boussole, introduite en Europe vers 1260, a révolutionné la navigation en permettant de découvrir de nouveaux mondes et d'enrichir l'Europe par le commerce. Les Chinois utilisaient déjà une forme primitive de boussole. Les améliorations apportées par Flavius Melphitanus et Jean Gira ont permis des explorations majeures, comme celles des Espagnols en Amérique. L'aiguille aimantée, ou aiman, est essentielle pour la navigation car elle permet de déterminer le nord et l'étoile polaire. Les cartographes enseignent diverses déclinaisons de l'aiguille. L'aimant, découvert par un pasteur nommé Magnès, attire le fer et repousse d'un côté. Les propriétés de l'aimant sont décrites par plusieurs auteurs anciens comme Saint Augustin et Pline. La boussole, utilisant une aiguille aimantée, aide à orienter les navires et à corriger leur route. Des expériences montrent que l'aimant tourne pour indiquer le nord. La boussole s'affaiblit au-delà de l'équateur, suggérant une autre montagne magnétique en Amérique du Sud.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 44-48
Division du Mercure [titre d'après la table]
Début :
Je souhaite pouvoir vous donner tous les mois des extraits [...]
Mots clefs :
Parties, Curieux, Livre, Division du Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Division du Mercure [titre d'après la table]
Je foulante pouvoir
vous donner tous les mois
des extraits auffi curieux
que celuy- cy & que ceGALANT.
45
tuy quifuitfur les coquillages
, jay refolu dans la
fuite de raffembler tous
・ceux que j'auray en un
feul endroit du Livre ,
afin que ceux qui en font
curieuxpuiffentmefmeles
faire relier tous dans un
petit volume au bout de
l'année: ainfi je diftribueray
le Mercure en 4.
partie Lune pour toutes
les Pieces qui regarderont
les Sciences , la Litterature
, les Arts , &
146 · MERCURE
L'autre partie fera pour
les Nouvelles , les Marts,
les Mariages , &l'autre
pour les pieces de Poefies,
l'autre pourles Hifto-
C
'
riettes, Contes , & autres
amufements quifont pour
le plus grand nombre ,
Peffentiel d'un Mercure
Galant
Par cette divifion que
jobferveray autant qu'il
-fera poffible , on pourra
fame relier auffi feparement
ces quatres Parties
GALANT . 3:47
les
3
les
du Livre , chacun felon.
goust qu'il aura M
pour les Sciences , ou pour.
La Poefie , ou pour les
Nouvelles , ou pour.
Hiftoriettes , Enigmes ,
Queftion, 5.c.Mais.comme
il peut entrer dans la
compofition
d'un Mercure
une infinité de chofes
qui n'ont pas un rapport
bien juste à chacune de
ces quatres Claffes où je
reduis cette divifion , on
me pardonnera
a'en pla
48 MERCURE
cer quelques-unes ou je
pourray, même defaire
ces parties feparees plus
groffes ou plus petites ,par
rapport a la quantité €5
à lefpece des materiaux
qui me viendront.
vous donner tous les mois
des extraits auffi curieux
que celuy- cy & que ceGALANT.
45
tuy quifuitfur les coquillages
, jay refolu dans la
fuite de raffembler tous
・ceux que j'auray en un
feul endroit du Livre ,
afin que ceux qui en font
curieuxpuiffentmefmeles
faire relier tous dans un
petit volume au bout de
l'année: ainfi je diftribueray
le Mercure en 4.
partie Lune pour toutes
les Pieces qui regarderont
les Sciences , la Litterature
, les Arts , &
146 · MERCURE
L'autre partie fera pour
les Nouvelles , les Marts,
les Mariages , &l'autre
pour les pieces de Poefies,
l'autre pourles Hifto-
C
'
riettes, Contes , & autres
amufements quifont pour
le plus grand nombre ,
Peffentiel d'un Mercure
Galant
Par cette divifion que
jobferveray autant qu'il
-fera poffible , on pourra
fame relier auffi feparement
ces quatres Parties
GALANT . 3:47
les
3
les
du Livre , chacun felon.
goust qu'il aura M
pour les Sciences , ou pour.
La Poefie , ou pour les
Nouvelles , ou pour.
Hiftoriettes , Enigmes ,
Queftion, 5.c.Mais.comme
il peut entrer dans la
compofition
d'un Mercure
une infinité de chofes
qui n'ont pas un rapport
bien juste à chacune de
ces quatres Claffes où je
reduis cette divifion , on
me pardonnera
a'en pla
48 MERCURE
cer quelques-unes ou je
pourray, même defaire
ces parties feparees plus
groffes ou plus petites ,par
rapport a la quantité €5
à lefpece des materiaux
qui me viendront.
Fermer
Résumé : Division du Mercure [titre d'après la table]
Le projet éditorial présenté vise à compiler et organiser des extraits mensuels dans un ouvrage intitulé 'Mercure Galant'. À la fin de l'année, ces extraits seront réunis en un seul volume, divisé en quatre parties distinctes. La première partie couvrira les sciences, la littérature et les arts. La deuxième partie traitera des nouvelles, des naissances et des mariages. La troisième partie sera dédiée à la poésie, tandis que la quatrième partie inclura des historiettes, des contes et d'autres amusements pour un large public. Cette structure permettra aux lecteurs d'acheter séparément les sections qui correspondent à leurs intérêts. L'auteur se réserve le droit de placer certaines contributions dans des catégories appropriées ou d'ajuster la taille des sections en fonction du contenu disponible.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 94-99
LE CURIEUX IMPERTINENT, CONTE.
Début :
Certain mary, mary tout des plus sots, [...]
Mots clefs :
Curieux, Époux, Mari
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE CURIEUX IMPERTINENT, CONTE.
LE CURIEUX IMPERTINENT ,
CONTEH
Certain maky , mary tout des
plusfors
Voulant fçavoir fo Meffer cocuage
Le regardoit comme un de fes
fupots
A fa Lucreffe , aprés quelques
I propose, muulub ( 53
Pour s'éclaircir tint un jour ce
langage.
Quelques Demons qu'on
nomme Maltotiers ,
Que Belzebuth créa dansfa colere
GALANT. 91
Sont inventeurs d'une maudite
affaire
Qui les va tous enrichir à milliers.
Voicy le fait. Quand de la
grande bande
Eft un mary , par un Edit nou-
Dean
Si fur l'oreille il ne met fon chapeau
,
De mille écus il doit payer l'a.
mende.
Partant , dit- il , pourfuivantfon
difcours ,
Declarez moy fans feinte ny détours
S'il m'eft permis d'aller en afſúrance
96 MERCURE
Car cette chofe eft certaine fans
pluss
Et ce feroitfâcheufe circonstance,
Outre l'affront , depayer mille écus.
A tant mitfin àfa fotte Harangue
L'époux preffé de curieux defir.
Le malheureux
! ne pouvoit- il
choifir
D'autre fujet pour exercer fa
langue?
Ignoroit- il que ces fortes de faits,
Quoyque communs ne fe difent jamais
?
En ce pourtant fe fit voir idiote
Dufor marylafemme encore plus
fore
Tout
GALANT 27
Tout à l'abort elle dit fierement ,
Noftre féal , vous pouvez hardiment
ཀ
Aller partout fans craindre d'incartade
,
One noftre honneur ne battit la
chamade
;
En un befoin j'en prêterois ferment
:
Renonçant feule à la grande methode
Je n'ay point mis mon époux à la
mode.
Parbleu , dit - il , mes fens font
enchantez.
De cet aveu , vous me ravissez
Fame:
Novembre is. I
98 MERCURE
Je m'en wais donc fans craindre
aucun diffame
User du droit que vous me permettez
Allerpar tout ,fans redouter l'enqueſte
:
Etfaire nargue à tous ceux dont
Vulcain
Eft lePatron qui chommentfa
ན་ གང
feste.
Lors enfonçant de l'une &
l'autre main
3
Egalement fon chapeau dans fa
tefte ,
Ilfort croyant aller enfûreté
De cocuage & de fa parenté.
Quand tout à coup , pour faire dif
paraître
*
YON
533 #
THROUK
DE
LA
GALANT.
Son air content & fafortefiets
Il entendit fa femme à la fenestre
VILLE
Qui luy crioit: un peu fur le
cofté
CONTEH
Certain maky , mary tout des
plusfors
Voulant fçavoir fo Meffer cocuage
Le regardoit comme un de fes
fupots
A fa Lucreffe , aprés quelques
I propose, muulub ( 53
Pour s'éclaircir tint un jour ce
langage.
Quelques Demons qu'on
nomme Maltotiers ,
Que Belzebuth créa dansfa colere
GALANT. 91
Sont inventeurs d'une maudite
affaire
Qui les va tous enrichir à milliers.
Voicy le fait. Quand de la
grande bande
Eft un mary , par un Edit nou-
Dean
Si fur l'oreille il ne met fon chapeau
,
De mille écus il doit payer l'a.
mende.
Partant , dit- il , pourfuivantfon
difcours ,
Declarez moy fans feinte ny détours
S'il m'eft permis d'aller en afſúrance
96 MERCURE
Car cette chofe eft certaine fans
pluss
Et ce feroitfâcheufe circonstance,
Outre l'affront , depayer mille écus.
A tant mitfin àfa fotte Harangue
L'époux preffé de curieux defir.
Le malheureux
! ne pouvoit- il
choifir
D'autre fujet pour exercer fa
langue?
Ignoroit- il que ces fortes de faits,
Quoyque communs ne fe difent jamais
?
En ce pourtant fe fit voir idiote
Dufor marylafemme encore plus
fore
Tout
GALANT 27
Tout à l'abort elle dit fierement ,
Noftre féal , vous pouvez hardiment
ཀ
Aller partout fans craindre d'incartade
,
One noftre honneur ne battit la
chamade
;
En un befoin j'en prêterois ferment
:
Renonçant feule à la grande methode
Je n'ay point mis mon époux à la
mode.
Parbleu , dit - il , mes fens font
enchantez.
De cet aveu , vous me ravissez
Fame:
Novembre is. I
98 MERCURE
Je m'en wais donc fans craindre
aucun diffame
User du droit que vous me permettez
Allerpar tout ,fans redouter l'enqueſte
:
Etfaire nargue à tous ceux dont
Vulcain
Eft lePatron qui chommentfa
ན་ གང
feste.
Lors enfonçant de l'une &
l'autre main
3
Egalement fon chapeau dans fa
tefte ,
Ilfort croyant aller enfûreté
De cocuage & de fa parenté.
Quand tout à coup , pour faire dif
paraître
*
YON
533 #
THROUK
DE
LA
GALANT.
Son air content & fafortefiets
Il entendit fa femme à la fenestre
VILLE
Qui luy crioit: un peu fur le
cofté
Fermer
5
p. 763-764
Tableaux en petit point, [titre d'après la table]
Début :
Le Sieur Tessier, connu pour les Portraits au petit point [...]
Mots clefs :
Portraits, Société des arts, Tableaux, Aiguille, Curieux, Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tableaux en petit point, [titre d'après la table]
A Amiens le 9. Fevrier 1731 .
Le Sicur Tessier , connu pour les Portraits au
рем
764 MERCURE DE FRANCE
petit point , vient de donner de nouvelles preuves
de son habileté , et du goût qu'il a toûjours eu
pour ces sortes d'Ouvrages , par deux morceaux
qu'il a présenté à la Societé des Arts , de laquelle
il a l'honneur d'être Membre.
L'approbation que cette Compagnie lui en a
donnée , fera connoître le mérite de cet Ouvrage.
t :
Ce jourd'hui le Sieur Tessier , Peintre & Tapissier
, Associé en la Classe des Arts de
goût de ladite Societé , a présenté à la Compagnie
deux Tableaux enpetit point , représentant
le Roi & la Reine en Buste , de grandeur naturelle
, lesquels ont parû être executez avec une
grande régularité ; l'aiguille y afondu les nuan
ces des laines avec la même harmonie que le
pinceau méle & réunit les couleurs , la Societé
a jugé que ces fortes d'Ouvrages feroient plaifir
aux amateurs des beaux Arts & aux personnes
de goûts en consequence & pour faire cennoitre
le mérite & le talent admirable du Sieur
Tessier , elle a trouvé à propos de lui délivrer
le présent Extrait , à Paris ce 28. Novembre
1730.
Le Sieur Tessier a lieu d'esperer que les Curieux
s'adresseront à lui pour faire fabriquer ce
dont ils auront besoin en ce Genre . Il a actuelle
lement chez lui le Portrait du Roi et de la Reiné ,
une Vierge et une Madeleine , d'après M. le
Brun.
Sa demeure est sur le Pont Notre- Dame , près
la Pompe au Tapis de Turquie , à Paris .
Le Sicur Tessier , connu pour les Portraits au
рем
764 MERCURE DE FRANCE
petit point , vient de donner de nouvelles preuves
de son habileté , et du goût qu'il a toûjours eu
pour ces sortes d'Ouvrages , par deux morceaux
qu'il a présenté à la Societé des Arts , de laquelle
il a l'honneur d'être Membre.
L'approbation que cette Compagnie lui en a
donnée , fera connoître le mérite de cet Ouvrage.
t :
Ce jourd'hui le Sieur Tessier , Peintre & Tapissier
, Associé en la Classe des Arts de
goût de ladite Societé , a présenté à la Compagnie
deux Tableaux enpetit point , représentant
le Roi & la Reine en Buste , de grandeur naturelle
, lesquels ont parû être executez avec une
grande régularité ; l'aiguille y afondu les nuan
ces des laines avec la même harmonie que le
pinceau méle & réunit les couleurs , la Societé
a jugé que ces fortes d'Ouvrages feroient plaifir
aux amateurs des beaux Arts & aux personnes
de goûts en consequence & pour faire cennoitre
le mérite & le talent admirable du Sieur
Tessier , elle a trouvé à propos de lui délivrer
le présent Extrait , à Paris ce 28. Novembre
1730.
Le Sieur Tessier a lieu d'esperer que les Curieux
s'adresseront à lui pour faire fabriquer ce
dont ils auront besoin en ce Genre . Il a actuelle
lement chez lui le Portrait du Roi et de la Reiné ,
une Vierge et une Madeleine , d'après M. le
Brun.
Sa demeure est sur le Pont Notre- Dame , près
la Pompe au Tapis de Turquie , à Paris .
Fermer
Résumé : Tableaux en petit point, [titre d'après la table]
Le 9 février 1731, à Amiens, le Sieur Tessier, connu pour ses portraits au petit point, a présenté deux tableaux à la Société des Arts. Ces œuvres représentent le Roi et la Reine en buste, de grandeur naturelle, et ont été exécutées avec une grande régularité. L'aiguille y fond les nuances des laines de manière harmonieuse, comparable à l'utilisation du pinceau. La Société des Arts a reconnu le mérite et le talent de Tessier en délivrant un extrait le 28 novembre 1730. Tessier espère recevoir des commandes similaires. Il possède également les portraits du Roi et de la Reine, ainsi qu'une Vierge et une Madeleine, d'après M. le Brun. Sa demeure est située sur le Pont Notre-Dame, près de la Pompe au Tapis de Turquie, à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 1416-1462
LETTRE écrite de Paris, à un Nouvelliste de Province.
Début :
Vous avez bien de l'ardeur pour les nouvelles, Monsieur [...]
Mots clefs :
Nouvellistes, Nouvelles, Paris, Province, Méprisable, Nuisible, Oisiveté, Choses vaines, Curieux, Guinguet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Paris, à un Nouvelliste de Province.
LETTRE écrite de Paris , un Nouvelliste
de Province.
Ous avez bien de l'ardeur pour les
nouvelles ,Monsieur , vous qui faisiez , il n'y a pas deux ans , des réfléxions
si sensées contre cette dangereuse passion ; je comprens par vos reproches que
mes Lettres vous touchent peu , quand il
n'y a pas unChapitre complet de nouvelles. Je vous crois dès - à - present tout le
talent et tout le zele d'un Nouvelliste du
premier ordre , et je ne doute pas que
vous n'acqueriez encore des qualitez pour
mériter une place distinguée dans cet il
lustre Corps.Je suis bien sur que vous n'ê
res pas des derniers à vous rendre tous les
II. Vol jours
JUIN. 732. 1417
jours sous la Halle du Marché, à la gran de
Place , au Cloître des C. ou à l'avenue
pour être aux aguets et saisir des passans
quelque nouvelle de la premiere main.
Vous êtes donc bien changé , et sans
doute vous n'avez pas conservé le moindre souvenir de nos entretiens sournois
aux Tuilleries , ( car c'est toujours là le
grand Bureau et comme le Chef- lieu des
Nouvellistes ) en observant ces Troupes
nombreuses de gens oisifs , tantot ambulans , tantôt sédentaires ; tantôt formant
un grand Corps à l'arrivée d'un Notable
ou d'un des principaux Membres du Bu
reau, tantôt divisés par pelotons, et l'instant d'après rassemblez , au moindre mot
pris à la volée , et tous également empresScz, pour apprendre ou pour débiter
quelque nouvelle , souvent hazardée; l'avidité des uns, l'air composé et important
des autres , cela nous divertissoit beaucoup, sans compter les raissonemens gra
ves et politiques , les conjectures puériles ou frivoles les sentimens hétéroclites
soutenus avec chaleur et à grand bruit;car
tous les hommes, mêmes les moins vains.
et les plus raisonnables , sont amoureux
de leurs opinions et jusques dans les plus
petites choses , où ils n'ont pas le moindre interêt; aveuglez par celui de l'amour
3
}
1. Vol pro-
1448 MERCURE DE FRANCE
propre qui les anime , ils tombent dans
les plus grands excès.
Mais où vais-je m'engager , peut-être
par un mouvement de ce même amour
propre dont je viens de parler , et contre
lequel je crois être fort en garde ? Nul
Mortel ne peut se vanter de n'êstre pas
dupe à cet égard ; on l'a deja dit cent et
cent fois et en cent manieres differentes :
Baste. Il est question des Nouvellistes et
des nouvelles, de ces cheres nouvelles qui
vous tiennent si fort au cœur, et je n'en
ai point à vous dire.Comment faire?Trouver quelque chose d'équivalent, cela n'est
pas possible; ma foy , puisque vous n'êtes
Bas ennemi du babil et que je suis en train
de babiller , je vais réfléchir sur ce qui a
fait dabord le sujet de cette Lettre, et vous
exposer , selon les idées qui se présentefont à mon esprit , les sentimens qu'on
peut avoir et les réfléxions qu'on peut
faire sur cette matiere.
1
Il n'y a rien de si raisonnable , ni de si
naturel en general , que de s'informer et
mêmed'avoir quelque empressement pour
être instruit des Evenemens qui arrivent
sur le grand Théatre du Monde , et qui
doivent interesser la curiosité d'un honête homme. Il est même honteux de n'être
pas au courant, pour ainsi dire , de cerIL Vol.
Ataines
JUIN. 1732. 1449
taines nouvelles Historiques , Politiques
et Litteraires. Mais voir des gens, ne s'oc
cuper uniquement que de nouvelles , négliger leurs propres affaires , en perdre ,
pour ainsi dire , le boire et le manger ,
sans être capables d'autre chose ; c'est ce
que je blâme, car il n'y a que l'excès qui
rend cette passion méprisable. Tous les
jours on est fatigué et impatienté par
ces Cazaniers, d'un esprit borné et indiffe
rent , qui ne lisant rien , et ne cherchant
point à s'instruire veulent sçavoir ou
vous apprendre ce que personne n'ignore
depuis long temps.
و
Mais exposons , si vous me le permettez , Monsieur , ce ridicule dans un plus
grand jour, pour faire sentir le faux esprit
dans lequel on s'occupe à sçavoir des nouvelles , et combien le temps qu'on y employe est non seulement tres- mal employé , mais encore nuisible par le dégré
de vanité qu'on acquiert en voulant pénétrer , deviner juste , et prédire l'avenir
avec un ton de Prophete ; sans compter le
danger qu'il y a de s'engager insensiblement dans une espece de parti , dont le
moindre inconvenient est de se faire trop
connoître , se dégrader en quelque maniere , et se laisser confondre dans une
foule , si-non méprisé, au moins bien peu
II. Vol. Ipesti-
1450 MERCURE DE FRANCE
estimé, ou devenir fameux, et enfin l'ob
jet de la dérision publique ; on en a plus
d'un exemple , de ces gens dont la figure,
la tête et le visage sont remarquables;qu'on
voit par tout, qu'on ne sçauroit définir
et que personne ne connoît, sans compter
encore les choses les plus indifferentes et
les plus innocentes en elles- mêmes , qui redites sans la moindre altération , et sans
aucun dessein malin , mais sans y faire assez d'attention , et par la seule envie de
parler , sont très- propres à faire les plus
grandes tracasseries, ou à donner bien du
ridicule , selon le temps , les lieux , les
circonstances et les personnes devant qui
on parle. Je ne dis rien du danger que
l'on court avec les étourdis , les emportez , les opiniâtres , les impolis, les impudens , ou les timides complaisans à l'excès , également dangereux , et les fades
railleurs qui vous rient au nez , et qui par
des questions ou par des réponses aussi
inconsiderées que choquantes , vous mettent dans la dure nécessité de les traiter ,
(car la patience échape)avec le ton que mérite une grossiereté dire en face. Mais
sans avoir part au démêlé, il est tres-fâcheux d'en être témoin , et plus encore
d'être cité.
Il ne fautpas réver bien profondement
II. Vol. pour
JUIN. 1732. 1451
pour voir que le premier principe de
cette passion est l'oisiveté, pour laquelle
les gens qui ont passé leur jeunesse en dis
sipation et dans des amusemens frivoles
ont beaucoup de gout. Or un homme sans
Occupation , et certainement sans genie ,
cherche à perdre du temps avec le même
empressement qu'un joueur de profession
cherche à gagner ; delà ce penchant pour
les choses qui n'occupent que superficiellement , où l'esprit n'a presque aucune
opération à faire , opérations que les autres fontpour eux,qu'ils adoptent même,
et desquelles ils font encore leur profit ,
en les allant débiter comme les leurs, avec
la modestie d'un Docteur de mauvais
aloy.
Quand ce penchant est une fois déterminé vers l'oisiveté , le frivole , le superficiel et les choses vaines , pour lesquelles
il ne faut nulle application , quand il est
augmenté par l'esprit de curiosité qui fut
toujours , comme vous sçavez, la passion
dominante de l'homme dès son enfance
et qui s'est accruë à l'infini à mesure que
les faits se sont multipliez sur la terre,et
dans sa tête ; on ne doit point s'étonner
du progrès et des désordres qu'il fait , ni
de la corruption qu'il cause. Il ne tiendroit qu'à moi de vous en faire icy une
II. Vol. I ij -lon-
1452 MERCURE DE FRANCE
longue énumération, et vous prouver par
des exemples, combien la curiosité outrée ,
a été funeste à l'un et à l'autre sexe.
Une chose bien singuliere , et qu'il ne
tiendra qu'à vous , Monsieur , de remarquer; c'est que la plupart de ces curieux
insatiables , de ces quéteurs de nouvelles,
qui les cherchent avec tant d'ardeur et de
peine , ne s'y interressent point du tout
dans le fond , et ne sont pas plus sensibles à un fait , à un Evenement éclatant
et remarquable pour l'Histoire de notre
temps , qu'à une aventure de Guinguette.C'est l'esprit d'ostentation et de vanité
qui les fait agir , croyant ainsi se rendre
recommandables, en débitant avec autant
d'amphase que de fadeur , des choses triviales qui ne sont pas ignorées au Marchéneuf.
J'ai quelquefois ri de bon cœur , je vous
l'avoue , de ces hommes importans qui
toujours sortent , ou viennent d'une Maison , qui ont dîné dans une Maison , qui
frequentent une Maison , qui ont vû et entendu dans une Maison , &c. Ces Maisons
qu'on ne désigne mistérieusement qu'à
demi , pour faire valoir la nouvelle , ne
sont pas des Maisons du commun , non ,
mais elles sont souvent telles qu'un Gripesou ne les avouëroit pas , et il arrive
II. Vol. même
JUIN. 17320 1453
même que quand ces Maisons sont telles
qu'onveut le faire entendre, le vain Narrateur,avec son ton imposant , et ses airs de
confiance et de protection , n'y est pas
plus considéré que le Gripesou.
Quand ces Messieurs font tant que de
citer,Dieu sçait s'ils choisissent des Noms
respectables et de Gens en place.Combien
ils font sonner haut le commerce étroit
et familier qu'ils ont avec les Grands ,
qu'ils ne qualifient même jamais de Monsieur, c'est le grand air. Ils ne débitent
même la nouvelle , et ne la repetent cent
et cent fois que pour la citation et pour
les circonstances qu'ils y mettent, pour se
faire citer eux-mêmes; et si le lieu de la
Scene est à la Comédie , à l'Opéra ou à
quelques autres Spectacles , où ils ont été
en passant faire montre de leur parure ,
la narration n'en est pas plus modeste.
A la vérité il faudroit peut être moins
blâmer des gens qui sans talens et sans
avoir rien d'acquis , n'étant plus en état
de s'appliquer à quelque chose d'utile ,
veulent cependant sé faire une sorte de
réputation. Que dis-je , de réputation ?
On voit tous les jours des intrus , qui en
sont tellement avides, qu'ils s'aventurent,
de parler à leur tour et même avant ,
croyant prudemment que de se mon C
02.11. Vol.
Liij trer
1494 MERCURE DE FRANCE
trer en public , pêle - mêle , avec d'hon
nêtes gens , cela ne nuit point à la leur.
Celle de Nouvelliste , quoique personne
ne l'envie , ne laisse- pas de flater les gens
d'un certain caractere ; une application
heureuse , une conjecture hazardée qui
réussit, est seule capable de les mettre en
crédit dans leur canton ; mais il arrive
aussi qu'ils s'en applaudissent à l'excès et
qu'ils deviennent presque toujours intrai-
'tables , par la maniere altiere dont ils soutiennent leurs sentimens , ausquels ils
veulent durement assujettir les autres; et
le cœur enflé et toujours plus avide de
cette petite gloire , on n'attend plus les
nouvelles ; on va audevant ,on les devine , et grands raisonnemens ensuite pour
appuyer son opinion. Opinion souvent
contestée tumultuairement, où celui dont
le ton de la voix est le plus haut , a pres
que toujours l'avantage.
Mais quand j'y fais réfléxion , presque
tous les hommes sont extrémement flatez
de s'imaginer avoir en eux la faculté de
voir plus clair que les autres dans l'ave
nir. Cela leur annonce une étenduë de lumieres et une pénétration,avec le secours
de laquelle ils croyent percer les voiles
les plus épais , pénétrer dans les secrets
du cabinet et de la politique la plus pro2011. Vol. Ju fonde
JUIN 1732: 1455
3
fonde , et même de prophétiser. Faites- y
bien attention , Monsieur , c'est peut-être
l'Idole la plus universellement chérie de
l'homme; car rien ne nous pique tant
que ce raisonnement intérieur , dicté par
F'amour propres il est réservé à ma péné- tration de découvrir une chose cachée aux
yeux de tous les autres hommes. Vous en
connoissez , Monsieur , que pareille foiblesse a quelquefois couverts d'un ridicu
le humiliant : mais ce qui est sans doute
à la honte de la nature humaine , c'est
que ce ne sont pas des hommes du commun qui se donnent de ces travers ; ce
sont ordinairement ceux qui avec l'ostentation de briller , à quelque prix que
ce soit , ont le plus de ressources dans
l'esprit , le plus de lumieres , de sagacité
et de talens pour le raisonnement méthodique , aisé , agréable et séduisant ; il
est fâcheux qu'on ne puisse pas toujours
jouir de leur commerce sans danger ; car
sur d'autres sujets , on trouve beaucoup
de justesse, de précision, des descriptions,
des définitions, des réfléxions fines et délicates , &c, soyons donc en garde , mon
cher Monsieur , contre ce subtil poison ,
souvent pernicieux dans ses effets.
Les Nouvellistes qui ont quelque teinture de Geographie , de Politique , des
interêts des Princes &c. tiennent à juste
II. Vol. Liiij titre
1434 MERCURE DEFRANCE
titre le haut bout , et brillent à peù
de frais auprès de ceux qui parlent sans
regle , sans connoissances , et qui ne se
piquent que d'aller loin sans se piquer
d'aller droit, mais ce ne sont pas toujours
ceux qui plaisent le plus dans leurs réflexions sur les raisons d'Etat , les differentes inclinations et les vues des Grands et
du Peuple , la situation et les circonstances particulieres de l'état présent des affaires du Monde , et sur les conséquences
qu'on en peut tirer , surtout quand leurs
discours ne sont ni bornez ni sagement
ménagez. Car , qu'on ait vu passer un
Courrier, qu'on ait observé certains mouvemens à la Cour , ou remarqué dans le.
visage , ou dans les manieres , l'empresse
ment, la tristesse ou la gayeté d'un Prince,
d'un Ministre , d'un Grand ; en voilà assez pour former tel ou tel évenement ,
qu'on rend plus ou moins vraisemblable
selon que l'on a l'art de l'arranger et de le
narrer , sans oublier le ton misterieux et
reservé , pour faire entendre que l'on en
sçait bien plus que l'on n'en fait connoître. Si l'évenement ne répond.pas àla pro
phetie, le faux prophete enest quitte pour
être quelques jours sans se montrer at
même auditoire.
Quelqu'uns , et ceux-cy ne sont nullementennuyeux , se plaisent à débiter des
CC 11. Vole nou
JUIN.1732 1457
1
nouvelles , non seulement sans gravité ,
mais d'un air leger , naturel , agreable ,
et à les embellir par un tour fin et plaisant ; ils les ornent de circonstances qui
les relevent à la vérité , le fait raconté ,
qui n'est souvent que le prétexte de la :
narration , n'a nul fondement , mais il
devient dans leur bouche une nouvelle
toute nouvelle , ou un petit Roman qui
fait plaisir pour peu qu'on se prête à la
fiction et aux épisodes.
La varieté des caracteres est fort- grande parmi les Nouvellistes ; nous venons
d'en voir un fort gai , en voici un tout
opposé et qui n'est pas moins vrai , Ce
sont ces esprits taciturnes , pleins de malignité , avides de poison et qui ne répandent que de la noirceur , à qui on doit
sçavoir gré quand ils n'emportent pas la
piece , et qu'ils ne sont que médisans ou
désobligeans. De tels hommes ne respirent que les évenemens tragiques , les rumeurs , les soulevemens , les révolutions ;
des Campagnes désolées , des Villes saccagées , des Incendies , des Naufrages , de
grandes defaites , des meurtres et des carnages ; et faute d'un pareil ragout , ils
s'acharnent souvent sur un infortuné qui
périt , et qui n'est peut- être pas toûjours
aussi coupable aux yeux de Dieu qu'aux
yeux des hommes.
II. Vol. ܀ . On
1458 MERCURE DE FRANCE
On les voit , ces esprits amers et par
tiaux , mettre avec une égale satisfaction dans le plus grand jour , les avantages de la cause qu'ils favorisent , et les
revers de celle à laquelle ils sont contraires. Toûjours portez à tourner les nou- velles selon les mouvemens de leur cœur; :
les croire ou les rejetter , les publier ou les
suprimer , les enfler ou les extenuer : sur
quoi on peut faire cette réflexion , qui est
que lors qu'ils ont par hazard embrassé.
le bon party , ils ne lui font pas grand
bien , et ils se font grand tort à eux- mê
mes.
Or il est aisé de juger dans quelle
impatience doivent être ceux qui esperent les bons succès qu'ils attendent
et qui fatent leur sentiment , et dans
quelles perplexitez ils sont sur les évenemens qu'ils craignent et qui relevent le
party contraire. Dans l'un et l'autre cas
( et l'un ne va gueres sans l'autre ) l'incertitude est au même degré , et les agite
aussi vivement , car la moderation etla
patience sont des vertus peu connues de
ces hommes toûjours empressez et toûjours insatiables. Leur passion est trop
animée et trop ardente pour ce qu'ils
souhaittent ou pour ce qu'ils craignent.
Ils comptent tous les instans ; leur ins
quiétude est à charge à tout le monde et
11. Vol. à
JUIN. 1732 1459
à eux-mêmes , plus ou moins , selon le
degré de leur préoccupation.
Mais reprenons des idées plus gayes,
et disons que vous prenez , Monsieur ,
un très-mauvais party de rester en Province , où les nouvelles sont toûjours assez rares , surannées , mal sûres, car on ne
les sçait gueres que d'un seul endroit ,
encore faut-il souvent les aller chercher ;
ensorte qu'un nouvelliste des moins affamez ,de ce Pays-cy mourroit d'inanition
en peu de tems dans vos cantons. Vive
Paris,morbleu, où il y a toûjours plus de
cent atteliers ouverts, où se debitent et se
fabriquent des nouvelles de toute espece.
Autems et aux heures dePromenade, il n'y
a qu'à s'y transporter , on jouit des agrémens de la saison , de la magnificence du
lieu , des agrémens , de la propreté et de
la varieté infinie du beau monde ; le tems
est - il mauvais , fait - il trop froid ,
trop chaud , les Caffez sont ouverts dès
le grand matin jusqu'à minuit ; vous y
trouvez quantité d'honnêtes gens qui
vous attendent , ou qui ne se font pas
attendre long-tems. C'est-là qu'arrivent
tous les batteurs d'estrade, et les ambulans
qui ne manquent gueres à certaines heures , sans compter les passans non habituez,que le hazard amene, et qui semblent
venir exprès de differens quartiers pour
11. Vel. instruire
1460 MERCURE DE FRANCE
instruire le. Bureau à point nommé des
affaires de leur district et de ce qu'ils
ont appris en chemin.
all
Vous sçavez l'agrément des Caffez à
Paris ; ils sont au point , que si dans une
Relation bien écrite , ont en avoit fait
une description exacte il y a 60. ans , et
bien circonstanciée dans la plus exacte
verité, et sur le pied que nous les voyons
aujourd'hui , on auroit dit , c'est un Roman fait à plaisir , une fiction imaginée
pour donner une idée du pays de Coca.
gne, ou d'une ville bâtie et policée par les
Fées. En effet , quel Souverain , quelle
Republique auroit imaginé et auroit eu
le pouvoir d'établir pour la commodité
publique , dans toutes les rues d'une florissante ville , des lieux commodes pour
se mettre à couvert des injures du tems.
infiniment secourables pour les gens sans
voitures , qui ont affaire à differens quartiers pour se reposer , se rafraichir en Eté ,
se chaufer en Hyver , et en même tems
avoir l'agrément de la conversation à son
choix car à chaque table, matiere differente , sans compter les nouveautez qu'on
apprend sur toutes sortes de fujets , et
l'amusement ou plutôt l'occupation du
jeu des Echets , sur lequel il n'arrive gueres ni dispute ni bruit ; ce n'est pas qu'on
y peste moins qu'à un autre jeu , mais
11. Vol. Ac'est
JAU IN. 1732. 1461
c'est toûjours entre cuir et chair.
Ces lieux sont ornez de Glaces , de Ta
bleaux , de Tables de marbre , de siéges
et de meubles convenables , éclairez par
des Lustres de cristal , échaufez par de
bons poëles dans la rigueur de l'Hyver ,
où l'on entre et d'où l'on sort sans façon
quelconque,car toute contrainte et tout céremonial en sont bannis ; personne ne fait
les honneurs de l'assemblée , personne ne
les reçoit , chacun est le maître de convention tacite,tous les rangs sont ainsi reglez,
et le tout sans qu'il en coûte une obole
quand on n'a rien à dépenser. D'ailleurs
quels secours , quelles commoditez , de
combien de sortes de rafraichissemens
de liqueurs et de choses agreables aux
frians ! sans compter la bonne compagnie
des Gens d'esprit et de Lettres de differens
états , avec lesquels il y a à profiter , et
où l'on peut lire utilement dans le grand
livre du Monde. Pour la société et l'agré
ment de la vie civile , je défie qu'on puisse
citer , en parcourant tous les Historiens
connus , rien de comparable aux Caffez ,
où le plus petit Bourgeois pour quatre fols
se fait servir du caffé proprement , diligemment , en vaisselle d'argent et même
de vermeil , et peut commander et prendre le ton de Seigneur.
Voila encore une longue disgression sur
11. Vol.
les
1462 MERCURE DE FRANCE
les Caffez , je vous prie de me la pardonner : c'étoit pour vous dire que c'est-là
proprement que les nouvelles sont exa- minées à fond, commentées , rédigées et
mises au net, chacun y met sa note et fait
sa remarque , et par le concours , la variété des circonstances et des suffrages , une
nouvelle est constatée vraie , de bon aloi ,
et admise , ou rejettée comme marchandise de rebut. Je n'ajoute plus que ce mot
pour finir.
Les nouvelles , at reste , sont profitables à plusieurs personnes,quelques-uns en
font un commerce utile pour satisfaire la
curiosité des campagnards et de gens de
province , sans compter tant de sortes de
personnes qui excitent par-là la liberalité et la reconnoissance de leurs parens , de
leurs Superieurs , de leurs Protecteurs
dont ils attendent quelque secours pres
sans ou quelque bienfait. Il y en a même
et plus d'un dans Paris qui avec des nouvelles un peu bien arrangées , ornées et
mises en valeur , en appaisent leurs créanciers , et même en contentent leurs hôtes.
Je vous demande pardon de la longueur
de cette lettre , je souhaitte que vous la
trouviez un peu amusante ; j'espere que
vous ne la laisserez pas sans réponse. Je
l'attens et suis , Monsieur , votre &c.
de Province.
Ous avez bien de l'ardeur pour les
nouvelles ,Monsieur , vous qui faisiez , il n'y a pas deux ans , des réfléxions
si sensées contre cette dangereuse passion ; je comprens par vos reproches que
mes Lettres vous touchent peu , quand il
n'y a pas unChapitre complet de nouvelles. Je vous crois dès - à - present tout le
talent et tout le zele d'un Nouvelliste du
premier ordre , et je ne doute pas que
vous n'acqueriez encore des qualitez pour
mériter une place distinguée dans cet il
lustre Corps.Je suis bien sur que vous n'ê
res pas des derniers à vous rendre tous les
II. Vol jours
JUIN. 732. 1417
jours sous la Halle du Marché, à la gran de
Place , au Cloître des C. ou à l'avenue
pour être aux aguets et saisir des passans
quelque nouvelle de la premiere main.
Vous êtes donc bien changé , et sans
doute vous n'avez pas conservé le moindre souvenir de nos entretiens sournois
aux Tuilleries , ( car c'est toujours là le
grand Bureau et comme le Chef- lieu des
Nouvellistes ) en observant ces Troupes
nombreuses de gens oisifs , tantot ambulans , tantôt sédentaires ; tantôt formant
un grand Corps à l'arrivée d'un Notable
ou d'un des principaux Membres du Bu
reau, tantôt divisés par pelotons, et l'instant d'après rassemblez , au moindre mot
pris à la volée , et tous également empresScz, pour apprendre ou pour débiter
quelque nouvelle , souvent hazardée; l'avidité des uns, l'air composé et important
des autres , cela nous divertissoit beaucoup, sans compter les raissonemens gra
ves et politiques , les conjectures puériles ou frivoles les sentimens hétéroclites
soutenus avec chaleur et à grand bruit;car
tous les hommes, mêmes les moins vains.
et les plus raisonnables , sont amoureux
de leurs opinions et jusques dans les plus
petites choses , où ils n'ont pas le moindre interêt; aveuglez par celui de l'amour
3
}
1. Vol pro-
1448 MERCURE DE FRANCE
propre qui les anime , ils tombent dans
les plus grands excès.
Mais où vais-je m'engager , peut-être
par un mouvement de ce même amour
propre dont je viens de parler , et contre
lequel je crois être fort en garde ? Nul
Mortel ne peut se vanter de n'êstre pas
dupe à cet égard ; on l'a deja dit cent et
cent fois et en cent manieres differentes :
Baste. Il est question des Nouvellistes et
des nouvelles, de ces cheres nouvelles qui
vous tiennent si fort au cœur, et je n'en
ai point à vous dire.Comment faire?Trouver quelque chose d'équivalent, cela n'est
pas possible; ma foy , puisque vous n'êtes
Bas ennemi du babil et que je suis en train
de babiller , je vais réfléchir sur ce qui a
fait dabord le sujet de cette Lettre, et vous
exposer , selon les idées qui se présentefont à mon esprit , les sentimens qu'on
peut avoir et les réfléxions qu'on peut
faire sur cette matiere.
1
Il n'y a rien de si raisonnable , ni de si
naturel en general , que de s'informer et
mêmed'avoir quelque empressement pour
être instruit des Evenemens qui arrivent
sur le grand Théatre du Monde , et qui
doivent interesser la curiosité d'un honête homme. Il est même honteux de n'être
pas au courant, pour ainsi dire , de cerIL Vol.
Ataines
JUIN. 1732. 1449
taines nouvelles Historiques , Politiques
et Litteraires. Mais voir des gens, ne s'oc
cuper uniquement que de nouvelles , négliger leurs propres affaires , en perdre ,
pour ainsi dire , le boire et le manger ,
sans être capables d'autre chose ; c'est ce
que je blâme, car il n'y a que l'excès qui
rend cette passion méprisable. Tous les
jours on est fatigué et impatienté par
ces Cazaniers, d'un esprit borné et indiffe
rent , qui ne lisant rien , et ne cherchant
point à s'instruire veulent sçavoir ou
vous apprendre ce que personne n'ignore
depuis long temps.
و
Mais exposons , si vous me le permettez , Monsieur , ce ridicule dans un plus
grand jour, pour faire sentir le faux esprit
dans lequel on s'occupe à sçavoir des nouvelles , et combien le temps qu'on y employe est non seulement tres- mal employé , mais encore nuisible par le dégré
de vanité qu'on acquiert en voulant pénétrer , deviner juste , et prédire l'avenir
avec un ton de Prophete ; sans compter le
danger qu'il y a de s'engager insensiblement dans une espece de parti , dont le
moindre inconvenient est de se faire trop
connoître , se dégrader en quelque maniere , et se laisser confondre dans une
foule , si-non méprisé, au moins bien peu
II. Vol. Ipesti-
1450 MERCURE DE FRANCE
estimé, ou devenir fameux, et enfin l'ob
jet de la dérision publique ; on en a plus
d'un exemple , de ces gens dont la figure,
la tête et le visage sont remarquables;qu'on
voit par tout, qu'on ne sçauroit définir
et que personne ne connoît, sans compter
encore les choses les plus indifferentes et
les plus innocentes en elles- mêmes , qui redites sans la moindre altération , et sans
aucun dessein malin , mais sans y faire assez d'attention , et par la seule envie de
parler , sont très- propres à faire les plus
grandes tracasseries, ou à donner bien du
ridicule , selon le temps , les lieux , les
circonstances et les personnes devant qui
on parle. Je ne dis rien du danger que
l'on court avec les étourdis , les emportez , les opiniâtres , les impolis, les impudens , ou les timides complaisans à l'excès , également dangereux , et les fades
railleurs qui vous rient au nez , et qui par
des questions ou par des réponses aussi
inconsiderées que choquantes , vous mettent dans la dure nécessité de les traiter ,
(car la patience échape)avec le ton que mérite une grossiereté dire en face. Mais
sans avoir part au démêlé, il est tres-fâcheux d'en être témoin , et plus encore
d'être cité.
Il ne fautpas réver bien profondement
II. Vol. pour
JUIN. 1732. 1451
pour voir que le premier principe de
cette passion est l'oisiveté, pour laquelle
les gens qui ont passé leur jeunesse en dis
sipation et dans des amusemens frivoles
ont beaucoup de gout. Or un homme sans
Occupation , et certainement sans genie ,
cherche à perdre du temps avec le même
empressement qu'un joueur de profession
cherche à gagner ; delà ce penchant pour
les choses qui n'occupent que superficiellement , où l'esprit n'a presque aucune
opération à faire , opérations que les autres fontpour eux,qu'ils adoptent même,
et desquelles ils font encore leur profit ,
en les allant débiter comme les leurs, avec
la modestie d'un Docteur de mauvais
aloy.
Quand ce penchant est une fois déterminé vers l'oisiveté , le frivole , le superficiel et les choses vaines , pour lesquelles
il ne faut nulle application , quand il est
augmenté par l'esprit de curiosité qui fut
toujours , comme vous sçavez, la passion
dominante de l'homme dès son enfance
et qui s'est accruë à l'infini à mesure que
les faits se sont multipliez sur la terre,et
dans sa tête ; on ne doit point s'étonner
du progrès et des désordres qu'il fait , ni
de la corruption qu'il cause. Il ne tiendroit qu'à moi de vous en faire icy une
II. Vol. I ij -lon-
1452 MERCURE DE FRANCE
longue énumération, et vous prouver par
des exemples, combien la curiosité outrée ,
a été funeste à l'un et à l'autre sexe.
Une chose bien singuliere , et qu'il ne
tiendra qu'à vous , Monsieur , de remarquer; c'est que la plupart de ces curieux
insatiables , de ces quéteurs de nouvelles,
qui les cherchent avec tant d'ardeur et de
peine , ne s'y interressent point du tout
dans le fond , et ne sont pas plus sensibles à un fait , à un Evenement éclatant
et remarquable pour l'Histoire de notre
temps , qu'à une aventure de Guinguette.C'est l'esprit d'ostentation et de vanité
qui les fait agir , croyant ainsi se rendre
recommandables, en débitant avec autant
d'amphase que de fadeur , des choses triviales qui ne sont pas ignorées au Marchéneuf.
J'ai quelquefois ri de bon cœur , je vous
l'avoue , de ces hommes importans qui
toujours sortent , ou viennent d'une Maison , qui ont dîné dans une Maison , qui
frequentent une Maison , qui ont vû et entendu dans une Maison , &c. Ces Maisons
qu'on ne désigne mistérieusement qu'à
demi , pour faire valoir la nouvelle , ne
sont pas des Maisons du commun , non ,
mais elles sont souvent telles qu'un Gripesou ne les avouëroit pas , et il arrive
II. Vol. même
JUIN. 17320 1453
même que quand ces Maisons sont telles
qu'onveut le faire entendre, le vain Narrateur,avec son ton imposant , et ses airs de
confiance et de protection , n'y est pas
plus considéré que le Gripesou.
Quand ces Messieurs font tant que de
citer,Dieu sçait s'ils choisissent des Noms
respectables et de Gens en place.Combien
ils font sonner haut le commerce étroit
et familier qu'ils ont avec les Grands ,
qu'ils ne qualifient même jamais de Monsieur, c'est le grand air. Ils ne débitent
même la nouvelle , et ne la repetent cent
et cent fois que pour la citation et pour
les circonstances qu'ils y mettent, pour se
faire citer eux-mêmes; et si le lieu de la
Scene est à la Comédie , à l'Opéra ou à
quelques autres Spectacles , où ils ont été
en passant faire montre de leur parure ,
la narration n'en est pas plus modeste.
A la vérité il faudroit peut être moins
blâmer des gens qui sans talens et sans
avoir rien d'acquis , n'étant plus en état
de s'appliquer à quelque chose d'utile ,
veulent cependant sé faire une sorte de
réputation. Que dis-je , de réputation ?
On voit tous les jours des intrus , qui en
sont tellement avides, qu'ils s'aventurent,
de parler à leur tour et même avant ,
croyant prudemment que de se mon C
02.11. Vol.
Liij trer
1494 MERCURE DE FRANCE
trer en public , pêle - mêle , avec d'hon
nêtes gens , cela ne nuit point à la leur.
Celle de Nouvelliste , quoique personne
ne l'envie , ne laisse- pas de flater les gens
d'un certain caractere ; une application
heureuse , une conjecture hazardée qui
réussit, est seule capable de les mettre en
crédit dans leur canton ; mais il arrive
aussi qu'ils s'en applaudissent à l'excès et
qu'ils deviennent presque toujours intrai-
'tables , par la maniere altiere dont ils soutiennent leurs sentimens , ausquels ils
veulent durement assujettir les autres; et
le cœur enflé et toujours plus avide de
cette petite gloire , on n'attend plus les
nouvelles ; on va audevant ,on les devine , et grands raisonnemens ensuite pour
appuyer son opinion. Opinion souvent
contestée tumultuairement, où celui dont
le ton de la voix est le plus haut , a pres
que toujours l'avantage.
Mais quand j'y fais réfléxion , presque
tous les hommes sont extrémement flatez
de s'imaginer avoir en eux la faculté de
voir plus clair que les autres dans l'ave
nir. Cela leur annonce une étenduë de lumieres et une pénétration,avec le secours
de laquelle ils croyent percer les voiles
les plus épais , pénétrer dans les secrets
du cabinet et de la politique la plus pro2011. Vol. Ju fonde
JUIN 1732: 1455
3
fonde , et même de prophétiser. Faites- y
bien attention , Monsieur , c'est peut-être
l'Idole la plus universellement chérie de
l'homme; car rien ne nous pique tant
que ce raisonnement intérieur , dicté par
F'amour propres il est réservé à ma péné- tration de découvrir une chose cachée aux
yeux de tous les autres hommes. Vous en
connoissez , Monsieur , que pareille foiblesse a quelquefois couverts d'un ridicu
le humiliant : mais ce qui est sans doute
à la honte de la nature humaine , c'est
que ce ne sont pas des hommes du commun qui se donnent de ces travers ; ce
sont ordinairement ceux qui avec l'ostentation de briller , à quelque prix que
ce soit , ont le plus de ressources dans
l'esprit , le plus de lumieres , de sagacité
et de talens pour le raisonnement méthodique , aisé , agréable et séduisant ; il
est fâcheux qu'on ne puisse pas toujours
jouir de leur commerce sans danger ; car
sur d'autres sujets , on trouve beaucoup
de justesse, de précision, des descriptions,
des définitions, des réfléxions fines et délicates , &c, soyons donc en garde , mon
cher Monsieur , contre ce subtil poison ,
souvent pernicieux dans ses effets.
Les Nouvellistes qui ont quelque teinture de Geographie , de Politique , des
interêts des Princes &c. tiennent à juste
II. Vol. Liiij titre
1434 MERCURE DEFRANCE
titre le haut bout , et brillent à peù
de frais auprès de ceux qui parlent sans
regle , sans connoissances , et qui ne se
piquent que d'aller loin sans se piquer
d'aller droit, mais ce ne sont pas toujours
ceux qui plaisent le plus dans leurs réflexions sur les raisons d'Etat , les differentes inclinations et les vues des Grands et
du Peuple , la situation et les circonstances particulieres de l'état présent des affaires du Monde , et sur les conséquences
qu'on en peut tirer , surtout quand leurs
discours ne sont ni bornez ni sagement
ménagez. Car , qu'on ait vu passer un
Courrier, qu'on ait observé certains mouvemens à la Cour , ou remarqué dans le.
visage , ou dans les manieres , l'empresse
ment, la tristesse ou la gayeté d'un Prince,
d'un Ministre , d'un Grand ; en voilà assez pour former tel ou tel évenement ,
qu'on rend plus ou moins vraisemblable
selon que l'on a l'art de l'arranger et de le
narrer , sans oublier le ton misterieux et
reservé , pour faire entendre que l'on en
sçait bien plus que l'on n'en fait connoître. Si l'évenement ne répond.pas àla pro
phetie, le faux prophete enest quitte pour
être quelques jours sans se montrer at
même auditoire.
Quelqu'uns , et ceux-cy ne sont nullementennuyeux , se plaisent à débiter des
CC 11. Vole nou
JUIN.1732 1457
1
nouvelles , non seulement sans gravité ,
mais d'un air leger , naturel , agreable ,
et à les embellir par un tour fin et plaisant ; ils les ornent de circonstances qui
les relevent à la vérité , le fait raconté ,
qui n'est souvent que le prétexte de la :
narration , n'a nul fondement , mais il
devient dans leur bouche une nouvelle
toute nouvelle , ou un petit Roman qui
fait plaisir pour peu qu'on se prête à la
fiction et aux épisodes.
La varieté des caracteres est fort- grande parmi les Nouvellistes ; nous venons
d'en voir un fort gai , en voici un tout
opposé et qui n'est pas moins vrai , Ce
sont ces esprits taciturnes , pleins de malignité , avides de poison et qui ne répandent que de la noirceur , à qui on doit
sçavoir gré quand ils n'emportent pas la
piece , et qu'ils ne sont que médisans ou
désobligeans. De tels hommes ne respirent que les évenemens tragiques , les rumeurs , les soulevemens , les révolutions ;
des Campagnes désolées , des Villes saccagées , des Incendies , des Naufrages , de
grandes defaites , des meurtres et des carnages ; et faute d'un pareil ragout , ils
s'acharnent souvent sur un infortuné qui
périt , et qui n'est peut- être pas toûjours
aussi coupable aux yeux de Dieu qu'aux
yeux des hommes.
II. Vol. ܀ . On
1458 MERCURE DE FRANCE
On les voit , ces esprits amers et par
tiaux , mettre avec une égale satisfaction dans le plus grand jour , les avantages de la cause qu'ils favorisent , et les
revers de celle à laquelle ils sont contraires. Toûjours portez à tourner les nou- velles selon les mouvemens de leur cœur; :
les croire ou les rejetter , les publier ou les
suprimer , les enfler ou les extenuer : sur
quoi on peut faire cette réflexion , qui est
que lors qu'ils ont par hazard embrassé.
le bon party , ils ne lui font pas grand
bien , et ils se font grand tort à eux- mê
mes.
Or il est aisé de juger dans quelle
impatience doivent être ceux qui esperent les bons succès qu'ils attendent
et qui fatent leur sentiment , et dans
quelles perplexitez ils sont sur les évenemens qu'ils craignent et qui relevent le
party contraire. Dans l'un et l'autre cas
( et l'un ne va gueres sans l'autre ) l'incertitude est au même degré , et les agite
aussi vivement , car la moderation etla
patience sont des vertus peu connues de
ces hommes toûjours empressez et toûjours insatiables. Leur passion est trop
animée et trop ardente pour ce qu'ils
souhaittent ou pour ce qu'ils craignent.
Ils comptent tous les instans ; leur ins
quiétude est à charge à tout le monde et
11. Vol. à
JUIN. 1732 1459
à eux-mêmes , plus ou moins , selon le
degré de leur préoccupation.
Mais reprenons des idées plus gayes,
et disons que vous prenez , Monsieur ,
un très-mauvais party de rester en Province , où les nouvelles sont toûjours assez rares , surannées , mal sûres, car on ne
les sçait gueres que d'un seul endroit ,
encore faut-il souvent les aller chercher ;
ensorte qu'un nouvelliste des moins affamez ,de ce Pays-cy mourroit d'inanition
en peu de tems dans vos cantons. Vive
Paris,morbleu, où il y a toûjours plus de
cent atteliers ouverts, où se debitent et se
fabriquent des nouvelles de toute espece.
Autems et aux heures dePromenade, il n'y
a qu'à s'y transporter , on jouit des agrémens de la saison , de la magnificence du
lieu , des agrémens , de la propreté et de
la varieté infinie du beau monde ; le tems
est - il mauvais , fait - il trop froid ,
trop chaud , les Caffez sont ouverts dès
le grand matin jusqu'à minuit ; vous y
trouvez quantité d'honnêtes gens qui
vous attendent , ou qui ne se font pas
attendre long-tems. C'est-là qu'arrivent
tous les batteurs d'estrade, et les ambulans
qui ne manquent gueres à certaines heures , sans compter les passans non habituez,que le hazard amene, et qui semblent
venir exprès de differens quartiers pour
11. Vel. instruire
1460 MERCURE DE FRANCE
instruire le. Bureau à point nommé des
affaires de leur district et de ce qu'ils
ont appris en chemin.
all
Vous sçavez l'agrément des Caffez à
Paris ; ils sont au point , que si dans une
Relation bien écrite , ont en avoit fait
une description exacte il y a 60. ans , et
bien circonstanciée dans la plus exacte
verité, et sur le pied que nous les voyons
aujourd'hui , on auroit dit , c'est un Roman fait à plaisir , une fiction imaginée
pour donner une idée du pays de Coca.
gne, ou d'une ville bâtie et policée par les
Fées. En effet , quel Souverain , quelle
Republique auroit imaginé et auroit eu
le pouvoir d'établir pour la commodité
publique , dans toutes les rues d'une florissante ville , des lieux commodes pour
se mettre à couvert des injures du tems.
infiniment secourables pour les gens sans
voitures , qui ont affaire à differens quartiers pour se reposer , se rafraichir en Eté ,
se chaufer en Hyver , et en même tems
avoir l'agrément de la conversation à son
choix car à chaque table, matiere differente , sans compter les nouveautez qu'on
apprend sur toutes sortes de fujets , et
l'amusement ou plutôt l'occupation du
jeu des Echets , sur lequel il n'arrive gueres ni dispute ni bruit ; ce n'est pas qu'on
y peste moins qu'à un autre jeu , mais
11. Vol. Ac'est
JAU IN. 1732. 1461
c'est toûjours entre cuir et chair.
Ces lieux sont ornez de Glaces , de Ta
bleaux , de Tables de marbre , de siéges
et de meubles convenables , éclairez par
des Lustres de cristal , échaufez par de
bons poëles dans la rigueur de l'Hyver ,
où l'on entre et d'où l'on sort sans façon
quelconque,car toute contrainte et tout céremonial en sont bannis ; personne ne fait
les honneurs de l'assemblée , personne ne
les reçoit , chacun est le maître de convention tacite,tous les rangs sont ainsi reglez,
et le tout sans qu'il en coûte une obole
quand on n'a rien à dépenser. D'ailleurs
quels secours , quelles commoditez , de
combien de sortes de rafraichissemens
de liqueurs et de choses agreables aux
frians ! sans compter la bonne compagnie
des Gens d'esprit et de Lettres de differens
états , avec lesquels il y a à profiter , et
où l'on peut lire utilement dans le grand
livre du Monde. Pour la société et l'agré
ment de la vie civile , je défie qu'on puisse
citer , en parcourant tous les Historiens
connus , rien de comparable aux Caffez ,
où le plus petit Bourgeois pour quatre fols
se fait servir du caffé proprement , diligemment , en vaisselle d'argent et même
de vermeil , et peut commander et prendre le ton de Seigneur.
Voila encore une longue disgression sur
11. Vol.
les
1462 MERCURE DE FRANCE
les Caffez , je vous prie de me la pardonner : c'étoit pour vous dire que c'est-là
proprement que les nouvelles sont exa- minées à fond, commentées , rédigées et
mises au net, chacun y met sa note et fait
sa remarque , et par le concours , la variété des circonstances et des suffrages , une
nouvelle est constatée vraie , de bon aloi ,
et admise , ou rejettée comme marchandise de rebut. Je n'ajoute plus que ce mot
pour finir.
Les nouvelles , at reste , sont profitables à plusieurs personnes,quelques-uns en
font un commerce utile pour satisfaire la
curiosité des campagnards et de gens de
province , sans compter tant de sortes de
personnes qui excitent par-là la liberalité et la reconnoissance de leurs parens , de
leurs Superieurs , de leurs Protecteurs
dont ils attendent quelque secours pres
sans ou quelque bienfait. Il y en a même
et plus d'un dans Paris qui avec des nouvelles un peu bien arrangées , ornées et
mises en valeur , en appaisent leurs créanciers , et même en contentent leurs hôtes.
Je vous demande pardon de la longueur
de cette lettre , je souhaitte que vous la
trouviez un peu amusante ; j'espere que
vous ne la laisserez pas sans réponse. Je
l'attens et suis , Monsieur , votre &c.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite de Paris, à un Nouvelliste de Province.
La lettre, rédigée par un nouvelliste de province à un correspondant parisien, traite de la passion pour les nouvelles. L'auteur reconnaît l'enthousiasme de son destinataire pour les nouvelles et admire ses qualités de nouvelliste. Il évoque des observations faites aux Tuileries, où des groupes de personnes se rassemblaient pour échanger des nouvelles, souvent sans fondement. L'auteur critique ceux qui négligent leurs affaires pour se consacrer uniquement à la collecte de nouvelles, soulignant que cette passion peut devenir méprisable par excès. Il décrit les dangers de cette curiosité excessive, tels que la vanité, l'engagement dans des partis, et les risques de se ridiculiser en public. La lettre met en garde contre l'oisiveté et la superficialité, qui poussent les gens à chercher des nouvelles sans véritable intérêt. L'auteur observe que beaucoup de nouvellistes agissent par vanité, cherchant à se rendre importants en débitant des informations triviales. Il conclut en soulignant les risques de cette passion, notamment pour ceux qui possèdent des ressources intellectuelles mais les utilisent de manière pernicieuse. Le texte discute également des différents types de nouvellistes et de la manière dont ils présentent les nouvelles. Certains nouvellistes, bien que non ennuyeux, racontent des nouvelles sans gravité, les embellissant avec des détails fictifs pour les rendre agréables. D'autres, plus taciturnes et malveillants, se délectent des événements tragiques et des rumeurs, souvent exagérant la culpabilité des individus. Ces esprits amers et partisans manipulent les nouvelles selon leurs préférences, ce qui peut nuire à la cause qu'ils soutiennent. Le texte souligne également l'impatience et l'inquiétude de ceux qui attendent des nouvelles favorables ou craignent des événements défavorables. Le texte contraste la province, où les nouvelles sont rares et peu fiables, avec Paris, où les cafés sont des lieux de rencontre privilégiés pour échanger des nouvelles. Les cafés parisiens sont décrits comme des endroits confortables et conviviaux, où les gens de tous rangs peuvent se réunir pour discuter et partager des informations. Les nouvelles y sont examinées, commentées et validées par la communauté. Enfin, le texte mentionne que les nouvelles peuvent être profitables à diverses personnes, notamment celles qui en font un commerce pour satisfaire la curiosité des provinciaux ou apaiser leurs créanciers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 1570-1571
AUTRE LOGOGRIPHE.
Début :
Mon tout désigne un caractere [...]
Mots clefs :
Curieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE LOGOGRIPHE.
AUTRE LOGOGRIP HE.
Montout désigne un caractere
Que blâment les honnêtes gens.
Si vous voulez dévoiler ce mistere
Tirez de l'alphabet six membres differens ,
Et de l'un deux faites un double usage ,
Vous formerez mon nom. Après cet assem
blage ,
Si vous me divisez , je cache plusieurs sens :
Je vais pour les trouver vous tracer une voye.
Trois , quatre , trois , et cinq , témoigne de la
1 joye.
Six , quatre , cinq, deux , sepr , est l'ouvrage du
tems.
Trois , cinq , six , cinq , illusion trompeuse
Qui fatte quelquefois , d'autres fois est facheuse.
Mettez trois , cinq , après un , deux ,
Je suis l'effet heureux
Que produit un art secourable.
Quatre , ci q , deux , dans plus d'une maison
J'assemble les gens à la table.
Quatre , deux , trois et cinq , on n'a plus de
raison.
Cinq, un et six , j'ai l'avantage
De
JUILLET. 1732. 1571
De porter en tous lieux du Souverain l'image.
Deux , quatre et cinq , chacun me chérit fort ,
Et franchement on n'a pas tort
Aussi malgré soi l'on me quitte ,
Et de m'avoir perdu c'est l'ordinaire suite
Que les Bergers comme les Roist
Servent de proye à six , cinq , trois.
Montout désigne un caractere
Que blâment les honnêtes gens.
Si vous voulez dévoiler ce mistere
Tirez de l'alphabet six membres differens ,
Et de l'un deux faites un double usage ,
Vous formerez mon nom. Après cet assem
blage ,
Si vous me divisez , je cache plusieurs sens :
Je vais pour les trouver vous tracer une voye.
Trois , quatre , trois , et cinq , témoigne de la
1 joye.
Six , quatre , cinq, deux , sepr , est l'ouvrage du
tems.
Trois , cinq , six , cinq , illusion trompeuse
Qui fatte quelquefois , d'autres fois est facheuse.
Mettez trois , cinq , après un , deux ,
Je suis l'effet heureux
Que produit un art secourable.
Quatre , ci q , deux , dans plus d'une maison
J'assemble les gens à la table.
Quatre , deux , trois et cinq , on n'a plus de
raison.
Cinq, un et six , j'ai l'avantage
De
JUILLET. 1732. 1571
De porter en tous lieux du Souverain l'image.
Deux , quatre et cinq , chacun me chérit fort ,
Et franchement on n'a pas tort
Aussi malgré soi l'on me quitte ,
Et de m'avoir perdu c'est l'ordinaire suite
Que les Bergers comme les Roist
Servent de proye à six , cinq , trois.
Fermer
8
p. 1768
Enigme, Logogryphes, &c. [titre d'après la table]
Début :
Oignon, est le mot de l'Enigme de Juillet. La [...]
Mots clefs :
Oignon, La Belouze, Curieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Enigme, Logogryphes, &c. [titre d'après la table]
Oignon , est le mot de l'Enigme de
Juillet. La Belouze et Curieux , sont les
mots des deux Logogryphes.
Juillet. La Belouze et Curieux , sont les
mots des deux Logogryphes.
Fermer
9
p. 671-681
DESCRIPTION des Curiositez Naturelles et autres, du Cabinet de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, dans la Ville d'Eu en Normandie.
Début :
J'avois addressé à un de mes amis à Paris, un Détail de mon Cabinet pour [...]
Mots clefs :
Cabinet, Curiosités, Pierres, Pierre, Caillou, Cailloux, Suc pétrifiant, Coquille, Coquilles, Morceaux, Morceau, Empreinte, Cristallin, Poisson, Curieux, Roche, Étoiles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION des Curiositez Naturelles et autres, du Cabinet de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, dans la Ville d'Eu en Normandie.
DESCRIPTION des Curiositez
Naturelles et autres , du Cabinet de
M. Capperon , ancien Doyen de S. Maxent
, dans la Ville d'Eu en Normandie.
'Avois addressé à un de mes amis à
Paris , un Détail de mon Cabinet pour
sa satisfaction particuliere , et j'étois fort
éloigné de croire que ce Détail méritât
d'être publié. Mon ami et plusieurs personnes
éclairées sur ces sortes de choses
en ont jugé autrement , et m'ont engagé
à le laisser imprimer.J'espere du moins
que cela pourra exciter d'autres Curieux
qui possedent des raretez considerables ,
à en donner connoissance au Public par
la même voye , ce qui fera plaisir , sans
doute , à beaucoup de personnes , et en
excitera d'autres à faire de semblables Recherches
, capables de faire admirer les
Pro-
1 C iij
672 MERCURE DE FRANCE
Productions singulieres de la Nature et
l'immensité de la sagesse de son Auteur..
MINERA U X.
Un morceau de Mine d'argent , de la
grosseur d'un oeuf, où sont quantité de
filets d'argent qui sortent de la Pierre ;
deux morceaux de Mine de Cuivre ; deux
autres où le Cuivre se trouve incorporé
dans de la pierre d'Ardoise ; deux morceaux
de Mine d'Etain de Cornouaille ;
plusieurs morceaux de Mine de Fer.
Pierres précieuses on curieuses.
Deux morceaux d'Emeraude brute, dont
P'un est gros comme un oeuf de Pigeon .
Plusieurs morceaux de Turquoise brute.
Un morceau d'Ametiste brute. Pierre
d'Hyacinthe brute. Plusieurs Grenats .
Autres Grenats de Bohême . Diverses Agathes
de differentes couleurs , dont quelques-
unes sont gravées. Pierre d'Azur.
Pierre de Jade. La Pierre Selenite , qui
se couppe par filets argentez , dont les
Turcs font des Aigrettes . Des Pierres ,
dites de la Croix . Plusieurs morceaux de
la Pierre Hematite. Des Pierres Crapau
dines. Plusieurs Pierres d'Hirondelles . Des.
Pierres Judaïques. Differentes Pierres Stel
laires. Trois Pierres nommées Cornes
d'Ammon;
手画
AVRIL. 1733 .
873
Ammon , à l'une desquelles il se trouve
une Coquille fossile attachée; ce qui prouve
la verité de ce qui a été dit à l'Académie
des Sciences , que ces Pierres ne
sont formées que par le suc pétrifiant
qui s'est introduit dans le creux d'une
sorte de Coquille , où il s'est durci en
pierre, et moulé selon la figure interieure
de la Coquille. J'ai plusieurs Cailloux
qui prouvent la même chose , gardant la
figure des Coquilles dans lesquelles ils se
sont formez . Plusieurs Pierres nommées
Pyrites , toutes hérissées de pointes trèsaiguës,
en forme de pointes de Diamans.-
Deux de ces Pierres fort grosses , attachées
à de gros Cailloux , sur lesquels
elles se sont formées . Autres Pierres qu'on
peut nommer Cerebellites , parce qu'elles
ont la figure du Cerveau humain . Quatre
differentes sortes de Pierres d'Aigles ,
dont quelques- unes se nomment Geodes.
Plusieurs Pierres où paroissent diverses
figures peintes au naturel , qu'on nomme
Camayeux. La premiere représente
un Lyon entier. La 2. un Christ , dont
les lineamens du visage , du nez , des
yeux , de la bouche ; les cheveux sont
tracez par la Nature seule. La 3. un homme
avec un bonnet de couleur diferente,
ayant les mains croisées. La 4. une autre
C iiij formée
374 MERCURE DE FRANCE
formée en buste . La 5. une femme avec
sa coëffure très - bien faite. La 6. autre
figure d'homme avec un long bonnet. La
7. une tête de Loup très- naturelle . La
8. une tête de Cochon aussi très - naturelle.
La 9. une autre où la Nature seule
a peint d'un côté une Vipere , et de
l'autre côté un Brochet. La 10. une Pierre
dite de Florence , où est représentée
une Ville. La Pierre nommée Dendrite ,
où sont représentées naturellement des
herbes très -menuës. Enfin une Pierre
d'Aiman armée , dont la force est sensible
à deux pieds de distance.
Le Systême de la formation des Pierres
parfaitement démontré par les Pierres
mêmes , rangées pour cela sur une Tablette.
On voit premierement un Caillou ,
au centre duquel est la Coquille d'un
Oursin ou Hérisson de Mer totalement
devenue Caillou , par la raison que le suc
pétrifiant qui a formé le Caillou , l'ayant
enveloppée, il s'est insinué dans cette Coquille
par les deux trous qui y sont naturellement
, et l'ayant par ce moyen remplie
, il en a fait un Caillou parfait , qui
ne tenoit au Caillou qui l'enveloppoit
que par ces deux endroits , ayant par là
une même continuité ; ce qui démontre
qu'il
AVRIL. 1733. 675
qu'il y a dans la terre un suc pétrifiant
ou Cristalin , lequel étant d'abord liquide
se durcit et se congele ensuite , et
forme par ce moyen les Pierres et les Cailloux.
Une Pierre de Grez , où sont plusieurs
petits Cailloux de differentes couleurs
et séparez , laquelle Pierre s'est formée
par le suc pétrifiant , qui s'étant insinué
dans du sable où étoient ces petits
Cailloux , en a fait une seule masse de
pierre. Divers Cailloux où sont differentes
empreintes . Dans le premier est une
très- belle empreinte de six especes de
boutons , et quatre longues figures d'éguilles.
Un autre où est l'empreinte d'une
Coquille. Trois autres cù sont les empreintes
des Coquilles des Hérissons de
Mer ou Oursins . Autre où est une belle
empreinte d'une portion de Coquille singuliere.
Autre Pierre comme l'Ardoise
venant de l'Ifle d'Acadie , où est l'empreinte
d'une espece de Fougere d'un côté,
et de l'autre est l'empreinte de deux Plantes
de Capilaire. Toutes ces empreintes
justifient que les Pierres sont formées
d'un suc pétrifiant , lequel se congelant
contre certains corps , en prend la figure
et l'empreinte.
Un morceau de Cristal de Roche , gros
comme une balle de Jeu de Paume , for-
Cy mé
376 MERCURE DE FRANCE
mé en pointe et à six pans. Autre sorte
de Cristal de Roche formé par éguilles ;
ce qui n'est autre chose que le suc pétrifiant
et Cristalin congelé dans toute
sa pureté . Autre morceau de Cristal de
Roche , formé aussi à six pans , et coloré
de verd en partie ; ce qui démontre que
toutes les Pierres précieuses , sont formées
de suc cristalin très- pur , lequel se
colore diversement , suivant les Métaux
et autres corps sur lesquels il lesquels passe. Autre
Caillou , pierre à fusil , haut de trois
pouces et de pareille largeur , d'où le
suc pétrifiant , ayant abondamment exu-`
dé et comme vegeté , a formé plusieurs
branches rondes et grosses comme le petit
deigt. Autre semblable Caillou , où
ce suc a exudé en élevations rondes
comme la Gomme exude quelquefois des
Cerisiers. Plusieurs autres semblables Cailloux
, dans le creux desquels se voyent
une infinité de brillants ; ce qui vient
de ce que le suc cristalin ayant exudé
du Caillou , au centre duquel il se trouvoit
de l'eau , ce suc s'est cristalisé à facettes
, ce qui lui arrive toutes les fois
qu'il se cristalise , se formant toujours à
six pans dans sa cristalisation. Suivent
diverses congellations de ce suc , tant sur
des pierres , que sur des Coquilles . En-
,
fin
AVRIL. 1733
677
in paroissent differentes pétrifications ,
qui viennent de ce que le suc pétrifiant
s'étant rencontré dans la terre où étoient
certains corps , et les ayant penetrez comme
le sucre pénetre une Confiture seche ,
les a durcis et pétrifiez .
Pétrifications.
Un morceau de bois de Hêtre parfaitiement
pétrifié , jettant du feu comme
un autre Caillou . Autre morceau de bois
pourri pétrifié. Un Caillou qui paroît
avoir été une branche d'arbre pétrifiée.
Autre , qui paroît une Poire pétrifiée.
Une Figue parfaitement pétrifiée . Une
Huitre entiere parfaitement pétrifiée.
Quatre ou cinq autres moins parfaites.
Grand nombre d'autres Coquillages dans
tout leur entier , parfaitement pétrifiés ,
dont plusieurs sont encore attachez aux
Cailloux. Des Cupules de glands pétrifiez ,
Herbe espece de Coraline pétrifiée , dont
une est attachée au Caillou . Grand nombre
de têtes de l'herbe nommée Presle ,
et autres fragmens de la même Herbe
pétrifiée. Noyau de Prune séparé en deux
parties , pétrifié. Oeil et Dent de Serpent
pétrifiez. Plusieurs Glossopetres , qu'on
dit être des Langues de Serpents pétrifiées
; mais qui sont plutôt des Dents du
C vj Poisson
678 MERCURE DE FRANCE
Poisson nommé Requein , comme il m'est
aisé de le justifier. Trois Ossemens de
Morts , faisant partie du Tibia , pétrifiez ; -
sur l'un desquels sont attachez des fragmens
de Coquilles , également pétrifiez.
Une Plante Marine, espece d'Ortie de Mer
pétrifiée. Garnd nombre de très - petites
Etoiles qui se trouvent dans une Fontaine
proche d'Alençon et ailleurs , que je crois
être des Embrions des Etoiles de Mer
pétrifiées .
Plantes pierreuses de la Mer.
Une Plante de Corail. Deux Madre
ports de differentes façons . Autre Plante
pierreuse nommée Rétepore . Autre d'un
beau rouge , formée de differens petits
tuyaux , couchez les uns sur les autres ;
elle se nomme Tabularia. Autre plus
grosse , de couleur grise et dont les tubes
sont rangez par ordre comme les
tuyaux des Orgues , pourquoi on peut
la nommer Orgue de Mer. Autre blanche
, formée sur un petit Caillou , qui est
agréablement frisée. Autre , formée en
vrai Champignon , qu'on peut justement
nommer Champignon de Mer. Deux Ombilics
de Mer , venant de la Méditerranée.
Quantité d'une sorte de Rocaille, couleur
de gris - de-lin , qu'on peut dire être une
espece
AVRIL 1733 679
espece de Corail. Il y en a aussi de blancs.
Differentes pieces d'autres Rocailles formées
de Tubes , où se nichent certains
Vers dans la Mer.
Coquillages.
Plusieurs Coquillages qu'il seroit en
nuyeux de nommer les uns après les
autres ; il y a entr'autres un beau Burgos
de la plus belle Nacre. Un Nautile ,
travaillé , sur lequel on a laissé une espece
de filigramme et qu'on a couppe
de sorte qu'il s'y trouve un Casque parfait.
La grande et la petite Pinna , &c.
11 y a aussi quantité de Coquilles fossilles
differentes , que j'ai trouvées dans
le creux des Montagnes , qualquefois
20. et 30. toises de profondeur , dont
plusieurs sont encore attachées aux Cailloux
et aux moilons , qui ne sont pas
connues ici. J'ai fait quelques Dissertations
sur l'origine de ces Coquilles , qui
ont été inserées dans les Mercures.
Poissons
Un petit Requein entier. La mâchoire
d'un autre plus gros , avec le nombre
prodigieux de ses dents. Des Orbes à Bouclier
, en Latin Orbis Scutatus. Un Polipe
desseché. Une grande Aragnée de
Mer
680 MERCURE DE FRANCE
Mer. Une autre plus petite , sur le dos
de laquelle plusieurs Ecailles d'Huitres se
trouvent attachées et incorporées. Differentes
especes d'Etoiles belles et curieuses,
sorte de Poisson . Plusieurs grandes et petites
Coquilles de l'Oursin , nommé en
Latin Echinus Spatagus.Des Poissons nommez
Eguilles de Mer , dont le corps n'est
pas rond, mais à plusieurs pans. Il y a aussi
quelques Plantes curieuses de la Mer , et des
Plumes de Mer , qui se tirent du dos du
Poisson nommé pour cela Calamar ; parce
qu'il a en même-temps dans le corps de
l'Encre dont on peut écrire. L'Oyseau
nommé dans Jonstons Anser Magellanicus
, lequel , quoique beaucoup plus gros
qu'une Oye , a des aîles qui n'ont que 4 .
pouces de longueur ; il m'a été envoyé de
Dieppe depuis peu .
Animaux differens.
Un petit Crocodile long de trois pieds
bien conservé. Quelques Ecailles de Tortuës
, très belles. Ecaille du dos de l'Armadillo
, Animal des Indes. Deux Senembys
ou Iguana , Lézard du Bresil . Une
Salamandre . Un Crapau à queue. Une
figure d'Aspic , qui paroît naturel. Plusieurs
petits Chevaux Marins. Un petit
Canard à deux têtes , desseché. Le Sauelete
AVRIL. 1733. 681
lete d'une Grenoüille. Le Taureau volant
du Brezil , sorte de gros Insecte .
Plusieurs autres Insectes curieux. Un Papillon
dont les aîles étendües ont quatre
pouces de longueur , qui a sur le dos la
figure d'une tête de Mort , et qui étant
vivant , pousse un cri assez haut. Un Lezard
singulier qui se conserve dans de
l'esprit de vin,
Autres choses curieuses .
Une espece de Passement fait avec l'Amiante
ou Lin incombustible. Racine
singuliere , dont toutes les fibres sont séparées
et à jour. Deux Oeufs d'Autruche.
Un grand Verre ardent et un Miroir
ardent. Une Urne Sépulchrale , et
les Portraits des 12. Césars , en Email.
Plusieurs differens Microscopes avec lesquels
j'ai trouvé la méthode de voir quels
sont les Sels qui sont dans l'air ; et les
figures specifiques de tous les Sels . Plusieurs
figures de Fruits. Un Dévidoir et
une grosse tête de Pavot , dans deux Bouteilles
de verre , dont le goulot est fort
étroit , de ma façon , Un Portefeuille rempli
de belles Estampes et Desseins curieux.
Une petite Ecuelle faite d'Ecorce
d'arbre proprement travaillée à l'usage
des Sauvages.
Le reste pour le prochain Mercure.
Naturelles et autres , du Cabinet de
M. Capperon , ancien Doyen de S. Maxent
, dans la Ville d'Eu en Normandie.
'Avois addressé à un de mes amis à
Paris , un Détail de mon Cabinet pour
sa satisfaction particuliere , et j'étois fort
éloigné de croire que ce Détail méritât
d'être publié. Mon ami et plusieurs personnes
éclairées sur ces sortes de choses
en ont jugé autrement , et m'ont engagé
à le laisser imprimer.J'espere du moins
que cela pourra exciter d'autres Curieux
qui possedent des raretez considerables ,
à en donner connoissance au Public par
la même voye , ce qui fera plaisir , sans
doute , à beaucoup de personnes , et en
excitera d'autres à faire de semblables Recherches
, capables de faire admirer les
Pro-
1 C iij
672 MERCURE DE FRANCE
Productions singulieres de la Nature et
l'immensité de la sagesse de son Auteur..
MINERA U X.
Un morceau de Mine d'argent , de la
grosseur d'un oeuf, où sont quantité de
filets d'argent qui sortent de la Pierre ;
deux morceaux de Mine de Cuivre ; deux
autres où le Cuivre se trouve incorporé
dans de la pierre d'Ardoise ; deux morceaux
de Mine d'Etain de Cornouaille ;
plusieurs morceaux de Mine de Fer.
Pierres précieuses on curieuses.
Deux morceaux d'Emeraude brute, dont
P'un est gros comme un oeuf de Pigeon .
Plusieurs morceaux de Turquoise brute.
Un morceau d'Ametiste brute. Pierre
d'Hyacinthe brute. Plusieurs Grenats .
Autres Grenats de Bohême . Diverses Agathes
de differentes couleurs , dont quelques-
unes sont gravées. Pierre d'Azur.
Pierre de Jade. La Pierre Selenite , qui
se couppe par filets argentez , dont les
Turcs font des Aigrettes . Des Pierres ,
dites de la Croix . Plusieurs morceaux de
la Pierre Hematite. Des Pierres Crapau
dines. Plusieurs Pierres d'Hirondelles . Des.
Pierres Judaïques. Differentes Pierres Stel
laires. Trois Pierres nommées Cornes
d'Ammon;
手画
AVRIL. 1733 .
873
Ammon , à l'une desquelles il se trouve
une Coquille fossile attachée; ce qui prouve
la verité de ce qui a été dit à l'Académie
des Sciences , que ces Pierres ne
sont formées que par le suc pétrifiant
qui s'est introduit dans le creux d'une
sorte de Coquille , où il s'est durci en
pierre, et moulé selon la figure interieure
de la Coquille. J'ai plusieurs Cailloux
qui prouvent la même chose , gardant la
figure des Coquilles dans lesquelles ils se
sont formez . Plusieurs Pierres nommées
Pyrites , toutes hérissées de pointes trèsaiguës,
en forme de pointes de Diamans.-
Deux de ces Pierres fort grosses , attachées
à de gros Cailloux , sur lesquels
elles se sont formées . Autres Pierres qu'on
peut nommer Cerebellites , parce qu'elles
ont la figure du Cerveau humain . Quatre
differentes sortes de Pierres d'Aigles ,
dont quelques- unes se nomment Geodes.
Plusieurs Pierres où paroissent diverses
figures peintes au naturel , qu'on nomme
Camayeux. La premiere représente
un Lyon entier. La 2. un Christ , dont
les lineamens du visage , du nez , des
yeux , de la bouche ; les cheveux sont
tracez par la Nature seule. La 3. un homme
avec un bonnet de couleur diferente,
ayant les mains croisées. La 4. une autre
C iiij formée
374 MERCURE DE FRANCE
formée en buste . La 5. une femme avec
sa coëffure très - bien faite. La 6. autre
figure d'homme avec un long bonnet. La
7. une tête de Loup très- naturelle . La
8. une tête de Cochon aussi très - naturelle.
La 9. une autre où la Nature seule
a peint d'un côté une Vipere , et de
l'autre côté un Brochet. La 10. une Pierre
dite de Florence , où est représentée
une Ville. La Pierre nommée Dendrite ,
où sont représentées naturellement des
herbes très -menuës. Enfin une Pierre
d'Aiman armée , dont la force est sensible
à deux pieds de distance.
Le Systême de la formation des Pierres
parfaitement démontré par les Pierres
mêmes , rangées pour cela sur une Tablette.
On voit premierement un Caillou ,
au centre duquel est la Coquille d'un
Oursin ou Hérisson de Mer totalement
devenue Caillou , par la raison que le suc
pétrifiant qui a formé le Caillou , l'ayant
enveloppée, il s'est insinué dans cette Coquille
par les deux trous qui y sont naturellement
, et l'ayant par ce moyen remplie
, il en a fait un Caillou parfait , qui
ne tenoit au Caillou qui l'enveloppoit
que par ces deux endroits , ayant par là
une même continuité ; ce qui démontre
qu'il
AVRIL. 1733. 675
qu'il y a dans la terre un suc pétrifiant
ou Cristalin , lequel étant d'abord liquide
se durcit et se congele ensuite , et
forme par ce moyen les Pierres et les Cailloux.
Une Pierre de Grez , où sont plusieurs
petits Cailloux de differentes couleurs
et séparez , laquelle Pierre s'est formée
par le suc pétrifiant , qui s'étant insinué
dans du sable où étoient ces petits
Cailloux , en a fait une seule masse de
pierre. Divers Cailloux où sont differentes
empreintes . Dans le premier est une
très- belle empreinte de six especes de
boutons , et quatre longues figures d'éguilles.
Un autre où est l'empreinte d'une
Coquille. Trois autres cù sont les empreintes
des Coquilles des Hérissons de
Mer ou Oursins . Autre où est une belle
empreinte d'une portion de Coquille singuliere.
Autre Pierre comme l'Ardoise
venant de l'Ifle d'Acadie , où est l'empreinte
d'une espece de Fougere d'un côté,
et de l'autre est l'empreinte de deux Plantes
de Capilaire. Toutes ces empreintes
justifient que les Pierres sont formées
d'un suc pétrifiant , lequel se congelant
contre certains corps , en prend la figure
et l'empreinte.
Un morceau de Cristal de Roche , gros
comme une balle de Jeu de Paume , for-
Cy mé
376 MERCURE DE FRANCE
mé en pointe et à six pans. Autre sorte
de Cristal de Roche formé par éguilles ;
ce qui n'est autre chose que le suc pétrifiant
et Cristalin congelé dans toute
sa pureté . Autre morceau de Cristal de
Roche , formé aussi à six pans , et coloré
de verd en partie ; ce qui démontre que
toutes les Pierres précieuses , sont formées
de suc cristalin très- pur , lequel se
colore diversement , suivant les Métaux
et autres corps sur lesquels il lesquels passe. Autre
Caillou , pierre à fusil , haut de trois
pouces et de pareille largeur , d'où le
suc pétrifiant , ayant abondamment exu-`
dé et comme vegeté , a formé plusieurs
branches rondes et grosses comme le petit
deigt. Autre semblable Caillou , où
ce suc a exudé en élevations rondes
comme la Gomme exude quelquefois des
Cerisiers. Plusieurs autres semblables Cailloux
, dans le creux desquels se voyent
une infinité de brillants ; ce qui vient
de ce que le suc cristalin ayant exudé
du Caillou , au centre duquel il se trouvoit
de l'eau , ce suc s'est cristalisé à facettes
, ce qui lui arrive toutes les fois
qu'il se cristalise , se formant toujours à
six pans dans sa cristalisation. Suivent
diverses congellations de ce suc , tant sur
des pierres , que sur des Coquilles . En-
,
fin
AVRIL. 1733
677
in paroissent differentes pétrifications ,
qui viennent de ce que le suc pétrifiant
s'étant rencontré dans la terre où étoient
certains corps , et les ayant penetrez comme
le sucre pénetre une Confiture seche ,
les a durcis et pétrifiez .
Pétrifications.
Un morceau de bois de Hêtre parfaitiement
pétrifié , jettant du feu comme
un autre Caillou . Autre morceau de bois
pourri pétrifié. Un Caillou qui paroît
avoir été une branche d'arbre pétrifiée.
Autre , qui paroît une Poire pétrifiée.
Une Figue parfaitement pétrifiée . Une
Huitre entiere parfaitement pétrifiée.
Quatre ou cinq autres moins parfaites.
Grand nombre d'autres Coquillages dans
tout leur entier , parfaitement pétrifiés ,
dont plusieurs sont encore attachez aux
Cailloux. Des Cupules de glands pétrifiez ,
Herbe espece de Coraline pétrifiée , dont
une est attachée au Caillou . Grand nombre
de têtes de l'herbe nommée Presle ,
et autres fragmens de la même Herbe
pétrifiée. Noyau de Prune séparé en deux
parties , pétrifié. Oeil et Dent de Serpent
pétrifiez. Plusieurs Glossopetres , qu'on
dit être des Langues de Serpents pétrifiées
; mais qui sont plutôt des Dents du
C vj Poisson
678 MERCURE DE FRANCE
Poisson nommé Requein , comme il m'est
aisé de le justifier. Trois Ossemens de
Morts , faisant partie du Tibia , pétrifiez ; -
sur l'un desquels sont attachez des fragmens
de Coquilles , également pétrifiez.
Une Plante Marine, espece d'Ortie de Mer
pétrifiée. Garnd nombre de très - petites
Etoiles qui se trouvent dans une Fontaine
proche d'Alençon et ailleurs , que je crois
être des Embrions des Etoiles de Mer
pétrifiées .
Plantes pierreuses de la Mer.
Une Plante de Corail. Deux Madre
ports de differentes façons . Autre Plante
pierreuse nommée Rétepore . Autre d'un
beau rouge , formée de differens petits
tuyaux , couchez les uns sur les autres ;
elle se nomme Tabularia. Autre plus
grosse , de couleur grise et dont les tubes
sont rangez par ordre comme les
tuyaux des Orgues , pourquoi on peut
la nommer Orgue de Mer. Autre blanche
, formée sur un petit Caillou , qui est
agréablement frisée. Autre , formée en
vrai Champignon , qu'on peut justement
nommer Champignon de Mer. Deux Ombilics
de Mer , venant de la Méditerranée.
Quantité d'une sorte de Rocaille, couleur
de gris - de-lin , qu'on peut dire être une
espece
AVRIL 1733 679
espece de Corail. Il y en a aussi de blancs.
Differentes pieces d'autres Rocailles formées
de Tubes , où se nichent certains
Vers dans la Mer.
Coquillages.
Plusieurs Coquillages qu'il seroit en
nuyeux de nommer les uns après les
autres ; il y a entr'autres un beau Burgos
de la plus belle Nacre. Un Nautile ,
travaillé , sur lequel on a laissé une espece
de filigramme et qu'on a couppe
de sorte qu'il s'y trouve un Casque parfait.
La grande et la petite Pinna , &c.
11 y a aussi quantité de Coquilles fossilles
differentes , que j'ai trouvées dans
le creux des Montagnes , qualquefois
20. et 30. toises de profondeur , dont
plusieurs sont encore attachées aux Cailloux
et aux moilons , qui ne sont pas
connues ici. J'ai fait quelques Dissertations
sur l'origine de ces Coquilles , qui
ont été inserées dans les Mercures.
Poissons
Un petit Requein entier. La mâchoire
d'un autre plus gros , avec le nombre
prodigieux de ses dents. Des Orbes à Bouclier
, en Latin Orbis Scutatus. Un Polipe
desseché. Une grande Aragnée de
Mer
680 MERCURE DE FRANCE
Mer. Une autre plus petite , sur le dos
de laquelle plusieurs Ecailles d'Huitres se
trouvent attachées et incorporées. Differentes
especes d'Etoiles belles et curieuses,
sorte de Poisson . Plusieurs grandes et petites
Coquilles de l'Oursin , nommé en
Latin Echinus Spatagus.Des Poissons nommez
Eguilles de Mer , dont le corps n'est
pas rond, mais à plusieurs pans. Il y a aussi
quelques Plantes curieuses de la Mer , et des
Plumes de Mer , qui se tirent du dos du
Poisson nommé pour cela Calamar ; parce
qu'il a en même-temps dans le corps de
l'Encre dont on peut écrire. L'Oyseau
nommé dans Jonstons Anser Magellanicus
, lequel , quoique beaucoup plus gros
qu'une Oye , a des aîles qui n'ont que 4 .
pouces de longueur ; il m'a été envoyé de
Dieppe depuis peu .
Animaux differens.
Un petit Crocodile long de trois pieds
bien conservé. Quelques Ecailles de Tortuës
, très belles. Ecaille du dos de l'Armadillo
, Animal des Indes. Deux Senembys
ou Iguana , Lézard du Bresil . Une
Salamandre . Un Crapau à queue. Une
figure d'Aspic , qui paroît naturel. Plusieurs
petits Chevaux Marins. Un petit
Canard à deux têtes , desseché. Le Sauelete
AVRIL. 1733. 681
lete d'une Grenoüille. Le Taureau volant
du Brezil , sorte de gros Insecte .
Plusieurs autres Insectes curieux. Un Papillon
dont les aîles étendües ont quatre
pouces de longueur , qui a sur le dos la
figure d'une tête de Mort , et qui étant
vivant , pousse un cri assez haut. Un Lezard
singulier qui se conserve dans de
l'esprit de vin,
Autres choses curieuses .
Une espece de Passement fait avec l'Amiante
ou Lin incombustible. Racine
singuliere , dont toutes les fibres sont séparées
et à jour. Deux Oeufs d'Autruche.
Un grand Verre ardent et un Miroir
ardent. Une Urne Sépulchrale , et
les Portraits des 12. Césars , en Email.
Plusieurs differens Microscopes avec lesquels
j'ai trouvé la méthode de voir quels
sont les Sels qui sont dans l'air ; et les
figures specifiques de tous les Sels . Plusieurs
figures de Fruits. Un Dévidoir et
une grosse tête de Pavot , dans deux Bouteilles
de verre , dont le goulot est fort
étroit , de ma façon , Un Portefeuille rempli
de belles Estampes et Desseins curieux.
Une petite Ecuelle faite d'Ecorce
d'arbre proprement travaillée à l'usage
des Sauvages.
Le reste pour le prochain Mercure.
Fermer
Résumé : DESCRIPTION des Curiositez Naturelles et autres, du Cabinet de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, dans la Ville d'Eu en Normandie.
Le texte présente le cabinet de curiosités de M. Capperon, ancien doyen de Saint-Maxent, situé à Eu en Normandie. Initialement destiné à un ami parisien, la description du cabinet a été publiée à la demande de personnes éclairées, dans l'espoir d'inciter d'autres collectionneurs à partager leurs découvertes. Le cabinet de M. Capperon renferme une variété de minéraux, pierres précieuses et objets naturalistes. Parmi les minéraux, on trouve des échantillons de mines d'argent, de cuivre, d'étain et de fer. Les pierres précieuses incluent des émeraudes, turquoises, améthystes, grenats, agates, ainsi que des pierres comme la pierre d'hyacinthe, la pierre d'azur, la pierre de jade et la pierre sélénite. Des pierres spécifiques telles que les cornes d'Ammon, les pyrites, les cérébellites et les géodes sont également présentes. Le texte décrit des pierres avec des figures naturelles, représentant des animaux et des personnages, et explique leur formation par un suc pétrifiant qui se durcit et se congèle. Des cristaux de roche, des pierres à fusil et des pétrifications de bois et de coquillages sont également mentionnés. Le cabinet comprend aussi une collection de coquillages, de poissons et d'animaux divers, comme un petit crocodile, des écailles de tortue, des lézards et des insectes curieux. Parmi les autres curiosités, on trouve des œufs d'autruche, des microscopes, des estampes et des objets artisanaux. La description se termine par une mention de la suite des curiosités à paraître dans le prochain Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 1406-1407
« Le 22. Juin, l'Académie de Chirurgie, établie sous la protection du Roy, tint sa Séance publique [...] »
Début :
Le 22. Juin, l'Académie de Chirurgie, établie sous la protection du Roy, tint sa Séance publique [...]
Mots clefs :
Curieux, Maîtres, Académie de chirurgie, Gersaint, Mortain, Cabinet, Dugeron, Curiosités, Chirurgien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 22. Juin, l'Académie de Chirurgie, établie sous la protection du Roy, tint sa Séance publique [...] »
Le 22. Juin , l'Académie de Chirurgie , établie
sous la protection du Roy , tint sa Séance pu
blique dans la grande Sale des Maîtres Chirur
giens de Paris , nous en rendrons compte le
mois prochain.
Les sieurs Gersaint et de Mortain , Marchands
PontNotre- Dame, donnent avis aux Curieux , qu'ils
ont rapporté d'un voyage qu'ils viennent de faire
en Hollande , quantité de Tabeaux et Desseins des
meilleurs Maîtres , avec un grand nombre d'Estampes
rares et des plus belles Epreuves. Ils ont
trouvé entre autres choses , chez un fameux Curieux
d'Amsterdam , un Cabinet de Coquilles des
mieux conservées , excellemment belles et des
plus singulieres , avec plusieurs autres curiositez
naturelles qui en font l'assortiment , qu'ils ven
II. Vol. droat
JUIN. 1734: 1407
dront en entier et sans division . C'est une des
Collections des plus parfaites en ce genre qu'il y
ait en France ; ils avertissent aussi qu'outre ce
Cabinet , ils en ont une grande quantité de doubles,
qu'ils pourront vendre séparement, et dont
la condition et la beauté sont égales.
La vente de toutes ces Curiositez se fera
dans leurs Maisons , Pont Notre Dame , et
ils auront soin d'avertir les Curieux par une
Affiche , du jour qu'ils seront en état de l'ouvrir
Le sieur Dugeron , ancien Chirurgien d'Armée
, continue de distribuer avec succès un:
Opiate qui préserve les Dents de se gâter et de
tomber ; ses Boëtes se vendent z . livres , 3. liv .
et 4. livres. Il demeure à Paris , rue du Four ,
près S. Eustache , avec Tableau.
sous la protection du Roy , tint sa Séance pu
blique dans la grande Sale des Maîtres Chirur
giens de Paris , nous en rendrons compte le
mois prochain.
Les sieurs Gersaint et de Mortain , Marchands
PontNotre- Dame, donnent avis aux Curieux , qu'ils
ont rapporté d'un voyage qu'ils viennent de faire
en Hollande , quantité de Tabeaux et Desseins des
meilleurs Maîtres , avec un grand nombre d'Estampes
rares et des plus belles Epreuves. Ils ont
trouvé entre autres choses , chez un fameux Curieux
d'Amsterdam , un Cabinet de Coquilles des
mieux conservées , excellemment belles et des
plus singulieres , avec plusieurs autres curiositez
naturelles qui en font l'assortiment , qu'ils ven
II. Vol. droat
JUIN. 1734: 1407
dront en entier et sans division . C'est une des
Collections des plus parfaites en ce genre qu'il y
ait en France ; ils avertissent aussi qu'outre ce
Cabinet , ils en ont une grande quantité de doubles,
qu'ils pourront vendre séparement, et dont
la condition et la beauté sont égales.
La vente de toutes ces Curiositez se fera
dans leurs Maisons , Pont Notre Dame , et
ils auront soin d'avertir les Curieux par une
Affiche , du jour qu'ils seront en état de l'ouvrir
Le sieur Dugeron , ancien Chirurgien d'Armée
, continue de distribuer avec succès un:
Opiate qui préserve les Dents de se gâter et de
tomber ; ses Boëtes se vendent z . livres , 3. liv .
et 4. livres. Il demeure à Paris , rue du Four ,
près S. Eustache , avec Tableau.
Fermer
Résumé : « Le 22. Juin, l'Académie de Chirurgie, établie sous la protection du Roy, tint sa Séance publique [...] »
Le 22 juin, l'Académie de Chirurgie a organisé une séance publique à Paris, dont le compte rendu sera publié le mois suivant. Les marchands Gersaint et de Mortain ont importé de Hollande divers tableaux, dessins, estampes rares et épreuves exceptionnelles. À Amsterdam, ils ont acquis un cabinet de coquilles remarquablement conservées et d'autres curiosités naturelles, formant l'une des collections les plus parfaites en France. Cette collection sera vendue en entier sans division, tandis que les doubles pourront être vendus séparément. La vente se tiendra dans leurs maisons au Pont Notre-Dame, avec une affiche indiquant la date d'ouverture. Par ailleurs, le sieur Dugeron, ancien chirurgien d'armée, distribue un opiate pour préserver les dents, vendu entre 2 et 4 livres. Il réside à Paris, rue du Four, près de l'église Saint-Eustache, où un tableau est exposé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11
p. 2255
M. Gersaint choisi pour la vente des Cabinets de M. Bonnier de la Mosson, [titre d'après la table]
Début :
Nous nous faisons un plaisir d'apprendre aux Curieux que M. Gersaint, déja connû par differens [...]
Mots clefs :
Cabinets, Curieux, Catalogues de curiosités, Edme-François Gersaint
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : M. Gersaint choisi pour la vente des Cabinets de M. Bonnier de la Mosson, [titre d'après la table]
Nous nous faiſons un plaifir d'apprendre aux
Curieux que M. Gerfaint , déja connú par differens
Catalogues de Curioſités de fa composition , a été
choiſi pour diriger la vente des fameux Cabinets de
feu M. Bonnier de la Moſſon. Le Public l'avoit déja
nommé d'avance , ce qui justifie ce choix Il y a
tout lieu d'eſperer que nous aurons de lui un Catalogue
auſſi exact de toutes les Curiofités dont ces
Cabinets ſont remplis , que le tems qu'on lui donnera
pourra le lui permettre. On affûre que la vente
de toutes ces raretés , qui font immenfes dans leur
quantité , & admirables dans leur variété , pourra
étre commencée dans les premiers jours de l'année
prochaine. Les Catalogues de cette eſpece ſont d'au
tant plus utiles & néceſſaires , qu'ils donnent avis de
l'existence de certains Morceaux rares , que l'on
ignore ſouvent , & avertiſfent en général le Public ,
furtout les Etrangers , de ce qui pourroit leur convenir.
Onne doute point ,, au refte , que M. Gerfaint
ne ſe prête volontiers , ſuivant la louable coutume
, au déſir de certains Curieux diftingués , qui
voudront jouir en partie ou en totalité de la vûë de
ces Cabinets , avant que les Curioſités dont ils font
remplis en ſoient démembrées.
Curieux que M. Gerfaint , déja connú par differens
Catalogues de Curioſités de fa composition , a été
choiſi pour diriger la vente des fameux Cabinets de
feu M. Bonnier de la Moſſon. Le Public l'avoit déja
nommé d'avance , ce qui justifie ce choix Il y a
tout lieu d'eſperer que nous aurons de lui un Catalogue
auſſi exact de toutes les Curiofités dont ces
Cabinets ſont remplis , que le tems qu'on lui donnera
pourra le lui permettre. On affûre que la vente
de toutes ces raretés , qui font immenfes dans leur
quantité , & admirables dans leur variété , pourra
étre commencée dans les premiers jours de l'année
prochaine. Les Catalogues de cette eſpece ſont d'au
tant plus utiles & néceſſaires , qu'ils donnent avis de
l'existence de certains Morceaux rares , que l'on
ignore ſouvent , & avertiſfent en général le Public ,
furtout les Etrangers , de ce qui pourroit leur convenir.
Onne doute point ,, au refte , que M. Gerfaint
ne ſe prête volontiers , ſuivant la louable coutume
, au déſir de certains Curieux diftingués , qui
voudront jouir en partie ou en totalité de la vûë de
ces Cabinets , avant que les Curioſités dont ils font
remplis en ſoient démembrées.
Fermer