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801
p. 2343-2344
Autres Fêtes à Angoulême, [titre d'après la table]
Début :
L'Evêque & la Ville d'Angoulême ont signalé aussi leur zéle, & dès qu'on y fut assûré que le Roi [...]
Mots clefs :
Évêque, Roi, Maire, Te Deum, Tables, Angoulême
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texteReconnaissance textuelle : Autres Fêtes à Angoulême, [titre d'après la table]
L'Evêque & la Ville d'Angoulême ont fignalé
auſſi leur zéle , & dès qu'on y fut aſſaré que le Roi
étoit hors de danger , on chanta dans l'Egliſe Cathédrale
, au bruit de la mouſqueterie de 1800 hommesde
la Bourgeoiſie , qui étoient ſous les armes ,
le Te Deum , auquel le Préſidial aſſiſta , ainſi que le
Corps de Ville. On illumina le ſoir toutes les ruës ,
& les illuminations du Palais Epifcopal , de l'Hôtelde-
Ville , & de la maiſon du Maire , furent généralement
admirées. Toutes les perſonnes de conſidération
furent invitées à ſouper chés l'Evêque , qui
fit ſervir cinq tables avec autant de profufion que
de délicateſſe ,& par l'ordre duquel on diftribua
pendant le repas beaucoup d'argent au Peuple avec
unegrande quantité de Vin & de Vivres de toute
efpéce.
Le Maire , dans la ruë où il loge , avoit fait drefſer
plufieurs tables , où l'on donnoit à boire & à
manger à tous ceux qui ſe préſentoient , & divers
particuliers en uſerent de même en quelques endroits
de la Ville .
Afin que la nouvelle de la guériſon du Roi fut
plûtôt répandue dans la Campagne , d'où les Payfans
, en pleurs , accouroient chaque jour , pour
ſçavoir ce qu'on avoit appris de l'état de S. M. l'Evêque
fit illuminer le haut du Clocher de la Cathédra-
I iiij
2344 MERCURE DE FRANCE.
:
drale ,& il annonça par ce moyen à tous les Villa.
ges voiſins , que le Roi étoit rendu à leurs voeux.
auſſi leur zéle , & dès qu'on y fut aſſaré que le Roi
étoit hors de danger , on chanta dans l'Egliſe Cathédrale
, au bruit de la mouſqueterie de 1800 hommesde
la Bourgeoiſie , qui étoient ſous les armes ,
le Te Deum , auquel le Préſidial aſſiſta , ainſi que le
Corps de Ville. On illumina le ſoir toutes les ruës ,
& les illuminations du Palais Epifcopal , de l'Hôtelde-
Ville , & de la maiſon du Maire , furent généralement
admirées. Toutes les perſonnes de conſidération
furent invitées à ſouper chés l'Evêque , qui
fit ſervir cinq tables avec autant de profufion que
de délicateſſe ,& par l'ordre duquel on diftribua
pendant le repas beaucoup d'argent au Peuple avec
unegrande quantité de Vin & de Vivres de toute
efpéce.
Le Maire , dans la ruë où il loge , avoit fait drefſer
plufieurs tables , où l'on donnoit à boire & à
manger à tous ceux qui ſe préſentoient , & divers
particuliers en uſerent de même en quelques endroits
de la Ville .
Afin que la nouvelle de la guériſon du Roi fut
plûtôt répandue dans la Campagne , d'où les Payfans
, en pleurs , accouroient chaque jour , pour
ſçavoir ce qu'on avoit appris de l'état de S. M. l'Evêque
fit illuminer le haut du Clocher de la Cathédra-
I iiij
2344 MERCURE DE FRANCE.
:
drale ,& il annonça par ce moyen à tous les Villa.
ges voiſins , que le Roi étoit rendu à leurs voeux.
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802
p. 2344
Te Deum chanté à S. Germain en Laye, [titre d'après la table]
Début :
Le Te Deum fut chanté le 13 pour la Convalescence du Roi, avec toute la solemnité possible, [...]
Mots clefs :
Te Deum, Roi, Château, Chanter, Saint-Germain-en-Laye
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texteReconnaissance textuelle : Te Deum chanté à S. Germain en Laye, [titre d'après la table]
Le Te Deum fut chanté le 13 pour la Convalefcence
du Roi , avec toute la folemnité poſſible ,
dans l'Egliſe de la Paroiſſe du Château de S. German
en-Laye ,& il y eut le même jour des illuminations
dans toute la Ville .
Les Officiers du Roi , qui y réſident , aſſiſterent
en Corps le 15 au Te Deum , qu'ils firent chanter
dans la même Eglife .
Le mêmejour , les Anglois, qui demeurent dans
le Château , firent chanter auſſi le Te Deum dans la
Chapelle par la Muſique du Roi , & le Château fut
entierement illuminé.
du Roi , avec toute la folemnité poſſible ,
dans l'Egliſe de la Paroiſſe du Château de S. German
en-Laye ,& il y eut le même jour des illuminations
dans toute la Ville .
Les Officiers du Roi , qui y réſident , aſſiſterent
en Corps le 15 au Te Deum , qu'ils firent chanter
dans la même Eglife .
Le mêmejour , les Anglois, qui demeurent dans
le Château , firent chanter auſſi le Te Deum dans la
Chapelle par la Muſique du Roi , & le Château fut
entierement illuminé.
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803
p. 2344
« Le Roi, dont la santé est parfaitement rétablie, partit de Strasbourg le 10 de ce mois vers les onze [...] »
Début :
Le Roi, dont la santé est parfaitement rétablie, partit de Strasbourg le 10 de ce mois vers les onze [...]
Mots clefs :
Roi, Quartier, Fribourg-en-Brisgau
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texteReconnaissance textuelle : « Le Roi, dont la santé est parfaitement rétablie, partit de Strasbourg le 10 de ce mois vers les onze [...] »
Le Roi , dont la ſanté eſt parfaitement rétablie ,
partit de Strasbourg le 10 de ce mois vers les onze
heures & demie du matin S. M. arriva de bonneheure
à Selleſtatt , d'où elle a dû fe rendre le lendemain
à fon Quartier devant Fribourg .
partit de Strasbourg le 10 de ce mois vers les onze
heures & demie du matin S. M. arriva de bonneheure
à Selleſtatt , d'où elle a dû fe rendre le lendemain
à fon Quartier devant Fribourg .
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804
p. 2344-2345
« Le Baron de Walbruun, Grand Maréchal de la Cour du Duc de Wirtemberg, & qui a été chargé [...] »
Début :
Le Baron de Walbruun, Grand Maréchal de la Cour du Duc de Wirtemberg, & qui a été chargé [...]
Mots clefs :
Roi, Baron, Compliment, Strasbourg
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Baron de Walbruun, Grand Maréchal de la Cour du Duc de Wirtemberg, & qui a été chargé [...] »
Le Baron de Walbruun , Grand Maréchal de la
Cour du Duc de Wirtemberg , & qui a été chargé
par ce Prince de faire un compliment au Roi ſur le
parfait rétabliſſement de la ſanté de S M. & fur fon
heureuſe arrivée en Alface , s'est rendu à Strasbourg ,
où il s'eſt acquitté de cette commiſſion le 7 de ce
mois.
,
Le même jour , le Comte Truchſes de Wolffegg ,
Maréchal de la Cour du Margrave de Bade Baden
&qui eſt arrivé à Strasbourg pour le même ſujet
afait de la part du Prince , fon Maître fon compliment
au Roi .
Le 9 , le Baron de Meternich , qui a été envoyé
,
au Roi par l'Electeur de Cologne ; le Baron d'fngelheim
,
OCTOBRE.
1744. 2345
gelheim , chargé par l'Electeur de Mayence de ſe
rendre auprès de S. M. & le Baron d'Eltz , qui a
reçû le même ordre de l'Evêque de Spire , ont félicité
le Roi au nom de leurs Maîtres.
Tous ces Miniſtres ont été preſentés à S. M. dans
ſa chambre par M. de Vernetüil , Introducteur des
Ambaſſadeurs.
Cour du Duc de Wirtemberg , & qui a été chargé
par ce Prince de faire un compliment au Roi ſur le
parfait rétabliſſement de la ſanté de S M. & fur fon
heureuſe arrivée en Alface , s'est rendu à Strasbourg ,
où il s'eſt acquitté de cette commiſſion le 7 de ce
mois.
,
Le même jour , le Comte Truchſes de Wolffegg ,
Maréchal de la Cour du Margrave de Bade Baden
&qui eſt arrivé à Strasbourg pour le même ſujet
afait de la part du Prince , fon Maître fon compliment
au Roi .
Le 9 , le Baron de Meternich , qui a été envoyé
,
au Roi par l'Electeur de Cologne ; le Baron d'fngelheim
,
OCTOBRE.
1744. 2345
gelheim , chargé par l'Electeur de Mayence de ſe
rendre auprès de S. M. & le Baron d'Eltz , qui a
reçû le même ordre de l'Evêque de Spire , ont félicité
le Roi au nom de leurs Maîtres.
Tous ces Miniſtres ont été preſentés à S. M. dans
ſa chambre par M. de Vernetüil , Introducteur des
Ambaſſadeurs.
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805
p. 2345-2346
Arrivée du Roi à Saverne, [titre d'après la table]
Début :
On a appris de Saverne du 5 de ce mois, que le Roi, après avoir couché le 2 dans la Ville de Saarburg, [...]
Mots clefs :
Saverne, Roi, Cardinal de Rohan, Coadjuteur de Strasbourg, Prince de Soubise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arrivée du Roi à Saverne, [titre d'après la table]
On a appris de Saverne dusde ce mois , que le
Roi , après avoir couché le 2 dans la Ville de Saarburg
, à la premiere barriere de laquelle il avoit été
reçû par le Marquis de Chalmazel , qui en eſt Gouverneur
, en partit le lendemain vers les onze heures
du matin , & que S. M. ayant paſſe par Phalfbourg
, arriva à Saverne à deux heures &demie
après midi.
Elle fut reçûë à la defcente de ſon caroſſe par le
Cardinal de Rohan , accompagné du Coadjuteur
de Strasbourg & du Prince de Soubize , qui avoit
eû la permiffion de ſe rendre en cette Ville , en cas
que ſon ſervice ne demandat pas fa préſence au fiége
de Fribourg , pendant le ſéjour que le Roi devoit
faire à Saverne . S. M. traverſa le Veſtibule au
milieu des acclamations des habitans de Saverne ,
qui le rempliſſoient , & elle monta dans le grand
Iv
ap
2346 MERCURE DE FRANCE.
appartement,dont la magnificence répond parfai
tement à la beauté du Château & des Jardins. Au
commencement de la nuit,il y eut une illuminations
dans les Jardins , depuis la terraſſe qui régne le
long de la façade du Bâtiment dans le Parterre , &
autour de la Piéce d'Eau , par laquelle le Canal eft
précédé , & cette illumination , qui formoit un des .
plusbeaux ſpectacles , & qui parut faire beaucoup
de plaifir au Roi , s'étendoit juſqu'à la premiere
Calcade du Canal.
Après le ſouper de S. M. pendant lequel comme
pendant tout le ſéjour qu'elle a fait à Saverne , elle
aété ſervie par le Cardinal de Rohan , par le Coadjuteur
de Strasbourg ou par le Prince de Soubize
les seigneurs , les Dames & les autres perſonnes
qui accompagnoient le Roi , furent traités ſplendidement
à plufieurs tables preparées pour cet effet .
১০
Le Cardinal de Rohan s'est toujours tellement
diſtingué par l'éclat avec lequel il a foûtenu ſa naiffance&
fon rang , que les éloges qu'on pourroit
donner à la dépenſe faite par ce Cardinal dans l'occafion
la plus glorieuſe qu'il ait euë de montrer ſa
magnificence , feroient au-deſſous de l'idée que
s'en formera le Public .
S. M. après avoir entendu la Meſſe qui fut dite
par le Coadjuteur de Strasbourg , continua le cinq,
au matin ſa route , pour ſe rendre à Strasbourg ,
après avoir marqué combien elle étoit contente de
la reception qui lui a été faite dans ce Château.
On mande de Strasbourg du 6 de ce mois , que
la vivacité de la joye que les habitans de cette Ville
ont reffentie , en apprenant la nouvelle de la guérifon
du Roi , ne peut être comparée qu'à la vivacité
des allarmes que leur avoit cauſées la maladie de S.
M.&que tous ſe ſont empreſſés également de don
wer des marques éclatantes de leurs ſentimens.
Roi , après avoir couché le 2 dans la Ville de Saarburg
, à la premiere barriere de laquelle il avoit été
reçû par le Marquis de Chalmazel , qui en eſt Gouverneur
, en partit le lendemain vers les onze heures
du matin , & que S. M. ayant paſſe par Phalfbourg
, arriva à Saverne à deux heures &demie
après midi.
Elle fut reçûë à la defcente de ſon caroſſe par le
Cardinal de Rohan , accompagné du Coadjuteur
de Strasbourg & du Prince de Soubize , qui avoit
eû la permiffion de ſe rendre en cette Ville , en cas
que ſon ſervice ne demandat pas fa préſence au fiége
de Fribourg , pendant le ſéjour que le Roi devoit
faire à Saverne . S. M. traverſa le Veſtibule au
milieu des acclamations des habitans de Saverne ,
qui le rempliſſoient , & elle monta dans le grand
Iv
ap
2346 MERCURE DE FRANCE.
appartement,dont la magnificence répond parfai
tement à la beauté du Château & des Jardins. Au
commencement de la nuit,il y eut une illuminations
dans les Jardins , depuis la terraſſe qui régne le
long de la façade du Bâtiment dans le Parterre , &
autour de la Piéce d'Eau , par laquelle le Canal eft
précédé , & cette illumination , qui formoit un des .
plusbeaux ſpectacles , & qui parut faire beaucoup
de plaifir au Roi , s'étendoit juſqu'à la premiere
Calcade du Canal.
Après le ſouper de S. M. pendant lequel comme
pendant tout le ſéjour qu'elle a fait à Saverne , elle
aété ſervie par le Cardinal de Rohan , par le Coadjuteur
de Strasbourg ou par le Prince de Soubize
les seigneurs , les Dames & les autres perſonnes
qui accompagnoient le Roi , furent traités ſplendidement
à plufieurs tables preparées pour cet effet .
১০
Le Cardinal de Rohan s'est toujours tellement
diſtingué par l'éclat avec lequel il a foûtenu ſa naiffance&
fon rang , que les éloges qu'on pourroit
donner à la dépenſe faite par ce Cardinal dans l'occafion
la plus glorieuſe qu'il ait euë de montrer ſa
magnificence , feroient au-deſſous de l'idée que
s'en formera le Public .
S. M. après avoir entendu la Meſſe qui fut dite
par le Coadjuteur de Strasbourg , continua le cinq,
au matin ſa route , pour ſe rendre à Strasbourg ,
après avoir marqué combien elle étoit contente de
la reception qui lui a été faite dans ce Château.
On mande de Strasbourg du 6 de ce mois , que
la vivacité de la joye que les habitans de cette Ville
ont reffentie , en apprenant la nouvelle de la guérifon
du Roi , ne peut être comparée qu'à la vivacité
des allarmes que leur avoit cauſées la maladie de S.
M.&que tous ſe ſont empreſſés également de don
wer des marques éclatantes de leurs ſentimens.
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806
p. 2347-2350
Arrivée de S. M. à Strasbourg, [titre d'après la table]
Début :
Le Marquis de la Farre, qui commande à Strasbourg en l'absence du Maréchal de Coigny, a signalé [...]
Mots clefs :
Roi, Strasbourg, Argent, Habits, Cavalerie, Troupes, Infanterie, Officiers, Église cathédrale, Arc de triomphe, Cardinal de Rohan, Écarlate
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arrivée de S. M. à Strasbourg, [titre d'après la table]
Le Marquis de la Farre , qui commande à Strafbourg
en l'absence du Maréchal de Coigny , a fi
gnalé ſon zéle en cette occaſion , ainſi que le
Coadjuteur , M.de Vanolles , Intendant d'Alface ,
le Préteur Royal & les Magiſtrats. L'allegreſſe publique
n'a plus eu de bornes , dès qu'on a été informé
, que le Roi vouloit bien honorer cette Ville
de ſa préſence. Jamais peuple n'a montré plus d'ar
deur& d'impatience que celui de Strasbourg de
voir ſon Souverain , & l'on s'eſt préparé , autant
que le tems a pû le permettre , à recevoir S. M.
avec toute la pompe qu'exigeoit un pareil événement.
: Les , jour de l'arrivée du Roi , qui en ſe rendant
à Strasbourg de Saverne , trouva le chemin
bordé des Payſans de tous les Villages circonvoifins
, M. de Klinglin , Préteur Royal , à la tête des
troupes Bourgeoiſes, au nombre de 1200 hommes
fortit de la Ville , pour aller au-devant de S. M..
Ces troupes , compoſées d'Infanterie & de Cavale-*
rie , étoient diviſées en huit Corps.
وم
י
Le premier étoit un Eſcadron de Huffards , dont
les Officiers avoient des habits de velours cramoifi
garnis de galons & de franges d'argent , le manteau
de velours bleu , aufli galonné d'argent , & doublé
de peaux de Martre. Les habits du reſte de latroupe
étoient d'écarlate avec des garnitures & des boutons
d'argent. Il y avoit quatre autres Eſcadrons
dont l'un étoit en uniforme écarlate & or; le ſecond
écarlate & argent ; le troiſiéme bleu & argent
; le quatriéme gris & argent , les Officiers
ayant les habits chamarrés fur toutes les tailles.
• L'Infanterie conſiſtoit en trois Bataillons ; l'un
dont l'uniforme étoit bleu: avec boutonnieres d'or
&boutons de cuivre doré , l'autre écarlate avec
ſemblables boutons & boutonnieres ; le troifiéme
Char gris& argent. Lvj
2348 MERCURE DE FRANCE.
Chaque Bataillon avoit une Compagnie deGrenadiers
, dont les bonnets , ornés de galon & de
broderie , & terminés par de riches glands , étoient
garnis de peaux d'Ours . Les Grenadiers du Bataillon
vêtu de gris , portoient des tabliers bordés de
`galons &de franges d'argent , la hache haute , &
le mousquet en bandouillere. Les habits des Offi .
ciers de l'Infanterie n'étoient pas moins magnifiques
que ceux de la Cavalerie.
M. de Klinglin conduifit toutes ces troupesà l'extrémité
du Territoire de la Ville , où il avoit fait
dreſſer des Tentes. Il les rangea en bataille fur une
ligne àdeux de hauteur à la droite du chemin ,
venant de Saverne , les Huſſards en avant , enfuite
lesdeux Corps de Cavalerie rouge , les trois Bataillons
dans le centre , & les deux autres Corps de Cavalerie
terminant la poſition. A la ſuite des troupes
juſques à la porte de la Ville, les Magiſtrats avoient
faitplacer fur les deux bords de la chauffée le refte
•des Bourgeois des vingt Tribus , leſquels étoient
avec leurs manteaux de cérémonie.
Lorſque le caroſſe du Roi parut , les Timbales ,
Tro npettes , Hautbois, Cors de Chaffe , & autres
Inftrumens , qui étoient àlatête de chaque Compagnie
, ſe firent entendre , on fonna toutes les cloches
de la Ville , & tout retentit des acclamations
redoublés de Vive le Roi . La Cavalerie mit le Sabre
à la main , & tous les Officiers firent , ainſi que le
Préteur Royal , le falut de l'épée , quand S. Μ.
paſſa devant leurs p ftes .
Le Roi érant arrivé à la porte de la Ville , le Baron
de Trelans , Lieutenant de Roi , accompagné
des Officiers de l'Etat Major , préſenta trois clefs de
la Ville , chacune de vermeil , às M. Le Corps da
Magiftrat s'approcha enſuite de la portiere , & eur
P'honneur de haranguer le Roi , qui entra après ces
cé
OCTOBRE. 1744. 2349
cérémonies dans la Ville , où il trouva un Arc de
Triomphe de 60 pieds de hauteur , à trois Porti.
ques,au hautduquel étoit une Statue Equestre de S.
M. & qui étoit orné d'Emblêmes & de Figures. Cet
Arc de Triomphe étoit gardé du côté du Fauxcourg
par cent jeunes gens , depuis l'âge de 12 juſqu'à celui
de 18 ans , habillés comme les Cent Suifles de la
Garde de S. M. ayant à leur tête leurs Oficiers ,
dont les habits étoient bleus & richement galonnés
d'or.
De l'autre côté du même Arc de Triomphe ,
étoient 18 Bergeres & autant de Bergers , vêtus de
taffetas blanc avec des découpures de même étoffe ,
ornées de Rubans & de Guirlandes de Fleurs , les
cheveux bouclés & pendans, les houlettes peintes
& dorées. Les Bergeres tenoient desPaniers couverts
d'étoffe de ſoye couleur de role , & remplis de
Fleurs , qu'elles jetterent fur le paſſage du Roi . On
avoit placé de diſtance en diſtance , des Compagnies
de jeunes filles en habits à l'Allemande , &
dont chacune étoit menée par un jeune homme.
Toutes les ruës étoient ſablées , jonchées de verdure
, & tenduës de Tapiſſeries de haute- liffe.
Le Roi defcendit de caroſſe à la porte de l'Egliſe
Cathédrale , & S.M. y fut reçûë par le Cardinal de
Rohan , lequel étoit revêtu de ſes habits pontificaux
, & accompagné du Coadjuteur & du fuffragant
de Strasbourg , en Chapes & en Mitres , &
d'un nombreux Clergé enChâ es. S. M. s'étant miſe
àgenoux fur un carreau qui lui fut présenté par le
Prince Camille de Montauban , Chanoine de la Cathédrale
, le Cardinal de Rohan lui donna la Croix
àbaifer ,& lui fit un compliment , aufli noble que
touchant. Enfuite le Roi entra dans le Choeur , on
il tut conduit par le Coadjuteut , le Cardinal de Rohan
ayant quitté ſes habits pontificaux , pour aller
pren
2350 MERCURE DE FRANCE.
prendre auprès du Roi ſa place deGrand Aumõnies
deFrance.
Au fortir de l'Egliſe Cathédrale , S. M. alla au
Palais Epifcopal , que le Cardinal de Rohan a fait
bâtir depuis quelques années , & qui eſt auſſi commode
que magnifique. Les troupes Bourgeoiſes ,
Infanterie &Cavalerie, défilerent peu après en préfence
du Roi ſur une Terraſſe au bord de la riviere,
au bas de l'appartement que S. Ma occupé dans
ce Palais , devant lequel le Roi , en y arrivant ,
avoit retrouvé la même Compagnie de jeunes gens,
vêtus enCent Suiſſes , qu'il avoit rencontrée près
de l'Arc de Triomphe.
Dès que le jour fut baiffé , la Tour du Clocher
de la Cathédrale , les Places publiques , & toutes
les maiſons de la Ville furent illuminées , & peutêtre
n'y a-t'il eu dans le Royaume aucune Ville
dont l'illumination ait produit un plus grand effet.
Pluſieurs Fontaines de Vin coulerent par ordre des
Magiftrats dans toutes les Places , particulierement
devant l'Hôtel-de-Ville , où l'on abandonna au
Peuple , outre une grande quantité, de vivres de
route eſpece , un Boeuf qu'on faifoit rotir depuis
trois jours , comme il ſe pratique au Couronnement
des Empereurs , & qui poſé dans un baffin de bois
fculpté & doré , étoit orné de bouquets & de rubans.
Vers les huit heures du ſoir , on tira ſur la tivies
re , en face du Palais où le Roi étoit logé , un feu
d'artifice , dont l'ordonnance & l'exécution ont
mérité que S. M. marquât qu'elle en étoit finguliérement
fatisfaite. Elle a paru l'être infiniment des
efforts que non-feulement les perſonnes de diſtinctionde
cette Ville , mais encore les moindres habi
tans, ont fait pour lui prouver combien ils étoient
ſenſibles à l'honneur d'y recevoir leur Souverain.
en l'absence du Maréchal de Coigny , a fi
gnalé ſon zéle en cette occaſion , ainſi que le
Coadjuteur , M.de Vanolles , Intendant d'Alface ,
le Préteur Royal & les Magiſtrats. L'allegreſſe publique
n'a plus eu de bornes , dès qu'on a été informé
, que le Roi vouloit bien honorer cette Ville
de ſa préſence. Jamais peuple n'a montré plus d'ar
deur& d'impatience que celui de Strasbourg de
voir ſon Souverain , & l'on s'eſt préparé , autant
que le tems a pû le permettre , à recevoir S. M.
avec toute la pompe qu'exigeoit un pareil événement.
: Les , jour de l'arrivée du Roi , qui en ſe rendant
à Strasbourg de Saverne , trouva le chemin
bordé des Payſans de tous les Villages circonvoifins
, M. de Klinglin , Préteur Royal , à la tête des
troupes Bourgeoiſes, au nombre de 1200 hommes
fortit de la Ville , pour aller au-devant de S. M..
Ces troupes , compoſées d'Infanterie & de Cavale-*
rie , étoient diviſées en huit Corps.
وم
י
Le premier étoit un Eſcadron de Huffards , dont
les Officiers avoient des habits de velours cramoifi
garnis de galons & de franges d'argent , le manteau
de velours bleu , aufli galonné d'argent , & doublé
de peaux de Martre. Les habits du reſte de latroupe
étoient d'écarlate avec des garnitures & des boutons
d'argent. Il y avoit quatre autres Eſcadrons
dont l'un étoit en uniforme écarlate & or; le ſecond
écarlate & argent ; le troiſiéme bleu & argent
; le quatriéme gris & argent , les Officiers
ayant les habits chamarrés fur toutes les tailles.
• L'Infanterie conſiſtoit en trois Bataillons ; l'un
dont l'uniforme étoit bleu: avec boutonnieres d'or
&boutons de cuivre doré , l'autre écarlate avec
ſemblables boutons & boutonnieres ; le troifiéme
Char gris& argent. Lvj
2348 MERCURE DE FRANCE.
Chaque Bataillon avoit une Compagnie deGrenadiers
, dont les bonnets , ornés de galon & de
broderie , & terminés par de riches glands , étoient
garnis de peaux d'Ours . Les Grenadiers du Bataillon
vêtu de gris , portoient des tabliers bordés de
`galons &de franges d'argent , la hache haute , &
le mousquet en bandouillere. Les habits des Offi .
ciers de l'Infanterie n'étoient pas moins magnifiques
que ceux de la Cavalerie.
M. de Klinglin conduifit toutes ces troupesà l'extrémité
du Territoire de la Ville , où il avoit fait
dreſſer des Tentes. Il les rangea en bataille fur une
ligne àdeux de hauteur à la droite du chemin ,
venant de Saverne , les Huſſards en avant , enfuite
lesdeux Corps de Cavalerie rouge , les trois Bataillons
dans le centre , & les deux autres Corps de Cavalerie
terminant la poſition. A la ſuite des troupes
juſques à la porte de la Ville, les Magiſtrats avoient
faitplacer fur les deux bords de la chauffée le refte
•des Bourgeois des vingt Tribus , leſquels étoient
avec leurs manteaux de cérémonie.
Lorſque le caroſſe du Roi parut , les Timbales ,
Tro npettes , Hautbois, Cors de Chaffe , & autres
Inftrumens , qui étoient àlatête de chaque Compagnie
, ſe firent entendre , on fonna toutes les cloches
de la Ville , & tout retentit des acclamations
redoublés de Vive le Roi . La Cavalerie mit le Sabre
à la main , & tous les Officiers firent , ainſi que le
Préteur Royal , le falut de l'épée , quand S. Μ.
paſſa devant leurs p ftes .
Le Roi érant arrivé à la porte de la Ville , le Baron
de Trelans , Lieutenant de Roi , accompagné
des Officiers de l'Etat Major , préſenta trois clefs de
la Ville , chacune de vermeil , às M. Le Corps da
Magiftrat s'approcha enſuite de la portiere , & eur
P'honneur de haranguer le Roi , qui entra après ces
cé
OCTOBRE. 1744. 2349
cérémonies dans la Ville , où il trouva un Arc de
Triomphe de 60 pieds de hauteur , à trois Porti.
ques,au hautduquel étoit une Statue Equestre de S.
M. & qui étoit orné d'Emblêmes & de Figures. Cet
Arc de Triomphe étoit gardé du côté du Fauxcourg
par cent jeunes gens , depuis l'âge de 12 juſqu'à celui
de 18 ans , habillés comme les Cent Suifles de la
Garde de S. M. ayant à leur tête leurs Oficiers ,
dont les habits étoient bleus & richement galonnés
d'or.
De l'autre côté du même Arc de Triomphe ,
étoient 18 Bergeres & autant de Bergers , vêtus de
taffetas blanc avec des découpures de même étoffe ,
ornées de Rubans & de Guirlandes de Fleurs , les
cheveux bouclés & pendans, les houlettes peintes
& dorées. Les Bergeres tenoient desPaniers couverts
d'étoffe de ſoye couleur de role , & remplis de
Fleurs , qu'elles jetterent fur le paſſage du Roi . On
avoit placé de diſtance en diſtance , des Compagnies
de jeunes filles en habits à l'Allemande , &
dont chacune étoit menée par un jeune homme.
Toutes les ruës étoient ſablées , jonchées de verdure
, & tenduës de Tapiſſeries de haute- liffe.
Le Roi defcendit de caroſſe à la porte de l'Egliſe
Cathédrale , & S.M. y fut reçûë par le Cardinal de
Rohan , lequel étoit revêtu de ſes habits pontificaux
, & accompagné du Coadjuteur & du fuffragant
de Strasbourg , en Chapes & en Mitres , &
d'un nombreux Clergé enChâ es. S. M. s'étant miſe
àgenoux fur un carreau qui lui fut présenté par le
Prince Camille de Montauban , Chanoine de la Cathédrale
, le Cardinal de Rohan lui donna la Croix
àbaifer ,& lui fit un compliment , aufli noble que
touchant. Enfuite le Roi entra dans le Choeur , on
il tut conduit par le Coadjuteut , le Cardinal de Rohan
ayant quitté ſes habits pontificaux , pour aller
pren
2350 MERCURE DE FRANCE.
prendre auprès du Roi ſa place deGrand Aumõnies
deFrance.
Au fortir de l'Egliſe Cathédrale , S. M. alla au
Palais Epifcopal , que le Cardinal de Rohan a fait
bâtir depuis quelques années , & qui eſt auſſi commode
que magnifique. Les troupes Bourgeoiſes ,
Infanterie &Cavalerie, défilerent peu après en préfence
du Roi ſur une Terraſſe au bord de la riviere,
au bas de l'appartement que S. Ma occupé dans
ce Palais , devant lequel le Roi , en y arrivant ,
avoit retrouvé la même Compagnie de jeunes gens,
vêtus enCent Suiſſes , qu'il avoit rencontrée près
de l'Arc de Triomphe.
Dès que le jour fut baiffé , la Tour du Clocher
de la Cathédrale , les Places publiques , & toutes
les maiſons de la Ville furent illuminées , & peutêtre
n'y a-t'il eu dans le Royaume aucune Ville
dont l'illumination ait produit un plus grand effet.
Pluſieurs Fontaines de Vin coulerent par ordre des
Magiftrats dans toutes les Places , particulierement
devant l'Hôtel-de-Ville , où l'on abandonna au
Peuple , outre une grande quantité, de vivres de
route eſpece , un Boeuf qu'on faifoit rotir depuis
trois jours , comme il ſe pratique au Couronnement
des Empereurs , & qui poſé dans un baffin de bois
fculpté & doré , étoit orné de bouquets & de rubans.
Vers les huit heures du ſoir , on tira ſur la tivies
re , en face du Palais où le Roi étoit logé , un feu
d'artifice , dont l'ordonnance & l'exécution ont
mérité que S. M. marquât qu'elle en étoit finguliérement
fatisfaite. Elle a paru l'être infiniment des
efforts que non-feulement les perſonnes de diſtinctionde
cette Ville , mais encore les moindres habi
tans, ont fait pour lui prouver combien ils étoient
ſenſibles à l'honneur d'y recevoir leur Souverain.
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807
p. 2354-2357
MORTS.
Début :
Dame Jeanne Casimire de Bethune, Palatine Doüairiere de Russie, mourut à Leopold le [...]
Mots clefs :
Jeanne Casimire de Béthune, Palatine de Russie, Comte de Béthune, Pologne, Roi, Antoine de La Roque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Ame Jeanne Caſimire de Bethune , Palatine
Doüairiere de Ruffie , mourut à Leopold le
to Avril dernier. Elle étoit fille de François Gafton
, Marquis de Bethune , Comte de Selles , &c.
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Général
de ſes Armées , & fon Ambaſfadeur Extraordinaire
en Pologne , auprès du Roi Jean Sobieski ,
fon Beau frere , & enſuite en Suede , où il eſt mort
en 1692 , & de Dame Marie- Louiſe de la Grange
d'Arquien , fille de Henri de la Grange , Marquis
d'Arquien , mort Chevalier des Ordres du Roi , &
Cardinal ; & foeur de Marie Cafimire , Reine de
Pologne , Epouſe de Jean Sobieski .
Jeanne-Caſimire de Bethune , qui donne lieu à
cet article , avoit épousé Jean Jablonouſki Palatin
de Ruffie , dont elle a eu pluſieurs Enfans.
1º Staniſlas , Palatin de Rava. 2. Jean-Cajetan ,
Staroſte de Czchrin. 3º. Démétrius , Staroſte de
Swick . 4° . Marie Louiſe , mariée à Charles Frederic
de la Trimoirille , Duc de Châtelleraut , aujourd'hui
Prince de Talmond. 5º. Catherine , mariée
au Duc Maximilien Oſſolinſki , Chevalier de l'Ordre
du S. Eſprit , Grand-Maitre de la Maiſon du Roi
de Pologne , Duc de Lorraine, Stanislas I ,& cidevantGrand-
Tréſorier de la Couronne de Pologne.
6. Louiſe , Religieuſe du S. Sacrement à Leopold .
La Palatine de Ruſſie , par ſon Mariage avec
Je Comte Jablonouſki , étoit devenue tante maternelle
du Roi de Pologne Staniſlas I , qui eſt fils de
la foeur de ſon Mari , & ainſi grande Tante de Mazic
Leczinſka , Reine de France.
File
ОСТОBRE . 1744. 2355
Elle avoit pour Freres , 1º. Louis , Marquis de
Bethune , Mestre de Camp de Cavalerie,tué à la
Bataille d'Hocketer, en 1704.
2°. Louis-Marie- Victoire , Comte de Bethune ,
Maréchal des Camps & Armées du Roi , Grand
Chambellan du Roi de Pologne , Duc de Lorraine,
Il a été marié 2 fois. La premiere , avec Henriette
d'Harcourt de Beuvron,fille de François,Marquis de
Beuvron , Chevalier des Ordres du Roi , & foeur du
Maréchal d'Harcourt. De pluſieurs Enfans fortis de
ceMariage , il ne reſte aujourd'hui que Marie-Ca
fimire- Théreſe Geneviève-Emmanuelle de Bethu
ne , laquelle avoit épousé en premieresNoces Fran
çois Rouxel de Medavi, Marquis de Grancey, Lieutenant
Général des Armées du Roi, Gouverneur de
Dunquerque , frere du Maréchal de Medavi , &
à préſent épouſe de Louis Auguſte Fouquet, Comte
de Bellifle , Duc de Gifors , Maréchal de France ,
Chevalier desOrdres du Roi & de la Toiſon d'Or ,
Prince de l'Empire, & Gouverneur de Metz , Commandant
dans les trois Evêchés , & Lieutenant Gé
néral de la Province de Lorraine.
Le Comte de Bethune avoit encore eu de
fon premier Mariage , Céſar , Marquis de Bethune,
mort fur le Rhin en 1736 , à la tête d'un Régiment
de Cavalerie de fon nom .
Il a épousé en ſecondes Noces Marie-Françoiſe
Fotier de Gêvres , fille de Bernard-François Potier ,
Duc de Treſmes , Pair de France, Chevalier des
Ordres du Roi , Gouverneur de Paris , de laquelle
ila eu , 1º. Armand- Louis- François , tué ſur un
Vaiſſeau du Koi,attaqué par une Eſcadre Angloiſe
en 1741 , 2º. Joachim-Cafimir- Leon , Marquisde
Bethune , Comte des Bordes, actuellement Capitaine
de Cavalerie dans le Régiment Royal Pologne.
3.Marie-Eleonore-Auguste , non encore mariée..
Le
1356 MERCURE DE FRANCE.
!
!
Le Comte de Bethune, comme il a été obſervé au
commencement de ce Mémoire , eſt neveu de la
feue Reine de Pologne , Epouſe de Jean Sobieski.
Du Mariagede cette Princefle avec le Roi Jean
Sobieſki , font nés le Prince Jacques , le Prince
Conftantin , le Prince Alexandre ,& la Princeffe
Théreſe-Cunegonde-Cafimire Sobieska.
Le Prince Jacques épouſa Elizabeth Amelie de Ba
viere-Neubourg , ſoeur de l'Impératrice , Epouſe de
l'Empereur Léopold I , de la Reine d'Eſpagne , veuve
de Charles II , de la Reine de Portugal , de la
Ducheffe de Parme , des Electeurs Palatin & de
Tréves , & de l'Evêque d'Auſbourg .
Le Prince Jacques a eu de ſon Mariage , 1º. Marie-
Charlotte Sobieſta , Epouſe du Duc de Bouillon ,
Grand-Chambellan de France. Après la mort , le
Comte de Bethune, comme ſon plus proche parent,
⚫s'eſt chargé de la tutelle de ſes Enfans. Marie-Clémentine
, ſeconde fille du Prince Jacques , a épousé
Jacques Stuart , fils de Jacques II , Roi d'Angleterre
, connû ſous le nom de Chevalier de S. George,
&a laiflé pour Enfans les deux Princes, appellés à
Romele Prince de Galles , & le Duc d'York .
LePrince Conftantin & le Prince Alexandre ,
font morts ſans pofterité.
La Princeſſe, leur ſoeur, épouſa le feu Electeur de
Baviere.De leur Mariage ſont nés l'Empereur Charles
VII , actuellement regnant , l'Electeur de Co
logne , & l'Evêque de Ratisbonne & de Liége Par
ledétail qu'on vient de faire , on voit que le Comte
de Bethune a l'honneur d'être Oncle , à la mode
de Bretagne , de l'Empereur & des Princes ſes Freres
, & grand Oncle des Princes Stuart , & que la
Palatine de Ruſſie , ſa ſoeur , partageoit avec lui les
mêmes Alliances.
Antoine
OCTOBRE, 1744 2357
Antoine de la Roque, ancien Gendarme de la Gar
de ordinaire du Roi , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , de l'Académie Royale des Belles-
Lettres de Marſeille , mourut à Paris le trois Octobre
, dans la 72 année de ſon âge. Il étoit Auteur
duMercure de France , dédié au Roi , depuis l'année
1721. Il en a donné en tout , juſques & compris celui
du mois d'Octobre 1744 , fans aucune interruption
, 321 Volumes , avec la ſatisfaction de la Coun
&du Public.
Ame Jeanne Caſimire de Bethune , Palatine
Doüairiere de Ruffie , mourut à Leopold le
to Avril dernier. Elle étoit fille de François Gafton
, Marquis de Bethune , Comte de Selles , &c.
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Général
de ſes Armées , & fon Ambaſfadeur Extraordinaire
en Pologne , auprès du Roi Jean Sobieski ,
fon Beau frere , & enſuite en Suede , où il eſt mort
en 1692 , & de Dame Marie- Louiſe de la Grange
d'Arquien , fille de Henri de la Grange , Marquis
d'Arquien , mort Chevalier des Ordres du Roi , &
Cardinal ; & foeur de Marie Cafimire , Reine de
Pologne , Epouſe de Jean Sobieski .
Jeanne-Caſimire de Bethune , qui donne lieu à
cet article , avoit épousé Jean Jablonouſki Palatin
de Ruffie , dont elle a eu pluſieurs Enfans.
1º Staniſlas , Palatin de Rava. 2. Jean-Cajetan ,
Staroſte de Czchrin. 3º. Démétrius , Staroſte de
Swick . 4° . Marie Louiſe , mariée à Charles Frederic
de la Trimoirille , Duc de Châtelleraut , aujourd'hui
Prince de Talmond. 5º. Catherine , mariée
au Duc Maximilien Oſſolinſki , Chevalier de l'Ordre
du S. Eſprit , Grand-Maitre de la Maiſon du Roi
de Pologne , Duc de Lorraine, Stanislas I ,& cidevantGrand-
Tréſorier de la Couronne de Pologne.
6. Louiſe , Religieuſe du S. Sacrement à Leopold .
La Palatine de Ruſſie , par ſon Mariage avec
Je Comte Jablonouſki , étoit devenue tante maternelle
du Roi de Pologne Staniſlas I , qui eſt fils de
la foeur de ſon Mari , & ainſi grande Tante de Mazic
Leczinſka , Reine de France.
File
ОСТОBRE . 1744. 2355
Elle avoit pour Freres , 1º. Louis , Marquis de
Bethune , Mestre de Camp de Cavalerie,tué à la
Bataille d'Hocketer, en 1704.
2°. Louis-Marie- Victoire , Comte de Bethune ,
Maréchal des Camps & Armées du Roi , Grand
Chambellan du Roi de Pologne , Duc de Lorraine,
Il a été marié 2 fois. La premiere , avec Henriette
d'Harcourt de Beuvron,fille de François,Marquis de
Beuvron , Chevalier des Ordres du Roi , & foeur du
Maréchal d'Harcourt. De pluſieurs Enfans fortis de
ceMariage , il ne reſte aujourd'hui que Marie-Ca
fimire- Théreſe Geneviève-Emmanuelle de Bethu
ne , laquelle avoit épousé en premieresNoces Fran
çois Rouxel de Medavi, Marquis de Grancey, Lieutenant
Général des Armées du Roi, Gouverneur de
Dunquerque , frere du Maréchal de Medavi , &
à préſent épouſe de Louis Auguſte Fouquet, Comte
de Bellifle , Duc de Gifors , Maréchal de France ,
Chevalier desOrdres du Roi & de la Toiſon d'Or ,
Prince de l'Empire, & Gouverneur de Metz , Commandant
dans les trois Evêchés , & Lieutenant Gé
néral de la Province de Lorraine.
Le Comte de Bethune avoit encore eu de
fon premier Mariage , Céſar , Marquis de Bethune,
mort fur le Rhin en 1736 , à la tête d'un Régiment
de Cavalerie de fon nom .
Il a épousé en ſecondes Noces Marie-Françoiſe
Fotier de Gêvres , fille de Bernard-François Potier ,
Duc de Treſmes , Pair de France, Chevalier des
Ordres du Roi , Gouverneur de Paris , de laquelle
ila eu , 1º. Armand- Louis- François , tué ſur un
Vaiſſeau du Koi,attaqué par une Eſcadre Angloiſe
en 1741 , 2º. Joachim-Cafimir- Leon , Marquisde
Bethune , Comte des Bordes, actuellement Capitaine
de Cavalerie dans le Régiment Royal Pologne.
3.Marie-Eleonore-Auguste , non encore mariée..
Le
1356 MERCURE DE FRANCE.
!
!
Le Comte de Bethune, comme il a été obſervé au
commencement de ce Mémoire , eſt neveu de la
feue Reine de Pologne , Epouſe de Jean Sobieski.
Du Mariagede cette Princefle avec le Roi Jean
Sobieſki , font nés le Prince Jacques , le Prince
Conftantin , le Prince Alexandre ,& la Princeffe
Théreſe-Cunegonde-Cafimire Sobieska.
Le Prince Jacques épouſa Elizabeth Amelie de Ba
viere-Neubourg , ſoeur de l'Impératrice , Epouſe de
l'Empereur Léopold I , de la Reine d'Eſpagne , veuve
de Charles II , de la Reine de Portugal , de la
Ducheffe de Parme , des Electeurs Palatin & de
Tréves , & de l'Evêque d'Auſbourg .
Le Prince Jacques a eu de ſon Mariage , 1º. Marie-
Charlotte Sobieſta , Epouſe du Duc de Bouillon ,
Grand-Chambellan de France. Après la mort , le
Comte de Bethune, comme ſon plus proche parent,
⚫s'eſt chargé de la tutelle de ſes Enfans. Marie-Clémentine
, ſeconde fille du Prince Jacques , a épousé
Jacques Stuart , fils de Jacques II , Roi d'Angleterre
, connû ſous le nom de Chevalier de S. George,
&a laiflé pour Enfans les deux Princes, appellés à
Romele Prince de Galles , & le Duc d'York .
LePrince Conftantin & le Prince Alexandre ,
font morts ſans pofterité.
La Princeſſe, leur ſoeur, épouſa le feu Electeur de
Baviere.De leur Mariage ſont nés l'Empereur Charles
VII , actuellement regnant , l'Electeur de Co
logne , & l'Evêque de Ratisbonne & de Liége Par
ledétail qu'on vient de faire , on voit que le Comte
de Bethune a l'honneur d'être Oncle , à la mode
de Bretagne , de l'Empereur & des Princes ſes Freres
, & grand Oncle des Princes Stuart , & que la
Palatine de Ruſſie , ſa ſoeur , partageoit avec lui les
mêmes Alliances.
Antoine
OCTOBRE, 1744 2357
Antoine de la Roque, ancien Gendarme de la Gar
de ordinaire du Roi , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , de l'Académie Royale des Belles-
Lettres de Marſeille , mourut à Paris le trois Octobre
, dans la 72 année de ſon âge. Il étoit Auteur
duMercure de France , dédié au Roi , depuis l'année
1721. Il en a donné en tout , juſques & compris celui
du mois d'Octobre 1744 , fans aucune interruption
, 321 Volumes , avec la ſatisfaction de la Coun
&du Public.
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808
s. p.
Epitre Dedicatoire AU ROI.
Début :
Sire, Vous nous avés accordé le Privilege du Mercure de [...]
Mots clefs :
Mercure de France, Privilège, Majesté, Roi, Panégyrique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Epitre Dedicatoire AU ROI.
EpitreDedicatoire
AU ROI
Sire
Yous nous aves accordé
lePrivilege du Mercure de
France,Quelbonheur pour nous,
dy travailler dans un tems
où VOTRE MAJESTE' prodigue à
1
tous les Ecrivains tant de qualités
éminentes à célébrer , & tant de gloireà
publier. On n'estpas obligé d'emprunter
le fecours de l'Eloquence ,
pour embellir les Annales de votre
vie. SIRE , le plus fimple récit de
vos Actions paffera dans la Poſtérité
pour un Panégyrique , & vos Hiftoriens
lui paroîtront des Plines. Cependant
la vérité dit de vous ce
qu'ont dit des Monarques les plus
flatés la Fable menfongere& laplus
fervile adulation. Lorsqu'on vous
peint , on n'a befoin que de la fincerité
pour conduire le Pinceau , & la
bouche ne forme point de traits qui
ne foient gravés dans le coeur. Vous
offrez , SIRE , aux yeux de l'Univers
enchanté , un Phénomene unique
, un Vainqueur chéri , un Roi
le
citoyen , enfin un tendre Pere des
Peuples. Que de fentimens dignes
d'une mémoire éternelle a fait écla→
ter votre péril pendant la fubite &
violentemaladie qui nous a fait trembler
pour vos jours ! Que de Vertus
ont triomphé ! Les vôtres , SIRE ,
celles de votre Augufte Famille
celles de tout votre Peuple ! On a
vú briller avec le plus vif éclat ,
Courage Supérieur , l'Amour Conjugal
, la Tendreffe Filiale , & le
Zéle le plus Ardent . Tous les
Coeurs ont fait unanimement votre
Panégyrique , le vôtre en a fourni
Pilluftre matiere. Finiffons . Nous
ne pouvons , SIRE , que répéter en
vous loüant. Ne rougiffons pourtant
point de n'être que Plagiaires dans
cette occafion.. Les plus fertiles Orateurs
éprouveroient le même fort ; &
de plus , peut-on trop redire ce qui
vous honore davantage & ce qui établit
mieux la félicité de votre Empire
?
Nous fommes avec le plus profond
respect ,
SIRE ,
DE VOTRE MAJESTE" ,
Les très - humbles & trèsfidéles
Sujets, FUSELIER
DE LA BRUERE .
AU ROI
Sire
Yous nous aves accordé
lePrivilege du Mercure de
France,Quelbonheur pour nous,
dy travailler dans un tems
où VOTRE MAJESTE' prodigue à
1
tous les Ecrivains tant de qualités
éminentes à célébrer , & tant de gloireà
publier. On n'estpas obligé d'emprunter
le fecours de l'Eloquence ,
pour embellir les Annales de votre
vie. SIRE , le plus fimple récit de
vos Actions paffera dans la Poſtérité
pour un Panégyrique , & vos Hiftoriens
lui paroîtront des Plines. Cependant
la vérité dit de vous ce
qu'ont dit des Monarques les plus
flatés la Fable menfongere& laplus
fervile adulation. Lorsqu'on vous
peint , on n'a befoin que de la fincerité
pour conduire le Pinceau , & la
bouche ne forme point de traits qui
ne foient gravés dans le coeur. Vous
offrez , SIRE , aux yeux de l'Univers
enchanté , un Phénomene unique
, un Vainqueur chéri , un Roi
le
citoyen , enfin un tendre Pere des
Peuples. Que de fentimens dignes
d'une mémoire éternelle a fait écla→
ter votre péril pendant la fubite &
violentemaladie qui nous a fait trembler
pour vos jours ! Que de Vertus
ont triomphé ! Les vôtres , SIRE ,
celles de votre Augufte Famille
celles de tout votre Peuple ! On a
vú briller avec le plus vif éclat ,
Courage Supérieur , l'Amour Conjugal
, la Tendreffe Filiale , & le
Zéle le plus Ardent . Tous les
Coeurs ont fait unanimement votre
Panégyrique , le vôtre en a fourni
Pilluftre matiere. Finiffons . Nous
ne pouvons , SIRE , que répéter en
vous loüant. Ne rougiffons pourtant
point de n'être que Plagiaires dans
cette occafion.. Les plus fertiles Orateurs
éprouveroient le même fort ; &
de plus , peut-on trop redire ce qui
vous honore davantage & ce qui établit
mieux la félicité de votre Empire
?
Nous fommes avec le plus profond
respect ,
SIRE ,
DE VOTRE MAJESTE" ,
Les très - humbles & trèsfidéles
Sujets, FUSELIER
DE LA BRUERE .
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Résumé : Epitre Dedicatoire AU ROI.
L'épître dédicatoire est adressée au roi pour exprimer la gratitude pour le privilège accordé au 'Mercure de France'. L'auteur met en avant les qualités éminentes et la gloire incontestable du règne royal, rendant inutile toute éloquence supplémentaire. La vérité suffit à célébrer les vertus royales, comparables aux récits les plus flatteurs. Le roi est décrit comme un phénomène unique, un vainqueur chéri, un citoyen et un père des peuples. Lors de sa récente maladie, des sentiments tels que le courage, l'amour conjugal, la tendresse filiale et le zèle ardent ont été manifestés. Tous les cœurs ont uni leurs louanges. L'auteur affirme qu'il est impossible de trop louer le roi sans devenir plagiaire, car chaque éloge renforce la félicité de son empire. L'épître se conclut par une expression de profond respect et de fidélité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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809
p. 2-41
AVIS à un Journaliste, 10 Mai 1737.
Début :
L'Ouvrage périodique auquel vous avez dessein de travailler, Monsieur, peut [...]
Mots clefs :
Philosophie, Histoire, Comédie, Tragédie, Poésie, Littérature, Anecdotes littéraires, Langues, Style, Journaliste, Pièces, Public, Goût, Ouvrages, Auteurs, Français, Art, Monde, Hommes, Lettres, Esprit, Théâtre, Roi, Pièce, Auteur, Journal, Livres, Gens, Sujet, Molière, Mérite, Jean Racine, Ouvrage, Pays, Beau, Pierre Corneille, Lecteurs, Europe, Nation, Idées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS à un Journaliste, 10 Mai 1737.
AVIS à un Journaliste , 10 Mai 1737.
L'OUVRAGE périodique auquel vous
avez deſſein de travailler , Monfieur , peut
très-bien réüflir , quoiqu'il y en ait déja de
cette eſpéce. Vous me demandez comment
il faut s'y prendre , pour qu'un tel Journal
plaiſe à notre Siecle & à la Posterité. Je
vous répondrai en deux mots ; ſoyez impartial.
Vous avez la ſcience & le goût , ſi avec
cela vous êtes juſte , je vous prédis un ſuccès
durable. Notre Nation aime tous les genres
de Litterature , depuis les Mathématiques
juſqu'à l'Epigramme. Aucun des Journaux
ne parle communément de la partie la
plus brillante des Belles-Lettres , qui font
les piéces de Théatre , n'y de tant de jolis
Ouvrages de Poësie , qui ſoutiennent tous
les jours le caractere aimable de notre Nation.
Tout peut entrer dans votre eſpece de
Journal , juſqu'à une Chanſon qui ſera bien
faite. Rien n'eſt à dédaigner. La Gréce qui
fe vante d'avoir fait naître Platon , fe glorifie
encore d'Anacreon & Ciceron ne
fait point oublier Catulle.
SUR LA PHILOSOPHIE ..
Vous ſçavez affés de Géométrie & de
Phyſique , pour rendre un compte exact des
Livres de ce genre , & vous avez affez d'efprit
pour en parler avec cet art qui leur ôte
NOVEMBRE. 1744. ॐ
Leurs épines ſans les charger de fleurs qui ne
Jeur conviennent pas .
Je vous confeillerois fur tout , quand vous
ferez des extraits de Philofophie , d'expofer
d'abord au Lecteur une eſpéce d'abregé Hiftorique
des opinions qu'on propoſe , ou des
vérités qu'on établit. Par exemple , s'agit- il
de l'opinion du vuide ? Dites en deux mots
comment Epicure croyoit le prouver , montrez
comment Gaſſendi l'a rendu plus vraifemblable
, expoſez lesdegrés infinisde probabilité
que Neuton a ajoutés enfin à cette
opinion par ſes raiſonnemens , par ſes obfervations
& par ſes calculs..
S'agit- il d'un Ouvrage ſur la Nature de
l'Air ? il est bon de montrer d'abord qu'Ariftote
& tous les Philofophes ont connu fa
péſanteur , mais non ſon degré de péfanreur.
Beaucoup d'ignorans qui voudroient
au moins ſçavoir l'Hiſtoire des Sciences ,
les gens du Monde , les jeunes Etudians
verront avec avidité par quelle raifon &
par quelles expériences , le grand Galilée
combattit le premier l'erreur d'Ariftote , au
ſujet de l'Air ; avec quel art Torricelli le
peſa , ainſi qu'on peſe un poids dans une
balance , comment on connut ſon reffort ,
comment enfin les admirables expériences
de M. Hales & de Boheraave , ont découvert
les effets de l'Air , qu'on eſt preſque forcé
4 MERCURE DE FRANCE.
d'attribuer à des propriétés de la matiere ,
inconnuës juſqu'à nos jours.
Paroît- il un Livre hériſſé de Calculs & de
Problêmes ſur la Lumiere ? quel plaifir ne
faites-vous pas au Public de lui montrer les
foibles idées que l'éloquente & ignorante
Gréce avoit de la réfraction & ce qu'en dit
l'Arabe Alhazen , le feul Géométre de ſon
tems : ce que devine Antonio de Dominis ;
ce que Deſcartes met habilement & Géométriquement
en uſage , quoiqu'en ſe trompant
; ce que découvre ce Grimaldi , qui a
trop peu vécu , enfin ce que Neuton pouffe
juſqu'aux vérités les plus déliées & les plus
hardies , auſquelles l'eſprit humain puiffe
atteindre , vérités qui nous font voir un
nouveauMonde, înais qui laiſſent un nuage
derriere elles ?
Compofera- t'on quelque Ouvrage ſur la
Gravitation des Aſtres , fur cette admirable
partie des démonstrations de Neuton ? ne
vous aura-t'on pas obligation , ſi vous rendez
l'Hiſtoire de cette Gravitation des Aftres
, depuis Copernic qui l'entrevit , depuis
Repler qui oſa l'annoncer comme par
inftinct , juſqu'à Neuton qui a démontré à
la terre étonnée , qu'elle peſe ſur le Soleil ,
&le Soleil fur elle ? Nommez dans l'occafion
les Inventeurs de toutes les découvertes
nouvelles ; que votre Ouvrage ſoit un ReNOVEMBRE.
1744. 5
giſtre fidéle de la gloire des Grands Hommes
, ſurtout en expoſant des opinions , en
les appuyant , en les combattant , évitez les
paroles injurieuſes qui irritent un Auteur &
ſouvent toute une Nation , ſans éclairer
perſonne. Point d'animoſité, point d'ironie.
Que diriez - vous d'un Avocat Général , qui
en réſumant tout un Procès , outrageroit par
des mots piquans la Partie qu'il condamne ?
Le rolle d'un Journaliſte n'eſt pas fi reſpectable
, mais fon devoir eſt à peu près le même.
Vous ne croyez point l'Harmonie préétablie
, faudra-t'il pour cela décrier Leibnits
?
SUR L'HISTOIRE.
Ce que les Journaliſtes aiment peut-être
le mieux à traiter , ce ſont les Morceaux
d'Hiſtoire , c'eſt là ce qui eſt le plus à la por .
tée de tous les hommes & le plus de leur
goût. Ce n'eſt pas que dans le fond on ne
foit auffi curieux pour le moins de connoître
la Nature , que de ſçavoir ce qu'a fait Sefoftris
ou Bachus , mais il en coure de l'application
pour examiner : par exemple, par quelle
Machine on pourroit fournir beaucoup d'eau
à la Ville de Paris , ce qui nous importe
pourtant affés , & on n'a qu'à ouvrir les
yeux pour lire les anciens Contes , qui nous
fonttranſmis ſous le nom d'Hiſtoire , qu'on
MERCURE DE FRANCE.
nous répéte tous les jours & qui ne nous
importentgueres.
Si vous rendez compte de l'Hiſtoire ancienne
, proſcrivez , je vous en conjure ,
toutes cesdéclamations contre certains Conquérans.
Laiſſez Juvenal & Boileau, donner
du fond de leur Cabinet , des ridicules à
Alexandre , qu'ils euſſent fatigué d'encens
s'ils euffent vêcu fous lui , qu'ils appellent
Alexandre inſenſé. Vous Philoſophe impartial
, regardez dans Alexandre ce Capitaine
Général de la Gréce , ſemblable à peu près à
un Scanderberg , à un Huniade , chargé
comme eux de venger ſon Pays , mais plus
heureux , plus grand , plus poli & plus magnifique
:ne le faites pas voir ſeulement
fubjuguant tout l'Empire de l'ennemi deş
Grecs , & portant fes Conquêtes juſqu'à
l'Inde , où s'étendoit la domination de Darius
, mais repréſentez le donnant des Loix
au milieude la Guerre , formant des Colonies
, établiſſant le Commerce , fondant
Alexandrie & Scanderon , qui font aujourd'hui
le centre du Négoce : c'eſt par là furtout
qu'il faut confiderer les Rois , &
c'eſt ce qu'on néglige. Quel bon Citoyen
n'aimera pas mieux qu'on l'entretienne des
Villes&des Ports que Céſar a bâris , du Calendrier
qu'il a réformé,&c.que des hommes
qu'ila fait égorger ?
NOVEMBRE. 1744 . 7
Inſpirez ſurtout aux jeunes gens plus de
goût pour l'Hiſtoire des tems récents , qui
eſt pour nous de néceſſité , que pour l'ancienne
, qui n'est que de curioſité ; qu'ils
fongentque la moderne a l'avantage d'être
plus certaine , par celanmême qu'elle eſt moderne.
Je voudrois ſurtout que vous recommandaffiez
de commencer ſérieuſement l'étude
de l'Histoire , an fiécle qui précede immédiatement
Charles-Quint, Léon X , François
Premier. C'eſt- là qu'il ſe fait dans l'efprit
humain dans notre Monde une révolutionqui
a tout changé. Conftantinople eſt
priſe , & la puiſſance des Tures eſt établie
enEurope ; l'Amérique est découverte &
conquife. L'Europe s'enrichit des tréſors du
Nouveau Monde.Veniſe, qui faisoit tout le
commerce , perd cet avantage. Les Portugais
paffent le Cap de Bonne-Efpérance ,
établiffent le Commerce des grandes Indes
par l'Ocean . La Chine , Siam , deviennent
des Alliés des Rois Europeans. Une nouvelle
politique , qui fait la balance de l'Europe,
éleve une barriere infurmontable à l'ambition
de la Monarchie univerſelle .
Une nouvelle Religion diviſe le Monde
Chrétien de créance & d'intérêt. Les Let
tres , tous les Beaux- Arts , renaiſſent , brillent
en Italie ,& répandent quelque foible
8 MERCURE DE FRANCE.
Aurore fur la France , l'Angleterre & l'E
pagne ;les Langages de l'Europe& les moeurs
ſe poliffent. Enfin c'eſt un nouveau cahos
qui ſe débroüille , & d'où naît le Monde
Chrétien , tel qu'il eſt aujourd'hui.
Le beau fiécle de Louis XIV acheve de
perfectionner ce que LéonX , tous les Médicis
, Charles Quint , François Premier ,
avoient commencé. Je travaille depuis longtems
à l'Hiſtoire de ce dernier fiécle , qui .
doit être l'exemple des fiécles à venir ; j'eſ
faye de faire voir le progrès de l'eſprit humain-&
de tous les Arts , ſous Louis XIV.
Puiſſai-je avant que de mourir laiſſfer ce Мо-
nument à lagloire de ma Nation ! J'ai bien
des matériaux pour élever cet Edifice, je ne
manque point de Mémoires ſur les avantages
que le grand Colbert a procurés & vouloit
faire à la Nation & au Monde , ſur la
vigilance infatigable , fur la prévoyance
d'un Miniſtre de la Guerre , né pour être le
Miniſtre d'un Conquérant , ſur des révolutions
arrivées dans l'Europe , fur la vie privée
de Louis XIV , qui a été dans ſon Domeſtique
, l'exemple des hommes , comme
il a été celui des Rois. J'oſe parler des faures
inſéparables de l'humanité , parce qu'elles
font valoir les vertus, & j'applique à ***
ce beau mot de Henri IV, qui diſoit à l'Ambaſſadeur
de Don Pedre : quoi donc , votre
NOVEMBRE. 1744. ,
Maître n'a-t'il pas affés de vertu pour avoir
des défauts ! mais j'ai bien peur de n'avoir
ni le tems ni la force de conduire à ſa fin ce
grandOuvrage.
,
Je vous prierai de bien faire fentir que fi
nos Hiſtoires modernes , écrites par des
Contemporains , ſont plus certaines & plus
générales que toutes les Hiſtoires anciennes,
elles font quelquefois plus douteuſes dans
les détails. Je m'explique, les hommes different
entre eux d'état, de parti , de Religion;
le Guerrier , le Magiſtrat , le ** , le ***
ne voyent point les mêmes faits avec les
mêmes yeux , c'eſt le vice de tous les tems,
Un Carthaginois n'eût point écrit les guerres
Puniques dans l'eſprit d'un Romain , &
il eût reproché à Rome la mauvaiſe foi dont
Rome accufoit Carthage.Nousn'avons gueres
d'Hiſtoriens anciens qui ayent écrit les
unscontre lesautres ſur lemêmeEvénement,
ils auroient répandu le Scepticiſme ſur des
chofes que nous prenons aujourd'hui pour
inconteſtables , quelque peu vrai-femblables
qu'elles foient , &que nous reſpectons pour
deux raiſons , parce qu'elles ſont anciennes,
&parce qu'elles n'ont pas été contredites.
Nous autres Hiſtoriens Contemporains ,
nous ſommes dans un cas bien different ; il
nous arrive ſouvent la même choſe qu'aux
Puiſſances qui ſont en guerre. Chaque Parti
t
10 MERCURE DE FRANCE.
chante victoire , chacun a raiſondeſon coté.
Voyez que de contradictions ſur Marie
Stuard, ſur les Guerres Civiles d'Angleterre ,
ſur les Troubles de Hongrie , ſur l'établiſſement
de la Religion Proteftante ; ſur le
Concile de Trente. Que dis-je ? La même
Nation aubout de vingt ans , n'a plus les
mêmes idées qu'elle avoit ſur le même Evenement&
fur la même perſonne. J'en ai été
témoin au ſujetdu feu Roi Louis XIV ; mais
quelles contradictions n'aurai-je pas a effuyer
ſur l'Hiſtoire de Charles XII ? J'ai
écrit ſa Vie finguliere ſur les Mémoires de
M.de Fabrice, qui a été huit ans ſon Favori ;
fur les Lettres de M. de Fierville , Envoyé
de France auprès de lui ; ſur celles deM.de
Villelongue ,long-tems Colonel à fon fervice;
fur celles de M. de Poniatousky. J'ai
confulté M. de Croiſſy , Ambaſſadeur de
France auprès de ce Prince , & j'apprends
à préſent que M. Norberg , Chapelain de
Charles XII , écrit une Hiſtoire de ſon Regne;
je ſuis sûrque leChapelain aura ſouvent
vû les mêmes choſes avec d'autres yeux que
le Favori , & l'Ambaſſadeur. Quel parti
prendre en ce cas ? celui de me corriger fur
le champdans les choſes où ce nouvel Hiftorien
aura évidemment raiſon , & de laifſer
les autres au jugement des Lecteurs défintéreſſes.
Que ſuis-je en tout cela ? Je ne
NOVEMBRE. 1744. Is
fuis qu'un Peintre , qui cherche à repréſenter
d'un pinceau foible , mais vrai , les hommes
tels qu'ils ont été. Tout m'eſt indifferent
de Charles XII & de Pierre-le-Grand,
excepté le bien que ce dernier a pû faire aux
hommes , je n'ai aucun ſujet de les flater ni
d'enmédire ; je les traiterai avec le refpe&
qu'on doit aux Têtes couronnées, qui viennent
de mourir , & avec le reſpect qu'on
doir à la vérité , qui ne mourrajamais.
SUR LA COMEDIE.
Venons aux Belles-Lettres ,qui ferontun
des principaux articles de votre Journal ;
vous comptez parler beaucoup des Piéces de
Théatre ; ce Projet eſt d'autant plus raifonnable
, que le Théatre eſt plus épuré parmi
nous , & qu'il eſt devenu une Ecole de
moeurs.
Vous vous garderez bien , ſans doute , de
ſuivre l'exemple de quelques Ecrivains, qui
cherchent à rabaiſſer tous leurs Contemporains
, & à décourager les Arts , dont un
bon Journaliſte doit être le ſoûtien. Il eſt
juſte de donner la préférence à Moliere, fur
les Comiques de tous les tems & de tous
les Pays, mais ne donnez point d'excluſion ;
imitez les ſages Italiens ,qui placent Raphaël
au premier rang , mais qui admirens
12 MERCURE DE FRANCE.
les Paul Veroneſe , les Carache , les Correge
, les Dominiquin , &c .
Moliere eſt le premier , mais il ſeroit injuſte
& ridicule de ne pas mettre le foncur
à côté de ſes meilleures Piéces. Refufer
ſon eſtime aux Menechmes , ne pas s'amuſer
beaucoup au Légataire univerſel, ſeroit d'un
homme ſans juſtice & fas goût , & qui ne
ſe plaît pas à Renard , n'eſt pas digne d'admirer
Moliere .
Ofez avouer avec courage, que beaucoup
de nos petites Pieces , comme le Grondeur ,
le Galant Jardinier , la Pupille , le double
Veuvage , l'Eſprit de contradiction , la Coquette
de Village , le Florentin , &c. font
au- deſſus de la plupart des petites Piéces de
Moliere. Je dis au-deſſus pour la fineſſedes
Caractéres , pour l'eſprit dont la plupart
font affaiſonnées ,& même pour la bonne
plaiſanterie.
Je ne prétends point ici entrer dans le
détailde tant de Piéces nouvelles , ni déplaire
à beaucoup de monde par des loiianges
données à peu d'Ecrivains, qui peut-être
n'en feroient pas fatisfaits ; maisje dirai hardiment
que quand on donnera des Ouvrages
pleins de moeurs , & où l'on trouve de
l'intérêt, comme le Préjugé à la mode, quand
les François ſeront affés heureux,pour qu'on
leur donne une Piéce telle que le Glorieux ,
gardezNOVEMBRE.
1744. 13
gardez-vous bien de vouloir rabaiffer leur
ſuccès , ſous prétexte que ce ne ſont pas des
Comédies dans le goût de Moliere ; évitez
ce malheureux entêtement, qui ne prend ſa
ſource que dans l'envie ; ne cherchez point
à proſcrire les Scénes attendriſſantes , qui ſe
trouvent dans cesOuvrages , car lorſqu'une
Comédie , outre le mérite qui lui eſt propre
, a encore celui d'intéreſſer , il faut
être de bien mauvaiſe humeur , pour ſe facher
qu'on donne au Public un plaifir de
plus.
J'oſe dire que ſi les Piéces excellentes de
Moliere étoient un peuplus intéreſſantes,on
veroit plus de monde à leurs repréſentations.
LeMiſantrope ſeroit auſſi ſuivi qu'il eſt eſtimé;
il ne faut pas que la Comédie dégénére
en Tragédie Bourgeoiſe. L'Art d'étendre ſes
limites ſans les confondre avec celles de la
Tragédie , eſt un grand Art qu'il feroit beau
d'encourager,&honteux de vouloir détruire
; c'en est un que ſçavoir bien rendre
compte, d'une Piéce de Théatre. J'ai toîû
jours reconnu l'eſprit des jeunes gens , au
détail qu'ils faifoient d'une Piece nouvelle
qu'ils venoient d'entendre,&j'ai remarqué
que tous ceux qui s'en acquittoient le mieux,
ont été ceux qui depuis ont acquis le plus
de réputation dans leurs Emplois , tant il eſt
vrai qu'au fond l'eſprit des affaires & le
1. Vol. B
14 MERCURE DE FRANCE.
véritable eſprit des Belles-Lettres font les
mêmes.
Expoſer en termes clairs & élégants un
ſujet , qui quelquefois eft embroiüillé , &
fans s'atracher à la diviſion des Actes,éclaircir
l'intrigue & le dénoiement , les raconter
comme une Hiſtoire intéreſſante , peindre
d'un trait les Caractéres ,dire enſuite ce
qui a paru plus ou moins vrai-ſemblable ,
bien ou mal préparé,retenir les Vers les plus
heureux ,bien ſaiſir le mérite ou le vice général
du ſtyle , c'eſt ce que j'ai vû faire
quelquefois , mais ce qui eſt fort rare chés
les Gens de Lettres même , qui s'en font
une étude , car il eſt plus facile à certains efprits
de ſuivre leurs propres idées , que de
rendre compte de celles des autres.
DE LA TRAGEDIE .
Je dirai à peu près de la Tragédie , ce que
j'ai dit de la Comédie. Vous ſçavez quel
honneur ce bel Art a fait à la France , Art
d'autant plus difficile & d'autant plus audeſſus
de la Comédie , qu'il faut être vraiment
Poëte pour faire une belle Tragédie ,
au lieu que la Comédie demande ſeulement
quelque talent pour les Vers.
Vous , Monfieur , qui entendez fi bien
Sophocle & Euripide , ne cherchez point
NOVEMBRE. 1744.
une vaine récompenſe du travail qu'il vous
en a coûté pour les entendre , dans le malheureux
plaiſir de les préferer contre votre
ſentiment à nos grands Auteurs François.
Souvenez-vous que quand je vous ai défié
de me montrer dans les Tragiques de l'Antiquité
, des morceaux comparables à certains
traits des Piéces de P. Corneille , je
dis de ſes moins bonnes , vous avouâtes
que c'étoitune choſe impoſſible. Ces traits,
dont je parle , étoient , par exemple , ces
Vers de la Tragédie de Nicomede.
Je veux , dit Prusias ,
Ecouter à la fois l'Amour & la Nature ;
Etre Pere& Maridans cette conjoncture.
Nicomede.
Seigneur , voulez-vous bien vous en fier à moi ?
Ne ſoyez l'un ni l'autre .
Prufias.
Eh que dois-je être!
Nicomede.
Roi ;
Reprenez hautement ce noble Caractére ;
Un véritable Roi n'eſt ni Mari ni Pere ,
Il regarde ſon Trône & rien de plus ; regnez ;
Rome vous craindra plus que vous ne la craignez .
Bij
16 MERCURE DE FRANCE.
Vous n'infererez point que les dernieres
Piéces de ce Pere du Théatre , foient bonnes,
parce qu'il s'y trouve de ſi beaux éclairs.
Avoüez leur extrême foibleſſe avec tout le
Public.
Agefilas & Surena ne peuvent rien diminuer
de l'honneur que Cinna & Polieucte
font à la France . M. de Fontenelle , neveu
du grand Corneille , dit dans la Vie de
fonOncle, que fi le Proverbe : Cela est beau
comme le Cid , paſſa trop tôt , il faut s'en
prendre aux Auteurs , qui avoient intérêt
à l'abolir. Non , les Auteurs ne pouvoient
pas plus cauſer la chute du Proverbe , que
celle du Cid. C'eſt Corneille lui-même qui
le détruiſit , c'eſt à Cinna qu'il faut s'en
prendre,
Ne dites point avec l'Abbé de S. Pierre ,
que dans cinquante ans , on ne joiiera plus
les Piéces de Racine ; je plains nos enfans ,
s'ils ne goûtent pas ces chefs-d'oeuvres d'élégance.
Comment leur coeur ſera-t'il donc
fait , fi Racine ne les intéreſſe pas ?
Il y a apparence que les bons Auteurs du
fiécle de Louis XIV , dureront autant que
la Langue Françoiſe , mais ne découragez
pas leurs fucceſſeurs , en affûrant que
la carriere eſt remplie , & qu'il n'y a plus
deplace. Corneille n'eſt pas aſſés intéref-
Lant; ſouvent Racine n'eſt pas affés tragiNOVEMBRE.
1744 . 17
que.L'Auteur de Vinceſlas, celui de Rhadamiſte
& d'Electre , ont des beautés particulieres
, qui manquent à ces deux grands
Hommes ,& il eſt à préſumer que ces trois
Pieces reſteront toûjours ſur le Théatre
François , puiſqu'elles s'y ſont ſoûtenuës
avec des Acteurs differens, car c'eſt la vraye
épreuve d'une Tragédie. Que dirai-je de
Manlius , Piéce digne de Corneille , & du
beau rôle d'Arianne , & du grand intérêt
qui regne dans Amaſis ? Je ne vous parlerai
point des Piéces Tragiques , faites depuis
vingt années ; comme j'en ai compoſé quelques-
unes , il ne m'appartient pas d'ofer apprécier
le mérite des Contemporains , qui
valent mieux que moi , & à l'égard de mes
Ouvrages de Théatre , tout ce que je peux
vous en dire , & vous prier d'en dire aux
Lecteurs , c'eſt que je les corrige tous les
jours.
Mais quand il paroîtra une Piéce nouvelle,
ne dites jamais la Piéce eſt excellente , ou
elle eſt mauvaiſe , ou tel Acte eſt impertinent
, ou tel rôle eſt pitoyable ; prouvez
folidement ce que vous en penfez , & laiſſez
au Public le foin de prononcer l'Arrêt ;
ſoyez für que l'Arrêt ſera contre vous, toutes
les fois que vous déciderez ſans preuve,
quand même vous auriez raiſon , car ce
n'eſt pas votre Jugement qu'on demande ,
B iij
18 MERCURE DE FRANCE .
mais le rapport du Procès , que le Public
doit juger.
Ce qui rendra furtout votre Journal précieux
, c'eſt le foin que vous aurez de comparer
les Piéces nouvelles avec celles des
Pays Etrangers , qui feront fondées ſur le
même ſujet. Voilà à quoi l'on manqua dans
le fiecte paffé ; loſqu'on fit l'examen du
Cid , on ne rapporta que quelques Vers de
P'Original Eſpagnol ; il falloit comparer les
fituations. Je ſuppoſe qu'on nous donne
aujourd'hui Manlius , de la Foffe , pour la
premiere fois , il ſeroit très- agréable de
mettre fous les yeux du Lecteur la Tragédie
Angloiſe , dont elle eſt tirée.
Paroît- il quelque Ouvrage inſtructif ſur
les Piéces de l'illuſtre Racine ? détrompez
le Public de l'idée où l'on eſt que jamais les
Anglois n'ont pû admettre le ſujet de Phédre
ſur leur Theatre ; apprenez aux Lecteurs
que laPhédrede Smith eſt une des plus
belles Piéces qu'on ait à Londres ; apprenez
leur que l'Auteur a imité tout de Racine ,
juſqu'à l'amour d'Hippolite ; qu'on a joint
enfemble l'intrigue de Phédre & celle de
Bajizet , & que cependant l'Auteur ſe vante
d'avoir tiré tout d'Euripide. Je crois que
le Lecteurs feroient charmés de voir ſous
leurs yeux la comparaiſon de quelques Scénes
de la Phédre Grecque , de la Latine ,
NOVEMBRE. 1744. 19
de la Françoiſe &de l'Angloiſe. C'eſt ainſi ,
à mon gré , que la ſage & faine Critique
perfectionneroit encore le goût des François
, & peut-être de l'Europe. Mais quelle
vraye Critique avons-nous depuis celle que
l'Académie Françoiſe fit du Cid , & à la
quelle ilmanque encore autant de choſes
qu'au Cid même ?
DES PIECES DE POESIE .
Vous répandrez beaucoup d'agrément
fur votre Journal, ſi vousl'ornez de tems en
tems de ces petites Piéces Fugitives , marquées
aubon coin,dont les Porte feüilles des
Curieux font remplis.On a desVersduCom
teAntoineHamilton,né en France,qui refpirent
tantôt le feu poëtique, tantôt la douce
facilité du ſtyle Epiſtolaire. On a mille pe
tits Ouvrages charmans de Mrs Duflé , de
S. Aulaire, Ferrand, de la Faye , de Fieubet,
de M. le P. Henaut , & de tant d'autres.
Ces fortes de petits Ouvrages, dont je vous
parle , ſuffiſoient autrefois à faire la réputation
des Voiture , des Sarrafin , des Chapelle;
ce mérite étoit rare alors. Aujourd'hui
qu'il eſt plus répandu , il donne peutêtre
moins de réputation , mais il ne fait
pas moins de plaiſir aux Lecteurs délicats.
NosChanfons valent mieux que celles d'A
B iiij
20 MERCURE DE FRANCE.
• nacreon , & le nombre en eſt étonnant ; on
en trouve même qui joignent la morale
avec la gayeté , & qui annoncées avec art ,
n'aviliroient point du tout un Journal ſérieux
; ce ſeroit perfectionner le goût , fans
nuire aux moeurs.
Comme vous n'aurez pas tous les jours
des Livres nouveaux , qui méritent votre
examen , ces petits morceaux de Littérature
rempliront très-bien les vuides de votre
Journal. S'il y a quelques Ouvrages de Profe
ou de Poësie, qui faſſent beaucoup de bruit
dans Paris , qui partagent les eſprits , & fur
leſquels on fouhaite une Critique éclairée ,
c'eſt alors qu'il faut ofer fervir de Maître
au Public , ſans le paroître ,& le conduifant
comme par la main, lui faire remarquer
les beautés ſans emphafe, & les défauts
ſans aigreur ; c'eſt alors qu'on aime en vous
cette Critique , qu'on déteſte & qu'on mépriſe
dans d'autres.
Un de mes amis, examinant trois Epitres
en Vers diffilabes , qui exciterent beaucoup
de murmure il y a quelque tems , fit de la
ſeconde , où tous nosAuteurs font inſultés,
l'examen ſuivant , dont voici un échantillon
, qui paroît dicté par la juſteſſe & la
modération.
Voici le commencement de la Piéce qu'il
examinoir.
NOVEMBRE. 1744 . 21
Tout Inſtitut , tout Art , toute Police ,
Subordonnée au pouvoir du caprice ;
Doit être auffi conféquemment pour tous ,
Subordonnée à nos differens goûts .
Mais de ces goûts la diſſemblance extrême ,
A le bien prendre , eſt un foible Problême ,
Et , quoiqu'on diſe , on n'en ſçauroit jamais
Compter que deux , l'un bon , l'autre mauvais
Par des talens que le travail cultive ,
A ce premier , pas pas , on arrive ,
Et le Public , que ſa bonté prévient ,
Pour quelque tems , s'y fixe & s'y maintient.
Mais ébloüis enfin par l'étincelle
De quelque mode inconnue & nouvelle ,
L'ennui du beau nous fait aimer le laid ,
Et préférer le moindre au plus parfait.
:
Voici l'Examen.
Ce premier Vers , tout Institut , tout Art ,
toute Police , ſemble avoir le défaut , je ne
dis pas d'être Profaïque , car toutes ces Epitres
le font , mais d'être une Profe un peu
trop foible & dépourvûë d'élégance & de
clarté. La Police ſemble n'avoir aucun rapport
au goût dont il eſt queſtion. De plus ,
le terme de Police doit- il entrer dans des
Vers ? conféquemment , doit à peine être admis
dans la Proſe noble. Cette répetition
du mot Subordonnée ,ſeroit ridicule , quand
:
By
1
22 MERCURE DE FRANCE.
:
même le terme feroit élégant , & ſemble
infupportable , puiſque ce terme eſt une
expreffion plus convenable àdes affaires ,
qu'à la Poësie. La Diſſemblance ne paroît
pas le mot propre ; dire que la diffemblance
desgoûts est un foible Problême , je ne crois
pas que cela foit François. A le bien prendre
, paroît une expreffion trop inutile &
trop baffe. Enfin , il ſemble qu'un Problê
me n'eſt ni foible ni fort , il peut être aiſe
ou difficile , & ſa ſolution peut être fauffe ,
équivoque , erronnée .
Et quoiqu'on diſe , on n'en ſçauroit jamais
Compter que deux , l'un bon , l'autre mauvais.
Non-feulement la Poëſie aimable s'accommode
peu de cet air de dilemme &
d'une pareille ſechereſſe , mais la raiſon
femble peu s'accommoder de voir en huit
Vers , que tout Art eſt ſubordonné à nos
differens goûts , & que cependant il n'y a
que deuxgoûts.
Arriver au goût pas-à-pas , eſt encore , je
crois, une façon de parler peu convenable
même en Profe.
Et le Public , que la bonté previent
Est- ce la bonté du Public ; eſt- ce la bonté
du goût ?
L'ennui dubeau nous fait aimer le laid ,
Enpréférer le moindre au plus plus parfait..
NOVEMBRE. 1744. 23
I1 °. Le beau & le laid , font des exprefhons
réſervées au bas Comique. 2° . Si on
aime le laid , ce n'eſt pas la peine de dire
enſuite qu'on préfére le moins parfait. 3 °.
Le moindre n'est pas oppoſé Grammaticalement
au plus parfait. 4". Le moindre eſt un
mot qui n'entre jamais dans la Poësie. C'eſt
ainſi que ce Critique faifoir fentir fans amertume
, toute la foibleſſe de ces Epitres. II
n'y avoit pas trente Vers qui échapafflent à
ſajuſte cenfure ,& pour mieux inſtruire les
jeunes gens , il comparoît à cet Ouvrage un
autreOuvrage du même Auteur ſur un fujet
de Littérature à peu près ſemblable. Il rapportoit
les Vers de l'Epitre aux Mufes , imités
de Deſpreaux , & cet objet de comparaifon
achevoit de perfuader mieux que les
diſcuſſions les plus folides & les plus fubtiles.
De l'expoſé de tous ces Vers diſſillabes ,
ilprenoit occafion de faire voir qu'il ne
faut jamais confondre les Vers de cinq pieds.
avec les Vers Marotiques. Il prouvoit que
le ſtyle,qu'on appelle de Marot,ne doit être
admis que dans une Epigramme &dans un
Conte , comme les figures de Calor ne doivent
paroître que dans des Groteſques
mais quand il faut mettre la Raifon enVers ,
peindre , émouvoir , écrire élégamment ,
alors ce mêlange monstrueux de la Langue
Bvj
24 MERCURE DE FRANCE.
qu'on parloit il y a 200 ans , & de la 、
Langue de nos jours , eſt l'abus le plus condamnable
qui fe foit gliffé dans la Poefie.
Marot parloit ſa Langue ; il faut que nous
parlions la nôtre. Cette bigarure eſt auffi
révoltante pour les hommes judicieux , que
le feroit PArchitecture Gothique mêlée avec
la Moderne : vous aurez ſouvent occafion
dedétruire ce faux goût. Les jeunes gens
s'adonnent à ce ſtyle , parce qu'il eſt malheureuſement
facile.
Il en a couté peut-être à Defpreaux pour
dire élégamment :
Faites choix d'un Cenſeur ſolide& falutaire,
Que la Raiſon conduiſe & le ſçavoir éclaire ,
Et dont le crayon sûr, d'abord aille chercher
L'endroit que l'on fent foible , & qu'on veut ſe
cacher.
Mais il eſt bien difficile , & est- il bien
élégant de dire ?
Donc, fi Phoebus ſes échets vous adjuge ,
Pour bien joüer , confultez tout bon Juge.
Pour bien joüer , hantez les bons Joüeurs ,
Sur tout , craignez le poiſon des Loüeurs;
Acoſtez - vous de fidéles Critiques.
Ce n'est pas qu'il faille condamner des
NOVEMBRE. 1744. 25
Vers familiers dans ces Piéces de Poësie , au
contraire , ils y font néceſſaires , comme les
jointures dans le corps humain , ou plutôt
:
comme des repos dans un Voyage.
Nam Sermone opus eſt , modo triſti ,ſepè jocoso
Deffendente vices modo Rhetoris atque Poeta ,
Interdum urbani parcentis viribus , atque
Extenuantis eas confulto.
Tout ne doit pas être orné , mais rien ne
doit être rebutant. Un langage obfcur &&
groteſque n'est pas de la fimplicité , c'eſt de
la grofiereté recherchée .
DES MELANGES DE LITTERATURE ,
Et des Anecdoctes Littéraires.
Je raſſemble ici ſous le nom de Mêlanges
de Littérature , tous les Morceaux dé
tachés d'Hiftoire , d'Eloquence , de Morale
, de Critique , & ces petits Romans qui
paroiſſent ſi ſouvent. Nous avons des Chefsd'oeuvres
en tous ces genres ; je ne crois pas
qu'aucune Nation puiſſe ſe vanter d'un fi
grand nombre d'aufli jolis Ouvrages de Bekles-
Lettres. Il eſt vrai qu'aujourd'hui , ce
genre facile produit une, foule d'Auteurs.
On en compteroit quatre ou cinq mille depuis
cent ans. Mais un Lecteur en uſe avee
1
26 MERCURE DE FRANCE.
les Livres , comme un Citoyen avec les
hommes. On ne vit pas avec tous ſes Contemporains
; on choiſit quelques amis. Il ne
faut pas plus s'effaroucher de voir cent cinquante
mille Volumes à la Bibliothéque du
Roi , que de ce qu'il y a cent cinquante
mille hommes dans Paris. Tous ces Livres ,
dans lesquels on trouve ſouvent des chofes
agréables , amuſent ſucceſſivement les honnêtes-
gens , délaſſent l'homme férieux dans
l'intervalle de ſes travaux , & entretiennent
dans la Nation cette fleur d'eſprit , & cette
délicateſſe, qui fait fon caractere.
Ne condamnez point avec dureté tout
cequi ne ſera pas la Rochefoucaut ou la
Fayette ; tout ce qui ne fera pas auffi parfait
que la Conſpiration de Veniſe de l'Abbé de
S. Real , auſſi plaiſant & auffi original que
la converſation du Pere Canaye & du Maréchal
d'Hocquincourt , écrite par Charleval
& à laquelle S. Evremont a ajouté
une fin moins plaiſante , & qui languit un
peu ; enfin , tout ce qui ne ſera pas aufli naturel
, auſſi fin , auffi guai que le Voyage ,
quoiqu'un peu inégal,de Bachaumont &de
Chapelle.
د
Non fi primores Moconius tenet
Sedes Homerus , Pindarica latent,
Caique Alcaique minaces :
Steficorique graves camana
NOVEMBRE. 1744. 27
Necfi quid olim lufit Anacreon ,
Delevit atas , Spirat adhuc amor ,
Vivuntque commiffi calores
Æolis fidibus puella.
Dans l'expofition que vous ferez de ces
Ouvrages ingénieux , badinant à leur exemple
avec vos Lecteurs,&répandant les fleurs
avec ces Auteurs dont vous parlerez , vous
ne tomberez pas dans cette ſévérité de quelques
Critiques , qui veulent que tout foit
écrit dans le goût de Ciceron ou de Quintilien.
Ils crient que l'éloquence eſt énervée,
que le bon goût eſt perdu , parce qu'on aura
prononcé dans une Académie un Difcours
brillant , qui ne ſeroit pas convenable
au Barreau. Ils voudroient qu'un Conte fur
écrit du ſtyle de Bourdaloiie. Ne diftingueront-
ils jamais le tems , les lieux & les perfonnes
?Veulent-ils que Jacob ,dans lePayfan
parvenu , s'exprime comme Péliffon ou
Patru ? Une éloquence mâle , noble , ennemie
des petits ornemens , convient à tous
les grands Ouvrages. Une penſée trop fine
feroit une tache dans le Diſcours fur l'Hiftoire
Univerſelle de l'éloquent Boffuet.
Mais dans un Ouvrage d'agrément , dansun
Compliment , dans une Plaifanterie , toutes
les graces légeres , la naiveté ou la fineſſe
, les plus petits ornemens , trouvent
leur place. Examinons-nous nous-mêmes.
28 MERCURE DE FRANCE.
Parlons -nous d'affaires , du ton des entretiens
d'un repas ? Les Livres ſont la peinture
de la vie humaine ; il en faut de folides
, & on en doit permettre d'agréables .
N'oubliez jamais , en rapportant les traits
ingénieux de tous ces Livres , de marquer
ceux qui font à peu près ſemblables chés les
autres peuples, ou dans nos anciens Auteurs.
On nous donne peu de penſées , que l'on ne
trouve dans Sénéque , dans Gratien , dans
Montagne , dans Bacon , dans le Spectateur
Anglois. Les comparer enſemble ( & c'eſt
en quoi le goût conſiſte ) c'eſt exciter les
Auteurs à dire , s'il ſe peut , des chofes nouvelles
; c'eſt entretenir l'émulation , qui eft
la mere des Arts : quelle fatisfaction pour
un Lecteur délicat , de voir d'un coup d'oeil
ces idées qu'Horace a exprimées dans des
Vers négligés , mais avec des paroles ſi expreſſives
: ce que Deſpreaux a rendu d'une
maniere ſi correcte , ce que Driden & Rocheſter
ont renouvellé avec le feu de leur
génie ! Il en eſt de ces paralleles comme de
l'Anatomie comparée , qui fait connoître la
Nature : c'eſt par là que vous ferez voir
fouvent , non-feulement ce qu'un Auteur a
dit , mais ce qu'il auroit pû dire , car fi vous
ne faires que le répéter , à quoi bon faire un
Journal ?
Il y a fur tout des Anecdotes Littéraires ,
NOVEMBRE. 1744. 29
fur leſquelles il eſt toujours bon d'inſtruire
le Public , afin de rendre à chacun ce qui lui
appartient.
Apprenez par exemple au Public , que le
Chef-d'oeuvre d'un inconnu , ou Matanafius
eſt de feuM. Deſallengre , & d'un illuſtre
Mathématicien , conſommé dans tout
genre de Littérature , & qui joint l'eſprit à
Férudition ; enfin , de tous ceux qui travailloient
à la Haye au Journal Littéraire , &
que M. de S. Hyacinte fournit la Chanſon
avec beaucoup de Remarques. Mais ſi on
ajoute à cette plaiſanterie une infame Brochure
digne de la plus vile canaille , & faite
fans doute par un de ces mauvais François
qui vontdans les Pays Etrangers deshonorer
les Belles- Lettres & leur Patrie , faites
fentir l'horreur & le ridicule de cet affemblage
monstrueux .
Faites- vous toujours un mérite de venger
les bons Ecrivains des Zoïles obfcurs qui
les attaquent. Démêlez les artifices de l'envie
: publiez par exemple que les ennemis
de notre illuftre Racine firent réimprimer
quelques vieilles Piéces oubliées , où ils inférerent
plusde cent Vers de ce Poëte.admi
rable. J'en ai vû une intitulée , S. Jean-
Baptiste , dans laquelle on retrouvoit une
Scéne preſque entiere de Berenice, Ces malheureux
, aveuglés par leur paffion , ne fenSo
MERCURE DE FRANCE.
toient pas même la difference des ſtyles , &
croyoient qu'on s'y méprendroit , tant la
fureur de lajaloufie eſt ſouvent abfurde.
En deffendant lesAuteurs contre l'ignorance
& l'envie qui leur imputent de mauvais
Ouvrages , ne permettez pas non plus
qu'on attribuë à de grands hommes des Livres
, peut-être bons en eux mêmes , mais
qu'on veut accréditer par des noms illuftres,
auſquels ils n'appartiennent point.
Le projet de la prétenduë Paix univerſelle,
attribué à Henri IV par les Sécretaires de
Maximilien de Sully , qui rédigerent fes
Mémoires , ne ſe trouve en aucun autre endroit.
Les Mémoires de Villeroy n'endiſent
mot ; on n'en voit aucune trace dans aucun
Livre du tems. Joignez à ce filence la confideration
de l'état ou l'Europe étoit alors ,
& voyez ſi un Prince auſſi ſage que Henrile-
Grand a pû concevoir un projet d'une
exécution impoffible.
Si on réimprime ( comme on me le mande)
le Livre fameux , connu ſous le nom du
Teſtament Politique du Cardinal de Richelieu
, montrez combien on doit douter que
cegrand Miniſtre en ſoit l'Auteur . 1º. Parceque
jamais le Manuſcrit n'a été vû , ni connu
chés ſes héritiers , ni chés les Miniſtres
qui lui fuccederent. 2°. Parce qu'il fut imprimé
trente ans après ſa mort , ſans avoir
NOVEMBRE.
1744. 31
été annoncé auparavant. 3 °. Parce que l'Editeur
n'oſe pas ſeulement dire de qui il
tient le Manufcrit , ce qu'il eſt devenu , en
quelle main il l'a déposé. 4°. Parce qu'il eſt
d'un ſtyle très-different des autres Ouvrages
du Cardinal de Richelieu. 5°. Parce qu'on
lui fait ſigner ſon nom d'une façon dont il
ne ſe ſervoit pas. 6° . Parce que dans l'Ouvrage
il y a beaucoup d'expreſſions & d'idées
, peu convenables à un Grand Miniftre
, qui parle à un Grand Roi. Il n'y a pas
d'apparence qu'un homme auſſi poli que
le Cardinal de Richelieu , eur appellé la
Dame d'Honneur de la Reine La Dufargis,
comme s'il eut parlé d'une femme publique.
Eſt- il vrai -femblable que le Miniſtre d'un
Roi de quarante ans , lui faſſe des leçons ,
plus propres à un jeune Dauphin qu'on
éléve , qu'à un Monarque âgé , de qui l'on
dépend ?
Dans le ſecond Chapitre , il avance cette
nouvelle propoſition, que la Raifon doit être
la règle de la conduite. Dans un autre , il dit
que l'Eſpagne , en donnant un million par
an aux Proteftans , rendoit les Indes qui
fourniffoient cet argent , tributaires de l'Enfer.
Expreffion plus digne d'un mauvais
Orateur , que d'un Miniſtre éloquent , tel
que ce Cardinal. Dans un autre , il appelle
le Duc de Mantouë , ce pauvre Prince. Enfin
32 MERCURE DE FRANCE.
eſt-il vraiſemblable , qu'il eut rapporté au
Roi des bons mots de Bautru , & cent minuties
pareilles dans un Teſtament Politique
?
7°. Comment celui qui a fait parler le
Cardinal de Richelieu , peut-il faire dire
(dans les premieres pages ) que dès qu'il
fut appelle au Conſeil ,il promit au Roi
d'abaiſſer ſes ennemis , les Huguenots , &
les Grands du Royaume ? Ne devoit- on pas
ſe ſouvenir , que le Cardinal de Richelieu ,
remis dans le Conſeil par les bontés de la
Reine-Mere , n'y fut que le ſecond pendant
plus d'un an , & qu'il étoit alors bien loin
d'avoir de l'aſcendant ſur l'eſprit du Roi , &
d'être premier Miniſtre ?
8 °. On prétend ( dans le ſecond Chapitre
Livre premier ) que pendant cinq
ans le Roi dépenſa pour la Guerre 60 mil
lions par an , qui en valent environ fixvingt
de notre monnoye , & cela , fans cefſer
de payer les Charges de l'Etat & fans
moyens extraordinaires ; & d'un autre côté ,
dans le Chapitre 9 , ſeconde Partie , il eſt
dit qu'en tems de Paix , il entroit à l'épargne
environ par an trente-cinq millions ,
dont il falloit encore rabattre beaucoup . Ne
paroît-il pas entre ces deux calculs une contradiction
évidente ?
:
9. Est- il d'un Miniſtre d'appeller à tout
NOVEMBRE. 1744. 33
moment les Rentes à 8 , à 6 , às pour cent,
des Rentes au denier 8 , au denier 6 , au
deniers ? Ledenier cinq eſt vingt pour cent;
& le denier vingt eſt cinq pour cent ; ce
ſont des choſes qu'un apprentif ne confondroit
pas.
10º. Eſt- il vraiſemblable que le Cardinal
de Richelieu ait appellé les Parlemens ,
Cours Souveraines , & qu'il propoſe , Chap.
໑ , Part, 2 , de faire payer la Taille à ces
Cours Souveraines ? 11º. Eſt- il vraiſemblable
qu'il ait propoſé de ſupprimer lesGa
belles ; & ce projet n'a-t'il pas été fait par
un Politique oiſif, plutôt que par un homme
nourri dans les affaires ? 12°. Enfin ne
voit- on pas combien il eſt incroyable qu'un
Miniſtre , au milieu de la Guerre la plus
vive , ait intitulé un Chapitre : Succinte narration
des Actions du Roi , jusqu'à la Paix ?
Voilà bien des raiſons de douter , que cet
illuſtre Miniſtre ſoit l'Auteur de ce Livre.
Je me souviens d'avoir entendu dire dans
mon enfance à un Vieillard très-inſtruit ,
que le Teftament Politique étoit de l'Abbé
de Bourſeis , l'un des premiers Académiciens.
Mais je crois qu'il eſt plus aiſé de ſçavoir
de qui ce Liyre n'eſt pas , que de connoître
ſon Auteur ; & en rendant ainſi juftice
à tout le monde , en péſant tout dans
une balance exacte , élevez-vous fur tout
contre la calomnie.
34 MERCURE DE FRANCE.
(
4
Parlez avec courage contre ces injuftices
, & faites ſentir à tous les Auteurs
de ces infamies , que le mépris & l'horreur
du Public feront éternellement leur partage.
SUR LES LANGUES.
Il faut qu'un bon Journaliſte ſcache au
moins l'Anglois & l'Italien , car il y a beaucoup
d'Ouvrages de génie dans ces Langues,&
legénie n'eſt preſque jamais traduit.
Ce font , je crois , les deux Langues de l'Europe
les plus néceſſaires à un François. Les
Italiens ſont les premiers qui ayent retiré
les Arts de la Barbarie , & il y a tant de
grandeur , tant de force d'imagination , jufquesdans
les fautes des Anglois , qu'on ne
peut trop conſeiller l'étude de leur Langue.
Il eſt triſte que leGrec ſoit négligé en
France , mais il n'eſt pas permis à un Journaliſte
de l'ignorer. Sans cette connoiſſance
, il y a un grand nombre de mors François
,dont il n'aura jamais qu'une idée confuſe
: car depuis l'Arithmétique juſqu'à
l'Aſtronomie , quel eſt le terme d' Art , qui
ne dérive de cette Langue admirable ?A
peine y a-t'il un muscle , une veie , un ligament
dans notre corps , une maladie , ut.
reméde, dont le nom ne ſoitGrec ; donnez
NOVEMBRE. 1744. 35
moi deux jeunesgens , dont l'un ſçaura cette
Langue & dont l'autre l'ignorera , que ni
l'un ni l'autre n'ait la moindre teinture
d'Anatomie , qu'ils entendent dire qu'un
homme eſt malade , d'une péripneumonie ,
celui qui ſçait le Grec entendra tout d'un
coup dequoi il s'agit , parce qu'il voit dequoi
ces mots ſont compoſés ; l'autre ne
comprendra abſolument rien.
Pluſieurs mauvais Journaliſtes ont ofé
donner la préférence à l'Iliade de la Motte
fur l'Iliade d'Homere . Certainement s'ils
avoient lû Homere en leur Langue , il eufſent
vû que la Traduction eſt plus au-defſous
de l'Original , que Segrais n'eſt audeſſous
de Virgile.
Un Journaliſte , verſé dans la LangueGrecque
, pourra-t'il s'empêcher de remarquer
dans les Traductions que Toureils a fait de
Demofthene , quelques foibleſſes au milieu
de ſes beautés ?
Si quelqu'un ( dit le Traducteur ) vous demande,
Meſſieurs les Athéniens, avez- vous la
Paix?Non, de parJupiter , répondez - vous ,
nous avons la Guerre avec Philippe.
Le Lecteur , ſur cet expoſé , pourroit croirequeDemofthene
plaiſante à contre-tems ;
que ces termes familiers ,& réſervés pour le
bas Comique : Meſſieurs les Athéniens depar
Jupiter , répondent à de pareilles expref
1
36 MERCURE DE FRANCE.
1
,
Lions Grecques. Il n'en est pourtant rien , &
cette faute appartient toute entiere au Traducteur.
Ce font mille petites inadvertences
pareilles , qu'un Journaliſte éclairé peut
faire obſerver , pourvû qu'en même- tems
il remarque encore plus les beautés.
Il feroitàſouhaiter que les Sçavans dans
les Langues Orientales ,nous euffent donné
des Journaux des Livres de l'Orient. Le
Public ne feroit pas dans la profonde ignorance
où il eſt de l'Hiſtoire de la plus grande
parrie de notre Globe ; nous nous accoutumerions
à réformer notre Chronologie ;
nous ferions plus inſtruits de la Religion de
Zoroastre , dont les Sectateurs ſubſiſtent en
core , quoique ſans Patrie , à peu près com
me les Juifs , & quelques autres Sociétés ſuperftitieuſes
, répandues de tems immémo
rial dans l'Afie ;on connoîtroit les reſtes de
L'ancienne Philofophie Indienne ; on ne
donneroit plus le nom faſtueux d'Hiſtoire
Univerſelle à des Recueils de quelques Fables
d'Egypte , des Révolutions d'un Pays ,
grand comme la Champagne , nommé la
Gréce , & du Peuple Romain , qui tout
grand qu'il a été , n'a jamais eu ſous ſa domination
tant d'Etats que le peuple de Mahomet
, & qui n'a jamais conquis la dixiéme
partie du monde.
Mais auffi que votre amour pour les Langues
NOVEMBRE. 1744. 37
guer étrangeres ne vous faſſe pas mépriſer
ce qui s'écrit dans votre Patrie ; ne ſoyez
point comme ce faux délicat , à qui Pétrone
faitdire :
Ales phaſiacis petita colchis ,
Atque afra volucres placent palato ,
Quid quid quæritur optimum videtur.
On ne trouva dans la Bibliothéque de
l'Abbé de Longuerue , après ſa mort , aucun
Poëte François.
و en fait Je voudrois , encore une fois
de Belles-Lettres , qu'on fût de tous les
Pays , & furtout du ſien. J'appliquerai à ce
ſujet , des Vers de M. de la Motte , car
il en a fait d'excellens.
C'eſt par l'étude que nous ſommes
Contemporains de tous les hommes ,
Et Citoyens de tous les Lieux.
DU STYLE D'UN JOURNALISTE.
Quant au ſtyle d'un Journaliſte , Bayle
eſt peut-être le premier modéle , s'il vous
en faut un; c'eſt le plus profondDialecticien
qui ait jamais écrit ; c'eſt le ſeul Compilateur
qui ait du goût; cependant dans ſon
I. Vol. C
38 MERCURE DE FRANCE.
ſtyle , toûjours clair & naturel , il y a top
de négligence , trop d'oubli des bienféancess
, trop d'incorrection. Il eſt diffus ; il
fait , à la vérité , converſation avec ſon
Lecteur , comme Montagne , & en cela il
charme tout le monde , mais il s'abandonne
à une molleſſe de ſtyle , & aux expreſſions
triviales d'une converſation trop ſimple ,
& en cela il rebute ſouvent l'homme de
gofût .
En voici un exemple , qui me tombe fous
la main , c'eſt l'article d'Abaillard , dans
fon Dictionnaire . Abaillard , dit- il, s'amufoit
plus a tâtonner & à baiſer ſon Ecoliere ,
qu'à lui expliquer un Auteur. Un tel défaut
lui eſt trop familier ; ne l'imitez pas.
Nul chef- d'oeuvre, par vous écrit juſqu'aujourd'hui,
Ne vous donne le droit de faillir comme à lui .
N'employez jamais un mot nouveau , à
moins qu'il n'ait ces trois qualités , d'être
néceſſaire , intelligible , & fonore. Des
idées nouvelles , furtouten Phyſique , exigent
des expreſſions nouvelles, mais ſubſtituer
à un mot d'uſage un autre mot , qui
n'a que le mérite de la nouveauté , ce n'eſt
pas enrichir la Langue , c'eſt la gâter. Le
fiécle de Louis XIV. mérite ce reſpect des
François , que jamais ils ne parlent un auNOVEMBRE.
1744. 39
tre Langage,que celui qui a fait lagloire de
ces belles années .
Songez ſurtout que ce n'eſt point avec la
familiarité du ſtyle Epiſtolaire,mais que c'eſt
avec ladignitédu ſtyledeCiceron,qu'ondoit
traiter la Philoſophie. Mallebranche, moins
pur que Ciceron , mais plus fort & plus
rempli d'images , me paroît un grand modéle
dans ce genre , & plût à Dieu qu'il
eût établi des vérit ésauſſi ſolidement, qu'il
a expoſé ſes opinions avec éloquence !
Loke , moins élevé que Mallebranche ,
peut-être trop diffus , mais plus élégant ,
s'exprime toûjours dans ſa Langue avec netreté&
avec grace ; ſon ſtyle eft charmant ,
puroque fimillimus amni. Vous ne trouvez
dans ces Auteurs aucune envie de briller à
contre-tems , aucune pointe , aucun artifice.
Ne les ſuivez pas ſervilement : O imitatores
fervum pecus ! mais à leur exemple ,
rempliſſez -vous d'idées profondes & juttes;
alors les mots viennent aisément , Rem verba
fequuntur. Remarquez que les hommes
qui ont le mieux penſe , ſont auſſi ceux qui
ont le mieux écrit.
Si la Langue Françoiſe doit bien-tôt ſe
corrompre, cette altération viendra de deux
ſources; l'une eſt le ſtyle affecté de quelques
Auteurs qui ont vêcu en France; l'autre eſt
ને
Cij
40 MERCURE DE FRANCE.
la négligence des Ecrivains qui réſident
dans les Pays Etrangers ; les Papiers publics
& les Journaux ſont infectés continuellement
d'expreſſions impropres , aufquelles
le Public s'accoûtume , à force de
les relire .
Par exemple , rien n'eſt plus commun
dans les Gazettes que cette phrase , nous
apprenons que les affiégeans auroient un
zeljourbattu en breche ; on ditque les deux
armées ſeſeroient approchées ; au lieu de , les
deux armées ſeſont approchées ; les affiégeans
ont battu en breche , &c.
Cette conſtruction , très-vicieuſe , eſt
imitée du ſtyle qu'on a malheureuſement
conſervédans le Barreau ,& dans quelques
Edits; on fait dans ces Piéces parler au Souverain
un Langage gothique. Il dit, on nous
auroit remontré , au lieu de , on nous a remontré
; Lettres Royaux , au lieu de Lettres
Royales ; voulons & nous plaît , au lieu de
toute autre phrafe plus méthodique & plus
grammaticale ; ce ſtyle gothique des Edits
&des Loix, eft comme une cérémonie dans
laquelle on porte des habits antiques , mais
il ne faut point les porter ailleurs. On feroit
même beaucoup mieux de faire parler
le Langage ordinaire aux Loix qui ſont faites
pour être entenduës aisément ; on de
NOVEMBRE.
1744. 41
vroit imiter l'élégance des Inſtituts de Juftinien.
Les Ecrivains doivent éviter cet abus ,
dans lequel donnent tous les Gazetiers
Etrangers ; il faut imiter le ſtyle de la
Gazette qui s'imprime à Paris ; elle dit
correctement les choſes qu'elle doit dire .
La plupart des Gens de Lettres , qui travaillent
en Hollande , où ſe fait le plus
grand commerce de Livres , s'infectent d'une
autre eſpece de barbarie , qui vient du
Langage desMarchands ; ils commencent à
écrire par contre , pour au contraire ; cette
préſente, au lieude cette Lettre ; le change ,
au lieu de changement. J'ai vû des Traductions
d'excellents Livres , remplies de ces
expreſſions. Le ſeul expoſé de pareilles fautes
doit ſuffire pour corriger les Auteurs .
L'OUVRAGE périodique auquel vous
avez deſſein de travailler , Monfieur , peut
très-bien réüflir , quoiqu'il y en ait déja de
cette eſpéce. Vous me demandez comment
il faut s'y prendre , pour qu'un tel Journal
plaiſe à notre Siecle & à la Posterité. Je
vous répondrai en deux mots ; ſoyez impartial.
Vous avez la ſcience & le goût , ſi avec
cela vous êtes juſte , je vous prédis un ſuccès
durable. Notre Nation aime tous les genres
de Litterature , depuis les Mathématiques
juſqu'à l'Epigramme. Aucun des Journaux
ne parle communément de la partie la
plus brillante des Belles-Lettres , qui font
les piéces de Théatre , n'y de tant de jolis
Ouvrages de Poësie , qui ſoutiennent tous
les jours le caractere aimable de notre Nation.
Tout peut entrer dans votre eſpece de
Journal , juſqu'à une Chanſon qui ſera bien
faite. Rien n'eſt à dédaigner. La Gréce qui
fe vante d'avoir fait naître Platon , fe glorifie
encore d'Anacreon & Ciceron ne
fait point oublier Catulle.
SUR LA PHILOSOPHIE ..
Vous ſçavez affés de Géométrie & de
Phyſique , pour rendre un compte exact des
Livres de ce genre , & vous avez affez d'efprit
pour en parler avec cet art qui leur ôte
NOVEMBRE. 1744. ॐ
Leurs épines ſans les charger de fleurs qui ne
Jeur conviennent pas .
Je vous confeillerois fur tout , quand vous
ferez des extraits de Philofophie , d'expofer
d'abord au Lecteur une eſpéce d'abregé Hiftorique
des opinions qu'on propoſe , ou des
vérités qu'on établit. Par exemple , s'agit- il
de l'opinion du vuide ? Dites en deux mots
comment Epicure croyoit le prouver , montrez
comment Gaſſendi l'a rendu plus vraifemblable
, expoſez lesdegrés infinisde probabilité
que Neuton a ajoutés enfin à cette
opinion par ſes raiſonnemens , par ſes obfervations
& par ſes calculs..
S'agit- il d'un Ouvrage ſur la Nature de
l'Air ? il est bon de montrer d'abord qu'Ariftote
& tous les Philofophes ont connu fa
péſanteur , mais non ſon degré de péfanreur.
Beaucoup d'ignorans qui voudroient
au moins ſçavoir l'Hiſtoire des Sciences ,
les gens du Monde , les jeunes Etudians
verront avec avidité par quelle raifon &
par quelles expériences , le grand Galilée
combattit le premier l'erreur d'Ariftote , au
ſujet de l'Air ; avec quel art Torricelli le
peſa , ainſi qu'on peſe un poids dans une
balance , comment on connut ſon reffort ,
comment enfin les admirables expériences
de M. Hales & de Boheraave , ont découvert
les effets de l'Air , qu'on eſt preſque forcé
4 MERCURE DE FRANCE.
d'attribuer à des propriétés de la matiere ,
inconnuës juſqu'à nos jours.
Paroît- il un Livre hériſſé de Calculs & de
Problêmes ſur la Lumiere ? quel plaifir ne
faites-vous pas au Public de lui montrer les
foibles idées que l'éloquente & ignorante
Gréce avoit de la réfraction & ce qu'en dit
l'Arabe Alhazen , le feul Géométre de ſon
tems : ce que devine Antonio de Dominis ;
ce que Deſcartes met habilement & Géométriquement
en uſage , quoiqu'en ſe trompant
; ce que découvre ce Grimaldi , qui a
trop peu vécu , enfin ce que Neuton pouffe
juſqu'aux vérités les plus déliées & les plus
hardies , auſquelles l'eſprit humain puiffe
atteindre , vérités qui nous font voir un
nouveauMonde, înais qui laiſſent un nuage
derriere elles ?
Compofera- t'on quelque Ouvrage ſur la
Gravitation des Aſtres , fur cette admirable
partie des démonstrations de Neuton ? ne
vous aura-t'on pas obligation , ſi vous rendez
l'Hiſtoire de cette Gravitation des Aftres
, depuis Copernic qui l'entrevit , depuis
Repler qui oſa l'annoncer comme par
inftinct , juſqu'à Neuton qui a démontré à
la terre étonnée , qu'elle peſe ſur le Soleil ,
&le Soleil fur elle ? Nommez dans l'occafion
les Inventeurs de toutes les découvertes
nouvelles ; que votre Ouvrage ſoit un ReNOVEMBRE.
1744. 5
giſtre fidéle de la gloire des Grands Hommes
, ſurtout en expoſant des opinions , en
les appuyant , en les combattant , évitez les
paroles injurieuſes qui irritent un Auteur &
ſouvent toute une Nation , ſans éclairer
perſonne. Point d'animoſité, point d'ironie.
Que diriez - vous d'un Avocat Général , qui
en réſumant tout un Procès , outrageroit par
des mots piquans la Partie qu'il condamne ?
Le rolle d'un Journaliſte n'eſt pas fi reſpectable
, mais fon devoir eſt à peu près le même.
Vous ne croyez point l'Harmonie préétablie
, faudra-t'il pour cela décrier Leibnits
?
SUR L'HISTOIRE.
Ce que les Journaliſtes aiment peut-être
le mieux à traiter , ce ſont les Morceaux
d'Hiſtoire , c'eſt là ce qui eſt le plus à la por .
tée de tous les hommes & le plus de leur
goût. Ce n'eſt pas que dans le fond on ne
foit auffi curieux pour le moins de connoître
la Nature , que de ſçavoir ce qu'a fait Sefoftris
ou Bachus , mais il en coure de l'application
pour examiner : par exemple, par quelle
Machine on pourroit fournir beaucoup d'eau
à la Ville de Paris , ce qui nous importe
pourtant affés , & on n'a qu'à ouvrir les
yeux pour lire les anciens Contes , qui nous
fonttranſmis ſous le nom d'Hiſtoire , qu'on
MERCURE DE FRANCE.
nous répéte tous les jours & qui ne nous
importentgueres.
Si vous rendez compte de l'Hiſtoire ancienne
, proſcrivez , je vous en conjure ,
toutes cesdéclamations contre certains Conquérans.
Laiſſez Juvenal & Boileau, donner
du fond de leur Cabinet , des ridicules à
Alexandre , qu'ils euſſent fatigué d'encens
s'ils euffent vêcu fous lui , qu'ils appellent
Alexandre inſenſé. Vous Philoſophe impartial
, regardez dans Alexandre ce Capitaine
Général de la Gréce , ſemblable à peu près à
un Scanderberg , à un Huniade , chargé
comme eux de venger ſon Pays , mais plus
heureux , plus grand , plus poli & plus magnifique
:ne le faites pas voir ſeulement
fubjuguant tout l'Empire de l'ennemi deş
Grecs , & portant fes Conquêtes juſqu'à
l'Inde , où s'étendoit la domination de Darius
, mais repréſentez le donnant des Loix
au milieude la Guerre , formant des Colonies
, établiſſant le Commerce , fondant
Alexandrie & Scanderon , qui font aujourd'hui
le centre du Négoce : c'eſt par là furtout
qu'il faut confiderer les Rois , &
c'eſt ce qu'on néglige. Quel bon Citoyen
n'aimera pas mieux qu'on l'entretienne des
Villes&des Ports que Céſar a bâris , du Calendrier
qu'il a réformé,&c.que des hommes
qu'ila fait égorger ?
NOVEMBRE. 1744 . 7
Inſpirez ſurtout aux jeunes gens plus de
goût pour l'Hiſtoire des tems récents , qui
eſt pour nous de néceſſité , que pour l'ancienne
, qui n'est que de curioſité ; qu'ils
fongentque la moderne a l'avantage d'être
plus certaine , par celanmême qu'elle eſt moderne.
Je voudrois ſurtout que vous recommandaffiez
de commencer ſérieuſement l'étude
de l'Histoire , an fiécle qui précede immédiatement
Charles-Quint, Léon X , François
Premier. C'eſt- là qu'il ſe fait dans l'efprit
humain dans notre Monde une révolutionqui
a tout changé. Conftantinople eſt
priſe , & la puiſſance des Tures eſt établie
enEurope ; l'Amérique est découverte &
conquife. L'Europe s'enrichit des tréſors du
Nouveau Monde.Veniſe, qui faisoit tout le
commerce , perd cet avantage. Les Portugais
paffent le Cap de Bonne-Efpérance ,
établiffent le Commerce des grandes Indes
par l'Ocean . La Chine , Siam , deviennent
des Alliés des Rois Europeans. Une nouvelle
politique , qui fait la balance de l'Europe,
éleve une barriere infurmontable à l'ambition
de la Monarchie univerſelle .
Une nouvelle Religion diviſe le Monde
Chrétien de créance & d'intérêt. Les Let
tres , tous les Beaux- Arts , renaiſſent , brillent
en Italie ,& répandent quelque foible
8 MERCURE DE FRANCE.
Aurore fur la France , l'Angleterre & l'E
pagne ;les Langages de l'Europe& les moeurs
ſe poliffent. Enfin c'eſt un nouveau cahos
qui ſe débroüille , & d'où naît le Monde
Chrétien , tel qu'il eſt aujourd'hui.
Le beau fiécle de Louis XIV acheve de
perfectionner ce que LéonX , tous les Médicis
, Charles Quint , François Premier ,
avoient commencé. Je travaille depuis longtems
à l'Hiſtoire de ce dernier fiécle , qui .
doit être l'exemple des fiécles à venir ; j'eſ
faye de faire voir le progrès de l'eſprit humain-&
de tous les Arts , ſous Louis XIV.
Puiſſai-je avant que de mourir laiſſfer ce Мо-
nument à lagloire de ma Nation ! J'ai bien
des matériaux pour élever cet Edifice, je ne
manque point de Mémoires ſur les avantages
que le grand Colbert a procurés & vouloit
faire à la Nation & au Monde , ſur la
vigilance infatigable , fur la prévoyance
d'un Miniſtre de la Guerre , né pour être le
Miniſtre d'un Conquérant , ſur des révolutions
arrivées dans l'Europe , fur la vie privée
de Louis XIV , qui a été dans ſon Domeſtique
, l'exemple des hommes , comme
il a été celui des Rois. J'oſe parler des faures
inſéparables de l'humanité , parce qu'elles
font valoir les vertus, & j'applique à ***
ce beau mot de Henri IV, qui diſoit à l'Ambaſſadeur
de Don Pedre : quoi donc , votre
NOVEMBRE. 1744. ,
Maître n'a-t'il pas affés de vertu pour avoir
des défauts ! mais j'ai bien peur de n'avoir
ni le tems ni la force de conduire à ſa fin ce
grandOuvrage.
,
Je vous prierai de bien faire fentir que fi
nos Hiſtoires modernes , écrites par des
Contemporains , ſont plus certaines & plus
générales que toutes les Hiſtoires anciennes,
elles font quelquefois plus douteuſes dans
les détails. Je m'explique, les hommes different
entre eux d'état, de parti , de Religion;
le Guerrier , le Magiſtrat , le ** , le ***
ne voyent point les mêmes faits avec les
mêmes yeux , c'eſt le vice de tous les tems,
Un Carthaginois n'eût point écrit les guerres
Puniques dans l'eſprit d'un Romain , &
il eût reproché à Rome la mauvaiſe foi dont
Rome accufoit Carthage.Nousn'avons gueres
d'Hiſtoriens anciens qui ayent écrit les
unscontre lesautres ſur lemêmeEvénement,
ils auroient répandu le Scepticiſme ſur des
chofes que nous prenons aujourd'hui pour
inconteſtables , quelque peu vrai-femblables
qu'elles foient , &que nous reſpectons pour
deux raiſons , parce qu'elles ſont anciennes,
&parce qu'elles n'ont pas été contredites.
Nous autres Hiſtoriens Contemporains ,
nous ſommes dans un cas bien different ; il
nous arrive ſouvent la même choſe qu'aux
Puiſſances qui ſont en guerre. Chaque Parti
t
10 MERCURE DE FRANCE.
chante victoire , chacun a raiſondeſon coté.
Voyez que de contradictions ſur Marie
Stuard, ſur les Guerres Civiles d'Angleterre ,
ſur les Troubles de Hongrie , ſur l'établiſſement
de la Religion Proteftante ; ſur le
Concile de Trente. Que dis-je ? La même
Nation aubout de vingt ans , n'a plus les
mêmes idées qu'elle avoit ſur le même Evenement&
fur la même perſonne. J'en ai été
témoin au ſujetdu feu Roi Louis XIV ; mais
quelles contradictions n'aurai-je pas a effuyer
ſur l'Hiſtoire de Charles XII ? J'ai
écrit ſa Vie finguliere ſur les Mémoires de
M.de Fabrice, qui a été huit ans ſon Favori ;
fur les Lettres de M. de Fierville , Envoyé
de France auprès de lui ; ſur celles deM.de
Villelongue ,long-tems Colonel à fon fervice;
fur celles de M. de Poniatousky. J'ai
confulté M. de Croiſſy , Ambaſſadeur de
France auprès de ce Prince , & j'apprends
à préſent que M. Norberg , Chapelain de
Charles XII , écrit une Hiſtoire de ſon Regne;
je ſuis sûrque leChapelain aura ſouvent
vû les mêmes choſes avec d'autres yeux que
le Favori , & l'Ambaſſadeur. Quel parti
prendre en ce cas ? celui de me corriger fur
le champdans les choſes où ce nouvel Hiftorien
aura évidemment raiſon , & de laifſer
les autres au jugement des Lecteurs défintéreſſes.
Que ſuis-je en tout cela ? Je ne
NOVEMBRE. 1744. Is
fuis qu'un Peintre , qui cherche à repréſenter
d'un pinceau foible , mais vrai , les hommes
tels qu'ils ont été. Tout m'eſt indifferent
de Charles XII & de Pierre-le-Grand,
excepté le bien que ce dernier a pû faire aux
hommes , je n'ai aucun ſujet de les flater ni
d'enmédire ; je les traiterai avec le refpe&
qu'on doit aux Têtes couronnées, qui viennent
de mourir , & avec le reſpect qu'on
doir à la vérité , qui ne mourrajamais.
SUR LA COMEDIE.
Venons aux Belles-Lettres ,qui ferontun
des principaux articles de votre Journal ;
vous comptez parler beaucoup des Piéces de
Théatre ; ce Projet eſt d'autant plus raifonnable
, que le Théatre eſt plus épuré parmi
nous , & qu'il eſt devenu une Ecole de
moeurs.
Vous vous garderez bien , ſans doute , de
ſuivre l'exemple de quelques Ecrivains, qui
cherchent à rabaiſſer tous leurs Contemporains
, & à décourager les Arts , dont un
bon Journaliſte doit être le ſoûtien. Il eſt
juſte de donner la préférence à Moliere, fur
les Comiques de tous les tems & de tous
les Pays, mais ne donnez point d'excluſion ;
imitez les ſages Italiens ,qui placent Raphaël
au premier rang , mais qui admirens
12 MERCURE DE FRANCE.
les Paul Veroneſe , les Carache , les Correge
, les Dominiquin , &c .
Moliere eſt le premier , mais il ſeroit injuſte
& ridicule de ne pas mettre le foncur
à côté de ſes meilleures Piéces. Refufer
ſon eſtime aux Menechmes , ne pas s'amuſer
beaucoup au Légataire univerſel, ſeroit d'un
homme ſans juſtice & fas goût , & qui ne
ſe plaît pas à Renard , n'eſt pas digne d'admirer
Moliere .
Ofez avouer avec courage, que beaucoup
de nos petites Pieces , comme le Grondeur ,
le Galant Jardinier , la Pupille , le double
Veuvage , l'Eſprit de contradiction , la Coquette
de Village , le Florentin , &c. font
au- deſſus de la plupart des petites Piéces de
Moliere. Je dis au-deſſus pour la fineſſedes
Caractéres , pour l'eſprit dont la plupart
font affaiſonnées ,& même pour la bonne
plaiſanterie.
Je ne prétends point ici entrer dans le
détailde tant de Piéces nouvelles , ni déplaire
à beaucoup de monde par des loiianges
données à peu d'Ecrivains, qui peut-être
n'en feroient pas fatisfaits ; maisje dirai hardiment
que quand on donnera des Ouvrages
pleins de moeurs , & où l'on trouve de
l'intérêt, comme le Préjugé à la mode, quand
les François ſeront affés heureux,pour qu'on
leur donne une Piéce telle que le Glorieux ,
gardezNOVEMBRE.
1744. 13
gardez-vous bien de vouloir rabaiffer leur
ſuccès , ſous prétexte que ce ne ſont pas des
Comédies dans le goût de Moliere ; évitez
ce malheureux entêtement, qui ne prend ſa
ſource que dans l'envie ; ne cherchez point
à proſcrire les Scénes attendriſſantes , qui ſe
trouvent dans cesOuvrages , car lorſqu'une
Comédie , outre le mérite qui lui eſt propre
, a encore celui d'intéreſſer , il faut
être de bien mauvaiſe humeur , pour ſe facher
qu'on donne au Public un plaifir de
plus.
J'oſe dire que ſi les Piéces excellentes de
Moliere étoient un peuplus intéreſſantes,on
veroit plus de monde à leurs repréſentations.
LeMiſantrope ſeroit auſſi ſuivi qu'il eſt eſtimé;
il ne faut pas que la Comédie dégénére
en Tragédie Bourgeoiſe. L'Art d'étendre ſes
limites ſans les confondre avec celles de la
Tragédie , eſt un grand Art qu'il feroit beau
d'encourager,&honteux de vouloir détruire
; c'en est un que ſçavoir bien rendre
compte, d'une Piéce de Théatre. J'ai toîû
jours reconnu l'eſprit des jeunes gens , au
détail qu'ils faifoient d'une Piece nouvelle
qu'ils venoient d'entendre,&j'ai remarqué
que tous ceux qui s'en acquittoient le mieux,
ont été ceux qui depuis ont acquis le plus
de réputation dans leurs Emplois , tant il eſt
vrai qu'au fond l'eſprit des affaires & le
1. Vol. B
14 MERCURE DE FRANCE.
véritable eſprit des Belles-Lettres font les
mêmes.
Expoſer en termes clairs & élégants un
ſujet , qui quelquefois eft embroiüillé , &
fans s'atracher à la diviſion des Actes,éclaircir
l'intrigue & le dénoiement , les raconter
comme une Hiſtoire intéreſſante , peindre
d'un trait les Caractéres ,dire enſuite ce
qui a paru plus ou moins vrai-ſemblable ,
bien ou mal préparé,retenir les Vers les plus
heureux ,bien ſaiſir le mérite ou le vice général
du ſtyle , c'eſt ce que j'ai vû faire
quelquefois , mais ce qui eſt fort rare chés
les Gens de Lettres même , qui s'en font
une étude , car il eſt plus facile à certains efprits
de ſuivre leurs propres idées , que de
rendre compte de celles des autres.
DE LA TRAGEDIE .
Je dirai à peu près de la Tragédie , ce que
j'ai dit de la Comédie. Vous ſçavez quel
honneur ce bel Art a fait à la France , Art
d'autant plus difficile & d'autant plus audeſſus
de la Comédie , qu'il faut être vraiment
Poëte pour faire une belle Tragédie ,
au lieu que la Comédie demande ſeulement
quelque talent pour les Vers.
Vous , Monfieur , qui entendez fi bien
Sophocle & Euripide , ne cherchez point
NOVEMBRE. 1744.
une vaine récompenſe du travail qu'il vous
en a coûté pour les entendre , dans le malheureux
plaiſir de les préferer contre votre
ſentiment à nos grands Auteurs François.
Souvenez-vous que quand je vous ai défié
de me montrer dans les Tragiques de l'Antiquité
, des morceaux comparables à certains
traits des Piéces de P. Corneille , je
dis de ſes moins bonnes , vous avouâtes
que c'étoitune choſe impoſſible. Ces traits,
dont je parle , étoient , par exemple , ces
Vers de la Tragédie de Nicomede.
Je veux , dit Prusias ,
Ecouter à la fois l'Amour & la Nature ;
Etre Pere& Maridans cette conjoncture.
Nicomede.
Seigneur , voulez-vous bien vous en fier à moi ?
Ne ſoyez l'un ni l'autre .
Prufias.
Eh que dois-je être!
Nicomede.
Roi ;
Reprenez hautement ce noble Caractére ;
Un véritable Roi n'eſt ni Mari ni Pere ,
Il regarde ſon Trône & rien de plus ; regnez ;
Rome vous craindra plus que vous ne la craignez .
Bij
16 MERCURE DE FRANCE.
Vous n'infererez point que les dernieres
Piéces de ce Pere du Théatre , foient bonnes,
parce qu'il s'y trouve de ſi beaux éclairs.
Avoüez leur extrême foibleſſe avec tout le
Public.
Agefilas & Surena ne peuvent rien diminuer
de l'honneur que Cinna & Polieucte
font à la France . M. de Fontenelle , neveu
du grand Corneille , dit dans la Vie de
fonOncle, que fi le Proverbe : Cela est beau
comme le Cid , paſſa trop tôt , il faut s'en
prendre aux Auteurs , qui avoient intérêt
à l'abolir. Non , les Auteurs ne pouvoient
pas plus cauſer la chute du Proverbe , que
celle du Cid. C'eſt Corneille lui-même qui
le détruiſit , c'eſt à Cinna qu'il faut s'en
prendre,
Ne dites point avec l'Abbé de S. Pierre ,
que dans cinquante ans , on ne joiiera plus
les Piéces de Racine ; je plains nos enfans ,
s'ils ne goûtent pas ces chefs-d'oeuvres d'élégance.
Comment leur coeur ſera-t'il donc
fait , fi Racine ne les intéreſſe pas ?
Il y a apparence que les bons Auteurs du
fiécle de Louis XIV , dureront autant que
la Langue Françoiſe , mais ne découragez
pas leurs fucceſſeurs , en affûrant que
la carriere eſt remplie , & qu'il n'y a plus
deplace. Corneille n'eſt pas aſſés intéref-
Lant; ſouvent Racine n'eſt pas affés tragiNOVEMBRE.
1744 . 17
que.L'Auteur de Vinceſlas, celui de Rhadamiſte
& d'Electre , ont des beautés particulieres
, qui manquent à ces deux grands
Hommes ,& il eſt à préſumer que ces trois
Pieces reſteront toûjours ſur le Théatre
François , puiſqu'elles s'y ſont ſoûtenuës
avec des Acteurs differens, car c'eſt la vraye
épreuve d'une Tragédie. Que dirai-je de
Manlius , Piéce digne de Corneille , & du
beau rôle d'Arianne , & du grand intérêt
qui regne dans Amaſis ? Je ne vous parlerai
point des Piéces Tragiques , faites depuis
vingt années ; comme j'en ai compoſé quelques-
unes , il ne m'appartient pas d'ofer apprécier
le mérite des Contemporains , qui
valent mieux que moi , & à l'égard de mes
Ouvrages de Théatre , tout ce que je peux
vous en dire , & vous prier d'en dire aux
Lecteurs , c'eſt que je les corrige tous les
jours.
Mais quand il paroîtra une Piéce nouvelle,
ne dites jamais la Piéce eſt excellente , ou
elle eſt mauvaiſe , ou tel Acte eſt impertinent
, ou tel rôle eſt pitoyable ; prouvez
folidement ce que vous en penfez , & laiſſez
au Public le foin de prononcer l'Arrêt ;
ſoyez für que l'Arrêt ſera contre vous, toutes
les fois que vous déciderez ſans preuve,
quand même vous auriez raiſon , car ce
n'eſt pas votre Jugement qu'on demande ,
B iij
18 MERCURE DE FRANCE .
mais le rapport du Procès , que le Public
doit juger.
Ce qui rendra furtout votre Journal précieux
, c'eſt le foin que vous aurez de comparer
les Piéces nouvelles avec celles des
Pays Etrangers , qui feront fondées ſur le
même ſujet. Voilà à quoi l'on manqua dans
le fiecte paffé ; loſqu'on fit l'examen du
Cid , on ne rapporta que quelques Vers de
P'Original Eſpagnol ; il falloit comparer les
fituations. Je ſuppoſe qu'on nous donne
aujourd'hui Manlius , de la Foffe , pour la
premiere fois , il ſeroit très- agréable de
mettre fous les yeux du Lecteur la Tragédie
Angloiſe , dont elle eſt tirée.
Paroît- il quelque Ouvrage inſtructif ſur
les Piéces de l'illuſtre Racine ? détrompez
le Public de l'idée où l'on eſt que jamais les
Anglois n'ont pû admettre le ſujet de Phédre
ſur leur Theatre ; apprenez aux Lecteurs
que laPhédrede Smith eſt une des plus
belles Piéces qu'on ait à Londres ; apprenez
leur que l'Auteur a imité tout de Racine ,
juſqu'à l'amour d'Hippolite ; qu'on a joint
enfemble l'intrigue de Phédre & celle de
Bajizet , & que cependant l'Auteur ſe vante
d'avoir tiré tout d'Euripide. Je crois que
le Lecteurs feroient charmés de voir ſous
leurs yeux la comparaiſon de quelques Scénes
de la Phédre Grecque , de la Latine ,
NOVEMBRE. 1744. 19
de la Françoiſe &de l'Angloiſe. C'eſt ainſi ,
à mon gré , que la ſage & faine Critique
perfectionneroit encore le goût des François
, & peut-être de l'Europe. Mais quelle
vraye Critique avons-nous depuis celle que
l'Académie Françoiſe fit du Cid , & à la
quelle ilmanque encore autant de choſes
qu'au Cid même ?
DES PIECES DE POESIE .
Vous répandrez beaucoup d'agrément
fur votre Journal, ſi vousl'ornez de tems en
tems de ces petites Piéces Fugitives , marquées
aubon coin,dont les Porte feüilles des
Curieux font remplis.On a desVersduCom
teAntoineHamilton,né en France,qui refpirent
tantôt le feu poëtique, tantôt la douce
facilité du ſtyle Epiſtolaire. On a mille pe
tits Ouvrages charmans de Mrs Duflé , de
S. Aulaire, Ferrand, de la Faye , de Fieubet,
de M. le P. Henaut , & de tant d'autres.
Ces fortes de petits Ouvrages, dont je vous
parle , ſuffiſoient autrefois à faire la réputation
des Voiture , des Sarrafin , des Chapelle;
ce mérite étoit rare alors. Aujourd'hui
qu'il eſt plus répandu , il donne peutêtre
moins de réputation , mais il ne fait
pas moins de plaiſir aux Lecteurs délicats.
NosChanfons valent mieux que celles d'A
B iiij
20 MERCURE DE FRANCE.
• nacreon , & le nombre en eſt étonnant ; on
en trouve même qui joignent la morale
avec la gayeté , & qui annoncées avec art ,
n'aviliroient point du tout un Journal ſérieux
; ce ſeroit perfectionner le goût , fans
nuire aux moeurs.
Comme vous n'aurez pas tous les jours
des Livres nouveaux , qui méritent votre
examen , ces petits morceaux de Littérature
rempliront très-bien les vuides de votre
Journal. S'il y a quelques Ouvrages de Profe
ou de Poësie, qui faſſent beaucoup de bruit
dans Paris , qui partagent les eſprits , & fur
leſquels on fouhaite une Critique éclairée ,
c'eſt alors qu'il faut ofer fervir de Maître
au Public , ſans le paroître ,& le conduifant
comme par la main, lui faire remarquer
les beautés ſans emphafe, & les défauts
ſans aigreur ; c'eſt alors qu'on aime en vous
cette Critique , qu'on déteſte & qu'on mépriſe
dans d'autres.
Un de mes amis, examinant trois Epitres
en Vers diffilabes , qui exciterent beaucoup
de murmure il y a quelque tems , fit de la
ſeconde , où tous nosAuteurs font inſultés,
l'examen ſuivant , dont voici un échantillon
, qui paroît dicté par la juſteſſe & la
modération.
Voici le commencement de la Piéce qu'il
examinoir.
NOVEMBRE. 1744 . 21
Tout Inſtitut , tout Art , toute Police ,
Subordonnée au pouvoir du caprice ;
Doit être auffi conféquemment pour tous ,
Subordonnée à nos differens goûts .
Mais de ces goûts la diſſemblance extrême ,
A le bien prendre , eſt un foible Problême ,
Et , quoiqu'on diſe , on n'en ſçauroit jamais
Compter que deux , l'un bon , l'autre mauvais
Par des talens que le travail cultive ,
A ce premier , pas pas , on arrive ,
Et le Public , que ſa bonté prévient ,
Pour quelque tems , s'y fixe & s'y maintient.
Mais ébloüis enfin par l'étincelle
De quelque mode inconnue & nouvelle ,
L'ennui du beau nous fait aimer le laid ,
Et préférer le moindre au plus parfait.
:
Voici l'Examen.
Ce premier Vers , tout Institut , tout Art ,
toute Police , ſemble avoir le défaut , je ne
dis pas d'être Profaïque , car toutes ces Epitres
le font , mais d'être une Profe un peu
trop foible & dépourvûë d'élégance & de
clarté. La Police ſemble n'avoir aucun rapport
au goût dont il eſt queſtion. De plus ,
le terme de Police doit- il entrer dans des
Vers ? conféquemment , doit à peine être admis
dans la Proſe noble. Cette répetition
du mot Subordonnée ,ſeroit ridicule , quand
:
By
1
22 MERCURE DE FRANCE.
:
même le terme feroit élégant , & ſemble
infupportable , puiſque ce terme eſt une
expreffion plus convenable àdes affaires ,
qu'à la Poësie. La Diſſemblance ne paroît
pas le mot propre ; dire que la diffemblance
desgoûts est un foible Problême , je ne crois
pas que cela foit François. A le bien prendre
, paroît une expreffion trop inutile &
trop baffe. Enfin , il ſemble qu'un Problê
me n'eſt ni foible ni fort , il peut être aiſe
ou difficile , & ſa ſolution peut être fauffe ,
équivoque , erronnée .
Et quoiqu'on diſe , on n'en ſçauroit jamais
Compter que deux , l'un bon , l'autre mauvais.
Non-feulement la Poëſie aimable s'accommode
peu de cet air de dilemme &
d'une pareille ſechereſſe , mais la raiſon
femble peu s'accommoder de voir en huit
Vers , que tout Art eſt ſubordonné à nos
differens goûts , & que cependant il n'y a
que deuxgoûts.
Arriver au goût pas-à-pas , eſt encore , je
crois, une façon de parler peu convenable
même en Profe.
Et le Public , que la bonté previent
Est- ce la bonté du Public ; eſt- ce la bonté
du goût ?
L'ennui dubeau nous fait aimer le laid ,
Enpréférer le moindre au plus plus parfait..
NOVEMBRE. 1744. 23
I1 °. Le beau & le laid , font des exprefhons
réſervées au bas Comique. 2° . Si on
aime le laid , ce n'eſt pas la peine de dire
enſuite qu'on préfére le moins parfait. 3 °.
Le moindre n'est pas oppoſé Grammaticalement
au plus parfait. 4". Le moindre eſt un
mot qui n'entre jamais dans la Poësie. C'eſt
ainſi que ce Critique faifoir fentir fans amertume
, toute la foibleſſe de ces Epitres. II
n'y avoit pas trente Vers qui échapafflent à
ſajuſte cenfure ,& pour mieux inſtruire les
jeunes gens , il comparoît à cet Ouvrage un
autreOuvrage du même Auteur ſur un fujet
de Littérature à peu près ſemblable. Il rapportoit
les Vers de l'Epitre aux Mufes , imités
de Deſpreaux , & cet objet de comparaifon
achevoit de perfuader mieux que les
diſcuſſions les plus folides & les plus fubtiles.
De l'expoſé de tous ces Vers diſſillabes ,
ilprenoit occafion de faire voir qu'il ne
faut jamais confondre les Vers de cinq pieds.
avec les Vers Marotiques. Il prouvoit que
le ſtyle,qu'on appelle de Marot,ne doit être
admis que dans une Epigramme &dans un
Conte , comme les figures de Calor ne doivent
paroître que dans des Groteſques
mais quand il faut mettre la Raifon enVers ,
peindre , émouvoir , écrire élégamment ,
alors ce mêlange monstrueux de la Langue
Bvj
24 MERCURE DE FRANCE.
qu'on parloit il y a 200 ans , & de la 、
Langue de nos jours , eſt l'abus le plus condamnable
qui fe foit gliffé dans la Poefie.
Marot parloit ſa Langue ; il faut que nous
parlions la nôtre. Cette bigarure eſt auffi
révoltante pour les hommes judicieux , que
le feroit PArchitecture Gothique mêlée avec
la Moderne : vous aurez ſouvent occafion
dedétruire ce faux goût. Les jeunes gens
s'adonnent à ce ſtyle , parce qu'il eſt malheureuſement
facile.
Il en a couté peut-être à Defpreaux pour
dire élégamment :
Faites choix d'un Cenſeur ſolide& falutaire,
Que la Raiſon conduiſe & le ſçavoir éclaire ,
Et dont le crayon sûr, d'abord aille chercher
L'endroit que l'on fent foible , & qu'on veut ſe
cacher.
Mais il eſt bien difficile , & est- il bien
élégant de dire ?
Donc, fi Phoebus ſes échets vous adjuge ,
Pour bien joüer , confultez tout bon Juge.
Pour bien joüer , hantez les bons Joüeurs ,
Sur tout , craignez le poiſon des Loüeurs;
Acoſtez - vous de fidéles Critiques.
Ce n'est pas qu'il faille condamner des
NOVEMBRE. 1744. 25
Vers familiers dans ces Piéces de Poësie , au
contraire , ils y font néceſſaires , comme les
jointures dans le corps humain , ou plutôt
:
comme des repos dans un Voyage.
Nam Sermone opus eſt , modo triſti ,ſepè jocoso
Deffendente vices modo Rhetoris atque Poeta ,
Interdum urbani parcentis viribus , atque
Extenuantis eas confulto.
Tout ne doit pas être orné , mais rien ne
doit être rebutant. Un langage obfcur &&
groteſque n'est pas de la fimplicité , c'eſt de
la grofiereté recherchée .
DES MELANGES DE LITTERATURE ,
Et des Anecdoctes Littéraires.
Je raſſemble ici ſous le nom de Mêlanges
de Littérature , tous les Morceaux dé
tachés d'Hiftoire , d'Eloquence , de Morale
, de Critique , & ces petits Romans qui
paroiſſent ſi ſouvent. Nous avons des Chefsd'oeuvres
en tous ces genres ; je ne crois pas
qu'aucune Nation puiſſe ſe vanter d'un fi
grand nombre d'aufli jolis Ouvrages de Bekles-
Lettres. Il eſt vrai qu'aujourd'hui , ce
genre facile produit une, foule d'Auteurs.
On en compteroit quatre ou cinq mille depuis
cent ans. Mais un Lecteur en uſe avee
1
26 MERCURE DE FRANCE.
les Livres , comme un Citoyen avec les
hommes. On ne vit pas avec tous ſes Contemporains
; on choiſit quelques amis. Il ne
faut pas plus s'effaroucher de voir cent cinquante
mille Volumes à la Bibliothéque du
Roi , que de ce qu'il y a cent cinquante
mille hommes dans Paris. Tous ces Livres ,
dans lesquels on trouve ſouvent des chofes
agréables , amuſent ſucceſſivement les honnêtes-
gens , délaſſent l'homme férieux dans
l'intervalle de ſes travaux , & entretiennent
dans la Nation cette fleur d'eſprit , & cette
délicateſſe, qui fait fon caractere.
Ne condamnez point avec dureté tout
cequi ne ſera pas la Rochefoucaut ou la
Fayette ; tout ce qui ne fera pas auffi parfait
que la Conſpiration de Veniſe de l'Abbé de
S. Real , auſſi plaiſant & auffi original que
la converſation du Pere Canaye & du Maréchal
d'Hocquincourt , écrite par Charleval
& à laquelle S. Evremont a ajouté
une fin moins plaiſante , & qui languit un
peu ; enfin , tout ce qui ne ſera pas aufli naturel
, auſſi fin , auffi guai que le Voyage ,
quoiqu'un peu inégal,de Bachaumont &de
Chapelle.
د
Non fi primores Moconius tenet
Sedes Homerus , Pindarica latent,
Caique Alcaique minaces :
Steficorique graves camana
NOVEMBRE. 1744. 27
Necfi quid olim lufit Anacreon ,
Delevit atas , Spirat adhuc amor ,
Vivuntque commiffi calores
Æolis fidibus puella.
Dans l'expofition que vous ferez de ces
Ouvrages ingénieux , badinant à leur exemple
avec vos Lecteurs,&répandant les fleurs
avec ces Auteurs dont vous parlerez , vous
ne tomberez pas dans cette ſévérité de quelques
Critiques , qui veulent que tout foit
écrit dans le goût de Ciceron ou de Quintilien.
Ils crient que l'éloquence eſt énervée,
que le bon goût eſt perdu , parce qu'on aura
prononcé dans une Académie un Difcours
brillant , qui ne ſeroit pas convenable
au Barreau. Ils voudroient qu'un Conte fur
écrit du ſtyle de Bourdaloiie. Ne diftingueront-
ils jamais le tems , les lieux & les perfonnes
?Veulent-ils que Jacob ,dans lePayfan
parvenu , s'exprime comme Péliffon ou
Patru ? Une éloquence mâle , noble , ennemie
des petits ornemens , convient à tous
les grands Ouvrages. Une penſée trop fine
feroit une tache dans le Diſcours fur l'Hiftoire
Univerſelle de l'éloquent Boffuet.
Mais dans un Ouvrage d'agrément , dansun
Compliment , dans une Plaifanterie , toutes
les graces légeres , la naiveté ou la fineſſe
, les plus petits ornemens , trouvent
leur place. Examinons-nous nous-mêmes.
28 MERCURE DE FRANCE.
Parlons -nous d'affaires , du ton des entretiens
d'un repas ? Les Livres ſont la peinture
de la vie humaine ; il en faut de folides
, & on en doit permettre d'agréables .
N'oubliez jamais , en rapportant les traits
ingénieux de tous ces Livres , de marquer
ceux qui font à peu près ſemblables chés les
autres peuples, ou dans nos anciens Auteurs.
On nous donne peu de penſées , que l'on ne
trouve dans Sénéque , dans Gratien , dans
Montagne , dans Bacon , dans le Spectateur
Anglois. Les comparer enſemble ( & c'eſt
en quoi le goût conſiſte ) c'eſt exciter les
Auteurs à dire , s'il ſe peut , des chofes nouvelles
; c'eſt entretenir l'émulation , qui eft
la mere des Arts : quelle fatisfaction pour
un Lecteur délicat , de voir d'un coup d'oeil
ces idées qu'Horace a exprimées dans des
Vers négligés , mais avec des paroles ſi expreſſives
: ce que Deſpreaux a rendu d'une
maniere ſi correcte , ce que Driden & Rocheſter
ont renouvellé avec le feu de leur
génie ! Il en eſt de ces paralleles comme de
l'Anatomie comparée , qui fait connoître la
Nature : c'eſt par là que vous ferez voir
fouvent , non-feulement ce qu'un Auteur a
dit , mais ce qu'il auroit pû dire , car fi vous
ne faires que le répéter , à quoi bon faire un
Journal ?
Il y a fur tout des Anecdotes Littéraires ,
NOVEMBRE. 1744. 29
fur leſquelles il eſt toujours bon d'inſtruire
le Public , afin de rendre à chacun ce qui lui
appartient.
Apprenez par exemple au Public , que le
Chef-d'oeuvre d'un inconnu , ou Matanafius
eſt de feuM. Deſallengre , & d'un illuſtre
Mathématicien , conſommé dans tout
genre de Littérature , & qui joint l'eſprit à
Férudition ; enfin , de tous ceux qui travailloient
à la Haye au Journal Littéraire , &
que M. de S. Hyacinte fournit la Chanſon
avec beaucoup de Remarques. Mais ſi on
ajoute à cette plaiſanterie une infame Brochure
digne de la plus vile canaille , & faite
fans doute par un de ces mauvais François
qui vontdans les Pays Etrangers deshonorer
les Belles- Lettres & leur Patrie , faites
fentir l'horreur & le ridicule de cet affemblage
monstrueux .
Faites- vous toujours un mérite de venger
les bons Ecrivains des Zoïles obfcurs qui
les attaquent. Démêlez les artifices de l'envie
: publiez par exemple que les ennemis
de notre illuftre Racine firent réimprimer
quelques vieilles Piéces oubliées , où ils inférerent
plusde cent Vers de ce Poëte.admi
rable. J'en ai vû une intitulée , S. Jean-
Baptiste , dans laquelle on retrouvoit une
Scéne preſque entiere de Berenice, Ces malheureux
, aveuglés par leur paffion , ne fenSo
MERCURE DE FRANCE.
toient pas même la difference des ſtyles , &
croyoient qu'on s'y méprendroit , tant la
fureur de lajaloufie eſt ſouvent abfurde.
En deffendant lesAuteurs contre l'ignorance
& l'envie qui leur imputent de mauvais
Ouvrages , ne permettez pas non plus
qu'on attribuë à de grands hommes des Livres
, peut-être bons en eux mêmes , mais
qu'on veut accréditer par des noms illuftres,
auſquels ils n'appartiennent point.
Le projet de la prétenduë Paix univerſelle,
attribué à Henri IV par les Sécretaires de
Maximilien de Sully , qui rédigerent fes
Mémoires , ne ſe trouve en aucun autre endroit.
Les Mémoires de Villeroy n'endiſent
mot ; on n'en voit aucune trace dans aucun
Livre du tems. Joignez à ce filence la confideration
de l'état ou l'Europe étoit alors ,
& voyez ſi un Prince auſſi ſage que Henrile-
Grand a pû concevoir un projet d'une
exécution impoffible.
Si on réimprime ( comme on me le mande)
le Livre fameux , connu ſous le nom du
Teſtament Politique du Cardinal de Richelieu
, montrez combien on doit douter que
cegrand Miniſtre en ſoit l'Auteur . 1º. Parceque
jamais le Manuſcrit n'a été vû , ni connu
chés ſes héritiers , ni chés les Miniſtres
qui lui fuccederent. 2°. Parce qu'il fut imprimé
trente ans après ſa mort , ſans avoir
NOVEMBRE.
1744. 31
été annoncé auparavant. 3 °. Parce que l'Editeur
n'oſe pas ſeulement dire de qui il
tient le Manufcrit , ce qu'il eſt devenu , en
quelle main il l'a déposé. 4°. Parce qu'il eſt
d'un ſtyle très-different des autres Ouvrages
du Cardinal de Richelieu. 5°. Parce qu'on
lui fait ſigner ſon nom d'une façon dont il
ne ſe ſervoit pas. 6° . Parce que dans l'Ouvrage
il y a beaucoup d'expreſſions & d'idées
, peu convenables à un Grand Miniftre
, qui parle à un Grand Roi. Il n'y a pas
d'apparence qu'un homme auſſi poli que
le Cardinal de Richelieu , eur appellé la
Dame d'Honneur de la Reine La Dufargis,
comme s'il eut parlé d'une femme publique.
Eſt- il vrai -femblable que le Miniſtre d'un
Roi de quarante ans , lui faſſe des leçons ,
plus propres à un jeune Dauphin qu'on
éléve , qu'à un Monarque âgé , de qui l'on
dépend ?
Dans le ſecond Chapitre , il avance cette
nouvelle propoſition, que la Raifon doit être
la règle de la conduite. Dans un autre , il dit
que l'Eſpagne , en donnant un million par
an aux Proteftans , rendoit les Indes qui
fourniffoient cet argent , tributaires de l'Enfer.
Expreffion plus digne d'un mauvais
Orateur , que d'un Miniſtre éloquent , tel
que ce Cardinal. Dans un autre , il appelle
le Duc de Mantouë , ce pauvre Prince. Enfin
32 MERCURE DE FRANCE.
eſt-il vraiſemblable , qu'il eut rapporté au
Roi des bons mots de Bautru , & cent minuties
pareilles dans un Teſtament Politique
?
7°. Comment celui qui a fait parler le
Cardinal de Richelieu , peut-il faire dire
(dans les premieres pages ) que dès qu'il
fut appelle au Conſeil ,il promit au Roi
d'abaiſſer ſes ennemis , les Huguenots , &
les Grands du Royaume ? Ne devoit- on pas
ſe ſouvenir , que le Cardinal de Richelieu ,
remis dans le Conſeil par les bontés de la
Reine-Mere , n'y fut que le ſecond pendant
plus d'un an , & qu'il étoit alors bien loin
d'avoir de l'aſcendant ſur l'eſprit du Roi , &
d'être premier Miniſtre ?
8 °. On prétend ( dans le ſecond Chapitre
Livre premier ) que pendant cinq
ans le Roi dépenſa pour la Guerre 60 mil
lions par an , qui en valent environ fixvingt
de notre monnoye , & cela , fans cefſer
de payer les Charges de l'Etat & fans
moyens extraordinaires ; & d'un autre côté ,
dans le Chapitre 9 , ſeconde Partie , il eſt
dit qu'en tems de Paix , il entroit à l'épargne
environ par an trente-cinq millions ,
dont il falloit encore rabattre beaucoup . Ne
paroît-il pas entre ces deux calculs une contradiction
évidente ?
:
9. Est- il d'un Miniſtre d'appeller à tout
NOVEMBRE. 1744. 33
moment les Rentes à 8 , à 6 , às pour cent,
des Rentes au denier 8 , au denier 6 , au
deniers ? Ledenier cinq eſt vingt pour cent;
& le denier vingt eſt cinq pour cent ; ce
ſont des choſes qu'un apprentif ne confondroit
pas.
10º. Eſt- il vraiſemblable que le Cardinal
de Richelieu ait appellé les Parlemens ,
Cours Souveraines , & qu'il propoſe , Chap.
໑ , Part, 2 , de faire payer la Taille à ces
Cours Souveraines ? 11º. Eſt- il vraiſemblable
qu'il ait propoſé de ſupprimer lesGa
belles ; & ce projet n'a-t'il pas été fait par
un Politique oiſif, plutôt que par un homme
nourri dans les affaires ? 12°. Enfin ne
voit- on pas combien il eſt incroyable qu'un
Miniſtre , au milieu de la Guerre la plus
vive , ait intitulé un Chapitre : Succinte narration
des Actions du Roi , jusqu'à la Paix ?
Voilà bien des raiſons de douter , que cet
illuſtre Miniſtre ſoit l'Auteur de ce Livre.
Je me souviens d'avoir entendu dire dans
mon enfance à un Vieillard très-inſtruit ,
que le Teftament Politique étoit de l'Abbé
de Bourſeis , l'un des premiers Académiciens.
Mais je crois qu'il eſt plus aiſé de ſçavoir
de qui ce Liyre n'eſt pas , que de connoître
ſon Auteur ; & en rendant ainſi juftice
à tout le monde , en péſant tout dans
une balance exacte , élevez-vous fur tout
contre la calomnie.
34 MERCURE DE FRANCE.
(
4
Parlez avec courage contre ces injuftices
, & faites ſentir à tous les Auteurs
de ces infamies , que le mépris & l'horreur
du Public feront éternellement leur partage.
SUR LES LANGUES.
Il faut qu'un bon Journaliſte ſcache au
moins l'Anglois & l'Italien , car il y a beaucoup
d'Ouvrages de génie dans ces Langues,&
legénie n'eſt preſque jamais traduit.
Ce font , je crois , les deux Langues de l'Europe
les plus néceſſaires à un François. Les
Italiens ſont les premiers qui ayent retiré
les Arts de la Barbarie , & il y a tant de
grandeur , tant de force d'imagination , jufquesdans
les fautes des Anglois , qu'on ne
peut trop conſeiller l'étude de leur Langue.
Il eſt triſte que leGrec ſoit négligé en
France , mais il n'eſt pas permis à un Journaliſte
de l'ignorer. Sans cette connoiſſance
, il y a un grand nombre de mors François
,dont il n'aura jamais qu'une idée confuſe
: car depuis l'Arithmétique juſqu'à
l'Aſtronomie , quel eſt le terme d' Art , qui
ne dérive de cette Langue admirable ?A
peine y a-t'il un muscle , une veie , un ligament
dans notre corps , une maladie , ut.
reméde, dont le nom ne ſoitGrec ; donnez
NOVEMBRE. 1744. 35
moi deux jeunesgens , dont l'un ſçaura cette
Langue & dont l'autre l'ignorera , que ni
l'un ni l'autre n'ait la moindre teinture
d'Anatomie , qu'ils entendent dire qu'un
homme eſt malade , d'une péripneumonie ,
celui qui ſçait le Grec entendra tout d'un
coup dequoi il s'agit , parce qu'il voit dequoi
ces mots ſont compoſés ; l'autre ne
comprendra abſolument rien.
Pluſieurs mauvais Journaliſtes ont ofé
donner la préférence à l'Iliade de la Motte
fur l'Iliade d'Homere . Certainement s'ils
avoient lû Homere en leur Langue , il eufſent
vû que la Traduction eſt plus au-defſous
de l'Original , que Segrais n'eſt audeſſous
de Virgile.
Un Journaliſte , verſé dans la LangueGrecque
, pourra-t'il s'empêcher de remarquer
dans les Traductions que Toureils a fait de
Demofthene , quelques foibleſſes au milieu
de ſes beautés ?
Si quelqu'un ( dit le Traducteur ) vous demande,
Meſſieurs les Athéniens, avez- vous la
Paix?Non, de parJupiter , répondez - vous ,
nous avons la Guerre avec Philippe.
Le Lecteur , ſur cet expoſé , pourroit croirequeDemofthene
plaiſante à contre-tems ;
que ces termes familiers ,& réſervés pour le
bas Comique : Meſſieurs les Athéniens depar
Jupiter , répondent à de pareilles expref
1
36 MERCURE DE FRANCE.
1
,
Lions Grecques. Il n'en est pourtant rien , &
cette faute appartient toute entiere au Traducteur.
Ce font mille petites inadvertences
pareilles , qu'un Journaliſte éclairé peut
faire obſerver , pourvû qu'en même- tems
il remarque encore plus les beautés.
Il feroitàſouhaiter que les Sçavans dans
les Langues Orientales ,nous euffent donné
des Journaux des Livres de l'Orient. Le
Public ne feroit pas dans la profonde ignorance
où il eſt de l'Hiſtoire de la plus grande
parrie de notre Globe ; nous nous accoutumerions
à réformer notre Chronologie ;
nous ferions plus inſtruits de la Religion de
Zoroastre , dont les Sectateurs ſubſiſtent en
core , quoique ſans Patrie , à peu près com
me les Juifs , & quelques autres Sociétés ſuperftitieuſes
, répandues de tems immémo
rial dans l'Afie ;on connoîtroit les reſtes de
L'ancienne Philofophie Indienne ; on ne
donneroit plus le nom faſtueux d'Hiſtoire
Univerſelle à des Recueils de quelques Fables
d'Egypte , des Révolutions d'un Pays ,
grand comme la Champagne , nommé la
Gréce , & du Peuple Romain , qui tout
grand qu'il a été , n'a jamais eu ſous ſa domination
tant d'Etats que le peuple de Mahomet
, & qui n'a jamais conquis la dixiéme
partie du monde.
Mais auffi que votre amour pour les Langues
NOVEMBRE. 1744. 37
guer étrangeres ne vous faſſe pas mépriſer
ce qui s'écrit dans votre Patrie ; ne ſoyez
point comme ce faux délicat , à qui Pétrone
faitdire :
Ales phaſiacis petita colchis ,
Atque afra volucres placent palato ,
Quid quid quæritur optimum videtur.
On ne trouva dans la Bibliothéque de
l'Abbé de Longuerue , après ſa mort , aucun
Poëte François.
و en fait Je voudrois , encore une fois
de Belles-Lettres , qu'on fût de tous les
Pays , & furtout du ſien. J'appliquerai à ce
ſujet , des Vers de M. de la Motte , car
il en a fait d'excellens.
C'eſt par l'étude que nous ſommes
Contemporains de tous les hommes ,
Et Citoyens de tous les Lieux.
DU STYLE D'UN JOURNALISTE.
Quant au ſtyle d'un Journaliſte , Bayle
eſt peut-être le premier modéle , s'il vous
en faut un; c'eſt le plus profondDialecticien
qui ait jamais écrit ; c'eſt le ſeul Compilateur
qui ait du goût; cependant dans ſon
I. Vol. C
38 MERCURE DE FRANCE.
ſtyle , toûjours clair & naturel , il y a top
de négligence , trop d'oubli des bienféancess
, trop d'incorrection. Il eſt diffus ; il
fait , à la vérité , converſation avec ſon
Lecteur , comme Montagne , & en cela il
charme tout le monde , mais il s'abandonne
à une molleſſe de ſtyle , & aux expreſſions
triviales d'une converſation trop ſimple ,
& en cela il rebute ſouvent l'homme de
gofût .
En voici un exemple , qui me tombe fous
la main , c'eſt l'article d'Abaillard , dans
fon Dictionnaire . Abaillard , dit- il, s'amufoit
plus a tâtonner & à baiſer ſon Ecoliere ,
qu'à lui expliquer un Auteur. Un tel défaut
lui eſt trop familier ; ne l'imitez pas.
Nul chef- d'oeuvre, par vous écrit juſqu'aujourd'hui,
Ne vous donne le droit de faillir comme à lui .
N'employez jamais un mot nouveau , à
moins qu'il n'ait ces trois qualités , d'être
néceſſaire , intelligible , & fonore. Des
idées nouvelles , furtouten Phyſique , exigent
des expreſſions nouvelles, mais ſubſtituer
à un mot d'uſage un autre mot , qui
n'a que le mérite de la nouveauté , ce n'eſt
pas enrichir la Langue , c'eſt la gâter. Le
fiécle de Louis XIV. mérite ce reſpect des
François , que jamais ils ne parlent un auNOVEMBRE.
1744. 39
tre Langage,que celui qui a fait lagloire de
ces belles années .
Songez ſurtout que ce n'eſt point avec la
familiarité du ſtyle Epiſtolaire,mais que c'eſt
avec ladignitédu ſtyledeCiceron,qu'ondoit
traiter la Philoſophie. Mallebranche, moins
pur que Ciceron , mais plus fort & plus
rempli d'images , me paroît un grand modéle
dans ce genre , & plût à Dieu qu'il
eût établi des vérit ésauſſi ſolidement, qu'il
a expoſé ſes opinions avec éloquence !
Loke , moins élevé que Mallebranche ,
peut-être trop diffus , mais plus élégant ,
s'exprime toûjours dans ſa Langue avec netreté&
avec grace ; ſon ſtyle eft charmant ,
puroque fimillimus amni. Vous ne trouvez
dans ces Auteurs aucune envie de briller à
contre-tems , aucune pointe , aucun artifice.
Ne les ſuivez pas ſervilement : O imitatores
fervum pecus ! mais à leur exemple ,
rempliſſez -vous d'idées profondes & juttes;
alors les mots viennent aisément , Rem verba
fequuntur. Remarquez que les hommes
qui ont le mieux penſe , ſont auſſi ceux qui
ont le mieux écrit.
Si la Langue Françoiſe doit bien-tôt ſe
corrompre, cette altération viendra de deux
ſources; l'une eſt le ſtyle affecté de quelques
Auteurs qui ont vêcu en France; l'autre eſt
ને
Cij
40 MERCURE DE FRANCE.
la négligence des Ecrivains qui réſident
dans les Pays Etrangers ; les Papiers publics
& les Journaux ſont infectés continuellement
d'expreſſions impropres , aufquelles
le Public s'accoûtume , à force de
les relire .
Par exemple , rien n'eſt plus commun
dans les Gazettes que cette phrase , nous
apprenons que les affiégeans auroient un
zeljourbattu en breche ; on ditque les deux
armées ſeſeroient approchées ; au lieu de , les
deux armées ſeſont approchées ; les affiégeans
ont battu en breche , &c.
Cette conſtruction , très-vicieuſe , eſt
imitée du ſtyle qu'on a malheureuſement
conſervédans le Barreau ,& dans quelques
Edits; on fait dans ces Piéces parler au Souverain
un Langage gothique. Il dit, on nous
auroit remontré , au lieu de , on nous a remontré
; Lettres Royaux , au lieu de Lettres
Royales ; voulons & nous plaît , au lieu de
toute autre phrafe plus méthodique & plus
grammaticale ; ce ſtyle gothique des Edits
&des Loix, eft comme une cérémonie dans
laquelle on porte des habits antiques , mais
il ne faut point les porter ailleurs. On feroit
même beaucoup mieux de faire parler
le Langage ordinaire aux Loix qui ſont faites
pour être entenduës aisément ; on de
NOVEMBRE.
1744. 41
vroit imiter l'élégance des Inſtituts de Juftinien.
Les Ecrivains doivent éviter cet abus ,
dans lequel donnent tous les Gazetiers
Etrangers ; il faut imiter le ſtyle de la
Gazette qui s'imprime à Paris ; elle dit
correctement les choſes qu'elle doit dire .
La plupart des Gens de Lettres , qui travaillent
en Hollande , où ſe fait le plus
grand commerce de Livres , s'infectent d'une
autre eſpece de barbarie , qui vient du
Langage desMarchands ; ils commencent à
écrire par contre , pour au contraire ; cette
préſente, au lieude cette Lettre ; le change ,
au lieu de changement. J'ai vû des Traductions
d'excellents Livres , remplies de ces
expreſſions. Le ſeul expoſé de pareilles fautes
doit ſuffire pour corriger les Auteurs .
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Résumé : AVIS à un Journaliste, 10 Mai 1737.
Dans une lettre datée du 10 mai 1737, l'auteur donne des conseils à un journaliste pour la création d'un journal périodique. Il insiste sur l'impartialité et la diversité des genres littéraires à inclure, tels que les mathématiques, la poésie, les pièces de théâtre et les œuvres poétiques. Pour les articles philosophiques, il suggère de résumer les opinions et les vérités historiques, en illustrant les évolutions des idées à travers les contributions de philosophes et scientifiques comme Épicure, Newton, Aristote et Galilée. En histoire, il recommande de traiter les sujets avec soin, en évitant les critiques excessives, et met en avant l'importance de l'histoire récente, marquée par des événements comme la prise de Constantinople et la découverte de l'Amérique. L'auteur exprime également son désir de rédiger l'histoire du siècle de Louis XIV. Concernant les œuvres théâtrales, il préconise une critique équilibrée, reconnaissant la valeur des œuvres modernes tout en respectant les classiques. Il critique ceux qui refusent de reconnaître la valeur des œuvres contemporaines et souligne l'importance de l'intérêt et de la moralité dans les pièces de théâtre. Pour la tragédie, il reconnaît la difficulté et la supériorité de cet art, mentionnant des auteurs comme Corneille et Racine. Il encourage à comparer les œuvres françaises avec celles des pays étrangers pour enrichir la critique. Le texte met également en lumière la littérature théâtrale française, en particulier les comédies et tragédies. L'auteur admire les œuvres modernes comme 'Le Préjugé à la mode' et 'Le Glorieux', tout en reconnaissant la valeur des pièces de Molière. Il valorise la diversité des œuvres littéraires et encourage à apprécier les livres pour leur capacité à divertir et à enrichir l'esprit. Il insiste sur l'importance de comparer les idées des auteurs pour encourager l'innovation et l'émulation. L'auteur critique l'ignorance générale concernant l'histoire mondiale et encourage la maîtrise de plusieurs langues pour accéder à des œuvres non traduites. Il prône un style journalistique digne et élégant, comparable à celui de Cicéron, Malebranche et Locke, et met en garde contre les abus linguistiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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810
p. 42
« Dans le dessein où nous sommes de faire tous nos efforts pour réveiller l'attention [...] »
Début :
Dans le dessein où nous sommes de faire tous nos efforts pour réveiller l'attention [...]
Mots clefs :
Roi, Convalescence, Vers, Recueil, Collection, Bibliothèque du roi, Nation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Dans le dessein où nous sommes de faire tous nos efforts pour réveiller l'attention [...] »
D
fai- Ans le deſſein où nous ſommes de
re tous nos efforts pour réveiller l'attention
du Public , & de chercher avec ſoin
tout ce qui pourra flater ſon goût, & piquer
fa curioſité , nous ne pouvons mieux faire
que de lui préſenter quelques-unes des Piéces
qui ont été faites au ſujet de la Convaleſcence
du Roi.
6
Il eſt inutile d'avertir que nous ne prétendons
point dépriſer celles que nous n'inſérons
point dans notre Recueil. Comment
feroit-il poſſible de donner place à toutes ?
On en a compoſé plus de quatre cent , tant
Odes que Poëmes , Fables , Idilles , &c. A
ne compter chacune de ces Piéces que ſur le
pied de 100 Vers , la totalité fait 40 mille
Vers. On fait, dit- on , de tous ces petits Ouvrages
un Recueil ,que l'on conſervera à la
Bibliothéque du Roi; la Poſtérité comptera ,
avec étonnement , cette immenſe Collection
, & y verra un Monument authentique
de l'amour de la Nation pour fon Roi ,
amour , qui ſous le Regne où nous vivons,
n'eſt point diftingué de l'am our de la Patrie ;
au reſte, elle portera vrai ſemblablement fur
Recueil ce le même Jugement que fit
Martial de fes Vers .
Sunt bona ,funt quadam mediocria , sunt mala mulsa,
fai- Ans le deſſein où nous ſommes de
re tous nos efforts pour réveiller l'attention
du Public , & de chercher avec ſoin
tout ce qui pourra flater ſon goût, & piquer
fa curioſité , nous ne pouvons mieux faire
que de lui préſenter quelques-unes des Piéces
qui ont été faites au ſujet de la Convaleſcence
du Roi.
6
Il eſt inutile d'avertir que nous ne prétendons
point dépriſer celles que nous n'inſérons
point dans notre Recueil. Comment
feroit-il poſſible de donner place à toutes ?
On en a compoſé plus de quatre cent , tant
Odes que Poëmes , Fables , Idilles , &c. A
ne compter chacune de ces Piéces que ſur le
pied de 100 Vers , la totalité fait 40 mille
Vers. On fait, dit- on , de tous ces petits Ouvrages
un Recueil ,que l'on conſervera à la
Bibliothéque du Roi; la Poſtérité comptera ,
avec étonnement , cette immenſe Collection
, & y verra un Monument authentique
de l'amour de la Nation pour fon Roi ,
amour , qui ſous le Regne où nous vivons,
n'eſt point diftingué de l'am our de la Patrie ;
au reſte, elle portera vrai ſemblablement fur
Recueil ce le même Jugement que fit
Martial de fes Vers .
Sunt bona ,funt quadam mediocria , sunt mala mulsa,
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811
p. 43-44
LE PALMIER, LES SILVAINS ET JUPITER. FABLE. Sur la Convalescence du Roi.
Début :
UN haut Palmier, l'ornement d'un Rivage [...]
Mots clefs :
Palmier, Jupiter, Sylvains, Aquilon, Roi, Nymphes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PALMIER, LES SILVAINS ET JUPITER. FABLE. Sur la Convalescence du Roi.
LE PALMIER , LES SILVAINS
ET JUPITER .
FABLE.
Sur la Convalescence du Roi.
UNhaut Palmier, l'ornement d'un Rivage
Prêtoit l'ombre de ſes rameaux
Mux Nymphes , aux Silvains , qui ſous ſon verd
feüillage
Danſoient au ſon des Chalumeaux ;
Al'envi , les Oiſeaux y faisoient leur ramage :
Des Habitans de ce ſéjour
Il étoit la joye & l'amour.
Le plus fier des Enfans d'Eole
Troubla cette félicité.
Sorti des froids climats du Pole
Avec impétuofité
L'Aquilon déclare laGuerre
3
Au beau Palmier, qu'il veut jetter par terres
Les Silvains de leurs cris firent retentir l'air ;
Les Nymphes verſerent des larmes :
Tous invoquérent Jupiter.
Conſervez-nous , grand Dieu , ce Palmier pleinde
charmes ;
Réprimez le noir Ouragan.
Cij
44 MERCURE DE FRANCE.
Jupiter fut ſenſible à leurs juſtes allarmes ;
Des Airs il gronde le Tyran.
Retourne , lui dit- il , promener ta furie
En Groenlande , en Laponie ;
Tu peux dans ces fauvages Lieux
Te déchaîner , & ſouffler de ton mieux :
Mais de cette rive chérie
N'approche plus, ou bien crains moncourroux,
L'Aquilon fuit. A l'inſtant dans la Plaine
Un Zéphir favorable & doux
Vient ranimer de ſon haleine
L'Arbre Divin. Que de remercimens
A Jupiter ! Le Silvain , la Bergere ,
Au comble de leurs voeux , danſent ſur la Fougere,
Et forment des Concerts charmans .
Ce beau Palmier , chéri de la Victoire ,
En butte à l'Aquilon , FRANCE , c'eſt votre Roi :
Son extrême danger a cauſe votre effroi ;
Le Ciel vous l'a rendu. Conſervez la mémoire
Du plus grand des bienfaits ; ſes jours ſont votre
gloire.
Richer.
ET JUPITER .
FABLE.
Sur la Convalescence du Roi.
UNhaut Palmier, l'ornement d'un Rivage
Prêtoit l'ombre de ſes rameaux
Mux Nymphes , aux Silvains , qui ſous ſon verd
feüillage
Danſoient au ſon des Chalumeaux ;
Al'envi , les Oiſeaux y faisoient leur ramage :
Des Habitans de ce ſéjour
Il étoit la joye & l'amour.
Le plus fier des Enfans d'Eole
Troubla cette félicité.
Sorti des froids climats du Pole
Avec impétuofité
L'Aquilon déclare laGuerre
3
Au beau Palmier, qu'il veut jetter par terres
Les Silvains de leurs cris firent retentir l'air ;
Les Nymphes verſerent des larmes :
Tous invoquérent Jupiter.
Conſervez-nous , grand Dieu , ce Palmier pleinde
charmes ;
Réprimez le noir Ouragan.
Cij
44 MERCURE DE FRANCE.
Jupiter fut ſenſible à leurs juſtes allarmes ;
Des Airs il gronde le Tyran.
Retourne , lui dit- il , promener ta furie
En Groenlande , en Laponie ;
Tu peux dans ces fauvages Lieux
Te déchaîner , & ſouffler de ton mieux :
Mais de cette rive chérie
N'approche plus, ou bien crains moncourroux,
L'Aquilon fuit. A l'inſtant dans la Plaine
Un Zéphir favorable & doux
Vient ranimer de ſon haleine
L'Arbre Divin. Que de remercimens
A Jupiter ! Le Silvain , la Bergere ,
Au comble de leurs voeux , danſent ſur la Fougere,
Et forment des Concerts charmans .
Ce beau Palmier , chéri de la Victoire ,
En butte à l'Aquilon , FRANCE , c'eſt votre Roi :
Son extrême danger a cauſe votre effroi ;
Le Ciel vous l'a rendu. Conſervez la mémoire
Du plus grand des bienfaits ; ſes jours ſont votre
gloire.
Richer.
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812
p. 54
ADRESSE aux Poëtes qui ont célébré la Convalescence du Roi.
Début :
J'AI fait comme tant & tant d'autres, [...]
Mots clefs :
Poètes, Roi, Rimeurs, Délire, Peuple
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ADRESSE aux Poëtes qui ont célébré la Convalescence du Roi.
ADRESSE aux Poëtes qui ont célébré
la Convalefcence du Roi.
J''AAiifait commetant&tantd'autres,
1
Quelques Vers ſur l'heureux retour
De la ſanté du Roi , l'objet de notre amour ;
Mais écoutez , Confreres nôtres ,
Poëtes & Rimeurs , que vous figurez - vous ,
Qu'à l'envi nous ayons tâché d'exprimer tous
Dansles bruyans accès d'un ſuperbe délire ?
Trois mots que ſans emphaſe & d'auſſi bonne foi
Le Peuple hautement en tous lieux aime à dire ,
Et les voici , VIVEA RO
Des Forges Maillard,
la Convalefcence du Roi.
J''AAiifait commetant&tantd'autres,
1
Quelques Vers ſur l'heureux retour
De la ſanté du Roi , l'objet de notre amour ;
Mais écoutez , Confreres nôtres ,
Poëtes & Rimeurs , que vous figurez - vous ,
Qu'à l'envi nous ayons tâché d'exprimer tous
Dansles bruyans accès d'un ſuperbe délire ?
Trois mots que ſans emphaſe & d'auſſi bonne foi
Le Peuple hautement en tous lieux aime à dire ,
Et les voici , VIVEA RO
Des Forges Maillard,
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813
p. 57-58
AU ROI, A son retour de l'Armée.
Début :
Quand le Soleil, ame de la Nature, [...]
Mots clefs :
Roi, Retour, Nuit, Regards, Cieux, Voix, Peuple, Sensible, Doux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROI, A son retour de l'Armée.
AU ROI ,
A fon retour de l'Armée,
QUandle Soleil , ame de laNature ,
Au Monde ; en s'éclipſant , dérobe ſa clarté ,
Tout s'attriſte& languit dans une nuit obſcures
Tout eſt ſans vie & fans beauté.
Qu'il reparoiffe & brille fans nuage ;
Aſes premiers regards tout revit ſous les Cieux ;
Et pour chanter ſon retour glorieux ,
Tout a ſa voix & ſon langage.
Legazoüillement des Oiseaux
Des tranquilles Forêts interrompt le filence ;
Sur le gazon fleuri bondiſſent les Troupeaux ;
Le Poiſſon , même qui s'élance ,
Se plaît ſur la face des Eaux.
Louis , à ce Tableau tu reconnois la France
Dans ſon ſein , Aftre bienfaiſant ,
Que ton Eclipse , hélas , a répandu d'allarmes !
Mais à la ſeule joye il échappe des larmes ,
Quand ſur ſon horiſon tu parois renaiſſant.
Quel concours empreſſé d'un Peuple qui t'adore !
Il te voit , s'attendrit , & veut te voir encore ;
Le jour qu'il te retrouve , eſt le plus beau des jours;
Pour le prolonger dans ſon cours ,
58 MERCURE DE FRANCE.
Il embellit la nuit des clartés de l'Aurore ;
Tout s'anime , tout ſe décore :
Ici de mille voix s'élevent les Concerts ;
Là le ſalpêtre ardent, qui s'exhale en éclairs,
Brille, ſerpente , éclate , & par ſes jeux rapides ,
Ton nom qu'il fait éclore à nos regards avides,
Ainſi quedans les coeurs eſt écrit dans les airs .
GRAND ROI , cet hommage ſi tendre ,
Que le zéle François brûle de t'exprimer ,
Pourroit-il ne pas te charmer ?
Il eſt ſi doux de te le rendre !
Il eſt ſi doux d'élever juſqu'aux Cieux
Un Roi , que fes périls ſuivis de la Victoire ,
Nous rendent aufli cher, qu'il eſt grand à nos yeux
Senſible à la folide gloire ,
Senſible à nos tranſports , applaudis à nos Voeux ::
Affés d'exploits brillans affûrent ta mémoire ,
Mais ton amour pour nous, tracé dans ton Hiſtoire,
Fera douter chés nos Neveux ,
Qui du Prince ou du Peuple étoit le plus heureux,
: Le P. R de l'Oratoire.
A fon retour de l'Armée,
QUandle Soleil , ame de laNature ,
Au Monde ; en s'éclipſant , dérobe ſa clarté ,
Tout s'attriſte& languit dans une nuit obſcures
Tout eſt ſans vie & fans beauté.
Qu'il reparoiffe & brille fans nuage ;
Aſes premiers regards tout revit ſous les Cieux ;
Et pour chanter ſon retour glorieux ,
Tout a ſa voix & ſon langage.
Legazoüillement des Oiseaux
Des tranquilles Forêts interrompt le filence ;
Sur le gazon fleuri bondiſſent les Troupeaux ;
Le Poiſſon , même qui s'élance ,
Se plaît ſur la face des Eaux.
Louis , à ce Tableau tu reconnois la France
Dans ſon ſein , Aftre bienfaiſant ,
Que ton Eclipse , hélas , a répandu d'allarmes !
Mais à la ſeule joye il échappe des larmes ,
Quand ſur ſon horiſon tu parois renaiſſant.
Quel concours empreſſé d'un Peuple qui t'adore !
Il te voit , s'attendrit , & veut te voir encore ;
Le jour qu'il te retrouve , eſt le plus beau des jours;
Pour le prolonger dans ſon cours ,
58 MERCURE DE FRANCE.
Il embellit la nuit des clartés de l'Aurore ;
Tout s'anime , tout ſe décore :
Ici de mille voix s'élevent les Concerts ;
Là le ſalpêtre ardent, qui s'exhale en éclairs,
Brille, ſerpente , éclate , & par ſes jeux rapides ,
Ton nom qu'il fait éclore à nos regards avides,
Ainſi quedans les coeurs eſt écrit dans les airs .
GRAND ROI , cet hommage ſi tendre ,
Que le zéle François brûle de t'exprimer ,
Pourroit-il ne pas te charmer ?
Il eſt ſi doux de te le rendre !
Il eſt ſi doux d'élever juſqu'aux Cieux
Un Roi , que fes périls ſuivis de la Victoire ,
Nous rendent aufli cher, qu'il eſt grand à nos yeux
Senſible à la folide gloire ,
Senſible à nos tranſports , applaudis à nos Voeux ::
Affés d'exploits brillans affûrent ta mémoire ,
Mais ton amour pour nous, tracé dans ton Hiſtoire,
Fera douter chés nos Neveux ,
Qui du Prince ou du Peuple étoit le plus heureux,
: Le P. R de l'Oratoire.
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814
p. 59-62
DISCOURS EN VERS, Sur les Evenemens de l'année 1744.
Début :
Quoi, verrai-je toujours des sottises en France ? [...]
Mots clefs :
Vers, Grand, Roi, Héros, Trône, Louis-François de Bourbon-Conti, Univers, Amour, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS EN VERS, Sur les Evenemens de l'année 1744.
DISCOURS EN VERS ,
Sur les Evenemens de l'année 1744.
Quoi , verrai-je toujours des fottiſes en France
Diſoit l'hyver dernier, d'un ton plein d'importance,
Timon , qui , du paflé profond admirateur ,
Du préſent qu'il ignore eſt l'éternel frondeur !
Pourquoi , s'écrioit-il , le Roi va -t'il en Flandre ?
Quelle étrange Vertu qui s'obſtine à défendre
Les débris dangereux du Trône des Césars ,
Contre l'Or des Anglais , & le Fer des Houzards a
Dans le jeune CONTY quel excès de folie ,
D'eſcalader les Monts qui gardent l'Italie ,
Et d'attaquer , vers Nice , un Roi Victorieux ,
Sur ces Sommets glacés dont le front touche aux
Cieux ?
Pour franchir ces amas de neiges éternelles ,
Dedale à cet Icare a- t'il prêté ſes aîles ?
A-t'il reçû du moins dans ſon deſſein fatal ,
Pour brifer les Rochers le ſecret d'Annibale
Il parle & CONTY vole. Une ardente jeuneſſe,
Voyant peu les dangers que voit trop la vieilleſſe;
Se précipite en foule autour de ſon Héros :
Du Var qui s'épouvante on traverſe les flots ;
DeTorrensen Rochers ,de Montagne en Abyme,
60 MERCURE DE FRANCE.
Des Alpes en couroux on aſſiége la cime ;
On y brave la foudre : On voit de tous côtés
Et la Nature , & l'Art , & l'Ennemi domptés ,
CONTY qu'on cenſuroit ,& que l'Univers love ,
Eſt un autre Annibal qui n'a point de Capoüe.
Critiques orgueilleux, Frondeurs , en est- ce aſſés ?
Avec Nice & Demont vous voilà terraſſés.
Mais, tandis que ſous lui les Alpes s'applaniffent,
Que fur les Flots voiſins lesAnglois en frémiſſent,
Vers les bords de l'Escaut LOUIS fait tour
trembler ;
Le Batave s'arrête , & craint de le troubler .
Miniſtres , Géneraux , ſuivent d'un même zéle ,
Da Conſeil aux dangers,leur Prince & leur modéle.
L'Ombre du GRAND CONDE' , l'Ombre du GRAND
LOUIS ,
Dans les Champs de la Flandre ont reconnu leur
Fils :
L'Envie alors ſe tait ; la Médifance admire.
Zoile, un jour du moins , renonce à la Satyre ;
Et le vieux Nouvelliſte , une canne à la main ,
Trace au Palais Royal Yore, Furne & Menin .
Ainfi , lorſqu'à Paris la tendre Melpomene
De quelque Ouvrage heureux vient embellir la
Scéne ,
En dépit des flets de cent Auteurs malins ,
Le Spectateur ſenſible applaudit des deux mains ;
Aini
NOVEMBRE. 61
1744.
Ainfi , malgré Buffy , ſes chansons , & fa haine ,
Nos Ayeux admiroient Luxembourg & Turenne.
Le Français , quelquefois , eſt léger & moqueur ,
Mais toujours le Mérite eut des droits ſur ſon coeur,
Son oeil perçant &juſte eſt prompt àle connoître ,
Il l'aime en ſon égal ; il l'adore en ſon Maître.
La Vertu ſur le Trône eſt en ſon plus beau jour ,
Et l'exemple du Monde en eſt auſſi l'amour.
Nous l'avons bien prouvé, quand la Fiévre fatale,
A l'oeil creux, au tein ſombre, à la marche inégale,
Attaqua dans ſon lit, de ſes tremblantes mains,
Au fortir des Combats , le plus grand des Humains,
Jadis Germanicus fit verſer moins de larmes ;
L'Univers éploré reſſentit moins d'allarmes ,
Et goûta moins l'excès de ſa félicité ,
Lorſqu'Antonin mourant , reparut en ſanté.
Dans nos emportemens de douleur & de joye ,
Le coeur ſeul a parlé ; l'amour ſeul le déploye.
Paris n'a jamais vû de tranſports ſi divers ,
Tant de Feux d'artifice , & fi peu de bons Vers,
Autrefois, & GRAND ROI ! les Filles de Mémoire,
Chantant au pied du Trône,en égaloient la gloire.
Que nous dégénérons de ce tems ſi chéri !
L'éclat du Tiône augmente, & le nôtre eſt flétri.
Oma Proſe & mes Vers, gardez - vous de paroître.
Il eſt dur d'ennuyer ſon Héros & ſon Maître :
I. Vol. D
62 MERCURE DE FRANCE.
Cependant nous avons la noble vanité
De mener les Héros à l'immortalité ;
Nous nous trompons beaucoup ; un koi juſte &
qu'on aime ,
Va ſans nous à la gloire, &doit tout à lui-même,
Chaque âge le benit ; le Vieillard , expirant ,
De ce Prince , à ſon Fils fait l'éloge en pleuranta
Le Fils , éternifant des Images ſi cheres ,
Raconte à les Neveux le bonheur de leurs Peres ,
Et ce nom dont la Terre aime à s'entretenir ,
Eſt porté par l'Amour aux fiécles à venir.
Si pourtant , & GRAND ROI ! quelqu'eſprit moins
vulgaire ,
Des voeux de tout un Peuple interpréte fincère
S'élevant juſqu'à Vous par le grand Art des Vers ;
Oſoit , ſans vous flater , vous peindre à l'Univers
Peut-être on vous verroit , ſéduit par l'harmonie
Pardonner à l'Eloge en faveur du Génie ;
Peut- être d'un regard le Parnaſſe excité ,
De ſon luſtre terni reprendroit la beauté.
L'oeil du Maître peut tout ; c'eſt lui qui rend la vie
Au Mérite expirant ſous les dents de l'Envie ;
C'eſt lui dont les rayons ont cent fois éclairé
Le modeſte Talent , dans la foule ignoré.
Un Roi qui ſçait régner , nous fait ce que nou
fommes :
Les regards d'un Héros produiſent des Grands
Hommes.
ParM. de Voltaire.
Sur les Evenemens de l'année 1744.
Quoi , verrai-je toujours des fottiſes en France
Diſoit l'hyver dernier, d'un ton plein d'importance,
Timon , qui , du paflé profond admirateur ,
Du préſent qu'il ignore eſt l'éternel frondeur !
Pourquoi , s'écrioit-il , le Roi va -t'il en Flandre ?
Quelle étrange Vertu qui s'obſtine à défendre
Les débris dangereux du Trône des Césars ,
Contre l'Or des Anglais , & le Fer des Houzards a
Dans le jeune CONTY quel excès de folie ,
D'eſcalader les Monts qui gardent l'Italie ,
Et d'attaquer , vers Nice , un Roi Victorieux ,
Sur ces Sommets glacés dont le front touche aux
Cieux ?
Pour franchir ces amas de neiges éternelles ,
Dedale à cet Icare a- t'il prêté ſes aîles ?
A-t'il reçû du moins dans ſon deſſein fatal ,
Pour brifer les Rochers le ſecret d'Annibale
Il parle & CONTY vole. Une ardente jeuneſſe,
Voyant peu les dangers que voit trop la vieilleſſe;
Se précipite en foule autour de ſon Héros :
Du Var qui s'épouvante on traverſe les flots ;
DeTorrensen Rochers ,de Montagne en Abyme,
60 MERCURE DE FRANCE.
Des Alpes en couroux on aſſiége la cime ;
On y brave la foudre : On voit de tous côtés
Et la Nature , & l'Art , & l'Ennemi domptés ,
CONTY qu'on cenſuroit ,& que l'Univers love ,
Eſt un autre Annibal qui n'a point de Capoüe.
Critiques orgueilleux, Frondeurs , en est- ce aſſés ?
Avec Nice & Demont vous voilà terraſſés.
Mais, tandis que ſous lui les Alpes s'applaniffent,
Que fur les Flots voiſins lesAnglois en frémiſſent,
Vers les bords de l'Escaut LOUIS fait tour
trembler ;
Le Batave s'arrête , & craint de le troubler .
Miniſtres , Géneraux , ſuivent d'un même zéle ,
Da Conſeil aux dangers,leur Prince & leur modéle.
L'Ombre du GRAND CONDE' , l'Ombre du GRAND
LOUIS ,
Dans les Champs de la Flandre ont reconnu leur
Fils :
L'Envie alors ſe tait ; la Médifance admire.
Zoile, un jour du moins , renonce à la Satyre ;
Et le vieux Nouvelliſte , une canne à la main ,
Trace au Palais Royal Yore, Furne & Menin .
Ainfi , lorſqu'à Paris la tendre Melpomene
De quelque Ouvrage heureux vient embellir la
Scéne ,
En dépit des flets de cent Auteurs malins ,
Le Spectateur ſenſible applaudit des deux mains ;
Aini
NOVEMBRE. 61
1744.
Ainfi , malgré Buffy , ſes chansons , & fa haine ,
Nos Ayeux admiroient Luxembourg & Turenne.
Le Français , quelquefois , eſt léger & moqueur ,
Mais toujours le Mérite eut des droits ſur ſon coeur,
Son oeil perçant &juſte eſt prompt àle connoître ,
Il l'aime en ſon égal ; il l'adore en ſon Maître.
La Vertu ſur le Trône eſt en ſon plus beau jour ,
Et l'exemple du Monde en eſt auſſi l'amour.
Nous l'avons bien prouvé, quand la Fiévre fatale,
A l'oeil creux, au tein ſombre, à la marche inégale,
Attaqua dans ſon lit, de ſes tremblantes mains,
Au fortir des Combats , le plus grand des Humains,
Jadis Germanicus fit verſer moins de larmes ;
L'Univers éploré reſſentit moins d'allarmes ,
Et goûta moins l'excès de ſa félicité ,
Lorſqu'Antonin mourant , reparut en ſanté.
Dans nos emportemens de douleur & de joye ,
Le coeur ſeul a parlé ; l'amour ſeul le déploye.
Paris n'a jamais vû de tranſports ſi divers ,
Tant de Feux d'artifice , & fi peu de bons Vers,
Autrefois, & GRAND ROI ! les Filles de Mémoire,
Chantant au pied du Trône,en égaloient la gloire.
Que nous dégénérons de ce tems ſi chéri !
L'éclat du Tiône augmente, & le nôtre eſt flétri.
Oma Proſe & mes Vers, gardez - vous de paroître.
Il eſt dur d'ennuyer ſon Héros & ſon Maître :
I. Vol. D
62 MERCURE DE FRANCE.
Cependant nous avons la noble vanité
De mener les Héros à l'immortalité ;
Nous nous trompons beaucoup ; un koi juſte &
qu'on aime ,
Va ſans nous à la gloire, &doit tout à lui-même,
Chaque âge le benit ; le Vieillard , expirant ,
De ce Prince , à ſon Fils fait l'éloge en pleuranta
Le Fils , éternifant des Images ſi cheres ,
Raconte à les Neveux le bonheur de leurs Peres ,
Et ce nom dont la Terre aime à s'entretenir ,
Eſt porté par l'Amour aux fiécles à venir.
Si pourtant , & GRAND ROI ! quelqu'eſprit moins
vulgaire ,
Des voeux de tout un Peuple interpréte fincère
S'élevant juſqu'à Vous par le grand Art des Vers ;
Oſoit , ſans vous flater , vous peindre à l'Univers
Peut-être on vous verroit , ſéduit par l'harmonie
Pardonner à l'Eloge en faveur du Génie ;
Peut- être d'un regard le Parnaſſe excité ,
De ſon luſtre terni reprendroit la beauté.
L'oeil du Maître peut tout ; c'eſt lui qui rend la vie
Au Mérite expirant ſous les dents de l'Envie ;
C'eſt lui dont les rayons ont cent fois éclairé
Le modeſte Talent , dans la foule ignoré.
Un Roi qui ſçait régner , nous fait ce que nou
fommes :
Les regards d'un Héros produiſent des Grands
Hommes.
ParM. de Voltaire.
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815
p. 63-64
« Nous avions d'abord formé le dessein de donner au Public une Liste de [...] »
Début :
Nous avions d'abord formé le dessein de donner au Public une Liste de [...]
Mots clefs :
Public, Te Deum, Liste, Peuple, Roi, Compagnies, Communautés, Corps de métiers, Convalescence, Zèle, Fêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Nous avions d'abord formé le dessein de donner au Public une Liste de [...] »
Nde donner au Public une Liſte de
tous les Te Deum qui ont été chantés pour
la Convalescence du Roi , mais nous avons
craint que cette Liſte , trop longue& trop
uniforme , ne fatiguât nos Lecteurs & ne
remplît mal une partiede notre Recueil ,
que nous pouvons donner à des matieres
plus intéreſſantes. Il ſuffirade dire que nonſeulement
toutes les Compagnies , toutes
les Communautés , tous les Corps de Métiers
ſe ſont ſignalés à ce ſujet , mais que
même les Compagnons de chaque Métier ,
&tous lesOuvriers qui n'avoient pas encore
l'honneur de faire un Corps , ont été réiinisdans
cette circonſtance par leur zéle , au
défaut des Statuts , & ont fait célébrer des
Meffes folemnelles , ſuivies du Te Deum &
de l'Exaudiat. On n'entendra pas dire, ſans
étonnement , qu'on a vû le Public invité
par des Affiches aux Te Deum des Porteurs
d'Eau , des Bateliers du Port S. Nicolas ,
des Blanchiſſeuſes de la Grenoüillere , &
enfin des Laquais du Fauxbourg S. Germain.
Cette Cérémonie étoit ſuivie le foir
d'Illuminations , & pendant près de trois
mois , Paris n'a point été ſans être illuminé
en quelque endroit ; les Porteurs d'Eau ont
Dij
64 MERCURE DE FRANCE.
illuminé les Fontaines publiques , qui font
leur domicile le plus ordinaire.
Ces circonstances font moins frivoles
qu'elles ne le paroiſſent ; on y voit la joye
fincére du Peuple , & l'amour de la Nation
pour ſon Prince s'y développe mieux que
dans les loüanges les plus pompeuſes , car
le Peuple jamais n'a menti ni flaté.
Nous avons crû ne pouvoir nous diſpenſer
de rendre compte au Public des Fêtes qui
ont été célébrées dans les differentes Villes
du Royaume , à l'occaſion de la Convalefcence
du Roi ; nous croirions leur faire injuſtice
, ſi nous négligions de tranſmettre à
la Poſtérité ces témoignages de leur zéle ,
auſſi honorables pour elles , qu'ils font fla
teurs pour le Prince qui en eſt l'objet,
tous les Te Deum qui ont été chantés pour
la Convalescence du Roi , mais nous avons
craint que cette Liſte , trop longue& trop
uniforme , ne fatiguât nos Lecteurs & ne
remplît mal une partiede notre Recueil ,
que nous pouvons donner à des matieres
plus intéreſſantes. Il ſuffirade dire que nonſeulement
toutes les Compagnies , toutes
les Communautés , tous les Corps de Métiers
ſe ſont ſignalés à ce ſujet , mais que
même les Compagnons de chaque Métier ,
&tous lesOuvriers qui n'avoient pas encore
l'honneur de faire un Corps , ont été réiinisdans
cette circonſtance par leur zéle , au
défaut des Statuts , & ont fait célébrer des
Meffes folemnelles , ſuivies du Te Deum &
de l'Exaudiat. On n'entendra pas dire, ſans
étonnement , qu'on a vû le Public invité
par des Affiches aux Te Deum des Porteurs
d'Eau , des Bateliers du Port S. Nicolas ,
des Blanchiſſeuſes de la Grenoüillere , &
enfin des Laquais du Fauxbourg S. Germain.
Cette Cérémonie étoit ſuivie le foir
d'Illuminations , & pendant près de trois
mois , Paris n'a point été ſans être illuminé
en quelque endroit ; les Porteurs d'Eau ont
Dij
64 MERCURE DE FRANCE.
illuminé les Fontaines publiques , qui font
leur domicile le plus ordinaire.
Ces circonstances font moins frivoles
qu'elles ne le paroiſſent ; on y voit la joye
fincére du Peuple , & l'amour de la Nation
pour ſon Prince s'y développe mieux que
dans les loüanges les plus pompeuſes , car
le Peuple jamais n'a menti ni flaté.
Nous avons crû ne pouvoir nous diſpenſer
de rendre compte au Public des Fêtes qui
ont été célébrées dans les differentes Villes
du Royaume , à l'occaſion de la Convalefcence
du Roi ; nous croirions leur faire injuſtice
, ſi nous négligions de tranſmettre à
la Poſtérité ces témoignages de leur zéle ,
auſſi honorables pour elles , qu'ils font fla
teurs pour le Prince qui en eſt l'objet,
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816
p. 69-73
SOISSONS.
Début :
Les bornes, prescrites à ce Journal, ne permettent pas de détailler tout ce qui s'est [...]
Mots clefs :
Soissons, Intendant, Abbaye Saint-Jean-des-Vignes, François de Fitz-James, Roi, Te Deum, Charles-Blaise Méliand, Illumination, Feu d'artifice, Emblème, Divertissement, Pierre-Charles Roy
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SOISSONS.
SOISSONS .
1
Les bornes , preſcrites à ce Journal , ne
permettent pas de détailler tout ce qui s'eſt
paffé à Soiffons, quand laConvalefcence du
Roi y a été annoncée. Le Duc de Fitsjames,
Evêque de Soiſſons & Premier Aumônier
du Roi , a peint dans ſon Mandement le
coeur de ce Monarque , & le peindre , c'eſt
le loüer fans adulation. Les vertus n'ont
pas beſoin d'ornemens . Le Te Deum de la
compofition de M. Morel , Organiſte de la
célebre Abbaye de S. Jean des, Vignes , fut
chanté au bruit d'une triple ſalve d'Arcille
Dv
70 MERCURE DE FRANCE.
rie. M. le Comte de Buron , Lieutenant
Général de la Province ,& le Corps de Ville,
accompagnés des Gardes de M.le Duc de
Gêvres , Gouverneur ,& de ceux duComte
deBuron ,y affifterent,ainſi que le Préfidial,
qui les avoit devancés, l'illumination , les
feſtins & les largeſſes faites au Peuple , ca
ractériſerent la fatisfaction généralé. M.
Méliand , Intendant de la Province, ſe dif
ringua dans tout ce qu'il fit dans ces jours
fortunés ; on donna la Comédie fur un
Théatre dreffé dans la Place publique , exécutée
par uneTroupe arrivée à propos.L'ingénieux
Feu d'artifice répréſentoit le Templedu
Deſtin , & quoique l'ordonnance en
fût des plus nobles &des plus frappantes ,
il étoit encore plus orné par les Inſcriptions
qui le décoroient. Il faudroit les tranfcrire
toutes ici , fi on vouloit y rappeller les plus
belles. On ne donnera que le premier Emblême
, compoſé par M. Racine , le petitfils
, âgé de dix ans ; ainſi le nom de Racine
eſt un Eloge depuis trois générations. Cet
Emblême , déſignant le Roi en danger de
mourir , eſt une belle fleur , qu'un Moiffonneur
ſemble reſpecter,avec cette Inſcripzion
: Eft gloria Terra .
Moiffonneur , qu'en ta main cruelle
La Faux s'arrête en ce moment !
NOVEMBRE. 1744. 71
Ah ! reſpecte une fleur fi belle ;
De la Terre elle eſt l'ornement.
L'Emblême deuxième mérite d'être cité ,
puiſqu'il exprime des ſentimens que toutes
les Provinces de France ont également fait
éclater ; c'eſt un Roi d'Abeilles, languiſſant,
environné d'un grand nombre d'Abeilles ,
dont les unes l'épluchent , les autres lui
préſentent du miel au bout de leurs trompes
,d'autres fe gliſſent ſous lui,pour le foulever
, avec cette intéreſſante Inſcription =
Regemfic obfervant nulli.
L'Abeille est l'Image fidelle
Des ſentimens & des coeurs des François
Quel Peuple eut jamais plus de zéle,
Plus de reſpect& d'amour pour ſes Rois !
2
I
Pluſieurs Dames & Cavaliers de la Ville
exécuterent chés M. l'Intendant un Diver
tiſſement , dont les paroles ſontde M. Roy,
Chevalier de l'Ordre de S. Michel , & la
Muſique de M. Morel ,Organiſte de S. Jean
des Vignes , qui fut applaudi par les Connoiffeurs.
On ſouhaiteroit pouvoir donner
ici tout ce Divertiſſement , intitulé : Les
Bergers de l' Aiſne , où l'Auteur ſans s'écarter
du genre lyrique , a raſſemble des traits de
notre Hiſtoire & de la Fable. Voici ſeule-
Dvj
72 MERCURE DE FRANCE.
:
ment la troifiéme & derniere Scéne chantée
par Apollon.
APOLLON AUX BERGERS DE L'AISNE.
Reſpirez après tant d'allarmes,
Vous, * Monſtres de l'Enfer rentrez-y pour jamais
Miniſtres de la mort, ma main briſe vos traits;
Admete , ouvre les yeux à la clartéCéleste ,
Mais à tant de faveurs Apollon aujourd'hui
N'impoſe point de loi funeſte ;
On vous rend un Pere , un appui ,
Sans qu'il en coute à la fidéle Alceſte ,
Des jours que ſa tendreſſe auroit donnés pour lui.
Triomphe , Victoire ;
De vos chants frappez les airs ,
Trompettes & Tambours par vos bruyans Concerts
De ce jour confacrez la gloire ;
C'eſt la Fête de l'Univers.
Le Chapitre & l'Abbaye de S. Jean des
Vignes, ont auſſi donné des Fêtes, qui méritent
une ample Deſcription .
Monſeigneur le Dauphin & Mesdames
de France , en revenant de Metz , firent
l'honneur à M. l'Intendant de ſouper & de
coucher chés lui. Ils virent l'illumination
&le feu d'artifice,d'un goût nouveau,inven-
Al'Envie &sasuite.
NOVEMBRE. 1744. 73
té& exécutépar le frere Philbert, Religieux
Capucin à la Fere .
Les Curieux liront la Relation de ces
Fêtes, imprimée à Soiſſons , chés la veuve de
Charles Courtois , Imprimeur du Roi , près
l'Election ; ils y verront avec plaiſir le Compliment
fait à M. Meliand , Intendant, par
M. Carrier , Maire ; une Paftorale & un
Vaudeville de M. Berſon ; la Nymphe de
l'Aiſne au Roi , de M. de Royaucourt ; une
Ode de M. l'Abbé Portes , Chanoine de
l'Egliſe de Laon .
1
Les bornes , preſcrites à ce Journal , ne
permettent pas de détailler tout ce qui s'eſt
paffé à Soiffons, quand laConvalefcence du
Roi y a été annoncée. Le Duc de Fitsjames,
Evêque de Soiſſons & Premier Aumônier
du Roi , a peint dans ſon Mandement le
coeur de ce Monarque , & le peindre , c'eſt
le loüer fans adulation. Les vertus n'ont
pas beſoin d'ornemens . Le Te Deum de la
compofition de M. Morel , Organiſte de la
célebre Abbaye de S. Jean des, Vignes , fut
chanté au bruit d'une triple ſalve d'Arcille
Dv
70 MERCURE DE FRANCE.
rie. M. le Comte de Buron , Lieutenant
Général de la Province ,& le Corps de Ville,
accompagnés des Gardes de M.le Duc de
Gêvres , Gouverneur ,& de ceux duComte
deBuron ,y affifterent,ainſi que le Préfidial,
qui les avoit devancés, l'illumination , les
feſtins & les largeſſes faites au Peuple , ca
ractériſerent la fatisfaction généralé. M.
Méliand , Intendant de la Province, ſe dif
ringua dans tout ce qu'il fit dans ces jours
fortunés ; on donna la Comédie fur un
Théatre dreffé dans la Place publique , exécutée
par uneTroupe arrivée à propos.L'ingénieux
Feu d'artifice répréſentoit le Templedu
Deſtin , & quoique l'ordonnance en
fût des plus nobles &des plus frappantes ,
il étoit encore plus orné par les Inſcriptions
qui le décoroient. Il faudroit les tranfcrire
toutes ici , fi on vouloit y rappeller les plus
belles. On ne donnera que le premier Emblême
, compoſé par M. Racine , le petitfils
, âgé de dix ans ; ainſi le nom de Racine
eſt un Eloge depuis trois générations. Cet
Emblême , déſignant le Roi en danger de
mourir , eſt une belle fleur , qu'un Moiffonneur
ſemble reſpecter,avec cette Inſcripzion
: Eft gloria Terra .
Moiffonneur , qu'en ta main cruelle
La Faux s'arrête en ce moment !
NOVEMBRE. 1744. 71
Ah ! reſpecte une fleur fi belle ;
De la Terre elle eſt l'ornement.
L'Emblême deuxième mérite d'être cité ,
puiſqu'il exprime des ſentimens que toutes
les Provinces de France ont également fait
éclater ; c'eſt un Roi d'Abeilles, languiſſant,
environné d'un grand nombre d'Abeilles ,
dont les unes l'épluchent , les autres lui
préſentent du miel au bout de leurs trompes
,d'autres fe gliſſent ſous lui,pour le foulever
, avec cette intéreſſante Inſcription =
Regemfic obfervant nulli.
L'Abeille est l'Image fidelle
Des ſentimens & des coeurs des François
Quel Peuple eut jamais plus de zéle,
Plus de reſpect& d'amour pour ſes Rois !
2
I
Pluſieurs Dames & Cavaliers de la Ville
exécuterent chés M. l'Intendant un Diver
tiſſement , dont les paroles ſontde M. Roy,
Chevalier de l'Ordre de S. Michel , & la
Muſique de M. Morel ,Organiſte de S. Jean
des Vignes , qui fut applaudi par les Connoiffeurs.
On ſouhaiteroit pouvoir donner
ici tout ce Divertiſſement , intitulé : Les
Bergers de l' Aiſne , où l'Auteur ſans s'écarter
du genre lyrique , a raſſemble des traits de
notre Hiſtoire & de la Fable. Voici ſeule-
Dvj
72 MERCURE DE FRANCE.
:
ment la troifiéme & derniere Scéne chantée
par Apollon.
APOLLON AUX BERGERS DE L'AISNE.
Reſpirez après tant d'allarmes,
Vous, * Monſtres de l'Enfer rentrez-y pour jamais
Miniſtres de la mort, ma main briſe vos traits;
Admete , ouvre les yeux à la clartéCéleste ,
Mais à tant de faveurs Apollon aujourd'hui
N'impoſe point de loi funeſte ;
On vous rend un Pere , un appui ,
Sans qu'il en coute à la fidéle Alceſte ,
Des jours que ſa tendreſſe auroit donnés pour lui.
Triomphe , Victoire ;
De vos chants frappez les airs ,
Trompettes & Tambours par vos bruyans Concerts
De ce jour confacrez la gloire ;
C'eſt la Fête de l'Univers.
Le Chapitre & l'Abbaye de S. Jean des
Vignes, ont auſſi donné des Fêtes, qui méritent
une ample Deſcription .
Monſeigneur le Dauphin & Mesdames
de France , en revenant de Metz , firent
l'honneur à M. l'Intendant de ſouper & de
coucher chés lui. Ils virent l'illumination
&le feu d'artifice,d'un goût nouveau,inven-
Al'Envie &sasuite.
NOVEMBRE. 1744. 73
té& exécutépar le frere Philbert, Religieux
Capucin à la Fere .
Les Curieux liront la Relation de ces
Fêtes, imprimée à Soiſſons , chés la veuve de
Charles Courtois , Imprimeur du Roi , près
l'Election ; ils y verront avec plaiſir le Compliment
fait à M. Meliand , Intendant, par
M. Carrier , Maire ; une Paftorale & un
Vaudeville de M. Berſon ; la Nymphe de
l'Aiſne au Roi , de M. de Royaucourt ; une
Ode de M. l'Abbé Portes , Chanoine de
l'Egliſe de Laon .
Fermer
817
p. 74
VERSAILLES.
Début :
Cette Ville a prouvé qu'elle étoit le séjour ordinaire du Roi, par les plus vives [...]
Mots clefs :
Roi, Illumination, Décoration, M. Frati, Académie de Florence, Statue du roi, Inscription
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERSAILLES.
VERSAILLES.
Cette Ville a prouvé qu'elle étoit le ſejour
ordinaire du Roi , par les plus vives
marques d'une joye ſincere ; l'illumination
des deux Paroiſſes & des Récolets fut frapante.
M. Sibot , Prêtre de la Miſſion , a
fait la dépenſe de celle de l'Egliſe de S.
Louis , & le deſſein de la Décoration , ingénieuſement
conduit , étoit de M. Frati ,
Peintre & Architecte de l'Académie de
Florence : on y voyoit la Statuë du Roi ,
avec cette touchante Inſcription :
Parenti Patria Redivivo confecrat amor.
Cette Ville a prouvé qu'elle étoit le ſejour
ordinaire du Roi , par les plus vives
marques d'une joye ſincere ; l'illumination
des deux Paroiſſes & des Récolets fut frapante.
M. Sibot , Prêtre de la Miſſion , a
fait la dépenſe de celle de l'Egliſe de S.
Louis , & le deſſein de la Décoration , ingénieuſement
conduit , étoit de M. Frati ,
Peintre & Architecte de l'Académie de
Florence : on y voyoit la Statuë du Roi ,
avec cette touchante Inſcription :
Parenti Patria Redivivo confecrat amor.
Fermer
818
p. 76-77
Te Deum chanté à Toulouse, [titre d'après la table]
Début :
Les habitans de Toulouse ont rendu plusieurs jours de suite des actions de graces & [...]
Mots clefs :
Toulouse, Te Deum, Roi, Parlement, Église métropolitaine, Illumination, Compagnies, Archevêque, Communautés, Académie des Jeux floraux, Feu d'artifice, Place du Capitole
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Te Deum chanté à Toulouse, [titre d'après la table]
Les habitans de Toulouſe ont rendu plit
ſieurs jours de ſuite des actionsde graces &
de réjoiiiſſances , pour le rétabliſſement de
la ſanté du Roi .
Le Parlement de cette Ville , ſi-tôt qu'il
eut reçû la nouvelle de la Convalefcence
du Roi , fit chanter dans la Grande Sale du
Palais le Te Deum auquel il aſſiſta en Corps ,
& la nuit fuivante toutes les Maiſons des
Préſidens & des Conſeillers furent illuminées
. Le lendemain , le Te Deum fut chanté
dans l'EgliſeMétropolitaine avec une folemnité
extraordinaire,&leParlement s'y trouva
ainſi que les autres Compagnies. Il y eut le
foir une magnifique illumination au Palais
de l'Archevêque. Le Bureau des Finances ,
l'Univerſité , l'Académie des Jeux Floraux ,
le Sénéchal & le Viguier firent éclater auffi
dans les jours fuivans leur zéle par des Fêtes
particulieres. Les préparatifs ordonnés
par les Capitouls , ayant été achevés , le
Chapitre de l'Egliſe Métropolitaine ſe rendit
proceſſionnellement à la Chapelle du
Capitole , & le Prévôt du Chapitre y entonna
le Te Deum , qui fut ſuivi d'une illumination
générale dans toute la Ville. Tou
tes les Communautés Religieuſes & les differens
Corps des Marchands & des Artiſans
ont donné ſucceſſivement des témoignages
finguliers de leur amour reſpecteux pour le
NOVEMBRE. 1744. 77
Roi. Les Jeſuites du College & les Bénédictins
de la Daurade ſe ſont ſurtout diftin
gués à cette occaſion. L'Archevêque , ayant
reçû la Lettre que S. M. lui a écrite , pour
faire rendre à Dieu de ſolemnelles actions
de graces de l'avoir confervée , on chanta
pour la ſeconde fois dans l'Egliſe Métropo
litaine le Te Deum , auquel l'Archevêque
officia pontificalement , & auquel le Parlement&
toutes les Compagnies aſſiſterent,
Le foir , toutes les ruës furent illuminées ,
ainſi qu'elles l'avoient été le jour du Te
Deum du Corps de Ville ,& ces illuminations
furent renouvellées les deux nuits fuivantes
. Toutes ces Fêtes ont été terminées
par un feu d'artifice , que la Ville avoit fait
préparer dans la Place du Capitole , & dont
laDécoration & l'exécution ontdû fatisfaire
les connoiffeurs les plus difficiles.
ſieurs jours de ſuite des actionsde graces &
de réjoiiiſſances , pour le rétabliſſement de
la ſanté du Roi .
Le Parlement de cette Ville , ſi-tôt qu'il
eut reçû la nouvelle de la Convalefcence
du Roi , fit chanter dans la Grande Sale du
Palais le Te Deum auquel il aſſiſta en Corps ,
& la nuit fuivante toutes les Maiſons des
Préſidens & des Conſeillers furent illuminées
. Le lendemain , le Te Deum fut chanté
dans l'EgliſeMétropolitaine avec une folemnité
extraordinaire,&leParlement s'y trouva
ainſi que les autres Compagnies. Il y eut le
foir une magnifique illumination au Palais
de l'Archevêque. Le Bureau des Finances ,
l'Univerſité , l'Académie des Jeux Floraux ,
le Sénéchal & le Viguier firent éclater auffi
dans les jours fuivans leur zéle par des Fêtes
particulieres. Les préparatifs ordonnés
par les Capitouls , ayant été achevés , le
Chapitre de l'Egliſe Métropolitaine ſe rendit
proceſſionnellement à la Chapelle du
Capitole , & le Prévôt du Chapitre y entonna
le Te Deum , qui fut ſuivi d'une illumination
générale dans toute la Ville. Tou
tes les Communautés Religieuſes & les differens
Corps des Marchands & des Artiſans
ont donné ſucceſſivement des témoignages
finguliers de leur amour reſpecteux pour le
NOVEMBRE. 1744. 77
Roi. Les Jeſuites du College & les Bénédictins
de la Daurade ſe ſont ſurtout diftin
gués à cette occaſion. L'Archevêque , ayant
reçû la Lettre que S. M. lui a écrite , pour
faire rendre à Dieu de ſolemnelles actions
de graces de l'avoir confervée , on chanta
pour la ſeconde fois dans l'Egliſe Métropo
litaine le Te Deum , auquel l'Archevêque
officia pontificalement , & auquel le Parlement&
toutes les Compagnies aſſiſterent,
Le foir , toutes les ruës furent illuminées ,
ainſi qu'elles l'avoient été le jour du Te
Deum du Corps de Ville ,& ces illuminations
furent renouvellées les deux nuits fuivantes
. Toutes ces Fêtes ont été terminées
par un feu d'artifice , que la Ville avoit fait
préparer dans la Place du Capitole , & dont
laDécoration & l'exécution ontdû fatisfaire
les connoiffeurs les plus difficiles.
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819
p. 78-79
« La Ville de Dax n'a pas moins signalé son zéle, que les autres Villes du Royaume, & [...] »
Début :
La Ville de Dax n'a pas moins signalé son zéle, que les autres Villes du Royaume, & [...]
Mots clefs :
Te Deum, Roi, Corps de ville, Souper, Bal, Peuple, Course de Taureaux, Dax
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Ville de Dax n'a pas moins signalé son zéle, que les autres Villes du Royaume, & [...] »
La Ville de Dax n'a pas moins ſignalé ſon
aéle , quc les autres Villes du Royaume , &
NOVEMBRE. 1744. 79
elle a rendu de ſolemnelles actions de graces
à Dieu pour la conſervation du Roi par
le Te Deum , qui a été chanté dans l'Egliſe
Cathédrale , & auquel le Préſidial , le Corps
de Ville & la Prévôté ont aſſiſté. Le jour
de cette Cérémonie , toute la Ville fut illuminée
, & M. Dantin de S. Pée , qui y commande
pour le Roi , fit ſervir pluſieurs tables
pour toutes les perfonnesde diſtinction
dans une allée ſur le rempart du Château
laquelle étoit éclairée par un grand nombre
de Luftres & de Lampions. Le fouper , pendant
lequel on fit pluſieurs Salves d'artillerie
, fut fuivi d'un Bal. Pluſieurs Fontaines
deVin coulerent toute la nuit pour le Peuple.
M. Dantin de S. Pée donna le lende
main le Spectacle d'une courſe de Taureaux.
La joye du Corps de Ville a éclaté auſſi par
diverſes Fêtes pendant pluſieurs jours confécutifs
.
aéle , quc les autres Villes du Royaume , &
NOVEMBRE. 1744. 79
elle a rendu de ſolemnelles actions de graces
à Dieu pour la conſervation du Roi par
le Te Deum , qui a été chanté dans l'Egliſe
Cathédrale , & auquel le Préſidial , le Corps
de Ville & la Prévôté ont aſſiſté. Le jour
de cette Cérémonie , toute la Ville fut illuminée
, & M. Dantin de S. Pée , qui y commande
pour le Roi , fit ſervir pluſieurs tables
pour toutes les perfonnesde diſtinction
dans une allée ſur le rempart du Château
laquelle étoit éclairée par un grand nombre
de Luftres & de Lampions. Le fouper , pendant
lequel on fit pluſieurs Salves d'artillerie
, fut fuivi d'un Bal. Pluſieurs Fontaines
deVin coulerent toute la nuit pour le Peuple.
M. Dantin de S. Pée donna le lende
main le Spectacle d'une courſe de Taureaux.
La joye du Corps de Ville a éclaté auſſi par
diverſes Fêtes pendant pluſieurs jours confécutifs
.
Fermer
820
p. 81-85
RELATION d'une Fête champêtre, donnée par M. de Rol Montpellier, le 20 Septembre 1744, dans son Château de Montpellier, sur la Dour, à deux lieuës de Bayonne.
Début :
M. de Rol Montpellier, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, voulant donner [...]
Mots clefs :
Montpellier, Fête, Instruments, Rivière, Roi, Tambours, Terrasse, Enclos, Joie, Bosquets, Te Deum, Vive le roi, Milice, Bal, Paysans, Canot
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION d'une Fête champêtre, donnée par M. de Rol Montpellier, le 20 Septembre 1744, dans son Château de Montpellier, sur la Dour, à deux lieuës de Bayonne.
RELATION d'une Fête champêtre .
donnée par M. de Rol Montpellier , lo
20 Septembre 1744 , dans son Chateau
de Montpellier , fur la Dour , à deux
lieuës de Bayonne,
Midde
.deRol Montpellier , Chevalier de
S. Michel , voulant donner
des marques de ſon zéle ardent pour la
perſonne ſacrée de S. M. réſolut de faire
chanter le Te Deum dans ſa Chapelle , en
action de graces de la Convalescence du
Roi , & de faire des Réjoüiſſances , auſquelles
ſa maiſon , ſes amis & tous ſes tenanciers
priſſent part. Ayant pris jour pour le Dimanche
vingt Septembre , la Fête fut annoncée
par laGénérale , qui fut battuë à
ſept heures du matin par une bande d'excellens
Tambours , accompagnés de Flutes
du Pays , de Violons & de Cors de Chaſſe ;
àneuf heures on battit l'aſſemblée,& à onze
le Drapeau : à ce ſignal un Canot , extrêmement
propre , moiiillé en face d'une trèsbelle
Terraſſe , qui borde tout l'enclos , fut
orné de Pavois , de Pavillons & de flames ;
toutes les rames étoient peintes avec goût &
placées ſur les bancs ; à midi ce Canor,bien
82 MERCURE DE FRANCE.
équippé , vogua comme un trait le long des
deux rives ; les Matelots criant continuellement
Vive le Roi , ce que les habitans des
deux bords répétoient avec des tranſports
de joye&de tendreſſe , qui rendoient parfaitement
leurs ſentimens : ce Canot vint
enfuite remoüiller à ſon premier poſte
pendant que la Compagnie dîna.
د
Sur les trois heures , tous les tenanciers &
les voiſins s'aſſemblerent en armes & en
très -grand nombre,dans le meilleur équipage
qu'il leur fut poflible. Une multitude infinie
de curieux des deux ſexes ſe rendirent
auffi dans l'enclos ; les Dames leur diſtribuerent
des Cocardes & des Bouquets ; ils
formerent dans les Boſquets & ſur les Terraſſes
plufieurs troupes de Danſeurs au fon
de divers Inſtrumens ; à cinq heures le Te
Deum fut chanté dans la Chapelle, après lequel
M. de Rol , ſuivi des Cavaliers qu'il
avoit invitées à cetre Fête ,& de la plupart
de ſa famille, alla ſe mettre à la tête de la
Milice , qui étoit en bataille dans un avantcour
; il marcha enfuite l'Eſponton à la
main , revêtu de l'Ordre de S. Michel pardeſſus
ſon habit, la troupe défilant par quatre
, au ſon de tous les Inſtrumens ; il fit
tout le tour de l'enclos , qui eſt vaſte , & arrivant
à un bout de la Terraſſe , qui eſt le
long de la Dour , il la fit border , la droite
NOVEMBRE. 1744- 83
appuyée à une eſpece de Baſtion ,& la gauche
à un grand Pavillon , qui avance également
dans la riviere;une demie heure après
il alluma le Feu de joye, placé entre le Château
& la riviere . On fit à l'inſtant une décharge
de toute la mouſqueterie ,& les cris
de VIVE LE ROI ſe firententendre de toutes
parts. Tous ceux qui étoient répandus fur
le bord de la riviere , dans une étenduë
d'une demie- lieuë , répétoient ces mêmes
cris avec une émulation charmante. Vers
les 7 heures du ſoir , on diſtribua des viandes
, du pain , du vin , & des fruits à tout
lemonde ; un peu avant la nuit , les Tambours
rappellerent , & la Milice ayant repris
ſon poſte , les Tambours battant la
Charge , firent une ſeconde décharge, après
laquelle il y eut un grand fouper. Trois tables
furent ſervies avec autantde délicateffe
que de profuſion ; vers les dix heures , le
ſignal ayant été donné par des fuſées volantes
, leChâteau , le Canot & la Terraſſe furent
illuminés , & la Milice fit une troiſiéme
décharge , pendant que les Tambours& les
autres Inſtrumens faisoient un bruit de
guerre , qui fut très-bien exécuté. Enfaite
tout le Peuple ſe diſperſa par bandes dans
les Bois &dans les Boſquets , qui étoient
éclairés , pour danſer au ſondes Inſtrumens
& à la voix ; tandis que la Compagnie pla
84 MERCURE DE FRANCE.
cée ſous un Berceau illuminé avec art, commença
un Bal qui dura juſqu'au jour , les
rafraîchiſſemens furent ſervis avec abondance
, & deux Fontaines de Vin , placées
dans les Boſquets , coulerent pendant tout
ce tems pour les Payſans , qui y paſſerent la
nuit ; les fuſées & les décharges ranimoient
de tems en tems la joye& le bruyant de
cette Fête. Avant le pointdu jour , le Canot
avec ſes armemens & fes falots , & équipé
des plus vigoureux nâgeurs , reconnus pour
les meilleurs qu'il y ait en France , vogua
comme un trait. Un grand nombre de Cavaliers
s'y étoient embarqués avec la Symphonie
; la force des rameurs & l'habileté
duPilote imitoient parfaitement desDanſes
en rond au milieu de la riviere , au ſon des
Inſtrumens ; les rivages retentiſſoient des
cris continuels de Vive le Roi , & la moufqueterie
, faiſant de nouvelles décharges toutes
les fois que le Canot paffoit le long de
la Terraſſe , il parcourut les bords de la riviere
extrêmement garnie de maiſons , dont
les habitans,ſe levant en ſurſaut,ſe plaçoient
aux fenêtres , ou fortoient à demi nuds
pour ſuivre le Canot,& joindre leurs acclamations
& leurs cris à ceux de cette troupe
Horante. La Fête fut terminée par une Danſe
générale du Pays , nommée la Panperuque ,
YesTambours battant un air extrêmement
gay :
NOVEMBRE . 1744 . 85
gay: toutes les Dames , les Cavaliers , les
Payſans& les Payſannes faiſant une chaîne
qui tenoir tout l'enclos.
Il eſt aiſé de donner des Fêtes plus magnifiques
, mais il n'eſt pas poſſible d'en
voir de plus vives ; l'amour & la joye éclatoient
de toutes parts ; les diſcours des Payfans
valoient des Panégyriques , & les Piéces
les plus achevées que les meilleures plumes
ont produit dans un événement auffi
intéreſſant.
donnée par M. de Rol Montpellier , lo
20 Septembre 1744 , dans son Chateau
de Montpellier , fur la Dour , à deux
lieuës de Bayonne,
Midde
.deRol Montpellier , Chevalier de
S. Michel , voulant donner
des marques de ſon zéle ardent pour la
perſonne ſacrée de S. M. réſolut de faire
chanter le Te Deum dans ſa Chapelle , en
action de graces de la Convalescence du
Roi , & de faire des Réjoüiſſances , auſquelles
ſa maiſon , ſes amis & tous ſes tenanciers
priſſent part. Ayant pris jour pour le Dimanche
vingt Septembre , la Fête fut annoncée
par laGénérale , qui fut battuë à
ſept heures du matin par une bande d'excellens
Tambours , accompagnés de Flutes
du Pays , de Violons & de Cors de Chaſſe ;
àneuf heures on battit l'aſſemblée,& à onze
le Drapeau : à ce ſignal un Canot , extrêmement
propre , moiiillé en face d'une trèsbelle
Terraſſe , qui borde tout l'enclos , fut
orné de Pavois , de Pavillons & de flames ;
toutes les rames étoient peintes avec goût &
placées ſur les bancs ; à midi ce Canor,bien
82 MERCURE DE FRANCE.
équippé , vogua comme un trait le long des
deux rives ; les Matelots criant continuellement
Vive le Roi , ce que les habitans des
deux bords répétoient avec des tranſports
de joye&de tendreſſe , qui rendoient parfaitement
leurs ſentimens : ce Canot vint
enfuite remoüiller à ſon premier poſte
pendant que la Compagnie dîna.
د
Sur les trois heures , tous les tenanciers &
les voiſins s'aſſemblerent en armes & en
très -grand nombre,dans le meilleur équipage
qu'il leur fut poflible. Une multitude infinie
de curieux des deux ſexes ſe rendirent
auffi dans l'enclos ; les Dames leur diſtribuerent
des Cocardes & des Bouquets ; ils
formerent dans les Boſquets & ſur les Terraſſes
plufieurs troupes de Danſeurs au fon
de divers Inſtrumens ; à cinq heures le Te
Deum fut chanté dans la Chapelle, après lequel
M. de Rol , ſuivi des Cavaliers qu'il
avoit invitées à cetre Fête ,& de la plupart
de ſa famille, alla ſe mettre à la tête de la
Milice , qui étoit en bataille dans un avantcour
; il marcha enfuite l'Eſponton à la
main , revêtu de l'Ordre de S. Michel pardeſſus
ſon habit, la troupe défilant par quatre
, au ſon de tous les Inſtrumens ; il fit
tout le tour de l'enclos , qui eſt vaſte , & arrivant
à un bout de la Terraſſe , qui eſt le
long de la Dour , il la fit border , la droite
NOVEMBRE. 1744- 83
appuyée à une eſpece de Baſtion ,& la gauche
à un grand Pavillon , qui avance également
dans la riviere;une demie heure après
il alluma le Feu de joye, placé entre le Château
& la riviere . On fit à l'inſtant une décharge
de toute la mouſqueterie ,& les cris
de VIVE LE ROI ſe firententendre de toutes
parts. Tous ceux qui étoient répandus fur
le bord de la riviere , dans une étenduë
d'une demie- lieuë , répétoient ces mêmes
cris avec une émulation charmante. Vers
les 7 heures du ſoir , on diſtribua des viandes
, du pain , du vin , & des fruits à tout
lemonde ; un peu avant la nuit , les Tambours
rappellerent , & la Milice ayant repris
ſon poſte , les Tambours battant la
Charge , firent une ſeconde décharge, après
laquelle il y eut un grand fouper. Trois tables
furent ſervies avec autantde délicateffe
que de profuſion ; vers les dix heures , le
ſignal ayant été donné par des fuſées volantes
, leChâteau , le Canot & la Terraſſe furent
illuminés , & la Milice fit une troiſiéme
décharge , pendant que les Tambours& les
autres Inſtrumens faisoient un bruit de
guerre , qui fut très-bien exécuté. Enfaite
tout le Peuple ſe diſperſa par bandes dans
les Bois &dans les Boſquets , qui étoient
éclairés , pour danſer au ſondes Inſtrumens
& à la voix ; tandis que la Compagnie pla
84 MERCURE DE FRANCE.
cée ſous un Berceau illuminé avec art, commença
un Bal qui dura juſqu'au jour , les
rafraîchiſſemens furent ſervis avec abondance
, & deux Fontaines de Vin , placées
dans les Boſquets , coulerent pendant tout
ce tems pour les Payſans , qui y paſſerent la
nuit ; les fuſées & les décharges ranimoient
de tems en tems la joye& le bruyant de
cette Fête. Avant le pointdu jour , le Canot
avec ſes armemens & fes falots , & équipé
des plus vigoureux nâgeurs , reconnus pour
les meilleurs qu'il y ait en France , vogua
comme un trait. Un grand nombre de Cavaliers
s'y étoient embarqués avec la Symphonie
; la force des rameurs & l'habileté
duPilote imitoient parfaitement desDanſes
en rond au milieu de la riviere , au ſon des
Inſtrumens ; les rivages retentiſſoient des
cris continuels de Vive le Roi , & la moufqueterie
, faiſant de nouvelles décharges toutes
les fois que le Canot paffoit le long de
la Terraſſe , il parcourut les bords de la riviere
extrêmement garnie de maiſons , dont
les habitans,ſe levant en ſurſaut,ſe plaçoient
aux fenêtres , ou fortoient à demi nuds
pour ſuivre le Canot,& joindre leurs acclamations
& leurs cris à ceux de cette troupe
Horante. La Fête fut terminée par une Danſe
générale du Pays , nommée la Panperuque ,
YesTambours battant un air extrêmement
gay :
NOVEMBRE . 1744 . 85
gay: toutes les Dames , les Cavaliers , les
Payſans& les Payſannes faiſant une chaîne
qui tenoir tout l'enclos.
Il eſt aiſé de donner des Fêtes plus magnifiques
, mais il n'eſt pas poſſible d'en
voir de plus vives ; l'amour & la joye éclatoient
de toutes parts ; les diſcours des Payfans
valoient des Panégyriques , & les Piéces
les plus achevées que les meilleures plumes
ont produit dans un événement auffi
intéreſſant.
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821
p. 99-101
LE RETOUR DE L'AGE D'OR, CHANSON.
Début :
O Tems heureux ! beau siécle d'or ! [...]
Mots clefs :
Temps heureux, Siècle d'or, Roi, Rois, Chéri, Renaître
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE RETOUR DE L'AGE D'OR, CHANSON.
LE RETOUR DE L'AGE D'OR ,
CHANSON.
Tems heureux ! beau fiécle d'or !"
Le plus chéri des Rois vous fait renaître encor :
Que de nos voeux ſes jours dépendent ,
Düi , nous ofons le croire , ils vont s'éternifer :
Le Ciel pourroit- il refuſer
Ce que tous les coeurs lui demandent ?
O tems heureux ! beau fiécle d'or !
Le plus chéri des Rois vous fait renaitre encor.
Nous béniſſons notre partage ,
Soumis à ſon pouvoir que régle l'équité ;
La véritable liberté
Eſt de dépendré d'un Roi fage.
;
Otems heureux ! .
*
Toujours de notre zéle extreme ,
J
100 MERCURE DE FRANCE.
Pour remplir ſes projets , il peut tout exiger;
Ah ! qu'un tribut devient léger ,
Quand on le rend à ce qu'on aime !
tems heureux , .
Quelle bonté ! quel grand courage!
Que de ſuccès Aateurs enchaînent ſes inſtans ?
En voyant tous les coeurs contens ,
Il peut dire, c'eſt mon ouvrage.
Otems heureux ! .
Le Ciel , fans doute , l'a fait naître
T
Pourgoûter les vrais biens , pour voir remplir fes
voeux ;
Monarque , Pere , Epoux heureux;
Combien il eſt digne de l'être ?
tems heureux ! &c.
Par cent vertus (puiſſans exemples :)
LaReine de ſon rang releve encor le prix ;
Ce fut ainſi qu'au tems jadis ,
Des Mortels obtinrent des Temples.
O tems heureux ! &c.
Pour un Roi quel bonheur ! il aimed
Eh peut-il trop aimer ſes illuſtres Enfans ?
Avec les graces du Printems ,
:
NOVEMBRE. 1744. ΙΟΙ
C'eſt la raifon , la vertu méme.
O tems heureux ! &c.
Dès ſon Aurore , au rang des Sages ,
Dans l'auguſte Dauphin quels dons ont éclaté ?
Le ſçavoir , les moeurs , la bonté.
Pour nos Neveux les doux préſages !
O tems heureux ! .
Voyez quel Aſtre nous éclaire ;
Venez , Peuples divers , partager nos deſtins ,
Vous n'avez que des Souverains ,
Le nôtre eſt un Dieu tutelaire .
O tems heureux ! .
*3*
S'il fuit Bellonne qui l'appelle ,
Tout s'attache à ſon Char , ou s'en fait un devoir
Le charme qu'on trouve à le voir ,
Eſt le ferment d'être fidéle .
tems heureux ! .
Oüi , votre nom s'immortalife ;
Vos vertus pour jamais nous l'ont rendu ſacre ,
Venir , voir , vaincre , être adoré ,
Grand Roi , voilà votre devife .
O tems heureux ! beau fiécle d'or !
Le plus cheri des Rois vous fait renaître encon
CHANSON.
Tems heureux ! beau fiécle d'or !"
Le plus chéri des Rois vous fait renaître encor :
Que de nos voeux ſes jours dépendent ,
Düi , nous ofons le croire , ils vont s'éternifer :
Le Ciel pourroit- il refuſer
Ce que tous les coeurs lui demandent ?
O tems heureux ! beau fiécle d'or !
Le plus chéri des Rois vous fait renaitre encor.
Nous béniſſons notre partage ,
Soumis à ſon pouvoir que régle l'équité ;
La véritable liberté
Eſt de dépendré d'un Roi fage.
;
Otems heureux ! .
*
Toujours de notre zéle extreme ,
J
100 MERCURE DE FRANCE.
Pour remplir ſes projets , il peut tout exiger;
Ah ! qu'un tribut devient léger ,
Quand on le rend à ce qu'on aime !
tems heureux , .
Quelle bonté ! quel grand courage!
Que de ſuccès Aateurs enchaînent ſes inſtans ?
En voyant tous les coeurs contens ,
Il peut dire, c'eſt mon ouvrage.
Otems heureux ! .
Le Ciel , fans doute , l'a fait naître
T
Pourgoûter les vrais biens , pour voir remplir fes
voeux ;
Monarque , Pere , Epoux heureux;
Combien il eſt digne de l'être ?
tems heureux ! &c.
Par cent vertus (puiſſans exemples :)
LaReine de ſon rang releve encor le prix ;
Ce fut ainſi qu'au tems jadis ,
Des Mortels obtinrent des Temples.
O tems heureux ! &c.
Pour un Roi quel bonheur ! il aimed
Eh peut-il trop aimer ſes illuſtres Enfans ?
Avec les graces du Printems ,
:
NOVEMBRE. 1744. ΙΟΙ
C'eſt la raifon , la vertu méme.
O tems heureux ! &c.
Dès ſon Aurore , au rang des Sages ,
Dans l'auguſte Dauphin quels dons ont éclaté ?
Le ſçavoir , les moeurs , la bonté.
Pour nos Neveux les doux préſages !
O tems heureux ! .
Voyez quel Aſtre nous éclaire ;
Venez , Peuples divers , partager nos deſtins ,
Vous n'avez que des Souverains ,
Le nôtre eſt un Dieu tutelaire .
O tems heureux ! .
*3*
S'il fuit Bellonne qui l'appelle ,
Tout s'attache à ſon Char , ou s'en fait un devoir
Le charme qu'on trouve à le voir ,
Eſt le ferment d'être fidéle .
tems heureux ! .
Oüi , votre nom s'immortalife ;
Vos vertus pour jamais nous l'ont rendu ſacre ,
Venir , voir , vaincre , être adoré ,
Grand Roi , voilà votre devife .
O tems heureux ! beau fiécle d'or !
Le plus cheri des Rois vous fait renaître encon
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822
p. 102-103
« L'Enigme, les Logogryphes, les Chansons enfin, seront tout ce que ce premier [...] »
Début :
L'Enigme, les Logogryphes, les Chansons enfin, seront tout ce que ce premier [...]
Mots clefs :
Volume, Mercure, Public, Roi, Ouvrage, Antoine de La Roque, Volumes, Satisfaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Enigme, les Logogryphes, les Chansons enfin, seront tout ce que ce premier [...] »
L'Enigme , les Logogryphes , les Chanſons
enfin , feront tout ce que ce premier
Volume conſervera de la forme ordinaire
du Mercure ; ce n'eſt pas que nous voulions
abandonner en rien un Planjudicieux que le
Public a approuvé , mais nous ſommes encore
plus empreſſés de fatisfaire la curiofité
de nos Lecteurs , fur tout ce qui regarde le
Roi , & ce qui s'eſt paffé à Paris & à Verfailles
à l'arrivée de S. M. Ainſi nous renvoyons
les matieres ordinaires du Mercure
au Volume que nous donnons par extraordinaire
dans ce mois : heureux de commencer
notre Ouvrage par un ſujet auſſi auguſte
& auffi intéreſſant pour les peuples ! c'eſt
ici le lieu de dire que nous prions ceux qui
pourroient avoir envoyé des Ouvrages
feu M. de la Roque , de n'être point ſurpris
s'ils ne les voyent point imprimés. On ne
nous a point remis ces papiers ; il faut que
ceux qui voudront voir paroître leurs Piéces
, ayent la bonté d'envoyer de ſecondes
Copies , affranchies de Port , ſuivant la
coutume ; nous aurons tous les égards- convenables
pour fatisfaire les Auteurs & le
Public.
Ce premier Volume paroîtra le 15 de
Décembre ; c'eſt encore quelques jours plu
NOVEMBRE. 1744. 103
tôt que le tems où notre Prédeffeur donnoit
ſon Ouvrage. Cependant ſans les embarras
inévitables dans une adminiſtration nouvelle
, nous aurions ſervi le Public dès le
premier du mois : nous demandons grace
encore pour les deux Volumes que l'on a
coutume de fournir en Décembre , & paffé
ce terme , le Mercure paroîtra le premier
de chaque mois ; deux Volumes au mois de
Juin &deux Volumes au mois de Décembre
, comme on a fait juſqu'à préſent.
enfin , feront tout ce que ce premier
Volume conſervera de la forme ordinaire
du Mercure ; ce n'eſt pas que nous voulions
abandonner en rien un Planjudicieux que le
Public a approuvé , mais nous ſommes encore
plus empreſſés de fatisfaire la curiofité
de nos Lecteurs , fur tout ce qui regarde le
Roi , & ce qui s'eſt paffé à Paris & à Verfailles
à l'arrivée de S. M. Ainſi nous renvoyons
les matieres ordinaires du Mercure
au Volume que nous donnons par extraordinaire
dans ce mois : heureux de commencer
notre Ouvrage par un ſujet auſſi auguſte
& auffi intéreſſant pour les peuples ! c'eſt
ici le lieu de dire que nous prions ceux qui
pourroient avoir envoyé des Ouvrages
feu M. de la Roque , de n'être point ſurpris
s'ils ne les voyent point imprimés. On ne
nous a point remis ces papiers ; il faut que
ceux qui voudront voir paroître leurs Piéces
, ayent la bonté d'envoyer de ſecondes
Copies , affranchies de Port , ſuivant la
coutume ; nous aurons tous les égards- convenables
pour fatisfaire les Auteurs & le
Public.
Ce premier Volume paroîtra le 15 de
Décembre ; c'eſt encore quelques jours plu
NOVEMBRE. 1744. 103
tôt que le tems où notre Prédeffeur donnoit
ſon Ouvrage. Cependant ſans les embarras
inévitables dans une adminiſtration nouvelle
, nous aurions ſervi le Public dès le
premier du mois : nous demandons grace
encore pour les deux Volumes que l'on a
coutume de fournir en Décembre , & paffé
ce terme , le Mercure paroîtra le premier
de chaque mois ; deux Volumes au mois de
Juin &deux Volumes au mois de Décembre
, comme on a fait juſqu'à préſent.
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823
p. 103-105
JOURNAL du Voyage du Roi, depuis son départ de Fribourg.
Début :
LE Roi partit le 9 de ce mois du Village de Muntsingen, où étoit le quartier de [...]
Mots clefs :
Roi, Sa Majesté, Carosse, Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL du Voyage du Roi, depuis son départ de Fribourg.
JOURNAL du Voyage du Roi , depuis
Son départ de Fribourg.
L
:
ERoi partit le 9 de ce mois du Village
de Muntfingen , où étoit le quarrierde
Sa Majesté , pendant le ſiége de Fribourg ,
& arriva à Huningue versdeux heures après
midi . Il deſcendit de caroſſe à la porte de la
Ville , & vit les Fortifications de la Place.
Sa Majesté vint coucher le 10 à Vezoul , où
elle fut reçûë par le Duc de Randan , LieutenantGénéral
au Gouvernement du Comté
de Bourgogne , & Commandant dans cette
Province.
Leu le Roi coucha à Chaumont en
104 MERCURE DE FRANCE.
Baſſigni,où l'Evêque de Langres s'étoit ren
du pour recevoir Sa Majeſté.
Le 12 , il coucha à la Chapelle , Château
fitué près de Nogent ſur Seine , & appartenant
à M. Orri , Miniſtre d'Etat , & Contrôleur
Général des Finances.
Toutes les Villes par leſquelles le Roi a
paffé , ont donné toutes les marques de joie
qu'on pouvoit attendre de leur tendre &
reſpectueux attachement pour la perſonne
de Sa Majefté.
Quoiqu'elle n'ait point ſéjourné à Befort
, cette Ville s'eſt diftinguée , & SaMajeſté
a eu la bonté de témoigner qu'Elle
étoit contente des efforts qu'avoient fait
les Habitans , ce qui eſt le prix le plus glorieux
qu'ils puſſent efpérer de leurs foins.
Le 13 , Sa Majesté arriva à Paris, vers les
fix heures du ſoir. Une Salve des Canons
de la Ville , & d'un grand nombre de Boëtes
avoit annoncé au Peuple dès cinq
heures du matin , que ce jour étoit le jour
déſiré de l'arrivée du Monarque.
د
Les caroffes de Sa Majesté , les Détachemens
de fa Maiſon & le Vol du Cabinet ,
P'attendoient à Charenton ; Elle quitta ſon
caroſſe de Voyage & monta dans un autre
, où elle ſe placa ſeule dans le fond ; les
places du devant & des portieres du Catoffe
furent remplies par ſes principauxOf
NOVEMBRE . 1744. 105
ficiers , & Sa Majeſté prit le chemin de la
Barriere de Rambouillet.
Les Détachemens des Gardes du Corps ,
des Gendarmes , des Chevau-Légers , &
des deux Compagnies des Mouſquaires
de la Garde du Roi , étoient dans leurs
rangs accoûtumés , devant &derriere le
caroſſe de Sa Majesté ; les Officiers de ces
différens Corps occupoient auprès du Roi
dans cette marche les places qui leur ont
été marquées par le Réglement du mois de
Novembre 1724 , & le Vol du cabinet
précédoit immédiatement le premier Caroſſe
de ſuite. La Compagnie du Guet à
cheval , ſon Tymbalier & ſes Trompettes
àla tête , & les Inſpecteurs de Police avec
Tymbales, Trompettes , & Hautbois , marchoient
en avant.
Son départ de Fribourg.
L
:
ERoi partit le 9 de ce mois du Village
de Muntfingen , où étoit le quarrierde
Sa Majesté , pendant le ſiége de Fribourg ,
& arriva à Huningue versdeux heures après
midi . Il deſcendit de caroſſe à la porte de la
Ville , & vit les Fortifications de la Place.
Sa Majesté vint coucher le 10 à Vezoul , où
elle fut reçûë par le Duc de Randan , LieutenantGénéral
au Gouvernement du Comté
de Bourgogne , & Commandant dans cette
Province.
Leu le Roi coucha à Chaumont en
104 MERCURE DE FRANCE.
Baſſigni,où l'Evêque de Langres s'étoit ren
du pour recevoir Sa Majeſté.
Le 12 , il coucha à la Chapelle , Château
fitué près de Nogent ſur Seine , & appartenant
à M. Orri , Miniſtre d'Etat , & Contrôleur
Général des Finances.
Toutes les Villes par leſquelles le Roi a
paffé , ont donné toutes les marques de joie
qu'on pouvoit attendre de leur tendre &
reſpectueux attachement pour la perſonne
de Sa Majefté.
Quoiqu'elle n'ait point ſéjourné à Befort
, cette Ville s'eſt diftinguée , & SaMajeſté
a eu la bonté de témoigner qu'Elle
étoit contente des efforts qu'avoient fait
les Habitans , ce qui eſt le prix le plus glorieux
qu'ils puſſent efpérer de leurs foins.
Le 13 , Sa Majesté arriva à Paris, vers les
fix heures du ſoir. Une Salve des Canons
de la Ville , & d'un grand nombre de Boëtes
avoit annoncé au Peuple dès cinq
heures du matin , que ce jour étoit le jour
déſiré de l'arrivée du Monarque.
د
Les caroffes de Sa Majesté , les Détachemens
de fa Maiſon & le Vol du Cabinet ,
P'attendoient à Charenton ; Elle quitta ſon
caroſſe de Voyage & monta dans un autre
, où elle ſe placa ſeule dans le fond ; les
places du devant & des portieres du Catoffe
furent remplies par ſes principauxOf
NOVEMBRE . 1744. 105
ficiers , & Sa Majeſté prit le chemin de la
Barriere de Rambouillet.
Les Détachemens des Gardes du Corps ,
des Gendarmes , des Chevau-Légers , &
des deux Compagnies des Mouſquaires
de la Garde du Roi , étoient dans leurs
rangs accoûtumés , devant &derriere le
caroſſe de Sa Majesté ; les Officiers de ces
différens Corps occupoient auprès du Roi
dans cette marche les places qui leur ont
été marquées par le Réglement du mois de
Novembre 1724 , & le Vol du cabinet
précédoit immédiatement le premier Caroſſe
de ſuite. La Compagnie du Guet à
cheval , ſon Tymbalier & ſes Trompettes
àla tête , & les Inſpecteurs de Police avec
Tymbales, Trompettes , & Hautbois , marchoient
en avant.
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824
p. 105-108
Réjoüissances & illuminations à l'arrivée de Sa Majesté, [titre d'après la table]
Début :
La Ville, qui avoit été informée que le Roi ne se rendroit ici qu'au commencement [...]
Mots clefs :
Roi, Paris, Lumières, Barrière de Rambouillet, Porte Saint-Antoine, Demi-lune, Lustres, Girandoles, Cimetière Saint-Jean, Fontaine, Place du Carrousel, Canons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réjoüissances & illuminations à l'arrivée de Sa Majesté, [titre d'après la table]
La Ville , qui avoit été informée que le
Roi ne ſe rendroit ici qu'au commencementde
la nuit , avoit ordonné des illuminations
dans les principaux endroits où le
Roi devoit paffer. A la Barriere de Rambouillet
, étoient deux grands Luftres
dont chacun portoit plus de ſoixante lumieres
, & depuis cette Barriere juſqu'à la
ſeconde qui étoit ſur la route du Roi , regnoit
undouble cordon de terrines , des Ifs
&des Girandoles placées alternativement ,
les Girandoles poſées ſur des Piedeſtaux ,
106 MERCURE DE FRANCE.
1
formoient un cercle vis-à-vis de cette Barriere.
De là juſqu'à la demi Lune de la Porte
Saint Antoine , on voyoit à droite & à
gauche le long de la grande ruë du Fauxbourg
un rang de Luſtres. Les deux Fontaines
, dont l'une eſt en face de l'Abbaye
de S. Antoine , & l'autre au coin de la ruë
deCharonne, étoient illuminées . A côté de
chacune , on avoit élévé un Amphithéâtre
fur lequel on avoit placé des Muſiciens , &
une Fontaine de Vin couloit près de la
premiere.
La demi Lune de la Porte S. Antoine
étoit éclairée des deux côtés par des Luf
tres ,& par des Girandoles , & la Porte S.
Antoine l'étoit en dedans , & en dehors
par un nombre prodigieux de lumieres ,
dont la diſpoſition repréſentoit un Arc de
Triomphe.
Lorſque le Roi arriva à la demi Lune ,
on fit une Salve des canons de la Baſtille ,
& de ceux que la Ville avoit fait tranſporter
ſur le Baſtion du Rempart , près de la
Porte.
Ce fut là que le Corps de Ville, préſenté
par le Duc de Gefvres , & conduit par M.
Deſgranges , Maître des Cérémonies
eut l'honneur de complimenter Sa Majesté
fur fon heureuſe arrivée. M. de Bernage ,
Conſeiller d'Etat ordinaire & Prévôt des
Marchands, portoit la parole.
NOVEMBRE. 1744. 107
Le Roi , en continuant ſa route , trouva
par-tout les mêmes préparatifs ; on avoit eu
la précaution de ſauver l'irrégularité du
Marché S. Paul , par deux rangs de Poteaux
, d'où pendoient des Luſtres . Les Peres
Jéſuites de la Maiſon Profeſſe avoient
fait une fort belle illumination ; nous en
parlerons plus au long , lorſque nous décrirons
les autres illuminations.
Des Luftres portés ſur des Poteaux éclairoient
la Place Baudoiers , & le Cimetiere
5. Jean . Trois Fontaines de Vin couloient ,
l'une dans ce Cimetiere , une autre dans la
Place aux Chats au bout de la ruë de la
Ferronerie , & une troiſième à côté de la
Fontaine du Trahoir , que la Ville avoit
fait illuminer , & près de chaque Fontaine
étoit un Amphithéâtre , rempli d'Inſtrumens.
Toute la Place du Carouſel dans laquelle
le Roi entra par la ruë S. Nicaiſe , étoit
ornée d'Ifs & de Girandoles ; dans le milieu
de cette Place on avoit élevé une décoration
, qui portoit plus de trois mille
lumieres ; du haut de cette décoration fortoient
quatre Guirlandes , & l'on voyoit
une Couronne de Laurier ſuſpenduë au
point de leur réunion.
Les Salves des boëtes& des canons pla
cés en différens endroits , furent tellement
108 MERCURE DE FRANCE.
diſtribuées , qu'elles ne diſcontinuerent
pointpendant le tems que Sa Majefté traverſa
cette Ville. Le roi marcha fort lentement
, afin que les Habitans puſſent mieux
jouirdubonheur de le voir , & d'ailleurs ,
quand ſa bonté ne l'auroit pas porté naturellement
à leur donner cette marque de
fon affection , ſa marche auroit été néceſſairement
retardée par l'affluence ſurprenante
du Peuple , qui étoit accouru ſur ſon paffage.
د
Sa Majeſté trouva au Palais des Tuilleries
la Reine , Monſeigneur le Dauphin
&Meſdames de France , qui s'étoient renduës
ici de Verſailles le même jour. La
Reine à ſon arrivée avoit été complimentée
à la Porte S. Honoré par le Corps de
Ville , à la tête duquel étoit le Duc de Gefvres
, Gouverneur de Paris .
Roi ne ſe rendroit ici qu'au commencementde
la nuit , avoit ordonné des illuminations
dans les principaux endroits où le
Roi devoit paffer. A la Barriere de Rambouillet
, étoient deux grands Luftres
dont chacun portoit plus de ſoixante lumieres
, & depuis cette Barriere juſqu'à la
ſeconde qui étoit ſur la route du Roi , regnoit
undouble cordon de terrines , des Ifs
&des Girandoles placées alternativement ,
les Girandoles poſées ſur des Piedeſtaux ,
106 MERCURE DE FRANCE.
1
formoient un cercle vis-à-vis de cette Barriere.
De là juſqu'à la demi Lune de la Porte
Saint Antoine , on voyoit à droite & à
gauche le long de la grande ruë du Fauxbourg
un rang de Luſtres. Les deux Fontaines
, dont l'une eſt en face de l'Abbaye
de S. Antoine , & l'autre au coin de la ruë
deCharonne, étoient illuminées . A côté de
chacune , on avoit élévé un Amphithéâtre
fur lequel on avoit placé des Muſiciens , &
une Fontaine de Vin couloit près de la
premiere.
La demi Lune de la Porte S. Antoine
étoit éclairée des deux côtés par des Luf
tres ,& par des Girandoles , & la Porte S.
Antoine l'étoit en dedans , & en dehors
par un nombre prodigieux de lumieres ,
dont la diſpoſition repréſentoit un Arc de
Triomphe.
Lorſque le Roi arriva à la demi Lune ,
on fit une Salve des canons de la Baſtille ,
& de ceux que la Ville avoit fait tranſporter
ſur le Baſtion du Rempart , près de la
Porte.
Ce fut là que le Corps de Ville, préſenté
par le Duc de Gefvres , & conduit par M.
Deſgranges , Maître des Cérémonies
eut l'honneur de complimenter Sa Majesté
fur fon heureuſe arrivée. M. de Bernage ,
Conſeiller d'Etat ordinaire & Prévôt des
Marchands, portoit la parole.
NOVEMBRE. 1744. 107
Le Roi , en continuant ſa route , trouva
par-tout les mêmes préparatifs ; on avoit eu
la précaution de ſauver l'irrégularité du
Marché S. Paul , par deux rangs de Poteaux
, d'où pendoient des Luſtres . Les Peres
Jéſuites de la Maiſon Profeſſe avoient
fait une fort belle illumination ; nous en
parlerons plus au long , lorſque nous décrirons
les autres illuminations.
Des Luftres portés ſur des Poteaux éclairoient
la Place Baudoiers , & le Cimetiere
5. Jean . Trois Fontaines de Vin couloient ,
l'une dans ce Cimetiere , une autre dans la
Place aux Chats au bout de la ruë de la
Ferronerie , & une troiſième à côté de la
Fontaine du Trahoir , que la Ville avoit
fait illuminer , & près de chaque Fontaine
étoit un Amphithéâtre , rempli d'Inſtrumens.
Toute la Place du Carouſel dans laquelle
le Roi entra par la ruë S. Nicaiſe , étoit
ornée d'Ifs & de Girandoles ; dans le milieu
de cette Place on avoit élevé une décoration
, qui portoit plus de trois mille
lumieres ; du haut de cette décoration fortoient
quatre Guirlandes , & l'on voyoit
une Couronne de Laurier ſuſpenduë au
point de leur réunion.
Les Salves des boëtes& des canons pla
cés en différens endroits , furent tellement
108 MERCURE DE FRANCE.
diſtribuées , qu'elles ne diſcontinuerent
pointpendant le tems que Sa Majefté traverſa
cette Ville. Le roi marcha fort lentement
, afin que les Habitans puſſent mieux
jouirdubonheur de le voir , & d'ailleurs ,
quand ſa bonté ne l'auroit pas porté naturellement
à leur donner cette marque de
fon affection , ſa marche auroit été néceſſairement
retardée par l'affluence ſurprenante
du Peuple , qui étoit accouru ſur ſon paffage.
د
Sa Majeſté trouva au Palais des Tuilleries
la Reine , Monſeigneur le Dauphin
&Meſdames de France , qui s'étoient renduës
ici de Verſailles le même jour. La
Reine à ſon arrivée avoit été complimentée
à la Porte S. Honoré par le Corps de
Ville , à la tête duquel étoit le Duc de Gefvres
, Gouverneur de Paris .
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825
p. 108-110
Le Roi va à N. D. [titre d'après la table]
Début :
Le lendemain, le Roi accompagné de Monseigneur le Dauphin, se rendit à l'Eglise [...]
Mots clefs :
Roi, Église, Sa Majesté, Archevêque de Paris, Charles-Gaspard-Guillaume de Vintimille, Messe, Illuminations, Clôture des boutiques, Antoine-René de Voyer de Paulmy d'Argenson
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Roi va à N. D. [titre d'après la table]
Le lendemain , le Roi accompagné de
Monſeigneur le Dauphin , ſe rendit à l'Egliſe
Metropolitaine ; Sa Majesté fut reçue
&complimentée à la Porte de l'Egliſe par
l'Archevêque de Paris , à la tête des Chanoines
, & ayant été conduite dans le
Choeur , elle y entendit la Meſſe , qui fut
célébrée par l'Abbé d'Harcourt , Doyen du
Chapitre ; la Reine & Meſdames de France
s'étoient rendues à l'Egliſe Métropolitaine
en même tems que le Roi ; elles y entendirent
NOVEMBRE . 1744. 109
dirent la même Meſſe , après laquelle l'Archevêque
de Paris donna la bénédiction ,
& le Roi fut reconduit avec les mêmes cérémonies
qui avoient été obſervées à ſon
entrée dans l'Eglife. En allant & en revenant
les Détachemens de la Maiſon de Sa
Majeſté , qui avoient accompagné le Roi
la veille , précéderent & ſuivirent le caroſſe
de Sa Majeſté ; on avoit poſé ſur la
route du Roi trois Fontaines de Vin pour
le Peuple & autant d'Amphithéâtres , fur
leſquels étoientdes Symphoniſtes.
,
Les illuminations continuerent ce jour
là & ont continué pendant le ſéjour du
Roi ; une Ordonnance du Lieutenant Général
de Police les avoit ordonnées , auſſibien
que la clôture des Boutiques , mais l'amour
des François pour leur Maître avoit
fuppléé aux précautions du Magiftrat
c'eſt ce qu'il remarque judicieuſement dans
le Préambule de ſon Ordonnance. » Quoi-
» qu'il foit perfuadé , dit-il , qu'il n'eſt pas
>> beſoin d'exciter le zéle des Habitans ,
>> cependant comme il eſt néceſſaire de leur
>> preſcrire les régles qu'ils doivent obſer-
>>ver , & qu'il convient en conformité des
» ordres du Parlement , de fixer le tems de
>>la clôture des Boutiques ,& les jours des
» illuminations , &c . »
Ce même jour 14 Novembre, M.d'Argen-
I. Vol. F
110 MERCURE DE FRANCE.
ſon, Avocat du Roi au Châtelet, préſenta d
Sa Majesté le ſcrutin de l'élection du Prévôt
des Marchands & des Echevins pour
l'année 1744 .
On ſçait que M. d'Argenſon eſt fils du
Miniſtre des Affaires Etrangeres , & Neveu
du Miniſtre de la Guerre ; il a pour Ayeul
le fameux Garde des Sceaux de fon nom ;
nous ne ferons que l'écho de la voix publique,
ſi nous diſons que ce jeune Magiftrat
entredans la carriere d'une façon digne de
ceux à qui il a l'honneur d'appartenir , ce
qui ſeul eſtungrand éloge.
Nous ferons ſans doute plaiſir à nos
Lecteurs en inférant ici la Harangue qu'il
adreſſa au Roi. Les François y retrouveront
les ſentimens de tendreſſe & d'attachement
pour Sa Majesté , qui ſont communs
à toute la Nation ; mais peu auroient
été en état de l'exprimer avec une éloquence
aufli aisée& auſſi naturelle. C'eſt ce que
la lecture de la Harangue va prouver mieux
quenos réfléxions.
Monſeigneur le Dauphin , ſe rendit à l'Egliſe
Metropolitaine ; Sa Majesté fut reçue
&complimentée à la Porte de l'Egliſe par
l'Archevêque de Paris , à la tête des Chanoines
, & ayant été conduite dans le
Choeur , elle y entendit la Meſſe , qui fut
célébrée par l'Abbé d'Harcourt , Doyen du
Chapitre ; la Reine & Meſdames de France
s'étoient rendues à l'Egliſe Métropolitaine
en même tems que le Roi ; elles y entendirent
NOVEMBRE . 1744. 109
dirent la même Meſſe , après laquelle l'Archevêque
de Paris donna la bénédiction ,
& le Roi fut reconduit avec les mêmes cérémonies
qui avoient été obſervées à ſon
entrée dans l'Eglife. En allant & en revenant
les Détachemens de la Maiſon de Sa
Majeſté , qui avoient accompagné le Roi
la veille , précéderent & ſuivirent le caroſſe
de Sa Majeſté ; on avoit poſé ſur la
route du Roi trois Fontaines de Vin pour
le Peuple & autant d'Amphithéâtres , fur
leſquels étoientdes Symphoniſtes.
,
Les illuminations continuerent ce jour
là & ont continué pendant le ſéjour du
Roi ; une Ordonnance du Lieutenant Général
de Police les avoit ordonnées , auſſibien
que la clôture des Boutiques , mais l'amour
des François pour leur Maître avoit
fuppléé aux précautions du Magiftrat
c'eſt ce qu'il remarque judicieuſement dans
le Préambule de ſon Ordonnance. » Quoi-
» qu'il foit perfuadé , dit-il , qu'il n'eſt pas
>> beſoin d'exciter le zéle des Habitans ,
>> cependant comme il eſt néceſſaire de leur
>> preſcrire les régles qu'ils doivent obſer-
>>ver , & qu'il convient en conformité des
» ordres du Parlement , de fixer le tems de
>>la clôture des Boutiques ,& les jours des
» illuminations , &c . »
Ce même jour 14 Novembre, M.d'Argen-
I. Vol. F
110 MERCURE DE FRANCE.
ſon, Avocat du Roi au Châtelet, préſenta d
Sa Majesté le ſcrutin de l'élection du Prévôt
des Marchands & des Echevins pour
l'année 1744 .
On ſçait que M. d'Argenſon eſt fils du
Miniſtre des Affaires Etrangeres , & Neveu
du Miniſtre de la Guerre ; il a pour Ayeul
le fameux Garde des Sceaux de fon nom ;
nous ne ferons que l'écho de la voix publique,
ſi nous diſons que ce jeune Magiftrat
entredans la carriere d'une façon digne de
ceux à qui il a l'honneur d'appartenir , ce
qui ſeul eſtungrand éloge.
Nous ferons ſans doute plaiſir à nos
Lecteurs en inférant ici la Harangue qu'il
adreſſa au Roi. Les François y retrouveront
les ſentimens de tendreſſe & d'attachement
pour Sa Majesté , qui ſont communs
à toute la Nation ; mais peu auroient
été en état de l'exprimer avec une éloquence
aufli aisée& auſſi naturelle. C'eſt ce que
la lecture de la Harangue va prouver mieux
quenos réfléxions.
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826
p. 116-124
Fête à l'Hôtel de Ville, [titre d'après la table]
Début :
Cependant le 15 étoit le jour que la Ville avoit choisi pour la Fête qu'elle devoit [...]
Mots clefs :
Hôtel de ville, Roi, Colonnes, Prévôt des marchands, Illuminations, Dîner, Musique, Lustres, Girandoles, Guirlandes, Arc de triomphe, Place, Architecture, Duc de Gesvres, Quai, Palais enchantés, Fées
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texteReconnaissance textuelle : Fête à l'Hôtel de Ville, [titre d'après la table]
Cependant le 15 étoit le jour que la
Ville avoit choifi pour la Fête qu'elle devoit
donner au Roi. Une ſalve des canons ,
& de boëtes , & la cloche de l'Hôtel de
Ville annoncerent ce grand jour ; le Roi
arriva vers les deux heures après midi à
P'Hôtel de Ville ; le Duc de Geſvres , Gouverneur
de Paris , le Prévôt des Marchands
, les Echevins , le Procureur du
Roi , le Greffier , & le Receveur du Bureau
de la Ville , tous en habits de cérémonie,
reçurent Sa Majesté à la portiere de
fon caroffe . Le Compliment fut fait par le
Prévôt des Marchands , qui ſuivant l'uſage
, mit un genouil en terre , ainſi que
les Echevins , & les autres Officiers da
NOVEMBRE. 1744 . 117
Bureau . Sa Majesté étant enſuite montée à
l'Hôtel de Ville , entra dans la Grande Sale
, qui étoit tenduë de Damas Cramoiſi ,
galonné d'Or. Le plancher étoit couvert de
Fiches Tapis de pied. Quatorze Luftres &
foixante Girandoles contribuoient à l'embelliffement
de cette Sale , & fur tine des
cheminées étoit le Portrait du Roi , ſous
un Dais. De cette Salle le Roi paſſa dans
les autres , dont tous les meubles & les ornemens
étoient d'une extrême magnificence
, & d'où Sa Majesté conſidéra la décora
tion de la place , vis-à- vis de l'Hôtel de
Ville.
Autour de cette place regnoit une ſuite
de colonnes accouplées , dont les baſes &
& les chapiteaux étoient dorés. L'entablement
de chaque couple de colonnes étoit
auſſi doré , & d'un Trophée à l'autre s'étendoient
des Guirlandes de Laurier.A l'extrê
mité de la Place , vis-à- vis de la Grande Sa
le on avoit élévé un Arc de Triomphe , de
cent pieds de haut fur foixante de large ;
l'Architecture étoit d'Ordre Ionique , & la
hauteur des colonnes de trente-deux pieds
à dix- fept pieds de terre , le reſte en proportion.
Sur la principale façade , étoit une
Arcade élevée de quarante-quatre pieds ,
large de vingt-deux , & qui en avoit dixfept
de profondeur. Il y avoit à chaque
Fy
118 MERCURE DE FRANCE.
côté de cette Arcade deux colonnes , &
l'on voyoit la Victoire entre les colonnes de
la droite , & la Paix entre celles de la gauche.
Les deux autres façades étoient compoſées
de deux colonnes iſolées , au milieu
deſquelles étoit d'un côté Pallas & de
l'autre Minerve ; tous les entablemens des
colonnes étoient ornés de Trophées. Le
Couronnement de l'Arc de Triomphe étoit
un Groupe de cinquante pieds de large
& de trente d'élévation , repréſentant le
Roi traîné dans un Char , & couronné
par la Victoire.
Le fol de l'Architecture étoit feint
de Marbre blanc ; le contre-focle , les
pićdeſtaux , l'impoſte , l'archivolle , l'architrave
, la corniche ,& l'attique de marbre
verd ; les colonnes & les friſes , de feracollin
, les baſes , les chapiteaux , & les
bas reliefs des paneaux des piédeſtaux , de
bronze doré. On liſoit dans l'attique cette
Inſcription en Lettres d'or Ludovico redivivo
, Ludovico Triumphatori.
Près de la Riviere étoit une grande Sale
quarrée , formée par divers pieds d'Arbres
entourés de Laurier , & garnis de Girandoles
dorées ; on avoit conftruit au milieu
un Edifice d'une élegante Architecture,qui
diftribuoit du vin de trois côtés .
Le Duc de Geſvres préſenta au Roi le
NOVEMBRE. 1744. 119
Prévôt des Marchands , les Echevins , le
Procureur du Roi , le Greffier & le Receveur
du Bureau de la Ville , & quelques
tems après le Prévôt des Marchands avertit
Sa Majesté qu'Elle étoit ſervie.
Alors le Roi retourna dans la Grande
Sale de l'Hôtel de Ville & fe mir à table.
Monſeigneur le Dauphin ſe plaça à la droite
de Sa Majesté , le Duc de Chartres à ſa
gauche , le Prince de Dombes à côté de
Monſeigneur le Dauphin , & le Duc de
Penthiévre auprès du Duc de Chartres. La
table étoit de trente couverts , dont les
vingt-cinq reſtans furent remplis par les
Seigneurs que le Roi avoit nommés.
Le Prévôt des Marchands eut l'honneur
de fervir le Roi , & le Procureur du Roi
tenoit le chapeau de Sa Majesté , à qui le
Greffier de la Ville préſenta le fauteuil.
Monſeigneur le Dauphin , dont le Receveur
de la Ville tenoit le chapeau , fur fervi
par le premier Echevin. Les trois autres
Echevins ſervirent le Duc de Chartres , le
Prince de Dombes , & le Duc de Penthiévre.
Il eſt preſque inutile de dire que le Feftin
fut auſſi ſomptueux que délicat. Les Officiers
de la Bouche du Roi avoient travaillé
, mais ce fut le Maître de l'Hôtel de la
Ville qui mit les plats ſur table ; le fruit
Fvj
120 MERCURE DE FRANCE.
:
méritoit fur- tout l'admiration des connoif
feurs.
On voyoit au milieu de la table un filet
que l'on nomme vulgairement dormant ,
parce qu'il reſte ſur la table pendant tout le
repas. Au milieu étoit le Surtout de la Ville
, qui est fort beau ,& l'on avoit placé à
côté deux grands plats garnis de fleurs d'Italie
, que l'on avoit éléganmment & artiftement
arrangées , & qui formoient un
buiffon. Deux autres plats étoient à côté de
ceux- ci , & les Ouvrages en fucre , dont ils
étoient chargés , repréſentoient deux roches
qui ſe réuniſfant dans le haut , formoient
une arcade. Des branches de Liere ,
& un groupe d'enfans qui grimpoient deffus
, étoient ce qui formoit la réunion des
deux roches. On rencontroit après deux
autres plats de porcelaines , garnis avec
élégance , & fur deux autres l'on voyoit
des criftaux taillés en filet , ce qui formoir
un coup d'oeil aufli fingulier qu'agréable.
Le fruit étoit dreſſe fur des plats de la
plus belle porcelaine de Saxe ; il étoit
monté en gradin , orné des plus belles
fleurs , & deffiné avec beaucoup de goût &
d'intelligence ; ces dormans , les porcélaines
, & les fruits ont été abandonnés au
pillage après le dîner de Sa Majefté. On a
livré de même à l'avidité du peuple les
NOVEMBRE. 1744. 121
fruits qui garniſſoient quinze autres tables ,
fur leſquelles on voyoit pluſieurs Ouvrages
en fucre , qu'on auroit admirés , fi ceux de
La table du Roi ne les avoient pas effacés .
Ces quinze tables furent ſervies en mê
me tems que celle du Roi ; elles étoient
deſtinées pour les Seigneurs qui n'earent
pas l'honneur de dîner avec S. M. &
pour pluſieurs perſonnes de conſidération.
Pendant le dîner du Roi , MM. Rebel
& Francoeur ,Sur-Intendans de la Mufique
de Sa Majesté , reçus en ſurvivance de
MM. Deſtouches & Blasmont , & Infpecteurs
de l'Académie Royale de Muſique ,
firent exécuter , par les vingt-quatre Violons
de la Chambre , & par l'Orchestre de
P'Opera , plufieurs fuites de Symphonies de
différents Auteurs.
:
;
La Demoiselle Lalande , & le Sieur Benoiſt
, Ordinaire de la Muſique du Roi ,
chanterent un Dialogue , intitulé le Retour
du Roi à Paris. M. Roi , Chevalier de
l'Ordre de S. Michel , & MM. Rebel
&Francoeur avoient compofé ,l'un les paroles
de ce Divertiſſement , les autres la
Muſique par l'ordre du Prévôt des Marchands.
Les paroles , la Muſique , & l'exécution
concoururent également au fuccès ,
&les Auteurs reçurent des éloges qu'ils
122 MERCURE DE FRANCE.
font accoutumés à mériter & à recevoir ,
mais que l'éclat de cette circonſtance rendoit
plus flateurs.
Après le dîner , le Roi joüit d'un nouveau
ſpectacle ; l'Arc de Triomphe , la Colonade
, & la Sale près de la riviere furent
illuminés , ainſi que la façade de l'Hôtelde-
Ville. Ces illuminations formoient un
ſpectacle frappant , & fe communiquoient
réciproquement de l'éclat par le reflet des
lumieres : on avoit illuminé auſſi la cour
de l'Hôtel - de - Ville ; des Guirlandes de
fleurs ornoient les colonnes ,, tantdu premier
que du ſecond ordre : on voyoit au
bas de chaque colonne des Génies , qui
portoient des Girandoles de vingt lumieres
chacune. Pluſieurs Luftres garnis de Bougies
étoient ſuſpendus de diſtance en diftance
; de petites lanternes formoient un
enchaînement de Guirlandes lumineuſes ;
le long de l'entablement , & à la croiſée qui
eit vis à-vis de la porte d'entrée , étoient ces
mots en tranfparent : Recepto Cafare Felix.
Le Roi , en defcendant , remarqua avec
beaucoup de plaifir la décoration de cette
cour , & il témoigna qu'il étoit fatisfait de
l'empreſſement de la Ville à lui prouver ſon
zéle.
Le Duc de Geſvres , le Prevôt des Marchands,
les Echevins , le Greffier & le Re
NOVEMBRE. 1744 . 123
ceveur de la Ville reconduiſerent S. M. jufqu'à
ſon caroſſe : de-là elle alla avec le même
Cortége que le matin à l'Egliſe des Jefuites
de la maifon Profeſſe. La Reine , accompagnée
de Meſdames de France , s'y
étoit renduë quelque - tems auparavant ;
leurs Majestés furent reçuës à la porte de
l'Eglife , & complimentées par le P. Frey ,
Provincial , à la tête de la Communauté , &
elles y aſſiſterent au Salut. L'Egliſe étoit
ornée & éclairée auffi magnifiquement que
l'avoit été le portail le jour de l'arrivée de
S. M. On verra plus bas un détail mieux
circonstancié de ces deux illuminations . En
retournant au Palais des Tuilleries , le Roi
repaſſa par la Grève & par le Quai Pelletier.
La Ville avoit fait illuminer ce Quai avec
des Luftres, & toute la face du Pont Notre-
Dame du côté de la riviere l'étoit auſſi par
pluſieurs cordons de lumiere , dont le dernier
ſuivoit le deſſein du toît.
Il y eut ce ſoir là dans toute la Ville des
illuminations , & pluſieurs furent encore
au-deſſus de celles de la nuit du to du mois
deSeptembre dernier , qui ſera à jamais célébre
dans les Faſtes de la France : celles du
Quai des Tuilleries & du Quai des Théatins
attirerent également l'admiration générale ,
enproduiſant des effets differents. Le pre124
MERCURE DE FRANCE.
mier étoit éclairé uniformement dans toute
l'étenduë des galeries du Louvre , mais le
deſſein de chaque partie étoit d'une telle
élégance qu'on ne pouvoit ſe laffer de le
voir répété. La variété du ſecond lui donnoit
une autre eſpéce de mérite. Les Edifices
ſomptueux , dont ce Quai eſt orné ,
étoient tous illuminés ſuivant des deffeins
differens , & ceux qui du Pont Royal obſer .
voient l'effet de ces differentes illuminations
, croyoient voir ces Palais enchantés
que décrivent les Hiſtoriens des Fées. Leurs
Majeſtés virent ces deux Quais , l'illumination
de la place Vendôme , & celle de la
principale ruë. Nous placerons la Deſcription
des plus belles dans un endroit ſéparé ,
afin de ne pas interrompre le fil de la narration.
Quelques beaux que fuſſent les ſpectacles
formés par ces differentes illuminations , ils
n'auroient pû être comparés à celui que la
façade, & la cour du Château des Tuilleries
devoient offrir au Roi lorſqu'il rentra , mais
un vent violent, qui s'éleva , rendit inutile
la plus grande partie des peines qu'on avoit
priſes pour éclairer toutes les parties deftinées
à l'être dans ce vaſte Edifice .
Ville avoit choifi pour la Fête qu'elle devoit
donner au Roi. Une ſalve des canons ,
& de boëtes , & la cloche de l'Hôtel de
Ville annoncerent ce grand jour ; le Roi
arriva vers les deux heures après midi à
P'Hôtel de Ville ; le Duc de Geſvres , Gouverneur
de Paris , le Prévôt des Marchands
, les Echevins , le Procureur du
Roi , le Greffier , & le Receveur du Bureau
de la Ville , tous en habits de cérémonie,
reçurent Sa Majesté à la portiere de
fon caroffe . Le Compliment fut fait par le
Prévôt des Marchands , qui ſuivant l'uſage
, mit un genouil en terre , ainſi que
les Echevins , & les autres Officiers da
NOVEMBRE. 1744 . 117
Bureau . Sa Majesté étant enſuite montée à
l'Hôtel de Ville , entra dans la Grande Sale
, qui étoit tenduë de Damas Cramoiſi ,
galonné d'Or. Le plancher étoit couvert de
Fiches Tapis de pied. Quatorze Luftres &
foixante Girandoles contribuoient à l'embelliffement
de cette Sale , & fur tine des
cheminées étoit le Portrait du Roi , ſous
un Dais. De cette Salle le Roi paſſa dans
les autres , dont tous les meubles & les ornemens
étoient d'une extrême magnificence
, & d'où Sa Majesté conſidéra la décora
tion de la place , vis-à- vis de l'Hôtel de
Ville.
Autour de cette place regnoit une ſuite
de colonnes accouplées , dont les baſes &
& les chapiteaux étoient dorés. L'entablement
de chaque couple de colonnes étoit
auſſi doré , & d'un Trophée à l'autre s'étendoient
des Guirlandes de Laurier.A l'extrê
mité de la Place , vis-à- vis de la Grande Sa
le on avoit élévé un Arc de Triomphe , de
cent pieds de haut fur foixante de large ;
l'Architecture étoit d'Ordre Ionique , & la
hauteur des colonnes de trente-deux pieds
à dix- fept pieds de terre , le reſte en proportion.
Sur la principale façade , étoit une
Arcade élevée de quarante-quatre pieds ,
large de vingt-deux , & qui en avoit dixfept
de profondeur. Il y avoit à chaque
Fy
118 MERCURE DE FRANCE.
côté de cette Arcade deux colonnes , &
l'on voyoit la Victoire entre les colonnes de
la droite , & la Paix entre celles de la gauche.
Les deux autres façades étoient compoſées
de deux colonnes iſolées , au milieu
deſquelles étoit d'un côté Pallas & de
l'autre Minerve ; tous les entablemens des
colonnes étoient ornés de Trophées. Le
Couronnement de l'Arc de Triomphe étoit
un Groupe de cinquante pieds de large
& de trente d'élévation , repréſentant le
Roi traîné dans un Char , & couronné
par la Victoire.
Le fol de l'Architecture étoit feint
de Marbre blanc ; le contre-focle , les
pićdeſtaux , l'impoſte , l'archivolle , l'architrave
, la corniche ,& l'attique de marbre
verd ; les colonnes & les friſes , de feracollin
, les baſes , les chapiteaux , & les
bas reliefs des paneaux des piédeſtaux , de
bronze doré. On liſoit dans l'attique cette
Inſcription en Lettres d'or Ludovico redivivo
, Ludovico Triumphatori.
Près de la Riviere étoit une grande Sale
quarrée , formée par divers pieds d'Arbres
entourés de Laurier , & garnis de Girandoles
dorées ; on avoit conftruit au milieu
un Edifice d'une élegante Architecture,qui
diftribuoit du vin de trois côtés .
Le Duc de Geſvres préſenta au Roi le
NOVEMBRE. 1744. 119
Prévôt des Marchands , les Echevins , le
Procureur du Roi , le Greffier & le Receveur
du Bureau de la Ville , & quelques
tems après le Prévôt des Marchands avertit
Sa Majesté qu'Elle étoit ſervie.
Alors le Roi retourna dans la Grande
Sale de l'Hôtel de Ville & fe mir à table.
Monſeigneur le Dauphin ſe plaça à la droite
de Sa Majesté , le Duc de Chartres à ſa
gauche , le Prince de Dombes à côté de
Monſeigneur le Dauphin , & le Duc de
Penthiévre auprès du Duc de Chartres. La
table étoit de trente couverts , dont les
vingt-cinq reſtans furent remplis par les
Seigneurs que le Roi avoit nommés.
Le Prévôt des Marchands eut l'honneur
de fervir le Roi , & le Procureur du Roi
tenoit le chapeau de Sa Majesté , à qui le
Greffier de la Ville préſenta le fauteuil.
Monſeigneur le Dauphin , dont le Receveur
de la Ville tenoit le chapeau , fur fervi
par le premier Echevin. Les trois autres
Echevins ſervirent le Duc de Chartres , le
Prince de Dombes , & le Duc de Penthiévre.
Il eſt preſque inutile de dire que le Feftin
fut auſſi ſomptueux que délicat. Les Officiers
de la Bouche du Roi avoient travaillé
, mais ce fut le Maître de l'Hôtel de la
Ville qui mit les plats ſur table ; le fruit
Fvj
120 MERCURE DE FRANCE.
:
méritoit fur- tout l'admiration des connoif
feurs.
On voyoit au milieu de la table un filet
que l'on nomme vulgairement dormant ,
parce qu'il reſte ſur la table pendant tout le
repas. Au milieu étoit le Surtout de la Ville
, qui est fort beau ,& l'on avoit placé à
côté deux grands plats garnis de fleurs d'Italie
, que l'on avoit éléganmment & artiftement
arrangées , & qui formoient un
buiffon. Deux autres plats étoient à côté de
ceux- ci , & les Ouvrages en fucre , dont ils
étoient chargés , repréſentoient deux roches
qui ſe réuniſfant dans le haut , formoient
une arcade. Des branches de Liere ,
& un groupe d'enfans qui grimpoient deffus
, étoient ce qui formoit la réunion des
deux roches. On rencontroit après deux
autres plats de porcelaines , garnis avec
élégance , & fur deux autres l'on voyoit
des criftaux taillés en filet , ce qui formoir
un coup d'oeil aufli fingulier qu'agréable.
Le fruit étoit dreſſe fur des plats de la
plus belle porcelaine de Saxe ; il étoit
monté en gradin , orné des plus belles
fleurs , & deffiné avec beaucoup de goût &
d'intelligence ; ces dormans , les porcélaines
, & les fruits ont été abandonnés au
pillage après le dîner de Sa Majefté. On a
livré de même à l'avidité du peuple les
NOVEMBRE. 1744. 121
fruits qui garniſſoient quinze autres tables ,
fur leſquelles on voyoit pluſieurs Ouvrages
en fucre , qu'on auroit admirés , fi ceux de
La table du Roi ne les avoient pas effacés .
Ces quinze tables furent ſervies en mê
me tems que celle du Roi ; elles étoient
deſtinées pour les Seigneurs qui n'earent
pas l'honneur de dîner avec S. M. &
pour pluſieurs perſonnes de conſidération.
Pendant le dîner du Roi , MM. Rebel
& Francoeur ,Sur-Intendans de la Mufique
de Sa Majesté , reçus en ſurvivance de
MM. Deſtouches & Blasmont , & Infpecteurs
de l'Académie Royale de Muſique ,
firent exécuter , par les vingt-quatre Violons
de la Chambre , & par l'Orchestre de
P'Opera , plufieurs fuites de Symphonies de
différents Auteurs.
:
;
La Demoiselle Lalande , & le Sieur Benoiſt
, Ordinaire de la Muſique du Roi ,
chanterent un Dialogue , intitulé le Retour
du Roi à Paris. M. Roi , Chevalier de
l'Ordre de S. Michel , & MM. Rebel
&Francoeur avoient compofé ,l'un les paroles
de ce Divertiſſement , les autres la
Muſique par l'ordre du Prévôt des Marchands.
Les paroles , la Muſique , & l'exécution
concoururent également au fuccès ,
&les Auteurs reçurent des éloges qu'ils
122 MERCURE DE FRANCE.
font accoutumés à mériter & à recevoir ,
mais que l'éclat de cette circonſtance rendoit
plus flateurs.
Après le dîner , le Roi joüit d'un nouveau
ſpectacle ; l'Arc de Triomphe , la Colonade
, & la Sale près de la riviere furent
illuminés , ainſi que la façade de l'Hôtelde-
Ville. Ces illuminations formoient un
ſpectacle frappant , & fe communiquoient
réciproquement de l'éclat par le reflet des
lumieres : on avoit illuminé auſſi la cour
de l'Hôtel - de - Ville ; des Guirlandes de
fleurs ornoient les colonnes ,, tantdu premier
que du ſecond ordre : on voyoit au
bas de chaque colonne des Génies , qui
portoient des Girandoles de vingt lumieres
chacune. Pluſieurs Luftres garnis de Bougies
étoient ſuſpendus de diſtance en diftance
; de petites lanternes formoient un
enchaînement de Guirlandes lumineuſes ;
le long de l'entablement , & à la croiſée qui
eit vis à-vis de la porte d'entrée , étoient ces
mots en tranfparent : Recepto Cafare Felix.
Le Roi , en defcendant , remarqua avec
beaucoup de plaifir la décoration de cette
cour , & il témoigna qu'il étoit fatisfait de
l'empreſſement de la Ville à lui prouver ſon
zéle.
Le Duc de Geſvres , le Prevôt des Marchands,
les Echevins , le Greffier & le Re
NOVEMBRE. 1744 . 123
ceveur de la Ville reconduiſerent S. M. jufqu'à
ſon caroſſe : de-là elle alla avec le même
Cortége que le matin à l'Egliſe des Jefuites
de la maifon Profeſſe. La Reine , accompagnée
de Meſdames de France , s'y
étoit renduë quelque - tems auparavant ;
leurs Majestés furent reçuës à la porte de
l'Eglife , & complimentées par le P. Frey ,
Provincial , à la tête de la Communauté , &
elles y aſſiſterent au Salut. L'Egliſe étoit
ornée & éclairée auffi magnifiquement que
l'avoit été le portail le jour de l'arrivée de
S. M. On verra plus bas un détail mieux
circonstancié de ces deux illuminations . En
retournant au Palais des Tuilleries , le Roi
repaſſa par la Grève & par le Quai Pelletier.
La Ville avoit fait illuminer ce Quai avec
des Luftres, & toute la face du Pont Notre-
Dame du côté de la riviere l'étoit auſſi par
pluſieurs cordons de lumiere , dont le dernier
ſuivoit le deſſein du toît.
Il y eut ce ſoir là dans toute la Ville des
illuminations , & pluſieurs furent encore
au-deſſus de celles de la nuit du to du mois
deSeptembre dernier , qui ſera à jamais célébre
dans les Faſtes de la France : celles du
Quai des Tuilleries & du Quai des Théatins
attirerent également l'admiration générale ,
enproduiſant des effets differents. Le pre124
MERCURE DE FRANCE.
mier étoit éclairé uniformement dans toute
l'étenduë des galeries du Louvre , mais le
deſſein de chaque partie étoit d'une telle
élégance qu'on ne pouvoit ſe laffer de le
voir répété. La variété du ſecond lui donnoit
une autre eſpéce de mérite. Les Edifices
ſomptueux , dont ce Quai eſt orné ,
étoient tous illuminés ſuivant des deffeins
differens , & ceux qui du Pont Royal obſer .
voient l'effet de ces differentes illuminations
, croyoient voir ces Palais enchantés
que décrivent les Hiſtoriens des Fées. Leurs
Majeſtés virent ces deux Quais , l'illumination
de la place Vendôme , & celle de la
principale ruë. Nous placerons la Deſcription
des plus belles dans un endroit ſéparé ,
afin de ne pas interrompre le fil de la narration.
Quelques beaux que fuſſent les ſpectacles
formés par ces differentes illuminations , ils
n'auroient pû être comparés à celui que la
façade, & la cour du Château des Tuilleries
devoient offrir au Roi lorſqu'il rentra , mais
un vent violent, qui s'éleva , rendit inutile
la plus grande partie des peines qu'on avoit
priſes pour éclairer toutes les parties deftinées
à l'être dans ce vaſte Edifice .
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827
p. 124-125
Le Roi va à Ste Geneviéve, [titre d'après la table]
Début :
Le 17 le Roi accompagné de la Reine, de Monseigneur le Dauphin & de Mesdames [...]
Mots clefs :
Roi, Reine, Monseigneur le Dauphin, Mesdames de France, Abbaye de Sainte-Geneviève, Messe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Roi va à Ste Geneviéve, [titre d'après la table]
Le 17 le Roi accompagné de la Reine, de
Monſeigneur le Dauphin & de Mefdames
de France , & avec le même cortege que le
NOVEMBRE.
1744. 125
-13 & le 15 , ſe rendit à l'Egliſe de l'Abbayede
ſainte Genevieve ; l'Abbé revêtu
de ſes habits pontificaux , & à la tête de
fes Religieux , reçut le Roi à la porte de
l'Eglife ,& le conduifit dans le Choeur , où
S. M. entendit la Meſle .
Monſeigneur le Dauphin & de Mefdames
de France , & avec le même cortege que le
NOVEMBRE.
1744. 125
-13 & le 15 , ſe rendit à l'Egliſe de l'Abbayede
ſainte Genevieve ; l'Abbé revêtu
de ſes habits pontificaux , & à la tête de
fes Religieux , reçut le Roi à la porte de
l'Eglife ,& le conduifit dans le Choeur , où
S. M. entendit la Meſle .
Fermer
828
p. 127-129
VERS recités au Roi, par M. de Crebillon, Directeur de l'Académie Françoise, à la suite du Compliment qu'il a fait à SA MAJESTÉ, au nom de cette Compagnie, le Mardi 17 Novembre 1744.
Début :
QUEL orage soudain s'éléve & m'environne ? [...]
Mots clefs :
Roi, Ciel, Dieux, Enfers, Mort, Louis le Grand, Gloire, Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS recités au Roi, par M. de Crebillon, Directeur de l'Académie Françoise, à la suite du Compliment qu'il a fait à SA MAJESTÉ, au nom de cette Compagnie, le Mardi 17 Novembre 1744.
VERS recités au Roi , par M. de Crebillon
, Directeur de l'Académie Françoise ,
à la ſuite du Compliment qu'il a fait à SA
MAJESTE' , au nom de cette Compagnie , le
Mardi 17 Novembre 1744.
QUel orage ſoudain s'éléve & m'environne
L'épouvante & l'horreur régnent de toutes parts !
Que de gémiſſemens ! l'air mugit ; le Ciel tonne.
Dieux ! Quels triſtes objets s'offrent à mes regards !
Où ſuis- je ? Quoi , je touche à l'infernale rive
François infortunés , y portez - vous vos pas ?
Qui vous amène en foule aux portes du trépas ?
J'entens parmi vos pleurs une bouche plaintive
Articuler des mots , qui me glacent d'effioi.
Odéplorablesang ! O malheureuse Reine .....
La Reine ! ... Ah ! C'en est fait ; notre mort eft
certaine.
La France va donc perdre & fon Pere , & ſon Roi !
François , le déſeſpoir où votre ame ſe livre ,
Doit aller auſſi loin que la rigueur du ſort ;
Si Louis ne vit plus , il faut ceſſer de vivre ;
Pouvons-nous ſouhaiter une plus digne mort ?
ROI , notre unique bien , quoi ! la Parque perfide
Voudroit porter ſfur vous une main parricide ! ...
Mais quel bruit éclatant vient agiter lesAirs!
128 MERCURE DE FRANCE.
Quelle étrange lueur roule dans les ténébres !
Atravers tant d'objets terribles & funébres ,
Je vois quelque clarté pâlir dans les Enfers.
Eſt ce le Dieu des Morts qui tient ſa cour funeſte
Mais non , ce qui paroît n'a rien que de céleste.
Et quel eft donc le Dieu que je vois accourir ?
Il tend vers nous les bras ; c'eſt pour nous lecourir,
Mille rayons brillans forment ſon Diadême :
LeDieu des Morts n'a point ce port majestueux ,
Cet air noble & touchant , ni ce front vertueux ;
C'eſt , je n'en doute plus , LOUIS LE GRAND , luimême
,
1
Qui vient ſécher nos pleurs & calmer nos regrets.
Hélas! il veille encor ſur ſes anciens ſujets !
Ce Roi , qui fi long- tems a gouverné la Terre ,
Régne- t- il en des lieux inconnus au Tonnerre !
On diroit qu'aux Enfers il va donner des Loix ;
Voilà ſes traits , ſes yeux ; je reconnois ſa voix :
Fermez , dit- il , fermez la retraite des ombres ;
>>Mon fils n'entrera point dans les Royaumes fom-
» bres ;
S'il mouroit , que d'Exploits ſeroient enſévelis ,
→ Et qui pourra compter les Exploits de mon fils !
>>>Entre Célar & moi le Ciel marque ſa place :
>>>Mais les Dieux feront lents à terminer ſes jours ,
> Et fi la Gloire a droit d'en prolonger le cours ,
>> Il n'eſt point de Neſtor que ſon âge n'efface .
>>>François, vous reverrez ce Roiſi généreux ;
NOVEMBRE. 1744. 129
>>>Puiſſent le voir auſſi les fils de vos neveux !
Il dit , & , tout à- coup les Enfers diſparoiffent ,
La Mort fuit , le jour yient , & les François renaif
fent.
Mais quel éclat nouveau vient embellir ces Lieux !
Paſſons nous des Enfers dans le ſéjour des Dieux ?
Que's feux étincelans brillent ſur l'Hémiſphere ?
Ah ! fi c'étoit LOUIS ... Mais en vain je l'eſpére
Il eſt trop occupé de fes nobles travaux ;
Il brave également la inort & le repos .
Qu'est- ce donc que je vois ! c'eſt un autre lui même,
La Gloire , je le juge , à ſa beauté ſuprême ;
C'eſt elle en ce moment qui vient nous l'annoncer,
LaGloire prend toujours ſoin de le devancer.
Hélas ! il eſt donc vrai ; nous allons voir paroître
Ce Héros, le plus grand que le Ciel ait faitnaître.
Venez , voyez , chantez l'aimable Souverain
Dont vous a fait préſent la faveurdu Deſtin.
O François ! Peuple heureux & ſi digne de l'être !
Venez en rendre grace à votre auguſte Maître ;
C'eſt lui , c'eſt ſa bonté qui vous rend tous heureux;
Qu'il foit , après le Ciel , l'objet de tous vos voeux !
Qu'en vos Temples pour lui ſans ceſſe l'encens
fume !
Que par le peuple épars le ſalpêtre s'allume !
Que le feu s'élançant par éclats dans les Cieux ,
De leur reconnoiſſance aille inſtruire les Dieux
, Directeur de l'Académie Françoise ,
à la ſuite du Compliment qu'il a fait à SA
MAJESTE' , au nom de cette Compagnie , le
Mardi 17 Novembre 1744.
QUel orage ſoudain s'éléve & m'environne
L'épouvante & l'horreur régnent de toutes parts !
Que de gémiſſemens ! l'air mugit ; le Ciel tonne.
Dieux ! Quels triſtes objets s'offrent à mes regards !
Où ſuis- je ? Quoi , je touche à l'infernale rive
François infortunés , y portez - vous vos pas ?
Qui vous amène en foule aux portes du trépas ?
J'entens parmi vos pleurs une bouche plaintive
Articuler des mots , qui me glacent d'effioi.
Odéplorablesang ! O malheureuse Reine .....
La Reine ! ... Ah ! C'en est fait ; notre mort eft
certaine.
La France va donc perdre & fon Pere , & ſon Roi !
François , le déſeſpoir où votre ame ſe livre ,
Doit aller auſſi loin que la rigueur du ſort ;
Si Louis ne vit plus , il faut ceſſer de vivre ;
Pouvons-nous ſouhaiter une plus digne mort ?
ROI , notre unique bien , quoi ! la Parque perfide
Voudroit porter ſfur vous une main parricide ! ...
Mais quel bruit éclatant vient agiter lesAirs!
128 MERCURE DE FRANCE.
Quelle étrange lueur roule dans les ténébres !
Atravers tant d'objets terribles & funébres ,
Je vois quelque clarté pâlir dans les Enfers.
Eſt ce le Dieu des Morts qui tient ſa cour funeſte
Mais non , ce qui paroît n'a rien que de céleste.
Et quel eft donc le Dieu que je vois accourir ?
Il tend vers nous les bras ; c'eſt pour nous lecourir,
Mille rayons brillans forment ſon Diadême :
LeDieu des Morts n'a point ce port majestueux ,
Cet air noble & touchant , ni ce front vertueux ;
C'eſt , je n'en doute plus , LOUIS LE GRAND , luimême
,
1
Qui vient ſécher nos pleurs & calmer nos regrets.
Hélas! il veille encor ſur ſes anciens ſujets !
Ce Roi , qui fi long- tems a gouverné la Terre ,
Régne- t- il en des lieux inconnus au Tonnerre !
On diroit qu'aux Enfers il va donner des Loix ;
Voilà ſes traits , ſes yeux ; je reconnois ſa voix :
Fermez , dit- il , fermez la retraite des ombres ;
>>Mon fils n'entrera point dans les Royaumes fom-
» bres ;
S'il mouroit , que d'Exploits ſeroient enſévelis ,
→ Et qui pourra compter les Exploits de mon fils !
>>>Entre Célar & moi le Ciel marque ſa place :
>>>Mais les Dieux feront lents à terminer ſes jours ,
> Et fi la Gloire a droit d'en prolonger le cours ,
>> Il n'eſt point de Neſtor que ſon âge n'efface .
>>>François, vous reverrez ce Roiſi généreux ;
NOVEMBRE. 1744. 129
>>>Puiſſent le voir auſſi les fils de vos neveux !
Il dit , & , tout à- coup les Enfers diſparoiffent ,
La Mort fuit , le jour yient , & les François renaif
fent.
Mais quel éclat nouveau vient embellir ces Lieux !
Paſſons nous des Enfers dans le ſéjour des Dieux ?
Que's feux étincelans brillent ſur l'Hémiſphere ?
Ah ! fi c'étoit LOUIS ... Mais en vain je l'eſpére
Il eſt trop occupé de fes nobles travaux ;
Il brave également la inort & le repos .
Qu'est- ce donc que je vois ! c'eſt un autre lui même,
La Gloire , je le juge , à ſa beauté ſuprême ;
C'eſt elle en ce moment qui vient nous l'annoncer,
LaGloire prend toujours ſoin de le devancer.
Hélas ! il eſt donc vrai ; nous allons voir paroître
Ce Héros, le plus grand que le Ciel ait faitnaître.
Venez , voyez , chantez l'aimable Souverain
Dont vous a fait préſent la faveurdu Deſtin.
O François ! Peuple heureux & ſi digne de l'être !
Venez en rendre grace à votre auguſte Maître ;
C'eſt lui , c'eſt ſa bonté qui vous rend tous heureux;
Qu'il foit , après le Ciel , l'objet de tous vos voeux !
Qu'en vos Temples pour lui ſans ceſſe l'encens
fume !
Que par le peuple épars le ſalpêtre s'allume !
Que le feu s'élançant par éclats dans les Cieux ,
De leur reconnoiſſance aille inſtruire les Dieux
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829
p. 130-131
SECONDE Piéce de Vers, présentée au Roi, le Jeudi 26 Novembre 1744, par le même.
Début :
Dieu des Rimeurs, crois-moi, point de querelle, [...]
Mots clefs :
Louis, Roi, Chanter, Mars, Minerve, Tragédie, Moi
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE Piéce de Vers, présentée au Roi, le Jeudi 26 Novembre 1744, par le même.
SECONDE Piéce de Vers , préſentée au
Roi , leJeudi 26 Novembre 1744 ,
D
par le même.
Ieu des Rimeurs , crois-moi , point de que
relle ,
Ou foûtiens mieux tes airs de Protecteur .
Qui , mieux que moi , ton ancien ſerviteur
Dût eſpérer une grace nouvelle ?
Mais, qu'as-tu fait de ce jour le plus beau ,
Le plus brillant , le plus doux de ma vie ?
Je l'avouerai ; j'ai manqué de génie.
Mais nous pouvons faire un effort nouveau.
Chanter ſon Roi , c'eſt chanter ſa Maîtreſſe ;
Il faut toujours la louer bien ou mal ;
C'eſt , d'un ſeul trait , ſignaler ſa tendreſſe ;
Et déſoler celle de ſon Rival .
,
Nommer LOUIS , eſt un préliminaire ,
Qui va d'abord gagner tous les François :
Ce nom ſi cher vaut lui ſeul l'art de plaire ;
Ainſi chantons , je réponds du ſuccès.
D'autres que nous dans la même carriere
Euſſent été filés ſans la matiere .
Tous cependant ont trouvé des Lecteurs ,
Tant le ſujet intéreſſoit les coeurs.
Diſons que Mars d'accord avec Minerve ....
Le beau début ! O la fublime verve !
NOVEMBRE. 1744. 131
1
Laiſſe- moi dire , écoute juſqu'au bout :
Amour nous aide , & Louis ſur le tout.
A ſes conſeils la Justice préſide ,
Et la Sageſſe y recueille les voix :
Mars exécute & Minerve décide ;
Mais c'eſt LOUIS qui leur dicte ſes loix ;
Qui , tour à tour , tient le glaive & l'Egide ,
Pere , Soldat & Monarque à la fois.
Diſons qu'il fait honneur à notre eſpéce;
Grand ſans orgueil , redoutable & charmant....
Eſt-ce là tout ? pauvre Dieu du Permeſſe ,
Sans tes leçons j'en dirois bien autant.
Va , laiſſe-moi , je te tiens quitte
De l'avenir & du préſent ;
Tu m'as donné pour tout mérite ,
Le cruel & morne talent
Dehurler dans la Tragédie;
Tu diras de plus que c'eſt toi
Quim'as mis à l'Académie ;
Moi, je t'ai fait parler auRoi.
Roi , leJeudi 26 Novembre 1744 ,
D
par le même.
Ieu des Rimeurs , crois-moi , point de que
relle ,
Ou foûtiens mieux tes airs de Protecteur .
Qui , mieux que moi , ton ancien ſerviteur
Dût eſpérer une grace nouvelle ?
Mais, qu'as-tu fait de ce jour le plus beau ,
Le plus brillant , le plus doux de ma vie ?
Je l'avouerai ; j'ai manqué de génie.
Mais nous pouvons faire un effort nouveau.
Chanter ſon Roi , c'eſt chanter ſa Maîtreſſe ;
Il faut toujours la louer bien ou mal ;
C'eſt , d'un ſeul trait , ſignaler ſa tendreſſe ;
Et déſoler celle de ſon Rival .
,
Nommer LOUIS , eſt un préliminaire ,
Qui va d'abord gagner tous les François :
Ce nom ſi cher vaut lui ſeul l'art de plaire ;
Ainſi chantons , je réponds du ſuccès.
D'autres que nous dans la même carriere
Euſſent été filés ſans la matiere .
Tous cependant ont trouvé des Lecteurs ,
Tant le ſujet intéreſſoit les coeurs.
Diſons que Mars d'accord avec Minerve ....
Le beau début ! O la fublime verve !
NOVEMBRE. 1744. 131
1
Laiſſe- moi dire , écoute juſqu'au bout :
Amour nous aide , & Louis ſur le tout.
A ſes conſeils la Justice préſide ,
Et la Sageſſe y recueille les voix :
Mars exécute & Minerve décide ;
Mais c'eſt LOUIS qui leur dicte ſes loix ;
Qui , tour à tour , tient le glaive & l'Egide ,
Pere , Soldat & Monarque à la fois.
Diſons qu'il fait honneur à notre eſpéce;
Grand ſans orgueil , redoutable & charmant....
Eſt-ce là tout ? pauvre Dieu du Permeſſe ,
Sans tes leçons j'en dirois bien autant.
Va , laiſſe-moi , je te tiens quitte
De l'avenir & du préſent ;
Tu m'as donné pour tout mérite ,
Le cruel & morne talent
Dehurler dans la Tragédie;
Tu diras de plus que c'eſt toi
Quim'as mis à l'Académie ;
Moi, je t'ai fait parler auRoi.
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830
p. 134-136
Le Roi & la Reine, &c. rendent visite à Mad. la Duchesse d'Orleans, [titre d'après la table]
Début :
Le soir, le Roi, la Reine, Monseigneur le Dauphin & Mesdames firent l'honneur [...]
Mots clefs :
Roi, Reine, Monseigneur le Dauphin, Visite, Chambre, Dames, Palais royal, Illuminations, Duchesse d'Orléans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Roi & la Reine, &c. rendent visite à Mad. la Duchesse d'Orleans, [titre d'après la table]
Le foir , le Roi , la Reine, MonſeigneurT
le Dauphin & Mesdames firent l'honneur
à S. A. R. de lui rendre au Palais Royal la
viſite qu'elle étoit allée leur faire au Château
des Tuilleries trois jours auparavant.
La façade du Palais Royal étoit illuminée
comme les jours précédens , par des
Terrines & des Lampions qui marquoient
toute l'Architecture du Bâtiment.Al'égard
des cours , on y avoit ſeulement mis un
grand nombre de Terrines , plûtôt pour les
Eclairer , que pour les décorer. Sur les fix
heures du foir , le Roi arriva, accompagné
deManſeigneur le Dauphin. S. A. R. étoit
dans ſon lit : il n'y avoit dans la chambre
qu'un ſeul fauteuil ,& quantité de plians
deſtinés aux Dames qui ont droit de s'affeoir
devant le Roi & la Reine. Le Roi ne
s'affir point , & par conséquent tout le
monde ſe tint de bout ; la viſite du Roi
dura environ un quart d'heure , & elle ſe
paſſa en difcours polis & flateurs que le
Roi tint à S. A. R.
Mefdames arriverent immédiatement
après le Roi . On remit un fecond fauteuil
dans la chambre . Meſdames s'affirent dans
les deux fauteuils ; les Dames titrées ſe
mirent fur des plians , & les autres Dames
ſe tinrent debout. La viſite dura près
NOVEMBRE. 1744. 135
d'une demi-heure. S. A. R. qui a beaucoup
d'eſprit & fur-tout l'efprit de la
converſation , entretint Mesdames d'une
maniere qui les fatisfit extrêmement.
La Reine vint la derniere. On ôta un
des deux fauteuils , afin qu'il n'en reſtât
qu'un ſeul dans la chambre. La Reine s'y
affit , & elle y fut un quart d'heure , pendant
lequel Sa Majesté donna à S. A. R.
les mêmes marques d'amitié & d'eſtime
qu'elle lui a déja données pluſieurs fois.
M. le Duc de Chartres , Madame la Ducheffe
de Chartres & Madame la Ducheſſe
deModene , qui faisoient les honneurs de
l'appartement de S. A. R. allerent recevoir
le Roi , la Reine , Monſeigneur le Dauphin&
Meſdames à la defcente du carrofſe
,& les reconduiſirent de même.
Toutes les piéces de l'appartement de
S. A. R. étoient remplies de monde , &
très-bien éclairées.
Les illuminations furent auſſi renouvellées
dans toutes les rues , & la ſoirée ayant
éré plus favorable que celle du 15 , l'illu
mination du Château des Tuilleries produiſit
tout l'effet qu'elle devoit produire ,
c'est-à-dire , un des plus étonnans qu'on
puiſſe imaginer. On admira auſſi beaucoup
Ja maniere dont l'Hôtel des Invalides fut
Gij
136 MERCURE DE FRANCE.
illuminé le même ſoir ; les lumieres deffinoient
l'Architecture de ce vaſte Edifice ;
ce ſpectacle excita la curioſité de tout Paris.
Monfeigneur le Dauphin alla voir cetre illumination
& quelques-unes des autres les
plus remarquables.
le Dauphin & Mesdames firent l'honneur
à S. A. R. de lui rendre au Palais Royal la
viſite qu'elle étoit allée leur faire au Château
des Tuilleries trois jours auparavant.
La façade du Palais Royal étoit illuminée
comme les jours précédens , par des
Terrines & des Lampions qui marquoient
toute l'Architecture du Bâtiment.Al'égard
des cours , on y avoit ſeulement mis un
grand nombre de Terrines , plûtôt pour les
Eclairer , que pour les décorer. Sur les fix
heures du foir , le Roi arriva, accompagné
deManſeigneur le Dauphin. S. A. R. étoit
dans ſon lit : il n'y avoit dans la chambre
qu'un ſeul fauteuil ,& quantité de plians
deſtinés aux Dames qui ont droit de s'affeoir
devant le Roi & la Reine. Le Roi ne
s'affir point , & par conséquent tout le
monde ſe tint de bout ; la viſite du Roi
dura environ un quart d'heure , & elle ſe
paſſa en difcours polis & flateurs que le
Roi tint à S. A. R.
Mefdames arriverent immédiatement
après le Roi . On remit un fecond fauteuil
dans la chambre . Meſdames s'affirent dans
les deux fauteuils ; les Dames titrées ſe
mirent fur des plians , & les autres Dames
ſe tinrent debout. La viſite dura près
NOVEMBRE. 1744. 135
d'une demi-heure. S. A. R. qui a beaucoup
d'eſprit & fur-tout l'efprit de la
converſation , entretint Mesdames d'une
maniere qui les fatisfit extrêmement.
La Reine vint la derniere. On ôta un
des deux fauteuils , afin qu'il n'en reſtât
qu'un ſeul dans la chambre. La Reine s'y
affit , & elle y fut un quart d'heure , pendant
lequel Sa Majesté donna à S. A. R.
les mêmes marques d'amitié & d'eſtime
qu'elle lui a déja données pluſieurs fois.
M. le Duc de Chartres , Madame la Ducheffe
de Chartres & Madame la Ducheſſe
deModene , qui faisoient les honneurs de
l'appartement de S. A. R. allerent recevoir
le Roi , la Reine , Monſeigneur le Dauphin&
Meſdames à la defcente du carrofſe
,& les reconduiſirent de même.
Toutes les piéces de l'appartement de
S. A. R. étoient remplies de monde , &
très-bien éclairées.
Les illuminations furent auſſi renouvellées
dans toutes les rues , & la ſoirée ayant
éré plus favorable que celle du 15 , l'illu
mination du Château des Tuilleries produiſit
tout l'effet qu'elle devoit produire ,
c'est-à-dire , un des plus étonnans qu'on
puiſſe imaginer. On admira auſſi beaucoup
Ja maniere dont l'Hôtel des Invalides fut
Gij
136 MERCURE DE FRANCE.
illuminé le même ſoir ; les lumieres deffinoient
l'Architecture de ce vaſte Edifice ;
ce ſpectacle excita la curioſité de tout Paris.
Monfeigneur le Dauphin alla voir cetre illumination
& quelques-unes des autres les
plus remarquables.
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831
p. 136-137
Leurs Majestés retournent à Versailles, [titre d'après la table]
Début :
Le 18 après midi, Leurs Majestés, Monseigneur le Dauphin & Mesdames de France [...]
Mots clefs :
Roi, Peuple, Personnes, Appartements, Palais des Tuileries, Majestés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Leurs Majestés retournent à Versailles, [titre d'après la table]
Le 18 après midi ,' Leurs Majestés , Monſeigneur
le Dauphin & Meſdames de France
partirent pour retourner à Verſailles ;
le Roi trouva ſur ſon paſſage , ainſi que les
jours précédens , divers Amphithéâtres de
Muſique , & pluſieurs Fontaines de vin qui
couloient pour le Peuple , & il fut falué
par un grand nombre de Boëtes , & de canons
placés à la Porte S. Honoré , par les
ordres du Corps de Ville .
Leurs Majestés,pendant le ſéjour qu'elles
ont faitici , ont ſoupé tous les jours enpub'ic
avec Monſeigneur le Dauphin &
Meſdames de France ; on ne peut , ſans en
avoir été témoin , ſe former une juſte idée
de la multitude innombrable de perſonnes
de tous les Ordres , qui rempliſſoit à toutes
les heures du jour,non-feulement les Appartemens
du Roi,mais encore les Eſcaliers,
le Veſtibule,& les cours du Palais des Tuilleries
; le défir de voir Sa Majefté & la Famille
Royale , ſembloit être l'unique occupation
des Habitans de cette Ville , &la
NOVEMBRE. 1744 . 137
fatisfaction de jouir de cet avantage , leur
ſeul plaifir . Le Roi touché de l'empreffé--
ment de fon Peuple , avoit ordonné qu'on
laiffât entrer indifféremment tontes fortes
de perſonnes.
le Dauphin & Meſdames de France
partirent pour retourner à Verſailles ;
le Roi trouva ſur ſon paſſage , ainſi que les
jours précédens , divers Amphithéâtres de
Muſique , & pluſieurs Fontaines de vin qui
couloient pour le Peuple , & il fut falué
par un grand nombre de Boëtes , & de canons
placés à la Porte S. Honoré , par les
ordres du Corps de Ville .
Leurs Majestés,pendant le ſéjour qu'elles
ont faitici , ont ſoupé tous les jours enpub'ic
avec Monſeigneur le Dauphin &
Meſdames de France ; on ne peut , ſans en
avoir été témoin , ſe former une juſte idée
de la multitude innombrable de perſonnes
de tous les Ordres , qui rempliſſoit à toutes
les heures du jour,non-feulement les Appartemens
du Roi,mais encore les Eſcaliers,
le Veſtibule,& les cours du Palais des Tuilleries
; le défir de voir Sa Majefté & la Famille
Royale , ſembloit être l'unique occupation
des Habitans de cette Ville , &la
NOVEMBRE. 1744 . 137
fatisfaction de jouir de cet avantage , leur
ſeul plaifir . Le Roi touché de l'empreffé--
ment de fon Peuple , avoit ordonné qu'on
laiffât entrer indifféremment tontes fortes
de perſonnes.
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832
p. 140-143
Arrivée de Leurs Majestés à Versailles, & Réjouissances faites dans cette Ville, [titre d'après la table]
Début :
Leurs Majestés arriverent enfin à Versailles. Les Habitans de cette Ville n'avoient [...]
Mots clefs :
Versailles, Roi, Avenue, Portiques, Portique, Arc de triomphe, Colonnes, Pilastres, Statue, Renommée, Château, Compagnies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arrivée de Leurs Majestés à Versailles, & Réjouissances faites dans cette Ville, [titre d'après la table]
Leurs Majestés arriverent enfin à Verfailles
. Les Habitans de cette Ville n'avoient
pas été moins empreſſés , que ceux
de Paris , à faire éclater la joie que leur
caufoit le retour du Roi.
Ils avoient fait élever vis-à-vis du Château,
à l'entrée de la principale Avenuë, entre
la Grande & la Petite Ecurie , un Arc
de Triomphe , compofé de trois Portiques
, dont celui du milieu avoit trentehuit
pieds de haut fur vingt de large. La
NOVEMBRE. 1744. 141
hauteur des deux autres Portiques étoit de
trente - quatre pieds , & leur largeur de
quinze. Ces Portiques étoient accompa
gnés de Colonnes & de Pilastres d'Ordre
Corinthien avec les Chapiteaux ornés de
Volutes & de feuillages d'or. Les Colonnes
& les Pilaſtres foutenoient un Entablement
, furmonté d'une Balustrade dont la
Friſe étoit embellie par pluſieurs Guirlandesde
fleurs .
د
Au-deſſus de la Balustrade , du côté de
l'Avenuë , on voyoit fur le Portique du
milieu , un Tableau de trente pieds de hauteur
dans lequel la Muſe de l'Hiſtoire
étoit repréſentée , écrivant dans un Livre
que portoit le Tems , les actions du Roi ,
dictées par la Renommée. Des Palmes &
des branches de Laurier entrelaffées achevoient
le Couronnement. Dans le retour
circulaire , étoient à droite la Statuë de la
Gloire , & à gauche celle de l'Amour de la
Patrie , chacune ſur un Piédeſtal & entre
deux Pilaſtres ..
La Constance & la Clémence étoient placées
, l'une à la gauche du Portique de la
droite ,& l'autre à la droite du Portique de
la gauche , chacune entre deux Colonnes
entourées de Guirlandes. A la droite du
premier de ces deux Portiques & à la gau
Gy
142 MERCURE DEFRANCE.
chedu ſecond s'élévoit entre deux Pilaſtres
un ſuperbe Trophée , poſé ſur un Cul de
Lampe , dans lequel étoit un Ecuffon avec
trois Lis d'Or .
Dans la façade du côté du Château , on
liſoit à l'Architrave du grand Portique cette
Infcription , Regi , Patri , Heroi. Un
Globe avec les Armes de France , foutenu
par deux Eſclaves , faifoit le Couronnement.
La Renommée au-deſſus de ceGlobe
tenoit le Portrait du Roi , tandis qu'un Genie
deſcendoit du Ciel , pour couronner
Sa Majefté . Aux pieds de la Renommée
quelques autres Genies badinoient avec
une Guirlande de fleurs. On avoit placé
aux deux côtés de ce Portique la Valeur &
la Libéralité,
6
L'Humanité & la Force occupoient dans
cette façade les mêmes places que la Conftance
& la Clémence dans la façade du côté
de l'Avenue , & la Décoration étoit terminée
de même par deux Trophées. Les Platfonds
des trois Portiques étoient revêtus
dedivers ornemens relevés en Or , & l'on
avoit peintdes Trophées dans les Cloifons.
Entre cet Arc de Triomphe & le Châreau
, étoient ſous les Armes , d'un côté
cent Enfans de douze à quatorze ans , tous
vêtus de blanc , & de l'autre la Garde de la
,
NOVEMBRE. 1744 143
Ville. Huit Compagnies Bourgeoiſes , de
cent cinquante 'hommes chacune , cinq de
la Ville-Neuve , & trois du vieux Verfailles
, bordoient le paſſage du Roi depuis
l'Arcde Triomphe juſqu'à la moitié de l'Avenuë.
Trois autres Compagnies , à cheval
, dont une avoit un Uniforme bleu
avec des Brandebourgs d'argent &les.
deux autres un Uniforme écarlate avec des
veſtes galonnées d'or , chapeaux bordés
avec des plumets , allerent au-devant du
Roi juſqu'à l'extrêmité de l'Avenue ,&
elles avoient à leur tête le Comte de Noailles
, Gouverneur de Verſailles.
: Ces trois dernieres Compagnies accom
pagnerent Sa Majesté dans le reſte de ſa
marche juſqu'au Château , qui étoit illuminé,
ainſi que l'Arc de Triomphe , avec
autant de goût que de magnificence.
Le foir , avant le fouper du Roi , la Ville
fit tirer un feu d'artifice ily eut des illu
minations dans toutes les rues , & l'on
n'entendoit de toutes parts que des acclamations
réitérées ,d'autant plus flateuſes
pour Sa Majesté , qu'on pouvoit lire dans
tous les yeux , que ces hommages étoient
rendus moins à ſon rang quà ſa per
fonne.
. Les Habitans de cette Ville n'avoient
pas été moins empreſſés , que ceux
de Paris , à faire éclater la joie que leur
caufoit le retour du Roi.
Ils avoient fait élever vis-à-vis du Château,
à l'entrée de la principale Avenuë, entre
la Grande & la Petite Ecurie , un Arc
de Triomphe , compofé de trois Portiques
, dont celui du milieu avoit trentehuit
pieds de haut fur vingt de large. La
NOVEMBRE. 1744. 141
hauteur des deux autres Portiques étoit de
trente - quatre pieds , & leur largeur de
quinze. Ces Portiques étoient accompa
gnés de Colonnes & de Pilastres d'Ordre
Corinthien avec les Chapiteaux ornés de
Volutes & de feuillages d'or. Les Colonnes
& les Pilaſtres foutenoient un Entablement
, furmonté d'une Balustrade dont la
Friſe étoit embellie par pluſieurs Guirlandesde
fleurs .
د
Au-deſſus de la Balustrade , du côté de
l'Avenuë , on voyoit fur le Portique du
milieu , un Tableau de trente pieds de hauteur
dans lequel la Muſe de l'Hiſtoire
étoit repréſentée , écrivant dans un Livre
que portoit le Tems , les actions du Roi ,
dictées par la Renommée. Des Palmes &
des branches de Laurier entrelaffées achevoient
le Couronnement. Dans le retour
circulaire , étoient à droite la Statuë de la
Gloire , & à gauche celle de l'Amour de la
Patrie , chacune ſur un Piédeſtal & entre
deux Pilaſtres ..
La Constance & la Clémence étoient placées
, l'une à la gauche du Portique de la
droite ,& l'autre à la droite du Portique de
la gauche , chacune entre deux Colonnes
entourées de Guirlandes. A la droite du
premier de ces deux Portiques & à la gau
Gy
142 MERCURE DEFRANCE.
chedu ſecond s'élévoit entre deux Pilaſtres
un ſuperbe Trophée , poſé ſur un Cul de
Lampe , dans lequel étoit un Ecuffon avec
trois Lis d'Or .
Dans la façade du côté du Château , on
liſoit à l'Architrave du grand Portique cette
Infcription , Regi , Patri , Heroi. Un
Globe avec les Armes de France , foutenu
par deux Eſclaves , faifoit le Couronnement.
La Renommée au-deſſus de ceGlobe
tenoit le Portrait du Roi , tandis qu'un Genie
deſcendoit du Ciel , pour couronner
Sa Majefté . Aux pieds de la Renommée
quelques autres Genies badinoient avec
une Guirlande de fleurs. On avoit placé
aux deux côtés de ce Portique la Valeur &
la Libéralité,
6
L'Humanité & la Force occupoient dans
cette façade les mêmes places que la Conftance
& la Clémence dans la façade du côté
de l'Avenue , & la Décoration étoit terminée
de même par deux Trophées. Les Platfonds
des trois Portiques étoient revêtus
dedivers ornemens relevés en Or , & l'on
avoit peintdes Trophées dans les Cloifons.
Entre cet Arc de Triomphe & le Châreau
, étoient ſous les Armes , d'un côté
cent Enfans de douze à quatorze ans , tous
vêtus de blanc , & de l'autre la Garde de la
,
NOVEMBRE. 1744 143
Ville. Huit Compagnies Bourgeoiſes , de
cent cinquante 'hommes chacune , cinq de
la Ville-Neuve , & trois du vieux Verfailles
, bordoient le paſſage du Roi depuis
l'Arcde Triomphe juſqu'à la moitié de l'Avenuë.
Trois autres Compagnies , à cheval
, dont une avoit un Uniforme bleu
avec des Brandebourgs d'argent &les.
deux autres un Uniforme écarlate avec des
veſtes galonnées d'or , chapeaux bordés
avec des plumets , allerent au-devant du
Roi juſqu'à l'extrêmité de l'Avenue ,&
elles avoient à leur tête le Comte de Noailles
, Gouverneur de Verſailles.
: Ces trois dernieres Compagnies accom
pagnerent Sa Majesté dans le reſte de ſa
marche juſqu'au Château , qui étoit illuminé,
ainſi que l'Arc de Triomphe , avec
autant de goût que de magnificence.
Le foir , avant le fouper du Roi , la Ville
fit tirer un feu d'artifice ily eut des illu
minations dans toutes les rues , & l'on
n'entendoit de toutes parts que des acclamations
réitérées ,d'autant plus flateuſes
pour Sa Majesté , qu'on pouvoit lire dans
tous les yeux , que ces hommages étoient
rendus moins à ſon rang quà ſa per
fonne.
Fermer
833
p. 147-148
LES QUINZE-VINGT.
Début :
L'Hôpital Royal des Quinze-Vingt de Paris, s'étant déja distingué par une Fête [...]
Mots clefs :
Quinze-vingts, Roi, Convalescence, Aveugles, Arc de triomphe, Inscriptions, Jean-Baptiste Lully
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES QUINZE-VINGT.
LES QUINZE - VINGT .
L'Hôpital Royal des Quinze-Vingt de
Paris , s'étant déja diftingué par une Fête
particuliere célébrée dans fon Enclos , au
fujet de la Convalescence du Roi , & rapportée
dans le Mercure du mois de Septembre
dernier , a renouvellé les marques
éclatantes de fa joie à l'arrivéede Sa Majeſté.
Il a fait pour cela conſtruire une répréſentation
- d'Arc de Triomphe , dont
les Lampions formoient le deſſein avec
beaucoup d'art & de goût. Cet Ouvrage
cintré dans fon milieu, étoit orné des Armes
du Roi très-bien peintes, dont l'Ecuffon
étoit en tranſparent ,& au-deſſous on
lifoit ce Diſtique Latin .
T
Qui dare non poffunt oculos proRege tuendo,
Nempè velint vitasfpontè vovereſuas.
Des deux côtés étoient deux autres Inf
148 MERCUREDE FRANC
criptions qui faifoient alluſion à la ficuation
des Aveugles ; l'un portoit : Salus noftra
in manu tua est ; refpiciat nos tantùm Dominus
nofter , & lati ſerviemus Regr. Genef.
Chap. 25.Verfet 27. & l'autre: Dominus il
luminat cacos. Pl. 147. Verſet 8 .
Au côté droit de l'Edifice qui contenoir
dans toute ſon étenduë 54 pieds de large ,
fur 40 de haut , & qui étoit placé en face
de la rue de Richelieu , on avoit conſtruit
une efpéce de petite Tribune où étoient
placés ceux des Aveugles qui joient des
Inſtrumens. Ilsy exécuterent de leur mieux
les plus belles ouvertures de Lully, & quelques
piéces de la compoſition de l'un d'entre
eux.
L'Hôpital Royal des Quinze-Vingt de
Paris , s'étant déja diftingué par une Fête
particuliere célébrée dans fon Enclos , au
fujet de la Convalescence du Roi , & rapportée
dans le Mercure du mois de Septembre
dernier , a renouvellé les marques
éclatantes de fa joie à l'arrivéede Sa Majeſté.
Il a fait pour cela conſtruire une répréſentation
- d'Arc de Triomphe , dont
les Lampions formoient le deſſein avec
beaucoup d'art & de goût. Cet Ouvrage
cintré dans fon milieu, étoit orné des Armes
du Roi très-bien peintes, dont l'Ecuffon
étoit en tranſparent ,& au-deſſous on
lifoit ce Diſtique Latin .
T
Qui dare non poffunt oculos proRege tuendo,
Nempè velint vitasfpontè vovereſuas.
Des deux côtés étoient deux autres Inf
148 MERCUREDE FRANC
criptions qui faifoient alluſion à la ficuation
des Aveugles ; l'un portoit : Salus noftra
in manu tua est ; refpiciat nos tantùm Dominus
nofter , & lati ſerviemus Regr. Genef.
Chap. 25.Verfet 27. & l'autre: Dominus il
luminat cacos. Pl. 147. Verſet 8 .
Au côté droit de l'Edifice qui contenoir
dans toute ſon étenduë 54 pieds de large ,
fur 40 de haut , & qui étoit placé en face
de la rue de Richelieu , on avoit conſtruit
une efpéce de petite Tribune où étoient
placés ceux des Aveugles qui joient des
Inſtrumens. Ilsy exécuterent de leur mieux
les plus belles ouvertures de Lully, & quelques
piéces de la compoſition de l'un d'entre
eux.
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834
p. 150-153
HÔTEL DE NOAILLES.
Début :
La façade de l'Hôtel, sur la ruë S. Honoré, a 30 toises de face, & est d'une fort belle [...]
Mots clefs :
Hôtel de Noailles, Roi, Colonnes, Tableau, Pyramide, Porte, Lampions, Terrines, Soleil, Architecture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HÔTEL DE NOAILLES.
HÔTEL DE NOAILLES.
La façade de l'Hôtel , fur la ruë S. Honoré,
a 30 toiſes de face , & eſt d'une fort
belle Architecture Moderne ; la porte cochere
, forme un avant-corps ſoutenu par
des Colonnes & Pilaſtres d'Ordonnance
Ionique , avec une attique au-deſſus ; toutes
les lignes , filets & membres d'Architecturequi
compoſent cette façade,étoientdeffinées
en Lampions & Terrines , de forte
qu'il y avoit des ſimples , doubles , triples ,
& quadruples Lampions , & Terrines
pour faire valoir & rendre la proportion
des différens membres d'Architecture ſur
NOVEMBRE. 1744. 15
leſquels les Lampions & Terrines étoient
appliquées
Au-deffus de la porte étoit un Tableau
transparent avec bordure d'emblême , &
ornement , & l'Infcription de Vive le Roi.
Le couronnement de cet avant- corps ,
eſt terminé par une balustrade , au-deſſus
de laquelle étoit élévé une grande Pyramide
de 36 pieds de hauteur , & terminée
par un Soleil.
:Au centre du Soleil étoit un Tableau
tranfparent , repréſentant la Lune , au-defſous
du Soleil ; un autre Tableau tranfparent
, repréſentant un Dauphin , &au-deffous
duDauphin, un autre Tableau tranſparent
repréſentant le chiffre du Roi, & enfin
fur la bafe de la Pyramide, un dernier Tableau
repréſentant les Armes du Roi , orné
deGuirlandes & couronnes ; aux deux côtés
de la Pyramide on voyoit quatre grands Vaſes
qui ſervoient de couronnement aux
Colonnes & Pilaftres . :
La grande & principale cour, dont l'Architecture
eſt ſemblable à celle de la face,
étoit auſſi garnie de Lampions & de Terrines.
En face de la porte cochere , eſt un beau
Veſtibule qui ſoutient une Terraſſe & Bal
luſtrade , par fix Colonnes & huit Pi
152 MERCURE DE FRANCE.
laſtres d'Ordre Compoſite , le tout def
finé en Boſſanges de feu , avec des Vaſes
de feu au-deſſus des Colonnes .
On avoit mis dans les entre- Colonnes
&dans les niches de grandes Girandoles
& des Luftres , ce qui faisoit la perfpective
la plus éclatante du point de vuë de
la ruë.
Après le Veſtibule eſt une grande porte
àdeux batans , qui laiſſoit appercevoir le
Jardin ; il étoit décoré d'une Galerie de
30 toiſes de longueur formée en feu .On appercevoit
au bout un grand Salon de feu
formé de Tableaux tranſperens , repréſentans
tous les attributs de la Guerre & de la
Victoire , & au milieu du Salon étoit un
Perſée , qui par l'artifice d'une perſpective
bien ménagée , paroiſſoit être fort éloigné.
Sur le principal corps du Bâtiment de
l'Hôtel eſt un Dôme à la Manfarde , d'une
د
belle proportion , il eſt iſolé , a 72
pieds de hauteur & par conféquent ſe
découvre de toutes parts , &principalement
de l'Appartement du Roi an Château
des Tuilleries. Ce Dôme eft couronné
par un Donjon entouré d'un Balcon
de Serrurerie .
On avoit élévé au dedans de ce Balcon ,
NOVEMBRE. 1744. 153
L
ane Pyramide triomphale à huit pans, qui
contenoit par ſon plan 7 pieds ſur 12 de
longueur , & 120 & demi de hauteur.
Elle étoit décorée dans ſes quatre principales
faces de quatre grandsTableaux tranfparens
, repréſentans des Trophées d'Armes.
Sur les quatres petites faces étoient huit
Ifs de feu ; la Pyramide étoit terminée &
couronnée d'unChapiteau d'Ordre Ionique
doré , au-deſſus étoit un Soleil à quatre
faces de 15 pieds de diamétre. Pour Deviſe
du Roi , & au centre des Soleils étoient des
Tableaux tranſparens , repréſentans les Armes
du Roi au lieu de tête, S
Le tout a été fait ſous la conduite & les
deſſeins de M. Charpentier , Architecte de
M. le Maréchal de Noailles , & exécuté
par M. Daffier Peintre.
La façade de l'Hôtel , fur la ruë S. Honoré,
a 30 toiſes de face , & eſt d'une fort
belle Architecture Moderne ; la porte cochere
, forme un avant-corps ſoutenu par
des Colonnes & Pilaſtres d'Ordonnance
Ionique , avec une attique au-deſſus ; toutes
les lignes , filets & membres d'Architecturequi
compoſent cette façade,étoientdeffinées
en Lampions & Terrines , de forte
qu'il y avoit des ſimples , doubles , triples ,
& quadruples Lampions , & Terrines
pour faire valoir & rendre la proportion
des différens membres d'Architecture ſur
NOVEMBRE. 1744. 15
leſquels les Lampions & Terrines étoient
appliquées
Au-deffus de la porte étoit un Tableau
transparent avec bordure d'emblême , &
ornement , & l'Infcription de Vive le Roi.
Le couronnement de cet avant- corps ,
eſt terminé par une balustrade , au-deſſus
de laquelle étoit élévé une grande Pyramide
de 36 pieds de hauteur , & terminée
par un Soleil.
:Au centre du Soleil étoit un Tableau
tranfparent , repréſentant la Lune , au-defſous
du Soleil ; un autre Tableau tranfparent
, repréſentant un Dauphin , &au-deffous
duDauphin, un autre Tableau tranſparent
repréſentant le chiffre du Roi, & enfin
fur la bafe de la Pyramide, un dernier Tableau
repréſentant les Armes du Roi , orné
deGuirlandes & couronnes ; aux deux côtés
de la Pyramide on voyoit quatre grands Vaſes
qui ſervoient de couronnement aux
Colonnes & Pilaftres . :
La grande & principale cour, dont l'Architecture
eſt ſemblable à celle de la face,
étoit auſſi garnie de Lampions & de Terrines.
En face de la porte cochere , eſt un beau
Veſtibule qui ſoutient une Terraſſe & Bal
luſtrade , par fix Colonnes & huit Pi
152 MERCURE DE FRANCE.
laſtres d'Ordre Compoſite , le tout def
finé en Boſſanges de feu , avec des Vaſes
de feu au-deſſus des Colonnes .
On avoit mis dans les entre- Colonnes
&dans les niches de grandes Girandoles
& des Luftres , ce qui faisoit la perfpective
la plus éclatante du point de vuë de
la ruë.
Après le Veſtibule eſt une grande porte
àdeux batans , qui laiſſoit appercevoir le
Jardin ; il étoit décoré d'une Galerie de
30 toiſes de longueur formée en feu .On appercevoit
au bout un grand Salon de feu
formé de Tableaux tranſperens , repréſentans
tous les attributs de la Guerre & de la
Victoire , & au milieu du Salon étoit un
Perſée , qui par l'artifice d'une perſpective
bien ménagée , paroiſſoit être fort éloigné.
Sur le principal corps du Bâtiment de
l'Hôtel eſt un Dôme à la Manfarde , d'une
د
belle proportion , il eſt iſolé , a 72
pieds de hauteur & par conféquent ſe
découvre de toutes parts , &principalement
de l'Appartement du Roi an Château
des Tuilleries. Ce Dôme eft couronné
par un Donjon entouré d'un Balcon
de Serrurerie .
On avoit élévé au dedans de ce Balcon ,
NOVEMBRE. 1744. 153
L
ane Pyramide triomphale à huit pans, qui
contenoit par ſon plan 7 pieds ſur 12 de
longueur , & 120 & demi de hauteur.
Elle étoit décorée dans ſes quatre principales
faces de quatre grandsTableaux tranfparens
, repréſentans des Trophées d'Armes.
Sur les quatres petites faces étoient huit
Ifs de feu ; la Pyramide étoit terminée &
couronnée d'unChapiteau d'Ordre Ionique
doré , au-deſſus étoit un Soleil à quatre
faces de 15 pieds de diamétre. Pour Deviſe
du Roi , & au centre des Soleils étoient des
Tableaux tranſparens , repréſentans les Armes
du Roi au lieu de tête, S
Le tout a été fait ſous la conduite & les
deſſeins de M. Charpentier , Architecte de
M. le Maréchal de Noailles , & exécuté
par M. Daffier Peintre.
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835
p. 165-169
RELATION de la Fête donnée par M. le Duc DE ROHAN, le 18 Novembre 1744, pendant l'Assemblée des Etats dans la Ville de Rennes, à l'occasion du rétablissement de la santé du Roi & de ses Conquêtes.
Début :
LES Etats voulant laisser un monument de leur zéle & de leur amour pour le [...]
Mots clefs :
Fêtes, États, Roi, Duc de Rohan, Rennes, Place, Peuple, Char, Viandes, Chansons, Charité, Illumination, Souper
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de la Fête donnée par M. le Duc DE ROHAN, le 18 Novembre 1744, pendant l'Assemblée des Etats dans la Ville de Rennes, à l'occasion du rétablissement de la santé du Roi & de ses Conquêtes.
RELATION de la Fête donnée par M. le
DUC DE ROHAN, le 18 Novembre 1744,
pendant l'Aſſemblée des Etats dans la Ville
de Rennes , à l'occaſion du rétabliſſement de
la ſanté du Roi & de ſes Conquêtes.
L
Es Etats voulant laiſſer un monument
de leur zéle & de leur amour pour le
Roi , ordonnerent le 5 Novembre 1744 ,
qu'il ſeroit érigé dans la Ville de Rennes
une Statuë pedeſtre de Sa Majesté , en mémoire
du rétabliſſement de fa fanté & de
l'heureux ſuccès de ſes armes , avec une
Inſcription dont ils ont chargé M. Duclos ,
de l'Académie Royale des Belles -Lettres , &
Membre de l'Ordre du Tiers.
M. le Duc de Rohan , Préſident de la Nobleſſe
, plus diſtingué encore par fon zéle
pour le Roi , que par fa naiſſance & fes dignités
, offrit à l'inſtant de donner une Fête
qui a été exécutée le 18 de ce mois.
Les Etats en ont été ſi ſatisfaits ; le nom
de M. le Duc de Rohan eſt ſi cher à la Province
,& l'objet de la Fête leur eſt ſi précieux
, qu'ils ont cru donner une nouvelle
marque de leur amour pour le Roi , en ordonnant
qu'on inféreroit dans leurs Regiffres
le détailde cette Fête.
Hy
166 MERCURE DE FRANCE.
Elle fut annoncée le matin par pluſieurs
falves de canon , la Milice Bourgeoiſe s'étantmiſe
en bataille dans la Place du Palais,
M. le Maréchal de Brancas , Commandant
de la Province , accompagné de Mrs les
Commiſſaires du Roi , & l'Aſſemblée des
Etats , après avoir affiſté au Te Deum, chanté
dans la Chapelle des Etats , ſe rendirent
dans la grande Sale du Palais , pour être
préſens au Banquet public ;deux Trompettes
& fix Cors de Chaſſe eſcortés de pluſieurs
Cavaliers , commencerent la marche ,
&entrerent dans la Place en fonnantdes.
Fanfares qui donnerent le ſignal aux ſalves
ducanon&de la mouſqueterie & aux cris
dejoye du Peuple. On vit en même- tems
paroître une troupe de jeunes gens vêtus
de blanc & ornés de rubans bleus , portans
des corbeilles pour diſtribuer les pains ; une
pareille troupe diftinguée par des rubans
rouges , étoit chargée de la diftribution des
viandes.Ces deux troupes étoient accompagnées
de Bergers galamment habillés &marchantau
fondes Muſettes ,des Haut-Bois &
des Tambourins..
Deux Suiffes & douze hommes de M. le
Duc de Rohan marehoient enfuite , & précédoient
un grand Char , tiré par fix chevaux
couverts de caparaçons armories&
menés en main par des Palfreniers de la mê
V
NOVEMBRE. 1744. 167
me livrée. Le Char monté ſur huit rouës ,
orné de Lauriers , de Feſtons , de Guirlandes
& de Banderoles , formoit une table
couverte d'une toile qui en cachoit la charpente
, & fur laquelle étoient peints tous
les attributs de l'abondance . Sur cette table
étoitun plat argenté de 30 pieds de long
fur 16 de large , au milieu duquel s'élévoit
un ſurtout , portant un boeuf& deux veaux
rôtis pofés ſur leurs pieds. Les flancs du
plat étoient garnis de douze moutons rôtis ,
&flanqués de cent piéces de differentes efpéces
de viandes , le tout parfemé de fleurs
&de branches de Laurier.
VingtCavaliers couvroient ,& fermoient
lamarche. Le Char étant entré entre deux
barrieres , la diſtribution du pain & des
viandes ſe fit au Peuple , avec autant d'ordre
qu'il eſt poſſible d'en obferver avec la
multitude.
On avoit élevé aux quatre coins de la
Place des échaffauts ornés de pampre & de
lierre , ſur leſquels étoient des tonneaux
de vin , que des hommes déguisés , avec les
attributs de Bacchus , verfoient à tous ceux
qui ſe préſentoient.
Des troupes de Chanteurs , vêtus d'habits
de caractére, répandus dans la Place&dans
les ruës ,& animés par la joye publique
la redoubloient encore par des Chanfons
Hvj
168 MERCURE DE FRANCE.
vives& convenables à la Fête. Le repas fut
ſuivi de Danſes au ſon des Muſettes , des
Tambours de Baſque & autres Inſtrumens ,
qui ne finirent qu'avec le jour. La Fête fut.
terminée par la Comédie , que M. le Duc
de Rohan fit donner gratis au peuple.
Cette Fête marquée par la magnificence ,
a été accompagnée d'une charité d'autant
plus reſpectable , qu'elle a eu moins d'éclat .
On a fait une diſtribution abondante aux
priſonniers ; c'étoit dans un tel jour que les
malheureux devoient ceſſer de l'être .
Après la Fête du Peuple , M. le Maréchal
de Brancas & les Etats ſe ſont rendus chés
M. le Duc de Rohan , où l'on a trouvé un
nouveau ſpectacle , d'un goût convenable à
ceux à qui il étoit deſtiné.
Une illumination prodigieufe , & faite
avec intelligence, formoit une Architecture
très-bien ordonnée , compoſée d'un Porti.
que qui couvroit le Portail , & de vingtſept
Arcades qui ornoient la cour.
Le ſouper où les trois Ordres des Etats &
toutes les perſonnes diftinguées étoient invités
, a été de la derniere magnificence . La
premiere table étoit de cent couverts , & les
autres en formoient environ trois cent ,
mais indépendamment des perſonnes invitées
par billet , ou qui étoient cenſées l'être
par leur état , il ſuffiſoit de ſe préſenter pour
:
NOVEMBRE. 1744. 169
être admis ; on dreſſoit à l'inſtant de nouvelles
tables , de forte qu'il a été diftribué
mille à douze cent couverts . On a furtout
admiré l'élégance du fruit , qui étoit une
allégorie noble , tirée de la Fable , & relative
aux Vertus du Roi , au bonheur & à la
gloire de fon Régne , & ornée de deviſes
ingénieuſes. Le repas a été ſuivi d'un Bał
maſqué , qui a terminé la Fête.
Tout s'eſt pallé avec un ordre & un goût,
qui ſe rencontrent rarement avec tant de
magnificence. On a trouvé la Fête aufli
Royaledans fon exécutionque par fon objet,
& l'on n'a remarqué que ce tumulte agréable
qui naît de la joye publique , qui en eft
même une des marques , & qui fait le principal
ornement des grandes Fêtes.
Le même jour , M. l'Evêque de Nantes ,
Préſident du Clergé , donna un grand fouper
aux Prélats & à tous les Députés de fon
Ordre , avec une fuperbe illumination.
Deux jours après , M. le Maréchal de Brancas
, fit faire une magnifique illumination ,
&donna un grand ſouper aux trois Ordres
des Etats , & aux autres perſonnes diftinguées.
DUC DE ROHAN, le 18 Novembre 1744,
pendant l'Aſſemblée des Etats dans la Ville
de Rennes , à l'occaſion du rétabliſſement de
la ſanté du Roi & de ſes Conquêtes.
L
Es Etats voulant laiſſer un monument
de leur zéle & de leur amour pour le
Roi , ordonnerent le 5 Novembre 1744 ,
qu'il ſeroit érigé dans la Ville de Rennes
une Statuë pedeſtre de Sa Majesté , en mémoire
du rétabliſſement de fa fanté & de
l'heureux ſuccès de ſes armes , avec une
Inſcription dont ils ont chargé M. Duclos ,
de l'Académie Royale des Belles -Lettres , &
Membre de l'Ordre du Tiers.
M. le Duc de Rohan , Préſident de la Nobleſſe
, plus diſtingué encore par fon zéle
pour le Roi , que par fa naiſſance & fes dignités
, offrit à l'inſtant de donner une Fête
qui a été exécutée le 18 de ce mois.
Les Etats en ont été ſi ſatisfaits ; le nom
de M. le Duc de Rohan eſt ſi cher à la Province
,& l'objet de la Fête leur eſt ſi précieux
, qu'ils ont cru donner une nouvelle
marque de leur amour pour le Roi , en ordonnant
qu'on inféreroit dans leurs Regiffres
le détailde cette Fête.
Hy
166 MERCURE DE FRANCE.
Elle fut annoncée le matin par pluſieurs
falves de canon , la Milice Bourgeoiſe s'étantmiſe
en bataille dans la Place du Palais,
M. le Maréchal de Brancas , Commandant
de la Province , accompagné de Mrs les
Commiſſaires du Roi , & l'Aſſemblée des
Etats , après avoir affiſté au Te Deum, chanté
dans la Chapelle des Etats , ſe rendirent
dans la grande Sale du Palais , pour être
préſens au Banquet public ;deux Trompettes
& fix Cors de Chaſſe eſcortés de pluſieurs
Cavaliers , commencerent la marche ,
&entrerent dans la Place en fonnantdes.
Fanfares qui donnerent le ſignal aux ſalves
ducanon&de la mouſqueterie & aux cris
dejoye du Peuple. On vit en même- tems
paroître une troupe de jeunes gens vêtus
de blanc & ornés de rubans bleus , portans
des corbeilles pour diſtribuer les pains ; une
pareille troupe diftinguée par des rubans
rouges , étoit chargée de la diftribution des
viandes.Ces deux troupes étoient accompagnées
de Bergers galamment habillés &marchantau
fondes Muſettes ,des Haut-Bois &
des Tambourins..
Deux Suiffes & douze hommes de M. le
Duc de Rohan marehoient enfuite , & précédoient
un grand Char , tiré par fix chevaux
couverts de caparaçons armories&
menés en main par des Palfreniers de la mê
V
NOVEMBRE. 1744. 167
me livrée. Le Char monté ſur huit rouës ,
orné de Lauriers , de Feſtons , de Guirlandes
& de Banderoles , formoit une table
couverte d'une toile qui en cachoit la charpente
, & fur laquelle étoient peints tous
les attributs de l'abondance . Sur cette table
étoitun plat argenté de 30 pieds de long
fur 16 de large , au milieu duquel s'élévoit
un ſurtout , portant un boeuf& deux veaux
rôtis pofés ſur leurs pieds. Les flancs du
plat étoient garnis de douze moutons rôtis ,
&flanqués de cent piéces de differentes efpéces
de viandes , le tout parfemé de fleurs
&de branches de Laurier.
VingtCavaliers couvroient ,& fermoient
lamarche. Le Char étant entré entre deux
barrieres , la diſtribution du pain & des
viandes ſe fit au Peuple , avec autant d'ordre
qu'il eſt poſſible d'en obferver avec la
multitude.
On avoit élevé aux quatre coins de la
Place des échaffauts ornés de pampre & de
lierre , ſur leſquels étoient des tonneaux
de vin , que des hommes déguisés , avec les
attributs de Bacchus , verfoient à tous ceux
qui ſe préſentoient.
Des troupes de Chanteurs , vêtus d'habits
de caractére, répandus dans la Place&dans
les ruës ,& animés par la joye publique
la redoubloient encore par des Chanfons
Hvj
168 MERCURE DE FRANCE.
vives& convenables à la Fête. Le repas fut
ſuivi de Danſes au ſon des Muſettes , des
Tambours de Baſque & autres Inſtrumens ,
qui ne finirent qu'avec le jour. La Fête fut.
terminée par la Comédie , que M. le Duc
de Rohan fit donner gratis au peuple.
Cette Fête marquée par la magnificence ,
a été accompagnée d'une charité d'autant
plus reſpectable , qu'elle a eu moins d'éclat .
On a fait une diſtribution abondante aux
priſonniers ; c'étoit dans un tel jour que les
malheureux devoient ceſſer de l'être .
Après la Fête du Peuple , M. le Maréchal
de Brancas & les Etats ſe ſont rendus chés
M. le Duc de Rohan , où l'on a trouvé un
nouveau ſpectacle , d'un goût convenable à
ceux à qui il étoit deſtiné.
Une illumination prodigieufe , & faite
avec intelligence, formoit une Architecture
très-bien ordonnée , compoſée d'un Porti.
que qui couvroit le Portail , & de vingtſept
Arcades qui ornoient la cour.
Le ſouper où les trois Ordres des Etats &
toutes les perſonnes diftinguées étoient invités
, a été de la derniere magnificence . La
premiere table étoit de cent couverts , & les
autres en formoient environ trois cent ,
mais indépendamment des perſonnes invitées
par billet , ou qui étoient cenſées l'être
par leur état , il ſuffiſoit de ſe préſenter pour
:
NOVEMBRE. 1744. 169
être admis ; on dreſſoit à l'inſtant de nouvelles
tables , de forte qu'il a été diftribué
mille à douze cent couverts . On a furtout
admiré l'élégance du fruit , qui étoit une
allégorie noble , tirée de la Fable , & relative
aux Vertus du Roi , au bonheur & à la
gloire de fon Régne , & ornée de deviſes
ingénieuſes. Le repas a été ſuivi d'un Bał
maſqué , qui a terminé la Fête.
Tout s'eſt pallé avec un ordre & un goût,
qui ſe rencontrent rarement avec tant de
magnificence. On a trouvé la Fête aufli
Royaledans fon exécutionque par fon objet,
& l'on n'a remarqué que ce tumulte agréable
qui naît de la joye publique , qui en eft
même une des marques , & qui fait le principal
ornement des grandes Fêtes.
Le même jour , M. l'Evêque de Nantes ,
Préſident du Clergé , donna un grand fouper
aux Prélats & à tous les Députés de fon
Ordre , avec une fuperbe illumination.
Deux jours après , M. le Maréchal de Brancas
, fit faire une magnifique illumination ,
&donna un grand ſouper aux trois Ordres
des Etats , & aux autres perſonnes diftinguées.
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836
p. 171
« Le Vendredi 6 Novembre, on a donné à la Comédie Françoise la premiere représentation [...] »
Début :
Le Vendredi 6 Novembre, on a donné à la Comédie Françoise la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Vers, Roi, Rétablissement de la santé, Arrivée
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texteReconnaissance textuelle : « Le Vendredi 6 Novembre, on a donné à la Comédie Françoise la premiere représentation [...] »
Le Vendredi 6 Novembre, on a donné à la
Comédie Françoiſe la premiere repréfentation
de l'Heureux Retour , Piéce nouvelle
d'un Acte, en Vers , de la Compoſition de
Mrs Fagan & Pannard ; elle eſt ornée de
Divertiſſemens qui ont été fort applaudis ,
& dont la Muſique eſt de M. Granval , On
en donnera l'Extrait le mois prochain. Le
rétabliſſement de la ſanté du Roi , & fon
arrivée à Paris , ont fourni le ſujet de cette
Comédie. Le même ſujet a produit
bien des Vers. S'ils ne font pas tous loiiables
, le zéle qui les a fait naître l'eft , &
mérite au moins de l'indulgence.
Comédie Françoiſe la premiere repréfentation
de l'Heureux Retour , Piéce nouvelle
d'un Acte, en Vers , de la Compoſition de
Mrs Fagan & Pannard ; elle eſt ornée de
Divertiſſemens qui ont été fort applaudis ,
& dont la Muſique eſt de M. Granval , On
en donnera l'Extrait le mois prochain. Le
rétabliſſement de la ſanté du Roi , & fon
arrivée à Paris , ont fourni le ſujet de cette
Comédie. Le même ſujet a produit
bien des Vers. S'ils ne font pas tous loiiables
, le zéle qui les a fait naître l'eft , &
mérite au moins de l'indulgence.
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837
p. 172-175
« Le Dimanche 15 Novembre, l'Académie Royale de Musique a donné la premiere [...] »
Début :
Le Dimanche 15 Novembre, l'Académie Royale de Musique a donné la premiere [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Gloire, Auguste, Roi, Hygie, Convalescence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Dimanche 15 Novembre, l'Académie Royale de Musique a donné la premiere [...] »
Le Dimanche 15 Novembre , l'Académie
Royale de Muſique a donné la premiere
repréſentation d'un Acte en forme de Prologue
, intitulé les Auguſtales. M. Roy ,
Chevalier de l'Ordre de Saint Michel , eſt
l'Auteur des paroles. M. Rebel & M.
Francoeur , tous les deux Sur- Intendans
de la Muſique du Roi,& Inſpecteurs de l'Académie
Royale de Muſique , les ont miſes
en Muſique , & leur Compofition a parfaitement
foutenu leur réputation. Le ſujet de
cet ingénieux Ouvrage , en publiant la
gloire du Roi , augmente celle de l'Auteur.
C'eſt un choix judicieux d'un trait Hiftorique
, pour exprimer les fentimens de notre
NOVEMBRE .. 1744 . 173
Nation pendant le péril de ſon Roi , & la
vive joye qui a ſuccedé à nos allarmes. Les
François pouvoient ils être peints plus noblement
que ſous le nom célébre des Romains
, & notre Monarque bien aimé pouvoit
- il être plus convenablement déſigné
que par Auguſte , nondans le tems crueldu
Triumvirat , mais dans celui que fa clémence
a illuftré ?
Le ſujet ne peut pas être mieux expliqué
qu'il l'eſt dans l'Avertiſſement. Voici ſes
termes :
Augufte jouiſſoit de toute sa gloire,de l'amour
du peuple qui venoit de lui dreſſer un
Trophée dans les Alpes , ( circonstance heureuſement
appliquée ) de la vénération du
Sénat , lorsqu'une maladie ſubite ménaca ſes
jours. Sa Convalescence fut confacrée par l'inftitution
des FêtesAuguſtales.
Le Théatre repréſente dans le fond le
Temple d'Hygie , fille d'Eſculape , & fur le
devant , un Bocage conſacré à cette Déeſſe.
Ses Prêtres & ſes Prêtreſſes célébrent ſa
puiſſance.
Divinité ſalutaire ,
C'eſt toi qui fais les beaux jours.
La vie , aux Mortelsſi chere
L'eſt-elle ſans ton fecours ?
y
*
174 MERCURE DE FRANCE
:
Tu les ranimes ſans ceſſe;
Tu les fais joüir du tems ;
Sans toi la triſte vieilleſſe
Commence dès le Printems.
Divinité du bel âge !
Que tes dons ſont précieux ,
C'eſt à toi qu'on doit l'uſage
Des préſens des autres Dieux.
La Prêtreffe d'Hygie mêle les loüanges
d'Auguſte aux voeux qu'elle adreſſle pour
lui aux Immortels , & l'Auteur trouve le
ſecret, en foutenant l'Allégorie , d'offrir un
encens mérité à S. A. S. M. le Prince de
Conty.
:
Les Alpes, ces Monts orguëilleux ,
Atteſteront ſa gloire à la Race future ;
Trophée élevé juſque aux Cieux
Pour le Vainqueur de laNature.
>
Un nuage environne la Statuë de laDéefſe.
Le Ciel annonce ſon courroux par le
Tonnerre & les Eclairs . On entend les cris
douloureux des Romains conſternés du péril
d'Auguſte , & la Prêtreſſe déſolée , prononce
ce Vers , qui exprime laconiquement les
malheurs & les fentimens du Peuple .
NOVEMBRE.
1744. 175
Avec ſon Maître Rome expire.
Les voeux ardens des Prêtres & des Romains
font exaucés.Hygie vient elle même
-les en inftruire , & les invite à célébrer ce
jourheureux.
:
:
Chantés le jour de votre gloire ;
Que Rome tous les ans par de célébres jeux
D'Auguſte renaiſſant conſacre la mémoire ;
Il a vaincu la mort ; eſt-il une victoire
Plus utile pour vous, plus digne de vos voeux ?
)
A l'égarddes Auguſtales, les Acteurs& les
Danfeurs qui y ont paru , ont prouvé que
le zéle peut ajouter à l'excellence du talent.
Royale de Muſique a donné la premiere
repréſentation d'un Acte en forme de Prologue
, intitulé les Auguſtales. M. Roy ,
Chevalier de l'Ordre de Saint Michel , eſt
l'Auteur des paroles. M. Rebel & M.
Francoeur , tous les deux Sur- Intendans
de la Muſique du Roi,& Inſpecteurs de l'Académie
Royale de Muſique , les ont miſes
en Muſique , & leur Compofition a parfaitement
foutenu leur réputation. Le ſujet de
cet ingénieux Ouvrage , en publiant la
gloire du Roi , augmente celle de l'Auteur.
C'eſt un choix judicieux d'un trait Hiftorique
, pour exprimer les fentimens de notre
NOVEMBRE .. 1744 . 173
Nation pendant le péril de ſon Roi , & la
vive joye qui a ſuccedé à nos allarmes. Les
François pouvoient ils être peints plus noblement
que ſous le nom célébre des Romains
, & notre Monarque bien aimé pouvoit
- il être plus convenablement déſigné
que par Auguſte , nondans le tems crueldu
Triumvirat , mais dans celui que fa clémence
a illuftré ?
Le ſujet ne peut pas être mieux expliqué
qu'il l'eſt dans l'Avertiſſement. Voici ſes
termes :
Augufte jouiſſoit de toute sa gloire,de l'amour
du peuple qui venoit de lui dreſſer un
Trophée dans les Alpes , ( circonstance heureuſement
appliquée ) de la vénération du
Sénat , lorsqu'une maladie ſubite ménaca ſes
jours. Sa Convalescence fut confacrée par l'inftitution
des FêtesAuguſtales.
Le Théatre repréſente dans le fond le
Temple d'Hygie , fille d'Eſculape , & fur le
devant , un Bocage conſacré à cette Déeſſe.
Ses Prêtres & ſes Prêtreſſes célébrent ſa
puiſſance.
Divinité ſalutaire ,
C'eſt toi qui fais les beaux jours.
La vie , aux Mortelsſi chere
L'eſt-elle ſans ton fecours ?
y
*
174 MERCURE DE FRANCE
:
Tu les ranimes ſans ceſſe;
Tu les fais joüir du tems ;
Sans toi la triſte vieilleſſe
Commence dès le Printems.
Divinité du bel âge !
Que tes dons ſont précieux ,
C'eſt à toi qu'on doit l'uſage
Des préſens des autres Dieux.
La Prêtreffe d'Hygie mêle les loüanges
d'Auguſte aux voeux qu'elle adreſſle pour
lui aux Immortels , & l'Auteur trouve le
ſecret, en foutenant l'Allégorie , d'offrir un
encens mérité à S. A. S. M. le Prince de
Conty.
:
Les Alpes, ces Monts orguëilleux ,
Atteſteront ſa gloire à la Race future ;
Trophée élevé juſque aux Cieux
Pour le Vainqueur de laNature.
>
Un nuage environne la Statuë de laDéefſe.
Le Ciel annonce ſon courroux par le
Tonnerre & les Eclairs . On entend les cris
douloureux des Romains conſternés du péril
d'Auguſte , & la Prêtreſſe déſolée , prononce
ce Vers , qui exprime laconiquement les
malheurs & les fentimens du Peuple .
NOVEMBRE.
1744. 175
Avec ſon Maître Rome expire.
Les voeux ardens des Prêtres & des Romains
font exaucés.Hygie vient elle même
-les en inftruire , & les invite à célébrer ce
jourheureux.
:
:
Chantés le jour de votre gloire ;
Que Rome tous les ans par de célébres jeux
D'Auguſte renaiſſant conſacre la mémoire ;
Il a vaincu la mort ; eſt-il une victoire
Plus utile pour vous, plus digne de vos voeux ?
)
A l'égarddes Auguſtales, les Acteurs& les
Danfeurs qui y ont paru , ont prouvé que
le zéle peut ajouter à l'excellence du talent.
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838
p. 177
« DÈS que la santé du Roi, parfaitement rétablie, lui a permis de monter à cheval, il a [...] »
Début :
DÈS que la santé du Roi, parfaitement rétablie, lui a permis de monter à cheval, il a [...]
Mots clefs :
Roi, Santé, Reine, Metz, Parlement de Metz, Messe, Te Deum, Réjouissances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DÈS que la santé du Roi, parfaitement rétablie, lui a permis de monter à cheval, il a [...] »
Da
E's que la ſanté du Roi , parfaitement rétapermis
de monter à cheval , il a
déclaré qu'il ſe rendroit inceſſamment à la tête de
ſon armée.
La Reine , très- contente d'un Voyage entrepris
avec la plus vive douleur , ſe rendit le 28 Septembre
de Metz à Luneville , où Mesdames de France
étoient arrivées le 23 , & d'où elles ſont parties let
25 , pour retourner à Versailles . Le 24 , le Roi fut
complimenté ſur le rétabliſſement de ſa ſanté par le
Parlement de Merz ; M. de Montholon , Premier
Préſident , portant la parole ; enſuite il rendit en
Corps ſes reſpects à la Reine. Leurs Majestés ,
accompagnées de toute la Cour, allerent le 27 à
l'Egliſe Cathédrale entendre la Meſſe , célébrée par
l'Evêque , & fuivie d'un Te Deum , chanté au bruit
du canon. Le ſoir , toute la Ville fut illuminée ,
ainſi que la Citadelle : un feu d'artifice , vû de l'appartement
du Roi , fut tiré ſur l'Esplanade. Les
éclatantes réjoüiſſances des habitans ont fourni de
nouvelles preuves de leur zéle pour leur Souverain.
E's que la ſanté du Roi , parfaitement rétapermis
de monter à cheval , il a
déclaré qu'il ſe rendroit inceſſamment à la tête de
ſon armée.
La Reine , très- contente d'un Voyage entrepris
avec la plus vive douleur , ſe rendit le 28 Septembre
de Metz à Luneville , où Mesdames de France
étoient arrivées le 23 , & d'où elles ſont parties let
25 , pour retourner à Versailles . Le 24 , le Roi fut
complimenté ſur le rétabliſſement de ſa ſanté par le
Parlement de Merz ; M. de Montholon , Premier
Préſident , portant la parole ; enſuite il rendit en
Corps ſes reſpects à la Reine. Leurs Majestés ,
accompagnées de toute la Cour, allerent le 27 à
l'Egliſe Cathédrale entendre la Meſſe , célébrée par
l'Evêque , & fuivie d'un Te Deum , chanté au bruit
du canon. Le ſoir , toute la Ville fut illuminée ,
ainſi que la Citadelle : un feu d'artifice , vû de l'appartement
du Roi , fut tiré ſur l'Esplanade. Les
éclatantes réjoüiſſances des habitans ont fourni de
nouvelles preuves de leur zéle pour leur Souverain.
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839
p. 178-180
« Le Roi partit de Metz à midi le 29, & après avoir passé par Nancy, où il remarqua les apprêts [...] »
Début :
Le Roi partit de Metz à midi le 29, & après avoir passé par Nancy, où il remarqua les apprêts [...]
Mots clefs :
Roi, Roi de Pologne, Stanislas Leszczynski, Château, Lunéville, Jardin, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roi partit de Metz à midi le 29, & après avoir passé par Nancy, où il remarqua les apprêts [...] »
Le Roi partit de Metz à midi le 29 , & après
avoir paſſé par Nancy , où il remarqua les apprêts
d'une illumination générale & les autres fignes
d'une réjoüiſſance publique , vive & fincere; les
continuelles acclamations des Peuples du Pays
accourus ſur ſon paſſage , garantiſſoient leurs juſtes
ſentimens Le Roi arriva au Château de Luneville
vers les huit heures du ſoir. La façade , tant du
côté de la Ville que du Jardin , étoit magnifiquement
illuminée , & cette illumination marquoit le
deſſein de l'Architecture, qui est très-belle . Le même
goût régnoit dans les illuminations de la grande &
NOVEMBRE. 1744-
t
179
e la petite cour , & même de la cour intérieure.
En entrant dans la Ville , le Roi trouva les deux.
Compagnies desGardes du Corps du Roi de Pologne,
& dans la premiere cour du Château, les Gardes
à pied de ce Prince , qui le reçut ſous le Periſtile,
&le conduiſit dans ſon appartement. Il y étoit
attendu par la Reine , & la Reine de Pologne. Les
cris de Vive le Roi , ſe renouvelloient ſans ceſſe ,
&durerent juſqu'au coucher de Sa Majesté. Elle
ſoupa ſeule ,& des tables abondantes , & cependant
délicates , furent ſervies pour la Cour dans
l'appartement. Le ſoir ,la Ville fut totalement illus,
minée, & la Terraſſe du Château fut éclairée par
les fuſées qu'on y prodigua.
Le 30 , le Roi alla le matin voir un petit Bâtiment
àlaChinoiſe , nommé le Kiofc. Le Roi de Pologne
l'a fait conſtruire , pour éviter les grandes chaleurs,
&pour cet effet il eſt rempli de Jets-d'Eau & de
Caſcades. Leurs Majeſtés dînerent avec le Roi &
la Reine de Pologne , dans le grand Cabinet de
l'appartement qu'occupe la Reine. A trois heures
le Roi alla à cheval àChanheux , Maiſon de Plaiſance
du Roi de Pologne , ſituée au bout de la
grande allée du Jardin ; il y a un Salon admirable..
LeRoi ſe promena dans les Jardins , & vit la Cafcade
qui eſt à la tête du Canal , qui bordele Jardin.
C'eſtun embelliſſement ajouté par le Roi de Polo
gne ; c'eſt là qu'on s'arrête avec plaifir , pour confiderer
ce qu'on appelle les Rochers. C'eſt un 'Ta.
bleau mouvant , repréſentant un Village , où des
figures de grandeur naturelle prennent differentes
attitudes , par le moyen de l'Eau qui les fait
agir. :
L'après midi , la Reine aſſiſta à la Comédie , &.
le ſoir, leRoi ſoupa ſeul. Les Dames du Palais de la
Reine eurent l'honneur de manger avec elle.
130 MERCURE DE FRANCE.
Celles de la Reine de Pologne y furent admiſes ,
leur Princeſſe étant indiſpoſée.
Le Roi , après avoir paflé à l'appartement de cette
Reine , alla ſe promener le long du Canal , & voir
une petite Maiſon du Roi de Pologne , appellée Jo..
livet. On a changé un Marais bourbeux , qui l'au.
roit environnée , en de très-agréables Jardins. Le
Roi , en partant de Luneville , a fait la revue de la
Gendarmerie près de Chanheux , & y a dîné ; il a
couché à Saarburg. Pendant le ſéjour du Roi à Luneville
, le Roi & la Reine de Pologne lui ontprouц-
vé par les témoignages les plus éclatans , la fatisfaction
infinie que leur cauſoit ſa préſence.
Le Roi de Pologne a nommé le Maréchal de
Belle- Ifle , Lieutenant Général au Gouvernement
de la Lorraine.
avoir paſſé par Nancy , où il remarqua les apprêts
d'une illumination générale & les autres fignes
d'une réjoüiſſance publique , vive & fincere; les
continuelles acclamations des Peuples du Pays
accourus ſur ſon paſſage , garantiſſoient leurs juſtes
ſentimens Le Roi arriva au Château de Luneville
vers les huit heures du ſoir. La façade , tant du
côté de la Ville que du Jardin , étoit magnifiquement
illuminée , & cette illumination marquoit le
deſſein de l'Architecture, qui est très-belle . Le même
goût régnoit dans les illuminations de la grande &
NOVEMBRE. 1744-
t
179
e la petite cour , & même de la cour intérieure.
En entrant dans la Ville , le Roi trouva les deux.
Compagnies desGardes du Corps du Roi de Pologne,
& dans la premiere cour du Château, les Gardes
à pied de ce Prince , qui le reçut ſous le Periſtile,
&le conduiſit dans ſon appartement. Il y étoit
attendu par la Reine , & la Reine de Pologne. Les
cris de Vive le Roi , ſe renouvelloient ſans ceſſe ,
&durerent juſqu'au coucher de Sa Majesté. Elle
ſoupa ſeule ,& des tables abondantes , & cependant
délicates , furent ſervies pour la Cour dans
l'appartement. Le ſoir ,la Ville fut totalement illus,
minée, & la Terraſſe du Château fut éclairée par
les fuſées qu'on y prodigua.
Le 30 , le Roi alla le matin voir un petit Bâtiment
àlaChinoiſe , nommé le Kiofc. Le Roi de Pologne
l'a fait conſtruire , pour éviter les grandes chaleurs,
&pour cet effet il eſt rempli de Jets-d'Eau & de
Caſcades. Leurs Majeſtés dînerent avec le Roi &
la Reine de Pologne , dans le grand Cabinet de
l'appartement qu'occupe la Reine. A trois heures
le Roi alla à cheval àChanheux , Maiſon de Plaiſance
du Roi de Pologne , ſituée au bout de la
grande allée du Jardin ; il y a un Salon admirable..
LeRoi ſe promena dans les Jardins , & vit la Cafcade
qui eſt à la tête du Canal , qui bordele Jardin.
C'eſtun embelliſſement ajouté par le Roi de Polo
gne ; c'eſt là qu'on s'arrête avec plaifir , pour confiderer
ce qu'on appelle les Rochers. C'eſt un 'Ta.
bleau mouvant , repréſentant un Village , où des
figures de grandeur naturelle prennent differentes
attitudes , par le moyen de l'Eau qui les fait
agir. :
L'après midi , la Reine aſſiſta à la Comédie , &.
le ſoir, leRoi ſoupa ſeul. Les Dames du Palais de la
Reine eurent l'honneur de manger avec elle.
130 MERCURE DE FRANCE.
Celles de la Reine de Pologne y furent admiſes ,
leur Princeſſe étant indiſpoſée.
Le Roi , après avoir paflé à l'appartement de cette
Reine , alla ſe promener le long du Canal , & voir
une petite Maiſon du Roi de Pologne , appellée Jo..
livet. On a changé un Marais bourbeux , qui l'au.
roit environnée , en de très-agréables Jardins. Le
Roi , en partant de Luneville , a fait la revue de la
Gendarmerie près de Chanheux , & y a dîné ; il a
couché à Saarburg. Pendant le ſéjour du Roi à Luneville
, le Roi & la Reine de Pologne lui ontprouц-
vé par les témoignages les plus éclatans , la fatisfaction
infinie que leur cauſoit ſa préſence.
Le Roi de Pologne a nommé le Maréchal de
Belle- Ifle , Lieutenant Général au Gouvernement
de la Lorraine.
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840
p. 180
« Le Roi, après avoir passé le nuit à Saarburg, où il avoit été reçû à la premiere Barriere par le Marquis [...] »
Début :
Le Roi, après avoir passé le nuit à Saarburg, où il avoit été reçû à la premiere Barriere par le Marquis [...]
Mots clefs :
Roi, Saverne, Coadjuteur de Strasbourg, Prince de Soubise, Cardinal de Rohan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roi, après avoir passé le nuit à Saarburg, où il avoit été reçû à la premiere Barriere par le Marquis [...] »
Le Roi , après avoir paſſé la nuit à Saarburg , où
il avoit été reçû à la premiere Barriere par le MarquisdeChalmaſel
, Gouverneur de cette Place , en
partit le lendemain , traverſa Phalfbourg , & fe
rendit à Saverne à deux heures &demie après midi,
LeCardinal de Rohan , accompagné du Coadjuteur
de Strasbourg & du Prince de Soubiſe , reçut Sa
Majeſté à la deſcente de ſon caroſſe . Les acclamations
vives & redoublées du Peuple , qui remplifſoit
le Veſtibule , conduifirent le Roi juſques dans le
fuperbe appartement qui lui étoit préparé , appartement
digne de la beauté du Château & des Jardins.
Ily eut une très grande & très-brillante illu.
mination , qui plût infiniment au Roi , & aux Spectateurs
nombreux qui l'applaudirent. Le Cardinal
de Rohan , connu par fon efprit & fon goût ſupérieur
, qui gouverne toujours fa magnificence , les
a fignalés dans l'occaſion la plus flateuſe pour fon
coeur. Il a fervi le Roi à ſes repas , & il a été quelquefois
remplacé par le Coadjuteur de Strasbourg
&par le Prince de Soubiſe.
il avoit été reçû à la premiere Barriere par le MarquisdeChalmaſel
, Gouverneur de cette Place , en
partit le lendemain , traverſa Phalfbourg , & fe
rendit à Saverne à deux heures &demie après midi,
LeCardinal de Rohan , accompagné du Coadjuteur
de Strasbourg & du Prince de Soubiſe , reçut Sa
Majeſté à la deſcente de ſon caroſſe . Les acclamations
vives & redoublées du Peuple , qui remplifſoit
le Veſtibule , conduifirent le Roi juſques dans le
fuperbe appartement qui lui étoit préparé , appartement
digne de la beauté du Château & des Jardins.
Ily eut une très grande & très-brillante illu.
mination , qui plût infiniment au Roi , & aux Spectateurs
nombreux qui l'applaudirent. Le Cardinal
de Rohan , connu par fon efprit & fon goût ſupérieur
, qui gouverne toujours fa magnificence , les
a fignalés dans l'occaſion la plus flateuſe pour fon
coeur. Il a fervi le Roi à ſes repas , & il a été quelquefois
remplacé par le Coadjuteur de Strasbourg
&par le Prince de Soubiſe.
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841
p. 181-183
« Enfin le dix Octobre, le Roi partit de Strasbourg, s'arrêta à Sellestatt, d'où il se rendit le lendemain [...] »
Début :
Enfin le dix Octobre, le Roi partit de Strasbourg, s'arrêta à Sellestatt, d'où il se rendit le lendemain [...]
Mots clefs :
Roi, Fribourg-en-Brisgau, Ordres, Maréchal de Coigny, Châteaux, Siège, Attaque, Capitulation, Reine de Hongrie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Enfin le dix Octobre, le Roi partit de Strasbourg, s'arrêta à Sellestatt, d'où il se rendit le lendemain [...] »
Enfin le dix Octobre , le Roi partit de Strasbourg
, s'arrêta à Selleftatt , d'où il ſe rendit le lendemain
à ſon Quartier devant Fribourg. Le Maréchal
de Coigny rendit compte au Roi de la fituationdesOuvrages
du Siége.
Le onze , le Roi examina très-attentivement le,
front de l'attaque , la tranchée & les progrès des
travaux , & Sa Majesté décida judicieuſement qu'on
borneroit l'attaque aux deux faces du Baſtion da
Roi , & aux deux demi-Lunes qui font à côté . Elle
s'est fait rendre compte chaque jour des operations
du Siége , & a donné ſes Ordres en conféquence.
1. Vol. I
182 MERCURE DE FRANCE.
Ces opérations ont eſſuyé bien des obſtacles , nonſeulement
de la part des Affiégés , dont la vigoureuſe
réſiſtance a redoublé la gloire des Affliégeans ;
mais encore de la part de la nature ,qui a oppoſé au
courage & à la prudence , des pluyes , des fontes
de neige& des inondations de la riviere de Traiſane.
Malgré toutes ces difficultés , qu'on croyoit infurmontables
, cette forte Place s'eſt rendue au Roi le
6 de Novembre. La valeur , qui l'a défenduë , a faic
un honneur infini à celle qui l'a attaquée.
On eſt convenu par laCapitulation , que la Ville
feroit remiſe le 7 de ce mois au Roi avec l'artillerie
& les munitions de guerre & de bouche qui s'y
trouvoient ; que les malades & les bleſſés ſeroient
prifonniers de guerre ; que le ſurplus de la garniſon
ſe retireroit dans les Châteaux , entre leſquels & la
Ville il y auroit une Suſpenſion d'armes de 15
jours , pour attendre le retour d'un courier que le
Gouveineur devoit envoyer à Vienne , afin de rece.
voir les Ordres de la Reine de Hongrie par rapport
aux Châteaux. Cette Capitulation fut exécutée
le 7.
S. M. fit partir le 6 au ſoir le Duc de Pecquigny,
un de ſes Aides de Camp , pour porter cette nouvelle
à la Reine & à Monſeigneur le Dauphin.
Les troupes qui formoient la garniſon de Fribourg,
s'étant retirées le 7 dans les Châteaux, comane
cela avoit été réglé , les Régimens que le Roi
avoit deſtinés à la garde de cette Place , y entrerent
vers les cinq heures du ſoir.
Le Roi ſe rendit au Camp ſous cette Ville le len.
demain , & il dîna chés le Maréchal de Coigny ,
auquel il donna ſes Ordres fur ce qu'il conviendroit
de faire , ſelon le parti que le Gouverneur de Fribourg
pourroit prendre par rapport aux Châteaux ,
lorſque lec ourier qu'il a dépêché àVienne lui au
NOVEMBRE. 1744. 183
roit rapporté les Ordres de la Reine de Hongrie.
, s'arrêta à Selleftatt , d'où il ſe rendit le lendemain
à ſon Quartier devant Fribourg. Le Maréchal
de Coigny rendit compte au Roi de la fituationdesOuvrages
du Siége.
Le onze , le Roi examina très-attentivement le,
front de l'attaque , la tranchée & les progrès des
travaux , & Sa Majesté décida judicieuſement qu'on
borneroit l'attaque aux deux faces du Baſtion da
Roi , & aux deux demi-Lunes qui font à côté . Elle
s'est fait rendre compte chaque jour des operations
du Siége , & a donné ſes Ordres en conféquence.
1. Vol. I
182 MERCURE DE FRANCE.
Ces opérations ont eſſuyé bien des obſtacles , nonſeulement
de la part des Affiégés , dont la vigoureuſe
réſiſtance a redoublé la gloire des Affliégeans ;
mais encore de la part de la nature ,qui a oppoſé au
courage & à la prudence , des pluyes , des fontes
de neige& des inondations de la riviere de Traiſane.
Malgré toutes ces difficultés , qu'on croyoit infurmontables
, cette forte Place s'eſt rendue au Roi le
6 de Novembre. La valeur , qui l'a défenduë , a faic
un honneur infini à celle qui l'a attaquée.
On eſt convenu par laCapitulation , que la Ville
feroit remiſe le 7 de ce mois au Roi avec l'artillerie
& les munitions de guerre & de bouche qui s'y
trouvoient ; que les malades & les bleſſés ſeroient
prifonniers de guerre ; que le ſurplus de la garniſon
ſe retireroit dans les Châteaux , entre leſquels & la
Ville il y auroit une Suſpenſion d'armes de 15
jours , pour attendre le retour d'un courier que le
Gouveineur devoit envoyer à Vienne , afin de rece.
voir les Ordres de la Reine de Hongrie par rapport
aux Châteaux. Cette Capitulation fut exécutée
le 7.
S. M. fit partir le 6 au ſoir le Duc de Pecquigny,
un de ſes Aides de Camp , pour porter cette nouvelle
à la Reine & à Monſeigneur le Dauphin.
Les troupes qui formoient la garniſon de Fribourg,
s'étant retirées le 7 dans les Châteaux, comane
cela avoit été réglé , les Régimens que le Roi
avoit deſtinés à la garde de cette Place , y entrerent
vers les cinq heures du ſoir.
Le Roi ſe rendit au Camp ſous cette Ville le len.
demain , & il dîna chés le Maréchal de Coigny ,
auquel il donna ſes Ordres fur ce qu'il conviendroit
de faire , ſelon le parti que le Gouverneur de Fribourg
pourroit prendre par rapport aux Châteaux ,
lorſque lec ourier qu'il a dépêché àVienne lui au
NOVEMBRE. 1744. 183
roit rapporté les Ordres de la Reine de Hongrie.
Fermer
842
p. 184-185
« Le même jour, le Marquis d'Argenson, Ministre & Sécretaire d'Etat du Département des Affaires [...] »
Début :
Le même jour, le Marquis d'Argenson, Ministre & Sécretaire d'Etat du Département des Affaires [...]
Mots clefs :
Roi, Antoine-René de Voyer de Paulmy d'Argenson, Conseiller d'État, Prévôt des marchands
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le même jour, le Marquis d'Argenson, Ministre & Sécretaire d'Etat du Département des Affaires [...] »
Le même jour , le Marquis d'Argenſon , Minif
tre & Sécretaire d'Etat du Département des Affaires
Etrangeres , prêta le Serment de fidélité entre les
mains de S. M.
Le Roi a donné la place de Conſeiller au Conſeil
Royal des Finances qu'avoit le Marquis d'Argenfon
, à M. de Brou , Conſeiller d'Etat ordinaire , &
Intendant de la Généralité de Paris.
M. Turgot , Conſeiller d'Etat , a eû la place de
Conſeillerd'Etat ordinaire , qui a été remiſe par le
Marquis d'Argenſon.
M. Rouillie , Maître des Requêtes , & Intendant
du Commerce , a été fait Conſeiller d'Erar.
NOVEMBRE. 1744. 185
Le 23 de ce mois , la Cour quitta le deüil , qui
avoit été pris le 12 du mois dernier pour la mort
deMadamede France , fixiéme fille de leurs Ma
jeſtés.
* Le Baron de Scheffer, que le Roi de Suéde a
nomnié fon Miniſtre Plénipotentiaire auprès du Roi ,
eut le 24de ce mois une audience particuliere de
S. M. il y fut conduit par le Chevalier de Sainctot
, Introducteur des Ambaſſadeurs.
M. de Bernage , Prévôt des Marchands , & Meffieurs
Sauvage& Huet , nouveaux Echevins , prê
terent entre les mains de S. M. le Serment de fidélité
, dont le Comte de Maurepas fit la lecture ,
ainſi que du Scrutin , qui fut préſenté par M. d'Argenſon
, Avocat du Roi au Châtelet , lequel parla
avec autant d'eſprit que d'éloquence.
tre & Sécretaire d'Etat du Département des Affaires
Etrangeres , prêta le Serment de fidélité entre les
mains de S. M.
Le Roi a donné la place de Conſeiller au Conſeil
Royal des Finances qu'avoit le Marquis d'Argenfon
, à M. de Brou , Conſeiller d'Etat ordinaire , &
Intendant de la Généralité de Paris.
M. Turgot , Conſeiller d'Etat , a eû la place de
Conſeillerd'Etat ordinaire , qui a été remiſe par le
Marquis d'Argenſon.
M. Rouillie , Maître des Requêtes , & Intendant
du Commerce , a été fait Conſeiller d'Erar.
NOVEMBRE. 1744. 185
Le 23 de ce mois , la Cour quitta le deüil , qui
avoit été pris le 12 du mois dernier pour la mort
deMadamede France , fixiéme fille de leurs Ma
jeſtés.
* Le Baron de Scheffer, que le Roi de Suéde a
nomnié fon Miniſtre Plénipotentiaire auprès du Roi ,
eut le 24de ce mois une audience particuliere de
S. M. il y fut conduit par le Chevalier de Sainctot
, Introducteur des Ambaſſadeurs.
M. de Bernage , Prévôt des Marchands , & Meffieurs
Sauvage& Huet , nouveaux Echevins , prê
terent entre les mains de S. M. le Serment de fidélité
, dont le Comte de Maurepas fit la lecture ,
ainſi que du Scrutin , qui fut préſenté par M. d'Argenſon
, Avocat du Roi au Châtelet , lequel parla
avec autant d'eſprit que d'éloquence.
Fermer
843
p. 154-160
« Les Comédiens François ont toujours continué avec succès les représentations de [...] »
Début :
Les Comédiens François ont toujours continué avec succès les représentations de [...]
Mots clefs :
Roi, Avocat, M. Argante, Fille, Fête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont toujours continué avec succès les représentations de [...] »
Les Comédiens François ont toujours.
continué avec ſuccès les repréſentations de
Heureux Retour ; les Auteurs de cette PiéNOVEMBRE.
1744. 15.5
ce n'ont point eu deſſein de lui donner la
forme d'une Comédie , leur but étoit d'amener
trois divertiſſemens , & de placer
convenablement pluſieursdétails fur laconvaleſcence
du Roi.On ne peut leur refufer
l'éloge d'avoir ſuivi le précepte d'Horacedans
le choix du fujet , le ſuccès en a été
le prix. Cette piéce n'eſt gueres ſuſceptible
d'une analyſe exacte , ainſi nous nous contenterons
d'en donner une légere idée , &
de rapporter quelques morceaux qui ont le
plus réuffi .
M. Argante , bon Bourgeois , veut fignaler
fon zéle au retour da Roi par une Fête.
Un Officier & un Avocat font amoureux
de ſa fille ; il promet de la donner à
celui des deux qui imaginera la plus jolie
Fête . Au reſte , ces deux Acteurs ne font
pas ſur la Scéne ſeulement pour amener des
divertiſſemens , & l'on a beaucoup applaudi
quelques tirades récitées par Damon , c'eſt
le nom de l'Avocat ; voici une des meil
leures , il parle des Médécins.
L'autre ſiècle , la mode
Fut de les ridiculifer .
و Alors apparammentquelque fauſſe méthode
Outeur exterieur pedanteſque , incommode ,,
Donna lieude les mépriſer ;
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Mais malgré la critique , à nous tromper facile ,
L'Art mérita toujours d'être en foi reſpecté ;
Lorſqu'aux premiers humains le Deſtin irrité
Refufa l'immortalité
IMeur laiſſa du moins cette ſcience utile ,
Qui fait que l'homme , après avoir bien médité ,
Par une conjecture habile ,
De ſa vie entrevoit les cauſes , les refforts ,
Et pour les rétablir va puiſer les tréſors
Qu'offre à ſon docte choix la Nature fertile ,
Cet Art a reçû des Mortels
Tantôt l'exil , & tantôt des Autels ;
Souvent il n'a paru qu'un hazardeux ſyſtème ,
Mais qu'on ſoit détrompé , puiſque cet Art enfin
A ſervi notre Roi dans ſon péril extrême ,
Il ne reſte plus de problême ,
'Ajamais on dira , c'eſt un Art tout divin.
Les habitans d'Auteuil forment la premiere
Fête . Voici le Vaudeville .
VAUDEVILD E.
Une jeune fille.
Que l'infidele Colin
M'abandonne pour Lifette ,
Que j'éprouve ſon dédain ;
Que je perde ſa fleurette ;
L
NOVEMBRE. 1744. 157
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ?
Je vois ce que je ſouhaite ;
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Un jeune Garçon.
Que facile à mes rivaux ,
Liſon pour moi ſoit farouche ,
Ames foupirs , à mes maux
Que fon oreille ſe bouche ;
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi,
Plus qu'elle mon Roi me touche ,
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Une jeune fille.
Que la noce de ma ſoeur
Dans le carnaval ſoit faite ;
Que l'on faffe ſon bonheur ,
Sans fonger à la cadette ,
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ?
Je n'en ſuis point inquiéte ;
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Le Maître d'Ecole.
Que tout mon champ ſoit battu
SS MERCURE DEFRANCE.
Par les vents & par la grêle ;
Que l'on trouve la vertu
De notre femme un peu frêle ;
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Ma foi , très-peu je m'en mêle ;
Eh qu'est-ce que ça me fait àmoi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Une Vieille.
Bienloinde mes jeunes ans
Je ſens que mon terme arrive ,
Sans doute dans peu de tems
J'irai voir la fombre rive ;
Mais qu'est- ce que ça me fait àmoi ,
Pourvû que mon Prince vive ?
Mais qu'est-ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Le Parterre a beaucoup applaudi ces couplets
, & a exigé que pluſieurs fuſſent répétés
, mais il a fait encore plus d'honneur
au Vaudeville du ſecond divertiſſement . II.
a chanté lui-même le refrain , & s'eſt libéralement
applaudi.
Le ſecond divertiſſement , qui eſt celui
que l'Avocat a imaginé , eſt une Entrée de
Bergers & de Bergeres.Une Bergere chante
ce Vaudeville.
NOVEMBRE. 1744. 159
Par nos jeux & par nos chanſons
Témoignons notre allégreſſe ;
LeRoi charmant que nous fervons
Pournous eſt rempli de tendreſſe.
Dans ce beau jour célébrons
Tout ce qui l'intéreſſe ;
Réuniffons dans le même refrain
Le Roi , la Reine & le Dauphin.
Chés notre Roi tour eft grandeur ,
Noble orgueil , feu guerrier , vaillance
Chés la Reine tout eſt ardeur
Agrément , bonté , bienveillance ;
Chés le fils tout est ardeur ,
Reſpect & déférence :
Que de raiſons pour célébrer ſans fin
Le Roi , la Reine & le Dauphin !
Les jours de ce Roi généreux
Intéreſſent l'Europe entiere ;
Son fort ne pourroit être heureux
Sans une Compagne fi chere;
Au bonheur de tous les deux
Le fils est néceſſaire ;
Dieux immortels , faites vivre ſans fin
Le Roi , la Reine & le Dauphin !
La Fête de l'Officier ne le céde point à
celle de l'Avocat, mais Agathe , c'eſt la fille
60 MERCURE DE FRANCE.
de M. Argante , donne la préférence au
premier ; l'amour de la Patrie dicte ſon
choix , & ne pouvant ſuivre le Roi à la
guerre , je veux du moins , dit- elle ,
Que la moitié de moi-même
Soit occupée à le ſervir.
:
Lucas , Jardinier de M. Argante, trouve
encore un autre raiſon de cette préférence.
Oüi , dit- il ,
Oüi , vive un Officier , ça fait bian plus d'éclat ,
C'eſt plus vif, plus léger, tambour battant ilmene,
Et pis , c'eſt qu'on a tant de peine
A d'venir veur d'un Avocat.
:
Cette Piéce a eu quinze repréſentations;
le rôle de M. Argante étoit rempli par M.
de la Thorilliere ; celui de Liſidor , c'eſt
l'Officier , par M. Roſeli ; Damon, Avocat,
par M. Grandval ; Aminte, foeur de M. Argante
, par Mlle la Motte ; Agathe, fille de
M. Argante, par Mlle Gauffin ; Lucas, Jardinier
, par M. Paulin ; le Maître d'Ecole ,
par M. Poiffon ; le Carillonneur , par M.
leGrand.
continué avec ſuccès les repréſentations de
Heureux Retour ; les Auteurs de cette PiéNOVEMBRE.
1744. 15.5
ce n'ont point eu deſſein de lui donner la
forme d'une Comédie , leur but étoit d'amener
trois divertiſſemens , & de placer
convenablement pluſieursdétails fur laconvaleſcence
du Roi.On ne peut leur refufer
l'éloge d'avoir ſuivi le précepte d'Horacedans
le choix du fujet , le ſuccès en a été
le prix. Cette piéce n'eſt gueres ſuſceptible
d'une analyſe exacte , ainſi nous nous contenterons
d'en donner une légere idée , &
de rapporter quelques morceaux qui ont le
plus réuffi .
M. Argante , bon Bourgeois , veut fignaler
fon zéle au retour da Roi par une Fête.
Un Officier & un Avocat font amoureux
de ſa fille ; il promet de la donner à
celui des deux qui imaginera la plus jolie
Fête . Au reſte , ces deux Acteurs ne font
pas ſur la Scéne ſeulement pour amener des
divertiſſemens , & l'on a beaucoup applaudi
quelques tirades récitées par Damon , c'eſt
le nom de l'Avocat ; voici une des meil
leures , il parle des Médécins.
L'autre ſiècle , la mode
Fut de les ridiculifer .
و Alors apparammentquelque fauſſe méthode
Outeur exterieur pedanteſque , incommode ,,
Donna lieude les mépriſer ;
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Mais malgré la critique , à nous tromper facile ,
L'Art mérita toujours d'être en foi reſpecté ;
Lorſqu'aux premiers humains le Deſtin irrité
Refufa l'immortalité
IMeur laiſſa du moins cette ſcience utile ,
Qui fait que l'homme , après avoir bien médité ,
Par une conjecture habile ,
De ſa vie entrevoit les cauſes , les refforts ,
Et pour les rétablir va puiſer les tréſors
Qu'offre à ſon docte choix la Nature fertile ,
Cet Art a reçû des Mortels
Tantôt l'exil , & tantôt des Autels ;
Souvent il n'a paru qu'un hazardeux ſyſtème ,
Mais qu'on ſoit détrompé , puiſque cet Art enfin
A ſervi notre Roi dans ſon péril extrême ,
Il ne reſte plus de problême ,
'Ajamais on dira , c'eſt un Art tout divin.
Les habitans d'Auteuil forment la premiere
Fête . Voici le Vaudeville .
VAUDEVILD E.
Une jeune fille.
Que l'infidele Colin
M'abandonne pour Lifette ,
Que j'éprouve ſon dédain ;
Que je perde ſa fleurette ;
L
NOVEMBRE. 1744. 157
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ?
Je vois ce que je ſouhaite ;
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Un jeune Garçon.
Que facile à mes rivaux ,
Liſon pour moi ſoit farouche ,
Ames foupirs , à mes maux
Que fon oreille ſe bouche ;
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi,
Plus qu'elle mon Roi me touche ,
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Une jeune fille.
Que la noce de ma ſoeur
Dans le carnaval ſoit faite ;
Que l'on faffe ſon bonheur ,
Sans fonger à la cadette ,
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ?
Je n'en ſuis point inquiéte ;
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Le Maître d'Ecole.
Que tout mon champ ſoit battu
SS MERCURE DEFRANCE.
Par les vents & par la grêle ;
Que l'on trouve la vertu
De notre femme un peu frêle ;
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Ma foi , très-peu je m'en mêle ;
Eh qu'est-ce que ça me fait àmoi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Une Vieille.
Bienloinde mes jeunes ans
Je ſens que mon terme arrive ,
Sans doute dans peu de tems
J'irai voir la fombre rive ;
Mais qu'est- ce que ça me fait àmoi ,
Pourvû que mon Prince vive ?
Mais qu'est-ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Le Parterre a beaucoup applaudi ces couplets
, & a exigé que pluſieurs fuſſent répétés
, mais il a fait encore plus d'honneur
au Vaudeville du ſecond divertiſſement . II.
a chanté lui-même le refrain , & s'eſt libéralement
applaudi.
Le ſecond divertiſſement , qui eſt celui
que l'Avocat a imaginé , eſt une Entrée de
Bergers & de Bergeres.Une Bergere chante
ce Vaudeville.
NOVEMBRE. 1744. 159
Par nos jeux & par nos chanſons
Témoignons notre allégreſſe ;
LeRoi charmant que nous fervons
Pournous eſt rempli de tendreſſe.
Dans ce beau jour célébrons
Tout ce qui l'intéreſſe ;
Réuniffons dans le même refrain
Le Roi , la Reine & le Dauphin.
Chés notre Roi tour eft grandeur ,
Noble orgueil , feu guerrier , vaillance
Chés la Reine tout eſt ardeur
Agrément , bonté , bienveillance ;
Chés le fils tout est ardeur ,
Reſpect & déférence :
Que de raiſons pour célébrer ſans fin
Le Roi , la Reine & le Dauphin !
Les jours de ce Roi généreux
Intéreſſent l'Europe entiere ;
Son fort ne pourroit être heureux
Sans une Compagne fi chere;
Au bonheur de tous les deux
Le fils est néceſſaire ;
Dieux immortels , faites vivre ſans fin
Le Roi , la Reine & le Dauphin !
La Fête de l'Officier ne le céde point à
celle de l'Avocat, mais Agathe , c'eſt la fille
60 MERCURE DE FRANCE.
de M. Argante , donne la préférence au
premier ; l'amour de la Patrie dicte ſon
choix , & ne pouvant ſuivre le Roi à la
guerre , je veux du moins , dit- elle ,
Que la moitié de moi-même
Soit occupée à le ſervir.
:
Lucas , Jardinier de M. Argante, trouve
encore un autre raiſon de cette préférence.
Oüi , dit- il ,
Oüi , vive un Officier , ça fait bian plus d'éclat ,
C'eſt plus vif, plus léger, tambour battant ilmene,
Et pis , c'eſt qu'on a tant de peine
A d'venir veur d'un Avocat.
:
Cette Piéce a eu quinze repréſentations;
le rôle de M. Argante étoit rempli par M.
de la Thorilliere ; celui de Liſidor , c'eſt
l'Officier , par M. Roſeli ; Damon, Avocat,
par M. Grandval ; Aminte, foeur de M. Argante
, par Mlle la Motte ; Agathe, fille de
M. Argante, par Mlle Gauffin ; Lucas, Jardinier
, par M. Paulin ; le Maître d'Ecole ,
par M. Poiffon ; le Carillonneur , par M.
leGrand.
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844
p. 160-162
« La petite Piéce, intitulée le Génie de la France, s'est soûtenuë avantageusement sur [...] »
Début :
La petite Piéce, intitulée le Génie de la France, s'est soûtenuë avantageusement sur [...]
Mots clefs :
Comédie-Italienne, Amour français, Roi, Poète, Musicien, Coraline
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La petite Piéce, intitulée le Génie de la France, s'est soûtenuë avantageusement sur [...] »
La petite Piéce , intitulée le Génie de la
France , s'eſt ſoûtenuë avantageuſement ſur
le Théatre des Italiens ; cette Piéce eſt de la
compoſition de M. Minst, fils , Auteur d'uNOVEMBRE.
1744.
ne autre Piéce fur la Convalefcence du
Roi , repréſentée par les mêmes Comédiens
Ie 17 Septembre dernier ; il n'y a point
d'intrigue noiiée dans celle ci , ce ſont des
divertiſſemens variés & couſus légérement
enſemble. L'Amour François occupe le
Théatre pendant preſque toute la Comédie.
Ce rôle eſt executé avec beaucoup de fineſſe
& d'intelligence par Mlle Aſtrodi , jeune
Actrice qui a dix ans, quichante avec goût ,
&jouë fortbiendu Violoncelle;ſa ſoeur cadette
eſt auſſi applaudie dans un Couplet
unique qu'elle débite .
Il y a autant de chant que de récit dans
cette petite Comédie , & M. Rochard y eſt
fort applaudi & comme Acteur & comme
Chanteur ; il paroît en Muſicien dans une
Scéne qui est vraiment theatrale. M. Defhayes
, qui le ſeconde bien dans ſes lazzis ,
repréſente un Poëte nommé Carminant. Il
vient réciter à l'Amour François des Vers
qu'il a fraîchement compoſés à la loüange
du Roi. Le Muficien , préſent à cette lecturre,&
entraîné par l'enthouſiaſmede la compoſition
, met les Vers en Muſique à mefure
que Carminant les récite. Ce tableau
comique & fingulier donne lieu d'eſperer
beaucoup de l'Auteur , qui eſt encore fort
jeune. Il n'a négligé dans cette Piéce aucun
de ſes avantages , il a ſçû y placer la brillan162
MERCURE DE FRANCE.
te Coraline , qui y jouë pour la premiere
fois une Scéne entierement Françoiſe , elle
y danſe avec beaucoup de légereté & avec
les mêmes graces qu'elle met dans ſon jeu.
La Mufique de cette Piéce eſt fort jolie ,
elle eſt de M. Blaife , accoûtumé à mériter
de pareils éloges ; les rôles de la Piéce font,
Le Génie de la France ,
L'Amour François ,
Carminant , Poëte ,
Arlequin .
Coraline.
Harmonile , Muſicien ,
La Victoire ,
Palés , Déeſſe des Forêts ,
M. Rochard.
Mlle Astrodi.
M.Deshayes.
M. Rochard.
MlleTherese.
Mile Deshayes.
France , s'eſt ſoûtenuë avantageuſement ſur
le Théatre des Italiens ; cette Piéce eſt de la
compoſition de M. Minst, fils , Auteur d'uNOVEMBRE.
1744.
ne autre Piéce fur la Convalefcence du
Roi , repréſentée par les mêmes Comédiens
Ie 17 Septembre dernier ; il n'y a point
d'intrigue noiiée dans celle ci , ce ſont des
divertiſſemens variés & couſus légérement
enſemble. L'Amour François occupe le
Théatre pendant preſque toute la Comédie.
Ce rôle eſt executé avec beaucoup de fineſſe
& d'intelligence par Mlle Aſtrodi , jeune
Actrice qui a dix ans, quichante avec goût ,
&jouë fortbiendu Violoncelle;ſa ſoeur cadette
eſt auſſi applaudie dans un Couplet
unique qu'elle débite .
Il y a autant de chant que de récit dans
cette petite Comédie , & M. Rochard y eſt
fort applaudi & comme Acteur & comme
Chanteur ; il paroît en Muſicien dans une
Scéne qui est vraiment theatrale. M. Defhayes
, qui le ſeconde bien dans ſes lazzis ,
repréſente un Poëte nommé Carminant. Il
vient réciter à l'Amour François des Vers
qu'il a fraîchement compoſés à la loüange
du Roi. Le Muficien , préſent à cette lecturre,&
entraîné par l'enthouſiaſmede la compoſition
, met les Vers en Muſique à mefure
que Carminant les récite. Ce tableau
comique & fingulier donne lieu d'eſperer
beaucoup de l'Auteur , qui eſt encore fort
jeune. Il n'a négligé dans cette Piéce aucun
de ſes avantages , il a ſçû y placer la brillan162
MERCURE DE FRANCE.
te Coraline , qui y jouë pour la premiere
fois une Scéne entierement Françoiſe , elle
y danſe avec beaucoup de légereté & avec
les mêmes graces qu'elle met dans ſon jeu.
La Mufique de cette Piéce eſt fort jolie ,
elle eſt de M. Blaife , accoûtumé à mériter
de pareils éloges ; les rôles de la Piéce font,
Le Génie de la France ,
L'Amour François ,
Carminant , Poëte ,
Arlequin .
Coraline.
Harmonile , Muſicien ,
La Victoire ,
Palés , Déeſſe des Forêts ,
M. Rochard.
Mlle Astrodi.
M.Deshayes.
M. Rochard.
MlleTherese.
Mile Deshayes.
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845
p. 163-164
PRUSSE.
Début :
ON mande de Berlin du 2 de ce mois, que le Roi après avoir passé la Moldaw, avoit fait [...]
Mots clefs :
Roi, Charles de Lorraine, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRUSSE.
PRUSSE.
Nomande de
Ο Berlindu 2 de ce mois , que le
Roi après avoir paflé la Moldaw , avoit fait
tout ce qu'il avoit pû pour obliger les ennemis d'en
venir à une action générale , mais qu'ils ont toujours
évité la bataille , & qu'ils s'étoient retirés
dans des endroits , où on ne pouvoit les attaquer
fans beaucoup de rifque .
Sur l'avis qu'on a reçû d'un de leurs mouvemens,
S. M. a jugé à propos d'abandonner l'autre côté de
laMoldaw,craignant que les ennemis ne lui coupaſ
1
164 MERCURE DE FRANCE.
fent la communication avec ſes principaux mag
fins& avec la Ville de Prague.
L'armée commandée par le Prince Charles de
Lorraine après avoir paſſé le 1s du mois dernier la
Moldaw , & avoir été jointe par les troupes Saxonnes
, alla camper dans les environs deBeniſchau.
Le Roi ſe rapprocha le 25 de cette armée , &
étant arrivé en préſence des ennemis , il fit toutes
ſes diſpoſitions pour les engager à une action .
Le Prince Charles de Lorraine de ſon côté détacha
le Comte de Nadaſti à la tête de toute la Cavalerie
Hongroiſe, avec ordre de s'avancer à une petite
diſtance des Pruſſiens , qui firent fur cette Cavalerie
un feu très- vif d'artillerie & de mouſqueteric.
Elle fut miſe en déſordre, & les Pruſſiens ſe latoient
que le PrinceCharles de Lorraine marcheroit à fon
ſecours , & qu'il étoit dans la réſolution de hazarder
une bataille , lorſqu'ils s'apperçurent qu'il
s'étoit retiré ſur les montagnes le long de la
Sazawa. On ne poursuivit que juſqu'à une certaine
diſtance le Comte de Nadaſti , parce qu'ayant
rallié ſa Cavalerie , il prit le parti de la diviſer
en pluſieurs Corps , qui prirent des routes diffe
rentes .
Le Roi ayant lieu de croire que le Prince Charles
de Lorraine avoit deſſein de lui dérober une
marche , & de paſſer la Sazawa , S. M. le prévint ,
&elle occupa le camp de Piſcheli.
1500 des Soldats , qui ont été faits prifonniers
dans Prague , ſont entrés au ſervice du Roi , & le
reſte de l'ancienne garniſon de cette Place a été
envoyé à Spandau.
Nomande de
Ο Berlindu 2 de ce mois , que le
Roi après avoir paflé la Moldaw , avoit fait
tout ce qu'il avoit pû pour obliger les ennemis d'en
venir à une action générale , mais qu'ils ont toujours
évité la bataille , & qu'ils s'étoient retirés
dans des endroits , où on ne pouvoit les attaquer
fans beaucoup de rifque .
Sur l'avis qu'on a reçû d'un de leurs mouvemens,
S. M. a jugé à propos d'abandonner l'autre côté de
laMoldaw,craignant que les ennemis ne lui coupaſ
1
164 MERCURE DE FRANCE.
fent la communication avec ſes principaux mag
fins& avec la Ville de Prague.
L'armée commandée par le Prince Charles de
Lorraine après avoir paſſé le 1s du mois dernier la
Moldaw , & avoir été jointe par les troupes Saxonnes
, alla camper dans les environs deBeniſchau.
Le Roi ſe rapprocha le 25 de cette armée , &
étant arrivé en préſence des ennemis , il fit toutes
ſes diſpoſitions pour les engager à une action .
Le Prince Charles de Lorraine de ſon côté détacha
le Comte de Nadaſti à la tête de toute la Cavalerie
Hongroiſe, avec ordre de s'avancer à une petite
diſtance des Pruſſiens , qui firent fur cette Cavalerie
un feu très- vif d'artillerie & de mouſqueteric.
Elle fut miſe en déſordre, & les Pruſſiens ſe latoient
que le PrinceCharles de Lorraine marcheroit à fon
ſecours , & qu'il étoit dans la réſolution de hazarder
une bataille , lorſqu'ils s'apperçurent qu'il
s'étoit retiré ſur les montagnes le long de la
Sazawa. On ne poursuivit que juſqu'à une certaine
diſtance le Comte de Nadaſti , parce qu'ayant
rallié ſa Cavalerie , il prit le parti de la diviſer
en pluſieurs Corps , qui prirent des routes diffe
rentes .
Le Roi ayant lieu de croire que le Prince Charles
de Lorraine avoit deſſein de lui dérober une
marche , & de paſſer la Sazawa , S. M. le prévint ,
&elle occupa le camp de Piſcheli.
1500 des Soldats , qui ont été faits prifonniers
dans Prague , ſont entrés au ſervice du Roi , & le
reſte de l'ancienne garniſon de cette Place a été
envoyé à Spandau.
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846
p. 174
POLOGNE.
Début :
LE cinq Septembre le Roi donna l'audience de congé à l'Envoyé du Kan des Tartares de Krimée, [...]
Mots clefs :
Roi, Comte, Tsarine, Empereur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE.
Ecinq Septembre le Roi donna l'audience de
Longeàl'envoyé duKandes Tartares deKri
mée , qui enfuite dîna chés le Comte Poniatouſki
Palatin de Maſovie.
Dans le Senatus Confilium tenu par le Roi le
30 Août dernier , il a été réſolu qu'à la prochaine
Diette on repréſenteroit la néceſſité de recommencer
les Conférences avec les Miniſtres Etrangers
, de régler avec ceux du Roi de Pruffle tout ce
qui regarde le paſſage que la République s'eſt engagée
par le Traité de Velau d'accorder aux Troupes
Pruffiennes toutes les fois qu'elle en ſeroit
requife.
On propoſera à la même Aſſemblée d'accorder
àla Czarine le titre d'Impératrice , demandé depuis
long- tems par cette Princeſſe.
Le Comte de Keizerling ,Envoyé extraordinaire
de la Czarine , doit aller inceſſamment réſider en
cette qualité auprès de l'Empereur , & il fera remplacé
à Varſovie par le Comte de Beſtuchef , qui
eft actuellement à Berlin .
L'Empereur a nommé le Baron de Vezel fon Plénipotentiaire
en cette Cour.
Les Comtes Charles & Gustave Biron , & le Genéral
Biſmark ſont arrivés de Siberie ; & le bruit
court que les deux premiers ſe retireront en Curlande.
Ecinq Septembre le Roi donna l'audience de
Longeàl'envoyé duKandes Tartares deKri
mée , qui enfuite dîna chés le Comte Poniatouſki
Palatin de Maſovie.
Dans le Senatus Confilium tenu par le Roi le
30 Août dernier , il a été réſolu qu'à la prochaine
Diette on repréſenteroit la néceſſité de recommencer
les Conférences avec les Miniſtres Etrangers
, de régler avec ceux du Roi de Pruffle tout ce
qui regarde le paſſage que la République s'eſt engagée
par le Traité de Velau d'accorder aux Troupes
Pruffiennes toutes les fois qu'elle en ſeroit
requife.
On propoſera à la même Aſſemblée d'accorder
àla Czarine le titre d'Impératrice , demandé depuis
long- tems par cette Princeſſe.
Le Comte de Keizerling ,Envoyé extraordinaire
de la Czarine , doit aller inceſſamment réſider en
cette qualité auprès de l'Empereur , & il fera remplacé
à Varſovie par le Comte de Beſtuchef , qui
eft actuellement à Berlin .
L'Empereur a nommé le Baron de Vezel fon Plénipotentiaire
en cette Cour.
Les Comtes Charles & Gustave Biron , & le Genéral
Biſmark ſont arrivés de Siberie ; & le bruit
court que les deux premiers ſe retireront en Curlande.
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847
p. 178-179
ESPAGNE.
Début :
L'escadre Espagnole, qui a pour Commandant M. d'Auteuil, a pris dix Vaisseaux Hollandois [...]
Mots clefs :
Roi, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
L
'Eſcadre Eſpagnole , qui a pour Commandant
M. d'Auteuil , a pris dix Vaiſſeaux Hollandois
qui faisoient partie d'un convoi deſtiné pour la
Flotte que le Roi de la Grande-Bretagne a dans la
NOVEMBRE. 1744.- 179
Méditerranée ; ils étoient chargésd'agrès & de munitions
de guerre , le reſte du convoi , eſcorté de
deux Vaiſſeaux de guerre , s'eſt ſauvé , & a été
pourſuivi du côté de l'Afrique.
M. Greffein , Sécretaire d'Ambaſſade , chargé
dans cette Cour des affaires de la République de
Hollande , a préſenté au Miniſtere un Mémoire au
ſujet de la priſe de ces Vaiſſeaux, il prétend qu'ils
faifoient ſeulement voile de conſerve avec les
Vaiſſeaux Anglois .
Onmande de Madrid du 27du mois dernier que
le Roi a pris le deüil pour trois ſemaines à l'occa
fion de la mort de Madame de France , fixiéme fille
de S. M. T. С.
Le 21, Don Antoine Alos, Brigadier des armées
du Roi d'Eſpagne , arriva du Camp devant Coni ,
d'où il avoit été dépêché par l'Infant Don Philippe
, pour informer S. M. du détail de l'action qui
s'eſt paffée le 30 Septembre dernier entre les troupes
combinées de France & d'Eſpagne & celles du Roi
deSardaigne.
L'Intendant de Marine du Ferol a mandé au Roi
que la Galere le Prince des Afturies, commandée par
Don Paulde Larrea , s'étoit emparée le 4 du mois
dernier du Brigantin Anglois les deux Freres , de 70
tonneaux , dont la charge confiftoit en 115s quinteaux
de Moruë , & en dix barriques de Saumon.
L
'Eſcadre Eſpagnole , qui a pour Commandant
M. d'Auteuil , a pris dix Vaiſſeaux Hollandois
qui faisoient partie d'un convoi deſtiné pour la
Flotte que le Roi de la Grande-Bretagne a dans la
NOVEMBRE. 1744.- 179
Méditerranée ; ils étoient chargésd'agrès & de munitions
de guerre , le reſte du convoi , eſcorté de
deux Vaiſſeaux de guerre , s'eſt ſauvé , & a été
pourſuivi du côté de l'Afrique.
M. Greffein , Sécretaire d'Ambaſſade , chargé
dans cette Cour des affaires de la République de
Hollande , a préſenté au Miniſtere un Mémoire au
ſujet de la priſe de ces Vaiſſeaux, il prétend qu'ils
faifoient ſeulement voile de conſerve avec les
Vaiſſeaux Anglois .
Onmande de Madrid du 27du mois dernier que
le Roi a pris le deüil pour trois ſemaines à l'occa
fion de la mort de Madame de France , fixiéme fille
de S. M. T. С.
Le 21, Don Antoine Alos, Brigadier des armées
du Roi d'Eſpagne , arriva du Camp devant Coni ,
d'où il avoit été dépêché par l'Infant Don Philippe
, pour informer S. M. du détail de l'action qui
s'eſt paffée le 30 Septembre dernier entre les troupes
combinées de France & d'Eſpagne & celles du Roi
deSardaigne.
L'Intendant de Marine du Ferol a mandé au Roi
que la Galere le Prince des Afturies, commandée par
Don Paulde Larrea , s'étoit emparée le 4 du mois
dernier du Brigantin Anglois les deux Freres , de 70
tonneaux , dont la charge confiftoit en 115s quinteaux
de Moruë , & en dix barriques de Saumon.
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848
p. 184-191
COPIE de la Lettre de M. le Ch. P***, à M. le Ch. S**, à Malte le 27 Octobre.
Début :
Depuis que j'habite notre Rocher, mon cher Chevalier, je vous ai souvent [...]
Mots clefs :
Roi, Grand maître, Charles de Tubières de Caylus, Escadre, Vaisseaux, Commandant, Magnifique, Te Deum, Illumination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COPIE de la Lettre de M. le Ch. P***, à M. le Ch. S**, à Malte le 27 Octobre.
COPIE de la Lettre de M. le Ch. P ***
àM. le Ch. S ** , à Malte le 27 Octobre .
Depuisque
j'habite notre Rocher , mon
cher Chevalier , je vous ai ſouvent
écrit que je n'avois rien à mander , fur tout
à un habitant de Paris ; il n'en fera pas de
même aujourd'hui , écoutez -moi.
L'Eſcadre du Roi , commandée par le
Chevalier de Caylus , parut devant Malte
le premier Octobre & nous apprit à la fois
la maladie & la convalefcence du Roi ; le
danger fit fur nous une impreflion que la
nouvelle de fon rétabliſſement n'effaçoit
pas ; nous eûmes beſoin des affurances pofitives
qui nous vinrent de tous les côtés de
fon entiere guériſon pour refpirer en liberté
, & quoique notre affliction fut diminuée
, nous ne laiſſions pas d'éprouver
un ferrement de coeur qui nous rendoit
beaucoup plus douces les larmes de joye que
nous répandions.
On ne penſa plus qu'à remercier Dieu , &
à faire éclater ſa reconnoiſſance.
Les Trois Langues de France en Corps &
le Bailly du Bocage , chargé des affaires du
Roi auprès du G. M. firent chanter ſéparéi
:
NOVEMBRE. 1744. 185
ment des Te Deum , aufquels le Grand Maî
tre aſſiſta dans l'Egliſe de S. Jean à l'iſſue
d'une grandeMeſſe en Pontifical.
Notre ami le Chevalier N * * s'eſt chargé
de vous mander le détail de ces deux fêtes ;
je m'en tiens à celle qu'avoit fait préparer
le Chevalier de Caylus ; il n'avoit rien négligé
comme vous le verrez , pour ſignaler
fon zéle & fon attachement pour le Roi ;
aufli il s'en eft acquitté de la façon la plus
nouvelle & la plus magnifique , du moins
je vous aflûre qu'on n'avoit jamais rien vû
de pareil àMalte.
L'Eſcadre du Chevalier de Caylus , compoſée
de cinq Vaiſſeaux , & à laquelle ſe
joignit un fixiéme Vaiſſeau François , commandé
par le Comte de Vaudreuil , entra
dans le Port le 19 , & la fête fut indiquée
au 26 ; le 25 au matin , les Vaiſſeaux furent
pavoiſés & parés de flames & de pavillons
de toutes les couleurs & de toutes les Na-.
tions ; au Soleil couchant , le Commandant
fit une ſalve de 21 coups de canon , & les
s autres Vaiſſeaux une de 19 chacun ; quand
la nuit fut venuë , les Navires parurent abſolument
illuminés jusqu'aux manoeuvres
les plus déliées ; tout étoit formé par des
lumieres ; ces fix Batimens placés avantageuſement
dans le Port & brillans de tous
les côtés , produifurent le plus beau coup
186 MERCURE DE FRANCE.
d'oeil que l'on puiffe imaginer , pendant
deux heures que dura cette ſuperbe illumination
.
Le 26 au lever du Soleil , ces Vaiſſeaux
parurent pavoiſés comme ils l'avoient été la
veille , ſans que l'on pût rien découvrir de
tout ce qui avoit porté les lumieres ; ce
fut alors qu'une décharge générale de la
mouſqueterie , fuivie d'un falut de 21 coups
duCommandant& de 19 des autres Vaifſeaux
avertit toute la Ville de la fêre
qu'on devoit célébrer. Avant midi toutes
les fenêtres & les terraſſes ſur le Port furent
remplies d'un monde infini ; le peuple
couvroit le môle & les baſtions dans l'attente
du Te Deum qui devoit ſe chanter ſur.
le Vaiſſeau Commandant , & de l'illumination
qui devoit le ſuivre , mais ce qui redoubloit
encore l'affluence des Spectateurs ,
c'étoit le Grand Maître , qui a fait en cette
occaſion ce qu'aucun de ſes prédéceſſeurs
n'a pratiqué ; jamais il n'y en a eu qui ait
été viſiter ſes propres Vaiſſeaux , encore
moins qui ſoit monté fur un bord étranger
; le Chevalier de Caylus qui n'ignoroit
par cet article de l'étiquette , ne laiſſa pas
d'aller à la tête des Capitaines& des Officiersde
ſon Eſcadre , prier ſon Eminence
d'honorer la fête de ſa préſence ; le Grand
Maître charmé de témoigner ſa vénération
NOVEMBRE. 1744. 187
pour le Roi , oublia les uſages les plus anciennement
établis ; il fortit à quatre heures
& demie de fon Palais , précédé de tous les
Chevaliers qui font à Malte & fuivi de
preſque tous les Grand'Croix , des Baillifs
& des Seigneurs du Conſeil des differentes
Nations. Environné de cette Cour refpectable
, il vint à pied juſques à la Marine ;
tous les canots de l'Eſcadre allerent au- devant
du Grand - Maître , qu'une ſuperbe
Gondole attendoit &dans laquelle il monta
avec les Seigneurs de la Grand'Croix
& fon grand Ecuyer en habit de cérémonie
; les principaux Officiers du Palais également
en habits de cérémonie , le précédoient
dans une autre Gondole . Les Chevaliers
avoient rempli les canots & tous les
petits bâtimens que le Commandant avoit
fait trouver au mole. Le Grand-Maître vo
guoit lentement au bruit des tymbales &
trompettes,& les Vaifleaux François devant
leſquels il paſſa , le ſaluerent de ſept Vivé
le Roi.
Quand fon Alteſſe fut arrivée au Commandant
, elle trouva fur une eſpéce de perron
que l'on avoit ajouté au pied de la
grande échelle , tous les Capitaines de l'Efcadre
& le Chevalier de Caylus à leur tête ;
il donna le bras au Grand- Maître & l'aida a
monter , tandis que les équipages faifoient
و
188 MERCURE DEFRANCE.
retentir l'air de cris redoublés de Vive le
Roi. Son Eminence trouva au haut de l'échelletes
troupes ſous les armes , & fut faluée
par leurs Officiers ; elle paſſa ſur le
gaillard , où les Officiers de la Compagnie
des Gardes de la Marine la faluerent également
; quarante de ces Mrs étoient ſous les
armes ; ils les préſenterent avec tant de grace
que le Grand-Maître en fut charmé ; il
s'arrêta quelques momens pour voir & admirer
cette jeune nobleſſe , dont pluſieurs
fontde notre Ordre , enfuite le Grand-Maî
tre entra dans la chambre du Conſeil , à la
porte de laquelle un Garde Marine étoit en
faction l'épée nuë ; ſon Eminence s'aflit fur
un fauteiiil placé ſur un tapis de pied ; tous
lesGrand'Croix étoient affis autour de lui ;
une décharge de moufqueterie fut le ſignal
d'une ſalve générale de toute l'artillerie
des Vaiſſeaux ; S. E. après quelques momens
d'une converſation polie & agréable, voulut
viſiter l'intérieur du Vaiſſeau ; tout y étoit
diſpoſé comme pour le combat ; le Grand-
Maître alla par tout , examina & parut charmé
de l'ordre &de la propreté de ce beau
Navire , il vint enfuite ſur le Gaillard & fe
plaça fous unDais qu'on lui avoit preparé à
Tribord. Ce Gaillard formoit alors un falon
magnifique , au fond duquel les Gardes de
la Marine étoient ſous les armes , & deux
• NOVEMBRE . 1744. 189
de ces Mrs étoient en faction aux côtés du .
Dais ; les Grand'Croix étoient affis , & les
Chevaliers avec les Officiers de l'Eſcadre
étoient debout. Le Pere de Leſpinaffe , Jefuite
, Aumônier du Commandant , vint à
la tête des Aumôniers de l'Eſcadre complimenter
le Grand Maître , avant que de lui
preſenter l'Eau-Bénite , enſuite il alla devant
un Autel richement paré , & il entonna
le Te Deum qui fut chanté par toute la
Muſique de Malte , que le Chevalier de
Caylus avoit placée ſur la Dunette.
Au fronteau de la Dunette & dans l'endroit
le plus apparent , on avoit placé le
Portrait du Roi . Vous ne pouvez imaginer
, mon cher Chevalier , l'effet que cette
vûë produifit en nous ; c'étoit pour lui que
nous étions aſſemblés , c'étoit pour lui que
nous venions intéreſſer le Ciel ; nos coeurs
en furent remués ; les differentes Nations
qui étoient avec nous , s'en apperçûrent&
convinrent que jamais aucune Nation n'a
aimé ſon Roi comme les François aiment le
leur. Nous cherchâmes dans nous-mêmes la
raifonde cet amour fi tendre & fi vif ; voici
celle que nous trouvames ; je crois que c'eſt
la véritable , du moins nous la donnâmes à
des Portugais étonnés de la vivacité de nos
fentimens. Toutes les Nations , même les
plus fidelles , ne voyent que leur Maître
190 MERCURE DE FRANCE.
dans la perſonne de leur Roi , les François
vont plus loin , ils y voyent un Pere , auquel
ils doivent tout , & un ami pour lequel
ils mourroient. Ces Mrs avouerent
qu'il falloir que cela fut ainſi , pour furprendre
les François dans les mouvemens
involontaires de crainte ou de triſteſſe dont
on voitbien qu'ils ne ſont pas les Maîtres ,
d'abord qu'il s'agit de leur Roi.
Quandles prieres furent finies , le Grand-
Maître revint dans la chambre du Conſeil
où le Commandant lui ſervit lui-même des
rafraîchiſſemens ; on en préſenta à tous les
Seigneurs , parmi leſquels étoit l'Evêque
deMalte & le Prieur de l'Eglife ; ces deux
Prélats ont affifté à toutes les prieres qu'on
a fait pour le Roi , & ſe ſont trouvés à
toutes les fêtes dont ce Monarque étoit
l'objet.
Tous les Officiers s'approcherent auſſi de
ſon Eminence ; ce Prince les reçut avec une
politeffe & un air de fatisfaction , qui flatoit
plus que l'honneur même qu'il avoit
prétendu faire par ſa préſence ; il fit donner
75 Piéces de Portugal valant mille écus
à l'équipage ; il accorda la demi-Croix au
premier Nocher , au premier Pilote & au
premier Canonnier; enfin au coucher du Soleil
, leGrandMaître parût fortir à regret
du Vaiſſeau ; il fut conduit avec les mêmes
NOVEMBRE.
1744. 191
cérémonies & le Commandant lui donna le
bras pour l'aider à deſcendre & à entrer
dans ſaGondole;à peine fut-elle débordée,
qu'une ſalve générale d'artillerie &demoufqueterie
ſe fit entendre.
Le Grand- Maître , pour ne rien perdre
de cette fête , vint débarquer à ſon jardin
de la Marine , dont il avoit fait illuminer le
beau ſalon , pour répondre en quelque façon
aux illuminations des Vaiſſeaux dont il n'avoit
pû joüir: la veille & ce jour-là tout
concourut à luidonner un magnifique ſpectacle
; après avoir demeuré deux heures
dans ſon jardin , S. E. retourna ſur les neuf
heures à ſon Palais , mais pour joüir plus
long-tems de la beauté du coup d'oeil que
fourniſloit cette brillante Eſcadre , ce Prince
paſſa à pied le long du rempart du côté
de la Baraque de Caſtille ; ſa Cour étoit un
peu moins nombreuſe qu'en arrivant à fon
jardin ; 70 Chevaliers ou Baillifs de diffe
rentes Nations qui l'avoient ſuivi, revinrent
au Vaiſſeau du Chevalier de Caylus , où il
les attendoit avec le plus grand & le plus
magnifique ſouper , qu'il appelloit un ambigu
; la gayeté, la bonne chere , les vins
précieux & la Muſique firent durer jufqu'au
jour un ſouper qui lui ſeul eut été
une fête magnifique.
àM. le Ch. S ** , à Malte le 27 Octobre .
Depuisque
j'habite notre Rocher , mon
cher Chevalier , je vous ai ſouvent
écrit que je n'avois rien à mander , fur tout
à un habitant de Paris ; il n'en fera pas de
même aujourd'hui , écoutez -moi.
L'Eſcadre du Roi , commandée par le
Chevalier de Caylus , parut devant Malte
le premier Octobre & nous apprit à la fois
la maladie & la convalefcence du Roi ; le
danger fit fur nous une impreflion que la
nouvelle de fon rétabliſſement n'effaçoit
pas ; nous eûmes beſoin des affurances pofitives
qui nous vinrent de tous les côtés de
fon entiere guériſon pour refpirer en liberté
, & quoique notre affliction fut diminuée
, nous ne laiſſions pas d'éprouver
un ferrement de coeur qui nous rendoit
beaucoup plus douces les larmes de joye que
nous répandions.
On ne penſa plus qu'à remercier Dieu , &
à faire éclater ſa reconnoiſſance.
Les Trois Langues de France en Corps &
le Bailly du Bocage , chargé des affaires du
Roi auprès du G. M. firent chanter ſéparéi
:
NOVEMBRE. 1744. 185
ment des Te Deum , aufquels le Grand Maî
tre aſſiſta dans l'Egliſe de S. Jean à l'iſſue
d'une grandeMeſſe en Pontifical.
Notre ami le Chevalier N * * s'eſt chargé
de vous mander le détail de ces deux fêtes ;
je m'en tiens à celle qu'avoit fait préparer
le Chevalier de Caylus ; il n'avoit rien négligé
comme vous le verrez , pour ſignaler
fon zéle & fon attachement pour le Roi ;
aufli il s'en eft acquitté de la façon la plus
nouvelle & la plus magnifique , du moins
je vous aflûre qu'on n'avoit jamais rien vû
de pareil àMalte.
L'Eſcadre du Chevalier de Caylus , compoſée
de cinq Vaiſſeaux , & à laquelle ſe
joignit un fixiéme Vaiſſeau François , commandé
par le Comte de Vaudreuil , entra
dans le Port le 19 , & la fête fut indiquée
au 26 ; le 25 au matin , les Vaiſſeaux furent
pavoiſés & parés de flames & de pavillons
de toutes les couleurs & de toutes les Na-.
tions ; au Soleil couchant , le Commandant
fit une ſalve de 21 coups de canon , & les
s autres Vaiſſeaux une de 19 chacun ; quand
la nuit fut venuë , les Navires parurent abſolument
illuminés jusqu'aux manoeuvres
les plus déliées ; tout étoit formé par des
lumieres ; ces fix Batimens placés avantageuſement
dans le Port & brillans de tous
les côtés , produifurent le plus beau coup
186 MERCURE DE FRANCE.
d'oeil que l'on puiffe imaginer , pendant
deux heures que dura cette ſuperbe illumination
.
Le 26 au lever du Soleil , ces Vaiſſeaux
parurent pavoiſés comme ils l'avoient été la
veille , ſans que l'on pût rien découvrir de
tout ce qui avoit porté les lumieres ; ce
fut alors qu'une décharge générale de la
mouſqueterie , fuivie d'un falut de 21 coups
duCommandant& de 19 des autres Vaifſeaux
avertit toute la Ville de la fêre
qu'on devoit célébrer. Avant midi toutes
les fenêtres & les terraſſes ſur le Port furent
remplies d'un monde infini ; le peuple
couvroit le môle & les baſtions dans l'attente
du Te Deum qui devoit ſe chanter ſur.
le Vaiſſeau Commandant , & de l'illumination
qui devoit le ſuivre , mais ce qui redoubloit
encore l'affluence des Spectateurs ,
c'étoit le Grand Maître , qui a fait en cette
occaſion ce qu'aucun de ſes prédéceſſeurs
n'a pratiqué ; jamais il n'y en a eu qui ait
été viſiter ſes propres Vaiſſeaux , encore
moins qui ſoit monté fur un bord étranger
; le Chevalier de Caylus qui n'ignoroit
par cet article de l'étiquette , ne laiſſa pas
d'aller à la tête des Capitaines& des Officiersde
ſon Eſcadre , prier ſon Eminence
d'honorer la fête de ſa préſence ; le Grand
Maître charmé de témoigner ſa vénération
NOVEMBRE. 1744. 187
pour le Roi , oublia les uſages les plus anciennement
établis ; il fortit à quatre heures
& demie de fon Palais , précédé de tous les
Chevaliers qui font à Malte & fuivi de
preſque tous les Grand'Croix , des Baillifs
& des Seigneurs du Conſeil des differentes
Nations. Environné de cette Cour refpectable
, il vint à pied juſques à la Marine ;
tous les canots de l'Eſcadre allerent au- devant
du Grand - Maître , qu'une ſuperbe
Gondole attendoit &dans laquelle il monta
avec les Seigneurs de la Grand'Croix
& fon grand Ecuyer en habit de cérémonie
; les principaux Officiers du Palais également
en habits de cérémonie , le précédoient
dans une autre Gondole . Les Chevaliers
avoient rempli les canots & tous les
petits bâtimens que le Commandant avoit
fait trouver au mole. Le Grand-Maître vo
guoit lentement au bruit des tymbales &
trompettes,& les Vaifleaux François devant
leſquels il paſſa , le ſaluerent de ſept Vivé
le Roi.
Quand fon Alteſſe fut arrivée au Commandant
, elle trouva fur une eſpéce de perron
que l'on avoit ajouté au pied de la
grande échelle , tous les Capitaines de l'Efcadre
& le Chevalier de Caylus à leur tête ;
il donna le bras au Grand- Maître & l'aida a
monter , tandis que les équipages faifoient
و
188 MERCURE DEFRANCE.
retentir l'air de cris redoublés de Vive le
Roi. Son Eminence trouva au haut de l'échelletes
troupes ſous les armes , & fut faluée
par leurs Officiers ; elle paſſa ſur le
gaillard , où les Officiers de la Compagnie
des Gardes de la Marine la faluerent également
; quarante de ces Mrs étoient ſous les
armes ; ils les préſenterent avec tant de grace
que le Grand-Maître en fut charmé ; il
s'arrêta quelques momens pour voir & admirer
cette jeune nobleſſe , dont pluſieurs
fontde notre Ordre , enfuite le Grand-Maî
tre entra dans la chambre du Conſeil , à la
porte de laquelle un Garde Marine étoit en
faction l'épée nuë ; ſon Eminence s'aflit fur
un fauteiiil placé ſur un tapis de pied ; tous
lesGrand'Croix étoient affis autour de lui ;
une décharge de moufqueterie fut le ſignal
d'une ſalve générale de toute l'artillerie
des Vaiſſeaux ; S. E. après quelques momens
d'une converſation polie & agréable, voulut
viſiter l'intérieur du Vaiſſeau ; tout y étoit
diſpoſé comme pour le combat ; le Grand-
Maître alla par tout , examina & parut charmé
de l'ordre &de la propreté de ce beau
Navire , il vint enfuite ſur le Gaillard & fe
plaça fous unDais qu'on lui avoit preparé à
Tribord. Ce Gaillard formoit alors un falon
magnifique , au fond duquel les Gardes de
la Marine étoient ſous les armes , & deux
• NOVEMBRE . 1744. 189
de ces Mrs étoient en faction aux côtés du .
Dais ; les Grand'Croix étoient affis , & les
Chevaliers avec les Officiers de l'Eſcadre
étoient debout. Le Pere de Leſpinaffe , Jefuite
, Aumônier du Commandant , vint à
la tête des Aumôniers de l'Eſcadre complimenter
le Grand Maître , avant que de lui
preſenter l'Eau-Bénite , enſuite il alla devant
un Autel richement paré , & il entonna
le Te Deum qui fut chanté par toute la
Muſique de Malte , que le Chevalier de
Caylus avoit placée ſur la Dunette.
Au fronteau de la Dunette & dans l'endroit
le plus apparent , on avoit placé le
Portrait du Roi . Vous ne pouvez imaginer
, mon cher Chevalier , l'effet que cette
vûë produifit en nous ; c'étoit pour lui que
nous étions aſſemblés , c'étoit pour lui que
nous venions intéreſſer le Ciel ; nos coeurs
en furent remués ; les differentes Nations
qui étoient avec nous , s'en apperçûrent&
convinrent que jamais aucune Nation n'a
aimé ſon Roi comme les François aiment le
leur. Nous cherchâmes dans nous-mêmes la
raifonde cet amour fi tendre & fi vif ; voici
celle que nous trouvames ; je crois que c'eſt
la véritable , du moins nous la donnâmes à
des Portugais étonnés de la vivacité de nos
fentimens. Toutes les Nations , même les
plus fidelles , ne voyent que leur Maître
190 MERCURE DE FRANCE.
dans la perſonne de leur Roi , les François
vont plus loin , ils y voyent un Pere , auquel
ils doivent tout , & un ami pour lequel
ils mourroient. Ces Mrs avouerent
qu'il falloir que cela fut ainſi , pour furprendre
les François dans les mouvemens
involontaires de crainte ou de triſteſſe dont
on voitbien qu'ils ne ſont pas les Maîtres ,
d'abord qu'il s'agit de leur Roi.
Quandles prieres furent finies , le Grand-
Maître revint dans la chambre du Conſeil
où le Commandant lui ſervit lui-même des
rafraîchiſſemens ; on en préſenta à tous les
Seigneurs , parmi leſquels étoit l'Evêque
deMalte & le Prieur de l'Eglife ; ces deux
Prélats ont affifté à toutes les prieres qu'on
a fait pour le Roi , & ſe ſont trouvés à
toutes les fêtes dont ce Monarque étoit
l'objet.
Tous les Officiers s'approcherent auſſi de
ſon Eminence ; ce Prince les reçut avec une
politeffe & un air de fatisfaction , qui flatoit
plus que l'honneur même qu'il avoit
prétendu faire par ſa préſence ; il fit donner
75 Piéces de Portugal valant mille écus
à l'équipage ; il accorda la demi-Croix au
premier Nocher , au premier Pilote & au
premier Canonnier; enfin au coucher du Soleil
, leGrandMaître parût fortir à regret
du Vaiſſeau ; il fut conduit avec les mêmes
NOVEMBRE.
1744. 191
cérémonies & le Commandant lui donna le
bras pour l'aider à deſcendre & à entrer
dans ſaGondole;à peine fut-elle débordée,
qu'une ſalve générale d'artillerie &demoufqueterie
ſe fit entendre.
Le Grand- Maître , pour ne rien perdre
de cette fête , vint débarquer à ſon jardin
de la Marine , dont il avoit fait illuminer le
beau ſalon , pour répondre en quelque façon
aux illuminations des Vaiſſeaux dont il n'avoit
pû joüir: la veille & ce jour-là tout
concourut à luidonner un magnifique ſpectacle
; après avoir demeuré deux heures
dans ſon jardin , S. E. retourna ſur les neuf
heures à ſon Palais , mais pour joüir plus
long-tems de la beauté du coup d'oeil que
fourniſloit cette brillante Eſcadre , ce Prince
paſſa à pied le long du rempart du côté
de la Baraque de Caſtille ; ſa Cour étoit un
peu moins nombreuſe qu'en arrivant à fon
jardin ; 70 Chevaliers ou Baillifs de diffe
rentes Nations qui l'avoient ſuivi, revinrent
au Vaiſſeau du Chevalier de Caylus , où il
les attendoit avec le plus grand & le plus
magnifique ſouper , qu'il appelloit un ambigu
; la gayeté, la bonne chere , les vins
précieux & la Muſique firent durer jufqu'au
jour un ſouper qui lui ſeul eut été
une fête magnifique.
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849
p. 192-194
COMPLIMENS adressés au Roi, à la Reine, à Monseigneur le Dauphin & à Mesdames, par les six Corps des Marchands, le Dimanche 15 Novembre.
Début :
ON a oublié d'insérer ces Complimens dans le premier Volume ; ils sont / AU ROI, SIRE, Après tant d'éclatans témoignages de respect, [...]
Mots clefs :
Joie, Roi, Peuple, Zèle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMPLIMENS adressés au Roi, à la Reine, à Monseigneur le Dauphin & à Mesdames, par les six Corps des Marchands, le Dimanche 15 Novembre.
COMPLIMENS adreſſés au Roi , à
la Reine , à Monseigneur le Dauphin &à
Mesdames , par les fix Corps des Marchands
, le Dimanche 15 Novembre.
Na oublié d'inférer ces Complimens
dans le premier Volume ; ils ſont
l'ouvrage d'un Ecrivain célébre , qui dans
cette occafion a prêté ſa plume à ſa joye ,
pour exprimer le zéle & l'amour du Peuple
pour ſonRoi.
:
SIRE ,
AU ROI.
Après tant d'éclatans témoignages de refpect
, d'amour , de douleur & de joye , de
imples Citoyens trembleroient de paroître
devant V. M. fi le langage des coeurs , le
ſeul qu'ils puiffent employer , n'étoit pas
toujours bien reçu d'elle. Notre profeffion
eſt d'entretenir par nos travaux l'abondance
, que la ſageſſe de V. M. fait fleurir , &
que ſes conquêtes nous affurent. Chaque
Ordre de l'Etat a ſes prerogatives , mais le
zéle eft commun à tous ainſi que vos bienfaits.
Les cris de victoire de vos guerriers ,
les
NOVEMBRE. 1744. 193
les actions de grace de votre Clergé , les
Harangues de tant d'illuſtres Compagnies ,
nos foibles voix enfin , tout part du même
principe , & tout éprouve la même bonté.
ALA REINE.
MADAME ,
Quelquefois la foule des hommages devient
importune , quand ils ne ſont que
des reſpects , mais la vertu écoute toujours
avec fatisfaction tous les tranſports qu'elle
inſpire , & c'eſt à elle que nous parlons :
c'eſt elle qui augmenta nos douleurs ; c'eſt
elle qui ajoute aujourd'hui à notre joye , &
qui nous encourage à l'exprimer ; cette
joye éclate au nom de tout le Peuple de la
France , de ce Peuple innombrable , dont la
voix toujours fidelle eſt l'interpréte de la
vérité, de la nature , & qui deftituée de tout
art ne s'en fait que mieux entendre au coeur
deV. M.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN,
MONSEIGNEUR ,
Il nous eſt permis d'oſer joindre ici nos
acclamations à votre joye , & pour comble
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
,
de bonheur , après nous être proſternés devant
un Roi , qui remplit tous nos défirs
nous ſommes aux pieds de celui qui fait toutes
nos eſperances.
A MESDAMES .
MESDAMES ,
Daignez recevoir ici les témoignages fimples
& finceres de nos reſpects & de notre
joye , comme vous avez reçû tant d'hommages
offerts avec plus d'appareil & d'éloquence,
la Reine , à Monseigneur le Dauphin &à
Mesdames , par les fix Corps des Marchands
, le Dimanche 15 Novembre.
Na oublié d'inférer ces Complimens
dans le premier Volume ; ils ſont
l'ouvrage d'un Ecrivain célébre , qui dans
cette occafion a prêté ſa plume à ſa joye ,
pour exprimer le zéle & l'amour du Peuple
pour ſonRoi.
:
SIRE ,
AU ROI.
Après tant d'éclatans témoignages de refpect
, d'amour , de douleur & de joye , de
imples Citoyens trembleroient de paroître
devant V. M. fi le langage des coeurs , le
ſeul qu'ils puiffent employer , n'étoit pas
toujours bien reçu d'elle. Notre profeffion
eſt d'entretenir par nos travaux l'abondance
, que la ſageſſe de V. M. fait fleurir , &
que ſes conquêtes nous affurent. Chaque
Ordre de l'Etat a ſes prerogatives , mais le
zéle eft commun à tous ainſi que vos bienfaits.
Les cris de victoire de vos guerriers ,
les
NOVEMBRE. 1744. 193
les actions de grace de votre Clergé , les
Harangues de tant d'illuſtres Compagnies ,
nos foibles voix enfin , tout part du même
principe , & tout éprouve la même bonté.
ALA REINE.
MADAME ,
Quelquefois la foule des hommages devient
importune , quand ils ne ſont que
des reſpects , mais la vertu écoute toujours
avec fatisfaction tous les tranſports qu'elle
inſpire , & c'eſt à elle que nous parlons :
c'eſt elle qui augmenta nos douleurs ; c'eſt
elle qui ajoute aujourd'hui à notre joye , &
qui nous encourage à l'exprimer ; cette
joye éclate au nom de tout le Peuple de la
France , de ce Peuple innombrable , dont la
voix toujours fidelle eſt l'interpréte de la
vérité, de la nature , & qui deftituée de tout
art ne s'en fait que mieux entendre au coeur
deV. M.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN,
MONSEIGNEUR ,
Il nous eſt permis d'oſer joindre ici nos
acclamations à votre joye , & pour comble
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
,
de bonheur , après nous être proſternés devant
un Roi , qui remplit tous nos défirs
nous ſommes aux pieds de celui qui fait toutes
nos eſperances.
A MESDAMES .
MESDAMES ,
Daignez recevoir ici les témoignages fimples
& finceres de nos reſpects & de notre
joye , comme vous avez reçû tant d'hommages
offerts avec plus d'appareil & d'éloquence,
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850
p. 194-198
ETAT des personnes qui sont allées sur la frontiere d'Espagne recevoir Madame la Dauphine.
Début :
Une Dame d'honneur, Madame la Duchesse de Brancas. 3 Dames de Compagnies. Mad. la Duchesse de Caumont. [...]
Mots clefs :
Chambre, Roi, Sommier, Bouche, Garde
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texteReconnaissance textuelle : ETAT des personnes qui sont allées sur la frontiere d'Espagne recevoir Madame la Dauphine.
ET AT des perſonnes qui font allées ſur la
frontiere d'Espagne recevoir Madame la
U
Dauphine.
Ne Dame d'honneur , Madame la Ducheſſe
3Dames de Compagnies.
Mad la Ducheſſe de
deBrancas.
Caumont.
Mad. la Marquiſe du Roure.
Mad. la Marquiſe de Pons.
Une premiere femme de Chambre , la Dame de
4 Autres .
Une Coëffeufe .
Une Blanchiſſeuſe ou Empeſcuſe.
Une fille de Garderobe.
Four.
NOVEMBRE. 1744.
195
LeChevalier d'honneur de la Princeſſe , M. le Marquis
de la Farre.
Le premier Ecuyer , M. le Comte de Rubempré.
1
Un Sécretaire du Cabinet ,
M. de Verneuil.
Un Maître des Cérémonies ,
M. Delgranges.
Un Ecuyer du Roi ,
M. de la Rivoyre.
Chapelle.
:
M. l'Abbé Daydie , Aumônier.
Un Chapelain , M. l'Abbé Paigné.
Un Clerc de Chapelle , M. l'Abbé de la Vallée,
Un Sommier.
Faculté.
Le Médecin ordinaire du Roi ,
M. Marcor.
Un Chirurgien.
UnApotiquaire .
Un Aide-Apotiquaite.
Chambre & Garderobe.
2Huiffiersde la Chambre du Roi.
Id.
Id
Garçons de la Chambre de Madame la Dauphine.
2 Valetsde Chambre ,
2 Valets de Garderobe ,
I Portemanteau du Roi.
2 Valets de Chambre Tapiſſiers ,
2 Portemeubles ,
2 Portefaix ,
Gardes du Corps.
rd
Id.
Id.
Un Chefde Brigade ,
Deux Exempts.
Deux Brigadiers.
Deux Sous-Brigadiers.
soGardes.
M. le Bailly de S. André
Lij
I196 MERCURE DE FRANCE.
1Trompette.
zClerc du Guet.
Maréchal ferrant.
Cent Suiffes.
xFourier.
■Caporal.
12Suiffes.
Gardesde la Porte,
Lieutenant.
4Gardes.
Prévôté de l'Hôtel,
2Officiers.
4Gardes.
Maréchaux&Fouriers,
2Maréchaux.
8Fouriers,
Officiers pour le traitement.
Le Maître d'Hôtel ordinaire du Roi , M. le Mar
Contrôleur Clerc d'Office.
quis deCoulanges,
Commis du Contrôleur Général.
Commis de la Chambre aux deniers.
2Gentilshommes ſervans.
Waguemestre.
Aide Waguemeſtre.
Sous Aide Waguemestre.
Huiſſierde Sale.
Chefs de Panncteric.
Aide.
Bouche.
■Sommier,
i
NOVEMBRE. 1744. 197
' Chefd'Echanſonnerie , bouche.
1 Ayde.
2Sommiers.
Garde vaifſſelle , gobelet .
Lavandier de Panneterie , bouche.
2Ecuyers de la bouche.
1 Maître Queux.
1Hâteur.
1 Potager.
2Enfans deCuiſine.
Patiffier.
I Porteur.
Huiffier.
z Avertiſſeur.
■ Sommier du garde manger.
1 Sommier des broches.
Garde vaiſſelle , bouche.
Grand Commun
Chef de Panneteric.
1Aide.
1 Sommier,
2Chefs d'Echanſonnerie.
1Aide.
2 Sommiers.
2Ecuyers de Cuiſine , Commun.
2 Maîtres Queux .
■ Hâteur.
• Potager.
• Patiffier.
1 Garde vaiſſelle extraordinaire.
1 Verdurier.
1 Huiffier.
2 Enfans de Cuiſine .
2 Porteurs .
Sommier du garde-manger.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
1 Sommier des broches.
■ Falotier.
2 Huiffiers du Bureau.
3 Chefs de Fruiterie.
2Aides.
2 Sommiers.
Chef de Fouriere.
■Aide.
I Lavandier de Cuiſine , bouche & commun.
I Portetable
1Bouteillier du Chambellan.
Lavandier de Panneterie commun.
6Pages du Roi.
Ecurie.
6Grands Valets de pied.
5 Petits .
2Cochers.
2l'oftillons.
2 Fouriers.
Maître Palfrenier.
sGarçons d'attelages.
6Aides aux chevaux de Selle.
I Maréchal.
1 Charron.
• Bourlier- Sellier.
2Muletiers.
aPorteurs.
frontiere d'Espagne recevoir Madame la
U
Dauphine.
Ne Dame d'honneur , Madame la Ducheſſe
3Dames de Compagnies.
Mad la Ducheſſe de
deBrancas.
Caumont.
Mad. la Marquiſe du Roure.
Mad. la Marquiſe de Pons.
Une premiere femme de Chambre , la Dame de
4 Autres .
Une Coëffeufe .
Une Blanchiſſeuſe ou Empeſcuſe.
Une fille de Garderobe.
Four.
NOVEMBRE. 1744.
195
LeChevalier d'honneur de la Princeſſe , M. le Marquis
de la Farre.
Le premier Ecuyer , M. le Comte de Rubempré.
1
Un Sécretaire du Cabinet ,
M. de Verneuil.
Un Maître des Cérémonies ,
M. Delgranges.
Un Ecuyer du Roi ,
M. de la Rivoyre.
Chapelle.
:
M. l'Abbé Daydie , Aumônier.
Un Chapelain , M. l'Abbé Paigné.
Un Clerc de Chapelle , M. l'Abbé de la Vallée,
Un Sommier.
Faculté.
Le Médecin ordinaire du Roi ,
M. Marcor.
Un Chirurgien.
UnApotiquaire .
Un Aide-Apotiquaite.
Chambre & Garderobe.
2Huiffiersde la Chambre du Roi.
Id.
Id
Garçons de la Chambre de Madame la Dauphine.
2 Valetsde Chambre ,
2 Valets de Garderobe ,
I Portemanteau du Roi.
2 Valets de Chambre Tapiſſiers ,
2 Portemeubles ,
2 Portefaix ,
Gardes du Corps.
rd
Id.
Id.
Un Chefde Brigade ,
Deux Exempts.
Deux Brigadiers.
Deux Sous-Brigadiers.
soGardes.
M. le Bailly de S. André
Lij
I196 MERCURE DE FRANCE.
1Trompette.
zClerc du Guet.
Maréchal ferrant.
Cent Suiffes.
xFourier.
■Caporal.
12Suiffes.
Gardesde la Porte,
Lieutenant.
4Gardes.
Prévôté de l'Hôtel,
2Officiers.
4Gardes.
Maréchaux&Fouriers,
2Maréchaux.
8Fouriers,
Officiers pour le traitement.
Le Maître d'Hôtel ordinaire du Roi , M. le Mar
Contrôleur Clerc d'Office.
quis deCoulanges,
Commis du Contrôleur Général.
Commis de la Chambre aux deniers.
2Gentilshommes ſervans.
Waguemestre.
Aide Waguemeſtre.
Sous Aide Waguemestre.
Huiſſierde Sale.
Chefs de Panncteric.
Aide.
Bouche.
■Sommier,
i
NOVEMBRE. 1744. 197
' Chefd'Echanſonnerie , bouche.
1 Ayde.
2Sommiers.
Garde vaifſſelle , gobelet .
Lavandier de Panneterie , bouche.
2Ecuyers de la bouche.
1 Maître Queux.
1Hâteur.
1 Potager.
2Enfans deCuiſine.
Patiffier.
I Porteur.
Huiffier.
z Avertiſſeur.
■ Sommier du garde manger.
1 Sommier des broches.
Garde vaiſſelle , bouche.
Grand Commun
Chef de Panneteric.
1Aide.
1 Sommier,
2Chefs d'Echanſonnerie.
1Aide.
2 Sommiers.
2Ecuyers de Cuiſine , Commun.
2 Maîtres Queux .
■ Hâteur.
• Potager.
• Patiffier.
1 Garde vaiſſelle extraordinaire.
1 Verdurier.
1 Huiffier.
2 Enfans de Cuiſine .
2 Porteurs .
Sommier du garde-manger.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
1 Sommier des broches.
■ Falotier.
2 Huiffiers du Bureau.
3 Chefs de Fruiterie.
2Aides.
2 Sommiers.
Chef de Fouriere.
■Aide.
I Lavandier de Cuiſine , bouche & commun.
I Portetable
1Bouteillier du Chambellan.
Lavandier de Panneterie commun.
6Pages du Roi.
Ecurie.
6Grands Valets de pied.
5 Petits .
2Cochers.
2l'oftillons.
2 Fouriers.
Maître Palfrenier.
sGarçons d'attelages.
6Aides aux chevaux de Selle.
I Maréchal.
1 Charron.
• Bourlier- Sellier.
2Muletiers.
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