Le lendemain , le Roi accompagné de
Monſeigneur le Dauphin , ſe rendit à l'Egliſe
Metropolitaine ; Sa Majesté fut reçue
&complimentée à la Porte de l'Egliſe par
l'Archevêque de Paris , à la tête des Chanoines
, & ayant été conduite dans le
Choeur , elle y entendit la Meſſe , qui fut
célébrée par l'Abbé d'Harcourt , Doyen du
Chapitre ; la Reine & Meſdames de France
s'étoient rendues à l'Egliſe Métropolitaine
en même tems que le Roi ; elles y entendirent
NOVEMBRE . 1744. 109
dirent la même Meſſe , après laquelle l'Archevêque
de Paris donna la bénédiction ,
& le Roi fut reconduit avec les mêmes cérémonies
qui avoient été obſervées à ſon
entrée dans l'Eglife. En allant & en revenant
les Détachemens de la Maiſon de Sa
Majeſté , qui avoient accompagné le Roi
la veille , précéderent & ſuivirent le caroſſe
de Sa Majeſté ; on avoit poſé ſur la
route du Roi trois Fontaines de Vin pour
le Peuple & autant d'Amphithéâtres , fur
leſquels étoientdes Symphoniſtes.
,
Les illuminations continuerent ce jour
là & ont continué pendant le ſéjour du
Roi ; une Ordonnance du Lieutenant Général
de Police les avoit ordonnées , auſſibien
que la clôture des Boutiques , mais l'amour
des François pour leur Maître avoit
fuppléé aux précautions du Magiftrat
c'eſt ce qu'il remarque judicieuſement dans
le Préambule de ſon Ordonnance. » Quoi-
» qu'il foit perfuadé , dit-il , qu'il n'eſt pas
>> beſoin d'exciter le zéle des Habitans ,
>> cependant comme il eſt néceſſaire de leur
>> preſcrire les régles qu'ils doivent obſer-
>>ver , & qu'il convient en conformité des
» ordres du Parlement , de fixer le tems de
>>la clôture des Boutiques ,& les jours des
» illuminations , &c . »
Ce même jour 14 Novembre, M.d'Argen-
I. Vol. F
110 MERCURE DE FRANCE.
ſon, Avocat du Roi au Châtelet, préſenta d
Sa Majesté le ſcrutin de l'élection du Prévôt
des Marchands & des Echevins pour
l'année 1744 .
On ſçait que M. d'Argenſon eſt fils du
Miniſtre des Affaires Etrangeres , & Neveu
du Miniſtre de la Guerre ; il a pour Ayeul
le fameux Garde des Sceaux de fon nom ;
nous ne ferons que l'écho de la voix publique,
ſi nous diſons que ce jeune Magiftrat
entredans la carriere d'une façon digne de
ceux à qui il a l'honneur d'appartenir , ce
qui ſeul eſtungrand éloge.
Nous ferons ſans doute plaiſir à nos
Lecteurs en inférant ici la Harangue qu'il
adreſſa au Roi. Les François y retrouveront
les ſentimens de tendreſſe & d'attachement
pour Sa Majesté , qui ſont communs
à toute la Nation ; mais peu auroient
été en état de l'exprimer avec une éloquence
aufli aisée& auſſi naturelle. C'eſt ce que
la lecture de la Harangue va prouver mieux
quenos réfléxions.