TRADUCTION libre des Etrènnes
d'un vieux GAULOIS, à tout ce qu'il
aimoit.
D'ou vient , quand l'An ſe renouvelle ,
Que Tout n'eft pas renouvellé ?
Pourqnoi , comme la jeune Eglé ,
Que chaque matin rend plus belle ,
Le retour du mois de Janus ,
Aux Sots , aux Sages , à chaque Etre
( Confondant l'Efclave & le Maître )
Loin d'apporter un An de plus ,
Ne fait-il pas plutôt renaître
Tous les inftans qu'on a perdus ?
Ah ! fi ce jour , qu'on fête encore
Avec le retour du Soleil ,
Chez les Peuples où naît l'Aurore ;
Si ce grand jour , à mon réveil ,
Me rendoit digne de ma Flore ! ....
Si feulement ( car dans les voeux
Il faut un peu de modeftie )
Si feulement , un luftre ou deux
JANVIER. 1763 .
69
Par lui s'éffaçoient de ma vie ;
Ciel ! que je me croirois heureux !
Avec quelle chaleur , quel zéle ,
A l'Amour , comme à l'Amitié ,
Mon âme de tout temps fidéle ,
Plus vigoureuſe de moitié ,
En ce jour exprimeroit- elle
Tout ce qu'elle aime à reffentir ,
Sans regret & fans repentir ,
Pour mes Amis & pour la Belle
Par qui mon bonheur fut comblé ! …….
D'où vient quand l'An fe renouvelle ,
Que Tout n'eft pas renouvellé ?
*
Avec quel raviffant délire ,
Moins à mon âge & plus à moi ,
Un coeur François tout à fon Roi ,
Fièr d'être né fous fon Empire ,
Joignant la Trompette à la Lyre ,
N'auroit-il pas ofé tenter
Ce que les Pirons , les Voltaires *
Et maintes Mufes plus vulgaires ,
Bien mieux que moi fçauront chanter !
Mais la trop récente mémoire
D'un luftre complet de tourmens,
Pour m'en promettre quelque gloire ,
* C'eft-à -dire les Bardes , ou Poëtes de ces temps
reculés .
68 MERCURE DE FRANCE.
Atrop affbibli mes accens .
Virgile , en célébrant Augufte ,
N'éprouvoit pas même langueurs :
Une voix foible , quoique jufte ,
Ne brillejamais dans les Chaurs .
Auffi la mienne chante -t - elle
Tout bas , & d'un ton déſolé :
Mon Roi , mes amis , & ma Belle !
D'où vient , quand l'an fe renouvelle ,
Que tout n'eft pas renouvellé?
DE LA PLACE.