LE PALMIER , LES SILVAINS
ET JUPITER .
FABLE.
Sur la Convalescence du Roi.
UNhaut Palmier, l'ornement d'un Rivage
Prêtoit l'ombre de ſes rameaux
Mux Nymphes , aux Silvains , qui ſous ſon verd
feüillage
Danſoient au ſon des Chalumeaux ;
Al'envi , les Oiſeaux y faisoient leur ramage :
Des Habitans de ce ſéjour
Il étoit la joye & l'amour.
Le plus fier des Enfans d'Eole
Troubla cette félicité.
Sorti des froids climats du Pole
Avec impétuofité
L'Aquilon déclare laGuerre
3
Au beau Palmier, qu'il veut jetter par terres
Les Silvains de leurs cris firent retentir l'air ;
Les Nymphes verſerent des larmes :
Tous invoquérent Jupiter.
Conſervez-nous , grand Dieu , ce Palmier pleinde
charmes ;
Réprimez le noir Ouragan.
Cij
44 MERCURE DE FRANCE.
Jupiter fut ſenſible à leurs juſtes allarmes ;
Des Airs il gronde le Tyran.
Retourne , lui dit- il , promener ta furie
En Groenlande , en Laponie ;
Tu peux dans ces fauvages Lieux
Te déchaîner , & ſouffler de ton mieux :
Mais de cette rive chérie
N'approche plus, ou bien crains moncourroux,
L'Aquilon fuit. A l'inſtant dans la Plaine
Un Zéphir favorable & doux
Vient ranimer de ſon haleine
L'Arbre Divin. Que de remercimens
A Jupiter ! Le Silvain , la Bergere ,
Au comble de leurs voeux , danſent ſur la Fougere,
Et forment des Concerts charmans .
Ce beau Palmier , chéri de la Victoire ,
En butte à l'Aquilon , FRANCE , c'eſt votre Roi :
Son extrême danger a cauſe votre effroi ;
Le Ciel vous l'a rendu. Conſervez la mémoire
Du plus grand des bienfaits ; ſes jours ſont votre
gloire.
Richer.