Résultats : 21797 texte(s)
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5051
p. 153-154
ALLEMAGNE.
Début :
Sur les avis certains que les Turcs avoient déjà commis [...]
Mots clefs :
Turcs, Hostilités, Ducats, Ordonnance
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texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE .
>
Ur les avis certains que les Turcs avoient déja
cómmis quelques hostilitez aux environs de
Carlostadt en Croatie , l'Empereur a résolu
d'augmenter de 40000. hommes les Garnisons
de ses Places Frontieres du côté des Terres du
Grand Seigneur.
On a apporté à Vienne dequis peu des nouvelles
Mines de Dameswar en Hongrie , 4c000 .
Ducats d'or et 6000. Marcs d'argent,
On
1
154 MERCURE DE FRANCE
On a apris deBrunswick, que le Duc deWolfembutel
y avoit aboli ,par une nouvelle Ordonnance,
l'ancien droit en vertu duquel ce Souverain pouvoit
se mettre en possession des biens de tous les
hommes qui mouroient sans s'être mariez.
>
Ur les avis certains que les Turcs avoient déja
cómmis quelques hostilitez aux environs de
Carlostadt en Croatie , l'Empereur a résolu
d'augmenter de 40000. hommes les Garnisons
de ses Places Frontieres du côté des Terres du
Grand Seigneur.
On a apporté à Vienne dequis peu des nouvelles
Mines de Dameswar en Hongrie , 4c000 .
Ducats d'or et 6000. Marcs d'argent,
On
1
154 MERCURE DE FRANCE
On a apris deBrunswick, que le Duc deWolfembutel
y avoit aboli ,par une nouvelle Ordonnance,
l'ancien droit en vertu duquel ce Souverain pouvoit
se mettre en possession des biens de tous les
hommes qui mouroient sans s'être mariez.
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Résumé : ALLEMAGNE.
L'Empereur renforce les garnisons frontalières côté ottoman à 40 000 hommes suite à des hostilités turques en Croatie. À Vienne, les mines de Dameswar en Hongrie produisent 4 000 ducats d'or et 6 000 marks d'argent. À Brunswick, le Duc de Wolfenbüttel supprime un droit ancien sur les biens des hommes célibataires décédés.
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5052
p. 169-171
Autre Mariage, [titre d'après la table]
Début :
Messire Loüis du Tillet, Seigneur de Montramé, Chalostre & Boug, [...]
Mots clefs :
Mariage, Louis du Tillet, Mademoiselle Belot, Mariage, Maison du Tillet, Chevalier, Conseiller, Alliance, Armes
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texteReconnaissance textuelle : Autre Mariage, [titre d'après la table]
Meffire Louis du Tiller,
Seigneur de Montramé, Chaloftre
& Boug, Fils de Meffire
Jacques du Tillet , Maiſtre
des Requeftes . Seigneur de
Montramé , a époulé Mademoiſelle
Belot , Fille de M
Belot , Ancien Maistre des
Mars 1685.
P
170 MERCURE
Comtes , Bailly du Palais,
Seigneur de Serreuſe , Guiné
& autres lieux . C'est une tresbelle
Perfonne qui fe fait di
ftinguer par une vertu peu
ordinaire à celles de fon âge.
La Famille de M's du Tiller
eft une des plus anciennes &
des plus confiderables de Paris.
Elle a donné des Chevaliers
à Malte , des Conſeillers
& des Prefidens au Parle
ment , des Maiftres des Requeftes
au Confeil , des Evelques
à l'Eglife , & s'eft alliée
avec les Maîſons d'Angoulefme
, de Jarnac , de Chabot,
GALANT. 171
des Seguiers , des le Maiſtre,
des Bragelones & des Daurars.
Par ce Mariage , elle
entre dans l'Alliance des
Briffonets & des Sevins , qui
font fort Illuftres dans la
Robe. Ses Armes , écartelé
au 1. tt) 4. d'Azur, au Chevron
d'or , accompagné de trois Molettes
d'Efperon de mefme. Au 2.
3. d'or , à trois Chabots de
Gueules : fur le tout , d'or à la
Croix parée & alaizée de
Gueules : tout l'Ecu entouré d'une
Bordure de Gueules , chargée
de huit Befans d'Or.
Seigneur de Montramé, Chaloftre
& Boug, Fils de Meffire
Jacques du Tillet , Maiſtre
des Requeftes . Seigneur de
Montramé , a époulé Mademoiſelle
Belot , Fille de M
Belot , Ancien Maistre des
Mars 1685.
P
170 MERCURE
Comtes , Bailly du Palais,
Seigneur de Serreuſe , Guiné
& autres lieux . C'est une tresbelle
Perfonne qui fe fait di
ftinguer par une vertu peu
ordinaire à celles de fon âge.
La Famille de M's du Tiller
eft une des plus anciennes &
des plus confiderables de Paris.
Elle a donné des Chevaliers
à Malte , des Conſeillers
& des Prefidens au Parle
ment , des Maiftres des Requeftes
au Confeil , des Evelques
à l'Eglife , & s'eft alliée
avec les Maîſons d'Angoulefme
, de Jarnac , de Chabot,
GALANT. 171
des Seguiers , des le Maiſtre,
des Bragelones & des Daurars.
Par ce Mariage , elle
entre dans l'Alliance des
Briffonets & des Sevins , qui
font fort Illuftres dans la
Robe. Ses Armes , écartelé
au 1. tt) 4. d'Azur, au Chevron
d'or , accompagné de trois Molettes
d'Efperon de mefme. Au 2.
3. d'or , à trois Chabots de
Gueules : fur le tout , d'or à la
Croix parée & alaizée de
Gueules : tout l'Ecu entouré d'une
Bordure de Gueules , chargée
de huit Befans d'Or.
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Résumé : Autre Mariage, [titre d'après la table]
Le texte relate le mariage entre Meffire Louis du Tiller, seigneur de Montramé, Chaloftre et Boug, fils de Meffire Jacques du Tillet, maître des requêtes, et Mademoiselle Belot, fille de M. Belot, ancien maître des marches, célébré en mars 1685. La famille du Tiller est l'une des plus anciennes et respectées de Paris, comptant parmi ses membres des chevaliers de Malte, des conseillers et présidents au Parlement, des maîtres des requêtes au Conseil, et des évêques. Elle s'est alliée à plusieurs maisons nobles, telles que celles d'Angoulême, de Jarnac, de Chabot, des Seguier, des Le Maistre, des Bragelonne et des Durras. Ce mariage renforce les alliances avec les familles Briffonets et Sevin, distinguées dans la robe. Les armoiries de la famille du Tiller sont décrites comme écartelées, avec des éléments spécifiques tels qu'un chevron d'or, des molettes d'éperon, des chabots de gueules, une croix parée et alaisée de gueules, et une bordure de gueules chargée de huit bourdons d'or.
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5053
p. 54-56
« A sa Toilette Alix n'a ny poudre ny plomb. [...] »
Début :
A sa Toilette Alix n'a ny poudre ny plomb. [...]
Mots clefs :
Toilette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A sa Toilette Alix n'a ny poudre ny plomb. [...] »
ENIGMES.
, On donnera ordinairement
l'Enigme devinée
dans le Mercure suivant
avec la nouvelle
,
afin
qu'on puisse juger si on l'adevinée juste.Voicy
une Parodie de celle de
la Toilette qui fera à peu
près lemesmeeffet.
A sa Toilette Altxria ny
poudre ny plomb-.
CrojeX^vqm pour cela
q,elieyfocit desoeuvrée.
Desa Boutique bien parée
Centingrédients font le
fond.
Elle fè les applique avec
maintegrimace.
Les Roses (S les Lis dont elleornesaface
Nefsontny Lis ny Rojes
-
de Printemps.
Toilette peut luydire en
jaijanttÜnportante
Avec le nombre de mes
ans
Près de vous mon credit
s'augmente,
Et sans rougirvousn'osez
moy present,
Recevoir vos derniers
Amants.
, On donnera ordinairement
l'Enigme devinée
dans le Mercure suivant
avec la nouvelle
,
afin
qu'on puisse juger si on l'adevinée juste.Voicy
une Parodie de celle de
la Toilette qui fera à peu
près lemesmeeffet.
A sa Toilette Altxria ny
poudre ny plomb-.
CrojeX^vqm pour cela
q,elieyfocit desoeuvrée.
Desa Boutique bien parée
Centingrédients font le
fond.
Elle fè les applique avec
maintegrimace.
Les Roses (S les Lis dont elleornesaface
Nefsontny Lis ny Rojes
-
de Printemps.
Toilette peut luydire en
jaijanttÜnportante
Avec le nombre de mes
ans
Près de vous mon credit
s'augmente,
Et sans rougirvousn'osez
moy present,
Recevoir vos derniers
Amants.
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Résumé : « A sa Toilette Alix n'a ny poudre ny plomb. [...] »
Le texte présente une énigme et une parodie de la toilette, à paraître dans le Mercure. La parodie décrit une toilette sans poudre ni plomb, avec cent ingrédients. La personne utilise ces ingrédients sans grimace, ornant son visage de roses et de lis artificiels. Sa toilette est importante et son crédit augmente avec l'âge, intimidant même ses derniers amants.
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5054
p. 155-157
FESTE donnée à Stolkholm, par le Comte de Casteja, Ministre Plenipotentiaire de France en Suede, pour la Naissance du DAUPHIN.
Début :
L'Hôtel destiné pour cette Fête, étoit decoré de 25. Arcades, dont 5. remplissoient [...]
Mots clefs :
Fête, Naissance du Dauphin, Arcades, Lampions, Tables, Bal, Roi de Suède, Roi
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texteReconnaissance textuelle : FESTE donnée à Stolkholm, par le Comte de Casteja, Ministre Plenipotentiaire de France en Suede, pour la Naissance du DAUPHIN.
f ESTE donnée k Stolkbolvt , par lé
Comte de Çasteja , Ministre Plénipo
tentiaire de France en Suéde , pour la
Naifance du Daïï.p h i n.
L 'Hôtel destiné pour cette Fête , étoit dé
coré de x$. Arcades , dont y. remplissoient
íaface, & 7- chacune des deux aîles ; il y avoic
frois Arcades à chacun des bouts des deux
aîles. Toutes ces Arcades -çtoient élevées de
puis le Rez- de-Chaussée jusqu'à la Corniche
du Bâtiment composé de deux étages. Le^
fenêtres de chaque étage , se trouvoient i
J'aplomb des Arcades. Elles étoient peintes;
en bleu , semé de Fleur de Lys d'or . donc
chacune étoit éclairée par derrière avec des
Lampions , au nombre de douze mille- Le»
Piédestaux des Pilastres , étoient garnis dif
féremment par d'autres Lampions. Au milieu
de chaque Pilastre , étoient les Armes du Roy.
II y avoit un cordon de Lampions beaucoup
Íilus gros que les autres, aux endroits qui
éparoient les fenêtres les unes des autres.
Toutes ces fenêtres étoient remplies de grands
Chandeliers à trois branches , formez par des
Lampions; & pour garantir l'Illumination des
injures du tems, la Cour étoit entièrement
couverre d'une toile â l'ipreuve de la píuye.
Tous les Àppartemens de cet Hôtel étoient
meublés magnifiquement > les Sales des Res
de Chaussée, furent destinées pour les Tar
bles & les Buffets i trois des Sales du premier
«tage étoient pour le Bal > deux pour le Jeu ,
& l'autre pour le Buffet • où étoient les rafraîchiffemens.
g.i;,ê MERCURE DE FRANCE.
la fêce commença k 7 du mois dernier par
jun dîné , auquel le Comte de Castqja avoit iqyhé
tous les SénateurSjles Ministres étrangers,
ks Présidens des CollegeSjSr d'autres Officiers
les plus considérables , qui s'y trouvèrent au
nombre de quarante. ,Ce dîné dura depuis une
;heure après midi jusqu'à six heures du soir.La
Table fut ser.vie avec autant de délicatefle .que
d'abondance. On y but.auíon des Trompetés
& des Timbales , les santez du Roy , de la
Reine & de Monseigneur le Dauphin, celle du
Ray & de la Reine de Suéde , du Langrave de
Helîe, & beaucoup d'autres qui furent souvení
réïterées.On servit â la fin du repas.lesjLiqueius
les plus exquises.
Le lendemain 8 Décembre il y eut une se
conde fête . qui commença à six heures du soir,
par un grand Bal. II fut ouvert par le Ministre.
d'Angleterre qui en e'toit le Roy , & par la fille
du Comte de Horn , premier Ministre de Sue«
de , qui en étoit la Reine 5 à la fin du premier
Menuet le Roy de Suéde arriva.; il dansa d'a
bord avec la iReine du Bal ; il prit ensuite la
Comtesse de Casteja. Sa Majesté resta au Bal jus
qu'à neuf heures; dès qu'elle se fut retirée oa
íprvit deux Tables de trente- cinq couverts cha
cune , qui furent renouvellées quatre fois > de
deux heures en deux heures pour de nou
veaux Conviez qui se succédèrent les uns aux
autres. II y avoit outre cela dans les mêmes
Sales plusieurs petues Tables s qui furent re
nouvellées de même que les deux grandes ; de
forte que ce furent quatre soupez différents de
spixante & dix personnes chacune, pour les
deux grandes, Tables, & de presque un pareil
nombre pour les petites. .Ces Tables furenc
remplies successivement par toutes ks Dames
T A N VIE R. 1730. ^ f 57
èe la Cour , par les Sénateurs , les Ministres
Etrangers , les Préfidens des Collèges , les Gé
néraux des Troupes, les Lieutenans Généraux,
les Majors , les Colonels , les Chambelans , les
Gentilhommes de la Cour , par tous les Offi
ciers du Régiment des -G ardes, par plusieurs
Lieutenans-Colonels- Majors & autres gens de
condition , par tous les Collèges de la Chancelerie
, & par une partie des Conseillers & Offi
ciers des autres Collèges qui y avoient tous été
invitez avec leur femme & leur famille,
Ces Tables furent servies avec la même abon
dance & la même délicatesse que celle du jour
précédent , & on servit en même - tems une
grande quantité de Confitures , d'Oranges, des
Vins de Liqueurs & toutes sortes de rafraîchissemens
à tout le monde. Le Bal dura toute
h nuit , aussi- bien que l'IIIumination. Les Fon
taines de Vin »'que l'on avoit placées dans les
Arcades de l'Hotel, ne cessèrent de couler pen
dant tout ce temps- là.
II n'y a pas d'exemple en Suéde d'une pareil
le Féte,& où l'on aictégalé en même temps un
fi grand nombre de personnes s & malgré le
monde prodigieux qui s'y trouva» il n'y arriva
aucun désordre.
Il n'y eut point de Feu d'artifice > n'ayant ja
mais été permis d'en faire à Stockholm , par la
crainte du feu . toutes les Maisons de cette Vil
le étant bâties de bois , & on y porte la pré
caution fi loin à cet égard , qu'il y est deffendu
de se servir de Flambeaux la nuit} on ne s'y sert
que de Lanternes.
Comte de Çasteja , Ministre Plénipo
tentiaire de France en Suéde , pour la
Naifance du Daïï.p h i n.
L 'Hôtel destiné pour cette Fête , étoit dé
coré de x$. Arcades , dont y. remplissoient
íaface, & 7- chacune des deux aîles ; il y avoic
frois Arcades à chacun des bouts des deux
aîles. Toutes ces Arcades -çtoient élevées de
puis le Rez- de-Chaussée jusqu'à la Corniche
du Bâtiment composé de deux étages. Le^
fenêtres de chaque étage , se trouvoient i
J'aplomb des Arcades. Elles étoient peintes;
en bleu , semé de Fleur de Lys d'or . donc
chacune étoit éclairée par derrière avec des
Lampions , au nombre de douze mille- Le»
Piédestaux des Pilastres , étoient garnis dif
féremment par d'autres Lampions. Au milieu
de chaque Pilastre , étoient les Armes du Roy.
II y avoit un cordon de Lampions beaucoup
Íilus gros que les autres, aux endroits qui
éparoient les fenêtres les unes des autres.
Toutes ces fenêtres étoient remplies de grands
Chandeliers à trois branches , formez par des
Lampions; & pour garantir l'Illumination des
injures du tems, la Cour étoit entièrement
couverre d'une toile â l'ipreuve de la píuye.
Tous les Àppartemens de cet Hôtel étoient
meublés magnifiquement > les Sales des Res
de Chaussée, furent destinées pour les Tar
bles & les Buffets i trois des Sales du premier
«tage étoient pour le Bal > deux pour le Jeu ,
& l'autre pour le Buffet • où étoient les rafraîchiffemens.
g.i;,ê MERCURE DE FRANCE.
la fêce commença k 7 du mois dernier par
jun dîné , auquel le Comte de Castqja avoit iqyhé
tous les SénateurSjles Ministres étrangers,
ks Présidens des CollegeSjSr d'autres Officiers
les plus considérables , qui s'y trouvèrent au
nombre de quarante. ,Ce dîné dura depuis une
;heure après midi jusqu'à six heures du soir.La
Table fut ser.vie avec autant de délicatefle .que
d'abondance. On y but.auíon des Trompetés
& des Timbales , les santez du Roy , de la
Reine & de Monseigneur le Dauphin, celle du
Ray & de la Reine de Suéde , du Langrave de
Helîe, & beaucoup d'autres qui furent souvení
réïterées.On servit â la fin du repas.lesjLiqueius
les plus exquises.
Le lendemain 8 Décembre il y eut une se
conde fête . qui commença à six heures du soir,
par un grand Bal. II fut ouvert par le Ministre.
d'Angleterre qui en e'toit le Roy , & par la fille
du Comte de Horn , premier Ministre de Sue«
de , qui en étoit la Reine 5 à la fin du premier
Menuet le Roy de Suéde arriva.; il dansa d'a
bord avec la iReine du Bal ; il prit ensuite la
Comtesse de Casteja. Sa Majesté resta au Bal jus
qu'à neuf heures; dès qu'elle se fut retirée oa
íprvit deux Tables de trente- cinq couverts cha
cune , qui furent renouvellées quatre fois > de
deux heures en deux heures pour de nou
veaux Conviez qui se succédèrent les uns aux
autres. II y avoit outre cela dans les mêmes
Sales plusieurs petues Tables s qui furent re
nouvellées de même que les deux grandes ; de
forte que ce furent quatre soupez différents de
spixante & dix personnes chacune, pour les
deux grandes, Tables, & de presque un pareil
nombre pour les petites. .Ces Tables furenc
remplies successivement par toutes ks Dames
T A N VIE R. 1730. ^ f 57
èe la Cour , par les Sénateurs , les Ministres
Etrangers , les Préfidens des Collèges , les Gé
néraux des Troupes, les Lieutenans Généraux,
les Majors , les Colonels , les Chambelans , les
Gentilhommes de la Cour , par tous les Offi
ciers du Régiment des -G ardes, par plusieurs
Lieutenans-Colonels- Majors & autres gens de
condition , par tous les Collèges de la Chancelerie
, & par une partie des Conseillers & Offi
ciers des autres Collèges qui y avoient tous été
invitez avec leur femme & leur famille,
Ces Tables furent servies avec la même abon
dance & la même délicatesse que celle du jour
précédent , & on servit en même - tems une
grande quantité de Confitures , d'Oranges, des
Vins de Liqueurs & toutes sortes de rafraîchissemens
à tout le monde. Le Bal dura toute
h nuit , aussi- bien que l'IIIumination. Les Fon
taines de Vin »'que l'on avoit placées dans les
Arcades de l'Hotel, ne cessèrent de couler pen
dant tout ce temps- là.
II n'y a pas d'exemple en Suéde d'une pareil
le Féte,& où l'on aictégalé en même temps un
fi grand nombre de personnes s & malgré le
monde prodigieux qui s'y trouva» il n'y arriva
aucun désordre.
Il n'y eut point de Feu d'artifice > n'ayant ja
mais été permis d'en faire à Stockholm , par la
crainte du feu . toutes les Maisons de cette Vil
le étant bâties de bois , & on y porte la pré
caution fi loin à cet égard , qu'il y est deffendu
de se servir de Flambeaux la nuit} on ne s'y sert
que de Lanternes.
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Résumé : FESTE donnée à Stolkholm, par le Comte de Casteja, Ministre Plenipotentiaire de France en Suede, pour la Naissance du DAUPHIN.
Le texte relate une fête organisée par le Comte de Castéja, ministre plénipotentiaire de France en Suède, en l'honneur de la naissance du Dauphin. La célébration se déroula dans un hôtel richement décoré d'arcades ornées de lampions et de fenêtres peintes en bleu semé de fleurs de lys. Les appartements étaient somptueusement meublés, avec des salles dédiées aux tables, aux buffets et aux jeux. La première journée de la fête, le 7 décembre, débuta par un dîner auquel étaient conviés des sénateurs, des ministres étrangers, des présidents de collèges et d'autres officiers. Le dîner, servi avec délicatesse et abondance, s'étendit de une heure après midi à six heures du soir. Des toasts furent portés au Roi, à la Reine, au Dauphin, ainsi qu'à des personnalités suédoises et étrangères. Le lendemain, 8 décembre, une seconde fête eut lieu, commençant à six heures du soir par un grand bal ouvert par le ministre d'Angleterre et la fille du Comte de Horn. Le Roi de Suède participa au bal, dansant avec la Reine du bal et la Comtesse de Castéja. Après son départ à neuf heures, des tables furent dressées pour les convives, renouvelées toutes les deux heures. Les tables furent occupées par des dames de la cour, des sénateurs, des ministres étrangers, des généraux et d'autres officiers. La fête se poursuivit toute la nuit, avec des fontaines de vin dans les arcades de l'hôtel. Cette célébration, sans précédent en Suède, rassembla un grand nombre de personnes sans désordre. Aucun feu d'artifice n'eut lieu en raison des risques d'incendie dans la ville de Stockholm, construite en bois.
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5055
p. 809-812
RUSSIE.
Début :
La Czarine arriva à Moscou le 19. Fevrier à 2. heures après midi. Dès le matin on fit deux [...]
Mots clefs :
Tsarine, Princesse, Conseil, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
A Czarine arriva à Mofcou le 19. Fevrier à
2. heures après midi . Dès le matin on fit deux
détachemens , l'un du Régiment des Gardes à
cheval & l'autre du Régiment des Gardes Infanterie
, pour aller au-devant de S.-M. Cz. avec
les Députez des trois Etats , qui à une lieuë de
Mofcou lui préfenterent les Clefs de la Ville & du
Château , le Sceptre & la Couronne. Toutes les
rues fur fon paffage étoient tapiffées ; la Bourgeoifie
fous les armes & la Garnifon formoient
une double haye depuis la porte de la Trinité jufqu'à
la grande Eglife , à la porte de làquelle cette
Princeffe fut reçue par l'Archevêque de Novogorod
, accompagné de plufieurs Evêques , Abbez &
autres Ecclefiaftiques de diftinction . Après le Te
Deum, qui fut chanté par la Mufique , la Czarine
fe rendit au Château , où elle fut reçue par la Du--
cheffe de Mekelbourg , fa foeur. Le foir elle reçut
les complimens des Miniftres Etrangers &
des Seigneurs de la Cour.
Cette Princeffe a figné un Decret par lequel !
elle continue tous les Officiers du feu Czar dans
les fonctians de leurs Charges , à la réſerve du
Procureur General Jagozinski , qui a été arrêté
pour avoir voulu exciter une fédition en faveur
H de
810 MERCURE DE FRANCE
de la Princaffe Elifabeth , tante du feu Czar.
Le 26.Février, la Czarine fit fon entrée publique
à Mofcou. Une Compagnie de Grenadiers des
Gardes à cheval commençoit la marche : elle étoit
fuivie de 21. Caroffes à huit chevaux des principaux
Seigneurs de la Cour& de la principale Nobleffe
à cheval. Les Membres du Haut - Conſeil &
les principaux Boyars marchoient enfuite dans des
Caroffes à fix chevaux : le Caroffe de , Ceremonie
de la Czarine venoit après ; il étoit fuivi d'autres
Caroffes dans lefquels étoient plufieurs Dames
qui font venues de Curlande avec cette Princeffe.
A quelque diftance , un Détachement des Chevaliers
Gardes marchoit devant le Caroffe de
S. M. Cz. attelé de huit chevaux , richement caparaçonnez
, & entouré de Valets de Pied , de
Maures & de Heiduques. Le Prince Bafile Dol--
horuski, le Prince Michel Michalowitz Gallitzin &
le Major General Leontioff , étoient à cheval aux
Portieres du Caroffe de S.M.Cz.un autre Détachement
des Chevaliers- Gardes fermoit la marche.
On avoit élevé trois Arcs de Triomphe dans la
Ville , au premier defquels la Czarine fut complimentée
par les Magiftrats en corps & par les
principaux Habitans ; au fecond , par la Nobleffe
& au troifiéme par le Clergé. La Czarine étant
arrivée à l'Eglife Cathédrale , l'Archevêque de
Novogorod la complimenta , après quoi on chan--
ta le Te Deum , au bruit des falves réiterées de
P'Artillerie & des acclamations du Peuple. S. M.
Cz. après avoir vifité quelques Eglifes , fe rendit
au Château du Crenelin , où elle a réfolu.de faire.
fa réfidence. Les principaux Seigneurs & Dames
de la Cour , eurent l'honneur de la complimenter
& de lui baifer la main.
Le 28. le Senat s'étant affemblé , la nouvelle-
Czarine s'y étant renduë , lui fit un Diſcours ,
conte
AVRIL. 1730. 811
contenant en fubftance qu'elle le remercioit du
foin qu'il avoit pris de remplir le Trône vacant
felon les Lolx & les Conftitutions anciennes de
la Monarchie , & des égards qu'il a eûs à cette
occafion pour fa perfonne ; qu'elle promet de
maintenir de tout fon pouvoir les prérogatives ,
les Privileges & la dignité du Sénat ; qu'elle affure
que tous fes fideles Sujets jouiront d'un gouvernement
doux & paifible , auffi long- temps qu'il
plaira à Dieu de lui conferver la vie : qu'elle promet
de plus qu'elle maintiendra & foutiendra fortement
la Religion Chrétienne Grecque , avec
toutes les ceremonies avec lesquelles elle a été introduite
dans la Ruffie , &c. & qu'elle protegera
les autres Religions que fes Ancêtres ont bienvoulu
tolerer dans leurs Etats , & c.
Avant le départ de la Czarine de Mittau , cette
Princeffe avoit figné une Déliberation qui lui
avoit été préfentée par les Députez du Haut-
Confeil , contenant divers articles , fuivant lefquels
la puiffance fouveraine étoit partagée entre
elle & de Haut- Confeil ; quelques Seigneurs ayant
délibéré entre eux fur cette nouvelle forme de
gouvernement établie par le Confeil , & reconnu
que le Gouvernement Monarchique étoit le feul
qui convint à la Ruffie , demanderent le 8. Marsune
Audience publique à la Czarine. S. M. Cz.
en fit donner avis au Haut-Confeil , qui s'étant
affemblé dans la grande Salle d'Audience , fut témoin
des repréfentations que le Feld- Maréchal
Trubetzkoy & le Knés Alexis Czerkaski , Sénateur
, à la tête de 390. Gentilshommes , firent à
la Czarine contre les conditions qu'elle avoit
agréés ; ils la prierent enfuite de vouloir accepter
la fouveraineté en entier & avec la même autorité
que fes Prédeceffeurs l'avoient poffedée . S. M. Cz.
leur répondit que s'étant engagée par fa figna:ure
Hvja · à
812 MERCURE DE FRANCE
à des conventions contraires , elle devoit fçavoir
files Membres du Haut-Confeil confentoient
qu'elle acceptât les offres de fon Peuple. La plupart
de ceux qui compofoient ce Confeil ayant
marqué par une inclination de tête qu'ils y donnoient
leur confentement , la Czarine accepta la
fouveraineté , & le Grand- Chancelier ayant rapporté
les Articles qu'elle avoit fignez , on les dé→
chira fur le champ ; après quoi S. M. fit un Difcours
, tant pour témoigner fa reconnoiffance aux
Députez de la Nobleffe ,que pour les affurer qu'elle
feroit une veritable mere de la Patrie , & qu'elle
accorderoit à fes Sujets toutes les graces qu'ils
pourroient légitimement efperer.
La fille du Prince Menfikoff , que le feu Czar
avoit eu deffein d'époufer , eft morte au commencement
du mois dernier , & la Princeffe Dolhorucki
, qui a eu l'honneur d'être fiancée avec ce
Prince , s'eft retirée dans une Terre avec le Prince
Dolhorucki fon Pere. La Czarine vient d'accor
der une penfion confiderable à cette Princeffe.
On a envoyé ordre aux Commiffaires de l'Amirauté
de Petersbourg , de faire équiper inceffamment
irois Vaiffeaux de guerre de ..40. Pieces
de Canon , qu'on doit envoyer en France & en
Efpagne avec des Marchandiſes de Ruſſie.
On a donné ordre aux Intendans des Mines
d'Olonitz, d'envoyer des gens experimentez dans
le travail des Mines à Derbent , parce qu'on a
réfolu de mettre en valeur les Mines d'or & d'ar
gent qu'on a découvertes près des Côtes de la
Mer Cafpienne.
A Czarine arriva à Mofcou le 19. Fevrier à
2. heures après midi . Dès le matin on fit deux
détachemens , l'un du Régiment des Gardes à
cheval & l'autre du Régiment des Gardes Infanterie
, pour aller au-devant de S.-M. Cz. avec
les Députez des trois Etats , qui à une lieuë de
Mofcou lui préfenterent les Clefs de la Ville & du
Château , le Sceptre & la Couronne. Toutes les
rues fur fon paffage étoient tapiffées ; la Bourgeoifie
fous les armes & la Garnifon formoient
une double haye depuis la porte de la Trinité jufqu'à
la grande Eglife , à la porte de làquelle cette
Princeffe fut reçue par l'Archevêque de Novogorod
, accompagné de plufieurs Evêques , Abbez &
autres Ecclefiaftiques de diftinction . Après le Te
Deum, qui fut chanté par la Mufique , la Czarine
fe rendit au Château , où elle fut reçue par la Du--
cheffe de Mekelbourg , fa foeur. Le foir elle reçut
les complimens des Miniftres Etrangers &
des Seigneurs de la Cour.
Cette Princeffe a figné un Decret par lequel !
elle continue tous les Officiers du feu Czar dans
les fonctians de leurs Charges , à la réſerve du
Procureur General Jagozinski , qui a été arrêté
pour avoir voulu exciter une fédition en faveur
H de
810 MERCURE DE FRANCE
de la Princaffe Elifabeth , tante du feu Czar.
Le 26.Février, la Czarine fit fon entrée publique
à Mofcou. Une Compagnie de Grenadiers des
Gardes à cheval commençoit la marche : elle étoit
fuivie de 21. Caroffes à huit chevaux des principaux
Seigneurs de la Cour& de la principale Nobleffe
à cheval. Les Membres du Haut - Conſeil &
les principaux Boyars marchoient enfuite dans des
Caroffes à fix chevaux : le Caroffe de , Ceremonie
de la Czarine venoit après ; il étoit fuivi d'autres
Caroffes dans lefquels étoient plufieurs Dames
qui font venues de Curlande avec cette Princeffe.
A quelque diftance , un Détachement des Chevaliers
Gardes marchoit devant le Caroffe de
S. M. Cz. attelé de huit chevaux , richement caparaçonnez
, & entouré de Valets de Pied , de
Maures & de Heiduques. Le Prince Bafile Dol--
horuski, le Prince Michel Michalowitz Gallitzin &
le Major General Leontioff , étoient à cheval aux
Portieres du Caroffe de S.M.Cz.un autre Détachement
des Chevaliers- Gardes fermoit la marche.
On avoit élevé trois Arcs de Triomphe dans la
Ville , au premier defquels la Czarine fut complimentée
par les Magiftrats en corps & par les
principaux Habitans ; au fecond , par la Nobleffe
& au troifiéme par le Clergé. La Czarine étant
arrivée à l'Eglife Cathédrale , l'Archevêque de
Novogorod la complimenta , après quoi on chan--
ta le Te Deum , au bruit des falves réiterées de
P'Artillerie & des acclamations du Peuple. S. M.
Cz. après avoir vifité quelques Eglifes , fe rendit
au Château du Crenelin , où elle a réfolu.de faire.
fa réfidence. Les principaux Seigneurs & Dames
de la Cour , eurent l'honneur de la complimenter
& de lui baifer la main.
Le 28. le Senat s'étant affemblé , la nouvelle-
Czarine s'y étant renduë , lui fit un Diſcours ,
conte
AVRIL. 1730. 811
contenant en fubftance qu'elle le remercioit du
foin qu'il avoit pris de remplir le Trône vacant
felon les Lolx & les Conftitutions anciennes de
la Monarchie , & des égards qu'il a eûs à cette
occafion pour fa perfonne ; qu'elle promet de
maintenir de tout fon pouvoir les prérogatives ,
les Privileges & la dignité du Sénat ; qu'elle affure
que tous fes fideles Sujets jouiront d'un gouvernement
doux & paifible , auffi long- temps qu'il
plaira à Dieu de lui conferver la vie : qu'elle promet
de plus qu'elle maintiendra & foutiendra fortement
la Religion Chrétienne Grecque , avec
toutes les ceremonies avec lesquelles elle a été introduite
dans la Ruffie , &c. & qu'elle protegera
les autres Religions que fes Ancêtres ont bienvoulu
tolerer dans leurs Etats , & c.
Avant le départ de la Czarine de Mittau , cette
Princeffe avoit figné une Déliberation qui lui
avoit été préfentée par les Députez du Haut-
Confeil , contenant divers articles , fuivant lefquels
la puiffance fouveraine étoit partagée entre
elle & de Haut- Confeil ; quelques Seigneurs ayant
délibéré entre eux fur cette nouvelle forme de
gouvernement établie par le Confeil , & reconnu
que le Gouvernement Monarchique étoit le feul
qui convint à la Ruffie , demanderent le 8. Marsune
Audience publique à la Czarine. S. M. Cz.
en fit donner avis au Haut-Confeil , qui s'étant
affemblé dans la grande Salle d'Audience , fut témoin
des repréfentations que le Feld- Maréchal
Trubetzkoy & le Knés Alexis Czerkaski , Sénateur
, à la tête de 390. Gentilshommes , firent à
la Czarine contre les conditions qu'elle avoit
agréés ; ils la prierent enfuite de vouloir accepter
la fouveraineté en entier & avec la même autorité
que fes Prédeceffeurs l'avoient poffedée . S. M. Cz.
leur répondit que s'étant engagée par fa figna:ure
Hvja · à
812 MERCURE DE FRANCE
à des conventions contraires , elle devoit fçavoir
files Membres du Haut-Confeil confentoient
qu'elle acceptât les offres de fon Peuple. La plupart
de ceux qui compofoient ce Confeil ayant
marqué par une inclination de tête qu'ils y donnoient
leur confentement , la Czarine accepta la
fouveraineté , & le Grand- Chancelier ayant rapporté
les Articles qu'elle avoit fignez , on les dé→
chira fur le champ ; après quoi S. M. fit un Difcours
, tant pour témoigner fa reconnoiffance aux
Députez de la Nobleffe ,que pour les affurer qu'elle
feroit une veritable mere de la Patrie , & qu'elle
accorderoit à fes Sujets toutes les graces qu'ils
pourroient légitimement efperer.
La fille du Prince Menfikoff , que le feu Czar
avoit eu deffein d'époufer , eft morte au commencement
du mois dernier , & la Princeffe Dolhorucki
, qui a eu l'honneur d'être fiancée avec ce
Prince , s'eft retirée dans une Terre avec le Prince
Dolhorucki fon Pere. La Czarine vient d'accor
der une penfion confiderable à cette Princeffe.
On a envoyé ordre aux Commiffaires de l'Amirauté
de Petersbourg , de faire équiper inceffamment
irois Vaiffeaux de guerre de ..40. Pieces
de Canon , qu'on doit envoyer en France & en
Efpagne avec des Marchandiſes de Ruſſie.
On a donné ordre aux Intendans des Mines
d'Olonitz, d'envoyer des gens experimentez dans
le travail des Mines à Derbent , parce qu'on a
réfolu de mettre en valeur les Mines d'or & d'ar
gent qu'on a découvertes près des Côtes de la
Mer Cafpienne.
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Résumé : RUSSIE.
Le texte décrit l'arrivée et l'accession au trône de la nouvelle czarine en Russie. Le 19 février, elle arrive à Moscou où elle est accueillie par des détachements des régiments des Gardes à cheval et des Gardes Infanterie, ainsi que par les députés des trois états qui lui remettent les clefs de la ville et du château, le sceptre et la couronne. Les rues sont décorées et la bourgeoisie ainsi que la garnison forment une double haie jusqu'à la grande église. Après un Te Deum, elle se rend au château où elle est reçue par la duchesse de Meckelbourg, sa sœur. Le soir, elle reçoit les compliments des ministres étrangers et des seigneurs de la cour. La czarine signe un décret confirmant tous les officiers du précédent tsar dans leurs fonctions, à l'exception du procureur général Jagozinski, arrêté pour avoir tenté de fomenter une sédition en faveur de la princesse Élisabeth, tante du défunt tsar. Le 26 février, elle fait son entrée publique à Moscou, accompagnée d'une procession solennelle incluant des carrosses, des nobles et des détachements des Chevaliers Gardes. Elle est acclamée par les magistrats, la noblesse et le clergé, et se rend à l'église cathédrale où un Te Deum est chanté. Elle visite ensuite quelques églises avant de se rendre au château du Kremlin, où elle décide de résider. Le 28 février, la czarine s'adresse au Sénat, remerciant les sénateurs pour leur rôle dans la transition et promettant de maintenir les prérogatives et les privilèges du Sénat. Elle assure également un gouvernement doux et paisible, et la protection de la religion chrétienne grecque ainsi que des autres religions tolérées dans l'État. Avant son départ de Mittau, la czarine avait signé une délibération proposée par les députés du Haut-Conseil, partageant la puissance souveraine entre elle et le Haut-Conseil. Cependant, le 8 mars, des seigneurs demandent une audience publique pour lui proposer d'accepter la souveraineté en entier. Après avoir obtenu le consentement du Haut-Conseil, elle accepte la souveraineté et fait un discours de reconnaissance et d'assurance à la noblesse. Le texte mentionne également la mort de la fille du prince Menfikoff et le retrait de la princesse Dolhorucki dans une terre avec son père. La czarine accorde une pension à cette princesse. Enfin, des ordres sont donnés pour équiper des vaisseaux de guerre et exploiter les mines d'or et d'argent près des côtes de la mer Caspienne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5056
p. 1003-1006
« Monseigneur le Dauphin se trouva incommodé le 3. de ce mois, [...] »
Début :
Monseigneur le Dauphin se trouva incommodé le 3. de ce mois, [...]
Mots clefs :
Roi, Parlement de Paris, Prince des Asturies, Dauphin, Rougeole, Maître des requêtes, Chevalier de Belle-Isle, Antoine-Arnaud de Labriffe, Petit, Opération
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Monseigneur le Dauphin se trouva incommodé le 3. de ce mois, [...] »
Onseigneur le Dauphin se trouva
incommodé le 3. de ce mois
et on reconnut le lendemain au soir que
sa maladie étoit la Rougeole. L'éruption,
quoique très- abondante , s'est faite fort
heureusement , et les accidens de fievre et
Hij d'agita1004
MERCURE DE FRANCE
d'agitation qui accompagnent toujours
cette maladie , étant entierement cessés
Monseigneur le Dauphin commença
à se
mieux porter le 7. et quelques jours après
sa santé fut entierement rétablie.
Les de ce mois au matin le Chevalier
de Bellisle arriva à Rambouillet, et appor
ta au Roi la nouvelle de la prise du Château
de Traerback , devant lequel le Comte
de Bellisle avoit fait ouvrir la tranchée
la nuit du 25. au 26. du mois dernier,
Le Roi a donné le Gouvernement de
Bergue au Comte de Broglio , Lieutenant
General des Armées de Sa Majesté , et
Gouverneur de Montdauphin.
Antoine Arnaud de la Briffe , Seigneur
d'Amilly , nommé par le Roi au mois
de Mai 1734. premier President du Par
lement de Bretagne , est né à Paris le
4. Janvier 1699. et fut reçû Conseiller au
Parlement de Paris à la quatriéme Chambre
des Enquêtes , le 16. Decembre 1718 .
puis Maître des Requêtes ordinaires de
l'Hôtel en 1724. Il est fils de feu Arnaud
de la Briffe , Marquis de Ferriere , Seigneur
de Passy , Brion , les Bernardieres,
&c. et en dernier lieu Procureur General
au Parlement de Paris , mort le 24. Septembre
M A Ý .
1734 1005
tembre 1700. âgé de 51. ans , et de Bonne
Barillon d'Amoncour , sa seconde femme
, morte en son Château d'Amilly aut
mois de Fevrier 1733. dans la 66. année
de son âge. Il a été marié le 12. Mars
1719 avec Marie Charlotte Quantin de
Richebourg , fille de Charles Bonnaventute
Quantin , Seigneur de Richebourg,
Maître des Requêtes ordinaire de l'Hồ-
tel du Roi , ci - devant Intendant à Rouen
et à Poitiers , et de Catherine Jeanne de
Ragaruë.
Le 25 de ce mois le Sieur Petit ,Chirur
gien de S. Cosme, Demonstrateur et Censeur
Royal, et des Académies Royales de
Paris et de Londres, est arriyé d'Espagne,
où il étoit allé faire l'Opération au Prince
des Asturies ; la guérison de ce Prince
a causé une joye universelle. Le Roi , la
Reine , le Prince et la Princesse des Asturies
, ont honoré le Sieur petit de leur estime
, et l'ont comblé de marques de bienveillance
; ils lui ont fait des presens considerables.
Le Roi d'Espagne lui a fait
donner 40000. liv. outre 8000. liv. qu'il
avoit reçû en partant de Paris ; la Reine
une Montre d'or à repetition , garnie de
diamans et de deux beaux cachets ; le
Prince , d'une autre Montre d'or , qui re-
Giij pete
IcoбMERCURE DE FRANCE
pete les heures , les quarts et les minutes,
à la chaîne de laquelle étoit un diamant
brillant estimé 12000. livres ; et un cachet
d'une belle cornaline , sur laquelle est
gravée une Tête antique ; et la Princesse
des Asturies une canne à pomme d'or
garnie de diamans , et d'un ruban auquel
étoit attaché un brillant pareillement es
timé 12000. livres.
incommodé le 3. de ce mois
et on reconnut le lendemain au soir que
sa maladie étoit la Rougeole. L'éruption,
quoique très- abondante , s'est faite fort
heureusement , et les accidens de fievre et
Hij d'agita1004
MERCURE DE FRANCE
d'agitation qui accompagnent toujours
cette maladie , étant entierement cessés
Monseigneur le Dauphin commença
à se
mieux porter le 7. et quelques jours après
sa santé fut entierement rétablie.
Les de ce mois au matin le Chevalier
de Bellisle arriva à Rambouillet, et appor
ta au Roi la nouvelle de la prise du Château
de Traerback , devant lequel le Comte
de Bellisle avoit fait ouvrir la tranchée
la nuit du 25. au 26. du mois dernier,
Le Roi a donné le Gouvernement de
Bergue au Comte de Broglio , Lieutenant
General des Armées de Sa Majesté , et
Gouverneur de Montdauphin.
Antoine Arnaud de la Briffe , Seigneur
d'Amilly , nommé par le Roi au mois
de Mai 1734. premier President du Par
lement de Bretagne , est né à Paris le
4. Janvier 1699. et fut reçû Conseiller au
Parlement de Paris à la quatriéme Chambre
des Enquêtes , le 16. Decembre 1718 .
puis Maître des Requêtes ordinaires de
l'Hôtel en 1724. Il est fils de feu Arnaud
de la Briffe , Marquis de Ferriere , Seigneur
de Passy , Brion , les Bernardieres,
&c. et en dernier lieu Procureur General
au Parlement de Paris , mort le 24. Septembre
M A Ý .
1734 1005
tembre 1700. âgé de 51. ans , et de Bonne
Barillon d'Amoncour , sa seconde femme
, morte en son Château d'Amilly aut
mois de Fevrier 1733. dans la 66. année
de son âge. Il a été marié le 12. Mars
1719 avec Marie Charlotte Quantin de
Richebourg , fille de Charles Bonnaventute
Quantin , Seigneur de Richebourg,
Maître des Requêtes ordinaire de l'Hồ-
tel du Roi , ci - devant Intendant à Rouen
et à Poitiers , et de Catherine Jeanne de
Ragaruë.
Le 25 de ce mois le Sieur Petit ,Chirur
gien de S. Cosme, Demonstrateur et Censeur
Royal, et des Académies Royales de
Paris et de Londres, est arriyé d'Espagne,
où il étoit allé faire l'Opération au Prince
des Asturies ; la guérison de ce Prince
a causé une joye universelle. Le Roi , la
Reine , le Prince et la Princesse des Asturies
, ont honoré le Sieur petit de leur estime
, et l'ont comblé de marques de bienveillance
; ils lui ont fait des presens considerables.
Le Roi d'Espagne lui a fait
donner 40000. liv. outre 8000. liv. qu'il
avoit reçû en partant de Paris ; la Reine
une Montre d'or à repetition , garnie de
diamans et de deux beaux cachets ; le
Prince , d'une autre Montre d'or , qui re-
Giij pete
IcoбMERCURE DE FRANCE
pete les heures , les quarts et les minutes,
à la chaîne de laquelle étoit un diamant
brillant estimé 12000. livres ; et un cachet
d'une belle cornaline , sur laquelle est
gravée une Tête antique ; et la Princesse
des Asturies une canne à pomme d'or
garnie de diamans , et d'un ruban auquel
étoit attaché un brillant pareillement es
timé 12000. livres.
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Résumé : « Monseigneur le Dauphin se trouva incommodé le 3. de ce mois, [...] »
En début de mois, le Dauphin a contracté la rougeole le 3 et s'est rétabli le 7, récupérant entièrement quelques jours plus tard. Le Chevalier de Bellisle a informé le Roi de la prise du Château de Traerback le 5. Le Roi a nommé le Comte de Broglio Gouverneur de Bergue. Antoine Arnaud de la Briffe, né à Paris en 1699, a été nommé premier Président du Parlement de Bretagne en mai 1734. Il a occupé divers postes judiciaires et est issu d'une famille noble. Le 25 du mois, le chirurgien Sieur Petit est revenu d'Espagne, où il avait opéré avec succès le Prince des Asturies. Le Roi, la Reine, le Prince et la Princesse des Asturies lui ont témoigné leur gratitude par des présents considérables.
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5057
p. 174-178
Caprice du Mercure pour annoncer la promenade du Cours. [titre d'après la table]
Début :
J'ai beau vouloir me prescrire de certaines regles, dont [...]
Mots clefs :
Promenade, Liberté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Caprice du Mercure pour annoncer la promenade du Cours. [titre d'après la table]
J'ay beau vouloir me prescrire
de certaines regles, dont
je me promets souvent de ne
pas m'ecarter, tout l'arrangement
que je me proposes'évanouit
à chaque instant, &
mon imagination qui nest
; esclave que de sa liberté, ne
peut se per suader que ce qu'on
appelle méthode, ne foit pas
plutôt affectation. Tout ce
qui est affectation est vice:
ainsi on ne doit compter
nullement ny sur mes projets
, ni sur mes promesses,
Je formeray aujourd'huy un
dessein je l'executeray un
mois, & je le détruiray l'autre
: à la bonne heure; ce
sera une varicté pour le tçç.
teur qui s'ennuyera toujours
moins de mes caprices que
de ma confiance à vouloir luy
raconter methodiquement les
plus inconstants incidents du
monde. Par exemple, n'y auroit-
il pas de l'extravagance à
n'oser placer dans le Mercure
Galant la nouveauté de la
Promenade du Cours, sansle
secours de quelque liaison favorable.
Si je suivois mon plan, j'attendrois
pour par ler décemment
de cette Promenade,
que je fusse à l'article de Paris,
j'en établitois d'abord les nouvelles
les plus interessantes,&
de transition en transition, je
dirois enfin que l'on n'y est
point à la mode, si l'on n'a à
presentun soufflet, ou une
cariole découverte pouraller
se promener la nuitau Couts,
sil'on n'y profite pas jusqu'au
jourdu clair de Lune, lorsqu'il
y en a, ou si l'on ne fait provision
de flembeaux lorsqu'il
n'y en a pas : on m'a assuré que
-
la mode viendroit bien-tost
de se passer de la Lune & des
flambeaux. Dés qu'onest arrivé
au rond qui est au milieu
des allées du Cours, les Dames,
les Demoiselles & lesMessieurs
mettent pied à terre,
on y danse aux chansons ,ou
,
auson desInstrumemsquis'y
rendent, on y joüe à Colin-
Mullard & à d'autre jeux.
Rien n'est plus galant que
cette promenade:& jenedescfpcre
pas quelle ne fasse avant
la fin de l'Eté beaucoup
d' honneur au Mercure
Mr le Duc de la Force ya
donné lanuit du13.au14. une
Feste toute galante & plus
brillante que le jour,à Me la
Maréchale de Villars & à Me
la Marechale d'Estrées
,
qui
furent accompagnées d'un
grand nombre de Dames de
la Cour & de la Ville.
de certaines regles, dont
je me promets souvent de ne
pas m'ecarter, tout l'arrangement
que je me proposes'évanouit
à chaque instant, &
mon imagination qui nest
; esclave que de sa liberté, ne
peut se per suader que ce qu'on
appelle méthode, ne foit pas
plutôt affectation. Tout ce
qui est affectation est vice:
ainsi on ne doit compter
nullement ny sur mes projets
, ni sur mes promesses,
Je formeray aujourd'huy un
dessein je l'executeray un
mois, & je le détruiray l'autre
: à la bonne heure; ce
sera une varicté pour le tçç.
teur qui s'ennuyera toujours
moins de mes caprices que
de ma confiance à vouloir luy
raconter methodiquement les
plus inconstants incidents du
monde. Par exemple, n'y auroit-
il pas de l'extravagance à
n'oser placer dans le Mercure
Galant la nouveauté de la
Promenade du Cours, sansle
secours de quelque liaison favorable.
Si je suivois mon plan, j'attendrois
pour par ler décemment
de cette Promenade,
que je fusse à l'article de Paris,
j'en établitois d'abord les nouvelles
les plus interessantes,&
de transition en transition, je
dirois enfin que l'on n'y est
point à la mode, si l'on n'a à
presentun soufflet, ou une
cariole découverte pouraller
se promener la nuitau Couts,
sil'on n'y profite pas jusqu'au
jourdu clair de Lune, lorsqu'il
y en a, ou si l'on ne fait provision
de flembeaux lorsqu'il
n'y en a pas : on m'a assuré que
-
la mode viendroit bien-tost
de se passer de la Lune & des
flambeaux. Dés qu'onest arrivé
au rond qui est au milieu
des allées du Cours, les Dames,
les Demoiselles & lesMessieurs
mettent pied à terre,
on y danse aux chansons ,ou
,
auson desInstrumemsquis'y
rendent, on y joüe à Colin-
Mullard & à d'autre jeux.
Rien n'est plus galant que
cette promenade:& jenedescfpcre
pas quelle ne fasse avant
la fin de l'Eté beaucoup
d' honneur au Mercure
Mr le Duc de la Force ya
donné lanuit du13.au14. une
Feste toute galante & plus
brillante que le jour,à Me la
Maréchale de Villars & à Me
la Marechale d'Estrées
,
qui
furent accompagnées d'un
grand nombre de Dames de
la Cour & de la Ville.
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Résumé : Caprice du Mercure pour annoncer la promenade du Cours. [titre d'après la table]
L'auteur exprime ses difficultés à suivre des règles qu'il s'impose, car son imagination rejette toute méthode perçue comme affectation. Il reconnaît l'inconstance de ses projets et promesses, préférant ses caprices à une confiance mal placée. Il envisage de décrire la Promenade du Cours dans le Mercure Galant, mais hésite à le faire sans une introduction appropriée. La Promenade du Cours est une soirée où les gens se promènent sous la lune ou à la lumière de flambeaux, dansant et jouant à des jeux. Cette promenade est jugée très galante. L'auteur mentionne également une fête organisée par le Duc de la Force en l'honneur de la Maréchale de Villars et de la Maréchale d'Estrées, à laquelle ont assisté de nombreuses dames de la cour et de la ville. Cette fête fut brillante et galante.
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5058
p. 599-604
« Le premier du mois dernier, la Maison de Navarre présenta un cierge au Cardinal de Fleuri [...] »
Début :
Le premier du mois dernier, la Maison de Navarre présenta un cierge au Cardinal de Fleuri [...]
Mots clefs :
Concert, Cardinal de Fleury, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le premier du mois dernier, la Maison de Navarre présenta un cierge au Cardinal de Fleuri [...] »
E premier du mois dernier , la Maifon de Na
varre préfenta un cierge au Cardinal de Fleuri
qui en eft Superieur , & M. Choplet , Coadjuteur
du Grand- Maître , fit à S. E. ce compli
-ment ::
MONSEIGNEUR ,
I
La Maison de Navarre , en préfentant ce
Cierge à V. E. vient lui renouveller les afftrances
de fon profond respect & de fa parfaite
foumiffion quelques relevées que foient les dignités
qui environnent votre perfonne , ce n'eft'
Pasig HY
600 MERCURE DE FRANCE.
نم
pas , Monfeigneur , ce qui demande notre plus
< grande venération ; elles font l'éloge & la gloi
re de la main reconnoiffante qui vous en a res
vétu ; l'objet principal de nos hommages font
ces qualités perfonnelles que toute l'Europe
admire en vous , Monfeigneur , cette pieté fincere
, ce zele pour la gloire du Seigneur , ce
parfait defintereffement , cette vigilance pour
la confervation de la perfonne facrée de S. M.
cette attention continuelle à procurer la feli
cité des peuples , cette droiture qui vous a
merité la confiance des Têtes couronnées ,
qui vous rend l'Arbitre de leurs differens . Tous
ces traits , Monseigneur , forment en vous un
Miniftre felon le coeur de Dieu , cheri de fon
Roi , honoré des Souverains , respecté des
Grands , adoré des Peuples ' , auffi pouvons -
nous affurer , Monſeigneur , que votre Ministere
fera un des beaux endroits de l'Hiftoire du
Prince qui nous gouverne aves tant de fageffe
, & que la pofterité ne fe croira heureufe
qu'autant qu'on s'efforcera de vous imiter ;
puiffe le Ciel vous prolonger au delà des bor
nes ordinaires une vie fi précieufe ; nous ne
cefferons de demander à Dieu cette faveur , &
nous le prierons , Monfeigneur , de nous l'accorder
aux dépens même de nos jours .
Le Prince de Montauban , le Duc de Richelieu,
le Duc de Retz & le Marquis de Beringhen ont
été faits Chevaliers de Saint Louis dans une promotion
particuliere que le Roi a faire depuis peu.
M. Henaut de Montigny , Ancien Officier
d'Artillerie , vient d'être nommé à la place de
Lieutenant General Commandant l'Artillerie en
Bretagne , vacante par le decès de M. de Boifricher.
Y IG
MAR S. 1730. 601
Le premier Mars , il y eut un Concert François
au Château des Thuilleries ; on y chanta la
Cantate de Bacchus par M.Burette ; la Dle Petitpas
chanta un Air Italien qui fit beaucoup de
plaifir,& on finit par un Motet de M. de Lalande.
Le même Concert a continué le 8. & le 15. du .
même mois.
Le 25. jour de la Fête de l'Annonciation de la
Vierge , il y eut Concert fpirituel , on y chanta
le Magnificat , Motet de M. du Bouffet ; la Dile
Le Maure chanta feule un petit Motet du même
Auteur qui fut très- applaudi. Le Sr Mayffonaffe,
nouveau Muficien Haute- Conte , chanta pour
la premiere fois feul un Motet qui fit plaifir . Le
Concert fut terminé par le Confitemini , Moter
de M. de Lalande , qui fut très- bien executé.
& dans lequel les Des Erremens , Le Maure &
Petitpas , chanterent differens Recits. Le même
Concert fpirituel doit continuer juſques & compris
le Dimanche de Quasimodo.
Le premier de ce mois , M. Deftouches , Sur-
Intendant de la Mufique du Roi , fit chanter devant
la Reine,aux grands Appartemens, la feconde .
Entrée du Ballet des Elemens , intitulée L'Eau..
La Dlle Erremens chanta le Rôle de Leucofie
& le Sr Guedon , celui d'Arion . Ce Concert fut
terminé par la Cantate de La Mufette , de M..
Clerambaut , chantée par la Dlle Le Maure ..
Le 6. on chanta le troifiéme Acte du même
Ballet ; le Rôle d'Emilie fut chanté par la D lie
Erremens , & celui de Valere par le Sr Dangerville
; i
; ils firent tous les deux beaucoup de plaifir.
Le 8. on executa le dernier Acte , le Rôle de
Pomone fut chanté avec de grands applaudiffe-,
mens par la Dle Le Maure , & les S's Guedon &
Chaffe executerent parfaitement bien ceux de
Hvj Vertumne & de Pan..
602 MERCURE DE FRANCE :
Le is on chanta le Prologue & le premier
Acte de l'Opera d'é qu'on continua le is . par
le fecond & le troiîîéme Acte.
Le 20. & le 22. on chanta le quatriéme & le
cinquiéme Acte du même Opera ; le Rôle d'iffé
fut executé avec fuccès par la Dlle Antier , à la
referve de la derniere Scene du cinquiéme Acte,.
qui fut chantée par la Dle Lenner dont le talent
pour le chant s'accroît tous les jours ; elle avoit.
chanté auparavant le Prologue avec un gout &.
une précifion qui lui attirerent des louanges infinies.
Ces deux Opera ont eu une execution parfaite
; la Reine a eu la bonté d'en marquer fa fatisfaction
à M. Deftouches qui en eft l'Auteur
Le 8. la Lotterie pour le remboursement des
Rentes de l'Hôtel de Ville fut tirée en préfence
du Prevôt des Marchands & des Echevins en la
maniere accoutumée. Le fonds de ce mois s'eft:
trouvé monter à la fomme de 1345062. livres ,.
laquelle a été diftribuée aux Rentiers pour les
Lots qui leur font échus , conformément à la
Lifte generale qui en a été rendue publique.
Le 9. de ce mois on celébra au College Maza-
*in l'Anniverſaire du Cardinal de cu zom , Fondateur
, avec les cerémonies ordinaires ; la Grand'
Meffe fut celebrée par le Grand- Maître , & chantée
par les Ecclefiaftiques du College. Plufieurs
perfonnes de diftinction fe trouverent à co Service.
Le Cardinal de Biffy partit de Paris le 3. de ce
mois pour aller à Rome , & entrer au Conclave
pour l'élection d'un nouveau Pape. Le Cardinal
de Rohan partit le 12. pour le même ſujet.
Le 14. Mars , M. Hallot , Chanoine de l'Eglife
Collegiale du S. Sepulchre de Caën , Profeffeur
Royal d'Eloquence , & Ancien Recteur de
Université , prononça un Difcours public fur la
Naillance
MARS. 1730.
60%
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin , dans la
grande Ecole des Arts , où affifterent M. l'Evê
que de Bayeux & M. de Vaſtan , Intendant de la
Generalité de Caën , avec un grand nombre de
perfonnes de diftinction. Le Difcours fut trèsapplaudi.
Le 17. du mois dernier , M. Lemau de Lajaiffe,
Ancien Officier de la Maifon d'Orleans , & dans
POrdre de S. Lazare , préſenta au Roi une Carte
Generale de la Monarchie & du Militaire de
France , Ancien & Moderne , dont S.. M. parut
très-fatisfaite. C'eft un Ouvrage qu'on pourra
regarder comme unique dans fon efpece &
qui paroît auffi utile & agréable qu'il eft immenfe
; on le grave actuellement avec privilege ;
nous en parlerons plus au long.
>
M. le Pelletier des Forts ayant demandé au Roi
la permiffion de remettre la Charge de Controôleur
General des Finances , S. M. a nommé pour
le remplacer M. Orry , Intendant de Lifle. Le
Roi a donné l'Intendance de Lifle à M. de Granville
, qui étoit Intendant d'Auvergne, & celle- ci
à M. Trudaine , Maître des Requêtes.
Les Députés des Etats d'Artois eurent audience
du Roi , le 19. préfentés par le Prince Charles
de Lorraine , Gouverneur de la Province , &
par M. d'Angervilliers , Miniftre & Secretaire
d'Etat ; ils y furent conduits en la maniere accoutumee
par le Marquis de Dreux , Grand-Maî
tre des Cerémonies , & par M. Defgranges
Maître des Cerémonies. La Députation étoit
compofée de l'Abbé Boiflot , Abbé de Rozieres ,
Grand-Vicaire & Premier Archidiacre du Diocèfe
d'Arras , qui porta la parole , pour le Clergé
, du Comte d'Henu , pour la Nobleffe , & de
M. Goudemez , Avocat & Ancien Echevin de la
Ville d'Arras , pour le Tiers -Etat.
On
604 MERCURE DE FRANCE.
On fera peut- être bien aife de fçavoir que
Charles Houllier , Chaircuitier , à l'Aport de
Paris , attenant la Pantoufle , vend du bon
boudin de S. Germain , de gros cervelas pour
porter en campagne , des langues de moutons
fourrées , de veritables pieds à la Sainte Menoul
, du vrai Jambon de Mayence.
varre préfenta un cierge au Cardinal de Fleuri
qui en eft Superieur , & M. Choplet , Coadjuteur
du Grand- Maître , fit à S. E. ce compli
-ment ::
MONSEIGNEUR ,
I
La Maison de Navarre , en préfentant ce
Cierge à V. E. vient lui renouveller les afftrances
de fon profond respect & de fa parfaite
foumiffion quelques relevées que foient les dignités
qui environnent votre perfonne , ce n'eft'
Pasig HY
600 MERCURE DE FRANCE.
نم
pas , Monfeigneur , ce qui demande notre plus
< grande venération ; elles font l'éloge & la gloi
re de la main reconnoiffante qui vous en a res
vétu ; l'objet principal de nos hommages font
ces qualités perfonnelles que toute l'Europe
admire en vous , Monfeigneur , cette pieté fincere
, ce zele pour la gloire du Seigneur , ce
parfait defintereffement , cette vigilance pour
la confervation de la perfonne facrée de S. M.
cette attention continuelle à procurer la feli
cité des peuples , cette droiture qui vous a
merité la confiance des Têtes couronnées ,
qui vous rend l'Arbitre de leurs differens . Tous
ces traits , Monseigneur , forment en vous un
Miniftre felon le coeur de Dieu , cheri de fon
Roi , honoré des Souverains , respecté des
Grands , adoré des Peuples ' , auffi pouvons -
nous affurer , Monſeigneur , que votre Ministere
fera un des beaux endroits de l'Hiftoire du
Prince qui nous gouverne aves tant de fageffe
, & que la pofterité ne fe croira heureufe
qu'autant qu'on s'efforcera de vous imiter ;
puiffe le Ciel vous prolonger au delà des bor
nes ordinaires une vie fi précieufe ; nous ne
cefferons de demander à Dieu cette faveur , &
nous le prierons , Monfeigneur , de nous l'accorder
aux dépens même de nos jours .
Le Prince de Montauban , le Duc de Richelieu,
le Duc de Retz & le Marquis de Beringhen ont
été faits Chevaliers de Saint Louis dans une promotion
particuliere que le Roi a faire depuis peu.
M. Henaut de Montigny , Ancien Officier
d'Artillerie , vient d'être nommé à la place de
Lieutenant General Commandant l'Artillerie en
Bretagne , vacante par le decès de M. de Boifricher.
Y IG
MAR S. 1730. 601
Le premier Mars , il y eut un Concert François
au Château des Thuilleries ; on y chanta la
Cantate de Bacchus par M.Burette ; la Dle Petitpas
chanta un Air Italien qui fit beaucoup de
plaifir,& on finit par un Motet de M. de Lalande.
Le même Concert a continué le 8. & le 15. du .
même mois.
Le 25. jour de la Fête de l'Annonciation de la
Vierge , il y eut Concert fpirituel , on y chanta
le Magnificat , Motet de M. du Bouffet ; la Dile
Le Maure chanta feule un petit Motet du même
Auteur qui fut très- applaudi. Le Sr Mayffonaffe,
nouveau Muficien Haute- Conte , chanta pour
la premiere fois feul un Motet qui fit plaifir . Le
Concert fut terminé par le Confitemini , Moter
de M. de Lalande , qui fut très- bien executé.
& dans lequel les Des Erremens , Le Maure &
Petitpas , chanterent differens Recits. Le même
Concert fpirituel doit continuer juſques & compris
le Dimanche de Quasimodo.
Le premier de ce mois , M. Deftouches , Sur-
Intendant de la Mufique du Roi , fit chanter devant
la Reine,aux grands Appartemens, la feconde .
Entrée du Ballet des Elemens , intitulée L'Eau..
La Dlle Erremens chanta le Rôle de Leucofie
& le Sr Guedon , celui d'Arion . Ce Concert fut
terminé par la Cantate de La Mufette , de M..
Clerambaut , chantée par la Dlle Le Maure ..
Le 6. on chanta le troifiéme Acte du même
Ballet ; le Rôle d'Emilie fut chanté par la D lie
Erremens , & celui de Valere par le Sr Dangerville
; i
; ils firent tous les deux beaucoup de plaifir.
Le 8. on executa le dernier Acte , le Rôle de
Pomone fut chanté avec de grands applaudiffe-,
mens par la Dle Le Maure , & les S's Guedon &
Chaffe executerent parfaitement bien ceux de
Hvj Vertumne & de Pan..
602 MERCURE DE FRANCE :
Le is on chanta le Prologue & le premier
Acte de l'Opera d'é qu'on continua le is . par
le fecond & le troiîîéme Acte.
Le 20. & le 22. on chanta le quatriéme & le
cinquiéme Acte du même Opera ; le Rôle d'iffé
fut executé avec fuccès par la Dlle Antier , à la
referve de la derniere Scene du cinquiéme Acte,.
qui fut chantée par la Dle Lenner dont le talent
pour le chant s'accroît tous les jours ; elle avoit.
chanté auparavant le Prologue avec un gout &.
une précifion qui lui attirerent des louanges infinies.
Ces deux Opera ont eu une execution parfaite
; la Reine a eu la bonté d'en marquer fa fatisfaction
à M. Deftouches qui en eft l'Auteur
Le 8. la Lotterie pour le remboursement des
Rentes de l'Hôtel de Ville fut tirée en préfence
du Prevôt des Marchands & des Echevins en la
maniere accoutumée. Le fonds de ce mois s'eft:
trouvé monter à la fomme de 1345062. livres ,.
laquelle a été diftribuée aux Rentiers pour les
Lots qui leur font échus , conformément à la
Lifte generale qui en a été rendue publique.
Le 9. de ce mois on celébra au College Maza-
*in l'Anniverſaire du Cardinal de cu zom , Fondateur
, avec les cerémonies ordinaires ; la Grand'
Meffe fut celebrée par le Grand- Maître , & chantée
par les Ecclefiaftiques du College. Plufieurs
perfonnes de diftinction fe trouverent à co Service.
Le Cardinal de Biffy partit de Paris le 3. de ce
mois pour aller à Rome , & entrer au Conclave
pour l'élection d'un nouveau Pape. Le Cardinal
de Rohan partit le 12. pour le même ſujet.
Le 14. Mars , M. Hallot , Chanoine de l'Eglife
Collegiale du S. Sepulchre de Caën , Profeffeur
Royal d'Eloquence , & Ancien Recteur de
Université , prononça un Difcours public fur la
Naillance
MARS. 1730.
60%
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin , dans la
grande Ecole des Arts , où affifterent M. l'Evê
que de Bayeux & M. de Vaſtan , Intendant de la
Generalité de Caën , avec un grand nombre de
perfonnes de diftinction. Le Difcours fut trèsapplaudi.
Le 17. du mois dernier , M. Lemau de Lajaiffe,
Ancien Officier de la Maifon d'Orleans , & dans
POrdre de S. Lazare , préſenta au Roi une Carte
Generale de la Monarchie & du Militaire de
France , Ancien & Moderne , dont S.. M. parut
très-fatisfaite. C'eft un Ouvrage qu'on pourra
regarder comme unique dans fon efpece &
qui paroît auffi utile & agréable qu'il eft immenfe
; on le grave actuellement avec privilege ;
nous en parlerons plus au long.
>
M. le Pelletier des Forts ayant demandé au Roi
la permiffion de remettre la Charge de Controôleur
General des Finances , S. M. a nommé pour
le remplacer M. Orry , Intendant de Lifle. Le
Roi a donné l'Intendance de Lifle à M. de Granville
, qui étoit Intendant d'Auvergne, & celle- ci
à M. Trudaine , Maître des Requêtes.
Les Députés des Etats d'Artois eurent audience
du Roi , le 19. préfentés par le Prince Charles
de Lorraine , Gouverneur de la Province , &
par M. d'Angervilliers , Miniftre & Secretaire
d'Etat ; ils y furent conduits en la maniere accoutumee
par le Marquis de Dreux , Grand-Maî
tre des Cerémonies , & par M. Defgranges
Maître des Cerémonies. La Députation étoit
compofée de l'Abbé Boiflot , Abbé de Rozieres ,
Grand-Vicaire & Premier Archidiacre du Diocèfe
d'Arras , qui porta la parole , pour le Clergé
, du Comte d'Henu , pour la Nobleffe , & de
M. Goudemez , Avocat & Ancien Echevin de la
Ville d'Arras , pour le Tiers -Etat.
On
604 MERCURE DE FRANCE.
On fera peut- être bien aife de fçavoir que
Charles Houllier , Chaircuitier , à l'Aport de
Paris , attenant la Pantoufle , vend du bon
boudin de S. Germain , de gros cervelas pour
porter en campagne , des langues de moutons
fourrées , de veritables pieds à la Sainte Menoul
, du vrai Jambon de Mayence.
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Résumé : « Le premier du mois dernier, la Maison de Navarre présenta un cierge au Cardinal de Fleuri [...] »
En mars, plusieurs événements marquants ont eu lieu. Le 1er mars, la Maison de Navarre a offert un cierge au Cardinal de Fleury, supérieur de la Maison, et M. Choplet, coadjuteur du Grand-Maître, a renouvelé les marques de respect et de soumission envers le Cardinal. Le texte met en avant les qualités du Cardinal, telles que sa piété sincère, son zèle pour la gloire du Seigneur, son désintéressement, sa vigilance pour la conservation de la personne sacrée du roi, et son attention à la félicité des peuples. Sa droiture lui a valu la confiance des têtes couronnées et le respect des grands. Plusieurs événements culturels et religieux ont également marqué ce mois. Le 1er mars, un concert français a été donné au Château des Tuileries, avec des performances de la cantate de Bacchus par M. Burette et des airs italiens par la demoiselle Petitpas. Le 25 mars, pour la fête de l'Annonciation de la Vierge, des concerts spirituels ont été organisés, avec des motets de M. du Bouffet et M. de Lalande. Des nominations et promotions ont été annoncées, notamment celles du Prince de Montauban, du Duc de Richelieu, du Duc de Retz et du Marquis de Beringhen, faits Chevaliers de Saint Louis. M. Henaut de Montigny a été nommé Lieutenant Général Commandant l'Artillerie en Bretagne. Le 8 mars, la lotterie pour le remboursement des rentes de l'Hôtel de Ville a été tirée en présence du Prévôt des Marchands et des Échevins, avec un fonds de 1 345 062 livres distribuées aux rentiers. Le 9 mars, l'anniversaire du Cardinal de Noailles a été célébré au Collège Mazarin. Les Cardinaux de Bissy et de Rohan sont partis pour Rome afin de participer à l'élection d'un nouveau Pape. Le 14 mars, M. Hallot a prononcé un discours public pour la naissance du Dauphin à l'École des Arts. M. Lemau de Lajaiffe a présenté au roi une carte générale de la monarchie et du militaire de France, ancienne et moderne, qui a été bien accueillie. Des changements dans les charges administratives ont également été annoncés, notamment la nomination de M. Orry comme Contrôleur Général des Finances et de M. de Granville comme Intendant de Lille. Les députés des États d'Artois ont eu audience auprès du roi, présentés par le Prince Charles de Lorraine et M. d'Angervilliers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5059
p. 174-179
Dons du Roy, [titre d'après la table]
Début :
Le Roy a donné l'Evêché de Troyes à M. l'Abbé Bossuet, [...]
Mots clefs :
Roi, Cérémonies, Marquis, Abbé, Gardes du corps
5060
p. 162-167
De Londres, le 8. Juillet.
Début :
L'on accusa Jacques d'Ormont à la Chambre Basse, les [...]
Mots clefs :
Trahison, Duc d'Ormond, Chambre basse, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres, le 8. Juillet.
De Londres,le 8. Juillet.
L'on accusa Jacques d'Or.
mont à la Chambre Basse, les
débats des Partis furent vifs,
pendant onze heures, & durerent
depuis midy jusqu'à dix
heuresdu soir.PlusieursWighs
se déclarerent pour luy. Le General
Homlay en fit de grands
éloges, son discours roula sur
la valeur & les occasions où il
aétéblesse, & sur ses grandes
& magnifiques dépenses
,
&
bien d'autres firent son Panegytique,
sur tout le Chevalier
Portrait.
Le Chevalier Mer tourna
à l'avis contraire, le jugeant
criminel de haute trahison,
grandes altercations pour le
rabattre à haute malversation
ou non,la negative l'emporta
de 234. voix contre 187. &
l'on dressa les articles d'accusation
de haute trahison contre
Jacques d'Ormont.
Les Laquais burent hautement
pendant la séance à la
fanté du Ducd'Ormont & de
Georges, & non pas du Roy
Georges. On en prit quelquesuns.
Dans leComté de Lancastre
l'on y ruine routes les Eglises,
:& le peuple fait contribuer
par tout,& sur tout les Wighs
-que l'on saccage dés qu'ils ne
payent pas la contribution,
malgré quatre Regimens qu'-
on y a envoyez, sur tout à
Manchester. Qautre ou cinq
des Membres de la Chambre
allerent à Richemont donner
avis au Duc d'Ormont de ce
qui s'étoit passé dans la Chambre
Basse ,y étant un peu incommodé.
Konisec arriva peu de jours
a près Cadogan, pour ce qui
regarde laBarriere.
L'on opina le 3. sur l'accusarion
du Comte de Strafort,
accusé de haute trahison ou
de haute malver sation, la délibération
tournaen sa faveur, ileût268. voix pour luy contre
100. La ChambreBassea
remis les autres accusations à
huitaine, prétendantporter
celles de ces quatre , environ
ce tems là
,
à la Chambre des
Seigneurs.
La populace n'étoit point
assemblée pendant les séances
dernieres par le bon ordre
qu'on y avoit donné.
L'on a remis l'accusation du
Comte d'Oxford
, & du Vicomte
de BullinbrocK au 19.
Le parry de la Cour est fort
embarrassé sur les malheurs
qu'une telle poursuite peut
entraîner, n'ayant pas les pieces
originales pour pouvoir
faire le procès à ces Seigneurs
avec quelqu'apparence de justice,
de maniere qu'on seflatte
que le Roy Georges cherchera
à suspendre la fureur des
Wighs pour sa seuretéparticuliere
, & pour prévenir les
revolutions funestes qui tourneroient
contre luy si l'onvenoit
à couper des têtes si cbcà
res à tout le Royaume.
Le Duc d'Ormont est allé
dans un Château d'un de ses
parens prés de Wintford
,
il
tient toujours ferme malgré le
conseil de quelqu'uns de ses
amis qui le pressent des'absenter,
ce qu'il refuse de faire, disant
qu'il se declareroit coupable
par là, & fc sentant d'ailleurs
asseuré d'un grand parti
& de son innocence.
L'on accusa Jacques d'Or.
mont à la Chambre Basse, les
débats des Partis furent vifs,
pendant onze heures, & durerent
depuis midy jusqu'à dix
heuresdu soir.PlusieursWighs
se déclarerent pour luy. Le General
Homlay en fit de grands
éloges, son discours roula sur
la valeur & les occasions où il
aétéblesse, & sur ses grandes
& magnifiques dépenses
,
&
bien d'autres firent son Panegytique,
sur tout le Chevalier
Portrait.
Le Chevalier Mer tourna
à l'avis contraire, le jugeant
criminel de haute trahison,
grandes altercations pour le
rabattre à haute malversation
ou non,la negative l'emporta
de 234. voix contre 187. &
l'on dressa les articles d'accusation
de haute trahison contre
Jacques d'Ormont.
Les Laquais burent hautement
pendant la séance à la
fanté du Ducd'Ormont & de
Georges, & non pas du Roy
Georges. On en prit quelquesuns.
Dans leComté de Lancastre
l'on y ruine routes les Eglises,
:& le peuple fait contribuer
par tout,& sur tout les Wighs
-que l'on saccage dés qu'ils ne
payent pas la contribution,
malgré quatre Regimens qu'-
on y a envoyez, sur tout à
Manchester. Qautre ou cinq
des Membres de la Chambre
allerent à Richemont donner
avis au Duc d'Ormont de ce
qui s'étoit passé dans la Chambre
Basse ,y étant un peu incommodé.
Konisec arriva peu de jours
a près Cadogan, pour ce qui
regarde laBarriere.
L'on opina le 3. sur l'accusarion
du Comte de Strafort,
accusé de haute trahison ou
de haute malver sation, la délibération
tournaen sa faveur, ileût268. voix pour luy contre
100. La ChambreBassea
remis les autres accusations à
huitaine, prétendantporter
celles de ces quatre , environ
ce tems là
,
à la Chambre des
Seigneurs.
La populace n'étoit point
assemblée pendant les séances
dernieres par le bon ordre
qu'on y avoit donné.
L'on a remis l'accusation du
Comte d'Oxford
, & du Vicomte
de BullinbrocK au 19.
Le parry de la Cour est fort
embarrassé sur les malheurs
qu'une telle poursuite peut
entraîner, n'ayant pas les pieces
originales pour pouvoir
faire le procès à ces Seigneurs
avec quelqu'apparence de justice,
de maniere qu'on seflatte
que le Roy Georges cherchera
à suspendre la fureur des
Wighs pour sa seuretéparticuliere
, & pour prévenir les
revolutions funestes qui tourneroient
contre luy si l'onvenoit
à couper des têtes si cbcà
res à tout le Royaume.
Le Duc d'Ormont est allé
dans un Château d'un de ses
parens prés de Wintford
,
il
tient toujours ferme malgré le
conseil de quelqu'uns de ses
amis qui le pressent des'absenter,
ce qu'il refuse de faire, disant
qu'il se declareroit coupable
par là, & fc sentant d'ailleurs
asseuré d'un grand parti
& de son innocence.
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5061
p. 165-172
REMARQUES de M....... de la Société littéraire d'Arras, sur quelques points de prononciation & d'ortographe.
Début :
Il est surprenant que lorsqu'on a publié de nouveau dans les Opuscules sur la [...]
Mots clefs :
Société littéraire d'Arras, Prononciation, Grammaire, Orthographe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES de M....... de la Société littéraire d'Arras, sur quelques points de prononciation & d'ortographe.
REMARQUES de M....... de la
Société littéraire d'Arras , fur quelques
points de prononciation & d'ortographe.
Left furprenant que lorfqu'on a publié
de nouveau dans les Opufcules fur la
langue Françoife , les Effais de grammaire
de feu M. l'Abbé de Dangeau , on air
obmis de rectifier , par quelques notes ,
plufieurs endroits de cet ouvrage eſtimable
, dans lesquels on ne trouve pas toute
l'exactitude poffible . Je vais tâcher d'y fuppléer
, du moins par rapport aux articles
qui regardent la prononciation .
L'Abbé de Dangeau enfeigne ( pages 10
& 12 des Opufcules ) qu'outre le fon qui
répond à la lettre o , nous avons un fon
plus fourd repréfenté par la fauffe diphtongue
au. Suivant la maniere dont cette diftinction
eft annoncée , il femble que le fon
• , quand il eft clair , foit toujours exprimé
paro ; & que ce ſon , lorsqu'il est fourd ,
foit toujours rendu par an. Quoique cela
arrive ordinairement , il y a bien des exemples
du contraire : au eft clair & bref dans
chapeau , autorité , &c. & a eft fourd &
long dans globe , foffe , tome , &c,
166 MERCURE DE FRANCE.
Page 13. Selon l'Abbé de D. les mots
berger & leger font une rime normande .
Il est vrai que de fon tems on prononçoit
la feconde fyllabe de léger avec un e ouvert
; mais à préfent la plupart font cet e
fermé , & léger rime très -bien avec berger.
Pages 13 , 38 & autres , l'Auteur , en
difant que le fon de la voyelle finale eft .
une ouvert dans exprès & amer , dans j'irois
& il alloit , ne fait point affez connoître
la différence qu'il y a entre l'e fimplement
ouvert & l'e très - ouvert .
Page 15. Notre e muet , dit l'Abbé de
D. ne fe trouve ni dans le Latin , ni
dans l'Efpagnol , ni dans l'Italien « . Le
fon dont il s'agit n'eft pas exprimé dans
l'ortographe de ces langues : il n'y eft marqué
par aucun caractere ; mais il n'y exiſte
pas moins dans la prononciation , car on
ne fçauroit prononcer une confonne finale
fans faire entendre à fa fuite un fon obfeur
& fourd , qui eft celui de l'e muet ou
féminin : tel & telle fe prononcent à peu
près de même .
Page 17. En traitant de nos voyelles
nazales an , en , in , on , un , l'auteur avance
qu'on pourroit les appeller esclavones , pare
ce que les peuples qui parlent cette langue
ont des caracteres particuliers pour les exprimer.
M. l'Abbé Antonini convient ,
JANVIER. 1755. 167
dans fa Grammaire Françoife , que ces peu,
ples mettent quelquefois une efpéce de
cédille au-deffous de l'e , pour marquer la
fuppreffion de l'n fuivante ; mais il penfe
que cette cédille ne fert pas plus à defigner
un fon nazal que le tiret dont nous fai
fions autrefois ufage pour indiquer auffi le
retranchement de l'n ou de l'm . Le moyen
d'éclaircir la question eft de voir fi la cédille
de la langue esclavone s'employe ou
ne s'employe pas quand l'n dont elle tient
lieu fait fa fonction de confonne , comme
dans les mots françois venez , finiffez , où
cette lettre ne marque point la nazalité du
fon qui la précéde. >
Page 21. L'Abbé de D. dit que pour
éviter le bâillement qui fe trouye entre les
deux derniers mots de ce vers de Quinault
,
Ah! j'attendrai long- tems ; la nuit eft loin encore.
les Muficiens ont recours à différens expédiens
dont l'un eft de mettre un petit g
après loin , & de prononcer la nuit eft loing
encore. Je ne fçai fi cette prononciation
pouvoit être fupportable il y a cinquante
ans , mais elle feroit aujourd'hui bien ridicule
,
Page 35. L'Auteur prétend qu'il y a dans
le mot entier une diphtongue compofée
168 MERCURE DE FRANCE.
de l'i & de l'e ouvert. On y met préfentement
un e fermé auffi bien que dans les
autres adjectifs en ier , excepté fier & altier
; & on ne prononce pas ordinairement
I'r de tous ces adjectifs , qui fe prononçoit
au commencement de ce fiécle , s'il
faut en croire l'Abbé Regnier Deſmarais ,
dont la Grammaire parut en 1706.
Page 48. Après avoir expofé ce qui diftingue
les confonnes foibles , qui font b ,
v , d , g , z , j , d'avec les fortes , qui font
P , f, t , k , s , ch , l'Abbé de D. s'exprime
il Y
ainfi .
ور
b
Que fi dans quelque mot propre
a pour finale un ou un d , comme dans
» Aminadab , ou David , on prononcera
» naturellement Davit , Aminadap ; & fi
» l'on veut s'efforcer à prononcer le d & le
» b , on prononcera
néceffairement
un petit
» e feminin , pour donner lieu à la pleine
prononciation du b & du d , qui , comme
j'ai dit , ne peuvent être finales.
»
Il me femble qu'on prononce naturellement
& aifément Aminadab & David comme
ils font écrits. Si nos organes , en faifant
fonner le bou le dà la fin de ces mots ,
y ajoutent néceffairement un e feminin , ils
l'ajoutent certainement auffi après le p & le
t, & toute autre confonne finale , ainfi que
je l'ai déja remarqué,
Page
JANVIER. 1753 . 189
Page 85. Suivant ce que dit l'Auteur ,
la lettre double ch fe prononce comme un
k dans Acheron. L'ufage me paroît maintenant
partagé fur ce point : j'ai entendu
prononcer Akéron à l'Opéra , & Acheron
à la Comédie Françoiſe.
Page 96. L'Abbé de D. blâme ceux qui
au lieu de prononcer a - yant , a-yez , prononcent
eyant , eyez , comme fi l'y tenoit
dans ces mots la place de deux i. La prononciation
de l'a s'eft confervée dans aïant ;
mais je crois qu'on prononce affez généralement
erez , & non aïez.
g Page 101. Sur la prononciation du
» dur & du c dur ou du k , il faut remar-
» quer qu'en François devant les e fermés ,
» lese ouverts & la voyelle eu , on pro-
» nonce ces deux confonnes un peu mouil-
» lées , & comme s'il y avoit un petit i . On
» prononce guérir , comme s'il y avoitguié-
» rtr ; rigueur , comme s'il avoit riguieur ;
queftion , comme s'il y avoit quicftion
» vainqueur , comme s'il y avoit vainquieur.
J'ignore fi la prononciation a varié fur
cet article depuis que l'Abbé de D. compofa
ces Effais ; mais mon oreille n'a jamais
fenti l'addition du fon de l'i dans les
mots qui font l'objet de fa réflexion.
"
Cet Abbé eft d'avis qu'il faut prononcer
par uni nazal & non par ain , les mots
H
170 MERCURE DE FRANCE.
qui commencent par la négative in , comme
ingrat , infidéle . C'eft auffi le fentiment
du P. Buffier & de l'Abbé Girard ; mais
M. Reftaut affûre le contraire , ainſi que
M. Duclos , dans fes Remarques fur la
Grammaire générale & raisonnée , dont il a
donné depuis peu une nouvelle édition ;
& il ſe rencontre une oppofition finguliere
dans les termes dont le P. Buffier & M.
Duclos fe fervent à ce fujer.
Prononcez infini , imprudent , dit le premier
, & non pas ènfini , èmprudent , comme
fait le peuple de Paris. Il répete la
même décifion dans un autre endroit , en
joignant quelques beaux efprits de province
à ces bourgeois de Paris , qui , felon
lui , alterent la bonne prononciation .
D'un autre côté , M. Duclos penfe que
l'i nazal eſt un fon provincial qui n'eſt
d'ufage ni à la Cour , ni à la Ville. » Ileft
» vrai , ajoute- t-il , que l'i nazal s'eft in-
» troduit au théâtre ; mais il n'en eft pas
» moins vicieux , puifqu'il n'eft pas autorifé
par le bon u fage , auquel le théâtre
eft obligé de fe conformer , comme la
chaire & le barreau .
L'opinion de M. Duclos me paroît juſtifiée
par l'ufage actuel , fi ce n'eft à l'égard
du chant , où l'on employe communément
le fon de l'i nazal , dans le cas dont
il s'agit ici .
JANVIER . 1755. 171
M. Duclos, dans fon édition de la Grammaire
générale & raisonnée , a laiffé l'ortographe
commune dans le texte du livre ,
parce qu'il ne s'eft pas cru en droit d'y rien
changer ; mais agiffant avec plus de liberté
dans les Remarques , qui étoient fon propre
ouvrage , il y a donné le précepte &
l'exemple d'une ortographe plus analogue
à la prononciation.
Un de nos Journaliſtes , en rendant
compte de cette production de M. Duclos,
fi précieufe à beaucoup d'égards , a apporté
de fort bonnes raifons pour maintenir
l'ortographe ordinaire ; mais parmi ces
raifons il lui en eft échappé une qui ne
me paroît pas fans replique : » Si l'on
établit , dit ce Journaliſte , qu'il faut
» écrire comme l'on parle , toutes les pro-
» vinces du Royaume écriront autrement
qu'on n'écrira à Paris , puifqu'elles par-
» lent autrement. » Ne pourroit - on pas
dire au contraire , que s'il y avoit un motif
affez fort pour exciter à réformer l'ortographe
, ce feroit cette diverfité même
de prononciation dans les différentes provinces
? Car le but des amateurs de la
réforme ne fçauroit être d'autorifer chaque
particulier à écrire comme il parle : ils
veulent fans doute qu'une nouvelle ortographe
, adoptée par l'Académie Françoiſe,
39
Hij
172 MERCURE
DE FRANCE
.
& par les bons auteurs qui vivent à Paris
ou à la Cour , fixe la vraie prononciation
,
& l'enſeigne aux habitans des provinces
'qui ont une prononciation
défectueufe.
Sans toucher au fond de l'ortographe , il
feroit peut-être affez à propos d'y introduire
encore quelques changemens peu
effentiels , & de la nature de ceux que l'Académie
a légitimés dans la nouvelle édition
de fon Dictionnaire , tels que le chanla
gement de l'y en i à la fin des mots ,
fuppreffion de plufieurs confonnes muettes
, &c. Mais on doit bien fe garder d'écrire
éxélent , éxeption , au lieu d'excellent ,
exception ; car l'x n'a dans ces mots que
la valeur d'un kou d'un c dur , & il y occafionneroit
une équivoque , s'il n'étoit
fuivi d'un c . Une telle nouveauté , outre
l'atteinte qu'elle porteroit à l'étymologie ,
induiroit à prononcer éxéllent , éxeption ,
par gz, comme on prononce éxamen , éxem-
-ple , exorde , & tous les autres mots qui
commencent par ex , fuivis immédiatement
d'une voyelle,
Société littéraire d'Arras , fur quelques
points de prononciation & d'ortographe.
Left furprenant que lorfqu'on a publié
de nouveau dans les Opufcules fur la
langue Françoife , les Effais de grammaire
de feu M. l'Abbé de Dangeau , on air
obmis de rectifier , par quelques notes ,
plufieurs endroits de cet ouvrage eſtimable
, dans lesquels on ne trouve pas toute
l'exactitude poffible . Je vais tâcher d'y fuppléer
, du moins par rapport aux articles
qui regardent la prononciation .
L'Abbé de Dangeau enfeigne ( pages 10
& 12 des Opufcules ) qu'outre le fon qui
répond à la lettre o , nous avons un fon
plus fourd repréfenté par la fauffe diphtongue
au. Suivant la maniere dont cette diftinction
eft annoncée , il femble que le fon
• , quand il eft clair , foit toujours exprimé
paro ; & que ce ſon , lorsqu'il est fourd ,
foit toujours rendu par an. Quoique cela
arrive ordinairement , il y a bien des exemples
du contraire : au eft clair & bref dans
chapeau , autorité , &c. & a eft fourd &
long dans globe , foffe , tome , &c,
166 MERCURE DE FRANCE.
Page 13. Selon l'Abbé de D. les mots
berger & leger font une rime normande .
Il est vrai que de fon tems on prononçoit
la feconde fyllabe de léger avec un e ouvert
; mais à préfent la plupart font cet e
fermé , & léger rime très -bien avec berger.
Pages 13 , 38 & autres , l'Auteur , en
difant que le fon de la voyelle finale eft .
une ouvert dans exprès & amer , dans j'irois
& il alloit , ne fait point affez connoître
la différence qu'il y a entre l'e fimplement
ouvert & l'e très - ouvert .
Page 15. Notre e muet , dit l'Abbé de
D. ne fe trouve ni dans le Latin , ni
dans l'Efpagnol , ni dans l'Italien « . Le
fon dont il s'agit n'eft pas exprimé dans
l'ortographe de ces langues : il n'y eft marqué
par aucun caractere ; mais il n'y exiſte
pas moins dans la prononciation , car on
ne fçauroit prononcer une confonne finale
fans faire entendre à fa fuite un fon obfeur
& fourd , qui eft celui de l'e muet ou
féminin : tel & telle fe prononcent à peu
près de même .
Page 17. En traitant de nos voyelles
nazales an , en , in , on , un , l'auteur avance
qu'on pourroit les appeller esclavones , pare
ce que les peuples qui parlent cette langue
ont des caracteres particuliers pour les exprimer.
M. l'Abbé Antonini convient ,
JANVIER. 1755. 167
dans fa Grammaire Françoife , que ces peu,
ples mettent quelquefois une efpéce de
cédille au-deffous de l'e , pour marquer la
fuppreffion de l'n fuivante ; mais il penfe
que cette cédille ne fert pas plus à defigner
un fon nazal que le tiret dont nous fai
fions autrefois ufage pour indiquer auffi le
retranchement de l'n ou de l'm . Le moyen
d'éclaircir la question eft de voir fi la cédille
de la langue esclavone s'employe ou
ne s'employe pas quand l'n dont elle tient
lieu fait fa fonction de confonne , comme
dans les mots françois venez , finiffez , où
cette lettre ne marque point la nazalité du
fon qui la précéde. >
Page 21. L'Abbé de D. dit que pour
éviter le bâillement qui fe trouye entre les
deux derniers mots de ce vers de Quinault
,
Ah! j'attendrai long- tems ; la nuit eft loin encore.
les Muficiens ont recours à différens expédiens
dont l'un eft de mettre un petit g
après loin , & de prononcer la nuit eft loing
encore. Je ne fçai fi cette prononciation
pouvoit être fupportable il y a cinquante
ans , mais elle feroit aujourd'hui bien ridicule
,
Page 35. L'Auteur prétend qu'il y a dans
le mot entier une diphtongue compofée
168 MERCURE DE FRANCE.
de l'i & de l'e ouvert. On y met préfentement
un e fermé auffi bien que dans les
autres adjectifs en ier , excepté fier & altier
; & on ne prononce pas ordinairement
I'r de tous ces adjectifs , qui fe prononçoit
au commencement de ce fiécle , s'il
faut en croire l'Abbé Regnier Deſmarais ,
dont la Grammaire parut en 1706.
Page 48. Après avoir expofé ce qui diftingue
les confonnes foibles , qui font b ,
v , d , g , z , j , d'avec les fortes , qui font
P , f, t , k , s , ch , l'Abbé de D. s'exprime
il Y
ainfi .
ور
b
Que fi dans quelque mot propre
a pour finale un ou un d , comme dans
» Aminadab , ou David , on prononcera
» naturellement Davit , Aminadap ; & fi
» l'on veut s'efforcer à prononcer le d & le
» b , on prononcera
néceffairement
un petit
» e feminin , pour donner lieu à la pleine
prononciation du b & du d , qui , comme
j'ai dit , ne peuvent être finales.
»
Il me femble qu'on prononce naturellement
& aifément Aminadab & David comme
ils font écrits. Si nos organes , en faifant
fonner le bou le dà la fin de ces mots ,
y ajoutent néceffairement un e feminin , ils
l'ajoutent certainement auffi après le p & le
t, & toute autre confonne finale , ainfi que
je l'ai déja remarqué,
Page
JANVIER. 1753 . 189
Page 85. Suivant ce que dit l'Auteur ,
la lettre double ch fe prononce comme un
k dans Acheron. L'ufage me paroît maintenant
partagé fur ce point : j'ai entendu
prononcer Akéron à l'Opéra , & Acheron
à la Comédie Françoiſe.
Page 96. L'Abbé de D. blâme ceux qui
au lieu de prononcer a - yant , a-yez , prononcent
eyant , eyez , comme fi l'y tenoit
dans ces mots la place de deux i. La prononciation
de l'a s'eft confervée dans aïant ;
mais je crois qu'on prononce affez généralement
erez , & non aïez.
g Page 101. Sur la prononciation du
» dur & du c dur ou du k , il faut remar-
» quer qu'en François devant les e fermés ,
» lese ouverts & la voyelle eu , on pro-
» nonce ces deux confonnes un peu mouil-
» lées , & comme s'il y avoit un petit i . On
» prononce guérir , comme s'il y avoitguié-
» rtr ; rigueur , comme s'il avoit riguieur ;
queftion , comme s'il y avoit quicftion
» vainqueur , comme s'il y avoit vainquieur.
J'ignore fi la prononciation a varié fur
cet article depuis que l'Abbé de D. compofa
ces Effais ; mais mon oreille n'a jamais
fenti l'addition du fon de l'i dans les
mots qui font l'objet de fa réflexion.
"
Cet Abbé eft d'avis qu'il faut prononcer
par uni nazal & non par ain , les mots
H
170 MERCURE DE FRANCE.
qui commencent par la négative in , comme
ingrat , infidéle . C'eft auffi le fentiment
du P. Buffier & de l'Abbé Girard ; mais
M. Reftaut affûre le contraire , ainſi que
M. Duclos , dans fes Remarques fur la
Grammaire générale & raisonnée , dont il a
donné depuis peu une nouvelle édition ;
& il ſe rencontre une oppofition finguliere
dans les termes dont le P. Buffier & M.
Duclos fe fervent à ce fujer.
Prononcez infini , imprudent , dit le premier
, & non pas ènfini , èmprudent , comme
fait le peuple de Paris. Il répete la
même décifion dans un autre endroit , en
joignant quelques beaux efprits de province
à ces bourgeois de Paris , qui , felon
lui , alterent la bonne prononciation .
D'un autre côté , M. Duclos penfe que
l'i nazal eſt un fon provincial qui n'eſt
d'ufage ni à la Cour , ni à la Ville. » Ileft
» vrai , ajoute- t-il , que l'i nazal s'eft in-
» troduit au théâtre ; mais il n'en eft pas
» moins vicieux , puifqu'il n'eft pas autorifé
par le bon u fage , auquel le théâtre
eft obligé de fe conformer , comme la
chaire & le barreau .
L'opinion de M. Duclos me paroît juſtifiée
par l'ufage actuel , fi ce n'eft à l'égard
du chant , où l'on employe communément
le fon de l'i nazal , dans le cas dont
il s'agit ici .
JANVIER . 1755. 171
M. Duclos, dans fon édition de la Grammaire
générale & raisonnée , a laiffé l'ortographe
commune dans le texte du livre ,
parce qu'il ne s'eft pas cru en droit d'y rien
changer ; mais agiffant avec plus de liberté
dans les Remarques , qui étoient fon propre
ouvrage , il y a donné le précepte &
l'exemple d'une ortographe plus analogue
à la prononciation.
Un de nos Journaliſtes , en rendant
compte de cette production de M. Duclos,
fi précieufe à beaucoup d'égards , a apporté
de fort bonnes raifons pour maintenir
l'ortographe ordinaire ; mais parmi ces
raifons il lui en eft échappé une qui ne
me paroît pas fans replique : » Si l'on
établit , dit ce Journaliſte , qu'il faut
» écrire comme l'on parle , toutes les pro-
» vinces du Royaume écriront autrement
qu'on n'écrira à Paris , puifqu'elles par-
» lent autrement. » Ne pourroit - on pas
dire au contraire , que s'il y avoit un motif
affez fort pour exciter à réformer l'ortographe
, ce feroit cette diverfité même
de prononciation dans les différentes provinces
? Car le but des amateurs de la
réforme ne fçauroit être d'autorifer chaque
particulier à écrire comme il parle : ils
veulent fans doute qu'une nouvelle ortographe
, adoptée par l'Académie Françoiſe,
39
Hij
172 MERCURE
DE FRANCE
.
& par les bons auteurs qui vivent à Paris
ou à la Cour , fixe la vraie prononciation
,
& l'enſeigne aux habitans des provinces
'qui ont une prononciation
défectueufe.
Sans toucher au fond de l'ortographe , il
feroit peut-être affez à propos d'y introduire
encore quelques changemens peu
effentiels , & de la nature de ceux que l'Académie
a légitimés dans la nouvelle édition
de fon Dictionnaire , tels que le chanla
gement de l'y en i à la fin des mots ,
fuppreffion de plufieurs confonnes muettes
, &c. Mais on doit bien fe garder d'écrire
éxélent , éxeption , au lieu d'excellent ,
exception ; car l'x n'a dans ces mots que
la valeur d'un kou d'un c dur , & il y occafionneroit
une équivoque , s'il n'étoit
fuivi d'un c . Une telle nouveauté , outre
l'atteinte qu'elle porteroit à l'étymologie ,
induiroit à prononcer éxéllent , éxeption ,
par gz, comme on prononce éxamen , éxem-
-ple , exorde , & tous les autres mots qui
commencent par ex , fuivis immédiatement
d'une voyelle,
Fermer
Résumé : REMARQUES de M....... de la Société littéraire d'Arras, sur quelques points de prononciation & d'ortographe.
Le texte critique les ouvrages de grammaire de l'Abbé de Dangeau, publiés dans les *Opuscules sur la langue française*, en soulignant plusieurs inexactitudes concernant la prononciation et l'orthographe. L'auteur conteste notamment la distinction faite par l'Abbé de Dangeau entre les sons représentés par 'o' et 'au'. Il note que des mots comme 'chapeau' et 'autorité' ont un 'au' clair et bref, tandis que 'globe' et 'tome' ont un 'a' long et sourd. De plus, il mentionne que les mots 'berger' et 'léger' riment bien ensemble, contrairement à ce que prétend l'Abbé de Dangeau. Le texte aborde également la présence de l'e muet en français, qui n'est pas marqué dans l'orthographe du latin, de l'espagnol ou de l'italien, bien qu'il existe dans la prononciation. Il discute des voyelles nasales et de la prononciation des consonnes finales. L'auteur critique la prononciation de certains mots comme 'entier' et 'Aminadab', et examine les variations dans la prononciation des mots commençant par 'in'. Enfin, le texte traite de l'orthographe et de la nécessité de la réformer pour qu'elle reflète mieux la prononciation. Il souligne l'importance d'éviter les équivoques et de respecter l'étymologie des mots.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5062
p. 169-178
LETTRE de M. Pierre le Roi, Horloger, à M. l'Abbé Raynal, au sujet de la lettre de M. Godefroy, Horloger, du mois d'Octobre 1752, & de celle du mois de Mai 1753.
Début :
Monsieur, quoique j'aie eu lieu de me plaindre de la maniere dont M. Godefroy [...]
Mots clefs :
Montre, M. Godefroy, Construction, Lettre, Gageure, Temps, Académie, Montres, Cylindre, Public, Nouvelle, Paris, Question, Défi, Échappement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Pierre le Roi, Horloger, à M. l'Abbé Raynal, au sujet de la lettre de M. Godefroy, Horloger, du mois d'Octobre 1752, & de celle du mois de Mai 1753.
LETTRE de M. Pierre le Roi , Horloger, à
M. l'Abbé Raynal , au fujet de la lettre de
M. Godefroy , Horloger , du mois d'Octobre
1752 , de celle du mois de Mai 1753 .
M plaindre de la manière dont M. Godefroy
Onfieur , quoique j'aie eu lieu de me
m'a attaqué dans fa premiere lettre , & que par
là je fufle comme dans la néceffité de lui répon
dre pour montrer au Public le peu de fondement
de fes raifonnemens , & de tout ce qu'il a allégué
contre moi ; cependant occupé d'autres affaires ,
fçachant à peu près comment le Public en général
regarde ces fortes de difputes , & me fla- .
tant que dans le petit nombre de Lecteurs qui
voudroient bien prendre la peine d'examiner mon
mémoire & la lettre de M. Godefroy , les véritables
Juges n'auroient pas de peine à découvrir
qui de nous deux a raifon ; je m'étois déterminé
a garder le filence : mais comme dans fa lettre
inférée dans le Mercure de Mai , de l'an paffé , il
infifte de nouveau fur ce que ma montre n'a rien
de neuf , & qu'il en a vu , il y a plus de 30 ans ,
de la même conftruction plufieurs de M. Panier ,
j'ai cru que je ne pourrois m'empêcher de défabufer
le Public fur une allégation auffi fauffe &
auſſi contraire à la vérité ; j'ai cru même que je
H
170 MERCURE DE FRANCE.
.
le devois c'est ce qui m'engage aujourd'hui à
rompre le filence que je m'étois propofé de garder
, & à vous écrire , Monfieur , en vous priant
d'inférer ma lettre dans votre Journal , pour mon
trer par des preuves qui me paroiffent fans réplique
, que ma montre eft d'une conftruction
aufli nouvelle que je l'ai avancé. Je m'étois propofé
de le faire dès l'année paffée ; mais différentes
occupations & une fanté fort chancelante
m'en ont jufqu'ici empêché .
La conftruction de ma montre eft fi différente
de celle dont parle M. Godefroy , que j'aurois
pû le défier d'en montrer aucune de femblable ;
mais comme il auroit pû fe retrancher fur la
difficulté de le faire , en alléguant que des montres
de cette espece pourroient ne fe pas trouver
dans Paris , ou entre les mths des gens connus
j'ai cru que le plus fúr paid , le plus capable de
décider la queftion , étoit de s'adreffer aux anciens
Horlogers les plus expérimentés , afin de
fçavoir d'eux fi dans le grand nombre de montres
qui leur avoient paffé par les mains , ils n'en
avoient point vú de femblables à la mienne . Je
l'ai donc fait , & tous m'ont répondu qu'ils n'en
avoient point vú. J'ai fait plus , j'ai été chez M.
Panier ; je lui ai montré cette montre , en lui
demandant s'il en avoit fait ou s'il avoit connoif-
Lance qu'on en eût fait de pareilles : il m'a répondu
que non. Je les ai prié les uns & les autres de
me confirmer ce qu'ils me difoient par un certificat
; ils me l'ont donné fans balancer Vous
le trouverez à la fuite de cette lettre . Après des
preuves de ce genre , je ne crois pas qu'on puiffe
me contefter la nouveauté de conftruction de ma
montre. Pendant que j'y fuis , je ne puis m'empêcher
d'ajouter deux mots par rapport aux réAVRIL.
1754. 17
flexions que fait M. Godefroy fur la gageure faite à
Lisbonne au fujet de la prééminence des montres
Angloifes fur les montres Françoifes , & au défi
qu'il me propofe.
Il est bien dangereux de citer , quand on n'entend
pas bien ce qu'on cite . M. Godefroy nous
en donne une preuve. M. Senard mon neveu ,
dans fa lettre inférée dans le Mercure de Mars de
l'an paffé , cite , pour faire voir que ce qu'il rapporte
de cette gageure n'eft point un oui -dire , le
paffage de l'Hiftoire de l'Académie où il en eft
queftion : que répond à cela M. Godefroy ?
> dans les
Que M. le Roi , fils de M. Julien le Roi , dans
fon Mémoire contre M. Rivaz dit
que
éloges que l'Académie fait de beaucoup d'ouvrages
fes vies font auffi forvent d'encourager ceux qui
cultivent les Arts , que montrer la bonté de leurs
productions. Il oublie qu'il n'eft ici queftion , ni
Pencouragement , ni de louanges données à l'Auteur
, mais d'un fimple fait dont l'authenticité a
paru à l'Académie fi bien établie , qu'elle n'a pas
jugé indigne de fes faftes de l'y inferer , comme
un monument honorable à l'Horlogerie Françoife.
Pour répandre des doutes fur l'exiſtence de
cette gageure , & fur les fuites qu'elle a eu , il dit,
qu'il eft étonnant qu'une Hiftoire qui a reçu place
dans les Mémoires de l'Académie des Sciences n'ait
pas affez mérité d'égards , pour qu'on cite les noms
des parieurs . Auroit- il voulu P'Académie eût
que
chargé fon Hiftoire d'un procès- verbal détaillé ,
comme fi les fuites de cette gageure étoient d'une
nature incroyable , & n'étoient pas dans l'ordre
de ces chofes , qui pour être crues n'ont befoin
que de l'autorité d'une Compagnie auffi reſpectable
Le procédé de M. Godefroy , pour donner
lieu à ſon défi , a quelque chofe ici de bien fin-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
gulier ; on en jugera par l'anecdote fuivante. Il
feint d'ignorerque la gageure en question ait jamais
exifté : cependant il n'a pu oublier que dans le
tems que l'on me propofa de faire une montre pour
cette gageure , il fut un des premiers à qui j'en parlai
, il te chargea même de me faire une partie du
travail ; ce qui auroit eu lieu , fans un voyage
qu'il fit dans fon pays. Enfin , fi après tout ce que
je viens de dire il pouvoit refter des doutes dans
Pefprit de quelqu'un far l'existence de cette gageure
, & fur ce qu'il en refulta , il n'auroit qu'à
confulter le Mercure d'Avril de 1744 , il y
trouvera le nom & la qualité du François qui
étoit à la tête de cette gageure ; & celui d'une
perfonne fort connue du Public , encore
vivante , & que l'on pourra confulter , qui étoit
chargée de me folliciter pour l'exécution de la
montre que je faifois à cette occafion . M. Godefroy
fentant l'infuffifance de fes réponfes aux objections
de M. Senard contre l'échappement à cylindre
, finit par me propofer un défi : Il ne me
répondra plus , dit-il , que la lime à la main. C'eſt
la reffource de bien des gens qui manquent de
bonnes raifons. On fçait en général combien
d'obstacles empêchent que des épreuves comme,
celle qu'il propofe , n'avent lieu , & dans cette fécurité
on a toujours la reflource que c'eft un
moyen honnête pour fetirer d'affaire , & qui frappe
même des perfonnes qui étant peu inftruites ,
croyent qu'un homme qui parle fi hardiment ,
doit fe fentir bien affuré du fuccès . Cependant
les trois quarts du tems rien n'eft moins vrai , &
ils feroient très- embarraflés fi on les prenoit au
mot. Quoiqu'il en foit , M. Godefroy n'y a aflurément
pas penfé en me propofant ce défi . Quand
je l'accepterois , qu'en pourroit - il réfulter de
AVRIL. 1754. 173
nouveau ? Les fuites de la gageure dont j'ai déja
parlé , n'ont-elles pas fait voir qu'une montre
d'une conftruction femblable à celle qu'il me propofe
de mettre en parallele avec une des fiennes
à cylindre , a été auffi jufte que celle de M. Graham
, l'inventeur de cet échappement : Quand
même on fuppoferoit , ce qui n'eft pas , que M.
Godefroy a en Phyfique & en Méchanique les mê
mes connoiffances que M. Graham , il ne peut
refulter rien de nouveau de l'épreuve qu'il me
propofe , comme je l'ai avancé , fçachant , ainſi
que je l'ai déja dit , que mes montres dont il eft
ici queftion , vont auffi juile que les meilleures
montres à cylindre ; elle feroit donc inutile . De
plus cette épreuve ne feroit pas décifive , & n'auroit
aucun avantage pour moi ; car quand ma
montre iroit mieux que celle de M. Godefroy , je
n'en pourrois rien conclure de général contre l'échappement
à cylindre ; j'en pourrois conclure
feulement que mes montres vont mieux que celles
de cette efpece que fait M. Godefroy , & voilà
touts car fi j'allois plus loin , les Anglois ne
feroient - ils pas dans le cas de me demander de
quel droit ? Avons- nous , me diroient - ils , reconnu
M. Godefroy pour notre champion & l'avons
- nous chargé de la défenfe de l'échappement
à cylindre : Leur queftion feroit jufte , & je
n'aurois rien à y répondre ; car il faut convenir
que fi l'on n'obferve pas certaines proportions ,
que l'on ne prenne pas certaines mefures dans
l'exécution des parties d'une montre de telle ou
telle conftruction , elle pourra ne pas avoir toute
la jufteffe dont cette conftruction eft fufceptible.
Enfin , fi le défi de M. Godefroy regarde principalement
ma montre de la nouvelle conftruction ,
comme cela paroît devoit être , il auroit dû , an
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
lieu de fixer fix mois ou un an pour l'épreuve ch
question , mettre cinq ou fix ans ; car je lui déclare
que les montres de cette espece que je fais , peuvent
aller ce tems , & bien au- delà , en confervant
toujours leur jufteffe & fans avoir befoin d'Horloger;
ce qu'on ne peut affurément attendre des
montres à cylindre , quoiqu'elles aillent ( comme
j'en fuis convenu moi-même ) avec plus de précifion
dans les commencemens. Où trouvera-t- il
des Commiffaires affez patiens pour ſe charger
de voir aller deux montres pendant un pareil intervalle
de tems , & de juger par des obſervations
fuivies de leurs différens écarts ? Bien des gens
à ma place ajouteroient à tout cela que m'étant
mefuré avec M. Graham je pourrois me difpenfer
d'entrer en lice avec M. Godefroy , qui n'eft que
fon copiſte ; mais des motifs de cette efpece ne
pourroient point arrêter quelqu'un qui , je puis le
dire , a autant de zéle que moi pour la perfection
de fon art , s'il voyoit que d'un parcil combat il
en pût réfulter quelque chofe que ne nous ayent
pas déja appris l'expérience & le raiſonnement.
Il ne fuffit pas qu'une montre , pour être de bon
fervice , foit réguliere pendant fix mois ou un an ;
il faut qu'elle le foit fept ou huit ans s'il eft poffible
: c'eft le but que je me fuis propofé par cette
nouvelle conftruction , à quoi je me flate d'avoir
aflez bien réuffi , pour que dans les Provinces du
Royaume & dans les pays étrangers , on donne la
préférence aux montres de France ; car , par cette
conftruction , je mets l'échappement de la roue de
rencontre à l'abri de l'ufure , je rends le recul des
Toues plus facile , leur mouvement plus uniforme
& plus régulier ; je diminue dans le tems de leur
recul , la preffion de leurs pivots fur les parois de
leurs trous , ce qui rend ces mêmes trous moins
AVRIL. 1754- 175
fujers à s'ufer , & les pivots moins fujets à fe dépolir
, avantages qui ont été démontrés dans mon
mémoire du Mercure de Juin 1752 , & reconnus
de l'Académie Royale des Sciences , & des Horlogers
qui ont examiné cette conſtruction .
Encore un mot & je finis . M. Godefroy fait tous
fes efforts , dans fa feconde Lettre , pour interpréter
d'une maniere qui ne lui foit pas défavorable ,
ce qu'il a dit dans fa premiere au fujet de l'hor
logerie Angloife & Françoife. Il a raifon , car l'idéc
qu'on s'en forme d'abord n'eft pas propre à
lui attirer des remercimens de tout bon citoyen ;
bien au contraire , des reproches. Mais de quelque
façon qu'il s'y prenne , il aura de la peine à perfader
au public qu'il a rendu un grand ſervice à
la nation , en difant , contre toute vérité ,
que les
montres Angloifes faites il y a foixante ans , font
meilleures que celles que nous faifons aujourd'hui.
Si cela étoit & qu'il nous eut en effet rendu fervice
en parlant ainfi , il pourroit fe vanter de l'avoir
rendu en même tems aux Anglois ; car ces
derniers ne manquerent pas dans le tems ,
de publier
dans leur Gazette ce que nous venons de
rapporter ; & fans confidérer les motifs de M. Gedefroy
, & de quel poids étoit fon autorité dans
ces matieres , il leur a fuffi que ce diſcours partîc
d'un François , pour le regarder comme un hommage
de l'horlogerie Françoiſe à l'horlogerie Angloife
, & comme un aveu de la fupériorité de
celle- ci .
Si l'envie de foutenir des paradoxes qui s'eft
emparé de certains efprits , continue , on voudra
nous faire acroire à la fin , & le tout pour la gloire
de la nation , que nous ne poffédons ni les arts
de goût , ni les arts de jufteffe ( comme les appelle
le Revérend Pere Caftel , en parlant de l'horloge-
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
rie ) . Mais les vrais fages fe rient d'une pareille
entreprife , & n'en font pas moins portés à rendre
juftice aux talens des grands hommes que nous
avons dans ces différens arts .
Au refte , il n'en eft pas des arts qui font un
objet de commerce, comme des autres ; on peut par
rapport à ces derniers , foutenir en quelque façon
fans conféquence les propofitions les plus abfurdes.
Mais quant aux premiers on ne le peut ;
les fuites en font trop importantes.
Que M. Rouffeau prétende que nous n'avons
point de mufique , & que nos Muficiens n'y entendent
rien qu'il ait tort ou raifon , cela eft à peu
près égal au commerce de la nation : mais qu'on
foutienne que la théorie d'un art , de l'Horlogerie
, par exemple , eft peu connue en France , que
les montres qu'on y fait font fort inférieures à
celles de nos voifins , les Anglois , en portant par
là l'étranger à s'en fournir chez eux , on ôterois
à la France cette branche du commerce , & on
lui enleveroit trois ou quatre millions par an, objet
très important aux yeux de l'homme d'état.
Il eft tems de finir cette Lettre , Monfieur , qui
eft devenue plus longue que je ne penfois. Je ne
puis cependant le faire fans vous demander une
place dans vos prochains Journaux , pour une ample
réponse que M. Senard , mon neveu , a faite à
la derniere lettre de M. Godefroy.
J'ai l'honneur d'être , &c .
Nous , foufflignés , anciens Gardes - Vifiteurs de
la Communauté des Maîtres Horlogers de la ville
de Paris , ayant examiné une montre de M. Pierre
le Roi , l'un des anciens de ladite Communauté ,
conftruite d'une maniere particuliere , & telle ,
1° . Que les trois dernieres roues de cette montre
ont des pignons de fept , quoique cependant
1
A VRIL. 1754. 177
!
le nombre des roues ni des dents ne foit point augmenté.
2°. Que la roue de rencontre ( dont les dents
font d'une figure différente de l'ordinaire ) eft d´environ
un tiers plus grande qu'on ne les peut faire
dans les montres de la conftruction en ufage ; que
quoique la grande roue moyenne foit placée vers
la circonférence de la platine , cependant l'éguille
des heures & celle des minutes font menées de la
même maniere que celles des montres ordinaires,
à la réferve d'environ un quart de minute de jeu
que l'éguille des minutes a , laquelle eft fixe dans
les montres ordinaires . Cette obfervation ne mérite
pas d'attention en faveur des avantages qui
réfultent de cette conftruction .
Déclarons que cette montre nous a paru nouvelle
, & que nous n'avons aucune connoiffance
qu'on en ait fait de femblable avant lui ; d'ailleurs
la chofe fe trouvant confirmée par l'Académie
royale des Sciences ; vû fon certificat , en date du
2 Septembre 1751 , qui lui attribue la nouveauté
de cette montre , nous avons crû pouvoir certifier
le fait plus autentiquement : en foi de quor nous.
figné le préfent certificat. A Paris , le 6 Août 1753 .
Signé Igout , Fortin , Goret , Alexandre , le Mafurier
, Arfandaux , Jouard , Fieffé pere , Hervé,
"Nous , fouffignés , Jofué Panier , Maître Horlo
ger de la ville de Paris , ayant examiné une mon
tre de la façon de M. Pierre le Roi , Maître Horloger
de ladite Ville , conftruite d'une maniere particuliere
, & telle , 1 ° . Que les trois dernieres roues
de cette montre ont des pignons de fept , quoique
cependant le nombre des roues ni des dents
ne foit pas augmenté. 2 °. Que la grande roue
moyenne étant placée vers la circonférence de la
platine ; cependant l'éguille des heures & celle des
HW
178 MERCURE DE FRANCE.
minutes font menées de la même maniere que
celles des montres ordinaires. 3 ° . Que la roue de
rencontre ( dont les dents font d'une figure différente
de l'ordinaire ) eft d'environ un tiers plus
grande qu'on ne les peut faire dans lesdites montres
à l'ordinaire. Je déclare que je n'ai point fait
de femblable montre , & que je n'ai aucune connoiffance
que feu mon frere en ait faite , la conftruction
de cette montre m'ayant paru nouvelle :
je n'ai auffi aucune connoiffance qu'on en ait fait
avant mondit ficur Pierre le Roi . En foi de quoi
j'ai fait & figné ce préfent certificat . Fait à Paris ,
ce 29 Juillet 1753. Signé Jofué Panier.
M. l'Abbé Raynal , au fujet de la lettre de
M. Godefroy , Horloger , du mois d'Octobre
1752 , de celle du mois de Mai 1753 .
M plaindre de la manière dont M. Godefroy
Onfieur , quoique j'aie eu lieu de me
m'a attaqué dans fa premiere lettre , & que par
là je fufle comme dans la néceffité de lui répon
dre pour montrer au Public le peu de fondement
de fes raifonnemens , & de tout ce qu'il a allégué
contre moi ; cependant occupé d'autres affaires ,
fçachant à peu près comment le Public en général
regarde ces fortes de difputes , & me fla- .
tant que dans le petit nombre de Lecteurs qui
voudroient bien prendre la peine d'examiner mon
mémoire & la lettre de M. Godefroy , les véritables
Juges n'auroient pas de peine à découvrir
qui de nous deux a raifon ; je m'étois déterminé
a garder le filence : mais comme dans fa lettre
inférée dans le Mercure de Mai , de l'an paffé , il
infifte de nouveau fur ce que ma montre n'a rien
de neuf , & qu'il en a vu , il y a plus de 30 ans ,
de la même conftruction plufieurs de M. Panier ,
j'ai cru que je ne pourrois m'empêcher de défabufer
le Public fur une allégation auffi fauffe &
auſſi contraire à la vérité ; j'ai cru même que je
H
170 MERCURE DE FRANCE.
.
le devois c'est ce qui m'engage aujourd'hui à
rompre le filence que je m'étois propofé de garder
, & à vous écrire , Monfieur , en vous priant
d'inférer ma lettre dans votre Journal , pour mon
trer par des preuves qui me paroiffent fans réplique
, que ma montre eft d'une conftruction
aufli nouvelle que je l'ai avancé. Je m'étois propofé
de le faire dès l'année paffée ; mais différentes
occupations & une fanté fort chancelante
m'en ont jufqu'ici empêché .
La conftruction de ma montre eft fi différente
de celle dont parle M. Godefroy , que j'aurois
pû le défier d'en montrer aucune de femblable ;
mais comme il auroit pû fe retrancher fur la
difficulté de le faire , en alléguant que des montres
de cette espece pourroient ne fe pas trouver
dans Paris , ou entre les mths des gens connus
j'ai cru que le plus fúr paid , le plus capable de
décider la queftion , étoit de s'adreffer aux anciens
Horlogers les plus expérimentés , afin de
fçavoir d'eux fi dans le grand nombre de montres
qui leur avoient paffé par les mains , ils n'en
avoient point vú de femblables à la mienne . Je
l'ai donc fait , & tous m'ont répondu qu'ils n'en
avoient point vú. J'ai fait plus , j'ai été chez M.
Panier ; je lui ai montré cette montre , en lui
demandant s'il en avoit fait ou s'il avoit connoif-
Lance qu'on en eût fait de pareilles : il m'a répondu
que non. Je les ai prié les uns & les autres de
me confirmer ce qu'ils me difoient par un certificat
; ils me l'ont donné fans balancer Vous
le trouverez à la fuite de cette lettre . Après des
preuves de ce genre , je ne crois pas qu'on puiffe
me contefter la nouveauté de conftruction de ma
montre. Pendant que j'y fuis , je ne puis m'empêcher
d'ajouter deux mots par rapport aux réAVRIL.
1754. 17
flexions que fait M. Godefroy fur la gageure faite à
Lisbonne au fujet de la prééminence des montres
Angloifes fur les montres Françoifes , & au défi
qu'il me propofe.
Il est bien dangereux de citer , quand on n'entend
pas bien ce qu'on cite . M. Godefroy nous
en donne une preuve. M. Senard mon neveu ,
dans fa lettre inférée dans le Mercure de Mars de
l'an paffé , cite , pour faire voir que ce qu'il rapporte
de cette gageure n'eft point un oui -dire , le
paffage de l'Hiftoire de l'Académie où il en eft
queftion : que répond à cela M. Godefroy ?
> dans les
Que M. le Roi , fils de M. Julien le Roi , dans
fon Mémoire contre M. Rivaz dit
que
éloges que l'Académie fait de beaucoup d'ouvrages
fes vies font auffi forvent d'encourager ceux qui
cultivent les Arts , que montrer la bonté de leurs
productions. Il oublie qu'il n'eft ici queftion , ni
Pencouragement , ni de louanges données à l'Auteur
, mais d'un fimple fait dont l'authenticité a
paru à l'Académie fi bien établie , qu'elle n'a pas
jugé indigne de fes faftes de l'y inferer , comme
un monument honorable à l'Horlogerie Françoife.
Pour répandre des doutes fur l'exiſtence de
cette gageure , & fur les fuites qu'elle a eu , il dit,
qu'il eft étonnant qu'une Hiftoire qui a reçu place
dans les Mémoires de l'Académie des Sciences n'ait
pas affez mérité d'égards , pour qu'on cite les noms
des parieurs . Auroit- il voulu P'Académie eût
que
chargé fon Hiftoire d'un procès- verbal détaillé ,
comme fi les fuites de cette gageure étoient d'une
nature incroyable , & n'étoient pas dans l'ordre
de ces chofes , qui pour être crues n'ont befoin
que de l'autorité d'une Compagnie auffi reſpectable
Le procédé de M. Godefroy , pour donner
lieu à ſon défi , a quelque chofe ici de bien fin-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
gulier ; on en jugera par l'anecdote fuivante. Il
feint d'ignorerque la gageure en question ait jamais
exifté : cependant il n'a pu oublier que dans le
tems que l'on me propofa de faire une montre pour
cette gageure , il fut un des premiers à qui j'en parlai
, il te chargea même de me faire une partie du
travail ; ce qui auroit eu lieu , fans un voyage
qu'il fit dans fon pays. Enfin , fi après tout ce que
je viens de dire il pouvoit refter des doutes dans
Pefprit de quelqu'un far l'existence de cette gageure
, & fur ce qu'il en refulta , il n'auroit qu'à
confulter le Mercure d'Avril de 1744 , il y
trouvera le nom & la qualité du François qui
étoit à la tête de cette gageure ; & celui d'une
perfonne fort connue du Public , encore
vivante , & que l'on pourra confulter , qui étoit
chargée de me folliciter pour l'exécution de la
montre que je faifois à cette occafion . M. Godefroy
fentant l'infuffifance de fes réponfes aux objections
de M. Senard contre l'échappement à cylindre
, finit par me propofer un défi : Il ne me
répondra plus , dit-il , que la lime à la main. C'eſt
la reffource de bien des gens qui manquent de
bonnes raifons. On fçait en général combien
d'obstacles empêchent que des épreuves comme,
celle qu'il propofe , n'avent lieu , & dans cette fécurité
on a toujours la reflource que c'eft un
moyen honnête pour fetirer d'affaire , & qui frappe
même des perfonnes qui étant peu inftruites ,
croyent qu'un homme qui parle fi hardiment ,
doit fe fentir bien affuré du fuccès . Cependant
les trois quarts du tems rien n'eft moins vrai , &
ils feroient très- embarraflés fi on les prenoit au
mot. Quoiqu'il en foit , M. Godefroy n'y a aflurément
pas penfé en me propofant ce défi . Quand
je l'accepterois , qu'en pourroit - il réfulter de
AVRIL. 1754. 173
nouveau ? Les fuites de la gageure dont j'ai déja
parlé , n'ont-elles pas fait voir qu'une montre
d'une conftruction femblable à celle qu'il me propofe
de mettre en parallele avec une des fiennes
à cylindre , a été auffi jufte que celle de M. Graham
, l'inventeur de cet échappement : Quand
même on fuppoferoit , ce qui n'eft pas , que M.
Godefroy a en Phyfique & en Méchanique les mê
mes connoiffances que M. Graham , il ne peut
refulter rien de nouveau de l'épreuve qu'il me
propofe , comme je l'ai avancé , fçachant , ainſi
que je l'ai déja dit , que mes montres dont il eft
ici queftion , vont auffi juile que les meilleures
montres à cylindre ; elle feroit donc inutile . De
plus cette épreuve ne feroit pas décifive , & n'auroit
aucun avantage pour moi ; car quand ma
montre iroit mieux que celle de M. Godefroy , je
n'en pourrois rien conclure de général contre l'échappement
à cylindre ; j'en pourrois conclure
feulement que mes montres vont mieux que celles
de cette efpece que fait M. Godefroy , & voilà
touts car fi j'allois plus loin , les Anglois ne
feroient - ils pas dans le cas de me demander de
quel droit ? Avons- nous , me diroient - ils , reconnu
M. Godefroy pour notre champion & l'avons
- nous chargé de la défenfe de l'échappement
à cylindre : Leur queftion feroit jufte , & je
n'aurois rien à y répondre ; car il faut convenir
que fi l'on n'obferve pas certaines proportions ,
que l'on ne prenne pas certaines mefures dans
l'exécution des parties d'une montre de telle ou
telle conftruction , elle pourra ne pas avoir toute
la jufteffe dont cette conftruction eft fufceptible.
Enfin , fi le défi de M. Godefroy regarde principalement
ma montre de la nouvelle conftruction ,
comme cela paroît devoit être , il auroit dû , an
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
lieu de fixer fix mois ou un an pour l'épreuve ch
question , mettre cinq ou fix ans ; car je lui déclare
que les montres de cette espece que je fais , peuvent
aller ce tems , & bien au- delà , en confervant
toujours leur jufteffe & fans avoir befoin d'Horloger;
ce qu'on ne peut affurément attendre des
montres à cylindre , quoiqu'elles aillent ( comme
j'en fuis convenu moi-même ) avec plus de précifion
dans les commencemens. Où trouvera-t- il
des Commiffaires affez patiens pour ſe charger
de voir aller deux montres pendant un pareil intervalle
de tems , & de juger par des obſervations
fuivies de leurs différens écarts ? Bien des gens
à ma place ajouteroient à tout cela que m'étant
mefuré avec M. Graham je pourrois me difpenfer
d'entrer en lice avec M. Godefroy , qui n'eft que
fon copiſte ; mais des motifs de cette efpece ne
pourroient point arrêter quelqu'un qui , je puis le
dire , a autant de zéle que moi pour la perfection
de fon art , s'il voyoit que d'un parcil combat il
en pût réfulter quelque chofe que ne nous ayent
pas déja appris l'expérience & le raiſonnement.
Il ne fuffit pas qu'une montre , pour être de bon
fervice , foit réguliere pendant fix mois ou un an ;
il faut qu'elle le foit fept ou huit ans s'il eft poffible
: c'eft le but que je me fuis propofé par cette
nouvelle conftruction , à quoi je me flate d'avoir
aflez bien réuffi , pour que dans les Provinces du
Royaume & dans les pays étrangers , on donne la
préférence aux montres de France ; car , par cette
conftruction , je mets l'échappement de la roue de
rencontre à l'abri de l'ufure , je rends le recul des
Toues plus facile , leur mouvement plus uniforme
& plus régulier ; je diminue dans le tems de leur
recul , la preffion de leurs pivots fur les parois de
leurs trous , ce qui rend ces mêmes trous moins
AVRIL. 1754- 175
fujers à s'ufer , & les pivots moins fujets à fe dépolir
, avantages qui ont été démontrés dans mon
mémoire du Mercure de Juin 1752 , & reconnus
de l'Académie Royale des Sciences , & des Horlogers
qui ont examiné cette conſtruction .
Encore un mot & je finis . M. Godefroy fait tous
fes efforts , dans fa feconde Lettre , pour interpréter
d'une maniere qui ne lui foit pas défavorable ,
ce qu'il a dit dans fa premiere au fujet de l'hor
logerie Angloife & Françoife. Il a raifon , car l'idéc
qu'on s'en forme d'abord n'eft pas propre à
lui attirer des remercimens de tout bon citoyen ;
bien au contraire , des reproches. Mais de quelque
façon qu'il s'y prenne , il aura de la peine à perfader
au public qu'il a rendu un grand ſervice à
la nation , en difant , contre toute vérité ,
que les
montres Angloifes faites il y a foixante ans , font
meilleures que celles que nous faifons aujourd'hui.
Si cela étoit & qu'il nous eut en effet rendu fervice
en parlant ainfi , il pourroit fe vanter de l'avoir
rendu en même tems aux Anglois ; car ces
derniers ne manquerent pas dans le tems ,
de publier
dans leur Gazette ce que nous venons de
rapporter ; & fans confidérer les motifs de M. Gedefroy
, & de quel poids étoit fon autorité dans
ces matieres , il leur a fuffi que ce diſcours partîc
d'un François , pour le regarder comme un hommage
de l'horlogerie Françoiſe à l'horlogerie Angloife
, & comme un aveu de la fupériorité de
celle- ci .
Si l'envie de foutenir des paradoxes qui s'eft
emparé de certains efprits , continue , on voudra
nous faire acroire à la fin , & le tout pour la gloire
de la nation , que nous ne poffédons ni les arts
de goût , ni les arts de jufteffe ( comme les appelle
le Revérend Pere Caftel , en parlant de l'horloge-
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
rie ) . Mais les vrais fages fe rient d'une pareille
entreprife , & n'en font pas moins portés à rendre
juftice aux talens des grands hommes que nous
avons dans ces différens arts .
Au refte , il n'en eft pas des arts qui font un
objet de commerce, comme des autres ; on peut par
rapport à ces derniers , foutenir en quelque façon
fans conféquence les propofitions les plus abfurdes.
Mais quant aux premiers on ne le peut ;
les fuites en font trop importantes.
Que M. Rouffeau prétende que nous n'avons
point de mufique , & que nos Muficiens n'y entendent
rien qu'il ait tort ou raifon , cela eft à peu
près égal au commerce de la nation : mais qu'on
foutienne que la théorie d'un art , de l'Horlogerie
, par exemple , eft peu connue en France , que
les montres qu'on y fait font fort inférieures à
celles de nos voifins , les Anglois , en portant par
là l'étranger à s'en fournir chez eux , on ôterois
à la France cette branche du commerce , & on
lui enleveroit trois ou quatre millions par an, objet
très important aux yeux de l'homme d'état.
Il eft tems de finir cette Lettre , Monfieur , qui
eft devenue plus longue que je ne penfois. Je ne
puis cependant le faire fans vous demander une
place dans vos prochains Journaux , pour une ample
réponse que M. Senard , mon neveu , a faite à
la derniere lettre de M. Godefroy.
J'ai l'honneur d'être , &c .
Nous , foufflignés , anciens Gardes - Vifiteurs de
la Communauté des Maîtres Horlogers de la ville
de Paris , ayant examiné une montre de M. Pierre
le Roi , l'un des anciens de ladite Communauté ,
conftruite d'une maniere particuliere , & telle ,
1° . Que les trois dernieres roues de cette montre
ont des pignons de fept , quoique cependant
1
A VRIL. 1754. 177
!
le nombre des roues ni des dents ne foit point augmenté.
2°. Que la roue de rencontre ( dont les dents
font d'une figure différente de l'ordinaire ) eft d´environ
un tiers plus grande qu'on ne les peut faire
dans les montres de la conftruction en ufage ; que
quoique la grande roue moyenne foit placée vers
la circonférence de la platine , cependant l'éguille
des heures & celle des minutes font menées de la
même maniere que celles des montres ordinaires,
à la réferve d'environ un quart de minute de jeu
que l'éguille des minutes a , laquelle eft fixe dans
les montres ordinaires . Cette obfervation ne mérite
pas d'attention en faveur des avantages qui
réfultent de cette conftruction .
Déclarons que cette montre nous a paru nouvelle
, & que nous n'avons aucune connoiffance
qu'on en ait fait de femblable avant lui ; d'ailleurs
la chofe fe trouvant confirmée par l'Académie
royale des Sciences ; vû fon certificat , en date du
2 Septembre 1751 , qui lui attribue la nouveauté
de cette montre , nous avons crû pouvoir certifier
le fait plus autentiquement : en foi de quor nous.
figné le préfent certificat. A Paris , le 6 Août 1753 .
Signé Igout , Fortin , Goret , Alexandre , le Mafurier
, Arfandaux , Jouard , Fieffé pere , Hervé,
"Nous , fouffignés , Jofué Panier , Maître Horlo
ger de la ville de Paris , ayant examiné une mon
tre de la façon de M. Pierre le Roi , Maître Horloger
de ladite Ville , conftruite d'une maniere particuliere
, & telle , 1 ° . Que les trois dernieres roues
de cette montre ont des pignons de fept , quoique
cependant le nombre des roues ni des dents
ne foit pas augmenté. 2 °. Que la grande roue
moyenne étant placée vers la circonférence de la
platine ; cependant l'éguille des heures & celle des
HW
178 MERCURE DE FRANCE.
minutes font menées de la même maniere que
celles des montres ordinaires. 3 ° . Que la roue de
rencontre ( dont les dents font d'une figure différente
de l'ordinaire ) eft d'environ un tiers plus
grande qu'on ne les peut faire dans lesdites montres
à l'ordinaire. Je déclare que je n'ai point fait
de femblable montre , & que je n'ai aucune connoiffance
que feu mon frere en ait faite , la conftruction
de cette montre m'ayant paru nouvelle :
je n'ai auffi aucune connoiffance qu'on en ait fait
avant mondit ficur Pierre le Roi . En foi de quoi
j'ai fait & figné ce préfent certificat . Fait à Paris ,
ce 29 Juillet 1753. Signé Jofué Panier.
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Résumé : LETTRE de M. Pierre le Roi, Horloger, à M. l'Abbé Raynal, au sujet de la lettre de M. Godefroy, Horloger, du mois d'Octobre 1752, & de celle du mois de Mai 1753.
Pierre Le Roi, horloger, réagit aux accusations de M. Godefroy qui conteste la nouveauté de sa montre. Godefroy affirme avoir vu des modèles similaires il y a plus de trente ans chez M. Panier. Pour défendre son innovation, Le Roi a recueilli des témoignages d'horlogers expérimentés et de M. Panier lui-même, confirmant l'originalité de sa création. Des certificats attestant ces témoignages accompagnent sa réponse. Le Roi critique également Godefroy pour sa mauvaise interprétation d'une gageure à Lisbonne, où la supériorité des montres anglaises sur les françaises avait été remise en question. L'Académie des Sciences a reconnu cette gageure et l'a incluse dans ses mémoires. Le Roi invite Godefroy à consulter le Mercure d'Avril 1744 pour vérifier les détails. De plus, Le Roi refuse un défi proposé par Godefroy concernant la précision des montres, arguant que ses créations sont déjà reconnues pour leur justesse. Il met en avant la durabilité et la précision de ses montres, validées par l'Académie Royale des Sciences, et exprime des réserves sur l'impartialité de l'épreuve proposée. Le texte aborde également la supériorité perçue de l'horlogerie anglaise sur la française, soulignant les talents des grands hommes français dans ce domaine. Il met en garde contre les propos dénigrants qui pourraient nuire au commerce national. Deux certificats attestent de l'innovation de la montre de Le Roi, confirmant des caractéristiques techniques uniques et nouvelles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5063
p. 2291-2300
FESTES données par la Cour des Aides & Finances de Provence, au sujet du Rétablissement de la santé du Roi. Extrait d'une Lettre écrite d'Aix par M. de ..... à M. de .... à Paris.
Début :
Vous sçavez, Monsieur, comme étant du Pays, que la Cour des Comptes &c. [...]
Mots clefs :
Roi, Place, Comptes, Compagnie, Peuple, Joie, Feu, Palais, Pays, Zèle, Santé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTES données par la Cour des Aides & Finances de Provence, au sujet du Rétablissement de la santé du Roi. Extrait d'une Lettre écrite d'Aix par M. de ..... à M. de .... à Paris.
FESTES données par la Cour des Aides
Finances de Provence , ausujet du Rétabliſſement
de la ſanté du Roi. Extrait d'une
Lettre écrite d'Aix par M. de ..... à M.
de .... à Paris.
V C
Ous ſçavez , Monfieur , comme étant
du Pays , que la Cour des Comptes &c,
s'eſt dans tous les tems fignalée par les preuves
de zéle & d'amour pour fon.Roi. Elle
vient d'en donner de nouveaux témoignages
publics & éclatans , au ſujet de la Convaleſcence
de Sa Majefté. La Fête ne pouvoit
être que magnifique cette Compagnie
étant compoſée , comme vous le ſçavez, des
familles les plus diſtinguées de la Province ,
& qui s'eſt conftamment foutenue , depuis
fon Etabliſſement , fi ancien , que notre
Hiſtoire n'en a pû trouver l'origine.
,
Voici un détail de ces ſuperbes réjouifſances
, dont je penſe que vous trouverez
le projet ( auquel. l'exécution a répondu )
ſi noble , & fi neuf , que je ne crois pas
qu'il puiſſe être effacé par ce que vous avez
vû en ce genre dans la Capitale même dự
Royaume.
Le jour fut fixé au 13 Septembre , & annoncé
la veille par le ſon des Cloches de
l'Egliſe Métropolitaine , par le bruit des
Gij Tim
2291 MERCURE DE FRANCE.
Tymbales , Trompettes , & Tambours. Les
cours , & les avenuës du Palais étoient ornées
de tapiſſeries , chargées de Fleurs-de-
Lis , & de differens Emblêmes . Le Portrait
du Roi à cheval , étoit placé ſous un Arc de
Triomphe très- élevé , en face de la grande
porte. Au-deſſus étoit cette Inſcription ;
( Ludovico XV , vita Gallia reddito ) &
on liſoit au bas : Regiarum Rationum Vectigaliumque
Senatus. Aux deux côtés étoient
deux très-belles Repréſentations , qui exprimoient
d'une maniere allégorique les
Conquêtes du Roi . D'un côté une nuée ,
chargée de foudres , avec ces mots : Juffa
volant, De l'autre côté la Déeſſe de la Paix ,
tenant un Rameau d'Olivier d'une main , &
de l'autre une Corne d'Abondance , avec
cette Deviſe : Properat fuccurrere terris. La
grande Sale , & la Chapelle qui eſt au fond ,
étoient fuperbement ornées , & éclairées
par quantité de Bougies , portées par un
très-grand nombre de Luſtres en troisrangs.
Les fiéges couverts de tapis fleurdeliſés, qui
venoient ſe joindre au Dais de M. l'Archevêque
, étoient deſtinés pour le Chapitre de
la Métropole , pour les Confuls , & pour
les Officiers de la Cour des Comptes ,
c.
On avoit élevé dans le fond de la Sale ,
vis-à-vis de l'Autel , une Orchestre , pour
conOCTOBRE.
1744. 2293
contenir une grande Muſique , & on avoit
placé au-deſſus , ſur le milieu , le Portrait
du Roi , ſous un Dais de velours bleu , à
Fleurs-de-Lis d'Or. Il y avoit une grande
Tribune pour les Dames ; au Frontiſpice de
la Chapelle étoit cette Inſcription , qu'on
voyoit auſſi ſur la grande porte du Palais.
DEO OPTIΜΟ ΜΑΧΙΜΟ ,
PRO RESTITUTA SALUTE LUDOVICI XV.
VOTUM
REGIARUM RATIONUM VECTIGALIUMQU
:
SENATUS PROVINCIA.
La Compagnie ſe rendit au Palais à
heures dumatin , les Préſidens en Robes de
velours noir , les Conſeillers , & les Gens
du Roi , en Robes rouges. Les Confuls ,
Procureurs du Pays , s'y rendirent auſſi avec
tout le Corps de Ville .
M. le Marquis de Mirepoix , Commandant
dans la Province , avoit donné ordre
aux troupes reglées de recevoir les ordres
des Officiers de la Compagnie . Le Clergé
de la Métropole y vint folemnellement en
Proceffion. Les Soldats préſenterent d'abord
leurs armes. Tous les Tambours , accompaguésdetous
les Fifres, battirent aux champs ,
:
Giij &
1294 MERCURE DEFRANCE .
&lesTambourins répondirent de leur côté
ils avoient tous la Cocarde uniforme à celle
des troupes du Roi , de même que toute la
Milice , employée en très-grand nombre à
cette Fête.
Mrs de la Chambre des Comptes , qui
vouloient fournir au Peuple tous les moyens
poſſibles de faire éclater ſa joie , mais plus
encore d'exciter les coeurs à rendre à Dieu
des actions de graces pour le rétabliſſement
de la ſanté du Roi , prierent M. l'Archevêque
d'Aix d'officier pontificalement , mais
ce Prélat s'étant trouvé incommodé , M.
l'Abbé de Valbonnette , l'ancien du Chapitre
, officia à ſa place. Dès que la Meffe
commença , on tira une grande quantité de
Boëtes : on en tira auſſi pendant le Te
Deum , qui fut chanté après la Meffe. La
Mufique étoit parfaite , & la Symplionie
étoit mêlée de Tymbales , Trompettes , &
Corsde Chaffe .
Sur les cinq heures du foir , la Compagnie
fe rendit au Palais , dans le même ordre &
la même folemnité que le matin. Le Pſeaume
Exaudiat y fut chanté , enfuite le
Motet de M. de la Lande , Deus in virtute
tua letabitur Rex.
On fortit enſuite pour aller en Cérémonie
allumer un feu de joie magnifique,élevé
dans la Place des Prêcheurs , au bruit des
Trom
OCTOBRE . 1744. 2295
Trompettes , Tymbales , Tambours , Fifres ,
&Tambourins. Grand nombre de pauvres ,
vêtus de drap bleu , portoient un cierge allumé.
Les troupes reglées marchoient aux
côtés de Mrs de la Chambre des Comptes ,
fur deux lignes. Cette grande Place & la façade
du Palais étoient ornées de riches tapiſſeries.
Des cris de Vive le Roi , redoublés
de toutes parts , faifoient éclater la joie publique.
L'endroit , quoique fort vaſte , pouvoit
à peine contenir les ſpectateurs , &
chacun s'empreſſoit , à l'envi , à témoigner
fon zéle fur un événement ſi intéreſſant.
L'Edifice du feu étoit prodigieuſement
élevé , & en forme d'Arc de Triomphe ;
huit Portiques , foûtenus par des Colomnes
d'Ordre Corinthien , ornées d'Emblêmes ,
formoient un grand Corps octogone ; fur
l'Entablement& à l'aplomb de chaque Colonne
étoit une urne , d'où fortoient des
Guidons de taffetas blanc à languettes , avec
des bordures en or. Au milieu de la face de
l'Edifice étoit un Piédeſtal , fur lequel s'élevoit
une Pyramide terminée par une grande
Fleur-de- Lis d'Or , portée ſur un Globe à
fond bleu , au-deſſous duquel étoit un
Etendard de taffetas blanc , aux armes du
Roi ; tout cet Edifice étoit d'un excellent
goût.
- Dès qu'on cut allumé le feu , des gerbes
Giiij
de
2296 MERCURE DE FRANCE.
de fufées , qui partirent du haut des Chapiteaux
& des Colomnes , formerent dans
l'air une eſpéce de Dôme de feu. Le bruit
des Tambours , Tymbales , Trompettes ,
Corsde Chaffe , & de tous les autres Inſtrumens
de guerre redoubla ; celui des Boëtes
s'y joignit à pluſieurs repriſes , & la Compagnie
de Mrs des Comptes revint au Palais
dans le même ordre qu'elle en étoit fortie.
Les troupes firent trois ſalves de Mouſqueterie
, en paſſant devant le feu.
M. d'Albertas , Premier Préſident , quoiqu'attaqué
depuis près d'une année d'une
maladie dangereufe , ne voulut pas laiffer
paffer cette occaſion de donner ,
comme il a fait dans toutes les autres , des
marques de la vivacité de ſon zéle. Cet Illuſtre
Chef oublia ſes infirmités , pour ne
s'occuper que du même objet qui excitoit
la joie de tout le Royaume.
Il avoit fait élever un grand feu dans la
Place qui eſt devant ſon Hôtel , lequel fut
allumé par M. le Marquis d'Albertas , fon
fils , Conſeiller en cette Cour , généralement
reconnu pour l'héritier des qualités &
des ſentimens d'un ſi digne Pere ; il étoit
accompagné de pluſieurs de ſes Collegues.
L'artifice fut tiré au bruit de tous les Inſtrumens
de guerre , & réuffit parfaitement.
M. le P. Préſident donna enſuite un fouper
OCTOBRE. 1744. 2297
per aux Officiers de ſa Compagnie , au Chapitre
de l'Egliſe Cathédrale , aux Confuls ,
&au Corps de Ville. La délicateffe des mets
y répondoit à l'abondance. Il ſe fit conduire
de ſon appartement dans la Sale du repas
pour porter aux convives la ſanté du Roi.
Dans l'inſtant , on entendit le bruit de toute
la Mouſqueterie & de toutes les Boëtes ; il
fut tiré de la Place devant l'Hôtel ,un nombre
prodigieux de fuſées. Toute la Place ,
le dehors & le dedans de l'Hôtel étoient
illuminés d'une maniere ſuperbe & ingénieuſe.
Ce grand Magiſtrat , l'amour du
peuple , ſe fit porter enſuite ſur ſon balcon ,
pour animer par ſa préſence les tranſports
de joie , qui ſe renouvellerent, dès qu'il ſe
montra. Il mêla ſes cris de Vive le Roi , avec
ceux du Peuple ; il jetta de l'argent en abondance.
La Compagnie de Mrs des Comptes
fit auffi aux Soldats de grandes largeſſes.
De ſi brillans ſpectacles ſembloient de
voir terminer une Fête , qui ſe renouvella
cependant avec beaucoup plus de ſplendeur.
Les Magiſtrats & tous les convives
diſtingués du ſouper , allerent à la Place
des Carmelites , pour y faire tirer un nouveau
feu d'artifice , d'un goût different des
deux autres. L'illumination , ce qui l'accompagnoit&
toute l'exécution,eſt au-defſus
de cequ'on avoit encore vû.
Gv Les
2298 MERCURE DE FRANCE.
Les ſentimens de ſurpriſe &d'admiration
paroiſſoient épuiſés , lorſqu'ils recommencerent.
Ce fut en entrant de cette Place
dans le Cours de la Ville d'Aix , que vous
ſçavez être le plus vaſte ,& le plus beau du
Royaume. On fut d'abord étonné de voir
l'illumination de la Place , qui faifoit comme
le prélude d'un Bal , qui alloit commencer
; on avoit formé une grande Sale dans le
milieu de la grande allée du Cours , couverte
par des Tentes, ſous leſquelles étoient
quantité de Luftres ,& un nombre prodigieux
de Bougies. Il y avoit un Amphithéatre
pour la Symphonie , entouré de Soldats.
On y avoit élevé un Buffet, à pluſieurs
érages , pour les confitures , les fruits , les
liqueurs , & rafraîchiſſemens de toutes efpeces
, & en ſi grande abondance , qu'ils ne
furent refuſés àperſonne ,&donnés , même
avec profufion , à tous ceux qui n'entroient
pas dans l'enceinte de la Sale.
M. de Limaye , ſecond Préſident , qui
avoit déja donné chés lui un ſomptueux repas
, fit l'ouverture du Bal avec Madame de
la Tour , Premiere Préſidente du Parlement
& Intendante. Il y eut en même-tems , &
dans cette même Place , differens Bals pour
le Peuple , qui ne fairent , comme le premier
, qu'à cinq heures du marin. Les Officiers
de la Chambre des Comptes en firent
les
OCTOBRE. 1744. 2299
les honneurs , & prirent le plaiſir de partager
avec le Peuple , la joie publique. Pluſieurs
Chars , ornés de verdure , traînés par
des chevaux richement caparaçonnés , portoient
de nos excellens vins de Provence ,
des viandes , des milliers de biſcuits , des
gâteaux de pluſieurs efpeces &c. qu'on donnoit
ſans meſure . Sur ces Chars étoit une
Symphonie ambulante , accompagnée de
cesTambourins nommés en Provence Gallaubez
, qui font très-réjoüiſſans , & s'accordent
parfaitement au Génie des Gens du
Pays , toujours prêts à danfer , & à fauter :
aufli font-ils les deſcendans des Saliens,ainſi
nommés à Saliendo. Ces Tambourins , ou
Gallaubez , nous viennent , felon les Hiftoriens
de Provence ,des Anciens Troubadours
,dont les Ouvrages font la premiere
& vraye origine de la Poësie Françoiſe.
Enfin ,nos Fêtes ( car je vous en ai rapporté
imparfaitement pluſieurs dans une
ſeule ) ſe ſont paſſées avec autant de décence&
d'ordre , que de magnificence & de dignité.
Quoique le concours du Peuple fut
extraordinaire , augmenté par les Etrangers,
&qu'on ſe livrât à tous les ſentimens & les
tranſports de la joie , fans parler de la vivacité
du Pays ,cette journée fut tout- à-fait
tranquille& paiſible , ſans être troublée par
aucun accident. Le fuccès a répondu parfai-
Gvj τς-
2300 MERCURE DE FRANCE.
tement aux voeux de l'illuſtre Compagnie ,
& au grand objet qui l'animoit , qui étoit
de marquer ſon empreſſement , ſon ardeur ,
fon zéle , & fon amour pour la perſonne du
Roi , d'inſpirer les mêmes ſentimens au Peuple
, & de graver , dans tous les coeurs le
nom de LOUIS LE BIEN-AIME'.
Je ſuis , c.
Finances de Provence , ausujet du Rétabliſſement
de la ſanté du Roi. Extrait d'une
Lettre écrite d'Aix par M. de ..... à M.
de .... à Paris.
V C
Ous ſçavez , Monfieur , comme étant
du Pays , que la Cour des Comptes &c,
s'eſt dans tous les tems fignalée par les preuves
de zéle & d'amour pour fon.Roi. Elle
vient d'en donner de nouveaux témoignages
publics & éclatans , au ſujet de la Convaleſcence
de Sa Majefté. La Fête ne pouvoit
être que magnifique cette Compagnie
étant compoſée , comme vous le ſçavez, des
familles les plus diſtinguées de la Province ,
& qui s'eſt conftamment foutenue , depuis
fon Etabliſſement , fi ancien , que notre
Hiſtoire n'en a pû trouver l'origine.
,
Voici un détail de ces ſuperbes réjouifſances
, dont je penſe que vous trouverez
le projet ( auquel. l'exécution a répondu )
ſi noble , & fi neuf , que je ne crois pas
qu'il puiſſe être effacé par ce que vous avez
vû en ce genre dans la Capitale même dự
Royaume.
Le jour fut fixé au 13 Septembre , & annoncé
la veille par le ſon des Cloches de
l'Egliſe Métropolitaine , par le bruit des
Gij Tim
2291 MERCURE DE FRANCE.
Tymbales , Trompettes , & Tambours. Les
cours , & les avenuës du Palais étoient ornées
de tapiſſeries , chargées de Fleurs-de-
Lis , & de differens Emblêmes . Le Portrait
du Roi à cheval , étoit placé ſous un Arc de
Triomphe très- élevé , en face de la grande
porte. Au-deſſus étoit cette Inſcription ;
( Ludovico XV , vita Gallia reddito ) &
on liſoit au bas : Regiarum Rationum Vectigaliumque
Senatus. Aux deux côtés étoient
deux très-belles Repréſentations , qui exprimoient
d'une maniere allégorique les
Conquêtes du Roi . D'un côté une nuée ,
chargée de foudres , avec ces mots : Juffa
volant, De l'autre côté la Déeſſe de la Paix ,
tenant un Rameau d'Olivier d'une main , &
de l'autre une Corne d'Abondance , avec
cette Deviſe : Properat fuccurrere terris. La
grande Sale , & la Chapelle qui eſt au fond ,
étoient fuperbement ornées , & éclairées
par quantité de Bougies , portées par un
très-grand nombre de Luſtres en troisrangs.
Les fiéges couverts de tapis fleurdeliſés, qui
venoient ſe joindre au Dais de M. l'Archevêque
, étoient deſtinés pour le Chapitre de
la Métropole , pour les Confuls , & pour
les Officiers de la Cour des Comptes ,
c.
On avoit élevé dans le fond de la Sale ,
vis-à-vis de l'Autel , une Orchestre , pour
conOCTOBRE.
1744. 2293
contenir une grande Muſique , & on avoit
placé au-deſſus , ſur le milieu , le Portrait
du Roi , ſous un Dais de velours bleu , à
Fleurs-de-Lis d'Or. Il y avoit une grande
Tribune pour les Dames ; au Frontiſpice de
la Chapelle étoit cette Inſcription , qu'on
voyoit auſſi ſur la grande porte du Palais.
DEO OPTIΜΟ ΜΑΧΙΜΟ ,
PRO RESTITUTA SALUTE LUDOVICI XV.
VOTUM
REGIARUM RATIONUM VECTIGALIUMQU
:
SENATUS PROVINCIA.
La Compagnie ſe rendit au Palais à
heures dumatin , les Préſidens en Robes de
velours noir , les Conſeillers , & les Gens
du Roi , en Robes rouges. Les Confuls ,
Procureurs du Pays , s'y rendirent auſſi avec
tout le Corps de Ville .
M. le Marquis de Mirepoix , Commandant
dans la Province , avoit donné ordre
aux troupes reglées de recevoir les ordres
des Officiers de la Compagnie . Le Clergé
de la Métropole y vint folemnellement en
Proceffion. Les Soldats préſenterent d'abord
leurs armes. Tous les Tambours , accompaguésdetous
les Fifres, battirent aux champs ,
:
Giij &
1294 MERCURE DEFRANCE .
&lesTambourins répondirent de leur côté
ils avoient tous la Cocarde uniforme à celle
des troupes du Roi , de même que toute la
Milice , employée en très-grand nombre à
cette Fête.
Mrs de la Chambre des Comptes , qui
vouloient fournir au Peuple tous les moyens
poſſibles de faire éclater ſa joie , mais plus
encore d'exciter les coeurs à rendre à Dieu
des actions de graces pour le rétabliſſement
de la ſanté du Roi , prierent M. l'Archevêque
d'Aix d'officier pontificalement , mais
ce Prélat s'étant trouvé incommodé , M.
l'Abbé de Valbonnette , l'ancien du Chapitre
, officia à ſa place. Dès que la Meffe
commença , on tira une grande quantité de
Boëtes : on en tira auſſi pendant le Te
Deum , qui fut chanté après la Meffe. La
Mufique étoit parfaite , & la Symplionie
étoit mêlée de Tymbales , Trompettes , &
Corsde Chaffe .
Sur les cinq heures du foir , la Compagnie
fe rendit au Palais , dans le même ordre &
la même folemnité que le matin. Le Pſeaume
Exaudiat y fut chanté , enfuite le
Motet de M. de la Lande , Deus in virtute
tua letabitur Rex.
On fortit enſuite pour aller en Cérémonie
allumer un feu de joie magnifique,élevé
dans la Place des Prêcheurs , au bruit des
Trom
OCTOBRE . 1744. 2295
Trompettes , Tymbales , Tambours , Fifres ,
&Tambourins. Grand nombre de pauvres ,
vêtus de drap bleu , portoient un cierge allumé.
Les troupes reglées marchoient aux
côtés de Mrs de la Chambre des Comptes ,
fur deux lignes. Cette grande Place & la façade
du Palais étoient ornées de riches tapiſſeries.
Des cris de Vive le Roi , redoublés
de toutes parts , faifoient éclater la joie publique.
L'endroit , quoique fort vaſte , pouvoit
à peine contenir les ſpectateurs , &
chacun s'empreſſoit , à l'envi , à témoigner
fon zéle fur un événement ſi intéreſſant.
L'Edifice du feu étoit prodigieuſement
élevé , & en forme d'Arc de Triomphe ;
huit Portiques , foûtenus par des Colomnes
d'Ordre Corinthien , ornées d'Emblêmes ,
formoient un grand Corps octogone ; fur
l'Entablement& à l'aplomb de chaque Colonne
étoit une urne , d'où fortoient des
Guidons de taffetas blanc à languettes , avec
des bordures en or. Au milieu de la face de
l'Edifice étoit un Piédeſtal , fur lequel s'élevoit
une Pyramide terminée par une grande
Fleur-de- Lis d'Or , portée ſur un Globe à
fond bleu , au-deſſous duquel étoit un
Etendard de taffetas blanc , aux armes du
Roi ; tout cet Edifice étoit d'un excellent
goût.
- Dès qu'on cut allumé le feu , des gerbes
Giiij
de
2296 MERCURE DE FRANCE.
de fufées , qui partirent du haut des Chapiteaux
& des Colomnes , formerent dans
l'air une eſpéce de Dôme de feu. Le bruit
des Tambours , Tymbales , Trompettes ,
Corsde Chaffe , & de tous les autres Inſtrumens
de guerre redoubla ; celui des Boëtes
s'y joignit à pluſieurs repriſes , & la Compagnie
de Mrs des Comptes revint au Palais
dans le même ordre qu'elle en étoit fortie.
Les troupes firent trois ſalves de Mouſqueterie
, en paſſant devant le feu.
M. d'Albertas , Premier Préſident , quoiqu'attaqué
depuis près d'une année d'une
maladie dangereufe , ne voulut pas laiffer
paffer cette occaſion de donner ,
comme il a fait dans toutes les autres , des
marques de la vivacité de ſon zéle. Cet Illuſtre
Chef oublia ſes infirmités , pour ne
s'occuper que du même objet qui excitoit
la joie de tout le Royaume.
Il avoit fait élever un grand feu dans la
Place qui eſt devant ſon Hôtel , lequel fut
allumé par M. le Marquis d'Albertas , fon
fils , Conſeiller en cette Cour , généralement
reconnu pour l'héritier des qualités &
des ſentimens d'un ſi digne Pere ; il étoit
accompagné de pluſieurs de ſes Collegues.
L'artifice fut tiré au bruit de tous les Inſtrumens
de guerre , & réuffit parfaitement.
M. le P. Préſident donna enſuite un fouper
OCTOBRE. 1744. 2297
per aux Officiers de ſa Compagnie , au Chapitre
de l'Egliſe Cathédrale , aux Confuls ,
&au Corps de Ville. La délicateffe des mets
y répondoit à l'abondance. Il ſe fit conduire
de ſon appartement dans la Sale du repas
pour porter aux convives la ſanté du Roi.
Dans l'inſtant , on entendit le bruit de toute
la Mouſqueterie & de toutes les Boëtes ; il
fut tiré de la Place devant l'Hôtel ,un nombre
prodigieux de fuſées. Toute la Place ,
le dehors & le dedans de l'Hôtel étoient
illuminés d'une maniere ſuperbe & ingénieuſe.
Ce grand Magiſtrat , l'amour du
peuple , ſe fit porter enſuite ſur ſon balcon ,
pour animer par ſa préſence les tranſports
de joie , qui ſe renouvellerent, dès qu'il ſe
montra. Il mêla ſes cris de Vive le Roi , avec
ceux du Peuple ; il jetta de l'argent en abondance.
La Compagnie de Mrs des Comptes
fit auffi aux Soldats de grandes largeſſes.
De ſi brillans ſpectacles ſembloient de
voir terminer une Fête , qui ſe renouvella
cependant avec beaucoup plus de ſplendeur.
Les Magiſtrats & tous les convives
diſtingués du ſouper , allerent à la Place
des Carmelites , pour y faire tirer un nouveau
feu d'artifice , d'un goût different des
deux autres. L'illumination , ce qui l'accompagnoit&
toute l'exécution,eſt au-defſus
de cequ'on avoit encore vû.
Gv Les
2298 MERCURE DE FRANCE.
Les ſentimens de ſurpriſe &d'admiration
paroiſſoient épuiſés , lorſqu'ils recommencerent.
Ce fut en entrant de cette Place
dans le Cours de la Ville d'Aix , que vous
ſçavez être le plus vaſte ,& le plus beau du
Royaume. On fut d'abord étonné de voir
l'illumination de la Place , qui faifoit comme
le prélude d'un Bal , qui alloit commencer
; on avoit formé une grande Sale dans le
milieu de la grande allée du Cours , couverte
par des Tentes, ſous leſquelles étoient
quantité de Luftres ,& un nombre prodigieux
de Bougies. Il y avoit un Amphithéatre
pour la Symphonie , entouré de Soldats.
On y avoit élevé un Buffet, à pluſieurs
érages , pour les confitures , les fruits , les
liqueurs , & rafraîchiſſemens de toutes efpeces
, & en ſi grande abondance , qu'ils ne
furent refuſés àperſonne ,&donnés , même
avec profufion , à tous ceux qui n'entroient
pas dans l'enceinte de la Sale.
M. de Limaye , ſecond Préſident , qui
avoit déja donné chés lui un ſomptueux repas
, fit l'ouverture du Bal avec Madame de
la Tour , Premiere Préſidente du Parlement
& Intendante. Il y eut en même-tems , &
dans cette même Place , differens Bals pour
le Peuple , qui ne fairent , comme le premier
, qu'à cinq heures du marin. Les Officiers
de la Chambre des Comptes en firent
les
OCTOBRE. 1744. 2299
les honneurs , & prirent le plaiſir de partager
avec le Peuple , la joie publique. Pluſieurs
Chars , ornés de verdure , traînés par
des chevaux richement caparaçonnés , portoient
de nos excellens vins de Provence ,
des viandes , des milliers de biſcuits , des
gâteaux de pluſieurs efpeces &c. qu'on donnoit
ſans meſure . Sur ces Chars étoit une
Symphonie ambulante , accompagnée de
cesTambourins nommés en Provence Gallaubez
, qui font très-réjoüiſſans , & s'accordent
parfaitement au Génie des Gens du
Pays , toujours prêts à danfer , & à fauter :
aufli font-ils les deſcendans des Saliens,ainſi
nommés à Saliendo. Ces Tambourins , ou
Gallaubez , nous viennent , felon les Hiftoriens
de Provence ,des Anciens Troubadours
,dont les Ouvrages font la premiere
& vraye origine de la Poësie Françoiſe.
Enfin ,nos Fêtes ( car je vous en ai rapporté
imparfaitement pluſieurs dans une
ſeule ) ſe ſont paſſées avec autant de décence&
d'ordre , que de magnificence & de dignité.
Quoique le concours du Peuple fut
extraordinaire , augmenté par les Etrangers,
&qu'on ſe livrât à tous les ſentimens & les
tranſports de la joie , fans parler de la vivacité
du Pays ,cette journée fut tout- à-fait
tranquille& paiſible , ſans être troublée par
aucun accident. Le fuccès a répondu parfai-
Gvj τς-
2300 MERCURE DE FRANCE.
tement aux voeux de l'illuſtre Compagnie ,
& au grand objet qui l'animoit , qui étoit
de marquer ſon empreſſement , ſon ardeur ,
fon zéle , & fon amour pour la perſonne du
Roi , d'inſpirer les mêmes ſentimens au Peuple
, & de graver , dans tous les coeurs le
nom de LOUIS LE BIEN-AIME'.
Je ſuis , c.
Fermer
5064
p. 174-183
MARIAGE.
Début :
Le trente Janvier dernier Mr. Henault Président au Parlement, Fils [...]
Mots clefs :
Dieu, Beau, Amour, Raison, Président Hénault, Yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
MARIAGE:
LE
trente Janvier dernier
Mr. Henault Président
au Parlement, Fils
de Monsieur Henaulc Fermier
General
,
épousa
Mademoiselle de Montargis,
Fille de Mr. de Montargis
Garde du Trésor
Royal.
Voici des Vers qui ont
esté faits à l'occasion de
ce mariage.
l PArunJ beau jour de la
nouvelle année
Rendit visite à messer
Hymenée
Dame raison
;
dessein ju:
f, dicieux
! Guidoit ses pas, elle s'of-
| freà ses yeux.
| Qui fust sur pris n'est be-
1 foin de le dire
bien l'entendez, à son
abord7leSire'P
Fait grisemine,oh
,
dit-il,
par mon chef
Là, donc icyvientJ nous
:' porter mechef
,
Car long-temps qu'en mes
estats pour cause
Detout sans elleà mon
gré je dispose ;
La pour détruire un injuste
soupçon
Raison sourit
,
& parla
surceton.
Dieu des Epoux dont le
trop dur empire
Contre ton joug révolte
maint beau Sire,
Et qui veras si reglement
n'y mettre
Ton regne choir par faute
de sujets)
Escoute moy ; tes avares
l, ministres, .;
L'humble interest, & les
fraudes sinistres
le faux honneur
,
qui souvent
fuit tes pas ,
Font seuls le mal qui regne
en tes Estats ;
1 Bannis,crois-moy
) cette
troupe perfide,
Qu'àtes conseils au lieu
j d'eux je préside
,
f Tu regneras paisible
, &:
1
les mortels
Viendront en foule encenfer
tes Autels;
Que si ne veux croire à
mon témoignage,
Eprouve au moinsque
, mon conseil est sage.
Prés d'un Hostel par Thémis
habité
Azile sur contre l'iniquité,
Chez Mecenas est gentille
Donzelle
Que je cheris par grand
excés de zele,
Car sa jeunesseinstruiseen
mes devis
Oncques ne fust rebelleà
mes avis
,
- Mon amitié ja long-tems
luy reserve
Un favori de Thémis, de
Minerve ,
A mes leçons tres- docile
sujet
Et qui sans moy ne forme
aucun projet,
Que si son nomtu ne connois
encore Damon s'appelle, Apollo,-n
qu'il honore
N'a gueres encor charmé
de ses écrits
Du beau parler luy decerne
le prix; Enfin tousdeuxsemblen-t
faits l'un pour ràutrel
Et ton aveu doit suivre icy
le nostre, Amour fera de la feste
} &
je crois
Qu'il m'obéit pour la premiere
fois,
A ces propos hymen
rompt le silence
Et sans tenir sa répons,e en
balance
C'a repon d-il éprouvons,
j'y consens
Si tant de mauxdouloureux
& cuifans
N'adviendroient point aux
époux en ménage
Faute d'avoir pris de roy
conseil fage»
Allons, je cede à tes empressements
Et vais unir a tes yeux nos
Amans;
Il dit bien-tostl'un & l'au..
tre ils arrivent
Au lieu marqué, les ris les
jeux les suivent,
Ils sont surpris d'y rencontrer
l'amour
Qu'ils n'attendoient que
vers la fin du jour,
Le couple heureux joint
d'un lien durable 1
Dans beau Palais trouve
excellente table <
Dieu desfestinsd'y repan-
, dre ses mers, ,.,.
Cerés
>
Bachus, d'y verser
ses bienfaits,
Amour, Hymen, raison,
d'entrer en danse,
Jeux & plaisirs de fauter
en cadence,
Tant que ce Dieu qui
donne le repos
Sur maints beaux yeux
vientverser ses pavots, Alors amour luy mesme
deshabille,
Dans litbenit met pucelle
: -- gentille
Et qui bien-tost pucelle ne
sera,
Le mesme Dieu bon ordre
y donnera;
Enfin ayant fait Harangue
à sa mode
Promet Poupons comme
q
c'est la méthode,
Ferme rideaux & delo-1
geant sans bruit J
Laisse à l'Amour le foin
de cette nuit.
LE
trente Janvier dernier
Mr. Henault Président
au Parlement, Fils
de Monsieur Henaulc Fermier
General
,
épousa
Mademoiselle de Montargis,
Fille de Mr. de Montargis
Garde du Trésor
Royal.
Voici des Vers qui ont
esté faits à l'occasion de
ce mariage.
l PArunJ beau jour de la
nouvelle année
Rendit visite à messer
Hymenée
Dame raison
;
dessein ju:
f, dicieux
! Guidoit ses pas, elle s'of-
| freà ses yeux.
| Qui fust sur pris n'est be-
1 foin de le dire
bien l'entendez, à son
abord7leSire'P
Fait grisemine,oh
,
dit-il,
par mon chef
Là, donc icyvientJ nous
:' porter mechef
,
Car long-temps qu'en mes
estats pour cause
Detout sans elleà mon
gré je dispose ;
La pour détruire un injuste
soupçon
Raison sourit
,
& parla
surceton.
Dieu des Epoux dont le
trop dur empire
Contre ton joug révolte
maint beau Sire,
Et qui veras si reglement
n'y mettre
Ton regne choir par faute
de sujets)
Escoute moy ; tes avares
l, ministres, .;
L'humble interest, & les
fraudes sinistres
le faux honneur
,
qui souvent
fuit tes pas ,
Font seuls le mal qui regne
en tes Estats ;
1 Bannis,crois-moy
) cette
troupe perfide,
Qu'àtes conseils au lieu
j d'eux je préside
,
f Tu regneras paisible
, &:
1
les mortels
Viendront en foule encenfer
tes Autels;
Que si ne veux croire à
mon témoignage,
Eprouve au moinsque
, mon conseil est sage.
Prés d'un Hostel par Thémis
habité
Azile sur contre l'iniquité,
Chez Mecenas est gentille
Donzelle
Que je cheris par grand
excés de zele,
Car sa jeunesseinstruiseen
mes devis
Oncques ne fust rebelleà
mes avis
,
- Mon amitié ja long-tems
luy reserve
Un favori de Thémis, de
Minerve ,
A mes leçons tres- docile
sujet
Et qui sans moy ne forme
aucun projet,
Que si son nomtu ne connois
encore Damon s'appelle, Apollo,-n
qu'il honore
N'a gueres encor charmé
de ses écrits
Du beau parler luy decerne
le prix; Enfin tousdeuxsemblen-t
faits l'un pour ràutrel
Et ton aveu doit suivre icy
le nostre, Amour fera de la feste
} &
je crois
Qu'il m'obéit pour la premiere
fois,
A ces propos hymen
rompt le silence
Et sans tenir sa répons,e en
balance
C'a repon d-il éprouvons,
j'y consens
Si tant de mauxdouloureux
& cuifans
N'adviendroient point aux
époux en ménage
Faute d'avoir pris de roy
conseil fage»
Allons, je cede à tes empressements
Et vais unir a tes yeux nos
Amans;
Il dit bien-tostl'un & l'au..
tre ils arrivent
Au lieu marqué, les ris les
jeux les suivent,
Ils sont surpris d'y rencontrer
l'amour
Qu'ils n'attendoient que
vers la fin du jour,
Le couple heureux joint
d'un lien durable 1
Dans beau Palais trouve
excellente table <
Dieu desfestinsd'y repan-
, dre ses mers, ,.,.
Cerés
>
Bachus, d'y verser
ses bienfaits,
Amour, Hymen, raison,
d'entrer en danse,
Jeux & plaisirs de fauter
en cadence,
Tant que ce Dieu qui
donne le repos
Sur maints beaux yeux
vientverser ses pavots, Alors amour luy mesme
deshabille,
Dans litbenit met pucelle
: -- gentille
Et qui bien-tost pucelle ne
sera,
Le mesme Dieu bon ordre
y donnera;
Enfin ayant fait Harangue
à sa mode
Promet Poupons comme
q
c'est la méthode,
Ferme rideaux & delo-1
geant sans bruit J
Laisse à l'Amour le foin
de cette nuit.
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Résumé : MARIAGE.
Le texte décrit le mariage de Monsieur Henault, Président au Parlement et fils de Monsieur Henault, Fermier Général, avec Mademoiselle de Montargis, fille de Monsieur de Montargis, Garde du Trésor Royal, célébré le 30 janvier précédent. À cette occasion, des vers ont été composés. Ces vers relatent une visite de Dame Raison à Hymenée, le dieu du mariage, pour discuter d'un projet divin. Raison critique les maux régissant les États, attribués à l'intérêt personnel, aux fraudes et au faux honneur. Elle conseille à Hymenée de bannir ces influences néfastes pour régner paisiblement. Raison mentionne une jeune femme, Damon, instruite par ses conseils, et son ami Apollon, faits l'un pour l'autre. Hymenée accepte ce conseil et unit les amants. La cérémonie se déroule dans un beau palais où les dieux des festins, des plaisirs et de l'amour participent. La nuit se termine par des promesses de bonheur et de progéniture, laissant les jeunes mariés à leur intimité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5065
p. 169-179
Chef-d'oeuvre de Peinture, [titre d'après la table]
Début :
Depuis le soin que le Roy a pris de faire fleurir les Arts [...]
Mots clefs :
Peinture, Chambre, Chaises, Perspectives, Galerie, Point de vue, Marbre, Couleurs, Ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Chef-d'oeuvre de Peinture, [titre d'après la table]
Depuis le foin que le Roy
a pris de faire fleurir les Arts
dans fon Royaume , tous
ceux qui avoient quelques
talens , les ont cultivez , &
la France s'eft trouvée en
peu d'années auffi remplie de
ces heureux Génies qui par
leur Cifeau , leur Burin &
leur Pinceau donnent l'Immortalité
, que la Gréce &
l'Italie l'ont efté autrefois.
Entre les Chef- d'oeuvres de
Fevrier 1685.
P
170 MERCURE
Peinture que l'on y remarque
tous les jours , on a découvert
depuis quelques mois
une Perfpective qui fait
l'admiration de tout Paris,
Elle doit toute fa réputation
à fa beauté ; & ceux qui la
virent par hazard fur la fin
de l'année derniere dans la
Galerie de l'Hoftel de Vendôme
où elle eftoit , en furent
tellement furpris , qu'ils
ne pûrent s'empeſcher de
luy donner de grandes loüanges.
Ce qu'ils en dirent excita
la curiofité de plufieurs
autres ; de forte que tour le
GALANT. 171
4
monde à l'envy voulant voir
ce rare Ouvrage , on a eſté
obligé de conftruire une Galerie
auprés de l'une des Portes
de la Foire pour le mettre au
bout , afin de fatisfaire l'empreffement
du Public . Cette
Perſpective qui repréſente
deux Chambres à treize pieds
de hauteur , & eft large de
feize à dix-fept. Aux deux
coftez de la premiere , il y a
deux Trumeaux embellis de
Quadres , & d'autres Ornemens
tout dorez . On voit
deux grandes Croiſées au devant,
& deux au fond . Au
Pij
172 MERCURE
19
bas des deux premieres font
deux Portes ouvertes , qui
donnent entrée dans des Bal,
cons , & au travers deſquel!
les on découvre des éloigne
mens,avec une partie du Ciel.
Il n'y a perfonne qui ne cruft
que le jour qui éclaire cette
Chambre entre par les deux
Feneftres. Les Volets font de
differente maniére , les uns à
demy fermez , d'autres tout à
fait , & quelques autres ou
verts . Le Verre y eft fi bien
imité , & le jour donné fi à
propos , qu'on y prend tout
pour le naturel. Un Miroir
GALANT. 173
eft entre les croifees , & au
deffus régné zune corniche
autour de la Chambre , bla
quelle oft garnie de Vafes de
Lapis à l'antique. Entre ces
Vafes il ya plufieurs Me
daillons , dont l'un reprefens
re: le Cadran d'une Horloge.
Cette Chabre eft boifée d'un
bois de racine d'Olivier , &
dans des embrafures des
Feneftres , font des panneaux
de diverfe forte où l'om
bre des Volets & du Verre
paroiſt comme lau naturel,
auffi bien que les veines du
bois. Elle eft garnie de Chai-
•
Pij
174 MERCURE
C
fes couvertes de Velours Cramoify,
avec des Franges d'or,
& dune Tableavec fomTapis
de meline . Sept de ces Chaifes
qui font à la gauche de la
Chambre entre des croifées,
n'ont qu'un demy pied en
touté leur étendue , & dans
leur point de veuë , elles paroiffent
avoir un pied & demy
chacune. lly a aupres de
ces Chaifes une Baffe de Viole,
que l'on iroit prendre à fix
pas de là , comme fi c'étoit
un veritable Inftrument . Une
Chaife: borso deurang le dos
tourné aupres de la Table , &
GALANT. 175
une autre couchée qu'on
croiroit hors du pavé , trompent
fi fort la veuë , qu'on ne
peut s'imaginer que ce ne
foient pas de vrayes Chaiſes.
Au fond de la Chambre on
voit une Cheminée avec deux
Chenets d'Argent & au
deffus un Bufte que deux
Amours
accompagnent . Le
Plat-fond à cul de Lápe , avec
fes compartimens
dorez , n'a
que deux pieds & demy dans
toute fon étenduë , & il paroift
en avoir trente - deux
dans fon point de veuë . Son
Pavé qui eft de Marbre à par-
P iiij
176 MERCURE
quetage , paroift de meſme ,
& fi plat qu'il femble qu'on
pourroit marcher deffus . Aux
deux côtez de la Cheminée
font deux portes ouvertes
qui laiffent voir une autre
Chambre , avec trois croisées
de chaque côté , qui éclairent
le Pavé. Il eft de Marbre
de differentes couleurs à
parquetage , & les Chaifes
qu'on y voit font de Velours .
vert. Cette Chambre n'a
qu'un pied de Terrain , &
dans fon point de veuë , elle :
en a cnviron trente- cinq de
longueur. L'union des CouGALANT.
177
leurs eft fi bien obfervée dans
cette merveilleufe Perfpective
, que la veuë en eft char
mée. Elle eft de M' Boyer,
Peintre de la Ville du Puy en
Vellay , & travaillée par luy &
par les deux Fils, fort entédus
dans ces fortes d'ouvrages.
J'auray foin de vous envoyer
celuy- cy gravé dans une de
mes Lettres. Ce qui le fait admirer
n'eft pas feulement l'éloignement
qui fait la beauté
de toutes les Perspectives,
mais ce qui furprend plus
que toutes chofes , ce font
les côtez de la Chambre,
178 MERCURE
1
où font les quatre grandes
Feneftres que l'on ne
croit point de loin cftre fur
la Toile qui fait cette Perfpective
, & qu'on prend pour
les côtez de la Galerie . C'eft
en cela que confifte la grande
nouveauté de ce curieux
Ouvrage. Quand fon A. R.
alla le voir à l'Hôtel de Vendôme,
Elle fut trompée ,quoy
qu'Elle cuft dit en entrant,
que pour les Chaifes , Elle
fçavoit bien qu'elles étoient
Peintes. Ce Prince vit une
Vitre qui luy paroiffoit caffée ,
& il crut prefque d'abord
GALANT. 179
qu'elle étoit de la Maiſon.
Cette Perfpective donna tant
de plaifir à M le Duc du Maine
, qu'en fe retirant , il le fit
à reculons , difant qu'il ne
pouvoit la quitter. Il en fit
enfuite une peinture fort
avantageufe aux Perſonnes
les plus diftinguées de la
Cour, qui ayant eu la meſme
curiofité de la voir , en furent
charmées ainſi que ce jeune
Prince.
a pris de faire fleurir les Arts
dans fon Royaume , tous
ceux qui avoient quelques
talens , les ont cultivez , &
la France s'eft trouvée en
peu d'années auffi remplie de
ces heureux Génies qui par
leur Cifeau , leur Burin &
leur Pinceau donnent l'Immortalité
, que la Gréce &
l'Italie l'ont efté autrefois.
Entre les Chef- d'oeuvres de
Fevrier 1685.
P
170 MERCURE
Peinture que l'on y remarque
tous les jours , on a découvert
depuis quelques mois
une Perfpective qui fait
l'admiration de tout Paris,
Elle doit toute fa réputation
à fa beauté ; & ceux qui la
virent par hazard fur la fin
de l'année derniere dans la
Galerie de l'Hoftel de Vendôme
où elle eftoit , en furent
tellement furpris , qu'ils
ne pûrent s'empeſcher de
luy donner de grandes loüanges.
Ce qu'ils en dirent excita
la curiofité de plufieurs
autres ; de forte que tour le
GALANT. 171
4
monde à l'envy voulant voir
ce rare Ouvrage , on a eſté
obligé de conftruire une Galerie
auprés de l'une des Portes
de la Foire pour le mettre au
bout , afin de fatisfaire l'empreffement
du Public . Cette
Perſpective qui repréſente
deux Chambres à treize pieds
de hauteur , & eft large de
feize à dix-fept. Aux deux
coftez de la premiere , il y a
deux Trumeaux embellis de
Quadres , & d'autres Ornemens
tout dorez . On voit
deux grandes Croiſées au devant,
& deux au fond . Au
Pij
172 MERCURE
19
bas des deux premieres font
deux Portes ouvertes , qui
donnent entrée dans des Bal,
cons , & au travers deſquel!
les on découvre des éloigne
mens,avec une partie du Ciel.
Il n'y a perfonne qui ne cruft
que le jour qui éclaire cette
Chambre entre par les deux
Feneftres. Les Volets font de
differente maniére , les uns à
demy fermez , d'autres tout à
fait , & quelques autres ou
verts . Le Verre y eft fi bien
imité , & le jour donné fi à
propos , qu'on y prend tout
pour le naturel. Un Miroir
GALANT. 173
eft entre les croifees , & au
deffus régné zune corniche
autour de la Chambre , bla
quelle oft garnie de Vafes de
Lapis à l'antique. Entre ces
Vafes il ya plufieurs Me
daillons , dont l'un reprefens
re: le Cadran d'une Horloge.
Cette Chabre eft boifée d'un
bois de racine d'Olivier , &
dans des embrafures des
Feneftres , font des panneaux
de diverfe forte où l'om
bre des Volets & du Verre
paroiſt comme lau naturel,
auffi bien que les veines du
bois. Elle eft garnie de Chai-
•
Pij
174 MERCURE
C
fes couvertes de Velours Cramoify,
avec des Franges d'or,
& dune Tableavec fomTapis
de meline . Sept de ces Chaifes
qui font à la gauche de la
Chambre entre des croifées,
n'ont qu'un demy pied en
touté leur étendue , & dans
leur point de veuë , elles paroiffent
avoir un pied & demy
chacune. lly a aupres de
ces Chaifes une Baffe de Viole,
que l'on iroit prendre à fix
pas de là , comme fi c'étoit
un veritable Inftrument . Une
Chaife: borso deurang le dos
tourné aupres de la Table , &
GALANT. 175
une autre couchée qu'on
croiroit hors du pavé , trompent
fi fort la veuë , qu'on ne
peut s'imaginer que ce ne
foient pas de vrayes Chaiſes.
Au fond de la Chambre on
voit une Cheminée avec deux
Chenets d'Argent & au
deffus un Bufte que deux
Amours
accompagnent . Le
Plat-fond à cul de Lápe , avec
fes compartimens
dorez , n'a
que deux pieds & demy dans
toute fon étenduë , & il paroift
en avoir trente - deux
dans fon point de veuë . Son
Pavé qui eft de Marbre à par-
P iiij
176 MERCURE
quetage , paroift de meſme ,
& fi plat qu'il femble qu'on
pourroit marcher deffus . Aux
deux côtez de la Cheminée
font deux portes ouvertes
qui laiffent voir une autre
Chambre , avec trois croisées
de chaque côté , qui éclairent
le Pavé. Il eft de Marbre
de differentes couleurs à
parquetage , & les Chaifes
qu'on y voit font de Velours .
vert. Cette Chambre n'a
qu'un pied de Terrain , &
dans fon point de veuë , elle :
en a cnviron trente- cinq de
longueur. L'union des CouGALANT.
177
leurs eft fi bien obfervée dans
cette merveilleufe Perfpective
, que la veuë en eft char
mée. Elle eft de M' Boyer,
Peintre de la Ville du Puy en
Vellay , & travaillée par luy &
par les deux Fils, fort entédus
dans ces fortes d'ouvrages.
J'auray foin de vous envoyer
celuy- cy gravé dans une de
mes Lettres. Ce qui le fait admirer
n'eft pas feulement l'éloignement
qui fait la beauté
de toutes les Perspectives,
mais ce qui furprend plus
que toutes chofes , ce font
les côtez de la Chambre,
178 MERCURE
1
où font les quatre grandes
Feneftres que l'on ne
croit point de loin cftre fur
la Toile qui fait cette Perfpective
, & qu'on prend pour
les côtez de la Galerie . C'eft
en cela que confifte la grande
nouveauté de ce curieux
Ouvrage. Quand fon A. R.
alla le voir à l'Hôtel de Vendôme,
Elle fut trompée ,quoy
qu'Elle cuft dit en entrant,
que pour les Chaifes , Elle
fçavoit bien qu'elles étoient
Peintes. Ce Prince vit une
Vitre qui luy paroiffoit caffée ,
& il crut prefque d'abord
GALANT. 179
qu'elle étoit de la Maiſon.
Cette Perfpective donna tant
de plaifir à M le Duc du Maine
, qu'en fe retirant , il le fit
à reculons , difant qu'il ne
pouvoit la quitter. Il en fit
enfuite une peinture fort
avantageufe aux Perſonnes
les plus diftinguées de la
Cour, qui ayant eu la meſme
curiofité de la voir , en furent
charmées ainſi que ce jeune
Prince.
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Résumé : Chef-d'oeuvre de Peinture, [titre d'après la table]
Le texte présente une perspective remarquable découverte à Paris, qui a captivé l'admiration du public. Cette œuvre, initialement exposée dans la galerie de l'Hôtel de Vendôme, a été déplacée vers une galerie proche de la Foire en raison de la demande croissante. La perspective représente deux chambres de treize pieds de hauteur et de seize à dix-sept pieds de largeur. Elle est décorée de trumeaux, de cadres dorés, de fenêtres et de portes ouvrant sur des balcons. Les détails, tels que les volets, les miroirs et les meubles, sont d'une telle précision qu'ils trompent l'œil. La première chambre est boisée de racine d'olivier et garnie de chaises couvertes de velours cramoisi. La seconde chambre, visible à travers des portes ouvertes, est également détaillée avec soin. Cette œuvre est de M. Boyer, peintre de la ville du Puy-en-Velay, et a été réalisée en collaboration avec ses deux fils. La perspective a été admirée par des personnalités notables, dont le Duc du Maine, qui en a fait une description élogieuse à la cour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5066
p. 173-208
Troisiéme Article des Morts. [titre d'après la table]
Début :
Dame Marie Charlotte de Roquelaure, Duchesse de [...]
Mots clefs :
Comte, Maréchal, France, Dame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Troisiéme Article des Morts. [titre d'après la table]
Dame Marie Charlotte de
Piij
174 MERCURE
Roquelaure , Ducheffe de
Foix , eft morte a l'âge de ss.
ans. Cette Dame épouía en
1674. Henry Charles François de Foix de Candalle , Duc
de Rendan Pair de France
Chevalier des Ordres du Roy,
Prince Captal de Bucs , Marquis Senecay , Comte de
Beunauges , de Gurfon , & de
Fleix , la Maifon de Foix dont
çe Duc cft Chef , eft , difent
quelques Auteurs , fortie de
celle des Anciens Rois de Navarre ; la Maifon de Candalle
dont le fameux Duc d'Epernon , favory d'Henry III.
GALANT 175
époufa l'heritiere , eftoit une
branche de celle de Foix , qui
a formé auffi une autre branche qui fubfifte en Savoye &
dont un Gentilhomme qui a
époufé la fœur de Mr le Comte de Blancheville eft chef.
Me la Ducheffe de Foix eftoit
fœur de Mr le Duc de Roquelaure qui commande en
Languedoc , & fille de JeanBaptifte Gaſton , Chevalier des
Ordres du Roy , Gouverneur
de Guyenne , & grand- Maiſtre
de la Garderobe & premier
Ducde Roquelaure , &de Maric- Charlotte de Daillon , feP iij
176 MERCURE
fa valeur que par La
conde fille de Timoleon de
Daillon, Comte du Lude , que
ce Duc époufa en 1653. &1
qui mourut 4. années aprés
âgée feulement de 2 1. ans. Ce
premier Duc de Roquelaure
s'éleva encore plus par fon merite & par
naiffance. Il fervit dés l'année
1635. en qualité de Capitaine
de Cavalerie , il fut bleffe & fait
prifonnier à la Bataille de la
Marfée prés de Sedan en 1641 .
en chargeant les ennemis à la
tefte de fon Efcadron. Il fervit
en qualité de Maréchal de
Camp au premier Siege de Gra-
GALANT 177
velines en 1644. à la prife de
Bourbourg en 45. au Siege de
Courtray en 46. eftant Lieutenant general. Il fut bleffé au
Siege de Bordeaux & fait Duc
au mois de Juin 1652. Il fervit à la conquefte de la Franche-Comté en 1668. & dans
la guerre de Hollande en 1672 .
Ce Duc avoit efté élevé à une
bonne Ecole. Il eftoit als d'Antoine de Roquelaure Maréchal
de France , & de Sulanne de
Baffepar fa feconde femme , &
de Catherine d'Ornezan fa premiere femme , veuve de Gilles
de Montal Baron de Roque-
178 MERCURE
bron , & fille de Jean- Claude
d'Ornezan , Sieur d'Auradé &
de Noaillan Gouverneur de
Mets , ce Maréchal cut JeanLouis Baron de Biran grandMaiftre de la Garderobe du
Roy, mort fans eftre marié ;
Louiſe premiere femme d'Antoine 2. Duc de Grammont ,
Rofe femme de François de
Noailles, Comte d'Ayen, Chevalier des Ordres du Roy ,
ayeul & ayeule de Monfieur le
Cardinal de Noailles : Catherine Abbeffe de Rhodez , morte
au Calvaire à Paris , & Marie
femme de Jacques Eſthuer ,
GALANT 179
>
Comte de la Vauguyon. Du
fecond lit outre feu Mr le Duc
de Roquelaure , il eut feuë Me
la Marquise de Mirepoix , Me
la Marquife de Balagny
Me la Marquife de Fimarcon
( Caffagnet de Narbonne.) Le
Maréchal de Roquelaure eftoit
grand- Maiſtre de la Garderobe du Roy , Chevalier de fes
Ordres , Sénéchal & Gouverneur de Rouergue & de Foix ,
Lieutenant general de la haute
Auvergne , Sénéchal & Gouverneur de Guyenne ; il porta
dans fa jeuneffe le nom de
Longart , fous lequel il ſe fit
180 MERCURE
eltimer ; la Reine Jeanne
d'Albret bifayeule du Roy ,
commença la fortune. Henry
IV. l'éleva & Louis XIII. le fit
Maréchal de France en 1615.
Me la Ducheffe de Foix fa petite fille eftoit tres - eftimée. Sa
conduite a toûjours efté reguliere & uniforme & avoit beaucoup de vertu .
Dame Charlotte Marie le
Meufnier , épouse de M™ Guillaume Bénard, Chevalier Seigneur de Rezay , Second
Prefident de la premiere
Chambre des Enquestes. Cette Dame eftoit veuve de M
GALANT 181
с
Jean Sevin , Chevalier Seigneur de Guiney , de Gometzla Ville , &c. Prefident en la
Cinquiéme Chambre des Enqueftes , mort en la 59 année de fon âge. Me la Prefidente de Rezay eftoit belle - foeur de Mr l'Evefque
d'Angoulême ; ce Prelat eftoit.
frere de Mr. le Prefident de
Rezay,& Coufin de Mre N....
Bénard de Rezay, Capitaine des
Levrettes de Monfieur le Duc
d'Orleans. Il y a prés de 26.
ans que Mr le Prefident de
Rezay exerce fa Charge. Il y
fue reçû le 30. Decembre
182 MERCURE
1684. Cette Dame eftoit proche parente de Mre René le
Meufnier , Premier Confeiller
Clerc de la Grand'Chambre ,
& qui eftoit Officier dans le
Parlement depuis le 29. May
de l'année 1665.
Me la Prefidente de Rezay
a efté fort regrettée. C'eftoit
une Dame de merite , qui s'étoit attiré l'eftime & la confideration de tout ceux qui la
connoiffoient, par les manieres
honnêtes & bienfaifantes.
Elle eftoit alliée à plufieurs
perfonnes de confideration du
Parlement, &il y en avoit peu
GALANT 183
de diftinguées par leur naiſſance à qui elle ne touchât du
côté maternel. Elle eftoit proche parente de Mr de Verthamon Villemenon , & de Mrs
de Leffeville , qui font de l'ancienne famille de le Clerc ,
connue depuis fi long- temps
dans le Parlement , & que quelques Auteurs pretendent avoir
donné un Chancellier à la
France. Elle eftoit auffi parente de Mrs Leſcalopier , & de
Mrs de Semonville , familles
dont il y en a deux actuellement Confeillers à la Grand'-
Chambre. Me la Prefidente de
184 MERCURE
Rezay a cfté fort regretée des
Pauvres, à qui elle faifoit beaucoup de bien. Elle leur a donné des marques de ſa tendreſſe
en mourant.
Dame Adrienne Philippine
de Lannoy , veuve de Jacques
Marie de la Baulme , Comte
de Montrevel &Brigadier des
Armées du Roy, tué à la Bataille de Nerwinde , eft morte
âgée de 57. ans. Elle avoit eſté
Fille d'Honneur de la Reine.
Elle avoit cu deux fils de feu
Mr le Comte de Montrevel,
dont l'aîné qui portoit la même qualité fut tué il y quel-
GALANT 185
ques années , & au commencement de cette guerre , à la
tête du Regiment de Montrevel , dont il eftoit Colonel , &
qui fut enfuite donné à Mr
fon frere , qui porte aujourd'huy le nom de Comte de
Montrevel. Il est petit neveu
de Mrle Maréchal de Mont
revel , & petit fils de Mr Id
Marquis de Saint Martin , &
de Dame N..... de Saux de
Tavanes, morte depuis quelques années à Tournay , où
elle faifoit fa refidence , & larriere petit-fils de Mr le Comte
-de Montrevel, Chevalier des
Avril 1710.
186 MERCURE
Ordres du Roy , & fon Lieute
nant General enBreffe, Bugey,
Valromay & Gex.
с
La Maifonde Lannoy eft une
des plus illuftres de Flandres ;
elle y tenoit déja un rang confiderable dans le 12 & le 13
fiecle. Elle eft alliée aux Maifons de Horne, de Robek, de
Berghes, d'Aremberg, & d'Egmont. Dans la revolution qui
ôta une partie des Païs Bas au
Royd'Espagne Philippe II. La
Maifon de Lannoy fut une
des plus fidelles à la Maiſon
d'Autriche , & elle ne prit dans
ces temps difficiles aucun en-
GALANT 187
gagement contraire à fes devoirs ; lors du Siege de Breda
par Ambroife Spinola , les
Comtes de Lannoy ne perdirent aucune occafion de donner des marques de leur fidelité au Roy Philippes IV. petit
fils de Philippes II. de mefme
qu'au Siege de Cafal fait par
le Gouverneur de Milan , & ce
fut le Comte de Lannoy ayeul
de la Damequi vient de mourir , qui empêcha les effets de
la Ligue des Provinces- Unies
contre la Maifon d'Autriche.
Cette Ligue formidable dans
fon commencement , fut diffi
Qij
188 MERCURE
pée par la prudence & par l'activité de ce Seigneur : Enfin le
nom de Lannoy a toûjours
efté cher à la Maifon d'Autriche , & la feüe Reine choifit
elle même , & par la fuite de
l'inclination naturelle qu'elle
avoit pour ce nom , ' Mlle de
Lannoy pour une de fes filles
d'honneur.
Mr
d'Olton Comte d'Aubarede ,
Lieutenant General des Armées du Roy & Gouverneur
de Salins , eft mort icy âgé de
90. ans.Il avoit elté auparavant
Gouverneur de l'Ile de Ré. Il
Bernard d'Aftorg
GALANT 189
s'eftoit diftingué dans toutes
les occafions les plus celebres
de fon temps & fes bleffures
eftoient autant de glorieufes
marques qu'il portoit fur luy
de fes fervices. Il eftoit d'une
ancienne famille originaire de
Quercy &établie à Toulouſe
dans le 13° fiecle. Il y a 412.
ans qu'un Aftorg eftoit Capitoul de Touloufe ; & cette
famille a donné fon nom àune
ruëde la même Ville. Elle a
produit plufieurs branches ; les
plus confiderables font celles
de Montbartier , & d'Aubare
de , & celuy dont je vous
190 MERCURE
apprens la mort eftoit de la
derniere.
Mr Guillaume de Vic
Baron de Clermont aujour
d'huy Confeiller au Parlement
de Toulouſe a époufé N...
d'Aftorg de Montbartier de
la même Maifon que fou M' le
Marquis d'Aubarede qui vient
de mourir. M' d'Aftorg
Lieutenant de Roy de Blaye
&Chevalier de S. Louis de la
Promotion de 1703. eft de la
même Maiſon, Mr le Comte
d'Aubarede recût le même
honneur en 1694, &en 1696.
il fut fait Lieutenant General
GALANT 191
il fut le fecond de la Promotion du 3º Janvier & Mr le
Marquis de Puyfieux fut le
premier & Mr le Maréchal
d'Arraignan fut le quatrième.
Mr d'Aubarede eftoit Gouverneur de Salins en Franchecomté depuis plufieurs années.
Cette Place fut prife le 22.
Juin de l'an 1674. Mr de
Saliere Gentilhomme de Dauphiné , proche parent de Me
I'Abbeffe be Bons de Belley,
& Lieutenant de Roy de cette Place , Mr de Fermoville,
Major , Mr Tourte Ayde- Major & Capitaine des Portes
192 MERCURE
ont fait faire un Service magnifique à Salins pour leur Gouverneur ; les Officiers des Forts
de S. André & de Blin , y ont
affifté.
Mre N... de Joyeufe Abbé
de Gorze en Touraine , eft
mort dans un âge fort avancé.
Il eftoit Preftre , & avoit toûjours mené une vie fort exemplaire ; la Maiſon de Joyeufe
eft illuftre & ancienne. Bernard Seigneur de Joyeuſe
époufa en 1312. Alix de Pey
re ; il en eut Randon qui continua la pofterité , & Jeanne
qui époufa en 1343 Geraud
Adhemar
GALANT 193
Adhemar Seigneur de Grignan , & de là vient l'alliance
de cette Maiſon avec celles de
Grignan & de RochebonneChasteauneuf. Randon fecond
du nom , petit- fils de Randon
premier, eftoit Chambellan du
Dauphin Charles , Regent du
Royaume & Gouverneur de
Dauphiné en 1422. Il époufa
en premières nôces CatherineAlberte de Monteil de Gelas ,
dite de Charlus , Dame de Botheonen Forez. Il en eut
Louis 2 Seigneur de Joyeufe , que les Anglois firent prifonnier à la journée de Crevant
Avril 1710.
R
194 MERCURE
en 1423. & Jeanne épouse du
Maréchal de la Fayette ( Gilbert ) de Jeanne fille de Jean
Louvet Prefident en Proven
ce , Louis 2 , eut TanneguyVi
comte de Joycufe , qui épouſa
en 1448. Blanche de Tournon ; il en cut Guillaume 1 .
dont je parleray, Charles Ab
bé de Chambon, nommé Evêque de S. Flour en 1483. Jeanne femme de Guy de la Baume
4. du nom Comte de Montrevel , & Louis Sieur de Bothcon
Comte de Grandpré , Cham-i
bellan des Rois Louis XI. &
Charles VIII. & Lieutenant
GALANT 195
general au Gouvernement de
Paris , Ile de France , Orlean.
nois , Champagne , Brie , Câtinois & Vermandois. Le Roy
Louis XI. luy fit épouſer Jeanne de Bourbon , fille de Jean 2.
Comte de Vendôme , un des
ayeux de S. M. Il eut de cette
illuftre alliance , Anne mariée
en 1497. à Gabriel de Levy
Comte de Courſon , & François Sieur de Botheon , Anne
de Gafte Dame de la Barge,
dont il cut Jeanne de Joyeuſe
alliée 1. à Claude Sieur de S.
Chaumont , & à François de
Montmorin Seigneur de Saint
K ij
196 MERCURE
Heran Gouverneur d'Auver
gne. Louis eut d'Ifabeau d'Halluin fa premiere femme Robett Comte de Grandpré , tige
des Comtes de Grandpré, bran
che cadette de la Maifon de
Joyeufe & dont cftoit l'Abbé
qui vient de mourir. Cette
branche eft à prefent l'aifnée,
celle des Ducs de Joyeuſe s'étant éteinte dans le 16° & dans.
le dernier fiecle. Mr l'Abbé de
Joyeuse eftoit fils d'AntoineFrançois de Joyeuſe & de Marguerite de Joyeuse heritiere du
Comte de Grandpré , & frere
de Mre Charles - François de
GALANT 197
Joyeuse , & de Jean-Armand
Maréchal de France , Chevalier des Ordres du Roy, & Gou
verneur des trois Evêchez , &
de feu Mr le Comte de Grandpré qui a laiffé des enfans , de
Charlotte de Mailly &d'Henriette Loüife de Cominges
Vervins fes deux femmes. Mr
le Maréchal n'a point eu d'enfans : pour revenir à Guillaume 1. il fut Chambellan du
Duc de Bourbon , il épouſa
Anne de Balzac fille de Rufec
de Balzac Senéchal de Beauvais,
& de Jeanne d'Albon. Il en eut
Charles Vicomte de Joyeuse ,
Riij
198 MERCURE
Louis Evêque de Saint Flour
Guillaume Evêque d'Alet ,
Jacques Abbé & General de
l'Ordre de Saint Antoine &
Doyen du Puy. Thibaud Chevalier de Rhodes, & Jean Sieur
de S. Sauveur ; Charles époufa
Françoise de Meüillon fille
d'Antoine Sieur de Preffieux
& d'Ifabeau de Peyre, dont il
cut Louis tué à la Journée de
Pavic ; Jacques Vicomte de
Joyeuse qui mourant fans en--
fans , laifla pour heritier Jean
de Saint Sauveur fon oncle , &
Jeanne mariée à Gaſpard d'Urfé. Jean de Joyeuse Sieur de
ALQUE
GALANT (199 DE
LA
VILLA
Joycufe Gouverneur de r
bonnes, Chevalier de l'Orde
du Roy , époufa en 1518.
Françoiſe de Voifins , Dame
d'Arques , de la Tour-Fenouil
let, fille unique de Jean de Voifins & de Paule de Foix de Rabat; il fut pere de Guillaume
2. Maréchal de France , qui de
Marie de Batarnay fille de René Comte du Bouchage , &
d'Ifabelle de Savoye- Tende ,
cut Anne Duc & Pair &
Maréchal de France , Favori
d'Henry III. dont il devint
beaufrere , fon frere ayant
époufé Marguerite de LorraiRiiij
200 MERCURE
ne fœur puifnée de la Reine
Louife. Il fut tué à la Bataille
de Coutras qu'il perdit le 20.
Avril de l'an 1587. François
fon frere fut, Cardinal Archevefque de Narbonne & enſuite de Toulouſe. Le Pape Gregoire XIII. l'honora de la
Pourpre , & il fut Protecteur
de la Couronne de France à
Rome. Henry Comte deBouchage , puis Duc de Joyeuſe
Pair & Maréchal de France
Chevalier des Ordres du Roy ,
grand Maiftre de la Garderobbe, Gouverneur & Lieutenant
general d'Anjou , Touraine , le "
GALANT 201
Maine, & le Perche , fe fit d'abord Capucin aprés la mort dé
fa femme. I eftoit troifiémé
fils de Guillaume 2. Maréchal
de France. La mort du Duc de
Joyeufe fon frere fut caufe
qu'il fortit des Capucins , mais
il yrentra en 1599. De Catherine de la Valette fa femme
fout puifnée du fameux Duc
d'Epernonite qu'uns fille
unique qui époufa Henry de
Bourbon Duc de Montpenfier,
d'où vint auffi une fille unique
qui épouſa feuë S. A. R. Gafton de France Duc d'Orleans
Oncle du Roy, & dont elle cut
202 MERCURE
feue S. A. R. Mademoiſelle.
Voila par où Mrs de Joyeuſe
eftoient alliez de feue Mademoifelle. Il y a encore eu un
Maréchal de France de cette
Maifon. Guillaume Vicomte
de Joyeuse Lieutenant general
pour le Roy au Gouvernement
de Languedoc , & qui eftoit fils
puifné de Jean de Joyeufe S
deSaint Sauveur, Gouverneur
de Narbene & de Françoiſe
deVoifins,dont je vous ay déja
parlé. Antoine - Scipion Chevalier de Malte , grand Prieur
de Toulouſe & puis Duc de
Joyeuse , & George Vicomte
GALANT 203
de S. Didier eftoient auffi freres
du Duc de Joyeufe Favory
d'Henry III.
Mre Louis de Baradat Evêque & Comte de Vabres , &
Abbé de Clermont eft mort
dans un âge affez avancé. Ce
Prelat eftoit d'une famille
diftinguée par fon rang & par
fon ancienneté dans le Languedoc. Elle y eftoit connue dés
le 13 ficcle. Elle eft fortie par
les femmes de celles de Balefta,
de Baragnes,& de Barthelemy.
Cette derniere a produit de
nos jours Mr l'Evêque de S.
Papoul.Mr l'Evêque deVabres
204 MERCURE
cftoit fort éloquent & il en a
donné des preuves dans des
Chaires celebres. Il fut choifi
àla mort de feu Mr l'Archevêque de Paris , pour faire
l'Oraifonfunebre de ce Prelat,
& il la fit avec un fuccés merveilleux. Il a efté Député en
plufieurs affemblées du Clergé
& il y a donné des marques
de fa Doctrine & de fon experience dans les affaires Ecclefiaftiques. L'Evêché de Vabres
eft fuffragant d'Alby . Feu Mr
Habert Docteur de Sorbonne
& Evêque de Vabres fut fort
mêlé dans les affaires du Janfe-
GALANT 205
nifme dont il fut un des plus
implacables adverfaires. Il
n'eftoit pas encore alors Evêque , & fon zele pour la faine
Doctrine fut recompenfé de
l'Epifcopat. Vabres eft une
Ville de Rouergue où il y avoit
autrefois une celebre Abbaye
de l'Ordre de S. Benoift, que
Pape Jean XXII. érigea en
Evêché en 1317. L'Abbé
Pierre Olargeo en fut le premier Evêque & il a eu d'illuftres
Succeffeurs qui ont tous eu le
titre d'Evêques Comtes de
Vabres. Saint Gregoire de
Tours parle avantageufement
le
206 MERCURE
C
de cette Ville au Chapitre 9
de fon 9 Livre , de la gloire
des Confeffeurs. Un Africain
de la Ville de Vage qui vint
s'établir à Vabres à la fin du
14°fiecle contribua beaucoup
aux embelliffemens de cette
Ville ; les foins qu'il prit pour
l'orner , ont rendu fa memoire
chere à la pofterité , & un
certain jour de l'année le
Peuple de Vabres va felon une
ancienne coûtume danfer &
fe rejouir devant une maiſon
qu'il habitoit , & on y chance
de vieilles Chanfons à ſa gloire. Le Chapitre de Vabres
GALANT 207
1
с
a produit d'excellens fujets.
Un Chanoine de cette Cathedrale fur la fin du 14 ficcle
fe diftingua entre les Interpretes de l'Ecriture. Il mir en
œuvre la plus grande partic
des memoires de Pierre Olargeo , premier Evêque de
Vabres.
Mre N... de l'Etang
Preftre , Prieur de S. Michel
en Poitou , Diocefe de Poitiers , eft mort âgé de plus
de 60 ans. Il eftoit frere de
Mrl'Abbé de l'Etang Docteur
de Sorbonne , & Prieur de
S. N. de Bourges & de Mrsde
208 MERCURE
l'Etang , tous diftinguez par
lcur merite , & par leur talens.
Ces Mrs font beaux freres de
Mr Bolduc de l'Academie des
Sciences.
Piij
174 MERCURE
Roquelaure , Ducheffe de
Foix , eft morte a l'âge de ss.
ans. Cette Dame épouía en
1674. Henry Charles François de Foix de Candalle , Duc
de Rendan Pair de France
Chevalier des Ordres du Roy,
Prince Captal de Bucs , Marquis Senecay , Comte de
Beunauges , de Gurfon , & de
Fleix , la Maifon de Foix dont
çe Duc cft Chef , eft , difent
quelques Auteurs , fortie de
celle des Anciens Rois de Navarre ; la Maifon de Candalle
dont le fameux Duc d'Epernon , favory d'Henry III.
GALANT 175
époufa l'heritiere , eftoit une
branche de celle de Foix , qui
a formé auffi une autre branche qui fubfifte en Savoye &
dont un Gentilhomme qui a
époufé la fœur de Mr le Comte de Blancheville eft chef.
Me la Ducheffe de Foix eftoit
fœur de Mr le Duc de Roquelaure qui commande en
Languedoc , & fille de JeanBaptifte Gaſton , Chevalier des
Ordres du Roy , Gouverneur
de Guyenne , & grand- Maiſtre
de la Garderobe & premier
Ducde Roquelaure , &de Maric- Charlotte de Daillon , feP iij
176 MERCURE
fa valeur que par La
conde fille de Timoleon de
Daillon, Comte du Lude , que
ce Duc époufa en 1653. &1
qui mourut 4. années aprés
âgée feulement de 2 1. ans. Ce
premier Duc de Roquelaure
s'éleva encore plus par fon merite & par
naiffance. Il fervit dés l'année
1635. en qualité de Capitaine
de Cavalerie , il fut bleffe & fait
prifonnier à la Bataille de la
Marfée prés de Sedan en 1641 .
en chargeant les ennemis à la
tefte de fon Efcadron. Il fervit
en qualité de Maréchal de
Camp au premier Siege de Gra-
GALANT 177
velines en 1644. à la prife de
Bourbourg en 45. au Siege de
Courtray en 46. eftant Lieutenant general. Il fut bleffé au
Siege de Bordeaux & fait Duc
au mois de Juin 1652. Il fervit à la conquefte de la Franche-Comté en 1668. & dans
la guerre de Hollande en 1672 .
Ce Duc avoit efté élevé à une
bonne Ecole. Il eftoit als d'Antoine de Roquelaure Maréchal
de France , & de Sulanne de
Baffepar fa feconde femme , &
de Catherine d'Ornezan fa premiere femme , veuve de Gilles
de Montal Baron de Roque-
178 MERCURE
bron , & fille de Jean- Claude
d'Ornezan , Sieur d'Auradé &
de Noaillan Gouverneur de
Mets , ce Maréchal cut JeanLouis Baron de Biran grandMaiftre de la Garderobe du
Roy, mort fans eftre marié ;
Louiſe premiere femme d'Antoine 2. Duc de Grammont ,
Rofe femme de François de
Noailles, Comte d'Ayen, Chevalier des Ordres du Roy ,
ayeul & ayeule de Monfieur le
Cardinal de Noailles : Catherine Abbeffe de Rhodez , morte
au Calvaire à Paris , & Marie
femme de Jacques Eſthuer ,
GALANT 179
>
Comte de la Vauguyon. Du
fecond lit outre feu Mr le Duc
de Roquelaure , il eut feuë Me
la Marquise de Mirepoix , Me
la Marquife de Balagny
Me la Marquife de Fimarcon
( Caffagnet de Narbonne.) Le
Maréchal de Roquelaure eftoit
grand- Maiſtre de la Garderobe du Roy , Chevalier de fes
Ordres , Sénéchal & Gouverneur de Rouergue & de Foix ,
Lieutenant general de la haute
Auvergne , Sénéchal & Gouverneur de Guyenne ; il porta
dans fa jeuneffe le nom de
Longart , fous lequel il ſe fit
180 MERCURE
eltimer ; la Reine Jeanne
d'Albret bifayeule du Roy ,
commença la fortune. Henry
IV. l'éleva & Louis XIII. le fit
Maréchal de France en 1615.
Me la Ducheffe de Foix fa petite fille eftoit tres - eftimée. Sa
conduite a toûjours efté reguliere & uniforme & avoit beaucoup de vertu .
Dame Charlotte Marie le
Meufnier , épouse de M™ Guillaume Bénard, Chevalier Seigneur de Rezay , Second
Prefident de la premiere
Chambre des Enquestes. Cette Dame eftoit veuve de M
GALANT 181
с
Jean Sevin , Chevalier Seigneur de Guiney , de Gometzla Ville , &c. Prefident en la
Cinquiéme Chambre des Enqueftes , mort en la 59 année de fon âge. Me la Prefidente de Rezay eftoit belle - foeur de Mr l'Evefque
d'Angoulême ; ce Prelat eftoit.
frere de Mr. le Prefident de
Rezay,& Coufin de Mre N....
Bénard de Rezay, Capitaine des
Levrettes de Monfieur le Duc
d'Orleans. Il y a prés de 26.
ans que Mr le Prefident de
Rezay exerce fa Charge. Il y
fue reçû le 30. Decembre
182 MERCURE
1684. Cette Dame eftoit proche parente de Mre René le
Meufnier , Premier Confeiller
Clerc de la Grand'Chambre ,
& qui eftoit Officier dans le
Parlement depuis le 29. May
de l'année 1665.
Me la Prefidente de Rezay
a efté fort regrettée. C'eftoit
une Dame de merite , qui s'étoit attiré l'eftime & la confideration de tout ceux qui la
connoiffoient, par les manieres
honnêtes & bienfaifantes.
Elle eftoit alliée à plufieurs
perfonnes de confideration du
Parlement, &il y en avoit peu
GALANT 183
de diftinguées par leur naiſſance à qui elle ne touchât du
côté maternel. Elle eftoit proche parente de Mr de Verthamon Villemenon , & de Mrs
de Leffeville , qui font de l'ancienne famille de le Clerc ,
connue depuis fi long- temps
dans le Parlement , & que quelques Auteurs pretendent avoir
donné un Chancellier à la
France. Elle eftoit auffi parente de Mrs Leſcalopier , & de
Mrs de Semonville , familles
dont il y en a deux actuellement Confeillers à la Grand'-
Chambre. Me la Prefidente de
184 MERCURE
Rezay a cfté fort regretée des
Pauvres, à qui elle faifoit beaucoup de bien. Elle leur a donné des marques de ſa tendreſſe
en mourant.
Dame Adrienne Philippine
de Lannoy , veuve de Jacques
Marie de la Baulme , Comte
de Montrevel &Brigadier des
Armées du Roy, tué à la Bataille de Nerwinde , eft morte
âgée de 57. ans. Elle avoit eſté
Fille d'Honneur de la Reine.
Elle avoit cu deux fils de feu
Mr le Comte de Montrevel,
dont l'aîné qui portoit la même qualité fut tué il y quel-
GALANT 185
ques années , & au commencement de cette guerre , à la
tête du Regiment de Montrevel , dont il eftoit Colonel , &
qui fut enfuite donné à Mr
fon frere , qui porte aujourd'huy le nom de Comte de
Montrevel. Il est petit neveu
de Mrle Maréchal de Mont
revel , & petit fils de Mr Id
Marquis de Saint Martin , &
de Dame N..... de Saux de
Tavanes, morte depuis quelques années à Tournay , où
elle faifoit fa refidence , & larriere petit-fils de Mr le Comte
-de Montrevel, Chevalier des
Avril 1710.
186 MERCURE
Ordres du Roy , & fon Lieute
nant General enBreffe, Bugey,
Valromay & Gex.
с
La Maifonde Lannoy eft une
des plus illuftres de Flandres ;
elle y tenoit déja un rang confiderable dans le 12 & le 13
fiecle. Elle eft alliée aux Maifons de Horne, de Robek, de
Berghes, d'Aremberg, & d'Egmont. Dans la revolution qui
ôta une partie des Païs Bas au
Royd'Espagne Philippe II. La
Maifon de Lannoy fut une
des plus fidelles à la Maiſon
d'Autriche , & elle ne prit dans
ces temps difficiles aucun en-
GALANT 187
gagement contraire à fes devoirs ; lors du Siege de Breda
par Ambroife Spinola , les
Comtes de Lannoy ne perdirent aucune occafion de donner des marques de leur fidelité au Roy Philippes IV. petit
fils de Philippes II. de mefme
qu'au Siege de Cafal fait par
le Gouverneur de Milan , & ce
fut le Comte de Lannoy ayeul
de la Damequi vient de mourir , qui empêcha les effets de
la Ligue des Provinces- Unies
contre la Maifon d'Autriche.
Cette Ligue formidable dans
fon commencement , fut diffi
Qij
188 MERCURE
pée par la prudence & par l'activité de ce Seigneur : Enfin le
nom de Lannoy a toûjours
efté cher à la Maifon d'Autriche , & la feüe Reine choifit
elle même , & par la fuite de
l'inclination naturelle qu'elle
avoit pour ce nom , ' Mlle de
Lannoy pour une de fes filles
d'honneur.
Mr
d'Olton Comte d'Aubarede ,
Lieutenant General des Armées du Roy & Gouverneur
de Salins , eft mort icy âgé de
90. ans.Il avoit elté auparavant
Gouverneur de l'Ile de Ré. Il
Bernard d'Aftorg
GALANT 189
s'eftoit diftingué dans toutes
les occafions les plus celebres
de fon temps & fes bleffures
eftoient autant de glorieufes
marques qu'il portoit fur luy
de fes fervices. Il eftoit d'une
ancienne famille originaire de
Quercy &établie à Toulouſe
dans le 13° fiecle. Il y a 412.
ans qu'un Aftorg eftoit Capitoul de Touloufe ; & cette
famille a donné fon nom àune
ruëde la même Ville. Elle a
produit plufieurs branches ; les
plus confiderables font celles
de Montbartier , & d'Aubare
de , & celuy dont je vous
190 MERCURE
apprens la mort eftoit de la
derniere.
Mr Guillaume de Vic
Baron de Clermont aujour
d'huy Confeiller au Parlement
de Toulouſe a époufé N...
d'Aftorg de Montbartier de
la même Maifon que fou M' le
Marquis d'Aubarede qui vient
de mourir. M' d'Aftorg
Lieutenant de Roy de Blaye
&Chevalier de S. Louis de la
Promotion de 1703. eft de la
même Maiſon, Mr le Comte
d'Aubarede recût le même
honneur en 1694, &en 1696.
il fut fait Lieutenant General
GALANT 191
il fut le fecond de la Promotion du 3º Janvier & Mr le
Marquis de Puyfieux fut le
premier & Mr le Maréchal
d'Arraignan fut le quatrième.
Mr d'Aubarede eftoit Gouverneur de Salins en Franchecomté depuis plufieurs années.
Cette Place fut prife le 22.
Juin de l'an 1674. Mr de
Saliere Gentilhomme de Dauphiné , proche parent de Me
I'Abbeffe be Bons de Belley,
& Lieutenant de Roy de cette Place , Mr de Fermoville,
Major , Mr Tourte Ayde- Major & Capitaine des Portes
192 MERCURE
ont fait faire un Service magnifique à Salins pour leur Gouverneur ; les Officiers des Forts
de S. André & de Blin , y ont
affifté.
Mre N... de Joyeufe Abbé
de Gorze en Touraine , eft
mort dans un âge fort avancé.
Il eftoit Preftre , & avoit toûjours mené une vie fort exemplaire ; la Maiſon de Joyeufe
eft illuftre & ancienne. Bernard Seigneur de Joyeuſe
époufa en 1312. Alix de Pey
re ; il en eut Randon qui continua la pofterité , & Jeanne
qui époufa en 1343 Geraud
Adhemar
GALANT 193
Adhemar Seigneur de Grignan , & de là vient l'alliance
de cette Maiſon avec celles de
Grignan & de RochebonneChasteauneuf. Randon fecond
du nom , petit- fils de Randon
premier, eftoit Chambellan du
Dauphin Charles , Regent du
Royaume & Gouverneur de
Dauphiné en 1422. Il époufa
en premières nôces CatherineAlberte de Monteil de Gelas ,
dite de Charlus , Dame de Botheonen Forez. Il en eut
Louis 2 Seigneur de Joyeufe , que les Anglois firent prifonnier à la journée de Crevant
Avril 1710.
R
194 MERCURE
en 1423. & Jeanne épouse du
Maréchal de la Fayette ( Gilbert ) de Jeanne fille de Jean
Louvet Prefident en Proven
ce , Louis 2 , eut TanneguyVi
comte de Joycufe , qui épouſa
en 1448. Blanche de Tournon ; il en cut Guillaume 1 .
dont je parleray, Charles Ab
bé de Chambon, nommé Evêque de S. Flour en 1483. Jeanne femme de Guy de la Baume
4. du nom Comte de Montrevel , & Louis Sieur de Bothcon
Comte de Grandpré , Cham-i
bellan des Rois Louis XI. &
Charles VIII. & Lieutenant
GALANT 195
general au Gouvernement de
Paris , Ile de France , Orlean.
nois , Champagne , Brie , Câtinois & Vermandois. Le Roy
Louis XI. luy fit épouſer Jeanne de Bourbon , fille de Jean 2.
Comte de Vendôme , un des
ayeux de S. M. Il eut de cette
illuftre alliance , Anne mariée
en 1497. à Gabriel de Levy
Comte de Courſon , & François Sieur de Botheon , Anne
de Gafte Dame de la Barge,
dont il cut Jeanne de Joyeuſe
alliée 1. à Claude Sieur de S.
Chaumont , & à François de
Montmorin Seigneur de Saint
K ij
196 MERCURE
Heran Gouverneur d'Auver
gne. Louis eut d'Ifabeau d'Halluin fa premiere femme Robett Comte de Grandpré , tige
des Comtes de Grandpré, bran
che cadette de la Maifon de
Joyeufe & dont cftoit l'Abbé
qui vient de mourir. Cette
branche eft à prefent l'aifnée,
celle des Ducs de Joyeuſe s'étant éteinte dans le 16° & dans.
le dernier fiecle. Mr l'Abbé de
Joyeuse eftoit fils d'AntoineFrançois de Joyeuſe & de Marguerite de Joyeuse heritiere du
Comte de Grandpré , & frere
de Mre Charles - François de
GALANT 197
Joyeuse , & de Jean-Armand
Maréchal de France , Chevalier des Ordres du Roy, & Gou
verneur des trois Evêchez , &
de feu Mr le Comte de Grandpré qui a laiffé des enfans , de
Charlotte de Mailly &d'Henriette Loüife de Cominges
Vervins fes deux femmes. Mr
le Maréchal n'a point eu d'enfans : pour revenir à Guillaume 1. il fut Chambellan du
Duc de Bourbon , il épouſa
Anne de Balzac fille de Rufec
de Balzac Senéchal de Beauvais,
& de Jeanne d'Albon. Il en eut
Charles Vicomte de Joyeuse ,
Riij
198 MERCURE
Louis Evêque de Saint Flour
Guillaume Evêque d'Alet ,
Jacques Abbé & General de
l'Ordre de Saint Antoine &
Doyen du Puy. Thibaud Chevalier de Rhodes, & Jean Sieur
de S. Sauveur ; Charles époufa
Françoise de Meüillon fille
d'Antoine Sieur de Preffieux
& d'Ifabeau de Peyre, dont il
cut Louis tué à la Journée de
Pavic ; Jacques Vicomte de
Joyeuse qui mourant fans en--
fans , laifla pour heritier Jean
de Saint Sauveur fon oncle , &
Jeanne mariée à Gaſpard d'Urfé. Jean de Joyeuse Sieur de
ALQUE
GALANT (199 DE
LA
VILLA
Joycufe Gouverneur de r
bonnes, Chevalier de l'Orde
du Roy , époufa en 1518.
Françoiſe de Voifins , Dame
d'Arques , de la Tour-Fenouil
let, fille unique de Jean de Voifins & de Paule de Foix de Rabat; il fut pere de Guillaume
2. Maréchal de France , qui de
Marie de Batarnay fille de René Comte du Bouchage , &
d'Ifabelle de Savoye- Tende ,
cut Anne Duc & Pair &
Maréchal de France , Favori
d'Henry III. dont il devint
beaufrere , fon frere ayant
époufé Marguerite de LorraiRiiij
200 MERCURE
ne fœur puifnée de la Reine
Louife. Il fut tué à la Bataille
de Coutras qu'il perdit le 20.
Avril de l'an 1587. François
fon frere fut, Cardinal Archevefque de Narbonne & enſuite de Toulouſe. Le Pape Gregoire XIII. l'honora de la
Pourpre , & il fut Protecteur
de la Couronne de France à
Rome. Henry Comte deBouchage , puis Duc de Joyeuſe
Pair & Maréchal de France
Chevalier des Ordres du Roy ,
grand Maiftre de la Garderobbe, Gouverneur & Lieutenant
general d'Anjou , Touraine , le "
GALANT 201
Maine, & le Perche , fe fit d'abord Capucin aprés la mort dé
fa femme. I eftoit troifiémé
fils de Guillaume 2. Maréchal
de France. La mort du Duc de
Joyeufe fon frere fut caufe
qu'il fortit des Capucins , mais
il yrentra en 1599. De Catherine de la Valette fa femme
fout puifnée du fameux Duc
d'Epernonite qu'uns fille
unique qui époufa Henry de
Bourbon Duc de Montpenfier,
d'où vint auffi une fille unique
qui épouſa feuë S. A. R. Gafton de France Duc d'Orleans
Oncle du Roy, & dont elle cut
202 MERCURE
feue S. A. R. Mademoiſelle.
Voila par où Mrs de Joyeuſe
eftoient alliez de feue Mademoifelle. Il y a encore eu un
Maréchal de France de cette
Maifon. Guillaume Vicomte
de Joyeuse Lieutenant general
pour le Roy au Gouvernement
de Languedoc , & qui eftoit fils
puifné de Jean de Joyeufe S
deSaint Sauveur, Gouverneur
de Narbene & de Françoiſe
deVoifins,dont je vous ay déja
parlé. Antoine - Scipion Chevalier de Malte , grand Prieur
de Toulouſe & puis Duc de
Joyeuse , & George Vicomte
GALANT 203
de S. Didier eftoient auffi freres
du Duc de Joyeufe Favory
d'Henry III.
Mre Louis de Baradat Evêque & Comte de Vabres , &
Abbé de Clermont eft mort
dans un âge affez avancé. Ce
Prelat eftoit d'une famille
diftinguée par fon rang & par
fon ancienneté dans le Languedoc. Elle y eftoit connue dés
le 13 ficcle. Elle eft fortie par
les femmes de celles de Balefta,
de Baragnes,& de Barthelemy.
Cette derniere a produit de
nos jours Mr l'Evêque de S.
Papoul.Mr l'Evêque deVabres
204 MERCURE
cftoit fort éloquent & il en a
donné des preuves dans des
Chaires celebres. Il fut choifi
àla mort de feu Mr l'Archevêque de Paris , pour faire
l'Oraifonfunebre de ce Prelat,
& il la fit avec un fuccés merveilleux. Il a efté Député en
plufieurs affemblées du Clergé
& il y a donné des marques
de fa Doctrine & de fon experience dans les affaires Ecclefiaftiques. L'Evêché de Vabres
eft fuffragant d'Alby . Feu Mr
Habert Docteur de Sorbonne
& Evêque de Vabres fut fort
mêlé dans les affaires du Janfe-
GALANT 205
nifme dont il fut un des plus
implacables adverfaires. Il
n'eftoit pas encore alors Evêque , & fon zele pour la faine
Doctrine fut recompenfé de
l'Epifcopat. Vabres eft une
Ville de Rouergue où il y avoit
autrefois une celebre Abbaye
de l'Ordre de S. Benoift, que
Pape Jean XXII. érigea en
Evêché en 1317. L'Abbé
Pierre Olargeo en fut le premier Evêque & il a eu d'illuftres
Succeffeurs qui ont tous eu le
titre d'Evêques Comtes de
Vabres. Saint Gregoire de
Tours parle avantageufement
le
206 MERCURE
C
de cette Ville au Chapitre 9
de fon 9 Livre , de la gloire
des Confeffeurs. Un Africain
de la Ville de Vage qui vint
s'établir à Vabres à la fin du
14°fiecle contribua beaucoup
aux embelliffemens de cette
Ville ; les foins qu'il prit pour
l'orner , ont rendu fa memoire
chere à la pofterité , & un
certain jour de l'année le
Peuple de Vabres va felon une
ancienne coûtume danfer &
fe rejouir devant une maiſon
qu'il habitoit , & on y chance
de vieilles Chanfons à ſa gloire. Le Chapitre de Vabres
GALANT 207
1
с
a produit d'excellens fujets.
Un Chanoine de cette Cathedrale fur la fin du 14 ficcle
fe diftingua entre les Interpretes de l'Ecriture. Il mir en
œuvre la plus grande partic
des memoires de Pierre Olargeo , premier Evêque de
Vabres.
Mre N... de l'Etang
Preftre , Prieur de S. Michel
en Poitou , Diocefe de Poitiers , eft mort âgé de plus
de 60 ans. Il eftoit frere de
Mrl'Abbé de l'Etang Docteur
de Sorbonne , & Prieur de
S. N. de Bourges & de Mrsde
208 MERCURE
l'Etang , tous diftinguez par
lcur merite , & par leur talens.
Ces Mrs font beaux freres de
Mr Bolduc de l'Academie des
Sciences.
Fermer
Résumé : Troisiéme Article des Morts. [titre d'après la table]
Le texte relate la mort de plusieurs personnalités notables et leurs lignées respectives. Marie Charlotte de Roquelaure, Duchesse de Foix, est décédée à l'âge de 66 ans. Elle avait épousé en 1674 Henry Charles François de Foix de Candalle, Duc de Rendan, Pair de France, et Chevalier des Ordres du Roy. La Maison de Foix, dont ce Duc était chef, est issue des anciens Rois de Navarre. La Maison de Candalle, dont le Duc d'Épernon était un membre célèbre, est une branche de la Maison de Foix. La Duchesse de Foix était la sœur du Duc de Roquelaure, commandant en Languedoc, et la fille de Jean-Baptiste Gaston, Chevalier des Ordres du Roy, Gouverneur de Guyenne, et premier Duc de Roquelaure. Jean-Baptiste Gaston de Roquelaure, premier Duc de Roquelaure, s'est distingué par ses mérites et sa naissance. Il a servi dès 1635 en qualité de Capitaine de Cavalerie et a été blessé à plusieurs reprises, notamment à la Bataille de la Marfée en 1641. Il a participé à divers sièges et batailles, et a été fait Duc en 1652. Il a servi dans la conquête de la Franche-Comté en 1668 et dans la guerre de Hollande en 1672. Il était le fils d'Antoine de Roquelaure, Maréchal de France, et de Sulanne de Baffepar. Dame Charlotte Marie le Meufnier, épouse de Guillaume Bénard, Chevalier Seigneur de Rezay, Second Président de la première Chambre des Enquestes, est également décédée. Elle était veuve de Jean Sevin, Chevalier Seigneur de Guiney, et était proche parente de plusieurs personnalités du Parlement. Dame Adrienne Philippine de Lannoy, veuve de Jacques Marie de la Baulme, Comte de Montrevel et Brigadier des Armées du Roy, est morte à l'âge de 57 ans. Elle avait été Fille d'Honneur de la Reine et avait deux fils, dont l'aîné a été tué à la tête du Régiment de Montrevel. Bernard d'Astorg, Comte d'Aubarede, Lieutenant Général des Armées du Roy et Gouverneur de Salins, est décédé à l'âge de 90 ans. Il était issu d'une ancienne famille originaire de Quercy et établie à Toulouse au 13ème siècle. Monsieur de Joyeuse, Abbé de Gorze en Touraine, est mort à un âge avancé. La Maison de Joyeuse est illustre et ancienne, avec des alliances notables, notamment avec les Maisons de Grignan et de Rochebonne-Chasteauneuf. Anne de Joyeuse, Duc et Pair de France, fut favori du roi Henri III et devint son beau-frère en épousant Marguerite de Lorraine, sœur de la reine Louise. Il fut tué à la bataille de Coutras en 1587. Son frère, François, fut Cardinal et Archevêque de Narbonne puis de Toulouse, et fut honoré par le pape Grégoire XIII. Henry de Joyeuse, Comte de Bouchage puis Duc de Joyeuse, fut également Maréchal de France et Chevalier des Ordres du Roi. Après la mort de sa femme, il devint Capucin, mais quitta l'ordre en 1599. Il eut une fille unique qui épousa Gaston de France, Duc d'Orléans. Guillaume de Joyeuse, Vicomte de Joyeuse, fut Lieutenant général au Gouvernement de Languedoc. Antoine-Scipion et Georges de Joyeuse étaient aussi frères du Duc de Joyeuse. Le texte mentionne également Louis de Baradat, Évêque et Comte de Vabres, issu d'une famille distinguée du Languedoc depuis le 13e siècle. Il fut connu pour son éloquence et son implication dans les affaires ecclésiastiques. L'Évêché de Vabres, suffragant d'Alby, fut créé en 1317 par le pape Jean XXII. La ville de Vabres est célèbre pour son histoire et ses figures notables, comme un Africain du 14e siècle qui contribua à son embellissement. Enfin, le texte évoque Monsieur de l'Etang, Prêtre et Prieur de Saint-Michel en Poitou, âgé de plus de 60 ans à sa mort. Il était frère de l'Abbé de l'Etang, Docteur de Sorbonne, et de plusieurs autres personnes distinguées par leur mérite et leurs talents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5067
p. 175-216
Eloge Funebre de feuë S. A. S. Monsieur le Prince, prononcé à Bourges, avec un appareil qui sert à faire voir toutes les vertus et toutes les grandes qualitez de ce Prince. [titre d'après la table]
Début :
Ce qui suit est bien digne de vostre curiosité, & à quelques [...]
Mots clefs :
Éloge funèbre, Jésuites, Collège de Bourges, Orateur, Henri-Jules de Bourbon-Condé, Héros, Auditeur, Oraison, Tableau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eloge Funebre de feuë S. A. S. Monsieur le Prince, prononcé à Bourges, avec un appareil qui sert à faire voir toutes les vertus et toutes les grandes qualitez de ce Prince. [titre d'après la table]
Ce qui fuit eft bien digne
P iiij
176 MERCURE
de voftre curiofité , & à quel
ques mots prés , je vous
l'envoye de la maniere qu'il
eft tombé entre mes mains
ceux qui ont écrit cette Relation à la quelle j'ay fait ferupule de toucher , eftant mieux
inftruits que moy desc hofes
dont il s'agit.
Les Peres Jefuites , du College de Bourges qui ont des
obligations particulieres à la
Maifon de Condé , ne ſe contenterent pas de celebrer les
Sacrez Mifteres pour l'ame de
3
GALANT 177
S. A. S. Henry Julles de Bourbon , fi to
dose
appris la mort de ce Prince ; ils .
voulurent encore donner des
marques fingulieres de leur
reconnoiffance par quelque
action publique qui fût entierement confacrée à fa memoire ; mais comme ils vouloient rendre la Ceremonie
celebre & que les Membres
des principaux Corps de la
Ville de Bourges
voient alors difperfez à la
campagne , ils remirent à
executer leur deffein juſqu'au
mois de Decembre dernier ,
fe trou-
178 MERCURE
oùtout le monde à coûtume
de fe raffembler dans la Ville ;
ce fut le 19. du même mois
qu'ils choifirent pour cerre
folemnité.
Le matin fut employé à
offrir le Saint Sacrifice fur
tous les Autels de leur Eglife ;
l'aprêdinée le Pere de Blainville , un des Profeffeurs de l'Elo.
quenceprononça en latin l'O
raifon funebre du Prince. M'
de Foullé , Intendant de Berry,
quatres Facultez de l'Univerfité enhabit de Ceremonie,
le Corps de Ville , les Magif
trats , les Superieurs d'Ordre ;
les
GALANT 179.
t
& prefque toutes les autres
perfonnes de diftinction de la
Ville formoient une Affemblée également nombreuſe &
choifie.
Le deffein de l'Orateur fut
de reprefenter Henry Jules
de Bourbon , comme un Prince accomply & qui poffedoit
toutes les qualitez d'un veritable Heros. Il fit voir que
fon Heros ne cédoit à aucun
autrepour les vertus du cocur
& que prefque aucun ne l'avoit égalé pour les qualitez de
l'efprit. Les preuves de la
premiere partie confifterent à
180 MERCURE
faire connoiftre qu'Henry Ju
les de Bourbon remplit toû
jours & en tout lieu les dep
voirsd'un Grand Prince ; c'eftà dire , qu'il fut à la Guerre
valeureux & intrepide ; à la
Cour fage également foumis
& fidele ; à la Ville & dans fa
famille , humain , complaifant , équitable. Ainfi les
vertus Militaires , celles qui
font propres d'un Prince à
la Cour , les civiles & les domeftiques firent le partage de
cette partie.
L'Orateur en parlant des
vertus Militaires fit fur tout
GALANT 181
valoir le paffage du Rhin , où
le Prince ne ceffa de combatre
que lorsqu'il eut vangé par la
mort ou la prife de tous les
Ennemis , la bleffure que fon
Pere y reçeut. L'Affemblée
applaudit beaucoup à cette
endroit & ne prit pas moins
de plaifir à entendre le recit
de la Bataille de Seneff , où le
Prince quoyque bleſſé en deux
endroits , &aprés avoir perdu
fon cheval , vint au fecours
de fon Pere le fauva des
mains des Ennemis , & en le
fauvant fut caufe de la Victoire & du falut de la France.
>
182 MERCURE
La prife de Limbourg, &
de plufieurs autres Places où
Henry Jules de Bourbon ,
fignála fa valeur , ne furent
pas oubliées.
Lorfqu'il vint aux vertus
que Monfieur le Prince avoit
pratiquées à la Cour , il loüa
fur tout fa fincerité , fa droiture , fon attachement à tous
fes devoirs , fon affiduité auprés du Roy , & fon attention à fe regler en tout fur les
volontez & fur les inclinations de Sa Majefté ; ce qui
parut plus glorieux pour le
Prince , fut la remarque qu'il
GALANT 183
fit • que toutes fes démarches
& toutes les actions n'eurent
jamais d'autre principe que
fon zele , fon amour & fon
eftime pour Louis le Grand.
Al'égard des vertus domeftiques & civiles , il s'étendit
particulierement fur la reconnoiffance & la pieté de Henry
Jules de Bourbon envers le
le grand Condé fon Pere , fur
fon foin pour l'éducation &
l'établiffement des Princes fes
enfans ; fur la protection qu'il
accorda toujours conftamment à la Province dont il
avoit le Gouvernement ; fur
184 MERCURE
a
fa bienveillance , fa charité , fa
clemence , pour tous ceux qui
curent recours ou qui curent
affaire à luy. Je ferois trop
long fi je vous raportois en
détail ce que dit l'Orateur fur
les fommes immenfes que
Henry Jules de Bourbon , fit
diftribuer aux Pauvres , aprés
la mort du Prince fon Pere ;
les Paroiffes qu'il fonda ; les
dettes qu'il acquita ; fur l'abondance qu'il conferva dans
la Bourgogne dans un temps
de famine ; fur fa facilité à
pardonner les injures ; ſa compaffion pour les malheureux ,
GALANY 185
quand même ils auroient efté
fes ennemis & fur la bonté de
fon cœur , qui alloit juſqu'à
luy faire répandre des larmes
au feul récit de quelque action
de pieté.
Mais l'endroit ou l'Auditeur témoigna le plus de joye,
fut lorfque l'Orateur , en parlant de l'amour paternel , fit
remarquer avec verité , que le
Prince n'avoit en fait pour
fes enfans , qu'il ne leur fuc
dû ; qu'ils meritoient encore plus que la fortune qu'il leur
avoit laiffée , & qu'à confideFer leurs vertus , il fembloit
Fanvier 1710.
186 MERCURE
même n'en avoir pas affez fait
pour eux. Ce fut à cette occafion que l'Orateur fit un caractere auffi jufte qu'avantageux de Son Alteffe Sereniffime Madame la Princeffe , qui
par fes exemples encore plus
que par fes leçons , a entretenu
tant de vertus heroïques dans
fon Augufte Famille.
Dansla feconde Partie, l'Orateur après avoir fait entendre,qu'on n'eft point veritablement Heros , fi on nejointaux
vertusdu cœur, les qualitez d'un
genie éminent , diftingua trois
fortes de connoiffances qu'un
GALANT 187
Prince doit avoir pour meriter la réputation d'un excellentefprit ; il dit que les premieres fervoient à deffendre & àfoutenir un Etat ; que les fecondes
contribuoient àfan embelliffement
&
àfa gloire ; que les troifiémes
fontneceffairespouryconferverla
Religion dans fa fplendeur , &
qu'Henry Jules de Bourbon n'avoit prefque point eu d'égal dans
ces troisfortes de connoiffances.
Entre les Sciences qui procurent le bien d'un Royaume,
comme la Militaire eft une des
principales , l'Orateur fans rien
repeterde ce qu'il avoit dit de
Q ij
188 MERCURE
la valeur du Prince , montra
combien il eftoit entendu dans
le mêtier de la guerre. On ne
peut expofer d'une maniere
plus variée qu'il fit , les dix
Campagnes où fon Heros s'eſt
fait remarquer par mille actions éclatantes , dans tous les
Sieges & tous les Combats differens dont la France fortoit
alors toûjours victorieufe.
Il ajoûta que Mr le Prince
ne fut pas moins admirable
dans les autres connoiffances ,
foit des chofes qui concernent
le dedans du Royaume , commeles Loix del Etat, les mœurs
ALANT 189
& les ufages des Peuples ; les
Coutumes & les Privileges des
Provinces ; foit celles qui appartiennent aux affaires Politiques , comme le genie & les
interefts des Nations étrangeres , les vues & les projets des
Princes. Il s'attacha fur tout à
faire le caractere particulier du
Prince en marquant l'étenduë
de ſon eſprit également capable des plus grandes & des plus
petites chofes. Le détail infini
où Son Alteffe entroit , foit
qu'il fallut mettre l'ordre dans
la on
du
Roy
, foit
qu'il
fallut regler la fienne pro-
190 MERCURE
pre , ou preſider aux Etats de
Bourgogne fut un des beaux
morceaux de la Harangue. 18
Il fut aîfé de montrer combien Henry Jules de Bourbon
excella dans la connoiffance de
tous les Arts qui contribuënt
à l'ornement & à la gloire d'un
Royaume. Le Portrait que
l'Orateur en fit comme d'un
Prince autant élevé par fa capacité que par fa naiffance ,
eftoit vif & donnoit une belle
idée de la fuperiorité de genie
que perfonne n'a jamais refufée au Prince de Condé.
Cefut avec la mêmefacilité
GALANT 191
qu'il fit voir que jamais perfonneneconnutmieux faReligion
& nefut plus docile à la fuivre.
Aprés une espece de Recapitulation que l'Orateur fit de
tant de rares qualitez , foit du
scœur , foit de l'efprit , il ne
craignit pas d'avancer qu'il
eftoit en quelque maniere de
la gloire de Dieu qu'un Heros
fi accompli mourut en parfait
Chreftien il dit qu'Henry-fules de Bourbon mourut en effet
avec une entiere connoiſſance , &
une fermeté inébranlable , muni
de tous les Sacremens de l'Eglife ,
qu'il reçut avec une pieté exem-
192 MERCURE
plaire , laiffant aprés ſa mort la
memoire d'un Prince encore plus
grand qu'il n'avoit paru pendant
fa vie..
Le lieu où cette Oraifon funebrefut prononcée eftoit une
grande Salle toute tenduë de
noir depuis le haut jufqu'au
bas , avec un appareil funebre
qui répondoit parfaitement au
deffein de l'Oraifon.
Dans un des fonds de la
Salle , à la droite de l'Orateur ,
on avoit élevé, un Dais magn fique fous lequel on avoit
placé un grand Tableau où
eftoient les armes du Prince ;
il
GALANT 193
il eftoit accompagné de chaque
côté de deux trophées , dont
l'un par divers inftrumens de
guerre, & l'autre par tous les
fymboles des Sciences , & des
Arts , marquoient que HenryJules de Bourbon eftoit également grand & dans la guerre
& dans la Paix ; au deffous on
avoit dreffé une grande table
parée d'un riche tapis : fur cette table eftoit la Couronne à
fleurs de lis , couverte d'un crefpe fur un carreau de velours
noir ; avec tous les ornemens
qui convenoient aux dignitez
Janvier 1710.
R
194 MERCURE
dontfeu Monfieur le Prince a
efté revêtu.
Dans l'autre fond de la Salle
eftoit élevé un autre tableau
de même grandeur , qui contedoit le chiffre du Prince , accompagné de deux trophées
differens des deux premiers.
Au- deffus de la tefte de l'O
rateur ou avoit placé un grand
Cartouche, qui reprefentoit un
Mars & unApollon foûtenant
les armes de la Maifon de Condé ; deux autres eftoient unpeu
au- deffous ; dans l'un du cofté
où eftoit Apollon , on avoit
peint un Parnaffe , où l'on
GALANT 195
voyoit toutes les Mufes qui
prefident aux Sciences & aux
beaux Arts ; dans l'autre on
avoit peint les differens Dieux
de la Fable , qui paffent pour
prefider à l'Art Militaire &
pour eftre les Inventeurs des
Inftrumens qui fervent à la
Guerre.
Aces trois Cartolesré
pondoit de l'autre coſté de la
Salle une nouvelle decoration ,
qui confiftoit en diverfes Figures , qui repreſentoient & les
vertus du cœur & les qualitez
de l'efprit , avec cette feule
Infcription , qui renfermoit
Rij
196 MERCURE
tout le deffein de l'Oraifon
& qui fe trouvoit juſtement
au milieu de la Salle & vis- à vis
l'Orateur.
PRINCIPI PERFECTO.
Au Prince accompli,
Àla droite de cette Infcription regnoient autour de la
Salle jufqu'à la Chaire de l'Orateur , des Infcriptions , des
Peintures & des Devifes, qui exprimoient les vertus du cœur
qui faifoient le fujet de la premiere partie de l'Oraiſon.
D'abord une Infcription
generale marquoit les vertus
Militaires ,
GALANT, 197
VIRTUTES BELLICA.
Au- deffous eftoient en formedequarré trois Infcriptions
particulieres & trois Tableaux
qui fe rapportoient à l'Infcription generale.
Premiere Infcription particuliere.
PATRIS ULTORI.
Au Vengeur de fon Pere:
Elle eftoit accompagnée
d'un grand Tableau où l'on
avoit dépeint le Paffage du
Rhin , avec ces mots : ad Rhenum , pour marquer que Mr le
Prince n'avoit point quitté la
mêlée, que la mort où la prife
R iij
198 MERCURE
de tous les ennemis ne l'eut
fon vengé de la bleffure que
Pere avoit requë dans le ComSeconde Infcriprion partibat.
culiere.
PATRIS ET GALLIE
CONSERVATORL.
AuConfervateur defon Pere
de la France.
Le Tableau repreſentoit la
Bataille de Seneff , avec ces.
mots : AdSeneffum , pour marquer qu'enfecourant fon Pere,
tombé de cheval dans unfoffé,
& en le retirant des mains de
l'Ennemi , il avoit en même
порный
THEQUE DE
DA GALANT
temps fauvé la France.
Troifiéme Infcription par
ticuliere.
SUIS AUSPICIIS TRIUMPHANTI
Au Vainqueur qui ne doit qu'à
lui-même fa Victoire.
Le Tableau reprefentoit la
Villede Limbourg & plufieurs
Forts affiegez & pris par le
Prince , avec ces mots : Ad.
Limburgum , &c.
La feconde Infcription generale marquoit les vertus que
ce Prince a pratiquées à la
Cour.
VIRTUTES AULICE..
R iiij
200 MERCURE
Au - deffous eftoient trois
autres Infcriptions particulieres & trois Deviſes qui formoient une figure quarrée
femblable à la premiere.
Premiere Infcription particuliere.
REGIS OBSERVANTISSIMO.
Il fut toûjous attaché &foûmis
àfon Roy.
La Devile qui exprimoit ce
zele & cet amour pour Sa Majefté eftoit un Girafol penché
du cofté du Soleil , avec ces
mots :
HOC QUOCUNQUE SEQUOR.
Fe le fuis par tout.
GALANT 201
Seconde Infcription particu
liere.
RECTI TENACISSIMO.
Iln'eut pour regle que la droiture
&la vertu.
Devife : Une Bouffole toûjours tournée vers le Nord ,
avec ces mots :
DUCOR AMORE POLI.
Mon inclination mè porte vers
le Pole.
Troifiéme Infcription par.
ticuliere.
SUI SEMPER SIMILLIMO.
Ilfut toûjours égal à lui- même.
Devife : Un Laurier qui conferve en tout temps fa ver-
202 MERCURE
dure , avec ces mots :
NIL ESTAS ADDIT , NIL
TOLLIT HYEMS.
L'Efté ne medonne rien , l'Hyver
nem❜ofte rien.
La troifiéme Infcription
generale marquoit les vertus
civiles &
domeftiques ;
VIRTUTES DOMESTICE AC
CIVILES.
Premiere Infcription particuliere.
PATRIA INDOLIS EFFIGIEM
RENOVANTI.
Ilfuivit les belles inclinations
defon Pere.
Devife: Un nouveau Phc-
GALANT 203
nix qu'on voit fortir des cendres de celuy qui l'a precedé ,
avec ces mots :
ALTER AB ILLO SURGIT.
Il s'en éleve un fecond ſemblable·
au premier.
Seconde Infcription particuliere.
PARENTI PROVIDENTISSIMO.
Il remplit tous les devoirs d'un
bon Pere.
fes enLa Devife qui exprimoit cette vigilance & cet amour paternel du Prince pour
fans , eftoit un Aigle occupé
à conftruire fon aire , avec
mots :
204 MERCURE
NON MEOS SED PROLIS IN
USUS.
Cen'eftpaspourmoymaispour
les miens queje travaille.
Troifiéme Infcription particuliere.
GUBENATORUM EXEMPLO.
Il fut l'exemple le modele
des Gouverneurs.
b
Devife : Un Soleil qui par
fa chaleur benigne fait porter
des fleurs & des fruits à des arbres qui font au- deffous de lui,
avec ces mots :
UBI PRÆEST , PRODEST.
Où il prefide, ilfait du bien.
Pour fignifier que M' le
GALANT 205
Prince a toûjours maintenu la
Bourgogne dans fes Privileges,
& qu'il y a confervé l'abondance dans les temps les plus
fâcheux.
A la gauche de la grande Inf
cription qui renfermoit tout
le fujet de l'Oraifon exprimé
par ces mots : Principi perfecto.
On avoit diftribué de la même
maniere trois autres quarrez ,
qui aboutiffoient pareillement
à la Chaire de l'Orateur , & qui
en reprefentant par de nouvelles Infcriptions & Devifes , les
diverfes connoiffances , qu'on
admira toujours dans le Prin-
206 MERCURE
ce de Condé , marquoient les
éminentes qualitez de fon efprit ;ce qui faifoit le ſujet de la
feconde Partie de l'Oraifon.
La premiere Infeription ge
nerale marquoit la connoiflance des Arts qui fervent à la
défenſe & au foutien des Empires.
ARTES REIPUBLICE
TUTELARES.
Premiere Infcription particuliere..
BELLI SCIENTISS IMO.
Ilfut tres experimenté dans
la Guerre.
Devife : une main fur un
GALANT 207
jeu d'Echecs , avec les pieces ,
& ces mots :
MIHI PRÆLIA LUDUS.
Les Combats font un
pour moy.
Fen
Seconde Infcription particuliere.
NATIONUM CONSSILIA
PERVADENTI.
Il connut parfaitement les interefts & les projets des differentes
Nations.
Devife : UneFléche volante
qui perce les nuës , avec ces
mots :
LONGE VOLAT ET PENETRAT.
C'eft fon propre de voler loin
&de penetrer.
208 MERCURE
Troifiéme Inſcription particuliere.
UTILITATI REGIA
CONSULENTI.
Il eut toûjours en vûël'utilité
du Roy.
Deviſe : Un Cadran expoſe
au Soleil , & placé ſur le Frontifpice d'un Palais Royal , avec
ces mots:
SOLE REGENTE, DOMUM
ORDINE.
Le Soleil eft ma regle , &je fuis
celle de toute la Maifon.
Pour faire allufion à l'ordre
admirable .que M' le Prince
avoit établi dans la Maiſondu
GALANT 2c9
Roy , dont il eftoit GrandMailtre.
La feconde Infcription generale marquoit la connoiffandes beaux Arts , qui contribuent à la gloire & à l'ornement d'un Royaume :
ARTES IMPERIIS GLORIOSÆ.
Premiere Infcription particuliere.
IMA ET ALTA COMPREHENDENTI.
Il fut également ce qu'ily a de
pluscommune deplusfublime.
Devife : Un Arc - en - Ciel
qui paroift par le milieu élevé
Fanvier 1710.
S
210 MERCURE
au deffus des airs , & dont les
extremitez femblent toucher
la terre , avec ces mos :
ASTRATENET, NEC SPERNIT
HUMUM.
Elevéjufqu'aux Cieux il ne
méprife point la Terre.
Seconde Infcription particuliere.
RERUM SINGULARUM ÆSTIMATORI SACAGISSIMO.
Il eut undifcernement exquis pour
juger de toutes chofes.
Devife : Une Balance fuf
penduë en l'air par une main
qui la foutient
mots :
avec ces
GALANT 201
NON REI MOLES , SED
GRAVITAS MOVET.
Ce n'est point le volume mais
le poids des chofes qui me font
pencher.
Troifiéme Infcription particuliere.
ELEGANTIARUM PATRI .
Ilfutcomme le Pere de l'Elegance
&de la Politeffe.
fa
Devife : Un Parterre couvert de fleurs differentes , &
au deffus un Soleil , qui par
lumiere forme l'agreable varieté de leurs couleurs ; avec
ces mots :
Sij
212 MERCURE
CUNCTA COLORAT.
Ildonne de la couleur & de l'éclat
à
tout.
La troifiéme Infcription generale marquoit la connoiffance des chofes qui appartiennent à la Religion.
Artes Religioni fervientes.
Premiere Infcription particuliere.
RELIGIONIS MYSTERIA
PERNOSCENTI.
Il approfondit les Mysteres
de la Religion.
Devife : Un Aigle au- deſſus
des nuës, qui regarde fixement
le Ciel , avec ces mots :
GALANT 213
ALTIORA VI DET.
Ses regards percentjuſqu'au plus
baut des Cieux.
Seconde Infcription particuliere.
RELIGIONIS INSTITUTA
PROFITENTI .
Il fe fir gloire en tout temps defa
Mind Religion.
Devife: UnVaiffeau qui fuit
toûjours dans fa courfe l'Etoile Polaire avec ces mots :
UBI FULSIT, UNAM
SEQUITUR.
Dés qu'elle paroift , il ne fuit
qu'elle.
214 MERCURE
Troifiéme Infcription parriculiere.
RELIGIONI ULTIMA
CONSECRANTI.
Il confacra fes derniers foupirs
à la Religion.
Devife: Un Encenfoir fur
un Autel , duquel on voit for
tir la fumée de l'Encens qui fe
confume , avec ces mots :
SOLVITUR NUMINI.
Il eft confumé à l'honneur du
vray Dieu.
Autour de la Salle , regnoit
en haut une longue rangée
d'Armoiries entre- melées de
Chiffres & au- deffous d'ef
GALANT 215
fix
pace en efpace pour remplir les
vuides qui eftoient entre les
quarrez que formoient les
Infcriptions & les Devifes , on
avoit placé des Tableaux qui
reprefentoient par differentes
figures , ce qu'on avoit déja
exprimé par ces mêmes Infcriptions & Devifes.
ས
Tout brilloit des lumieres ,
qu'on avoit diftribuées , de
maniere que chaque piece de
la décoration eftoit éclairée de
toutes parts par le moyen d'un
grandnombredeLuftresqu'onavoit fufpendus & de Plaques
qu'on avoit appliquées fur
216 MERCURE
la Tenture ce qui donnoit un
tres grand éclat à tout l'appareil.
P iiij
176 MERCURE
de voftre curiofité , & à quel
ques mots prés , je vous
l'envoye de la maniere qu'il
eft tombé entre mes mains
ceux qui ont écrit cette Relation à la quelle j'ay fait ferupule de toucher , eftant mieux
inftruits que moy desc hofes
dont il s'agit.
Les Peres Jefuites , du College de Bourges qui ont des
obligations particulieres à la
Maifon de Condé , ne ſe contenterent pas de celebrer les
Sacrez Mifteres pour l'ame de
3
GALANT 177
S. A. S. Henry Julles de Bourbon , fi to
dose
appris la mort de ce Prince ; ils .
voulurent encore donner des
marques fingulieres de leur
reconnoiffance par quelque
action publique qui fût entierement confacrée à fa memoire ; mais comme ils vouloient rendre la Ceremonie
celebre & que les Membres
des principaux Corps de la
Ville de Bourges
voient alors difperfez à la
campagne , ils remirent à
executer leur deffein juſqu'au
mois de Decembre dernier ,
fe trou-
178 MERCURE
oùtout le monde à coûtume
de fe raffembler dans la Ville ;
ce fut le 19. du même mois
qu'ils choifirent pour cerre
folemnité.
Le matin fut employé à
offrir le Saint Sacrifice fur
tous les Autels de leur Eglife ;
l'aprêdinée le Pere de Blainville , un des Profeffeurs de l'Elo.
quenceprononça en latin l'O
raifon funebre du Prince. M'
de Foullé , Intendant de Berry,
quatres Facultez de l'Univerfité enhabit de Ceremonie,
le Corps de Ville , les Magif
trats , les Superieurs d'Ordre ;
les
GALANT 179.
t
& prefque toutes les autres
perfonnes de diftinction de la
Ville formoient une Affemblée également nombreuſe &
choifie.
Le deffein de l'Orateur fut
de reprefenter Henry Jules
de Bourbon , comme un Prince accomply & qui poffedoit
toutes les qualitez d'un veritable Heros. Il fit voir que
fon Heros ne cédoit à aucun
autrepour les vertus du cocur
& que prefque aucun ne l'avoit égalé pour les qualitez de
l'efprit. Les preuves de la
premiere partie confifterent à
180 MERCURE
faire connoiftre qu'Henry Ju
les de Bourbon remplit toû
jours & en tout lieu les dep
voirsd'un Grand Prince ; c'eftà dire , qu'il fut à la Guerre
valeureux & intrepide ; à la
Cour fage également foumis
& fidele ; à la Ville & dans fa
famille , humain , complaifant , équitable. Ainfi les
vertus Militaires , celles qui
font propres d'un Prince à
la Cour , les civiles & les domeftiques firent le partage de
cette partie.
L'Orateur en parlant des
vertus Militaires fit fur tout
GALANT 181
valoir le paffage du Rhin , où
le Prince ne ceffa de combatre
que lorsqu'il eut vangé par la
mort ou la prife de tous les
Ennemis , la bleffure que fon
Pere y reçeut. L'Affemblée
applaudit beaucoup à cette
endroit & ne prit pas moins
de plaifir à entendre le recit
de la Bataille de Seneff , où le
Prince quoyque bleſſé en deux
endroits , &aprés avoir perdu
fon cheval , vint au fecours
de fon Pere le fauva des
mains des Ennemis , & en le
fauvant fut caufe de la Victoire & du falut de la France.
>
182 MERCURE
La prife de Limbourg, &
de plufieurs autres Places où
Henry Jules de Bourbon ,
fignála fa valeur , ne furent
pas oubliées.
Lorfqu'il vint aux vertus
que Monfieur le Prince avoit
pratiquées à la Cour , il loüa
fur tout fa fincerité , fa droiture , fon attachement à tous
fes devoirs , fon affiduité auprés du Roy , & fon attention à fe regler en tout fur les
volontez & fur les inclinations de Sa Majefté ; ce qui
parut plus glorieux pour le
Prince , fut la remarque qu'il
GALANT 183
fit • que toutes fes démarches
& toutes les actions n'eurent
jamais d'autre principe que
fon zele , fon amour & fon
eftime pour Louis le Grand.
Al'égard des vertus domeftiques & civiles , il s'étendit
particulierement fur la reconnoiffance & la pieté de Henry
Jules de Bourbon envers le
le grand Condé fon Pere , fur
fon foin pour l'éducation &
l'établiffement des Princes fes
enfans ; fur la protection qu'il
accorda toujours conftamment à la Province dont il
avoit le Gouvernement ; fur
184 MERCURE
a
fa bienveillance , fa charité , fa
clemence , pour tous ceux qui
curent recours ou qui curent
affaire à luy. Je ferois trop
long fi je vous raportois en
détail ce que dit l'Orateur fur
les fommes immenfes que
Henry Jules de Bourbon , fit
diftribuer aux Pauvres , aprés
la mort du Prince fon Pere ;
les Paroiffes qu'il fonda ; les
dettes qu'il acquita ; fur l'abondance qu'il conferva dans
la Bourgogne dans un temps
de famine ; fur fa facilité à
pardonner les injures ; ſa compaffion pour les malheureux ,
GALANY 185
quand même ils auroient efté
fes ennemis & fur la bonté de
fon cœur , qui alloit juſqu'à
luy faire répandre des larmes
au feul récit de quelque action
de pieté.
Mais l'endroit ou l'Auditeur témoigna le plus de joye,
fut lorfque l'Orateur , en parlant de l'amour paternel , fit
remarquer avec verité , que le
Prince n'avoit en fait pour
fes enfans , qu'il ne leur fuc
dû ; qu'ils meritoient encore plus que la fortune qu'il leur
avoit laiffée , & qu'à confideFer leurs vertus , il fembloit
Fanvier 1710.
186 MERCURE
même n'en avoir pas affez fait
pour eux. Ce fut à cette occafion que l'Orateur fit un caractere auffi jufte qu'avantageux de Son Alteffe Sereniffime Madame la Princeffe , qui
par fes exemples encore plus
que par fes leçons , a entretenu
tant de vertus heroïques dans
fon Augufte Famille.
Dansla feconde Partie, l'Orateur après avoir fait entendre,qu'on n'eft point veritablement Heros , fi on nejointaux
vertusdu cœur, les qualitez d'un
genie éminent , diftingua trois
fortes de connoiffances qu'un
GALANT 187
Prince doit avoir pour meriter la réputation d'un excellentefprit ; il dit que les premieres fervoient à deffendre & àfoutenir un Etat ; que les fecondes
contribuoient àfan embelliffement
&
àfa gloire ; que les troifiémes
fontneceffairespouryconferverla
Religion dans fa fplendeur , &
qu'Henry Jules de Bourbon n'avoit prefque point eu d'égal dans
ces troisfortes de connoiffances.
Entre les Sciences qui procurent le bien d'un Royaume,
comme la Militaire eft une des
principales , l'Orateur fans rien
repeterde ce qu'il avoit dit de
Q ij
188 MERCURE
la valeur du Prince , montra
combien il eftoit entendu dans
le mêtier de la guerre. On ne
peut expofer d'une maniere
plus variée qu'il fit , les dix
Campagnes où fon Heros s'eſt
fait remarquer par mille actions éclatantes , dans tous les
Sieges & tous les Combats differens dont la France fortoit
alors toûjours victorieufe.
Il ajoûta que Mr le Prince
ne fut pas moins admirable
dans les autres connoiffances ,
foit des chofes qui concernent
le dedans du Royaume , commeles Loix del Etat, les mœurs
ALANT 189
& les ufages des Peuples ; les
Coutumes & les Privileges des
Provinces ; foit celles qui appartiennent aux affaires Politiques , comme le genie & les
interefts des Nations étrangeres , les vues & les projets des
Princes. Il s'attacha fur tout à
faire le caractere particulier du
Prince en marquant l'étenduë
de ſon eſprit également capable des plus grandes & des plus
petites chofes. Le détail infini
où Son Alteffe entroit , foit
qu'il fallut mettre l'ordre dans
la on
du
Roy
, foit
qu'il
fallut regler la fienne pro-
190 MERCURE
pre , ou preſider aux Etats de
Bourgogne fut un des beaux
morceaux de la Harangue. 18
Il fut aîfé de montrer combien Henry Jules de Bourbon
excella dans la connoiffance de
tous les Arts qui contribuënt
à l'ornement & à la gloire d'un
Royaume. Le Portrait que
l'Orateur en fit comme d'un
Prince autant élevé par fa capacité que par fa naiffance ,
eftoit vif & donnoit une belle
idée de la fuperiorité de genie
que perfonne n'a jamais refufée au Prince de Condé.
Cefut avec la mêmefacilité
GALANT 191
qu'il fit voir que jamais perfonneneconnutmieux faReligion
& nefut plus docile à la fuivre.
Aprés une espece de Recapitulation que l'Orateur fit de
tant de rares qualitez , foit du
scœur , foit de l'efprit , il ne
craignit pas d'avancer qu'il
eftoit en quelque maniere de
la gloire de Dieu qu'un Heros
fi accompli mourut en parfait
Chreftien il dit qu'Henry-fules de Bourbon mourut en effet
avec une entiere connoiſſance , &
une fermeté inébranlable , muni
de tous les Sacremens de l'Eglife ,
qu'il reçut avec une pieté exem-
192 MERCURE
plaire , laiffant aprés ſa mort la
memoire d'un Prince encore plus
grand qu'il n'avoit paru pendant
fa vie..
Le lieu où cette Oraifon funebrefut prononcée eftoit une
grande Salle toute tenduë de
noir depuis le haut jufqu'au
bas , avec un appareil funebre
qui répondoit parfaitement au
deffein de l'Oraifon.
Dans un des fonds de la
Salle , à la droite de l'Orateur ,
on avoit élevé, un Dais magn fique fous lequel on avoit
placé un grand Tableau où
eftoient les armes du Prince ;
il
GALANT 193
il eftoit accompagné de chaque
côté de deux trophées , dont
l'un par divers inftrumens de
guerre, & l'autre par tous les
fymboles des Sciences , & des
Arts , marquoient que HenryJules de Bourbon eftoit également grand & dans la guerre
& dans la Paix ; au deffous on
avoit dreffé une grande table
parée d'un riche tapis : fur cette table eftoit la Couronne à
fleurs de lis , couverte d'un crefpe fur un carreau de velours
noir ; avec tous les ornemens
qui convenoient aux dignitez
Janvier 1710.
R
194 MERCURE
dontfeu Monfieur le Prince a
efté revêtu.
Dans l'autre fond de la Salle
eftoit élevé un autre tableau
de même grandeur , qui contedoit le chiffre du Prince , accompagné de deux trophées
differens des deux premiers.
Au- deffus de la tefte de l'O
rateur ou avoit placé un grand
Cartouche, qui reprefentoit un
Mars & unApollon foûtenant
les armes de la Maifon de Condé ; deux autres eftoient unpeu
au- deffous ; dans l'un du cofté
où eftoit Apollon , on avoit
peint un Parnaffe , où l'on
GALANT 195
voyoit toutes les Mufes qui
prefident aux Sciences & aux
beaux Arts ; dans l'autre on
avoit peint les differens Dieux
de la Fable , qui paffent pour
prefider à l'Art Militaire &
pour eftre les Inventeurs des
Inftrumens qui fervent à la
Guerre.
Aces trois Cartolesré
pondoit de l'autre coſté de la
Salle une nouvelle decoration ,
qui confiftoit en diverfes Figures , qui repreſentoient & les
vertus du cœur & les qualitez
de l'efprit , avec cette feule
Infcription , qui renfermoit
Rij
196 MERCURE
tout le deffein de l'Oraifon
& qui fe trouvoit juſtement
au milieu de la Salle & vis- à vis
l'Orateur.
PRINCIPI PERFECTO.
Au Prince accompli,
Àla droite de cette Infcription regnoient autour de la
Salle jufqu'à la Chaire de l'Orateur , des Infcriptions , des
Peintures & des Devifes, qui exprimoient les vertus du cœur
qui faifoient le fujet de la premiere partie de l'Oraiſon.
D'abord une Infcription
generale marquoit les vertus
Militaires ,
GALANT, 197
VIRTUTES BELLICA.
Au- deffous eftoient en formedequarré trois Infcriptions
particulieres & trois Tableaux
qui fe rapportoient à l'Infcription generale.
Premiere Infcription particuliere.
PATRIS ULTORI.
Au Vengeur de fon Pere:
Elle eftoit accompagnée
d'un grand Tableau où l'on
avoit dépeint le Paffage du
Rhin , avec ces mots : ad Rhenum , pour marquer que Mr le
Prince n'avoit point quitté la
mêlée, que la mort où la prife
R iij
198 MERCURE
de tous les ennemis ne l'eut
fon vengé de la bleffure que
Pere avoit requë dans le ComSeconde Infcriprion partibat.
culiere.
PATRIS ET GALLIE
CONSERVATORL.
AuConfervateur defon Pere
de la France.
Le Tableau repreſentoit la
Bataille de Seneff , avec ces.
mots : AdSeneffum , pour marquer qu'enfecourant fon Pere,
tombé de cheval dans unfoffé,
& en le retirant des mains de
l'Ennemi , il avoit en même
порный
THEQUE DE
DA GALANT
temps fauvé la France.
Troifiéme Infcription par
ticuliere.
SUIS AUSPICIIS TRIUMPHANTI
Au Vainqueur qui ne doit qu'à
lui-même fa Victoire.
Le Tableau reprefentoit la
Villede Limbourg & plufieurs
Forts affiegez & pris par le
Prince , avec ces mots : Ad.
Limburgum , &c.
La feconde Infcription generale marquoit les vertus que
ce Prince a pratiquées à la
Cour.
VIRTUTES AULICE..
R iiij
200 MERCURE
Au - deffous eftoient trois
autres Infcriptions particulieres & trois Deviſes qui formoient une figure quarrée
femblable à la premiere.
Premiere Infcription particuliere.
REGIS OBSERVANTISSIMO.
Il fut toûjous attaché &foûmis
àfon Roy.
La Devile qui exprimoit ce
zele & cet amour pour Sa Majefté eftoit un Girafol penché
du cofté du Soleil , avec ces
mots :
HOC QUOCUNQUE SEQUOR.
Fe le fuis par tout.
GALANT 201
Seconde Infcription particu
liere.
RECTI TENACISSIMO.
Iln'eut pour regle que la droiture
&la vertu.
Devife : Une Bouffole toûjours tournée vers le Nord ,
avec ces mots :
DUCOR AMORE POLI.
Mon inclination mè porte vers
le Pole.
Troifiéme Infcription par.
ticuliere.
SUI SEMPER SIMILLIMO.
Ilfut toûjours égal à lui- même.
Devife : Un Laurier qui conferve en tout temps fa ver-
202 MERCURE
dure , avec ces mots :
NIL ESTAS ADDIT , NIL
TOLLIT HYEMS.
L'Efté ne medonne rien , l'Hyver
nem❜ofte rien.
La troifiéme Infcription
generale marquoit les vertus
civiles &
domeftiques ;
VIRTUTES DOMESTICE AC
CIVILES.
Premiere Infcription particuliere.
PATRIA INDOLIS EFFIGIEM
RENOVANTI.
Ilfuivit les belles inclinations
defon Pere.
Devife: Un nouveau Phc-
GALANT 203
nix qu'on voit fortir des cendres de celuy qui l'a precedé ,
avec ces mots :
ALTER AB ILLO SURGIT.
Il s'en éleve un fecond ſemblable·
au premier.
Seconde Infcription particuliere.
PARENTI PROVIDENTISSIMO.
Il remplit tous les devoirs d'un
bon Pere.
fes enLa Devife qui exprimoit cette vigilance & cet amour paternel du Prince pour
fans , eftoit un Aigle occupé
à conftruire fon aire , avec
mots :
204 MERCURE
NON MEOS SED PROLIS IN
USUS.
Cen'eftpaspourmoymaispour
les miens queje travaille.
Troifiéme Infcription particuliere.
GUBENATORUM EXEMPLO.
Il fut l'exemple le modele
des Gouverneurs.
b
Devife : Un Soleil qui par
fa chaleur benigne fait porter
des fleurs & des fruits à des arbres qui font au- deffous de lui,
avec ces mots :
UBI PRÆEST , PRODEST.
Où il prefide, ilfait du bien.
Pour fignifier que M' le
GALANT 205
Prince a toûjours maintenu la
Bourgogne dans fes Privileges,
& qu'il y a confervé l'abondance dans les temps les plus
fâcheux.
A la gauche de la grande Inf
cription qui renfermoit tout
le fujet de l'Oraifon exprimé
par ces mots : Principi perfecto.
On avoit diftribué de la même
maniere trois autres quarrez ,
qui aboutiffoient pareillement
à la Chaire de l'Orateur , & qui
en reprefentant par de nouvelles Infcriptions & Devifes , les
diverfes connoiffances , qu'on
admira toujours dans le Prin-
206 MERCURE
ce de Condé , marquoient les
éminentes qualitez de fon efprit ;ce qui faifoit le ſujet de la
feconde Partie de l'Oraifon.
La premiere Infeription ge
nerale marquoit la connoiflance des Arts qui fervent à la
défenſe & au foutien des Empires.
ARTES REIPUBLICE
TUTELARES.
Premiere Infcription particuliere..
BELLI SCIENTISS IMO.
Ilfut tres experimenté dans
la Guerre.
Devife : une main fur un
GALANT 207
jeu d'Echecs , avec les pieces ,
& ces mots :
MIHI PRÆLIA LUDUS.
Les Combats font un
pour moy.
Fen
Seconde Infcription particuliere.
NATIONUM CONSSILIA
PERVADENTI.
Il connut parfaitement les interefts & les projets des differentes
Nations.
Devife : UneFléche volante
qui perce les nuës , avec ces
mots :
LONGE VOLAT ET PENETRAT.
C'eft fon propre de voler loin
&de penetrer.
208 MERCURE
Troifiéme Inſcription particuliere.
UTILITATI REGIA
CONSULENTI.
Il eut toûjours en vûël'utilité
du Roy.
Deviſe : Un Cadran expoſe
au Soleil , & placé ſur le Frontifpice d'un Palais Royal , avec
ces mots:
SOLE REGENTE, DOMUM
ORDINE.
Le Soleil eft ma regle , &je fuis
celle de toute la Maifon.
Pour faire allufion à l'ordre
admirable .que M' le Prince
avoit établi dans la Maiſondu
GALANT 2c9
Roy , dont il eftoit GrandMailtre.
La feconde Infcription generale marquoit la connoiffandes beaux Arts , qui contribuent à la gloire & à l'ornement d'un Royaume :
ARTES IMPERIIS GLORIOSÆ.
Premiere Infcription particuliere.
IMA ET ALTA COMPREHENDENTI.
Il fut également ce qu'ily a de
pluscommune deplusfublime.
Devife : Un Arc - en - Ciel
qui paroift par le milieu élevé
Fanvier 1710.
S
210 MERCURE
au deffus des airs , & dont les
extremitez femblent toucher
la terre , avec ces mos :
ASTRATENET, NEC SPERNIT
HUMUM.
Elevéjufqu'aux Cieux il ne
méprife point la Terre.
Seconde Infcription particuliere.
RERUM SINGULARUM ÆSTIMATORI SACAGISSIMO.
Il eut undifcernement exquis pour
juger de toutes chofes.
Devife : Une Balance fuf
penduë en l'air par une main
qui la foutient
mots :
avec ces
GALANT 201
NON REI MOLES , SED
GRAVITAS MOVET.
Ce n'est point le volume mais
le poids des chofes qui me font
pencher.
Troifiéme Infcription particuliere.
ELEGANTIARUM PATRI .
Ilfutcomme le Pere de l'Elegance
&de la Politeffe.
fa
Devife : Un Parterre couvert de fleurs differentes , &
au deffus un Soleil , qui par
lumiere forme l'agreable varieté de leurs couleurs ; avec
ces mots :
Sij
212 MERCURE
CUNCTA COLORAT.
Ildonne de la couleur & de l'éclat
à
tout.
La troifiéme Infcription generale marquoit la connoiffance des chofes qui appartiennent à la Religion.
Artes Religioni fervientes.
Premiere Infcription particuliere.
RELIGIONIS MYSTERIA
PERNOSCENTI.
Il approfondit les Mysteres
de la Religion.
Devife : Un Aigle au- deſſus
des nuës, qui regarde fixement
le Ciel , avec ces mots :
GALANT 213
ALTIORA VI DET.
Ses regards percentjuſqu'au plus
baut des Cieux.
Seconde Infcription particuliere.
RELIGIONIS INSTITUTA
PROFITENTI .
Il fe fir gloire en tout temps defa
Mind Religion.
Devife: UnVaiffeau qui fuit
toûjours dans fa courfe l'Etoile Polaire avec ces mots :
UBI FULSIT, UNAM
SEQUITUR.
Dés qu'elle paroift , il ne fuit
qu'elle.
214 MERCURE
Troifiéme Infcription parriculiere.
RELIGIONI ULTIMA
CONSECRANTI.
Il confacra fes derniers foupirs
à la Religion.
Devife: Un Encenfoir fur
un Autel , duquel on voit for
tir la fumée de l'Encens qui fe
confume , avec ces mots :
SOLVITUR NUMINI.
Il eft confumé à l'honneur du
vray Dieu.
Autour de la Salle , regnoit
en haut une longue rangée
d'Armoiries entre- melées de
Chiffres & au- deffous d'ef
GALANT 215
fix
pace en efpace pour remplir les
vuides qui eftoient entre les
quarrez que formoient les
Infcriptions & les Devifes , on
avoit placé des Tableaux qui
reprefentoient par differentes
figures , ce qu'on avoit déja
exprimé par ces mêmes Infcriptions & Devifes.
ས
Tout brilloit des lumieres ,
qu'on avoit diftribuées , de
maniere que chaque piece de
la décoration eftoit éclairée de
toutes parts par le moyen d'un
grandnombredeLuftresqu'onavoit fufpendus & de Plaques
qu'on avoit appliquées fur
216 MERCURE
la Tenture ce qui donnoit un
tres grand éclat à tout l'appareil.
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Résumé : Eloge Funebre de feuë S. A. S. Monsieur le Prince, prononcé à Bourges, avec un appareil qui sert à faire voir toutes les vertus et toutes les grandes qualitez de ce Prince. [titre d'après la table]
Le texte relate une cérémonie organisée par les Pères Jésuites du Collège de Bourges en mémoire de Henry Jules de Bourbon, fils du Prince de Condé. Initialement prévue après l'annonce de la mort du prince, la cérémonie fut reportée au mois de décembre pour permettre la présence des membres des principaux corps de la ville de Bourges. Le 19 décembre, une messe fut célébrée dans l'église des Jésuites, suivie d'un discours funèbre en latin prononcé par le Père de Blainville. L'orateur loua les qualités militaires, civiles et domestiques du prince, soulignant notamment son courage lors du passage du Rhin et de la bataille de Seneff. Il mit également en avant sa droiture, sa fidélité et son dévouement envers le roi Louis XIV. Le discours insista sur les vertus du cœur et les qualités de l'esprit du prince, le présentant comme un héros accompli. La salle où se déroula l'oraison était décorée de manière solennelle, avec des tableaux, des trophées et des inscriptions célébrant les vertus et les exploits du prince. Les inscriptions étaient organisées en trois parties principales : les vertus civiles et domestiques, la connaissance des arts utiles à la défense et au soutien des empires, et la connaissance des beaux-arts contribuant à la gloire et à l'ornement d'un royaume. La première inscription générale mettait en avant les vertus civiles et domestiques du prince. Les inscriptions particulières soulignaient ses belles inclinations héritées de son père, sa vigilance et son amour paternel, et son rôle de modèle pour les gouverneurs. Les devises accompagnantes illustraient ces qualités par des métaphores, comme un aigle construisant son aire ou un soleil faisant pousser des fleurs et des fruits. La deuxième inscription générale se concentrait sur la connaissance des arts de défense. Les inscriptions particulières montraient son expertise en guerre, sa compréhension des intérêts des nations, et son dévouement à l'utilité du roi. Les devises utilisaient des images comme un jeu d'échecs, une flèche volante, et un cadran solaire pour symboliser ces compétences. La troisième inscription générale traitait des beaux-arts. Les inscriptions particulières soulignaient sa compréhension des aspects communs et sublimes, son discernement exquis, et son rôle de père de l'élégance et de la politesse. Les devises incluaient un arc-en-ciel, une balance, et un parterre de fleurs pour représenter ces qualités. Enfin, la dernière inscription générale abordait la connaissance des choses religieuses. Les inscriptions particulières montraient son approfondissement des mystères de la religion, son respect des institutions religieuses, et sa consécration finale à la religion. Les devises utilisaient des images comme un aigle regardant le ciel, un vaisseau suivant l'étoile polaire, et de l'encens se consumant sur un autel. La salle était décorée de manière à illustrer ces inscriptions et devises par des armoiries, des chiffres, des tableaux, et un éclairage abondant, créant ainsi une présentation éclatante et détaillée des qualités du prince.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5068
p. 2071-181
RÉPONSE.
Début :
La politesse & la bonté avec laquelle Votre Excellence s'exprime en m'apprenant la nouvelle [...]
Mots clefs :
Cardinal Corsini, Trône pontifical
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE.
RE'PONSE.
La politeffe & la bonté avec laquelle Votre
Excellence s'exprime en m'apprenant la nouvelle
de l'élevation du Cardinal Corfini au Trône
Pontifical , augmentent de beaucoup la confolation
queje reffens , & qui fans contredit eft
la plus grande que j'aye éprouvée de ma vie
d'une élection fi defirée & fi generalement applaudie.
Après avoir rendu à Dieu les actions de gra
ees qui lui font dues par rapport à un avenement
fi heureux & fi important , dont la gloire
rejaillit fur la Patrie . & qui préfente de fi
grands avantages à tout le monde Chrétien ,
Hij je
2072 MERCURE DE FRANCE
je vous dirai que j'ai toujours étéfenfiblement
touché de la vertu du mérite distingué de
S. S.
Je me felicite done avec V. E. du fuccès de
cette élection , & je la remercie de la finguliere
attention qu'elle a bien voulu faire aux bons
offices que j'ai employés pour la faire réussir ,
fouhaitant avec paffion de trouver les occafions
de la fervir, l'afurant que je ferai toujours
une diftinction particuliere de votre perfonne
de fa famille &c.
La politeffe & la bonté avec laquelle Votre
Excellence s'exprime en m'apprenant la nouvelle
de l'élevation du Cardinal Corfini au Trône
Pontifical , augmentent de beaucoup la confolation
queje reffens , & qui fans contredit eft
la plus grande que j'aye éprouvée de ma vie
d'une élection fi defirée & fi generalement applaudie.
Après avoir rendu à Dieu les actions de gra
ees qui lui font dues par rapport à un avenement
fi heureux & fi important , dont la gloire
rejaillit fur la Patrie . & qui préfente de fi
grands avantages à tout le monde Chrétien ,
Hij je
2072 MERCURE DE FRANCE
je vous dirai que j'ai toujours étéfenfiblement
touché de la vertu du mérite distingué de
S. S.
Je me felicite done avec V. E. du fuccès de
cette élection , & je la remercie de la finguliere
attention qu'elle a bien voulu faire aux bons
offices que j'ai employés pour la faire réussir ,
fouhaitant avec paffion de trouver les occafions
de la fervir, l'afurant que je ferai toujours
une diftinction particuliere de votre perfonne
de fa famille &c.
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Résumé : RÉPONSE.
L'auteur exprime sa joie et sa gratitude suite à l'élection du Cardinal Corfini au trône pontifical. Il souligne la politesse et la bonté avec lesquelles il a appris cette nouvelle, qu'il considère comme la plus grande consolation de sa vie. Il rend grâce à Dieu pour cet événement heureux et important, bénéfique pour la patrie et l'ensemble du monde chrétien. L'auteur admire la vertu et le mérite distingué du nouveau pape. Il se félicite de l'élection et remercie l'excellence pour l'attention portée à ses efforts pour faire réussir cette élection. Il exprime son désir de servir et assure qu'il fera toujours une distinction particulière de la personne et de la famille de l'excellence.
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5069
p. 2494
« On a appris de Vienne que le 4. de ce mois, on y représentera sur le Théâtre du Palais un nouvel [...] »
Début :
On a appris de Vienne que le 4. de ce mois, on y représentera sur le Théâtre du Palais un nouvel [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a appris de Vienne que le 4. de ce mois, on y représentera sur le Théâtre du Palais un nouvel [...] »
On a appris de Vienne que le 4. de ce mois ;
on y repréſenta fur le Théatre du Palais un nouvel
Opera Italien , intitulé Caïus Fabricius , de
la compofition du Sr Antoine Caldara , Sous-
Maître de Mufique de la Chapelle de l'Empereur.
on y repréſenta fur le Théatre du Palais un nouvel
Opera Italien , intitulé Caïus Fabricius , de
la compofition du Sr Antoine Caldara , Sous-
Maître de Mufique de la Chapelle de l'Empereur.
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5070
p. 177
« Voicy une autre façon de peindre une belle personne, qui [...] »
Début :
Voicy une autre façon de peindre une belle personne, qui [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voicy une autre façon de peindre une belle personne, qui [...] »
Voicyuneautre façon de
peindre.Ainôixltepertonne
,
qui ne laisse pas d'avoir son
agrément.Une Demoiselled'âne
rare beautévoulant se faire
peindre, le Rirmur-Màlouin:fit
les Verssuivants pour l'endétourner.
peindre.Ainôixltepertonne
,
qui ne laisse pas d'avoir son
agrément.Une Demoiselled'âne
rare beautévoulant se faire
peindre, le Rirmur-Màlouin:fit
les Verssuivants pour l'endétourner.
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5071
p. 162-163
BENEFICES DONNEZ.
Début :
L'Abbaye de Nôtre Dame de Pornid, Ordre de S. Augustin, Diocèse de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BENEFICES DONNEZ.
MORTS & MAK1AG ES.
PRocope-Hyacirite de Ligne, Prince
de l'tmpire , Marquis de Moy ,
Brigadier des Armées du Roi depuis le
10. Mars 1690. cy .devant Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes Ecoflòis , ayant;
commaridé toute la Gendarmerie tant
qu'il a été à la têtC de Cette Compagnie ,
mourut en cette Ville le ji. du moi*
passé , âgé de 6 4. ans.
Il étoit second fiis de Claude Lamoral.
de Ligne , Prince de l'Empire , & d'Am-.
blise , Marquis de RonbaiX, &<:. Grand
d'Espagne-, Chevalier de laToison.d'Or,;
Vice.Roi de Sicile , Gouverneur du Mi*
lanés , Coníeiller d'Etat de S. M. C»
mort à Madrid le 22.. Decembre i£7«K'
&: de Marie Claire , srincesle de Nasl'auy
pillembourg. Claude Lamoral étoit né de
Florent de Ligne, Prince de l'Empire,
Comte de Fauquembergue , Marquis de
Roubaix , Baron d'Antoing , Se de Louise
de Lorraine , fille d'Henry de Lorraine,
Comte de Chaligny , & de Claude , Mar
quise de Moy. Ce Prince de Lorraine étoit
issu de Nicolas de Lorraine , Comte de
youdemcnt ; Duc de Mercceut , & de sa!
troi-r
1
jxë MERCURE DE FRANCE.
troisième femme Catherine de Lorraine
Aumale ; & ce Comte de Vaudemontétoit7
second fils d'Antoine Duc de Lorraine.
Le Comte de Chaligni ,.' outre fa fille
Louise , laiíTà Henry de Lorraine 11.. du
nom , Comte de Chaligny , Marquis de
Moy , qui ayant vêcu~dans le Célibat ,J
avoit pour héritier présomptif Claude
Lamoral Prince de- Ligne ,< fily de íà
feur; aussi lui aiîlîra.t-il fa successions
mais ce Prince y renonça par acte du 2 r.'
Mars 1 670. & supplia son oncle d'en'
Vouloir fa vtjriíèr le second de íes sils. Le
Comte de Chaligny ayant égard à cette
priere , fit par acte paífé à Nancy' le 3 1,
Août une donation erítre-vifs & ir
révocable de tous íés biens' à son petit'
iifrveu , PïtKrope.Hyacinte, Prince de Li-'
gne , ses hoirs', heritiers & aïans causej
ne s'en reservant que là jouiísance & l'u*
íufririt' durant sa vie. Cette donation su/
acceptée par Procureur au nom du jeune'
Prince donataire , procedant souS l'autp.
lité de M; d'Ormeíson , Conseiller d'E
tat, que le Roi Louis XIV-. lui avòit donné
pour tuteur honoraire durant fa minorité
parLettres Patentes du mois d'Avril 1670.
registrées au Parlement le 23.. May sui
vant. . '
C'est en consequence de cette Dona
tion , Se pour satisfaire au Contrat de maA
liage
j A N V I E R? 1724. tSf
,fiage de Claude de Moy qui obligeoit son
^heritier à se nommer le Marquis deMoy.i.
que celui dont nous .parlons a toujours
porté ce titre p avec la' livrée des Princes
de Lorraine , & qu'il écarteloit l'Ecuslon.
de Ces armes au 1. & 4» de Lorraine , au 2.
& j. de Moy,Se [ui la tour de IJgnequi est
or à une bande de gueules . Il avoit épousé
le 8. Mars 1682. Anne.Catherine de Bro?
glio , fille unique du Comte Charles de
Broglio , Marquis de Dormans , Lieute
nant General des Arméesdu Roi, Gour
verneur d' Avênes, Grand Bail ly de Hayr
naut , & d'Anne Elisabeth d'Aumont,
fille d'Antoine Duc d'Aumont , Pair Se
Maréchal de France. Elle mourut le 4.
Decembre 1 701.. laissant Claude Lamor .
ral Hyacinte de Ligne , Prince de l'Em
pire , Marquis de Dormans , qui n'est
pas encore marié, & qui succede au titre
de Marquis de Moy 5 Catherine.Hyacintc
Religieuse aux Filles de Sainte.Marie ,
à S. Denis , où elle a fait profession le
Septembre ï 7 p 6. Marie-Hyacinte ,
morte le jo. Septembre 171 1 . âgée de 1.7.
ans, & Claire Marie , mariée le 2%.
Mars 1722. à Louis Scipion.Joseph de la
.Garde , Marquis de Chambonas , Baron
des Etats de Languedoc \ sur'quoi il ne fera
pas mal- à .propos de remarquer que dès ìs
6. Février 1*3?. Ipies & Jourdan de ìa
Gar
MERCURE DE FRANGE.
Garde, Chevaliers , freres, firent hom-
.-mage de la Terre & Seigneurie de Cham-
-bonasau Roi S. Louis. Le feu Roi a érigé
.cette Terre en Marquisat , par Lettres du
inoisd'Avril 1683. On coníèrveun acte
du 10. Février 13 9 6. par lequel Jauce-
Jin de la Garde , Seigneur de Chambonas
, fut déchargé , attendu Con ancienne
noblesse, d'une taxe imposée par le Roi
Charles V I. pour le mariage de fa fille
jsabelle , fuir ceux qui n'étoient pas no
bles d'ancienneté. Henry . Joseph de la
G irde , Marquis de Chambonas , né de
.Charlotte de la Baume.Suze , après avoir
ríèrvi long.temps dans le Regiment des
Cuirassiers du Roi, & avoir été fait Che»
.valier de S. Louis à la féconde promotion
de cet Ordre , fut mis par le feu Roi au
près de M. le Duc du Maine , en qualité
de premier Gentilhomme de fa Cham
bre. Il est aussi l'undesLieutenansde Roi
de la Province de Languedoc. De fou
;«pouíè Marie Charlotte de Fontange , Da
me d'Aubroque , Dame d'honneur de
Madame la Duchesse du Maine ., il ne
lui reste que le gendre du feu Marquis
de Moy. /
Lamoral , Comte de Ligne de Fauquembergue
& de Mechin , Prince d'Eípinoj
par fa femme Anne.Marie de Melun,
Marquis de Roubaix^ Seoechal de Hai
naut,
JANVIER 1724. i5f
oaut , Vicomte de Gand & de Leyden ,
Baron de Belceil-de.Ville , Souverain de
Faignceulles & de Vaisenacr , Chevalier
de la Toison d'Or , Bisayeuldu feu Mar
quis de Moy , fut fait Prince de l'Empire
par l'Empereur Rodolphe II. La Bulle dat.
tée de Prague le a. o. Mars lócj.est de*
plus honorables pour la Maison de Ligné.
L'Empereur y dit qu'il éleve Lamoral^
Prince d'Espinoy Comte de Ligne , à la
dignité de Prince de l'Empire, en considerationde
ion ancienne Noblesse, & de ce
que depuis iio. ans ses Ancêtres ont été
de pere en .fils , íàns interruption , décor
iez du collier de la Toison d'Or , comme
par droit hereditaire qu'ils ont le titre
de Comtes depuis plus de cent ans , ( fur
quoi il est hon d observer que nul ne peut
.être fait Prince de l'Empire , s'il n'en est
déjà Comte, ) & que depuis l'an 14.81.
Jes Empereurs , les Rois & les Princes
Souverains ont honoré ceux de la Maison
de Ligne du titre de leurs Cousins : enfin
l'Empereur Rodolphe declare qu'il accor
de à Lamoral de Ligne le titre de Prince
dei'Empire,non seulement pour lui, mais
encore pour toute íâ posterité de l'un &
de l'autre sexe.
Le Marquis de Moy qui a donné lieu à
cet article , avoit deux freres. L'aîné ctoit
Henry-Louis Ernest de Ligne , Prince
4'Am
á4o MERCURE DE FRANCE.
. Mise Sc de l'Empire , Marquis de Roubaix
, Comte de Fauquembergue , &c.
Grand d Espagne, Premier Pair de Flan
dres , Chevalier de la Toison d'Or, Cou.
verneur de la Province de Limbourg^
mort le 8. Février 1702. laissant plusieurs
enfans. Le puisné des freres du Marquis
de Moy, étoit Charles-Joseph Procope
de Ligne, Prince de l'Empire , Marquis
d'Aronchès,Grand dePorcugal ^Cheva
lier de l'Ordre de Christ , Seneclialde
Haynaut ,nommécommunément le Prin
ce Senechal , mprt au commencements de
l'année 1713. laissant de Mariane de
Souíà , Marquise d'Aronchès , une fille
unique, Louise.Antoinette Casimire de
Lorraine , ( ainsi nommée en mémoire de
íà bysayeule Louise de Lorraine , Duchesse
de la Fuen , mariée à Dom Michel de
Portugal , fils naturel du Roi Pierre H.
du nom.
Il y a une branche puiíhée de la Maiíôa
de Ligne , c'est celle des Pdnces d' A rem -
berg , Ducs d'Arícot, Princes de l'Em
pire depuis l'an 1556. d'où font íôrtis
deux rameaux. Le premier est celui des
Princes de Chimay , Ducs de Croy , fini
par une heritiere entrée dans la Maison
d'Hennin,Comtes de Bossu. Ils sont Princes
de l'Empire, & ont pris le íùrnom d'Alfa^
ce. Le second de ces rameaux est celui des
PrinS
A N V I E R. 1714. i6t
Jîtinces de Barbançon , auffi Princes <ie
l'Empire depuis l'an 1 568. Il n'en reste
plus qu'une Princeíse qui s'étant rema
riée £eri troisièmes noces l'an 171 f. à
Jí.... de Wignacourt , Comte de la Roche
Se de Lanoy , lui a fait prendre íon nom
& ses armes. On le nomme donc Prince
de Barbançon , & il joiiit des honneurs
attachez à ce titre ; mais fans être Prince
de l'Empire. Cette Princeíse n'a point eu
d'enfans de.ces trois maíiages.
L'on compte dans toutes les branches éc
la Maison de Ligne juíqu'à dix-sept Che
valiers de la Toison d'Or.
Le r. de ce mois mourut à Paris Mc Eustache
le Clerc de Leíseville, Coníeiller
dp Roi , Maître ordinaire en íà Cham
bre des Comptes , âgé de 64. ans.
Le.*. M. Jean.Baptiste le Tòtirneur,
Ecuyer , Conseiller , Secretaire du Roi ,
âgé de Si. an*.
Le 8. M. René- François de Legal,
Lieutenant General des Armées du Roi ,
Gouverneur de la Ville d'Agde & du
Çhâteau de Breseou , âgé de 72. ans.
Le même jour M. Pierre. Jean Cheré ,
Maître des Comptes , âgéjde í8o. ans.
Paul Petreul, Notaire de laPalice ea
Bourbonnois , y mourut le 2 eu deíemois,
iaé de 107 . anj-
* ' Ï4 Le
ïét MERCURE DE FRANCE
Le même jour M. Antoine Monet dé
la Salle , Doyen des Maîwes des Requê
tes , & en cette qualité Conseiller d'E
tat ordinaire , mourut à la Salle y près
Boulogne fur Mer , âgé de 8 i . ans.
. . Le iy. Dame Marie Charlotte Glucq ,
épouse de M. Jacques de Chabanes , Mari
quis deXurton , Brigadier des Armées
du Roy , âgée de 46.: ans.
: Le 8. de ce mois le Duc de Montmorenci
, fils aîné du Duc de Luxembourg j
épouíà M"e de Seignelay , âgéede douze
ans , qui après de cinquante mille écusi
de rente en fonds de terre. . . .
Le 20. la Marquise de Segur accoucha
de deux Jumeaux , garçon & fille.
PRocope-Hyacirite de Ligne, Prince
de l'tmpire , Marquis de Moy ,
Brigadier des Armées du Roi depuis le
10. Mars 1690. cy .devant Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes Ecoflòis , ayant;
commaridé toute la Gendarmerie tant
qu'il a été à la têtC de Cette Compagnie ,
mourut en cette Ville le ji. du moi*
passé , âgé de 6 4. ans.
Il étoit second fiis de Claude Lamoral.
de Ligne , Prince de l'Empire , & d'Am-.
blise , Marquis de RonbaiX, &<:. Grand
d'Espagne-, Chevalier de laToison.d'Or,;
Vice.Roi de Sicile , Gouverneur du Mi*
lanés , Coníeiller d'Etat de S. M. C»
mort à Madrid le 22.. Decembre i£7«K'
&: de Marie Claire , srincesle de Nasl'auy
pillembourg. Claude Lamoral étoit né de
Florent de Ligne, Prince de l'Empire,
Comte de Fauquembergue , Marquis de
Roubaix , Baron d'Antoing , Se de Louise
de Lorraine , fille d'Henry de Lorraine,
Comte de Chaligny , & de Claude , Mar
quise de Moy. Ce Prince de Lorraine étoit
issu de Nicolas de Lorraine , Comte de
youdemcnt ; Duc de Mercceut , & de sa!
troi-r
1
jxë MERCURE DE FRANCE.
troisième femme Catherine de Lorraine
Aumale ; & ce Comte de Vaudemontétoit7
second fils d'Antoine Duc de Lorraine.
Le Comte de Chaligni ,.' outre fa fille
Louise , laiíTà Henry de Lorraine 11.. du
nom , Comte de Chaligny , Marquis de
Moy , qui ayant vêcu~dans le Célibat ,J
avoit pour héritier présomptif Claude
Lamoral Prince de- Ligne ,< fily de íà
feur; aussi lui aiîlîra.t-il fa successions
mais ce Prince y renonça par acte du 2 r.'
Mars 1 670. & supplia son oncle d'en'
Vouloir fa vtjriíèr le second de íes sils. Le
Comte de Chaligny ayant égard à cette
priere , fit par acte paífé à Nancy' le 3 1,
Août une donation erítre-vifs & ir
révocable de tous íés biens' à son petit'
iifrveu , PïtKrope.Hyacinte, Prince de Li-'
gne , ses hoirs', heritiers & aïans causej
ne s'en reservant que là jouiísance & l'u*
íufririt' durant sa vie. Cette donation su/
acceptée par Procureur au nom du jeune'
Prince donataire , procedant souS l'autp.
lité de M; d'Ormeíson , Conseiller d'E
tat, que le Roi Louis XIV-. lui avòit donné
pour tuteur honoraire durant fa minorité
parLettres Patentes du mois d'Avril 1670.
registrées au Parlement le 23.. May sui
vant. . '
C'est en consequence de cette Dona
tion , Se pour satisfaire au Contrat de maA
liage
j A N V I E R? 1724. tSf
,fiage de Claude de Moy qui obligeoit son
^heritier à se nommer le Marquis deMoy.i.
que celui dont nous .parlons a toujours
porté ce titre p avec la' livrée des Princes
de Lorraine , & qu'il écarteloit l'Ecuslon.
de Ces armes au 1. & 4» de Lorraine , au 2.
& j. de Moy,Se [ui la tour de IJgnequi est
or à une bande de gueules . Il avoit épousé
le 8. Mars 1682. Anne.Catherine de Bro?
glio , fille unique du Comte Charles de
Broglio , Marquis de Dormans , Lieute
nant General des Arméesdu Roi, Gour
verneur d' Avênes, Grand Bail ly de Hayr
naut , & d'Anne Elisabeth d'Aumont,
fille d'Antoine Duc d'Aumont , Pair Se
Maréchal de France. Elle mourut le 4.
Decembre 1 701.. laissant Claude Lamor .
ral Hyacinte de Ligne , Prince de l'Em
pire , Marquis de Dormans , qui n'est
pas encore marié, & qui succede au titre
de Marquis de Moy 5 Catherine.Hyacintc
Religieuse aux Filles de Sainte.Marie ,
à S. Denis , où elle a fait profession le
Septembre ï 7 p 6. Marie-Hyacinte ,
morte le jo. Septembre 171 1 . âgée de 1.7.
ans, & Claire Marie , mariée le 2%.
Mars 1722. à Louis Scipion.Joseph de la
.Garde , Marquis de Chambonas , Baron
des Etats de Languedoc \ sur'quoi il ne fera
pas mal- à .propos de remarquer que dès ìs
6. Février 1*3?. Ipies & Jourdan de ìa
Gar
MERCURE DE FRANGE.
Garde, Chevaliers , freres, firent hom-
.-mage de la Terre & Seigneurie de Cham-
-bonasau Roi S. Louis. Le feu Roi a érigé
.cette Terre en Marquisat , par Lettres du
inoisd'Avril 1683. On coníèrveun acte
du 10. Février 13 9 6. par lequel Jauce-
Jin de la Garde , Seigneur de Chambonas
, fut déchargé , attendu Con ancienne
noblesse, d'une taxe imposée par le Roi
Charles V I. pour le mariage de fa fille
jsabelle , fuir ceux qui n'étoient pas no
bles d'ancienneté. Henry . Joseph de la
G irde , Marquis de Chambonas , né de
.Charlotte de la Baume.Suze , après avoir
ríèrvi long.temps dans le Regiment des
Cuirassiers du Roi, & avoir été fait Che»
.valier de S. Louis à la féconde promotion
de cet Ordre , fut mis par le feu Roi au
près de M. le Duc du Maine , en qualité
de premier Gentilhomme de fa Cham
bre. Il est aussi l'undesLieutenansde Roi
de la Province de Languedoc. De fou
;«pouíè Marie Charlotte de Fontange , Da
me d'Aubroque , Dame d'honneur de
Madame la Duchesse du Maine ., il ne
lui reste que le gendre du feu Marquis
de Moy. /
Lamoral , Comte de Ligne de Fauquembergue
& de Mechin , Prince d'Eípinoj
par fa femme Anne.Marie de Melun,
Marquis de Roubaix^ Seoechal de Hai
naut,
JANVIER 1724. i5f
oaut , Vicomte de Gand & de Leyden ,
Baron de Belceil-de.Ville , Souverain de
Faignceulles & de Vaisenacr , Chevalier
de la Toison d'Or , Bisayeuldu feu Mar
quis de Moy , fut fait Prince de l'Empire
par l'Empereur Rodolphe II. La Bulle dat.
tée de Prague le a. o. Mars lócj.est de*
plus honorables pour la Maison de Ligné.
L'Empereur y dit qu'il éleve Lamoral^
Prince d'Espinoy Comte de Ligne , à la
dignité de Prince de l'Empire, en considerationde
ion ancienne Noblesse, & de ce
que depuis iio. ans ses Ancêtres ont été
de pere en .fils , íàns interruption , décor
iez du collier de la Toison d'Or , comme
par droit hereditaire qu'ils ont le titre
de Comtes depuis plus de cent ans , ( fur
quoi il est hon d observer que nul ne peut
.être fait Prince de l'Empire , s'il n'en est
déjà Comte, ) & que depuis l'an 14.81.
Jes Empereurs , les Rois & les Princes
Souverains ont honoré ceux de la Maison
de Ligne du titre de leurs Cousins : enfin
l'Empereur Rodolphe declare qu'il accor
de à Lamoral de Ligne le titre de Prince
dei'Empire,non seulement pour lui, mais
encore pour toute íâ posterité de l'un &
de l'autre sexe.
Le Marquis de Moy qui a donné lieu à
cet article , avoit deux freres. L'aîné ctoit
Henry-Louis Ernest de Ligne , Prince
4'Am
á4o MERCURE DE FRANCE.
. Mise Sc de l'Empire , Marquis de Roubaix
, Comte de Fauquembergue , &c.
Grand d Espagne, Premier Pair de Flan
dres , Chevalier de la Toison d'Or, Cou.
verneur de la Province de Limbourg^
mort le 8. Février 1702. laissant plusieurs
enfans. Le puisné des freres du Marquis
de Moy, étoit Charles-Joseph Procope
de Ligne, Prince de l'Empire , Marquis
d'Aronchès,Grand dePorcugal ^Cheva
lier de l'Ordre de Christ , Seneclialde
Haynaut ,nommécommunément le Prin
ce Senechal , mprt au commencements de
l'année 1713. laissant de Mariane de
Souíà , Marquise d'Aronchès , une fille
unique, Louise.Antoinette Casimire de
Lorraine , ( ainsi nommée en mémoire de
íà bysayeule Louise de Lorraine , Duchesse
de la Fuen , mariée à Dom Michel de
Portugal , fils naturel du Roi Pierre H.
du nom.
Il y a une branche puiíhée de la Maiíôa
de Ligne , c'est celle des Pdnces d' A rem -
berg , Ducs d'Arícot, Princes de l'Em
pire depuis l'an 1556. d'où font íôrtis
deux rameaux. Le premier est celui des
Princes de Chimay , Ducs de Croy , fini
par une heritiere entrée dans la Maison
d'Hennin,Comtes de Bossu. Ils sont Princes
de l'Empire, & ont pris le íùrnom d'Alfa^
ce. Le second de ces rameaux est celui des
PrinS
A N V I E R. 1714. i6t
Jîtinces de Barbançon , auffi Princes <ie
l'Empire depuis l'an 1 568. Il n'en reste
plus qu'une Princeíse qui s'étant rema
riée £eri troisièmes noces l'an 171 f. à
Jí.... de Wignacourt , Comte de la Roche
Se de Lanoy , lui a fait prendre íon nom
& ses armes. On le nomme donc Prince
de Barbançon , & il joiiit des honneurs
attachez à ce titre ; mais fans être Prince
de l'Empire. Cette Princeíse n'a point eu
d'enfans de.ces trois maíiages.
L'on compte dans toutes les branches éc
la Maison de Ligne juíqu'à dix-sept Che
valiers de la Toison d'Or.
Le r. de ce mois mourut à Paris Mc Eustache
le Clerc de Leíseville, Coníeiller
dp Roi , Maître ordinaire en íà Cham
bre des Comptes , âgé de 64. ans.
Le.*. M. Jean.Baptiste le Tòtirneur,
Ecuyer , Conseiller , Secretaire du Roi ,
âgé de Si. an*.
Le 8. M. René- François de Legal,
Lieutenant General des Armées du Roi ,
Gouverneur de la Ville d'Agde & du
Çhâteau de Breseou , âgé de 72. ans.
Le même jour M. Pierre. Jean Cheré ,
Maître des Comptes , âgéjde í8o. ans.
Paul Petreul, Notaire de laPalice ea
Bourbonnois , y mourut le 2 eu deíemois,
iaé de 107 . anj-
* ' Ï4 Le
ïét MERCURE DE FRANCE
Le même jour M. Antoine Monet dé
la Salle , Doyen des Maîwes des Requê
tes , & en cette qualité Conseiller d'E
tat ordinaire , mourut à la Salle y près
Boulogne fur Mer , âgé de 8 i . ans.
. . Le iy. Dame Marie Charlotte Glucq ,
épouse de M. Jacques de Chabanes , Mari
quis deXurton , Brigadier des Armées
du Roy , âgée de 46.: ans.
: Le 8. de ce mois le Duc de Montmorenci
, fils aîné du Duc de Luxembourg j
épouíà M"e de Seignelay , âgéede douze
ans , qui après de cinquante mille écusi
de rente en fonds de terre. . . .
Le 20. la Marquise de Segur accoucha
de deux Jumeaux , garçon & fille.
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Résumé : BENEFICES DONNEZ.
Le texte présente la vie et les titres de Procope-Hyacinthe de Ligne, Prince de l'Empire et Marquis de Moy. Né en 1660, il fut nommé Brigadier des Armées du Roi le 10 mars 1690 et Capitaine-Lieutenant des Gendarmes Écossais. Il décéda en janvier 1724 à l'âge de 64 ans. Procope-Hyacinthe était le second fils de Claude Lamoral de Ligne, Vice-Roi de Sicile et Gouverneur du Milanais, et de Marie Claire de Nassau-Dietz. Claude Lamoral, né de Florent de Ligne et Louise de Lorraine, appartenait à une lignée noble incluant des Ducs de Mercœur et des Comtes de Vaudémont. En 1670, Procope-Hyacinthe reçut une donation de biens de son grand-oncle, le Comte de Chaligny, ce qui lui permit de porter le titre de Marquis de Moy et d'utiliser les armes des Princes de Lorraine. Il épousa Anne-Catherine de Broglie en 1682. Elle décéda en 1701, laissant plusieurs enfants, dont Claude Lamoral Hyacinthe, qui succéda au titre de Marquis de Moy. Le texte mentionne également d'autres membres de la famille de Ligne, tels que Lamoral, Comte de Ligne, fait Prince de l'Empire par l'Empereur Rodolphe II, ainsi que les branches des Princes d'Arenberg et de Barbançon. Plusieurs décès notables sont rapportés, incluant ceux de René-François de Légal, Lieutenant Général des Armées du Roi, et du Duc de Montmorency.
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5072
p. 176-177
« S'il m'étoit permis de dire librement mon sentiment contre [...] »
Début :
S'il m'étoit permis de dire librement mon sentiment contre [...]
Mots clefs :
Nouvelles, Mercure galant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « S'il m'étoit permis de dire librement mon sentiment contre [...] »
176 MERCURE
م
S'il m'étoit permis de dire
librement monſentiment contre
un uſage établidepuis pluſieurs
années,j'avoürois encore
une fois ingenuëment auxlecteurs
que je ne croy point le
Mercure Galant un Livre où
l'on doive's'attendre à trouver
des nouvelles , que leur merite
& la fraîcheur de leurs dates
puiſſent rendre intereſſantes
& qu'à l'exception de celles de
Paris , où ce Livre s'imprime ,
l'éloignement des lieux rend
toutes fos autres nouvelles fort
,
vieilles , lors qu'il paroift : &
que par confequent j'en fupGALANT
. 177
primerois ( fi c'étoit la mode
des Mercures ) generalement
toutes celles que les Gazettes
annoncent chaque ſemaine ,à
l'exception ſeulement de certainsgrands
évenemens qu'on
ne peut trop publier ; mais on
abeau dire on a l'entêrement
de vouloir des nouvelles , en
voicy quione font certaine--
ment pas mauvaiſend
م
S'il m'étoit permis de dire
librement monſentiment contre
un uſage établidepuis pluſieurs
années,j'avoürois encore
une fois ingenuëment auxlecteurs
que je ne croy point le
Mercure Galant un Livre où
l'on doive's'attendre à trouver
des nouvelles , que leur merite
& la fraîcheur de leurs dates
puiſſent rendre intereſſantes
& qu'à l'exception de celles de
Paris , où ce Livre s'imprime ,
l'éloignement des lieux rend
toutes fos autres nouvelles fort
,
vieilles , lors qu'il paroift : &
que par confequent j'en fupGALANT
. 177
primerois ( fi c'étoit la mode
des Mercures ) generalement
toutes celles que les Gazettes
annoncent chaque ſemaine ,à
l'exception ſeulement de certainsgrands
évenemens qu'on
ne peut trop publier ; mais on
abeau dire on a l'entêrement
de vouloir des nouvelles , en
voicy quione font certaine--
ment pas mauvaiſend
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5073
p. 181-182
MARIAGES.
Début :
Mr le Marquis d'Harcourt fils aîné de Mr le Maréchal [...]
Mots clefs :
Marquis, Maréchal, Dame, Famille, Mariage, Secrétaire, Archevêque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
Mr le Marquis d'Harcourtfils
aîné de Mrle MaréchalDuc d'Harcourt,
a épousé la nuit du30 au 31
du passe, D'IL-.-.. le Tellier de
Barbesieux,fille de feu Mre Louis
François le Tellier, Marquis de
Barbesieux
, Ministre & Secretaire
, d'Etat, Commandeur, Chancelier
& Garde des Sceaux des Ordres
-du Roy, &de Dame Marie Therese
Dauphine d'Alegre sa deuxiéme
femme. La Maison d'Harcour
est si ancienne, si grande&
,siilltiftre
,
qu'il seroit inutile de
vous en donner ici, aucun détail
Généalogique. Pour la Famille de
leTellier, elle est sans contredit,
une des premieres de la Robe.
Mre de Grossolles Marquis de
Flamarens , a épousé le 3. Juin
Dlle de Beauveau
Niéce de Mr l'Archevêque de
Toulouse. La Maison de Grossoles
est originaire de Gascogne
, &
fort distinguée par son ancienneté
& par ses Alliances; pour celle de
Beauveau ,
elleest originaire de
la Province d'Anjou,& l'une des
plus anciennes de cette Province ,
comme on le peut voir dans la
Généalogie qui en a étédonnée
au Public, par le sieur de Sainte
Marche.
Mr de Laistre Secretaire du
Conseil,a épousé le6. de ce mois
Mlle de Bullion, fille du Conseiller
au Parlement de ce nom.
Mr le Marquis d'Harcourtfils
aîné de Mrle MaréchalDuc d'Harcourt,
a épousé la nuit du30 au 31
du passe, D'IL-.-.. le Tellier de
Barbesieux,fille de feu Mre Louis
François le Tellier, Marquis de
Barbesieux
, Ministre & Secretaire
, d'Etat, Commandeur, Chancelier
& Garde des Sceaux des Ordres
-du Roy, &de Dame Marie Therese
Dauphine d'Alegre sa deuxiéme
femme. La Maison d'Harcour
est si ancienne, si grande&
,siilltiftre
,
qu'il seroit inutile de
vous en donner ici, aucun détail
Généalogique. Pour la Famille de
leTellier, elle est sans contredit,
une des premieres de la Robe.
Mre de Grossolles Marquis de
Flamarens , a épousé le 3. Juin
Dlle de Beauveau
Niéce de Mr l'Archevêque de
Toulouse. La Maison de Grossoles
est originaire de Gascogne
, &
fort distinguée par son ancienneté
& par ses Alliances; pour celle de
Beauveau ,
elleest originaire de
la Province d'Anjou,& l'une des
plus anciennes de cette Province ,
comme on le peut voir dans la
Généalogie qui en a étédonnée
au Public, par le sieur de Sainte
Marche.
Mr de Laistre Secretaire du
Conseil,a épousé le6. de ce mois
Mlle de Bullion, fille du Conseiller
au Parlement de ce nom.
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5074
p. 176-177
« Je croy qu'à la suite de cette Lettre de Monsieur le [...] »
Début :
Je croy qu'à la suite de cette Lettre de Monsieur le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je croy qu'à la suite de cette Lettre de Monsieur le [...] »
Je croy qu'à la ſuite de
cette Lettre de Monfieur le
Procureur General , rien ne
convient mieux qu'une Ode
Anacreontique que M. de la
Monnoye de l'AcadémieFrançoiſe
a faite pour Madame la
Procureuſe Generale qui venoit
d'accoucher d'un fils , &
qui avoit cſté un peu aupara
GALANT . 177
vant maltraitée de la petite
verole.
cette Lettre de Monfieur le
Procureur General , rien ne
convient mieux qu'une Ode
Anacreontique que M. de la
Monnoye de l'AcadémieFrançoiſe
a faite pour Madame la
Procureuſe Generale qui venoit
d'accoucher d'un fils , &
qui avoit cſté un peu aupara
GALANT . 177
vant maltraitée de la petite
verole.
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5075
p. 145-146
CHANSON A BOIRE.
Début :
Un Sot qui veut faire l'habile, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON A BOIRE.
CHANSON
A BOlRE.
UnSot qui veut faire
l'habile,
Ditqu'en lisànt ilprétend
tout sÇavoir,
Vnfou quicourt deVillt
en Vîlle
En voyageant dit qu'il
prétendtoutvoir,
Lt moyje dis d'un ton
plus véritable,
Que sans sortir detable
Etsansavoirlà
Je sçay tout ê1 faytout
vuJI
Lorfquefay bienbu.
A BOlRE.
UnSot qui veut faire
l'habile,
Ditqu'en lisànt ilprétend
tout sÇavoir,
Vnfou quicourt deVillt
en Vîlle
En voyageant dit qu'il
prétendtoutvoir,
Lt moyje dis d'un ton
plus véritable,
Que sans sortir detable
Etsansavoirlà
Je sçay tout ê1 faytout
vuJI
Lorfquefay bienbu.
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5076
p. 1004-1005
D'ESPAGNE.
Début :
L'Embarquement des Troupes du Roy pour l'Expédition secrette [...]
Mots clefs :
Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D'ESPAGNE.
'ESPAGNE.
'Embarquement des Troupes du Roy pour
l'Expédition secrette, se fait à Cadix, au Port
du Camp de S. Rach, à Alicante et à Barcelone ;
c'est dans le Port de cette derniere Ville qu'on a
embarqué toute l'Artillerie et l'Hôpital de l'Armée , et le rendez-vous de tous les Vaisseaux est
Alicante.
Les dernieres nouvelles d'Espagne portent
qu'on a déja embarqué à Barcelonne so grosses Piéces de Canon , P'Artillerie de Campagne et
PHôpital de l'Armée ; et que les Troupes qu'on embarque dans le Royaume de Valence, consisgent en 31 Bataillons et 24 Escadrons , faisant
en tout 1833 Officiers et 24747 Soldats , outre
42 Ingénieurs , 1500 Domestiques , et 4000 Chevaux,
Les
MAY. 1-3.2. 1005
Les dernieres Lettres de Cadix portent qu'on
y avoit arrêté et fretté, par ordre du Roy , tous
les Bâtimens Etrangers qui étoient dans la Baye;
que les Vaisseaux de Guerre qui étoient dans le
Port , en étoient partis pour aller à Alicante
joindre les autres Vaisseaux de la Flotte , qui y
ont leur rendez-vous , et qu'on avoit commencé
à délivrer aux Interressez dans le retour du der
nier Vaisseau de Registre qui est revenu de la
Vera-Cruz , tout l'argent , la Cochenille , et fes
autres Marchandises de ce Bâtiment , sur lesquels on retenoit 9 pour cent d'Indult pour le
Roy.
O
'Embarquement des Troupes du Roy pour
l'Expédition secrette, se fait à Cadix, au Port
du Camp de S. Rach, à Alicante et à Barcelone ;
c'est dans le Port de cette derniere Ville qu'on a
embarqué toute l'Artillerie et l'Hôpital de l'Armée , et le rendez-vous de tous les Vaisseaux est
Alicante.
Les dernieres nouvelles d'Espagne portent
qu'on a déja embarqué à Barcelonne so grosses Piéces de Canon , P'Artillerie de Campagne et
PHôpital de l'Armée ; et que les Troupes qu'on embarque dans le Royaume de Valence, consisgent en 31 Bataillons et 24 Escadrons , faisant
en tout 1833 Officiers et 24747 Soldats , outre
42 Ingénieurs , 1500 Domestiques , et 4000 Chevaux,
Les
MAY. 1-3.2. 1005
Les dernieres Lettres de Cadix portent qu'on
y avoit arrêté et fretté, par ordre du Roy , tous
les Bâtimens Etrangers qui étoient dans la Baye;
que les Vaisseaux de Guerre qui étoient dans le
Port , en étoient partis pour aller à Alicante
joindre les autres Vaisseaux de la Flotte , qui y
ont leur rendez-vous , et qu'on avoit commencé
à délivrer aux Interressez dans le retour du der
nier Vaisseau de Registre qui est revenu de la
Vera-Cruz , tout l'argent , la Cochenille , et fes
autres Marchandises de ce Bâtiment , sur lesquels on retenoit 9 pour cent d'Indult pour le
Roy.
O
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Résumé : D'ESPAGNE.
L'embarquement des troupes du roi pour une expédition secrète en Espagne se déroule à Cadix, au port du Camp de S. Rach, à Alicante et à Barcelone. À Barcelone, toute l'artillerie et l'hôpital de l'armée sont embarqués, et Alicante est le point de rendez-vous des vaisseaux. Les dernières nouvelles confirment l'embarquement de pièces d'artillerie, d'artillerie de campagne et de l'hôpital de l'armée à Barcelone. Les troupes embarquées dans le royaume de Valence comprennent 31 bataillons et 24 escadrons, totalisant 1833 officiers et 24747 soldats, ainsi que 42 ingénieurs, 1500 domestiques et 4000 chevaux. À Cadix, tous les bâtiments étrangers dans la baie ont été arrêtés et fretés par ordre du roi. Les vaisseaux de guerre du port sont partis pour Alicante afin de rejoindre la flotte. Les intéressés du retour du dernier vaisseau de registre revenu de Vera-Cruz ont reçu l'argent, la cochenille et autres marchandises, après une retenue de 9 pour cent d'indult pour le roi.
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5077
p. 578-579
« Le 21. on donna pour la clôture du Théatre la Piece dont on vient de parler ; elle fut suivie [...] »
Début :
Le 21. on donna pour la clôture du Théatre la Piece dont on vient de parler ; elle fut suivie [...]
Mots clefs :
Polyeucte, Les Amusements à la mode, L'École des maris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 21. on donna pour la clôture du Théatre la Piece dont on vient de parler ; elle fut suivie [...] »
Le 21. on donna pour la clôture du Théatre
la Piece dont on vient de parler , elle fut suivie
des Amusemens à la mode et d'une Chacone trèsbien
dansée par la Dlle Roland et par le sieur
Riccoboni. Le sieur Romagnesy fit un Compliment,
selon la coûtume dialogué , avec la
Dlle Silvia , très - ingénieusement composé , très
bien débité et joué , et generalement applaudi.
MARS. 1733. 579
Le même jour 21. les Comédiens François fi
rent la clôture de leur Théatre par la Tragédie
de Polieucte , et par la petite Comedie de l'Ecole
des Maris, Le sieur Dufresne fit un Compliment
au Public qui lui attira beaucoup d'applaudissemens.
On fut également content de la composition
, de l'élegance et de la maniere dont il fut
prononcé.
la Piece dont on vient de parler , elle fut suivie
des Amusemens à la mode et d'une Chacone trèsbien
dansée par la Dlle Roland et par le sieur
Riccoboni. Le sieur Romagnesy fit un Compliment,
selon la coûtume dialogué , avec la
Dlle Silvia , très - ingénieusement composé , très
bien débité et joué , et generalement applaudi.
MARS. 1733. 579
Le même jour 21. les Comédiens François fi
rent la clôture de leur Théatre par la Tragédie
de Polieucte , et par la petite Comedie de l'Ecole
des Maris, Le sieur Dufresne fit un Compliment
au Public qui lui attira beaucoup d'applaudissemens.
On fut également content de la composition
, de l'élegance et de la maniere dont il fut
prononcé.
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Résumé : « Le 21. on donna pour la clôture du Théatre la Piece dont on vient de parler ; elle fut suivie [...] »
Le 21 mars 1733, deux événements marquèrent la clôture des théâtres. Au Théâtre, une pièce fut jouée, suivie de divertissements et d'une chaconne par Mademoiselle Roland et le sieur Riccoboni. Le sieur Romagnesy et Mademoiselle Silvia reçurent des applaudissements pour un compliment dialogué. Parallèlement, les comédiens français clôturèrent leur théâtre avec 'Polyeucte' et 'L'École des Maris'. Le sieur Dufresne fut acclamé pour son compliment.
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5078
p. 2072-2073
LETTRE du Grand Duc au Pape.
Début :
TRÉS-SAINT PERE, La trés digne & desirée Election de V. S. au [...]
Mots clefs :
Pape, Grand-duc de Toscane, Jean-Gaston de Médicis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE du Grand Duc au Pape.
LETTRE du Grand Duc au Pape.
TRE'S RE'S SAINT PERE , ·
La trés digne & defirée Election de V. S. au
Suprême Pontificat eft pour moi l'une des plus
vives confolations que j'aye jamais éprouvées , à
caufe des grands avantages qu'elle annonce à
toute la Chrétienté & de l'honneur éclatant
qu'en reçoit la Patrie.
J'ai prié le Cardinal Salviati de témoigner à
V. S. le filial & infini refpect que j'ai pour elle ,
de la feliciter dans les termes les plus forts
furfon Avenement au Siege de S.Pierres comme
cette Eminence est parfaitement inftruite
de mes fentimens les plus finguliers à cet égard,
j'espere qu'Elle s'en fera dignement acquittée ,
conformément à mes intentions.
Je fupplie la clémence incomparable de V. S.
de recevoir avec fa bonté ordinaire ces premiers
témoignages de la veneration que je conferverai
toute ma vie pour Elle, de chérir d'un amour
Paternel les Etats que je gouverne ,
& de
employer dans toutes les occafions qu'elle
jugera
SEPTEMBRE . 1730. 2073
jugera propres à lui rendre mes fervices les plus
refpectueux , priant S. S. de m'honorer & toute
ma Maifon de fa Benedicton Apoftolique : &
m'inclinant profondément à fes pieds , elle aura
TRE'S RE'S SAINT PERE , ·
La trés digne & defirée Election de V. S. au
Suprême Pontificat eft pour moi l'une des plus
vives confolations que j'aye jamais éprouvées , à
caufe des grands avantages qu'elle annonce à
toute la Chrétienté & de l'honneur éclatant
qu'en reçoit la Patrie.
J'ai prié le Cardinal Salviati de témoigner à
V. S. le filial & infini refpect que j'ai pour elle ,
de la feliciter dans les termes les plus forts
furfon Avenement au Siege de S.Pierres comme
cette Eminence est parfaitement inftruite
de mes fentimens les plus finguliers à cet égard,
j'espere qu'Elle s'en fera dignement acquittée ,
conformément à mes intentions.
Je fupplie la clémence incomparable de V. S.
de recevoir avec fa bonté ordinaire ces premiers
témoignages de la veneration que je conferverai
toute ma vie pour Elle, de chérir d'un amour
Paternel les Etats que je gouverne ,
& de
employer dans toutes les occafions qu'elle
jugera
SEPTEMBRE . 1730. 2073
jugera propres à lui rendre mes fervices les plus
refpectueux , priant S. S. de m'honorer & toute
ma Maifon de fa Benedicton Apoftolique : &
m'inclinant profondément à fes pieds , elle aura
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Résumé : LETTRE du Grand Duc au Pape.
En septembre 1730, le Grand Duc adresse une lettre au Pape nouvellement élu pour lui présenter ses félicitations. Il exprime sa consolation et son honneur, soulignant les bénéfices de cette élection pour la Chrétienté. Le Grand Duc a mandaté le Cardinal Salviati pour transmettre son respect filial et ses sentiments sincères au Pape. Il supplie le Pape d'accepter ses témoignages de vénération et de gouverner ses États avec amour paternel. Il espère que le Pape saura saisir les occasions pour recevoir ses services respectueux. Enfin, il demande la bénédiction apostolique pour lui-même et sa maison.
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5079
p. 154-155
ITALIE.
Début :
Le Cardinal Coscia a envoyé au Pape par l'Abbé Testa [...]
Mots clefs :
Cardinal Coscia, Église, Assassinat, Jurisdiction, Maladie contagieuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITA LIE.
E Cardinal Coscia a envoyé au Pape par l'Ab-
LECTesia,con Maitre de Chambre , sa résignation
pure et simple de son Archevêché de Benevent
, pour se soumettre à l'ordre exprès de
Sa Sainteté.
Le 2. Janvier , on afficha au Champ de Mars
et dans les autres Places publiques de Rome unc
Ordonnance du Cardinal Annibal Albani , Evêque
de Sabine , et Camerlingue de la Sainte
Eglise , portant défense , sous peine des Censures
Ecclesiastiques , de faire aucune entreprise directe
ou indirecte sur la Jurisdiction suprême que le
S. Siege prétend avoir dans le Piémont , sur les
Terres et Habitans de Cortanza , Cortanzone >
Montafia , Cisterna et autres Bourgs et Villages
des environs.
Le 3. on reçut avis à Rome que l'Evêque de
Nice avoit été assassiné en retournant de Turin
dans son Diocèse.
On apprend de Venise que le Magistrat de la
Santé a interdit tout commerce avec la Dalmatie
, les grandes Isles de Lago , celles du Quarner
, l'Albanie Venitienne , les Bouches de Cattaro
, l'Etat de Raguse , les côtes de Segni , Buccari
et Fiumé , parce qu'on a eu des avis certains
qu'un des Turcs de la garnison de Nizza a porté
la maladie contagieuse à Seraglio en Bossine
d'où elle a passé à Jayeck , à deux ou trois journées
des Frontieres de la Servie et des Terres
de
JANVIER. 1731. ISS
de la dépendance de l'Empereur. La mortalité y
est très grande , et ceux qui sont attaqués de
cette maladie enflent d'abord et ne passent pas
le troisiéme jour,
E Cardinal Coscia a envoyé au Pape par l'Ab-
LECTesia,con Maitre de Chambre , sa résignation
pure et simple de son Archevêché de Benevent
, pour se soumettre à l'ordre exprès de
Sa Sainteté.
Le 2. Janvier , on afficha au Champ de Mars
et dans les autres Places publiques de Rome unc
Ordonnance du Cardinal Annibal Albani , Evêque
de Sabine , et Camerlingue de la Sainte
Eglise , portant défense , sous peine des Censures
Ecclesiastiques , de faire aucune entreprise directe
ou indirecte sur la Jurisdiction suprême que le
S. Siege prétend avoir dans le Piémont , sur les
Terres et Habitans de Cortanza , Cortanzone >
Montafia , Cisterna et autres Bourgs et Villages
des environs.
Le 3. on reçut avis à Rome que l'Evêque de
Nice avoit été assassiné en retournant de Turin
dans son Diocèse.
On apprend de Venise que le Magistrat de la
Santé a interdit tout commerce avec la Dalmatie
, les grandes Isles de Lago , celles du Quarner
, l'Albanie Venitienne , les Bouches de Cattaro
, l'Etat de Raguse , les côtes de Segni , Buccari
et Fiumé , parce qu'on a eu des avis certains
qu'un des Turcs de la garnison de Nizza a porté
la maladie contagieuse à Seraglio en Bossine
d'où elle a passé à Jayeck , à deux ou trois journées
des Frontieres de la Servie et des Terres
de
JANVIER. 1731. ISS
de la dépendance de l'Empereur. La mortalité y
est très grande , et ceux qui sont attaqués de
cette maladie enflent d'abord et ne passent pas
le troisiéme jour,
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Résumé : ITALIE.
Le cardinal Coscia a démissionné de l'archevêché de Benevent sur ordre du Pape. Le 2 janvier, le cardinal Annibal Albani a publié une ordonnance interdisant toute ingérence sur la juridiction du Saint-Siège dans le Piémont, concernant plusieurs bourgs. Le 3 janvier, Rome a appris l'assassinat de l'évêque de Nice en route vers son diocèse. À Venise, le Magistrat de la Santé a interdit le commerce avec plusieurs régions, dont la Dalmatie et l'Albanie Vénitienne, en raison d'une maladie contagieuse apportée par un Turc de la garnison de Nizza en Bosnie. Cette maladie s'est propagée à Jayeck, près des frontières de la Serbie, et cause une mortalité élevée, les malades enflant et décédant généralement au troisième jour.
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5080
p. 177-179
REJOUISSANCES faites en la ville du Puy en Velay au sujet de l'élevation de Mr de Polignac au Cardinalat.
Début :
La ville du Puy capitale du Velay dans le Languedoc [...]
Mots clefs :
Réjouissances, Le Puy-en-Velay, Polignac, Cardinalat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REJOUISSANCES faites en la ville du Puy en Velay au sujet de l'élevation de Mr de Polignac au Cardinalat.
REJOUISSANCES
faites en la ville du Puy en
Velay au sujet de l'élévation
de Mr de Polignac au
Cardinalat.
Laville duPuycapita
le 1A vi1~e du "Pu
y capital~
du Velay dans le Languedoc
,
lieu de la naissance
deMonseigneur le Cardinal
de Polignac, a creu
qu'il estoit de son devoir de
tesmoigner au public combien
elle se sent honorée de
rélevation de ce grand
homme au Cardinalat.
C'estpour cela que le Chail
pitre Cat hedral de cette
Villefitaus tostcommencer
ses rejoùissances publiques
par le son de toutes
ses cloches.
Monsieur de la Roche-
Aymons Evesque de cette
Ville, à la teste de son Chapitre,
accompagné detous
les Corps, & d'un concours
extraordinaire de peuple,
entonna le Te Deum aprés
une grande Messe chantée
solemnellement en musique.
Messieurs du Chapitre
se distinguerent,ils firent
allumer sur le haut
d'un grand rocher qui domine
touce 14 Ville, un feu
de joye, auquel le Doyen
des Chanoines, ôc le Syndic
de la Ville mirent le
feu. On en fit un autre
d'artifice tres-beau. Dans
le mesme temps on tira
toutes les petites pieces
d'artillerie qu'on conserve
dans cette Ville depuis un
tres-long temps. Ily eut
des tables publiques &
chez de differens particuliers
magnifiquement feuvies.
faites en la ville du Puy en
Velay au sujet de l'élévation
de Mr de Polignac au
Cardinalat.
Laville duPuycapita
le 1A vi1~e du "Pu
y capital~
du Velay dans le Languedoc
,
lieu de la naissance
deMonseigneur le Cardinal
de Polignac, a creu
qu'il estoit de son devoir de
tesmoigner au public combien
elle se sent honorée de
rélevation de ce grand
homme au Cardinalat.
C'estpour cela que le Chail
pitre Cat hedral de cette
Villefitaus tostcommencer
ses rejoùissances publiques
par le son de toutes
ses cloches.
Monsieur de la Roche-
Aymons Evesque de cette
Ville, à la teste de son Chapitre,
accompagné detous
les Corps, & d'un concours
extraordinaire de peuple,
entonna le Te Deum aprés
une grande Messe chantée
solemnellement en musique.
Messieurs du Chapitre
se distinguerent,ils firent
allumer sur le haut
d'un grand rocher qui domine
touce 14 Ville, un feu
de joye, auquel le Doyen
des Chanoines, ôc le Syndic
de la Ville mirent le
feu. On en fit un autre
d'artifice tres-beau. Dans
le mesme temps on tira
toutes les petites pieces
d'artillerie qu'on conserve
dans cette Ville depuis un
tres-long temps. Ily eut
des tables publiques &
chez de differens particuliers
magnifiquement feuvies.
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Résumé : REJOUISSANCES faites en la ville du Puy en Velay au sujet de l'élevation de Mr de Polignac au Cardinalat.
Le 1er août, la ville du Puy-en-Velay, capitale du Velay dans le Languedoc et lieu de naissance du Cardinal de Polignac, a célébré son élévation au cardinalat. Le Chapitre Cathédral a organisé des réjouissances publiques, débutant par le son de toutes les cloches. Après une messe solennelle en musique, Monsieur de la Roche-Aymond, évêque de la ville, accompagné de son Chapitre et de nombreux citoyens, a entonné le Te Deum. Un feu de joie a été allumé sur un grand rocher dominant la ville par le Doyen des Chanoines et le Syndic de la ville. Un feu d'artifice et des salves d'artillerie ont également été tirés. Des tables publiques et des festins ont été organisés dans divers lieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5081
p. 174-176
FABLE sur la convalescence du Roi ajoutée dans Momus Fabuliste.
Début :
UN Lion des Lions l'Achille, le Titus, [...]
Mots clefs :
Lion, Chéri, Vertus, Peuple, Parnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FABLE sur la convalescence du Roi ajoutée dans Momus Fabuliste.
FABLE fur la convalefcence du Roi ajoutée
dans Momus Fabulifte .
UN Lion des Lions l'Achille , le Titus ,
Fameux par fes explois , chéri par fes vertus
Tomba malade au fein de la victoire
Accablé fous l'effort d'un mal inopiné
·
MARS 1745
175
Par l'arrêt de la Parque il fembloit condamné
A changer en cyprès les lauriers de la gloire ,
Quand le Ciel favorable aux plus finceres voeux
Lui rendant la fanté rendit fon peuple heureux,
Dans l'inftant le Lion ne vit dans fon Empire
Que folatrer les ris , que badiner les jeux.
Que de fêtes la joye infpire !
Les forêts on illumina ;
On gambada partout , partout on feftina ;
Le Parnaffe empreffé fe dépêcha d'écrire ;-
Froides Odes on fit qu'aux Caffés on prôna ,
Et le Peuple gratis chés Thalie alla rire ;
A l'honneur du Lion la lyre fredonna ,
Pour chanter fes vertus enfin on entonna
Jufqu'à la vielle de la foire ,
Et tout ce qui chanta ne chanta pas fans boire.
Ceciprouve affés clair qu'après de longs foupirs
La meſure des maux eft celle des plaiſirs ;
Les perils furmontés en redoublent les charmes ;
Quand le Lion fouffroit fon courage indompté
Par le Renard , le Singe, à l'envi fut vanté,
Leur efprit peignit leurs allarmes ,
Mais le Prince cheri ſe trouva plus flaté
Par le coeur des Moutons , leurs regrets , & leurs
larmes.
Ainfi des Orateurs quoique difent les voix ,
Quoique dife l'Art Poëtique ,
Hiiij
76 MERCURE DE FRANCE
L'amour des Peuples pour leur Rois
Fait bien mieux leur panégyrique.
On a donné cette piécefur le Théâtre de Paris
le Jeudi fuivant avec le mêmefuccès.
dans Momus Fabulifte .
UN Lion des Lions l'Achille , le Titus ,
Fameux par fes explois , chéri par fes vertus
Tomba malade au fein de la victoire
Accablé fous l'effort d'un mal inopiné
·
MARS 1745
175
Par l'arrêt de la Parque il fembloit condamné
A changer en cyprès les lauriers de la gloire ,
Quand le Ciel favorable aux plus finceres voeux
Lui rendant la fanté rendit fon peuple heureux,
Dans l'inftant le Lion ne vit dans fon Empire
Que folatrer les ris , que badiner les jeux.
Que de fêtes la joye infpire !
Les forêts on illumina ;
On gambada partout , partout on feftina ;
Le Parnaffe empreffé fe dépêcha d'écrire ;-
Froides Odes on fit qu'aux Caffés on prôna ,
Et le Peuple gratis chés Thalie alla rire ;
A l'honneur du Lion la lyre fredonna ,
Pour chanter fes vertus enfin on entonna
Jufqu'à la vielle de la foire ,
Et tout ce qui chanta ne chanta pas fans boire.
Ceciprouve affés clair qu'après de longs foupirs
La meſure des maux eft celle des plaiſirs ;
Les perils furmontés en redoublent les charmes ;
Quand le Lion fouffroit fon courage indompté
Par le Renard , le Singe, à l'envi fut vanté,
Leur efprit peignit leurs allarmes ,
Mais le Prince cheri ſe trouva plus flaté
Par le coeur des Moutons , leurs regrets , & leurs
larmes.
Ainfi des Orateurs quoique difent les voix ,
Quoique dife l'Art Poëtique ,
Hiiij
76 MERCURE DE FRANCE
L'amour des Peuples pour leur Rois
Fait bien mieux leur panégyrique.
On a donné cette piécefur le Théâtre de Paris
le Jeudi fuivant avec le mêmefuccès.
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5082
p. 152-154
« Le Catelan de Czersk, qui commande un Corps de Troupes aux environs de Thorn, a [...] »
Début :
Le Catelan de Czersk, qui commande un Corps de Troupes aux environs de Thorn, a [...]
Mots clefs :
Troupes, Roi, Comte, Ville, Armée, Cracovie, Toruń
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Catelan de Czersk, qui commande un Corps de Troupes aux environs de Thorn, a [...] »
Le Catelan de Czersk , qui commande un
Corps de Troupes aux environs de Thorn , a
écrit au Roy , pour apprendre à S. M. qu'il avoit
attaqué près de cette Ville , un Détachement de
l'Armée Moscovite , que plusieurs des Ennemis
avoient été faits prisonniers et que le reste avoir
été tué ou mis en fuite.
Le Roy a fait distribuer des Armes aux Régimens
que le Comte Poniatowski , le Prince Czartorinski
, les Palatins de Livonie et de Cujavie et
M. Ozarowski , on fait lever depuis peu , et on
doit incessamment leur donner des habits uniformes.
Plusieurs Officiers étrangers sont venus
à Dantzick pour demander d'entrer au service
de S M.
Le Comte Pocci a écrit au Roy , qu'une partie
de la Noblesse de Lithuanie étoit entrée dans la
confédération faite par les Palatinats de laGrande
Pologne et de la Prusse Polonoise , et que le
Corps des Troupes qu'il commande étoit augmenté
JANVIER. 1734. 153
オー
menté considerablement par l'arrivée d'un grand
nombre de Gentilshommes Lithuaniens qui s'étoient
rendus dans son Camp avec la plupart de
curs Vassaux ,
S. M. a reçû avis que le Comte Potocki , Régimentaire
de la Couronne , qui s'étoit avancé
depuis peu avec son Armée sur les bords de la
Riviere de Pilckza , s'étoit mis en marche pour
s'approcher des Frontieres de Mariembourg.
Le bruit court que le General Lesci , ne pouvant
plus faire subsister son Armée dans les en
virons de Lowitz , malgré les violences avec lesquelles
il a exigé des contributions des habitans
de tous les Lieux voisins , en est décampé , et
qu'il a divisé ses Troupes en deux corps , dont
Pun marche sous ses ordres du côté de Thorn ,
et l'autre est allé se poster entre Warsovie.et
Cracovie , pour être à portée de se joindre aux
Troupes Saxones , si cela est nécessaire.
La Ville de Thorn n'étant pas en état de soutenir
un siege , la Garnison qui y étoit a reçû
ordre du Roy d'abandonner cette Place . Elle en
sortit le 15. de ce mois pour se retirer à Grandentz.
On assure que le Comte Potocki , qui s'étoit
avancé depuis peu sur les bords de la Riviere de
Pilckza,dans le dessein de marcher avec l'Armée
de la Couronne du côté de Mariembourg , étoit
allé joindre le Palatin de Lublin , qui est campé
à Opatow.
Le Roy a reçu avis que ce dernier faisoit des
Courses jusqu'aux portes de Cracovie , qu'il en
avoit rainé presque tous les environs , qu'il avoit
enlevé tous les chevaux et les fourages des Terres
de l'Evêque de cette Ville et de celles du
Comte de Braniki; qu'il fatiguoit par des com-
H bats
154 MERCURE DE FRANCE
bats continuels les Troupes Saxones , et qu'un
Détachement de ses Troupes avoit enlevé M. Poppelman
, Lieutenant- Colonel au Service de l'Electeur
de Saxe , et quelques autres personnes de
distinction, attachées au parti de ce Prince .
La Noblesse du Palatinat de Siradie a envoyé
un Gentilhomme au Roy, pour l'informer qu'elle
étoit entrée dans la conféderation faite par les
Palatinats de la Grande -Pologne , de la Prusse
Polonoise et de la Lithuanie , et que cette conféderation
avoit été signée par tous les Seigneurs
et les Gentilshommes de la Province , à l'exception
du Palatin qui ayant été surpris dans son
Château par 300. Cosaques des Ennemis , avoit
été conduit de force à Cracovie .
Les Lettres de cette Ville marquent que L'Electeur
et l'Electrice de Saxe , y étoient arrivez
le 12. Janvier ; que le 17. ils s'étoient fait couronner
; qu'il ne s'étoit trouvé à cette ceremonie
que les Evêques de Cracovie et de Cujavie. Le
Prince Wienovieski , les Palatins de Foldachie ,
de Culm et de Czernichow , le Comte de Cerner
et un très - petit nombre de Gentilshommes , et
qu'on croyoit que l'Electeur , pour ne pas découvrir
la foiblesse de son parti , avoit abandonné
le dessein de convoquer une Assemblée de la Now
blesse qui s'est déclarée en sa faveur.
Corps de Troupes aux environs de Thorn , a
écrit au Roy , pour apprendre à S. M. qu'il avoit
attaqué près de cette Ville , un Détachement de
l'Armée Moscovite , que plusieurs des Ennemis
avoient été faits prisonniers et que le reste avoir
été tué ou mis en fuite.
Le Roy a fait distribuer des Armes aux Régimens
que le Comte Poniatowski , le Prince Czartorinski
, les Palatins de Livonie et de Cujavie et
M. Ozarowski , on fait lever depuis peu , et on
doit incessamment leur donner des habits uniformes.
Plusieurs Officiers étrangers sont venus
à Dantzick pour demander d'entrer au service
de S M.
Le Comte Pocci a écrit au Roy , qu'une partie
de la Noblesse de Lithuanie étoit entrée dans la
confédération faite par les Palatinats de laGrande
Pologne et de la Prusse Polonoise , et que le
Corps des Troupes qu'il commande étoit augmenté
JANVIER. 1734. 153
オー
menté considerablement par l'arrivée d'un grand
nombre de Gentilshommes Lithuaniens qui s'étoient
rendus dans son Camp avec la plupart de
curs Vassaux ,
S. M. a reçû avis que le Comte Potocki , Régimentaire
de la Couronne , qui s'étoit avancé
depuis peu avec son Armée sur les bords de la
Riviere de Pilckza , s'étoit mis en marche pour
s'approcher des Frontieres de Mariembourg.
Le bruit court que le General Lesci , ne pouvant
plus faire subsister son Armée dans les en
virons de Lowitz , malgré les violences avec lesquelles
il a exigé des contributions des habitans
de tous les Lieux voisins , en est décampé , et
qu'il a divisé ses Troupes en deux corps , dont
Pun marche sous ses ordres du côté de Thorn ,
et l'autre est allé se poster entre Warsovie.et
Cracovie , pour être à portée de se joindre aux
Troupes Saxones , si cela est nécessaire.
La Ville de Thorn n'étant pas en état de soutenir
un siege , la Garnison qui y étoit a reçû
ordre du Roy d'abandonner cette Place . Elle en
sortit le 15. de ce mois pour se retirer à Grandentz.
On assure que le Comte Potocki , qui s'étoit
avancé depuis peu sur les bords de la Riviere de
Pilckza,dans le dessein de marcher avec l'Armée
de la Couronne du côté de Mariembourg , étoit
allé joindre le Palatin de Lublin , qui est campé
à Opatow.
Le Roy a reçu avis que ce dernier faisoit des
Courses jusqu'aux portes de Cracovie , qu'il en
avoit rainé presque tous les environs , qu'il avoit
enlevé tous les chevaux et les fourages des Terres
de l'Evêque de cette Ville et de celles du
Comte de Braniki; qu'il fatiguoit par des com-
H bats
154 MERCURE DE FRANCE
bats continuels les Troupes Saxones , et qu'un
Détachement de ses Troupes avoit enlevé M. Poppelman
, Lieutenant- Colonel au Service de l'Electeur
de Saxe , et quelques autres personnes de
distinction, attachées au parti de ce Prince .
La Noblesse du Palatinat de Siradie a envoyé
un Gentilhomme au Roy, pour l'informer qu'elle
étoit entrée dans la conféderation faite par les
Palatinats de la Grande -Pologne , de la Prusse
Polonoise et de la Lithuanie , et que cette conféderation
avoit été signée par tous les Seigneurs
et les Gentilshommes de la Province , à l'exception
du Palatin qui ayant été surpris dans son
Château par 300. Cosaques des Ennemis , avoit
été conduit de force à Cracovie .
Les Lettres de cette Ville marquent que L'Electeur
et l'Electrice de Saxe , y étoient arrivez
le 12. Janvier ; que le 17. ils s'étoient fait couronner
; qu'il ne s'étoit trouvé à cette ceremonie
que les Evêques de Cracovie et de Cujavie. Le
Prince Wienovieski , les Palatins de Foldachie ,
de Culm et de Czernichow , le Comte de Cerner
et un très - petit nombre de Gentilshommes , et
qu'on croyoit que l'Electeur , pour ne pas découvrir
la foiblesse de son parti , avoit abandonné
le dessein de convoquer une Assemblée de la Now
blesse qui s'est déclarée en sa faveur.
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Résumé : « Le Catelan de Czersk, qui commande un Corps de Troupes aux environs de Thorn, a [...] »
En janvier 1734, le Catelan de Czersk rapporte au roi une attaque victorieuse contre un détachement de l'armée moscovite près de Thorn, avec des prisonniers et des ennemis tués ou en fuite. Le roi équipe les régiments nouvellement levés par le Comte Poniatowski, le Prince Czartorinski, les Palatins de Livonie et de Cujavie, et M. Ozarowski. Plusieurs officiers étrangers demandent à entrer au service du roi à Dantzick. Le Comte Pocci informe que la noblesse de Lithuanie a rejoint la confédération des Palatinats de la Grande-Pologne et de la Prusse Polonoise, augmentant ainsi les troupes. Le Comte Potocki avance vers les frontières de Mariembourg. Le Général Lesci, ne pouvant plus subsister à Lowitz, divise ses troupes en deux corps, l'un vers Thorn et l'autre entre Varsovie et Cracovie. La garnison de Thorn se retire à Grandentz. Le Comte Potocki rejoint le Palatin de Lublin, qui harcèle les troupes saxonnes et enlève des personnes de distinction. La noblesse du Palatinat de Siradie informe le roi de son entrée dans la confédération. L'Électeur et l'Électrice de Saxe se font couronner à Cracovie, mais la cérémonie manque de soutien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5083
p. 172-174
« Les Comédiens François ont fait la cloture de leur théatre par Athalie & l'Oracle, [...] »
Début :
Les Comédiens François ont fait la cloture de leur théatre par Athalie & l'Oracle, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont fait la cloture de leur théatre par Athalie & l'Oracle, [...] »
Les Comédiens François ont fait la cloture de leur théatre par Athalie & l'Oracle,
MAI. 1752.
173
& l'ouverture par Polieucte & les
Précieuses. M. le Kain a fait le compliment
dans la premiere de ces occasions, & M.
de Belcourt dans la seconde. Athalie le
chef-d'œeuvre d'un Auteur accoutumé à
nous attendrir, a excité notre admiration;
& Polieucte le chef-d'œeuvre d'un autre
génie accoutumè à notre admiration, nous
a arraché des larmes. Le public nous per-
mettra de lui rappeller à l'occasion de ces
piéces deux Anecdotes assez singulieres.
Athalie fut d'abord mal reçue, on di-
soit que c'étoit un sujet de dévotion des-
tiné à amuser des enfans: Un Prêtre & un
enfant en étoient, disoit-on, les princi-
paux objets. Desptéaux tint bon. Il osa
soûtenir qu'Athalie étoit le chef-d'œeuvre
& du Poëte & de la Tragédie, & que le
public tôt ou tard y reviendroit. Il fut feul
de son avis, & malgré sa prédiction, Ra-
cine mourut persuadé qu il avoit manqué
son sujet; parce que la froideur du public
pour cette Tragédie, lui fit croire qu'il
n avoit pas scum la rendre intéressante. Cet-
te piéce faite pour S. Cyr, n'avoit jamais
été jouée par les Comediens. M. le Duc
d'Orléans Regent du Royaume, voulut
connoître quel effet elle produiroit sur le
théatre, & malgré la clause insérée dans
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
le Privilège, ordonna aux Comediens
de la jouer. Le succès fut étonnant; & les
premieres représentations faites à la Cour,
donnoient un nouveau prix à cette Piéce,
parce que le Roi étoit à peu près de l'âge
de Joas.
Avant que l'on jouât Polieucte, Cor-
neille le lut à l'Hôtel de Rambouillet, sou-
verain Tribunal des affaires d'esprit en
ce tems-là; la piéce y fut applaudie autant
que le demandoit la bienséance & la gran-
de réputation que l'Auteur avoit déja. Mais
quelques jours après, Voiture vint trou-
ver Corneille, & prit des tours fort déli-
cats, pour lui dire que Polieucte n'avoit
pas réussi comme il pensoit, que sur toui
le Christianisme avoit déplu: Corneille
allarmé, voulut retirer sa piéce d'entre les
mains des Comediens qui l'apprenoient;
mais enfin il la leur laissa sut la parole
d'un d'entr'eux qui n'y jouoit point.
MAI. 1752.
173
& l'ouverture par Polieucte & les
Précieuses. M. le Kain a fait le compliment
dans la premiere de ces occasions, & M.
de Belcourt dans la seconde. Athalie le
chef-d'œeuvre d'un Auteur accoutumé à
nous attendrir, a excité notre admiration;
& Polieucte le chef-d'œeuvre d'un autre
génie accoutumè à notre admiration, nous
a arraché des larmes. Le public nous per-
mettra de lui rappeller à l'occasion de ces
piéces deux Anecdotes assez singulieres.
Athalie fut d'abord mal reçue, on di-
soit que c'étoit un sujet de dévotion des-
tiné à amuser des enfans: Un Prêtre & un
enfant en étoient, disoit-on, les princi-
paux objets. Desptéaux tint bon. Il osa
soûtenir qu'Athalie étoit le chef-d'œeuvre
& du Poëte & de la Tragédie, & que le
public tôt ou tard y reviendroit. Il fut feul
de son avis, & malgré sa prédiction, Ra-
cine mourut persuadé qu il avoit manqué
son sujet; parce que la froideur du public
pour cette Tragédie, lui fit croire qu'il
n avoit pas scum la rendre intéressante. Cet-
te piéce faite pour S. Cyr, n'avoit jamais
été jouée par les Comediens. M. le Duc
d'Orléans Regent du Royaume, voulut
connoître quel effet elle produiroit sur le
théatre, & malgré la clause insérée dans
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
le Privilège, ordonna aux Comediens
de la jouer. Le succès fut étonnant; & les
premieres représentations faites à la Cour,
donnoient un nouveau prix à cette Piéce,
parce que le Roi étoit à peu près de l'âge
de Joas.
Avant que l'on jouât Polieucte, Cor-
neille le lut à l'Hôtel de Rambouillet, sou-
verain Tribunal des affaires d'esprit en
ce tems-là; la piéce y fut applaudie autant
que le demandoit la bienséance & la gran-
de réputation que l'Auteur avoit déja. Mais
quelques jours après, Voiture vint trou-
ver Corneille, & prit des tours fort déli-
cats, pour lui dire que Polieucte n'avoit
pas réussi comme il pensoit, que sur toui
le Christianisme avoit déplu: Corneille
allarmé, voulut retirer sa piéce d'entre les
mains des Comediens qui l'apprenoient;
mais enfin il la leur laissa sut la parole
d'un d'entr'eux qui n'y jouoit point.
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5084
p. 2494-2496
Celebre Comedienne morte à Londres, [titre d'après la table]
Début :
Le Théâtre Anglois vient de faire une perte aussi grande que celle que le Théâtre François a [...]
Mots clefs :
Théâtre anglais, Mort, Abbaye de Westminster, Anne Oldfield, Actrice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Celebre Comedienne morte à Londres, [titre d'après la table]
Le Théatre Anglois vient de faire une perte
auffi grande que celle que le Théatre François a
faite depuis peu. Miftris Anne Oldfield , c'eftà-
dire , De Anne de Vieux Champ , celebre Actrice
du Théatre Anglois de Druylane , mourut
à Londres , le 23. Octobre dernier , vieux ftile .
âgée d'environ 48. ans ; mais elle ne paroiffoit
pas à beaucoup près cet âge. C'étoit une trèsbelle
perfonne , d'une taille avantageufe , l'air &
la preftance noble , & une phifionomie prévenante.
Elle excelloit , tant dans le Tragique que
dans le Comique ; elle exprimoit les mouvemens
de l'ame dans le premier genre avec beaucoup de
force , de dignité & de naturel , & dans l'autre
avec beaucoup de legereté & de fineffe , fur tout
dans les Rôles de Coquetes , qu'elle rendoit d'une
maniere tout à fait originale & inimitable . Elle
avoit tant de talens & elle faifoit tant de plaifir ,
que quand elle avoit accepté un Rôle dans une
Piéce , on étoit affaré de fa réuffite,
M.
NOVEMBRE. 1730. 2495
Mlle Oldfield avoit beaucoup d'efprit & de politeffe
, & fur tout un gout admirable pour la
parure & les ajuftemens . Les Dames de la premiere
qualité ne fe trouvoient bien miſes , de
bon air & noblement , qu'en l'imitant ou en la
confultant. Elles la recherchoient avec empreffement
, & les perfonnes de la plus grande diftinction
fe faifoient un plaifir de l'avoir . Elle eft generalement
regretée à laCour & à la Ville.On jugerá
du cas qu'on faifoit de ſes talens & de fon
mérite par fes Funerailles.
Son corps fut mis en parade dans la Chambre
dite de Jerufalem , à Weſtminſter & y reſta quelques
jours , d'où il fut porté dans l'Abbaye de
Weſtminſter avec une grande pompe. Les coins
du Poifle étoient foutenus par Milords Delaware
& Harvey , par Mss Dorington , Hedges & Cari,
Ecuyers , & par le Capitaine Elliot. M. Manwearing
, fon fils aîné , affifté de M. Sharp , faifoit
les honneurs du deuil. Le Docteur Barker officia
à cette ceremonie funebre.
La Dle Oldfield a nommé pour Executeurs
Teftamentaires le Colonel Churchill , Mrs Hod
ges & Scharp , & un autre Gentilhomme ; &
elle a legué à chacun d'eux vingt livres fterlins
, en cas qu'ils vouluffent bien l'accepter ,
pour leurs frais de deuil. Elle a laiffé fa Maiſon
qu'elle avoit dans la ruë Groveſnore , où elle
faifoit fa demeure & où elle eft morte , avec
tous les meubles qui y étoient , & toutes fes
Pierreries , dont la valeur montoit à 11000 .
livres fterlins , à M. Chirchill , fon fils- cadet ,
& à l'aîné le refte de fes biens qui Yont trèsconfiderables.
On fçait que Weſtminſter eft un grand Fauxbourg
ou une Cité près de Londres , qui dépendoit
autrefois d'une celebre Abbaye de S. Benoît,
fondée
2496 MERCURE DE FRANCE
fondée par Henry III. L'Eglife de cette Abbaye
dédiée à S. Pierre , a été changée en un Temple
destiné à l'exercice de la Religion Anglicane , &
c'est là que depuis long-temps les Rois d'Angleterre
ont été couronnez & qu'ils ont choifi leurs
Sépultures. On y voit des Maufolées très - magnifiques
en bronze & en Marbre. Les plus confiderables
font ceux d'Henry VII . & de la Reine
fon époufe . C'eft-là auffi qu'on voit les Tombeaux
de plufieurs perfonnes illuftres & celebres dans
tous les états , comme les Butler , les Priors
les S. Evremont , les Nevvtons , &c. & les Drydens
, les Johnfons , les Congreves , celebres Poëtes
Dramatiques Anglois, dont l'illuftre deffuntea tant
fait valoir & relevé les Ouvrages. Ceux qui voudront
voir de plus grands éloges de cette admiableActrice,
n'auront qu'à voir le Spectateurr Anglois
& le Babillard de Mrs Addiſon & Stecle.
auffi grande que celle que le Théatre François a
faite depuis peu. Miftris Anne Oldfield , c'eftà-
dire , De Anne de Vieux Champ , celebre Actrice
du Théatre Anglois de Druylane , mourut
à Londres , le 23. Octobre dernier , vieux ftile .
âgée d'environ 48. ans ; mais elle ne paroiffoit
pas à beaucoup près cet âge. C'étoit une trèsbelle
perfonne , d'une taille avantageufe , l'air &
la preftance noble , & une phifionomie prévenante.
Elle excelloit , tant dans le Tragique que
dans le Comique ; elle exprimoit les mouvemens
de l'ame dans le premier genre avec beaucoup de
force , de dignité & de naturel , & dans l'autre
avec beaucoup de legereté & de fineffe , fur tout
dans les Rôles de Coquetes , qu'elle rendoit d'une
maniere tout à fait originale & inimitable . Elle
avoit tant de talens & elle faifoit tant de plaifir ,
que quand elle avoit accepté un Rôle dans une
Piéce , on étoit affaré de fa réuffite,
M.
NOVEMBRE. 1730. 2495
Mlle Oldfield avoit beaucoup d'efprit & de politeffe
, & fur tout un gout admirable pour la
parure & les ajuftemens . Les Dames de la premiere
qualité ne fe trouvoient bien miſes , de
bon air & noblement , qu'en l'imitant ou en la
confultant. Elles la recherchoient avec empreffement
, & les perfonnes de la plus grande diftinction
fe faifoient un plaifir de l'avoir . Elle eft generalement
regretée à laCour & à la Ville.On jugerá
du cas qu'on faifoit de ſes talens & de fon
mérite par fes Funerailles.
Son corps fut mis en parade dans la Chambre
dite de Jerufalem , à Weſtminſter & y reſta quelques
jours , d'où il fut porté dans l'Abbaye de
Weſtminſter avec une grande pompe. Les coins
du Poifle étoient foutenus par Milords Delaware
& Harvey , par Mss Dorington , Hedges & Cari,
Ecuyers , & par le Capitaine Elliot. M. Manwearing
, fon fils aîné , affifté de M. Sharp , faifoit
les honneurs du deuil. Le Docteur Barker officia
à cette ceremonie funebre.
La Dle Oldfield a nommé pour Executeurs
Teftamentaires le Colonel Churchill , Mrs Hod
ges & Scharp , & un autre Gentilhomme ; &
elle a legué à chacun d'eux vingt livres fterlins
, en cas qu'ils vouluffent bien l'accepter ,
pour leurs frais de deuil. Elle a laiffé fa Maiſon
qu'elle avoit dans la ruë Groveſnore , où elle
faifoit fa demeure & où elle eft morte , avec
tous les meubles qui y étoient , & toutes fes
Pierreries , dont la valeur montoit à 11000 .
livres fterlins , à M. Chirchill , fon fils- cadet ,
& à l'aîné le refte de fes biens qui Yont trèsconfiderables.
On fçait que Weſtminſter eft un grand Fauxbourg
ou une Cité près de Londres , qui dépendoit
autrefois d'une celebre Abbaye de S. Benoît,
fondée
2496 MERCURE DE FRANCE
fondée par Henry III. L'Eglife de cette Abbaye
dédiée à S. Pierre , a été changée en un Temple
destiné à l'exercice de la Religion Anglicane , &
c'est là que depuis long-temps les Rois d'Angleterre
ont été couronnez & qu'ils ont choifi leurs
Sépultures. On y voit des Maufolées très - magnifiques
en bronze & en Marbre. Les plus confiderables
font ceux d'Henry VII . & de la Reine
fon époufe . C'eft-là auffi qu'on voit les Tombeaux
de plufieurs perfonnes illuftres & celebres dans
tous les états , comme les Butler , les Priors
les S. Evremont , les Nevvtons , &c. & les Drydens
, les Johnfons , les Congreves , celebres Poëtes
Dramatiques Anglois, dont l'illuftre deffuntea tant
fait valoir & relevé les Ouvrages. Ceux qui voudront
voir de plus grands éloges de cette admiableActrice,
n'auront qu'à voir le Spectateurr Anglois
& le Babillard de Mrs Addiſon & Stecle.
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Résumé : Celebre Comedienne morte à Londres, [titre d'après la table]
Le Théâtre Anglois a récemment perdu Mistress Anne Oldfield, connue sous le nom de De Anne de Vieux Champ, décédée à Londres le 23 octobre 1730 à l'âge d'environ 48 ans. Actrice renommée du Théâtre Anglois de Drury Lane, elle était célèbre pour sa beauté, sa taille avantageuse et sa présence noble. Anne Oldfield excellait dans les rôles tragiques et comiques, exprimant les émotions avec force et dignité dans le tragique, et légèreté et finesse dans le comique. Sa popularité assurait souvent le succès des pièces dans lesquelles elle jouait. Appréciée pour son esprit et sa politesse, elle était consultée par les dames de la haute société pour leur tenue. Ses funérailles, marquées par une grande pompe, ont eu lieu à l'Abbaye de Westminster, où son corps a été exposé avant d'être inhumé. La cérémonie a été dirigée par le Docteur Barker et plusieurs personnalités notables y ont assisté. Dans son testament, Anne Oldfield a légué sa maison de la rue Grovesnore à son fils cadet et le reste de ses biens à son fils aîné.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5085
p. 792-794
BAPTESME solemnellement administré à une Famiile Mahometane. Extrait d'une Lettre écrite de Toulon le 14. Mars 1731.
Début :
Vous ne serez sans doute pas fâché, Monsieur, d'apprendre [...]
Mots clefs :
Conversion, Religion mahométane, Esclave, Tyrannie, Les lumières de l'Évangile, Turquie, Évêque, Baptême
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texteReconnaissance textuelle : BAPTESME solemnellement administré à une Famiile Mahometane. Extrait d'une Lettre écrite de Toulon le 14. Mars 1731.
BAPTESME solemnellement adminiftré à
une Famiile Mahometane. Extrait d'une
Lettre écrite de Toulon le 14. Mars
1731 .
>
Vous ne serez sans doute pas fâché , Monsieur ,
d'apprendre la cérémonie qui s'est faite aujour
d'hui dans l'Eglise Cathedrale de cette Ville à
l'occasion de la conversion d'un François qui
avoit embrassé la Religion Mahometane , et du
Baptême de sa famille ; ce François s'appelle
François Brailli natif d'Abbeville en Picardie.
Il y a plusieurs de ses parens Marchands Libraires
établis à Paris . Il eût le malheur d'être
fait Esclave en 1719. et d'être conduit à Cons-
Lantinople : mais ce qui fut le comble de son
malheur , c'est qu'entraîné par les tristes suites
de sa captivité , il renonça à la Religion de ses
Peres : son Apostasie fut suivie de son mariage
avec une fille originaire de Tartarie et Mahometane
de Religion , qu'il épousa en 1722. Dieu
voulut bien ne le pas abandonner ; il permit qu'agité
de remords et touché par la grace ,
songea plus qu'à réparer l'énormité de sa faute
Et à se dérober à l'infidelité et à la tyrannie . Il
sommença la réparation de sa faute , en instruiil
ne
sant
C
4
AVRIL. 1731. 793
sant sa femme , et en la préparant à recevoir les
lumieres de l'Evangile . Enfin il saisit l'occasion :
que Dieu lui présenta , et il se sauva de Turquie
sur une barque Françoise qui est arrivée le mois
dernier dans le port de cette Ville.
By
Dès que le tems de la Quarantaine a été expiré
, et que les Intendans de la Santé ont appris
que cet homme désiroit de rentrer dans le seim
de l'Eglise , et que sa femme demandoir avec em- :
pressement d'être baptisée avec ses deux petits
enfans , ils en ont pris un soin particulier , et les
ont faît conduire à l'Hôpital General , où l'on a
instruit la femme avec succez . Lorsque l'on a
trouvé cette Catechumene assez instruite, et qu'on
a crû pouvoir lui accorder le baptême qu'elle ne
cessoit de demander , les Intendans de la Santé
ont invité MM . les Consuls , Lieutenans de Roi
de la Ville à tenir sur les fonts de Baptême la
femme et les deux petits enfans. Trois Dames
qualifiées de cette Ville, furent priées de leur servir
de Marraines . Tout étant ainsi disposé , la cérémonie
a été indiquée à ce jour. Elle a commencé
par une Procession generale qui s'est renduë
à l'Eglise Cathedrale , et à laquelle Brailli a assisté
avec sa femme et ses enfans. Les Consuls à
la tête du Corps de Ville , précedés des Tambours
, des Trompettes et des Hautbois , & c. sont
ensuite allés prendre M. l'Evêque à son Palais
Episcopal , d'où ce Prélat s'est rendu avec eux å
la Cathedrale , pour faire lui- même la cérémonie.
L'Eglise étoit remplie du Corps entier de la Marine
, des Officiers de la Garnison et de toutes les
personnes qualifiées de la Ville.
L'Evêque a commencé par la cérémonie des
Catéchumenes ; et la manière pieuse avec laquelle
cette femme a répondu selon les instructions qu'elle
avoit reçûës , a touché toutes les personnes qui
étoient présentes . H On
794 - MERCURE DE FRANCE.
On proceda ensuite à la cérémonie du baptê
me. M. de Portalis Premier Consul et Lieute
nant de Roi de la Ville , nomma la Mere sur les
fonts : elle fur mariée aussi- tôt après , avec François
Brailly. Les deux petites filles furent tenues
ensuite séparement par le second, et par le troisiéme
Consul. La cérémonie finie , M. l'Evêque:
fut reconduit au Palais Episcopal par les Consuls
au son des instrumens , et aux acclamations du
Peuple. Delà les Consuls se rendirent dans le
même ordre à l'Hôtel de Ville , où un repas magnifique
étoit préparé pour les Dames , & c. La
conversion de cette famille a causé dans toute la
Ville une grande joye , et a excité en sa faveur
la charité des personnes de distinction et du
peuble même.
une Famiile Mahometane. Extrait d'une
Lettre écrite de Toulon le 14. Mars
1731 .
>
Vous ne serez sans doute pas fâché , Monsieur ,
d'apprendre la cérémonie qui s'est faite aujour
d'hui dans l'Eglise Cathedrale de cette Ville à
l'occasion de la conversion d'un François qui
avoit embrassé la Religion Mahometane , et du
Baptême de sa famille ; ce François s'appelle
François Brailli natif d'Abbeville en Picardie.
Il y a plusieurs de ses parens Marchands Libraires
établis à Paris . Il eût le malheur d'être
fait Esclave en 1719. et d'être conduit à Cons-
Lantinople : mais ce qui fut le comble de son
malheur , c'est qu'entraîné par les tristes suites
de sa captivité , il renonça à la Religion de ses
Peres : son Apostasie fut suivie de son mariage
avec une fille originaire de Tartarie et Mahometane
de Religion , qu'il épousa en 1722. Dieu
voulut bien ne le pas abandonner ; il permit qu'agité
de remords et touché par la grace ,
songea plus qu'à réparer l'énormité de sa faute
Et à se dérober à l'infidelité et à la tyrannie . Il
sommença la réparation de sa faute , en instruiil
ne
sant
C
4
AVRIL. 1731. 793
sant sa femme , et en la préparant à recevoir les
lumieres de l'Evangile . Enfin il saisit l'occasion :
que Dieu lui présenta , et il se sauva de Turquie
sur une barque Françoise qui est arrivée le mois
dernier dans le port de cette Ville.
By
Dès que le tems de la Quarantaine a été expiré
, et que les Intendans de la Santé ont appris
que cet homme désiroit de rentrer dans le seim
de l'Eglise , et que sa femme demandoir avec em- :
pressement d'être baptisée avec ses deux petits
enfans , ils en ont pris un soin particulier , et les
ont faît conduire à l'Hôpital General , où l'on a
instruit la femme avec succez . Lorsque l'on a
trouvé cette Catechumene assez instruite, et qu'on
a crû pouvoir lui accorder le baptême qu'elle ne
cessoit de demander , les Intendans de la Santé
ont invité MM . les Consuls , Lieutenans de Roi
de la Ville à tenir sur les fonts de Baptême la
femme et les deux petits enfans. Trois Dames
qualifiées de cette Ville, furent priées de leur servir
de Marraines . Tout étant ainsi disposé , la cérémonie
a été indiquée à ce jour. Elle a commencé
par une Procession generale qui s'est renduë
à l'Eglise Cathedrale , et à laquelle Brailli a assisté
avec sa femme et ses enfans. Les Consuls à
la tête du Corps de Ville , précedés des Tambours
, des Trompettes et des Hautbois , & c. sont
ensuite allés prendre M. l'Evêque à son Palais
Episcopal , d'où ce Prélat s'est rendu avec eux å
la Cathedrale , pour faire lui- même la cérémonie.
L'Eglise étoit remplie du Corps entier de la Marine
, des Officiers de la Garnison et de toutes les
personnes qualifiées de la Ville.
L'Evêque a commencé par la cérémonie des
Catéchumenes ; et la manière pieuse avec laquelle
cette femme a répondu selon les instructions qu'elle
avoit reçûës , a touché toutes les personnes qui
étoient présentes . H On
794 - MERCURE DE FRANCE.
On proceda ensuite à la cérémonie du baptê
me. M. de Portalis Premier Consul et Lieute
nant de Roi de la Ville , nomma la Mere sur les
fonts : elle fur mariée aussi- tôt après , avec François
Brailly. Les deux petites filles furent tenues
ensuite séparement par le second, et par le troisiéme
Consul. La cérémonie finie , M. l'Evêque:
fut reconduit au Palais Episcopal par les Consuls
au son des instrumens , et aux acclamations du
Peuple. Delà les Consuls se rendirent dans le
même ordre à l'Hôtel de Ville , où un repas magnifique
étoit préparé pour les Dames , & c. La
conversion de cette famille a causé dans toute la
Ville une grande joye , et a excité en sa faveur
la charité des personnes de distinction et du
peuble même.
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Résumé : BAPTESME solemnellement administré à une Famiile Mahometane. Extrait d'une Lettre écrite de Toulon le 14. Mars 1731.
Le texte décrit le baptême solennel d'une famille mahométane à Toulon, relaté dans une lettre du 14 mars 1731. François Brailli, originaire d'Abbeville en Picardie, avait été capturé en 1719 et emmené à Constantinople. En 1722, il avait renié sa foi chrétienne et épousé une femme tartare mahométane. Touché par des remords et la grâce divine, Brailli décida de revenir au christianisme et s'enfuit en France avec sa famille. À Toulon, après une période de quarantaine, Brailli et sa famille furent conduits à l'Hôpital Général pour instruction religieuse. La femme et les deux enfants furent baptisés en présence des autorités locales et religieuses, dont l'évêque et les consuls. La cérémonie, marquée par une procession et un repas à l'Hôtel de Ville, suscita une grande joie et charité parmi les habitants de Toulon.
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5086
p. 174-177
Parodie de l'Enigme burlesque dont le mot est une Selle.
Début :
Tout ainsi qu'un Regent explique [...]
Mots clefs :
Selle, S'asseoir, Cheval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Parodie de l'Enigme burlesque dont le mot est une Selle.
ARTICLE
des Enigmes.
Parodie de l'Enigme burlefque dont le mot eft
une Selle.
Tout amfiqu'un Regent
expliques
Que le motdecanne s'applique
Au bâton foutien d'un
vieillard,
་
Comme à l'épouse d'un canard:
#
GALANT. *175
Ainfi , dit l'auteur de l'Enigme,
Qui ne fait point de rime
en igme,
Ainfi Selle eft le nom de
deux individus.
Sipareils motsfont défendus ,
Et même en Enigme comique,
Je prens pour m'excufer
licence énigmatique.
Selle le
reest faite pour
Purpos
Etfatigue à la longue EcoPiiij
176 MERCURE
lier & Heros. t
La Selle à s'asseoir fe rabote, saf
Et l'on brode Selle à che
vaux.
SurSelle un Savetier fiffle bien la linote,
Homme & cheval font
animaux d
Et Selle entre les deux
fait de trés-longs
voyages.
Selle meublepauvres mé
nages ,
Et Selle brille auxcaroufels.
GALANT. 177
A des vêtemens tels que
al moshotels. OR AT
Fambe vivante oujambe
morte
La fait repofer on tracery
Embraffe celuiqui laporAte
Etportebien lui quifait
bienl'embraffer.
des Enigmes.
Parodie de l'Enigme burlefque dont le mot eft
une Selle.
Tout amfiqu'un Regent
expliques
Que le motdecanne s'applique
Au bâton foutien d'un
vieillard,
་
Comme à l'épouse d'un canard:
#
GALANT. *175
Ainfi , dit l'auteur de l'Enigme,
Qui ne fait point de rime
en igme,
Ainfi Selle eft le nom de
deux individus.
Sipareils motsfont défendus ,
Et même en Enigme comique,
Je prens pour m'excufer
licence énigmatique.
Selle le
reest faite pour
Purpos
Etfatigue à la longue EcoPiiij
176 MERCURE
lier & Heros. t
La Selle à s'asseoir fe rabote, saf
Et l'on brode Selle à che
vaux.
SurSelle un Savetier fiffle bien la linote,
Homme & cheval font
animaux d
Et Selle entre les deux
fait de trés-longs
voyages.
Selle meublepauvres mé
nages ,
Et Selle brille auxcaroufels.
GALANT. 177
A des vêtemens tels que
al moshotels. OR AT
Fambe vivante oujambe
morte
La fait repofer on tracery
Embraffe celuiqui laporAte
Etportebien lui quifait
bienl'embraffer.
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Résumé : Parodie de l'Enigme burlesque dont le mot est une Selle.
Le texte présente une parodie d'une énigme burlesque centrée sur le mot 'selle'. L'auteur explique que ce terme peut s'appliquer à divers contextes, comme le bâton d'un vieillard ou l'épouse d'un canard. Il précise que 'selle' est également le nom de deux personnes, et que ces mots sont interdits, même dans une énigme comique, pour lesquels il demande une licence énigmatique. Le texte explore ensuite les multiples significations du mot 'selle'. Il note que la selle sert à s'asseoir et peut être rabotée, safrée et brodée pour les chevaux. Elle permet à l'homme et au cheval de faire de longs voyages. La selle meuble aussi les pauvres ménages et brille aux carrefours. Enfin, elle peut servir à reposer une jambe vivante ou morte et est portée par celui qui l'embrasse bien.
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5087
p. 2072-2075
« Le 2. de ce mois après midy, le Roy fit dans la Cour du Château de Meudon, [...] »
Début :
Le 2. de ce mois après midy, le Roy fit dans la Cour du Château de Meudon, [...]
Mots clefs :
Prologue, Rôles, Roi, Château, Musique, Duhamel, François Colin de Blamont, Motet, Concert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 2. de ce mois après midy, le Roy fit dans la Cour du Château de Meudon, [...] »
E 2. de ce mois après midy , le Roy
Lfit dans la Cour du Château de Meudon
, la Revue des deux Compagnies
de Mousquetaires de la Garde de Sa Majesté
, et après que le Roy cut passé
dans les rangs , ils firent l'Exercice des
vant S. M. qui en parut fort satisfaite ,
2 .
La nuit du 23. au 24. du mois dernier,
le feu prit chez un Boulanger du Fauxbourg
S. Martin , avec tant de violence
que toute la maison fut enfâmée avant
qu'on pût y apporter du secours ; quel,
ques autres maisons ont été endommagées
, et 15 , ou 18. personnes ont péri
dans cet lucendie , entr'autres un Religieus
SEPTEMBRE. 1933. 207}
gieux Récollet et deux Enfans de l'Hôpital
de la Trinité , qui travailloient à
L'éteindre , le plancher sur lequel ils
étoient s'étant abîmé tout à coup dans
les flâmes.
Le Concert d'Instrumens que l'Aca
démie Royale de Musique donne tous
les ans au Château des Thuilleries ,à l'occasion
de la Fête du Roy , fut executé
par un grand nombre d'excellens Simphonistes
de la même Académie , qui
joüerent differens Morceaux de Musique
de M. de Lully et d'autres Maîtres modernes
, par une des plus belles soirées
qu'il soit possible de voir , et avec une
multitude incroyable de gens de tous
états , depuis les Princes et Princesses du
Sang , jusqu'à la plus simple Bougeoisie ;
et le tout avec un tel ordre , qu'il n'est
arrivé , non - seulement aucun accident ,
mais pas même de confusion , qu'autant
qu'il eenn falloit pour produire une va
rieté agréable et des oppositions char
mantes d'âges , de Sexes , de qualitez ,
de parures , dont le clair de la Lune ne
laissoit rien perdre ; ensorte que des
Compagnies entieres de gens de grande
condition et autres , étoient dans leur
particulier au milieu de la foule , assis sur
Hii des
2074 MERCURE
DE FRANCE
des chaises qu'on trouvoit en abondante
et qu'on disposoit en rond , &c .
Le 26. Août , il y eut Concert chez
la Reine , M. de Blamont , Sur- Intendant
de la Musique du Roy , fit chanter
le Prologue et le premier Acte de
Thetis et Pelée , qui fut continué le 29.
par le second et le troisiéme Acte , et
on finit le quatrième et le dernier Acte
le 2. Septembre. Les Rôles du Prologue
qui sont la Nuit , la Victoire et le Soleil ,
ont été chantéz par les Dlles Duhamel ,
Levy,et par le sieur le Begues les Princi
paux Rôles de la Piece ont été chantez par
les Dlles Antier , Mathieu , Lenner et
Courvasier , et par les sieurs Massé , le
Begue, Ducros, d'Angerville et du Bourg.
*
Le 29. on concerta le Prologue et le
premier Acte de Thésée ; les Rôles du
Prologue furent chantez par les Dlles Mathieu
et Duhamel , et par les sieurs du
Bourg et Richer , et ceux de la Piece
par les Diles Courvasier , Petitpas
Drouin et Duhamel , et par les sieurs
d'Angerville Chassé et Tribou ,
Le 23. la Reine voulut entendre le
Prologue de la premiere Entrée des Fêtes
Grecques et Romaines , de la composi →
tion de M. de Blamont. Les Dlles Antier.
et
SEPTEMBRE . 1733. 2079
et Petitpas chanterent dans le Prologue
les Roles de Clio et d'Erato , et les sieurs
Chassé et Jeliot , ceux d'Apollon et de
Terpsicore. On chanta la seconde et troisiéme
Entrée le 26. dont les principaux
Rôles furent remplis par les Dlles Antier
, Petitpas , le Maure et Mathieu
et par les sieurs Chassé et Jeliot ; tous
ces differens Concerts firent beaucoup
de plaisir et l'éxécution en fut parfaite.
Le 8. Septembre , Fête de la Nativité
de la Vierge , il y eut Concert Spirituel
au Château des Thuilleries , on y chanta
le Confitebor , Motet de M. de la Lande,
qui fut suivi d'un petit Motet à voix
seule , chanté par la Dlle Petitpas , et
d'un autre par la Dlle Julie ; après plusieurs
Pieces de Simphonie excellem-
- ment executées , le Concert finit par lė
Motet Exultate justi , du même Auteur .
Lfit dans la Cour du Château de Meudon
, la Revue des deux Compagnies
de Mousquetaires de la Garde de Sa Majesté
, et après que le Roy cut passé
dans les rangs , ils firent l'Exercice des
vant S. M. qui en parut fort satisfaite ,
2 .
La nuit du 23. au 24. du mois dernier,
le feu prit chez un Boulanger du Fauxbourg
S. Martin , avec tant de violence
que toute la maison fut enfâmée avant
qu'on pût y apporter du secours ; quel,
ques autres maisons ont été endommagées
, et 15 , ou 18. personnes ont péri
dans cet lucendie , entr'autres un Religieus
SEPTEMBRE. 1933. 207}
gieux Récollet et deux Enfans de l'Hôpital
de la Trinité , qui travailloient à
L'éteindre , le plancher sur lequel ils
étoient s'étant abîmé tout à coup dans
les flâmes.
Le Concert d'Instrumens que l'Aca
démie Royale de Musique donne tous
les ans au Château des Thuilleries ,à l'occasion
de la Fête du Roy , fut executé
par un grand nombre d'excellens Simphonistes
de la même Académie , qui
joüerent differens Morceaux de Musique
de M. de Lully et d'autres Maîtres modernes
, par une des plus belles soirées
qu'il soit possible de voir , et avec une
multitude incroyable de gens de tous
états , depuis les Princes et Princesses du
Sang , jusqu'à la plus simple Bougeoisie ;
et le tout avec un tel ordre , qu'il n'est
arrivé , non - seulement aucun accident ,
mais pas même de confusion , qu'autant
qu'il eenn falloit pour produire une va
rieté agréable et des oppositions char
mantes d'âges , de Sexes , de qualitez ,
de parures , dont le clair de la Lune ne
laissoit rien perdre ; ensorte que des
Compagnies entieres de gens de grande
condition et autres , étoient dans leur
particulier au milieu de la foule , assis sur
Hii des
2074 MERCURE
DE FRANCE
des chaises qu'on trouvoit en abondante
et qu'on disposoit en rond , &c .
Le 26. Août , il y eut Concert chez
la Reine , M. de Blamont , Sur- Intendant
de la Musique du Roy , fit chanter
le Prologue et le premier Acte de
Thetis et Pelée , qui fut continué le 29.
par le second et le troisiéme Acte , et
on finit le quatrième et le dernier Acte
le 2. Septembre. Les Rôles du Prologue
qui sont la Nuit , la Victoire et le Soleil ,
ont été chantéz par les Dlles Duhamel ,
Levy,et par le sieur le Begues les Princi
paux Rôles de la Piece ont été chantez par
les Dlles Antier , Mathieu , Lenner et
Courvasier , et par les sieurs Massé , le
Begue, Ducros, d'Angerville et du Bourg.
*
Le 29. on concerta le Prologue et le
premier Acte de Thésée ; les Rôles du
Prologue furent chantez par les Dlles Mathieu
et Duhamel , et par les sieurs du
Bourg et Richer , et ceux de la Piece
par les Diles Courvasier , Petitpas
Drouin et Duhamel , et par les sieurs
d'Angerville Chassé et Tribou ,
Le 23. la Reine voulut entendre le
Prologue de la premiere Entrée des Fêtes
Grecques et Romaines , de la composi →
tion de M. de Blamont. Les Dlles Antier.
et
SEPTEMBRE . 1733. 2079
et Petitpas chanterent dans le Prologue
les Roles de Clio et d'Erato , et les sieurs
Chassé et Jeliot , ceux d'Apollon et de
Terpsicore. On chanta la seconde et troisiéme
Entrée le 26. dont les principaux
Rôles furent remplis par les Dlles Antier
, Petitpas , le Maure et Mathieu
et par les sieurs Chassé et Jeliot ; tous
ces differens Concerts firent beaucoup
de plaisir et l'éxécution en fut parfaite.
Le 8. Septembre , Fête de la Nativité
de la Vierge , il y eut Concert Spirituel
au Château des Thuilleries , on y chanta
le Confitebor , Motet de M. de la Lande,
qui fut suivi d'un petit Motet à voix
seule , chanté par la Dlle Petitpas , et
d'un autre par la Dlle Julie ; après plusieurs
Pieces de Simphonie excellem-
- ment executées , le Concert finit par lė
Motet Exultate justi , du même Auteur .
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Résumé : « Le 2. de ce mois après midy, le Roy fit dans la Cour du Château de Meudon, [...] »
Le 2 septembre, le roi inspecta les Mousquetaires de la Garde à Meudon et fut satisfait de leur exercice. La nuit du 23 au 24 août, un incendie chez un boulanger à Saint-Martin détruisit sa maison et endommagea plusieurs autres, causant la mort de 15 à 18 personnes, dont un religieux Récollet et deux enfants de l'Hôpital de la Trinité. Le 26 août, un concert à l'Académie Royale de Musique aux Tuileries célébra la fête du roi avec des œuvres de Lully et d'autres compositeurs modernes, attirant une foule diverse sans incident. Du 26 août au 2 septembre, des concerts à la cour inclurent des extraits de 'Thetis et Pelée' et 'Thésée', avec des chanteurs tels que les demoiselles Duhamel, Antier, et Mathieu, ainsi que les sieurs Massé et le Begue. Le 23 août, la reine écouta le prologue des 'Fêtes Grecques et Romaines' de Blamont. Le 8 septembre, à la fête de la Nativité de la Vierge, un concert spirituel aux Tuileries présenta des motets de La Lande et des pièces de symphonie.
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5088
p. 582-585
JUGEMENT du veritable Apollon sur le Prologue représenté le 21. Février devant S. A. S. Madame la Duchesse du Maine. A S. A. S. Mademoiselle du Maine.
Début :
Flatté de l'accueil favorable, [...]
Mots clefs :
Princesse, Apollon, Cour, Vers, Duchesse du Maine, Mademoiselle du Maine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JUGEMENT du veritable Apollon sur le Prologue représenté le 21. Février devant S. A. S. Madame la Duchesse du Maine. A S. A. S. Mademoiselle du Maine.
JUGEMENT du veritable Apollon
sur le Prologue représenté le 21. Février
devant S. A. S. Madame la Duchesse
du Maine.
A S. A. S. Mademoiselle du Maine .
FLatté de l'accueil favorable ,
Que l'autre jour mon Apollon
Reçut dans la Cour respectable ,
Dont le bon goût et la décision
Marque à chacun son rang dans le sacré Vallon ,
Même auprès du Dieu du Parnasse
Je croïois hardiment pouvoir prendre ma place ,
Et je courois m'y présenter.
Mais ce Dieu m'arrêtant , que prétend ton audace
?
Me dit - il , et par où penses - tu mériter
L'immortel avantage
D'habiter ce brillant séjour ?
D'une Minerve et de sa Cour ,
N'en viens-je pas d'obtenir le suffrage ?
Lui dis -je ; et voilà mon Ouvrage.
Il le prend , il le lit ; je suis assez content ,
Répond-il , du dessein , des tours et des pensées,
Qui ne sont point embarrassées ;
L'Allégorie est noble et le stile élegant.
Mais j'apperçois une bévuë ,
Qui
MARS .
583
1734.
Qui marque peu de jugement ,
Et qui de cette Cour aura frappé la vûë.
Tu parles assez dignement ,
J'en conviens , de la Mere ,
Et des Fils et du Pere ;
Mais quel est ton aveuglement !
Tu ne dis rien d'une Princesse >
Dont les appas , les vertus , la sagesse ,
Retracent si fidellement
Les hautes qualitez de sa Maison illustre ,
Et même en relevent le lustre.
Un oubli si grossier te chasse de ces Lieux ,
Et ne sçauroit trouver grace devant mes yeux.
Si par oubli , Seigneur , j'avois commis ce crime,
Répliquai- je en tremblant , confus , désesperé ,
Ton courroux seroit légitime.
Dès long- temps j'avois admiré
Tous les glorieux avantages ,
Qui pour cette Princesse exigent nos hommages ;
Même en secret je m'étois préparé
A demander bien-tôt ton assistance ,
Pour pouvoir mieux les exalter ;
Pour elle seule , un jour je prétendois chanter.
Je dois le dire encor , cet injuste silence
Ne vient ici que de mon ignorance ;
Je fus embarassé ; la Déesse des Arts
Nayant jamais eu de Famille ,
Je n'osai dans mes Vers lui donner une fille .
Hi
Le
584 MERCURE DE FRANCE
Le scrupule est plaisant ! reprend- il : le Dien
Mars
Eut - il jamais d'Epouse ?
Tu viens pourtant de parler de ses Fils.
Les Héros à ses Loix soumis ,
Dont la valeur , de gloire et de grandeur jalouse,
Asservit de fiers ennemis ,
De ce terrible Dieu n'ont - ils pas pris naissance ?
Lui dis - je ; oui , répond - il ; ainsi les grands
esprits
Qui chérissent les Arts , les Talents , la Science ,
Et par qui dans tous lieux on les voit triomphants
,
De Minerve sont les Enfants :
Et tes excuses sont frivoles.
Mais sans tant de détours , tu pouvois aisément,
Et même en très- peu de paroles ,
Tourner ton Compliment :
Dès l'abord Melpomene même
Auroit pû ... je t'entens ; tu viens de m'inspires
Par quel heureux moyen je pourrai réparer
Mon imprudence extrême ! .... *
Je crains pourtant,dit -il , que ce qu'en ces instants ,
Tu pourrois ajoûter à ton premier Ouvrage ,
Ne paroissant à contretemps ,
Ne te soit d'aucun avantage.
* C'est en consequence de cet ordre d'Apollon
que les trois Vers qui regardent cette Princesse ont
été ajoûtez à la premiere Scene du Prologue,
Mais
MAR S. 1734.
585
Mais n'importe , fais tes efforts ;
Que ton zele s'empresse
A fléchir la Princesse
Par de nouveaux accords ;
En un mot , obtiens- en ta grace ,
Ou ne parois jamais sur le Parnasse.
Ainsi , Princesse , dans tes mains ,
Tu tiens aujourd'hui mes destins ,
Prononce mon Arrêt ; mais prends soin de ma
gloire ;
Place-moi , tu le peux , au Temple de Menioire ,
Songe que désormais mes Chants harmonieux
Publieront tes bienfaits et ta gloire en tous lieux.
Que dis-je ? quelle erreur ! quel fol orgueil m'anime
!
Ma Lire est - elle assez sublime ,
Pour chanter un sujet et si noble et si grand !
Je m'allarmois à tort ; il t'est indifferent ,
Que j'ose de ton nom ou parler ou le taire :
Pour avoir pû , Princesse , te déplaire ,
Il faudroit que mes Vers fussent d'un autre prix;
Que l'immortalité devenant leur salaire ,
Fat assurée à mes Ecrits.
sur le Prologue représenté le 21. Février
devant S. A. S. Madame la Duchesse
du Maine.
A S. A. S. Mademoiselle du Maine .
FLatté de l'accueil favorable ,
Que l'autre jour mon Apollon
Reçut dans la Cour respectable ,
Dont le bon goût et la décision
Marque à chacun son rang dans le sacré Vallon ,
Même auprès du Dieu du Parnasse
Je croïois hardiment pouvoir prendre ma place ,
Et je courois m'y présenter.
Mais ce Dieu m'arrêtant , que prétend ton audace
?
Me dit - il , et par où penses - tu mériter
L'immortel avantage
D'habiter ce brillant séjour ?
D'une Minerve et de sa Cour ,
N'en viens-je pas d'obtenir le suffrage ?
Lui dis -je ; et voilà mon Ouvrage.
Il le prend , il le lit ; je suis assez content ,
Répond-il , du dessein , des tours et des pensées,
Qui ne sont point embarrassées ;
L'Allégorie est noble et le stile élegant.
Mais j'apperçois une bévuë ,
Qui
MARS .
583
1734.
Qui marque peu de jugement ,
Et qui de cette Cour aura frappé la vûë.
Tu parles assez dignement ,
J'en conviens , de la Mere ,
Et des Fils et du Pere ;
Mais quel est ton aveuglement !
Tu ne dis rien d'une Princesse >
Dont les appas , les vertus , la sagesse ,
Retracent si fidellement
Les hautes qualitez de sa Maison illustre ,
Et même en relevent le lustre.
Un oubli si grossier te chasse de ces Lieux ,
Et ne sçauroit trouver grace devant mes yeux.
Si par oubli , Seigneur , j'avois commis ce crime,
Répliquai- je en tremblant , confus , désesperé ,
Ton courroux seroit légitime.
Dès long- temps j'avois admiré
Tous les glorieux avantages ,
Qui pour cette Princesse exigent nos hommages ;
Même en secret je m'étois préparé
A demander bien-tôt ton assistance ,
Pour pouvoir mieux les exalter ;
Pour elle seule , un jour je prétendois chanter.
Je dois le dire encor , cet injuste silence
Ne vient ici que de mon ignorance ;
Je fus embarassé ; la Déesse des Arts
Nayant jamais eu de Famille ,
Je n'osai dans mes Vers lui donner une fille .
Hi
Le
584 MERCURE DE FRANCE
Le scrupule est plaisant ! reprend- il : le Dien
Mars
Eut - il jamais d'Epouse ?
Tu viens pourtant de parler de ses Fils.
Les Héros à ses Loix soumis ,
Dont la valeur , de gloire et de grandeur jalouse,
Asservit de fiers ennemis ,
De ce terrible Dieu n'ont - ils pas pris naissance ?
Lui dis - je ; oui , répond - il ; ainsi les grands
esprits
Qui chérissent les Arts , les Talents , la Science ,
Et par qui dans tous lieux on les voit triomphants
,
De Minerve sont les Enfants :
Et tes excuses sont frivoles.
Mais sans tant de détours , tu pouvois aisément,
Et même en très- peu de paroles ,
Tourner ton Compliment :
Dès l'abord Melpomene même
Auroit pû ... je t'entens ; tu viens de m'inspires
Par quel heureux moyen je pourrai réparer
Mon imprudence extrême ! .... *
Je crains pourtant,dit -il , que ce qu'en ces instants ,
Tu pourrois ajoûter à ton premier Ouvrage ,
Ne paroissant à contretemps ,
Ne te soit d'aucun avantage.
* C'est en consequence de cet ordre d'Apollon
que les trois Vers qui regardent cette Princesse ont
été ajoûtez à la premiere Scene du Prologue,
Mais
MAR S. 1734.
585
Mais n'importe , fais tes efforts ;
Que ton zele s'empresse
A fléchir la Princesse
Par de nouveaux accords ;
En un mot , obtiens- en ta grace ,
Ou ne parois jamais sur le Parnasse.
Ainsi , Princesse , dans tes mains ,
Tu tiens aujourd'hui mes destins ,
Prononce mon Arrêt ; mais prends soin de ma
gloire ;
Place-moi , tu le peux , au Temple de Menioire ,
Songe que désormais mes Chants harmonieux
Publieront tes bienfaits et ta gloire en tous lieux.
Que dis-je ? quelle erreur ! quel fol orgueil m'anime
!
Ma Lire est - elle assez sublime ,
Pour chanter un sujet et si noble et si grand !
Je m'allarmois à tort ; il t'est indifferent ,
Que j'ose de ton nom ou parler ou le taire :
Pour avoir pû , Princesse , te déplaire ,
Il faudroit que mes Vers fussent d'un autre prix;
Que l'immortalité devenant leur salaire ,
Fat assurée à mes Ecrits.
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Résumé : JUGEMENT du veritable Apollon sur le Prologue représenté le 21. Février devant S. A. S. Madame la Duchesse du Maine. A S. A. S. Mademoiselle du Maine.
Le texte relate un jugement d'Apollon concernant un prologue représenté le 21 février devant Madame la Duchesse du Maine et Mademoiselle du Maine. L'auteur du prologue, ayant reçu un accueil favorable, espérait obtenir une place auprès du Dieu du Parnasse. Apollon lui demande comment il mérite cet honneur. L'auteur mentionne avoir obtenu le suffrage d'une Minerve et de sa cour. Apollon examine l'ouvrage, le trouvant bien conçu mais notant une erreur grave : l'oubli de mentionner une princesse dont les vertus et la sagesse sont remarquables. L'auteur, confus, explique que cet oubli est dû à son ignorance. Apollon rétorque que même Mars, sans épouse, a des fils et des héros soumis à ses lois. Il conseille à l'auteur de réparer son erreur en ajoutant des vers en l'honneur de la princesse et menace de le bannir du Parnasse s'il ne parvient pas à obtenir la grâce de la princesse. L'auteur reconnaît son orgueil et affirme que ses vers ne peuvent déplaire à la princesse, sauf s'ils étaient dignes d'immortalité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5089
p. 176-179
Vers sur la Paix envoyez à Mademoiselle de Scudery. [titre d'après la table]
Début :
Du fonds de l'Orient & des confins du Monde, [...]
Mots clefs :
Paix, Roi, Sapho, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Vers sur la Paix envoyez à Mademoiselle de Scudery. [titre d'après la table]
D
U
fonds de
l'Orient
&
desconfins
du
Monde
,
SAPHO , j'ay voyagé fur la terre
& fur l'onde ,
Et j'ay connu par tout que fous fes
lauriers verts
LOUIS redonneroit le calme à
l'Univers
GALANT
.
177
A
peine
a
-
r'il
parlé qu'au
plus
haut
de
fa
gloire
,
On a veu fur fon char la Paix & la
Victoire ;
Toutes
deux
à
l'envy
couronnant
les fouhaits
,
Pardes nœuds éternels s'uniffent à
jamais
,
Et
moy
mefme
je
viens
fur
cetre
aimable
rive
Goûter les premiers fruits de l'a-
bondante Olive ,
Trop heureux , fi j'eftois quelque
jour en ces lieux
L'elclave d'un
Heros
auffi
grand
que
les
Dieux
!
Vous
,
SAPHO
,
dont
la
voix d'un
pur
zéle
animée
Aux plus lointains climats ſuivit fa
renommée ,
Vous
dont la
main fameufe avec
178
MERCURE
les plus beaux traits ,
Nous
a peint tant
de
fois fes
gra
ces,
fes
bienfaits ,
Sa
bonté
,
la
fageffe
,
&
l'heureufe
harmonie
Du
courage
intrépide
,
&
du
vaſte
génie
,
N'oferiez
-
vous
renter
,
par
amitié
pour
moy
,
,
De me
faire
obtenir
pour
maistre
un
fi
grand
Roy
?
Le Soleil merveilleux à varier les
hommes
Nous
fit
un
teint
d'ébéne
au pays
où
nous
fommes
,
Mais
la
noirceur
du
corps
ne paffe
point au
cœur
,
Et n'y peut effacer l'image d'un
Vainqueur
Q'admirent
tour à tour
les
rivages
du More ,
GALANT
.
179
L'Ourfe
,
&
l'ardent
Midy
,
le
Cou-
chant
,
&
l'Aurore
.
Daigne
me
recevoir
ce
Monarquefameux
Digne par la vertu de remplir tous
mes vœux
Digne par feshauts faits ,dansla Paix,
dans la Guerre ,
D'eftre l'unique
Roy
des
peuples
de
la Terre !
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5090
p. 133-137
Ceremonie faite par l'Electeur de Cologne.
Début :
Le Serenissime Electeur du S. Empire Romain, Joseph-Clement, Archevesque [...]
Mots clefs :
Prince, Messe, Cologne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ceremonie faite par l'Electeur de Cologne.
Ceremonie faiteparl*Electîeurde
Cologne.
Le Serenissïme Electeur
du S.Empire Romain,
Joseph-Clement
,
Archevesque
de Cologne, Legat
né du S. Siege Apostolique
&c. célébra à Paris
pontifie,lement le c. Février
1711. sa millième
Messe
,
suivant un usage
pieux observé parmy les
Trelats d'Allemagne. Pour
cet effetayant envoyé un
de ses Officiers prier de sa
part Mgr le Cardinal de
Noailles d'avoir agreable
que pour cette célébration
ce Prince put officier pontisicalement
dans son Dioccfc,
sois Eminencerépondit
que Son A. S. pouvoit
disposerde toute son autorité
qu'elle luy remettoit
avec un extrêmeplailîr.
L'Eglisè du Val de Grâce
ayantesté choisie,SonA.
S.s'yrenditJe?.de Février,
ê~ aprèsavoir salué 1-Ab
beuea ion parloir,ilentra
dans l'Eglisesuinvi d'ungrand
nombre d'Ecclesiastiques,
& de sesOfficiers,
8c estantmonté sur un
throne préparé du cofté de
l'Evangile
,
il futrevestu
de ses habits Pontificaux,
& celebra la Messe chantée
par la Musiquesous la conduite
du Sieur Beauregard,
Maistre de la Musique de
la Chapelle de ce Prince.
On remarqua trois choses
singulieres danscette Mes-
Cej la premicre c'est qu'après
la Communion
, Son
A S. entonna le Te Deum
qui futcontinué par la
Musique ; la leçonde que
pendantque l'Electeurdonnoit
les bencd ¡¿lions,l'ACo.
filiant cria à haute voix,
humiliâte njos ad benediftiomm
;
la troisiéme & la plus,
remarquable
,
& qu'on
croyoit ne s'observer qu à
l'exaltation du SaintPere,
c'est qu'après la Messe le
Prince estant remonte sur
le throne revestu pontificalement,
le Prestre assistant
lfuilyacéducollédel'Epiûréi.
fdi-t à h~aute voix ad\ multos
mulos annos & s'estant a..
vance à trois reprises
,
il
allaluy baiser la main, &
recevoir sa bénédiction,cc
que firent aussi tous ceux
de sa Cour Aprés la Messe
Son A. S. alla du costé de
la grille où reposent les
coeurs de la Reine & de Me
la Dauphine, sasoeur, où
il fit sa priere pour le repos
de leurs ames. -
Histoiregenerale
Cologne.
Le Serenissïme Electeur
du S.Empire Romain,
Joseph-Clement
,
Archevesque
de Cologne, Legat
né du S. Siege Apostolique
&c. célébra à Paris
pontifie,lement le c. Février
1711. sa millième
Messe
,
suivant un usage
pieux observé parmy les
Trelats d'Allemagne. Pour
cet effetayant envoyé un
de ses Officiers prier de sa
part Mgr le Cardinal de
Noailles d'avoir agreable
que pour cette célébration
ce Prince put officier pontisicalement
dans son Dioccfc,
sois Eminencerépondit
que Son A. S. pouvoit
disposerde toute son autorité
qu'elle luy remettoit
avec un extrêmeplailîr.
L'Eglisè du Val de Grâce
ayantesté choisie,SonA.
S.s'yrenditJe?.de Février,
ê~ aprèsavoir salué 1-Ab
beuea ion parloir,ilentra
dans l'Eglisesuinvi d'ungrand
nombre d'Ecclesiastiques,
& de sesOfficiers,
8c estantmonté sur un
throne préparé du cofté de
l'Evangile
,
il futrevestu
de ses habits Pontificaux,
& celebra la Messe chantée
par la Musiquesous la conduite
du Sieur Beauregard,
Maistre de la Musique de
la Chapelle de ce Prince.
On remarqua trois choses
singulieres danscette Mes-
Cej la premicre c'est qu'après
la Communion
, Son
A S. entonna le Te Deum
qui futcontinué par la
Musique ; la leçonde que
pendantque l'Electeurdonnoit
les bencd ¡¿lions,l'ACo.
filiant cria à haute voix,
humiliâte njos ad benediftiomm
;
la troisiéme & la plus,
remarquable
,
& qu'on
croyoit ne s'observer qu à
l'exaltation du SaintPere,
c'est qu'après la Messe le
Prince estant remonte sur
le throne revestu pontificalement,
le Prestre assistant
lfuilyacéducollédel'Epiûréi.
fdi-t à h~aute voix ad\ multos
mulos annos & s'estant a..
vance à trois reprises
,
il
allaluy baiser la main, &
recevoir sa bénédiction,cc
que firent aussi tous ceux
de sa Cour Aprés la Messe
Son A. S. alla du costé de
la grille où reposent les
coeurs de la Reine & de Me
la Dauphine, sasoeur, où
il fit sa priere pour le repos
de leurs ames. -
Histoiregenerale
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Résumé : Ceremonie faite par l'Electeur de Cologne.
Le 1er février 1711, Joseph-Clement, Électeur du Saint-Empire Romain et Archevêque de Cologne, célébra sa millième messe à Paris. Cet événement respectait une tradition pieuse observée parmi les prélats d'Allemagne. Joseph-Clement avait sollicité le Cardinal de Noailles pour officier dans son diocèse, ce que le Cardinal accepta. La cérémonie se déroula à l'église du Val-de-Grâce. Après avoir salué l'Abbesse, Joseph-Clement entra dans l'église accompagné de nombreux ecclésiastiques et officiers. Il monta sur un trône, revêtu de ses habits pontificaux, et célébra la messe, accompagnée par la musique dirigée par le Sieur Beauregard. Trois éléments remarquables furent notés : après la communion, l'Électeur entonna le Te Deum ; pendant les bénédictions, l'abbé cria 'humiliate nos ad benedictionem' ; et après la messe, le prêtre assistant acclama 'ad multos annos' trois fois, permettant à chacun de baiser la main de l'Électeur et de recevoir sa bénédiction. Joseph-Clement pria ensuite pour le repos des âmes de la Reine et de la Dauphine, sa sœur, dont les cœurs reposaient derrière une grille.
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5091
p. 177-181
A Mademoiselle Welche.
Début :
Ah ! Philis changez de dessein, [...]
Mots clefs :
Peintre, Amour, Chef-d'oeuvre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mademoiselle Welche.
A Mademoiselle Welche.
Abl Philis chjngez de dcjjein
> Mon oeil nepeut vous voirsans
larmes
c
Confier h foinde jiux traits d'une impujfante
main,
,:"
-
"., , '1..
ÇhiUn.tlùÂçnçtwig*cfticn-><y
Quand elle ose se fairepeindre!
MMaaiissunucnbecfh-eefoiftcî,eriievrdeodoiilt tout
li/yperdtatoûpunduJtenl
; :
Vôtre Peintre, hetas ! cre.
nous?
Fut-ilplushabile qujfypilk*
Ne uotis peindra jamais belle
Quevous l'êtesauxycux de tous. -&
Pourformer votre teint) Phiitsp
QuilmêleteLysàlàRose;
Qttaupréscejetapeudecboje
Que l'Oàlletyla Roje (y le Lys,
Que du plus brillant Incarnat
Il bordevos lèvresvermeilles;
Ah ! jamais de ces deux merveilles
PourrA.t.ilégalerl'éclatf
Ou cherchera-t-il des couleurs
Pour tracer vos yeux, dont les
armes
Ont déjà tant eauré J'ailarmes
Aux plus inacccffiblcs coeurs.
OE
Trouvera t ildans- fonpinceau
Cetair poli,ce douxJourire,
Et mille attraits qu'on ne peut
dire,
Ni menager dans un Tableau.
Pour comble d'infidelité)
Sa trisse & cruelle manie.
Vous ravira ce fin genie,
Dwneame de notre beauté. 19
Laiff-z àd'autres recevoir
Vavantage de la peinture,
Rien n'estsi beau que de vous
voir
Telle que vousfit lanature.
J'ay cependantvotreportrait,
Mais il (si au fond de mon ame,
L'amourd'uneftêchedeflâm
Seeutt vorusyagraveir
Abl Philis chjngez de dcjjein
> Mon oeil nepeut vous voirsans
larmes
c
Confier h foinde jiux traits d'une impujfante
main,
,:"
-
"., , '1..
ÇhiUn.tlùÂçnçtwig*cfticn-><y
Quand elle ose se fairepeindre!
MMaaiissunucnbecfh-eefoiftcî,eriievrdeodoiilt tout
li/yperdtatoûpunduJtenl
; :
Vôtre Peintre, hetas ! cre.
nous?
Fut-ilplushabile qujfypilk*
Ne uotis peindra jamais belle
Quevous l'êtesauxycux de tous. -&
Pourformer votre teint) Phiitsp
QuilmêleteLysàlàRose;
Qttaupréscejetapeudecboje
Que l'Oàlletyla Roje (y le Lys,
Que du plus brillant Incarnat
Il bordevos lèvresvermeilles;
Ah ! jamais de ces deux merveilles
PourrA.t.ilégalerl'éclatf
Ou cherchera-t-il des couleurs
Pour tracer vos yeux, dont les
armes
Ont déjà tant eauré J'ailarmes
Aux plus inacccffiblcs coeurs.
OE
Trouvera t ildans- fonpinceau
Cetair poli,ce douxJourire,
Et mille attraits qu'on ne peut
dire,
Ni menager dans un Tableau.
Pour comble d'infidelité)
Sa trisse & cruelle manie.
Vous ravira ce fin genie,
Dwneame de notre beauté. 19
Laiff-z àd'autres recevoir
Vavantage de la peinture,
Rien n'estsi beau que de vous
voir
Telle que vousfit lanature.
J'ay cependantvotreportrait,
Mais il (si au fond de mon ame,
L'amourd'uneftêchedeflâm
Seeutt vorusyagraveir
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5092
p. 113-118
« qu'hier ma femme est morte, [...] »
Début :
qu'hier ma femme est morte, [...]
Mots clefs :
Carillon, Femme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « qu'hier ma femme est morte, [...] »
qu'hier ma femme est
morte,
Le temps n'assoiblitpoint
une douleursiforte,
Elle redoubleace lugubre
fin.
Bony ban, bon.
Pour égayer le bon, ban,
bon,
1 Faisons un autre caril-
'.J Ion"
Carillon duverre,
kliffNa pinte&du flacon:
La pauvre femme elle efl
enterre,
Je l'aimoistant, buvons
pour elle en carillon,
Choquons le verre en cavillon
,
Endoublecarillon.
Tirez, du bon vin, bon,
bien bon,bin bon.
Exerçons - nOUJ su,r ce
jambon,
Ce saucisson n'est-il pas
bien bon,bien bon, bin bon.
Hé tâtons donc de ce dindon,
dindon, din,dan,
aon,din,dan,don, 1 ¿ill,alln,don,
Ma femme elîen terre,
bon,
Ah qu'ilestbon ce carillon.
2. Cou plet.
Bon, ban, bon,
Que ce lugubre jon m'afflige,
bonban, bon.
J'entendoischez moy sur
ceton
Gronder en faux bourdon
la pauvre Mathurine,
Quand pour avoir été
tropgaychez, ma voisine
J'en revenois plustriste à
la maison
Bon,ban,bon.
Elle egayoit son faux
bourdon
Eny mêlantun carillon,
Carillon de femme,
De jalouse, de Démon;
Pour lui laisserchantersa
£Amc Jem'endormois, maiselle
-
prenoit un bâton
Pourme donner du reveillon
En double carillon
, En doublecarillon.
Moy qui fuis bon, bons,
bon, bien bon,
bin bon,
Je souffrois comme un
rurAl mouton
Jusq'uau bâton, fuis-je
pas bti&bon,, bien
hQn) binbon?
Que leCiellui sasse pardon,
, Din9 don, din, dan, don,
Din,dan, don, din, dan,
don :
Mafemme efi en terre,
bon,
Elle afinison carillon.
On donnera au mois
prochain la chanson du
Tabac.
morte,
Le temps n'assoiblitpoint
une douleursiforte,
Elle redoubleace lugubre
fin.
Bony ban, bon.
Pour égayer le bon, ban,
bon,
1 Faisons un autre caril-
'.J Ion"
Carillon duverre,
kliffNa pinte&du flacon:
La pauvre femme elle efl
enterre,
Je l'aimoistant, buvons
pour elle en carillon,
Choquons le verre en cavillon
,
Endoublecarillon.
Tirez, du bon vin, bon,
bien bon,bin bon.
Exerçons - nOUJ su,r ce
jambon,
Ce saucisson n'est-il pas
bien bon,bien bon, bin bon.
Hé tâtons donc de ce dindon,
dindon, din,dan,
aon,din,dan,don, 1 ¿ill,alln,don,
Ma femme elîen terre,
bon,
Ah qu'ilestbon ce carillon.
2. Cou plet.
Bon, ban, bon,
Que ce lugubre jon m'afflige,
bonban, bon.
J'entendoischez moy sur
ceton
Gronder en faux bourdon
la pauvre Mathurine,
Quand pour avoir été
tropgaychez, ma voisine
J'en revenois plustriste à
la maison
Bon,ban,bon.
Elle egayoit son faux
bourdon
Eny mêlantun carillon,
Carillon de femme,
De jalouse, de Démon;
Pour lui laisserchantersa
£Amc Jem'endormois, maiselle
-
prenoit un bâton
Pourme donner du reveillon
En double carillon
, En doublecarillon.
Moy qui fuis bon, bons,
bon, bien bon,
bin bon,
Je souffrois comme un
rurAl mouton
Jusq'uau bâton, fuis-je
pas bti&bon,, bien
hQn) binbon?
Que leCiellui sasse pardon,
, Din9 don, din, dan, don,
Din,dan, don, din, dan,
don :
Mafemme efi en terre,
bon,
Elle afinison carillon.
On donnera au mois
prochain la chanson du
Tabac.
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Résumé : « qu'hier ma femme est morte, [...] »
Le texte décrit la douleur intense du narrateur suite à la mort de sa femme. Sa tristesse persiste et il évoque l'enterrement ainsi que son amour pour elle. Pour tenter de surmonter sa peine, il se tourne vers la nourriture et l'alcool, savourant des mets comme le jambon, le saucisson et le dindon. Il se remémore également une dispute avec sa voisine Mathurine, qui le frappait avec un bâton, mais se décrit malgré tout comme une personne bonne et souffrante. Le narrateur demande pardon pour ses erreurs passées et répète que sa femme est en terre, tout en évoquant le 'carillon'. La chanson se conclut par l'annonce de la publication prochaine de la 'chanson du Tabac'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5093
p. 2648-2653
RELATION de la conspiration découverte à Constantinople, le 1 Septembre 1731.
Début :
Depuis l'incendie du 21 Juillet dernier, où les Janissaires donnerent encore des marques [...]
Mots clefs :
Aga des Janissaires, Incendie, Révolte, Pacha , Persans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de la conspiration découverte à Constantinople, le 1 Septembre 1731.
2648 MERCURE DE FRANCE
RELATION de la conspiration découverte
à Constantinople , le 1 Septembre 1731.
Epuis l'incendie du 21 Juillet dernier, où les
Janissaires donnerent encore des marques
de leur disposition à la révolte , on n'avoit eu aucun
indice qu'il se tramât rien contre le Gouvernement
cependant le 1 Septembre le ( 1 )
Dgebedgi Bachi vint avertir le G. V. qu'il s'étoit
formé une nouvelle conspiration à Constantinople,
et qu'elle devoit éclater le lendemain à la
pointe du jour.
·
1
Sur cet avis ce Ministre , qui ne put être informé
alors du nombre ni de la qualité des Rebelles
, se contenta de renforcer les Patrouilles pour
la nuit suivante , et d'augmenter considerablement
la garde , tant au Sérail , que chez lui , et
chez le Janissaice Aga. Celui- ci étant allé faire
sa ronde à l'ordinaire , rencontra à deux heures
de nuit, deux Dgebedgis bien armez , il les fit arrêter
, et sur leur air embarrassé et les réponses
qu'ils lui firent , îl les envoya chez le G. V.
Ce premier Ministre les ayant interrogez à son
tour , ils furent encore plus déconcertez , et jugeant
bien eux-mêmes , qu'après les défenses séveres
qui avoient été faites de marcher la nuit
avec des armes , il ne leur restoit aucun espoir
de se sauver , ils lui dirent franchement : Nous
sçavons bien , Seigneur , que c'est fait de notre
vie , mais avant que de mourir , nous voulons
vous déclarer tour. Nous sommes 1500 hommes
qui devions demain matin exciter une troisiéme
(1) C'est le Chef d'un Corps de Milice par.
ticuliere.
séditioni
NOVEMBRE. 1731. 2649
sédition , Nous avons vingt Etendarts , qui fuivis
chacun d'une bonne Troupe , se seroient répandus
par tous les quartiers de la Ville , et en
auroient fait soulever le Peuple . Le G. V. leur
ayant demandé , par quel motif ils avoient formé
un si noir dessein : Notre but , répondirentils
, étoit de nous faire une réputation dans le
monde , de nous enrichir et d'obliger notre Empereur
àfaire la paix avec nos freres les Persans,
et à faire la guerre aux Chrétiens . Quels
sont vos Chefs ? reprit le G. V. Ils repliquerent
qu'ils n'en connoissoient que six , qu'ils lui désignerent,
et qui leur avoient dit de ne s'embarrasser
de rien et de suivre seulement leurs ordres .
On envoya aussi-tôt du monde pour se saisir de
ces six Chefs. Ils n'étoient point alors chez eux ,
mais on y trouva beaucoup d'armes et plusieurs
Drapeaux , dont on s'empara. Ils furent ensuite
prix eux- mêmes , ainsi qu'un grand nombre de
jeurs complices avant la fin de la nuit . On alla en
même- tems prendre tous ceux qui furent accusez
ou soupçonnez , lesquels furent étranglez ou eurent
la tête coupée. On jetta les cadavres à la
Mer , et il y en eût quelques- uns exposez dans
les endroits les plus frequentez de Constantinople.
On dit que de ces 1500 Révoltez
, tous gens de
la lie du peuple , sans une seule personne
de marque, il y en avoit soo du Corps des Dgebed- gis , que la plus grande partie des autres étoit des Albanois
, et d'autres Gens , connus icy sous le nom general d'Arnautes
, qui avoient été chas- sez de Constantinople
après la seconde sédition , et qui y étoient rentrez successivement
, dégui- sez sous differens habits , et avec de grandes barbes
qu'ils s'étoient laissé croître pour être moins
H faci2650
MERCURE DE FRANCE
facilement reconnus ; le reste étoient des Janissaires
du Caire , dont il en est arrivé environ
4000 depuis peu , pour aller en Perse par la
Mer noire , et dont quelques- uns s'étoient débarquez
malgré les ordres prècis qu'on avoit
donnez , d'empêcher qu'aucun d'eux ne mit pied à
terre.
Comme ces derniers sont la plupart des déterminez
qui ne reconnoissent point de subordination
, qu'il y en avoit d'ailleurs cinq ou six
cent d'embarquez sur trois Bâtimens François ,
frétez à Aléxandrie, pour les transporter jusqu'ici
seulement , et qu'il est arrivé d'ailleurs d'autres
incidens inutiles à rapporter ; il n'a pas été possible
d'éviter qu'il ne s'en échapât journellement
plusieurs. Il y en eut même dix , qui la veille du
jour que la sédition devoit éclater, vinrent s'enyvrer
à Bey-Oglou , à l'extrémité de Péra. La Garde
qui est établie dans ce quartier , étant accourue
pour les saisir , ils se deffendirent si bien ,
qu'ils ne furent pris qu'après avoir blessé 1s
hommes, de plus de 150 , dont cette Garde étoit
composée.
Bien des gens assurent que les deux Dgebedgis
qui furent trouvez la nuit du 1 de ce mois
par le Janissaire Aga , lui ayant dit qu'ils avoient
quelque chose de conséquence à communiquer au
G. S. on les conduisit sur le champ au Serail ,
où ils déclarerent à S H. que tant qu'elle laisseroit
en place le G. V. et le Janissaire Aga , elle ne
devoit pas se flater d'être jamais tranquille sur le
Trône; que quant à eux , ils sçavoient bien qu'ils
n'avoient point de grace à esperer et qu'ils
étoient tout résignez à la mort , mais que ce seroit
sans cesse recommencer et que pour deux
hommes que l'on feroit mourir , il en renaîtroit
cinquante.
à
QuoiNOVEMBRE.
1731. 265!
"
Quoiqu'il en soit de ces differens rapports , il
est toujours certain que cette derniere conjuration
été découverte assez à temps pour la ayant
faire avorter il est à présumer que le G. V. l'a
entierement dissipée, par les promptes exécutions
qu'il a fait faire de tous ceux qu'on a pû surprendre,
qui y ont eu quelque part. Cela ne l'empûche
pas pourtant de prendre toutes les précautions
imaginables , pour prévenir de pareils complots
, et il a entr'autres donné de nouveaux ordres
d'arrêter généralement tous ceux qu'on trouveroit
la nuit dans les rues , en conséquence de
quoi le Topgi-Bachi , ou Chef des Canoniers ,
envoya lea de ce mois prier les Ministres qui
demeurent à Pera , d'ordonner aux Gens de leurs
Palais , à leurs Nationaux et à leurs Protegez
de se retirer de bonne - heure , et de ne sortir la
nuit , en cas de nécessité , qu'avec de la lumiere
et en compagnie d'un Janissaire.
Les Lettres de Constantinople , du ; et du 18
Septembre , portent qu'on continue toujours la
recherche et les exécutions des derniers Rebelles.
On avoit cru d'abord , comme il a été dit cidessus
, qu'il n'y avoit que de la Canaille parmi
cux ; mais on a découvert par les dépositions de
ceux qu'on a pris depuis , que cette conspiration
étoit d'une bien plus grande conséquence,puisque
beaucoup de gens de Loy en étoient les véritables
Chefs ; qu'ils s'étoient même distribuez dans
les différens quartiers de la Ville d'où devoient
partir les Etendarts , et qu'ils avoient si fort compté
sur le succès de leur entreprise , qu'ils étoient
déja convenu du partage, qu'ils se proposoient de
faire entr'eux , des principales Charges de l'Empire
Hij EX
2652 MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople
, écrite le 15 Septembre 1731 .
L s'est formé depuis pen un nouveau com-
Iplot de soulevement , dont les Chefs étoient
un Vizir , un Aga Albanois et quelques gens
de Loy ; ils avoient projetté de commencer la révolte
par le massacre du premier Vizir , universellement
abhorré à cause de sa cruauté et de
son avarice, Mais ce Ministre ayant pénétré leur
secret , donna des ordres avec tant de promptitude
que les Conjurez avant que d'avoir pu s'assembler
, furent partie taillez en pieces , et partie
traînez dans les Prisons ; tout le reste est en
fuite et entierement dissipé,
Le G. V. voyant cependant que cette tempête
menaçoit principalement sa tête , et voulant prévenir
ses ennemis cachez , presenta d'abord au
Sultan une liste d'environ 30 personnes , qui ,
comme créatures du gouvernement précédent
étoient censées être les Auteurs de la Rebellion
, prètendant de les faire transporter sur deux
Caleres , dans un exil éloigné , et d'en obtenir
Pordre du G. S.
Dans cette Liste il y avoit entr'autres noms
celui du Kislar-Agassi , lequel voyant le danger
qui le menaçoit , songea à le prévenir en perdant
son ennemi. Pour cet effet il gagna d'abord l'esprit
du G. S. par le moyen de la Sultane Validéş
il gagna aussi les Janissaires ; et par le conseil du
grand Trésorier et du Mufti , on demanda le rétablissement
de l'ancienne Coûtume , de tenir
deux Divans par semaine enfin à force d'intrigues
, la nuit du 10 du courant , le G. V. fut luimeme
embarqué sur la Galere qu'il avoit desti
néc
NOVEMBRE
1731. 2653-
1
Lee pour le transport de ses principaux ennemis ,
pour être conduit à Négrépont , en qualité de
Pacha de cette Province . Grace particuliere qu'il
doit à quelque reste de faveur auprès de la Reine
Mere , et du Sultan.
1 Le grand Sceau de l'Empire ôté au G. V. fut
donné le même temps à l'Aga des Janissaires, dé
claré par provision Caïmaran , jusqu'à l'arrivée
1 du sujet destiné à remplacer le Vizir déposé. On
parle fort de Issouf , Pacha de Silistrie , homme
septuagenaire , qui a été fort cher à Mustapha ,
Père du Sultan regnant.
Les Lettres d'Achmet , Pacha de Babilone, portent
qu'on s'est rendu maître de Chirmansach.
Cette nouvelle a été célébrée icy pendant trois
jours , au bruit du Canon ; mais on sçait que ce
poste avoit été abandonné par les Persans ; er on
est informé d'ailleurs que du côté d'Erivan , où
estle fort de la guerre , l'Armée d'Ali Pacha est
fort délabrée , tant par la désertion , que par les
maladies ; pendant que celle de Schach Thamas
est , dit- on , forte de 150000 combattans, qui se
trouvent campez sous le Canon de Tauris , dans
une situation avantageuse , et fortifiée d'une nom❤❤
breuse Artillerie.
D'autres Lettres marquent que deux Pachas
Turcs se sont jettez du côté des Persans , avec un
Corps de plus de 20000 hommes.La Porte ayant
été informée qu'ils entretenoient une secrete correspondance
avec les Ennemis , dépêcha des Capigis
pour apporter leurs têtes ; de quoi ayant
été avertis , ils ont pris le parti de se retirer tout
à-fait chez les Persans.
RELATION de la conspiration découverte
à Constantinople , le 1 Septembre 1731.
Epuis l'incendie du 21 Juillet dernier, où les
Janissaires donnerent encore des marques
de leur disposition à la révolte , on n'avoit eu aucun
indice qu'il se tramât rien contre le Gouvernement
cependant le 1 Septembre le ( 1 )
Dgebedgi Bachi vint avertir le G. V. qu'il s'étoit
formé une nouvelle conspiration à Constantinople,
et qu'elle devoit éclater le lendemain à la
pointe du jour.
·
1
Sur cet avis ce Ministre , qui ne put être informé
alors du nombre ni de la qualité des Rebelles
, se contenta de renforcer les Patrouilles pour
la nuit suivante , et d'augmenter considerablement
la garde , tant au Sérail , que chez lui , et
chez le Janissaice Aga. Celui- ci étant allé faire
sa ronde à l'ordinaire , rencontra à deux heures
de nuit, deux Dgebedgis bien armez , il les fit arrêter
, et sur leur air embarrassé et les réponses
qu'ils lui firent , îl les envoya chez le G. V.
Ce premier Ministre les ayant interrogez à son
tour , ils furent encore plus déconcertez , et jugeant
bien eux-mêmes , qu'après les défenses séveres
qui avoient été faites de marcher la nuit
avec des armes , il ne leur restoit aucun espoir
de se sauver , ils lui dirent franchement : Nous
sçavons bien , Seigneur , que c'est fait de notre
vie , mais avant que de mourir , nous voulons
vous déclarer tour. Nous sommes 1500 hommes
qui devions demain matin exciter une troisiéme
(1) C'est le Chef d'un Corps de Milice par.
ticuliere.
séditioni
NOVEMBRE. 1731. 2649
sédition , Nous avons vingt Etendarts , qui fuivis
chacun d'une bonne Troupe , se seroient répandus
par tous les quartiers de la Ville , et en
auroient fait soulever le Peuple . Le G. V. leur
ayant demandé , par quel motif ils avoient formé
un si noir dessein : Notre but , répondirentils
, étoit de nous faire une réputation dans le
monde , de nous enrichir et d'obliger notre Empereur
àfaire la paix avec nos freres les Persans,
et à faire la guerre aux Chrétiens . Quels
sont vos Chefs ? reprit le G. V. Ils repliquerent
qu'ils n'en connoissoient que six , qu'ils lui désignerent,
et qui leur avoient dit de ne s'embarrasser
de rien et de suivre seulement leurs ordres .
On envoya aussi-tôt du monde pour se saisir de
ces six Chefs. Ils n'étoient point alors chez eux ,
mais on y trouva beaucoup d'armes et plusieurs
Drapeaux , dont on s'empara. Ils furent ensuite
prix eux- mêmes , ainsi qu'un grand nombre de
jeurs complices avant la fin de la nuit . On alla en
même- tems prendre tous ceux qui furent accusez
ou soupçonnez , lesquels furent étranglez ou eurent
la tête coupée. On jetta les cadavres à la
Mer , et il y en eût quelques- uns exposez dans
les endroits les plus frequentez de Constantinople.
On dit que de ces 1500 Révoltez
, tous gens de
la lie du peuple , sans une seule personne
de marque, il y en avoit soo du Corps des Dgebed- gis , que la plus grande partie des autres étoit des Albanois
, et d'autres Gens , connus icy sous le nom general d'Arnautes
, qui avoient été chas- sez de Constantinople
après la seconde sédition , et qui y étoient rentrez successivement
, dégui- sez sous differens habits , et avec de grandes barbes
qu'ils s'étoient laissé croître pour être moins
H faci2650
MERCURE DE FRANCE
facilement reconnus ; le reste étoient des Janissaires
du Caire , dont il en est arrivé environ
4000 depuis peu , pour aller en Perse par la
Mer noire , et dont quelques- uns s'étoient débarquez
malgré les ordres prècis qu'on avoit
donnez , d'empêcher qu'aucun d'eux ne mit pied à
terre.
Comme ces derniers sont la plupart des déterminez
qui ne reconnoissent point de subordination
, qu'il y en avoit d'ailleurs cinq ou six
cent d'embarquez sur trois Bâtimens François ,
frétez à Aléxandrie, pour les transporter jusqu'ici
seulement , et qu'il est arrivé d'ailleurs d'autres
incidens inutiles à rapporter ; il n'a pas été possible
d'éviter qu'il ne s'en échapât journellement
plusieurs. Il y en eut même dix , qui la veille du
jour que la sédition devoit éclater, vinrent s'enyvrer
à Bey-Oglou , à l'extrémité de Péra. La Garde
qui est établie dans ce quartier , étant accourue
pour les saisir , ils se deffendirent si bien ,
qu'ils ne furent pris qu'après avoir blessé 1s
hommes, de plus de 150 , dont cette Garde étoit
composée.
Bien des gens assurent que les deux Dgebedgis
qui furent trouvez la nuit du 1 de ce mois
par le Janissaire Aga , lui ayant dit qu'ils avoient
quelque chose de conséquence à communiquer au
G. S. on les conduisit sur le champ au Serail ,
où ils déclarerent à S H. que tant qu'elle laisseroit
en place le G. V. et le Janissaire Aga , elle ne
devoit pas se flater d'être jamais tranquille sur le
Trône; que quant à eux , ils sçavoient bien qu'ils
n'avoient point de grace à esperer et qu'ils
étoient tout résignez à la mort , mais que ce seroit
sans cesse recommencer et que pour deux
hommes que l'on feroit mourir , il en renaîtroit
cinquante.
à
QuoiNOVEMBRE.
1731. 265!
"
Quoiqu'il en soit de ces differens rapports , il
est toujours certain que cette derniere conjuration
été découverte assez à temps pour la ayant
faire avorter il est à présumer que le G. V. l'a
entierement dissipée, par les promptes exécutions
qu'il a fait faire de tous ceux qu'on a pû surprendre,
qui y ont eu quelque part. Cela ne l'empûche
pas pourtant de prendre toutes les précautions
imaginables , pour prévenir de pareils complots
, et il a entr'autres donné de nouveaux ordres
d'arrêter généralement tous ceux qu'on trouveroit
la nuit dans les rues , en conséquence de
quoi le Topgi-Bachi , ou Chef des Canoniers ,
envoya lea de ce mois prier les Ministres qui
demeurent à Pera , d'ordonner aux Gens de leurs
Palais , à leurs Nationaux et à leurs Protegez
de se retirer de bonne - heure , et de ne sortir la
nuit , en cas de nécessité , qu'avec de la lumiere
et en compagnie d'un Janissaire.
Les Lettres de Constantinople , du ; et du 18
Septembre , portent qu'on continue toujours la
recherche et les exécutions des derniers Rebelles.
On avoit cru d'abord , comme il a été dit cidessus
, qu'il n'y avoit que de la Canaille parmi
cux ; mais on a découvert par les dépositions de
ceux qu'on a pris depuis , que cette conspiration
étoit d'une bien plus grande conséquence,puisque
beaucoup de gens de Loy en étoient les véritables
Chefs ; qu'ils s'étoient même distribuez dans
les différens quartiers de la Ville d'où devoient
partir les Etendarts , et qu'ils avoient si fort compté
sur le succès de leur entreprise , qu'ils étoient
déja convenu du partage, qu'ils se proposoient de
faire entr'eux , des principales Charges de l'Empire
Hij EX
2652 MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople
, écrite le 15 Septembre 1731 .
L s'est formé depuis pen un nouveau com-
Iplot de soulevement , dont les Chefs étoient
un Vizir , un Aga Albanois et quelques gens
de Loy ; ils avoient projetté de commencer la révolte
par le massacre du premier Vizir , universellement
abhorré à cause de sa cruauté et de
son avarice, Mais ce Ministre ayant pénétré leur
secret , donna des ordres avec tant de promptitude
que les Conjurez avant que d'avoir pu s'assembler
, furent partie taillez en pieces , et partie
traînez dans les Prisons ; tout le reste est en
fuite et entierement dissipé,
Le G. V. voyant cependant que cette tempête
menaçoit principalement sa tête , et voulant prévenir
ses ennemis cachez , presenta d'abord au
Sultan une liste d'environ 30 personnes , qui ,
comme créatures du gouvernement précédent
étoient censées être les Auteurs de la Rebellion
, prètendant de les faire transporter sur deux
Caleres , dans un exil éloigné , et d'en obtenir
Pordre du G. S.
Dans cette Liste il y avoit entr'autres noms
celui du Kislar-Agassi , lequel voyant le danger
qui le menaçoit , songea à le prévenir en perdant
son ennemi. Pour cet effet il gagna d'abord l'esprit
du G. S. par le moyen de la Sultane Validéş
il gagna aussi les Janissaires ; et par le conseil du
grand Trésorier et du Mufti , on demanda le rétablissement
de l'ancienne Coûtume , de tenir
deux Divans par semaine enfin à force d'intrigues
, la nuit du 10 du courant , le G. V. fut luimeme
embarqué sur la Galere qu'il avoit desti
néc
NOVEMBRE
1731. 2653-
1
Lee pour le transport de ses principaux ennemis ,
pour être conduit à Négrépont , en qualité de
Pacha de cette Province . Grace particuliere qu'il
doit à quelque reste de faveur auprès de la Reine
Mere , et du Sultan.
1 Le grand Sceau de l'Empire ôté au G. V. fut
donné le même temps à l'Aga des Janissaires, dé
claré par provision Caïmaran , jusqu'à l'arrivée
1 du sujet destiné à remplacer le Vizir déposé. On
parle fort de Issouf , Pacha de Silistrie , homme
septuagenaire , qui a été fort cher à Mustapha ,
Père du Sultan regnant.
Les Lettres d'Achmet , Pacha de Babilone, portent
qu'on s'est rendu maître de Chirmansach.
Cette nouvelle a été célébrée icy pendant trois
jours , au bruit du Canon ; mais on sçait que ce
poste avoit été abandonné par les Persans ; er on
est informé d'ailleurs que du côté d'Erivan , où
estle fort de la guerre , l'Armée d'Ali Pacha est
fort délabrée , tant par la désertion , que par les
maladies ; pendant que celle de Schach Thamas
est , dit- on , forte de 150000 combattans, qui se
trouvent campez sous le Canon de Tauris , dans
une situation avantageuse , et fortifiée d'une nom❤❤
breuse Artillerie.
D'autres Lettres marquent que deux Pachas
Turcs se sont jettez du côté des Persans , avec un
Corps de plus de 20000 hommes.La Porte ayant
été informée qu'ils entretenoient une secrete correspondance
avec les Ennemis , dépêcha des Capigis
pour apporter leurs têtes ; de quoi ayant
été avertis , ils ont pris le parti de se retirer tout
à-fait chez les Persans.
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Résumé : RELATION de la conspiration découverte à Constantinople, le 1 Septembre 1731.
En juillet 1731, un incendie à Constantinople révéla la disposition des Janissaires à la révolte. Le 1er septembre, le Dgebedgi Bachi informa le Grand Vizir d'une nouvelle conspiration prévue pour le lendemain. Le Grand Vizir, ignorant le nombre et la qualité des rebelles, renforça les patrouilles et la garde. Deux Dgebedgis armés furent arrêtés et avouèrent faire partie d'une conspiration impliquant 1500 hommes, 20 étendards, et un plan pour soulever le peuple. Leur objectif était de se faire une réputation, s'enrichir, et forcer l'Empereur à faire la paix avec les Persans et la guerre aux Chrétiens. Six chefs et de nombreux complices furent identifiés et arrêtés. Les rebelles étaient principalement des Janissaires du Caire et des Albanais récemment revenus à Constantinople. Des exécutions massives suivirent, et les cadavres furent jetés à la mer ou exposés. Malgré ces mesures, des incidents continuèrent, et le Grand Vizir prit des précautions supplémentaires pour prévenir de futurs complots. Une nouvelle conspiration impliquant un Vizir et des gens de loi fut également découverte et réprimée. Le Grand Vizir fut finalement exilé, et le Grand Sceau de l'Empire fut donné à l'Aga des Janissaires. Parallèlement, des nouvelles de la guerre contre les Persans mentionnaient des désertions et des maladies dans l'armée turque, ainsi que des défections de deux Pachas turcs.
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5094
p. 67-72
MARINE. Avis de Prises.
Début :
De Calais le 2. Mars 1711. Le Capitaine Larmet commendant la [...]
Mots clefs :
Calais, Morlaix, Saint-Malo, Nantes, Abbeville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARINE. Avis de Prises.
MA RINE.
—AvisdePrises.
De Calais le 2. Alvlrs
17
"tko Le CapitaineLarmet
commendant la Fregate le
Comte de Toulouse, a
amené en ce Port leNavire
le Jacob d'Husum.
Le CapitaineDuplessis,
commentant leDogre l'Agneau,
a aussi pris unVais-
seau nommé la Bénédiction
de Dublin qu'il a amene
à Calais.
Le Vaisseau nommé la
Buchepale de Londres, pris
& mené au mesme Port
par les Capitaines Robert
& Jean Leguillon & Cardon.
De Calais le 8. Mars.
Le Capitaine Marc-Teste
a aussiamené au mesme
Porc un Vaisseau Anglois
nommé la NostreDame
duRosaire.
Et le Capitaine Bachelier
une autre prise nommée
la Fortune de Zerixée.
De Morlaix le 2. Mars.
LeVaisseau le Guillaume
& Anne de Baston,
pris& menéàMorlaix par
le heur de la Cité, commendant
la Fregate les
deux Amis de S. Malo.
Le François-Marie de
Bristol
,
pris & mené à
Morlaix par le sieurViel,
commandant laFregate le
Luzancey de Nantes.
De S.Malo le 2. Mars.
Le Jean & Jeanne de
Londres pris par la Frégate
le Chasseur de S. Malo.
Le Comeleon de Londres
pris par la mesme Frcgate.
La Christine de Flith,
pris & conduit à S. Malo
par la Fregatel'Amitié du
Havre.
L'Esabeth de Corek pris
par lamesme Fregate.
La Fregate nommée le
Brave de S. Malo, reprise
sur les Ennemis par le sieur
PaulDanican
, commandant
le Vaisseau les deux
Amis.
De Nantes le I. Adan.
Le sieur Filz Gerard
commandant la Fregate le
Barentin a amené en ce
Port une Flute chargée de
canons, & autres munitions
de guerre destinées
pourLisbone.
D'Abbevillele 6. Mars.
Un Vaisseau Ostendois
échoué à la coste de Berk,
venant d'Irlande.
—AvisdePrises.
De Calais le 2. Alvlrs
17
"tko Le CapitaineLarmet
commendant la Fregate le
Comte de Toulouse, a
amené en ce Port leNavire
le Jacob d'Husum.
Le CapitaineDuplessis,
commentant leDogre l'Agneau,
a aussi pris unVais-
seau nommé la Bénédiction
de Dublin qu'il a amene
à Calais.
Le Vaisseau nommé la
Buchepale de Londres, pris
& mené au mesme Port
par les Capitaines Robert
& Jean Leguillon & Cardon.
De Calais le 8. Mars.
Le Capitaine Marc-Teste
a aussiamené au mesme
Porc un Vaisseau Anglois
nommé la NostreDame
duRosaire.
Et le Capitaine Bachelier
une autre prise nommée
la Fortune de Zerixée.
De Morlaix le 2. Mars.
LeVaisseau le Guillaume
& Anne de Baston,
pris& menéàMorlaix par
le heur de la Cité, commendant
la Fregate les
deux Amis de S. Malo.
Le François-Marie de
Bristol
,
pris & mené à
Morlaix par le sieurViel,
commandant laFregate le
Luzancey de Nantes.
De S.Malo le 2. Mars.
Le Jean & Jeanne de
Londres pris par la Frégate
le Chasseur de S. Malo.
Le Comeleon de Londres
pris par la mesme Frcgate.
La Christine de Flith,
pris & conduit à S. Malo
par la Fregatel'Amitié du
Havre.
L'Esabeth de Corek pris
par lamesme Fregate.
La Fregate nommée le
Brave de S. Malo, reprise
sur les Ennemis par le sieur
PaulDanican
, commandant
le Vaisseau les deux
Amis.
De Nantes le I. Adan.
Le sieur Filz Gerard
commandant la Fregate le
Barentin a amené en ce
Port une Flute chargée de
canons, & autres munitions
de guerre destinées
pourLisbone.
D'Abbevillele 6. Mars.
Un Vaisseau Ostendois
échoué à la coste de Berk,
venant d'Irlande.
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Résumé : MARINE. Avis de Prises.
Entre le 2 mars et le 8 mars, plusieurs prises de navires ont été effectuées par des capitaines français dans divers ports. À Calais, le capitaine Larmet a capturé 'le Jacob d'Husum'. Les capitaines Duplessis, Robert, Jean Leguillon et Cardon ont respectivement pris 'la Bénédiction de Dublin', 'la Buchepale de Londres', 'la Notre-Dame du Rosaire' et 'la Fortune de Zerixée', tous amenés à Calais. À Morlaix, 'le Guillaume et Anne de Baston' a été pris par le heur de la Cité et 'le François-Marie de Bristol' par le sieur Viel. À Saint-Malo, des prises incluent 'le Jean et Jeanne de Londres', 'le Comeleon de Londres', 'la Christine de Flith' et 'l'Esabeth de Corek'. La frégate 'le Brave' a été reprise par le sieur Paul Danican. À Nantes, le sieur Filz Gerard a amené une flûte chargée de canons et de munitions pour Lisbonne. Un vaisseau ostendois s'est échoué sur la côte de Berk, venant d'Irlande.
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5095
p. 2480-2485
ITALIE.
Début :
Dans le Consistoire secret que le Pape tint le 1 Octobre, le Cardinal Otthoboni proposa [...]
Mots clefs :
Italie, Cardinal Ottoboni, Congrégation, Jurisconsule, Te Deum, Don Carlos, Infant
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
Ans le Consistoire secret que le Pape tint
le 1 Octobre , le Cardinal Otthoboni proEvêché de Lodeve pour l'Abbé de Souil lac; il préconisa ensuite l'Evêque de Lomber
pour l'Abbaye de S. Pierre de Lézat , Diocèse de
Rieux.
On,assure qu'il a été résolu que les 4 Cardinaux que le Pape a nommez pour être de la Cóngrégation de Non nullis , assisteront aux nou veaux Interrogatoires que le Cardinal Coscia
doit subir pour l'éclaircissement de quelques faits qu'il n'a pas niez ; qu'on lui donnera le terme de
2 mois pour travailler à ses deffenfes ; qu'il lui
sera permis de choisir un Jurisconsulte étranger
pour plaider sa cause devant la Congrégation ; mais que ce Jurisconsulte sera as- isté d'un Audireur-Romain ; que M. Fiorelli , Secretaire de la Congrégation , sera tenu de fournir au Card. Coscia toutes les Pieces du Procès , dont il aura
besoin pour sa deffense , .en prenant les précau tions
NOVEMBRE. 1732. 248€
2
tions necessaires pour empêcher qu'elles ne soient
soustraites ; et qu'il ira de la part du Pape renou- veller à ce Cardinal la deffense de sortir de Rome
sous quelque prétexte et par quelque moyen que ce puisse être , à peine d'être privé de son Titre
de Cardinal , de tous ses Benefices et Revenus
Ecclesiastiques et de confiscation de tous ses autres biens , qui , en cas de fuite , seront dévolus
à la Chambre Apostolique. Cependant le 6 Oc tobre , on leva la Garde du Cardinal de Coscia
et il eut la permission de recevoir des visites et
de reprendre un certain nombre de ses anciens
Domestiques. Il a depuis obtenu du Pape la permission de sortir de temps en temps du Convent où il fait sa résidence , et il alla le 28 Octobre
se promener du côté de sainte Croix en Jeru- salem.
-
On apprend- de Florence , que le 4 Octobre l'Infant Don Carlos alla visiter le Grand Duc
et l'Electrice Palatine Douairiere ; il partit le 6 .
pour se rendre à Parme , accompagné du Comte
de Sant-Estevan. S. A. R. coucha le 7. à Bo
logne , d'où il partit le 8. pour continuer sa route. Elle a choisi pour Gentilshommes de sa
Chambre le Comte de San- Severin , Milanois
et le Comte Bologini de Plaisance , et pour son
Majordome de Semaine; le Comte Tarafoni de
Parme.
Ce Prince arriva à Parme le 9. Octobre vers
les 3. heures après midi. Il se rendit d'abord à
P'Eglise du Dôme où on chanta le Te Deum, en
actions de graces de son heureuse arrivée ; après
quoi S.A. R. fut conduite au Palais par un nombreux Cortege de Noblesse et aux acclamations,
réiterées du peuple, qui fit le soir des Feux de joye et des Illuminations dans toutes les Rues de la
le.
Spe
Hviij D'aut
2482 MERCURE DE FRANCE
D'autres Lettres portent, que la veille de son départ de Florence il avoit été visité par le Grand
Duc ,qui lui avoit [envoyé le matin un tres- beau
Tableau,peint par Marc Tuscher de Nuremberg,
représentant la Cérémonie de l'hommage des
Etats du Grand Duché de Toscane , que S.A.R.
a reçu cette année au nom du Grand Duc , le
24 juin dernier , Fête de S. Jean- Baptiste.
L'Infant Don Carlos étant arrivé le 6 Octobre à la Scarperie , y fut salué par une decharge générale de l'Artillerie du Fort de S. Martin.
Le soir il arriva à Firenzuola , d'où il congédia
les Carabiniers et autres Troupes que le Grand
Duc avoit fait partir avec lui pour l'escorter
jusqu'à la Frontiere de ses Etats.
Le 7 , ce Prince dîna dans le Convent des
Cordeliers de Lojano , et le soir il alla coucher
dans celui des Religieux Olivetains de S. Michel
in Bosco , hors des Portes de la Ville de Bologne,
où il fut complimenté par le Comte Marc-Antoine Ranuzzi , de la part du Grand Duc , et de l'Electrice Doüairiere Palatine.
Le 8 , S. A. R. étant entrée dans le Duché de
Modéne,trouva sur la Frontiere le Marquis Rangoni , qui la complimenta au nom du Duc de
Modéne , lequel lui avoit enyoyé trois Carosses
à six Chevaux , dont l'Infant Don Carlos le remercia. Aussi- tôt qu'il fut à la vûë de Modéne il
fut salué de cent coups de Canon, tant de la Ville que de la Forteresse. Le chemin qui conduit à
cette Ville , avoit été arrosé par ordre du Duc de
Modéne , afin d'abbatrre la poussiere.
Le Duc de Modéne vint audevant de ce Prince,
étant accompagné d'une nombreuse suite de Seigneurs de sa Cour , pour l'engager à entrer dans
la Ville et à faire quelque séjour dans son Palais.
Ils
NOVEMBRE. 1732. 2493
Ils se donnerent réciproquement de grandes marques de tendresse ; mais l'Infant Don Carlos:
n'ayant pas accepté l'offre du Duc de Modéne ,
ils se séparerent , et S. A. R. continua sa route
par les dehors de la Ville.
Etant arrivée à la Rubiera , elle envoya un des
Gentilhommes de sa Chambre complimenter le Duc de Modéne de sa part.
L'Infant Don Carlos se rendit l'après midi à
Pantaro , Maison de plaisance de la Comtesse
Borri , où il trouva un tres-grand nombre de Gentilhommes des Duchez de Parme et de Plaisance , qui étoient venus pour lui rendre leurs
respects. La Duchesse Dorothée, Duchesse Douairiere de Parme et Ayeule maternelle de S. A. R. y
arriva peu de temps après pour le complimenter..
L'Infant Don Carlos alla la recevoir à la portè de
sa Chambre et demeura avec elle pendant une
heure. Cette Princesse lui presenta les Dames de
sa suite , qui eurent l'honneur de baiser la main de S. A. R.
Le , l'Infant alla dîner au Convent de
la Certosa , à un mille de Parme ; après le
diné , ayant pris un habit magnifique, il mon ta à Cheval pour faire son Entrée publique dans
cette Ville, à la porte de laquelle on avoit dressé
un Autel , où il fut reçu par le Chapitre de l'Eglise Cathédrale de S.Michel, le plus ancien Cha
noine lui ayant presenté l'Eau-benite et un Crucifix à baiser. S. A R.se plaça ensuite dans un Fau
teuil , sous un Dais magnifique , du côté de l'E
vangile où le Gouverneur lui presenta les Clefs
de la Ville , que ce Prince lui rendit. Après les Prières ordinaires , l'Infant Don Carlos remonta
à Cheval et entra dans la Ville au bruit des Salves réiterées de l'Artillerie , du son de toutes les
2 Hiiij Clos
2484 MERCURE DE FRANCE
Cloches et des acclamations de joïe du Peuple.
La marche se fit dans l'ordre suivant :
Une Compagnie d'Infanterie Irlandoise , deux
Compagnies des Cuirassiers de Parme et de Plaisance , et deux Compagnies de Carabiniers préacedoient 54 Gentilhommes des deux Duchez, habillez magnifiquement , et montez sur des Chevaux richement harnachez ; ils étoient suivis des
Majord'hommes de semaine de S. A. R. et des
Gentilhommes de sa Chambre aussi à Cheval ,
des Ordres Mandians , des grandes Confrairies ,
- du Clergé Séculier des Paroisses , et de celui de
'Eglise Cathédrale.
L'Infant Don Carlos marchoit ensuite , monté
sur un tres- beau Cheval d'Espagne et sous un
Dais d'Etoffe d'argent , dont les douze Cordons
étoient tenus par douze Députez , représentant les Etats des deux Duchez.
S. A. R. étoit suivie du Comte de Sant Estevan,Grand Maître de sa Maison, du Prince Corsi
ni , son Grand-Ecuyer , de Don Lélio Caraffe ,
Capitaine de ses Gardes du Corps , et de trois autres des principaux Officiers de sa Garde , et la
marche étoit fermée par un détachement d'Infanterie de 400 hommes , qui étoient habillez de
neuf, ainsi que toutes les autres Troupes qui s'é- toient mises en haye et sous les Armes , dans
toutes les rues de son passage.
S.A. R. fut reçue dans le Parvis de l'Eglise
Cathedrale par les principaux Magistrats , et à la
porte de l'Eglise par l'Abbé de Castromonte ,
Grand-Chapelain, qui lui présenta l'Eau -benite ,
et le conduisit dans le Choeur, où le Te Deumfut
chanté à plusieurs Choeurs de Musique. Après le
Te Deum , l'Infant monta en Carosse avec le
Comte de Sant- Estevan, et le Pr. Corsini. H
trouva
NOVEMBRE. 1732. 2485
trouva au Palais la Duchesse Doüairiere Dorothée , qui le conduisit dans l'appartement qu'on
lui avoit préparé , et une heure après il donna audience au Chevalier Antinori, qui vint le com
plimenter de la part du Grand Duc , et de l'Electrice Douairiere Palatine,
On écrit de Génes que le grand Conseil n'a voit encore rien déterminé touchant la liberté
des quatre Chefs des Mécontens de l'Isle de Corse; que Don Louis Giafferi , l'un de ces Chefsétoit dangereusement malade ; que le P. Certa
zini , Capucin , autrefois Prédicateur des Mécon
tens, et qui avoit été conduit à Génes il y a 3 ou
4 mois, avoit été remis entre les mains de ses Supérieurs qui l'avoient condamné au painet à l'eau
pour le reste de ses jours , et l'avoient renfermé
dans la Prison de leur Convent.
On apprend en dernier lieu que les 4 Chefs avoient été transferez à Savonne ; qu'on les y
traitoit avec beaucoup de douceur et d'humanité;
qu'ils avoient été visitez par le Gouverneur de cette Ville , qui leur avoit dit , de la part du
Grand- Conseil , qu'ils avoient la liberté de s'y promener . et qu'on avoit renvoyé chez eux les
Otages des Mécontens retenus jusqu'à present à />
la Bastia.
On mande de Naples , que le 24 Septembre
plusieurs-Dames de distinction , commencerent
à faire une quête chez tous les habitans de cette
Ville , pour rassembler 3000 Ducats , qu'on doit employer à faire en argent une Statuë de Ste Iré- ne , Vierge , que le peuple a choisie pour être
la Patrone particuliere de cette Ville , contre les offers du Tonnerre »
Ans le Consistoire secret que le Pape tint
le 1 Octobre , le Cardinal Otthoboni proEvêché de Lodeve pour l'Abbé de Souil lac; il préconisa ensuite l'Evêque de Lomber
pour l'Abbaye de S. Pierre de Lézat , Diocèse de
Rieux.
On,assure qu'il a été résolu que les 4 Cardinaux que le Pape a nommez pour être de la Cóngrégation de Non nullis , assisteront aux nou veaux Interrogatoires que le Cardinal Coscia
doit subir pour l'éclaircissement de quelques faits qu'il n'a pas niez ; qu'on lui donnera le terme de
2 mois pour travailler à ses deffenfes ; qu'il lui
sera permis de choisir un Jurisconsulte étranger
pour plaider sa cause devant la Congrégation ; mais que ce Jurisconsulte sera as- isté d'un Audireur-Romain ; que M. Fiorelli , Secretaire de la Congrégation , sera tenu de fournir au Card. Coscia toutes les Pieces du Procès , dont il aura
besoin pour sa deffense , .en prenant les précau tions
NOVEMBRE. 1732. 248€
2
tions necessaires pour empêcher qu'elles ne soient
soustraites ; et qu'il ira de la part du Pape renou- veller à ce Cardinal la deffense de sortir de Rome
sous quelque prétexte et par quelque moyen que ce puisse être , à peine d'être privé de son Titre
de Cardinal , de tous ses Benefices et Revenus
Ecclesiastiques et de confiscation de tous ses autres biens , qui , en cas de fuite , seront dévolus
à la Chambre Apostolique. Cependant le 6 Oc tobre , on leva la Garde du Cardinal de Coscia
et il eut la permission de recevoir des visites et
de reprendre un certain nombre de ses anciens
Domestiques. Il a depuis obtenu du Pape la permission de sortir de temps en temps du Convent où il fait sa résidence , et il alla le 28 Octobre
se promener du côté de sainte Croix en Jeru- salem.
-
On apprend- de Florence , que le 4 Octobre l'Infant Don Carlos alla visiter le Grand Duc
et l'Electrice Palatine Douairiere ; il partit le 6 .
pour se rendre à Parme , accompagné du Comte
de Sant-Estevan. S. A. R. coucha le 7. à Bo
logne , d'où il partit le 8. pour continuer sa route. Elle a choisi pour Gentilshommes de sa
Chambre le Comte de San- Severin , Milanois
et le Comte Bologini de Plaisance , et pour son
Majordome de Semaine; le Comte Tarafoni de
Parme.
Ce Prince arriva à Parme le 9. Octobre vers
les 3. heures après midi. Il se rendit d'abord à
P'Eglise du Dôme où on chanta le Te Deum, en
actions de graces de son heureuse arrivée ; après
quoi S.A. R. fut conduite au Palais par un nombreux Cortege de Noblesse et aux acclamations,
réiterées du peuple, qui fit le soir des Feux de joye et des Illuminations dans toutes les Rues de la
le.
Spe
Hviij D'aut
2482 MERCURE DE FRANCE
D'autres Lettres portent, que la veille de son départ de Florence il avoit été visité par le Grand
Duc ,qui lui avoit [envoyé le matin un tres- beau
Tableau,peint par Marc Tuscher de Nuremberg,
représentant la Cérémonie de l'hommage des
Etats du Grand Duché de Toscane , que S.A.R.
a reçu cette année au nom du Grand Duc , le
24 juin dernier , Fête de S. Jean- Baptiste.
L'Infant Don Carlos étant arrivé le 6 Octobre à la Scarperie , y fut salué par une decharge générale de l'Artillerie du Fort de S. Martin.
Le soir il arriva à Firenzuola , d'où il congédia
les Carabiniers et autres Troupes que le Grand
Duc avoit fait partir avec lui pour l'escorter
jusqu'à la Frontiere de ses Etats.
Le 7 , ce Prince dîna dans le Convent des
Cordeliers de Lojano , et le soir il alla coucher
dans celui des Religieux Olivetains de S. Michel
in Bosco , hors des Portes de la Ville de Bologne,
où il fut complimenté par le Comte Marc-Antoine Ranuzzi , de la part du Grand Duc , et de l'Electrice Doüairiere Palatine.
Le 8 , S. A. R. étant entrée dans le Duché de
Modéne,trouva sur la Frontiere le Marquis Rangoni , qui la complimenta au nom du Duc de
Modéne , lequel lui avoit enyoyé trois Carosses
à six Chevaux , dont l'Infant Don Carlos le remercia. Aussi- tôt qu'il fut à la vûë de Modéne il
fut salué de cent coups de Canon, tant de la Ville que de la Forteresse. Le chemin qui conduit à
cette Ville , avoit été arrosé par ordre du Duc de
Modéne , afin d'abbatrre la poussiere.
Le Duc de Modéne vint audevant de ce Prince,
étant accompagné d'une nombreuse suite de Seigneurs de sa Cour , pour l'engager à entrer dans
la Ville et à faire quelque séjour dans son Palais.
Ils
NOVEMBRE. 1732. 2493
Ils se donnerent réciproquement de grandes marques de tendresse ; mais l'Infant Don Carlos:
n'ayant pas accepté l'offre du Duc de Modéne ,
ils se séparerent , et S. A. R. continua sa route
par les dehors de la Ville.
Etant arrivée à la Rubiera , elle envoya un des
Gentilhommes de sa Chambre complimenter le Duc de Modéne de sa part.
L'Infant Don Carlos se rendit l'après midi à
Pantaro , Maison de plaisance de la Comtesse
Borri , où il trouva un tres-grand nombre de Gentilhommes des Duchez de Parme et de Plaisance , qui étoient venus pour lui rendre leurs
respects. La Duchesse Dorothée, Duchesse Douairiere de Parme et Ayeule maternelle de S. A. R. y
arriva peu de temps après pour le complimenter..
L'Infant Don Carlos alla la recevoir à la portè de
sa Chambre et demeura avec elle pendant une
heure. Cette Princesse lui presenta les Dames de
sa suite , qui eurent l'honneur de baiser la main de S. A. R.
Le , l'Infant alla dîner au Convent de
la Certosa , à un mille de Parme ; après le
diné , ayant pris un habit magnifique, il mon ta à Cheval pour faire son Entrée publique dans
cette Ville, à la porte de laquelle on avoit dressé
un Autel , où il fut reçu par le Chapitre de l'Eglise Cathédrale de S.Michel, le plus ancien Cha
noine lui ayant presenté l'Eau-benite et un Crucifix à baiser. S. A R.se plaça ensuite dans un Fau
teuil , sous un Dais magnifique , du côté de l'E
vangile où le Gouverneur lui presenta les Clefs
de la Ville , que ce Prince lui rendit. Après les Prières ordinaires , l'Infant Don Carlos remonta
à Cheval et entra dans la Ville au bruit des Salves réiterées de l'Artillerie , du son de toutes les
2 Hiiij Clos
2484 MERCURE DE FRANCE
Cloches et des acclamations de joïe du Peuple.
La marche se fit dans l'ordre suivant :
Une Compagnie d'Infanterie Irlandoise , deux
Compagnies des Cuirassiers de Parme et de Plaisance , et deux Compagnies de Carabiniers préacedoient 54 Gentilhommes des deux Duchez, habillez magnifiquement , et montez sur des Chevaux richement harnachez ; ils étoient suivis des
Majord'hommes de semaine de S. A. R. et des
Gentilhommes de sa Chambre aussi à Cheval ,
des Ordres Mandians , des grandes Confrairies ,
- du Clergé Séculier des Paroisses , et de celui de
'Eglise Cathédrale.
L'Infant Don Carlos marchoit ensuite , monté
sur un tres- beau Cheval d'Espagne et sous un
Dais d'Etoffe d'argent , dont les douze Cordons
étoient tenus par douze Députez , représentant les Etats des deux Duchez.
S. A. R. étoit suivie du Comte de Sant Estevan,Grand Maître de sa Maison, du Prince Corsi
ni , son Grand-Ecuyer , de Don Lélio Caraffe ,
Capitaine de ses Gardes du Corps , et de trois autres des principaux Officiers de sa Garde , et la
marche étoit fermée par un détachement d'Infanterie de 400 hommes , qui étoient habillez de
neuf, ainsi que toutes les autres Troupes qui s'é- toient mises en haye et sous les Armes , dans
toutes les rues de son passage.
S.A. R. fut reçue dans le Parvis de l'Eglise
Cathedrale par les principaux Magistrats , et à la
porte de l'Eglise par l'Abbé de Castromonte ,
Grand-Chapelain, qui lui présenta l'Eau -benite ,
et le conduisit dans le Choeur, où le Te Deumfut
chanté à plusieurs Choeurs de Musique. Après le
Te Deum , l'Infant monta en Carosse avec le
Comte de Sant- Estevan, et le Pr. Corsini. H
trouva
NOVEMBRE. 1732. 2485
trouva au Palais la Duchesse Doüairiere Dorothée , qui le conduisit dans l'appartement qu'on
lui avoit préparé , et une heure après il donna audience au Chevalier Antinori, qui vint le com
plimenter de la part du Grand Duc , et de l'Electrice Douairiere Palatine,
On écrit de Génes que le grand Conseil n'a voit encore rien déterminé touchant la liberté
des quatre Chefs des Mécontens de l'Isle de Corse; que Don Louis Giafferi , l'un de ces Chefsétoit dangereusement malade ; que le P. Certa
zini , Capucin , autrefois Prédicateur des Mécon
tens, et qui avoit été conduit à Génes il y a 3 ou
4 mois, avoit été remis entre les mains de ses Supérieurs qui l'avoient condamné au painet à l'eau
pour le reste de ses jours , et l'avoient renfermé
dans la Prison de leur Convent.
On apprend en dernier lieu que les 4 Chefs avoient été transferez à Savonne ; qu'on les y
traitoit avec beaucoup de douceur et d'humanité;
qu'ils avoient été visitez par le Gouverneur de cette Ville , qui leur avoit dit , de la part du
Grand- Conseil , qu'ils avoient la liberté de s'y promener . et qu'on avoit renvoyé chez eux les
Otages des Mécontens retenus jusqu'à present à />
la Bastia.
On mande de Naples , que le 24 Septembre
plusieurs-Dames de distinction , commencerent
à faire une quête chez tous les habitans de cette
Ville , pour rassembler 3000 Ducats , qu'on doit employer à faire en argent une Statuë de Ste Iré- ne , Vierge , que le peuple a choisie pour être
la Patrone particuliere de cette Ville , contre les offers du Tonnerre »
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Résumé : ITALIE.
En octobre 1732, le pape organisa un Consistoire secret où le cardinal Otthoboni nomma l'abbé de Souilac à l'évêché de Lodève et l'évêque de Lombez à l'abbaye de Saint-Pierre de Lézat, diocèse de Rieux. Quatre cardinaux furent désignés pour assister aux interrogatoires du cardinal Coscia afin d'éclaircir certains faits. Coscia disposa de deux mois pour préparer sa défense, avec l'aide d'un jurisconsulte étranger et d'un auditeur romain. Le secrétaire de la Congrégation, M. Fiorelli, devait fournir toutes les pièces du procès nécessaires à la défense de Coscia. Le 6 octobre, la garde du cardinal Coscia fut levée, lui permettant de recevoir des visites et de sortir occasionnellement du couvent où il résidait. À Florence, l'infant Don Carlos visita le grand-duc et l'électrice palatine douairière le 4 octobre, avant de partir pour Parme le 6 octobre, accompagné du comte de Sant-Estevan. Il fut accueilli par divers dignitaires et nobles lors de son passage à Bologne et Modène. Le 9 octobre, il arriva à Parme, où il fut reçu par une procession solennelle et des festivités publiques. Il fut accueilli par la duchesse Dorothée, duchesse douairière de Parme, et reçut les hommages des nobles des duchés de Parme et Plaisance. En Corse, le grand Conseil de Gênes n'avait pas encore décidé du sort des quatre chefs des mécontents de l'île. Don Louis Giafferi était gravement malade, et le père Certa zini, capucin, avait été condamné au pain et à l'eau pour le reste de ses jours. Les chefs furent transférés à Savone, où ils furent traités avec humanité, et les otages des mécontents furent renvoyés chez eux. À Naples, le 24 septembre, plusieurs dames de distinction commencèrent une quête pour rassembler 3000 ducats afin de faire une statue en argent de Sainte Irène, choisie par le peuple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5096
p. 172-182
EXTRAIT FRANCOIS d'un Poëme Latin intitulé, Annus-In cunis, l'Année au berceau, dedié & presenté par M. l'Abbé Jamoays le premier jour de l'an à Monseigneur le Duc d'Orleans Regent du Royaume.
Début :
Comme le Soleil & la Lune ne font l'année par leur mouvement [...]
Mots clefs :
Poème, Amour, Auteur, Duc d'Orléans, Peuples, Enfant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT FRANCOIS d'un Poëme Latin intitulé, Annus-In cunis, l'Année au berceau, dedié & presenté par M. l'Abbé Jamoays le premier jour de l'an à Monseigneur le Duc d'Orleans Regent du Royaume.
EXTRAIT FRANCOIS
d'un Poëme Latin intitulé,
Annus-In cunis, l'Année au
berceau , dedié & preſenté
parM. l'AbbéJamoays lepremier
jour de l'an à Monfeigneur
leDuc d'Orleans Regent
du Royaume.
Comme le Soleil & la LuGALANT.
173
ne font l'année par leurmouvement,
le Poete fait du nouvel
An un petit Dieu.
Le Ciel change de face,
s'ouvre tout à coup, & le nouvel
An deſcend dans un berceau
au Palais Royal .
Ce divin enfant , ce fils ai .
mable de l'Aſtre du jour , &
de l'Aſtre qui préſide à la nuit,
témoigne ſon empreſſement
pour ſaluer un Prince , qui eft
l'auteur du ſalut des François.
Il eſt porté par l'amour des
peuples , & par ces heures précieuſes
, que S. A. R. veut
bien facrifier au rétabliſſement
Piij
174 MERCURE
i
&au bonheur de la France.
L'amour grave ſur le berceau
avec des traits de flammes
les plus ardentes les vertus
, les qualités ſupericures&
lesbelles actions du Prince.
On voit d'abord un en
fant fur le Trône * que
Monſeigneur le Duc d'Orleans
ſoutient de la main.
La crainte & la fraude ſont
bannies du Troſne. Thémis
ſeule y préſide : la Pieté , la Fidelité
, la Foy & la Religion
tiennent la balance :la Liberté
en garde l'entrée.
* Loüis XV.
GALANT. 175
Les lis, les roſes &les fleurs
lesplus agréables naiſſent ſous
les pas deS.A.
Laclemence , les graces , la
candeur , la force & la faveur
avec un viſage prévenant, l'accompagnent
par tout.
J
L'honneur le plus bel enfant
des Dieux ,& qui eſt luymême
le pere des beautez ,
marche à la teſte ſuivi de la
renommée , de la gloire & des
loüanges.
On voit gravé ſur le berceau
en caracteres brillans d'or
ce jour cet heureux jour ,
auquel le Regent accompa-
Piiij
176 MERCURE
gné de la Famille Royale &
des Grands , entre au Parle
ment aux applaudiffemens de
ce Corps illuftre & des Parifiens.
Le Parlement admire l'air
majestueux du Prince,& tous
les traits d'éloquence , qui partent
de ſa bouche. Aftrée revient
inceſſamment du Ciel ,
pour luy mettre en main les
reſnes d'un puiſſant Empire ,
qu'il tenoit déja par la naiſſance
, &par ſon merite connu
depuis fi long-temps.
La Renommée vole avec
rapidité de ville en ville , pour
GALANT. 877
annoncer unenouvelle,que les
François dans leur douleur
attendoient avec impatience ,
&cli
Il faudroit traduire toute
Thiſtoire de ce Poëme , pour
endonner uneplus juſte idée;
mais l'Auteur pourroit ne me
ſçavoir aucun gré de ma traduction
qui ne ſerviroit peuteſtre
qu'à affoiblir les beautez
de l'Original qu'on trouvera
àParis , chez le Sieur Simon
Langlois,dans la rue S. Eſtienne
des Grez , à l'Enſeigne du
Bon Pasteur. 159
M. l'Abbé Jamoays , qui
178 MERCURE
۱
en eftl'Auteur , a fait le pres
mier Poeme ſur la mort du
Roy fur le nouveau Regne
&la Regence ,& a cû l'honneur
de le preſenter au jeune
Roy , & à Monſeigneur le
Duc d'Orleans. J'en ay parlé
au mois de Decembre dernier ;
il eſt intitulé;Ludovicus moriens,
Louismourant,
C'eſt encore icy le premier
Poeme, qui ait paru fur S. A.
R. depuis qu'elle tient les rênes
de l'Empire,le même Auteur
acû auffi Phonneur de le luy
preſenter &à Monfeigneur le
Ducde Chartres. L'un& l'au-
1
GALANT. 172
1
tre ont été également goûtez
de la Cour , & applaudis du
publicquoique dans un genre
different.
La premier eſt un enfantde
douleur , né parmi les larmes ,
&les ſoupirs.
Le ſecond eſt un enfant de
l'Amour ; mais d'un amour
pur , fincere & ardent des
peuples , & d'une tendreſſe
refpectueuſe du Pocte pour
S. A. R.
Celui làeſt dans le grand ;
la douceur , & la délicateſſe
font le caractere dominant de
celui- cy : les plaiſirs , la joye ,
180 MERCURE
Ies ris , les jeux innocens , ont
preſidéà fa naiſſance.
Ledeffein en eſt nouveau&
tres ingenieux, depuis le commencement
juſqu'à la fin la
nature y joue avec l'art , &
l'art avec la nature.
* L'Hiſtoire , la Fable , la
Theologie desAnciens,les ont
répanduesde toutes parts dans
cet Ouvrage , & par de continuelles
allégories on voit
renaître la France ſous le nouveau
Regne & la Regenee.
LeCiel , qui change tout à
coup de face , le nouvel an ,
fon berceau , les heures de S.
GALANT. 181
A. R. l'amour des peuples, font
autant de Symboles , à la ſuite
deſquels le Pocte fait paroître
une grande varieté d'images
peintes avec nobleſſe. Il s'elevepourtant
detemps en temps
fur tout dans l'épiſode des Sieges
,,des Batailles , & des Victoires
de S. A. R. &c.
e
Comme un Poeme Latin
perd dans un Extrait, ou Traduction
, cette vivacité, ce feu,
quien font l'ame , & ces couleurs
naturelles , qui le font
briller avec éclat , j'ay jugé à
propos de ne donner qu'une
idée de l'Ouvrage , & de ren182
MERCURE
voyer les Curieux à l'Ouvrage
Latin.
d'un Poëme Latin intitulé,
Annus-In cunis, l'Année au
berceau , dedié & preſenté
parM. l'AbbéJamoays lepremier
jour de l'an à Monfeigneur
leDuc d'Orleans Regent
du Royaume.
Comme le Soleil & la LuGALANT.
173
ne font l'année par leurmouvement,
le Poete fait du nouvel
An un petit Dieu.
Le Ciel change de face,
s'ouvre tout à coup, & le nouvel
An deſcend dans un berceau
au Palais Royal .
Ce divin enfant , ce fils ai .
mable de l'Aſtre du jour , &
de l'Aſtre qui préſide à la nuit,
témoigne ſon empreſſement
pour ſaluer un Prince , qui eft
l'auteur du ſalut des François.
Il eſt porté par l'amour des
peuples , & par ces heures précieuſes
, que S. A. R. veut
bien facrifier au rétabliſſement
Piij
174 MERCURE
i
&au bonheur de la France.
L'amour grave ſur le berceau
avec des traits de flammes
les plus ardentes les vertus
, les qualités ſupericures&
lesbelles actions du Prince.
On voit d'abord un en
fant fur le Trône * que
Monſeigneur le Duc d'Orleans
ſoutient de la main.
La crainte & la fraude ſont
bannies du Troſne. Thémis
ſeule y préſide : la Pieté , la Fidelité
, la Foy & la Religion
tiennent la balance :la Liberté
en garde l'entrée.
* Loüis XV.
GALANT. 175
Les lis, les roſes &les fleurs
lesplus agréables naiſſent ſous
les pas deS.A.
Laclemence , les graces , la
candeur , la force & la faveur
avec un viſage prévenant, l'accompagnent
par tout.
J
L'honneur le plus bel enfant
des Dieux ,& qui eſt luymême
le pere des beautez ,
marche à la teſte ſuivi de la
renommée , de la gloire & des
loüanges.
On voit gravé ſur le berceau
en caracteres brillans d'or
ce jour cet heureux jour ,
auquel le Regent accompa-
Piiij
176 MERCURE
gné de la Famille Royale &
des Grands , entre au Parle
ment aux applaudiffemens de
ce Corps illuftre & des Parifiens.
Le Parlement admire l'air
majestueux du Prince,& tous
les traits d'éloquence , qui partent
de ſa bouche. Aftrée revient
inceſſamment du Ciel ,
pour luy mettre en main les
reſnes d'un puiſſant Empire ,
qu'il tenoit déja par la naiſſance
, &par ſon merite connu
depuis fi long-temps.
La Renommée vole avec
rapidité de ville en ville , pour
GALANT. 877
annoncer unenouvelle,que les
François dans leur douleur
attendoient avec impatience ,
&cli
Il faudroit traduire toute
Thiſtoire de ce Poëme , pour
endonner uneplus juſte idée;
mais l'Auteur pourroit ne me
ſçavoir aucun gré de ma traduction
qui ne ſerviroit peuteſtre
qu'à affoiblir les beautez
de l'Original qu'on trouvera
àParis , chez le Sieur Simon
Langlois,dans la rue S. Eſtienne
des Grez , à l'Enſeigne du
Bon Pasteur. 159
M. l'Abbé Jamoays , qui
178 MERCURE
۱
en eftl'Auteur , a fait le pres
mier Poeme ſur la mort du
Roy fur le nouveau Regne
&la Regence ,& a cû l'honneur
de le preſenter au jeune
Roy , & à Monſeigneur le
Duc d'Orleans. J'en ay parlé
au mois de Decembre dernier ;
il eſt intitulé;Ludovicus moriens,
Louismourant,
C'eſt encore icy le premier
Poeme, qui ait paru fur S. A.
R. depuis qu'elle tient les rênes
de l'Empire,le même Auteur
acû auffi Phonneur de le luy
preſenter &à Monfeigneur le
Ducde Chartres. L'un& l'au-
1
GALANT. 172
1
tre ont été également goûtez
de la Cour , & applaudis du
publicquoique dans un genre
different.
La premier eſt un enfantde
douleur , né parmi les larmes ,
&les ſoupirs.
Le ſecond eſt un enfant de
l'Amour ; mais d'un amour
pur , fincere & ardent des
peuples , & d'une tendreſſe
refpectueuſe du Pocte pour
S. A. R.
Celui làeſt dans le grand ;
la douceur , & la délicateſſe
font le caractere dominant de
celui- cy : les plaiſirs , la joye ,
180 MERCURE
Ies ris , les jeux innocens , ont
preſidéà fa naiſſance.
Ledeffein en eſt nouveau&
tres ingenieux, depuis le commencement
juſqu'à la fin la
nature y joue avec l'art , &
l'art avec la nature.
* L'Hiſtoire , la Fable , la
Theologie desAnciens,les ont
répanduesde toutes parts dans
cet Ouvrage , & par de continuelles
allégories on voit
renaître la France ſous le nouveau
Regne & la Regenee.
LeCiel , qui change tout à
coup de face , le nouvel an ,
fon berceau , les heures de S.
GALANT. 181
A. R. l'amour des peuples, font
autant de Symboles , à la ſuite
deſquels le Pocte fait paroître
une grande varieté d'images
peintes avec nobleſſe. Il s'elevepourtant
detemps en temps
fur tout dans l'épiſode des Sieges
,,des Batailles , & des Victoires
de S. A. R. &c.
e
Comme un Poeme Latin
perd dans un Extrait, ou Traduction
, cette vivacité, ce feu,
quien font l'ame , & ces couleurs
naturelles , qui le font
briller avec éclat , j'ay jugé à
propos de ne donner qu'une
idée de l'Ouvrage , & de ren182
MERCURE
voyer les Curieux à l'Ouvrage
Latin.
Fermer
5097
p. 1000-1012
Le Paresseux, Comédie, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 28 Avril, les Comédiens François donnerent la premiere Représentation [...]
Mots clefs :
Paresseux, Paresse, Damon, Chevalier, Lépine, Comédiens-Français, Cidalise, Intendant, Lecture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Paresseux, Comédie, Extrait, [titre d'après la table]
Le 28 Avril , les Comédiens François
donnerent la premiere Représentation
du Paresseux , Comédie en trois Actes
et en Vers , précedée d'un Prologue , par
M. de Launay. Cette Piéce n'a été représentée
que quatre fois , mais on l'a vûë
avec plaisir. On y auroit souhaité un peu
plus d'action. En voici l'Extrait ,
Dans le Prologue , un Poëte veut obliger
l'Auteur du Paresseux de lire sa Picce
a ' des prétendus Connoisseurs
, qui prennent
soin de l'annoncer dans le monde
avant qu'elle paroisse au Théatre ; l'Auteur
n'y consent pas , et donne de bonnes
raisons de son refus. Il se contente
de rendre compte de son Sujet au Poëte
un peu trop pressant. Voici comme il
définit le Heros de sa Piéce :
Je peins un Paresseux qu'on aime ,
Qui par nature et par systême ,
Veut éviter la peine , et qui toujours s'en
fait;
En
ΜΑΥ. 1733 1001
En affaire
"
en amour , négligent à l'ex-
I
trême ,
Du plus petit travail , craignant jusqu'au projet
;
Aveugle confiance , abandon de soi - même
Voilà son Caractere , et voilà le Sujet.
Le Poëte en demandant, davantage ;
l'Auteur persiste dans son refus ; et parmi
les inconveniens qui suivent des lectures
réïterées , il met au premier rang,
celui d'effleurer la nouveauté, ce qu'il appuye
de ce trait de conte ou d'his
toire.
Il me souvient fort à propos
›
D'un certain Florentin et de son avanture :
Un homme voulut voir de ses tours les plus
beaux ,
Le dessous et la Tablature ;
Pour un méchant souper , l'autre fut assez
sot ,
Que de tout expliquer en bonne compagnie ;
De là , de bouche en bouche , on transmit mor
pour mot
Tous les secrets de sa Magie ;
Si-tôt que chacun fut au fait ,
Vous jugez que les tours ne firent plus d'ef
fet ;
On les exécutoit même dans mainte Orgie !
Hij L'Au
7002 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur finit son Prologue par ces
deux Vers :
Laissons du moins à l'Auditoire
L'agrément de la nouveauté.
Acteurs de la Piéce.
Damon , le Paresseux , Le sieur Dufresne.
Cidalise , Veuve accordée à Damon , La
Dlle Gossin.
Lisette , Suivante de Cidalise , La Dlle
Quinault.
Le Chevalier , Ami de Damon , Le sicur
Poisson.
Frosimon Intendant de Damon , Le
sieur de Berey.
,
Argante , Ami de Damon et de Cidalise,
Le sieur de Mommeni.
Lepine ' , Valet de Damon , Le sieur Armand.
La Scene est à Paris dans le Vestibule de
la Maison de Damon.
Lepine , et Lisette , ouvrent la Scene ,
et font l'exposition du Sujet . Ils apprennent
aux Spectateurs que Cidalise est accordée
depuis quinze mois à Damon ;
qu'ils logent dans deux corps de Logis
séparez ; que Damon par paresse la voit
trèsMA
Y. 1733 . 1003
très - rarement ; que Cidalise n'éclate point
par fierté ou par modération ; que Damon
s'est livré à un Chevalier et à un
Intendant qui s'accordent parfaitement à
l'entretenir dans sa paresse et à le ruiner ;
que par malheur pour Damon , Chrysante,
le seul ami digne de sa confiance , et ardent
pour ses interêts , est absent. On
ajoûte qu'un Courrier d'Argante est arrivé
le soir d'auparavant. Après cette exposition
, nécessaire pour l'intelligence
de la Piéce , Lepine et Lisette s'animent
l'un l'autre à tirer Damon d'un assoupise
sement qui va le ruiner ; Lepine surtout
se promet de prouver si bien le pillage
de Frosimon son Intendant , qu'il l'obligera
à abandonner sa proye.
Le Chevalier et l'Intendant , pendant
qu'on leve Damon conviennent entr'eux
du piége qu'ils vont lui tendre.
و
Damon vient en Robe de chambre ; il
plaint son Ami et son Intendant de ce
qu'ils se sont apparemment levez trop
matin , pour le voir plutôt ; il fait un
court éloge du sommeil en ces mots :
Que celui du matin sur tout est agréable !
Il est leger , charmant , ce n'est que s'assoupir
;
yous révez doucement , vous vous sentez dor
mir;
Hij N'est1004
MERCURE DE FRANCE
N'est - il pas vrai ? pour moi , je ne sçaurois
m'en taire ;
Je ne voudrois jamais me lever ; car que
faire ?
Voici encore une peinture qu'il fait de
la Paresse ;
Il est beaucoup de gens , qui dans le même
cas ,
Du nom de Paresseux se feroient une honte ;
Moi , je passe le titre , et j'y trouve mon
compte ;
Mais je ne donne pas dans cette extrêmité
Qui vise et va tout droit à la stupidité .
La paresse est chez moi paresse raisonnée ,
Qui procure une vie , et libre , et fortu
née ;
En un mot,la sagesse avec la volupté .
Ce Systême est applaudi par les deux
fateurs qui l'entendent. Le Chevalier
plaint l'Intendant , attendu les affaires
dont il est sans cesse occupé ; Damon lui
répond qu'il y va pourvoir , et qu'il a
imaginé le moyen de mettre son cher
Intendant plus à l'aise : le voici , continuë-
t-il :
J'étois donc ce matin à réver dans mon lit ,
Et c'est dans ce tems-là qu'on a la tête saine ,
Que
MAY . 1733. 1005
Que sans se fatiguer notre esprit se promene
;
Là , j'ai trouvé tout net , et tout du premier
coup ,
Un moyen qui pourra nous soulager beaucoup
,
Qui ne sçauroit jamais , dans aucune occur
J
rence ,
Contre lui , ni les siens tirer à conséquence ;
C'est le seul , en un mot ; pourriez-vous deviner
? & c.
Ce sont mes blancs seings que je veux lui donner
, &c.
N'est- il pas vrai pour moi , je le crois sans réplique
,
Et voici leur usage : il reçoit mes deniers ;
Il remplira le blanc , voilà pour mes Fermiers
;
Et pour son compte à lui , comme il fait ma
dépense ,
Autres blancs à remplir et voilà sa quittance.
V
>
L'Intendant , d'un air hypocrite , s'op
pose à ce projet mais Damon le force à
l'approuver , et lui en promet l'éxécution.
Ce premier Acte finit par aller dî
ner , ce qui est tout- à - fait du goût du
Chevalier , dont le personnage ressemble
fort aux Parasites de Plaute et de Terence.
Hilij Da1006
MERCURE DE FRANCE
Damon , le Chevalier et Lisette commencent
le second Acte . Lisette annonce
que
à Damon Cidalise l'attend à souper
chez elle , avec un troisième, dont la vuë
ne lui déplaira pas ; il y a apparence que
c'est d'Argante qu'elle veut parler. Damon
reçoit de mauvaise grace l'invitation
que Lisette lui fait de la part de sa Maîtresse
; elle en est tres-irritée ; le Chevalier
veut la calmer, mais en vain ; elle dit
à Damon que ses froideurs pourroient
bien être suivies d'une rupture dont il
aura à se repentir. Elle le quitte pour aller
rendre compte à sa Maîtresse du mauvais
succês de sa commission ,
Le Chevalier fait prévoir à Damon les
troubles qu'il s'apprête , s'il se résout à
conclure son Hymen avec Cidalise. Damon
se reproche le consentement qu'il y
a donné ; il convient pourtant que Cidalise
mérite d'être aimée . Le Chevalier lui
promet de rompre ce fatal matiage. Damon
lui en témoigne sa reconnoissance ,
et le presse d'y aller travailler ; le Chevalier
fait connoître par un à parte qu'il
fera plus qu'il n'a promis.
Damon dans un court Monologue se
félicite d'avoir un si fidele ami. Lepine
vient , tenant dans ses mains une grosse
liasse de Lettres ausqu'elles il prie son
Maî
MAY. 1733. 1007
Maître de vouloir bien enfin faire réponse.
Damon lui dit hardiment qu'elles n'en
demandent point , quoiqu'il ne les ait pas
ni luës ni entendu lire. Lepine lui dit
qu'il y en a une du moins qui demande
réponse ; il lui en fait la lecture ; il s'y
agit de son Château bien aimé de Xaintonge
qui tombe en ruïne faute de réparations
nécessaires et toujours remises.
Damon après bien de la résistance , se
détermine à écrire à un Baron de ses amis,
qui veut bien se charger du soin de faire
réparer ce vieux Château ; il fait approcher
une Table, il prend du Papier et une
Plume; il demande le quantiéme du mois
à Lepine , qui lui répond qu'il aura soin
de le mettre lui -même ; il lui demande
encore quel jour la Poste part ; Lepine
lui répond au hazard , que c'est après demain
: Eh bien , lui dit le Chevalier ,
J'écrirai donc après demain matin.
Il se souvient qu'il a promis des blancs
seings à son Intendant; il en fait un assez
bon nombre et charge Lepine de les lui
remettre. Lepine les prend et se propose
de les porter sur le champ à Cidalise. :
Damon se plaint du retardement du
Chevalier, et voudroit sçavoir ce qu'il a
fait auprès de Cidalise ; il est embarrassé
Hv quand
Too8 MERCURE DE FRANCE
•
quand il la voit venir elle - même, sans qu'il
soit instruit de ce qu'elle aura répondu,
au Chevalier , sur la rupture de son mariage.
La Scene entre Damon et Cidalise est
tres- touchante ; cette derniere instruite
par le Chevalier qui est allé plus loin que
Damon ne vouloit , lui reproche l'injure
qu'il lui fait de vouloir rompre un mariage
qu'il avoit si ardamment souhaité.
Damon lui répond :
Vous m'offensez ; pour vous ma tendresse est
extrême ;
J'ai pû croire , il est vrai , que , quoique je vous
aime ,
Si nous restions? ainsi , sans former certains
noeuds ,
Nous serions vous et moi , peut - être plus heureux.
Cidalise lui fait entendre le tortqu'une
pareille liaison feroit à sa gloire : Elle lui
dit , que l'indifférence qu'il lui témoigne
ne l'empêchera pas de s'interesser dans
tout ce qui le regarde , et sur tout de lui
ouvrir les yeux sur le complot que le
Chevalier,de concert avec son Intendant,
a formé pour le ruiner ; elle le quitte en
lui disant :
Je ne demande point que vous me secondiez ,
Mais
MAY . 1733
1009
Mais je veux empêcher que vous ne vous per-
- diez ;
Si je n'agissois point, j'en deviendrois complice;
Après , si vous voulez , vous me rendrez justice .
Damon est surpris de la maniere dont
Cidalise vient de lui apprendre son devoir
; et c'est là ce qui le détermine à par
tir enfin pour la Xaintonge.
Au troisiéme Acte , Lepine et Lisette
se réjouissent de l'arrivée d'Argante , et
s'en promettant un heureux succès pour
le complot qu'ils ont formé contre le Chevalier
et l'Intendant ; Lepine dit que Damon
lui a paru agité pour la premiere
fois ; mais qu'à cette agitation , non encore
éprouvée , a succedé un sommeil des
plus profonds. Ils se couronnent à l'envi
de Lauriers , mais chacun d'eux prétend
avoir le plus de part à leur prochaine victoire.
Lisette se retire la premiere , et
Lepine en fait bien tôt autant à l'approche
de Damon et du Chevalier. J
Le Chevalier instruit par Damon de
tout ce qui se passe , lui reproche la foiblesse
qu'il a de souffrir qu'on fasse assiéger
sa maison par un Magistrat , et par sa
suite , comme s'il étoit encore en tutelle.
Damon lui apprend que ce Magistrat ,
qui s'appelle Pirante , veut obliger son
H vj
Inten
*
1010 MERCURE DE FRANCE
Intendant à rendre ses comptes. Damon
ne sçait à quoi se resoudre ; leur conversation
est interrompue par l'arrivée d'Ar-
'gante ; le Chevalier qui pour son malheur
n'en est que trop connu , pâlit à
son aspect.
Argante après avoir embrassé Damon ,
jette un regard de surprise et d'indignation
sur le Chevalier ; il le prie de se re
tirer , et l'en prie d'un ton de maître ; le
Chevalier ne se le fait pas dire deux fois.
*
Argante après avoir reproché à Damon
son indifférence pour Cida ise , et le délay
d'un Hymen arrêté depuis quinze
mois , tandis qu'il s'abandonne à deux
hommes , dont l'un a servi chez son
Frere , et l'autre le vole impunément, lui
demande en quel état sont ses affaires :
Damon lui répond en homme qui ne s'en
est jamais occupé. Argante lui dit qu'il
n'est que trop informé de sa létargie, ct
qu'il est venu exprès pour l'en tirer.
Lepine vient apprendre à Argante ,
que Pyrante, en habile Magistrat , a fait
rafle sur tout , et que le Chevalier s'est
éclipsé prudemment.
Cida ise arrive , tenant dans ses mains
des papiers , qu'elle remet dans celles de
Damon ; ls blancs seings sur tout sont
du nombre. Damon ouvre enfin les yeux,
sur
MAY. 1733. TO
sur toutes les fautes que sa paresse lui a
fait commettre ; il est charmé que Cidalise
veuille bien se charger à sa place du
soin de les réparer ; ce qui fait dire plaisamment
à Lepine qu'il va l'épouser par
paresse : Voicy comment Damon s'exprime
, sans se détacher de sa passion dominante
; c'est à Cidalise qu'il s'adresse.
De mon aveuglement je reconnois l'yvresse ,
Et je ne conçoi pas quelle étoit ma foiblesse ,
Car je n'envisageois le lien conjugal ,
Que comme un noeud fâcheux , comme le plus
grand mal ,
Et point du tout , il est justement le contraire ;
Vous en faites un port tranquille et salutaire .
En sorte que vos soins débrouillant ce cahos ,
Je voi que pour jamais , je me mets en repos.
Le Lecteur pourra juger . par les Vers
que nous venons de citer , que la Piéce
fera beaucoup de plaisir à la lecture ; on
en a trouvé l'action un peu trop simple
pour une Comédie en trois Actes ; cependant
on convient qu'elle est parfaite.
ment conduite , et qu'il n'y manque que
certains coups de Théatre , qui font ordinairement
le succès des Pieces , même le
plus négligemment écrites.
Cette Piece d'un caractere tout neufau
Théatre , paroît tres- bien imprimée, chez
C12 MERCURE DE FRANCI
le Breton fils , Quai des Augustins ; elle se
débite tres-bien , et nous pouvons ajouter
que la lecture fait beaucoup de plaisir.
L'Auteur a joint à cet Ouvrage une
petite Préface qu'il finit en ces termes :
Je n'ai pas moins apprehendé la chute de
la Piéce à l'impression que sur le Théatre ;
le public a déja eu la bonté de me rassurer à
cet égard , en prononçant d'avance en faveur
de la lecture ; heureux s'il confirme cette
esperance que j'ai conçue, et s'il me laisse
ainsi la plus solide satisfaction.
donnerent la premiere Représentation
du Paresseux , Comédie en trois Actes
et en Vers , précedée d'un Prologue , par
M. de Launay. Cette Piéce n'a été représentée
que quatre fois , mais on l'a vûë
avec plaisir. On y auroit souhaité un peu
plus d'action. En voici l'Extrait ,
Dans le Prologue , un Poëte veut obliger
l'Auteur du Paresseux de lire sa Picce
a ' des prétendus Connoisseurs
, qui prennent
soin de l'annoncer dans le monde
avant qu'elle paroisse au Théatre ; l'Auteur
n'y consent pas , et donne de bonnes
raisons de son refus. Il se contente
de rendre compte de son Sujet au Poëte
un peu trop pressant. Voici comme il
définit le Heros de sa Piéce :
Je peins un Paresseux qu'on aime ,
Qui par nature et par systême ,
Veut éviter la peine , et qui toujours s'en
fait;
En
ΜΑΥ. 1733 1001
En affaire
"
en amour , négligent à l'ex-
I
trême ,
Du plus petit travail , craignant jusqu'au projet
;
Aveugle confiance , abandon de soi - même
Voilà son Caractere , et voilà le Sujet.
Le Poëte en demandant, davantage ;
l'Auteur persiste dans son refus ; et parmi
les inconveniens qui suivent des lectures
réïterées , il met au premier rang,
celui d'effleurer la nouveauté, ce qu'il appuye
de ce trait de conte ou d'his
toire.
Il me souvient fort à propos
›
D'un certain Florentin et de son avanture :
Un homme voulut voir de ses tours les plus
beaux ,
Le dessous et la Tablature ;
Pour un méchant souper , l'autre fut assez
sot ,
Que de tout expliquer en bonne compagnie ;
De là , de bouche en bouche , on transmit mor
pour mot
Tous les secrets de sa Magie ;
Si-tôt que chacun fut au fait ,
Vous jugez que les tours ne firent plus d'ef
fet ;
On les exécutoit même dans mainte Orgie !
Hij L'Au
7002 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur finit son Prologue par ces
deux Vers :
Laissons du moins à l'Auditoire
L'agrément de la nouveauté.
Acteurs de la Piéce.
Damon , le Paresseux , Le sieur Dufresne.
Cidalise , Veuve accordée à Damon , La
Dlle Gossin.
Lisette , Suivante de Cidalise , La Dlle
Quinault.
Le Chevalier , Ami de Damon , Le sicur
Poisson.
Frosimon Intendant de Damon , Le
sieur de Berey.
,
Argante , Ami de Damon et de Cidalise,
Le sieur de Mommeni.
Lepine ' , Valet de Damon , Le sieur Armand.
La Scene est à Paris dans le Vestibule de
la Maison de Damon.
Lepine , et Lisette , ouvrent la Scene ,
et font l'exposition du Sujet . Ils apprennent
aux Spectateurs que Cidalise est accordée
depuis quinze mois à Damon ;
qu'ils logent dans deux corps de Logis
séparez ; que Damon par paresse la voit
trèsMA
Y. 1733 . 1003
très - rarement ; que Cidalise n'éclate point
par fierté ou par modération ; que Damon
s'est livré à un Chevalier et à un
Intendant qui s'accordent parfaitement à
l'entretenir dans sa paresse et à le ruiner ;
que par malheur pour Damon , Chrysante,
le seul ami digne de sa confiance , et ardent
pour ses interêts , est absent. On
ajoûte qu'un Courrier d'Argante est arrivé
le soir d'auparavant. Après cette exposition
, nécessaire pour l'intelligence
de la Piéce , Lepine et Lisette s'animent
l'un l'autre à tirer Damon d'un assoupise
sement qui va le ruiner ; Lepine surtout
se promet de prouver si bien le pillage
de Frosimon son Intendant , qu'il l'obligera
à abandonner sa proye.
Le Chevalier et l'Intendant , pendant
qu'on leve Damon conviennent entr'eux
du piége qu'ils vont lui tendre.
و
Damon vient en Robe de chambre ; il
plaint son Ami et son Intendant de ce
qu'ils se sont apparemment levez trop
matin , pour le voir plutôt ; il fait un
court éloge du sommeil en ces mots :
Que celui du matin sur tout est agréable !
Il est leger , charmant , ce n'est que s'assoupir
;
yous révez doucement , vous vous sentez dor
mir;
Hij N'est1004
MERCURE DE FRANCE
N'est - il pas vrai ? pour moi , je ne sçaurois
m'en taire ;
Je ne voudrois jamais me lever ; car que
faire ?
Voici encore une peinture qu'il fait de
la Paresse ;
Il est beaucoup de gens , qui dans le même
cas ,
Du nom de Paresseux se feroient une honte ;
Moi , je passe le titre , et j'y trouve mon
compte ;
Mais je ne donne pas dans cette extrêmité
Qui vise et va tout droit à la stupidité .
La paresse est chez moi paresse raisonnée ,
Qui procure une vie , et libre , et fortu
née ;
En un mot,la sagesse avec la volupté .
Ce Systême est applaudi par les deux
fateurs qui l'entendent. Le Chevalier
plaint l'Intendant , attendu les affaires
dont il est sans cesse occupé ; Damon lui
répond qu'il y va pourvoir , et qu'il a
imaginé le moyen de mettre son cher
Intendant plus à l'aise : le voici , continuë-
t-il :
J'étois donc ce matin à réver dans mon lit ,
Et c'est dans ce tems-là qu'on a la tête saine ,
Que
MAY . 1733. 1005
Que sans se fatiguer notre esprit se promene
;
Là , j'ai trouvé tout net , et tout du premier
coup ,
Un moyen qui pourra nous soulager beaucoup
,
Qui ne sçauroit jamais , dans aucune occur
J
rence ,
Contre lui , ni les siens tirer à conséquence ;
C'est le seul , en un mot ; pourriez-vous deviner
? & c.
Ce sont mes blancs seings que je veux lui donner
, &c.
N'est- il pas vrai pour moi , je le crois sans réplique
,
Et voici leur usage : il reçoit mes deniers ;
Il remplira le blanc , voilà pour mes Fermiers
;
Et pour son compte à lui , comme il fait ma
dépense ,
Autres blancs à remplir et voilà sa quittance.
V
>
L'Intendant , d'un air hypocrite , s'op
pose à ce projet mais Damon le force à
l'approuver , et lui en promet l'éxécution.
Ce premier Acte finit par aller dî
ner , ce qui est tout- à - fait du goût du
Chevalier , dont le personnage ressemble
fort aux Parasites de Plaute et de Terence.
Hilij Da1006
MERCURE DE FRANCE
Damon , le Chevalier et Lisette commencent
le second Acte . Lisette annonce
que
à Damon Cidalise l'attend à souper
chez elle , avec un troisième, dont la vuë
ne lui déplaira pas ; il y a apparence que
c'est d'Argante qu'elle veut parler. Damon
reçoit de mauvaise grace l'invitation
que Lisette lui fait de la part de sa Maîtresse
; elle en est tres-irritée ; le Chevalier
veut la calmer, mais en vain ; elle dit
à Damon que ses froideurs pourroient
bien être suivies d'une rupture dont il
aura à se repentir. Elle le quitte pour aller
rendre compte à sa Maîtresse du mauvais
succês de sa commission ,
Le Chevalier fait prévoir à Damon les
troubles qu'il s'apprête , s'il se résout à
conclure son Hymen avec Cidalise. Damon
se reproche le consentement qu'il y
a donné ; il convient pourtant que Cidalise
mérite d'être aimée . Le Chevalier lui
promet de rompre ce fatal matiage. Damon
lui en témoigne sa reconnoissance ,
et le presse d'y aller travailler ; le Chevalier
fait connoître par un à parte qu'il
fera plus qu'il n'a promis.
Damon dans un court Monologue se
félicite d'avoir un si fidele ami. Lepine
vient , tenant dans ses mains une grosse
liasse de Lettres ausqu'elles il prie son
Maî
MAY. 1733. 1007
Maître de vouloir bien enfin faire réponse.
Damon lui dit hardiment qu'elles n'en
demandent point , quoiqu'il ne les ait pas
ni luës ni entendu lire. Lepine lui dit
qu'il y en a une du moins qui demande
réponse ; il lui en fait la lecture ; il s'y
agit de son Château bien aimé de Xaintonge
qui tombe en ruïne faute de réparations
nécessaires et toujours remises.
Damon après bien de la résistance , se
détermine à écrire à un Baron de ses amis,
qui veut bien se charger du soin de faire
réparer ce vieux Château ; il fait approcher
une Table, il prend du Papier et une
Plume; il demande le quantiéme du mois
à Lepine , qui lui répond qu'il aura soin
de le mettre lui -même ; il lui demande
encore quel jour la Poste part ; Lepine
lui répond au hazard , que c'est après demain
: Eh bien , lui dit le Chevalier ,
J'écrirai donc après demain matin.
Il se souvient qu'il a promis des blancs
seings à son Intendant; il en fait un assez
bon nombre et charge Lepine de les lui
remettre. Lepine les prend et se propose
de les porter sur le champ à Cidalise. :
Damon se plaint du retardement du
Chevalier, et voudroit sçavoir ce qu'il a
fait auprès de Cidalise ; il est embarrassé
Hv quand
Too8 MERCURE DE FRANCE
•
quand il la voit venir elle - même, sans qu'il
soit instruit de ce qu'elle aura répondu,
au Chevalier , sur la rupture de son mariage.
La Scene entre Damon et Cidalise est
tres- touchante ; cette derniere instruite
par le Chevalier qui est allé plus loin que
Damon ne vouloit , lui reproche l'injure
qu'il lui fait de vouloir rompre un mariage
qu'il avoit si ardamment souhaité.
Damon lui répond :
Vous m'offensez ; pour vous ma tendresse est
extrême ;
J'ai pû croire , il est vrai , que , quoique je vous
aime ,
Si nous restions? ainsi , sans former certains
noeuds ,
Nous serions vous et moi , peut - être plus heureux.
Cidalise lui fait entendre le tortqu'une
pareille liaison feroit à sa gloire : Elle lui
dit , que l'indifférence qu'il lui témoigne
ne l'empêchera pas de s'interesser dans
tout ce qui le regarde , et sur tout de lui
ouvrir les yeux sur le complot que le
Chevalier,de concert avec son Intendant,
a formé pour le ruiner ; elle le quitte en
lui disant :
Je ne demande point que vous me secondiez ,
Mais
MAY . 1733
1009
Mais je veux empêcher que vous ne vous per-
- diez ;
Si je n'agissois point, j'en deviendrois complice;
Après , si vous voulez , vous me rendrez justice .
Damon est surpris de la maniere dont
Cidalise vient de lui apprendre son devoir
; et c'est là ce qui le détermine à par
tir enfin pour la Xaintonge.
Au troisiéme Acte , Lepine et Lisette
se réjouissent de l'arrivée d'Argante , et
s'en promettant un heureux succès pour
le complot qu'ils ont formé contre le Chevalier
et l'Intendant ; Lepine dit que Damon
lui a paru agité pour la premiere
fois ; mais qu'à cette agitation , non encore
éprouvée , a succedé un sommeil des
plus profonds. Ils se couronnent à l'envi
de Lauriers , mais chacun d'eux prétend
avoir le plus de part à leur prochaine victoire.
Lisette se retire la premiere , et
Lepine en fait bien tôt autant à l'approche
de Damon et du Chevalier. J
Le Chevalier instruit par Damon de
tout ce qui se passe , lui reproche la foiblesse
qu'il a de souffrir qu'on fasse assiéger
sa maison par un Magistrat , et par sa
suite , comme s'il étoit encore en tutelle.
Damon lui apprend que ce Magistrat ,
qui s'appelle Pirante , veut obliger son
H vj
Inten
*
1010 MERCURE DE FRANCE
Intendant à rendre ses comptes. Damon
ne sçait à quoi se resoudre ; leur conversation
est interrompue par l'arrivée d'Ar-
'gante ; le Chevalier qui pour son malheur
n'en est que trop connu , pâlit à
son aspect.
Argante après avoir embrassé Damon ,
jette un regard de surprise et d'indignation
sur le Chevalier ; il le prie de se re
tirer , et l'en prie d'un ton de maître ; le
Chevalier ne se le fait pas dire deux fois.
*
Argante après avoir reproché à Damon
son indifférence pour Cida ise , et le délay
d'un Hymen arrêté depuis quinze
mois , tandis qu'il s'abandonne à deux
hommes , dont l'un a servi chez son
Frere , et l'autre le vole impunément, lui
demande en quel état sont ses affaires :
Damon lui répond en homme qui ne s'en
est jamais occupé. Argante lui dit qu'il
n'est que trop informé de sa létargie, ct
qu'il est venu exprès pour l'en tirer.
Lepine vient apprendre à Argante ,
que Pyrante, en habile Magistrat , a fait
rafle sur tout , et que le Chevalier s'est
éclipsé prudemment.
Cida ise arrive , tenant dans ses mains
des papiers , qu'elle remet dans celles de
Damon ; ls blancs seings sur tout sont
du nombre. Damon ouvre enfin les yeux,
sur
MAY. 1733. TO
sur toutes les fautes que sa paresse lui a
fait commettre ; il est charmé que Cidalise
veuille bien se charger à sa place du
soin de les réparer ; ce qui fait dire plaisamment
à Lepine qu'il va l'épouser par
paresse : Voicy comment Damon s'exprime
, sans se détacher de sa passion dominante
; c'est à Cidalise qu'il s'adresse.
De mon aveuglement je reconnois l'yvresse ,
Et je ne conçoi pas quelle étoit ma foiblesse ,
Car je n'envisageois le lien conjugal ,
Que comme un noeud fâcheux , comme le plus
grand mal ,
Et point du tout , il est justement le contraire ;
Vous en faites un port tranquille et salutaire .
En sorte que vos soins débrouillant ce cahos ,
Je voi que pour jamais , je me mets en repos.
Le Lecteur pourra juger . par les Vers
que nous venons de citer , que la Piéce
fera beaucoup de plaisir à la lecture ; on
en a trouvé l'action un peu trop simple
pour une Comédie en trois Actes ; cependant
on convient qu'elle est parfaite.
ment conduite , et qu'il n'y manque que
certains coups de Théatre , qui font ordinairement
le succès des Pieces , même le
plus négligemment écrites.
Cette Piece d'un caractere tout neufau
Théatre , paroît tres- bien imprimée, chez
C12 MERCURE DE FRANCI
le Breton fils , Quai des Augustins ; elle se
débite tres-bien , et nous pouvons ajouter
que la lecture fait beaucoup de plaisir.
L'Auteur a joint à cet Ouvrage une
petite Préface qu'il finit en ces termes :
Je n'ai pas moins apprehendé la chute de
la Piéce à l'impression que sur le Théatre ;
le public a déja eu la bonté de me rassurer à
cet égard , en prononçant d'avance en faveur
de la lecture ; heureux s'il confirme cette
esperance que j'ai conçue, et s'il me laisse
ainsi la plus solide satisfaction.
Fermer
Résumé : Le Paresseux, Comédie, Extrait, [titre d'après la table]
Le 28 avril, les Comédiens Français ont présenté pour la première fois 'Le Paresseux', une comédie en trois actes et en vers, précédée d'un prologue, écrite par M. de Launay. Cette pièce a été jouée quatre fois et a été bien accueillie, bien que certains spectateurs aient souhaité plus d'action. Dans le prologue, un poète insiste pour que l'auteur lise sa pièce à des prétendus connaisseurs avant sa représentation au théâtre, mais l'auteur refuse, expliquant qu'il préfère laisser la nouveauté à l'audience. La pièce se déroule à Paris, dans le vestibule de la maison de Damon, le paresseux. Damon est marié à Cidalise, mais il la voit rarement en raison de sa paresse. Il est influencé par un chevalier et un intendant qui l'encouragent dans sa paresse et le ruinent. Lepine, le valet de Damon, et Lisette, la suivante de Cidalise, tentent de le sortir de son assoupissement. Au cours de la pièce, Damon reçoit une invitation à souper chez Cidalise, mais il réagit froidement. Le chevalier et Cidalise conspirent pour le faire réagir. Damon finit par reconnaître ses erreurs et décide de partir pour la Xaintonge. À la fin, Damon ouvre les yeux sur ses fautes et laisse Cidalise réparer les dommages causés par sa paresse. La pièce est bien imprimée et se vend bien, malgré une action jugée trop simple pour une comédie en trois actes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5098
p. 164-181
Tout ce qui s'est passé à la Reception de M. de la Haye, Ambass. à Venise. [titre d'après la table]
Début :
M. de la Haye, choisi par Sa Majesté, pour succeder à [...]
Mots clefs :
M. de la Haye, Ambassade de Venise, Sénat, Cour de France, Ornements, Gondoles, Cortège, Compliments, Chevalier, Palais, Musique, Audience, Discours, Banquets, Décors, Ambassadeur du Levant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à la Reception de M. de la Haye, Ambass. à Venise. [titre d'après la table]
M. de la Haye , choifi
par Sa Majefté , pour fucceder
à M. Amelot dans l'Am
baffade de Veniſe , ayant réfolu
de faire fon Entrée publique
le 8. du mois paffé , le
Senat auquel il en fit donner
avis le 27. Juin par M.
Menault, Chanoine de Saint
Aignan d'Orleans , Secretaire
de l'Ambaſſade , députa
M. Jules Affanio Giuftiniani
Chevalier , que nous
avons veu Ambaſſadeur de
la Republique à la Cour de
France , pour aller le rece
voir à l'ile du Saint Efprit,
GALANT. 165
>
avec foixante Senateurs . Ce
jour eftant arrivé , M. l'Ambaffadeur
accompagné de
M. Menault , & du Conful
de toute la Nation , s'embar
qua dans fa premiere Gondole.
Elle eftoit d'une Scul- ◊
pture dorée , & garnie d'un
Velours rouge Cramoify,
remply de Franges d'or,
avec la couverture brodée
d'or fort richement. Ses
deux Fers eftoient les plus
magnifiques & les plus
beaux qui euffent jamais
paru à Venife. Il fut fuivy
de quatre Gondoles dans
166 MERCURE
lefquelles fe mirent ſes Gentilshommes
, Officiers , Pages
, & Valets de pied . Les
trois premieres de ces quatre
autres Gondoles eftoient
auffi d'une Soulphare dorée,
l'une garnie d'un Velours
noir à ramage , avec une
Crefpine tres-riche , l'autre
d'une Velours Cramoify
auffi à ramages , & la troifiéme
d'un Velours noir tout
uny . La derniere eftoit plus.
commune. Ces cinq Gondoles
avoient chacune quatre
Rameurs vétus dé livrées.
Tous les Gentilshommes
GALANT. 167
du Cortége , & autres des
principaux de la Nation qui
demeurent à Venife , fuivirent
avec leurs Gondoles à
Rames, au nombre de plus
de foixante, M. l'Ambaſſadeur
eftant arrivé à l'Ifle du
Saint Efprit , y fut receu par
les Cordeliers qui l'habi
tent. Ils l'accompagnerent
dans leur Eglife , précedé
de tout fon Cortége , &
aprés qu'il y cut fait la Priere
, ils le conduifirent dans
un appartement préparé &
meublé par ordre de la Republique
, où il receut auſſi168
MERCURE
toft des Complimens de la
part de M. l'Ambaffadeur
d'Efpagne , de la Nonciature
, & du Réfident de Mantouë.
M. le Chevalier Giuftiniani
ayant mis pied à terre en
cette Ifle , avec les foixante
Senateurs , tous en Habits
de cerémonie & venus
chacun
>
dans une Gon-
M.
defcendit
dole à quatre Rames ,
l'Ambaffadeur
dans l'Eglife , à la porte
de laquelle M. Menaut fe
rendit accompagné de trois
Gentilshommes , pour y recevoir
GALANT. 169
en
çevoir ce Chevalier.Il luy fit
un Compliment de peu de
paroles , & M. l'Ambaſſadeur
le voyant paroiftre ,
s'avança jufqu'au milieu de
l'Eglife , où M. le Chevalier
Giuftiniani fe trouva
mefme temps . Les Complimens
furent reciproques, &
M. l'Ambaffadeur répondit
tres - obligeamment à ce que
ce Chevalier luy dit de la
part du Senat. M. de la
Haye, auquel M.Giuftiniani
donna la main , fortit de l'E
glife , fuivy immediatement
du Secretaire de l'Ambaſſa-
Aoust 1685.
P
170 MERCURE
de,avec le premier Senateur,
& du Conful accompagné
d'un autre Senateur, & ainſi
tout le reste du Cortége. Il
monta le premier dans la
Gondole du Chevalier ayant
toûjours la droite , & il n'y
entra aprés eux que le Se
cretaire de la Republique
en Vefte violette . L'Ancien
Senateur fit entrer M.
Menault dans la fienne , où
il luy donna la droite , comme
les autres Senateurs à
tout le Cortége.On ſe rendit
au Palais de M. l'Ambafladeur
, jufque dans la Cham- +
GALANT. 171
bre d'Audience , qui eftoit
garnie d'une Tapiflerie de
Velours Crainoily à fond
d'or tres-riche , avec le Portrait
du Roy fous un Dais
de pareille étoffe . M. le
Chevalier Giuftiniani l'y
complimenta tout de nouveau
, & M. l'Ambaſſadeur
luy répondit avec beaucoup
d'éloquence . Il luy donna
la main , & l'accompagna
hors de la porte de fon Palais
, jufques proche fa Gondole
, fuivy de tous les Senateurs
, & du Cortége dans le
mefme ordre. Les Violons,
Pij
172 MERCURE
&
Trompettes , Haut- Bois ,
Tambours fonnerent en dif
ferens endroits du Palais juf
qu'à quatre heures de nuit , &
pendant cetemps là on diſtribua
quantité de Confitures,
d'Eaux fraifches , & de Liqueurs
à tous ceux qui s'y
trouverent , tant en Mafque
que fans Mafque , fur tout
aux Nobles & Gentilshommes
qui y vinrent en
grand nombre maſquez &
démafquez.
•
Le lendemain 9. Juillet, M.
le Chevalier Giuftiniani &
les Senateurs s'eftant affemGALANT.
173
blez à dix heures du matin
dansl'Eglife de laMadonna del
Horto, proche le Palais de M.
l'Ambaffadeur , envoyerent
le Secretaire de la Republi
que en Vefte violette luy
faire compliment , & prendre
fon heure pour aller à
l'Audience. Il répondit qu'il
eftoit tout preft , & cependant
on fit mettre toute la
Livrée hors le Palais , & le
Cortége devant la Porte.
M. Menault eftoit à la tefte ,
& receut M. Giuftiniani qui
vint par terre , fuivy des Senateurs
deux à deux depuis
Piij
174 MERCURE
F'Eglife jufques au Palais.
Il l'accompagna jufques au
milieu de l'Eſcalier , où M.
l'Ambaffadeur l'ayant receu
, il le conduifit à la
Chambre d'Audience . Aprés
quelques complimens
de part & d'autre
& d'autre , on remonta
en Gondole comme
le jour précedent jufqu'au
Palais de Saint Marc , & l'on
y mir pied à terre à la Piaz-
Zetta. De là aprés avoir tráverfé
la Court du Palais , on
monta l'Eſcalier des Geans ,
& M. l'Ambaffadeur s'étant
rendu à la porte du ColGALANT.
175
lege , elle s'ouvrit , le Doge
& le College eſtant debout.
M. de la Haye ayant fait les
réverences ordinaires , s'affit
à fa droite , & le couvrit .
Il luy preſenta la Lettre du
Roy ; le Doge la donna au
Secretaire de la Republique
pour en faire la lecture,
aprés quoy M. l'Ambaffadeur
fit fa Harangue au Senát
,
& la
prononça
d'une
maniere tres noble. Le Doge
répondit à ce Difcours
en des termes qui mar
quoient une entière vené,
ration pour le Roy , & une
Piiij.
176 MERCURE
eftime particuliere pour la
Perfonne de M. l'Ambaffa
deur , qui fe retira enfuite
toûjours à la droite de M. le
Chevalier Giuftiniani , qui
le conduifit dans fa Gondole
comme auparavant , &
l'accompagna jufques dans
la Chambre d'Audience . Là
s'eftant de nouveau compli
mentez , M. l'Ambaffadeur
luy donna la main , & l'ayant
conduit jufqu'à fa Gondole ,
il falua tous les Senateurs
qui pafferent devant luy en
s'en retournant . Enfuite il
monta en haut fuivy de tous
GALANT 177
les Gentilshommes de fon
Cortége qu'il fit difner
avec luy. Quatre Tables
furent fervies en mefme
temps avec beaucoup de
magnificence. Il y eut quatre
Services , & les Vins &
les Liqueurs ne furent point
épargnez. L'on avoit préparé
dés le matin un grand
Bufet remply d'argenterie
dans le Portique , & de l'au
tre cofté une grande Table
couverte de toute forte de
Fleurs , de Fruits , & de Confitures
à la Françoife . Aprés
le repas , les Violons & au178
MERCURE
tres Inftrumens recommencerent
à jouer , & on diftri
bua à tout le monde des
Eaux , des Liqueurs , & des
Confitures coinine le jour
précedent. La Feſte finit à
quatre heures de nuit fans.
eftre troublée par aucun de… ·
fordre.
M. de la Haye dont je
vous parle a efté plufieurs
années Ambaffadeur au Levant
, & il a continué de fervir
le Roy en plufieurs Négotiations
d'Etat vers les
Princes d'Allemagne . Il ett
Fils de feu M. de la Haye,
GALANT. 179
qui a efté long- temps Ambaffadeur
à Conftantinople
,
& porte Party de deux chaique
Party chevronné
contre - chevronné
d'or
2
>
&
عون
de gueules de feize pieces.
Madame fa Femme doit l'aller
trouver dans peu de
temps . Elle s'appelle Loüife
de Montholon , & eft de
l'Illuftre Famille des Montholons
fi féconde en
grands Hommes , & qui a
pris fon nom de Monthelon
ou Montholon , Bourg de
Bourgogne proche d'Autun.
Elle a donné un Car
>
180 MERCURE
dinal en 1350. fous Clement
VI. deux Gardes des Sceaux
de France fous François I.
& Henry III . plufieurs Préfidens
au Mortier , Confeillers
& Avocats Genéraux
aux Parlemens de Paris & de
Bourgogne, Confeillers d'Etat
, Maiftres des Reque
ftes , & un Ambaffadeur en
Suiffe. Eft eft alliée aux Maifons
de Silly , de Thoulongeon
, d'Aubuffon , de Ganay
, Chartier d'Alainville ,
de Mégrigny , Molé , de
Longueil -Maifons , Chaffebras-
de Cramailles , de Se 2:
+
*
1
1
GALANT. 181
ve , de Bragelongue , & autres
.
par Sa Majefté , pour fucceder
à M. Amelot dans l'Am
baffade de Veniſe , ayant réfolu
de faire fon Entrée publique
le 8. du mois paffé , le
Senat auquel il en fit donner
avis le 27. Juin par M.
Menault, Chanoine de Saint
Aignan d'Orleans , Secretaire
de l'Ambaſſade , députa
M. Jules Affanio Giuftiniani
Chevalier , que nous
avons veu Ambaſſadeur de
la Republique à la Cour de
France , pour aller le rece
voir à l'ile du Saint Efprit,
GALANT. 165
>
avec foixante Senateurs . Ce
jour eftant arrivé , M. l'Ambaffadeur
accompagné de
M. Menault , & du Conful
de toute la Nation , s'embar
qua dans fa premiere Gondole.
Elle eftoit d'une Scul- ◊
pture dorée , & garnie d'un
Velours rouge Cramoify,
remply de Franges d'or,
avec la couverture brodée
d'or fort richement. Ses
deux Fers eftoient les plus
magnifiques & les plus
beaux qui euffent jamais
paru à Venife. Il fut fuivy
de quatre Gondoles dans
166 MERCURE
lefquelles fe mirent ſes Gentilshommes
, Officiers , Pages
, & Valets de pied . Les
trois premieres de ces quatre
autres Gondoles eftoient
auffi d'une Soulphare dorée,
l'une garnie d'un Velours
noir à ramage , avec une
Crefpine tres-riche , l'autre
d'une Velours Cramoify
auffi à ramages , & la troifiéme
d'un Velours noir tout
uny . La derniere eftoit plus.
commune. Ces cinq Gondoles
avoient chacune quatre
Rameurs vétus dé livrées.
Tous les Gentilshommes
GALANT. 167
du Cortége , & autres des
principaux de la Nation qui
demeurent à Venife , fuivirent
avec leurs Gondoles à
Rames, au nombre de plus
de foixante, M. l'Ambaſſadeur
eftant arrivé à l'Ifle du
Saint Efprit , y fut receu par
les Cordeliers qui l'habi
tent. Ils l'accompagnerent
dans leur Eglife , précedé
de tout fon Cortége , &
aprés qu'il y cut fait la Priere
, ils le conduifirent dans
un appartement préparé &
meublé par ordre de la Republique
, où il receut auſſi168
MERCURE
toft des Complimens de la
part de M. l'Ambaffadeur
d'Efpagne , de la Nonciature
, & du Réfident de Mantouë.
M. le Chevalier Giuftiniani
ayant mis pied à terre en
cette Ifle , avec les foixante
Senateurs , tous en Habits
de cerémonie & venus
chacun
>
dans une Gon-
M.
defcendit
dole à quatre Rames ,
l'Ambaffadeur
dans l'Eglife , à la porte
de laquelle M. Menaut fe
rendit accompagné de trois
Gentilshommes , pour y recevoir
GALANT. 169
en
çevoir ce Chevalier.Il luy fit
un Compliment de peu de
paroles , & M. l'Ambaſſadeur
le voyant paroiftre ,
s'avança jufqu'au milieu de
l'Eglife , où M. le Chevalier
Giuftiniani fe trouva
mefme temps . Les Complimens
furent reciproques, &
M. l'Ambaffadeur répondit
tres - obligeamment à ce que
ce Chevalier luy dit de la
part du Senat. M. de la
Haye, auquel M.Giuftiniani
donna la main , fortit de l'E
glife , fuivy immediatement
du Secretaire de l'Ambaſſa-
Aoust 1685.
P
170 MERCURE
de,avec le premier Senateur,
& du Conful accompagné
d'un autre Senateur, & ainſi
tout le reste du Cortége. Il
monta le premier dans la
Gondole du Chevalier ayant
toûjours la droite , & il n'y
entra aprés eux que le Se
cretaire de la Republique
en Vefte violette . L'Ancien
Senateur fit entrer M.
Menault dans la fienne , où
il luy donna la droite , comme
les autres Senateurs à
tout le Cortége.On ſe rendit
au Palais de M. l'Ambafladeur
, jufque dans la Cham- +
GALANT. 171
bre d'Audience , qui eftoit
garnie d'une Tapiflerie de
Velours Crainoily à fond
d'or tres-riche , avec le Portrait
du Roy fous un Dais
de pareille étoffe . M. le
Chevalier Giuftiniani l'y
complimenta tout de nouveau
, & M. l'Ambaſſadeur
luy répondit avec beaucoup
d'éloquence . Il luy donna
la main , & l'accompagna
hors de la porte de fon Palais
, jufques proche fa Gondole
, fuivy de tous les Senateurs
, & du Cortége dans le
mefme ordre. Les Violons,
Pij
172 MERCURE
&
Trompettes , Haut- Bois ,
Tambours fonnerent en dif
ferens endroits du Palais juf
qu'à quatre heures de nuit , &
pendant cetemps là on diſtribua
quantité de Confitures,
d'Eaux fraifches , & de Liqueurs
à tous ceux qui s'y
trouverent , tant en Mafque
que fans Mafque , fur tout
aux Nobles & Gentilshommes
qui y vinrent en
grand nombre maſquez &
démafquez.
•
Le lendemain 9. Juillet, M.
le Chevalier Giuftiniani &
les Senateurs s'eftant affemGALANT.
173
blez à dix heures du matin
dansl'Eglife de laMadonna del
Horto, proche le Palais de M.
l'Ambaffadeur , envoyerent
le Secretaire de la Republi
que en Vefte violette luy
faire compliment , & prendre
fon heure pour aller à
l'Audience. Il répondit qu'il
eftoit tout preft , & cependant
on fit mettre toute la
Livrée hors le Palais , & le
Cortége devant la Porte.
M. Menault eftoit à la tefte ,
& receut M. Giuftiniani qui
vint par terre , fuivy des Senateurs
deux à deux depuis
Piij
174 MERCURE
F'Eglife jufques au Palais.
Il l'accompagna jufques au
milieu de l'Eſcalier , où M.
l'Ambaffadeur l'ayant receu
, il le conduifit à la
Chambre d'Audience . Aprés
quelques complimens
de part & d'autre
& d'autre , on remonta
en Gondole comme
le jour précedent jufqu'au
Palais de Saint Marc , & l'on
y mir pied à terre à la Piaz-
Zetta. De là aprés avoir tráverfé
la Court du Palais , on
monta l'Eſcalier des Geans ,
& M. l'Ambaffadeur s'étant
rendu à la porte du ColGALANT.
175
lege , elle s'ouvrit , le Doge
& le College eſtant debout.
M. de la Haye ayant fait les
réverences ordinaires , s'affit
à fa droite , & le couvrit .
Il luy preſenta la Lettre du
Roy ; le Doge la donna au
Secretaire de la Republique
pour en faire la lecture,
aprés quoy M. l'Ambaffadeur
fit fa Harangue au Senát
,
& la
prononça
d'une
maniere tres noble. Le Doge
répondit à ce Difcours
en des termes qui mar
quoient une entière vené,
ration pour le Roy , & une
Piiij.
176 MERCURE
eftime particuliere pour la
Perfonne de M. l'Ambaffa
deur , qui fe retira enfuite
toûjours à la droite de M. le
Chevalier Giuftiniani , qui
le conduifit dans fa Gondole
comme auparavant , &
l'accompagna jufques dans
la Chambre d'Audience . Là
s'eftant de nouveau compli
mentez , M. l'Ambaffadeur
luy donna la main , & l'ayant
conduit jufqu'à fa Gondole ,
il falua tous les Senateurs
qui pafferent devant luy en
s'en retournant . Enfuite il
monta en haut fuivy de tous
GALANT 177
les Gentilshommes de fon
Cortége qu'il fit difner
avec luy. Quatre Tables
furent fervies en mefme
temps avec beaucoup de
magnificence. Il y eut quatre
Services , & les Vins &
les Liqueurs ne furent point
épargnez. L'on avoit préparé
dés le matin un grand
Bufet remply d'argenterie
dans le Portique , & de l'au
tre cofté une grande Table
couverte de toute forte de
Fleurs , de Fruits , & de Confitures
à la Françoife . Aprés
le repas , les Violons & au178
MERCURE
tres Inftrumens recommencerent
à jouer , & on diftri
bua à tout le monde des
Eaux , des Liqueurs , & des
Confitures coinine le jour
précedent. La Feſte finit à
quatre heures de nuit fans.
eftre troublée par aucun de… ·
fordre.
M. de la Haye dont je
vous parle a efté plufieurs
années Ambaffadeur au Levant
, & il a continué de fervir
le Roy en plufieurs Négotiations
d'Etat vers les
Princes d'Allemagne . Il ett
Fils de feu M. de la Haye,
GALANT. 179
qui a efté long- temps Ambaffadeur
à Conftantinople
,
& porte Party de deux chaique
Party chevronné
contre - chevronné
d'or
2
>
&
عون
de gueules de feize pieces.
Madame fa Femme doit l'aller
trouver dans peu de
temps . Elle s'appelle Loüife
de Montholon , & eft de
l'Illuftre Famille des Montholons
fi féconde en
grands Hommes , & qui a
pris fon nom de Monthelon
ou Montholon , Bourg de
Bourgogne proche d'Autun.
Elle a donné un Car
>
180 MERCURE
dinal en 1350. fous Clement
VI. deux Gardes des Sceaux
de France fous François I.
& Henry III . plufieurs Préfidens
au Mortier , Confeillers
& Avocats Genéraux
aux Parlemens de Paris & de
Bourgogne, Confeillers d'Etat
, Maiftres des Reque
ftes , & un Ambaffadeur en
Suiffe. Eft eft alliée aux Maifons
de Silly , de Thoulongeon
, d'Aubuffon , de Ganay
, Chartier d'Alainville ,
de Mégrigny , Molé , de
Longueil -Maifons , Chaffebras-
de Cramailles , de Se 2:
+
*
1
1
GALANT. 181
ve , de Bragelongue , & autres
.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé à la Reception de M. de la Haye, Ambass. à Venise. [titre d'après la table]
M. de la Haye a été nommé ambassadeur de France à Venise, succédant à M. Amelot. Le 8 juillet, il a informé le Sénat vénitien via M. Menault et a embarqué dans une gondole somptueuse accompagnée de soixante sénateurs, dont M. Jules Asserino Giustiniani, ancien ambassadeur de la République à la cour de France. Le cortège, composé de plusieurs gondoles ornées et de gentilshommes, s'est dirigé vers l'île du Saint-Esprit. À son arrivée, M. de la Haye a été accueilli par les Cordeliers et divers représentants diplomatiques. Le lendemain, M. Giustiniani et les sénateurs ont rendu visite à M. de la Haye pour une audience officielle, puis se sont dirigés au Palais de Saint-Marc. M. de la Haye y a présenté une lettre du roi au Doge, qui a répondu avec vénération et estime. Ensuite, M. de la Haye a prononcé une harangue au Sénat avant de se retirer. Lors d'une visite officielle ultérieure, M. de la Haye, accompagné de M. le Chevalier Giustiniani, a été conduit dans la Chambre d'Audience où il a salué les sénateurs et invité son cortège à dîner. Le repas, servi avec magnificence, comprenait quatre tables, quatre services, et une abondance de vins et liqueurs. Un buffet d'argenterie et une table de fleurs, fruits et confitures françaises avaient été préparés. Après le dîner, des musiciens ont joué et des rafraîchissements ont été distribués, la fête se terminant à quatre heures du matin sans incident. M. de la Haye est l'ancien ambassadeur au Levant et a été impliqué dans plusieurs négociations d'État avec les princes d'Allemagne. Il est le fils de feu M. de la Haye, ancien ambassadeur à Constantinople. Sa femme, Louise de Montholon, appartient à une famille illustre de Bourgogne, connue pour ses grands hommes, dont des gardes des sceaux, présidents au Parlement, conseillers d'État, et un ambassadeur en Suisse. La famille est alliée à plusieurs maisons nobles, telles que Silly, Thoulongeon, Aubusson, et Ganay.
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5099
p. 2073
ESPAGNE.
Début :
Le Roi & la Reine accompagnés du Prince & de la Princesse des Asturies, de l'Infant [...]
Mots clefs :
Roi d'Espagne, Reine d'Espagne
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texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
E Roi & la Reine accompagnés du Prince
& de la Princeffe des Afturies , de l'Infant
Don Carlos, & de l'Infant Don Philippe , partirent
de Cazalla le 20. du mois dernier pour retourner
Seville , où L. M. arriverent le 23. au
foir. L'Infant Don Louis & les Infantes Dona
. Marie Thereſe & Dona Marie Antoinette Ferdinande
, ne partirent de Cazalla que le 22. pour
aller joindre L. M.
Le Roi a nommé le Marquis de Caftellar , Secretaire
d'Etat au département de la Guerre ,
pour fon Ambaffadeur Extraordinaire à la Cour
du Roi T. Ch. & le premier Commis de ce département
fera les fonctions de Secretaire d'Etar
pendant l'Ambaffade de ce Miniftre.
La Flotte de la Nouvelle Efpagne qui partit du
Port de Cadix le 8. d'Août de l'année derniere ,
y arriva de la Vera- Cruz le 18. du mois dernier:
elle eft compofée de trois Vaiffeaux de Guerre &
de 8. Navires Marchands.
On apprend de Seville que L. M. & les Princes
& Princeffes de la Famille Royale jouiffoient
d'une parfaite fanté au Palais de l'Alcaçar , ou
l'Infant Don Louis & les Infantes Dona Marie
Therefe & Dona Marie Antoinette Ferdinande ,
étoient arrivés de Cazalla le 25. du mois dernier.
E Roi & la Reine accompagnés du Prince
& de la Princeffe des Afturies , de l'Infant
Don Carlos, & de l'Infant Don Philippe , partirent
de Cazalla le 20. du mois dernier pour retourner
Seville , où L. M. arriverent le 23. au
foir. L'Infant Don Louis & les Infantes Dona
. Marie Thereſe & Dona Marie Antoinette Ferdinande
, ne partirent de Cazalla que le 22. pour
aller joindre L. M.
Le Roi a nommé le Marquis de Caftellar , Secretaire
d'Etat au département de la Guerre ,
pour fon Ambaffadeur Extraordinaire à la Cour
du Roi T. Ch. & le premier Commis de ce département
fera les fonctions de Secretaire d'Etar
pendant l'Ambaffade de ce Miniftre.
La Flotte de la Nouvelle Efpagne qui partit du
Port de Cadix le 8. d'Août de l'année derniere ,
y arriva de la Vera- Cruz le 18. du mois dernier:
elle eft compofée de trois Vaiffeaux de Guerre &
de 8. Navires Marchands.
On apprend de Seville que L. M. & les Princes
& Princeffes de la Famille Royale jouiffoient
d'une parfaite fanté au Palais de l'Alcaçar , ou
l'Infant Don Louis & les Infantes Dona Marie
Therefe & Dona Marie Antoinette Ferdinande ,
étoient arrivés de Cazalla le 25. du mois dernier.
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Résumé : ESPAGNE.
Le Roi et la Reine d'Espagne, accompagnés du Prince et de la Princesse des Asturies, de l'Infant Don Carlos et de l'Infant Don Philippe, ont quitté Cazalla le 20 du mois précédent pour retourner à Séville, où ils sont arrivés le 23. L'Infant Don Louis et les Infantes Dona Marie Thérèse et Dona Marie Antoinette Ferdinande ont quitté Cazalla le 22 pour rejoindre le Roi et la Reine. Le Roi a nommé le Marquis de Castañar Secrétaire d'État au département de la Guerre et Ambassadeur Extraordinaire à la Cour du Roi Très Chrétien. Le premier commis de ce département assurera les fonctions de Secrétaire d'État pendant l'ambassade de ce ministre. La flotte de la Nouvelle-Espagne, partie du port de Cadix le 8 août de l'année précédente, est revenue à Vera-Cruz le 18 du mois précédent. Elle était composée de trois vaisseaux de guerre et de huit navires marchands. Le 25 du mois précédent, l'Infant Don Louis et les Infantes Dona Marie Thérèse et Dona Marie Antoinette Ferdinande sont arrivés au Palais de l'Alcázar à Séville. Leurs Majestés et les Princes et Princesses de la famille royale jouissaient d'une parfaite santé.
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5100
p. 155
MORTS. des Pays Etrangers.
Début :
LE Prince N. Galitzin, Welt - Maréchal des Troupes Russiennes, mourut [...]
Mots clefs :
Maréchal, Art militaire, Duchesse, Inhumé, Obsèques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS. des Pays Etrangers.
MORTS.
des Pays Etrangers .
·
E Prince N. Galitzin , Welt - Maréchal des
TroupesRussiennes , mourut à Moscou vers
la fin du mois de Novembre dernier , universellement
regretté à cause de sa grande experience
dans l'Art Militaire. C'est à ce Capitaine que le
feu Czar Pierre 1. est redevable d'une grande
partie de ses heureux succès dans la derniere.
guerre contre les Suedois.
Dona Marguerite de Lorraine , Duchesse de
Gadaval , veuve en troisiémes noces du Duc
Don Nuño Alvarés Pereira de Mello , qu'elle avoit
épousé le 25. Juin 1675. mort le 28. Janvier.
1727. mourut à Lisbonne le 16. du mois der .
nier , âgée de 68. ans et 29. jours ; elle étoit fille
de Louis de Lorraine , Comté d'Armagnac ,
Grand - Ecuyer de France. Le corps de cette Princesse
a été inhumé dans l'Eglise du Monastere
Royal de Xabregas , où on lui a fait des obseques
magnifiques , ausquelles les Grands du
Royaume et les Seigneurs de la Cour ont assisté.
des Pays Etrangers .
·
E Prince N. Galitzin , Welt - Maréchal des
TroupesRussiennes , mourut à Moscou vers
la fin du mois de Novembre dernier , universellement
regretté à cause de sa grande experience
dans l'Art Militaire. C'est à ce Capitaine que le
feu Czar Pierre 1. est redevable d'une grande
partie de ses heureux succès dans la derniere.
guerre contre les Suedois.
Dona Marguerite de Lorraine , Duchesse de
Gadaval , veuve en troisiémes noces du Duc
Don Nuño Alvarés Pereira de Mello , qu'elle avoit
épousé le 25. Juin 1675. mort le 28. Janvier.
1727. mourut à Lisbonne le 16. du mois der .
nier , âgée de 68. ans et 29. jours ; elle étoit fille
de Louis de Lorraine , Comté d'Armagnac ,
Grand - Ecuyer de France. Le corps de cette Princesse
a été inhumé dans l'Eglise du Monastere
Royal de Xabregas , où on lui a fait des obseques
magnifiques , ausquelles les Grands du
Royaume et les Seigneurs de la Cour ont assisté.
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Résumé : MORTS. des Pays Etrangers.
Le prince N. Galitzin, maréchal des troupes russes, est décédé à Moscou fin novembre. Il était respecté pour son rôle crucial dans les succès du tsar Pierre Ier contre les Suédois. Dona Marguerite de Lorraine, duchesse de Gadaval, est décédée à Lisbonne à 68 ans. Elle était la fille de Louis de Lorraine et avait épousé le duc Don Nuño Alvarés Pereira de Mello. Ses obsèques ont eu lieu à l'église du monastère royal de Xabregas.
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