MÉMOIRE concernant différens remédes
pour les Maladies Vénériennes.
Par le sieur ROGER DIBON, Chirurgien
ordinaire du ROI dans la
Compagnie des Cent-Suisses de la
Garde de Sa Majesté. A Paris, de
l'Imprimerie de P. A. LE PRIEUR,
Imprimeur du ROI, rue S. Jacques,
1764 ; 24 pages in-8o.
CE Mémoire est intéressant par le double
objet qu'il présente. M. Dibon est
poffefſeur depuis 40 ans d'un reméde
particulier pour la guériſon des Mala-
dies Vénériennes , reméde éprouvé pu-
bliquement à l'Hôtel des Invalides par
les ordres de M. de Breteuil , alors Mi-
niſtre de la Guerre , & dont les ſuccès
ont été récompenſés d'une Penfion du
Rot dont il jouit. Il a vû pendant tout
ce temps bien des remédes anti-véné-
riens avoir une vogue paſſagère & tom-
ber fucceffivement. Lui-même a plus
d'une foisdémontré l'illuſion de la plû-
part. Il propofe aujourd'hui pour la fu-
reté des Citoyens à la merci de tous
ces Charlatans , affez heureux ou affez
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adroits pour s'accréditer , un moyen
bien für de faire le difcernement des
remédes qui ont déja pû ſe produire ,
ou qu'on produira dans la ſuite; c'eſt
de n'en tolérer aucun qui n'ait ſubi l'é-
preuve d'un concours public fait fous
les yeux de l'Académie Royale de
Chirurgie &de la Faculté de Méde-
cine. Il ſeroit même très-important
que ce concours fût ordonné par le
Roi; &fi une Loi ſi néceſſaire pour un
des objetsqui intéreſſent leplus la ſanté
des citoyens avoit lieu ; comme le plus
ancien Méthodiſte il uſeroit, dit-il , de
ſon droitd'aîneſſe pour demander que
ſon reméde fût le premier admis au
concours. Les défis réïtérés qu'il a faits
dans tous les temps aux Charbonnier ,
auxMollée, aux Torrès, à tant d'autres;
les concours qu'il a propoſés , reclamés ,
follicités lui-même , prouvent qu'il a
toujours cet objet préſent , qui a été le
vœu de toute ſa vie. Mais les motifsles
plus puiſſans font venus réveiller fon
zèle , & voici comme il s'exprime : « Je
>>fuis Penſionnaire du Roi depuis un
» grand nombre d'années , & j'aurois
» biendes reproches à me faire ;je croi-
» rois même être obligé à une reftitu-
tion légale , fi par malheurje n'avois
»pas
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>> pas mérité ma penfion. Ainfi me re-
» mettant dans l'état où j'étois il y a
» quarante ans , je me préſente comme
>>un homme qui propoſeroit une nou-
>>velle méthode. En conféquence , je
» me foumets d'avance au concours ,&
» je demande comme une grace de le
» faire commencer par mon reméde ».
Il n'y a point d'objection à faire à une
demande ſi raisonnable & motivée avec
une pareille énergie. Ce qu'il ajoute eſt
encore plus fort.
» Je ſuis avancé dans ma carrière , &
>>voulant m'acquitter s'il eſt poſſible ,
» au moins en partie, avant de mourir ,
>> des bienfaits que j'ai reçus de Sa Ma-
>> jeſté , & de ce que je dois à mes Con-
» toyens , j'ai réſolu de publier mon
» Reméde.
Or comme il ne ſuffit
» pas que je le croye bon , & que
> j'en aye une infinité de preuves ,
>> j'ai pensé que c'étoit le moment d'in-
>>voquer les épreuves publiques que M.
» Aftruc , ou ſon Traducteur , a jugé
» lui-même être la véritable Pierre de
>> touche des Remédes particuliers. Si
>>par les nouvelles épreuves qui feront
>> faites du mien , il ſoutient le plus ri-
>> goureux examen ,je le publierai ſurle
>>champ dans le plus grand détail ; c'eſt
H
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>> l'engagement que je contracte en
»demandant ces épreuves. S'il eſt trou-
vé infuffifant ,je l'abandonne & je
>me foumets à la peine de la fup-
>>preſſion. » Rien de plus précis que
cette déclaration; il l'appuye d'une ré-
fléxion que tout le monde auroit faite.
» On voit , dit-il , que je n'ai plus ici
d'autre intérêt que le bien public ,
> puiſqu'au moment que mon reméde
>> fera jugé tel que je le penſe , je m'en
»défaifis en quelque forte en le pu-
>>>bliant pour le mettre dans la main
>>de tous ceux qui voudront ou ſcau-
>> ront s'en ſervir; ce qui eſt en aban
>donner la poffeffion , ou renorenoncer à
tout le fruit que j'en puis tirer ; &
que fi au contraire il échoue dans les
épreuves qu'il fubira , je m'oblige à
» n'enplus faire aucun uſage.
M. Dibon , à la fin de ſon Mémoire,
invite par des motifs affez preffans
l'Inventeur des Dragées anti-vénérien-
nes , le célébre M. Keyfer , à foumettre
fon reméde au concours , & fon-rai-
fonnement paroît fans replique. » Deux
remédes particuliers pour les Maladies
Vénériennes , le mien & celui de M.
>> Keyfer, ont , dit-il , été récompenfés
par la Cour..... Ainfi pour le bon
éxemple , pour ne laiſſer même ſub-
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> fiſter aucun doute fur la nature de ces
>> deux remédes , & juftifier glorieuſe-
>ment la diſtinction qu'ils ont obte-
>> nue , je crois que ces deux Penfion-
naires du Roi doivent commencer
→ entre eux le concours,& fubordonner
» tous les Jugemens particuliers rendus
» en leur faveur à un ſeul Jugement
>> public qui ne ſouffrira jamais d'at-
»teinte..
On ne peut qu'applaudirau zéle d'un
Praticien qui pour publier un reméde
qu'il croit pouvoir ſuppléer , dans cer-
tains cas , aux frictions , ne demande
que des Sujets , des Témoins , des Juges