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p. 1-76
HISTOIRE toute veritable.
Début :
Dans les Ilsles d'Hieres est scitué entre des rochers [...]
Mots clefs :
Îles d'Hyères, Amant, Vaisseau, Amour, Homme, Soeur, Capitaine, Château, Surprise, Passion, Roman, Chambre, Mariage, Négociant, Gentilhomme, Rochers, Mari, Bonheur, Fortune, Esprit, Fille, Joie, Mérite, Équivoque , Valets, Mer, Maître, Lecteur, Infidélité, Rivage
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE toute veritable.
DAns les Isles d'Hieres
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
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Résumé : HISTOIRE toute veritable.
Le texte décrit une scène dans les Isles d'Hières, où deux sœurs, Lucille et Marianne, se promènent dans une allée d'orangers. Lucille, l'aînée, est belle et admirée, mais triste car son père souhaite la marier à un gentilhomme voisin. Marianne, enjouée, taquine Lucille qui attend le retour de son amant, Leandre. Lucille rêve de Leandre et avoue son amour pour lui, motivé par ses richesses et sa qualité. Marianne obtient de leur père qu'il marie d'abord Marianne, permettant ainsi à Lucille d'attendre Leandre. Quelques jours passent sans nouvelles de Leandre. Un vaisseau accoste près du château après une tempête. Lucille court avertir Leandre, mais découvre qu'un valet demande de l'aide pour son maître, blessé. Marianne, séduite par l'apparence du jeune homme, s'occupe de lui avec zèle. Lors du souper, l'inconnu se révèle être un jeune négociant riche, mais ce n'est pas Leandre. Lucille est triste, tandis que Marianne reste silencieuse, troublée par ses sentiments. Le père, ignorant des tensions, est content de la situation. Marianne, amoureuse du négociant, évite de le regarder pour se punir de son plaisir. Une méprise survient lorsque le père annonce au négociant qu'il souhaite l'épouser. Lucille accepte la situation et se prépare à recevoir le négociant, mais celui-ci, confus, quitte la chambre sans rien dire. Lucille retrouve Leandre chez une voisine. Le négociant, accompagné du capitaine de son vaisseau, révèle qu'il doit repartir aux Indes. Cependant, ils prennent la mer sans prévenir, laissant les sœurs et le père perplexes. Marianne accepte de se marier avec le négociant pour rétablir les affaires de son père. Le mariage est célébré magnifiquement à la fin du mois de septembre. Le négociant, souhaitant annuler son mariage, supplie son ami capitaine de le ramener à l'île. Le capitaine reste inflexible, insistant pour que le négociant réfléchisse à son amour pendant le voyage. Le contrat de mariage est annulé grâce à une somme d'argent versée au gentilhomme. Le mariage entre le négociant et Marianne est finalement célébré.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 77
RÉPONSE, par Monsieur de B..
Début :
De tout temps des fols ou des sots [...]
Mots clefs :
Désirs
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE, par Monsieur de B..
REPONSE,
par Monsieur de B..
De tout temps des fols
ou des sots
Lessouhaits furent l'a-
Pana,!!',
Et les desirs fontles desauts
De l'homme d'esprit (f)
dt4faqe.
par Monsieur de B..
De tout temps des fols
ou des sots
Lessouhaits furent l'a-
Pana,!!',
Et les desirs fontles desauts
De l'homme d'esprit (f)
dt4faqe.
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4
p. 78
RÉPONSE, par Monsieur P...
Début :
Les choses qu'on desire touchent de plus prés [...]
Mots clefs :
Désirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE, par Monsieur P...
REsJFON SE>. ~F.~
Les Les cchhoosseessq.quu'.oonn ddeefsiirree
touchent de plus prés
que celles qu'on souhaites,
les dcllrs sont plus ardents
,
les souhaits plus
tranquiles ; on desire ordinairement
pour soi-même,
& l'on ne fait que
souhaiter pour autruy.
Les Les cchhoosseessq.quu'.oonn ddeefsiirree
touchent de plus prés
que celles qu'on souhaites,
les dcllrs sont plus ardents
,
les souhaits plus
tranquiles ; on desire ordinairement
pour soi-même,
& l'on ne fait que
souhaiter pour autruy.
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5
p. 78-79
AUTRE RÉPONSE, Par Dom Gourmand.
Début :
Il entre plus d'esperance dans les desirs que dans les souhaits. [...]
Mots clefs :
Désirs, Souhaits
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE RÉPONSE, Par Dom Gourmand.
AUTREREPONSE,
Par Dom Gourmand.
Il entre plus d'esperance
dans les desirs que dans
lessouhaits.
Sansespoir on souhaitte un
Royaume, un Empire,
On espere manger un Me.,.
Ion qti"on desire.
Par Dom Gourmand.
Il entre plus d'esperance
dans les desirs que dans
lessouhaits.
Sansespoir on souhaitte un
Royaume, un Empire,
On espere manger un Me.,.
Ion qti"on desire.
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6
p. 79
RÉPONSE, par l'homme reglé.
Début :
Je souhaitte toutes les belles femmes que je voy, je [...]
Mots clefs :
Femmes
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE, par l'homme reglé.
REPONSE,
par l'homme réglé.
Je fouhaitte toutes les
belles femmes que je voy,
je ne desire que la miefine,
& si je ne la desire
gueres.
par l'homme réglé.
Je fouhaitte toutes les
belles femmes que je voy,
je ne desire que la miefine,
& si je ne la desire
gueres.
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7
p. 80
RÉPONSE, Par Hortentius.
Début :
Le malade tout haut desire de guérir, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE, Par Hortentius.
R E'P ON SE,
Par Hortentius.
Le malade tout haut desire
de guérir,
Et souhaitte tout bas de ne
jamaismourir.
REPONSE.
Par Hortentius.
Le malade tout haut desire
de guérir,
Et souhaitte tout bas de ne
jamaismourir.
REPONSE.
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8
p. 80
RÉPONSE.
Début :
L'homme desire à tout moment, [...]
Mots clefs :
Souhaits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE.
REPONSE.
L'homme desire à tout moment,
Il fouhaitte plus rarement ;
Ctest l'esprit qui souhaitte,
C91 le coeur qui desire,
Les desirssontsouffrir, &
les souhaits font rire.
L'homme desire à tout moment,
Il fouhaitte plus rarement ;
Ctest l'esprit qui souhaitte,
C91 le coeur qui desire,
Les desirssontsouffrir, &
les souhaits font rire.
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9
p. 81-82
« Mademoiselle de Scudery parle ainsi : J'ai eu des desirs pour [...] »
Début :
Mademoiselle de Scudery parle ainsi : J'ai eu des desirs pour [...]
Mots clefs :
Ronsard, Rabelais, Mademoiselle de Scudéry
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mademoiselle de Scudery parle ainsi : J'ai eu des desirs pour [...] »
Mademoiselle de Scudery
parle ainsi
: J'ai eu
des desirs pour des choses
que je n'ai point fouhaittées
, parce que ma - raison. s'y opposoit
; les
gens qui veulent être
heureux ne doivent s'abandonner
qu'à des souhaits
; les desirs ne font
que troubler l'ame. Petrone
disoit tout le contraire.
Il n'y a que les
desirs, qui nous rendent
heureux. Ronsart dit au
contraire : Jamais content ne vit le
desireux.
Rabelais dit en Prose
le sens de ces deux Vers
pour fonder la vie heureuse
de l'Abbaye de Teleme.
Et l'on riy fait d'autre absiinence
Zu,e de chagrins & de desirs.
Mais il a tort, car l'abstinence
des desirs est plus
rude que celle de la bonne
chere..
parle ainsi
: J'ai eu
des desirs pour des choses
que je n'ai point fouhaittées
, parce que ma - raison. s'y opposoit
; les
gens qui veulent être
heureux ne doivent s'abandonner
qu'à des souhaits
; les desirs ne font
que troubler l'ame. Petrone
disoit tout le contraire.
Il n'y a que les
desirs, qui nous rendent
heureux. Ronsart dit au
contraire : Jamais content ne vit le
desireux.
Rabelais dit en Prose
le sens de ces deux Vers
pour fonder la vie heureuse
de l'Abbaye de Teleme.
Et l'on riy fait d'autre absiinence
Zu,e de chagrins & de desirs.
Mais il a tort, car l'abstinence
des desirs est plus
rude que celle de la bonne
chere..
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Résumé : « Mademoiselle de Scudery parle ainsi : J'ai eu des desirs pour [...] »
Le texte explore les désirs et leur influence sur le bonheur. Mademoiselle de Scudéry les juge perturbants et préconise des souhaits modérés. Petrone les considère comme source de bonheur, tandis que Ronsard les voit insatisfaits. Rabelais suggère une vie sans désirs ni chagrins, mais le texte note que renoncer aux désirs est plus ardu que renoncer aux plaisirs de la table.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 83-91
RÉPONSE, par ***
Début :
Les meilleurs Autheurs confondent ces deux mots. Les hommes desirent [...]
Mots clefs :
Désirs, Souhaits, Amants, Aimer, Différence, Amour et haine, Ivrogne, Raison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE, par ***
RE'P ONSE,
} par
Les meilleurs Autheurs
confondent ces deux
mots. Les hommes défirent
tant. de choses, qu'il
n'y a presque plus de difserence
entre souhaiter
& desirer.
Vous qui calmie^la vio-
*
lence
De nos desirs impétueux,
Et qui ne pei-rnettiezaux
mortels trop heureux
Que des simples souhaits l'oi-
Jive experience,
O puissante raison,vertueuse
innocence!
Nous quittevous donc
pourJamais ?
Venezôter le voile épais
D'une tropfuneste ignorance
On ne sçait plusladifference
Desviolents desirs aux tranquilles
fou/Jatls.
Il y aune difference entre
une i.unncite femme
& une coquette, que
l'une desire d'être aimée,
& l'autre le souhaite.
Messieurs les diseurs de bons
mots
Par un injusteusage
Confondenttrés mal à propos
La coquette & la fage.
Distinguonséquitablement
Lasage& la coquette;
Celle-ci desire un Amant,
Etl'autre le souhaite.
Un homme qui voit une
jolie femme aux tuilleries
desirede la voir chez elle,
&souhaite qu'elle [çiche
qu'il elt amoureux d'elle;
quand il l'avûechezelle,il
desire luy declarer son amour,&
souhaite d'en être
aimé,quãdillui a declaré
son amour, il desire d'en
être aimé, & souhaited'être
encore plus heureux.
La difference entre
souhaiter ôc desirer est
sensible dans un Héros
de roman;sa passion lui
fait souhaiter ce que sa
ddeliecatesssierl'eemprê.chede foj
Souhaiter ,ceûj rapj
procher par l'imagination
des plaisirsdont les
causes sont éloignées;
c'est se rendre presens les
plaisirspossibles:desirer,
c'est chasserparla convoitise
des plaisirs possibles;
la joüissance des
plaisirs presens.
Le
sage
parfait, s'il
étoit possible,souhaiteroit
toujours, & ne defireroit
jamais. Souhaiter,
c'est proprement faire des
Châteaux en Espagne
,
&
je ne crois pas qu'on se
soit jamais avisé de regretter
le tempsqu'on y
a employé.
Lestranquiles fàuhaitsJOrn
Châteaux en Sjpagne
Que j'ai grand plaisir à
bâtir,
Mon esprit me transporte au
pays de Cocagne,
Et j'y possede tout dans un
heureux loisir:
Ah qu'il me rend un bonofsice!
Mais les impetueux desirs
En renversant mon edifice,
Vinnent m'ôter tous mes
plaisirs.
Si
:•] Si l'on
-
peutsouhaiter
sans desirer, on peut aimer
& n'aimer pas en
même temps. Un paresseux
aime & n'aime pas/-
les gens d'esprit ordinairement
aiment & n'aiment
pas: il n'y a gueres
que les sots qui aiment
,
DU qui haïssent tout à fait;
c'est sur aimer & n'aimer
pas que sont fondez les
reproches & les juttincations
des Amans. Quand
in Amant prouve à sa
Maîtresse. qu'il l'aimepar
eplaisir qu'ilade la voir,
il a raison, c'est aimer :
mais si la Maîtresse lui
reprochequ'il trouve des
plaisirs où elle n'est pas,
elle a raison aussi, c'est
aimer & naimerpas.
Non feulement on peut
aimer & n'aimerpas,
mais on peut encore aimer
& haïr en même
temps.Un misantrope aime
& haïty j'ai lieu de
haïr ma maitresse & je laï
hais en effet: mais sije
me persuade que je ne
l'aime plus, je me trompe;
les retours de cettd*
passion m'apprendront
bientôt que je puis aimer
& haïr en même temps.
Un honnête homme qui
a naturellement du goût
pour le vin, mais qui
craint de s'enyvrer ,
aime
& hait en même temps.
Un yvrogne quand il
commence a senyvrer
aime & n'aime pas.
} par
Les meilleurs Autheurs
confondent ces deux
mots. Les hommes défirent
tant. de choses, qu'il
n'y a presque plus de difserence
entre souhaiter
& desirer.
Vous qui calmie^la vio-
*
lence
De nos desirs impétueux,
Et qui ne pei-rnettiezaux
mortels trop heureux
Que des simples souhaits l'oi-
Jive experience,
O puissante raison,vertueuse
innocence!
Nous quittevous donc
pourJamais ?
Venezôter le voile épais
D'une tropfuneste ignorance
On ne sçait plusladifference
Desviolents desirs aux tranquilles
fou/Jatls.
Il y aune difference entre
une i.unncite femme
& une coquette, que
l'une desire d'être aimée,
& l'autre le souhaite.
Messieurs les diseurs de bons
mots
Par un injusteusage
Confondenttrés mal à propos
La coquette & la fage.
Distinguonséquitablement
Lasage& la coquette;
Celle-ci desire un Amant,
Etl'autre le souhaite.
Un homme qui voit une
jolie femme aux tuilleries
desirede la voir chez elle,
&souhaite qu'elle [çiche
qu'il elt amoureux d'elle;
quand il l'avûechezelle,il
desire luy declarer son amour,&
souhaite d'en être
aimé,quãdillui a declaré
son amour, il desire d'en
être aimé, & souhaited'être
encore plus heureux.
La difference entre
souhaiter ôc desirer est
sensible dans un Héros
de roman;sa passion lui
fait souhaiter ce que sa
ddeliecatesssierl'eemprê.chede foj
Souhaiter ,ceûj rapj
procher par l'imagination
des plaisirsdont les
causes sont éloignées;
c'est se rendre presens les
plaisirspossibles:desirer,
c'est chasserparla convoitise
des plaisirs possibles;
la joüissance des
plaisirs presens.
Le
sage
parfait, s'il
étoit possible,souhaiteroit
toujours, & ne defireroit
jamais. Souhaiter,
c'est proprement faire des
Châteaux en Espagne
,
&
je ne crois pas qu'on se
soit jamais avisé de regretter
le tempsqu'on y
a employé.
Lestranquiles fàuhaitsJOrn
Châteaux en Sjpagne
Que j'ai grand plaisir à
bâtir,
Mon esprit me transporte au
pays de Cocagne,
Et j'y possede tout dans un
heureux loisir:
Ah qu'il me rend un bonofsice!
Mais les impetueux desirs
En renversant mon edifice,
Vinnent m'ôter tous mes
plaisirs.
Si
:•] Si l'on
-
peutsouhaiter
sans desirer, on peut aimer
& n'aimer pas en
même temps. Un paresseux
aime & n'aime pas/-
les gens d'esprit ordinairement
aiment & n'aiment
pas: il n'y a gueres
que les sots qui aiment
,
DU qui haïssent tout à fait;
c'est sur aimer & n'aimer
pas que sont fondez les
reproches & les juttincations
des Amans. Quand
in Amant prouve à sa
Maîtresse. qu'il l'aimepar
eplaisir qu'ilade la voir,
il a raison, c'est aimer :
mais si la Maîtresse lui
reprochequ'il trouve des
plaisirs où elle n'est pas,
elle a raison aussi, c'est
aimer & naimerpas.
Non feulement on peut
aimer & n'aimerpas,
mais on peut encore aimer
& haïr en même
temps.Un misantrope aime
& haïty j'ai lieu de
haïr ma maitresse & je laï
hais en effet: mais sije
me persuade que je ne
l'aime plus, je me trompe;
les retours de cettd*
passion m'apprendront
bientôt que je puis aimer
& haïr en même temps.
Un honnête homme qui
a naturellement du goût
pour le vin, mais qui
craint de s'enyvrer ,
aime
& hait en même temps.
Un yvrogne quand il
commence a senyvrer
aime & n'aime pas.
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Résumé : RÉPONSE, par ***
Le texte distingue les mots 'souhaiter' et 'désirer', souvent confondus. Il explique que les réalisations humaines ont estompé cette différence. La raison et l'innocence vertueuse apaisent les désirs violents, mais l'ignorance les remplace. Par exemple, une femme honnête désire être aimée, tandis qu'une coquette le souhaite. Un homme peut désirer voir une femme chez elle et souhaiter qu'elle sache son amour. Dans un roman, un héros souhaite ce que sa délicatesse lui interdit de désirer. Souhaiter implique d'imaginer des plaisirs possibles, tandis que désirer implique la convoitise de plaisirs présents. Un sage parfait souhaiterait toujours et ne désirerait jamais. Souhaiter est comparé à construire des châteaux en Espagne, une activité plaisante et sans regret. Le texte explore aussi la possibilité d'aimer et de ne pas aimer en même temps, illustrée par des exemples comme le paresseux ou le misanthrope. Ces nuances expliquent les reproches et justifications des amants.
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11
p. 91-93
RÉPONSE par Don Quichote.
Début :
Je suis du pur amour chevalier scrupuleux, [...]
Mots clefs :
Amour, Gourmandise
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE par Don Quichote.
1i E' P O N SE
parDon Quichote.
JEsuis du pur amour
chevalier scru puleux,
Et souhaitant ma Dulcinée
Seulement pour remplir
ma haute destinée
Sans dcfîrs je fuis amoureux
Et je laisse à,Sanch1ot:
desirer sa Theresè.
SANCHOT.
Moy, mon maître, ne
vous deplaise,
Qui n'ay que mon inGtin£
t pour comprendre
les mots,
Je regarde l'amour,,
comme la gourmandise,
Et quand on voit la
napemise,
Souhaiter sans mangea
c'estle repas des sots.
parDon Quichote.
JEsuis du pur amour
chevalier scru puleux,
Et souhaitant ma Dulcinée
Seulement pour remplir
ma haute destinée
Sans dcfîrs je fuis amoureux
Et je laisse à,Sanch1ot:
desirer sa Theresè.
SANCHOT.
Moy, mon maître, ne
vous deplaise,
Qui n'ay que mon inGtin£
t pour comprendre
les mots,
Je regarde l'amour,,
comme la gourmandise,
Et quand on voit la
napemise,
Souhaiter sans mangea
c'estle repas des sots.
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12
p. 100
« J'avois proscrit les Bouts rimez, on m'en redemande, [...] »
Début :
J'avois proscrit les Bouts rimez, on m'en redemande, [...]
Mots clefs :
Bouts-rimés
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texteReconnaissance textuelle : « J'avois proscrit les Bouts rimez, on m'en redemande, [...] »
J'avois proscrit les Bouts
rimez,on m'en redemande,
on en serabien-tôt
las,je les retrancherai,on
veut de tout,onse lassede
tout, celaest naturel, mais
j'avertis que je ne placerai
que les Vers .qui feront
bons, indépendamment
de la contrainte des Bouts
rimez, car nous sommes
dans un Siecle, où la difficulté
d'un Ouvrage n'en
fait point excuser la médiocrité.
rimez,on m'en redemande,
on en serabien-tôt
las,je les retrancherai,on
veut de tout,onse lassede
tout, celaest naturel, mais
j'avertis que je ne placerai
que les Vers .qui feront
bons, indépendamment
de la contrainte des Bouts
rimez, car nous sommes
dans un Siecle, où la difficulté
d'un Ouvrage n'en
fait point excuser la médiocrité.
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13
p. 101
Bouts-rimez, [titre d'après la table]
Début :
flute blute flanc blanc. flame blame blon flon. flete belette [...]
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texteReconnaissance textuelle : Bouts-rimez, [titre d'après la table]
flurl
Vt/PI
flanc
blanc.
flame
blame
blon
flon.
stete
belette
flots
blocs.
Vt/PI
flanc
blanc.
flame
blame
blon
flon.
stete
belette
flots
blocs.
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14
p. 102-103
ENVOY Sur l'Enigme d'Octobre, Par Monsieur Flipe.
Début :
L'Enigme gripe [...]
Mots clefs :
Pipe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENVOY Sur l'Enigme d'Octobre, Par Monsieur Flipe.
ENVOY
Sur l'Enigme d'Octobre,
Par Monsieur Flipe.
L'Enigme gripe
Terriblement,
Dit Aristipe;
C'est le polipe
Du jugement.
Je m'émancipe
Comme un Edipe,
Mais vainement;
Par Aganipe
Musedissipe
L'aveuglement
Qui me constipe
L'entendement.
Lamalepipe
J'y fuis vraiment,
C'est unepipe.
Sur l'Enigme d'Octobre,
Par Monsieur Flipe.
L'Enigme gripe
Terriblement,
Dit Aristipe;
C'est le polipe
Du jugement.
Je m'émancipe
Comme un Edipe,
Mais vainement;
Par Aganipe
Musedissipe
L'aveuglement
Qui me constipe
L'entendement.
Lamalepipe
J'y fuis vraiment,
C'est unepipe.
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15
p. 103-104
ENIGME.
Début :
Quand je n'ay ni poudre ni plomb, [...]
Mots clefs :
Toilette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
Quand je riay ni poudre ni
plomby
Prés de moymamaitresse est
un peu desoeuvrée;
De ma boutique bien parée
Prudemment on cache lefond,
Il est peu de belle grimace ;
On en peut voir pourtant en
mevoyant en face.
Ma maitresse dansson prin- temps Ne me trouve guere importante;
Avec le nombre de ses ans
Près d'elle mon crédit s'augmente
:
Mais ellen'oseplussans rougir
, moy prtfWey
Recevoir sesderniers amants.
Quand je riay ni poudre ni
plomby
Prés de moymamaitresse est
un peu desoeuvrée;
De ma boutique bien parée
Prudemment on cache lefond,
Il est peu de belle grimace ;
On en peut voir pourtant en
mevoyant en face.
Ma maitresse dansson prin- temps Ne me trouve guere importante;
Avec le nombre de ses ans
Près d'elle mon crédit s'augmente
:
Mais ellen'oseplussans rougir
, moy prtfWey
Recevoir sesderniers amants.
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16
p. 105-110
PRESENCE D'ESPRIT D'UNE JEUNE FILLE.
Début :
Quoique cette avanture paroisse fort ordinaire, & qu'on pût [...]
Mots clefs :
Fille, Eau, Bateau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRESENCE D'ESPRIT D'UNE JEUNE FILLE.
PRESENCE D'ESPRIT
D'UNE JEUNE FILLE.
Quoique
cette avanture
paroisse fort ordinaire
& qu'on pût dire en deux
mots que c'est une fille qui
a pensé le noyer ;
il y a
pourtant quelque chose de
si singulier, qu'elle mérite
un petit détail.
On peut rire du peril
quand il eH: passé
; jamais
Nayade, habitante naturelle
des eaux n'y futmoins
embarassée, que la jeune
& jolie Marchande dont
je vais vous parler:Un
petit bateau où elle étoit
ayant été renverse, elle se
trouva dansle milieu de
la plaine liquide qui separe.
le vieux Louvre, du College
des quatre-Nations,
elle portoit dans une de
ses jupes un gros paquet
d'étofes & de coton. Comme
elle vit que. ce gros
ballot lasoûtenoitunpeu,
elle eut la presence d'el:
prit de le grossir encore
avec ses autres jupes, qui
flottoient sur l'eau, & de
le distribuer également
autour d'elle pour en former
un grosbourlet ; au
milieu duquel cette jeune.
fille se tint droite comme
une InfanteEspagnole au
milieu de son vertugadin:
Un sang-froid plus qu'Efpagnol
lui fit conserver son
equilibré, pendant. une
grande demi-heure, avec
une mainquelle tenoit en
l'air, pendant qu'avec l'autre
main elle entretenoit
la forme duvertugadin salutaire.
On a remarqué que
dans un peril si prochain,
elle ne cria que pour faire
des voeux au Ciel, &
pour appellerquelques bâ.
teliers qui accouroient
pourla sauver. Ils la fauverent
en effet, & c'eût
été une vraye perte pour
la gloire du beau sexe;car
les marques qu'elle a données
de son courage font
des préjugez probables
qu'elle se tirera toûjours
glorieusement des occasions
perilleuses,où les
filles perdent quelquefois
la tramontane.
Cette courageuse per-
;sonne se nomme Marie
Aquaire,& elle courut ce
dangerleVendredy 13. Novembre3ssirles
deux heures
après midy.Ce fut la
corde d'un grand batteau
qui l'enleva ôc lajetta dans
l'eau, qui l'emporta plus
de deux cent pas, la Riviere
étoit fort grosse, &
trèsagitée ce jour- là, &
elle fut portée,sans exagerer,
pendant une grosse
demi-heure, & après qu'on
l'eut sauvée, on luy trouva
encore dans la main une
piecede monoye, qu'elle
tenoit dans lebatteau,
aparemment pourpayer le
Battelier,car elle ne sçavoitpasassezlaFable
pour
avoir en vûë le passage de
la Barque à Caron.
D'UNE JEUNE FILLE.
Quoique
cette avanture
paroisse fort ordinaire
& qu'on pût dire en deux
mots que c'est une fille qui
a pensé le noyer ;
il y a
pourtant quelque chose de
si singulier, qu'elle mérite
un petit détail.
On peut rire du peril
quand il eH: passé
; jamais
Nayade, habitante naturelle
des eaux n'y futmoins
embarassée, que la jeune
& jolie Marchande dont
je vais vous parler:Un
petit bateau où elle étoit
ayant été renverse, elle se
trouva dansle milieu de
la plaine liquide qui separe.
le vieux Louvre, du College
des quatre-Nations,
elle portoit dans une de
ses jupes un gros paquet
d'étofes & de coton. Comme
elle vit que. ce gros
ballot lasoûtenoitunpeu,
elle eut la presence d'el:
prit de le grossir encore
avec ses autres jupes, qui
flottoient sur l'eau, & de
le distribuer également
autour d'elle pour en former
un grosbourlet ; au
milieu duquel cette jeune.
fille se tint droite comme
une InfanteEspagnole au
milieu de son vertugadin:
Un sang-froid plus qu'Efpagnol
lui fit conserver son
equilibré, pendant. une
grande demi-heure, avec
une mainquelle tenoit en
l'air, pendant qu'avec l'autre
main elle entretenoit
la forme duvertugadin salutaire.
On a remarqué que
dans un peril si prochain,
elle ne cria que pour faire
des voeux au Ciel, &
pour appellerquelques bâ.
teliers qui accouroient
pourla sauver. Ils la fauverent
en effet, & c'eût
été une vraye perte pour
la gloire du beau sexe;car
les marques qu'elle a données
de son courage font
des préjugez probables
qu'elle se tirera toûjours
glorieusement des occasions
perilleuses,où les
filles perdent quelquefois
la tramontane.
Cette courageuse per-
;sonne se nomme Marie
Aquaire,& elle courut ce
dangerleVendredy 13. Novembre3ssirles
deux heures
après midy.Ce fut la
corde d'un grand batteau
qui l'enleva ôc lajetta dans
l'eau, qui l'emporta plus
de deux cent pas, la Riviere
étoit fort grosse, &
trèsagitée ce jour- là, &
elle fut portée,sans exagerer,
pendant une grosse
demi-heure, & après qu'on
l'eut sauvée, on luy trouva
encore dans la main une
piecede monoye, qu'elle
tenoit dans lebatteau,
aparemment pourpayer le
Battelier,car elle ne sçavoitpasassezlaFable
pour
avoir en vûë le passage de
la Barque à Caron.
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Résumé : PRESENCE D'ESPRIT D'UNE JEUNE FILLE.
Le texte narre l'aventure de Marie Aquaire, une jeune fille dont le petit bateau s'est renversé dans la Seine, entre le vieux Louvre et le Collège des Quatre-Nations. Portant un paquet d'étoffes et de coton, elle a gonflé ses jupes pour créer un bouchon flottant, lui permettant de maintenir son équilibre pendant environ une demi-heure. Marie a conservé son sang-froid, utilisant une main pour faire des vœux et appeler des bateliers à son secours. Ces derniers l'ont sauvée, évitant ainsi une tragédie. L'incident s'est produit le vendredi 13 novembre, vers deux heures de l'après-midi, alors que la rivière était très agitée. Après son sauvetage, une pièce de monnaie destinée à payer le batelier a été retrouvée dans sa main.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 110-112
CHANSON. / LE CARILLON.
Début :
Bon, ban, bon, [...]
Mots clefs :
Carillon, Chanson
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON. / LE CARILLON.
LA Chanson fuivante
n'a jamais
été nottée,quoique je
l'aye faite il ya plus de
vingt ans, j'en ai plusieurs
de ce caractere &
de cette datte,que je
donnerai, car elles réjoüissent
; je n'enferai
plus de si folâtres, parce
que je ne reviendrai
plus à l'âgede vingtcinq
ans. Age second
en idées pareilles,âge
où il m'estéchappétant
d'ouvrages imparfaits,
j'en defavouërois à present
les deffauts, mais
je ne desavouërois pas
ce fond de jeunesse Se
de gayeté qui me les
inspiroitalors, ni cette
vivacité qui ne me permettoit
pas de leur donner
la derniere main.
LE CARILLON.
B On., ban, bon?
Entendez-vousles grosses
Cloches, bon,
ban, bon,
Quand j'entens sonner
sur ce ton -', Jemesouviens toujours
qu'hier
n'a jamais
été nottée,quoique je
l'aye faite il ya plus de
vingt ans, j'en ai plusieurs
de ce caractere &
de cette datte,que je
donnerai, car elles réjoüissent
; je n'enferai
plus de si folâtres, parce
que je ne reviendrai
plus à l'âgede vingtcinq
ans. Age second
en idées pareilles,âge
où il m'estéchappétant
d'ouvrages imparfaits,
j'en defavouërois à present
les deffauts, mais
je ne desavouërois pas
ce fond de jeunesse Se
de gayeté qui me les
inspiroitalors, ni cette
vivacité qui ne me permettoit
pas de leur donner
la derniere main.
LE CARILLON.
B On., ban, bon?
Entendez-vousles grosses
Cloches, bon,
ban, bon,
Quand j'entens sonner
sur ce ton -', Jemesouviens toujours
qu'hier
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Résumé : CHANSON. / LE CARILLON.
L'auteur évoque une chanson composée il y a plus de vingt ans, marquée par la gaieté et la vivacité de sa jeunesse. Il reconnaît les imperfections de ses œuvres de cette époque mais n'en renie pas l'esprit. Le texte se termine par les premiers vers de 'Le Carillon', évoquant le son des cloches et les souvenirs qu'elles suscitent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 113-118
« qu'hier ma femme est morte, [...] »
Début :
qu'hier ma femme est morte, [...]
Mots clefs :
Carillon, Femme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « qu'hier ma femme est morte, [...] »
qu'hier ma femme est
morte,
Le temps n'assoiblitpoint
une douleursiforte,
Elle redoubleace lugubre
fin.
Bony ban, bon.
Pour égayer le bon, ban,
bon,
1 Faisons un autre caril-
'.J Ion"
Carillon duverre,
kliffNa pinte&du flacon:
La pauvre femme elle efl
enterre,
Je l'aimoistant, buvons
pour elle en carillon,
Choquons le verre en cavillon
,
Endoublecarillon.
Tirez, du bon vin, bon,
bien bon,bin bon.
Exerçons - nOUJ su,r ce
jambon,
Ce saucisson n'est-il pas
bien bon,bien bon, bin bon.
Hé tâtons donc de ce dindon,
dindon, din,dan,
aon,din,dan,don, 1 ¿ill,alln,don,
Ma femme elîen terre,
bon,
Ah qu'ilestbon ce carillon.
2. Cou plet.
Bon, ban, bon,
Que ce lugubre jon m'afflige,
bonban, bon.
J'entendoischez moy sur
ceton
Gronder en faux bourdon
la pauvre Mathurine,
Quand pour avoir été
tropgaychez, ma voisine
J'en revenois plustriste à
la maison
Bon,ban,bon.
Elle egayoit son faux
bourdon
Eny mêlantun carillon,
Carillon de femme,
De jalouse, de Démon;
Pour lui laisserchantersa
£Amc Jem'endormois, maiselle
-
prenoit un bâton
Pourme donner du reveillon
En double carillon
, En doublecarillon.
Moy qui fuis bon, bons,
bon, bien bon,
bin bon,
Je souffrois comme un
rurAl mouton
Jusq'uau bâton, fuis-je
pas bti&bon,, bien
hQn) binbon?
Que leCiellui sasse pardon,
, Din9 don, din, dan, don,
Din,dan, don, din, dan,
don :
Mafemme efi en terre,
bon,
Elle afinison carillon.
On donnera au mois
prochain la chanson du
Tabac.
morte,
Le temps n'assoiblitpoint
une douleursiforte,
Elle redoubleace lugubre
fin.
Bony ban, bon.
Pour égayer le bon, ban,
bon,
1 Faisons un autre caril-
'.J Ion"
Carillon duverre,
kliffNa pinte&du flacon:
La pauvre femme elle efl
enterre,
Je l'aimoistant, buvons
pour elle en carillon,
Choquons le verre en cavillon
,
Endoublecarillon.
Tirez, du bon vin, bon,
bien bon,bin bon.
Exerçons - nOUJ su,r ce
jambon,
Ce saucisson n'est-il pas
bien bon,bien bon, bin bon.
Hé tâtons donc de ce dindon,
dindon, din,dan,
aon,din,dan,don, 1 ¿ill,alln,don,
Ma femme elîen terre,
bon,
Ah qu'ilestbon ce carillon.
2. Cou plet.
Bon, ban, bon,
Que ce lugubre jon m'afflige,
bonban, bon.
J'entendoischez moy sur
ceton
Gronder en faux bourdon
la pauvre Mathurine,
Quand pour avoir été
tropgaychez, ma voisine
J'en revenois plustriste à
la maison
Bon,ban,bon.
Elle egayoit son faux
bourdon
Eny mêlantun carillon,
Carillon de femme,
De jalouse, de Démon;
Pour lui laisserchantersa
£Amc Jem'endormois, maiselle
-
prenoit un bâton
Pourme donner du reveillon
En double carillon
, En doublecarillon.
Moy qui fuis bon, bons,
bon, bien bon,
bin bon,
Je souffrois comme un
rurAl mouton
Jusq'uau bâton, fuis-je
pas bti&bon,, bien
hQn) binbon?
Que leCiellui sasse pardon,
, Din9 don, din, dan, don,
Din,dan, don, din, dan,
don :
Mafemme efi en terre,
bon,
Elle afinison carillon.
On donnera au mois
prochain la chanson du
Tabac.
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Résumé : « qu'hier ma femme est morte, [...] »
Le texte décrit la douleur intense du narrateur suite à la mort de sa femme. Sa tristesse persiste et il évoque l'enterrement ainsi que son amour pour elle. Pour tenter de surmonter sa peine, il se tourne vers la nourriture et l'alcool, savourant des mets comme le jambon, le saucisson et le dindon. Il se remémore également une dispute avec sa voisine Mathurine, qui le frappait avec un bâton, mais se décrit malgré tout comme une personne bonne et souffrante. Le narrateur demande pardon pour ses erreurs passées et répète que sa femme est en terre, tout en évoquant le 'carillon'. La chanson se conclut par l'annonce de la publication prochaine de la 'chanson du Tabac'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 119-120
L'AMOUR JUSTIFIÉ. Par Monsieur de ROC***
Début :
Funeste ennemi de la paix, [...]
Mots clefs :
Amour, Cruauté