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5501
p. 176
« La Comédie Françoise prépare, par ordre de la Cour, Momus Fabuliste, Piéce d'un [...] »
Début :
La Comédie Françoise prépare, par ordre de la Cour, Momus Fabuliste, Piéce d'un [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Vaudeville, Fables, Momus
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texteReconnaissance textuelle : « La Comédie Françoise prépare, par ordre de la Cour, Momus Fabuliste, Piéce d'un [...] »
La Comédie Françoife prépare , par ordre
de la Cour , Momus Fabuliste , Piéce d'un
Acte , qui a été repréſentée la premiere fois
en 1720 , avec un ſuccès remarquable. Elle
a été depuis repriſe ; l'Auteur en a retranché
tout ce qui n'eſt plus Vaudeville, & y a
ajouté deux Fables nouvelles. On la vend
chés la Veuve Piſſot , à la defcente du Pont
Neuf.
de la Cour , Momus Fabuliste , Piéce d'un
Acte , qui a été repréſentée la premiere fois
en 1720 , avec un ſuccès remarquable. Elle
a été depuis repriſe ; l'Auteur en a retranché
tout ce qui n'eſt plus Vaudeville, & y a
ajouté deux Fables nouvelles. On la vend
chés la Veuve Piſſot , à la defcente du Pont
Neuf.
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5502
p. 177
« DÈS que la santé du Roi, parfaitement rétablie, lui a permis de monter à cheval, il a [...] »
Début :
DÈS que la santé du Roi, parfaitement rétablie, lui a permis de monter à cheval, il a [...]
Mots clefs :
Roi, Santé, Reine, Metz, Parlement de Metz, Messe, Te Deum, Réjouissances
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texteReconnaissance textuelle : « DÈS que la santé du Roi, parfaitement rétablie, lui a permis de monter à cheval, il a [...] »
Da
E's que la ſanté du Roi , parfaitement rétapermis
de monter à cheval , il a
déclaré qu'il ſe rendroit inceſſamment à la tête de
ſon armée.
La Reine , très- contente d'un Voyage entrepris
avec la plus vive douleur , ſe rendit le 28 Septembre
de Metz à Luneville , où Mesdames de France
étoient arrivées le 23 , & d'où elles ſont parties let
25 , pour retourner à Versailles . Le 24 , le Roi fut
complimenté ſur le rétabliſſement de ſa ſanté par le
Parlement de Merz ; M. de Montholon , Premier
Préſident , portant la parole ; enſuite il rendit en
Corps ſes reſpects à la Reine. Leurs Majestés ,
accompagnées de toute la Cour, allerent le 27 à
l'Egliſe Cathédrale entendre la Meſſe , célébrée par
l'Evêque , & fuivie d'un Te Deum , chanté au bruit
du canon. Le ſoir , toute la Ville fut illuminée ,
ainſi que la Citadelle : un feu d'artifice , vû de l'appartement
du Roi , fut tiré ſur l'Esplanade. Les
éclatantes réjoüiſſances des habitans ont fourni de
nouvelles preuves de leur zéle pour leur Souverain.
E's que la ſanté du Roi , parfaitement rétapermis
de monter à cheval , il a
déclaré qu'il ſe rendroit inceſſamment à la tête de
ſon armée.
La Reine , très- contente d'un Voyage entrepris
avec la plus vive douleur , ſe rendit le 28 Septembre
de Metz à Luneville , où Mesdames de France
étoient arrivées le 23 , & d'où elles ſont parties let
25 , pour retourner à Versailles . Le 24 , le Roi fut
complimenté ſur le rétabliſſement de ſa ſanté par le
Parlement de Merz ; M. de Montholon , Premier
Préſident , portant la parole ; enſuite il rendit en
Corps ſes reſpects à la Reine. Leurs Majestés ,
accompagnées de toute la Cour, allerent le 27 à
l'Egliſe Cathédrale entendre la Meſſe , célébrée par
l'Evêque , & fuivie d'un Te Deum , chanté au bruit
du canon. Le ſoir , toute la Ville fut illuminée ,
ainſi que la Citadelle : un feu d'artifice , vû de l'appartement
du Roi , fut tiré ſur l'Esplanade. Les
éclatantes réjoüiſſances des habitans ont fourni de
nouvelles preuves de leur zéle pour leur Souverain.
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Résumé : « DÈS que la santé du Roi, parfaitement rétablie, lui a permis de monter à cheval, il a [...] »
Le roi, après une amélioration de sa santé, a annoncé son retour imminent auprès de son armée. La reine a voyagé de Metz à Lunéville le 28 septembre, malgré un départ difficile. Les princesses de France étaient à Lunéville du 23 au 25 septembre avant de repartir pour Versailles. Le 24 septembre, le Parlement de Metz a félicité le roi pour son rétablissement, avec M. de Montholon, Premier Président, prenant la parole, puis a présenté ses respects à la reine. Le 27 septembre, le roi et la reine, accompagnés de la cour, ont assisté à une messe et à un Te Deum à la cathédrale, célébrés par l'évêque, avec des salves de canon. En soirée, la ville et la citadelle ont été illuminées, et un feu d'artifice a été tiré sur l'esplanade, visible depuis les appartements royaux. Ces événements ont manifesté l'enthousiasme et la loyauté des habitants envers leurs souverains.
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5503
p. 177
« Le 21 Septembre, le Marquis d'Escoville, Chambellan du Roi de Prusse, apporta au Roi la nouvelle [...] »
Début :
Le 21 Septembre, le Marquis d'Escoville, Chambellan du Roi de Prusse, apporta au Roi la nouvelle [...]
Mots clefs :
Roi de Prusse, Prague, Marquis d'Escoville
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texteReconnaissance textuelle : « Le 21 Septembre, le Marquis d'Escoville, Chambellan du Roi de Prusse, apporta au Roi la nouvelle [...] »
Le 21 Septembre , le Marquis d'Eſcoville , Chama
bellan du Roi de Pruſſe , apporta au Roi la nouvelle
de la priſe de Prague , & une Lettre de Sa M. Pruffienne.
Il fut conduit par le Chevalier de Sainctot,
Introducteur des Ambaſſadeurs .
bellan du Roi de Pruſſe , apporta au Roi la nouvelle
de la priſe de Prague , & une Lettre de Sa M. Pruffienne.
Il fut conduit par le Chevalier de Sainctot,
Introducteur des Ambaſſadeurs .
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5504
p. 178
« Le Baron de Kesselstatt, Grand Prevôt de l'Eglise Métropolitaine de Tréves, & Envoyé de l'Electeur [...] »
Début :
Le Baron de Kesselstatt, Grand Prevôt de l'Eglise Métropolitaine de Tréves, & Envoyé de l'Electeur [...]
Mots clefs :
Trèves, Audience, Envoyé , Baron de Kesselstatt
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texteReconnaissance textuelle : « Le Baron de Kesselstatt, Grand Prevôt de l'Eglise Métropolitaine de Tréves, & Envoyé de l'Electeur [...] »
Le Baron de Keſſelſtatt , Grand Prevôt de l'EgliſeMétropolitaine
de Tréves , & Envoyé de l'Electeur
de ce nom , eut ſon audience de Congé le
23 , conduit par le Chevalier de Sainctor , & le 28 ,
le même Introducteur préſenta à l'audience du
Roi le Marquis Doria , Envoyé Extraordinaire de la
République de Génes , & le Marquis Palavicini
qui partage cette qualité.
de Tréves , & Envoyé de l'Electeur
de ce nom , eut ſon audience de Congé le
23 , conduit par le Chevalier de Sainctor , & le 28 ,
le même Introducteur préſenta à l'audience du
Roi le Marquis Doria , Envoyé Extraordinaire de la
République de Génes , & le Marquis Palavicini
qui partage cette qualité.
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5505
p. 178
« L'armée commandée par le Maréchal de Coigny, investit la Ville de Fribourg du 17 au 20 de Septembre ; [...] »
Début :
L'armée commandée par le Maréchal de Coigny, investit la Ville de Fribourg du 17 au 20 de Septembre ; [...]
Mots clefs :
Maréchal de Coigny, Chevalier de Belle-Isle, Fribourg-en-Brisgau, Château, Commandant, Garnison
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texteReconnaissance textuelle : « L'armée commandée par le Maréchal de Coigny, investit la Ville de Fribourg du 17 au 20 de Septembre ; [...] »
L'armée commandée par le Maréchal de Coigny ,
inveſtit la Ville de Fribourg du 17 au 20de Septembre;
on travailla à détourner la riviere , qui y
pafle.
Le Chevalier de Belle-Ifle , après avoir ſoumis à
l'Empereur le Comté de Nullenbourg & toute la
partie de l'Autriche anterieure , entre le haut Danube
& le Lac de Conftance , a ſubjugué auſſi
Waldshut , l'une des quatre Villes forestieres ; Sicxengen
& Loffenbourg ont éprouvé le même fort.
La Villede Rhinfeldt a ofé ſe défendre & a été
priſe d'affaut . Le Commandant & la garniſon. ſe
font retirés dans un Château ſur le Rhin , toujours
eſtimé imprenable , mais M. le Chevalier de Belle-
Iſle a triomphe à la fois du Château & du Préjugé.
inveſtit la Ville de Fribourg du 17 au 20de Septembre;
on travailla à détourner la riviere , qui y
pafle.
Le Chevalier de Belle-Ifle , après avoir ſoumis à
l'Empereur le Comté de Nullenbourg & toute la
partie de l'Autriche anterieure , entre le haut Danube
& le Lac de Conftance , a ſubjugué auſſi
Waldshut , l'une des quatre Villes forestieres ; Sicxengen
& Loffenbourg ont éprouvé le même fort.
La Villede Rhinfeldt a ofé ſe défendre & a été
priſe d'affaut . Le Commandant & la garniſon. ſe
font retirés dans un Château ſur le Rhin , toujours
eſtimé imprenable , mais M. le Chevalier de Belle-
Iſle a triomphe à la fois du Château & du Préjugé.
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Résumé : « L'armée commandée par le Maréchal de Coigny, investit la Ville de Fribourg du 17 au 20 de Septembre ; [...] »
Du 17 au 20 septembre, l'armée du Maréchal de Coigny assiège Fribourg et détourne une rivière. Le Chevalier de Belle-Isle soumet le Comté de Nullenbourg et des régions autrichiennes. Il conquiert Waldshut, Sixengen, Loffenbourg et prend Rhinfeldt après résistance. Il s'empare aussi d'un château réputé imprenable sur le Rhin.
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5506
p. 178-180
« Le Roi partit de Metz à midi le 29, & après avoir passé par Nancy, où il remarqua les apprêts [...] »
Début :
Le Roi partit de Metz à midi le 29, & après avoir passé par Nancy, où il remarqua les apprêts [...]
Mots clefs :
Roi, Roi de Pologne, Stanislas Leszczynski, Château, Lunéville, Jardin, Cour
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texteReconnaissance textuelle : « Le Roi partit de Metz à midi le 29, & après avoir passé par Nancy, où il remarqua les apprêts [...] »
Le Roi partit de Metz à midi le 29 , & après
avoir paſſé par Nancy , où il remarqua les apprêts
d'une illumination générale & les autres fignes
d'une réjoüiſſance publique , vive & fincere; les
continuelles acclamations des Peuples du Pays
accourus ſur ſon paſſage , garantiſſoient leurs juſtes
ſentimens Le Roi arriva au Château de Luneville
vers les huit heures du ſoir. La façade , tant du
côté de la Ville que du Jardin , étoit magnifiquement
illuminée , & cette illumination marquoit le
deſſein de l'Architecture, qui est très-belle . Le même
goût régnoit dans les illuminations de la grande &
NOVEMBRE. 1744-
t
179
e la petite cour , & même de la cour intérieure.
En entrant dans la Ville , le Roi trouva les deux.
Compagnies desGardes du Corps du Roi de Pologne,
& dans la premiere cour du Château, les Gardes
à pied de ce Prince , qui le reçut ſous le Periſtile,
&le conduiſit dans ſon appartement. Il y étoit
attendu par la Reine , & la Reine de Pologne. Les
cris de Vive le Roi , ſe renouvelloient ſans ceſſe ,
&durerent juſqu'au coucher de Sa Majesté. Elle
ſoupa ſeule ,& des tables abondantes , & cependant
délicates , furent ſervies pour la Cour dans
l'appartement. Le ſoir ,la Ville fut totalement illus,
minée, & la Terraſſe du Château fut éclairée par
les fuſées qu'on y prodigua.
Le 30 , le Roi alla le matin voir un petit Bâtiment
àlaChinoiſe , nommé le Kiofc. Le Roi de Pologne
l'a fait conſtruire , pour éviter les grandes chaleurs,
&pour cet effet il eſt rempli de Jets-d'Eau & de
Caſcades. Leurs Majeſtés dînerent avec le Roi &
la Reine de Pologne , dans le grand Cabinet de
l'appartement qu'occupe la Reine. A trois heures
le Roi alla à cheval àChanheux , Maiſon de Plaiſance
du Roi de Pologne , ſituée au bout de la
grande allée du Jardin ; il y a un Salon admirable..
LeRoi ſe promena dans les Jardins , & vit la Cafcade
qui eſt à la tête du Canal , qui bordele Jardin.
C'eſtun embelliſſement ajouté par le Roi de Polo
gne ; c'eſt là qu'on s'arrête avec plaifir , pour confiderer
ce qu'on appelle les Rochers. C'eſt un 'Ta.
bleau mouvant , repréſentant un Village , où des
figures de grandeur naturelle prennent differentes
attitudes , par le moyen de l'Eau qui les fait
agir. :
L'après midi , la Reine aſſiſta à la Comédie , &.
le ſoir, leRoi ſoupa ſeul. Les Dames du Palais de la
Reine eurent l'honneur de manger avec elle.
130 MERCURE DE FRANCE.
Celles de la Reine de Pologne y furent admiſes ,
leur Princeſſe étant indiſpoſée.
Le Roi , après avoir paflé à l'appartement de cette
Reine , alla ſe promener le long du Canal , & voir
une petite Maiſon du Roi de Pologne , appellée Jo..
livet. On a changé un Marais bourbeux , qui l'au.
roit environnée , en de très-agréables Jardins. Le
Roi , en partant de Luneville , a fait la revue de la
Gendarmerie près de Chanheux , & y a dîné ; il a
couché à Saarburg. Pendant le ſéjour du Roi à Luneville
, le Roi & la Reine de Pologne lui ontprouц-
vé par les témoignages les plus éclatans , la fatisfaction
infinie que leur cauſoit ſa préſence.
Le Roi de Pologne a nommé le Maréchal de
Belle- Ifle , Lieutenant Général au Gouvernement
de la Lorraine.
avoir paſſé par Nancy , où il remarqua les apprêts
d'une illumination générale & les autres fignes
d'une réjoüiſſance publique , vive & fincere; les
continuelles acclamations des Peuples du Pays
accourus ſur ſon paſſage , garantiſſoient leurs juſtes
ſentimens Le Roi arriva au Château de Luneville
vers les huit heures du ſoir. La façade , tant du
côté de la Ville que du Jardin , étoit magnifiquement
illuminée , & cette illumination marquoit le
deſſein de l'Architecture, qui est très-belle . Le même
goût régnoit dans les illuminations de la grande &
NOVEMBRE. 1744-
t
179
e la petite cour , & même de la cour intérieure.
En entrant dans la Ville , le Roi trouva les deux.
Compagnies desGardes du Corps du Roi de Pologne,
& dans la premiere cour du Château, les Gardes
à pied de ce Prince , qui le reçut ſous le Periſtile,
&le conduiſit dans ſon appartement. Il y étoit
attendu par la Reine , & la Reine de Pologne. Les
cris de Vive le Roi , ſe renouvelloient ſans ceſſe ,
&durerent juſqu'au coucher de Sa Majesté. Elle
ſoupa ſeule ,& des tables abondantes , & cependant
délicates , furent ſervies pour la Cour dans
l'appartement. Le ſoir ,la Ville fut totalement illus,
minée, & la Terraſſe du Château fut éclairée par
les fuſées qu'on y prodigua.
Le 30 , le Roi alla le matin voir un petit Bâtiment
àlaChinoiſe , nommé le Kiofc. Le Roi de Pologne
l'a fait conſtruire , pour éviter les grandes chaleurs,
&pour cet effet il eſt rempli de Jets-d'Eau & de
Caſcades. Leurs Majeſtés dînerent avec le Roi &
la Reine de Pologne , dans le grand Cabinet de
l'appartement qu'occupe la Reine. A trois heures
le Roi alla à cheval àChanheux , Maiſon de Plaiſance
du Roi de Pologne , ſituée au bout de la
grande allée du Jardin ; il y a un Salon admirable..
LeRoi ſe promena dans les Jardins , & vit la Cafcade
qui eſt à la tête du Canal , qui bordele Jardin.
C'eſtun embelliſſement ajouté par le Roi de Polo
gne ; c'eſt là qu'on s'arrête avec plaifir , pour confiderer
ce qu'on appelle les Rochers. C'eſt un 'Ta.
bleau mouvant , repréſentant un Village , où des
figures de grandeur naturelle prennent differentes
attitudes , par le moyen de l'Eau qui les fait
agir. :
L'après midi , la Reine aſſiſta à la Comédie , &.
le ſoir, leRoi ſoupa ſeul. Les Dames du Palais de la
Reine eurent l'honneur de manger avec elle.
130 MERCURE DE FRANCE.
Celles de la Reine de Pologne y furent admiſes ,
leur Princeſſe étant indiſpoſée.
Le Roi , après avoir paflé à l'appartement de cette
Reine , alla ſe promener le long du Canal , & voir
une petite Maiſon du Roi de Pologne , appellée Jo..
livet. On a changé un Marais bourbeux , qui l'au.
roit environnée , en de très-agréables Jardins. Le
Roi , en partant de Luneville , a fait la revue de la
Gendarmerie près de Chanheux , & y a dîné ; il a
couché à Saarburg. Pendant le ſéjour du Roi à Luneville
, le Roi & la Reine de Pologne lui ontprouц-
vé par les témoignages les plus éclatans , la fatisfaction
infinie que leur cauſoit ſa préſence.
Le Roi de Pologne a nommé le Maréchal de
Belle- Ifle , Lieutenant Général au Gouvernement
de la Lorraine.
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Résumé : « Le Roi partit de Metz à midi le 29, & après avoir passé par Nancy, où il remarqua les apprêts [...] »
Le 29 novembre 1744, le Roi quitta Metz pour Lunéville, où il fut accueilli par des illuminations et des réjouissances publiques. À son arrivée au château de Lunéville, il fut reçu par le Roi de Pologne, la Reine et la Reine de Pologne. La ville fut illuminée et des fusées éclairèrent la terrasse du château. Le 30 novembre, le Roi visita le Kiofc, un bâtiment à la chinoise, et dîna avec le Roi et la Reine de Pologne. L'après-midi, il se promena à Chanheux, une maison de plaisance, et admira une cascade. La Reine assista à une comédie, et le Roi soupa seul. Le Roi se promena ensuite le long du canal et visita la maison Jolivet. Avant de partir, il passa en revue la gendarmerie près de Chanheux et dîna sur place avant de coucher à Saarbourg. Durant son séjour, le Roi et la Reine de Pologne exprimèrent leur satisfaction de sa présence.
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5507
p. 180
« Le Roi, après avoir passé le nuit à Saarburg, où il avoit été reçû à la premiere Barriere par le Marquis [...] »
Début :
Le Roi, après avoir passé le nuit à Saarburg, où il avoit été reçû à la premiere Barriere par le Marquis [...]
Mots clefs :
Roi, Saverne, Coadjuteur de Strasbourg, Prince de Soubise, Cardinal de Rohan
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texteReconnaissance textuelle : « Le Roi, après avoir passé le nuit à Saarburg, où il avoit été reçû à la premiere Barriere par le Marquis [...] »
Le Roi , après avoir paſſé la nuit à Saarburg , où
il avoit été reçû à la premiere Barriere par le MarquisdeChalmaſel
, Gouverneur de cette Place , en
partit le lendemain , traverſa Phalfbourg , & fe
rendit à Saverne à deux heures &demie après midi,
LeCardinal de Rohan , accompagné du Coadjuteur
de Strasbourg & du Prince de Soubiſe , reçut Sa
Majeſté à la deſcente de ſon caroſſe . Les acclamations
vives & redoublées du Peuple , qui remplifſoit
le Veſtibule , conduifirent le Roi juſques dans le
fuperbe appartement qui lui étoit préparé , appartement
digne de la beauté du Château & des Jardins.
Ily eut une très grande & très-brillante illu.
mination , qui plût infiniment au Roi , & aux Spectateurs
nombreux qui l'applaudirent. Le Cardinal
de Rohan , connu par fon efprit & fon goût ſupérieur
, qui gouverne toujours fa magnificence , les
a fignalés dans l'occaſion la plus flateuſe pour fon
coeur. Il a fervi le Roi à ſes repas , & il a été quelquefois
remplacé par le Coadjuteur de Strasbourg
&par le Prince de Soubiſe.
il avoit été reçû à la premiere Barriere par le MarquisdeChalmaſel
, Gouverneur de cette Place , en
partit le lendemain , traverſa Phalfbourg , & fe
rendit à Saverne à deux heures &demie après midi,
LeCardinal de Rohan , accompagné du Coadjuteur
de Strasbourg & du Prince de Soubiſe , reçut Sa
Majeſté à la deſcente de ſon caroſſe . Les acclamations
vives & redoublées du Peuple , qui remplifſoit
le Veſtibule , conduifirent le Roi juſques dans le
fuperbe appartement qui lui étoit préparé , appartement
digne de la beauté du Château & des Jardins.
Ily eut une très grande & très-brillante illu.
mination , qui plût infiniment au Roi , & aux Spectateurs
nombreux qui l'applaudirent. Le Cardinal
de Rohan , connu par fon efprit & fon goût ſupérieur
, qui gouverne toujours fa magnificence , les
a fignalés dans l'occaſion la plus flateuſe pour fon
coeur. Il a fervi le Roi à ſes repas , & il a été quelquefois
remplacé par le Coadjuteur de Strasbourg
&par le Prince de Soubiſe.
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Résumé : « Le Roi, après avoir passé le nuit à Saarburg, où il avoit été reçû à la premiere Barriere par le Marquis [...] »
Le roi, après une nuit à Saarburg chez le Marquis de Chalmasel, se rendit à Saverne. Il y fut accueilli par le Cardinal de Rohan, le Coadjuteur de Strasbourg et le Prince de Soubise. À son arrivée, le roi fut acclamé par le peuple et conduit à son appartement au château. Une illumination grandiose, organisée par le Cardinal de Rohan, fut appréciée par le roi et les spectateurs. Le Cardinal de Rohan, connu pour son esprit et son goût, servit le roi lors de ses repas, parfois assisté par le Coadjuteur de Strasbourg et le Prince de Soubise.
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5508
p. 181
« Le cinq Octobre, Sa Majesté partit de Saverne pour se rendre à Strasbourg ; on a décrit dans le [...] »
Début :
Le cinq Octobre, Sa Majesté partit de Saverne pour se rendre à Strasbourg ; on a décrit dans le [...]
Mots clefs :
Strasbourg, Sa Majesté, Baron, Maréchal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le cinq Octobre, Sa Majesté partit de Saverne pour se rendre à Strasbourg ; on a décrit dans le [...] »
Le cinq Octobre , Sa Majesté partit de Saverne
pour ſe rendre à Strasbourg , on a décrit dans le
Volume précédent la reception qui fut faite à Sa
Majesté dans cette Ville.
Le ſept , le Roi reçut la félicitation du Duc de
deWirtemberg par le Baron de Walbrum , Grand
Maréchal de ce Prince.
Le même jour & pour le même ſujet , il fut complimenté
de la part du Margrave de Bade Baden ,
parle Comte de Truchſes de Wolfegg , aufli Maréchal
de la Cour de ce Margrave .
Le neuf, il fut encore félicité par le Baron de
Meternich , envoyé par l'Electeur de Cologne ;
par le Baron d'Ingelheim , envoyé par l'Electeur
deMayence , & par le Baron d'Elts, envoyé par l'Evêque
de Spire : ce fut dans ce jour qu'il fut informé
par le Marquis de Bifly, Maréchal de Camp ,
dépêché par le Prince de Conty , du ſuccès avantageux
obtenu le 30 Septembre par l'armée de France&
d'Eſpagne fur celle du Roi de Sardaigne.
pour ſe rendre à Strasbourg , on a décrit dans le
Volume précédent la reception qui fut faite à Sa
Majesté dans cette Ville.
Le ſept , le Roi reçut la félicitation du Duc de
deWirtemberg par le Baron de Walbrum , Grand
Maréchal de ce Prince.
Le même jour & pour le même ſujet , il fut complimenté
de la part du Margrave de Bade Baden ,
parle Comte de Truchſes de Wolfegg , aufli Maréchal
de la Cour de ce Margrave .
Le neuf, il fut encore félicité par le Baron de
Meternich , envoyé par l'Electeur de Cologne ;
par le Baron d'Ingelheim , envoyé par l'Electeur
deMayence , & par le Baron d'Elts, envoyé par l'Evêque
de Spire : ce fut dans ce jour qu'il fut informé
par le Marquis de Bifly, Maréchal de Camp ,
dépêché par le Prince de Conty , du ſuccès avantageux
obtenu le 30 Septembre par l'armée de France&
d'Eſpagne fur celle du Roi de Sardaigne.
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Résumé : « Le cinq Octobre, Sa Majesté partit de Saverne pour se rendre à Strasbourg ; on a décrit dans le [...] »
Du 5 au 9 octobre, le Roi voyagea de Saverne à Strasbourg. Il reçut des félicitations du Duc de Wurtemberg, du Margrave de Bade-Baden, de l'Électeur de Cologne, de l'Électeur de Mayence et de l'Évêque de Spire. Le Marquis de Bifly annonça une victoire française et espagnole contre le Roi de Sardaigne le 30 septembre.
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5509
p. 181
« Le Prince d'Ardore, Ambassadeur du Roi des deux Siciles, a célébré à Metz la Convalescence [...] »
Début :
Le Prince d'Ardore, Ambassadeur du Roi des deux Siciles, a célébré à Metz la Convalescence [...]
Mots clefs :
Prince d'Ardore, Giacomo Francesco Milano Franco d'Aragona, Metz, Fête
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texteReconnaissance textuelle : « Le Prince d'Ardore, Ambassadeur du Roi des deux Siciles, a célébré à Metz la Convalescence [...] »
Le Prince d'Ardore , Ambaſſadeur du Roi des/
deux Siciles , a célébré à Metz la Convalefcence
du Roi le 20 Septembre par une Fête remarquable.
deux Siciles , a célébré à Metz la Convalefcence
du Roi le 20 Septembre par une Fête remarquable.
Fermer
5510
p. 181-183
« Enfin le dix Octobre, le Roi partit de Strasbourg, s'arrêta à Sellestatt, d'où il se rendit le lendemain [...] »
Début :
Enfin le dix Octobre, le Roi partit de Strasbourg, s'arrêta à Sellestatt, d'où il se rendit le lendemain [...]
Mots clefs :
Roi, Fribourg-en-Brisgau, Ordres, Maréchal de Coigny, Châteaux, Siège, Attaque, Capitulation, Reine de Hongrie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Enfin le dix Octobre, le Roi partit de Strasbourg, s'arrêta à Sellestatt, d'où il se rendit le lendemain [...] »
Enfin le dix Octobre , le Roi partit de Strasbourg
, s'arrêta à Selleftatt , d'où il ſe rendit le lendemain
à ſon Quartier devant Fribourg. Le Maréchal
de Coigny rendit compte au Roi de la fituationdesOuvrages
du Siége.
Le onze , le Roi examina très-attentivement le,
front de l'attaque , la tranchée & les progrès des
travaux , & Sa Majesté décida judicieuſement qu'on
borneroit l'attaque aux deux faces du Baſtion da
Roi , & aux deux demi-Lunes qui font à côté . Elle
s'est fait rendre compte chaque jour des operations
du Siége , & a donné ſes Ordres en conféquence.
1. Vol. I
182 MERCURE DE FRANCE.
Ces opérations ont eſſuyé bien des obſtacles , nonſeulement
de la part des Affiégés , dont la vigoureuſe
réſiſtance a redoublé la gloire des Affliégeans ;
mais encore de la part de la nature ,qui a oppoſé au
courage & à la prudence , des pluyes , des fontes
de neige& des inondations de la riviere de Traiſane.
Malgré toutes ces difficultés , qu'on croyoit infurmontables
, cette forte Place s'eſt rendue au Roi le
6 de Novembre. La valeur , qui l'a défenduë , a faic
un honneur infini à celle qui l'a attaquée.
On eſt convenu par laCapitulation , que la Ville
feroit remiſe le 7 de ce mois au Roi avec l'artillerie
& les munitions de guerre & de bouche qui s'y
trouvoient ; que les malades & les bleſſés ſeroient
prifonniers de guerre ; que le ſurplus de la garniſon
ſe retireroit dans les Châteaux , entre leſquels & la
Ville il y auroit une Suſpenſion d'armes de 15
jours , pour attendre le retour d'un courier que le
Gouveineur devoit envoyer à Vienne , afin de rece.
voir les Ordres de la Reine de Hongrie par rapport
aux Châteaux. Cette Capitulation fut exécutée
le 7.
S. M. fit partir le 6 au ſoir le Duc de Pecquigny,
un de ſes Aides de Camp , pour porter cette nouvelle
à la Reine & à Monſeigneur le Dauphin.
Les troupes qui formoient la garniſon de Fribourg,
s'étant retirées le 7 dans les Châteaux, comane
cela avoit été réglé , les Régimens que le Roi
avoit deſtinés à la garde de cette Place , y entrerent
vers les cinq heures du ſoir.
Le Roi ſe rendit au Camp ſous cette Ville le len.
demain , & il dîna chés le Maréchal de Coigny ,
auquel il donna ſes Ordres fur ce qu'il conviendroit
de faire , ſelon le parti que le Gouverneur de Fribourg
pourroit prendre par rapport aux Châteaux ,
lorſque lec ourier qu'il a dépêché àVienne lui au
NOVEMBRE. 1744. 183
roit rapporté les Ordres de la Reine de Hongrie.
, s'arrêta à Selleftatt , d'où il ſe rendit le lendemain
à ſon Quartier devant Fribourg. Le Maréchal
de Coigny rendit compte au Roi de la fituationdesOuvrages
du Siége.
Le onze , le Roi examina très-attentivement le,
front de l'attaque , la tranchée & les progrès des
travaux , & Sa Majesté décida judicieuſement qu'on
borneroit l'attaque aux deux faces du Baſtion da
Roi , & aux deux demi-Lunes qui font à côté . Elle
s'est fait rendre compte chaque jour des operations
du Siége , & a donné ſes Ordres en conféquence.
1. Vol. I
182 MERCURE DE FRANCE.
Ces opérations ont eſſuyé bien des obſtacles , nonſeulement
de la part des Affiégés , dont la vigoureuſe
réſiſtance a redoublé la gloire des Affliégeans ;
mais encore de la part de la nature ,qui a oppoſé au
courage & à la prudence , des pluyes , des fontes
de neige& des inondations de la riviere de Traiſane.
Malgré toutes ces difficultés , qu'on croyoit infurmontables
, cette forte Place s'eſt rendue au Roi le
6 de Novembre. La valeur , qui l'a défenduë , a faic
un honneur infini à celle qui l'a attaquée.
On eſt convenu par laCapitulation , que la Ville
feroit remiſe le 7 de ce mois au Roi avec l'artillerie
& les munitions de guerre & de bouche qui s'y
trouvoient ; que les malades & les bleſſés ſeroient
prifonniers de guerre ; que le ſurplus de la garniſon
ſe retireroit dans les Châteaux , entre leſquels & la
Ville il y auroit une Suſpenſion d'armes de 15
jours , pour attendre le retour d'un courier que le
Gouveineur devoit envoyer à Vienne , afin de rece.
voir les Ordres de la Reine de Hongrie par rapport
aux Châteaux. Cette Capitulation fut exécutée
le 7.
S. M. fit partir le 6 au ſoir le Duc de Pecquigny,
un de ſes Aides de Camp , pour porter cette nouvelle
à la Reine & à Monſeigneur le Dauphin.
Les troupes qui formoient la garniſon de Fribourg,
s'étant retirées le 7 dans les Châteaux, comane
cela avoit été réglé , les Régimens que le Roi
avoit deſtinés à la garde de cette Place , y entrerent
vers les cinq heures du ſoir.
Le Roi ſe rendit au Camp ſous cette Ville le len.
demain , & il dîna chés le Maréchal de Coigny ,
auquel il donna ſes Ordres fur ce qu'il conviendroit
de faire , ſelon le parti que le Gouverneur de Fribourg
pourroit prendre par rapport aux Châteaux ,
lorſque lec ourier qu'il a dépêché àVienne lui au
NOVEMBRE. 1744. 183
roit rapporté les Ordres de la Reine de Hongrie.
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Résumé : « Enfin le dix Octobre, le Roi partit de Strasbourg, s'arrêta à Sellestatt, d'où il se rendit le lendemain [...] »
Le 10 octobre, le roi quitta Strasbourg et rejoignit son quartier devant Fribourg. Le maréchal de Coigny l'informa de la situation des ouvrages du siège. Le 11 octobre, le roi inspecta les travaux et décida de concentrer l'attaque sur deux faces du bastion du Roi et deux demi-lunes adjacentes. Les opérations furent compliquées par les défenseurs de la ville et des conditions naturelles telles que les pluies, la fonte des neiges et les inondations de la rivière de Traisane. Malgré ces obstacles, Fribourg se rendit le 6 novembre. La capitulation prévoyait la remise de la ville au roi le 7 novembre avec son artillerie et ses munitions, les malades et blessés devenant prisonniers de guerre, et le retrait du reste de la garnison dans les châteaux avec une suspension d'armes de 15 jours. Le duc de Pecquigny annonça la nouvelle à la reine et au dauphin. Le 7 novembre, les troupes de la garnison se retirèrent dans les châteaux, remplacées par les régiments du roi. Le roi se rendit ensuite au camp sous la ville et dîna chez le maréchal de Coigny, lui donnant des instructions pour les décisions futures concernant les châteaux.
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5511
p. 183
« On chanta le 27 Septembre dernier, dans l'Eglise Royale & Collégiale de Moissac en Quercy, dont [...] »
Début :
On chanta le 27 Septembre dernier, dans l'Eglise Royale & Collégiale de Moissac en Quercy, dont [...]
Mots clefs :
Église, Moissac, Messe, Te Deum, Pauvres, Illumination
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texteReconnaissance textuelle : « On chanta le 27 Septembre dernier, dans l'Eglise Royale & Collégiale de Moissac en Quercy, dont [...] »
On chanta le 27 Septembre dernier , dans l'Eglife
Royale & Collégiale de Moiffac en Quercy , dont
M. le Duc de Biron eſt Abbé,une Meſſe ſolemnelle
& un Te Deum , en grande Muſique , en actions de
graces de la Convalefcence du Roi ; on fit enſuite
une diftribution d'argent conſidérable aux Pauvres ,
qui s'y rendirent en foule , & les Pauvres honteux
ne furent pas oubliés. Le ſoir , il y eut une belle
illumination ſur le Frontispice de cette Eglife , &
on y tira une grande quantité de fufées juſqu'à la
pointedu jour.
Royale & Collégiale de Moiffac en Quercy , dont
M. le Duc de Biron eſt Abbé,une Meſſe ſolemnelle
& un Te Deum , en grande Muſique , en actions de
graces de la Convalefcence du Roi ; on fit enſuite
une diftribution d'argent conſidérable aux Pauvres ,
qui s'y rendirent en foule , & les Pauvres honteux
ne furent pas oubliés. Le ſoir , il y eut une belle
illumination ſur le Frontispice de cette Eglife , &
on y tira une grande quantité de fufées juſqu'à la
pointedu jour.
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Résumé : « On chanta le 27 Septembre dernier, dans l'Eglise Royale & Collégiale de Moissac en Quercy, dont [...] »
Le 27 septembre, une messe et un Te Deum ont été célébrés à Moissac pour remercier la convalescence du roi. L'abbé, le Duc de Biron, a supervisé ces cérémonies. Des aumônes ont été distribuées aux pauvres et aux nécessiteux discrets. Le soir, l'église a été illuminée avec des feux d'artifice jusqu'à l'aube.
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5512
p. 183
« Le trente-un Octobre, veille de la Fête de tous les Saints, la Reine entendit la Messe dans la [...] »
Début :
Le trente-un Octobre, veille de la Fête de tous les Saints, la Reine entendit la Messe dans la [...]
Mots clefs :
Reine, Messe, Chapelle, Vêpres
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texteReconnaissance textuelle : « Le trente-un Octobre, veille de la Fête de tous les Saints, la Reine entendit la Messe dans la [...] »
Le trente- un Octobre , veille de la Fête de tous
les Saints , la Reine entendit la Meſſe dans la
Chapelle du Château de Versailles , & S. M. communia
par les mains de l'Archevêque de Rouen ,
fon Grand Aumônier.
La Reine , accompagnée de Mesdames de France
, aſſiſta l'après midi dans la même Chapelle aux
premieres Vêpres , qui furent chantées par la Mufique.
Le premier de ce mois , jour de la Fête, la Reine ,
accompagnée de Monſeigneur le Dauphin & de
Meſdames de France , entendit la grande Meſſe ,
célébrée par l'Abbé Broſſeau , Chapelain ordinaire
de la Chapelle de Muſique.
Le même jour , S. M. accompagnée comme le
matin , aſſiſta à la Prédication du Pere de Beauvais
, de la Compagnie de Jeſus , & aux Vêpres.
La Reine entendit enſuite les Vêpres des Morts.
les Saints , la Reine entendit la Meſſe dans la
Chapelle du Château de Versailles , & S. M. communia
par les mains de l'Archevêque de Rouen ,
fon Grand Aumônier.
La Reine , accompagnée de Mesdames de France
, aſſiſta l'après midi dans la même Chapelle aux
premieres Vêpres , qui furent chantées par la Mufique.
Le premier de ce mois , jour de la Fête, la Reine ,
accompagnée de Monſeigneur le Dauphin & de
Meſdames de France , entendit la grande Meſſe ,
célébrée par l'Abbé Broſſeau , Chapelain ordinaire
de la Chapelle de Muſique.
Le même jour , S. M. accompagnée comme le
matin , aſſiſta à la Prédication du Pere de Beauvais
, de la Compagnie de Jeſus , & aux Vêpres.
La Reine entendit enſuite les Vêpres des Morts.
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Résumé : « Le trente-un Octobre, veille de la Fête de tous les Saints, la Reine entendit la Messe dans la [...] »
Le 31 octobre, la Reine écouta la messe au Château de Versailles et communia avec l'Archevêque de Rouen. Elle assista ensuite aux vêpres avec Mesdames de France. Le 1er novembre, elle participa à la grande messe avec le Dauphin et Mesdames de France, écouta une prédication du Père de Beauvais et assista aux vêpres et aux vêpres des Morts.
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5513
p. 183-184
S. M. déclare le Mariage de Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
Début :
Le Roi a déclaré que le Mariage de Monseigneur le Dauphin avec l'Infante d'Espagne Marie-Therese [...]
Mots clefs :
Mariage, Monseigneur le Dauphin, Infante, Marie-Thérèse d'Espagne
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texteReconnaissance textuelle : S. M. déclare le Mariage de Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
Le Roi a déclaré que le Mariage de Monfeigneur
:le Dauphin avec l'Infanttee d'Eſpagne Marie-Thereſe
étoit conclu. S. M. a diſpoſé des principales
I ij
184 MERCURE DE FRANCE.
Charges de laMaiſon de cette Princeſſe , & elle a
déja donné ſes Ordres ſur ce qui regarde ſon arrivée
en France , & fur fon voyage depuis la Frontiere.
:le Dauphin avec l'Infanttee d'Eſpagne Marie-Thereſe
étoit conclu. S. M. a diſpoſé des principales
I ij
184 MERCURE DE FRANCE.
Charges de laMaiſon de cette Princeſſe , & elle a
déja donné ſes Ordres ſur ce qui regarde ſon arrivée
en France , & fur fon voyage depuis la Frontiere.
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5514
p. 184
« Le 12 de ce mois, l'ouverture du Parlement se fit avec les cérémonies accoûtumées par une Messe [...] »
Début :
Le 12 de ce mois, l'ouverture du Parlement se fit avec les cérémonies accoûtumées par une Messe [...]
Mots clefs :
Parlement, Messe, René-Charles de Maupeou
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texteReconnaissance textuelle : « Le 12 de ce mois, l'ouverture du Parlement se fit avec les cérémonies accoûtumées par une Messe [...] »
Le 12 de ce mois , l'ouverture du Parlement ſe
fit avec les cérémonies accoûtumées par une Meſſe
folemnelle , célébrée pontificalement par l'Evêque
Duc de Laon . M. de Maupeou , Premier Préſident ,
& les Chambres y aſſiſterent.
fit avec les cérémonies accoûtumées par une Meſſe
folemnelle , célébrée pontificalement par l'Evêque
Duc de Laon . M. de Maupeou , Premier Préſident ,
& les Chambres y aſſiſterent.
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5515
p. 184
« Le 20 de ce mois, le Pere du Baudory, l'un des Professeurs de Réthorique du Collége de Louis-le-Grand, [...] »
Début :
Le 20 de ce mois, le Pere du Baudory, l'un des Professeurs de Réthorique du Collége de Louis-le-Grand, [...]
Mots clefs :
Collège de Louis le Grand, Joseph Du Baudory, Discours latin, Retour
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texteReconnaissance textuelle : « Le 20 de ce mois, le Pere du Baudory, l'un des Professeurs de Réthorique du Collége de Louis-le-Grand, [...] »
Le 20 de ce mois , le Pere du Baudory , l'un des
Profeſſeurs de Réthorique du Collége de Louis-le-
Grand , y prononça un Diſcours Latin ſur le retour
du Roi. Il fit ſentir avec beaucoup d'éloquence le
bonheur de cet événement pour les ſujets de S. M.
&les tranſports de zéle & de reſpect auſquels ils ſe
livroient. L'affemblée étoit compoſée du Nonce du
Pape, de pluſieurs Prélats , & d'un grand nombre
de perſonnes de distinction .
Le foir, la grande cour du Collége fut magnifiquement
illuminée , & les fréquentes acclamations
dont elle retentit , firent connoître combien on
étoit pénétré des ſentimens que l'Orateur avoit tâ
chédepeindre.
Profeſſeurs de Réthorique du Collége de Louis-le-
Grand , y prononça un Diſcours Latin ſur le retour
du Roi. Il fit ſentir avec beaucoup d'éloquence le
bonheur de cet événement pour les ſujets de S. M.
&les tranſports de zéle & de reſpect auſquels ils ſe
livroient. L'affemblée étoit compoſée du Nonce du
Pape, de pluſieurs Prélats , & d'un grand nombre
de perſonnes de distinction .
Le foir, la grande cour du Collége fut magnifiquement
illuminée , & les fréquentes acclamations
dont elle retentit , firent connoître combien on
étoit pénétré des ſentimens que l'Orateur avoit tâ
chédepeindre.
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Résumé : « Le 20 de ce mois, le Pere du Baudory, l'un des Professeurs de Réthorique du Collége de Louis-le-Grand, [...] »
Le 20 du mois, le Père du Baudory, professeur de rhétorique au Collège de Louis-le-Grand, a prononcé un discours en latin célébrant le retour du roi. Il a souligné la joie et le bonheur des sujets du roi, ainsi que leur zèle et respect. Le nonce du Pape, plusieurs prélats et des personnalités distinguées étaient présents. La cour du collège fut illuminée et des acclamations retentirent.
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5516
p. 184-185
« Le même jour, le Marquis d'Argenson, Ministre & Sécretaire d'Etat du Département des Affaires [...] »
Début :
Le même jour, le Marquis d'Argenson, Ministre & Sécretaire d'Etat du Département des Affaires [...]
Mots clefs :
Roi, Antoine-René de Voyer de Paulmy d'Argenson, Conseiller d'État, Prévôt des marchands
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le même jour, le Marquis d'Argenson, Ministre & Sécretaire d'Etat du Département des Affaires [...] »
Le même jour , le Marquis d'Argenſon , Minif
tre & Sécretaire d'Etat du Département des Affaires
Etrangeres , prêta le Serment de fidélité entre les
mains de S. M.
Le Roi a donné la place de Conſeiller au Conſeil
Royal des Finances qu'avoit le Marquis d'Argenfon
, à M. de Brou , Conſeiller d'Etat ordinaire , &
Intendant de la Généralité de Paris.
M. Turgot , Conſeiller d'Etat , a eû la place de
Conſeillerd'Etat ordinaire , qui a été remiſe par le
Marquis d'Argenſon.
M. Rouillie , Maître des Requêtes , & Intendant
du Commerce , a été fait Conſeiller d'Erar.
NOVEMBRE. 1744. 185
Le 23 de ce mois , la Cour quitta le deüil , qui
avoit été pris le 12 du mois dernier pour la mort
deMadamede France , fixiéme fille de leurs Ma
jeſtés.
* Le Baron de Scheffer, que le Roi de Suéde a
nomnié fon Miniſtre Plénipotentiaire auprès du Roi ,
eut le 24de ce mois une audience particuliere de
S. M. il y fut conduit par le Chevalier de Sainctot
, Introducteur des Ambaſſadeurs.
M. de Bernage , Prévôt des Marchands , & Meffieurs
Sauvage& Huet , nouveaux Echevins , prê
terent entre les mains de S. M. le Serment de fidélité
, dont le Comte de Maurepas fit la lecture ,
ainſi que du Scrutin , qui fut préſenté par M. d'Argenſon
, Avocat du Roi au Châtelet , lequel parla
avec autant d'eſprit que d'éloquence.
tre & Sécretaire d'Etat du Département des Affaires
Etrangeres , prêta le Serment de fidélité entre les
mains de S. M.
Le Roi a donné la place de Conſeiller au Conſeil
Royal des Finances qu'avoit le Marquis d'Argenfon
, à M. de Brou , Conſeiller d'Etat ordinaire , &
Intendant de la Généralité de Paris.
M. Turgot , Conſeiller d'Etat , a eû la place de
Conſeillerd'Etat ordinaire , qui a été remiſe par le
Marquis d'Argenſon.
M. Rouillie , Maître des Requêtes , & Intendant
du Commerce , a été fait Conſeiller d'Erar.
NOVEMBRE. 1744. 185
Le 23 de ce mois , la Cour quitta le deüil , qui
avoit été pris le 12 du mois dernier pour la mort
deMadamede France , fixiéme fille de leurs Ma
jeſtés.
* Le Baron de Scheffer, que le Roi de Suéde a
nomnié fon Miniſtre Plénipotentiaire auprès du Roi ,
eut le 24de ce mois une audience particuliere de
S. M. il y fut conduit par le Chevalier de Sainctot
, Introducteur des Ambaſſadeurs.
M. de Bernage , Prévôt des Marchands , & Meffieurs
Sauvage& Huet , nouveaux Echevins , prê
terent entre les mains de S. M. le Serment de fidélité
, dont le Comte de Maurepas fit la lecture ,
ainſi que du Scrutin , qui fut préſenté par M. d'Argenſon
, Avocat du Roi au Châtelet , lequel parla
avec autant d'eſprit que d'éloquence.
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Résumé : « Le même jour, le Marquis d'Argenson, Ministre & Sécretaire d'Etat du Département des Affaires [...] »
Le 18 novembre 1744, le Marquis d'Argenson, Ministre et Secrétaire d'État aux Affaires Étrangères, prêta serment de fidélité au roi. Ce dernier nomma M. de Brou Conseiller au Conseil Royal des Finances, succédant au Marquis d'Argenson, et M. Turgot Conseiller d'État ordinaire. M. Rouillé, Intendant du Commerce, fut également nommé Conseiller d'État. Le 23 novembre, la cour mit fin au deuil pour la mort de Madame de France. Le 24 novembre, le Baron de Scheffer, Ministre Plénipotentiaire du roi de Suède, eut une audience privée avec le roi de France, accompagné par le Chevalier de Sainctot. M. de Bernage, Prévôt des Marchands, et les nouveaux Échevins Sauvage et Huet prêtèrent serment de fidélité au roi. Le Comte de Maurepas lut le serment et le scrutin, présenté par M. d'Argenson, Avocat du Roi au Châtelet.
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5517
p. 185
« Le Lundi 23 Novembre, Mrs. Charpentier & Danguy, divertirent infiniment la Reine pendant [...] »
Début :
Le Lundi 23 Novembre, Mrs. Charpentier & Danguy, divertirent infiniment la Reine pendant [...]
Mots clefs :
Reine, Airs, Chansons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Lundi 23 Novembre, Mrs. Charpentier & Danguy, divertirent infiniment la Reine pendant [...] »
Le Lundi 23 Novembre , Mrs Charpentier &
Danguy, divertirent infiniment la Reine pendant
fondiner & ſon ſouper , par leurs Airs & leurs
Chanfons Comiques. Le Premier ajouta la Mafcatade
à la Symphonie ,& parut le matin en Mare
guillier de Village, & le ſoir en Aveugle. Leurs talens
amuſans ſont connus; il eſt inutile de les détailler.
Danguy, divertirent infiniment la Reine pendant
fondiner & ſon ſouper , par leurs Airs & leurs
Chanfons Comiques. Le Premier ajouta la Mafcatade
à la Symphonie ,& parut le matin en Mare
guillier de Village, & le ſoir en Aveugle. Leurs talens
amuſans ſont connus; il eſt inutile de les détailler.
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5518
p. 185-186
« On écrit de Lyon du même mois, qu'il vient d'arriver un terrible accident : deux maisons bâties [...] »
Début :
On écrit de Lyon du même mois, qu'il vient d'arriver un terrible accident : deux maisons bâties [...]
Mots clefs :
Lyon, Accident, Feu, Comte de Brionne, Charles-Marie de La Condamine
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texteReconnaissance textuelle : « On écrit de Lyon du même mois, qu'il vient d'arriver un terrible accident : deux maisons bâties [...] »
On écrit de Lyon du même mois , qu'il vient
d'arriver un terrible accident : deux maiſons bâties
fur le Pont de pierre du côté du Change , font tombées,
partie ſur le Pont ,& partie dans la riviere ,
&ont écrasé pluſieurs perſonnes , il y en a eu beau.
coupd'autres noyées. La riviere eſt enflée extraordinairement
, & eſt beaucoup plus haute qu'elle
n'étoit il y a quatre ans ; les maiſons du Quai font
dans l'eau
On mandede la mêmeVille que le feu a pris au
Couvent des Célestins ; l'embraſement a été fi
violent , que malgré les ſecours que l'on a apportés,
I iij
186 MERCURE DE FRANCE.
les flîmes n'ont épargné qu'une très-petite partie
du Bâtiment ; la Bibliothéque a été entierement
brûlée ; les Religieux n'ont pu ſauver que leurs
Archives.
Le Roi a accordé à M. le Comte de Brionne , la
ſurvivance de la Charge de Grand Ecuyer , que
poffede M. le Prince Charles de Lorraine , oncle
de ce Prince .
M de la Condamine , l'un des Académiciens qui
ont été au Perou , eſt arrivé à la Haye.
d'arriver un terrible accident : deux maiſons bâties
fur le Pont de pierre du côté du Change , font tombées,
partie ſur le Pont ,& partie dans la riviere ,
&ont écrasé pluſieurs perſonnes , il y en a eu beau.
coupd'autres noyées. La riviere eſt enflée extraordinairement
, & eſt beaucoup plus haute qu'elle
n'étoit il y a quatre ans ; les maiſons du Quai font
dans l'eau
On mandede la mêmeVille que le feu a pris au
Couvent des Célestins ; l'embraſement a été fi
violent , que malgré les ſecours que l'on a apportés,
I iij
186 MERCURE DE FRANCE.
les flîmes n'ont épargné qu'une très-petite partie
du Bâtiment ; la Bibliothéque a été entierement
brûlée ; les Religieux n'ont pu ſauver que leurs
Archives.
Le Roi a accordé à M. le Comte de Brionne , la
ſurvivance de la Charge de Grand Ecuyer , que
poffede M. le Prince Charles de Lorraine , oncle
de ce Prince .
M de la Condamine , l'un des Académiciens qui
ont été au Perou , eſt arrivé à la Haye.
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Résumé : « On écrit de Lyon du même mois, qu'il vient d'arriver un terrible accident : deux maisons bâties [...] »
En juillet, deux maisons se sont effondrées sur le Pont de Pierre à Lyon, tuant plusieurs personnes. Une crue exceptionnelle a submergé les maisons du quai. Un incendie a détruit le Couvent des Célestins et sa bibliothèque. Le roi a attribué la survivance de la charge de Grand Écuyer à M. le Comte de Brionne. M. de la Condamine, de l'Académie, est revenu de son expédition au Pérou à La Haye.
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5519
p. 186
« Le Jeudi 26, l'Académie Françoise procéda à l'Election de deux nouveaux Académiciens, pour [...] »
Début :
Le Jeudi 26, l'Académie Françoise procéda à l'Election de deux nouveaux Académiciens, pour [...]
Mots clefs :
Académie française, Gabriel Girard, François-Joachim de Pierre de Bernis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Jeudi 26, l'Académie Françoise procéda à l'Election de deux nouveaux Académiciens, pour [...] »
Le Jeudi 26 , l'Académie Françoiſe procéda à
l'Election de deux nouveaux Académiciens , pour
remplir les places vacantes par la mort de M. l'Abbé
de Rothelin & de M. l'Abbé Gédouin.
M. l'Abbé Girard , & M. l'Abbé de Bernis , Comte
de Brioude , furent nommés .
Le nom de M. l'Abbé Girard eſt avantageuſement
connu du Public , par le Livre des Synonimes François.
M. l'Abbé de Bernis , joint à une naiſſance
diftinguée & à des moeurs aimables , un talent décidé
pour 1 Poëfie , qu'il cultive avec ſuccès. Pluheurs
Ouvrages estimés , qu'il a donnés au Public ,
ont réuni en la faveur les fuffrages de l'Académie.
l'Election de deux nouveaux Académiciens , pour
remplir les places vacantes par la mort de M. l'Abbé
de Rothelin & de M. l'Abbé Gédouin.
M. l'Abbé Girard , & M. l'Abbé de Bernis , Comte
de Brioude , furent nommés .
Le nom de M. l'Abbé Girard eſt avantageuſement
connu du Public , par le Livre des Synonimes François.
M. l'Abbé de Bernis , joint à une naiſſance
diftinguée & à des moeurs aimables , un talent décidé
pour 1 Poëfie , qu'il cultive avec ſuccès. Pluheurs
Ouvrages estimés , qu'il a donnés au Public ,
ont réuni en la faveur les fuffrages de l'Académie.
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Résumé : « Le Jeudi 26, l'Académie Françoise procéda à l'Election de deux nouveaux Académiciens, pour [...] »
Le 26, l'Académie Française a élu deux nouveaux membres : l'abbé Girard, auteur du 'Livre des Synonymes Français', et l'abbé de Bernis, poète apprécié pour ses manières et ses œuvres. Ils remplacent les sièges laissés vacants par le décès de l'abbé de Rothelin et de l'abbé Gédouin.
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5520
p. 186-187
Départ des Equipages de Mad. la Dauphine, [titre d'après la table]
Début :
Le Samedi 28, les Equipages de Madame la Dauphine se mirent en route. [...]
Mots clefs :
Équipages, Madame la Dauphine, Reddition, Châteaux, Garnison, Fribourg-en-Brisgau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Départ des Equipages de Mad. la Dauphine, [titre d'après la table]
Le Samedi 28 , les Equipages de Madame la Dau
phine ſe mirent en route.
M. d'Argenſon , fils du Miniſtre de la Guerre ,
apporta le 28 au Roi la nouvelle de la reddition des
Châteaux de Fribourg. La garniſon eft prifonniere
de guerre , & confiſte en sooo hommes.
Le courier dépêché à Vienne par le Comte de
Damnitz , arriva à Fribourg le 24 , il rapporta que
la Reine d'Hongrie laiſſoit le Gouverneur de cette
Place , maître de faire tout ce qu'il jugeroit de
plus convenable pour ſon ſervice & fes intérêts.
Les pourparlers au ſujet de laCapitulation étoient
déja commencés , on les a continués depuis , &M.
NOVEMBRE. 1744. 187
de Fremur fut envoyé en ôtage dans le Château ,
pendant qu'on en dreſſoit les articles.
M. de Damnitz eſt venu pluſieurs fois chés M. le
Maréchal de Coigny , où il a été réglé que la Garniſon
feroit priſonniere de Guerre , & qu'elle ſeroit
conduite dans les Places d'Alface & de Franche-
Comté , pour y refter juſqu'à l'échange des priſonniers.
Le Gouverneur livra le 26 du mois dernier , en
conféquence de cette Capitulation , ume Porte du
Château au Régiment de Picardie , que M. le Maréchal
de Coigny avoit envoyé pour s'en emparer.
Suivant les diſpoſitions faites par M. le Maréchal
, 60 Piéces d'artillerie étoient prêtes à foudroyer
les Châteaux , s'ils n'avoient point capitulé.
M. de Maupertuis eſt parti pour Berlin par ordre
de M. le Maréchal de Coigny , pour aller informer
le Roi de Pruſſe de la reddition des Châteaux de
Fribourg.
phine ſe mirent en route.
M. d'Argenſon , fils du Miniſtre de la Guerre ,
apporta le 28 au Roi la nouvelle de la reddition des
Châteaux de Fribourg. La garniſon eft prifonniere
de guerre , & confiſte en sooo hommes.
Le courier dépêché à Vienne par le Comte de
Damnitz , arriva à Fribourg le 24 , il rapporta que
la Reine d'Hongrie laiſſoit le Gouverneur de cette
Place , maître de faire tout ce qu'il jugeroit de
plus convenable pour ſon ſervice & fes intérêts.
Les pourparlers au ſujet de laCapitulation étoient
déja commencés , on les a continués depuis , &M.
NOVEMBRE. 1744. 187
de Fremur fut envoyé en ôtage dans le Château ,
pendant qu'on en dreſſoit les articles.
M. de Damnitz eſt venu pluſieurs fois chés M. le
Maréchal de Coigny , où il a été réglé que la Garniſon
feroit priſonniere de Guerre , & qu'elle ſeroit
conduite dans les Places d'Alface & de Franche-
Comté , pour y refter juſqu'à l'échange des priſonniers.
Le Gouverneur livra le 26 du mois dernier , en
conféquence de cette Capitulation , ume Porte du
Château au Régiment de Picardie , que M. le Maréchal
de Coigny avoit envoyé pour s'en emparer.
Suivant les diſpoſitions faites par M. le Maréchal
, 60 Piéces d'artillerie étoient prêtes à foudroyer
les Châteaux , s'ils n'avoient point capitulé.
M. de Maupertuis eſt parti pour Berlin par ordre
de M. le Maréchal de Coigny , pour aller informer
le Roi de Pruſſe de la reddition des Châteaux de
Fribourg.
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Résumé : Départ des Equipages de Mad. la Dauphine, [titre d'après la table]
Le 28 novembre 1744, les équipages de Madame la Dauphine se mirent en route. Le même jour, M. d'Argenson informa le roi de la reddition des châteaux de Fribourg, où une garnison de 500 hommes fut capturée. Un courrier du comte de Damnitz à Vienne indiqua que la reine d'Hongrie autorisait le gouverneur de Fribourg à prendre les mesures nécessaires. Des négociations pour la capitulation étaient en cours, et M. de Fremur fut envoyé en otage pendant leur finalisation. Des réunions entre M. de Damnitz et le maréchal de Coigny décidèrent que la garnison serait transférée en Alsace et en Franche-Comté jusqu'à l'échange des prisonniers. Le 26 novembre, selon la capitulation, le gouverneur remit une porte du château au régiment de Picardie envoyé par le maréchal de Coigny. Ce dernier avait préparé 60 pièces d'artillerie pour bombarder les châteaux en cas de refus de capitulation. Enfin, M. de Maupertuis partit pour Berlin sur ordre du maréchal de Coigny afin d'informer le roi de Prusse de la reddition des châteaux de Fribourg.
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5521
p. 187-188
DIGNITÉS ACCORDÉES.
Début :
LE Roi a donné le Gouvernement de Bethune au Comte de Laval, Lieutenant Général des [...]
Mots clefs :
Lieutenant, Régiment, Compagnie, Gendarmes, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIGNITÉS ACCORDÉES.
DIGNITE'S ACCORDEʼES.
E Roi a donné le Gouvernement de Bethune
L
au Comte de Laval , Lieutenant Général des
armées de Sa Majesté , qui avoit celui de Philippeville.
M. Phelippes , Lieutenant Général des armées du
Roi , a obtenu le Gouvernement de Maubeuge.
M. de Villemeur , Maréchal de Camp , Inſpecteur
d'Infanterie , employé dans l'armée commandée
par le Prince de Conty , a été nommé Lieutenant
Général .
S. M. a fait Brigadier le Marquis du Terrail, Meftre
de Camp du Régiment de Dragons de la Reine,
&M. de Pierrefeu, Lieutenant Colonel du Régiment
de Cavalerie de Conty.
I iiij
188 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi a nommé Commandeur de l'Ordre Royal
&Militaire de S. Louis le Chevalier de Courten, Maréchal
de Camp , & Colonel d'un Régiment Suiffe.
S. M. a donné le Régiment d'Infanterie de Beauce,
vacant par la mort du Marquis de la Force, au
Chevalier de Rochechoüart , Capitaine dans le
Régiment d'Infanterie de Brie.
L'agrément du Régiment de Cavalerie , dont le
Comte de Vogué a douné ſa démiſſion , a été accordé
au Chevalier de S. Jal , Capitaine dans le
même Régiment.
Le Président Briçonnet a été nommé par le Roi à
Ia place de Conſeiller d'honneur au Parlement ,
vacant par la mort du Préſident du Tillet.
M. Bertier de Sauvigny , Maître des Requêtes
& Intendant en Dauphiné , a été nommé Intendant
de la Généralité de Paris .
Le Comte de Selles ,Sous- Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes Dauphins , ayant été fait
Capitaine Lieutenant des Gendarmes Bourguignons
, le Roi a nommé Sous-Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes Dauphins le Marquis
deMonteclere , Premier Cornette de celle des Che
vau- Legers d'Anjou.
S.M. a accordé en même-tems laplace de Premier
Cornette de cette derniere Compagnie au
Marquis de S. Auban , Second Cornette de la
Compagnie des Chevau-Legers d'Orleans , dont
l'emploi a été donné au Marquis d'Oizy , Capitaine
dans le Régiment Royal Etranger, & elle a diſpoſe
en faveur du Chevalier d'Oppede , Capitaine dans le
Régiment de Cavalerie de Saluces ,du Guidon de la
Compagnie des Gendarmes d'Orleans , vacant par
la nomination du Marquis de Crevecoeur à la place
d'Enfeigne de la Compagnie des Gendarmes de
Bretagne.
E Roi a donné le Gouvernement de Bethune
L
au Comte de Laval , Lieutenant Général des
armées de Sa Majesté , qui avoit celui de Philippeville.
M. Phelippes , Lieutenant Général des armées du
Roi , a obtenu le Gouvernement de Maubeuge.
M. de Villemeur , Maréchal de Camp , Inſpecteur
d'Infanterie , employé dans l'armée commandée
par le Prince de Conty , a été nommé Lieutenant
Général .
S. M. a fait Brigadier le Marquis du Terrail, Meftre
de Camp du Régiment de Dragons de la Reine,
&M. de Pierrefeu, Lieutenant Colonel du Régiment
de Cavalerie de Conty.
I iiij
188 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi a nommé Commandeur de l'Ordre Royal
&Militaire de S. Louis le Chevalier de Courten, Maréchal
de Camp , & Colonel d'un Régiment Suiffe.
S. M. a donné le Régiment d'Infanterie de Beauce,
vacant par la mort du Marquis de la Force, au
Chevalier de Rochechoüart , Capitaine dans le
Régiment d'Infanterie de Brie.
L'agrément du Régiment de Cavalerie , dont le
Comte de Vogué a douné ſa démiſſion , a été accordé
au Chevalier de S. Jal , Capitaine dans le
même Régiment.
Le Président Briçonnet a été nommé par le Roi à
Ia place de Conſeiller d'honneur au Parlement ,
vacant par la mort du Préſident du Tillet.
M. Bertier de Sauvigny , Maître des Requêtes
& Intendant en Dauphiné , a été nommé Intendant
de la Généralité de Paris .
Le Comte de Selles ,Sous- Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes Dauphins , ayant été fait
Capitaine Lieutenant des Gendarmes Bourguignons
, le Roi a nommé Sous-Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes Dauphins le Marquis
deMonteclere , Premier Cornette de celle des Che
vau- Legers d'Anjou.
S.M. a accordé en même-tems laplace de Premier
Cornette de cette derniere Compagnie au
Marquis de S. Auban , Second Cornette de la
Compagnie des Chevau-Legers d'Orleans , dont
l'emploi a été donné au Marquis d'Oizy , Capitaine
dans le Régiment Royal Etranger, & elle a diſpoſe
en faveur du Chevalier d'Oppede , Capitaine dans le
Régiment de Cavalerie de Saluces ,du Guidon de la
Compagnie des Gendarmes d'Orleans , vacant par
la nomination du Marquis de Crevecoeur à la place
d'Enfeigne de la Compagnie des Gendarmes de
Bretagne.
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Résumé : DIGNITÉS ACCORDÉES.
Le texte décrit plusieurs nominations et promotions au sein de l'armée et de l'administration royale. Le Roi a confié le gouvernement de Béthune au Comte de Laval et celui de Maubeuge à M. Phelippes. M. de Villemur a été promu Lieutenant Général après avoir servi sous le Prince de Conty. Le Marquis du Terrail et M. de Pierrefeu ont été élevés au rang de Brigadier. Le Chevalier de Courten a été nommé Commandeur de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis. Le Chevalier de Rochechoüart a pris la tête du Régiment d'Infanterie de Beauce, tandis que le Chevalier de Saint-Jal a succédé au Comte de Vogué dans son régiment de cavalerie. Le Président Briçonnet a été nommé Conseiller d'honneur au Parlement. M. Bertier de Sauvigny est devenu Intendant de la Généralité de Paris. Le Marquis de Monteclere a été nommé Sous-Lieutenant des Gendarmes Dauphins. Plusieurs autres promotions ont également été effectuées au sein des compagnies de gendarmes et de chevau-légers.
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5522
p. 188-192
Promotions, [titre d'après la table]
Début :
Le Roi a nommé le Marquis de Caramant & le Comte de Langeron, Lieutenans Généraux, & S. M. [...]
Mots clefs :
Maréchaux de camp, Brigadiers, Lieutenant, Régiment, Compagnie
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texteReconnaissance textuelle : Promotions, [titre d'après la table]
Le Roi a nommé le Marquis de Caramant & le
K
NOVEMBRE. 1744. 189
Comtede Langeron , Lieutenans Généraux , & S M.
a fait une Promotion de trente-huit Maréchaux de
Camp , & de trente-ſept Brigadiers .
Les Maréchaux de Camp font ,
MESSIEURS le Maire , Ingénieur.
De Nugent , Lieutenant Colonel du Régiment
de Cavalerie Irlandois de Filtzjames.
Le Marquis de Calvieres , Enſeigne d'une Compagnie
desGardes du Corps.
DeBernage de Chaumont , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Chevau-Legers de Berry.
Le Comte de Relingue , Sous Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes de la Reine.
Le Comte de Prunier S. André , Capitaine Lieutenantde
la Compagnie des Gendarmes d'Orleans.
Le Marquis de Tillieres , Capitaine Lieutenant de
la Compagnie des Gendarmes de Monſeigneur le
Dauphin.
Le Chevalier Da ueffeau , Capitaine Lieutenant
de la Compagniedes Gendarmes de Flandres.
Le Marquis de Fougeres , Enſeigne d'une des
Compagnies des Gardes du Corps.
LaMarquis de Choiseuil Beaupré , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes de la
Reine.
4
Le Marquis de Flavacourt , Capitaine dans
giment Royal Cravates.
leRe-
LeMarquis de Mezieres , Sous Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes de Berry.
LeComtedeTreffan , Lieutenant de la premiere
Compagnie des Gardes du Corps.
Le Comte deBatincourt , Enſeigne de cetteCompagnie.
LeChevalier de Suzy , Lieutenant de la même
Compagnie.
Le Chevalier d'Artagnan , Sous Lieutenant de la
premiere Compagnie des Mouſquetaires.
Iv
190 MERCURE DE FRANCE.
Le Marquis de Crequy , Commandant une des
Brigades du Régiment Royal des Carabiniers.
Le Cheva'ier de Grammont , Lieutenant d'unedes
Compagnies des Gardes du Corps.
Lc Marquis du Muy , Capitaine Lieutenant de la
Compagnie des Chevau-Légers de Monseigneur
Je Dauphin.
Le Chevalier de Manherbe , Aide Major des qua
tre Compagnies des Gardes du Corps .
LeMarquis de Pont- Saint- Pierre , Enſeigne d'u
ne des Compagnies des Gardes du Corps
De Guers & de la Motte , Capitaines & Commandans
deux Bataillons du Régiment des Gardes
Françoiſes.
Le Marquis de Peruſſy , Enſeigne de la premiere
Compagnie des Mouſquetaires.
LeMarquisde Morangies , SousLieutenant de la
Compagnie des Gendarmes.
LeMarquis de Sourches , Cornette de la Compagnie
des Chevau Légers.
Le Vicomte de Canillac , Enſeigne de la ſeconde
Compagnie des Mouſquaires.
Le Gendre , Mestre de Camp Lieutenant du Régiment
Colonel Général de la Cavalerie.
Defcajeul , Lieutenant de la premiere Compagnie
des Gardes du Corps.
Le Duc de Filt james , Meſtre de Camp du Régiment
Irlandois de ſon nom .
Le Marquis de Bellefonts , Colonel du Régiment
de Champagne.
Luffan , Colonel du Régiment de la Sarre.
De Lorme , Capitaine d'une Compagnie de Mineurs
.
Le Comte de Borſtel , le Baron de Meslay , &le
Chevalier d'Abouville , Lieutenans Généraux d'Artillerie.
De Razan , Ingénieur , & de Cremille , Maréchal
Général des Logis de l'Armée.
NOVEMBRE. 1744. 191
Les Brigadiers font.
MESSIEURS , de Torcy , Colonel d'Infanterie Reformé.
Le Chevalier de Menou , Exempt d'une des Compagnies
des Gardes du Corps.
D'Affry , Capitaine d'une Compagnie du Régiment
des Gardes Suiſſes .
Le Marquis de Langey , Capitaine d'une des
Compagnies de Grenadiers du Régiment des Gardes
Françoiſes.
Le Marquis de Valence , Colonel du Régiment
de Bearn.
De Staal , Capitaine d'une des Compagnies du
Régiment des Gardes Suiffes.
Le Chevalier de Vattan , & de la Sone , Capitaines
de Grenadiers dans le Régiment des Gardes
Françoiſes.
Le Chevalier de la Chaiſe , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes de Berry.
LeMarquis de Lignieres , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Chevau Légers de Bretagne.
Le Marquis d'Heudicourt , Mestre de Camp da
Régiment de Cavalerie de fon nom.
Le Chevalier de Montegu , Capitaine d'une des
Compagnies du Régiment des Gardes Françoiſes .
De Vercel , Exempt d'une des Compagnies des
Gardes du Corps.
Le Marquis de Pereuse , Colonel du Régiment
deBlaifois.
Jacob , Capitaine d'une Compagnie Franche
d'Infanterie & d'une de Dragons .
De la Neuville , Lieutenant Colonel du Régi
ment Dauphin Etranger.
Du Plessis , Maréchal des Logis de l'Armée , &
Capitaine dans le Régiment Meſtre de Camp GénéralDragons.
I
192 MERCURE DE FRANCE.
Le Baron de la Peyre , Capitaine d'une des Com
pagnies du Régiment des Gardes Françoiſes.
De Guiry , Commandant une des Brigades du
Régiment Royal des Carabiniers.
Marquis , Lieutenant Colonel du Régiment Suiſſe
deMonnin.
Le Chevalier de Baltazar , Lieutenant Colonel
du Régiment Suiſſe de Vigier.
Artus , Ingénieur.
Des Barreaux , Lieutenant Colonel du Régiment
'Infanterie Allemand de la Marck.
De Vareix , Commandant un Bataillon du RégimentRoyal
Artillerie.
DeRiverie , Lieutenant Colonel du Régiment
d'Infanterie d'Anjou.
DeTanus , Lieutenant Colonel du Régimentde
Champagne.
De Fontenay , & de Pombecque , Commandans
de Bataillons du Régiment Royal Artillerie.
De Bonnaire, Lieutenant Colonel du Régiment
deBerchiny , Huffards.
Le Chevalier d'Ailly , Lieutenant Colonel du Ré
giment de Cavalerie Royal Rouſfilton.
De Sabrevois , Lieutenant d'Artillerie
1
De Turmel , Lieutenant d'Artillerie , & Capitaine
d'une Compagnie de Mineurs.
Pelletier , l'aîné , Lieutenant d'Artillerie.
Le Chevalier Pelletier , Lieutenant d'Artillerie ,
&Commandant l'Ecole de Merz.
Le Chevalier de Fontenay du Pas & de la Val
liere , Lieutenans d'Artillerie.
K
NOVEMBRE. 1744. 189
Comtede Langeron , Lieutenans Généraux , & S M.
a fait une Promotion de trente-huit Maréchaux de
Camp , & de trente-ſept Brigadiers .
Les Maréchaux de Camp font ,
MESSIEURS le Maire , Ingénieur.
De Nugent , Lieutenant Colonel du Régiment
de Cavalerie Irlandois de Filtzjames.
Le Marquis de Calvieres , Enſeigne d'une Compagnie
desGardes du Corps.
DeBernage de Chaumont , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Chevau-Legers de Berry.
Le Comte de Relingue , Sous Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes de la Reine.
Le Comte de Prunier S. André , Capitaine Lieutenantde
la Compagnie des Gendarmes d'Orleans.
Le Marquis de Tillieres , Capitaine Lieutenant de
la Compagnie des Gendarmes de Monſeigneur le
Dauphin.
Le Chevalier Da ueffeau , Capitaine Lieutenant
de la Compagniedes Gendarmes de Flandres.
Le Marquis de Fougeres , Enſeigne d'une des
Compagnies des Gardes du Corps.
LaMarquis de Choiseuil Beaupré , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes de la
Reine.
4
Le Marquis de Flavacourt , Capitaine dans
giment Royal Cravates.
leRe-
LeMarquis de Mezieres , Sous Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes de Berry.
LeComtedeTreffan , Lieutenant de la premiere
Compagnie des Gardes du Corps.
Le Comte deBatincourt , Enſeigne de cetteCompagnie.
LeChevalier de Suzy , Lieutenant de la même
Compagnie.
Le Chevalier d'Artagnan , Sous Lieutenant de la
premiere Compagnie des Mouſquetaires.
Iv
190 MERCURE DE FRANCE.
Le Marquis de Crequy , Commandant une des
Brigades du Régiment Royal des Carabiniers.
Le Cheva'ier de Grammont , Lieutenant d'unedes
Compagnies des Gardes du Corps.
Lc Marquis du Muy , Capitaine Lieutenant de la
Compagnie des Chevau-Légers de Monseigneur
Je Dauphin.
Le Chevalier de Manherbe , Aide Major des qua
tre Compagnies des Gardes du Corps .
LeMarquis de Pont- Saint- Pierre , Enſeigne d'u
ne des Compagnies des Gardes du Corps
De Guers & de la Motte , Capitaines & Commandans
deux Bataillons du Régiment des Gardes
Françoiſes.
Le Marquis de Peruſſy , Enſeigne de la premiere
Compagnie des Mouſquetaires.
LeMarquisde Morangies , SousLieutenant de la
Compagnie des Gendarmes.
LeMarquis de Sourches , Cornette de la Compagnie
des Chevau Légers.
Le Vicomte de Canillac , Enſeigne de la ſeconde
Compagnie des Mouſquaires.
Le Gendre , Mestre de Camp Lieutenant du Régiment
Colonel Général de la Cavalerie.
Defcajeul , Lieutenant de la premiere Compagnie
des Gardes du Corps.
Le Duc de Filt james , Meſtre de Camp du Régiment
Irlandois de ſon nom .
Le Marquis de Bellefonts , Colonel du Régiment
de Champagne.
Luffan , Colonel du Régiment de la Sarre.
De Lorme , Capitaine d'une Compagnie de Mineurs
.
Le Comte de Borſtel , le Baron de Meslay , &le
Chevalier d'Abouville , Lieutenans Généraux d'Artillerie.
De Razan , Ingénieur , & de Cremille , Maréchal
Général des Logis de l'Armée.
NOVEMBRE. 1744. 191
Les Brigadiers font.
MESSIEURS , de Torcy , Colonel d'Infanterie Reformé.
Le Chevalier de Menou , Exempt d'une des Compagnies
des Gardes du Corps.
D'Affry , Capitaine d'une Compagnie du Régiment
des Gardes Suiſſes .
Le Marquis de Langey , Capitaine d'une des
Compagnies de Grenadiers du Régiment des Gardes
Françoiſes.
Le Marquis de Valence , Colonel du Régiment
de Bearn.
De Staal , Capitaine d'une des Compagnies du
Régiment des Gardes Suiffes.
Le Chevalier de Vattan , & de la Sone , Capitaines
de Grenadiers dans le Régiment des Gardes
Françoiſes.
Le Chevalier de la Chaiſe , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes de Berry.
LeMarquis de Lignieres , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Chevau Légers de Bretagne.
Le Marquis d'Heudicourt , Mestre de Camp da
Régiment de Cavalerie de fon nom.
Le Chevalier de Montegu , Capitaine d'une des
Compagnies du Régiment des Gardes Françoiſes .
De Vercel , Exempt d'une des Compagnies des
Gardes du Corps.
Le Marquis de Pereuse , Colonel du Régiment
deBlaifois.
Jacob , Capitaine d'une Compagnie Franche
d'Infanterie & d'une de Dragons .
De la Neuville , Lieutenant Colonel du Régi
ment Dauphin Etranger.
Du Plessis , Maréchal des Logis de l'Armée , &
Capitaine dans le Régiment Meſtre de Camp GénéralDragons.
I
192 MERCURE DE FRANCE.
Le Baron de la Peyre , Capitaine d'une des Com
pagnies du Régiment des Gardes Françoiſes.
De Guiry , Commandant une des Brigades du
Régiment Royal des Carabiniers.
Marquis , Lieutenant Colonel du Régiment Suiſſe
deMonnin.
Le Chevalier de Baltazar , Lieutenant Colonel
du Régiment Suiſſe de Vigier.
Artus , Ingénieur.
Des Barreaux , Lieutenant Colonel du Régiment
'Infanterie Allemand de la Marck.
De Vareix , Commandant un Bataillon du RégimentRoyal
Artillerie.
DeRiverie , Lieutenant Colonel du Régiment
d'Infanterie d'Anjou.
DeTanus , Lieutenant Colonel du Régimentde
Champagne.
De Fontenay , & de Pombecque , Commandans
de Bataillons du Régiment Royal Artillerie.
De Bonnaire, Lieutenant Colonel du Régiment
deBerchiny , Huffards.
Le Chevalier d'Ailly , Lieutenant Colonel du Ré
giment de Cavalerie Royal Rouſfilton.
De Sabrevois , Lieutenant d'Artillerie
1
De Turmel , Lieutenant d'Artillerie , & Capitaine
d'une Compagnie de Mineurs.
Pelletier , l'aîné , Lieutenant d'Artillerie.
Le Chevalier Pelletier , Lieutenant d'Artillerie ,
&Commandant l'Ecole de Merz.
Le Chevalier de Fontenay du Pas & de la Val
liere , Lieutenans d'Artillerie.
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Résumé : Promotions, [titre d'après la table]
En novembre 1744, le roi a nommé le Marquis de Caramant et le Comte de Langeron lieutenants généraux. Cette promotion s'accompagnait de l'avancement de trente-huit maréchaux de camp et trente-sept brigadiers. Parmi les maréchaux de camp, on comptait le Maire, ingénieur, De Nugent, lieutenant-colonel du régiment de cavalerie irlandais de Fitzjames, ainsi que plusieurs autres officiers occupant divers postes au sein des Gardes du Corps, des Gendarmes, des Chevau-Légers et des Mousquetaires. Les promotions incluaient également des commandants de régiments tels que le Duc de Fitzjames, colonel du régiment irlandais portant son nom, et Luffan, colonel du régiment de la Sarre. Du côté des brigadiers, des officiers comme le Chevalier de Menou, exempt des Gardes du Corps, et le Marquis de Valence, colonel du régiment de Béarn, ont été promus. Les promotions couvraient également des postes dans l'artillerie, les dragons et les régiments suisses.
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5523
p. 192-195
PRISES DE VAISSEAUX.
Début :
LE Capitaine Hendrik de Zitter, qui commande le Marsouin, a pris une Corvette, & le Capitaine [...]
Mots clefs :
Vaisseau, Capitaine, Anglais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRISES DE VAISSEAUX.
PRISES DE VAISSEAUX.
L
E Capitaine Hendrix de Zitter , qui commande
leMarfouin , a pris une-Corvette , & le Capitaine
Charles Dangelot qui commande le Dau
NOVEMBRE. 1744. 193
phin , a pris une Balandre à Nieuport.
:
L'Armateur commandant le Trompeur , de Ca
lais , a rançonné cinq Bâtimens Anglois & en a
mené un ſixiéme dans le Port de Dunkerque ,
chargé d'Acier , de Vin , de Miel , de Sel&d'Eau
de-Vie.
LeCapitaine Antoine du Ler de Bayonne , commandant
la Victoire , s'eſt emparé de la Frégate la
Méditerranée , de vingt canons& de quatre autres
Vaiſſeaux ennemis , richement chargés.
LeNavire le Fier, armé à Bordeaux, & commandé
par le Capitaine Gilbert-Ségonſac , a prisun
Brigantin Anglois , chargé de Sucre , de Bois de
Guiac& de Tafia .
Le Vaiſſeau le Chaffeur de Bayonne , commandé
par leCapitaine Girandel , a relâché à Port Louis
avecdeux priſes Angloiſes , riches & confidérables.
LeCapitaineMaingard , qui commande le Vaifſeau
le Comte de Maurepas , a conduit à S. Malo
deux Navires Irlandois, chargés de Boeuf , de Lard
&deBeurre.
Le Capitaine Rondinier a mené dans le même
Port un Vaiſſeau de Bristol , chargé de Salaiſons.
Le Capitaine Ruault , commandant le Jean Jofeph
, armé à S. Malo , a pris le S. Jean , Vaiſſeau
Angloisde fix centTonneaux &de vingt-huit canons,
eſtimé cinquante mille écus ,& a de plus
rançonné un autre Vaiſſeau pour la ſomme de
vingt-cinq mille livres.
Les Navires P'Elizabeth , de Londres , laJeanne ,
de Anderxeiden , & le Jean & Christine , ont été
pris par le Capitaine Pierre de Han , commandant
deMatou, deDunkerque.
Les Capitaines Savern & Rombout , commandans
le S. Michel ,&le Conanervant , du même Port ,
Life la Charmante
194 MERCURE DE FRANCE,
Peggy , chargée de Lin , de Chanvre & de Po
taffe.
Le Lys , de S. Malo , commandé par le Capitaine
la Cour-Gaillard , s'eſt emparé d'un Bâtiment
de la même Nation , ſur lequel il y avoit du Sucre
&du Coton.
La Frégate l'Eméraude , de Breſt , a repris aux
'Anglois le Vaiſſeau le Redoutable , de Bordeaux
dont la Cargaiſon eſt eſtimée plus de 500000 livres
.
Le Vaiſſeau le Sarum , de Londres , a été conduit
à Bayonne par le Navire l'Espérance , commandé
par le Capitaine la Grave.
On a appris de Breſt que les Efcadres commandées
par Meſſieurs de Rochambeau & de Nefmond
, font rentrées dans ce Port, Celle de M. de
Neſmond a pris le 17 du mois d'Août dernier , à
so lieuës au large du Cap S. Vincent , la Frégate
de Guerre Angloiſe le Solebay , de 26 canons , &
elle s'eſt emparée de ſept Bâtimens Marchands ,
dont cinq ont été brûlés,& les deux autres chargés
de Salaiſons & de Vins , ont été envoyés à Cadix.
1 Les Frégates laGloire & l'Argonaute , comman
dées par Meſſieurs de la Galiſſonniere & de Fronmentiere
, & qui avoient été ſéparées le premier de
ce mois de l'Eſcadre de M. de Rochambeau , dont
elles faifoient partie, ont pris le même jour le Corfaire
Anglois les trois Ministres , de 22 canons , &
fix Vaiſſeaux Marchands , dont la Cargaiſon conſiſtoit
en Moruë féche ; elles ont coulé bas un autre
Corſaire de 24 canons , après avoir retiré l'E.
quipage.
Le Vaiſſeau le Renard , de Bayonne , s'eſt empa
ré d'un Navire Anglois de 170 Tonneaux , chargé
de Charbon de Terre &de Fayence.
Un autre Vaiſſeau de la même Nation , fur les
NOVEMBRE. 1744. 199
quel il y avoit du Beurre & du Fromage , des Salines
& d'autres Marchandises , a été conduit à
-Bayonne par le Vaiſſeau le S. Esprit.
Le Capitaine la Cour Gaillard , qui commande
le Lys , s'eſt rendu maître des Vaiſſeaux le Marchand
de la Riviere du Sud , de 270 Tonneaux , &
les trois Nones , de 160 , dont la charge conſiſte en
800 Boucaux de Tabac .
Le Bâtiment Anglois le Vrai François , à bord
duquel on a trouvé une grande quantité de Vin ,
d'Huile & de Savon , a été pris par les Capitaines
la Rondiniere & Rafbot , commandant le S. Malo &
l'Aftrée.
La Frégate l'Eméraude , commandée par M. de
S. Allouarn , a repris aux Ennemis le Vaiſſeau le
Vainqueur , de Bordeaux.
Le Capitaine la Coste , commandant le Vaiſſeau
le Pierre Marie , armé à Treguier , eſt entré dans
le Port de Rofcoff avec le Navire Anglois le Quay-
Neuf , de 160 Tonneaux.
On apprend de Dunkerque que le Capitaine Savern
, commandant le S. Michel , y eſt arrivé avec
les Vaiſſeaux le Gréenock , & les deux Freres , de
Rofton , dont l'un eſt chargé de Tabac , & l'autre
de Munitions de Guerre , & de Toile propre à
faire des Voiles pour les Vaifſſeaux.
Le 28 , le Corfaire la Victoire rentra dans le Port
de Bayonne avec un Vaiſſeau Marchand Anglois
qu'il avoit pris. On eſtime cette priſe cinquante
mille écus.
L
E Capitaine Hendrix de Zitter , qui commande
leMarfouin , a pris une-Corvette , & le Capitaine
Charles Dangelot qui commande le Dau
NOVEMBRE. 1744. 193
phin , a pris une Balandre à Nieuport.
:
L'Armateur commandant le Trompeur , de Ca
lais , a rançonné cinq Bâtimens Anglois & en a
mené un ſixiéme dans le Port de Dunkerque ,
chargé d'Acier , de Vin , de Miel , de Sel&d'Eau
de-Vie.
LeCapitaine Antoine du Ler de Bayonne , commandant
la Victoire , s'eſt emparé de la Frégate la
Méditerranée , de vingt canons& de quatre autres
Vaiſſeaux ennemis , richement chargés.
LeNavire le Fier, armé à Bordeaux, & commandé
par le Capitaine Gilbert-Ségonſac , a prisun
Brigantin Anglois , chargé de Sucre , de Bois de
Guiac& de Tafia .
Le Vaiſſeau le Chaffeur de Bayonne , commandé
par leCapitaine Girandel , a relâché à Port Louis
avecdeux priſes Angloiſes , riches & confidérables.
LeCapitaineMaingard , qui commande le Vaifſeau
le Comte de Maurepas , a conduit à S. Malo
deux Navires Irlandois, chargés de Boeuf , de Lard
&deBeurre.
Le Capitaine Rondinier a mené dans le même
Port un Vaiſſeau de Bristol , chargé de Salaiſons.
Le Capitaine Ruault , commandant le Jean Jofeph
, armé à S. Malo , a pris le S. Jean , Vaiſſeau
Angloisde fix centTonneaux &de vingt-huit canons,
eſtimé cinquante mille écus ,& a de plus
rançonné un autre Vaiſſeau pour la ſomme de
vingt-cinq mille livres.
Les Navires P'Elizabeth , de Londres , laJeanne ,
de Anderxeiden , & le Jean & Christine , ont été
pris par le Capitaine Pierre de Han , commandant
deMatou, deDunkerque.
Les Capitaines Savern & Rombout , commandans
le S. Michel ,&le Conanervant , du même Port ,
Life la Charmante
194 MERCURE DE FRANCE,
Peggy , chargée de Lin , de Chanvre & de Po
taffe.
Le Lys , de S. Malo , commandé par le Capitaine
la Cour-Gaillard , s'eſt emparé d'un Bâtiment
de la même Nation , ſur lequel il y avoit du Sucre
&du Coton.
La Frégate l'Eméraude , de Breſt , a repris aux
'Anglois le Vaiſſeau le Redoutable , de Bordeaux
dont la Cargaiſon eſt eſtimée plus de 500000 livres
.
Le Vaiſſeau le Sarum , de Londres , a été conduit
à Bayonne par le Navire l'Espérance , commandé
par le Capitaine la Grave.
On a appris de Breſt que les Efcadres commandées
par Meſſieurs de Rochambeau & de Nefmond
, font rentrées dans ce Port, Celle de M. de
Neſmond a pris le 17 du mois d'Août dernier , à
so lieuës au large du Cap S. Vincent , la Frégate
de Guerre Angloiſe le Solebay , de 26 canons , &
elle s'eſt emparée de ſept Bâtimens Marchands ,
dont cinq ont été brûlés,& les deux autres chargés
de Salaiſons & de Vins , ont été envoyés à Cadix.
1 Les Frégates laGloire & l'Argonaute , comman
dées par Meſſieurs de la Galiſſonniere & de Fronmentiere
, & qui avoient été ſéparées le premier de
ce mois de l'Eſcadre de M. de Rochambeau , dont
elles faifoient partie, ont pris le même jour le Corfaire
Anglois les trois Ministres , de 22 canons , &
fix Vaiſſeaux Marchands , dont la Cargaiſon conſiſtoit
en Moruë féche ; elles ont coulé bas un autre
Corſaire de 24 canons , après avoir retiré l'E.
quipage.
Le Vaiſſeau le Renard , de Bayonne , s'eſt empa
ré d'un Navire Anglois de 170 Tonneaux , chargé
de Charbon de Terre &de Fayence.
Un autre Vaiſſeau de la même Nation , fur les
NOVEMBRE. 1744. 199
quel il y avoit du Beurre & du Fromage , des Salines
& d'autres Marchandises , a été conduit à
-Bayonne par le Vaiſſeau le S. Esprit.
Le Capitaine la Cour Gaillard , qui commande
le Lys , s'eſt rendu maître des Vaiſſeaux le Marchand
de la Riviere du Sud , de 270 Tonneaux , &
les trois Nones , de 160 , dont la charge conſiſte en
800 Boucaux de Tabac .
Le Bâtiment Anglois le Vrai François , à bord
duquel on a trouvé une grande quantité de Vin ,
d'Huile & de Savon , a été pris par les Capitaines
la Rondiniere & Rafbot , commandant le S. Malo &
l'Aftrée.
La Frégate l'Eméraude , commandée par M. de
S. Allouarn , a repris aux Ennemis le Vaiſſeau le
Vainqueur , de Bordeaux.
Le Capitaine la Coste , commandant le Vaiſſeau
le Pierre Marie , armé à Treguier , eſt entré dans
le Port de Rofcoff avec le Navire Anglois le Quay-
Neuf , de 160 Tonneaux.
On apprend de Dunkerque que le Capitaine Savern
, commandant le S. Michel , y eſt arrivé avec
les Vaiſſeaux le Gréenock , & les deux Freres , de
Rofton , dont l'un eſt chargé de Tabac , & l'autre
de Munitions de Guerre , & de Toile propre à
faire des Voiles pour les Vaifſſeaux.
Le 28 , le Corfaire la Victoire rentra dans le Port
de Bayonne avec un Vaiſſeau Marchand Anglois
qu'il avoit pris. On eſtime cette priſe cinquante
mille écus.
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Résumé : PRISES DE VAISSEAUX.
En novembre 1744, plusieurs actions navales remarquables ont été signalées. Le capitaine Hendrix de Zitter, à bord du Marfouin, a capturé une corvette. Le capitaine Charles Dangelot, commandant le Dauphin, a pris une balandre à Nieuport. L'armateur du Trompeur, de Calais, a rançonné cinq bâtiments anglais et en a conduit un sixième à Dunkerque, chargé d'acier, de vin, de miel, de sel et d'eau-de-vie. Le capitaine Antoine du Ler, à bord de la Victoire, a capturé la frégate la Méditerranée et quatre autres vaisseaux ennemis chargés de richesses. Le Fier, armé à Bordeaux et commandé par le capitaine Gilbert-Ségonsac, a pris un brigantin anglais chargé de sucre, de bois de gaïac et de tafia. Le Chaffeur, de Bayonne, commandé par le capitaine Girandel, a relâché à Port-Louis avec deux prises anglaises riches et considérables. Le capitaine Maingard, à bord du Comte de Maurepas, a conduit à Saint-Malo deux navires irlandais chargés de bœuf, de lard et de beurre. Le capitaine Rondinier a mené à Saint-Malo un vaisseau de Bristol chargé de salaisons. Le capitaine Ruault, commandant le Jean Joseph, a capturé le Saint-Jean, un vaisseau anglais de six cents tonneaux et de vingt-huit canons, estimé cinquante mille écus, et a rançonné un autre vaisseau pour vingt-cinq mille livres. Plusieurs autres prises ont été réalisées par divers capitaines, notamment Pierre de Han, Savern, Rombout, la Cour-Gaillard, et de Saint-Allouarn. Les escadres commandées par les sieurs de Rochambeau et de Nesmond ont également réalisé des prises significatives, incluant la frégate anglaise le Solebay et plusieurs bâtiments.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5524
p. 195-202
EDIT POUR LA TONTINE.
Début :
EDIT DU ROI, portant Création de Rentes viageres & de Tontine. Donné à Versailles [...]
Mots clefs :
Rentes, Rentes viagères, Tontines, Acquéreurs, Contrats, Tontine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EDIT POUR LA TONTINE.
EDIT POUR LA TONTINE .
EDITDU ROI , portant Création de Ren- tes viageres & de Tontine. Donné à Verfailles
au mois de Novembre 1744. LOUIS par la
grace de Dieu , Roi de France & de Navarre : A
196 MERCURE DE FRANCE .
tous préſens & à venir , SALUT. L'augmentation
des dépenses auſquelles Nous ſommes obligés
pour la continuation de la Guerre , Nous mettant
dans la néceſſité de nous procurer des fonds extraordinaires
pour le ſervice de l'année prochaine ,
Nousaurions crû devoir écouter la propoſition qui
Nous a été faite d'une nouvelle Creation de Rentes
viageres & de Tontine à l'instar de celles créées
par nos Edits précédens ,& dont la levée a été faite
avec fuccès par ceux de nos Sujets qui veulent
jouir d'un revenu plus confidérable pendant leur
vie , & Nous nous ſommes portés d'autant plus
volontiers à cette nouvelle Création de Rentes viageres&
de Tontine , que quoiqu'elle préſente une
augmentation de charges dans nos états de dépenfes,
cette augmentation ſe trouve compenſée en
partie par le revenant bon qu'a produit l'extinction
de pareilles Rentes créées par nos précédens Edits ,
& qu'au moyen de cette extinction fucceſſive le
fonds que Nous affignons annuellement ſur nos
Etats des Fermes ſe trouvera peu augmenté. Acas
CAUSES , & autres à ce Nous mouvans ; de l'avisde
notre Conſeil , & de notre certaine ſcience ,
pleine puiſſance & autorité Royale , Nous avons
par le préfent Edit perpétuel & irrevocable , die,
ſtatué& ordonné ,diſons , Ratuons & ordonnons ,
voulons & Nous plaît.
ARTICLEI Que par les Commiffaires de
notre Conſeil qui feront par Nous députés , il foit
vendu& aliené ànos chers&bien amés les Prévôt
des Marchands & Echevins de notre bonne Ville
de Paris 1357200 liv. de Rentes viageres , ſçavoir ,
480000 liv. de Rentes purement viageres , &
877200 liv. de Rentes auſſi viageres , dites Tontines
, avec accroiſſement aux furvivans , leſquelles
Rentes Nous avons affignées &affignons ſur le
produit de nos droits d'Aydes & Gabelles ,&des
?
NOVEMBRE. 1744. 197
cinqgroffes Fermes , que Nous avons déclarés &
déclarons ſpécialement &par privilége affectés&
hypotéqués au payement des arrérages deſdites
Rentes , même par préférence à la partie de notre
Tréſor Royal .
II. Voulons que les conſtitutions particulieres
deſdites Rentes forent faites par leſdits Prévôt des
Marchands & Echevins à ceux qui en auront porté
les capitaux en notre Tréſor Royal , & que les
Contrats en ſoientpaffés par devant tels Notaires
que les Acquereurs voudront choiſir , pour joüis
deſdites Rentes leur vie durant , comme de leur
propre choſe, vrai & loyal acquêt pleinement&paiſiblement
, & en être payés actuellement par demie
année à Bureau ouvert en deux payemens par chacun
an par les Payeurs des autres Rentes afſignées
fur nos Aydes & Gabelles , ſans que leſdites Rentes
puiffent êtreréduites ni retranchées ſous quel
que prétexte que ce puiſſe être ; & feront leſdits
Contrats deRentes délivrés gratuitement auxAc
quereurs par les Notaires , auſquels il ſera par
Nous pourvû d'un ſalaire raiſonnable .
III . Leſdits 480000 liv. de Rentes purement
viageres feront partagées en huitClaſſes différentes,
ſuivant l'âge des Acquereurs ; la premiere , de
12000 liv. de Rentes pour ceux depuis la naiſſance
juſqu'à dix ans ſur le pied du dernier treize. La
ſeconde , de 18000 liv. depuis dix ans juſqu'à
vingt , ſur le pied du dernier douze. La troifiéme
de 70000 liv. depuis vingt ans juſqu'à trente , fur
le pied du dernier onze. La quatrième , de 160000
liv. depuis trente ans juſqu'à quarante , ſur le pied
du dernier dix. La cinquiéme , de 1500co liv, depuis
quarante ans juſqu'à cinquante , fur le pied
dudernier neuf La fixieme , de 40000 liv. depuis
cinquante ans juſqua foixante , fur le pied du der
nier huit &demi.La ſeptième , de 18000 liv. de
198 MERCURE DE FRANCE.
puis foixante ans juſqu'à ſoixante& dix , ſur le pied
du derier huit. Et la huitieme .. de 12000 liv . depuis
ſoixante& dix ans & au-deſſus , ſur le pied du
dernier ſept , les conſtitutions particulieres deſquelles
Rentes ne pourront être moindre de so liv. de
jouiſſance.
,
IV. Leſdits 877200 liv. de Rentes viageres de
Tontines formeront la quantité de 30010 Actions
à 300 liv. de principal chacune , qui feront diſtribuées
en quinze Claſſes ſuivant l'âge des Acquereurs
La premiere , de 12000 liv de Rente pour
ceux depuis la naiſſancejuſqu'à cinq ans. La deuxiéme
, de 18900 liv. depuis cinq ans jusqu'à dix.
La troiſième , de 16400 liv. depuis dix ans juſqu'à
quinze. La quatrième , de 34500 liv . depuis quinze
ans juſqu'à vingt. La cinquième , de 43200 liv.
depuis vingt ans juſqu'à vingt- cinq. La fixiéme
de 60000 liv. depuis vingt cinq ans juſqu'à trente!
La ſeptième , de 72900 liv. depuis trente juſqu'à
trente-cinq. La huitieme , de 87000 liv. depuis
trente-cinq juſqu'à quarante. La neuvième , de
99000 liv. depuis quarante juſqu'à quarante-cinq
La dixiéme , de 111600 liv. depuis quarante cinq
juſqu'à cinquante. La onzième , de 96000 liv. depuis
cinquante juſqu'à cinquante-cinq. La douziéme,
de 71400 liv. depuis cinquante cinq juſqu'à
ſoixante. La treiziéme , de 64800 liv. depuis ſoixante
juſqu'à ſoixante-cinq. La quatorziéme , de
44400 liv. depuis foixante- cinq juſqu'à ſoixante &
dix. Et la quinziéme , de 35100 liv. pour ceux de
foixante & dix ans & au - deſſus ; & feront leſdites
Claſſes ſubdiviſées , ſçavoir: la premiere , en deux
parties ; la deuxième , en trois ; la troiſieme , en
quatre, la quatrième , en cinq ; la cinquiéme , en
ix ; la fixiéme , en huit ; la huitieme , en neuf ; la
neuvième , en onze ; la dixiéme , en douze ; la onxiéme
, en dix ; la douxieme , en ſept; la treizićs
NOVEMBRE. 1744. 199
me, en fix ; la quatorziéme , en quatre , & la
quinziéme , en trois ; toutes de trois cent Actions
chacune.
V. Il ſera payé annuellement pour chaque Action
pendant la vie des Rentiers de chaque Claſſe ; ſçavoir
, à ceux de la premiere 20 liv par Action ; à
ceux de la ſeconde , 21 liv . à ceux de la trofiéme ,
22 liv à ceux de la quatrième , 23 liv . à ceux de la
cinquiéme , 24 liv à ceux de la fixieme , 25 liv.
àceux de la ſeptième , 27 liv. à ceux de la huittéme
, 29 liv. à ceux de la neuvième , 30 liv . à ceux
de la dixiéme , 31 liv. à ceux de la onziéme , 32
liv. à ceux de la douziéme , 34 liv. à ceux de la
treiziéme , 36 liv. à ceux de la quatorziéme , 37
liv. à ceux de la quinziéme , 39 liv .
VI. Lorſque les Acquereurs deſdites Rentes viageres
dites Tontines décederont , les arrérages
dont ils jouiffoient appartiendront par accroiffement
aux furvivans de la même subdiviſion dans
laquelle ils ſeront employés , & feront diftribués
entr'eux d'année en année au fol la livre juſqu'au
dernier mourant , ſans que leſdites Rentes puiffent
être cenſées éteintes ànotre profit par le décès des
Acquereurs , finon après le décès du dernier Rentierde
chaque Subdiviſion de Claffe ; en forte que
ledernier vivant de chaque Subdivifion de chacune
deſdites Claſſes recueillera ſeul le revenu de
tous les capitaux qui compo eront la lite Subdivifion
,qui ne ſera éteinte à notre profit qu'après la
mort dudit dernier Rentier.
VII . Leſdites Conſtitutions ne pourront être
moindres que d'une Action , mais il ſera permis
aux Acquereurs d'en prendre tel nombre qu'il leur
plaira en chaque Subdivifion de leur Claffe , pour
leſquelles il ſera expédié un ou pluſieurs Contrats à
leur choix.
VIII. Voulons que conformément à ce qui a été
200 MERCURE DE FRANCE.
pratiqué à l'égard des précédentes Tontines , fi-tot
après la confection des liſtes de celle-ci , le Prévôt
des Marchands de notre bonne Ville de Paris , pro
céde à la nomination des Syndics honoraires defdites
Claſſes , & à la répartition du travail entre lesi
Syndics oneraires des Tontines.
IX. Les Etrangers non naturaliſés , même ceux
demeurans hors de notre Royaume , Pays , Terres
&Seigneuries denotre obéiſſance , pourront , aind
que nospropres Sujets , acquerir les Rentes créées
par notre préſent Edit , encore bien qu'ils fuſſent
Sujetsdes Puiſſances avec lesquelles nous ſommes
ou pourrions être en Guerre , & ils en jouiront
avec tous les priviléges qui leur ont été accordés
pour les autres Rentesdudit Hôtel de Ville par l'Editdu
mois de Décembre 1674 , & autres ſubſéquens.
1
,ne
X. Etpour d'autantplus favoriſer les Acquereurs
deſdites Rentes , voulons que les arrérages des viageres
& ceux des Tontines , à quelques ſommes
qu'ils puiffent monter & les accroiſſemens
puiffent être ſaiſis ſous quelque prétexte que ce
foit , pas même pour nos propres affaires ; & en
outre que lefdites Rentes qui feront acquiſes par
JesEtrangers foient exemptes de toutes Lettres de
marques& de repréſailles pour quelque cauſe que
cefoit.
XI. Les peres & meres qui auront acquis leſdites
Rentes ſous le nom d'aucun de leurs enfans ,jouiront
des arrérages , ſans être tenus d'en rendre aucun
compte juſqu'à ce qu'ils en ayent diſpoſé au
profit de leurſdits enfans.
XII. Ceux de nos Sujets taillables qui acquereront
leſdites Rentes viageres,ne pourront être imfésà
la Taille à plus grande ſomme pour raiſon de
ladite acquifition , ni même pour l'accroiffement
dont ilspourront jouir dans la ſuite.
NOVEMBRE. 1744. 201
XIII. Les Acquereurs deſdites Rentes pourront
faire paffer les Contrats ſous leur nom ou foustel
autre qu'ils voudront choiſir , pour en jouir par
eux ou par ceux qu'ils nommeront , leur viedurant
fur leurs quittances ,dont il ſera fait mention dans
les Quittances du Garde de notre Tréſor Royal ,
&dans leſdits Contrats ; & l'existence des perſonnes
nommées par leſdits Acquereurs fera juſtifiée
pour recevoir les arrérages des Rentes viageres , &
les accroiſſemens dans les Tontines , conformément
à ce qui a été ordonné par nos Déclarations
des 27 Décembre 1727 , & 23 Juillet 1737.
XIV. Leſdits Acquereurs feront tenus de juſtifier
leur âge par des Extraits Baptiftaires ou autres
Actes équipolents , en bonne forme , & dûëment
légaliſés : & à l'égard des Etrangers demeurans
hors de notre Royaume , ils ſeront tenus , outre
leſdits Extraits Baptiftaires , ou autres Actes équipolents
, de rapporter des Certificats de nos Am
baſſadeurs , Envoyés , Réſidens ou Conſuis de la
Nation Françoiſe dans les Cours , Etats ou Villes
Etrangeres où ils demeureront , portant qu'ils ſe
font préſentés devant eux , & qu'ils ont repréſenté
leſdits Extraits Baptiftaires ou Actes équipolents ,
leſquels Extraits Baptiftaires ou Actes équipolents
feront annexés aux Minutes des Contrats deſdites
Rentes.
XV. S'il arrivoit que quelqu'un deſdits Acquereurs
ſe fit comprendre ſur un faux Baptiftaire ou
Acte équipolent , ou par une ſuppoſition de nom
dans une Claſſe plus avancée en âge que celle où
il doit être , Voulons , quant aux Rentes purement
viageres , que celle qui lui aura été conftituée ,demeure
éteinte à notre profit ; & quant aux Rentes
deTontines , qu'elles appartiennent par droit d'accroiſſement
aux autres Rentiers de la Subdivifion
de laClaſſe où il aura été employé , même qu'il
202 MERCURE DE FRANCE.
1
foit procédé contre lui comme fauſſaire , ſuivant
la rigueur des Ordonnances. Permettons néanmoins
aufdits Acquereurs de faire réformer , lors
dela paſſation de leurs Contrats , les erreurs qui
pourroient s'être gliffées à ce ſujetdans les Quittances
du Garde de notre Tréſor Royal.
XVI . Le Bureau ſera ouvert en notre Tréſor
Royal huit jours après l'enregiſtrement de notre
préſent Edit ; pour y recevoir les derniers capitaux
deſdites Rentes , & en délivrer des Quittances.
XVII. Ceux qui acquerront leſdites Rentes avant
le premier Janvier prochain , en auront la jouif
ſance à commencer du premier Octobre précédent ;
&ceux qui les acquerront après le premier Janvier
, n'en auront la jouiſſance que du premier
jour du Quartier dans lequel ils les auront conftituées.
XVIII. S'il arrive quelques conteſtations au fujet
du payement deſdites Rentes , la connoiſſance
en appartiendra auſdits Prévôt des Marchands &
Echevins de notre bonne Ville de Paris , auſquels
Nous en attribuons toute Cour , Jurisdiction &
connoiſſance , pour être décidées ſommairement &
fans frais en premiere Inſtance , ſauf l'appel en notre
Cour de Parlement de Paris , nonobſtant& fans
préjudice duquel appel , les Jugemens rendus par
leſdits Prévôt des Marchanus & Echevins seront exécutés
parproviſion. Si donnons en Mandement ,
&c. Donné à Verſailles au mois de Noveinbre
1744. Signé , LOUIS. & plus bas , PHELYPEAUX .
EDITDU ROI , portant Création de Ren- tes viageres & de Tontine. Donné à Verfailles
au mois de Novembre 1744. LOUIS par la
grace de Dieu , Roi de France & de Navarre : A
196 MERCURE DE FRANCE .
tous préſens & à venir , SALUT. L'augmentation
des dépenses auſquelles Nous ſommes obligés
pour la continuation de la Guerre , Nous mettant
dans la néceſſité de nous procurer des fonds extraordinaires
pour le ſervice de l'année prochaine ,
Nousaurions crû devoir écouter la propoſition qui
Nous a été faite d'une nouvelle Creation de Rentes
viageres & de Tontine à l'instar de celles créées
par nos Edits précédens ,& dont la levée a été faite
avec fuccès par ceux de nos Sujets qui veulent
jouir d'un revenu plus confidérable pendant leur
vie , & Nous nous ſommes portés d'autant plus
volontiers à cette nouvelle Création de Rentes viageres&
de Tontine , que quoiqu'elle préſente une
augmentation de charges dans nos états de dépenfes,
cette augmentation ſe trouve compenſée en
partie par le revenant bon qu'a produit l'extinction
de pareilles Rentes créées par nos précédens Edits ,
& qu'au moyen de cette extinction fucceſſive le
fonds que Nous affignons annuellement ſur nos
Etats des Fermes ſe trouvera peu augmenté. Acas
CAUSES , & autres à ce Nous mouvans ; de l'avisde
notre Conſeil , & de notre certaine ſcience ,
pleine puiſſance & autorité Royale , Nous avons
par le préfent Edit perpétuel & irrevocable , die,
ſtatué& ordonné ,diſons , Ratuons & ordonnons ,
voulons & Nous plaît.
ARTICLEI Que par les Commiffaires de
notre Conſeil qui feront par Nous députés , il foit
vendu& aliené ànos chers&bien amés les Prévôt
des Marchands & Echevins de notre bonne Ville
de Paris 1357200 liv. de Rentes viageres , ſçavoir ,
480000 liv. de Rentes purement viageres , &
877200 liv. de Rentes auſſi viageres , dites Tontines
, avec accroiſſement aux furvivans , leſquelles
Rentes Nous avons affignées &affignons ſur le
produit de nos droits d'Aydes & Gabelles ,&des
?
NOVEMBRE. 1744. 197
cinqgroffes Fermes , que Nous avons déclarés &
déclarons ſpécialement &par privilége affectés&
hypotéqués au payement des arrérages deſdites
Rentes , même par préférence à la partie de notre
Tréſor Royal .
II. Voulons que les conſtitutions particulieres
deſdites Rentes forent faites par leſdits Prévôt des
Marchands & Echevins à ceux qui en auront porté
les capitaux en notre Tréſor Royal , & que les
Contrats en ſoientpaffés par devant tels Notaires
que les Acquereurs voudront choiſir , pour joüis
deſdites Rentes leur vie durant , comme de leur
propre choſe, vrai & loyal acquêt pleinement&paiſiblement
, & en être payés actuellement par demie
année à Bureau ouvert en deux payemens par chacun
an par les Payeurs des autres Rentes afſignées
fur nos Aydes & Gabelles , ſans que leſdites Rentes
puiffent êtreréduites ni retranchées ſous quel
que prétexte que ce puiſſe être ; & feront leſdits
Contrats deRentes délivrés gratuitement auxAc
quereurs par les Notaires , auſquels il ſera par
Nous pourvû d'un ſalaire raiſonnable .
III . Leſdits 480000 liv. de Rentes purement
viageres feront partagées en huitClaſſes différentes,
ſuivant l'âge des Acquereurs ; la premiere , de
12000 liv. de Rentes pour ceux depuis la naiſſance
juſqu'à dix ans ſur le pied du dernier treize. La
ſeconde , de 18000 liv. depuis dix ans juſqu'à
vingt , ſur le pied du dernier douze. La troifiéme
de 70000 liv. depuis vingt ans juſqu'à trente , fur
le pied du dernier onze. La quatrième , de 160000
liv. depuis trente ans juſqu'à quarante , ſur le pied
du dernier dix. La cinquiéme , de 1500co liv, depuis
quarante ans juſqu'à cinquante , fur le pied
dudernier neuf La fixieme , de 40000 liv. depuis
cinquante ans juſqua foixante , fur le pied du der
nier huit &demi.La ſeptième , de 18000 liv. de
198 MERCURE DE FRANCE.
puis foixante ans juſqu'à ſoixante& dix , ſur le pied
du derier huit. Et la huitieme .. de 12000 liv . depuis
ſoixante& dix ans & au-deſſus , ſur le pied du
dernier ſept , les conſtitutions particulieres deſquelles
Rentes ne pourront être moindre de so liv. de
jouiſſance.
,
IV. Leſdits 877200 liv. de Rentes viageres de
Tontines formeront la quantité de 30010 Actions
à 300 liv. de principal chacune , qui feront diſtribuées
en quinze Claſſes ſuivant l'âge des Acquereurs
La premiere , de 12000 liv de Rente pour
ceux depuis la naiſſancejuſqu'à cinq ans. La deuxiéme
, de 18900 liv. depuis cinq ans jusqu'à dix.
La troiſième , de 16400 liv. depuis dix ans juſqu'à
quinze. La quatrième , de 34500 liv . depuis quinze
ans juſqu'à vingt. La cinquième , de 43200 liv.
depuis vingt ans juſqu'à vingt- cinq. La fixiéme
de 60000 liv. depuis vingt cinq ans juſqu'à trente!
La ſeptième , de 72900 liv. depuis trente juſqu'à
trente-cinq. La huitieme , de 87000 liv. depuis
trente-cinq juſqu'à quarante. La neuvième , de
99000 liv. depuis quarante juſqu'à quarante-cinq
La dixiéme , de 111600 liv. depuis quarante cinq
juſqu'à cinquante. La onzième , de 96000 liv. depuis
cinquante juſqu'à cinquante-cinq. La douziéme,
de 71400 liv. depuis cinquante cinq juſqu'à
ſoixante. La treiziéme , de 64800 liv. depuis ſoixante
juſqu'à ſoixante-cinq. La quatorziéme , de
44400 liv. depuis foixante- cinq juſqu'à ſoixante &
dix. Et la quinziéme , de 35100 liv. pour ceux de
foixante & dix ans & au - deſſus ; & feront leſdites
Claſſes ſubdiviſées , ſçavoir: la premiere , en deux
parties ; la deuxième , en trois ; la troiſieme , en
quatre, la quatrième , en cinq ; la cinquiéme , en
ix ; la fixiéme , en huit ; la huitieme , en neuf ; la
neuvième , en onze ; la dixiéme , en douze ; la onxiéme
, en dix ; la douxieme , en ſept; la treizićs
NOVEMBRE. 1744. 199
me, en fix ; la quatorziéme , en quatre , & la
quinziéme , en trois ; toutes de trois cent Actions
chacune.
V. Il ſera payé annuellement pour chaque Action
pendant la vie des Rentiers de chaque Claſſe ; ſçavoir
, à ceux de la premiere 20 liv par Action ; à
ceux de la ſeconde , 21 liv . à ceux de la trofiéme ,
22 liv à ceux de la quatrième , 23 liv . à ceux de la
cinquiéme , 24 liv à ceux de la fixieme , 25 liv.
àceux de la ſeptième , 27 liv. à ceux de la huittéme
, 29 liv. à ceux de la neuvième , 30 liv . à ceux
de la dixiéme , 31 liv. à ceux de la onziéme , 32
liv. à ceux de la douziéme , 34 liv. à ceux de la
treiziéme , 36 liv. à ceux de la quatorziéme , 37
liv. à ceux de la quinziéme , 39 liv .
VI. Lorſque les Acquereurs deſdites Rentes viageres
dites Tontines décederont , les arrérages
dont ils jouiffoient appartiendront par accroiffement
aux furvivans de la même subdiviſion dans
laquelle ils ſeront employés , & feront diftribués
entr'eux d'année en année au fol la livre juſqu'au
dernier mourant , ſans que leſdites Rentes puiffent
être cenſées éteintes ànotre profit par le décès des
Acquereurs , finon après le décès du dernier Rentierde
chaque Subdiviſion de Claffe ; en forte que
ledernier vivant de chaque Subdivifion de chacune
deſdites Claſſes recueillera ſeul le revenu de
tous les capitaux qui compo eront la lite Subdivifion
,qui ne ſera éteinte à notre profit qu'après la
mort dudit dernier Rentier.
VII . Leſdites Conſtitutions ne pourront être
moindres que d'une Action , mais il ſera permis
aux Acquereurs d'en prendre tel nombre qu'il leur
plaira en chaque Subdivifion de leur Claffe , pour
leſquelles il ſera expédié un ou pluſieurs Contrats à
leur choix.
VIII. Voulons que conformément à ce qui a été
200 MERCURE DE FRANCE.
pratiqué à l'égard des précédentes Tontines , fi-tot
après la confection des liſtes de celle-ci , le Prévôt
des Marchands de notre bonne Ville de Paris , pro
céde à la nomination des Syndics honoraires defdites
Claſſes , & à la répartition du travail entre lesi
Syndics oneraires des Tontines.
IX. Les Etrangers non naturaliſés , même ceux
demeurans hors de notre Royaume , Pays , Terres
&Seigneuries denotre obéiſſance , pourront , aind
que nospropres Sujets , acquerir les Rentes créées
par notre préſent Edit , encore bien qu'ils fuſſent
Sujetsdes Puiſſances avec lesquelles nous ſommes
ou pourrions être en Guerre , & ils en jouiront
avec tous les priviléges qui leur ont été accordés
pour les autres Rentesdudit Hôtel de Ville par l'Editdu
mois de Décembre 1674 , & autres ſubſéquens.
1
,ne
X. Etpour d'autantplus favoriſer les Acquereurs
deſdites Rentes , voulons que les arrérages des viageres
& ceux des Tontines , à quelques ſommes
qu'ils puiffent monter & les accroiſſemens
puiffent être ſaiſis ſous quelque prétexte que ce
foit , pas même pour nos propres affaires ; & en
outre que lefdites Rentes qui feront acquiſes par
JesEtrangers foient exemptes de toutes Lettres de
marques& de repréſailles pour quelque cauſe que
cefoit.
XI. Les peres & meres qui auront acquis leſdites
Rentes ſous le nom d'aucun de leurs enfans ,jouiront
des arrérages , ſans être tenus d'en rendre aucun
compte juſqu'à ce qu'ils en ayent diſpoſé au
profit de leurſdits enfans.
XII. Ceux de nos Sujets taillables qui acquereront
leſdites Rentes viageres,ne pourront être imfésà
la Taille à plus grande ſomme pour raiſon de
ladite acquifition , ni même pour l'accroiffement
dont ilspourront jouir dans la ſuite.
NOVEMBRE. 1744. 201
XIII. Les Acquereurs deſdites Rentes pourront
faire paffer les Contrats ſous leur nom ou foustel
autre qu'ils voudront choiſir , pour en jouir par
eux ou par ceux qu'ils nommeront , leur viedurant
fur leurs quittances ,dont il ſera fait mention dans
les Quittances du Garde de notre Tréſor Royal ,
&dans leſdits Contrats ; & l'existence des perſonnes
nommées par leſdits Acquereurs fera juſtifiée
pour recevoir les arrérages des Rentes viageres , &
les accroiſſemens dans les Tontines , conformément
à ce qui a été ordonné par nos Déclarations
des 27 Décembre 1727 , & 23 Juillet 1737.
XIV. Leſdits Acquereurs feront tenus de juſtifier
leur âge par des Extraits Baptiftaires ou autres
Actes équipolents , en bonne forme , & dûëment
légaliſés : & à l'égard des Etrangers demeurans
hors de notre Royaume , ils ſeront tenus , outre
leſdits Extraits Baptiftaires , ou autres Actes équipolents
, de rapporter des Certificats de nos Am
baſſadeurs , Envoyés , Réſidens ou Conſuis de la
Nation Françoiſe dans les Cours , Etats ou Villes
Etrangeres où ils demeureront , portant qu'ils ſe
font préſentés devant eux , & qu'ils ont repréſenté
leſdits Extraits Baptiftaires ou Actes équipolents ,
leſquels Extraits Baptiftaires ou Actes équipolents
feront annexés aux Minutes des Contrats deſdites
Rentes.
XV. S'il arrivoit que quelqu'un deſdits Acquereurs
ſe fit comprendre ſur un faux Baptiftaire ou
Acte équipolent , ou par une ſuppoſition de nom
dans une Claſſe plus avancée en âge que celle où
il doit être , Voulons , quant aux Rentes purement
viageres , que celle qui lui aura été conftituée ,demeure
éteinte à notre profit ; & quant aux Rentes
deTontines , qu'elles appartiennent par droit d'accroiſſement
aux autres Rentiers de la Subdivifion
de laClaſſe où il aura été employé , même qu'il
202 MERCURE DE FRANCE.
1
foit procédé contre lui comme fauſſaire , ſuivant
la rigueur des Ordonnances. Permettons néanmoins
aufdits Acquereurs de faire réformer , lors
dela paſſation de leurs Contrats , les erreurs qui
pourroient s'être gliffées à ce ſujetdans les Quittances
du Garde de notre Tréſor Royal.
XVI . Le Bureau ſera ouvert en notre Tréſor
Royal huit jours après l'enregiſtrement de notre
préſent Edit ; pour y recevoir les derniers capitaux
deſdites Rentes , & en délivrer des Quittances.
XVII. Ceux qui acquerront leſdites Rentes avant
le premier Janvier prochain , en auront la jouif
ſance à commencer du premier Octobre précédent ;
&ceux qui les acquerront après le premier Janvier
, n'en auront la jouiſſance que du premier
jour du Quartier dans lequel ils les auront conftituées.
XVIII. S'il arrive quelques conteſtations au fujet
du payement deſdites Rentes , la connoiſſance
en appartiendra auſdits Prévôt des Marchands &
Echevins de notre bonne Ville de Paris , auſquels
Nous en attribuons toute Cour , Jurisdiction &
connoiſſance , pour être décidées ſommairement &
fans frais en premiere Inſtance , ſauf l'appel en notre
Cour de Parlement de Paris , nonobſtant& fans
préjudice duquel appel , les Jugemens rendus par
leſdits Prévôt des Marchanus & Echevins seront exécutés
parproviſion. Si donnons en Mandement ,
&c. Donné à Verſailles au mois de Noveinbre
1744. Signé , LOUIS. & plus bas , PHELYPEAUX .
Fermer
Résumé : EDIT POUR LA TONTINE.
En novembre 1744, Louis XV, Roi de France et de Navarre, émit un édit visant à créer des rentes viagères et des tontines pour financer les dépenses militaires accrues. Cet édit autorisait la vente de 1 357 200 livres de rentes, réparties en 480 000 livres de rentes viagères et 877 200 livres de rentes tontinières. Les rentes étaient garanties par les revenus des droits d'aides, gabelles et des cinq grosses fermes. Les rentes viagères étaient classées en huit catégories selon l'âge des acquéreurs, avec des montants annuels variables. Les rentes tontinières étaient divisées en 30 010 actions de 300 livres chacune, réparties en quinze classes basées sur l'âge des acquéreurs. Les contrats de rentes étaient établis par les Prévôts des Marchands et Échevins de Paris et enregistrés par des notaires choisis par les acquéreurs. Les paiements étaient effectués semestriellement, avec des montants annuels différents par action, allant de 20 à 39 livres. En cas de décès d'un acquéreur, les arrérages étaient redistribués parmi les survivants. Les constitutions devaient être d'au moins une action, et les étrangers pouvaient acquérir ces rentes avec les mêmes privilèges que les sujets français. Les arrérages étaient insaisissables, même pour les affaires royales. Les acquéreurs devaient justifier leur âge par des actes officiels, sous peine d'annulation ou de redistribution des rentes en cas de fraude. La jouissance des rentes commençait au premier octobre pour les acquisitions avant le 1er janvier et au premier jour du quartier pour les acquisitions postérieures. Les contestations étaient jugées par le Prévôt des Marchands et les Échevins de Paris, avec possibilité d'appel auprès du Parlement de Paris.
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5525
p. 202
« Nous donnerons le Brévet & le Privilége du Roi dans le second Volume, celui-ci n'étant que par extraordinaire. [...] »
Début :
Nous donnerons le Brévet & le Privilége du Roi dans le second Volume, celui-ci n'étant que par extraordinaire. [...]
Mots clefs :
Extraordinaire
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texteReconnaissance textuelle : « Nous donnerons le Brévet & le Privilége du Roi dans le second Volume, celui-ci n'étant que par extraordinaire. [...] »
Nous donnerons le Brévet & le Privilége du Roi
dans le second Volume , celui-ci n'étant que par extraordinaire
.
dans le second Volume , celui-ci n'étant que par extraordinaire
.
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5526
s. p.
TABLE.
Début :
Epitre Dédicatoire au Roi, Préface du nouveau Mercure de France. [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE .
E
Pitre Dédicatoire au Roi ,
Préface du nouveau Mercure de France.
Adreſſe du Mercure.
Avis à un Journaliſte ,
Sur la Philofophie , 2
Surl'Hiſtoire ,
S
Sur la Comédie
,
II
Sur la Tragédie , 14
Sur les Piéces de Poësie , 19
Sur les Mélanges de Littérature, & fur les Anecdotes
Littéraires ,
25
Sur les Langues , 34
Du Style d'un Journaliſte , 37
Le Palmier , les Silvains & Jupiter , Fable ſur la
Convalefcence du Roi , 43
Les Rois , Ode , 45
Ode en Strophes libres ſur la maladie & laConvaleſcence
de S M. 0
Rondeau ſur le même ſujer , 55
Sonnet fur le rétabliſſement da la ſanté de S. M. 56
Au Roi , à ſon retour de l'armée , 7
Diſcoursen Vers ſur les Evenemens de 1744 , 19
Fêtes célébréesdans pluſieurs Villes du Royaume, s
Te Deum chanté à Génes , 74
Illumination à Ily , 2 75
Te Deum chanté à Toulouſe , 76
Autre chanté à Rome ,
78
Autre chanté a Breſt , 79
Autre chanté à l'Abbaye de Fécamp , 80
Fête champêtre donnée par M. Rol , & c. 81
Réjouiſſances faites par les Dominiquains de Provence
, 85
Deſcription de celles faites par les Entrepreneurs
des Poudres , 87
Le Dormeur , 24
.
:
Enigme & Logogryphes , 96
Chanſons notées , 99
Journal du Voyage du Roi , depuis ſon départ de
Fribourg , & fon arrivée à Paris , 103
Réjoüiffances & illuminations à l'arrivée de Sa
Majesté , 105
Le Roi va à N. D. 108
Harangue faite au Roi par M.d'Argenſon le fils, 111
Concert dans l'appartement de la Reine , 112
Fête à l'Hôtel de Ville , 116
Le Roi va à Ste Geneviève , 124
Le Roi eſt complimenté par le Parlement , 125
Vers récités au Roi par M. de Crébillon , 127
Compliment à S. M. par M. de la Chauffée , 132
Le Roi & la Reine , &c. rendent viſite à Mad. la
Ducheſſe d'Orleans , 134
Leurs Majeſtés retournent à Verſailles ,
Illumination fuperbe à Chaillot ,
Autre Illumination à Paſſy ,
Arrivée de Leurs Majeſtés à Verſailles , & Réjouif
136
137
138
ſances faites dans cette Ville
Illuminations des Grands Jéſuites ,
Des Quinze-Vingt ,
De l'Hôtel de S. Aignan ,
De celui de la Roche-sur-Yon ,
De celui de Noailles ,
Lettre au ſujet des Inſcriptions en Latin ,
Spectacles ,
140
144
147
148
149
14
Relation de la Fête donnée par leDuc de Rohan, 165
170
France, Nouvelles de laCour , de Paris , &c. 177
S. M. déclare le Mariage de Monseigneur le Dauphin
,
Départ des Equipages de Mad. la Dauphine ,
Dignités accordées par le Roi ,
Promotions ,
183
186
187
188
192
Edit pour la Tontine , 195
E
Pitre Dédicatoire au Roi ,
Préface du nouveau Mercure de France.
Adreſſe du Mercure.
Avis à un Journaliſte ,
Sur la Philofophie , 2
Surl'Hiſtoire ,
S
Sur la Comédie
,
II
Sur la Tragédie , 14
Sur les Piéces de Poësie , 19
Sur les Mélanges de Littérature, & fur les Anecdotes
Littéraires ,
25
Sur les Langues , 34
Du Style d'un Journaliſte , 37
Le Palmier , les Silvains & Jupiter , Fable ſur la
Convalefcence du Roi , 43
Les Rois , Ode , 45
Ode en Strophes libres ſur la maladie & laConvaleſcence
de S M. 0
Rondeau ſur le même ſujer , 55
Sonnet fur le rétabliſſement da la ſanté de S. M. 56
Au Roi , à ſon retour de l'armée , 7
Diſcoursen Vers ſur les Evenemens de 1744 , 19
Fêtes célébréesdans pluſieurs Villes du Royaume, s
Te Deum chanté à Génes , 74
Illumination à Ily , 2 75
Te Deum chanté à Toulouſe , 76
Autre chanté à Rome ,
78
Autre chanté a Breſt , 79
Autre chanté à l'Abbaye de Fécamp , 80
Fête champêtre donnée par M. Rol , & c. 81
Réjouiſſances faites par les Dominiquains de Provence
, 85
Deſcription de celles faites par les Entrepreneurs
des Poudres , 87
Le Dormeur , 24
.
:
Enigme & Logogryphes , 96
Chanſons notées , 99
Journal du Voyage du Roi , depuis ſon départ de
Fribourg , & fon arrivée à Paris , 103
Réjoüiffances & illuminations à l'arrivée de Sa
Majesté , 105
Le Roi va à N. D. 108
Harangue faite au Roi par M.d'Argenſon le fils, 111
Concert dans l'appartement de la Reine , 112
Fête à l'Hôtel de Ville , 116
Le Roi va à Ste Geneviève , 124
Le Roi eſt complimenté par le Parlement , 125
Vers récités au Roi par M. de Crébillon , 127
Compliment à S. M. par M. de la Chauffée , 132
Le Roi & la Reine , &c. rendent viſite à Mad. la
Ducheſſe d'Orleans , 134
Leurs Majeſtés retournent à Verſailles ,
Illumination fuperbe à Chaillot ,
Autre Illumination à Paſſy ,
Arrivée de Leurs Majeſtés à Verſailles , & Réjouif
136
137
138
ſances faites dans cette Ville
Illuminations des Grands Jéſuites ,
Des Quinze-Vingt ,
De l'Hôtel de S. Aignan ,
De celui de la Roche-sur-Yon ,
De celui de Noailles ,
Lettre au ſujet des Inſcriptions en Latin ,
Spectacles ,
140
144
147
148
149
14
Relation de la Fête donnée par leDuc de Rohan, 165
170
France, Nouvelles de laCour , de Paris , &c. 177
S. M. déclare le Mariage de Monseigneur le Dauphin
,
Départ des Equipages de Mad. la Dauphine ,
Dignités accordées par le Roi ,
Promotions ,
183
186
187
188
192
Edit pour la Tontine , 195
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Résumé : TABLE.
Le document est une table des matières d'une publication, probablement un journal ou une revue, de l'année 1744. Elle inclut des sections introductives telles qu'une dédicace au roi, une préface et des avis. Les sujets traités couvrent la philosophie, l'histoire, la comédie, la tragédie, la poésie, la littérature, les langues et le style journalistique. La publication contient aussi des œuvres littéraires variées comme des fables, des odes, des rondeaux et des sonnets, souvent dédiés à la santé du roi. Des événements de 1744 sont décrits, notamment des Te Deum, des illuminations et des fêtes champêtres. Le journal relate également le voyage du roi de Fribourg à Paris, ainsi que des réjouissances et visites officielles à son retour. Des harangues, concerts et compliments adressés au roi sont mentionnés. La publication se conclut par des nouvelles de la cour et de Paris, des déclarations royales et des promotions.
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5527
s. p.
« La Chanson notée doit regarder la page 99 [...] »
Début :
La Chanson notée doit regarder la page 99 [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La Chanson notée doit regarder la page 99 [...] »
La Chanjon notée doit regarder lapage و
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5528
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE générale est à Monsieur DE LA BRUERE, à l'Hôtel de Pontchartrain. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
'ADRESSE générale eft àMonfieur
LDE LA BRUERE , à l'Hôtel de Pontchartrain.
On prie très-instamment ceux qui
nous adreſſeront des Paquets par la Poſte ,
d'en affranchir le Port ,pour nous épargnerle
déplaisir de les rebuter ,&à eux celui de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui ſouhaiterontavoirle Mercure
deFrancede la premieremain ,& plus promptement
,n'aurontqu'àécrire àl'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; onſe conformera très-exactement à
Leurs intentions.
PRIX XXX. SOLO
'ADRESSE générale eft àMonfieur
LDE LA BRUERE , à l'Hôtel de Pontchartrain.
On prie très-instamment ceux qui
nous adreſſeront des Paquets par la Poſte ,
d'en affranchir le Port ,pour nous épargnerle
déplaisir de les rebuter ,&à eux celui de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui ſouhaiterontavoirle Mercure
deFrancede la premieremain ,& plus promptement
,n'aurontqu'àécrire àl'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; onſe conformera très-exactement à
Leurs intentions.
PRIX XXX. SOLO
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Résumé : AVIS.
L'avis informe Monsieur de La Bruère qu'il est impératif d'affranchir les paquets postaux pour éviter leur rejet et la déception des expéditeurs. Les libraires provinciaux ou étrangers peuvent demander à recevoir le Mercure de France en priorité en écrivant à l'adresse indiquée. Le prix est de XXX SOL.
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5529
p. 3-5
Imitation de l'Ode 21e. du 3e. Livre d'Horace. O nata mecum Consule Manlio.
Début :
Aimable fille de la treille, [...]
Mots clefs :
Horace, Douce
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texteReconnaissance textuelle : Imitation de l'Ode 21e. du 3e. Livre d'Horace. O nata mecum Consule Manlio.
Imitation
de l'ode 21.du3 Livre d'Horace.
Onata mecum Confule Manlio .
Aimablefillede la treille,
Doux charme del'oisiveté ,
FideleAmi,chere bouteille,
!
:
Viens, amene la volupté;
Que possedés de ton delire
Nosjours passentcommeun instant,
Obeis auxsons demaLa
Hatetoi
naLyre,
*** tattend:
4 MERCURE DE FRANCE.
Ne crains pas cet air de tudeſſe ,
Formé ſur de graves leçons ;
La voix qu'inſpire la ſageſſe
Ne dédaigne pas tes Chanſons :
Souvent cette morale auſtere
Dont Caton voulut s'étayer ,
Célébrant ton joyeux myſtere
Avec toi voulut s'égayer.
***
Par une douce violence
Tu commandes à nos humeurs,
Tu forces la haine au filence ;
Tu ſçais t'aſſujettir nos moeurs :
Tu dérides le front du Sage
Sous ta douce yvreſſe abattu ,
Et tu ſers le libertinage
Sans effaroucher la Vertu.
**
Le voile de la politique
Tombe ſous tes premiers efforts ;
De ſa plus ſecrette pratique
Tu découvres tous les refforts.
Par toi , le pauvre qu'on opprime
NOVEMBRE. 1744.
Perd un douloureux ſouvenir ,
Et dans le tranſport qui l'anime ,
Ne voit qu'un heureux avenir.
Viens, & que les Graces badines ;
Qui ne t'abandonnent jamais ,
Aux plaifirs que tu nous deſtines
Joignent leurs ſéduiſans attraits.
A la lueur de cent bougies
Rivales de l'Aſtre du jour ,
Nous célébrerons tes orgies ,
Sans fonger même à fon retour.
de l'ode 21.du3 Livre d'Horace.
Onata mecum Confule Manlio .
Aimablefillede la treille,
Doux charme del'oisiveté ,
FideleAmi,chere bouteille,
!
:
Viens, amene la volupté;
Que possedés de ton delire
Nosjours passentcommeun instant,
Obeis auxsons demaLa
Hatetoi
naLyre,
*** tattend:
4 MERCURE DE FRANCE.
Ne crains pas cet air de tudeſſe ,
Formé ſur de graves leçons ;
La voix qu'inſpire la ſageſſe
Ne dédaigne pas tes Chanſons :
Souvent cette morale auſtere
Dont Caton voulut s'étayer ,
Célébrant ton joyeux myſtere
Avec toi voulut s'égayer.
***
Par une douce violence
Tu commandes à nos humeurs,
Tu forces la haine au filence ;
Tu ſçais t'aſſujettir nos moeurs :
Tu dérides le front du Sage
Sous ta douce yvreſſe abattu ,
Et tu ſers le libertinage
Sans effaroucher la Vertu.
**
Le voile de la politique
Tombe ſous tes premiers efforts ;
De ſa plus ſecrette pratique
Tu découvres tous les refforts.
Par toi , le pauvre qu'on opprime
NOVEMBRE. 1744.
Perd un douloureux ſouvenir ,
Et dans le tranſport qui l'anime ,
Ne voit qu'un heureux avenir.
Viens, & que les Graces badines ;
Qui ne t'abandonnent jamais ,
Aux plaifirs que tu nous deſtines
Joignent leurs ſéduiſans attraits.
A la lueur de cent bougies
Rivales de l'Aſtre du jour ,
Nous célébrerons tes orgies ,
Sans fonger même à fon retour.
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Résumé : Imitation de l'Ode 21e. du 3e. Livre d'Horace. O nata mecum Consule Manlio.
Le texte imite l'ode 21 du troisième livre d'Horace et s'adresse à une 'aimable fille de la treille' et à une 'chère bouteille'. Il invite ces éléments à apporter la volupté et à rendre les jours agréables. Le poème vante les mérites de la bouteille, affirmant qu'elle ne craint ni la tristesse ni les leçons sérieuses, car même la sagesse apprécie ses chansons. La bouteille est décrite comme capable de maîtriser les émotions humaines, de réduire la haine au silence et de réguler les comportements. Elle adoucit le sage et favorise la liberté sans nuire à la vertu. Le texte mentionne aussi que la bouteille dévoile les secrets de la politique et soulage les souffrances des opprimés. Enfin, il convie à célébrer les plaisirs qu'elle offre, accompagnés des Grâces, à la lumière de cent bougies.
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5530
p. 6-10
ESSAI sur la Vie & les Ouvrages de M. Rigaud, par M. Collin de Vermont, Peintre ordinaire du Roi, & Professeur en son Académie Royale de Peinture.
Début :
Mr Rigaud étoit un de ces Hommes rares que le Ciel fait naître pour [...]
Mots clefs :
Hyacinthe Rigaud, Beau, Tableau, Belle, Peintre, Peinture, Histoire, Portrait, Peintres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESSAI sur la Vie & les Ouvrages de M. Rigaud, par M. Collin de Vermont, Peintre ordinaire du Roi, & Professeur en son Académie Royale de Peinture.
ESS Al fur la Vie & les Ouvrages de
M. Rigaud, par M. Collin de Vermont,
Peintre ordinaire du Roi ,& Profeffeur en
Son Académie Royale de Peinture.
MR. Rigaud
2
RRigaud étoit un de ces Hommes
rares que le Ciel fait naître pour
fervir de guide & de modéle aux Artiſtes.
Il reçut en naiſſant un tempéramment affés
fort pour foûtenir les fatigues d'un longue
&conſtante étude de la Nature, qu'il ſe fit
toute ſa vie une loi inviolable d'imiter;
mais s'il a ſçû la rendre ſi parfaitement
dans ſes Ouvrages , ce n'a pas été en la copiant
ſervilement,&telle qu'elle ſe préſente
ſouvent , mais par un choix exquis qu'il en
a fait. Il connoiſſoit la grande diſtance qu'il
y a du beau à l'excellent ; on l'a vû plus
d'une fois effacer des choſes qui lui avoient
coûté pluſieurs jours de travail, & qui plaifoient
aux plus habiles , pour ſe contenter
lui-même , & parvenir à cet excellent qu'il
s'étoit propoſé.
Un génie fupérieur , né pour la Peinture,
reüffit également dans l'Hiſtoire & dans
le Portrait on le voit dans tous les
Peintres du premier Ordre , comme Ra-
,
NOVEMBRE. 1744. 7
phaël , Titien , Rubens , Vandeick , & le
autres
M. Rigaud s'étoit deſtiné pour l'Hiſtoire,
&il y feroit ſans doute parvenu au plus
hautdegré : il eſt aiſé d'en juger par le progrès
rapide qu'il fitdans ſes Etudes à l'Académie
Royale. Il en remporta tous les
Prix avec beaucoup de diſtinction par un
Tableau du Crucifiement , que j'ai entre
les mains; far lequel il fut reçû comme
Hiſtorien , quoiqu'il ne ſoit qu'à moitié
compoſé,& furtout par le précieux Tableau
de la Préſentation ,qu'il a terminé vers la
finde ſa vie ; mais le talent & la grande réputation
qu'il eut dèsfajeuneſſe pour la parfaite
&belle reſſemblance dans les Por
traits augmentant tous les jours dans Paris
, il fut bien-tôt ſurchargé d'occupations,
& obligé d'abandonner l'Histoire , ſans
avoir pû la reprendre , que pour faire par
intervalle ledernier Tableau dont je viens
deparler.
Il prit pour fon modéle dans le Portrait
le fameuxVandeick , dont le beau Pinceau
le charma toujours , & dès les premiers
qu'il a faits on yvoit cette belle exécution&
cette fraicheur de Carnations , qui
ne viennent que d'un Pinceau libre & facile.
Il s'attacha dans la ſuite à finir ſoigneuſement
tout cequ'il peignoit ; mais ſon tra-
1
A iiij
$ MERCURE DE FRANCE.
vail ne fent point la peine ,& quoiqu'il
terminat tout avec amour , on y voit tou
jours une belle façon de peindre ,& une
maniere aifée.
Il a joint à l'aimable naïveté & à la belle
fimplicité de Vandeick une nobleffe dans
fes attitudes ,& un contraſte gracieux , qui
lui ont été particuliers.
Ila , pour ainfi-dire , amplifié & étendu
les Draperies de ce célébre Peintre ,& répandu
dans ſes Compoſitions cette grandeur
& cette magnificence qui caractérifent
la Majeſté des Rois ,& la dignité des Grands
dont il a été le Peintre par prédilection.
- Perfonne n'a pouffé plus loin que lui l'i
mitation de la Nature dans la couleur locale
& la touche des Etoffes , particuliere
ment des Velours. Perſonne n'a ſçû jetter
les Draperies plus noblement & d'un plus
beau choix.
Il a trouvé le premier l'art de les faire
paroître d'un feul morceau par la liaiſon
des plis , ayant remarqué même dans les.
plus grands Maîtres des Draperies qui fembloient
de pluſieurs parties par ce défaut de
liaiſon, que la Gravûre fait mieux ſentir que
le Tableau , parce qu'elle eſt dénuée de
couleur.
Il étoit ennemi de cette fimplicité pauvre
& meſquine , qui n'eſt point celle de
NOVEMBRE.
1744. ,
Vandeick , & juſqu'aux moindres chofes ,
il les ennobliſſoit & leur donnoit de la
grace.
Il a porté au plus haut degré cette partie
ſi conſidérable dans les Tableaux , où fi
peu de Peintres excellent , & où les Con
noiffeurs fixent d'abord leur attention , je
veux dire les mains , qu'il a peintes d'une
beauté & d'une correction parfaite.
Ses Ouvrages ont cela de remarquable
qu'ils plaiſent également de près comme
de loin , parce que le beau fini n'en ôte
point l'effet. Si dans quelques-uns de ſes
derniers Portraits on ne trouve pas toute
la fermeté dans le Pinceau , & la vérité des
teintes dans les Carnations qu'on a toujours
vû dans ſes autres Ouvrages , c'eſt qu'à la
fin les yeux s'affoibliſſent ; eh ! quel eft le
Peintre à quatre-vingt & tant d'années
qui ſe foit plus maintenu dans la correction
&la pureté du Deſſein ? Pour les Draperies,
Fexpérience & les reflexions continuelles
les lui ont fait compofer encore plus ſçavamment
& d'un plus grand goût que les
premieres , & j'oſe avancer que dans cette
partie de la Peinture (j'entends par rapport
au Portrait ) il a furpaſſe tous ceux qui l'ont
précédé.
On voit qu'il ſe peignoit dans ſes Ouvra
ges : comme il avoit l'ame grande & less
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
ſentimens élevés , & que toute ſa perſonne
& ſes manieres avoient un air de diftinction
, de même ſes Tableaux portent un
caractére de nobleſſe qui leur eft propre.
Si les plus fameux Graveurs de ſon tems
ont rendu fon nom & les leurs inmortels
par leurs belles Estampes , on peut dire
qu'ils kui doivent la meilleure partie de
leur gloire , en ce qu'ils ont trouvé des
Originauxoù ils n'ont rien eu à deviner,&
où toutétoit rendu avec ladernierepréciſion .
Un mérite fi extraordinaire a fait ſans
contredit de M.Rigaud undes grands Peintresque
nous ayons en,& ſes qualités perfonnelles
l'ont fait chérir de tous les honnêtes
gens. Il avoit le coeur admirable , il
étoit Epoux tendre , Ami ſincére , utile, effentiel
; d'une générofité peu commune ,
d'une pieté exemplaire, d'une converſation
agréable & instructive : il gagnoit à être
connu , & plus on le pratiquoit , plus on
trouvoit fon commerce aimable ; enfin un
homme qui avoit ſçû joindre àun ſi haut degré
de perfection dans ſonArtune probité fi
reconnuë , meritoit bien pendant fa vie les
distinctions & les honneurs dont la Cour
& toute l'Europe l'ont comblé , & après fa
mort,les regrets de toutes les perſonnes vertueuſes,&
la vénération que les Artiſtes ausont
toujours pour ſa mémoire.
M. Rigaud, par M. Collin de Vermont,
Peintre ordinaire du Roi ,& Profeffeur en
Son Académie Royale de Peinture.
MR. Rigaud
2
RRigaud étoit un de ces Hommes
rares que le Ciel fait naître pour
fervir de guide & de modéle aux Artiſtes.
Il reçut en naiſſant un tempéramment affés
fort pour foûtenir les fatigues d'un longue
&conſtante étude de la Nature, qu'il ſe fit
toute ſa vie une loi inviolable d'imiter;
mais s'il a ſçû la rendre ſi parfaitement
dans ſes Ouvrages , ce n'a pas été en la copiant
ſervilement,&telle qu'elle ſe préſente
ſouvent , mais par un choix exquis qu'il en
a fait. Il connoiſſoit la grande diſtance qu'il
y a du beau à l'excellent ; on l'a vû plus
d'une fois effacer des choſes qui lui avoient
coûté pluſieurs jours de travail, & qui plaifoient
aux plus habiles , pour ſe contenter
lui-même , & parvenir à cet excellent qu'il
s'étoit propoſé.
Un génie fupérieur , né pour la Peinture,
reüffit également dans l'Hiſtoire & dans
le Portrait on le voit dans tous les
Peintres du premier Ordre , comme Ra-
,
NOVEMBRE. 1744. 7
phaël , Titien , Rubens , Vandeick , & le
autres
M. Rigaud s'étoit deſtiné pour l'Hiſtoire,
&il y feroit ſans doute parvenu au plus
hautdegré : il eſt aiſé d'en juger par le progrès
rapide qu'il fitdans ſes Etudes à l'Académie
Royale. Il en remporta tous les
Prix avec beaucoup de diſtinction par un
Tableau du Crucifiement , que j'ai entre
les mains; far lequel il fut reçû comme
Hiſtorien , quoiqu'il ne ſoit qu'à moitié
compoſé,& furtout par le précieux Tableau
de la Préſentation ,qu'il a terminé vers la
finde ſa vie ; mais le talent & la grande réputation
qu'il eut dèsfajeuneſſe pour la parfaite
&belle reſſemblance dans les Por
traits augmentant tous les jours dans Paris
, il fut bien-tôt ſurchargé d'occupations,
& obligé d'abandonner l'Histoire , ſans
avoir pû la reprendre , que pour faire par
intervalle ledernier Tableau dont je viens
deparler.
Il prit pour fon modéle dans le Portrait
le fameuxVandeick , dont le beau Pinceau
le charma toujours , & dès les premiers
qu'il a faits on yvoit cette belle exécution&
cette fraicheur de Carnations , qui
ne viennent que d'un Pinceau libre & facile.
Il s'attacha dans la ſuite à finir ſoigneuſement
tout cequ'il peignoit ; mais ſon tra-
1
A iiij
$ MERCURE DE FRANCE.
vail ne fent point la peine ,& quoiqu'il
terminat tout avec amour , on y voit tou
jours une belle façon de peindre ,& une
maniere aifée.
Il a joint à l'aimable naïveté & à la belle
fimplicité de Vandeick une nobleffe dans
fes attitudes ,& un contraſte gracieux , qui
lui ont été particuliers.
Ila , pour ainfi-dire , amplifié & étendu
les Draperies de ce célébre Peintre ,& répandu
dans ſes Compoſitions cette grandeur
& cette magnificence qui caractérifent
la Majeſté des Rois ,& la dignité des Grands
dont il a été le Peintre par prédilection.
- Perfonne n'a pouffé plus loin que lui l'i
mitation de la Nature dans la couleur locale
& la touche des Etoffes , particuliere
ment des Velours. Perſonne n'a ſçû jetter
les Draperies plus noblement & d'un plus
beau choix.
Il a trouvé le premier l'art de les faire
paroître d'un feul morceau par la liaiſon
des plis , ayant remarqué même dans les.
plus grands Maîtres des Draperies qui fembloient
de pluſieurs parties par ce défaut de
liaiſon, que la Gravûre fait mieux ſentir que
le Tableau , parce qu'elle eſt dénuée de
couleur.
Il étoit ennemi de cette fimplicité pauvre
& meſquine , qui n'eſt point celle de
NOVEMBRE.
1744. ,
Vandeick , & juſqu'aux moindres chofes ,
il les ennobliſſoit & leur donnoit de la
grace.
Il a porté au plus haut degré cette partie
ſi conſidérable dans les Tableaux , où fi
peu de Peintres excellent , & où les Con
noiffeurs fixent d'abord leur attention , je
veux dire les mains , qu'il a peintes d'une
beauté & d'une correction parfaite.
Ses Ouvrages ont cela de remarquable
qu'ils plaiſent également de près comme
de loin , parce que le beau fini n'en ôte
point l'effet. Si dans quelques-uns de ſes
derniers Portraits on ne trouve pas toute
la fermeté dans le Pinceau , & la vérité des
teintes dans les Carnations qu'on a toujours
vû dans ſes autres Ouvrages , c'eſt qu'à la
fin les yeux s'affoibliſſent ; eh ! quel eft le
Peintre à quatre-vingt & tant d'années
qui ſe foit plus maintenu dans la correction
&la pureté du Deſſein ? Pour les Draperies,
Fexpérience & les reflexions continuelles
les lui ont fait compofer encore plus ſçavamment
& d'un plus grand goût que les
premieres , & j'oſe avancer que dans cette
partie de la Peinture (j'entends par rapport
au Portrait ) il a furpaſſe tous ceux qui l'ont
précédé.
On voit qu'il ſe peignoit dans ſes Ouvra
ges : comme il avoit l'ame grande & less
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
ſentimens élevés , & que toute ſa perſonne
& ſes manieres avoient un air de diftinction
, de même ſes Tableaux portent un
caractére de nobleſſe qui leur eft propre.
Si les plus fameux Graveurs de ſon tems
ont rendu fon nom & les leurs inmortels
par leurs belles Estampes , on peut dire
qu'ils kui doivent la meilleure partie de
leur gloire , en ce qu'ils ont trouvé des
Originauxoù ils n'ont rien eu à deviner,&
où toutétoit rendu avec ladernierepréciſion .
Un mérite fi extraordinaire a fait ſans
contredit de M.Rigaud undes grands Peintresque
nous ayons en,& ſes qualités perfonnelles
l'ont fait chérir de tous les honnêtes
gens. Il avoit le coeur admirable , il
étoit Epoux tendre , Ami ſincére , utile, effentiel
; d'une générofité peu commune ,
d'une pieté exemplaire, d'une converſation
agréable & instructive : il gagnoit à être
connu , & plus on le pratiquoit , plus on
trouvoit fon commerce aimable ; enfin un
homme qui avoit ſçû joindre àun ſi haut degré
de perfection dans ſonArtune probité fi
reconnuë , meritoit bien pendant fa vie les
distinctions & les honneurs dont la Cour
& toute l'Europe l'ont comblé , & après fa
mort,les regrets de toutes les perſonnes vertueuſes,&
la vénération que les Artiſtes ausont
toujours pour ſa mémoire.
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Résumé : ESSAI sur la Vie & les Ouvrages de M. Rigaud, par M. Collin de Vermont, Peintre ordinaire du Roi, & Professeur en son Académie Royale de Peinture.
Hyacinthe Rigaud était un peintre exceptionnel, reconnu pour son talent et son dévouement à l'art. Né avec un tempérament robuste, il s'est concentré sur l'étude approfondie de la nature, privilégiant une représentation excellente plutôt que strictement réaliste. Son œuvre se distingue par un choix judicieux des éléments à reproduire, évitant la copie servile. Rigaud excellait aussi bien dans la peinture d'histoire que dans le portrait. Bien qu'il ait remporté des prix à l'Académie Royale pour des tableaux historiques comme 'Le Crucifiement' et 'La Présentation', il s'est surtout illustré dans le portrait. Il admirait Van Dyck, adoptant sa fraîcheur et liberté du pinceau tout en ajoutant une noblesse et une grandeur propres à ses compositions. Ses portraits se caractérisent par une exécution soignée et une attention particulière aux détails, notamment les mains et les draperies. Rigaud a innové en peignant les draperies de manière à ce qu'elles semblent faites d'un seul morceau, une technique qu'il a perfectionnée au fil du temps. Ses œuvres sont appréciées tant de près que de loin grâce à leur fini parfait sans perte de l'effet global. En dehors de son art, Rigaud était connu pour sa générosité, sa piété et sa conversation agréable. Sa probité et ses qualités personnelles lui ont valu l'admiration et les honneurs de son époque. Les graveurs de son temps ont également bénéficié de la précision et de la qualité de ses œuvres, contribuant à sa renommée posthume. Le texte décrit une personne dont la probité est reconnue et qui a mérité les distinctions et les honneurs accordés par la Cour et toute l'Europe durant sa vie. Après son décès, elle a suscité des regrets parmi les personnes vertueuses et continue d'être vénérée par les artistes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5531
p. 11-15
A M. DE VOLTAIRE EPITRE.
Début :
Quand Frederic pour illustrer Berlin [...]
Mots clefs :
Voltaire, Frédéric II de Prusse, Talents, Fleurs, Gloire, Mademoiselle Dumesnil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. DE VOLTAIRE EPITRE.
A M. DE VOLTAIRE
EPITRE.
Uand Frederic pour illustrer Berlia
Veut y fixer votre brillant deſtin ,
Vous y promet richeſſe , indépendance ,
Sublime ami , content de peu d'aiſance ,
Sans rang ni place , en butte aux fots eſprits ,
Au Roi du Nord vous préférez Paris.
Vous n'aurez point cette pompeuſe ſuire
D'appartemens que le tumulte habite ,
Mais un azile , où ſeul vivant pour foi
L'homme fenſé tout le jour eſt ſon Roi
Là , ce génie impatient d'écrire ,
Qui l'oeil en feus vous preſſe , vous inſpire ,
Vous tient tout prêts les tragiques poignards
Et les tréſors des faſtes de nos Arts.
D'Amours charmans , vos Dieux àjuftes titres
Un Eſſain vole autour de vos Pupitres,
*,
:
Av
12 MERCURE DE FRANCE.
Prend votre plume , en badinant écrit
Ces riens chéris du coeur &de l'eſprit ,
Sur le Parnaſſe apportés de Cithere ,
Qui vontdu Sage égayer l'air auſtere.
Vers ce réduit des Muſes révéré J
On voit un Temple auxGraces conſacré,
Où le ſçavoir à labeauté s'allie
Où l'admirant on adore Emilie :
か
Venez-y plaire à vos amis brillans
Qu'à leur Déeſſe amenent les Talens
DeDargental briguez-y le ſuffrage;
Il joint au goût un coeur du premier âge ,
Reconnoiſſez Pope dans du Reſnel ,
Anacreon aux chants de Pontevel ,
Dugai Bernis encouragez l'audace ,
S'il ſçait vous ſuivre , il paſſera le Taffe
Montrez àpeindre au jeune Helvetius.
Le vrai bonheur qu'il doit à ſes vertus
Faites paffer fur la ſonore Lyre;
Du vif Bernard tout l'amour qu'il inſpire
Parez le front de l'aimable Nevers ;
Des deux Lauriers des Armes& des Versi
:
:
NOVEMBRE . 1744. 13
Voltaire , ainſi de vos momens tranquilles
Comptable à tous , vous les rendez utiles ,
Et comme un Fleuve aimé dans les Valons
Dont il baigna les fleurs& les moiffons
Court à grand bruit groſſir la Mer profonde ,
Vous fécondez ou vous ornez le Monde :
Vous ranimez ces germes languiſſans
De nos Beaux-Arts , autrefois floriſſans ,
Quand nos talens , ſans l'effroi de la guerre
Au nom François avoient conquis la Terre.
Pour vous payer de fi nobles efforts
Sur vous la gloire épanche ſes tréſors ;
Phébus , en vous trouvant nos grands génies
Croit vous devoir leurs Guirlandes unies..
:
Auſſi galant qu'Ovide & Richelieu
Vous effaciez & Chapelle & Chaulieu
V
Hiſtorien digne des tems d'Auguſte ,.
Vous remplaciez Boſſuet & Saluſte "
Vous nous vengiez des Grecs & des Romains,
La Palme épique ornoit vos jeunes mains ,
Quel autre bruit de gloire vous éveille ?
Il eſt un Mont où Racine &Corneille
14 MERCURE DE FRANCE.
Parmi l'encens s'élevent dans les Airs ,
L'un qu'Amour guide attendrit l'Univers ,
L'autre l'étonne & monte à l'Empirée,
De leurs honneurs votre ame eſt enyvrée ;
Mais connoiſſant le péril de marcher
Par les ſentiers qu'ils ſcurent défricher ,
Vous vous frayez une nouvelle route ,
Audacieuſe , effrayante , ſans doute ,
Où tout près d'eux , mais paré d'autres fleurs,
Vous partagez l'empire de nos coeurs ;
Après Cinna , Polieucte , & Roxane ,
On eſt touché d'Alzire & d'Orofmane.
Combiende pleurs couloient ces derniers jours ?
Eh , pourquoi donc en ſuſpendre le cours ?
Quand Dumesnil , Arbitre de la Scéne ,
Veuve en fureur , mere plus qu'inhumaine ,
Vengeant ſon fils , va lui percer le flanc ,
Mérope aveugle , hélas ! c'eſt votre ſang ;
Oui , Dumeſnil eſt Mérope elle-même' ;
Hait-elle , on hait;s'attendrit-elle , on aime
Nous les voyans ces Spectacles vantés
Où dans Athene émus , épouvantés ,
Des Peuples doux , ſuivant leurs coeurs pour guide ,
Les yeux en pleurs couronnoient Euripide,
Voltaire arrive , on interromptl'Acteur ,
NOVEMBRE. 1744.
On ne veut plus que voir , qu'aimer l'Auteur ;
La joye éclate où l'on verſoit des larmes :
Tendre enchanteur, joüi de tous tes charmes.
Vous, qui jadis ornâtes fon Berceau,
Qui de ſes jours tournez le cher fuſeau
De mon ami divines Protectrices ,
Muſes , j'ai vu ſous vos Aſtres propices
De ſon eſprit les précoces talens ,
Porter des fleurs même avant ſon Printems.
Si ſoutenu ſur votre aîle légere ,
En franchiſſant notre impur Atmosphere ,
Vous l'élevez entre nous & les Dieux ,
Qu'il foit fans maux , & reſpecté comme eux-
Préſagez- lui par ſa préſente gloire
Tous les honneurs du Temple de Mémoire.
Ah! puiſſe-t'il , de vos faveurs flaté
Joüir vivant de l'immortalité.
EPITRE.
Uand Frederic pour illustrer Berlia
Veut y fixer votre brillant deſtin ,
Vous y promet richeſſe , indépendance ,
Sublime ami , content de peu d'aiſance ,
Sans rang ni place , en butte aux fots eſprits ,
Au Roi du Nord vous préférez Paris.
Vous n'aurez point cette pompeuſe ſuire
D'appartemens que le tumulte habite ,
Mais un azile , où ſeul vivant pour foi
L'homme fenſé tout le jour eſt ſon Roi
Là , ce génie impatient d'écrire ,
Qui l'oeil en feus vous preſſe , vous inſpire ,
Vous tient tout prêts les tragiques poignards
Et les tréſors des faſtes de nos Arts.
D'Amours charmans , vos Dieux àjuftes titres
Un Eſſain vole autour de vos Pupitres,
*,
:
Av
12 MERCURE DE FRANCE.
Prend votre plume , en badinant écrit
Ces riens chéris du coeur &de l'eſprit ,
Sur le Parnaſſe apportés de Cithere ,
Qui vontdu Sage égayer l'air auſtere.
Vers ce réduit des Muſes révéré J
On voit un Temple auxGraces conſacré,
Où le ſçavoir à labeauté s'allie
Où l'admirant on adore Emilie :
か
Venez-y plaire à vos amis brillans
Qu'à leur Déeſſe amenent les Talens
DeDargental briguez-y le ſuffrage;
Il joint au goût un coeur du premier âge ,
Reconnoiſſez Pope dans du Reſnel ,
Anacreon aux chants de Pontevel ,
Dugai Bernis encouragez l'audace ,
S'il ſçait vous ſuivre , il paſſera le Taffe
Montrez àpeindre au jeune Helvetius.
Le vrai bonheur qu'il doit à ſes vertus
Faites paffer fur la ſonore Lyre;
Du vif Bernard tout l'amour qu'il inſpire
Parez le front de l'aimable Nevers ;
Des deux Lauriers des Armes& des Versi
:
:
NOVEMBRE . 1744. 13
Voltaire , ainſi de vos momens tranquilles
Comptable à tous , vous les rendez utiles ,
Et comme un Fleuve aimé dans les Valons
Dont il baigna les fleurs& les moiffons
Court à grand bruit groſſir la Mer profonde ,
Vous fécondez ou vous ornez le Monde :
Vous ranimez ces germes languiſſans
De nos Beaux-Arts , autrefois floriſſans ,
Quand nos talens , ſans l'effroi de la guerre
Au nom François avoient conquis la Terre.
Pour vous payer de fi nobles efforts
Sur vous la gloire épanche ſes tréſors ;
Phébus , en vous trouvant nos grands génies
Croit vous devoir leurs Guirlandes unies..
:
Auſſi galant qu'Ovide & Richelieu
Vous effaciez & Chapelle & Chaulieu
V
Hiſtorien digne des tems d'Auguſte ,.
Vous remplaciez Boſſuet & Saluſte "
Vous nous vengiez des Grecs & des Romains,
La Palme épique ornoit vos jeunes mains ,
Quel autre bruit de gloire vous éveille ?
Il eſt un Mont où Racine &Corneille
14 MERCURE DE FRANCE.
Parmi l'encens s'élevent dans les Airs ,
L'un qu'Amour guide attendrit l'Univers ,
L'autre l'étonne & monte à l'Empirée,
De leurs honneurs votre ame eſt enyvrée ;
Mais connoiſſant le péril de marcher
Par les ſentiers qu'ils ſcurent défricher ,
Vous vous frayez une nouvelle route ,
Audacieuſe , effrayante , ſans doute ,
Où tout près d'eux , mais paré d'autres fleurs,
Vous partagez l'empire de nos coeurs ;
Après Cinna , Polieucte , & Roxane ,
On eſt touché d'Alzire & d'Orofmane.
Combiende pleurs couloient ces derniers jours ?
Eh , pourquoi donc en ſuſpendre le cours ?
Quand Dumesnil , Arbitre de la Scéne ,
Veuve en fureur , mere plus qu'inhumaine ,
Vengeant ſon fils , va lui percer le flanc ,
Mérope aveugle , hélas ! c'eſt votre ſang ;
Oui , Dumeſnil eſt Mérope elle-même' ;
Hait-elle , on hait;s'attendrit-elle , on aime
Nous les voyans ces Spectacles vantés
Où dans Athene émus , épouvantés ,
Des Peuples doux , ſuivant leurs coeurs pour guide ,
Les yeux en pleurs couronnoient Euripide,
Voltaire arrive , on interromptl'Acteur ,
NOVEMBRE. 1744.
On ne veut plus que voir , qu'aimer l'Auteur ;
La joye éclate où l'on verſoit des larmes :
Tendre enchanteur, joüi de tous tes charmes.
Vous, qui jadis ornâtes fon Berceau,
Qui de ſes jours tournez le cher fuſeau
De mon ami divines Protectrices ,
Muſes , j'ai vu ſous vos Aſtres propices
De ſon eſprit les précoces talens ,
Porter des fleurs même avant ſon Printems.
Si ſoutenu ſur votre aîle légere ,
En franchiſſant notre impur Atmosphere ,
Vous l'élevez entre nous & les Dieux ,
Qu'il foit fans maux , & reſpecté comme eux-
Préſagez- lui par ſa préſente gloire
Tous les honneurs du Temple de Mémoire.
Ah! puiſſe-t'il , de vos faveurs flaté
Joüir vivant de l'immortalité.
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Résumé : A M. DE VOLTAIRE EPITRE.
L'épître, datée de novembre 1744, est adressée à Voltaire et exprime l'admiration de son auteur pour le choix de Voltaire de résider à Paris plutôt que d'accepter les offres du roi Frédéric II de Prusse. À Paris, Voltaire bénéficie d'un environnement propice à l'écriture, entouré de muses et d'amours inspirantes. Il est soutenu par des figures littéraires notables telles que Dargental, Du Resnel, Anacréon, Pontével, Dugay Bernis, Helvétius, et Bernard. Voltaire est célébré pour ses contributions significatives aux arts et à la littérature, ayant revitalisé les beaux-arts en France après les perturbations causées par la guerre. Ses œuvres sont comparées à celles des grands auteurs classiques comme Racine et Corneille. Il est particulièrement salué pour avoir ouvert de nouvelles voies littéraires avec des pièces telles que 'Alzire' et 'L'Orphelin de la Chine'. L'épître se conclut par un vœu pour que Voltaire continue à jouir de la gloire et de l'immortalité littéraire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5532
p. 16-23
RÉPONSE du R. P. M. Texte, D. à la Lettre anonyme, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juin 1744, sur l'origine de réciter trois fois l'Ave Maria, au son de la cloche.
Début :
Vous me demandez, Monsieur, si la Priere appellée communément l'Angelus, [...]
Mots clefs :
Ave Maria, Angélus, Cloche, Louis XI, Termes, Origine, Matin, Salutation angélique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE du R. P. M. Texte, D. à la Lettre anonyme, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juin 1744, sur l'origine de réciter trois fois l'Ave Maria, au son de la cloche.
REPONSE du R. P. M. Texte , D. à
la Lettre anonyme , inférée dans le premier
Volume du Mercure de fuin 1744 , ſur l'origine
de réciter trois fois l'Ave Maria , au
fon de la cloche.
V
Ous me demandez , Monfieur , fi
la Priere appellée communément
l'Angelus , a commencé ſous Louis VI , &
ſi Louis XI l'a ordonnée le matin & le
foir , comme à midi .
Je vous dirai , M. qu'à juger du premier
chef par ce qu'on en lit dans le Dictionnaire
de Trévoux , T. IV , p. 1424 , Edition
de 1721 , c'eſt Louis VI , dit le Gros ,
décédé en 1137 , lequel a ordonné le premier
l'Angelus. Voici les termes qui y ſont
inférés.
La Salutation Angélique est une Priere
qu'onfait à la Vierge,qu'on nomme l'Ave Maria
, qui contient les mêmes paroles que l'Ange
lui dit , quand il lui annonça le Mysterede
Incarnation , Salutatio Angelica ; elle a été
introduite par l'Ordonnance de Louis VI. Ilya
poſitivement Louis VI , fans d'Errata qui
le corrige , comme le dit Robert Gaguin dans
Ses Chroniques. Elle ne ſe fir d'abord qu'à midi
,mais depuis elle s'est faite auſſi au fon de
NOVEMBRE. 1744. 17
la cloche qu'on ſonne au point du jour , & à
Sept heures du soir, qu'on nomme le Couvre
feu , &par corruption Carfou ; ce terme depuis
, infinuë que les Auteurs du Dictionnaire
parlent de Louis VI,puiſqu'il est conf
tant que dès 1300 , 172 ansavant l'Ordonnance
de Louis XI,on diſoit en France l'Angelus
au Couvre- feu, comme je le prouverai.
M. César de Rochefort , Docteur ès
Droits , Aggregé au Collège de la Sapience
de Rome , Auteur de pluſieurs Ouvrages ,
fondé également ſur une autorité , a mis
dans celui qui a pour titre : Dictionnaire général
& curieux , contenant les principaux
mots, &c. imprimé à Lyon en 1685 , que ce
fut Louis XI , qui en 1472 , ordonna de
réciter l'Angelus aux heures qu'on le fair
aujourd'hui ; on y lit p . 24.
Ave Maria , Louis XI ordonna dans ſon
Royaume la Salutation Angélique , qui se dit
le matin , à midi & lefoir. Ce fut le 1 Mat
1472 , Mezeray , dans la vie de Charles
VIII. Jean XXII avoit deja institué cette dévotion
à la Vierge ; ce qu'ily a de plus important,
dit l'Auteur dans ſa Préface, eft que les
Citationsfont fort régulieres.
Un troiſième ſentiment ſur l'origine de
l'Angelus à midi , de la découverte duquel
je vous fuis , M. redevable , & qui efface
les deux premiers , me paroît plus
18 MERCURE DE FRANCE.
folide; il eſt fondé ſur le Texte de la Chronique
d'un Greffier de l'Hôtel de Ville de
Paris , contemporain de Louis XI , & que
vous rapportez au lieu des termes de l'Ordonnance
de ce Roi , qui ſeroit ſans réplique;
on lit dans cette Chronique : »
1472 هد ,
Etle-
dit premier jour deMai ,un Doc-
>> teurdéclaira que le Roi exhortoit ſonbon
> Populaire ... que doreſenavant à l'heure
»du midi chaſcun feuſt flechi un genoiiil en
> terre en diſantAve Maria.
Vous me permettrez , M. de continuer
cette Réponſe par des découvertes que j'ai
faites depuis ſur le même ſujet de l'Angelus.
Il y a eu des Synodes en France avant le
Regne de Louis XI , où l'Angelus a été ordonné.
Le ſçavantDom Martenne en rapporte
deux exemples dans ſes Anecdotes
T. IV.
Le premier ſe liten ces termes ,p. 962 .
Ex ftatutis Domini Simonis , ( a ) quondam
Epifcopi Nannetenſis, art. V.de Ignitegio. Item
precipimus , ut ipsi (b) faciant hora confusta
pulfari campanas in Ecclefiis fuis , ad ignitegium
Gallice Couvre feut precipiant
Parochianis ad pulfationem hujusmodi dicere
genibus flexis , verbum Salutationis ab Angelo
(a) L'année n'eſt pas marquée.
(6) Les Curés..
NOVEMBRE. 1744. 19
gloriofa Virgini Maria Ave Maria,&ex hoc
lucrantur decem dies Indulgentia .
Ce grand Prélat , ſi dévot à la Vierge
mérite bien d'être connêt; c'eſt Simon de Langres,
uniqueEvêque de Nantes de ce nom
en 1366 ,& enfuite de Vannes , ſelon lep.
Echard,& que Froiffart,L.I.Ch. 211 ,appelle
Homme d'Egliſe d'une grande prudence.
3
Il fut le 21 Général de l'Ordre de S. Dominique
, & un des deux Légats envoyés en
France par Innocent VI, & choiſi, dit le ſçavant
P. Daniel , dans ſon Hift.de France, T.
III, p. 101 ) par Charles, Dauphin & Régent
du Royaume , pour travailler au Traité de
Bretigny, prèsdeChartres,Paroiſſe de Sours,
où j'ai pallé. Mem. de la Chambre des CompresdeParis.
L'autre exemple , tiré du même Livre de
Dom Martenne, p. 1107 , nous donne au fujetde
l'Angelus ,une époque plus ancienne.
Satuta Synodalia Ecclefia Trecorensis (Treguier
) art. LXVIII. Item pracipit Dominus
Epifcopus omnibus Curatis Dioecefis Trecorenfis,
invirtute obedientiæ , quod de catero pul
fetur Campana in Ecclefiis fuis , ante ignitegium
, & quod fit inter duas pulſationes ſpatium
unius Ave María .
L'année de ce Synode , & le nom de l'Evêque
, ne ſont pas marqués , mais comme
enfuite viennent Stainta Synodalia Alani
1
20 MERCURE DE FRANCE.
EpifcopiTrecorenfis,poft annum M.CCC.XXXIV.
edita , le Synode , qu'on vient de citer ,
doit être néceſſairement plus ancien.
Cette maniere de prier le ſoir fut plus
étenduëdans le Concile de la Province (a)
de Sens , tenu à Paris , dans le Palais alors
Epiſcopal , ſitué ſur le bord de la Seine, (b)
auquel préſida Guillaume de Melun , Archevêque
de Sens ; en voici les termes , Art.
XIII. Item authoritate dicti Concilii pracipimus
ut obfervetur inviolabiliter ordinatio facta
perSancta memoria Joannem Papam XXII, de
dicendo ter Ave Maria, tempore ignitegii, &c.
Actum in Palatio Epifcopali Parifienfi anno
millefimo trecentefimo quadragefimo ſexto die
XIV Martii.
Quelques Hiſtoriens diſent que cetteBulle
de Jean XXII , donnée le 13 Octobre
1318 , eſt Le commencement & l'origine de
la Priere que nous appellons l'Angelus ; mais
outre qu'ils avouent avec Reynal , qu'on
la pratiquoit déja en France,ſçavoir à Xaintes.
Cum pius mos in Xantonenfi Ecclefia fufceptus
effet , Pontifex decem dierum Indul-
-(a) La Province Eccleſiaſtique de Sens étoit d'une
vaſte étendue,& contenoit tout un grand Pays
dont lePeuple Belliqueux étoit nommé Romanorum
terror. Voyez Baudrand.
(b) Sequana , ſubſt f. Fleuve en général m. Dict.
deDanet , mais non pas abſolument m. le Criti
que qui depuis peu l'a avancé s'eſt trompé,
NOVEMBRE 1744. 28
gentiam conceffit , Reyn. Annal. 1318. Outre
cela, dis-je , Bzovius , qui écrivoit à Rome
dans la Bibliothéque du Vatican , par l'or
dre de Paul V , & que perſonne n'a refuté,
amis dans ſes Annales , T. XIII , p. 391 ,
ann. 1239 , quatre-vingt ans auparavaut
Jean XXII , que le Pape Grégoire IX , perſécuté
par l'Empereur Frederic II , avoit or
donné de réciter trois fois cette Priere à
genoux le matin & le ſoir. Interim cum
fcriptis armis Frederici Gregorius IX, exa
gitarctur , decrevit ut Salutatio Dei parentis
tum diluculo , tum crepusculo , dato ſigno campana,
abomnibus genu flexo ter repeteretur. II
ditpas d'où il a tiré ce fait , comme il cite
Naucler à l'égard du Salve Regina , ordonné
par ce Pape, Priere * qu'il attribuë à Dom
Herman , Bénédictin, en 1060 ; mais ce témoignage
de Bzovius mériteroit quelque
attention.
Neanmoins , pour ne rien avancer que de
poſitif, je dis qu'on a d'abord recité l'Angelus
au couvre-feu avant 1318 , enſuite
Tous Louis XI , à midi en 1472 , & enfin ,
l'époque la plus ancienne que j'aye pû découvrir
pour trois fois par jour, eſt celle
de Léon X , élû en 1513 , lequel
**
* La coûtume de chanter le Salve après Complies
vient des Dominiquains . vers 1237. Martene ,T.
VI.p. 544 ver. Script.
** P, de Breul , Hiſt, de l'Abbaye S. Germain,
z MERCURE DE FRANCE.
à l'inſtance du Cardinal Briçonner , Evêque
de Meaux , & Abbé de S. Germain des Prez
Paris , accorda des Indulgences à ceux de
ce Diocèſe & du Fauxbourg S. Germain ,
qui réciteroient àgenoux cette Priere le matin
, àmidi & le foir .
De nos jours , Benoît XIII, de ſainte mémoire
a accordé le 14 Septembre 1724 cent
jours d'Indulgence à tous ceux qui réciteroient
àgenoux la même Priere,&il ajoûte
une Indulgence pleniere pour ceux qui pratiqueroient
cette dévotion ,&communieroientunjourde
chaque mois, à leur choix.
Bullarium Pradicatorum , T. VI. p. 539.
Il y au reſte , M. une remarque à faire fur
leConcile de Sens, dont je viens de parler;
l'Editeur du Spicilege de Dom Luc Dariche ,
T. I. p. 148 , où ce Concile eſt rapporté , a
misdans le titre , qu'il fut tenu en 1350 ,
anno M. ccc. L. & au bas de la page on litz
Concilium hoc an. 1346 , celebratum dicitur
infra , atque id verum arbitratus eft Dacherius,
fed hac deinde monuit Balufius , anno
1346. Guillelmus nondum erat Archiepis
copus .... probabilius ergo eft habitam fuiſſe
hanc Synodum an 13.50. Il eſt en effer certain
que Guill. de Melun ne prit (a) poffefſion
perſonnellementde ſon Egliſe de Sens
(a) Recueil de Remarques pour la Métropole
de Sens; Manuscrit de S, Germain des Prez ,
NOVEMBRE. 1744
:
1
qu'au mois d Octobre 1350, ſtyle ancien,&
il paroît de cette prife de poffeffion qu'il
aſſembla fon Concile au mois de Mars ſuivant,
ſur la finde 1350, plutôt qu'en 1346;
de plus , l'Evêque de Paris s'y trouve ſigné
G. Parifienfis.comnie d'Acheri & les PP,
Labbe & Hardoiüin l'ont mis dans leurs
Editions ; or en 1345 Foulques décédé en
1348 , étoit Evêque de Paris. Je ne fais
que propoſer ici la difficulté , après l'Editeur
du Spicilege , dont je laiſſe à examiner
le fond aux ſçavans Bénédictins, Continuareurs
du Gallia Chriftiana , ne doutant pas
qu'ils ne ſe déterminent en faveur de la
vérité; & que leur décifion ne ſoit univerſellement
reçûë. La date Actum die 14
Martii , ann. 1346 , me paroît d'un grand
poids; remarque importante , afin que ceux
qui citeront ce Concile évitent de ſe tromper.
Je ſuis ,&c.
-
A Paris le 30 Août 1744,
la Lettre anonyme , inférée dans le premier
Volume du Mercure de fuin 1744 , ſur l'origine
de réciter trois fois l'Ave Maria , au
fon de la cloche.
V
Ous me demandez , Monfieur , fi
la Priere appellée communément
l'Angelus , a commencé ſous Louis VI , &
ſi Louis XI l'a ordonnée le matin & le
foir , comme à midi .
Je vous dirai , M. qu'à juger du premier
chef par ce qu'on en lit dans le Dictionnaire
de Trévoux , T. IV , p. 1424 , Edition
de 1721 , c'eſt Louis VI , dit le Gros ,
décédé en 1137 , lequel a ordonné le premier
l'Angelus. Voici les termes qui y ſont
inférés.
La Salutation Angélique est une Priere
qu'onfait à la Vierge,qu'on nomme l'Ave Maria
, qui contient les mêmes paroles que l'Ange
lui dit , quand il lui annonça le Mysterede
Incarnation , Salutatio Angelica ; elle a été
introduite par l'Ordonnance de Louis VI. Ilya
poſitivement Louis VI , fans d'Errata qui
le corrige , comme le dit Robert Gaguin dans
Ses Chroniques. Elle ne ſe fir d'abord qu'à midi
,mais depuis elle s'est faite auſſi au fon de
NOVEMBRE. 1744. 17
la cloche qu'on ſonne au point du jour , & à
Sept heures du soir, qu'on nomme le Couvre
feu , &par corruption Carfou ; ce terme depuis
, infinuë que les Auteurs du Dictionnaire
parlent de Louis VI,puiſqu'il est conf
tant que dès 1300 , 172 ansavant l'Ordonnance
de Louis XI,on diſoit en France l'Angelus
au Couvre- feu, comme je le prouverai.
M. César de Rochefort , Docteur ès
Droits , Aggregé au Collège de la Sapience
de Rome , Auteur de pluſieurs Ouvrages ,
fondé également ſur une autorité , a mis
dans celui qui a pour titre : Dictionnaire général
& curieux , contenant les principaux
mots, &c. imprimé à Lyon en 1685 , que ce
fut Louis XI , qui en 1472 , ordonna de
réciter l'Angelus aux heures qu'on le fair
aujourd'hui ; on y lit p . 24.
Ave Maria , Louis XI ordonna dans ſon
Royaume la Salutation Angélique , qui se dit
le matin , à midi & lefoir. Ce fut le 1 Mat
1472 , Mezeray , dans la vie de Charles
VIII. Jean XXII avoit deja institué cette dévotion
à la Vierge ; ce qu'ily a de plus important,
dit l'Auteur dans ſa Préface, eft que les
Citationsfont fort régulieres.
Un troiſième ſentiment ſur l'origine de
l'Angelus à midi , de la découverte duquel
je vous fuis , M. redevable , & qui efface
les deux premiers , me paroît plus
18 MERCURE DE FRANCE.
folide; il eſt fondé ſur le Texte de la Chronique
d'un Greffier de l'Hôtel de Ville de
Paris , contemporain de Louis XI , & que
vous rapportez au lieu des termes de l'Ordonnance
de ce Roi , qui ſeroit ſans réplique;
on lit dans cette Chronique : »
1472 هد ,
Etle-
dit premier jour deMai ,un Doc-
>> teurdéclaira que le Roi exhortoit ſonbon
> Populaire ... que doreſenavant à l'heure
»du midi chaſcun feuſt flechi un genoiiil en
> terre en diſantAve Maria.
Vous me permettrez , M. de continuer
cette Réponſe par des découvertes que j'ai
faites depuis ſur le même ſujet de l'Angelus.
Il y a eu des Synodes en France avant le
Regne de Louis XI , où l'Angelus a été ordonné.
Le ſçavantDom Martenne en rapporte
deux exemples dans ſes Anecdotes
T. IV.
Le premier ſe liten ces termes ,p. 962 .
Ex ftatutis Domini Simonis , ( a ) quondam
Epifcopi Nannetenſis, art. V.de Ignitegio. Item
precipimus , ut ipsi (b) faciant hora confusta
pulfari campanas in Ecclefiis fuis , ad ignitegium
Gallice Couvre feut precipiant
Parochianis ad pulfationem hujusmodi dicere
genibus flexis , verbum Salutationis ab Angelo
(a) L'année n'eſt pas marquée.
(6) Les Curés..
NOVEMBRE. 1744. 19
gloriofa Virgini Maria Ave Maria,&ex hoc
lucrantur decem dies Indulgentia .
Ce grand Prélat , ſi dévot à la Vierge
mérite bien d'être connêt; c'eſt Simon de Langres,
uniqueEvêque de Nantes de ce nom
en 1366 ,& enfuite de Vannes , ſelon lep.
Echard,& que Froiffart,L.I.Ch. 211 ,appelle
Homme d'Egliſe d'une grande prudence.
3
Il fut le 21 Général de l'Ordre de S. Dominique
, & un des deux Légats envoyés en
France par Innocent VI, & choiſi, dit le ſçavant
P. Daniel , dans ſon Hift.de France, T.
III, p. 101 ) par Charles, Dauphin & Régent
du Royaume , pour travailler au Traité de
Bretigny, prèsdeChartres,Paroiſſe de Sours,
où j'ai pallé. Mem. de la Chambre des CompresdeParis.
L'autre exemple , tiré du même Livre de
Dom Martenne, p. 1107 , nous donne au fujetde
l'Angelus ,une époque plus ancienne.
Satuta Synodalia Ecclefia Trecorensis (Treguier
) art. LXVIII. Item pracipit Dominus
Epifcopus omnibus Curatis Dioecefis Trecorenfis,
invirtute obedientiæ , quod de catero pul
fetur Campana in Ecclefiis fuis , ante ignitegium
, & quod fit inter duas pulſationes ſpatium
unius Ave María .
L'année de ce Synode , & le nom de l'Evêque
, ne ſont pas marqués , mais comme
enfuite viennent Stainta Synodalia Alani
1
20 MERCURE DE FRANCE.
EpifcopiTrecorenfis,poft annum M.CCC.XXXIV.
edita , le Synode , qu'on vient de citer ,
doit être néceſſairement plus ancien.
Cette maniere de prier le ſoir fut plus
étenduëdans le Concile de la Province (a)
de Sens , tenu à Paris , dans le Palais alors
Epiſcopal , ſitué ſur le bord de la Seine, (b)
auquel préſida Guillaume de Melun , Archevêque
de Sens ; en voici les termes , Art.
XIII. Item authoritate dicti Concilii pracipimus
ut obfervetur inviolabiliter ordinatio facta
perSancta memoria Joannem Papam XXII, de
dicendo ter Ave Maria, tempore ignitegii, &c.
Actum in Palatio Epifcopali Parifienfi anno
millefimo trecentefimo quadragefimo ſexto die
XIV Martii.
Quelques Hiſtoriens diſent que cetteBulle
de Jean XXII , donnée le 13 Octobre
1318 , eſt Le commencement & l'origine de
la Priere que nous appellons l'Angelus ; mais
outre qu'ils avouent avec Reynal , qu'on
la pratiquoit déja en France,ſçavoir à Xaintes.
Cum pius mos in Xantonenfi Ecclefia fufceptus
effet , Pontifex decem dierum Indul-
-(a) La Province Eccleſiaſtique de Sens étoit d'une
vaſte étendue,& contenoit tout un grand Pays
dont lePeuple Belliqueux étoit nommé Romanorum
terror. Voyez Baudrand.
(b) Sequana , ſubſt f. Fleuve en général m. Dict.
deDanet , mais non pas abſolument m. le Criti
que qui depuis peu l'a avancé s'eſt trompé,
NOVEMBRE 1744. 28
gentiam conceffit , Reyn. Annal. 1318. Outre
cela, dis-je , Bzovius , qui écrivoit à Rome
dans la Bibliothéque du Vatican , par l'or
dre de Paul V , & que perſonne n'a refuté,
amis dans ſes Annales , T. XIII , p. 391 ,
ann. 1239 , quatre-vingt ans auparavaut
Jean XXII , que le Pape Grégoire IX , perſécuté
par l'Empereur Frederic II , avoit or
donné de réciter trois fois cette Priere à
genoux le matin & le ſoir. Interim cum
fcriptis armis Frederici Gregorius IX, exa
gitarctur , decrevit ut Salutatio Dei parentis
tum diluculo , tum crepusculo , dato ſigno campana,
abomnibus genu flexo ter repeteretur. II
ditpas d'où il a tiré ce fait , comme il cite
Naucler à l'égard du Salve Regina , ordonné
par ce Pape, Priere * qu'il attribuë à Dom
Herman , Bénédictin, en 1060 ; mais ce témoignage
de Bzovius mériteroit quelque
attention.
Neanmoins , pour ne rien avancer que de
poſitif, je dis qu'on a d'abord recité l'Angelus
au couvre-feu avant 1318 , enſuite
Tous Louis XI , à midi en 1472 , & enfin ,
l'époque la plus ancienne que j'aye pû découvrir
pour trois fois par jour, eſt celle
de Léon X , élû en 1513 , lequel
**
* La coûtume de chanter le Salve après Complies
vient des Dominiquains . vers 1237. Martene ,T.
VI.p. 544 ver. Script.
** P, de Breul , Hiſt, de l'Abbaye S. Germain,
z MERCURE DE FRANCE.
à l'inſtance du Cardinal Briçonner , Evêque
de Meaux , & Abbé de S. Germain des Prez
Paris , accorda des Indulgences à ceux de
ce Diocèſe & du Fauxbourg S. Germain ,
qui réciteroient àgenoux cette Priere le matin
, àmidi & le foir .
De nos jours , Benoît XIII, de ſainte mémoire
a accordé le 14 Septembre 1724 cent
jours d'Indulgence à tous ceux qui réciteroient
àgenoux la même Priere,&il ajoûte
une Indulgence pleniere pour ceux qui pratiqueroient
cette dévotion ,&communieroientunjourde
chaque mois, à leur choix.
Bullarium Pradicatorum , T. VI. p. 539.
Il y au reſte , M. une remarque à faire fur
leConcile de Sens, dont je viens de parler;
l'Editeur du Spicilege de Dom Luc Dariche ,
T. I. p. 148 , où ce Concile eſt rapporté , a
misdans le titre , qu'il fut tenu en 1350 ,
anno M. ccc. L. & au bas de la page on litz
Concilium hoc an. 1346 , celebratum dicitur
infra , atque id verum arbitratus eft Dacherius,
fed hac deinde monuit Balufius , anno
1346. Guillelmus nondum erat Archiepis
copus .... probabilius ergo eft habitam fuiſſe
hanc Synodum an 13.50. Il eſt en effer certain
que Guill. de Melun ne prit (a) poffefſion
perſonnellementde ſon Egliſe de Sens
(a) Recueil de Remarques pour la Métropole
de Sens; Manuscrit de S, Germain des Prez ,
NOVEMBRE. 1744
:
1
qu'au mois d Octobre 1350, ſtyle ancien,&
il paroît de cette prife de poffeffion qu'il
aſſembla fon Concile au mois de Mars ſuivant,
ſur la finde 1350, plutôt qu'en 1346;
de plus , l'Evêque de Paris s'y trouve ſigné
G. Parifienfis.comnie d'Acheri & les PP,
Labbe & Hardoiüin l'ont mis dans leurs
Editions ; or en 1345 Foulques décédé en
1348 , étoit Evêque de Paris. Je ne fais
que propoſer ici la difficulté , après l'Editeur
du Spicilege , dont je laiſſe à examiner
le fond aux ſçavans Bénédictins, Continuareurs
du Gallia Chriftiana , ne doutant pas
qu'ils ne ſe déterminent en faveur de la
vérité; & que leur décifion ne ſoit univerſellement
reçûë. La date Actum die 14
Martii , ann. 1346 , me paroît d'un grand
poids; remarque importante , afin que ceux
qui citeront ce Concile évitent de ſe tromper.
Je ſuis ,&c.
-
A Paris le 30 Août 1744,
Fermer
Résumé : RÉPONSE du R. P. M. Texte, D. à la Lettre anonyme, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juin 1744, sur l'origine de réciter trois fois l'Ave Maria, au son de la cloche.
Le texte examine les origines de la prière de l'Angelus, qui consiste à réciter trois fois l'Ave Maria. Deux sources principales sont mentionnées : le Dictionnaire de Trévoux et César de Rochefort. Selon le Dictionnaire de Trévoux, Louis VI aurait instauré cette prière en 1137, initialement récitée à midi, puis adoptée au lever et au coucher du soleil. César de Rochefort attribue cette pratique à Louis XI en 1472, ordonnant sa récitation le matin, à midi et le soir. Cependant, des synodes en France avant Louis XI et un concile de la Province de Sens en 1346 avaient déjà prescrit cette pratique, suivant une bulle de Jean XXII en 1318. Le texte mentionne également la récitation de la prière 'Salutatio Dei parentis' trois fois par jour, ordonnée par le pape Grégoire IX en 1744. Léon X est identifié comme la première source pour la récitation de l'Angelus trois fois par jour. Divers papes ont accordé des indulgences pour la récitation de ces prières, comme Benoît XIII en 1724. Le texte discute aussi d'un concile à Sens, avec des divergences sur la date : 1346 ou 1350.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5533
p. 24-30
L'AMI PARFAIT à M. D. T. M. D. V.
Début :
Tu veux que je te trace une image fidelle [...]
Mots clefs :
Amis, Amitié, Ami, Coeur, Homme, Coeurs, Gens, Forme, Vertu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMI PARFAIT à M. D. T. M. D. V.
L'AMI PARFAIT
à M. D.T. M.D.V.
Tu
U veux que je te trace une image fidelle
De l'Amitié , ce doux lien des coeurs ;
Uniondes eſprits , des volontés , des moeurs ;
En toi j'en trouve un vrai modéle :
Je répete , Damon , ce que tu m'as appris ;
Retrouve toi dans mes Ecrits .
८.
Un Ami ſage , aiſé , ſincére ,
Eſt pour l'homme un bien néceſſaire ;
A peine Dieu l'eut-il formé ,
Qu'il déſira d'aimer & d'être aimé;
Qued'elle-même la Nature
Lui fit entendre qu'ici bas
Un homme en homme ne vit pas
S'il n'a quelque amitié ſincére , tendre& pure.
Ayons doncdes Amis, mais que le choix ſoit lent:
Pour éviter enſuite un odieux divorce
Sondons le caractére , & voyons ſous l'écorce ;
Il faut en amitié craindre le changement.
Donner ſon coeur , enfuite ſe dédire ,
Tel qu'on aimoit hier aujourd'hui le proſcrire ,
C'eſt paffer pour un homme inquiet , inconſtant.
Voulons-nous des Amis auſſi longs que la vie ?
Il fautque la vertu nous lie.
Ne
:
১
NOVEMBRE. 1744. 25
:
1
Σ
Ne prenons point pour nos amis
Cesgens dont les façons, dont les folles maniéres ,
Ridicules par tout , & par tout fingulières ,
Les font paffer pour étourdis :
Ces gens chés qui toûjours l'amour propre réſide ,
Et dont l'individu ſans honneur& fans foi ,
N'eftimant & n'aimantque foi , :
Lorſque l'intérêt parle eſt ou foible , ou perfide :
Ces gens du mérite envieux ,
Dont notre gloire, éblouiroit les yeux :
Ces gens qui veulent qu'on les flate',
Et chés qui l'amitié n'eſt jamais délicate
Que lorſqu'en leur faveur on ſçait approuver tout ,
Défirs & paffions , libertinage & goût ,
Tout mauvais coeur enfin ,& toute ame perverſe .
De l'amitié n'entrent point au commerce ;
Un lien n'eſt pas fort que le vice a formé ,
Ce qui s'eſtime peu , n'eſt pas long-tems aimé ;
Mais qu'il eſt doux de trouver dans un autre
Un coeur noble , conſtant& formé pour le nôtre ;
Un ami , qui ſçachant que je ſuis en danger ,
Non-ſeulement me plaint , mais me vient ſoulager ;
Qui ne demande point mon coeur & mes careſſes
Pour mieux ſçavoir où je tiens mes richeſſes
Chés qui dans la douleur mon courage abbatu
Puiffe retrouver ſa vertu ;
Un ami tendre , un coeur ſenſible à mes allarmes ,
Avec qui je verſe des larmes ,
II. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
Qui du ſoin de me corriger ,
Soin délicat , veut pourtant ſe charger ;
Mais dont la prudente ſageſſe ,
S'accommodant à ma foibleſſe ,
Ne me vient point hors de propos
Moraliſer en fifflant mes défauts !
Il faut qu'en un homme qu'on aime
Chacun ſe retrouve ſoi-même ;
Qu'il ſcache eſtimer en autrui
Ce que l'on eſtime dans lui :
Qu'en ſes moeurs , s'il ſe peut, il ſoit irréprochable ;
Rempli fur- tout de piété ,
Qu'il foit dans ſes devoirs toûjours inviolable ,
Exact fur- tout à la fidélité..
La taille au reſte & les traits du viſage
En amitié ſont hors d'uſage ;
Si le coeur eſt bon & bienfait ,
Que nous importe du portrait ?
Que la raiſon donc examine ,
Des Amis ſeule elle doit faire choix ;
Que mûrement elle le détermine ,
Puis envers eux gardons ces loix.
D'un ami l'amitié n'exige
Que les devoirs ou la raiſon l'oblige,
L'amitié ne met point dans ſes conditions
De flater les penchans , d'aider les paſſions.
Cherchons , aimons ſa compagnie ,
Mais ne ſuivons jamais ſes odieux défirs .
NOVEMBRE. 1744. 27
Ne prenons avec lui que d'honnêtes plaiſirs ;
Aux débauches s'il nous convie ,
Ne craignons point de le rendre confus
Par un néceſſaire refus .
Tirons-le , s'il ſe peut , des vices
Par des avis avec art amenés :
Sans faire le prêcheur , montronslui les délices
Des coeurs par la vertu ſeulement dominés ;
Mais , fi bravant une leçon ſi ſage ,
Il vit toûjours au crime abandonné ,
De jours en jours réfuſons lui l'uſage
De notre coeur , qui par ſon voiſinage
Se verroit bien-tôt ſuborné ;
On devient bien- tôt tel foi-même,
Que l'eſt un coeur pervers qu'on aimes
Un homme , de mooeurs diffamé ,
Ne mérite pas d'être aimé.
N'ayons pour nos Amis rien d'amer , riende rude ;
Fuyons l'aigreur , fuyons la promptitude.
Pour quelque léger manquement
Ne ſoyons pas d'abord ſur le qui-vive ;
L'amitié paffe vite , & n'est jamais bien vive
Si l'on ne ſçait pas aifément
S'excufer mutuellement .
Prenons de nos Amis à propos la défenſe ;
Nous devons foutenir leur réputation ;
Entre deux coeurs telle eſt l'affection ;
Que des chagrins de l'un l'autre d'abord s'offenſe
N'imitons pas pourtant ces Amis orgueilleux ,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Ces Amis dont la flaterie
D'éloges ſans ceſſe nourrie ,
Eléve leurs Amis juſqu'au ſommet des Cieux ;
Tout ce qu'ils font eſt bien fait à leurs yeux,
Ils veulent avoir cette gloire
D'avoir ſcu rencontrer des Amis ſans défaut :
Si vous leur en trouvez , ils penſent qu'on va croire
Qu'ils n'ont pas ſçû les trouver comme il faut ,
Et que voyant de près leurs façons, leurs manieres,
Ils ſe les rendent familiéres.
Sçachons dans nosAmis aisément deviner
Tout ce qui peut les chagriner.
Sont-ils dans le beſoin ? Il faut qu'une mais
prompte ,
Prévenant leur demande , en prévienne la honte.
Faiſons leur nos faveurs de cet air gracieux ,
Qui ſçait rendre un bienfait doublement précieux
Si nous ne voulons pas que pour avoir ils prient ,
Ne ſouffrons pas auſſi qu'enfuite ils remercient
Et paroiſſons oublier pour jamais
Les biens que nous leur avons faits.
Depuis long-tems on l'a dit , la fortune
Entre Amis doit être commune ,
2
NOVEMBRE. 1744. 29
Mais pour ne ſuivre pas ce Proverbe fâcheux ,
On craint tous les Amis dont la morne figure
De bienfaits & d'emprunts porte le triſte augure ;
Et pour n'être pas généreux ,
Pour n'unir pas les bienfaits aux careſſes ,
On ne choiſit que des Amis heureux ,
Qui laiſſent en paix nos richeſſes.
D'un bon Ami la principale Loi
C'eſt de tenir une promeſſe ,
C'eſt de bien dégager ſa foi .
Un ami ſur ce point a - t-il de la foibleſle ?
Il rompra bien-tôt avec moi.
Il me prouve par- là qu'il a quelqu'autre affaire ,
Plus preſſante pour lui , que le ſoin de me plaire.
Nul Ami qui ne ſoit diſcret ,
Qui ne ſcache en ſon ſein bien cacher un ſécret.
Si l'orgueil , ſi quelque imprudence
Trahit enfin la confidence ,
Deux coeurs , auparavant étroitement unis ,
Bien-tôt par-là deviennent ennemis ,
Et peut être jamais averſion plus vive.
Il faut enfin qu'un Ami ſuive
Les égards qui ſontdûs au rang ,
A
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
A l'âge , àla ſplendeur du ſang,
Un Prince-veut- il vous permettre
Quelque familiarité ?
Entre vous deux pourtant il ne prétend pas mettre
Une entiére égalité;
Pour lors l'amitié vous oblige
Acéder , à ſçavoir plier ,
A fçavoir , en un mot , joindre à l'air familier
Cetair reſpectueux que ſa naiſſance exige.
L'amitié m'a dicté ce Code , ces avis ,
Mais , Damon , ce n'eſt point pour toi que je les
donne.
Le Ciel m'a fait un bien qu'il n'accorde àper
fonne ;
Je n'ai que de parfaits Amis.
L. 7. de ......
AGrenoble ce 21 Novembre 1744
à M. D.T. M.D.V.
Tu
U veux que je te trace une image fidelle
De l'Amitié , ce doux lien des coeurs ;
Uniondes eſprits , des volontés , des moeurs ;
En toi j'en trouve un vrai modéle :
Je répete , Damon , ce que tu m'as appris ;
Retrouve toi dans mes Ecrits .
८.
Un Ami ſage , aiſé , ſincére ,
Eſt pour l'homme un bien néceſſaire ;
A peine Dieu l'eut-il formé ,
Qu'il déſira d'aimer & d'être aimé;
Qued'elle-même la Nature
Lui fit entendre qu'ici bas
Un homme en homme ne vit pas
S'il n'a quelque amitié ſincére , tendre& pure.
Ayons doncdes Amis, mais que le choix ſoit lent:
Pour éviter enſuite un odieux divorce
Sondons le caractére , & voyons ſous l'écorce ;
Il faut en amitié craindre le changement.
Donner ſon coeur , enfuite ſe dédire ,
Tel qu'on aimoit hier aujourd'hui le proſcrire ,
C'eſt paffer pour un homme inquiet , inconſtant.
Voulons-nous des Amis auſſi longs que la vie ?
Il fautque la vertu nous lie.
Ne
:
১
NOVEMBRE. 1744. 25
:
1
Σ
Ne prenons point pour nos amis
Cesgens dont les façons, dont les folles maniéres ,
Ridicules par tout , & par tout fingulières ,
Les font paffer pour étourdis :
Ces gens chés qui toûjours l'amour propre réſide ,
Et dont l'individu ſans honneur& fans foi ,
N'eftimant & n'aimantque foi , :
Lorſque l'intérêt parle eſt ou foible , ou perfide :
Ces gens du mérite envieux ,
Dont notre gloire, éblouiroit les yeux :
Ces gens qui veulent qu'on les flate',
Et chés qui l'amitié n'eſt jamais délicate
Que lorſqu'en leur faveur on ſçait approuver tout ,
Défirs & paffions , libertinage & goût ,
Tout mauvais coeur enfin ,& toute ame perverſe .
De l'amitié n'entrent point au commerce ;
Un lien n'eſt pas fort que le vice a formé ,
Ce qui s'eſtime peu , n'eſt pas long-tems aimé ;
Mais qu'il eſt doux de trouver dans un autre
Un coeur noble , conſtant& formé pour le nôtre ;
Un ami , qui ſçachant que je ſuis en danger ,
Non-ſeulement me plaint , mais me vient ſoulager ;
Qui ne demande point mon coeur & mes careſſes
Pour mieux ſçavoir où je tiens mes richeſſes
Chés qui dans la douleur mon courage abbatu
Puiffe retrouver ſa vertu ;
Un ami tendre , un coeur ſenſible à mes allarmes ,
Avec qui je verſe des larmes ,
II. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
Qui du ſoin de me corriger ,
Soin délicat , veut pourtant ſe charger ;
Mais dont la prudente ſageſſe ,
S'accommodant à ma foibleſſe ,
Ne me vient point hors de propos
Moraliſer en fifflant mes défauts !
Il faut qu'en un homme qu'on aime
Chacun ſe retrouve ſoi-même ;
Qu'il ſcache eſtimer en autrui
Ce que l'on eſtime dans lui :
Qu'en ſes moeurs , s'il ſe peut, il ſoit irréprochable ;
Rempli fur- tout de piété ,
Qu'il foit dans ſes devoirs toûjours inviolable ,
Exact fur- tout à la fidélité..
La taille au reſte & les traits du viſage
En amitié ſont hors d'uſage ;
Si le coeur eſt bon & bienfait ,
Que nous importe du portrait ?
Que la raiſon donc examine ,
Des Amis ſeule elle doit faire choix ;
Que mûrement elle le détermine ,
Puis envers eux gardons ces loix.
D'un ami l'amitié n'exige
Que les devoirs ou la raiſon l'oblige,
L'amitié ne met point dans ſes conditions
De flater les penchans , d'aider les paſſions.
Cherchons , aimons ſa compagnie ,
Mais ne ſuivons jamais ſes odieux défirs .
NOVEMBRE. 1744. 27
Ne prenons avec lui que d'honnêtes plaiſirs ;
Aux débauches s'il nous convie ,
Ne craignons point de le rendre confus
Par un néceſſaire refus .
Tirons-le , s'il ſe peut , des vices
Par des avis avec art amenés :
Sans faire le prêcheur , montronslui les délices
Des coeurs par la vertu ſeulement dominés ;
Mais , fi bravant une leçon ſi ſage ,
Il vit toûjours au crime abandonné ,
De jours en jours réfuſons lui l'uſage
De notre coeur , qui par ſon voiſinage
Se verroit bien-tôt ſuborné ;
On devient bien- tôt tel foi-même,
Que l'eſt un coeur pervers qu'on aimes
Un homme , de mooeurs diffamé ,
Ne mérite pas d'être aimé.
N'ayons pour nos Amis rien d'amer , riende rude ;
Fuyons l'aigreur , fuyons la promptitude.
Pour quelque léger manquement
Ne ſoyons pas d'abord ſur le qui-vive ;
L'amitié paffe vite , & n'est jamais bien vive
Si l'on ne ſçait pas aifément
S'excufer mutuellement .
Prenons de nos Amis à propos la défenſe ;
Nous devons foutenir leur réputation ;
Entre deux coeurs telle eſt l'affection ;
Que des chagrins de l'un l'autre d'abord s'offenſe
N'imitons pas pourtant ces Amis orgueilleux ,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Ces Amis dont la flaterie
D'éloges ſans ceſſe nourrie ,
Eléve leurs Amis juſqu'au ſommet des Cieux ;
Tout ce qu'ils font eſt bien fait à leurs yeux,
Ils veulent avoir cette gloire
D'avoir ſcu rencontrer des Amis ſans défaut :
Si vous leur en trouvez , ils penſent qu'on va croire
Qu'ils n'ont pas ſçû les trouver comme il faut ,
Et que voyant de près leurs façons, leurs manieres,
Ils ſe les rendent familiéres.
Sçachons dans nosAmis aisément deviner
Tout ce qui peut les chagriner.
Sont-ils dans le beſoin ? Il faut qu'une mais
prompte ,
Prévenant leur demande , en prévienne la honte.
Faiſons leur nos faveurs de cet air gracieux ,
Qui ſçait rendre un bienfait doublement précieux
Si nous ne voulons pas que pour avoir ils prient ,
Ne ſouffrons pas auſſi qu'enfuite ils remercient
Et paroiſſons oublier pour jamais
Les biens que nous leur avons faits.
Depuis long-tems on l'a dit , la fortune
Entre Amis doit être commune ,
2
NOVEMBRE. 1744. 29
Mais pour ne ſuivre pas ce Proverbe fâcheux ,
On craint tous les Amis dont la morne figure
De bienfaits & d'emprunts porte le triſte augure ;
Et pour n'être pas généreux ,
Pour n'unir pas les bienfaits aux careſſes ,
On ne choiſit que des Amis heureux ,
Qui laiſſent en paix nos richeſſes.
D'un bon Ami la principale Loi
C'eſt de tenir une promeſſe ,
C'eſt de bien dégager ſa foi .
Un ami ſur ce point a - t-il de la foibleſle ?
Il rompra bien-tôt avec moi.
Il me prouve par- là qu'il a quelqu'autre affaire ,
Plus preſſante pour lui , que le ſoin de me plaire.
Nul Ami qui ne ſoit diſcret ,
Qui ne ſcache en ſon ſein bien cacher un ſécret.
Si l'orgueil , ſi quelque imprudence
Trahit enfin la confidence ,
Deux coeurs , auparavant étroitement unis ,
Bien-tôt par-là deviennent ennemis ,
Et peut être jamais averſion plus vive.
Il faut enfin qu'un Ami ſuive
Les égards qui ſontdûs au rang ,
A
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
A l'âge , àla ſplendeur du ſang,
Un Prince-veut- il vous permettre
Quelque familiarité ?
Entre vous deux pourtant il ne prétend pas mettre
Une entiére égalité;
Pour lors l'amitié vous oblige
Acéder , à ſçavoir plier ,
A fçavoir , en un mot , joindre à l'air familier
Cetair reſpectueux que ſa naiſſance exige.
L'amitié m'a dicté ce Code , ces avis ,
Mais , Damon , ce n'eſt point pour toi que je les
donne.
Le Ciel m'a fait un bien qu'il n'accorde àper
fonne ;
Je n'ai que de parfaits Amis.
L. 7. de ......
AGrenoble ce 21 Novembre 1744
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Résumé : L'AMI PARFAIT à M. D. T. M. D. V.
Le texte 'L'Ami parfait' examine les traits distinctifs de l'amitié authentique et les qualités essentielles pour sélectionner et conserver des amis sincères. L'auteur illustre ces principes à travers l'exemple de son ami Damon, qu'il considère comme un modèle d'amitié véritable. L'amitié est présentée comme une aspiration humaine fondamentale, où l'individu cherche à aimer et à être aimé. Le choix des amis doit être judicieux et fondé sur la vertu et la constance. Les véritables amis doivent être nobles, constants, prêts à offrir leur aide en cas de besoin, et capables de corriger avec délicatesse sans tomber dans l'excès moralisateur. L'apparence physique est considérée comme secondaire ; seule la qualité du cœur importe. La raison doit diriger le choix des amis, et l'amitié doit favoriser la vertu tout en évitant les passions destructrices. Il est impératif de protéger la réputation des amis et de leur venir en aide discrètement lorsqu'ils en ont besoin. La générosité et la fidélité sont des valeurs primordiales, et un ami doit toujours tenir ses promesses et garder les secrets. Le texte aborde également les défis de l'amitié, insistant sur l'importance de préserver les secrets et d'éviter l'orgueil ou l'imprudence. L'amitié doit respecter les différences de rang et de statut social, comme illustré par l'exemple d'un prince qui permet une certaine familiarité sans établir une égalité totale. Le narrateur affirme posséder des amis parfaits et précise que ses conseils ne sont pas destinés à Damon, car celui-ci n'a que des amis idéaux. Le texte est daté du 21 novembre 1744 à Grenoble.
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5534
p. 31-33
EXPERIENCES DE PHYSIQUE.
Début :
JE me serois bien gardé, Monsieur, de vous envoyer cette petite découverte, [...]
Mots clefs :
Larme, Gobelet, Poudre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPERIENCES DE PHYSIQUE.
EXPERIENCES DE PHYSIQUE.
J
Eme ferois bien gardé , Monfieur , de
vous envoyer cette petite découverte ,
ſi des perſonnes très verſées dans les matiéres
Phyſiques , ne m'en euffent affûré la
nouveauté , & fi je n'avois moi-même vifité
la plupart des Auteurs. Le Journal de
Verdun nous a fourni en l'année 1743
deux différentes explications fur la même
mariére; je ſerois plus que fatisfait s'il vouloit
auſſi nous produire ſelon ces ſyſtêmes
la raiſon à toutes les remarques que j'ai
T'honneur de vous propoſer .
La premiere remarque que j'ai faite , eſt
que ſi on tient une larme entre les doigts ,
&qu'on en applique un à l'extrêmité du
gros bout , on fent contre ce doigt la plus
grande impulfion .
2°. Si on fait chauffer à une chandelle le
gros bout de la larme , & qu'enfuite on
rompe le crochet , la queue ſe briſfe totalement
, & le gros bout reſte entier dans la
main.
3º. Si on fait chauffer une larme autant
qu'il faut pour lui faire perdre ſa vertu , il
ne paroît ni plus ni moins de pores , ils pa
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
roiſſent même de la même grandeur, ce qui
eſt contraire à ce qu'ont dit la plupart des
Phyſiciens. (a)
4°. Si on fait chauffer une larme envi
ronun demi-quart d'heure , on peut en
rompre la queuë cinq ou fix fois , ſans
qu'on puiſſe s'appercevoir de quelque effet
particulier , mais ſi on la rompt vers le gros
bout , où il paroît de grands vuides , la larme
ſe brife totalement.
59. Ceux qui montrent le plus de curiofité
de connoître la nature de cette larme ,
(b) diſent avoir fait ronger avec de la poudre
d'Emery , une larme qui ayant été rongée
à la profondeur d'environ une ligne ,
fut réduite en poudre ; ils diſent de plus
que ſi on veut ronger une larme ſans qu'elle
ſe briſe , il faut faire une pâte de poudre
d'Emery & d'Huile; cependant j'en ai fait
ronger une avec la ſeule poudre d'Emery
le plus bruſquement que j'ai pû , à la profondeur
d'environ quatre lignes, ſans qu'elle
ſe ſoit brifée .
6°. J'ai mis une larme dans un pot plein
d'eau , que j'ai fait bouillir un jour entier
&la larme a conſervé ſa vertu .
On trouvera encore que la larme eſt un
(a) Mrs Mariote & Rohault.
(b, Mrs Mariote & Rohault , &c,
NOVEMBRE. 1744. 33
moyen affûré pour connoître la péſanteur
reſpective des liqueurs.
1º . J'ai caffé une larme dans un gobelet
plein d'eau , environné d'air , & le gobelet
s'eſt diviſé en pluſieurs parties : ſi le gobelet
eſt plein d'air , il arrive le contraire.
2°. J'ai caffé une larme dans un gobelet
plein d'eau , environné de vin , à la même
hauteur, & le gobelet s'eſt fendu ſans ſe diviſer
totalement : fi la hauteur du vin eſt
moindre , le gobelet fe rompra en pluſieurs
parties ; ſi le vin & l'eau font en raiſon réciproque
de hauteur & de poids , le gobelet
ne ſera ni fendu ni brife.
3º. J'ai caffé une larme dans ungobelet
pleinde mercure , environné d'air , & le
gobelet ne reçoit aucun dommage , mais la
Iarme remonte ſur le mercure, toute percée
de la matiere qui a paſſé au travers , ſans en
pouvoir écarter les parties.
Je fuis ,&c .
Barriere
A Bordeaux chés M. Charretier , ruë S.
James , ce 30 Octobre 1744 .
J
Eme ferois bien gardé , Monfieur , de
vous envoyer cette petite découverte ,
ſi des perſonnes très verſées dans les matiéres
Phyſiques , ne m'en euffent affûré la
nouveauté , & fi je n'avois moi-même vifité
la plupart des Auteurs. Le Journal de
Verdun nous a fourni en l'année 1743
deux différentes explications fur la même
mariére; je ſerois plus que fatisfait s'il vouloit
auſſi nous produire ſelon ces ſyſtêmes
la raiſon à toutes les remarques que j'ai
T'honneur de vous propoſer .
La premiere remarque que j'ai faite , eſt
que ſi on tient une larme entre les doigts ,
&qu'on en applique un à l'extrêmité du
gros bout , on fent contre ce doigt la plus
grande impulfion .
2°. Si on fait chauffer à une chandelle le
gros bout de la larme , & qu'enfuite on
rompe le crochet , la queue ſe briſfe totalement
, & le gros bout reſte entier dans la
main.
3º. Si on fait chauffer une larme autant
qu'il faut pour lui faire perdre ſa vertu , il
ne paroît ni plus ni moins de pores , ils pa
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
roiſſent même de la même grandeur, ce qui
eſt contraire à ce qu'ont dit la plupart des
Phyſiciens. (a)
4°. Si on fait chauffer une larme envi
ronun demi-quart d'heure , on peut en
rompre la queuë cinq ou fix fois , ſans
qu'on puiſſe s'appercevoir de quelque effet
particulier , mais ſi on la rompt vers le gros
bout , où il paroît de grands vuides , la larme
ſe brife totalement.
59. Ceux qui montrent le plus de curiofité
de connoître la nature de cette larme ,
(b) diſent avoir fait ronger avec de la poudre
d'Emery , une larme qui ayant été rongée
à la profondeur d'environ une ligne ,
fut réduite en poudre ; ils diſent de plus
que ſi on veut ronger une larme ſans qu'elle
ſe briſe , il faut faire une pâte de poudre
d'Emery & d'Huile; cependant j'en ai fait
ronger une avec la ſeule poudre d'Emery
le plus bruſquement que j'ai pû , à la profondeur
d'environ quatre lignes, ſans qu'elle
ſe ſoit brifée .
6°. J'ai mis une larme dans un pot plein
d'eau , que j'ai fait bouillir un jour entier
&la larme a conſervé ſa vertu .
On trouvera encore que la larme eſt un
(a) Mrs Mariote & Rohault.
(b, Mrs Mariote & Rohault , &c,
NOVEMBRE. 1744. 33
moyen affûré pour connoître la péſanteur
reſpective des liqueurs.
1º . J'ai caffé une larme dans un gobelet
plein d'eau , environné d'air , & le gobelet
s'eſt diviſé en pluſieurs parties : ſi le gobelet
eſt plein d'air , il arrive le contraire.
2°. J'ai caffé une larme dans un gobelet
plein d'eau , environné de vin , à la même
hauteur, & le gobelet s'eſt fendu ſans ſe diviſer
totalement : fi la hauteur du vin eſt
moindre , le gobelet fe rompra en pluſieurs
parties ; ſi le vin & l'eau font en raiſon réciproque
de hauteur & de poids , le gobelet
ne ſera ni fendu ni brife.
3º. J'ai caffé une larme dans ungobelet
pleinde mercure , environné d'air , & le
gobelet ne reçoit aucun dommage , mais la
Iarme remonte ſur le mercure, toute percée
de la matiere qui a paſſé au travers , ſans en
pouvoir écarter les parties.
Je fuis ,&c .
Barriere
A Bordeaux chés M. Charretier , ruë S.
James , ce 30 Octobre 1744 .
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Résumé : EXPERIENCES DE PHYSIQUE.
Le texte décrit diverses expériences réalisées sur une 'larme', probablement une ampoule de verre. L'auteur observe que, en appuyant sur l'extrémité large de la larme, on ressent une impulsion maximale. En chauffant cette extrémité avec une chandelle, seule la partie fine se brise. Un chauffage intense ne modifie pas la taille des pores, mais crée des vides près de l'extrémité large après plusieurs ruptures. La larme peut être usée par de la poudre d'émeri sans se briser et conserve ses propriétés après immersion dans de l'eau bouillante. Des expériences montrent également l'interaction de la larme avec différents liquides : elle divise un gobelet d'eau entouré d'air, provoque une fissure dans un gobelet d'eau entouré de vin, et remonte sur le mercure sans endommager le gobelet. Ces expériences explorent les propriétés physiques de la larme et ses interactions avec divers milieux.
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5535
p. 34-35
IMITATION de l'Ode III du II Livre d'Horace, AEquam memento, &c.
Début :
Conservons sur notre ame un Empire assûré ; [...]
Mots clefs :
Nature, Parque, Ami
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION de l'Ode III du II Livre d'Horace, AEquam memento, &c.
IMITATION de l'Ode III du II Livre
d'Horace , Equam memenio , c.
Confervons fur notre ame un Empire affure
Sans orgueil , comme ſans envie ,
Recevons les ſuccès d'un eſprit modéré ,
Et que la fortune ennemie
Trouve en nous un coeur préparé
Atous les malheurs de la vie ..
A
Nous mourrons chers Ami , le même ſort attendi
Et leMiſantrope ſévere
Qui de ſes triſtes jours éloigne l'agrément ,
Et celui qui ſur la Fougére
Sçait vivre tranquille & content
Entre le vin:& fa Bergére.
Louiſſons à loiſir dans ce bois écarté
Du ſpectacle de la Nature.
Profitons ſans effort de l'hospitalité
Que cet ombrage nous affûre..
Ecoutons avec volupté
Cette Onde claire qui murmurei
'Ami, qu'on nous prodigue en ces déſerts charmans,
Aubord de ce criſtal liquide ,
:
--- NOVEMBRE.
1744. 35
Ces éclatantes fleurs , image de nos ans.
Que détruit le tems homicide ;
Bûvons , employons les momens
Que nous laiſſe la Parque avide.
CesPalais , ces Jardins avec ſoin embellis,
Ces plans que vous avez fait naître ,
Où la Nature & l'Art , rivaux & réunis ,
Par vos ſoins ſe font méconnoître ,
Vos tréſors , vos riches lambris ,
Tout cela doit changer de maître.
LaChaumiere du pauvre & le Trône des Rois
Sont égaux aux yeux de la Parque :
Sur le fangdes Dieux même elle exerce ſesdroits,,
Et l'inſtant fatal qu'elle marque ,
Soumet fans retour à ſes loix
Et le Berger & le Monarque.
Gardons-nous de compter fur le frêle avenir,
Fuyons ſa ſéduiſante yvreſſe ,
Ecartons du paffé l'importun ſouvenir ,
Et livrons-nous à la pareſſe ;
C'eſt entre les bras du plaiſir
Que l'on doit chercher la ſagefies
d'Horace , Equam memenio , c.
Confervons fur notre ame un Empire affure
Sans orgueil , comme ſans envie ,
Recevons les ſuccès d'un eſprit modéré ,
Et que la fortune ennemie
Trouve en nous un coeur préparé
Atous les malheurs de la vie ..
A
Nous mourrons chers Ami , le même ſort attendi
Et leMiſantrope ſévere
Qui de ſes triſtes jours éloigne l'agrément ,
Et celui qui ſur la Fougére
Sçait vivre tranquille & content
Entre le vin:& fa Bergére.
Louiſſons à loiſir dans ce bois écarté
Du ſpectacle de la Nature.
Profitons ſans effort de l'hospitalité
Que cet ombrage nous affûre..
Ecoutons avec volupté
Cette Onde claire qui murmurei
'Ami, qu'on nous prodigue en ces déſerts charmans,
Aubord de ce criſtal liquide ,
:
--- NOVEMBRE.
1744. 35
Ces éclatantes fleurs , image de nos ans.
Que détruit le tems homicide ;
Bûvons , employons les momens
Que nous laiſſe la Parque avide.
CesPalais , ces Jardins avec ſoin embellis,
Ces plans que vous avez fait naître ,
Où la Nature & l'Art , rivaux & réunis ,
Par vos ſoins ſe font méconnoître ,
Vos tréſors , vos riches lambris ,
Tout cela doit changer de maître.
LaChaumiere du pauvre & le Trône des Rois
Sont égaux aux yeux de la Parque :
Sur le fangdes Dieux même elle exerce ſesdroits,,
Et l'inſtant fatal qu'elle marque ,
Soumet fans retour à ſes loix
Et le Berger & le Monarque.
Gardons-nous de compter fur le frêle avenir,
Fuyons ſa ſéduiſante yvreſſe ,
Ecartons du paffé l'importun ſouvenir ,
Et livrons-nous à la pareſſe ;
C'eſt entre les bras du plaiſir
Que l'on doit chercher la ſagefies
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Résumé : IMITATION de l'Ode III du II Livre d'Horace, AEquam memento, &c.
Le texte imite l'Ode III du II Livre d'Horace et prône la modération et l'acceptation des aléas de la vie. L'auteur conseille de garder une âme maîtrisée, sans orgueil ni envie, et d'accueillir les succès avec modestie. Il recommande de se préparer aux malheurs et de savourer les plaisirs simples offerts par la nature. Le poème souligne que tous les hommes, qu'ils soient misanthropes ou heureux, partagent un destin commun face à la mort. Il suggère de profiter des moments présents sans se préoccuper de l'avenir incertain ou des souvenirs du passé. La sagesse consiste à rechercher le plaisir et la paresse, loin des préoccupations superficielles.
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5536
p. 36-44
DÉCOUVERTE nouvelle sur les Notes des Abbréviations.
Début :
L'engagement que nous avons pris avec le Public de l'informer, non seulement [...]
Mots clefs :
Chartes, Découverte, Histoire, Caractères, Dom Carpentier, Abréviations, Savants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉCOUVERTE nouvelle sur les Notes des Abbréviations.
DECOUVERTE nouvelle fur les Notes
des Abbréviations.
I 'Engagement que nous avons pris avee
le Publicde l'informer, non -feulement
detout ce qui ſe paſſera d'intéreſſant à la
Cour & à Paris , mais encore de l'inſtruire
exactement de l'état de la République des
Lettres , ne nous permet pas de négliger de
lui rendre compte d'une Découverte faite
par D. Carpentier , qui peut être fort utile
àceux qui étudient l'Hiſtoire de France , &
jetter de grandes lumieres ſur cette partie
de notre Littérature .
Perſonne n'ignore de quelle utilité ſont
les anciennes Chartes pour débrouiller le
cahos de l'Hiſtoire. Elles ſervent de fanal
pour marcher dans ces ſentiers ténébreux ,&
ſi cette lumiere n'eſt pas toujours auſſi éclatantequ'on
le ſouhaiteroit , il n'en eft pas
moins vrai qu'elle est d'un grand fecours.
L'étude de ces Chartes a toujours paflé parmi
les Sçavans pour une étude importante ,
&l'eſt en effet ; mais quelque ſoin que l'on
ait pris , il y en avoit que l'on n'avoit pû
encore parvenir à déchiffrer. Elles étoient
écrites dans cette forme d'Abbréviations , G
NOVEMBRE. 1744. 37
connues des Anciens , où un ſeul ſigne repréfente
un mot ; cette forme ſi commode
pour le Copiſte , devient bien incommode
pluſieurs fiécles après pour l'érudit qui
veut percer ces ténébres.On n'avoit aucune
notion ſur ces Caractéres ; un grand nomhre
deChartes rettoient par-là indéchiffrables
, & les Sçavans avoient le regret de
ſçavoir qu'ils poſſédoient un ample & riche
tréſor, dont il leur étoit impoſſible de faire
uſage. Tritheme , le Cardinal Bembe
Juſte Lipfe , tous les Sçavans ont fenti l'utilité
de cettedécouverte , & la difficultéde
l'execution .
>
Gruter a donné à la ſuite de for Recueil
des Inſcriptions quelques notions de ces
Caractéres; il a fait imprimer un Manufcrit
qui contenoit l'explication des Abbréviations
inventées par Tyron , l'affranchi de
Ciceron , mais c'étoit peu de choſe. La plûpartdes
Notes des Copiſtes du moyen âge
ſont différentes de celles de Tyron ; celles
des différens Copiſtes ne ſont pas même
ſemblables entr'elles; ainſi le travail de Gruter
ne diminuoit pas beaucoup les difficul-
τéς.
D. Mabillon , dans le Supplément à fa
Diplomatique , a fait auſſi quelques tentatives
, mais malgré le travail de ces deux
Ecrivains , la matière pouvoit paffer pour
38 MERCURE DE FRANCE.
neuve ; enfin D. Carpentier vient de trouver
la clefde ce chiffre ſi difficile;il a lû, par la
méthode qu'il s'eſt faite , un grand nombre
de ces Chartes indéchiffrables , & fe prépare
à les donner au Public. Les Caractéres
mystérieux feront gravés ſous les yeux de
l'Auteur , & le Latin ſera mis à côté ligne
pour ligne , ce qui eſt une précaution auſſi
judicieuſe que néceffaire.
Il eſt preſque inutile de vanter l'uſage
dont ces Chartes peuvent être pour notre
Hiſtoire; la plupart ſont très- intereſſantes ;
il n'y en a aucune qui ne nous apprenne
quelque chofe & qui n'éclairciſſe quelque
fait de l'Hiſtoire Eccléſiaſtique,& Civile du
Régne de Louis le Débonnaire; elles reprennent
même quelquefois les évenemens de
plus haut , & jettent de la lumiere fur ce
qui s'eſt paſſe ſous Pepin ,& ſous Charlemagne.
La Jurisprudence du tems y eſt
mieux développée, quant à certains points,
quedans les Monumens que nous connoif
fons. On y voit l'application du Prince à
faire fleurir le Commerce , & la protection
dont il honoroit ceux qui l'exerçoient. On
y trouve des noms de Lieux , d'Evêques ,
d'Abbés , de Comtes, &c. ignorés juſqu'aujourd'hui
. Ces Chartes font dans un Ma
nuſcrit cotté 2718 de la Bibliothéque du
Roi. Ceux qui ſçavent combien l'Hif
toire de ce tems eft obfcure , connoîtront
६
NOVEMBRE. 1744. 39
mieux l'importance de cette découverte
& le prix du ſervice que Dom Carpentier
rend à la République des Lettres.
Quoiqu'il ait fallu beaucoup de patience
pour achever cet Ouvrage , on ſe tromperoit
beaucoup , fi l'on croyoit qu'il n'a fallu
que de la patience ; un pareil travail
exige auffi beaucoup de ſagacité , & avec
ces deux talens , il faut encore du bonheur
し
pour réuffir..
Dom Carpentier a fait imprimer un
Prospectus , où dans un Avertiſſement il
obſerve avec raiſon que cette découverte
mérite l'attention des Amateurs &des Protecteurs
des Lettres.Quelque important que
foit le.Manufcrit qu'il a déchiffré , on en
peut trouver de plus précieux encore. L'intérêt
public demanderoit qu'on ne les laif
fât pas périr avec ceux que l'ignorance ou
la fuperftition ont déja fait diſparoître...
Nous aurions voulu pouvoir donner ici
les Caractéres gravés de la Charte , telsque
DomCarpentier les préſente au Public dans
fon Profpectus; maisnosoccupationsnenous:
-permettent pas de nous conſacrer au foin
pénible de veiller ſur unGraveur , dont en
pareil cas la moindre faute eſt auſſi eſſentielle
, qu'elle eſt aiſée à commettre , pour
mettre autant qu'il eſt en nous le Public atu
fait , nous allons imprimer le Latin de la
Charte..
40 MERCUREDE FRANCE.
i
Mnibus fidelibus fanctæ Dei Ecclefiæ
&noftris præſentibus fcilicet&faturis.
Si aliquid de rebus proprietatis noftræ
ad loca divino cultui deſtinata conferimus
, hoc procul dubio nobis ad æternæ
mercedis augmentum , & ſtabilitatem regni
àDeo nobis commiſſi pertinere confidimus .
Idcircò notum fieri volumus omnium veftrum
fidelitati , qualiter vir venerabilis
Wolfgerus Wirciburgenfis Ecclefiæ Epifcopus
, ad noftram veniens præſentiam , indicavit
nobis quod piæ recordationis Dominus
&genitor nofter Karolus Sereniffimus Imperator
Antecefforibus fuis illis,& illis Epifcopis
præcepiffet , ut in terra Sclavorum ,
qui ſtant inter Moinum & Radanziam fluvios
, qui vocantur Moinwinidi & Radanzwinidi
, una cum comitibus qui ſuper eofdem
Sclavos conſtituti erant , procurarent
ut inibi , ficut in cæteris Chriſtianorum locis
Ecclefiæ conſtruerentur , quatenus ille
populus paganus ad Chriftianitatem converfus
habere poffet ubi & baptifmum perciperet
, & prædicationem audiret , & ubi
inter eos , ficut inter cæteros Chriſtianos
divinum officium celebrari poffet ; & ita à
memoratis Epifcopis & Comitibus , qui tunc
NOVEMBRE. 1744. 4
temporis eidem populo præpofiti fuerant ,
innotuit effe confectum , & Ecclefias quindecim
ibi fuiſſe conſtructas ; fed eafdem
Eccleſias minimè eo tempore fuiſſe dotatas ,
ſed ſicut primùm conſtructæ fuerunt , fic
ufque ad præfentem diem fine dote remanfiffe.
Idcircò ſuggeſſit atque admonuit manfuetudinem
noftram , ut ad eafdem bafilicas
dotandas aliquid de rebus proprietatis noftræ
in eodem pago dare deberemus. Cujus
admonitioni atque petitioni , quia falubris
eſſe videbatur , adſenſum nobis præbere
placuit. Donamus igitur atque concedimus ,
quod ita donatum atque conceffum in perpetuum
eſſe volumus , ad præfatas bafilicas ,
quæ , ut diximus , juſſu & confilio Domini
&genitoris noſtri Karoli Sereniffimi Imperatoris
in terra prædictorum Sclavorum à
memoratis Epifcopis conſtructæ funt , in
eodem pago de proprio noſtro ad unamquamque
manfos duos , cum ſuperſtantibus
duobus tributariis , excepto illo manſo ſuper
quem primitus unaquæque earumdem
Ecclefiarum ædificata eſt , eo videlicet modo
, ut quidquid iidem tributarii in cenfu
vel tributo folvere debent , hoc totum ad
partem earumdem Ecclefiarum omni tempore
perfolvant , & ipfæ Ecclefiæ , cum omnibus
rebus ad ſe pertinentibus, ſub memorati
viri venerabilis illius & fucceſſorum ejus
:
42 MERCURE DE FRANCE.
curâ ac providentiâ fint , ut divinum in eis
officium perenniter celebretur , & populus
terræ illius jugiter prædicationem habeat ,
& in eis baptifmi Sacramenta percipiat.
Idcircò hanc noftræ auctoritatis præceptionem
concedere juſſimus , per quam decernimus
atque jubemus ut nullus comes aut judex
publicus , ſive actor imperialis , vel
qualibet poteftate prædita perfona , ab hac
die in poſterùm memorato viro venerabili
illi , vel fuccefforibus ejus pro eifdem Ecclefiis
, vel rebus ad eas noſtra liberalitate
conceffis , repetitionem facere , aut ullam
calumniam ingerere præſumat ; fed licear
illis memoratas Ecclefias cum omnibus rebus
ad eas pertinentibus , abſque ullius perfonæ
&contradictione , vel impedimento tenere
, vel regere , & ficut alias Ecclefias ad
Epiſcopium fuum pertinentes , fecundùm
Canonicam inftitutionem ordinare atque
diſponere. Et ut hæc auctoritas firmior habeatur
, & noftris futuriſque temporibus ab
omnibus meliùs conſervetur , placuit nobis
eam&propriis manibus ſubſcribere , & annulli
noſtri impreſſione ſigillare.
NOVEMBRE. 1744. 43
I
NOTATIO.
Lluſtre eft hoc Hiftoriæ cùm Eccleſiaſticæ
tùm civilis monumentum : quippe
quod duas Sclavorum , feu Winidorum hacrenus
incognitas appellationes profert ; nihil
enim apud rerum Gallicarum Scriptores
de Moinwinidis & Radanzwinidis , qui ab
illorum inter Moinum & Radanziam * Auvios
ſitu ita funt appellati . De iis pariter filetHugoGrotius
in Prolegomenis ad Hiftoriam
Gothorum , ubi fingulas earumdem
Gentium portiones fuis nominibus eruditè
diftinguit.
Hinc etiam difcimus quindecim Ecclefias
, jubente Carolo Magno , iis in locis
fuiſſe conſtructas , ut faciliùs Chriſtianis
operibus populus ille recens ad fidemChriſti
converfus , vacare poffet ; quod fummatim
tantùm docebat fragmentum de rebus Caroli
Magni cum Sclavis apud Duchefn. to..
2. p. 221. Imperator ( Carolus M. ) pracepit
Arnoni Archiepifcopo pergere in partes
Sclavorum , & prævidere illam omnem regionem
, Eccleſiaſticum Officium more Episcopalê
colere,populoſque in fide &Chriftianitate pradicando
confortare .. Sicut ille pracepit ,fecit
*Rednitz
44 MERCURE DEFRANCE.
illuc veniendo confecravit Ecclefias , ordina
vit Presbyteros , populumque predicando docuit.
Dotem affignat iis Ecclefiis Ludovicus
Pius ad preces Wolsgeri Wirciburgenfis
Epifcopi , fub cujus regimine erant ; quod
àCarolo Magno factum non fuiffe mirum
eſt , cùm ex ftatutis Conciliorum non liceret
Epifcopo Ecclefiam confecrare , nifi dos
fufficiens Clericis in ea deſervituris ab ædificatoribus
priùs conferretur. Id præftitit
Ludovicus Auguſtus ante annum 832 , quo
Wolsgerus , 11 idus Novembris obiit , cùm
ſediſſet annos XXII , menſes VI , dies xi ,
ex Chronico Wirziburg. apud Baluz. tom. r.
Miscell. pag. 504.
Notandum quoque eſt Bafilicas hic appellari
Ecclefias confecratas , quibus Miniftrabant
Clerici.
des Abbréviations.
I 'Engagement que nous avons pris avee
le Publicde l'informer, non -feulement
detout ce qui ſe paſſera d'intéreſſant à la
Cour & à Paris , mais encore de l'inſtruire
exactement de l'état de la République des
Lettres , ne nous permet pas de négliger de
lui rendre compte d'une Découverte faite
par D. Carpentier , qui peut être fort utile
àceux qui étudient l'Hiſtoire de France , &
jetter de grandes lumieres ſur cette partie
de notre Littérature .
Perſonne n'ignore de quelle utilité ſont
les anciennes Chartes pour débrouiller le
cahos de l'Hiſtoire. Elles ſervent de fanal
pour marcher dans ces ſentiers ténébreux ,&
ſi cette lumiere n'eſt pas toujours auſſi éclatantequ'on
le ſouhaiteroit , il n'en eft pas
moins vrai qu'elle est d'un grand fecours.
L'étude de ces Chartes a toujours paflé parmi
les Sçavans pour une étude importante ,
&l'eſt en effet ; mais quelque ſoin que l'on
ait pris , il y en avoit que l'on n'avoit pû
encore parvenir à déchiffrer. Elles étoient
écrites dans cette forme d'Abbréviations , G
NOVEMBRE. 1744. 37
connues des Anciens , où un ſeul ſigne repréfente
un mot ; cette forme ſi commode
pour le Copiſte , devient bien incommode
pluſieurs fiécles après pour l'érudit qui
veut percer ces ténébres.On n'avoit aucune
notion ſur ces Caractéres ; un grand nomhre
deChartes rettoient par-là indéchiffrables
, & les Sçavans avoient le regret de
ſçavoir qu'ils poſſédoient un ample & riche
tréſor, dont il leur étoit impoſſible de faire
uſage. Tritheme , le Cardinal Bembe
Juſte Lipfe , tous les Sçavans ont fenti l'utilité
de cettedécouverte , & la difficultéde
l'execution .
>
Gruter a donné à la ſuite de for Recueil
des Inſcriptions quelques notions de ces
Caractéres; il a fait imprimer un Manufcrit
qui contenoit l'explication des Abbréviations
inventées par Tyron , l'affranchi de
Ciceron , mais c'étoit peu de choſe. La plûpartdes
Notes des Copiſtes du moyen âge
ſont différentes de celles de Tyron ; celles
des différens Copiſtes ne ſont pas même
ſemblables entr'elles; ainſi le travail de Gruter
ne diminuoit pas beaucoup les difficul-
τéς.
D. Mabillon , dans le Supplément à fa
Diplomatique , a fait auſſi quelques tentatives
, mais malgré le travail de ces deux
Ecrivains , la matière pouvoit paffer pour
38 MERCURE DE FRANCE.
neuve ; enfin D. Carpentier vient de trouver
la clefde ce chiffre ſi difficile;il a lû, par la
méthode qu'il s'eſt faite , un grand nombre
de ces Chartes indéchiffrables , & fe prépare
à les donner au Public. Les Caractéres
mystérieux feront gravés ſous les yeux de
l'Auteur , & le Latin ſera mis à côté ligne
pour ligne , ce qui eſt une précaution auſſi
judicieuſe que néceffaire.
Il eſt preſque inutile de vanter l'uſage
dont ces Chartes peuvent être pour notre
Hiſtoire; la plupart ſont très- intereſſantes ;
il n'y en a aucune qui ne nous apprenne
quelque chofe & qui n'éclairciſſe quelque
fait de l'Hiſtoire Eccléſiaſtique,& Civile du
Régne de Louis le Débonnaire; elles reprennent
même quelquefois les évenemens de
plus haut , & jettent de la lumiere fur ce
qui s'eſt paſſe ſous Pepin ,& ſous Charlemagne.
La Jurisprudence du tems y eſt
mieux développée, quant à certains points,
quedans les Monumens que nous connoif
fons. On y voit l'application du Prince à
faire fleurir le Commerce , & la protection
dont il honoroit ceux qui l'exerçoient. On
y trouve des noms de Lieux , d'Evêques ,
d'Abbés , de Comtes, &c. ignorés juſqu'aujourd'hui
. Ces Chartes font dans un Ma
nuſcrit cotté 2718 de la Bibliothéque du
Roi. Ceux qui ſçavent combien l'Hif
toire de ce tems eft obfcure , connoîtront
६
NOVEMBRE. 1744. 39
mieux l'importance de cette découverte
& le prix du ſervice que Dom Carpentier
rend à la République des Lettres.
Quoiqu'il ait fallu beaucoup de patience
pour achever cet Ouvrage , on ſe tromperoit
beaucoup , fi l'on croyoit qu'il n'a fallu
que de la patience ; un pareil travail
exige auffi beaucoup de ſagacité , & avec
ces deux talens , il faut encore du bonheur
し
pour réuffir..
Dom Carpentier a fait imprimer un
Prospectus , où dans un Avertiſſement il
obſerve avec raiſon que cette découverte
mérite l'attention des Amateurs &des Protecteurs
des Lettres.Quelque important que
foit le.Manufcrit qu'il a déchiffré , on en
peut trouver de plus précieux encore. L'intérêt
public demanderoit qu'on ne les laif
fât pas périr avec ceux que l'ignorance ou
la fuperftition ont déja fait diſparoître...
Nous aurions voulu pouvoir donner ici
les Caractéres gravés de la Charte , telsque
DomCarpentier les préſente au Public dans
fon Profpectus; maisnosoccupationsnenous:
-permettent pas de nous conſacrer au foin
pénible de veiller ſur unGraveur , dont en
pareil cas la moindre faute eſt auſſi eſſentielle
, qu'elle eſt aiſée à commettre , pour
mettre autant qu'il eſt en nous le Public atu
fait , nous allons imprimer le Latin de la
Charte..
40 MERCUREDE FRANCE.
i
Mnibus fidelibus fanctæ Dei Ecclefiæ
&noftris præſentibus fcilicet&faturis.
Si aliquid de rebus proprietatis noftræ
ad loca divino cultui deſtinata conferimus
, hoc procul dubio nobis ad æternæ
mercedis augmentum , & ſtabilitatem regni
àDeo nobis commiſſi pertinere confidimus .
Idcircò notum fieri volumus omnium veftrum
fidelitati , qualiter vir venerabilis
Wolfgerus Wirciburgenfis Ecclefiæ Epifcopus
, ad noftram veniens præſentiam , indicavit
nobis quod piæ recordationis Dominus
&genitor nofter Karolus Sereniffimus Imperator
Antecefforibus fuis illis,& illis Epifcopis
præcepiffet , ut in terra Sclavorum ,
qui ſtant inter Moinum & Radanziam fluvios
, qui vocantur Moinwinidi & Radanzwinidi
, una cum comitibus qui ſuper eofdem
Sclavos conſtituti erant , procurarent
ut inibi , ficut in cæteris Chriſtianorum locis
Ecclefiæ conſtruerentur , quatenus ille
populus paganus ad Chriftianitatem converfus
habere poffet ubi & baptifmum perciperet
, & prædicationem audiret , & ubi
inter eos , ficut inter cæteros Chriſtianos
divinum officium celebrari poffet ; & ita à
memoratis Epifcopis & Comitibus , qui tunc
NOVEMBRE. 1744. 4
temporis eidem populo præpofiti fuerant ,
innotuit effe confectum , & Ecclefias quindecim
ibi fuiſſe conſtructas ; fed eafdem
Eccleſias minimè eo tempore fuiſſe dotatas ,
ſed ſicut primùm conſtructæ fuerunt , fic
ufque ad præfentem diem fine dote remanfiffe.
Idcircò ſuggeſſit atque admonuit manfuetudinem
noftram , ut ad eafdem bafilicas
dotandas aliquid de rebus proprietatis noftræ
in eodem pago dare deberemus. Cujus
admonitioni atque petitioni , quia falubris
eſſe videbatur , adſenſum nobis præbere
placuit. Donamus igitur atque concedimus ,
quod ita donatum atque conceffum in perpetuum
eſſe volumus , ad præfatas bafilicas ,
quæ , ut diximus , juſſu & confilio Domini
&genitoris noſtri Karoli Sereniffimi Imperatoris
in terra prædictorum Sclavorum à
memoratis Epifcopis conſtructæ funt , in
eodem pago de proprio noſtro ad unamquamque
manfos duos , cum ſuperſtantibus
duobus tributariis , excepto illo manſo ſuper
quem primitus unaquæque earumdem
Ecclefiarum ædificata eſt , eo videlicet modo
, ut quidquid iidem tributarii in cenfu
vel tributo folvere debent , hoc totum ad
partem earumdem Ecclefiarum omni tempore
perfolvant , & ipfæ Ecclefiæ , cum omnibus
rebus ad ſe pertinentibus, ſub memorati
viri venerabilis illius & fucceſſorum ejus
:
42 MERCURE DE FRANCE.
curâ ac providentiâ fint , ut divinum in eis
officium perenniter celebretur , & populus
terræ illius jugiter prædicationem habeat ,
& in eis baptifmi Sacramenta percipiat.
Idcircò hanc noftræ auctoritatis præceptionem
concedere juſſimus , per quam decernimus
atque jubemus ut nullus comes aut judex
publicus , ſive actor imperialis , vel
qualibet poteftate prædita perfona , ab hac
die in poſterùm memorato viro venerabili
illi , vel fuccefforibus ejus pro eifdem Ecclefiis
, vel rebus ad eas noſtra liberalitate
conceffis , repetitionem facere , aut ullam
calumniam ingerere præſumat ; fed licear
illis memoratas Ecclefias cum omnibus rebus
ad eas pertinentibus , abſque ullius perfonæ
&contradictione , vel impedimento tenere
, vel regere , & ficut alias Ecclefias ad
Epiſcopium fuum pertinentes , fecundùm
Canonicam inftitutionem ordinare atque
diſponere. Et ut hæc auctoritas firmior habeatur
, & noftris futuriſque temporibus ab
omnibus meliùs conſervetur , placuit nobis
eam&propriis manibus ſubſcribere , & annulli
noſtri impreſſione ſigillare.
NOVEMBRE. 1744. 43
I
NOTATIO.
Lluſtre eft hoc Hiftoriæ cùm Eccleſiaſticæ
tùm civilis monumentum : quippe
quod duas Sclavorum , feu Winidorum hacrenus
incognitas appellationes profert ; nihil
enim apud rerum Gallicarum Scriptores
de Moinwinidis & Radanzwinidis , qui ab
illorum inter Moinum & Radanziam * Auvios
ſitu ita funt appellati . De iis pariter filetHugoGrotius
in Prolegomenis ad Hiftoriam
Gothorum , ubi fingulas earumdem
Gentium portiones fuis nominibus eruditè
diftinguit.
Hinc etiam difcimus quindecim Ecclefias
, jubente Carolo Magno , iis in locis
fuiſſe conſtructas , ut faciliùs Chriſtianis
operibus populus ille recens ad fidemChriſti
converfus , vacare poffet ; quod fummatim
tantùm docebat fragmentum de rebus Caroli
Magni cum Sclavis apud Duchefn. to..
2. p. 221. Imperator ( Carolus M. ) pracepit
Arnoni Archiepifcopo pergere in partes
Sclavorum , & prævidere illam omnem regionem
, Eccleſiaſticum Officium more Episcopalê
colere,populoſque in fide &Chriftianitate pradicando
confortare .. Sicut ille pracepit ,fecit
*Rednitz
44 MERCURE DEFRANCE.
illuc veniendo confecravit Ecclefias , ordina
vit Presbyteros , populumque predicando docuit.
Dotem affignat iis Ecclefiis Ludovicus
Pius ad preces Wolsgeri Wirciburgenfis
Epifcopi , fub cujus regimine erant ; quod
àCarolo Magno factum non fuiffe mirum
eſt , cùm ex ftatutis Conciliorum non liceret
Epifcopo Ecclefiam confecrare , nifi dos
fufficiens Clericis in ea deſervituris ab ædificatoribus
priùs conferretur. Id præftitit
Ludovicus Auguſtus ante annum 832 , quo
Wolsgerus , 11 idus Novembris obiit , cùm
ſediſſet annos XXII , menſes VI , dies xi ,
ex Chronico Wirziburg. apud Baluz. tom. r.
Miscell. pag. 504.
Notandum quoque eſt Bafilicas hic appellari
Ecclefias confecratas , quibus Miniftrabant
Clerici.
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Résumé : DÉCOUVERTE nouvelle sur les Notes des Abbréviations.
Dom Carpentier a accompli une découverte significative en déchiffrant des anciennes chartes françaises rédigées en abréviations, essentielles pour l'histoire de France et la littérature. Malgré les efforts précédents de savants tels que Gruter et Dom Mabillon, ces documents étaient restés incompréhensibles. Grâce à ses travaux, Dom Carpentier a rendu accessibles de nombreuses chartes conservées dans un manuscrit de la Bibliothèque du Roi. Ces chartes offrent des informations précieuses sur l'histoire ecclésiastique et civile, notamment durant le règne de Louis le Débonnaire, et mentionnent des événements antérieurs sous Pépin et Charlemagne. Elles apportent également des éclairages sur la jurisprudence de l'époque et citent des lieux et des personnages jusqu'alors inconnus. Son œuvre, exigeant patience et sagacité, est présentée dans un prospectus. Un autre document relate la construction et la dotation d'églises dans une région habitée par des Slaves. En novembre 1744, quinze églises ont été édifiées sur ordre de l'empereur Charles le Magnifique afin de faciliter la conversion des Slaves au christianisme. Cependant, ces églises manquaient des ressources nécessaires à leur fonctionnement. Une donation attribue deux manses et deux tributaires à chaque église, avec l'obligation pour ces tributaires de verser leurs redevances aux églises. La gestion de ces églises est confiée aux évêques et à leurs successeurs, sans intervention extérieure. Ce geste est souligné pour son importance historique et ecclésiastique, avec des références à des sources historiques telles que Hugo Grotius et les actions de Charlemagne envers les Slaves. La dotation des églises avait été précédemment assurée par Louis le Pieux à la demande de l'évêque Wolsgérus de Wurtzbourg.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5537
p. 45-46
STANCES Sur l'Air d'Issé : Les doux plaisirs habitent ce Bocage, &c.
Début :
TU la formas ; acheve ton ouvrage ; [...]
Mots clefs :
Plaisir, Plaisirs, Yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES Sur l'Air d'Issé : Les doux plaisirs habitent ce Bocage, &c.
STANCES
Sur l'Air d'Iſſé : Les doux plaiſirs habitena
ceBocage, &c.
T
U la formas ; acheve ton ouvrage ;
Des dons charmans c'eſt le plus heureux choix ,
De fi beaux yeux ; la plus aimable voix ;
Mais elle fuit , Dieu d'amour , quel dommage !
Ledoux plaiſir de vivre ſous tes loix .
Signale enfin ta puiſſance ſuprême ;
Eh quoi ! du moins dans tes jours ſolemnels;
Jamais Thémire aux pieds de tes Autels
Ne te dira : oüi l'on m'adore & j'aime ...
Que de plaiſirs perdus pour les mortels !
Mais n'est-ce point ( ta malice eſt extrême )
Qu'avec plaifir tu verras déſormais
Que la vertu dans ſon coeur régne en paix ?
Oüi : tu n'as pû l'attendrir pour toi même ,
Tu veux du moins qu'elle n'aime jamais.
Peut-être encor veux tu dans ta colere,
46 MERCURE DE FRANCE.
Pour la priver du tribut de nos voeux ,
Danstous nos coeurs ne plus lancer tes feux ,
Et lui ravir ainſi le don de plaire ;
Il n'eſt plus tems; le charine eſt dans ſes yeux.
L
ParM. de Montcrif.
Sur l'Air d'Iſſé : Les doux plaiſirs habitena
ceBocage, &c.
T
U la formas ; acheve ton ouvrage ;
Des dons charmans c'eſt le plus heureux choix ,
De fi beaux yeux ; la plus aimable voix ;
Mais elle fuit , Dieu d'amour , quel dommage !
Ledoux plaiſir de vivre ſous tes loix .
Signale enfin ta puiſſance ſuprême ;
Eh quoi ! du moins dans tes jours ſolemnels;
Jamais Thémire aux pieds de tes Autels
Ne te dira : oüi l'on m'adore & j'aime ...
Que de plaiſirs perdus pour les mortels !
Mais n'est-ce point ( ta malice eſt extrême )
Qu'avec plaifir tu verras déſormais
Que la vertu dans ſon coeur régne en paix ?
Oüi : tu n'as pû l'attendrir pour toi même ,
Tu veux du moins qu'elle n'aime jamais.
Peut-être encor veux tu dans ta colere,
46 MERCURE DE FRANCE.
Pour la priver du tribut de nos voeux ,
Danstous nos coeurs ne plus lancer tes feux ,
Et lui ravir ainſi le don de plaire ;
Il n'eſt plus tems; le charine eſt dans ſes yeux.
L
ParM. de Montcrif.
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Résumé : STANCES Sur l'Air d'Issé : Les doux plaisirs habitent ce Bocage, &c.
Le poème 'Stances' de M. de Montcrif traite de l'amour et de la vertu. Le poète admire une femme aux 'beaux yeux' et à la 'voix aimable', mais elle lui est inaccessible. Il accuse le dieu de l'amour de malice, empêchant la vertu d'aimer. Il conclut que la grâce est déjà présente dans les yeux de la femme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5538
p. 46
LE BAISER.
Début :
LE souffle le plus pur d'une jeune Bergere, [...]
Mots clefs :
Baiser
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE BAISER.
LE BAISER.
Eſouffle le plus pur d'une jeune Bergere ,,
Le ſouffle d'un enfant qui mord dans le raiſin
- L'haleine du Zéphir , qui dès le grand matin
Careſſe Flore en pleurs de ſon aîle legere ,
Le parfum que répand la myrthe & l'oranger,
La douce odeur du thin &plus fimple & plus pure
Les tréſors qu'au Printemps prodigue la Nature,
L'agréable vapeur d'un encens paſſager ,
L'ambre que l'on découvre aux portes de l'Aurore
L'air qui preſſe en volant une naiſſante fleur ,
Et mille autres parfums me raviſſent encore ;
Mais un baiſer d'Aminte a bien plus de douceur.
Eſouffle le plus pur d'une jeune Bergere ,,
Le ſouffle d'un enfant qui mord dans le raiſin
- L'haleine du Zéphir , qui dès le grand matin
Careſſe Flore en pleurs de ſon aîle legere ,
Le parfum que répand la myrthe & l'oranger,
La douce odeur du thin &plus fimple & plus pure
Les tréſors qu'au Printemps prodigue la Nature,
L'agréable vapeur d'un encens paſſager ,
L'ambre que l'on découvre aux portes de l'Aurore
L'air qui preſſe en volant une naiſſante fleur ,
Et mille autres parfums me raviſſent encore ;
Mais un baiſer d'Aminte a bien plus de douceur.
Fermer
Résumé : LE BAISER.
Le poème 'Le Baiser' évoque divers plaisirs olfactifs et sensoriels : le souffle d'une bergère, d'un enfant mangeant du raisin, le vent Zéphyr sur les fleurs, les parfums du myrte, de l'oranger, du thym, et les senteurs du printemps. Il inclut aussi l'odeur de l'encens, de l'ambre et celle d'une fleur naissante. Toutefois, la douceur d'un baiser d'Aminte les surpasse tous.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5539
p. 46
VERS à M. de Voltaire, par M. Linant.
Début :
LE nom qu'au prix de ta santé [...]
Mots clefs :
Santé, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à M. de Voltaire, par M. Linant.
VERS à M. de Voltaire , par M. Linanta
LEE nom qu'au prix de ta ſanté
T'ont fait tes Vers & ton Hiſtoire ,
Croi moi , n'eſt point trop acheté ;
Tu te portes en vérité
Trop bien encor pour tant de gloire.
LEE nom qu'au prix de ta ſanté
T'ont fait tes Vers & ton Hiſtoire ,
Croi moi , n'eſt point trop acheté ;
Tu te portes en vérité
Trop bien encor pour tant de gloire.
Fermer
5540
p. 47-78
SEANCE publique de l'Académie des Sciences.
Début :
L'Académie des Sciences tint une assemblée publique le 14 de ce mois, selon [...]
Mots clefs :
Terre, Équateur, Montagnes, Degrés, Pôle, Diamètre, Pays, Lieues, Axe, Observations, Opérations, Degré, Toises, Quito, Académiciens, Astronomes, Europe, Mer, Distance, Pôles, Sphéroïde, Pérou, Voyage, Cercle, Pesanteur, Zone torride, Point, Indiens , Charles-Marie de La Condamine, Pierre Bouguer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE publique de l'Académie des Sciences.
SEANCE publique de l'Académie
des Sciences.
'Académie des Sciences tint une affemblée
publique le 14dece mois , felon
la coûtume. Le Public qui court avidentment
s'inſtruire à ces doctes conférences ,
attendoit le jour de celle-ci avec un nouvel
empreffement; on ſçavoit que M. Bouguer ,
l'un des Académiciens qui ont été envoyés
au Pérou par le Gouvernement pour y déterminer
la figure de la Terre , devoit lire
dans cette affemblée la relation de fon
voyage & le détail de fes opérations Aftronomiques
; ce détail étoit d'autant plus int
téreſſant , qu'il devoir , ou mettreau-deffus
de toutes contradictions la meſure de la
Terre , déterminée par les opérations faites
au Nord , ou fournir de nouvelles idées
&ouvrir un nouvel avis ſur cette impor
tantequeſtion.
M. Bouguer, qui parloit devant une compagnie
continuellement occupée de ces-matieres
,&devant un Public qui les connoît
au moins fuperficiellement, auroit perdus
inutilement un tems précieux s'il ſe fut atsaché
à expoſer l'état de la queſtion dont
48 MERCURE DE FRANCE.
A
tous ſes Auditeurs étoient inſtruits , mais
nous , qui écrivons pour toutes fortes de
Lecteurs , nous devons faire nos efforts.
pour les mettre au fait de la matiere que
nous allons traiter. Si nous ſommes allés
heureux pour y réüſſir , nous nous ſçaurons
bon gré d'avoir travaillé pour la gloire de
M. B. & des Académiciens qui l'ont ac
compagné en augmentant le nombre de
leurs Juges ,& par conféquent de leurs ad
mirateurs..
On a cru long-tems que la Terre étoit
ſphérique ; cette erreur eſt auſſi ancienne
que la Terre même , ou du moins que les
Sciences. Dans cette ſuppoſition il n'étoit
pas difficile d'en connoître la grandeur.
Dès les premiers pas qu'on a fait enGéométrie,
le cercle a été diviſé en 360 parties
égales que l'on a appellées degrés ; il ſuffifoitdonc
de meſurer un degré de la Terre
&de le multiplier par 360 pour avoir le
circuit de notre Globe. La méthode pourmeſurer
ce degré eſt ſimple & facile, on
prend avec un inſtrument la hauteur d'une
Etoile en quelque endroit , par exemple à
Paris , on avance enfuite vers le Pôle ſur le
mêmeMéridien, juſqu'à ce que l'Etoile obſervée
à Paris ait undegré de hauteur de
moins, & quand on eſt arrivé en cet endroit,
on cherche alors par des opérations.
Géo
NOVEMBRE. 1744. 49
y
Géométriques la diſtance de cet endroit à
Paris . Cette diſtance , réduite en toiſes ,
exprimera la valeur d'un degré de la Terre
entoiſes.
C'eſt par cette méthode , ou par d'autres
qui s'y rapportent , qu'on avoit trouvé que
Paris & Amiens , qui ſont ſous le même
Méridien , ſont éloignés d'un degré ou environ
, & l'on avoit conclu de leur diſtance
qui eſt de 25 lieuës , que le degré de la
Terre étoit de 25 lieuës ,& parconféquent
fon circuit de 9০০০ .
En 1672 , M. Richer , étant envoyé à
l'Iſle de Cayenne proche l'Equateur , trouva
que le Pendule qui battoit les ſecondes à
Paris alloit plus lentement à la Cayenne ,
&que ſes vibrations étoient de plus d'une
ſeconde. Cette expérience fit une révolution
dans le Monde Phyficien : il fut aiſé
de conclure que la péſanteur étoit moindre
à l'Equateur qu'à Paris , puiſque les corps
péſans s'y mouvoient plus lentement. M.
Huguens fut le premier qui ouvrit les yeux ,
&il découvrit bien-tôt la cauſe de cette dif
férence. -
LaTerre tournant ſur ſon axe , emporte
avec elle tous les corps qui y font , & ces
corps décrivent des cercles d'autant plus
grands qu'ils font plus éloignés du Pôle ;
ils ont donc une force centrifuge d'autant
II. Vol. C
SO MERCURE DE FRANCE.
plus grande , qu'ils font plus éloignés du
Pôle , & doivent être moins péſans , puifqu'ils
font plus d'effort pour s'éloigner du
centre de la Terre. D'un autre côté , ſi l'on
regarde la Terre comme une maffe fluide
(& il eſt certain qu'elle eſt telle en grande
partie ) on ne peut pas ſuppoſer qu'elle ſoit
parfaitement ſphérique , dès que la péſanteur
eſt plus grande au Pôle qu'à l'Equateur,
En effet , que l'on imagine une colonne
fluide qui aille d'un point de la circonféren
ce de l'Equateur au Centre , & une autre
qui aille du Pôle au même Centre , ces deux
colonnes doivent être en équilibre ; la colonne
de l'Equateur ſera donc plus longue
que celle du Pôle , puiſque ſes parties péſent
moins ; le diamétre de l'Equateur doit
donc être plus grand que l'axe , c'est- à-dire
que la ligne qui joint les deux Pôles : & la
Terre , ſuivant cette idée,doit être un ſphéroïde
applati vers les Pôles.
Voilà ce que la théorie apprit à M. Huguens;
éclairé par le flambeau de la Géométrie
, il oſa entreprendre de déterminer la
difference du diamétre de l'Equateur à l'axe ,
&trouva qu'elle étoit la même que de 578
à 577 ; mais la théorie ſeule ne pouvoir
donner le degré exact de l'applatiſſement
dela Terre : elle fera plus ou moins applatie
ſuivant les differentes ſuppoſitions que
l'on pourra faire fur la péſanteur& la denſité
NOVEMBRE. 1744. 52
de ſes parties,que pour établir les calculs, on
eft obligé deſuppoſerHomogenes, ce qui sûrement
n'eſt pas vrai. M. Huguens ſuppoſoit
que toutes les parties de la Terre ſont
de même denſité , & péſent toutes vers un
même centre. M. Newton , qui ſuppoſa que
toutes ces parties s'attirent mutuellement ,
ſuivantune certaine loi , trouva que la différence
du diamétre de l'Equateur à l'axe ,
étoit comme de 230 à 229 , ce quidonne la
Terre encore plus applatie vers les Pôles .
Ainſi quoique les théories les plus vraiſemblables
s'accordaſſent à donner à la Terre
la figure d'un ſphéroïde applati , la meſrre
actuelle des degrés pouvoit ſeule déterminer
au juſte cette figure , & ce n'étoit que
par là que l'on pouvoit vérifier ſi ces célébres
Mathématiciens , qui du fond de leur
cabinet avoient meſuré l'immenſité de la
Terre , méritoient l'éloge qu'Horace ne
donne qu'ironiquement au Pilote Architas.
Aërias tentaſſe domos , animoque rotundum
Percurriffe Polum.
Nous venons de dire que tous les degrés
doivent être égaux , ſi la Terre eſt parfaitement
ſphérique , c'est- à-dire , que s'il fant
faire 25 lieuës de Paris à Amiens pour
qu'une Etoile obſervée diminuë de la hauteur
d'un degré , il faudra faire encore 25
Cij
32 MERCURE DEFRANCE.
lieuës depuis Amiens, en avançant vers le
Pôle , pour que cette même Etoile diminuë
encore d'un degré de hauteur ,& ainſi de
fuite.
Il n'en eſt pas de même , ſi la Terre n'eſt
pas exactement ronde : les degrés ſeront
inégaux , & feront plus grands à l'Equateur
qu'au Pôle, ſi la Terre eſt un ſpheroide
allongé , c'est- à-dire , fi le diamétre de l'Equateur
est moindre que l'axe : ils ſeront
au contraire plus grands vers le Pôle , fi la
Terre eſt un ſpheroide applati , c'eſt-à-dire ,
ſi l'axe eſt plus petit que le diamétre de l'Equateur.
Pour en faire ſentir la raiſon par
une idée , peu Géométrique à la vérité
mais palpable pour tous les lecteurs , imaginons
un cerceau de baleine parfaitement
rond , & partagé par deux diamétres , l'un
vertical , qui repréſentera le diamétre de
l'Equateur , l'autre horizontal , qui repréſentera
l'axe , ou la ligne qui joint les Pôles
; ſi on preffe ce cerceau par les deux extrêmités
de ſon diamétre horisontal , le diamétre
qui repréſente l'axe diminuera , l'autre
au contraire , qui repréſente le diametre
de l'Equateur , s'allongera ; or il eſt évident
que ce cerceau aura perdu de ſa courbure
dans l'endroit preſſé , c'est-à-dire , aux deux
extrêmités de ſon diametre horisontal , &
qu'au contraire il ſera devenu d'une plus
NOVEMBRE. 1744. 53
grande courbure à l'extrêmité du diamétre
qui s'eſt allongé.
5 On voit par- là que ſi la Terre eſt un ſphé
roïde applati , elle aura moins de courbure
au Pôle qu'à l'Equateur ; elle fera donc portion
d'un plus grand cercle au Pôle qu'à l'Equateur
, car un grand cerele a moins de
courbure dans le même eſpace qu'un petit ;
ainſi le degré qui eſt toujours
cerele , ſera plus grand au Pôle qu'à l'Equateur.
360 du
Le contraire arrivera ſi l'on preſſe le
cerceau verticalement ; ainſi pour trouver
la figure de la Terre il ſuffit d'en meſurer
deux differens degrés ; mais il y auroit de
l'inconvénient à meſurer deux degrés trop
proches l'un de l'autre ; car ſi la Terre ne
s'éloigne pas beaucoup d'être exactement
ronde , les degrés qui feront voiſins ſeront
à peu près égaux,& la difference qu'on
trouvera ne fera pas affés grande pour déterminer
la figure de la Terre , parce que
cette difference pourra provenir en partic
des erreurs inévitables dans les obſervations
&dans les meſures.
Il étoit donc néceſſaire de meſurer deux
degrés très-éloignés , parce que la difference
de deux degrés voiſins , qui eſt petite ,
ſe trouvera répétée un grand nombre de
fois de l'Equateur au Pôle.
Ciij
54 MERCURE DEFRANCE.
On fent affés de quelle importance if
étoitde décider cette queſtion , & quelle
peut être ſon utilité pour la Géographie
&la Navigation. Si la Terre eſt un ſphéroïde
applati , fi les degrés font inégaux ,
comment connoître exactement la diſtance
des lieux qui font éloignés d'un certain
nombre de degrés , fans connoître
le rapport de ces degrés entr'eux , & combien
cette connoiſſance n'eſt-elle pas utile
pour les Voyageurs & pour les Navigateurs
? D'ailleurs quel objet plus dignede
la curioſité d'un eſprit éclairé , que de connoître
le Globe que nous habirons , & de
percer par quelque endroit ce voile impénétrable
dont la nature a couvert ſes operations
?
C'eſt dans ces vûës que S. M. a envoyé
des Aſtronomes meſurer un degré de la
Terre vers l'Equateur , & d'autres meſurer
un degré vers le Pôle. M. le Comte de Maurepas
, qui honore les Arts d'une protection
auffi éclatante qu'éclairée , a été chargé de
cette entrepriſe. C'eſt par ſes ſoins que les
Académiciens ont trouvé aux deux extrémités
de la Terre des ſecours dignes dela magnificence
du premier Porentat de l'Europe
qui les envoyoit , & de la prévoyance d'un
Miniſtre , qui rappelle à tant d'égards l'idée
de Mécene , comme ſon Maître rappelle
l'idée d'Auguſte.
NOVEMBRE. 1744.55
Mrs de Maupertuis , Clairaut , Camus , &
Lemonier , tous Académiciens , allerent en
Laponie en 1736 , auſſi près du Pôle qu'il
eſt poffible d'avancer .Les Lapons virent fans
doute avec étonnement des gens conduits
par l'amour des Sciencesdans unpays où l'amour
de la Patrie ne peut retenir les naturels
, & d'où les ordres du Gouvernement
les empêchent de fortir , les tenant ainſi exilés
dans le lieu de leur naiſſance. On a ſçu
dequelle conſtance , & de quel courage
ils ont eu beſoin pour réſiſter à l'aprêté de
ce climat. Par des operations faites avec la
plus grande exactitude au milieu des glaces
duNord , ils ont conclu que la Terre étoit
un ſphéroïde applati vers les Pôles , ce que
la difference du diamétre de l'Equateur a
l'axe étoit comme de 178 à 177 , ce qui
donne la Terre plus applatie que les calculs
de Mrs Huguens & Newton.
Les Aſtronomes deſtinés pour aller vers
l'Equateur étoient Mrs Godin , Bouguer ,
& de la Condamine Académiciens , Argonautes
d'une eſpece nouvelle , qui ont été au
Pays de l'or chercher la vérité pour l'honneur
de leur Pays , & le bien général des
Nations.
M. de Juſſien , Docteur Régent de la Faculté
de Medecine , que l'Académie s'eſt
acquis pendant le cours de ce Voyage , les
Ciiij
36 MERCURE DE FRANCE.
a accompagnés pour travailler à l'Hiſtoire
naturelle. M. Seniergues , Chirurgien devoit
l'aider. Les Aſtronomes avoient encore emmené
pluſieurs perſonnes pour deſſiner , vérifier
les calculs & reconnoître le Pays , tels
que Mrs Verguin , Couplet , Defordonnais , de
Morainville & Hugot.
M. B. feul eſt revenu . La difficulté du
trajet a arrêté ſes Compagnons de Voyage ,
qui ont été moins heureux , ou moins hardis
que lui. Cet Académicien partage la relation
en deux parties ; l'une contient le recit
de ce qui lui est arrivé dans ſes differentes
courſes , les obſervations qu'il a faites
ſur la ſituation , la nature des Pays qu'il a
traverſés , ſur le caractere des habitans , &c.
C'eſt une eſpece de voyage , mais c'eſt un
voyage fait par un Philofophe , & qui parconféquent
mérite une attention particuliere.
Le défaut que l'on reproche le plus aux
Voyageurs eſt leur peu de fincerité. Ce
reproche qu'ils ne méritent que trop fouvent
, eſt le moins grave qu'on puiffe leur
faire. La plupart fontdes gens peu inſtruits ,
que l'intérêt & le commerce ont conduits
dans des Pays éloignés ; ceux qui n'ont été
guidés que par la curioſité , n'ont preſque
jamais eu cette curiofité éclairée , qui fait
que l'on connoît la nature fidifferente d'elle
NOVEMBRE . 1744. 57
même dans des climats ſouvent peu éloignés
, & les hommes ſi ſemblables entr'eux
quand on les examine avec des yeux philoſophiques.
Ces Voyageurs ne reſſemblent
pas mal à un homme , qui introduit dans
un Palais examineroit avec une attention
ſcrupuleuſe juſqu'à la moindre colonne , &
négligeroit de connoître le Maître de la maifon.
M. B. a rapporté de ſes longs & pénibles
Voyages des obſervations importantes
fur l'Histoire naturelle , & des remarques
qui ne font pas moins intéreſſantes fur les
hommes qu'il a vûs.
La ſeconde partie de fon Mémoire contient
le recit des operations Aftronomiques,
par leſquelles il a déterminé avec ſes Collégues
la figure de la Terre. Elle eſt , ſuivant.
eux , un ſphéroïde applati vers les Pôles ile
diamétre de l'Equateur & l'axe , font entr'eux
comme 174 à 173 , ce qui revient
au calcul des Aſtronomes du Nord , la legere
difference qui ſe trouve entre les deux
réſultats ne devant être impurée qu'aux erreurs
inévitables dans des operations fr
compliquées & fi difficiles.
Ce fut le 16-Mai 1735 , que les Académiciens
s'embarquerent à la rade de la Rochelle
fur un Vaiſſeau du Roi; ils arriverens
heureuſement à S. Domingue , après avoit
relâché quelques jours à la Martinique.
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
Ils quitterent S. Domingue le 30 d'Oc
bre , & pafferent à Carthagene & à Porto-
Bello ; après avoir traverſe l'Ifthme , ils ſe
rembarquerent à Panama fur la Mer du
Sud , & moüillant dans la rade de Mante le
Mars 1736 ; ils toucherent enfin pour la
premiere fois la côte du Perou.
Ils avoient encore bien des obſtacles à furmonter
& des fatigues à eſſuyer avant que
d'arriver à Quito ,quiétoit le terme de leurs
courſes. Les chemins qui conduiſent à cette
Capitale étoient inondés par les playes ,
&devoient être impraticables juſqu'au mois
de Juin. Le defir de connoître la côte , où
les pluyes avoient déja ceſſé , engagea Mrs
Bouguer & de la Condamine à ſe ſéparer
du reſte de leur Compagnie , & tandis que
M. Godin remettoit à la voile pour aller débarquer
à Gouayaquil , ils ſe diſpoſerent à
parcourir cette côte , qui eſt la partie de
'Amérique Méridionale la plus avancée
vers l'Occident , & la connoiffance exacte
qu'ils en eurent , jointe à pluſieurs obſervations
Aſtronomiques les dédommagea
avantageuſement de leurs peines.
و
Ce Pays eſt de niveau avec la Mer , placé
au milieu de la Zone Torride , & parconféquent
extrêmement chaud. Refferré entre la
Mer & la Cordeliere , qui eſt une chaîne de
montagnes , plus hautes que toutes celles
NOVEMBRE. 1744. Se
que l'on connoît en Europe , il a trente ou
trente-cinq lieuës de largeur : on obſerve
dans la partie quieſt au- delà de Gouayaquil,
un Phénomene bien capable d'embarraffer
les Phyſiciens , c'eſt qu'il n'y pleut jamais ,
quoique fouvent le Ciel y ſoit fort nébuleux.
Le Pays eft fort peu habité , on fair
quelquefois vingt lieuës fans trouver un
Village ,& la nature qui y prodigue les
Phénomenes à l'avide curiofité des naturaliſtes
, n'a pris aucun ſoin de la commodité
des Voyageurs.
Mrs Bouguer & de laCondamine étoient
ſi peu ſenſibles à cet inconvénient , qu'ils
jugerent à propos de prendre differentes
routes pour arriver à Quito , afin de multiplier
davantage leurs obſervations & leurs
richeſſes Philoſophiques.
On verra quelque jour dans la relationm
de M. de la Condamine les peines infinies
qu'il eut à remonter la riviere des Emeraudes.
M. Bouguer prit ſa route vers Gouayaquil
à travers des bois encore inondés
par les eaux , & où un homme monté fur
le plus grand cheval ſe trouvoitdans l'eaus
&dans la bouë juſqu'aux genoux : après
s'être débaraſfé avec peine de ces marais impraticables
, M. B. arriva enfin le 17 Maik
1736 à Caracol , au pied de la Cordeliere..
Il fallut s'arrêter en cet endroit ; les fati
Cvj
60 MERCUREDE FRANCE.
gues d'une route fi pénible avoient confr
derablement alteré la ſanté du Voyageur :
d'ailleurs M. Godin , qui trois jours auparavant
étoit parti de Caracol , avoit emmené
preſque toutes les mules de la Province ;
il avoit cependant laiſſe àCaracol la cinquiéme
partie de fes équipages , mais la
difficulté des chemins oblige de rendre les
charges très-médiocres , & de multiplier le
nombre des bêtes de fomme.
Il fuffit pour donner une idée des peines
qu'eut M. B. à traverſer ces montagnes , de
dire qu'il employa 7 jours à un trajet qui
n'eſt que de & ou lieuës. Le courageux
Aſtronomes fuivoit exactement la même
route que Don Pedro Alvarado avoit priſe ,
lorfqu'il amena à François Pizare un ſecours
confiderable d'Eſpagnols. CeGénéral perdit
foixante-dix de ſes gens dans ce trajet pénible.
Enfin malgré les précipices formés par
les torrens & les ravines , malgré le froid
exceffif qu'on éprouve dans ces montagnes
toujours couvertes de neige &de glace ,M.
B. arriva le 10 de Juin 1736 à Quito , un
an & 24 jours après être parti de la Rochelle.
M. Godin& le reſte de fa Compagnie
étoient arrivés depuis le 29de Mai.
L'on joüit alors d'un ſpectacle bien différent
de celui des montagnes. Après avoir
été expoſé aux ardeurs de la Zone Torride ,
NOVEMBRE. 1744. 61
fur le bord de la Mer , & aux horreurs de
la froide dans les montagnes , on ſe croit
tranſporté tout à coup dans une des Zones
temperées. Il arrive quelque choſe à peu
près ſemblable , lorſqu'on defcend du ſommet
des Alpes dans les Vallées du Piémont.
On découvre un Pays agréable & cultivé ,
un grand nombre de Bourgs ,& de Villages ,
& de petites Villes affés jolies. Les denrées
néceſſaires à la vie n'y ſont pas extrêmement
cheres , parce que le Pays eft abondant, mais
les marchandiſes qui viennent d'Europe ,
les toiles , les draps , les étoffes de ſoye y
ſont d'un prix exceflif. M. B. a été obligé
de payer une piastre pour un morceau de
fer , & 18 à 20 liv. pour un gobelet de
verre. La vallée de Quito , qui eſt large
de 5 à 6 lienës , eſt enfermée des deux côtés
par la Cordeliere. Cette chaîne de montagnes
eſt double , & forme comme deux
murailles , qui font l'enceinte de ce Pays.
M. B. s'eſt allûré par ſes propres yeux que
cette double chaîne continuë juſqu'à 170
lieuës ; il l'a viſitée depuis le Sud de Cuença
jufqu'au Nordde Popayan ,&il a ſçu qu'elle
eſt double encore plus loin vers le Nord.
La largeur ſuffifante de cette vallée, &
fon expoſition à l'égard du Soleil, devroient
y rendre la chaleur inſupportable ; mais
62 MERCURE DE FRANCE.
d'un autre côté le voiſinage de la neige , &
la grande élévation du terrein temperent le
chaud , & ce climat joüit d'une Automne ,
ou ſi l'on veut d'un Printemps continuel.
Les campagnes y font toujours vertes , les
fruits de la Zone Torride & ceux qu'on y
a apportés d'Europe , tels que les poires ,
les pommes , les pêches , y croiffent également
; tous les grains y viennent fort bien
&furtout le froment ; les arbres font toujours
en ſéve , parce que la temperature de
l'air eſt toujours à peu près la même.
Les pluyes ſeules diftinguent les ſaiſons.
Il pleut depuis le mois de Novembre juſqu'au
mois de Mai ; ces pluyes jointes aux
fréquentes éruptions des volcans qui font
engrand nombre , balancent les agrémens
de ce beau Pays. Les Académiciens y ont
éprouvé une autre eſpece d'incommodité ,
caufée par la trop grande fubtilité de l'air.
Quoique la vallée de Quito ſoit entrede
très-hautes montagnes , elle eſt elle-même
plus élevée au-deſſus du niveau de la Mer
que les plus hautes montagnes de l'Europe ,
& les habitans de Quito ont appris de nos
Aſtronomes qu'ils font les peuples les plus
élevés de la Terre , & reſpirent un air plus
fubtil de plus d'un tiers que celui que refpirent
les autres hommes.
M. B. fait une remarque qui mérite une
NOVEMBRE. 1744- 63
attention particuliere , c'eſt qu'il n'a point
été plus incommodé lorſqu'il a monté beaucoup
plus haut que Quito , où l'air étoit
plus fubtil.
Mais ſi cette trop grande fubtilité de
l'air n'étoit pas un obſtacle qui rendit le
fommet des montagnes inacceſſible , les
Aſtronomes y ont trouvé un ennemi plus
redoutable encore , le froid exceffif caufé
par les neiges.
Ils monterent fur Pichincha , au pied de
laquelle eſt ſitué Quito. Leur deffein étoir
de faire les ſtations de leurs triangles fur le
haut des montagnes , dont les fommets trèsélevés
étoient fort avantageux à cet égard
mais le froid y étoit ſi vif , qu'il leur fur
impoffibled'y demeurer. Quelqu'un d'entr'eux
y ſentit bien-tôt des affections ſcorbutiques
, les Indiens qui les ſuivoient &
les autres domeſtiques furent fi incommodés
, qu'il fallut prendre le parti de defcendre
, & après avoir lutté pendant vingt
jours contre la rigueur du climat , ils renoncerent
à prendre des poſtes ſi élevés , & fe
déterminerent à placer leurs fignaux fur le
haut des collines , au pied des pyramides
pierreuſes. Tel étoit le froid que l'on
éprouvoit , que le Pendule à ſecondes y
étoit plus court qu'au bord de la Mer de
lignes.
35
1
1
:.
64 MERCURE DE FRANCE.
Les Aſtronomes étoient preſque continuellement
dans les nuages , quelquefois le
Ciel changeoit trois ou quatre fois en une
demie heure ; une tempête étoit ſuivie du
beau tems , & un inſtant après le tonnerre
recommençoit , d'autant plus terrible , qu'il
étoit plus proche , & fe formoit autour
d'eux.
Le ſommet de ces montagnes,que l'on peut
appeller le Royaume des Météores , offrit
aux Aftronomes un Phénoméne fingulier ,
qui n'avoit encore été vû de perfonne ,
quoique , comme le remarque M. B. il foit
auſſi ancien que le monde.
Les Aftronomes étoientfur la montagnede
Pambamarea ; un nuage , dans lequel ils
étoient enveloppés,leur laiſſa voir en fediffipant
le Soleil qui ſe levoit très éclatant ; le
nuage paſſa de l'autre côté,& fut à peine à 30
pas , que chacun d'eux vit ſon ombre projettée
deſſus , & ne voyoit que la ſienne ,
parce que le nuage n'offroit pas une furface
unie. Le peu de diſtance ne permettoit pas
de diftinguer toutes les parties de l'ombre ,
mais ils remarquerent avec ſurpriſe que
la tête étoit ornée d'une gloire , ou limbe ,
formée de 3 ou 4. petites couronnes
concentriques , d'une couleur très-vive , &
variées comme le premier Arc-en-Ciel , le
rouge étant en dehors. Les intervalles enNOVEMBRE.
1744.
ter tre ces cercles étoient égaux , le d
cercle étoit beaucoup plus foible , & enfin
à une certaine diſtance , on voyoit un
grand cercle blanc qui environnoit le tout.
Ils ont répété pluſieurs fois la même Expérience.
Les diamètres de ces couronnes
changent ſouvent de grandeur d'un moment
à l'autre , mais en obfervant toujours
entre eux l'égalité des intervalles. Ce Phénomene
fingulier ne ſe trace que ſur les
nuages glacés , & non ſur les goutes de
pluye , comme l'Arc-en-Ciel.
Ordinairement le diametre du premier
Iris étoit d'environ 5 degrés 2 tiers ; celui
du ſecond , de 17, & ainſi de ſuite celui du
cercle blanc étoit d'environ 77 degrés . i
Quoique la neige rende les montagnes
inacceffibles , cependant Mrs Bouguer &
de la Condamine n'ont pas craint de monter
fur pluſieurs , tant pour viſiter les
volcans qui ſont en grand nombre fur
ces montagnes , que pour y contenter à
tant d'autres égards leur intrépide curiofité.
Ils ont obfervé que ſur le ſommet de la
montagne de Chouſſalong , ou le Coraçon ,
élevée de 2476 toiſes , le mercure ſe ſoutient
dans le Barometre à 15 pouces 9 lign .
12 pouces 3 lignes plus bas qu'au bord de
laMer.On n'avoit jamais porté cet Inſtru
66 MERCURE DE FRANCE.
ment ſi haut , & il y a même beaucoup
d'apparence que jamais perſonne n'y étoit
allé. Il faut un motif pour entreprendre de
pareils voyages , il faut plus, il faut un courage
qui n'eſt pas moins eſtimable que les
talens qui fourniffent le motif.
Les montagnes offrent de tous côtés de
triſtes monumens des fréquens ravages des
volcans. Quelques-unes juſqu'à une affés
grande profondeur , ne font formées que
de ſcories, de pierres de ponces, & de fragmens
de pierres brulées de toutes les groffeurs.
On n'entendra pas dire ſans admiration
qu'en quelques endroits tout cela
eſt caché fous une couche de terre ordinaire
, qui porte des herbes , & même des arbres.
On voit des pierres de huit à neufpieds
de longueur , & d'une auſſi grande épaifſeur
, qui ont été jettées par le volcan à plus
de trois lieuës de diſtance ; les traînées que
l'on voit encore,& qui indiquent la montagne
d'où elles ont été lancées , ne laiſſent
aucun doute fur ce fait.
Après avoir donné ſes Obſervations ſur
l'Hiſtoire naturelle de ce Pays , M. B. paſſe
au détail des moeurs & des coûtumes du
Pays , détail qui n'eſt pas moins intéreſſant
que ce qui a précédé.
>>>Comme la Zone Torride, dit-il, & les
NOVEMBRE. 1744. 67
> Zones glacées ſont , pour ainſi-dire , mê-
» lées au Pérou , qu'on y trouve les cli-
>>mats les plus contraires , qu'il fuffit de
faire quelques lieuës , d'entrer dans la
>>Cordeliere ou d'en fortir , pour trouver
>>des climats plus differens entre eux , que
>> ſi l'on traverſoit toute l'Europe ; cette ex
>>trême difference ne peut pas manquer
<d'en apporter dans les uſages des Peuples,
>>>&juſques dans leurs inclinations.En bas,
>> ils vivent retirés dans leurs forêts , &
>> forment comme de petites Républiques ,
>>dirigées par leurs Curés , & par leurs
>>>Gouverneurs , aſſiſtés de quelques autres
>> Officiers , qui font auffi Indiens .
La peinture que fait M. B. de l'état de ces
Indiens , reffemble à celte de l'âge d'or.
>> Ils vivent tous dans une auffi grande
>>>union qu'ils paroiffent vivre dans
>>une grande innocence ; ils ſont préve
>>venans & honnêtes ; ils ne font capa-
❤bles d'aucune défiance ; & il ne leur
>> tombe pas même dans l'efprit qu'on puif-
>> ſe avoir intention de les tromper ; les
>> portes de leurs maiſons ſont toûjours ou-
>> vertes , quoiqu'ils ayent du coton , des
>> calebaſſes , de la pire , eſpece d'aloës
>>dont ils tirent du fil , & quelques autres
>>denrées , dont ils font ſouvent quelque
>> trafic. La grande chaleur leur permet d'al-
1
68 MERCURE DE FRANCE.
ler preſque nuds ; ils ſe peignent ordi
>> nairement en rouge avec le rocou , fou-
>>vent ils s'en font une eſpece de parure ,
> & ils s'en mettent jufques fur le viſage. Il
>>paroît qu'ils ont regardé cette coûtume
>> dans ſon origine , comme une précaution
>> contre la piquûre de ces Cousins nommés
» Maringouins ou Moustiques , qu'on trou-
"ve en grand nombre dans tous les en-
>>droits bas de la Zone Torride qui n'ont
>> pas été défrichés. Ces mêmes Indiens font
>> de tous les métiers qui leur font néceſſai-
>> res ; ils font Tifferans , Charpentiers , ils
>>font les Architectes de leurs maifons , les
>> conſtructeurs de leurs Pirogues ; quant
> aux grands ouvrages , ils les font ordi-
>> nairement en commun ; un Indien invite
> tous ſes voiſins , il lui fuffit de les bien
» traiter , & la maiſon , quelque grande
>> qu'elle ſoit , eſt achevée le jour même ,
» & quelquefois en une heure ou deux. Il
>> n'eſt pas étonnant qu'ils menent une vie
>>heureuſe , ils ne font gênés par le mêlan-
>> ge d'aucun Etranger ; outre les fruits de
>> la terre , qui ne leur manquent jamais , la
>> chaſſe & la pêche leur fourniffent d'a-
>> bondantes reffources .
Les Indiens qu'on nomme Guerriers ,
parce qu'ils n'ont pas été founis par les Efpagnols
, ont à peu près les mêmes moeurs.
NOVEMBRE. 1744 . 60
M. B. remarque qu'on n'a point à l'égard
de la couleur de ces Peuples, tirant fur celle
du cuivre , la même difficulté qu'à l'égard
du noir des Negres. Il a même obſervé que
ceux qui vivent au bas de la Cordeliere ,
font auffi blancs que nous , parce qu'ils ne
ſont pas expoſés à un hâle violent & continuel
, qui eſt , ſelon lui , la cauſe de la
carnation des premiers ; cependant ces Indiens
blanes ſont aiſés à diſtinguer des Européens
, par une difference remarquable ,
ils n'ont ni poil ni barbe.
Les moeurs des Indiens , qui vivent en
haut dans la Cordeliere , c'est-à-dire dans
les Plaines de Quito , n'offrent pas un tableau
auſſi riant que le premier.
>>Ils font tous d'une pareſſe extrême , &
>>ſtupides à l'excès;ils paſſeront des jour-
>> nées entieres affisà la même place fur les
»talons , ſans ſe remuer ; ils fervent dans
les Villes , & on les applique aux champs
>> à la culture des terres. L'habillement
>>qu'on leur donne fait partie de leurs ga-
» ges , de-même que les légumes & les
>>grains qu'on leur donne à la campagne
>>pour leur ſubſiſtance. Lorſqu'ils ſe ma-
»rient , les droits du Curé ſont exceffifs ,
>>de-même que les frais funéraires lorf-
>> qu'il meurt quelqu'un de leur petite fa-
»mille, Il arrive de tout cela qu'ils n'ont
70 MERCURE DE FRANCE.
>>jamais rien en leur diſpoſition , & qu'ils
>> font toûjours endettés envers leurs Maîtres.
Leur indolence en eft conſidérable-
»ment augmentée. Onnepeut pas affés dire
>combien ils montrent d'indifference pour
>> les richeſſes, & même pour leurs commo-
>> dités , peut-être parce qu'ils fentent qu'il
>>leur feroit inutile d'y penſer. Acela près
qu'ils aiment un peu trop à boire d'une
>> eſpece de bierre qu'ils font avec le Mais ,
> on peut dire qu'ils forment une Secte de
>>Philoſophes Stoiciens , ou plûtôt Cini-
>> ques. On ne ſçait ſouvent quelle eſpece
>> de motif leur propoſer , lorſqu'on veut
>> en exiger quelque ſervice. On leur offre
>> inutilement quelque piéce d'argent , ils
>> répondent qu'ils n'ont pas faim. On ne
>> ne doit pas s'étonner que de pareilles
•gens n'ayent pas encore imaginé qu'il
Icur étoit utile d'avoir des poches ; lorf
» qu'on les a obligé de recevoir quelque
>>monnoye, ils la ferrent dans leur bouche.
Ils n'ont aucun meuble dans leurs cabanes
, & couchent à terre ſur un cuir ; ils
mangent peu de viande. Ils élevent quekque
volaille pour faire préſent à leur Curé,
ou pour ſe régaler dans les occafions extraordinaires.
Une de ces grandes occafions
eſt la mort de quelqu'un d'entre eux ; ils
s'affemblent alors , font un grand feſtin de
NOVEMBRE. 1744. 71
tout ce qui a échappé auCuré , ils le mangent
en pleurant , & ne ceſſent leur fête lugubre
que lorſqu'il ne reſte plus rien.
M.B. remarque judicieuſement que ceux
qui demeurent hors de la Cordeliere ,
ont conſervé davantage leurs anciennes
moeurs, au lieu que ceux qui vivent en haut
où le Pays eſt plus peuplé , ont plus reſſenti
les effets de la dépendance. Malgré les
ſages précautions qu'à priſes le Gouverne
ment Eſpagnol , ces malheureux font fort
maltraités , furtout par les Métis , qui ſe
plaiſent le plus à appeſantir leur joug fur
cux.
On a peine , en voyant ces Peuples , à
croire ce que les Hiſtoriens ont publié des
Loix , de la Police & des Arts des anciens
Indiens. Tout cela paroîtroit un ſonge , s'il
étoit poſſible de récuſer la foi de tant d'Hiſ
toriens,& les témoignages plus autentiques
de tant de monumes qui ſubſiſtent encore.
Triſte exemple , qui montre combien l'ef
pritdes hommes dépend des circonstances,
&juſqu'à quel point cette partie la plus noble
de notre Etre peut être dégradée par
Peſclavage, la miſere , &c. Qua affigit humi
divina particulam aura. :
Les limites étroites dans leſquelles M. B.
étoit obligé de ſe renfermer , ne lui ont
pas permis de rendre compte au Public d'u
72 MERCURE DE FRANCE .
ne infinité d'Obſervations curieuſes qu'il a
faites , tant dans l'Amérique , que dans les
autres Pays quil a traverſés. Il n'a point
parlé non plus des Obſervations faites par
ſes Collegues , & il leur a laiſſé un moiffon
abondante que le Public recueillera avec
plaiſir , ſi elle contient des faits auſſi intéreſſans
, & préſentés avec autant de clarté
& de préciſion , qu'on en trouve dans la
Relation de M. Bouguer.
Nous voici arrivés à la partie principale
du Mémoire de M Bouguer , c'eſt le détail
des Opérations Aſtronomiques pour déterminer
la figure de la Terre .
M. Bouguer rend compte à l'Aſſemblée de
l'accord parfait qui ſe trouva entre les deux
differentes meſures que les Aſtronomes firent
de leur premiere baſe, qui eſt à environ
cinq lieuës à l'Orient deQuito,mais toûjours
dans cette longue vallée que formelaCordeliere.
Le Sol en eſt extrêmement inégal ; une
des extrêmités eſt plus élevée que l'autre
d'environ 126 toiſes , & nos Académiciens
partagés en deux troupes , furent obligés
dans leur Opération d'avoir continuellement
le niveau à la main , pour ſauver toutes
les inégalités du terrain. M. Bouguer
nous apprend que ce travail dura 2 5jours de
ſon côté,& que quand les deux compagnies
ſe communiquerent leur réſultat , il ne ſe
trouva
NOVEMBRE. 1744. 73
trouva qu'une différence d'environ trois:
pouces , fur 6274 toiſes , qui eſt à peu près
la longueur de cette baſe. Il a le ſoin de
nous avertir qu'il ſupprime pluſieurs particularités
qu'il n'a pas obmiſes dans le rapport
qu'il a déja fait à l'Académie ; rapport
plus étendu , & dans lequel il a rendu juftice
à toutes les perſonnes qui ont eu part
à l'Ouvrage. Il fut queſtion après cela de
travailler à la difpofition des triangles ; le
choix des ſtations les arrêtoit beaucoup ,
car au lieu que la grande hauteur des montagnes
a ordinairement contribué en Europe
à la promptitude de ces fortes d'Opérations
, c'étoit tout le contraire au Pérou ,
les Obfervateurs ſe trouvans preſque contimuellement
plongés dans les nuages , ou expoſés
à des tempêtes qui les obligeoient de
ne s'occuper que du ſeul ſoin de leur propre
conſervation. Ils étoient encore alors
partagés en deux Compagnies qui marchoient
à la vûë l'une de l'autre ſur les deux
chaînes de montagnes oppoſées , & qui en
changoient réciproquement. M. Godin
étoit d'un côté accompagné de pluſieurs
perſonnes ; M, Bouguer étoit de l'autre
avec M. de la Condamine , & un des Officiers
Eſpagnols ſe trouvoit de chaque côté.
Ils ont meſuré généralement tous les angles
de leurs triangles , ils l'ont fait avec diffe-
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
rens quarts de cercle ,& leur Méridienne ,
qui eſt formée de 33 triangles principaux ,
embraffe une longueur de plusde 60 lieuës.
Ces triangles ſont élevés en l'air de 6 à 7
cent toiſes au-deſſus de Quito , & d'environ
2000 toiſes au-deſſus du niveau de la
Mer . Ces mêmes triangles commencent un
peu en-deçà de l'Equateur , mais au lieu
que M. Godin termina les ſiens à la petite
Ville de Cuença , les deux autres Acadé
miciens allerent un peu plus loin , juſqu'à
Tarqui , où une plaine parfaitement unie
leur offroit une ſeconde baſe très-propre à
vérifier l'exactitude de toutes leurs Opérations
précédentes. Ces deux derniers eufſent
bien ſouhaité que tout ſe fit toujours
de concert; ils croyoient voir de grands
inconvéniens à ſe priver volontairement
des conſeils les uns des autres dans la partie
de leur travail qui étoit la plus délicate,
lorſqu'il s'agiſſoit de déterminer par voye
Aſtronomique l'amptitude de l'Arc dont
la meſure géodeſique venoit de leur donner
la longueur en toiſes. M. Bouguer n'affûre
pas que la crainte ne lui ait fait paroître
l'inconvénient un peu plus grand , mais il
ajoûte que c'eſt ce qui l'a obligé de paffer
dans ſon particulier plus de trois ans
au Pérou à courir d'une extrêmité de la
Méridienne à l'autre , afin de revêtir ſes
NOVEMBRE. 1744. 75
Obſervations , en les répétant , d'une autorité
qui ne laiſsât aucun lieu à la moindre
incertitude.
Il n'a eu que cette occupation depuis le
mois d'Août de 1739 , ſi on excepte un voyage
qu'il fit en deſcendant vers la Mer du
Sud , pour découvrir par rapport à fon ni
veau la hauteur abſoluë des montagnes ,
dont ils ne connoiſſoient juſques-là que les
hauteurs relatives. Enfin, quoiqu'il eût déja
ungrand nombre d'Obſervations faites aveć
an Secteur de 12 pieds de rayon dans les
mêmes ſaiſons de différentes années confé
cutives , & qu'il n'eut par conféquent rien
à craindre , ni de la parallaxe de l'orbe annuel,
ni de la nutation de l'axe de la Terre,
ni de l'aberration de la lumiere, il crut qu'il
falloit terminer l'ouvrage par un expédient
qu'on n'avoit encore jamais employé , mais
qui devoit trancher généralement toutes les
difficultés . C'étoit de ſe rendre aux deux
extrêmités de l'arc du Méridien, en ſe ſépa
rant M. de la Condamine & lui , & d'obſerver
en même- tems les mêmes Etoiles.
Les Obſervations ſe faiſant les mêmes nuits,
ou pour mieux dire , les mêmes inſtans , ils
étoient sûrs de ſaiſir les Etoiles dans le mê
me point du Ciel , & de réüffir comme à
Les fixer , malgré tous les mouvemens irréguliers
auſquels elle pouvoient être fu
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
jettes.M.Bouguer vint à l'extrêmité Septen
trionale à Cochesqui , & M. de la Condamine
alla à l'extrêmité Auſtrale à Tarqui. Ces
deux Académiciens vouloient pour s'en
revenir en Europe ſuivre différens chee
mins , afin de multiplier davantage leurs
remarques ; c'eſt ce qui les décida ſur le
choix des poſtes où ils ſe rendirent , car
devenus ménagers de leurs pas, ils ne comptoient
plus avoir de communication dans le
Pays que par les fréquens exprès qu'ils
s'envoyeroient. Ils commencerent le 29 Novembre
1742 a obtenir des Obſervations
parfaitement fimultanées de l'Etoile qui eſt
au milieu du baudrier d'Orion , que Bayer
a déſignée par E , & ils continuerent à obe
ſerver juſqu'au 15 Janvier 1743 ; ils trouverent
l'amplitude de leur Méridienne de
3 dégrés , 7 minutes , a ſecondes , ce qui
ne faiſoit que confirmer les Obſervations
précédentes. Le même Arç étoit de 176940
toiſes , deſorte que le dégré du Méridien
dans le milieu de la Zone Torride auroit
$6762 toiſes de longueur , ſi ce n'est qu'il
faut en retrancher 21 toiſes pour le réduire
au niveau de la Mer à cauſe de la grande
hauteur des montagnes , ce qui le rend de
56741 toiſes,
M. Bouguer finit ſon recit , en remar
1
NOVEMBRE. 1744. 77
quant , qu'on ne peut fans faire violence
auxObſervations, continuer à ſuppoſer que
les accroiſſemens ou les dégrés du Méridien,
par rapport au premier , ſont proportionnels
aux quarrés des ſinus des Latitudes.
Tout contribuë à nous apprendre que la
Terre eſt beaucoup plus applatie vers les
Poles que ne l'a penſé M. Huguens. Les
Expériences ſur la gravité des corps juftifient
la même choſe , en même-tems qu'on
leur doit la nouvelle particularité que la
peſanteur va en diminuant , à meſure qu'on
s'éleve en montant ſur les montagnes. La
péſanteur des corps eſt moindre à Quito
qu'elle n'eſt au bord de la Mer , & fi l'on
parvient au ſommet de Pichincha , qui eſt
plus haut , la péſanteur ſe trouve encore
moindre . M. Bouguer , en comparant les
Opérations faites au Pérou avec celles qu'on
a faites en Europe, trouve enfin que les excès
des dégrés de Latitude ſur le premier, ne
font guères éloignés d'être proportionnels
aux quatrièmes puiſſances des Sinus des Latitudes
, & que l'axe proprement dit eſt
au diamétre de l'Equateur comme 173 à
174 , ou que l'épaiſſeur de la Terre eſt
moindre dans le ſens de ſon axe que dans
celui de l'Equateur d'une 174 partie .
M. de Juffien lût après un Mémoire qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
contenoit la deſcription d'uue Plante dela
nouvelle Biſcaye au Mexique. Les Eſpa
gnols ont donné à la racine de cette Plante
le nom de Contrayerva , qui ſembloit ne
convenir qu'à une ancienne Plante de ce
nom dont la réputation est très-grande
chés eux , & même chés nous.
د
M. de Juffieu a obſervé , que quoique
ces deux Plantes portent le même nom ,
qu'elles ayent le même goût aromatique &
preſque les mêmes vertus, elles different
pourtant par la figure de leurs racines &
par leurs ports * reſpectifs : la racine
de l'ancien Contrayerva eſt fibreuſe , &
celle du nouveau eſt ovale & ſemblable
àun petit navet ; de plus , l'ancien a des
feüilles ſimples , arrondies & coupées en
trois ou cinq fegments , au lieu que le nouveau
les a femblables à la petite quintefeiüil
le , & a ſes fleurs legumineufes ;le nou
veau a encore un avantage fur l'ancien ,
c'eſt la facilité de pouvoir être cultivé &
multiplié en toutes fortes de Pays par ſes
graines , comme les Plantes légumineufes.
des Sciences.
'Académie des Sciences tint une affemblée
publique le 14dece mois , felon
la coûtume. Le Public qui court avidentment
s'inſtruire à ces doctes conférences ,
attendoit le jour de celle-ci avec un nouvel
empreffement; on ſçavoit que M. Bouguer ,
l'un des Académiciens qui ont été envoyés
au Pérou par le Gouvernement pour y déterminer
la figure de la Terre , devoit lire
dans cette affemblée la relation de fon
voyage & le détail de fes opérations Aftronomiques
; ce détail étoit d'autant plus int
téreſſant , qu'il devoir , ou mettreau-deffus
de toutes contradictions la meſure de la
Terre , déterminée par les opérations faites
au Nord , ou fournir de nouvelles idées
&ouvrir un nouvel avis ſur cette impor
tantequeſtion.
M. Bouguer, qui parloit devant une compagnie
continuellement occupée de ces-matieres
,&devant un Public qui les connoît
au moins fuperficiellement, auroit perdus
inutilement un tems précieux s'il ſe fut atsaché
à expoſer l'état de la queſtion dont
48 MERCURE DE FRANCE.
A
tous ſes Auditeurs étoient inſtruits , mais
nous , qui écrivons pour toutes fortes de
Lecteurs , nous devons faire nos efforts.
pour les mettre au fait de la matiere que
nous allons traiter. Si nous ſommes allés
heureux pour y réüſſir , nous nous ſçaurons
bon gré d'avoir travaillé pour la gloire de
M. B. & des Académiciens qui l'ont ac
compagné en augmentant le nombre de
leurs Juges ,& par conféquent de leurs ad
mirateurs..
On a cru long-tems que la Terre étoit
ſphérique ; cette erreur eſt auſſi ancienne
que la Terre même , ou du moins que les
Sciences. Dans cette ſuppoſition il n'étoit
pas difficile d'en connoître la grandeur.
Dès les premiers pas qu'on a fait enGéométrie,
le cercle a été diviſé en 360 parties
égales que l'on a appellées degrés ; il ſuffifoitdonc
de meſurer un degré de la Terre
&de le multiplier par 360 pour avoir le
circuit de notre Globe. La méthode pourmeſurer
ce degré eſt ſimple & facile, on
prend avec un inſtrument la hauteur d'une
Etoile en quelque endroit , par exemple à
Paris , on avance enfuite vers le Pôle ſur le
mêmeMéridien, juſqu'à ce que l'Etoile obſervée
à Paris ait undegré de hauteur de
moins, & quand on eſt arrivé en cet endroit,
on cherche alors par des opérations.
Géo
NOVEMBRE. 1744. 49
y
Géométriques la diſtance de cet endroit à
Paris . Cette diſtance , réduite en toiſes ,
exprimera la valeur d'un degré de la Terre
entoiſes.
C'eſt par cette méthode , ou par d'autres
qui s'y rapportent , qu'on avoit trouvé que
Paris & Amiens , qui ſont ſous le même
Méridien , ſont éloignés d'un degré ou environ
, & l'on avoit conclu de leur diſtance
qui eſt de 25 lieuës , que le degré de la
Terre étoit de 25 lieuës ,& parconféquent
fon circuit de 9০০০ .
En 1672 , M. Richer , étant envoyé à
l'Iſle de Cayenne proche l'Equateur , trouva
que le Pendule qui battoit les ſecondes à
Paris alloit plus lentement à la Cayenne ,
&que ſes vibrations étoient de plus d'une
ſeconde. Cette expérience fit une révolution
dans le Monde Phyficien : il fut aiſé
de conclure que la péſanteur étoit moindre
à l'Equateur qu'à Paris , puiſque les corps
péſans s'y mouvoient plus lentement. M.
Huguens fut le premier qui ouvrit les yeux ,
&il découvrit bien-tôt la cauſe de cette dif
férence. -
LaTerre tournant ſur ſon axe , emporte
avec elle tous les corps qui y font , & ces
corps décrivent des cercles d'autant plus
grands qu'ils font plus éloignés du Pôle ;
ils ont donc une force centrifuge d'autant
II. Vol. C
SO MERCURE DE FRANCE.
plus grande , qu'ils font plus éloignés du
Pôle , & doivent être moins péſans , puifqu'ils
font plus d'effort pour s'éloigner du
centre de la Terre. D'un autre côté , ſi l'on
regarde la Terre comme une maffe fluide
(& il eſt certain qu'elle eſt telle en grande
partie ) on ne peut pas ſuppoſer qu'elle ſoit
parfaitement ſphérique , dès que la péſanteur
eſt plus grande au Pôle qu'à l'Equateur,
En effet , que l'on imagine une colonne
fluide qui aille d'un point de la circonféren
ce de l'Equateur au Centre , & une autre
qui aille du Pôle au même Centre , ces deux
colonnes doivent être en équilibre ; la colonne
de l'Equateur ſera donc plus longue
que celle du Pôle , puiſque ſes parties péſent
moins ; le diamétre de l'Equateur doit
donc être plus grand que l'axe , c'est- à-dire
que la ligne qui joint les deux Pôles : & la
Terre , ſuivant cette idée,doit être un ſphéroïde
applati vers les Pôles.
Voilà ce que la théorie apprit à M. Huguens;
éclairé par le flambeau de la Géométrie
, il oſa entreprendre de déterminer la
difference du diamétre de l'Equateur à l'axe ,
&trouva qu'elle étoit la même que de 578
à 577 ; mais la théorie ſeule ne pouvoir
donner le degré exact de l'applatiſſement
dela Terre : elle fera plus ou moins applatie
ſuivant les differentes ſuppoſitions que
l'on pourra faire fur la péſanteur& la denſité
NOVEMBRE. 1744. 52
de ſes parties,que pour établir les calculs, on
eft obligé deſuppoſerHomogenes, ce qui sûrement
n'eſt pas vrai. M. Huguens ſuppoſoit
que toutes les parties de la Terre ſont
de même denſité , & péſent toutes vers un
même centre. M. Newton , qui ſuppoſa que
toutes ces parties s'attirent mutuellement ,
ſuivantune certaine loi , trouva que la différence
du diamétre de l'Equateur à l'axe ,
étoit comme de 230 à 229 , ce quidonne la
Terre encore plus applatie vers les Pôles .
Ainſi quoique les théories les plus vraiſemblables
s'accordaſſent à donner à la Terre
la figure d'un ſphéroïde applati , la meſrre
actuelle des degrés pouvoit ſeule déterminer
au juſte cette figure , & ce n'étoit que
par là que l'on pouvoit vérifier ſi ces célébres
Mathématiciens , qui du fond de leur
cabinet avoient meſuré l'immenſité de la
Terre , méritoient l'éloge qu'Horace ne
donne qu'ironiquement au Pilote Architas.
Aërias tentaſſe domos , animoque rotundum
Percurriffe Polum.
Nous venons de dire que tous les degrés
doivent être égaux , ſi la Terre eſt parfaitement
ſphérique , c'est- à-dire , que s'il fant
faire 25 lieuës de Paris à Amiens pour
qu'une Etoile obſervée diminuë de la hauteur
d'un degré , il faudra faire encore 25
Cij
32 MERCURE DEFRANCE.
lieuës depuis Amiens, en avançant vers le
Pôle , pour que cette même Etoile diminuë
encore d'un degré de hauteur ,& ainſi de
fuite.
Il n'en eſt pas de même , ſi la Terre n'eſt
pas exactement ronde : les degrés ſeront
inégaux , & feront plus grands à l'Equateur
qu'au Pôle, ſi la Terre eſt un ſpheroide
allongé , c'est- à-dire , fi le diamétre de l'Equateur
est moindre que l'axe : ils ſeront
au contraire plus grands vers le Pôle , fi la
Terre eſt un ſpheroide applati , c'eſt-à-dire ,
ſi l'axe eſt plus petit que le diamétre de l'Equateur.
Pour en faire ſentir la raiſon par
une idée , peu Géométrique à la vérité
mais palpable pour tous les lecteurs , imaginons
un cerceau de baleine parfaitement
rond , & partagé par deux diamétres , l'un
vertical , qui repréſentera le diamétre de
l'Equateur , l'autre horizontal , qui repréſentera
l'axe , ou la ligne qui joint les Pôles
; ſi on preffe ce cerceau par les deux extrêmités
de ſon diamétre horisontal , le diamétre
qui repréſente l'axe diminuera , l'autre
au contraire , qui repréſente le diametre
de l'Equateur , s'allongera ; or il eſt évident
que ce cerceau aura perdu de ſa courbure
dans l'endroit preſſé , c'est-à-dire , aux deux
extrêmités de ſon diametre horisontal , &
qu'au contraire il ſera devenu d'une plus
NOVEMBRE. 1744. 53
grande courbure à l'extrêmité du diamétre
qui s'eſt allongé.
5 On voit par- là que ſi la Terre eſt un ſphé
roïde applati , elle aura moins de courbure
au Pôle qu'à l'Equateur ; elle fera donc portion
d'un plus grand cercle au Pôle qu'à l'Equateur
, car un grand cerele a moins de
courbure dans le même eſpace qu'un petit ;
ainſi le degré qui eſt toujours
cerele , ſera plus grand au Pôle qu'à l'Equateur.
360 du
Le contraire arrivera ſi l'on preſſe le
cerceau verticalement ; ainſi pour trouver
la figure de la Terre il ſuffit d'en meſurer
deux differens degrés ; mais il y auroit de
l'inconvénient à meſurer deux degrés trop
proches l'un de l'autre ; car ſi la Terre ne
s'éloigne pas beaucoup d'être exactement
ronde , les degrés qui feront voiſins ſeront
à peu près égaux,& la difference qu'on
trouvera ne fera pas affés grande pour déterminer
la figure de la Terre , parce que
cette difference pourra provenir en partic
des erreurs inévitables dans les obſervations
&dans les meſures.
Il étoit donc néceſſaire de meſurer deux
degrés très-éloignés , parce que la difference
de deux degrés voiſins , qui eſt petite ,
ſe trouvera répétée un grand nombre de
fois de l'Equateur au Pôle.
Ciij
54 MERCURE DEFRANCE.
On fent affés de quelle importance if
étoitde décider cette queſtion , & quelle
peut être ſon utilité pour la Géographie
&la Navigation. Si la Terre eſt un ſphéroïde
applati , fi les degrés font inégaux ,
comment connoître exactement la diſtance
des lieux qui font éloignés d'un certain
nombre de degrés , fans connoître
le rapport de ces degrés entr'eux , & combien
cette connoiſſance n'eſt-elle pas utile
pour les Voyageurs & pour les Navigateurs
? D'ailleurs quel objet plus dignede
la curioſité d'un eſprit éclairé , que de connoître
le Globe que nous habirons , & de
percer par quelque endroit ce voile impénétrable
dont la nature a couvert ſes operations
?
C'eſt dans ces vûës que S. M. a envoyé
des Aſtronomes meſurer un degré de la
Terre vers l'Equateur , & d'autres meſurer
un degré vers le Pôle. M. le Comte de Maurepas
, qui honore les Arts d'une protection
auffi éclatante qu'éclairée , a été chargé de
cette entrepriſe. C'eſt par ſes ſoins que les
Académiciens ont trouvé aux deux extrémités
de la Terre des ſecours dignes dela magnificence
du premier Porentat de l'Europe
qui les envoyoit , & de la prévoyance d'un
Miniſtre , qui rappelle à tant d'égards l'idée
de Mécene , comme ſon Maître rappelle
l'idée d'Auguſte.
NOVEMBRE. 1744.55
Mrs de Maupertuis , Clairaut , Camus , &
Lemonier , tous Académiciens , allerent en
Laponie en 1736 , auſſi près du Pôle qu'il
eſt poffible d'avancer .Les Lapons virent fans
doute avec étonnement des gens conduits
par l'amour des Sciencesdans unpays où l'amour
de la Patrie ne peut retenir les naturels
, & d'où les ordres du Gouvernement
les empêchent de fortir , les tenant ainſi exilés
dans le lieu de leur naiſſance. On a ſçu
dequelle conſtance , & de quel courage
ils ont eu beſoin pour réſiſter à l'aprêté de
ce climat. Par des operations faites avec la
plus grande exactitude au milieu des glaces
duNord , ils ont conclu que la Terre étoit
un ſphéroïde applati vers les Pôles , ce que
la difference du diamétre de l'Equateur a
l'axe étoit comme de 178 à 177 , ce qui
donne la Terre plus applatie que les calculs
de Mrs Huguens & Newton.
Les Aſtronomes deſtinés pour aller vers
l'Equateur étoient Mrs Godin , Bouguer ,
& de la Condamine Académiciens , Argonautes
d'une eſpece nouvelle , qui ont été au
Pays de l'or chercher la vérité pour l'honneur
de leur Pays , & le bien général des
Nations.
M. de Juſſien , Docteur Régent de la Faculté
de Medecine , que l'Académie s'eſt
acquis pendant le cours de ce Voyage , les
Ciiij
36 MERCURE DE FRANCE.
a accompagnés pour travailler à l'Hiſtoire
naturelle. M. Seniergues , Chirurgien devoit
l'aider. Les Aſtronomes avoient encore emmené
pluſieurs perſonnes pour deſſiner , vérifier
les calculs & reconnoître le Pays , tels
que Mrs Verguin , Couplet , Defordonnais , de
Morainville & Hugot.
M. B. feul eſt revenu . La difficulté du
trajet a arrêté ſes Compagnons de Voyage ,
qui ont été moins heureux , ou moins hardis
que lui. Cet Académicien partage la relation
en deux parties ; l'une contient le recit
de ce qui lui est arrivé dans ſes differentes
courſes , les obſervations qu'il a faites
ſur la ſituation , la nature des Pays qu'il a
traverſés , ſur le caractere des habitans , &c.
C'eſt une eſpece de voyage , mais c'eſt un
voyage fait par un Philofophe , & qui parconféquent
mérite une attention particuliere.
Le défaut que l'on reproche le plus aux
Voyageurs eſt leur peu de fincerité. Ce
reproche qu'ils ne méritent que trop fouvent
, eſt le moins grave qu'on puiffe leur
faire. La plupart fontdes gens peu inſtruits ,
que l'intérêt & le commerce ont conduits
dans des Pays éloignés ; ceux qui n'ont été
guidés que par la curioſité , n'ont preſque
jamais eu cette curiofité éclairée , qui fait
que l'on connoît la nature fidifferente d'elle
NOVEMBRE . 1744. 57
même dans des climats ſouvent peu éloignés
, & les hommes ſi ſemblables entr'eux
quand on les examine avec des yeux philoſophiques.
Ces Voyageurs ne reſſemblent
pas mal à un homme , qui introduit dans
un Palais examineroit avec une attention
ſcrupuleuſe juſqu'à la moindre colonne , &
négligeroit de connoître le Maître de la maifon.
M. B. a rapporté de ſes longs & pénibles
Voyages des obſervations importantes
fur l'Histoire naturelle , & des remarques
qui ne font pas moins intéreſſantes fur les
hommes qu'il a vûs.
La ſeconde partie de fon Mémoire contient
le recit des operations Aftronomiques,
par leſquelles il a déterminé avec ſes Collégues
la figure de la Terre. Elle eſt , ſuivant.
eux , un ſphéroïde applati vers les Pôles ile
diamétre de l'Equateur & l'axe , font entr'eux
comme 174 à 173 , ce qui revient
au calcul des Aſtronomes du Nord , la legere
difference qui ſe trouve entre les deux
réſultats ne devant être impurée qu'aux erreurs
inévitables dans des operations fr
compliquées & fi difficiles.
Ce fut le 16-Mai 1735 , que les Académiciens
s'embarquerent à la rade de la Rochelle
fur un Vaiſſeau du Roi; ils arriverens
heureuſement à S. Domingue , après avoit
relâché quelques jours à la Martinique.
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
Ils quitterent S. Domingue le 30 d'Oc
bre , & pafferent à Carthagene & à Porto-
Bello ; après avoir traverſe l'Ifthme , ils ſe
rembarquerent à Panama fur la Mer du
Sud , & moüillant dans la rade de Mante le
Mars 1736 ; ils toucherent enfin pour la
premiere fois la côte du Perou.
Ils avoient encore bien des obſtacles à furmonter
& des fatigues à eſſuyer avant que
d'arriver à Quito ,quiétoit le terme de leurs
courſes. Les chemins qui conduiſent à cette
Capitale étoient inondés par les playes ,
&devoient être impraticables juſqu'au mois
de Juin. Le defir de connoître la côte , où
les pluyes avoient déja ceſſé , engagea Mrs
Bouguer & de la Condamine à ſe ſéparer
du reſte de leur Compagnie , & tandis que
M. Godin remettoit à la voile pour aller débarquer
à Gouayaquil , ils ſe diſpoſerent à
parcourir cette côte , qui eſt la partie de
'Amérique Méridionale la plus avancée
vers l'Occident , & la connoiffance exacte
qu'ils en eurent , jointe à pluſieurs obſervations
Aſtronomiques les dédommagea
avantageuſement de leurs peines.
و
Ce Pays eſt de niveau avec la Mer , placé
au milieu de la Zone Torride , & parconféquent
extrêmement chaud. Refferré entre la
Mer & la Cordeliere , qui eſt une chaîne de
montagnes , plus hautes que toutes celles
NOVEMBRE. 1744. Se
que l'on connoît en Europe , il a trente ou
trente-cinq lieuës de largeur : on obſerve
dans la partie quieſt au- delà de Gouayaquil,
un Phénomene bien capable d'embarraffer
les Phyſiciens , c'eſt qu'il n'y pleut jamais ,
quoique fouvent le Ciel y ſoit fort nébuleux.
Le Pays eft fort peu habité , on fair
quelquefois vingt lieuës fans trouver un
Village ,& la nature qui y prodigue les
Phénomenes à l'avide curiofité des naturaliſtes
, n'a pris aucun ſoin de la commodité
des Voyageurs.
Mrs Bouguer & de laCondamine étoient
ſi peu ſenſibles à cet inconvénient , qu'ils
jugerent à propos de prendre differentes
routes pour arriver à Quito , afin de multiplier
davantage leurs obſervations & leurs
richeſſes Philoſophiques.
On verra quelque jour dans la relationm
de M. de la Condamine les peines infinies
qu'il eut à remonter la riviere des Emeraudes.
M. Bouguer prit ſa route vers Gouayaquil
à travers des bois encore inondés
par les eaux , & où un homme monté fur
le plus grand cheval ſe trouvoitdans l'eaus
&dans la bouë juſqu'aux genoux : après
s'être débaraſfé avec peine de ces marais impraticables
, M. B. arriva enfin le 17 Maik
1736 à Caracol , au pied de la Cordeliere..
Il fallut s'arrêter en cet endroit ; les fati
Cvj
60 MERCUREDE FRANCE.
gues d'une route fi pénible avoient confr
derablement alteré la ſanté du Voyageur :
d'ailleurs M. Godin , qui trois jours auparavant
étoit parti de Caracol , avoit emmené
preſque toutes les mules de la Province ;
il avoit cependant laiſſe àCaracol la cinquiéme
partie de fes équipages , mais la
difficulté des chemins oblige de rendre les
charges très-médiocres , & de multiplier le
nombre des bêtes de fomme.
Il fuffit pour donner une idée des peines
qu'eut M. B. à traverſer ces montagnes , de
dire qu'il employa 7 jours à un trajet qui
n'eſt que de & ou lieuës. Le courageux
Aſtronomes fuivoit exactement la même
route que Don Pedro Alvarado avoit priſe ,
lorfqu'il amena à François Pizare un ſecours
confiderable d'Eſpagnols. CeGénéral perdit
foixante-dix de ſes gens dans ce trajet pénible.
Enfin malgré les précipices formés par
les torrens & les ravines , malgré le froid
exceffif qu'on éprouve dans ces montagnes
toujours couvertes de neige &de glace ,M.
B. arriva le 10 de Juin 1736 à Quito , un
an & 24 jours après être parti de la Rochelle.
M. Godin& le reſte de fa Compagnie
étoient arrivés depuis le 29de Mai.
L'on joüit alors d'un ſpectacle bien différent
de celui des montagnes. Après avoir
été expoſé aux ardeurs de la Zone Torride ,
NOVEMBRE. 1744. 61
fur le bord de la Mer , & aux horreurs de
la froide dans les montagnes , on ſe croit
tranſporté tout à coup dans une des Zones
temperées. Il arrive quelque choſe à peu
près ſemblable , lorſqu'on defcend du ſommet
des Alpes dans les Vallées du Piémont.
On découvre un Pays agréable & cultivé ,
un grand nombre de Bourgs ,& de Villages ,
& de petites Villes affés jolies. Les denrées
néceſſaires à la vie n'y ſont pas extrêmement
cheres , parce que le Pays eft abondant, mais
les marchandiſes qui viennent d'Europe ,
les toiles , les draps , les étoffes de ſoye y
ſont d'un prix exceflif. M. B. a été obligé
de payer une piastre pour un morceau de
fer , & 18 à 20 liv. pour un gobelet de
verre. La vallée de Quito , qui eſt large
de 5 à 6 lienës , eſt enfermée des deux côtés
par la Cordeliere. Cette chaîne de montagnes
eſt double , & forme comme deux
murailles , qui font l'enceinte de ce Pays.
M. B. s'eſt allûré par ſes propres yeux que
cette double chaîne continuë juſqu'à 170
lieuës ; il l'a viſitée depuis le Sud de Cuença
jufqu'au Nordde Popayan ,&il a ſçu qu'elle
eſt double encore plus loin vers le Nord.
La largeur ſuffifante de cette vallée, &
fon expoſition à l'égard du Soleil, devroient
y rendre la chaleur inſupportable ; mais
62 MERCURE DE FRANCE.
d'un autre côté le voiſinage de la neige , &
la grande élévation du terrein temperent le
chaud , & ce climat joüit d'une Automne ,
ou ſi l'on veut d'un Printemps continuel.
Les campagnes y font toujours vertes , les
fruits de la Zone Torride & ceux qu'on y
a apportés d'Europe , tels que les poires ,
les pommes , les pêches , y croiffent également
; tous les grains y viennent fort bien
&furtout le froment ; les arbres font toujours
en ſéve , parce que la temperature de
l'air eſt toujours à peu près la même.
Les pluyes ſeules diftinguent les ſaiſons.
Il pleut depuis le mois de Novembre juſqu'au
mois de Mai ; ces pluyes jointes aux
fréquentes éruptions des volcans qui font
engrand nombre , balancent les agrémens
de ce beau Pays. Les Académiciens y ont
éprouvé une autre eſpece d'incommodité ,
caufée par la trop grande fubtilité de l'air.
Quoique la vallée de Quito ſoit entrede
très-hautes montagnes , elle eſt elle-même
plus élevée au-deſſus du niveau de la Mer
que les plus hautes montagnes de l'Europe ,
& les habitans de Quito ont appris de nos
Aſtronomes qu'ils font les peuples les plus
élevés de la Terre , & reſpirent un air plus
fubtil de plus d'un tiers que celui que refpirent
les autres hommes.
M. B. fait une remarque qui mérite une
NOVEMBRE. 1744- 63
attention particuliere , c'eſt qu'il n'a point
été plus incommodé lorſqu'il a monté beaucoup
plus haut que Quito , où l'air étoit
plus fubtil.
Mais ſi cette trop grande fubtilité de
l'air n'étoit pas un obſtacle qui rendit le
fommet des montagnes inacceſſible , les
Aſtronomes y ont trouvé un ennemi plus
redoutable encore , le froid exceffif caufé
par les neiges.
Ils monterent fur Pichincha , au pied de
laquelle eſt ſitué Quito. Leur deffein étoir
de faire les ſtations de leurs triangles fur le
haut des montagnes , dont les fommets trèsélevés
étoient fort avantageux à cet égard
mais le froid y étoit ſi vif , qu'il leur fur
impoffibled'y demeurer. Quelqu'un d'entr'eux
y ſentit bien-tôt des affections ſcorbutiques
, les Indiens qui les ſuivoient &
les autres domeſtiques furent fi incommodés
, qu'il fallut prendre le parti de defcendre
, & après avoir lutté pendant vingt
jours contre la rigueur du climat , ils renoncerent
à prendre des poſtes ſi élevés , & fe
déterminerent à placer leurs fignaux fur le
haut des collines , au pied des pyramides
pierreuſes. Tel étoit le froid que l'on
éprouvoit , que le Pendule à ſecondes y
étoit plus court qu'au bord de la Mer de
lignes.
35
1
1
:.
64 MERCURE DE FRANCE.
Les Aſtronomes étoient preſque continuellement
dans les nuages , quelquefois le
Ciel changeoit trois ou quatre fois en une
demie heure ; une tempête étoit ſuivie du
beau tems , & un inſtant après le tonnerre
recommençoit , d'autant plus terrible , qu'il
étoit plus proche , & fe formoit autour
d'eux.
Le ſommet de ces montagnes,que l'on peut
appeller le Royaume des Météores , offrit
aux Aftronomes un Phénoméne fingulier ,
qui n'avoit encore été vû de perfonne ,
quoique , comme le remarque M. B. il foit
auſſi ancien que le monde.
Les Aftronomes étoientfur la montagnede
Pambamarea ; un nuage , dans lequel ils
étoient enveloppés,leur laiſſa voir en fediffipant
le Soleil qui ſe levoit très éclatant ; le
nuage paſſa de l'autre côté,& fut à peine à 30
pas , que chacun d'eux vit ſon ombre projettée
deſſus , & ne voyoit que la ſienne ,
parce que le nuage n'offroit pas une furface
unie. Le peu de diſtance ne permettoit pas
de diftinguer toutes les parties de l'ombre ,
mais ils remarquerent avec ſurpriſe que
la tête étoit ornée d'une gloire , ou limbe ,
formée de 3 ou 4. petites couronnes
concentriques , d'une couleur très-vive , &
variées comme le premier Arc-en-Ciel , le
rouge étant en dehors. Les intervalles enNOVEMBRE.
1744.
ter tre ces cercles étoient égaux , le d
cercle étoit beaucoup plus foible , & enfin
à une certaine diſtance , on voyoit un
grand cercle blanc qui environnoit le tout.
Ils ont répété pluſieurs fois la même Expérience.
Les diamètres de ces couronnes
changent ſouvent de grandeur d'un moment
à l'autre , mais en obfervant toujours
entre eux l'égalité des intervalles. Ce Phénomene
fingulier ne ſe trace que ſur les
nuages glacés , & non ſur les goutes de
pluye , comme l'Arc-en-Ciel.
Ordinairement le diametre du premier
Iris étoit d'environ 5 degrés 2 tiers ; celui
du ſecond , de 17, & ainſi de ſuite celui du
cercle blanc étoit d'environ 77 degrés . i
Quoique la neige rende les montagnes
inacceffibles , cependant Mrs Bouguer &
de la Condamine n'ont pas craint de monter
fur pluſieurs , tant pour viſiter les
volcans qui ſont en grand nombre fur
ces montagnes , que pour y contenter à
tant d'autres égards leur intrépide curiofité.
Ils ont obfervé que ſur le ſommet de la
montagne de Chouſſalong , ou le Coraçon ,
élevée de 2476 toiſes , le mercure ſe ſoutient
dans le Barometre à 15 pouces 9 lign .
12 pouces 3 lignes plus bas qu'au bord de
laMer.On n'avoit jamais porté cet Inſtru
66 MERCURE DE FRANCE.
ment ſi haut , & il y a même beaucoup
d'apparence que jamais perſonne n'y étoit
allé. Il faut un motif pour entreprendre de
pareils voyages , il faut plus, il faut un courage
qui n'eſt pas moins eſtimable que les
talens qui fourniffent le motif.
Les montagnes offrent de tous côtés de
triſtes monumens des fréquens ravages des
volcans. Quelques-unes juſqu'à une affés
grande profondeur , ne font formées que
de ſcories, de pierres de ponces, & de fragmens
de pierres brulées de toutes les groffeurs.
On n'entendra pas dire ſans admiration
qu'en quelques endroits tout cela
eſt caché fous une couche de terre ordinaire
, qui porte des herbes , & même des arbres.
On voit des pierres de huit à neufpieds
de longueur , & d'une auſſi grande épaifſeur
, qui ont été jettées par le volcan à plus
de trois lieuës de diſtance ; les traînées que
l'on voit encore,& qui indiquent la montagne
d'où elles ont été lancées , ne laiſſent
aucun doute fur ce fait.
Après avoir donné ſes Obſervations ſur
l'Hiſtoire naturelle de ce Pays , M. B. paſſe
au détail des moeurs & des coûtumes du
Pays , détail qui n'eſt pas moins intéreſſant
que ce qui a précédé.
>>>Comme la Zone Torride, dit-il, & les
NOVEMBRE. 1744. 67
> Zones glacées ſont , pour ainſi-dire , mê-
» lées au Pérou , qu'on y trouve les cli-
>>mats les plus contraires , qu'il fuffit de
faire quelques lieuës , d'entrer dans la
>>Cordeliere ou d'en fortir , pour trouver
>>des climats plus differens entre eux , que
>> ſi l'on traverſoit toute l'Europe ; cette ex
>>trême difference ne peut pas manquer
<d'en apporter dans les uſages des Peuples,
>>>&juſques dans leurs inclinations.En bas,
>> ils vivent retirés dans leurs forêts , &
>> forment comme de petites Républiques ,
>>dirigées par leurs Curés , & par leurs
>>>Gouverneurs , aſſiſtés de quelques autres
>> Officiers , qui font auffi Indiens .
La peinture que fait M. B. de l'état de ces
Indiens , reffemble à celte de l'âge d'or.
>> Ils vivent tous dans une auffi grande
>>>union qu'ils paroiffent vivre dans
>>une grande innocence ; ils ſont préve
>>venans & honnêtes ; ils ne font capa-
❤bles d'aucune défiance ; & il ne leur
>> tombe pas même dans l'efprit qu'on puif-
>> ſe avoir intention de les tromper ; les
>> portes de leurs maiſons ſont toûjours ou-
>> vertes , quoiqu'ils ayent du coton , des
>> calebaſſes , de la pire , eſpece d'aloës
>>dont ils tirent du fil , & quelques autres
>>denrées , dont ils font ſouvent quelque
>> trafic. La grande chaleur leur permet d'al-
1
68 MERCURE DE FRANCE.
ler preſque nuds ; ils ſe peignent ordi
>> nairement en rouge avec le rocou , fou-
>>vent ils s'en font une eſpece de parure ,
> & ils s'en mettent jufques fur le viſage. Il
>>paroît qu'ils ont regardé cette coûtume
>> dans ſon origine , comme une précaution
>> contre la piquûre de ces Cousins nommés
» Maringouins ou Moustiques , qu'on trou-
"ve en grand nombre dans tous les en-
>>droits bas de la Zone Torride qui n'ont
>> pas été défrichés. Ces mêmes Indiens font
>> de tous les métiers qui leur font néceſſai-
>> res ; ils font Tifferans , Charpentiers , ils
>>font les Architectes de leurs maifons , les
>> conſtructeurs de leurs Pirogues ; quant
> aux grands ouvrages , ils les font ordi-
>> nairement en commun ; un Indien invite
> tous ſes voiſins , il lui fuffit de les bien
» traiter , & la maiſon , quelque grande
>> qu'elle ſoit , eſt achevée le jour même ,
» & quelquefois en une heure ou deux. Il
>> n'eſt pas étonnant qu'ils menent une vie
>>heureuſe , ils ne font gênés par le mêlan-
>> ge d'aucun Etranger ; outre les fruits de
>> la terre , qui ne leur manquent jamais , la
>> chaſſe & la pêche leur fourniffent d'a-
>> bondantes reffources .
Les Indiens qu'on nomme Guerriers ,
parce qu'ils n'ont pas été founis par les Efpagnols
, ont à peu près les mêmes moeurs.
NOVEMBRE. 1744 . 60
M. B. remarque qu'on n'a point à l'égard
de la couleur de ces Peuples, tirant fur celle
du cuivre , la même difficulté qu'à l'égard
du noir des Negres. Il a même obſervé que
ceux qui vivent au bas de la Cordeliere ,
font auffi blancs que nous , parce qu'ils ne
ſont pas expoſés à un hâle violent & continuel
, qui eſt , ſelon lui , la cauſe de la
carnation des premiers ; cependant ces Indiens
blanes ſont aiſés à diſtinguer des Européens
, par une difference remarquable ,
ils n'ont ni poil ni barbe.
Les moeurs des Indiens , qui vivent en
haut dans la Cordeliere , c'est-à-dire dans
les Plaines de Quito , n'offrent pas un tableau
auſſi riant que le premier.
>>Ils font tous d'une pareſſe extrême , &
>>ſtupides à l'excès;ils paſſeront des jour-
>> nées entieres affisà la même place fur les
»talons , ſans ſe remuer ; ils fervent dans
les Villes , & on les applique aux champs
>> à la culture des terres. L'habillement
>>qu'on leur donne fait partie de leurs ga-
» ges , de-même que les légumes & les
>>grains qu'on leur donne à la campagne
>>pour leur ſubſiſtance. Lorſqu'ils ſe ma-
»rient , les droits du Curé ſont exceffifs ,
>>de-même que les frais funéraires lorf-
>> qu'il meurt quelqu'un de leur petite fa-
»mille, Il arrive de tout cela qu'ils n'ont
70 MERCURE DE FRANCE.
>>jamais rien en leur diſpoſition , & qu'ils
>> font toûjours endettés envers leurs Maîtres.
Leur indolence en eft conſidérable-
»ment augmentée. Onnepeut pas affés dire
>combien ils montrent d'indifference pour
>> les richeſſes, & même pour leurs commo-
>> dités , peut-être parce qu'ils fentent qu'il
>>leur feroit inutile d'y penſer. Acela près
qu'ils aiment un peu trop à boire d'une
>> eſpece de bierre qu'ils font avec le Mais ,
> on peut dire qu'ils forment une Secte de
>>Philoſophes Stoiciens , ou plûtôt Cini-
>> ques. On ne ſçait ſouvent quelle eſpece
>> de motif leur propoſer , lorſqu'on veut
>> en exiger quelque ſervice. On leur offre
>> inutilement quelque piéce d'argent , ils
>> répondent qu'ils n'ont pas faim. On ne
>> ne doit pas s'étonner que de pareilles
•gens n'ayent pas encore imaginé qu'il
Icur étoit utile d'avoir des poches ; lorf
» qu'on les a obligé de recevoir quelque
>>monnoye, ils la ferrent dans leur bouche.
Ils n'ont aucun meuble dans leurs cabanes
, & couchent à terre ſur un cuir ; ils
mangent peu de viande. Ils élevent quekque
volaille pour faire préſent à leur Curé,
ou pour ſe régaler dans les occafions extraordinaires.
Une de ces grandes occafions
eſt la mort de quelqu'un d'entre eux ; ils
s'affemblent alors , font un grand feſtin de
NOVEMBRE. 1744. 71
tout ce qui a échappé auCuré , ils le mangent
en pleurant , & ne ceſſent leur fête lugubre
que lorſqu'il ne reſte plus rien.
M.B. remarque judicieuſement que ceux
qui demeurent hors de la Cordeliere ,
ont conſervé davantage leurs anciennes
moeurs, au lieu que ceux qui vivent en haut
où le Pays eſt plus peuplé , ont plus reſſenti
les effets de la dépendance. Malgré les
ſages précautions qu'à priſes le Gouverne
ment Eſpagnol , ces malheureux font fort
maltraités , furtout par les Métis , qui ſe
plaiſent le plus à appeſantir leur joug fur
cux.
On a peine , en voyant ces Peuples , à
croire ce que les Hiſtoriens ont publié des
Loix , de la Police & des Arts des anciens
Indiens. Tout cela paroîtroit un ſonge , s'il
étoit poſſible de récuſer la foi de tant d'Hiſ
toriens,& les témoignages plus autentiques
de tant de monumes qui ſubſiſtent encore.
Triſte exemple , qui montre combien l'ef
pritdes hommes dépend des circonstances,
&juſqu'à quel point cette partie la plus noble
de notre Etre peut être dégradée par
Peſclavage, la miſere , &c. Qua affigit humi
divina particulam aura. :
Les limites étroites dans leſquelles M. B.
étoit obligé de ſe renfermer , ne lui ont
pas permis de rendre compte au Public d'u
72 MERCURE DE FRANCE .
ne infinité d'Obſervations curieuſes qu'il a
faites , tant dans l'Amérique , que dans les
autres Pays quil a traverſés. Il n'a point
parlé non plus des Obſervations faites par
ſes Collegues , & il leur a laiſſé un moiffon
abondante que le Public recueillera avec
plaiſir , ſi elle contient des faits auſſi intéreſſans
, & préſentés avec autant de clarté
& de préciſion , qu'on en trouve dans la
Relation de M. Bouguer.
Nous voici arrivés à la partie principale
du Mémoire de M Bouguer , c'eſt le détail
des Opérations Aſtronomiques pour déterminer
la figure de la Terre .
M. Bouguer rend compte à l'Aſſemblée de
l'accord parfait qui ſe trouva entre les deux
differentes meſures que les Aſtronomes firent
de leur premiere baſe, qui eſt à environ
cinq lieuës à l'Orient deQuito,mais toûjours
dans cette longue vallée que formelaCordeliere.
Le Sol en eſt extrêmement inégal ; une
des extrêmités eſt plus élevée que l'autre
d'environ 126 toiſes , & nos Académiciens
partagés en deux troupes , furent obligés
dans leur Opération d'avoir continuellement
le niveau à la main , pour ſauver toutes
les inégalités du terrain. M. Bouguer
nous apprend que ce travail dura 2 5jours de
ſon côté,& que quand les deux compagnies
ſe communiquerent leur réſultat , il ne ſe
trouva
NOVEMBRE. 1744. 73
trouva qu'une différence d'environ trois:
pouces , fur 6274 toiſes , qui eſt à peu près
la longueur de cette baſe. Il a le ſoin de
nous avertir qu'il ſupprime pluſieurs particularités
qu'il n'a pas obmiſes dans le rapport
qu'il a déja fait à l'Académie ; rapport
plus étendu , & dans lequel il a rendu juftice
à toutes les perſonnes qui ont eu part
à l'Ouvrage. Il fut queſtion après cela de
travailler à la difpofition des triangles ; le
choix des ſtations les arrêtoit beaucoup ,
car au lieu que la grande hauteur des montagnes
a ordinairement contribué en Europe
à la promptitude de ces fortes d'Opérations
, c'étoit tout le contraire au Pérou ,
les Obfervateurs ſe trouvans preſque contimuellement
plongés dans les nuages , ou expoſés
à des tempêtes qui les obligeoient de
ne s'occuper que du ſeul ſoin de leur propre
conſervation. Ils étoient encore alors
partagés en deux Compagnies qui marchoient
à la vûë l'une de l'autre ſur les deux
chaînes de montagnes oppoſées , & qui en
changoient réciproquement. M. Godin
étoit d'un côté accompagné de pluſieurs
perſonnes ; M, Bouguer étoit de l'autre
avec M. de la Condamine , & un des Officiers
Eſpagnols ſe trouvoit de chaque côté.
Ils ont meſuré généralement tous les angles
de leurs triangles , ils l'ont fait avec diffe-
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
rens quarts de cercle ,& leur Méridienne ,
qui eſt formée de 33 triangles principaux ,
embraffe une longueur de plusde 60 lieuës.
Ces triangles ſont élevés en l'air de 6 à 7
cent toiſes au-deſſus de Quito , & d'environ
2000 toiſes au-deſſus du niveau de la
Mer . Ces mêmes triangles commencent un
peu en-deçà de l'Equateur , mais au lieu
que M. Godin termina les ſiens à la petite
Ville de Cuença , les deux autres Acadé
miciens allerent un peu plus loin , juſqu'à
Tarqui , où une plaine parfaitement unie
leur offroit une ſeconde baſe très-propre à
vérifier l'exactitude de toutes leurs Opérations
précédentes. Ces deux derniers eufſent
bien ſouhaité que tout ſe fit toujours
de concert; ils croyoient voir de grands
inconvéniens à ſe priver volontairement
des conſeils les uns des autres dans la partie
de leur travail qui étoit la plus délicate,
lorſqu'il s'agiſſoit de déterminer par voye
Aſtronomique l'amptitude de l'Arc dont
la meſure géodeſique venoit de leur donner
la longueur en toiſes. M. Bouguer n'affûre
pas que la crainte ne lui ait fait paroître
l'inconvénient un peu plus grand , mais il
ajoûte que c'eſt ce qui l'a obligé de paffer
dans ſon particulier plus de trois ans
au Pérou à courir d'une extrêmité de la
Méridienne à l'autre , afin de revêtir ſes
NOVEMBRE. 1744. 75
Obſervations , en les répétant , d'une autorité
qui ne laiſsât aucun lieu à la moindre
incertitude.
Il n'a eu que cette occupation depuis le
mois d'Août de 1739 , ſi on excepte un voyage
qu'il fit en deſcendant vers la Mer du
Sud , pour découvrir par rapport à fon ni
veau la hauteur abſoluë des montagnes ,
dont ils ne connoiſſoient juſques-là que les
hauteurs relatives. Enfin, quoiqu'il eût déja
ungrand nombre d'Obſervations faites aveć
an Secteur de 12 pieds de rayon dans les
mêmes ſaiſons de différentes années confé
cutives , & qu'il n'eut par conféquent rien
à craindre , ni de la parallaxe de l'orbe annuel,
ni de la nutation de l'axe de la Terre,
ni de l'aberration de la lumiere, il crut qu'il
falloit terminer l'ouvrage par un expédient
qu'on n'avoit encore jamais employé , mais
qui devoit trancher généralement toutes les
difficultés . C'étoit de ſe rendre aux deux
extrêmités de l'arc du Méridien, en ſe ſépa
rant M. de la Condamine & lui , & d'obſerver
en même- tems les mêmes Etoiles.
Les Obſervations ſe faiſant les mêmes nuits,
ou pour mieux dire , les mêmes inſtans , ils
étoient sûrs de ſaiſir les Etoiles dans le mê
me point du Ciel , & de réüffir comme à
Les fixer , malgré tous les mouvemens irréguliers
auſquels elle pouvoient être fu
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
jettes.M.Bouguer vint à l'extrêmité Septen
trionale à Cochesqui , & M. de la Condamine
alla à l'extrêmité Auſtrale à Tarqui. Ces
deux Académiciens vouloient pour s'en
revenir en Europe ſuivre différens chee
mins , afin de multiplier davantage leurs
remarques ; c'eſt ce qui les décida ſur le
choix des poſtes où ils ſe rendirent , car
devenus ménagers de leurs pas, ils ne comptoient
plus avoir de communication dans le
Pays que par les fréquens exprès qu'ils
s'envoyeroient. Ils commencerent le 29 Novembre
1742 a obtenir des Obſervations
parfaitement fimultanées de l'Etoile qui eſt
au milieu du baudrier d'Orion , que Bayer
a déſignée par E , & ils continuerent à obe
ſerver juſqu'au 15 Janvier 1743 ; ils trouverent
l'amplitude de leur Méridienne de
3 dégrés , 7 minutes , a ſecondes , ce qui
ne faiſoit que confirmer les Obſervations
précédentes. Le même Arç étoit de 176940
toiſes , deſorte que le dégré du Méridien
dans le milieu de la Zone Torride auroit
$6762 toiſes de longueur , ſi ce n'est qu'il
faut en retrancher 21 toiſes pour le réduire
au niveau de la Mer à cauſe de la grande
hauteur des montagnes , ce qui le rend de
56741 toiſes,
M. Bouguer finit ſon recit , en remar
1
NOVEMBRE. 1744. 77
quant , qu'on ne peut fans faire violence
auxObſervations, continuer à ſuppoſer que
les accroiſſemens ou les dégrés du Méridien,
par rapport au premier , ſont proportionnels
aux quarrés des ſinus des Latitudes.
Tout contribuë à nous apprendre que la
Terre eſt beaucoup plus applatie vers les
Poles que ne l'a penſé M. Huguens. Les
Expériences ſur la gravité des corps juftifient
la même choſe , en même-tems qu'on
leur doit la nouvelle particularité que la
peſanteur va en diminuant , à meſure qu'on
s'éleve en montant ſur les montagnes. La
péſanteur des corps eſt moindre à Quito
qu'elle n'eſt au bord de la Mer , & fi l'on
parvient au ſommet de Pichincha , qui eſt
plus haut , la péſanteur ſe trouve encore
moindre . M. Bouguer , en comparant les
Opérations faites au Pérou avec celles qu'on
a faites en Europe, trouve enfin que les excès
des dégrés de Latitude ſur le premier, ne
font guères éloignés d'être proportionnels
aux quatrièmes puiſſances des Sinus des Latitudes
, & que l'axe proprement dit eſt
au diamétre de l'Equateur comme 173 à
174 , ou que l'épaiſſeur de la Terre eſt
moindre dans le ſens de ſon axe que dans
celui de l'Equateur d'une 174 partie .
M. de Juffien lût après un Mémoire qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
contenoit la deſcription d'uue Plante dela
nouvelle Biſcaye au Mexique. Les Eſpa
gnols ont donné à la racine de cette Plante
le nom de Contrayerva , qui ſembloit ne
convenir qu'à une ancienne Plante de ce
nom dont la réputation est très-grande
chés eux , & même chés nous.
د
M. de Juffieu a obſervé , que quoique
ces deux Plantes portent le même nom ,
qu'elles ayent le même goût aromatique &
preſque les mêmes vertus, elles different
pourtant par la figure de leurs racines &
par leurs ports * reſpectifs : la racine
de l'ancien Contrayerva eſt fibreuſe , &
celle du nouveau eſt ovale & ſemblable
àun petit navet ; de plus , l'ancien a des
feüilles ſimples , arrondies & coupées en
trois ou cinq fegments , au lieu que le nouveau
les a femblables à la petite quintefeiüil
le , & a ſes fleurs legumineufes ;le nou
veau a encore un avantage fur l'ancien ,
c'eſt la facilité de pouvoir être cultivé &
multiplié en toutes fortes de Pays par ſes
graines , comme les Plantes légumineufes.
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Résumé : SEANCE publique de l'Académie des Sciences.
Le 14 décembre, l'Académie des Sciences organisa une séance publique où M. Bouguer présenta les résultats de son voyage au Pérou, visant à déterminer la figure de la Terre. Historiquement, la Terre était considérée comme sphérique, mais des observations, comme celles de M. Richer en 1672, avaient révélé des variations de la pesanteur. Les théories de M. Huygens et de M. Newton suggéraient que la Terre était un sphéroïde aplati aux pôles, nécessitant des mesures précises pour confirmation. La mission, soutenue par le roi et dirigée par le Comte de Maurepas, envoya des astronomes mesurer des degrés de latitude à l'Équateur et au Pôle. En 1736, Maupertuis et ses collègues en Laponie confirmèrent que la Terre est un sphéroïde aplati. Simultanément, Godin, Bouguer et de la Condamine se rendirent en Équateur pour des mesures similaires. Le voyage de Bouguer et de la Condamine débuta le 16 mai 1735 à La Rochelle, traversant plusieurs îles et villes avant d'atteindre le Pérou. Ils affrontèrent de nombreux obstacles, comme des chemins inondés et des conditions climatiques difficiles. À Quito, ils découvrirent une vallée bénéficiant d'un climat agréable mais confrontée à des pluies fréquentes et des éruptions volcaniques. Leurs mesures confirmèrent que la Terre est un sphéroïde aplati aux pôles, avec un rapport de 174 à 173 entre le diamètre de l'équateur et l'axe. Les explorateurs réalisèrent diverses observations scientifiques et ethnographiques au Pérou. Ils mesurèrent des phénomènes atmosphériques et escaladèrent plusieurs montagnes, notant que le mercure dans le baromètre était plus bas en haute altitude. Les montagnes montrent des traces de ravages volcaniques. Le Pérou présente des contrastes climatiques extrêmes, avec des zones torrides et glacées. Les Indiens des régions basses vivent en harmonie, pratiquent divers métiers et sont décrits comme prévenants et honnêtes. Ceux des hautes terres, comme ceux des plaines de Quito, sont marqués par la paresse et la stupidité, dépendant des Européens et étant constamment endettés. Les habitants des régions andines montrent une grande indifférence envers les richesses, vivant simplement et stoïquement dans des cabanes sans meubles. Ils sont souvent endettés et maltraités malgré les protections du gouvernement espagnol. Les académiciens mesurèrent les angles des triangles et établirent une méridienne couvrant plus de 60 lieues, malgré les difficultés dues aux nuages et aux tempêtes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5541
p. 78-80
« L'Académie Royale des Incriptions & Belles-Lettres avoit aussi tenu le Mardi 13 [...] »
Début :
L'Académie Royale des Incriptions & Belles-Lettres avoit aussi tenu le Mardi 13 [...]
Mots clefs :
Académie royale des inscriptions et belles-lettres, Assemblée publique, Prix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie Royale des Incriptions & Belles-Lettres avoit aussi tenu le Mardi 13 [...] »
L'Académie Royale des Infcriptions &
Belles- Lettres avoit auffi tenu le Mardi 13
de ce mois fon Aſſemblée publique .
M. Freret y lût l'Eloge de M. l'Abbé de
* Le Port d'une Plante eſt ſa figure extérieure.
NOVEMBRE. 1744. 79
Rothelin , & des Obſervations ſur l'utilité
qu'on peut retirer de l'étude des Opinions
Philophiques des Anciens , où l'on admira
la vaſte & judicieuſe érudition de cet Académicien
. M. Belet , nouvellement reçû
dans l'Académie , lût auſſi un Mémoire fur
l'ordre politique des Gaules, qui a occafionné
le changement de nom de pluſieurs Villes
, & cette lecture justifie de la façon la
plus avantageuſe le choix de l'Académie ;
nous parlerons plus au long de cesOuvrages
dans le Volume du mois prochain .
A l'ouverture de l'Aſſemblée de l'Académie
on diſtribua le Programme ſuivant,pour
annoncer le Sujet du Prix Littéraire qu'elle
diſtribuë tous les ans.
L'Académie déſirant que les Auteurs qui
compoſent pour le Prix , ayent tout le tems
d'approfondir les matieres , &de travailler
les Sujets qu'elle leur donne à traiter , a réſolu
de les publier beaucoup plutôt ; elle
annonce dès à préfent , que le Sujet qu'elle
a arrêté pour le concours au Prix qu'elle
diſtribuëra à Pâques 1746 , conſiſte à examiner
& à déterminer , Quel a été l'état des
Sciences en Franceſous les Regnes de Charles
VIO de Charles VII. 1
Le Prix ſera toujours une Médaille d'or
de la valeur de 400 livres .
Toutes perſonnes , de quelque Pays &
Dij
80 MERCURE DE FRANCE.
condition qu'elles foient , excepté celles
qui compoſent l'Académie , feront admiſes
à concourir pour ce Prix , & leurs Ouvrages
pourront être écrits en François ou
en Latin , à leur choix . Il faudra ſeulement
les borner à une heure de lecture au plus .
Les Auteurs mettront ſimplement une
Deviſe à leurs Ouvrages , mais pour ſe
faire connoître ils y joindront dans un
papier cacheté & écrit de leur propre
main , leurs nom , demeure & qualités , &
ce papier ne ſera ouvert qu'après l'adjudication
du Prix .
Les Pieces affranchies de tout port ,, ſeront
remiſes entre les mains du Sécretaire
de l'Académie , avant le premier Décem
bre 1745.
Belles- Lettres avoit auffi tenu le Mardi 13
de ce mois fon Aſſemblée publique .
M. Freret y lût l'Eloge de M. l'Abbé de
* Le Port d'une Plante eſt ſa figure extérieure.
NOVEMBRE. 1744. 79
Rothelin , & des Obſervations ſur l'utilité
qu'on peut retirer de l'étude des Opinions
Philophiques des Anciens , où l'on admira
la vaſte & judicieuſe érudition de cet Académicien
. M. Belet , nouvellement reçû
dans l'Académie , lût auſſi un Mémoire fur
l'ordre politique des Gaules, qui a occafionné
le changement de nom de pluſieurs Villes
, & cette lecture justifie de la façon la
plus avantageuſe le choix de l'Académie ;
nous parlerons plus au long de cesOuvrages
dans le Volume du mois prochain .
A l'ouverture de l'Aſſemblée de l'Académie
on diſtribua le Programme ſuivant,pour
annoncer le Sujet du Prix Littéraire qu'elle
diſtribuë tous les ans.
L'Académie déſirant que les Auteurs qui
compoſent pour le Prix , ayent tout le tems
d'approfondir les matieres , &de travailler
les Sujets qu'elle leur donne à traiter , a réſolu
de les publier beaucoup plutôt ; elle
annonce dès à préfent , que le Sujet qu'elle
a arrêté pour le concours au Prix qu'elle
diſtribuëra à Pâques 1746 , conſiſte à examiner
& à déterminer , Quel a été l'état des
Sciences en Franceſous les Regnes de Charles
VIO de Charles VII. 1
Le Prix ſera toujours une Médaille d'or
de la valeur de 400 livres .
Toutes perſonnes , de quelque Pays &
Dij
80 MERCURE DE FRANCE.
condition qu'elles foient , excepté celles
qui compoſent l'Académie , feront admiſes
à concourir pour ce Prix , & leurs Ouvrages
pourront être écrits en François ou
en Latin , à leur choix . Il faudra ſeulement
les borner à une heure de lecture au plus .
Les Auteurs mettront ſimplement une
Deviſe à leurs Ouvrages , mais pour ſe
faire connoître ils y joindront dans un
papier cacheté & écrit de leur propre
main , leurs nom , demeure & qualités , &
ce papier ne ſera ouvert qu'après l'adjudication
du Prix .
Les Pieces affranchies de tout port ,, ſeront
remiſes entre les mains du Sécretaire
de l'Académie , avant le premier Décem
bre 1745.
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Résumé : « L'Académie Royale des Incriptions & Belles-Lettres avoit aussi tenu le Mardi 13 [...] »
Le 13 novembre 1744, l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres a organisé son assemblée publique. M. Freret a rendu hommage à l'abbé de Rothelin et a discuté de l'importance de l'étude des opinions philosophiques des Anciens, mettant en avant son savoir. M. Belet, nouvellement admis, a présenté un mémoire sur l'ordre politique des Gaules et les changements de noms de plusieurs villes, confirmant ainsi la pertinence de ses travaux pour l'Académie. Les détails de ces présentations seront publiés dans le volume suivant. L'assemblée a également annoncé le sujet du Prix Littéraire annuel pour 1746 : examiner et déterminer l'état des sciences en France sous les règnes de Charles V et Charles VI. Le prix consiste en une médaille d'or valorisée à 400 livres. Tous, sauf les membres de l'Académie, peuvent participer, en français ou en latin. Les manuscrits doivent être lus en une heure et accompagnés d'une devise et des informations de l'auteur dans un papier cacheté. Les soumissions doivent être envoyées au secrétaire de l'Académie avant le 1er décembre 1745, sans frais de port.
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5542
p. 81-84
EPITRE, A M. Bouguer, de l'Académie Royale des Sciences de Paris, & de celle de Bordeaux, sur son retour. Par M. Desforges Maillard, son Compatriote.
Début :
TU finis, cher Bouguer, tes travaux & mes peines [...]
Mots clefs :
Pierre Bouguer, Univers, Flots
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE, A M. Bouguer, de l'Académie Royale des Sciences de Paris, & de celle de Bordeaux, sur son retour. Par M. Desforges Maillard, son Compatriote.
EPITRE ,
AM. Bouguer , de l'Académie Royale des
Sciences de Paris & de celle de Bordeaux ,
furfon retour, Par M. Desforges Maillard
Son Compatriote.
TU finis cher Bouguer , tes travaux &mes
,
peines
Par ton retour heureux ;
Neptune , dont j'ai craint les fureurs inhumaines,
Te redonne à mes voeux.
J'ai tremblé que ſur toi fa funeſte vengeance
Ne fit tomber ſes coups ,
Voyanttant de Nochers , qu'inſtruifit ton enfance
A braver ſon courroux .
Leurs agiles Vaiſſeaux , du Midi juſqu'à l'Ourſe ,
Firent voler ton nom
Et ta main quoiqu'abſente au milieu de leut
courſe ,
Dirigea leur timon.
,
A l'âge où follement la jeuneſſe enyvrée ,
S'endort dans les plaifirs ,
La tienne plus ſolide , à l'étude livrée ,
Yborna ſes déſirs.
Ne t'avons nous pas vû fuir la foule inquiette ;
Au fommet de nos Tours ,
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
De l'Aſtre preſque éteint , au bout de la Lunette
Rallumer les contours ?
De là tu comparois la grandeur des nuages
Sur la rive imprimés ;
Alors tu méditois dans tes remarques ſages
Tes Ecrits renommés.
Mais de ton Orient c'étoit les étincelles ,
Tes jeux & tes Eſſais .
'Aiglon , tu préparois à l'eſſor de tes aîles
De plus hardis ſuccès.
Quels chefs -d'oeuvres depuis n'as-tu point fait
1
éclore ,
Sçavant , fubtil , profond ?
Ton Pays , le Royaume , oui , l'Univers s'honore
Des Lauriers de ton front.
Que l'immortel honneur pour les ames bien nées
A des traits chatouilleux !
C'eſt lui , dont le conſeil fia tes deſtinées
Aux hazards périlleux.
Tu quittas , pour complaire au déſir duMonarque
Des jours purs & ferains ,
'Ardent àt'expoſer , au mépris de la Parque ,
Sur les flots incertains
Paſſant de ton Vaiſſeau ſur des mornes terribles
Deglaçons hériſſés :
Là des périls plus grands par des retours horribles,
Succédoient aux paſſés.
Surces Monts ſourcilleux , redoutables aziles
:
NOVEMBRE. 1744. 83
D'un hyver éternel ,
Tu n'avois pour Rempart que des Tentes fragiles
Contre le froid cruel.
Tes doctes Compagnons , qu'un zéle égal inſpire ,
Ont partagé tes maux ,
Ils partagent ta gloire , & l'Univers va lire
Et vanter vos travaux ,
D'autres ont avant vous , pouffés par l'eſpérance,
Couru fur l'Océan ,
Mais leur Art s'ébahit , & l'on vit leur conſtance
Laſſée au bout d'un an .
:
D'autres ont avant vous pendant pluſieurs années,
Soutenu letur eſpoir ,
Mais pour mettre à profit leurs rapides journées,
Ils manquoient de ſçavoir.
Tu dis , mon cher Bouguer , qu'au plus fort de tes
peines
J'étois à ton côté ,
Etqu'en parlant de moi , ſur ces rives lointaines,
Tu te ſentois flaté ;
Crois auſſi que partout j'ai porté ton image
Empreinte dans mon coeur ,
Etque dans tes revers ton aimable viſage
Futmon confolateur ;
Mais pour peu qu'en neuf ans la Mer parût emue,
J'en perdois le repos ;
Mon amour effrayé groſſiſſoit à ma vuc
Lesdangers & les flots.
Dvj
34 MERCURE DE FRANCE.
*
Neptune , épargne , dis-je , une tête ſi chere
Exauce un malheureux ,
Sinon porte la mienne , au gré de ta colere ,
Et réjoins-nous tous deux.
Tureviens, & mes jours n'auront plus d'amertume,
Je revois enchanté ,
Sur ton tein refleuri , dans ton oeil qui s'allume ,
Renaître la ſanté.
Rallentis toutefois d'une étude affiduë
L'uſage immodéré ;
Elle fait ton plaifir , mais le plaifir nous tuë ,
S'il n'eſt pas temperé.
La mort , dont le compas n'aſſigne au plus grand
homme
Qu'un triſte & court terrain ,
La tête dans les Cieux , renverſe l'Aſtronome,
Son Télescope en main.
Joui d'un doux loiſir , fi tu veux bien en croire
Ma tendreffe & ma foi .
Après avoir vêcu , pour autrui , pour ta gloire ,
CherAmi , vi pour toi.
AM. Bouguer , de l'Académie Royale des
Sciences de Paris & de celle de Bordeaux ,
furfon retour, Par M. Desforges Maillard
Son Compatriote.
TU finis cher Bouguer , tes travaux &mes
,
peines
Par ton retour heureux ;
Neptune , dont j'ai craint les fureurs inhumaines,
Te redonne à mes voeux.
J'ai tremblé que ſur toi fa funeſte vengeance
Ne fit tomber ſes coups ,
Voyanttant de Nochers , qu'inſtruifit ton enfance
A braver ſon courroux .
Leurs agiles Vaiſſeaux , du Midi juſqu'à l'Ourſe ,
Firent voler ton nom
Et ta main quoiqu'abſente au milieu de leut
courſe ,
Dirigea leur timon.
,
A l'âge où follement la jeuneſſe enyvrée ,
S'endort dans les plaifirs ,
La tienne plus ſolide , à l'étude livrée ,
Yborna ſes déſirs.
Ne t'avons nous pas vû fuir la foule inquiette ;
Au fommet de nos Tours ,
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
De l'Aſtre preſque éteint , au bout de la Lunette
Rallumer les contours ?
De là tu comparois la grandeur des nuages
Sur la rive imprimés ;
Alors tu méditois dans tes remarques ſages
Tes Ecrits renommés.
Mais de ton Orient c'étoit les étincelles ,
Tes jeux & tes Eſſais .
'Aiglon , tu préparois à l'eſſor de tes aîles
De plus hardis ſuccès.
Quels chefs -d'oeuvres depuis n'as-tu point fait
1
éclore ,
Sçavant , fubtil , profond ?
Ton Pays , le Royaume , oui , l'Univers s'honore
Des Lauriers de ton front.
Que l'immortel honneur pour les ames bien nées
A des traits chatouilleux !
C'eſt lui , dont le conſeil fia tes deſtinées
Aux hazards périlleux.
Tu quittas , pour complaire au déſir duMonarque
Des jours purs & ferains ,
'Ardent àt'expoſer , au mépris de la Parque ,
Sur les flots incertains
Paſſant de ton Vaiſſeau ſur des mornes terribles
Deglaçons hériſſés :
Là des périls plus grands par des retours horribles,
Succédoient aux paſſés.
Surces Monts ſourcilleux , redoutables aziles
:
NOVEMBRE. 1744. 83
D'un hyver éternel ,
Tu n'avois pour Rempart que des Tentes fragiles
Contre le froid cruel.
Tes doctes Compagnons , qu'un zéle égal inſpire ,
Ont partagé tes maux ,
Ils partagent ta gloire , & l'Univers va lire
Et vanter vos travaux ,
D'autres ont avant vous , pouffés par l'eſpérance,
Couru fur l'Océan ,
Mais leur Art s'ébahit , & l'on vit leur conſtance
Laſſée au bout d'un an .
:
D'autres ont avant vous pendant pluſieurs années,
Soutenu letur eſpoir ,
Mais pour mettre à profit leurs rapides journées,
Ils manquoient de ſçavoir.
Tu dis , mon cher Bouguer , qu'au plus fort de tes
peines
J'étois à ton côté ,
Etqu'en parlant de moi , ſur ces rives lointaines,
Tu te ſentois flaté ;
Crois auſſi que partout j'ai porté ton image
Empreinte dans mon coeur ,
Etque dans tes revers ton aimable viſage
Futmon confolateur ;
Mais pour peu qu'en neuf ans la Mer parût emue,
J'en perdois le repos ;
Mon amour effrayé groſſiſſoit à ma vuc
Lesdangers & les flots.
Dvj
34 MERCURE DE FRANCE.
*
Neptune , épargne , dis-je , une tête ſi chere
Exauce un malheureux ,
Sinon porte la mienne , au gré de ta colere ,
Et réjoins-nous tous deux.
Tureviens, & mes jours n'auront plus d'amertume,
Je revois enchanté ,
Sur ton tein refleuri , dans ton oeil qui s'allume ,
Renaître la ſanté.
Rallentis toutefois d'une étude affiduë
L'uſage immodéré ;
Elle fait ton plaifir , mais le plaifir nous tuë ,
S'il n'eſt pas temperé.
La mort , dont le compas n'aſſigne au plus grand
homme
Qu'un triſte & court terrain ,
La tête dans les Cieux , renverſe l'Aſtronome,
Son Télescope en main.
Joui d'un doux loiſir , fi tu veux bien en croire
Ma tendreffe & ma foi .
Après avoir vêcu , pour autrui , pour ta gloire ,
CherAmi , vi pour toi.
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Résumé : EPITRE, A M. Bouguer, de l'Académie Royale des Sciences de Paris, & de celle de Bordeaux, sur son retour. Par M. Desforges Maillard, son Compatriote.
L'épître célèbre le retour de Pierre Bouguer, membre des académies royales des sciences de Paris et de Bordeaux. L'auteur exprime sa joie et son soulagement après avoir craint pour la vie de Bouguer lors de ses expéditions maritimes et terrestres. Bouguer est loué pour ses travaux scientifiques et ses explorations, notamment ses observations astronomiques et géodésiques. L'auteur rappelle les dangers affrontés par Bouguer et ses compagnons, tels que les conditions climatiques extrêmes et les périls marins. Il mentionne que d'autres explorateurs avant eux avaient échoué soit par manque de constance, soit par manque de savoir. L'auteur avoue avoir été préoccupé par la sécurité de Bouguer durant ses voyages et exprime son bonheur de le voir revenir sain et sauf. Il conseille à Bouguer de modérer ses études pour préserver sa santé et profiter de la vie.
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5543
p. 85-113
MANUSCRIT traduit de l'Arabe, par M. Jacques, Marchand Eventailliste à Paris, ruë Mouffetar.
Début :
ON sçait assés que la coûtume du Calife Haroün Araschild étoit de sortir [...]
Mots clefs :
Parelin, Père, Mère, Amour, Aimer, Amant, Temps, Sylphe, Calife, Malheurs, Époux, Château, Yeux, Vie, Coeur, Pirate
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MANUSCRIT traduit de l'Arabe, par M. Jacques, Marchand Eventailliste à Paris, ruë Mouffetar.
MANUSCRIT traduit de l'Arabe ,
par M. Jacques, Marchand Eventailliste à
Paris,ruë Mouffetar.
Nſçait affés que la coûtume du Calife
Haroün Araſchild étoit de fortir
les nuits déguiſé , avec ſon Grand Viſir
Giafar , & Mefrour , Chef des Eunuques ,
pour obſerver ce qui ſe paſſoit dans Bagdad
, & veiller à la Police de cette grande
Ville.
Il faifoit une de ces tournées nocturnes ,
lorſqu'il entendit un grand bruit : il approcha,&
connut que le bruit partoit d'un Caravanſerail
; une multitude de voix qui s'élévoient
confufément , paroiſſoit foûtenir
une conteftation fort vive , & fort animée.
Le Calife ordonna à Giafar de frapper
à la porte ; dès qu'on eût appris que le
Souverain Commandeur desCroyans alloit
paroître , le tumulte s'appaifa , & chacun
attendit en filence ce que ce Prince ordonneroit.
Pour lui , il promenoit ſes yeux de tous
côtés , & cherchoit à découvrir par lui-même
la cauſe dudéſordre.
86 MERCURE DE FRANCE.
,
Un homme qu'à fon habillement on
reconnoiffoit pour un Marin , étoit l'auteur
du trouble. On l'auroit jugé à ſon air
agité & ménaçant , quand l'action des autres
Etrangers qui l'entouroient n'en eût
pas ſuffisamment averti. Au fond de la
Chambre , quelques femmes ſécouroient
une jeune perfonne , belle comme le
jour. Elle étoit évanoiiie , mais la pâleur ,
que cet accident répandoit ſur ſon teint ,
lui donnoit l'air plus intéreſſant , ſans lui
faire perdre aucunede ſes graces. Le Calife
la conſidéroit avec autant de plaifir que
d'attention , lorſque le Marin s'avançant
vers lui lui ditd'un ton fier & audacieux
Seigneur , puifque vous êtes le Calife , vous
devez faire justice ; ordonnez donc que cette
femme ſoit remife entre mes mains : elle
eſt monépouſe ; ne fouffrez pas qu'on me
faſſe perdre dans vos Etats un droit ſi légiti
me. Tandis que le Marin parloit , cette
femme évanouie reprenoit l'uſage de ſes
fens , & commençoit à rouvrir les yeux.
Dès qu'elle l'entendit , elle s'écria , lui mon
époux ! Lui , juſte Dieu ! Il n'est que mon
Boureau ; ah ! Seigneur , pourſuivit-elle ,
en ſe jettant aux pieds du Calife , ayez pitié
d'une infortunće , qui n'a déja que trop
eſſuyé de malheurs, & ne mettez point , en
me livrant à ce Barbare , le comble à toutes
NOVEMBRE. 1744. 37
د
leshorreurs dont j'ai déja été la victime .
La belle affligée n'avoit pas beſoin d'une
grande éloquence pour faire condamner
Ton adverfaire. Le Calife avoit jugé dès le
premier regard qu'il avoit porté fur elle,
& il étoit difficile de faire autrement. El
le joignoit à cette. beauté éclatante qui
éblouit ces traits intéreſſans qui ſéduifent
: on fentoit en la regardant ce plaifir
& ce trouble que l'on éprouve à la naiſſance
d'une paſſion : ce n'étoit ni cette admiration
, qu'excite la beauté , quand elle eſt
feule , ni ces déſirs momentanés , que fait
naître le caprice à la vûë d'une figure qui
plaît ; c'étoit un ſentiment plus tendre ,
plus délicieux que le premier , plus déſintéreſſé
que le ſecond , & qu'il eſt plus aiſé
d'éprouver , que de définir.
:
1
Le Calife avoit ordonné à Mefrour ,
avant que d'entrer dans le Caravanſerail ,
de faire venir ſes Gardes : ils arrivoient
dans le moment. Le Prince leur ordonna de
garder le Marin à vûë , mais ſans lui faire
de violence , car il ne vouloit pas paroître
le condamner fans l'entendre ; & il paffa
avec la belle infortunée , Giafar , & Mefrour
dans une Chambre du Caravanferail
plus rétirée. Il étoit fort impatient d'être
inftruit du fort decette belle inconnue , &
lui demandoit le récit de ſes avantures avec
7
$8 MERCURE DE FRANCE.'
:
les égards les plus tendres , & l'empreffement
le plus vif. Elle avoit quelque répugnance
à fatisfaire le Calife ; la Majesté
d'un ſi Grand Prince l'intimidoit. Enfin
laſſe de réſiſter à des ſollicitations , qu'elle
n'eſpéroit pas pouvoir faire finir autrement,
elle prit ainſi la parole.
Histoire d'Eritzine , & de Parelin.
,
,
Souverain Commandeur des Croyans ;
vous me voyez dans un état ſi médiocre
que peut- être aurez-vous peine à me croire
, quandje vous dirai que je ſuis née Princeffe.
Mon Pere ſe nommoit Eritzin , & étoit
Souverain de l'ifle de Ceilan. Vous avez
entendu parler fans doute de la fameuſe
Révolution qui le renverſa du Trône . Je
n'étois pas encore née dans ces tems funef
tes ; mon Pere déſeſpérant de chaſſer l'Ufurpateur
autrement que par une guerre
longue & cruelle , ſe ſacrifia lui-même au
bien de ſes Sujets , & aima mieux abandonner
un parti conſidérable , & de folides
efpérances qui lui reſtoient encore , que
d'éternifer la guerre Civile , & d'attiſer le
feu qui confumoit ſa Patrie. Il fit répandre
le bruit de ſa mort , & ſe retira dans les
Etats du Roi de Borneo , qui de tout tems
NOVEMBRE. 1744. 89
avoit été ſon Allié. Il n'accepta de tous les
dons que ce Prince généreux lui offroit ,
qu'une petite Terre ſur le bord de la Mer ,
alfés agréablement bâtie , mais peu proportionnée
à l'état d'un grand Roi ,même dans
l'infortune.
Ce fut là que mon Pere ſe retira. Ma
Mere , qui aimoit beaucoup la Cour &
l'intrigue , murmura d'être obligée de s'enſevelir
ainſi dans une folitude , mais il fallut
qu'elle obéit. Je nâquis la ſeconde année
de la retraite de mon Pere : il étoit
déja conſolé de ſes malheurs . Livré à l'étude
de la Cabale & de l'Aftrologie , cesſpéculations
ſublimes rempliſſoient toute fon
ame.
On me cacha long-tems l'éclat de me
naiſſance : je paſſois ma vie dans le Château
de mon Pere. Je n'y voyois d'autre compagnie
qu'un Vieillard , & ſa femme , qui
habitoient une Terre voiſine de la nôtre ,
&qui venoient ſouvent voir ma Mere. Ils
avoient un fils à peu près de mon âge ,
qu'ils nommoient Parelin. C'étoit toute ma
fociété , & toute ma confolation : nous fûmes
élévés enſemble dès l'âge le plus tendre
dans l'enfance , &même dans la jeuneſſe
les gens plus âgés nous paroiffent ,
pour ainſi dire , des hommes d'une autre
eſpéce ; ainſi je ne voyois que Parelin
90 MERCURE DE FRANCE.
:
avec qui je pûffe lier ce commerce intime ,
qui fait ſeul les délices de la vie. C'étoit à
lui que je communiquois les plus fécrettes
penſéesde mon ame , j'étois la dépofitaire
de ſes petits fécrets ; nous étions fi contens
quandnous étions enfemble , que bien-tôt
il nous fut impoſſible de l'être , quand nous
étions ſéparés. Mon Pere , qui s'apperçut
de la force de cette inclination naillante ,
confulta ſes Livres , & voici quel fut le réfultatde
ſes recherches.
Je n'avois encore que quatorze ans , lorfqu'il
me fit venir dans ſon cabinet. Après
m'avoir tenu les difcours les plus tendres
fur l'intérêt vif& inquiet qu'il prenoit à
ce qui me regardoit , il me parla de Parelin;
il m'avertit de ce qu'il avoit remarqué
en nous , &m'apprit que nous étions amoureux
, car je ne ſçavois pas encore ce que
c'étoit que l'Amour : je me livrois ingenument
à mon coeur qui me conduiſoit. Le
peu que mon Pere me dit ſur ce ſujet , fut
un trait de lumiere qui éclaira les replis
les plus cachés de mon ame. Mon Pere en
m'apprenant l'état de mon coeur , m'inſtruifit
auffi de ma naiſſance , & me fit connoître
que je ne pouvois abſolument defcendre
juſqu'à Parelin en l'époufant. Cette nouvelle
fut un coup de foudre pour moi : la
fille du Roi de Ceilan ne pouvoit s'abbaif
NOVEMBRE. 1744. 91
fer juſqu'àun particulier , dont la naiſſance
n'étoit pas même noble , & quoique mon
Pere ne fût connu de perſonne pour ce
qu'il étoit , il lui reſtoit le ſouvenir de fa
premiere grandeur , qui l'auroit trop humilié
à ſes propres yeux s'il eut confenti à
cette Alliance .
Tout commerce me fut interdit avec
Parelin ; il lui fut défendu de venir au Château.
Pour moi , je paſſois les nuits à pleurer
,& les jours à me promener aux Lieux
où j'avois le plus ſouvent vû Parelin. Que
je ſuis malheureuſe , me diſois-je à moimême
! Je ſuis la premiere , peut-être , qui
adéſiré de n'être pas née ce que je ſuis; je
n'ai aucun des avantages , que procure un
rang éclatant , & je n'en éprouve que le
déſagrément & la contrainte. Mes réflé
xions finiſfoient toujours par conclure , que
je ne pouvois vivre fans aimer , fans voir
Parelin , mais comment faire ? Je n'oſois
en parler à mon Pere , que mes follicitations
auroient offenfé ; j'ofois encore
moins luidéſobéir en écrivant à Parelin . Le
hazard me fervit.
Je me promenois ſouvent dans les Bois ,
errante à l'avanture , & occupée de mon
amour. Je vis paroître un jour celui qui
faifoit l'objet de mes rêveries ; il s'étoit
égaré à la chaſſe ; il accourut à moi dès
92 MERCURE DE FRANCE.
qu'il m'apperçut. J'eus affés de force fur
moi-même pour fuir ; hélas ! Dès qu'il vit
que je voulois m'éloigner , arrêtez , s'écria-
t- il , je ne veux pas vous pourſuivre ,
& fi vous avez deſſein de m'éviter , je vais
m'éloigner promptement. Il s'étoit arrêté
endiſant ces mots ; je m'étois arrêtée aufli
pour l'écouter ; qu'on eſt foible quand on
aime ! De ce moment , il me fut impoffible
de faire un pas , pour m'éloigner de lui , je
ne pouvois détourner mes yeux , qui ſe ftxoient
malgré moi ſur les fiens , il pleuroit ,
jepleurois auſſi : nous ne reſtâmes pas longtems
dans cette fituation : nous nous approchâmes
l'unde l'autre avec le même frémifſement
, que si nous avions avancé vers un
précipice , mais , malgré cette crainte , je
ſentois que j'étois entraînée par un pouvoir
invincible. Il ſe jetta à mes pieds dès
qu'il fut près de moi , je fus prête à me
mettre aux fiens au lieu de fonger à le relever
, car il me ſembloit dans ce moment
que j'avois eû tort avec lui.
:
:
Parelin , lui dis- je , ne m'accuſez point ,
vousn'avez jamais eu de ſujet de vous plaindre
de moi , vous n'en n'aurez jamais , ne
vous plaignez que de mes Parens , dont les
ordres nous ſéparent. Hélas ! dit-il , qui
peut leur fuggérer de nous traiter fi cruellement
? On craint , lui répondis-je , que
NOVEMBRE. 1744. 95
nous ne nous aimions trop. Je me trompois
doncbien , s'écria-t-il , car je craignois de
ne vous pas aimer affés, mais que craignentils
? Et quel mal en peut-il arriver ? Je ne
pus me réfuſer la douceur d'un éclairciſſe.
ment , qui s'offroit ſi naturellement , & me
paroiſſoit ſi néceſſaire. J'inſtruiſis Parelin
de mes ſentimens : je ne lui cachai rien de
ce que mon Pere m'avoit appris fur ma naif
fance. Hélas ! me dit-il , ſi j'avois été fils du
Roi de Ceilan , & vous fille de mon Pere ,
la différence des Rangs n'auroitpas été un
obſtacle. Je ſentis à ce reproche mon coeur
ſe ſerrer ; mes yeux ſe remplirent de larmes
; ſa générosité ſembloit m'accufer , &
quoiqu'il me fut aiſé de me juſtifier , à peine
me trouvois-je moi-même innocente à
mes yeux. Que vous dirai-je ? Je promis à
mon Amant de n'être jamais qu'à lui , quoiqu'il
pût arriver ; je lui répétai mille fois
les fermens de l'aimer toujours ; je craignois
d'en faire trop peu pour le raſſurer. La nuit
vint , il fallut nous ſéparer , mais ce ne fur
pas fans nous promettre de nous retrouver
tous les jours au même endroit du Bois. Je
retournai au Château foulagée des inquiétudes
que me donnoient auparavant les
combats de l'Amour. Je m'étois déterminée
àne plus réſiſter ; c'étoit m'être délivrée
un grand fardeau , & l'éclairciſſement
94 MERCURE DE FRANCE.
que je venois d'avoir avec mon Amant, me
paroiſſoit alors un arrangement ſolide que
rien ne pouvoit déconcerter.
:
:
Mon Pere fut fort triſte pendant le fouper.
Je m'apperçus même , qu'en me regardant
, ſes yeux ſe rempliffoient de larmes :
j'eſſayai de diffiper ſon chagrin par mille
tendres careſſes , mais je ne faifois que l'attendrir
davantage. Il voulut que ma Mere
ſe retirat , & lorſque nous fûmes ſeuls , ma
fille , me dit- il , je veux vous apprendre le
ſujet de ma triſteſſe. Je dois mourir bientôt
, je ſerois peu digne de vivre , ſi c'étoit
là le ſujet de mon inquiétude , c'eſt vous
ſeule , ma fille , vous ſeule , qui excitez mes
craintes ; toutes mes allarmes ſe réuniſſent
fur vous , ainſi que toute ma tendreſſe ; votre
fort eſt lié trop intimément au mien
pour que mes recherches ſur l'un ne m'ayent
pas inſtruit de l'autre. Apprenez , ma fille ,
que ſi vous perſiſtez à aimer Parelin , cet
te paſſion doit vous attirer les malheurs les
plus cruels ; elle lui fera fatale à lui-même.
Pour peu qu'on céde à l'Amour , il nousentraîne
; ſi vous n'étouffez pas le vôtre , il
vous maîtriſera ; vous épouſerez Parelin , &
par cette alliance honteuſe vous mériterez
les revers les plus funeſtes , dont cet Hymen
indigne vous rendra la victime . Je ne
vous parle point de l'orgueil de votre naif-
,
NOVEMBRE.
1744 95
lance , qu'une paſſion aveugle & impérieuſe
vous a fait aiſement oublier , mais par pitić
pour vous , par pitié pour votre Amant luimême
, ne courez pas au-devant des malheurs
qui vous menacent. J'ajouterai une
choſe , qui vous touchera peu ,& qui feroit
une forte impreſſion ſur une ame moins
prévenuë. Les Aſtres vous deſtinent à épouſerun
Prince qui me vengera , &qui vous
fera remonter ſur leTrône de vos Ancêtres,
occupé par l'Ufurpareur. Je ne vous dirai
rien de plus ; réfléchiſſez vous-même à vos
dévoirs , à vos intérêts ; je ne veux point,
exigerde vous des paroles que vous ne me
réfuſeriez pas dans ces derniers momens ,&
que vous oublieriez peut être après. J'aurois
ſouhaité pouvoir vous en apprendre davan-
-tage fur votre fort , mais je n'ai pû voir tout
celaque fort confufément,&fans aucun détail.
Peu de jours après cette triſte converſation,
il expira dans mes bras,ſans qu'il parut
aucune altération dans ſa ſanté ; il ſembloit
qu'il s'endormit d'un ſommeil tranquille.
Je fus long-tems occupée de mes regrets;
je ne pouvois me laſſer de pleurer un
Pere ſi tendre. Parelin reſpectoit ma douleur,&
je n'entendois point parler de lui :ma
Mere après avoir donné quelque tems à fon
deuil , me dit enfin , que nous avions grand
tortde renoncer à toute ſociété , qu'il fal
96 MERCURE DE FRANCE.
loit revoir nos voiſins , & faire revenir Pa
relin ; elle me laiſſa même entendre qu'elle
ne s'éloigneroit pas de me le donner pour
époux. Ce diſcours , qui peu de tems auparavant
auroit comblé les voeux les plus
chers de mon coeur , me fit alors friffonner,
Les dernieres paroles de mon Pere m'étoient
toujours préfentes ; je croyois l'enrendre
encore , qui me diſoir , que j'expoferois
mon Amant à d'affreux dangers , en
répondant à fon amour.Je confiai mes allarmes
à ma Mere , qui les traita de viſions ,
&de puerilités ; elle m'aimoit , parce qu'il
eſt impoffible de ne pas aimer ſes enfans ,
mais du reſte ſes ſentimens pour moi étoient
fubordonnés àtoutes fes fantaiſies,& à parler
juſte , elle n'aimoit qu'elles elle s'ennuyoit
dans notre folitude. Je connoiffois
àfond fon caractére , toute jeune que j'étois
, ainſi je ne fus point ſurpriſe de voir
arriver au Château les Parens de Parelin
& Parelin lui-même. Sa vûë me caufa une
émotion que je ne puis bien exprimer . Je ne
ſçavois ſi je devois me livrer au plaiſir ou
à la crainte : je voyois dans ſes regards un
amour ſi vif, il me paroiſſoit ſi contentde
me revoir , que je croyois déja l'Oracle de
mon Pere prêt à s'accomplir. Il s'avança
vers moi ; jamais il n'avoit été ſi empreffé&
fi féduisant ; je n'ofois lui répondre ,
je
د
NOVEMBRE. 1744. 97
Jene pouvois me taire; le combat étoit d'autant
plus cruel , que c'étoit l'amour même
qui combattoit contre l'amour ; étrange
fituation ! Je frémiſſois de voir mon amant
fitendre,moi qui ferois expirée du regret de
le voir indifférent. Eh quoi ! me dit-il ,
n'avez-vous plus rien à me dire , lorſqu'il
nous eſt permis de nous parler ? Avez- vous
hérité de la haine de votre Pere ? Parelin ,
répondis je, vous ſeriez plus content de moi
ſi je vous aimois moins. Je lui appris enſuite
ce que mon Pere m'avoit prédit ſur mon
fort & ſur le ſien ; je lui peignis avec des
expreſſions fi fortes les dangers qui devoient
réſulter de notre malheureuſe pafſion
, je lui promis avec tant de ſermens
de n'être jamais à un autre , puiſque je ne
pouvois être à lui , qu'il me ſembloit qu'il
ne pouvoit réfuſer de reſſentir mes allarmes
, & d'adopter le projet de nous ſéparer ,
mais il ſe jetta à mes genoux , tranſporté de
joie; fi c'eſt-là , dit-il , le ſujet de votre trifreſte
, je ſuis le plus heureux des hommes ;
j'avois craint votre indifférence , mais puifque
vous m'aimez toujours , il n'eſt pas
poſſible que vous vous arrêtiez àdes craintes
auſſi vainesque celles qui vous troublent
aujourd'hui.
Je voulois répliquer , mais Parelin impatient
de diffiper tous mes doutes ne me
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
laiſſoit pas le tems de lui répondre ; il eſt
biendifficile de ne pas écouter un amant
qu'on aime ; il eſt impoſſible qu'il ne perſuade
pas dès qu'on l'écoute : j'avois un ſi
grand intérêt à le croire , que toutes ſes rai-
Lons me paroiſſoient convainquantes. Que
nous ſommes aveugles ! me diſoit-il ; on
nous ménace des plus grands malheurs fi
nous nous aimons , mais le plus grand de
tous n'eſt-il pas de ne nous point aimer ?
Pour moi , je ne connois de plaiſir ni de
douleur que par vous ; rien ne peut m'intéreſſer
dans l'Univers que vous ſeule ;dites
que vous m'aimez , je joüis de tous les
biens ; tous les Trônes du Monde ne me
rendroient pas heureux , ſi vous ne m'aimiez
plus. Croyez , ma Princeſſe, croyez que
votre Pere s'eſt trompé ou peut-être vous en
a impofé , pour vous donner de nouveaux
motifs de foutenir l'orgueil de votre naiſ
fance. Je trouvois trop bien dans mon coeur
tous les ſentimens qu'il m'exprimoit , pour
ne pas tirer les mêmes conféquences que
lui ; il fallut finir par céder à ſes inſtances ,
nous convînmes d'agir l'un & l'autre auprès
de nos Parens , & nous nous quittâmes
remplis des eſpérances les plus flateuſes. Je
m'étois perfuadée que la prédiction étoit
un piége que mon Perem'avoit tendu pour
s'affûrer de moi; il y avoit cependant des
NOVEMBRE. 1744.99
chomens où mes inquiétudes renaiſſoient
encore pour mon amant , mais un ſeulde
ſes regards diſſipoit tous les nuages , &
mettoit le calme dans mon ame. Tel étoit
alors l'état de nos coeurs , mais tout changeabien-
tôt de face , ma viedepuis ce tems
n'a plus été qu'une ſuite d'infortunes &de
mifères.
را
- Parelin fut huit jours ſans venir au Château
; ma Mere pendant ce tems étoit de
fort mauvaiſe humeur , ſur-tout contre
moi , & même elle me maltraitoit ſouvent.
Je rêvois un ſoir dans mon lit à tout ce qui
ſe paſſoit , &ij'en cherchois la cauſe , lorf
que j'entendis qu'on parloit dans la Chambre
de ma Mere qui étoit à côté de la mienne.
N'en doutez point , diſoit une voix qui
m'étoit inconnue , il y a quelque choſe
dans cet événement qui paſſe la ſcience
d'Abdelee ( c'étoit le nom du Perede Parer
lin ) les philtres amoureux n'operent
point fut Parelin ;ceux de haine , que l'on
yous adonnés pour faire prendre à Eritzine
font aufli impuiſſans ; il faut que quelque
cauſe ſécrette les mette tous deux à l'abri de
ces charmes. Parelin ſouffre avec une conftance
inébranlable le traitement le plus rigoureux
Abdélec l'a fait enfermer dans un
Cachot obfcur , où il ne vit que de pain &
-d'eau ,mais il perfiſte à dire qu'il ne vous
Eij
too MERCUREDE FRANCE .
époufera jamais , & qu'il mourra mille fois
plûtôt que de trahir la foi qu'il a jurée à
Eritzine. Ma Mere ſoupiroit , & murmuroit
, en apprenant ces nouvelles ſi triſtes
pour fon amour ,& moi je ne pouvois revenir
de ma ſurpriſe. Le reſte de la conver
ſation ſe rint ſi bas que je ne pus en entendre
un mot. Le lendemain , je trouvai ma
Mere de meilleure humeur ; ſon air étoit
riant & plus ouvert , elle m'accabloit de careſſes
qui me confondoient , quand je les
comparois à ce que j'avois entendu la veil
le ; j'étois auſſi embarraſſée avec elle que ſi
j'euſſe été coupable , & j'étois déconcertée
autant qu'elle auroit dû l'être : mais furtout
je m'abſtins religieuſement de rien
boire de ce qu'elle me préſentoit. Le ſouvenir
des philtres me faiſoit trembler ;
j'allois après le repas chercher de l'eau
moi-même à une Fontaine qui n'étoit pas
éloignée du Château, 2.14
: Cependant Parelin ne paroiſſoit pas je
n'avois aucune de ſes nouvelles , & la joie
de ma Mere commençoit à m'inquiéter : je
craignois quelque piége caché , & j'étois
dans une ſituation où tout étoit un ſujet
d'allarmes.
1
J'étois livrée depuis quelques jours à ces
inquiétudes ,lorſqu'il arriva fur notreRivageunepetite
Eſcadre qui étoit comman
1 NOVEMBRE. 1744 101
dée par l'homme contre lequel , Seigneur ,
dit Eritzine en s'adreſſant au Calife , vous
venez de me défendre ſi généreuſement :
cet homme piratoit ordinairement ſur ces
Mers , mais comme il recevoit alors une efpécę
de ſubſide du Roi de Borneo,il ne defcendoit
à terre que comme ami,& nous n'avions
rien à craindre de lui . Il vint pluſieurs
fois au Château ; ma Mere le reçût
fort bien ; pour moi , toujours occupée du
ſouvenir de Parelin , je m'apperçus à peine
de l'arrivée du Pirate ,& je fis encore moins
d'attention aux fréquens entretiens qu'il
avoit avec ma Mere.
Sideni , c'eſt le nom du Pirate , voulut à
fon tour nous traiter , & nous conduifit à
fon bord , où une Fête magnifique nous
étoit préparée ; à la fin du repas , un hom
me qui paroiſſoit avoir quelque autorité ſur
les autres ,&pour lequel Sideni lui-même
avoit de grands égards , j'ai ſçu depuis que
c'étoit un Faquir , mais il ne portoit pas
alors l'habit ordinaire de ceux de ſon eſpéce
; cet homme , dis-je , ſe leva , & alla
chercher une grande coupe d'or , qu'il remplit
de vin de Chiras ; ma Mere à qui la
coupe fut d'abord préſentée but , & me la
rendit , je ſuivis ſon exemple , & je remis
la coupe au Pirate , qui la ſaiſit avec empreſſement.
Pendant que eela ſe paſfoit le
1
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Faquir qui avoit été chercher la coupe ,
marmotoit entre ſes dents quelques paroles
en une Langue que je n'entendois pas.
Mais quelle fut ma ſurpriſe quand ma
Mere ſe tournant vers moi , m'exhorta d'un
air grave & auſtére à aimer toute ma vie
l'époux que je venois de choiſir ! Tout mon
fang ſe glaça , & je crus que je mourrois
de mon faiſiffement. Le Faquir , qui prétendoit
m'avoir mariée , m'apprit que je
venois d'époufer Sideni.
• Quoique je compriſſe aisémentque je ne
pouvois avoir contracté un engagement où
la volonté n'avoit aucune part , je ſentis
toute l'horreur de la ſituationoù je me trouvois
; je regardois ma Mere , qui , route
préparée qu'elle étoit à cette ſcéne , étoit
fort déconcertée ; elle pria le Pirate de la
faire reconduire chés elle , elle fut obéie fur
Ie champ , & au retour de la Chaloupe Sideni
mit à la voile. Bien-tôt nous fumes en
pleine Mer ; j'eſſayai pluſieurs fois de me
précipiter dans les eaux , mais on veilloit
fur moi avec trop d'attention , & toutes
mes tentatives furent inutiles. Je regardois
fans ceſſe le Ciel ; j'aurois voulu y décou
vrir les ſignes prochains d'une tempête , &
la mort me paroiſſoit le feul reméde à més
maux. Sideni n'ofoit encore paroître devant
moi ,mais àſa place le Faquir ne m'as
NOVEMBRE. 1744. 103
1
bandonnoit pas , & ne ceſſoit de me perfécuter
pour me ramener à ce qu'il appelloit
la raiſon. Je le laiſſois parler ſans l'écouter
ni lui répondre ; mon ame toute abſorbée
par le ſentimentde ſes maux étoit dans un
engourdiſſement ſtupide. La préſence de Sideni
me retira de cet abbatement , mais
pour me faire foutenir des affauts plus
cruels.
Ce Pirate impatient , & las d'attendre
le ſuccès des exhortations de ſon Faquir ,
avoit pris le parti de négliger tous ces ménagemens.
Un criminel pâlit moins à l'afpect
de ſon Juge , que je ne fis en le voyant
paroître. Je crus lire ma perte dans ſes
gards farouches .
re-
Puiſque vous ne voulez pas me rendre
justice , dit-il , d'un air terrible , je ſçaurai
me la faire moi-même. A ces mots il avança
pour me ſaiſir ; le Faquir étoit à côté de
moi , je me jettai à ſes pieds , & le priai
d'obtenir du Pirate du moins un délai de
quelques jours . Le délai fut accordé avec
peine , & Sideni ſortit en ménaçant d'employer
les dernieres violences , ſi dans huit
jours je ne me rendois à ſes défirs .
Mon intention étoit de chercher la mort
pendantces huit jours , & d'échapper ainſi
à la brutalité de ce Barbare , maisj'étois fi
bien gardée que j'aurois été ſa victime , fi
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
leCiel ne m'eut envoyé le ſecours ineſperé
que vous allez entendre.
Mon Pere m'avoit remis en mourant
des Tablettes d'Email , qu'il m'avoit recommandé
de garder ſoigneuſement . Je les
avois , mais dans le trouble où j'érois je
n'avois pas fongé à les regarder , & je n'avois
pas imaginé qu'elles puſſent m'être
d'aucune reſſource : je les trouvai par hazard
fous ma main,& je fus fort étonnée d'y
voir tracés des Caractéres que je n'y avois
pas encore apperçus ; je lûs ,&je vis qu'on
m'exhortoit à lire & à prononcer touthaut
les paroles qui étoient écrites aubas de la
page.
J'obéis : je prononçai ces mots myſtérieux
que je ne comprenois pas , & à l'inſtant je
vit paroître un jeune homme de la figure
la plus aimable , qui me demanda ce que je
déſirois : tirez-moi promptement d'ici , lui
dis-je : j'eus à peine achevé qu'il me prit
dans ſes bras , &je me trouvai ſur le bord
de la Mer.
Aimable Génie , dis-je alors à mon Li..
bérateur , je vous dois plus que la vie ,
mais vous n'avez rien fait pour moi , ſi vous
ne me conduiſez où eſt Parelin. Le Silphe ,
car c'en étoit un , me prit encore dans ſes
bras , & je me trouvai ſous une voute obfcure
, où la lumiere du jour n'avoit jamais
1
NOVEMBRE. 1744. 105
I
!
pénétré. Je treſſaillis , & je craignis que le
Génie ne m'eut trompée , cependant j'avançois
au hazard & j'appellois Parelin d'une
voix tremblante ; on ne me répondoit
point , & j'étois déja en proie aux plus vives
allarmes ; enfin , au bout de quelque
tems j'entendis un ſoupir , & je crus reconnoître
la voix de mon amant : je volai vers
l'endroit d'où le bruit partoit : eſt- ce vous ,
Parelin , m'écriai-je , eſtce vous cher amant ?
Qui m'appelle , répondit - il d'une voix foible
& mourante ? J'approchai , je ſentis
qu'il étoit couché à terre , je m'y jettai auffi :
je n'ai plus qu'un moment à vivre , dit- il ,
laiffez-moi du moins expirer en paix. Parelin
, repris-je, qu'oſfez- vous me dire ? Quoi !
ne reconnoiffez-vous pas la voix d'Eritzine
, ou ne l'aimez- vous plus ? Il n'oſoit
croire ce qu'il entendoit. Je me hâtai de
l'inſtruire de tout ce qui m'étoit arrivé , &
de l'avanture finguliere par laquelle je me
trouvois auprès de lui. J'allois mourir , me
dit-il , de la douleur de vous avoir perduë ,
jemourraide la joie de vous retrouver.Hélas
! En quel tems en quel état revoyezvous
votre malheureux amant ? Il me dit
toutesles perfécutions qu'il avoit effuyées ,
toutes les inſtances de ſes Parens pour le
déterminer à épouſer ma Mere , ils ont
cru ,diſoit-il , me contraindre à changer à
د
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
force de mauvais traitemens , ils ne ſçavoient
pas qu'étant ſéparé de vous , je ne
pouvois fentir que la douleur de vous avoir
perduë. Ma Mere venoit ſouvent le viſiter
dans ſa Prifon , & c'eſt ce qui avoit caufé
ſon erreur quand je l'avois appellé ; elle
l'avoit inſtruit de mon mariage avec le Pirate
Sideni , & le malheureux défefperé
de ce triſte événément avoit pris le parti
de ſe laiſſer mourir de faim. Il y avoit déja
cinq jours qu'il n'avoit pris de nourriture
on lui apportoit tous les jours du pain
qu'il laiſſoit à terre : j'en ramaſſai un morceau
, il le reçut de ma main , & le mangea
avec tranſport ; nous partageâmes déformais
le pain & l'eau , qu'on lui apportoit ,
&ce partage nous les rendoir préférables
aux mêts les plus délicats. Enfermés dans
une Caverne obfcure, réduits à n'avoir d'autre
aliment que de mauvais pain , d'autre
lit que la terre , nous étions contens
parce que nous étions enſemble , nous nous
trouvions heureux parce que nous avions
été ſéparés. L'obſcurité me mettoit hors
d'état de confulter les Tablettes d'Email ,
mais je ne regrettois pas le ſecours que j'en
aurois pû tirer. Mon amant me fuffifoit,
il ne défitoit rien depuis que j'étois près
de lui , & nous aurions confenti volontiers
paffer notre vie dans cette eſpéce de Tombeau..
NOVEMBRE. 1744. 107
Cependant en marchant dans la Caverne
, je ſentis ſous mes pieds un anneau de
fer , j'y portai la main , & je m'apperçûs
que l'anneau teroit à une eſpéce de trappe
, qui réſiſtoic au peu de forces quej'employois
pour ia lever , mais qui me paroiffoit
devoir céder à un plus grand effort :
Parelin commençoit à reprendre ſes forces ,
Je l'engageai à les eſſayer ſur cet anneau
il leva la trappe & nous vîmes qu'elle bouchoit
l'entrée d'un affés petit dégré que:
nous defcendîmes ſans balancer. Parelin me
dit qu'il ne doutoit pas que ce ne fut là un
de ces foûterrains que dans le tems des
Guerres Civiles on avoit préparésdans tous:
les Châteaux pour ſe ſauver en cas de malheur
, & que ſuivant les apparences celui-ci
nous conduiroit dans la Campagne..
Nous marchâmes affés long-tems fans
que les conjectures de Parelin ſe vérifiaf
fent; j'étois preſque morte de laſſitude , enfin
nous apperçûmes une lumiere , foible
encore , mais qui nous annonçoit du moins
que nous n'étions pas loin de l'iſſuë du fouterrain
; nous la vîmes bien-tôt en effet :dès
que j'apperçus la lumiere, mon premier foin
fut d'employer les Tablettes d'Email' , &
d'appeller le Silphe qui m'avoit déja fr bient
fervie. Il parut , &me demanda mes ordres
Génie , lui dis-je ,conduiſez-nous quelque
Evj
108 MERCUREDE FRANCE.
part .... bien loin d'ici. Nous fümes auffitôt
tranſportés dans une Campagne qui me
parut très - agréable : je commandai au Silphe
de nous y bâtir une Halitation , je fus
obéie dans le moment ; nous vîmes paroître
une Maiſon fans magnificence , mais élégamment
ornée & très - commodement diftribuée
; pluſieurs Efclaves attendoient nos
ordres , rien ne nous manquoit de tout ce
qui contribuë à la douceur de la vie ; nous
nous aimions , nous étions enſemble , &
nous prîmes ailément le parti de reſter toujours
dans ce lieu , & d'y oublier tout l'Univers.
Le ſoir venu , nous ſongeames à nous
coucher. Parelin me parut fort triſte quand
je lui parlai de nous ſéparer. Croyez - vous ,
me dit-il , que je puiffe déſormais vivre un
moment éloigné de vous ? Ne fuis-je pas
votre époux , puifque vous m'aimez ? De
plus , vous voulez toujours reſter ici , mais
n'y ferons-nous pas toujours dans la même
fituation ? Aurons-nous jamais plus de fecours
pour donner à notre mariage une
forme plus authentique ? Que voulez- vous
de plus pour rendre notre union ſacrée que
l'amour qui en a ferré les noeuds ? Il me perfuadoit
, ou plûtôt il m'entraînoit. Cependant
je ne ſçais quel fentiment ſecret me
retenoit ; une voix qui s'élevoit au fond de
NOVEMBRE. 1744. 109
mon coeur me dioit de réſiſter , mais quand
Parelin parloi , je n'entendois que lui. Si
vous voulezabſolument pouſuivit- il , vous
aſſujétir à des formes qui au fond font inutiles
, appellons le Silphe votre ami , qu'il
foit le témoin & le dépoſitaire de nos fermens.
J'héſitois encore , mais il pritles Tablettes
, & appella lui-même le Silphe qui
parut à l'inftant.
Génie , lui dit- il , daignez faire notre
bonheur , & recevez les fermens des deux
époux les plus tendres. Me l'ordonnezvous
? dit le Silphe en s'adreſſant à moi ,
je répondis , en rougiſſant que c'étoit auffi
mon intention ; il s'éleva alors un Autel au
milien de la Chambre ; le Silphe y brûla
quelques parfums , & nous fit prononcer
après le ſerment de nous aimer toujours ; il
eut l'air fort triſte pendant toute la cérémo-,
nie , mais j'étois ſi remplie de mes propres
idées que je n'y fis aucune attention ,& je
n'y fongeai qu'après la funeſte révolution
qui détruifir notre bonheur ; hélas ! A peine
commençoit- il , qu'il diſparut comme
un fonge.
Le lendemain , en ouvrant les yeux , je
ne vis au lieu de la Chambre où je croyois
avoir couché qu'un défert horrible. Je
pouffai un cri perçant , qui reveilla Pare--
lin qui dormoit à mes côtés. Sa furpriſe fut
110 MERCURE DEFRANCE.
2
égale à la mienne. Je voulus appeller le Sifphe
, mais les Caracteres traces ſur les Tar
blettes étoient abfolument effacés. Je compris
alors la faute que j'avois fhite de défobéir
à mon Pere en épouſant Patelin . Parelin
qui étoit en quelque façon la cauſe de
ce malheur ne pouvoit ſe le pardoaner ,
&ſa douleur étoit le plus cruel de mes chagrins.
Nous nous défeſpérions tous les deux
lorſque le Silphe parut. N'attendez plus
rien de moi , dit-il, Princeſſe infortunée
votre Pere m'avoit mis à votre ſervice , &
je vous aurois toujours obei , mais vous
vous êtes privée de mon fecours en n'obfervant
aucune des chofes qu'il vous avoit
preſcrites ; vous avez continué d'aimer Parelin
, vous avez été juſqu'à l'époufer , c'en
eſt fait , n'attendez plus que l'affreufe ſuite
des malheurs qui vous ont été prédits ; c'eſt
à regret que j'exécute des ordres ſi rigoureux
, mais auffi-tôt que vous avez rendu
Parelin votre époux , j'ai été forcé d'enlever
la demeure que je vous avois préparée ;
adieu , malheureux Amans , je ne puis plus
rien pour vous.
Le Silphe diſparut ,& nous laiſſa dans la
glus grande confternation ; nous n'avions
point vû difparoître le Château ; uniquement
occupés de nous-mêmes dans ces mo
NOVEMBRE. 1744. T
mens ſi chers & fi funeſtes , tout ce qui
fe paſſoit autour de nous ne nous frappoit
point , & c'étoit au milieu d'un déſert horrible
que nous avions paffé la nuit , ſans
nous en appercevoir .
Les malheurs que le Silphe nous avoit
annoncés , nous effrayoient encore plus que
les objets épouvantables dont nous étions
environnés ; nous ne ſçavions de quel côté
tourner nos pas ; nous craignions de rencontrer
par tout les dangers qui nous
avoient été prédits.
Ne nous quittons jamais , me diſfoit Parelin;
la ſéparation eſt la peine la plus cruelle
que nous puiſſions éprouver , & fi
nous nous mettons à couvert de cet acci
dent , nous trouverons aisément de la fermeté
contre tous les malheurs dont le Sil
phe nous a ménacés..
Nous reſtâmes long-tems errants dans ce
déſert , n'ofans nous écarter , & vivans des
fruits fauvages que nous rencontrions ; il
y avoit un an que nous ménions cette vie
qui n'eut pas été bien triſte , fi chacun de
nous n'eut reffenti que ſes peines , lorſque
je donnai le jour à un fils. Sans fecours , reduite
à accoucher au milieu d'une Forêt ſau
vage , je vis avec douleur que mes peines
alloient augmenter en s'étendant ſur le malheureux
que je faifois naître , & cette fa
112 MERCURE DE FRANCE.
veur des Dieux , qui fait la conſolation des
Epoux heureux , fut dans ces premiers momens
un furcroît de deſeſpoir pour Parelin&
pour moi.
د
Cependant la vûë de mon fils, le charme
dela nature , ſans ditſiper mes triſtes refléxions
, en adoucirent en peu de jours
l'amertume. Les peines des coeurs tendres
ontune volupté ſecrette ; le fort de cet enfant
infortuné me cauſoit les plus vives
allarmes , mais comme ilm'affligeoit
parce que je l'aimois , ce ſentiment portoit
avec lui une eſpece de dédommagenient;
mon coeur ne feferroit plus en pleurant
fur lui , il s'ouvroit & s'épanoüiffoit
comme dans la joye la plus vive , & l'excès
de ma tendrelle étoit plus fort que le fentimentde
mes peines.On ne connoît point les
reffources du coeur ; je croyois que lemien
épuiſé à aimer Parelin , n'étoit plus capable
d'aimer auque choſe , mais je vis naître
alors en moi un nouveau fentiment prefque
autli vifque le premier ,& qui loin de
rallentir la vivacité de mon amour , en ranimoit
encore l'ardeur. Mon fils faifoit
mon occupation unique , parce que mon
époux s'en occupoit uniquement.
Nous paflions une partie du jour à l'accabler
de careffes ,& l'autre à pleurer le fort
malheureux qui lui étoit deſtiné ; je compa
NOVEMBRE. 1744.
roisſouvent fes traits enfantins à ceux de fon.
pere ; j'aurois voulu alors pouvoir me multiplier
, pour leur prodiguer à tous deux en
même-tems les ſentimens les plus vifs & les
careſſes les plus tendres .
Cette foible conſolation de nos peines
nous fut bien-tôt enlevée ; c'eſt ici que commencent
les vrais malheurs de ma vie . Je
croyois être au comble de l'infortune, mais
j'ignorois que j'étois deſtinée à éprouver
des revers plus affreux .
On donnera la suite dans le Volumeſuivanti
par M. Jacques, Marchand Eventailliste à
Paris,ruë Mouffetar.
Nſçait affés que la coûtume du Calife
Haroün Araſchild étoit de fortir
les nuits déguiſé , avec ſon Grand Viſir
Giafar , & Mefrour , Chef des Eunuques ,
pour obſerver ce qui ſe paſſoit dans Bagdad
, & veiller à la Police de cette grande
Ville.
Il faifoit une de ces tournées nocturnes ,
lorſqu'il entendit un grand bruit : il approcha,&
connut que le bruit partoit d'un Caravanſerail
; une multitude de voix qui s'élévoient
confufément , paroiſſoit foûtenir
une conteftation fort vive , & fort animée.
Le Calife ordonna à Giafar de frapper
à la porte ; dès qu'on eût appris que le
Souverain Commandeur desCroyans alloit
paroître , le tumulte s'appaifa , & chacun
attendit en filence ce que ce Prince ordonneroit.
Pour lui , il promenoit ſes yeux de tous
côtés , & cherchoit à découvrir par lui-même
la cauſe dudéſordre.
86 MERCURE DE FRANCE.
,
Un homme qu'à fon habillement on
reconnoiffoit pour un Marin , étoit l'auteur
du trouble. On l'auroit jugé à ſon air
agité & ménaçant , quand l'action des autres
Etrangers qui l'entouroient n'en eût
pas ſuffisamment averti. Au fond de la
Chambre , quelques femmes ſécouroient
une jeune perfonne , belle comme le
jour. Elle étoit évanoiiie , mais la pâleur ,
que cet accident répandoit ſur ſon teint ,
lui donnoit l'air plus intéreſſant , ſans lui
faire perdre aucunede ſes graces. Le Calife
la conſidéroit avec autant de plaifir que
d'attention , lorſque le Marin s'avançant
vers lui lui ditd'un ton fier & audacieux
Seigneur , puifque vous êtes le Calife , vous
devez faire justice ; ordonnez donc que cette
femme ſoit remife entre mes mains : elle
eſt monépouſe ; ne fouffrez pas qu'on me
faſſe perdre dans vos Etats un droit ſi légiti
me. Tandis que le Marin parloit , cette
femme évanouie reprenoit l'uſage de ſes
fens , & commençoit à rouvrir les yeux.
Dès qu'elle l'entendit , elle s'écria , lui mon
époux ! Lui , juſte Dieu ! Il n'est que mon
Boureau ; ah ! Seigneur , pourſuivit-elle ,
en ſe jettant aux pieds du Calife , ayez pitié
d'une infortunće , qui n'a déja que trop
eſſuyé de malheurs, & ne mettez point , en
me livrant à ce Barbare , le comble à toutes
NOVEMBRE. 1744. 37
د
leshorreurs dont j'ai déja été la victime .
La belle affligée n'avoit pas beſoin d'une
grande éloquence pour faire condamner
Ton adverfaire. Le Calife avoit jugé dès le
premier regard qu'il avoit porté fur elle,
& il étoit difficile de faire autrement. El
le joignoit à cette. beauté éclatante qui
éblouit ces traits intéreſſans qui ſéduifent
: on fentoit en la regardant ce plaifir
& ce trouble que l'on éprouve à la naiſſance
d'une paſſion : ce n'étoit ni cette admiration
, qu'excite la beauté , quand elle eſt
feule , ni ces déſirs momentanés , que fait
naître le caprice à la vûë d'une figure qui
plaît ; c'étoit un ſentiment plus tendre ,
plus délicieux que le premier , plus déſintéreſſé
que le ſecond , & qu'il eſt plus aiſé
d'éprouver , que de définir.
:
1
Le Calife avoit ordonné à Mefrour ,
avant que d'entrer dans le Caravanſerail ,
de faire venir ſes Gardes : ils arrivoient
dans le moment. Le Prince leur ordonna de
garder le Marin à vûë , mais ſans lui faire
de violence , car il ne vouloit pas paroître
le condamner fans l'entendre ; & il paffa
avec la belle infortunée , Giafar , & Mefrour
dans une Chambre du Caravanferail
plus rétirée. Il étoit fort impatient d'être
inftruit du fort decette belle inconnue , &
lui demandoit le récit de ſes avantures avec
7
$8 MERCURE DE FRANCE.'
:
les égards les plus tendres , & l'empreffement
le plus vif. Elle avoit quelque répugnance
à fatisfaire le Calife ; la Majesté
d'un ſi Grand Prince l'intimidoit. Enfin
laſſe de réſiſter à des ſollicitations , qu'elle
n'eſpéroit pas pouvoir faire finir autrement,
elle prit ainſi la parole.
Histoire d'Eritzine , & de Parelin.
,
,
Souverain Commandeur des Croyans ;
vous me voyez dans un état ſi médiocre
que peut- être aurez-vous peine à me croire
, quandje vous dirai que je ſuis née Princeffe.
Mon Pere ſe nommoit Eritzin , & étoit
Souverain de l'ifle de Ceilan. Vous avez
entendu parler fans doute de la fameuſe
Révolution qui le renverſa du Trône . Je
n'étois pas encore née dans ces tems funef
tes ; mon Pere déſeſpérant de chaſſer l'Ufurpateur
autrement que par une guerre
longue & cruelle , ſe ſacrifia lui-même au
bien de ſes Sujets , & aima mieux abandonner
un parti conſidérable , & de folides
efpérances qui lui reſtoient encore , que
d'éternifer la guerre Civile , & d'attiſer le
feu qui confumoit ſa Patrie. Il fit répandre
le bruit de ſa mort , & ſe retira dans les
Etats du Roi de Borneo , qui de tout tems
NOVEMBRE. 1744. 89
avoit été ſon Allié. Il n'accepta de tous les
dons que ce Prince généreux lui offroit ,
qu'une petite Terre ſur le bord de la Mer ,
alfés agréablement bâtie , mais peu proportionnée
à l'état d'un grand Roi ,même dans
l'infortune.
Ce fut là que mon Pere ſe retira. Ma
Mere , qui aimoit beaucoup la Cour &
l'intrigue , murmura d'être obligée de s'enſevelir
ainſi dans une folitude , mais il fallut
qu'elle obéit. Je nâquis la ſeconde année
de la retraite de mon Pere : il étoit
déja conſolé de ſes malheurs . Livré à l'étude
de la Cabale & de l'Aftrologie , cesſpéculations
ſublimes rempliſſoient toute fon
ame.
On me cacha long-tems l'éclat de me
naiſſance : je paſſois ma vie dans le Château
de mon Pere. Je n'y voyois d'autre compagnie
qu'un Vieillard , & ſa femme , qui
habitoient une Terre voiſine de la nôtre ,
&qui venoient ſouvent voir ma Mere. Ils
avoient un fils à peu près de mon âge ,
qu'ils nommoient Parelin. C'étoit toute ma
fociété , & toute ma confolation : nous fûmes
élévés enſemble dès l'âge le plus tendre
dans l'enfance , &même dans la jeuneſſe
les gens plus âgés nous paroiffent ,
pour ainſi dire , des hommes d'une autre
eſpéce ; ainſi je ne voyois que Parelin
90 MERCURE DE FRANCE.
:
avec qui je pûffe lier ce commerce intime ,
qui fait ſeul les délices de la vie. C'étoit à
lui que je communiquois les plus fécrettes
penſéesde mon ame , j'étois la dépofitaire
de ſes petits fécrets ; nous étions fi contens
quandnous étions enfemble , que bien-tôt
il nous fut impoſſible de l'être , quand nous
étions ſéparés. Mon Pere , qui s'apperçut
de la force de cette inclination naillante ,
confulta ſes Livres , & voici quel fut le réfultatde
ſes recherches.
Je n'avois encore que quatorze ans , lorfqu'il
me fit venir dans ſon cabinet. Après
m'avoir tenu les difcours les plus tendres
fur l'intérêt vif& inquiet qu'il prenoit à
ce qui me regardoit , il me parla de Parelin;
il m'avertit de ce qu'il avoit remarqué
en nous , &m'apprit que nous étions amoureux
, car je ne ſçavois pas encore ce que
c'étoit que l'Amour : je me livrois ingenument
à mon coeur qui me conduiſoit. Le
peu que mon Pere me dit ſur ce ſujet , fut
un trait de lumiere qui éclaira les replis
les plus cachés de mon ame. Mon Pere en
m'apprenant l'état de mon coeur , m'inſtruifit
auffi de ma naiſſance , & me fit connoître
que je ne pouvois abſolument defcendre
juſqu'à Parelin en l'époufant. Cette nouvelle
fut un coup de foudre pour moi : la
fille du Roi de Ceilan ne pouvoit s'abbaif
NOVEMBRE. 1744. 91
fer juſqu'àun particulier , dont la naiſſance
n'étoit pas même noble , & quoique mon
Pere ne fût connu de perſonne pour ce
qu'il étoit , il lui reſtoit le ſouvenir de fa
premiere grandeur , qui l'auroit trop humilié
à ſes propres yeux s'il eut confenti à
cette Alliance .
Tout commerce me fut interdit avec
Parelin ; il lui fut défendu de venir au Château.
Pour moi , je paſſois les nuits à pleurer
,& les jours à me promener aux Lieux
où j'avois le plus ſouvent vû Parelin. Que
je ſuis malheureuſe , me diſois-je à moimême
! Je ſuis la premiere , peut-être , qui
adéſiré de n'être pas née ce que je ſuis; je
n'ai aucun des avantages , que procure un
rang éclatant , & je n'en éprouve que le
déſagrément & la contrainte. Mes réflé
xions finiſfoient toujours par conclure , que
je ne pouvois vivre fans aimer , fans voir
Parelin , mais comment faire ? Je n'oſois
en parler à mon Pere , que mes follicitations
auroient offenfé ; j'ofois encore
moins luidéſobéir en écrivant à Parelin . Le
hazard me fervit.
Je me promenois ſouvent dans les Bois ,
errante à l'avanture , & occupée de mon
amour. Je vis paroître un jour celui qui
faifoit l'objet de mes rêveries ; il s'étoit
égaré à la chaſſe ; il accourut à moi dès
92 MERCURE DE FRANCE.
qu'il m'apperçut. J'eus affés de force fur
moi-même pour fuir ; hélas ! Dès qu'il vit
que je voulois m'éloigner , arrêtez , s'écria-
t- il , je ne veux pas vous pourſuivre ,
& fi vous avez deſſein de m'éviter , je vais
m'éloigner promptement. Il s'étoit arrêté
endiſant ces mots ; je m'étois arrêtée aufli
pour l'écouter ; qu'on eſt foible quand on
aime ! De ce moment , il me fut impoffible
de faire un pas , pour m'éloigner de lui , je
ne pouvois détourner mes yeux , qui ſe ftxoient
malgré moi ſur les fiens , il pleuroit ,
jepleurois auſſi : nous ne reſtâmes pas longtems
dans cette fituation : nous nous approchâmes
l'unde l'autre avec le même frémifſement
, que si nous avions avancé vers un
précipice , mais , malgré cette crainte , je
ſentois que j'étois entraînée par un pouvoir
invincible. Il ſe jetta à mes pieds dès
qu'il fut près de moi , je fus prête à me
mettre aux fiens au lieu de fonger à le relever
, car il me ſembloit dans ce moment
que j'avois eû tort avec lui.
:
:
Parelin , lui dis- je , ne m'accuſez point ,
vousn'avez jamais eu de ſujet de vous plaindre
de moi , vous n'en n'aurez jamais , ne
vous plaignez que de mes Parens , dont les
ordres nous ſéparent. Hélas ! dit-il , qui
peut leur fuggérer de nous traiter fi cruellement
? On craint , lui répondis-je , que
NOVEMBRE. 1744. 95
nous ne nous aimions trop. Je me trompois
doncbien , s'écria-t-il , car je craignois de
ne vous pas aimer affés, mais que craignentils
? Et quel mal en peut-il arriver ? Je ne
pus me réfuſer la douceur d'un éclairciſſe.
ment , qui s'offroit ſi naturellement , & me
paroiſſoit ſi néceſſaire. J'inſtruiſis Parelin
de mes ſentimens : je ne lui cachai rien de
ce que mon Pere m'avoit appris fur ma naif
fance. Hélas ! me dit-il , ſi j'avois été fils du
Roi de Ceilan , & vous fille de mon Pere ,
la différence des Rangs n'auroitpas été un
obſtacle. Je ſentis à ce reproche mon coeur
ſe ſerrer ; mes yeux ſe remplirent de larmes
; ſa générosité ſembloit m'accufer , &
quoiqu'il me fut aiſé de me juſtifier , à peine
me trouvois-je moi-même innocente à
mes yeux. Que vous dirai-je ? Je promis à
mon Amant de n'être jamais qu'à lui , quoiqu'il
pût arriver ; je lui répétai mille fois
les fermens de l'aimer toujours ; je craignois
d'en faire trop peu pour le raſſurer. La nuit
vint , il fallut nous ſéparer , mais ce ne fur
pas fans nous promettre de nous retrouver
tous les jours au même endroit du Bois. Je
retournai au Château foulagée des inquiétudes
que me donnoient auparavant les
combats de l'Amour. Je m'étois déterminée
àne plus réſiſter ; c'étoit m'être délivrée
un grand fardeau , & l'éclairciſſement
94 MERCURE DE FRANCE.
que je venois d'avoir avec mon Amant, me
paroiſſoit alors un arrangement ſolide que
rien ne pouvoit déconcerter.
:
:
Mon Pere fut fort triſte pendant le fouper.
Je m'apperçus même , qu'en me regardant
, ſes yeux ſe rempliffoient de larmes :
j'eſſayai de diffiper ſon chagrin par mille
tendres careſſes , mais je ne faifois que l'attendrir
davantage. Il voulut que ma Mere
ſe retirat , & lorſque nous fûmes ſeuls , ma
fille , me dit- il , je veux vous apprendre le
ſujet de ma triſteſſe. Je dois mourir bientôt
, je ſerois peu digne de vivre , ſi c'étoit
là le ſujet de mon inquiétude , c'eſt vous
ſeule , ma fille , vous ſeule , qui excitez mes
craintes ; toutes mes allarmes ſe réuniſſent
fur vous , ainſi que toute ma tendreſſe ; votre
fort eſt lié trop intimément au mien
pour que mes recherches ſur l'un ne m'ayent
pas inſtruit de l'autre. Apprenez , ma fille ,
que ſi vous perſiſtez à aimer Parelin , cet
te paſſion doit vous attirer les malheurs les
plus cruels ; elle lui fera fatale à lui-même.
Pour peu qu'on céde à l'Amour , il nousentraîne
; ſi vous n'étouffez pas le vôtre , il
vous maîtriſera ; vous épouſerez Parelin , &
par cette alliance honteuſe vous mériterez
les revers les plus funeſtes , dont cet Hymen
indigne vous rendra la victime . Je ne
vous parle point de l'orgueil de votre naif-
,
NOVEMBRE.
1744 95
lance , qu'une paſſion aveugle & impérieuſe
vous a fait aiſement oublier , mais par pitić
pour vous , par pitié pour votre Amant luimême
, ne courez pas au-devant des malheurs
qui vous menacent. J'ajouterai une
choſe , qui vous touchera peu ,& qui feroit
une forte impreſſion ſur une ame moins
prévenuë. Les Aſtres vous deſtinent à épouſerun
Prince qui me vengera , &qui vous
fera remonter ſur leTrône de vos Ancêtres,
occupé par l'Ufurpareur. Je ne vous dirai
rien de plus ; réfléchiſſez vous-même à vos
dévoirs , à vos intérêts ; je ne veux point,
exigerde vous des paroles que vous ne me
réfuſeriez pas dans ces derniers momens ,&
que vous oublieriez peut être après. J'aurois
ſouhaité pouvoir vous en apprendre davan-
-tage fur votre fort , mais je n'ai pû voir tout
celaque fort confufément,&fans aucun détail.
Peu de jours après cette triſte converſation,
il expira dans mes bras,ſans qu'il parut
aucune altération dans ſa ſanté ; il ſembloit
qu'il s'endormit d'un ſommeil tranquille.
Je fus long-tems occupée de mes regrets;
je ne pouvois me laſſer de pleurer un
Pere ſi tendre. Parelin reſpectoit ma douleur,&
je n'entendois point parler de lui :ma
Mere après avoir donné quelque tems à fon
deuil , me dit enfin , que nous avions grand
tortde renoncer à toute ſociété , qu'il fal
96 MERCURE DE FRANCE.
loit revoir nos voiſins , & faire revenir Pa
relin ; elle me laiſſa même entendre qu'elle
ne s'éloigneroit pas de me le donner pour
époux. Ce diſcours , qui peu de tems auparavant
auroit comblé les voeux les plus
chers de mon coeur , me fit alors friffonner,
Les dernieres paroles de mon Pere m'étoient
toujours préfentes ; je croyois l'enrendre
encore , qui me diſoir , que j'expoferois
mon Amant à d'affreux dangers , en
répondant à fon amour.Je confiai mes allarmes
à ma Mere , qui les traita de viſions ,
&de puerilités ; elle m'aimoit , parce qu'il
eſt impoffible de ne pas aimer ſes enfans ,
mais du reſte ſes ſentimens pour moi étoient
fubordonnés àtoutes fes fantaiſies,& à parler
juſte , elle n'aimoit qu'elles elle s'ennuyoit
dans notre folitude. Je connoiffois
àfond fon caractére , toute jeune que j'étois
, ainſi je ne fus point ſurpriſe de voir
arriver au Château les Parens de Parelin
& Parelin lui-même. Sa vûë me caufa une
émotion que je ne puis bien exprimer . Je ne
ſçavois ſi je devois me livrer au plaiſir ou
à la crainte : je voyois dans ſes regards un
amour ſi vif, il me paroiſſoit ſi contentde
me revoir , que je croyois déja l'Oracle de
mon Pere prêt à s'accomplir. Il s'avança
vers moi ; jamais il n'avoit été ſi empreffé&
fi féduisant ; je n'ofois lui répondre ,
je
د
NOVEMBRE. 1744. 97
Jene pouvois me taire; le combat étoit d'autant
plus cruel , que c'étoit l'amour même
qui combattoit contre l'amour ; étrange
fituation ! Je frémiſſois de voir mon amant
fitendre,moi qui ferois expirée du regret de
le voir indifférent. Eh quoi ! me dit-il ,
n'avez-vous plus rien à me dire , lorſqu'il
nous eſt permis de nous parler ? Avez- vous
hérité de la haine de votre Pere ? Parelin ,
répondis je, vous ſeriez plus content de moi
ſi je vous aimois moins. Je lui appris enſuite
ce que mon Pere m'avoit prédit ſur mon
fort & ſur le ſien ; je lui peignis avec des
expreſſions fi fortes les dangers qui devoient
réſulter de notre malheureuſe pafſion
, je lui promis avec tant de ſermens
de n'être jamais à un autre , puiſque je ne
pouvois être à lui , qu'il me ſembloit qu'il
ne pouvoit réfuſer de reſſentir mes allarmes
, & d'adopter le projet de nous ſéparer ,
mais il ſe jetta à mes genoux , tranſporté de
joie; fi c'eſt-là , dit-il , le ſujet de votre trifreſte
, je ſuis le plus heureux des hommes ;
j'avois craint votre indifférence , mais puifque
vous m'aimez toujours , il n'eſt pas
poſſible que vous vous arrêtiez àdes craintes
auſſi vainesque celles qui vous troublent
aujourd'hui.
Je voulois répliquer , mais Parelin impatient
de diffiper tous mes doutes ne me
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
laiſſoit pas le tems de lui répondre ; il eſt
biendifficile de ne pas écouter un amant
qu'on aime ; il eſt impoſſible qu'il ne perſuade
pas dès qu'on l'écoute : j'avois un ſi
grand intérêt à le croire , que toutes ſes rai-
Lons me paroiſſoient convainquantes. Que
nous ſommes aveugles ! me diſoit-il ; on
nous ménace des plus grands malheurs fi
nous nous aimons , mais le plus grand de
tous n'eſt-il pas de ne nous point aimer ?
Pour moi , je ne connois de plaiſir ni de
douleur que par vous ; rien ne peut m'intéreſſer
dans l'Univers que vous ſeule ;dites
que vous m'aimez , je joüis de tous les
biens ; tous les Trônes du Monde ne me
rendroient pas heureux , ſi vous ne m'aimiez
plus. Croyez , ma Princeſſe, croyez que
votre Pere s'eſt trompé ou peut-être vous en
a impofé , pour vous donner de nouveaux
motifs de foutenir l'orgueil de votre naiſ
fance. Je trouvois trop bien dans mon coeur
tous les ſentimens qu'il m'exprimoit , pour
ne pas tirer les mêmes conféquences que
lui ; il fallut finir par céder à ſes inſtances ,
nous convînmes d'agir l'un & l'autre auprès
de nos Parens , & nous nous quittâmes
remplis des eſpérances les plus flateuſes. Je
m'étois perfuadée que la prédiction étoit
un piége que mon Perem'avoit tendu pour
s'affûrer de moi; il y avoit cependant des
NOVEMBRE. 1744.99
chomens où mes inquiétudes renaiſſoient
encore pour mon amant , mais un ſeulde
ſes regards diſſipoit tous les nuages , &
mettoit le calme dans mon ame. Tel étoit
alors l'état de nos coeurs , mais tout changeabien-
tôt de face , ma viedepuis ce tems
n'a plus été qu'une ſuite d'infortunes &de
mifères.
را
- Parelin fut huit jours ſans venir au Château
; ma Mere pendant ce tems étoit de
fort mauvaiſe humeur , ſur-tout contre
moi , & même elle me maltraitoit ſouvent.
Je rêvois un ſoir dans mon lit à tout ce qui
ſe paſſoit , &ij'en cherchois la cauſe , lorf
que j'entendis qu'on parloit dans la Chambre
de ma Mere qui étoit à côté de la mienne.
N'en doutez point , diſoit une voix qui
m'étoit inconnue , il y a quelque choſe
dans cet événement qui paſſe la ſcience
d'Abdelee ( c'étoit le nom du Perede Parer
lin ) les philtres amoureux n'operent
point fut Parelin ;ceux de haine , que l'on
yous adonnés pour faire prendre à Eritzine
font aufli impuiſſans ; il faut que quelque
cauſe ſécrette les mette tous deux à l'abri de
ces charmes. Parelin ſouffre avec une conftance
inébranlable le traitement le plus rigoureux
Abdélec l'a fait enfermer dans un
Cachot obfcur , où il ne vit que de pain &
-d'eau ,mais il perfiſte à dire qu'il ne vous
Eij
too MERCUREDE FRANCE .
époufera jamais , & qu'il mourra mille fois
plûtôt que de trahir la foi qu'il a jurée à
Eritzine. Ma Mere ſoupiroit , & murmuroit
, en apprenant ces nouvelles ſi triſtes
pour fon amour ,& moi je ne pouvois revenir
de ma ſurpriſe. Le reſte de la conver
ſation ſe rint ſi bas que je ne pus en entendre
un mot. Le lendemain , je trouvai ma
Mere de meilleure humeur ; ſon air étoit
riant & plus ouvert , elle m'accabloit de careſſes
qui me confondoient , quand je les
comparois à ce que j'avois entendu la veil
le ; j'étois auſſi embarraſſée avec elle que ſi
j'euſſe été coupable , & j'étois déconcertée
autant qu'elle auroit dû l'être : mais furtout
je m'abſtins religieuſement de rien
boire de ce qu'elle me préſentoit. Le ſouvenir
des philtres me faiſoit trembler ;
j'allois après le repas chercher de l'eau
moi-même à une Fontaine qui n'étoit pas
éloignée du Château, 2.14
: Cependant Parelin ne paroiſſoit pas je
n'avois aucune de ſes nouvelles , & la joie
de ma Mere commençoit à m'inquiéter : je
craignois quelque piége caché , & j'étois
dans une ſituation où tout étoit un ſujet
d'allarmes.
1
J'étois livrée depuis quelques jours à ces
inquiétudes ,lorſqu'il arriva fur notreRivageunepetite
Eſcadre qui étoit comman
1 NOVEMBRE. 1744 101
dée par l'homme contre lequel , Seigneur ,
dit Eritzine en s'adreſſant au Calife , vous
venez de me défendre ſi généreuſement :
cet homme piratoit ordinairement ſur ces
Mers , mais comme il recevoit alors une efpécę
de ſubſide du Roi de Borneo,il ne defcendoit
à terre que comme ami,& nous n'avions
rien à craindre de lui . Il vint pluſieurs
fois au Château ; ma Mere le reçût
fort bien ; pour moi , toujours occupée du
ſouvenir de Parelin , je m'apperçus à peine
de l'arrivée du Pirate ,& je fis encore moins
d'attention aux fréquens entretiens qu'il
avoit avec ma Mere.
Sideni , c'eſt le nom du Pirate , voulut à
fon tour nous traiter , & nous conduifit à
fon bord , où une Fête magnifique nous
étoit préparée ; à la fin du repas , un hom
me qui paroiſſoit avoir quelque autorité ſur
les autres ,&pour lequel Sideni lui-même
avoit de grands égards , j'ai ſçu depuis que
c'étoit un Faquir , mais il ne portoit pas
alors l'habit ordinaire de ceux de ſon eſpéce
; cet homme , dis-je , ſe leva , & alla
chercher une grande coupe d'or , qu'il remplit
de vin de Chiras ; ma Mere à qui la
coupe fut d'abord préſentée but , & me la
rendit , je ſuivis ſon exemple , & je remis
la coupe au Pirate , qui la ſaiſit avec empreſſement.
Pendant que eela ſe paſfoit le
1
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Faquir qui avoit été chercher la coupe ,
marmotoit entre ſes dents quelques paroles
en une Langue que je n'entendois pas.
Mais quelle fut ma ſurpriſe quand ma
Mere ſe tournant vers moi , m'exhorta d'un
air grave & auſtére à aimer toute ma vie
l'époux que je venois de choiſir ! Tout mon
fang ſe glaça , & je crus que je mourrois
de mon faiſiffement. Le Faquir , qui prétendoit
m'avoir mariée , m'apprit que je
venois d'époufer Sideni.
• Quoique je compriſſe aisémentque je ne
pouvois avoir contracté un engagement où
la volonté n'avoit aucune part , je ſentis
toute l'horreur de la ſituationoù je me trouvois
; je regardois ma Mere , qui , route
préparée qu'elle étoit à cette ſcéne , étoit
fort déconcertée ; elle pria le Pirate de la
faire reconduire chés elle , elle fut obéie fur
Ie champ , & au retour de la Chaloupe Sideni
mit à la voile. Bien-tôt nous fumes en
pleine Mer ; j'eſſayai pluſieurs fois de me
précipiter dans les eaux , mais on veilloit
fur moi avec trop d'attention , & toutes
mes tentatives furent inutiles. Je regardois
fans ceſſe le Ciel ; j'aurois voulu y décou
vrir les ſignes prochains d'une tempête , &
la mort me paroiſſoit le feul reméde à més
maux. Sideni n'ofoit encore paroître devant
moi ,mais àſa place le Faquir ne m'as
NOVEMBRE. 1744. 103
1
bandonnoit pas , & ne ceſſoit de me perfécuter
pour me ramener à ce qu'il appelloit
la raiſon. Je le laiſſois parler ſans l'écouter
ni lui répondre ; mon ame toute abſorbée
par le ſentimentde ſes maux étoit dans un
engourdiſſement ſtupide. La préſence de Sideni
me retira de cet abbatement , mais
pour me faire foutenir des affauts plus
cruels.
Ce Pirate impatient , & las d'attendre
le ſuccès des exhortations de ſon Faquir ,
avoit pris le parti de négliger tous ces ménagemens.
Un criminel pâlit moins à l'afpect
de ſon Juge , que je ne fis en le voyant
paroître. Je crus lire ma perte dans ſes
gards farouches .
re-
Puiſque vous ne voulez pas me rendre
justice , dit-il , d'un air terrible , je ſçaurai
me la faire moi-même. A ces mots il avança
pour me ſaiſir ; le Faquir étoit à côté de
moi , je me jettai à ſes pieds , & le priai
d'obtenir du Pirate du moins un délai de
quelques jours . Le délai fut accordé avec
peine , & Sideni ſortit en ménaçant d'employer
les dernieres violences , ſi dans huit
jours je ne me rendois à ſes défirs .
Mon intention étoit de chercher la mort
pendantces huit jours , & d'échapper ainſi
à la brutalité de ce Barbare , maisj'étois fi
bien gardée que j'aurois été ſa victime , fi
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
leCiel ne m'eut envoyé le ſecours ineſperé
que vous allez entendre.
Mon Pere m'avoit remis en mourant
des Tablettes d'Email , qu'il m'avoit recommandé
de garder ſoigneuſement . Je les
avois , mais dans le trouble où j'érois je
n'avois pas fongé à les regarder , & je n'avois
pas imaginé qu'elles puſſent m'être
d'aucune reſſource : je les trouvai par hazard
fous ma main,& je fus fort étonnée d'y
voir tracés des Caractéres que je n'y avois
pas encore apperçus ; je lûs ,&je vis qu'on
m'exhortoit à lire & à prononcer touthaut
les paroles qui étoient écrites aubas de la
page.
J'obéis : je prononçai ces mots myſtérieux
que je ne comprenois pas , & à l'inſtant je
vit paroître un jeune homme de la figure
la plus aimable , qui me demanda ce que je
déſirois : tirez-moi promptement d'ici , lui
dis-je : j'eus à peine achevé qu'il me prit
dans ſes bras , &je me trouvai ſur le bord
de la Mer.
Aimable Génie , dis-je alors à mon Li..
bérateur , je vous dois plus que la vie ,
mais vous n'avez rien fait pour moi , ſi vous
ne me conduiſez où eſt Parelin. Le Silphe ,
car c'en étoit un , me prit encore dans ſes
bras , & je me trouvai ſous une voute obfcure
, où la lumiere du jour n'avoit jamais
1
NOVEMBRE. 1744. 105
I
!
pénétré. Je treſſaillis , & je craignis que le
Génie ne m'eut trompée , cependant j'avançois
au hazard & j'appellois Parelin d'une
voix tremblante ; on ne me répondoit
point , & j'étois déja en proie aux plus vives
allarmes ; enfin , au bout de quelque
tems j'entendis un ſoupir , & je crus reconnoître
la voix de mon amant : je volai vers
l'endroit d'où le bruit partoit : eſt- ce vous ,
Parelin , m'écriai-je , eſtce vous cher amant ?
Qui m'appelle , répondit - il d'une voix foible
& mourante ? J'approchai , je ſentis
qu'il étoit couché à terre , je m'y jettai auffi :
je n'ai plus qu'un moment à vivre , dit- il ,
laiffez-moi du moins expirer en paix. Parelin
, repris-je, qu'oſfez- vous me dire ? Quoi !
ne reconnoiffez-vous pas la voix d'Eritzine
, ou ne l'aimez- vous plus ? Il n'oſoit
croire ce qu'il entendoit. Je me hâtai de
l'inſtruire de tout ce qui m'étoit arrivé , &
de l'avanture finguliere par laquelle je me
trouvois auprès de lui. J'allois mourir , me
dit-il , de la douleur de vous avoir perduë ,
jemourraide la joie de vous retrouver.Hélas
! En quel tems en quel état revoyezvous
votre malheureux amant ? Il me dit
toutesles perfécutions qu'il avoit effuyées ,
toutes les inſtances de ſes Parens pour le
déterminer à épouſer ma Mere , ils ont
cru ,diſoit-il , me contraindre à changer à
د
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
force de mauvais traitemens , ils ne ſçavoient
pas qu'étant ſéparé de vous , je ne
pouvois fentir que la douleur de vous avoir
perduë. Ma Mere venoit ſouvent le viſiter
dans ſa Prifon , & c'eſt ce qui avoit caufé
ſon erreur quand je l'avois appellé ; elle
l'avoit inſtruit de mon mariage avec le Pirate
Sideni , & le malheureux défefperé
de ce triſte événément avoit pris le parti
de ſe laiſſer mourir de faim. Il y avoit déja
cinq jours qu'il n'avoit pris de nourriture
on lui apportoit tous les jours du pain
qu'il laiſſoit à terre : j'en ramaſſai un morceau
, il le reçut de ma main , & le mangea
avec tranſport ; nous partageâmes déformais
le pain & l'eau , qu'on lui apportoit ,
&ce partage nous les rendoir préférables
aux mêts les plus délicats. Enfermés dans
une Caverne obfcure, réduits à n'avoir d'autre
aliment que de mauvais pain , d'autre
lit que la terre , nous étions contens
parce que nous étions enſemble , nous nous
trouvions heureux parce que nous avions
été ſéparés. L'obſcurité me mettoit hors
d'état de confulter les Tablettes d'Email ,
mais je ne regrettois pas le ſecours que j'en
aurois pû tirer. Mon amant me fuffifoit,
il ne défitoit rien depuis que j'étois près
de lui , & nous aurions confenti volontiers
paffer notre vie dans cette eſpéce de Tombeau..
NOVEMBRE. 1744. 107
Cependant en marchant dans la Caverne
, je ſentis ſous mes pieds un anneau de
fer , j'y portai la main , & je m'apperçûs
que l'anneau teroit à une eſpéce de trappe
, qui réſiſtoic au peu de forces quej'employois
pour ia lever , mais qui me paroiffoit
devoir céder à un plus grand effort :
Parelin commençoit à reprendre ſes forces ,
Je l'engageai à les eſſayer ſur cet anneau
il leva la trappe & nous vîmes qu'elle bouchoit
l'entrée d'un affés petit dégré que:
nous defcendîmes ſans balancer. Parelin me
dit qu'il ne doutoit pas que ce ne fut là un
de ces foûterrains que dans le tems des
Guerres Civiles on avoit préparésdans tous:
les Châteaux pour ſe ſauver en cas de malheur
, & que ſuivant les apparences celui-ci
nous conduiroit dans la Campagne..
Nous marchâmes affés long-tems fans
que les conjectures de Parelin ſe vérifiaf
fent; j'étois preſque morte de laſſitude , enfin
nous apperçûmes une lumiere , foible
encore , mais qui nous annonçoit du moins
que nous n'étions pas loin de l'iſſuë du fouterrain
; nous la vîmes bien-tôt en effet :dès
que j'apperçus la lumiere, mon premier foin
fut d'employer les Tablettes d'Email' , &
d'appeller le Silphe qui m'avoit déja fr bient
fervie. Il parut , &me demanda mes ordres
Génie , lui dis-je ,conduiſez-nous quelque
Evj
108 MERCUREDE FRANCE.
part .... bien loin d'ici. Nous fümes auffitôt
tranſportés dans une Campagne qui me
parut très - agréable : je commandai au Silphe
de nous y bâtir une Halitation , je fus
obéie dans le moment ; nous vîmes paroître
une Maiſon fans magnificence , mais élégamment
ornée & très - commodement diftribuée
; pluſieurs Efclaves attendoient nos
ordres , rien ne nous manquoit de tout ce
qui contribuë à la douceur de la vie ; nous
nous aimions , nous étions enſemble , &
nous prîmes ailément le parti de reſter toujours
dans ce lieu , & d'y oublier tout l'Univers.
Le ſoir venu , nous ſongeames à nous
coucher. Parelin me parut fort triſte quand
je lui parlai de nous ſéparer. Croyez - vous ,
me dit-il , que je puiffe déſormais vivre un
moment éloigné de vous ? Ne fuis-je pas
votre époux , puifque vous m'aimez ? De
plus , vous voulez toujours reſter ici , mais
n'y ferons-nous pas toujours dans la même
fituation ? Aurons-nous jamais plus de fecours
pour donner à notre mariage une
forme plus authentique ? Que voulez- vous
de plus pour rendre notre union ſacrée que
l'amour qui en a ferré les noeuds ? Il me perfuadoit
, ou plûtôt il m'entraînoit. Cependant
je ne ſçais quel fentiment ſecret me
retenoit ; une voix qui s'élevoit au fond de
NOVEMBRE. 1744. 109
mon coeur me dioit de réſiſter , mais quand
Parelin parloi , je n'entendois que lui. Si
vous voulezabſolument pouſuivit- il , vous
aſſujétir à des formes qui au fond font inutiles
, appellons le Silphe votre ami , qu'il
foit le témoin & le dépoſitaire de nos fermens.
J'héſitois encore , mais il pritles Tablettes
, & appella lui-même le Silphe qui
parut à l'inftant.
Génie , lui dit- il , daignez faire notre
bonheur , & recevez les fermens des deux
époux les plus tendres. Me l'ordonnezvous
? dit le Silphe en s'adreſſant à moi ,
je répondis , en rougiſſant que c'étoit auffi
mon intention ; il s'éleva alors un Autel au
milien de la Chambre ; le Silphe y brûla
quelques parfums , & nous fit prononcer
après le ſerment de nous aimer toujours ; il
eut l'air fort triſte pendant toute la cérémo-,
nie , mais j'étois ſi remplie de mes propres
idées que je n'y fis aucune attention ,& je
n'y fongeai qu'après la funeſte révolution
qui détruifir notre bonheur ; hélas ! A peine
commençoit- il , qu'il diſparut comme
un fonge.
Le lendemain , en ouvrant les yeux , je
ne vis au lieu de la Chambre où je croyois
avoir couché qu'un défert horrible. Je
pouffai un cri perçant , qui reveilla Pare--
lin qui dormoit à mes côtés. Sa furpriſe fut
110 MERCURE DEFRANCE.
2
égale à la mienne. Je voulus appeller le Sifphe
, mais les Caracteres traces ſur les Tar
blettes étoient abfolument effacés. Je compris
alors la faute que j'avois fhite de défobéir
à mon Pere en épouſant Patelin . Parelin
qui étoit en quelque façon la cauſe de
ce malheur ne pouvoit ſe le pardoaner ,
&ſa douleur étoit le plus cruel de mes chagrins.
Nous nous défeſpérions tous les deux
lorſque le Silphe parut. N'attendez plus
rien de moi , dit-il, Princeſſe infortunée
votre Pere m'avoit mis à votre ſervice , &
je vous aurois toujours obei , mais vous
vous êtes privée de mon fecours en n'obfervant
aucune des chofes qu'il vous avoit
preſcrites ; vous avez continué d'aimer Parelin
, vous avez été juſqu'à l'époufer , c'en
eſt fait , n'attendez plus que l'affreufe ſuite
des malheurs qui vous ont été prédits ; c'eſt
à regret que j'exécute des ordres ſi rigoureux
, mais auffi-tôt que vous avez rendu
Parelin votre époux , j'ai été forcé d'enlever
la demeure que je vous avois préparée ;
adieu , malheureux Amans , je ne puis plus
rien pour vous.
Le Silphe diſparut ,& nous laiſſa dans la
glus grande confternation ; nous n'avions
point vû difparoître le Château ; uniquement
occupés de nous-mêmes dans ces mo
NOVEMBRE. 1744. T
mens ſi chers & fi funeſtes , tout ce qui
fe paſſoit autour de nous ne nous frappoit
point , & c'étoit au milieu d'un déſert horrible
que nous avions paffé la nuit , ſans
nous en appercevoir .
Les malheurs que le Silphe nous avoit
annoncés , nous effrayoient encore plus que
les objets épouvantables dont nous étions
environnés ; nous ne ſçavions de quel côté
tourner nos pas ; nous craignions de rencontrer
par tout les dangers qui nous
avoient été prédits.
Ne nous quittons jamais , me diſfoit Parelin;
la ſéparation eſt la peine la plus cruelle
que nous puiſſions éprouver , & fi
nous nous mettons à couvert de cet acci
dent , nous trouverons aisément de la fermeté
contre tous les malheurs dont le Sil
phe nous a ménacés..
Nous reſtâmes long-tems errants dans ce
déſert , n'ofans nous écarter , & vivans des
fruits fauvages que nous rencontrions ; il
y avoit un an que nous ménions cette vie
qui n'eut pas été bien triſte , fi chacun de
nous n'eut reffenti que ſes peines , lorſque
je donnai le jour à un fils. Sans fecours , reduite
à accoucher au milieu d'une Forêt ſau
vage , je vis avec douleur que mes peines
alloient augmenter en s'étendant ſur le malheureux
que je faifois naître , & cette fa
112 MERCURE DE FRANCE.
veur des Dieux , qui fait la conſolation des
Epoux heureux , fut dans ces premiers momens
un furcroît de deſeſpoir pour Parelin&
pour moi.
د
Cependant la vûë de mon fils, le charme
dela nature , ſans ditſiper mes triſtes refléxions
, en adoucirent en peu de jours
l'amertume. Les peines des coeurs tendres
ontune volupté ſecrette ; le fort de cet enfant
infortuné me cauſoit les plus vives
allarmes , mais comme ilm'affligeoit
parce que je l'aimois , ce ſentiment portoit
avec lui une eſpece de dédommagenient;
mon coeur ne feferroit plus en pleurant
fur lui , il s'ouvroit & s'épanoüiffoit
comme dans la joye la plus vive , & l'excès
de ma tendrelle étoit plus fort que le fentimentde
mes peines.On ne connoît point les
reffources du coeur ; je croyois que lemien
épuiſé à aimer Parelin , n'étoit plus capable
d'aimer auque choſe , mais je vis naître
alors en moi un nouveau fentiment prefque
autli vifque le premier ,& qui loin de
rallentir la vivacité de mon amour , en ranimoit
encore l'ardeur. Mon fils faifoit
mon occupation unique , parce que mon
époux s'en occupoit uniquement.
Nous paflions une partie du jour à l'accabler
de careffes ,& l'autre à pleurer le fort
malheureux qui lui étoit deſtiné ; je compa
NOVEMBRE. 1744.
roisſouvent fes traits enfantins à ceux de fon.
pere ; j'aurois voulu alors pouvoir me multiplier
, pour leur prodiguer à tous deux en
même-tems les ſentimens les plus vifs & les
careſſes les plus tendres .
Cette foible conſolation de nos peines
nous fut bien-tôt enlevée ; c'eſt ici que commencent
les vrais malheurs de ma vie . Je
croyois être au comble de l'infortune, mais
j'ignorois que j'étois deſtinée à éprouver
des revers plus affreux .
On donnera la suite dans le Volumeſuivanti
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Résumé : MANUSCRIT traduit de l'Arabe, par M. Jacques, Marchand Eventailliste à Paris, ruë Mouffetar.
Le manuscrit raconte une nuit où le calife Haroûn Araschild, accompagné de son Grand Visir Giafar et de Mesrour, découvre un tumulte dans un caravansérail. Une jeune femme, identifiée comme la princesse Eritzine, fille du souverain de l'île de Ceylan, est au centre de ce tumulte. Pour éviter une guerre civile, son père avait simulé sa mort et s'était retiré à Borneo. Eritzine, amoureuse de Parelin, un homme de condition sociale inférieure, décide de l'épouser malgré les interdictions paternelles. Parelin est alors emprisonné, et la mère d'Eritzine, en colère, maltraite sa fille et utilise des philtres sans succès. Un pirate nommé Sideni, soutenu par le roi de Borneo, force Eritzine à l'épouser lors d'une fête. Horrifiée, Eritzine tente de se suicider mais est emmenée en mer par Sideni. En parallèle, le narrateur, capturé par Sideni, est sauvé par un faquir qui lui accorde un délai de huit jours. Durant ce laps de temps, le narrateur découvre des tablettes magiques laissées par son père, qui lui permettent de rencontrer Parelin dans une caverne. Ensemble, ils explorent un souterrain et émergent dans une campagne agréable où ils décident de vivre ensemble. Ils formalisent leur union avec l'aide d'un Silphe, mais sont condamnés à errer après avoir désobéi aux ordres du père du narrateur. Ils vivent de fruits sauvages et donnent naissance à un fils dans des conditions difficiles. La vue de leur enfant adoucit leur désespoir, bien que leurs peines persistent. La mère trouve un réconfort dans son amour pour son fils, mais de véritables malheurs commencent à survenir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5544
p. 114-116
NOUVELLE Epitre au ROI, par M. de Voltaire, présentée à Sa Majesté au Camp devant Fribourg, le premier Novembre 1744.
Début :
ROI nécessaire au Monde, où portez-vous vos pas ? [...]
Mots clefs :
Héros, Dieux, Jours, Gloire, Joie, Peuple, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE Epitre au ROI, par M. de Voltaire, présentée à Sa Majesté au Camp devant Fribourg, le premier Novembre 1744.
NOUVELLE Epitre au Rot , parM.
de Voltaire , préſentée à Sa Majesté au
Camp devant Fribourg , le premier Novembre
1744.
Oi néceſſaire au Monde , où portez-vous vos
R pas ?
De la Fiévre échapé , vous courez aux Combats.
Vous volez à Fribourg. En vain la Peironie
Vous diſoit , Arrêtez , menagez votre vie ,
Il vous faut du régime , & non des ſoins guerriers;
Un Héros peut dormir couronné de Lauriers.
Le zéle a beau parler , vous n'avez pů le croire.
Rebelle aux Médecins , & fidéle à la gloire ,
Vous bravez l'Ennemi , les Affauts , les Saifons ,
Le poidsde la fatigue ,,&les feux des canons :
Tout l'Etat en frémit , & craint votre courage ;
Vos Ennemis , Grand Roi , le craignent davantage.
'Ah , n'effrayez que Vienne , & raffurez Paris !
Rendez , rendez la joye àvos Peuples chéris ;
Rendez-nous ce Héros qu'on admire & qu'on aime.
Un Sage nous a dit , que le ſeul bien fuprême ,
Le ſeul bien qui du moins reffemble au vrai bon
heur ,
Le ſeul digne de l'Homme , eſt de toucher un
coeur :
NOVEMBRE. 1744. Irf
Si ce Sage eût raiſon , ſi la Philoſophie
Plaça dans l'amitié le charme de la vie ,
Quel est donc, Juſtes Dieux ! le deſtin d'un bon
Roi,
Qui dit , fansſe flater , tous les coeurs ſont à moi ?
Aćet Empire heureux qu'il eſt beau de prétendre
Vous qui le poſſédez venez ,daignez entendre
Des bornes de l'A'face aux Remparts de Paris
Ce cri que l'Amour feul forme de tant de cris ;
Accourez , contemplez ce Peuple dans la joye,
Béniſſant le Héros que leCiel lui renvoye :
Ne le voyez -vous pas tout ce Peuple à genoux ?
Tous ces avides yeux qui ne cherchent que vous
Tous ces coeurs enflammés volant ſur notre boucher
C'eſt là le vrai triomphe , & le ſeul qui vous tou
che.
Cent Rois auCapitole en Efclaves traînés,
Leurs Villes , leurs Tréſors , & leurs Dieux enchaî
nés ,
Ces Chars étincellans , ces Prêtres , cette Armée
Ce Sénat inſultant à la Terre opprimée ,
Ces Vaincus envoyés du ſpectacle au cercueil ,
Ces triomphes de Rome étoient ceux de l'orguëil :
Le vôtre eſt de l'Amour , & la gloire en eſt pure.
Un jour les effaçoit , le vôtre à jamais dure :
Ils effrayoient le Monde , & vous le raſſûrez .
Vous , l'image des Dieux ſur la terre adorés ;
Vous , que dans l'Age d'Or elle eût choiſi pout
Maître ,
16 MERCURE DE FRANCE.
Goûtez les jours heureux que vos ſoins font re
naître.
Que la Paix floriſſante enbelliſſe leurs cours.
Mars fait des jours brillans , la Paix fait de beaux
:
jours ,
Qu'elle vole à la voix du Vainqueur qui l'appelle
-Et qui n'a combattu que pour nous & pour elle.
de Voltaire , préſentée à Sa Majesté au
Camp devant Fribourg , le premier Novembre
1744.
Oi néceſſaire au Monde , où portez-vous vos
R pas ?
De la Fiévre échapé , vous courez aux Combats.
Vous volez à Fribourg. En vain la Peironie
Vous diſoit , Arrêtez , menagez votre vie ,
Il vous faut du régime , & non des ſoins guerriers;
Un Héros peut dormir couronné de Lauriers.
Le zéle a beau parler , vous n'avez pů le croire.
Rebelle aux Médecins , & fidéle à la gloire ,
Vous bravez l'Ennemi , les Affauts , les Saifons ,
Le poidsde la fatigue ,,&les feux des canons :
Tout l'Etat en frémit , & craint votre courage ;
Vos Ennemis , Grand Roi , le craignent davantage.
'Ah , n'effrayez que Vienne , & raffurez Paris !
Rendez , rendez la joye àvos Peuples chéris ;
Rendez-nous ce Héros qu'on admire & qu'on aime.
Un Sage nous a dit , que le ſeul bien fuprême ,
Le ſeul bien qui du moins reffemble au vrai bon
heur ,
Le ſeul digne de l'Homme , eſt de toucher un
coeur :
NOVEMBRE. 1744. Irf
Si ce Sage eût raiſon , ſi la Philoſophie
Plaça dans l'amitié le charme de la vie ,
Quel est donc, Juſtes Dieux ! le deſtin d'un bon
Roi,
Qui dit , fansſe flater , tous les coeurs ſont à moi ?
Aćet Empire heureux qu'il eſt beau de prétendre
Vous qui le poſſédez venez ,daignez entendre
Des bornes de l'A'face aux Remparts de Paris
Ce cri que l'Amour feul forme de tant de cris ;
Accourez , contemplez ce Peuple dans la joye,
Béniſſant le Héros que leCiel lui renvoye :
Ne le voyez -vous pas tout ce Peuple à genoux ?
Tous ces avides yeux qui ne cherchent que vous
Tous ces coeurs enflammés volant ſur notre boucher
C'eſt là le vrai triomphe , & le ſeul qui vous tou
che.
Cent Rois auCapitole en Efclaves traînés,
Leurs Villes , leurs Tréſors , & leurs Dieux enchaî
nés ,
Ces Chars étincellans , ces Prêtres , cette Armée
Ce Sénat inſultant à la Terre opprimée ,
Ces Vaincus envoyés du ſpectacle au cercueil ,
Ces triomphes de Rome étoient ceux de l'orguëil :
Le vôtre eſt de l'Amour , & la gloire en eſt pure.
Un jour les effaçoit , le vôtre à jamais dure :
Ils effrayoient le Monde , & vous le raſſûrez .
Vous , l'image des Dieux ſur la terre adorés ;
Vous , que dans l'Age d'Or elle eût choiſi pout
Maître ,
16 MERCURE DE FRANCE.
Goûtez les jours heureux que vos ſoins font re
naître.
Que la Paix floriſſante enbelliſſe leurs cours.
Mars fait des jours brillans , la Paix fait de beaux
:
jours ,
Qu'elle vole à la voix du Vainqueur qui l'appelle
-Et qui n'a combattu que pour nous & pour elle.
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Résumé : NOUVELLE Epitre au ROI, par M. de Voltaire, présentée à Sa Majesté au Camp devant Fribourg, le premier Novembre 1744.
Dans l''Épître au Roi' datée du 1er novembre 1744, Voltaire s'adresse à un monarque en campagne militaire devant Fribourg. Il exprime son inquiétude pour la santé du roi, récemment rétabli d'une fièvre mais désormais exposé aux dangers de la guerre. Voltaire admire le courage du roi, qui ignore les recommandations médicales pour se battre. Il espère que le souverain reviendra à Paris où il sera acclamé par son peuple. Voltaire distingue la véritable gloire, fondée sur l'amour et l'admiration des sujets, des conquêtes militaires. Il oppose les triomphes romains, marqués par l'orgueil et la violence, au triomphe d'amour et de paix incarné par le règne du roi. Il appelle à la paix et au bonheur pour le royaume, affirmant que la paix est préférable à la guerre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5545
p. 116
HUITAIN Sur LOUIS LE BIEN-AIMÉ.
Début :
Doit-on mettre autour de son Buste [...]
Mots clefs :
Bien-aimé, Louis
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texteReconnaissance textuelle : HUITAIN Sur LOUIS LE BIEN-AIMÉ.
HUITΑΙΝ
Sur Louis LE BIEN - AIME .
Oit- on mettre autour de ſon Buſte
LOUIS LE GRAND , LOUIS LE JUSTE ?
Ces noms qu'il a bien mérités ,
D'autres déja les ont portés ;
Qu'un Titre nouveau le décore ,
Ce vrai Roi que ſon Peuple adore ,
Qu'on le nomme LE BIEN-AIME ,
Dans ce mot tout eſt renfermé.
Sur Louis LE BIEN - AIME .
Oit- on mettre autour de ſon Buſte
LOUIS LE GRAND , LOUIS LE JUSTE ?
Ces noms qu'il a bien mérités ,
D'autres déja les ont portés ;
Qu'un Titre nouveau le décore ,
Ce vrai Roi que ſon Peuple adore ,
Qu'on le nomme LE BIEN-AIME ,
Dans ce mot tout eſt renfermé.
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5546
p. 117-119
AU ROI. EPITRE.
Début :
SIRE, un de vos sujets, dont la lente vieillesse [...]
Mots clefs :
Sujets, Moment, Convalescence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROI. EPITRE.
AU RΟΙ
SIRE , Un
EPITRE..
un de vos ſujets , dont la lente vieilleffe
Juſqu'au vingtiéme Luftre auroit porté ſon cours ,
Fut poignardé par la douleur traîtreſſe
Que lui cauſa ſa crainte pour vos jours.
Le déſeſpoir ou la triſteſſe ...
Abbatoient dans ce tems les forces , la ſante
De la plus robuſte jeuneſſe ,
Je demande la Grace à Votre Majefté ,
Qui penſe avec tant de juſteſſe ,
De juger ſi l'on peut , dans la caducité ,
Guérird'une bleſſûre ,& vaincre la détreffe
Où le Corps le plus fort à peine eut réſiſté.
Je mourois , & cette foibleſſe
De mondernier ſoupir avantcoureur glacé
Gagne tous mes ſens , & me laiſſe
Dans l'état d'un vrai trépaſſé.
Cent témoins de mon agonie
Mes parens , mes amis ,&ma chere Junie
i
118 MERCURE DE FRANCE.
Sans doute alloient bientôt le coeur rempli de
detiil,
Arroſer de leurs pleurs ma tombe &mon cercüeil ,
Quand, juſqu'à ma maiſonplaintive
Paſſe ſubitement une joye exceſſive ,
Quidans un ſeul inſtant partout ſe répandit ,
Et les triſtes clameurs même aux pieds de monlis
Sechangent en cris d'allegreſſe.
ce bruit éclatant ſuccede mon réveil
De ce léthargique ſommeil ,
Etcomme ſortant de l'yvreſſe ,
Je vois le jour avec étonnement ,
Et j'entens réſonner ſans ceſſe
:
De cent VIVE LE ROI tout mon appartement ;
Alors ,& je ne ſçais comment ,
UnBaume ſouverain dans mon fang s'infinuë
Et je comprends par ſentiment
Que de notre bonheut la nouvelle eſt venuë ,
Que vous vivez , qu'à nos pleurs , qu'à nos voeux
LeCiel eſt forcé de ſe rendre ;
Grand Roi , le croiriez-vous ? dans ce moment heureux,
De mon lit on m'a vû deſcendre ;
i
NOVEMBRE. 1744. 119
Ce fait tient du prodige , & du grand merveilleux
Mais non ;&comme moidans cedanger affreux
Vos ſujets étoient morts ; c'étoit fait de la France ,
Si vous ne viviez pas pour eux ;
Ce n'eſt pas tout; j'apprends votre convalescence;
Ce moment me déride , & mon viſage frais
De l'âge de trente ans annonce la préſence ;
:
Je ſens que je bois à longs traits
Ala fontaine de Jouvence ,
Où perſonne ne bût jamais,
Cette Hiſtoire eft très-autentique ,
Et fi je ne ſervois au Temple de Thémis
J'irois auChamp de Mars joindre mon fils unique ,
Et verſer tout mon ſang contre vos Ennemis.
Cette Piéce de Vers eſt de M. de la Mothe
, Doyen de la Cour des Aydes de Montauban
, &de l'Académie Royale des Belles-
Lettres de cette même Ville. Elle ne ſe ref.
ſent point de l'infirmité de l'Auteur , &
l'on y découvre des traits aimables de ſentimens
qui feroient honneur ànos plus jeunes
Muſes.
SIRE , Un
EPITRE..
un de vos ſujets , dont la lente vieilleffe
Juſqu'au vingtiéme Luftre auroit porté ſon cours ,
Fut poignardé par la douleur traîtreſſe
Que lui cauſa ſa crainte pour vos jours.
Le déſeſpoir ou la triſteſſe ...
Abbatoient dans ce tems les forces , la ſante
De la plus robuſte jeuneſſe ,
Je demande la Grace à Votre Majefté ,
Qui penſe avec tant de juſteſſe ,
De juger ſi l'on peut , dans la caducité ,
Guérird'une bleſſûre ,& vaincre la détreffe
Où le Corps le plus fort à peine eut réſiſté.
Je mourois , & cette foibleſſe
De mondernier ſoupir avantcoureur glacé
Gagne tous mes ſens , & me laiſſe
Dans l'état d'un vrai trépaſſé.
Cent témoins de mon agonie
Mes parens , mes amis ,&ma chere Junie
i
118 MERCURE DE FRANCE.
Sans doute alloient bientôt le coeur rempli de
detiil,
Arroſer de leurs pleurs ma tombe &mon cercüeil ,
Quand, juſqu'à ma maiſonplaintive
Paſſe ſubitement une joye exceſſive ,
Quidans un ſeul inſtant partout ſe répandit ,
Et les triſtes clameurs même aux pieds de monlis
Sechangent en cris d'allegreſſe.
ce bruit éclatant ſuccede mon réveil
De ce léthargique ſommeil ,
Etcomme ſortant de l'yvreſſe ,
Je vois le jour avec étonnement ,
Et j'entens réſonner ſans ceſſe
:
De cent VIVE LE ROI tout mon appartement ;
Alors ,& je ne ſçais comment ,
UnBaume ſouverain dans mon fang s'infinuë
Et je comprends par ſentiment
Que de notre bonheut la nouvelle eſt venuë ,
Que vous vivez , qu'à nos pleurs , qu'à nos voeux
LeCiel eſt forcé de ſe rendre ;
Grand Roi , le croiriez-vous ? dans ce moment heureux,
De mon lit on m'a vû deſcendre ;
i
NOVEMBRE. 1744. 119
Ce fait tient du prodige , & du grand merveilleux
Mais non ;&comme moidans cedanger affreux
Vos ſujets étoient morts ; c'étoit fait de la France ,
Si vous ne viviez pas pour eux ;
Ce n'eſt pas tout; j'apprends votre convalescence;
Ce moment me déride , & mon viſage frais
De l'âge de trente ans annonce la préſence ;
:
Je ſens que je bois à longs traits
Ala fontaine de Jouvence ,
Où perſonne ne bût jamais,
Cette Hiſtoire eft très-autentique ,
Et fi je ne ſervois au Temple de Thémis
J'irois auChamp de Mars joindre mon fils unique ,
Et verſer tout mon ſang contre vos Ennemis.
Cette Piéce de Vers eſt de M. de la Mothe
, Doyen de la Cour des Aydes de Montauban
, &de l'Académie Royale des Belles-
Lettres de cette même Ville. Elle ne ſe ref.
ſent point de l'infirmité de l'Auteur , &
l'on y découvre des traits aimables de ſentimens
qui feroient honneur ànos plus jeunes
Muſes.
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Résumé : AU ROI. EPITRE.
L'épître est adressée à un roi par un sujet âgé, bouleversé par la nouvelle de la maladie du souverain. La douleur et le désespoir ont failli lui être fatals, mais la guérison du roi a suscité une joie intense, le ramenant à la vie. Cette allégresse collective a transformé la tristesse en joie, et l'auteur s'est senti rajeuni. Il exprime son désir de servir le roi, soit comme juriste au Temple de Thémis, soit en combattant sur le Champ de Mars. L'auteur est M. de la Mothe, doyen de la Cour des Aides de Montauban et membre de l'Académie Royale des Belles-Lettres de cette ville. Le texte met en avant les sentiments sincères et nobles de l'auteur, malgré son âge avancé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5547
p. 120-130
EXTRAIT d'un Ecrit, intitulé : Réfutation des motifs & imputations peu solides, contenus dans la réponse de la Cour de Vienne à la Déclaration faite par le Ministre de Prusse le Comte de Dohna, à Francfort, le 2 Octobre 1744.
Début :
L'objet de la réponse de la Cour de Vienne étoit de montrer, Io. « qu'on [...]
Mots clefs :
Empire, Cour de Vienne, Traité de paix, Traité, Reine de Hongrie, Roi de Prusse, Empereur
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'un Ecrit, intitulé : Réfutation des motifs & imputations peu solides, contenus dans la réponse de la Cour de Vienne à la Déclaration faite par le Ministre de Prusse le Comte de Dohna, à Francfort, le 2 Octobre 1744.
EXTRAIT d'un Ecrit , intitulé : Réfutation
des motifs & imputations peu felides .
contenus dans la réponſe de la Cour de Vienne
à la Déclaration faite par le Ministre de
Pruffe le Comte de Dohna , à Francfort le
2 Octobre 1744 .
L'Objet de la réponſe de la Cour de Vienne étoit de montrer , 1 ° . » qu'on
» n'a pû paſſer aux meſures priſes préſente-
» ment par S. M. le Roi de Pruſſe , ſans vio-
» ler le Traité de Paix de Breſlau , & que
>> parconféquent la Paix ſe trouve rompuë
>> pour la troifiéme fois avec S. M. la Reine
>> de Hongrie. 2 °. Que les deſſeins de S. M.
» le Roi de Pruſſe n'étoient pas ſi déſintéreſ-
> ſés qu'on le prétend de ſa part , mais qu'ils
• tendoient à faire des conquêtes ſur S. M.
>> la Reine de Hongrie. 3 °. Que toute la
» conduite que la Cour de Vienne a tenuë
>>jufqu'ici à l'égard de l'Empereur , de
» l'Empire & de ſon ſyſteme , & le refus
» qu'elle a fait paroître de donner les mains
> àun accommodement raiſonnable , con-
>> forme aux Conſtitutions de l'Empire , ne
>> contenoient rien dont on ne pût ſe juſtifier.
Ce
NOVEMBRE. 1211 1744.
: Ce ſont ces trois ſuppoſitions que l'Ecrit
en queſtion ſe propoſe de détruire.
A l'égard du premier article , on obſerve
que pour dire que la Paix a été trois fois
rompuë , il faut ſuppoſer qu'il y a eu deux
Traités de Paix : or on ne connoît point
d'autres Traités que celui dont les préliminaires
ont été ſignés le 11 Juin 1742 à
Breflau , & qui peu de tems après eſt parvenu
à ſa perfection par le Traité définitif
conclu à Berlin le 28 Juillet de la même
année.
C'eſt ſans raiſon que la Cour de Vienne
veut faire regarder comme un Traité de
Paix ce qui ſe paſſa en Octobre 1741 au
Château de Kleinfchnellendorff , & qu'elle
donne le nom de Convention de Kleinfchnellendorff
à l'Acte qui fut remis alors
par le Lord Hindfort, Miniſtre Plénipotentiaire
de la Grande Bretagne. On obferve
que de ſemblables arrêtés n'ont de force
qu'après qu'ils ont été ſignés par les Miniftres
reſpectifs munis de pleins pouvoirs ,
&qu'ils ont été ratifiés par les hauts contractans
. L'Ecrit de Kleinfchnellendorff n'a
aucune de ces qualités , le contenu de cette
piéce montre que les conférences tenuës
alors n'étoient que des pourparlers préparatoires
à la négociation de la Paix : il eſt
même exprimé par l'article 7 que l'ouvra-
11. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
ge définitif de la Paix étoit differé àdeux
mois de- là , & on faiſoit entendre qu'on
travailleroit pendant l'hyver à la Paix générale
, mais ni l'un ni l'autre de ces points
n'ayant été exécutés , comment peut- on appeller
Traité de Paix ou Convention préliminaire
de ſimples pourparlers qui n'ont
point eu de ſuite ? On ajoute que dans le
tems où la Cour de Vienne s'efforçoit de
peindre avec les couleurs les plus odieuſes
les opérations de S. M. le Roi de Pruſſe ,
elle ne s'eſt jamais prévalu de cette prétenduë
Convention de Kleinfchnellendorff
&qu'il n'en a été fait aucune mention lors
des conférences qui ont précédé le Traité
de Breflau. On prouve enſuite que les démarches
de S. M. le Roi de Pruſſe tendantes
au ſoûtien de l'Empire & de l'Empereur ,
ne portent aucune atteinte au Traité de
Breſlau.
,
Il eſt notoire que ce Traité a pour objet
lacompofition entiere de tous les differends
qui régnoient entre les parties contractanres
; il n'y eſt pas fait la moindre mention
des affaires de l'Empire , cependant les deux
Puiflances contractantes ſont des Etats conſiderables
de l'Empire , & l'on ne peut préfumer
d'eux qu'ils voudront jamais perdre
de vûë ce qu'ils doivent à l'Empire , ni en-*
treprendre rien contre la dignité & l'autoNOVEMBRE.
1744. 125
rité du Chef ſuprême , ou qui tende à brifer
le lien ſacré qui eſt entre le Chef & fes
Membres. Ainſi quand ils s'engagent, comme
il eſt arrivé par le Traité de Breflau ,
d'entretenir une amitié indiſſoluble , de
n'exercer aucune hoftilité,&c.il eſt clair que
cet engagement ne peut aller plus loin que
ne le permettent les devoirs communs ; s'il
arrive de la part de l'un des deux quelque
choſe qui ſoit contraire à ces devoirs , l'illégalité
de l'entrepriſe diſſout le noeud par le
quel ils font unis , & l'autre eſt non-feulement
en liberté , mais même dans l'obligation
de fatisfaire aux devoirs que lui impoſe
la qualité d'Etat de l'Empire , devoirs plus
naturels & plus anciens que nul autre , &
qui doivent l'emporter ſur tous les engagemens
poſtérieurs & volontaires.
Tant que S. M. Pr. a pû regarder les entrepriſes
de S. M. la Reine de Hongrie comme
des ſuites de la guerre qui eſt entre elle
& S. M. Imp. elle eſt reſtée tranquille, mais
lorſqu'elle a vû que la Cour de Vienne enflée
de ſes premiers ſuccès méditoit l'oppreſſion
de l'Empire , il lui a été impoflible
de voir ces mouvemens d'un oeil indifferent
: après avoir averti la Cour de Vienne
d'ufer de plus de moderation , après lui
avoir fait connoître nettement que S. M.
ainſi que d'autres Electeurs & Princes de
Fij
124 MERCURE DEFRANCE.
P'Empire ne pouvoient conniver à l'oppref
fion du Chef & des Membres de l'Empire , &
qu'ils feroient forcés de prendre des meſures
rigoureuſes , déſagréables à lad. Cour ,
S. M. Pr . a été forcée de prendre les réſolutions
exprimées dans le fameux Exposé des
Motifs.
On peut dire avec plus de juſtice que la
Cour de Vienne elle-même , tant publiquement
que fecrettement , a pris de longuemain
toutes fortes de meſures pour énerver
la diſpoſition du Traité de Breſlau. On ſçait
que fon deſſein a toujours été de tomber ſur
la Siléſie , auſſi- tôt qu'elle auroit achevé ſes
expéditions contre l'Empereur & la Couronne
de France,
On eſt nanti à ce ſujet de notices particulieres,
que l'on fupprime par certains égards.
Les deſſeins de la Cour de Vienne ont fuffifamment
éclaté par le Traité de Worms , à
Poccafion duquel on s'eſt aſſes nettement
déclaré de la part de la Grande Bretagne
qu'on étoit dans l'intention de le mettre
pour baſe des négociations de la Paix générale.
Aquelle fin S. M. la Reine de Hongrie
ſe ſeroit- elle fait garantir par les parties
contractantes non ſeulement les Pays
qu'elle poffede aujourd'hui , mais auſſi ceux
qu'elle devoit poſſeder en vertu des Traités
détaillés dans le fecond article , excepté ſeus
د
-
NOVEMBRE. 1744. 125
lement les ceffions faites à S. M. le Roi de
Sardaigne , ſi on n'avoit pas eu en vûë la
revendication de la Siléſie ?
N'auroit- on pas dû uſer de lamême pré--
caution pour S. M. P. & dans ce Traité , &
dans le Pro Memoria que la Cour de Vienne
a fait préſenter à la Diéte par le Baron de
Salm le 26 Juin de cette année , aux fins de
réclamer la garantie de l'Empire en faveur
de la Pragmatique Sanction Caroline ?
Les Miniſtres de la Cour de Vienne ont
dit affés ſouvent à la Haye & ailleurs qu'il
n'y avoit point de paix ſolide à eſperer , à
moins que la Reine de Hongrie ne fut reftituée
dans l'entiere poſſeſſion des Etats Héréditaires
de la Maiſon d'Autriche , & que
la ceſſion de la Siléſie ne pouvoit être regardée
comme une obligation durable.
On paſſe enfuite au fecond article.
La Cour de Vienne prétend que les vûës
de S. M. le Roi de Pruffe ne font pas déſintéreſſées
, & qu'il veut s'enrichir des dépoüilles
de S. M. la Reine de Hongrie ; elle
allegue pour preuve un prétendu article ſéparédu
Traité d'Union de Francfort : on
croit qu'il ſuffit de la part de S. M. Pr. de déclarer
que ce prétendu article ſecret eſt une
piéce manifeſtement fauffe & controuvée.
Le Traité d'Union eſt entre les mains de
tout le monde ; il eſt de néceſſité abſoluë
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
que les hauts contractans , dont trois font
des têtes couronnées , d'autres des Electeurs
&Princes de l'Empire , ſcachent ſi le prétendu
article fecret exiſte , & s'il a été ſigné
par eux : on s'en rapporte hardiment à leur
Témoignage .
Le troifiéme article eſt l'examen de la
conduite que S. M. la Reine de Hongrie a
renuë juſqu'à préſent envers l'Empereur ,&
l'Empire.
Les proteſtations de S. M. la Reine de
Hongrie contre l'Election de l'Empereur ,
font le premier objet qui ſe préſente. On
obſerve que le ſuffrage de Bohéme a été rejetté
par l'avis unanime du College Electoral
, ſeul Juge de la conteſtation qui s'étoit
élevée à ce ſujet;que l'on a judicieuſement
réſervé les droits d'un tiers , & qu'ainfi S.
M. la Reine de Hongrie ne peut fur ce prérexte
proteſter contre l'Election de l'Empereur
, ni s'élever contre un Tribunal , dont
les Empereurs de la Maiſon d'Autriche ont
eux-mêmes reconnu l'autorité. S. M. ne répare
rien en offrant de ſe déporter de for
oppofition , moyennant certaines conditions
, & il n'y a point de véritable moderation
à offrir de ſe prêter ſous condition à
des chofes que fon devoir d'Etat de l'Empire
exige nuëment & fans restriction.
On rappelle enſuite le dur traitement fait
3
NOVEMBRE. 1744 127
à la garniſon de Braunau & à d'autres garniſons
Imperiales contre les articles exprès
des Capitulations accordées , les hoftilités
exercées par l'armée Autrichienne il y a
peude mois ſur les territoires neutres , &
même ſous le canon des Places neutres de
l'Empire , le paſſage de cette même armée
par ces mêmes territoires , l'expulfion du
Chef fuprême de l'Empire de tous ſes Erats
Héréditaires , & l'on s'étonne que la Cour
de Vienne prétende malgré ces violences
que l'Empire jouit d'un plein repos & n'eft
point le théatre de la guerre.
S. M. Pr. s'eſt propofé depuis deux ans
pour but principal , ou plutôt unique de
toutes ſes actions , le rétabliſſement de la
Paix dans l'Empire , mais la Cour de Vienne
a été infléxible , & le Comte de Dohna ,
Miniſtre de S. M. Pr. à la Cour de Vienne a
réiteré vainement les plus grands efforts.
S. M. Imp. ayant agréé la médiation de
l'Empire , la Cour de Vienne a décliné ce
parti. On n'a point encore pû faire expliquer
diſtinctement S. M. la Reine de Hongrie&
ſes Alliés ſur des conditions ſtables
& eſſentielles de paix. Les Miniftres de
Vienne ont toujours répondu lorſqu'on les
a preſſés ſur la reſtitution des Etats Héréditaires
de l'Empereur , que s'il vouloit ſe
prêter aux manieres de penſer de la Cour de
Fiiij
128 MERCURE DEFRANCE.
Vienne , il ne feroit ni mieux , ni plus mal
poffeffionné qu'auparavant ; le Miniftere ne
vouloit point entendre parler de la reſtitution
de l'Electorat de Baviere , & laiffort
entendre qu'on feroit à l'Empereur un Etabliſſement
hors de l'Empire , en lui donnant
ou les Deux Siciles , ou les Conquêtes
que l'on prétendoit faire ſur la Couronne
de France. Toutes les réponſes de la Cour
de Vienne ſe bornoient à ces expreffions
obfcures , indemnité pour le paffé ,& fécurité
pour l'avenir , expreſſions qu'on n'a pa
parvenir à lui faire expliquer clairement :
on laiſſoit ſeulement entendre qu'indépendamment
de la rétention des Etats de Baviere
, on jettoit principalement ſes regards
ſur l'Election d'un Roi des Romains , telle
qu'elle dût tomber ou fur le jeune Archiduc
ou ſur le Grand Duc de Tofcane , & qu'on
laiſſeroit à l'Empereur la Dignité Imperiale
pendant ſa vie , mais que la Régence Imp.
s'établiroit à Vienne chés le Roi des Romains,&
qu'à cette fin leConſeil Aulique,&
la Chancellerie Imperiale y retourneroient.
: Le miniſtere de Vienne s'eſt encore plus
évidemment découvert par rapport à fes
deſſeins fur la guerre qu'il veut faire intenter
par l'Empire à la Couronne de France.
On a pofé cette guerre comme une conditionfine
quâ non de la réconciliation avec
NOVEMBRE . 1744 . 129
l'Empereur. Cependant on ſçait que de pareilles
guerres entrepriſes dans le dernier
frécle , uniquement pour les intérêts de la
Maiſon d'Autriche , ont fait à la Patrie Germanique
des playes qui ſaignent encore , &
que les cercles antérieurs ſe voyent ſur le
bord de leur ruine , ſi ce projet a lieu.
Dans ces circonstances , S. M. Pr. ne pouvoit
fans manquer à ce qu'elle doit à l'Empire
& à elle-même , ſe diſpenſer d'employer
les forces que Dieu lui a miſes en
main à la défenſede la Patrie , & au maintien
inalterable des Conſtitutions & des Libertés
de l'Empire. S. M. Pr. eſt trop perfuadée
de la magnanimité & de l'équité des
fentimens de S. M. la Reine de Hongrie ;
elle a une trop haute eſtime de ſa perſonne
&de ſes éminentes qualités , pour vouloir
bui imputer des deſſeins ſi pernicieux ; elle
les prend plûtôt pour les fuggeſtions d'un
mauvais Confeil , à qui il importe beaucoup
moins de veiller aux avantages de leur
Souveraine , que de ne pas voir triompher
ledeſpotiſme exercé juſqu'à préſent ſur les
Etats de l'Empire , ſous les aufpices des Empereurs
de la Maiſon d'Autriche. Au furplus
S. M. Pr. eſt prête à contribuer avec
plaifir à la proſpérité de cette Maiſon , en
tout ce qui ne bleſſera point la Juſtice , la
Liberté de l'Empire , & fa propre sûreté
Fy
2
-
130 MERCURE DE FRANCE.
&elle ne perd point l'eſperance que S. M. la
Reine de Hongrie reconnoîtra enfin la Dignité
de l'Empereur , & lui donnera une
fatisfaction entiere ſur tous ſes droits , qui
font ſi bien fondés .
des motifs & imputations peu felides .
contenus dans la réponſe de la Cour de Vienne
à la Déclaration faite par le Ministre de
Pruffe le Comte de Dohna , à Francfort le
2 Octobre 1744 .
L'Objet de la réponſe de la Cour de Vienne étoit de montrer , 1 ° . » qu'on
» n'a pû paſſer aux meſures priſes préſente-
» ment par S. M. le Roi de Pruſſe , ſans vio-
» ler le Traité de Paix de Breſlau , & que
>> parconféquent la Paix ſe trouve rompuë
>> pour la troifiéme fois avec S. M. la Reine
>> de Hongrie. 2 °. Que les deſſeins de S. M.
» le Roi de Pruſſe n'étoient pas ſi déſintéreſ-
> ſés qu'on le prétend de ſa part , mais qu'ils
• tendoient à faire des conquêtes ſur S. M.
>> la Reine de Hongrie. 3 °. Que toute la
» conduite que la Cour de Vienne a tenuë
>>jufqu'ici à l'égard de l'Empereur , de
» l'Empire & de ſon ſyſteme , & le refus
» qu'elle a fait paroître de donner les mains
> àun accommodement raiſonnable , con-
>> forme aux Conſtitutions de l'Empire , ne
>> contenoient rien dont on ne pût ſe juſtifier.
Ce
NOVEMBRE. 1211 1744.
: Ce ſont ces trois ſuppoſitions que l'Ecrit
en queſtion ſe propoſe de détruire.
A l'égard du premier article , on obſerve
que pour dire que la Paix a été trois fois
rompuë , il faut ſuppoſer qu'il y a eu deux
Traités de Paix : or on ne connoît point
d'autres Traités que celui dont les préliminaires
ont été ſignés le 11 Juin 1742 à
Breflau , & qui peu de tems après eſt parvenu
à ſa perfection par le Traité définitif
conclu à Berlin le 28 Juillet de la même
année.
C'eſt ſans raiſon que la Cour de Vienne
veut faire regarder comme un Traité de
Paix ce qui ſe paſſa en Octobre 1741 au
Château de Kleinfchnellendorff , & qu'elle
donne le nom de Convention de Kleinfchnellendorff
à l'Acte qui fut remis alors
par le Lord Hindfort, Miniſtre Plénipotentiaire
de la Grande Bretagne. On obferve
que de ſemblables arrêtés n'ont de force
qu'après qu'ils ont été ſignés par les Miniftres
reſpectifs munis de pleins pouvoirs ,
&qu'ils ont été ratifiés par les hauts contractans
. L'Ecrit de Kleinfchnellendorff n'a
aucune de ces qualités , le contenu de cette
piéce montre que les conférences tenuës
alors n'étoient que des pourparlers préparatoires
à la négociation de la Paix : il eſt
même exprimé par l'article 7 que l'ouvra-
11. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
ge définitif de la Paix étoit differé àdeux
mois de- là , & on faiſoit entendre qu'on
travailleroit pendant l'hyver à la Paix générale
, mais ni l'un ni l'autre de ces points
n'ayant été exécutés , comment peut- on appeller
Traité de Paix ou Convention préliminaire
de ſimples pourparlers qui n'ont
point eu de ſuite ? On ajoute que dans le
tems où la Cour de Vienne s'efforçoit de
peindre avec les couleurs les plus odieuſes
les opérations de S. M. le Roi de Pruſſe ,
elle ne s'eſt jamais prévalu de cette prétenduë
Convention de Kleinfchnellendorff
&qu'il n'en a été fait aucune mention lors
des conférences qui ont précédé le Traité
de Breflau. On prouve enſuite que les démarches
de S. M. le Roi de Pruſſe tendantes
au ſoûtien de l'Empire & de l'Empereur ,
ne portent aucune atteinte au Traité de
Breſlau.
,
Il eſt notoire que ce Traité a pour objet
lacompofition entiere de tous les differends
qui régnoient entre les parties contractanres
; il n'y eſt pas fait la moindre mention
des affaires de l'Empire , cependant les deux
Puiflances contractantes ſont des Etats conſiderables
de l'Empire , & l'on ne peut préfumer
d'eux qu'ils voudront jamais perdre
de vûë ce qu'ils doivent à l'Empire , ni en-*
treprendre rien contre la dignité & l'autoNOVEMBRE.
1744. 125
rité du Chef ſuprême , ou qui tende à brifer
le lien ſacré qui eſt entre le Chef & fes
Membres. Ainſi quand ils s'engagent, comme
il eſt arrivé par le Traité de Breflau ,
d'entretenir une amitié indiſſoluble , de
n'exercer aucune hoftilité,&c.il eſt clair que
cet engagement ne peut aller plus loin que
ne le permettent les devoirs communs ; s'il
arrive de la part de l'un des deux quelque
choſe qui ſoit contraire à ces devoirs , l'illégalité
de l'entrepriſe diſſout le noeud par le
quel ils font unis , & l'autre eſt non-feulement
en liberté , mais même dans l'obligation
de fatisfaire aux devoirs que lui impoſe
la qualité d'Etat de l'Empire , devoirs plus
naturels & plus anciens que nul autre , &
qui doivent l'emporter ſur tous les engagemens
poſtérieurs & volontaires.
Tant que S. M. Pr. a pû regarder les entrepriſes
de S. M. la Reine de Hongrie comme
des ſuites de la guerre qui eſt entre elle
& S. M. Imp. elle eſt reſtée tranquille, mais
lorſqu'elle a vû que la Cour de Vienne enflée
de ſes premiers ſuccès méditoit l'oppreſſion
de l'Empire , il lui a été impoflible
de voir ces mouvemens d'un oeil indifferent
: après avoir averti la Cour de Vienne
d'ufer de plus de moderation , après lui
avoir fait connoître nettement que S. M.
ainſi que d'autres Electeurs & Princes de
Fij
124 MERCURE DEFRANCE.
P'Empire ne pouvoient conniver à l'oppref
fion du Chef & des Membres de l'Empire , &
qu'ils feroient forcés de prendre des meſures
rigoureuſes , déſagréables à lad. Cour ,
S. M. Pr . a été forcée de prendre les réſolutions
exprimées dans le fameux Exposé des
Motifs.
On peut dire avec plus de juſtice que la
Cour de Vienne elle-même , tant publiquement
que fecrettement , a pris de longuemain
toutes fortes de meſures pour énerver
la diſpoſition du Traité de Breſlau. On ſçait
que fon deſſein a toujours été de tomber ſur
la Siléſie , auſſi- tôt qu'elle auroit achevé ſes
expéditions contre l'Empereur & la Couronne
de France,
On eſt nanti à ce ſujet de notices particulieres,
que l'on fupprime par certains égards.
Les deſſeins de la Cour de Vienne ont fuffifamment
éclaté par le Traité de Worms , à
Poccafion duquel on s'eſt aſſes nettement
déclaré de la part de la Grande Bretagne
qu'on étoit dans l'intention de le mettre
pour baſe des négociations de la Paix générale.
Aquelle fin S. M. la Reine de Hongrie
ſe ſeroit- elle fait garantir par les parties
contractantes non ſeulement les Pays
qu'elle poffede aujourd'hui , mais auſſi ceux
qu'elle devoit poſſeder en vertu des Traités
détaillés dans le fecond article , excepté ſeus
د
-
NOVEMBRE. 1744. 125
lement les ceffions faites à S. M. le Roi de
Sardaigne , ſi on n'avoit pas eu en vûë la
revendication de la Siléſie ?
N'auroit- on pas dû uſer de lamême pré--
caution pour S. M. P. & dans ce Traité , &
dans le Pro Memoria que la Cour de Vienne
a fait préſenter à la Diéte par le Baron de
Salm le 26 Juin de cette année , aux fins de
réclamer la garantie de l'Empire en faveur
de la Pragmatique Sanction Caroline ?
Les Miniſtres de la Cour de Vienne ont
dit affés ſouvent à la Haye & ailleurs qu'il
n'y avoit point de paix ſolide à eſperer , à
moins que la Reine de Hongrie ne fut reftituée
dans l'entiere poſſeſſion des Etats Héréditaires
de la Maiſon d'Autriche , & que
la ceſſion de la Siléſie ne pouvoit être regardée
comme une obligation durable.
On paſſe enfuite au fecond article.
La Cour de Vienne prétend que les vûës
de S. M. le Roi de Pruffe ne font pas déſintéreſſées
, & qu'il veut s'enrichir des dépoüilles
de S. M. la Reine de Hongrie ; elle
allegue pour preuve un prétendu article ſéparédu
Traité d'Union de Francfort : on
croit qu'il ſuffit de la part de S. M. Pr. de déclarer
que ce prétendu article ſecret eſt une
piéce manifeſtement fauffe & controuvée.
Le Traité d'Union eſt entre les mains de
tout le monde ; il eſt de néceſſité abſoluë
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
que les hauts contractans , dont trois font
des têtes couronnées , d'autres des Electeurs
&Princes de l'Empire , ſcachent ſi le prétendu
article fecret exiſte , & s'il a été ſigné
par eux : on s'en rapporte hardiment à leur
Témoignage .
Le troifiéme article eſt l'examen de la
conduite que S. M. la Reine de Hongrie a
renuë juſqu'à préſent envers l'Empereur ,&
l'Empire.
Les proteſtations de S. M. la Reine de
Hongrie contre l'Election de l'Empereur ,
font le premier objet qui ſe préſente. On
obſerve que le ſuffrage de Bohéme a été rejetté
par l'avis unanime du College Electoral
, ſeul Juge de la conteſtation qui s'étoit
élevée à ce ſujet;que l'on a judicieuſement
réſervé les droits d'un tiers , & qu'ainfi S.
M. la Reine de Hongrie ne peut fur ce prérexte
proteſter contre l'Election de l'Empereur
, ni s'élever contre un Tribunal , dont
les Empereurs de la Maiſon d'Autriche ont
eux-mêmes reconnu l'autorité. S. M. ne répare
rien en offrant de ſe déporter de for
oppofition , moyennant certaines conditions
, & il n'y a point de véritable moderation
à offrir de ſe prêter ſous condition à
des chofes que fon devoir d'Etat de l'Empire
exige nuëment & fans restriction.
On rappelle enſuite le dur traitement fait
3
NOVEMBRE. 1744 127
à la garniſon de Braunau & à d'autres garniſons
Imperiales contre les articles exprès
des Capitulations accordées , les hoftilités
exercées par l'armée Autrichienne il y a
peude mois ſur les territoires neutres , &
même ſous le canon des Places neutres de
l'Empire , le paſſage de cette même armée
par ces mêmes territoires , l'expulfion du
Chef fuprême de l'Empire de tous ſes Erats
Héréditaires , & l'on s'étonne que la Cour
de Vienne prétende malgré ces violences
que l'Empire jouit d'un plein repos & n'eft
point le théatre de la guerre.
S. M. Pr. s'eſt propofé depuis deux ans
pour but principal , ou plutôt unique de
toutes ſes actions , le rétabliſſement de la
Paix dans l'Empire , mais la Cour de Vienne
a été infléxible , & le Comte de Dohna ,
Miniſtre de S. M. Pr. à la Cour de Vienne a
réiteré vainement les plus grands efforts.
S. M. Imp. ayant agréé la médiation de
l'Empire , la Cour de Vienne a décliné ce
parti. On n'a point encore pû faire expliquer
diſtinctement S. M. la Reine de Hongrie&
ſes Alliés ſur des conditions ſtables
& eſſentielles de paix. Les Miniftres de
Vienne ont toujours répondu lorſqu'on les
a preſſés ſur la reſtitution des Etats Héréditaires
de l'Empereur , que s'il vouloit ſe
prêter aux manieres de penſer de la Cour de
Fiiij
128 MERCURE DEFRANCE.
Vienne , il ne feroit ni mieux , ni plus mal
poffeffionné qu'auparavant ; le Miniftere ne
vouloit point entendre parler de la reſtitution
de l'Electorat de Baviere , & laiffort
entendre qu'on feroit à l'Empereur un Etabliſſement
hors de l'Empire , en lui donnant
ou les Deux Siciles , ou les Conquêtes
que l'on prétendoit faire ſur la Couronne
de France. Toutes les réponſes de la Cour
de Vienne ſe bornoient à ces expreffions
obfcures , indemnité pour le paffé ,& fécurité
pour l'avenir , expreſſions qu'on n'a pa
parvenir à lui faire expliquer clairement :
on laiſſoit ſeulement entendre qu'indépendamment
de la rétention des Etats de Baviere
, on jettoit principalement ſes regards
ſur l'Election d'un Roi des Romains , telle
qu'elle dût tomber ou fur le jeune Archiduc
ou ſur le Grand Duc de Tofcane , & qu'on
laiſſeroit à l'Empereur la Dignité Imperiale
pendant ſa vie , mais que la Régence Imp.
s'établiroit à Vienne chés le Roi des Romains,&
qu'à cette fin leConſeil Aulique,&
la Chancellerie Imperiale y retourneroient.
: Le miniſtere de Vienne s'eſt encore plus
évidemment découvert par rapport à fes
deſſeins fur la guerre qu'il veut faire intenter
par l'Empire à la Couronne de France.
On a pofé cette guerre comme une conditionfine
quâ non de la réconciliation avec
NOVEMBRE . 1744 . 129
l'Empereur. Cependant on ſçait que de pareilles
guerres entrepriſes dans le dernier
frécle , uniquement pour les intérêts de la
Maiſon d'Autriche , ont fait à la Patrie Germanique
des playes qui ſaignent encore , &
que les cercles antérieurs ſe voyent ſur le
bord de leur ruine , ſi ce projet a lieu.
Dans ces circonstances , S. M. Pr. ne pouvoit
fans manquer à ce qu'elle doit à l'Empire
& à elle-même , ſe diſpenſer d'employer
les forces que Dieu lui a miſes en
main à la défenſede la Patrie , & au maintien
inalterable des Conſtitutions & des Libertés
de l'Empire. S. M. Pr. eſt trop perfuadée
de la magnanimité & de l'équité des
fentimens de S. M. la Reine de Hongrie ;
elle a une trop haute eſtime de ſa perſonne
&de ſes éminentes qualités , pour vouloir
bui imputer des deſſeins ſi pernicieux ; elle
les prend plûtôt pour les fuggeſtions d'un
mauvais Confeil , à qui il importe beaucoup
moins de veiller aux avantages de leur
Souveraine , que de ne pas voir triompher
ledeſpotiſme exercé juſqu'à préſent ſur les
Etats de l'Empire , ſous les aufpices des Empereurs
de la Maiſon d'Autriche. Au furplus
S. M. Pr. eſt prête à contribuer avec
plaifir à la proſpérité de cette Maiſon , en
tout ce qui ne bleſſera point la Juſtice , la
Liberté de l'Empire , & fa propre sûreté
Fy
2
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130 MERCURE DE FRANCE.
&elle ne perd point l'eſperance que S. M. la
Reine de Hongrie reconnoîtra enfin la Dignité
de l'Empereur , & lui donnera une
fatisfaction entiere ſur tous ſes droits , qui
font ſi bien fondés .
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Résumé : EXTRAIT d'un Ecrit, intitulé : Réfutation des motifs & imputations peu solides, contenus dans la réponse de la Cour de Vienne à la Déclaration faite par le Ministre de Prusse le Comte de Dohna, à Francfort, le 2 Octobre 1744.
Le document 'Réfutation des motifs & imputations peu fidèles' répond aux accusations de la Cour de Vienne contre le Roi de Prusse, qui l'accusait de violer le Traité de Paix de Breslau et de visées expansionnistes. Le texte réfute ces accusations en trois points principaux : il nie l'existence de traités antérieurs à celui de Breslau, affirme que les actions prussiennes soutenaient l'Empire et l'Empereur, et accuse la Cour de Vienne de préparer des mesures pour affaiblir le Traité de Breslau et viser la Silésie. En novembre 1744, la Reine de Hongrie, Marie-Thérèse, cherchait à garantir ses possessions, notamment la Silésie. La Cour de Vienne insistait sur la restitution des États héréditaires de la Maison d'Autriche et rejetait la cession de la Silésie. Elle accusait également le Roi de Prusse de vouloir s'enrichir à ses dépens, en se basant sur un prétendu article secret du Traité d'Union de Francfort, dénoncé par la Prusse comme faux. La Prusse, sous l'impulsion du Comte de Dohna, tenta de rétablir la paix dans l'Empire face à l'inflexibilité de la Cour de Vienne. Cette dernière refusait la médiation de l'Empire et n'avait pas clairement défini les conditions de paix. La Cour de Vienne envisageait une guerre contre la France comme condition de réconciliation avec l'Empereur, malgré les conséquences négatives pour la Patrie germanique. Le texte souligne les tensions au sein de l'Empire germanique, où les actions de la Maison d'Autriche menaçaient la stabilité. La Prusse se sentait obligée de défendre la patrie et de maintenir les constitutions et libertés de l'Empire. Elle exprimait son admiration pour la Reine de Hongrie mais attribuait les projets pernicieux à de mauvais conseillers. La Prusse était prête à soutenir la Maison d'Autriche sans compromettre la justice, la liberté impériale et sa propre sécurité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5548
p. 130
Explication de l'Enigme & du Logogryphe de Novembre, premier Volume, [titre d'après la table]
Début :
M. Guillemeau Bourgeois de Troyes, nous a écrit qu'il avoit expliqué l'Enigme [...]
Mots clefs :
Rien, Niche, Triangle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Explication de l'Enigme & du Logogryphe de Novembre, premier Volume, [titre d'après la table]
M. Guillemeau Bourgeois de Troyes ,
nous a écrit qu'il avoit expliqué l'Enigme
par le mot rien , & le premier Logogryphe
par niche, où l'on trouve auffi chen & Chine.
Nous rétabliſſons avec plaifir l'ancien
uſage d'inférer dans ce Journal les noms de
ceux qui devinent les Enigmes & les Logogryphes
, & nous nous ferons toujours un
devoir de rendre un témoignage public à
leur fagacité. M. Guillemeau avoue qu'il n'a
pû deviner le ſecond Logogryphe , on a
dû l'expliquer par le mot triangle , on ſçait
qu'un triangle eſt la moitié d'un quarré de
même baſe & de même hauteur , au reſte
on trouve dans ce mor gare , tare , gré,grate
rite , rat&ane.
nous a écrit qu'il avoit expliqué l'Enigme
par le mot rien , & le premier Logogryphe
par niche, où l'on trouve auffi chen & Chine.
Nous rétabliſſons avec plaifir l'ancien
uſage d'inférer dans ce Journal les noms de
ceux qui devinent les Enigmes & les Logogryphes
, & nous nous ferons toujours un
devoir de rendre un témoignage public à
leur fagacité. M. Guillemeau avoue qu'il n'a
pû deviner le ſecond Logogryphe , on a
dû l'expliquer par le mot triangle , on ſçait
qu'un triangle eſt la moitié d'un quarré de
même baſe & de même hauteur , au reſte
on trouve dans ce mor gare , tare , gré,grate
rite , rat&ane.
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Résumé : Explication de l'Enigme & du Logogryphe de Novembre, premier Volume, [titre d'après la table]
M. Guillemeau, bourgeois de Troyes, a résolu une énigme par 'rien' et un logogryphe par 'niche'. Le journal publiera désormais les noms des résolveurs. Le second logogryphe, 'triangle', signifie la moitié d'un carré de même base et hauteur. Ce mot contient 'gare', 'tare', 'gré', 'grate', 'rite' et 'rat'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5549
p. 131
ENIGME.
Début :
Je n'ai que des plumes légeres, [...]
Mots clefs :
Lit de plume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIG ME.
E n'ai que des plumes légeres ,
Dans les airs cependant je ne vôle jamais ;
J'aime l'ombre , non pas fur de vertes fougeres ,
A l'abri d'un bocage frais .
Des corpspéſans , qui n'ont que de la laine ,
Preſque toujours ſont au- deſſus de moi .
Pour me rendre plus propre à remplir mon emploi
Un bâton chaque jour le long de la fontaine
Sur mon vêtement ſe promene.
On me voit toujours me cacher
Dans la retraite & le filence ;
Cependant l'humble Pénitence
Me fuit , bien loin de me chercher.
E n'ai que des plumes légeres ,
Dans les airs cependant je ne vôle jamais ;
J'aime l'ombre , non pas fur de vertes fougeres ,
A l'abri d'un bocage frais .
Des corpspéſans , qui n'ont que de la laine ,
Preſque toujours ſont au- deſſus de moi .
Pour me rendre plus propre à remplir mon emploi
Un bâton chaque jour le long de la fontaine
Sur mon vêtement ſe promene.
On me voit toujours me cacher
Dans la retraite & le filence ;
Cependant l'humble Pénitence
Me fuit , bien loin de me chercher.
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5550
p. 131-132
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis vive, je suis legere ; [...]
Mots clefs :
Camargo
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
JE ſuis vive , je fuis legere;
Lemouvement qui croît redouble mes appas ;
Toutà la fois je ſurprens & ſçais plaire :
'A ce portrait , lecteur ne me connois tu pas
De mes trois parts retranchez la derniere ,
Alors je porte le renom
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
De ne ſentir nullement bon .
Du tout ôtez le Chef, on peut me mettre enCage,
Mais remarquez un changement nouveau ;
Coupez la tête à cet Oiſeau ,
Je deviens dans l'inſtant un Poliſſon langage ;
Mon commencement & ma fin
Servent à rehauffer ma gloire ,
Car l'un renferme un Puiſſant Souverain ,
L'autre , un Peuple guerrier , renommé dans l'Hif-
toire.
JE ſuis vive , je fuis legere;
Lemouvement qui croît redouble mes appas ;
Toutà la fois je ſurprens & ſçais plaire :
'A ce portrait , lecteur ne me connois tu pas
De mes trois parts retranchez la derniere ,
Alors je porte le renom
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
De ne ſentir nullement bon .
Du tout ôtez le Chef, on peut me mettre enCage,
Mais remarquez un changement nouveau ;
Coupez la tête à cet Oiſeau ,
Je deviens dans l'inſtant un Poliſſon langage ;
Mon commencement & ma fin
Servent à rehauffer ma gloire ,
Car l'un renferme un Puiſſant Souverain ,
L'autre , un Peuple guerrier , renommé dans l'Hif-
toire.
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