EXPERIENCES DE PHYSIQUE.
J
Eme ferois bien gardé , Monfieur , de
vous envoyer cette petite découverte ,
ſi des perſonnes très verſées dans les matiéres
Phyſiques , ne m'en euffent affûré la
nouveauté , & fi je n'avois moi-même vifité
la plupart des Auteurs. Le Journal de
Verdun nous a fourni en l'année 1743
deux différentes explications fur la même
mariére; je ſerois plus que fatisfait s'il vouloit
auſſi nous produire ſelon ces ſyſtêmes
la raiſon à toutes les remarques que j'ai
T'honneur de vous propoſer .
La premiere remarque que j'ai faite , eſt
que ſi on tient une larme entre les doigts ,
&qu'on en applique un à l'extrêmité du
gros bout , on fent contre ce doigt la plus
grande impulfion .
2°. Si on fait chauffer à une chandelle le
gros bout de la larme , & qu'enfuite on
rompe le crochet , la queue ſe briſfe totalement
, & le gros bout reſte entier dans la
main.
3º. Si on fait chauffer une larme autant
qu'il faut pour lui faire perdre ſa vertu , il
ne paroît ni plus ni moins de pores , ils pa
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
roiſſent même de la même grandeur, ce qui
eſt contraire à ce qu'ont dit la plupart des
Phyſiciens. (a)
4°. Si on fait chauffer une larme envi
ronun demi-quart d'heure , on peut en
rompre la queuë cinq ou fix fois , ſans
qu'on puiſſe s'appercevoir de quelque effet
particulier , mais ſi on la rompt vers le gros
bout , où il paroît de grands vuides , la larme
ſe brife totalement.
59. Ceux qui montrent le plus de curiofité
de connoître la nature de cette larme ,
(b) diſent avoir fait ronger avec de la poudre
d'Emery , une larme qui ayant été rongée
à la profondeur d'environ une ligne ,
fut réduite en poudre ; ils diſent de plus
que ſi on veut ronger une larme ſans qu'elle
ſe briſe , il faut faire une pâte de poudre
d'Emery & d'Huile; cependant j'en ai fait
ronger une avec la ſeule poudre d'Emery
le plus bruſquement que j'ai pû , à la profondeur
d'environ quatre lignes, ſans qu'elle
ſe ſoit brifée .
6°. J'ai mis une larme dans un pot plein
d'eau , que j'ai fait bouillir un jour entier
&la larme a conſervé ſa vertu .
On trouvera encore que la larme eſt un
(a) Mrs Mariote & Rohault.
(b, Mrs Mariote & Rohault , &c,
NOVEMBRE. 1744. 33
moyen affûré pour connoître la péſanteur
reſpective des liqueurs.
1º . J'ai caffé une larme dans un gobelet
plein d'eau , environné d'air , & le gobelet
s'eſt diviſé en pluſieurs parties : ſi le gobelet
eſt plein d'air , il arrive le contraire.
2°. J'ai caffé une larme dans un gobelet
plein d'eau , environné de vin , à la même
hauteur, & le gobelet s'eſt fendu ſans ſe diviſer
totalement : fi la hauteur du vin eſt
moindre , le gobelet fe rompra en pluſieurs
parties ; ſi le vin & l'eau font en raiſon réciproque
de hauteur & de poids , le gobelet
ne ſera ni fendu ni brife.
3º. J'ai caffé une larme dans ungobelet
pleinde mercure , environné d'air , & le
gobelet ne reçoit aucun dommage , mais la
Iarme remonte ſur le mercure, toute percée
de la matiere qui a paſſé au travers , ſans en
pouvoir écarter les parties.
Je fuis ,&c .
Barriere
A Bordeaux chés M. Charretier , ruë S.
James , ce 30 Octobre 1744 .