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1
p. 194-200
Arc de Triomphe, [titre d'après la table]
Début :
Les Ambassadeurs entrerent ensuite dans le Bosquet de l'Arc [...]
Mots clefs :
Arc de triomphe, Eau, Jets d'eau, Bassins, Portiques, Degrés, Scabellons, Ornements, André Le Nôtre
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texteReconnaissance textuelle : Arc de Triomphe, [titre d'après la table]
Les Ambaſſadeurs entre
188 Suite du Voyage
rent enſuitte dans le Boſquet
de l'Arc de Triomphe. Il a esté
ainſi nommé parce que le
fond en repreſente un. Il a
trois Portiques.Au deſſus de
ces Portiques , ſont ſept Bafſins
, d'où s'élevent autant de
jets d'eau. Ces baſſins eſtant
remplis de l'eau que leur
fourniffent ces jets cette
eau retombe dans pluſieurs
autres baſſins qui font des
deux coſtés , ce qui forme
pluſieurs napes d'eau. Dans
le milieu de trois portiques ,
font trois jets , qui eftant
dans des baſſins élevez ; for-
,
ment encore autant de napes
.
des Amb. de Siam.
189
que
ue
pes. On monte à ces Portiat
ques par plufieurs degrez , &
ces degrez font tous remplis
de jets , dont l'eau retombe
dans un grand baffins quieft
th au bas. Aux deux coſtez de
det Arc de Triomphe , il y a
dh deux Obelifques entre deux
Piedeſtaux en maniere de
« Scabellons , & fur ces Scabelons
, font des baſſins , d'où
fortent des jets d'eau. On
for voit enfuite en retour
, &
Dde chaque côté , deux maqk
nieres de Pyramides élevées,
e d'un grand nombre de degrez
, & au deſſus un quarré
e d'eau , d'où pluſieurs jets for
Q
190 Suite du Voyage
tent. Aux deux côtez de ces
Pyramides font encore deux
Scabelons avec des Baffins &
des jets d'eau. Enſuite on
voit deux autres Obeliſques ,
fçavoir un de chaque côtez ,
leſquels ſe trouvent encore
chacun entre deux Scabelons,,
avec des ornemens , des Baffins
,& des jets pareils à ceux
des autres. Voila ce qui occupe
le fond & les deuxai
les de ce Boſquet. Quant à la
quatriéme face , qui eſt celle
qui regarde l'Arc de Triomphe,
elle ne laiſſe pas d'eſtre
auſſi remplie de beaucoup
d'ornemens, quoyqu'unepar
desAmb. de Siam. اوآ
لاث
3
tie en ſoit occupée pour fervir
d'entré à ce lieu. Il y a
des deux côtez des Pić-
( deſtaux avec des baffins , des
cafcades & des Figures qui
marquent les Triomphes de
la France. Quelque exacte
deſcription que je vienne de
faire de toutes ces chofes, il
* eft impoffible qu'on puifle
concevoir ſeulement la moitié
des beautez qu'elles renferment
, à moins qu'on ne
ſcache qu'outre les marbres
fort delicatement travaillez,
qui portent tant de differens
morceaux , la plupart de ces
morceaux , comme les Obe
Qij
191 Suite du Voyage
2
liſques & autres ouvrages
ſemblables , ſont faits de
bronze doré ; mais qu'il n'y
entre de cette matiere que
ce qu'il en faut pour former
le corps de ce qu'on veut
qu'elle repreſente ; de forte
qu'il y reſte beaucoup d'endroits
vuides , leſquels eftant
remplis par l'eau qui en s'é
levant vient occuper la place
de ces vuides , paroiffent
comme autant d'ouvrages de
cristal , enrichis de quantité
d'ornemens où l'or n'eſt pas
épargné par 3
Ce lieu eft du deſſein de
Mr le Noftre , dont le merdes
Amb. de Siam.
193
veilleux genie pour tout ce
qui regarde le lardinage , à
beaucoup contribué aux embelliſſemens
de la plupart des
Boſquets de Verſailles.
188 Suite du Voyage
rent enſuitte dans le Boſquet
de l'Arc de Triomphe. Il a esté
ainſi nommé parce que le
fond en repreſente un. Il a
trois Portiques.Au deſſus de
ces Portiques , ſont ſept Bafſins
, d'où s'élevent autant de
jets d'eau. Ces baſſins eſtant
remplis de l'eau que leur
fourniffent ces jets cette
eau retombe dans pluſieurs
autres baſſins qui font des
deux coſtés , ce qui forme
pluſieurs napes d'eau. Dans
le milieu de trois portiques ,
font trois jets , qui eftant
dans des baſſins élevez ; for-
,
ment encore autant de napes
.
des Amb. de Siam.
189
que
ue
pes. On monte à ces Portiat
ques par plufieurs degrez , &
ces degrez font tous remplis
de jets , dont l'eau retombe
dans un grand baffins quieft
th au bas. Aux deux coſtez de
det Arc de Triomphe , il y a
dh deux Obelifques entre deux
Piedeſtaux en maniere de
« Scabellons , & fur ces Scabelons
, font des baſſins , d'où
fortent des jets d'eau. On
for voit enfuite en retour
, &
Dde chaque côté , deux maqk
nieres de Pyramides élevées,
e d'un grand nombre de degrez
, & au deſſus un quarré
e d'eau , d'où pluſieurs jets for
Q
190 Suite du Voyage
tent. Aux deux côtez de ces
Pyramides font encore deux
Scabelons avec des Baffins &
des jets d'eau. Enſuite on
voit deux autres Obeliſques ,
fçavoir un de chaque côtez ,
leſquels ſe trouvent encore
chacun entre deux Scabelons,,
avec des ornemens , des Baffins
,& des jets pareils à ceux
des autres. Voila ce qui occupe
le fond & les deuxai
les de ce Boſquet. Quant à la
quatriéme face , qui eſt celle
qui regarde l'Arc de Triomphe,
elle ne laiſſe pas d'eſtre
auſſi remplie de beaucoup
d'ornemens, quoyqu'unepar
desAmb. de Siam. اوآ
لاث
3
tie en ſoit occupée pour fervir
d'entré à ce lieu. Il y a
des deux côtez des Pić-
( deſtaux avec des baffins , des
cafcades & des Figures qui
marquent les Triomphes de
la France. Quelque exacte
deſcription que je vienne de
faire de toutes ces chofes, il
* eft impoffible qu'on puifle
concevoir ſeulement la moitié
des beautez qu'elles renferment
, à moins qu'on ne
ſcache qu'outre les marbres
fort delicatement travaillez,
qui portent tant de differens
morceaux , la plupart de ces
morceaux , comme les Obe
Qij
191 Suite du Voyage
2
liſques & autres ouvrages
ſemblables , ſont faits de
bronze doré ; mais qu'il n'y
entre de cette matiere que
ce qu'il en faut pour former
le corps de ce qu'on veut
qu'elle repreſente ; de forte
qu'il y reſte beaucoup d'endroits
vuides , leſquels eftant
remplis par l'eau qui en s'é
levant vient occuper la place
de ces vuides , paroiffent
comme autant d'ouvrages de
cristal , enrichis de quantité
d'ornemens où l'or n'eſt pas
épargné par 3
Ce lieu eft du deſſein de
Mr le Noftre , dont le merdes
Amb. de Siam.
193
veilleux genie pour tout ce
qui regarde le lardinage , à
beaucoup contribué aux embelliſſemens
de la plupart des
Boſquets de Verſailles.
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Résumé : Arc de Triomphe, [titre d'après la table]
Le texte relate la visite des Ambassadeurs de Siam dans le Bosquet de l'Arc de Triomphe à Versailles. Ce bosquet, nommé ainsi en raison de sa représentation d'un arc de triomphe, comprend trois portiques surmontés de sept bassins avec des jets d'eau. L'eau retombe dans des bassins latéraux, formant plusieurs napes. Au centre des portiques, trois jets d'eau s'élèvent de bassins surélevés. L'accès aux portiques se fait par des escaliers remplis de jets d'eau retombant dans un grand bassin en bas. De chaque côté de l'arc de triomphe, deux obélisques sont placés entre des piédestaux ornés de bassins et de jets d'eau. Deux pyramides avec des degrés et un carré d'eau d'où sortent plusieurs jets sont également présentes, accompagnées de piédestaux avec des bassins et des jets d'eau. Deux obélisques supplémentaires complètent le décor. La quatrième face du bosquet, tournée vers l'arc de triomphe, est richement ornée avec des piédestaux, des cascades et des figures marquant les triomphes de la France. La beauté des lieux est soulignée par les marbres délicatement travaillés et les ouvrages en bronze doré, imitant le cristal et enrichis d'ornements en or. Ce bosquet est l'œuvre de Monsieur Le Nôtre, célèbre pour son génie en matière de jardinage et son apport aux embellissements des bosquets de Versailles.
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2
p. 297-308
Grand Escalier, [titre d'après la table]
Début :
Ils virent le mesme jour le grand Escalier de Versailles, [...]
Mots clefs :
Grand escalier, Marbre, Ornements, Degrés, Bronze, Escalier, Roi, Figures, Galeries, Monde, Paliers, Sculpture, Nations, Arcades, Pilastres, Charles Le Brun, Pierre Mignard
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texteReconnaissance textuelle : Grand Escalier, [titre d'après la table]
Ils virent le meſme jour le
grand Eſcalier de Verſailles ,
qui fait tant de bruit dans le
monde, & qui peut eſtre comparé
au plus bel Apartement
qu'il y ait fur la terre , fi toutefois
il s'en peut trouver un
auſſi riche.Cet Eſcalier a onze
toiſes de long fur cinq de large
, dans lesquelles largeurs
font compris les degrez d'en
bas , & celles des rampes.
On entre par trois Arca
des de face , dans un Veſti
bule de 39 pieds de large, fur
r3 de profondeur,dont le bas
eſt à compartiment de mar
bre ,& la Voûte d'ornemens,
Aa
286 Suite du Voyage
&trophées en Bas- relief do
ré.
On monte par trois degrez
, & trois arcades opposées
ſur le premier palier , large
de 55. pieds , & fur la profondeur
large de 18. Il eſt revétu
tout autour , comme le
bas , de compartimens de
marbre . En face de ces trois
Arcades , il y a un Eſcalier à
pans , d'onze degrez de marbre.
Le palier de deſſus eft
d'onze degrez en quarré.
-Dans la face & l'épaiffeur
du mur , eſt une niche ſurbaiflée
, & dedans un Baffin
de Marbre , foutenu de DauF
$ des Amb. de Siam. 287
phins de bronze. Deux Tritons
qui ſont deffus , ſupportent
une double coquille de
marbre , ornée d'un maſque
jettant de l'eau dans un panier
remply de coquilles. Ce
panier forme une nape qui
tombe dans le Baffinde marbre
, & qui ſe decharge par
un autre maſque , & par les
deux Dauphins , le tout de
bronze.
20.
Les rampes font de ro. pieds
de large , & chacune de
degrez de marbre ; les appuis
de meſme matiere , ſuportez
de balustres de bronze cize
lez & dorez au feu. Les deux
Aaij
288 Suite du Voyage
paliers font auſſi à compartimens
de marbre , & de 10
pieds de large . On paffe dans
les Appartemens par quatre
portes , richement ornées de
Sculpture , qui ſont ſur chacun
de ces paliers .
De deſſus les meſmes pa
liers on a élevé un Ordre
2
de d'Architecture Jonique
colomnes & pilaftres de marbre,
dont les bazes & les chapiteaux
ſont de bronze doré
au feu. Je pourrois vous parler
icy de quantité d'ornemens
de pareille matiere, qui
accompagnent un Bufſte du
Roy , fait de marbre blanc ,
A
h
des Amb. de Siam. 289
: & de ceux qui font face à un
endroit fi enrichy.
Les quatre maſſifs à coſté
de quatre portes des Appartemens
, font remplis entre
les pilaftres de feintes Tapifferies
à fond d'or , pleines
d'ornemens & de Figures.
Dans les quatre milieux il y
a pluſieurs Tableaux qui repreſentent
toutes les Conqueſtes
du Roy. Dans les places
entre ces maffifs & celles
des milieux , on a feint deux
Galeries de chaque coſté , du
meſme Ordre Jonique , & fur
le meſme plan , des paliers
dans lesquels font reprefen
Aa iij
290
Suite du Voyage
tées des Perſonnes de pluſieurs
Nations , comme fi elles paffoient
dans ces Galeries. Il y
a encore des Galeries au deffus
de la premiere corniche ,
&deux autres dans la longueur
des faces , ſupportées
par des Termes .
De grands poupes de
Vaiſſeaux font aux angles , &
fur l'extremité ; elles portent
4. Trophée d'Armes ſemblables
à celles des quatre Parties
du Monde. Ces Poupes font
foûtenuës de conſoles en arcboutant
, fortifiées de cornes
d'abondance & de coquilles
de Bronze. Aux côtez font
des Amb. de Siam. 191
des Captifs de Sculpture , &
au deſſous des Victoires .
Le Plafond eſt orné de
bas- reliefs octogones remplis
de Figures qui conviennent
au ſujet. De grands Rideaux
dont des termes tiennent les
cordons , tombent le long
des Attiques. On a encore
trouvé place dans cet Eſca
lier pour toutes les Muſes
pour la Peinture & pour la
Sculpture , pour des Captifs ,
pour les quatre Parties du
Monde avec leurs attributs ,
pour toutes les actions du
Roy , pour la Poësie , pour
belles Porcelaines , dont il n'y
en a point du tout. On y voit
,
292
هک
Suite du Voyage
mée , & pour Mercure. Joř
gnez-y les ornemens necef
faires pour lier toutes ces choſes
avec leurs attributs , &
vous vous reprefenterez tout
ceque l'Art & la Nature peuvent
produire.
Celieu est embellyde cette
maniere pour repreſenter un
jour de Fête , où les Divinitez
du Parnaſſe ſont affemblées
pour recevoir le Roy à
fon retour de la Guerre. On
fuppoſe que tout a eſté peint
par des Genies qui paroiſſent
en l'air, ornant encore la voute
de feſtons , ainſi que tout
le reſte de ce ſuperbe lieu.
Sa
des Amb. de Siam.
293
Sa Majesté eſt placée dans le
milieu
د
, pour marquer que
c'eſt pour Elle que cette Fête
ſe fait. Toutes les Nations
qui paſſerent dans les Galeries
feintes habillées diverſement
& à la maniere de leur
Païs regardent toutes ces
merveilles felon leur caractere
, en allant voir le grand
Prince dont la reputation les
a charmées. Tout ce que je
viens de vous décrire eſt de
Monfieur leBrun , & l'Eſcalier
eft du deſſein de Mr Manſard.
Le ſurprenant amas de tant
de Marbres differens , de tant
de divers ornemens de Bron-
Bb
294 Suite du Voyage
parler
,
ze doré , de tant de Figures
peintes & d'ornemens de relief,
de tant de dorure & de
tant d'action diverſes repreſentées
par le Pinceau , furprit
tellement les Ambaſſadeurs
, que l'un d'eux dit
Qu'il valoitbeaucoup mieux se
taire que de parler , quand le
grand nombre des choses qu'on
avoit à dire empéchoit que l'on
ne pût exprimer tout ce qu'on
penſoit. Ils s'attacherent beaucoup
à regarder les Figures
des differentes Nations qui
ſont peintes dans cette Galerie.
grand Eſcalier de Verſailles ,
qui fait tant de bruit dans le
monde, & qui peut eſtre comparé
au plus bel Apartement
qu'il y ait fur la terre , fi toutefois
il s'en peut trouver un
auſſi riche.Cet Eſcalier a onze
toiſes de long fur cinq de large
, dans lesquelles largeurs
font compris les degrez d'en
bas , & celles des rampes.
On entre par trois Arca
des de face , dans un Veſti
bule de 39 pieds de large, fur
r3 de profondeur,dont le bas
eſt à compartiment de mar
bre ,& la Voûte d'ornemens,
Aa
286 Suite du Voyage
&trophées en Bas- relief do
ré.
On monte par trois degrez
, & trois arcades opposées
ſur le premier palier , large
de 55. pieds , & fur la profondeur
large de 18. Il eſt revétu
tout autour , comme le
bas , de compartimens de
marbre . En face de ces trois
Arcades , il y a un Eſcalier à
pans , d'onze degrez de marbre.
Le palier de deſſus eft
d'onze degrez en quarré.
-Dans la face & l'épaiffeur
du mur , eſt une niche ſurbaiflée
, & dedans un Baffin
de Marbre , foutenu de DauF
$ des Amb. de Siam. 287
phins de bronze. Deux Tritons
qui ſont deffus , ſupportent
une double coquille de
marbre , ornée d'un maſque
jettant de l'eau dans un panier
remply de coquilles. Ce
panier forme une nape qui
tombe dans le Baffinde marbre
, & qui ſe decharge par
un autre maſque , & par les
deux Dauphins , le tout de
bronze.
20.
Les rampes font de ro. pieds
de large , & chacune de
degrez de marbre ; les appuis
de meſme matiere , ſuportez
de balustres de bronze cize
lez & dorez au feu. Les deux
Aaij
288 Suite du Voyage
paliers font auſſi à compartimens
de marbre , & de 10
pieds de large . On paffe dans
les Appartemens par quatre
portes , richement ornées de
Sculpture , qui ſont ſur chacun
de ces paliers .
De deſſus les meſmes pa
liers on a élevé un Ordre
2
de d'Architecture Jonique
colomnes & pilaftres de marbre,
dont les bazes & les chapiteaux
ſont de bronze doré
au feu. Je pourrois vous parler
icy de quantité d'ornemens
de pareille matiere, qui
accompagnent un Bufſte du
Roy , fait de marbre blanc ,
A
h
des Amb. de Siam. 289
: & de ceux qui font face à un
endroit fi enrichy.
Les quatre maſſifs à coſté
de quatre portes des Appartemens
, font remplis entre
les pilaftres de feintes Tapifferies
à fond d'or , pleines
d'ornemens & de Figures.
Dans les quatre milieux il y
a pluſieurs Tableaux qui repreſentent
toutes les Conqueſtes
du Roy. Dans les places
entre ces maffifs & celles
des milieux , on a feint deux
Galeries de chaque coſté , du
meſme Ordre Jonique , & fur
le meſme plan , des paliers
dans lesquels font reprefen
Aa iij
290
Suite du Voyage
tées des Perſonnes de pluſieurs
Nations , comme fi elles paffoient
dans ces Galeries. Il y
a encore des Galeries au deffus
de la premiere corniche ,
&deux autres dans la longueur
des faces , ſupportées
par des Termes .
De grands poupes de
Vaiſſeaux font aux angles , &
fur l'extremité ; elles portent
4. Trophée d'Armes ſemblables
à celles des quatre Parties
du Monde. Ces Poupes font
foûtenuës de conſoles en arcboutant
, fortifiées de cornes
d'abondance & de coquilles
de Bronze. Aux côtez font
des Amb. de Siam. 191
des Captifs de Sculpture , &
au deſſous des Victoires .
Le Plafond eſt orné de
bas- reliefs octogones remplis
de Figures qui conviennent
au ſujet. De grands Rideaux
dont des termes tiennent les
cordons , tombent le long
des Attiques. On a encore
trouvé place dans cet Eſca
lier pour toutes les Muſes
pour la Peinture & pour la
Sculpture , pour des Captifs ,
pour les quatre Parties du
Monde avec leurs attributs ,
pour toutes les actions du
Roy , pour la Poësie , pour
belles Porcelaines , dont il n'y
en a point du tout. On y voit
,
292
هک
Suite du Voyage
mée , & pour Mercure. Joř
gnez-y les ornemens necef
faires pour lier toutes ces choſes
avec leurs attributs , &
vous vous reprefenterez tout
ceque l'Art & la Nature peuvent
produire.
Celieu est embellyde cette
maniere pour repreſenter un
jour de Fête , où les Divinitez
du Parnaſſe ſont affemblées
pour recevoir le Roy à
fon retour de la Guerre. On
fuppoſe que tout a eſté peint
par des Genies qui paroiſſent
en l'air, ornant encore la voute
de feſtons , ainſi que tout
le reſte de ce ſuperbe lieu.
Sa
des Amb. de Siam.
293
Sa Majesté eſt placée dans le
milieu
د
, pour marquer que
c'eſt pour Elle que cette Fête
ſe fait. Toutes les Nations
qui paſſerent dans les Galeries
feintes habillées diverſement
& à la maniere de leur
Païs regardent toutes ces
merveilles felon leur caractere
, en allant voir le grand
Prince dont la reputation les
a charmées. Tout ce que je
viens de vous décrire eſt de
Monfieur leBrun , & l'Eſcalier
eft du deſſein de Mr Manſard.
Le ſurprenant amas de tant
de Marbres differens , de tant
de divers ornemens de Bron-
Bb
294 Suite du Voyage
parler
,
ze doré , de tant de Figures
peintes & d'ornemens de relief,
de tant de dorure & de
tant d'action diverſes repreſentées
par le Pinceau , furprit
tellement les Ambaſſadeurs
, que l'un d'eux dit
Qu'il valoitbeaucoup mieux se
taire que de parler , quand le
grand nombre des choses qu'on
avoit à dire empéchoit que l'on
ne pût exprimer tout ce qu'on
penſoit. Ils s'attacherent beaucoup
à regarder les Figures
des differentes Nations qui
ſont peintes dans cette Galerie.
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Résumé : Grand Escalier, [titre d'après la table]
Le texte décrit l'Escalier de Versailles, célèbre pour sa richesse et sa grandeur. Cet escalier mesure onze toises de long et cinq de large, et est accessible par trois arcades menant à un vestibule orné de marbre et de bas-reliefs. Le premier palier, large de 55 pieds, est également revêtu de marbre et comporte trois arcades opposées. Un escalier à pans de onze degrés de marbre conduit à un second palier carré, orné d'une niche contenant un bassin de marbre soutenu par des dauphins et des tritons en bronze. Les rampes, larges de dix pieds, sont bordées de balustres en bronze doré. Les paliers et les portes sont richement décorés de sculptures et de tableaux représentant les conquêtes du roi. Des galeries feintes et des statues de diverses nations sont également présentes. Le plafond est orné de bas-reliefs et de figures, et des rideaux sont tenus par des termes. L'ensemble est conçu pour représenter un jour de fête où les divinités du Parnasse accueillent le roi de retour de la guerre. Les ambassadeurs de Siam, impressionnés par la profusion de marbres, de bronzes dorés, de figures peintes et de divers ornements, ont exprimé leur admiration et leur incapacité à décrire pleinement la splendeur de l'escalier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 169-208
Journal du Voyage des Ambassadeurs de Siam, depuis Brest jusques au Cap de Bonne-Esperance, avec ce qui s'est passé pendant le sejour qu'ils ont fait au Cap. [titre d'après la table]
Début :
Je vous manday le mois passé des Nouvelles de l'arrivée [...]
Mots clefs :
Journal, Voyage, Ambassadeurs de Siam, Brest, Cap de Bonne-Espérance, Officiers, Lieues, Mr Masurier, Vent, Hauteur, Capitaine, Lieutenant, Escadre, Le Gaillard, Vaisseau, Matelots, Pilotes, Gouverneur, Rade, Vaisseaux, Siam, Loire, Le Dromadaire, Mr de Farges, Îles, Degrés, Moutons, Frégate La Maligne, Port, Enseignes, Le Cap
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texteReconnaissance textuelle : Journal du Voyage des Ambassadeurs de Siam, depuis Brest jusques au Cap de Bonne-Esperance, avec ce qui s'est passé pendant le sejour qu'ils ont fait au Cap. [titre d'après la table]
Je vous manday le mois
paffé des Nouvelles de l'arrivée
au Cap de Bonne- Efperance,
des fix Vaiffeaux qui
Novembre 1687. P
170 MERCURE
reconduifent à Siam les Am
baffadeurs de ce , Royaumelà
, qui estoient venus en
France. Je vous appris en
mefme temps le débarquement
des Ambaffadeurs &
des Troupes , & ce qui s'eftoit
paflé à ce débarquement
, ainfi que le bon traitement
qui avoit efté fait
aux François par les Hollan
dois. Je reprens aujourd'huy
de plus haut ce qui regarde
ce Voyage , & vous en envoye
un Journal tres - curieux
qui commence au
jour que la Flote partit de
GALANI . 171
4
Breft , & finit à celuy du
rembarquement au Cap de
Bonne-Efperance . Ce Journal
a efté envoyé par M ' Mafurier,
Gentilhomme
Lionnois ,
qui eft allé à Siam avec M²
de Farges , & qui fait connoiſtre
fon efprit par les remarques
judicieufes
qu'il a
faites , & fon
intelligence
dans la
Marine , par la maniere
dont il
s'explique fur
toutes les chofes qui la
regardent. Voicy comme
il parle dans la Defcription
qu'il a envoyée de ce
Voyage.
Pij
172 MERCURE
A
Prés
avoir
demeuré
24- jours
dans dans
la Rade
de
Breft , nous fommes enfin partis
le premier jour de Mars ,
1657. fur les onze heures du
matin pour faire le voyage.
de Siam . Noftre Efcadre eftoit
compofee de fix Vaiffeaux ,
dont le moindre eftoit la Maligne,
cette Fregate legere du
port de cent cinquante tonneaux
, qui y alla avec M
le Chevalier de Chaumont ,
le plus grand eftoit le Gaillard
, noftre commandant , du
port de quatre cens foixante
GALANT. 173
des Officiers
tonneaux. Voicy le nom de ces
fix Vaiffeaux
en chef qui les commandoient.
Le Gaillard , l'Oifcau , la
Loire, la Normande , le Dromadaire
& la Maligne . Le
Gaillard estoit commandé par
M de Vaudricourt , cornmandant
l'Efcadre , fon fecond
Capitaine eftoit M de
Saint-Clerc fon Lieutenant
M de la Leine ; fes En-
Mrs Chamau-
L'Oifeignes
reau Lombut.
&
feau eftoit commandé par M
du Quefne ; fes Lieutenans
eftoient M Defcartes &
2
P iij
174 MERCURE
ان
Mde Bonneuil ; fes Enfeignes
, Mde Tiva , &
M de Freterville . La Loire
commandée
commandée par M²
eftoit
de Foyenfe ; fon Lieutenant ,
M de la Croifferiere , fon
Enfeigne M de Chiftery.
La Normande eftoit commandée
par M de Courfel ;
fons Lieutenant &Ms du Farsate
sufons Enfeignes M² de la
Machefoliere. Les Dromadaire
eftoit commandé par Mª
d'Endeve fon Lieutenant ,
M de Marillys ,infon Enfeigne
, M de Vieuchant.
La Maligne eftoit commandée
SGALANT. 175
par M de Perriere , fon Lieutenant
M de la Lié fervant
de Lieutenant , de premier Pilote
d'Enfeignes (0 )
Doux
nous
Le lendemain fecond jour du
mois de Mars , nous mifmes à la
voile & partifnies de Camarreft ,
qui est une petite rade à
trois dieues de Brest ,
-avions mouillé le foir precedent
pour attendre la Maligne qui
- fortit feulement ce jour-là du
Port de Breft , & nous pouffâmes
au large avec un vent ar
riere qui nous fit bien- toft perdre
la terre de vue . Le Mardy
3. vers une heure aprés Midy ,
Piiij
176 MERCURE
nous rencontrames une Flutte
Holandoife qui paffa fans nous
falüer , parce qu'elle n'avoit
point de Canon . Le Vendredy 6..
nous nous trouvâmes à la hauteur
du Cap de Finifierre &
-avions fait felon l'estime du
Pilote cent vingt ou cent trente
lieuës . Le mefme jour fur les
dix heures du matin , nous rencontrâmes
une Flutte Angloife
qui ne fit que paffer fort prés de
nous & nousfalüer en mettant
fon pavillon , à quoy nous répondifmes
de même en mettant
le noftre,
Le Samedy 7. nous eufmes un
GALANT. 177
vent de Nord-Nord- est qui
nous donna un tres -gros temps ,
jufqu'au Lundy au foir , ce qui
naus fit perdre la Loire, une de
nos Flûte fans fçavoir ce qu'elle
eftoit devenue . Le 13. nous fifmes
rencontre d'une Barque Angloife
, dans laquelle il n'y avoit
quefix ou fept hommes , elle nous
aborda fur les trois heures du
foir , comme fi elle nous avoit
voulu parler , ce qu'elle fit effectivement,
& nous apprit qu'elle
eftoit partie depuis quinze jours
jours de Brifco en Irlande , &
s'en alloit aux Ifles de Madere
chargée de harang & de bega
178 MERCURE
Salé. Elle fut deux jours à noftre
route, jufqu'à ce qu'ellefe trouva
à la hauteur de ces Ifles . Le is.
nous decouvrifmes une Ifle nommée
Porto Santo , qui est une
Ille deferte , &fans autres animaux
que des Canards & des
Lapins , nous ne l'approchâ–
mes que de trois lieuës . Le 17. Il
nous mourut un Matelot . Le 18 .
Nous découvrifmes une des Ifles
desCanaries nomméel Ifle de Salvago
ce fut environ fur les
fept heures du matins en eftant
encore éloignez de neuf à dix
lieües. Le 29. environ à la même
heure , nous apperçûmes à noftre
GALANT. 179
horifon deux bastimens que nous
crûmes Corfaires Saltins . Nous
nous feparames auffi- toft de noftre
Efcadre pour en aller recon-
`n i tre un; mais aprés avoir couru
quelque temps deffus , noftre Capitaine
aima mieux continuer fa
route , fit auffi- toft revirer de
bord,fans avoirefté affez prés de
ce bastimentpour l'avoirpû feurement
reconnoistre mais comme
il venoit en dépendant fur nous
il vint paffer cinq ou fix heures
aprés yfortproche de noftre Vaiffeau
avec le pavillon d'Angle-
-verre , & it
luy donnaffions aucunes marques
Tatáns cque
nous
180 MERCURE
de ce que nous eftions . Le 10.
nous nous trouvâmes entre l'Ifle
de Palme & l'Ile de Gomorre
, eftant à la hauteur de vingtbuit
degrez & àprés de cinq cens
lieuës de Breft. L'Ile de Palme
est une fortgrande Ifles , dont les
terres font fertiles & abondantes
en toutes fortes de danrées ,
habitée en plufieurs endroitspar
les Espagnols à qui elle eft . Le
mefme jourfort tard , nous reconnufmes
à quelques lieuës de
là l'ifle de Fer ; il y avoit deux
jours que nous estions dans les
vents Alifez quifont des vents
qui ne manquent jamais de reGALANT.
181
gner en une pareille faifon dans
ces paffages- là . Ils continuerent
à venter fi beau & bon frais ,
qu'ils nous faifoient
faire juf
qu'à quatre lieues par heure . Le
22. nous paſſâmeș
leTropique
&
le 24. nostre Capitaine
fit mettre
la Chaloupe
dehors , pour aller
à bord du Gaillard
, à deffein de
demander
au Commandant
s'il
pouvoitfaire de l'eau au Capvert,
à la hauteur duquel nous nous
trouvions
pour lors , craignant
de n'en avoir pas fuffisamment
pourarriver
juſqu' auCap de bonne
Esperance
; mais comme il
vouloit profiterdu vent favora182
MERCURE
ble que nous avions , il ne luy
permit point d'y moüiller. Quatre
jours aprés nous eûmes un calme
qui nous tint cinq jours.
Pendant ce temps- là nous vifmes
differents poiffons fans en
pouvoirprendre aucun.Ñous vtmes
encore dans ces mefmes
parages quantité de poiffons
volans , & mesme il y en
eut quelques - uns qui donnerent
dans nos voiles . Ce
font des poiffons de la groffeur
d'un Harang, n'ayant que deux
nageoires affez grandes , qui leur
fervent à nager dans l'eau , &
à voler dehors , pour éviter Iss
GALANT. 183
Bonnittes & les Requains , qui
les pourfuivent , & s'en nour
riffent. Ces Requains furent les
poiffons que nous vifmes le plus
fouvent. Ils font fort grands ,
extrémement dangereux pour
ceux qui malheureusement fe
laiffent tomber à la Mer ,
estant bien plus avides de la
chair humaine , que de toute autre
forte d'apast , & bien fouvent
ils emportent une jambe
ou la moitié du corps a un homme,
lors qu'ils les trouvent dans
Peau , vif ou mort. Le 29. noftre
Capitaine fe fervant de l'occafion
que luy donnoit le calmes
4
184 MERCURE
envoya la Chaloupe à bord du
Dromadaire
,
pour porter des
Lettres à quelques- uns des Officiers
, qui nous apprirent dans
leurs réponses la maladie de
trente ou quarante des leurs ,
tant Matelots que Soldats , &
de deux Matelots qui la
perte
fe noyerent en manoeuvrant ,·
d'un grand coup de vent , que
nous avions eu le 8. du mefme
mois.
Comme il eft fort rare dans
un endroit comme celuy- cy , de
s'acquitter des Offices ordinaires
que l'on dit dans nos Paroiffes
pendant la Semainefainte, d'une
GALANT. 185
maniere auffi édifianie qu'on le
fit dans noftre Bords, & que
les Officiers les plus anciens dans
·la Marine , affurent ne l'avoir
pas veu depuis qu'ils navigent,
je croy qu'il ne fera pas hors de
propos d'en dire icy quelque chofe
. Il est vray que nous attribuames
la plus grande partie de
la gloire qui fut renduë à Dieu
dans ce faint temps , auxfoins
particuliers , & aux peines que
fe donnerent avec un zele ardent
les PeresJefuites , que nous
eufmes le bonheur d'avoir dans
nostre Bord. Pendant toute cette
Semaine , nous eûmes exacte-
Novembre 1687.
V
186 MERCURE
ment tous les jours Sermon , &
les Offices ordinaires de ce ter temps
yfurent regulierement obfervez.
Le Mercredy , Jeudy & Vendredy
faint nous chantafmes
Tenebres ; du feudy au Vendredy
le Saint Sacrement fut exposé
pendant vingt-quatre heures
le lendemain Vendredy
nous exfmes le Sermon fur la
Paffion par un de ces Peres, avec
l'applaudiffement de tous ceux
du Vaiffeau , & le Samedy, &
le Dimanche de Pafques , il y
eut grand' Meßse avec la fimphonie
des Violons , des Haut-
Flûtes doutes. bois ,
ПGALANT. 187
5
Le premier d'Avril nous nous
trouvaſmes à la hauteur de buit
•degrez quarante minutes & le
calme nous tint dans ce mefme
endroit pendant quinze jours.
Le 2. nous eufmes vifite des Officiers
du Dromadaire, & le 3.
M. de Farges General des Trovpesqui
vont à Siam , vint difner
staa noftre Bord. On l'y recent avec
toute la propreté & toute la magnificence
poffible dans un endroit
comme celuy.cy. L'aprésmidy
fe paffa aujeu de la Baffette.
Le s. nous prifmes deux
fort gros Requains, fur lefquels
nous trouvions des poiffons atta-
Q ij
188 MERCURE
les Marins appellent > chez
que
Suffets
. Ils
font
de la groffeur
d'une
Sardine
, &
ne
quittent
point
cet
animal
qu'il
ne
foit
mort
. Depuis
le s . jusqu'au
7.
nous
nous
trouvafmes
à pic
du
Soleil
, c'est
à dire
, qu'il
eftoit
fi
perpendiculairemennt fur nous ..
qu'il nousfut impoffible de prendre
hauteur pendant ces deux
jours , parce qu'à midy , qui eft
l'heure où l'on prend hauteur, le
Soleil ne faifoit aucune ombre ,
ce qui nous fit fentir de tresgrandes
chaleurs. Tout l'Equipage
en fouffrit ,par la foif qu'il
reffentoit de ces grandes chaleurs .
GALANT. 189
Le s.il nous vint un peu de vent,
qui nous fit trouver le lendemain
à deux degrez une minute du
pic. Le 9. nous harponnafmes des
Marfoins , qui font de fort gros
poiffons. Cet animal eft à peu
prés de la figure d'un cochon ,
ceux que nous prenions eftoient
de deux trois cens pefant. Il
a le fang chaud, & il n'y aguere
de difference de fa chair à celle
d'un Bauf. Le lendemain nous
prifmes une Dorade , qui eft un
poiffon tout doré , & prefque de
mefme figure que l'Alofe. Ieft
tres-bon à manger. Le 11. nous
découvrifmes à noftre horifon un
190 MERCURE
Vaiffeau que les cal nes nous empefcherent
de pouvoir reconnoifire,
& tous les vents que nous
avions dans ces endroits- cy, ne
venoient que par coups , & nous
obligeoient à ferrer generalement
toutes nos wiles.nalisqun !
Le 19. nous nous trouva/mes
fous la Ligne , & Mrs les Marins
ne manquerent pas à garder
les ceremonies qu'ils ont accoutumé
d'obferver toutes les fois
fois qu'ils la paffent, à l'égard de
ceux qui ne l'ont pas encore pafsée
, de mefme qu'ils le font au
Tropique . à certains Ďétroits.
C'est une Ceremonie profane &
t
C
GALANT
. 191
euxso
༣
ridicule , mais inviolable parmy
Chaque Nation la prati
que diverfement
, & mesme les
Equipages d'une mefme Nation
ne la pratiquent pas tous d'une
mefme maniere. Les François
l'appellent Baptefme, & woicy
la maniere dont elle s'obferva
duns noftre Bord. On rangea
~tant a Bas- bord qu'à Scribord ,
qui font les deux coftez du Vaif-
Jeau , des Bailles & des Curvertes
pleines d'eau de Mer, &
bordez par des Matelots rangez
en haye , chacun unfeau
plein d'eau en main . Ce premier
appareil n'eft que pour l'Equi192
MERCURE
page , c'est à dire , Pilotes, Soldats
, & Matelots
, & comme
tous ceux qui n'ont point
paffe la Ligne font obligez
fans
aucune
referve
de recevoir
ce
Baptefme
les uns aprés les autres
; ce qu'ils font en effuyant
tous ces fceaux
d'eau fur leur
corps ; il y eut une maniere
de
le donner
proportionnée
& convenable
aux perfonnes
de diftinction
quife trouverent
dans.
noftre
bord
comme
eftoient
Meffieurs
les Envoyez
, Offficiers
de Vaiffeau
, Officiers
ر
d'Infanterie
, & autres Paffagers.
Ceux
GALANT 193
و
Ceux qui font ordinairement
commis pour exercer cette forte
de Comedie ,font quatre des premiers
Pilotes , fuivis de buit ou
dix Matelots. Aprés s'eftre barbouillez
revestus de cables ,
capots autres fortes de hardespropres
à les rendre ridicules ,
le premier Pilote tenant en main
quelque livre de marine ou de pilotage
, fait presterfur ce livre.
ferment à tous ceux qui reçoivent
le Baptême , & jurer hautement
qu'autant de fois que l'occafion
fe prefentera d'en baptifer d'au
tres , ils le feront avec les mefmes
ceremonies que l'on obferve
Novembre 1687 . R
194 MERCURE
&
>
pour eux ; mais comme leur intention
n'est autre que de faire
une certainefomme d'argent, onfe
rachette de ces rafraifchiffemens
,
"& on reçoit le Baptême
enfe lavant
feulement
les mains dans
un baſſin.Ainfi l'on preste leferment
l'on pave en mefme
temps chacun felon fon pouvoir.
-On commença
par Meffieurs
les
Ambasadeurs
, mais ce fut chacun
dans leur chambre , & non
pas au pied dugrand maſt comme
tous les autres.Les
Pilotesfirent
prés de vingt piftoles de cerachat
deceremonie
. Le 22.nous harponnames
unfort grosMarfoin
, dans
GALANT. 195
lequel nous trouvâmes un jeune
marfonneau . Nous allons du
vent de Nord eft depuis cinq
jours, à trois lieues & trois lieues
& demie par heure.
LeJudy premierjour deMay,
nous nous trouvâmes par 13. degrez
33 minutes.Le lendemain le
vent devintfrais extraordinairement
en nous portant toûjours à
noftre route , ce qui nous donnoit
à tous une grande joye par
l'envie que nous avions d'arri
ver au Cap . Le 10. noftre Cap?-
taine avec quelques uns de nos
Officiers s'en allerent à bord du
Gaillard , pour jouer à la baf-
Rij
196 MERCURE
fette , & rapporterent cent cinquante
écus de gain . Le mefme
jour le Pere Tachard avec quelques
Jefuites vinrent du Gailfard
rendre vifite à Monfieur
Ambaffadeur. Le len
demain , onzième du mesme
mois,nous eufmes une Eclypfe de
Soleil , & ilfut cachéfeulement
d'un tiers. Le 13. j'allay au Gail
lard pour voir Meffieurs les Ambaffadeurs
Siamois , par l'ordre
de Monfieur de laLoubere noftre
Ambaffadeur. Fe revins dans
noftre chaloupe avec M¹ de
Farges General des troupes ,
quatre Officiers, tant du Bord
C
GALANT. 197
å
que des troupes, qui vinrent difner
avec noftre Capitaine ; on
les traita magnifiquement
. L'aprés
midy fe paffa à jouër à la
baffette, & noftre Capitaine y fit
un gain fort confiderable . Le 16 .
un vent du Sud un quart de Sud
nous donna pendant deux fois
vingt- quatre heures un fort gros
temps qui nous fit perdre laNormande
pour deux jours feulement.
Le 18. Fefte de la Pentecofte
, nous nous trouvâmes par
les 33. degrez moins 3. minuttes ,
600. lieües feulement éloignez
du Cap de Bonne -Efperance
. Ce mefme jour nous eufmes.
Riij.
198 MERCURE
grande Meffe dans noftre Bord
avec la Simphonie des violons ,
Monfieur Sebret rendit le
·Pain benit , ayant cu le chanteau
du jour de Pafques , ce
qu'il fit d'une maniere fort propre.
Le 19.il nous mourut un Soldat.
Les Pilotes ne nous faisant
plus qu'à quatre cens lieuës du
Cap , le ventfe mit àl'Ouest &
fi frais , qu'il nous faifoit faire
prés de trois lieues & demie par
heure . Le 10. de Juin prefque
tous nos Pilotes fe trouverent
terre , nous ne la découvrions
point encore ; mais le 11.
fur le Midy, nous commençâmes
à
1
GALANT.. 199
, י
à la voir , & ce fut pour nous
un fujet de joye inconcevable,
ayant efté depuis cent troisjours
à la voile fans toucher terre
& quatre- vingt- dix jours fans
la voir. Enfin le mefme jourfur
les quatre heures , nous mouillâ
mes dans la rade du Cap de
Bonne-Esperance , & le lendemain
nous faluames la Fortereffe
de fept coups de Canons ;
elle nous rendit le falut coup
par coup. Le Gouverneur nous
y a fait mille honneftetez, avec
des prefens de boeufs , moutons ,
herbages , & autres fortes de
rufraifchiffemens , dont il a fait
Riiij
200 MERCURE
prefent à Meffieurs nos Envoyez,
& à quelques - uns des.
Capitaines de noftre Efcadre . Le
15. Meffieurs les Ambassadeurs
Siamois allerent à terre pour voir
Monfieur le Gouverneur du Fort
en fortant de leur Bord , ils
furent faluez par chaque Vaiffeau
de noftre Efcadre de ref
coups de Canon . Le 18. ils
vinrent difner à noßre Bord
lors qu'ils fortirent fur les
trois heures aprés Midy , nous
les faluâmes de neufcoups de
Canon.
Quoy que cette Relation
air efté envoyée entiere , il
GALANT 201
eft aifé de voir que M Mafurier
l'a écrite à mesure que
les chofes fe font pallées. En
voicy la fuite qui a eſté faite
fur le point du rembarque
ment au Cap de Bonne -Efperance
.
Comme je vous envoye fekument
une Relation de noftre
Voyage , ilferoit inutile de repeter
icy bien des choſes en voulant
vous apprendre ce qui s'eft
paffé depuis noftre départ de
Breft. Noftre navigation a efté
la plus heureufe du monde ,
nos Pilotes fe font trouvez fi
justes à leur point , que toute
ع و س
202 MERCURE
crois
où
leur erreur n'a pas efté de plus
de vingt ou trente lieuës , ce qui
eft fort rare. Le 11. de Juin
nous arrivafmes à la Rade du
Cap de Bonne-Efperance ,
nous mouillafmes le mefme jour
fur les quatre heures du foir. Je
que vous fçavez que ce
font les Hollandois qui font
Maiftres de cet endroit. Ils fu→
rent un peufurpris de nous voir
arriver fix Vaiffeaux , n'eftant
pas accoûtumez à en voir un fi
grand nombre à la fois , ce qui
les a tenus inquiets & fur leurs.
gardes tout le temps que nous
avons efté. Mr le Gouverneur
GALANT. 203 '
dont
nous y a receus fort honneftement.
Nous y avons trouvé d'affez
hons rafraichiſemens
, &
au delà de ce que nous nous ef
tions proposé , tant en herbages,
qu'en beufs & moutons ,
M. le Gouverneur a fait de
fort gros prefens , & entre autres
a nofire feul Bord , de trois
boeufs & dix- huit moutons, &
buit grandes corbeilles d'herba
ges. Le reste qui nous a esté
neceffaire , nous l'avons acheté,
& fort cherement.La defcription
de cet endroit peut fe faire en
peu de mots. Ce n'est qu'un Village
affez petit, dont les maifons
204 MERCURE
font fort baffes & fort foibles ,
bafties feulement de brique . La
plupart des Habitansfont Hol
Landois , & le refte des Negres,
A quelque distance de là , dans
une espece de prairie , font les
premiers Habitans de ce lieu ,
qu'on nomme Outantos, qui eft,
je crois . la Nation du monde la
plus infame. Ce font gens extremement
noirs , qui n'ont pour
veftement qu'une peau de mouton
, & pourmaison qu'une cabane
dejonc , où ils vivent confusément
hommes , femmes , &
enfans , ne mangeant que de la
viande des Animaux qu'ils trouGALANT.
205
went morts d'eux- mefmes. Le
Mary pour se rendre agreable
àfa Femme fe graiffe de vieille
ordure , & fur tout du fang de
quelque animal. Ils laiffent coler
fecher cefangfur eux. Leurs
cheveux , qui font pareils aux
cheveux des Maures , font fro
tez d'une certaine compofition
de noir avec de la graiffe , & its
y pendent quantité de coquilla
ges, de cloux , & de pieces d'ai
rain .Les Femmes , outre les mefmes
ornemens des hommes , ont
cela de plus , qu'elles sentcurent
les bras les jambes des boyaux
des moutons qu'ils mangent,pour
206 MERCURE
s'en fervir de nourriture lors
qu'elles fe trouvent engagées
dans les deferts.
Fay oublié de vous dire qu'en
arrivant à la rade du Cap ;
nous y trouvafmes la Loire ,
cette Flutte que nous avions perdue
dans le coup de vent que
nous eufmes par le travers du
Cap - verd il y avoit feulement
trois jours qu'elle eftoit
mouillée dans la rade , lorsque
nous y arrivafmes.
Pendant le temps que nous
avons efté icy , it's'eftfait quelque
chaffe avec les fils de M™
de Farges , General des trouGALANT
207
pes ; il y eft auffi venu
luy-mefme. Nous avons tué
quantité de gibier , parce qu'il
s'en trouve extraordinairement
dans les endroits où M le
Gouverneur du Cap nous faifoit
menerpar des tireurs de volée
qu'il nous donnoit . Le gibier
que nous y trouvions eftoit des
Chevreuils & des Gafelles , qui
font des animaux plus gros que
Aes Chevreuils , mais de mefme
qualité , des Faifans , Perdrix,
& Cocqs de Bruieres en tresgrand
nombre. A la derniere
chaffe que nous fifmes avec
M de Farges . nous y
208 MERCURE
prifmes fix Chevreuils & trente
cinq pieces de gibier , tant
en Perdrix , qu'en Faifans ou
Coigs de bruieres.
paffé des Nouvelles de l'arrivée
au Cap de Bonne- Efperance,
des fix Vaiffeaux qui
Novembre 1687. P
170 MERCURE
reconduifent à Siam les Am
baffadeurs de ce , Royaumelà
, qui estoient venus en
France. Je vous appris en
mefme temps le débarquement
des Ambaffadeurs &
des Troupes , & ce qui s'eftoit
paflé à ce débarquement
, ainfi que le bon traitement
qui avoit efté fait
aux François par les Hollan
dois. Je reprens aujourd'huy
de plus haut ce qui regarde
ce Voyage , & vous en envoye
un Journal tres - curieux
qui commence au
jour que la Flote partit de
GALANI . 171
4
Breft , & finit à celuy du
rembarquement au Cap de
Bonne-Efperance . Ce Journal
a efté envoyé par M ' Mafurier,
Gentilhomme
Lionnois ,
qui eft allé à Siam avec M²
de Farges , & qui fait connoiſtre
fon efprit par les remarques
judicieufes
qu'il a
faites , & fon
intelligence
dans la
Marine , par la maniere
dont il
s'explique fur
toutes les chofes qui la
regardent. Voicy comme
il parle dans la Defcription
qu'il a envoyée de ce
Voyage.
Pij
172 MERCURE
A
Prés
avoir
demeuré
24- jours
dans dans
la Rade
de
Breft , nous fommes enfin partis
le premier jour de Mars ,
1657. fur les onze heures du
matin pour faire le voyage.
de Siam . Noftre Efcadre eftoit
compofee de fix Vaiffeaux ,
dont le moindre eftoit la Maligne,
cette Fregate legere du
port de cent cinquante tonneaux
, qui y alla avec M
le Chevalier de Chaumont ,
le plus grand eftoit le Gaillard
, noftre commandant , du
port de quatre cens foixante
GALANT. 173
des Officiers
tonneaux. Voicy le nom de ces
fix Vaiffeaux
en chef qui les commandoient.
Le Gaillard , l'Oifcau , la
Loire, la Normande , le Dromadaire
& la Maligne . Le
Gaillard estoit commandé par
M de Vaudricourt , cornmandant
l'Efcadre , fon fecond
Capitaine eftoit M de
Saint-Clerc fon Lieutenant
M de la Leine ; fes En-
Mrs Chamau-
L'Oifeignes
reau Lombut.
&
feau eftoit commandé par M
du Quefne ; fes Lieutenans
eftoient M Defcartes &
2
P iij
174 MERCURE
ان
Mde Bonneuil ; fes Enfeignes
, Mde Tiva , &
M de Freterville . La Loire
commandée
commandée par M²
eftoit
de Foyenfe ; fon Lieutenant ,
M de la Croifferiere , fon
Enfeigne M de Chiftery.
La Normande eftoit commandée
par M de Courfel ;
fons Lieutenant &Ms du Farsate
sufons Enfeignes M² de la
Machefoliere. Les Dromadaire
eftoit commandé par Mª
d'Endeve fon Lieutenant ,
M de Marillys ,infon Enfeigne
, M de Vieuchant.
La Maligne eftoit commandée
SGALANT. 175
par M de Perriere , fon Lieutenant
M de la Lié fervant
de Lieutenant , de premier Pilote
d'Enfeignes (0 )
Doux
nous
Le lendemain fecond jour du
mois de Mars , nous mifmes à la
voile & partifnies de Camarreft ,
qui est une petite rade à
trois dieues de Brest ,
-avions mouillé le foir precedent
pour attendre la Maligne qui
- fortit feulement ce jour-là du
Port de Breft , & nous pouffâmes
au large avec un vent ar
riere qui nous fit bien- toft perdre
la terre de vue . Le Mardy
3. vers une heure aprés Midy ,
Piiij
176 MERCURE
nous rencontrames une Flutte
Holandoife qui paffa fans nous
falüer , parce qu'elle n'avoit
point de Canon . Le Vendredy 6..
nous nous trouvâmes à la hauteur
du Cap de Finifierre &
-avions fait felon l'estime du
Pilote cent vingt ou cent trente
lieuës . Le mefme jour fur les
dix heures du matin , nous rencontrâmes
une Flutte Angloife
qui ne fit que paffer fort prés de
nous & nousfalüer en mettant
fon pavillon , à quoy nous répondifmes
de même en mettant
le noftre,
Le Samedy 7. nous eufmes un
GALANT. 177
vent de Nord-Nord- est qui
nous donna un tres -gros temps ,
jufqu'au Lundy au foir , ce qui
naus fit perdre la Loire, une de
nos Flûte fans fçavoir ce qu'elle
eftoit devenue . Le 13. nous fifmes
rencontre d'une Barque Angloife
, dans laquelle il n'y avoit
quefix ou fept hommes , elle nous
aborda fur les trois heures du
foir , comme fi elle nous avoit
voulu parler , ce qu'elle fit effectivement,
& nous apprit qu'elle
eftoit partie depuis quinze jours
jours de Brifco en Irlande , &
s'en alloit aux Ifles de Madere
chargée de harang & de bega
178 MERCURE
Salé. Elle fut deux jours à noftre
route, jufqu'à ce qu'ellefe trouva
à la hauteur de ces Ifles . Le is.
nous decouvrifmes une Ifle nommée
Porto Santo , qui est une
Ille deferte , &fans autres animaux
que des Canards & des
Lapins , nous ne l'approchâ–
mes que de trois lieuës . Le 17. Il
nous mourut un Matelot . Le 18 .
Nous découvrifmes une des Ifles
desCanaries nomméel Ifle de Salvago
ce fut environ fur les
fept heures du matins en eftant
encore éloignez de neuf à dix
lieües. Le 29. environ à la même
heure , nous apperçûmes à noftre
GALANT. 179
horifon deux bastimens que nous
crûmes Corfaires Saltins . Nous
nous feparames auffi- toft de noftre
Efcadre pour en aller recon-
`n i tre un; mais aprés avoir couru
quelque temps deffus , noftre Capitaine
aima mieux continuer fa
route , fit auffi- toft revirer de
bord,fans avoirefté affez prés de
ce bastimentpour l'avoirpû feurement
reconnoistre mais comme
il venoit en dépendant fur nous
il vint paffer cinq ou fix heures
aprés yfortproche de noftre Vaiffeau
avec le pavillon d'Angle-
-verre , & it
luy donnaffions aucunes marques
Tatáns cque
nous
180 MERCURE
de ce que nous eftions . Le 10.
nous nous trouvâmes entre l'Ifle
de Palme & l'Ile de Gomorre
, eftant à la hauteur de vingtbuit
degrez & àprés de cinq cens
lieuës de Breft. L'Ile de Palme
est une fortgrande Ifles , dont les
terres font fertiles & abondantes
en toutes fortes de danrées ,
habitée en plufieurs endroitspar
les Espagnols à qui elle eft . Le
mefme jourfort tard , nous reconnufmes
à quelques lieuës de
là l'ifle de Fer ; il y avoit deux
jours que nous estions dans les
vents Alifez quifont des vents
qui ne manquent jamais de reGALANT.
181
gner en une pareille faifon dans
ces paffages- là . Ils continuerent
à venter fi beau & bon frais ,
qu'ils nous faifoient
faire juf
qu'à quatre lieues par heure . Le
22. nous paſſâmeș
leTropique
&
le 24. nostre Capitaine
fit mettre
la Chaloupe
dehors , pour aller
à bord du Gaillard
, à deffein de
demander
au Commandant
s'il
pouvoitfaire de l'eau au Capvert,
à la hauteur duquel nous nous
trouvions
pour lors , craignant
de n'en avoir pas fuffisamment
pourarriver
juſqu' auCap de bonne
Esperance
; mais comme il
vouloit profiterdu vent favora182
MERCURE
ble que nous avions , il ne luy
permit point d'y moüiller. Quatre
jours aprés nous eûmes un calme
qui nous tint cinq jours.
Pendant ce temps- là nous vifmes
differents poiffons fans en
pouvoirprendre aucun.Ñous vtmes
encore dans ces mefmes
parages quantité de poiffons
volans , & mesme il y en
eut quelques - uns qui donnerent
dans nos voiles . Ce
font des poiffons de la groffeur
d'un Harang, n'ayant que deux
nageoires affez grandes , qui leur
fervent à nager dans l'eau , &
à voler dehors , pour éviter Iss
GALANT. 183
Bonnittes & les Requains , qui
les pourfuivent , & s'en nour
riffent. Ces Requains furent les
poiffons que nous vifmes le plus
fouvent. Ils font fort grands ,
extrémement dangereux pour
ceux qui malheureusement fe
laiffent tomber à la Mer ,
estant bien plus avides de la
chair humaine , que de toute autre
forte d'apast , & bien fouvent
ils emportent une jambe
ou la moitié du corps a un homme,
lors qu'ils les trouvent dans
Peau , vif ou mort. Le 29. noftre
Capitaine fe fervant de l'occafion
que luy donnoit le calmes
4
184 MERCURE
envoya la Chaloupe à bord du
Dromadaire
,
pour porter des
Lettres à quelques- uns des Officiers
, qui nous apprirent dans
leurs réponses la maladie de
trente ou quarante des leurs ,
tant Matelots que Soldats , &
de deux Matelots qui la
perte
fe noyerent en manoeuvrant ,·
d'un grand coup de vent , que
nous avions eu le 8. du mefme
mois.
Comme il eft fort rare dans
un endroit comme celuy- cy , de
s'acquitter des Offices ordinaires
que l'on dit dans nos Paroiffes
pendant la Semainefainte, d'une
GALANT. 185
maniere auffi édifianie qu'on le
fit dans noftre Bords, & que
les Officiers les plus anciens dans
·la Marine , affurent ne l'avoir
pas veu depuis qu'ils navigent,
je croy qu'il ne fera pas hors de
propos d'en dire icy quelque chofe
. Il est vray que nous attribuames
la plus grande partie de
la gloire qui fut renduë à Dieu
dans ce faint temps , auxfoins
particuliers , & aux peines que
fe donnerent avec un zele ardent
les PeresJefuites , que nous
eufmes le bonheur d'avoir dans
nostre Bord. Pendant toute cette
Semaine , nous eûmes exacte-
Novembre 1687.
V
186 MERCURE
ment tous les jours Sermon , &
les Offices ordinaires de ce ter temps
yfurent regulierement obfervez.
Le Mercredy , Jeudy & Vendredy
faint nous chantafmes
Tenebres ; du feudy au Vendredy
le Saint Sacrement fut exposé
pendant vingt-quatre heures
le lendemain Vendredy
nous exfmes le Sermon fur la
Paffion par un de ces Peres, avec
l'applaudiffement de tous ceux
du Vaiffeau , & le Samedy, &
le Dimanche de Pafques , il y
eut grand' Meßse avec la fimphonie
des Violons , des Haut-
Flûtes doutes. bois ,
ПGALANT. 187
5
Le premier d'Avril nous nous
trouvaſmes à la hauteur de buit
•degrez quarante minutes & le
calme nous tint dans ce mefme
endroit pendant quinze jours.
Le 2. nous eufmes vifite des Officiers
du Dromadaire, & le 3.
M. de Farges General des Trovpesqui
vont à Siam , vint difner
staa noftre Bord. On l'y recent avec
toute la propreté & toute la magnificence
poffible dans un endroit
comme celuy.cy. L'aprésmidy
fe paffa aujeu de la Baffette.
Le s. nous prifmes deux
fort gros Requains, fur lefquels
nous trouvions des poiffons atta-
Q ij
188 MERCURE
les Marins appellent > chez
que
Suffets
. Ils
font
de la groffeur
d'une
Sardine
, &
ne
quittent
point
cet
animal
qu'il
ne
foit
mort
. Depuis
le s . jusqu'au
7.
nous
nous
trouvafmes
à pic
du
Soleil
, c'est
à dire
, qu'il
eftoit
fi
perpendiculairemennt fur nous ..
qu'il nousfut impoffible de prendre
hauteur pendant ces deux
jours , parce qu'à midy , qui eft
l'heure où l'on prend hauteur, le
Soleil ne faifoit aucune ombre ,
ce qui nous fit fentir de tresgrandes
chaleurs. Tout l'Equipage
en fouffrit ,par la foif qu'il
reffentoit de ces grandes chaleurs .
GALANT. 189
Le s.il nous vint un peu de vent,
qui nous fit trouver le lendemain
à deux degrez une minute du
pic. Le 9. nous harponnafmes des
Marfoins , qui font de fort gros
poiffons. Cet animal eft à peu
prés de la figure d'un cochon ,
ceux que nous prenions eftoient
de deux trois cens pefant. Il
a le fang chaud, & il n'y aguere
de difference de fa chair à celle
d'un Bauf. Le lendemain nous
prifmes une Dorade , qui eft un
poiffon tout doré , & prefque de
mefme figure que l'Alofe. Ieft
tres-bon à manger. Le 11. nous
découvrifmes à noftre horifon un
190 MERCURE
Vaiffeau que les cal nes nous empefcherent
de pouvoir reconnoifire,
& tous les vents que nous
avions dans ces endroits- cy, ne
venoient que par coups , & nous
obligeoient à ferrer generalement
toutes nos wiles.nalisqun !
Le 19. nous nous trouva/mes
fous la Ligne , & Mrs les Marins
ne manquerent pas à garder
les ceremonies qu'ils ont accoutumé
d'obferver toutes les fois
fois qu'ils la paffent, à l'égard de
ceux qui ne l'ont pas encore pafsée
, de mefme qu'ils le font au
Tropique . à certains Ďétroits.
C'est une Ceremonie profane &
t
C
GALANT
. 191
euxso
༣
ridicule , mais inviolable parmy
Chaque Nation la prati
que diverfement
, & mesme les
Equipages d'une mefme Nation
ne la pratiquent pas tous d'une
mefme maniere. Les François
l'appellent Baptefme, & woicy
la maniere dont elle s'obferva
duns noftre Bord. On rangea
~tant a Bas- bord qu'à Scribord ,
qui font les deux coftez du Vaif-
Jeau , des Bailles & des Curvertes
pleines d'eau de Mer, &
bordez par des Matelots rangez
en haye , chacun unfeau
plein d'eau en main . Ce premier
appareil n'eft que pour l'Equi192
MERCURE
page , c'est à dire , Pilotes, Soldats
, & Matelots
, & comme
tous ceux qui n'ont point
paffe la Ligne font obligez
fans
aucune
referve
de recevoir
ce
Baptefme
les uns aprés les autres
; ce qu'ils font en effuyant
tous ces fceaux
d'eau fur leur
corps ; il y eut une maniere
de
le donner
proportionnée
& convenable
aux perfonnes
de diftinction
quife trouverent
dans.
noftre
bord
comme
eftoient
Meffieurs
les Envoyez
, Offficiers
de Vaiffeau
, Officiers
ر
d'Infanterie
, & autres Paffagers.
Ceux
GALANT 193
و
Ceux qui font ordinairement
commis pour exercer cette forte
de Comedie ,font quatre des premiers
Pilotes , fuivis de buit ou
dix Matelots. Aprés s'eftre barbouillez
revestus de cables ,
capots autres fortes de hardespropres
à les rendre ridicules ,
le premier Pilote tenant en main
quelque livre de marine ou de pilotage
, fait presterfur ce livre.
ferment à tous ceux qui reçoivent
le Baptême , & jurer hautement
qu'autant de fois que l'occafion
fe prefentera d'en baptifer d'au
tres , ils le feront avec les mefmes
ceremonies que l'on obferve
Novembre 1687 . R
194 MERCURE
&
>
pour eux ; mais comme leur intention
n'est autre que de faire
une certainefomme d'argent, onfe
rachette de ces rafraifchiffemens
,
"& on reçoit le Baptême
enfe lavant
feulement
les mains dans
un baſſin.Ainfi l'on preste leferment
l'on pave en mefme
temps chacun felon fon pouvoir.
-On commença
par Meffieurs
les
Ambasadeurs
, mais ce fut chacun
dans leur chambre , & non
pas au pied dugrand maſt comme
tous les autres.Les
Pilotesfirent
prés de vingt piftoles de cerachat
deceremonie
. Le 22.nous harponnames
unfort grosMarfoin
, dans
GALANT. 195
lequel nous trouvâmes un jeune
marfonneau . Nous allons du
vent de Nord eft depuis cinq
jours, à trois lieues & trois lieues
& demie par heure.
LeJudy premierjour deMay,
nous nous trouvâmes par 13. degrez
33 minutes.Le lendemain le
vent devintfrais extraordinairement
en nous portant toûjours à
noftre route , ce qui nous donnoit
à tous une grande joye par
l'envie que nous avions d'arri
ver au Cap . Le 10. noftre Cap?-
taine avec quelques uns de nos
Officiers s'en allerent à bord du
Gaillard , pour jouer à la baf-
Rij
196 MERCURE
fette , & rapporterent cent cinquante
écus de gain . Le mefme
jour le Pere Tachard avec quelques
Jefuites vinrent du Gailfard
rendre vifite à Monfieur
Ambaffadeur. Le len
demain , onzième du mesme
mois,nous eufmes une Eclypfe de
Soleil , & ilfut cachéfeulement
d'un tiers. Le 13. j'allay au Gail
lard pour voir Meffieurs les Ambaffadeurs
Siamois , par l'ordre
de Monfieur de laLoubere noftre
Ambaffadeur. Fe revins dans
noftre chaloupe avec M¹ de
Farges General des troupes ,
quatre Officiers, tant du Bord
C
GALANT. 197
å
que des troupes, qui vinrent difner
avec noftre Capitaine ; on
les traita magnifiquement
. L'aprés
midy fe paffa à jouër à la
baffette, & noftre Capitaine y fit
un gain fort confiderable . Le 16 .
un vent du Sud un quart de Sud
nous donna pendant deux fois
vingt- quatre heures un fort gros
temps qui nous fit perdre laNormande
pour deux jours feulement.
Le 18. Fefte de la Pentecofte
, nous nous trouvâmes par
les 33. degrez moins 3. minuttes ,
600. lieües feulement éloignez
du Cap de Bonne -Efperance
. Ce mefme jour nous eufmes.
Riij.
198 MERCURE
grande Meffe dans noftre Bord
avec la Simphonie des violons ,
Monfieur Sebret rendit le
·Pain benit , ayant cu le chanteau
du jour de Pafques , ce
qu'il fit d'une maniere fort propre.
Le 19.il nous mourut un Soldat.
Les Pilotes ne nous faisant
plus qu'à quatre cens lieuës du
Cap , le ventfe mit àl'Ouest &
fi frais , qu'il nous faifoit faire
prés de trois lieues & demie par
heure . Le 10. de Juin prefque
tous nos Pilotes fe trouverent
terre , nous ne la découvrions
point encore ; mais le 11.
fur le Midy, nous commençâmes
à
1
GALANT.. 199
, י
à la voir , & ce fut pour nous
un fujet de joye inconcevable,
ayant efté depuis cent troisjours
à la voile fans toucher terre
& quatre- vingt- dix jours fans
la voir. Enfin le mefme jourfur
les quatre heures , nous mouillâ
mes dans la rade du Cap de
Bonne-Esperance , & le lendemain
nous faluames la Fortereffe
de fept coups de Canons ;
elle nous rendit le falut coup
par coup. Le Gouverneur nous
y a fait mille honneftetez, avec
des prefens de boeufs , moutons ,
herbages , & autres fortes de
rufraifchiffemens , dont il a fait
Riiij
200 MERCURE
prefent à Meffieurs nos Envoyez,
& à quelques - uns des.
Capitaines de noftre Efcadre . Le
15. Meffieurs les Ambassadeurs
Siamois allerent à terre pour voir
Monfieur le Gouverneur du Fort
en fortant de leur Bord , ils
furent faluez par chaque Vaiffeau
de noftre Efcadre de ref
coups de Canon . Le 18. ils
vinrent difner à noßre Bord
lors qu'ils fortirent fur les
trois heures aprés Midy , nous
les faluâmes de neufcoups de
Canon.
Quoy que cette Relation
air efté envoyée entiere , il
GALANT 201
eft aifé de voir que M Mafurier
l'a écrite à mesure que
les chofes fe font pallées. En
voicy la fuite qui a eſté faite
fur le point du rembarque
ment au Cap de Bonne -Efperance
.
Comme je vous envoye fekument
une Relation de noftre
Voyage , ilferoit inutile de repeter
icy bien des choſes en voulant
vous apprendre ce qui s'eft
paffé depuis noftre départ de
Breft. Noftre navigation a efté
la plus heureufe du monde ,
nos Pilotes fe font trouvez fi
justes à leur point , que toute
ع و س
202 MERCURE
crois
où
leur erreur n'a pas efté de plus
de vingt ou trente lieuës , ce qui
eft fort rare. Le 11. de Juin
nous arrivafmes à la Rade du
Cap de Bonne-Efperance ,
nous mouillafmes le mefme jour
fur les quatre heures du foir. Je
que vous fçavez que ce
font les Hollandois qui font
Maiftres de cet endroit. Ils fu→
rent un peufurpris de nous voir
arriver fix Vaiffeaux , n'eftant
pas accoûtumez à en voir un fi
grand nombre à la fois , ce qui
les a tenus inquiets & fur leurs.
gardes tout le temps que nous
avons efté. Mr le Gouverneur
GALANT. 203 '
dont
nous y a receus fort honneftement.
Nous y avons trouvé d'affez
hons rafraichiſemens
, &
au delà de ce que nous nous ef
tions proposé , tant en herbages,
qu'en beufs & moutons ,
M. le Gouverneur a fait de
fort gros prefens , & entre autres
a nofire feul Bord , de trois
boeufs & dix- huit moutons, &
buit grandes corbeilles d'herba
ges. Le reste qui nous a esté
neceffaire , nous l'avons acheté,
& fort cherement.La defcription
de cet endroit peut fe faire en
peu de mots. Ce n'est qu'un Village
affez petit, dont les maifons
204 MERCURE
font fort baffes & fort foibles ,
bafties feulement de brique . La
plupart des Habitansfont Hol
Landois , & le refte des Negres,
A quelque distance de là , dans
une espece de prairie , font les
premiers Habitans de ce lieu ,
qu'on nomme Outantos, qui eft,
je crois . la Nation du monde la
plus infame. Ce font gens extremement
noirs , qui n'ont pour
veftement qu'une peau de mouton
, & pourmaison qu'une cabane
dejonc , où ils vivent confusément
hommes , femmes , &
enfans , ne mangeant que de la
viande des Animaux qu'ils trouGALANT.
205
went morts d'eux- mefmes. Le
Mary pour se rendre agreable
àfa Femme fe graiffe de vieille
ordure , & fur tout du fang de
quelque animal. Ils laiffent coler
fecher cefangfur eux. Leurs
cheveux , qui font pareils aux
cheveux des Maures , font fro
tez d'une certaine compofition
de noir avec de la graiffe , & its
y pendent quantité de coquilla
ges, de cloux , & de pieces d'ai
rain .Les Femmes , outre les mefmes
ornemens des hommes , ont
cela de plus , qu'elles sentcurent
les bras les jambes des boyaux
des moutons qu'ils mangent,pour
206 MERCURE
s'en fervir de nourriture lors
qu'elles fe trouvent engagées
dans les deferts.
Fay oublié de vous dire qu'en
arrivant à la rade du Cap ;
nous y trouvafmes la Loire ,
cette Flutte que nous avions perdue
dans le coup de vent que
nous eufmes par le travers du
Cap - verd il y avoit feulement
trois jours qu'elle eftoit
mouillée dans la rade , lorsque
nous y arrivafmes.
Pendant le temps que nous
avons efté icy , it's'eftfait quelque
chaffe avec les fils de M™
de Farges , General des trouGALANT
207
pes ; il y eft auffi venu
luy-mefme. Nous avons tué
quantité de gibier , parce qu'il
s'en trouve extraordinairement
dans les endroits où M le
Gouverneur du Cap nous faifoit
menerpar des tireurs de volée
qu'il nous donnoit . Le gibier
que nous y trouvions eftoit des
Chevreuils & des Gafelles , qui
font des animaux plus gros que
Aes Chevreuils , mais de mefme
qualité , des Faifans , Perdrix,
& Cocqs de Bruieres en tresgrand
nombre. A la derniere
chaffe que nous fifmes avec
M de Farges . nous y
208 MERCURE
prifmes fix Chevreuils & trente
cinq pieces de gibier , tant
en Perdrix , qu'en Faifans ou
Coigs de bruieres.
Fermer
Résumé : Journal du Voyage des Ambassadeurs de Siam, depuis Brest jusques au Cap de Bonne-Esperance, avec ce qui s'est passé pendant le sejour qu'ils ont fait au Cap. [titre d'après la table]
En 1687, six vaisseaux français partirent de Brest pour le Siam, escortant des ambassadeurs siamois de retour dans leur pays. Le journal de bord, rédigé par M. Masurier, relate le périple jusqu'au Cap de Bonne-Espérance. L'escadre comprenait les navires Gaillard, Oiseau, Loire, Normande, Dromadaire et Maligne. Le voyage fut marqué par des conditions météorologiques difficiles et des rencontres avec des embarcations étrangères. Plusieurs événements notables se produisirent durant le trajet : la séparation temporaire de la Loire, la découverte des îles Porto Santo et Salvago, ainsi que le décès d'un matelot. Les vents alizés facilitèrent la navigation, mais des périodes de calme ralentirent la progression. Des cérémonies religieuses furent célébrées pendant la Semaine Sainte. Le 19 avril, l'escadre traversa la Ligne Équatoriale, marquant cet événement par des rituels traditionnels. Divers incidents et observations furent enregistrés, tels que la capture de poissons et de marsouins, ainsi qu'une éclipse solaire. Le 11 juin, après 103 jours de navigation, l'escadre arriva à la Rade du Cap de Bonne-Espérance, où elle fut accueillie par le gouverneur hollandais. Les Français y retrouvèrent également la flûte La Loire, qui s'était perdue précédemment. Durant leur séjour, ils participèrent à des chasses, tuant divers gibiers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 1278-1288
EXTRAIT du Memoire lû par M. de Reaumur à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences du 5 May 1734. sur les diférens degrez du froid qu'on peut produire en mêlant de la Glace avec diférens Sels ou avec d'autres matieres, soit solides, soit liquides.
Début :
On sçait qu'en mêlant de la glace pilée avec certains sels, tels que le [...]
Mots clefs :
Réaumur, Académie royale des sciences, Froid, Glace, Sels, Degrés, Salpêtre, Expériences, Esprit de vin, Poudre, Sel marin, Thermomètres, Degré, Liqueurs, Mémoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Memoire lû par M. de Reaumur à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences du 5 May 1734. sur les diférens degrez du froid qu'on peut produire en mêlant de la Glace avec diférens Sels ou avec d'autres matieres, soit solides, soit liquides.
EXTRAIT du Memoire lû par M. de
Reaumur à l'Assemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences du 5 May
1734. sur les diférens degrez du froid
qu'on peut produire en mêlant de la Glace
avec diférens Sels ou avec d'autres matieres,
soit solides , soit liquides .
OP
N sçait qu'en mêlant de la glace
pilée avec certains sels , tels que le
Salpêtre et le Sel marin , ou le Sel de table
, on fait naître un plus grand degré
de froid que celui qu'avoit cette Glace ;
qu'au moyen du froid produit par ce mélange
on fait geler de l'eau dans les jours
les plus chauds . C'est même l'expédient
auquel nous devons ces liqueurs glacées
que nous prenons avec plaisir en Eté et
qui paroissent à présent en toutes Saisons
sur les tables somptueuses ; Mais or ne
sçait point encore assez quelle est l'efficacité
de chaque Sel mêlé avec la Glace pour
la production du froid. Quoiqu'on ait
fait beaucoup d'expériences sur la production
de ces froids , qu'on peut nom,
mer artificiels , on ne sçait point encore
de combien le froid qu'un Sel peut produire
est plus grand que celui qui peut
II Vol. être
JUIN. 1734: 1279
Etre produit par un autre Sel , et quelle
est la proportion la plus avantageuse dans
laquelle chaque Sel doit être combiné
avec la Glace. C'est aussi ce qui ne pouvoit
être déterminé avec une sorte de
précision , avant qu'on eut les Thermométres
dont M. de Réaumur a donné la
construction dans les Mémoires de l'Académie
de 1730. Il falloit que les dégrez
de chaud et de froid eussent été réduits à
certaines mesures fixes ; que les dégrez du
Thermométre qui les désignent ne fussent
pas pris arbitrairement comme ils le
sont dans les Thermométres ordinaires.
Dans ceux de M. de Réaumur , ces dégrez
sont des portions connues d'un volume
connu , d'un esprit de vin connu : aussi
plusieurs de ces Thermométres , placez à
côté les uns des autres , s'ils ont été bien
construits , marquent par un même nombre
de dégrez la température de l'air.
On a donc dans ces Thermomètres des
instrumens propres à déterminer les dégrez
du froid en mesures connuës . Les
premiers que M. de Réaumur avoit fait
construire étoient extrémement grands
et par consequent difficiles même à
manier. Il est parvenu à en faire faire
d'aussi petits qu'on les peut souhaiter
, et aussi exacts que les grands. Les
II. Vol. de1280
MERCURE DE FRANCE
dégrez des uns sont proportionnels à ceux
des autres . Les petits n'ont que huic à
dix pouces de hauteur , et moins si l'on
veut. Nous sommes encore obligez de
rapp ller ici qu'il y a sur ces Thermométres
deux suites de dégrez ou de divisions,
l'une qu'on peut appeller celle des dégrez
ascendans ou des dégrez de chaud , et
l'autre des dégrez descendans ou des dégrez
de froid ; le terme , la ligne qui sépare
ces deux suites est marquée par Zero.
Lorsque la liqueur du Thermométre e
à ce terme , elle n'a précisément que le
degré de f oid qui suffit pour geler l'eau
ou pour empêcher la Glace de se fondre.
Les dégrez qui sont au dessous de ce terme
expriment des d'grez de froid de plus
grand en plus grand que celui qui est
simplement capable de geler l'eau.
Le Salpêtre est un des Sels de l'efficacité
duquel on a le plus d'idée pour la
production du froid. C'est à un nitre ou
à un Salpêtre répandu dans l'air qu'on
attribue les plus grands froids : si la Glace
se forme au milieu de l'Eté dans quelques
cavernes souterraines, telles que la Grotte
de Besançon on veut que ce soit parce
que les terres des environs sont impregnées
de Salpêtre . Les expériences de
M. de Réaumur nous font beaucoup ra-7.
,
11 Vol. batJUIN
1734. 1 ·
1281
battre de cette idée qu'on s'étoit faite du
Salpêtre , elles, apprennent que le Salpêtre
bien pur, bien rafiné , étant mêlé avec
la Glace , ne peut faire naîtte qu'un dégré
de froid de trois dégrez et demi plus
grand que celui qui est capable de geler
T'eau.
Si on avoit eu besoin de produite un
grand degré de froid , on ne se seroit pas.
avisé apparemment de préférer le sucre
au Salpêtre ; on l'auroit dû pourtant , puisque
les expériences de M. de Reaumur apprennent
qu'avec du sucre et de la Glace
on fait naître un froid de 5 dégrez au - dessous
de la congellation. Ces expériences
doivent paroître curieuses; mais on auroit
été assez porté à croire qu'elles ne sont
que curieuses, M. de Reaumur à fait voir
qu'elles ont des utilitez qu'on n'en auroit
pas attendues. On a cherché et on a imaginé
bien des moyens et bien des machines
pour éprouver la force de la poudre
à canon , parce qu'il importe extrémement
de pouvoir s'assurer de la qualité des différentes
poudres. Ceux qui sont le plus
au fait de l'Artillerie sçavent cependant
que malgré tous les genres d'épreuves
qu'on a imaginés , il n'y en a pas encore
une bonne qui soit connues on n'a pas
pensé assurémentque la meilleure maniere
I I. Vol. B dé1232
MERCURE DE FRANCE
11
déprouver de la poudre à canon fur déprouver
le degré du froid qu'elle peut
faire naître : c'est pourtant ce qui résul
te très - clairement des expériences de
M. de Reaumur. Le Salpêtre fait la base
de cette poudre , elle est composée de
trois parties de Salpêtre , d'une demie
partie de charbon et d'une demie partie
de souffre , c'est sur tout par la qualité,
du Salpêtre qu'on peut craindre que la
poudre peche . L'opération de purifier ,
de rafiner le Salpêtre se réduit presque à
en séparer un Sel de la nature du Sel marin
où du Sel de table avec lequel il est
mêlé. Le Salpêtre est d'autant plus pur ,
plus parfait , qu'il contient moms de ce
Sel. Or les expériences de M. de Reaumur
lui ont appris que le Sel matin ou
que le Sel qui altére le Salpêtre mêlé avec
la Glace, est capable de produire un trèsgrand
froid , un froid qui surpasse de 15
degrez celui qui suffit pour geler l'eau¸
au lieu que leSalpêtre bien rafiné ne peut
produire qu'un froid de 3 degrez et demi
plus grand que celui de l'eau qui
commence à se geler. Delà il suit que
moins le Salpêtre sera rafiné et plus le
froid qu'il fera naître , étant mêlé avec de
la Glace , sera grand . La plus sûre , la
moins équivoque des épreuves du Salpê-
II. . Vol.
tre
JUIN. 1734 1283
que
tre est donc celle du froid qu'il peut produire
. M. de Reaumur a trouvé qu'il y
a du Salpêtre de la premiere cuite qui fait
naître jusqu'à 11 degrez de froid. Enfin
que d'autre Salpêtre n'en fait naître
9. 8.7. degrez plus ou moins selon qu'il
a été rafiné. On voit bien que l'essai doit
réüssir de même pour la poudre à canon,
sur tout lorsqu'on sçait que le charbon
pilé et le souffre n'augmentent point le
froid de la Glace. Afin pourtant qu'il ne
restât aucun doute sur le succès de cette
épreuve , M. de Reaumur a fait faire de
la poudre à canon avec du Salpêtre bien
rafiné ; mêlé avec la Glace elle a produit
3 degrez et demi de froid ; il a fait faire
d'autres poudres avec d'autres Salpêtres
qui ont donné 7. 8. ou 10. degrez de
froid selon la qualité de Salpêtre qui
étoit entré dans leur composition.
Nous ne sçaurions suivre le détail des
expériences que M. de Reaumur a faites
sur toutes les diférentes especes des Sels ,
mais nous ne pouvons nous dispenser de
dire quelque chose de celles sur les diférens
Sels fixes ou alcalis et sur les cendres
qui fournissent ces Sels , parce que les
resultats de ses expériences peuvent être
utiles à tous ceux qui font des liqueurs
glacées dans les Pays où le Sel marin jest
Bip rare II Vol.
1284 MERCURE DE FRANCE
rare ou cher , et à ceux qui sont obligez
de conserver leurs Glaces pendant des
demie journées. Le Sel de Soude , les diférentes
Soudes elles mêmes , les potasses,
les cendres gravelées , le Tartre , en un
mot , tous les Sels alcalis ou les cendres
chargées de ces Sels sont capables de produire
au moins un aussi grand degré de
froid que le Salpêtre bien rafiné : quel
ques- unes mêmes de ces matieres produisent
de très- grands froids et même
superieurs à celui que le Sel marin peut
produire. La cendre ordinaire , celle qu'on
trouve dans toute cheminée où on a brûlé
du bois neufsuffit pour faire des Glaces
ou liqueurs glacées ; on ne sçauroit désirer
une matiere à meilleur marché ; il est
vrai pourtant qu'avec cette cendre on ne
fera pas des Glaces aussi promptement à
beaucoup près , qu'on les fait avec le Sel
marin , qu'on sera obligé d'y employer
plus de deux heures , mais cet inconvé
nient , qui n'en est un que lorsqu'on est
pressé par le tems , est compensé par un
avantage , c'est que la cendre conserve
bien plus long-tems les Glaces qu'elle a
faites que le Sel marin ne conserve celles
qu'il a produites plus vîte ; c'est de quoi
les raisons sont expliquées dans le Mémoire.
La longueur d'un Extrait ne nous
II. Vol
perJUIN.
1734. 1285
permet pas de parler de toutes les diférentes
matieres qui augmentent le froid
de la Glace avec laquelle on les mêle ; il
y en a pourtant que nous ne pouvons
nous résoudre à passer entierement sous
silence . Il est bien singulier que la chaux
qui s'échauffe si considérablement lorsqu'elle
est humectée par l'eau , augmente
le froid de la Glace avec laquelle on l'a
mêlée. Les Physiciens sçavoient déja que
l'esprit de vin , qui est une liqueur si
inflamable , qui est tout feu
versé sur
la Glace augmente son froid ; mais M. de
Reaumur a trouvé qu'avec la Glace l'Esprit
de vin versé dessus en certaines circonstances
, on peut faire naître un froid
excessif.
›
→
Il a cherché aussi à mesurer les degrez
des froids qu'on peut faire naître au
moyen des plus violens esprits acides
comme l'esprit de nitre et l'esprit de Sel :
Ils peuvent produire des froids prodigieux
: Celui que nous avons ressenti à
Paris dans le mémorable hyver de 1709.
n'eut fait descendre la liqueur du Thermométre
qu'un peu au - dessous de 14
degrez , et avec ces esprits et par d'autres
moyens indiquez , M. de Reaumur en
produit des froids capables de faire descendre
la liqueur à 25 ou à 26 degrez .
- II. Vol.
B iij
Si
1286 MERCURE DE FRANCE
Si on affablit de l'Esprit de vin de la
qualité de celui du Thermométre , si on
mêle trois parties de cet Esprit de vin
avec deux parties d'eau cet Esprit de
vin affoibli est encore plus fort que les
meilleures eaux de vie , il ne sçauroit cependant
conserver sa liquidité contre un
froid de 24 degrez , il se géle sur le
champ.
,
>
Les liqueurs inflamables et les liqueurs
qui sont chargées de beaucoup de Sel
sont celles qui se gélent le plus dificilement
; mais M. de Reaumur a fait observer
dans son Memoire, que la nature sçait
composer des liqueurs qui nous semblent
purement aqueuses , qui ne sont point
inflamables qui ne nous paroissent
pas chargées de Sels et qui cependant
sont capables de soutenir de très grands
froids sans perdre leur liquidité : Ce sont
celles qui circulent dans les corps des
insectes de tant d'especes differentes.
M. de Reaumur a fait quantité d'essais
pour connoître les degrez de froid qui
peuvent faire périr les insectes de diverses
especes qui peuvent geler leur sang.Si
les degrez de froid de certains Hyvers
sont supérieurs à ceux que certains insec
tes peuvent soutenir, et qu'ils sont exposez
à soutenir , nous pourrons alors pré-
II. Vol. dire
JUIN. 17345 1287
dire que ces Insectes ne nous incommoderont
pas dans le reste de l'année ; c'est
un détail curieux dont il a reservé la plus
grande partie pour l'Histoire des Insectes.
Il ne parle ici que de quelques especes
de Chenilles , il en a trouvé des especes
qu'un froid de huit degrez fait perir 13
mais malheureusement il y en a une espece
, la plus commune de toutes , et
qu'il a aussi nommée la commune , parce
que le nombre de ses individus surpasse
dans le Royaume en certaines années le
nombre des individus qui fournissent
ensemble plusieurs milliers d'autres especes
; c'est cette espéce dont on voit
des nichées sur les arbres lorsqu'ils ont
perdu leurs feuilles. Ces Chenilles sont
malheureusement constituées de façon
que nous ne pouvons pas esperer qu'aucun
froid nous en délivre ; quoique jeunes et
petites , elles ont soutenu un froid de 18
degrez sans que leur sang se soit gelé et
sans qu'elles ayent péri , c'est - à- dire , un
froid au moins plus grand de quatre degrez
que celui que nous avons eu en
1709.
le
Il n'est pas sûr même qu'un froid de
huit degrez nous délivre de celles dont
sang peut être gelé par ce froid. La nature
a appris à celles qui ne sont pas en
11. Vol.
Biiij état
1288 MERCURE DE FRANCE
état de soutenir les plus grands froids de
s'enfoncer en terre ; quelques-unes y entrent
dès le Printems , d'autres y entrent
en Eté elles s'y métamorphosent en
Crysalides . Sous cette derniere forme elles
restent pendant tout Hyver cachées en
terre,d'où ces Insectes sortent auPrinters
sous la forme de Papillons.
Quand nous étendrions , encore plus
loin cet Extrait, il faudroit toujours nous
résoudre à ne rien dire d'une partie des
faits curieux et utiles dont le Memoire
est rempli dès que nous ne donnerions
pas le Memoire en entier.
*
Reaumur à l'Assemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences du 5 May
1734. sur les diférens degrez du froid
qu'on peut produire en mêlant de la Glace
avec diférens Sels ou avec d'autres matieres,
soit solides , soit liquides .
OP
N sçait qu'en mêlant de la glace
pilée avec certains sels , tels que le
Salpêtre et le Sel marin , ou le Sel de table
, on fait naître un plus grand degré
de froid que celui qu'avoit cette Glace ;
qu'au moyen du froid produit par ce mélange
on fait geler de l'eau dans les jours
les plus chauds . C'est même l'expédient
auquel nous devons ces liqueurs glacées
que nous prenons avec plaisir en Eté et
qui paroissent à présent en toutes Saisons
sur les tables somptueuses ; Mais or ne
sçait point encore assez quelle est l'efficacité
de chaque Sel mêlé avec la Glace pour
la production du froid. Quoiqu'on ait
fait beaucoup d'expériences sur la production
de ces froids , qu'on peut nom,
mer artificiels , on ne sçait point encore
de combien le froid qu'un Sel peut produire
est plus grand que celui qui peut
II Vol. être
JUIN. 1734: 1279
Etre produit par un autre Sel , et quelle
est la proportion la plus avantageuse dans
laquelle chaque Sel doit être combiné
avec la Glace. C'est aussi ce qui ne pouvoit
être déterminé avec une sorte de
précision , avant qu'on eut les Thermométres
dont M. de Réaumur a donné la
construction dans les Mémoires de l'Académie
de 1730. Il falloit que les dégrez
de chaud et de froid eussent été réduits à
certaines mesures fixes ; que les dégrez du
Thermométre qui les désignent ne fussent
pas pris arbitrairement comme ils le
sont dans les Thermométres ordinaires.
Dans ceux de M. de Réaumur , ces dégrez
sont des portions connues d'un volume
connu , d'un esprit de vin connu : aussi
plusieurs de ces Thermométres , placez à
côté les uns des autres , s'ils ont été bien
construits , marquent par un même nombre
de dégrez la température de l'air.
On a donc dans ces Thermomètres des
instrumens propres à déterminer les dégrez
du froid en mesures connuës . Les
premiers que M. de Réaumur avoit fait
construire étoient extrémement grands
et par consequent difficiles même à
manier. Il est parvenu à en faire faire
d'aussi petits qu'on les peut souhaiter
, et aussi exacts que les grands. Les
II. Vol. de1280
MERCURE DE FRANCE
dégrez des uns sont proportionnels à ceux
des autres . Les petits n'ont que huic à
dix pouces de hauteur , et moins si l'on
veut. Nous sommes encore obligez de
rapp ller ici qu'il y a sur ces Thermométres
deux suites de dégrez ou de divisions,
l'une qu'on peut appeller celle des dégrez
ascendans ou des dégrez de chaud , et
l'autre des dégrez descendans ou des dégrez
de froid ; le terme , la ligne qui sépare
ces deux suites est marquée par Zero.
Lorsque la liqueur du Thermométre e
à ce terme , elle n'a précisément que le
degré de f oid qui suffit pour geler l'eau
ou pour empêcher la Glace de se fondre.
Les dégrez qui sont au dessous de ce terme
expriment des d'grez de froid de plus
grand en plus grand que celui qui est
simplement capable de geler l'eau.
Le Salpêtre est un des Sels de l'efficacité
duquel on a le plus d'idée pour la
production du froid. C'est à un nitre ou
à un Salpêtre répandu dans l'air qu'on
attribue les plus grands froids : si la Glace
se forme au milieu de l'Eté dans quelques
cavernes souterraines, telles que la Grotte
de Besançon on veut que ce soit parce
que les terres des environs sont impregnées
de Salpêtre . Les expériences de
M. de Réaumur nous font beaucoup ra-7.
,
11 Vol. batJUIN
1734. 1 ·
1281
battre de cette idée qu'on s'étoit faite du
Salpêtre , elles, apprennent que le Salpêtre
bien pur, bien rafiné , étant mêlé avec
la Glace , ne peut faire naîtte qu'un dégré
de froid de trois dégrez et demi plus
grand que celui qui est capable de geler
T'eau.
Si on avoit eu besoin de produite un
grand degré de froid , on ne se seroit pas.
avisé apparemment de préférer le sucre
au Salpêtre ; on l'auroit dû pourtant , puisque
les expériences de M. de Reaumur apprennent
qu'avec du sucre et de la Glace
on fait naître un froid de 5 dégrez au - dessous
de la congellation. Ces expériences
doivent paroître curieuses; mais on auroit
été assez porté à croire qu'elles ne sont
que curieuses, M. de Reaumur à fait voir
qu'elles ont des utilitez qu'on n'en auroit
pas attendues. On a cherché et on a imaginé
bien des moyens et bien des machines
pour éprouver la force de la poudre
à canon , parce qu'il importe extrémement
de pouvoir s'assurer de la qualité des différentes
poudres. Ceux qui sont le plus
au fait de l'Artillerie sçavent cependant
que malgré tous les genres d'épreuves
qu'on a imaginés , il n'y en a pas encore
une bonne qui soit connues on n'a pas
pensé assurémentque la meilleure maniere
I I. Vol. B dé1232
MERCURE DE FRANCE
11
déprouver de la poudre à canon fur déprouver
le degré du froid qu'elle peut
faire naître : c'est pourtant ce qui résul
te très - clairement des expériences de
M. de Reaumur. Le Salpêtre fait la base
de cette poudre , elle est composée de
trois parties de Salpêtre , d'une demie
partie de charbon et d'une demie partie
de souffre , c'est sur tout par la qualité,
du Salpêtre qu'on peut craindre que la
poudre peche . L'opération de purifier ,
de rafiner le Salpêtre se réduit presque à
en séparer un Sel de la nature du Sel marin
où du Sel de table avec lequel il est
mêlé. Le Salpêtre est d'autant plus pur ,
plus parfait , qu'il contient moms de ce
Sel. Or les expériences de M. de Reaumur
lui ont appris que le Sel matin ou
que le Sel qui altére le Salpêtre mêlé avec
la Glace, est capable de produire un trèsgrand
froid , un froid qui surpasse de 15
degrez celui qui suffit pour geler l'eau¸
au lieu que leSalpêtre bien rafiné ne peut
produire qu'un froid de 3 degrez et demi
plus grand que celui de l'eau qui
commence à se geler. Delà il suit que
moins le Salpêtre sera rafiné et plus le
froid qu'il fera naître , étant mêlé avec de
la Glace , sera grand . La plus sûre , la
moins équivoque des épreuves du Salpê-
II. . Vol.
tre
JUIN. 1734 1283
que
tre est donc celle du froid qu'il peut produire
. M. de Reaumur a trouvé qu'il y
a du Salpêtre de la premiere cuite qui fait
naître jusqu'à 11 degrez de froid. Enfin
que d'autre Salpêtre n'en fait naître
9. 8.7. degrez plus ou moins selon qu'il
a été rafiné. On voit bien que l'essai doit
réüssir de même pour la poudre à canon,
sur tout lorsqu'on sçait que le charbon
pilé et le souffre n'augmentent point le
froid de la Glace. Afin pourtant qu'il ne
restât aucun doute sur le succès de cette
épreuve , M. de Reaumur a fait faire de
la poudre à canon avec du Salpêtre bien
rafiné ; mêlé avec la Glace elle a produit
3 degrez et demi de froid ; il a fait faire
d'autres poudres avec d'autres Salpêtres
qui ont donné 7. 8. ou 10. degrez de
froid selon la qualité de Salpêtre qui
étoit entré dans leur composition.
Nous ne sçaurions suivre le détail des
expériences que M. de Reaumur a faites
sur toutes les diférentes especes des Sels ,
mais nous ne pouvons nous dispenser de
dire quelque chose de celles sur les diférens
Sels fixes ou alcalis et sur les cendres
qui fournissent ces Sels , parce que les
resultats de ses expériences peuvent être
utiles à tous ceux qui font des liqueurs
glacées dans les Pays où le Sel marin jest
Bip rare II Vol.
1284 MERCURE DE FRANCE
rare ou cher , et à ceux qui sont obligez
de conserver leurs Glaces pendant des
demie journées. Le Sel de Soude , les diférentes
Soudes elles mêmes , les potasses,
les cendres gravelées , le Tartre , en un
mot , tous les Sels alcalis ou les cendres
chargées de ces Sels sont capables de produire
au moins un aussi grand degré de
froid que le Salpêtre bien rafiné : quel
ques- unes mêmes de ces matieres produisent
de très- grands froids et même
superieurs à celui que le Sel marin peut
produire. La cendre ordinaire , celle qu'on
trouve dans toute cheminée où on a brûlé
du bois neufsuffit pour faire des Glaces
ou liqueurs glacées ; on ne sçauroit désirer
une matiere à meilleur marché ; il est
vrai pourtant qu'avec cette cendre on ne
fera pas des Glaces aussi promptement à
beaucoup près , qu'on les fait avec le Sel
marin , qu'on sera obligé d'y employer
plus de deux heures , mais cet inconvé
nient , qui n'en est un que lorsqu'on est
pressé par le tems , est compensé par un
avantage , c'est que la cendre conserve
bien plus long-tems les Glaces qu'elle a
faites que le Sel marin ne conserve celles
qu'il a produites plus vîte ; c'est de quoi
les raisons sont expliquées dans le Mémoire.
La longueur d'un Extrait ne nous
II. Vol
perJUIN.
1734. 1285
permet pas de parler de toutes les diférentes
matieres qui augmentent le froid
de la Glace avec laquelle on les mêle ; il
y en a pourtant que nous ne pouvons
nous résoudre à passer entierement sous
silence . Il est bien singulier que la chaux
qui s'échauffe si considérablement lorsqu'elle
est humectée par l'eau , augmente
le froid de la Glace avec laquelle on l'a
mêlée. Les Physiciens sçavoient déja que
l'esprit de vin , qui est une liqueur si
inflamable , qui est tout feu
versé sur
la Glace augmente son froid ; mais M. de
Reaumur a trouvé qu'avec la Glace l'Esprit
de vin versé dessus en certaines circonstances
, on peut faire naître un froid
excessif.
›
→
Il a cherché aussi à mesurer les degrez
des froids qu'on peut faire naître au
moyen des plus violens esprits acides
comme l'esprit de nitre et l'esprit de Sel :
Ils peuvent produire des froids prodigieux
: Celui que nous avons ressenti à
Paris dans le mémorable hyver de 1709.
n'eut fait descendre la liqueur du Thermométre
qu'un peu au - dessous de 14
degrez , et avec ces esprits et par d'autres
moyens indiquez , M. de Reaumur en
produit des froids capables de faire descendre
la liqueur à 25 ou à 26 degrez .
- II. Vol.
B iij
Si
1286 MERCURE DE FRANCE
Si on affablit de l'Esprit de vin de la
qualité de celui du Thermométre , si on
mêle trois parties de cet Esprit de vin
avec deux parties d'eau cet Esprit de
vin affoibli est encore plus fort que les
meilleures eaux de vie , il ne sçauroit cependant
conserver sa liquidité contre un
froid de 24 degrez , il se géle sur le
champ.
,
>
Les liqueurs inflamables et les liqueurs
qui sont chargées de beaucoup de Sel
sont celles qui se gélent le plus dificilement
; mais M. de Reaumur a fait observer
dans son Memoire, que la nature sçait
composer des liqueurs qui nous semblent
purement aqueuses , qui ne sont point
inflamables qui ne nous paroissent
pas chargées de Sels et qui cependant
sont capables de soutenir de très grands
froids sans perdre leur liquidité : Ce sont
celles qui circulent dans les corps des
insectes de tant d'especes differentes.
M. de Reaumur a fait quantité d'essais
pour connoître les degrez de froid qui
peuvent faire périr les insectes de diverses
especes qui peuvent geler leur sang.Si
les degrez de froid de certains Hyvers
sont supérieurs à ceux que certains insec
tes peuvent soutenir, et qu'ils sont exposez
à soutenir , nous pourrons alors pré-
II. Vol. dire
JUIN. 17345 1287
dire que ces Insectes ne nous incommoderont
pas dans le reste de l'année ; c'est
un détail curieux dont il a reservé la plus
grande partie pour l'Histoire des Insectes.
Il ne parle ici que de quelques especes
de Chenilles , il en a trouvé des especes
qu'un froid de huit degrez fait perir 13
mais malheureusement il y en a une espece
, la plus commune de toutes , et
qu'il a aussi nommée la commune , parce
que le nombre de ses individus surpasse
dans le Royaume en certaines années le
nombre des individus qui fournissent
ensemble plusieurs milliers d'autres especes
; c'est cette espéce dont on voit
des nichées sur les arbres lorsqu'ils ont
perdu leurs feuilles. Ces Chenilles sont
malheureusement constituées de façon
que nous ne pouvons pas esperer qu'aucun
froid nous en délivre ; quoique jeunes et
petites , elles ont soutenu un froid de 18
degrez sans que leur sang se soit gelé et
sans qu'elles ayent péri , c'est - à- dire , un
froid au moins plus grand de quatre degrez
que celui que nous avons eu en
1709.
le
Il n'est pas sûr même qu'un froid de
huit degrez nous délivre de celles dont
sang peut être gelé par ce froid. La nature
a appris à celles qui ne sont pas en
11. Vol.
Biiij état
1288 MERCURE DE FRANCE
état de soutenir les plus grands froids de
s'enfoncer en terre ; quelques-unes y entrent
dès le Printems , d'autres y entrent
en Eté elles s'y métamorphosent en
Crysalides . Sous cette derniere forme elles
restent pendant tout Hyver cachées en
terre,d'où ces Insectes sortent auPrinters
sous la forme de Papillons.
Quand nous étendrions , encore plus
loin cet Extrait, il faudroit toujours nous
résoudre à ne rien dire d'une partie des
faits curieux et utiles dont le Memoire
est rempli dès que nous ne donnerions
pas le Memoire en entier.
*
Fermer
Résumé : EXTRAIT du Memoire lû par M. de Reaumur à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences du 5 May 1734. sur les diférens degrez du froid qu'on peut produire en mêlant de la Glace avec diférens Sels ou avec d'autres matieres, soit solides, soit liquides.
Le mémoire de M. de Réaumur, présenté à l'Académie Royale des Sciences le 5 mai 1734, examine les différents degrés de froid obtenus en combinant de la glace avec divers sels ou matières. Il est établi que des sels comme le salpêtre, le sel marin ou le sel de table augmentent le froid de la glace, permettant de geler de l'eau même par temps chaud. Cependant, l'efficacité de chaque sel pour produire du froid reste mal connue malgré de nombreuses expériences. Réaumur met en avant l'importance des thermomètres pour mesurer précisément ces degrés de froid. Il a développé des thermomètres plus petits et précis, permettant de comparer les degrés de froid produits par différents mélanges. Le salpêtre, souvent associé à des froids intenses, ne produit qu'un degré de froid de 3,5 degrés au-dessus de la congélation de l'eau lorsqu'il est pur. En revanche, le sucre mélangé à la glace produit un froid de 5 degrés en dessous de la congélation. Les expériences de Réaumur montrent également que la qualité du salpêtre, utilisé dans la poudre à canon, peut être évaluée par le degré de froid qu'il produit. Un salpêtre impur produit un froid plus intense qu'un salpêtre raffiné. D'autres sels, comme la soude, la potasse, et les cendres, peuvent également produire des froids intenses, parfois supérieurs à ceux du sel marin. Réaumur a également étudié les effets du froid sur divers liquides et insectes. Il a observé que certaines liqueurs, comme l'esprit de vin, augmentent le froid de la glace lorsqu'elles sont mélangées. Il a également mesuré les degrés de froid capables de geler le sang des insectes, notant que certaines chenilles peuvent résister à des froids extrêmes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 1842-1850
ASSEMBLÉE publique de la même Académie, du 22 Avril 1744.
Début :
LES grandes occupat[i]ons de M. Pallu, Intendant de Lyon, ne lui ayant pas permis de donner, / Mémoire, contenant la Description de plusieurs Machines de Guerre. Les [...]
Mots clefs :
Lyon, Degrés, Calcul, Observation, Éclipse de lune, Provence, Nombres, Soleil, Machine, Arithmétique, Arts libéraux, Cadrans solaires, Phtisie, Observations météorologiques, Architecture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ASSEMBLÉE publique de la même Académie, du 22 Avril 1744.
ASSEMBLE' E publique de la même
Académie , du 22 Avril 1744.
I
Es grandes occupat ons de M. Pallu , Inten
dant de Lyon , ne lui ayant pas permis de donner,
en qualité de Directeur de l'Académie, les Extraits
des Mémoires qui y ont été lûs depuis la
derniere Aff mblée publique il avoit prié M.
Borde,President de la précédente année , d'en faire
le Recueil & la lecture. Voici les Extraits qu'il a
rapportés.
?
Mémoire , contenant la Defcription de plufieurs
Machines de Guerre.
Les avantages que le Public peut retirer des ingénieufes
inventions , & des Machines qui forment
le curieux Cabinet de M. Grollier de Servieres
viennent infentiblen: ent orner nos Regifties. Ce
Mémoire contient des détails de conftruction &
d'apAOUST.
1744. 1.843
application. 1 : D'une Machine qui fert à forer
des Canons. Le Canon eft jetté en tonte tout maffif,
eft placé fur cette Machine & y ett fufpendu , dans
une fituation renventée & perpendiculaire , fur des
piéces de bois , qui lui permettent de defcendre infenfiblement
fur des forets de diferentes grandeurs
& force , qui en détachent ia natiere , en
tournant rapidement fur leur centre , par l'action
des chevaux , ou de tout utre moteur. Une feconde
Machiné faire paffer du Canon > pour au travers
d'une Riviere , loifqu'il n'y a point de Pont.
Une troifiéme , pour transporter ailément du Canon
fur divers endroits du Rempart ; moyen etile lorf
que les batteries des affiégés ont été démontées en
partie , & qu'il eft néceffaire de taire feu en plu-
Geurs endroits 4. Un Pont volant , pour trav.rfer
un foflé 5 ° . & 6 ° Deux moyens différens & d'une
grande fimplicité , pour éventer les Mines des affié--
geans , les prevenir & les inonder.
Sur les fractions des Nombres.
Les opérations d'Arithmetique préfentent fou
vent des fractions , dont il eit neceflaire de connoître
la valeur relativement à l'efpéce dont elles font
parties aliquotes , il faut pour y parvenir, employer
des réductions , qui fouvent , par la longueur du
calcul , deviennent fufceptibles d'erreur. M. l'Abbé
Dugaiby, qui a fenti ces difficultés , a cru pouvoir
les lever , en. imaginant des tables & des échelles
où ces reductions ie trouvent toutes faites , au premier
coup d'oeil ; un Inftrument qui a quelque rap- .
port au Compas de proportion , & inventé pour faciliter
la conftruction de ces échelles lui a fervi uti- >
lement. I elt compofé de deux régles , donc l'une
eft divifée fuivant la fuite naturelle des Nombres ,
I vj
&
1844 MERCURE DE FRANCE.
& l'autre , felon l'ordre des Nombres impairs ; le
centre de mouvement des deux régles eft variable
fur l'une des deux . Cet Inftrument divife tout cercle
& tout, fecteur à volonté , felon les différentes gradations
des Nombres , marqués fur la principale.
régle , & réfout méchaniquement & fans calcul le
Problême de Papus , fans avoir recours aux lignes
du fecond genre.
Obfervations du Paffage de la Planette de
Mercure fur le Soleil , le matin du 5
Novembre 1743 .
que
2
Un Phenomene fenfible & obfervé avec exactitude
, préſente aux Aftronomes des preuves de la
jufteffe , ou de la fauffeté de leurs hypotéfes . Il leur
eft donc extrêmement important de n'en pas laiffer
échapper l'heureux inftant. Le Paffage de Mercure
fur le Soleil , eft d'autant plus utile à l'Aftronomie,
le mouvement de cette Planette n'eft pas encore
bien connu , fes révolutions , quoique promp
tes , ne le placent que rarement dans une fiuation
propre à être obfervé. Le Phénomene annoncé par
les Ephemerides , avertit le P. Beraud de le précautionner
pour l'Obfervation Une Lunette de 20
pieds un quart de cercle , une Machine parallactique
& une Pendule réglée fur le mouvement vrai ,
furent préparées pour cette Obfervation ; le tems la
favorifa parfaitement . Mercure parut par la Lunette
de 20 pieds, exactement rond , fort noir , & fa circonférence
bien terminée , fans nebulofité , & fans
anneau lumineux. L'inftant de fon immerſion totale
fut à 8 heures du matin , 49' f1 " , tems vrai , &
celui de l'émerfion totale à i heures après midi ,
21' 20" , le tems de fon immerfion . totale à fon
émerfion entiere fut de 4 heures 3.1 ' 29" , & le tems
I
que
A O UST. 1744. . 1845
que fon diamétre mit à paffer le bord occidental dư
Soleil de z ' 6" , d'où l'on a conclu , que le moment
de for entrée fur le bord oriental , fut à 8 heures 47°
45" , qui différe du tems de l'entrée déterminée ,
par les Tables de 14' 33 " dont il a avancé , le diamétre
apparent du Soleil ce jour-là , étant de 32 °
30" ; la route entiere de Mercure comparée à ce
diamétre eft de 27 ' 14" . Le P. Beraud , par un calcul
intéreffant & tiré de cette Obfervation , donne
le rapport de la grandeur véritable de Mercure &
fon diamétre ; comparée à celle de la Terre , elle
eft comme 388 à 1200, c'eft- à-dire, que fon diamètre
eft un peu plus d'un tiers de celui de la Terre ; fa
furface un neuvième , & ſa ſolidité un vingt - feptiéme:
ce qui fe trouve très conforme aux précédentes
déterminations données par les Aftronomes les
plus exacts. Cette Obfervation annonce donc une
erreur dans les Tables, mais le P. Beraud ne fe preffe
pas de la conclure ; c'eft à la conformité des Obfervations
du même Phénomene à décider de la justef
fe ou de l'erreur des Tables qui les prédiſent.
Obfervation de l'Eclipfe de Lune , du z
Novembre 1743-
Le moment de cette Eclipfe a encore précédé le
tems où elle devoit arriver , felon les Ephémerides
de 15' 42 " , différence trop confidérable & qui auroit
pu faire douter de l'exactitude de l'Obfervation
, fi le P. Beraud n'avoit eu la fatisfaction de
voit la fienne ne différer que de peu de fecondes de
celles qui ont été faites en même-tems , à Toulon ,
par le P. du Chatelard , l'un de nos Académiciens
affociés , & à Marseille , par le P. Permas . Tel eft
P'ufage de ces fortes de comparaifons . Eiles font à
l'Aftro1846
MERCURE DE FRANCE.
FAftronomie , ce que les démonftrations font à la
Géométrie .
Sur les proportions dans l'Arithmetique.
M. l'Abbé Dugaiby préfenta un fecond Inftrument
qu'il a inventé , pour faciliter l'intelligence &
P'ufage des régles de proportions . Le quatrieme
proportionnel à trois nombres donnés, vient comme
de lui même fe placer fur l'Inftrument , par une
opération fimple ,immédiate & fans calcul , qui ne
demande que beaucoup de précifion dans l'inftru
ment.
Sur la perfection des Arts Libéraux.
L'Architecture , la Peinture , la Sculpture & la
Gravure , font des Arts infiniment précieux , la perfection
où nous les voyons , a conduit M. de la
Monce à en pénétrer la caufe . Les Analyfes qu'il
en a faites , lui font voir par tout , que les habiles.
Maîtres n'ont été tels que par une étude fuivie &
attentive des beaux Arts & des Sciences , qui conduifent
à leur intelligence. Il fait voir que les cinq
ordres d'Architecture doivent être confiderés com
me les lettres de l'Alphabet , c'eft - à- dire fufceptibles
d'une combinaiſon étonnante , laquelle bien enten
duë ne manquera jamais de plaire . Que le Pinceau
guidé par l'H ftoire , la Fable & les diverfes productions
de la Nature , préfentera tout à la fois , le
bon goût , la vérité la nobleffe de l'exécution
& enfin que le Cifeau & le Burin conduits par des
mains attentives , produiront ces Chefs-d'oeuvres
d'une pratique haoile & d'une fçavante imitation..
Sur
AOUST. 1847
1744.
Sur la conftruction des Cadrans Solaires , Verticaux
, Méridionaux déclinans ; & la
connoiffance de la Méridienne fur des Plans
Verticaux.
&
La Géométrie fe place par tout avec fuccès ; le
calcul différentiel vient au fecours d'une pratique
de Gnomonique , & fournit par une formule , une
Méthode fimple & exacte , pour trouver la déclinaifon
d'un Plan vertical , & en conféquence , la
ligne méridienne fur ce Plan . M., Mathon , à l'aide
de cette méthode , tire une tangente à la ligne
d'ombre d'un ftyle droit , élevé perpendiculairemert
fur le Plan , au point le lus près de midi ,
en conclut , par le calcul , le vrai point du midi , &
Ja hauteur du Pôle. Une feconde méthode pour
trouver la même méridienne , fans avoir befoin de
connoître la déclinaifon du Plan , fuppofe la maniere
ordinaire pour tracer la meridienne fur des
Plans horifontaux , par des cercles concentriques ,
décrits du pied d'un ftyle droit mais pour éviter
les erreurs , produites par le changemen de déclimaifon
du Soleil , M. Mathon propoſe de tirer une
tangente à la ligne d'ombre , au point trouvé part
Poble vation le complement de l'Angle de cette
tangente , avec une ligne verticale fera l'Angle
cherché entre la fous- litaire & la ligne de midi Les
petits arcs de la Courbe décrite , par l'extrêmité de
P'ombre , peuvent être pris , fans erreur fenfible
pour des lignes droites , furtout lorfqu'on fera ufage
de ftyles un peu longs.
:
Sur
1848 MERCURE DE FRANCE.
Sur l'ufage du Sucre de lait , dans l'Emoptifie
&les fueurs immédiates qui accompagnent
ordinairement la Phibyfi .
M. Moegling , l'un des Académiciens affociés ,
nous fit part de la maniere fitée en fon Pays , pour
la compofition du Sucre de lait ; elle est peu diffé
tente de celle des Suiffes . D'heureuſes applications
qu'il afaites de ceRemede à l'Emoptyfie & à l'Eryfie ,
l'ont perfuadé , qu'il n'opéroit efficacement dans
l'une & l'autre maladie , que par les fels abondans
qu'il renferme , lefquels fe mêlant avec le fang ,
l'embaraffent , en arrêtent la fougue, & l'empêchent
de monter avec impétuofité dans les poulmons ,
& par leur qualité aftringeante , confolident les petits
vaiffeaux , & font ceffer les vomiffemens & crachemens
de fang . Il rafraîchit la chaleur immoderée,
& refferre les pores qui laiffent échapper avec
trop de facilité la Lymphe qui circule avec le fang-
Obfervations météorologiques faites à Lyon en
l'année 1743 »
comparées avec celles de
Provence , qui nous ont été envoyées par Le
P. du Chatelard & par M. Boeuf , Confeiller
au Parlement d'Aix.
Le plus grand froid a été à Lyon le 28 Janvier ,
de 7 dégrés au deffous de la congélation , & en Provence
le 23 , feulement de deux dégrés tous la congélation
, donc le froid de l'Hyver 1743.à Lyon , a
été plus grand que celui de Provence des dégrés .
La plus grande chaleur à Lyon de l'Eté 1743 , a
été le 18 Juin de 29 dégrés au - deffus de la congélation
& en Provence le 1 Août de 23 dégrés ,
›
donc
AOUST. 1744. 1849
donc l'Eté de Lyon a été plus chaud que celui de
Provence de 6 dégrés , & à peu près dans la même
proportion du froid. Nous avons déja remarqué ,
dans les années précédentes , des différences prelque
auffi fenfibles .
Les hauteurs du Barométre ont été à peu près les
mêmes à Lyon & en Provence , & les mêmes jours
relativement à la hauteur des Lieux.
3
La déclinaifon de l'Aiguille aimantée a été affés
conftamment de 16 dégrés à Toulon , & à Lyon
de 15 dégrés 30' Nord - Ouest.
Sur la meilleure maniere d'enfeigner
l'Arithmétique.
l'or-
Il eft certain que plufieurs perfonnes fe plaignent
d'avoir oublié à chiffrer , prefqu'auffi- tôt qu'ils l'avoient
appris . M. Cheinet fait voir évidemment que
ce défaut ne vient pas feulement du peu d'habitude
qu'on en conferve , mais bien plus encore de la
maniere dont on a été enſeigné. Il ne faut que fentir
la différence qu'il y a entre un Arithméticien &
un Chiffreur. Les Maîtres n'enfeignent , pour
dinaire , que la fimple pratique de l'Arithinétique ,
qui s'oublie fort aisément , au lieu que les principes
de certe Science ne pénétrent dans l'entendeinent ,
que pour s'y affûrer une place conftante , & y former
des traces inéfaçables. Plufieurs raifons enga
gent M. Cheinet à donner des inſtructions aux Maî.
tres & aux Difciples , pour les conduire sûrement
dans la théorie & dans la pratique de cette Scien-
EC.
Obfer
1850 MERCURE DE FRANCE.
Obfervations fur la réforme de la Severonde ,
en ufage dans cette Ville , & nommée communément
Forget.
C'est ici une espéce de reproche fait à l'habitude ,
au mauvais goût & au préjugé ; la Severonde ou le
Forget des Toits de cette Ville , a préfenté à M.
Delorme des fujets d'Obfervations critiques , qui
paroiffent bien fondées. Elles portent fur la faillie
défectueufe que cette Severonde préfente à la vûë ,
fur fon inutilité pour préferver de la pluye le mûr
de face & les paffans : fur l'oeconomie de fa rétorme
, dans la conftruction & dans les réparations fré
quentes : fur les dangers aufquels expofe la faillie
hors-d'oeuvre , en facilitant à la flâme la communication
d'une maison à l'autre ; fur la diminution du
jour , nuifible aux Ouvriers & aux Manufactures ;
& enfin fur l'humidité & le mauvais air qu'elle
maintient dans les appartemens , par fon oppofition
à une circulation aifée . M. Delorme ajoute à toutes
cès Obfervations , deux modéles tirés de la belle
& fimple Architecture , qu'il feroit à fouhaiter
qu'on voulut imiter , mais une certaine fatalité veut
que l'indiférence pour le bien public , piévale pref
que toûjours.
M. Cheinet lût un Mémoire fur l'harmonie & fur
les régles de la compofition ; l'Extrait en a été
donné dans la précédente Affemblée publique.
M. Delamonce fit la lecture d'un Mémoire fur
plufieurs anciens Temples , & leur comparaiſon avec
nos Eglifes modernes . L'Extrait fe trouve avec ceux
de la Séance publique du 8 Mai 1743 .
M. Gaviner termina la Séance , par un Mémoire
fur les Régules Métalliques , dont on a vû l'Extrait
avec ceux de la précédente Aſſemblée publique.
Académie , du 22 Avril 1744.
I
Es grandes occupat ons de M. Pallu , Inten
dant de Lyon , ne lui ayant pas permis de donner,
en qualité de Directeur de l'Académie, les Extraits
des Mémoires qui y ont été lûs depuis la
derniere Aff mblée publique il avoit prié M.
Borde,President de la précédente année , d'en faire
le Recueil & la lecture. Voici les Extraits qu'il a
rapportés.
?
Mémoire , contenant la Defcription de plufieurs
Machines de Guerre.
Les avantages que le Public peut retirer des ingénieufes
inventions , & des Machines qui forment
le curieux Cabinet de M. Grollier de Servieres
viennent infentiblen: ent orner nos Regifties. Ce
Mémoire contient des détails de conftruction &
d'apAOUST.
1744. 1.843
application. 1 : D'une Machine qui fert à forer
des Canons. Le Canon eft jetté en tonte tout maffif,
eft placé fur cette Machine & y ett fufpendu , dans
une fituation renventée & perpendiculaire , fur des
piéces de bois , qui lui permettent de defcendre infenfiblement
fur des forets de diferentes grandeurs
& force , qui en détachent ia natiere , en
tournant rapidement fur leur centre , par l'action
des chevaux , ou de tout utre moteur. Une feconde
Machiné faire paffer du Canon > pour au travers
d'une Riviere , loifqu'il n'y a point de Pont.
Une troifiéme , pour transporter ailément du Canon
fur divers endroits du Rempart ; moyen etile lorf
que les batteries des affiégés ont été démontées en
partie , & qu'il eft néceffaire de taire feu en plu-
Geurs endroits 4. Un Pont volant , pour trav.rfer
un foflé 5 ° . & 6 ° Deux moyens différens & d'une
grande fimplicité , pour éventer les Mines des affié--
geans , les prevenir & les inonder.
Sur les fractions des Nombres.
Les opérations d'Arithmetique préfentent fou
vent des fractions , dont il eit neceflaire de connoître
la valeur relativement à l'efpéce dont elles font
parties aliquotes , il faut pour y parvenir, employer
des réductions , qui fouvent , par la longueur du
calcul , deviennent fufceptibles d'erreur. M. l'Abbé
Dugaiby, qui a fenti ces difficultés , a cru pouvoir
les lever , en. imaginant des tables & des échelles
où ces reductions ie trouvent toutes faites , au premier
coup d'oeil ; un Inftrument qui a quelque rap- .
port au Compas de proportion , & inventé pour faciliter
la conftruction de ces échelles lui a fervi uti- >
lement. I elt compofé de deux régles , donc l'une
eft divifée fuivant la fuite naturelle des Nombres ,
I vj
&
1844 MERCURE DE FRANCE.
& l'autre , felon l'ordre des Nombres impairs ; le
centre de mouvement des deux régles eft variable
fur l'une des deux . Cet Inftrument divife tout cercle
& tout, fecteur à volonté , felon les différentes gradations
des Nombres , marqués fur la principale.
régle , & réfout méchaniquement & fans calcul le
Problême de Papus , fans avoir recours aux lignes
du fecond genre.
Obfervations du Paffage de la Planette de
Mercure fur le Soleil , le matin du 5
Novembre 1743 .
que
2
Un Phenomene fenfible & obfervé avec exactitude
, préſente aux Aftronomes des preuves de la
jufteffe , ou de la fauffeté de leurs hypotéfes . Il leur
eft donc extrêmement important de n'en pas laiffer
échapper l'heureux inftant. Le Paffage de Mercure
fur le Soleil , eft d'autant plus utile à l'Aftronomie,
le mouvement de cette Planette n'eft pas encore
bien connu , fes révolutions , quoique promp
tes , ne le placent que rarement dans une fiuation
propre à être obfervé. Le Phénomene annoncé par
les Ephemerides , avertit le P. Beraud de le précautionner
pour l'Obfervation Une Lunette de 20
pieds un quart de cercle , une Machine parallactique
& une Pendule réglée fur le mouvement vrai ,
furent préparées pour cette Obfervation ; le tems la
favorifa parfaitement . Mercure parut par la Lunette
de 20 pieds, exactement rond , fort noir , & fa circonférence
bien terminée , fans nebulofité , & fans
anneau lumineux. L'inftant de fon immerſion totale
fut à 8 heures du matin , 49' f1 " , tems vrai , &
celui de l'émerfion totale à i heures après midi ,
21' 20" , le tems de fon immerfion . totale à fon
émerfion entiere fut de 4 heures 3.1 ' 29" , & le tems
I
que
A O UST. 1744. . 1845
que fon diamétre mit à paffer le bord occidental dư
Soleil de z ' 6" , d'où l'on a conclu , que le moment
de for entrée fur le bord oriental , fut à 8 heures 47°
45" , qui différe du tems de l'entrée déterminée ,
par les Tables de 14' 33 " dont il a avancé , le diamétre
apparent du Soleil ce jour-là , étant de 32 °
30" ; la route entiere de Mercure comparée à ce
diamétre eft de 27 ' 14" . Le P. Beraud , par un calcul
intéreffant & tiré de cette Obfervation , donne
le rapport de la grandeur véritable de Mercure &
fon diamétre ; comparée à celle de la Terre , elle
eft comme 388 à 1200, c'eft- à-dire, que fon diamètre
eft un peu plus d'un tiers de celui de la Terre ; fa
furface un neuvième , & ſa ſolidité un vingt - feptiéme:
ce qui fe trouve très conforme aux précédentes
déterminations données par les Aftronomes les
plus exacts. Cette Obfervation annonce donc une
erreur dans les Tables, mais le P. Beraud ne fe preffe
pas de la conclure ; c'eft à la conformité des Obfervations
du même Phénomene à décider de la justef
fe ou de l'erreur des Tables qui les prédiſent.
Obfervation de l'Eclipfe de Lune , du z
Novembre 1743-
Le moment de cette Eclipfe a encore précédé le
tems où elle devoit arriver , felon les Ephémerides
de 15' 42 " , différence trop confidérable & qui auroit
pu faire douter de l'exactitude de l'Obfervation
, fi le P. Beraud n'avoit eu la fatisfaction de
voit la fienne ne différer que de peu de fecondes de
celles qui ont été faites en même-tems , à Toulon ,
par le P. du Chatelard , l'un de nos Académiciens
affociés , & à Marseille , par le P. Permas . Tel eft
P'ufage de ces fortes de comparaifons . Eiles font à
l'Aftro1846
MERCURE DE FRANCE.
FAftronomie , ce que les démonftrations font à la
Géométrie .
Sur les proportions dans l'Arithmetique.
M. l'Abbé Dugaiby préfenta un fecond Inftrument
qu'il a inventé , pour faciliter l'intelligence &
P'ufage des régles de proportions . Le quatrieme
proportionnel à trois nombres donnés, vient comme
de lui même fe placer fur l'Inftrument , par une
opération fimple ,immédiate & fans calcul , qui ne
demande que beaucoup de précifion dans l'inftru
ment.
Sur la perfection des Arts Libéraux.
L'Architecture , la Peinture , la Sculpture & la
Gravure , font des Arts infiniment précieux , la perfection
où nous les voyons , a conduit M. de la
Monce à en pénétrer la caufe . Les Analyfes qu'il
en a faites , lui font voir par tout , que les habiles.
Maîtres n'ont été tels que par une étude fuivie &
attentive des beaux Arts & des Sciences , qui conduifent
à leur intelligence. Il fait voir que les cinq
ordres d'Architecture doivent être confiderés com
me les lettres de l'Alphabet , c'eft - à- dire fufceptibles
d'une combinaiſon étonnante , laquelle bien enten
duë ne manquera jamais de plaire . Que le Pinceau
guidé par l'H ftoire , la Fable & les diverfes productions
de la Nature , préfentera tout à la fois , le
bon goût , la vérité la nobleffe de l'exécution
& enfin que le Cifeau & le Burin conduits par des
mains attentives , produiront ces Chefs-d'oeuvres
d'une pratique haoile & d'une fçavante imitation..
Sur
AOUST. 1847
1744.
Sur la conftruction des Cadrans Solaires , Verticaux
, Méridionaux déclinans ; & la
connoiffance de la Méridienne fur des Plans
Verticaux.
&
La Géométrie fe place par tout avec fuccès ; le
calcul différentiel vient au fecours d'une pratique
de Gnomonique , & fournit par une formule , une
Méthode fimple & exacte , pour trouver la déclinaifon
d'un Plan vertical , & en conféquence , la
ligne méridienne fur ce Plan . M., Mathon , à l'aide
de cette méthode , tire une tangente à la ligne
d'ombre d'un ftyle droit , élevé perpendiculairemert
fur le Plan , au point le lus près de midi ,
en conclut , par le calcul , le vrai point du midi , &
Ja hauteur du Pôle. Une feconde méthode pour
trouver la même méridienne , fans avoir befoin de
connoître la déclinaifon du Plan , fuppofe la maniere
ordinaire pour tracer la meridienne fur des
Plans horifontaux , par des cercles concentriques ,
décrits du pied d'un ftyle droit mais pour éviter
les erreurs , produites par le changemen de déclimaifon
du Soleil , M. Mathon propoſe de tirer une
tangente à la ligne d'ombre , au point trouvé part
Poble vation le complement de l'Angle de cette
tangente , avec une ligne verticale fera l'Angle
cherché entre la fous- litaire & la ligne de midi Les
petits arcs de la Courbe décrite , par l'extrêmité de
P'ombre , peuvent être pris , fans erreur fenfible
pour des lignes droites , furtout lorfqu'on fera ufage
de ftyles un peu longs.
:
Sur
1848 MERCURE DE FRANCE.
Sur l'ufage du Sucre de lait , dans l'Emoptifie
&les fueurs immédiates qui accompagnent
ordinairement la Phibyfi .
M. Moegling , l'un des Académiciens affociés ,
nous fit part de la maniere fitée en fon Pays , pour
la compofition du Sucre de lait ; elle est peu diffé
tente de celle des Suiffes . D'heureuſes applications
qu'il afaites de ceRemede à l'Emoptyfie & à l'Eryfie ,
l'ont perfuadé , qu'il n'opéroit efficacement dans
l'une & l'autre maladie , que par les fels abondans
qu'il renferme , lefquels fe mêlant avec le fang ,
l'embaraffent , en arrêtent la fougue, & l'empêchent
de monter avec impétuofité dans les poulmons ,
& par leur qualité aftringeante , confolident les petits
vaiffeaux , & font ceffer les vomiffemens & crachemens
de fang . Il rafraîchit la chaleur immoderée,
& refferre les pores qui laiffent échapper avec
trop de facilité la Lymphe qui circule avec le fang-
Obfervations météorologiques faites à Lyon en
l'année 1743 »
comparées avec celles de
Provence , qui nous ont été envoyées par Le
P. du Chatelard & par M. Boeuf , Confeiller
au Parlement d'Aix.
Le plus grand froid a été à Lyon le 28 Janvier ,
de 7 dégrés au deffous de la congélation , & en Provence
le 23 , feulement de deux dégrés tous la congélation
, donc le froid de l'Hyver 1743.à Lyon , a
été plus grand que celui de Provence des dégrés .
La plus grande chaleur à Lyon de l'Eté 1743 , a
été le 18 Juin de 29 dégrés au - deffus de la congélation
& en Provence le 1 Août de 23 dégrés ,
›
donc
AOUST. 1744. 1849
donc l'Eté de Lyon a été plus chaud que celui de
Provence de 6 dégrés , & à peu près dans la même
proportion du froid. Nous avons déja remarqué ,
dans les années précédentes , des différences prelque
auffi fenfibles .
Les hauteurs du Barométre ont été à peu près les
mêmes à Lyon & en Provence , & les mêmes jours
relativement à la hauteur des Lieux.
3
La déclinaifon de l'Aiguille aimantée a été affés
conftamment de 16 dégrés à Toulon , & à Lyon
de 15 dégrés 30' Nord - Ouest.
Sur la meilleure maniere d'enfeigner
l'Arithmétique.
l'or-
Il eft certain que plufieurs perfonnes fe plaignent
d'avoir oublié à chiffrer , prefqu'auffi- tôt qu'ils l'avoient
appris . M. Cheinet fait voir évidemment que
ce défaut ne vient pas feulement du peu d'habitude
qu'on en conferve , mais bien plus encore de la
maniere dont on a été enſeigné. Il ne faut que fentir
la différence qu'il y a entre un Arithméticien &
un Chiffreur. Les Maîtres n'enfeignent , pour
dinaire , que la fimple pratique de l'Arithinétique ,
qui s'oublie fort aisément , au lieu que les principes
de certe Science ne pénétrent dans l'entendeinent ,
que pour s'y affûrer une place conftante , & y former
des traces inéfaçables. Plufieurs raifons enga
gent M. Cheinet à donner des inſtructions aux Maî.
tres & aux Difciples , pour les conduire sûrement
dans la théorie & dans la pratique de cette Scien-
EC.
Obfer
1850 MERCURE DE FRANCE.
Obfervations fur la réforme de la Severonde ,
en ufage dans cette Ville , & nommée communément
Forget.
C'est ici une espéce de reproche fait à l'habitude ,
au mauvais goût & au préjugé ; la Severonde ou le
Forget des Toits de cette Ville , a préfenté à M.
Delorme des fujets d'Obfervations critiques , qui
paroiffent bien fondées. Elles portent fur la faillie
défectueufe que cette Severonde préfente à la vûë ,
fur fon inutilité pour préferver de la pluye le mûr
de face & les paffans : fur l'oeconomie de fa rétorme
, dans la conftruction & dans les réparations fré
quentes : fur les dangers aufquels expofe la faillie
hors-d'oeuvre , en facilitant à la flâme la communication
d'une maison à l'autre ; fur la diminution du
jour , nuifible aux Ouvriers & aux Manufactures ;
& enfin fur l'humidité & le mauvais air qu'elle
maintient dans les appartemens , par fon oppofition
à une circulation aifée . M. Delorme ajoute à toutes
cès Obfervations , deux modéles tirés de la belle
& fimple Architecture , qu'il feroit à fouhaiter
qu'on voulut imiter , mais une certaine fatalité veut
que l'indiférence pour le bien public , piévale pref
que toûjours.
M. Cheinet lût un Mémoire fur l'harmonie & fur
les régles de la compofition ; l'Extrait en a été
donné dans la précédente Affemblée publique.
M. Delamonce fit la lecture d'un Mémoire fur
plufieurs anciens Temples , & leur comparaiſon avec
nos Eglifes modernes . L'Extrait fe trouve avec ceux
de la Séance publique du 8 Mai 1743 .
M. Gaviner termina la Séance , par un Mémoire
fur les Régules Métalliques , dont on a vû l'Extrait
avec ceux de la précédente Aſſemblée publique.
Fermer
6
p. 47-78
SEANCE publique de l'Académie des Sciences.
Début :
L'Académie des Sciences tint une assemblée publique le 14 de ce mois, selon [...]
Mots clefs :
Terre, Équateur, Montagnes, Degrés, Pôle, Diamètre, Pays, Lieues, Axe, Observations, Opérations, Degré, Toises, Quito, Académiciens, Astronomes, Europe, Mer, Distance, Pôles, Sphéroïde, Pérou, Voyage, Cercle, Pesanteur, Zone torride, Point, Indiens , Charles-Marie de La Condamine, Pierre Bouguer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE publique de l'Académie des Sciences.
SEANCE publique de l'Académie
des Sciences.
'Académie des Sciences tint une affemblée
publique le 14dece mois , felon
la coûtume. Le Public qui court avidentment
s'inſtruire à ces doctes conférences ,
attendoit le jour de celle-ci avec un nouvel
empreffement; on ſçavoit que M. Bouguer ,
l'un des Académiciens qui ont été envoyés
au Pérou par le Gouvernement pour y déterminer
la figure de la Terre , devoit lire
dans cette affemblée la relation de fon
voyage & le détail de fes opérations Aftronomiques
; ce détail étoit d'autant plus int
téreſſant , qu'il devoir , ou mettreau-deffus
de toutes contradictions la meſure de la
Terre , déterminée par les opérations faites
au Nord , ou fournir de nouvelles idées
&ouvrir un nouvel avis ſur cette impor
tantequeſtion.
M. Bouguer, qui parloit devant une compagnie
continuellement occupée de ces-matieres
,&devant un Public qui les connoît
au moins fuperficiellement, auroit perdus
inutilement un tems précieux s'il ſe fut atsaché
à expoſer l'état de la queſtion dont
48 MERCURE DE FRANCE.
A
tous ſes Auditeurs étoient inſtruits , mais
nous , qui écrivons pour toutes fortes de
Lecteurs , nous devons faire nos efforts.
pour les mettre au fait de la matiere que
nous allons traiter. Si nous ſommes allés
heureux pour y réüſſir , nous nous ſçaurons
bon gré d'avoir travaillé pour la gloire de
M. B. & des Académiciens qui l'ont ac
compagné en augmentant le nombre de
leurs Juges ,& par conféquent de leurs ad
mirateurs..
On a cru long-tems que la Terre étoit
ſphérique ; cette erreur eſt auſſi ancienne
que la Terre même , ou du moins que les
Sciences. Dans cette ſuppoſition il n'étoit
pas difficile d'en connoître la grandeur.
Dès les premiers pas qu'on a fait enGéométrie,
le cercle a été diviſé en 360 parties
égales que l'on a appellées degrés ; il ſuffifoitdonc
de meſurer un degré de la Terre
&de le multiplier par 360 pour avoir le
circuit de notre Globe. La méthode pourmeſurer
ce degré eſt ſimple & facile, on
prend avec un inſtrument la hauteur d'une
Etoile en quelque endroit , par exemple à
Paris , on avance enfuite vers le Pôle ſur le
mêmeMéridien, juſqu'à ce que l'Etoile obſervée
à Paris ait undegré de hauteur de
moins, & quand on eſt arrivé en cet endroit,
on cherche alors par des opérations.
Géo
NOVEMBRE. 1744. 49
y
Géométriques la diſtance de cet endroit à
Paris . Cette diſtance , réduite en toiſes ,
exprimera la valeur d'un degré de la Terre
entoiſes.
C'eſt par cette méthode , ou par d'autres
qui s'y rapportent , qu'on avoit trouvé que
Paris & Amiens , qui ſont ſous le même
Méridien , ſont éloignés d'un degré ou environ
, & l'on avoit conclu de leur diſtance
qui eſt de 25 lieuës , que le degré de la
Terre étoit de 25 lieuës ,& parconféquent
fon circuit de 9০০০ .
En 1672 , M. Richer , étant envoyé à
l'Iſle de Cayenne proche l'Equateur , trouva
que le Pendule qui battoit les ſecondes à
Paris alloit plus lentement à la Cayenne ,
&que ſes vibrations étoient de plus d'une
ſeconde. Cette expérience fit une révolution
dans le Monde Phyficien : il fut aiſé
de conclure que la péſanteur étoit moindre
à l'Equateur qu'à Paris , puiſque les corps
péſans s'y mouvoient plus lentement. M.
Huguens fut le premier qui ouvrit les yeux ,
&il découvrit bien-tôt la cauſe de cette dif
férence. -
LaTerre tournant ſur ſon axe , emporte
avec elle tous les corps qui y font , & ces
corps décrivent des cercles d'autant plus
grands qu'ils font plus éloignés du Pôle ;
ils ont donc une force centrifuge d'autant
II. Vol. C
SO MERCURE DE FRANCE.
plus grande , qu'ils font plus éloignés du
Pôle , & doivent être moins péſans , puifqu'ils
font plus d'effort pour s'éloigner du
centre de la Terre. D'un autre côté , ſi l'on
regarde la Terre comme une maffe fluide
(& il eſt certain qu'elle eſt telle en grande
partie ) on ne peut pas ſuppoſer qu'elle ſoit
parfaitement ſphérique , dès que la péſanteur
eſt plus grande au Pôle qu'à l'Equateur,
En effet , que l'on imagine une colonne
fluide qui aille d'un point de la circonféren
ce de l'Equateur au Centre , & une autre
qui aille du Pôle au même Centre , ces deux
colonnes doivent être en équilibre ; la colonne
de l'Equateur ſera donc plus longue
que celle du Pôle , puiſque ſes parties péſent
moins ; le diamétre de l'Equateur doit
donc être plus grand que l'axe , c'est- à-dire
que la ligne qui joint les deux Pôles : & la
Terre , ſuivant cette idée,doit être un ſphéroïde
applati vers les Pôles.
Voilà ce que la théorie apprit à M. Huguens;
éclairé par le flambeau de la Géométrie
, il oſa entreprendre de déterminer la
difference du diamétre de l'Equateur à l'axe ,
&trouva qu'elle étoit la même que de 578
à 577 ; mais la théorie ſeule ne pouvoir
donner le degré exact de l'applatiſſement
dela Terre : elle fera plus ou moins applatie
ſuivant les differentes ſuppoſitions que
l'on pourra faire fur la péſanteur& la denſité
NOVEMBRE. 1744. 52
de ſes parties,que pour établir les calculs, on
eft obligé deſuppoſerHomogenes, ce qui sûrement
n'eſt pas vrai. M. Huguens ſuppoſoit
que toutes les parties de la Terre ſont
de même denſité , & péſent toutes vers un
même centre. M. Newton , qui ſuppoſa que
toutes ces parties s'attirent mutuellement ,
ſuivantune certaine loi , trouva que la différence
du diamétre de l'Equateur à l'axe ,
étoit comme de 230 à 229 , ce quidonne la
Terre encore plus applatie vers les Pôles .
Ainſi quoique les théories les plus vraiſemblables
s'accordaſſent à donner à la Terre
la figure d'un ſphéroïde applati , la meſrre
actuelle des degrés pouvoit ſeule déterminer
au juſte cette figure , & ce n'étoit que
par là que l'on pouvoit vérifier ſi ces célébres
Mathématiciens , qui du fond de leur
cabinet avoient meſuré l'immenſité de la
Terre , méritoient l'éloge qu'Horace ne
donne qu'ironiquement au Pilote Architas.
Aërias tentaſſe domos , animoque rotundum
Percurriffe Polum.
Nous venons de dire que tous les degrés
doivent être égaux , ſi la Terre eſt parfaitement
ſphérique , c'est- à-dire , que s'il fant
faire 25 lieuës de Paris à Amiens pour
qu'une Etoile obſervée diminuë de la hauteur
d'un degré , il faudra faire encore 25
Cij
32 MERCURE DEFRANCE.
lieuës depuis Amiens, en avançant vers le
Pôle , pour que cette même Etoile diminuë
encore d'un degré de hauteur ,& ainſi de
fuite.
Il n'en eſt pas de même , ſi la Terre n'eſt
pas exactement ronde : les degrés ſeront
inégaux , & feront plus grands à l'Equateur
qu'au Pôle, ſi la Terre eſt un ſpheroide
allongé , c'est- à-dire , fi le diamétre de l'Equateur
est moindre que l'axe : ils ſeront
au contraire plus grands vers le Pôle , fi la
Terre eſt un ſpheroide applati , c'eſt-à-dire ,
ſi l'axe eſt plus petit que le diamétre de l'Equateur.
Pour en faire ſentir la raiſon par
une idée , peu Géométrique à la vérité
mais palpable pour tous les lecteurs , imaginons
un cerceau de baleine parfaitement
rond , & partagé par deux diamétres , l'un
vertical , qui repréſentera le diamétre de
l'Equateur , l'autre horizontal , qui repréſentera
l'axe , ou la ligne qui joint les Pôles
; ſi on preffe ce cerceau par les deux extrêmités
de ſon diamétre horisontal , le diamétre
qui repréſente l'axe diminuera , l'autre
au contraire , qui repréſente le diametre
de l'Equateur , s'allongera ; or il eſt évident
que ce cerceau aura perdu de ſa courbure
dans l'endroit preſſé , c'est-à-dire , aux deux
extrêmités de ſon diametre horisontal , &
qu'au contraire il ſera devenu d'une plus
NOVEMBRE. 1744. 53
grande courbure à l'extrêmité du diamétre
qui s'eſt allongé.
5 On voit par- là que ſi la Terre eſt un ſphé
roïde applati , elle aura moins de courbure
au Pôle qu'à l'Equateur ; elle fera donc portion
d'un plus grand cercle au Pôle qu'à l'Equateur
, car un grand cerele a moins de
courbure dans le même eſpace qu'un petit ;
ainſi le degré qui eſt toujours
cerele , ſera plus grand au Pôle qu'à l'Equateur.
360 du
Le contraire arrivera ſi l'on preſſe le
cerceau verticalement ; ainſi pour trouver
la figure de la Terre il ſuffit d'en meſurer
deux differens degrés ; mais il y auroit de
l'inconvénient à meſurer deux degrés trop
proches l'un de l'autre ; car ſi la Terre ne
s'éloigne pas beaucoup d'être exactement
ronde , les degrés qui feront voiſins ſeront
à peu près égaux,& la difference qu'on
trouvera ne fera pas affés grande pour déterminer
la figure de la Terre , parce que
cette difference pourra provenir en partic
des erreurs inévitables dans les obſervations
&dans les meſures.
Il étoit donc néceſſaire de meſurer deux
degrés très-éloignés , parce que la difference
de deux degrés voiſins , qui eſt petite ,
ſe trouvera répétée un grand nombre de
fois de l'Equateur au Pôle.
Ciij
54 MERCURE DEFRANCE.
On fent affés de quelle importance if
étoitde décider cette queſtion , & quelle
peut être ſon utilité pour la Géographie
&la Navigation. Si la Terre eſt un ſphéroïde
applati , fi les degrés font inégaux ,
comment connoître exactement la diſtance
des lieux qui font éloignés d'un certain
nombre de degrés , fans connoître
le rapport de ces degrés entr'eux , & combien
cette connoiſſance n'eſt-elle pas utile
pour les Voyageurs & pour les Navigateurs
? D'ailleurs quel objet plus dignede
la curioſité d'un eſprit éclairé , que de connoître
le Globe que nous habirons , & de
percer par quelque endroit ce voile impénétrable
dont la nature a couvert ſes operations
?
C'eſt dans ces vûës que S. M. a envoyé
des Aſtronomes meſurer un degré de la
Terre vers l'Equateur , & d'autres meſurer
un degré vers le Pôle. M. le Comte de Maurepas
, qui honore les Arts d'une protection
auffi éclatante qu'éclairée , a été chargé de
cette entrepriſe. C'eſt par ſes ſoins que les
Académiciens ont trouvé aux deux extrémités
de la Terre des ſecours dignes dela magnificence
du premier Porentat de l'Europe
qui les envoyoit , & de la prévoyance d'un
Miniſtre , qui rappelle à tant d'égards l'idée
de Mécene , comme ſon Maître rappelle
l'idée d'Auguſte.
NOVEMBRE. 1744.55
Mrs de Maupertuis , Clairaut , Camus , &
Lemonier , tous Académiciens , allerent en
Laponie en 1736 , auſſi près du Pôle qu'il
eſt poffible d'avancer .Les Lapons virent fans
doute avec étonnement des gens conduits
par l'amour des Sciencesdans unpays où l'amour
de la Patrie ne peut retenir les naturels
, & d'où les ordres du Gouvernement
les empêchent de fortir , les tenant ainſi exilés
dans le lieu de leur naiſſance. On a ſçu
dequelle conſtance , & de quel courage
ils ont eu beſoin pour réſiſter à l'aprêté de
ce climat. Par des operations faites avec la
plus grande exactitude au milieu des glaces
duNord , ils ont conclu que la Terre étoit
un ſphéroïde applati vers les Pôles , ce que
la difference du diamétre de l'Equateur a
l'axe étoit comme de 178 à 177 , ce qui
donne la Terre plus applatie que les calculs
de Mrs Huguens & Newton.
Les Aſtronomes deſtinés pour aller vers
l'Equateur étoient Mrs Godin , Bouguer ,
& de la Condamine Académiciens , Argonautes
d'une eſpece nouvelle , qui ont été au
Pays de l'or chercher la vérité pour l'honneur
de leur Pays , & le bien général des
Nations.
M. de Juſſien , Docteur Régent de la Faculté
de Medecine , que l'Académie s'eſt
acquis pendant le cours de ce Voyage , les
Ciiij
36 MERCURE DE FRANCE.
a accompagnés pour travailler à l'Hiſtoire
naturelle. M. Seniergues , Chirurgien devoit
l'aider. Les Aſtronomes avoient encore emmené
pluſieurs perſonnes pour deſſiner , vérifier
les calculs & reconnoître le Pays , tels
que Mrs Verguin , Couplet , Defordonnais , de
Morainville & Hugot.
M. B. feul eſt revenu . La difficulté du
trajet a arrêté ſes Compagnons de Voyage ,
qui ont été moins heureux , ou moins hardis
que lui. Cet Académicien partage la relation
en deux parties ; l'une contient le recit
de ce qui lui est arrivé dans ſes differentes
courſes , les obſervations qu'il a faites
ſur la ſituation , la nature des Pays qu'il a
traverſés , ſur le caractere des habitans , &c.
C'eſt une eſpece de voyage , mais c'eſt un
voyage fait par un Philofophe , & qui parconféquent
mérite une attention particuliere.
Le défaut que l'on reproche le plus aux
Voyageurs eſt leur peu de fincerité. Ce
reproche qu'ils ne méritent que trop fouvent
, eſt le moins grave qu'on puiffe leur
faire. La plupart fontdes gens peu inſtruits ,
que l'intérêt & le commerce ont conduits
dans des Pays éloignés ; ceux qui n'ont été
guidés que par la curioſité , n'ont preſque
jamais eu cette curiofité éclairée , qui fait
que l'on connoît la nature fidifferente d'elle
NOVEMBRE . 1744. 57
même dans des climats ſouvent peu éloignés
, & les hommes ſi ſemblables entr'eux
quand on les examine avec des yeux philoſophiques.
Ces Voyageurs ne reſſemblent
pas mal à un homme , qui introduit dans
un Palais examineroit avec une attention
ſcrupuleuſe juſqu'à la moindre colonne , &
négligeroit de connoître le Maître de la maifon.
M. B. a rapporté de ſes longs & pénibles
Voyages des obſervations importantes
fur l'Histoire naturelle , & des remarques
qui ne font pas moins intéreſſantes fur les
hommes qu'il a vûs.
La ſeconde partie de fon Mémoire contient
le recit des operations Aftronomiques,
par leſquelles il a déterminé avec ſes Collégues
la figure de la Terre. Elle eſt , ſuivant.
eux , un ſphéroïde applati vers les Pôles ile
diamétre de l'Equateur & l'axe , font entr'eux
comme 174 à 173 , ce qui revient
au calcul des Aſtronomes du Nord , la legere
difference qui ſe trouve entre les deux
réſultats ne devant être impurée qu'aux erreurs
inévitables dans des operations fr
compliquées & fi difficiles.
Ce fut le 16-Mai 1735 , que les Académiciens
s'embarquerent à la rade de la Rochelle
fur un Vaiſſeau du Roi; ils arriverens
heureuſement à S. Domingue , après avoit
relâché quelques jours à la Martinique.
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
Ils quitterent S. Domingue le 30 d'Oc
bre , & pafferent à Carthagene & à Porto-
Bello ; après avoir traverſe l'Ifthme , ils ſe
rembarquerent à Panama fur la Mer du
Sud , & moüillant dans la rade de Mante le
Mars 1736 ; ils toucherent enfin pour la
premiere fois la côte du Perou.
Ils avoient encore bien des obſtacles à furmonter
& des fatigues à eſſuyer avant que
d'arriver à Quito ,quiétoit le terme de leurs
courſes. Les chemins qui conduiſent à cette
Capitale étoient inondés par les playes ,
&devoient être impraticables juſqu'au mois
de Juin. Le defir de connoître la côte , où
les pluyes avoient déja ceſſé , engagea Mrs
Bouguer & de la Condamine à ſe ſéparer
du reſte de leur Compagnie , & tandis que
M. Godin remettoit à la voile pour aller débarquer
à Gouayaquil , ils ſe diſpoſerent à
parcourir cette côte , qui eſt la partie de
'Amérique Méridionale la plus avancée
vers l'Occident , & la connoiffance exacte
qu'ils en eurent , jointe à pluſieurs obſervations
Aſtronomiques les dédommagea
avantageuſement de leurs peines.
و
Ce Pays eſt de niveau avec la Mer , placé
au milieu de la Zone Torride , & parconféquent
extrêmement chaud. Refferré entre la
Mer & la Cordeliere , qui eſt une chaîne de
montagnes , plus hautes que toutes celles
NOVEMBRE. 1744. Se
que l'on connoît en Europe , il a trente ou
trente-cinq lieuës de largeur : on obſerve
dans la partie quieſt au- delà de Gouayaquil,
un Phénomene bien capable d'embarraffer
les Phyſiciens , c'eſt qu'il n'y pleut jamais ,
quoique fouvent le Ciel y ſoit fort nébuleux.
Le Pays eft fort peu habité , on fair
quelquefois vingt lieuës fans trouver un
Village ,& la nature qui y prodigue les
Phénomenes à l'avide curiofité des naturaliſtes
, n'a pris aucun ſoin de la commodité
des Voyageurs.
Mrs Bouguer & de laCondamine étoient
ſi peu ſenſibles à cet inconvénient , qu'ils
jugerent à propos de prendre differentes
routes pour arriver à Quito , afin de multiplier
davantage leurs obſervations & leurs
richeſſes Philoſophiques.
On verra quelque jour dans la relationm
de M. de la Condamine les peines infinies
qu'il eut à remonter la riviere des Emeraudes.
M. Bouguer prit ſa route vers Gouayaquil
à travers des bois encore inondés
par les eaux , & où un homme monté fur
le plus grand cheval ſe trouvoitdans l'eaus
&dans la bouë juſqu'aux genoux : après
s'être débaraſfé avec peine de ces marais impraticables
, M. B. arriva enfin le 17 Maik
1736 à Caracol , au pied de la Cordeliere..
Il fallut s'arrêter en cet endroit ; les fati
Cvj
60 MERCUREDE FRANCE.
gues d'une route fi pénible avoient confr
derablement alteré la ſanté du Voyageur :
d'ailleurs M. Godin , qui trois jours auparavant
étoit parti de Caracol , avoit emmené
preſque toutes les mules de la Province ;
il avoit cependant laiſſe àCaracol la cinquiéme
partie de fes équipages , mais la
difficulté des chemins oblige de rendre les
charges très-médiocres , & de multiplier le
nombre des bêtes de fomme.
Il fuffit pour donner une idée des peines
qu'eut M. B. à traverſer ces montagnes , de
dire qu'il employa 7 jours à un trajet qui
n'eſt que de & ou lieuës. Le courageux
Aſtronomes fuivoit exactement la même
route que Don Pedro Alvarado avoit priſe ,
lorfqu'il amena à François Pizare un ſecours
confiderable d'Eſpagnols. CeGénéral perdit
foixante-dix de ſes gens dans ce trajet pénible.
Enfin malgré les précipices formés par
les torrens & les ravines , malgré le froid
exceffif qu'on éprouve dans ces montagnes
toujours couvertes de neige &de glace ,M.
B. arriva le 10 de Juin 1736 à Quito , un
an & 24 jours après être parti de la Rochelle.
M. Godin& le reſte de fa Compagnie
étoient arrivés depuis le 29de Mai.
L'on joüit alors d'un ſpectacle bien différent
de celui des montagnes. Après avoir
été expoſé aux ardeurs de la Zone Torride ,
NOVEMBRE. 1744. 61
fur le bord de la Mer , & aux horreurs de
la froide dans les montagnes , on ſe croit
tranſporté tout à coup dans une des Zones
temperées. Il arrive quelque choſe à peu
près ſemblable , lorſqu'on defcend du ſommet
des Alpes dans les Vallées du Piémont.
On découvre un Pays agréable & cultivé ,
un grand nombre de Bourgs ,& de Villages ,
& de petites Villes affés jolies. Les denrées
néceſſaires à la vie n'y ſont pas extrêmement
cheres , parce que le Pays eft abondant, mais
les marchandiſes qui viennent d'Europe ,
les toiles , les draps , les étoffes de ſoye y
ſont d'un prix exceflif. M. B. a été obligé
de payer une piastre pour un morceau de
fer , & 18 à 20 liv. pour un gobelet de
verre. La vallée de Quito , qui eſt large
de 5 à 6 lienës , eſt enfermée des deux côtés
par la Cordeliere. Cette chaîne de montagnes
eſt double , & forme comme deux
murailles , qui font l'enceinte de ce Pays.
M. B. s'eſt allûré par ſes propres yeux que
cette double chaîne continuë juſqu'à 170
lieuës ; il l'a viſitée depuis le Sud de Cuença
jufqu'au Nordde Popayan ,&il a ſçu qu'elle
eſt double encore plus loin vers le Nord.
La largeur ſuffifante de cette vallée, &
fon expoſition à l'égard du Soleil, devroient
y rendre la chaleur inſupportable ; mais
62 MERCURE DE FRANCE.
d'un autre côté le voiſinage de la neige , &
la grande élévation du terrein temperent le
chaud , & ce climat joüit d'une Automne ,
ou ſi l'on veut d'un Printemps continuel.
Les campagnes y font toujours vertes , les
fruits de la Zone Torride & ceux qu'on y
a apportés d'Europe , tels que les poires ,
les pommes , les pêches , y croiffent également
; tous les grains y viennent fort bien
&furtout le froment ; les arbres font toujours
en ſéve , parce que la temperature de
l'air eſt toujours à peu près la même.
Les pluyes ſeules diftinguent les ſaiſons.
Il pleut depuis le mois de Novembre juſqu'au
mois de Mai ; ces pluyes jointes aux
fréquentes éruptions des volcans qui font
engrand nombre , balancent les agrémens
de ce beau Pays. Les Académiciens y ont
éprouvé une autre eſpece d'incommodité ,
caufée par la trop grande fubtilité de l'air.
Quoique la vallée de Quito ſoit entrede
très-hautes montagnes , elle eſt elle-même
plus élevée au-deſſus du niveau de la Mer
que les plus hautes montagnes de l'Europe ,
& les habitans de Quito ont appris de nos
Aſtronomes qu'ils font les peuples les plus
élevés de la Terre , & reſpirent un air plus
fubtil de plus d'un tiers que celui que refpirent
les autres hommes.
M. B. fait une remarque qui mérite une
NOVEMBRE. 1744- 63
attention particuliere , c'eſt qu'il n'a point
été plus incommodé lorſqu'il a monté beaucoup
plus haut que Quito , où l'air étoit
plus fubtil.
Mais ſi cette trop grande fubtilité de
l'air n'étoit pas un obſtacle qui rendit le
fommet des montagnes inacceſſible , les
Aſtronomes y ont trouvé un ennemi plus
redoutable encore , le froid exceffif caufé
par les neiges.
Ils monterent fur Pichincha , au pied de
laquelle eſt ſitué Quito. Leur deffein étoir
de faire les ſtations de leurs triangles fur le
haut des montagnes , dont les fommets trèsélevés
étoient fort avantageux à cet égard
mais le froid y étoit ſi vif , qu'il leur fur
impoffibled'y demeurer. Quelqu'un d'entr'eux
y ſentit bien-tôt des affections ſcorbutiques
, les Indiens qui les ſuivoient &
les autres domeſtiques furent fi incommodés
, qu'il fallut prendre le parti de defcendre
, & après avoir lutté pendant vingt
jours contre la rigueur du climat , ils renoncerent
à prendre des poſtes ſi élevés , & fe
déterminerent à placer leurs fignaux fur le
haut des collines , au pied des pyramides
pierreuſes. Tel étoit le froid que l'on
éprouvoit , que le Pendule à ſecondes y
étoit plus court qu'au bord de la Mer de
lignes.
35
1
1
:.
64 MERCURE DE FRANCE.
Les Aſtronomes étoient preſque continuellement
dans les nuages , quelquefois le
Ciel changeoit trois ou quatre fois en une
demie heure ; une tempête étoit ſuivie du
beau tems , & un inſtant après le tonnerre
recommençoit , d'autant plus terrible , qu'il
étoit plus proche , & fe formoit autour
d'eux.
Le ſommet de ces montagnes,que l'on peut
appeller le Royaume des Météores , offrit
aux Aftronomes un Phénoméne fingulier ,
qui n'avoit encore été vû de perfonne ,
quoique , comme le remarque M. B. il foit
auſſi ancien que le monde.
Les Aftronomes étoientfur la montagnede
Pambamarea ; un nuage , dans lequel ils
étoient enveloppés,leur laiſſa voir en fediffipant
le Soleil qui ſe levoit très éclatant ; le
nuage paſſa de l'autre côté,& fut à peine à 30
pas , que chacun d'eux vit ſon ombre projettée
deſſus , & ne voyoit que la ſienne ,
parce que le nuage n'offroit pas une furface
unie. Le peu de diſtance ne permettoit pas
de diftinguer toutes les parties de l'ombre ,
mais ils remarquerent avec ſurpriſe que
la tête étoit ornée d'une gloire , ou limbe ,
formée de 3 ou 4. petites couronnes
concentriques , d'une couleur très-vive , &
variées comme le premier Arc-en-Ciel , le
rouge étant en dehors. Les intervalles enNOVEMBRE.
1744.
ter tre ces cercles étoient égaux , le d
cercle étoit beaucoup plus foible , & enfin
à une certaine diſtance , on voyoit un
grand cercle blanc qui environnoit le tout.
Ils ont répété pluſieurs fois la même Expérience.
Les diamètres de ces couronnes
changent ſouvent de grandeur d'un moment
à l'autre , mais en obfervant toujours
entre eux l'égalité des intervalles. Ce Phénomene
fingulier ne ſe trace que ſur les
nuages glacés , & non ſur les goutes de
pluye , comme l'Arc-en-Ciel.
Ordinairement le diametre du premier
Iris étoit d'environ 5 degrés 2 tiers ; celui
du ſecond , de 17, & ainſi de ſuite celui du
cercle blanc étoit d'environ 77 degrés . i
Quoique la neige rende les montagnes
inacceffibles , cependant Mrs Bouguer &
de la Condamine n'ont pas craint de monter
fur pluſieurs , tant pour viſiter les
volcans qui ſont en grand nombre fur
ces montagnes , que pour y contenter à
tant d'autres égards leur intrépide curiofité.
Ils ont obfervé que ſur le ſommet de la
montagne de Chouſſalong , ou le Coraçon ,
élevée de 2476 toiſes , le mercure ſe ſoutient
dans le Barometre à 15 pouces 9 lign .
12 pouces 3 lignes plus bas qu'au bord de
laMer.On n'avoit jamais porté cet Inſtru
66 MERCURE DE FRANCE.
ment ſi haut , & il y a même beaucoup
d'apparence que jamais perſonne n'y étoit
allé. Il faut un motif pour entreprendre de
pareils voyages , il faut plus, il faut un courage
qui n'eſt pas moins eſtimable que les
talens qui fourniffent le motif.
Les montagnes offrent de tous côtés de
triſtes monumens des fréquens ravages des
volcans. Quelques-unes juſqu'à une affés
grande profondeur , ne font formées que
de ſcories, de pierres de ponces, & de fragmens
de pierres brulées de toutes les groffeurs.
On n'entendra pas dire ſans admiration
qu'en quelques endroits tout cela
eſt caché fous une couche de terre ordinaire
, qui porte des herbes , & même des arbres.
On voit des pierres de huit à neufpieds
de longueur , & d'une auſſi grande épaifſeur
, qui ont été jettées par le volcan à plus
de trois lieuës de diſtance ; les traînées que
l'on voit encore,& qui indiquent la montagne
d'où elles ont été lancées , ne laiſſent
aucun doute fur ce fait.
Après avoir donné ſes Obſervations ſur
l'Hiſtoire naturelle de ce Pays , M. B. paſſe
au détail des moeurs & des coûtumes du
Pays , détail qui n'eſt pas moins intéreſſant
que ce qui a précédé.
>>>Comme la Zone Torride, dit-il, & les
NOVEMBRE. 1744. 67
> Zones glacées ſont , pour ainſi-dire , mê-
» lées au Pérou , qu'on y trouve les cli-
>>mats les plus contraires , qu'il fuffit de
faire quelques lieuës , d'entrer dans la
>>Cordeliere ou d'en fortir , pour trouver
>>des climats plus differens entre eux , que
>> ſi l'on traverſoit toute l'Europe ; cette ex
>>trême difference ne peut pas manquer
<d'en apporter dans les uſages des Peuples,
>>>&juſques dans leurs inclinations.En bas,
>> ils vivent retirés dans leurs forêts , &
>> forment comme de petites Républiques ,
>>dirigées par leurs Curés , & par leurs
>>>Gouverneurs , aſſiſtés de quelques autres
>> Officiers , qui font auffi Indiens .
La peinture que fait M. B. de l'état de ces
Indiens , reffemble à celte de l'âge d'or.
>> Ils vivent tous dans une auffi grande
>>>union qu'ils paroiffent vivre dans
>>une grande innocence ; ils ſont préve
>>venans & honnêtes ; ils ne font capa-
❤bles d'aucune défiance ; & il ne leur
>> tombe pas même dans l'efprit qu'on puif-
>> ſe avoir intention de les tromper ; les
>> portes de leurs maiſons ſont toûjours ou-
>> vertes , quoiqu'ils ayent du coton , des
>> calebaſſes , de la pire , eſpece d'aloës
>>dont ils tirent du fil , & quelques autres
>>denrées , dont ils font ſouvent quelque
>> trafic. La grande chaleur leur permet d'al-
1
68 MERCURE DE FRANCE.
ler preſque nuds ; ils ſe peignent ordi
>> nairement en rouge avec le rocou , fou-
>>vent ils s'en font une eſpece de parure ,
> & ils s'en mettent jufques fur le viſage. Il
>>paroît qu'ils ont regardé cette coûtume
>> dans ſon origine , comme une précaution
>> contre la piquûre de ces Cousins nommés
» Maringouins ou Moustiques , qu'on trou-
"ve en grand nombre dans tous les en-
>>droits bas de la Zone Torride qui n'ont
>> pas été défrichés. Ces mêmes Indiens font
>> de tous les métiers qui leur font néceſſai-
>> res ; ils font Tifferans , Charpentiers , ils
>>font les Architectes de leurs maifons , les
>> conſtructeurs de leurs Pirogues ; quant
> aux grands ouvrages , ils les font ordi-
>> nairement en commun ; un Indien invite
> tous ſes voiſins , il lui fuffit de les bien
» traiter , & la maiſon , quelque grande
>> qu'elle ſoit , eſt achevée le jour même ,
» & quelquefois en une heure ou deux. Il
>> n'eſt pas étonnant qu'ils menent une vie
>>heureuſe , ils ne font gênés par le mêlan-
>> ge d'aucun Etranger ; outre les fruits de
>> la terre , qui ne leur manquent jamais , la
>> chaſſe & la pêche leur fourniffent d'a-
>> bondantes reffources .
Les Indiens qu'on nomme Guerriers ,
parce qu'ils n'ont pas été founis par les Efpagnols
, ont à peu près les mêmes moeurs.
NOVEMBRE. 1744 . 60
M. B. remarque qu'on n'a point à l'égard
de la couleur de ces Peuples, tirant fur celle
du cuivre , la même difficulté qu'à l'égard
du noir des Negres. Il a même obſervé que
ceux qui vivent au bas de la Cordeliere ,
font auffi blancs que nous , parce qu'ils ne
ſont pas expoſés à un hâle violent & continuel
, qui eſt , ſelon lui , la cauſe de la
carnation des premiers ; cependant ces Indiens
blanes ſont aiſés à diſtinguer des Européens
, par une difference remarquable ,
ils n'ont ni poil ni barbe.
Les moeurs des Indiens , qui vivent en
haut dans la Cordeliere , c'est-à-dire dans
les Plaines de Quito , n'offrent pas un tableau
auſſi riant que le premier.
>>Ils font tous d'une pareſſe extrême , &
>>ſtupides à l'excès;ils paſſeront des jour-
>> nées entieres affisà la même place fur les
»talons , ſans ſe remuer ; ils fervent dans
les Villes , & on les applique aux champs
>> à la culture des terres. L'habillement
>>qu'on leur donne fait partie de leurs ga-
» ges , de-même que les légumes & les
>>grains qu'on leur donne à la campagne
>>pour leur ſubſiſtance. Lorſqu'ils ſe ma-
»rient , les droits du Curé ſont exceffifs ,
>>de-même que les frais funéraires lorf-
>> qu'il meurt quelqu'un de leur petite fa-
»mille, Il arrive de tout cela qu'ils n'ont
70 MERCURE DE FRANCE.
>>jamais rien en leur diſpoſition , & qu'ils
>> font toûjours endettés envers leurs Maîtres.
Leur indolence en eft conſidérable-
»ment augmentée. Onnepeut pas affés dire
>combien ils montrent d'indifference pour
>> les richeſſes, & même pour leurs commo-
>> dités , peut-être parce qu'ils fentent qu'il
>>leur feroit inutile d'y penſer. Acela près
qu'ils aiment un peu trop à boire d'une
>> eſpece de bierre qu'ils font avec le Mais ,
> on peut dire qu'ils forment une Secte de
>>Philoſophes Stoiciens , ou plûtôt Cini-
>> ques. On ne ſçait ſouvent quelle eſpece
>> de motif leur propoſer , lorſqu'on veut
>> en exiger quelque ſervice. On leur offre
>> inutilement quelque piéce d'argent , ils
>> répondent qu'ils n'ont pas faim. On ne
>> ne doit pas s'étonner que de pareilles
•gens n'ayent pas encore imaginé qu'il
Icur étoit utile d'avoir des poches ; lorf
» qu'on les a obligé de recevoir quelque
>>monnoye, ils la ferrent dans leur bouche.
Ils n'ont aucun meuble dans leurs cabanes
, & couchent à terre ſur un cuir ; ils
mangent peu de viande. Ils élevent quekque
volaille pour faire préſent à leur Curé,
ou pour ſe régaler dans les occafions extraordinaires.
Une de ces grandes occafions
eſt la mort de quelqu'un d'entre eux ; ils
s'affemblent alors , font un grand feſtin de
NOVEMBRE. 1744. 71
tout ce qui a échappé auCuré , ils le mangent
en pleurant , & ne ceſſent leur fête lugubre
que lorſqu'il ne reſte plus rien.
M.B. remarque judicieuſement que ceux
qui demeurent hors de la Cordeliere ,
ont conſervé davantage leurs anciennes
moeurs, au lieu que ceux qui vivent en haut
où le Pays eſt plus peuplé , ont plus reſſenti
les effets de la dépendance. Malgré les
ſages précautions qu'à priſes le Gouverne
ment Eſpagnol , ces malheureux font fort
maltraités , furtout par les Métis , qui ſe
plaiſent le plus à appeſantir leur joug fur
cux.
On a peine , en voyant ces Peuples , à
croire ce que les Hiſtoriens ont publié des
Loix , de la Police & des Arts des anciens
Indiens. Tout cela paroîtroit un ſonge , s'il
étoit poſſible de récuſer la foi de tant d'Hiſ
toriens,& les témoignages plus autentiques
de tant de monumes qui ſubſiſtent encore.
Triſte exemple , qui montre combien l'ef
pritdes hommes dépend des circonstances,
&juſqu'à quel point cette partie la plus noble
de notre Etre peut être dégradée par
Peſclavage, la miſere , &c. Qua affigit humi
divina particulam aura. :
Les limites étroites dans leſquelles M. B.
étoit obligé de ſe renfermer , ne lui ont
pas permis de rendre compte au Public d'u
72 MERCURE DE FRANCE .
ne infinité d'Obſervations curieuſes qu'il a
faites , tant dans l'Amérique , que dans les
autres Pays quil a traverſés. Il n'a point
parlé non plus des Obſervations faites par
ſes Collegues , & il leur a laiſſé un moiffon
abondante que le Public recueillera avec
plaiſir , ſi elle contient des faits auſſi intéreſſans
, & préſentés avec autant de clarté
& de préciſion , qu'on en trouve dans la
Relation de M. Bouguer.
Nous voici arrivés à la partie principale
du Mémoire de M Bouguer , c'eſt le détail
des Opérations Aſtronomiques pour déterminer
la figure de la Terre .
M. Bouguer rend compte à l'Aſſemblée de
l'accord parfait qui ſe trouva entre les deux
differentes meſures que les Aſtronomes firent
de leur premiere baſe, qui eſt à environ
cinq lieuës à l'Orient deQuito,mais toûjours
dans cette longue vallée que formelaCordeliere.
Le Sol en eſt extrêmement inégal ; une
des extrêmités eſt plus élevée que l'autre
d'environ 126 toiſes , & nos Académiciens
partagés en deux troupes , furent obligés
dans leur Opération d'avoir continuellement
le niveau à la main , pour ſauver toutes
les inégalités du terrain. M. Bouguer
nous apprend que ce travail dura 2 5jours de
ſon côté,& que quand les deux compagnies
ſe communiquerent leur réſultat , il ne ſe
trouva
NOVEMBRE. 1744. 73
trouva qu'une différence d'environ trois:
pouces , fur 6274 toiſes , qui eſt à peu près
la longueur de cette baſe. Il a le ſoin de
nous avertir qu'il ſupprime pluſieurs particularités
qu'il n'a pas obmiſes dans le rapport
qu'il a déja fait à l'Académie ; rapport
plus étendu , & dans lequel il a rendu juftice
à toutes les perſonnes qui ont eu part
à l'Ouvrage. Il fut queſtion après cela de
travailler à la difpofition des triangles ; le
choix des ſtations les arrêtoit beaucoup ,
car au lieu que la grande hauteur des montagnes
a ordinairement contribué en Europe
à la promptitude de ces fortes d'Opérations
, c'étoit tout le contraire au Pérou ,
les Obfervateurs ſe trouvans preſque contimuellement
plongés dans les nuages , ou expoſés
à des tempêtes qui les obligeoient de
ne s'occuper que du ſeul ſoin de leur propre
conſervation. Ils étoient encore alors
partagés en deux Compagnies qui marchoient
à la vûë l'une de l'autre ſur les deux
chaînes de montagnes oppoſées , & qui en
changoient réciproquement. M. Godin
étoit d'un côté accompagné de pluſieurs
perſonnes ; M, Bouguer étoit de l'autre
avec M. de la Condamine , & un des Officiers
Eſpagnols ſe trouvoit de chaque côté.
Ils ont meſuré généralement tous les angles
de leurs triangles , ils l'ont fait avec diffe-
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
rens quarts de cercle ,& leur Méridienne ,
qui eſt formée de 33 triangles principaux ,
embraffe une longueur de plusde 60 lieuës.
Ces triangles ſont élevés en l'air de 6 à 7
cent toiſes au-deſſus de Quito , & d'environ
2000 toiſes au-deſſus du niveau de la
Mer . Ces mêmes triangles commencent un
peu en-deçà de l'Equateur , mais au lieu
que M. Godin termina les ſiens à la petite
Ville de Cuença , les deux autres Acadé
miciens allerent un peu plus loin , juſqu'à
Tarqui , où une plaine parfaitement unie
leur offroit une ſeconde baſe très-propre à
vérifier l'exactitude de toutes leurs Opérations
précédentes. Ces deux derniers eufſent
bien ſouhaité que tout ſe fit toujours
de concert; ils croyoient voir de grands
inconvéniens à ſe priver volontairement
des conſeils les uns des autres dans la partie
de leur travail qui étoit la plus délicate,
lorſqu'il s'agiſſoit de déterminer par voye
Aſtronomique l'amptitude de l'Arc dont
la meſure géodeſique venoit de leur donner
la longueur en toiſes. M. Bouguer n'affûre
pas que la crainte ne lui ait fait paroître
l'inconvénient un peu plus grand , mais il
ajoûte que c'eſt ce qui l'a obligé de paffer
dans ſon particulier plus de trois ans
au Pérou à courir d'une extrêmité de la
Méridienne à l'autre , afin de revêtir ſes
NOVEMBRE. 1744. 75
Obſervations , en les répétant , d'une autorité
qui ne laiſsât aucun lieu à la moindre
incertitude.
Il n'a eu que cette occupation depuis le
mois d'Août de 1739 , ſi on excepte un voyage
qu'il fit en deſcendant vers la Mer du
Sud , pour découvrir par rapport à fon ni
veau la hauteur abſoluë des montagnes ,
dont ils ne connoiſſoient juſques-là que les
hauteurs relatives. Enfin, quoiqu'il eût déja
ungrand nombre d'Obſervations faites aveć
an Secteur de 12 pieds de rayon dans les
mêmes ſaiſons de différentes années confé
cutives , & qu'il n'eut par conféquent rien
à craindre , ni de la parallaxe de l'orbe annuel,
ni de la nutation de l'axe de la Terre,
ni de l'aberration de la lumiere, il crut qu'il
falloit terminer l'ouvrage par un expédient
qu'on n'avoit encore jamais employé , mais
qui devoit trancher généralement toutes les
difficultés . C'étoit de ſe rendre aux deux
extrêmités de l'arc du Méridien, en ſe ſépa
rant M. de la Condamine & lui , & d'obſerver
en même- tems les mêmes Etoiles.
Les Obſervations ſe faiſant les mêmes nuits,
ou pour mieux dire , les mêmes inſtans , ils
étoient sûrs de ſaiſir les Etoiles dans le mê
me point du Ciel , & de réüffir comme à
Les fixer , malgré tous les mouvemens irréguliers
auſquels elle pouvoient être fu
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
jettes.M.Bouguer vint à l'extrêmité Septen
trionale à Cochesqui , & M. de la Condamine
alla à l'extrêmité Auſtrale à Tarqui. Ces
deux Académiciens vouloient pour s'en
revenir en Europe ſuivre différens chee
mins , afin de multiplier davantage leurs
remarques ; c'eſt ce qui les décida ſur le
choix des poſtes où ils ſe rendirent , car
devenus ménagers de leurs pas, ils ne comptoient
plus avoir de communication dans le
Pays que par les fréquens exprès qu'ils
s'envoyeroient. Ils commencerent le 29 Novembre
1742 a obtenir des Obſervations
parfaitement fimultanées de l'Etoile qui eſt
au milieu du baudrier d'Orion , que Bayer
a déſignée par E , & ils continuerent à obe
ſerver juſqu'au 15 Janvier 1743 ; ils trouverent
l'amplitude de leur Méridienne de
3 dégrés , 7 minutes , a ſecondes , ce qui
ne faiſoit que confirmer les Obſervations
précédentes. Le même Arç étoit de 176940
toiſes , deſorte que le dégré du Méridien
dans le milieu de la Zone Torride auroit
$6762 toiſes de longueur , ſi ce n'est qu'il
faut en retrancher 21 toiſes pour le réduire
au niveau de la Mer à cauſe de la grande
hauteur des montagnes , ce qui le rend de
56741 toiſes,
M. Bouguer finit ſon recit , en remar
1
NOVEMBRE. 1744. 77
quant , qu'on ne peut fans faire violence
auxObſervations, continuer à ſuppoſer que
les accroiſſemens ou les dégrés du Méridien,
par rapport au premier , ſont proportionnels
aux quarrés des ſinus des Latitudes.
Tout contribuë à nous apprendre que la
Terre eſt beaucoup plus applatie vers les
Poles que ne l'a penſé M. Huguens. Les
Expériences ſur la gravité des corps juftifient
la même choſe , en même-tems qu'on
leur doit la nouvelle particularité que la
peſanteur va en diminuant , à meſure qu'on
s'éleve en montant ſur les montagnes. La
péſanteur des corps eſt moindre à Quito
qu'elle n'eſt au bord de la Mer , & fi l'on
parvient au ſommet de Pichincha , qui eſt
plus haut , la péſanteur ſe trouve encore
moindre . M. Bouguer , en comparant les
Opérations faites au Pérou avec celles qu'on
a faites en Europe, trouve enfin que les excès
des dégrés de Latitude ſur le premier, ne
font guères éloignés d'être proportionnels
aux quatrièmes puiſſances des Sinus des Latitudes
, & que l'axe proprement dit eſt
au diamétre de l'Equateur comme 173 à
174 , ou que l'épaiſſeur de la Terre eſt
moindre dans le ſens de ſon axe que dans
celui de l'Equateur d'une 174 partie .
M. de Juffien lût après un Mémoire qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
contenoit la deſcription d'uue Plante dela
nouvelle Biſcaye au Mexique. Les Eſpa
gnols ont donné à la racine de cette Plante
le nom de Contrayerva , qui ſembloit ne
convenir qu'à une ancienne Plante de ce
nom dont la réputation est très-grande
chés eux , & même chés nous.
د
M. de Juffieu a obſervé , que quoique
ces deux Plantes portent le même nom ,
qu'elles ayent le même goût aromatique &
preſque les mêmes vertus, elles different
pourtant par la figure de leurs racines &
par leurs ports * reſpectifs : la racine
de l'ancien Contrayerva eſt fibreuſe , &
celle du nouveau eſt ovale & ſemblable
àun petit navet ; de plus , l'ancien a des
feüilles ſimples , arrondies & coupées en
trois ou cinq fegments , au lieu que le nouveau
les a femblables à la petite quintefeiüil
le , & a ſes fleurs legumineufes ;le nou
veau a encore un avantage fur l'ancien ,
c'eſt la facilité de pouvoir être cultivé &
multiplié en toutes fortes de Pays par ſes
graines , comme les Plantes légumineufes.
des Sciences.
'Académie des Sciences tint une affemblée
publique le 14dece mois , felon
la coûtume. Le Public qui court avidentment
s'inſtruire à ces doctes conférences ,
attendoit le jour de celle-ci avec un nouvel
empreffement; on ſçavoit que M. Bouguer ,
l'un des Académiciens qui ont été envoyés
au Pérou par le Gouvernement pour y déterminer
la figure de la Terre , devoit lire
dans cette affemblée la relation de fon
voyage & le détail de fes opérations Aftronomiques
; ce détail étoit d'autant plus int
téreſſant , qu'il devoir , ou mettreau-deffus
de toutes contradictions la meſure de la
Terre , déterminée par les opérations faites
au Nord , ou fournir de nouvelles idées
&ouvrir un nouvel avis ſur cette impor
tantequeſtion.
M. Bouguer, qui parloit devant une compagnie
continuellement occupée de ces-matieres
,&devant un Public qui les connoît
au moins fuperficiellement, auroit perdus
inutilement un tems précieux s'il ſe fut atsaché
à expoſer l'état de la queſtion dont
48 MERCURE DE FRANCE.
A
tous ſes Auditeurs étoient inſtruits , mais
nous , qui écrivons pour toutes fortes de
Lecteurs , nous devons faire nos efforts.
pour les mettre au fait de la matiere que
nous allons traiter. Si nous ſommes allés
heureux pour y réüſſir , nous nous ſçaurons
bon gré d'avoir travaillé pour la gloire de
M. B. & des Académiciens qui l'ont ac
compagné en augmentant le nombre de
leurs Juges ,& par conféquent de leurs ad
mirateurs..
On a cru long-tems que la Terre étoit
ſphérique ; cette erreur eſt auſſi ancienne
que la Terre même , ou du moins que les
Sciences. Dans cette ſuppoſition il n'étoit
pas difficile d'en connoître la grandeur.
Dès les premiers pas qu'on a fait enGéométrie,
le cercle a été diviſé en 360 parties
égales que l'on a appellées degrés ; il ſuffifoitdonc
de meſurer un degré de la Terre
&de le multiplier par 360 pour avoir le
circuit de notre Globe. La méthode pourmeſurer
ce degré eſt ſimple & facile, on
prend avec un inſtrument la hauteur d'une
Etoile en quelque endroit , par exemple à
Paris , on avance enfuite vers le Pôle ſur le
mêmeMéridien, juſqu'à ce que l'Etoile obſervée
à Paris ait undegré de hauteur de
moins, & quand on eſt arrivé en cet endroit,
on cherche alors par des opérations.
Géo
NOVEMBRE. 1744. 49
y
Géométriques la diſtance de cet endroit à
Paris . Cette diſtance , réduite en toiſes ,
exprimera la valeur d'un degré de la Terre
entoiſes.
C'eſt par cette méthode , ou par d'autres
qui s'y rapportent , qu'on avoit trouvé que
Paris & Amiens , qui ſont ſous le même
Méridien , ſont éloignés d'un degré ou environ
, & l'on avoit conclu de leur diſtance
qui eſt de 25 lieuës , que le degré de la
Terre étoit de 25 lieuës ,& parconféquent
fon circuit de 9০০০ .
En 1672 , M. Richer , étant envoyé à
l'Iſle de Cayenne proche l'Equateur , trouva
que le Pendule qui battoit les ſecondes à
Paris alloit plus lentement à la Cayenne ,
&que ſes vibrations étoient de plus d'une
ſeconde. Cette expérience fit une révolution
dans le Monde Phyficien : il fut aiſé
de conclure que la péſanteur étoit moindre
à l'Equateur qu'à Paris , puiſque les corps
péſans s'y mouvoient plus lentement. M.
Huguens fut le premier qui ouvrit les yeux ,
&il découvrit bien-tôt la cauſe de cette dif
férence. -
LaTerre tournant ſur ſon axe , emporte
avec elle tous les corps qui y font , & ces
corps décrivent des cercles d'autant plus
grands qu'ils font plus éloignés du Pôle ;
ils ont donc une force centrifuge d'autant
II. Vol. C
SO MERCURE DE FRANCE.
plus grande , qu'ils font plus éloignés du
Pôle , & doivent être moins péſans , puifqu'ils
font plus d'effort pour s'éloigner du
centre de la Terre. D'un autre côté , ſi l'on
regarde la Terre comme une maffe fluide
(& il eſt certain qu'elle eſt telle en grande
partie ) on ne peut pas ſuppoſer qu'elle ſoit
parfaitement ſphérique , dès que la péſanteur
eſt plus grande au Pôle qu'à l'Equateur,
En effet , que l'on imagine une colonne
fluide qui aille d'un point de la circonféren
ce de l'Equateur au Centre , & une autre
qui aille du Pôle au même Centre , ces deux
colonnes doivent être en équilibre ; la colonne
de l'Equateur ſera donc plus longue
que celle du Pôle , puiſque ſes parties péſent
moins ; le diamétre de l'Equateur doit
donc être plus grand que l'axe , c'est- à-dire
que la ligne qui joint les deux Pôles : & la
Terre , ſuivant cette idée,doit être un ſphéroïde
applati vers les Pôles.
Voilà ce que la théorie apprit à M. Huguens;
éclairé par le flambeau de la Géométrie
, il oſa entreprendre de déterminer la
difference du diamétre de l'Equateur à l'axe ,
&trouva qu'elle étoit la même que de 578
à 577 ; mais la théorie ſeule ne pouvoir
donner le degré exact de l'applatiſſement
dela Terre : elle fera plus ou moins applatie
ſuivant les differentes ſuppoſitions que
l'on pourra faire fur la péſanteur& la denſité
NOVEMBRE. 1744. 52
de ſes parties,que pour établir les calculs, on
eft obligé deſuppoſerHomogenes, ce qui sûrement
n'eſt pas vrai. M. Huguens ſuppoſoit
que toutes les parties de la Terre ſont
de même denſité , & péſent toutes vers un
même centre. M. Newton , qui ſuppoſa que
toutes ces parties s'attirent mutuellement ,
ſuivantune certaine loi , trouva que la différence
du diamétre de l'Equateur à l'axe ,
étoit comme de 230 à 229 , ce quidonne la
Terre encore plus applatie vers les Pôles .
Ainſi quoique les théories les plus vraiſemblables
s'accordaſſent à donner à la Terre
la figure d'un ſphéroïde applati , la meſrre
actuelle des degrés pouvoit ſeule déterminer
au juſte cette figure , & ce n'étoit que
par là que l'on pouvoit vérifier ſi ces célébres
Mathématiciens , qui du fond de leur
cabinet avoient meſuré l'immenſité de la
Terre , méritoient l'éloge qu'Horace ne
donne qu'ironiquement au Pilote Architas.
Aërias tentaſſe domos , animoque rotundum
Percurriffe Polum.
Nous venons de dire que tous les degrés
doivent être égaux , ſi la Terre eſt parfaitement
ſphérique , c'est- à-dire , que s'il fant
faire 25 lieuës de Paris à Amiens pour
qu'une Etoile obſervée diminuë de la hauteur
d'un degré , il faudra faire encore 25
Cij
32 MERCURE DEFRANCE.
lieuës depuis Amiens, en avançant vers le
Pôle , pour que cette même Etoile diminuë
encore d'un degré de hauteur ,& ainſi de
fuite.
Il n'en eſt pas de même , ſi la Terre n'eſt
pas exactement ronde : les degrés ſeront
inégaux , & feront plus grands à l'Equateur
qu'au Pôle, ſi la Terre eſt un ſpheroide
allongé , c'est- à-dire , fi le diamétre de l'Equateur
est moindre que l'axe : ils ſeront
au contraire plus grands vers le Pôle , fi la
Terre eſt un ſpheroide applati , c'eſt-à-dire ,
ſi l'axe eſt plus petit que le diamétre de l'Equateur.
Pour en faire ſentir la raiſon par
une idée , peu Géométrique à la vérité
mais palpable pour tous les lecteurs , imaginons
un cerceau de baleine parfaitement
rond , & partagé par deux diamétres , l'un
vertical , qui repréſentera le diamétre de
l'Equateur , l'autre horizontal , qui repréſentera
l'axe , ou la ligne qui joint les Pôles
; ſi on preffe ce cerceau par les deux extrêmités
de ſon diamétre horisontal , le diamétre
qui repréſente l'axe diminuera , l'autre
au contraire , qui repréſente le diametre
de l'Equateur , s'allongera ; or il eſt évident
que ce cerceau aura perdu de ſa courbure
dans l'endroit preſſé , c'est-à-dire , aux deux
extrêmités de ſon diametre horisontal , &
qu'au contraire il ſera devenu d'une plus
NOVEMBRE. 1744. 53
grande courbure à l'extrêmité du diamétre
qui s'eſt allongé.
5 On voit par- là que ſi la Terre eſt un ſphé
roïde applati , elle aura moins de courbure
au Pôle qu'à l'Equateur ; elle fera donc portion
d'un plus grand cercle au Pôle qu'à l'Equateur
, car un grand cerele a moins de
courbure dans le même eſpace qu'un petit ;
ainſi le degré qui eſt toujours
cerele , ſera plus grand au Pôle qu'à l'Equateur.
360 du
Le contraire arrivera ſi l'on preſſe le
cerceau verticalement ; ainſi pour trouver
la figure de la Terre il ſuffit d'en meſurer
deux differens degrés ; mais il y auroit de
l'inconvénient à meſurer deux degrés trop
proches l'un de l'autre ; car ſi la Terre ne
s'éloigne pas beaucoup d'être exactement
ronde , les degrés qui feront voiſins ſeront
à peu près égaux,& la difference qu'on
trouvera ne fera pas affés grande pour déterminer
la figure de la Terre , parce que
cette difference pourra provenir en partic
des erreurs inévitables dans les obſervations
&dans les meſures.
Il étoit donc néceſſaire de meſurer deux
degrés très-éloignés , parce que la difference
de deux degrés voiſins , qui eſt petite ,
ſe trouvera répétée un grand nombre de
fois de l'Equateur au Pôle.
Ciij
54 MERCURE DEFRANCE.
On fent affés de quelle importance if
étoitde décider cette queſtion , & quelle
peut être ſon utilité pour la Géographie
&la Navigation. Si la Terre eſt un ſphéroïde
applati , fi les degrés font inégaux ,
comment connoître exactement la diſtance
des lieux qui font éloignés d'un certain
nombre de degrés , fans connoître
le rapport de ces degrés entr'eux , & combien
cette connoiſſance n'eſt-elle pas utile
pour les Voyageurs & pour les Navigateurs
? D'ailleurs quel objet plus dignede
la curioſité d'un eſprit éclairé , que de connoître
le Globe que nous habirons , & de
percer par quelque endroit ce voile impénétrable
dont la nature a couvert ſes operations
?
C'eſt dans ces vûës que S. M. a envoyé
des Aſtronomes meſurer un degré de la
Terre vers l'Equateur , & d'autres meſurer
un degré vers le Pôle. M. le Comte de Maurepas
, qui honore les Arts d'une protection
auffi éclatante qu'éclairée , a été chargé de
cette entrepriſe. C'eſt par ſes ſoins que les
Académiciens ont trouvé aux deux extrémités
de la Terre des ſecours dignes dela magnificence
du premier Porentat de l'Europe
qui les envoyoit , & de la prévoyance d'un
Miniſtre , qui rappelle à tant d'égards l'idée
de Mécene , comme ſon Maître rappelle
l'idée d'Auguſte.
NOVEMBRE. 1744.55
Mrs de Maupertuis , Clairaut , Camus , &
Lemonier , tous Académiciens , allerent en
Laponie en 1736 , auſſi près du Pôle qu'il
eſt poffible d'avancer .Les Lapons virent fans
doute avec étonnement des gens conduits
par l'amour des Sciencesdans unpays où l'amour
de la Patrie ne peut retenir les naturels
, & d'où les ordres du Gouvernement
les empêchent de fortir , les tenant ainſi exilés
dans le lieu de leur naiſſance. On a ſçu
dequelle conſtance , & de quel courage
ils ont eu beſoin pour réſiſter à l'aprêté de
ce climat. Par des operations faites avec la
plus grande exactitude au milieu des glaces
duNord , ils ont conclu que la Terre étoit
un ſphéroïde applati vers les Pôles , ce que
la difference du diamétre de l'Equateur a
l'axe étoit comme de 178 à 177 , ce qui
donne la Terre plus applatie que les calculs
de Mrs Huguens & Newton.
Les Aſtronomes deſtinés pour aller vers
l'Equateur étoient Mrs Godin , Bouguer ,
& de la Condamine Académiciens , Argonautes
d'une eſpece nouvelle , qui ont été au
Pays de l'or chercher la vérité pour l'honneur
de leur Pays , & le bien général des
Nations.
M. de Juſſien , Docteur Régent de la Faculté
de Medecine , que l'Académie s'eſt
acquis pendant le cours de ce Voyage , les
Ciiij
36 MERCURE DE FRANCE.
a accompagnés pour travailler à l'Hiſtoire
naturelle. M. Seniergues , Chirurgien devoit
l'aider. Les Aſtronomes avoient encore emmené
pluſieurs perſonnes pour deſſiner , vérifier
les calculs & reconnoître le Pays , tels
que Mrs Verguin , Couplet , Defordonnais , de
Morainville & Hugot.
M. B. feul eſt revenu . La difficulté du
trajet a arrêté ſes Compagnons de Voyage ,
qui ont été moins heureux , ou moins hardis
que lui. Cet Académicien partage la relation
en deux parties ; l'une contient le recit
de ce qui lui est arrivé dans ſes differentes
courſes , les obſervations qu'il a faites
ſur la ſituation , la nature des Pays qu'il a
traverſés , ſur le caractere des habitans , &c.
C'eſt une eſpece de voyage , mais c'eſt un
voyage fait par un Philofophe , & qui parconféquent
mérite une attention particuliere.
Le défaut que l'on reproche le plus aux
Voyageurs eſt leur peu de fincerité. Ce
reproche qu'ils ne méritent que trop fouvent
, eſt le moins grave qu'on puiffe leur
faire. La plupart fontdes gens peu inſtruits ,
que l'intérêt & le commerce ont conduits
dans des Pays éloignés ; ceux qui n'ont été
guidés que par la curioſité , n'ont preſque
jamais eu cette curiofité éclairée , qui fait
que l'on connoît la nature fidifferente d'elle
NOVEMBRE . 1744. 57
même dans des climats ſouvent peu éloignés
, & les hommes ſi ſemblables entr'eux
quand on les examine avec des yeux philoſophiques.
Ces Voyageurs ne reſſemblent
pas mal à un homme , qui introduit dans
un Palais examineroit avec une attention
ſcrupuleuſe juſqu'à la moindre colonne , &
négligeroit de connoître le Maître de la maifon.
M. B. a rapporté de ſes longs & pénibles
Voyages des obſervations importantes
fur l'Histoire naturelle , & des remarques
qui ne font pas moins intéreſſantes fur les
hommes qu'il a vûs.
La ſeconde partie de fon Mémoire contient
le recit des operations Aftronomiques,
par leſquelles il a déterminé avec ſes Collégues
la figure de la Terre. Elle eſt , ſuivant.
eux , un ſphéroïde applati vers les Pôles ile
diamétre de l'Equateur & l'axe , font entr'eux
comme 174 à 173 , ce qui revient
au calcul des Aſtronomes du Nord , la legere
difference qui ſe trouve entre les deux
réſultats ne devant être impurée qu'aux erreurs
inévitables dans des operations fr
compliquées & fi difficiles.
Ce fut le 16-Mai 1735 , que les Académiciens
s'embarquerent à la rade de la Rochelle
fur un Vaiſſeau du Roi; ils arriverens
heureuſement à S. Domingue , après avoit
relâché quelques jours à la Martinique.
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
Ils quitterent S. Domingue le 30 d'Oc
bre , & pafferent à Carthagene & à Porto-
Bello ; après avoir traverſe l'Ifthme , ils ſe
rembarquerent à Panama fur la Mer du
Sud , & moüillant dans la rade de Mante le
Mars 1736 ; ils toucherent enfin pour la
premiere fois la côte du Perou.
Ils avoient encore bien des obſtacles à furmonter
& des fatigues à eſſuyer avant que
d'arriver à Quito ,quiétoit le terme de leurs
courſes. Les chemins qui conduiſent à cette
Capitale étoient inondés par les playes ,
&devoient être impraticables juſqu'au mois
de Juin. Le defir de connoître la côte , où
les pluyes avoient déja ceſſé , engagea Mrs
Bouguer & de la Condamine à ſe ſéparer
du reſte de leur Compagnie , & tandis que
M. Godin remettoit à la voile pour aller débarquer
à Gouayaquil , ils ſe diſpoſerent à
parcourir cette côte , qui eſt la partie de
'Amérique Méridionale la plus avancée
vers l'Occident , & la connoiffance exacte
qu'ils en eurent , jointe à pluſieurs obſervations
Aſtronomiques les dédommagea
avantageuſement de leurs peines.
و
Ce Pays eſt de niveau avec la Mer , placé
au milieu de la Zone Torride , & parconféquent
extrêmement chaud. Refferré entre la
Mer & la Cordeliere , qui eſt une chaîne de
montagnes , plus hautes que toutes celles
NOVEMBRE. 1744. Se
que l'on connoît en Europe , il a trente ou
trente-cinq lieuës de largeur : on obſerve
dans la partie quieſt au- delà de Gouayaquil,
un Phénomene bien capable d'embarraffer
les Phyſiciens , c'eſt qu'il n'y pleut jamais ,
quoique fouvent le Ciel y ſoit fort nébuleux.
Le Pays eft fort peu habité , on fair
quelquefois vingt lieuës fans trouver un
Village ,& la nature qui y prodigue les
Phénomenes à l'avide curiofité des naturaliſtes
, n'a pris aucun ſoin de la commodité
des Voyageurs.
Mrs Bouguer & de laCondamine étoient
ſi peu ſenſibles à cet inconvénient , qu'ils
jugerent à propos de prendre differentes
routes pour arriver à Quito , afin de multiplier
davantage leurs obſervations & leurs
richeſſes Philoſophiques.
On verra quelque jour dans la relationm
de M. de la Condamine les peines infinies
qu'il eut à remonter la riviere des Emeraudes.
M. Bouguer prit ſa route vers Gouayaquil
à travers des bois encore inondés
par les eaux , & où un homme monté fur
le plus grand cheval ſe trouvoitdans l'eaus
&dans la bouë juſqu'aux genoux : après
s'être débaraſfé avec peine de ces marais impraticables
, M. B. arriva enfin le 17 Maik
1736 à Caracol , au pied de la Cordeliere..
Il fallut s'arrêter en cet endroit ; les fati
Cvj
60 MERCUREDE FRANCE.
gues d'une route fi pénible avoient confr
derablement alteré la ſanté du Voyageur :
d'ailleurs M. Godin , qui trois jours auparavant
étoit parti de Caracol , avoit emmené
preſque toutes les mules de la Province ;
il avoit cependant laiſſe àCaracol la cinquiéme
partie de fes équipages , mais la
difficulté des chemins oblige de rendre les
charges très-médiocres , & de multiplier le
nombre des bêtes de fomme.
Il fuffit pour donner une idée des peines
qu'eut M. B. à traverſer ces montagnes , de
dire qu'il employa 7 jours à un trajet qui
n'eſt que de & ou lieuës. Le courageux
Aſtronomes fuivoit exactement la même
route que Don Pedro Alvarado avoit priſe ,
lorfqu'il amena à François Pizare un ſecours
confiderable d'Eſpagnols. CeGénéral perdit
foixante-dix de ſes gens dans ce trajet pénible.
Enfin malgré les précipices formés par
les torrens & les ravines , malgré le froid
exceffif qu'on éprouve dans ces montagnes
toujours couvertes de neige &de glace ,M.
B. arriva le 10 de Juin 1736 à Quito , un
an & 24 jours après être parti de la Rochelle.
M. Godin& le reſte de fa Compagnie
étoient arrivés depuis le 29de Mai.
L'on joüit alors d'un ſpectacle bien différent
de celui des montagnes. Après avoir
été expoſé aux ardeurs de la Zone Torride ,
NOVEMBRE. 1744. 61
fur le bord de la Mer , & aux horreurs de
la froide dans les montagnes , on ſe croit
tranſporté tout à coup dans une des Zones
temperées. Il arrive quelque choſe à peu
près ſemblable , lorſqu'on defcend du ſommet
des Alpes dans les Vallées du Piémont.
On découvre un Pays agréable & cultivé ,
un grand nombre de Bourgs ,& de Villages ,
& de petites Villes affés jolies. Les denrées
néceſſaires à la vie n'y ſont pas extrêmement
cheres , parce que le Pays eft abondant, mais
les marchandiſes qui viennent d'Europe ,
les toiles , les draps , les étoffes de ſoye y
ſont d'un prix exceflif. M. B. a été obligé
de payer une piastre pour un morceau de
fer , & 18 à 20 liv. pour un gobelet de
verre. La vallée de Quito , qui eſt large
de 5 à 6 lienës , eſt enfermée des deux côtés
par la Cordeliere. Cette chaîne de montagnes
eſt double , & forme comme deux
murailles , qui font l'enceinte de ce Pays.
M. B. s'eſt allûré par ſes propres yeux que
cette double chaîne continuë juſqu'à 170
lieuës ; il l'a viſitée depuis le Sud de Cuença
jufqu'au Nordde Popayan ,&il a ſçu qu'elle
eſt double encore plus loin vers le Nord.
La largeur ſuffifante de cette vallée, &
fon expoſition à l'égard du Soleil, devroient
y rendre la chaleur inſupportable ; mais
62 MERCURE DE FRANCE.
d'un autre côté le voiſinage de la neige , &
la grande élévation du terrein temperent le
chaud , & ce climat joüit d'une Automne ,
ou ſi l'on veut d'un Printemps continuel.
Les campagnes y font toujours vertes , les
fruits de la Zone Torride & ceux qu'on y
a apportés d'Europe , tels que les poires ,
les pommes , les pêches , y croiffent également
; tous les grains y viennent fort bien
&furtout le froment ; les arbres font toujours
en ſéve , parce que la temperature de
l'air eſt toujours à peu près la même.
Les pluyes ſeules diftinguent les ſaiſons.
Il pleut depuis le mois de Novembre juſqu'au
mois de Mai ; ces pluyes jointes aux
fréquentes éruptions des volcans qui font
engrand nombre , balancent les agrémens
de ce beau Pays. Les Académiciens y ont
éprouvé une autre eſpece d'incommodité ,
caufée par la trop grande fubtilité de l'air.
Quoique la vallée de Quito ſoit entrede
très-hautes montagnes , elle eſt elle-même
plus élevée au-deſſus du niveau de la Mer
que les plus hautes montagnes de l'Europe ,
& les habitans de Quito ont appris de nos
Aſtronomes qu'ils font les peuples les plus
élevés de la Terre , & reſpirent un air plus
fubtil de plus d'un tiers que celui que refpirent
les autres hommes.
M. B. fait une remarque qui mérite une
NOVEMBRE. 1744- 63
attention particuliere , c'eſt qu'il n'a point
été plus incommodé lorſqu'il a monté beaucoup
plus haut que Quito , où l'air étoit
plus fubtil.
Mais ſi cette trop grande fubtilité de
l'air n'étoit pas un obſtacle qui rendit le
fommet des montagnes inacceſſible , les
Aſtronomes y ont trouvé un ennemi plus
redoutable encore , le froid exceffif caufé
par les neiges.
Ils monterent fur Pichincha , au pied de
laquelle eſt ſitué Quito. Leur deffein étoir
de faire les ſtations de leurs triangles fur le
haut des montagnes , dont les fommets trèsélevés
étoient fort avantageux à cet égard
mais le froid y étoit ſi vif , qu'il leur fur
impoffibled'y demeurer. Quelqu'un d'entr'eux
y ſentit bien-tôt des affections ſcorbutiques
, les Indiens qui les ſuivoient &
les autres domeſtiques furent fi incommodés
, qu'il fallut prendre le parti de defcendre
, & après avoir lutté pendant vingt
jours contre la rigueur du climat , ils renoncerent
à prendre des poſtes ſi élevés , & fe
déterminerent à placer leurs fignaux fur le
haut des collines , au pied des pyramides
pierreuſes. Tel étoit le froid que l'on
éprouvoit , que le Pendule à ſecondes y
étoit plus court qu'au bord de la Mer de
lignes.
35
1
1
:.
64 MERCURE DE FRANCE.
Les Aſtronomes étoient preſque continuellement
dans les nuages , quelquefois le
Ciel changeoit trois ou quatre fois en une
demie heure ; une tempête étoit ſuivie du
beau tems , & un inſtant après le tonnerre
recommençoit , d'autant plus terrible , qu'il
étoit plus proche , & fe formoit autour
d'eux.
Le ſommet de ces montagnes,que l'on peut
appeller le Royaume des Météores , offrit
aux Aftronomes un Phénoméne fingulier ,
qui n'avoit encore été vû de perfonne ,
quoique , comme le remarque M. B. il foit
auſſi ancien que le monde.
Les Aftronomes étoientfur la montagnede
Pambamarea ; un nuage , dans lequel ils
étoient enveloppés,leur laiſſa voir en fediffipant
le Soleil qui ſe levoit très éclatant ; le
nuage paſſa de l'autre côté,& fut à peine à 30
pas , que chacun d'eux vit ſon ombre projettée
deſſus , & ne voyoit que la ſienne ,
parce que le nuage n'offroit pas une furface
unie. Le peu de diſtance ne permettoit pas
de diftinguer toutes les parties de l'ombre ,
mais ils remarquerent avec ſurpriſe que
la tête étoit ornée d'une gloire , ou limbe ,
formée de 3 ou 4. petites couronnes
concentriques , d'une couleur très-vive , &
variées comme le premier Arc-en-Ciel , le
rouge étant en dehors. Les intervalles enNOVEMBRE.
1744.
ter tre ces cercles étoient égaux , le d
cercle étoit beaucoup plus foible , & enfin
à une certaine diſtance , on voyoit un
grand cercle blanc qui environnoit le tout.
Ils ont répété pluſieurs fois la même Expérience.
Les diamètres de ces couronnes
changent ſouvent de grandeur d'un moment
à l'autre , mais en obfervant toujours
entre eux l'égalité des intervalles. Ce Phénomene
fingulier ne ſe trace que ſur les
nuages glacés , & non ſur les goutes de
pluye , comme l'Arc-en-Ciel.
Ordinairement le diametre du premier
Iris étoit d'environ 5 degrés 2 tiers ; celui
du ſecond , de 17, & ainſi de ſuite celui du
cercle blanc étoit d'environ 77 degrés . i
Quoique la neige rende les montagnes
inacceffibles , cependant Mrs Bouguer &
de la Condamine n'ont pas craint de monter
fur pluſieurs , tant pour viſiter les
volcans qui ſont en grand nombre fur
ces montagnes , que pour y contenter à
tant d'autres égards leur intrépide curiofité.
Ils ont obfervé que ſur le ſommet de la
montagne de Chouſſalong , ou le Coraçon ,
élevée de 2476 toiſes , le mercure ſe ſoutient
dans le Barometre à 15 pouces 9 lign .
12 pouces 3 lignes plus bas qu'au bord de
laMer.On n'avoit jamais porté cet Inſtru
66 MERCURE DE FRANCE.
ment ſi haut , & il y a même beaucoup
d'apparence que jamais perſonne n'y étoit
allé. Il faut un motif pour entreprendre de
pareils voyages , il faut plus, il faut un courage
qui n'eſt pas moins eſtimable que les
talens qui fourniffent le motif.
Les montagnes offrent de tous côtés de
triſtes monumens des fréquens ravages des
volcans. Quelques-unes juſqu'à une affés
grande profondeur , ne font formées que
de ſcories, de pierres de ponces, & de fragmens
de pierres brulées de toutes les groffeurs.
On n'entendra pas dire ſans admiration
qu'en quelques endroits tout cela
eſt caché fous une couche de terre ordinaire
, qui porte des herbes , & même des arbres.
On voit des pierres de huit à neufpieds
de longueur , & d'une auſſi grande épaifſeur
, qui ont été jettées par le volcan à plus
de trois lieuës de diſtance ; les traînées que
l'on voit encore,& qui indiquent la montagne
d'où elles ont été lancées , ne laiſſent
aucun doute fur ce fait.
Après avoir donné ſes Obſervations ſur
l'Hiſtoire naturelle de ce Pays , M. B. paſſe
au détail des moeurs & des coûtumes du
Pays , détail qui n'eſt pas moins intéreſſant
que ce qui a précédé.
>>>Comme la Zone Torride, dit-il, & les
NOVEMBRE. 1744. 67
> Zones glacées ſont , pour ainſi-dire , mê-
» lées au Pérou , qu'on y trouve les cli-
>>mats les plus contraires , qu'il fuffit de
faire quelques lieuës , d'entrer dans la
>>Cordeliere ou d'en fortir , pour trouver
>>des climats plus differens entre eux , que
>> ſi l'on traverſoit toute l'Europe ; cette ex
>>trême difference ne peut pas manquer
<d'en apporter dans les uſages des Peuples,
>>>&juſques dans leurs inclinations.En bas,
>> ils vivent retirés dans leurs forêts , &
>> forment comme de petites Républiques ,
>>dirigées par leurs Curés , & par leurs
>>>Gouverneurs , aſſiſtés de quelques autres
>> Officiers , qui font auffi Indiens .
La peinture que fait M. B. de l'état de ces
Indiens , reffemble à celte de l'âge d'or.
>> Ils vivent tous dans une auffi grande
>>>union qu'ils paroiffent vivre dans
>>une grande innocence ; ils ſont préve
>>venans & honnêtes ; ils ne font capa-
❤bles d'aucune défiance ; & il ne leur
>> tombe pas même dans l'efprit qu'on puif-
>> ſe avoir intention de les tromper ; les
>> portes de leurs maiſons ſont toûjours ou-
>> vertes , quoiqu'ils ayent du coton , des
>> calebaſſes , de la pire , eſpece d'aloës
>>dont ils tirent du fil , & quelques autres
>>denrées , dont ils font ſouvent quelque
>> trafic. La grande chaleur leur permet d'al-
1
68 MERCURE DE FRANCE.
ler preſque nuds ; ils ſe peignent ordi
>> nairement en rouge avec le rocou , fou-
>>vent ils s'en font une eſpece de parure ,
> & ils s'en mettent jufques fur le viſage. Il
>>paroît qu'ils ont regardé cette coûtume
>> dans ſon origine , comme une précaution
>> contre la piquûre de ces Cousins nommés
» Maringouins ou Moustiques , qu'on trou-
"ve en grand nombre dans tous les en-
>>droits bas de la Zone Torride qui n'ont
>> pas été défrichés. Ces mêmes Indiens font
>> de tous les métiers qui leur font néceſſai-
>> res ; ils font Tifferans , Charpentiers , ils
>>font les Architectes de leurs maifons , les
>> conſtructeurs de leurs Pirogues ; quant
> aux grands ouvrages , ils les font ordi-
>> nairement en commun ; un Indien invite
> tous ſes voiſins , il lui fuffit de les bien
» traiter , & la maiſon , quelque grande
>> qu'elle ſoit , eſt achevée le jour même ,
» & quelquefois en une heure ou deux. Il
>> n'eſt pas étonnant qu'ils menent une vie
>>heureuſe , ils ne font gênés par le mêlan-
>> ge d'aucun Etranger ; outre les fruits de
>> la terre , qui ne leur manquent jamais , la
>> chaſſe & la pêche leur fourniffent d'a-
>> bondantes reffources .
Les Indiens qu'on nomme Guerriers ,
parce qu'ils n'ont pas été founis par les Efpagnols
, ont à peu près les mêmes moeurs.
NOVEMBRE. 1744 . 60
M. B. remarque qu'on n'a point à l'égard
de la couleur de ces Peuples, tirant fur celle
du cuivre , la même difficulté qu'à l'égard
du noir des Negres. Il a même obſervé que
ceux qui vivent au bas de la Cordeliere ,
font auffi blancs que nous , parce qu'ils ne
ſont pas expoſés à un hâle violent & continuel
, qui eſt , ſelon lui , la cauſe de la
carnation des premiers ; cependant ces Indiens
blanes ſont aiſés à diſtinguer des Européens
, par une difference remarquable ,
ils n'ont ni poil ni barbe.
Les moeurs des Indiens , qui vivent en
haut dans la Cordeliere , c'est-à-dire dans
les Plaines de Quito , n'offrent pas un tableau
auſſi riant que le premier.
>>Ils font tous d'une pareſſe extrême , &
>>ſtupides à l'excès;ils paſſeront des jour-
>> nées entieres affisà la même place fur les
»talons , ſans ſe remuer ; ils fervent dans
les Villes , & on les applique aux champs
>> à la culture des terres. L'habillement
>>qu'on leur donne fait partie de leurs ga-
» ges , de-même que les légumes & les
>>grains qu'on leur donne à la campagne
>>pour leur ſubſiſtance. Lorſqu'ils ſe ma-
»rient , les droits du Curé ſont exceffifs ,
>>de-même que les frais funéraires lorf-
>> qu'il meurt quelqu'un de leur petite fa-
»mille, Il arrive de tout cela qu'ils n'ont
70 MERCURE DE FRANCE.
>>jamais rien en leur diſpoſition , & qu'ils
>> font toûjours endettés envers leurs Maîtres.
Leur indolence en eft conſidérable-
»ment augmentée. Onnepeut pas affés dire
>combien ils montrent d'indifference pour
>> les richeſſes, & même pour leurs commo-
>> dités , peut-être parce qu'ils fentent qu'il
>>leur feroit inutile d'y penſer. Acela près
qu'ils aiment un peu trop à boire d'une
>> eſpece de bierre qu'ils font avec le Mais ,
> on peut dire qu'ils forment une Secte de
>>Philoſophes Stoiciens , ou plûtôt Cini-
>> ques. On ne ſçait ſouvent quelle eſpece
>> de motif leur propoſer , lorſqu'on veut
>> en exiger quelque ſervice. On leur offre
>> inutilement quelque piéce d'argent , ils
>> répondent qu'ils n'ont pas faim. On ne
>> ne doit pas s'étonner que de pareilles
•gens n'ayent pas encore imaginé qu'il
Icur étoit utile d'avoir des poches ; lorf
» qu'on les a obligé de recevoir quelque
>>monnoye, ils la ferrent dans leur bouche.
Ils n'ont aucun meuble dans leurs cabanes
, & couchent à terre ſur un cuir ; ils
mangent peu de viande. Ils élevent quekque
volaille pour faire préſent à leur Curé,
ou pour ſe régaler dans les occafions extraordinaires.
Une de ces grandes occafions
eſt la mort de quelqu'un d'entre eux ; ils
s'affemblent alors , font un grand feſtin de
NOVEMBRE. 1744. 71
tout ce qui a échappé auCuré , ils le mangent
en pleurant , & ne ceſſent leur fête lugubre
que lorſqu'il ne reſte plus rien.
M.B. remarque judicieuſement que ceux
qui demeurent hors de la Cordeliere ,
ont conſervé davantage leurs anciennes
moeurs, au lieu que ceux qui vivent en haut
où le Pays eſt plus peuplé , ont plus reſſenti
les effets de la dépendance. Malgré les
ſages précautions qu'à priſes le Gouverne
ment Eſpagnol , ces malheureux font fort
maltraités , furtout par les Métis , qui ſe
plaiſent le plus à appeſantir leur joug fur
cux.
On a peine , en voyant ces Peuples , à
croire ce que les Hiſtoriens ont publié des
Loix , de la Police & des Arts des anciens
Indiens. Tout cela paroîtroit un ſonge , s'il
étoit poſſible de récuſer la foi de tant d'Hiſ
toriens,& les témoignages plus autentiques
de tant de monumes qui ſubſiſtent encore.
Triſte exemple , qui montre combien l'ef
pritdes hommes dépend des circonstances,
&juſqu'à quel point cette partie la plus noble
de notre Etre peut être dégradée par
Peſclavage, la miſere , &c. Qua affigit humi
divina particulam aura. :
Les limites étroites dans leſquelles M. B.
étoit obligé de ſe renfermer , ne lui ont
pas permis de rendre compte au Public d'u
72 MERCURE DE FRANCE .
ne infinité d'Obſervations curieuſes qu'il a
faites , tant dans l'Amérique , que dans les
autres Pays quil a traverſés. Il n'a point
parlé non plus des Obſervations faites par
ſes Collegues , & il leur a laiſſé un moiffon
abondante que le Public recueillera avec
plaiſir , ſi elle contient des faits auſſi intéreſſans
, & préſentés avec autant de clarté
& de préciſion , qu'on en trouve dans la
Relation de M. Bouguer.
Nous voici arrivés à la partie principale
du Mémoire de M Bouguer , c'eſt le détail
des Opérations Aſtronomiques pour déterminer
la figure de la Terre .
M. Bouguer rend compte à l'Aſſemblée de
l'accord parfait qui ſe trouva entre les deux
differentes meſures que les Aſtronomes firent
de leur premiere baſe, qui eſt à environ
cinq lieuës à l'Orient deQuito,mais toûjours
dans cette longue vallée que formelaCordeliere.
Le Sol en eſt extrêmement inégal ; une
des extrêmités eſt plus élevée que l'autre
d'environ 126 toiſes , & nos Académiciens
partagés en deux troupes , furent obligés
dans leur Opération d'avoir continuellement
le niveau à la main , pour ſauver toutes
les inégalités du terrain. M. Bouguer
nous apprend que ce travail dura 2 5jours de
ſon côté,& que quand les deux compagnies
ſe communiquerent leur réſultat , il ne ſe
trouva
NOVEMBRE. 1744. 73
trouva qu'une différence d'environ trois:
pouces , fur 6274 toiſes , qui eſt à peu près
la longueur de cette baſe. Il a le ſoin de
nous avertir qu'il ſupprime pluſieurs particularités
qu'il n'a pas obmiſes dans le rapport
qu'il a déja fait à l'Académie ; rapport
plus étendu , & dans lequel il a rendu juftice
à toutes les perſonnes qui ont eu part
à l'Ouvrage. Il fut queſtion après cela de
travailler à la difpofition des triangles ; le
choix des ſtations les arrêtoit beaucoup ,
car au lieu que la grande hauteur des montagnes
a ordinairement contribué en Europe
à la promptitude de ces fortes d'Opérations
, c'étoit tout le contraire au Pérou ,
les Obfervateurs ſe trouvans preſque contimuellement
plongés dans les nuages , ou expoſés
à des tempêtes qui les obligeoient de
ne s'occuper que du ſeul ſoin de leur propre
conſervation. Ils étoient encore alors
partagés en deux Compagnies qui marchoient
à la vûë l'une de l'autre ſur les deux
chaînes de montagnes oppoſées , & qui en
changoient réciproquement. M. Godin
étoit d'un côté accompagné de pluſieurs
perſonnes ; M, Bouguer étoit de l'autre
avec M. de la Condamine , & un des Officiers
Eſpagnols ſe trouvoit de chaque côté.
Ils ont meſuré généralement tous les angles
de leurs triangles , ils l'ont fait avec diffe-
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
rens quarts de cercle ,& leur Méridienne ,
qui eſt formée de 33 triangles principaux ,
embraffe une longueur de plusde 60 lieuës.
Ces triangles ſont élevés en l'air de 6 à 7
cent toiſes au-deſſus de Quito , & d'environ
2000 toiſes au-deſſus du niveau de la
Mer . Ces mêmes triangles commencent un
peu en-deçà de l'Equateur , mais au lieu
que M. Godin termina les ſiens à la petite
Ville de Cuença , les deux autres Acadé
miciens allerent un peu plus loin , juſqu'à
Tarqui , où une plaine parfaitement unie
leur offroit une ſeconde baſe très-propre à
vérifier l'exactitude de toutes leurs Opérations
précédentes. Ces deux derniers eufſent
bien ſouhaité que tout ſe fit toujours
de concert; ils croyoient voir de grands
inconvéniens à ſe priver volontairement
des conſeils les uns des autres dans la partie
de leur travail qui étoit la plus délicate,
lorſqu'il s'agiſſoit de déterminer par voye
Aſtronomique l'amptitude de l'Arc dont
la meſure géodeſique venoit de leur donner
la longueur en toiſes. M. Bouguer n'affûre
pas que la crainte ne lui ait fait paroître
l'inconvénient un peu plus grand , mais il
ajoûte que c'eſt ce qui l'a obligé de paffer
dans ſon particulier plus de trois ans
au Pérou à courir d'une extrêmité de la
Méridienne à l'autre , afin de revêtir ſes
NOVEMBRE. 1744. 75
Obſervations , en les répétant , d'une autorité
qui ne laiſsât aucun lieu à la moindre
incertitude.
Il n'a eu que cette occupation depuis le
mois d'Août de 1739 , ſi on excepte un voyage
qu'il fit en deſcendant vers la Mer du
Sud , pour découvrir par rapport à fon ni
veau la hauteur abſoluë des montagnes ,
dont ils ne connoiſſoient juſques-là que les
hauteurs relatives. Enfin, quoiqu'il eût déja
ungrand nombre d'Obſervations faites aveć
an Secteur de 12 pieds de rayon dans les
mêmes ſaiſons de différentes années confé
cutives , & qu'il n'eut par conféquent rien
à craindre , ni de la parallaxe de l'orbe annuel,
ni de la nutation de l'axe de la Terre,
ni de l'aberration de la lumiere, il crut qu'il
falloit terminer l'ouvrage par un expédient
qu'on n'avoit encore jamais employé , mais
qui devoit trancher généralement toutes les
difficultés . C'étoit de ſe rendre aux deux
extrêmités de l'arc du Méridien, en ſe ſépa
rant M. de la Condamine & lui , & d'obſerver
en même- tems les mêmes Etoiles.
Les Obſervations ſe faiſant les mêmes nuits,
ou pour mieux dire , les mêmes inſtans , ils
étoient sûrs de ſaiſir les Etoiles dans le mê
me point du Ciel , & de réüffir comme à
Les fixer , malgré tous les mouvemens irréguliers
auſquels elle pouvoient être fu
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
jettes.M.Bouguer vint à l'extrêmité Septen
trionale à Cochesqui , & M. de la Condamine
alla à l'extrêmité Auſtrale à Tarqui. Ces
deux Académiciens vouloient pour s'en
revenir en Europe ſuivre différens chee
mins , afin de multiplier davantage leurs
remarques ; c'eſt ce qui les décida ſur le
choix des poſtes où ils ſe rendirent , car
devenus ménagers de leurs pas, ils ne comptoient
plus avoir de communication dans le
Pays que par les fréquens exprès qu'ils
s'envoyeroient. Ils commencerent le 29 Novembre
1742 a obtenir des Obſervations
parfaitement fimultanées de l'Etoile qui eſt
au milieu du baudrier d'Orion , que Bayer
a déſignée par E , & ils continuerent à obe
ſerver juſqu'au 15 Janvier 1743 ; ils trouverent
l'amplitude de leur Méridienne de
3 dégrés , 7 minutes , a ſecondes , ce qui
ne faiſoit que confirmer les Obſervations
précédentes. Le même Arç étoit de 176940
toiſes , deſorte que le dégré du Méridien
dans le milieu de la Zone Torride auroit
$6762 toiſes de longueur , ſi ce n'est qu'il
faut en retrancher 21 toiſes pour le réduire
au niveau de la Mer à cauſe de la grande
hauteur des montagnes , ce qui le rend de
56741 toiſes,
M. Bouguer finit ſon recit , en remar
1
NOVEMBRE. 1744. 77
quant , qu'on ne peut fans faire violence
auxObſervations, continuer à ſuppoſer que
les accroiſſemens ou les dégrés du Méridien,
par rapport au premier , ſont proportionnels
aux quarrés des ſinus des Latitudes.
Tout contribuë à nous apprendre que la
Terre eſt beaucoup plus applatie vers les
Poles que ne l'a penſé M. Huguens. Les
Expériences ſur la gravité des corps juftifient
la même choſe , en même-tems qu'on
leur doit la nouvelle particularité que la
peſanteur va en diminuant , à meſure qu'on
s'éleve en montant ſur les montagnes. La
péſanteur des corps eſt moindre à Quito
qu'elle n'eſt au bord de la Mer , & fi l'on
parvient au ſommet de Pichincha , qui eſt
plus haut , la péſanteur ſe trouve encore
moindre . M. Bouguer , en comparant les
Opérations faites au Pérou avec celles qu'on
a faites en Europe, trouve enfin que les excès
des dégrés de Latitude ſur le premier, ne
font guères éloignés d'être proportionnels
aux quatrièmes puiſſances des Sinus des Latitudes
, & que l'axe proprement dit eſt
au diamétre de l'Equateur comme 173 à
174 , ou que l'épaiſſeur de la Terre eſt
moindre dans le ſens de ſon axe que dans
celui de l'Equateur d'une 174 partie .
M. de Juffien lût après un Mémoire qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
contenoit la deſcription d'uue Plante dela
nouvelle Biſcaye au Mexique. Les Eſpa
gnols ont donné à la racine de cette Plante
le nom de Contrayerva , qui ſembloit ne
convenir qu'à une ancienne Plante de ce
nom dont la réputation est très-grande
chés eux , & même chés nous.
د
M. de Juffieu a obſervé , que quoique
ces deux Plantes portent le même nom ,
qu'elles ayent le même goût aromatique &
preſque les mêmes vertus, elles different
pourtant par la figure de leurs racines &
par leurs ports * reſpectifs : la racine
de l'ancien Contrayerva eſt fibreuſe , &
celle du nouveau eſt ovale & ſemblable
àun petit navet ; de plus , l'ancien a des
feüilles ſimples , arrondies & coupées en
trois ou cinq fegments , au lieu que le nouveau
les a femblables à la petite quintefeiüil
le , & a ſes fleurs legumineufes ;le nou
veau a encore un avantage fur l'ancien ,
c'eſt la facilité de pouvoir être cultivé &
multiplié en toutes fortes de Pays par ſes
graines , comme les Plantes légumineufes.
Fermer
7
p. 195-207
MEMOIRE GENEALOGIQUE De la branche des Caumont de Picardie, connus sous le nom de Gauville, depuis leur transmigration de Guyenne, vers l'an 1400.
Début :
Les démarches qui ont été faites par Messieurs de Caumont de Gauville, transmigrés de Guienne [...]
Mots clefs :
Famille Caumont de Gauville, Picardie, Guyenne, Migration, Preuves, Armes, Ducs, Généalogie, Seigneur, Trésorier, Service du roi, Comte, Maison, Branche, Degrés
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE GENEALOGIQUE De la branche des Caumont de Picardie, connus sous le nom de Gauville, depuis leur transmigration de Guyenne, vers l'an 1400.
MEMOIRE GENEALOGIQUE
De la branche des Caumont de Picardie ,
connus fous le nom de Gauville , depuis
leur tranfmigration de Guyenne , vers
l'an 1400.
Les démarches qui ont été faites par Meffieurs
de Caumont de Gauville , tranfmigrés de Guien
I ij
196 MERCURE DE FRANCE:
ne ès Frontieres de Picardie & Normandie vers
l'an 1400 , pour ſe réunir à leur vraie origine ,
font trop connues , & ont trop affecté les perfonnes
de la plus haute confidération , & furtout
celles qui ont la bonté de s'intéreffer à leur fort ,
pour ne pas juftifier dans la circonftance préfente,
la légitimité de leurs prétentions & des moyens
fur lefquels ils s'apuient , pour fe raffoucher à la
Maifon de Caumont de Guienne , depuis Ducs
de la Force.
La Généalogie de M. de Caumont de Beauvilla,
qui paroît annoncer qu'il eft le feul rejetton de
cette illuftre Souche , opére une espece d'exclufion
peu favorable pour ceux de ce nom & Armes
anciennes qui fe croient en droit d'y prétendre.
L'on va travailler à diffiper ces préjugés par les
preuves fuivantes.
La Branche des Caumont de Gauville n'eft animée
en cela que du feul amour de la vérité , & de
la gloire de fe remonter à la pureté de fa fource.
Loin d'ici tous foupçons d'antitation : pour pouvoir
en préfumer , il faudroit prêter à Jean & à
Guy ou Guyot de Caumont , leurs Auteurs , des
perfpectives auffi prématurées qu'étendues , en
ayant amaffé des matériaux , comme Nom & Armes
dès l'année 1386 , dans la vue que leurs Succeffeurs
en fiffent un ufage frauduleux pour fe
greffer en 1757 , fur une Maifon à laquelle ils
n'auroient eu aucun raport , furtout dans un
temps où ils ignoroient les illuftrations qui devoient
décorer cette branche ainée , telles que des
Duchés & Bâtons de Maréchaux de France. On
Jaiffe le Public & les perfonnes défintérefféès , juges
d'une pareille précaution . Elles feront plus
a même d'en décider , fi elles veulent jetter les
yeux fur ce Mémoire , que l'on fera le plus ferré
le plus précis qu'il fera poffible.
FEVRIER. 1758. 197
Toutes les citations feront marquées au coinde
la vérité la plus fcrupuleufe : l'on offre d'en donner
la preuve , foit par titres originaux , foit par
différentes époques ou anecdotes tirées de la
Chambre des Comptes.
PREUVE de l'Identité des anciennes armes.
Il eft conftant que les premieres Armes de la
Maiſon Ducale de Caumont n'étoient point les
Léopards. M. le Duc de la Force convient qu'il
les porte par conceffion des Rois d'Angleterre ; la
tradition de cette Maiſon annonce que c'étoient
des Faces ou Bandes. Cette tradition va être appuyée
de preuves inconteftables . MM. les Ducs
de Lauzun qui font féparés de cette branche aînée,
vers l'an 1250 , ont toujours porté tiercé en bandes
; ce qui eft la même chofe que les Faces , à la
pofition de différence : donc les anciennes Armes
de la Maiſon Ducale de la Force n'étoient pas les
Léopards.
Guillelme ou Guillaume III , du nom qui for
me le douzieme degré de la Généalogie de la
Maiſon Ducale de la Force , donna quittance en
qualité d'Ecuyer à Hardouin le Roi , Tréforier
des guerres à Leuze , le mercredi 24 Septembre
1315. Cet acte eft fcellé de fon Sceau en cire
rouge , où il eft repréſenté à cheval , tenant fon
bouclier de la main gauche , fur lequel il paroît 3
Faces & 3 Léopards , le cheval caparaçonné des
mêmes armes. Il eft le premier que l'on voit
écarteler les Léopards avec les Faces .
Guillefme Raymond , Seigneur de Caumont ,
qui fait le XIII degré de la même généalogie ,
donna quittance le 18 Avril 1347 , à Jean Chauyel
, tréforier des guerres de 300 liv. pour le de
I iij
TOS MERCURE DE FRANCE .
meurant de fes gages : fon fceau eft en cire rouge ,
partie de 3 Léopards & d'un Facé.
26 Septembre 1352. Autre quittance du même ,
& fous le même fcel de 752 liv , donnée à Jacques
l'Empereur , tréforier des guerres.
Jean Bâtard de Guillelme ou Guillaume , légitimé
au Monceau S. Mayence , le 25 Mars 1346,
donna quittance fur fes gages de 15 liv. à Paris le
13 Octobre 1356 ; fon iceau eft en cire rouge ,
une face accompagnée de 3 Etoiles à fix raies :
comme bâtard il garda une face , le tiers des armes
de fa Maiſon avec différentes Brifures .
Ce que l'on vient de rapporter démontre clairement
que les Auteurs de la Maiſon Ducale de
Caumont, jufqu'au 13 dégré inclufivement , ont
porté les Faces pour Armes.
Nompar , qui a fait le 14 degré , quitta totalement
les faces en 1366 , pour prendre les léopards ',
armes d'Angleterre , pendant que Guillefme ou
Guillaume Raimond fon pere & fon grand- pere ,
avoient porté les faces écartelées avec les léopards,
comme on a dit ci - deffus , & dont on pourroit
'donner d'autres exemples.
Guillelme Raimont , Seigneur de Caumont ,
eut pour femme Efclamor de Defpins , dont il eut
trois enfans mâles , Nompar , Jean & Gaiton . Il
fit fon teftament en 1365 , par lequel il ſubſtitua
& rappella au défaut de hoirs mâles de Nompar
fon aîné , Jean fon fecord fils , auteur de la branche
des Caumont de Picardie ; il rappella auffi
Gafton fon troifieme fils.
Nompar , Seigneur de Caumont , qui fait le
quatorzieme degré de la généalogie de la branche
Ducale , époufa Magne de Caftelnau , par contrat
du 26 novembre 1368. Il rappella par fon
teftament dus août 1400 , Jean & Gaſton fes
FEVRIER. 1758 .
199
›freres :: ce titre eft en original dans les archives
de M. le Duc de la Force , ce qui prouve qu'il
connoiffoit leur exiftence jufques dans le commencement
du quatorzieme fiécle , & fait en même
temps une liaiſon parfaite avec les différentes
époques des quittances que Jean de Caumont a
données aux Tréforiers des guerres , que l'on va
ordre & par dates.
·
rapporter par
Il paroît par le compte de Guillaume Denfernet
, Tréforier des guerres , que Jean de Caumont
, Ecuyer- Servant avec neufautres Ecuyers ,
donna quittance de 150 liv . fur fes gages & de fes
Ecuyers , le 16 février 1386 , fcélée en cire rouge
du fceau de fes armes , trois faces furmontées
en chef de deux tourteaux & une étoile.
L'on voit une autre quittance en 1388 , fcélée
du même fcel , avec cette différence , que les
-trois faces font furmontées d'une étoile & de deux
tourteaux , & une autre fois d'une étoile & d'un
tourteau .
Tout le monde fçait que les armes varioient
anciennement , & que le fçeau du Gentilhomme
tenoit lieu de fa fignature : ioriqu'il lui arrivoit
de le perdre , il en faifoit déclaration juridique ,
le révoquoit , & pour qu'il ne lui pût porter aucun
préjudice , il déclaroit celui qu'il avoit pris
de nouveau , auquel il avoit fait quelque changement
ou addition .
Le Comte de Macéhéron , Tréforier des guerres
de l'année 1405 , marque que Jean de Cau-
-mont Ecuyer , fut reçu , avec plufieurs autres
-Ecuyers à fa fuite , à Gravelines , dans les mois de
juin , juillet & août 1404 ; il toucha plufieurs
fommes fur les gages de fes fervices militaires &
de fes Ecuyers , de Jean de Précy , Tréforier des
guerres : plufieurs montres & quittances de Jean
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
de Caumont font fcélées de fon fcel en cire rou
ge , avec l'empreinte de fes armes , trois faces
furmontées de trois tourteaux , telles qu'il les a
tranfmis à Guy ou Guyot de Caumont fon fuccef.
feur & héritier , aux mêmes noms & armes que
fes defcendans ont portés, fans aucun changement
ni interruption jufqu'à ce jour.
Preuves présomptives de la Tranfmigration.
L'on a vu Jean & Gafton de Caumont freres ;
venir de Guienne pendant dix années confécutives
, fervir fur les frontieres de Normandie , Picardie
& Flandre , fous le commandement du Sire
d'Albret & des Ducs d'Aquitaine , avec à peu près
le même nombre d'Ecuyers à leur fuite , portant
le même nom & les mêmes armes avec cette
feule différence , que Gafton avoit changé quelque
chofe dans fes brifures ; c'eft pendant ces
guerres que la tranfmigration de Jean de Caumont
s'eft faite en Picardie ; l'on peut d'autant mieux
l'aflurer , que l'on ne voit pas qu'il ait fait aucun
établiffement de
ment dans la patrie ni rien qui annonce
qu'il fait mort fans postérité.
r
Jean étant admis frere de Gaſton , par une con
féquence néceffaire & abfolue , il eft auffi frere de
Nompar l'un fe prouve par l'autre , & établit
l'identité. L'on convient qu'il manque ici un contrat
qui dife que Guyot de Caumont eft fils de
Jean . Un titre de cette nature ſeroit trop fatis
faifant , puifque dans une généalogie de vingttrois
dégrés , il conftateroit la fucceffion & la filiation
d'une façon auffi précife & auffi claire que
celle d'un pere à fon fils . Malgré le défaut de ce
feul titre , il ne refte rien de louche ni d'équivoque
dans la jonction , parce qu'en rapprochant
C
FEVRIER. 1758. 201
ceux de M. le Duc de la Force , Pon y verra que
Nompar a rappellé Jean fon frere par fon teftament
du 5 août 1400. En remontant ceux de la
Branche de Caumont de Picardie , l'on y lira
que
Guyot de Caumont qui a fait fon teſtament le s
mai 1472 , s'étoit marié le 14 avril 1436 , en
fuppofant qu'il ait contracté mariage de 25 à 30
ans; tout eft rempli , de forte qu'il ne fe trouve
ni vuide , ni lacune , ni interruption dans la fucceffion
du nom & des armes dont Guyot de Caumont
& fes defcendans font les héritiers .
ont
Mais , dira- t-on fans doute , pourquoi Jean
dans fa tranfmigration n'a-t -il pas pris les léopards
que Nompar fon frere avoit adoptés , &
que Guillefime Raimond fon pere , avoit portés
avec les faces ? Il est tout fimple de répondre ,
qu'il ne le pouvoit , qu'il ne le devoit , parce que
la branche aînée qui tenoit pour lors le parti des
Rois d'Angleterre , n'a pu fe difpenfer de prendre
les léopards qu'elle avoit eus par conceffion
de ces mêmes Rois ; au lieu que Jean & Gaſton
qui étoient au fervice des Rois de France ,
confervé les faces , anciennes armes de leur maifon
, fans y mêler celles d'Angleterre contre qui
ils faifoient la guerre , ce qui indépendamment
de leurs différentes quittances rapportées ci - def
fus , eft prouvé par un titre latin , tiré fur l'onginal
de la Tour de Londres , par lequel Henri
V , Roi d'Angleterre , pour lors en poffeffion de
la Normandie , prononce la confifcation des biens
de Jean de Caumont , pour avoir porté les armes
contre lui : elle eft de Bayeux , datée de la fixieme
année de fon regne. Comme il feroit trop long
de rapporter ici tout ce qui peut militer en faveur
des Caumont de Picardie , l'on fe contentera de
dire , qu'après avoir ſuffiſamment détruit tous les
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
foupçons d'antitation , établi l'identité & la fucceffion
du nom & des armes fans interruption ,
prouvé le même nombre de degrés , après avoir
fait voir par un manufcrit fort étendu , l'extinction
des bâtards de ce nom , & démontré l'alibi
des différentes maifons de Caumont avec leſquel-
1es ils n'ont & ne peuvent avoir aucun rapport ,
ni par la contemporanité , ni par les titres , ni
par les fucceffions des terres , & encore moins par
Îa conformité des armes , le tout bien conftaté ,
ils continueront à fe dire hautement comme ils
ont toujours fait , non pas de la maifon de la Force
, parce que le Duché de ce nom n'en étoit
point l'appanage lors de leur féparation ; mais
bien defcendans des Caumont de Guienne ou Agenois
, depuis Ducs de la Force , à moins qu'on
ne leur faffe voir que Jean de Caumont frere de
Nompar , n'ait fait fouche ailleurs , ou ne ſoit
mort fans poftérité. M. de Caumont de Fontaine ,
ancien Major du Régiment des Dragons de la Reine
, qui a entrepris l'ouvrage de cette jonction ,
& qui continue avec foin fes recherches pour le
conduire à fa perfection , fe flatte que non-feulement
M. le Duc de la Force ne défapprouvera pas
l'ardeur & le zele avec lefquels il travaille , pour
fe réunir à une des plus grandes maiſons , d'où il
attend tout fon luftre & fa gloire ; mais encore
qu'il voudra bien l'aider de la communication de
fes titres , & furtout des teftamens de Guilleſme
Raimond & de Nompar de Caumont . Il s'appuye
fur neuf ou dix dégrés foutenus de titres originaux
, fans une feule méfalliance , pour le remonter
& tendre la main à M. le Duc de la Force : s'il
veut avoir la bonté d'en defcendre un feul , la jonction
fera faite felon l'ordre généalogique le plus
ftrict & le plus févere.
FEVRIER . 1758. 203
Si contre tout espoir , & par le malheur des
temps , le feul titre de jonction qui eft écarté , ne
le recouvre pas , & que l'on ne veuille point admettre
ceux qui devroient y ſuppléer , les Caumont
de Picardie s'en tiendront à la preuve qu'ils
ont donnée , qu'ils font nobles d'extraction militaire
dès l'an 1400 & au- deffus , portant les anciennes
armes des Caumont de Guienne dont on
ne voit pas l'origine , & dont les premiers auteurs
ont paru avec dignité & diftinction , foit à la
guerre , foit à la Cour , puifque Jean de Caumont
eft qualifié de Capitaine de cent quarante
hommes d'armes ; qu'on le voit fervir avec plufieurs
Ecuyers à fa fuite , & que Guy ou Guyot
de Caumont fon héritier & fucceffeur aux nom &
armes , étoit Ecuyer d'honneur du Roi Charles
VI, felon l'ordonnance de fon Hôtel , du mois de
ſeptembre 1418.
Ils ont de plus l'honneur d'appartenir à ce qu'il
y a de plus grandes maifons dans la Picardie & le
Vexin ils font en état d'en juftifier par des actes
de partages & de tutelles avec les Princes de
Montmorenci Logny , les Comtes de Mailli- Haucourt
, les Ducs de Biron & Belloy-Morangle ,
& d'autres alliances directes ou mutuelles , avec
les maifons de Mouy , de Conflans , d'Etrées , de
Gaillard -Bois , de Paulmy , au troifieme degré
par les Lefévre de Caumartin , d'Eftrades , de
Manneville , de Guiry- Chaumont , de Saveuſe
de la Boifiere - Chambort , de Boulainvilliers , de
Crény , d'Alencourt , de Monfure , de la Ruë-
Bernapré & autres , ce qui les autorife à fe remonter
à ce qu'il y a de plus élevé.
Le pere Simplicien qui a traité l'hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne , auroit bien dû
conduire Jean & Gafton de Caumont freres de
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
Nompar , jufqu'à quelques degrés de leur fépara
tion , furtout les voyant rappellés par deux teftamens
confécutifs. Cette attention de fa part auroit
mis les chofes dans une évidence parfaite. Mais
non , il s'eft contenté de les laiffer en blanc au
treizieme degré de la généalogie de la maifon
Ducale de la Force : fans doute qu'il ignoroit leur
tranfmigration . On peut lui paffer cette omiffion,
après la confufion & l'erreur manifefte qu'il a faite
au feizieme degré de la même généalogie , où il
donne Charles de Caumont pour auteur de la branche
des Caumont de la Force , pendant que c'eft
lui qui a formé celle des Caumont de Monbeton
& de Beauvilla ; il n'a pas moins fallu que toute
la précifion , la pureté & l'autenticité des titres de
M. le Marquis de Caumont de Beauvilla , pour
détruire cette erreur & diffiper le préjugé où le
public & M. le Duc de la Force étoit lui- même ,
qu'il reftoit le dernier de fa maiſon. Les Caumont
de Gauville n'étoient point frappés de cette illufion.
Le mariage que Cofme de Caumont , Lieu
tenant- Colonel de Cavalerie , connu fous le nom
de Foucaucourt , avoit fait avec Ifabeau de Roquefeuille
, l'ayant rétabli dans fon ancienne Patrie , il
avoit été à portée de lier connoiffance avec Monfieur
de Caumont de Bauvilla , dont il s'eft trouvé
voifin par fa terre de Sérignac : comme ils
étoient l'un & l'autre plus près de leur fource , il
leur étoit plus facile d'en connoître les points de
féparation , ce qui faifoit qu'ils le regardoient deſ
cendans de la même fouche .
La liaiſon mutuelle qui avoit régné entre ces
deux maifons , a fubfifté jufqu'au décès du fieur
de Caumont de Foucaucourt arrivé en 1733 .
N'ayant point laiffé d'enfans , le grand éloignement
qu'il y a de Quercy en Picardie , a fait que
FEVRIER. 1758. 203
fes neveux ont perdu de vue cette branche de
Caumont de Beauvilla : c'eft avec toute la fatisfaction
poffible qu'ils la voyent revivre avec fplendeur
, par la repréfentation & le rappel authenti .
que de M. le Marquis de Caumont.
Les Caumont de Picardie ne fe remonteront que
jufqu'au treizieme degré de la maiſon Ducale de
la Force , qui fait le point de leur féparation . Ils
fuivent pour tout ce qui eft au- deffus , les généalogies
fubfiftantes de Meffieurs les Ducs de la
Force & de Lauzun.
Additions à l'arbre généalogique de la Maiſon de
Caumont.
XIII. Degré. Guillefme-Rémond , Seigneur de
Caumont, portoit pour armes trois faces & trois léopards.
Il a épouse Efclamonde Defpins. Ils ont eu
pour enfans mâles Nompar , Jean & Gafton : ce
dernier eft mort fans poftérité. Nompar a formé les
deux branches qui fuivent.
XIV. Degré. Nompar de Caumont , qui a
adopté les léopards .
Magne de Caftelnau , pour femme .
XV. Degré. Brandelis de Caumont.
Marguerite de Bretagne.
Branche de la Maifon Ducale de la Force.
XVI. Degré . François de Caumont .
Claude de Cardaillac.
XVII. Degré . Charles de Caumont.
Jeanne de Perrufe d'Efcar.
XVIII. Degré. François de Caumont.
Philippe de Beaupoil de la Force.
XIX . Degré. Jacques Nompar de Caumont
206 MERCURE DE FRANCE:
Duc de la Force , Pair & Maréchal de France.
Catherine de Gontault .
XX. Degré . Henri Nompar de Caumont, Duc
de la Force.
Marguerite Defcodeca.
XXI. Degré. Jacques de Caumont , Marquis
de Boiffe. 1
Louife de Saint Georges.
XXII. Degré. Jacques Nompar de Caumont ,
Duc de la Force.
Sufanne de Beringhen.
XXIII. Degré. Armand Nompar de Caumont,
Duc de la Force .
Anne- Elifabeth de Gruel de la Frette.
Branche des Caumont de Beauvilla.
XVI. Charles de Caumont de Berbiguieres .
Jeanne de Baynac.
XVII . Degré. François I. de Caumont de Berbiguieres.
Jeanne de Saint -Etienne de Montbeton .
XVIII. Degré. François II. de Caumont de
Berbiguieres & de Montbeton.
Olimpe de Bitel du Buis.
XIX. Degré. Hercules de Caumont , Sieur de
Beauvilla.
Claude de Puis d'Orfille.
XX. Degré. François de Caumont de Beauvilla.
Jeanne de Langlade.
XXI. Degré. Bernard de Caumont de Beauvilla.
.Marie de Brois de S. André .
XXII. Degré. Jean-François de Caumont de
Beauvilla.
1
FEVRIER. 1758. 207
Jeanne de Maury.
XXIII. Degré. Bertrand de Caumont de Beanvilla.
Gallard de Braffac de Bearn.
XIII . Degré. Jean de Caumont a formé la
branche qui fuit.
Branche des Caumont de Gauville.
XIV. Degré. Jean de Caumont a pris les faces
pour armes. On lui donne Jeanne Danchot pour
femme.
XV. Degré. Gui ou Guyot de Caumont.
Marguerite de Fourdrinoy.
XVI. Degré. Jean de Caumont.
Marguerite de Boulainvilliers.
XVII. Degré. Antoine de Caumont aſſiſta au
mariage de Jean fon fils.
XVIII . Degré. Jean de Caumont.
I. Appolline de Montomer.
II. Antoinette de Manneville .
XIX. Degré. Antoine II. de Caumont.
Sufanne de Monfure.
II. Magdeleine du Bois.
XX . Degré. Antoine III. de Caumont .
Catherine le Fevre de Caumartin. ·
II. Marguerite d'Acheux .
XXI . Degré . Louis - Gabriel de Caumont.
Marie-Jeanne de Guerfan.
XXII. Degré. François - Marie de Caumont.
Eléonore Sabine le Meffier de Menillets.
XXIII. Degré. Augufte - Marie de Caumont,
Cornette au régiment des dragons de la Reine.
De la branche des Caumont de Picardie ,
connus fous le nom de Gauville , depuis
leur tranfmigration de Guyenne , vers
l'an 1400.
Les démarches qui ont été faites par Meffieurs
de Caumont de Gauville , tranfmigrés de Guien
I ij
196 MERCURE DE FRANCE:
ne ès Frontieres de Picardie & Normandie vers
l'an 1400 , pour ſe réunir à leur vraie origine ,
font trop connues , & ont trop affecté les perfonnes
de la plus haute confidération , & furtout
celles qui ont la bonté de s'intéreffer à leur fort ,
pour ne pas juftifier dans la circonftance préfente,
la légitimité de leurs prétentions & des moyens
fur lefquels ils s'apuient , pour fe raffoucher à la
Maifon de Caumont de Guienne , depuis Ducs
de la Force.
La Généalogie de M. de Caumont de Beauvilla,
qui paroît annoncer qu'il eft le feul rejetton de
cette illuftre Souche , opére une espece d'exclufion
peu favorable pour ceux de ce nom & Armes
anciennes qui fe croient en droit d'y prétendre.
L'on va travailler à diffiper ces préjugés par les
preuves fuivantes.
La Branche des Caumont de Gauville n'eft animée
en cela que du feul amour de la vérité , & de
la gloire de fe remonter à la pureté de fa fource.
Loin d'ici tous foupçons d'antitation : pour pouvoir
en préfumer , il faudroit prêter à Jean & à
Guy ou Guyot de Caumont , leurs Auteurs , des
perfpectives auffi prématurées qu'étendues , en
ayant amaffé des matériaux , comme Nom & Armes
dès l'année 1386 , dans la vue que leurs Succeffeurs
en fiffent un ufage frauduleux pour fe
greffer en 1757 , fur une Maifon à laquelle ils
n'auroient eu aucun raport , furtout dans un
temps où ils ignoroient les illuftrations qui devoient
décorer cette branche ainée , telles que des
Duchés & Bâtons de Maréchaux de France. On
Jaiffe le Public & les perfonnes défintérefféès , juges
d'une pareille précaution . Elles feront plus
a même d'en décider , fi elles veulent jetter les
yeux fur ce Mémoire , que l'on fera le plus ferré
le plus précis qu'il fera poffible.
FEVRIER. 1758. 197
Toutes les citations feront marquées au coinde
la vérité la plus fcrupuleufe : l'on offre d'en donner
la preuve , foit par titres originaux , foit par
différentes époques ou anecdotes tirées de la
Chambre des Comptes.
PREUVE de l'Identité des anciennes armes.
Il eft conftant que les premieres Armes de la
Maiſon Ducale de Caumont n'étoient point les
Léopards. M. le Duc de la Force convient qu'il
les porte par conceffion des Rois d'Angleterre ; la
tradition de cette Maiſon annonce que c'étoient
des Faces ou Bandes. Cette tradition va être appuyée
de preuves inconteftables . MM. les Ducs
de Lauzun qui font féparés de cette branche aînée,
vers l'an 1250 , ont toujours porté tiercé en bandes
; ce qui eft la même chofe que les Faces , à la
pofition de différence : donc les anciennes Armes
de la Maiſon Ducale de la Force n'étoient pas les
Léopards.
Guillelme ou Guillaume III , du nom qui for
me le douzieme degré de la Généalogie de la
Maiſon Ducale de la Force , donna quittance en
qualité d'Ecuyer à Hardouin le Roi , Tréforier
des guerres à Leuze , le mercredi 24 Septembre
1315. Cet acte eft fcellé de fon Sceau en cire
rouge , où il eft repréſenté à cheval , tenant fon
bouclier de la main gauche , fur lequel il paroît 3
Faces & 3 Léopards , le cheval caparaçonné des
mêmes armes. Il eft le premier que l'on voit
écarteler les Léopards avec les Faces .
Guillefme Raymond , Seigneur de Caumont ,
qui fait le XIII degré de la même généalogie ,
donna quittance le 18 Avril 1347 , à Jean Chauyel
, tréforier des guerres de 300 liv. pour le de
I iij
TOS MERCURE DE FRANCE .
meurant de fes gages : fon fceau eft en cire rouge ,
partie de 3 Léopards & d'un Facé.
26 Septembre 1352. Autre quittance du même ,
& fous le même fcel de 752 liv , donnée à Jacques
l'Empereur , tréforier des guerres.
Jean Bâtard de Guillelme ou Guillaume , légitimé
au Monceau S. Mayence , le 25 Mars 1346,
donna quittance fur fes gages de 15 liv. à Paris le
13 Octobre 1356 ; fon iceau eft en cire rouge ,
une face accompagnée de 3 Etoiles à fix raies :
comme bâtard il garda une face , le tiers des armes
de fa Maiſon avec différentes Brifures .
Ce que l'on vient de rapporter démontre clairement
que les Auteurs de la Maiſon Ducale de
Caumont, jufqu'au 13 dégré inclufivement , ont
porté les Faces pour Armes.
Nompar , qui a fait le 14 degré , quitta totalement
les faces en 1366 , pour prendre les léopards ',
armes d'Angleterre , pendant que Guillefme ou
Guillaume Raimond fon pere & fon grand- pere ,
avoient porté les faces écartelées avec les léopards,
comme on a dit ci - deffus , & dont on pourroit
'donner d'autres exemples.
Guillelme Raimont , Seigneur de Caumont ,
eut pour femme Efclamor de Defpins , dont il eut
trois enfans mâles , Nompar , Jean & Gaiton . Il
fit fon teftament en 1365 , par lequel il ſubſtitua
& rappella au défaut de hoirs mâles de Nompar
fon aîné , Jean fon fecord fils , auteur de la branche
des Caumont de Picardie ; il rappella auffi
Gafton fon troifieme fils.
Nompar , Seigneur de Caumont , qui fait le
quatorzieme degré de la généalogie de la branche
Ducale , époufa Magne de Caftelnau , par contrat
du 26 novembre 1368. Il rappella par fon
teftament dus août 1400 , Jean & Gaſton fes
FEVRIER. 1758 .
199
›freres :: ce titre eft en original dans les archives
de M. le Duc de la Force , ce qui prouve qu'il
connoiffoit leur exiftence jufques dans le commencement
du quatorzieme fiécle , & fait en même
temps une liaiſon parfaite avec les différentes
époques des quittances que Jean de Caumont a
données aux Tréforiers des guerres , que l'on va
ordre & par dates.
·
rapporter par
Il paroît par le compte de Guillaume Denfernet
, Tréforier des guerres , que Jean de Caumont
, Ecuyer- Servant avec neufautres Ecuyers ,
donna quittance de 150 liv . fur fes gages & de fes
Ecuyers , le 16 février 1386 , fcélée en cire rouge
du fceau de fes armes , trois faces furmontées
en chef de deux tourteaux & une étoile.
L'on voit une autre quittance en 1388 , fcélée
du même fcel , avec cette différence , que les
-trois faces font furmontées d'une étoile & de deux
tourteaux , & une autre fois d'une étoile & d'un
tourteau .
Tout le monde fçait que les armes varioient
anciennement , & que le fçeau du Gentilhomme
tenoit lieu de fa fignature : ioriqu'il lui arrivoit
de le perdre , il en faifoit déclaration juridique ,
le révoquoit , & pour qu'il ne lui pût porter aucun
préjudice , il déclaroit celui qu'il avoit pris
de nouveau , auquel il avoit fait quelque changement
ou addition .
Le Comte de Macéhéron , Tréforier des guerres
de l'année 1405 , marque que Jean de Cau-
-mont Ecuyer , fut reçu , avec plufieurs autres
-Ecuyers à fa fuite , à Gravelines , dans les mois de
juin , juillet & août 1404 ; il toucha plufieurs
fommes fur les gages de fes fervices militaires &
de fes Ecuyers , de Jean de Précy , Tréforier des
guerres : plufieurs montres & quittances de Jean
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
de Caumont font fcélées de fon fcel en cire rou
ge , avec l'empreinte de fes armes , trois faces
furmontées de trois tourteaux , telles qu'il les a
tranfmis à Guy ou Guyot de Caumont fon fuccef.
feur & héritier , aux mêmes noms & armes que
fes defcendans ont portés, fans aucun changement
ni interruption jufqu'à ce jour.
Preuves présomptives de la Tranfmigration.
L'on a vu Jean & Gafton de Caumont freres ;
venir de Guienne pendant dix années confécutives
, fervir fur les frontieres de Normandie , Picardie
& Flandre , fous le commandement du Sire
d'Albret & des Ducs d'Aquitaine , avec à peu près
le même nombre d'Ecuyers à leur fuite , portant
le même nom & les mêmes armes avec cette
feule différence , que Gafton avoit changé quelque
chofe dans fes brifures ; c'eft pendant ces
guerres que la tranfmigration de Jean de Caumont
s'eft faite en Picardie ; l'on peut d'autant mieux
l'aflurer , que l'on ne voit pas qu'il ait fait aucun
établiffement de
ment dans la patrie ni rien qui annonce
qu'il fait mort fans postérité.
r
Jean étant admis frere de Gaſton , par une con
féquence néceffaire & abfolue , il eft auffi frere de
Nompar l'un fe prouve par l'autre , & établit
l'identité. L'on convient qu'il manque ici un contrat
qui dife que Guyot de Caumont eft fils de
Jean . Un titre de cette nature ſeroit trop fatis
faifant , puifque dans une généalogie de vingttrois
dégrés , il conftateroit la fucceffion & la filiation
d'une façon auffi précife & auffi claire que
celle d'un pere à fon fils . Malgré le défaut de ce
feul titre , il ne refte rien de louche ni d'équivoque
dans la jonction , parce qu'en rapprochant
C
FEVRIER. 1758. 201
ceux de M. le Duc de la Force , Pon y verra que
Nompar a rappellé Jean fon frere par fon teftament
du 5 août 1400. En remontant ceux de la
Branche de Caumont de Picardie , l'on y lira
que
Guyot de Caumont qui a fait fon teſtament le s
mai 1472 , s'étoit marié le 14 avril 1436 , en
fuppofant qu'il ait contracté mariage de 25 à 30
ans; tout eft rempli , de forte qu'il ne fe trouve
ni vuide , ni lacune , ni interruption dans la fucceffion
du nom & des armes dont Guyot de Caumont
& fes defcendans font les héritiers .
ont
Mais , dira- t-on fans doute , pourquoi Jean
dans fa tranfmigration n'a-t -il pas pris les léopards
que Nompar fon frere avoit adoptés , &
que Guillefime Raimond fon pere , avoit portés
avec les faces ? Il est tout fimple de répondre ,
qu'il ne le pouvoit , qu'il ne le devoit , parce que
la branche aînée qui tenoit pour lors le parti des
Rois d'Angleterre , n'a pu fe difpenfer de prendre
les léopards qu'elle avoit eus par conceffion
de ces mêmes Rois ; au lieu que Jean & Gaſton
qui étoient au fervice des Rois de France ,
confervé les faces , anciennes armes de leur maifon
, fans y mêler celles d'Angleterre contre qui
ils faifoient la guerre , ce qui indépendamment
de leurs différentes quittances rapportées ci - def
fus , eft prouvé par un titre latin , tiré fur l'onginal
de la Tour de Londres , par lequel Henri
V , Roi d'Angleterre , pour lors en poffeffion de
la Normandie , prononce la confifcation des biens
de Jean de Caumont , pour avoir porté les armes
contre lui : elle eft de Bayeux , datée de la fixieme
année de fon regne. Comme il feroit trop long
de rapporter ici tout ce qui peut militer en faveur
des Caumont de Picardie , l'on fe contentera de
dire , qu'après avoir ſuffiſamment détruit tous les
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
foupçons d'antitation , établi l'identité & la fucceffion
du nom & des armes fans interruption ,
prouvé le même nombre de degrés , après avoir
fait voir par un manufcrit fort étendu , l'extinction
des bâtards de ce nom , & démontré l'alibi
des différentes maifons de Caumont avec leſquel-
1es ils n'ont & ne peuvent avoir aucun rapport ,
ni par la contemporanité , ni par les titres , ni
par les fucceffions des terres , & encore moins par
Îa conformité des armes , le tout bien conftaté ,
ils continueront à fe dire hautement comme ils
ont toujours fait , non pas de la maifon de la Force
, parce que le Duché de ce nom n'en étoit
point l'appanage lors de leur féparation ; mais
bien defcendans des Caumont de Guienne ou Agenois
, depuis Ducs de la Force , à moins qu'on
ne leur faffe voir que Jean de Caumont frere de
Nompar , n'ait fait fouche ailleurs , ou ne ſoit
mort fans poftérité. M. de Caumont de Fontaine ,
ancien Major du Régiment des Dragons de la Reine
, qui a entrepris l'ouvrage de cette jonction ,
& qui continue avec foin fes recherches pour le
conduire à fa perfection , fe flatte que non-feulement
M. le Duc de la Force ne défapprouvera pas
l'ardeur & le zele avec lefquels il travaille , pour
fe réunir à une des plus grandes maiſons , d'où il
attend tout fon luftre & fa gloire ; mais encore
qu'il voudra bien l'aider de la communication de
fes titres , & furtout des teftamens de Guilleſme
Raimond & de Nompar de Caumont . Il s'appuye
fur neuf ou dix dégrés foutenus de titres originaux
, fans une feule méfalliance , pour le remonter
& tendre la main à M. le Duc de la Force : s'il
veut avoir la bonté d'en defcendre un feul , la jonction
fera faite felon l'ordre généalogique le plus
ftrict & le plus févere.
FEVRIER . 1758. 203
Si contre tout espoir , & par le malheur des
temps , le feul titre de jonction qui eft écarté , ne
le recouvre pas , & que l'on ne veuille point admettre
ceux qui devroient y ſuppléer , les Caumont
de Picardie s'en tiendront à la preuve qu'ils
ont donnée , qu'ils font nobles d'extraction militaire
dès l'an 1400 & au- deffus , portant les anciennes
armes des Caumont de Guienne dont on
ne voit pas l'origine , & dont les premiers auteurs
ont paru avec dignité & diftinction , foit à la
guerre , foit à la Cour , puifque Jean de Caumont
eft qualifié de Capitaine de cent quarante
hommes d'armes ; qu'on le voit fervir avec plufieurs
Ecuyers à fa fuite , & que Guy ou Guyot
de Caumont fon héritier & fucceffeur aux nom &
armes , étoit Ecuyer d'honneur du Roi Charles
VI, felon l'ordonnance de fon Hôtel , du mois de
ſeptembre 1418.
Ils ont de plus l'honneur d'appartenir à ce qu'il
y a de plus grandes maifons dans la Picardie & le
Vexin ils font en état d'en juftifier par des actes
de partages & de tutelles avec les Princes de
Montmorenci Logny , les Comtes de Mailli- Haucourt
, les Ducs de Biron & Belloy-Morangle ,
& d'autres alliances directes ou mutuelles , avec
les maifons de Mouy , de Conflans , d'Etrées , de
Gaillard -Bois , de Paulmy , au troifieme degré
par les Lefévre de Caumartin , d'Eftrades , de
Manneville , de Guiry- Chaumont , de Saveuſe
de la Boifiere - Chambort , de Boulainvilliers , de
Crény , d'Alencourt , de Monfure , de la Ruë-
Bernapré & autres , ce qui les autorife à fe remonter
à ce qu'il y a de plus élevé.
Le pere Simplicien qui a traité l'hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne , auroit bien dû
conduire Jean & Gafton de Caumont freres de
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
Nompar , jufqu'à quelques degrés de leur fépara
tion , furtout les voyant rappellés par deux teftamens
confécutifs. Cette attention de fa part auroit
mis les chofes dans une évidence parfaite. Mais
non , il s'eft contenté de les laiffer en blanc au
treizieme degré de la généalogie de la maifon
Ducale de la Force : fans doute qu'il ignoroit leur
tranfmigration . On peut lui paffer cette omiffion,
après la confufion & l'erreur manifefte qu'il a faite
au feizieme degré de la même généalogie , où il
donne Charles de Caumont pour auteur de la branche
des Caumont de la Force , pendant que c'eft
lui qui a formé celle des Caumont de Monbeton
& de Beauvilla ; il n'a pas moins fallu que toute
la précifion , la pureté & l'autenticité des titres de
M. le Marquis de Caumont de Beauvilla , pour
détruire cette erreur & diffiper le préjugé où le
public & M. le Duc de la Force étoit lui- même ,
qu'il reftoit le dernier de fa maiſon. Les Caumont
de Gauville n'étoient point frappés de cette illufion.
Le mariage que Cofme de Caumont , Lieu
tenant- Colonel de Cavalerie , connu fous le nom
de Foucaucourt , avoit fait avec Ifabeau de Roquefeuille
, l'ayant rétabli dans fon ancienne Patrie , il
avoit été à portée de lier connoiffance avec Monfieur
de Caumont de Bauvilla , dont il s'eft trouvé
voifin par fa terre de Sérignac : comme ils
étoient l'un & l'autre plus près de leur fource , il
leur étoit plus facile d'en connoître les points de
féparation , ce qui faifoit qu'ils le regardoient deſ
cendans de la même fouche .
La liaiſon mutuelle qui avoit régné entre ces
deux maifons , a fubfifté jufqu'au décès du fieur
de Caumont de Foucaucourt arrivé en 1733 .
N'ayant point laiffé d'enfans , le grand éloignement
qu'il y a de Quercy en Picardie , a fait que
FEVRIER. 1758. 203
fes neveux ont perdu de vue cette branche de
Caumont de Beauvilla : c'eft avec toute la fatisfaction
poffible qu'ils la voyent revivre avec fplendeur
, par la repréfentation & le rappel authenti .
que de M. le Marquis de Caumont.
Les Caumont de Picardie ne fe remonteront que
jufqu'au treizieme degré de la maiſon Ducale de
la Force , qui fait le point de leur féparation . Ils
fuivent pour tout ce qui eft au- deffus , les généalogies
fubfiftantes de Meffieurs les Ducs de la
Force & de Lauzun.
Additions à l'arbre généalogique de la Maiſon de
Caumont.
XIII. Degré. Guillefme-Rémond , Seigneur de
Caumont, portoit pour armes trois faces & trois léopards.
Il a épouse Efclamonde Defpins. Ils ont eu
pour enfans mâles Nompar , Jean & Gafton : ce
dernier eft mort fans poftérité. Nompar a formé les
deux branches qui fuivent.
XIV. Degré. Nompar de Caumont , qui a
adopté les léopards .
Magne de Caftelnau , pour femme .
XV. Degré. Brandelis de Caumont.
Marguerite de Bretagne.
Branche de la Maifon Ducale de la Force.
XVI. Degré . François de Caumont .
Claude de Cardaillac.
XVII. Degré . Charles de Caumont.
Jeanne de Perrufe d'Efcar.
XVIII. Degré. François de Caumont.
Philippe de Beaupoil de la Force.
XIX . Degré. Jacques Nompar de Caumont
206 MERCURE DE FRANCE:
Duc de la Force , Pair & Maréchal de France.
Catherine de Gontault .
XX. Degré . Henri Nompar de Caumont, Duc
de la Force.
Marguerite Defcodeca.
XXI. Degré. Jacques de Caumont , Marquis
de Boiffe. 1
Louife de Saint Georges.
XXII. Degré. Jacques Nompar de Caumont ,
Duc de la Force.
Sufanne de Beringhen.
XXIII. Degré. Armand Nompar de Caumont,
Duc de la Force .
Anne- Elifabeth de Gruel de la Frette.
Branche des Caumont de Beauvilla.
XVI. Charles de Caumont de Berbiguieres .
Jeanne de Baynac.
XVII . Degré. François I. de Caumont de Berbiguieres.
Jeanne de Saint -Etienne de Montbeton .
XVIII. Degré. François II. de Caumont de
Berbiguieres & de Montbeton.
Olimpe de Bitel du Buis.
XIX. Degré. Hercules de Caumont , Sieur de
Beauvilla.
Claude de Puis d'Orfille.
XX. Degré. François de Caumont de Beauvilla.
Jeanne de Langlade.
XXI. Degré. Bernard de Caumont de Beauvilla.
.Marie de Brois de S. André .
XXII. Degré. Jean-François de Caumont de
Beauvilla.
1
FEVRIER. 1758. 207
Jeanne de Maury.
XXIII. Degré. Bertrand de Caumont de Beanvilla.
Gallard de Braffac de Bearn.
XIII . Degré. Jean de Caumont a formé la
branche qui fuit.
Branche des Caumont de Gauville.
XIV. Degré. Jean de Caumont a pris les faces
pour armes. On lui donne Jeanne Danchot pour
femme.
XV. Degré. Gui ou Guyot de Caumont.
Marguerite de Fourdrinoy.
XVI. Degré. Jean de Caumont.
Marguerite de Boulainvilliers.
XVII. Degré. Antoine de Caumont aſſiſta au
mariage de Jean fon fils.
XVIII . Degré. Jean de Caumont.
I. Appolline de Montomer.
II. Antoinette de Manneville .
XIX. Degré. Antoine II. de Caumont.
Sufanne de Monfure.
II. Magdeleine du Bois.
XX . Degré. Antoine III. de Caumont .
Catherine le Fevre de Caumartin. ·
II. Marguerite d'Acheux .
XXI . Degré . Louis - Gabriel de Caumont.
Marie-Jeanne de Guerfan.
XXII. Degré. François - Marie de Caumont.
Eléonore Sabine le Meffier de Menillets.
XXIII. Degré. Augufte - Marie de Caumont,
Cornette au régiment des dragons de la Reine.
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Résumé : MEMOIRE GENEALOGIQUE De la branche des Caumont de Picardie, connus sous le nom de Gauville, depuis leur transmigration de Guyenne, vers l'an 1400.
Le document 'Mémoire généalogique' explore la branche des Caumont de Picardie, connue sous le nom de Gauville, qui a migré de Guyenne vers l'an 1400. Cette branche a entrepris des démarches pour se rattacher à la maison de Caumont de Guienne, devenue Ducs de la Force. La généalogie de M. de Caumont de Beauvilliers semble exclure les autres branches portant le même nom et les mêmes armes anciennes. Les Caumont de Gauville cherchent à dissiper les préjugés en fournissant des preuves de leur légitimité, affirmant être animés par l'amour de la vérité et la gloire de remonter à la pureté de leur source. Ils soutiennent que les premières armes de la maison ducale de Caumont n'étaient pas les léopards, mais des faces ou bandes, et apportent des preuves telles que des sceaux et des quittances datant du XIVe siècle. Le texte détaille les relations familiales et les successions au sein de la famille Caumont, mentionnant des figures comme Guillaume III, Nompar, et Jean de Caumont. Jean de Caumont a servi sous les Rois de France et a conservé les anciennes armes de sa maison, contrairement à la branche aînée qui avait adopté les léopards des Rois d'Angleterre. Les Caumont de Picardie se présentent comme nobles d'extraction militaire dès l'an 1400, portant les anciennes armes des Caumont de Guienne. Ils appartiennent à des maisons prestigieuses en Picardie et en Normandie. Le document se conclut par une demande de communication de titres et de testaments pour établir une jonction généalogique avec la maison de Caumont de la Force. Le père Simplicien, dans son ouvrage sur les Grands Officiers de la Couronne, a omis de tracer la généalogie complète des frères Jean et Gaston de Caumont, se limitant au treizième degré. Il a également commis une erreur en attribuant à Charles de Caumont la branche des Caumont de la Force, alors qu'il a fondé celle des Caumont de Monbeton et de Beauvilliers. Les titres authentiques du Marquis de Caumont de Beauvilliers ont permis de corriger cette erreur. Les Caumont de Gauville, grâce à un mariage et des liens de voisinage, ont pu mieux connaître les points de séparation de leur lignée. La liaison entre les Caumont de Gauville et de Beauvilliers a perduré jusqu'au décès de Cosme de Caumont en 1733. Les Caumont de Picardie se réfèrent au treizième degré de la maison Ducale de la Force pour leur généalogie, suivant les lignées des Ducs de la Force et de Lauzun pour les degrés antérieurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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