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1
p. 312-336
Article tres-curieux qui regarde ce qui s'est passé à la Seance publique de la Societé Royale de Montpellier, qui s'est faite pendant la tenuë des Etats de Languedoc. [titre d'après la table]
Début :
Je passe à un Article que vous n'attendiez pas sans doute [...]
Mots clefs :
Société royale des sciences de Montpellier, Assemblée des États de Languedoc, Sciences, Mr. de Basville, Gouttes puantes, Confrères, Académiciens, Aiguille, Aimant, Pôles, Satellites, Discours
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texteReconnaissance textuelle : Article tres-curieux qui regarde ce qui s'est passé à la Seance publique de la Societé Royale de Montpellier, qui s'est faite pendant la tenuë des Etats de Languedoc. [titre d'après la table]
e paffe à un Article que
vous n'attendiez pas fans doute
ce mois-cy ; mais fçachant
voftre curiofité fur ce qui regarde la Societé Royale des
Sciences de Montpellier , j'ay
fi bien pris mes mefures que
je vous en envoye un Article
digne
GALANT 313
digne de voftre curiofité &
de celle de tout le Public. Cette Societé a tenu fa Seance publique pendant l'Affemblée
des Etats de Languedoc , qui
l'ont honorée de leur prefence.
Mr de Bafville Confeiller d'Etat &Intendant de Languedoc
y prefida comme Academicien
Honoraire; & il en fit l'ouverture par un Difcours qui reçûr de grands aplaudiffemens.
Il parla des Sciences en general
& de l'utilité que les hommes
recevoient à s'y attacher ; il
s'apliqua fur tout à prouver
le bien que fit l'étude de la
Fanvier 1710.
Dd
314 MERCURE
Philofophie. Dans les premiers
fiecles du Paganifme , dit-il ,
cette étude faifoit les délices des
grands hommes de ces temps éloignez e même dans la naiffance
du Chriftianifme l'estime fut fi
prodigieufe pour Platon qu'on
regardoit alors comme l'Oracle de
la Philofophie , qu'on le mettoit
prefque enparallele avec les Prophetes,& qu'on pritfe:Ouvrages
pour des Commentaires de l'E
criture , puifqu'on conçut longtemps la nature du Verbe, comme
il l'avoit conçue. Il remarqua
enfuite que rien ne pouvoit .
tant contribuer au progrés
GALANT 315
des Sciences que les Affemblées des gens de Lettres ; il
parcourut tous les ficcles où
l'on en avoit vû ; & il dit qu'il
y avoit du temps des Empereurs
Romains diverfes Chapelles de
Minerve à Rome qui fervoient à
fortes d'Affemblées , & où
les Orateurs recitoient leurspieces,
& c'eſt ce que le Scholiafte d'Horace nomme Athenæa , felon la
coûtume defon temps , auquel ce
mot fignifioit un Auditoire.
L'Empereur Adrien dans le
deuxième fiecle fit bâtir un Auditoire qu'on nomma auſſi. Athenæum , & il continua d'avoir
Ddij
316 MERCURE
foin des Ecoles publiques à l'imi
·tation & Augufte le fecond des
Cefars qui avoit fait bâtir l'Ecole d'Octavie jointe à unportique ainsi que le R. P. Ardouin
Jefuite nous l'aprend dans fes
Stavantes notes fur Pline
avantluy le celebre GerardJean
Voffius , dansfon Lirure de l'Imitation. En parlant enfuite des.
travaux de la Societé Royale,
il dit qu'elle ne prononce point de
decifions , & qu'elle ne forme
point de fyfteme ; mais qu'elle
propofe des experiences & des
obfervations, laiffant aupublic le
foin de les rectifier , & la liberté
GALANT 317
de les contre-dire pour aller plus
loin dans le Pays des découvertes.
Rien en effect, ajouta- t - il n'eſt
pluspropre à contribuerau progrés
des Sciences , que des experiences
repetées réiterées. Par là on
avance par degrez ; l'on marche
àpas lents , il eft vray ; mais
auffi ils fontplus furs
Mr de Bafville après avoir
fait un détail des travaux de la
Societé Royale pendant l'année derniere , & de ceux auf
quels elle s'attacheroit dans le
cours de celle cy , finit par
l'Eloge du Roy à qui cette
Compagnie doit fon établiſſeDd iij
318 MERCURE
ment & le nom qu'elle s'eft
déja faite parmi tous les Sçavans de l'Europe. Ce Monarque , dit-il , parmi les foins &
lesfatigues d'une guerre onereuſe
& dans laquelle la plus grande
partie de l'Europe eft conjurée contre luy, n'a pas perdu pour cela
le defir qu'il a eu depuis les premieres années de fonregne defaire
fleurirles Sciences dans fes États.
On a sú fe former fous ce regne
glorieux , àjamais memorable
un grand nombre d'Academies
oùſe forment tous les jours lés
jeunes nourriffons des Mules
quis'y exercent pour immortali-
GALANT 319
fer le nom François. Ce grand
Monarque ne fe contente pas ,
ajouta t -il , d'accorder des Privileges , & des établiſſemens confiderables aux Compagnies dont
la culture des Sciences fait tout
L'objet, il les anime encore au travail par fes bienfaits & parſa
Royale liberalité. Le titre de Sçavant en eft un legitime auprés de
ce grandPrince , pour avoir part
àfesgraces & àfes faveurs. On
fe contentoit dans les fiecles precedens d'admirer ces grands genies
pour qui la nature ſembloit s'eſtre
épuisée , mais comme fi on eut
craint qu'une honnefte abondance
320 MERCURE
eut fait perdre la moitié de leur
merite , on les laiffoit dans une
honteuse indigence ; des paroles
des paroles flattenfes eftoient tout
le prixde leurs travaux ; on n'alloitpasplus loin, on auroit crû
en leur faifant du bien les expofer à la tentation de ne plus rien
faire de tomber dans un repos
oifife plein de molleffe . Mais
aujourd'buy graces au grand
Prince qui gouverne la France,les
chofes font bien changées. La récompenfe fuit toujours à prefent
le travail , elle eft accordée fi
à propos & avec tant de prudence
que bien loin de former une ten-
GALANT 321
tation délicate pour celuy qui l'ob
tient , elle ne luyfert que d'aiguil
lon pour avancer dans le progrés
des Sciences. Piquez d'une noble
émulation par les bienfaits du
Prince , ceux qui en font l'objet
ne s'appliquent qu'à les meriter
encore davantage.
Mr Bon le fils , premier
Prefident, en furvivance de Mr
fon pere, de la Cour des Aydes
de Montpellier , parla enfuite;
& aprés avoir loué en peu de
mots Mrde Bafville , qui venoit de parler fi fçavamment
de l'utilité des Sciences , il entretint l'auguſte Aſſemblée qui
322 MERCURE
l'entendoit , d'une découverte
qu'il avoit faite , & dont il
rapporta plufieurs experiences.
Ce fut fur les araignées qu'il
parla long- temps. Ces petits
animaux , dit cet habile Magiſtrat , & ſçavant Academicien , filent une foye qui eft propre aux mefmes usages que celle
des vers , vulgairement appellez
vers à foye ; & il prouva fenfiblement que la føye des araignées eft beaucoup plus abondante celle des vers , pufqu'outre que ceux- cy , dit-il , ne
font que so. œufs , qu'on appelle
vulgairement cocons , les arail
que
GALANT 323
gnées en font 400. Il est vray
qu'à l'égard des araignées , la
moitié franche de leurs œufs fe
perd à caufe de leur petiteffe , &
qu'elles n'achevent leurfoye qu'en
2. ans ; mais enfin quand on reduiroit , à cause de la diminution
causée par la perte ou inutilité de
ces œufs , les 400. à la moitié,
il en refteroit toujours 200.
qu'à cause de la longueur du
temps que les araignées mettent à
filer leurføye , on reduiſe encore
ces 200. œufs à 100. pour faire
quelque comparaison avec ceux
des vers , il fuivra toûjours toutes chofes égaless il en concludque
324 MERCURE
par
les versfaifant so. œufs les araignées 100. celles - cy produisent le
double des vers. Que d'ailleurs
l'avantage que la foye des araignées a pardeffus celle des vers ,
eft qu'elle eft plus fine ,
confequent incomparablement plus
belle. On en a filé par ordre de
Mr le Duc de Noailles pour
faire une paire de bas de foye ,
qui ont efté faits en Languedoc,
&que ce Ducaprefentez à Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Cette Princeffe, ainfi que toute la
Cour,les ont trouvez d'une grande beauté &on a avoué qu'on
ne pouvoit rien ajoûter à la fr
GALANT 325
neffe de cet Ouvrage. D'ailleurs
il faut remarquer qu'il n'eft icy
queftion quedes araignées des jardins de celles qui travaillent
en pleine campagne , & les plus
groffes font les meilleures. Mais
la foye n'est pas la feule richeffe
qu'on tire de ces petits animaux,
& MrBon n'apas borné là fes
recherches. On a fait une Analyfe
exacte de ces petits animaux , &
on en a voulu découurir toutes les
proprietez , & ce n'a pas eftéfans
une grande ſurpriſe mêlée de
beaucoup de joye qu'on a éprouvéaprès une Analyfe faite avec
tous les foins imaginables qu'on
土
326 MERCURE
peut tirer des araignées une cau
qui a des vertus admirables , &
dont on peutfaire des gouttes qui
pafferont mefme en bonté celles
d'Angleterre, qui font fi vantées,
dont onfait unfi grand nombre d'ufages. Ce feront des
gouttes aromatiques , reprit ce
fçavant Magiftrat , qui feront
admirables pour la gravelle &
pour les retentions d'urine
faifant vuider le fable. Elles
feront auffi admirables pour fortifier les poulmons foibles ; & ce
feront d'excellentes eaux pulmonaires on pretend , & ce
n'eft pas fans l'avoir éprouvé,
. ,
en
GALANT 327
qu'elles feront auffi bonnes pour
tapoplexie que l'eau des Carmes
fi vantéejufqu'icy. On a décou
vert à l'égard de deux Paralytiques & d'un Epileptique , qu'elLes font tres-propres à ces maladies dangereufes , & contre lef
quelles il y afi peu de remedes.
Tous ceux qui font fujets aux
coliques & aux maux qui les
caufent,ferontfoulagez en ufant
de ces gouttes , avecquelqué methode un certain regime que
la Societe Royale preferira dans
une petite Differtation qu'un habile Medecin de fon Corps fera
fur ce fujet. A l'égard des per-
328 MERCURE
fonnes qui jouiffent d'une fanté
parfaite , elles en peuvent auffi
ufer; elles purifient le fang, &
Le font circuler ; elles fortifient
l'eftomach , elles facilitent la
digeftion. Ceux qui font fujets
à la migraine en peuvent user,
& ils peuvent compter d'eftre
foulagezfur le champ, en obfervant cependant le regime qui fera
marqué dans la Differtation qui
paroiftra au premier jour. Enfin
pour marquer les effets merveilleux de ces gouttes , il n'y a qu'à
dire qu'elles operent & avec autant de fuccés & avec autant de
promptitude que les gouttes d'An-
GALANT 329
gleterre,qu'on nomme les Gouttes
puantes, dont on nefefert cependant que dans les maux defefperez. Mr Bon a donné à ces
gouttes le nom de Gouttes de
Montpellier, & diverfes experiences qu'on a faites de leurs
vertus & de leurs qualitez, leur
ont déja attiré ce nom. Mr
Bon finit fon Difcours en applaudiffant tous les Academiciens fes Confreres , d'avoir
fait une fi belle découverte
dans la naiffance de leur Societé; & il dit qu'un fecret fifalutaire luy faifoit bien augurer
des travaux de tant de fçavans
Janvier 1710. E e
330 MERCURE
hommes qui compofent cette ilLuftre Compagnie. Ce difcours
fut generalement applaudi.
Le P. Vanier Jefuite , habile Poëte, & qui fait imprimer à Lyon un Dictionnaire
Poëtique , a fait une Eglogue
adreffée à Mr Bon , dont je
viens de parler ; dans laquelle
il le felicite fur la belle découverte qu'il vient de faire.
Cette Eglogue eft Latine , ce
qui m'empefche de vous l'envoyer. Elle eft parfaitement
belle.
La declinaifon de l'Aiguille
aimantée fit la matiere d'un
GALANT 331
Difcours qui fuivit celuy de
Mr Bon; & qui fut prononcé
par Mr Clopinel. Cette Declinaiſon eſt un Phenomene des
plus étonnans & dont la connoiffance est en même temps
tres neceffaire pour la Navigation , puifque fi elle varie felon les lieux & felon les temps ,
les Pilotes peuvent fe tromper confiderablement dans le
coursd'une Navigation &dans
la route, qu'ils font tenir aux
Vaiffeaux. On n'embraffa pas
tout-à-fait dans ce Difcours le
Systême de Mr Defcartes , qui
prétend qu'il fort des Poles de
Ecij
33²´MERCURE
la terre une matiere fubtile ime
palpable & inviſible qui circulant autour d'elle fur le plan
des Meridiens y rentre par les
Pole oppofé à celuy d'où elle
eft fortie. La matiere canelée
trouvant dans la ficuation
des pores de l'Aiman un paf
fage pour le traverler , fait
que l'Aiman a deux Poles auffi bien que la Terre ; ainfi
cette matiere rentrant par un
Pole attire le fer. Mais elle
peut changer fon cours felon
la difpofition des parties à travers lefquelles elle s'ouvre un
paffage , & elle en peut eſtre
GALANI 333
détournée felon la figure & la
difpofition de l'Aiguille qui ent
eft touchée. D'ailleurs on a re
marqué que les Obfervations
qu'on peut faire de la variation de l'Aiguille dans les Vaifſeaux font fujettes à beaucoup
d'erreurs à cauſe du fer qui y
eft en grande quantité. Ce Dif
cours fut trouvé plein de recherches & d'érudition.
Le Difcours fuivant & qui
termina l'Aſſemblée , regarda
les Satellites de Saturne , & fut
prononcé par Mr Aftruc. Les
Anciens , dit-il , ne comptoient
que fept Planettes dans noſtre
334 MERCURE
a
Tourbillon , & nous en avons
neuf, quatre Satellites de Fupiter
& cingde Saturne. Galileé à dé
couvert ceux deJupiter, MrCaſ
fini quatre & Mr Huiguens at
taché aufeu Roy Guillaume , un.
Ce dernier foupçonnoit qu'ily
avoit unfixiéme entre la quatriéme e la cinquième , parce que
diftance entre ces Satellites eft trop
grande à proportion des autres.
C'est par les Satellites de Jupiter
que les Aftronomes ont eu le bonheur de trouver les Longitudes
par leurs emerfions & leurs immerfions. L'ufage qu'on tirera de
ceux de Saturne ne fera pas moins
la
1
GALANT 335
confiderable , parce quefiJupiter
n'eſt pas fur l'horiſon pendant la
nuit Saturne y pourra eftre , & en
ce cas les Satellites fuperieurs feront trouver les Longitudes , les
deux premiers eftant fi proches de
la Planette qu'ilsfont prefque im
perceptibles. D'ailleurs leurs revolutions fontficourtes &leurs ċerclesſipreſſez qu'à noftre égard , il
eft rare qu'ilsfortent des rayons de
Saturne étant de plus dans unéloignement du Soleil double de ceux
de Jupiter. Ce Difcours renfermoit plufieurs autres Remarques d'Aftronomie qui plurent
fort à l'illuftre Affemblée. Mi
336 MERCURE
de Bafville refuma à la fin de
chaque Difcours tout ce qui
avoit eſté dit de plus curieux &
de plus intereffant , & il fit admirer en cette occafion la netteté de fon efprit
vous n'attendiez pas fans doute
ce mois-cy ; mais fçachant
voftre curiofité fur ce qui regarde la Societé Royale des
Sciences de Montpellier , j'ay
fi bien pris mes mefures que
je vous en envoye un Article
digne
GALANT 313
digne de voftre curiofité &
de celle de tout le Public. Cette Societé a tenu fa Seance publique pendant l'Affemblée
des Etats de Languedoc , qui
l'ont honorée de leur prefence.
Mr de Bafville Confeiller d'Etat &Intendant de Languedoc
y prefida comme Academicien
Honoraire; & il en fit l'ouverture par un Difcours qui reçûr de grands aplaudiffemens.
Il parla des Sciences en general
& de l'utilité que les hommes
recevoient à s'y attacher ; il
s'apliqua fur tout à prouver
le bien que fit l'étude de la
Fanvier 1710.
Dd
314 MERCURE
Philofophie. Dans les premiers
fiecles du Paganifme , dit-il ,
cette étude faifoit les délices des
grands hommes de ces temps éloignez e même dans la naiffance
du Chriftianifme l'estime fut fi
prodigieufe pour Platon qu'on
regardoit alors comme l'Oracle de
la Philofophie , qu'on le mettoit
prefque enparallele avec les Prophetes,& qu'on pritfe:Ouvrages
pour des Commentaires de l'E
criture , puifqu'on conçut longtemps la nature du Verbe, comme
il l'avoit conçue. Il remarqua
enfuite que rien ne pouvoit .
tant contribuer au progrés
GALANT 315
des Sciences que les Affemblées des gens de Lettres ; il
parcourut tous les ficcles où
l'on en avoit vû ; & il dit qu'il
y avoit du temps des Empereurs
Romains diverfes Chapelles de
Minerve à Rome qui fervoient à
fortes d'Affemblées , & où
les Orateurs recitoient leurspieces,
& c'eſt ce que le Scholiafte d'Horace nomme Athenæa , felon la
coûtume defon temps , auquel ce
mot fignifioit un Auditoire.
L'Empereur Adrien dans le
deuxième fiecle fit bâtir un Auditoire qu'on nomma auſſi. Athenæum , & il continua d'avoir
Ddij
316 MERCURE
foin des Ecoles publiques à l'imi
·tation & Augufte le fecond des
Cefars qui avoit fait bâtir l'Ecole d'Octavie jointe à unportique ainsi que le R. P. Ardouin
Jefuite nous l'aprend dans fes
Stavantes notes fur Pline
avantluy le celebre GerardJean
Voffius , dansfon Lirure de l'Imitation. En parlant enfuite des.
travaux de la Societé Royale,
il dit qu'elle ne prononce point de
decifions , & qu'elle ne forme
point de fyfteme ; mais qu'elle
propofe des experiences & des
obfervations, laiffant aupublic le
foin de les rectifier , & la liberté
GALANT 317
de les contre-dire pour aller plus
loin dans le Pays des découvertes.
Rien en effect, ajouta- t - il n'eſt
pluspropre à contribuerau progrés
des Sciences , que des experiences
repetées réiterées. Par là on
avance par degrez ; l'on marche
àpas lents , il eft vray ; mais
auffi ils fontplus furs
Mr de Bafville après avoir
fait un détail des travaux de la
Societé Royale pendant l'année derniere , & de ceux auf
quels elle s'attacheroit dans le
cours de celle cy , finit par
l'Eloge du Roy à qui cette
Compagnie doit fon établiſſeDd iij
318 MERCURE
ment & le nom qu'elle s'eft
déja faite parmi tous les Sçavans de l'Europe. Ce Monarque , dit-il , parmi les foins &
lesfatigues d'une guerre onereuſe
& dans laquelle la plus grande
partie de l'Europe eft conjurée contre luy, n'a pas perdu pour cela
le defir qu'il a eu depuis les premieres années de fonregne defaire
fleurirles Sciences dans fes États.
On a sú fe former fous ce regne
glorieux , àjamais memorable
un grand nombre d'Academies
oùſe forment tous les jours lés
jeunes nourriffons des Mules
quis'y exercent pour immortali-
GALANT 319
fer le nom François. Ce grand
Monarque ne fe contente pas ,
ajouta t -il , d'accorder des Privileges , & des établiſſemens confiderables aux Compagnies dont
la culture des Sciences fait tout
L'objet, il les anime encore au travail par fes bienfaits & parſa
Royale liberalité. Le titre de Sçavant en eft un legitime auprés de
ce grandPrince , pour avoir part
àfesgraces & àfes faveurs. On
fe contentoit dans les fiecles precedens d'admirer ces grands genies
pour qui la nature ſembloit s'eſtre
épuisée , mais comme fi on eut
craint qu'une honnefte abondance
320 MERCURE
eut fait perdre la moitié de leur
merite , on les laiffoit dans une
honteuse indigence ; des paroles
des paroles flattenfes eftoient tout
le prixde leurs travaux ; on n'alloitpasplus loin, on auroit crû
en leur faifant du bien les expofer à la tentation de ne plus rien
faire de tomber dans un repos
oifife plein de molleffe . Mais
aujourd'buy graces au grand
Prince qui gouverne la France,les
chofes font bien changées. La récompenfe fuit toujours à prefent
le travail , elle eft accordée fi
à propos & avec tant de prudence
que bien loin de former une ten-
GALANT 321
tation délicate pour celuy qui l'ob
tient , elle ne luyfert que d'aiguil
lon pour avancer dans le progrés
des Sciences. Piquez d'une noble
émulation par les bienfaits du
Prince , ceux qui en font l'objet
ne s'appliquent qu'à les meriter
encore davantage.
Mr Bon le fils , premier
Prefident, en furvivance de Mr
fon pere, de la Cour des Aydes
de Montpellier , parla enfuite;
& aprés avoir loué en peu de
mots Mrde Bafville , qui venoit de parler fi fçavamment
de l'utilité des Sciences , il entretint l'auguſte Aſſemblée qui
322 MERCURE
l'entendoit , d'une découverte
qu'il avoit faite , & dont il
rapporta plufieurs experiences.
Ce fut fur les araignées qu'il
parla long- temps. Ces petits
animaux , dit cet habile Magiſtrat , & ſçavant Academicien , filent une foye qui eft propre aux mefmes usages que celle
des vers , vulgairement appellez
vers à foye ; & il prouva fenfiblement que la føye des araignées eft beaucoup plus abondante celle des vers , pufqu'outre que ceux- cy , dit-il , ne
font que so. œufs , qu'on appelle
vulgairement cocons , les arail
que
GALANT 323
gnées en font 400. Il est vray
qu'à l'égard des araignées , la
moitié franche de leurs œufs fe
perd à caufe de leur petiteffe , &
qu'elles n'achevent leurfoye qu'en
2. ans ; mais enfin quand on reduiroit , à cause de la diminution
causée par la perte ou inutilité de
ces œufs , les 400. à la moitié,
il en refteroit toujours 200.
qu'à cause de la longueur du
temps que les araignées mettent à
filer leurføye , on reduiſe encore
ces 200. œufs à 100. pour faire
quelque comparaison avec ceux
des vers , il fuivra toûjours toutes chofes égaless il en concludque
324 MERCURE
par
les versfaifant so. œufs les araignées 100. celles - cy produisent le
double des vers. Que d'ailleurs
l'avantage que la foye des araignées a pardeffus celle des vers ,
eft qu'elle eft plus fine ,
confequent incomparablement plus
belle. On en a filé par ordre de
Mr le Duc de Noailles pour
faire une paire de bas de foye ,
qui ont efté faits en Languedoc,
&que ce Ducaprefentez à Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Cette Princeffe, ainfi que toute la
Cour,les ont trouvez d'une grande beauté &on a avoué qu'on
ne pouvoit rien ajoûter à la fr
GALANT 325
neffe de cet Ouvrage. D'ailleurs
il faut remarquer qu'il n'eft icy
queftion quedes araignées des jardins de celles qui travaillent
en pleine campagne , & les plus
groffes font les meilleures. Mais
la foye n'est pas la feule richeffe
qu'on tire de ces petits animaux,
& MrBon n'apas borné là fes
recherches. On a fait une Analyfe
exacte de ces petits animaux , &
on en a voulu découurir toutes les
proprietez , & ce n'a pas eftéfans
une grande ſurpriſe mêlée de
beaucoup de joye qu'on a éprouvéaprès une Analyfe faite avec
tous les foins imaginables qu'on
土
326 MERCURE
peut tirer des araignées une cau
qui a des vertus admirables , &
dont on peutfaire des gouttes qui
pafferont mefme en bonté celles
d'Angleterre, qui font fi vantées,
dont onfait unfi grand nombre d'ufages. Ce feront des
gouttes aromatiques , reprit ce
fçavant Magiftrat , qui feront
admirables pour la gravelle &
pour les retentions d'urine
faifant vuider le fable. Elles
feront auffi admirables pour fortifier les poulmons foibles ; & ce
feront d'excellentes eaux pulmonaires on pretend , & ce
n'eft pas fans l'avoir éprouvé,
. ,
en
GALANT 327
qu'elles feront auffi bonnes pour
tapoplexie que l'eau des Carmes
fi vantéejufqu'icy. On a décou
vert à l'égard de deux Paralytiques & d'un Epileptique , qu'elLes font tres-propres à ces maladies dangereufes , & contre lef
quelles il y afi peu de remedes.
Tous ceux qui font fujets aux
coliques & aux maux qui les
caufent,ferontfoulagez en ufant
de ces gouttes , avecquelqué methode un certain regime que
la Societe Royale preferira dans
une petite Differtation qu'un habile Medecin de fon Corps fera
fur ce fujet. A l'égard des per-
328 MERCURE
fonnes qui jouiffent d'une fanté
parfaite , elles en peuvent auffi
ufer; elles purifient le fang, &
Le font circuler ; elles fortifient
l'eftomach , elles facilitent la
digeftion. Ceux qui font fujets
à la migraine en peuvent user,
& ils peuvent compter d'eftre
foulagezfur le champ, en obfervant cependant le regime qui fera
marqué dans la Differtation qui
paroiftra au premier jour. Enfin
pour marquer les effets merveilleux de ces gouttes , il n'y a qu'à
dire qu'elles operent & avec autant de fuccés & avec autant de
promptitude que les gouttes d'An-
GALANT 329
gleterre,qu'on nomme les Gouttes
puantes, dont on nefefert cependant que dans les maux defefperez. Mr Bon a donné à ces
gouttes le nom de Gouttes de
Montpellier, & diverfes experiences qu'on a faites de leurs
vertus & de leurs qualitez, leur
ont déja attiré ce nom. Mr
Bon finit fon Difcours en applaudiffant tous les Academiciens fes Confreres , d'avoir
fait une fi belle découverte
dans la naiffance de leur Societé; & il dit qu'un fecret fifalutaire luy faifoit bien augurer
des travaux de tant de fçavans
Janvier 1710. E e
330 MERCURE
hommes qui compofent cette ilLuftre Compagnie. Ce difcours
fut generalement applaudi.
Le P. Vanier Jefuite , habile Poëte, & qui fait imprimer à Lyon un Dictionnaire
Poëtique , a fait une Eglogue
adreffée à Mr Bon , dont je
viens de parler ; dans laquelle
il le felicite fur la belle découverte qu'il vient de faire.
Cette Eglogue eft Latine , ce
qui m'empefche de vous l'envoyer. Elle eft parfaitement
belle.
La declinaifon de l'Aiguille
aimantée fit la matiere d'un
GALANT 331
Difcours qui fuivit celuy de
Mr Bon; & qui fut prononcé
par Mr Clopinel. Cette Declinaiſon eſt un Phenomene des
plus étonnans & dont la connoiffance est en même temps
tres neceffaire pour la Navigation , puifque fi elle varie felon les lieux & felon les temps ,
les Pilotes peuvent fe tromper confiderablement dans le
coursd'une Navigation &dans
la route, qu'ils font tenir aux
Vaiffeaux. On n'embraffa pas
tout-à-fait dans ce Difcours le
Systême de Mr Defcartes , qui
prétend qu'il fort des Poles de
Ecij
33²´MERCURE
la terre une matiere fubtile ime
palpable & inviſible qui circulant autour d'elle fur le plan
des Meridiens y rentre par les
Pole oppofé à celuy d'où elle
eft fortie. La matiere canelée
trouvant dans la ficuation
des pores de l'Aiman un paf
fage pour le traverler , fait
que l'Aiman a deux Poles auffi bien que la Terre ; ainfi
cette matiere rentrant par un
Pole attire le fer. Mais elle
peut changer fon cours felon
la difpofition des parties à travers lefquelles elle s'ouvre un
paffage , & elle en peut eſtre
GALANI 333
détournée felon la figure & la
difpofition de l'Aiguille qui ent
eft touchée. D'ailleurs on a re
marqué que les Obfervations
qu'on peut faire de la variation de l'Aiguille dans les Vaifſeaux font fujettes à beaucoup
d'erreurs à cauſe du fer qui y
eft en grande quantité. Ce Dif
cours fut trouvé plein de recherches & d'érudition.
Le Difcours fuivant & qui
termina l'Aſſemblée , regarda
les Satellites de Saturne , & fut
prononcé par Mr Aftruc. Les
Anciens , dit-il , ne comptoient
que fept Planettes dans noſtre
334 MERCURE
a
Tourbillon , & nous en avons
neuf, quatre Satellites de Fupiter
& cingde Saturne. Galileé à dé
couvert ceux deJupiter, MrCaſ
fini quatre & Mr Huiguens at
taché aufeu Roy Guillaume , un.
Ce dernier foupçonnoit qu'ily
avoit unfixiéme entre la quatriéme e la cinquième , parce que
diftance entre ces Satellites eft trop
grande à proportion des autres.
C'est par les Satellites de Jupiter
que les Aftronomes ont eu le bonheur de trouver les Longitudes
par leurs emerfions & leurs immerfions. L'ufage qu'on tirera de
ceux de Saturne ne fera pas moins
la
1
GALANT 335
confiderable , parce quefiJupiter
n'eſt pas fur l'horiſon pendant la
nuit Saturne y pourra eftre , & en
ce cas les Satellites fuperieurs feront trouver les Longitudes , les
deux premiers eftant fi proches de
la Planette qu'ilsfont prefque im
perceptibles. D'ailleurs leurs revolutions fontficourtes &leurs ċerclesſipreſſez qu'à noftre égard , il
eft rare qu'ilsfortent des rayons de
Saturne étant de plus dans unéloignement du Soleil double de ceux
de Jupiter. Ce Difcours renfermoit plufieurs autres Remarques d'Aftronomie qui plurent
fort à l'illuftre Affemblée. Mi
336 MERCURE
de Bafville refuma à la fin de
chaque Difcours tout ce qui
avoit eſté dit de plus curieux &
de plus intereffant , & il fit admirer en cette occafion la netteté de fon efprit
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Résumé : Article tres-curieux qui regarde ce qui s'est passé à la Seance publique de la Societé Royale de Montpellier, qui s'est faite pendant la tenuë des Etats de Languedoc. [titre d'après la table]
Lors d'une séance publique de la Société Royale des Sciences de Montpellier, tenue pendant l'Assemblée des États de Languedoc, Monsieur de Basville, Conseiller d'État et Intendant de Languedoc, présida la séance en tant qu'Académicien Honoraire. Il prononça un discours sur l'utilité des sciences, soulignant l'importance des assemblées de gens de lettres pour le progrès scientifique. Il cita des exemples historiques comme les chapelles de Minerve à Rome et l'Athénée construit par l'empereur Adrien. Monsieur de Basville évoqua également les travaux de la Société Royale, qui se concentrent sur des expériences et des observations, laissant au public le soin de les rectifier. Il loua le roi pour son soutien aux sciences et aux académies, ainsi que pour les privilèges accordés aux savants. Monsieur Bon, fils du premier président de la Cour des Aides de Montpellier, présenta ensuite ses découvertes sur les araignées. Il démontra que la soie des araignées est plus abondante et fine que celle des vers à soie, et rapporta des expériences menées sur ordre du duc de Noailles. Il mentionna également une huile extraite des araignées, utilisée pour fabriquer des gouttes médicinales efficaces contre diverses maladies. Le Père Vanier, jésuite et poète, composa une églogue en latin pour féliciter Monsieur Bon. La séance se poursuivit avec des discours de Monsieur Clopinel sur la déclinaison de l'aiguille aimantée et de Monsieur Astruc sur les satellites de Saturne. Ces discours apportèrent des connaissances essentielles pour la navigation et l'astronomie. À la fin de chaque discours, une personne nommée Bafville résumait les points les plus intéressants et marquants abordés, mettant en évidence la clarté et la vivacité de son esprit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 145-194
REMARQUES sur les inégalitez du Mouvement des Horloges à Pendule.
Début :
Les Astronomes qui ont pris grand soin de regler leurs [...]
Mots clefs :
Pendule, Mouvement de la terre, Air, Vibrations, Eau, Terre, Ligne, Corps, Longueur du pendule, Cayenne, Poids, Pendule simple, Seconde, Gorée, Horloge, Axe, Particules, Cycloïde, Pôles, Expérience
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur les inégalitez du Mouvement des Horloges à Pendule.
REMARQUES
Sur les inégalitez du Mouvement
des Horloges à Pendule.
L
Es
Aftronomes qui ont
pris grandfoinde regler
leurs Pendules à ſecon-
1 des , fur le Mouvement des
Aftres , y ont remarqué des
inégalitez , qu'ils n'ont pû réduire
à aucune regle certaine.
J'ay fait quelques remarques
fur ces inégalitez dans le Me.
moire que j'ay lû à l'Acadé-
N Avril
1714.
146 MERCURE
mie , & entr'autres fur celles
par
qui peuvent
venir d'une petite
lame de reffort , que j'avois
miſe à la place de la foye
pour foutenir
le Pendule ; car
j'avois cru que cette lame ,
n'étant pas ſujette aux alterations
qui arrivent
à la foye ,
la féchereffe
& par l'humidité
de l'air , les vibrations
du Pendule
pourroient
eftre
beaucoup
plus égales : Mais
enfin je fus obligé d'ofter la
lame & d'y mettre la foye , à
caufe que j'y remarquois
des
inégalitez
bien plus grandes
qu'auparavant
; & j'ay trouvé
GALANT. 147
depuis que l'Horloge alloit
affez juftement pour ne pas
s'écarter quelques fois du
moyen mouvement d'une
feule feconde dans l'efpace de
quatre jours , où le Pendule
fait 345600. vibrations . Mais
j'ay auffi remarqué quelques
fois , que d'un jour à l'autre
il y avoit des changemens af
fez confiderables pour embarraffer
un Obfervateur exact ,
& pour donner de l'exercice à
un Philofophe qui en voudroit
rechercher la caufe , la.
quelle ne peut
fique.
cftre que Phy-
Nij
148 MERCURE
Les differens états de l'air
femblent eftre les feules caufes
des changemens que nous
remarquons au Mouvement
des Pendules ; car il eſt chaud
ou froid , fec ou humide , leger
ou pefant , rare ou groffier
ou épais ; toutes ces differentes
qualitez fe mêlant enfemble
en differens degrez ,
peuvent caufer de grandes alterations
au Mouvement des
Horloges. Mais pour reconnoiftre
quelque chofe de ce
qui doit arriver , il faut confiderer
féparément ces états
differens .
GALANT 149
7 des
On fuppofe premierement ,
que fi la Cycloïde eft bien
faite fuivant les regles que Mr
Huggens en a données , tout
ce qui peut accelerer ou ralentir
le Mouvement des rouës ,
ne doit apporter aucun changement
à l'Horloge , puifqu'il
n'en pourroit arriver
vibrations plus longues , ou
plus courtes , lefquelles ne
laifferoient pas d'eftre fochrones
ou d'égale durée . Ainfi
le froid pouvant figer en quelque
façon le peu d'huile qui
eft attaché aux pivots des
rouës , fera
que
que leur Mouve-
Niij
So MERCURE
ment fera plus difficile que
dans un temps chaud ou
l'huile fera plus liquide , &
par confequent les vibrations
deviendront plus
courtes ;
elles ne
laifferont pas d'eftre
d'égale durée à celles qui font
plus longues , cftant rectifiées
par la figure de la Cycloïde.
L'humidité qui
s'attachera
aux touës , & aux pivots pourra
caufer à peu prés le même
effet fans qu'il arrive d'inégalité
au Mouvement
.
Mais quoique la Cycloïde
foit la figure neceffaire pour
faire que les vibrations
lonGALANT.
151
gues ou courtes , foient Ifochrones
, il falloit confiderer ,
qu'elle ne pouvoit avoir lieu
que lorsque la fufpenfion n'auroit
aucune groffeur ou épaiffeur,
ce qui eft impoffible dans
l'execution
; c'est pourquoy
,
puifqu'on fe fert d'un fil de
e
foye tortillé , qui eft affezgros
pour foutenir la lentille du
pendillon ou Pendule qui eft
pefante , & qu'on ne doit
rien négliger , de ce qui peur
contribuer à la jufteffe de ce
Mouvement ; il ne faut pas
que la figure foit une Cycloïde
, mais une ligne paralelle à
Niiij
152 MERCURE
la Cycloïde laquelle en foit
éloignée vers la partie concave
de la moitié de
l'épaiffeur du
fil , afin que l'axe où le milieu
de ce fil décrive exactement
la Cycloïde , comme je l'ay expliqué
dans mon Traité des
Epicycloïdes qui doivent fervir
au Mouvement des Machines.
On peut auffi
remarquer
que les petits filets de foye qui
compofent le fil , font fecs &
roides , & qu'ils peuvent par
confequent fouffrir tous enfembles
des alterations confi-
1
derables , & à
peu prés femblables
à celles de la lame de
GALANT . 153
reffort , qui eft plus roide dans
des temps froids , lecs & plus
molle dans des temps chauds ;
mais c'eſt un accident qu'on
ne peut éviter , quand on fe
fert d'une fufpenfion flexible
pour le Pendule ; c'eft pour
quoi on pourroit éprouver
celle que j'ay propofée dans
differens Memoires.
Si l'on confidere les diffe
& rens états de l'air par rapport
au Pendule , & non pas par
rapport au rouage de l'Horloge,
on y remarquera tant de
differens accidens , qu'à peine
pourroit- on croire que l'Hor
7.
154 MERCURE
loge pût aller également une
heure en terre , pendant laquelle
le Pendule fait 3600 .
vibrations ou battemens.
On fçait que la chaleur du
Soleil en Eté eft affezforte pour
échauffer une barre de fer de
fix pieds de longueur , & la
rendre plus longue qu'elle n'étoit
en Hiver , ayant efté expofée
à la gelée, de deux tiers
de ligne , comme je l'ay reconnu
par une experience tresexacte
que j'en ay faite autrefois.
C'est pourquoi ces deux
états differens de l'air fur la
longueur, de la verge du PenGALANT
. 155
-1
dule , qui doit eftre de trois
pieds huit lignes un deuxième
pour battre les fecondes , la
pourroit changer d'un tiers de
ligne , ce qui cauferoit une
difference tres- confiderable
dans la durée des vibrations
du Pendule , puifqu'elle pourroir
aller jufqu'à 32. par jour,
Mais comme ce cas ne pourroit
arriver que lorfque l'Horloge
feroit expofée à l'air , &
au Soleil dans ces deux faifons,
ce qui n'eft pas ordinairement,
on n'y remarque pas de fi
grands changemens . Il arrive
quelque fois d'affez grandes
156 MERCURE
differences de chaleur d'un jour
à l'autre , & de la nuit au jour
pour faire allonger ou racourcir
la verge du Pendule , qui
pourra ralentir ou accelerer
le Mouvement de l'Horloge,
de quelques fecondes , comme
nous le remarquons auffi quel
que fois , ce qui peut venir par
cette feule caufe. C'est pourquoi
dans l'ufage qu'on fait
des Horloges à Pendule pour
les obfervations celeftes , où il
eft neceffaire de connoiftre
l'heure dans la derniere juf
teffe , il faut les placer dans un
lieu où elles foient le plus à la
GALANT. 157
l'abri qu'il eft poffible , de
toutes les injures de l'air.
L'humidité , la féchereffe ,
la denfité , la rareté de l'air peuvent
auffi caufer des alterations
confiderables
auMouve-
3 ment du Pendule. Car lorfque
l'air fera humide , c'est- à- dire
lorſqu'il ſera rempli de quantité
de petites particules d'eau
qui y demeurent
fufpendues ,
ou lorsqu'il eft denfe ou épais,
le Pendule , aura plus de peine
à le fendre , & il femble que
fes vibrations doivent cftre
alors de bien plus longue durée
que lorsqu'il eft fec ou ra 31
158 MERCURE
re. Car nous fçavons par experience
qu'une plume treslegere
tombe dans un tuyau
dont on a pompé l'air,prefque
auffi vite qu'une pierre fait
dans l'air. Mais comme on ne
doit point juger de ce qui
doit arriver dans ces fortes de
rencontres fans en faire l'experience
lorsqu'il eft poffible
de la faire , j'ay cru que fi l'air
humide ou épais peut rendre
les vibrations de plus longue
durée qu'un air fec & rare ,
on devoit appercevoir une
tres grande difference entre le
Mouvement du Pendule dans
GALANT . 159
l'air & dans l'eau . Pour connoistre
ce qui en eftoit , j'ay
fait un Pendule à demi fecondes
avec une bale de plomb
de deux onces de
pefanteur ,
laquelle eftoit fufpenduë à un
fil delié , & je l'ay mis en.
mouvement dans l'eau . J'ay
remarqué dabord que les
grandes vibrations fe racourciffoient
, & que le mouvement
s'arreftoit infenfiblement
aprés une minute & un
peu plus. Mais comme je me
perfuadois que ces vibrations
dans l'eau devoient eftre au
moins d'une feconde chacune ,
160 MERCURE
lefquelles n'eftoient que d'une
demi feconde dans l'air , j'ay
efté fort furpris de voir
qu'elles me paroiffent prefqu'-
auffi promptes ou d'égale durée
à celles qui ſe faifoient
dans l'air. Pour les mefurer
exactement j'ay fair compter
les vibrations du Pendule de
l'Horloge à feconde , pendant
une minute , & à même
temps je comptois les vibrations
du Pendule à demi feconde
, dans l'eau d'un grand
vaiffeau plat , où la balc
eftoit enfoncée d'un demi
pouce environ , & j'ay trouvé
1
aptés
GALANT . 161
1
aprés avoir repeté plufieurs
fois la même experience , que
le Pendule dans l'eau ne faifoit
que 112. vibrations au lieu
des 120. qu'il auroit faites
dans l'air pour une minute.
J'ay fait auffi la même experience
avec un Pendule
fimple à fecondes , dont la bale
qui eftoit de plomb , peſoit
cinq onces , & j'ay trouvé
comme dans l'autre que les
grandes vibrations duroient
fort peu de tems , & que
Pendule s'arreftoit prefque entierement
aprés deux minutes ;
mais il ne faifoit dans l'eau
Avril 1714
.
le
162 MERGURE
que
que 114 vibrations pendant
le Pendule de l'Horloge
en faifoit i 20. dans l'air pour
deux minutes. Ainfi le retardement
que l'eau caufe aux
vibrations du Pendule eft de
trois par minute ; j'aurois fouhaité
de faire les obfervations
de ces differences de vibrations
dans l'eau & dans l'air
pendant
20. ou 30, pour connoiftre
plus exactement leur
difference , & voir quel rap
port il y avoit dans le retardement
des vibrations dans
l'eau , fur ces Pendules de difference
longueur ; mais je n'ay
GALANT . 163
pû aller plus loin.
Puifqu'un Pendule à fccondes
perd dans l'eau trois
par minute , il perdroit en un
jour 4320.
Mais fi nous
fuppofons que cette diminution
du mouvement des Pendules
, vient de la denfité du
milieu ; & fi l'air eft denſe , ou
épais par le poids dont il eft
chargé , fans avoir égard au
plus ou au moins de particules
d'eau qui y font mêlées , il
s'enfuivra
que fi la pefanteur
de l'air change feulement d'un
28 , comme on le remarque
affez fouvent dans le Baro-
O ij
164 MERCURE
-
metre, la vingt- huitième partie
de 4320. de retardement du
Pendale dans l'eau pour un
jour , laquelle eft 154. fera
la diminution ou bien le retardement
de l'Horloge dans
l'efpace d'un jour par rapport
à deux differents états de l'air ;
mais on n'a jamais remarqué
dans les Horloges à Pendule ,
une auffi grande difference
que celle- là; on ne peut donc
pass dire , que les differens
poids dont l'air peut eftre
chargé , puiffent caufer ſes differentes
denfitez ne font pas
fur le mouvement d'un PenGALANT
. 165
dule le même cffet que la
denfité de l'eau , ce qui peut
venir de la differente configuration
des parties de ces deux
corps , dont celles de l'air ,
quoique fort ferrées & preffées
, pourront cftre facilement
féparées , & au contraire
celles de l'eau le peuvent être
tres-difficilement , eftant adherentes
les unes aux autres.
On pourroit encore ajouter
que les dernieres vibrations
dans l'eau eftant plus courtes
que les premieres , elles vont
plus vite.
Ce feroit pour cette raiſon
166 MERCURE
que l'air , quoiqu'il fut rempli
de particules d'eau n'apporte
roit que peu ou point de retardement
au mouvement du
Pendule , en ce que toutes ces
particules n'ayant point de
liaifon les unes aux autres ;
mais eftant toutes féparées
par les particules de l'air, pourroient
eftre tres- facilement
deplacées entre les particules
de l'air , où elles font flotan-
>tes .
Maisfices particules d'eau ne
caufent point de retardement
au mouvement du Pendule
pár la difficulté à cftre déplas
GALANT . 167
cées ; elles peuvent y caufer
un changement affez confiderable
par un autre moyen. Si
l'air de fec qu'il devient humide,
il eft certain qu'une tresgrande
quantité de ces particules
d'eau doivent s'attacher
à la fuperficie de la verge , &
à celle du poids du Pendule ,
& même elles peuvent penetrer
un peu cette verge & ce
poids ; & par confequent elles
feront comme un enduit fur
la vergez& fur ia lentille du
poids , qui aura fon centre
Jd'ofcillation different de celui
du compofé de la verge &
168 MERGURE
du poids : c'eft pourquoi le
centre d'ofcillation étant alors
different de ce qu'il eftoit au
paravant
, la durée des vibrations
ne fera pas la même
qu'elle eftoit. Ce n'est pas
qu'on ne puiffe remedier en
quelque façon à cet accident ,
en fe fervant pour Pendule
d'un Cylindre dont la baffe
eftoit petite, ce qui foit homogene
dans toute fa longueur ,
lequel cftant fufpendu par
l'extrémité
de fon axe , auroit
à tres peu prés un même point
pour centre d'ofcillation de fa
fuperficie & de fon corps , &
par
GALANT. 169
par confequent quelque changement
qu'il arrivât à cette ſuperficie
pourvû qu'il fut égal
dans toutes fes parties , le
mouvement du Pendule n'en
feroit point alteré fenfiblement
. Ce feroit la même
chofe , fi au lieu d'un Cylindre
on fe fervoit d'un paralele
lipipede , pourvû qu'il
fut auffi fufpendu par l'extre
mité de fon axe.
Enfin fi la Cycloïde eftoit
mal faite , elle pourroit caufer
de nouvelles irrregularitez au
mouvement du Pendule , fuivant
que ces vibrations fe-
Avril 1714. P
170 MERCURE
roient plus longues ou plus
courtes dont il s'en formeroit
plufieurs autres par leur combinaiſon
, avec les premieres.
Pour ce qui regarde les differentes
longueurs du Pendule
dans differens climats , il
me femble qu'on y peut faire
quelques remarques ; car Mr
Picard avoit obfervé à Vranibourg
, & à Bayonne , où j'étois
avec lui , que la longueur du
Pendule fimple à ſeconde , étoit
exactement la même qu'à
Paris. On fit une grande attention
à cette obfervation de
Bayonne , à cauſe qu'on fçaGALANT.
171
voit ce que Mr Richer en avoit
rapporté de Cayenne. Vrani .
bourg & Bayonne font éloignez
l'un de l'autre en latitude
de plus de douze degrez,
& entre Bayonne & Cayenne ,
la difference de latitude eft
de 38. car Cayenne eſt à peuprés
à 5. de latitude de Borcale
, ce qui donne ſeulement
une difference à peu - prés triple
de la premiere , pour laquelle
on trouve cinq quarts
de ligne de diminution de la
longueur du Pendule . On
doit donc conclure de là que
cette difference de longueur
Pij
172 MERCURE
ne devient fort fenfible qu'en
s'approchant de la ligne.
Mais quelques années aprés
Mrs Varin , des Hayes & de
Glos, ayant été envoyez vers la
ligne , pour y faire quelques
obfervations Aftronomiques
,
trouverent que dans l'Ile de
Gorée , qui eft à 14. de latitude
de Borcale , la longueur
du Pendule fimple à feconde
devoit cftre plus courte qu'en
France de 2. lignes . Les obfervations
faites à Cayenne &
à Gorée , ne laiffent aucun lieu
de douter qu'elles ne foient
tres- certaines & tres - exactes
GALANT. 173
to
par toutes les circonstances
qui y font rapportées . Cependant
fi l'on avoit voulu
conclure cette difference de
longueur du Pendule pour
Gorée par celle de Cayenne ,
on auroit dit que celle de
Gorée devoit eſtre ſeulement
plus courte qu'à Paris de trois
quarts de ligne environ , &
l'obfervation la donne de 2.
lignes entieres. Au contraire ,
fi de celle de Gorée on avoit
conclu celle de Cayenne, on
l'auroit pofée de 3. lignes environ
, & elle n'a efté trouvée
que de cinq quarts de lignes .
Piij
174 MERCURE
Les grandes differences ne
peuvent s'accorder en aucune
façon avec les hypotefes que
Mr Mariette a faites dans fon
Traité du mouvement des Eaux ,
& Mr Huygens dans ſon Traité
de la Lumiere , & il faut en
chercher d'autres pour expliquer
pourquoi la longueur du
Pendule eft la même dans les
latitudes de 55. un quart & de
43. un tiers , & qu'à 14. deux
tiers elle eft de deux lignes plus
courte , & à 5. de cinq quarts
de ligne feulement . Mais ne
pourroit-on point foupçonner
que cette differente lonGALANT.
175
1
1
gueur
du Pendule n'eft point
réelle , mais feulement apparente,
& qu'elle ne vient que de
la mefure dont on s'eft fervi .
Car il est tres - vray que les
métaux , & generalement tous
les corpss s'étendent conſidera
ble ment à la chaleur , & fe
refferent au froid . Mr Picard
dit que fur un pied de longueur
il a obfervé un allongement
d'un quart de ligne ; & par
confequent fur la longueur du
Pendule ce feroit trois quarts
de ligne , au lieu que je n'ay
trouvé qu'un tiers de ligne.
Cette difference pourroit ve-
Piiij
176 MERCURE
nir des manieres differentes
dont les obfervations ont efté
faites ; car Mr Picard ayant
expofé les corps à la gelée , les
mettoient enfuite auprés du
feu ; & pour moy je les ay
feulement expofez au Soleil.
l'Eté fuivant . On pourroit
donc dire que vers la ligne ,
& entre les Tropiques où les
chaleurs font fort grandes , les
métaux s'étendent & s'allon.
gent tres- confiderablement
au- delà de ce qu'ils font dans
ccs Pays - ci , & peut - eſtre encore
par une cauſe particuliere
des vapeurs des exhalaiſons
GALANT 177
1
qui les penetrent , comme on
fçait qu'elles font tres - penetrantes
en ces Pays - là ; & enfin
plus dans un temps que
dans un autre , & plus dans un
lieu que dans un autre . C'eſt
pourquoy ces caufes d'extenfion
qui ne font pas
confiderables
dans ces Pays - ci , peu-
ES vent estre tres- differentes à
Gorée & à Cayenne , & dans
des temps differens , car on eft
I perfuadé que vers les Tropiques
les chaleurs font bien
plus fortes que vers la ligne.
Et fi la verge de fer de trois
pieds mefurée à Paris au temps
178 MERCURE
du départ de Mr Richer , s'eft
allongée à Cayenne de cinq
quarts de lignes , il doit avoir
trouvé la longueur du Pendule
fimple à feconde mefurée
avec cette verge plus courte
qu'à Paris de cinq quarts de
ligne , quoi qu'effectivement
elle ait efté la même dans ces
deux lieux .
De même , fi à Gorée la mefure
s'eft allongée de deux
lignes plus qu'elle n'eftoit à
Paris , la longueur du Pendule
fimple à feconde y aura paru
plus courte qu'à Paris de
deux lignes. C'eft ce qui me
paroift de plus vray - fèmblaGALANT
. 179
ble fur ce Phenomene. Si cela
eftoit ainsi , la meſure univerfelle
du Pendule demeureroit
toûjours la même , &
par toute la terre , & il fau
droit regler les mesures particulieres
fur cette meſure , en
prenant la longueur du Pendule
fimple pour trois pieds
ou pour une demie toife.
Examen de la Démonftration
que Meffieurs Mariotte ,
Huygens donnent des differentes
longueurs du Pendule
fimple à feconde , en differens
endroits de la Terre.
Il ne s'agit ici que de démontrer
fi les corps tombent
180 MERCURE
proplus
lentement fous l'Equinoxial
que par tout aillicurs ; &
s'ils tombent plus vîte à
portion qu'on s'approche plus
des Poles. C'est ce qu'il prétend
faire dans fon Traité
du mouvement des eaux , en
fuppofant le mouvement de
la Terre autour de fon Axe.
Il dit que le mouvement de
la Terre donne à l'air une im .
preffion qui le fait tendre à
s'écarter de fon Axe avec une
viteffe proportionnée à celle
de fon mouvement ; & que ce
mouvement eſtant plus grand
vers l'Equinoxial , que vers
GALANT, 181
les Poles , l'effort qu'il fait
vers l'Equinoxial eft plus
grand que celui qu'il fait vers
fes Poles ; & c'eſt de ce different
effort qu'il conclut que
les corps qui font dans l'air
font repouffez & écartez de
t la terre avec plus de force
proche de l'Equinoxial , pour
d les empêcher de tomber , que
lorfqu'ils font proche des 10
03
Poles.
Ceraifonnement n'eft fonfur
la ſuppoſition que
coll dé
que
uet l'air qui environne la terre, en
ran eft repouffé par fon mouve
ment autour de fon Axe ;
YCD
182 MERCURE
peut- cftre ayant efté perſuadé
de cet effet par une experience
commune , qui eft , que fi l'on
fait mouvoir dans l'air un
corps irregulier , l'air frappé
par fes inégalitez , tend à s'écarter
du corps par des lignes
perpendiculaires au mouvement
du corps : Mais il me
femble qu'il ne peut pas arriver
la même chofe au Globe
de la Terre , enfuppofant fon
mouvement journalier autour
de fon Axe .
Car premierement il y a
trop peu de terres , & leurs inégalitez
font trop petites par
GALANT. 183
•
rapport aux furfaces unies des
eaux pour écarter fenfiblement
l'air de la terre, & par
confequent
le mouvement
feul de la furface de la terre
feroit que tous les corps de
cette furface choqueroient
l'air avec une viteffe auffi ·
་
grande qu'eft celle de ces
corps , laquelle on pourroit
V
prendre pour un vent tresviolent
d'Orient en Occident ,
qui n'auroit pourtant aucune
determination à s'écarter de la
furface de la terre , & les cau-
! fes particulieres des vents ne
pourroient pas avoir aſſez de
•pa
184 MERCURE
force pour lui refilter. Si l'on
apperçoit entre les Tropiques
quelque mouvement d'Orient
en Occident , il y a auffi affez
fouvent de grands calmes , &
l'on pourroit donner d'autres
raifons Phyfiques de cemouvement
, que celuy de la
terre ; & de plus quel rapport
y a- t- il entre la viteffe de ce
vent & celle de la ſurface de
la terre qui fait en un jour
9000 licuës .
Il faut donc demeurer d'accord
que l'Atmoſphere qui
environne la terre de tous côtez
, ne fait que comme un
même
GALANT 185
SC
et
même corps avec elle ; &
dans la fuppofition du mouvement
de la terre autour de
fon Axe l'Atmoſphere eft em
portée comme la furface.
D'où il fuit qu'une pierre qui
tombe dans cette Atmoſphere
ne pourroit recevoir aucune
impreffion du mouvement de
la terre , comme il arriveroit
à une bale de plomb qu'on
laifferoit tomber dans un vaif.
feau plein d'eau , pendant que
le yaiffeau feroit emporté d'un
mouvement Horizontal fort
prompt ; car on ne fait aucun
doute que cette bale ne
Avril 1714. е
186 MERCURE
tombe dans le fond du vaiffeau
au même endroit où elle
tomberoit fi le vaiſſeau eftoit
en repos, puifqu'effectivement
l'eau qui eft contenuë dans le
vaiffeau y eftoit en repos par
rapport à la maffe d'eau , &
aux parois du vaiffeau pendant
qu'il eft en mouvement
Et s'il eftoit poffible que
l'air fut écarté de la furface
de la terre par le mouvement
de la terre , foit par une tangente
qui s'écarteroit de l'Orient
vers l'Occident , ſoit par
un rayon du centre vers la
circonference, il arrivera toûGALANT
187
B
ea
jours que le poids du Pendule
qui defcend & qui remonte
dans la même vibration
, qui va d'un coſté
dans une vibration , & de
l'autre dans la fuivante fera
autant accelerer en remontant
que retardé en defcendant , &
autant accelerer d'un cofté
que regardé de l'autre , d'où
il fuit qu'il ne doit arriver par
cette caufe aucun changement
à la durée des vibrations du
Pendule.
Mais enfin quand on accorderoit
à Mr Mariotre tout
'ce qu'il prétend conclure de
Qij
188 MERCURE
fon Hypothefe , il s'enfuivroit
toûjours que pour les degrez ,
qui feroient plus proches des
Poles , l'augmentation de viteffe
du mouvement du Pendule
feroit beaucoup plus
grande que pour les degrez
qui feroient vers l'Equateur ,
puifque cette augmentation
feroit dans la raifon de la diminution
du mouvement de
la matiere , qui feroit celle des
limes du complement des degrez
de latitude , lefquels diminuënt
bien plus vite en s'aprochant
des Poles que vers
l'Equateur , ce qui eft contre
GALANT . 189
it
d
l'obfervation faite à Vranibourg
& à Bayonne & encore
contre l'irregularité qui s'eft
trouvée entre Cayenne &
Gorée.
Mr Huygens , dans fon
Traité de la lumiere , dit , qu'on
ne peut douter que ce ne foit
une marque que les corps defcendent
plus lentement vers
l'Equinoxial qu'en France.
C'est ce que Mr Mariotte
avoit fuppofé, & pour la dé
VO
DE
monftration , il ajoûte , qu'il
connut auffi- tôt qu'on luy eut
communiqué ce nouveau
Phenomene , que la caufe en
190 MERCURE
pouvoit cftre rapportée au
mouvement de la terre , qui
eftant plus grand en chaque
Pays , felon qu'il approche
plus de la ligne Equinoxiale ,
doit produire un effet plus
grand à rejetter les corps du
centre , & leur ofter par là une
certaine partie de leur pefanteur.
Il eſt facile à voir par
fes propres paroles que je
viens de rapporter , qu'il fe
fert de la même Hypothefe
que Mr Mariotte , & il détermine
enfuite la quantité de la
diminution de cet effort par
fon Theoreme troifiéme de vi
GALANT . 191
che
Set
centrifuga. C'est pourquoi
toutes les raifons que j'ay
rapportées contre l'explication
de ce Phenomene par Mr
Mariotte,ferviroient aufficontre
celle ci , qui ne conclud
que la même choſe du même
principe . D'où enfin je dis
at qu'il doit y avoir quelqu'autre
caufe de cet effet , laquelle ne
dépend point du mouvement
de la terre.
Pour ce qui regarde l'obfervation
il femble d'abord
del qu'elle eft tres facile à faire ,
puifqu'on peut compter les
vibrations du Pendule fimple
•pal
192 MERCURE
pendant uue heure , où il demeure
toûjours en mouvement
aprés qu'il y a çſté mis
d'abord , & que fi le Pendule
devoit eftre plus court de 2 .
lignes , celui qui feroit de 2 .
lignes plus long , feroit en
une heure environ 8. vibrations
de moins que l'autre ,
ce qui eft une trop grande
difference
pour s'y tromper
.
Ce fera la même chofe dans
les autres longueurs
à propor
tion.
Cependant il faut remarquer
que fi l'on fe fert d'un
fil dépite pour foûtenir le
poids
GALANT. 193
ALL
poids , quelque delié que ce
fil puiffe eftre , il est toûjours
plat , & il arrive que les dernieres
vibrations deviennent
ordinairement tournantes de
droites qu'elles eftoient d'abord
comme je l'ay éprouvé,
à caufe que ce fil fendant l'air
obliquement dans ſon mouvement
, écarte le Pendule
'd'un colté en allant , & de
l'autre en revenant , ce qui lui
donne peu à peu une détermi
nation à tourner. Jay aufli ob.
fervé que ces dernieres vibrations
tournantes quidevroient
eftre plus courtes que les
Avril
1714.
R
1
194 MERCURE
premieres , à caufe qu'elles ont
moins d'étendue , font de plus
longue durée que les droites
,
ce qui peut impofer dans l'ob.
fervation.
Sur les inégalitez du Mouvement
des Horloges à Pendule.
L
Es
Aftronomes qui ont
pris grandfoinde regler
leurs Pendules à ſecon-
1 des , fur le Mouvement des
Aftres , y ont remarqué des
inégalitez , qu'ils n'ont pû réduire
à aucune regle certaine.
J'ay fait quelques remarques
fur ces inégalitez dans le Me.
moire que j'ay lû à l'Acadé-
N Avril
1714.
146 MERCURE
mie , & entr'autres fur celles
par
qui peuvent
venir d'une petite
lame de reffort , que j'avois
miſe à la place de la foye
pour foutenir
le Pendule ; car
j'avois cru que cette lame ,
n'étant pas ſujette aux alterations
qui arrivent
à la foye ,
la féchereffe
& par l'humidité
de l'air , les vibrations
du Pendule
pourroient
eftre
beaucoup
plus égales : Mais
enfin je fus obligé d'ofter la
lame & d'y mettre la foye , à
caufe que j'y remarquois
des
inégalitez
bien plus grandes
qu'auparavant
; & j'ay trouvé
GALANT. 147
depuis que l'Horloge alloit
affez juftement pour ne pas
s'écarter quelques fois du
moyen mouvement d'une
feule feconde dans l'efpace de
quatre jours , où le Pendule
fait 345600. vibrations . Mais
j'ay auffi remarqué quelques
fois , que d'un jour à l'autre
il y avoit des changemens af
fez confiderables pour embarraffer
un Obfervateur exact ,
& pour donner de l'exercice à
un Philofophe qui en voudroit
rechercher la caufe , la.
quelle ne peut
fique.
cftre que Phy-
Nij
148 MERCURE
Les differens états de l'air
femblent eftre les feules caufes
des changemens que nous
remarquons au Mouvement
des Pendules ; car il eſt chaud
ou froid , fec ou humide , leger
ou pefant , rare ou groffier
ou épais ; toutes ces differentes
qualitez fe mêlant enfemble
en differens degrez ,
peuvent caufer de grandes alterations
au Mouvement des
Horloges. Mais pour reconnoiftre
quelque chofe de ce
qui doit arriver , il faut confiderer
féparément ces états
differens .
GALANT 149
7 des
On fuppofe premierement ,
que fi la Cycloïde eft bien
faite fuivant les regles que Mr
Huggens en a données , tout
ce qui peut accelerer ou ralentir
le Mouvement des rouës ,
ne doit apporter aucun changement
à l'Horloge , puifqu'il
n'en pourroit arriver
vibrations plus longues , ou
plus courtes , lefquelles ne
laifferoient pas d'eftre fochrones
ou d'égale durée . Ainfi
le froid pouvant figer en quelque
façon le peu d'huile qui
eft attaché aux pivots des
rouës , fera
que
que leur Mouve-
Niij
So MERCURE
ment fera plus difficile que
dans un temps chaud ou
l'huile fera plus liquide , &
par confequent les vibrations
deviendront plus
courtes ;
elles ne
laifferont pas d'eftre
d'égale durée à celles qui font
plus longues , cftant rectifiées
par la figure de la Cycloïde.
L'humidité qui
s'attachera
aux touës , & aux pivots pourra
caufer à peu prés le même
effet fans qu'il arrive d'inégalité
au Mouvement
.
Mais quoique la Cycloïde
foit la figure neceffaire pour
faire que les vibrations
lonGALANT.
151
gues ou courtes , foient Ifochrones
, il falloit confiderer ,
qu'elle ne pouvoit avoir lieu
que lorsque la fufpenfion n'auroit
aucune groffeur ou épaiffeur,
ce qui eft impoffible dans
l'execution
; c'est pourquoy
,
puifqu'on fe fert d'un fil de
e
foye tortillé , qui eft affezgros
pour foutenir la lentille du
pendillon ou Pendule qui eft
pefante , & qu'on ne doit
rien négliger , de ce qui peur
contribuer à la jufteffe de ce
Mouvement ; il ne faut pas
que la figure foit une Cycloïde
, mais une ligne paralelle à
Niiij
152 MERCURE
la Cycloïde laquelle en foit
éloignée vers la partie concave
de la moitié de
l'épaiffeur du
fil , afin que l'axe où le milieu
de ce fil décrive exactement
la Cycloïde , comme je l'ay expliqué
dans mon Traité des
Epicycloïdes qui doivent fervir
au Mouvement des Machines.
On peut auffi
remarquer
que les petits filets de foye qui
compofent le fil , font fecs &
roides , & qu'ils peuvent par
confequent fouffrir tous enfembles
des alterations confi-
1
derables , & à
peu prés femblables
à celles de la lame de
GALANT . 153
reffort , qui eft plus roide dans
des temps froids , lecs & plus
molle dans des temps chauds ;
mais c'eſt un accident qu'on
ne peut éviter , quand on fe
fert d'une fufpenfion flexible
pour le Pendule ; c'eft pour
quoi on pourroit éprouver
celle que j'ay propofée dans
differens Memoires.
Si l'on confidere les diffe
& rens états de l'air par rapport
au Pendule , & non pas par
rapport au rouage de l'Horloge,
on y remarquera tant de
differens accidens , qu'à peine
pourroit- on croire que l'Hor
7.
154 MERCURE
loge pût aller également une
heure en terre , pendant laquelle
le Pendule fait 3600 .
vibrations ou battemens.
On fçait que la chaleur du
Soleil en Eté eft affezforte pour
échauffer une barre de fer de
fix pieds de longueur , & la
rendre plus longue qu'elle n'étoit
en Hiver , ayant efté expofée
à la gelée, de deux tiers
de ligne , comme je l'ay reconnu
par une experience tresexacte
que j'en ay faite autrefois.
C'est pourquoi ces deux
états differens de l'air fur la
longueur, de la verge du PenGALANT
. 155
-1
dule , qui doit eftre de trois
pieds huit lignes un deuxième
pour battre les fecondes , la
pourroit changer d'un tiers de
ligne , ce qui cauferoit une
difference tres- confiderable
dans la durée des vibrations
du Pendule , puifqu'elle pourroir
aller jufqu'à 32. par jour,
Mais comme ce cas ne pourroit
arriver que lorfque l'Horloge
feroit expofée à l'air , &
au Soleil dans ces deux faifons,
ce qui n'eft pas ordinairement,
on n'y remarque pas de fi
grands changemens . Il arrive
quelque fois d'affez grandes
156 MERCURE
differences de chaleur d'un jour
à l'autre , & de la nuit au jour
pour faire allonger ou racourcir
la verge du Pendule , qui
pourra ralentir ou accelerer
le Mouvement de l'Horloge,
de quelques fecondes , comme
nous le remarquons auffi quel
que fois , ce qui peut venir par
cette feule caufe. C'est pourquoi
dans l'ufage qu'on fait
des Horloges à Pendule pour
les obfervations celeftes , où il
eft neceffaire de connoiftre
l'heure dans la derniere juf
teffe , il faut les placer dans un
lieu où elles foient le plus à la
GALANT. 157
l'abri qu'il eft poffible , de
toutes les injures de l'air.
L'humidité , la féchereffe ,
la denfité , la rareté de l'air peuvent
auffi caufer des alterations
confiderables
auMouve-
3 ment du Pendule. Car lorfque
l'air fera humide , c'est- à- dire
lorſqu'il ſera rempli de quantité
de petites particules d'eau
qui y demeurent
fufpendues ,
ou lorsqu'il eft denfe ou épais,
le Pendule , aura plus de peine
à le fendre , & il femble que
fes vibrations doivent cftre
alors de bien plus longue durée
que lorsqu'il eft fec ou ra 31
158 MERCURE
re. Car nous fçavons par experience
qu'une plume treslegere
tombe dans un tuyau
dont on a pompé l'air,prefque
auffi vite qu'une pierre fait
dans l'air. Mais comme on ne
doit point juger de ce qui
doit arriver dans ces fortes de
rencontres fans en faire l'experience
lorsqu'il eft poffible
de la faire , j'ay cru que fi l'air
humide ou épais peut rendre
les vibrations de plus longue
durée qu'un air fec & rare ,
on devoit appercevoir une
tres grande difference entre le
Mouvement du Pendule dans
GALANT . 159
l'air & dans l'eau . Pour connoistre
ce qui en eftoit , j'ay
fait un Pendule à demi fecondes
avec une bale de plomb
de deux onces de
pefanteur ,
laquelle eftoit fufpenduë à un
fil delié , & je l'ay mis en.
mouvement dans l'eau . J'ay
remarqué dabord que les
grandes vibrations fe racourciffoient
, & que le mouvement
s'arreftoit infenfiblement
aprés une minute & un
peu plus. Mais comme je me
perfuadois que ces vibrations
dans l'eau devoient eftre au
moins d'une feconde chacune ,
160 MERCURE
lefquelles n'eftoient que d'une
demi feconde dans l'air , j'ay
efté fort furpris de voir
qu'elles me paroiffent prefqu'-
auffi promptes ou d'égale durée
à celles qui ſe faifoient
dans l'air. Pour les mefurer
exactement j'ay fair compter
les vibrations du Pendule de
l'Horloge à feconde , pendant
une minute , & à même
temps je comptois les vibrations
du Pendule à demi feconde
, dans l'eau d'un grand
vaiffeau plat , où la balc
eftoit enfoncée d'un demi
pouce environ , & j'ay trouvé
1
aptés
GALANT . 161
1
aprés avoir repeté plufieurs
fois la même experience , que
le Pendule dans l'eau ne faifoit
que 112. vibrations au lieu
des 120. qu'il auroit faites
dans l'air pour une minute.
J'ay fait auffi la même experience
avec un Pendule
fimple à fecondes , dont la bale
qui eftoit de plomb , peſoit
cinq onces , & j'ay trouvé
comme dans l'autre que les
grandes vibrations duroient
fort peu de tems , & que
Pendule s'arreftoit prefque entierement
aprés deux minutes ;
mais il ne faifoit dans l'eau
Avril 1714
.
le
162 MERGURE
que
que 114 vibrations pendant
le Pendule de l'Horloge
en faifoit i 20. dans l'air pour
deux minutes. Ainfi le retardement
que l'eau caufe aux
vibrations du Pendule eft de
trois par minute ; j'aurois fouhaité
de faire les obfervations
de ces differences de vibrations
dans l'eau & dans l'air
pendant
20. ou 30, pour connoiftre
plus exactement leur
difference , & voir quel rap
port il y avoit dans le retardement
des vibrations dans
l'eau , fur ces Pendules de difference
longueur ; mais je n'ay
GALANT . 163
pû aller plus loin.
Puifqu'un Pendule à fccondes
perd dans l'eau trois
par minute , il perdroit en un
jour 4320.
Mais fi nous
fuppofons que cette diminution
du mouvement des Pendules
, vient de la denfité du
milieu ; & fi l'air eft denſe , ou
épais par le poids dont il eft
chargé , fans avoir égard au
plus ou au moins de particules
d'eau qui y font mêlées , il
s'enfuivra
que fi la pefanteur
de l'air change feulement d'un
28 , comme on le remarque
affez fouvent dans le Baro-
O ij
164 MERCURE
-
metre, la vingt- huitième partie
de 4320. de retardement du
Pendale dans l'eau pour un
jour , laquelle eft 154. fera
la diminution ou bien le retardement
de l'Horloge dans
l'efpace d'un jour par rapport
à deux differents états de l'air ;
mais on n'a jamais remarqué
dans les Horloges à Pendule ,
une auffi grande difference
que celle- là; on ne peut donc
pass dire , que les differens
poids dont l'air peut eftre
chargé , puiffent caufer ſes differentes
denfitez ne font pas
fur le mouvement d'un PenGALANT
. 165
dule le même cffet que la
denfité de l'eau , ce qui peut
venir de la differente configuration
des parties de ces deux
corps , dont celles de l'air ,
quoique fort ferrées & preffées
, pourront cftre facilement
féparées , & au contraire
celles de l'eau le peuvent être
tres-difficilement , eftant adherentes
les unes aux autres.
On pourroit encore ajouter
que les dernieres vibrations
dans l'eau eftant plus courtes
que les premieres , elles vont
plus vite.
Ce feroit pour cette raiſon
166 MERCURE
que l'air , quoiqu'il fut rempli
de particules d'eau n'apporte
roit que peu ou point de retardement
au mouvement du
Pendule , en ce que toutes ces
particules n'ayant point de
liaifon les unes aux autres ;
mais eftant toutes féparées
par les particules de l'air, pourroient
eftre tres- facilement
deplacées entre les particules
de l'air , où elles font flotan-
>tes .
Maisfices particules d'eau ne
caufent point de retardement
au mouvement du Pendule
pár la difficulté à cftre déplas
GALANT . 167
cées ; elles peuvent y caufer
un changement affez confiderable
par un autre moyen. Si
l'air de fec qu'il devient humide,
il eft certain qu'une tresgrande
quantité de ces particules
d'eau doivent s'attacher
à la fuperficie de la verge , &
à celle du poids du Pendule ,
& même elles peuvent penetrer
un peu cette verge & ce
poids ; & par confequent elles
feront comme un enduit fur
la vergez& fur ia lentille du
poids , qui aura fon centre
Jd'ofcillation different de celui
du compofé de la verge &
168 MERGURE
du poids : c'eft pourquoi le
centre d'ofcillation étant alors
different de ce qu'il eftoit au
paravant
, la durée des vibrations
ne fera pas la même
qu'elle eftoit. Ce n'est pas
qu'on ne puiffe remedier en
quelque façon à cet accident ,
en fe fervant pour Pendule
d'un Cylindre dont la baffe
eftoit petite, ce qui foit homogene
dans toute fa longueur ,
lequel cftant fufpendu par
l'extrémité
de fon axe , auroit
à tres peu prés un même point
pour centre d'ofcillation de fa
fuperficie & de fon corps , &
par
GALANT. 169
par confequent quelque changement
qu'il arrivât à cette ſuperficie
pourvû qu'il fut égal
dans toutes fes parties , le
mouvement du Pendule n'en
feroit point alteré fenfiblement
. Ce feroit la même
chofe , fi au lieu d'un Cylindre
on fe fervoit d'un paralele
lipipede , pourvû qu'il
fut auffi fufpendu par l'extre
mité de fon axe.
Enfin fi la Cycloïde eftoit
mal faite , elle pourroit caufer
de nouvelles irrregularitez au
mouvement du Pendule , fuivant
que ces vibrations fe-
Avril 1714. P
170 MERCURE
roient plus longues ou plus
courtes dont il s'en formeroit
plufieurs autres par leur combinaiſon
, avec les premieres.
Pour ce qui regarde les differentes
longueurs du Pendule
dans differens climats , il
me femble qu'on y peut faire
quelques remarques ; car Mr
Picard avoit obfervé à Vranibourg
, & à Bayonne , où j'étois
avec lui , que la longueur du
Pendule fimple à ſeconde , étoit
exactement la même qu'à
Paris. On fit une grande attention
à cette obfervation de
Bayonne , à cauſe qu'on fçaGALANT.
171
voit ce que Mr Richer en avoit
rapporté de Cayenne. Vrani .
bourg & Bayonne font éloignez
l'un de l'autre en latitude
de plus de douze degrez,
& entre Bayonne & Cayenne ,
la difference de latitude eft
de 38. car Cayenne eſt à peuprés
à 5. de latitude de Borcale
, ce qui donne ſeulement
une difference à peu - prés triple
de la premiere , pour laquelle
on trouve cinq quarts
de ligne de diminution de la
longueur du Pendule . On
doit donc conclure de là que
cette difference de longueur
Pij
172 MERCURE
ne devient fort fenfible qu'en
s'approchant de la ligne.
Mais quelques années aprés
Mrs Varin , des Hayes & de
Glos, ayant été envoyez vers la
ligne , pour y faire quelques
obfervations Aftronomiques
,
trouverent que dans l'Ile de
Gorée , qui eft à 14. de latitude
de Borcale , la longueur
du Pendule fimple à feconde
devoit cftre plus courte qu'en
France de 2. lignes . Les obfervations
faites à Cayenne &
à Gorée , ne laiffent aucun lieu
de douter qu'elles ne foient
tres- certaines & tres - exactes
GALANT. 173
to
par toutes les circonstances
qui y font rapportées . Cependant
fi l'on avoit voulu
conclure cette difference de
longueur du Pendule pour
Gorée par celle de Cayenne ,
on auroit dit que celle de
Gorée devoit eſtre ſeulement
plus courte qu'à Paris de trois
quarts de ligne environ , &
l'obfervation la donne de 2.
lignes entieres. Au contraire ,
fi de celle de Gorée on avoit
conclu celle de Cayenne, on
l'auroit pofée de 3. lignes environ
, & elle n'a efté trouvée
que de cinq quarts de lignes .
Piij
174 MERCURE
Les grandes differences ne
peuvent s'accorder en aucune
façon avec les hypotefes que
Mr Mariette a faites dans fon
Traité du mouvement des Eaux ,
& Mr Huygens dans ſon Traité
de la Lumiere , & il faut en
chercher d'autres pour expliquer
pourquoi la longueur du
Pendule eft la même dans les
latitudes de 55. un quart & de
43. un tiers , & qu'à 14. deux
tiers elle eft de deux lignes plus
courte , & à 5. de cinq quarts
de ligne feulement . Mais ne
pourroit-on point foupçonner
que cette differente lonGALANT.
175
1
1
gueur
du Pendule n'eft point
réelle , mais feulement apparente,
& qu'elle ne vient que de
la mefure dont on s'eft fervi .
Car il est tres - vray que les
métaux , & generalement tous
les corpss s'étendent conſidera
ble ment à la chaleur , & fe
refferent au froid . Mr Picard
dit que fur un pied de longueur
il a obfervé un allongement
d'un quart de ligne ; & par
confequent fur la longueur du
Pendule ce feroit trois quarts
de ligne , au lieu que je n'ay
trouvé qu'un tiers de ligne.
Cette difference pourroit ve-
Piiij
176 MERCURE
nir des manieres differentes
dont les obfervations ont efté
faites ; car Mr Picard ayant
expofé les corps à la gelée , les
mettoient enfuite auprés du
feu ; & pour moy je les ay
feulement expofez au Soleil.
l'Eté fuivant . On pourroit
donc dire que vers la ligne ,
& entre les Tropiques où les
chaleurs font fort grandes , les
métaux s'étendent & s'allon.
gent tres- confiderablement
au- delà de ce qu'ils font dans
ccs Pays - ci , & peut - eſtre encore
par une cauſe particuliere
des vapeurs des exhalaiſons
GALANT 177
1
qui les penetrent , comme on
fçait qu'elles font tres - penetrantes
en ces Pays - là ; & enfin
plus dans un temps que
dans un autre , & plus dans un
lieu que dans un autre . C'eſt
pourquoy ces caufes d'extenfion
qui ne font pas
confiderables
dans ces Pays - ci , peu-
ES vent estre tres- differentes à
Gorée & à Cayenne , & dans
des temps differens , car on eft
I perfuadé que vers les Tropiques
les chaleurs font bien
plus fortes que vers la ligne.
Et fi la verge de fer de trois
pieds mefurée à Paris au temps
178 MERCURE
du départ de Mr Richer , s'eft
allongée à Cayenne de cinq
quarts de lignes , il doit avoir
trouvé la longueur du Pendule
fimple à feconde mefurée
avec cette verge plus courte
qu'à Paris de cinq quarts de
ligne , quoi qu'effectivement
elle ait efté la même dans ces
deux lieux .
De même , fi à Gorée la mefure
s'eft allongée de deux
lignes plus qu'elle n'eftoit à
Paris , la longueur du Pendule
fimple à feconde y aura paru
plus courte qu'à Paris de
deux lignes. C'eft ce qui me
paroift de plus vray - fèmblaGALANT
. 179
ble fur ce Phenomene. Si cela
eftoit ainsi , la meſure univerfelle
du Pendule demeureroit
toûjours la même , &
par toute la terre , & il fau
droit regler les mesures particulieres
fur cette meſure , en
prenant la longueur du Pendule
fimple pour trois pieds
ou pour une demie toife.
Examen de la Démonftration
que Meffieurs Mariotte ,
Huygens donnent des differentes
longueurs du Pendule
fimple à feconde , en differens
endroits de la Terre.
Il ne s'agit ici que de démontrer
fi les corps tombent
180 MERCURE
proplus
lentement fous l'Equinoxial
que par tout aillicurs ; &
s'ils tombent plus vîte à
portion qu'on s'approche plus
des Poles. C'est ce qu'il prétend
faire dans fon Traité
du mouvement des eaux , en
fuppofant le mouvement de
la Terre autour de fon Axe.
Il dit que le mouvement de
la Terre donne à l'air une im .
preffion qui le fait tendre à
s'écarter de fon Axe avec une
viteffe proportionnée à celle
de fon mouvement ; & que ce
mouvement eſtant plus grand
vers l'Equinoxial , que vers
GALANT, 181
les Poles , l'effort qu'il fait
vers l'Equinoxial eft plus
grand que celui qu'il fait vers
fes Poles ; & c'eſt de ce different
effort qu'il conclut que
les corps qui font dans l'air
font repouffez & écartez de
t la terre avec plus de force
proche de l'Equinoxial , pour
d les empêcher de tomber , que
lorfqu'ils font proche des 10
03
Poles.
Ceraifonnement n'eft fonfur
la ſuppoſition que
coll dé
que
uet l'air qui environne la terre, en
ran eft repouffé par fon mouve
ment autour de fon Axe ;
YCD
182 MERCURE
peut- cftre ayant efté perſuadé
de cet effet par une experience
commune , qui eft , que fi l'on
fait mouvoir dans l'air un
corps irregulier , l'air frappé
par fes inégalitez , tend à s'écarter
du corps par des lignes
perpendiculaires au mouvement
du corps : Mais il me
femble qu'il ne peut pas arriver
la même chofe au Globe
de la Terre , enfuppofant fon
mouvement journalier autour
de fon Axe .
Car premierement il y a
trop peu de terres , & leurs inégalitez
font trop petites par
GALANT. 183
•
rapport aux furfaces unies des
eaux pour écarter fenfiblement
l'air de la terre, & par
confequent
le mouvement
feul de la furface de la terre
feroit que tous les corps de
cette furface choqueroient
l'air avec une viteffe auffi ·
་
grande qu'eft celle de ces
corps , laquelle on pourroit
V
prendre pour un vent tresviolent
d'Orient en Occident ,
qui n'auroit pourtant aucune
determination à s'écarter de la
furface de la terre , & les cau-
! fes particulieres des vents ne
pourroient pas avoir aſſez de
•pa
184 MERCURE
force pour lui refilter. Si l'on
apperçoit entre les Tropiques
quelque mouvement d'Orient
en Occident , il y a auffi affez
fouvent de grands calmes , &
l'on pourroit donner d'autres
raifons Phyfiques de cemouvement
, que celuy de la
terre ; & de plus quel rapport
y a- t- il entre la viteffe de ce
vent & celle de la ſurface de
la terre qui fait en un jour
9000 licuës .
Il faut donc demeurer d'accord
que l'Atmoſphere qui
environne la terre de tous côtez
, ne fait que comme un
même
GALANT 185
SC
et
même corps avec elle ; &
dans la fuppofition du mouvement
de la terre autour de
fon Axe l'Atmoſphere eft em
portée comme la furface.
D'où il fuit qu'une pierre qui
tombe dans cette Atmoſphere
ne pourroit recevoir aucune
impreffion du mouvement de
la terre , comme il arriveroit
à une bale de plomb qu'on
laifferoit tomber dans un vaif.
feau plein d'eau , pendant que
le yaiffeau feroit emporté d'un
mouvement Horizontal fort
prompt ; car on ne fait aucun
doute que cette bale ne
Avril 1714. е
186 MERCURE
tombe dans le fond du vaiffeau
au même endroit où elle
tomberoit fi le vaiſſeau eftoit
en repos, puifqu'effectivement
l'eau qui eft contenuë dans le
vaiffeau y eftoit en repos par
rapport à la maffe d'eau , &
aux parois du vaiffeau pendant
qu'il eft en mouvement
Et s'il eftoit poffible que
l'air fut écarté de la furface
de la terre par le mouvement
de la terre , foit par une tangente
qui s'écarteroit de l'Orient
vers l'Occident , ſoit par
un rayon du centre vers la
circonference, il arrivera toûGALANT
187
B
ea
jours que le poids du Pendule
qui defcend & qui remonte
dans la même vibration
, qui va d'un coſté
dans une vibration , & de
l'autre dans la fuivante fera
autant accelerer en remontant
que retardé en defcendant , &
autant accelerer d'un cofté
que regardé de l'autre , d'où
il fuit qu'il ne doit arriver par
cette caufe aucun changement
à la durée des vibrations du
Pendule.
Mais enfin quand on accorderoit
à Mr Mariotre tout
'ce qu'il prétend conclure de
Qij
188 MERCURE
fon Hypothefe , il s'enfuivroit
toûjours que pour les degrez ,
qui feroient plus proches des
Poles , l'augmentation de viteffe
du mouvement du Pendule
feroit beaucoup plus
grande que pour les degrez
qui feroient vers l'Equateur ,
puifque cette augmentation
feroit dans la raifon de la diminution
du mouvement de
la matiere , qui feroit celle des
limes du complement des degrez
de latitude , lefquels diminuënt
bien plus vite en s'aprochant
des Poles que vers
l'Equateur , ce qui eft contre
GALANT . 189
it
d
l'obfervation faite à Vranibourg
& à Bayonne & encore
contre l'irregularité qui s'eft
trouvée entre Cayenne &
Gorée.
Mr Huygens , dans fon
Traité de la lumiere , dit , qu'on
ne peut douter que ce ne foit
une marque que les corps defcendent
plus lentement vers
l'Equinoxial qu'en France.
C'est ce que Mr Mariotte
avoit fuppofé, & pour la dé
VO
DE
monftration , il ajoûte , qu'il
connut auffi- tôt qu'on luy eut
communiqué ce nouveau
Phenomene , que la caufe en
190 MERCURE
pouvoit cftre rapportée au
mouvement de la terre , qui
eftant plus grand en chaque
Pays , felon qu'il approche
plus de la ligne Equinoxiale ,
doit produire un effet plus
grand à rejetter les corps du
centre , & leur ofter par là une
certaine partie de leur pefanteur.
Il eſt facile à voir par
fes propres paroles que je
viens de rapporter , qu'il fe
fert de la même Hypothefe
que Mr Mariotte , & il détermine
enfuite la quantité de la
diminution de cet effort par
fon Theoreme troifiéme de vi
GALANT . 191
che
Set
centrifuga. C'est pourquoi
toutes les raifons que j'ay
rapportées contre l'explication
de ce Phenomene par Mr
Mariotte,ferviroient aufficontre
celle ci , qui ne conclud
que la même choſe du même
principe . D'où enfin je dis
at qu'il doit y avoir quelqu'autre
caufe de cet effet , laquelle ne
dépend point du mouvement
de la terre.
Pour ce qui regarde l'obfervation
il femble d'abord
del qu'elle eft tres facile à faire ,
puifqu'on peut compter les
vibrations du Pendule fimple
•pal
192 MERCURE
pendant uue heure , où il demeure
toûjours en mouvement
aprés qu'il y a çſté mis
d'abord , & que fi le Pendule
devoit eftre plus court de 2 .
lignes , celui qui feroit de 2 .
lignes plus long , feroit en
une heure environ 8. vibrations
de moins que l'autre ,
ce qui eft une trop grande
difference
pour s'y tromper
.
Ce fera la même chofe dans
les autres longueurs
à propor
tion.
Cependant il faut remarquer
que fi l'on fe fert d'un
fil dépite pour foûtenir le
poids
GALANT. 193
ALL
poids , quelque delié que ce
fil puiffe eftre , il est toûjours
plat , & il arrive que les dernieres
vibrations deviennent
ordinairement tournantes de
droites qu'elles eftoient d'abord
comme je l'ay éprouvé,
à caufe que ce fil fendant l'air
obliquement dans ſon mouvement
, écarte le Pendule
'd'un colté en allant , & de
l'autre en revenant , ce qui lui
donne peu à peu une détermi
nation à tourner. Jay aufli ob.
fervé que ces dernieres vibrations
tournantes quidevroient
eftre plus courtes que les
Avril
1714.
R
1
194 MERCURE
premieres , à caufe qu'elles ont
moins d'étendue , font de plus
longue durée que les droites
,
ce qui peut impofer dans l'ob.
fervation.
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Résumé : REMARQUES sur les inégalitez du Mouvement des Horloges à Pendule.
Le texte aborde les inégalités observées dans le mouvement des horloges à pendule par les astronomes. Ces inégalités, impossibles à réduire à une règle certaine, ont été notées lors de la régulation des pendules sur le mouvement des astres. L'auteur a présenté des remarques sur ces inégalités dans un mémoire lu à l'Académie en avril 1714. Il a expérimenté avec une lame de ressort pour remplacer la fibre du pendule, mais a constaté des inégalités plus grandes et a dû réintroduire la fibre. L'horloge a ensuite montré une grande précision, ne s'écartant que rarement du mouvement moyen d'une seconde sur quatre jours. Les variations de l'air, telles que la chaleur, le froid, l'humidité et la densité, semblent être les principales causes des changements dans le mouvement des pendules. L'auteur suppose que si la cycloïde est bien réalisée, elle devrait corriger les accélérations ou ralentissements du mouvement des roues. Cependant, la fibre utilisée pour suspendre le pendule présente des variations en fonction des conditions climatiques, affectant ainsi la régularité des vibrations. L'auteur a également mené des expériences pour mesurer les vibrations du pendule dans l'eau et dans l'air, notant des différences significatives. Il a conclu que les particules d'eau dans l'air peuvent s'attacher à la verge et au poids du pendule, modifiant ainsi le centre d'oscillation et la durée des vibrations. Pour remédier à ces problèmes, il suggère d'utiliser un cylindre ou un parallélépipède homogène suspendu par son axe. Enfin, une cycloïde mal réalisée peut également introduire des irrégularités dans le mouvement du pendule. Le texte traite également des observations et des débats scientifiques concernant la longueur du pendule à secondes dans différentes latitudes. Monsieur Picard a observé que la longueur du pendule à Vranibourg et à Bayonne était identique à celle de Paris. Cette observation est notable en raison des rapports de Monsieur Richer sur les différences observées à Cayenne. Vranibourg et Bayonne sont séparés par plus de douze degrés de latitude, tandis que la différence entre Bayonne et Cayenne est de 38 degrés. Les observations à Cayenne et à Gorée montrent des variations dans la longueur du pendule, avec des différences de cinq quarts de ligne à Cayenne et de deux lignes à Gorée. Les différences de longueur du pendule ne sont pas expliquées par les hypothèses de Monsieur Mariotte et de Monsieur Huygens. Les variations pourraient être dues à des erreurs de mesure, car les métaux s'étendent à la chaleur et se contractent au froid. Monsieur Picard et l'auteur du texte ont observé des allongements différents en exposant les métaux à des conditions variées. Les observations à Gorée et à Cayenne soulèvent des questions sur la précision des mesures. L'auteur suggère que les variations de longueur du pendule pourraient être apparentes plutôt que réelles, en raison des différences de température et des conditions locales. Il propose que la mesure universelle du pendule reste constante et que les mesures locales soient ajustées en conséquence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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