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p. 6-10
ESSAI sur la Vie & les Ouvrages de M. Rigaud, par M. Collin de Vermont, Peintre ordinaire du Roi, & Professeur en son Académie Royale de Peinture.
Début :
Mr Rigaud étoit un de ces Hommes rares que le Ciel fait naître pour [...]
Mots clefs :
Hyacinthe Rigaud, Beau, Tableau, Belle, Peintre, Peinture, Histoire, Portrait, Peintres
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texteReconnaissance textuelle : ESSAI sur la Vie & les Ouvrages de M. Rigaud, par M. Collin de Vermont, Peintre ordinaire du Roi, & Professeur en son Académie Royale de Peinture.
E. S S A I sur la Vie & les Ouvrages de
M. Rigaud, par M. Collin de Vernionr,
Peintre ordinaire du Roi, & Profiffiur en
son Académie Royale de Peinture. MR Rigaud étoit un de ces Hommes
rares que le Ciel faitnaître pour
servir de guide & de modéle aux Arris.
Il reçut en naissant un tempéramment asses
fort pour soûtenir les fatigues d'un longue
& constante étude de la Nature, qu'il se fit
toute sa vie une loi inviolabled'imiter;
maiss'il a fçu la rendre si parfaitement
dans ses Ouvrages,ce n'a pas été en la copiant
servilement,& telle qu'elle se présente
souvent, mais par un choix exquis qu'il en
a fait. Il connoissoit la grande distance qu'il
y a du beau à l'excellent ; on l'a vu plus
d'une fois effacer des choses qui lui avoient
coûté plusieurs jours de travail, & qui plaisoientaux
plus habiles, pour secontencer
lui-même,& parvenir à cet excellent qu'il
s'était proposé.
Un génie supérieur , né pour la Peinture,'
reussit également dans l'Histoire & dans
le Portrait, on le voit dans tous les
Peintres du premier Ordre , comme Raphaël,
Titien, Rubens, Vandeick
, & le
autres
M. Rigaud s'étoit destiné pour l'Histoire,
& il y feroit sans doute parvenu au plus
haut degré 2 il est aisé d'en juger par le progrès
rapide qu'ilfit dans ses Etudes à l'Académie
Royale. Il en remporta tous les
Prix avec beaucoup de distinction par un
Tableau du Crucifiement,que j'ai entre
les mains;surlequel il fut reçû comme
Hifiorien, quoiqu'il ne foit qu'à moitié
composé, & surtout par le précieux Tableau
de la Présentation
,
qu'il a terminé vers la
fin de sa vie; mais le talent & la grande réputation
qu'il eut dès sa jeunesse pour la parfaite
& belle ressemblance dans les Portraits
augmentant tous les jours dans Paris
, il fut bien-tôt surchargé d'occupations,
& obligé d'abandonner l'Histoire
,
sans
avoir pu la reprendre, que pour faire par
intervalle le dernier Tableau dont je viens
de parler.
Il prit pour son modéle dans le Portrait
le fameux Vandeick
,
dont le beau Pinceau
le charma toujours, & dès les premiers
qu'il a faits on y voit cette belle exécution
& cette fraicheur de Carnations, qui
ne viennent que d'un Pinceaulibre & facile.
Il s'attacha dans la fuite à finir soigneusement
tout ce qu'il peignoit ; mais sontrav^
ijljie sent point la peine, se quoiqu'il
utermnineât tout avec amour,on y voit rÕu- belle façon de peindre,Se une
rnaakre,aiiee.
Il a joint à l'aimable naïveté &- à la belle
simplicité de Vandeickunenoblesse dans
ks attitudes, & un conrrafte gracieux, qui
lui ont été particuliers
Il a, pour ainsi-dire,amplifié& étends
les Dra peries de ce célébre Peintre,& répandu
dans ses Compositions. cette grandeur&
cette magnificence qui caracérisent
la Majesté des Rois,& ladignité des Grands.
dont il a été le Peintreparprédilcd-ion.
Personne n'a pousse plus loin que lui l'imitation
de la Nature dans la couleur locale
& la touche des Etoffes, particulièrement
des Velours. Personnen'a sÇtl jetter
les Draperies plus noblement & d'un plus,
beau choix.
Il a trouvé le premier l'art de les faire
paroître d'un seul morceau par laliaisondes
plis, ayant remarqué même dans les
plus grands Maîtres des Draperies qui lembloient
de plusiéurs parties par ce défaut de
liaison,que la Gravurefaitmieux sentir que
le Tableau
a parce qu'elle est dénuée de
Gouleur.
Il étoitennemi de cette simplicïté pauvre
& mesquine, qui n'est point celle de
Vandeick, & jusquaux moindres choses,
il les ennoblissoit & leur donnoit de la
grâce.
Il a porté au plus haut degré cette par- tiesiconndérable dans les Tableaux, où si
peu de Peintres excellent, & où les Connoisseurs
fixent d'abord leur attention, je
veux dire les mains,qu'il a peintes. d'une
beauté & d'une correction parfaire..
Ses Ouvrages ont cela de remarquable
qu'ils plaisent également de près comme
de loin, parce que le beau fini n'en ôte
point l'effet. Si dans quelques-uns de ses
derniers Portraits on ne trouve pas toute
la fermeté dans le Pinceau,& la vérité des.
teintes dans les Carnations qu'on a toujours
vû dans ses autres Ouvrages, c'est qu'à læ
fin les yeux s'affoiblissent, eh 1 quel est le
Peintre à quatre-vingt & tant d'années.
qui se soit plus maintenu dans la correction
& la puretédu DelTein ? Pour les Draperies,
l'expérience & lesrefiéxions continuelles,
les lui ont fait composer encore plus sçavamment
& d'un plus grand goût que les
premieres, & j'ose avancer que dans cette
partie de la Peinture (j'entends par rapport
au Portrait )il a surpassé tous ceux qui ron
précédé-
On voit qu'il se peignoir dans ses Ouvrages
: comme il avoir l'ame grande& ks
sentimensélevés, & que toute, sa personne
& ses maniérés avoient un air de distinction
,
de même ses Tableaux portent un
caractère de noblesse qui leur est propre.
Si les plus fameux Graveurs de son tems
ont rendu son nom & les leurs immortels
par leurs belles Estampes, on peut dire
qu'ils lui doivent la meilleure partie de
leur gloire, en ce qu'ilsont trouvé des
Originauxoù ils riont rien eu à deviner, ôc
où toutétoit rendu avec laderniereprécision.
Un mérite si extraordinaire a fait sans
contreditdeM.Rigaud undes grands Peintres
que nous ayons eu, & ses qualités personnellesl'ont
faitchérir de tous les honnêtes
gens. Il avoit le coeur admirable, il
croit Epoux tendre, Ami sincére
,
utile, essentiel
; d'une générofrré peu communey
d'une pieté exemplaire, d'une conversation
agréable & instructive:il gagnoit à être
connu, & plus on le pratiquoit
,
plus on
trouvoit son commerce aimable;enfin un
homme qui avoir sçû joindre à un si haut degré
de perfection dans sonArtune probité si
reconnue, meritoit bien pendant sa vie les
distinctions & les honneurs dontla Cour
& toute l'Europe l'ont comblé, &après famort,
les regrets de toutes les pesonnes vertueuses,&
la vénération que les Artistes anront
touj ours pour sa mémoire.
M. Rigaud, par M. Collin de Vernionr,
Peintre ordinaire du Roi, & Profiffiur en
son Académie Royale de Peinture. MR Rigaud étoit un de ces Hommes
rares que le Ciel faitnaître pour
servir de guide & de modéle aux Arris.
Il reçut en naissant un tempéramment asses
fort pour soûtenir les fatigues d'un longue
& constante étude de la Nature, qu'il se fit
toute sa vie une loi inviolabled'imiter;
maiss'il a fçu la rendre si parfaitement
dans ses Ouvrages,ce n'a pas été en la copiant
servilement,& telle qu'elle se présente
souvent, mais par un choix exquis qu'il en
a fait. Il connoissoit la grande distance qu'il
y a du beau à l'excellent ; on l'a vu plus
d'une fois effacer des choses qui lui avoient
coûté plusieurs jours de travail, & qui plaisoientaux
plus habiles, pour secontencer
lui-même,& parvenir à cet excellent qu'il
s'était proposé.
Un génie supérieur , né pour la Peinture,'
reussit également dans l'Histoire & dans
le Portrait, on le voit dans tous les
Peintres du premier Ordre , comme Raphaël,
Titien, Rubens, Vandeick
, & le
autres
M. Rigaud s'étoit destiné pour l'Histoire,
& il y feroit sans doute parvenu au plus
haut degré 2 il est aisé d'en juger par le progrès
rapide qu'ilfit dans ses Etudes à l'Académie
Royale. Il en remporta tous les
Prix avec beaucoup de distinction par un
Tableau du Crucifiement,que j'ai entre
les mains;surlequel il fut reçû comme
Hifiorien, quoiqu'il ne foit qu'à moitié
composé, & surtout par le précieux Tableau
de la Présentation
,
qu'il a terminé vers la
fin de sa vie; mais le talent & la grande réputation
qu'il eut dès sa jeunesse pour la parfaite
& belle ressemblance dans les Portraits
augmentant tous les jours dans Paris
, il fut bien-tôt surchargé d'occupations,
& obligé d'abandonner l'Histoire
,
sans
avoir pu la reprendre, que pour faire par
intervalle le dernier Tableau dont je viens
de parler.
Il prit pour son modéle dans le Portrait
le fameux Vandeick
,
dont le beau Pinceau
le charma toujours, & dès les premiers
qu'il a faits on y voit cette belle exécution
& cette fraicheur de Carnations, qui
ne viennent que d'un Pinceaulibre & facile.
Il s'attacha dans la fuite à finir soigneusement
tout ce qu'il peignoit ; mais sontrav^
ijljie sent point la peine, se quoiqu'il
utermnineât tout avec amour,on y voit rÕu- belle façon de peindre,Se une
rnaakre,aiiee.
Il a joint à l'aimable naïveté &- à la belle
simplicité de Vandeickunenoblesse dans
ks attitudes, & un conrrafte gracieux, qui
lui ont été particuliers
Il a, pour ainsi-dire,amplifié& étends
les Dra peries de ce célébre Peintre,& répandu
dans ses Compositions. cette grandeur&
cette magnificence qui caracérisent
la Majesté des Rois,& ladignité des Grands.
dont il a été le Peintreparprédilcd-ion.
Personne n'a pousse plus loin que lui l'imitation
de la Nature dans la couleur locale
& la touche des Etoffes, particulièrement
des Velours. Personnen'a sÇtl jetter
les Draperies plus noblement & d'un plus,
beau choix.
Il a trouvé le premier l'art de les faire
paroître d'un seul morceau par laliaisondes
plis, ayant remarqué même dans les
plus grands Maîtres des Draperies qui lembloient
de plusiéurs parties par ce défaut de
liaison,que la Gravurefaitmieux sentir que
le Tableau
a parce qu'elle est dénuée de
Gouleur.
Il étoitennemi de cette simplicïté pauvre
& mesquine, qui n'est point celle de
Vandeick, & jusquaux moindres choses,
il les ennoblissoit & leur donnoit de la
grâce.
Il a porté au plus haut degré cette par- tiesiconndérable dans les Tableaux, où si
peu de Peintres excellent, & où les Connoisseurs
fixent d'abord leur attention, je
veux dire les mains,qu'il a peintes. d'une
beauté & d'une correction parfaire..
Ses Ouvrages ont cela de remarquable
qu'ils plaisent également de près comme
de loin, parce que le beau fini n'en ôte
point l'effet. Si dans quelques-uns de ses
derniers Portraits on ne trouve pas toute
la fermeté dans le Pinceau,& la vérité des.
teintes dans les Carnations qu'on a toujours
vû dans ses autres Ouvrages, c'est qu'à læ
fin les yeux s'affoiblissent, eh 1 quel est le
Peintre à quatre-vingt & tant d'années.
qui se soit plus maintenu dans la correction
& la puretédu DelTein ? Pour les Draperies,
l'expérience & lesrefiéxions continuelles,
les lui ont fait composer encore plus sçavamment
& d'un plus grand goût que les
premieres, & j'ose avancer que dans cette
partie de la Peinture (j'entends par rapport
au Portrait )il a surpassé tous ceux qui ron
précédé-
On voit qu'il se peignoir dans ses Ouvrages
: comme il avoir l'ame grande& ks
sentimensélevés, & que toute, sa personne
& ses maniérés avoient un air de distinction
,
de même ses Tableaux portent un
caractère de noblesse qui leur est propre.
Si les plus fameux Graveurs de son tems
ont rendu son nom & les leurs immortels
par leurs belles Estampes, on peut dire
qu'ils lui doivent la meilleure partie de
leur gloire, en ce qu'ilsont trouvé des
Originauxoù ils riont rien eu à deviner, ôc
où toutétoit rendu avec laderniereprécision.
Un mérite si extraordinaire a fait sans
contreditdeM.Rigaud undes grands Peintres
que nous ayons eu, & ses qualités personnellesl'ont
faitchérir de tous les honnêtes
gens. Il avoit le coeur admirable, il
croit Epoux tendre, Ami sincére
,
utile, essentiel
; d'une générofrré peu communey
d'une pieté exemplaire, d'une conversation
agréable & instructive:il gagnoit à être
connu, & plus on le pratiquoit
,
plus on
trouvoit son commerce aimable;enfin un
homme qui avoir sçû joindre à un si haut degré
de perfection dans sonArtune probité si
reconnue, meritoit bien pendant sa vie les
distinctions & les honneurs dontla Cour
& toute l'Europe l'ont comblé, &après famort,
les regrets de toutes les pesonnes vertueuses,&
la vénération que les Artistes anront
touj ours pour sa mémoire.
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Résumé : ESSAI sur la Vie & les Ouvrages de M. Rigaud, par M. Collin de Vermont, Peintre ordinaire du Roi, & Professeur en son Académie Royale de Peinture.
Hyacinthe Rigaud, peintre français distingué, est né avec un tempérament robuste et s'est dédié à l'étude et à l'imitation de la nature. Plutôt que de simplement copier la réalité, il faisait des choix judicieux pour atteindre l'excellence. Son talent lui permit de briller tant dans la peinture d'histoire que dans le portrait. Bien qu'il ait initialement été orienté vers la peinture d'histoire, la demande croissante pour les portraits à Paris l'amena à se spécialiser dans ce domaine. Il s'inspira du célèbre peintre Van Dyck, adoptant sa belle exécution et la fraîcheur des carnations. Rigaud apporta une noblesse et une grâce particulières à ses portraits, amplifiant les drapés et ajoutant une grandeur majestueuse. Il excellait dans la représentation des mains et des tissus, notamment les velours. Ses œuvres étaient appréciées autant de près que de loin grâce à leur fini parfait sans perte de l'effet global. Même en fin de carrière, malgré un affaiblissement de la vue, ses dernières œuvres restèrent remarquables. Les graveurs de son époque lui doivent beaucoup, trouvant dans ses tableaux des originaux précis et détaillés. En plus de ses qualités artistiques, Rigaud était reconnu pour ses qualités personnelles : cœur admirable, époux tendre, ami sincère, générosité, piété exemplaire et conversation agréable. Sa probité et son art exceptionnel lui valurent distinctions et honneurs de son vivant, ainsi que regrets et vénération après sa mort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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