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1
p. 117-119
AU ROI. EPITRE.
Début :
SIRE, un de vos sujets, dont la lente vieillesse [...]
Mots clefs :
Sujets, Moment, Convalescence
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texteReconnaissance textuelle : AU ROI. EPITRE.
AU RΟΙ
SIRE , Un
EPITRE..
un de vos ſujets , dont la lente vieilleffe
Juſqu'au vingtiéme Luftre auroit porté ſon cours ,
Fut poignardé par la douleur traîtreſſe
Que lui cauſa ſa crainte pour vos jours.
Le déſeſpoir ou la triſteſſe ...
Abbatoient dans ce tems les forces , la ſante
De la plus robuſte jeuneſſe ,
Je demande la Grace à Votre Majefté ,
Qui penſe avec tant de juſteſſe ,
De juger ſi l'on peut , dans la caducité ,
Guérird'une bleſſûre ,& vaincre la détreffe
Où le Corps le plus fort à peine eut réſiſté.
Je mourois , & cette foibleſſe
De mondernier ſoupir avantcoureur glacé
Gagne tous mes ſens , & me laiſſe
Dans l'état d'un vrai trépaſſé.
Cent témoins de mon agonie
Mes parens , mes amis ,&ma chere Junie
i
118 MERCURE DE FRANCE.
Sans doute alloient bientôt le coeur rempli de
detiil,
Arroſer de leurs pleurs ma tombe &mon cercüeil ,
Quand, juſqu'à ma maiſonplaintive
Paſſe ſubitement une joye exceſſive ,
Quidans un ſeul inſtant partout ſe répandit ,
Et les triſtes clameurs même aux pieds de monlis
Sechangent en cris d'allegreſſe.
ce bruit éclatant ſuccede mon réveil
De ce léthargique ſommeil ,
Etcomme ſortant de l'yvreſſe ,
Je vois le jour avec étonnement ,
Et j'entens réſonner ſans ceſſe
:
De cent VIVE LE ROI tout mon appartement ;
Alors ,& je ne ſçais comment ,
UnBaume ſouverain dans mon fang s'infinuë
Et je comprends par ſentiment
Que de notre bonheut la nouvelle eſt venuë ,
Que vous vivez , qu'à nos pleurs , qu'à nos voeux
LeCiel eſt forcé de ſe rendre ;
Grand Roi , le croiriez-vous ? dans ce moment heureux,
De mon lit on m'a vû deſcendre ;
i
NOVEMBRE. 1744. 119
Ce fait tient du prodige , & du grand merveilleux
Mais non ;&comme moidans cedanger affreux
Vos ſujets étoient morts ; c'étoit fait de la France ,
Si vous ne viviez pas pour eux ;
Ce n'eſt pas tout; j'apprends votre convalescence;
Ce moment me déride , & mon viſage frais
De l'âge de trente ans annonce la préſence ;
:
Je ſens que je bois à longs traits
Ala fontaine de Jouvence ,
Où perſonne ne bût jamais,
Cette Hiſtoire eft très-autentique ,
Et fi je ne ſervois au Temple de Thémis
J'irois auChamp de Mars joindre mon fils unique ,
Et verſer tout mon ſang contre vos Ennemis.
Cette Piéce de Vers eſt de M. de la Mothe
, Doyen de la Cour des Aydes de Montauban
, &de l'Académie Royale des Belles-
Lettres de cette même Ville. Elle ne ſe ref.
ſent point de l'infirmité de l'Auteur , &
l'on y découvre des traits aimables de ſentimens
qui feroient honneur ànos plus jeunes
Muſes.
SIRE , Un
EPITRE..
un de vos ſujets , dont la lente vieilleffe
Juſqu'au vingtiéme Luftre auroit porté ſon cours ,
Fut poignardé par la douleur traîtreſſe
Que lui cauſa ſa crainte pour vos jours.
Le déſeſpoir ou la triſteſſe ...
Abbatoient dans ce tems les forces , la ſante
De la plus robuſte jeuneſſe ,
Je demande la Grace à Votre Majefté ,
Qui penſe avec tant de juſteſſe ,
De juger ſi l'on peut , dans la caducité ,
Guérird'une bleſſûre ,& vaincre la détreffe
Où le Corps le plus fort à peine eut réſiſté.
Je mourois , & cette foibleſſe
De mondernier ſoupir avantcoureur glacé
Gagne tous mes ſens , & me laiſſe
Dans l'état d'un vrai trépaſſé.
Cent témoins de mon agonie
Mes parens , mes amis ,&ma chere Junie
i
118 MERCURE DE FRANCE.
Sans doute alloient bientôt le coeur rempli de
detiil,
Arroſer de leurs pleurs ma tombe &mon cercüeil ,
Quand, juſqu'à ma maiſonplaintive
Paſſe ſubitement une joye exceſſive ,
Quidans un ſeul inſtant partout ſe répandit ,
Et les triſtes clameurs même aux pieds de monlis
Sechangent en cris d'allegreſſe.
ce bruit éclatant ſuccede mon réveil
De ce léthargique ſommeil ,
Etcomme ſortant de l'yvreſſe ,
Je vois le jour avec étonnement ,
Et j'entens réſonner ſans ceſſe
:
De cent VIVE LE ROI tout mon appartement ;
Alors ,& je ne ſçais comment ,
UnBaume ſouverain dans mon fang s'infinuë
Et je comprends par ſentiment
Que de notre bonheut la nouvelle eſt venuë ,
Que vous vivez , qu'à nos pleurs , qu'à nos voeux
LeCiel eſt forcé de ſe rendre ;
Grand Roi , le croiriez-vous ? dans ce moment heureux,
De mon lit on m'a vû deſcendre ;
i
NOVEMBRE. 1744. 119
Ce fait tient du prodige , & du grand merveilleux
Mais non ;&comme moidans cedanger affreux
Vos ſujets étoient morts ; c'étoit fait de la France ,
Si vous ne viviez pas pour eux ;
Ce n'eſt pas tout; j'apprends votre convalescence;
Ce moment me déride , & mon viſage frais
De l'âge de trente ans annonce la préſence ;
:
Je ſens que je bois à longs traits
Ala fontaine de Jouvence ,
Où perſonne ne bût jamais,
Cette Hiſtoire eft très-autentique ,
Et fi je ne ſervois au Temple de Thémis
J'irois auChamp de Mars joindre mon fils unique ,
Et verſer tout mon ſang contre vos Ennemis.
Cette Piéce de Vers eſt de M. de la Mothe
, Doyen de la Cour des Aydes de Montauban
, &de l'Académie Royale des Belles-
Lettres de cette même Ville. Elle ne ſe ref.
ſent point de l'infirmité de l'Auteur , &
l'on y découvre des traits aimables de ſentimens
qui feroient honneur ànos plus jeunes
Muſes.
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