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p. 3-79
AVANTURE nouvelle.
Début :
Un jeune Comte, d'une des meilleures Maisons du Royaume, [...]
Mots clefs :
Comte, Marquise , Conseiller, Amant, Coeur, Mari, Passion, Amour, Reproches, Monde, Liberté, Parti, Italien, Maîtresse, Caractère, Charmes, Mérite, Prétexte, Heureux, Colère, Jeu, Espérer, Nouvelles, Lettre, Campagne, Faveur, Commerce, Fidélité, Femmes, Raison
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texteReconnaissance textuelle : AVANTURE nouvelle.
AVANTUR
nouvelle.
U
LYON
N jeune Comte ,
d'une des meilleures
Maifons
du Royaume , s'étant
nouvellement établi das
Avril 1714. A ij
4 MERCURE
un quartier où le jeu &
la galanterie regnoient
également , fut obligé
d'y prendre parti comme
les autres ; & parce
que fon coeur avoit des
engagemens ailleurs , il
fe declara pour le jeu ,
comme pour fa paffion
dominante mais le peu
d'empreffement qu'il y
avoit , faifoit affez voir
qu'il fe contraignoit , &
l'on jugea que c'étoir un
homme qui ne s'attaGALANT
.
S
choit à rien , & qui dans
la neceffité de choiſir
avoit encore mieux aimé
cet amuſement, que
de dire à quelque belle
ce qu'il ne fentoit pas .
Un jour une troupe de
jeunes Dames qui ne
joüoient point , l'entreprit
fur fon humeur indifferente.
Il s'en défendit
le mieux qu'il put ,
alleguant fon peu de
merite , & le peu d'ef
perance qu'il auroit d'ê-
A iij
6 MERCURE
tre heureux en amour :
mais on lui dit que
quand il fe connoîtroit
affez mal pour avoir une
fi méchante opinion de
lui - même , cette raiſon
feroit foible contre la
vûë d'une belle perfonne
; & là - deffus on le
menaça des charmes d'u
ne jeune Marquife , qui
demeuroit dans le voifinage
, & qu'on attendoit.
Il ne manqua pas de leur
repartir qu'elles-mêmes
GALANT.
7.
ne fe connoiffoient point
affez , & que s'il pouvoit
échaper au peril où il
fe trouvoit alors , il ne
devoit plus rien craindre
pour fon coeur . Pour
réponse à fa galanterie ,
elles lui montrerent la
Dame dont il étoit queftion
, qui entroit dans
ce moment . Nous parlions
de vous , Madame ,
lui dirent - elles en l'appercevant
. Voici un indifferent
que nous vous
A iiij
8 MERCURE
donnons à convertir :
Vous y êtes engagée
d'honneur ; car il femble
yous défier auffi - bien
que nous. La Dame &
le jeune Comte ſe reconnurent
, pour s'être
vûs quelquefois à la campagne
chez une de leurs
amies . Elle étoit fort convaincuë
qu'il ne meritoit
rien moins que le
reproche qu'on luy faifoit
, & il n'étoit que
trop ſenſible à ſon gré :
GALANT. 9
mais elle avoit les raifons
pour feindre de croire
ce qu'on lui difoit.
C'étoit une occafion de
commerce avec un homme
, fur lequel depuis
long - temps elle avoit
fait des deffeins qu'elle
n'avoit pû executer . Elle
lui trouvoit de l'efprit
& de l'enjouement , &
elle avoit hazardé des
complaisāces pour beaucoup
de gens qui afſurément
ne le valoient
to MERCURE
pas : mais fon plus grand
merite étoit l'opinion
qu'elle avoit qu'il fût aimé
d'une jeune Demoifelle
qu'elle haïffoit , &
dont elle vouloit fe vanger.
Elle prit donc fans
balancer le parti qu'on
lui offroit ; & aprés lui
avoit dit qu'il faloit qu'-
on ne le crût pas bien
endurci , puis qu'on s'adreffoit
à elle pour le
toucher , elle entreprit
de faire un infidele , fous
GALANT . 11
pretexte de convertir un
indifferent. Le Comte
aimoit paffionsément la
Demoiſelle dont on le
croyoit aimé, & il tenoit
à elle par des
engagemens
fi puiffans
, qu'il
ne craignoit
pas que rien
l'en pût détacher
. Sur
tout il fe croyoit
fort en
fûreté contre les charmes
de la Marquife. Il
la connoiffoit pour une
de ces coquettes de profeffion
qui veulent , à
12 MERCURE
quelque prix que ce ſoit ,
engager tout le monde ,
& qui ne trouvent rien
de plus honteux que de
manquer une conquête .
Il fçavoit encore quedepuis
peu elle avoit un
amant , dont la nouveauté
faifoit le plus grand
merite , & pour qui elle
avoit rompu avec un
autre qu'elle aimoit depuis
long - temps , & à
qui elle avoit des obligations
effentielles . Ces
と
GALANT .
13
connoiffances lui fmbloient
un remede affuré
contre les tentations
les plus preffantes. La
Dame l'avoit affez veu
pour connoître quel étoit
fon éloignement
pour des femmes
de fon
caractere
: mais cela ne
fit que flater fa vanité.
Elle trouva plus de gloire
à triompher
d'un
coeur qui devoit être fi
bien défendu. Elle lui
fit d'abord
des reproches
14 MERCURE
de ne l'eftre pas venu
voir depuis qu'il étoit
dans le quartier , & l'engagea
à reparer fa faute
dés le lendemain . Il
alla chez elle , & s'y fit
introduire par un Confeiller
de fes amis , avec
qui il logcoit , & qui
avoit des liaiſons étroites
avec le mari de la
Marquife, Les honneftetez
qu'elle lui fit l'obligerent
enfuite d'y aller
plufieurs fois fans inGALANT.
15
troducteur ; & à chaque
yifite la Dame mit en
ufage tout ce qu'elle
crut de plus propre à .
l'engager. Elle trouva
d'abord toute la refiftance
qu'elle avoit attendue.
Ses foins , loin .
de faire effet , ne lui attirerent
pas feulement
une parole qui tendît à
une declaration : mais
elle ne defefpera point
pour cela du pouvoir de
fes charmes ; ils l'avoient
16 MERCURE
fervie trop fidelement en
d'autres occafions
, pour
ne lui donner pas lieu
de fe flater d'un pareil
fuccés en celle - ci ; elle
crut mefme remarquer
bientôt qu'elle ne s'étoit
pas trompée. Les vifites
du Comte furent
plus frequentes : elle lui
trouvoit un enjouëment
que l'on n'a point quand
on n'a aucun deffein de
plaire.Mille railleries divertissantes
qu'il faifoit
fur
+
GALANT . 17
für fon nouvel amant ;
le chagrin qu'il témoignoit
quand il ne pouvoit
eftre feul avec elle ;
Fattention qu'il preftoit.
aux moindres chofes
qu'il luy voyoit faire :
tout cela lui parut d'un
augure merveilleux , &
il eft certain que fi elle
n'avoit pas encore le
coeur de ce pretendu indifferent
, elle occupoit.
du moins fon efprit . Ih
alloit plus rarement chez
Avril 1714. B :
18 MERCURE
la Demoiſelle qu'il aimoit
, & quand il étoit
avec elle, il n'avoit point
d'autre foin , que de faire
tomber le difcours fur
la Marquife . Il aimoit
mieux railler d'elle que
de n'en rien dire . Enfin
foit qu'il fût feul , ou
en compagnie , fon idée
ne l'abandonnoit jamais
. Quel dommage ,
difoit - il quelquefois
que le Ciel ait répandu
tant de graces dans une
,
GALANT . 19
coquette ? Faut - il que la
voyant fi aimable , on
ait tant de raiſon de ne
point l'aimer ? Il ne pouvoit
lui pardonner tous
fes charmes ; & plus il
lui en trouvoit , plus il
croyoit la haïr. Il s'oublia
même un foir jufques
à lui reprocher fa
conduite , mais avec une
aigreur qu'elle n'auroit,
pas ofé efperer fitoft. A
quoy bon , lui dit- il ,
Madame , toutes ces oil-
Bij
20 MERCURE
lades & ces manieres étu
diées que chacun regarde
, & dont tant de gens
fe donnent le droit de
parler Ces foins de
chercher à plaire à tout
le monde , ne font pardonnables
qu'à celles à
qui ils tiennent lieu de
beauté . Croyez - moy ,
Madame , quittez des
affectations qui font indignes
de vous. C'étoit
où on l'attendoit . La
Dame étoit trop habile
GALANT. 2ม1
pour ne diftinguer past
les confeils de l'amitié
des reproches de la jaloufie
. Elle lui en marqua
de la reconnoiſſance
, & tâcha enfuite de
lui perfuader que ce qui
paroiffoit coquetterie ,
n'étoit en elle que la
crainte
d'un veritable
attachement ; que du
naturel dont elle fe connoiffoit
, elle ne pourroit
être heureufe dans.
un engagement , parce
22 MERCURE
qu'elle ne ſe verroit jamais
aimée , ni avec la
même fincerité , ni avec
la même delicateſſe dont
elle fouhaiteroit de l'être
, & dont elle fçavoit
bien qu'elle aimeroit .
Enfin elle lui fit an faux
portrait de fon coeur , qui
fut pour lui un veritable
poifon. Il ne pouvoit
croire tout à fait qu'elle
fût fincere : mais il ne
pouvoit s'empefcher de
le fouhaiter. Il cherGALANT.
23
choit des
apparences
ce qu'elle
lui difoit , &
il lui rappelloit
mille actions
qu'il lui avoit vû
faire , afin qu'elle les juſtifiât
; & en effet , fe fervant
du pouvoir qu'elle
commençoit à prendre
fur lui , elle y donna
des couleurs qui diffiperent
une partie de fes
foupçons mais qui
pourtant n'auroient pas
trompé un homme qui
cuft moins fouhaité de
24 MERCURE
l'eftre. Cependant, ajouta-
t- elle d'un air enjoüé ,
je ne veux pas tout à fait
difconvenir d'un défaut
qui peut me donner lieu
de vous avoir quelque
obligation . Vous fçavez
ce que j'ai entrepris pour
vous corriger de celui
qu'on vous reprochoit .
Le peu de fuccés que j'ai
eu ne vous diſpenſe pas
de reconnoître mes bonnes
intentions , & vous
me devez les mefmes
foins.
GALANT. 25
foins . Voyons fi vous ne
ferez pas plus heureux à
fixer une inconftante ,
que je l'ay été à toucher
un infenfible. Cette propofition
, quoique faite
en riant , le fit rentrer en
lui - mefme , & alarma
d'abord fa fidelité . Il vit
qu'elle n'avoit peut - eftre
que trop reüffi dans
fon entrepriſe , & il reconnut
le danger où il
étoit : mais fon penchant
commençant à lui ren-
Avril 1714.
C
26 MERCURE
dre ces reflexions facheuſes
, il tâcha bientôt
à s'en délivrer . Il
penfa avec plaifir que fa
crainte étoit indigne de
lui , & de la perfonne
qu'il aimoit depuis fi
long- temps . Sa delicateffe
alla meſme juſqu'à
fe la reprocher
comme
une infidelité
; & aprés
s'eftre dit à foy- meſme
,
que c'étoit déja eſtre inconftant
que de craindre
de changer , il embraſſa
GALANT . 27
avec joye le parti qu'on
lui offroit . Ce fut un
commerce fort agreable
de part & d'autre. Le
pretexte qu'ils prenoient
rendant leur empreffement
un jeu , ils goutoient
des plaifirs qui
n'étoient troublez d'aucuns
fcrupules. L'Italien
, qu'ils fçavoient tous
deux , étoit l'interprete :
de leurs tendres fentimens.
Ils ne fe voyoient
jamais qu'ils n'euffent à
Cij
28 MERCURE
fe donner un billet en
cette langue ; car pour
plus grande feureté, ils
étoient convenus qu'ils
ne s'enverroient jamais
leurs lettres . Sur - tout
elle lui avoit défendu dé
parler de leur commerce
au Confeiller avec qui
il logcoit , parce qu'il
étoit beaucoup plus des
amis de fon mari que des
fiens , & qu'autrefois ,
fur de moindres apparences,
il lui avoit donné
GALANT . 29
des foupçons d'elle fort
defavantageux . Elle lui
marqua même des heures
où il pouvoit le moins
craindre de les rencontrer
chez elle l'un ou
l'autre , & ils convinrent
de certains fignes d'intelligence
pour les temps
qu'ilsyferoient. Cemyf
tere étoit un nouveau
charme pour le jeune
Comte. La Marquife
prit enfuite des manieres
fiéloignées d'une co-
C
iij
30 MERCURE
quette , qu'elle acheva
bientoft
de le perdre
.
Jufques là elle avoit eu
un de ces caracteres enjoüez
, qui reviennent
quafi à tout le monde ,
mais qui deſeſperent un
amant ; & elle le quitta
pour en prendre un tout
oppofé , fans le lui faire
valoir comme un facri.
fice . Elle écarta fon nouvel
amant , qui étoit un
Cavalier fort bien fait .
Enfin loin d'aimer l'éGALANT.
31
clat , toute fon application
étoit d'empêcher
qu'on ne s'apperçût de
l'attachement que le
Comte avoit pour elle :
mais malgré tous fes
foins, il tomba unjour de
ſes poches une lettre que
fon mari ramaffa fans
qu'elle y prît garde . 11
n'en connut point le caractere
, & n'en entendit
pas le langage : mais ne
doutant pas que ce ne
fût de l'Italien , il courut
Ciiij
32 MERCURE
chez le Conſeiller , qu'il
fçavoit bien n'être pas
chez lui , feignant de lui
vouloir
communiquer
quelque affaire . C'étoit
afin d'avoir occafion de
parler au Comte , qu'il
ne foupçonnoit point
d'être l'auteur de la lettre
, parce qu'elle étoit
d'une autre main. Pour
prévenir les malheurs
qui arrivent quelquefois
des lettres perduës , le
Comte faifoit écrire touGALANT
. 33
tes celles qu'il donnoit à
la Marquise par une perfonne
dont le caractere
étoit inconnu . Il lui avoit
porté le jour precedent
le billet Italien
dont il s'agiffoit. Il étoit
écrit fur ce qu'elle avoit
engagé le Confeiller à
lui donner
à fouper ce
même jour- là ; & parce
qu'elle avoit fçû qu'il
devoit aller avec fon mari
à deux lieuës de Paris
l'apréfdînée , & qu'ils
34 MERCURE
n'en reviendroient que
fort tard , elle étoit convenue
avec ſon amant
qu'elle fe rendroit chez
lui avant leur retour. La
lettre du Comte étoit
pour l'en faire fouvenir ,
& comme un avantgoût
de la fatisfaction qu'ils
promettoient cette fe
foirée. Le mari n'ayant
point trouvé le Confeiller
, demanda le Comte .
Dés qu'il le vit , il tira
de fa poche d'un air emGALANT
.
35
preffé quantité de papiers
, & le pria de les
lui remettre quand il
féroit revenu. Parmi ces
papiers étoit celui qui
lui donnoit tant d'agitation
. En voici un , lui
dit- il en feignant de s'être
mépris , qui n'en eſt
pas. Je ne fçai ce que
c'eft , voyez fi vous l'entendrez
mieux que moy :
& l'ayant ouvert , il en
lut lui - mefme les premie-i
res lignes , de peur que
36 MERCURE
le Comte
jettant les
yeux fur la fuite , ne connût
la part que la Marquife
y pouvoit avoir ,
& que la crainte de lui
apprendre de fâcheufes
nouvelles , ne l'obligeât
à lui déguifer la verité.
Le Comte fut fort furpris
quand il reconnut
fa lettre. Untrouble foudain
s'empara de fon efprit
, & il eut befoin que
le mari fût occupé de fa
lecture , pour lui donner
(
GALANT. 37
le temps de fe remettre .
Aprés en avoir entendu
le commencement : Voila
, dit - il , contrefaifant
¡ l'étonné , ce que je chersche
depuis long - temps .
C'est le rôle d'une fille
qui ne fçait que l'Italien ,
- & qui parle à ſon amant
qui ne l'entend pas . Vous
a
aurez veu cela dans une
Comedie Françoiſe qui
a paru cet hyver. Mille
gens me l'ont demandé ,
& il faut que vous me
38.
MERCURE
faffiez le plaifir de me
le laiffer. J'y confens , lui
répondit le mari , pourveu
que vous le rendiez
à ma femme , car je croy
qu'il eft à elle. Quand le
jeune Comte crut avoir
porté affez loin la crédulité
du mari , il n'y
eut pas un mot dans ce
prétendu rôle Italien ,
dont il ne lui voulût faire
entendre l'explication
: mais le mari ayant
ce qu'il fouhaitoit , béGALANT.
39
nit le Ciel en lui - mefme
de s'être trompé fi
heureuſement , & s'en
alla où l'appelloient fes
affaires . Auffitôt qu'il
e fut forti , le Comte courut
à l'Eglife , où il étoit
fûr de trouver la Dame ,
qu'il avertit par un bilelet
, qu'il lui donna ſecretement
, de ce qui ve-
-noit de fe paffer , & de
1
l'artifice dont il s'étoit
fervi pour retirer fa let
tre. Elle ne fut pas fitôt
40 MERCURE
rentrée chez elle , qu'elle
.mit tous les domeſtiques
à la quête du papier , &
fon mari étant de retour,
elle lui demanda . Il lui
avoüa qu'il l'avoit trouvé
, & que le Comte en
ayant beſoin , il lui avoit
laiffé entre les mains .
Me voyez- vous des curiofitez
femblables pour
les lettres que vous recevez
, lui répondit- elle
d'un ton qui faifoit paroître
un peu de colere ?
Si
GALANT 41
Si c'étoit un billet tendre
, fi c'étoit un rendezvous
que l'on me donnât
, feroit - il , agréable.
que vous nous vinffiez
troubler ? Son mari lui
dic en l'embraffant , qu'il
fçavoit fort bien ce que
c'étoit ; & pour l'empêcher
de croire qu'il l'eût
foupçonnée , il l'affura
qu'il avoit cru ce papier
à lui lors qu'il l'avoit ramaffe.
La Dame ne borna
pas fon reffentiment
Avril 1714. D
42 MERCURE
à une raillerie de cette
nature . Elle fe rendit
chez le Comte de meilleure
heure qu'elle n'auroit
fait . La commodité
d'un jardin dans cette
maiſon étoit un
pretexte
pour y aller avant le
temps du foupé. La jaloufie
dans un mari eft
un défaut fi blâmable ,
quand elle n'eft pas bien
fondée , qu'elle fe fit un
devoir de juftifier ce que
le fien lui en avoit fait
J
GALANT. 43
paroître. Tout favorifoit
un fi beau deffein ;
toutes fortes de témoins
étoient éloignez , & le
Comte & la Marquiſe
pouvoient le parler en
liberté. Ce n'étoit plus
par des lettres & par des
fignes qu'ils exprimoient
leur tendreffe . Loin d'avoir
recours à une langue
étrangere , à peine
trouvoient - ils qu'ils
fçuffent affez bien le
François pour fe dire
Dij
44 MERCURE
tout ce qu'ils fentoient ;
& la défiance du mari
leur rendant tout légitime
, la Dame eut des
complaifances pour le
jeune Comte , qu'il n'auroit
pas ofé efperer. Le
mari & le Confeiller étant
arrivez fort tard ,
leur firent de grandes excufes
de les avoir fait fi
long - temps attendre.
On n'eut pas de peine à
les recevoir
, parce que
jamais on ne
s'étoit
4.
GALANT . 45
moins impatienté . Pendant
le foupé leurs yeux
firent leur devoir admirablement
; & la contrainte
où ils fe trouvoient
par la préſence
de deux témoins incommodes
, prêtoit à leurs
regards une éloquence
qui les confoloit de ne
pouvoir s'expliquer avec
plus de liberté. Le mari :
gea
ayant quelque chofe à
dire au Comte
, l'engaà
venir faire avec lui
46 MERCURE
un tour de jardin . Le
Comte en marqua par
un coup d'oeil fon déplaifir
à la Dame , & la.
Dame lui fit connoître
par un autre figne combien
l'entretien du Confeiller
alloit la faire fouffrir.
On fe fepara . Jamais
le Comte n'avoit
trouvé de fi doux momens
que ceux qu'il paffa
dans fon tête - à - tête
avec la Marquife . Il la
quitta fatisfait au derGALANT
. 47
nier point :mais dés qu'il
fut ſeul , il ne put s'abandonner
à lui mefme
fans reffentir les plus
cruelles agitations. Que
n'eut- il point à fe dire
fur l'état où il furprenoit
fon coeur ! Il n'en étoit
pas à connoître que fon
trop de confiance lui avoit
fait faire plus de
chemin qu'il ne lui étoit
permis : mais il s'étoit
imaginé jufques là qu'-
un amuſement avec une
48 MERCURE
coquete ne pouvoit bleffer
en rien la fidelité qu'il
devoit à fa maîtreffe
. Il
s'étoit toujours repofé
fur ce qu'une femme qui
ne pourroit lui donner
qu'un coeur partagé , ne
feroit jamais capable
d'inſpirer au fien un vrai
amour ; & alors il commença
à voir que ce qu'il
avoit traité d'amufement
, étoit devenu une
paffion dont il n'étoit
plus le maitre. Aprés ce
qui
GALANT 49
qui s'étoit paffé avec la
Marquife
, il fe fût flaté
inutilement de l'efperance
de n'en être point
aimé uniquement , & de
bonne foy: Peut - être
même que des doutes
là - deffus auroient été
d'un foible fecours . Il
fongeoit fans ceffe à tout
ce qu'il lupavoit trouvé
de paffion , à cet air vif
& touchant qu'elle don-*
noit à toutes les actions ;
& 'ces réflexions enfin
Avril 1714.
*
E
fo MERCURE
jointes au peu de fuccés
qu'il avoit eu dans l'attachement
qu'il avoit
pris pour la premiere
maîtreffe , mirent fa raifon
dans le parti de fon
coeur, & diffiperent tous
fes remords. Ainfi il s'abandonna
fans fcrupule
à ſon penchant , & ne
fongea plus qu'à fe ménager
mille nouvelles
douceurs avec la Marquife
; mais la jalouſic
les vinte troubler lors
GALANT. S1
qu'il s'y étoit le moins
attendu. Un jour il la
furprit feule avec l'amant
qu'il croyoit qu'el
le cût banni ; & le Cavalier
ne l'eut pas fitôt
quittée , qu'il lui en fic
des reproches , comme
d'un outrage qui ne pouvoit
être pardonné . Vous
n'avez pû long - temps
vous démentir , lui ditil
, Madame. Lorfque
vous m'avez crû affez
engagé , vous avez cellé
E ij
52 MERCURE
de vous faire violence .
J'avoue que j'applaudif
fois à ma paſſion , d'avoir
pû changer vôtre
naturel ; mais des femmes
comme
vous ne
changent jamais. J'avois
tort d'efperer un miracle
en ma faveur . Il la pria
enfuite de ne ſe plus contraindre
pour lui , & l'aſfura
qu'il la laifferoit en
liberté de recevoir toutes
les vifites qu'il lui
plairoit . La Dame fe
GALANT.
$3
connoiffoit trop bien en
dépit , pour rien apprehender
de celui - là . Elle
en tira de nouvelles affurances
de fon pouvoir
fur le jeune Comte ; &
affectant une colere qu'-
elle n'avoit pas , elle lui
fic comprendre qu'elle
ne daignoit pas ſe juſtifier
, quoy qu'elle eût de
bonnes raifons , qu'elle
lui cachoit pour le punir.
Elle lui fit même
promettre plus pofitive-
E iij
$4 MERCURE
ment qc'il n'avoit fait ,
de ne plus revenir chez
elle. Ce fut là où il put
s'appercevoir combien il
étoit peu maître de ſa
paffion . Dans un moment
il fe trouva le feul
criminel ; & plus affligé
de l'avoir irritée par les
reproches , que de la trahifon
qu'il penfoit lui
eftre faite , il fe jetta à
fes genoux , trop heureux
de pouvoir efperer
le pardon , qu'il croyoit
GALANT .
$$
auparavant qu'on lui devoit
demander
. Par quelles
foumiffions ne tâcha
t- il point de le meriter !
Bien loin de lui remetles
tre devant les yeux
marques de paffion qu'il
avoit reçues d'elle , &
qui fembloient lui donner
le droit de ſe plaindre
, il paroiffoit les avoir
oubliées , ou s'il s'en
refſouvenoit , ce n'étoit
que pour le trouver cent
fois plus coupable . Il
E mij
56 MERCURE
n'alleguoit que l'excés
de fon amour qui le faifoit
ceder à la jalousie ,
& quien de pareilles occafions
ne s'explique jamais
mieux que par la
colere. Quand elle crut
avoir pouffé fon triomphe
affez loin , elle lui
jetta un regard plein de
douceur , qui en un moment
rendit à fon ame
toute fa tranquilité . C'eft
affez me contraindre ,
lui dit- elle ; auffi bien ma
•
"
GALANT. SZ
joye & mon amour commencent
à me trahir.
Non , mon cher Comte
, ne craignez point
que je me plaigne de vôtre
colere. Je me plaindrois
bien plutôt fi vous
n'en aviez point eu . Vos
reproches il est vrai ,
>
bleffent ma fidelité : mais
je leur pardonne ce qu'ils
ont d'injurieux , en faveur
de ce qu'ils ont de
paffionné. Ces affurances
de vôtre tendreffe m'é58
MERCURE
toient fi cheres , qu'elles
ont arrefté jufqu'ici l'im
patience que j'avois de
me juftifier. Là - deffus
elle lui fit connoître
combien ſes ſoupçons étoient
indignes d'elle &
de lui ; que n'ayant point
défendu au Cavalier de
venir chez elle , elle n'avoit
pu refufer de le voir;
qu'un tel refus auroit été
une faveur pour lui ; que.
s'il le
fouhaitoit pourtant
, elle lui défendroit
V
GALANT. 59
fa maiſon pour jamais :
mais qu'il confiderât
combien il feroit peu
agreable pour elle , qu'-
un homme de cette forte
s'allât vanter dans le
monde qu'elle cuft rompu
avec lui , & laiſsât
croire qu'il y euft des
gens à qui il donnoit de
l'ombrage. L'amoureux
Comte étoit fi touché
des marques de tendreſſe
qu'on venoit de lui donner
, qu'il ſe feroit vo60
MERCURE
>
lontiers payé d'une plus
méchante raiſon . Il eut
honte de fes foupçons ,
& la pria lui- meſine de
ne point changer de conduite
. Il paffa ainfi quelques
jours à recevoir fans
ceffe de nouvelles affurances
qu'il étoit aimé ,
& il merita dans peu
qu'on lui accordât une
entrevue fecrete la nuit .
Le mari étoit à la campagne
pour quelque
temps ; & la Marquife ,
*
1
GALANT. 61
maîtreffe alors d'ellemeſme
, ne voulut pas
perdre une occafion fi
favorable de voir fon a
mant avec liberté . Le
jour que le Comte étoit
attendu chez elle fur les
neuf heures du foir , le
Confeiller foupant avec
lui , ( ce qu'il faifoit fort
fouvent ) voulut le mener
à une affemblée de
femmes du voisinage ,
qu'on regaloit d'un concert
de voix & d'inftru62
MERCURE
mens. Le Comte s'en
excufa , & ayant laiffé
fortir le Confeiller , qui
le preffa inutilement de
venir jouir de ce regal ,
il fe rendit chez la Dame
, qui les reçut avec
beaucoup de marques
d'amour
. Aprés quatre
heures d'une converfation
trés-tendre , il falut
fe féparer. Le Comte cut
fait à peine dix pas dans
la ruë , qu'il ſe vit ſuivi
d'un homme qui avoit le
GALANT. 63
vifage envelopé d'un
manteau . Il marcha toujours
; & s'il le regarda
comme un efpion , il eut
du moins le plaifir de
remarquer
qu'il étoit
trop grand pour être le
mari de la Marquife . En
rentrant chez lui , il trouva
encore le pretendu
cfpion , qu'il reconnut
enfin pour le Confeiller.
Les refus du jeune Comte
touchant le concert
de voix , lui avoit fait
64 MERCURE
croire qu'il avoit un rendez-
vous. Il le foupçonnoit
déja d'aimer la Marquife
, & fur ce foupçon
il etoit venu l'attendre à
quelques pas de fa porte
, & l'avoit vû fe couler
chez elle. Il y avoit
frapé auffitôt , & la fui-:
vante lui étoit venu dire
de la part de fa maîtreffe,
qu'un grand mal de tête
l'obligeoit à fe coucher ,
& qu'il lui étoit impoffible
de le recevoir. Par
cette
GALANT. 65
cette réponſe il avoit
compris tout le myftere.
Il fuivit le Comte dans
fa chambre , & lui ayam
declaré ce qu'il avoit fait
depuis qu'ils s'étoient
quittez : Vous avez pris ,
lui dit - il , de l'engagement
pour la Marquife ;
il faut qu'en fincere ami
je vous la faffe connoître.
J'ai commencé à l'aimer
avant que vous yinfficz
loger avec moy , &
quand elle a fçû nôtre
Avril 1714.
F
66 MERCURE
liaifon , elle m'a fait promettre
par tant de fermens
, que je vous ferois
un fecret de cet amour ,
que je n'ai ofé vous en
parler . Vous fçavez , me
difoit - elle , qu'il aime
une perfonne qui me hait
mortellement . Il ne manquera
jamais de lui apprendre
combien mon
coeur eft foible pour
vous. La diſcretion qu'-
on doit à un ami ne tient
guere contre la joye que
GALANT. 67
l'on a quand on croit
pouvoir divertir une
maîtreffe. La perfide
vouloit même que je lui
fuffe obligé de ce qu'elle
conſentoit à recevoir
vos vifites. Elle me recommandoit
fans ceffe
de n'aller jamais la voir
avec vous ; & quand
vous arriviez , elle affectoit
un air chagrin dont
je me plaignois quelquefois
à elle , & qu'apparemment
elle vous laif,
F ij
68 MERCURE
foit expliquer favorablement
pour vous . Mille
fignes & mille geſtes ,
qu'elle faifoit dans ces
temps - là , nous étoient
t
fans doute communs . Je
rappelle préfentement
une infinité de chofes
que je croyois alors indifferentes
, & je ne doute
point qu'elle ne fe foit
fait un merite auprés de
vous , de la partie qu'elle
fit il y a quelque temps
de fouper ici . Cependant
GALANT . 69
quand elle vous vit engagé
dans le jardin avec
fon mari , quels tendres
reproches ne me fit- elle
point d'être revenu ' fi
tard de la campagne , &
de l'avoir laiffée filongtemps
avec un homme
qu'elle n'aimoit pas !
Hier même encore qu'-
elle me préparoit avec
vous une trahiſon ſi noire
elle eut le front de
vous faire porteur d'une
lettre , par laquelle elle
70 MERCURE
me donnoit un rendezvous
pour ce matin ,
vous difant que c'étoit
un papier que fon mari
l'avoit chargée en partant
de me remettre. Le
Comte étoit fi troublé
de tout ce que le Confeiller
lui difoit , qu'il
n'eut pas la force de l'interrompre.
Dés qu'il fut
remis , il lui apprit comme
fon amour au commencement
n'étoit qu'
un jeu , & comme dés
GALANT. 71
S
lors la Marquife lui avoit
fait les mêmes loix
de difcretion qu'à lui.
Ils firent enfuite d'autres
éclairciffemens , qui
découvrirent au Comte
qu'il ne devoit qu'à la
coquetterie de la Dame
ce qu'il croyoit devoir à
fa paffion ; car c'étoit le
Confeiller qui avoit exigé
d'elle qu'elle ne vît
plus tant de monde , &
fur- tout qu'elle éloignât
fon troifiéme amant ; &
72 MERCURE
ils trouverent que quand
elle l'eut rappellé , elle
avoit allegué le même
pretexte
au Confeiller
qu'au Comte , pour continuer
de le voir. Il n'y
a gueres
d'amour
à l'épreuve
d'une telle perfidie
; auffi ne fe piquerent-
ils pas de conftance
pour une femme qui la
méritoit fi peu . Le Comte
honteux de la trahifon
qui'l avoit faite à fa premiere
maitreſſe , refolut
de
GALANT .
73
de n'avoir plus d'affiduitez
que pour elle feule ,
& le Confeiller fut bientôt
determiné fur les mefures
qu'il avoit à prendre
mais quelque promeffe
qu'ils fe fillent l'un
à l'autre de ne plus voir
la Marquife , ils ne purent
fe refufer le foulagement
de lui faire des reproches.
Dés qu'il leur
parut qu'ils la trouveroient
levée , ils fe tendirent
chez elle . Le
Avril
1714.
G
74 MERCURE
Comte lui dit d'abord ,
que le Confeiller étant
fon ami , l'avoit voulu
faire profiter du rendezvous
qu'elle lui avoit
donné , & qu'ainſi elle
ne devoit pas s'étonner
s'ils venoient enſemble .
Le Conſeiller prit aufſi.
tôt la parole , & n'oublia
rien de tout ce qu'il
crut capable de faire
honte à la Dame , & de
le vanger de fon infidelité.
Il lui remit devant
M
GALANT . 75
les yeux l'ardeur fincere
avec laquelle il l'avoit
aimée , les marques de
paffion qu'il avoit reçûës
d'elle , & les fermens
: qu'elle lui avoit tant de
I fois reiterez de n'aimer
jamais que lui . Elle l'écouta
fans l'interrompre
; & ayant pris fon
parti pendant qu'il parloit
: Il eft vrai , lui ré-
#pondit - elle d'un air
moins embaraffé que jamais
, je vous avois pro-
Gij
76 MERCURE
mis de n'aimer que vous :
mais vous avez attiré
Monfieur le Comte dans
ce quartier , vous l'avez
amené chez moy , & il
eft venu à m'aimer .D'ailleurs
, de quoy pouvezvous
vous plaindre ?
Tout ce qui a dépendu
de moy pour vous rendre
heureux , je l'ai fait.
Vous fçavez vous - même
quelles précautions
j'ai prifes pour vous cacher
l'un à l'autre vôtre
GALANT . 77
paffion . Si vous l'aviez
fçûë , vôtre amitié vous
auroit coûté des violences
ou des remords , que
ma bonté & ma prudence
vous ont épargnez .
N'eft- il pas vrai qu'avant
cette nuit , que vous aviez
épić Monfieur le
Comte , vous étiez tous
deux les amans du monde
les plus contens ? Suisje
coupable de vôtre indifcrétion
Pourquoy me
venir chercher le foir ?
Giij
78 MERCURE
Ne vous avois - je pas averti
par une lettre que
je donnai à Monfieur le
Comte , de ne venir que
ce matin ? Tout cela fut
dit d'une maniere fi lipeu
déconcerbre
, &
fi
tée
, que
ce
trait
leur
fit
connoître la Dame encore
mieux qu'ils n'avoient
fait . Ils admirerent
un caractere fi particulier
, & laifferent à
qui le voulut la liberté
d'en être la dupe . La
"
GALANT. 79
Marquife fe confola de
leur perte , en faiſant
croire au troifieme amant
nouvellement rappellé
, qu'elle les avoit
bannis pour lui ; & comme
elle ne pouvoit vivre
fans intrigue , elle en fit
· bientôt une nouvelle .
nouvelle.
U
LYON
N jeune Comte ,
d'une des meilleures
Maifons
du Royaume , s'étant
nouvellement établi das
Avril 1714. A ij
4 MERCURE
un quartier où le jeu &
la galanterie regnoient
également , fut obligé
d'y prendre parti comme
les autres ; & parce
que fon coeur avoit des
engagemens ailleurs , il
fe declara pour le jeu ,
comme pour fa paffion
dominante mais le peu
d'empreffement qu'il y
avoit , faifoit affez voir
qu'il fe contraignoit , &
l'on jugea que c'étoir un
homme qui ne s'attaGALANT
.
S
choit à rien , & qui dans
la neceffité de choiſir
avoit encore mieux aimé
cet amuſement, que
de dire à quelque belle
ce qu'il ne fentoit pas .
Un jour une troupe de
jeunes Dames qui ne
joüoient point , l'entreprit
fur fon humeur indifferente.
Il s'en défendit
le mieux qu'il put ,
alleguant fon peu de
merite , & le peu d'ef
perance qu'il auroit d'ê-
A iij
6 MERCURE
tre heureux en amour :
mais on lui dit que
quand il fe connoîtroit
affez mal pour avoir une
fi méchante opinion de
lui - même , cette raiſon
feroit foible contre la
vûë d'une belle perfonne
; & là - deffus on le
menaça des charmes d'u
ne jeune Marquife , qui
demeuroit dans le voifinage
, & qu'on attendoit.
Il ne manqua pas de leur
repartir qu'elles-mêmes
GALANT.
7.
ne fe connoiffoient point
affez , & que s'il pouvoit
échaper au peril où il
fe trouvoit alors , il ne
devoit plus rien craindre
pour fon coeur . Pour
réponse à fa galanterie ,
elles lui montrerent la
Dame dont il étoit queftion
, qui entroit dans
ce moment . Nous parlions
de vous , Madame ,
lui dirent - elles en l'appercevant
. Voici un indifferent
que nous vous
A iiij
8 MERCURE
donnons à convertir :
Vous y êtes engagée
d'honneur ; car il femble
yous défier auffi - bien
que nous. La Dame &
le jeune Comte ſe reconnurent
, pour s'être
vûs quelquefois à la campagne
chez une de leurs
amies . Elle étoit fort convaincuë
qu'il ne meritoit
rien moins que le
reproche qu'on luy faifoit
, & il n'étoit que
trop ſenſible à ſon gré :
GALANT. 9
mais elle avoit les raifons
pour feindre de croire
ce qu'on lui difoit.
C'étoit une occafion de
commerce avec un homme
, fur lequel depuis
long - temps elle avoit
fait des deffeins qu'elle
n'avoit pû executer . Elle
lui trouvoit de l'efprit
& de l'enjouement , &
elle avoit hazardé des
complaisāces pour beaucoup
de gens qui afſurément
ne le valoient
to MERCURE
pas : mais fon plus grand
merite étoit l'opinion
qu'elle avoit qu'il fût aimé
d'une jeune Demoifelle
qu'elle haïffoit , &
dont elle vouloit fe vanger.
Elle prit donc fans
balancer le parti qu'on
lui offroit ; & aprés lui
avoit dit qu'il faloit qu'-
on ne le crût pas bien
endurci , puis qu'on s'adreffoit
à elle pour le
toucher , elle entreprit
de faire un infidele , fous
GALANT . 11
pretexte de convertir un
indifferent. Le Comte
aimoit paffionsément la
Demoiſelle dont on le
croyoit aimé, & il tenoit
à elle par des
engagemens
fi puiffans
, qu'il
ne craignoit
pas que rien
l'en pût détacher
. Sur
tout il fe croyoit
fort en
fûreté contre les charmes
de la Marquife. Il
la connoiffoit pour une
de ces coquettes de profeffion
qui veulent , à
12 MERCURE
quelque prix que ce ſoit ,
engager tout le monde ,
& qui ne trouvent rien
de plus honteux que de
manquer une conquête .
Il fçavoit encore quedepuis
peu elle avoit un
amant , dont la nouveauté
faifoit le plus grand
merite , & pour qui elle
avoit rompu avec un
autre qu'elle aimoit depuis
long - temps , & à
qui elle avoit des obligations
effentielles . Ces
と
GALANT .
13
connoiffances lui fmbloient
un remede affuré
contre les tentations
les plus preffantes. La
Dame l'avoit affez veu
pour connoître quel étoit
fon éloignement
pour des femmes
de fon
caractere
: mais cela ne
fit que flater fa vanité.
Elle trouva plus de gloire
à triompher
d'un
coeur qui devoit être fi
bien défendu. Elle lui
fit d'abord
des reproches
14 MERCURE
de ne l'eftre pas venu
voir depuis qu'il étoit
dans le quartier , & l'engagea
à reparer fa faute
dés le lendemain . Il
alla chez elle , & s'y fit
introduire par un Confeiller
de fes amis , avec
qui il logcoit , & qui
avoit des liaiſons étroites
avec le mari de la
Marquife, Les honneftetez
qu'elle lui fit l'obligerent
enfuite d'y aller
plufieurs fois fans inGALANT.
15
troducteur ; & à chaque
yifite la Dame mit en
ufage tout ce qu'elle
crut de plus propre à .
l'engager. Elle trouva
d'abord toute la refiftance
qu'elle avoit attendue.
Ses foins , loin .
de faire effet , ne lui attirerent
pas feulement
une parole qui tendît à
une declaration : mais
elle ne defefpera point
pour cela du pouvoir de
fes charmes ; ils l'avoient
16 MERCURE
fervie trop fidelement en
d'autres occafions
, pour
ne lui donner pas lieu
de fe flater d'un pareil
fuccés en celle - ci ; elle
crut mefme remarquer
bientôt qu'elle ne s'étoit
pas trompée. Les vifites
du Comte furent
plus frequentes : elle lui
trouvoit un enjouëment
que l'on n'a point quand
on n'a aucun deffein de
plaire.Mille railleries divertissantes
qu'il faifoit
fur
+
GALANT . 17
für fon nouvel amant ;
le chagrin qu'il témoignoit
quand il ne pouvoit
eftre feul avec elle ;
Fattention qu'il preftoit.
aux moindres chofes
qu'il luy voyoit faire :
tout cela lui parut d'un
augure merveilleux , &
il eft certain que fi elle
n'avoit pas encore le
coeur de ce pretendu indifferent
, elle occupoit.
du moins fon efprit . Ih
alloit plus rarement chez
Avril 1714. B :
18 MERCURE
la Demoiſelle qu'il aimoit
, & quand il étoit
avec elle, il n'avoit point
d'autre foin , que de faire
tomber le difcours fur
la Marquife . Il aimoit
mieux railler d'elle que
de n'en rien dire . Enfin
foit qu'il fût feul , ou
en compagnie , fon idée
ne l'abandonnoit jamais
. Quel dommage ,
difoit - il quelquefois
que le Ciel ait répandu
tant de graces dans une
,
GALANT . 19
coquette ? Faut - il que la
voyant fi aimable , on
ait tant de raiſon de ne
point l'aimer ? Il ne pouvoit
lui pardonner tous
fes charmes ; & plus il
lui en trouvoit , plus il
croyoit la haïr. Il s'oublia
même un foir jufques
à lui reprocher fa
conduite , mais avec une
aigreur qu'elle n'auroit,
pas ofé efperer fitoft. A
quoy bon , lui dit- il ,
Madame , toutes ces oil-
Bij
20 MERCURE
lades & ces manieres étu
diées que chacun regarde
, & dont tant de gens
fe donnent le droit de
parler Ces foins de
chercher à plaire à tout
le monde , ne font pardonnables
qu'à celles à
qui ils tiennent lieu de
beauté . Croyez - moy ,
Madame , quittez des
affectations qui font indignes
de vous. C'étoit
où on l'attendoit . La
Dame étoit trop habile
GALANT. 2ม1
pour ne diftinguer past
les confeils de l'amitié
des reproches de la jaloufie
. Elle lui en marqua
de la reconnoiſſance
, & tâcha enfuite de
lui perfuader que ce qui
paroiffoit coquetterie ,
n'étoit en elle que la
crainte
d'un veritable
attachement ; que du
naturel dont elle fe connoiffoit
, elle ne pourroit
être heureufe dans.
un engagement , parce
22 MERCURE
qu'elle ne ſe verroit jamais
aimée , ni avec la
même fincerité , ni avec
la même delicateſſe dont
elle fouhaiteroit de l'être
, & dont elle fçavoit
bien qu'elle aimeroit .
Enfin elle lui fit an faux
portrait de fon coeur , qui
fut pour lui un veritable
poifon. Il ne pouvoit
croire tout à fait qu'elle
fût fincere : mais il ne
pouvoit s'empefcher de
le fouhaiter. Il cherGALANT.
23
choit des
apparences
ce qu'elle
lui difoit , &
il lui rappelloit
mille actions
qu'il lui avoit vû
faire , afin qu'elle les juſtifiât
; & en effet , fe fervant
du pouvoir qu'elle
commençoit à prendre
fur lui , elle y donna
des couleurs qui diffiperent
une partie de fes
foupçons mais qui
pourtant n'auroient pas
trompé un homme qui
cuft moins fouhaité de
24 MERCURE
l'eftre. Cependant, ajouta-
t- elle d'un air enjoüé ,
je ne veux pas tout à fait
difconvenir d'un défaut
qui peut me donner lieu
de vous avoir quelque
obligation . Vous fçavez
ce que j'ai entrepris pour
vous corriger de celui
qu'on vous reprochoit .
Le peu de fuccés que j'ai
eu ne vous diſpenſe pas
de reconnoître mes bonnes
intentions , & vous
me devez les mefmes
foins.
GALANT. 25
foins . Voyons fi vous ne
ferez pas plus heureux à
fixer une inconftante ,
que je l'ay été à toucher
un infenfible. Cette propofition
, quoique faite
en riant , le fit rentrer en
lui - mefme , & alarma
d'abord fa fidelité . Il vit
qu'elle n'avoit peut - eftre
que trop reüffi dans
fon entrepriſe , & il reconnut
le danger où il
étoit : mais fon penchant
commençant à lui ren-
Avril 1714.
C
26 MERCURE
dre ces reflexions facheuſes
, il tâcha bientôt
à s'en délivrer . Il
penfa avec plaifir que fa
crainte étoit indigne de
lui , & de la perfonne
qu'il aimoit depuis fi
long- temps . Sa delicateffe
alla meſme juſqu'à
fe la reprocher
comme
une infidelité
; & aprés
s'eftre dit à foy- meſme
,
que c'étoit déja eſtre inconftant
que de craindre
de changer , il embraſſa
GALANT . 27
avec joye le parti qu'on
lui offroit . Ce fut un
commerce fort agreable
de part & d'autre. Le
pretexte qu'ils prenoient
rendant leur empreffement
un jeu , ils goutoient
des plaifirs qui
n'étoient troublez d'aucuns
fcrupules. L'Italien
, qu'ils fçavoient tous
deux , étoit l'interprete :
de leurs tendres fentimens.
Ils ne fe voyoient
jamais qu'ils n'euffent à
Cij
28 MERCURE
fe donner un billet en
cette langue ; car pour
plus grande feureté, ils
étoient convenus qu'ils
ne s'enverroient jamais
leurs lettres . Sur - tout
elle lui avoit défendu dé
parler de leur commerce
au Confeiller avec qui
il logcoit , parce qu'il
étoit beaucoup plus des
amis de fon mari que des
fiens , & qu'autrefois ,
fur de moindres apparences,
il lui avoit donné
GALANT . 29
des foupçons d'elle fort
defavantageux . Elle lui
marqua même des heures
où il pouvoit le moins
craindre de les rencontrer
chez elle l'un ou
l'autre , & ils convinrent
de certains fignes d'intelligence
pour les temps
qu'ilsyferoient. Cemyf
tere étoit un nouveau
charme pour le jeune
Comte. La Marquife
prit enfuite des manieres
fiéloignées d'une co-
C
iij
30 MERCURE
quette , qu'elle acheva
bientoft
de le perdre
.
Jufques là elle avoit eu
un de ces caracteres enjoüez
, qui reviennent
quafi à tout le monde ,
mais qui deſeſperent un
amant ; & elle le quitta
pour en prendre un tout
oppofé , fans le lui faire
valoir comme un facri.
fice . Elle écarta fon nouvel
amant , qui étoit un
Cavalier fort bien fait .
Enfin loin d'aimer l'éGALANT.
31
clat , toute fon application
étoit d'empêcher
qu'on ne s'apperçût de
l'attachement que le
Comte avoit pour elle :
mais malgré tous fes
foins, il tomba unjour de
ſes poches une lettre que
fon mari ramaffa fans
qu'elle y prît garde . 11
n'en connut point le caractere
, & n'en entendit
pas le langage : mais ne
doutant pas que ce ne
fût de l'Italien , il courut
Ciiij
32 MERCURE
chez le Conſeiller , qu'il
fçavoit bien n'être pas
chez lui , feignant de lui
vouloir
communiquer
quelque affaire . C'étoit
afin d'avoir occafion de
parler au Comte , qu'il
ne foupçonnoit point
d'être l'auteur de la lettre
, parce qu'elle étoit
d'une autre main. Pour
prévenir les malheurs
qui arrivent quelquefois
des lettres perduës , le
Comte faifoit écrire touGALANT
. 33
tes celles qu'il donnoit à
la Marquise par une perfonne
dont le caractere
étoit inconnu . Il lui avoit
porté le jour precedent
le billet Italien
dont il s'agiffoit. Il étoit
écrit fur ce qu'elle avoit
engagé le Confeiller à
lui donner
à fouper ce
même jour- là ; & parce
qu'elle avoit fçû qu'il
devoit aller avec fon mari
à deux lieuës de Paris
l'apréfdînée , & qu'ils
34 MERCURE
n'en reviendroient que
fort tard , elle étoit convenue
avec ſon amant
qu'elle fe rendroit chez
lui avant leur retour. La
lettre du Comte étoit
pour l'en faire fouvenir ,
& comme un avantgoût
de la fatisfaction qu'ils
promettoient cette fe
foirée. Le mari n'ayant
point trouvé le Confeiller
, demanda le Comte .
Dés qu'il le vit , il tira
de fa poche d'un air emGALANT
.
35
preffé quantité de papiers
, & le pria de les
lui remettre quand il
féroit revenu. Parmi ces
papiers étoit celui qui
lui donnoit tant d'agitation
. En voici un , lui
dit- il en feignant de s'être
mépris , qui n'en eſt
pas. Je ne fçai ce que
c'eft , voyez fi vous l'entendrez
mieux que moy :
& l'ayant ouvert , il en
lut lui - mefme les premie-i
res lignes , de peur que
36 MERCURE
le Comte
jettant les
yeux fur la fuite , ne connût
la part que la Marquife
y pouvoit avoir ,
& que la crainte de lui
apprendre de fâcheufes
nouvelles , ne l'obligeât
à lui déguifer la verité.
Le Comte fut fort furpris
quand il reconnut
fa lettre. Untrouble foudain
s'empara de fon efprit
, & il eut befoin que
le mari fût occupé de fa
lecture , pour lui donner
(
GALANT. 37
le temps de fe remettre .
Aprés en avoir entendu
le commencement : Voila
, dit - il , contrefaifant
¡ l'étonné , ce que je chersche
depuis long - temps .
C'est le rôle d'une fille
qui ne fçait que l'Italien ,
- & qui parle à ſon amant
qui ne l'entend pas . Vous
a
aurez veu cela dans une
Comedie Françoiſe qui
a paru cet hyver. Mille
gens me l'ont demandé ,
& il faut que vous me
38.
MERCURE
faffiez le plaifir de me
le laiffer. J'y confens , lui
répondit le mari , pourveu
que vous le rendiez
à ma femme , car je croy
qu'il eft à elle. Quand le
jeune Comte crut avoir
porté affez loin la crédulité
du mari , il n'y
eut pas un mot dans ce
prétendu rôle Italien ,
dont il ne lui voulût faire
entendre l'explication
: mais le mari ayant
ce qu'il fouhaitoit , béGALANT.
39
nit le Ciel en lui - mefme
de s'être trompé fi
heureuſement , & s'en
alla où l'appelloient fes
affaires . Auffitôt qu'il
e fut forti , le Comte courut
à l'Eglife , où il étoit
fûr de trouver la Dame ,
qu'il avertit par un bilelet
, qu'il lui donna ſecretement
, de ce qui ve-
-noit de fe paffer , & de
1
l'artifice dont il s'étoit
fervi pour retirer fa let
tre. Elle ne fut pas fitôt
40 MERCURE
rentrée chez elle , qu'elle
.mit tous les domeſtiques
à la quête du papier , &
fon mari étant de retour,
elle lui demanda . Il lui
avoüa qu'il l'avoit trouvé
, & que le Comte en
ayant beſoin , il lui avoit
laiffé entre les mains .
Me voyez- vous des curiofitez
femblables pour
les lettres que vous recevez
, lui répondit- elle
d'un ton qui faifoit paroître
un peu de colere ?
Si
GALANT 41
Si c'étoit un billet tendre
, fi c'étoit un rendezvous
que l'on me donnât
, feroit - il , agréable.
que vous nous vinffiez
troubler ? Son mari lui
dic en l'embraffant , qu'il
fçavoit fort bien ce que
c'étoit ; & pour l'empêcher
de croire qu'il l'eût
foupçonnée , il l'affura
qu'il avoit cru ce papier
à lui lors qu'il l'avoit ramaffe.
La Dame ne borna
pas fon reffentiment
Avril 1714. D
42 MERCURE
à une raillerie de cette
nature . Elle fe rendit
chez le Comte de meilleure
heure qu'elle n'auroit
fait . La commodité
d'un jardin dans cette
maiſon étoit un
pretexte
pour y aller avant le
temps du foupé. La jaloufie
dans un mari eft
un défaut fi blâmable ,
quand elle n'eft pas bien
fondée , qu'elle fe fit un
devoir de juftifier ce que
le fien lui en avoit fait
J
GALANT. 43
paroître. Tout favorifoit
un fi beau deffein ;
toutes fortes de témoins
étoient éloignez , & le
Comte & la Marquiſe
pouvoient le parler en
liberté. Ce n'étoit plus
par des lettres & par des
fignes qu'ils exprimoient
leur tendreffe . Loin d'avoir
recours à une langue
étrangere , à peine
trouvoient - ils qu'ils
fçuffent affez bien le
François pour fe dire
Dij
44 MERCURE
tout ce qu'ils fentoient ;
& la défiance du mari
leur rendant tout légitime
, la Dame eut des
complaifances pour le
jeune Comte , qu'il n'auroit
pas ofé efperer. Le
mari & le Confeiller étant
arrivez fort tard ,
leur firent de grandes excufes
de les avoir fait fi
long - temps attendre.
On n'eut pas de peine à
les recevoir
, parce que
jamais on ne
s'étoit
4.
GALANT . 45
moins impatienté . Pendant
le foupé leurs yeux
firent leur devoir admirablement
; & la contrainte
où ils fe trouvoient
par la préſence
de deux témoins incommodes
, prêtoit à leurs
regards une éloquence
qui les confoloit de ne
pouvoir s'expliquer avec
plus de liberté. Le mari :
gea
ayant quelque chofe à
dire au Comte
, l'engaà
venir faire avec lui
46 MERCURE
un tour de jardin . Le
Comte en marqua par
un coup d'oeil fon déplaifir
à la Dame , & la.
Dame lui fit connoître
par un autre figne combien
l'entretien du Confeiller
alloit la faire fouffrir.
On fe fepara . Jamais
le Comte n'avoit
trouvé de fi doux momens
que ceux qu'il paffa
dans fon tête - à - tête
avec la Marquife . Il la
quitta fatisfait au derGALANT
. 47
nier point :mais dés qu'il
fut ſeul , il ne put s'abandonner
à lui mefme
fans reffentir les plus
cruelles agitations. Que
n'eut- il point à fe dire
fur l'état où il furprenoit
fon coeur ! Il n'en étoit
pas à connoître que fon
trop de confiance lui avoit
fait faire plus de
chemin qu'il ne lui étoit
permis : mais il s'étoit
imaginé jufques là qu'-
un amuſement avec une
48 MERCURE
coquete ne pouvoit bleffer
en rien la fidelité qu'il
devoit à fa maîtreffe
. Il
s'étoit toujours repofé
fur ce qu'une femme qui
ne pourroit lui donner
qu'un coeur partagé , ne
feroit jamais capable
d'inſpirer au fien un vrai
amour ; & alors il commença
à voir que ce qu'il
avoit traité d'amufement
, étoit devenu une
paffion dont il n'étoit
plus le maitre. Aprés ce
qui
GALANT 49
qui s'étoit paffé avec la
Marquife
, il fe fût flaté
inutilement de l'efperance
de n'en être point
aimé uniquement , & de
bonne foy: Peut - être
même que des doutes
là - deffus auroient été
d'un foible fecours . Il
fongeoit fans ceffe à tout
ce qu'il lupavoit trouvé
de paffion , à cet air vif
& touchant qu'elle don-*
noit à toutes les actions ;
& 'ces réflexions enfin
Avril 1714.
*
E
fo MERCURE
jointes au peu de fuccés
qu'il avoit eu dans l'attachement
qu'il avoit
pris pour la premiere
maîtreffe , mirent fa raifon
dans le parti de fon
coeur, & diffiperent tous
fes remords. Ainfi il s'abandonna
fans fcrupule
à ſon penchant , & ne
fongea plus qu'à fe ménager
mille nouvelles
douceurs avec la Marquife
; mais la jalouſic
les vinte troubler lors
GALANT. S1
qu'il s'y étoit le moins
attendu. Un jour il la
furprit feule avec l'amant
qu'il croyoit qu'el
le cût banni ; & le Cavalier
ne l'eut pas fitôt
quittée , qu'il lui en fic
des reproches , comme
d'un outrage qui ne pouvoit
être pardonné . Vous
n'avez pû long - temps
vous démentir , lui ditil
, Madame. Lorfque
vous m'avez crû affez
engagé , vous avez cellé
E ij
52 MERCURE
de vous faire violence .
J'avoue que j'applaudif
fois à ma paſſion , d'avoir
pû changer vôtre
naturel ; mais des femmes
comme
vous ne
changent jamais. J'avois
tort d'efperer un miracle
en ma faveur . Il la pria
enfuite de ne ſe plus contraindre
pour lui , & l'aſfura
qu'il la laifferoit en
liberté de recevoir toutes
les vifites qu'il lui
plairoit . La Dame fe
GALANT.
$3
connoiffoit trop bien en
dépit , pour rien apprehender
de celui - là . Elle
en tira de nouvelles affurances
de fon pouvoir
fur le jeune Comte ; &
affectant une colere qu'-
elle n'avoit pas , elle lui
fic comprendre qu'elle
ne daignoit pas ſe juſtifier
, quoy qu'elle eût de
bonnes raifons , qu'elle
lui cachoit pour le punir.
Elle lui fit même
promettre plus pofitive-
E iij
$4 MERCURE
ment qc'il n'avoit fait ,
de ne plus revenir chez
elle. Ce fut là où il put
s'appercevoir combien il
étoit peu maître de ſa
paffion . Dans un moment
il fe trouva le feul
criminel ; & plus affligé
de l'avoir irritée par les
reproches , que de la trahifon
qu'il penfoit lui
eftre faite , il fe jetta à
fes genoux , trop heureux
de pouvoir efperer
le pardon , qu'il croyoit
GALANT .
$$
auparavant qu'on lui devoit
demander
. Par quelles
foumiffions ne tâcha
t- il point de le meriter !
Bien loin de lui remetles
tre devant les yeux
marques de paffion qu'il
avoit reçues d'elle , &
qui fembloient lui donner
le droit de ſe plaindre
, il paroiffoit les avoir
oubliées , ou s'il s'en
refſouvenoit , ce n'étoit
que pour le trouver cent
fois plus coupable . Il
E mij
56 MERCURE
n'alleguoit que l'excés
de fon amour qui le faifoit
ceder à la jalousie ,
& quien de pareilles occafions
ne s'explique jamais
mieux que par la
colere. Quand elle crut
avoir pouffé fon triomphe
affez loin , elle lui
jetta un regard plein de
douceur , qui en un moment
rendit à fon ame
toute fa tranquilité . C'eft
affez me contraindre ,
lui dit- elle ; auffi bien ma
•
"
GALANT. SZ
joye & mon amour commencent
à me trahir.
Non , mon cher Comte
, ne craignez point
que je me plaigne de vôtre
colere. Je me plaindrois
bien plutôt fi vous
n'en aviez point eu . Vos
reproches il est vrai ,
>
bleffent ma fidelité : mais
je leur pardonne ce qu'ils
ont d'injurieux , en faveur
de ce qu'ils ont de
paffionné. Ces affurances
de vôtre tendreffe m'é58
MERCURE
toient fi cheres , qu'elles
ont arrefté jufqu'ici l'im
patience que j'avois de
me juftifier. Là - deffus
elle lui fit connoître
combien ſes ſoupçons étoient
indignes d'elle &
de lui ; que n'ayant point
défendu au Cavalier de
venir chez elle , elle n'avoit
pu refufer de le voir;
qu'un tel refus auroit été
une faveur pour lui ; que.
s'il le
fouhaitoit pourtant
, elle lui défendroit
V
GALANT. 59
fa maiſon pour jamais :
mais qu'il confiderât
combien il feroit peu
agreable pour elle , qu'-
un homme de cette forte
s'allât vanter dans le
monde qu'elle cuft rompu
avec lui , & laiſsât
croire qu'il y euft des
gens à qui il donnoit de
l'ombrage. L'amoureux
Comte étoit fi touché
des marques de tendreſſe
qu'on venoit de lui donner
, qu'il ſe feroit vo60
MERCURE
>
lontiers payé d'une plus
méchante raiſon . Il eut
honte de fes foupçons ,
& la pria lui- meſine de
ne point changer de conduite
. Il paffa ainfi quelques
jours à recevoir fans
ceffe de nouvelles affurances
qu'il étoit aimé ,
& il merita dans peu
qu'on lui accordât une
entrevue fecrete la nuit .
Le mari étoit à la campagne
pour quelque
temps ; & la Marquife ,
*
1
GALANT. 61
maîtreffe alors d'ellemeſme
, ne voulut pas
perdre une occafion fi
favorable de voir fon a
mant avec liberté . Le
jour que le Comte étoit
attendu chez elle fur les
neuf heures du foir , le
Confeiller foupant avec
lui , ( ce qu'il faifoit fort
fouvent ) voulut le mener
à une affemblée de
femmes du voisinage ,
qu'on regaloit d'un concert
de voix & d'inftru62
MERCURE
mens. Le Comte s'en
excufa , & ayant laiffé
fortir le Confeiller , qui
le preffa inutilement de
venir jouir de ce regal ,
il fe rendit chez la Dame
, qui les reçut avec
beaucoup de marques
d'amour
. Aprés quatre
heures d'une converfation
trés-tendre , il falut
fe féparer. Le Comte cut
fait à peine dix pas dans
la ruë , qu'il ſe vit ſuivi
d'un homme qui avoit le
GALANT. 63
vifage envelopé d'un
manteau . Il marcha toujours
; & s'il le regarda
comme un efpion , il eut
du moins le plaifir de
remarquer
qu'il étoit
trop grand pour être le
mari de la Marquife . En
rentrant chez lui , il trouva
encore le pretendu
cfpion , qu'il reconnut
enfin pour le Confeiller.
Les refus du jeune Comte
touchant le concert
de voix , lui avoit fait
64 MERCURE
croire qu'il avoit un rendez-
vous. Il le foupçonnoit
déja d'aimer la Marquife
, & fur ce foupçon
il etoit venu l'attendre à
quelques pas de fa porte
, & l'avoit vû fe couler
chez elle. Il y avoit
frapé auffitôt , & la fui-:
vante lui étoit venu dire
de la part de fa maîtreffe,
qu'un grand mal de tête
l'obligeoit à fe coucher ,
& qu'il lui étoit impoffible
de le recevoir. Par
cette
GALANT. 65
cette réponſe il avoit
compris tout le myftere.
Il fuivit le Comte dans
fa chambre , & lui ayam
declaré ce qu'il avoit fait
depuis qu'ils s'étoient
quittez : Vous avez pris ,
lui dit - il , de l'engagement
pour la Marquife ;
il faut qu'en fincere ami
je vous la faffe connoître.
J'ai commencé à l'aimer
avant que vous yinfficz
loger avec moy , &
quand elle a fçû nôtre
Avril 1714.
F
66 MERCURE
liaifon , elle m'a fait promettre
par tant de fermens
, que je vous ferois
un fecret de cet amour ,
que je n'ai ofé vous en
parler . Vous fçavez , me
difoit - elle , qu'il aime
une perfonne qui me hait
mortellement . Il ne manquera
jamais de lui apprendre
combien mon
coeur eft foible pour
vous. La diſcretion qu'-
on doit à un ami ne tient
guere contre la joye que
GALANT. 67
l'on a quand on croit
pouvoir divertir une
maîtreffe. La perfide
vouloit même que je lui
fuffe obligé de ce qu'elle
conſentoit à recevoir
vos vifites. Elle me recommandoit
fans ceffe
de n'aller jamais la voir
avec vous ; & quand
vous arriviez , elle affectoit
un air chagrin dont
je me plaignois quelquefois
à elle , & qu'apparemment
elle vous laif,
F ij
68 MERCURE
foit expliquer favorablement
pour vous . Mille
fignes & mille geſtes ,
qu'elle faifoit dans ces
temps - là , nous étoient
t
fans doute communs . Je
rappelle préfentement
une infinité de chofes
que je croyois alors indifferentes
, & je ne doute
point qu'elle ne fe foit
fait un merite auprés de
vous , de la partie qu'elle
fit il y a quelque temps
de fouper ici . Cependant
GALANT . 69
quand elle vous vit engagé
dans le jardin avec
fon mari , quels tendres
reproches ne me fit- elle
point d'être revenu ' fi
tard de la campagne , &
de l'avoir laiffée filongtemps
avec un homme
qu'elle n'aimoit pas !
Hier même encore qu'-
elle me préparoit avec
vous une trahiſon ſi noire
elle eut le front de
vous faire porteur d'une
lettre , par laquelle elle
70 MERCURE
me donnoit un rendezvous
pour ce matin ,
vous difant que c'étoit
un papier que fon mari
l'avoit chargée en partant
de me remettre. Le
Comte étoit fi troublé
de tout ce que le Confeiller
lui difoit , qu'il
n'eut pas la force de l'interrompre.
Dés qu'il fut
remis , il lui apprit comme
fon amour au commencement
n'étoit qu'
un jeu , & comme dés
GALANT. 71
S
lors la Marquife lui avoit
fait les mêmes loix
de difcretion qu'à lui.
Ils firent enfuite d'autres
éclairciffemens , qui
découvrirent au Comte
qu'il ne devoit qu'à la
coquetterie de la Dame
ce qu'il croyoit devoir à
fa paffion ; car c'étoit le
Confeiller qui avoit exigé
d'elle qu'elle ne vît
plus tant de monde , &
fur- tout qu'elle éloignât
fon troifiéme amant ; &
72 MERCURE
ils trouverent que quand
elle l'eut rappellé , elle
avoit allegué le même
pretexte
au Confeiller
qu'au Comte , pour continuer
de le voir. Il n'y
a gueres
d'amour
à l'épreuve
d'une telle perfidie
; auffi ne fe piquerent-
ils pas de conftance
pour une femme qui la
méritoit fi peu . Le Comte
honteux de la trahifon
qui'l avoit faite à fa premiere
maitreſſe , refolut
de
GALANT .
73
de n'avoir plus d'affiduitez
que pour elle feule ,
& le Confeiller fut bientôt
determiné fur les mefures
qu'il avoit à prendre
mais quelque promeffe
qu'ils fe fillent l'un
à l'autre de ne plus voir
la Marquife , ils ne purent
fe refufer le foulagement
de lui faire des reproches.
Dés qu'il leur
parut qu'ils la trouveroient
levée , ils fe tendirent
chez elle . Le
Avril
1714.
G
74 MERCURE
Comte lui dit d'abord ,
que le Confeiller étant
fon ami , l'avoit voulu
faire profiter du rendezvous
qu'elle lui avoit
donné , & qu'ainſi elle
ne devoit pas s'étonner
s'ils venoient enſemble .
Le Conſeiller prit aufſi.
tôt la parole , & n'oublia
rien de tout ce qu'il
crut capable de faire
honte à la Dame , & de
le vanger de fon infidelité.
Il lui remit devant
M
GALANT . 75
les yeux l'ardeur fincere
avec laquelle il l'avoit
aimée , les marques de
paffion qu'il avoit reçûës
d'elle , & les fermens
: qu'elle lui avoit tant de
I fois reiterez de n'aimer
jamais que lui . Elle l'écouta
fans l'interrompre
; & ayant pris fon
parti pendant qu'il parloit
: Il eft vrai , lui ré-
#pondit - elle d'un air
moins embaraffé que jamais
, je vous avois pro-
Gij
76 MERCURE
mis de n'aimer que vous :
mais vous avez attiré
Monfieur le Comte dans
ce quartier , vous l'avez
amené chez moy , & il
eft venu à m'aimer .D'ailleurs
, de quoy pouvezvous
vous plaindre ?
Tout ce qui a dépendu
de moy pour vous rendre
heureux , je l'ai fait.
Vous fçavez vous - même
quelles précautions
j'ai prifes pour vous cacher
l'un à l'autre vôtre
GALANT . 77
paffion . Si vous l'aviez
fçûë , vôtre amitié vous
auroit coûté des violences
ou des remords , que
ma bonté & ma prudence
vous ont épargnez .
N'eft- il pas vrai qu'avant
cette nuit , que vous aviez
épić Monfieur le
Comte , vous étiez tous
deux les amans du monde
les plus contens ? Suisje
coupable de vôtre indifcrétion
Pourquoy me
venir chercher le foir ?
Giij
78 MERCURE
Ne vous avois - je pas averti
par une lettre que
je donnai à Monfieur le
Comte , de ne venir que
ce matin ? Tout cela fut
dit d'une maniere fi lipeu
déconcerbre
, &
fi
tée
, que
ce
trait
leur
fit
connoître la Dame encore
mieux qu'ils n'avoient
fait . Ils admirerent
un caractere fi particulier
, & laifferent à
qui le voulut la liberté
d'en être la dupe . La
"
GALANT. 79
Marquife fe confola de
leur perte , en faiſant
croire au troifieme amant
nouvellement rappellé
, qu'elle les avoit
bannis pour lui ; & comme
elle ne pouvoit vivre
fans intrigue , elle en fit
· bientôt une nouvelle .
Fermer
Résumé : AVANTURE nouvelle.
En avril 1714, un jeune comte, issu d'une famille prestigieuse du Royaume, s'installe dans un quartier de Lyon où le jeu et la galanterie dominent. Bien qu'il préfère le jeu, il n'y joue pas avec passion. Un groupe de jeunes dames tente de l'intéresser à l'amour, mais il se défend en invoquant son manque de mérite et d'espoir en amour. Elles lui parlent alors d'une jeune marquise voisine qu'elles attendent. Un jour, les jeunes dames montrent au comte la marquise en question, qui entre dans la pièce. Le comte et la marquise se reconnaissent, ayant déjà été présentés à la campagne chez une amie commune. La marquise, convaincue que le comte ne mérite pas les reproches qu'on lui fait, décide de profiter de cette occasion pour engager une relation avec lui. Elle voit en lui un homme d'esprit et d'enjouement, et elle est motivée par le désir de se venger d'une jeune demoiselle qu'elle hait et dont elle croit que le comte est amoureux. Le comte, quant à lui, est passionnément amoureux de cette demoiselle et ne craint pas de se laisser séduire par la marquise, qu'il connaît pour une coquette professionnelle. Cependant, la marquise, flattée par le défi, entreprend de le séduire. Elle l'invite chez elle et utilise divers stratagèmes pour le charmer. Le comte, malgré ses résistances initiales, finit par se laisser séduire par les attentions de la marquise. La marquise utilise des billets en italien pour communiquer avec le comte, évitant ainsi les soupçons. Elle prend des précautions pour éviter que leur relation ne soit découverte, notamment en fixant des heures où ils peuvent se voir sans risque. Le comte, de son côté, fait écrire ses lettres par une personne dont l'écriture est inconnue pour éviter les malentendus. Un jour, le mari de la marquise trouve une lettre italienne dans les poches de sa femme. Ne comprenant pas l'italien, il la montre au comte, feignant de ne pas savoir de quoi il s'agit. Le comte, pris de court, doit improviser une explication. La lettre est en réalité un message du comte à la marquise, lui rappelant un rendez-vous qu'ils doivent avoir. Le mari, sans se douter de la vérité, remet la lettre au comte, qui doit alors trouver une manière de se sortir de cette situation délicate. Le mari, un conseiller, découvre la liaison en suivant le comte jusqu'à la maison de la marquise. Il confronte le comte et révèle qu'il aime également la marquise depuis longtemps. Le comte est troublé mais apprend que la marquise avait imposé la discrétion à tous deux. Ils décident de clarifier leurs sentiments et leurs actions passées. La marquise avait été contrainte par le conseiller de se séparer de son troisième amant, mais elle avait continué à le voir en utilisant le même prétexte auprès du conseiller et du comte. Lorsque le comte et le conseiller découvrirent cette perfidie, ils décidèrent de ne plus avoir confiance en elle. Le comte, honteux de sa trahison envers sa première maîtresse, résolut de n'avoir plus d'attache que pour elle. Le conseiller prit également des mesures, mais malgré leurs promesses de ne plus voir la marquise, ils ne purent s'empêcher de lui faire des reproches.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 88-92
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure.
Début :
J'eus le plaisir il y a quelques jours, Messieurs, de souper avec des personnes [...]
Mots clefs :
Bons mots, Italien, Auditeurs
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure.
LETTRE écrite aux Auteurs du
Mercure.
J 'Eus le plaisir il y a quelques jours ,
Meilleurs , de íòuper avec des per
sonnes d'esprit & de merite , qui s'eatretinrent
long .temps fur le Mercure.
On en dit du bien & du mal , comme
vous fçayez que l'on en dit des meilleurs
ouvrages quand on en parie en pleine
liberté.
L'un des convives dit qu'il manquait
un. article essentiel au Mercure, c'est
l'Article dei bons motu Nôtre nation ,
jdit.il , est naturellement yive, & se
conde en reparties plaiíantes , & íëníëes,
qui
JANVIER 1714»
^ui mericeroient d'être exactement re
cueillies. Mais par malheur ce font des
fleurs qui meurent d'abord qu'elles font
écloses. Le Mercure devroit les faire vi
vre éternellement. Il arriveroït même ,
continua.t'il , que s'il y avoit tous les
mois un ReciieH judicieux de cinq ou
íìx bons mots , on pourroit au bout ' de
quelques années extraire des Mercures
un juste volume , qui en ce genre auroit
son prix.
Cet avis fut generalement applaudi ,
Se je fus chargé , Meilleurs , de vous le
communiquer , &c de vous prier d'invi
ter le Public, & -surtout les habitans des
pays qui font au.delà de la Loire de vous
envoyer les bons mots qui échapent en
tout genre dans les converlâtions , dans
les plaidoyers , dans les lettres , Sec.
Je vais , Meilleurs , en attendant vous
en communiquer quelques-uns qui ne
lônt pas dans les Recueils publiez.
Un Seigneur d'Angleterre haï d'un
Ministre , fut injustement accusé d'avoir
tíempé dans une conípiration contre le
Roy. En coníéquence de cette accuíation
H fut injustement puni de mort. Pendant
le procès fa femme ne fit aucune démar
che pour travailler à fa justification.
Quelque temps après ses enfans trama.
rcnt^une veritable conípiration contre le
E Mi
5>o MERCURE DE FRANCE.
Ministre , & résolurent de l'assaslinër..
Ils furent découverts , & pendant qu'on
leur faisoit leur procès la mere sollicitpit
vivement pour eux. Le Ministre
lui dit un jour: D'où vient, Mada
me, que vous sollicitez. fi vivement pour
vos enfans , & qu'on ne vous a p oint
vue ici pendant l'affaire de vôtre mari,
C'est que mon mari n étoit point coupable ,
répondit elle.
Une Dame de Provence disoit qu'elle
n'aimoit pas les hommes de belle taille,
qu'elle auroit plus de goût pour un hom
me d'une taille un peu au.dessous de la
mediocre. Un homme fort grand qui étok
present à ce Diícours en fut piqué , &
s'en vengea en rendant des lôins à cette
Dame. Les mêmes Diícours continue
rent long.temps de la part de la Dame ,
& les soins furent redoublez de la parc
du Cavalier. Un jour qu'il la trouva sou
le, apfès quelques discours generaux , la
conversation tomba , & la Dame parut
rêveuse , le Cavalier lui demanda poli
ment à quoi elso réyoit , songi , lui ditelle
en Provençal , qué vous fi tous
les jours plus picbon ; c'est-à.dire , je
songe que vous devenez. tous les jours plus
petit.
Un Bourgeois de Paris voyoit rire un
Savetier qui demeuroit auprès de chez:
JANVIER 1714. íi
lui presque toutes les fois qu'il pasioic
jUn jour que cela l'impatienta plus qu'à
l'ordinaire : d'où vient , lui dit.il , que
tu ris toutes les fois que je passe ? Se
d'où vient, lui répondit brusquement le
Savetier., que vous passez toutes les fois
que je ris.
Un Prédicateur qui prêchoit avec
beaucoup de feu , faisoit des grimaces à
ses Auditeurs. Ce défaut lui fut reproché
confidemment par un autre Prédicateur
xoncurrent. Le premier lui repartit d'un
.ton doux: Mon pere , vous voyez les
grimaces que je fais à mes Auditeurs
jnais vous ne voyez pas celles que vos
Auditeurs vous font.
Un Gentilhomme de Caen avoit un
-procès considerable au Parlement. Son
^Rapporteur aimoit paílìonnéilfent la Muiìque.
11 avoit beau le solliciter , il le
.trouvoit toujours à son Clavecin , un
livre de Muíique devant lui , & son pro
cès ne se raportoit point. Enfin las de
dtòlliciter , & las des promesses fans effet
xlu Rapporteur, il le pria de lui rendre
ion íâc, íôus quelque prétexte ; le Rap
porteur n'en voulut rien faire, & pro
mit de nouveau de raporter l'affaire. Le
client revient à la charge, & trouvant
encore M. le Conseiller avec un livre
Ae Musique, le pressa plus vivement ds
Eij ' 1««
92 MERCURE DE FRANCE.
lui remettre le sac du procès , mais qu'en
voulez.vous faire , dit le Rapporteur ?
je veux le faire .noter , repartit le Nor
mand , 8c le faire mettre en partition par
un habile Musicien que je connois. '
M. de S. H. Capitaine de Galere per
dit cent Louis à Gènes contre un Italien
avec qui il avpit joiié au Trente &.Qua
rante. Un de ses amis l'avertit qu'il avoir.
été friponné , & que ion joueur ne manr
quoit pas d'arranger quatre Cartes qui
faiíòieht justement quarante , & quand il
donnoit à couper , il mettoit fort habile
ment la coupe'delfus. M. de S. H. bien
instruit, se munit d'une quantité d'as dans
une de ses poches, &c va demander fa
revanche à son fripon , qui croyant avoir
trouvé sa dupe ne íè fait pas prier. On
joue, l'Italien fait fa manoeuvre , & nô
tre Marin fait la sienne, qui étoit en
coupant de glisser finement un as audessus
des Caftes. Il regagna ces cent
Louis, plus de cent pistolles au.delà , 8c
quitta. L'Italien outré de colere & de
dépit , en voulut sçavoir la raison , c'est
que je n'ai plus d'as , lui répondit froi
dement M. de S. H.
Mercure.
J 'Eus le plaisir il y a quelques jours ,
Meilleurs , de íòuper avec des per
sonnes d'esprit & de merite , qui s'eatretinrent
long .temps fur le Mercure.
On en dit du bien & du mal , comme
vous fçayez que l'on en dit des meilleurs
ouvrages quand on en parie en pleine
liberté.
L'un des convives dit qu'il manquait
un. article essentiel au Mercure, c'est
l'Article dei bons motu Nôtre nation ,
jdit.il , est naturellement yive, & se
conde en reparties plaiíantes , & íëníëes,
qui
JANVIER 1714»
^ui mericeroient d'être exactement re
cueillies. Mais par malheur ce font des
fleurs qui meurent d'abord qu'elles font
écloses. Le Mercure devroit les faire vi
vre éternellement. Il arriveroït même ,
continua.t'il , que s'il y avoit tous les
mois un ReciieH judicieux de cinq ou
íìx bons mots , on pourroit au bout ' de
quelques années extraire des Mercures
un juste volume , qui en ce genre auroit
son prix.
Cet avis fut generalement applaudi ,
Se je fus chargé , Meilleurs , de vous le
communiquer , &c de vous prier d'invi
ter le Public, & -surtout les habitans des
pays qui font au.delà de la Loire de vous
envoyer les bons mots qui échapent en
tout genre dans les converlâtions , dans
les plaidoyers , dans les lettres , Sec.
Je vais , Meilleurs , en attendant vous
en communiquer quelques-uns qui ne
lônt pas dans les Recueils publiez.
Un Seigneur d'Angleterre haï d'un
Ministre , fut injustement accusé d'avoir
tíempé dans une conípiration contre le
Roy. En coníéquence de cette accuíation
H fut injustement puni de mort. Pendant
le procès fa femme ne fit aucune démar
che pour travailler à fa justification.
Quelque temps après ses enfans trama.
rcnt^une veritable conípiration contre le
E Mi
5>o MERCURE DE FRANCE.
Ministre , & résolurent de l'assaslinër..
Ils furent découverts , & pendant qu'on
leur faisoit leur procès la mere sollicitpit
vivement pour eux. Le Ministre
lui dit un jour: D'où vient, Mada
me, que vous sollicitez. fi vivement pour
vos enfans , & qu'on ne vous a p oint
vue ici pendant l'affaire de vôtre mari,
C'est que mon mari n étoit point coupable ,
répondit elle.
Une Dame de Provence disoit qu'elle
n'aimoit pas les hommes de belle taille,
qu'elle auroit plus de goût pour un hom
me d'une taille un peu au.dessous de la
mediocre. Un homme fort grand qui étok
present à ce Diícours en fut piqué , &
s'en vengea en rendant des lôins à cette
Dame. Les mêmes Diícours continue
rent long.temps de la part de la Dame ,
& les soins furent redoublez de la parc
du Cavalier. Un jour qu'il la trouva sou
le, apfès quelques discours generaux , la
conversation tomba , & la Dame parut
rêveuse , le Cavalier lui demanda poli
ment à quoi elso réyoit , songi , lui ditelle
en Provençal , qué vous fi tous
les jours plus picbon ; c'est-à.dire , je
songe que vous devenez. tous les jours plus
petit.
Un Bourgeois de Paris voyoit rire un
Savetier qui demeuroit auprès de chez:
JANVIER 1714. íi
lui presque toutes les fois qu'il pasioic
jUn jour que cela l'impatienta plus qu'à
l'ordinaire : d'où vient , lui dit.il , que
tu ris toutes les fois que je passe ? Se
d'où vient, lui répondit brusquement le
Savetier., que vous passez toutes les fois
que je ris.
Un Prédicateur qui prêchoit avec
beaucoup de feu , faisoit des grimaces à
ses Auditeurs. Ce défaut lui fut reproché
confidemment par un autre Prédicateur
xoncurrent. Le premier lui repartit d'un
.ton doux: Mon pere , vous voyez les
grimaces que je fais à mes Auditeurs
jnais vous ne voyez pas celles que vos
Auditeurs vous font.
Un Gentilhomme de Caen avoit un
-procès considerable au Parlement. Son
^Rapporteur aimoit paílìonnéilfent la Muiìque.
11 avoit beau le solliciter , il le
.trouvoit toujours à son Clavecin , un
livre de Muíique devant lui , & son pro
cès ne se raportoit point. Enfin las de
dtòlliciter , & las des promesses fans effet
xlu Rapporteur, il le pria de lui rendre
ion íâc, íôus quelque prétexte ; le Rap
porteur n'en voulut rien faire, & pro
mit de nouveau de raporter l'affaire. Le
client revient à la charge, & trouvant
encore M. le Conseiller avec un livre
Ae Musique, le pressa plus vivement ds
Eij ' 1««
92 MERCURE DE FRANCE.
lui remettre le sac du procès , mais qu'en
voulez.vous faire , dit le Rapporteur ?
je veux le faire .noter , repartit le Nor
mand , 8c le faire mettre en partition par
un habile Musicien que je connois. '
M. de S. H. Capitaine de Galere per
dit cent Louis à Gènes contre un Italien
avec qui il avpit joiié au Trente &.Qua
rante. Un de ses amis l'avertit qu'il avoir.
été friponné , & que ion joueur ne manr
quoit pas d'arranger quatre Cartes qui
faiíòieht justement quarante , & quand il
donnoit à couper , il mettoit fort habile
ment la coupe'delfus. M. de S. H. bien
instruit, se munit d'une quantité d'as dans
une de ses poches, &c va demander fa
revanche à son fripon , qui croyant avoir
trouvé sa dupe ne íè fait pas prier. On
joue, l'Italien fait fa manoeuvre , & nô
tre Marin fait la sienne, qui étoit en
coupant de glisser finement un as audessus
des Caftes. Il regagna ces cent
Louis, plus de cent pistolles au.delà , 8c
quitta. L'Italien outré de colere & de
dépit , en voulut sçavoir la raison , c'est
que je n'ai plus d'as , lui répondit froi
dement M. de S. H.
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Résumé : LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure.
La lettre adressée aux auteurs du Mercure rapporte une conversation récente entre des personnes de mérite concernant cette publication. Un convive a souligné l'absence d'un article sur les bons mots, notant la richesse de la nation française en reparties plaisantes et fines. Il a proposé que le Mercure recueille ces bons mots pour les préserver éternellement, suggérant un recueil annuel. Cette idée a été bien accueillie, et l'auteur de la lettre a été chargé de la communiquer aux auteurs du Mercure, les invitant à recueillir des bons mots auprès du public, notamment ceux des régions au-delà de la Loire. L'auteur partage ensuite plusieurs exemples de bons mots. Un premier exemple concerne une femme dont le mari a été injustement condamné. Plus tard, lorsqu'elle plaide pour ses enfants impliqués dans une conspiration, elle explique qu'elle n'avait pas défendu son mari car il était innocent. Un autre exemple provient d'une dame de Provence qui préférait les hommes de petite taille, ce qui a conduit à une réplique humoristique d'un homme grand. Un bourgeois parisien a également échangé des répliques amusantes avec un savetier. Un prédicateur a riposté à une critique sur ses grimaces en soulignant celles de ses auditeurs. Un gentilhomme de Caen a utilisé une métaphore musicale pour presser un rapporteur de traiter son dossier. Enfin, un capitaine de galère a regagné de l'argent perdu au jeu en utilisant une ruse similaire à celle de son adversaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 541-543
« On trouve chez Delespine, pere & fils, Libraires, ruë S. Jacques, à l'Image saint [...] »
Début :
On trouve chez Delespine, pere & fils, Libraires, ruë S. Jacques, à l'Image saint [...]
Mots clefs :
Italien, Comédie
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texteReconnaissance textuelle : « On trouve chez Delespine, pere & fils, Libraires, ruë S. Jacques, à l'Image saint [...] »
On trouve chez Delefpine , pere & fils,
Libraires , rue S. Jacques , à l'image faint
Paul , les Voyages du Pere Labat , de
l'Ordre des Freres Prêcheurs , en Espagne
& en Italie , in - 12 . 8. volumes . L'Auteur
y fait une fidelle deſcription des endroits
où il a été ; il y a inferé une Defcription
de la Ville de Florence , &
des environs , qu'il a traduite de l'Italien
, & une Relation exacte de la Cour
de Rome , des Ceremonies qui s'y obſervent
du Pape , des Cardinaux , de tous
les Officiers du S. Siege , de leurs Jurifdictions
, Revenus & autres chofes qui
peuvent donner une idée parfaite de cette
Cour ; traduite de l'Italien du fieur Je
rêine
542 MERCURE
DE FRANCE
.
Tême Limadoro , Chevalier de l'Ordre de
S. Etienne , & Gentilhomme Siennois.
On peut juger de cet Ouvrage par la réputation
que l'Auteur s'eft acquife pare
mi les gens d'efprit & de mérite , 1730.
Le même Libraire a imprimé la Relation
des Fêtes données à Rome , au mois
de Novembre dernier , par le Cardinal
de Polignac , avec une Cantate en deux
Actes , dont les Paroles font de l'Abbé
Méthaftafe. Le tout traduit de l'Italien .
Le Breton , pere , Libraire , Quay de
Conty , près la rue Guenegaud , imprime
les Philofophes Amoureux , Comédie en
Vers & en cinq Actes , par M. Nericault
Deftouches , repréſentée pour la premiere
fois le 26. Novembre 1279. fur le Théatre
de la Comedie Françoife . L'Auteur
l'a retirée, craignant de trouver encore des
Spectateurs indifpofez contre lui , & il a
mieux aimé prendre pour juge le Lecteur
tranquille ; cette Piece fera en vente à la
fin du mois.
TRAITEZ GEOGRAPHIQUES ET
HISTORIQUES , pour faciliter l'intelligence
de l'Ecriture Sainte , par divers
Auteurs. A la Hays , chez Ga. Vander
Poel , 1730. 2. volumes.
L'HONM.
ARS. 1730. 545
L'HONNESTE HOMME , ou Recueil
de Pieces choifies fur differens ſujets ,
comme fur l'Amitié , l'Amour , la Galanterie
, le Mariage , la Morale , les Affaires
de Commerce , la Peinture , l'Hiftoire
, la Poëfie , &c. A Londres , chez
Innys , J. Knapton , &c. 3. vol. in- 8 . cm
Anglois.
Libraires , rue S. Jacques , à l'image faint
Paul , les Voyages du Pere Labat , de
l'Ordre des Freres Prêcheurs , en Espagne
& en Italie , in - 12 . 8. volumes . L'Auteur
y fait une fidelle deſcription des endroits
où il a été ; il y a inferé une Defcription
de la Ville de Florence , &
des environs , qu'il a traduite de l'Italien
, & une Relation exacte de la Cour
de Rome , des Ceremonies qui s'y obſervent
du Pape , des Cardinaux , de tous
les Officiers du S. Siege , de leurs Jurifdictions
, Revenus & autres chofes qui
peuvent donner une idée parfaite de cette
Cour ; traduite de l'Italien du fieur Je
rêine
542 MERCURE
DE FRANCE
.
Tême Limadoro , Chevalier de l'Ordre de
S. Etienne , & Gentilhomme Siennois.
On peut juger de cet Ouvrage par la réputation
que l'Auteur s'eft acquife pare
mi les gens d'efprit & de mérite , 1730.
Le même Libraire a imprimé la Relation
des Fêtes données à Rome , au mois
de Novembre dernier , par le Cardinal
de Polignac , avec une Cantate en deux
Actes , dont les Paroles font de l'Abbé
Méthaftafe. Le tout traduit de l'Italien .
Le Breton , pere , Libraire , Quay de
Conty , près la rue Guenegaud , imprime
les Philofophes Amoureux , Comédie en
Vers & en cinq Actes , par M. Nericault
Deftouches , repréſentée pour la premiere
fois le 26. Novembre 1279. fur le Théatre
de la Comedie Françoife . L'Auteur
l'a retirée, craignant de trouver encore des
Spectateurs indifpofez contre lui , & il a
mieux aimé prendre pour juge le Lecteur
tranquille ; cette Piece fera en vente à la
fin du mois.
TRAITEZ GEOGRAPHIQUES ET
HISTORIQUES , pour faciliter l'intelligence
de l'Ecriture Sainte , par divers
Auteurs. A la Hays , chez Ga. Vander
Poel , 1730. 2. volumes.
L'HONM.
ARS. 1730. 545
L'HONNESTE HOMME , ou Recueil
de Pieces choifies fur differens ſujets ,
comme fur l'Amitié , l'Amour , la Galanterie
, le Mariage , la Morale , les Affaires
de Commerce , la Peinture , l'Hiftoire
, la Poëfie , &c. A Londres , chez
Innys , J. Knapton , &c. 3. vol. in- 8 . cm
Anglois.
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Résumé : « On trouve chez Delespine, pere & fils, Libraires, ruë S. Jacques, à l'Image saint [...] »
En 1730, plusieurs publications et ouvrages sont disponibles chez différents libraires. Chez Delefpine, père et fils, on trouve les 'Voyages du Père Labat', un moine dominicain décrivant ses voyages en Espagne et en Italie. L'ouvrage inclut des descriptions de Florence et de ses environs, ainsi qu'une relation de la cour de Rome, des cérémonies papales et des fonctions des cardinaux, traduites de l'italien. Le même libraire a également imprimé la relation des fêtes données à Rome en novembre par le Cardinal de Polignac, incluant une cantate en deux actes de l'Abbé Méthastase. Le Breton, père, propose les 'Philosophes Amoureux', une comédie en vers et en cinq actes de M. Nericault Destouches, représentée pour la première fois le 26 novembre 1729 au Théâtre de la Comédie Française. Les 'Traitez Géographiques et Historiques' pour faciliter l'intelligence de l'Écriture Sainte, par divers auteurs, sont disponibles en deux volumes chez Ga. Vander Poel à La Haye. L'ouvrage 'L'Honnête Homme', un recueil de pièces choisies sur divers sujets, est publié en trois volumes en anglais à Londres chez Innys et J. Knapton.
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4
p. 544-545
Lettre du Marquis Maffei, sur un feu rare et singulier, [titre d'après la table]
Début :
Prault, Libraire sur le Quay de Gêvres, débite une Brocure in 12. intitulée : [...]
Mots clefs :
Italien, Maffei, Corps d'une femme, Feu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre du Marquis Maffei, sur un feu rare et singulier, [titre d'après la table]
Prault, Libraire sur le Quay de Gêvres,
débite une Brochure in 12. intitulée :
LETTRE de M. le Marquis Maffei ,
contenant le Récit et l'Explication d'un Feu
rare et singulier sorti du corps d'une
Femme , &c.
>
Nous n'avons point encore vû cette
Lettre imprimée , mais nous avons reçû
sur son contenu le petit Memoire que
voici.
On donne cette Lettre comme traduite
de l'Italien de M. Maffei , mais
ceux qui l'auront vûë en Italien , connoîtront
qu'elle est très - differente en
beaucoup d'endroits et que dans cette
Traduction on a ajoûté des pages entieres
et retranché d'autres , qui étoient trèsessentielles
; desorte que ceux qui en seroient
curieux , le sujet l'étant vraiment
delui - même , doivent la voir en Italien.
Et
MARS. 1733. 545
Et même pour bien entendre celle- cy il
seroit necessaire d'en avoir vû une autre
que le même Auteur écrivit il y a plu-,
sieurs années à M. Valisnieri , dans laquelle
il lui propose une nouvelle opinion
sur la formation des Foudres , sans
quoi on ne peut avoir de plaisir à lire
celle-la . Ce nouveau sentiment nommé
dans plusieurs Livres , Découverte sur la
Foudre , est déja fameux en d'autres Pays ;
un Saxon a écrit un Livre en Latin pour
le confirmer , mais il n'est pas encore
connu en France , par la négligence des
Libraires à faire venir les Livres d'Italie,
débite une Brochure in 12. intitulée :
LETTRE de M. le Marquis Maffei ,
contenant le Récit et l'Explication d'un Feu
rare et singulier sorti du corps d'une
Femme , &c.
>
Nous n'avons point encore vû cette
Lettre imprimée , mais nous avons reçû
sur son contenu le petit Memoire que
voici.
On donne cette Lettre comme traduite
de l'Italien de M. Maffei , mais
ceux qui l'auront vûë en Italien , connoîtront
qu'elle est très - differente en
beaucoup d'endroits et que dans cette
Traduction on a ajoûté des pages entieres
et retranché d'autres , qui étoient trèsessentielles
; desorte que ceux qui en seroient
curieux , le sujet l'étant vraiment
delui - même , doivent la voir en Italien.
Et
MARS. 1733. 545
Et même pour bien entendre celle- cy il
seroit necessaire d'en avoir vû une autre
que le même Auteur écrivit il y a plu-,
sieurs années à M. Valisnieri , dans laquelle
il lui propose une nouvelle opinion
sur la formation des Foudres , sans
quoi on ne peut avoir de plaisir à lire
celle-la . Ce nouveau sentiment nommé
dans plusieurs Livres , Découverte sur la
Foudre , est déja fameux en d'autres Pays ;
un Saxon a écrit un Livre en Latin pour
le confirmer , mais il n'est pas encore
connu en France , par la négligence des
Libraires à faire venir les Livres d'Italie,
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Résumé : Lettre du Marquis Maffei, sur un feu rare et singulier, [titre d'après la table]
La brochure 'Lettre de M. le Marquis Maffei' décrit un phénomène rare : un feu sortant du corps d'une femme. Cette lettre est une traduction de l'italien, mais elle diffère de l'original par des ajouts et des suppressions. Les lecteurs sont encouragés à consulter la version italienne pour une compréhension complète. Pour mieux appréhender cette lettre, il est conseillé de lire une autre missive de Maffei, écrite des années auparavant et adressée à M. Valisnieri. Cette lettre précédente expose une nouvelle théorie sur la formation des foudres, intitulée 'Découverte sur la Foudre'. Cette théorie est déjà renommée dans divers pays, et un Saxon a même rédigé un livre en latin pour la confirmer. Cependant, cet ouvrage n'est pas encore connu en France en raison de la négligence des libraires à importer des livres d'Italie.
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5
p. 865-869
MISSIVE de l'Infante de MALCRAIS, au Chevalier de LEUCOTECE, en réponse à la sienne, inserée dans le premier volume du Mercure de Decembre, page 2570.
Début :
Preux Paladin, fameux en courtoisie, [...]
Mots clefs :
Italien, Roland furieux, Brutus , Épée, Latin, Malcrais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MISSIVE de l'Infante de MALCRAIS, au Chevalier de LEUCOTECE, en réponse à la sienne, inserée dans le premier volume du Mercure de Decembre, page 2570.
MISSIVE de l'Infante de MALCRAIS ,
au Chevalier de LEUCOTE CE , en réponse
à la sienne , inserée dans le premier
volume du Mercure de Decembre , page
2570.
Preux Paladin , fameux en courtoisie „,
Qui publiez à ma gloire un Cartel ,
Et défiez, piqué par jalousie ,.
Trois Chevaliers peu chiches de leur pel :
Bien que d'effroi pantoisante , et transie 2
I Voyez Villon , dans la Ballade de son appels
toute Bête garde sa pel ..
2 On disoit aussi Pantoiser , pour
Galeine. Academie Erançoise.
dire la courte
Bvj
OUL
་
866 MERCURE DE FRANCE
Pour quelqu'un d'eux je craigne un coup mor
tel ;
Endemetiers 3 , à noble fantaisie ,
Honneur dois rendre , et veux , n'en doutez
mie ,
Pour ce , du moins vous donner un Châtel •
Quand j'en aurai , s'entend , s'il prend envie
Au Rɔy des Francs , par contrat solemnel
De m'en vendre un à crédit éternel ,
Ja ne cuidez que pourtant sans faillie ,
Homme et Harnois soient en votre baillie
Et que puissiez , sans moult y périller
Conduire à chef chaude et brave avanture ,
Escus desrompre , et hauberts desmailler ,
Tout comme Argi e enfondre triple armure.
Le cas n'est hoc ; fussiez - vous sur Bayard , 4
>
3 Endemétiers , mot ancien, dont s'est servi Alain
Chartier , dans le débat du Reveille matin. Du
Chesne , après avoir dit que ce terme signfie , cependant
, se figure qu'il est dérivé du latin , intercadum
;pour moi e croirois avec tout le respect
que je lui dois , qu'il tire son origine de l'expression
Italienne , è dimesi re, il faut , il convient, quoique
la cons'ruction de la Phrase , dont cette expression
fait partie en Italien , soit n peu differente de
la construction françoise , où cependant, demeure,
pour ainsi dire , isolé.
4 Arioste dans le Poëme de Roland furieux, chant.
5. Sect.74. fait de cefameux Cheval de Renant de
Montauban l'élog: qui suit :
Ne' calci tal passa harca il Cavallo ,
C'hauria spezzato un Monte di metallo.
Cein
MAY. 17337
867
Ceindriez-vous l'illustre Balisarde , s
Qui d'un Héros , fit souvent un fuyard ,
Votre pourpoint bel et bien s'y hazarde,
Emmi Soudarts qui viendront ferraillant
Voltairio Chevalier parvaillant ,
Fait en champ clos tournoyer une Epée ,
Forte , et luisante , enfin acier trempée ;
Et qui plus est , bien qu'il soit bon Jousteur ;
Le vieux Merlin n'étoit pire enchanteur. 6
Tout l'Ost 7 Turquois ne soûtiendroit sa vûë ;
Coint et faitis , l'invincible Guerrier ,
Tenant en main baguette de Laurier ,
Vous les sçauroit , comme poudre menuë ,
Esparpiller , où s'il n'avoit loisir
De faire exploit de sa vertu connuë ,
A son secours veriez en hâte Issir. 8
Des creux Enfers , où bien fort leur ennuye
5 Balisarda , c'étoit le nom de l'Epée de Roger ,
comme Durindana étoit celui de l'Epée de Roland
Se Durindana , è Balisarda taglia ,
Sapete , è quanto in queste , mani vaglia.
Ariost Rol. fur . c. 30. St 51.
6 Voyez dans le chant de Roland furieux , 3
description de la Groste enchantée de Merlin.
Lax
7 Ost , vieux mot , qui signifie Armée ; il est
dérivé du latin Hostis .
8 Issir , vient de l'Italien Usire , en François ,
Sortir.
Brutus
68 MERCURE DE FRANCE
Brutus , Herode , au front plus noir que suye
Et vous feroient sur l'arêne gésir. ro
Point n'ignorez , ô tres-valeureux Sire
Que le Romain qu'orgueil engrillonna ,
Sa géniture à mort abandonna ,
Qu'à l'autre un Rat fit son Epouse occire.
Partant jugez que ces tueurs de gens ,
Au fier combat volant comme à la danse
N'épargneront de vous bourrer la panse ::
Et ne craindront des Archers diligens ,
Par monts , par vaux , la poursuite empressée
Ains , aussi -tôt qu'étendu vous verront ,
Sur le terrain , de votre chair feront ,
Hachis , Ragout , Grillade et Fricassée
Puis à l'envi guayement vous grugeront.
Las ! quand s'aurois la fatale nouvelle ,
Qu'auriez subi fortune tant cruelle ,
D
Pour mon ainour ; que mon coeur plein d'es
moy ,
Se guémentant iroit en désarroy !
Donc , bien qu'ayez fait guerriere Apertise,.
Forcé Remparts , et Géants abbatus ,
Quand sériez même aussi vaillant qu'Artus ,
9 Allusion aux Tragedies de M, de Voltaire,
Mariamne et Brutus,
10. Gésir on Gir , infinitif de Gît ; en Italien ,
Giacere ; en latin Jacere.
11 Artus , Roy d'Angleterre , quifut tres - vail-
Fant , et qui établit P'Ordre des Chevaliers de Ia
Table Ronde..
Trois
MAY. 2733 .
Trois , quatre fois remirés l'entreprise..
Bon soir , Seigneur , je suis à toujours mais ,
Votre servante , Antoinette Malcrais..
Au Croisic , ce 29 de Janvier 173:30.
2. Cette façon de parler vient de l'Italien , Sem
gre mai , dont nous avons fait à tout jamais.
au Chevalier de LEUCOTE CE , en réponse
à la sienne , inserée dans le premier
volume du Mercure de Decembre , page
2570.
Preux Paladin , fameux en courtoisie „,
Qui publiez à ma gloire un Cartel ,
Et défiez, piqué par jalousie ,.
Trois Chevaliers peu chiches de leur pel :
Bien que d'effroi pantoisante , et transie 2
I Voyez Villon , dans la Ballade de son appels
toute Bête garde sa pel ..
2 On disoit aussi Pantoiser , pour
Galeine. Academie Erançoise.
dire la courte
Bvj
OUL
་
866 MERCURE DE FRANCE
Pour quelqu'un d'eux je craigne un coup mor
tel ;
Endemetiers 3 , à noble fantaisie ,
Honneur dois rendre , et veux , n'en doutez
mie ,
Pour ce , du moins vous donner un Châtel •
Quand j'en aurai , s'entend , s'il prend envie
Au Rɔy des Francs , par contrat solemnel
De m'en vendre un à crédit éternel ,
Ja ne cuidez que pourtant sans faillie ,
Homme et Harnois soient en votre baillie
Et que puissiez , sans moult y périller
Conduire à chef chaude et brave avanture ,
Escus desrompre , et hauberts desmailler ,
Tout comme Argi e enfondre triple armure.
Le cas n'est hoc ; fussiez - vous sur Bayard , 4
>
3 Endemétiers , mot ancien, dont s'est servi Alain
Chartier , dans le débat du Reveille matin. Du
Chesne , après avoir dit que ce terme signfie , cependant
, se figure qu'il est dérivé du latin , intercadum
;pour moi e croirois avec tout le respect
que je lui dois , qu'il tire son origine de l'expression
Italienne , è dimesi re, il faut , il convient, quoique
la cons'ruction de la Phrase , dont cette expression
fait partie en Italien , soit n peu differente de
la construction françoise , où cependant, demeure,
pour ainsi dire , isolé.
4 Arioste dans le Poëme de Roland furieux, chant.
5. Sect.74. fait de cefameux Cheval de Renant de
Montauban l'élog: qui suit :
Ne' calci tal passa harca il Cavallo ,
C'hauria spezzato un Monte di metallo.
Cein
MAY. 17337
867
Ceindriez-vous l'illustre Balisarde , s
Qui d'un Héros , fit souvent un fuyard ,
Votre pourpoint bel et bien s'y hazarde,
Emmi Soudarts qui viendront ferraillant
Voltairio Chevalier parvaillant ,
Fait en champ clos tournoyer une Epée ,
Forte , et luisante , enfin acier trempée ;
Et qui plus est , bien qu'il soit bon Jousteur ;
Le vieux Merlin n'étoit pire enchanteur. 6
Tout l'Ost 7 Turquois ne soûtiendroit sa vûë ;
Coint et faitis , l'invincible Guerrier ,
Tenant en main baguette de Laurier ,
Vous les sçauroit , comme poudre menuë ,
Esparpiller , où s'il n'avoit loisir
De faire exploit de sa vertu connuë ,
A son secours veriez en hâte Issir. 8
Des creux Enfers , où bien fort leur ennuye
5 Balisarda , c'étoit le nom de l'Epée de Roger ,
comme Durindana étoit celui de l'Epée de Roland
Se Durindana , è Balisarda taglia ,
Sapete , è quanto in queste , mani vaglia.
Ariost Rol. fur . c. 30. St 51.
6 Voyez dans le chant de Roland furieux , 3
description de la Groste enchantée de Merlin.
Lax
7 Ost , vieux mot , qui signifie Armée ; il est
dérivé du latin Hostis .
8 Issir , vient de l'Italien Usire , en François ,
Sortir.
Brutus
68 MERCURE DE FRANCE
Brutus , Herode , au front plus noir que suye
Et vous feroient sur l'arêne gésir. ro
Point n'ignorez , ô tres-valeureux Sire
Que le Romain qu'orgueil engrillonna ,
Sa géniture à mort abandonna ,
Qu'à l'autre un Rat fit son Epouse occire.
Partant jugez que ces tueurs de gens ,
Au fier combat volant comme à la danse
N'épargneront de vous bourrer la panse ::
Et ne craindront des Archers diligens ,
Par monts , par vaux , la poursuite empressée
Ains , aussi -tôt qu'étendu vous verront ,
Sur le terrain , de votre chair feront ,
Hachis , Ragout , Grillade et Fricassée
Puis à l'envi guayement vous grugeront.
Las ! quand s'aurois la fatale nouvelle ,
Qu'auriez subi fortune tant cruelle ,
D
Pour mon ainour ; que mon coeur plein d'es
moy ,
Se guémentant iroit en désarroy !
Donc , bien qu'ayez fait guerriere Apertise,.
Forcé Remparts , et Géants abbatus ,
Quand sériez même aussi vaillant qu'Artus ,
9 Allusion aux Tragedies de M, de Voltaire,
Mariamne et Brutus,
10. Gésir on Gir , infinitif de Gît ; en Italien ,
Giacere ; en latin Jacere.
11 Artus , Roy d'Angleterre , quifut tres - vail-
Fant , et qui établit P'Ordre des Chevaliers de Ia
Table Ronde..
Trois
MAY. 2733 .
Trois , quatre fois remirés l'entreprise..
Bon soir , Seigneur , je suis à toujours mais ,
Votre servante , Antoinette Malcrais..
Au Croisic , ce 29 de Janvier 173:30.
2. Cette façon de parler vient de l'Italien , Sem
gre mai , dont nous avons fait à tout jamais.
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Résumé : MISSIVE de l'Infante de MALCRAIS, au Chevalier de LEUCOTECE, en réponse à la sienne, inserée dans le premier volume du Mercure de Decembre, page 2570.
La missive de l'Infante de Malcrais, datée du 29 janvier 1733 au Croisic, est adressée au Chevalier de Leucote en réponse à un cartel publié par ce dernier dans le Mercure de décembre. L'Infante exprime sa préoccupation face aux trois chevaliers défiés par Leucote, bien qu'elle reconnaisse leur courtoisie et leur bravoure. Elle propose de lui offrir un château, à condition que le roi des Francs le lui vende à crédit éternel, permettant ainsi à Leucote de défendre ce château avec ses hommes et son équipement. Pour illustrer la dangerosité des adversaires, l'Infante fait référence à des œuvres littéraires telles que celles de Villon et Arioste. Elle évoque également des personnages historiques et mythologiques, comme Brutus et Hérode, pour souligner les risques encourus par Leucote. L'Infante conclut en exprimant son inquiétude pour sa sécurité et en lui souhaitant bonne chance.
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p. 209-210
« Le sieur TORRÉ, Italien, Physicien dont les talens ont mérité l'attention des Ministres qui [...] »
Début :
Le sieur TORRÉ, Italien, Physicien dont les talens ont mérité l'attention des Ministres qui [...]
Mots clefs :
Italien, Expériences physiques , Microscope, Machines électriques
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texteReconnaissance textuelle : « Le sieur TORRÉ, Italien, Physicien dont les talens ont mérité l'attention des Ministres qui [...] »
Paris , le 31 Janvier 1763.
GUERIN.
Le fieur TORRE , Italien , Phyficien dont les
talens ont mérité l'attention des Miniftres qui
ront employé pour le Service du Roi , avertit le
Public qu'il démontre les plus belles Expériences
Phyfiques , ce qu'il y a de plus curieux dans l'Electricité
, les plus rares Phénomènes du Microf
210 MERCURE DE FRANCE .
cope , les plus belles Expériences du Vuide , &
une infinité d'autres dont il retranche le détail
il prend liv . par perfonne.
Il vend toutes fortes d'inftrumens de Phyfique
ou qu'il compofe ou qu'il fait fait venir d'Angleterre
, comme Microſcopes fimples & folaires
& Machines Electriques d'une nouvelle conftruction
, Télescopes de toutes grandeurs , doubles
Pompes Pneumatiques avec tout ce qui en dépend
, toutes fortes de lunettes d'approche , celles
de l'invention du fieur Dolon à double objectif
ou à 7 verres toutes de Barométres &
Thermometres, & montre l'ufage aux Acheteurs .
Il demeure dans la premiere Cour des Quinze-
Vings à droite au premier Etage.
GUERIN.
Le fieur TORRE , Italien , Phyficien dont les
talens ont mérité l'attention des Miniftres qui
ront employé pour le Service du Roi , avertit le
Public qu'il démontre les plus belles Expériences
Phyfiques , ce qu'il y a de plus curieux dans l'Electricité
, les plus rares Phénomènes du Microf
210 MERCURE DE FRANCE .
cope , les plus belles Expériences du Vuide , &
une infinité d'autres dont il retranche le détail
il prend liv . par perfonne.
Il vend toutes fortes d'inftrumens de Phyfique
ou qu'il compofe ou qu'il fait fait venir d'Angleterre
, comme Microſcopes fimples & folaires
& Machines Electriques d'une nouvelle conftruction
, Télescopes de toutes grandeurs , doubles
Pompes Pneumatiques avec tout ce qui en dépend
, toutes fortes de lunettes d'approche , celles
de l'invention du fieur Dolon à double objectif
ou à 7 verres toutes de Barométres &
Thermometres, & montre l'ufage aux Acheteurs .
Il demeure dans la premiere Cour des Quinze-
Vings à droite au premier Etage.
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Résumé : « Le sieur TORRÉ, Italien, Physicien dont les talens ont mérité l'attention des Ministres qui [...] »
Le 31 janvier 1763, Guérin publie à Paris une annonce concernant le sieur Torre, un physicien italien reconnu par les ministres et employé au service du roi. Torre présente diverses expériences physiques, notamment en électricité, les phénomènes rares observés au microscope et les expériences sur le vide. Il propose également la vente d'instruments de physique, qu'il fabrique lui-même ou importe d'Angleterre. Ces instruments incluent des microscopes simples et solaires, des machines électriques de nouvelle construction, des télescopes de différentes tailles, des pompes pneumatiques avec leurs accessoires, des lunettes d'approche, des baromètres et des thermomètres. Torre montre l'usage de ces instruments aux acheteurs. Il réside dans la première cour des Quinze-Vings, à droite, au premier étage.
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