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1
p. 155-167
« Mais, Madame, il est temps que je vous ramene de [...] »
Début :
Mais, Madame, il est temps que je vous ramene de [...]
Mots clefs :
Père de Villiers, Héros, Collège de Clermont, Duc de Bourbon, Maisons de France, Bonheur, Exploits, Éloge, Prince
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texteReconnaissance textuelle : « Mais, Madame, il est temps que je vous ramene de [...] »
Mais , Madame, il eſt temps que je vous ramene de S. Omer à Paris, où je croy, que vous ne ſerez pas fachéed'accompagner Madame la Ducheſſe au CollegeClermont. LeursAlteſſesSereniffimes Monfieurle Prince&
Monfieur le Duc, qui ont bien.
voulu confier le jeune Duc de Bourbon aux Peres de ce ColE iij
102 LE MERCVRE
lege , pour y faire ſes Eſtudes,
l'y avoient amené depuis fix mois , & Madame la Ducheffe fut bien aiſe il y a quelque temps de leur venir témoigner elle meſme , qu'elle ſe tenoit obligéede leurs foins. Pluſieurs Damesde la premiere Qualité eftoient avec elle ; & lesJefuires, qui ſcavent toûjours bien faire les choses , répondirent à
T'honneurqu'elle leur faifoit par tous ceux qui font deus àune Perfonne de ſon rang. Ils ne ſe contenterent pas de luy mar- quer eux-mefines combien ils eftimoient la grace qu'il luy plai- foit de leur faire. Ils choiſirent
deuxdeleurs plus confiderables Penſionnaires , qui ſuivis de quantité d'autres des plus illu- ftres Maiſonsde France, buy vin- rent faire compliment, &ſe ſer41
GALAN Τ. 103
pl
virentpour cela des Vers que je vous envoye. Monfieur lePrince de Tingry commença par ceux-cy , & vous ne ſçauriez croire, Madame , avec combien
degrace il les prononça. C'eſt le Fils aîné de Monfieurde Lu- xembourg , & fon nom ſuffit pour vous faire concevoir à
quels importans Emplois il eſt un jour deſtiné par ſa naiſſance.
Il a tout à fait de l'eſprit, auffi- bien que M le Marquis de la Chaſtre , qui fut choiſi comme luypour cetEmploy, & ils mar- quent l'un& l'autre , je ne ſçay quoyde grand, qui répondpar- faitement à ce qu'ils font nez. :
Eux Princes , deux Héros , fa- D meux également,
Nous ont depuis fix mois fait un han- neursemblable Aceluy que de vous , Princeſſe incom
parable,
E iiij
104 LE MERCVRE
Nousrecevonspreſentement.
C'est unhonneur pour nous trop re- marquable,
Pour nepas enſçavoir le tempsprecifement :
Mais iln'est pasdefort grande im
portance Devous dire les Noms de cesHéros
fameux Iln'estpoint de Héros en France,
Plus grans &plus illustres qu'eux.. Enmille autres Pars on les connoit tous
deux,
Onlesconnoit en Flandre,en Alle
magne;
Etmesmedanstoute IEspagne On trouvepeu de Noms plusfameux
queleleur.
On doit l'avoir appris en plus d'une Campagne,
Caronſçait toûjours bien le Nomde Son Vainqueur.
Il n'en fautpoint de marques plus
certaines ,
Jedis affez leurNomnediſant quecela,
EtdesHéroscomme ceux-là
Nese trouventpaspardouzaines.
:
GALANT. πος L'accourus pour les voir , &j'y ferois
venu
Delaplus lointaine Province.
Ilsavoiei aveceux unjoly petitPrince,
Qui vous est aussifortconnu.
Déiadans toute sa maniere
Ilfait d'un vray Héros paroiſtre l'ame fiere:
Il a lesyeux brillans , pleins de fen pleinsd'efprit,
Etc'est le Portrait en petit
Deſon Ayeul&defon Pere.
Ce n'est pas tout que la fiertés Iereconnusd'abord en voyantfabeauté,
Qu'il pouvoit bien auſſi reffembler àfa Mere.
Auffi-tôt pourtout Compliment On recita des Vers de chaque espece :
Vousmeritez, grande Princeffe,
Qu'on enfaſſepourvousautant.
Maisnoussommesdes Gens étrages,
Nousvoyons peu de Princeſſes chez
nous
Et leCollege enfin n'apprend point de
Jouanges Pour dire aux Dames, comme vous.
Inousferoit moins difficile
E
2
106 LE MERCVRE
ploits,
De lover de Condé laforce &les ExNoussommes icy plus de mille ,
Preſts àdire pour luy tous les Vers que
Virgile Pourde moindres Héros compoſoit au- trefois.
Mais je ne pense pas que Virgile , он quelque autre Des mieux diſans dans l'Empire Latin,
Ait iamais fait un Eloge affez fin,
Pourenpouvoirtirer le modeleduvôtre.
AinfiScachant, comme iefais,
Qur le mieux quelquefois pour ſe tirer d'affaire,
C'estd'admirer&desetaire.
Princeffe j'admire &me tais.
ApresqueMonfieur le Prin- ce de Tingry eut fait ce Com- pliment àMadame la Ducheffe,
M' le Marquisde la Chaſtre luy fit le ſien par les Vers qui fui- vent, && regeut beaucoup de loüanges de la maniere dont il
GALANT. 107
#
4
A
1
:
les recita. Il eſt l'Aîné de la Maiſonde la Chaftre , & petit- fils de Monfieur le Comtede la Chaftre , Colonel General des
Suiffes.
7816
Vandle meriteeftveritable,
Qon ne peus is defavoritab *
Etl'on fçait toûjours bien loner Cequ'on trouve toûjours louable.
Ainsimoinsnous fommes verfez Dansl'Art qüe la Cour autorife,
DanscetArtflateur qui déguise Tous les defauts qu'on apensez,
Plus ,Princeſſe , pourvous nous avons d'éloquence :
Quandon peut dire cequ'onpenfes Onpeut toûjours en dire affez.
Cen'estdoncpoint en ces lieux ,que les Dames
Doiventattendre les douceurs,
Ettous les Elogesflateurs ,
Qui plaisent tant àla pluspart des Femmes.
Nous aimons trop laverité,
3
Pourbien sçavoir &Are des fleurettes,
D
Evj
108 LE MERCVRE
Nousne traitonspoint deparfaites Cellesdequilavanité Metleurmerite en leurfeule beauté.. Nouscherchons la vertu , l'esprit &le
comage;
ג
Etpour avoirdesloñanges de nous Princeſſe, il faut avoir leſolide avantage DesgrandesQualitez que l'on admire
envom.
C'est en vain que parmodestie Vous en cachez unepartie ,
LaRenommée enparle , &malgré less Emplois Que devos deux Héros elle reçoitfans ceffe ,
Quand l'infatigable Deeffe Et du Prince & du Duc aconté les
Exploits Elletrouve encor de la voix hdng
Pournous parlerde la Ducheffe.
Ilnefautdoncpoint employer LesLongs Preceptes de Science Pourfoutenir les esperances Que vans donne aujourd'huy vôsre. Illu AreEcolier.
GALANT. 109
C
14
1
-
Prince luy dira- t-on,imilezvotre Pere Etvôtre Ayeul, &vôtre Mere ,
Toûjours de leurs Vertus regardez la Portrait.
: Voilà, Prince,comme ilfautfaire Pourse rendre un Princeparfait.
On m'a dit que le Pere de
Villiers eſtoit l'Autheur de ces
Vers ; je n'ay pas de peine à le croire car ils font tres- agreablement tournez, & nous avons
veuquelques Pieces de luy qui fontaffez du caractere de celleсу.
Monfieur le Duc, qui ont bien.
voulu confier le jeune Duc de Bourbon aux Peres de ce ColE iij
102 LE MERCVRE
lege , pour y faire ſes Eſtudes,
l'y avoient amené depuis fix mois , & Madame la Ducheffe fut bien aiſe il y a quelque temps de leur venir témoigner elle meſme , qu'elle ſe tenoit obligéede leurs foins. Pluſieurs Damesde la premiere Qualité eftoient avec elle ; & lesJefuires, qui ſcavent toûjours bien faire les choses , répondirent à
T'honneurqu'elle leur faifoit par tous ceux qui font deus àune Perfonne de ſon rang. Ils ne ſe contenterent pas de luy mar- quer eux-mefines combien ils eftimoient la grace qu'il luy plai- foit de leur faire. Ils choiſirent
deuxdeleurs plus confiderables Penſionnaires , qui ſuivis de quantité d'autres des plus illu- ftres Maiſonsde France, buy vin- rent faire compliment, &ſe ſer41
GALAN Τ. 103
pl
virentpour cela des Vers que je vous envoye. Monfieur lePrince de Tingry commença par ceux-cy , & vous ne ſçauriez croire, Madame , avec combien
degrace il les prononça. C'eſt le Fils aîné de Monfieurde Lu- xembourg , & fon nom ſuffit pour vous faire concevoir à
quels importans Emplois il eſt un jour deſtiné par ſa naiſſance.
Il a tout à fait de l'eſprit, auffi- bien que M le Marquis de la Chaſtre , qui fut choiſi comme luypour cetEmploy, & ils mar- quent l'un& l'autre , je ne ſçay quoyde grand, qui répondpar- faitement à ce qu'ils font nez. :
Eux Princes , deux Héros , fa- D meux également,
Nous ont depuis fix mois fait un han- neursemblable Aceluy que de vous , Princeſſe incom
parable,
E iiij
104 LE MERCVRE
Nousrecevonspreſentement.
C'est unhonneur pour nous trop re- marquable,
Pour nepas enſçavoir le tempsprecifement :
Mais iln'est pasdefort grande im
portance Devous dire les Noms de cesHéros
fameux Iln'estpoint de Héros en France,
Plus grans &plus illustres qu'eux.. Enmille autres Pars on les connoit tous
deux,
Onlesconnoit en Flandre,en Alle
magne;
Etmesmedanstoute IEspagne On trouvepeu de Noms plusfameux
queleleur.
On doit l'avoir appris en plus d'une Campagne,
Caronſçait toûjours bien le Nomde Son Vainqueur.
Il n'en fautpoint de marques plus
certaines ,
Jedis affez leurNomnediſant quecela,
EtdesHéroscomme ceux-là
Nese trouventpaspardouzaines.
:
GALANT. πος L'accourus pour les voir , &j'y ferois
venu
Delaplus lointaine Province.
Ilsavoiei aveceux unjoly petitPrince,
Qui vous est aussifortconnu.
Déiadans toute sa maniere
Ilfait d'un vray Héros paroiſtre l'ame fiere:
Il a lesyeux brillans , pleins de fen pleinsd'efprit,
Etc'est le Portrait en petit
Deſon Ayeul&defon Pere.
Ce n'est pas tout que la fiertés Iereconnusd'abord en voyantfabeauté,
Qu'il pouvoit bien auſſi reffembler àfa Mere.
Auffi-tôt pourtout Compliment On recita des Vers de chaque espece :
Vousmeritez, grande Princeffe,
Qu'on enfaſſepourvousautant.
Maisnoussommesdes Gens étrages,
Nousvoyons peu de Princeſſes chez
nous
Et leCollege enfin n'apprend point de
Jouanges Pour dire aux Dames, comme vous.
Inousferoit moins difficile
E
2
106 LE MERCVRE
ploits,
De lover de Condé laforce &les ExNoussommes icy plus de mille ,
Preſts àdire pour luy tous les Vers que
Virgile Pourde moindres Héros compoſoit au- trefois.
Mais je ne pense pas que Virgile , он quelque autre Des mieux diſans dans l'Empire Latin,
Ait iamais fait un Eloge affez fin,
Pourenpouvoirtirer le modeleduvôtre.
AinfiScachant, comme iefais,
Qur le mieux quelquefois pour ſe tirer d'affaire,
C'estd'admirer&desetaire.
Princeffe j'admire &me tais.
ApresqueMonfieur le Prin- ce de Tingry eut fait ce Com- pliment àMadame la Ducheffe,
M' le Marquisde la Chaſtre luy fit le ſien par les Vers qui fui- vent, && regeut beaucoup de loüanges de la maniere dont il
GALANT. 107
#
4
A
1
:
les recita. Il eſt l'Aîné de la Maiſonde la Chaftre , & petit- fils de Monfieur le Comtede la Chaftre , Colonel General des
Suiffes.
7816
Vandle meriteeftveritable,
Qon ne peus is defavoritab *
Etl'on fçait toûjours bien loner Cequ'on trouve toûjours louable.
Ainsimoinsnous fommes verfez Dansl'Art qüe la Cour autorife,
DanscetArtflateur qui déguise Tous les defauts qu'on apensez,
Plus ,Princeſſe , pourvous nous avons d'éloquence :
Quandon peut dire cequ'onpenfes Onpeut toûjours en dire affez.
Cen'estdoncpoint en ces lieux ,que les Dames
Doiventattendre les douceurs,
Ettous les Elogesflateurs ,
Qui plaisent tant àla pluspart des Femmes.
Nous aimons trop laverité,
3
Pourbien sçavoir &Are des fleurettes,
D
Evj
108 LE MERCVRE
Nousne traitonspoint deparfaites Cellesdequilavanité Metleurmerite en leurfeule beauté.. Nouscherchons la vertu , l'esprit &le
comage;
ג
Etpour avoirdesloñanges de nous Princeſſe, il faut avoir leſolide avantage DesgrandesQualitez que l'on admire
envom.
C'est en vain que parmodestie Vous en cachez unepartie ,
LaRenommée enparle , &malgré less Emplois Que devos deux Héros elle reçoitfans ceffe ,
Quand l'infatigable Deeffe Et du Prince & du Duc aconté les
Exploits Elletrouve encor de la voix hdng
Pournous parlerde la Ducheffe.
Ilnefautdoncpoint employer LesLongs Preceptes de Science Pourfoutenir les esperances Que vans donne aujourd'huy vôsre. Illu AreEcolier.
GALANT. 109
C
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-
Prince luy dira- t-on,imilezvotre Pere Etvôtre Ayeul, &vôtre Mere ,
Toûjours de leurs Vertus regardez la Portrait.
: Voilà, Prince,comme ilfautfaire Pourse rendre un Princeparfait.
On m'a dit que le Pere de
Villiers eſtoit l'Autheur de ces
Vers ; je n'ay pas de peine à le croire car ils font tres- agreablement tournez, & nous avons
veuquelques Pieces de luy qui fontaffez du caractere de celleсу.
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Résumé : « Mais, Madame, il est temps que je vous ramene de [...] »
Madame la Duchesse visita le Collège Clermont à Paris, accompagnée de plusieurs dames de haute qualité. Elle avait amené le jeune Duc de Bourbon pour ses études six mois auparavant. Les Jésuites, reconnaissants de la confiance accordée, organisèrent une réception en son honneur. Deux pensionnaires éminents, suivis de nombreux autres élèves issus de grandes familles françaises, lui rendirent hommage en récitant des vers. Le Prince de Tingry, fils aîné du Duc de Luxembourg, et le Marquis de la Chastre furent choisis pour prononcer ces vers. Ils louèrent les princes, comparant leur honneur à celui de la Duchesse. Les vers soulignèrent également la renommée des princes en France, en Flandre, en Allemagne et en Espagne, et mentionnèrent la présence du jeune prince, décrit comme ayant une âme fière et des traits ressemblant à ceux de ses ancêtres. Après les compliments, le Marquis de la Chastre récita à son tour des vers, recevant des éloges pour sa prestation. Il souligna l'importance de la vertu, de l'esprit et du courage, affirmant que les louanges doivent être méritées et non seulement basées sur la beauté. Le texte se conclut par des éloges adressés à la Duchesse et à ses héros, soulignant que les exploits des princes sont bien connus et admirés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 202-227
Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Début :
Je viens à l'Article que je vous ay promis du Carnaval [...]
Mots clefs :
Monseigneur le Dauphin, Mademoiselle , Marquis, Avocat, Mascarade, Duc de Bourbon, Carnaval, Habits, Cour, Prince, Trompettes, Timbales, Course, Comte, Divertissement, Quadrille, Opéra, Bal, Comédie, Madame la Dauphine, Déguisements, Richesse, Mademoiselle , Armes, Cortège, Couleur, Foire
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texteReconnaissance textuelle : Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Je viens à l'Article que je
vous ay promis du Carnaval
de la Cour , pendant les mois
GALANT. 203.
de Janvier & de Fevrier. Les
Divertiffemens n'y ont point
ceffé. L'Opera de Roland y
a efté repreſenté une fois cha
que Semaine , & il y avoit al
ternativement Bal , Comedie
& Opera. Toute la Cour a
maſqué ſept fois , & auroit
continué à fe donner ce plaifir
, fi la mort du Roy d'Angleterre
n'euft interrompu
pour quelques jours tous les
Divertiffemens. Chaque jour
de Maſcarade , Monſeigneur
le Dauphin changeoit quatre
ou cinq fois d'habits , où l'on
n'oublioit rien pour empef
204 MERCURE
cher qu'il ne fuft reconnu. I
furprit toute l'Affemblée dans
la premiere Mafcarade , avec
un habit de Chauve fouris ..
La magnificence & l'invention
ont paru dans tous les
déguiſemens de Monſieur le
Duc. Les habits de fa Troupe.
eſtoient à cette premiereMafcarade
de grandes Robes , de
differentes couleurs , diverfement
& richement chamarées
, d'où fortoit un Col qui
s'élevoit fort haut , & s'abaiſ
foit , & fur lequel paroiffoit
une tefte d'Animal , coeffée
en Chauve fouris. Monfieur
GALANT. 205
le Duc de Bourbon , qui étoit
fous l'une de ces Machines,
avoit un habit de Femme de
Strasbourg. Mademoiſelle de
Bourbon , qui eftoit ſous une
autre , en avoit un de Magicienne,
& les Filles d'honneur
de Madame la Dauphine,
qui en rempliffoient d'autres,
eftoient diverſement vétuës .
Je ne dois pas oublier icy à
vous dire , que Monfieur le
Duc de Bourbon n'avoit encor
fait de fejour à la Cour,
que pendant ce Carnaval , &
qu'il y a paru au fortir de fes
Etudes , avec un air , des ma
206 MERCURE
nieres , & un eſprit auffi libre
que s'il y euft paffé fes premieres
années , & qu'il cust
eu un âge plus avancé . Le
fecond jour qu'on maſqua,
la Maſcarade
de Monſeigneur
le Dauphin repreſentoit toute
la Troupe Italienne . Ce Prin
ce eftoit veſtu en Docteur.
Ceux qui formoient cette
Mafcarade , eftoient Monfieur
le Prince de Conty,
Monfieur le Prince de la
Roche-fur-Yon , M' le Prince
de Turenne , M' le Duc de
Roquelaure , Miles Marquis
de Bellefonds
, d'Alincour
,
GALANT. 207
& de Liancour. Madame la
Dauphine , fit ce jour là une
Mafcarade de Perroquets
,
Monfieur le Duc de Bourbon
parut avec un riche habit
de Seigneur Hongrois , &
Mademoiſelle de Bourbon,
avec un habit de Païfane,
d'une proprieté furprenante.
Monfieur le Duc du Maine,
fe fit admirer le mefme jour,
avec une Maſcarade de petits
vieillards & de petites vieilles.
Rien n'a paru plus beau , &
l'on ne pouvoit ſe laſſer de
les regarder. Ceux qui compofoient
cette Mafcarade ་་
208 MERCURE
eftoient , Monfieur le Duc
du Mayne , Monfieur le
Comte de Thoulouſe , M' de
Manfini , Mi le Marquis de
la Vrilliere , Mademoiſelle de
Nantes , Mademoiſelle de
Blois , & Mademoiſelle de
Château - neuf.
Dans la troifiéme Maſcarade
, Monſeigneur le Dauphin
parut d'abort déguisé
avec quatre vifages. Enfuite,
prit un habit de Flamande
avec un Mafque de Perroquet
, & changea à fon ordinaire
quatre ou cinq fois
d'habit. Monfieur le Duc de
GALANT. 209
Bourbon , parut ce foir là..
avec un habit de Noble Venitien
, & Mademoiſelle de :
Bourbon s'y fit remarquer
par la propreté , & la richeffe
d'un habit magnifique. Toute
la Cour maſqua ce foir là ,,
& le mélange des habits gro
tefques , & fuperbes , eftant
fort agréable à la vuë , divertit
beaucoup.
Le quatrième jour qu'on
mafqua , Monfeigneur le
Dauphin mit pour premier:
habit celuy d'un Operateur,
& tirant feulement un petit
cordon , il parut en un inftant
Mars 1685, Si
210 MERCURE
vétu en grand Seigneur Chinois
. Des changemens auffi
furprenans le firent paroiftre
encore le mefme foir avec
deux autres habits . Monfieur
le Duc de Bourbon mit ce
foir-là un habit de Païfan,
auffi riche que bien entendu .
Monfieur le Duc de Mortemar
, qui fe diftingue en tout
ce qu'il fait , vint à l'Affemblée
du mefme jour avec un
habit tout formé de Manchons
jufqu'à la coëffure. Ils
étoient de differentes couleurs
. Il avoit une Palatine
pour Cravate , & un Mafque
GALANT. 211
qui imitoit le vifage d'un
homme tout tranfi de froid .
Sa barbe paroiffoit toute ge
lée , & les glaçons y pen
doient . Il euft eſté impoflibie
de le reconnoiftre s'il ne te
fuft pas découvert luy- même.
Neuf Quilles & la Boulle fe
trouverent dans le Balle jour
de la cinquiéme Affemblée;
c'eftoit la Mafcarade de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux
qui reprefentoient ces Quilles.
eftoient affis deffous , & de
petites feneftres leur donnoient
de l'air ; jugez par la
de leur contour , & de leur
Sij
212 MERCURE
hauteur ; elles eftoient peintes
de diverfes couleurs . Monſeigneur
le Dauphin fit paroiftrebeaucoup
d'agilité dans quelques-
uns des habits qu'il prit
le refte de la Soirée , les uns,
n'en demandant pas tant que:
les autres . Monfieur le Comte
de Thouloufe fe fit adinirer
en Scaramouche, & l'on n'au
roit pas eu de peine à le pren
dre pour un Amour déguiſé.
Monfieur le Duc de Bourbon
, Mademoiſelle de Bourbon
ne maſquerent ce foir- là
qu'en Avocats , mais ce fut
avec une propreté qui faifoit
GALANT 213
affez connoiftre que les Robes
de ces Avocats - là n'avoient
jamais effuyé la pouf
frere du Palais .
La Mafcarade des Cris de
Paris fut la fixiéme de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux,
qui accompagnoient ce Prince,
étoient Monfieur le Prince.
de Conty, Monfieur le Prince:
de la Roche-fur-Yon , M' le
Grand Prieur, M' le Prince de
Türenne , M le Comte de
Brienne , M' le Prince de
Thingry, M' le Marquis d'Alincourt
, M' le Marquis de:
Courtenyau M de la Roche214
MERCURE
guion , M' de Liencourt, M
de Grignan , & M ' du S.
Efteve. Selon les Meftiers
qu'ils
reprefentoient , ils por
toient ce qu'il y avoit de plus
delicat à boire & à manger, &
quelques uns portoient jufqu'à
des Boutiques garnies.
de ce qui regardoit leur Perfonage
. Monfieur le Duc de
Bourbon , & Mademoiſelle
de Bourbon vinrent ce foirlà
au Bal avec une Troupe de
huit Perfonnnes , dont les ha
bits reprefentoient des Pavil
lons . La Mafcarade de Monfieur
le Duc du Mayne , qui
GALANT. 215
Voicy
parut le mefme foir , étoit de
dix Seigneurs Chinois , & de
cinq Dames Chinoiſes , avec
des habits auſſi magnifiques
,
que bien imaginez .
les Noms de ceux qui compofoient
cette Mafcarade ;
Monfieur le Duc du Mayne,
Monfieur le Comte de Thouloufe
M' de Mancini , M' le
Comte de Cruffol , M de Duras,
M ' de Sully , M' de Gri
gnan , M' le Marquis de la
Vrilliere , M' de Soyecourt,
M' Bontemps, Mademoiſelle
de Nantes , Mademoiſelle de
Blois , Mademoiſelle d'Ufez ,
216 MERCURE
Mademoiſelle de Senneterre,
Mademoiſelle de Chafteauneuf.
Quelques jours avant la
fin du Carnaval Monfeigneur
le Dauphin ayant refolu de
faire une Courſe de Teftes
en maniere de petit Carouſel,
avec des Quadriles , on cher
cha un Sujet, on imagina des
Habits, on les fit, on s'exerça,
& l'on courut enfin fix
jours apres qu'on cut refolu
ce divertiffement . La France
feule eft capable d'executer
des chofes de cette nature en
fi peu de temps . Vous en ſe-.
rez furpriſe , quand vous au
rezz
GALANT. 217
rez ſçeu ce que j'ay à vous en
dire . Le Dimanche de Fevrier,
le
4.
Roy,Madame la Dauphine,
& toute la Cour fe ren-,
dirent à trois heures apres
midy fur les Amphitheatres
du Manege découvert de
Verfailles. La Quadrille de
Monfeigneur le Dauphin entra
auffi- toft dans la Carriere,
au fon des Timbales & des
Trompettes , les Armes de
cette Quadrille eftoient noir
& or , les habits de deffous
noirs & brodez d'or , & toutes
les plumes tant des Hom
mes que des Chevaux étoient
Mars 1685.
T
218 MERCURE
blanches , & les garnitures de
mefme. M le Marquis de
Dangeau , fous le nom de
Charlemagne , entra le premier
comme luge du Camp.
Monfeigneur le Dauphin,
eftoit fous le nom de Zerbin;
Mr le Prince de Tingry, fous
celuy de Renaud ; M' de la
Roche Guyon , fous celuy
d'Aquilan le noir , M' le
Marquis de Liancour , fous
celuy de Grifon le blanc ;
& M' le Marquis d'Antin ,
fous celuy de Roland. La feconde
Quadrille entra auffitoft
apres , précedée de fes
GALANT. 219
Trompettes , & de ſes Timbales
. Les couleurs de cette
Quadrille eftoient or & vert,
avec des plumes blanches, &
mouchetées de vert . M' le
Duc de Gramont eftoit Juge
du Camp. Il entra le premier
fous le nom d'Agra
mant . Monfieur le Prince de
la Roche-fur-Yon , avoit celuy
de Mandricard; M le Duc
de Vandofme , celuy de Gradaffe
, M' le Prince de Turenne
, celuy de Roger ; M' le
Comte de Briône , celuy de
Rodomont
; & M' le Marquis
d'Alincour , celuy de Sacri-
Tij
220 MERCURE
"
pant. On ne peut avoir plus
de fatisfaction
que cette
Courſe en donna aux Spectateurs
, ny meriter plus d'aplaudiffemens
que Monfeigneur
le Dauphin , qui eft le
Prince du Monde , qui a la
meilleure grace les Armes à
la main. Apres une fort
longue difpute , le Prix de
meura à la feconde Quadrille,
& ceux qui la compofoient
le difputerent long - temps entr'eux
; mais enfin , M' le
Prince de Turenne l'emporta
, & reçut de la main du
Roy , au fon des Timbales,
GALANT. 221
& des Trompettes , une Epée
d'or avec de riches Boucles .
Mr du Mont Ecuyer de Monfeigneur
le Dauphin , montoit
un Cheval nud qu'il gouvernoit
, comme auroit pû
faire le plus habile Ecuyer à
qui rien n'auroit manqué,
pour bien manier un Cheval,
fur lequel il auroit eſtémonté.
Je croy que vous fçavez
de quelle maniere fe fait cette
Courſe de teftes. Il faut .
d'abord enemporter une avec
la Lance ; puis on en darde
une autre , on ſe retourne en
faite vers la Meduſe que l'on
T iij
222 MERCURE
darde auffi , apres quoy on
emporte
à l'épée la derniere
tefte , qui eft plus baffe que
les autres. Ie vous
envoyeray
le mois prochain
les Devife's
de tous ceux qui eftoient
de
cette Courſe. Le lendemain
on reprefenta
l'Opera
d'Amadis
à Verſailles . Le Roy
ne l'avoit point encore veu ,
parce que cet Opera
avoit
paru dans l'année de la mort
de la Reyne , & vous fçavez
que pendant
ce temps , le
Roy n'a pris aucun divertiſ
fement. Le jour ſuivant
qui
eftoit le dernier du Carnaval,
GALANT. 223
la Mafcarade deMonfeigneur
le Dauphin , eftoit d'un Marquis
de Mafcarille porté en
Chaife , avec un équipage
convenable à fon fracas d'ajuſtement,
Monfieur le Comte
de Thoulouſe maſqua ce
foir là avec un habit de Perfan,
& charma toute la Cour.
Parmy les Maſcarades qui ont
le plus diverty , il y en a cu
une de Suiffes , qui a donué
un fort grand plaifir , & dont
l'invention caufa beaucoup
de furprife. Toutes les fois
que Madame la Dauphine a
dancé , pendant les jours de-
T iiij
224 MERCURE
ftinez aux Mafcarades , fa
bonne grace & la jufteſſe de
fon oreille ont toûjours paru ."
Madame la Princeffe de Conty
s'y eft fouvent fait admirer
fous plufieurs habits , mais
fur tout avec un habit Grec,
dont on fut tellement charmé
, que plufieurs en firent
faire de femblables pour les
Bals fuivans . Mes Dames les
Marquifes de Richelieu & de
Bellefonds, fe font fort diftinguées
par divers habits auffi
riches que bien entendus , &
Madame la Marquiſe de Seignelay
a auffi brillé de la mef
1
GALANT. 229
me forte , & fur tout avec un
habit à la Hongroiſe . Je ferois
trop long fi j'entrois dans le
detail de toutes celles qui en
ont eu de tres riches en maf
quant. Quoy que ces habits
n'euffent le Caractere d'aucune
Nation , ils n'en eftoient
ny moins beaux , ny moins
magnifiques , ny moins bien
entendus , & n'en paroient
pas moins les Dames qui les
portoient. Il y a eu encore
un divertiffement , qui pour
n'avoir pas efté du nombre
des Mafcarades qui fe
font faites chez le Roy , n'a
226 MERCURE
pas laiffé d'eftre un des plus
agréables , dont on ayt ja
mais entendu parler. Le Roy
eftant entré un foir chez Madame
de Montefpan , fut furpris
de voir
partement repreſentoit la
Foire de S. Germain. Ce n'étoit
par tout que Boutiques.
remplies de Marchands , &
l'on voyoit mefme des Compagnies
entieres de Perfon
nes qui fe promenoient dans
cette Foire , & qui faifoient
converſation , ou entr'elles,
ou avec les Marchands & les
Marchandes. Enfin , tout ce
que tout fon apGALANT
227
que l'on a couftume de voir
à la Foire, y paroiffoit dépeint
au naturel. C'est ainsi qu'on
doit furprendre pour bien divertir
, & tous ces fortes de
divertiffemens font de bon
gouft.
vous ay promis du Carnaval
de la Cour , pendant les mois
GALANT. 203.
de Janvier & de Fevrier. Les
Divertiffemens n'y ont point
ceffé. L'Opera de Roland y
a efté repreſenté une fois cha
que Semaine , & il y avoit al
ternativement Bal , Comedie
& Opera. Toute la Cour a
maſqué ſept fois , & auroit
continué à fe donner ce plaifir
, fi la mort du Roy d'Angleterre
n'euft interrompu
pour quelques jours tous les
Divertiffemens. Chaque jour
de Maſcarade , Monſeigneur
le Dauphin changeoit quatre
ou cinq fois d'habits , où l'on
n'oublioit rien pour empef
204 MERCURE
cher qu'il ne fuft reconnu. I
furprit toute l'Affemblée dans
la premiere Mafcarade , avec
un habit de Chauve fouris ..
La magnificence & l'invention
ont paru dans tous les
déguiſemens de Monſieur le
Duc. Les habits de fa Troupe.
eſtoient à cette premiereMafcarade
de grandes Robes , de
differentes couleurs , diverfement
& richement chamarées
, d'où fortoit un Col qui
s'élevoit fort haut , & s'abaiſ
foit , & fur lequel paroiffoit
une tefte d'Animal , coeffée
en Chauve fouris. Monfieur
GALANT. 205
le Duc de Bourbon , qui étoit
fous l'une de ces Machines,
avoit un habit de Femme de
Strasbourg. Mademoiſelle de
Bourbon , qui eftoit ſous une
autre , en avoit un de Magicienne,
& les Filles d'honneur
de Madame la Dauphine,
qui en rempliffoient d'autres,
eftoient diverſement vétuës .
Je ne dois pas oublier icy à
vous dire , que Monfieur le
Duc de Bourbon n'avoit encor
fait de fejour à la Cour,
que pendant ce Carnaval , &
qu'il y a paru au fortir de fes
Etudes , avec un air , des ma
206 MERCURE
nieres , & un eſprit auffi libre
que s'il y euft paffé fes premieres
années , & qu'il cust
eu un âge plus avancé . Le
fecond jour qu'on maſqua,
la Maſcarade
de Monſeigneur
le Dauphin repreſentoit toute
la Troupe Italienne . Ce Prin
ce eftoit veſtu en Docteur.
Ceux qui formoient cette
Mafcarade , eftoient Monfieur
le Prince de Conty,
Monfieur le Prince de la
Roche-fur-Yon , M' le Prince
de Turenne , M' le Duc de
Roquelaure , Miles Marquis
de Bellefonds
, d'Alincour
,
GALANT. 207
& de Liancour. Madame la
Dauphine , fit ce jour là une
Mafcarade de Perroquets
,
Monfieur le Duc de Bourbon
parut avec un riche habit
de Seigneur Hongrois , &
Mademoiſelle de Bourbon,
avec un habit de Païfane,
d'une proprieté furprenante.
Monfieur le Duc du Maine,
fe fit admirer le mefme jour,
avec une Maſcarade de petits
vieillards & de petites vieilles.
Rien n'a paru plus beau , &
l'on ne pouvoit ſe laſſer de
les regarder. Ceux qui compofoient
cette Mafcarade ་་
208 MERCURE
eftoient , Monfieur le Duc
du Mayne , Monfieur le
Comte de Thoulouſe , M' de
Manfini , Mi le Marquis de
la Vrilliere , Mademoiſelle de
Nantes , Mademoiſelle de
Blois , & Mademoiſelle de
Château - neuf.
Dans la troifiéme Maſcarade
, Monſeigneur le Dauphin
parut d'abort déguisé
avec quatre vifages. Enfuite,
prit un habit de Flamande
avec un Mafque de Perroquet
, & changea à fon ordinaire
quatre ou cinq fois
d'habit. Monfieur le Duc de
GALANT. 209
Bourbon , parut ce foir là..
avec un habit de Noble Venitien
, & Mademoiſelle de :
Bourbon s'y fit remarquer
par la propreté , & la richeffe
d'un habit magnifique. Toute
la Cour maſqua ce foir là ,,
& le mélange des habits gro
tefques , & fuperbes , eftant
fort agréable à la vuë , divertit
beaucoup.
Le quatrième jour qu'on
mafqua , Monfeigneur le
Dauphin mit pour premier:
habit celuy d'un Operateur,
& tirant feulement un petit
cordon , il parut en un inftant
Mars 1685, Si
210 MERCURE
vétu en grand Seigneur Chinois
. Des changemens auffi
furprenans le firent paroiftre
encore le mefme foir avec
deux autres habits . Monfieur
le Duc de Bourbon mit ce
foir-là un habit de Païfan,
auffi riche que bien entendu .
Monfieur le Duc de Mortemar
, qui fe diftingue en tout
ce qu'il fait , vint à l'Affemblée
du mefme jour avec un
habit tout formé de Manchons
jufqu'à la coëffure. Ils
étoient de differentes couleurs
. Il avoit une Palatine
pour Cravate , & un Mafque
GALANT. 211
qui imitoit le vifage d'un
homme tout tranfi de froid .
Sa barbe paroiffoit toute ge
lée , & les glaçons y pen
doient . Il euft eſté impoflibie
de le reconnoiftre s'il ne te
fuft pas découvert luy- même.
Neuf Quilles & la Boulle fe
trouverent dans le Balle jour
de la cinquiéme Affemblée;
c'eftoit la Mafcarade de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux
qui reprefentoient ces Quilles.
eftoient affis deffous , & de
petites feneftres leur donnoient
de l'air ; jugez par la
de leur contour , & de leur
Sij
212 MERCURE
hauteur ; elles eftoient peintes
de diverfes couleurs . Monſeigneur
le Dauphin fit paroiftrebeaucoup
d'agilité dans quelques-
uns des habits qu'il prit
le refte de la Soirée , les uns,
n'en demandant pas tant que:
les autres . Monfieur le Comte
de Thouloufe fe fit adinirer
en Scaramouche, & l'on n'au
roit pas eu de peine à le pren
dre pour un Amour déguiſé.
Monfieur le Duc de Bourbon
, Mademoiſelle de Bourbon
ne maſquerent ce foir- là
qu'en Avocats , mais ce fut
avec une propreté qui faifoit
GALANT 213
affez connoiftre que les Robes
de ces Avocats - là n'avoient
jamais effuyé la pouf
frere du Palais .
La Mafcarade des Cris de
Paris fut la fixiéme de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux,
qui accompagnoient ce Prince,
étoient Monfieur le Prince.
de Conty, Monfieur le Prince:
de la Roche-fur-Yon , M' le
Grand Prieur, M' le Prince de
Türenne , M le Comte de
Brienne , M' le Prince de
Thingry, M' le Marquis d'Alincourt
, M' le Marquis de:
Courtenyau M de la Roche214
MERCURE
guion , M' de Liencourt, M
de Grignan , & M ' du S.
Efteve. Selon les Meftiers
qu'ils
reprefentoient , ils por
toient ce qu'il y avoit de plus
delicat à boire & à manger, &
quelques uns portoient jufqu'à
des Boutiques garnies.
de ce qui regardoit leur Perfonage
. Monfieur le Duc de
Bourbon , & Mademoiſelle
de Bourbon vinrent ce foirlà
au Bal avec une Troupe de
huit Perfonnnes , dont les ha
bits reprefentoient des Pavil
lons . La Mafcarade de Monfieur
le Duc du Mayne , qui
GALANT. 215
Voicy
parut le mefme foir , étoit de
dix Seigneurs Chinois , & de
cinq Dames Chinoiſes , avec
des habits auſſi magnifiques
,
que bien imaginez .
les Noms de ceux qui compofoient
cette Mafcarade ;
Monfieur le Duc du Mayne,
Monfieur le Comte de Thouloufe
M' de Mancini , M' le
Comte de Cruffol , M de Duras,
M ' de Sully , M' de Gri
gnan , M' le Marquis de la
Vrilliere , M' de Soyecourt,
M' Bontemps, Mademoiſelle
de Nantes , Mademoiſelle de
Blois , Mademoiſelle d'Ufez ,
216 MERCURE
Mademoiſelle de Senneterre,
Mademoiſelle de Chafteauneuf.
Quelques jours avant la
fin du Carnaval Monfeigneur
le Dauphin ayant refolu de
faire une Courſe de Teftes
en maniere de petit Carouſel,
avec des Quadriles , on cher
cha un Sujet, on imagina des
Habits, on les fit, on s'exerça,
& l'on courut enfin fix
jours apres qu'on cut refolu
ce divertiffement . La France
feule eft capable d'executer
des chofes de cette nature en
fi peu de temps . Vous en ſe-.
rez furpriſe , quand vous au
rezz
GALANT. 217
rez ſçeu ce que j'ay à vous en
dire . Le Dimanche de Fevrier,
le
4.
Roy,Madame la Dauphine,
& toute la Cour fe ren-,
dirent à trois heures apres
midy fur les Amphitheatres
du Manege découvert de
Verfailles. La Quadrille de
Monfeigneur le Dauphin entra
auffi- toft dans la Carriere,
au fon des Timbales & des
Trompettes , les Armes de
cette Quadrille eftoient noir
& or , les habits de deffous
noirs & brodez d'or , & toutes
les plumes tant des Hom
mes que des Chevaux étoient
Mars 1685.
T
218 MERCURE
blanches , & les garnitures de
mefme. M le Marquis de
Dangeau , fous le nom de
Charlemagne , entra le premier
comme luge du Camp.
Monfeigneur le Dauphin,
eftoit fous le nom de Zerbin;
Mr le Prince de Tingry, fous
celuy de Renaud ; M' de la
Roche Guyon , fous celuy
d'Aquilan le noir , M' le
Marquis de Liancour , fous
celuy de Grifon le blanc ;
& M' le Marquis d'Antin ,
fous celuy de Roland. La feconde
Quadrille entra auffitoft
apres , précedée de fes
GALANT. 219
Trompettes , & de ſes Timbales
. Les couleurs de cette
Quadrille eftoient or & vert,
avec des plumes blanches, &
mouchetées de vert . M' le
Duc de Gramont eftoit Juge
du Camp. Il entra le premier
fous le nom d'Agra
mant . Monfieur le Prince de
la Roche-fur-Yon , avoit celuy
de Mandricard; M le Duc
de Vandofme , celuy de Gradaffe
, M' le Prince de Turenne
, celuy de Roger ; M' le
Comte de Briône , celuy de
Rodomont
; & M' le Marquis
d'Alincour , celuy de Sacri-
Tij
220 MERCURE
"
pant. On ne peut avoir plus
de fatisfaction
que cette
Courſe en donna aux Spectateurs
, ny meriter plus d'aplaudiffemens
que Monfeigneur
le Dauphin , qui eft le
Prince du Monde , qui a la
meilleure grace les Armes à
la main. Apres une fort
longue difpute , le Prix de
meura à la feconde Quadrille,
& ceux qui la compofoient
le difputerent long - temps entr'eux
; mais enfin , M' le
Prince de Turenne l'emporta
, & reçut de la main du
Roy , au fon des Timbales,
GALANT. 221
& des Trompettes , une Epée
d'or avec de riches Boucles .
Mr du Mont Ecuyer de Monfeigneur
le Dauphin , montoit
un Cheval nud qu'il gouvernoit
, comme auroit pû
faire le plus habile Ecuyer à
qui rien n'auroit manqué,
pour bien manier un Cheval,
fur lequel il auroit eſtémonté.
Je croy que vous fçavez
de quelle maniere fe fait cette
Courſe de teftes. Il faut .
d'abord enemporter une avec
la Lance ; puis on en darde
une autre , on ſe retourne en
faite vers la Meduſe que l'on
T iij
222 MERCURE
darde auffi , apres quoy on
emporte
à l'épée la derniere
tefte , qui eft plus baffe que
les autres. Ie vous
envoyeray
le mois prochain
les Devife's
de tous ceux qui eftoient
de
cette Courſe. Le lendemain
on reprefenta
l'Opera
d'Amadis
à Verſailles . Le Roy
ne l'avoit point encore veu ,
parce que cet Opera
avoit
paru dans l'année de la mort
de la Reyne , & vous fçavez
que pendant
ce temps , le
Roy n'a pris aucun divertiſ
fement. Le jour ſuivant
qui
eftoit le dernier du Carnaval,
GALANT. 223
la Mafcarade deMonfeigneur
le Dauphin , eftoit d'un Marquis
de Mafcarille porté en
Chaife , avec un équipage
convenable à fon fracas d'ajuſtement,
Monfieur le Comte
de Thoulouſe maſqua ce
foir là avec un habit de Perfan,
& charma toute la Cour.
Parmy les Maſcarades qui ont
le plus diverty , il y en a cu
une de Suiffes , qui a donué
un fort grand plaifir , & dont
l'invention caufa beaucoup
de furprife. Toutes les fois
que Madame la Dauphine a
dancé , pendant les jours de-
T iiij
224 MERCURE
ftinez aux Mafcarades , fa
bonne grace & la jufteſſe de
fon oreille ont toûjours paru ."
Madame la Princeffe de Conty
s'y eft fouvent fait admirer
fous plufieurs habits , mais
fur tout avec un habit Grec,
dont on fut tellement charmé
, que plufieurs en firent
faire de femblables pour les
Bals fuivans . Mes Dames les
Marquifes de Richelieu & de
Bellefonds, fe font fort diftinguées
par divers habits auffi
riches que bien entendus , &
Madame la Marquiſe de Seignelay
a auffi brillé de la mef
1
GALANT. 229
me forte , & fur tout avec un
habit à la Hongroiſe . Je ferois
trop long fi j'entrois dans le
detail de toutes celles qui en
ont eu de tres riches en maf
quant. Quoy que ces habits
n'euffent le Caractere d'aucune
Nation , ils n'en eftoient
ny moins beaux , ny moins
magnifiques , ny moins bien
entendus , & n'en paroient
pas moins les Dames qui les
portoient. Il y a eu encore
un divertiffement , qui pour
n'avoir pas efté du nombre
des Mafcarades qui fe
font faites chez le Roy , n'a
226 MERCURE
pas laiffé d'eftre un des plus
agréables , dont on ayt ja
mais entendu parler. Le Roy
eftant entré un foir chez Madame
de Montefpan , fut furpris
de voir
partement repreſentoit la
Foire de S. Germain. Ce n'étoit
par tout que Boutiques.
remplies de Marchands , &
l'on voyoit mefme des Compagnies
entieres de Perfon
nes qui fe promenoient dans
cette Foire , & qui faifoient
converſation , ou entr'elles,
ou avec les Marchands & les
Marchandes. Enfin , tout ce
que tout fon apGALANT
227
que l'on a couftume de voir
à la Foire, y paroiffoit dépeint
au naturel. C'est ainsi qu'on
doit furprendre pour bien divertir
, & tous ces fortes de
divertiffemens font de bon
gouft.
Fermer
Résumé : Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Le texte décrit les divertissements de la cour pendant les mois de janvier et février, marqués par une série de mascarades et de spectacles. Chaque semaine, l'opéra de Roland était représenté, alternant avec des bals, des comédies et des opéras. La cour a participé à sept mascarades, brièvement interrompues par la mort du roi d'Angleterre. Le Dauphin a changé plusieurs fois d'habits lors de chaque mascarade, se déguisant notamment en docteur, en Flamande et en opérateur. Le Duc de Bourbon et Mademoiselle de Bourbon ont également participé avec des déguisements variés, tels que des habits de magicienne, de seigneur hongrois et de païfane. Les thèmes des mascarades incluaient la troupe italienne, les perroquets et les petits vieillards. Le Duc du Maine a impressionné avec une mascarade de petits vieillards et vieilles. Ces événements étaient caractérisés par une grande magnificence et inventivité dans les déguisements. Le Carnaval s'est conclu par une course de têtes, un spectacle équestre où le Dauphin et d'autres nobles ont participé, déguisés en personnages célèbres. Cette course a été suivie par une représentation de l'opéra d'Amadis à Versailles. D'autres divertissements incluaient une mascarade de Suisses et une représentation de la foire de Saint-Germain chez Madame de Montespan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 206-263
Relation contenant toutes les particularités du Mariage de M. le D. de Bourbon. [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay promis que je rechercherois avec soin toutes les [...]
Mots clefs :
Duc de Bourbon, Roi, Duchesse, Argent, Diamant, Princesse, Mariage, Musique, Cour, Cérémonie, Ornements, Château, Broderie, Or , Magnificence, Cristal, Couleurs, Chapelle, Architecture, Fiançailles, Marquis, Honneur, Offrandes, Dentelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation contenant toutes les particularités du Mariage de M. le D. de Bourbon. [titre d'après la table]
Je vous ay promis ' que je
GALANT. 207
rechercherois avec foin toutes
les particularitez qui regardent
le Mariage de Monfieur
le Duc de Bourbon , &
de Mademoiſelle de Nantes,
afin de vous en donner une
Relation exacte ; mais il eſt
bien difficile qu'il n'échape
quelques circonftances de
tout ce qui a précedé,accompagné
, & fuivy l'Union de
ces deux Auguftes Perfonnes.
Le Roy ne fait rien qui
ne marque fa Grandeur ;
Monfieur le Duc eft galant
& magnifique , & tous ceux
qui touchent de prés au jeu208
MERCURE
ne Prince & à la jeune Princeffe
que le Mariage vient
d'unir , aiment la belle dépenfe.
La Liberalité leur eſt
naturelle ; ils n'épargnent
rien lors qu'il s'agit d'affaires
d'éclat , & il femble que le
bon gouſt ſoit né avec eux.
Jugez aprés cela , s'il m'a pû
eftre facile de ramaffer toutes
les circonftances qui ont
rapport à ce Mariage ; mais
il y a plus encore , c'eſt qu'il
s'eft fait avec un tel agrément
, & tant de joye de toute
la Cour , que chacun en
fon particulier a contribué
GALANT. 209
autant qu'il a pû , à l'éclat de
cette Feftè , par des Habits
magnifiques , par des mar
ques de réjouiffance, & mef
me par de fomptueux repas,,
accompagnez de divertiffemens.
Avant que d'entrev
dans ce détail , je vous diray
que Monfieur le Duc de
Bourbon eft un jeune Prin
ce, qui commençant à entrer
dans le monde, n'y a fait encore
aucun pas qui n'ait marqué
avec avantage qu'il foûtiendra
dignement , & l'Au
gufte Nom qu'il porte , & la
gloire des grands Hommes
Aoust 1685. Sto
210 MERCURE
qu'il a pour Ayeux. Il s'eft
fait admirer dans fes Etudes,
& il n'en eftoit pas encore
forty , qu'il a brillé dans fes
Exercices. Ainfi l'on peut
dire qu'il y a paru habile
dans un temps où l'on en
voit peu qui ayent commencé
un fi penible travail. Si
fon application luy a donné
de l'adreffe , le Sang de Bourbon
, & le defir de la gloire,
luy ont donné la force qu'il
luy manquoit. Sa bonne grace
jointe à toutes ces chofes,
l'a fait admirer dans le Carroufel
; & il y a receu des apGALANT.
211
playdiffemens fi publics ,
qu'ils ont efté entendus de :
toute l'Affemblée. Un Prin--
ce fi accomply , dans un âge :
où les autres n'ont pas enco
re refpiré l'air du monde
meritoit d'eftre uny à une
Princeffe toute parfaite . Il l'a
trouvée en Mademoiſelle de:
Nantes , qui , quoy que plus
jeune que ce Prince , a tout
l'efprit & toutes les grandes
**
qualitez que l'on pourroitt
fouhaiter dans une Princeffe :
beaucoup plus âgée. Elle
fçait plufieurs fortes de Lan--
gues ;fes reparties font prom--
Szijj
212 MERCURE
ptes & vives fur quelque fujet
que ce puiffe eftre , & elle
attire l'admiration de tout le
monde, par la grace & la jufteffe
avec laquelle elle danfe.
Ce n'est point à cauſe que
j'ay à vous entretenir de fon
Mariage que je vous en parle
de cette forte . Si vous
voulez bien vous fouvenir
de plufieurs de mes Lettres,
vous connoiftrez que je vous
ay fait la peinture de toutes
ces choſes en divers endroits
, & dans les temps où
cette Princeffe furprenoit
toute la Cour en les faifant
GALANT. 213
éclater. C'est ce qui fait voir
que la flaterie n'a aucune
part à ce que je dis .
Avant la Ceremonie des
Epoufailles , Monfieur le Duc
de Bourbon fit un Prefent à
Mademoiſelle de Nantes , digne
de la magnificence &
de la galanterie du Sang
dont ce Prince fort .
Une maniere de Table de
demy pied de haut , & qui
pouvoit eftre pofée ſur une
Table d'une hauteur ordinaire
, portoit dans fon milieu
une machine d'Orphéyrie
toute à jour , élevée en214
MERCURE
viron de huit pouces , foûte--
nuë par plufieurs petits pieds
antiques , & entourée d'une
Campane ornée d'Attributs
fur le Mariage que l'on eftoit
preft de faire. Cette Cam--
pane bordoit le haut de la
Corniche . Sur le milieu de
cette machine il y avoit une
élevation qui portoit un petit
Baſtiment de criftal de
roche , couvert en dôme furbaiffé
, & orné de huit colomnes
de criſtal. Les enchaffures
d'orphévrie , & le corps .
de
l'Architecture de ce petit
Batiment de criſtal eftoient .
GALANT. 215
d'or. Au haut du dôme & en
dedans , pendoient en maniere
de chandeliers de criſtal
deux pendans d'oreilles
de pendeloques de diamans
faits en cloches. Ils eftoient
accompagnez d'une parure
de rubis & de diamans . Toute
cette machine cuſt pû eftre
prife pour un des endroits
délicieux du Palais de Pfyché
, puis qu'une Figure d'or
émaillé y reprefentoit cette
Princeffe. Elle eftoit couchée
, & regardoit ces Prefens
de la mefme forte que
Pfyché regardoit ceux de
.
216 MERCURE
F'Amour , lors que ce Dieu
bornoit tous fes voeux au feul
defir de luy plaire .
Aux quatre faces de ceBâtiment,
eftoient quatre Caffettes
de cristal , dans chacune
defquelles il y avoit un Bracelet
, des Boucles de Ceintures,
de Jartieres & de Souliers
de Pierreries ;fçavoir des Diamans
brillans dans la premiere
; dans la feconde des
Rubis & des Diamans ; dans
la troifiéme des Emeraudes
& des Diamans ; & dans la
quatriéme de toutes fortes
de Pierreries , avec des Bracelets
GALANT. 217
celets de Perles , & plufieurs
petites Boucles d'oreilles de
Diamans, & d'autres de toutes
fortes de Pierres de couleur.
Des Confoles d'Orfevrie
portoient les Angles du Bâtiment
du milieu ; & fur
chacun de ces Angles qui
avançoient entre les Caffettes
de criſtal, eftoient élevées
quatre Urnes d'or fur de petits
Socles . Le haut de ces
Urnes eftoit en forme de dôme
, il y avoit dedans des
efpeces de Baguiers de velours
noir,remplis de Bagues
Aouft 1685.
T
218 MERCURE
de Diamans brillans , de
plufieurs Diamans de couleur,&
de toutes fortes d'autres
Pierres.
Il y avoit auffi huit vaſes
de Cryſtal de Roche ; fçavoir
deux de chaque cofté
des quatre Vafes d'or. Ils
achevoient de remplir les
Angles du Bâtiment du mi-
-lieu ; les Bouchons de ces
Vaſes eftoient d'or , & fur
chaque Bouchon il y avoit
un Diamant brillant.
La machine d'Orfévrerie
qui portoit tous ces Bijoux,
faifoit un plan extraordi-
韭
GALANT. 219
naire , & qui s'accommodoit
à la fituation de toutes
ces pieces. Toute cette machine
enſemble eftoit portée
dans le milieu d'une maniere
de Table , haute de
fix pouces. Elle eſtoit foûtenue
par des pieds d'argent,
& ornée autour de Points
d'Eſpagne , & autres agrémens
qui formoient des Feftons
.
Sur la mefme Table au
deffous de cette machine
d'argent , il y avoit huit
Corbeilles , fçavoir , quatre
carrées , vis à vis de chacune
Tij
220 MERCURE
des faces de la grande Machine
, & quatre ovales fur
les Angles ; mais qui ne cachoient
rien de toute la Machine
du milieu , qui eftoit
plus élevée que ces Corbeilles.
Elles eftoient toutes
de Brocard d'or , brodé d'ar-
Deux des grandes
gent.
eftoient remplies d'Eventails
, & les deux autres de
Jartieres de tiffu d'or &
d'argent de toutes couleurs.
Il y avoit dans chacune des
petites , un Etuy de Velours
vert , fur lequel eftoient des
Bijoux de Velours vert de
GALANT. 221
toutes façons. Chaque Etuy
cachoit un Tablier à travailler
, de Taffetas vert , brodé
d'or paffé , & garny aux poches
de Boutons de Diamans
brillans , avec tous les
Etuis d'or , garnis de fem
blables Diamans , & attachez
à la ceinture du Tablier
avec de petites chaînes
d'or. Aux deux bouts de cette
Table eftoient encore
deux grandes Corbeilles de
Brocard d'or brodé d'argent
, & remplies de Gands
garnis , de Bas de Soye & de
Rubans.
Tiij
222 MERCURE
Le deffus de la Table qui
portoit toutes ces chofes,
eftoit brodé d'or fur un
fonds de Velours cramoify ,
avec des compartimens de
Rabeſques , dont la broderie
eftoit plus relevée , & en
chaffoit les Corbeilles ; de
forte qu'en les levant , on
voyoit les places de chacune.
D'autres ornemens rempliffoient
ces places ; mais la
broderie en eftoit plus platafin
que les Corbeilles
te ,
pofaffent mieux deſſus .
Cette Table faifoit un
plan fuivant l'arrengement
GALANT. 223
des Corbeilles quarrées ou
ovales , & ces Corbeilles en
formoient un qui s'accommodoit
à la Machine du milieu.
>
On peut juger par la
beauté , & par la richeffe de
ce Prefent de toutes les
chofes qui ont regardé ce
Mariage , & que la galanterie
& la magnificence n'y
ont pas manqué.
Je ne dois pas oublier, en
vous parlant des Pierreries
qui faifoient la principale
partie de ce fuperbe & riche
Prefent
› que le Roy en a
L
Tiiij
224 MERCURE
,
donné plufieurs parures d'un
tres-grand prix à Mademoifelle
de Nantes outre les
avantages qu'il a faits à cette
Princeffe , & les biens ,
Charges & Gouvernemens,
dont il luy a plu de gratifier
ces deux Auguftes Epoux .
La Cerémonie des Fiançailles
fe fit le 23. de Juillet
dans le grand Salon de l'Appartement
du Roy. Toute
la Maiſon Royale s'y trouva
, auffi bien que tous les
Princes , & Princeffes
du
Sang qui y avoient eſté invitées.
Monfieur
le Duc de
GALANT·
225
Bourbon & Mademoiſelle
de Nantes , y furent conduits
par M. le Marquis de
Blainville , Grand Maiſtre
des Cerémonies , qui avoit
auparavant efté prendre ce
Prince & cette Princeffe,
chacun dans leur Appartement.
Monfieur le Duc de Bourbon
, avoit un habit de brocard
d'or à fonds brun , avec
de groffes Fleurs d'or frifé,
& tellement relevées , quelles
faifoient le mefme effet
de la broderie :
L'habit de Mademoiſelle
226 MERCURE
de Nantes eftoit de Taffetas
noir en broderie d'or , &
doublé de Taffetas couleur
de feu , auffi brodé d'or. ,
Quantité de Diamans couvroient
le corps & les manches.
La Ceinture de la Jupe ,
& le retrouffis eftoient de
Diamans , la Jupe de deffous
eftoit de Brocard d'argent
brodé d'or , & cette broderie
eftoit liferée de couleur
de feu . Sa Mante dont la
queue eftoit de fix aulnes de
long , eftoit de gaze d'or , &
portée par Mademoiſelle de
Blois .
GALANT. 227
Sa
Le Roy avoit un habit.
brodé d'argent , enrichy de
Boutons de Pierreries . Son
Baudrier & fon Epée en
eftoient aufli garnis .
Majefté fe mit au bout de la
Table qui avoit efté dreſſée
pour cette Cerémonie.
Monfeigneur le Dauphin
, Monfieur , Monfieur
le Duc de Chartres , Monfieur
le Prince , Monfieur le
Duc , Monfieur le Duc du
Maine , & Monfieur le
Comte de Thoulouze fe ran .
gerent à la droite du Roy .
Madame la Dauphine , Ma228
MERCURE
dame , Mademoiſelle , Madame
la Grande Ducheffe
de Tofcane , Madame la
Ducheffe , Madame la Princeffe
de Conty , Mademoifelle
de Bourbon , Mademoifelle
d'Anguien , Mademoiſelle
de Condé , Mademoiſelle
de Blois , & Madame
de Verneuil veuve d'un
Prince legitimé de France,
fe placerent à la gauche . Je
n'entreray dans aucun détail
de leurs habits , la déſcription
en feroit feule auffi
longue que toute ma Relation
. Imaginez - vous tout
GALANT. 229
ce que la Broderie , & les
plus riches Brocards d'or ,
tous differemment ornez de
Pierreries , peuvent former
de plus éclattant , & vous
aurez encore de la peine à
vous bien repreſenter le brillant
effet que produifoit
l'éboüiffant amas de ces diverfes
richeffes , tant il fembloit
que chacun euft pris
plaifir à fe parer à l'envy pour
faire honneur à la Fefte , &
pour marquer la fatisfaction
qu'il avoit de ce Mariage.
Tous ces Princes & ces Princeffes
formerent un cercle ,
230 MERCURE
de
& Monfieur le Duc de Bourbon&
Mademoiſelle de Nantes,
fe rangerent auprés de la
Table , au bout de laquelle
eftoit le Roy. M. le Marquis
Seignelay, Secretaire d'Etat
& de la Maiſon du Roy ,
fit la Lecture du Contract,
M. Colbert de Croiffy , Miniftre
& Secretaire d'Etat ,
eſtant preſent. M. de Seignelay
preſenta enſuite la
plume à Sa Majefté , qui le
figna , aprés quoy il fut ſigné
parMonfeigneur le Dauphin,
Madame la Dauphine,
Monfieur , Madame , MonGALANT.
231
fieur le Duc de Chartres
Mademoiſelle , Madame la
Grande Ducheffe de Tofcane,
Monfieur le Prince,Monfieur
le Duc,Madame la Ducheffe
, Monfieur le Duc de
Bourbon , Madame la Princeffe
de Conty , Mademoifelle
de Bourbon , Mademoiſelle
d'Anguien , Mademoifelle
de Condé, Monfieur le
Duc du Maine , Monfieur le
Comte de Thoulouſe , Mademoiſelle
de Nantes , Mademoiſelle
de Blois , & Madame
la Ducheffe de Verneüil.
Aprés que le Contract
232 MERCURE
eut efté figné , M. l'Evefque
d'Orleans , premier Aumônier
du Roy , fit la Ceremonie
des Fiançailles . Il eftoit
en Camail & enRochet avec
l'Etole. Cette Ceremonie
eſtant achevée , on ſe rendit
à Trianon , où le Roy donna
à Souper à toute la Maiſon
Royale , & aux Seigneurs
& Dames de la Cour. Il y
eut auparavant une Promenade
fur le Canal , que l'on
trouva tout couvert de Chaloupes
, Gondoles , Yacs , &
autres fortes de Bâtimens parez.
La Chaloupe où ſe mit
GALANT. 233
le Roy , eftoit garnie de Da--
mas bleu , avec de grandes :
Crefpines d'or . Les Carreaux
eftoient de mefme , & les Tapis
de Perfe, à fonds d'or . La
Chaloupe de Monſeigneur
le Dauphin, eftoit de Damas
cramoify,& enrichie de frange
d'or. Monfieur en avoit
une de Damas vert; avec des
franges or & argent . Celle
de Madame eftoit aurore ,
avec des franges d'argent..
Toutes ces Chaloupesavoiét
des Carreaux de mefme Damas
, avec de riches Tapis.
La Mufique eftoit dans un
Aoust 1685.
V
234 MERCURE
Vaiffeau qui fuivoit la Chaloupe
du Roy, & cette Chaloupe
de Sa Majeſté eſtoit
environnée de toutes les autres
. Les hommes fuivoient
à cheval le long du Canal ,
magnifiquement
veſtus . On
y voyoit auffi un grand nombre
de Caroffes , & une af
fluence de peuple extraordinaire
. Pendant cette Promenade
, on eut le plaifir d'entendre
tout ce qu'il y a de
plus belle Mufique dans tous
les Opera de M. de Lully. On
arriva fur les neuf heures du
foir à Trianon . Le Roy monGALANT.
235
ta par le degré du Jardin ,
dont les Berceaux eftoient.
éclairez par quantité de Chãdeliers
de criftal. Il y avoit
dans les quatre Cabinets qui
les terminent, quatre Tables
de vingt- cinq couverts cha--
cune. Le Roy en tenoit une,
& Monſeigneur le Dauphin,,
Monfieur & Madame , tenoient
les trois autres .. Il
y
en avoit auffi deux dans le
Chafteau pour les Seigneurs..
Au fortir de Table , le Roy
fit quelques tours de Jardin ,,
& il retourna fur l'eau par le
mefme degré par lequel il
Vij
236
MERCURE
eftoit venu. La nuit eftoit
affez fombre , &
cependant
le Canal ne laiffoit pas de paroiftre
fort brillant . Le réflechiffement
des
lumieres qu'-
on ne pouvoit encore découvrir,
le faifoit paroiſtre comme
une glace toute lumineufe.
Quoy que l'on en ſoupçonnaft
la cauſe, on n'en fut
éclaircy que lors qu'on fut à
la croifée du Canal, d'où l'on
connut que le Château étoit
éclairé depuis le haut jufqu'au
bas. Je croy qu'il eſt à
propos de vous dire , qu'on
appelle la croifée du Canal,
GALANT. 237
l'endroit où l'on détourne en
revenant de Trianon , & d'où
l'on commence à découvrir
le Château de Verfailles. Les
lumieres dont il eftoit éclairé
étoient vives . On les nomme
ainfi lors qu'elles font découvertes
, & qu'elles ne font
point dans des verres, ou derriere
des papiers ou toilles
peintes & huilées , qui faifoient
les anciennes Illuminations
, & dont on fe fert
peu aujourd'huy , fi ce n'eſt
qu'on les mefle avec les lumieres
vives . Celles qui faifoient
briller le Chafteau de
238 MERCURE
"
Verfailles, en profiloient toutes
les Corniches , & marquoient
l'Architecture . La
Galerie mefme qui occupe
toute la face du Chafteau
qui donne dans le Jardin ,
eftoit éclairée par dedans.
comme aux jours où l'on
tient Appartement, & ces lumieres
qui n'eftoient veuës
qu'au travers des vitres , formoient
un corps plus reculé
& moins vif que celuy de
l'Architecture , ce qui faifoit
une agreable union . Toutes
les Rampes & les Efcaliers de
la Fontaine de Latone étoiet
GALANT. 239
éclairez de lumieres telles
qu'eftoient celles du Chafteau
; ce qui les faifoit paroître
du Canal comme un gros
pied-d'eſtal de feu qui portoit
le Chafteau. A l'autre
bout du Canal qui donne
dans la campagne , on vit
une Piramide de feu , formée
par fept ou huit mille lumieres,
dont chacune étoit groffe
comme un flambeau. Cette
Piramide avoit prés de
cent toifes de face , & fa hauteur
eftoit proportionnée à
fa largeur. Il y avoit fur la
pointe de cette Piramide une
240 MERCURE
boule de feu d'environ vingt :
pieds de diamettre . On tira
de derriere cette Piramide
environ vingt mille fufées.
Elles eftoient difpofées de
telle forte qu'elles paroiffoient
partir de la boule qui
eftoit fur la pointe . On tira
d'abord plufieurs groſſes fųfées
les unes aprés les autres,
qui produifirent de differens
& nouveaux effets . Enfuite
elles partirent par trois , quatre
, cinq , & fix douzaines à
la fois , & augmenterent
toûjours
jufqu'au dernier partement
, qui fut de neuf à dix
mille
GALANT. 241
mille enſemble ; ce qui fit
une voûte de lumiere au
deffus de Verſailles & des environs
.
Aprés qu'on eut admiré
la beauté & les effets de ce
prodigieux amas d'artifice,
le Roy remonta en Caleche
, & retourna au Château
par le Jardin . Tout ce
qui eftoit fur la route de Sa
Majefté , brilloit d'une infinité
de lumieres , & princi
palement l'Allée des Caſcades
, la grande Piece du bas
de cette Allée , & la Pyramide
d'eau qui eft au haut
Aoust 1685.
X
242 MERCURE
de la mefme Allée. Le feu
paroiſſoit au travers de fes
Napes , & l'on voyoit au
deffus au lieu du gros jet
d'eau , un gros bouillon de
lumieres. La face du Château
eftoit illuminée de ce
cofté là , de la mefme maniere
que celle qu'on avoit
admirée du Canal ; de forte
qu'on ne voyoit que des enfilades
de lumieres , au bour
defquelles le Chafteau paroiffoit
comme une Montagne
de feu ; on y rentra à une
heure aprés minuit .
La Cerémonie des EpouGALANT.
243
24.
failles fe fit le lendemain
Juillet à une heure aprés
midy. M. de Saintot alla
prendre Monfieur le Duc
de Bourbon dans fon Appartement
, & le mera à celuy
de Mademoiſelle de
Nantes. Il les conduifit enfuite
dans la Galerie , où
Madame la Dauphine attendoit
le Roy. On alla de là
àla Chapelle , chacun en fon
rang.
1
L'habit de Monfieur le
Duc de Bourbon eftoit brodé
d'or , fur un fond de gros
de Naples noir. Le deffein
X ij
244 MERCURE
cette broderie eftoit d'une
inventiontoute nouvelle . Un
bord d'un quartier de haut
regnoit autour du Manteau.
La broderie en eftoit fort
particuliere , & compofée
de deux manieres d'ornemens
qui fe contraſtoient,
Le fond de l'étoffe faifoit
en quelques endroits le
fond des ornemens , & en
d'autres l'or faifoit le fond ,
& l'étoffe les ornemens &
dans les endroits où elle en
fervoit , elle eftoit ornée
d'Emeraudes & de Diamans
enchaſſez dans de petits or
>
GALANT. 245
nemens de broderie relevée .
Tous les ornemens du rebord
de ce Manteau eftoient
brodez de Perles , & les milieux
des grands Fleurons
eftoient ornez de plus groffesPerles,
qui tournoient fuivant
les Tiges .Tout le plein
duManteau eftoit d'un ornement
pareil ; mais un peu
plus petit . Le revers eftoit
auffi d'une broderie des plus
riches . Les Chauffes eftoient
comme le Manteau , & le
Pourpoint eftoit blanc &
brodé d'or ; mais plus déli
catement . Le Cordon du
X iij
246 MERCURE
Chapeau de ce Prince eftoit
de gros Diamans .
Mademoiſelle de Nantes
avoit un habit de Brocard
d'argent , chamaré de Dentelles
d'argent pliffées , &
tout femé de Rubis & de
Diamans , & le Corps & les
Manches en eftoient entierement
couvertes , de mefme
que celuy des Fiançailles.
La Jupe de deffous eftoit
de Brocard d'argent, chamarée
de Dentelles d'argent
pliffées >
eftoient des Boutonnieres
d'Emeraudes & de Diamans .
entre lefquelles
GALANT 247
Les parures de tefte étoient
afforties aux Pierreries de
l'habit .
Il feroit difficile de bién
décrire l'habit du Roy. La
broderie en eftoit or & argent
, & faite exprés pour
placer les Pierreries dont il
eftoit tout femé , de forte
qu'il paroifloit qu'il fuft tout
brodé de ces Pierreries .
Je ne ne vous parleray
point icy des places que chacun
occupa dans la Chapelle
, vous les ayant déja marquées
dans les Relations du
Mariage de la Reyne d'Ef
X iiij
248 MERCURE
pagne, & de celuy de Madame
de Savoye. La Mufique
de la Chapelle chanta plufieurs
Motets pendant la
Meffe , & à l'Offertoire M.
le Marquis de Blainville
Grand Maiftre des Cerémonies
, avertit Monfieur le
Duc de Bourbon d'aller à
l'Offrande
. Ce Prince aprés
avoir fait une révérence à
l'Autel , & une au Roy , baiſa
l'Anneau de l'Evefque
, &
luy prefenta un Cierge garny
de plufieurs pieces d'or,
qu'il avoit receu du Grand
Maistre des Cerémonies
,
GALANT. 249
celuy- cy l'ayant pris des
mains de M. Duché , Controlleur
Genéral de l'argenterie
en année . Les mefines
Cerémonies furent obfervées
pour Madame la Ducheffe
de Bourbon , qui alla
enfuite à l'Offrande . Aprés
le Pater , M' les Abbez du
Breüil & Milon , Aumôniers
du Roy , tous deux en
Rochet & en Manteau long,
étendirent un Poële de Brocard
d'argent fur la tefte de
Monfieur le Duc & de Madame
la Ducheffe de Bourbon,
pendant que M. l'Evefque
250 MERCURE
d'Orleans acheva la Cerémonie
des Epoufailles. La
Meffe eftant finie , le Curé
de la Paroiffe de Verfailles
preſenta au Roy le Regiſtre
des Mariages , qui fut figné
par Sa Mejefté , Monfeigneur
le Dauphin , Madame
la Dauphine , Monfieur,
Madame , Monfieur le Prince
, Monfieur le Duc , Madame
la Ducheffe , & Monfieur
le Duc & Madame la
Ducheffe de Bourbon. Au
fortir de la Meffe , on remonta
dans le mefme ordre
qu'on eftoit venu , excepté
GALANT: 251
que Mademoiſelle
de Nantes
pour lors Madame la
Ducheffe
de Bourbon
, prit
fon rang aprés Madame la
Ducheffe . A huit heures du
foir , le Roy fe trouva dans
fon grand appartement
, où
toute la Cour fe rendit .Je ne
vous parle point de la magnificence
de cét appartement;
elle eft genéralement
connuë , & je vous en ay en
voyé une deſcription particuliere
. On alla enfuite fur
le grand degré de Marbre.
Toutes les Dames fe partagerent
dans les deux Tribu252
MERCURE
nes & tous les Hommes
fur les Rampes. La Mufique
eftoit en bas , & divertit
jufques à dix heures
qu'on alla fouper. La Table
eftoit dans la grande
Salle des Gardes du Corps.
Cetse Salle eftoit tenduë
d'une riche Tapiflerie rehauſſée
d'or , qui repreſentoit
l'Hiftoire de Henry III..
Il y avoit à ce fouper,
Le Roy,
Monfeigneur le Dauphin ..
Madame la Dauphine.
Monfieur.
Madame..
GALANT. 253
Monfieur le Duc de Chartres.
Madame la grande Ducheffe.
Monfieur le Duc .
Madame la Ducheffe.
Monfieur le Duc de Bourbon
.
Bourbon.
Madame la Ducheffe de
Madame la Princeffe de
Conty.
Mademoiſelle de Bourbon.
Monfieur le Duc du Mayne.
Monfieur le Comte de
Thoulouze .
254 MERCURE
Mademoiſelle de Blois.
Madame la Ducheffe de
Verneüil .
pas
Et quatre-vingt Perſonnes
de la premiere qualité.
Il y eut quatre Services,
& le grand nombre de mets
& de Conviez´n'empeſcha
le bon ordre
, & que L'abondance
ne paruſt avec la
magnificence
. Au ſortir de
la Table , on revint dans le
grand Appartementdu
Roy ,
où M. l'Evefque
d'Orleans
benit le lit , puis on deshabilla
les Mariez. Le Roy
donna la Chemiſe à Mon-
1
GALANT. 255
fieur le Duc de Bourbon ,
aprés qu'elle luy eut elté
prefentée par Monſieur le
Duc & Madame la Ducheffe
la prefenta à Madame
la Dauphine , qui la donna
enfuite à Madame la Ducheffe
de Bourbon. Le Roy
fit l'honneur à cette Princef
fe de la vifiter le lendemain
dans le mefme Appartement
de Sa Majefté , où elle
avoit couché. Elle
y receut
le mefme honneur de
Monfeigneur le Dauphin ,
& le Complimens de toute
la Cour , & le foir elle alla
256 MERCURE
.
fouper chez Monfieur le
Prince , où on luy donna le
divertiffement
d'entendre
chanter des Vers que M.
l'Abbé Geneft avoit compo.
fez fur fon Mariage , & dont
je vous feray part à la fin de
cette Relation. La Mufique
eftoit de M. de la Lande,
l'un des Maiftres de Mufique
de la Chapelle du
Roy.
Le Jeudy , Monfeigneur
le Dauphin donna un grand
Soupé dans fon Apparte-
& l'on chanta enfuiment
,
te l'Idille que je vous ay enGALANT.
257
voyé en vous parlant du divertiffement
de Sceaux.
Le Samedy le Roy alla
difner à Marly. Il y mena
Madame la Ducheffe de
Bourbon , Madame la Princeffe
de Conty , & les Da
mes qui eftoient neceffaires
pour le petit Balet , que l'on
`y dança le foir devant Madame
la Dauphine , qui y
vint ſouper avec un grand
nombre de Dames. Les
Vers de ce divertiffement
eftoient de M. Morel , Valet
de Chambre de cette
Princeffe , & la Mufique de
Aoust 1685.
Y
258 MERCURE
M. de la Lande . Madame
la Ducheffe de Bourbon , &
Madame la Princeffe de
Conty , dancerent des entrées
dans les Intermedes , &
l'une & l'autre s'y firent admirer
par leur bonne
leur bonne grace ,
& par la juſteſſe de leur dance.
Le Dimanche Monfieur
donna une grande Fefte à
Saint Cloud. Il y eut Col
lation , Mufique , Jeu ,
Promenade , Bal , Souper , &
Comédie. Il s'eft fait encore
beaucoup d'autres Feftes
devant & aprés ce Mariage
,
GALANT. 259
& qui y ont toutes rapport
par la joye que la Cour at
fait paroiftre , & par les mar--
ques d'amitié que le Roy a
données aux Mariez .
Quoy qu'il femble que
rien ne fe puiffe ajoûter à
l'éclat dont la Cour brille or
dinairement , on peut dire
que pendant quatre ou cinq
jours , elle a paru avec une
magnificence extraordinaire.
Toutes les Perfonnes.
diftinguées ont fait faire des
habits tres-riches , pour honorer
cette Fefte , en y pa--
roiffant avec éclat. On ne
Y ij
260 MERCURE
peut rien s'imaginer de
plus beau que ceux de
de Monfieur le Duc de
Bourbon ; ccee Prince en
ayant changé de trois ou
quatre en broderie , qui ont
efte beaucoup moins eftimez
par leur richeffe , que
par leur travail , & par la
nouveauté de leur deffein ;
mais on ne doit
pas en
en eftre
furpris
, puis
qu'on
ne fait
rien dans
cette
Maifon
fans
fe diftinguer
, de quelque
nature
d'affaire
dont
il s'agiffe.
Je ne vous diray rien daGALANT.
261
vantage de ce qui regarde la
Princeffe, touchát ces fortes
de chofes , puis qu'il eft aifé
de s'imaginer qu'on les a portées
au plus haut point, & que
je n'en pourrois dire affez .
Monfieur le Prince , qui fait.
fon fejour ordinaire dans fa
délicieufe Maifon de Chantilly
, a demeuré plufieurs
jours à la Cour , avant &
aprés ceMariage, & il y a paru
mefme avec éclat ,
, pour
marquer la ſatisfaction qu'il
en avoit.
Je ne puis m'empefcher
de dire icy , que Monfieur
ه ت
262 MERCURE
le Duc a fait faire plufieurs
Carroffes magnifiques , entre
lefquels celuy du Corps:
eft d'une invention auffi galante
que riche. Les orne--
mens y font fans confuſion ,
& d'une maniere nouvelle .
Il y a mefme des chofes fingulieres
, & qui doivent furprendre
, parce qu'elles ne
font pas ordinaires aux au--
tres Carroffes . Toute la Ferrure
eft d'or moulu auffi bien
que les Clouds ; & tous les ornemens
de Cuivre , avec la
dorure de la Sculpture font
d'or bruny qui réfiſte à l'eau .
GALANT. 263
Le Secret en a efté trouvé depuis
peu , & l'on ne s'en eſtoit
point encore fervy . Je ne
vous dis rien des attelages
de tous ces Carroffes , dont
les Chevaux eftoient d'une
tres-grande beauté.
GALANT. 207
rechercherois avec foin toutes
les particularitez qui regardent
le Mariage de Monfieur
le Duc de Bourbon , &
de Mademoiſelle de Nantes,
afin de vous en donner une
Relation exacte ; mais il eſt
bien difficile qu'il n'échape
quelques circonftances de
tout ce qui a précedé,accompagné
, & fuivy l'Union de
ces deux Auguftes Perfonnes.
Le Roy ne fait rien qui
ne marque fa Grandeur ;
Monfieur le Duc eft galant
& magnifique , & tous ceux
qui touchent de prés au jeu208
MERCURE
ne Prince & à la jeune Princeffe
que le Mariage vient
d'unir , aiment la belle dépenfe.
La Liberalité leur eſt
naturelle ; ils n'épargnent
rien lors qu'il s'agit d'affaires
d'éclat , & il femble que le
bon gouſt ſoit né avec eux.
Jugez aprés cela , s'il m'a pû
eftre facile de ramaffer toutes
les circonftances qui ont
rapport à ce Mariage ; mais
il y a plus encore , c'eſt qu'il
s'eft fait avec un tel agrément
, & tant de joye de toute
la Cour , que chacun en
fon particulier a contribué
GALANT. 209
autant qu'il a pû , à l'éclat de
cette Feftè , par des Habits
magnifiques , par des mar
ques de réjouiffance, & mef
me par de fomptueux repas,,
accompagnez de divertiffemens.
Avant que d'entrev
dans ce détail , je vous diray
que Monfieur le Duc de
Bourbon eft un jeune Prin
ce, qui commençant à entrer
dans le monde, n'y a fait encore
aucun pas qui n'ait marqué
avec avantage qu'il foûtiendra
dignement , & l'Au
gufte Nom qu'il porte , & la
gloire des grands Hommes
Aoust 1685. Sto
210 MERCURE
qu'il a pour Ayeux. Il s'eft
fait admirer dans fes Etudes,
& il n'en eftoit pas encore
forty , qu'il a brillé dans fes
Exercices. Ainfi l'on peut
dire qu'il y a paru habile
dans un temps où l'on en
voit peu qui ayent commencé
un fi penible travail. Si
fon application luy a donné
de l'adreffe , le Sang de Bourbon
, & le defir de la gloire,
luy ont donné la force qu'il
luy manquoit. Sa bonne grace
jointe à toutes ces chofes,
l'a fait admirer dans le Carroufel
; & il y a receu des apGALANT.
211
playdiffemens fi publics ,
qu'ils ont efté entendus de :
toute l'Affemblée. Un Prin--
ce fi accomply , dans un âge :
où les autres n'ont pas enco
re refpiré l'air du monde
meritoit d'eftre uny à une
Princeffe toute parfaite . Il l'a
trouvée en Mademoiſelle de:
Nantes , qui , quoy que plus
jeune que ce Prince , a tout
l'efprit & toutes les grandes
**
qualitez que l'on pourroitt
fouhaiter dans une Princeffe :
beaucoup plus âgée. Elle
fçait plufieurs fortes de Lan--
gues ;fes reparties font prom--
Szijj
212 MERCURE
ptes & vives fur quelque fujet
que ce puiffe eftre , & elle
attire l'admiration de tout le
monde, par la grace & la jufteffe
avec laquelle elle danfe.
Ce n'est point à cauſe que
j'ay à vous entretenir de fon
Mariage que je vous en parle
de cette forte . Si vous
voulez bien vous fouvenir
de plufieurs de mes Lettres,
vous connoiftrez que je vous
ay fait la peinture de toutes
ces choſes en divers endroits
, & dans les temps où
cette Princeffe furprenoit
toute la Cour en les faifant
GALANT. 213
éclater. C'est ce qui fait voir
que la flaterie n'a aucune
part à ce que je dis .
Avant la Ceremonie des
Epoufailles , Monfieur le Duc
de Bourbon fit un Prefent à
Mademoiſelle de Nantes , digne
de la magnificence &
de la galanterie du Sang
dont ce Prince fort .
Une maniere de Table de
demy pied de haut , & qui
pouvoit eftre pofée ſur une
Table d'une hauteur ordinaire
, portoit dans fon milieu
une machine d'Orphéyrie
toute à jour , élevée en214
MERCURE
viron de huit pouces , foûte--
nuë par plufieurs petits pieds
antiques , & entourée d'une
Campane ornée d'Attributs
fur le Mariage que l'on eftoit
preft de faire. Cette Cam--
pane bordoit le haut de la
Corniche . Sur le milieu de
cette machine il y avoit une
élevation qui portoit un petit
Baſtiment de criftal de
roche , couvert en dôme furbaiffé
, & orné de huit colomnes
de criſtal. Les enchaffures
d'orphévrie , & le corps .
de
l'Architecture de ce petit
Batiment de criſtal eftoient .
GALANT. 215
d'or. Au haut du dôme & en
dedans , pendoient en maniere
de chandeliers de criſtal
deux pendans d'oreilles
de pendeloques de diamans
faits en cloches. Ils eftoient
accompagnez d'une parure
de rubis & de diamans . Toute
cette machine cuſt pû eftre
prife pour un des endroits
délicieux du Palais de Pfyché
, puis qu'une Figure d'or
émaillé y reprefentoit cette
Princeffe. Elle eftoit couchée
, & regardoit ces Prefens
de la mefme forte que
Pfyché regardoit ceux de
.
216 MERCURE
F'Amour , lors que ce Dieu
bornoit tous fes voeux au feul
defir de luy plaire .
Aux quatre faces de ceBâtiment,
eftoient quatre Caffettes
de cristal , dans chacune
defquelles il y avoit un Bracelet
, des Boucles de Ceintures,
de Jartieres & de Souliers
de Pierreries ;fçavoir des Diamans
brillans dans la premiere
; dans la feconde des
Rubis & des Diamans ; dans
la troifiéme des Emeraudes
& des Diamans ; & dans la
quatriéme de toutes fortes
de Pierreries , avec des Bracelets
GALANT. 217
celets de Perles , & plufieurs
petites Boucles d'oreilles de
Diamans, & d'autres de toutes
fortes de Pierres de couleur.
Des Confoles d'Orfevrie
portoient les Angles du Bâtiment
du milieu ; & fur
chacun de ces Angles qui
avançoient entre les Caffettes
de criſtal, eftoient élevées
quatre Urnes d'or fur de petits
Socles . Le haut de ces
Urnes eftoit en forme de dôme
, il y avoit dedans des
efpeces de Baguiers de velours
noir,remplis de Bagues
Aouft 1685.
T
218 MERCURE
de Diamans brillans , de
plufieurs Diamans de couleur,&
de toutes fortes d'autres
Pierres.
Il y avoit auffi huit vaſes
de Cryſtal de Roche ; fçavoir
deux de chaque cofté
des quatre Vafes d'or. Ils
achevoient de remplir les
Angles du Bâtiment du mi-
-lieu ; les Bouchons de ces
Vaſes eftoient d'or , & fur
chaque Bouchon il y avoit
un Diamant brillant.
La machine d'Orfévrerie
qui portoit tous ces Bijoux,
faifoit un plan extraordi-
韭
GALANT. 219
naire , & qui s'accommodoit
à la fituation de toutes
ces pieces. Toute cette machine
enſemble eftoit portée
dans le milieu d'une maniere
de Table , haute de
fix pouces. Elle eſtoit foûtenue
par des pieds d'argent,
& ornée autour de Points
d'Eſpagne , & autres agrémens
qui formoient des Feftons
.
Sur la mefme Table au
deffous de cette machine
d'argent , il y avoit huit
Corbeilles , fçavoir , quatre
carrées , vis à vis de chacune
Tij
220 MERCURE
des faces de la grande Machine
, & quatre ovales fur
les Angles ; mais qui ne cachoient
rien de toute la Machine
du milieu , qui eftoit
plus élevée que ces Corbeilles.
Elles eftoient toutes
de Brocard d'or , brodé d'ar-
Deux des grandes
gent.
eftoient remplies d'Eventails
, & les deux autres de
Jartieres de tiffu d'or &
d'argent de toutes couleurs.
Il y avoit dans chacune des
petites , un Etuy de Velours
vert , fur lequel eftoient des
Bijoux de Velours vert de
GALANT. 221
toutes façons. Chaque Etuy
cachoit un Tablier à travailler
, de Taffetas vert , brodé
d'or paffé , & garny aux poches
de Boutons de Diamans
brillans , avec tous les
Etuis d'or , garnis de fem
blables Diamans , & attachez
à la ceinture du Tablier
avec de petites chaînes
d'or. Aux deux bouts de cette
Table eftoient encore
deux grandes Corbeilles de
Brocard d'or brodé d'argent
, & remplies de Gands
garnis , de Bas de Soye & de
Rubans.
Tiij
222 MERCURE
Le deffus de la Table qui
portoit toutes ces chofes,
eftoit brodé d'or fur un
fonds de Velours cramoify ,
avec des compartimens de
Rabeſques , dont la broderie
eftoit plus relevée , & en
chaffoit les Corbeilles ; de
forte qu'en les levant , on
voyoit les places de chacune.
D'autres ornemens rempliffoient
ces places ; mais la
broderie en eftoit plus platafin
que les Corbeilles
te ,
pofaffent mieux deſſus .
Cette Table faifoit un
plan fuivant l'arrengement
GALANT. 223
des Corbeilles quarrées ou
ovales , & ces Corbeilles en
formoient un qui s'accommodoit
à la Machine du milieu.
>
On peut juger par la
beauté , & par la richeffe de
ce Prefent de toutes les
chofes qui ont regardé ce
Mariage , & que la galanterie
& la magnificence n'y
ont pas manqué.
Je ne dois pas oublier, en
vous parlant des Pierreries
qui faifoient la principale
partie de ce fuperbe & riche
Prefent
› que le Roy en a
L
Tiiij
224 MERCURE
,
donné plufieurs parures d'un
tres-grand prix à Mademoifelle
de Nantes outre les
avantages qu'il a faits à cette
Princeffe , & les biens ,
Charges & Gouvernemens,
dont il luy a plu de gratifier
ces deux Auguftes Epoux .
La Cerémonie des Fiançailles
fe fit le 23. de Juillet
dans le grand Salon de l'Appartement
du Roy. Toute
la Maiſon Royale s'y trouva
, auffi bien que tous les
Princes , & Princeffes
du
Sang qui y avoient eſté invitées.
Monfieur
le Duc de
GALANT·
225
Bourbon & Mademoiſelle
de Nantes , y furent conduits
par M. le Marquis de
Blainville , Grand Maiſtre
des Cerémonies , qui avoit
auparavant efté prendre ce
Prince & cette Princeffe,
chacun dans leur Appartement.
Monfieur le Duc de Bourbon
, avoit un habit de brocard
d'or à fonds brun , avec
de groffes Fleurs d'or frifé,
& tellement relevées , quelles
faifoient le mefme effet
de la broderie :
L'habit de Mademoiſelle
226 MERCURE
de Nantes eftoit de Taffetas
noir en broderie d'or , &
doublé de Taffetas couleur
de feu , auffi brodé d'or. ,
Quantité de Diamans couvroient
le corps & les manches.
La Ceinture de la Jupe ,
& le retrouffis eftoient de
Diamans , la Jupe de deffous
eftoit de Brocard d'argent
brodé d'or , & cette broderie
eftoit liferée de couleur
de feu . Sa Mante dont la
queue eftoit de fix aulnes de
long , eftoit de gaze d'or , &
portée par Mademoiſelle de
Blois .
GALANT. 227
Sa
Le Roy avoit un habit.
brodé d'argent , enrichy de
Boutons de Pierreries . Son
Baudrier & fon Epée en
eftoient aufli garnis .
Majefté fe mit au bout de la
Table qui avoit efté dreſſée
pour cette Cerémonie.
Monfeigneur le Dauphin
, Monfieur , Monfieur
le Duc de Chartres , Monfieur
le Prince , Monfieur le
Duc , Monfieur le Duc du
Maine , & Monfieur le
Comte de Thoulouze fe ran .
gerent à la droite du Roy .
Madame la Dauphine , Ma228
MERCURE
dame , Mademoiſelle , Madame
la Grande Ducheffe
de Tofcane , Madame la
Ducheffe , Madame la Princeffe
de Conty , Mademoifelle
de Bourbon , Mademoifelle
d'Anguien , Mademoiſelle
de Condé , Mademoiſelle
de Blois , & Madame
de Verneuil veuve d'un
Prince legitimé de France,
fe placerent à la gauche . Je
n'entreray dans aucun détail
de leurs habits , la déſcription
en feroit feule auffi
longue que toute ma Relation
. Imaginez - vous tout
GALANT. 229
ce que la Broderie , & les
plus riches Brocards d'or ,
tous differemment ornez de
Pierreries , peuvent former
de plus éclattant , & vous
aurez encore de la peine à
vous bien repreſenter le brillant
effet que produifoit
l'éboüiffant amas de ces diverfes
richeffes , tant il fembloit
que chacun euft pris
plaifir à fe parer à l'envy pour
faire honneur à la Fefte , &
pour marquer la fatisfaction
qu'il avoit de ce Mariage.
Tous ces Princes & ces Princeffes
formerent un cercle ,
230 MERCURE
de
& Monfieur le Duc de Bourbon&
Mademoiſelle de Nantes,
fe rangerent auprés de la
Table , au bout de laquelle
eftoit le Roy. M. le Marquis
Seignelay, Secretaire d'Etat
& de la Maiſon du Roy ,
fit la Lecture du Contract,
M. Colbert de Croiffy , Miniftre
& Secretaire d'Etat ,
eſtant preſent. M. de Seignelay
preſenta enſuite la
plume à Sa Majefté , qui le
figna , aprés quoy il fut ſigné
parMonfeigneur le Dauphin,
Madame la Dauphine,
Monfieur , Madame , MonGALANT.
231
fieur le Duc de Chartres
Mademoiſelle , Madame la
Grande Ducheffe de Tofcane,
Monfieur le Prince,Monfieur
le Duc,Madame la Ducheffe
, Monfieur le Duc de
Bourbon , Madame la Princeffe
de Conty , Mademoifelle
de Bourbon , Mademoiſelle
d'Anguien , Mademoifelle
de Condé, Monfieur le
Duc du Maine , Monfieur le
Comte de Thoulouſe , Mademoiſelle
de Nantes , Mademoiſelle
de Blois , & Madame
la Ducheffe de Verneüil.
Aprés que le Contract
232 MERCURE
eut efté figné , M. l'Evefque
d'Orleans , premier Aumônier
du Roy , fit la Ceremonie
des Fiançailles . Il eftoit
en Camail & enRochet avec
l'Etole. Cette Ceremonie
eſtant achevée , on ſe rendit
à Trianon , où le Roy donna
à Souper à toute la Maiſon
Royale , & aux Seigneurs
& Dames de la Cour. Il y
eut auparavant une Promenade
fur le Canal , que l'on
trouva tout couvert de Chaloupes
, Gondoles , Yacs , &
autres fortes de Bâtimens parez.
La Chaloupe où ſe mit
GALANT. 233
le Roy , eftoit garnie de Da--
mas bleu , avec de grandes :
Crefpines d'or . Les Carreaux
eftoient de mefme , & les Tapis
de Perfe, à fonds d'or . La
Chaloupe de Monſeigneur
le Dauphin, eftoit de Damas
cramoify,& enrichie de frange
d'or. Monfieur en avoit
une de Damas vert; avec des
franges or & argent . Celle
de Madame eftoit aurore ,
avec des franges d'argent..
Toutes ces Chaloupesavoiét
des Carreaux de mefme Damas
, avec de riches Tapis.
La Mufique eftoit dans un
Aoust 1685.
V
234 MERCURE
Vaiffeau qui fuivoit la Chaloupe
du Roy, & cette Chaloupe
de Sa Majeſté eſtoit
environnée de toutes les autres
. Les hommes fuivoient
à cheval le long du Canal ,
magnifiquement
veſtus . On
y voyoit auffi un grand nombre
de Caroffes , & une af
fluence de peuple extraordinaire
. Pendant cette Promenade
, on eut le plaifir d'entendre
tout ce qu'il y a de
plus belle Mufique dans tous
les Opera de M. de Lully. On
arriva fur les neuf heures du
foir à Trianon . Le Roy monGALANT.
235
ta par le degré du Jardin ,
dont les Berceaux eftoient.
éclairez par quantité de Chãdeliers
de criftal. Il y avoit
dans les quatre Cabinets qui
les terminent, quatre Tables
de vingt- cinq couverts cha--
cune. Le Roy en tenoit une,
& Monſeigneur le Dauphin,,
Monfieur & Madame , tenoient
les trois autres .. Il
y
en avoit auffi deux dans le
Chafteau pour les Seigneurs..
Au fortir de Table , le Roy
fit quelques tours de Jardin ,,
& il retourna fur l'eau par le
mefme degré par lequel il
Vij
236
MERCURE
eftoit venu. La nuit eftoit
affez fombre , &
cependant
le Canal ne laiffoit pas de paroiftre
fort brillant . Le réflechiffement
des
lumieres qu'-
on ne pouvoit encore découvrir,
le faifoit paroiſtre comme
une glace toute lumineufe.
Quoy que l'on en ſoupçonnaft
la cauſe, on n'en fut
éclaircy que lors qu'on fut à
la croifée du Canal, d'où l'on
connut que le Château étoit
éclairé depuis le haut jufqu'au
bas. Je croy qu'il eſt à
propos de vous dire , qu'on
appelle la croifée du Canal,
GALANT. 237
l'endroit où l'on détourne en
revenant de Trianon , & d'où
l'on commence à découvrir
le Château de Verfailles. Les
lumieres dont il eftoit éclairé
étoient vives . On les nomme
ainfi lors qu'elles font découvertes
, & qu'elles ne font
point dans des verres, ou derriere
des papiers ou toilles
peintes & huilées , qui faifoient
les anciennes Illuminations
, & dont on fe fert
peu aujourd'huy , fi ce n'eſt
qu'on les mefle avec les lumieres
vives . Celles qui faifoient
briller le Chafteau de
238 MERCURE
"
Verfailles, en profiloient toutes
les Corniches , & marquoient
l'Architecture . La
Galerie mefme qui occupe
toute la face du Chafteau
qui donne dans le Jardin ,
eftoit éclairée par dedans.
comme aux jours où l'on
tient Appartement, & ces lumieres
qui n'eftoient veuës
qu'au travers des vitres , formoient
un corps plus reculé
& moins vif que celuy de
l'Architecture , ce qui faifoit
une agreable union . Toutes
les Rampes & les Efcaliers de
la Fontaine de Latone étoiet
GALANT. 239
éclairez de lumieres telles
qu'eftoient celles du Chafteau
; ce qui les faifoit paroître
du Canal comme un gros
pied-d'eſtal de feu qui portoit
le Chafteau. A l'autre
bout du Canal qui donne
dans la campagne , on vit
une Piramide de feu , formée
par fept ou huit mille lumieres,
dont chacune étoit groffe
comme un flambeau. Cette
Piramide avoit prés de
cent toifes de face , & fa hauteur
eftoit proportionnée à
fa largeur. Il y avoit fur la
pointe de cette Piramide une
240 MERCURE
boule de feu d'environ vingt :
pieds de diamettre . On tira
de derriere cette Piramide
environ vingt mille fufées.
Elles eftoient difpofées de
telle forte qu'elles paroiffoient
partir de la boule qui
eftoit fur la pointe . On tira
d'abord plufieurs groſſes fųfées
les unes aprés les autres,
qui produifirent de differens
& nouveaux effets . Enfuite
elles partirent par trois , quatre
, cinq , & fix douzaines à
la fois , & augmenterent
toûjours
jufqu'au dernier partement
, qui fut de neuf à dix
mille
GALANT. 241
mille enſemble ; ce qui fit
une voûte de lumiere au
deffus de Verſailles & des environs
.
Aprés qu'on eut admiré
la beauté & les effets de ce
prodigieux amas d'artifice,
le Roy remonta en Caleche
, & retourna au Château
par le Jardin . Tout ce
qui eftoit fur la route de Sa
Majefté , brilloit d'une infinité
de lumieres , & princi
palement l'Allée des Caſcades
, la grande Piece du bas
de cette Allée , & la Pyramide
d'eau qui eft au haut
Aoust 1685.
X
242 MERCURE
de la mefme Allée. Le feu
paroiſſoit au travers de fes
Napes , & l'on voyoit au
deffus au lieu du gros jet
d'eau , un gros bouillon de
lumieres. La face du Château
eftoit illuminée de ce
cofté là , de la mefme maniere
que celle qu'on avoit
admirée du Canal ; de forte
qu'on ne voyoit que des enfilades
de lumieres , au bour
defquelles le Chafteau paroiffoit
comme une Montagne
de feu ; on y rentra à une
heure aprés minuit .
La Cerémonie des EpouGALANT.
243
24.
failles fe fit le lendemain
Juillet à une heure aprés
midy. M. de Saintot alla
prendre Monfieur le Duc
de Bourbon dans fon Appartement
, & le mera à celuy
de Mademoiſelle de
Nantes. Il les conduifit enfuite
dans la Galerie , où
Madame la Dauphine attendoit
le Roy. On alla de là
àla Chapelle , chacun en fon
rang.
1
L'habit de Monfieur le
Duc de Bourbon eftoit brodé
d'or , fur un fond de gros
de Naples noir. Le deffein
X ij
244 MERCURE
cette broderie eftoit d'une
inventiontoute nouvelle . Un
bord d'un quartier de haut
regnoit autour du Manteau.
La broderie en eftoit fort
particuliere , & compofée
de deux manieres d'ornemens
qui fe contraſtoient,
Le fond de l'étoffe faifoit
en quelques endroits le
fond des ornemens , & en
d'autres l'or faifoit le fond ,
& l'étoffe les ornemens &
dans les endroits où elle en
fervoit , elle eftoit ornée
d'Emeraudes & de Diamans
enchaſſez dans de petits or
>
GALANT. 245
nemens de broderie relevée .
Tous les ornemens du rebord
de ce Manteau eftoient
brodez de Perles , & les milieux
des grands Fleurons
eftoient ornez de plus groffesPerles,
qui tournoient fuivant
les Tiges .Tout le plein
duManteau eftoit d'un ornement
pareil ; mais un peu
plus petit . Le revers eftoit
auffi d'une broderie des plus
riches . Les Chauffes eftoient
comme le Manteau , & le
Pourpoint eftoit blanc &
brodé d'or ; mais plus déli
catement . Le Cordon du
X iij
246 MERCURE
Chapeau de ce Prince eftoit
de gros Diamans .
Mademoiſelle de Nantes
avoit un habit de Brocard
d'argent , chamaré de Dentelles
d'argent pliffées , &
tout femé de Rubis & de
Diamans , & le Corps & les
Manches en eftoient entierement
couvertes , de mefme
que celuy des Fiançailles.
La Jupe de deffous eftoit
de Brocard d'argent, chamarée
de Dentelles d'argent
pliffées >
eftoient des Boutonnieres
d'Emeraudes & de Diamans .
entre lefquelles
GALANT 247
Les parures de tefte étoient
afforties aux Pierreries de
l'habit .
Il feroit difficile de bién
décrire l'habit du Roy. La
broderie en eftoit or & argent
, & faite exprés pour
placer les Pierreries dont il
eftoit tout femé , de forte
qu'il paroifloit qu'il fuft tout
brodé de ces Pierreries .
Je ne ne vous parleray
point icy des places que chacun
occupa dans la Chapelle
, vous les ayant déja marquées
dans les Relations du
Mariage de la Reyne d'Ef
X iiij
248 MERCURE
pagne, & de celuy de Madame
de Savoye. La Mufique
de la Chapelle chanta plufieurs
Motets pendant la
Meffe , & à l'Offertoire M.
le Marquis de Blainville
Grand Maiftre des Cerémonies
, avertit Monfieur le
Duc de Bourbon d'aller à
l'Offrande
. Ce Prince aprés
avoir fait une révérence à
l'Autel , & une au Roy , baiſa
l'Anneau de l'Evefque
, &
luy prefenta un Cierge garny
de plufieurs pieces d'or,
qu'il avoit receu du Grand
Maistre des Cerémonies
,
GALANT. 249
celuy- cy l'ayant pris des
mains de M. Duché , Controlleur
Genéral de l'argenterie
en année . Les mefines
Cerémonies furent obfervées
pour Madame la Ducheffe
de Bourbon , qui alla
enfuite à l'Offrande . Aprés
le Pater , M' les Abbez du
Breüil & Milon , Aumôniers
du Roy , tous deux en
Rochet & en Manteau long,
étendirent un Poële de Brocard
d'argent fur la tefte de
Monfieur le Duc & de Madame
la Ducheffe de Bourbon,
pendant que M. l'Evefque
250 MERCURE
d'Orleans acheva la Cerémonie
des Epoufailles. La
Meffe eftant finie , le Curé
de la Paroiffe de Verfailles
preſenta au Roy le Regiſtre
des Mariages , qui fut figné
par Sa Mejefté , Monfeigneur
le Dauphin , Madame
la Dauphine , Monfieur,
Madame , Monfieur le Prince
, Monfieur le Duc , Madame
la Ducheffe , & Monfieur
le Duc & Madame la
Ducheffe de Bourbon. Au
fortir de la Meffe , on remonta
dans le mefme ordre
qu'on eftoit venu , excepté
GALANT: 251
que Mademoiſelle
de Nantes
pour lors Madame la
Ducheffe
de Bourbon
, prit
fon rang aprés Madame la
Ducheffe . A huit heures du
foir , le Roy fe trouva dans
fon grand appartement
, où
toute la Cour fe rendit .Je ne
vous parle point de la magnificence
de cét appartement;
elle eft genéralement
connuë , & je vous en ay en
voyé une deſcription particuliere
. On alla enfuite fur
le grand degré de Marbre.
Toutes les Dames fe partagerent
dans les deux Tribu252
MERCURE
nes & tous les Hommes
fur les Rampes. La Mufique
eftoit en bas , & divertit
jufques à dix heures
qu'on alla fouper. La Table
eftoit dans la grande
Salle des Gardes du Corps.
Cetse Salle eftoit tenduë
d'une riche Tapiflerie rehauſſée
d'or , qui repreſentoit
l'Hiftoire de Henry III..
Il y avoit à ce fouper,
Le Roy,
Monfeigneur le Dauphin ..
Madame la Dauphine.
Monfieur.
Madame..
GALANT. 253
Monfieur le Duc de Chartres.
Madame la grande Ducheffe.
Monfieur le Duc .
Madame la Ducheffe.
Monfieur le Duc de Bourbon
.
Bourbon.
Madame la Ducheffe de
Madame la Princeffe de
Conty.
Mademoiſelle de Bourbon.
Monfieur le Duc du Mayne.
Monfieur le Comte de
Thoulouze .
254 MERCURE
Mademoiſelle de Blois.
Madame la Ducheffe de
Verneüil .
pas
Et quatre-vingt Perſonnes
de la premiere qualité.
Il y eut quatre Services,
& le grand nombre de mets
& de Conviez´n'empeſcha
le bon ordre
, & que L'abondance
ne paruſt avec la
magnificence
. Au ſortir de
la Table , on revint dans le
grand Appartementdu
Roy ,
où M. l'Evefque
d'Orleans
benit le lit , puis on deshabilla
les Mariez. Le Roy
donna la Chemiſe à Mon-
1
GALANT. 255
fieur le Duc de Bourbon ,
aprés qu'elle luy eut elté
prefentée par Monſieur le
Duc & Madame la Ducheffe
la prefenta à Madame
la Dauphine , qui la donna
enfuite à Madame la Ducheffe
de Bourbon. Le Roy
fit l'honneur à cette Princef
fe de la vifiter le lendemain
dans le mefme Appartement
de Sa Majefté , où elle
avoit couché. Elle
y receut
le mefme honneur de
Monfeigneur le Dauphin ,
& le Complimens de toute
la Cour , & le foir elle alla
256 MERCURE
.
fouper chez Monfieur le
Prince , où on luy donna le
divertiffement
d'entendre
chanter des Vers que M.
l'Abbé Geneft avoit compo.
fez fur fon Mariage , & dont
je vous feray part à la fin de
cette Relation. La Mufique
eftoit de M. de la Lande,
l'un des Maiftres de Mufique
de la Chapelle du
Roy.
Le Jeudy , Monfeigneur
le Dauphin donna un grand
Soupé dans fon Apparte-
& l'on chanta enfuiment
,
te l'Idille que je vous ay enGALANT.
257
voyé en vous parlant du divertiffement
de Sceaux.
Le Samedy le Roy alla
difner à Marly. Il y mena
Madame la Ducheffe de
Bourbon , Madame la Princeffe
de Conty , & les Da
mes qui eftoient neceffaires
pour le petit Balet , que l'on
`y dança le foir devant Madame
la Dauphine , qui y
vint ſouper avec un grand
nombre de Dames. Les
Vers de ce divertiffement
eftoient de M. Morel , Valet
de Chambre de cette
Princeffe , & la Mufique de
Aoust 1685.
Y
258 MERCURE
M. de la Lande . Madame
la Ducheffe de Bourbon , &
Madame la Princeffe de
Conty , dancerent des entrées
dans les Intermedes , &
l'une & l'autre s'y firent admirer
par leur bonne
leur bonne grace ,
& par la juſteſſe de leur dance.
Le Dimanche Monfieur
donna une grande Fefte à
Saint Cloud. Il y eut Col
lation , Mufique , Jeu ,
Promenade , Bal , Souper , &
Comédie. Il s'eft fait encore
beaucoup d'autres Feftes
devant & aprés ce Mariage
,
GALANT. 259
& qui y ont toutes rapport
par la joye que la Cour at
fait paroiftre , & par les mar--
ques d'amitié que le Roy a
données aux Mariez .
Quoy qu'il femble que
rien ne fe puiffe ajoûter à
l'éclat dont la Cour brille or
dinairement , on peut dire
que pendant quatre ou cinq
jours , elle a paru avec une
magnificence extraordinaire.
Toutes les Perfonnes.
diftinguées ont fait faire des
habits tres-riches , pour honorer
cette Fefte , en y pa--
roiffant avec éclat. On ne
Y ij
260 MERCURE
peut rien s'imaginer de
plus beau que ceux de
de Monfieur le Duc de
Bourbon ; ccee Prince en
ayant changé de trois ou
quatre en broderie , qui ont
efte beaucoup moins eftimez
par leur richeffe , que
par leur travail , & par la
nouveauté de leur deffein ;
mais on ne doit
pas en
en eftre
furpris
, puis
qu'on
ne fait
rien dans
cette
Maifon
fans
fe diftinguer
, de quelque
nature
d'affaire
dont
il s'agiffe.
Je ne vous diray rien daGALANT.
261
vantage de ce qui regarde la
Princeffe, touchát ces fortes
de chofes , puis qu'il eft aifé
de s'imaginer qu'on les a portées
au plus haut point, & que
je n'en pourrois dire affez .
Monfieur le Prince , qui fait.
fon fejour ordinaire dans fa
délicieufe Maifon de Chantilly
, a demeuré plufieurs
jours à la Cour , avant &
aprés ceMariage, & il y a paru
mefme avec éclat ,
, pour
marquer la ſatisfaction qu'il
en avoit.
Je ne puis m'empefcher
de dire icy , que Monfieur
ه ت
262 MERCURE
le Duc a fait faire plufieurs
Carroffes magnifiques , entre
lefquels celuy du Corps:
eft d'une invention auffi galante
que riche. Les orne--
mens y font fans confuſion ,
& d'une maniere nouvelle .
Il y a mefme des chofes fingulieres
, & qui doivent furprendre
, parce qu'elles ne
font pas ordinaires aux au--
tres Carroffes . Toute la Ferrure
eft d'or moulu auffi bien
que les Clouds ; & tous les ornemens
de Cuivre , avec la
dorure de la Sculpture font
d'or bruny qui réfiſte à l'eau .
GALANT. 263
Le Secret en a efté trouvé depuis
peu , & l'on ne s'en eſtoit
point encore fervy . Je ne
vous dis rien des attelages
de tous ces Carroffes , dont
les Chevaux eftoient d'une
tres-grande beauté.
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4
p. 263-287
EPITHALAME POUR LES NOCES DE MONSIEUR LE DUC DE BOURBON, ET DE MADEMOISELLE DE NANTES.
Début :
L'Epithalame qui suit est de M. l'Abbé Genest, dont je viens / Voicy les momens desirez. [...]
Mots clefs :
Noces, Duc de Bourbon, Nymphes, Divinités, Hymen, Charmant, Immortelle, Époux, Épouse, Fête, Beauté, Douceur, Déesse, Coeur, Larmes, Douleur, Liberté, Sentiments, Destin, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITHALAME POUR LES NOCES DE MONSIEUR LE DUC DE BOURBON, ET DE MADEMOISELLE DE NANTES.
L'Epithalame
qui fuit eſt de M.
l'Abbé Geneft , dont je viens
de vous parler.Il a fait quantité
d'autres beauxOuvrages
,
dont les grands fuccez font
connus de tout le monde .
274 MERCURE
$25:52:55S :SSEESSSE
EPITHALAME
POUR LES NOPCES
DE MONSIEUR
LE DUC DE BOURBON,
ET DE
MADEMOISELLE DE NANTES.
DE
TROUPE DE DIVINITÉZ DE
VERSAILLES , TROUPE
JEUNES NYMPHES , TROUPE
DE JEUNES NYMPHES.
V
UN DIEU chante.
Oicy les momens defirez.
Venez , charmant Himen , venez , dose
Himenée ;
Allamez vos flambeaux facrez.
Heureux
GALANT. 275
Heureux Amans ! Nuit fortunée !
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
CHOEUR .
Heureux Amans ! Nuit fortunée !
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée ,
LE DIEU.
Couronne de fleurs immortelles
Triomphez avec les Amours ;
Amenez des plaifirs qui renaiffent toûjours
,
Des tendreffes toûjours nouvelles.
Chantez, Silvains , Nymphes , chantez ,
La jeune Epoufe & fes Beautez ,
Le jeune Epoux & fa Conquefte.
Famais en de fi beaux lieux
Une fi belle Fefte
N'affembla les Dieux.
LE CHOEUR .
Jamais en de fi beaux lieux
Une fi belle Fefte
N'affembla les Dieux..
Aouft 1685.
Ꮓ
276 MERCURE
LE DIEU & LE CHOEUR.
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
Quels doux plaifirs préparez - vous
A ces jeunes Epoux ?
Heureux Amans ! Nuit fortunée !
Venez , charmant Himen , venez, doux
Himenée .
LES DIVINITEZ DE VERSAILLES
danfent , & l'on chante ce Menuet.
Rien n'eft fi doux
Que l'Himen qui vous lie,
Rien n'eft fi doux
Pour deux jeunes Epoux.
O fort heureux ! ô douceur infinie
Pour deux coeurs l'un de l'autre charmez
!
O fort heureux ! ô douceur infinie
Quand ces Noeuds par l'Amourfont
formez.
UNE JEUNE NYMPHE
fe détache de fa Troupe , & chante.
Fefte que l'on trouve fi belle ·
GALANT. 277
Que tu nous fembles cruelle !
Tu viens ravir à nos jeux innocens
La Deeffe
De la Jeuneſſe.
Tu viens ravir à nos jeux innocens
Ses Attraits encore naifans.
EN
Verrons - nous fans verfer des larmes
Qu'on nous enleve fon coeur ?
Qu'on livre fi-toft fes charmes
Aux transports d'un jeune Vainqueur?
Quelle rigueur!
Fefte que l'on trouve fi belle ,
Que tu nous fembles cruelles !
LE CHOEUR.
Fefte que l'on trouve fi belle ,
Que tu nous fembles cruelle !
UN JEUNE SILVAIN
fe détache auffi de fa Troupe, & chante.
Nymphes , fi l'éclat de fes yeux
Alloit embellir d'autres lieux,
Voftre douleur feroit plus juſte.
Mille Eftats , mille Rois
A
Zij
278 MERCURE
Auroient brigué l'honneur de vivre
fous fes loix ;
Mais LOUIS par un plus beau choix
Veut qu'elle orne fa Cour Augufte.
Ce Roy , l'Arbitre des Mortels ,
L'arrefte fur ces bords par des noeuds
eternels.
L'Amour le feconde,
L'Olimpe aplaudit ;
Et c'est le plus beau Sang du monde
Qui fe mefle & se reunit.
LE CHOEUR.
L'Amour le feconde ,
L'Olimpe aplaudit ;
Et c'eft le plus beau Sang du monde
Qui ſe meſe & ſe réunit.
UNE NYMPHE.
Comme eu la plaine_odorante
La Rofe Reine des fleurs ,
Eft vive & riante
Tant qu'une chaleur brûlante
N'offenfe point fes couleurs ;
De mefme une Beauté tendre
Conferve un éclat charmant ,
GALANT. 279
Tant qu'elle fçait fe defendre
Des ardeurs d'un jeune Amant.
UN SILVAIN.
Comme en ces lieux où la glace
Dure trop long- temps ,
Flore fans appas & fans grace
Languit au milieu du Printemps 5
Ainfi la Beauté la plus rare
Languit & ne peut charmer ,
Si l'Amour ne la pare ,
Et de fes feux ne la vient animer.
CHOEUR DES NYMPHES.
Fefte que l'on trouve fi belle ,
Que tu nous fembles cruelle !
UNE NYMPHE .
Un jeune coeur doit eftre épouvante
Des nouds où l'Himen engage.
Peut- on quitter l'avantage
D'une douce liberté ?
Un jeune coeur doit eftre épouvante
Des nænds on l'Himen engage .
Penfe-t-on dans l'Esclavage
Trouver la felicité ?
Un jeune coeur doit eftre épouvanté
Z iij
280 MERCURE
Des nænds ou l'Himen engage.
UN SILVAIN.
Nymphes , vous aurez votre tour s
Quand par ces plaintes
Vous blamez l'Himen & l'Amour,
Ce font des feintes.
Le fort que vous déplorez ,
En fecret vous le defirez.
UN AUTRE SILVAIN .
Entre la crainte le defir ,
Une jeune Beauté curieufe & timide
Tremble au nom d'un Epoux qu'on parle
de cheifir ,
Mais elle écoute avec plaifir.
En attendant
que
le choix fe decide,
Son coeur laiffe échaper plus d'un fon
pir
Entre la crainte & le defir.
UNE NYMPHE .
Folle erreur!
SILVAIN.
Feintes vaines !
NYMPHE .
Trompeurs Jugemens !
GALANT. 281
SILVAIN.
Faux fentimens !
NYMPH E.
Redoutables chaines !
SILVAIN.
Noeuds charmans !
ENSEMBLE .
Noeuds cruels ! Redoutables chaines !
Nauds charmans ! Agreables chames!
LE DIEU qui a chanté le premier.
Cedez Nymphes , rendez- vous .
Uniffons tous nos voix , & chantez
Avec nous.
De ces jeunes Amans le parfait af
Semblage
Des Deftins & des Dieux eft l'immortel
ouvrage.
Celebrons ce neud glorieux ,
C'est l'Ouvrage immortel des Deftins
& des Dieux .
LES NYMPHES & LES SILVAINS.
Celebrons ce noeud glorieux ,
Z iiij
282 MERCURE
C'est l'Ouvrage immortel des Deftins
& des Dieux.
LES NYMPHES & LES SILVAINS
danſent .
LES NYMPHES.
Divins accords ! celeftes flames !
LES SILVAINS.
Heureux liens ! douces ardeurs !
LES NYMPHES.
Jamais des neuds plus beaux n'ont
attaché deux ames. '
LES SILVAINS.
Famais de plus beaux feux n'ont embraze
deux coeurs.
TOUS ENSEMBLE.
Famais des noeuds plus beaux n'ont
attaché deux ames ,
Famais de plus beaux feux n'ont embrazé
deux cours.`
UN SILVAIN , UNE NYMPHE.
Quelles fplendeurs les environnent !
Que de Ris & de Feux accompagnent ›
leurs pas !
1
Y
GALANT. 283
Que d'attraits,de charmes, d'appas !
De quels dons précieux les Graces les
couronnent !
UN SILVAIN & UNE NYMPHE .
A voir tant d'agremens
Nos yeux doutent toûjours ,
Si ce font deux Amans ,
Ou deux Amours .
UN SILVAIN & UNE NYMPHE.
Nos yeux doutent toûjours
A voir tant d'agremens,
Si ce font deux Amours ,
Ou deux Amans .
TOUS ENSEMBLE
Repetent ce couplet des deux façons ,
& l'on danfe dans les intervalles .
LE DIEU.
Nous qu'un fort immortelfixe fur ces
rivages ,
Songeons qu'en leurs Deferts inconnus
& fauvages
Nous eftions ensevelis.
Mais aujourd'huy l'Olimpe mefme
Pourroit-il furpaffer cette ſplendeur ſuprême
284 MERCURE
Dont nos bords font embellis ?
UNE NYMPHE.
Rendons grace au Heros , qui de ces
grands spectacles
Charme nos efprits & nos yeux.
UN SILVAIN.
Celebrons , beniffons le Regne glorieux
Où naiffent tant de Miracles.
UNE NYMPHE.
LOUIS eft le Maistre des Rois ,
Ilfoûmet tout à l'Empire François .
On le craint , on l'implore , on le revere,
on l'aime.
Sa Bontéfeule arrefte fes Exploits :
Plus grand par fes V'ertus que par fen
Diademe,
Vainqueur des Nations , & Vainqueur
de luy- mefme.
LOUIS eft le Maiftre des Rois.
UN SILVAIN.
Semblable au Dieu qui lance le Tonnerre
,
LOUIS eft le Maistre des Rois.
Tous les Dieux de la Terre
GALANT. 285
Obeiffent à fa voix ;
Ils viennent à genoux reconnoiſtre ſes
Loix.
Semblable au Dieu qui lance le Tonnerre
,
LOUIS eft le Maiftre des Rois.
UNE NYMPHE.
De cette Majefté fur fon front reverée,
La jeune Epouse a pris des traits ,
Et les Graces l'ont parée
De leurs divins Attraits.
UN SILVAIN.
Le jeune Epoux animé
D'un Sang par la gloire enflame ,
Plein des grands Noms de fa Race ,
Du choix de ce grand Roy, defes Bontez
charmé ,
Sent redoubler fa belle audace ,
Et meflera bien - toft au gré de tous
fes voeux
Les Lauriers de Bellonne aux Mir
thes amoureux.
CHOEUR .
Heureux Amans ! heureuſe deſtinée !
286 MERCURE
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
TOUT DANSE.
UNE NYMPHE & UN SILVAIN.
chantent l'un après l'autre.
A quoy fert la resistance ;
A quoy fervent les rigueurs ,
L'Amour doit fous fa puiſſance
Toft ou tard ranger vos coeurs ,
Sans le craindre
Sans vous plaindre ,
Cedez , cedez à fes traits vainqueurs.
CHOEUR.
Heureux Amans ! heureufe deftinée !
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
UNE NYMPHE & UN SILVAIN.
Venez , jeunes Amans , que ces noeuds
pleins d'attraits
Qui commencent ſi - toſt ne finiſſent jamais
;
Que tous les jours les Deftins favora
} bles
Redoublent vos contentemens.
GALANT. 287
Vivez , vivez toûjours Amans ,
Tous les jours plus aimez , tous les jours
plus aimables ,
Que vos plaifirs foient auſſi durables
Qu'ils font charmans ;
Que les fiecles pour vous ne foient que
des
momens ,
Vivez , vivez heureux Amans.
LES TROIS CHOEURS.
Vivez , vivez , heureux Amans ,
Qu'uneflame fi belle
Soit immortelle ,
Que ces vives ardeurs
A jamais , à jamais triomphent dans
Vos coeurs.
qui fuit eſt de M.
l'Abbé Geneft , dont je viens
de vous parler.Il a fait quantité
d'autres beauxOuvrages
,
dont les grands fuccez font
connus de tout le monde .
274 MERCURE
$25:52:55S :SSEESSSE
EPITHALAME
POUR LES NOPCES
DE MONSIEUR
LE DUC DE BOURBON,
ET DE
MADEMOISELLE DE NANTES.
DE
TROUPE DE DIVINITÉZ DE
VERSAILLES , TROUPE
JEUNES NYMPHES , TROUPE
DE JEUNES NYMPHES.
V
UN DIEU chante.
Oicy les momens defirez.
Venez , charmant Himen , venez , dose
Himenée ;
Allamez vos flambeaux facrez.
Heureux
GALANT. 275
Heureux Amans ! Nuit fortunée !
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
CHOEUR .
Heureux Amans ! Nuit fortunée !
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée ,
LE DIEU.
Couronne de fleurs immortelles
Triomphez avec les Amours ;
Amenez des plaifirs qui renaiffent toûjours
,
Des tendreffes toûjours nouvelles.
Chantez, Silvains , Nymphes , chantez ,
La jeune Epoufe & fes Beautez ,
Le jeune Epoux & fa Conquefte.
Famais en de fi beaux lieux
Une fi belle Fefte
N'affembla les Dieux.
LE CHOEUR .
Jamais en de fi beaux lieux
Une fi belle Fefte
N'affembla les Dieux..
Aouft 1685.
Ꮓ
276 MERCURE
LE DIEU & LE CHOEUR.
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
Quels doux plaifirs préparez - vous
A ces jeunes Epoux ?
Heureux Amans ! Nuit fortunée !
Venez , charmant Himen , venez, doux
Himenée .
LES DIVINITEZ DE VERSAILLES
danfent , & l'on chante ce Menuet.
Rien n'eft fi doux
Que l'Himen qui vous lie,
Rien n'eft fi doux
Pour deux jeunes Epoux.
O fort heureux ! ô douceur infinie
Pour deux coeurs l'un de l'autre charmez
!
O fort heureux ! ô douceur infinie
Quand ces Noeuds par l'Amourfont
formez.
UNE JEUNE NYMPHE
fe détache de fa Troupe , & chante.
Fefte que l'on trouve fi belle ·
GALANT. 277
Que tu nous fembles cruelle !
Tu viens ravir à nos jeux innocens
La Deeffe
De la Jeuneſſe.
Tu viens ravir à nos jeux innocens
Ses Attraits encore naifans.
EN
Verrons - nous fans verfer des larmes
Qu'on nous enleve fon coeur ?
Qu'on livre fi-toft fes charmes
Aux transports d'un jeune Vainqueur?
Quelle rigueur!
Fefte que l'on trouve fi belle ,
Que tu nous fembles cruelles !
LE CHOEUR.
Fefte que l'on trouve fi belle ,
Que tu nous fembles cruelle !
UN JEUNE SILVAIN
fe détache auffi de fa Troupe, & chante.
Nymphes , fi l'éclat de fes yeux
Alloit embellir d'autres lieux,
Voftre douleur feroit plus juſte.
Mille Eftats , mille Rois
A
Zij
278 MERCURE
Auroient brigué l'honneur de vivre
fous fes loix ;
Mais LOUIS par un plus beau choix
Veut qu'elle orne fa Cour Augufte.
Ce Roy , l'Arbitre des Mortels ,
L'arrefte fur ces bords par des noeuds
eternels.
L'Amour le feconde,
L'Olimpe aplaudit ;
Et c'est le plus beau Sang du monde
Qui fe mefle & se reunit.
LE CHOEUR.
L'Amour le feconde ,
L'Olimpe aplaudit ;
Et c'eft le plus beau Sang du monde
Qui ſe meſe & ſe réunit.
UNE NYMPHE.
Comme eu la plaine_odorante
La Rofe Reine des fleurs ,
Eft vive & riante
Tant qu'une chaleur brûlante
N'offenfe point fes couleurs ;
De mefme une Beauté tendre
Conferve un éclat charmant ,
GALANT. 279
Tant qu'elle fçait fe defendre
Des ardeurs d'un jeune Amant.
UN SILVAIN.
Comme en ces lieux où la glace
Dure trop long- temps ,
Flore fans appas & fans grace
Languit au milieu du Printemps 5
Ainfi la Beauté la plus rare
Languit & ne peut charmer ,
Si l'Amour ne la pare ,
Et de fes feux ne la vient animer.
CHOEUR DES NYMPHES.
Fefte que l'on trouve fi belle ,
Que tu nous fembles cruelle !
UNE NYMPHE .
Un jeune coeur doit eftre épouvante
Des nouds où l'Himen engage.
Peut- on quitter l'avantage
D'une douce liberté ?
Un jeune coeur doit eftre épouvante
Des nænds on l'Himen engage .
Penfe-t-on dans l'Esclavage
Trouver la felicité ?
Un jeune coeur doit eftre épouvanté
Z iij
280 MERCURE
Des nænds ou l'Himen engage.
UN SILVAIN.
Nymphes , vous aurez votre tour s
Quand par ces plaintes
Vous blamez l'Himen & l'Amour,
Ce font des feintes.
Le fort que vous déplorez ,
En fecret vous le defirez.
UN AUTRE SILVAIN .
Entre la crainte le defir ,
Une jeune Beauté curieufe & timide
Tremble au nom d'un Epoux qu'on parle
de cheifir ,
Mais elle écoute avec plaifir.
En attendant
que
le choix fe decide,
Son coeur laiffe échaper plus d'un fon
pir
Entre la crainte & le defir.
UNE NYMPHE .
Folle erreur!
SILVAIN.
Feintes vaines !
NYMPHE .
Trompeurs Jugemens !
GALANT. 281
SILVAIN.
Faux fentimens !
NYMPH E.
Redoutables chaines !
SILVAIN.
Noeuds charmans !
ENSEMBLE .
Noeuds cruels ! Redoutables chaines !
Nauds charmans ! Agreables chames!
LE DIEU qui a chanté le premier.
Cedez Nymphes , rendez- vous .
Uniffons tous nos voix , & chantez
Avec nous.
De ces jeunes Amans le parfait af
Semblage
Des Deftins & des Dieux eft l'immortel
ouvrage.
Celebrons ce neud glorieux ,
C'est l'Ouvrage immortel des Deftins
& des Dieux .
LES NYMPHES & LES SILVAINS.
Celebrons ce noeud glorieux ,
Z iiij
282 MERCURE
C'est l'Ouvrage immortel des Deftins
& des Dieux.
LES NYMPHES & LES SILVAINS
danſent .
LES NYMPHES.
Divins accords ! celeftes flames !
LES SILVAINS.
Heureux liens ! douces ardeurs !
LES NYMPHES.
Jamais des neuds plus beaux n'ont
attaché deux ames. '
LES SILVAINS.
Famais de plus beaux feux n'ont embraze
deux coeurs.
TOUS ENSEMBLE.
Famais des noeuds plus beaux n'ont
attaché deux ames ,
Famais de plus beaux feux n'ont embrazé
deux cours.`
UN SILVAIN , UNE NYMPHE.
Quelles fplendeurs les environnent !
Que de Ris & de Feux accompagnent ›
leurs pas !
1
Y
GALANT. 283
Que d'attraits,de charmes, d'appas !
De quels dons précieux les Graces les
couronnent !
UN SILVAIN & UNE NYMPHE .
A voir tant d'agremens
Nos yeux doutent toûjours ,
Si ce font deux Amans ,
Ou deux Amours .
UN SILVAIN & UNE NYMPHE.
Nos yeux doutent toûjours
A voir tant d'agremens,
Si ce font deux Amours ,
Ou deux Amans .
TOUS ENSEMBLE
Repetent ce couplet des deux façons ,
& l'on danfe dans les intervalles .
LE DIEU.
Nous qu'un fort immortelfixe fur ces
rivages ,
Songeons qu'en leurs Deferts inconnus
& fauvages
Nous eftions ensevelis.
Mais aujourd'huy l'Olimpe mefme
Pourroit-il furpaffer cette ſplendeur ſuprême
284 MERCURE
Dont nos bords font embellis ?
UNE NYMPHE.
Rendons grace au Heros , qui de ces
grands spectacles
Charme nos efprits & nos yeux.
UN SILVAIN.
Celebrons , beniffons le Regne glorieux
Où naiffent tant de Miracles.
UNE NYMPHE.
LOUIS eft le Maistre des Rois ,
Ilfoûmet tout à l'Empire François .
On le craint , on l'implore , on le revere,
on l'aime.
Sa Bontéfeule arrefte fes Exploits :
Plus grand par fes V'ertus que par fen
Diademe,
Vainqueur des Nations , & Vainqueur
de luy- mefme.
LOUIS eft le Maiftre des Rois.
UN SILVAIN.
Semblable au Dieu qui lance le Tonnerre
,
LOUIS eft le Maistre des Rois.
Tous les Dieux de la Terre
GALANT. 285
Obeiffent à fa voix ;
Ils viennent à genoux reconnoiſtre ſes
Loix.
Semblable au Dieu qui lance le Tonnerre
,
LOUIS eft le Maiftre des Rois.
UNE NYMPHE.
De cette Majefté fur fon front reverée,
La jeune Epouse a pris des traits ,
Et les Graces l'ont parée
De leurs divins Attraits.
UN SILVAIN.
Le jeune Epoux animé
D'un Sang par la gloire enflame ,
Plein des grands Noms de fa Race ,
Du choix de ce grand Roy, defes Bontez
charmé ,
Sent redoubler fa belle audace ,
Et meflera bien - toft au gré de tous
fes voeux
Les Lauriers de Bellonne aux Mir
thes amoureux.
CHOEUR .
Heureux Amans ! heureuſe deſtinée !
286 MERCURE
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
TOUT DANSE.
UNE NYMPHE & UN SILVAIN.
chantent l'un après l'autre.
A quoy fert la resistance ;
A quoy fervent les rigueurs ,
L'Amour doit fous fa puiſſance
Toft ou tard ranger vos coeurs ,
Sans le craindre
Sans vous plaindre ,
Cedez , cedez à fes traits vainqueurs.
CHOEUR.
Heureux Amans ! heureufe deftinée !
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
UNE NYMPHE & UN SILVAIN.
Venez , jeunes Amans , que ces noeuds
pleins d'attraits
Qui commencent ſi - toſt ne finiſſent jamais
;
Que tous les jours les Deftins favora
} bles
Redoublent vos contentemens.
GALANT. 287
Vivez , vivez toûjours Amans ,
Tous les jours plus aimez , tous les jours
plus aimables ,
Que vos plaifirs foient auſſi durables
Qu'ils font charmans ;
Que les fiecles pour vous ne foient que
des
momens ,
Vivez , vivez heureux Amans.
LES TROIS CHOEURS.
Vivez , vivez , heureux Amans ,
Qu'uneflame fi belle
Soit immortelle ,
Que ces vives ardeurs
A jamais , à jamais triomphent dans
Vos coeurs.
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5
p. 338-339
Audience donnée par Monsieur le Duc de Bourbon aux mesmes Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent ensuite chez Monsieur le Duc de Bourbon, qui [...]
Mots clefs :
Duc de Bourbon, Louis III de Bourbon-Condé, Audience, Compliment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Audience donnée par Monsieur le Duc de Bourbon aux mesmes Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Ils allerent enfuite chez
Monfieur le Duc de Bourbon
, qui répondit a leur
compliment , qu'il contribuëroit
de tout fon pouvoir
à l'amitié quele Roy
de Siam luy témoignoit .
Comme il eſtoit déja tard,
parce que l'Audience avoit
efté fort longue chez
Monfieur le Duc , leur
de Siam.
339
conversation fut cour
Elle roula fur les fatigues
de leur Voyage. Ils furent
reçeus chez ce Prince en
entrant & en fortant , de
même qu'ils l'avoient efte
chez Monfieur le Duc.
Monfieur le Duc de Bourbon
, qui répondit a leur
compliment , qu'il contribuëroit
de tout fon pouvoir
à l'amitié quele Roy
de Siam luy témoignoit .
Comme il eſtoit déja tard,
parce que l'Audience avoit
efté fort longue chez
Monfieur le Duc , leur
de Siam.
339
conversation fut cour
Elle roula fur les fatigues
de leur Voyage. Ils furent
reçeus chez ce Prince en
entrant & en fortant , de
même qu'ils l'avoient efte
chez Monfieur le Duc.
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