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1
p. 235-241
Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Mais heureusement on m'apporte une Lettre qui va peut / Voici encore des Vers, Monsieur, & des Vers de ma façon ; [...]
Mots clefs :
Honneur, Vers, Charles Dufresny, Lettres
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texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
; mais heu-
reuſement on m'apporte une
Lettre qui va peut être ſervir
à m'en épargner la peine. Sans
doute , & elle ſemble juſte-
ment faite en conſequencede
ce que je viens de dire.
Voicy encore des Vers ,Monficur,
des Vers de ma façon;
mais en veritéjene vous les donne
que pour l'acquit de ma confcience
ſeulement , & que parce
que je l'ay promis , je vous ay
déja dit que je ne suis pas Poëte
vous l'avez bien veu ; auffi
n'est- ce pas pour me conformer à
l'usage que je me deffend de cette
qualité , je voudrois la meriter
jem'en ferois honneur; mais je
ne la merite pas ; pourquoy donc
me direz vous vous mêler de
faire des Versa c'estpar complai-
Sance, il a pris en gréà quelques
femmes de ma connoiffance
i
GALANT. 237
parce que j'en ay fait pour elles
quelques fois d'affez mauvais
de s'imaginer que j'étois capable
d'enfaire de bons , &il afallu
malgrémoy avoir correspondance
avec l'Auteur du Mercure;
luy envoyer ce qu'on vouloitque
je fiffe. Quand Monfieur du
Fresny devroit m'accufer d'ingratitude
,je ne puis m'empefcher
de dire ,en paſſant , que
j'ay ſouvent esté furpris de ce
que , luy , qui a infiniment d'efprit
& degout , a toûjours employéceque
je luy envoyois ; je
ne suis pourtant point redevable
àſa complaisance de l'honneur
L
238 MERCURE
( qu'il m'a fait ; il me connoist:
mais je n'avois garde de paroître
à visage découvert enfi mauvais
équipage , outre que mes
Lettres étoient Anonimes ; je
déguiſois encore mon caractere
&je prenois toutes les precautions
neceßaires pour empefcher
qu'il ſçeut de quelle part mes
Lettres luy venoient ; tout étoit
cependant donné au Public quelque
fois avec les corrections
qu'il prenoit la peine de faire
quelque fois en faisant des
réponſesparodiées. Son indulgence
peut bien avoir favorisé la
décadence d'un livre à laquelle
4
د
GALANT. 239
fansdoute ,j'ay eu l'honneur de
contribuer pour ma part .
Vous voyez , Monfieur ,
que je n'ay pas plus de vanité
que j'en dois avoir ; & comme
je n'ay pas trop bonne opinion de
ce que je fais on ne me fait
aucun chagrin de me perfuader
que j'ay raison , cependant les
Dames dont je viens de parler
confirmées dans leur erreur par
la réüſſite de ces bagatelles, faites
toûjours àla bate , & avec né
gligence , font revenues à la
charge avecle nouveau Mercure;
j'ay refiftéaux premieres attaques
mais j'ay eu beau leur dire que
240 MERCURE
vous eſtiez trop circonspect &
trop difficile , il afallu cederpour
cette fois & faire un envoy de
la derniere Enigme dans le gout
de cellequeM. Anceau fit ilya
quelques mois pour l'Enigme de
M. de la maniere dont
elles s'y font priſes pour deviner
celle en queſtion m'a donné enmême
temps occafion de me venger
de leur perfecution. Au reſte ,
Monfieur,fi je ne prens pasavec
vous les mêmes précautions dont
je me suis fervy avec M. du
Fresny , c'est aprés vous avoir
fait connoître l'indiff rence que
jaypour le fort de ces amusemens
GALANT. 24г.
mens , auſquels mes occupations
ordinaires ne me laissent gueres le
loisir de penser. Fe ceſſerois pourtant
de les rreeggaarder avec la même
negligence s'ils me procuroient
quelquefois le plaisirde vous affurerde
l'estime aveclaquellej'ai
l'honneur d'estre , Monfieur ,
Vostre , &c.
reuſement on m'apporte une
Lettre qui va peut être ſervir
à m'en épargner la peine. Sans
doute , & elle ſemble juſte-
ment faite en conſequencede
ce que je viens de dire.
Voicy encore des Vers ,Monficur,
des Vers de ma façon;
mais en veritéjene vous les donne
que pour l'acquit de ma confcience
ſeulement , & que parce
que je l'ay promis , je vous ay
déja dit que je ne suis pas Poëte
vous l'avez bien veu ; auffi
n'est- ce pas pour me conformer à
l'usage que je me deffend de cette
qualité , je voudrois la meriter
jem'en ferois honneur; mais je
ne la merite pas ; pourquoy donc
me direz vous vous mêler de
faire des Versa c'estpar complai-
Sance, il a pris en gréà quelques
femmes de ma connoiffance
i
GALANT. 237
parce que j'en ay fait pour elles
quelques fois d'affez mauvais
de s'imaginer que j'étois capable
d'enfaire de bons , &il afallu
malgrémoy avoir correspondance
avec l'Auteur du Mercure;
luy envoyer ce qu'on vouloitque
je fiffe. Quand Monfieur du
Fresny devroit m'accufer d'ingratitude
,je ne puis m'empefcher
de dire ,en paſſant , que
j'ay ſouvent esté furpris de ce
que , luy , qui a infiniment d'efprit
& degout , a toûjours employéceque
je luy envoyois ; je
ne suis pourtant point redevable
àſa complaisance de l'honneur
L
238 MERCURE
( qu'il m'a fait ; il me connoist:
mais je n'avois garde de paroître
à visage découvert enfi mauvais
équipage , outre que mes
Lettres étoient Anonimes ; je
déguiſois encore mon caractere
&je prenois toutes les precautions
neceßaires pour empefcher
qu'il ſçeut de quelle part mes
Lettres luy venoient ; tout étoit
cependant donné au Public quelque
fois avec les corrections
qu'il prenoit la peine de faire
quelque fois en faisant des
réponſesparodiées. Son indulgence
peut bien avoir favorisé la
décadence d'un livre à laquelle
4
د
GALANT. 239
fansdoute ,j'ay eu l'honneur de
contribuer pour ma part .
Vous voyez , Monfieur ,
que je n'ay pas plus de vanité
que j'en dois avoir ; & comme
je n'ay pas trop bonne opinion de
ce que je fais on ne me fait
aucun chagrin de me perfuader
que j'ay raison , cependant les
Dames dont je viens de parler
confirmées dans leur erreur par
la réüſſite de ces bagatelles, faites
toûjours àla bate , & avec né
gligence , font revenues à la
charge avecle nouveau Mercure;
j'ay refiftéaux premieres attaques
mais j'ay eu beau leur dire que
240 MERCURE
vous eſtiez trop circonspect &
trop difficile , il afallu cederpour
cette fois & faire un envoy de
la derniere Enigme dans le gout
de cellequeM. Anceau fit ilya
quelques mois pour l'Enigme de
M. de la maniere dont
elles s'y font priſes pour deviner
celle en queſtion m'a donné enmême
temps occafion de me venger
de leur perfecution. Au reſte ,
Monfieur,fi je ne prens pasavec
vous les mêmes précautions dont
je me suis fervy avec M. du
Fresny , c'est aprés vous avoir
fait connoître l'indiff rence que
jaypour le fort de ces amusemens
GALANT. 24г.
mens , auſquels mes occupations
ordinaires ne me laissent gueres le
loisir de penser. Fe ceſſerois pourtant
de les rreeggaarder avec la même
negligence s'ils me procuroient
quelquefois le plaisirde vous affurerde
l'estime aveclaquellej'ai
l'honneur d'estre , Monfieur ,
Vostre , &c.
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Résumé : Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
Dans cette lettre, l'auteur exprime son manque de confiance en ses compétences poétiques, écrivant des vers uniquement pour honorer une promesse plutôt que par véritable talent. Certaines femmes de sa connaissance, impressionnées par ses précédents écrits, lui ont demandé de contribuer au Mercure, une publication littéraire. Malgré ses réticences, il a accepté pour ne pas sembler ingrat envers Monsieur du Fresny, le rédacteur en chef, qui publiait ses contributions malgré leur qualité médiocre. L'auteur prenait des précautions pour rester anonyme et déguisait son style, reconnaissant que l'indulgence de Monsieur du Fresny avait pu contribuer à la décadence du livre. Face aux insistances des dames, il a finalement cédé et envoyé une énigme pour le nouveau Mercure, profitant de l'occasion pour se venger de leurs pressions. Il conclut en affirmant son indifférence pour ces amusements littéraires, étant occupé par des tâches plus importantes, tout en exprimant son estime pour le destinataire de la lettre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 338-345
Discours où l'Auteur le prend vrayment sur un ton fort serieux. [titre d'après la table]
Début :
Je serois en verité bien fâché, Mesdames, qu'il n'y eût dans [...]
Mots clefs :
Journal, Journaliste, Auteur du Mercure galant, Charles Dufresny, Comédiens, Pièces, Public, Mérite
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texteReconnaissance textuelle : Discours où l'Auteur le prend vrayment sur un ton fort serieux. [titre d'après la table]
Je ſerois en verité bien fâché,
Mesdames , qu'il n'y eût dans
mon Journal , rien de Galant
pour vous , que le titre du Livre.
La methode de ceux qui l'ont
fait avant moy , n'eſt pas la mienne
, & je n'en reçois de perſonne
je m'attache ſeulement à
foutenir dans tout ce que j'écris ,
la legereté de mon caractere
comme ſi c'étoit une qualité recommandable
. Neanmoins quoiquevous
enpenſiez , je vous prie
d'eſtre perfuadées que je prefere
l'honneur de vous amufer quelquefois
, à la gloire de paffer
,
GALANT. 339
pour un Ecrivain trop fage , ou
trop fade.
t Chacun met ſon eſprit ſur le
pied qui luy plaiſt , & il n'eſt point
de ſi chetif Journaliſte qui ne s'imagine
être le Bayle ou le Banage
de ſon temps : Pour moy je
n'aſpire point à tant d'élevation,
&je ſuis ſeulement , je vous le
repete encore une fois , le veritableAuteur
du Mercure Galant , reconnoiſſable
toûjours& par tour,
par la fimplicité de mes exprefſions
badines,fans équivoques , &
ſouvent choiſies ſans étude , incapable
enfin de devenir plus ferieux
, à moins qu'il ne s'en preſente
malheureuſement quelquefois
des occafions comme celle-
су.
Je ne vous fais Juges ,Mefda-
Ffij
340 MERCURE
mes , de l'affaire que vous allez
lire , que parce qu'elle vous re
garde, au moins autant que nous ,
que parce qu'il y a une cabale
formée contre vos plaiſirs , que
parce que vous devez , en un mot ,
eſtre les premieres à demander
raiſon d'un pareil attentat.Voicy
le fait,
Il y a peu de joursque M. Du
freny , dont le Public a fi bien receu
les Amuſements ferieux &
comiques , l'Eſprit de contradic
tion , & tant d'autres jolies Pieces
, qu'il n'a pas beſoin du dé
tail de ſes bonnes qualitez pour
être eſtimé de tout le monde ; il
ya , dis - je , peu de jours qu'il
lût auxComediens aſſemblez une
Comedie nouvelle en cinq Actes
: cette Piece a pour titre : Les
)
GALANT 341 1
deux Veuves , ou le faux Damis :
chez les Princes , chez les Miniſtres
, chez les Particuliers ,à
la Cour , à la Ville , par tout elle
avoit , avant de leur être prefentée
, merité des milliers de fuffrages
; il l'avoit enfin corrigé ,
embelli , perfectionné autant
qu'il le pouvoit faire , lorſqu'il
pria ces Meſſieurs de daigner en
entendre la lecture . Ce qu'ils cu
rent labonté de luy accorder , en
prefence de pluſieurs témoins illuſtres.
En un mot la Comedie
de M. Dufreny firt lûë par luymême
; elle fût generalement applaudie
de tous ſes auditeurs , &
abfolument & fur le champ refufée
des Comediens .
Ils ſçavent mieux que les Auteurs
, diront leurs partiſans ,fe342
MERCURE
duits , diront- ils eux-mêmes , ce
qui convient au Theatre ,& ce
qui n'y convient pas. Oüy , mais
M. Dufreny leur apporte des caracteres
beaux & originaux qu'ils
devroient prendre la peine d'étudier
plus que d'autres , s'ils recevoient
ſa piece ; cela ſuffit pour
la proſcrire , d'ailleurs ils ſont
dans l'uſage de n'en plus vouloir
de ſa façon , & quelque merite
qu'ayent ſes Comedies , s'il falloitun
ordre ſuperieur pour les
leur faire recevoir , ils ne le refpecteroient
pas affez, pour ne les
pas faire tomber.Pourquoy donc
cette eſpece de République prétend-
elle decider au gré de ſes
paſſions ,des intereſts des particuliers
obligez de reconnoiſtre
ſon autorité , dans le centre de
:
GALANT. 334433
la premiere Monarchie du monde.
Ils n'ufurpent point noftrep
honneur , j'en conviens pilsn'attaquent
ni les biens , ni les perfonnes
, non ; mais c'eſt au bon
goût , auxyeux , à l'efprit & aux
coeurs qu'ils attentent.
On a l'indulgence de ſouffrir
que les Feſtes du Cours & le
VertGalant occupent la Scene ,
en dépit du Public , autant qu'il,
plaît à leurAuteur ,&debonnes
pieces , qu'un tel paralelle deshonoreroit
, ne font point receuës
, parce qu'il ne plaiſt pas à
cemême Auteur de les recevoir;
mais il ne faut pas s'étonner de
fon pouvoir quoyqu'il y en air
beaucoup parmi les Comediens
qui ne penſent pas comme luy
il eſt cependant l'ame de cette
Ffm
344 MERCURE
Compagnie , qu'il foumer , com
me nous , à ſes deciſions. J'en
connois entre eux,pluſieurs d'un
merite diſtingué dans leur eſpece,
je les nommerois même ſi j'avois
icybeſoin de leur nom , &
s'ils foutenoient mieux qu'ils ne
font, le parti de leur égalité.
: Vous venez de lire, Meſdames,
dequoy il s'agit ,& fur quoydoivent
maintenant rouler vos plaintes;
oppoſez-vous donc , s'il vous
plaiſt , à ce pernicieux établiſſement
de l'Empire des Comediens
; finon , l'Eloquence & la
Poëfie , le Cothurne& le Brodequin
qui vous ont tant de fois
fait rire & pleurer , vont deformais
dependre entierement de
leurs caprices , & nous faire pitié
: refufez enfin vos fuffrages
GALANT . 345.
aux mauvaiſes Pieces , & empêchez
, autant que vous le pourrez
, qu'on ne ſupprime lesbonnes.
Je ne doute pas que ceux qui
m'obligent à leur rendre tant de
justice , ne mettent tout en ufage
, pour me faire ôter,s'ils peuvent
, la liberté de leur parler ſi
naturellement;mais je ne ſuis pas
encore affez audacieux , pour
meriter qu'on me l'ôre , ni affez
timide , pour le craindre.
Mesdames , qu'il n'y eût dans
mon Journal , rien de Galant
pour vous , que le titre du Livre.
La methode de ceux qui l'ont
fait avant moy , n'eſt pas la mienne
, & je n'en reçois de perſonne
je m'attache ſeulement à
foutenir dans tout ce que j'écris ,
la legereté de mon caractere
comme ſi c'étoit une qualité recommandable
. Neanmoins quoiquevous
enpenſiez , je vous prie
d'eſtre perfuadées que je prefere
l'honneur de vous amufer quelquefois
, à la gloire de paffer
,
GALANT. 339
pour un Ecrivain trop fage , ou
trop fade.
t Chacun met ſon eſprit ſur le
pied qui luy plaiſt , & il n'eſt point
de ſi chetif Journaliſte qui ne s'imagine
être le Bayle ou le Banage
de ſon temps : Pour moy je
n'aſpire point à tant d'élevation,
&je ſuis ſeulement , je vous le
repete encore une fois , le veritableAuteur
du Mercure Galant , reconnoiſſable
toûjours& par tour,
par la fimplicité de mes exprefſions
badines,fans équivoques , &
ſouvent choiſies ſans étude , incapable
enfin de devenir plus ferieux
, à moins qu'il ne s'en preſente
malheureuſement quelquefois
des occafions comme celle-
су.
Je ne vous fais Juges ,Mefda-
Ffij
340 MERCURE
mes , de l'affaire que vous allez
lire , que parce qu'elle vous re
garde, au moins autant que nous ,
que parce qu'il y a une cabale
formée contre vos plaiſirs , que
parce que vous devez , en un mot ,
eſtre les premieres à demander
raiſon d'un pareil attentat.Voicy
le fait,
Il y a peu de joursque M. Du
freny , dont le Public a fi bien receu
les Amuſements ferieux &
comiques , l'Eſprit de contradic
tion , & tant d'autres jolies Pieces
, qu'il n'a pas beſoin du dé
tail de ſes bonnes qualitez pour
être eſtimé de tout le monde ; il
ya , dis - je , peu de jours qu'il
lût auxComediens aſſemblez une
Comedie nouvelle en cinq Actes
: cette Piece a pour titre : Les
)
GALANT 341 1
deux Veuves , ou le faux Damis :
chez les Princes , chez les Miniſtres
, chez les Particuliers ,à
la Cour , à la Ville , par tout elle
avoit , avant de leur être prefentée
, merité des milliers de fuffrages
; il l'avoit enfin corrigé ,
embelli , perfectionné autant
qu'il le pouvoit faire , lorſqu'il
pria ces Meſſieurs de daigner en
entendre la lecture . Ce qu'ils cu
rent labonté de luy accorder , en
prefence de pluſieurs témoins illuſtres.
En un mot la Comedie
de M. Dufreny firt lûë par luymême
; elle fût generalement applaudie
de tous ſes auditeurs , &
abfolument & fur le champ refufée
des Comediens .
Ils ſçavent mieux que les Auteurs
, diront leurs partiſans ,fe342
MERCURE
duits , diront- ils eux-mêmes , ce
qui convient au Theatre ,& ce
qui n'y convient pas. Oüy , mais
M. Dufreny leur apporte des caracteres
beaux & originaux qu'ils
devroient prendre la peine d'étudier
plus que d'autres , s'ils recevoient
ſa piece ; cela ſuffit pour
la proſcrire , d'ailleurs ils ſont
dans l'uſage de n'en plus vouloir
de ſa façon , & quelque merite
qu'ayent ſes Comedies , s'il falloitun
ordre ſuperieur pour les
leur faire recevoir , ils ne le refpecteroient
pas affez, pour ne les
pas faire tomber.Pourquoy donc
cette eſpece de République prétend-
elle decider au gré de ſes
paſſions ,des intereſts des particuliers
obligez de reconnoiſtre
ſon autorité , dans le centre de
:
GALANT. 334433
la premiere Monarchie du monde.
Ils n'ufurpent point noftrep
honneur , j'en conviens pilsn'attaquent
ni les biens , ni les perfonnes
, non ; mais c'eſt au bon
goût , auxyeux , à l'efprit & aux
coeurs qu'ils attentent.
On a l'indulgence de ſouffrir
que les Feſtes du Cours & le
VertGalant occupent la Scene ,
en dépit du Public , autant qu'il,
plaît à leurAuteur ,&debonnes
pieces , qu'un tel paralelle deshonoreroit
, ne font point receuës
, parce qu'il ne plaiſt pas à
cemême Auteur de les recevoir;
mais il ne faut pas s'étonner de
fon pouvoir quoyqu'il y en air
beaucoup parmi les Comediens
qui ne penſent pas comme luy
il eſt cependant l'ame de cette
Ffm
344 MERCURE
Compagnie , qu'il foumer , com
me nous , à ſes deciſions. J'en
connois entre eux,pluſieurs d'un
merite diſtingué dans leur eſpece,
je les nommerois même ſi j'avois
icybeſoin de leur nom , &
s'ils foutenoient mieux qu'ils ne
font, le parti de leur égalité.
: Vous venez de lire, Meſdames,
dequoy il s'agit ,& fur quoydoivent
maintenant rouler vos plaintes;
oppoſez-vous donc , s'il vous
plaiſt , à ce pernicieux établiſſement
de l'Empire des Comediens
; finon , l'Eloquence & la
Poëfie , le Cothurne& le Brodequin
qui vous ont tant de fois
fait rire & pleurer , vont deformais
dependre entierement de
leurs caprices , & nous faire pitié
: refufez enfin vos fuffrages
GALANT . 345.
aux mauvaiſes Pieces , & empêchez
, autant que vous le pourrez
, qu'on ne ſupprime lesbonnes.
Je ne doute pas que ceux qui
m'obligent à leur rendre tant de
justice , ne mettent tout en ufage
, pour me faire ôter,s'ils peuvent
, la liberté de leur parler ſi
naturellement;mais je ne ſuis pas
encore affez audacieux , pour
meriter qu'on me l'ôre , ni affez
timide , pour le craindre.
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Résumé : Discours où l'Auteur le prend vrayment sur un ton fort serieux. [titre d'après la table]
Dans un extrait du 'Mercure Galant', l'auteur s'adresse à ses lectrices en exprimant son regret de ne pas pouvoir offrir davantage de contenu galant. Il précise que sa méthode diffère de celle de ses prédécesseurs, privilégiant la légèreté et la simplicité dans son écriture. Il se présente comme le véritable auteur du 'Mercure Galant', reconnaissable par la simplicité et la franchise de ses expressions. L'auteur aborde ensuite une affaire concernant M. Dufreny, un dramaturge reconnu pour ses œuvres sérieuses et comiques. Dufreny a présenté sa nouvelle comédie 'Les deux Veuves, ou le faux Damis' aux comédiens, qui l'ont refusée malgré les éloges reçus précédemment. Les comédiens ont justifié leur décision par des raisons subjectives et une aversion pour le style de Dufreny. L'auteur critique cette attitude, soulignant que les comédiens usurpent le goût du public et imposent leurs décisions arbitraires. Il appelle les lectrices à s'opposer à cette situation et à soutenir les bonnes pièces, refusant ainsi de cautionner les mauvaises. Enfin, l'auteur affirme qu'il continuera à exprimer librement ses opinions, malgré les éventuelles pressions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 576-577
« Le 2. de ce mois, les Comediens François representerent à la Cour la Tragédie nouvelle de [...] »
Début :
Le 2. de ce mois, les Comediens François representerent à la Cour la Tragédie nouvelle de [...]
Mots clefs :
Tragédie, Charles Dufresny, Rôles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 2. de ce mois, les Comediens François representerent à la Cour la Tragédie nouvelle de [...] »
Le 2. de ce mois , les Comediens François reprefenterent
à la Cour la Tragédie nouvelle de
Callyfthene, qui eut un fort grand fuccès. L'Auteur
l'a retire après la neuvième Repréſentation ..
2
Les mêmes Comediens avoient joué deux
jours auparavant devant le Roi & la Reine:
deux Pieces comiques , le Médifant ,, de M..
Deftouches & les Folies amoureuses de
M. Renard, qui furent repréfentées dans la
plus grande perfection. La nouvelle Actrice
Y fit un extrême plaifir dans les deux Rôles
de Suivantes qu'elle joua avec cette vivacité &
cette jufteffe qui étonne autant qu'elle plaît. Elle
a été reçûe avec beaucoup d'agrément fur le pied.
de demi part , pour jouer les Suivantes comiques
en fecond , & les Roles Tragiques qui lui con--
viendront.
Le mardi 7. on joua auffi à la Cour la Comé-..
die de La Coquette , du feu St Baron , qui fit
un:
MARS. 1730. 577
un extrême plaifir ; les Des Labat & Dangeville
la jeune , & les Srs Dufresne & la Thorillieve
y joüoient les principaux Roles.
Le 9. les Horaces , de Corneille , & pour petite
Piéce les Vacances.
Le 14. la Surpriſe de l'Amour, de M. de Mativaux
, & les Plaideurs , de Racine .
Le 16. Le Malade imaginaire & les Bourgeoifes
de qualité.
Le mardi 21. ils jouerent la Tragédie de Po-
Heute , de P. Corneille , & la petite Comédiedu
François à Londres de M. de Boiffy. Le St Dangeville,
frere de la nouvelle Actrice, joua le principal
Rôle dans l'une & dans l'autre Piéce, & il y
fut fort applaudi.
Le 23. la Tragedie d'Oedipe , de M. de Voltaire.
Les Rôles d'Oedipe , de Jocafte , de Philo-
Hete & du Grand Prêtre furent remplis par le
Sr Dufrefne , la Dle Dufresne , le S Quinaut
& le Sr le Grand. On joua pour petite Piéce la
Comédie du Double Veuvage, de feu M.Dufrefni.
Le 24. on joua pour la clôture du Theatre à
Paris , felon la coûtume , la Tragedie de Polien-
#e , dont le Sr Quinaut jota le principal Rôle
& la Dile Dufresne , celui de Pauline. Ceux de
Severe & de Felix furent remplis par les St Dufrefne
& Sarrazin. On donna enfuite le Double.
Feuvage , & entre les deux Piéces , le St Duvat
fit un compliment auPublic , qui fut fort applaudi..
à la Cour la Tragédie nouvelle de
Callyfthene, qui eut un fort grand fuccès. L'Auteur
l'a retire après la neuvième Repréſentation ..
2
Les mêmes Comediens avoient joué deux
jours auparavant devant le Roi & la Reine:
deux Pieces comiques , le Médifant ,, de M..
Deftouches & les Folies amoureuses de
M. Renard, qui furent repréfentées dans la
plus grande perfection. La nouvelle Actrice
Y fit un extrême plaifir dans les deux Rôles
de Suivantes qu'elle joua avec cette vivacité &
cette jufteffe qui étonne autant qu'elle plaît. Elle
a été reçûe avec beaucoup d'agrément fur le pied.
de demi part , pour jouer les Suivantes comiques
en fecond , & les Roles Tragiques qui lui con--
viendront.
Le mardi 7. on joua auffi à la Cour la Comé-..
die de La Coquette , du feu St Baron , qui fit
un:
MARS. 1730. 577
un extrême plaifir ; les Des Labat & Dangeville
la jeune , & les Srs Dufresne & la Thorillieve
y joüoient les principaux Roles.
Le 9. les Horaces , de Corneille , & pour petite
Piéce les Vacances.
Le 14. la Surpriſe de l'Amour, de M. de Mativaux
, & les Plaideurs , de Racine .
Le 16. Le Malade imaginaire & les Bourgeoifes
de qualité.
Le mardi 21. ils jouerent la Tragédie de Po-
Heute , de P. Corneille , & la petite Comédiedu
François à Londres de M. de Boiffy. Le St Dangeville,
frere de la nouvelle Actrice, joua le principal
Rôle dans l'une & dans l'autre Piéce, & il y
fut fort applaudi.
Le 23. la Tragedie d'Oedipe , de M. de Voltaire.
Les Rôles d'Oedipe , de Jocafte , de Philo-
Hete & du Grand Prêtre furent remplis par le
Sr Dufrefne , la Dle Dufresne , le S Quinaut
& le Sr le Grand. On joua pour petite Piéce la
Comédie du Double Veuvage, de feu M.Dufrefni.
Le 24. on joua pour la clôture du Theatre à
Paris , felon la coûtume , la Tragedie de Polien-
#e , dont le Sr Quinaut jota le principal Rôle
& la Dile Dufresne , celui de Pauline. Ceux de
Severe & de Felix furent remplis par les St Dufrefne
& Sarrazin. On donna enfuite le Double.
Feuvage , & entre les deux Piéces , le St Duvat
fit un compliment auPublic , qui fut fort applaudi..
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Résumé : « Le 2. de ce mois, les Comediens François representerent à la Cour la Tragédie nouvelle de [...] »
En mars 1730, les Comédiens Français ont présenté plusieurs pièces à la Cour. Le 2 mars, ils ont joué la tragédie 'Callythène', retirée après la neuvième représentation en raison de son grand succès. Les 30 et 31 janvier, ils avaient interprété 'Le Médisant' de Destouches et 'Les Folies amoureuses' de Renard devant le Roi et la Reine. Une nouvelle actrice a été applaudie pour ses rôles de suivantes comiques et a été approuvée pour jouer également des rôles tragiques. Le 7 mars, la comédie 'La Coquette' de St Baron a été jouée avec Des Labat, Dangeville la jeune, Dufresne et La Thorillière dans les principaux rôles. Du 9 au 24 mars, diverses pièces ont été représentées, incluant 'Les Horaces' de Corneille, 'La Surprise de l'Amour' de Mairvaux, 'Les Plaideurs' de Racine, 'Le Malade imaginaire', 'Les Bourgeois de qualité', 'Poëte' de Corneille, 'François à Londres' de Boissy, 'Œdipe' de Voltaire et 'Polyeucte' de Corneille. Le 24 mars, pour la clôture du théâtre à Paris, 'Polyeucte' a été jouée, suivie de 'Le Double Veuvage', avec un compliment du public par Duval.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1575-1597
Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 16. de ce mois, les Comédiens François donnerent la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédie, Auteur, Caractères, Chevalier, Charles Dufresny, Marquise
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texteReconnaissance textuelle : Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Le 16. de ce mois , les Comédiens Fran
çois donnerent la premiere représentation
du Faux Sincere , Comedie , en Vers et
en cinq Actes , de feu M. Dufresni , Au
teur très-connu par quantité de bons et
de singuliers Ouvrages . Celui -cy est tous
les jours plus gouté et plus applaudi par
la maniere originale , naïve et précise avec
laquelle les caracteres sont exprimez , er
par les traits saillants et inattendus dont
la Piece est semée. Nous allons tâcher de
mettre le Lecteur en état d'en juger.
II. Vol. L'Au
1576 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur ne s'est attaché dans le prez.
mier Acte , qu'à exposer la situation pré
sente des Acteurs qu'il veut faire agir ,
il y donne aussi une idée des Caracteres ,
&c. Madame Argante a deux filles , An
gelique est l'ainée , et Marianne , la cadet
te ; Angelique ne faisant que de sortir du
Convent , a vû un jeune homme , soir
disant le Chevalier Valere , et c'est le
Heros de la Piece , à sçavoir le Faux Sin
cere. Marianne , qui a été long- tems chez
une de ses parentes , aime Dorante ; Mada
me Argante , prévenuë en faveur du Che
valier , vient dire à ses deux filles , qu'elle
a fait un projet de mariage ; elle veut don
ner Angelique à M. Franchard , à qui Ma
rianne avoit été promise autrefois et Ange
lique au Chevalier Valere . Ce M. Fran
chard est un riche Négociant , dont l'hu
meur franche contraste parfaitement avec
celle du Chevalier ; Madame Argante a
résolu de donner Angelique au Cheva
Tier Valere ; par-là Angelique est aussi sa
tisfaite que Marianne est mécontente.
Pour ce qui concerne les caracteres ,
Voici ce que Dorante ,Amant deMarianne,
dit du Chevalier Valere dès la premiere
Scene :
Cet homme me chagrine" ;
II. Vol. Je
JUIN.
17318 577
Je connois votre mere ; il prendra son esprit,
Il est très-dangereux. Hier il me surprit ;
Voulant lier , dit - il , avec moi connoissance ,
Il exige d'abord entiere confidence ;
Il me dit ses deffauts , et ceux qu'il trouve en moi.
Mais il les adoucit , et dans l'instant je voi ,
Que par le même tour il me blâme et me loue ,'
Qu'en blâmant avec art , habilement il joüe ,
Sous le jeu d'un Censeur , celui d'un complaisant;
Il n'est point flatteur , non , c'est un ton diffe
rent ;
Il paroît s'échapper par des traits véridiques ;
Mais chaque mot le mene à ses fins politiques :
Quand il vous trouve en garde il se découvre
un peu ,
Pour vous faire avancer et se donner beau jeu :
Profitant de l'amour qu'on a pour la franchise ,
Fait parade du vrai qu'il farde et qu'il déguise ;
Faux , même en disant vrai ; faux sincere ...
Il semble que M. du Fresni , ait craint
qu'on ne confondit le caractere qu'il
alloit traiter , avec celui du Flatteur , ou
du Tartuffe il en a justifié jusqu'au nom
voici ce que Dorante ajoute :
;
Caractere de coeur : j'entends par faux sincere ,
Celui qui sçait piper par la sincerité ,
Comme un fin courtisan fait par la probité ;
Il. Vol
Qui
1578 MERCURE DE FRANCE
Qui dit vrais trente fois , pour pouvoir mentir
une
Dans une occasion qui fasse sa fortune ;
Hipocrite en franchise est a peu prés le mot ;
Pourquoy pas faux sincere ? on dit bien faux
devot.
t Pour ce qui regarde le caractére con
trastant qui est celui de M. Franchard ,
l'Auteur le fait exposer en peu de mots
par le Chevalier Valere , parlant à une
Marquise qu'il feint d'aimer :
Vous me voyez charmé de ce bon commerçant ;
Il semble en arrivant ici de Picardie ,
Ramener à Paris la probité bannie.
De son accueil gaulois la liberté vous rit >
Sa cordialité qui lui tient lieu d'esprit
९
Ravit , enchante , au moins moy , qui toûjours
préfere ,
A tout l'esprit du monde un trait naif , sincere.
Sa candeur rend pour moi ses discours élog
• quents ?
Sur son visage ouvert on lit ses sentimens ;
Au premier entretien tout son coeur se déploye,&c.
La Marquise est une veuve qui se croit
aimée de ce faux Sincere. Elle n'est pas
encore riche , mais elle attend une suc
cession de cent mille écus , qui est dépo
II. Vol. sée
NCE
1579
JUI
N.
1731
.
H
sée entre les mains de M. Franchard.
Le Chevalier n'en sçait rien , et c'est par
le conseil de Laurette , sa Suivante , que
la Marquise lui en a fait mistere ; voici le
motif de Laurette :
Il faut de son amour une preuve certaine.
Des Indes il vous vient cent mille écus d'aubaine;
Cette succession arrivant en secret ,
Vous m'aidez , j'en conviens , à suivre le projet
Que j'ai conçu d'avoir aujourd'hui quelque
preuve ,
S'il aime en vous , Madame , ou l'argent , ou la
veuve.
Il ne reste plus dans ce premier Acte
qu'à faire connoître aux Spectateurs la
qualité et le coeur du Chevalier : voici
par où il finit l'Acte lui- même , en par
lant du Contrat que la Marquise lui a
proposé.
Je ne veux pas encor presser la signature ;
Ce n'est qu'un pis aller depuis mon avanture]
La Marquise m'a dit qu'elle a trés- peu de bien
Chez ce riche Marchand venant chercher le
mien ,
Quel bonheur d'y trouver une riche alliance !
Pourquoy cachois- je ici mon nom et ma nais
sance ?
* II. Vol.
Rapin
580 MERCURE
DE FRANCE
1
Rapin, fils d'un Marchand,pour eux eût été bong
Mais avec la Marquise ayant pris un beau nom
Sur celui de Rapin il a fallu me taire &C.
On voit par ces differentes expositions
que la Piece sera trés implexe ; nous
n'oublierons rien pour y mettre de la
clarté .
፡
Un Caissier du Banquier Franchard ,
ouvre la Scene du II. Acte , avec un
nouveau Rapin , Cousin du faux Valere,
On auroit souhaitté que ce dernier en
eut parlé à la fin du premier Acte. Ce
second Rapin apprend du Caissier ,
qu'un certain Chevalier Valere , se dit
Agent de Rapin ce qui oblige le nou
veau Rapin à faire arrêt sur la somme ;
le Caissier n'en est point fâché et se re
tire.
Laurette reconnoit Rapin , qu'elle a
vû autrefois à Rouen ; Rapin aprés avoir
quelque temps nié à Laurette qu'il soit
l'ancien ami dont elle lui parle , lui
avoue enfin qu'il est Rapin , et qu'il
vient d'apprendre qu'un certain Cheva
lier Valere , se donne pour son Agent
aux yeux de M. Franchard , pour lui en
lever sa succession ; il prend le parti de
cacher son nom et de prendre celui de
Valere on convient que l'Auteur a assés
11. Vel biea
JUIN. 1731. 1581
1
bien motivé l'incognito par ces deux
vers :
Ouy , courons nous parer : dans le siécle où nous
sommes ›
La parure du moins aide à parler aux hommes,
Mais on ne comprend point , pour
quoi le nouveau Rapin veut passer pour
un second Valere ; et l'on en conclut que
ce Valere doublé est plutot parti du cer
veau de l'Auteur que du fond du Sujet.
Laurette et Rapin s'étant retirés , le
Chevalier Valere , ou pour mieux dire ,
le Faux Sincere vient. A peine a-t'il dit
quelques mots qui ne font rien à la Piece,
qu'on voit paroître Madame Argante .
Valere , pour faire parade de sincerité ,
feint d'être fâché contre Madame Argan
te , de ce qu'elle l'a loüé sans cesse ; il lui
dit d'un ton d'homme mécontent :
Je m'en plains , et voici là -dessus mes scrupules ,
Que gens moins délicats trouveront ridicules ;
Je blâme tout ami qui me flatte d'abord ,
Et dit que j'ai raison sans sçavoir si j'ai tort ;
Qui prend trop mon parti contre la médisance ;
En me justifiant sans m'entendre, il m'offense ;
Car je ne veux point être innocent par faveur ;
Je veux que la raison me juge , et non le coeur :
II. Vol. Je H
1582 MERCURE DE FRANCE
Je veux qu'on se défie , et qu'on approfondisse ;
Ensuite , quel plaisir quand on me rend justice !
3
Aprés quelques autres traits de fausse
sincerité , Valere dit à Madame Argante
de parler d'affaire : elle lui confirme la
promesse qu'elle lui a déja faite de lui
donner Marianne; le Chevalier lui témoi
gne quelque crainte sur le choix que
M. Franchard en a fait pour lui - même ;
elle le rassure , par l'humeur de M.
Franchard qui n'y regarde pas de si prés ,
et qui se tourne facilement à tout ce
qu'on veut. M. Franchard confirme bien
tôt au Chevalier ce que Madame Argan
te lui a dit de son humeur ; car sur la
demande que Valere lui fait des vûës
qu'il peut avoir pour Marianne ; il lui ré
pond franchement ;
Pour elle je n'ai point eu de vûë autrement ;
Si ce n'est que je veux l'épouser seulement,
Mais , lui dit le Chevalier; vous aimez
aussi son aînée ; M. Franchard lui répond
avec la même franchise :
Ouy , je l'aime ,
Et d'abord je voulois l'épouser tout de même ;
Pas tant pourtant; je vais expliquer tout cela &e,
I
IL Vel
En
JUIN.:
1583 1731 .
En un mot comme en cent de ces deux Filles- ci ,
L'une est ce qui me faut ; mais l'autre l'est aussi,
Il conclut enfin par vouloir épouser
Marianne, ce qui oblige Valere à rabbat
tre sur Angelique en sage politique.
Madame Argante lui amene Marianne ,
qu'Angelique suit , non par simple curio
sité , comme dit sa mère , mais par le
tendre interêt qui l'attache au Cheva
lier.
Valere est fort embarrassé sur ce que
Madame Argante attend de lui, en faveur
de Marianne , pour qui M. Franchard
vient de se déclarer ; le compliment qu'il
fait à Marianne est si froid qu'elle en est
vivement picquée ; elle lui declare qu'elle
lui sera contraire , le Chevalier s'en con
sole par l'esperance d'obtenir Angelique ,
à qui il donne la préference. Madame
Argante n'est point fachée de ce change
ment , parceque cette derniere lui ressem
ble aussi bien que Marianne . Elle sort avec
le Chevalier et Angelique , pour aller
faire dresser le Contrat , et dit à Marianne
de prendre patience avec M. Franchard
qui la doit épouser . Marianne se détermi
ne à se venger du compliment injurieux
que le Chevalier vient de lui faire , et
II. Vol. Hij quol
584 MERCURE DE FRANCE
quoiqu'elle aime Dorante , elle ne laisse
pas de supporter impatiemment qu'on
ait préferé sa soeur à elle. Laurette veut
la consoler de ce chagrin par la promesse
de se venger du Chevalier , fondée sur les
découvertes qu'elle a faites .
Le III. Acte a paru le plus beau de la
Piece. Dorante et Marianne le commen
cent. Ils se flattent de faire tomber le
masque aux Faux- Sincere , en le mettant
aux prises avec la Marquise et avec An
gelique , toutes deux mécontentes de lui ;
mais avant que d'entrer dans cette Scene
d'où il se tire avec toute l'adresse pos
sible , il n'est pas hors de propos d'exami
ner un point que quelques connoisseurs
ont remarqué , et dont l'Auteur semble
avoir voulu prévenir la critique. Quel
interêt, a- t'on dit , peuvent avoir Doran
te et Marianne à confondre le Faux - Sin
cere ? il n'en veut plus à Marianne ; ainsi
il ne tiendra pas à lui qu'elle ne soit ma
riée avec Dorante ; les voilà donc tous
deux hors d'interest du côté du Chevalier;
Dorante n'a plus d'autre Rival
que M.
Franchart; et en démasquant le Faux - Sin
cere , il n'empêchera pas que ce bon com
merçant ne lui enléve sa Maitresse . Il
ya apparence que M. du Fresni a prévû
L'objection , puisqu'il la met dans la bou
1 1. Vol . che
JUIN. 1731. 1584
che du Chevalier ; voici comment il le
fait parler à Dorante et à Marianne :
#
Pourquoi sur nos desseins ne nous pas concerter
Quand nous n'avons ici rien à nous disputer !
A Dorante.
Sommes- nous Rivaux ? non , nous n'aimons pas
la même ;
J'aime , je suis aimé , vous aimez , on vous aime ;
Monsieur Franchard pourroit par accomode
ment
Aux Pupilles laisser , chacune son- Amant ;
Mais de gayeté de coeur vous voulez me détruire.
Voilà donc , par l'aveu même de l'Au
teur , deux Amants qui ne vont pas à
leur fin ; ils agissent donc par tout autre
motif que celui de leur amour. L'Ob
jection est assés forte ; mais peut-être
ne l'auroit-on pas faite si l'Auteur n'eut
pris soin lui-même d'en faire la premiere
ouverture ; d'ailleurs on peut y répondre
pour lui , en disant que la haine que Do
rante et Marianne ont conçue contre le
Faux-Sincere est la plus forte en eux ;
que leur but principal est de le confon
dre , et que l'aveu sincere qu'il semble
leur faire , couvre quelque piege darts
LI. Vol.
Hij lequel
1586 MERCURE DE FRANCE
lequel il veut les faire donner ; en effet ,
quand il leur dit :
Voyons ; concertons- nous sur cent moyens fa
ciles ;
Entrons dans les détails :.+3
--Dorante lui répond :
Détails trés-inutiles.
Marianne dit quelque chose de plus :
Vous le sçavez trop bien ; mais vôtre intention
C'est d'échauffer d'abord la conversation ,
Afin
que , parlant trop à l'envi l'un de l'autre ,
Nous cachant vos secrets vous démêliez le
nôtre.
Un interêt plus fort justifie Marianne
dans cette occasion ; le Chevalier lui a
préferé sa soeur , et ces sortes d'outrages
ne se pardonnent jamais. Passons à la
Scene qui fait tant de plaisir , elle est en
tre le Chevalier , la Marquise et Ange
Jique. Ces deux Rivales l'accusent égale
ment d'avoir démenti sa prétendue sin
cerité à leur égard ; il leur répond qu'il
n'a besoin que d'elles- mêmes pour le
justifier ; voici ses propres mots :
II. Vol. Que
JUIN. 1731 ..
1587
Que chacune redise
Les faits simples , les faits ; par ce que vous dirés
L'une à l'autre , sans moi , vous me justifierés.
En effet , il convient avec la Marquise
qu'il lui a promis de s'arranger avec elle
par un mariage , et quand Angelique
lui reproche d'avoir proposé un mariage
à sa Rivale , aprés lui avoir montré
l'amour le plus ardent , il lui dit que
tien n'est plus vray, et qu'il brûle encore
du même amour ; il ajoûte que c'est ce
violent amour qui l'a forcé et qui le force
encore à retirer la parole qu'il avoit don
née à la Marquise : oui , poursuit- il en
parlant à la Marquise :
Tantôt j'ai dit ; j'épouse ;
t
A present je dis j'aime : en fussiez-vous jalouse
Madame , vous prouvez , vous , de vôtre côté ,
Qu'un arrangement seul entre nous concerté
Ne peut me rendre ici coupable d'inconstance.
Si cet amour subit et dont la violence
Vient troubler en un jour tous mes arrange
mens ,
Entre vous deux m'agite et me tient en suspens ,
Sans que j'aye encor pû parler , me réconnoî
tre ,
-
11. Vol. En
Hiiij
r588 MERCURE DE FRANCE
En quoy suis-je coupable ? où puis -je le pa
roître 2
Et comme Marianne qui est présente à
la conversation , vient à la charge en lui
disant , que cet amour subit fait tout au
moins un ingrat , et qu'il lui fait manquer
de parole , . il répond :
Et non pas de franchise ;
Fai promis de l'estime , et rien plus ; qu'on le
dise :
Le voilà donc parfaittement justifié
dans l'esprit d'Angelique ; mais un nou
vel incident va le réplonger dans l'em
barras . M. Franchard lui vient annoncer
un second Chevalier Valere ; c'est le
Rapin dont nous avons parlé dans l'Acte
précedent on n'a pas bien compris ,
comme nous l'avons déja remarqué , la
raison qui l'a porté à doubler Valere ,
ayant tout autre nom à prendre ,. on
convient que cela produit de l'improglio ;
mais on voudroit que ce Comique fut
appuyé sur quelque motif. Ce n'est pas
là
la le seul coup dont notre Faux-Sincere
est frappé ce nouveau chevalier Valere
se donne encore pour un Agent de Ra
pin ; M. Franchard ne voit en tout cela
C
1
II: Võt que
• JUIN. 1731. 1589
و د
"
ULV
que des brouillards , que ce second Agent
de Rapin lui promet de dissiper , papier
sur table . Ce dernier se retire.
M. Franchard commence à se défier
du Faux- Sincere , à quoy ce dernier ne
répond que par des brusqueries , coup
sur coup , par lesquelles il prétend lui
faire voir qu'il lui ressemble autant en
vivacité qu'en franchise ; en effet , aprés
s'être long- tems emporté contre lui , il se
radoucit et lui faisant rémarquer la con
formité d'humeur qui est entr'eux , il
dit finement :.
"
Nous nous ressemblerons encore sur ce points
Je pardonne d'abord :
M. Franchard lui répond , que pour
lui , il pardonne sur l'heure; il ajoute avec
une agréable surprise :
Mais , c'est tout comme moy ; j'en avois bie'n
cherché.
Des gens qui fussent faits tout justes à ma ma
niere :
Vous voilà tout trouvé ; car ressemblance ere
tiere ;
Dire tout ce qui vient , brusquer , parler bien
fort ,
Se facher tout d'an coup , puis pardonner
d'abord ;
11. Vol Hv N'est
}
1590 MERCURE DE FRANCE
N'est-il pas vrai Monsieur ? mon portrait est
le vôtre &c.
Plus de Dorante donc ; finissons au plutôt :
Deux contrats pour nous deux , c'est autant
qu'il en faut.
M. Franchard , Dorante , Marianne
et Angelique commencent le quatriéme
Acte. Le but de la premiere Scene est
de faire entendre à M. Franchard , que
ceChevalier qu'il croit vraiement sincere,
n'est rien moins que ce qu'il paroît à
ses yeux qu'il se dit Gentil - homme ,
quoiqu'il soit roturier ; et qu'il se vante
d'avoir beaucoup de biens , quoiqu'il
n'ait rien du tout. M. Franchard leur
dit qu'il lui demandera tout cela..
Le Chevalier dit en arrivant qu'il ne
doute point qu'on ne complotte contre
lui , mais que sa sincerité l'exempte de
toute crainte. M. Franchard lui demande
avec sa franchise ordinaire s'il est riche
ou non ; le Chevalier lui répond aussi
franchement qu'il n'a rien ; c'est toujouts
quelque chose , dit Franchard ; Valere
ajouteadroitement.
Par cet aveu sans doute au refus je m'èxpose ;
Mais quoy ? vous citerois- je ici comme un bien
clair
11. Vol
que
JUIN 1731 4597
OPL
MO
21
15
Quelques successions qui sont peut- être en Fair ?
Des terres en decret dont je ne suis plus maitre ?
Que quelque argent comptant dégageroit peut
être ?
Mais un bien en litige au fond est - il le mien ?
Non ; repetons - le donc encore , je n'ai rien .
Cette adroite franchise acheve de ga
gner le coeur à Franchard . Dorante re
vient pourtant à la charge , et dit qu'il
y a un second Valere , qui s'interesse
aussi la succession de Rapin , et
qu'il faut démêler qui des deux est le ve
ritable M.Franchard y consent , mais
il leur dit qu'aprés cette derniere épreu
ve , il n'écoutera plus rien .
pour
:
Laurette vient de porter le plus sen
sible coup au Chevalier , en disant à M.
Franchard que Madame la Marquise vient
chercher les cent mille écus qu'il doit
lui livrer ; M. Franchard lui répond qu'ils
sont prêts , et rentre pour aller compter
la somme à la Marquise. Le Chevalier
resté seul , fait ce court Monologue :
Ce revers est picquant.
L'ai- je pû deviner ? cent mille écus comptants
Je les perds ; dans quel temps quand tout me
déconcerte ;
3
II. Vol
Quand H vj
1592 MERCURE DE FRANCE
Quand cet autre Valere ici cause ma perte.
L'approche de la Marquise lui rend
quelques esperances , il se flatte qu'elle
l'aime encore , et qu'elle cherche à ré
noüer avec lui ; voici comme il s'y prend
pour lui faire entendre qu'il flatte encore :
entre Angelique et elle ::
Je suis comme j'étois , incertain , indécis ;
Tantôt passionné , tantôt de sens rassis.
Vois-je l'objet je suis la pante qu'Amour don
ne ;
Vous revois-je ? aussi-tôt je suspens, je raisonne
A me déterminer il faut que vous m'aidiez ;
En bonne amie , il faut que vous me conseilliez ,
Qu'en cette occasion vous me serviez de guide ;
Je crains de me flatter , ou d'être ttop rigide ,
De croire mon amour plus ou moins fort qu'il
n'est.
Se connoît-on ? peut-être en secret l'interêt
Sur vos biens augmentez à mon insçu m'a
buse ,
Me fait voir mon amour moins fort ; je m'en.
accuse ; :
De peur
de vous tromper , je me donne le tort. ,
Prés d'Angelique aussi peut- être ai-je d'abord ·
Exageré l'amour d'une façon trop forte ;
Car d'un objet brillant la présence transporte.
II, Vol. Il
JUIN 773
1593
Il n'a pas tenu à l'Autheur que la
Marquise n'ait donné dans un piége si
finement tendu , tant il a pris soin de
couvrir la fourberie d'un voile specieux:
de sincerité ; mais là Marquise avoit trop
bien pris son parti avant que d'avoir ce
dernier entretien avec lui ; elle le quitte ,
aprés lui avoir parlé ainsi.
Je ne vois plus en vous que feinte et politique ;
L'interest vous a fait adorer Angelique ;
L'interest à present vous fait changer de ton..
Si vous faites ceder l'amour à la raison ·
De mon côté , je dois devenir raisonnable ;
Car vôtre amour pour elle est faux , ou veri
table ;
Veritable , il me fait trembler pour vôtre coeur ,
Et s'il est faux , je dois rompre avec un trom
peur.
Ce dilemme acheve de désesperer nôtre
Faux - Sincere voyant venir le second
Valere , il le soupçonne d'être son Cou
sin Rapin , et sur ce soupçon il va chan
ger de Batterie.
Les deux Valeres se reconnoissent pour
deux Rapins , mais le Faux - Sincere voyant
que celui qui le double , ne se rend point
aux sentimens de la nature , lui promet
de lui abandonner la succession toute en
:
11, Vol. tiere. ;.
1594 MERCURE DE FRANCE
tiere ; à cette parole sympatique son Co
heritier l'embrasse cordialement , et lui
promet de le servir auprés de M. Fran
chard et de Madame Argante contre tous
ceux qui s'opposent à son mariage avec
Angelique .
Madame Argante arrive , le second Ra
pin lui dit qu'il est vrayement son Cousin
Valere ; Madame Argante les invite à aller
dire hautement ce qui s'est passé dans
leur reconnoissance ; le Chevalier dit
modestement qu'il n'y veut pas être , de
peur que sa présence n'empêche son Cou
sin de dire les choses avec toute la sin
cerité qu'il exige .
Nous abrégerons l'Extrait du 5. Acte ,
parceque les autres nous ont menés plus
loin que nous n'avions crû. Valere , tout
traversé qu'il a été jusqu'ici , voit relever
ses espérances abbatuës ; Madame Argan
te lui annonce que le Contrat se dresse
actuellement. C'est là ce qui occasione
l'aveu que ce Faux - Sincere lui fait de ce
qui pourroir venir à sa connoissance ;
sçavoir de s'être dit Gentil - homme, quoi
qu'il ne fut que le fils d'un Marchand
et d'avoir pris un faux nom ; Madame
Argante est charmée de cette derniere
sincerité ; mais il n'en est pas de même
de M. Franchard qui n'est déja que trop
[
J
II. Vol
informé
JUIN. 1731. 1595
鼻
12
Informé de la qualité supposée et du faux
nom. Deux Valeres et deux Agents de
Rapin lui paroissent un complot , et il dt
à Valere , d'un ton fâché , qu'il ne veut
point de comploteurs chez lui . Madame
Argante a beau le déffendre , en disant
qu'il lui avoit déja avoué la supposition
de nom et de qualité Laurerte , qui
dès le commencement du second Acte ,
a reconnu l'un des Rapins , ne doute
point qu'il n'y en ait deux sous le nom
de Valere ; elle fait entendre que le Che
valier ne l'a informée que d'une chose
déja connuë de tout le monde , et qu'elle
aété la dupe d'un autre prétendu' Valere.
Madame Argante ne peut souffrir pa
tiemment que le Chvalier l'ait jouée
Angelique désabusée par la Marquise à
laquelle son fourbe d'Amant avoit voulu
révenir , grace aux cent mille écus dont
nous avons parlé dans l'Acte précedent ,
lui déclare hautement qu'elle ne voit plus
en lui qu'un fourbe et qu'un imposteur
interessés tout cela tombant sur lui , coup
sur coup , il en est si accablé , qu'il se re
tire , en disant fierement , qu'il ne veut
d'autre Apologiste que son coeur ; tous
les Spectateurs ont été surpris de lui voir
quitter la partie , avec autant de ressour
ces qu'il en a fait esperer dans le cours
II. Vol.
de
1596 MERCURE DE FRANCE
de la Piece. On peut répondre à la déchar
ge de M. du Fresni qu'il n'avoit pas en
Gore mis la derniere main à sa Comédie ,
et qu'il y travailloit encore peu
de tems
avant sa Mort. Un double hymen entre
M. Franchard et Angelique , de même
qu'entre Dorante et Marianne , finissent
la Piece , et renvoyent les Spectateurs
infiniment plus satisfaits que mécontens.
Tout le monde connoit que l'intrigue est
un peu confuse et surchargée ; mais que
l'ouvrage fait briller par tout ces traits
saillants , qui ont toujours caracterisé et
distingué cet agréable Auteur , la versi
fication est un peu forcée ; mais on peut
juger par les morceaux que nous venons
d'en citer , que M. du Fresni y auroit
pû exceller , s'il en eut fait une plus lon
gue habitude ; en effet , ce n'a été que
dans ces dernieres Pieces , qu'il a voulu
assujettir à la contrainte de la rime , le
beau feu de Poësie dont la nature l'avoit
animé.
Cette Piece , qui a été représentée
pour la dixième fois le 30. de ce mois ,
et qui fait grand plaisir au Public , est
actuellement sous Presse , chez Briasson ,
ruë S. Jacques.
Les Comédiens François ont reçu dé
6
II. Vol.
puis
JUIN. 1731. 1597
puis peu une Comédie en vers , avec un
Prologue , de la composition de M. le
Fort , intitulée le Temple de la Paresse ,
qu'on jouera incessamment.
Le 28. l'ouverture de la Foire S. Lau
rent fut faite par le Lieutenant Géneral
de Police en la maniere accoutumée.
Le même jour l'Opéra Comique fit
aussi l'ouverture de son Théatre par une
Piece nouvelle en Vaudeville , et en trois
Actes avec des Divertissemens , qui a
pour titre la France Galante ; cette Piece
est suivie d'un Divertissement composé
de Scenes muettes , figurées en Balet , in
titulées la Guinguette Angloise ; il est
executé par les Sieurs Roger , Renton ,
et Haugthon , trois excellens danseurs
Pantomimes , nouvellement arrivés d'An
gleterre , qui sont géneralement applau
dis la figure du sieur Roger qui avoit
déja été vuë ici il y a deux ans , paroît
toujours- trés-originale ; on ne se lasse
point de le voir.
çois donnerent la premiere représentation
du Faux Sincere , Comedie , en Vers et
en cinq Actes , de feu M. Dufresni , Au
teur très-connu par quantité de bons et
de singuliers Ouvrages . Celui -cy est tous
les jours plus gouté et plus applaudi par
la maniere originale , naïve et précise avec
laquelle les caracteres sont exprimez , er
par les traits saillants et inattendus dont
la Piece est semée. Nous allons tâcher de
mettre le Lecteur en état d'en juger.
II. Vol. L'Au
1576 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur ne s'est attaché dans le prez.
mier Acte , qu'à exposer la situation pré
sente des Acteurs qu'il veut faire agir ,
il y donne aussi une idée des Caracteres ,
&c. Madame Argante a deux filles , An
gelique est l'ainée , et Marianne , la cadet
te ; Angelique ne faisant que de sortir du
Convent , a vû un jeune homme , soir
disant le Chevalier Valere , et c'est le
Heros de la Piece , à sçavoir le Faux Sin
cere. Marianne , qui a été long- tems chez
une de ses parentes , aime Dorante ; Mada
me Argante , prévenuë en faveur du Che
valier , vient dire à ses deux filles , qu'elle
a fait un projet de mariage ; elle veut don
ner Angelique à M. Franchard , à qui Ma
rianne avoit été promise autrefois et Ange
lique au Chevalier Valere . Ce M. Fran
chard est un riche Négociant , dont l'hu
meur franche contraste parfaitement avec
celle du Chevalier ; Madame Argante a
résolu de donner Angelique au Cheva
Tier Valere ; par-là Angelique est aussi sa
tisfaite que Marianne est mécontente.
Pour ce qui concerne les caracteres ,
Voici ce que Dorante ,Amant deMarianne,
dit du Chevalier Valere dès la premiere
Scene :
Cet homme me chagrine" ;
II. Vol. Je
JUIN.
17318 577
Je connois votre mere ; il prendra son esprit,
Il est très-dangereux. Hier il me surprit ;
Voulant lier , dit - il , avec moi connoissance ,
Il exige d'abord entiere confidence ;
Il me dit ses deffauts , et ceux qu'il trouve en moi.
Mais il les adoucit , et dans l'instant je voi ,
Que par le même tour il me blâme et me loue ,'
Qu'en blâmant avec art , habilement il joüe ,
Sous le jeu d'un Censeur , celui d'un complaisant;
Il n'est point flatteur , non , c'est un ton diffe
rent ;
Il paroît s'échapper par des traits véridiques ;
Mais chaque mot le mene à ses fins politiques :
Quand il vous trouve en garde il se découvre
un peu ,
Pour vous faire avancer et se donner beau jeu :
Profitant de l'amour qu'on a pour la franchise ,
Fait parade du vrai qu'il farde et qu'il déguise ;
Faux , même en disant vrai ; faux sincere ...
Il semble que M. du Fresni , ait craint
qu'on ne confondit le caractere qu'il
alloit traiter , avec celui du Flatteur , ou
du Tartuffe il en a justifié jusqu'au nom
voici ce que Dorante ajoute :
;
Caractere de coeur : j'entends par faux sincere ,
Celui qui sçait piper par la sincerité ,
Comme un fin courtisan fait par la probité ;
Il. Vol
Qui
1578 MERCURE DE FRANCE
Qui dit vrais trente fois , pour pouvoir mentir
une
Dans une occasion qui fasse sa fortune ;
Hipocrite en franchise est a peu prés le mot ;
Pourquoy pas faux sincere ? on dit bien faux
devot.
t Pour ce qui regarde le caractére con
trastant qui est celui de M. Franchard ,
l'Auteur le fait exposer en peu de mots
par le Chevalier Valere , parlant à une
Marquise qu'il feint d'aimer :
Vous me voyez charmé de ce bon commerçant ;
Il semble en arrivant ici de Picardie ,
Ramener à Paris la probité bannie.
De son accueil gaulois la liberté vous rit >
Sa cordialité qui lui tient lieu d'esprit
९
Ravit , enchante , au moins moy , qui toûjours
préfere ,
A tout l'esprit du monde un trait naif , sincere.
Sa candeur rend pour moi ses discours élog
• quents ?
Sur son visage ouvert on lit ses sentimens ;
Au premier entretien tout son coeur se déploye,&c.
La Marquise est une veuve qui se croit
aimée de ce faux Sincere. Elle n'est pas
encore riche , mais elle attend une suc
cession de cent mille écus , qui est dépo
II. Vol. sée
NCE
1579
JUI
N.
1731
.
H
sée entre les mains de M. Franchard.
Le Chevalier n'en sçait rien , et c'est par
le conseil de Laurette , sa Suivante , que
la Marquise lui en a fait mistere ; voici le
motif de Laurette :
Il faut de son amour une preuve certaine.
Des Indes il vous vient cent mille écus d'aubaine;
Cette succession arrivant en secret ,
Vous m'aidez , j'en conviens , à suivre le projet
Que j'ai conçu d'avoir aujourd'hui quelque
preuve ,
S'il aime en vous , Madame , ou l'argent , ou la
veuve.
Il ne reste plus dans ce premier Acte
qu'à faire connoître aux Spectateurs la
qualité et le coeur du Chevalier : voici
par où il finit l'Acte lui- même , en par
lant du Contrat que la Marquise lui a
proposé.
Je ne veux pas encor presser la signature ;
Ce n'est qu'un pis aller depuis mon avanture]
La Marquise m'a dit qu'elle a trés- peu de bien
Chez ce riche Marchand venant chercher le
mien ,
Quel bonheur d'y trouver une riche alliance !
Pourquoy cachois- je ici mon nom et ma nais
sance ?
* II. Vol.
Rapin
580 MERCURE
DE FRANCE
1
Rapin, fils d'un Marchand,pour eux eût été bong
Mais avec la Marquise ayant pris un beau nom
Sur celui de Rapin il a fallu me taire &C.
On voit par ces differentes expositions
que la Piece sera trés implexe ; nous
n'oublierons rien pour y mettre de la
clarté .
፡
Un Caissier du Banquier Franchard ,
ouvre la Scene du II. Acte , avec un
nouveau Rapin , Cousin du faux Valere,
On auroit souhaitté que ce dernier en
eut parlé à la fin du premier Acte. Ce
second Rapin apprend du Caissier ,
qu'un certain Chevalier Valere , se dit
Agent de Rapin ce qui oblige le nou
veau Rapin à faire arrêt sur la somme ;
le Caissier n'en est point fâché et se re
tire.
Laurette reconnoit Rapin , qu'elle a
vû autrefois à Rouen ; Rapin aprés avoir
quelque temps nié à Laurette qu'il soit
l'ancien ami dont elle lui parle , lui
avoue enfin qu'il est Rapin , et qu'il
vient d'apprendre qu'un certain Cheva
lier Valere , se donne pour son Agent
aux yeux de M. Franchard , pour lui en
lever sa succession ; il prend le parti de
cacher son nom et de prendre celui de
Valere on convient que l'Auteur a assés
11. Vel biea
JUIN. 1731. 1581
1
bien motivé l'incognito par ces deux
vers :
Ouy , courons nous parer : dans le siécle où nous
sommes ›
La parure du moins aide à parler aux hommes,
Mais on ne comprend point , pour
quoi le nouveau Rapin veut passer pour
un second Valere ; et l'on en conclut que
ce Valere doublé est plutot parti du cer
veau de l'Auteur que du fond du Sujet.
Laurette et Rapin s'étant retirés , le
Chevalier Valere , ou pour mieux dire ,
le Faux Sincere vient. A peine a-t'il dit
quelques mots qui ne font rien à la Piece,
qu'on voit paroître Madame Argante .
Valere , pour faire parade de sincerité ,
feint d'être fâché contre Madame Argan
te , de ce qu'elle l'a loüé sans cesse ; il lui
dit d'un ton d'homme mécontent :
Je m'en plains , et voici là -dessus mes scrupules ,
Que gens moins délicats trouveront ridicules ;
Je blâme tout ami qui me flatte d'abord ,
Et dit que j'ai raison sans sçavoir si j'ai tort ;
Qui prend trop mon parti contre la médisance ;
En me justifiant sans m'entendre, il m'offense ;
Car je ne veux point être innocent par faveur ;
Je veux que la raison me juge , et non le coeur :
II. Vol. Je H
1582 MERCURE DE FRANCE
Je veux qu'on se défie , et qu'on approfondisse ;
Ensuite , quel plaisir quand on me rend justice !
3
Aprés quelques autres traits de fausse
sincerité , Valere dit à Madame Argante
de parler d'affaire : elle lui confirme la
promesse qu'elle lui a déja faite de lui
donner Marianne; le Chevalier lui témoi
gne quelque crainte sur le choix que
M. Franchard en a fait pour lui - même ;
elle le rassure , par l'humeur de M.
Franchard qui n'y regarde pas de si prés ,
et qui se tourne facilement à tout ce
qu'on veut. M. Franchard confirme bien
tôt au Chevalier ce que Madame Argan
te lui a dit de son humeur ; car sur la
demande que Valere lui fait des vûës
qu'il peut avoir pour Marianne ; il lui ré
pond franchement ;
Pour elle je n'ai point eu de vûë autrement ;
Si ce n'est que je veux l'épouser seulement,
Mais , lui dit le Chevalier; vous aimez
aussi son aînée ; M. Franchard lui répond
avec la même franchise :
Ouy , je l'aime ,
Et d'abord je voulois l'épouser tout de même ;
Pas tant pourtant; je vais expliquer tout cela &e,
I
IL Vel
En
JUIN.:
1583 1731 .
En un mot comme en cent de ces deux Filles- ci ,
L'une est ce qui me faut ; mais l'autre l'est aussi,
Il conclut enfin par vouloir épouser
Marianne, ce qui oblige Valere à rabbat
tre sur Angelique en sage politique.
Madame Argante lui amene Marianne ,
qu'Angelique suit , non par simple curio
sité , comme dit sa mère , mais par le
tendre interêt qui l'attache au Cheva
lier.
Valere est fort embarrassé sur ce que
Madame Argante attend de lui, en faveur
de Marianne , pour qui M. Franchard
vient de se déclarer ; le compliment qu'il
fait à Marianne est si froid qu'elle en est
vivement picquée ; elle lui declare qu'elle
lui sera contraire , le Chevalier s'en con
sole par l'esperance d'obtenir Angelique ,
à qui il donne la préference. Madame
Argante n'est point fachée de ce change
ment , parceque cette derniere lui ressem
ble aussi bien que Marianne . Elle sort avec
le Chevalier et Angelique , pour aller
faire dresser le Contrat , et dit à Marianne
de prendre patience avec M. Franchard
qui la doit épouser . Marianne se détermi
ne à se venger du compliment injurieux
que le Chevalier vient de lui faire , et
II. Vol. Hij quol
584 MERCURE DE FRANCE
quoiqu'elle aime Dorante , elle ne laisse
pas de supporter impatiemment qu'on
ait préferé sa soeur à elle. Laurette veut
la consoler de ce chagrin par la promesse
de se venger du Chevalier , fondée sur les
découvertes qu'elle a faites .
Le III. Acte a paru le plus beau de la
Piece. Dorante et Marianne le commen
cent. Ils se flattent de faire tomber le
masque aux Faux- Sincere , en le mettant
aux prises avec la Marquise et avec An
gelique , toutes deux mécontentes de lui ;
mais avant que d'entrer dans cette Scene
d'où il se tire avec toute l'adresse pos
sible , il n'est pas hors de propos d'exami
ner un point que quelques connoisseurs
ont remarqué , et dont l'Auteur semble
avoir voulu prévenir la critique. Quel
interêt, a- t'on dit , peuvent avoir Doran
te et Marianne à confondre le Faux - Sin
cere ? il n'en veut plus à Marianne ; ainsi
il ne tiendra pas à lui qu'elle ne soit ma
riée avec Dorante ; les voilà donc tous
deux hors d'interest du côté du Chevalier;
Dorante n'a plus d'autre Rival
que M.
Franchart; et en démasquant le Faux - Sin
cere , il n'empêchera pas que ce bon com
merçant ne lui enléve sa Maitresse . Il
ya apparence que M. du Fresni a prévû
L'objection , puisqu'il la met dans la bou
1 1. Vol . che
JUIN. 1731. 1584
che du Chevalier ; voici comment il le
fait parler à Dorante et à Marianne :
#
Pourquoi sur nos desseins ne nous pas concerter
Quand nous n'avons ici rien à nous disputer !
A Dorante.
Sommes- nous Rivaux ? non , nous n'aimons pas
la même ;
J'aime , je suis aimé , vous aimez , on vous aime ;
Monsieur Franchard pourroit par accomode
ment
Aux Pupilles laisser , chacune son- Amant ;
Mais de gayeté de coeur vous voulez me détruire.
Voilà donc , par l'aveu même de l'Au
teur , deux Amants qui ne vont pas à
leur fin ; ils agissent donc par tout autre
motif que celui de leur amour. L'Ob
jection est assés forte ; mais peut-être
ne l'auroit-on pas faite si l'Auteur n'eut
pris soin lui-même d'en faire la premiere
ouverture ; d'ailleurs on peut y répondre
pour lui , en disant que la haine que Do
rante et Marianne ont conçue contre le
Faux-Sincere est la plus forte en eux ;
que leur but principal est de le confon
dre , et que l'aveu sincere qu'il semble
leur faire , couvre quelque piege darts
LI. Vol.
Hij lequel
1586 MERCURE DE FRANCE
lequel il veut les faire donner ; en effet ,
quand il leur dit :
Voyons ; concertons- nous sur cent moyens fa
ciles ;
Entrons dans les détails :.+3
--Dorante lui répond :
Détails trés-inutiles.
Marianne dit quelque chose de plus :
Vous le sçavez trop bien ; mais vôtre intention
C'est d'échauffer d'abord la conversation ,
Afin
que , parlant trop à l'envi l'un de l'autre ,
Nous cachant vos secrets vous démêliez le
nôtre.
Un interêt plus fort justifie Marianne
dans cette occasion ; le Chevalier lui a
préferé sa soeur , et ces sortes d'outrages
ne se pardonnent jamais. Passons à la
Scene qui fait tant de plaisir , elle est en
tre le Chevalier , la Marquise et Ange
Jique. Ces deux Rivales l'accusent égale
ment d'avoir démenti sa prétendue sin
cerité à leur égard ; il leur répond qu'il
n'a besoin que d'elles- mêmes pour le
justifier ; voici ses propres mots :
II. Vol. Que
JUIN. 1731 ..
1587
Que chacune redise
Les faits simples , les faits ; par ce que vous dirés
L'une à l'autre , sans moi , vous me justifierés.
En effet , il convient avec la Marquise
qu'il lui a promis de s'arranger avec elle
par un mariage , et quand Angelique
lui reproche d'avoir proposé un mariage
à sa Rivale , aprés lui avoir montré
l'amour le plus ardent , il lui dit que
tien n'est plus vray, et qu'il brûle encore
du même amour ; il ajoûte que c'est ce
violent amour qui l'a forcé et qui le force
encore à retirer la parole qu'il avoit don
née à la Marquise : oui , poursuit- il en
parlant à la Marquise :
Tantôt j'ai dit ; j'épouse ;
t
A present je dis j'aime : en fussiez-vous jalouse
Madame , vous prouvez , vous , de vôtre côté ,
Qu'un arrangement seul entre nous concerté
Ne peut me rendre ici coupable d'inconstance.
Si cet amour subit et dont la violence
Vient troubler en un jour tous mes arrange
mens ,
Entre vous deux m'agite et me tient en suspens ,
Sans que j'aye encor pû parler , me réconnoî
tre ,
-
11. Vol. En
Hiiij
r588 MERCURE DE FRANCE
En quoy suis-je coupable ? où puis -je le pa
roître 2
Et comme Marianne qui est présente à
la conversation , vient à la charge en lui
disant , que cet amour subit fait tout au
moins un ingrat , et qu'il lui fait manquer
de parole , . il répond :
Et non pas de franchise ;
Fai promis de l'estime , et rien plus ; qu'on le
dise :
Le voilà donc parfaittement justifié
dans l'esprit d'Angelique ; mais un nou
vel incident va le réplonger dans l'em
barras . M. Franchard lui vient annoncer
un second Chevalier Valere ; c'est le
Rapin dont nous avons parlé dans l'Acte
précedent on n'a pas bien compris ,
comme nous l'avons déja remarqué , la
raison qui l'a porté à doubler Valere ,
ayant tout autre nom à prendre ,. on
convient que cela produit de l'improglio ;
mais on voudroit que ce Comique fut
appuyé sur quelque motif. Ce n'est pas
là
la le seul coup dont notre Faux-Sincere
est frappé ce nouveau chevalier Valere
se donne encore pour un Agent de Ra
pin ; M. Franchard ne voit en tout cela
C
1
II: Võt que
• JUIN. 1731. 1589
و د
"
ULV
que des brouillards , que ce second Agent
de Rapin lui promet de dissiper , papier
sur table . Ce dernier se retire.
M. Franchard commence à se défier
du Faux- Sincere , à quoy ce dernier ne
répond que par des brusqueries , coup
sur coup , par lesquelles il prétend lui
faire voir qu'il lui ressemble autant en
vivacité qu'en franchise ; en effet , aprés
s'être long- tems emporté contre lui , il se
radoucit et lui faisant rémarquer la con
formité d'humeur qui est entr'eux , il
dit finement :.
"
Nous nous ressemblerons encore sur ce points
Je pardonne d'abord :
M. Franchard lui répond , que pour
lui , il pardonne sur l'heure; il ajoute avec
une agréable surprise :
Mais , c'est tout comme moy ; j'en avois bie'n
cherché.
Des gens qui fussent faits tout justes à ma ma
niere :
Vous voilà tout trouvé ; car ressemblance ere
tiere ;
Dire tout ce qui vient , brusquer , parler bien
fort ,
Se facher tout d'an coup , puis pardonner
d'abord ;
11. Vol Hv N'est
}
1590 MERCURE DE FRANCE
N'est-il pas vrai Monsieur ? mon portrait est
le vôtre &c.
Plus de Dorante donc ; finissons au plutôt :
Deux contrats pour nous deux , c'est autant
qu'il en faut.
M. Franchard , Dorante , Marianne
et Angelique commencent le quatriéme
Acte. Le but de la premiere Scene est
de faire entendre à M. Franchard , que
ceChevalier qu'il croit vraiement sincere,
n'est rien moins que ce qu'il paroît à
ses yeux qu'il se dit Gentil - homme ,
quoiqu'il soit roturier ; et qu'il se vante
d'avoir beaucoup de biens , quoiqu'il
n'ait rien du tout. M. Franchard leur
dit qu'il lui demandera tout cela..
Le Chevalier dit en arrivant qu'il ne
doute point qu'on ne complotte contre
lui , mais que sa sincerité l'exempte de
toute crainte. M. Franchard lui demande
avec sa franchise ordinaire s'il est riche
ou non ; le Chevalier lui répond aussi
franchement qu'il n'a rien ; c'est toujouts
quelque chose , dit Franchard ; Valere
ajouteadroitement.
Par cet aveu sans doute au refus je m'èxpose ;
Mais quoy ? vous citerois- je ici comme un bien
clair
11. Vol
que
JUIN 1731 4597
OPL
MO
21
15
Quelques successions qui sont peut- être en Fair ?
Des terres en decret dont je ne suis plus maitre ?
Que quelque argent comptant dégageroit peut
être ?
Mais un bien en litige au fond est - il le mien ?
Non ; repetons - le donc encore , je n'ai rien .
Cette adroite franchise acheve de ga
gner le coeur à Franchard . Dorante re
vient pourtant à la charge , et dit qu'il
y a un second Valere , qui s'interesse
aussi la succession de Rapin , et
qu'il faut démêler qui des deux est le ve
ritable M.Franchard y consent , mais
il leur dit qu'aprés cette derniere épreu
ve , il n'écoutera plus rien .
pour
:
Laurette vient de porter le plus sen
sible coup au Chevalier , en disant à M.
Franchard que Madame la Marquise vient
chercher les cent mille écus qu'il doit
lui livrer ; M. Franchard lui répond qu'ils
sont prêts , et rentre pour aller compter
la somme à la Marquise. Le Chevalier
resté seul , fait ce court Monologue :
Ce revers est picquant.
L'ai- je pû deviner ? cent mille écus comptants
Je les perds ; dans quel temps quand tout me
déconcerte ;
3
II. Vol
Quand H vj
1592 MERCURE DE FRANCE
Quand cet autre Valere ici cause ma perte.
L'approche de la Marquise lui rend
quelques esperances , il se flatte qu'elle
l'aime encore , et qu'elle cherche à ré
noüer avec lui ; voici comme il s'y prend
pour lui faire entendre qu'il flatte encore :
entre Angelique et elle ::
Je suis comme j'étois , incertain , indécis ;
Tantôt passionné , tantôt de sens rassis.
Vois-je l'objet je suis la pante qu'Amour don
ne ;
Vous revois-je ? aussi-tôt je suspens, je raisonne
A me déterminer il faut que vous m'aidiez ;
En bonne amie , il faut que vous me conseilliez ,
Qu'en cette occasion vous me serviez de guide ;
Je crains de me flatter , ou d'être ttop rigide ,
De croire mon amour plus ou moins fort qu'il
n'est.
Se connoît-on ? peut-être en secret l'interêt
Sur vos biens augmentez à mon insçu m'a
buse ,
Me fait voir mon amour moins fort ; je m'en.
accuse ; :
De peur
de vous tromper , je me donne le tort. ,
Prés d'Angelique aussi peut- être ai-je d'abord ·
Exageré l'amour d'une façon trop forte ;
Car d'un objet brillant la présence transporte.
II, Vol. Il
JUIN 773
1593
Il n'a pas tenu à l'Autheur que la
Marquise n'ait donné dans un piége si
finement tendu , tant il a pris soin de
couvrir la fourberie d'un voile specieux:
de sincerité ; mais là Marquise avoit trop
bien pris son parti avant que d'avoir ce
dernier entretien avec lui ; elle le quitte ,
aprés lui avoir parlé ainsi.
Je ne vois plus en vous que feinte et politique ;
L'interest vous a fait adorer Angelique ;
L'interest à present vous fait changer de ton..
Si vous faites ceder l'amour à la raison ·
De mon côté , je dois devenir raisonnable ;
Car vôtre amour pour elle est faux , ou veri
table ;
Veritable , il me fait trembler pour vôtre coeur ,
Et s'il est faux , je dois rompre avec un trom
peur.
Ce dilemme acheve de désesperer nôtre
Faux - Sincere voyant venir le second
Valere , il le soupçonne d'être son Cou
sin Rapin , et sur ce soupçon il va chan
ger de Batterie.
Les deux Valeres se reconnoissent pour
deux Rapins , mais le Faux - Sincere voyant
que celui qui le double , ne se rend point
aux sentimens de la nature , lui promet
de lui abandonner la succession toute en
:
11, Vol. tiere. ;.
1594 MERCURE DE FRANCE
tiere ; à cette parole sympatique son Co
heritier l'embrasse cordialement , et lui
promet de le servir auprés de M. Fran
chard et de Madame Argante contre tous
ceux qui s'opposent à son mariage avec
Angelique .
Madame Argante arrive , le second Ra
pin lui dit qu'il est vrayement son Cousin
Valere ; Madame Argante les invite à aller
dire hautement ce qui s'est passé dans
leur reconnoissance ; le Chevalier dit
modestement qu'il n'y veut pas être , de
peur que sa présence n'empêche son Cou
sin de dire les choses avec toute la sin
cerité qu'il exige .
Nous abrégerons l'Extrait du 5. Acte ,
parceque les autres nous ont menés plus
loin que nous n'avions crû. Valere , tout
traversé qu'il a été jusqu'ici , voit relever
ses espérances abbatuës ; Madame Argan
te lui annonce que le Contrat se dresse
actuellement. C'est là ce qui occasione
l'aveu que ce Faux - Sincere lui fait de ce
qui pourroir venir à sa connoissance ;
sçavoir de s'être dit Gentil - homme, quoi
qu'il ne fut que le fils d'un Marchand
et d'avoir pris un faux nom ; Madame
Argante est charmée de cette derniere
sincerité ; mais il n'en est pas de même
de M. Franchard qui n'est déja que trop
[
J
II. Vol
informé
JUIN. 1731. 1595
鼻
12
Informé de la qualité supposée et du faux
nom. Deux Valeres et deux Agents de
Rapin lui paroissent un complot , et il dt
à Valere , d'un ton fâché , qu'il ne veut
point de comploteurs chez lui . Madame
Argante a beau le déffendre , en disant
qu'il lui avoit déja avoué la supposition
de nom et de qualité Laurerte , qui
dès le commencement du second Acte ,
a reconnu l'un des Rapins , ne doute
point qu'il n'y en ait deux sous le nom
de Valere ; elle fait entendre que le Che
valier ne l'a informée que d'une chose
déja connuë de tout le monde , et qu'elle
aété la dupe d'un autre prétendu' Valere.
Madame Argante ne peut souffrir pa
tiemment que le Chvalier l'ait jouée
Angelique désabusée par la Marquise à
laquelle son fourbe d'Amant avoit voulu
révenir , grace aux cent mille écus dont
nous avons parlé dans l'Acte précedent ,
lui déclare hautement qu'elle ne voit plus
en lui qu'un fourbe et qu'un imposteur
interessés tout cela tombant sur lui , coup
sur coup , il en est si accablé , qu'il se re
tire , en disant fierement , qu'il ne veut
d'autre Apologiste que son coeur ; tous
les Spectateurs ont été surpris de lui voir
quitter la partie , avec autant de ressour
ces qu'il en a fait esperer dans le cours
II. Vol.
de
1596 MERCURE DE FRANCE
de la Piece. On peut répondre à la déchar
ge de M. du Fresni qu'il n'avoit pas en
Gore mis la derniere main à sa Comédie ,
et qu'il y travailloit encore peu
de tems
avant sa Mort. Un double hymen entre
M. Franchard et Angelique , de même
qu'entre Dorante et Marianne , finissent
la Piece , et renvoyent les Spectateurs
infiniment plus satisfaits que mécontens.
Tout le monde connoit que l'intrigue est
un peu confuse et surchargée ; mais que
l'ouvrage fait briller par tout ces traits
saillants , qui ont toujours caracterisé et
distingué cet agréable Auteur , la versi
fication est un peu forcée ; mais on peut
juger par les morceaux que nous venons
d'en citer , que M. du Fresni y auroit
pû exceller , s'il en eut fait une plus lon
gue habitude ; en effet , ce n'a été que
dans ces dernieres Pieces , qu'il a voulu
assujettir à la contrainte de la rime , le
beau feu de Poësie dont la nature l'avoit
animé.
Cette Piece , qui a été représentée
pour la dixième fois le 30. de ce mois ,
et qui fait grand plaisir au Public , est
actuellement sous Presse , chez Briasson ,
ruë S. Jacques.
Les Comédiens François ont reçu dé
6
II. Vol.
puis
JUIN. 1731. 1597
puis peu une Comédie en vers , avec un
Prologue , de la composition de M. le
Fort , intitulée le Temple de la Paresse ,
qu'on jouera incessamment.
Le 28. l'ouverture de la Foire S. Lau
rent fut faite par le Lieutenant Géneral
de Police en la maniere accoutumée.
Le même jour l'Opéra Comique fit
aussi l'ouverture de son Théatre par une
Piece nouvelle en Vaudeville , et en trois
Actes avec des Divertissemens , qui a
pour titre la France Galante ; cette Piece
est suivie d'un Divertissement composé
de Scenes muettes , figurées en Balet , in
titulées la Guinguette Angloise ; il est
executé par les Sieurs Roger , Renton ,
et Haugthon , trois excellens danseurs
Pantomimes , nouvellement arrivés d'An
gleterre , qui sont géneralement applau
dis la figure du sieur Roger qui avoit
déja été vuë ici il y a deux ans , paroît
toujours- trés-originale ; on ne se lasse
point de le voir.
Fermer
Résumé : Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Le 16 juin, les Comédiens Français ont présenté la première représentation de 'Le Faux Sincère', une comédie en vers et en cinq actes écrite par le défunt M. Dufresny. Cette œuvre est appréciée pour son originalité, sa naïveté et la précision avec laquelle les caractères sont exprimés, ainsi que pour les traits saillants et inattendus qui parsèment la pièce. Dans le premier acte, l'auteur expose la situation des personnages principaux. Madame Argante a deux filles, Angelique et Marianne. Angelique, récemment sortie du couvent, a rencontré le Chevalier Valère, le héros de la pièce. Marianne, qui a passé du temps chez une parente, aime Dorante. Madame Argante prévoit de marier Angelique à M. Franchard, un riche négociant, et Marianne au Chevalier Valère. Angelique est satisfaite de ce projet, tandis que Marianne est mécontente. Dorante décrit le Chevalier Valère comme un homme dangereux et manipulateur, capable de dire la vérité pour mieux mentir. Le Chevalier Valère est caractérisé par sa fausse sincérité, qu'il utilise pour manipuler les autres à son avantage. M. Franchard, quant à lui, est décrit comme un homme franc et honnête, contrastant avec le Chevalier. La pièce se complexifie avec l'introduction de nouveaux personnages et de situations intrigantes. Par exemple, un caissier du banquier Franchard et un nouveau Rapin, cousin du faux Valère, apparaissent dans le second acte. Laurette, la suivante de la Marquise, joue un rôle clé en révélant des secrets et en ourdissant des plans de vengeance. Le troisième acte est considéré comme le plus beau de la pièce. Dorante et Marianne cherchent à démasquer le faux sincère en le mettant aux prises avec la Marquise et Angelique, toutes deux mécontentes de lui. La pièce explore les motivations et les manipulations des personnages, révélant les intrigues et les conflits qui les opposent. La pièce se termine par deux mariages : M. Franchard avec Angelique, et Dorante avec Marianne. Malgré une intrigue confuse, la pièce est appréciée pour ses traits saillants et la versification de M. Dufresny. La pièce a été représentée à plusieurs reprises et est actuellement sous presse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 2179-2190
Oeuvres de M. Dufresni. [titre d'après la table]
Début :
OEUVRES de M. Charles Riviere du Fresni. A Paris, rue St. Jacques, chez [...]
Mots clefs :
Théâtre, Musique, Jardinage, Plaisir, Volupté, Libertinage, Peinture, Sculpture, Chansons, Imagination, Charles Dufresny
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Oeuvres de M. Dufresni. [titre d'après la table]
OEUVRES de M, Charles Riviere d
Fresnil A Paris , rue St. Jacques: che
Fvi Briase
2180 MERCURE DE FRANCE
Briasson , 1731. 6. vol. in 12. prix 15.
liv..relié.
On voit à la tête un Portrait fort ressemblant
de l'Auteur , gravé par François .
Jollain , d'après le Tableau original de M..
Ch. Coypel ; et dans un Avertissement de
37. pages , l'Editeur donne cette idée du
caractere de feu M. du Fresni .
-C
il
il ne
En donnant simplement l'essor à son
Imagination , naturellement tournée à la
gayeté et aux idées singulieres gagna
les bonnes graces du feu Roi , et se trouva
comblé de ses bienfaits , qui , joints à son
bien de patrimoine , rendirent bien -tôt sa
situation opulante ; mais son goût pour la
dépense , l'empêcha de la rendre solide.
Comme il étoit né sans ambition
désiroit les richesses que pour satisfaire
aux; commoditez de la vie , ( car il n'en
avoit pas encore connu les besoins ; ) il:
aimoit le plaisir comme volupté et non
comme libertinage ; une table délicate et
des amis choisis étoient les choses qui le
flattoient le plus . Il avoit reçu de la natu
re beaucoup de goût pour tous les Arts ;;
Peinture , Sculpture , Architecture , Jar
dinage , tous sembloient lui être familiers :
par les jugemens justes qu'il portoit de
leurs productions.
Outre le goût pour les Arts , il avoit
encore
SEPTEMBRE. 173 218
1
encore un talent naturel et particulier
pour la Musique et pour le Dessein ; quoi--
que les principes de l'un et de l'autre n'eussent
point fait partie de son éducation , ill
a néanmoins produit dans ces deux genres
des choses inimitables. Les airs de ses
chansons de caractere en sont une preuve
convainquante ; car il n'y a pas un de ces:
airs qui ne soit de sa composition : mais
ce que l'on ne peut transmettre , c'est l'intelligence
et le goût avec lesquels il les
chantoit. Il est vrai que la fecondité deson
genie lui en faisoit varier les chants
toutes les fois qu'on l'engageoit à les exe--
cuter ; ce qui souvent lui déplaisoit , etsur-
tout lorsqu'on le loiioit sur un talent:
qu'il regardoit comme fört inferieur aux:
autres. Il est cependant facheux qu'il nous
reste si peu de ses chansons , puisqu'il
convient lui -même dans un de ses Mercures
, d'en avoir fait plus de cent.
Il n'étoit pas moins surprenant du côté
du Dessein , que du côté de la Musique s
il n'avoit , il est vrai , aucune pratique du
crayon , du pinceau ni de la plume ; mais
il s'étoit fait à lui- même un équivalent de
tout cela , en prenant dans differentes Es
tampes des parties d'homme , d'animaux,.
de plantes ou d'arbres qu'il découpoit , et
dont il formoit un sujet dessiné seulement
dans;
T82 MERCURE DE FRANCE
dans son imagination ; il les disposoit et
les colloit les unes auprès des autres , selon
que le sujet le demandoit : il lui arrivoit
même de changer l'expression des
têtes , qui ne convenoit pas à son idée, en
supprimant les yeux , la bouche , le nez
et les autres parties du visage , et y en
fubstituant d'autres qui étoient propres à
exprimer la passion qu'il vouloit peindre ;
tant il étoit sûr du jeu de ces parties pour
Feffet qu'il en attendoit. Mais ce qu'il y a
d'étonnant , c'est que cet assemblage de
pieces rapportées , en apparence , au hazard
et sans esquisse , formoit un tout
agréable , dont l'incorrection de Dessein
n'étoit sensible qu'à des yeux connoise
seurs.
Quelques séduisans que fussent pour lui
ees deux talens , ils ne prévaloient pas au
goût dominant qu'il avoit pour l'art de
construire des Jardins. Il avoit pour cet
Art un genie singulier , mais nullement
susceptible de comparaison avec celui dés
grands hommes que nous avons eû , et
que nous avons encore dans ce genre. Dufreny
ne travailloit avec plaisir , et pour
ainsi dire , à l'aise , que sur un terrain irregulier
et inégal .. If lui falloit des obstar
cles à vaincre , et quand la nature ne lui
en fournissoit pas , il s'en donnoit luimême,
SEPTEMBRE. 173. 28
même ; c'est-à dire que d'un emplacement
regulier , et d'un terrain plat , il en faisoit
un montueux ; afin de varier , disoit
il , les objets en les multipliant , et se garantir
des vûës voisines , en leur oppo
sant des élevations de terre , qui servoient
en même temps de Belveders. Tels étoient
les jardins de Mignaux près Poissy ; es
tels sont encore ceux qu'ils a faits dans le
Faubourg S. Antoine , pendant les dix
dernieres années de sa vie , dont l'un est
connu sous le nom du Moulin , et l'autre
qu'il appelloit le chemin creux. Tout le
monde connoit aussi la maison et les jardins
de M. l'Abbé Pajot près de Vincennes
; par là on peut juger du goût et du
genie de Dufreny dans ce genre.
Louis XIV. ayant pris la résolution de
faire faire à Versailles des Jardins dont la
grandeur et la magnificence surpassassent
tout ce qu'on avoit vû et même imaginé
jusqu'alors , lui demanda des Desseins..
Dufreny en fit deux differens ; ce Prince
les examina et les compara avec ceux
qu'on lui avoit presentez ; Il en parut
content , et ne les refusa que par l'exces--
sive dépense dans laquelle l'exécution
l'auroit engagé . Ce Monarque qui aimoit
les Arts , et qui les avoit portez à leurplus
haut degré de perfection par les :
›
tecome
2184 MERCURE DE FRANCE
recompenses dont il prévenoit ceux qu'i
s'y distinguoient , accorda à Dufreny un
Brevet de Contrôleur de ses Jardins . Peu
de temps après il obtint encore de Sa Majesté
le Privilege d'une nouvelle Manufac
ture de grandes Glaces que l'on proposoit
d'établir , et dont le succès a passé de beau--
Coup ce qu'on en attendoit.
›
Si Dufreny avoit été capable de prévoir
l'avenir , il auroit senti la valeur du
don que le Roy lui avoit fait mais sa
maniere de penser ne lui läissoit jamais
imaginer le lendemain ; le present étoit
son seul point de vûë , et faisoit son bon-
Keur ou son malheur desorte que pressé
de satisfaire à quelques caprices, qui en lui:
étoient aussi, forts que des besoins , il ceda
le Privilege des Glaces pour une somme
assez modique , &c. M. Dufreny ayant
ensuite vendu sa charge et quitté la Cour,
se fixa à Paris , et les liaisons étroites qu'il!
eut avec Renard , Philosophe voluptueux
comme lui , et celebre Auteur comique
déveloperent les talens qu'ils avoient pour
le Theatre. La Comedie Italienne fleuris- _
soit alors ; et les Acteurs qui la compo
soient avoient surmonté les difficultezz
d'une langue étrangere. Leurs Pieces
étoient presque entierement françoises ;
d'etoit la mode de fréquenter ce Theatre ,
est
SEPTEMBRE. 173. 2185
et par conséquent les Auteurs y portoient
leurs ouvrages par préference.
Des Pieces sans regles et sans conduite
mais lucratives , convenoient parfaite
ment à Dufreny ; car, à dire vray , son genie
étoit plus propre à produire des Scenes.
détachées , qu'à bien conduire une Comedie.
En effet , n'auroit-il pas été étonnant ,
qu'un homme qui avoit eû si peu de conduite
dans le cours de sa vie , en eût mis
beaucoup dans ses Pieces de Theatre.
C'est aussi le seul défaut qu'on puisse
lui reprocher à cet égard. D'ailleurs on
y trouve des caracteres bien peints et bien
soutenus , un Dialogue juste et concis
un Comique pris dans la pensée , et rarement
jouant sur le mot ; des portraits ,
critiques sans être satyriques ; et dans
tout une vivacité de genie qui lui prom
pre. Tel on dépeint Dufreny dans ses ouvrages
,.
tel il étoit avec ses amis ; c'està-
dire , aimable sans médisance , et plai..
sant sans raillerie piquante ; aussi disoitil
; Qu'on est plus excusable de ne pas penser
juste , que de penser malignement.
Ce que j'ai dit à l'égard des Comedies.
de nôtre Auteur , poursuit l'Editeur , regarde
principalement celles qu'il a données
au Theatre François ; car il regnoit
sur celui des Italiens un goût de satyre et
d'équi
2186 MERCURE DE FRANCE
d'équivoque auquel il falloit nécessaire
ment se préter pour reüssir.
Après a suppression de leur Theatre ,
notre Auteur travailla pour celui des
François les Pieces qu'il y donna , n’eurent
pas tout le succès qu'il en esperoit ;
et il ne pouvoit compter de veritables
succès que ceux du double. Veuvage et de
P'Esprit de Contradiction ; encore cette der
niere qui passe pour un chef - d'oeuvre
dans son genre , eût- elle le sort de quel
ques -unes de nos anciennes Pieces , qui
font cependant aujourd'huy les délices
du Public
M. Dufreny avoit été marié deux fois.
Distrait par l'application involontaire de
son esprit à ses compositions qui le sui
voient par tout , il lui auroit été fort difficile
de se livrer aux soins d'une famille.
Il le sentoit bien ; et peut-être étoit - ce
pour s'en dispenser entierement qu'il
avoit imaginé d'avoir en même temps 3.
ou 4. logemens dans differens quartiers de
Paris ; et qu'il les quittoit dès qu'il soupçonnoit
d'y être connu de ceux avec les
quels il ne vouloit point avoir de commerce
, & c.
A sa mort , arrivée le 6. Octobre 1724.
en la 7 me. année de son âge , ses sentimans
de pieté et de resignation furent i
sin
SEPTEMBRE. 1731. 2187
sinceres , qu'il consentit, à la sollicitation
des deux enfans qu'il avoit eû de son premier
mariage , que l'on brûlât tous ses
ouvrages , le seul bien qui lui restoit alors .
C'étoit une seconde partie des Amusemens
serieux et comiques , les Vapeurs , Comedie
en un Acte , qu'il avoit lûës à tous ses
amis , et dont ils ne se rappellent le souvenir
qu'avec regret ; La Joueuse , qu'il
avoit mise en vers ; le Superstitieux , et le
Valet-Maître , Comedies en cinq Actes ,
presque finies , de même
que l'Epreuve
en trois Actes , avec des Intermedes qu'il
comptoit donner incessamment au Public.
Si jamais ouvrages de Theatre devoient
être épargnés , c'étoient ceux de notre
Auteur par la pureté des moeurs qui y regnoit
; mais ce zéle pour lequel le seul
nom de Comedie est un crime , et celui
de Theatre une profanation , en ordonna
autrement ; Scenes détachées , canevas da
Pieces , Refléxions , Ouvrages même de
ses mains ; tout fût mis en cendre , & c . >
On ne peut donc donner qu'un recueil
le plus complet qu'il a été possible de ses
oeuvres déja imprimées , mais , ou malimprimées
, ou devenuës rares ; on y a
ajoûté tout ce qu'on a jugé être de lui
dans les Mercures , comme Paralleles ,
Dissertations ou Examens critiques ,
›
His2188
MERCURE DE FRANCE
Historietes nouvelles et Chansons dong
on a toûjours désiré d'avoir une suite. I
est vrai que ce qui enrichir le plus cette
édition , ce sont trois Comedies , qui n'avoient
jamais été imprimées , et dont une
n'avoit pas encore été répresentée . Ces
trois Pieces sont la Malade sans maladie
La Joueuse , en Prose , et le faux Sincere.
On est redevable des deux premieres à
générosité des Comediens François ,
qui possedoient dans leur dépôt les seuls
Manuscrits qui existassent de ces deux
Pieces , et qui ont bien voulu les abandonner
à l'impression ; ils ont fait même
toutes les recherches possibles pour l'aug
menter encore de trois autres Pieces , intitulées
: Sancho Pansa en trois Actes ;
le Portrait , en un Acte , et les Dominos ,
aussi en un Acte ; mais malgré tous les
soins qu'ils se sont donnez , ils n'ont pû
les recouvrer , & c ..
>
>
La multiplicité d'avis differens , et la
facilité que M. Dufreny avoit à repro
duire lui faisoient presque toûjours
changer ses Pieces et les tourner de diffe
rentes façons , et souvent à leur désavantage.
C'est pour cette raison que M. de
M.... exigea de Dufreny , qu'il prit copie
de sonfaux Sincere , afin de la conserver
dans le meilleur état que ses amis .
ju+.
SEPTEMBRE . 1731. 2189
jugerent qu'il le pouvoit nettre : Jugement
que le Public a confirmé par l'accueil
favorable qu'il a fait à cette Comedie
Voilà ce que nous croyons pouvoir extraire
de cette Préface sur la vie , le caractere et les
Ouvrages defeu M. Dufreny. Voici le Cata-
Logue de ses Pieces , sçavoir , celles qui ont
été données au Theatre François.
Le Negligent. Prose , f . Actes.
Attendez- moy sous l'Orme. Prose , 1. Acte
Le Chevalier Joueur. 5. Actes . Prose .
La Nôce interrompuë. 1. Acte. Prose.
La Malade sans maladie. 5. Actes. Prose
L'esprit de contradiction. 1. Acte. Prose.
Le double Veuvage. 3. Actes. Prose.
Lefaux Honnête - Homme. 3. Actes . Prose
Le faux Instinct. 3. Actes. Prose.
Le Jaloux honteux. 5. Actes . Prose.
La Joueuse. 5. Actes . Prose.
Le Lot suposé. En Vers . 3. Actes.
La Réconciliation Normande. 5. Act. Vers
Le Dédit. 1. Acte . Vers.
Le Mariage fait et rompu. 3. Actes. Vers
Le faux Sincere. 5. Actes . Vers.
Comedies pour le Theatre Italien,
L'Opera de Campagne. 3. Actes.
L'union des deux Opera. Un Acté.
Les
2190 MERCURE DE FRANCE
Les Chinois. 4. Actes et un Prologue.
La Baguette de Vulcain . Un Acte .
Les Adieux des Officiers , ou Venus justifiée
. Un Acte.
Les Mal- Assortis . 2. Actes .
Le Départ des Comédiens. Un Acte.
Attendez- moi sous l'orme . Un Acte.
La Foire S. Germain. 3. Actes.
Les Momies d'Egypte. Un Acte.
Pasquin et Morphorio, Medecins des Moeurs.
3. Actes.
Les Fées , ou les Contes de ma Mere.
l'Oye. Un Acte.
Les 4. premiers Volumes contiennent les
Comédies joüées sur le Théatre François.
Le quatriéme Tome rempli par les
Amusemens serieux et comiques , Ouvrage
très- excellent et rrès - connu , puis
qu'il est traduit dans toutes les Langues
l'Europe.
Le Puits de la Verité. Histoire Gauloise.
Parallele d'Homere et de Rabelais.
Reflexions sur la Tragedie de Rhadamiste
et Zénobie.
Réponse Apologetique de l'Auteur du Mercure
Galant , au Mercure de Trévoux .
Le sixième Volume , de 300. pages sans
les Chansons notées , contient les Oenvres
diverses de Dufresny , &c.
Fresnil A Paris , rue St. Jacques: che
Fvi Briase
2180 MERCURE DE FRANCE
Briasson , 1731. 6. vol. in 12. prix 15.
liv..relié.
On voit à la tête un Portrait fort ressemblant
de l'Auteur , gravé par François .
Jollain , d'après le Tableau original de M..
Ch. Coypel ; et dans un Avertissement de
37. pages , l'Editeur donne cette idée du
caractere de feu M. du Fresni .
-C
il
il ne
En donnant simplement l'essor à son
Imagination , naturellement tournée à la
gayeté et aux idées singulieres gagna
les bonnes graces du feu Roi , et se trouva
comblé de ses bienfaits , qui , joints à son
bien de patrimoine , rendirent bien -tôt sa
situation opulante ; mais son goût pour la
dépense , l'empêcha de la rendre solide.
Comme il étoit né sans ambition
désiroit les richesses que pour satisfaire
aux; commoditez de la vie , ( car il n'en
avoit pas encore connu les besoins ; ) il:
aimoit le plaisir comme volupté et non
comme libertinage ; une table délicate et
des amis choisis étoient les choses qui le
flattoient le plus . Il avoit reçu de la natu
re beaucoup de goût pour tous les Arts ;;
Peinture , Sculpture , Architecture , Jar
dinage , tous sembloient lui être familiers :
par les jugemens justes qu'il portoit de
leurs productions.
Outre le goût pour les Arts , il avoit
encore
SEPTEMBRE. 173 218
1
encore un talent naturel et particulier
pour la Musique et pour le Dessein ; quoi--
que les principes de l'un et de l'autre n'eussent
point fait partie de son éducation , ill
a néanmoins produit dans ces deux genres
des choses inimitables. Les airs de ses
chansons de caractere en sont une preuve
convainquante ; car il n'y a pas un de ces:
airs qui ne soit de sa composition : mais
ce que l'on ne peut transmettre , c'est l'intelligence
et le goût avec lesquels il les
chantoit. Il est vrai que la fecondité deson
genie lui en faisoit varier les chants
toutes les fois qu'on l'engageoit à les exe--
cuter ; ce qui souvent lui déplaisoit , etsur-
tout lorsqu'on le loiioit sur un talent:
qu'il regardoit comme fört inferieur aux:
autres. Il est cependant facheux qu'il nous
reste si peu de ses chansons , puisqu'il
convient lui -même dans un de ses Mercures
, d'en avoir fait plus de cent.
Il n'étoit pas moins surprenant du côté
du Dessein , que du côté de la Musique s
il n'avoit , il est vrai , aucune pratique du
crayon , du pinceau ni de la plume ; mais
il s'étoit fait à lui- même un équivalent de
tout cela , en prenant dans differentes Es
tampes des parties d'homme , d'animaux,.
de plantes ou d'arbres qu'il découpoit , et
dont il formoit un sujet dessiné seulement
dans;
T82 MERCURE DE FRANCE
dans son imagination ; il les disposoit et
les colloit les unes auprès des autres , selon
que le sujet le demandoit : il lui arrivoit
même de changer l'expression des
têtes , qui ne convenoit pas à son idée, en
supprimant les yeux , la bouche , le nez
et les autres parties du visage , et y en
fubstituant d'autres qui étoient propres à
exprimer la passion qu'il vouloit peindre ;
tant il étoit sûr du jeu de ces parties pour
Feffet qu'il en attendoit. Mais ce qu'il y a
d'étonnant , c'est que cet assemblage de
pieces rapportées , en apparence , au hazard
et sans esquisse , formoit un tout
agréable , dont l'incorrection de Dessein
n'étoit sensible qu'à des yeux connoise
seurs.
Quelques séduisans que fussent pour lui
ees deux talens , ils ne prévaloient pas au
goût dominant qu'il avoit pour l'art de
construire des Jardins. Il avoit pour cet
Art un genie singulier , mais nullement
susceptible de comparaison avec celui dés
grands hommes que nous avons eû , et
que nous avons encore dans ce genre. Dufreny
ne travailloit avec plaisir , et pour
ainsi dire , à l'aise , que sur un terrain irregulier
et inégal .. If lui falloit des obstar
cles à vaincre , et quand la nature ne lui
en fournissoit pas , il s'en donnoit luimême,
SEPTEMBRE. 173. 28
même ; c'est-à dire que d'un emplacement
regulier , et d'un terrain plat , il en faisoit
un montueux ; afin de varier , disoit
il , les objets en les multipliant , et se garantir
des vûës voisines , en leur oppo
sant des élevations de terre , qui servoient
en même temps de Belveders. Tels étoient
les jardins de Mignaux près Poissy ; es
tels sont encore ceux qu'ils a faits dans le
Faubourg S. Antoine , pendant les dix
dernieres années de sa vie , dont l'un est
connu sous le nom du Moulin , et l'autre
qu'il appelloit le chemin creux. Tout le
monde connoit aussi la maison et les jardins
de M. l'Abbé Pajot près de Vincennes
; par là on peut juger du goût et du
genie de Dufreny dans ce genre.
Louis XIV. ayant pris la résolution de
faire faire à Versailles des Jardins dont la
grandeur et la magnificence surpassassent
tout ce qu'on avoit vû et même imaginé
jusqu'alors , lui demanda des Desseins..
Dufreny en fit deux differens ; ce Prince
les examina et les compara avec ceux
qu'on lui avoit presentez ; Il en parut
content , et ne les refusa que par l'exces--
sive dépense dans laquelle l'exécution
l'auroit engagé . Ce Monarque qui aimoit
les Arts , et qui les avoit portez à leurplus
haut degré de perfection par les :
›
tecome
2184 MERCURE DE FRANCE
recompenses dont il prévenoit ceux qu'i
s'y distinguoient , accorda à Dufreny un
Brevet de Contrôleur de ses Jardins . Peu
de temps après il obtint encore de Sa Majesté
le Privilege d'une nouvelle Manufac
ture de grandes Glaces que l'on proposoit
d'établir , et dont le succès a passé de beau--
Coup ce qu'on en attendoit.
›
Si Dufreny avoit été capable de prévoir
l'avenir , il auroit senti la valeur du
don que le Roy lui avoit fait mais sa
maniere de penser ne lui läissoit jamais
imaginer le lendemain ; le present étoit
son seul point de vûë , et faisoit son bon-
Keur ou son malheur desorte que pressé
de satisfaire à quelques caprices, qui en lui:
étoient aussi, forts que des besoins , il ceda
le Privilege des Glaces pour une somme
assez modique , &c. M. Dufreny ayant
ensuite vendu sa charge et quitté la Cour,
se fixa à Paris , et les liaisons étroites qu'il!
eut avec Renard , Philosophe voluptueux
comme lui , et celebre Auteur comique
déveloperent les talens qu'ils avoient pour
le Theatre. La Comedie Italienne fleuris- _
soit alors ; et les Acteurs qui la compo
soient avoient surmonté les difficultezz
d'une langue étrangere. Leurs Pieces
étoient presque entierement françoises ;
d'etoit la mode de fréquenter ce Theatre ,
est
SEPTEMBRE. 173. 2185
et par conséquent les Auteurs y portoient
leurs ouvrages par préference.
Des Pieces sans regles et sans conduite
mais lucratives , convenoient parfaite
ment à Dufreny ; car, à dire vray , son genie
étoit plus propre à produire des Scenes.
détachées , qu'à bien conduire une Comedie.
En effet , n'auroit-il pas été étonnant ,
qu'un homme qui avoit eû si peu de conduite
dans le cours de sa vie , en eût mis
beaucoup dans ses Pieces de Theatre.
C'est aussi le seul défaut qu'on puisse
lui reprocher à cet égard. D'ailleurs on
y trouve des caracteres bien peints et bien
soutenus , un Dialogue juste et concis
un Comique pris dans la pensée , et rarement
jouant sur le mot ; des portraits ,
critiques sans être satyriques ; et dans
tout une vivacité de genie qui lui prom
pre. Tel on dépeint Dufreny dans ses ouvrages
,.
tel il étoit avec ses amis ; c'està-
dire , aimable sans médisance , et plai..
sant sans raillerie piquante ; aussi disoitil
; Qu'on est plus excusable de ne pas penser
juste , que de penser malignement.
Ce que j'ai dit à l'égard des Comedies.
de nôtre Auteur , poursuit l'Editeur , regarde
principalement celles qu'il a données
au Theatre François ; car il regnoit
sur celui des Italiens un goût de satyre et
d'équi
2186 MERCURE DE FRANCE
d'équivoque auquel il falloit nécessaire
ment se préter pour reüssir.
Après a suppression de leur Theatre ,
notre Auteur travailla pour celui des
François les Pieces qu'il y donna , n’eurent
pas tout le succès qu'il en esperoit ;
et il ne pouvoit compter de veritables
succès que ceux du double. Veuvage et de
P'Esprit de Contradiction ; encore cette der
niere qui passe pour un chef - d'oeuvre
dans son genre , eût- elle le sort de quel
ques -unes de nos anciennes Pieces , qui
font cependant aujourd'huy les délices
du Public
M. Dufreny avoit été marié deux fois.
Distrait par l'application involontaire de
son esprit à ses compositions qui le sui
voient par tout , il lui auroit été fort difficile
de se livrer aux soins d'une famille.
Il le sentoit bien ; et peut-être étoit - ce
pour s'en dispenser entierement qu'il
avoit imaginé d'avoir en même temps 3.
ou 4. logemens dans differens quartiers de
Paris ; et qu'il les quittoit dès qu'il soupçonnoit
d'y être connu de ceux avec les
quels il ne vouloit point avoir de commerce
, & c.
A sa mort , arrivée le 6. Octobre 1724.
en la 7 me. année de son âge , ses sentimans
de pieté et de resignation furent i
sin
SEPTEMBRE. 1731. 2187
sinceres , qu'il consentit, à la sollicitation
des deux enfans qu'il avoit eû de son premier
mariage , que l'on brûlât tous ses
ouvrages , le seul bien qui lui restoit alors .
C'étoit une seconde partie des Amusemens
serieux et comiques , les Vapeurs , Comedie
en un Acte , qu'il avoit lûës à tous ses
amis , et dont ils ne se rappellent le souvenir
qu'avec regret ; La Joueuse , qu'il
avoit mise en vers ; le Superstitieux , et le
Valet-Maître , Comedies en cinq Actes ,
presque finies , de même
que l'Epreuve
en trois Actes , avec des Intermedes qu'il
comptoit donner incessamment au Public.
Si jamais ouvrages de Theatre devoient
être épargnés , c'étoient ceux de notre
Auteur par la pureté des moeurs qui y regnoit
; mais ce zéle pour lequel le seul
nom de Comedie est un crime , et celui
de Theatre une profanation , en ordonna
autrement ; Scenes détachées , canevas da
Pieces , Refléxions , Ouvrages même de
ses mains ; tout fût mis en cendre , & c . >
On ne peut donc donner qu'un recueil
le plus complet qu'il a été possible de ses
oeuvres déja imprimées , mais , ou malimprimées
, ou devenuës rares ; on y a
ajoûté tout ce qu'on a jugé être de lui
dans les Mercures , comme Paralleles ,
Dissertations ou Examens critiques ,
›
His2188
MERCURE DE FRANCE
Historietes nouvelles et Chansons dong
on a toûjours désiré d'avoir une suite. I
est vrai que ce qui enrichir le plus cette
édition , ce sont trois Comedies , qui n'avoient
jamais été imprimées , et dont une
n'avoit pas encore été répresentée . Ces
trois Pieces sont la Malade sans maladie
La Joueuse , en Prose , et le faux Sincere.
On est redevable des deux premieres à
générosité des Comediens François ,
qui possedoient dans leur dépôt les seuls
Manuscrits qui existassent de ces deux
Pieces , et qui ont bien voulu les abandonner
à l'impression ; ils ont fait même
toutes les recherches possibles pour l'aug
menter encore de trois autres Pieces , intitulées
: Sancho Pansa en trois Actes ;
le Portrait , en un Acte , et les Dominos ,
aussi en un Acte ; mais malgré tous les
soins qu'ils se sont donnez , ils n'ont pû
les recouvrer , & c ..
>
>
La multiplicité d'avis differens , et la
facilité que M. Dufreny avoit à repro
duire lui faisoient presque toûjours
changer ses Pieces et les tourner de diffe
rentes façons , et souvent à leur désavantage.
C'est pour cette raison que M. de
M.... exigea de Dufreny , qu'il prit copie
de sonfaux Sincere , afin de la conserver
dans le meilleur état que ses amis .
ju+.
SEPTEMBRE . 1731. 2189
jugerent qu'il le pouvoit nettre : Jugement
que le Public a confirmé par l'accueil
favorable qu'il a fait à cette Comedie
Voilà ce que nous croyons pouvoir extraire
de cette Préface sur la vie , le caractere et les
Ouvrages defeu M. Dufreny. Voici le Cata-
Logue de ses Pieces , sçavoir , celles qui ont
été données au Theatre François.
Le Negligent. Prose , f . Actes.
Attendez- moy sous l'Orme. Prose , 1. Acte
Le Chevalier Joueur. 5. Actes . Prose .
La Nôce interrompuë. 1. Acte. Prose.
La Malade sans maladie. 5. Actes. Prose
L'esprit de contradiction. 1. Acte. Prose.
Le double Veuvage. 3. Actes. Prose.
Lefaux Honnête - Homme. 3. Actes . Prose
Le faux Instinct. 3. Actes. Prose.
Le Jaloux honteux. 5. Actes . Prose.
La Joueuse. 5. Actes . Prose.
Le Lot suposé. En Vers . 3. Actes.
La Réconciliation Normande. 5. Act. Vers
Le Dédit. 1. Acte . Vers.
Le Mariage fait et rompu. 3. Actes. Vers
Le faux Sincere. 5. Actes . Vers.
Comedies pour le Theatre Italien,
L'Opera de Campagne. 3. Actes.
L'union des deux Opera. Un Acté.
Les
2190 MERCURE DE FRANCE
Les Chinois. 4. Actes et un Prologue.
La Baguette de Vulcain . Un Acte .
Les Adieux des Officiers , ou Venus justifiée
. Un Acte.
Les Mal- Assortis . 2. Actes .
Le Départ des Comédiens. Un Acte.
Attendez- moi sous l'orme . Un Acte.
La Foire S. Germain. 3. Actes.
Les Momies d'Egypte. Un Acte.
Pasquin et Morphorio, Medecins des Moeurs.
3. Actes.
Les Fées , ou les Contes de ma Mere.
l'Oye. Un Acte.
Les 4. premiers Volumes contiennent les
Comédies joüées sur le Théatre François.
Le quatriéme Tome rempli par les
Amusemens serieux et comiques , Ouvrage
très- excellent et rrès - connu , puis
qu'il est traduit dans toutes les Langues
l'Europe.
Le Puits de la Verité. Histoire Gauloise.
Parallele d'Homere et de Rabelais.
Reflexions sur la Tragedie de Rhadamiste
et Zénobie.
Réponse Apologetique de l'Auteur du Mercure
Galant , au Mercure de Trévoux .
Le sixième Volume , de 300. pages sans
les Chansons notées , contient les Oenvres
diverses de Dufresny , &c.
Fermer
Résumé : Oeuvres de M. Dufresni. [titre d'après la table]
Le texte présente les œuvres de Charles Riviere Dufreny, publiées à Paris en 1731. L'ouvrage se compose de six volumes in-12, reliés, et inclut un portrait de l'auteur gravé par François Jollain d'après un tableau de Charles Coypel. Dufreny est décrit comme un homme à l'imagination vive et aux idées singulières, favori du roi Louis XIV, qui lui accorda de nombreux bienfaits. Il avait un goût prononcé pour les arts, notamment la peinture, la sculpture, l'architecture et le jardinage. Bien qu'il n'ait jamais reçu de formation formelle, Dufreny possédait un talent naturel pour la musique et le dessin. Ses chansons et compositions musicales étaient très appréciées. En jardinage, Dufreny préférait les terrains irréguliers et inégaux, créant des jardins variés et pittoresques. Louis XIV lui confia des projets pour les jardins de Versailles et lui accorda des privilèges, comme celui de contrôler les jardins royaux et d'établir une manufacture de grandes glaces. Cependant, Dufreny vendit ce privilège pour satisfaire ses caprices. Il se consacra ensuite au théâtre, écrivant des pièces pour la Comédie Italienne et la Comédie Française. Ses œuvres théâtrales étaient caractérisées par des scènes détachées et un comique subtil. Dufreny fut marié deux fois et eut des enfants de son premier mariage. À sa mort en 1724, il demanda que ses œuvres soient brûlées, mais certaines furent sauvées et publiées. Le texte liste également plusieurs de ses œuvres littéraires, telles que 'Le Puits de la Vérité. Histoire Gauloise', 'Parallèle d'Homère et de Rabelais', 'Réflexions sur la Tragédie de Rhadamiste et Zénobie', et 'Réponse Apologétique de l'Auteur du Mercure Galant, au Mercure de Trévoux'. Un sixième volume contient diverses œuvres de Dufreny, totalisant 300 pages sans compter les chansons notées. Une de ses œuvres est particulièrement excellente et connue, traduite dans toutes les langues d'Europe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
C'est ici le cent cinquante-deuxiéme Volume du Mercure [...]
Mots clefs :
Avertissement, Public, Charles Dufresny, Donneau de Visé, Lefèvre de Fontenay, Buchet, Libraires, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
VERTISSEMENT.
CE
Est ici le cent cinquante - deuxième
Volume du Mercure de France que
nous avons l'honneur de préfenter au Roy et
au Public , depuis le mois de Juin 1721 .
que nousy travaillons,fans que ce Livre ait
fouffert aucune interruption; il a toujours paru
régulierement au temps marqué , et quelquefois même avec des Supplemens , felon l'exigence des cas , de quoi nos Lecteurs ne
fe font pas plaints. Nous redoublerons nos
foins et notre application pour que la lecture du Mercure foit deformais encore plus
utile et plus agréable.
Nousfommes encore bien éloignez du nombre des Mercures de la compofition de feu
M. de Visé, qui jufques et compris le
mois de May 1710. temps de fa mort , en
avoit fait paroître 483. Volumes , lefquels
font aujourd'hui fort recherchez pour quan
tité de faits hiftoriques qu'on ne trouve que
dans cet Ouvrage , et dont il n'y a peutêtrepas de collection parfaitement complette , que celle qui eft à la Bibliotheque du
Roy, où il ne manque pas un feul Volume
de toute la fuite des Mercures depuis les
premiers de M.de Vifé en 1672. jufqu'au
jourd'hui.
Aij M.
AVERTISSEMENT.
M. du Frefni fucceda à M. de Viſe , et
fit paroître au mois de Septembre 1710.un
Volumefous le mêmetitre deMercureGalant
contenant les mois de Juin , fuillet et Août
1710. jufques et compris le mois d'Avril
1714. il parut 44. Volumes du même
Auteur.
M. le Fevre de Fontenay , fuccceffeur de
M. du Frefni , a commencé par le mois de
May 1714. il continua juſques et compris
le mois d'Octobre 1716 et donna 30. Volumes. En Novembre et Décembre 1716.
il n'y eut point de Mercures,
Au mois deJanvier 1717.feu M. l'Ab„.
bé Buchet travailla à cet Ouvrage fous
le titre de Nouveau Mercure , et le fit
paroître régulierement pendant quatre an
nées et cinq mois, ce quifait 5 3. Mercurės.
En remerciant nos Lecteurs du cas qu'ils.
daignent faire de notre Livre, nous leur demandons toujours quelque indulgence pourles
endroits qui paroit, ont negligez , et dont la
diction ne fera pas affez châtiée. Le Lec
teur judicieux fera , s'il lui plaît , refléxion.
que dans un Ouvrage tel que celui-cy , il
eft très-aisé de manquer, même dans les chofes le plus communes , dont chacune en particulier eft facile , mais qui ramaffées , font
une multiplicité fi grande , qu'il eft bien
mal aife de donner à toutes la même attention
AVERTISSEMENT.
tion , quelque foin qu'on y apporte fur
tout quand une telle collection eft faite en
auffi peu de temps. Une chose qui paroît
un peu injuste , c'est qu'on nous réproche
affez souvent des inattentions , & qu'on ne
nous fçache aucun gré des correction's fans
nombre qu'on fait , & des fautes qu'or
évite.
Nousfaifons , de la part du Public , de
nouvelles inftances aux Libraires qui envoyent des Livres pour les annoncer dans
le Mercure , d'en marquer le prix aujustes
sela fert beaucoup dans les Provinces , aux
Perfonnes qui fe déterminent là deffus à les
acheter , &qui ne font pasfürs de l'exactitude des Meffagers , & des autres Perfonnes qu'elles chargent de leurs commiffions ,
qui , fouvent , les font furpayer.
On invite icy les Marchands & les Ouriers qui ont quelques nouvelles modes ,
foit par des Etoffes nouvelles , Habits
Ajuftemens , Perruques , Coëffures , Ornemens de tête , et autres parures , ainsi que
de Meubles, Caroffes , Chaifes , & autres
chofes , foit pour l'utilité , foit pour l'agrément , d'en donner quelques Memoires pour
en avertir le Public , ce qui pourrafaire
plaifir à divers Particuliers , et procurer un
débit avantageux aux Marchands & aux
Quvriers.
A iiij Pl
AVERTISSEMENT.
Plufieurs Pieces en Profe & en Vers
envoyées pour le Mercure , font fouvent fo
mal écrites , qu'on ne peut les déchiffrer , et
elles font pour cela rejettées ; d'autres font
bonnes à quelques égards , et défectueuses
en d'autres lorfqu'elles peuvent en valoir
la peine , nous les retouchons avec foin ;
mais comme nous ne prenons ce party qu'avec répugnance nous prions les Auteurs
de ne le pas trouver mauvais , & de travailler leurs Ouvrages avec le plus d'atten
tion qu'il leur fera poffible. Si on Sçavoir
leur adreffe , on leur indiqueroit les défectuofitez les corrections àfaire.
'
Les Sçavans & les Curieux font priez
de vouloir concourir avec nous pour rendre
ce Livre encore plus utile & plus agréable,
en nous communiquant les Memoires et les
Pieces en Profe & en Vers , qui peuvent
inftruire & amufer. Aucun genre de Litte
rature n'eft exclu de ce Recueil , où l'on
tâche de mettre une agréable varieté , Poëfie , Eloquence , nouvelles découvertes dans
les Arts & dans les Sciences , Morale
Antiquitez , Hiftoire facrée &
profane ,
Hiftoriette, Mythologie , Phyfique & Métaphyfique , Picces de Théatre , Jurisprudence , Anatomie & Medecine , Critique ,
Mathématique , Memoires , Projets , Traductions , Grammaires , Pieces amusantes
تو
et
AVERTISSEMENT.
récréatives , &c. Quand les morceaux
Pune certaine confideration feront trop
tongs , on les placera dans un Volume extraordinaire , et onfera enforte qu'on puiffe
les en détacher facilement , pour la fatisfaction des Auteurs et des personnes qui ne.
veulent avoir que certaines Pieces.-
Al'égard de la Jurisprudence , nous con--
tinuerons autant que nous le pourrons defaire
part au Public des Questions importantes ,
nouvelles ou fingulieres qui fe préfenteront,
et qui feront difcutées &jugées dans les differens Parlements autres Coursfupérieures du Royaume , en obfervant l'ordre et la
méthode que nous avons déja tenue en pareille matiere ; fur quoy nous prions Meffieurs les Avocats , et les Parties intereffees , &c. de vouloir bien nous fournir les
Memoires néceffaires. Il n'eft peut - être
point d'article dans no re Livre qui rega de
plus directement le bien public , que celuy-·
là, & qui fe faffe plus lire.
Quelques morceaux de Prose et de Vers:
rejettez par bonnes raisons , ont souvent
donné lieu à des plaintes de la part des
personnes interessées ; mais nous les prions
de considerer que cest toûjours malgré nous
que certaines Pieces sont rebutées ; nous
ne nous en rapportons pas toujours à notreseul jugement dans le choix que nous fai A.Y sonss
AVERTISSEMENT:
sons de celles qui méritent l'impression.
Quoiqu'on ait toujours la précaution de
mettre un Avis à la tête de chaque Mer-..
cure, pour avertir qu'on ne recevra point
de Lettres ni de Paquets par la Poste dont
le port ne soit affranchi , il en vient cepen-.
dant quelquefois qu'on est obligé de rebuter.
Ceux quin'aurontpas pris cette précaution,
ne doivent pas être su pris de ne pas voir.
paroître les Pieces qu'ils ont envoyées , lesquelles sont dailleurs perdues pour eux, s'ils.
n'en ont pas gardé de copie.
Lespersonnes qui desirent avoir le Mer
cure des premiers, soit dans les Provinces:
ou dans les Pays Etrangers , n'auront qu'à.
sadresser à M. Moreau , Commis au
Mercure , vis-à-vis la Comédie Françoise , à Paris , qui le leur envoyera par
la voye la plus convenable , et avant qu'il
soit en vente ici. Les amis à qui on s'adress pour cela ne sont pas ordinairement.
fort exacts ; ils n'envoyent gueres acheter ce
Livre précisément dans le temps qu'il paroit; ils ne manquent pas de le lire , souvent ils le prêtent , et ne l'envoyent enfin
que fort tard, sous le prétexte specieux que
le Mercure n'a pas pa u plutôt.
Nous renouvellons la priere que nous
avons déja faite , quand on envoye des Pieees , soit en Vers , soit en Prose, de les
ร
faire
AVERTISSEMENT.
·
Faire transcrire lisiblement sur des papiez séparez , et d'une grandeur raisonnable, avec des marges pour placer les
additions ou corrections convenables , et que
les noms propres, sur tout , soient exactement écrits..
Nous aurons toûjours les mêmes égards
pourles Auteurs qui ne veulent pas se faire
connoître; mais il seroit bon qu'ils donnas--
sent une adresse , fur tout quand il s'agit
de quelque Ouvrage qui peut demander des
éclairciffemens; car fouvent faute d'un tel
Lecours , des Pieces nous reftent entre les
mains, fans pouvoir les employer.
Nous prions ceux, qui par le moyen de
leurs correfpondances reçoivent des nouvelles
d'Affrique , du Levant , de Perfe , de Tar
tarie , du Japon , de la Chine, des Indes
Orientales et Occidentales et d'autres Pays
et Contrées éloignées ; les Capitaines, Pi--
lotes et Officiers des Navires et Voyageurs
de vouloir nousfaire part de ces Nouvelles
à l'adreffe generale du Mercure. Ces ma--
tieres peuvent rouler fur les Guerres pré--
fentes des Etats voisins , leurs Révolutions,
les Traitez de Paix ou de Treve, les occupations des Souverains , la Religion des
Peuples , leurs Cérémonies , Coûtumes et
fages , les Phenomenes et les Productions
de la Nature et de l'Art , &c. comme.
A vj Pierres
AVERTISSEMENT.
Pierres précieufes , Pierres figurées , Mar
caffites rares , Pétrifications et Chriftalifations extraordinaires , Coquillages , &c.
Edifices anciens et modernes , Ruines
Statues , Bas-Reliefs , Infcriptions , Médailles , Tableaux , &c.
9.
Nous serons plus attentifs que jamais
à apprendre au Public la Mort des Sçavans et de tous ceux qui se sont distinguez
dans les Arts et dans les Mécaniques ; on
y joindra le récit de leurs principales occupations et des plus considerables actions
de leur vie. L'Histoire des Lettres et des
Arts doit cette marque de reconnoissance
à la memoire de ceux qui s'y sont rendus
celeb es, ou qui les ont cultivez avec soin.
Nous esperons que les Parens et les Amis
de ces illustres Morts aideront volontiers
à leur rendre ce devoir par les instructions
qu'ils voudront bien nous fournir.
Ce que nous venons de dire , regarde ,
non-seulement Paris , mais encore toutes les
Provinces du Royaume et les Pays Etrangers, qui peuvent fournir des Evenemens
considerables, Morts , Mariages , Actes.
solemnels , Fêtes et autres Faits dignes d'êtres transmis à la Posterité.
On a fait au Mercure , et même plus
d'une fois, l'honneur de le critiquer ; c'est
une gloire qui manquoit à ce Livre. On a
beau
AVERTISSEMENT.
beau dire ; Nous ne changerons rien à notre
méthode, puisque nos Lecteurs la trouvent
passablement bonne. Un Ouvrage de la
nature de celui-cy ne sçauroit plaire également à tout le monde , à cause de la multiplicité et de la varieté des Matieres , dont
quelques unes sont lûes par certains Lecteurs avec plaisir et avidité , et par d'autres avec des dispositions contraires. M. di
Fresny avoit bien raison de dire que pour
que le Mercurefut generalement approuvé,
il faudroit que comme un autre Protée , il
put prendre entre les mains de chaque Lecteur uneforme convenable à l'idée qu'il s'en
est faitė.
C'est assez pour ce Livre de contribuer
tous les mois en quelque chose à l'instruc→
tion et à l'amusement des Citoyens qui vivent ensemble , paisiblement et agréablement. Le Mercure ne doit rien prétendre
au-delà. Nous savons , il est vrai , que la
médisance , plus ou moins malignement épicée , fur toujours un mets délicieux pour la
plupart des Lecteurs , mais outre que nous
ny avons pas le moindre penchant , nous
renonçons et de très-bon cœur , à la dangereuse gloire d'être lûs et applaudis aux
dépens du Prochain.
2
Nous continuerons à donner des mor
ceaux de Critique , mais nous n'y souffrirons
AVERTISSEMENT.
rons jamais rien de trop libre , d'indecent
ni rien qui puisse desobliger ou offenſer personne, Nous ne sommes point hardis et ne
nous en picquons nullement ; nous serons
même plus engarde que jamais sur les per--
nicieux exemples qu'on pourroit nous don
mer là-dessus.
"
Nous serons encore plus retenus sur les
louanges , que quelques Lecteurs n'ont pas:
generalement approuvées , en effet nous
nous sommes apperçus que nous y trouvions
peu d'avantage ; au contraire nous nous
sommes vus exposez à des especes de re--
proches, au lieu des témoignages de recon
noissance , sur tout de la part des gens à ta◄
lens,parce que tel qu'on loue nefait nuldoute
que ce ne soit une chose qui lui est absolument dûë , souvent même il trouve qu'on:
ne le loie pas assez; et ceux qu'on ne loie
pas , ou qu'on loue moins , sont très-indispo
sez; car prétendant qu'on loue les autres
à leurs dépens , ils sont doublement fachez.. Nous donnons ordinairement des Extraits
des Pieces nouvelles qui paroissent sur lesThéatres de Paris , et nousfaisons quelques
Observations d'après le jugement du Pu
blic sur les beautez etfur les deffauts qu'on:
y trouve la crainte de blesser la délicatesse.
des Auteurs nous retient quelquefois et nous
empêche d'aller plus loin , et crainte aussi
;
que
AVERTISSEMENT.
que voulant être plus sinceres on ne nous
accuse d'être partiaux. Si les Auteurs eux
mêmes vouloient bien prendre sur eux de
faire un Extrait ou Memoire de leurs Ouvrages , sans dissimuler les deffauts, qu'on
y trouve , cela nous donneroit la hardiesse·
d'être un peu plus severes , le Lecteur leur
en sçauroit gré, et ils n'y perdroient pas par
les Remarques , à charge et à décharge , que
nous ne manquerions pas d'ajouter , sans
oublier de faire obferver l'extrême diff
culté qu'il y a de plaire aujourd'hui au Public , et le péril que courent tous les Ou
vrages d'esprit qu'on lui présente ; nous faisons avec d'autant plus de confiance cette
priere aux Auteurs Dramatiques et à tous
autres, que certainement Corneille , Quinault , Moliere , kacine , &c. n'auroient
pas rougi d'avouer des deffauts dans leurs.
Pieces,
Il nous reste à marquer notre reconnoissance et à remercier au nom du Public.
plusieurs Sçavans du premier ordre, d'aimables Muses et quantité d'autres Personnes d'un mérite distingué , dont les produc
tions enrichissent le Mercure et le font lire.
et rechercher
CE
Est ici le cent cinquante - deuxième
Volume du Mercure de France que
nous avons l'honneur de préfenter au Roy et
au Public , depuis le mois de Juin 1721 .
que nousy travaillons,fans que ce Livre ait
fouffert aucune interruption; il a toujours paru
régulierement au temps marqué , et quelquefois même avec des Supplemens , felon l'exigence des cas , de quoi nos Lecteurs ne
fe font pas plaints. Nous redoublerons nos
foins et notre application pour que la lecture du Mercure foit deformais encore plus
utile et plus agréable.
Nousfommes encore bien éloignez du nombre des Mercures de la compofition de feu
M. de Visé, qui jufques et compris le
mois de May 1710. temps de fa mort , en
avoit fait paroître 483. Volumes , lefquels
font aujourd'hui fort recherchez pour quan
tité de faits hiftoriques qu'on ne trouve que
dans cet Ouvrage , et dont il n'y a peutêtrepas de collection parfaitement complette , que celle qui eft à la Bibliotheque du
Roy, où il ne manque pas un feul Volume
de toute la fuite des Mercures depuis les
premiers de M.de Vifé en 1672. jufqu'au
jourd'hui.
Aij M.
AVERTISSEMENT.
M. du Frefni fucceda à M. de Viſe , et
fit paroître au mois de Septembre 1710.un
Volumefous le mêmetitre deMercureGalant
contenant les mois de Juin , fuillet et Août
1710. jufques et compris le mois d'Avril
1714. il parut 44. Volumes du même
Auteur.
M. le Fevre de Fontenay , fuccceffeur de
M. du Frefni , a commencé par le mois de
May 1714. il continua juſques et compris
le mois d'Octobre 1716 et donna 30. Volumes. En Novembre et Décembre 1716.
il n'y eut point de Mercures,
Au mois deJanvier 1717.feu M. l'Ab„.
bé Buchet travailla à cet Ouvrage fous
le titre de Nouveau Mercure , et le fit
paroître régulierement pendant quatre an
nées et cinq mois, ce quifait 5 3. Mercurės.
En remerciant nos Lecteurs du cas qu'ils.
daignent faire de notre Livre, nous leur demandons toujours quelque indulgence pourles
endroits qui paroit, ont negligez , et dont la
diction ne fera pas affez châtiée. Le Lec
teur judicieux fera , s'il lui plaît , refléxion.
que dans un Ouvrage tel que celui-cy , il
eft très-aisé de manquer, même dans les chofes le plus communes , dont chacune en particulier eft facile , mais qui ramaffées , font
une multiplicité fi grande , qu'il eft bien
mal aife de donner à toutes la même attention
AVERTISSEMENT.
tion , quelque foin qu'on y apporte fur
tout quand une telle collection eft faite en
auffi peu de temps. Une chose qui paroît
un peu injuste , c'est qu'on nous réproche
affez souvent des inattentions , & qu'on ne
nous fçache aucun gré des correction's fans
nombre qu'on fait , & des fautes qu'or
évite.
Nousfaifons , de la part du Public , de
nouvelles inftances aux Libraires qui envoyent des Livres pour les annoncer dans
le Mercure , d'en marquer le prix aujustes
sela fert beaucoup dans les Provinces , aux
Perfonnes qui fe déterminent là deffus à les
acheter , &qui ne font pasfürs de l'exactitude des Meffagers , & des autres Perfonnes qu'elles chargent de leurs commiffions ,
qui , fouvent , les font furpayer.
On invite icy les Marchands & les Ouriers qui ont quelques nouvelles modes ,
foit par des Etoffes nouvelles , Habits
Ajuftemens , Perruques , Coëffures , Ornemens de tête , et autres parures , ainsi que
de Meubles, Caroffes , Chaifes , & autres
chofes , foit pour l'utilité , foit pour l'agrément , d'en donner quelques Memoires pour
en avertir le Public , ce qui pourrafaire
plaifir à divers Particuliers , et procurer un
débit avantageux aux Marchands & aux
Quvriers.
A iiij Pl
AVERTISSEMENT.
Plufieurs Pieces en Profe & en Vers
envoyées pour le Mercure , font fouvent fo
mal écrites , qu'on ne peut les déchiffrer , et
elles font pour cela rejettées ; d'autres font
bonnes à quelques égards , et défectueuses
en d'autres lorfqu'elles peuvent en valoir
la peine , nous les retouchons avec foin ;
mais comme nous ne prenons ce party qu'avec répugnance nous prions les Auteurs
de ne le pas trouver mauvais , & de travailler leurs Ouvrages avec le plus d'atten
tion qu'il leur fera poffible. Si on Sçavoir
leur adreffe , on leur indiqueroit les défectuofitez les corrections àfaire.
'
Les Sçavans & les Curieux font priez
de vouloir concourir avec nous pour rendre
ce Livre encore plus utile & plus agréable,
en nous communiquant les Memoires et les
Pieces en Profe & en Vers , qui peuvent
inftruire & amufer. Aucun genre de Litte
rature n'eft exclu de ce Recueil , où l'on
tâche de mettre une agréable varieté , Poëfie , Eloquence , nouvelles découvertes dans
les Arts & dans les Sciences , Morale
Antiquitez , Hiftoire facrée &
profane ,
Hiftoriette, Mythologie , Phyfique & Métaphyfique , Picces de Théatre , Jurisprudence , Anatomie & Medecine , Critique ,
Mathématique , Memoires , Projets , Traductions , Grammaires , Pieces amusantes
تو
et
AVERTISSEMENT.
récréatives , &c. Quand les morceaux
Pune certaine confideration feront trop
tongs , on les placera dans un Volume extraordinaire , et onfera enforte qu'on puiffe
les en détacher facilement , pour la fatisfaction des Auteurs et des personnes qui ne.
veulent avoir que certaines Pieces.-
Al'égard de la Jurisprudence , nous con--
tinuerons autant que nous le pourrons defaire
part au Public des Questions importantes ,
nouvelles ou fingulieres qui fe préfenteront,
et qui feront difcutées &jugées dans les differens Parlements autres Coursfupérieures du Royaume , en obfervant l'ordre et la
méthode que nous avons déja tenue en pareille matiere ; fur quoy nous prions Meffieurs les Avocats , et les Parties intereffees , &c. de vouloir bien nous fournir les
Memoires néceffaires. Il n'eft peut - être
point d'article dans no re Livre qui rega de
plus directement le bien public , que celuy-·
là, & qui fe faffe plus lire.
Quelques morceaux de Prose et de Vers:
rejettez par bonnes raisons , ont souvent
donné lieu à des plaintes de la part des
personnes interessées ; mais nous les prions
de considerer que cest toûjours malgré nous
que certaines Pieces sont rebutées ; nous
ne nous en rapportons pas toujours à notreseul jugement dans le choix que nous fai A.Y sonss
AVERTISSEMENT:
sons de celles qui méritent l'impression.
Quoiqu'on ait toujours la précaution de
mettre un Avis à la tête de chaque Mer-..
cure, pour avertir qu'on ne recevra point
de Lettres ni de Paquets par la Poste dont
le port ne soit affranchi , il en vient cepen-.
dant quelquefois qu'on est obligé de rebuter.
Ceux quin'aurontpas pris cette précaution,
ne doivent pas être su pris de ne pas voir.
paroître les Pieces qu'ils ont envoyées , lesquelles sont dailleurs perdues pour eux, s'ils.
n'en ont pas gardé de copie.
Lespersonnes qui desirent avoir le Mer
cure des premiers, soit dans les Provinces:
ou dans les Pays Etrangers , n'auront qu'à.
sadresser à M. Moreau , Commis au
Mercure , vis-à-vis la Comédie Françoise , à Paris , qui le leur envoyera par
la voye la plus convenable , et avant qu'il
soit en vente ici. Les amis à qui on s'adress pour cela ne sont pas ordinairement.
fort exacts ; ils n'envoyent gueres acheter ce
Livre précisément dans le temps qu'il paroit; ils ne manquent pas de le lire , souvent ils le prêtent , et ne l'envoyent enfin
que fort tard, sous le prétexte specieux que
le Mercure n'a pas pa u plutôt.
Nous renouvellons la priere que nous
avons déja faite , quand on envoye des Pieees , soit en Vers , soit en Prose, de les
ร
faire
AVERTISSEMENT.
·
Faire transcrire lisiblement sur des papiez séparez , et d'une grandeur raisonnable, avec des marges pour placer les
additions ou corrections convenables , et que
les noms propres, sur tout , soient exactement écrits..
Nous aurons toûjours les mêmes égards
pourles Auteurs qui ne veulent pas se faire
connoître; mais il seroit bon qu'ils donnas--
sent une adresse , fur tout quand il s'agit
de quelque Ouvrage qui peut demander des
éclairciffemens; car fouvent faute d'un tel
Lecours , des Pieces nous reftent entre les
mains, fans pouvoir les employer.
Nous prions ceux, qui par le moyen de
leurs correfpondances reçoivent des nouvelles
d'Affrique , du Levant , de Perfe , de Tar
tarie , du Japon , de la Chine, des Indes
Orientales et Occidentales et d'autres Pays
et Contrées éloignées ; les Capitaines, Pi--
lotes et Officiers des Navires et Voyageurs
de vouloir nousfaire part de ces Nouvelles
à l'adreffe generale du Mercure. Ces ma--
tieres peuvent rouler fur les Guerres pré--
fentes des Etats voisins , leurs Révolutions,
les Traitez de Paix ou de Treve, les occupations des Souverains , la Religion des
Peuples , leurs Cérémonies , Coûtumes et
fages , les Phenomenes et les Productions
de la Nature et de l'Art , &c. comme.
A vj Pierres
AVERTISSEMENT.
Pierres précieufes , Pierres figurées , Mar
caffites rares , Pétrifications et Chriftalifations extraordinaires , Coquillages , &c.
Edifices anciens et modernes , Ruines
Statues , Bas-Reliefs , Infcriptions , Médailles , Tableaux , &c.
9.
Nous serons plus attentifs que jamais
à apprendre au Public la Mort des Sçavans et de tous ceux qui se sont distinguez
dans les Arts et dans les Mécaniques ; on
y joindra le récit de leurs principales occupations et des plus considerables actions
de leur vie. L'Histoire des Lettres et des
Arts doit cette marque de reconnoissance
à la memoire de ceux qui s'y sont rendus
celeb es, ou qui les ont cultivez avec soin.
Nous esperons que les Parens et les Amis
de ces illustres Morts aideront volontiers
à leur rendre ce devoir par les instructions
qu'ils voudront bien nous fournir.
Ce que nous venons de dire , regarde ,
non-seulement Paris , mais encore toutes les
Provinces du Royaume et les Pays Etrangers, qui peuvent fournir des Evenemens
considerables, Morts , Mariages , Actes.
solemnels , Fêtes et autres Faits dignes d'êtres transmis à la Posterité.
On a fait au Mercure , et même plus
d'une fois, l'honneur de le critiquer ; c'est
une gloire qui manquoit à ce Livre. On a
beau
AVERTISSEMENT.
beau dire ; Nous ne changerons rien à notre
méthode, puisque nos Lecteurs la trouvent
passablement bonne. Un Ouvrage de la
nature de celui-cy ne sçauroit plaire également à tout le monde , à cause de la multiplicité et de la varieté des Matieres , dont
quelques unes sont lûes par certains Lecteurs avec plaisir et avidité , et par d'autres avec des dispositions contraires. M. di
Fresny avoit bien raison de dire que pour
que le Mercurefut generalement approuvé,
il faudroit que comme un autre Protée , il
put prendre entre les mains de chaque Lecteur uneforme convenable à l'idée qu'il s'en
est faitė.
C'est assez pour ce Livre de contribuer
tous les mois en quelque chose à l'instruc→
tion et à l'amusement des Citoyens qui vivent ensemble , paisiblement et agréablement. Le Mercure ne doit rien prétendre
au-delà. Nous savons , il est vrai , que la
médisance , plus ou moins malignement épicée , fur toujours un mets délicieux pour la
plupart des Lecteurs , mais outre que nous
ny avons pas le moindre penchant , nous
renonçons et de très-bon cœur , à la dangereuse gloire d'être lûs et applaudis aux
dépens du Prochain.
2
Nous continuerons à donner des mor
ceaux de Critique , mais nous n'y souffrirons
AVERTISSEMENT.
rons jamais rien de trop libre , d'indecent
ni rien qui puisse desobliger ou offenſer personne, Nous ne sommes point hardis et ne
nous en picquons nullement ; nous serons
même plus engarde que jamais sur les per--
nicieux exemples qu'on pourroit nous don
mer là-dessus.
"
Nous serons encore plus retenus sur les
louanges , que quelques Lecteurs n'ont pas:
generalement approuvées , en effet nous
nous sommes apperçus que nous y trouvions
peu d'avantage ; au contraire nous nous
sommes vus exposez à des especes de re--
proches, au lieu des témoignages de recon
noissance , sur tout de la part des gens à ta◄
lens,parce que tel qu'on loue nefait nuldoute
que ce ne soit une chose qui lui est absolument dûë , souvent même il trouve qu'on:
ne le loie pas assez; et ceux qu'on ne loie
pas , ou qu'on loue moins , sont très-indispo
sez; car prétendant qu'on loue les autres
à leurs dépens , ils sont doublement fachez.. Nous donnons ordinairement des Extraits
des Pieces nouvelles qui paroissent sur lesThéatres de Paris , et nousfaisons quelques
Observations d'après le jugement du Pu
blic sur les beautez etfur les deffauts qu'on:
y trouve la crainte de blesser la délicatesse.
des Auteurs nous retient quelquefois et nous
empêche d'aller plus loin , et crainte aussi
;
que
AVERTISSEMENT.
que voulant être plus sinceres on ne nous
accuse d'être partiaux. Si les Auteurs eux
mêmes vouloient bien prendre sur eux de
faire un Extrait ou Memoire de leurs Ouvrages , sans dissimuler les deffauts, qu'on
y trouve , cela nous donneroit la hardiesse·
d'être un peu plus severes , le Lecteur leur
en sçauroit gré, et ils n'y perdroient pas par
les Remarques , à charge et à décharge , que
nous ne manquerions pas d'ajouter , sans
oublier de faire obferver l'extrême diff
culté qu'il y a de plaire aujourd'hui au Public , et le péril que courent tous les Ou
vrages d'esprit qu'on lui présente ; nous faisons avec d'autant plus de confiance cette
priere aux Auteurs Dramatiques et à tous
autres, que certainement Corneille , Quinault , Moliere , kacine , &c. n'auroient
pas rougi d'avouer des deffauts dans leurs.
Pieces,
Il nous reste à marquer notre reconnoissance et à remercier au nom du Public.
plusieurs Sçavans du premier ordre, d'aimables Muses et quantité d'autres Personnes d'un mérite distingué , dont les produc
tions enrichissent le Mercure et le font lire.
et rechercher
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le Mercure de France, périodique publié sans interruption depuis juin 1721, présente son cent cinquante-deuxième volume. Les éditeurs s'engagent à rendre le Mercure encore plus utile et agréable. Ils évoquent la collection précédente de M. de Visé, qui a publié 483 volumes jusqu'à sa mort en mai 1710, très recherchée pour ses faits historiques. Après M. de Visé, M. du Fresny a publié 44 volumes de juin 1710 à avril 1714, suivi par M. le Fevre de Fontenay avec 30 volumes jusqu'en octobre 1716. En janvier 1717, l'abbé Buchet a repris la publication sous le titre de Nouveau Mercure pendant quatre ans et cinq mois, soit 53 volumes. Les éditeurs sollicitent l'indulgence des lecteurs pour les erreurs et les négligences et invitent les libraires à indiquer les prix des livres annoncés. Ils encouragent les marchands et artisans à partager les nouvelles modes et innovations. Les pièces envoyées pour publication doivent être bien écrites, et les auteurs sont priés de corriger leurs œuvres. Le Mercure accepte divers genres littéraires et scientifiques, les pièces trop longues étant placées dans des volumes extraordinaires. Les éditeurs continuent de publier des questions juridiques importantes et prient les avocats de fournir les mémoires nécessaires. Ils demandent également aux correspondants de partager les nouvelles des régions éloignées. Le Mercure annonce la mort des savants et des personnes distinguées dans les arts, et invite les parents et amis à fournir des informations. Le périodique a été critiqué, mais les éditeurs maintiennent leur méthode, reconnaissant que toutes les matières ne plaisent pas à tous les lecteurs. Ils continuent de publier des critiques tout en évitant les propos indécents ou offensants. Ils sont prudents dans leurs louanges pour éviter les reproches et les malentendus. Ils publient des extraits de pièces de théâtre avec des observations sur les beautés et les défauts, tout en évitant de blesser la sensibilité des auteurs. Le texte aborde la difficulté de plaire au public contemporain et les risques que courent les œuvres littéraires soumises à son jugement. Il exprime une demande de compréhension et de tolérance envers les auteurs dramatiques et autres écrivains, soulignant que des figures emblématiques comme Corneille, Quinault, Molière et Racine n'auraient pas hésité à reconnaître les défauts dans leurs pièces. Le texte se conclut par une expression de gratitude envers divers savants, muses aimables et autres personnes de mérite distingué, dont les contributions enrichissent le Mercure et en augmentent la popularité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 1200
« On a remis depuis peu au Théatre la petite Comédie en trois Actes et [...] »
Début :
On a remis depuis peu au Théatre la petite Comédie en trois Actes et [...]
Mots clefs :
Charles Dufresny
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texteReconnaissance textuelle : « On a remis depuis peu au Théatre la petite Comédie en trois Actes et [...] »
Na remis depuis peu au Théatre
la petite Comédie en trois Actes et
en Vers , de feu M. Dufresni , intitulée
le Lot supposé , que le Public revoit avec
beaucoup de plaisir .
la petite Comédie en trois Actes et
en Vers , de feu M. Dufresni , intitulée
le Lot supposé , que le Public revoit avec
beaucoup de plaisir .
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