Résultats : 4 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 231-235
Comédie de l'Usurier, [titre d'après la table]
Début :
Le Théatre François ne nous a encore donné qu'une Piéce [...]
Mots clefs :
Théâtre, Nouvelles pièces, Ajax, L'Usurier, Tragédie, Comédie, Héros, Amour, Aventure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Comédie de l'Usurier, [titre d'après la table]
Le Théatre François ne nous
a encore donné qu'une Piéce
nouvelle , depuis le commencement
de l'Hyver ; c'est une Tragedie
intitulée Ajax ; elle eſt de
Monfieur de la Chapelle. Cer
232 MERCURE
Autheur a fait dans toutes fes
Piéces des Scenes fi brillantes
pour Monfieur Baron , que quoy
que cet excellent Acteur ait toûjours
eu beaucoup de réputation ,
il femble en avoir acquis une
nouvelle dans celle- cy . Les mêmes
Comediens promettent une
Piéce Comique fous le nom de
l'ufurier , & elle doit eftre reprefentée
l'un des premiers jours de
la Semaines prochaine. Le nom
de fon Heros me fait fouvenird'un
Mariage que fit ces jours.
paffez un Heros pareil . Cet.
Ufurier avoit prefté une fomme
tres confidérable à un
Homme qui faifoit une affez
bonne figure , & dont le Fils
étoit Amoureux de fa Fille .
Quelque temps apres , on luy
vint dire que fon Emprunteur
avoit fait banquetoute , & que
3
GALANT. 233
les chofes avoient tourné d'unc
maniere qui ne luy laiffoit aucune
espérance de rien retirer
de ce qu'il avoit prêté . Il imagina
mille expédiens pour ne pas
perdre toute fa fomme; & faifant
tout à coup réflexion que le Fils
de celuy dont les Affaires étoient
en defordre aimoit fa Fille , il
réfolut de luy propofer de la luy
donner en mariage & pour dot ,
F'argent que fon Pere luy faifoit
perdre , aimant mieux que fa
Fille fuft gueufe toute la vie ,
que de ne pas tirer
avantage
de
quelque maniere que ce fuft,
de l'argent qu'on luy avoit emporté.
Le Party fut accepté par
l'Amant ; le mariage fe fit ; il fut
confommé ; & l'Ufurier apprit
enfuite , que c'eftoit un tour
qu'on luy avoit joué pour l'obliger
à le faire , parce qu'il n'y auroit
234
MERCURE
cer
pas confenty fans cela ,
Amant ayant beaucoup moins
de bien que fa Fille . Cette Avanture
ne paroiftra pas dans la
Comédie de l'vfurier , dont le
hazard m'a fait trouver à une
lecture que l'Autheur en a faite;
mais l'on y découvre , fans choquer
perfonne , & en marquant
feulement les vices en general ,
tous les fecrets de la Banque ,
c'est à dire , à l'égard de ceux
qui prétent & qui empruntent
de l'argent à ufure ; car àl'égard
de ce qui touche le Commerce ,
on n'en parle point du tout. Ce
qui fait l'agrément de cette Comédie
, qui peut eſtre auffi - toft
appellée le Banquier, que l'Vfurier
eft que les Banquiers connoiffant
l'intérieurs des Affaires
Hommes , & principalement les
Gens de qualité , & les Perſondes
GALANT. 235
nes de toutes les Profeffions
ayant à faire à eux , on en voit
dans cette Piece un grand nombre
de diférens caracteres , &
l'on y remarque une perpétuelle
oppoſition de la Nobleffe gueuſe
à la riche Roture . Ainfi quoy
que cette Piece femble avoir un
Titre Bourgeois , elle ne laiffe
pas d'eftre pour toutes fortes
d'Etats .
a encore donné qu'une Piéce
nouvelle , depuis le commencement
de l'Hyver ; c'est une Tragedie
intitulée Ajax ; elle eſt de
Monfieur de la Chapelle. Cer
232 MERCURE
Autheur a fait dans toutes fes
Piéces des Scenes fi brillantes
pour Monfieur Baron , que quoy
que cet excellent Acteur ait toûjours
eu beaucoup de réputation ,
il femble en avoir acquis une
nouvelle dans celle- cy . Les mêmes
Comediens promettent une
Piéce Comique fous le nom de
l'ufurier , & elle doit eftre reprefentée
l'un des premiers jours de
la Semaines prochaine. Le nom
de fon Heros me fait fouvenird'un
Mariage que fit ces jours.
paffez un Heros pareil . Cet.
Ufurier avoit prefté une fomme
tres confidérable à un
Homme qui faifoit une affez
bonne figure , & dont le Fils
étoit Amoureux de fa Fille .
Quelque temps apres , on luy
vint dire que fon Emprunteur
avoit fait banquetoute , & que
3
GALANT. 233
les chofes avoient tourné d'unc
maniere qui ne luy laiffoit aucune
espérance de rien retirer
de ce qu'il avoit prêté . Il imagina
mille expédiens pour ne pas
perdre toute fa fomme; & faifant
tout à coup réflexion que le Fils
de celuy dont les Affaires étoient
en defordre aimoit fa Fille , il
réfolut de luy propofer de la luy
donner en mariage & pour dot ,
F'argent que fon Pere luy faifoit
perdre , aimant mieux que fa
Fille fuft gueufe toute la vie ,
que de ne pas tirer
avantage
de
quelque maniere que ce fuft,
de l'argent qu'on luy avoit emporté.
Le Party fut accepté par
l'Amant ; le mariage fe fit ; il fut
confommé ; & l'Ufurier apprit
enfuite , que c'eftoit un tour
qu'on luy avoit joué pour l'obliger
à le faire , parce qu'il n'y auroit
234
MERCURE
cer
pas confenty fans cela ,
Amant ayant beaucoup moins
de bien que fa Fille . Cette Avanture
ne paroiftra pas dans la
Comédie de l'vfurier , dont le
hazard m'a fait trouver à une
lecture que l'Autheur en a faite;
mais l'on y découvre , fans choquer
perfonne , & en marquant
feulement les vices en general ,
tous les fecrets de la Banque ,
c'est à dire , à l'égard de ceux
qui prétent & qui empruntent
de l'argent à ufure ; car àl'égard
de ce qui touche le Commerce ,
on n'en parle point du tout. Ce
qui fait l'agrément de cette Comédie
, qui peut eſtre auffi - toft
appellée le Banquier, que l'Vfurier
eft que les Banquiers connoiffant
l'intérieurs des Affaires
Hommes , & principalement les
Gens de qualité , & les Perſondes
GALANT. 235
nes de toutes les Profeffions
ayant à faire à eux , on en voit
dans cette Piece un grand nombre
de diférens caracteres , &
l'on y remarque une perpétuelle
oppoſition de la Nobleffe gueuſe
à la riche Roture . Ainfi quoy
que cette Piece femble avoir un
Titre Bourgeois , elle ne laiffe
pas d'eftre pour toutes fortes
d'Etats .
Fermer
Résumé : Comédie de l'Usurier, [titre d'après la table]
Le Théâtre François a présenté une nouvelle tragédie intitulée 'Ajax', écrite par Monsieur de la Chapelle, depuis le début de l'hiver. Cette pièce met en vedette Monsieur Baron, un acteur réputé dont la renommée a été accrue par cette œuvre. Les comédiens préparent également une pièce comique intitulée 'L'Usurier', prévue pour la semaine prochaine. Cette comédie ne traite pas d'une aventure spécifique mais révèle les secrets de la banque et des prêts à intérêt sans choquer le public. Elle met en scène divers personnages, notamment des banquiers connaissant les affaires intimes des hommes, et oppose la noblesse démunie à la roture riche. Bien que le titre semble bourgeois, la pièce est accessible à toutes les classes sociales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 1513-1516
AJAX, FILS D'OILÉE. CANTATE.
Début :
Prêts à renverser pour jamais, [...]
Mots clefs :
Ajax, Dieux, Flots, Fureurs, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AJAX, FILS D'OILÉE. CANTATE.
AJAX , FILS D'OILEE.
CANTATE.
PRêts à renverser pour jamais ,
Ces remparts élevez par des mains immortelles ,
Les vainqueurs d'Ilion n'étoient pas satisfaits ,
Le carnage , la mort , les plus cruels forfaits ,
Pouvoient seals assouvir leurs fureurs criminelles.
C Pour
1514 MERCURE, DE FRANCE
Pour éviter un trépas inhumain ,
Au Temple de Pallas , Cassandre fuit en vain ,
Ajax va l'arracher du sein de la Déesse ,
Et l'Impie enflammé d'un sacrilege amour ,
Deshonore à la fois l'Autel et la Prêtresse .
C'étoit trop peu de lui ravir le jour.
Sans crainte, sans remords , il part ; rien ne l'ar
rêtė ;
Témeraire , oses -tu braver encor les flots?
Voi quels feux devorans s'allunent sur ta tête,
Voi les vents déchaînez menacer tes Vaisseaux.
Les Cieux s'obscurcissent ,
Les flots qui mugissent ,
Agitent les Airs ;
Et l'Onde écumante
Par tout lui présente ,
Cent gouffres ouverts.
Le puissant Nérée ,
Du fougueux Borée ,
Reçoit - il la Loy ?
Quelle horreur extrême ,
Jusqu'aux Tritons même ;
Tout frémit d'effroy.
Les Cieux s'obscurcissent , &c..
Chaque instant redouble l'orage ;
Ajax a déja fait nauffrage;
Tout
10% JUILLET. 1733. 1515
Tout l'art des Matelots n'a pû l'en garantir ;
Les abîmes des, Mers vont bien-tôt l'engloutie.
Tu péris , Monstre affreux , ta force est inutile.
Mais que vois-je ? il surmonte et les vents et les
eaux ,
Un Rocher brise ses Vaisseaux.M
De ce même Rocher il se fait un azile
Et là , bravant la foudre , il éclate en ces mots.
» Ma mort , Dieux impuissants , n'est pas encor
certaine ;
" Aux flots impétueux s'échappe malgré vous;
»Contre le fier Ajax , votre colere est vaine ;
D3
20
Trop heureux que le Ciel, vous dérobe à ses
coups !
Maîtres de l'Univers , un Mortel vous offense ;
» Unissez vos efforts , tâchez de l'accabler ;
Mais n'esperez jamais remplir votre vengeance ,
pour la satisfaire il faut me voir trembler ;
Ma mort , Dieux impuissants , n'est pas encor
certaine
» Si
་་་
Aux flots impetueux j'échappe malgré vous.
$
Jupiter , hate toi de le réduire en poudre ,
La Nature frémit de tant d'impieté.
Mais c'en est fait , Pallas vient d'emprunter la
foudre ,'
Ces dernieres fureurs ont lassé sa bonté.
Ajax , le Ciel enfin écoute sa justice ,
3:1
Tu vas par ton exemple étonner l'Univers;
Ci Meurs
1516 MERCURE DE FRANCE
Meurs ; pour achever ton supplice ,
Alecton t'attend aux Enfers.
Les Dieux épargnent les coupables ;
Pour les forcer au repentir ;
Mais leurs traits sont plus redoutables ;
Quand ils sont plus lents à partir. T
Ils ne nous prennent pour victimes ,
Qu'en gémissant de leurs rigueurs ,
Malheureux ! faut-il que nos crimes ,
Aillent plus loin que leurs fureurs .
Les Dieux , &c.
Par M. P. de Cette en Languedos .
CANTATE.
PRêts à renverser pour jamais ,
Ces remparts élevez par des mains immortelles ,
Les vainqueurs d'Ilion n'étoient pas satisfaits ,
Le carnage , la mort , les plus cruels forfaits ,
Pouvoient seals assouvir leurs fureurs criminelles.
C Pour
1514 MERCURE, DE FRANCE
Pour éviter un trépas inhumain ,
Au Temple de Pallas , Cassandre fuit en vain ,
Ajax va l'arracher du sein de la Déesse ,
Et l'Impie enflammé d'un sacrilege amour ,
Deshonore à la fois l'Autel et la Prêtresse .
C'étoit trop peu de lui ravir le jour.
Sans crainte, sans remords , il part ; rien ne l'ar
rêtė ;
Témeraire , oses -tu braver encor les flots?
Voi quels feux devorans s'allunent sur ta tête,
Voi les vents déchaînez menacer tes Vaisseaux.
Les Cieux s'obscurcissent ,
Les flots qui mugissent ,
Agitent les Airs ;
Et l'Onde écumante
Par tout lui présente ,
Cent gouffres ouverts.
Le puissant Nérée ,
Du fougueux Borée ,
Reçoit - il la Loy ?
Quelle horreur extrême ,
Jusqu'aux Tritons même ;
Tout frémit d'effroy.
Les Cieux s'obscurcissent , &c..
Chaque instant redouble l'orage ;
Ajax a déja fait nauffrage;
Tout
10% JUILLET. 1733. 1515
Tout l'art des Matelots n'a pû l'en garantir ;
Les abîmes des, Mers vont bien-tôt l'engloutie.
Tu péris , Monstre affreux , ta force est inutile.
Mais que vois-je ? il surmonte et les vents et les
eaux ,
Un Rocher brise ses Vaisseaux.M
De ce même Rocher il se fait un azile
Et là , bravant la foudre , il éclate en ces mots.
» Ma mort , Dieux impuissants , n'est pas encor
certaine ;
" Aux flots impétueux s'échappe malgré vous;
»Contre le fier Ajax , votre colere est vaine ;
D3
20
Trop heureux que le Ciel, vous dérobe à ses
coups !
Maîtres de l'Univers , un Mortel vous offense ;
» Unissez vos efforts , tâchez de l'accabler ;
Mais n'esperez jamais remplir votre vengeance ,
pour la satisfaire il faut me voir trembler ;
Ma mort , Dieux impuissants , n'est pas encor
certaine
» Si
་་་
Aux flots impetueux j'échappe malgré vous.
$
Jupiter , hate toi de le réduire en poudre ,
La Nature frémit de tant d'impieté.
Mais c'en est fait , Pallas vient d'emprunter la
foudre ,'
Ces dernieres fureurs ont lassé sa bonté.
Ajax , le Ciel enfin écoute sa justice ,
3:1
Tu vas par ton exemple étonner l'Univers;
Ci Meurs
1516 MERCURE DE FRANCE
Meurs ; pour achever ton supplice ,
Alecton t'attend aux Enfers.
Les Dieux épargnent les coupables ;
Pour les forcer au repentir ;
Mais leurs traits sont plus redoutables ;
Quand ils sont plus lents à partir. T
Ils ne nous prennent pour victimes ,
Qu'en gémissant de leurs rigueurs ,
Malheureux ! faut-il que nos crimes ,
Aillent plus loin que leurs fureurs .
Les Dieux , &c.
Par M. P. de Cette en Languedos .
Fermer
Résumé : AJAX, FILS D'OILÉE. CANTATE.
La cantate 'AJAX, FILS D'OILEE' raconte les événements tragiques impliquant Ajax, un des vainqueurs de Troie. Après la prise de la ville, les Grecs continuent de commettre des atrocités. Ajax, en proie à une folie sacrilège, poursuit Cassandre, une prêtresse d'Athéna, jusqu'à son temple et la déshonore. Malgré les avertissements divins et les tempêtes envoyées par les dieux, Ajax tente de fuir par mer. Son navire est détruit par un rocher, mais il survit et défie les dieux, affirmant que sa mort n'est pas certaine. Pallas Athéna, lassée de ses outrages, décide de le punir. Ajax est condamné à mourir et à être accueilli par Alecton, un des chiens de l'enfer. Le texte met en avant la justice divine qui, bien que lente, finit par punir les criminels impénitents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 121-126
« DISPUTE des Armes d'Achille, tirée du treiziéme Livre des Métamorphoses [...] »
Début :
DISPUTE des Armes d'Achille, tirée du treiziéme Livre des Métamorphoses [...]
Mots clefs :
Ajax, Palais, Ulysse, Traduction, Nuit, Bras, Dispute, Armes, Métamorphoses d'Ovide
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DISPUTE des Armes d'Achille, tirée du treiziéme Livre des Métamorphoses [...] »
DISPUTE des Armes d'Achille, tirée
du treiziéme Livre des Métamorphoses
d'Ovide. Traduction en vers par M. le
Chevalier de Cogolin. A aris chez Pierre-
Alexandte Leprieur, rue S. Jacques. 1751.
in. 12. Brochure de 56 pages.
L'Auteur de la Traduction que nous
annonçons est heureux dans le choix des
morceaux de l'antiquité qu'il nous donne
en notre langue. Lan derniet il traduisit
l'Episode d'Aristée, & cette année, il a
choisi la dispute des Armes d'Achille. On
va voir pat les endroits que nous allons
transcrire que M. de Cogolin ne défigure
pas les anciens en les traduisant. Voici
comment il fait parler Ajax:
I. Vol.
Digsitres vOO
122 MERCUREDEFRANCE.
Quoi, devant ces vaisleaux, sauvés par ma vail-
lance
Ulysse ose d'Ajax briguer la técompense !
Ulysse qu'on a vû fuit loin de ces vaisseaux
Lors qu'Hector les venoit embraser sur les eaux,
Et qu'Ajax des Troyens repoussant la furie,
Mettoit en fuite Hector & sauvoit sa patrie.
Mon Rival plus prudent, trouve moins de danger
A haranguer les Grecs, qu'Ajax à les venger.
Mais si de l'éloquence Ulysse a l'avantage,
Je lui cede en discours, qu'il me cede en courage.
A quoi bon rappellet les perils, les exploits
Où mon zéle pour vous m'engagea tant de sois:
C'est à vos yeux qu'Ajix remporta la victoire.
Ulysse, la nuit seule est témoin de ta gloire.
Je l'avouray; le prix que je demande est grand:
Mais ce prix s'avillit par un tel concurrant.
Toute noble qu'elle est, la palme est moins bril-
lante
Dès que de la cueillir il a couçu l'attente;
Et quand la Grece à moi l'auroit vû comparé,
Ulisse en me cedant sera trop honoré.
Voici ce que répond Ulisse:
Tu signales ton bras, Ajax, au chimp de Mars:
Moi, je regis ta fougue au milieu des hazards.
Ta valeureuse ardeur ignore la prudence.
Tu sçais combattre, & moi j'use de prévoyance,
C'est Atride avec moi qui regions le combat,
Mon esprit qui préside & ton coipi qui combat.
JANVIER. 1752.
123
Autant qu'un Nautonnier, rompli d'expérience
Du grossier Matelot sui passe la science:
Autant qu'à ses soldats le Chef doit commander;
A mes vertus autant, Ajax, tu dois céder.
Car la noble vigueur du beau feu qui m'enflame
S'annonce par mes coups, & brille dans mon ame.
C'est l'amour, dout ion cœur pour la Grece est
épris
Cet amour vigilant, qui mérite le prix.
Courennez de ce don les soins de tant d'années;
C'en est fait j'ay forcé les fières destinées:
Eh, n'est-ce pas avoir tiiomphé des Troyens
Qu'avoir de leur d'éfaite afsuré les moyens:
Par cette Déité, de son temple enlevée,
Pour le bonheur des Grecs, à mon bras réservée
Recompensez Ulysse; il n'est point de danger,
Où son zele pour vous ne puisse l'engager.
Mais, si je n'obtiens pas la gloire qui m'est due,
Qu'on l'accorde à Pallas, dont voici la statue.
La traduction de la dispute des Armes
d'Achillle, est suivie de celle de la des-
cription du Palais de la Renommée.
Il est un lieu fameux, vers le centre du monde,
Entre le Ciel, la Tetre & l'Empite de l'Onde,
Où chaque évenement de ce vaste Univers
De l'oreille & des yeux frappe les sens divers.
Au faite d'une tour qui se perd dans les nuës,
Od mille portes vont répondre à mille issues,
Fij
009
124 MERCUREDEFRANCE.
La Déesse aux cent voix a fixé son séjour,
Sans relâche elle y veille, & la nuit, & le jour
Son Palais est d'airain, dont la voûte sonnante
Fait retentir le bruit, le répete, & l'augmente»
Et le frémissement de ses murs ébranlés
A l'aide des échos, rend les sons redoublés.
En ces lieux point de paix, de repos de silence,
Ce n'est pas toutesois de grands cris qu'on y lances
C'est un bruit sourd, confus, & tel que quelque-
fois
On l'entend se former d'un murmure de voix:
Ainsi lorsque la Mer jusqu'aux Cieux est portéej
Parvient au loin le choc de la vague agitée;
Ou si soudain l'orage a crevé dans les airs,
Le tonnerre affoibli, meurt avec les éclaits.
La Cour de ce Palais sans relâche obsedée
Fourmille de l'essain dont elle est innondée,
Qui de vaines terreurs composant ses discours,
Fait du vrai, joint au faux, un bisarre concours.
Les uns font à eeux-ci des récits peu croyables,
Pour des faits avérés, d'autres donnent leurs fables
Et leur mensonge orné de cent fausses couleurs,
Se grossit en marchant, d'une foule d'erreurs,
L'aveugle confiance, & les craintes mortelles,
Sont de ses volontés les Ministres fidéles
L'Espor, la fausse Joye, au rire concerté,
Et le Meurtre, levant son bras ensanglanté.
La Renommée enfin d'un œeil que tout embrasse,
De la mer à son gré voit & parcourt la face;
JANVIER 1752.
125
Et portant ses regards sur la terre & les Cieux,
Pénetre les secrets des hommes & des Dieux.
La brochure finit par la description du
Palais du Sommeil. La traduction de ce
morceau qui fait la quinzième Fable des
Métamorphoses est remplie comme les
autres de bons vers.
Parmi d'affreux rochers, sur les bords de l'averne,
Est le goustre profond d'une antique caverne
Où le Dieu du Sommeil, entouré de pavots,
Paroit enseveli dans les bras du repos;
Jamais l'astre biillant qui répand la lumiere
D'aucuns de ses ravons n'efleura sa paupiere,
La sombre obscurité regne dans ce séjour
Et seul dans l'Univers, il est privé du jour.
Atravers des brouillards, la voûte ténébreuse
Laisse à peine percer une clarté douteuse
Lont la pale lueur que chaque instant détruit
N'est que l'avant- coureur des ombres de la nuit.
Cet oiscau vigilant, dont le chant nous réveille
De ce Dicu n'a jamais épouvanté l'oreille;
Et le dogue bruyant qui garde nos Palais,
Des éclats de sa voix ne le troubla jamais.
Au fond de ces deserts, nul être ne respire,
Le calme est éternel, & le plus doux Zephire
D'un sousse n'oseroit agiter ces forêts
Que le tems a peuplé de funebres Cyprès.
Le Silence y préside, & penché sur son Urne,
Fiij
3O
126 MERCURE DEFRANCE.
Le Lethé voit couler son onde taciturne,
Qui roulant mollement sur un terrain mousseux.,
Assoupit au bruit lent de se flots poresseux.
Auptes de l'antre, on voit des pavors innombra.
bles
Et les plantes comme eux au repos favorables,
Dont la nuit exprimant la vertu dans les airs
Forme ce doux sommeil, charme de l'Univets.
Ce Palais escarpé, l'horreur de la Nature,
N'a ni gardes, ni murs, ni portes, ni ferrure;
De crainte que les gonde, s'ils venoient à gémir
En reveillant le Dieu, ne le fissent frémir.
Du plus tendre duvet, au sein de la molesse;
La vo'upté forma sa couche enchanteresse;
En foule on voit errer les songes à l'entour:
Ministres assidus de sa paisible Cour.
Qui pour plaire à leur Roi, sous d'aimables figures
Font à ses sens trompés, de douces impostures,
Et leur nombre est égal aux feuilles des Forêts,
Au sable du rivage; aux épics de Cérès.
du treiziéme Livre des Métamorphoses
d'Ovide. Traduction en vers par M. le
Chevalier de Cogolin. A aris chez Pierre-
Alexandte Leprieur, rue S. Jacques. 1751.
in. 12. Brochure de 56 pages.
L'Auteur de la Traduction que nous
annonçons est heureux dans le choix des
morceaux de l'antiquité qu'il nous donne
en notre langue. Lan derniet il traduisit
l'Episode d'Aristée, & cette année, il a
choisi la dispute des Armes d'Achille. On
va voir pat les endroits que nous allons
transcrire que M. de Cogolin ne défigure
pas les anciens en les traduisant. Voici
comment il fait parler Ajax:
I. Vol.
Digsitres vOO
122 MERCUREDEFRANCE.
Quoi, devant ces vaisleaux, sauvés par ma vail-
lance
Ulysse ose d'Ajax briguer la técompense !
Ulysse qu'on a vû fuit loin de ces vaisseaux
Lors qu'Hector les venoit embraser sur les eaux,
Et qu'Ajax des Troyens repoussant la furie,
Mettoit en fuite Hector & sauvoit sa patrie.
Mon Rival plus prudent, trouve moins de danger
A haranguer les Grecs, qu'Ajax à les venger.
Mais si de l'éloquence Ulysse a l'avantage,
Je lui cede en discours, qu'il me cede en courage.
A quoi bon rappellet les perils, les exploits
Où mon zéle pour vous m'engagea tant de sois:
C'est à vos yeux qu'Ajix remporta la victoire.
Ulysse, la nuit seule est témoin de ta gloire.
Je l'avouray; le prix que je demande est grand:
Mais ce prix s'avillit par un tel concurrant.
Toute noble qu'elle est, la palme est moins bril-
lante
Dès que de la cueillir il a couçu l'attente;
Et quand la Grece à moi l'auroit vû comparé,
Ulisse en me cedant sera trop honoré.
Voici ce que répond Ulisse:
Tu signales ton bras, Ajax, au chimp de Mars:
Moi, je regis ta fougue au milieu des hazards.
Ta valeureuse ardeur ignore la prudence.
Tu sçais combattre, & moi j'use de prévoyance,
C'est Atride avec moi qui regions le combat,
Mon esprit qui préside & ton coipi qui combat.
JANVIER. 1752.
123
Autant qu'un Nautonnier, rompli d'expérience
Du grossier Matelot sui passe la science:
Autant qu'à ses soldats le Chef doit commander;
A mes vertus autant, Ajax, tu dois céder.
Car la noble vigueur du beau feu qui m'enflame
S'annonce par mes coups, & brille dans mon ame.
C'est l'amour, dout ion cœur pour la Grece est
épris
Cet amour vigilant, qui mérite le prix.
Courennez de ce don les soins de tant d'années;
C'en est fait j'ay forcé les fières destinées:
Eh, n'est-ce pas avoir tiiomphé des Troyens
Qu'avoir de leur d'éfaite afsuré les moyens:
Par cette Déité, de son temple enlevée,
Pour le bonheur des Grecs, à mon bras réservée
Recompensez Ulysse; il n'est point de danger,
Où son zele pour vous ne puisse l'engager.
Mais, si je n'obtiens pas la gloire qui m'est due,
Qu'on l'accorde à Pallas, dont voici la statue.
La traduction de la dispute des Armes
d'Achillle, est suivie de celle de la des-
cription du Palais de la Renommée.
Il est un lieu fameux, vers le centre du monde,
Entre le Ciel, la Tetre & l'Empite de l'Onde,
Où chaque évenement de ce vaste Univers
De l'oreille & des yeux frappe les sens divers.
Au faite d'une tour qui se perd dans les nuës,
Od mille portes vont répondre à mille issues,
Fij
009
124 MERCUREDEFRANCE.
La Déesse aux cent voix a fixé son séjour,
Sans relâche elle y veille, & la nuit, & le jour
Son Palais est d'airain, dont la voûte sonnante
Fait retentir le bruit, le répete, & l'augmente»
Et le frémissement de ses murs ébranlés
A l'aide des échos, rend les sons redoublés.
En ces lieux point de paix, de repos de silence,
Ce n'est pas toutesois de grands cris qu'on y lances
C'est un bruit sourd, confus, & tel que quelque-
fois
On l'entend se former d'un murmure de voix:
Ainsi lorsque la Mer jusqu'aux Cieux est portéej
Parvient au loin le choc de la vague agitée;
Ou si soudain l'orage a crevé dans les airs,
Le tonnerre affoibli, meurt avec les éclaits.
La Cour de ce Palais sans relâche obsedée
Fourmille de l'essain dont elle est innondée,
Qui de vaines terreurs composant ses discours,
Fait du vrai, joint au faux, un bisarre concours.
Les uns font à eeux-ci des récits peu croyables,
Pour des faits avérés, d'autres donnent leurs fables
Et leur mensonge orné de cent fausses couleurs,
Se grossit en marchant, d'une foule d'erreurs,
L'aveugle confiance, & les craintes mortelles,
Sont de ses volontés les Ministres fidéles
L'Espor, la fausse Joye, au rire concerté,
Et le Meurtre, levant son bras ensanglanté.
La Renommée enfin d'un œeil que tout embrasse,
De la mer à son gré voit & parcourt la face;
JANVIER 1752.
125
Et portant ses regards sur la terre & les Cieux,
Pénetre les secrets des hommes & des Dieux.
La brochure finit par la description du
Palais du Sommeil. La traduction de ce
morceau qui fait la quinzième Fable des
Métamorphoses est remplie comme les
autres de bons vers.
Parmi d'affreux rochers, sur les bords de l'averne,
Est le goustre profond d'une antique caverne
Où le Dieu du Sommeil, entouré de pavots,
Paroit enseveli dans les bras du repos;
Jamais l'astre biillant qui répand la lumiere
D'aucuns de ses ravons n'efleura sa paupiere,
La sombre obscurité regne dans ce séjour
Et seul dans l'Univers, il est privé du jour.
Atravers des brouillards, la voûte ténébreuse
Laisse à peine percer une clarté douteuse
Lont la pale lueur que chaque instant détruit
N'est que l'avant- coureur des ombres de la nuit.
Cet oiscau vigilant, dont le chant nous réveille
De ce Dicu n'a jamais épouvanté l'oreille;
Et le dogue bruyant qui garde nos Palais,
Des éclats de sa voix ne le troubla jamais.
Au fond de ces deserts, nul être ne respire,
Le calme est éternel, & le plus doux Zephire
D'un sousse n'oseroit agiter ces forêts
Que le tems a peuplé de funebres Cyprès.
Le Silence y préside, & penché sur son Urne,
Fiij
3O
126 MERCURE DEFRANCE.
Le Lethé voit couler son onde taciturne,
Qui roulant mollement sur un terrain mousseux.,
Assoupit au bruit lent de se flots poresseux.
Auptes de l'antre, on voit des pavors innombra.
bles
Et les plantes comme eux au repos favorables,
Dont la nuit exprimant la vertu dans les airs
Forme ce doux sommeil, charme de l'Univets.
Ce Palais escarpé, l'horreur de la Nature,
N'a ni gardes, ni murs, ni portes, ni ferrure;
De crainte que les gonde, s'ils venoient à gémir
En reveillant le Dieu, ne le fissent frémir.
Du plus tendre duvet, au sein de la molesse;
La vo'upté forma sa couche enchanteresse;
En foule on voit errer les songes à l'entour:
Ministres assidus de sa paisible Cour.
Qui pour plaire à leur Roi, sous d'aimables figures
Font à ses sens trompés, de douces impostures,
Et leur nombre est égal aux feuilles des Forêts,
Au sable du rivage; aux épics de Cérès.
Fermer
4
p. 148-149
Traduct. d'un Morceau de l'Iliade, [titre d'après la table]
Début :
Traduction d'un morceau de l'Iliade, qui a concouru pour le prix de l'Académie Françoise [...]
Mots clefs :
Ajax, Morceau, Iliade, Académie française, Troyens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traduct. d'un Morceau de l'Iliade, [titre d'après la table]
Traduction d'un morceau de l'Iliade , qui a
concouru pour le prix de l'Académie Françoife
en 1778 ; par M. le Chevalier de
Langeac.
Cet ouvrage eft du nombre de ceux dont
l'Académie a fait une mention honorable ,
Leftyle, quoiqu'un peu foible , a de la pureté.
Nous nous bornerons à citer un morceau
de poéfie defcriptive , qui nous a paru le
meilleur de la pièce.
DE FRANCE. 449
>
C'eſt en ces mots qu'Achille exhaloit fon courroux.
Cependant tout périt ; foible & feul contre tous
Ne refiftant qu'à peine au nombre qui l'accable
Ajax en fuccombant , eft encore indomptable ;
Il frémit de céder & devient plus ardent.
Mais du maître des Dieux le terrible afcendant
En faveur des Troyens contre lui fe déclare ,
Et déjà de leurs coeurs un feu divin s'empare.
Pour triompher d'Ajax , il falloit cet appui :
Tous les yeux , tous les dards font dirigés vers lui ;
Du choc de mille traits tout fon cafque étincelle ;
Sous fon lourd bouclier déjà fon bras chancelle ,
Et laffé d'un tel poids va trahir ſa valeur.´.
Mais en vain les Troyens raniment leur fureur
Rien n'intimide Ajax ; certain de fon courage
Sans reculer d'un pas , il fait tête à l'orage :
Il commande , la mort obéit à fes loix .
De fucur inondé, fans haleine , fans voix ,
Seul , il fe multiplie , & combattant fans trouble ,
Quand le péril s'accroît , fon audace redouble.
concouru pour le prix de l'Académie Françoife
en 1778 ; par M. le Chevalier de
Langeac.
Cet ouvrage eft du nombre de ceux dont
l'Académie a fait une mention honorable ,
Leftyle, quoiqu'un peu foible , a de la pureté.
Nous nous bornerons à citer un morceau
de poéfie defcriptive , qui nous a paru le
meilleur de la pièce.
DE FRANCE. 449
>
C'eſt en ces mots qu'Achille exhaloit fon courroux.
Cependant tout périt ; foible & feul contre tous
Ne refiftant qu'à peine au nombre qui l'accable
Ajax en fuccombant , eft encore indomptable ;
Il frémit de céder & devient plus ardent.
Mais du maître des Dieux le terrible afcendant
En faveur des Troyens contre lui fe déclare ,
Et déjà de leurs coeurs un feu divin s'empare.
Pour triompher d'Ajax , il falloit cet appui :
Tous les yeux , tous les dards font dirigés vers lui ;
Du choc de mille traits tout fon cafque étincelle ;
Sous fon lourd bouclier déjà fon bras chancelle ,
Et laffé d'un tel poids va trahir ſa valeur.´.
Mais en vain les Troyens raniment leur fureur
Rien n'intimide Ajax ; certain de fon courage
Sans reculer d'un pas , il fait tête à l'orage :
Il commande , la mort obéit à fes loix .
De fucur inondé, fans haleine , fans voix ,
Seul , il fe multiplie , & combattant fans trouble ,
Quand le péril s'accroît , fon audace redouble.
Fermer
Résumé : Traduct. d'un Morceau de l'Iliade, [titre d'après la table]
Le texte est une traduction de l'Iliade réalisée par le Chevalier de Langeac, qui a obtenu une mention honorable de l'Académie Française en 1778. Bien que le style soit jugé faible, la traduction est reconnue pour sa pureté. Le passage décrit la fureur et le courage d'Achille et d'Ajax face aux Troyens. Ajax, malgré les attaques incessantes, reste indomptable et combat avec bravoure. Les Troyens, soutenus par Zeus, se concentrent sur Ajax, mais celui-ci ne recule pas. Il affronte les dangers avec détermination, multipliant ses efforts et redoublant d'audace face au péril croissant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer